Revue de la Société Haïtienne d'Histoire (1931–1935)
1931
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--- Page 1 --- REVUE DE LA Société d'Histoire et de Géographie d'Haïti Vol. 2 N°4 Port-au-Prince (Haïti) Novembre 1931 SOMMAIRE Dr PRICE MARS—La participation haïtienne à la Commémoration du Centenaire de l'Abbé Grégoire, DURACINE VAVAL — L'Abbé Henri Grégoire dans ses rapports avec St-Domingue et Haïti. IGNACE URBAN—Sur la Géographie botanique d'Hispanola Numéro consacré à l'Abbé HENRI GRÉGOIRE PRIX : UNE GOURDE IMPRIMERIE V. VALCIN 1518, Rue du Docteur Aubry, 1518 PORT-AU-PRINCE, HAÏTI. 1931. Le gérant responsable,—Dr C. PRESSOIR. --- Page 2 --- --- Page 3 --- ERRATA Lisez : 2e page 20e ligne au lieu de : «Nous étions à la première phrase de dénouement» Nous étions à la première phase du dénouement 2e page 34e ligne au lieu de : "l'hilarité malicieuse de l'intervention" l'hilarité malicieuse de l'intervenant 3e page 9e ligne au lieu de : "pour lui demander de rejeter" pour lui demander de jeter 9e page 11e ligne dau lieu de : «Représentant au Parlement» Représentant du Parlement. --- Page 4 --- --- Page 5 --- REVUE DE LA SOCIETE D'HISTOIRE ET DE GEOGRAPHIE D'HAITI Vol. 2 N° 4 Port-au-Prince (Haïti) Novembre 1931 LA PARTICIPATION HAITIENNE A LA COMMÉMORATION DU CENTENAIRE de L'ABBÉ GRÉGOIRE A la fin de l'année dernière, je reçus une communication de M. Ferdinand Brunot, Doyen Honoraire de la faculté des Lettres de Paris et Membre de l'Institut de France, par laquelle il avait bien voulu m'informer qu'un Comité d'initiative composé des plus hautes personnalités françaises et étrangères et dont il avait la présidence s'était institué à Paris en vue de prendre des mesures pour, commémorer solennellement le centenaire, de la mort de l'Abbé Grégoire. Il m'annonça également que le Ministre d'Haïti à Paris, Monsieur Constantin Mayard, notre Ministre à Washington, Mr Bellegarde, le Directeur de la Petite Revue Mr. Frédéric Doret et moi avion été désignés pour faire partie de ce Comité d'initiative comme un témoignage de notre communion d'idées sur l'oeuvre et la personnalité de J'Abbé Grégoire. Il me fut demandé d'associer notre pays aux manifestations projetées pour rendre aussi grandiose que possible le tribut qu'on voulait payer à la mémoire de l'illustre Conventionnel. l'acceptai d'enthousiasme. Je voyais venir enfin l'occasion si longtemps attendue --- Page 6 --- —2— qui allait permettre au peuple haïtien tout entier de rendre des devoirs publics à l'homme qui, au péril de sa. vie, dans les Assises de la Convention, soutint les revendications des esclaves de Saint-Domingue vers la jouissance imprescriptible des droits de l'homme. Je voyais venir le moment où tous les éléments de notre Société allaient rendre témoignage à l'homme qui s'est dévoué pendant les 25 dernières années de sa vie à veiller sur notre jeune, nationalité pour la sauvegarder contre les périls extérieurs. (1) 'homme qui, au péril de sa. vie, dans les Assises de la Convention, soutint les revendications des esclaves de Saint-Domingue vers la jouissance imprescriptible des droits de l'homme. Je voyais venir le moment où tous les éléments de notre Société allaient rendre témoignage à l'homme qui s'est dévoué pendant les 25 dernières années de sa vie à veiller sur notre jeune, nationalité pour la sauvegarder contre les périls extérieurs. (1) Nous allions avoir l'opportunité de démontrer notre inaltérable gratitude à celui qui jadis inculqua à la République naissante, sa pupille, les notions sur lesquelles les peuples appuient le fondement de leurs institutions sur la fraternité humaine par la pratique de la justice, de la liberté et de l'éducation. Mais sous quelle forme pouvait-on demander au peuple haïtien de participer à ces manifestations du souvenir et de la reconnaissance? Nous étions juste à la première phrase de dénouement de la crise politique dans laquelle notre nationalité a failli sombrer. L'Opinion publique fascinée par les résultats éblouissants de notre renaissance à la pleine souveraineté nationale n'avait de préoccupation que de savoir par quelles modalités on allait enfin ajuster le nouveau régime à nos traditions nationales. Cependant la lutte des factions semblait reparaître sournoise et ardente. Les triomphateurs des journées du 14 Octobres et du 19 Novembre 1930 se disputaient les butins de la victoire en champs clos par lesescamouches et les rivalités de leurs partisans irréductibles qui s'étaient retrouvés farouches et intraitables. On se souvenait à peine que le spectacle était offert, à l'hilarîté malicieuse de l'intervention qui, dans la tour de son observatoire enregistre les fautes, les défaillances et les égarements. (1)— Et quels périls ? Il s'agissait pour lui de se mettre au travers des combinaisons grâce auxquelles son propre Gouvernement essayait de ramener par la violence les nègres révoltés à leur ancien statut de peuple soumis. --- Page 7 --- Alors, comment entretenir, le peuple d'autre chose qui ne fut de nécessité quotidienne et immédiate. Et par dessus tout, dans l'étau d'une misère endémique où tous attendaient le redressement de l'économie nationale, où chacun scrutait l'attitude et les gestes des hommes publics pour y attacher la signification symbolique d'un salut éventuel, dans le désarroi moral où était plongé notre peuple, comment le détourner de ses préoccupations immédiates pour lui demander de rejeter ses regards vers le passé, de communier avec les morts qui jadis, sur la terre de France, favorisèrent l'éclosion de notre race au soleil de la liberté et de l'indépendance. C'est à quoi sans le savoir me conviait le Comité de Paris, c'est à quoi je me suis attaché en publiant une série d'études sur l'Abbé Grégoire, conscient de l'utilité denies démarches et du retentissement que prendrait ailleurs une indifférence qui marquerait l'ingratitude de la nation haïtienne envers son indéfectible bien faiteur. , favorisèrent l'éclosion de notre race au soleil de la liberté et de l'indépendance. C'est à quoi sans le savoir me conviait le Comité de Paris, c'est à quoi je me suis attaché en publiant une série d'études sur l'Abbé Grégoire, conscient de l'utilité denies démarches et du retentissement que prendrait ailleurs une indifférence qui marquerait l'ingratitude de la nation haïtienne envers son indéfectible bien faiteur. Puis, j'attendis la réunion des Chambres Législatives pour envoyer le Message suivant à chaque Membre du Parlement : Port-au-Prince, le 10 Avril 1931 Monsieur Membre du Corps Législatif Mon cher Collègue. La France se propose de célébrer grandiosement le Centenaire de la mort de l'Abbé GREGOIRE, le mois prochain, par une série de fêtes commémoratives. Pour grouper les bonnes volontés et réaliser les initiatives indiquées, un Comité s'est constitué à Paris, sous la Présidence de M. Ferdinand BRUNOT, Doyen Honoraire de la Faculté des Lettres, Membre de l'Institut, Ce Comité serait infiniment flatté si le peuple et le Gouvernement d'Haïti, voulaient s'associer d'une certaine mesure aux manifestions qui vont être faites, pour honorer la mémoire du Célèbre Conventionnel. Il m'a semblé qu'en notre qualité de Membre du Parlement, nous sommes particulièrement qualifiés pour --- Page 8 --- — 4 — payer un tribut de reconnaissance et de pieuse gratitude à la mémoire de cet illustre devancier. Faut-il rappeler avec quelle éloquence et quelle tenacité, il a réclamé le droit de représentation en faveur des nègres et mulâtres libres de Saint-Domingue à la Convocation des Etats Généraux en 1789? Faut-il rappeler la part glorieuse qu'il a prise dans l'âpre bataille contre la traite et l'abolition de l'esclavage dans les colinies françaises ? Enfin, pouvons-nous oublier avec quels soins jaloux il a a veillé sur notre Indépendance pendant les 25 dernières années de sa vie? Aussi bien je crois être l'interprète d'un sentiment de piété nationale en demandant d'adhérer aux propositions suivantes : 10 Le 29 Mai, à l'ouverture de la séance de la Chambre et du Sénat, chacun des Présidents des deux Chambres prononcera l'éloge de l'Abbé GREGOIRE que les Membres de l'une et de l'autre Assemblée écouteront debout. Le Gouvernement voudra bien s'associer à cette manifestation en autorisant un Secrétaire d'Etat à faire en cette Séance une déclaration circonstanciée. Après quoi, la séance sera suspendue pendant 5 minutes. 20 Chaque Membre du Corps Législatif s'engage à verser une cotisation de cinq dollars au 1er Mai, au plus tard, destinée à contribuer aux frais des fêtes du centenaire et à élever un monument à Paris, à la gloire du défenseur de la race noire et du peuple haïtien. Membre du Comité de Paris, je suis prêt à recueillir les souscriptions pour les faire aboutir à M. Maurice SIMART, trésorier, I Rue Cardinal-Mercier, Paris (IXe) et à fournir tous autres renseignements complémentaires à ceux qui en auraient besoin. er Mai, au plus tard, destinée à contribuer aux frais des fêtes du centenaire et à élever un monument à Paris, à la gloire du défenseur de la race noire et du peuple haïtien. Membre du Comité de Paris, je suis prêt à recueillir les souscriptions pour les faire aboutir à M. Maurice SIMART, trésorier, I Rue Cardinal-Mercier, Paris (IXe) et à fournir tous autres renseignements complémentaires à ceux qui en auraient besoin. Je profite de cette occasion, pour vous renouveler, mon chef collègue, l'assurance de ma plus haute considération. Dr PRICE-MARS Sénateur de la République. --- Page 9 --- Dois-je dire que les suggestions contenues dans ce Message furent adoptées a l'unanimité et réalisées ponctuellement. Si quelques uns seulement de mes collègues Ont pu verser là cotisation que j'avais sollicitée, je sais que tous en ont eu le fervent désir et que les lourds engagements de la campagne électorale ont été la seule cause de la désertion ou de l'abstention du plus grand nombre. Que ceux qui ont bien voulu répondre, à mon, appel, et peux qui ont été empêchés reçoivent ici. mes remerciements, les plus chaleureux au nom du Comité de Paris. Que les uns et les autres sachent que là bas, notre participation aux fêtes du centenaire a été appréciée avec une souveraine gracieuseté. C'estce dont, je me suis personnellement rendu compte. A la fin du mois d'Avril le Sénat, de la République m'honora de son choix en me désignant comme son Délégué à la Conférence parlementaire internationale du Commerce qui devait être tenue à Prague, en même temps que le Gouvernement de la République par Lettre Patente de Son Excellence Monsieur le Président de la République me confia le soin d'assurer sa participation à la XVe Contérence internationale, du Travail.qui devait être tenue à Genève à la fin de Mai. A l'accomplissement de l'une et l'autre Mission j'avais pour collègue mon ami, l'éminent Député de Jérémie, Monsieur Etzer Vilaire. Au surplus, tous les deux, nous étions les invités du Congrès international des Gens de Lettres qui devait se réunir à Paris à la fin de Mai. De quelles hautes dignités n'étions nous pas revêtues ! Partis le 2 Mai de Port-au-Prince, nous atteignîmes le Havre le 19. Selon la division du travail adoptée entre nous, j'eus le privilège de prendre part au Congrès des Gens de Lettres du 22 au 30 Mai en même temps que je participai aux travaux du «Comité des amis de l'Abbé Grégoire ". de Lettres qui devait se réunir à Paris à la fin de Mai. De quelles hautes dignités n'étions nous pas revêtues ! Partis le 2 Mai de Port-au-Prince, nous atteignîmes le Havre le 19. Selon la division du travail adoptée entre nous, j'eus le privilège