Revue de la Société Haïtienne d'Histoire (1931–1935)
1935
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DE LA Société d'Histoire et de Géographie d'Haïti PARAISSANT TOUS LES TROIS MOIS Vol. 6 No 17 Port-au-Prince (Haïti) Janvier 1935 SOMMAIRE DANTËS BELLEGARDE.— Haïti ou Hispaniola
GEORGES SÉJOURNÉ.— Etablissement de la Propriété et de la Famille au lendemain
de l'Indépendance Dr C. PRESSOIR Historique de l'Enseignement en Haïti. IGNACE ÙRBAN.— Sur la Géographie botanique d'Hispaniola. PRIX : UNE GOURDE V. VALCIN, — Imprimeur 1518, rue du Dr. Aubry
Port-au-Prince, Haïti --- Page 3 --- --- Page 4 ---
Dans l'avant-dernier numéro de notre Revue, nous
avons publié l'étude documentée de M. Edmond Mangonès sur les différentes dénominations données à notre île et sur la justification historique du nom d'Haïti.
Notre collaborateur avait, dans son remarquable travail, fait allusion à la décision prise par un comité
officiel des Etats-Unis, le « United States Géographie
Board », de redonner à Vile d'Haïti le nom d'Hispaniola que lui avaient attribué les Espagnols. Au moment où cette décision fut portée à la connaissance du public, M. Daniès Bellegarde, membre de
notre Société, était ministre d'Haïti à Washington.
Nous lui avons demandé quelle attitude il avait cru
devoir prendre à cette occasion. Il nous a répondu en
nous communiquant les deux lettres qu'il écrivit au
Département d'Etat pour protester contre une décision
qui lui paraissait attentatoire à la souveraineté des
deux Etats qui se partagent l'Ile d'Haïti. À titre de documentation historique nous publions
ces deux lettres, en y ajoutant celle que nous avons
reçue du Département des Relations Extérieures à
qui nous avions demandé quelle suite a été donnée à
la réclamation présentée, au nom du Gouvernement, par M. Dantès Bellegarde.
La question reste ouverte, Washington, le 10 Juillet 1933 Monsieur le Secrétaire d'Etat (2) J'ai l'honneur de vous exposer que la presse américaine ayant annoncé que le United States Géographie
Board avait décidé de changer le nom officiel de l'Ile
d'Haïti en celui de « Hispaniola », j'écrivis le 1er juillet
au Directeur Général de l'Union Panaméricaine pour
obtenir de lui des renseignements qui me permettraient, en cette occasion, d'agir en parfaite connais- (1) Voir notre No de Juillet 1034. (2) Hon. William Philipps, Secrétaire d'Etat par intérim. --- Page 5 ---
— 2 — sance de cause. Le docteur Rowe m'a donné la confirmation de cette nouvelle par sa lettre du 7. Je me permets d'attirer l'attention de Votre Excellence sur la gravité qu'aurait aux yeux du Gouvernement et du Peuple Haïtien l'application d'une telle décision qui violerait le droit souverain de l'Etat d'Haïti
de donner à son territoire le nom qui lui paraît le
mieux convenir à ses traditions historiques et a sa situation internationale. Tous ceux qui ont étudié l'histoire de l'Amérique
savent que Christophe Colomb, après avoir découvert
les îles Lucayes et Cuba, aborda l'île d'Haïti, le 6 décembre. 1492, au point où se trouve aujourd'hui la ville
haïtienne du Môle St-Nicolas. « The Arawakan term
Aïti or Haïti appears to -hâve been generally applied
to the island by natives speaking the Arawak language », écrit M. Herbert W. Kreiger dans un remarquable
article sur les « Aborigines of the ancient Island of Hispaniola (Report for 1929 of the Smithsonian Institution,
page 473 ).
ayes et Cuba, aborda l'île d'Haïti, le 6 décembre. 1492, au point où se trouve aujourd'hui la ville
haïtienne du Môle St-Nicolas. « The Arawakan term
Aïti or Haïti appears to -hâve been generally applied
to the island by natives speaking the Arawak language », écrit M. Herbert W. Kreiger dans un remarquable
article sur les « Aborigines of the ancient Island of Hispaniola (Report for 1929 of the Smithsonian Institution,
page 473 ). Colomb, ayant pris possession de cette nouvelle terre
au nom du Roi d'Espagne, l'appela Isla Espauola (ou
Hispaniola par corruption), de même qu'il avait précédemment, donné le nom de « Juana » à Cuba. Vers
1630, les Français s'établirent à Hispaniola, dont la
partie occidentale, reconnue comme possession française par le traité de Ryswick de. 1697, prit le nom de
Saint-Domingue, sous lequel toute l'île fut désignée, de
cette date à 1804. Tbussainl-Louverture, gouverneur français de SaintDomingue, exerça effectivement son autorité sur toute
l'île. Le 27 janvier 1801, il entra dans la ville de SantoDomingo et en prit officiellement possession en vertu
du traité de Baie de 1795, par lequel l'Espagne cédait
à la France le territoire de l'Audience de Santo-Domingo. C'est pourquoi il put écrire dans son projet de Constitution de 1801 l'article suivant : « Saint-Domingue, dans toute son étendue, et Sama-
« na, la Tortue, la Gonave, les Cayemittes. l'Ile-à-Va-
« ches, la Saône, et autres îles adjacentes, forment le
« territoire d'une seule colonie qui fait partie de l'Em-
« pire français». Auprès la déportation de Toussaint-Louverture, la
lutte pour l'Indépendance, inaugurée eu octobre 1802
par Jean-Jacques Dessalines et Alexandre Pétion,
aboutit, le 1er janvier 1804, a la création d'un Etat --- Page 6 ---
— 3 — indépendant, le second du Continent Américain, — les
Etats-Unis s'étant eux-mêmes déclarés, par le mémorable manifeste du 4 juillet 1776, affranchis de la tutelle
de l'Angleterre. Les Indépendants, ne voulant garder
ni le nom d'Hispaniola, qui rappelait la domination
espagnole, ni relui de Saint-Domingue, qui rappelait
le régime colonial français, reprirent le nom que les
Arawaks libres avaient donné à leur île : ils la rebaptisèrent Haïti. La Constitution du 20 mai 1805 de l'Etat d'Haïti
dispose : «Art. 1er.— Le peuple habitant l'île ci-devant appe-
« lée St-Domingue convient ici de se former en Etat
«libre, souverain et indépendant de toute autre puis-
« sance de l'univers, sous le nom d'Empire d'Haïti.» Les Constitutions de 1816 et de 1843 s'expriment respectivement, en leurs articles 40 et 1er, de la manière
suivante :
5 de l'Etat d'Haïti
dispose : «Art. 1er.— Le peuple habitant l'île ci-devant appe-
« lée St-Domingue convient ici de se former en Etat
«libre, souverain et indépendant de toute autre puis-
« sance de l'univers, sous le nom d'Empire d'Haïti.» Les Constitutions de 1816 et de 1843 s'expriment respectivement, en leurs articles 40 et 1er, de la manière
suivante : « Art. 40 : L'île d'Haïti, ci-devant appelée Saint-Do-
« mingue, avec les îles adjacentes, qui en dépendent,
« tonne le territoire de la République.» « Art. 1er.— Lîle d'Haïti et les îles adjacentes qui
« en dépendent forment le territoire de la République.» Il convient de remarquer que ces deux dernières
Constitutions, qui donnent solennellement lé nom
d'Haïti a toute l'île, ci-devant appelée Saint-Domingue
comme elles disent, régissaient tout le territoire et
avaient par conséquent l'adhésion de tous les habitants, puisque, de 1820 à 1844, les deux anciennes parties de l'île— française et espagnole— se trouvaient
réunies sous un seul et même gouvernement. La reprise du nom indien d'Haïti pour désigner
l'ancienne Hispaniola et la ci-devant Saint-Domingue a
donc été consacrée par les Constitutions haïtiennes et
a eu l'approbation unanime des propriétaires du territoire, seuls ayant autorité, au point de vue du droit
international, pour choisir le nom de leur pays. Néanmoins, pour des raisons dont ils sont seuls
juges, les habitants de l'Est, quand ils se furent constitués en Etat indépendant sous le nom de « Republica Dominicana» (janvier 1844), crurent devoir conserver l'ancienne appellation française en désignant l'île
sous le nom espagnol de « Isla de Santo-Domingo». Il
fallait respecter cette pratique, quelque confusion
qu'elle pût créer au point de vue de la nomenclature
géographique. C'est pourquoi, tenant compte des légi- --- Page 7 ---
— 4 — limes' susceptibilités des Dominicains sur ce point, le
Gouvernement Haïtien reconnut la situation ainsi établie en signant le traité de paix, d'amitié, de commerce, de navigation et d'extradition, conclu entre la République d'Haïti et la République Dominicaine le 9 novembre 1874, lequel traité contient l'article suivant : «Art 1er.— La République d'Haïti et la République
« Dominicaine déclarent solennellement être les seuls
« qui possèdent la souveraineté de l'Ile d'Haïti ou St-
« Domingue». «La Republica Dominicain» y la Republica de Haïti
« declaran solemnemeute ser ellas solas que poseen
« la soberania de la Isla de Sto-Domingo o Haïti». Cette souveraineté sur l'île des deux Etats—Haïtien
et Dominicain—leur donne le droit exclusif de dénommer le pays qu'ils occupent: un changement sur ce
point ne peut être qu'un acte de leur volonté commune. Sous prétexte défaire cesser une contusion dans, la
nomenclature géographique, la décision du Géographie Board pourrait en créer une de caractère politique, infiniment plus regrettable. En effet, le Congressional Direclory (Juin 1933, page 489 ) détermine ainsi
les attributions du United States Géographie Board:
tien
et Dominicain—leur donne le droit exclusif de dénommer le pays qu'ils occupent: un changement sur ce
point ne peut être qu'un acte de leur volonté commune. Sous prétexte défaire cesser une contusion dans, la
nomenclature géographique, la décision du Géographie Board pourrait en créer une de caractère politique, infiniment plus regrettable. En effet, le Congressional Direclory (Juin 1933, page 489 ) détermine ainsi
les attributions du United States Géographie Board: «The board passes on all unsettled questions con-
« cerniwg géographie names which arise in the depart-
« ments as well as déterminés, changes, and fixes place
« names within the United States and its insular pos-
« sessions, and all names suggested by any officer or
« employés of the Government shall be referred to the
«board for considération and approval before publi-
« cation ». Si j'ai bien compris ce qui précède, la compétence
du United States Géographie Board ne s'étend, en ce
qui concerne les noms géographiques, qu'au territoire
propre et aux possessions insulaires des Etats-Unis. La
décision du Géographie Board de donner à un territoire
occupé par deux Etats indépendants un nom officiellement abandonné dépuis 236 ans pourrait faire croire
qu'il considère l'île d'Haïti comme une possession des
Etats-Unis. Il me suffit de signaler celle conclusion pour montrer
combien serait malheureuse l'application de la décision
du United States Géographie Board et comment elle
irait à l'encontre de la politique d'amitié, d'égalité et
de respect mutuel qui est celle du Président des EtatsUnis et du Département d'Etat. --- Page 8 ---
— 5 — Haïti—pour les Haïtiens—est synonyme de liberté et
d'indépendance. Le nom d'Hispaniola est malheureusement associé, dans leur esprit, au souvenir d'un régime cruel qui se caractérisa par l'extermination de la
population indienne et l'introduction de l'esclavage
africain dans le Nouveau-Monde. Ils tiennent à garder
le nom que les Fondateurs de leur patrie ont donné au
territoire qu'ils habitent. Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire d'Etat, les
assurances de ma très haute considération. DANTÈS BELLEGARDE Washington, le 13 Septembre 1933 Monsieur le Secrétaire d'Etat, (1) J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre
note du 25 août, sous couvert de laquelle Votre Excellence a bien voulu m'envoyer des extraits de la
lettre du 2 août que le « United States Géographie
Board » a écrite eu réponse à ma protestation du 10
juillet 1933 relative à sa décision de changer le nom
officiel de l'Ile d'Haïti en celui de Hispaniola.
Septembre 1933 Monsieur le Secrétaire d'Etat, (1) J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre
note du 25 août, sous couvert de laquelle Votre Excellence a bien voulu m'envoyer des extraits de la
lettre du 2 août que le « United States Géographie
Board » a écrite eu réponse à ma protestation du 10
juillet 1933 relative à sa décision de changer le nom
officiel de l'Ile d'Haïti en celui de Hispaniola. J'ai le regret de déclarer que je n'ai trouvé dans
cette lettre aucune réponse valable à l'objection primordiale que j'ai soumise à Votre Excellence,— à savoir que le «United States Géographie Board» n'a point
et ne saurait avoir compétence pour changer le nom
d'un territoire étranger, sur lequel deux Etats indépendants exercent leur souveraineté à l'exclusion de toutes
autres puissances. J'ai montré, dans ma note du 10 juillet, que la dénomination « Haïti » a été formellement appliquée à la
ci-devant Ile de St-Domingue par les Constitutions haïtiennes, particulièrement celles de 1805,de 1816 et de 1843,
cette dernière ayant été votée par la population de toute
l'île, y compris les habitants de l'ancienne Partie Espagnole aujourd'hui la République Dominicaine J'ai établi,
de plus, que la République d'Haïti et la République Dominicaine, par le traité d'amitié du 9 Novembre 1874,
ont librement et solennellement dénommé l'île— dont
elles possèdent seules la souveraineté— HAÏTI ou
SANTO-DOMINGO. On peut regretter la confusion qui résulte de cette dou- ( 1 ) Son Excellence Monsieur Gordell Hull, Secrétaire d'Etat --- Page 9 ---
— 6 — ble appellation ; mais personne n'a le pouvoir d'y
mettre fin en dehors des deux intéressés. La nomenclature géographique ou politique présente
des confusions encore plus troublantes que celle concernant l'île d'Haïti ou de Santo-Domingo, Par exemple,
la République des Etats-Unis du Mexique, l'un des
Etats de cette république, un district fédéral et la capitale fédérale portent le même nom : Mexico. «Le
nited States Board » se reconnaît-il le droit de donner
au territoire du Mexique son ancien nom de Nova Hispania et de choisir d'autres appellations pour la capitale, l'état du plateau central et le district fédéral?'
Les scrupules du « United States Géographie » sont tels
qu'il n'a pas même pensé, si je ne me trompe, à user
de son droit— puisqu'il s'agit ici de territoire et de
possessions, insulaires des Etats-Unis de l'Amérique
du Nord—de changer les noms delà ville de Mexico,
dans le Missouri, et du village de Mexico, dans la
province de Pamparga, Philippines.
