Revue de la Société Haïtienne d'Histoire (1931–1935)
1935
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--- Page 1 --- --- Page 2 --- --- Page 3 --- DE LA PARAISSANT TOUS LES TROIS MOIS Vol. 6 No 20 Port-au-Prince (Haïti) Octob. 19 SOMMAIRE Dr PRICE-MARS Me AUGUSTE DOUYON Me FÉLIX MAGLOIRE Me SÉIDE DORCÉ Discours funèbres HENRI ADAM MICHEL RENE VICTOR— Le Sentiment religieux chez Toussaint-Louverture IGNACE URBAN— Sur la Géographie Botanique d'Hispaniola V. VALCIN, — Imprimeur 1518, rue du Dr. Aubry Port-au-Prince, Haiti Le Gérant—Dr C. PRESSOIR --- Page 4 --- --- Page 5 --- Le lundi, 23 Septembre dernier, vers les trois heures de l'après-midi, une nouvelle stupéfiante secoua d'horreur maints milieux port-au-princiens. Adam Michel venait d'être assassiné dans son cabinet d'Avocat, Rue du Peuple. Pourquoi ? Comment ? Est-ce possible ? Telles étaient les questions qu'on se posait dans l'affolement de l'heure. A moins de dix minutes, la résidence de notre infortuné camarade fut envahie par une foule dense venue aux nouvelles cependant que déjà son cadavre avait été transporté à l'Hôpital Général par ordre de l'Autorité judiciaire. L'affaire étant encore à l'instruction, on comprendra notre scrupule d'émettre ici une opinion sur cette sombre tragédie. En tout cas, le lendemain soir des funérailles solennelles furent faites à notre ami. Toutes les Sociétés, Corporations, Associations. Administrations auxquelles il appartenait ont tenu à s'associer au deuil de sa famille en une émouvante manifestation de sympathie et de regrets. Le corbillard qui transportait son cercueil suivi par une multitude recueillie était littéralement couvert de fleurs. Au cimetière, quatre discours exhalèrent ses mérites. Nous les reproduisons ici dans l'ordre où ils ont été prononcés. M. le Dr Price-Mars : Mesdames, Messieurs, Devant la brutalité du drame qui nous afflige et nous consterne, toute parole vaine serait déplacée. La société d'Histoire et de Géographie d'Haïti, désemparée plus que je ne saurais le dire vient rendre à la mémoire d'Adam Michel l'ultime tribut de nos regrets en témoignage de l'activité et du dévouement inégalables qu'il consacra au succès de notre oeuvre. Oui, dévouement et activtté furent les qualités mai- --- Page 6 --- — 2 — tresses de l'homme q'une agression sournoise couche dans cette tombe prématurée. Il allait avec une incomparable ardeur au devant des responsabilités et des risques de la bataille une fois qu'il 's'était engagé. C'est pourquoi il était le plus farouche des lutteurs, partout et dans quelqu'entreprise qu'il endossât... Ainsi, venu de l'Amicale du Lycée Pélion dont il était l'un des animateurs les plus fervents, il apporta chez nous ce même zèle débordant, ce même enthousiasme communicalif, cette même ténacité créatrice des besognes fécondes qui le distinguaient chez nos amis de l'autre organisation. engagé. C'est pourquoi il était le plus farouche des lutteurs, partout et dans quelqu'entreprise qu'il endossât... Ainsi, venu de l'Amicale du Lycée Pélion dont il était l'un des animateurs les plus fervents, il apporta chez nous ce même zèle débordant, ce même enthousiasme communicalif, cette même ténacité créatrice des besognes fécondes qui le distinguaient chez nos amis de l'autre organisation. Ordonnateur inflexible de notre budget, gardien intransigeant de nos finances, propagateur ardent de nos objectifs, il assura le rayonnement croissant de notre Société au point que les plus prestigieuses collaborations nous viennent de partout comme la plus formelle consécration de l'utilité générale de notre Association. Car M. M. si humble que soit la position de notre pays sur cette planète, si modeste que soit notre contribution au mouvement de l'histoire universelle, nous avons jadis forgé la courbe des événements humains par le plus magnifique effort qui ait jamais été accompli par des hommes et c'est pour marquer notre présence d'hier, d'aujourd'hui et de demain dans l'évolution des choses de ce monde que la Société d'Histoire et de Géographie affirme sa nécessité d'être, de croître et de prospérer. Comprenez-vous combien la disparition inopinée d'un zélateur de la trempe d'Adam Michel, tout entier attaché à la gloire de notre oeuvre, avec une ferveur si pieusement contagieuse, semble n'être qu'un défi lancé contre la noblesse de tout effort désintéressé dans ce pays. Mais alors, en réponse à cette attitude négative et destructrice, en vérité, je ne trouve qu'un mot qui me paraisse traduire l'état frémissant de toute notre Société inquiète des tendances que révèle l'initiative inqualifiable qui nous réunit dans ce paysage désolé... Un jour, à propos de quelqu'un d'autre, parti pour l'éternité dans les mêmes conditions tragiques que notre infortuné camarade, l'un des nôtres, Pélion Gérôme, trop tôt fauché, lui aussi, lançait ici devant une assistance également consternée, l'émouvante apostrophe suivante : « En avant par delà les tombeaux ! » C'est encore aujourd'hui la seule parole qu'évoque --- Page 7 --- — 3 — notre deuil, la seule formule qui me paraisse compatible avec l'objectif de la Société d'Histoire et de Géographie d'Haïti : Servir la vérité, la science et le pays malgré les contingences fortuites et les défaillances individuelles, les assauts anarchiques et l'ingratitude de la tâche. En avant par delà les tombeaux ! Me Auguste DOUYON, au nom de l'ordre des avocats : Mesdames, Messieurs, J'ai été délégué par le Conseil de l'Ordre des Avocats de Port-au-Prince, pour déposer cette couronne sur la tombe de Me Henri Adam Michel, et pour lui adresser l'ultime adieu de tous ses confrères, en deuil. Je ne connais pas de devoir aux obligations plus douloureuses et plus chargées d'émotion vraie. Tout Port-au-Prince est encore sous le coup de la. commotion déchirante dont tous les coeurs furent oppressés à la nouvelle de la mort de notre confière et ami. Conseil de l'Ordre des Avocats de Port-au-Prince, pour déposer cette couronne sur la tombe de Me Henri Adam Michel, et pour lui adresser l'ultime adieu de tous ses confrères, en deuil. Je ne connais pas de devoir aux obligations plus douloureuses et plus chargées d'émotion vraie. Tout Port-au-Prince est encore sous le coup de la. commotion déchirante dont tous les coeurs furent oppressés à la nouvelle de la mort de notre confière et ami. En moins de quinze minutes, le drame abominable était accompli, l'arrêt révoltant et écoeurant de la destinée s'étalait lugubre sous la forme d'un homme de coeur et de talent percé de 2 balles, s'écroulant dans l'Elude d'un notaire. Tant qu'il y aura des cerveaux et des coeurs, tant qu'il existera une conscience humaine, toujours, l'on méditera avec amertume sur le problème de la vie, sur le respect de la personne humaine, sur l'incursion déroutante et imprévue de la Mort, sur ces coups d'orage qui éclatent par les jours les plus ensoleillés et les plus bruissants de vie, sur les désastres qui s'accumulent et dont le spectacle ébranle, comme aujourd'hui, les constitutions les mieux organisées. Tout l'Ordre des Avocats est consterné et se refuse à croire à la Réalité trop brutale, et croyez bien, Mesdames, Messieurs, que nous ne répétons pas une vaine formule à l'usage des oraisons funèbres, quand nous vous disons que nous pleurons, aujourdh'ui, l'un des meilleurs, des plus dignes et des plus méritants de notre Ordre. Après avoir achevé de brillantes études au Lycée de Port-au-Prince, Henri Adam Michel rêva d'être avocat. Le voilà un des étudiants les plus assidus de --- Page 8 --- — 4 — l'Ecole de Droit de Port-au-Prince et il se forme à la pratique professionnelle, dans l'étude d'un des plus brillants avocats de l'époque. Me Michel-Oreste, dont je ne répéterai jamais le nom sans émotion et reconnaissance. A partir de cette époque, l'homme de demain se dessine. Adam Michel arrive à l'Etude, toujours à l'heure fixée, il est toujours attentif à sa lâche, et de sa prime jeunesse, jusqu'au dernier jour de sa vie. il sera mis avec recherche, et sans y prendre garde, il cultivera avec soin, celle distinction physique et morale, cette discrétion du meilleur aloi, qui turent les charmes les plus captivants de sa personnalité Nous avons le coeur serré quand nous rappelons les débuts professionnels de Me Henri Adam Michel, au cabinet de Me Michel-Oresle. Nous étions alors quatre qui y avaient débuté : Ernest Carméleau Antoine, Edmond Millet, Adam Michel et moi. C'est moi le seul survivant. Ils sont tous les 3 morts, des coups de revolvers les, ont fauchés cruellement, le patron, lui aussi, est mort désespéré en face de l'oeuvre ébauchée. Leur souvenir s'attache à notre Jeunesse, comme une fleur funèbre au flanc d'une colline, et c'est de tout notre coeur qui saigne, que nous nous inclinons devant leur mémoire. au Antoine, Edmond Millet, Adam Michel et moi. C'est moi le seul survivant. Ils sont tous les 3 morts, des coups de revolvers les, ont fauchés cruellement, le patron, lui aussi, est mort désespéré en face de l'oeuvre ébauchée. Leur souvenir s'attache à notre Jeunesse, comme une fleur funèbre au flanc d'une colline, et c'est de tout notre coeur qui saigne, que nous nous inclinons devant leur mémoire. Jamais départ vers les rives éternelles ne nous a paru plus triste et plus nostalgique que celui de notre confrère Adam Michel. Il est pleuré 'dans bien des milieux où les choses spirituelles retiennent la pensée de l'Haïtien. Le monde des belles lettres perd un de ses membres les plus qualifiés ; cet homme affable et souriant était transfiguré, tout vibrant de passion, dès qu'une question d'intérêt public était à l'ordre du jour. Quand donc des principes de sciences pédagogiques furent mis en discussion, il considéra la formation intellectuelle des générations de demain, leur retentissement sur l'avenir, le voilà dans l'arène, il discute dans l'Essor; et là, sur ce terrain, il affirme une maîtrise qui semblait s'ignorer. Ses articles sont clairs, sobres, d'une passion contenue, d'une forme soignée, et pas un contradicteur ne lui reprochera une expression blessante. Nous avons rémarqué chez lui, des qualités d'ordre, --- Page 9 --- de mesure et de pondération qui le sélectionnent dans la lignée de nos meilleurs publicistes. Vous connaissez tous la Société d'Histoire et de Géographie, vous y avez entendu des conférences, des meilleures de nos hommes de pensée; eh bien, Me Adam Michel n'en était pas seulement le secrétaire, il en était l'animateur, et c'est avec des vibrations dans la voix qu'il vous en parlait. Cet homme avait un coeur d'apôtre et une modestie de femme bien née, c'était une énergie au Service de la Pensée— et c'est ce dont nous nous souviendrons. Ces jours derniers, il nous demandait une conférence sur la Propriété immobilière en Haïti, à travers l'histoire, chaque jour il nous rappelait la promesse, il insistait, il précisait la date, il abordait le sujet, réclamait des documents, ébauchait le plan de la conférence, et toute la discipline de son esprit rayonnait ordonnée et avide de précision scientifique. L'association des étudiants de l'Ecole de Droit vous dira quel professeur d'Université consciencieux il fut, souvent sévère, toujours juste et implacablement fermé aux sollicitations de qui que ce soit Depuis plus de vingt ans, nous Pavons suivi dans l'exercice de notre profession, nous n'exagérons pas eu affirmant qu'il était de ceux qui l'honoraient par la pratique du Devoir. Minutieux jusque dans l'examen des moindres détails, il plaidait avec soin et conscience, moins soucieux d'être éloquent que d'être sobre et vrai, dans notre société désorganisée et rongée par la passion, l'amour du lucre, il prenait au sérieux son titre d'avocat, ses devoirs vis-à-vis des clients, son caractère d'homme, le respect des principes. Et c'est là une constatation qui nous réconforte à cette minute même où tant de chagrin nous accable, en face de ce corps refroidi en quelques minutes, qu'animait hier une des plus belles consciences d'un de nos civilisés les plus réfléchis et. les plus avisés. passion, l'amour du lucre, il prenait au sérieux son titre d'avocat, ses devoirs vis-à-vis des clients, son caractère d'homme, le respect des principes. Et c'est là une constatation qui nous réconforte à cette minute même où tant de chagrin nous accable, en face de ce corps refroidi en quelques minutes, qu'animait hier une des plus belles consciences d'un de nos civilisés les plus réfléchis et. les plus avisés. Bonté de coeur, honnêteté, conscience professionnelle, respect des principes sans bruits et pompes inutiles, sans réclame ni surenchère, ordre et mesure, distinction