de prendre part au Congrès des Gens de Lettres du 22 au 30 Mai en même temps que je participai aux travaux du «Comité des amis de l'Abbé Grégoire ". Justement la série des manifestations commémorati- --- Page 10 --- — 6 — ves s'inaugura par une pieuse cérémonie au Cimetière du Montparnasse le 23. Ce jour-là, une foule recueillie vint apporter les premiers hommages de gratitude à l'apôtre qui défendit tant de nobles causes au cours de sa mission de semeur d'idées fécondes et bienfaisantes. M. Ferdinand Brunot prononça le premier des discours magnifiques qui devaient donner leur marque de noblesse et de grandeur aux fêtes commémoratives du Centenaîre. Il est heureux de constater que la Colonie haïtienne démontra par un geste spontané d'élégance morale la part qu'elle comptait prendre à ces diverses cérémonies : Mr. Luc Nemours, Docteur en Droit, accompagné de Me. Nicoleau, également Docteur en Droit, en présence de Mr. Constantin Mavard, Ministre d'Haïti, M. Frédéric Doret, Directeur de la Petite Revue, et du soussigné, déposa sur le Mausolée de Grégoire une superbe gerbe de roses pourpre au nom de la ville du Cap-Haîtien, son pays natal. En une improvisation émouvante il raconta que c'est au Cap-Haïtien que le 29 Août 1793 fut proclamé la liberté générale des Esclaves dont l'ardent Conventionnel avait poursuivi la réalisation dans les séances tumultueuses de l'Assemblée Nationale. En souvenir de quoi, la ville de Cap-Haïtien entendait rendre témoignag à la philantropie de l'Abbé Grégoire. Le dimanche 31 Mai, à 3 heures de l'après midi, le grand amphithéatre de la Sorbonne regorgeait de monde. Une assistance évaluée. à plus d'un millier d'individus était là, frémissante et attentive. Le peuple de Paris, auquel s'étaient joints tous ceux dont les ancêtres avaient été touchés par l'apostolat de Grégoire nègres, juifs, irlandais, etc — venait apporter à son premier centenaire la flamme d'une adhésion totale et d'un souvenir ému à l'oeuvre de justice et de tolérance dont il fut l'inflexible protagoniste. Une assistance évaluée. à plus d'un millier d'individus était là, frémissante et attentive. Le peuple de Paris, auquel s'étaient joints tous ceux dont les ancêtres avaient été touchés par l'apostolat de Grégoire nègres, juifs, irlandais, etc — venait apporter à son premier centenaire la flamme d'une adhésion totale et d'un souvenir ému à l'oeuvre de justice et de tolérance dont il fut l'inflexible protagoniste. Le Gouvernement de la République était représenté à cette séance solennelle par M. Chs. Dumont, Ministre de la Marine. --- Page 11 --- Monsieur Gaston Doumergue, Président de la République, entouré de M. le Président de la Chambre des Députés et du Représentant de M. le Président du Sénat, empêché, occupait en cette magnifique cérémonie le place due à ses hautes fonctions. Sur l'estrade officielle, le Président de la Société des Amis de lAbbé Grégooire, M. Ferdinand Brunof encadré des plus hautes personnalités du monde intellectuel et politique, entrautres de M. Painlevé, ancien Président du Conseil des Ministres, Membre de l'Institut, Président du Conseil d'Administration du Conservatoire des Arts et métiers, de M. Brunschvicg, Vice-Président de l'Academie des Sciences morales et politiques, de M. Larréty, Vice-Recteur de l'Universite de Paris, etc., M. Brunot avec l'autorité de sa parole persuasive, avec l'éloquence et la maitrise d'un orateur rompu à l'exercice qui consiste à ne rien laisser de son sujet susceptible de le dresser dans l'éblouissement de la lumière et de la beauté, prononça l'éloge de Grégoire. D'autres harangues suivirent. Quand ce fut son tour de parole, notre Ministre, M. Constantin Mayard lut sous forme de déclaration un magistral discours au nom du Gouvernement et du peuple d'Haïti. Les applaudissements qui l'acceuillirent n'eurent de cqmparables que ceux prodigués à Mme Malnory-Marseillac, Melle L. Daniels lorsqu'elles évoquèrent la vie haïtienne d'autre fois dans une vieille berceusé d'une douceur et d'une mélancolie infiniment pénétrantes. Et maintenant, que faudrait-il dire de l'ovatiou faite à notre Ministre et au Soussigné lorsque, après l'audition respectueuse de la Dessalinienne, Monsieur Brunot lut les deux messages télégraphiques que M. le Président de la Chambre des Députés et M. le Président du Sénat d'Haïti eurent l'excellente idée d'adresser au Comité de Paris à cette date du 29 Mai. Comment rendre la sympathie des foules lorsque leur furent communiquées les paroles par quoi M. le Colonel Nemours exalta l'action de Grégoire sur le développement de notre histoire ? --- Page 12 --- — 8 — Cependant si impressionnante que fut la séance solennelle de la Sorbonne, d'autres fêtes réservaient à la représentation, haïtienne l'occasion de manifester les sentiments de notre peuple à la mémoire de son fidèle ami. Invités par de pressantes et chaleureuses démarches à nous joindre aux Lunévillois pour continuer à rendre 'hommage à l'ancien représentant de leur région à l'Assemblée Nationale, dans la huitaine, nous nous rendîmes à Lunéville où sa statue en bronze est érigée place des Carmes, à Veho où il naquit, â Embermesnil dont il fut l'humble curé. 'occasion de manifester les sentiments de notre peuple à la mémoire de son fidèle ami. Invités par de pressantes et chaleureuses démarches à nous joindre aux Lunévillois pour continuer à rendre 'hommage à l'ancien représentant de leur région à l'Assemblée Nationale, dans la huitaine, nous nous rendîmes à Lunéville où sa statue en bronze est érigée place des Carmes, à Veho où il naquit, â Embermesnil dont il fut l'humble curé. Un comité siégea à LunéVille présidé par M. Gaspard, secondé de M. Paul Lang, Secrétaire, d'une activité et d'une claivoyance auxquelles je suis heureux de rendre un particulier hommage. Ce comité organisa une série de manifestations originales, émouvantes et attractives. Le 6 juin, venu de Genève je ralliai la Délégation haïtienne que conduisait notre excellent Ministre M. Constantin Mayard. Nous fûmes reçus avec le. Représentant du Gouvernement, M. Diagne, Sous-Secrétaire d'Etat aux Colonies, par les autorités locales, M. le Sous-Préfet, Jacques Henry d'une courtoisie et d'une distinction hautement appréciée, par le Maire, M. Fénac, si amène et si bienveillant, et par les membres du Comité. Le soir, M. le Maire de Lunéville et Madame Fénac, avec sa grâce coutumière, nous prièrent à diner dans leur château. A neuf heures au théâtre municipal le cortège officiel longuement ovationné fit son entrée solennelle. Ce cortège comprenait, entr'autres personnalités, MM. Diagne, Sous-Secrétaire d'Etat, Constantin Mayard, Ferdinand Brunot, les Sénateurs Lémery et Louis Michel, M. le Député Mazerand, M. Dreyfus, Président de la cour d'Appel de Paris, le Colonel Sadi Carnot, les généraux Mittelhauseri, de France, M. Léon Liautaud, Commissaire-d'Haïti à l'Exposition coloniale, Mr. le Dr. Couba, Conseiller de Légation, Me. Antonio Vieux, Secrétaire de Légation, etc. Des orateurs prirent place à l'estrade et célébrèrent. à l'envi l'action et la pensée de l'Abbé Grégoire. --- Page 13 --- — 9 — Au nom de la République d'Haïti, notre Ministre, M. Constantin Mayard, s'associa en termes vibrants à ces témoignages de gratitude et rappela ce que notre race et notre pays devaient à la généreuse assistance de l'illustre Conventionnel. Son discours fut très vivement applaudi. Alors, M. le Doyen Brunot évoqua la part prise par les juifs de maints pays à la défense de la France en souvenir de l'ardente intervention de Grégoire qui fît conférer à certains de leurs ancêtres les droits de citoyenneté, puis se tournant vers moi, il désigna à l'attention de l'assistance le Représentant au Parlement haïtien venu de si loin participer aux cérémonies du Centenaire; il pria l'assemblée entière de se mettre debout pour honorer le sentiment qui inspira une telle attitude. Ce geste du savant académicien souligné par l'indescriptible ovation de la foule fut simplement émouvant. êtres les droits de citoyenneté, puis se tournant vers moi, il désigna à l'attention de l'assistance le Représentant au Parlement haïtien venu de si loin participer aux cérémonies du Centenaire; il pria l'assemblée entière de se mettre debout pour honorer le sentiment qui inspira une telle attitude. Ce geste du savant académicien souligné par l'indescriptible ovation de la foule fut simplement émouvant. Le lendemain, le programme des fêtes se développa avec une magistrale ampleur. Précédé d'un escadron de cavalerie, le cortège officiel parcourut quelques kilomètres des environs de Lunéville et s'arrêta à Veho où naquit Grégoire. Une plaque officielle désigna la maison qui reçut l'écho de ses premiers vagissements. A Embermesnil, on célébra l'humanité touchante de son ministère de curé de campagne, et, enfin, rentré à notre point de départ, après avoir passé au front des troupes de la garnison, on alla déposer une gerbe de fleurs au Monument des Morts de la Grande Guerre. A midi un Banquet de 200 couverts réunissait toutes les personnalités officielles où des toasts applaudis célébrèrent le Souvenir du héros de la fête en des modalités diverses. Après le banquet, le cortège alla offrir ses derniers hommages à la statue de Grégoire pour clore la série des manifestations superbes du 1er. centenaire de sa mort. Et voilà comment nous participâmes à ces fêtes du souvenir et de la reconnaissance. --- Page 14 --- — 10 — Je devais à la Société d'Histoire et de Géographie, au Sénat, à la Chambre des Députés, au Gouvernement de la République au pays tout entier le compte rendu de notre participation à toutes ces cérémonies commémoratives. Et puisque le hasard des circonstances et la prière qui m'en fut faite me permirent de prononcer à Vého le discours que je reproduis ci-après, laissez moi reporter au peuple haïtien l'éloge flatteur que « l'Est Républicain » en fit lorsqu'après avoir loué ma modeste contribution avec une générosité dont je sens tout le prix, il déclara in fine que je fus «longuement acclamé». Monsieur le Ministre, M. M. Dans les cérémonies émouvantes qui commémorent le centenaire de l'Abbé Grégoire, aucune place ne me paraît plus légitime que celle que le Comité d'Organisation a bien voulu réserver, aujourd'hui, au Représentant du Parlement Haïtien. Venu de loin apporter l'hommage de notre reconnaissance et de notre piété filiale à la mémoire de celui qui contribua si puissamment à la libération de notre race, c'est bien ici, en cette terre lorraine, d'où il partit pour aller accomplir son magnifique apostolat d'affranchissement humain que nous devions, nous autres haïtiens, rendre à l'Abbé Grégoire, et en présence de ceux qui sont les hëritiers de sa gloire, l'ultime tribut de notre affection et de notre gratitude infinie. Mais M. M. par quelle bonne fortune, il se trouve que celui à qui échoit le privilège de représenter le parlement haïtien, descend en ligne droite du premier député noir que Saint-Domingue envoya à la Convention Nationale et devant qui la haute Assemblée acclama l'abolition de l'esclavage dans la mémorable séance du 4 février 1794? L'épisode bien qu'un peu long vaut d'être conté parce qu'il constitue non seulemen une belle page d'histoire de France, j'allais dire une belle page d'histoire que celui à qui échoit le privilège de représenter le parlement haïtien, descend en ligne droite du premier député noir que Saint-Domingue envoya à la Convention Nationale et devant qui la haute Assemblée acclama l'abolition de l'esclavage dans la mémorable séance du 4 février 1794? L'épisode bien qu'un