Haïti et le Mexique ont droit au même traitement de la part d'un organisme officiel du Gouvernement
des Etats-Unis: ce qui ne peut être fait à l'un ne peut
être appliqué à l'autre, En' conséquence de ce qui précède, je suis obligé de
maintenir dans toute sa teneur, au nom de mon Gouvernement et du Peuple Haïtien, la protestation que
j'ai élevée contre la décision sus-dite du U. S. Geographic Board. Et c'est mon espoir que Votre Excellence,
reconnaissant le bien fondé de mes observations, voudra bien démontrer à cette Commission dont je ne
conteste point les bonnes intentions, là nécessité de
revenir sur une mesure qui viole les régles internationales et porte atteinte aux droits de souveraineté
d'un Etat ami.
ur, au nom de mon Gouvernement et du Peuple Haïtien, la protestation que
j'ai élevée contre la décision sus-dite du U. S. Geographic Board. Et c'est mon espoir que Votre Excellence,
reconnaissant le bien fondé de mes observations, voudra bien démontrer à cette Commission dont je ne
conteste point les bonnes intentions, là nécessité de
revenir sur une mesure qui viole les régles internationales et porte atteinte aux droits de souveraineté
d'un Etat ami. Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire d'Etat,
les assurances de ma très haute considération. DANTÈS BELLEGARDE Port-au-Prince, le 12 Novembre 1934 Au Secrétaire D'Etat des Relations Extérieures, Palais National. Monsieur le Secrétaire d'Etat. A la suite de la publication que nous avons faite de
l'importante étude de Monsieur EDMOND MANGONES --- Page 10 ---
sur la question soulevée par la U. S. GEOGRAPHlC
BOARD à savoir quelle dénomination— faut-il attribuer
à notre Ile— «HAÏTI OU HISPANIOLA » ? — Monsieur
Dantés BELLEGARDE a bien voulu nous soumettre
la copie du Message de rectification qu'en sa qualité
de E. E. et Ministre Plénipotentiaire d'Haïti à Wshington il eut à adresser au Département d'Etal à propos
de celte affaire. M. Bellegarde fut rappelé avant d'avoir obtenu la réponse à sa communication— réponse
qu'il croit être parvenue à son successeur après son départ. Etant donné l'importance de la question et le retentissement qu'elle a eu dans les milieux scientifiques et
politiques hors de nos frontières, la SOCIETE D'HISTOIRE ET DE GEOGRAPHIE serait heureuse d'avoir
la réponse à la communication de Monsieur Bellegarde
ou tous autres documents y relatifs afin de publier ces
pièces comme une suite complémentaire de la belle
étude de Monsieur MANGONES. De telles publications
démontrent non seulement l'intérêt que nous attachons
à la question mais signifient que dans toutes l'es couches de notre Société, les Haïtiens sont d'accord pour
conserver intact l'héritage qu'ils ont reçu de leurs
pères. La dénomination de l'Ile d'Haïti fait partie de ce
patrimoine
Dans l'espoir que vous voudrez bien assurer le succès de notre démarche, la SOCIETE D'HISTOIRE ET
DE GEOGRAPHIE D'HAÏTI saisit, avec plaisir, cette
occasion pour vous renouveler, Monsieur le Secrétaire d'Etat, l'hommage de sa plus haute considération. Le Président : PRICE-MARS Mr. LÉON LALEAU Secrétaire d'Etal des Relations Extérieures Palais National REPUBLIQUE D'HAÏTI Secretairerie d'Etat des Relations Extérieures Port-au-Prince le 22 novembre 1934 Monsieur le Président, J'ai en ma possession votre lettre du 12 novembre courant. --- Page 11 ---
— 8 — Mon Département n'a pas dans ses archives la réponse qu'a pu faire le Département d'Etat américain à
une communication de Mr. D. Bellegarde, alors
Ministre à Washington, relative à un voeu, formulé
par la U. S. Géographie Board, tendant à ce que la
désignation actuelle de notre Ile soit changée en celle
cl'Hispaniola. Dans le but de concourir aux fins que vous lui avez
exprimées, ce Département s'était proposé d'écrire a
la Légation d'Haïti à Washington. Il profitera, à cet
effet, de la présence en Haiti de Mr Blanchet pour obtenir à l'intention de la Société d'Histoire et de Géographie, le renseignement qui lui est nécessaire. Agréez, Monsieur le Président, l'assurance de ma
considération très distinguée. LEON LALEAU Monsieur le Dr. Price Mars,
Président de la Société d'Histoire et de Géographie,
proposé d'écrire a
la Légation d'Haïti à Washington. Il profitera, à cet
effet, de la présence en Haiti de Mr Blanchet pour obtenir à l'intention de la Société d'Histoire et de Géographie, le renseignement qui lui est nécessaire. Agréez, Monsieur le Président, l'assurance de ma
considération très distinguée. LEON LALEAU Monsieur le Dr. Price Mars,
Président de la Société d'Histoire et de Géographie, Port-au-Prince. --- Page 12 ---
Conférence prononcée le dimanche 16 Décembre 1934 par M. Georges Séjourné Je dédie cette Conférence à mes amis:
HORACE BELLERIVE, l'auteur de la Grande Résolution en faveur de la Libération, et LUC GRIMARD qui, pendant son passage au Lycée du Cap, comme Directeur, a élevé à la hauteur
d'une cérémonie la hissée chaque matin et la descente
chaque après-midi du Drapeau National. C'est un des sujets qu'ils m'ont demandé de traiter,
parce que je le leur signalais au cours de notre campagne de 1930 dans le Nord, et qu'ils le trouvaient l'un
des plus importants et des plus remarquables de notre
Histoire. Avec mes excuses de n'avoir pu faire que ce médiocre travail. GEORGES. SÉJOURNÉ Mesdames, Messieurs, J'ai compté récemment les tombes de l'unique Cimetière de l'une de nos villes principales et j'en ai trouvé
environ 1.100. Or, cette ville, datant d'environ un siècle
et demi et ayant eu, dès sa fondation, une population
de 50,000 habitants, on devrait trouver plus de 200,000
tombes! C'est que le temps a tait son oeuvre de lente et
méthodique désagrégation et qu'il ne reste, des amis
et des ennemis de plus d'un siècle, qu'un tas de cendres. De même, les passions, les haines, les affections
se sont envolées sur les «ailes du temps » pour ne
laisser, de tant de pensées et de sentiments si divers,
que deux ou trois qui forment l' « esprit de ce centre»,
les caractéristiques sous lesquelles on le classera. Et --- Page 13 ---
— 10 — notre Histoire devrait avoir déjà fondu les caractéristiques de nos divers centres en une formule résumant les
traits principaux de la Race Haïtienne, comme on le
fait pou'r chaque Race.. Mais, notre Histoire écrite s'est
contentée d'être jusqu'ici une collection d'anecdotes,
plus ou moins bien présentées, un récit détaillé—souvent d'une minutie cruelle — de ros convulsions politiques, de nos laideurs, de nos fautes; car, jamais, aucun de nos historiens n'a eu le souci de grouper des
séries de faits analogues pour en rechercher les causes, tirer les déductions logiques, dégager cet esprit
spécial que. nous pouvons appeler la « Philosophie de
l'Histoire» qui est, pour tout Peuple, soir Gode « sacré »
où les dirigeants puisent les leçons de l'expérience, la
science du gouvernement, pour assurer le développement méthodique de la Patrie, selon son génie particulier^ poursuivre cet idéal qui doit être celui de, toute
Nation : devenir prospère et puissante !
cher les causes, tirer les déductions logiques, dégager cet esprit
spécial que. nous pouvons appeler la « Philosophie de
l'Histoire» qui est, pour tout Peuple, soir Gode « sacré »
où les dirigeants puisent les leçons de l'expérience, la
science du gouvernement, pour assurer le développement méthodique de la Patrie, selon son génie particulier^ poursuivre cet idéal qui doit être celui de, toute
Nation : devenir prospère et puissante ! Ainsi , nos revoltes périodiques auraient dû être groupees, sans tenir compte des acteur des scènes, pour
en rechercher les causes pricipales, dont l'une Semble être, a premiere vue les violations de la Constitution ; les causes secondaires dont l'une des principales semble être le Gouvernment autoritaire, parce que
l'Armee, n'ayant jamais appris son rôle, a toujours été
à l'a disposition de 'l'Exécutif même dans ses abus dans
ses violations de la Constitution. De même, l'historie
aurait du rechercher les causes de l'abaissement de
notre mentalité, pour essayer de la réformer et de ta
relever, en sec rappelant que dans une des gigantesques luttes de notre Histoire : celle entre le Parti libéral et le Parti National, les Libéraux— Boyer Bazelais
en tèle— sortirent ruinés ,et le vainqueur, le Président
Satomon, — laissa le Pays, après 9 ans de Présidence
en télé tout juste de la fortune d'un très petit bourgeois ;
que, par la suite, notre Economie baissa par la faute
de ceux userent du Pouvoir comme moyer de fortuné personelle et ecraserent le Peuple sous le poids
d'Impots considerable, pendant que baissait la Fortune Nationale, pour des depenses souvent inutiles, pour maintenir, en face d'un Peuple miserable, un gouvernement dans l'opulence_ monstrnosite sociologiquelet ce luxe scandaleux, qui est égalment un renoncement à notre vie passee toujours humble, modeste,
presque parcimonieuse, ou chaque grand citoyen s'estimait honoré de rappeler le métier; manuel que lui --- Page 14 ---
— 11 — avait imposé sa famille riche, ou sa modeste exploitation agricole; car, chaque homme était et se croyait
obligé d'être un facteur augmentant par sa production
personnelle la richesse nationale. C'est que l'Histoire de toute Nation résume un amas
de pages sublimes, douloureuses, nobles, honteuses,
fondues ensemble. Ainsi, notre humiliante et cruelle
période de 1915 à 1934 compiend l'héroïque et merveilleuse épopée de Charlemagne Péralle, de Benoit
Batraville et des milliers de Cacos morts à leur suite
et attendant encore la sépulture .. Mais, de cet amas,
un esprit spécial émane que l'on doit fixer, « ces traditions historiques d'un Peuple qui sont l'Ame de là
Patrie». Les faits isolés n'ont qu'une importance secondaire, comme le crime sensationnel du jour où le grand
scandale de la semaine; ce qui est important, c'est
l'empreinte qu'ils laissent et que l'historien doit rechercher pour la proposer en exemple, ou en ordonner
de Cacos morts à leur suite
et attendant encore la sépulture .. Mais, de cet amas,
un esprit spécial émane que l'on doit fixer, « ces traditions historiques d'un Peuple qui sont l'Ame de là
Patrie». Les faits isolés n'ont qu'une importance secondaire, comme le crime sensationnel du jour où le grand
scandale de la semaine; ce qui est important, c'est
l'empreinte qu'ils laissent et que l'historien doit rechercher pour la proposer en exemple, ou en ordonner l'abandon. Ceux qui se dédient chez nous aux Etudes Historiques ont donc un vaste champ ouvert à leur activité :
dégager la philosophie du 1er siècle au moins de notre
Vie comme Peuple indépendant. Les personnages ou
acteurs de cette période sont entres dans la « grandeur
du passe », les événements peuvent donc être classés
comme les fossilles dans un musée Ainsi, l'haïtien,
dès l'enfance, pouirait se rendre compte des fautes
ayant retardé notre évolution et se pénétrer des remèdes à y apporter pour éviter le retour des mêmes conséquences désastreuses. Je n'hésite pas à, attribuer à
ce manque d'une Philosophie de noire Histoire l'absence d'une « OPINION PUBLIQUE», l'absence de
toute MORALE; cette léthargie de l'Ame: Nationale
qui nous a rendus eu 1915 la proie facile de l'envahisseur et un Peuple recherchant après 130 ans le moule
spécial devant assurer son ascension... Vous daignez me sacrifier une heure précieuse; mais
vous savez qu'elle ne serait qu'une fraction du temps
qu'il faudrait consacrer au chapitre si vaste de notre
Histoire sur lequel je vais jeter avec vous un coupd'oeil. D'ailleurs, en aurais-je même le temps que la
compétence me manquerait... Je me permets tout juste
d'exposer un point de vue. Nous regardons tous la
lumière. A la généralité, elle apparaît uniforme; elle
évoque, chez le savant, une gamme de couleurs; mais,
le spécialiste précise les couleurs fondues et, suivant --- Page 15 ---
— 12 — l'heure du jour, la couleur prédominante. Je vois, sous
mon jour particulier, l'établissement de la Propriété et
de la Famille au lendemain de l'Indépendance ; je viens
proposer le sujet à l'étude pour que, de nos pensées
divergentes, sorte sa fixation dans notre Histoire, son
classement comme l'une des plus grandes oeuvres de
nos ancêtres, digne pendant et complément naturel de
l'Indépendance... A la base de la Patrie, il y a ces concepts fondamentaux : la Langue, la Religion, la Propriété, la Famille. A la proclamation de notre Indépendance, nous
avons : la Langue française, dont nous héritons de
notre état premier et que nous adoptons ; la Religion
catholique, que nous assure un Clergé séculier. Il nous
manque: la Propriété, élément essentiel de la Patrie;
la Famille, dont la Patrie n'est que le prolongement et
l'agrandissement. Il nous faut les créer de toutes
pièces, puisqu'à ('encontre de l'Histoire qui nous enseigne qu'elles ont été partout le produit d'une, lente
évolution pour aboutir à la formation de la Nation,
nous avons d'abord : la Nation
ons ; la Religion
catholique, que nous assure un Clergé séculier. Il nous
manque: la Propriété, élément essentiel de la Patrie;
la Famille, dont la Patrie n'est que le prolongement et
l'agrandissement. Il nous faut les créer de toutes
pièces, puisqu'à ('encontre de l'Histoire qui nous enseigne qu'elles ont été partout le produit d'une, lente
évolution pour aboutir à la formation de la Nation,
nous avons d'abord : la Nation A qui incombe ce travail? A un groupement hétérogène : des esclaves, qui s'étaient évadés des champs il y a deux ans à peine pour
voler la première arme rencontrée : une machette , un
bout-de-fer une pique ; se grouper en bandes décorées
du nom pompeux de régiments, mais où la seule discipline, le seul commandement étaient : l'aspiration à
la Liberté ; qui étaient pourchassés comme des fauves
par ces valeureux soldats français qui, après avoir
traversé l'Europe en triomphateurs, avaient été affectés à St Domingue à la chasse aux esclaves en fuite.
Avec eux sont : les affranchis et des blancs qui avaient
opté en faveur de la cause de l'émancipation. Le milieu fumait encore : des ruines accumulées
marquaient chaque étape de cette sanglante guerre;
la Haine était dans tous les coeurs — et elle était naturelle chez ces hommes qui avaient été si cruellement
exploités et qui portaient presque tous les cicatrices
des coups-de-fouet du colon ; et aussi le désir de
vengeance. Le moment était spécial: ces.esclaves devenaient
tout-à-coup citoyens d'un Etat indépendant, improvisé
de toutes pièces ; maîtres et propriétaires réels de ta
fortune française et de celle des Colons. L'esclave --- Page 16 ---
— 13 — d'hier, Dessalines, avait, comme Général en chef, des
pouvoirs plus étendus que ceux d'un Roi ou d'un Empereur, puisqu'il avait, sans contrôle, « droit de vie ou
de mort » ; ses compagnons également. Au lieu de se reposer sur leur victoire et de profiter de la fortune soudaine pour jouir , ils s'attèlent à
un travail nouveau, mille fois plus difficile pour eux
que les combats au cours desquels ils exposaient leur
vie. Ils vont travailler sans relâche. Propriété. — L'un des premiers actes de cet Etat
souverain est relatif A la Propriété: c'est l'Arrêté du
2 Janvier 1804 résiliant tous les Baux à fermes des Habitations. Il est pris au milieu des Fêtes Quelle est la situation de la Propriété au 1er Janvier
1804? L'a France est Propriétaire des terres libres ;
elle a consenti des cessions de terre à certains colons.
Le Régime est : la « Grande Propriété » et la tolérance
de quelques « propriétés moyennes ». Toussaint-Louverture lui-même, dont le génie lucide devait si habilement préparer les voies à l'Indépendance, ne sut pas
profiter de ses pouvoirs — à un moment sans limites—
et de sa grande influence pour favoriser la » Petite Propriété » et utiliser celte arme puissante pour intéresser
davantage ses congénères à poursuivre la conquête de
l'Indépendance. En effet, le 7 Février 1801, il prend un
Décret dans le but « d'empêcher la désertion de la
Grande Propriété », par lequel il rend pres qu'impossibles les cessions de terre. Il limite à 50 carreaux AU
MOINS les portions dont la vente peut être tolérée;
et il y met encore des restrictions, en prescrivant
une « enquête sur les moyens pécuniaires de l'acquéreur, sur le nombre de journaliers qu'il peut employer».
Indépendance. En effet, le 7 Février 1801, il prend un
Décret dans le but « d'empêcher la désertion de la
Grande Propriété », par lequel il rend pres qu'impossibles les cessions de terre. Il limite à 50 carreaux AU
MOINS les portions dont la vente peut être tolérée;
et il y met encore des restrictions, en prescrivant
une « enquête sur les moyens pécuniaires de l'acquéreur, sur le nombre de journaliers qu'il peut employer». Au premier Janvier 1804 donc la condition de la
Propriété semble être : la France, propriétaire du Sol,
et, en vertu des cessions consenties par elle, la «Grande
Propriété » et quelques rares « Propriétés moyennes ». Or, par des Actes solennels, les anciens esclaves de
la Colonie, les affranchis et quelques blancs ralliés à
la cause proclament : la Liberté de ce nouveau groupement humain, son affranchissement de l'esclavage
abject, de l'Indépendance du territoire qui devient le
sol de cette nouvelle Patrie. ETAT, propriétaire principal— Ce Sol vient d'être
conquis après des années d'une Guerre d'extei mination, non-seulement contre les troupes régulières françaises ; mais aussi contre les colons, puisque l'un des --- Page 17 ---
— 14 — principaux mobiles de ta guerre a été ta défense de la
vie et des biens des colons. Par droit de conquête, le Sol devient l'exclusive
propriété du nouvel Etat. Il y a d'autant plus de droits
que la culture intensive qui le couvre avait été exclusivement faite par les nouveaux citoyens quand ils
étaient sous le régime de l'esclavage et du fouet d'un
colon souvent injuste et cruel. Ainsi l'entend d'ailleurs le nouvel Etat. Ses Arrêtés,
Décrets, Proclamations et Lois vont en être la preuve. Dès le 2 Janvier 1804, Dessalines et ses compagnons
délaissent un moment les somptueuses fêtes qui marquent la « griserie » toute naturelle de ces « libérés »
de 24 heures, pour prendre le 1er Arrêté domanial —
et. le 2ème ! — de la nouvelle Administration résiliant
tous les Baux à ferme des Habitations. Le nouveau
propriétaire— l'Etat indépendant d'Haïti— eutend marquer à tous que lui seul peut consentir les Baux, parceque seul propriétaire. L'Arrêté du 7 Février 1804 est une attestation queT
déjà, l'Administration est établie et fonctionne régulièrement. En son Art. 2, l'Etat , en vertu de son droit
de propriété, frappe les. denrées des propriétaires d'une
Imposition du 1/4. En l'Art. 19, l'Etat prend une décision de la plus
haute importance; il fait REMONTER son droit de
propriété à l'ouverture des hostilités. Ecoutez l'Article : « Toutes ventes ou donations, soit de meubles, soit d'I- « meubles, faites par des personnes émigrées en faveur « de celles restées dans le Pays, SONT et DEMEURENT « annulées, bien entendu depuis la prise d'armes pour « expulser les français d'Haïti ». Dans la Proclamation de Dessalines, sous la datedu 28 Avril 1804, l'affirmation sera catégorique, sans
aucune restriction : « le droit de propriété est supprimé à tout étranger ».
ou donations, soit de meubles, soit d'I- « meubles, faites par des personnes émigrées en faveur « de celles restées dans le Pays, SONT et DEMEURENT « annulées, bien entendu depuis la prise d'armes pour « expulser les français d'Haïti ». Dans la Proclamation de Dessalines, sous la datedu 28 Avril 1804, l'affirmation sera catégorique, sans
aucune restriction : « le droit de propriété est supprimé à tout étranger ». Dès 1805, par-dessus les Décrets, Arrêtés, Proclamations, dans le Pacte fondamental de la Nation, qui est
notre première Constitution, celle du 20 Mai 1805, il
est posé comme principe immuable pour asseoir le
nouvel Etat.» « Art. 12.— Toute propriété qui aura ci-devant appar-
« tenu à un blanc français, EST INCONTESTABLE
« MENT et de droit confisquée au profit de l'Etat ». C'est là-Constitution ! C'est donc à la base de la Na- --- Page 18 ---
— 15 — tion. Cet Article comprend les terres libres du Domaine et les anciennes propriétés des colons. Pétion. devenu Président un an plus tard, confirme
ces vues dans sa Constitution du 27 Décembre 1806 où.
on, lit : « La propriété appartient à la Nation Haïtienne ». Christophe le proclame solennellement en établissant
son royaume sur le Nord, le Nord-Ouest et une partie
de l'Artibonite. Dès lors, l'idée fondamentale de notre Constitution
est l'exclusion de l'étranger du droit de propriété.
