Revue de la Société Haïtienne d'Histoire (1931–1935)
1931
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--- Page 1 --- --- Page 2 --- --- Page 3 --- REVUE DE LA Société d'Histoire et de Géographie d'Haïti Vol. 2 No 3 Port-au-Prince ( Haïti ) Juin 1931 SOMMAIRE Henri Christophe par D. VA VAL. Introduction à la Botanique haïtienne Dr E. L.EKMA N Notes PRIX : UNE GOURDE IMPRIMERIE V. VALCIN 1518, Rue du. Docteur. Aubry, 1518. PORT-AU-PRINCE, HAITI. 1931. --- Page 4 --- --- Page 5 --- REVUE DELA SOCIETE D'HISTOIRE ET DE GEOGRAPHIE D'HAITI Vol. 2 No 3 Port-au-Prince (Haïti) Juin 1931 LE ROI D'HAITI HENRI CHRISTOPHE L'HOMME ET SON OEUVRE DE GOUVERNEMENT. par Duraciné VAVAL ( Conférence prononcée le 6 Décembre 1925 à la Société d'Histoire et de Géographie d'Haïti). L'homme dont nous allons nous occuper est un des plus considérables que notre race ait produits. Il commit des excès. Mais que de hardiesse et de beauté dans ses conceptions ! Dans tout ce que Ton raconte sur Christophe, l'imagination créatrice de la légende entre pour une notable, part. La légende donne de lui une image qui permet des découvertes profondes dans son âme. L'histoire, est venue, la lanterne à la main, préciser les faits essentiels de cette vie. Elle dresse à son tour une vision qui, pour être plus réelle, n'est pas pourtant plus vraie. Il convient de synthétiser les données de la légende avec celles de l'histoire pour avoir quelque chance de contempler la véritable physionomie morale de ce personnage extraordinaire. Que l'on concède qu'il fut d'une sévérité cruelle ! En revanche, reconnaissez qu'il eut en partage les plus solides vertus privées : le dévouement à la famille, l'amour de l'ordre, la pureté des moeurs, le --- Page 6 --- -2 — sentiment de la dignité personnelle. Possède-t-on une seule de ces qualités sans qu'elle réagisse sur tout l'être? Il ne reste pas moins ce fait, que les vices de Christophe furent extrêmes. Cela provient de son individualité proé min ente et forte. Tout homme supérieur,à la masse des mortels paie le privilège que lui départit la nature. C'est au génie qui .les tourmente qu'ils doivent leurs excenIncités. L'accumulation même d'énergie nerveuse qui les porte à dépasser de la tête les autres humains amène par contrecoup des désordres dans l'organisme. Cette intraitable rigueur dont Christophe donna des preuves si multipliées qu'on se surveillait pour ne pas en pâtir, quelle en est la cause, sinon un état névrosique, rançon peutêtre inévitable de tant de puissance active. Ce chef obéissait à des suggestions inconscientes qui prévalaient sur la raison., Impossible à ce tempérament autoritaire de s'imposer un frein. Ce qui le condamne à se charger de fautes que, plus maître de ses passions, il n'eût probablement pas commises. A ne considérer que les actes extérieurs de Christophe, on relève une sécheresse , de coeur qui n'est égalée que par,son excessif orgueil. être inévitable de tant de puissance active. Ce chef obéissait à des suggestions inconscientes qui prévalaient sur la raison., Impossible à ce tempérament autoritaire de s'imposer un frein. Ce qui le condamne à se charger de fautes que, plus maître de ses passions, il n'eût probablement pas commises. A ne considérer que les actes extérieurs de Christophe, on relève une sécheresse , de coeur qui n'est égalée que par,son excessif orgueil. L'orgueil constitue le fond de ce caractère. Quand Christophe devint roi d'Haïti,, il se crut tout permis parce que roi. Napoléon disait: «Dès qu'un homme est roi, il est à part de tous; et j'ai toujours trouvé l'instinct de la vraie politique dans l'idée qu'eut Alexandre le Grand de se faire descendre d'un dieu». (Paroles rapportées par Mme de Rémusat. ) Le roi d'Haïti ne pensait autrement. Comment soutenir qu'il trouva dans sa famille la sainteté des rois et la majesté des dieux ? Ne l'ayait-on pas vu au Cap exerçant l'état de domesticité? Ne sait-on pas qu'il fut majordome d'hôtel? N'importe! il laissera accroire qu'il était pré* destiné à jouer sur la scène du monde un rôle supérieur. Il fit répandre, le bruit, que des puissances, invisibles l'inspiraient, le protégeaient.Il essaya d'entourer sa personnes de ceanerveilleux qui forme le fond de l'his- --- Page 7 --- toire grecque et de la romaine. Il créa une sorte de secte avec rites et symboles dont les initiés se communiquaient par dès-signes convenus. A entendre le roi, il n'ignorait rien de ce qui se passait. Les esprits lui révélaient la vérité. Réellement, il tirait ses informations de sa police secrète. Lui-même, armé de longue-vue, du haut de la tourelle de son palais, épiait les figures et les gestes, observait foule de choses qu'il mettait au compte de ses conversations avec les dieux invisibles. Si la pensée de Napoléon est juste, saurait-on douter que le Chef du Nord ne fût doué de l'instinct de la vraie politique? Pourtant de quel bas-fond impur surgit cet homme qui, né dans l'esclavage, se pavana sur un trône ! Lui aussi supporta les amères injustices réservées aux gens de sa couleur. Les tourments des siens ne constituaientils pas la source des folles richesses du colon? Eût-on jamais des larmes pour les infortunes de sa race?. Ne suppliciait-on pas les pauvres africains pour la moindre peccadille? Le bruit du fouet marquait, sur lés habitations, les heures'du jour comme la cloche des églises: De même que les alluvions de la mer façonnent à la longue les grèves où se bercent ses flots, de même l'ambiance, avec ses fausses idées de lucre, ses préjugés surannés, son mépris brutal du droit influe après un certain temps sur l'organisme humain. Toute notre vie individuelle est la résultante des causes. Le milieu enveloppa l'âme de Christophe, la modela dans ses contours et. en sculpta l'image à sa ressemblance. D'où ce manque de compassion humaine, reproche fréquemment adressé à ce héros. grèves où se bercent ses flots, de même l'ambiance, avec ses fausses idées de lucre, ses préjugés surannés, son mépris brutal du droit influe après un certain temps sur l'organisme humain. Toute notre vie individuelle est la résultante des causes. Le milieu enveloppa l'âme de Christophe, la modela dans ses contours et. en sculpta l'image à sa ressemblance. D'où ce manque de compassion humaine, reproche fréquemment adressé à ce héros. Pour ce qui concerne son despotisme, comment lui en vouloir outre mesure? N'est-il pas évident que la tendance absolutiste constitue un des éléments psychologiques de notre caractère national ? Quand l'Haïtien est à la tête des affaires publiques, il-faut que sa volonté --- Page 8 --- prévale en dépit de tout. A l'occasion, la liberté, élève sa voix et cherche à barrer la route à l'arbitraire. Mais, la liberté, chez nous, reste le plus souvent une arme dans les mains des partis ou un thème à discours dans la bouche des politiciens affamés de domination. Entendez-les crier à la multitude crédule : « A bas.,l'oppression ! » Ils sont sincères au moment où ils poussent cette clameur. Ils vont jusqu'à donner leur vie pour l'écrasement de la tyrannie gouvernementale. Fort bien cela! . . . Réussissent-ils à mordre au fruit empoisonné du pouvoir? Aussitôt le naturel reprend le. dessus, et ils deviennent à leur tour oppresseurs et dictateurs ! C'est César qu'on imite et Brutus qu'on oublie ! Ne vivons-nous pas sur un sol où des torrents de feu circulent dans nos, veines, où des volcans mugissent sourdement sous-nos pas ! Sol tout recouvert d'une flore exubérante,dont émanent des effluves, énervants qui exaspèrent la sensibilité et prédisposent le tempérament à des actes de rudesse. Nous n'entendons point dire par là que la consciencene doit refouler les vagues, montantes de l'instinct. Il convenait d'entrer dans ces particularités pour mieux se rendre compte de certains traits de tempérament chez Christophe. Tout jeune, il eut la chance d'apprendre à lire et à écrire. Il s'instruisit lui-même. Le peu d'instruction qu'il se donna ne pouvait lui suffire pour saisir en toutes circonstances la pleine vérité. Se dégoûtant des situations subalternes où le sort l'attela, il s'engagea comme soldai. Il ne possédait dans la milice coloniale qu'un grade infime à l'heure où, sous le commandement du comte d'Estaing, il prit part à la guerre des Etats-Unis d'Amérique contre la GrandeBretagne. Il fut blessé à Sayanhah. Apeine retourné à St-Domingue, les événements de 1789 se déclarichèrent. Le bruit des armes retentit de tous côtés dans la colonie. hristophe seconda par son --- Page 9 --- action individuelle l'idée de liberté germée dans la bonne terre de notre, île et désormais prête à déchirer les enveloppes de ténèbres,où elle palpitait, mystérieuse. Mêlé dans les rangs de nos premiers combattants pour la cause du droit, il commença à se signaler à l'attention dés siens.Après l'affaire, du 30 Ventôse. (1), Toussaint l'éleva au grade de. chef de bataillon. Santhonax à son tour le promut colonel. Le commissairefrançais lui confia l'administration de la Petite Anse, d'où il passa à celle, de la place du Cap-Français. Le Premier des Noirs en vient à occuper la plus haute situation militaire et politique dans la colonie. droit, il commença à se signaler à l'attention dés siens.Après l'affaire, du 30 Ventôse. (1), Toussaint l'éleva au grade de. chef de bataillon. Santhonax à son tour le promut colonel. Le commissairefrançais lui confia l'administration de la Petite Anse, d'où il passa à celle, de la place du Cap-Français. Le Premier des Noirs en vient à occuper la plus haute situation militaire et politique dans la colonie. Rigaud méconnait son autorité. Toussaint dirigea contre cet adversaire ses foudroyantes Régions. Christophe, sous les ordres immédiats de Dessalines, contribue puissamment à la pacification du Sud. Au cours de cette lutte civile, dont on a dit tant de choses et qui est pourtant dans l'ordre logique et nécessaire des faits, la vraie nature de cet officier-général se fait jour ! Brave, courageux,, habile à exécuter un plan d'attaque, par contres combien inflexible de tempérament! Nul égard pour les blessés. Les femmes mêmes ne trouvent de protection à l'ombre de son bouclier d'airainIl semble avoir sur la guerre des idées moyen-âgeuses. Est-ce pourquoi, dans la répression, il se montre aveugle comme le destin. 1802 !— Leclerc se présente devant la rade du Cap à. la tête de l'armée d'Expédition. Le général Henri Chris, (1).— Voir notre conférence : Le Génie politique de Toussaint-Louverture publiée dans le Moniteur du 23 Avril au 7 Mai 1923. 20 Note communiquée par M. Gaius Lhérisson sur la Bataille de Savannah du jeudi 9 Octobre 1779. « This legion saved àrmy at Savannah by bravely covering its retreat. Among the blacks who rendered signal services at that time, were : André, Beauvais, Rigaud, Villate, Beauregard, Lambert, who latterly become generais under the Convention including Henri Christophe, the future king of Haïti( Henri Christophe received a dangerous gunshot wound in Savannah. " Paper secured by the Honorable Richard Rush, Minister of the United States to Paris, in 1849 and preserved in the Pensylvania Historical Society. 1779. By T. G. Steward. U. S. A. Washington, P. C. 1889. --- Page 10 --- tophe, gouverneur de la ville, parla au Chef français le langage en rapport avec le dramatique de l'heure. « Si vous descendez, la terre vous brûlera. » Prophétie qui se réalisa en' tous points. Neuf a onze mois passés, cette fière et brave année qui se précipita pour récolter" à St-Domingne des brassées de lauriers y vint s'abîmer dans le néant d'un niorne tombeau, qu'ombragèrent des branchés de cyprès. parla au Chef français le langage en rapport avec le dramatique de l'heure. « Si vous descendez, la terre vous brûlera. » Prophétie qui se réalisa en' tous points. Neuf a onze mois passés, cette fière et brave année qui se précipita pour récolter" à St-Domingne des brassées de lauriers y vint s'abîmer dans le néant d'un niorne tombeau, qu'ombragèrent des branchés de cyprès. Dommage que Christophe, admirablement dévoué à Toussaint au début des hostilités, ait tant, faibli dans la suite! Il fit défection le 26 Avril 1802 en faveur des Français avec une centaine de pièces d'artillerie et plus de douze cents hommes. Coup qui jeta la consternation dans rame de Toussaint. Il ne restait d'autre alternative au Premier des Noirs que la soumission au Capitainegénéral ou le repli sans gloire et sans profit dans nos inaccessibles montagnes. Lourde faute que Christophe racheta en combattant plus tard, sans relâche, les envahisseurs jusque dans leurs suprêmes retranchements! Il fût un des principaux artisans de l'Indépendance nationale. Il participa a tous les grands combats, livrés à l'ennemi, et particulièrement à l'assaut-formidable du Cap, enNovembre 1803, à la suite duquel on le promut. commandant supérieur de la division militaire du Nord, avec le,Cap pour chef-lieu et comme résidence. L'Empire proclamé, il devint généralissime des forces de terreet de mer due territoire d'Haïti. C'est ce titre qui lui valut la succession de Dessalines. -Notre première Assemblée Constituante l'élut Président d'Haïti le 28 Décembre 1806. Se rendant à la tête de son armée, à Port-au-Prince, pour prêter le serment constitutionnel, on lui en barra le passages. Il dut retourner sur ses pas. Les provinces du Nord, du Nord-Ouest et de l'Artibonite lui déférèrent la première Magistrature, d'abord sous le titre modeste de Président d'Haïti ( 17 Février l807). ensuite sous ladénomination pompeuse: de Roi d'Haïti, 28 Mars 18101). 