peu long vaut d'être conté parce qu'il constitue non seulemen une belle page d'histoire de France, j'allais dire une belle page d'histoire --- Page 15 --- — 11 — humaine (n'est-ce pas que c'est souvent la même chose?) mais, en outre, parce qu'il marque la réintégration solennelle de la race noire dans l'éminente dignité de la nature humaine. Donc, dès la fin de 1788, Saint-Domingue était, agité par la question de la representation de la Colonie aux Etats Généraux. Evidemment, seuls les grands propriétaires se préoccupaient de savoir comment et par qui cette représentation devait s'effectuer. Fallait-il assimiler Saint-Domingue à une province du royaume? Et dans quel ordre ses Députés éventuels siégeront-ils ? Sera-ce dans les rangs de la noblesse ? Au tiers Etat? Autant de questions parmi les plus urgentes auxquelles les Administrateurs débordés ne répondront pas parce que la Métropole trop inquiète des évènements en cours, n'avait guère le temps d'envoyer des instructions dans les possessions d'outre-mer. Cependant, les colons, d'eux-mêmes, tranchèrent les difficultés et s'octroyèrent des mandats de représentation sans se préoccuper de leur validité. Ainsi, avant même la réunion des Etats Généraux à Paris, Saint-Domingue leur avait délégué quinze Députés qui partirent de la Colonie aux bruits de la canonnade, au son des cloches et des fanfares. Que représentaient-ils? Rien qu'une classe, celle des grands propriétaires, toujours en lutte d'influence avec les Administrateurs dont ils détestaient et jalousaient l'autorité. Cependant, il existait toute une autre catégorie d'hommes dont la loi avait parfaitement défini le statut politique mais que, la société coloniale, engouée de hiérarchie, reléguait dans le mépris et la déconsidérétion. Je veux parler des hommes de couleur. Hommes de couleur ! Termes péjoratifs, en vérité, des grands propriétaires, toujours en lutte d'influence avec les Administrateurs dont ils détestaient et jalousaient l'autorité. Cependant, il existait toute une autre catégorie d'hommes dont la loi avait parfaitement défini le statut politique mais que, la société coloniale, engouée de hiérarchie, reléguait dans le mépris et la déconsidérétion. Je veux parler des hommes de couleur. Hommes de couleur ! Termes péjoratifs, en vérité, qui caractérisaient la situation de près de 28.000 individus nés de la concupiscence du blanc et de la négresse, son esclave, mais qu'il détestait parce que ce produit de son sang était le témoignage irrécusable de ses débau- --- Page 16 --- — 12 — ches, la honte et la flétrissure de son immoralité. Or, ces 28.000 individus formaient une classe homogène, industrieuse et prospère. En droit, elle avait les mêmes privilèges que les autres sujets du royaume. En fait, elle était reléguée à l'arrière-plan de la hiérarchie sociale, dédaignée, bafouée, exécrée. Comment voulez-vous qu'elle ne profitat pas de l'effervescence révolutionnaire pour essayer de redresser sa situation sociale ? Elle sollicita donc une représentation à l'Assemblée nationale, elle aussi. Grégoire qui, depuis longtemps déjà, dans la « Société des Amis des Noirs » réclamait contre l'iniquité qui pesait sur cette catégorie d'hommes, soutint ardemment les prétentions des gens de couleur. En vain, voulut-il faire admettre dans l'Assemblée ceux d'entre eux qui s'étaient fait élire Députés dans les mêmes conditions de spontanéité et d'irrégularité que les grands propriétaires de Saint-Domingue. Sa généreuse intervention échoua contre l'obstination farouche de la grande majorité de l'Assemblée, alertée par les Colons de Saint-Domingue. Alors, il advint que les hommes de couleur n'ayant pu trouver une issue légale à leurs revendications dans la Métropole sollicitèrent de siéger dans les Assemblées locales, récemment octroyées à la Colonie où ils pouvaient défendre leurs intérêts. Comme le Décret du 8 Mars 1790 leur en donnait le droit. Les blancs arcboutés dans leur hostilité inintelligente et tracassière opposèrent le plus brutal refus à ces légitimes aspirations. Il ne restait plus qu'un seul moyen de dénouer la crise : le recours à la violence. Les gens de couleur s'insurgèrent. Lutte âpre et terrible, dans les péripéties de laquelle il serait trop long de nous attarder, mais dont la conséquence fatale fût la révolte tragique des 500.000 esclaves auxquels personne ne songeait jusque là. La révolte des nègres? mais ce fut l'anarchie sanglante dans laquelle plus de cent mille d'entre eux périrent et où disparurent également les richesses qui faisaient de Saint-Domingue l'un des plus beaux joyaux de la couronne de France au XVIIIe siècle. laquelle il serait trop long de nous attarder, mais dont la conséquence fatale fût la révolte tragique des 500.000 esclaves auxquels personne ne songeait jusque là. La révolte des nègres? mais ce fut l'anarchie sanglante dans laquelle plus de cent mille d'entre eux périrent et où disparurent également les richesses qui faisaient de Saint-Domingue l'un des plus beaux joyaux de la couronne de France au XVIIIe siècle. --- Page 17 --- — 13 — Ah! mes amis, de quelle dure et cruelle leçon la stupidité des uns et des autres a payé l'âpre égoïsme de classe et l'aveugle préjugé de caste ! Partout, à Saint-Domirigue. c'était l'incendie, la pendaison, la noyade, le carnage. Il est vrai que l'exemple venait de haut. En France, aussi, la Terreur régnait. Robespierre, l'incorruptible, alimentait la guillotine jusqu'à ce que le 9 Thermidor l'envoyât à l'échafaud, lui aussi, fermer l'ère de la sanglante épopée. En attendant, là-bas, les Commissaires civils, Polvérel et Sonthonax, jeunes, ardents, fougueux, essayaient de dissiper le chaos dans lequel était plongée la colonie. Obligés de se défendre contre la masse noire révoltée et contre les blancs qui, par dépit, avaient livré le pays aux Espagnols et aux Anglais, ils prirent le parti plus net, plus décisif, plus intelligent de s'allier aux nègres auxquels ils accordaient graduellement la liberté afin que grâce à leur concours, ils pussent conserver Saint-Domingue à la France. Alors, on vit peu à peu des troupes indigènes, aguerries dans l'action, se grouper autour des Commissaires Civils et les défendre avec bravoure et fidélité contre les factieux de toute sorte. C'est ainsi que la garde d'honneur de Polverel et de Sonthonax, commandée par le Capitaine Jean-Baptiste Mars, dit Belley, mon aïeul, soutint victorieusement le choc des troupes du Général François Galbaud qui, dans les journées du 19, 20 et 21 juin 1793, tentèrent d'enlever d'assaut le siège du Gouvernement et de s'emparer de la personne des Commissaires Civils. N'est-ce pas à la suite de cette bataille au cours de laquelle la ville du Cap fut saccagée et incendiée, que Sonthonax, débordé par les évènements, et pour s'assurer un plus large concours de ses amis, les noirs, proclama enfin, solennellement la liberté générale des esclaves, le 29 Août 1793? 'enlever d'assaut le siège du Gouvernement et de s'emparer de la personne des Commissaires Civils. N'est-ce pas à la suite de cette bataille au cours de laquelle la ville du Cap fut saccagée et incendiée, que Sonthonax, débordé par les évènements, et pour s'assurer un plus large concours de ses amis, les noirs, proclama enfin, solennellement la liberté générale des esclaves, le 29 Août 1793? Acte de justice et de réparation d'une monstrueuse iniquité qui pesait sur la conscience des hommes depuis plus de deux siècles d'opprobre et d'abomination ! --- Page 18 --- — 14 — Mais, malgré tout, si les Commissaires Civils, obéissant à la brutale pression des faits, avaient osé ce geste d'humaine générosité, ils avaient tout de même outrepassé la limite de leurs pouvoirs. Aussi bien s'empressèrent-ils d'exécuter le Décret qui convoquait la Colonie aux élections législatives et appelèrent-ils les nouveuux citoyens à exercer leurs droits de vote fraîchement acquis, de telle sorte qu'ils fussent en mesure de déléguer quelques-uns des leurs à Paris justifier la mesure prise en leur faveur. Donc, les élections, eurent lieu à la fin de cette année 1793. Trois Députés, un noir, Jean-Baptiste Mars, dit Belley, un mulâtre, Mills, un blanc, Dufay, furent élus et eurent l'honneur de se présenter le 2 février 1794 à la barre de la Convention en qualité de Représentants de Saint-Domingue. Accclamés par la foule, portés en triomphe à l'Hôtel de Ville, ils furent admis à la séance de l'Assemblée le 4, et reçurent l'accolade fraternelle du Président aux applaudissements frénétiques de leurs collègues. Et, solennellement, debout, l'Assemblée frémissante ratifia l'acte du 29 Août 1793 et proclama l'abolition de l'esclavage à Saint-Domingue. Enfin, Grégoire avait triomphé, lui qui, depuis cinq ans, menait le bon combat pour que les principes de liberté, d'égalité et de fraternité fussent appliqués à tous les hommes, même sur cette terre inquiète de Saint Domingue. Mais son triomphe devait être encore plus éclatant lorsque huit ans plus tard, Napoléon Bonaparte dont la griserie des conquêtes et le retour sournois à l'ancien régime avaient obnubilé le sens de la mesure, crut opportun d'expédier 21 mille hommes à une hécatombe certaine pour rétablir l'esclavage à Saint Domingue. Alors, dans une explosion de colère, sans précédent, les nègres reprirent leurs armes et la Marseillaise sur les lèvres, se ruèrent sur les bataillons qui avaient apeuré l'Europe soumise. « La liberté ou la mort, » tel était leur cri. Et la liberté leur resta. --- Page 19 --- Et voilà comment naquit la République d'Haïti que nous avons l'honneur de représenter ici. Comme vous le voyez, elle est fille de la Révolution française et j'ose dire la plus pure conquête de l'esprit français. Et voilà pourquoi nous ne pouvions ne pas être fidèles au rendez-vous pour venir apporter à l'Abbé Grégoire le témoignage de fidélité de cette fille de son rêve, à qui il administra le sacrement du baptême en lui insufflant le souffle de la sagesse et en l'adjurant de croître en prudence et en honnêteté. volution française et j'ose dire la plus pure conquête de l'esprit français. Et voilà pourquoi nous ne pouvions ne pas être fidèles au rendez-vous pour venir apporter à l'Abbé Grégoire le témoignage de fidélité de cette fille de son rêve, à qui il administra le sacrement du baptême en lui insufflant le souffle de la sagesse et en l'adjurant de croître en prudence et en honnêteté. Ah ! oui, nous savons bien, O Grégoire que notre oeuvre est encore informe hélas ! Nous savons bien qu'elle est pleine de malfaçons et tourmentée d'imperfection. Mais n'est-ce pas qu'elle participe des vicissitudes qui sont la norme de toute oeuvre humaine. Et puis, enfin, l'expérience est unique dans l'histoire universelle d'une transplantation collective de race sur une terre étrangère dans les pires conditions biologiques pour qu'on ne se hâte pas de porter sur elle des jugements au moins sommaires, car il ne s'agit de rien de moins pour cette race que de réaliser en moins de 150 ans une Civilisation selon son propre génie. Si les autres ont mis, près de deux mille ans pour n'aboutir qu'a des résultats encore incertains, on peut nous faire crédit de patience comme vous nous fîtes confiance, O vous, Grégoire, qui fûtes la plus belle incarnation de la tolérance et de la justice parmi les hommes. Dr PRICE-MARS Ministre Plénipolentiare Sénateur de la République --- Page 20 --- L'ABBÉ HENRI GREGOIRE DANS SES RAPPORTS AVEC SAINT-DOMINGUE ET HAITI Conférence prononcée le 31 Mai 1931 à la Société d'Histoire et de Géographie d'Haïti par Me Duraciné VAVAL Mesdames, Messieurs, Le 