L'Etat d'Haïti est SEUL propriétaire et des cessions de
terres ne pourront désormais être consenties qu'en
faveur des haïtiens exclusivement. L'Etat entend-t-il confisquer à son profit exclusif toutes les propriétés ? C'est ce qui semblerait ressortir de l'Arrêté du 2 Janvier 1804 résiliant tous les Baux à ferme des Habitations. Cependant, ces excès, qui s'expliquaient et s'excusaient à la deuxième journée d'Indépendance, au
milieu des ruines, des haines, au souvenir de certaines tiédeurs et de certaines trahisons, devaient disparaître. En effet, l'Arrêté du 7 Février 1804 se montre équitable. Il prévoit en son Article 10 « que tous les proprié-
« taires qui résidaient avec les français à l'époque de
« l'entrée de, l'armée indigène dans les villes ou bourgs
« seront renvoyés eu possession de leurs propriétés (le
« mot n'est pas pris ici dans son sens absolu ; on veut
« dire « fermes ») à la charge par eux de verser dans
« les magasins de l'Etat les denrées provenant de la
« récolte de l'an XI ». Plus tard,l'Article 13 de la Constitufion du 20 Mai
1805 prescrit: « Art. 13.— Tout haïtien qui, ayant acquis une pro-
« priété d'un blanc français, n'aura payé qu'une partie
« du prix stipulé dans l'acte de vente, SERA RESPON-
« SABLE, envers les Domaines de l'Etat, du reliquat
« de la somme due ». Cet Article, tout en reconnaissant le droit de propriété des particuliers, reconnait une nouvelle classe de
propriétaire : celle dont les acquittions ont précédé
l'Indépendance.
Art. 13.— Tout haïtien qui, ayant acquis une pro-
« priété d'un blanc français, n'aura payé qu'une partie
« du prix stipulé dans l'acte de vente, SERA RESPON-
« SABLE, envers les Domaines de l'Etat, du reliquat
« de la somme due ». Cet Article, tout en reconnaissant le droit de propriété des particuliers, reconnait une nouvelle classe de
propriétaire : celle dont les acquittions ont précédé
l'Indépendance. On constate des abus, puisque le 24 Juillet 1805 un
Arrêté du Ministre des Finances prescrit une « nouvelle
vérification des Titres de propriété, relativement à la --- Page 19 ---
— 16 — Loi du 28 Mai 1805 ». Ils persistent sans doute, puisque
le 1er Septembre 1806 il est pris un nouveau Décret
ordonnant aux Tribunaux de communiquer les Titres
aux Administrateurs des Finances avant de se prononcer sur leur validité. L'Arrêté pris par le Sénat le 9 Février 1807 vient
confirmer les Avis administratifs et les renforcer, avec
des sanctions rigoureuses. En son article 7 est défini
le genre de fraude: «Art. 7.— Toutes personnes convaincues de s'être
« fait mettre en possession de divers biens par de faus-
« ses attestations , des ventes simulées, testaments dont
« les testateurs sont existant en pays étranger , actes
« contrefaits dont les Minutes des Notaires, compul-
« sées , n'offrent-aucun dépôt ou par d'autres moyens
« illégaux, seront dépossédées des dits biens, lesquels
«seront réunis au domaine et affermés au profit de
« la République ». Vous le voyez, on essayait, par des ventes simulées,
ou dé faux titres, ou simplement comme prête-nom, de
rétablir la propriété coloniale ( la GRANDE Propriété,
bien entendu). C'est ce que l'on combat pour ne pas
affaiblir l'Etat naissant. PETITE PROPRIÉTÉ,— Au fur et à mesure, comme
on peut le remarquer , l'Etat nouveau crée la « Petite Propriété » , par le fractionnement des anciens domaines
des Colons, l'affermage des petites parcelles, la reconnaissance des titres et droits des petits propriétaires. L'ordre donné aux Caves par Dessalines de séquestrer les Titres de Geiffrard ; l'Arrêté pris aux Cayes le
1er Septembre 1806 au sujet de l'accaparement de certains biens mobiliers et de Denrées prises par certains
officiers, marquent les tendances du Gouvernement de
reprendre de certains officiers supérieurs les grands
domaines qu'ils s'étaient appropriés, se substituant ainsi aux anciens Coloris. La Constitution de Pétion est très large sur ce point :
c'est que le temps fait son oeuvre et que le grain semé
par Dessalines germe. Ecoutez l'Article 22 de cette
Constitution : « Article 22.— C'est sur le maintien des propriétés
« que reposent la culture des terres, toutes les produc-
« tions, tout moyen de travail et tout l'Ordre social ». La « Propriété' » est ici prise dans sou sens absolu
de possession du Sol. Rendre le plus grand nombre de citoyens proprié- --- Page 20 ---
— 17 — taires, est l'objectif de Pétion. C'est au point qu'après
avoir établi de nombreux propriétaires, il écrit au
Sénat :
.— C'est sur le maintien des propriétés
« que reposent la culture des terres, toutes les produc-
« tions, tout moyen de travail et tout l'Ordre social ». La « Propriété' » est ici prise dans sou sens absolu
de possession du Sol. Rendre le plus grand nombre de citoyens proprié- --- Page 20 ---
— 17 — taires, est l'objectif de Pétion. C'est au point qu'après
avoir établi de nombreux propriétaires, il écrit au
Sénat : « Une circonstance qui n'échappera pas, citoyens
« Sénateurs, à votre perspicacité, EST la FORCE MO-
« RALE QUE VOUS DONNEZ à l'Etat, EN LUI DON-
« NANT des Propriétaires. Vous devez avoir déjà goûté
« le BIEN qu'à l'ail la Loi du 22 Octobre dernier par la
« tranquillité qui en est survenue et par le NERF que
« vous AVEZ INTRODUIT dans l'Etat, à la SATISFAC-
« TION générale». (Pétion). Pétion veut établir quand même la « Petite Propriété », et, continuant l'oeuvre commencée par Dessalines
aux Cayes , il ne pardonne pas à certains généraux de
l'Indépendance de vouloir remplacer et faire continuer
par leurs auxiliaires le remplacement des Colons dans
la « Grande Propriété». Il écrit au Sénat : « Christophe, par des titres et des CONCESSIONS
« IMMENSES, a cherché à fixer l'altention des géné-
« raux qu'il a égarée en USURPANT les DROITS du
« PEUPLE. Les PRINCIPES du REPUBLICANISME
«N'ADMETTENT PAS ces erreurs desquelles RESUL-
« TENT le DESPOTISME et la TYRANNIE ». Et, dans
cette lettre, il propose au Sénat, comme une mesure
sage, d'agir, à rencontre de Christophe, et de décerner à chacun des Officiers-généraux la Concession
d'une Habitation, à titre de récompense nationale, pour
le permettre de gagner honnêtement sa vie. Pour activer le mouvement, la Loi du 9 Février 1807
prescrit une vraie répartition de terres par la « mise
en possession des dépossédés et de ceux dont les titres
ont disparu dans les événements ». La porte est largement ouverte ; toutes les facilités sont accordées, et
la plus grande de toutes: l'établissement de l'Enquête
supplétive, dont il faut dire le plus grand bien, malgré
les abus qui. en ont pu découler. Tout de suite après, c'est le partage des terres par le
lotissement des anciens domaines des colons, et des
Dons nationaux tirés tout particulièrement de ces Domaines par lots de 5 et 10 carreaux. C'est bien l'établissement de la « Petite Propriété». Le fait se traduira d'ailleurs au Tableau des Exportations. Jusqu'en 1804, la
Canne à Sucre et ses produits, provenant de la « Grande
Propriété», tient la tête, comme denrée maîtresse. Dès
l'Indépendance, elle va reculer, pour être remplacée --- Page 21 ---
— 18 — par le Café, le Cacao, les Bois de Teinture et d'Ebénisterie, tous produits de la « Petite Propriété ». Les Ventes d'Habitations, de terrains, les Dons nationaux aux Officiers se poursuivront sans relâche ;
et le 12 Aviil 1814 , Pétion aura la grande satisfaction
d'écrire au Sénat : « et puis, je pense que vous vous pénétrerez de cette
« GRANDE Vérité pour les Etats NAISSANTS, qu'en
« AUGMENTANT le NOMBRE des propriétaires fon-
« ciers , c'est. DONNER une EXISTENCE REELLE et
« SOLIDE à la Patrie ».
abitations, de terrains, les Dons nationaux aux Officiers se poursuivront sans relâche ;
et le 12 Aviil 1814 , Pétion aura la grande satisfaction
d'écrire au Sénat : « et puis, je pense que vous vous pénétrerez de cette
« GRANDE Vérité pour les Etats NAISSANTS, qu'en
« AUGMENTANT le NOMBRE des propriétaires fon-
« ciers , c'est. DONNER une EXISTENCE REELLE et
« SOLIDE à la Patrie ». On peut, dès lors, voir la Situation de la Propriété
nettement posée et sur la base qui semble aux fondateurs de la Patrie la MEILLEURE pour garantir
l'Indépendance et prévenir le retour offensif qu'ils ont
toujours en perspective aux heures dé délibération. La forme de la Propriété adoptée par EUX est
ta « Petite Propriété » ; et ils la taillent particulièrement dans les grands domaines coloniaux, qu'ils morcellent méthodiquement, pour en empêcher sans doule
le rétablissement et sans doute aussi pour bien marquer aux nouveaux citoyens que la Patrie reconnaissante veut leur payer avec ces domaines qui avaient
déterminé tant d'afrocités. Les documents de l'époque
sont extrêmement tares et ne nous permettent pas de
retrouver les raisons qui déterminèrent nos Pères, en
dehors de celle, déjà puissante à elle seule de vouloir
empêcher le retour au régime de la « Grande Propriété » tappelant à s'y tromper celui de l'Esclavage .. L'Histoire, dans la suite, viendra confirmer cet éclair
de divination des fondateurs de ta Patrie. En effet, le terrain manque chez nous pour l'établissement de la « Grande Propriété». En 1790, le recensement de la Colonie donne : Affranchis et noirs réunis: 494.000 ; 10 ans après, en 1801,
700.000, non compris les nègres marrons. Elle doit
être à plus de 900 000 eu 1804 ; et à ce nombre, Il faut
ajouter les Colons français ralliés à la cause de l'Indépendance, les Allemands et les Polonais qui ont été
affranchis des mesures d'évacuation. Il n'y a pas d'exagération à fixer à 4.500.000 1a popution actuelle, qui est d'ailleurs celle que donnerait l'évaluation sur la base des inscrits aux Elections de 1930
et des hommes valides réfugiés à Cuba et dans la République Dominicaine et qui n'ont pas participé aux
Elections. --- Page 22 ---
— 19 — Or, le lerriloire d'Haïti, suivant la Statistique officielle
du Service Technique d'Agriculture, est d'une superficie
de 2. 770. 000 Hectares, se décomposant en :
ution actuelle, qui est d'ailleurs celle que donnerait l'évaluation sur la base des inscrits aux Elections de 1930
et des hommes valides réfugiés à Cuba et dans la République Dominicaine et qui n'ont pas participé aux
Elections. --- Page 22 ---
— 19 — Or, le lerriloire d'Haïti, suivant la Statistique officielle
du Service Technique d'Agriculture, est d'une superficie
de 2. 770. 000 Hectares, se décomposant en : 2. 070. 000 en Montagne,
700.000 « Plaine. Il évalue la superficie en terres cultivables à : 900.000
Hectares, se décomposant en : 400.000 en Montagnes, 500.000 « Plaines. Ceci représenterait donc: l/5ème d'Hectare cultivable
par habitant, dont l/10ème en Plaine. Chaque haïtien n'a tout juste, vous le voyez, qu'une
toute petite place, un « petit mouchoir de poche de
terre » comme je le disais dans mes Conférences dans
ta République Dominicaine. Il s'en contente, parce-que:
10. — Il est, par hérédité, le Peuple le PLUS SOBRE
du monde, d'une vie très modeste, même chez le riche,
( car l'époque présente avec son faux luxe importé
par l'Occupation américaine n'est que superficielle et
ce clinquant doit disparaître devant l'instinct de la
Race) ; 20.— parce-que ta Nature l'a favorisé d'un Sol
et d'un climat lui permettant de récolter des denrées
spéciales représentant une grande vaieur sur une faible superficie de culture, grâce auxquelles ii appelle
en échange des denrées alimentaires à bon marché
dont la production nécessite de vastes territoires. Le développemenl de la « Grande Propriété » nécessiterait, en outre, des moyens mécaniques de transports impossibles à adapter chez nous, par insuffisance de produits à transporter, et par la configuration même de notre territoire montagneux rendant
extrêmement coûteux l'établissement des grandes voies
ferrées indispensables à la « Grande Propriété» Donc, l'éloignemeni de tout grand centre industriel
et commercial par notre situation d'Ile isolée, l'exiguité
du territoire exploitable, sa configuration, les conditions climatologiques, la densité de la population ( 157
habitants au K. M. carré.) viennent confirmer les vues
des fondateurs de la Nation et faire de l'Haïtien l'homme de la " Petite Propriété ".
l'établissement des grandes voies
ferrées indispensables à la « Grande Propriété» Donc, l'éloignemeni de tout grand centre industriel
et commercial par notre situation d'Ile isolée, l'exiguité
du territoire exploitable, sa configuration, les conditions climatologiques, la densité de la population ( 157
habitants au K. M. carré.) viennent confirmer les vues
des fondateurs de la Nation et faire de l'Haïtien l'homme de la " Petite Propriété ". On a essayé de la " Grande Propriété " dans nos
Plaines. Dans le Plateau Central, les entrepreneurs ont
abouti à un désastre. Dans celle du Nord, le résultat a été désastreux. A
part le don fait par le Gouvernement aux Latifundias
américains de toutes les essences précieuses de la région et qui représentaient à elles-seules une fortune --- Page 23 ---
— 20 — pour le Pays, on leur a accordé 2 Douanes, à peu
près franco ; il leur a été en outre accordé FRANCHISE de tous droits de Douane et de Tonnage, quand
l'Etat PAIE au Conseiller-Financier américain TOUTES
CES TAXES, même sur les Importations faites poulies travaux d'utilité publique, même sur ies médicaments. En retour, les paysans haïtiens ont été expulsés
de leurs propriétés ; on a détruit leurs petites plantalions en denrées d'export, en fruits en produits alimentaires, détruit leur chêptel ; leurs maisons' ont été
rasées. Donc: ruine des foyers, dispersion des entants,
l'exode d'un très grand nombre de cultivateurs vers
la République Dominicaine , pendant que tas femmes
venaient augmenter la masse misérable qui cherche
même dans le vice les moyens de vivre ; et. par-desus
tout cela: la destruction du Patriotisme dans une légion de la République, célèbre autrefois par sa bravoure et son intransigeance. Et ces « Dépossesions »
sont encore une plaie nationale, l'ouverture à la réclamation agrarienne qui,, chez tous les Peuple, a déterminé des chocs sanglants... Dans les Plaines de l'Ouest, la « Grande Propriété ».
a déterminé le « peonage », la suppression de la culture interculaire qui a augmenté eu notre défaveur
les Importations en produits d'alimentation ; un travail
intentif épuisant nos terres et dont les profits vont exclusivement aux capitalistes à l'extérieur ; un monopole
consacré, nous faisant poyer 5 fois plus cher qu'à Cuba, par exemple, l'un des principaux produits d'alimentation, et aussi la destruction et ta ruine d'une
de nos classes les plus respectables de travailleurs :
les petits distillateurs. On aurait épargné ces souffrances cruelles à ce pauvre. Pays si on avait suivi le plan si bien conçu de
nos ancêtres. Voyez un exemple : à.la Côte d'Or, Colonie anglaise.