6. Se rendant à la tête de son armée, à Port-au-Prince, pour prêter le serment constitutionnel, on lui en barra le passages. Il dut retourner sur ses pas. Les provinces du Nord, du Nord-Ouest et de l'Artibonite lui déférèrent la première Magistrature, d'abord sous le titre modeste de Président d'Haïti ( 17 Février l807). ensuite sous ladénomination pompeuse: de Roi d'Haïti, 28 Mars 18101). Aussitôt parvenu au premier rang, Christophe se pré- --- Page 11 --- sente au monde, en réformateur de haute envergure. De son esprit, sortait comme le jet de feu de la, création. Il venait de passer la quarantaine, étant né en 1707, très probablement à l'île de Saint-Christophe ou à la Grenade. De belle stature ( il mesurait près de six pieds de haut), légèrement obèse avec un buste un peu long par rapport à l'ensemble du corps, il ne manquait pourtant de prestance naturelle. Son air de grandeur imposait au vulgaire. Vous vous rappelez qu'en 1802, après la défection de Pétion au Haut du Cap, Christophe avait passé hâtivement dans le parti des insurgés. Les Congos dominaient dans les environs du Cap. Le chef SansSouci s'oublia un jour jusqu'à se conduire impoliment à l'égard de Christophe, qui dans le temps avait été chargé, par les Français, de le traquer sur les montagnes de Plaisance. Sans-Souci lui en gardait rancune. Christpphe sentant toute sa supériorité sur cet adversai. re grossier et inculte, bondit sur l'insulte et, sabre haut, marcha seul contre le chef arrogant des Congos. Il interpella Sans-Souci. «Ne sentez-vous pas que je suis' votre chef lui dit-il, colère. Sans-Souci.. interloqué, répondit : « Que voulez-vous général ? Ah ! répliqua Christophe, vous reconnaissez que je suis votre général, et vous,vous ne l'êtes pas, général; je suis donc votre chef et vous n'osez lenier ». Sans-Souci, malgré la présence de ses bandes nombreuses, baissa la tête, penaud. Le barbare fut subjugué par le prestige de l'autorité et la gravité majestueuse de l'homme. Christophe avait les yeux illuminés, le souffle des. narines et le port de tête qui dénotent un, tempérament volontaire et opiniâtre. J'ai vu son portrait authentique exécuté par un artiste de son Académie royale de peinture. Le souverain est représenté campé sur un cheval gris, avec une figure pleine de dignité et un regard parlant. Debout, près de son père, se tient le. Prince royal, en tenue de grande cérémonie où se remarque la. Croix de Saint-Henri. Il faut bien croire que ce portait ressemblait au Roi, puisque c'est lui-même qui en fit don au célèbre. Wilberforce par un artiste de son Académie royale de peinture. Le souverain est représenté campé sur un cheval gris, avec une figure pleine de dignité et un regard parlant. Debout, près de son père, se tient le. Prince royal, en tenue de grande cérémonie où se remarque la. Croix de Saint-Henri. Il faut bien croire que ce portait ressemblait au Roi, puisque c'est lui-même qui en fit don au célèbre. Wilberforce --- Page 12 --- — 8 — l'apôtre et le défenseur des Noirs au parlement britannique. Il n'y a pas à dire : le pays allait, avoir sous un tel chef un pilote hardi avec lequel il allait désormais voguer vers la haute mer; toutes voiles dehors ! Henri 1er mit debout un système d'administration réglé comme une machine. Quiconque se détournait de la voie tracée y était ramené avec rudesse, trop heureux s'il ne payait de sa vie l'inobservance de la règle imposée. Ayant confié au cours du siège de Port-auPrince, en 1812, les clefs du Magasin aux poudres de l'armée à Mr Desroches père, son homme de confiance, celui-ci par mégarde en laissa les portes grandes ouvertes toute une nuit. Le Roi d'Haïti le livra à un Conseil de guerre, qui le condamna à mort. La sentence fut exécutée, encore que Christophe fût persuadé qu'il n'y avait aucune idée de trahison de la part de ce malheureux, seulementcoupable de négligence dans le devoir. En revanche le monarque adopta les enfants' du condamné et les dota d'une éducation soignée. L'un d'eux devint dans la suite son page favori. Voilà l'homme chez Christophe ! Ne croyez pas que cette implacable sévérité ne s'étendait que sur les choses militaires. Toutes les affaires du royaume étaient soumises à la même rigidité impérieuse. Le personnel chargé de la perception des revenus de l'Etat dut s'en acquitter avec exactitude. Personne n'oserait, pour rien au monde, détourner un liard des deniers du fisc.Le souci de la moralité publique s'intronisait dans les esprits. La comptabilité générale se tenait a jour. L'Hôtel des Monnaies frappait sans discontinuer les pièces d'or et d'argent nécessaires aux échanges. Le doublon d'Espagne circulait d'un bout à Note.— Un descendant de Wilberforçe m'avait proposé d'offirir à mon gouvernement ce portrait de Christophe, alors que j'étais le Chef de la Légation d'Haïti à Londres ( 1909—1911 ) Le Gouvernement haïtien ne voulant pas acquérir ce tableau sous prétexte qu'il n'y avait pas de fonds disponibles pour cet achat, M. Nemours Auguste, Ministre d'Haïti à Paris, put finalement en devenir l'heureux possesseur. de Wilberforçe m'avait proposé d'offirir à mon gouvernement ce portrait de Christophe, alors que j'étais le Chef de la Légation d'Haïti à Londres ( 1909—1911 ) Le Gouvernement haïtien ne voulant pas acquérir ce tableau sous prétexte qu'il n'y avait pas de fonds disponibles pour cet achat, M. Nemours Auguste, Ministre d'Haïti à Paris, put finalement en devenir l'heureux possesseur. --- Page 13 --- — 9 — l'autre du royaume, remplissant l'office d'étalon monétaire. Notablement s'augmentaient les revenus annuels des douanes. Des masses d'or s'accumulaient dans les caves du Trésor. Le comte de la Taste qui dirigea pendant de longues années les finances de Christophe était un homme fort distingué. Il ne manquait ni de compétence en la matière, ni d'honnêteté. C'est du reste une nécessité pour les serviteurs et les ministres du Roi de se montrer à la hauteur de leur position ; il n'y va rien moins quelle la disgrâce en cas d'inintelligence ou de faiblesse dans l'accomplissement de la tâche. Si ce souverain autoritaire exigeait la plus méticuleuse économie dans les dépense de l'Etat, on le. voyait néanmoins toujours disposée prodiguer l'or national aux travaux d'utilité publique. Fallut-il des ponts sur les rivières, il ordonnait d'en jeter. Fallut-il dessécher les marais, percer, les montagnes, il était le premier à vouloir que la chose se fît. Eut-on besoin d'ouvrir de nouvelles voies de communications pour faciliter le commerce intérieur, il fournissait des fonds pour l'exécution, du projet. Fut-il indispensable d'entreprendre telle ou telle construction, le roi de son propre mouvement, y poussait activement. De nombreux cours d'eau furent dirigés, par des canaux d'irrigation, vers des terrains incultes ou arides ou abandonnés qu'on retrouvait peu de temps après parés d'un splendide vêtement de moisson. Nos villes s'embellissaient. Le Palais de Sans-Souci s'élevait à Milot pour la résidence privée du Roi. D'autres; monuments surgissaient pour charmer le regard. On entretenait avec soin les routes publiques. Celle de Sans-Souci au Cap. Henri, d'un parcours de cinq lieues, était dallée tout au long. Impossible de comparer l'état de nos routes, à cette époque, à celui de toute l'Amérique espagnole, où les choses allaient en décadence. Le Roi d'Haïti n'obtenait de tels résultats qu'au prix de la plus grande vigilance. Un jour il lui prit fantaisie de partir en tournée d'inspection d'une ville, à l'autre. Voilà qu'en quittant le bonrg de Limonade son carrosse s'enfonce dans un dallée tout au long. Impossible de comparer l'état de nos routes, à cette époque, à celui de toute l'Amérique espagnole, où les choses allaient en décadence. Le Roi d'Haïti n'obtenait de tels résultats qu'au prix de la plus grande vigilance. Un jour il lui prit fantaisie de partir en tournée d'inspection d'une ville, à l'autre. Voilà qu'en quittant le bonrg de Limonade son carrosse s'enfonce dans un --- Page 14 --- — 10 — bourbier. Le Roi, obligé de mettre pied à terre, fut saisi de colère. Il ordonna de battre en brèche les deux magnifiques bêtes attelées à sa voiture, qui opposaient des obstacles à sa volonté. Le lendemain, il adressa une note de paiement au Commandant de la Commune qui dut lui restituerle montant des deux chevaux sacrifiés ainsi que les frais de réparation au carrosse royal. . Depuis on ne vit onques de boue sur les chemins, du royaume. La leçon infligée à un seul seryit pour tous. L'état satisfaisant des voies de communication influa sur l'agriculture, qui accrut ses produits. Toutes les terres se trouvaient en plein rapport. Les riches sucreries des Colons données à ferme aux principales autorités civiles et militaires leur assuraient des bénéfices considérables. Des généraux de l'époque possédaient quatre à cinq cents carreaux de terre d'un seul tenant que labouraient des paysans, sous l'oeil de quelques «gérants». Ainsi tout un peuple d'ouvriers ruraux travaillait au profit des autres un sol qui ne leur rapportait qu'un maigre salaire en. nature. Ils étaient comme, attachés à la glèbe puisqu'on les contraignait à fructifier la même terre, dont ils ne pouvaient s'en éloigner qu'à des conditons équivalant à la perte de la liberté. Là était le côté -honteux du régime agricole sous Christophe, quoique ce système de grande culture donnât un splendide essora la production. Des Inspecteurs parcouraient les régions pour surveiller la bonne marche du labour.. Ils fournissaient, annuellement, un état régulier des récoltes effectuées sur chaque habitation. Les denrées affluaient aux Magasins généraux chargés du monopole de la vente de certains produits locaux. Le Roi, lui-même se considérait comme le premier des cultivateurs. Il disposait un peu partout de vastes domaines où la fumée des sucreries faisait panache dans le ciel tout le jour et même une partie de la nuit. De là l'origine de sa fortune, personnelle qui se chiffrait à des millions de dollars. L'élevage n'était pas négligé. Le blé, l'avoine, l'orge et le seigle plantés sur nos hauts plateaux don- certains produits locaux. Le Roi, lui-même se considérait comme le premier des cultivateurs. Il disposait un peu partout de vastes domaines où la fumée des sucreries faisait panache dans le ciel tout le jour et même une partie de la nuit. De là l'origine de sa fortune, personnelle qui se chiffrait à des millions de dollars. L'élevage n'était pas négligé. Le blé, l'avoine, l'orge et le seigle plantés sur nos hauts plateaux don- --- Page 15 --- — 11 — naient d'excellents rendements. Il n'a manqué à Christophe que d'exploiter notre sous-sol, qui eût livré ses réserves de cuivre, de charbon, de plomb, d'étain et de mercure, tandis qu'à sa surface de riantes cultures se balancent sous la brise. La supériorité de nos denrées s'affirmait sur les marchés étrangers. Nos ports ne désemplissaient de navires apportant des cargaisons de riches marchandises en échange de nos produits d'exportation. Le commerce florissait autant que l'agriculture nationale et sans soulever comme elle la réprobation secrète des esprits. Le système agraire du Chef du Nord parce que fondé sur la souffrance de notre intéressante population rurale mérite des critiques. Mais il ne suffit pas de critiquer, rôle dont ne s'assument que les esprits stériles et passionnés. Il s'agit pour l'historien philosophe de dégager le mobile de la conduite de Chrisiophe en l'occurrence. Celui-ci entendait constituer une aristocratie territoriale dans le Nord. Savez-vous que cette oligarchie patricienne, en se perpétuant, eût fourni; le cadre nécessaire à l'évolution pacifique du pays? Ainsi une sélection d'hommes habitués au commandement et transmettant leurs qualités hériditaires à leurs descendants, eût fait à la longue la grandeur de notre nation. Elle lui aurait façonné un idéal et déterminé un but. Il y aurait de la continuité dans la politique haïtienne, une tradition à couseveret à suivre. Ajoutez que cette aristocratie appuyée sur le sol, et le sol protégé, par le droit, d'ainesse qui en empêche l'éparpillement en de trop nombreuses mains, aviverait par la force des choses, à limiter le pouvoir absolu. C'est cette aristocratie terrienne qui posséderait la vraie souveraineté, Ayant l'indépendance matérielle par la richesse et la vaste étendue de leurs domaines, les feudataires du royaume ne se trouveraient pas à la' merci d'une fonction publique. Ce sont eux au contraire qui donneraient du lustre aux charges de l'Etat.On les supplierait d'occuper tel ou tel poste, parce que leur présence dans le gouvernement de la nation, constitue une --- Page 16 --- — 12 — garantie de stabilité et d'ordie. Cette noblesse propriétaire, douée de prestige social et d'une sorte de primauté intellectuelle qu'elle se fût procurée grâce à sa fortune deviendrait, à certains moments la sauvegarde de l'Etat en fournissant des représentants attitrés aux grandes causes nationales à soutenir et à défendre. C'est une aristocratie pareille, tirant tout de la domination territoriale, qui a fait l'Angleterre ce qu'elle est dans le monde. Notre élite actuelle n'a pas d'action effective sur le pays parce qu'elle ne dispose pas de moyens pécuniaires. Elle dépend trop de l'Etat, et l'Etat ne dépend pas d'elle. La force a constamment gouverné le pays. Notre élite dut s'allier à la force plutôt pour profiter des avantages matériels du pouvoir que pour la maîtriser par l'éclat de l'esprit. tout de la domination territoriale, qui a fait l'Angleterre ce qu'elle est dans le monde. Notre élite actuelle n'a pas d'action effective sur le pays parce qu'elle ne dispose pas de moyens pécuniaires. Elle dépend trop de l'Etat, et l'Etat ne dépend pas d'elle. La force a constamment gouverné le pays. Notre élite dut s'allier à la force plutôt pour profiter des avantages matériels du pouvoir que pour la maîtriser par l'éclat de l'esprit. L'idée de Christophe était excellente, seulement trop de maux restaient attachés aux privilêges octroyés à quelques-uns. Mais parlons de l'industrie au temps de ce Pierre-le-Gruhd noir." On vit s'élever au Cap-Henri un vaste Arsenal parfaitement outillé. L'équipement militaire des troupes royales, les armes dont elles se servaient en sortaient. Dans les manufactures de l'Etat, on fabriquait aussi la poudre, toutes sortes d'engins de guerre, même les canons de gros modèles dont se servait l'armée. Le fonctionnement d'une verrerie établie dans les régions du Nord ne laissait point à désirer. Des équipes d'ouvriers, formés aux divers métiers, répondaient à l'attente des clients. Croira-t-on qu'en ce temps l'on tissa t dans le pays même de la toile et, des lainages? Dans l'ébénisterie, l'habileté manuelle ne pouvait être dépassée. Le trône en acajou massif où—tel Saint-Louis sous un chêne—Christophe rendait la justice à certains jours de la semaine représentait la perfection dans le travail. Il en est de même des carrosses de la Cour. Leluxe de l'époque donnait de la vie à l'industrie du vêtement et de la chaussure. A l'Imprimerie du Royaume où s'éditaient des ouvrages consacrés à la défense de la nation, ainsi que les gazettes et almanachs de la Cour, régnait l'activité fébrile de la ruche. Christophe rendait la justice à certains jours de la semaine représentait la perfection dans le travail. Il en est de même des carrosses de la Cour. Leluxe de l'époque donnait de la vie à l'industrie du vêtement et de la chaussure. A l'Imprimerie du Royaume où s'éditaient des ouvrages consacrés à la défense de la nation, ainsi que les gazettes et almanachs de la Cour, régnait l'activité fébrile de la ruche. --- Page 17 --- — 13 — Pour que-tout allât de ce mouvement régulier, que fallait-Il? Une large sécurité. L'ordre est le fondement même du progrès. La vie de chacun se trouvait en sûreté de même que ses biens. La police..de Christophe, pièce indispensable dans cette machine d'administration, veillait que la tranquilité de quiconque ne lût troublée. Elle inoculait aux foules le respect du bien d'autrui. Ce qui se perdait dans la rue se retrouvait au bureau de la place de la commune.Le vol est chose inconnue dans le royaume. Jetez un sac d'or où vous voulez. Nul n'y touchera. L'oeil des Royal-Dahomets ne luit-il pas partout? Les Royal-Dahomets ( on appelait de ce nom de jeunes noirs tirés d'Afrique et chargés de surveiller les habitations de la campagne ou. certains quartiers de la ville)étaient à ce point redoutés de nos paysans que ceux-ci se conduisaient de façon irr.