discrète, voilà en résumé les qualités par lesquelles se distingua Me Henri Adam Michel. C'est là tout un ensemble de trésors spirituels qui était hier au service de l'Ordre des Avocats et de l'E- --- Page 10 --- — 6 — cole de Droit, et qui aurait profilé au Pays dans d'autres sphères encore plus en vue s'il n'était pas mort si tôt et si tragiquement. Et tout cela disparait dans l'affreuse tourmente, tout cela s'en va, emporté par le vent du malheur, telle une corbeille de fleurs dorées par l'automne dont la course s'accélère et qu'on ne reverra plus jamais. Et voilà pourquoi nous nous associons si intimement et si profondément à la douleur de toute la famille, du père de notre confrère, de son frère, Me Antoine Michel, notre confrèr étant estimé qu'entourent à cette heure nos sympathies émues et affligées. Au nom du Conseil de l'Ordre, Me Adam Michel. mon cher et tant regretté confrère et ami, mon vieux compagnon d'enfance, du plus profond du coeur je vous adresse le plus désespéré et le plus affectueux des adieux. Me Félix MAG LOI RE au nom du Conseil des Professeurs de l'Ecole Nationale de Droit : Mesdames, Messieurs, Les balles insensées qui brutalement, viennent d'enlever à la démocratie port-au-priucienne, un de ses fils les plus caractérisés, ont produit dans tons les milieux, une émotion bien légitime. L'Ecole de Droit, à laquelle Me Adam Michel prodiguait consciencieusement depuis une décade, ses leçons de Procédure Civile, a été particulièrement frappée par ce coup inattendu, et c'est à moi qu'est donnée la tâche de dire, au nom de la Direction et du personnel, le mot d'adieu, au collègue disparu. Certes, on a beau vouloir se dérober aux manifestations oratoires, dans le discrédit dont elles sont l'objet, un peu injustement, car, par quoi les remplacera-t-on, si ce n'est par la violence toujours aveugle ? il reste un domaine qui ne peut être évité pour l'expression de la pensée, c'est celui où se réunissent de temps en temps, avec une périodicité inexorable, les pauvres humanités venant se pencher autour d'un trou, pour regarder s'en aller, perdu sous des monceaux de brique ou de terre, l'être doté d'un verbe par son Créateur, pour que ce verbe soit l'instrument de la vérité. Et alors ceux qui comme nous,- comme lui hier --- Page 11 --- — 7 — encore,— ont mandat officiel de parler à la jeunesse des écoles, ne sauraient hésiter, quand l'occasion imprévue, comme celle d'aujourd'hui, vient vous sommer, avec l'impératif catégorique d'un devoir à remplir, de prononcer les paroles qu'il faut, avec pour unique mesure, la conscience : puisque aucun contradicteur ne doit répondre. « Il y a quelque chose de plus effrayant « que le silence des espaces infinis dont parle Pascal, « c'est le silence éternel de ceux qui sont partis pour «toujours.» (Paul Bourget ) ésiter, quand l'occasion imprévue, comme celle d'aujourd'hui, vient vous sommer, avec l'impératif catégorique d'un devoir à remplir, de prononcer les paroles qu'il faut, avec pour unique mesure, la conscience : puisque aucun contradicteur ne doit répondre. « Il y a quelque chose de plus effrayant « que le silence des espaces infinis dont parle Pascal, « c'est le silence éternel de ceux qui sont partis pour «toujours.» (Paul Bourget ) Or, cette conscience me mettrait souverainement à l'aise, s'il fallait insister sur la scrupuleuse minutie de l'amour passionné d'une besogne souvent ingrate, toujours honorable, que mettait le professeur dans l'accomplissement de ses obligations. Il eût été aisé pour moi, de rappeler qu'entre les diverses méthodes qui nécessairement s'établissent dans l'université, foyer de culture, par conséquent de liberté d'esprit et de largeur de vues, Me Michel avait la sienne: c'était celle de la rigueur. Dans la doctrine, comme dans la méthode, dans la discipliné des cours comme dans les procédés d'examens—sans grand souci de plaire, d'ailleurs, le maître ne faisait crédit à l'étudiant qu'autant que celui-ci se conformait à ses normes. De sorte qu'aucune surprise n'était possible : l'étudiant savait qu'il devait être bien muni pour affronter la branche du droit confiée au professeur qui s'en était fait une spécialité, à la grande inquiétude de ceux-là, nombreux qui fréquentent les salles de l'Ecole de Droit, moins dans le but de se faire inscrire à l'un des barreaux du pays, que pour acquérir les connaissances juridiques indispensables dans toutes les professions et à tous les citoyens, dans une République digne de ce nom. De là, une certaine incompréhension qu'une plus claire notion des choses se chargeait de dissiper chez plusieurs, une fois que la vie arrachait l'étudiant des bancs de l'Université, pour le jeter dans la fournaise du milieu, avec ses incompréhensions autrement sérieuses et ses malentendus beaucoup plus cruels. Mais, loin de moi, en un tel moment de vouloir comparer des méthodes. Me Michel avait fait son choix : nul ne pouvait l'en détourner. J'ai plutôt hâte de faire apparaître l'homme sous le fonctionnaire et sous le professionnel, l'homme servia- --- Page 12 --- — 8 — ble, courtois, laborieux, dévoué aux corporations auxquelles ii appartenait et dont les relations et la manière d'agir envers tous, plaidait éloquemment contre ces absurdes légendes que les haïtiens se plaisent à bâtirautour des personnalités les moins discutables de leur pays, légendes qui entretiennent cette méfiance réciproque qui empoisonne l'atmosphère de ce petit coin de terre aimé de Dieu. Pour moi, ce m'est une satisfaction de le rappeler puisqu'ils me le rappellent eux-mêmes par leur langage ou leur déférence,—pour, moi qui ai eu les frères Michel comme élèves, parmi tant d'autres qui honorent leur pays, je n'oublierai pas la dernière conversation de cet homme en pleine santé, débordant de vie, il y a à peine 24 heures. Il me racontait comment sa charge était l'objet de brigues et me disait avec quelque amertume, que ce serait peut-être la façon pour lui d'être récompensé. Je le rassurai, sachant qu'il n'en pouvait être rien. , moi qui ai eu les frères Michel comme élèves, parmi tant d'autres qui honorent leur pays, je n'oublierai pas la dernière conversation de cet homme en pleine santé, débordant de vie, il y a à peine 24 heures. Il me racontait comment sa charge était l'objet de brigues et me disait avec quelque amertume, que ce serait peut-être la façon pour lui d'être récompensé. Je le rassurai, sachant qu'il n'en pouvait être rien. Hélas! les brigues lui ont porté malheur: sa place est bien valante! Et sa récompense? Deux coups de pistolet dans son cabinet d'avocat, à lui un homme désarmé, et une brève agonie sur le pavé d'un cabinet de notaire Votre récompense, cher collègue, elle est ailleurs pour le bien que vous auriez fait et voulu aux autres. Et votre consolation à vous, son cher frère et son vieux père, s'il y a une consolation humaine à ces choses, c'est le concert de regrets et de sympathie qui vous accompagne ici, auprès des restes de l'infortunée victime de la malice humaine. Discours de Me Seïde DORCÉ au nom de l'Association des Etudiants en Droit : Mesdames, Messieurs, Au nom de l'Association des Etudiants en Droit dont je suis le Président, il m'êchet l'honneur de porter la parole ce soir, pour saluer bien respectueusement les dépouilles mortelles de celui qui vient de disparaître si tragiquement de notre société. Terrifié par la catastrophe dont les commotions me compénètrent l'âme en la confondant, excusez-moi cher et vénéré Maître de ne pouvoir retracer en dé- --- Page 13 --- tail votre belle vie devant cette foule si profondé,ment: affligée, accourue de toutes parts pour vous apporter un dernier témoignage d'admiration si bien mérité. Ce soin appartient à des voix plus autorisées que la mienne. Cependant qu'il me soit permis de signaler en passant que vous fûtes au cours de votre carrière d'homme public que vous terminez aujourd'hui malheureusement trop vite, un modèle de dévouement pour vos pairs et la jeunesse de ce pays. Personne mieux que vous ne possédait le sens du devoir et l'esprit de sacrifice. Les douze années de votre vie que vous avez consacrées à L'enseignement de la procédure civile le démontrent avantageusement. Dans le monde universitaire vous vous êtes signalé, car quelque rigide que parassait à plus d'un votre méthode, elle produisit des fruits excellents par la suite. Tous ceux qui ont étudié avec vous sont unanimes à reconnaître la grande portée de votre enseignement. Aussi, émettait-on souvent l'opinion appelée à vous survivre désormais. «Cet homme possède bien sa matière.» Mesdames, Messieurs, Au poste d'honneur Maître Michel était toujours présent, malgré la maladie, malgré lès intempéries. Au poste d'honneur il tomba victime du devoir accompli. On ne pouvait jamais demander à cet homme de s'absenter de ses cours parce qu'il pleuvait ou qu'il souffrait physiquement. Il était incapable d'une pareille défection. Il aimait l'école de droit ! Il aimait sa procédure civile ! Il aimait ses chers étudiants ! , Messieurs, Au poste d'honneur Maître Michel était toujours présent, malgré la maladie, malgré lès intempéries. Au poste d'honneur il tomba victime du devoir accompli. On ne pouvait jamais demander à cet homme de s'absenter de ses cours parce qu'il pleuvait ou qu'il souffrait physiquement. Il était incapable d'une pareille défection. Il aimait l'école de droit ! Il aimait sa procédure civile ! Il aimait ses chers étudiants ! Au barreau, il apportait le même zèle dans les causes confiées à sa science. Avocat diligent, il défendait avec un mâle courage, même le client dont la bourse ne pouvait répondre actuellement au frais du procès auquel il était acculé. Témoin cette dernière et maudite affaire qui devait mettre fin à ses jours. Mesdames. Messieurs, Notre douleur est, ou ne peut plus poignante. Nous --- Page 14 --- — 10 — n'avons pas de mots pour l'exprimer. Aussi, nous pleurerons longtemps encore le cher DISPARU. Comment perdre le souvenir d'une telle compétence ? Au nom, de l'association des étudiants en droit, je dépose cette couronne eu témoignage de nos regrets et salue une dernière fois CELUI dont la science nous ouvre toute grande la carrière ingrate du droit. A la mémoire de mon feu père, EMMANUEL VICTOR* témoignage d'affection filiale RENÉ VICTOR Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Bien des conférenciers, pour s'assurer la bienveillance d'un auditoire aussi distingué, s'attardent, émus, à compter les écueils de leur causerie et à mésestimer leur talent. Mais les applaudissements que déclanchent la justesse de leurs idées, la chaleur de leurs émotions, le charme de leur langage soulèvent ce voile de modestie derrière lequel ils débutaient et saluent eu eux des maîtres du genre. Il semble que le cas diffère lorsqu'il s'agit d'introduire les habitués d'une Société d'Histoire dans cet appartement du coeur humain où se noue un lieu précieux, celui qui relie les mortels aux immortels, le sentiment religieux et surtout lorsque ce rôle incombe à un Mentor sans tonsure. Ce domaine ne relève pas de l'observation externe. Il faudrait ajuster les lunettes d'une science divine pour suivre et analyser derrière les actes des hommes les véritables mouvements qui les délerinuent et où circule tout ce qu'ils ont de véritablement eux-mêmes. Aussi, tenterai-je de caractériser les manifestations de la Conscience de Toussaint Louverture, non pour po- --- Page 15 --- — 11 — ser les prémices du Jugement dernier, ce serait empiéter sur les attributions de Celui qui doit juger les vivants et les morts, mais pour expliquer comment le sentiment religieux a pu jouer certains rôles dans les réalisations de cet homme qui a coulé la société hétérogène de St-Domingue dans le moule régénérateur de ses conceptions politiques. L'autre difficulté de cette monographie est que les biographes coloniaux n'ont pas considéré Toussaint Louverture expressément sous cet angle. Leurs ouvrages émaillent de faits qui témoignent le plus souvent de sa religiosité. Les historiens haïtiens y sont également passés à pieds joints Aussi, compléterai-je ces sources en me rappelant que Toussaint Louverture est dans une certaine mesure le produit d'une race, se développant dans un milieu colonial fortement caractérisé, à l'époque de la Révolution Française et que son individualité personnifiant le génie politique peut de même et plus que toute individualité commune, constituer un poids sensible dans la balance des causes historiques. de sa religiosité. Les historiens haïtiens y sont également passés à pieds joints Aussi, compléterai-je ces sources en me rappelant que Toussaint