28 Mai 1831 mourut à Paris l'Abbé Grégoire. Nous nous réunissons aujourd'hui dans le recueillment pour commémorer le centenaire de sa mort. Parmi les philanthropes qui entourèrent notre pays d'une sympathie chaude, constante, il faut le placer au premier rang. C'était un de ces coeurs magnanimes qui éprouvent le besoin de se donner. Librement, sans aucune forfanterie, il noua entre lui et notre coin de terre natale, par dessus-la distance des mers, un lien d'intérêts et d'affection. Il avait suffi que nous fussions d'une race dénigrée. par les esclavagistes pour acquérir des droits à son amour. Henri Grégoire semblait prendre envers lui-même l'obligation de travailler au progrès moral de l'humanité par le redressement des injustices perpétrées envers les opprimés. Orateur lettré, écrivain érudit et persuasif, homme public, sa voix s'éleva en faveur des persécutés de toutes les couleurs et de toutes les races. N'est-ce pas lui qui, le premier, demanda à la Constituante d'accorder aux Israélites le titre de citoyens et l'exercice absolu de leur culte ? Fait à noter et qui montre bien son libéralisme, il avait un an auparavant publié son volume : De la Régénération physique, morale et politique des Juifs (1788), rien que pour préparer l'opinion à leur égard. En parlant à la Constituante le 3 de toutes les couleurs et de toutes les races. N'est-ce pas lui qui, le premier, demanda à la Constituante d'accorder aux Israélites le titre de citoyens et l'exercice absolu de leur culte ? Fait à noter et qui montre bien son libéralisme, il avait un an auparavant publié son volume : De la Régénération physique, morale et politique des Juifs (1788), rien que pour préparer l'opinion à leur égard. En parlant à la Constituante le 3 --- Page 21 --- — 17 — Avril 1789, sur la question israélite, il déclara que «comme ministre d'une religion qui regarde tous les hommes comme frères, il avait pour devoir de défendre un peuple proscrit et malheureux». Pour obéir à ce même sentiment de fraternité, il acceuillit avec bienveillance, au-début de la Révolution française, les réclamations des sang-mêlés de Saint-Domingue. Les cris de détresse des esclaves noirs ne trouvèrent pas moins un écho dans son coeur. Il essaya de concert avec la Société des Amis des Noirs, fondée par Brissot, d'améliorer leur sort. Julien Raymond et Vincent Ogé, deux des Commissaires les plus actifs des hommes de couleur à Paris, entretinrent des rapports suivis avec le généreux prélat. Lorsque l'Assemblée nationale de France, s'occupant du régime des colonies, rendit les décrets du 8 et du 28 Mars 1790, Grégoire protesta contre leur rédaction ambiguë. Il lut à cette occasion une requête des hommes de couleur, requête qu'il soutint avec une admirable éloquence. Il connaissait trop la mentalité spéciale des blancs de la colonie pour ne pas prévoir les difficultés qui surgirent dans la suite. Il voulut insérer dans les décrets que les sang-mêlés jouiraient des droits politiques concurremment avec les colons blancs. On rejeta cet amendement sous prétexte qu'une pareille énonciation semblerait mettre en doute le droit naturel des hommes de couleur à l'égalité politique. Peut-être, avez-vous entendu dire que c'est sous l'instigation de Grégoire que Vincent Ogé alla à Saint-Domingue réclamer l'exécution des décisions législatives du 8 et du 28 Mars 1790. Il n'en est rien. Cet ami des noirs eut au contraire à représenter à Ogé de ne pas compromettre la légitimité de ses revendications par le recours à la force. Ogé n'écouta pas ce sage avis. Il partit à la dérobée pour Saint-Domingue. On sait ce qui advint. De la façon dont Grégoire eut à parler d'Ogé, il n'y a pas de doute que l'Evêque de Blois n'ait pleuré sur la fin tragique de l'infortune. C'est encore sous le au contraire à représenter à Ogé de ne pas compromettre la légitimité de ses revendications par le recours à la force. Ogé n'écouta pas ce sage avis. Il partit à la dérobée pour Saint-Domingue. On sait ce qui advint. De la façon dont Grégoire eut à parler d'Ogé, il n'y a pas de doute que l'Evêque de Blois n'ait pleuré sur la fin tragique de l'infortune. C'est encore sous le --- Page 22 --- — 18 — coup de ces événements regrettables que Grégoire lança sa fameuse Lettre aux citoyens de couleur et Nègres libres (1791). Amis, vous étiez hommes, vous êtes citoyens et réintégrés dans la plénitude de vos droits... Vous participerez désormais à la souveraineté du peuple... Le décret que l'assemblé nationale vient de rendre à votre égard sur cet objet n'est point une grâce, car une grâce est un privilège et un privilège est une injustice... En vous assurant l'exercice des droits politiques nous avons acquitté une dette ; y manquer eut été un crime de notre part et une tache à la Constitution... Non , Messieurs, vous ne pouviez échapper à la sollicitude de l'Assemblée Nationale. En déroulant aux yeux de l'Univers la grande charte de la nature, elle y a trouvé vos titres. On avait tenté de les faire disparaître ; heureusement les caractères en étaient ineffaçables, comme l'empreinte sacrée de la divinité gravée sur vos fronts. « Dans cette pièce mémorable, il annonça solennellement et avec assurance « qu'un jour, sur les rivages des Antilles, le soleil n'éclairera plus que des hommes libres, et que les rayons de l'astre qui répand la lumière ne tomberont plus sur des fers et des esclaves. » Paroles prophétiques, sublimes inspirations de l'âme ! De nos jours, d'un bout à l'autre de la mer des Caraîbes, le soleil ne jette ses rayons d'or sur des fers d'esclaves. Les champs ne se repaissent plus des larmes d'individus asservis. Les hommes de notre race ne portent sur leurs épaules fatiguéesce monde colonial qui retirait d'eux tout son éclat. Aux plaintes de ces êtres de chair souffrante succèdent les sifflements de machines, monstres de fer qui travaillent les terres et centuplent les produits de l'industrie. Qui dirait qu'il n'y a pas une loi morale pour l'humanité ? Les personnes bien nées, telles que Grégoire, la découvrent au fond de leur conscience,. quand même tout conspirait à l'y obscurcir. ules fatiguéesce monde colonial qui retirait d'eux tout son éclat. Aux plaintes de ces êtres de chair souffrante succèdent les sifflements de machines, monstres de fer qui travaillent les terres et centuplent les produits de l'industrie. Qui dirait qu'il n'y a pas une loi morale pour l'humanité ? Les personnes bien nées, telles que Grégoire, la découvrent au fond de leur conscience,. quand même tout conspirait à l'y obscurcir. Ce continent américain, prédit encore Grégoire dans un autre écrit, ce continent américain, asile de la liberté, s'achemine vers un ordre de choses qui sera commun --- Page 23 --- — 19 — aux Antilles et dont toutes les puissances combinées ne pourront arrêter le cours. ». Quel défi jeté aux esclavagistes! Vous vous figurez combien ce langage les étonna. De son côté, l'Evêque de Blois poursuit sa route, devinant du regard cette justice immanente dont il avait le clair pressentiment. Son observation se portait avec avidité sur les moindres événements accomplis à Saint-Domingue. Depuis la première révolte des hommes de couleur jusqu'à l'expédition de 1802, rien ne lui resta indifférent. Membre de la Commission des Colonies, que la Convention nomina par scrutin secret pour connaître des troubles de St-Domingue, il entendit tout, il pesa tout. Pour un esprit philosophique comme le sien qui n'envisage les choses que sous l'aspect de l'unité, la broussaille des faits n'empêche d'apercevoir les cimes se profilant à l'horizon. Il dut tout de même se féliciter de contribuer par son verdict à l'acquittement de Sonthonax accusé comme auteur des désastres de St-Domingue par les pires colons du Club Massiac. Au moment des debats sur les affaires de la colonie, Grégoire achevait à peine d'obtenir, de la Convention nationale, l'abolition de l'esclavage. Ne supposez pas que ce noble prélat ne courait nul danger en se constituant l'avocat de notre race. Les libelles diffamatoires des colons de Saint-Domingue conduisirent à l'échafaud cet autre ami des noirs : Brissot ! En Février 1790, Brissot présenta à l'Assemblée nationale une chaleureuse Adresse contre la traite, — ce que ne lui pardonnèrent pas les esclavagistes. Il est avéré que le décret sur la liberté générale des esclaves rendu par la Convention, sur la motion de Danton, fut un des motifs de la mort du dernier. Qu'importait le péril à une individualité de la trempe de Grégoire ! Sa devise fut toujours d'agir selon le devoir, c'est-à-dire selon la façon la plus digne de servir et d'honorer la justice. Loin de se laisser rebuter parles calomnies pour avoir embrassé le parti de l'infortune, il se dévoua encore plus à cette cause avec la fermeté téméraire d'un esprit résolu. Il ne s'en détourne pas un instant, parce que éril à une individualité de la trempe de Grégoire ! Sa devise fut toujours d'agir selon le devoir, c'est-à-dire selon la façon la plus digne de servir et d'honorer la justice. Loin de se laisser rebuter parles calomnies pour avoir embrassé le parti de l'infortune, il se dévoua encore plus à cette cause avec la fermeté téméraire d'un esprit résolu. Il ne s'en détourne pas un instant, parce que --- Page 24 --- — 20 — c'est dans la lutte contre les préjugés que le véritable homme de bien trouve la satisfaction du devoir accompli (1). Juste à l'instant où l'on poussait contre lui de vives clameurs, Grégoire tranquillement recherchait tous les documents relatifs aux Noirs pour bâtir un monument en leur honneur. Il donna son Histoire de la liberté des Nègres, qu'il lut, en 1797, à la Section des Sciences morales et politiques de l'Institut de France. Dans ce Mémoire, l'illustre philanthrope écoute moins sa gloire personnelle que le brûlant désir de défendre la vérité morale. Ce n'était pas un morceau oratoire qu'il apportait à ses collègues de l'Institut, mais des données précises, des faits constatés, un travail d'ordre général où la solidité du fond n'est égalée que par l'ardeur généreuse de la conviction. La lecture de ce document produisit la plus profonde impression sur la savante assemblée. Faut-il s'étonner que, dès ce temps là, le nom de l'Abbé Grégoire devint pour les nègres et sang-mêlés de SaintDomingue une manière de symbole : le symbole de la vertu et de la liberté ? A tous ceux d'entre eux qui réclamaient de lui un service, satisfaction leur était accordée. Toussaint-Louverture, par son génie, son audace, avait pris dans la colonie une situation prépondérante. Il entre aussitôt en correspondance avec Grégoire. (1) Page et Brulley et d'autres accusateurs de Sonthonax et de Polvérel demandèrent instamment à la Convention nationale l'exclusion de Grégoire de la Commission des Colonies pour avoir défendu dans le temps la cause des hommes de couleur à l'Assemblée Constituante. Grégoire donna sa démission comme membre de cette Commission. Ses collègues ( dont Garran de Coulon) n'acceptèrent point cette démission. Lorsque l'incident fut porté à la barre de la Convention nationale, ce fut une indignation générale contre les colons. L'auguste et terrible Assemblée maintint le choix de Grégoire. « Il était évident, dit à ce sujet Garran de Coulon, président de la Commission des colonies, qu'on ne pouvait récuser un représentant du peuple pour avoir émis des opinions tellement conformes à la justice, qu'elles avaient été adoptées par des lois; dont on ne demandait pas même le rapport. » l'incident fut porté à la barre de la Convention nationale, ce fut une indignation générale