éprochable, alors même qu'ils fussent à l'abri de tout contrôle. La police du Roi ne permettait aux cultivateurs de se rendre aux marchés des villes, sans être convenablement vêtus et chaussés. On ne sentait, nulle part la misère dans le royaume. Chacun était tenu d'avoir un métier, en tirait parti. Sous Christophe, celui-ci défriche le sol, celui-là martèle le fer. L'un est menuisier, tailleur, ébéniste; l'autre, officier, ou employé d'administration. Tel autre est poète-; il chante dans ses. vers ou dans; ses drames les exploits du Roi clans, la guerre de l'Indépendance nationale. Tel autre sous forme de brochures consacre ses veilles à la défense du pays et développe les raisons historiques, morales ou philosophiques qui justifient nos droits à l'autonomie. Tel autre est un politique, agent dévoué et intelligent des volontés de son Souverain. Tous forment une vaste association fraternelle où chacun collabore d'une façon raisonnable à une fin déterminée. Ces diverses maîtrises du monde du travail se rencontrent dans la grande oeuvre commune à un degré de hauteur où tout devient paix et harmonie. Qui peut hésiter à admirer l'impulsion superbe que donna Christophe à notre pays? Les moyens dont il disposait étaient --- Page 18 --- — 14 — pourtant restreints. Que n'eût-il fait, cet homme,s'il avait apparu à la direction des choses, une vingtaine d'années plus tard, vers 1835 à 1840, au moment heureux où s'ouvrit en plein l'ère du machinisme ! Christophe, avec cet amour de la science qui le caractérise eût transformé totalement notre agriculture routinière et notre industrie sous l'action des forces de la vapeur et de la mécanique. Il nous eût portés malgré nous à tirer profit de la grande révolution industrielle moderne en dressant à notre service une armée d'esclaves de fer et d'acier qui eussent centuplé notre travail et multiplié nos produits. heureux où s'ouvrit en plein l'ère du machinisme ! Christophe, avec cet amour de la science qui le caractérise eût transformé totalement notre agriculture routinière et notre industrie sous l'action des forces de la vapeur et de la mécanique. Il nous eût portés malgré nous à tirer profit de la grande révolution industrielle moderne en dressant à notre service une armée d'esclaves de fer et d'acier qui eussent centuplé notre travail et multiplié nos produits. Christophe mort, le pays se mita dormir, se contentant de la houe et de la serpe démodées au lieu d'aménager à son usage les grandes forces cosmiques. Voilà par où nous avons péché ! Voilà la cause primordiale de nos malheurs présents ! J'ai établi avec rigueur dans mon Histoire financière et économique d'Haïti de l'Indépendance à nos jours que nos troubles civils périodiques, nos malaises sociaux, qui aboutissent finalement à la diminution de notre autonomie sont d'ordre économique. Nos impuissances-dans la vie politique dérivent de notre immobilité dans la production matérielle. Cela, c'est une des clefs d'or qui ouvrent les portes de fer de l'Histoire nationale. L'audace de l'initiative parait manquer à l'esprit haïtien. Précisément c'est cette qualité supérieure impériale qui distingue Christophe de ses congénères. Cruel, oui, autant que vous voudrez, mais cerveau d'athlète! Regardez. vers 1807, cette masse inerte,à demi plongée dans la torpeur du sommeil! Christophe vint; il s'en empare avec une assurance merveilleuse. D'une main experte, il la secoue, il la poussé d'un bond, par dessus les obstacles, vers le progrès, vers l'aurore ! Il scrute l'horizon de son oeil visionnaire de prophète politique pour chercher l'étoile de l'idéal. Il la voit. Il convie nos populations à s'élever vers elle par des efforts continus. Afin'que, en s'en rapprochant de plus en plus, elles restent dignes de la liberté et de la douce Indépendan- --- Page 19 --- — 15 — ce, don suprême pour un peuple. C'est bien le Roi d'Haïti dans le sens originaire du mot, l'être le plus capable à la volonté de qui se subordonnent, les autres volontés. Le pays trouva des avantages précieux à agir dans le sens qu'indique son Souverain, à exécuter avec une loyale gratitude là chose qu'il dit d'exécuter. C'est l'homme en qui l'on doit croire et qui résume en son âme toute l'énergie pensante de son peuple. De là son pouvoir sur les esprits qu'il domine par son intelligence transcendante, héritage généreux de la nature. Grand administrateur, parce que doué de génie d'organisation et de vues intuitives, qu'il applique aux faits, Christophe parvint à porter à un haut degré le développement matériel de notre patrie. La richesse suffit-elle pour amener un pays à la vraie civilisation? Il faut de plus l'apport des forces morales. oute l'énergie pensante de son peuple. De là son pouvoir sur les esprits qu'il domine par son intelligence transcendante, héritage généreux de la nature. Grand administrateur, parce que doué de génie d'organisation et de vues intuitives, qu'il applique aux faits, Christophe parvint à porter à un haut degré le développement matériel de notre patrie. La richesse suffit-elle pour amener un pays à la vraie civilisation? Il faut de plus l'apport des forces morales. Une nation a besoin des vertus de caractère autant que de la commodité de la vie. Ces qualités d'énergie morale ne proviennent, que de la culture du sentiment. Toute civilisation réelle suppose un état de fait qui favorise le libre épanouissement de la personnalité humaine. Ce qui revient à dire que là où la toute-puissance de l'or exclut la pratique du devoir moral de solidarité, où l'injustice sociale empêche le rapprochement fraternel des classes, où le tempérament des foules est brutal et celui de l'élite ambitieux et individualiste, il n'y a pas de société vraiment policée, parce que l'éducation de l'âme n'y existe pas. Il faut, pour se dire civilisé, qu'un peuple ait l'adoration de la science sous ses diverses formes et par dessus tout l'aide indispensable de notions morales obtenues par la culture intensive des hantes théories de la philosophie, de l'histoire et de l'art. L'inquiétude de fonder l'ordre moral dans notre société ne saurait ne pas naître dans un esprit de la trempe de Christophe. A cet égard il s'est dit qu'il y avait lieu tout d'abord de favoriser largement une renaissance religieuse dans les consciences par le relèvement des autels et le réta- --- Page 20 --- — 16 — blissement des cultes. Il s'est dit ensuite que le Catholicisme était tout indiqué pour prédisposer nos populations à l'harmonie en ouvrant dans leur âme les sources d'abnégation et d'espérance. Il s'est dit encore que la croyance de nos masses au surnaturel constituait déjà une affirmation de foi en un Etre suprême; que, l'Eglise chrétienne en satisfaisant cette soif de l'idéal chez les foules leur enseignerait en même temps à mieux adorer l'infini. Dans la pensée de Christophe, la diffusion des principes religieux dans les masses devait avoir pour effet nécessaire de combattre les néfastes pratiques superstitieuses en donnant aux esprits une plus juste connaissance des choses qui nous enveloppent et dont nous ne comprenons pas le sens, encore que ces réalités nous dominent et se meuvent en nous! Le Catholicisme remis en crédit, proclamé religion d'Etat exerça son influence sur notre existence nationale, rattachant la loi de la vie au secret de la destinée. Les Dimanches et les jours de fête, nos autorités civiles et militaires assistaient aux offices divins, de même que les soldats en garnison. Les guerriers comme les humbles citoyens apprenaient à s'agenouiller devant le Dieu des armées. La piété s'imposait à la décence publique Le temple saint pouvait voir encore défiler sous sa voûte bien des incrédules : personne ne lui refusait ses hommages. De grands honneurs militaires étaient rendus au Saint Sacrement dans les processions. Le prêtre qui sortait pour administrer le viatique, à un, mourant, était accompagné, d'une escorte de soldats. les humbles citoyens apprenaient à s'agenouiller devant le Dieu des armées. La piété s'imposait à la décence publique Le temple saint pouvait voir encore défiler sous sa voûte bien des incrédules : personne ne lui refusait ses hommages. De grands honneurs militaires étaient rendus au Saint Sacrement dans les processions. Le prêtre qui sortait pour administrer le viatique, à un, mourant, était accompagné, d'une escorte de soldats. Christophe, de tournure d'esprit, était peut-être religieux. En créant une monarchie héréditaire à l'instar des anciens rois deFrance, n'était-il pas naturel qu'il éprouvât comme eux le désir fervent d'appuyer son trône sur l'autel? Le réveil de la foi religieuse coîncida avec l'implantation, chez notre peuple, de l'idée de justice comme élément de vie morale et de direction spirituelle. Le 8 Octobre 1811, Christophe installa au Cap-Henri une Cour souveraine de justice décidant par voie d'ap- --- Page 21 --- — 17 — pel sur les sentences des Cours inférieures. Les arrêts de ce haut tribunal pouvaient être censurés par le Grand Conseil d'Etat. Il institua, dans les divisions militaires, des sénéchaussées qui tranchaient les contestations civiles et criminelles. La Cour d'Amirauté connaissait spécialement les affaires commerciales et maritimes. Chaque paroisse était pourvue d'un lieutenant-juge rem plissant l'office de juge de Paix et d'Officier de l'EtatCivil. Le Code-Henri promulgué le 24 Février 1812 contient le recueil général des lois du Royaume. On s'inspira en leur rédaction des lois françaises et anglaises tout en . tenant compte des convenances locales. Cette codification, la première qui ait eu lieu en Haïti, renfermait en outre des règlements de procédure, et des dispositions sur la loi pénale militaire. Dans ce monument juridique tout n'était pas en rapport avec l'état social de la nation, notamment, la loi réglant les droits de successibilité des enfants naturels. Cette loi 1 était sévère pour cette catégorie d'enfants formant les neuf dixièmes, de la, population. C'est que ie roi entendait extirper le concubinage de nos moeurs. Il pensait qu'en se montrant inflexible pour les enfants nés des unions illégitimes; il favorisait par là les justes liens matrimoniaux. Dans son ardeur pour régénérer les moeurs, il allait parfois jusqu'à impoi ser de force tel mari à telle femme.; et malheur à qurécusait son choix ! Ce qui n'empêche d'appliquer au Code-Henri les judicieuses paroles de l'Archevêque Corneille Brelle, Président du Conseil privé du Roi: «Ce Code consacre d'une manière solennelle les droits et les devoirs du peuple haïtien, et est principalement adapté à un peuple agricole et, guerrier. » Un peuple guerrier! Qui ne l'eût dit, qui ne l'eût pensé, au sujet des haïtiens, en songeant à la merveilleuse épopée de 1804, où nos glaives brandis sous le ciel servirent de boucliers à la justice; qui ne l'eût reconnue, cette vérité, en voyant la belle tenue militaire des troupes de Christophe ! Dans une de ses Proclamations le Roi déclarait: « N'oublions jamais que le salut d'un peu- ! Qui ne l'eût dit, qui ne l'eût pensé, au sujet des haïtiens, en songeant à la merveilleuse épopée de 1804, où nos glaives brandis sous le ciel servirent de boucliers à la justice; qui ne l'eût reconnue, cette vérité, en voyant la belle tenue militaire des troupes de Christophe ! Dans une de ses Proclamations le Roi déclarait: « N'oublions jamais que le salut d'un peu- --- Page 22 --- — 18 — ple libre dépend surtout de la force de" ses armées.» Les légions royales n'étaient pas cette caricature d'armée que nous eûmes en ces derniers temps. Organisées à l'européenne, elles constituaient réellement un instrument de gloire pour le Roi d'Haïti. Elles mettaient hors d'atteinte l'Indépendance nationale. L'infanterie royale apprit à se former en carrés, à charger bar colonnes et à exécuter des feux d'ensemble. Cette armée maniait Tartillerie de campagne avec autant d'aisance que de rapidité. Elle manoeuvrait selon les règles de l'art. En 1815, d'habiles officiers Prussiens, venus en Haïti l'instruis! rent encore dans la tactique et la stratégie modernes. La Maison militaire de Christophe se recrutait dans l'élite des troupes. A regarder défiler la garde royale, on ressentait un juste sentiment de fierté. Vastey écrivait: « Nos artilleurs, bombardiers et carinoniers sont excellents, nos" grenadiers et nos chasseurs, pour un assaut, le disputeraient aux meilleures treupes du monde. » Si l'on ne veut pas croire Vastey, récusera-t-on les témoignages des étrangers? Ecoutez ce que pensait de notre armée un officier blanc, le capitaine White qui, à l'issue d'une réception donnée en l'honneur de S. M. la Reine d'Haïti, prononça ces paroles: «Messieurs, dit-il, je suis Anglais et habitué à exprimer librement mes sentiments. J'ai vu tous les Souverains de l'Europe, les troupes de toutes les nations; j'ai observé les moeurset les lois des peuples de tous les' pays que j'ai visités, eh bien! Messieurs, je vous dis avec vérité, j'ai vu le Roi d'Haïti à la tête de ses troupes, j'ai examiné la richesse des uniformes, la tenue et l'a discipline de l'armée haïtienne, j'ai observé des moeurs et les lois de ce pays, je n'ai point vu en Europe de Souverain qui représente mieux, de troupes mieux tenues ni mieux disciplinées, ni pins d'ordre, de régularité et de justice que dans ce royaume. Dans la situation où vous êtes, vous ne pouvez craindre aucun ennemi, vous êtes, invincibles!» Ces paroles du Ca Haine, White ont été naguère rapportées par le remarquable publiciste et orateur Louis Edouard Pouget, dans sa brochure en réponse --- Page 23 --- — 19 — au Dr Bobo. Quand le Roi d'Haïti, dans son fameux. Manifeste à, l'Univers déclare «que Roi d'un peuple libre, et soldat de profession, il ne craignait ni la guerre ni ses ennemis», il n'y avait point là de la jactance.. Ayant effectué des préparatifs sérieuse, dressé une armée prête à toute éventualité, il s'arrogeait le droit de parler comme,si, placé sur une éminence, il dominait hommes et événements. oi d'Haïti, dans son fameux. Manifeste à, l'Univers déclare «que Roi d'un peuple libre, et soldat de profession, il ne craignait ni la guerre ni ses ennemis», il n'y avait point là de la jactance.. Ayant effectué des préparatifs sérieuse, dressé une armée prête à toute éventualité, il s'arrogeait le droit de parler comme,si, placé sur une éminence, il dominait hommes et événements. Christophe avait foi dans l'excellence de la force et cultivait la force. La force, en tous les temps, est une divinité vers laquelle les humains tendent des bras suppliants. La force de Christophe frappait les imaginations par la figure colossale de Laferrière. Construite à trois mille pieds d'altitude, sur le morne de Bonnet-à-L'Evêque qu'entourent des gouffres insondables, la Citadelle Laferrière résume dans la combinaison architecturale de ses lignes l'esprit d'un temps et le sentiment d'une race. OEuvre de volonté et de patience ! Monument dont le faîte perdu dans l'immensité bleue semble porter à Dieu la pensée de nos populations. « Au moyen-âge on voyait des foules nombreuses contribuer de leur main-d'oeuvre, avec un dévouement pieux, à l'édification de ces magnifiques Cathédrales Gothiques, qui éclairent d'un vif reflet la foi religieuse de l'époque. Ainsi, tout notre peuple: paysans, cultivateurs, ou vriers, femmes, enfants, soldats et officiers, apporta, leurs humbles pierres à la réalisation de la forteresse unique. D'innombrables vies furent prodiguées , pour at teindre le but. Toutes ces forces engloutie , là se retrouvent vivantes dans la majesté imposante de l'ensemble. Les masses, sacrifiées sont représentées dans chaîne linéament de l'inexpugnable Citadelle où, dans un suprême sursaut, l'énergie de l'âme nationale devait se roidir toute, face aux envahisseurs du territoire ! Un système de canali-. sation avait été inventé pour emprisonner l'eau et la contraindre à monter dans la place forte entourée de 365 canons et bien pourvue d'engins de guerre. Si l'on --- Page 24 --- — 20 — se rappelle que c'est le manque d'eau qui obligea les défenseurs de la Crête à-Pierrot à l'évacuer, lors de son investissement par Leclerc, en 1802, ne convient-il pas d'admirer l'esprit de prévoyance qui fit amener jusqu'à cette hauteur vertigineuse d'immenses réservoirs d'eau limpide; Les avénements prirent un autre cours. L'humanité n'eût pas à déplorer un nouvel attentat de l'Europe contre des hommes libres. manque d'eau qui obligea les défenseurs de la Crête à-Pierrot à l'évacuer, lors de son investissement par Leclerc, en 1802, ne convient-il pas d'admirer l'esprit de prévoyance qui fit amener jusqu'à cette hauteur vertigineuse d'immenses réservoirs d'eau limpide; Les avénements prirent un autre cours. L'humanité n'eût pas à déplorer un nouvel attentat de l'Europe contre des hommes libres. La Citadeille n'eût pas à remplir dans l'Histoire le rôle religieux auquel on la destinait. N'importe ! Elle demeure comme un temple symbolique