Louverture est dans une certaine mesure le produit d'une race, se développant dans un milieu colonial fortement caractérisé, à l'époque de la Révolution Française et que son individualité personnifiant le génie politique peut de même et plus que toute individualité commune, constituer un poids sensible dans la balance des causes historiques. Le sentiment religieux, mouvement de l'être raisonnable vers la cause initiale, oriente les activités individuelles vers un but suprême. Il est pour l'être sociable par la morale qui en découle une discipline l'habituant à vivre en société. Sentiment national, il constitue pour le patriote une force spirituelle d'évolution. Le Boudhisme ou mieux le Shintoïsme à été un des leviers de l'ascension Japonaise. Il joue le même rôle chez l'homme en tant qu'appartenant à une variété de l'espèce humaine. Il atteint alors l'ampleur d'un sentiment racial. L'Histoire enseigne que les Africains marchent vers le Progrès également sous la bannière de la Foi. Cherchons donc en quoi consiste le Sentiment religieux chez Toussaint Louverture et montrons les divers rôles qu'il a joués dans sa vie d'homme exceptionnel. L'esclave de Bréda avait reçu les premiers rudiments d'instruction religieuse de son parrain, un noir nommé Pierre Baptiste. Ce dernier lui avait transmis tout ce qu'il avait appris, dit Gragnon Lacoste, d'un de ces --- Page 16 --- — Î2 — missionnaites qui, eu prêchant la morale d'une religion divine éclairaient et ennoblissaient l'esprit humain dans les diverses contrées où les jetait la Providence. Aussi le sentiment de la croyance en Dieu avait-il des attaches profondes dans son âme. Le fait relaté par Descourtilz dans le « Vovage d'un naturaliste» ne le met pas en doute. Toussaint Louverture résidait à la Petite-Rivière de l'Artibonile vers la fin de l'Expédition Française, à ce moment où il sentait le terrain de la victoire glisser sous ses pas. Aux heures de loisir, il allait se retremper à l'Eglise du Bourg. Il avait soin de ne pas y amener ses lieutenants. Ce fait insolite avail éveillé l'attention du curé qui, suivi de Pamphile de Lacroix et posté dans la sacristie, observait le gouverneur plongé dans une profonde méditation. Soudain, il le vit transfiguré. Il s'achemina vers lui, l'aboi d'à onctueusement. Devinant le drame qui se jouait dans sa conscience il lui adressait des paroles de consolation et les illustrait en lui tendant un crucifix. Toussaint, dans un accès de fureur le brisa par terre en s'écriant : « Non, je ne veux plus servir ce Dieu, je ne veux plus croire en lui. il est l'ennemi de ma race il n'est que le Dieu des blancs.» Ces paroles, commente Hannibal Price, n'ont jamais pu être prononcées par un faux chrétien. En effet, u'out-elles pas l'accent d'un de ces cris de défaillance qne pousse tout croyant dans les minutes angoissantes où, s'accrochant aux colonnes du Temple, il implore en vain le silence des cieux ? N'y reconnaissez-vous pas ces éclats de douleur qui échappent à l'homme contre toute attente frappée dans ce qu'il a de plus lui-même? ibal Price, n'ont jamais pu être prononcées par un faux chrétien. En effet, u'out-elles pas l'accent d'un de ces cris de défaillance qne pousse tout croyant dans les minutes angoissantes où, s'accrochant aux colonnes du Temple, il implore en vain le silence des cieux ? N'y reconnaissez-vous pas ces éclats de douleur qui échappent à l'homme contre toute attente frappée dans ce qu'il a de plus lui-même? Mais la vraie notion de Dieu formait-elle souche dans son intelligence puisqu'il ne voyait pas dans le crucifix l'image du créateur de tout être ? Un homme de science, écrit Gragnon Lacoste, lui avait révélé (Saint-Domingue comptait plusieurs sociétés savantes qui en faisaient l'ornement. Billes envoyaient leurs communications à l'Académie Française, à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux. Elles siégeaient toutes au Cap, capitale de la Partie Française) un homme de science lui avait révélé donc que les enfants des nègres ne diffèrent presque pas des blancs en venant an monde et que l'air seul altère la teinte de leur corps en développant une qualité ou vulgairement parlant un vice du sang. « Aussi, se disait-il à --- Page 17 --- — 13 — lui-même, Dieu a créé tous les hommes à son image et pour les mêmes destinées.» Il avait donc assimilé l'essence du dogme chrétien. Son blasphème n'était que le cri d'une âme en désarroi. Au sentiment religieux que provoque.sa croyance en un Dieu, il faut rattacher les mouvements de son être vers sa religion d'enfance. Toussaint Louverture a grandi à l'ombre du Catholicisme. Médecin dans les bandes de Biassou et de Jean François, général de Brigade, lieutenant au gouvernement de St-Domingue, général de Division, général en chef de l'armée de StDomingue, gouverneur, il n'a jamais abandonné le chemin de l'Eglise, les jours de fête et quand il en éprouvait le besoin. Cherchons aussi la nature des rapports de son âme avec la Religion Catholique. Consistaient-ils en des attaches profondes? Le petit-fils de Gaou-Guinou dut venir au monde avec de fortes tendances religieuses. L'hérédité est cette loi qui consiste dans le retour chez les descendants des formes parentales physiologiques ou psychologiques. Elle a son fondement dans la nature de l'éducation c'est-à-dire « dans le pouvoir que possède le système nerveux de faire passer dans l'organisation des actions volontaires en les transformant en actions involontaires ou réflexes ». Elle dispense les descendants de refaire les expériences ancestrales, adaptation au milieu acquisition des connaissances élémentaires et leur permet d'employer leur vie au perfectionnement des aptitudes léguées. « Si l'on ne parvient pas à acquérir cette notion d'un élément nerveux transmissible, je doute, écrit Bagerot, que l'on puisse comprendre le tissu connectif de la Civilisation. « Les diverses activités psychiques laissent des empreintes dans les organes correspondants. Ce sont précisément ces modifications perfectionnées parallèlement aux facultés et d'antant plus profondes que celles-ci dépendent plus étroitement des fonctions physiologiques qui constituent la matière léguée.» parvient pas à acquérir cette notion d'un élément nerveux transmissible, je doute, écrit Bagerot, que l'on puisse comprendre le tissu connectif de la Civilisation. « Les diverses activités psychiques laissent des empreintes dans les organes correspondants. Ce sont précisément ces modifications perfectionnées parallèlement aux facultés et d'antant plus profondes que celles-ci dépendent plus étroitement des fonctions physiologiques qui constituent la matière léguée.» « D'une génération à l'autre, il y a donc une cause physique de perfectionnement. » Aussi l'hérédité religieuse doit suivre la physiologique dans l'ordre de l'exactitude. L'inclination religieuse correspond à la sensibilité, faculté dépendant très étroitement des organes sensoriels. Par ailleurs, certaines pratiques religieuses, mortifications, macérations déforment le corps humain. --- Page 18 --- — 14 — Les pauvres Hindous, dit Spencer Hardy, ont presque tous une expression qui approche dé l'idiotisme. Le plus grand nombre de ces pauvres gens vont vaguant avec un sourire niais et un regard vide. Ils semblent peu éloignés par l'intelligence de la créature animale. « Une telle constitution révélatrice d'un mysticisme ardent et adoptée à ce genre de vie religiense s'explique aisément par la gymnastique à laquelle se sont adonnés leurs ancêtres dont voici quelques mouvements;» Que le Brahmane, dit le Manou, s'exerce aux abstentions, aux mortifications, à la prière, qu'il jeûne et veille, qu'il expose son corps nu aux mauvais temps, qu'il se tienne debout entre quatre feux, sous le soleil ardent pendant la saison chaude. » En raison des rigides interdictions du Tabou, des effrayantes contorsions que font subir les esprits lutélaires aux corps des adeptes, et surtout de l'ardeur des croyances, chez le noir, l'Africain Toussaint Louverture a dû donc venir au monde, traînant de lourdes hérédités religieuses. D'ailleurs son père ne fut pas de l'ordre commun mais,le second fils de Gaou-Guinou, roi de la puissante tribu des Aradas. On aura une idée de son éducation religieuse en se rappelant le système de civilisation des Peuples d'Afrique qui « marchent vers le Progrès, selon l'expression heureuse du Dr Price-Mars. sous la double bannière de la race et de la foi.» Le roi est également lé grand-prêtre de la Nation. Gaou-Guinou n'a pas dû donc manquer de faire du sentiment religieux l'une des principales artères du courant psychologique d'un prince destiné au trône. Le père de Toussaint incarnait donc les croyances africaines localisées c'est-à-dire tonifiées par les éléments du génie aradéen. Vendu comme esclave, il devint catholique en abordant lés rivages de St-Domingue par la grâce de l'art. Il du Code Noir : en fait, l'Histoire n'a pas enregistré de conversion mais une simple apposition de croyances que maintint la rigueur des sanctions. (1 ) D'ailleurs l'esclave n'abhorait-il pas même le côté religieux de son maître? On voit donc quel genre de catholique dut être le père de Toussaint. De son union légitime avec une africaine, Pauline, naquit l'esclave de Bréda. ages de St-Domingue par la grâce de l'art. Il du Code Noir : en fait, l'Histoire n'a pas enregistré de conversion mais une simple apposition de croyances que maintint la rigueur des sanctions. (1 ) D'ailleurs l'esclave n'abhorait-il pas même le côté religieux de son maître? On voit donc quel genre de catholique dut être le père de Toussaint. De son union légitime avec une africaine, Pauline, naquit l'esclave de Bréda. ( 1 ) Ce fait a sa répercussion jusqu'à l'heurt actuelle sur la nature composite du sentiment Catholique dans l'élite aussi bien que dans la masse. --- Page 19 --- — 15 — Les prémices ci-devant établies permettent-elles de supposer en ce petit-fils de Gaou-Guinou des tendances religieuses en fonction des croyances autres que celles qu'incarnaient ses père et mère nouvellement débarqués sur les côtes de St-Domingue ? Maintenant représentons-nous Fatras-Bâton propulsé par de telles inclinations et perdu dans le fourmillement des esclaves de l'habitation Bréda. Ces infortunés soupiraient : « Si l'Afrique pas té loin. » « Moin ta val chimin moin. » Certes, la marâtre Afrique avec la pénurie de sa faune et de sa flore leur était douce relativement à la corvée meurtrière de St-Domingue. Demeurés fidèles à leurs croyances, ils saisissaient les moindres occassions nocturnes pour se retremper dans les cérémonies religieuses» Toussaint Louverture, vivant dans un tel milieu, a-t-il pu échapper à la loi de l'imitation sociale ? Que quelqu'un expose des idées, s'adonne à des activités en harmonie avec les tendances de ceux qui l'entourent, il s'emparera de leur esprit. Dans quelque temps ils emboîteront le pas et élargiront le cercle de son influence. Ainsi toute une société finira pas setransformer. Cette loi sociologique a été finement analysée par le psychologue Gabriel Tarde. Les colons français eux-mêmes n'ont pu s'en défendre. Placés pour faire reculer les superstitions africaines, ils en avaient recours. La fortune de Toussaint Louverture ne laissait pas dormir Bonaparte qui, après les démarches réitérées et vaines du général Cafarelli près de l'illustre captif au Fort de Joux, fit pratiquer des fouilles à St-Domingue. Gragnon Lacoste écrit : « Les croyants ont tenté St Antoine, patron des chercheurs : tout jusqu'aux jongleries du Vaudou a été mis en oeuvre.» Lors de leur arrivée dans la colonie, sans aucun doute, ils les ridiculisaient mais ils ont fini par dire tout comme ces marchands européens qui coudoient les croyances orientales : « Il y a quelque chose de vrai au fond de tout cela. » « C'est qu'ils ont vu ceux qui ont vu, ceux qui avaient vu. » « Cela s'explique, commente Bagerot. L'imitation est une tendance innée chez l'homme et la crédulité est de nature imitative. Contrairement à ce que l'on pense, on a bien plus souvent besoin de raisons pour se défier que fini par dire tout comme ces marchands européens qui coudoient les croyances orientales : « Il y a quelque chose de vrai au fond de tout cela. » « C'est qu'ils ont vu ceux qui ont vu, ceux qui avaient vu. » « Cela s'explique, commente Bagerot. L'imitation est une tendance innée chez l'homme et la crédulité est de nature imitative. Contrairement à ce que l'on pense, on a bien plus souvent besoin de raisons pour se défier que --- Page 20 --- — 16 — pour croire. Toutes les idées claires sont vraies. Celte maxime est Festée longtemps