contre les colons. L'auguste et terrible Assemblée maintint le choix de Grégoire. « Il était évident, dit à ce sujet Garran de Coulon, président de la Commission des colonies, qu'on ne pouvait récuser un représentant du peuple pour avoir émis des opinions tellement conformes à la justice, qu'elles avaient été adoptées par des lois; dont on ne demandait pas même le rapport. » ( Voir Troubles de Saint-Domingue, par Garran de Coulon ). --- Page 25 --- — 21 — Ayant ramené l'ordre à Saint-Domingue, établi les Finances sur de bonnes bases, le Premier des Noirs voulut y remettre en honneur la religion et les bonnes moeurs. Sa première pensée, fut de s'adresser à Grégoire en vue d'obtenir pour la colonie douze ecclésiastiques chastes et soumis aux lois de la République. Grégoire lui recommanda l'Abbé Mauvielle, curé de Noisy-le-Sec, qui consentit à partir avec quelques prêtres constitutionnels. Le concile national consacra Mauvielle Evêque pour Saint-Domingue. Tandis que celui-ci se mit en devoir d'acheter des livres de piété, des ornements d'Eglise, des vases sacrés nécessaires à son ministère, Toussaint annonça par une Proclamation l'arrivée prochaine du nouveau Chef de l'administration spirituelle de l'Ile. Aussitôt les prêtres qui exerçaient le culte dans la colonie, les Brelle, les Anteaune, protestèrent par une profession de foi publique contre les nouveaux ecclésiastiques. Ils prétendaient que nommés par le Pape, ils ne sauraient entrer en communication avec des schismatiques. Dans cet écrit, ils ne ménagèrent point l'abbé Grégoire. Jugez de la colère de Toussaint ! Oser attaquer le digne abbé ! Le Premier des Noirs ne fut pas loin de considérer ce fait comme un impardonnable sacrilège. Peu s'en fallut que les prêtres signataires de cette Adresse ne payassent de leur vie une telle témérité ! Certes Grégoire fut un des premiers à prêter serment de fidélité à la Constitution Civile du Clergé. Ne prouva-t-il dans la suite, qu'il était bien plus animé de l'esprit évangélique que beaucoup de prêtres réfractaires ? Est-ce qu'un Grégoire ne s'élève de mille coudées au-dessus d'un abbé Maury tant par le dévouement à la religion que par la pratique de la saine vertu ? Je dois avouer que le choix de l'Evêque Mauvielle comme chef spirituel de la colonie ne fut pas des meilleurs. En 1802, à l'arrivée de l'Expédition Leclerc, l'Evêque Mauvielle trahit Louverture et profita de son ascendant sur les esprits pour faciliter le débarquement des troupes françaises dans l'Est de l'île. Le vénérable abbé Grégoire ne put que se repentir d'avoir désigné au Premier des --- Page 26 --- — 22 — Noirs un prêtre qui ne sut prêcher le bien par l'exemple. La conduite de Mauvielle aurait dû faire tomber l'écaille des yeux de nos gouvernements haïtiens et leur montrer l'urgente nécessité d'un clergé indigène. (1) Nous avons parlé de l'expédition Leclerc. Savez-vous le mot de Grégoire au cours du Conseil tenu par le Premier Consul pour décider de cette expédition ? Comme plusieurs colons demandaient avec insistance l'envoi de troupes à Saint-Domingue : « Que pensez-vous de Mauvielle aurait dû faire tomber l'écaille des yeux de nos gouvernements haïtiens et leur montrer l'urgente nécessité d'un clergé indigène. (1) Nous avons parlé de l'expédition Leclerc. Savez-vous le mot de Grégoire au cours du Conseil tenu par le Premier Consul pour décider de cette expédition ? Comme plusieurs colons demandaient avec insistance l'envoi de troupes à Saint-Domingue : « Que pensez-vous à ce sujet ? dit Bonaparte à brule-pourpoint à l'abbé Grégoire. Et celui-ci de répondre : « Ces hommes changeraient d'avis s'ils changeaient de peau ». Napoléon et l'Abbé Grégoire ! Quelle opposition de caractère, de génie et d'existence ! Le premier s'acquit une universelle renommée en foulant les villes et les populations sous le sabot de son cheval. Il fit sans doute des choses extraordinaires, il gagna bien des batailles, j'en conviens. Finalement ne laissa-t-il pas sa patrie amoindrie et désemparée devant des ennemis triomphants? L'autre ne fut grand que par le génie du coeur et l'esprit de tolérance. Qu'est-ce-qui vaut mieux, élever les âmes ou bien les opprimer, défendre la justice outragée ou bien dégrader de leurs droits les individus et les nations? La vraie gloire ne réside point dans les grandeurs de chair. Elle ne plane dans toute sa beauté que dans les grandeurs naturelles qui commandent le respect, et dont Grégoire nous en donne l'exemple. Au fond, qu'est-ce que désirait le Premier Consul en expédiant sa formidable armée à Saint-Domingue? Anéantir le gouvernement des Noirs. Il partageait contre les nègres et les hommes de couleur les préjugés des intelligences bornées. Le devoir de Toussaint était de résister à la force. Il n'a pas failli à la tâche, Dieu merci! (1) Aussi en 1820 Grégoire écrira-t-il à Boyer : « Espérons qu'un jour un clergé orné de toutes les qualités sacerdotales, et qui étant indigène, national, concoura puissament (comme on le voit à Buenos-Ayres et dans d'autres contrées du continent américain) à faire chérir la religion et la liberté, qui, bien connues, sont deux soeurs toujours unies». --- Page 27 --- — 23 — A cause de cela, parce qu'il sut élever son coeur à la hauteur des circonstances, l'admiration se porte vers le Chef des Noirs. Il tomba dans la lutte. Mais il imprima l'impulsion utile aux siens, et tout ce qu'ils feront dans la voie qu'il traça, l'honneur lui en revient. Ses lieutenants continuèrent son oeuvre, et Saint-Domingue devint la libre Haïti ! A partir de cette heure, l'enthousiasme de Grégoire pour notre patrie ne connut point de bornes. D'abord le prélat prouvait dans notre épopée de 1804 la confirmation éclatante de ses théories sur les races humaines. Il crut toujours par principes à l'égalité constitutive de tous les hommes malgré l'état de déchéance où sont réduits certains peuples par suite de circonstances de fait ou de milieu. La religion chrétienne a proclamé le dogme de Trinité de l'espèce humaine. Les nègres de Saint-Domingue par leur attachement à la liberté, leur intelligence, leur courage sur les champs de bataille sont venus démontrer combien est odieuse la différence qu'on établit entre les humains à raison de leur couleur. galité constitutive de tous les hommes malgré l'état de déchéance où sont réduits certains peuples par suite de circonstances de fait ou de milieu. La religion chrétienne a proclamé le dogme de Trinité de l'espèce humaine. Les nègres de Saint-Domingue par leur attachement à la liberté, leur intelligence, leur courage sur les champs de bataille sont venus démontrer combien est odieuse la différence qu'on établit entre les humains à raison de leur couleur. En sa qualité de chrétien, Grégoire se réjouit de nos succès contre la France et met de coté son patriotisme, qui ne saurait prévaloir sur son équité. « Si l'on a calomnié les nègres, dit Grégoire, c'était d'abord pour à voir le droit de les asservir, ensuite pour se justifier de les avoir a servis, et parce qu'on était coupable envers eux ». Secondement l'Evêque de Blois s'engoua d'Haïti parce qu'elle provenait d'une révolte heureuse d'esclaves. C'était la force qui s'était retournée contre la force pour créer le droit. Dans l'antiquité, il y eut des esclaves blancs qui tentèrent de briser leurs fers : ils furent vaincus. Le nom de Spartacus s'éclipse devant celui de Dessalines, de Pétion, de Capoix-la-Mort et de Gabart. D'une tourbe d'hommes que l'on croyait abrutis par trois siècles d'esclavage sortirent à vue d'oeil des législateurs, des juges, des écrivains et des politiques. Haïti, pour l'abbé Grégoire, c'était la race noire --- Page 28 --- — 34 — rachetée, vengée, réhabilitée ! Il ne parla désormais de notre patrie que sur le mode lyrique, avec des effusions de tendresse inexprimable. Ecoutez-le s'adressant à un de nos Chefs d'Etat : «Quand il s'agit d'Haïti, la tendresse m'entraîne... Ou bien : «La République d'Haïti sortie du sein des orages et qui, depuis 18 ans, brillante de jeunesse, subsiste glorieusement est, par le fait même de son existence, une réponse victorieuse à toutes les impostures disséminées en Europe contre les enfants d'Afrique» Et ceci : Les Haïtiens s'élévant tout-à-coup au rang des nations civilisées présentent un des phénomènes les plus étonnants du XIXe siècle. Je m'identifie à leur existence, j'applaudis à leur succès.» du sein des orages et qui, depuis 18 ans, brillante de jeunesse, subsiste glorieusement est, par le fait même de son existence, une réponse victorieuse à toutes les impostures disséminées en Europe contre les enfants d'Afrique» Et ceci : Les Haïtiens s'élévant tout-à-coup au rang des nations civilisées présentent un des phénomènes les plus étonnants du XIXe siècle. Je m'identifie à leur existence, j'applaudis à leur succès.» Et dans une autre lettre : «Les Haïtiens ont sur mon coeur des droits inaltérables». Tels sont les sentiments de l'Abbé Grégoire envers nous. Par contre les esclavagistes des Deux-Mondes saluèrent par des exclamations d'horreur et des cris de réprobation notre naissance à l'Indépendance. Quoi ! Un peuple hoir autonone? Qu'est-ce cela? Aussitôt il se forma à l'Etranger une conspiration tacite pour médire de nous à tout propos. Une guerre civile éclate-t-elle en Haïti? On nous ridiculise, on nous injurie, on nous soufflète de sarcasmes. Le même fait se passe-t-il en Europe ou ailleurs ? On en parle sans commentaires désagréables. En vérité, on dirait que pour les Européens nous devrions avoir la conduite exemplaire des saints. On nous dénie le droit de prendre un chemin détourné. Sinon, on crie haro sur nous. Cette oeuvre systématique de dénigrement n'a d'autre but que de faire crouler dans la honte et sous la risée générale notre jeune nationalité noire. La haine de notre haute situation morale comme nation souveraine se manifesta par sursauts, même chez des esprits qu'on croirait affranchis de tout vain préjugé. Ajoutez que les anciens colons de SaintDomingue, malgré la proclamation de notre Indépen- on, on crie haro sur nous. Cette oeuvre systématique de dénigrement n'a d'autre but que de faire crouler dans la honte et sous la risée générale notre jeune nationalité noire. La haine de notre haute situation morale comme nation souveraine se manifesta par sursauts, même chez des esprits qu'on croirait affranchis de tout vain préjugé. Ajoutez que les anciens colons de SaintDomingue, malgré la proclamation de notre Indépen- --- Page 29 --- — 25 — dance ne désespéraient point de nous ramener sous le joug. Ces diables d'hommes étaient des gloutons qui ne se résignaient point à perdre une si bonne pièce de gibier. Voyant que leurs manoeuvres n'aboutissaient à rien, ils suggèrent à Sa Majesté très chrétienne Louis XVIII d'employer les bons offices de la religion pour parvenir aux fins désirés. D'accord avec le Pape, le Roi de France nous dépêcha l'abbé Glory qui débarque sur nos plages comme Vicaire Apostolique. Il avait pour mission occulte de travailler les Haïtiens ses ouailles, à accepter la souveraineté française. On comptait sans l'abbé Grégoire sentinelle vigilante qui déjoua ce complot ourdi contre notre Indépendance nationale. Grégoire dévoila à Boyer le dessein des Bourbons. En dépit de l'avertissement, Boyer accueillit avec considération l'abbé Glory. Il paraît que ce Chef d'Etat était désireux d'organiser le culte religieux en Haïti. Le Clergé que nous possédions se montrait en révolte ouverte contre la morale. Force fut au Président de la République d'expulser à bref délai de notre territoire ce faux