dressé en l'honneur de la force virile et de l'universel sacrifice de notre peuple à la foi patriotique. Chaque pierre qui tombe de l'édifice devrait être une relique, car elle servait à esqulsser le destin d'une grande chose indestructiblement liée au souvenir heroïque du passé. Qu'on veuille y songer, les anciens Colons ne se faisaient point faute, dans des brochures pleines de fiel, de pousser la France à l'agression contre notre pays. Ils étalaient avec imprudence les avantages qu'eut procurés à la métropole la reprise de l'île. « Sans la campagne de Russie, dit un publicisté français, tout fait supposer qu'une nouvelle expédition (en Haïti) aurait eu lieu en 1812 ou en 1813 » ( Castonnet Desfosses ). Allez dire, dans ces conditions que notre Roi n'obéit pas à la plus pure pensée patriotique en mobilisant, les forces nationales: travail, richesse, armée, agriculture, en vue de la défense de notre territoire. Le lait de l'humaine tendresse ne coulait pas en cet homme: soit. Mais un sentiment vivait et, vibrait en lui, qui le réhausse infiniment a nos yeux : le sentiment national. Aucun souverain ne se montre plus orgueilleux de l'Indépendance intégrale de son peuple. Quand Christophe par le de sa' patrie, il y met un accent de conviction et d'amour. S'il se trouvait en harmonie d'intérêts avec ses concitoyens' présents pour" la conservation de notre groupement d'humanité, combien ne se sentait-il pas éncore plus intimement lié d'affection et de solidarité avec les milliers --- Page 25 --- — 21 — de morts qui jonchent notre sol et qui sont tombés pour l'idée nationale à Charrier, à Vertières, à la Crête à Pierrot et. dans cent autres combats ! Le lumineux souvenir de tant de disparus héroïques indiquait la route à Christophe. C'était l'écho de leur voix quî, par delà la tombe, résonnait dans la voix mâle et ardente du Roi d'Haïti prêt à courir, comme eux, tous les périls pour la réalisation de ce qui avait été leur rêve et leur suprême pensée. Henri 1er fut comme l'arbre aux branches multiples qui oscillent dans un fluide d'or, mais dont les racines plongent dans les entrailles silencieuses et profondes du sol (émotion dans l'auditoire ). Ainsi la sagesse de nos morts continuait de régler l'activité des vivants. Notre Roi rendait à ces morts l'hommage qui eût été le plus capable de les toucher, puisqu'il attestait par sa conduite qu'il s'inspirait d'eux et qu'il teriait d'eux cette avidité sublime de bien faire. Loin de se reconnaitre le droit d'user du Pouvoir pour les jouissances que le pouvoir procure, le Roi d'Haïti, à la tête d'un gouvernement de son pays, semble se vouer à une tâche supérieure réclamant la soumission spontanée et mystique de l'individu au profit de la collectivité. er, puisqu'il attestait par sa conduite qu'il s'inspirait d'eux et qu'il teriait d'eux cette avidité sublime de bien faire. Loin de se reconnaitre le droit d'user du Pouvoir pour les jouissances que le pouvoir procure, le Roi d'Haïti, à la tête d'un gouvernement de son pays, semble se vouer à une tâche supérieure réclamant la soumission spontanée et mystique de l'individu au profit de la collectivité. La patrie haïtienne, la nation haïtienne, êtres abstraits, devinrent pour Christophe des personnes vivantes et réelles, objets de respect et de tendresse. Le devoir de fidélité envers cet être inoral lui paraissait un devoir tel qu'on pouvait sans crainte y donner sa vie. Le Roi d'Haïti, patriote plein de fièvre, d'ambition et d'enthousiaste, eût préféré la disparition totale de notre nation, dans une catastrophe égale à un de ces grands cataclysmes de la nature que de laisser notre destinée politique à la merci d'un gouvernement extérieur. « Nous nous ensevelirons sous les ruines de notre patrie que de permettre la moindre atteinte à nos droits politiques » Ainsi s'exprimait le vénérable Roi de la nation dans le Manifeste du 18 septembre 1814 où se reflète magnifiquement le caractère résolu du Chef. dont la devise fuf «Mon Dieu, ma cause, et mon épée.» Sa cause s'i- --- Page 26 --- dentifiait la cause nationale. Pour les défendre toutes deux, il ne comptait ni sur la sympathie, ni sur l'aide d'aucun autre peuple. Il comptait sur Dieu d'abord, et en second lieu, sur l'esprit militaire de nos populations. A quoi servit tant de rude fermeté ? Au respect de notre pays. Dès qu'un peuple est prêt à se mettre debout pour faire face à sa destinée, il impose à ses adversaires. Il peut périr, qu'importe? l'idée de la patrie et, l'idée de la mort ne sont-elles pas soeurs? Pour nos ancêtres la notion du devoir civique n'allait pas sans le sacrifice volontaire de la vie. En toute occasion où le sort du pays est en jeu, ils agissaient avec une fierté naturelle et sincère. Considérez le Roi d'Haïti dans ses relations avec les Puissances Etrangères. Quelle dignité calme et quelesprit d'indépendance n'y apporte-t-il ! Il traite d'égal à égal avec les Souverains les plus anciens de la terre. Ceux-ci s'écartaient-ils d'une ligne de la déférence qu'on lui doit, ils étaientvite ramenés au juste sentiment des convenances. Des Envoyés du Roi de France lui ayant adressé en 1816, par l'intermédiaire d'un brigantih. américain, une missive avec cette suscription: « A Monsieur, le général Christophe. » Il n'a cepta point cette lettre, « l'adresse n'étant pas rédigée selon le Protocole. » de la terre. Ceux-ci s'écartaient-ils d'une ligne de la déférence qu'on lui doit, ils étaientvite ramenés au juste sentiment des convenances. Des Envoyés du Roi de France lui ayant adressé en 1816, par l'intermédiaire d'un brigantih. américain, une missive avec cette suscription: « A Monsieur, le général Christophe. » Il n'a cepta point cette lettre, « l'adresse n'étant pas rédigée selon le Protocole. » Méconnaître le titre, de « Roi» de Christophe, cela n'implique-t-il pas la méconnaissance des droits mêmes des Haïtiens à élire leur chef? N'est-ce pas une ingérence intolérable dans les affaires intérieures, de la nation? La conduite de Christophe en l'occurrence parait judicieuse. Autant sa diplomatie se montrait hautaine et éclairée, autant elle était ivisée et prévoyante. Témoin la noble attitude de nôtre Roi envers le Président des Etats-Unis d'Amérique, James Monroë à qui il avait faipart des ménées des Bourbons, en France, contre Haïti. Il sollicita des Etats-Unis la reconnaissance officielle de notre Indépendance. Tout en acceuillant favorablement cette Communication. James Monroë ne crut pas opportun de répondre au désir du Roi d'Haïti. Cependant James Monroë envoya au Cap un agent qui avait pour mis- --- Page 27 --- sion de conclure avec Christophe un traité de commerce. Le Roi exigea au préalable la reconnaissance d'Haïti comme Etat Indépendant et refusa de négocier avec un Agent qui n'était pasrégulièrement accrédité auprès de lui. De ces pourparlers officieux il résulte que le Président Monroë réfléchit, dès cette époque, sur la situation interhationale d'Haïti et sur les entreprises de l'Europe en Amérique. Deux à trois ans après cette démarche du Roi Christophe, les colonies Sud-Américaines s'étant révoltées contre l'Espagne, Monroë lança la fameuse doctrine qui repousse toute intervention européenne dans les affaires de l'Amérique. (1) La diplomatie de Christophe nourrissait des projets d'avenir. Le soldat couronné du Nord méditait d'acquérir la partie espagnole, de l'île en se la faisant rétrocéder par l'Espagne, qui fut pressentie à cet égard, Le Roi d'Haïti, dans ce dessein patriotique, avait animasse une forte valeur. En attendant que ce projet pût être réalisé, il cherchait à bien disposer en notre faveur les habitants de l'Est. Tout un travail souterrain, habile avait été entrepris dans ce sens. Il conclut avec les politiques de l'Est un traité d'alliance et de commerce. Il leur fournit en 1809 les armes nécessaires pour libérer leur, territdjre de la garnison française qui occupait Note ( 1 ) -, LE ROI CHRISTOPHE ET LE PRÉSIDENT JAMES MONROË In the first summer of Monroe's Administration the attention of the United States was directed to the little Kingdom of Haiti in the Northern: part of StDorningo. Christophe, the sovereign of the country. was anxious to secure from America a recognition.of Haytian Independance for he feared that Louis XVIII, the restored Bourbon king of France would reclaim Hayti as a part of the French Empire. The Presidentinet fhe overture of Christophe with favor, and an agent was sent out in the Frigate Congress to conclude a treaty ofCommerce with Kingdom. But the Haitian Authorities redused to negociate with au agent who was not regulary aecredited as a Minister to an lndependant State, and the Mission resulted in failure and disappointment. Page 419. Monroe's Administration volume II. History of the United States (1902) By John Clark Ridpath. New-York. restored Bourbon king of France would reclaim Hayti as a part of the French Empire. The Presidentinet fhe overture of Christophe with favor, and an agent was sent out in the Frigate Congress to conclude a treaty ofCommerce with Kingdom. But the Haitian Authorities redused to negociate with au agent who was not regulary aecredited as a Minister to an lndependant State, and the Mission resulted in failure and disappointment. Page 419. Monroe's Administration volume II. History of the United States (1902) By John Clark Ridpath. New-York. Note communiquée par Gains Lhérisson. --- Page 28 --- — 24 — Santo-Domingo. Tout cela était, de, la bonne politique. La bonne politique suppose d'excellentes finances. Les finances de Christophe étaient réellement prospères et des soldats braves, expérimentés, pouvaient à l'occasion appuyer les tractations de la diplomatie royale. Christophe entendait, que l'armement fut sérieusement organisé dans ses états. Il y donnait une préoccupation au moins égale à l'administration économique et à la richesse agricole. N'est-ce pas surprenant, qu'il ait voulu aussi que son royaume fût couvert d'écoles et et que l'instruction y fût universellement répandue? Désirer que le culte de la force s'allie au culte" de l'intelligence, n'est-ce pas déjà une pensée toute moderne? Christophe devina que c'est dans les écoles et par les écolessupérieures surtout que se formera l'individualité morale du génie haïtien. Cette individualité que la culture doit sans cesse élever en hauteur et en profondeur parviendra seule à nous grandir devant les autres nations. Christophe estime la force, mais il conmrend que la force ne vaut qu'en tant d'être servie par la science. La guerre n'est-elle pas un problème cientifique? N'est on pas déjà vaincu sur le champ de bataillé si ton s'y amène avec des soldats non munis d'armes perfectionnées? Les découvertes des chimistes et des spécialistes ne sont-elles pas le premier gage du succès des armées ? C'est pour consolider notre indépendance nationale) que le Roi d'Haïti chercha à doter son peuple des avantages intellectuels, moraux et physiques que donne le savoir. L'Ordonnance parue en 1818 sur l'instruction publique constitue un titre à l'admiration générale. Dans ce célèbre -Edit, Christophe révéla la pensée de supprimer la langue française dans nos Ecoles et de la remplacer par l'angolaise. Dans quel but? Pour faire oubliera notre peuples disait-il, les souffrances endurées sous le régime colonial. Il faut retenir de ce document cette idée, que l'éducation améliorera notre race par la transformation des individus. L'éducation possède la singulière vertu de faire passer un peuple de l'état 'admiration générale. Dans ce célèbre -Edit, Christophe révéla la pensée de supprimer la langue française dans nos Ecoles et de la remplacer par l'angolaise. Dans quel but? Pour faire oubliera notre peuples disait-il, les souffrances endurées sous le régime colonial. Il faut retenir de ce document cette idée, que l'éducation améliorera notre race par la transformation des individus. L'éducation possède la singulière vertu de faire passer un peuple de l'état --- Page 29 --- — 25 — de nature à l'état de raison, c'est-à-dire d'élever ce peuple à la plus haute perfection. Quand Christophe apprit par sa correspondance avec des Anglais de marque l'introduction du système de Lancaster dans les Écoles de la Grande-Bretagne, il n'eut de cesse qu'il ne l'appliquât à son tour dans nôtre rouage d'enseignement national. Il écrivit au British and Foreign School Society de lui envoyer sans retard une mission scolaire pour l'instruction élémentaire de la jeunesse-haïtienne. Des maisons d'écoles munies du matériel, et du confort, nécessaires s'élèvent en un rien de temps. On y appliqua la méthode lancastérienne. 0n ou vrit, des éco les primaires dans les arrondissements et les paroisses, du Nord.Le Roi établit des écoles primaires centrales dans les divisions militaires. M. Harvey, Professeur de l'Université de Cambridge, vint exprès en Haïti pour visiter les Institutins scolaires créees par le Roi d'Haïti. Il fut fort satisfait de l'examen des éleves et de la bonne tenue des classes. De retour en Angleterre, le professeur Harvey se renditdans des établissements de même genre. «Je confessé, dit-il,que je n'ai point perçu de différence ni de supériorité, même au point de vue de la discipline générale entre ces Institutions de mon pays et celles fréquentées parla jeunesse haïtienne (Sketches of Hayti). Les meilleurs élèves sortis des Ecoles lancastériennes poursuivaient leurs études au Collège Royal d'Instruction publique où l'on enseignait le latin, le grec, l'anglais, l'histoire et la géographie, les sciences naturelles et les mathématiques. On trouve dans le prémier rapport de ce Collège cette pensée «que l'instruction fondée0 sur les vrais principes de liberté, de-réligion et de morale est une des principales sources de là prospérité publique et contribue essentiellement au bon ordre de la société et à l'obéissance des lois». Sir Home Popham, amiral anglais qui fit de frequents séjours en Haïti inspecta le College Royal en compagnie de M. Dupuy, secrétaire privé du Roi. L'amiral interrogea longuement les élèvese en mathéniatiques. Il les. envoya résoudre au tableau de difficiles problèmes d'al- --- Page 30 --- — 26 — genre et de géométrie. Ils s'acquittèrent avec aisance de cet examen. Sir Home Popham parut enchanté et étonné de cette preuve inattendue du talent des noirs. Remarquez que ces faits se passent douze années à peine après la fondation de notre indépendance nationale; que l'a plupart de ces jeunes nègres qui se révèlent si aptes aux études abstraites auraient été considérés, sans le changement survenu dans notre état politique et social, comme des êtres abrutis et de simples outils parlants, (Instrumentum vocale). Popham parut enchanté et étonné de cette preuve inattendue du talent des noirs. Remarquez que ces faits se passent douze années à peine après la fondation de notre indépendance nationale; que l'a plupart de ces jeunes nègres qui se révèlent si aptes aux études abstraites auraient été considérés, sans le changement survenu dans notre état politique et social, comme des êtres abrutis et de simples outils parlants, (Instrumentum vocale). L'éducation primaire et la secondaire ne suffisëhtpas pour former l'homme et lui indiquer les lois de la vie. Il importe de s'élever à un plus haut degré de connaissance. C'est l'ordre de l'enseignement supérieur qui ouvre les ailes à l'intelligence. Christophe conçut d'une façon aussi rationnelle que souple dans ses formes le haut enseignement supérieur, «soleil de la science.» L'ouverture d'une Académie de chirurgie eut lieu pour l'enseignement dé la médecine, de la pharmacie, de l'hygiène publique et privée. Des médecins appelés d'Europe