Le Cacao est entré dans les Ex pot talions de 1933 pour
461 millions sur 641 000. Malgré la baisse, considérable
du Cacao, les Exportations en cet Article ont passé de
12 Tonnes en 1896 à 21.000 Tonnes en 1911 ; 118.000
Tonnes en 1921 et 228.000 Tonnes en 1933. Ce Cacao
n'est produit que par la « Petite Propriété », ce qui explique son développement malgré les très bas prix.
L'Anglais, le colonisateur par excellence, approuve,
aide, protège et facilite l'extension de la « Petite Propriété » au « Golden Coast » !. . Et, il n'y a au » Golden
Article ont passé de
12 Tonnes en 1896 à 21.000 Tonnes en 1911 ; 118.000
Tonnes en 1921 et 228.000 Tonnes en 1933. Ce Cacao
n'est produit que par la « Petite Propriété », ce qui explique son développement malgré les très bas prix.
L'Anglais, le colonisateur par excellence, approuve,
aide, protège et facilite l'extension de la « Petite Propriété » au « Golden Coast » !. . Et, il n'y a au » Golden --- Page 24 ---
— 21 — Coast » que 13 habitants au Kilomètre carré ! La « Grande Propriété » est donc un mal à extirper
de notre Economie. Mais un concept domine celui-ci ; et j'ai voulu fermer par lui ce Chapitre : la Suppression à l'étranger
du Droit de Propriété. Il a été la « pierre angulaire» de nos 3 premières
Constitutions. On ne peut donc pas s'étonner du cri d'unanime
réprobation qui accueillit la décision du Président J,
P. Boyer d'accepter de payer une indemnité pour les
propriétés qui avaient appartenu aux anciens colons
français. Si on tentait aujourd'hui encore de rechercher une excuse à sa conduite, les suites de la Grande
Guerre mondiale en montreraient l'inanité. D'ailleurs,
pendant les 20 années ayant précédé la décision de
Boyer. la Ihèse d'Haïti, absolument juste, de sa propriété du Sol par droit de conquête , avait été acceptée
par les Grandes Nations... Celte thèse de l'exclusion de l'étranger du droit de
Propriété est demeurée pendant 113 ans la base de
nos Constitutions successives, jusqu'au jour où sous
une Occupation élrangère. elle a été imprudemment
attaquée par un Parlement qui a renoncé aux traditions
nationales et renié l'Ame Nationale. A Cuba, actuellement, des partis politiques proclament solennellement l'excellence des vues des fondateurs de ta Nation Haïtienne et réclament le retour
aux Cubains, même contre des idemnités importantes,
de leur droit exclusif à la propriété du sol cubain. La Science économique, nos tristes expériences et
les avis de nos voisins prescrivent donc ce que. dans
un éclair de divination, les fondateurs de notre Patrie avaient conçu : l'exclusion de l'étranger du Droit
de Propriété sur le Sol d'Haïti et le développement
de ta « Petite Propriété » ; et ces concepts doivent redevenir la base de notre Constitution pour que nous
reprenions le Cours normal de notre Vie de Peuple
brutalement interrompue 20 ans par la plus cruelle
et la plus injuste invasion que relaté l'Histoire contemporaine LA FAMILLE Je suis obligé de vous rappeler encore ici que nous
sommes au 1er Janvier 1804, devant une Race spéciale
composée d'esclaves ayant passé 2 années en rupture --- Page 25 ---
— 22 — de service, dans des guérillas incessantes et de grandes batailles contre les plus brillantes troupes de l'Europe ; associés à quelques blancs ayant abandonné
leurs congénères pour prendre rang dans la cause de
la Liberté. .. La famille coloniale qui vient d'évacuer s'était attiré
d'amers reproches au point de vue des moeurs.
nous
sommes au 1er Janvier 1804, devant une Race spéciale
composée d'esclaves ayant passé 2 années en rupture --- Page 25 ---
— 22 — de service, dans des guérillas incessantes et de grandes batailles contre les plus brillantes troupes de l'Europe ; associés à quelques blancs ayant abandonné
leurs congénères pour prendre rang dans la cause de
la Liberté. .. La famille coloniale qui vient d'évacuer s'était attiré
d'amers reproches au point de vue des moeurs. Depuis, longtemps on signalait, comme un fait courant, les mariages des colons dans la « proche parente ».
Un auteur religieux constate même que « dans la Plaine
du Cul-de-Sac, les propriétaires mariés sur place
" avaient contracté de si nombreuses affinités que leurs
" descendants, pour se marier à leur tour dans le cercle
" de leurs connaissances avaient besoin dé dispense.» C'est au point que le Major général Gordon Forbes
prend, le 18 Novembre 1796, une Ordonnance où ou
lit : " des particuliers avaint passé outre à des mariages
" radicalement entachés de nullité, nous avons pensé
" qu'il était indispensable pour le maintien des moeurs
" et l'honneur des familles de prendre une mesure qui
" réglât ce point important de l'Ordre public. Le major-général d'une Armée en campagne, qui
est obligé de défendre les moeurs par une MESURE
ENERGIQUE : c'est ou vérité, dire un peu trop de
l'inimoralité du milieu Mais quelques mois plus tard, le Père Lecun, dans
son Rapport au S. P. le Pape, va être encore plus sévère. Entendez ce qu'il écrit en Février 1797 :
« La destruction de la plus-grande partie des familles
« btanches, la ruine des fortunes, la nécessité de se
« réunir éttroitement dans les camps et les villes,
« avaient rendu les MARIAGES ENTRE PARENTS
« TRES FREQUENTS à St-Domingue ; des ACCIDENTS
« et des SCANDALES EFFRAYANTS pour la Religion
«s'en étaient suivis ». Si on se rappelle le style obligatoire dans lit correspondance entre un Curé et S. S. le Pape, on devine
tout ce que peuvent. Couvrir les mot : « ACCIDENTS »
« SCANDALES EFFRAYANTS ».. A la veille de 1804, les Mémoires signalent un degré
de corruption dont, on ose à peine parler aujourd'hui
et qui fait penser à cette heure spéciale où va prendrefin un bal public très entraînant : chaque danseur, désespéré de la minute , proche où va cesser la musique
endiablée, vole un tour de valse aux rares dames encore-présentes qui, ainsi, changent de mains chaque --- Page 26 ---
— 23 — seconde dans un tourbillon où on voit plutôt de la lubricité... En face de ce scandale des maîtres, que dire des
malheureux esclaves et affranchis ? Depuis 1797 déjà
l'abbé Grégoire écrivait à leur sujet: « Les noirs des
« Villes, témoins ou victimes, ou instruments du liberli-
« nage effréné de leurs maîtres, et livrés par état à
« l'oisiveté ont puisé tous les vices dans cette familia-
« rite criminelle ceux de la campagne, non-cultiva-
« teurs suivaient, au contraire, par instinct les premiê-
« res impulsions de la Nature ; ils étaient bons, com-
« palissants, sensibles».
goire écrivait à leur sujet: « Les noirs des
« Villes, témoins ou victimes, ou instruments du liberli-
« nage effréné de leurs maîtres, et livrés par état à
« l'oisiveté ont puisé tous les vices dans cette familia-
« rite criminelle ceux de la campagne, non-cultiva-
« teurs suivaient, au contraire, par instinct les premiê-
« res impulsions de la Nature ; ils étaient bons, com-
« palissants, sensibles». Pour être exempt de tout reproché de partialité nous
allons recourir au résumé de la situation des futurs haïtiens fait par le savant Père P. A. Cabon ; « Quoiqu'il en soit, nulle part peut-être il n'y eut op-
« position plus marquée entre la conduite des habitants
« et la morale chrétienne. Dans la classe dirigeante
« (celle des Colons de 1804 bien entendu !), l'INJUSTI-
« CE, l'ITMMORALITE, l'INSUBORDINATION préva-
« lent. A l'exception, en effet, de quelques administra-
« teurs ou habitants qui ont atteint au faite des hon-
« neurs et des richesses se sont assagis, ils ne songent
« qu'à faire fortune et à employer à cette fin tous les
« moyens quels qu'ils soient, SANS EGARD AUX RES-
« TRICTIONS de la MORALE. Souvent, arrivés INCON-
« NUS, PRETS à TOUTES LES : COM PROMISSIONS
« pour réussir, bien vite déclassés, ils se montrent
« SANS AUCUNE RETENUE ; si enfin ils semblent
« parvenus à leurs fins, ils jugent pourtant qu'ils n'ont
« jamais assez de biens ». Nous rappelons qu'il s'agit de l'administration coloniale de 1804. Donc, immoralité général ; beaucoup de
libertinage; peu d'esclaves mariés et ayant une famille
réguliére. Voilà le Monde, voilà le milieu ! Et c'est de cette
« pétaudière » qu'il va falloir tirer tous les éléments pour
établir et asseoir la Famjlle ! Naturellement que leur conception immédiate de la
Famille sera : des groupements d'êtres humains sous
la direction du Pére de famille ou, en son absence, de
la Mère. Mais, ce qu'ils envisagent TOUT SPECIALEMENT,
c'est que l'enfant, légitime ou naturel, AIT un nom déjà --- Page 27 ---
connu, déjà classé parmi les esclaves ou affranchis :
celui du Père ou de la Mère. On trouve donc toute naturelle et répondant parfaitement aux circonstances exceptionnelles de l'époque la
la LOI relative « aux entants nés hors mariage» que,
sous la date du 28 Mai 1805, Dessalines promulgue;'.
Dessalines, ci-devant « Marchand », où il a fixé sa résidence dans une gorge fraîche et luxuriante des contretorts Ouest de la Chaîne des Cahos. Le « Considérant » de la Loi est en lui-même TOUT
un programme d'Action sociale : '' Considérant qu'ilconvient de fixer, d'une manière " invariable, l'état et les droits des enfants nés hors " mariage, et qu'il importe de concilier ce que la Nalu- " re et la Société leur DOIVENT avec l'intérêt politique " de l'Etat ". Remarquez la précision du style, la correction des
termes et leur parfaite appropriation; et, pensez que
ce sont des hommes échappés de l'esclavage, il y a à
peine un an, qui rédigent ainsi et à qui viennent si aisément ces hautes pensées de prévoyance sociale !.
'état et les droits des enfants nés hors " mariage, et qu'il importe de concilier ce que la Nalu- " re et la Société leur DOIVENT avec l'intérêt politique " de l'Etat ". Remarquez la précision du style, la correction des
termes et leur parfaite appropriation; et, pensez que
ce sont des hommes échappés de l'esclavage, il y a à
peine un an, qui rédigent ainsi et à qui viennent si aisément ces hautes pensées de prévoyance sociale !. L'Article 1er de la Loi prévoit que la paternité non
avouée ne peut être lecherchée. Ou comprend que,
prescrire le contraire, eût été impossible à cause des
difficultés insurmontables auxquelles on se heurterait
à chaque étape... Cependant, à cette décision, en apparence absolue,
un atermoiement sera prescrit que nous étudierons
plus loin. En retonr, si la recherche de la paternité est interdite, ce même Article 1er PRESCRIT de façon formelle
la recherche de la « Maternité » et admet des moyens
de preuve plutôt faciles .. Il est manifeste que l'objet de cet Article 1er est que
l'enfant NE SOIT PAS SANS un Etat-Civil, avec un
« nom d'emprunt ». Il doit a voir même le nom de sa
Mère, connu déjà des aînés, et permettant de « cataloguer » l'enfant dans la grande famille nouvelle que l'on
établit. Je vous signalais un .atermoiement pour le Père:
voilà déjà la porte entr'ouverte par l'Article 6 qui se
lit comme suit : « Article 6.— La reconnaissance du Père et l'aveu de
« la Mère SONT VALABLES, à quelqu'époque qu'ils
« ont été faits, pendant la grossesse, au moment de la — 24 — --- Page 28 ---
— 25 — « naissance, ou à toute autre époque de la Vie des Pè-
« re et Mère ». Si le fils n'a pas droit de rechercher la
paternité, la Loi ouvre la porte au Père et semble faire
appel à sa conscience en admettant la reconnaissance
à « toute autre époque ds la vie des Père et Mère ». Evidemment, cet Article n'envisage pas le Père pris
dans les liens du mariage, puisque l'Article 10 prévoit
que « la reconnaissance faite postérieurement au mariage par l'un des époux NE PEUT produire aucun
effet à l'égard de l'autre époux et des enfants nés ou à
naître de ce mariage». Toutefois, cet Article permet
une autre interprétation : celle que cet enfant, ainsi reconnu, postérieurement au mariage, N'AURA PAS droit
à la Succession ; mais, il ne dit, ni par sous-entendu,
ni ouvertement, que le nom donné du fait de la reconnaissance N'EST PAS ACQUIS. Et on sait que ie législateur s'est inspiré tout spécialement de la pensée de
donner à l'enfant un NOM déjà CONNU et CLASSE
dans les cadres des anciens ! L'Article 9 de celte Loi est conçu dans un esprit
qui force l'admiration et montre combien ces anciens
esclaves sont résolus à créer un milieu stable, à donner
à chaque enfant un Etat-Civil. Entendez-le : « Art. 10.— En cas de mariage, celui des époux qui
« aurait des enfants naturels d'un autre que de son
« époux, et qui ne les aurait pas reconnus, DOIT en
« faire la reconnaissance avant la célébration ». Ce « DOIT » est un impératif; c'est une prescription
catégorique pour que l'enfart ait un Etat-Ci vil.
ciens
esclaves sont résolus à créer un milieu stable, à donner
à chaque enfant un Etat-Civil. Entendez-le : « Art. 10.— En cas de mariage, celui des époux qui
« aurait des enfants naturels d'un autre que de son
« époux, et qui ne les aurait pas reconnus, DOIT en
« faire la reconnaissance avant la célébration ». Ce « DOIT » est un impératif; c'est une prescription
catégorique pour que l'enfart ait un Etat-Ci vil. Et, comme pour « supplier » le Père, ou là Mère de
réparer l'oubli ou de sortir d'un silence que les circonstances avaient imposé peut-être, l'Article 11 ajoute : « Néanmoins, après la dissolution du mariage et s'il
« n'en reste pas d'enfants, l'époux qui aura OMIS de
« reconnaître son enfant avant le mariage PEUT en
« faire la reconnaissance qui, alors, VALIDERA ». De nos jours, celte faculté peut sembler exhorbitànle
et une atteinte au mariage ; mais il faut se reporter à
l'époque que nous éludions. Par les difficultés qu'avait
l'esclave à se marier, les obstacles qu'y mettait le colon,
beaucoup d'honnêtes esclaves avaient dû vivre dans le
concubinage et des enfants naître de leur liaison ; au
cours de la Guerre, beaucoup d'entre ces enfants devaient devenir orphelins de Père ou de Mère. Nos sages législateurs ont voulu leur accorder une juste réparation. --- Page 29 ---
— 26 — Rien ne marque mieux la physionomie de l'époque
et le but poursuivi par le législateur que l'Article 12.
Il faut établir la Famille ; il faut que l'enfant ait un nom
connu ; et, ceci, à bref délai. D'où, l'Article 12 : « Un
« Père, même engagé dans les liens du mariage, PEUT
« RECONNAITRE un enfant naturel né pendant le
« COURS du dit Mariage ». Heureusement que ce bénéfice n'est pas accordé à la
femme mariée Evidemment que cet Article a été rapporté dès la
disparition des circonstances qui l'avaient imposé. L'Article 1er du Titre 3 de la Loi, semble viser les
enfants nés avant l'indépendance. Il dit: « Art. 1er.— ( Titre 3).— Les enfants nés hors ma-
« riage et non encore reconnus, SERONT ADMIS à
« PROUVER LEUR FILIATION ». Conçu dans un autre but, il eût été en contradiction
avec l'Article 10 du Titre 1er. Aussi, l'Article 2 du Titre 3 semble donner raison à notre interprétation par
là nature des preuves qu'il prescrit :
« la Possession d'Etat,Résultant : a) de l'existence d'un
« Acte public, dans lequel le Père, aura parlé ; b).
« l'exhibition d'un écrit signé du Père et légalisé ».
Sous le bénéfice de ces Articles 1 et 2 du Titre 3,
des enfants ont hérité du nom de leur Père mort au
cours des guerres de l'Indépendance. Une nouvelle preuve que l'intention du ! législateur
est d'établir la Famille, de donner à l'enfant un NOM
déjà connu de tous et classé, estl'Article 14 du Titre
1er de la Loi du 28 Mai 1805. Ecoutez-le ; " Art. 14. — S'il arrive qu'une Mére VOULUT SE
" SOUSTRAIRE à l'accompliseme t de ses DEVOIRS
'' ENVERS l'enfant qu'elle à mis au monde, elle y se-
" rait CONTRAINTE ; la Loi appelle sur elle la VIGI-
" LANCE des MAgistrats".