en honneur au XVIIIe siècle. » Toussaint a-t-il donc pu échapper à la loi de l'imitation sociale, à l'inverse de ce qui survint pour les colons, lui dont les inclinations religieuses s'harmonisaient avec les croyances et les pratiques des esclaves, ses frères qui vivaient à côté de lui ? Tout d'abord avait-il reçu une éducation pouvant contrebalancer cette influence ? Il avait été élevé par son parrain qui lui avait transmis, dit un de ses biographes, tout ce qu'il avait appris d'un de ces missionnaires qui. en prêchant la morale d'une teligion divine, éclairaient et ennoblissaient l'esprit humain partout où les jetait la Providence. L'adjectif «divine» qui qualifie « religion » revêtirait ici une signification exceptionnelle. Gragnon Lacoste ferait allusion aux funestes concomittants du Catholicisme. Le missionnaire dont il parle n'avait probablement enseigné à ses ouailles esclaves que ce qu'il y avait de pratiquement assimilable pour eux dans la religion de leurs maîtres, souillée par la perversion coloniale, par exemple la notion d'un Dieu juste qui mettra un terme § leurs souffrances et une ligne de conduite en conséquence. Aussi le Révérend Père Gabon dans son « Essai sur l'Histoire Religieuse d'Haïti» trouve-t-il Toussaint « déformation chrétienne incomplète » et écrit qu'il « veut de l'Eglise qui enseigne la morale». A cela, joignez qu'une religion qui consacrait son injuste déchéance, celle de sa race, ne pouvait jeter l'ancre au fond de son âme et l'on comprendr a que son éducation n'avait pas pu trop tenir en échec la loi de l'imitation sociale. Deux faits historiques illustrent ce point de vue : « Toussaint Louverture, écrit Hannibal Price dans son ouvrage intitulé « De la réhabilitation de la Race Noire», dont la foi dans le Dieu des chrétiens est si peu douteuse, Toussaint Louverture lui-même, entouré de Jean-François et de Biassou, prêta avec Boukmann, ce terrible serment sur les entrailles du cochon mâle dans les profondeurs du bois nommé: le Caïman.» En outre, il était habile dans l'art des simples. Ce legs dAfrique qui se réduit à la connaissance des vertus médicinales des plantes se trouvait tonifié par le formalisme vaudouique. --- Page 21 --- — 17 — Ces deux faits ne sont-ils pas des triomphes de tendances ancestrales favorisées par les circonstances misogéniques ? Les hérédités africaines, la loi de l'imitation sociale, les funestes concomittants du Christianisme, tels sont les facteurs.qui ont empêché la religion catholique de prendre racine dans l'âme de Toussaint, déjà «de formation chrétienne incomplète.» formalisme vaudouique. --- Page 21 --- — 17 — Ces deux faits ne sont-ils pas des triomphes de tendances ancestrales favorisées par les circonstances misogéniques ? Les hérédités africaines, la loi de l'imitation sociale, les funestes concomittants du Christianisme, tels sont les facteurs.qui ont empêché la religion catholique de prendre racine dans l'âme de Toussaint, déjà «de formation chrétienne incomplète.» D'autre part on glanerait aisément dans sa vie privée comme dans sa carrière politique certains actes qui éclairent ce caractère de son. catholicisme. «Quand une clame, dit Madiou, pénétrait dans son cabinet, il portait la main hardiment sur ses charmes et lui disait d'une voix tendre et nazillarde: « Avez-vous communié ce matin ». Entouré de scélérats, de colons perfides ajoute-t-il, qui l'excitaient sans cesse à continuer le massacre des hommes de couleur, il se confessait après chaque crime et s'approchait de la Sainte-Table. Des particularités de ce genre qui malheureusement pullulent dans les deux derniers tomes de Madiou, d'une manière générale, en tant qu'elles ne sont pas des défaillances, constituent le critérium permettant de mesurer le degré du sentiment religieux chez un adepte qui avant tout doit suivre une ligne: de conduite conforme aux presci iptions de sa religion. D'autre part l'Histoire se souvient du passage des Catholiques au timon des affaires. C'est, beaucoup quand ils se décident à concilier les principes de.leur religion avec les raisons d'Etat. Toussaint Louverture, lui, a rangé ses. desseins politiques au dessus de tout. Il a renvoi se tous .les obstacles qui se dressaient sur le chemin .de leurs.réalisations. Il effaça de la scène Rigaud qui avait vu clair dans son jeu. De sanglantes représailles, s'en suivirent à Jérémie, au Corail, à Petit Trou, à l'Anse-à-Veau, à Miragoâne. au Petit-Goâve, à Port-au-Prince, à St-Marc, aux Gonaïves. Son bras renversa également les obstacles futurs ou possibles que sa perspicacité native lui faisait entrevoir. Le lieutenant colonel Gauthier, rapporte Madiou, commandant de l'avant-garde de l'Expédition contre l'est, venait de se signaler à la bataille de Nisao. Le général en chef, ayant appris sa brillante conduite, l'embrassa en lui disant qu'il le voyait décidé à servir sa cause avec autant de courage qu'il en avait déployé lors de la guerre du Sud en faveur de Rigaud. En fait, --- Page 22 --- — 18 — lieutenant colonel Gauthier, rapporte Madiou, commandant de l'avant-garde de l'Expédition contre l'est, venait de se signaler à la bataille de Nisao. Le général en chef, ayant appris sa brillante conduite, l'embrassa en lui disant qu'il le voyait décidé à servir sa cause avec autant de courage qu'il en avait déployé lors de la guerre du Sud en faveur de Rigaud. En fait, --- Page 22 --- — 18 — une telle bravoure lui inspirait de l'inquiétude. Quelques temps après, en inspectant l'arrondissement de Santo-Domingo, Gauthier tomba dans une ambuscade et fut massacré. La morale Catholique ne limite-t-elle pas la répression aux seuls fauteurs de l'ordre social ? Permet-elle de faire tomber les têtes qui contiennent uniquement les intentions criminelles ou même simplement contraires aux projets d'un homme, si nobles soient-ils? Par ailleurs, Toussaint Louverture ne ressemble pas à un orthodoxe. En 1797, il avait demandé à l'abbé Grégoire, pour les placer- dans les différentes communes de la colonie, 12 bous prêtres soumis aux lois de la République. Il s'était donc adressé à l'Evêque constitutionnel de Blois, un haut dignitaire de l'Eglise Nationale de France, détachée de Rome. Cet acte, il est vrai, est dans une grande mesure imputable au Gouverneur de la Colonie, représentant de la Métropole shismatique. Mais Toussaint Louverture n'avait pas reçu une éducation Catholique lui permettant de s'assimiler le caractère spécifique de l'Orthodoxie dans l'Eglise Romaine. Probablement le caraclère shismatique de l'Eglise de France le laissait indifférent. Avant tout, il allait recevoir douze bons prêtres, soumis à Giégoire, partant eux-mêmes, comme leur supérieur, favorables à la cause de sa Race. D'autre part, certains écrits permettent d'apprécier à coup sûr la fragilité des attaches de l'âme de Toussaint Louverture avec le Catholicisme. Dans l'art. 8 de la Constitution de 1801, il avait posé ce principe : «Le Gouverneur de la colonie assigne à chaque ministre l'étendue de son administration et ces ministres ne peuvent jamais sous aucun prétexte former un corps dans la colonie». Cela signifie d'après'le Père Gabon, que le clergé de St-Domingue ne pouvait à l'avenir dépendre d'un chef ecclésiastique mais tombait sous l'autorité du pouvoir civil. Dans l'art. 4 du litre I de la loi organique du 26 Messidor, Toussaint déclare « qu'aucun ordre ou décret ou loi ecclésiastique, quoiqu'on matière purement spirituelle, ne pourra être exécuté dans la colonie sans le consentement du gouverneur.» La loi sur les administrations municipales du 9 Thermidor (27 Juillet 1801), en son art. 21, énonce que « les administrations municipales rempliront à l'avenir --- Page 23 --- — 19 — 4 du litre I de la loi organique du 26 Messidor, Toussaint déclare « qu'aucun ordre ou décret ou loi ecclésiastique, quoiqu'on matière purement spirituelle, ne pourra être exécuté dans la colonie sans le consentement du gouverneur.» La loi sur les administrations municipales du 9 Thermidor (27 Juillet 1801), en son art. 21, énonce que « les administrations municipales rempliront à l'avenir --- Page 23 --- — 19 — les fonctions attribuées aux ci-devants syndics et marguillers. Elles prendront l'avis des ministres du culte toutes les fois qu'il s'agit de dépenses relativement au culte, à son entretien, réparation, construction ou reconstruction des Eglises el maisons presbytérales». Ces lois, opine le Père Gabon sont, il est vrai, rédigées par des juristes (de St-Domingue) tout imprégnées de l'esprit gallican de la Révolution Française, mais elles sont, à coup sûr, inspirées par Toussaint Louverture. On pourrait, poursuit-il, nous objecter que les principes religieux du Général en chef furent bien peu solides, puisqu'il ruine les vraies bases de l'organisation de l'Eglise de St-Domingue. Mais convenons volontiers que si Toussaint est partisan du sentiment religieux, il y voit un frein puissant aux mauvais instincts, s'il l'accepte pour lui-même, il ne voit pas ce qu'est l'Eglise, avec ses droits en face de l'Etat. Il veut de l'Eglise qui enseigne la Morale. Il ne veut pas de l'Eglise quand l'Eglise prétend se gouverner elle-même, pasteurs et fidèles, et exige le respect de sa propre Constitution.» Comme vous le voyez, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Toussaint Louverture sans donner dans l'irréligion de son époque, n'était pas moins demeuré contemporain de la Révolution Française. A rencontre de sa croyance en un Dieu, la Religion Catholique n'avait pas d'attaches profondes dans son âme. Maintenant il sera facile de comprendre el partant d'aborder les divers rôles que le sentiment religieux a joué chez Toussait Louverture. Au point de vue individuel, l'esclave de Bréda a coordonné ses activités en raison de sa croyance en un Dieu. Racontant l'ardeur qu'il apportait dans la culture du domaine paternel, il écrit : « Le ciel a toujours béni notre travail.» Avant de livrer une bataille, il implorait l'appui divin pour son armée.» A dix heures du soir, après avoir fait sa prière, il ordonna d'éteindre tous les feux du camp et pénétra dans la ravine à Couleuvres. Il hâtait sa marche et s'écriait en se signant: «Dieu tout-puissant, faites-moi la grâce d'atteindre cette position avant l'ennemi.» , il écrit : « Le ciel a toujours béni notre travail.» Avant de livrer une bataille, il implorait l'appui divin pour son armée.» A dix heures du soir, après avoir fait sa prière, il ordonna d'éteindre tous les feux du camp et pénétra dans la ravine à Couleuvres. Il hâtait sa marche et s'écriait en se signant: «Dieu tout-puissant, faites-moi la grâce d'atteindre cette position avant l'ennemi.» Lors de la capitulation de Santo-Domingo, il exulta, après avoir reçu les clefs de la ville de Don Garcia : « Allons remercier l'auteur de toutes choses d'avoir efficacement couronné de plus grands succès notre entre prise prescrite par les traités et les lois de la Repu- --- Page 24 --- — 20 — brique. »« Au Fort de joux, raconte Gragnon Lacoste, le froid du Ciel pénétrait en air glacial dans la prison et. arrivait par des crevasses à l'intérieur de la cellule. Une toux violente ébranlait et oppressait sa poitrine. Par intervalle, une plainte involontaire trahissait sou courage, puis se reprenant tout à coup, il parcourait quelques pages d'une bible ouverte sur sa table comme pour offrir à Dieu, consolateur des Affligés, par une résignation sublime, ses humiliations et ses souffrances. Sa croyance en un Dieu l'a donc soutenu dans ses entreprises heureuses comme dans ses déboires. » Nous avons vu que Toussaint Louverture était un catholique peu profond. Cependant sa vie abonde de faits qui témoignent de sa religiosité. Cela s'explique. Si certaines circonstances l'avaient empêché de s'assimiler le catholicisme, il n'est pas moins vrai qu'il avait été la première nourriture de son âme, la première matière sur laquelle s'était exercée bon gré mal gré sa forte inclination religieuse. Son éducation chrétienne incomplète, sa pression du milieu social catholique, ce besoin logique qu'éprouve tout individu d'accomplir des devoirs envers un être en lequel il reconnaît son souverain, devaient l'attacher d'une manière ou d'une autre à sa religion d'enfance. « Avant la révolution, écrit-il, j'avais un maître que j'aimais, chaque dimanche, il me laissait aller au Cap entendre la messe. Je portais toujours un livre de prières. » Dans les minutes angoissantes, il puisait dans celle religion qui était avant tout celle du Dieu vengeur de sa race, toutes les consolations qu'elle pouvait lui fournir. Le lendemain de son entretien avec l'Abbé Coisnon, mentor