tenaient les chaires. L'Observatoire météorologique installé au Cap publiait dans l'Almanach royal des bulletins sur le ternes et les phénomènes célestes. Henri 1er fonda une Académie de peinture, de dessin, et de musique. C'était pour donner plus de goût à notre jeune nation dans la justesse et l'élégance des formes, plus de technique dans le sentiment de la couleur, plus d'habileté dans l'ordonnance des détails par rapport à l'ensemble. Il manquait chez nos musiciens de l'accent et de la grâce dans la pensée mélodique, de l'architecture, dans l'assemblage des sons et de la netteté dans l'imitation des harmonies de la nature. N'est-ce-pas la science de l'orchestration qui constitue le principal charme de l'audition musicale? Gomment, tirer des instruments un effet certain ou divin sans l'étude méthodique de la nature dans ses diverses apparences? L'art n'est pas nécessairement le résultat du climat et de la race. Il lui faut dé l'éducation pour se développer. --- Page 31 --- — 27 — Un individu, quoique né artiste, n'exprimera rien de parfait s'il ne subit l'apprentissage obligatoire. Ces créations de Christophe répondent à des besoins sociaux et un groupement-humain comme le nôtre qui né fait que naître à l'existence doit apprendre à se servir de moyens matériels pour la reproduction loyale de la nature et de la vérité. Persuadé du rôle éminemment éducateur de l'Esthétique, Henri n'eut garde de ne pas ériger un Théâtre où l'on représentait des comédies, des tragédies et des Opéras. Ainsi se répandaient sur les foules les joies de la pensée après les journées de rude labeur. Le Roi essayait d'esquisser pour son peuple une sorte de rêve de vie supérieure qui le libérât de l'engrenage des nécessités matérielles, même pour quelques instants. ment éducateur de l'Esthétique, Henri n'eut garde de ne pas ériger un Théâtre où l'on représentait des comédies, des tragédies et des Opéras. Ainsi se répandaient sur les foules les joies de la pensée après les journées de rude labeur. Le Roi essayait d'esquisser pour son peuple une sorte de rêve de vie supérieure qui le libérât de l'engrenage des nécessités matérielles, même pour quelques instants. Christophe n'oublia pas les classes populeuses. Pour cette catégorie de citoyens furent créées des Ecoles professionnelles pourvues de maîtres capables. Dans nos campagnes les plus reculéees, le paysan et l'ouvrier apprenaient à lire et à satisfaire à ses devoirs envers la divinité. Henri 1er s'imposait l'obligation de visiter les Ecoles et, de distribuer des prix aux élèves méritants. La Chambre Royale d'instruction publique avait pour mission de suivre, d'étendre les progrès de là culture, d'exercer la haute surveillance sur les Académies et Collèges du Royaume, d'imprimer ou d'acheter les meilleurs ouvrages scolaires, de choisir les méthodes pédagogiques les plus propres à l'avancement des études. Au-dessous de la Chambre royale existaient, dans chaque localité, des Inspecteurs spéciaux. Il faut en convenir : Christophe en se montrant partisan convaincu de l'éducation universelle devançait de beaucoup son époque. Ni en France, ni en Angleterre, ni. en Allemagne, ni même en Suède où l'instruction était plus en honneur qu'ailleurs, on ne poussait si loin l'éducation du peuple. Il y avait en Europe de célèbres écrivains: un Voltaire, un Jean-Jacques Rousseau, un Montesquieu, un Bolingbroke, un Milton, un Herder ou un Schiller. Mais le --- Page 32 --- — 28 — peuple de cette vaste contrée croupissait dans une ignorance profonde. L'Angleterre si avancée en matière de gouvernement restait en arrière par l'état social des masses privées d'instruction primaire. Les politiques d'Europe ne s'en inquiétaient guère, considérant l'enseignement comme une affaire purement privée, qui regarde les parents plutôt que l'Etat Un lord Anglais s'opposa au vote des fonds sollicités pour la création de quelques écoles primaires en déclarant en plein Parlement « que si un cheval en savait aussi long qu'un homme, il n'aimerait pas être son cavalier». On ajourna la loi devant un argument de cette forcé. Il faut attendre jusqu'en 1832 pour voir la Grande-Bretagne s'occuper de l'instruction des classes populeuses. C'est seulement vers la même époque que Guizot, en France, fondait des écoles normales pour les instituteurs, dans les chefs-lieux des départements. Le mouvement de. la culture des masses part des Etats-Unis d'Amérique. Ce sont les heureuses conséquences de la puissante diffusion'de l'instruction dans la démocratie américaine qui firent réfléchir les hommes ,d'Etat de l'ancien Continent. Ils se mirent à imiter l'exemple donné par le Nouveau-Monde. Christophe, lui, est un précurseur. Il eut l'instinct que l'activité des individus dépend de la culture de l'intelligence et que l'Etat pourvoit à. sa propre conservation par l'éducation donnée à tous. Vue, géniale ! Notre Roi en était tellement imbu de struction dans la démocratie américaine qui firent réfléchir les hommes ,d'Etat de l'ancien Continent. Ils se mirent à imiter l'exemple donné par le Nouveau-Monde. Christophe, lui, est un précurseur. Il eut l'instinct que l'activité des individus dépend de la culture de l'intelligence et que l'Etat pourvoit à. sa propre conservation par l'éducation donnée à tous. Vue, géniale ! Notre Roi en était tellement imbu de cette vérité qu'il déclara avec orgueil dans une de ses Proclamations « qu'il veut élever au, milieu des îles à esclaves, (l'esclavage existait encore dans les Antilles et dans toute l'Amérique du Sud ) une génération d'hommes qui deviendra la preuve vivante de l'égalité morale de leur société avec celle des peuples avancés, de l'Europe.» Haïti, dans la pensée de ce monarque, constitue la tête de l'humanité noire. Christophe conscient plus qu'aucun autre de la responsabilité morale qui échet à notre nation voulut la préparer à y faire face. La culture même qui fécondait les esprits, en Haïti, donnait au peuple le sentiment de sa dignité. --- Page 33 --- — 29 — Combien fut plus logique le Président Boyer qui, convoitant pour lui-même le gouvernement absolu, commença d'abord par fermer toutes les écoles ou vertes par Christophe, laissa péricliter le Lycée de Port-auPrince, le Pensionnat national de Demoiselles, en attendant qu'il fit clouer les portes de l'a célèbre Université de Santo-Domingo, surnommée l'Athènes des Antilles. L'éducation devait agir en sens contraire des teudences despotiques de Christophe. Les, âmes ainsi nourries par la littérature, la philosophie, l'histoire, la religion et la science avaient été agrandies et élevées. Elles avaient maintenant une conscience plus nette de la nature des divers gouvernements..Elles avaient lu Montesquieu et appris de Jean-Jacques Rousseau que ton n'est point juste si l'on n'est pas humain et qu'un Chef qui ne respecte pas la loi a positivement tort Les esprits se façonnèrent un idéal de liberté et de justice. On se sentait étouffé dans cette atmosphère de silence, de peur et de prosternation! L'instruction reçue ne servit qu'à mieux faire sentir la disproportion des choses et à rendre plus intolérable la" condition de tous. La réforme mentale impose là réforme politique. Le gouvernement d'Henri 1er avait allumé, lui-même le puissant foyer d'où les idées épanouies en gerbes transformèrent le cerveauen l'inondant de lumière. On obéissait encore au Roi, mais les coeurs s'étaient détachés de lui. L'étrange contradiction entre l'idéal conçu et la poignante réalité poussait à la chute du système de compression. Les esprits distingués aspiraient atteindre le ciel, et les voilà obligés de trainer sur terre. C'est ce qui arriva avec le Tzar Alexandre II de Russie, « tzar libérateur». Il voulait émanciper les cerveaux par la haute culture et cherchait en même temps à enrayer le développement de la liberté. de lui. L'étrange contradiction entre l'idéal conçu et la poignante réalité poussait à la chute du système de compression. Les esprits distingués aspiraient atteindre le ciel, et les voilà obligés de trainer sur terre. C'est ce qui arriva avec le Tzar Alexandre II de Russie, « tzar libérateur». Il voulait émanciper les cerveaux par la haute culture et cherchait en même temps à enrayer le développement de la liberté. On organisa coup sur coup des complots contre lui et, finalement, une bombe l'emporta. Les passions suscitées dans le Nord par la diffusion de la culture sans" se montrer aussi exaltées qu'en Russie, ne continuaient pas moins leur oeuvre de revanche, comme le feu qui --- Page 34 --- — 30 — couve sous les cendres. L'émeute, n'éclatait pas, la conspiration vivait dans l'air. Qu'une occasion vienne, et ce sera fait du Roi. Mais en présence de tant d'efforts de sa part pour le bien public, répétons aux générations nouvelles trop avides des honneurs et des jouissances,- que si le succès consacre la renommée des hommes d'Etat, il n'y a pourtant que la droiture des intentions et la persévérance continue dans l'action quittassent le vrai politique. Christophe entama par tous lés points, à la fois, son oeuvre de gouvernement Dans chaque projet réalisé se dresse comme une colonne de lumière l'unité invariable de ses desseins. L'Instruction publique forme le couronnemeut de l'invisible et ample Cathédrale érigée par notre Roi pour abriter nos âmes, et dont les soubassements sont la religion et le travail. Qu'est-ce donc que cet homme pour exercer une influence si bienfaisante dans ce pays qui a rétrogradé après, lui et sans lui? A la vérité, les masses le considéraient comme une sorte d'incarnation de la divinité dans ce monde. Lui, philosophe sans jamais, avoir appris la philosophie, imaginait les moyens les plus propres à accroître aux yeux des foules fascinées, le prestige de son autorité incomparable. Pour aller au devant de nos populations dans un apparat qui rend le Pouvoir « plus respectable, Christophe adopta l'attirait de la monarchie: gardes du corps,hérauts d'armes, sceptre d'or, manteau écarlàte. Il n'y a pas la qu'un vain étalage d'orgueil. Au premier, abord on rie voit que' la pompe des cérémonies et l'extrême souci de la représentation. Toutes choses qui sont des manifestations spontanées de sentiments esthétiques sommeillant à l'état de virtualité dans l'âme de ce nègre. Ce déploiement de faste chatoyant ne constituait que la façade extérieure d'une idée constructive et originale. Persuadez vous bien qu'une haute pensée préside à cette création monarchique. Henri 1er institue une noblesse héréditaire, avec titres, dotations et fiefs. Il en recrute les membres dans toutes lés classes sociales sans autre distinction que le manifestations spontanées de sentiments esthétiques sommeillant à l'état de virtualité dans l'âme de ce nègre. Ce déploiement de faste chatoyant ne constituait que la façade extérieure d'une idée constructive et originale. Persuadez vous bien qu'une haute pensée préside à cette création monarchique. Henri 1er institue une noblesse héréditaire, avec titres, dotations et fiefs. Il en recrute les membres dans toutes lés classes sociales sans autre distinction que le --- Page 35 --- — 31 — mérite personnel. Le costume. de chaque ordre de cette noblesse est rigoureusement déterminé ainsi que les honneurs y attachés. Un Edit énumère les membres de la Maison Civile du Roi, ceux de la Reine et des Princesses du sang. L'ordre militaire de Saint Henri se portait de telle ou telle façon selon le rang du dignitaire.Les réceptions de gala avalent lieu avec le cérémonial de style. Nul n'adressait la parole au Roi, dans certaines solennités, saris obtenir au préalable l'assentiment du Souverain par l'intermédiare du Grand Maitre des Cérémonies. On entrait et sortait sans tourner le dos à Sa Majesté. On conçoit que cette affectation de grandeur officielle et de rites protocolaires ait so levé les fusées de rires des petits écrivains étrangers dépourvus de sens philosophique. Figurez-vous qu'un Michelet, un Schoelcher ou un Lamartine, libres et universels esprits, historiens à idées générales, qui connaissent à fond la nature humaine pour l'avoir suivie dans son développement à travers les âges et. les climats, figurez-vous que de tels penseurs qui tiennent d'innombrables exemples fixés là sous le regard, resteraient surpris de la création de. la monarchie démocratique du Nord? Ils en expliqueraient la portée sociale et politique avec simplicité et profondeur comme ils eussent fait de tout autre événement humain. La tolérance n'est-elle pas la eoquetterie des maîtres? Au reste, les.persifleurs du Roi trouvèrent à qui par 1er. Le Baron Vastey leur répondit avec un ferme bon sens. Jamais les qualités de verve et de feu de ce publiciste ne se montrèrent avec plus d'éclat. « Qui donc, leur disait-il, régnera sur les noirs, si les noirs ne peuvent être Rois ?» La Royauté est-elle aussi affectée exclusivement à la couleur blanche?/Peut-il exister des motifs de réprobation dans la différence des couleurs qui diversifient les habitants du globe?. La force, le courage, les vertus, les bons ou les mauvais penchants prennent-ils leur source sur l'épiderme ou dans le coeur de l'homme?» Henri 1er sans se préoccuper de l'opinion de celui-ci --- Page 36 --- — 32 — ou de celui-là, exerça son rôle de roi avec la plus parfaite dignité. Tète visible de notre société il donnait l'exemple de la vie luxueuse et offrait de belles fêtes au pays. Tout relevait de lui: les rapports sociaux aussi bien que la vie politique. Plus on se rapprochait de l'auguste monarque plus on grandissait dans l'esprit du peuple. Le Roi devint le centre vers lequel tout gravissait Il mit son empreinte sur son entourage. celui-là, exerça son rôle de roi avec la plus parfaite dignité. Tète visible de notre société il donnait l'exemple de la vie luxueuse et offrait de belles fêtes au pays. Tout relevait de lui: les rapports sociaux aussi bien que la vie politique. Plus on se rapprochait de l'auguste monarque plus on grandissait dans l'esprit du peuple. Le Roi devint le centre vers lequel tout gravissait Il mit son empreinte sur son entourage. Les hommes neufs qui composaient les éléments de sa noblesse, acquirent par le sentiment même des fonctions élevées où on les appelait des manières d'être plus raffinées. Des fêtes et divertissements dont le roi se montrait prodigue : bals, concerts, réceptions, comédies et ballets, parties de chasse, se dégageait un certain sens de sociabilité se traduisant dans l'attitude, le langage et le maintien des gens de la Cour. Ceux-ci donnaient le ton aux autres. Est-ce que les officiers du Premier Empire n'étaient pas aussi des parvenus des champs de bataille? Où Augereau. Lanues, Brune, Davout, Masséna avaient-ils appris la fine fleur de la politesse? Où Mural, palefrenier devenu roi, connut-il la courtoisie des salons? Il est certain que les duchesses et les comtesses de la fabrique de Christophe ne furent pas plus excentriques qu'une maréchale Lefèvre, duchesse de Dantzig, (de Célébré mémoire) ni plus ridicules que les duchesses de Gaète ou la princesse de Bénévent. Napoléon en faisant revivre les Institutions de l'ancienne monarehie recherchait l'éclat. Christophe poursuivait le même but. Est-il plus coupable que l'autre parce que noir ? Napoléon valait-il mieux au point de vue de la représentation et des formes, que notre Christophe? On peut en douter. Comme le Roi d'Haïti, il était violent, fantasque, irascible. Il n'était guêre galant avec certaines darnes de sa cour. Plus d'une sortait de ses réceptions les larmes aux yeux, parce qu'elle avait été maltraitée en paroles, par l'Empereur. Madame de Rémusat, de l'ancienne noblesse, dut s'écrier une fois: «Quel dommage qu'un si