'enfant un NOM
déjà connu de tous et classé, estl'Article 14 du Titre
1er de la Loi du 28 Mai 1805. Ecoutez-le ; " Art. 14. — S'il arrive qu'une Mére VOULUT SE
" SOUSTRAIRE à l'accompliseme t de ses DEVOIRS
'' ENVERS l'enfant qu'elle à mis au monde, elle y se-
" rait CONTRAINTE ; la Loi appelle sur elle la VIGI-
" LANCE des MAgistrats". C'est que la Loi, interdisant la recherche de la paternité, l'enfant PEUT PERDRE le bénéfice du NOM et de
la SURVEILLANCE, de sou Père ; mais, il DOIT pouvoir
réclamer de sa Mèré le NOM et les DEVOIRS. Aussi
cette Loi à pris soin de définir, les DEVOIRS de la Mère :
« donner' à l'enfant SON NOM et REMPLIR ENVERS
« LUI les DEVOIRS de la Nature ».
HERITAGE.— Nos législaleurs ne se préoccupent pas
seulement de la situation MORALE de l'enfant ; mais,
aussi, de sa situation matérielle. Celle de l'enfant légi- --- Page 30 ---
— 27 — time étant connue et certaine, leurs préoccupations
vont à Penfant naturel. : Quatre cas sont envisagés : 10.— l'enfant qui aura prouvé la paternité ou la maternité après le décès de ses Père et Mère. Il lui est
accordé le NOM et, en tout ou en partie, la Succession
du défunt. 2o.— L'enfant légitimé.— L'Article 1er, Titre 4, lui reconnaît les mêmes droits
qu'à l'enfant légitime. 30.— L'enfant reconnu à la célébration du mariage. Il a droit à une part d'enfant légitime. 40.— L'enfant naturel reconnu pendant le mariage ;
il a droit au 1/4 d'une part de l'enfant légitime. Vous voyez donc, que, pour créer de toutes pièces
la Famille, et ne pouvant compter sur le seul mariage qui eût nécessité une période d'au moins 20 années, nos Législateurs ouvrent la porte à toutes les
facilités en vue de Caire bénéficier l'enfant d'un NOM,
déjà connu et classé et d'une situation matérielle en
établissant ses droits à l'héritage de son Père ou de
sa mère. La base de la Famille est définitivement posée ; on
va remplir les anciens cadres. C'est ce qui explique que des voyageurs européens
écrivent, dès 1809, qu'ils ont trouvé dans TOUTES
les couches sociales d'Haïti des FAMILLES organisées. MARIAGE.— Dessalines, à chaque occasion, l'impose. La Constitution de 1806 tend à le propager comme
une « vertu sociale ». Des auteurs ont sévèrement critiqué les mesures
fa vorables aux différentes catégories d « Enfants nés hors
mariage » et les ont même présentées comme une
« grave atteinte au Mariage ». Nous avons essayé de retracer plus haut les multiples et impérieuses raisons d'ordre social qui ont
inspiré nos législateurs, tirées toutes des circonstances
exceptionnelles d'une Nation brusquement née avant
d'avoir tous les éléments qui, logiquement, auraient
dû concourir à sa formation. Nous croyons que c'est
pour ne les avoir pas envisagées que l'on a formulé ces
critiques qui nous semblent injustifiées. DIVORCE.— Une critique à laquelle je serais tenté
de m'associer si j'osais reprocher un acte à ces hommes remarquables, est celle relative à la Loi sur le
Divorce
ées toutes des circonstances
exceptionnelles d'une Nation brusquement née avant
d'avoir tous les éléments qui, logiquement, auraient
dû concourir à sa formation. Nous croyons que c'est
pour ne les avoir pas envisagées que l'on a formulé ces
critiques qui nous semblent injustifiées. DIVORCE.— Une critique à laquelle je serais tenté
de m'associer si j'osais reprocher un acte à ces hommes remarquables, est celle relative à la Loi sur le
Divorce --- Page 31 ---
— 28 — En regard de toutes les facilités' accordées aux entants nés hors mariage et, en face du Mariage, présenté,
imposé même comme une vertu sociale, on à quelque
regret à voir prendre une Loi sur le Divorce, extrêmement large. On aurait pu, au pis-aller, comprendre une prévision contre l'adultère, comme une mesure de répression, un frein moral contre les passions trop ardentes
de l'époque. C'est qu'elles avaient été singulièrement
développées par la surexcitation d'une guerre d'extermination de .2 années. Les Mémoires de l'époque en
donnent des témoignages incontestables ; et ceux qui
suivent le mouvement contemporain à l'extérieur peuvent avoir une résurrection de cet c'état des moeurs »
dans les suites morales de la récente Guerre mondiale.
C'est que chaque esclave était devenu un héros ; toutes
ses facultés avaient été développées à l'excès par les
périls sans nombre qu'il avait courus à toute minute
n'échappant aux batailles que pour aller aux guérillas, toujours sous l'inquiétude, parce-que sans asile
et traqué nuit et jour par les valeureux soldats français transformés en chasseurs d'esclaves. Les femmes,
partageant les soucis des maris, avaient naturellement
subi l'exaltation commune, et on en a les nombreux
témoignages dans les actes d'héioisme des femmes. Ou ne peut cependant manquer de regretter le vote
de cette Loi extrêmement large. En effet, à part la cause d'adultère, les autres sont : a ( le consentement
mutuel, b) (celle-là est exhorbitante) l'un des époux, surla simple allégation d'incompatibilité d'humeur ou de
caractère... Elle prévoit, en outre, la conversion automatique en
Divorce des Séparations de Corps prononcées antérieurement; et, pour l'avenir elle interdit la Séparation
de Corps... Pour étendre les bases de la Famille ainsi établie, la
Constitution du 20 Mai 1805 prescrit en son Article 13 :
« Sont Haïtiens : les femmes blanches naturalisées
« haïtiennes par le Gouvernement et les enfants nés
« ou à naître d'elles ; également les Allemands et les
« Polonais naturalisés par le Gouvernement. »
L'Article 26 de la Constitution du 27 Décembre 1806 étend d'avantage la Famille : « Sont reconnus haïtiens tous les blancs qui font
« partie de l'Armée, ceux qui exercent des fonctions
son Article 13 :
« Sont Haïtiens : les femmes blanches naturalisées
« haïtiennes par le Gouvernement et les enfants nés
« ou à naître d'elles ; également les Allemands et les
« Polonais naturalisés par le Gouvernement. »
L'Article 26 de la Constitution du 27 Décembre 1806 étend d'avantage la Famille : « Sont reconnus haïtiens tous les blancs qui font
« partie de l'Armée, ceux qui exercent des fonctions --- Page 32 ---
— 29 — « civiles et ceux qui sont admis dans la République
« à la publication de la présente Constitution ». LA MERE.— Pour clore ce Chapitre, je vous signale
tout particulièrement les mesures prises par ces législateurs pour obtenir que la Mère. ou volontairement,
ou légalement contrainte, DONNE son nom à l'enfant
et REMPLISSE envers lui les Devoirs de la Nature. Là, encore est un éclair de divination de ces législateurs. C'est que la Mère forme le coeur de l'enfant.
En outre, dans notre Vie passée, dont la forme était
patriarcale, la Mère était la «gardienne du foyer»,
l'éducatriee. Les survivants de cette époque prennent
toujours plaisir à conter cette belle organisation : la
Mère, groupant ses enfants, les enfants d'adoption, les
domestiques, sous sa sévère discipline et formant de
tous ces éléments divers un « foyer ». Dans mon enfance, il m'a été permis desuivre la vie heureuse de certains de ces groupes. L'influence d'un Père de famille
s'étendait sur les enfants de ses amis ; il les punissait sévèrement, comme les siens et si ou s'oubliait à. raconter
à son Père ou à sa Mère la « correction » que l'on
s'était attirée d'une famille amie, il la doublait. «Tu
es un enfant; et des gens âgés ne peuvent pas t'avoir
puni injustement ». De cette organisation était née une solidarité que les
événements politiques les plus graves n'avaient pu
briser. Après les sanglants événements de 1883, les
familles libérales et nationales continuaient à vivre
dans l'union la plus étroite, sans méfiance aucune... Ceci changea vers 1896, et pas pour notre bonheur. !.. J'ai essayé de vous ouvrir les yeux sur le sujet, et
j'espère que vous mettrez toute votre science et votre
conscience à l'approfondir. Vous voyez combien est vaste et majestueuse cette
conception sortie de cerveaux d'anciens esclaves. Pour
l'apprécier comme il convient, il faut voir le « Milieu ».
Si nos pères avaient eu l'exemple d'un bon Gouvernement colonial, on aurait pu voir dans leur oeuvre
une logique continuation. Permettez-moi donc d'emprunter au savant Père P.
A. Gabon le tableau qu'il a tracé de l'administration
coloniale avant et jusqu'à l'Indépendance : « Le mauvais exemple leur vient de HAUT et les ex
« çuse : les agents de l'administration GASPILLENT --- Page 33 ---
— 30 — « à LEUR PROFIT PERSONNEL les deniers PU-
« BLICS; les Juges VENDENT LEURS SENTENCES ou
« sont entourés d'officiers VEREUX : pourvu qu'ils réussissent, ces misérables PASSENT pour d'honnêtes
« gens. Que dire enfin de l'immoralité dans un Pays
« d'esclaves ? Personne ne songe à s'étonner des EX-
« CES qui se commettent effrontément ; TOUT EST
PERMIS »..0 ( Je suis obligé de vous rappeler qu'il s'agit de l'administration coloniale française vers 1804 et
que cet extrait est tiré du volume du savant Père Cabon : Histoire Religieuse d'Haïti. ( bas de la page 25 et
haut de la page 26).
Que dire enfin de l'immoralité dans un Pays
« d'esclaves ? Personne ne songe à s'étonner des EX-
« CES qui se commettent effrontément ; TOUT EST
PERMIS »..0 ( Je suis obligé de vous rappeler qu'il s'agit de l'administration coloniale française vers 1804 et
que cet extrait est tiré du volume du savant Père Cabon : Histoire Religieuse d'Haïti. ( bas de la page 25 et
haut de la page 26). Devant cet exemple donc, on devrait s'attendre à
l'anarchie au lendemain de l'Indépendance. II semblerait logique de voir ces anciens esclaves, en possession
brusquement d'une Fortune immense, conquise au prix
de leur sang, grisés, préoccupés de débauches, de
jouissances, abusant de l'absence de TOUT CONTROLE
pour se partager le Trésor Public, les Trésors particuliers et établir de scandaleuses fortunes personnelles à
la, ruine du Peuple et de la nouvelle Nation surgie brusquèment dans le concert des Nations. Au contraire, on les voit , par leurs travaux, des administrateurs prévoyants et sérieux, s'isolaut du Peuple
en fête, en délire même— et un délire justifié !— pour
affronter les problèmes sociaux les plus élevés et établir une, administration régulière, honnête. C'est à croire, en vérité, que les guerres: de l'Indépendance n'avaient pas éveillé seulement les vert s guerrières;
mais, aussi, le talents car, par leurs oeuvres, il est aisé
de voir que les héros étaient également des hommes
de grand talent; certains mêmes ont le sceau du génie!
Ce sont de vrais fondateurs de Patrie ! Mesdames?'. Messieurs, à vivre au milieu de ces documents et à examiner ce Passé glorieux, j'ai pu retrouver un peu de l'état d'esprit des lendemains de l'Indeperedarice. Ils me rappellent de façon si frappante une
récente période que je vous demande la permission de
faire un rapprochementpersuadé qu'aucun d'entré vous
ne va crier au sacrilège. C'est en 1930. Il y a 4 mois à peine de l'historique et
heureuse Grêve de Damiens ; 3 mois du massacre sauvage froidement exécuté à Marche-à-Terre, près les --- Page 34 ---
— 31 .— Cayes, par les Troupes d'Invasion des Etats-Unis merveilleusement armées sur des paysans désarmés ; un
mois de la cessation des travaux de la Commission
Forbes. Le Peuple est persuadé que les troupes d'Invasion
vont évacuer le territoire dès le rétablissement du Pouvoir Législatif. Il s'occupe donc des élections. Dans
toutes les campagnes, dans les Villes, les Meetings
patriotiques se succèdent presque sans interruption.
Parler de ces Meetings aux jeunes peut s'attirer le titre
d'Imposteur.
ées sur des paysans désarmés ; un
mois de la cessation des travaux de la Commission
Forbes. Le Peuple est persuadé que les troupes d'Invasion
vont évacuer le territoire dès le rétablissement du Pouvoir Législatif. Il s'occupe donc des élections. Dans
toutes les campagnes, dans les Villes, les Meetings
patriotiques se succèdent presque sans interruption.
Parler de ces Meetings aux jeunes peut s'attirer le titre
d'Imposteur. Des heures avant l'arrivée de l'orateur, des milliers
de citoyens sont niasses, certains venus à pied de 20
k. m. ou plus. Ici, c'est un orateur que l'on conduit au Bureau de la
Gendarmerie; mais qui, se sentant appuyé du Peuple,
menace d'arrestation l'Officier américain,— et celui-ci
est obligé, devant la pression populaire, de faire placé
libre aux citoyens ; là , c'est le refus d'un orateur de se
soumettre à l'injonction de l'Officier américain qui veut
arbitrairement interrompre le Meeting,— et l'Officier
américain s'enfuyant sous les huées de la foule; c est le
Chef américain du Département du Nord obligé de renoncer aux « Dépossessions » (c. à d. l'expulsion arbitraire et en masse de Paysans de terrains qu'ils occupeut légalement pour les passer aux Latifundias américains), devant une population prolestant , ses litres en
mains, et résolue à défendre à la « machette » ses terres ; partout, c'est le délire, c'est un Peuple prêt à recommencer l'épopée de 1804 ! L'Ame Nationale, que l'on croyait éteinte , n'était
qu'âssoupie ; on assistait à son réveil ; elle vibrait et
électrisait les Foules ! C'est le témoignage le plus évident que celte Nation
doit vivre et se développer; qu'elle a un trésor de héros ; et qu'il ne manque que le moule administratif,
mais dont le plan est déjà dans tous les esprits après
les cruelles leçons de 1915 à ce jour. Notre Histoire devra relater que, malgré nos convulsions politiques, qui n'ont d'ailleurs été que les stades
de notre développement, puisqu'elles étaient nos seuls
moyens d'imposer des progrès pendant les jours d'interrègne entre ces Gouvernements fondés sur la Force
brutale au mépris de la Force Morale,— l'Invasion
étrangère nous a trouvés avec toutes ros Villes établies --- Page 35 ---
— 32 — par notre seule initiative; l'Instruction publique, mal
comprise puisqu'elle a laissé nos frères des campagnes analphabets, mais, avec l'excuse d'un enseignement supérieur très développé, d'une moyenne dépassant de beaucoup celle de certains grands centres à
l'extérieur ; une saine et constante Jurisprudence qui
mérita, en deux occasions inoubliables, l'éloge dé tous
les grands juristes de France. C'était immense, en 110
ans, pour un Peuple jeune, sans capitaux. sans secours
extérieurs ; et c'est une nouvelle preuve qu'une fois
notre voie trouvée, notre ascension sera rapide dans
le Progrès et la Civilisation , puisque nous en avons lès
éléments. Avant tout, il faut extirper toutes les mauvaises méthodes imposées par une Invasion étrangère
qui n'a pas su pénétrer notre belle âme, noire génie,
ni respecter notre Passé grandiose, méthodes contraires à notre hérédité, pour reprendre le cours normal
de notre Vie de Peuple brutalement interrompu pendant 20 années.
fois
notre voie trouvée, notre ascension sera rapide dans
le Progrès et la Civilisation , puisque nous en avons lès
éléments. Avant tout, il faut extirper toutes les mauvaises méthodes imposées par une Invasion étrangère
qui n'a pas su pénétrer notre belle âme, noire génie,
ni respecter notre Passé grandiose, méthodes contraires à notre hérédité, pour reprendre le cours normal
de notre Vie de Peuple brutalement interrompu pendant 20 années. Je me plais souvent à causer avec les jeunes-gens nés
ou grandis sous la brutalité de l'occupant. J'ai en eux
le plus grand espoir. Sous des apparences de frivolité,
ils ont déjà une assez riche expérience, et ils portent
dans le coeur « ce carcan qui est une auréole'; la Haine
sainte», inspiratrice des grandes actions. Dans leurs
raisonnements de jeunes-gens saillissent toules les aspirations des fondateurs de Patrie ! Si les fondateurs de la Nation avaient, dans un éclair
de divination, créé de toutes pièces ; eux ont la science
voulue pour réparer les erreurs, compléter l'oeuvre ;
et le spectacle qui a souillé leurs yeux d'enfants les arrêtera, comme un frein puissant, chaque fois qu'ils seront tentés de s'éloigner du droit chemin. GEORGES SÉJOURNE Conference prononcée sous les auspices de la « Société
d'Histoire et de Géographie », au Local de l'Amicale du
Lycée Pétion. --- Page 36 ---
Conférence prononcée le 9 Avril 1933 C'est vraiment un simple historique de l'enseignement dans notre pays que je vais vous présenter ce
malin. La durée habituelle de nos conférences, qui
est d'une heure en moyenne, ne me permet pas de
m'étendre en longues considérations sur ce sujet. C'est comme à vol d'oiseau que nous franchirons le
temps qui nous 1 sépare de la fondation de l'état haïtien
à nos jours, tout en televant une simple carte des positions et dès résultats obtenus. Le vieux Saint-Domingue n'a eu que de rares écoles
d'enseignement privé. Il n'y a jamais eu d'enseignement public. Beaucoup d'affranchis ont étudié en Fiance aux trais des colons leurs pères, un Julien Raymond,
par exemple, un Vincent Ogé, un Mombrun; d'autres
ont eu l'occasion d'augmenter leurs connaissances par
les voyages dans la métropole ou aux Etats-Unis, un
Christophe, un Rigaud, un Pétion, un Beauvais ; d'autres enfin n'ont jamais quitté Saint-Domingue et ont acquis des connaissances 3usuelles par la lecture et par
la pratique, un Toussaint Louverture, un Gérin , un
Geffrard. Le Dr. L C. Dorsainvil a fait remarquer que l'idée
d'Indépendance a été imaginée et réalisée par les hommes les moins instrujts de ce temps; la civilisation
française avait tellement fasciné les autres qu'ils lui
sont restés aveuglément fidèles et n'ont rien compris
à la grande révolution' haïtienne. Ajoutons que jusqu'à
aujourd'hui cet état de choses continue après plus d'un
siècle de vie nationale les haïtiens les plus instruits
étant généralement ceux qui ont le moins de toi dans
l'avenir de leur patrie.