de ses fils, et porteur de la lettre humiliante de Bonaparte, il retourna au quartier général à Ennery, après avoir entendu la messe. C'était une habitude dit Madiou, qu'il ne négligeait jamais de pratiquer dès la pointe du jour avant de se livrer à ses occupations politiques. Au fort de Joux, il fit cette superbe réponse à l'envoyé de Bonaparte, le général Cafarelli, chargé de le priver de son rasoir:« Il faut que ceux qui ordonnent de m'enlever cet objet me jugent bien mal puisqu'il soupçonnent que je manque de courage pour supporter mon malheur. J'ai une famille et d'ailleurs ma religion me défend d'attenter à mes jours. » e du jour avant de se livrer à ses occupations politiques. Au fort de Joux, il fit cette superbe réponse à l'envoyé de Bonaparte, le général Cafarelli, chargé de le priver de son rasoir:« Il faut que ceux qui ordonnent de m'enlever cet objet me jugent bien mal puisqu'il soupçonnent que je manque de courage pour supporter mon malheur. J'ai une famille et d'ailleurs ma religion me défend d'attenter à mes jours. » « Beaucoup d'historiens ont vu dans ces activités religieuses la manifestation du fanatisme. Du fanatique. --- Page 25 --- — 21 — Toussaint Louverture, avait, on peut en convenir, la routine mais non l'âme, c'est-à-dire celle disposition intempestive., aveugle qui impose de subordonner tous les domaines de l'activité humaine à la religion. Comme on le voit, si le sentiment de sa croyance en Dieu a été la boussole de son individualité*, il n'en est pas de même du Catholicisme. Outre pour les motifs exposés plus haut, il l'a pratiqué, nous allons le voir, pour une autre raison et à un autre titre. En effet le sentiment religieux joue un rôle chez l'homme considéré comme être sociable. La "morale qui en découle épure, développe, sanctionne les lois naturelles. Se réduisant en somme aux idées fortes de justice et de charité, elle conditionne l'existence des rapports sociaux. Elle facilitera même leur évolution, si elle repose sur une saine compréhension de ces mêmes idées. En un mot, elle habilite l'homme qui l'incarne à vivre en société. Aussi dans ses rapports avec ses semblables, Toussaint Louverture a appliqué les principes chrétiens. «Pendant la campagne de Mirebalais, rapporte Madiou, il enleva de vive force un camp où se trouvaient deux cents émigrés. Tous s'attendaient à être traités comme rebelles et à être passés au fil de l'épée. Prêtez le serment de fidélité à la République, dit-il, et je vous accorde la vie. » N'est-ce pas là un bel acte de charité chrétienne ? D'autre part, il dirigeait les diverses branches de l'administration avec un parfait esprit de justice. « Une organisation judiciaire sérieuse, écrit Madiou, sanctionnait les contraventions, les délits et les crimes. Il distribuait les fonctions publiques au plus compétent, dût ce dernier se trouver parmi les blancs. » Les principes de la morale chrétienne qu'il incarnait étaient chez lui facteurs de civilisation. Quant à la religion catholique proprement dite, loin de jouer un rôle actif dans son âme, où elle n'avait pas trop de place, elle était entre ses mains un moyen de discipliner et de civiliser la grande masse de StDomingue composée de nègres primitifs, dégradés parun esclavage tri-séculaire. En effet, elle avait pu avoir de l'emprise sur ces rejetons de peuples jeunes : orthodoxe dramatique, formaliste, elle présente les principaux traits qui caractérisent les manifestations de leur vie. Une société naissante a besoin d'une discipline rigoureuse. Dans son âme, où elle n'avait pas trop de place, elle était entre ses mains un moyen de discipliner et de civiliser la grande masse de StDomingue composée de nègres primitifs, dégradés parun esclavage tri-séculaire. En effet, elle avait pu avoir de l'emprise sur ces rejetons de peuples jeunes : orthodoxe dramatique, formaliste, elle présente les principaux traits qui caractérisent les manifestations de leur vie. Une société naissante a besoin d'une discipline rigoureuse. Dans --- Page 26 --- — 22 — le domaine temporel, il lui faut le Pouvoir Fort et « les coutumes compliqués qui enserrent les individus dans leur réseau inextricable et assurent à l'avance à chacun d'eux, sa place dans la famille, la société et le gouvernement. » L'obéissance à une loi a du être poulies premiers hommes un acte posé après une réflexion intense et une décision soutenue. Aristote et Platon avaient conservé le souvenir de ces temps voisins des leurs.«L'homme est de tous les anirnaux, disait l'un d'eux, le plus difficile à gouverner. » Les actes de soumission déterminés par la crainte de la force, en se répétant ont fini par passer dans leur organisation pour devenir réflexes ou involontaires. Le rôle des gouvernements puissants a donc consisté à faire l'éducation des peuples. Aujourd'hui, par suite de ce long travail fixé et transmis par l'hérédité à travers les siècles, l'homme est de tous les animaux le plus facile à gouverner. Dans le domaine spirituel il faut également aux peuples jeunes une religion orthodoxe qui épaule le pouvoir temporel en sanctionnant les lois humaines de manière à faire perdre de vue leur origine civile. En un mot l'Eglise doit faire corps avec l'Etat. Tel est le système de civilisation né au cours des âges sous l'influence des véritables besoins africains. Toussaint Louverture a eu donc une intuition de génie en continuant à imposer- aux nègres de St-Domingue, dont les besoins depuis leur exportation de l'Afrique n'avaient pas trop sensiblement varié, la religion catholique qui par son orthodoxie se rapprochait! de son système de gouvernement. Par ailleurs, il avait couplé les deux pouvoirs. Cette conception de l'autorité civile qui s'appuie sur l'autorité religieuse est une réminiscence africaine. Toussaint Louverture avait donc trouvé dans le catholicisme le genre de bras fort historiquement indispensable pour discipliner les peuples jeunes. Véhiculant les principes chrétiens, de justice et. de charité, il était également un facteur de civisation. Dans l'art. 5 de l'ordonannce du 12 Octobre 1800, H écrit: « Les pères doivent se pénétrer de leurs devoirs envers leurs enfants qui sont d'en faire de bons chrétiens et pour cela il faut les élever par de bonnes moeurs dans la religion catholique ». Le gouverneur lui-même prêchait d'exemple. Nons avons amplement parlé de sa sa religiosité. Les grands fonctionnait es lui devaient une ligne de conduite semblable: «Ils --- Page 27 --- — 23 — communiaient chaque matin, écrit Madiou, et les meilleurs citoyens étaient les plus zélés. Chaque dimanche, les troupes après la revue entendaient la messe qui' était célébrée avec porope : à l'élévation, les tambours, la musique militaire, le canon retentissaient autour du Temple. Le soir dans les Casernes, les troupes s'agenouillaient, adressant des prières à l'Eternel.» Rigaud n'avait pas compris la portée de son attitude visà-vis de la religion Catholique. Ce fut une des causes de leur: rupture. les plus zélés. Chaque dimanche, les troupes après la revue entendaient la messe qui' était célébrée avec porope : à l'élévation, les tambours, la musique militaire, le canon retentissaient autour du Temple. Le soir dans les Casernes, les troupes s'agenouillaient, adressant des prières à l'Eternel.» Rigaud n'avait pas compris la portée de son attitude visà-vis de la religion Catholique. Ce fut une des causes de leur: rupture. Dans l'Adresse du Général en Chef contre les colonies», il le lui reprocha: «Lorsque un sentiment de profonde reconnaissance envers l'Etre Suprême auquel j'attribuerai toujours le succès de mes opérations me porta après l'évacuation des anglais à faire une adresse aux militaires de St-Domingue pour les engager à rendre des actions de grâce à l'auteur de toutes choses, je vous l'adressai. ( C'est à Rigaud qu'il parle) pour être soumis à l'ordre du Département du Sud. Vous vous moquâtes publiquement d'un acte de religion qui ne pouvait que consolider le résultat de nos heureux succès; l'adresse fut partout déchirée dans votre Département et foulée aux pieds; vous ne daignâtes même pas m'en accuser réception, et ajoutant l'ironie à votre insubordination, 'vous dites que j'aurais du vous envoyer cette adresse par un prêtre pour la mettre en exécution, en cela vous flattiez la passion du Général Hédouville. Aussi, réglant votre conduite sur ses principes, vous vous empressâtes, alors qu'il me faisait un crime de reconnaître un Dieu, de m'écrire une longue; lettre que vous lui communiquâtes pour me porter à me méfiendes prêtres comme si la politique et les affaires publiques avaient quelque chose de commun avec eux». Et voici l'angle sous lequel, Rigaud voit l'action moralisatrice de Toussaint Louverture : « Une des causes qui l'irritent et qu'il a traitée d'insubordination. c'est de n'avoir pas mis en exécution, son adresse fanatique et inconstitutionelle à l'armée du Sud». Voilà pour le côté constructif de son oeuvre. La partie négative consistait à combattre les vestiges de la religion Africaine, épars, prostitués à la magie et aux superstitions. L'art. 3 du Code Noir disait : Interdisons tout exercice public d'autre religion que la Catholique, apostolique et Romaine; voulons que les contrevenants soient punis comme rebelles et désobéissants à nos. --- Page 28 --- — 24 — commandements. Défendons toutes assemblées pourcet effet, lesquels nous déclarons conventicules. illicites et sédicieuses, sujettes à la même peine qui aura lieu même contre les maîtres qui les permettront ou souffriront à l'égard de leurs esclaves ». Cet article, abrogé du fait de la suppression de l'esclavage dans les colonies françaises, trouvait sa justification dans l'intolérance religieuse de l'époque. Toussaint, lui, interdit le Vaudou par son ordonnance du 4 Janvier 1800 pour une raison d'ordre social: « Instruit que plusieurs personnes mal intentionnées et ennemies de la tranquillité publique cherchent à détourner de ses travaux agrestes le paisible cultivateur en flattant la passion violente qu'il a pour les danses et principalement pour celles du Vaudou. les colonies françaises, trouvait sa justification dans l'intolérance religieuse de l'époque. Toussaint, lui, interdit le Vaudou par son ordonnance du 4 Janvier 1800 pour une raison d'ordre social: « Instruit que plusieurs personnes mal intentionnées et ennemies de la tranquillité publique cherchent à détourner de ses travaux agrestes le paisible cultivateur en flattant la passion violente qu'il a pour les danses et principalement pour celles du Vaudou. « Pleinement convaincus que les chefs de ces danses n'ont d'autre but que celui de troubler l'ordre et d'altérer de nouveau la tranquillité qui commence, après un. éclat orageux, à se rétablir dans les villes et les campagnes et de donner aux personnes qui les écoutent des principes absolument contraires à ceux que doit professer l'homme ami de son pays et jaloux du bonheur de ses concitoyens ; «Voulant couper racine aux maux incalculables qu'entraînent après elle la propagation d'une doctrine aussi vicieuse puisqu'elle n'enfante que le désordre et l'oisiveté, j'ordonne ce qui suit: A dater du jour de la publication de la présente, toutes danses et toutes assemblées nocturnes seront interdites tant dans les villes et bourgs que dans les diverses habitations d es mornes et de la plaine, punition corporelle sera infligée à ceux qui chercheront au mépris de celte défense à lever des danses ou à tenir des assemblées nocturnes. Us seront incarcérés et compte me sera tendu par ceux qui auront ordonné leurs arrestations.» Signé : T. L. Un autre fait avait pu retenir son attention. La Religion Africaine consistant dans la reconnaissance d'un Grand Maître, des génies tulélaires et des mânes comprend une multitude de sectes. Chacune d'elles localise les croyances ci-devant citées sous l'influence de cet esprit de clan spécifique de la race et était représentée à St-Domingue par une faction de la population selon son origine ethnique. Entassés sous --- Page 29 --- — 25 — la bannière de la souffrance commune, les noirs de la Colonie avaient, il est vrai, oublié leurs querelles de sectes. Mais cette circonstance venant à disparaître, ne les ressusciteraient-ils pas? D'autre part la communauté de sentiment religieux ne parachève-t-elle pas l'homogénéisation du groupement social, ne constituet-elle pas un lien qui renforce le faisceau de la nation et la fait présenter ainsi une grande puissance de résistance comme d'attaque ? Voilà donc pourquoi Toussaint Louverture aurait également travaillé à inculquer le Christianisme aux nègres de St-Domingue par la chasse au Vaudou faite parallèlement à la diffusion du Catholicisme. Par ailleurs il en voudrait personnellement au Culte Africain : nasillard, il aurait parlé du nez des suites d'un mauvais soit qu'on lui avait jeté. Quoi qu'il en soit de celte anecdote contée par Madi'ou, son intelligence supérieure ne pouvait ne pas percevoir que le Catholicisme était une forme plus.