vicaire du Christ, qui semait la division dans nos foyers. Afin de nous prémunir dorénavant contre de pareils pièges, Henri Grégoire rédigea à notre intention une missive d'une particulière gravité dé pensée. «La religion, nous dit-il, étant ce qu'il y a de plus sacré, de plus cher, de plus important, pour l'homme, est par la même raison exposée aux spéculations des pharisiens qui s'en servent pour parvenir à leurs fins. Fasse le ciel qu'un jour Haïti ait un clergé respectable et qui procure à cette vaste contrée tous les. moyens d'y propager, d'y maintenir dans toute leur purete les principes et les moeurs de l'Eglise catholique.» Toute cette lettre ne respire que le suave parfum d'une conscience droite profondément humaine, qui voit dans la morale évangélique la base même du progrès des nations. qui s'en servent pour parvenir à leurs fins. Fasse le ciel qu'un jour Haïti ait un clergé respectable et qui procure à cette vaste contrée tous les. moyens d'y propager, d'y maintenir dans toute leur purete les principes et les moeurs de l'Eglise catholique.» Toute cette lettre ne respire que le suave parfum d'une conscience droite profondément humaine, qui voit dans la morale évangélique la base même du progrès des nations. Les principes religieux largement répandus, à cette époque, dans notre pays, eussent beaucoup contribué à le moraliser. Ils eussent servi de digue aux superstitions de la masse. L'Evangile bien enseigné jette dans les --- Page 30 --- — 26 — âmes des semences qui fructifient à leur insu. Quand on commente avec foi à un peuple ces paroles du Christ: «Aime ton prochain comme toi-même » ou cette autre notion : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit,» on le prépare à la vraie vie. morale, puisqu'on lui inculque un idéal de justice et de fraternité. L'homme élevé religieusement peut, dans la suite, rejeter le dogme. Sa conscience demeure néanmoins telle que l'a modelée la foi naïve de son adolescence. On devient un «esprit fort» ou un «libertin,» on chansonne les curés, on scrute les hauts problèmes de l'être avec une entière indépendance d'esprit, on reste en dépit de cela un honnête homme. Ce qui est vrai pour l'individu Test aussi pour une nation. L'influence de la religion constitue une aide efficace à l'évolution des sociétés. Mais il faut des prêtres dévoués pour servir de missoionnaires de la foi. «Les disciples du Christ, dit l'abbé Grégoire, ne doivent penser qu'au salut des âmes. Sinon, ce sont des falsifications, passibles de la même réprobation que les faux-monnayeurs. » L'abbé Glory était de ceux-là. Il lança un Mandement qui provoqua des désordres publics et un conflit d'autorité avec l'Exécutif. Fort à propos, Henri Grégoire, avait conseillé à Boyer de ne permettre l'exécution en Haïti d'aucune bulle du Pape ou d'un acte quelconque de l'autorité religieuse sans l'autorisation préalable du Gouvernement. Pour appuyer d'un exemple cette recommandation, Grégoire prit la peine d'indiquer au Président la page «De la Description de Saint-Domingue», de Moreau de SaintMéry, où il est parlé du refus de Louis XV d'autoriser l'enregistrement d'un bref de Benoit XIV, en l'année 1745, sur les affaires religieuses dans les colonies. Grégoire ne se rappela peut-être pas qu'à Saint-Domingue, sous l'administration de Toussaint-Louverture, celui-ci eut à édicter une mesure semblable. Christophe, de son côté, fut trop partisan du principe d'autorité pour ne réglementer un point de cette importance. Si Boyer avait agi comme le lui avait suggéré Henri Grégoire, registrement d'un bref de Benoit XIV, en l'année 1745, sur les affaires religieuses dans les colonies. Grégoire ne se rappela peut-être pas qu'à Saint-Domingue, sous l'administration de Toussaint-Louverture, celui-ci eut à édicter une mesure semblable. Christophe, de son côté, fut trop partisan du principe d'autorité pour ne réglementer un point de cette importance. Si Boyer avait agi comme le lui avait suggéré Henri Grégoire, --- Page 31 --- les intrigues de Glory n'eussent pu se perpétrer. Les agissements de ce triste personnage eurent pour résultat de ranimer le zèle de Grégoire envers les Haïtiens. Il devint l'éducateur intellectuel et moral de notre nation, son conseiller éclairé, et parternel. Le gouvernement des sociétés est chose difficile, complexe. Il ne suffit pas de l'intelligence et de la bonne foi pour résoudre les problèmes que soulève l'existence d'un pays. Il faut plus que l'application d'esprit, il faut un discernement dont rarement sont capables les jeunes nations. On ne devine par la science ; la science s'apprend. Le vénérable Grégoire mit à notre disposition le trésor de son expérience. Sachant qu'elle est la valeur de l'instruction pour un peuple comme le nôtre, qui sort à peine de s'affranchir de l'esclavage, il expédia à Boyer, avec une lettre courtoise, un lot considérable de livres. On ne pouvait faire un don plus précieux à notre République, naissante. «Il vous importe disait-il à Boyer, d'avoir une bibliothèque publique, une pour le Gourvernement, une pour le Lycée : votre sagesse statuera sur l'application des livres que je vous envoie.» En France, Grégoire avait contribué à acclimater dans les moeurs l'usage de la bibliothèque publique. Dans son célèbre Rapport sur les excès du Vandalisme, il définit avec bonheur le rôle et futilité des bibliothèques ». ces ateliers de l'esprit humain». En nous envoyant des livres, il pensait au bien que nous en tirerions, tout en obéissant à une inspiration familière de son esprit. Le livre est un élément puissant de perfectibilité, non moins admirable que la religion elle-même, source initiale des progrès moraux. L'instruction acquise à l'école se perd si elle n'est pas alimentée par la lecture. C'est à quoi répondent les bibliothèques. L'esprit de l'homme ressemble à une lampe qu'il faut remplir d'huile à chaque instant, sinon il s'éteint, il faiblit. Par malheur, à qui Grégoire donnaitil le conseil de développer chez notre peuple, le goût de l'instruction et de. la lecture ? A Boyer, l'homme le moins propre à l'écouter. Boyer était l'ennemi déclaré de tout savoir. Il ne tenait à régner que dans l'ignoran- èques. L'esprit de l'homme ressemble à une lampe qu'il faut remplir d'huile à chaque instant, sinon il s'éteint, il faiblit. Par malheur, à qui Grégoire donnaitil le conseil de développer chez notre peuple, le goût de l'instruction et de. la lecture ? A Boyer, l'homme le moins propre à l'écouter. Boyer était l'ennemi déclaré de tout savoir. Il ne tenait à régner que dans l'ignoran- --- Page 32 --- ce. Aussi dut-il reléguer dans quelque coin les livres offerts si gracieusement par Grégoire. Lui-même ne lisait plus ou dédaignait d'apprendre dans les ouvrages ses devoirs de Chef d'Etat. L'esprit et le coeur du peuple haïtien ont été étouffés dès le berceau par ce système gouvernemental absurde de Boyer qui, pendant vingt-cinq ans, priva le pays de toute instruction. Et c'était par l'instruction qu'on pouvait arracher notre population à la misère et l'élever à la dignité de la liberté. Lakanal disait vrai : « Un peuple ignorant ne peut être libre :» Boyer avait d'autant plus de tort qu'à cette époque l'âme tendre et malléable de notre nation offrait un admirable terrain de culture. Jusqu'à présent nôtre élite manque encore à ses devoirs intellectuels envers le peuple. C'est d'un égoïsme imprévoyant, car la générosité à l'égard de nos foules eut épargné à notre pays bien des vicissitudes. Boyer et son entourage se sentaient tellement coupables qu'ils se plurent à jeter la poudre aux yeux du digne Grégoire en lui expédiant des rapports mensongers sur la valeur et l'état prospère de nos écoles, alors qu'ils fermèrent celles ouvertes par Christophe dans le Nord de l'Ile et qu'on n'en fonda aucune dans toute la République. Grégoire ne demandait qu'à croire à ce qu'on lui exposait de favorable et d'élogieux pour Haïti. On est si confiant envers ceux qu'on aime! La vérité finit toujours par être connue. Cela ne saurait avoir la vertu de ralentir l'ardeur du brave abbé dans son rôle de précepteur de notre jeune nation. Il continua à nous prodiguer de bons avis. Notre République méditait de réunir sous son drapeau la partie orientale de l'île, détachée de son giron depuis les événements de 1802. Grégoire nous aida à réaliser cet idéal. Il expédia à Boyer des écrits publiés en espagnol contre la traite des noirs et qui étaient destinés aux Dominicains. Grégoire fit cette recommandation à Boyer. «Il serait bon, lui dit-il, de faire connaître ces écrits à Santo-Domingo qui projette ou même se propose de se réunir à vous. Heureuses les révolutions qui s'opèrent sans effusion de sang ! Il --- Page 33 --- — 29 — importe de préparer cette réunion de sorte qu'elle soit de part et d'autre désirable, honorable et profitable « L'événement annoncé par Grégoire ne tarda point à s'accomplir. Si j'ai bonne mémoire, la missive de ce philanthrope est du 21 Août 1821, et à la fin de la même année, voilà que les provinces orientales arborèrent d'elles-mêmes notre bicolore étendard et s'adjoignirent à nous. — importe de préparer cette réunion de sorte qu'elle soit de part et d'autre désirable, honorable et profitable « L'événement annoncé par Grégoire ne tarda point à s'accomplir. Si j'ai bonne mémoire, la missive de ce philanthrope est du 21 Août 1821, et à la fin de la même année, voilà que les provinces orientales arborèrent d'elles-mêmes notre bicolore étendard et s'adjoignirent à nous. Dans la circonstance, Boyer agit avec tact et prudence, comme le lui conseilla Grégoire. Il n'entreprit pas d'agression armée contre l'Est. Il sut différer, temporiser, transiger. Il envoya des agents secrets pour préparer le pacte d'amitié avec la Dominicanie. Le succès couronna cette politique de modération. Enfin, je ne prétends pas énumérer tout ce que nous devons à l'abbé Grégoire. Pardonnez si l'abondance des services rendus condamne à la brièveté de la nomenclature. Je n'aurai garde de passer sous silence comment Grégoire prêcha constamment aux Haïtiens la concorde et l'union, l'oubli des distinctions d'origine et de peau. La question de couleur est une fleur vénéneuse née sur le fumier colonial. Ne respirez pas cet arôme dangereux, nous cria Grégoire ; ne laisser pas ce venin s'infiltrer dans votre sang si vous ne voulez qu'il attaque à la vitalité de la nation. Pour remplir vos destinées, il faut, ajoute-t-il, « former ce faisceau indestructible dont un père mourant offrait l'emblème à sa famille.» Il connaissait si bien la force invincible des préjugés d'épiderme que, dans son legs Testamentaire, Grégoire laissa une somme à la Société française d'abolition de l'esclavage pour décerner un un prix à l'auteur qui exposerait les meilleurs moyens d'extirper le préjugé de couleur. La Société ouvrit un concours. V. Schoelcher présenta un opuscule : Examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sang-mêlés. Il remporta une mention honorable. «L'atrophie de toutes les facultés de l'esprit est au fond de toute servitude », soutint Schoelcher qui préludait ainsi à l'oeuvre de toute sa vie. Nous rapportons ce fait pour prouver que, même après --- Page 34 --- — 30 — sa mort, Grégoire voulut encor contribuer de quelque manière à délivrer l'humanité d'un fléau qui lui fit autant de mal que les guerres de religion... L'Evêque de Blois, jugeant que rien de ce qui regarde l'homme ne doit nous être indifférent, nous envoya un Appel des Grecs de Paris sollicitant de notre pays des secours en soldats et en argent pour la délivrance de la patrie d'Homère et de Démosthènes du joug de la Turquie. Il est bien vrai que, sous Pétion, nous avions volé au secours de Bolivar et contribué de notre sang et de notre or à l'émancipation du Vénézuela et de toute l'Amérique hispano-américaine. La Grèce était si loin ! et tant d'événements intérieurs réclamaient notre vigilance que nous nous sommes contentés de fournir quelque aide en argent aux Hellènes, avec nos voeux pour le triomphe de leur cause. C'était peu, mais une manifestation morale en faveur de la liberté et en faveur d'un principe compte toujours dans la balance des impondérables... Juste ciel! 