été imaginée et réalisée par les hommes les moins instrujts de ce temps; la civilisation
française avait tellement fasciné les autres qu'ils lui
sont restés aveuglément fidèles et n'ont rien compris
à la grande révolution' haïtienne. Ajoutons que jusqu'à
aujourd'hui cet état de choses continue après plus d'un
siècle de vie nationale les haïtiens les plus instruits
étant généralement ceux qui ont le moins de toi dans
l'avenir de leur patrie. GOUVERNEMENT DE DESSALINES. ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Ce Gouvernement n'a duré que deux ans et a été
tout occupé de grands travaux d'art militaire. Pendant
ce temps, c'est l'initiative privée qui a créé des embryons d'écoles. Il n'y avait guère de livres à donner
aux élèves. « Mr. Acloque m'a raconté souvent, dit Han- --- Page 37 ---
— 34 — nibal Price( 1 ), comment un jeune cordonnier de Portau-Prince avait découvert dans une cave unevieillegrammaire de Lhomond qui a servi à l'édtaeation d'un grand
nombre de jeunes gens dans notre capitale après l'évacuation des français ; les uns se réunissaient chez le
cordonnier pour étudier en commun, d'autres copiaient
le petit livre chez eux dans un manuscrit» GOUVERNEMENTS DE CHRISTOPHE ET DE PETION On dit que Pétion lui-même a commandé un lot
d'exemplaires du « Simon de Nantua » et les a fait répandre dans le pays. C'était un petit volume de lectures
pratiques et morales sous forme de biographie qu'on
disait avoir été écrit par le roi Louis XVIII. ( 2 )
Jusqu'au début du XXe siècle vers 1900, il était encore lu dans nos écoles primaires. Tnginac s'occupa d'ouvrir des écoles. « N'ai-je pas été
le premier, dit-il, à établir dans ma propre maison un
petit établissement d'instruction publique pour une
dizaine de jeunes enfants sous la direction des soeurs
Glugny et Louve, et n'est-ce pas à la suite du premier
examen de ce petit établissement que l'illustre Pétion
fonda en 1816 le Lycée: national ? N'ai-je pas, en 1816, sacrifié autant que je pouvais de
mes propres moyens pour aider à l'établissement pour
les filles, dont l'éducation est si importante, le pensionnat de Mme Buenostro, que j'ai soutenu jusqu'en
1820 ? » (3). Citons parmi les établissements privés de cette époque
celui du français Romain, celui de Félix Tolvie et celui
de Jacques Lespinasse, appelé aussi, Pierre André. Dans le royaume du Nord, Christophe favorisait l'enseignement primaire anglais. « Ce grand homme,dit le
quaker anglais John Caudler, prit la résolution d'établir des écoles et un collège pour les garçons; et ses
dispositions pour le bien et pour le mal étant menées
avec la même énergie, il envoya des lettres aux philantropes d'Angleterre, fit des invitations à des mai très
compétents, bâtit des salles de classes, importa des
livres et des manuels, et commença le bon travail d'éducation de cette classe de ses sujets d'une main diligente et non parcimonieuse ».
anglais John Caudler, prit la résolution d'établir des écoles et un collège pour les garçons; et ses
dispositions pour le bien et pour le mal étant menées
avec la même énergie, il envoya des lettres aux philantropes d'Angleterre, fit des invitations à des mai très
compétents, bâtit des salles de classes, importa des
livres et des manuels, et commença le bon travail d'éducation de cette classe de ses sujets d'une main diligente et non parcimonieuse ». ( 1 ) H. Price. De la réhabilitation île la race noire. Note page 081.
( 2 ) Delorme. Lés théoriciens au pouvoir. Page 439.
( 3 ). Inginac. Mémoires, Page 99. --- Page 38 ---
— 35 — Christophe se mit en rapport avec la British and
Foreign Scool Society de Londres qui préparait des
maitres pour l'enseignement monitorial et il obtint
un envoi d'instituteurs. Des écoles monitorïales ou Lancastérienues pour l'enseignement primaire furent fondées au Cap ; à Sans-Souci, à Port-de-Paix, aux Gona-
(ïves, à Fort Liberté, au Limbe, au Borgne, à SaintLouis du Nord, à Jean-Rabel et à Plaisance, d'octobre
1816 à 1819. Le total des élèves des trois écoles lancastériennes du Cap des Gouaïves et de Saint-Marc était
de 2000 enfants. Christophe bâtit pour elles des maisons
d'écoles dont plusieurs furent transformées plus tard
eu casernes par Boyer. Les instituteurs anglais T.B. Gulliver, W. Simmonds,
J. Daniels et Oxley préparèrent des instituteurs haïtiens
comme J. Emmanuel. T. Papillon, T. Duchesne, J.
Ilaire, H. Désoubry, Antoine, Phanor, Pierre Louis,
H. Fontaine. La British and Foreign School fit aussi des offres
à. Pétion. Mais celui-ci eut de la méfiance , sans doute à
cause des rapports de cette société avec son rival
Christophe.il ne répondit pas, ou répondit d'une ma ¬
nière évasive. Sans se décourager, cette Société envo ¬
ya à Port-au-Prince ,. en 1816, l'instituteur Thomas
Bostworth qui ouvrit une école lancastérienne à Port -
au Prince. « Combien ne suis-je pas heureux, écrit
Pierre André, de dire que le zélé et estimable T. Bost ¬
worth est le premier qui, quittant l'Angleterre, sa patrie, est venu établir dans la république cette école, suivant le système de laquelle un maître peut, sans beaucoup de dépense, enseigner dans le court espace de
dix-huit mois à lire, écrire et chiffrer simultanément, à
un nombre de 1200 enfants.» Pétion décréta que l'école de Bostworth serait considérée comme une école -nationale— Mais Bostworth
mourut le 10 février 1818, âgé de quarante ans. Nous
avons retrouvé la déclaration de son décès aux Archives nationales: « Thomas Bostoorth. instituteur, natif
d'Europe , décédé à 10 heures du soir, dans la maison.de
la veuve Moulin, rue de Bonne Foi.» Cette déclaration
est enregistrée à la date du 13 juin..
décréta que l'école de Bostworth serait considérée comme une école -nationale— Mais Bostworth
mourut le 10 février 1818, âgé de quarante ans. Nous
avons retrouvé la déclaration de son décès aux Archives nationales: « Thomas Bostoorth. instituteur, natif
d'Europe , décédé à 10 heures du soir, dans la maison.de
la veuve Moulin, rue de Bonne Foi.» Cette déclaration
est enregistrée à la date du 13 juin.. Bostworth est-t-il venu à Port-au-Prince avant l'arrivée au Cap des instituteurs envoyés par Christophe ?
On pourrait le croire en lisant un passage du discours
prononcé par le citoyen Lhérisson en 1821, à l'ouverture
de l'école lancastérienne des Cayes. « Mr Bostworth --- Page 39 ---
- 36 - apporta le premier sur Cette terre les semences bienfaisantes du système d'enseignement mutuel.» Bostworth comptait fonder aussi une école de jeunes
filles. Après sa mort l'établissement fut confié momen ¬
tanément au pasteur wesleyen John Brown. S'il faut
en croire un autre passage du discours de Lhérisson ,
la Société aurait envoyé un instituteur appelé Ricat
pour remplacer Bostworth. Nous nous demandons s'il
n'y a pas une erreur et s'il ne veut pas parler plutôt du
pasteur J. Catts, le collègue de John Brown, à qui celuici remit la direction de l'école. Après le départ des deux pasteurs wesleyens, en décembre 1818, ce fut Pierre André qui devint le directeur de l'école. ■ ENSEIGNEMENT SECONDAIRE ET ENSEIGNEMiENT SUPÉRIEUR Christophe et Pétion posèrent la même année lesba ¬
ses de l'Enseignement Secondaire. C'était en 1816, Le
Collège Royal fondé par Christophe tut dirigé par deux
universitaires anglais dont l'un nommé Moore enseignait les Mathématiques et les Sciences Physiques et
l'autre qui, était un ecclésiastique Anglican, enseignait
les Lettres. On y étudiait' le français, l'anglais et le latin. L'Amiral anglais Hobme Popham, eut l'occasion
de visiter le Collège Royal et de questionner les élevés
sur les Mathématiques. Il fut content de leurs réponses.
Une école de Médecine et d'Anatomie qui eut une existence, éphémère fut ouverte a l'Hôpital du Cap et placée
sous la direction du Dr SteWart. Christophe (ordonna
aussi la fondation d'une Académie de peinture. de des ¬
sin et de Musique sur laquelle nous n'avons aucun renseignemeht, ainsi que là création d'une Ecole Militaire
qui n'eût pas de succès puisqu'elle n'existait plus en
1817. Quant à l'éducation des filles, elle fut entièrement
négligée , selon John Candier. L'éducation, des filles
était assurée par des écoles particulières comme celle
de Mme J. Courroir que Christophe visitait de temps à
autre pour s'assurer du progrès des élèves. Dans la
République de l'Ouest , la première idée d'un Etablisse ¬
ment Secondaire est due au Secrétaire d'Etat Bonnet
qui voulait lui donner le nom d'Athénée. « Les alen ¬
tours de Pétion s'opposèrent à sa création, dit-il. On n'a
pas eu besoin de tant de mystère pour chasser les
blanes , criaient-ils. Faut-il un juge , un administrateur,
un comptable le premier officier venu peut convenir à
ces fonctions ; il se formera dans les Bureaux de l'Ad -
Etablisse ¬
ment Secondaire est due au Secrétaire d'Etat Bonnet
qui voulait lui donner le nom d'Athénée. « Les alen ¬
tours de Pétion s'opposèrent à sa création, dit-il. On n'a
pas eu besoin de tant de mystère pour chasser les
blanes , criaient-ils. Faut-il un juge , un administrateur,
un comptable le premier officier venu peut convenir à
ces fonctions ; il se formera dans les Bureaux de l'Ad - --- Page 40 ---
— 37 - ministration.» (1) Pétion reprit l'idée de Bonnet et ou ¬
vrit le Lycée-National qui fut placé sous la direction
d'un Français nommé Balette. La. môme année il fit
venir de Kingston une Anglaise nommée Mme Drury
qui parlait bien , le français et il la chargea de la di ¬
rection d'un Etablissement Secondaire de jeunes filles
dénommé Pensionnat National. Cependant une Ecole
de santé décrétée par une Loi du 3 Mars 1808 et instal ¬
lée à l'Hôpital de Port-au-Prince se développait petit à
petit et est devenue notre Ecole Nationale de Médecine. GOUVERNEMENT DE BOYER L'unification de l'ile sous un même Gouvernement,
celui de Boyer, s'accomplit en deux ans de 1820 à 1822.
On avait reproché à Christophe un penchant trop vif
pour la Langue et la Civilisation Anglaise. Boyer au
contraire leur est assez hostile, sans renoncer pour cela
aux. avantagés économiques de la Méthode lancastél'iéline. Il fait ouvrir de nouvelles écoles primaires,sur
Ce modèle. Une loi du 4 Juillet 1820 décida » qu'il serait
établi aux frais de l'Etat quatre écoles primaires des ¬
tinées à l'instruction gratuite élémentaire des enfants
des Citoyens qui auront rendu des services à la Patrie.» En conséquence une Ecole Primaire laucastérienne
fut ouverte Aux Gayes le 11 Janvier 1821, une autre à
Jacmel. D'autres écoles à Jérémie à Mirebalais, à SantoDomingo et à La Véga. Tous les Directeurs étaient des
Haïtiens et renseignement, était donné eu français
même dan les écoles, de la partie espagnole. Il ; semble
que les grands embarras, financiers causés,par le traité
de 1825 avec la France aient lourdement pesé, sur ces
malheureuses écoles. Le Consul anglais Charles Mackenzie écrit dans un
rapport du 9 Septembre 1826 au ministre Canning « des
efforts ont été faits pour établir des écoles laneastériennes dans différentes parties de la République, mais
je suis informé qu'ils :ont presque complètement
échoué. Dans quelques unes des villes principales, les
écoles existent , mais dans la plupart des localités ru ¬
rales on a jugé nécessaire de les abandonner». Le Lycée de Port-au-Prince fut encore très fréquenté
cependant que le Collège Royal du Cap s'éteignit tout
au ministre Canning « des
efforts ont été faits pour établir des écoles laneastériennes dans différentes parties de la République, mais
je suis informé qu'ils :ont presque complètement
échoué. Dans quelques unes des villes principales, les
écoles existent , mais dans la plupart des localités ru ¬
rales on a jugé nécessaire de les abandonner». Le Lycée de Port-au-Prince fut encore très fréquenté
cependant que le Collège Royal du Cap s'éteignit tout (1) Souvenirs historiques de Guy Joseph.Bonnet. P. 224. --- Page 41 ---
- 38 - doucement si bien que Boyer pensait à le remplacer
par un Lycée vers la fin de son gouvernement. Les Dominicains ne lui pardonnent pas d'avoir amené la fermeture de l'Université de Santo-Domingo ; cette vieille
Institution existait depuis plus de deux siècles.- Nous
ne sommés pas renseigné sur les études qu'on y faisait.
Dans le Rapport que nous avons cité, Mackenzie écrivait: « Il y a aussi ce qu'on appelle une Université dans
la ville de Santo-Domingo, tout ce que je puis en dire
c'est qu'on rapporte qu'elle compte sept professeurs
de morale, de Droit Canonnique, de Droit Civil, de
Philosophie, de Médecine, de Latin et de Dessin. En
1822 Boyer pense à réformer cette Université. Dans
une Circulaire du 11 Août 1822 la Commission d'instruction publique fait savoir que « le Président d'Haïti a
donné une nouvelle existence à l'ancienne Université
de Santo-Domingo. Le choix qu'il a fait de professeurs
habiles pour occuper les Chaires de Langue Latine,
de Philosophie, de Droit Civil et de Droit Canon, donne
là plus flatteuse espérance que les nouveaux citoyens
de cette partie pourront jouir de l'avantage inappréciable de l'Instruction. » Nous ne connaissons pas les raisons du revirement
qui se fiT dans l'esprit de Boyer. Non seulement la réforme de l'Université n'eut pas lieu, mais elle tut fermée. Ardouin nous dit que peu après 1822 le président
supprima l'Université et la remplaça par une-simple,
école- primaire, probablement l'Ecole lancastérienne
dont nous avons parlé plus haut. Dans son livre iutk
tuië « Notes sur Haïti » Mackenzie raconte que l'archevêque Pedro Va liera yXimenes lui rendit visite en compagnie de l'ex directeur de l'Université de Santo-Domingo, Francisco Gonzalez, et lui apprit au cours de
la Conversation que les écoles établies et soutenues
par le roi d'Espagne avaient été abolies aussi bien
que l'Université. Leur Université n'existait plus;les
écoles publiques étaient détruites et il soutenait que
c'était une moquerie de parler d'écoles nationales dont
les instituteurs étaient entièrement-incompétents. Le lycée de Port-au-Prince eut plus de chance. Mackenzie le considérait comme une école militaire. John
Candler qui l'a visité en 1839, nous dit : «C'est une institution vraiment respectable et qui fait honneur à la
république. Les professeurs ou instituteurs sont apparemment des hommes bien qualifiés. Nous avons
assisté à, toutes les classes et avons été enchanté du --- Page 42 ---
— 39 - progrès de quelques uns des élèves. » Candler note
qu'ils sont au nombre de 150, la plupart des mulâtres,
qu'ils portent un uniforme bleu et écarlate. Il regrette
que l'enseignement de l'escrime donné aux élèves contribue à- fortifier le goût du duel déjà trop répandu
dans la république.