élevée de religion, surtout quand le second terme de comparaison consistait, non pas dans le culte de ses ancêtres doué en Afrique d'une organisation solide et d'une morale assez élevée, mais dans dès réminiscences vagués, déformées, piostituées aux superstitions et à la magie. Voilà donc la partie négative de son oeuvre. ote contée par Madi'ou, son intelligence supérieure ne pouvait ne pas percevoir que le Catholicisme était une forme plus.élevée de religion, surtout quand le second terme de comparaison consistait, non pas dans le culte de ses ancêtres doué en Afrique d'une organisation solide et d'une morale assez élevée, mais dans dès réminiscences vagués, déformées, piostituées aux superstitions et à la magie. Voilà donc la partie négative de son oeuvre. Les principes chrétiens de Toussaint Louverture et plus directement son Catholicisme lui ont donc servi à habileter les nègres de St-Domingue à la vie sociale. Le sentiment religieux joue également un. rôle chez l'homme en tant qu'appartenant- à un groupement ethnique. En effet, il constitue une force spirituelle d'évolution quand il atteint l'ampleur d'un sentiment national. Toussaint Louverture ne se conduisait-il pas en messager- de Dieu? Son Déisme n'avait-il pas favorisé la cause d' « une nation » en puissance? Ses réalisations politiques ne devaient-elles pas rendre possible l'existence de la Nation Haïtienne ? En effet c'était au nom de l'Auteur de toutes choses « qu'il entreprenait le moindre de ses projets. Il considérait l'issue heureuse de chaque bataille comme un point de réalisé dans sa mission. Il appuyait de son autorité ses ordonnances d'ordre administratif et politique. Heureux instrument de ses réalisations sociales, la Religion catholique a été également entre ses mains selon l'expression du Colonel Nemours » une puissante --- Page 30 --- — 26 — arme de domination pour forger les bases de la nationalité Haïtienne. » Ses activités religieuses, ses pompeuses proclamations avaient souvent pour, but dit Madiou d'étourdir le peuple et de lui faire oublier certains de ses actes dont il ne pouvait entrevoir la haute mais lointaine portée. A ce point de vue, l'exécution de Moïse offre une matière intéressante à analyser. Ne pouvant pas comprendre l'attitude de son oncle qui s'était adonné au parti colonial, l'inspecteur de culture dans le Nord murmurait : Quoique fasse mon vieil oncle, je ne puis me résoudre à être le bourreau de ma couleur, c'est toujours au nom des intérêts de la Métropole qu'il me gronde, mais ces intérêts sont ceux des blancs et je n'aimerai les blancs que quand ils m'auront rendu l'oeil qu'ils m'ont fait perdre dans les combats. « Toussaint le condamna donc à mort parce qu'il contrariait délibérément sa politique. Mais écoutez un des motifs qu'il allègue : «Dans toutes les circonstances, j'ai cherché à lui expliquer les saintes maximes de notre religion, à lui prouver que l'homme n'est rien sans la puissance et la volonté de Dieu, que les devoirs d'un chrétien qui a reçu le baptême ne doivent jamais être négligés, que lorsqu'un homme brave la Providence, il doit s'attendre à une fin terrible. » Le rôle que ce politique faisait jouer à la religion se passe de commentaire. A ce propos, écoutez ce que dit Madiou : « En favorisant ainsi le Clergé, il exploitait à son profit le fanatisme : les prêtres le représentaient au Peuple comme un élu de Dieu; dans toutes les villes de la colonie, des congrégations de femmes, de bonne condition, de demoiselles s'étaient formées et les paroles des ecclésiastiques et des religieuses ne tendaient qu'à faire comprendre que Dieu permettait tout au Gouverneur.» A ce propos, écoutez ce que dit Madiou : « En favorisant ainsi le Clergé, il exploitait à son profit le fanatisme : les prêtres le représentaient au Peuple comme un élu de Dieu; dans toutes les villes de la colonie, des congrégations de femmes, de bonne condition, de demoiselles s'étaient formées et les paroles des ecclésiastiques et des religieuses ne tendaient qu'à faire comprendre que Dieu permettait tout au Gouverneur.» Le rapport de ses confesseurs abonde dans ce sens. «Les Pères Anthaume, Molière et Corneille avaient reçu, dit Madiou, des lettres du Général Leclerc qui promettaient à chacun d'eux la mitre d'évêque s'ils parvenaient au tribunal de pénitence à déterminer l'exgouverneur à reconnaître l'autorité légitime de la Métropole. Ces ecclésiastiques qui connaissaient la dissimulation du pénitent pour lequel la religion n'était souvent qu'un moyen mis en pratique à l'effet de parve nir à ses fins, répondirent au Capitaine Général qu'ils étaient tous dévoués à la France mais qu'ils n'oseraient faire une telle proposition à Toussaient dans la --- Page 31 --- — 27 — crainte de perdre leur tête que la métropole ne leur rendrait pas.» Le Père Lecun, de l'ordre des Frères Prêcheurs, en voyage de mission à St-Domingue, à qui Toussaint vers la mi-Janvier 1802 avait ménagé deux entrevues, roulant probablement sur certains points litigieux de sa politique religieuse, écrit : « Je l'ai connu pour ce qu'il était cl je n'ai voulu exercer aucune fonction sous son gouvernement. Cette conduite de ma part était fondée et sur ma conscience et sur la prudence humaine». Plus loin, il précise sa pensée : Lors de l'Expédition Française, «Il a réduit en cendres plusieurs belles églises de notre Mission, c'est un hypocrite tout couvert d'impiétés, de crimes et de sang.» Madiou racontant Je massacre des Français se montrera assez charitable à l'endroit de ce prélat qui a pourtant jugé un homme d'Elat à travers des lunettes de sectaire. Il écrira : «Quoiqu'on eût ordonné d'épargner les prêtres, Juste Chanlatte voulut profiter de celte horrible circonstance poui'se venger de l'Abbé Lecun, préfet apostolique qui sous les Français, avait séduit sa femme. Il communiqua son projet à plusieurs officiers qui s'entendirent avec lui pour attirer Lecun dans un piège. Le Préfet Apostolique reçut une invitation du Colonel'Germain Frère à un festin. Mais il apprit qu'on se disposait à l'assassiner pendant le repas. Au lieu de se rendre à l'invitation,.il se déguisa en femme et s'embarqua pendant la nuit sur un bâtiment américain, favorisé dans sa fuite par plusieurs dévotes. Le jour qui suivit, à son départ, ou trouva au presbytère un sopha à ressort qui. à volonté, se déployait en forme de lit. Le prêtre exerçait sur ce sopha toutes les séductions. Le dimanche, il prêchait la morale la plus sévère aux fidèles réunis. Le Général Pétion fit briser ce sopha dans la grande salle du gouvernement où il avait été transporté.» Il faut donc prendre le jugement du Père Lecun pour ce qu'il vaut et l'accepter en tant qu'il confirme que la religion était également pour Toussaint Louverture un moyen politique. é, se déployait en forme de lit. Le prêtre exerçait sur ce sopha toutes les séductions. Le dimanche, il prêchait la morale la plus sévère aux fidèles réunis. Le Général Pétion fit briser ce sopha dans la grande salle du gouvernement où il avait été transporté.» Il faut donc prendre le jugement du Père Lecun pour ce qu'il vaut et l'accepter en tant qu'il confirme que la religion était également pour Toussaint Louverture un moyen politique. Comme ou le voit, si la croyance en un Dieu a été pour le premier des noirs.» UNE FORCE Spirituelle d'évolution qui rendit possible l'existence de la nationalité haïtienne, la religion Catholique a été un instrument de réalisation de cet idéal. --- Page 32 --- — 28 — Disons enfin que lé sentiment religieux joue également un rôle chez l'homme en tant qu'appartenant à une variété de l'espèce humaine. Il est alors un sentiment racial. Ecoutons Toussaint Louverture cherchant dans la notion de Dieu le fondement de l'Egalité des Races: «Dieu a créé tous les hommes à son image pour les mêmes destinées, ne jouit-il pas lui aussi (l'homme noir) de la faculté de penser?» Propulsé par cette idée forte, il conquiert la liberté de ses frères et leur rappelle à qui ils doivent ce bienfait» « C'est le Dieu de la Nature que nous adorons qui brisa nos fers.» Sa croyance en un être juste, vengeur de sa race l'a également poussé à faire passer ses congénères de la liberté à l'autonomie, et de l'autonomie à une possibilité d'Indépendance. Il avait trouvé dans les principes chrétiens les leviers qui devaient tirer ses frères de l'abjection pour les mettre sur le chemin de la civilisation. Autrement il n'aurait pas marché sous la bannière d'un Dieu dont les adorateurs se faisaient le bourreau de sa couleur et dont les représentants consacraient son injuste déchéance. Aussi, du jour où il ne sentit pas son bras fort derrière sa cause, le renia-t-il : « Non je ne veux plus servir ce Dieu, je ne veux plus croire en lui. il est l'ennemi de ma race, il n'est que le Dieu des blancs.» En fait Toussaint Louverture avait confondu la notion d'un Etre Suprême avec celle d'un Dieu Vengeur de sa Race. D'ailleui s cela explique comment ce fils de prince noir avait pu abandonner les dieux ancestraux, inlassables consolateurs de ses frères esclaves : en sommeil avait substitué à la Mystique Africaine une mystique de même nature: tout comme les entités de l'Olympe Africain, le Dieu des Chrétiens était pour lui le protecteur, le vengeur de sa race. Quant à la Religion Catholique, il faut se rappeler qu'elle était dans une grande mesure acculée à consacrer l'oeuvre de Las Casas et que la grande majorité des prêtres savait découvrir non pas seulement dans l'Ancien. Testament, mais qui l'aurait supposé, dans le Nouveau Testament, dans l'Evangile même du Christ, des versets assez éloquents pour convaincre les nègres qu'ils étaient créés pour servir, le blanc. Elle n'a pas pu donc jouer un rôle appréciable dans l'âme nègre du Petit-Fils de Gaou-Guinou. acrer l'oeuvre de Las Casas et que la grande majorité des prêtres savait découvrir non pas seulement dans l'Ancien. Testament, mais qui l'aurait supposé, dans le Nouveau Testament, dans l'Evangile même du Christ, des versets assez éloquents pour convaincre les nègres qu'ils étaient créés pour servir, le blanc. Elle n'a pas pu donc jouer un rôle appréciable dans l'âme nègre du Petit-Fils de Gaou-Guinou. En résumé Toussaint Louverture croyait sincèrement --- Page 33 --- — 29 — en Dieu. Mais chez lui le sentiment religieux était au service de sa mystique raciale. La religion catholique qui avait bercé son enfance et qu'il avait pratiqué toute sa vie fut l'heureux instrument de ses réalisations sociales. Toutefois, elle engendra en lui un sentiment superficiel au point qu'il pût en faire une puissante arme de domination politique. Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, ces conclusions mettent en lumière un fait : Toussaint Louverture fui un homme d'Etat. En effet, il n'a jamais perdu de vue que la Religion doit s'intégrer d'ans le tout d'une Nation, c'est-à-dire présenter également les traits qui en font une communauté distincte des autres et constituer pour elle une force moralisatrice, une de ces forces spirituelles d'évolution. A ce titre, il a également jugulé le Cléricalisme qu'il ne faut pas confondre avec le sentiment religieux et qui est : « un ensemble d'opinion favorable à l'action du Clergé sur les principes dirigeants du gouvernement, les lois fondamentales des Institutions publiques et à son immixion dans les affaires publiques et privées.» Par l'article 8 de la Constitution de 1801, et par d'autres lois organiques citées plus haut, il a empêché cet état d'esprit de se développer à St-Domingue et a rappelé parfois même trop sévèrement à l'ordre certains prêtres qui croyaient pouvoir s'érigeren juges de ses activités politiques. Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, envisagée sous n'importe lequel de ses aspects, la vie de Toussaint Louverture offre d'amples enseignements. S'il y a un pays où se pose angoissant le problème de l'intégration de la Religion dans le tout de la Nation, c'est bien le nôtre pourtant concordataire. Exceptionnellement chez nous, où le Ministre de la Religion, en général des nationaux étrangers, français ou autres, jouissent, peut-être dans une certaine mesure à juste litre, de certains privilèges, entr'autres celui de concourir pour la plus grande pari à la formation des générations Haïtiennes, il est à souhaiter que les dirigeants du Pays, en réglementant leurs activités éducationnelles, les fassent désormais travailler plus effectivement à la réalisation d'une Haïti psychologiquement prospère et qu'achèvent de se dissiper les causes qui voilent l'âme d'âpôtre du Clergé qu'attend dans les plaines et dans les mornes notre masse plongée dans la superstition. ourir pour la plus grande pari à la formation des générations Haïtiennes, il est à souhaiter que les dirigeants du Pays, en réglementant leurs activités éducationnelles, les fassent désormais travailler plus effectivement à la réalisation d'une Haïti psychologiquement prospère et qu'achèvent de se dissiper les causes qui voilent l'âme d'âpôtre du Clergé qu'attend dans les plaines et dans les mornes notre masse plongée dans la superstition. « Le Christianisme, fait asssez justement observer le Dr Dorsainvil, n'a touché que bien maigrement l'âme --- Page 34 --- — 30 — populaire. Notre demi-siècle concordataire s'est écoulé sur les masses comme l'eau qui ruisselle sur les vitres. La confiance et la foi de ces gens vont ailleurs. Le silence de l'açon, du tambour, de la clochette sous la tonnelle, simple résultat de quelques mesures de police, n'est pas la mort d'un culte profondément ancré dans l'âme du Peuple. Les dieux ont la vie plus dure et Jupiter vaincu n'abandonne pas sans résistance l'Olympe au Christ triomphant. Le christianisme, sous ses deux formes, romaine et réformiste, doit chercher à pénétrer plus avant l'âme populaire. » Puissent ces voeux trouver un écho dans les coeurs à la fois haïtiens et religieux ! Puissent ces nécessités amener sur la scène la politique de la souplesse de Toussaint Louverture qui viendra les réaliser ! Ce 23 Juin 1935 RENÉ VICTOR PAR MARCEAU LECORPS L'occupation américaine du pays a suscité à un très haut point chez nos élites le goût des recherches historiques. Mouvement scientifique intéressant à plus d'un titre et qui donna naissance à toute une floraison de talents. Mouvement qui revêtira divers aspects en fonction de l'originalité et de la non uniformité des tendances. Et nous allons, pour définir ces tendances, jeter un coup d'oeil sur les grands courants de l'histoire contemporaine. Evidemment le domaine de l'histoire est si complexe, si vaste qu'actuellement on tend à le morceler à rencontre de l'ancienne école, protagoniste des larges synthèses. D'aucuns veulent-ils tels un Charles Maurras pour la France ou un Oswald Spengler pour l'Allemagne faire de l'histoire pour la défense et la pérennité d'une doctrine d'ordre politique, ils seront classés parmi ceux que Julien Benda appelle les historiens utilitaires. D'autres voueront un cuite à. un de --- Page 35 --- — 31 — ces hommes tu qui s'incarne un moment d'une nation et alors pour fixer sa physionomie, lui consacreront tels un Madelin ou un Frédéric Masson toutes leurs activités. D'autres encore à la manière de Taine essaieront de synthétiser toute une période. Ici l'histoire confinera à la sociologie. D'où la conclusion des oeuvres d'Alexis de Tocqueville. D'autres enfin se passionneront d'histoire locale ou régionale comme Lenôtre pour en suite an iver à l'historien polonais Edouard Krakowski qui se dévouera à l'étude d'un événement, d'une date et à leur repercusion sur l'activité humaine. 'autres encore à la manière de Taine essaieront de synthétiser toute une période. Ici l'histoire confinera à la sociologie. D'où la conclusion des oeuvres d'Alexis de Tocqueville. D'autres enfin se passionneront d'histoire locale ou régionale comme Lenôtre pour en suite an iver à l'historien polonais Edouard Krakowski qui se dévouera à l'étude d'un événement, d'une date et à leur repercusion sur l'activité humaine. Et alors à la lumière de ces considérations plus haut exposées un Antoine Michel se classera automatiquement parmi les utilitaires, un Vergniaud Leconte s'évertuera à faire revivre toute l'oeuvre grandiose d'un Christophe, un H. P. Sannon donnera d'importantes monographies sur la vie de Boisrond Tonnerre ou de Toussaint Louverture. Et voici qu'à l'instar de ces derniers Mr Marceau Lécorps vient se ranger parmi les historiens de Toussaint Louverture. Mais celui-là s'occupera d'un côté encore inédit de la vie politique de ce grand homme: La Politique Extérieure de Toussaint Louoerture. L'ouvrage est divisé en deux parties une première partie essentiellement documentaire et une deuxième partie comprenant une conférence prononcée sous les auspices de la Société d'Histoire et de Géographie. 1ère Partie. Ici quelle est la valeur des témoignages et leur importance? : Valeur des témoignages. — Les conditions mêmes de présentation des documents offrent de suffisantes garanties aux exigences des normes historiques. Qu'il s'agisse de s'assurer de leur intégrité, la question ne se pose même pas, eu égard à leur provenance. Qu'il s'agisse de la compétence et de la capacité de l'historien, à côté du nom de l'auteur, il y a la structure, la composition de l'ouvrage; qu'il s'agisse encore de la véracité des pièces ou de leur impartialité l'une des plus importantes des garanties de témoignage, pas que nous sachions Mr Lecorps soit inféodé à une secte, un parti ou une faction quelconque; qu'il s'agisse enfin, de leur poids, la position diplomatique d'Edward Stevers appelé à renseigner son gouvernement avec la plus complète exactitude sur le déroulement des évé- --- Page 36 --- — 32 — nements dans la colonie leur confère quant à ce barème, une valeur cardinale. Reste maintenant l'importance des témoignages. Tenant compte de la carence des sources historiques dans notre milieu : absence d'archives ou de bibliothèques, vénalité des détenteurs d'objets historiques, présence de tous nos documents dans les Musées de Paris, de Londres ou de Washington, nous comprenons toute la valeur pratique de ces témoignages que Mr Lecorps a réunis dans La Politique Extérieure de Toussaint Louverture. Et nous saisissons l'occasion pour formuler avec l'auteur le voeu de voir un jour ceux qui nous gouvernent « inviter nos chefs de mission à Washington et à Paris à obtenir des gouvernements auprès desquels ils sont accrédités, l'autorisation de faire préparer, à leur frais, des copies et des photographies de foutes les pièces concernant notre Pays et que ces deux grandes nations conservent et si jalousement » unis dans La Politique Extérieure de Toussaint Louverture. Et nous saisissons l'occasion pour formuler avec l'auteur le voeu de voir un jour ceux qui nous gouvernent « inviter nos chefs de mission à Washington et à Paris à obtenir des gouvernements auprès desquels ils sont accrédités, l'autorisation de faire préparer, à leur frais, des copies et des photographies de foutes les pièces concernant notre Pays et que ces deux grandes nations conservent et si jalousement » Et maintenant quelle révélation sur la politique extérieure de Toussaint Louverture ne nous apportentelles pas, ces lettres d'Edward Stevens ? Eclair de génie, car longtemps avant la publication de La République d'Haïti et de Roosevelt d'Antenor Firmin, Toussaint avait donc entrevu la future doctrine de Monroe. Et sa répercussion sur la politique des petits états du continent américain. Eclair de génie toute cette politique extérieure du Premier des Noirs car elle lui permit de vaincre son rival Rigaud et d'accélérer la marche de la colonie vers son indépendance intégrale. Eclair de génie, ce refus systématique de Toussaint d'aller épuiser ses forces vitales dans les Antilles on eu Amérique. Oeuvre d'un génial politique enfin, cette constitution de 1801 émanation du cerveau du grand homme, qui termine, en manière de conférence; l'ouvrage de Mr Lecorps. Et avec lui nous saluons en Toussaint le 1er fondateur de la nationalité haïtienne. Comme on le voit Mr Marceau Lecoips a fait du bon travail. Il vient d'enrichir notre Bibliothèque nationale déjà si pauvre en oeuvres historiques de réelle valeur. --- Page 37 --- SUR LA GÉOGRAPHIE BOTANIQUE D'HISPANIOLA PAR LE PROFESSEUR IGNACE URBAN (suite) Anagallis arvensis discuta europaca Myosotis intermedia Rosmarinus officinalis Antilles Brunella vulgaris Jamaïque Stachys arvensis Bermudes, Jamaïque, Martinique Mentha nemorosa Portorico « cilrata Cuba, Portorico « arvensis Verbascum thapsus Guadeloupe Elatimoïdes elatine Bermudes Antirrhinum orontiuni Jamaïque Veronica arvensis Jamaïque Plantago major Antilles « lanceolata Bermudes, Cuba, Jamaïque, Martinique Galium aparine Leucanthemum vulgare Senecio vulgaris Bermudes, Cuba Lampsona commtmis Jamaïque Leontodon taraxacoïdes Bermudes, Cuba, Jamaïque, Guadeloupe Taraxacum vulgare Bermudes, Cuba, Jamaïque, Guadeloupe Sonchus cleraccus Antilles Ces 189 espèces soustraites du nombre total de 3.088 il reste commeespèces présentement existantes de la flore d'Hispaniola 2899 plantes à fleurs indigènes, parmi lesquelles 1048 plantes endémiques; 36, 15 o/o. Mais tout l'est de l'île n'a été traversé qu'une seule fois du nord au sud, dans un voyage de deux mois ; la Sierra de Monte Cristi a été touchée en un seul point ; dans la Cordillère centrale quelques unes des hautes montagnes seulement ont été superficiellement explorées et une seule ( Valle Constanza avec Valle --- Page 38 --- — 34 — Nuevo et Pico de Valle ) plus à fond; toute la moitié occidentale de la République dominicaine avec ses hautes montagnes est restée tout à fait inconnue. été traversé qu'une seule fois du nord au sud, dans un voyage de deux mois ; la Sierra de Monte Cristi a été touchée en un seul point ; dans la Cordillère centrale quelques unes des hautes montagnes seulement ont été superficiellement explorées et une seule ( Valle Constanza avec Valle --- Page 38 --- — 34 — Nuevo et Pico de Valle ) plus à fond; toute la moitié occidentale de la République dominicaine avec ses hautes montagnes est restée tout à fait inconnue. En Haïti, le morne la Selle, et la Hotte n'ont été visités que pendant quelques jours. Mais il est évident que le sud et le centre d'Haïti donneront encore une riche récolte ; on le voit par ce fait qu'un bon nombre des espèces recueillies là par Plumier n'a pas été encore retrouvé. En considérant tout ce qui manque dans l'exploration de l'île nous avons le droit de supposer que le nombre des Phanérogames de l'île d'Haïti est de 4000 au moins. Des collections d'Eggers, Buck, Tùrckheim, Fuertes et Ekmau, il résulte (de l'une comme de l'autre) que pour toute augmentation de la flore à chaque 4 à 5 espèces trouvées il y a 3 à 4 espèces nouvelles, et une seule espèce déjà connue dans les autres îles ou sur le continent américain. Si on trouve dans l'avenir 1101 espèces nouvelles, on trouvera sûrement paimi elles 851 espèces endémiques. Si cette hypothèse est juste, on aura enregistré dans l'avenir parmi les 4000 phanérogames de l'île d'Haïti on aura enregistré 1900 plantes endémiques, soit 47, 5 o/o. Ce serait, la preuve que cette île s'était séparée des autres grandes Antilles dans des temps très reculés. L'ile d'Haïli a 276 phanérogames en commun avec l'Ancien monde. Parmi ces espèces communes, citons : ( An diesen beteiligen sich die 15 grostten Familien in der Reihenfolge ihres Procentzatzer in folgender Weise.) Les cypéracées avec 41 espèces; sur 99, soit 42 o/o les convolvulacées avec 19 espèces sur 59, ou 32 o/o ; les Malvacées avec 18 espèces sur 69 ou 26 o/o ; les Grammicées avec 41 espèces sur 185 ou 22 o/o ; les Solanacées avec 10 espèces sur 64 ou 16 o/o; les Légumineuses avec 36 espèces sur 239. ou 15 o/o; les Labiatées avec 7 espèces sur 51 ou 14 o/o ; les Rubiacées avec 7 espèces sur 150, ou 4, 7 o/o ; les Compositées avec 8 espèces sur 212, ou 3,7 o/o ; les Borraginacées avec 2 espèces sur 67, ou 3 o/o; les Pipéracées avec 2 espèces sur 67 ou 3 o/o ; les Euphorbiacées avec 3 espèces sur 149, ou 2 o/o ; les Urticaeées avec 1 espèce --- Page 39 --- — 35 — sur 77, ou 1,3 o/o ; les Orchidacées avec 1 espèce sar 164, ou 0.6 o/o ; les 82 Melastomacées avec 0. En retirant du total des 3088 espèces les 189 importées de l'Europe et les 276 qui sont communes à l'Europe et à l'île d'Haïti, il reste 2623 Phanérogames qui sont endémiques seulement dans les Antilles ou l'Amérique Continentale. 