'émancipation du Vénézuela et de toute l'Amérique hispano-américaine. La Grèce était si loin ! et tant d'événements intérieurs réclamaient notre vigilance que nous nous sommes contentés de fournir quelque aide en argent aux Hellènes, avec nos voeux pour le triomphe de leur cause. C'était peu, mais une manifestation morale en faveur de la liberté et en faveur d'un principe compte toujours dans la balance des impondérables... Juste ciel! Grégoire avait donné trop de preuves irrécusables de son dévouement envers notre jeune peuple pour que celui-ci ne pensât à témoigner par un geste quelconque ses sentiments de pieuse reconnaissance. Boyer imagina (le coeur rend parfois intelligent) d'expédier à Grégoire vingt-cinq mille livres de café d'Haïti pour son usage personnel. Il marqua dans une lettre à l'illustre négrophile « combien les Haïtiens étaient profondément pénétrés des services que lui, Grégoire, rendit à la cause de leur émancipation civile et politique.» Boyer ajouta qu'il présumait que Grégoire « boirait, avec plaisir du café cultivé et récolté par des mains d'hommes libres.» Le vénérable abbé répondit qu'il acceptait bien cet envoi, et à la vérité, nul autre cadeau n'aurait pu lui donner autant de plaisir. Vous en conviendrez, si je vous dis que notre café avait fait les délices des principaux rédacteurs de l'Encyclopédie. Jean-Jacques Rousseau, Diderot, Buffon, d'Alembert absorbèrent avec joie cette puissante li- --- Page 35 --- — 31 — queur cérébrale qui les excitait à penser. Toujours à propos de ce présent, Grégoire écrivit à Boyer « Il faut que je justifie par l'emploi une bienveillance si marquée. Pour ce, le prélat ordonna au négociant du Havre où fut consignée l'expédition de café «de ne lui en faire parvenir que deux livres. » Toute la cargaison (sauf ces deux livres ( fut vendue, et l'argent gardé à la disposition de Grégoire. Il invita à dîner quelques amis des Noirs auxquels à la fin du repas, on servi ce bon, substantiel et aromatique café d'Haïti qui rend le coeur gai et l'esprit chaleureux. au négociant du Havre où fut consignée l'expédition de café «de ne lui en faire parvenir que deux livres. » Toute la cargaison (sauf ces deux livres ( fut vendue, et l'argent gardé à la disposition de Grégoire. Il invita à dîner quelques amis des Noirs auxquels à la fin du repas, on servi ce bon, substantiel et aromatique café d'Haïti qui rend le coeur gai et l'esprit chaleureux. « Quant à la somme retenue par le négociant, raconte l'historien haïtien Beaubrun-Ardouin, Grégoire l'employa en partie à la publication de quelques ouvrages qu'il rédigea sur la morale religieuse, expressément pour Haïti, où il les expédia, l'insurrection de la Grèce, que toute l'Europe assistait alors, profita de l'autre partie, quelque minime qu'elle fut. » Quel homme que Grégoire : Boyer lui proposa de venir habiter Haïti. Il n'accepta pas l'aimable invitation pour des raisons qu'il déduisait dans une lettre inédite au Secrétaire-Général inginac, à la date du 8 Septembre 1820. Donnons-en quelques extraits : « quand j'ai plaidé la cause des Africains et de leurs descendants, j'étais entraîné par la conviction de mon esprit et la propension de mon coeur ; en goûtant un plaisir, j'acquittais un devoir de justice, Car je tiens pour maxime que nous sommes obligés à faire tout le bien qui est en notre pouvoir. Si cette obligation pouvait être plus ou moins stricte, elle lierait plus étroitement des prêtres, des Evèques qui, par leur état sont dévoués à prêcher de parole et d'exemple. D'ailleurs issus de la même tige, rapprochés par leur consanguinité originaire, les individus et les peuples, membres de la grande famille, ne sont-ils pas tenus solidairement de s'aimer et de s'aider? Chacun ne doit-il pas se hâter d'acquitter cette tâche dans le cours de la vie toujours trop longue pour faire le mal et trop courte pour faire le bien... Quand je pris la plume pour attaquer le despotisme, --- Page 36 --- — 32 — la féodalité, l'inquisition, quand je défendis l'auguste religion contre des fanatiques qui érigeaient en dogme l'obéissance passive, calomniant le christianisme ou voulant lui associer l'esclavage; quand je réclamai les droits civils et politiques pour les enfants de l'antique Israël, quand j'élevai la voix en faveur de cette portion nombreuse de l'espèce humaine que la cupidité meurtrière tyrannisait en Afrique et en Amérique, j'étais bien certain que j'ameuterais les passions les plus hideuses chez les oppresseurs. Trente-deux ans de révolution ont été pour moi une traversée très orageuse, la fureur de mes ennemis développée avec plus de violence depuis 1814 a depuis un an atteint son maximum. Vous avez pu le juger en voyant neuf à dix députés abusant de l'inviolabilité de leur position, infâmes calomniateurs, mentir sciemment contre moi et vomir à la tribune des impostures lâchement tolérées et restées impunies... Prenez les journaux du temps, ils vous fourniront la liste de ces assassins de réputation bien plus homicides que ceux qui égorgent et qui passeront nominativement à l'histoire avec leur flétrissure et leur pardon que je leur accorde. uf à dix députés abusant de l'inviolabilité de leur position, infâmes calomniateurs, mentir sciemment contre moi et vomir à la tribune des impostures lâchement tolérées et restées impunies... Prenez les journaux du temps, ils vous fourniront la liste de ces assassins de réputation bien plus homicides que ceux qui égorgent et qui passeront nominativement à l'histoire avec leur flétrissure et leur pardon que je leur accorde. La chaleur d'une contrée située entre les tropiques et surtout mon âge interdisent pour jamais d'accéder aux invitations flatteuses que j'ai reçues d'aller y finir ma carrière. Malgré moi, j'arrive à l'article spécial des lettres que vous m'avez écrites ; il m'a peiné (je vous le déclare dans la sincérité de mon âme et sans y mêler une fausse modestie) quoique ces instances de la part du premier magistrat pour avoir un portrait soient très honorables, cette demande ne peut ni stimuler ni amortir mon zèle pour la cause que j'ai défendue, mais elle a diminué le plaisir que je goûtais en m'y livrant avec le désir unique de faire une oeuvre utile et d'être oublié... Je me rappelle avec effroi une phrase de Saint-Augustin qui disait en parlant de certains hommes morts ; « on les loue là où il ne sont pas ; ils sont tourmentés là où ils sont.» Faibles et misérables que nous sommes tous, --- Page 37 --- — 33 — quelle garantie avons-nons de la persévérance d'un individu à faire le bien ! Tel qu'aujourd'hui on préconise sera demain très méprisable, très coupable si là grâce céleste ne le soutient : voilà la seule chose dont j'ai besoin, le seul appui véritable contre les persécutions passées, présentes et futures, car elles ne sont pas à leur fin.» Lettre aimable et délicieuse, et noble et poignante : Elle montre Grégoire tel qu'il s'offre à l'imagination avec son caractère désintéressé, ses élans de bonté, son oubli des injures, ses sentiments d'obligation morale envers l'humanité. Il n'est jusqu'à la négligence du style qui ne témoignage de la sincérité des sentiments. Mais il est bon de rappeler que des froissements se produisirent à un moment entre Grégoire et Haïti. Le portrait de l'Evêque de Blois ornait la salle de séance de notre Sénat et le salon de réception du Palais présidentiel. Dans les solennités qui eurent lieu, en 1825, à l'occasion de la reconnaissance de notre Indépendance nationale par la France, on crut nécessaire, pour plaire aux Envoyés officiels de Sa Majesté trés chrétienne Charles X d'enlever l'image du philantrope des lieux où elle était placée. Le Protocole n'admettait pas que le portrait du « régicide » frappât la vue des Délégués du Roi. Le fait fut rapporté à Grégoire, qui s'en formalisa. On dit qu'il prononça des paroles vengeresses de notre conduite à son égard : « On presse l'orange, et on jette l'écorce. » Au Banquet offert au baron de Mackau, auquel assistaient les hauts fonctionnaires haïtiens et les officiers français des navires en rade, le Sénatenr Rouanez porta un toast : «Au vénérable Henri Grégoire, le constant ami des Haïtiens et de tous les hommes de la race noire: « Le baron de Mackau et sa suite ne concoururent point à ce toast, qu'on ne reproduit pas dans le journal officiel d'Haïti : « Le Télégraphe. » ert au baron de Mackau, auquel assistaient les hauts fonctionnaires haïtiens et les officiers français des navires en rade, le Sénatenr Rouanez porta un toast : «Au vénérable Henri Grégoire, le constant ami des Haïtiens et de tous les hommes de la race noire: « Le baron de Mackau et sa suite ne concoururent point à ce toast, qu'on ne reproduit pas dans le journal officiel d'Haïti : « Le Télégraphe. » Des plénipotentiaires haïtiens envoyés à Paris pour remplir une Mission ne visitèrent Grégoire qu'après l'échec des pourpalers et au moment même de leur re- --- Page 38 --- — 34 — tour en Haïti. L'Evêque de Blais conçut un réel chagrin de ces procédés et rédigea ses Adieux au peuple haïtien. Pauvre Grégoire! Peu de temps après, il mourait sans bruit, sans trouble, sans faiblesse, Il s'éteignit doucement, avec la conscience reposée de l'ouvrier dont la journée a été bien remplie. On célébra des services solennels en son honneur dans toute l'étendue de la République. On donna son nom à une des principales rues de notre Capitale. La mémoire de ce vertueux abbé subsistera éternellement chez les hommes de notre race. Tant qu'il y aura une Haïti sur la carte du monde, son souvenir y sera respecté et glorifié. Nous méditerons sur cette phrase sortie de sa plume: «J'identifie mes intérêts avec ceux de mes frères, quels que soient leur couleur, leur pays, leur origine. » ( Lettre à Iginac du 8 Septembre 1820.) Il eût été à souhaiter que l'Humanité entière recueillit comme exemple cette existence d'une si harmonieuse unité. Par la façon dont vécut Grégoire, il rend plus précis et comme plus apparent le sens même de la vie ! DURACINÉ VAVAL --- Page 39 --- Nous sommes heureux de publier le Mémoire du professeur Urban sur la Géographie Botanique d'Haïti, extrait du IXe volume des Symbolae Antillanae. La grande maison d'édition Borntraegger frères nous a donné l'autorisation nécessaire. SUR LA GÉOGRAPHIE BOTANIQUE D'HISPANOLA PAR LE PROFESSEUR IGNACE URBAN Tiré du IXe Vol. des Symbolae Antillanae Tome I ( 1923-1928 ) Traduction de M. Emil Zimmerman revue par le Dr C. Pressoir. Hispagnola, qui est après Cuba la plus grande des Antilles, fut découverte par Colomb, dans son premier voyage, le 6 décembre 1492, et reçut de lui ce nom, qui signifie: Petite Espagne. A l'Est, l'île est séparée de Porto-Rico par le passage de la Mona ; à l'ouest elle se termine dans deux presqu'îles entourant le golfe de Port-au-Prince et séparées de la Jamaïque et de Cuba par le Canal de la Jamaïque et le Canal du Vent. La superficie ( y compris celle des petites îles adjacentes, la Tortue, la Gonâve, l'Ile