ment des hommes bien qualifiés. Nous avons
assisté à, toutes les classes et avons été enchanté du --- Page 42 ---
— 39 - progrès de quelques uns des élèves. » Candler note
qu'ils sont au nombre de 150, la plupart des mulâtres,
qu'ils portent un uniforme bleu et écarlate. Il regrette
que l'enseignement de l'escrime donné aux élèves contribue à- fortifier le goût du duel déjà trop répandu
dans la république. Nous n'avons pas de renseignements précis sur le
pensionnat national à cette époque, mais nous savons
qu'il continua à fonctionner et qu'il s'est maintenu pendant plus d'un siècle jusqu'à sa fermeture,après l'intervention américaine. ECOLES SUPERIEURES.— Boyer désirait transformer l'Ecole de Santé de l'Hôpital en une véritable école
de médecine. Le physiologiste français, Antoine de
Montègre étant venu à Port-au-Prince en 1818 pour étudier la fièvre jaune, Boyer le chargea de préparer un
plan d'études et d'organisation, et s'entendit avec lui
pour lui confier la direction de la nouvelle école. Montègre mourut quelques mois après précisement de la
fièvre jaune sans avoir réalisé son programme. Cinq
ans plus tard, le docteur Fournier Pescayes, fils d'un
ancien colon français du Cap, médecin de la Faculté
de Paris et membre de l'Académie de Médecine, étant
venu s'établir à Port-au-Prince, le Président lui demanda d'organiser une Académie d'Haïti qui devait comprendre une section de médecine.-Le Télégraphe, le
journal officiel de l'époque, annonce dans son numéro
du 23 février 1823 que le lundi 17 février la commission
de'l'Instruction publique a installé le directeur de l'Académie d'Haïti ainsi que deux professeurs et que cette
Académie comprend deux facultés, une de Droit, une
de Médecine... Cette initiative n'eut pas de lendemain. On se contenta de donner un nouveau directeur à l'école de Santé,
un médecin français, le docteur Cesvet. L'Ecole de Sauté du Cap fondée pat- Christophe dura
encore quelque temps, toujours sous la direction du
docteur Andrew Stewart. Elle était placée à l'Hôpital
militaire. En 1823 le général signalait dans un rapport
qu'elle marchait bien et qu'elle comptait 11 élèves. ENSEIGNEMENT RURAL.— De 1804 à 1846 l'Etat
n'a rien fait de sérieux pour l'enseignement primaire
rural Cependant Inginac dit en avoir établi.quelques
unes dans l'arrondissement de St-Marc qu'il commandait, ENSEIGNEMENT PRIVE.— Pendant les-25 ans du --- Page 43 ---
— 40 - gouvernementde-Boyer de nombreuses institutions
d'enseignement privé pour 1 les deux sexes ont été ouvertes. L'une d'elles se distingua tout particulièrement,
celle de Mr Jôhatas Granville. Elle avait un internat. CONTROLE DE L'ENSEIGNEMENT.-Pendant toute
cette période il n'y a pas eu de ministère de l'instruction publique. Les écoles étaient contrôlées par une
commission centrale de l'instruction, publique qui adressait des rapports au Secrétaire d'Etat qui remplissait
alors des fonctions diverses.
enseignement privé pour 1 les deux sexes ont été ouvertes. L'une d'elles se distingua tout particulièrement,
celle de Mr Jôhatas Granville. Elle avait un internat. CONTROLE DE L'ENSEIGNEMENT.-Pendant toute
cette période il n'y a pas eu de ministère de l'instruction publique. Les écoles étaient contrôlées par une
commission centrale de l'instruction, publique qui adressait des rapports au Secrétaire d'Etat qui remplissait
alors des fonctions diverses. Les hauts fonctionnaires du gouvernement semblent
avoir été préoccupés à la fin de la lourde responsabilité
qu'Ils avaient prise en laissant péricliter tant d'écoles.
Inginac, qui est a Ce que l'on dit l'auteur du Code Rural, prépara en 1832 un plan d'éducation nationale qui
devait coûter à l'Etat 300.000 piastres par an. Il fut accusé
d'avoir commis «une hérésie en tait d'instruction» et renvoyé du poste de président de la Commission d'Instruction Publique. Cependant les philantropes étrangers
qui s'intéressaient à nous insistaient pour une plus grande extension de l'instruction publique. L'abbé Henri
Grégoire, qui avait l'habitude de donner des conseils
au gouvernement, sur les questions de religion et d'éducation, expédiait à Boyer « un lot considérable de
livres», tout-en lui écrivant: «Il vous importe d'avoir
une bibliothèque publique, une pour le gouvernement,
une pour le Lycée; votre sagesse statuera sur l'application des livres que je vous envoie.» (1) Plusieurs sociétés-'.religieuses anglaises avaient aussi fait don, à plusieurs reprises, dé forts lots de Bibles el d'ouvrages
religieux. En 1842 Inginac prépara un nouveau plan d'éducation qui fut soumis aux Chambres et,cette tois ci, accueilli avec joie. Boyer le fit reprendre pour le retoucher, disait-il ; puis refusa de le redéposer. Le président du Sénat, B. Ardouin alla le prier de le retourner
aux Chambres. C'était peu après le tremblement de
terre du Cap. Boyer en prit prétexte pour répondre à
Ardouin :.« Il est impossible de. faire de semblables
dépenses lorsqu'il faut aller au secours des populations
qui. ont éprouvé un si grand désastre.» L'année suivante, il était surpris par la révolution et renversé du pouvoir sans qu'il eût fait un effort sérieux pour créer un
système d'enseignement national. (1) D. Vaval, L'Abbé Henri Grégoire. --- Page 44 ---
— 41— Ses idées personnelles semblent avoir été défavorables à l'instruction des classes populaires. On prétend
qu'il disait : « Semer l'instruction, c'est, semer. la,.ré,volution.» Les grandes difficultés poliliqueset économiques,
auxquelles il fut enbutte après l'acceptation de l'Ordonnance de Charles X, de 1825 à 1838, la grande misère
du-paysaprès le paiement de la première échéance de
30.000.000 de francs de la créance reconnue à la France, lui donnèrent .-d'autres prétextes pour ne pas s'occuper d'instruction publique. On jugera de l'effet de ce
premier versement par cette note de Mackenzie : « Une
forte sensation a été créée en octobre 1826, par la publication du 30 septembre d'une proclamation du .Président.Boyer établissant un papier-monnaie. L'effet immédiat a été une élévation' du prix de tous les articles
manufacturés, et l'effet -ultérieur sera ruineux pour les
commerçants qui ont déjà vendu sur la base des anciens prix,ou qui ont .réuni des fonds pour acheter:du
café afin de faire des remises en Europe... Les. commerçants sont tous à un haut degré d'excitation.»,
du 30 septembre d'une proclamation du .Président.Boyer établissant un papier-monnaie. L'effet immédiat a été une élévation' du prix de tous les articles
manufacturés, et l'effet -ultérieur sera ruineux pour les
commerçants qui ont déjà vendu sur la base des anciens prix,ou qui ont .réuni des fonds pour acheter:du
café afin de faire des remises en Europe... Les. commerçants sont tous à un haut degré d'excitation.», il DE HÉRARD A GEFFRARD. La révolution de, 1843 a créé un ministère de l'Instruction publique dont le premier titulaire fut.un, Jérémien, .Honoré. Féry, fils d'un Français de Marseille, Tout: aussitôt, le nouveau ministre écrit « L'instruction publique.est-à recréer-tout entière parmi nous.
Elle n'existait que de nom sous le régime passé. Aussi
quel résultat a-t-elle donné pendant un quart de siècle?.» Féry créa un lycée au Cap Haïtien-, ouvert le 1er
juillet 1844 et un autre aux Cayes, ouvert le 8 février
1845. La révolution de 1843 avait créé des Municipalités.
Celle de Port-au-Prince entreprit de s'occuper d'instruction Publique et décida do fonder une Ecole Communale de garçons et une de Filles. Elle pria le pasteur
Wesleyen. Bird d'ouvrir une école primaire mixte promettant de se charger des dépenses. Bird fit élêver
des bâtiments à l'aide de souscriptions publiques et
inaugura le nouvel Etablissement le 1er juillet 1846. Trois
cents élèves étaient déjà inscrits, Bird lui ajouta un
collège d'enseignement secondaire et un pensionnat.
On y vint de tous les points du Pays. Bird fit chercher,- --- Page 45 ---
- 42 — en Angleterre un jeune homme -nommé Toase qui
malheureusement parlait assez mal le français et se
connaissait surtout en Chimie et lui eu confia la direction.
Il faisait des expériences de Laboratoire les- mardis, de
deux à trois heures pour initier le grand public à ce
genre d'études—exemple qui sera suivi plus laid par
lé Séminaire St-Martial ; et il s'occupait à l'occasion d'analyses industrielles. Ce n'était pas la direction qu'il fallait. Toase eut des
difficultés avec les professeurs et les.élèves et fut obligé de partir. La Municipalité ne put pas tenir ses promesses. Après une brillante période de 15 années les
éludes baissèrent, rétablissement déclina rapidement
et perdit la confiance du public. « Il a produit un bienfait immense, dit Duraciné Pouilh, dans l'Annuaire de
1863, depuis sa fondation, jusqu'en 1858 en propageant
l'instruction alors qu'elle, était négligée; »
difficultés avec les professeurs et les.élèves et fut obligé de partir. La Municipalité ne put pas tenir ses promesses. Après une brillante période de 15 années les
éludes baissèrent, rétablissement déclina rapidement
et perdit la confiance du public. « Il a produit un bienfait immense, dit Duraciné Pouilh, dans l'Annuaire de
1863, depuis sa fondation, jusqu'en 1858 en propageant
l'instruction alors qu'elle, était négligée; » Pendant cette époque, sous le Gouvernement de Soulouque, l'enseignement passa par des moments bien
difficiles. Après la chute de ce chef, Jn-Simon, le premier Ministre de l'instruction publique de Geffrard écrit:
« Des aides manquent à la plupart des Directeurs, les
écoles sont privées de matériel, les enfants, de livres
nécessaires à leurs études. » . Cependant le Ministre Salomon jeune déclarait dans
l'Exposé de laSituation de 1857 : « Les votes demandés
et obtenus depuis dix années du règne et de l'Administration de l'Empereur sur l'Instruction Publique sont
la preuve non équivoque de notre loyal concours.—
L'Instruction Publique est généralement répandue
mais, nous vous l'avouerons qu'il n'en est pas de même
de l'Enseignement Supérieur malgré les charges que
s'impose l'Etat. » I1 faut, dire que le Lycée de Port-auPrince, appelé Collège Faustin, soutenait sa réputation
et que l'Ecole de Médecine était dans un état médiocre Le nouveau régime né de la Révolution de 1843 fit
préparer et publier pour la,première fois un programme
général des connaissances exigées des candidats à la
charge de Directeurs des Ecoles Primaires. ENSEIGNEMENT RURAL. Une Loi du 29 Décembre
1848 fut promulguée pour l'organisation de l'Enseignement rural. Il sera établi des habitations modèles.. des
écoles nationales où l'on enseignera les préceptes de
là religion la lecture, l'écriture et les premières notions
du calcul. Ces écoles seront autant de pensionnats où
Usera élevé aux frais de l'Etat le plus grand nombre --- Page 46 ---
— 43 — possible d'entants appartenant aux familles agricoles.
Il sera annexé à chaque école un terrain, d'une éten-.
due suffisante, pour que, mis en culture par les élèves
eux-mêmes» il fournissent en tout ou en partie à leur
subsistance. «Cette Loi était contresignée par le Ministre J. B. Francisque. Elle ne fut pas exécutée » Jusqu'au Président Salomon, dit Auguste Bonamy, les
écoles rurales furent assez rares.
possible d'entants appartenant aux familles agricoles.
Il sera annexé à chaque école un terrain, d'une éten-.
due suffisante, pour que, mis en culture par les élèves
eux-mêmes» il fournissent en tout ou en partie à leur
subsistance. «Cette Loi était contresignée par le Ministre J. B. Francisque. Elle ne fut pas exécutée » Jusqu'au Président Salomon, dit Auguste Bonamy, les
écoles rurales furent assez rares. Mr. L. C. Lhérisson, jugeant cette époque a écrit:
«Les Maîtres n'expliquaient point les leçons. Les enfants les récitaient sans les comprendre le plus souvent. Les professeurs se reposaient uniquement sur
leur mémoire.— Nos anciens instituteurs lisaient-ils
beaucoup? On:dit fort peu, mais ils faisaient souvent
des Oraisons funèbres sur la tombe de leurs amis. » GEFFRARD.— Dès son arrivée au ministère, le ministre Jean-Simon envoie en France onze enfants recrutés dans les villes de province, et les fait placer dans
des lycées de Paris et du Havre. Il fonda une école
Navale Militaire qui ne dura pas, une école de Droit;
la durée eu fut éphémère, une école de de peinture qui
existé jusque veis 1912, et une école de musique qui a
dura jusque vers 1880. La musique de la Garde présidentielle, réorganisée sous la direction de maîtres italiens, Miramor, Spinoza, et du français Ferrier, devint
une véritable école de musique qui nous a donné des
artistes de grand talent comme Occide Jeanty père et
fils. « Avant un au, dit Mr. Lhérisson, ces trois établissements étaient fréquentés par un grand nombre
de jeunes gens avides de précieuses connaissances. » En Janvier 1860, Elie Dubois ministre de la Justice,
prend le portefeuille de l'Instruction Publique. Il fonda
le lycée des Gonaïves le 4 novembre 1860. Il accorde
au Conseil communal de Jacmel une subvention mensuelle pour ouvrir un,lycée communal ; ce qui. fut fait.
Il pensé à établir un lycée Jérémie mais n'y réussit
pas. à cause de la difficulté de trouver des professeurs,
dit-il, dans son rapport à Geffrard. « Il fuit demander des professeuis en Europe. Il donne au lycée
du Cap, un professeur étranger, ce qui fait augmenter
là..nombre des élèves; au lycée des Gonaïves, deux
professeurs étrangers ; au lycée des Cayes, un professeur étranger. Le lycée de Port-au-Prince est réformé. Il compte 200
élèves. Les professeurs qui y sont employés sont à la
hauteur de leur tâche, dit Duboie. Il complète le cabinet --- Page 47 ---
- 44 ■— - de physique et de chimie que Pétion avait donné à cet.
établissement. L'effort de Dubois porte particulièrement sur l'enseignement primaire : « Les écoles primaires de garçons
de cette ville marchent à ma satisfaction.. On. n'a-jamais
vu à aucune époque un si grand nombre d'enfants des
classes pauvres recevant l'instruction gratuite aux frais
du gouvernement.— Il y a dans toute la République 3
lycées, 69 écoles primaires de garçons, 12 écoles de
demoiselles et 49 écoles rurales. — Les rapports reçus
en février- 1859 constataient l'existence de 3lycées, 49
écoles -primaires de garçons et de deux écoles rurales,
dans une situation déplorale. ( Une maison, de correction pour entants, la Maison Centrale, existait depuis
Sonlouque; elle est réorganisée. Elle est une véritable
école professionnelle).
69 écoles primaires de garçons, 12 écoles de
demoiselles et 49 écoles rurales. — Les rapports reçus
en février- 1859 constataient l'existence de 3lycées, 49
écoles -primaires de garçons et de deux écoles rurales,
dans une situation déplorale. ( Une maison, de correction pour entants, la Maison Centrale, existait depuis
Sonlouque; elle est réorganisée. Elle est une véritable
école professionnelle). L'école de Médecine est réorganisée et la direction
confiée à un médecin français, d'origine martiniquaise,
le Dr Jobet, assisté d'un professeur étranger, le .Dr
Smester. Il y a là un bel essor. L'instabilité politique et le Concordat vont-l'arrêter. Parlons du Concordat. On avait fait sentir,aux Haïliens la nécessité de donner une éducation religieuse.à
ta jeunesse. Ainsi dans un rapporta Caiining, Mackenzie disait : « la jalousie et- la. désunion prévalent parmi
les Haïtiens. Il n'y a pas de principe d'action fixe fondé
sur la religion et l'éducation.» . Dubois désire que l'éducation inorale et religieuse
ne soit pas négligée ; pour cela il ordonne que toutes
les écoles de la République soient conduites une.fois
par semaine à l'église paroissiale pour y recevoir l'instruction du curé. Avec le Concordat un trouble profond se produit dans
la vie nationale par la création d'un enseignement
étranger, congréganiste et ultramontain.
C'est le légat du pape, Moretti, qui insiste auprès de
Dubois.pour faire.venir eu Haïti lès Frères de l'Instruction Chrétienne débarqués à Port-au-Prince en mai 1864,
les Soeurs,de Si-Joseph de Cluny ai rivées en juin1864.