grand Empereur soit si mal --- Page 37 --- — 33 — élevé!». Dans son emportement,Napoléon qui avait l'habitude de cravacher ses écuyers alla un jour jusqu'à menacer de son fouet le brave amiral Bruix. Celui-ci faisant deux pas en arrière et mettant la main sur le pommeau de son épée dit: «Prenez garde Sire !» Ce geste, accentué par le ton résolu de la voix eut la vertu singulière de maîtriser subitement le courroux de l'Empereur des Français. Vous vous rappelez comment notre Christophe, furieux de ce que Philippe Guerrier laissait reposer plus qu'il ne faut une escouade apportant desmatériaux pour la construction de la fameuse CITADELLe, leva son bâton pour en frapper cet officier haut gradé. Philippe Guerrier recula et posa la main sur son sabre: «Sire, si vous frappez Guerrier, vous êtes mort ! Nous avons combattu ensemble pour ne plus être bâtonnés !» Ces paroles prononcées avec fermeté forcèrent le Roi à se contenir. Il s'éloigna rêveur et surpris, car c'est pour la première fois qu'il s'était rencontré face à face avec un homme ! Il dut comme Napoléon se courber de vaut l'inévitable. rier recula et posa la main sur son sabre: «Sire, si vous frappez Guerrier, vous êtes mort ! Nous avons combattu ensemble pour ne plus être bâtonnés !» Ces paroles prononcées avec fermeté forcèrent le Roi à se contenir. Il s'éloigna rêveur et surpris, car c'est pour la première fois qu'il s'était rencontré face à face avec un homme ! Il dut comme Napoléon se courber de vaut l'inévitable. Différence de couleur chez les humains et identité de nature! Christophe, dites-vous, copia le cérémonial des Cours d'Europe. Eh ! qu'est-ce que cela dénote? Un vif désir d'emprunter quelque chose à la civilisation de l'Ancien Continent. Est-ce un si grand mal d'imiter chez les autres ce qui correspond à nos secrets penchants? Iturbide, au Mexique, ne se fit-il pas sacrer Empereur en suivant ponctuellement les rites du sacre de Napoléon I " Personne n'a rien trouvé à y redire. Ah! j'oubliais qu'Iturbide est Indien et que, n'appartenant pas à la race noire, il jouissait par ce fait du suprême privilège d'agir à sa guise ! Remarquez que le Roi d'Haïti soldat à la fois grand administrateur ne manquait pas, en tant qu'homme du monde, de belles et civiles manières. Il se délectait à exercer l'hospitalité, à prendre part aux réunions de société. Il recevait souvent à sa table des Anglais de marque de passage dans son royaume. Dans --- Page 38 --- - 34 - ces occasions-là, de quelle magnificence ne faisait-il preuve? On sortait émerveillé de tout ce qu'on avait vu : salles de réception décorées de riches peintures et de meubles de prix, moelleux tapis étouffant le bruit, dés pas, statuettes dé marbre ou de bronzé à chaque coin des pièces, suberbes et étin celantes vaisselles d'or et d'argent, bon ordre du service et, par dessus tout, la parfaite affabilité de l'amphytrion. Tout était propre, luisant et harmonieux à l'oeil. Le Roi jouissait de la confusion de ses invités délicieusement charmés de ses soupers où la délicatesse des"mets alternait avec le bruissement aimable de libres causeries arrosées de vins capiteux, généreux et rares. dorit l'odeur se mêlait à l'odeur griseuse des gerbes de fleurs, égayant la fable. Parfois une douce musique composée de violons, de flutes, de clarinettes et de bassons jetait ses noiesau milieu des tranports de joie des convives et semblait jouer au Roi d'Haïti, dans certains airs pleins de sentiment, d'envol et de foi la prophétie de son immortalité (grand mouvement de l'auditoire-): Les Rois-se plaisent, au déploiement théâtral de leur magnificence. use des gerbes de fleurs, égayant la fable. Parfois une douce musique composée de violons, de flutes, de clarinettes et de bassons jetait ses noiesau milieu des tranports de joie des convives et semblait jouer au Roi d'Haïti, dans certains airs pleins de sentiment, d'envol et de foi la prophétie de son immortalité (grand mouvement de l'auditoire-): Les Rois-se plaisent, au déploiement théâtral de leur magnificence. Un François 1er. recherchait les tournois où il était heureux de montrer sa grâce et son agilité,un Louis XIV goûtait on ne peut plus les carrossels où if brillait comme élégant cavalier en attendant que les triomphes de Versailles lui offrent pour cortêge-toute une foule chamarrée de grands Seigneurs et de nobles Dames, et viennent donner une vie de légende à la merveilleuse Cité des eaux. Les spectacles à pompe extérieure sont l'accompagnement obligatoire des monarchies. C'est ainss qu'après un long séjour à SANS-SOUCI, sa résidence préférée, le Roi d'Haïti se décida à se rendre au Cap-Henri. A cette nouvelle les hauts fonctionnaires de la Ville se démènent, s'agitent pour préparer une grandiose réception à l'Auguste Souverain. De magnifiques arc-de-triomphe furent ériges sûr la route de SANSSOUCI au Cap (à peu près cinq lieues de distancé). A l'entrée même de la Capitale, on construisit un véritable --- Page 39 --- monument par ses proportions et sa beauté architecturale. On y mit cette inscription ; « PROTECTEUR DE NOTRE LIBERTÉ, NOTRE ROI ET NOTRE AMI, VOS SUJETS VOUS SALUENT!» Les maisons, les édifices publics, les magasins du Cap s'ornèrent de feuillages et de drapeaux. Le jour de son départ de Sans-Spuci, le Roi d'Haïiti prit place dans un carrosse d'apparat traîné par six chevaux gris pommelées, marquant le pas. Devant lui chevauchaient les gardes royales revêtues de leurs plus riches costumes. Les grands Officiers de la Couronne, les maréchaux de la Cour environnent sa voiture. La. Reine suivait à distillée dans un autre carrosse de gala. Ses amazones lui servent d'osco te; puis venaient les équipages en livrées du Prince Royal, des Princesses du sang et des autres membres de la famille régnante, traînés dans des phaétons somptueux qu'entourent les. chevaux légers et le personnel de leur Maison civile. Des gardes royales fermaient, la haie. Les fanfares placées de distance' en distance jouaient des airs vibrants, entrecoupés par des vivats enthousiastes de la foule! De partout, un public de tout âge, de tout sexe et de toute condition accourut, pour jouir de ce rare spectacle et acclamer l'Auguste, Souverain d'Haïti. phaétons somptueux qu'entourent les. chevaux légers et le personnel de leur Maison civile. Des gardes royales fermaient, la haie. Les fanfares placées de distance' en distance jouaient des airs vibrants, entrecoupés par des vivats enthousiastes de la foule! De partout, un public de tout âge, de tout sexe et de toute condition accourut, pour jouir de ce rare spectacle et acclamer l'Auguste, Souverain d'Haïti. Et pourtant! et pourtant! cette monarchie si ovationnée était déjà écroulée, dans les esprits, et une fête à grand style, du genre de celle que nous venons de décrire allait bientôt lui servir de linceul Le 15 Août 1820, le Roi d'Haïti, accompagne des membres de sa noblesse et dans un de ces défilés qui attirent de loin les curieux s'étaitrendu à l'Eglise de Limonade ! Au cours de la grand'messé, soudainement une apoplexie le terrassa. Par deux fois sa tête frappa avec force le prie-Dieu devant lequel il s'était agenouillé. Le sang qui en jaillit éclaboussa les courtisans consternés. On donna vite quelque soin à CHRISTOPHE. Tout le côté gauche du corps demeura parlysé. Henri 1er dut s'enfermer dans son château de Sans-Souci, la maladie le minant. On profita de son inaction pour conspirer. La --- Page 40 --- — 36 — garnison de Saint-Marc se souleva. L'émeute, se propagea sur d'autres points. Paul Romain, prince du Limbe, chargé de ramener l'ordre, n'agit pas. Le duc Richard, gouverneur du Cap, laissa faire les meneurs. Sans doute ces deux chefs, qui aspiraient au pouvoir suprême, pensaient tirer profit de la rébellion. Ils ne virent, pas, ces esprits bornés, la grande question en débat dans la lutte en champ clos qui durait depuis quatorze années entre le Nord et la province de l'Ouest. Ils sacrifièrent à d'étroites pensées d'ambition personnelle la doctrine politique de leur Souverain'. Le Roi d'Haïti n'avait compté qu'avec la force. Voilà maintenant que la force lui tourne le dos ! Cette aristocratie du Nord, qui devait être le solide soutien du trône futla première à s'éloigner à cette heure critique, travaillant ainsi contre elle-même, l'imprévoyante! Christophe cependant cherche à dompter la maladie par l'empire de la volonté. Il se fait préparer un bain de rhum et de piments pulvérisés. Cette mixture rendit immédiatement de l'élasticité à ses membres. Le Roi commande qu'on lui amène son cheval. En présence de sa Maison militaire qui l'acclame pour la dernière fois, il met noblement le pied à l'étrier. Avant d'avoir pu se mettre en selle il s'affaissa sur lui-même. cherche à dompter la maladie par l'empire de la volonté. Il se fait préparer un bain de rhum et de piments pulvérisés. Cette mixture rendit immédiatement de l'élasticité à ses membres. Le Roi commande qu'on lui amène son cheval. En présence de sa Maison militaire qui l'acclame pour la dernière fois, il met noblement le pied à l'étrier. Avant d'avoir pu se mettre en selle il s'affaissa sur lui-même. Comprenant que tout était perdu, Christophe ordonna de le transporter dans son lit. L'isolement où il se trouvait à cette minute était effroyable. Si tout l'abandonnait, il ne s'abandonna pas lui-même. Il demandasa femme et ses enfants qu'il embrassa silencieusement. Il jeta un long regard depitié sur le Prince Royal. Puis il fait signe à sa famille de se retirer. C'est alors qu'il invita un de ses domestiques à lui apporter du linge propre et de l'eau. Il se lava la main comme pour se purifier et se couvrit la tête d'un mouchoir blanc. Un moment après, une forte détonation. On accourut. Le roi venait de se tuer. A cet instant, l'émeute grondait dans les rues. A la hâte on transporta à la Citadelle son corps ensanglanté qu'on recouvrit d'une épaisse couche de chaux vive. Ceci se passait le huit octobre 1820. Christophe venait --- Page 41 --- — 37 — d'avoir 62 ans. Lui qui comptait si peu la mort des autres se montra ferme du haut de sa propre mort. Par le coup de pistolet tiré droit au coeur, il solda en une fois toutes ses dettes à l'humanité. Mme de Sévigné s'écria à la mort du marquis de Seignely: «C'est la splendeur qui est morte». Ne pourrait-on dire la même chose de Christophe? Le Roi d'Haïti restera d'ans le livre d'or de l'histoire comme un grand civilisateur. A la tête des affaires de son pays, il ne se contenta pas do phrases ou de promesses; il paya de solides réalités, ll est le seul de nos chefs d'Etat qui ait laissé des traces durables de son passage au pouvoir comme pour témoigner à jamais de la capacité administrative de notre race. Dors tranquille dans ta tombe, Auguste Roi d'Haïti! La mort n'atteint pas ton génie. ; il jette encore des reflets éblouissants sous le ciel calme et bleu ! (applaudissements répétés et vivats. ) Duraciné VAVAL --- Page 42 --- INTRODUCTION A LA BOTANIQUE HAITIENNE CONFÉRENCE DONNÉE A LA SOCIÉTÉ D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE D'HAÏTI le 20 Décembre 1925 Mesdames et Messieurs, Je me rappelle très bien le jour, il y à quelques semaines, où Monsieur Buch, mon hôte si généreux; habitant votre charrnante ville, vint m'introduire le Dr Pressoir, lé très actif secrétaire de la Société d'Histoire et de Géographie d'Haïti. Nous avions à peine, échangé quelques mots, que le Dr Pressoir me fit tout à coup, l'invitation de donner une conférence à la Société sur, mes travaux en. Haïti. Très flatté d'un tel honneur, néanmoins, je m'y suis véhementement refusé, en premier lieu parce que je ne sais pas parler assez bien votre langue élégante, et aussi parce que je craignais qu'un simple récit des excursions d'un Aoriste comme moi ne puisse avoir quelque intérêt pour le public. quelques mots, que le Dr Pressoir me fit tout à coup, l'invitation de donner une conférence à la Société sur, mes travaux en. Haïti. Très flatté d'un tel honneur, néanmoins, je m'y suis véhementement refusé, en premier lieu parce que je ne sais pas parler assez bien votre langue élégante, et aussi parce que je craignais qu'un simple récit des excursions d'un Aoriste comme moi ne puisse avoir quelque intérêt pour le public. Le Dr. Pressoir a eu la bonté de me rassurer sur ces deux points et j'ai accepté, en réfléchissant sur la bonne occasion qui m'était donnée de faire publiquement mes remercîments à la Nation Haïtienne pour Thospitalité sans égale dont j'ai joui d7s le premier jour où j'ai mis les pieds sur le sol de cette belle Ile. Je dois dire que je n'ai pas eu le temps de mepréparer convenablement pour donner une conférence comme celles que vous êtes habitués à entendre. Je voudrais bien vous montrer des photographies nombreuses, des échantillons en quantité, des cartes phyto-géographiques etc. Mais hélas, tout cela m'est complètement impossible. Je suis contraint de vous --- Page 43 --- — 39 — donner une idée de l'état actuel de l'exploration floristique d'Haïti, en accentuant, naturellement, mes propres efforts. Et d'abord rien de plus nécessaire qu'un petit résumé de l'histoire floristique d'Haïti, On peut dire sans exagérer qu'Haïti est le berceau de la botanique historique de l'Amérique. Je me réfère aux travaux du Père Plumier,botaniste du roi vers 1690, Ce brave botaniste a visité Haïti dans un temps où les mers étaient ravagées par des pirates, où il'n'y avait pas de chemins, 30 ans avant la fondation de Portau-Prince, 100 années avant les jours de Toussaint-Louverture et les premières luttes pour l'Indépendance. En ce temps Haïti était couverte de belles forêts où l'intrépide Père dut avoir trouvé une quantité énorme de ces plantes qu'il aimait tant : les FOUGÈRES. Plumier n'a pas faitune collection de ces plantes, en tout cas pas en Haïti. Il les a dessinées, mais d'une manière si parfaite, qu'on peut les reconnaître sans la moindre difficulté. Retourné en France, il a publié la première partie de ses découvertes dans l'ouvrage intitulé «DESCRIPTION DES PLANTES DE L'AMÉRIQUE AVEC LEURS FIGURES » dont il a fait lui-mème les gravures sur cuivre. Malheureusement, il est mort, laissant la plupart de ses précieux originaux dans les archives de Paris. Le Gouvernement Français ne montrant point d'inclination pour faire continuer l'ouvrage de Plumier, un botaniste Hollandais, Burman, a fait copier les dessins et les a publiés, nous dirons d'une manière peu en rapport avec leur beauté. Cet ouvrage de Burman a servi de base pour l'établissement de beaucoup des espèces de Linné, le fondateur de la nomenclature moderne des plantes et de plusieurs autres botanistes, sans que ces naturalistes aient connu les originaux primaires, c'est-à-dire les plantes elles-mêmes. Je profite de cette occasion pour bien faire remarquer qu'un dessin d'une plante, soit-il le plus parfait du monde, n'a pas la valeur d'un échantillon séché, même mal séché. Avec les méthodes modernes on peut revivifier une fleur séchée, l'analyser, même pénétrer jusqu'aux microscopiques cellules de et de plusieurs autres botanistes, sans que ces naturalistes aient connu les originaux primaires, c'est-à-dire les plantes elles-mêmes. Je profite de cette occasion pour bien faire remarquer qu'un dessin d'une plante, soit-il le plus parfait du monde, n'a pas la valeur d'un échantillon séché, même mal séché. Avec les méthodes modernes on peut revivifier une fleur séchée, l'analyser, même pénétrer jusqu'aux microscopiques cellules de --- Page 44 --- — 40 — l'ovaire, si c'est nécessaire, tandis que le dessin reste là, très beau peut-être, mais inutile. Cependant, pour retourner à. Plumier, les plantes qu'il a dessinées ont