39 --- — 35 — sur 77, ou 1,3 o/o ; les Orchidacées avec 1 espèce sar 164, ou 0.6 o/o ; les 82 Melastomacées avec 0. En retirant du total des 3088 espèces les 189 importées de l'Europe et les 276 qui sont communes à l'Europe et à l'île d'Haïti, il reste 2623 Phanérogames qui sont endémiques seulement dans les Antilles ou l'Amérique Continentale. De ces 2623 Hispaniola a en commun : avec Cuba ( y compris l'île des Pins )— 118 esp. « la Jamaïque 27 esp. « Portorico 31 esp. « Cuba et la Jamaïque 55 esp. « la Jamaïque et Portorico 6 esp. « Cuba et Portorico 27 esp. « Cuba, la Jamaïque et Portorico 29 esp. avec les Grandes Antilles, ( allen oder einzelnen ) les Bahamas ( bez ) la Floride 60 esp. avec Portorico et les Petites Antilles, y compris Trinidad 28 esp. Des 2623 espèces 283 trouvent à Hispaniola la limite de leur existence vers le sud-ouest, 164 celle de leur existence vers le nord ouest. Les autres sont endémiques ou se trouvent des deux côtés de l'île et surla terre ferme. La floie de la côte d'Hispaniola contient de nombreuses espèces rares el plusieurs qui sont indigènes de l'île, comme : Paspalum epile, Sporobol'us liloralis, Chlorispetraea, Scirpus Olneyi. Remirea maritima, Ficus populnea var Hispanioiee, Aristolochia leptostica, Altermanthera Urbain, Boerhavsea viscosa. Pisonia rotunda, Capparis coinosa, Cassia crista var C. angustifolia ( introd ) C. grammica, Indigofera microcarpa, Phyllanthus polycladus, Drypetis spec. (sterilis) Hippomane mancinella, Metopium Brorenci, Reynosia uncinata Hibistus clypealus, Cereus fimbriatus, Melocacintortus. Nopalea moniliformis, Eugenia laevis, Eustoma exallatum, Plumeria domengensis Beureria domingensis, Teucrium inflatuin Tabebuia Ekmanie,HygraphilaCrasilieusis Hamelia cuprea var haitiensis, Et ithalisparviflora, Morinda citrifolia, Diodia maritima Baccharis dioeca, Tetrantus cupulalus, Spilanthes urens et probablement encore ( manche andere, deren gcnauer Standort nicht angegebenist. --- Page 40 --- — 36 — La flore des hautes montagnes des Antilles comprend 1o des espèces qui se trouvent aussi dans les régions plus basses, mais à des hauteurs variables ( croissance pins petite, feuilles plus petites. ) 2° des espèces parentes de celles des régions basses. 3° des espèces qui se trouvent dans les diverses îles, toujours la même espèce ou des variations comme les Erieacées, les Oléacées Haenianthus, etc. Il en est de même en Haïti. Mais là, dans les hauteurs de 1000m et plus, une qualité d'espèces indigènes s'ajoutent qui ne se trouvent ailleurs que dans l'Amérique Continentale ( quelques unes aussi dans l'ancien monde ) mais pas du tout dans les autres Antilles. Ce sont les plantes de grandes hauteurs suivantes : Trichomanes Petersii— Ci vit et Amérique du nord. Alsophila pungens— Guyane Dryopteris pteroidea— Colombie, Equateur, Brésil Asplenium divergens— Brésil les hauteurs de 1000m et plus, une qualité d'espèces indigènes s'ajoutent qui ne se trouvent ailleurs que dans l'Amérique Continentale ( quelques unes aussi dans l'ancien monde ) mais pas du tout dans les autres Antilles. Ce sont les plantes de grandes hauteurs suivantes : Trichomanes Petersii— Ci vit et Amérique du nord. Alsophila pungens— Guyane Dryopteris pteroidea— Colombie, Equateur, Brésil Asplenium divergens— Brésil Asplenium theciferum— Amérique du Sud tropicale Gymnogramme flexuosa— Decostanica au Pérou Pellsea flexuosa— Mexique jusqu'au Pérou Pellsea ternifolia— Texas jusqu'à la Bolivie, chili Harvaï Cheilanthes myriophylla— Mexico jusqu'au Chili « intramarginclis— Mexique à Costa Rica Pteris coriacea Desv. Costa rica, Colombie, Venezuela Pérou Vittoria Moritziana— Colombie, Vénézuella, Guyane Polypodium senile— Costarica, Colombie Equateur « apiculatum— Pérou, Guyane, Brésil « plesiosorum—Mexique au Venezuela . Lepicystis murorum— Venezuela, Colombie, Equateur, Pérou Elaphoglossum leptpphyllum—Colombie, Venezuela, Brésil Ancimia laciniata— Mexique, Venezuela Ophioglosum macrdrrhizum— Brésil austral, Argentine « crotalophoroides—Civit et Am, seps. Andes Chiliennes et Argentines Lycopodium alopecuroides—Am. continentale tempérée et tropicale Lycopodium flaccidum— Brésil « myrsiuites — Colombie, Pérou --- Page 41 --- — 37 — « selago— Europe, Asie sept et orientale Amérique sept. Eristan da Cunha, îles Falkland « Ulei— Brésil Psilotum comnlanatum- Califorie, Mexique, Venezuela, îles du pacifique Polamogeton posillus—Amérique continentale, Europe Asie Afrique Paspalum helerotrichum—Panama, Amérique australe « stellalum— Amérique continentale tropicale Panicum Xalapense H. B. K.Amérique sept, civit unitas usque Guatemala. Oplismenus Burmanii. Rep. tropicae ulriusque orbis. . Agrotis perennans. Amer. sepl. civit. unitse, Mexico. Trisetum spicatum. Reg. arct. boréales, montes ait. Europae. Asia et Amérique Sphenopholis obtusala. Amer. sept. Mexico. Heleocharis acicularis. Reg. trop, et tempér. utriusque orbis. Uncinia hamata var. mexicana. Mexico, Amer, centr. Carex albolulescens. Amer. sept. Mexico usque ad Columbia el Venezuela. « stellulala var. angustala. Amer. sept. Sisyrinchium micrantum. Amer, cont trop. Trichopilia fragans Columbia Rauunculus flagelliformis. Amer. cent, et austr. Cardamine africana. Africa, Asia, America austr. trop, in monlibus allisimis. « Jamesoii. Venezuela, Colombia, Ecuador Bolivia Agrimonia parviflora. Amer. sept. Mexico. Calliandra caracasana. Venezuela, Columbia, Ecuador. Cassia rnexicana. Mexico Colopogouium galactiodes. Amer. cont. trop. Ilex caroliniana. Loes. Amer. sept. Modiola caroliniana. Amer, calidior Africa austr. Cuphea rotumdifolia. Panama Adenaria floribunda Mexique, Panama, Am. australe Epilobium colorulum ( E. domingense ) Am. sept., Mexique. Linaria canadensis— Amérique sept. et australe extrairopicale, Brésil, australe Columbia, Ecuador. Cassia rnexicana. Mexico Colopogouium galactiodes. Amer. cont. trop. Ilex caroliniana. Loes. Amer. sept. Modiola caroliniana. Amer, calidior Africa austr. Cuphea rotumdifolia. Panama Adenaria floribunda Mexique, Panama, Am. australe Epilobium colorulum ( E. domingense ) Am. sept., Mexique. Linaria canadensis— Amérique sept. et australe extrairopicale, Brésil, australe --- Page 42 --- — 36 — Hygrophila lacuslris— Mexique, Brésil, Paraguay Galium pilosum var puncticulosum—Am. sept. « trifidum. Amer. sept. Europa bor., Asia sept. Japon Sicyos laciniatus. New Mexico, Mexico. Specularia perfoliata. Amer. cont. A Canada usque Argentina ( in Jamaïca dubia. ( Piqueria lasciflora. Mexico « trinervia. Mexico, Amer. cent. Aster dumosus Amer. sept, civit. orient. Gnaphalium viscosum. Mexico. Amer, cent., Colum. bia- « slachydiplum. Brasilaia, Argenlina, Uruguay. « spathualatum. Amer, cont., India or. Siegesbeckia agrestis. Amer. cont. trop, à Mexico usque Peru. Bidens Bigelovù Colorado, Arizona, New Mexico, Texas Mexico. Trixis divaricata. Amer, austr. « antimenorrhoea. Ecuador, Brasilia, Argentina. Lactuca canadensis. Amer. sept. Hieracium Gronovii. Amer. sept. « Peunsylvanicum. Amer. sept. De ces plantes, comme la liste le démontre, 7 espèces se trouvent dans l'Amérique continentale et aussi dans l'ancien monde ; 1 dans les îles du Pacifique ; 5 sont très répandues seulement en Amérique ; 13 se trouvent aussi dans les plaines et sur des collines de l'Amérique du Nord; 14 dans l'Amérique tropicale continentale ; 7 au Mexique et en Amérique Centrale ; 20 dans l'Amérique du Sud. Elles se distinguent par la petitesse de leurs semences ; les Ptéridophytes et les Composites sont relativement nombreux parmi elles. Aux parties de la Flore alpine indigène dans l'île d'Haïti appartiennent de plus les espèces de telles espèces endémiques qui manquent aux autres Antilles. Ce sont : Arceuthobium bicarinatum ; Thalictrum domingense, Disciphunia domingensis; Forchhammeria sphaerocarpa; et F. brevipes, Alchemilla domingensis; Halinium domingense et H. stenophyllum ; Loasa Plumieri, Fuchsias Pringsheimii et F. triphylla ; Chimophila domingensis ; Sphacele Urbani ; Laestadra domingensis ; Artemisia domin gensis, enfin parmi les espèces --- Page 43 --- — 39 — nouvelles beaucoup qui sont exclusivement des parentes des espèces continentales comme Euphorbia Eggersii, et E. Türchkeimü ( les deux du groupe des Esulae, ne sont, pas connues dans les autres Antilles.) Viola domingensis, Valeriana domingensis ; ou qui sont plus près espèces continentales que des espèces Antillaires, comme Paepalanthus domingensis, Erigeron araneosus, Gnaphalium rosillense, G. Eggersii. --- — 39 — nouvelles beaucoup qui sont exclusivement des parentes des espèces continentales comme Euphorbia Eggersii, et E. Türchkeimü ( les deux du groupe des Esulae, ne sont, pas connues dans les autres Antilles.) Viola domingensis, Valeriana domingensis ; ou qui sont plus près espèces continentales que des espèces Antillaires, comme Paepalanthus domingensis, Erigeron araneosus, Gnaphalium rosillense, G. Eggersii. (la, die am Gipfel des Pico del valle in 2600m Meereshohe wachsende Scrophulariaceen Galtung Tuerckheimocharis gehort einer Tribus, den Manuleen, an die bisher nur ausder allen welt bekannt waren. ) Et l'espèce des Scroplulariacées Tuerckheimocharis appartient à un groupe, aux Manulées qui sont connues seulement de l'Ancien monde. Mais les particularités de la flore d'Hispaniola ne s'arrêtent pas seulement à la flore alpine ; dans les régions plus basses aussi il y a assez d'espèces qui manquent aux autres Antilles niais que l'île d'Haïti a en commun avec l'Amérique continentale et avec l'Ancien Monde. Ce sont Lycopodium Tuerckeimii— Guatemala, Costa Rica. Vallisnei la spiralis Régions chaudes et tempérées des deux Mondes ( et à Cuba?) Panicum hirticaule Californie du sud, Mexique, Am. centrale. Curaçao, Am. australe à Amérique du nord Pycreus flavescens, Europe, Asie occidentale, Afrique, Amérique. Pycreus Olfersianus Mexique, Am. du Sud, Afrique Marisous Ehrenbergianus Mexique, Costa-Rica, Pitcairnia xanthocalyx Mexique Pilcairnia fulgens Guatemala Pilea serpyllacca Mexique, Colombie Heterostachys Rittpriana Argentine Phytolacca purpurascens Amérique centrale Cleome pubescens Am. centrale et du sud Naslurtium palustre sous espèce hispidum. Am. du nd. Cardamine flexuosa sous esp. pennsylvanica, An. du nd, Léucsena trichoides Venezuela, Pérou Haematoxylon Brasiletto Mexique, Am. centrale, Colombie, îles du Venezuela Cercidium proecon Amérique du sud Stigmatophyllum angulosum Guyane « sagittatum Amérique du sud « palmatum Brésil --- Page 44 --- — 40 — Pofygala hygrophilâ Panama, Venezuela, Guyne, Brésil. Matayba scrobiculata Mexique, Panama, Colombie Venezuela, Brésil Wissaduta stellata Pérou Kosteletzkya sagittata Am. continentale tropicale Passiflora capsularis Mexique, Am. australe Peireskia bleo Amérique du sud Jacquemontia apocynoides Am. continentale trop, Ipomoea hederacea Am. du nord Gilia incisa Texas, Mexique Solanum carolinense Am. du nord Manettia calycosa Colombie, Venezuela Pacourina edulis Nicaragua, Am. du sud Eupatorium sciatraphes Venezuela (?) Heterosperma diversifolium Equateur, Pérou, Argentine Si on ajoute ces espèces à celles des hautes montagnes, on voit que Haïti n'a pas en commun avec les Antilles : 10 espèces qui se trouvent dans l'Amérique continentale et dans l'Ancien monde ; 6 espèces très répandues dans l'Amérique continentale ; 17 espèces de l'Amérique du nord ; 23 de l'Amérique continentale tropicale; 12 du Mexique et de l'Amérique centrale ; 32 de l'Amérique du sud.— Ce sont 100 espèces qui n'ont pas été trouvées jusqu'à maintenant dans les autres Antilles. les Antilles : 10 espèces qui se trouvent dans l'Amérique continentale et dans l'Ancien monde ; 6 espèces très répandues dans l'Amérique continentale ; 17 espèces de l'Amérique du nord ; 23 de l'Amérique continentale tropicale; 12 du Mexique et de l'Amérique centrale ; 32 de l'Amérique du sud.— Ce sont 100 espèces qui n'ont pas été trouvées jusqu'à maintenant dans les autres Antilles. Pourquoi est-ce justement l'île d'Haïti, située au centre des Indes Occidentales, qui présente cette quantité d'éléments étrangers et garde pour cette raison une position spéciale— quant à la Géographie Botanique— parmi les Antilles ? Il n'est pas encore possible de donner les raisons de ces phénomènes. L'explication donnée par H. Christ dans sa « Géographie des Fougères » (Farne) (1910) page 300, à savoir que la raison se trouve dans la nature xérophile édaphique prononcée du sol congloméralique sablonneux et stérile d'Haïti, ne peut pas être juste. D'abord très peu de ces 100 espèces croissent sur le sol conglomératique de la forêt de pins, d'autre part on n'en a pas trouvé une seule dans les grandes forêts de pins de Cuba. à suivre --- Page 45 --- --- Page 46 --- --- Page 47 ---
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"RSHHGG - Octobre 1935." Revue de la Société Haïtienne d'Histoire (1931–1935), 1935. Rasin.ai. https://rasin.ai/document/rshhgg-revue_bpt6k57965794.
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