à Vache, et la Saona) est de 77.254 Km2, un peu plus que celle de la Bavière. Ce fut là que les Espagnals fondèrent leurs premiers établissements en Amérique. Les populations indigènes comprenaient les paisibles et faibles Taïnis, et à côté d'eux dans le nord-est et le sud-est de l'île des Caraïbes --- Page 40 --- — 36 — is celle des petites îles adjacentes, la Tortue, la Gonâve, l'Ile à Vache, et la Saona) est de 77.254 Km2, un peu plus que celle de la Bavière. Ce fut là que les Espagnals fondèrent leurs premiers établissements en Amérique. Les populations indigènes comprenaient les paisibles et faibles Taïnis, et à côté d'eux dans le nord-est et le sud-est de l'île des Caraïbes --- Page 40 --- — 36 — et des Arowaks immigrés du' continent sud américain, en tout à peu près un million d'âmes.. Cette, race étant venue à s'éteindre après quelques décades par suite des travaux forcés auxquels elle n'était pas habituée, qui lui furent imposés par les maîtres Espagnols, on introduisit dans l'île, de 1502 à 1510, sur les conseils de l'historien et philantrope las Casas, des nègres africains, qu'on utilisa comme esclaves. Malgré cela, la colonie d'abord florissante, déchut de plus en plus pendant les deux siècles suivants jusque vers 1697, époque de la paix de Ryswyk qui donna aux Français la partie occidentale de l'île dénommée par eux St-Domingue, que ces derniers portèrent à un état de civilisation relativement élevé. Les capitales de Saint-Domingue, furent le Cap Français (Cap-Haïtien) sur la côte nord et Port-au-Prince, dans le coin le plus retiré du golfe occidental. Vers le milieu du XVIIIe siècle il y, avait déjà à Portau-Prince un jardin botanique placé sous l'inspection d'un homme de métier, créé pour la culture des plantes utiles, que l'on obtenait d'une part à l'aide de semences d'autre part de plantes importées vivantes des colonies françaises des Indes et des îles de l'Afrique orientale, surtout de l'Ile de France (aujourd'hui Ile Maurice,) et anssi des Antilles Anglaises avoisinantes. En 1791, les Nègres de la partie occidentale de l'Ile se levèrent contre leurs domitateurs européens et après des massacres sanglants et des dévastations abominables, ils les forcèrent à abandonner la colonie qui se fit indépendante sous le nom de République d'Haïti. La Partie orientale, plus grande, fut cédée par l'Espagne à la France, à la paix de Bâle en 1795. Après l'expulsion des Français cette partie resta unie avec Haïti jusqu'en 1844. A cette époque elle devint indépendante sous le nom de République Dominicaine. Là, les mulâtres et les nègres parlent l'espagnol, tandis qu'en Haïti les nègres parlent le français. République d'Haïti. La Partie orientale, plus grande, fut cédée par l'Espagne à la France, à la paix de Bâle en 1795. Après l'expulsion des Français cette partie resta unie avec Haïti jusqu'en 1844. A cette époque elle devint indépendante sous le nom de République Dominicaine. Là, les mulâtres et les nègres parlent l'espagnol, tandis qu'en Haïti les nègres parlent le français. L'exploration botanique de l'île commence avec le prêtre français Charles Plumier qui fit trois voyages en --- Page 41 --- — 37 -— Haïti, de 1689 à 1697. Dans le premier voyage il fut accompagné par le médecin J.D. Surian. Plumier rapporta une foule de portraits et de descriptions dés plantes étudiées. Son champ d'exploration comprit : dans le Sud, l'Ile à Vaches et la côte jusqu'aux Anses à Pitres; les rivages du lac de Miragoâne, Petit Goâve et Grand Goâve, Léogane, et dans cette région surtout le Fond de Baudin et les bords de la Grande Rivière, et de plus le Fond des Nègres, le Fond Parisien, l'Etang Saumâtre et le grand Cul-de-Sac. Dans la partie du nord son champ d'exploration fut la Rivière Froide, jusqu'à ses sources ( Trois Rivières ? ) les environs de Port de Paix ; de là vers l'Ouest, le Moustique et vers le nord, l'Ile de la Tortue, sur la Montagne Ronde, aujourd'hui inconnue, la Montagne de la Musique et la savane de la Fougère. Les oeuvres qu'il a lui-même éditées sont : « Descripcription des plantes de l'Amérique, avec leurs figures » 1693 ; « Novaplantarum americanarum genera,». 1703; « Catalogus plantarum Americanarum » 1703; et le « Tractatus de felicibus Americains, » 1705. La plus grande partie de ses travaux était encore en manuscrit quand il mourut en novembre 1704. J. Burman tira de ces manuscrits et publia en 1755-60 les fascicules 1 à 10 des « Plantarum Americanarum. ». Le reste, qui est encore considérable, n'est pas encore publié et se trouve dans la bibliothèque du Jardin des Plantes, à Paris. Les nombreuses espèces nouvelles décrites par Plumier ont été acceptées sans exception, par Linné, mais souvent avec changement du nom originaire et elles sont encore acceptées jusqu'à aujourd'hui. Les espèces nouvelles furent décrites par Linné avec les deux noms: L'herbier de Surian est conservé dans la division botanique du Museum d'Histoire Naturelle de Paris. Plumier lui, n'a pas herborisé. Urban Symb. Ant I p. 123—130, III p. 101—103, et la vie et les oeuvres de Plumier avec une clef pour ses plantes à fleurs dont Fedde Repert. ( Beiheft Band V (1920) 196 pages ) --- Page 42 --- — 38 — A. Minguet qui vécut de 1698 à 1722 au Dondon (au nord-ouest d'Haïti, et qui examinait les plantes pour leur valeur médicale n'a pas laissé d'herbier. Son nom est resté jusqu'à aujourd'hui parmi les habitants reconnaissants de cette contrée dans celui de « liane à Minguet» et dans celui de localité appelée Voûte à Minguet (Symb I. page 108) 42 --- — 38 — A. Minguet qui vécut de 1698 à 1722 au Dondon (au nord-ouest d'Haïti, et qui examinait les plantes pour leur valeur médicale n'a pas laissé d'herbier. Son nom est resté jusqu'à aujourd'hui parmi les habitants reconnaissants de cette contrée dans celui de « liane à Minguet» et dans celui de localité appelée Voûte à Minguet (Symb I. page 108) Mais on trouve des plantes de Poupée-Desportes dans d'herbier de Jussieu, à Paris. P. Desportes travailla comme médecin au Cap de 1732 à 1748 et dans son oeuvre « Histoire des maladies de St-Domingue vol. III pages 3 à 56, il a aussi donné un «Traité abrégé des plantes usuelles de St-Domingue» avec leurs noms tant français, caraïbes, que latins et leurs propriétés et usages. Dans cet abrégé près de 300 espèces sont dénommés. Il les a en partie identifiées avec les noms des espèces de Plumier, et en partie, il les a décrites plus ou moins en détail sans nom d'espèce. Elles ne sont pas à identifier avant d'avoir vu les originaux. ( Symb. I p. 37-38, III p. 37 ) L'autrichien N. J. Jacquin pendant son voyage dans les Indes occidentales visita l'île en 1757-58, ( probablement d'Octobre à Janvier) et il herborisa au golfe de Bayaha, près de Jacquezy, Limonade, Cap-Haïtien, au nord; et dans le sud, près de Port-au-Prince et de Léogane. Dans ses différentes oeuvres il a décrit 77 espèces nouvelles de ces régions. Les originaux sont gardés au Natural History Museum, à Londres. ( Symb 1 p. 75-78, III. p. 65-66) Il est très invraisemblable que Aublet, l'explorateur bien connu de la flore de la Guyane française ait herborisé pendant son séjour au Môle St Nicolas, en 1764. Les espèces de Plumier qu'il cite dans son oeuvre sur la Guyane sont transférées par lui dans la Nomenclature binaire et n'existent pas pour la plus grande partie dans la Guyane, comme on l'avait à tort supposé. Son herbier se trouve au Natural History Museum de Lon- --- Page 43 --- — 39 — dres. ( Symb. III p. 18 et la vie et les oeuvres de Plumier p. 8. ) Les plantes attribuées à Commerson viennent sans doute de Tussac (voyez plus bas ) Le Père Nicolson, dans son «Essai sur l'Histoire Naturelle de l'Isle de St-Domingue » a donné par ordre alphabétique, selon leurs noms vulgaires une liste d'environ 400 plantes qu'il a minutieusement étudiées et décrites, avec des données sur leur provenance, leur utilisation et leurs propriétés médicales. Parmi les plantes (abgebildeten ) dessinées, j'ai pu identifier une comme Lagetta lintearia, très rare dans l'île et une autre comme Omphalea commutata, qu'on n'a pas pu rencontrer dans l'île de nos jours. Comme l'auteur n'a pas laissé d'herbier et que les plantes ne peuvent pas être reconnues par, la seule description, ses observations sont sans valeur pour la science. (Symb. I. p. 116-117) De Thierry de Menonville, directeur du Jardin colonial de Port-au-Prince, mourut en 1780. Lagetta lintearia, très rare dans l'île et une autre comme Omphalea commutata, qu'on n'a pas pu rencontrer dans l'île de nos jours. Comme l'auteur n'a pas laissé d'herbier et que les plantes ne peuvent pas être reconnues par, la seule description, ses observations sont sans valeur pour la science. (Symb. I. p. 116-117) De Thierry de Menonville, directeur du Jardin colonial de Port-au-Prince, mourut en 1780. Il a récolté des plantes qui se trouvent aux Musées de Paris et de Montpellier (in herbier Thouin ) — ( Symb. III. p. 136. ) Le botaniste suédois Swartz a considérablement contribué à la connaissance de la flore d'Haïti pendant son séjour d'ans ce pays, de décembre 1784 à juin 1785, par sa description exacte de ses collections, dans son oeuvre en 3 volumes : Flora Indiae Occidentalis. Malheureusement les notes sur les lieux de provenance, Cul de Sac, Montagnes de St Louis, et Rivière du Pin, dans le nord de l'île, sont rares. La collection principale se trouve au Musée National à Stockholm et au Natural History Museum de Londres. De petites collections se trouvent à Berlin, Münich, Copenhague, dans l'herbier de la Société Linnéenne, dans celui de de Candolle, et à Bruxelles. (Symb. III p. 27, 80-81.) L. C. Richard, dans son voyage aux Indes Occidentales en 1786-87 herborisa aussi en Haïti. Il lui manque de notes sur les lieux visités. Son herbier changea plusieurs fois de propriétaire. Son fils Achille Richard en hérita --- Page 44 --- — 40 — d'abord, ensuite le comte A. de Franqueville l'acheta, et après la mort de celui-ci en 1891, il passa à Drake Del Castillo, qui céda ses collections, par testament, au Museum de Paris. ( Symb. III p. 111-112. ) F. R. de Tussac arriva en Haïti en 1786 et s'y adonna pendant 15 ans à l'étude de la flore. Il herborisa dans les environs de Jérémie, Port-au-Prince, Saint-Marc ; dans la plaine Désolée, entre l'Artibonite et les Gonaïves ; près de l'Arcahaie, Ste-Suzanne, Port-Français, et surtout près du Cap. Dans l'incendie de cette dernière ville, le 15 février 1802 les 2000 dessins environ qu'il avait furent brûlés, mais il put sauver les manuscrits et les herbiers. Son oeuvre concise Flora Antillarum n'a enrichi la flore d'Haïti que d'une manière insignifiante parce que le nombre des espèces dont il est traité dans ce livre ne dépasse pas 127, dont quelques-unes sont considérées à tort comme originaires de l'île. En 1807, Tussac fit cadeau à Jussieu d'un petit nombre de plantes. La collection principale paraît avoir été acquise par de Fée dont l'herbier fut vendu à l'Empereur du Brésil. De Fée avait donné des duplicata à Desvaux ( maintenant à Paris ) à de Candolle, à Florence et à Berlin ( de la Martinique, de la Jamaïque et d'Haïti; ) sur les étiquettes on a écrit au crayon, par erreur, le nom du collectionneur Commerson. ( Symb. I. p. 170-71 III p. 137-158. ) A suivre. --- Page 45 --- --- Page 46 --- --- Page 47 ---
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"RSHHGG - Novembre 1931." Revue de la Société Haïtienne d'Histoire (1931–1935), 1931. Rasin.ai. https://rasin.ai/document/rshhgg-revue_bpt6k6133749v.
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