été retrouvées peu à peu par des botanistes-collecteurs, sinon en Haïti du moins dans les autres Antilles. Plus tard nous reviendrons à cette importante matière. L'exploration floristique d'Haïti après Plumier, reflète l'histoire politique du pays. Des périodes de grande activité sont suivies par d'autre d'inactivité presque complète. La période d'avant la révolution fut très caractérisée par une activité iloristique extrordinaire. En ces jours, Haïti fut visité par des botanistes comme Swartz, Richard, Tussac, Nectoux, Martin et plusieurs autres. Même pendant la guerre de l'Indépendance, il y avait deux botanistes de mérite en Haïti, à savoir, Poitou et Descourtilz. Après cela il y eut une longue période d'inactivité, soit que l'on, croyait, que la flore était déjà bien connue, soit que l'on avait peur de voyager ici. L'inauguration d'une nouvelle période d'exploration fut marquée par les travaux du Père Picarda, lequel sur l'instigation de Monsieur le Professeur Ign. Urban à Berlin, fit une série d'excursions en Haïti, particulièrement dans les montagnes au Sud de Port-au-Prince et de Miragoane. Les plantes qu'il a récoltées ont été admirées par des milliers de visiteurs à l'exposition du Centenaire de Chicago. Ce que Picarda à fait dans le Sud d'Haïti, mon. char mant ami et mon hôte généreux, Monsieur Buch, l'a fait dans le Nord de la République. Dans les plantes que lui envoyèrent ces deux botanistes, le professeur Urban a trouvé une grande quantité d'espèces, et même des genres nouveaux ce qui démontrait bien clairement, que la flore d'Haïti était loin d'être connue. A la même époque où ton faisait ces explorations en Haïti, les botanistes' de la partie Dominicaine de l'Ile ne restaient pas inactifs. Monsieur le Baron Eggers découvrit, à Constanza, dans les montagnes du Cibao, une --- Page 45 --- flore très différente de celle des autres Antilles. Il y trouvait même plusieurs plantes de l'Europe, non pas ces plantes introduites par acclimatation qu'on peut admirer à Furcy et Kenscoff, mais, des plantes absolument sylvestres telles que Achemilla, Chimaphila, Viola, Trisetuim (le dernier décrit de la Lapponie), Eggers trouva aussi une grande quantité d'espèces déjà connues dans les montagnes de l'Amérique du Sud et du Nord, mais pas dans les autres Antilles. Ces trouvailles de Eggers ont été enrichies récemment par les travaux de Messieurs Tuercklieim et Fuertes. mirer à Furcy et Kenscoff, mais, des plantes absolument sylvestres telles que Achemilla, Chimaphila, Viola, Trisetuim (le dernier décrit de la Lapponie), Eggers trouva aussi une grande quantité d'espèces déjà connues dans les montagnes de l'Amérique du Sud et du Nord, mais pas dans les autres Antilles. Ces trouvailles de Eggers ont été enrichies récemment par les travaux de Messieurs Tuercklieim et Fuertes. Maintenant cette flore extraordinaire des montagnes deSaint-Domirigue n'existeraitelle pas en Haïti? Voilà un problème d'importance dont il fallait chercher la solution. Il faut savoir que jusqu'à nos jours les montagnes les plus élvées d'Haïti n'ont été explorées par les botanistes que très incomplètement. Le Père Christ a fait l'ascension du morne LA VISITE à 2.200 mètres" et Monsieur Buch a traversé la Crète de la Selle, même plusieurs fois sans y trouver ces plantes extraordinaires de Constanza. Mais la partie la plus haute de la Selle de 2.800 métrés restait toujours inexplorée aussi bien que la Hotte, cette redoutable chaîne de montagnes au Nord des Cayes, rivalisant presque en hauteur avec la Selle. Outre ces montagnes, celles du centre d'Haïti restaient toujours inconnues. Le but principal des futurs travaux en Haïti était donc l'exploration de ces hautes montagnes. J'ai déjà parlé des dessins du Père Plumier dont la grande majorité a été idenclifiée sans aucun cloute. Cependant, il y avait toujours un yssez grand nombre particulièrement des fougères et des cactées dont pour lesquelles il fallait avoir les plantes mènies pour pouvoir les identifier définitivement. Voilà encore les raisons,et très fortes, pour continuer les recherches en Haïti. En ses efforts pour trouver un homme pour cette tâche, le professeur Urban s'est tourné au Musée d'histoire naturelle de Stockholm. Nous avons là des fonds donnés au Musée par des botanistes très riches, et destinés à l'ex- sez grand nombre particulièrement des fougères et des cactées dont pour lesquelles il fallait avoir les plantes mènies pour pouvoir les identifier définitivement. Voilà encore les raisons,et très fortes, pour continuer les recherches en Haïti. En ses efforts pour trouver un homme pour cette tâche, le professeur Urban s'est tourné au Musée d'histoire naturelle de Stockholm. Nous avons là des fonds donnés au Musée par des botanistes très riches, et destinés à l'ex- --- Page 46 --- — 42 — ploration botanique de l'Amérique du Sud. Chaque décade, nous envoyons une expédition à quelque partie de ce continent. En 1924 la 3e de ces expéditions était sûr le point, de partir, destinée comme, les antérieurs au Brésil. Mais le Prof. Urban nous fit changer de projet en suppliant qu'au moins une partie de l'argent à notre disposition fut employée à l'exploration d'Haïti. C'est à moi qu'on a fait l'honneur de confier ce travail.. Je suis parti de la Suède au mois de Mars 1914. Ma route m'a conduit à la Havane. Malheureusement je ne pouvais pas continuer mon voyage, les ports d'Haïti ayant été fermés aux vapeurs cubains à cause de quelques cas de peste bubonique à Saint-Domingue. Cela me donna une opportunité pour faire des collections dans l'Ile de Cuba dont la flore n'est pas moins intéressante que celle d'Haïti. En effet le résultat botanique de mon séjour à Cuba fut si surprenant que je ne continuai mon voyage en Haïti qu'au mois de Mai 1917. La ville la plus en contact avec Cuba est les Cayes, et c'est elle qui m'a servi de base pour mes premières excursions en Haïti. La vaste plaine des Cayes, parcourue par ces quatre grandes rivières : L'Islet, la rivière de Torbeck et la rivière cle l'Acul, m'a donné plusieurs plantes d'intérêt. Mais c'est comme toujours dans les montagnes, que j'ai trouvé la majorité des plantés nouvelles que j'ai découvertes pendant mon premier séjour en Haïti. J'ai pénétré dans la Hotte par la Civette, près de Camp-Perrin. Il y a là un sentier pour passer aux jardins Coutard, au milieu d'une végétation très riche en espèces inconnues, à une hauteur de 800 mètres environ. J'ai trouvé là dans cette seule excursion de deux jours 20 espèces nouvelles pour la science et parmi elles un genre nouveau, EKMANIOCHARIS, de la famille des Melastomacoe. Ce qui me fit un grand pleisir ce fut de trouver la Bégonia repens, beau spécimen de ce genre trouvée seulement par Plumier. Mais le chemin était très pénible et n'était pas violemment pas la vraie route pour l'ascension de la Hotte, dont j'avais vu la double cîme couverte de bois pin, bien à --- Page 47 --- l'Ouest Toujours décidé à faire l'ascention de ce sommet le plus haut, je. cherchai à Port-à-Piment une nouvelle base d'opération. Malheureusement, avant de pouvoir réaliser mon projet, je tombai malade. C'était le fléau des pays tropicaux, la malaria. Il n'y avait pas de quinine à Port-à-Piment, il fallait beaucoup de temps pour en faire chercher aux Cayes. Enfin j'ai été condamné à un mois d'inactivité et quand je repris mes excursions je n'avais pas l'énergie d'autrefois. le plus haut, je. cherchai à Port-à-Piment une nouvelle base d'opération. Malheureusement, avant de pouvoir réaliser mon projet, je tombai malade. C'était le fléau des pays tropicaux, la malaria. Il n'y avait pas de quinine à Port-à-Piment, il fallait beaucoup de temps pour en faire chercher aux Cayes. Enfin j'ai été condamné à un mois d'inactivité et quand je repris mes excursions je n'avais pas l'énergie d'autrefois. C'est peut être pour cela que j'ai été obligé, à ma seconde excursion dans la Hotte, sur la route de la Chapelle, Randelle, Bel-Endroit et Drouette, de retourner sans pouvoir réaliser l'ascension. Je n'avais pas mon altimètre, l'ayant perdu pendant la révolution arrivée à Cuba la même année. Mais je sais par les plantes collectées dans cette dernière excursion, que j'étais arrivé à une hauteur de 1.600 mètres au moins. Il n'y a pas" de chemin dans ces hautes montagnes, ca va sans dire. Toute avance est faite au moyen de manchette. Là liane à scie un bambou rampant, très abondant flexible niais extrêmement difficile à co per, forme l'obstacle le plus désagréable aux voyageurs. Certain es fougères du genre Gleichenia forment des masses presque impénétrables sur les crêtes, où l'on est obligé de trouver son passage. Cette végétation est tellement, épaisse, qu'on a besoin de faire de véritables tunnels pour la pénétrer.. Le résultat botanique de cette excursion était comparable à, celle de Civette; encore 20 espèces nouvelles et un genre nouveau, le PERATANTHE EKMANII. A mon retour aux Caves, j'ai eu des attaques répétées de malaria, et désespérant de m'en guérir en Haïti, je suis retourné à Cuba. Cependant, le professeur Urban, ayant trouvé dans mes collections d'Haïti tant de belles espèces nouvelles, ne me laissait pas poursuivre tranquillement l'étude fies richesses de la flore de Cuba. Mes trouvailles de la Hotte lui avaient servi comme un stimulant puissant pour --- Page 48 --- - 44de nouvelles recherches. Sur ses supplications on m'a donné les moyens nécessaires à une seconde expédition en Haïti. Et me voilà... Cette fois j'avais formé la résolution de donner le coup de grâce à la flore de la République d'Haïti. Pour réaliser ce plan ambitieux, j'avais besoin d'une base plus centrale pour mes opérations que celle des Cayes, c'est-à-dire de Port-au-Prince. Je suis arrivé ici au mois de Juillet de l'année passée et je fus accueilli avec la plus grande hospitalité par Mr. Buch. Déjà dans mes premières excursions au Morne à Cabrit j'avais la bonne fortune de trouver une quantité d'espèces inconnues, même deux genres nouveaux pour Haïti, mais connus à Cuba, Machaonia et Acidocroton. besoin d'une base plus centrale pour mes opérations que celle des Cayes, c'est-à-dire de Port-au-Prince. Je suis arrivé ici au mois de Juillet de l'année passée et je fus accueilli avec la plus grande hospitalité par Mr. Buch. Déjà dans mes premières excursions au Morne à Cabrit j'avais la bonne fortune de trouver une quantité d'espèces inconnues, même deux genres nouveaux pour Haïti, mais connus à Cuba, Machaonia et Acidocroton. Mais j'étais anxieux de faire des excursions dans le Massif de la Selle pour y retrouver et reconnaître les nombreuses espèces trouvées là par Picarda, Christ et Buch. Monsieur Gentil Tippenhauer, notre incomparable, météorologiste était alors occupé à l'étude d'un chemin près de Furcy. Il eut la bonté de m'inviter à faire mon premier séjour dans la Selle sous ses auspices et durant deux mois j'ai parcouru les montagnes de Furcy et de la Nouyelle-Tourraine. J'ai prêté une attention particulière à la flore des pentes raides de la Selle propre, c'est-à-dire au Morne la Visite, et au Morne Cabaio, le dernier ayant plus de 2300 mètres de hauteur. Mes efforts ont été bien récompensés sans doute, je trouvai beaucoup d'espèces et même quelques genres nouveaux de grand intérêt. Mais ces plantes européennes du Cibao n'ont pas été trouvées, les plantes du Père Plumier aussi peu. Cependant je n'oublierai jamais le plaisir de me promener au sommet du morne Tranchant, par exemple, dont les prés étaient embellis de tant de fleurs de ma jeunesse, de tous ces tréfles, geraniums, Silènes, Myosotis, Marguerites, Dents-de-Lion, Véroniques, etc, de mauvaises herbes peut-être, mais bien aimées malgré cela comme souvenir d'autres, jours plus heureux. En me dirigeant vers la Selle, j'avais l'espérance d'y --- Page 49 --- — 45 — trouver au moins quelques-unes de ces plantes jamais retrouvées du Père Plumier. Ayant perdu mes illusions de ce côté, il fallut chercher d'autres champs de récolte, plus près de la base de Plumier, à savoir la région de Léogâne. Le vénérable Père avait fait plusieurs excursions dans une vallée nommée par lui «Fond de Baudin». Tout le monde me disait que cette vallée ne manquerait pas d'être le Fond de Baudin de nos jours, sur le chemin de Jacmel par Trouin. Par conséquent je fis une excursion à Trouin accompagné de Monsieur Barker, professeur à l'Ecole d'Agriculture et de Botanique de Thor. Nous réussîmes à trouver là au. moins deux de ces espèces de Plumier, la Bellonia aspers et L'Ipomoçe digitata, les, deux plantes très jolies. Dans les falaises de la Rivière Bras-Gauche, nous trouvâmes, à. part cela un genre nouveau de Mélastomacae, que Monsieur Urban a nommé «MOMSENIA » en l'honneur du philosophe et historien allemand bien connu. Mais Plumier y avait trouvé d'autres plantes plus remarquables toujours, et d'une nature qu'elles ne disparaissent pas facilement. De ces plantes je n'ai rien vu, et j'en ai conclu que le Fond de Boudin n'est pas le Fond de Baudin. Je crois maintenant que je ferais mieux de chercher la vallée en question dans les mornes des Agents Commissaires. a nommé «MOMSENIA » en l'honneur du philosophe et historien allemand bien connu. Mais Plumier y avait trouvé d'autres plantes plus remarquables toujours, et d'une nature qu'elles ne disparaissent pas facilement. De ces plantes je n'ai rien vu, et j'en ai conclu que le Fond de Boudin n'est pas le Fond de Baudin. Je crois maintenant que je ferais mieux de chercher la vallée en question dans les mornes des Agents Commissaires. Peu de temps après, je fus invité par Messieurs Jenkins et Gray à les accompagner à Bayeux. Au point de vue de l'histoire Botanique, cette petite usine à sucre dans le Nord d'Haïti est très intéressante, ayant servi de base à de nombreuses excursions aux deux botanistes américains, Nash et Taylor. Par les plantes collectées par ces Messieurs et par Monsieur Buch, je savais déjà que la flore dû Nord d'Haïti est bien différente de celle du Sud. Ayant des prédécesseurs, tant renommés dans ce champ je ne nourrissais que des espérances faibles d'y trouver quelque chose d'intéressant. En effet, la plupart des plantes trouvées dans les plaines et sur les --- Page 50 --- — 46 — montagnes éruptives de la nature du Morne Maleuvre étaient déjà connues par les travaux des botanistes mentionnés et particulièrement par ceux de Monsieur Poiteau. Mais il y a là dans le Nord d'autres montagnes d'une nature très différente, c'est-à-dire, des Mornes au calcaire dur, l'âge cocène. Justement près de Bayeux s'elève le Morne Brigand, nommé ainsi pour avoir servi de refuge au redoutable bandit Padrejan. Ce morne est composé partout de roches calcaires des plus dures, d'un aspect féroce, tout plein de crevasses et de cavernes et couvert de bois. Son sommet s'élève jusqu'à 1200 mètres au dessus de la mer. Il me semble que l'inaccessibilité presque complète de ce morne l'a défendu non seulement contre les déprédations des habitants mais aussi contre le zèle des Botanistes. Là j'ai trouvé une foule de plantes inconnues, même une douzaine d'arbres nouveaux, entre autres une légumineuse du groupe des Caesalpinioidaae, peut-être l'arbre le plus grand de tout Haïti. On l'appelle Tarvernon, mais ce n'est pas le Tarvernon Originaire, le Lysilona Planisiliqua. La plupart de ces arbres n'étaient pas en floraison et par conséquent je devrai retourner dans ces lieux dans une saison plus favorable à mes fins. Je suis retourné à Port-au-Prince bien satisfait de mon séjour dans le Nord du pays. Là j'ai préparé mes collections pour le professeur Urbans, mon collaborateur, et je les lui ai envoyées. Il m'écrit plus tard que dans cette première remise il y avait plus de cent espèces nouvelles pour la Science, et un assez grand nombre de plantes nouvelles pour l'Ile, mais connues dans d'autres pays. Le moment était maintenant arrivé pour une nouvelle excursion dans la Selle. Vous comprenez facilement, qu'on ne peut pas trouver toutes les plantes d'une localité en fleurs en même temps, il faut faire plusieurs excursions pour les trouver en état. ur Urbans, mon collaborateur, et je les lui ai envoyées. Il m'écrit plus tard que dans cette première remise il y avait plus de cent espèces nouvelles pour la Science, et un assez grand nombre de plantes nouvelles pour l'Ile, mais connues dans d'autres pays. Le moment était maintenant arrivé pour une nouvelle excursion dans la Selle. Vous comprenez facilement, qu'on ne peut pas trouver toutes les plantes d'une localité en fleurs en même temps, il faut faire plusieurs excursions pour les trouver en état. Cette fois je suis allé à Camp-Franc, sur la crête entre les deux bras de là Rivière Blanche et déjà visité par --- Page 51 --- — 47 — Monsieur Buch. Le but principal de cette excursion était l'ascension finale du sorhinet de la Selle. J'ai fait une tournée de reconnaissance, bien payée d'ailleurs de plusieurs belles trouvailles, et deux jours après je me suis mis en route pour la hauteur dominante de la République. Je choisis pour l'ascension une crête toutenue, près de la Source de Badeau. Par une pénible expérience, je savais que dans les hauteurs de la Selle il n'y a pas d'eau, il faut apporter ce dont on a besoin. Je suis monté, lentement jusqu'à une hauteur de 2.400 mètres et je me croyais déjà près de mon but. Vous pouvez vous faire une idée de ma surpise en voyant sur le côté de la colline deux honimes à cheval. Je les appelai et ils s'arrêtèrent, me donnant l'information que le morne où nous nous trouvions s'appelait Morne Emérillon et qu'il y a là un chemin pour Saltrou. Ce chemin est sans doute le chemin le plus élevé de tous les chemins des Antilles. Cependant, c'était loin d'être le point le plus haut de la Selle. Du sommet du morne Emérillon, j'ai pu découvrir toute toute une série de mornes plus à l'Est, plus haut que celui où j'étais. Il fallut donc continuer ma route. J'ai eu le malheur de tomber et de perdre ma précieuse calebasse d'eau. Toute cette journée j'ai continué mon chemin vers l'Est, dans les forêts de bois-pin, sur des roches calcaires toutes fragmentées et presque dépourvues de végétations, pour me trouver enfin, au moment du coucher du Soleil sur le sommet dominant. Il était déjà" trop tard pour faire des observations. Rien à faire que de trouver un lieu pour dormir; et, mes amis, quelle nuit! Je n'avais pas d'eau à boire et je possédais seulement quelques biscuits pour manger. Il faisait un froid glacial; mais heureusement, il y avait moyen de s'en garantir. Au matin du jour suivant, j'ai fait mes observations sur l'altitude et sur la végétation de la cîme. Mon altimètre indiquait 2540. mètres, c'est-à-dire avec la correction nécessaire, 2794 mètres. C'est plus de 100 mètres au dessus du chiffre officiel, à savoir, 2680 mètres. D'un autre côté, sur les Chartres hydrographiques les --- Page 52 --- — 48 — plus, modernes, on trouve la hauteur de 9186 pieds ou* la esque exactement 2800 mètres, c'est-à-dire avec une différence de,6 métres de la hauteur que j'ai trouvée. Disons en passant, que la montagne la plus haute de Saint-Domingue la Loma-Rosilla, selon les résultats les plus, modernes, s'élèvent à 2655 mètres ou seulement environ 50 métrés de plus que la Selle. 52 --- — 48 — plus, modernes, on trouve la hauteur de 9186 pieds ou* la esque exactement 2800 mètres, c'est-à-dire avec une différence de,6 métres de la hauteur que j'ai trouvée. Disons en passant, que la montagne la plus haute de Saint-Domingue la Loma-Rosilla, selon les résultats les plus, modernes, s'élèvent à 2655 mètres ou seulement environ 50 métrés de plus que la Selle. La vue du sommet aux premiers rayons du soleil était magnifique, à mes pieds la grande plaine du Cul-de-Sac avec l'Etang Saumâtre et l'Etang Enriquillo, plus loin la longue chaîne de montagnes appelée chaîne des Mateux et les montagnes du Trou-d'Eau, plus loin toujours dans le, Nord-Ouest s'élevait le Pic double de la Loma Rosilla et Pico del Yaque dominant facilement toutes les autres montagnes de la République-Dominicaine. J'ai cherché soigneusementla montagne appelée Loma Tina, qu'on avait cru pendant si longtemps être la plus haute montagne de l'Ile. Mais je n'en ai rien vu. ce pui m'a confirmé dans l'opinion que la Loma Rosilla est la montagne la plus haute. Au Nord des montagnes du Troud'Eau on peut voir les deux parties les plus hautes des montagnes Noires, à savoir; le Morne Basile et le Morne Nan Plaine, ou les grands Cahos. Bien loin dans leNord-Ouest on aperçoit les silhouettes bleuâtres du Morne Bellanceet des Montagnes de Terre-Neuve. A l'Ouest, le cône du Tranchant, le Pic de Brouetet les masses noires du Morne Cabaio et du Morne La Visite! Vers l'Est, La Selle descend pour s'élever encore dans les Mornes du Bahoruco. Vers le Sud, la mer et la presqu'île de Barahona jusqu'à l'île la Béate ! On saitque je ne suis pas le premier qui ai mis le pied sur le sommet. Tout au contraire, il y avait là des indices très évidents d'une visite pas trop lointaine. Des pieds de bois-pin coupés, des ferblancs déjà un peu rouilles, parlaient une lague très claire. D'ailleurs, j'ai trouvé sur une roche calcaire une borne de cuivre avec l'inscription « LEVÉ DE LA RÉPUBLIQUE D'HAÏTI, DÉPAR TEMENT DES TRAVAUX. PUBLICS-, PAR LA U.S. GÉOLOGICAL SURVEY. ÉLÉVATION AU DESSUS DE --- Page 53 --- — 49 — LA MER. ... Mètres. La loi punit sévèrement toute déprédation et le déplacement de cette borne». C'est remarquable qu'on n'ait pas mis sur la borne l'information la plus. intéressante, à savon la hauteur qu'on a trouvée. La végétation du sommet même n'a pas beaucoup d'intérêt Voici les plantes que j'ai trouvées : Bois-pin, Karatas, (Agave); les deux arbrisseaux Garrya Fadyénii et Baccharîs Myrsinites (appelées Bois amère et Balai) deux Pilece, le très beau Senecio Buchiiet Salvia Selleana, une fougère (Pteridium aquilinum) d'ailleurs, Eupatorium illitum, Bocconia fruticosa, Gnaphalium domingense, Danthonia domingensis. ici les plantes que j'ai trouvées : Bois-pin, Karatas, (Agave); les deux arbrisseaux Garrya Fadyénii et Baccharîs Myrsinites (appelées Bois amère et Balai) deux Pilece, le très beau Senecio Buchiiet Salvia Selleana, une fougère (Pteridium aquilinum) d'ailleurs, Eupatorium illitum, Bocconia fruticosa, Gnaphalium domingense, Danthonia domingensis. On comprend, qu'après tant d'efforts, j'aitait un scrupuleux examen de la cîme pour y trouver quelqu'une de ces plantes de Coristanza. En effet, j'en ai trouvé plusieurs, ou en tout cas, des espèces très semblables. Mais de plantes d'Europe vraiment sylvestres, aucun vestige ! A mon retour à Port-au-Prince j'ai eu l'opportunité très favorable de taire un voyage clans la plaine de l'Artibonite et dans les Montagnes de Pérodin. Messieurs Sweet et Kocher, analystes des terres, venus pour le grand projet de l'Irrigation de la plaine de l'Artibonite m'ont invité à les visiter dans leur campement au Palais de Christophe sur la Crête-à-Pierrot De cette localité si glorieuse dans l'histoire d'Haïti j'ai pu explorer les marais salants de Grande Saline, les plaines désolées de Desdunes, les falaises inhospitalières du Mont Gramont, les pentes calcaires près de Dessalines, où j'ai découvert un genre nouveau de la noble famille des Araliacece, et enfin les Grands Cahos. La partie la plus haute de cette montagne s'appelle Morne Nan Plaine. Mon altimètre y indiquait l'altitude de 1725 mètres. La flore y est très Singulière, non point par le nombre des espèces inconnues, mais pour sanature phyto-géographique, les pentes éruptives de la montagne ayant la flore du Nord d'Haïti, et son,sommet calcaire, celle du Sud. de la noble famille des Araliacece, et enfin les Grands Cahos. La partie la plus haute de cette montagne s'appelle Morne Nan Plaine. Mon altimètre y indiquait l'altitude de 1725 mètres. La flore y est très Singulière, non point par le nombre des espèces inconnues, mais pour sanature phyto-géographique, les pentes éruptives de la montagne ayant la flore du Nord d'Haïti, et son,sommet calcaire, celle du Sud. J'ai déjà remarqué que j'avais besoin de. retourner dans le Nord de la République pour y chercher certains --- Page 54 --- — 50— arbres avec leurs fleurs. Monsieur Abegg de Port-dePaix eut la bonté de m'inviter à faire de sa maison mon quartier général dans le Nord. Je suis resté à Port-dePaix plus de 7 mois. La flore de cette région d'Haïti est très riche et bien différente de celle du Sud. On trouve là à peu de distance les plus grands extrêmes, depuis les ravines fort humides de la Rivière Barre, abondantes en fougères rares, jusqu'aux récifs desséchés du Môle St-Nicolas, avec une flore xérophile très semblable à celle de Cuba; J'ai découvert ici je ne sais combien d'espèces nouvelles des plus remarquables, aussi bien qu'une douzaine de genres nouveaux pour Haïti. L'intéressante famille des Burmanniaceoe, des petites plante-saprophytes se rapprochant des Orchidées — laquelle j'ai eu le plaisir de trouver le premier en Haïti, est représentée, ici par deux genres, la Cymbocarpa et l'Apterd. L'Ile de la Tortue, au Nord de Port-de-Paix, le berceau de la colonie française, et connue dans tout le monde comme le refuge des fameux flibustiers, fut visitéé par le Père Plumier et, un siècle plus tard, par Poiteau. Le premier avait trouvé là, dans la Ravine Roussière, (aujourd'hui Ravine de la Rochelle ) un Philodendron, dont l'identité restait douteuse. Il fallut donc visiter l'île. Désespérant d'y trouver beaucoup de plantes nouvelles, j'eus l'idée de faire une liste complète de toutes les plantes, même les plus ordinaires que je trouverais. Pour réaliser ce projet, j'étais obligé de rester à la Tortue tout un mois et de la parcourir de phare à phare. Le résultat de mes efforts est une petite flore de la Tortue. L'île possède 750 phanérogames environ, dont 178 arbres et 106 arbrisseaux. Le nombre des espèces connues à la Tortue seulement esttrès petit, une douzaine environ. Très notable est l'existence à la Tortue de certaines plantes des Iles de Baharnas qu'on ne trouve, pas sur la Grande-Terre, mais bien sur la côte du Nord de Cuba. Malgré le déboisernent de l'Ile, l'acajou et le cèdre espagnol y sont toujours bien abondant. J'ai observé avec plaisir que les habitants en faisant leurs jardins ont pour coutume de laisser toujours ces arbres intacts. esttrès petit, une douzaine environ. Très notable est l'existence à la Tortue de certaines plantes des Iles de Baharnas qu'on ne trouve, pas sur la Grande-Terre, mais bien sur la côte du Nord de Cuba. Malgré le déboisernent de l'Ile, l'acajou et le cèdre espagnol y sont toujours bien abondant. J'ai observé avec plaisir que les habitants en faisant leurs jardins ont pour coutume de laisser toujours ces arbres intacts. --- Page 55 --- — 51 — Durant mes travaux dans le Nord j'ai eu à déplorer mille fois le manque d'une carte exacte d'Haïti. Tout ceux qui ont fait des excursions dans le pays doivent avoir, observé l'insuffisance et l'inexactitude des cartes existantes. Même la meilleure, celle de Thomasset et Poujol, quant aux régions montagneuses est purement imaginaire. Cet état de choses devient inexplicable quand on réfléchit à l'existence, d'excellentes cartes hydrographiques dont on pourrait se servir facilement pour faire une carte assez bonne d'Haïti. Pour me faire une idée de cette possibilité, je les ai employées pour faire moimême avec une boussole et un altimètre simplement, un croquis de la région entre les Trois Rivières et la Côte du Nord. J'aurai l'honneur de vous, le montrer tout à l'heure. Ce serait aller trop loin de raconter en détails les événements de mes nombreuses excursions dans le Nord. Il suffit de dire que je suis, retourné à Portau-Prince avec 17 grands paquets de plantes rares ou nouvelles. Malgré la tâche considérable de cataloguer toutes ces trouvailles, je n'ai pas eu le courage de décliner une invitation de Messieurs Baker et Barbour de les accompagner dans une excursion dans la Hotte. Je me rappelais vivement ces forêts enchantées, pleines de plantes des plus rares et des plus belles, et l'opportunité d'y aller chercher certains Compositae en pleine floraison était très bonne. Nous avons pris la route des Cayes et sommes arrivés le même jour, malgré le mauvais état du chemin. près. d'Aquin. Le lendemain nous étions déjà. à Camp-Perrin. Nous nous sommes décidés pour la route Civette-Jardin-Coutard. Mais le temps devient terrible. Un cyclone de trois jours avec une pluie continuelle. Nous nous sommes réfugiés dans un petit ajoupa, où nous sommes restés deux jours, et deux nuits sans pouvoir sortir. Enfin obliges de retourner, à Camp-Perrin sans avoir atteint même mille métres de hauteur. Cependant j'ai trouvé ici,un très beau genre nouveau de la famille des Ericaceoe et une famille nouvelle pour Haïti, a savoir : Calletiaceoe par le genre Tapura. Maintenant le temps ayant changé, Monsieur Barker --- Page 56 --- — 52 — et moi nous essayâmes l'ascension par un' chemin difféaent, celui de la Ravine Sèche, Hatte Ésmangard, Laurent et Lamarre Proux. Nous sommes" arrivés a une altitude de 1800 mètres, mais nous fûmes obligés de retourner par manque d'eau et de temps. Cependant nous nous sommes convaincus de la possibilité de nous rendre victorieux de ce sommet élevé en le montant par une crête au Nord-Ouest des Platons. Ce sera pour l'année prochaine. âmes l'ascension par un' chemin difféaent, celui de la Ravine Sèche, Hatte Ésmangard, Laurent et Lamarre Proux. Nous sommes" arrivés a une altitude de 1800 mètres, mais nous fûmes obligés de retourner par manque d'eau et de temps. Cependant nous nous sommes convaincus de la possibilité de nous rendre victorieux de ce sommet élevé en le montant par une crête au Nord-Ouest des Platons. Ce sera pour l'année prochaine. Je suis arrivé à la fin de mes excursions. On me demandera quelques mots sur le résultât de mes efforts. Pour le moment il est impossible de donner le nombre exact des espèces ou même des genres nouveaux que j'ai trouvés, mais il est très considérable. A part cela j'ai retrouve beaucoup de ces plantes mystérieuses du Père Plumier et j'ai contribué grandement à la phyto-géographie de l'Ile. On prendra en considération que le travail d'un botaniste est purement scientifique au point de vue économique et qu'il faudra beaucoup de patience pour arriver un jour au but final de mes travaux UNE FLORE" COMPLÈTE DE LA RÉPUBLIQUE D'HAÏTI. Dr ERIK EKMAN du Museum d'Histoire Naturelle de Stockholm (Suède) 1 ) Le Dr Ekman a fait circuler dans l'auditoire une carte de la région des Trois-Rivières et de beaux dessins reproduisant les planches du P. Plumier. 2) Le Dr Erik Ekman est mort le 13 Janvier 1931 à Moca, République Dominicaine, pendant l'épidémie de grippe. NOTES A la séance du dimanche 12 avril 1931, un nouveau Bureau a été formé : Dr PRICE-MARS, Président Mr CANDELON RIGAUD, Vice-Président Drs J. C. DORSAINVIL et C. PRESSOIR Secrétaires Me H. ADAM-MICHEL, Trésorier Me L. LOUISSAINT Archiviste Le gérant-responsable,—Dr C. PRESSOIR --- Page 57 --- --- Page 58 ---
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"RSHHGG - Juin 1931." Revue de la Société Haïtienne d'Histoire (1931–1935), 1931. Rasin.ai. https://rasin.ai/document/rshhgg-revue_bpt6k61335428.
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