Lé pensionnat de Lalue s'ouvre en mai 1865. Les Filles
de la Sagesse arrivèrent à Port-au-Prince ** 11 mai 1875. Le Petit Séminaire fut ouvert à Lalue en 1865. sous
la direction d'un licencié es-lettres de la Faculté de Paris, l'abbé Dégérine. Mais n'anticiponspas davantage; --- Page 48 ---
— 45 - Pendant là présidence de Geffrard des institutions
privées haïtiennes ont rendu de grands services à ,1a
jeunesse: le Collège Geffrard, dirigé par Darius Denis;
l'école Pôlymathique, dirigée par Louis Séguy Villevaleix. Il y a aussi beaucoup d'écoles primaires privées.
d'un licencié es-lettres de la Faculté de Paris, l'abbé Dégérine. Mais n'anticiponspas davantage; --- Page 48 ---
— 45 - Pendant là présidence de Geffrard des institutions
privées haïtiennes ont rendu de grands services à ,1a
jeunesse: le Collège Geffrard, dirigé par Darius Denis;
l'école Pôlymathique, dirigée par Louis Séguy Villevaleix. Il y a aussi beaucoup d'écoles primaires privées. SALNAVÉ, NISSÀGE, DOMINGUE ET BOISROND
CANAL. — Pendant la première partie de cette période,
il n'y a rien de saillant à signaler, sinon que les écoles
primaires laïques indigènes reculent continuellement
devant les écoles congréganistes étrangères. Ici nous citons Mr Fleury Fôquière : «J'ai quelquefois entendu poser la question de savoir pourquoi en
général nombre de nos établissements laïques végètent,
tandis que les écoles congréganistes ont le privilège
d'une prospérité qui va toujours croissant.— Plusieurs
motifs interviennent. Le premier et qui dominé; tous
les autres, c'est qu'au fond, la grande majorité des-Haïtiens est profondément attachée au culte catholique
représenté parles religieux et religieuses. Or il n'y a
pas de transaction possible avec les préférences nées
de la foi d'une mère de famille. .Cette raison ,'péremptoire où la conscience domine, est plus que suffisante
pour assurer a ux institutions congréganistes une populati.on hors pair en nombre avec celle des écoles laïT
qùes. ». L'auteur signale ensuite l'avantage de la vie
en' communauté dès religieux qui ont peu de besoins
qui se font une caisse capable d'assurer à leur maison
des crédits à long terme.. Ces religieux sont préparée
exclusivement pour remplir leur mission, et ne connaissent pas de plus les préoccupations et les ennuis
quotidiens de la vie d'un laïque. Il insiste sur l'effet des
distributions de prix qu'ils ont toujours eu à coeur de
faire, sur la volonté,tenace, l'esprit de suite, la solidarité des religieux, leur discipline et l'uniformité.de leurs
méthodes. . Et je dirai qu'il y a peut-être une raison plus forte
que tout cela: c'est que les religieux sont des blancs.
Remplacez-les par des religieux haïtiens et cela peut
changer 1. Sous l'administration de Boisrond Canal une importante réforme dé l'école de Médecine est réalisée. Elle
est alors; dirigée par un Haïtien, le Dr Dehoux. Le gouvernement haïtien, pendant de nombreuses années
choisit les meilleurs sujets formés par celte école et
les envoie faire un complément d'études médicales de
forte
que tout cela: c'est que les religieux sont des blancs.
Remplacez-les par des religieux haïtiens et cela peut
changer 1. Sous l'administration de Boisrond Canal une importante réforme dé l'école de Médecine est réalisée. Elle
est alors; dirigée par un Haïtien, le Dr Dehoux. Le gouvernement haïtien, pendant de nombreuses années
choisit les meilleurs sujets formés par celte école et
les envoie faire un complément d'études médicales de --- Page 49 ---
.— 46 - deux ou trois ans à Paris.. Il ,en résulte une transformation radicale de la Médecine en Haïti Par un Arrêté <|u 21 février 1879, Boisrond Canal.ouvrit une école dé Génie Civil, qui ne fonctionna que
peu de mois. Il présenta au Corps Législatif une loi pour la création d'une Ecole Normale primaire de gai cous et d'une
Ecole Normale primaire de filles, qui fut ajournée. C'est
le ministre Thoby qui l'amena, parait-il, à signer avec
le'Frère'Liphard, Supérieur "général des Frères, un
Contrat, le 21 Mars 1877, mettant à la disposition du
gouvernement d'Haïti des Frères pour former des
écoles primaires supérieures de garçons dans les villes
et les campagnes. Le contrat ne fut pas sanctionné
par les Chambres, niais l'exemple donné ne sera pas
oublié. C'est encore le gouvernement de Bni»rond Canal
qui confia en 1876 aux religieuses de Si-Joseph de Cluny
la direction de i'Ecole Supérieure de demoiselles des
Cayes. GOUVERNEMENT DE SALOMON.— Salomon est un
ancien ministre de l'Instruction Publique. Il a des idées
sur là question de l'Enseignement ; il cherche à les
réaliser. Ecoles Primaiies.— « En 1880, dit Auguste Boiwimy,
les Chambrés réclamèrent Une école rurale au moins
par section rurale. Il existait un peu plus de cinq cents
sections rurales ; on vota une allocation de 20 gourdes
par école et 504 écoies rurales furent créées sur* le papier.» Effectivement iliiy en eut pas le tiers fonctionnant plus ou moins. L'on percevait l'argent pour toutes
cependant ; lés trois quarts de cet argent étaient mis
dans les poches de quelques individus. L'on a même
vu à une certaine époque les valeurs alouées aux écoles rurales servir à couvrir le déficit des fonds déjà
si considérables de la police sécrète. » Et Bonamy de
conclure : « Il faut donc revenir sur nos pas; -commencer par le.commencement, c'est-à-dire.former des maîtres avant de créer des écoles. » L'Enseignement primaire urbain n'a pas reçu de
soins de ce gouvernement. Enseignement Secondaire.— C'est là .surtout que Salomon eut la main lieu reuse. Dans l'Exposé de la Situation de 1857 Salomon écrivait : « Sans méconnaitre les
bienfaits de l'instruction et de l'éducation que l'on va
puiser en Europe... nous pensons que les jeunes gens,
recevant ici, sous les yeux du gouvernement et des --- Page 50 ---
— 47 -
'Enseignement primaire urbain n'a pas reçu de
soins de ce gouvernement. Enseignement Secondaire.— C'est là .surtout que Salomon eut la main lieu reuse. Dans l'Exposé de la Situation de 1857 Salomon écrivait : « Sans méconnaitre les
bienfaits de l'instruction et de l'éducation que l'on va
puiser en Europe... nous pensons que les jeunes gens,
recevant ici, sous les yeux du gouvernement et des --- Page 50 ---
— 47 - parents, une éducation libérale, nationale et religieuse,
deviendront un jour des patriotes, des hommes d'Etat,
des magistrats, des mathématiciens, etc. » Devenu président, il fit recruter pour le lycée Pétion
un bon nombre de professeurs français dont l'enseignement fut hautement profitable aux jeunes générations d'alors. Cependant un enseignement secondaire congréganiste, celui du Petit Séminaire fait concurrence désormais à celui du lycée et lui enlève à ce point les
élèves les plus fortunés que le lycée sera considéré avec
une espèce de défaveur « l'Ecole des pauvres », quand
on ne va pas même jusqu'à dire « L'Ecole des déclassés ». — Tel est un des résultats les plus visibles du
nouvel étal d'esprit né du Concordat. Quelques institutions privées se survirent encore
comme l'école de demoiselles de Mme Belmour Lépine;
mais elles perdent du terrain soit devant les écoles des
Soeurs, soit devant les écoles des Frères et surtout de
l'Institution St-Louis de Gonzague, fondée par ces derniers, et qui tend à absorber, même au détriment du
Séminaire, la majeure partie des élèves de la 11ème à
la 4ème. Celle institution, qui fut d'abord une école
primaire supérieure, finira par devenir un établissement d'Enseignement secondaire. Enseignement Supérieur.— Le gouvernement de Salomon maintint les résultats acquis par l'Ecole de Médecine sous le gouvernement précédent et continua
à envoyer des médecins comme boursiers à Paris. Il
fit venir en 1886 une mission militaire française composée de Messieurs Durand. Chastelle et Lebrun,pour
instruire nos officiers. L'Ecole militaire créée par une
Loi d'octobre 1881 ne fut jamais ouverte. GOUVERNEMENTS DE LEGITIME, D'HYPPOLITE ET DE SAM. La période remplie par ces trois gouvernements
n'apporte aucun changement à la, situation des écoles
rurales. De même pour les écoles primaires urbaines
laïques. En 1891, le ministre de l'Instruction, publique,
D. Rameau, écrit : « Devons-nous à l'incurie des maîtres haïtiens la déconsidération dont sont frappées les
écoles qui leur sont confiées ou bien à l'engouement
du Peuple pour les écoles congréganistes? » Et après
avoir donné son opinion il dit : « Les écoles congréganistes ne sont pas à dédaigner... il nous est impossible de ne pas reconnaître qu'elles sont utiles à la- --- Page 51 ---
— 48 — vancement des masses. Mais de nombreuses raisons
qu'il ne convient pas d'expliquer, quant à présent,
nous font l'obligation de nous engager que dans certaines mesures. » Donc l'enseignement primaire national et laïque recule. L'enseignement des jeunes filles passe de plus en
plus aux Religieuses. « L'autorité civile, écrit la MèreMarie À médé, pourvoit, volontiers, au traitement des
Soeurs, a la location de la maison d'école. Le Président
Hyppolite avait à coeur de favoriser l'ouverture de
nouvelles écoles des Soeurs, Il en eut voulu, non seulement au centre des communes, mais encore dans les
campagnes et jusque dans les mornes.
ule. L'enseignement des jeunes filles passe de plus en
plus aux Religieuses. « L'autorité civile, écrit la MèreMarie À médé, pourvoit, volontiers, au traitement des
Soeurs, a la location de la maison d'école. Le Président
Hyppolite avait à coeur de favoriser l'ouverture de
nouvelles écoles des Soeurs, Il en eut voulu, non seulement au centre des communes, mais encore dans les
campagnes et jusque dans les mornes. Enseignement Secondaire.— Les lycées de la province végètent. Un fait doit cependant retenir notre
attention à l'égard, du lycée de Port-au-Prince': sous
le gouvernement .de Sam, le ministre des Travaux
Publics, Cincinnatus Le coute, entreprend de bâtir,
pour la première fois, une construction Convenable
pour lé lycée. La chute du gouvernement arrête les
travaux.: Le Séminaire est en pleine floraison. A cette époque
les premières générations d'élèves qui ont passé sur
ses bancs commencent à arriver aux affaires. C'est
désormais, avec le lycée de Port-au-Prince, la princi
palepépinière de nos hommes politiques. L'Institution
St-Louis de Gonzague, fondée en 1890, ne compte pas
encore. Le Séminaire, par son observatoire, son musée, ses
fêtes où l'on fait quelquefois des expériences publiques
de physique, et de chimie. par sa bibliothèque, son
orchestre, sa chorale et l'enseignement de la Musique
qu'il donne, contribue.à propager les éléments de la
haute, culture: Si l'étude.des sciences n'y était malgré
tout un peu sacrifiée à celle des lettres, ce serait presque un institut de hautesétudes.
A cette époque a été fondée par Mr. L. C. Lhérisson
le Collège Louvertu re. Enseignement Supérieur. l'Ecole de Médecine n'offre rien de s aillantt à étudier Rappelons l'existence
des écoles fibres de Droit des Cayes, du Cap-Haïtien
et de.l'Anse à Veau, fondées a des dates diverses.
Un essai d'enseignement supërîeur libre très réussi
est,fait à cette époque par le Dr. Léon Audain à la
Clinique Claude Bernard, puis à la Policlinique Péan,
c'est presque une véritable école de Médecine.
Médecine n'offre rien de s aillantt à étudier Rappelons l'existence
des écoles fibres de Droit des Cayes, du Cap-Haïtien
et de.l'Anse à Veau, fondées a des dates diverses.
Un essai d'enseignement supërîeur libre très réussi
est,fait à cette époque par le Dr. Léon Audain à la
Clinique Claude Bernard, puis à la Policlinique Péan,
c'est presque une véritable école de Médecine. --- Page 52 ---
— 49 — Enseignement Professionnel.— En décembre. 1892
L'initiative privée a crée une École libre professionnelle
qui ne durera pas longtemps. GOUVERNEMENT DE NORD ALEXIS Enseignementprimaire.— Le ministre de l'Instruction Publique, Uttimo St-Amand, écrit : « Les rapports
des inspecteurs scolaires dé la République signalent
l'état de complet désarroi dans lequel se trouvent toutes
tes écoles nationales, tant sous le rapport matériel qu'au
point de vue del'inaptitude professionnelle du personnel
universitaire. « Il est vrai qu'il ne faut pas toujours se.
fier à ces rapports qui sont quelquefois pleins de partipris contre l'enseignement national— Et St-Amand
ajoute Tout retardque le Gouvernement apporterait
dans une réorganisation du service public hâterait la
ruine définitive des Établissements de-l'Etat au profit
exclusif desécoles congréganistes qui ont pris depuis
quelque temps une importance vraiment exagérée,
grâce à l'incurie administrative de ces cinq ou six dernières années.
Cependant. cette année, les écoles rurales qui étaient
au nombre de 504— sur le papier, il est vrai—sont officiellement réduites à 171. Signalons qu'il n'y a jusqu'a
lors aucune école rurale de filles Les écoles supprimées furent rétablies en 1906. et le ministre T. Laleau
écrit à ce sujet « Les Chambres, dans le louable et
très généreux désir de répandre l'instruction dans nos
campagnes les plus reculées, ont décidé de rétablis
les écoles rurales dont la suppression avait été ordon
née par mesure d'économie. Malheureusement elles
ont négligé de prévoir au Budget du Nouvel Exercice
un crédit spécial affecté aux frais d'installation de
mobiliers et de matériel des établissements à créer. » Enseignement Secondaire. — Sa situation n'a pas changé depuis la période précédente, en exceptant les efforts du ministre Laleau et de Mr. Tessier, pour réorganiser le Lycée Pétion, et stimuler les études. Les
nominations de professeurs à cet établissement sont
heureuses, et les élèvès sont encouragés par des dons
d'abondants lots de livres à l'occasion des distributions
de prix. Le Président donne à l'établissement un jeu
d'instruments de musique. Il fait achever la construction du bâtiment commencé par le ministre C. Leconte,
sons le gouvernement de Sam. Il fait ouvrir un lycée
à Jérémie, le lycée Nord Alexis. --- Page 53 ---
— 50 — Enseignement Supérieur. — L'Ecole de Médecine,
réorganisée, est pourvue d'un grand laboratoire de
chimie et d'une bibliothèque. L'Ecole de Droit continue
à donner un bon enseignement de la science juridique.
Une école d'enseignement complémentaire des Mathématiques et des Sciences physico-chimiques et de
préparation aux Travaux Publics est ouverte en février
1902 sous le nom d'Ecole des Sciences Appliquées. Elle
est tout d'abord logée dans les bâtiments de l'ancienne
école libre professionnelle. C'est une creation de grand
avenir, la pépinière de nos ingénieurs civils et de nos
fonctionnaires du Département des Travaux Publics.
juridique.
Une école d'enseignement complémentaire des Mathématiques et des Sciences physico-chimiques et de
préparation aux Travaux Publics est ouverte en février
1902 sous le nom d'Ecole des Sciences Appliquées. Elle
est tout d'abord logée dans les bâtiments de l'ancienne
école libre professionnelle. C'est une creation de grand
avenir, la pépinière de nos ingénieurs civils et de nos
fonctionnaires du Département des Travaux Publics. Enseignement Professionnel. — A l'Ecole Secondaire
de Garçons, le directeur, Mr. Josehp Chancy. créé de sa
propre initiative, une section d'enseignement professionnel. Les Soeurs qui dirigent l'Orphelinat de la Madeleine ouvrent un cours d'enseignement professionnel
pour leurs protégées. La Maison Centrale, maison de
correction pour jeunes garçons, donne l'enseignement
des métiers. Enseignement Privé. — Deux écoles libres de demoiselles se signalent pendant cette période, le Collège
Bird, fondé par le pasteur W. E. Smith, de l'Eglise
Wesleyenne et l'institution de Mme Vve Auguste Paret. GOUVERNEMENT D'ANTOINE SIMON. — Pendant
la courte durée de ce gouvernement, on ne trouve rien
de saillant a signaler , sauf une décision du Département
de l'Instruction Publique prescrivant aux élèves des
écoles publiques de se réunir les dimanches pour aller
à la messe sous lai conduite des maîtres d'Etudes de
leurs établissements. GOUVERNEMENTS DE C. LECONTE, T. AUGUSTE,
MICHEL ORESTE, ORESTE ZAMOR, D. THEODORE
ET VILBRUN GUILLAUME SAM. Enseignement Primaire. — Le ministre de l'Instruction Publique, Tertulien Guilbaud, écrit en 1912 : «Vous
connaissez. Messieurs, la situation de nos écoles primaires rurales. C'est parce que les résultats donnés par
les écoles ont toujours été négatifs que le nombre en
fut réduit. Des 550 écoles ruales qui étaient prévues au
Badget, il n'en est pas une seule où nos campagnards
reçoivent l'Instruction que le programme de 1893 a rêvé pour eux. » Malgré cela il dit que les rapports des
inspecteurs signalent que les 250 écoles rurales existant --- Page 54 ---
— 51 — fonctionnent d'une manière satisfaisante. C'est alors
qu'intervient Miche l'Oreste qui décide de nationaliser
les écoles des curés et d'en augmenter le nombre. Mr
Guilbaud étant en désaccord avec le Président, remet
sa démission et est remplacé par Mr Etienne Mathon qui
signe avec l'Archevêque J. Conan, une Convention
créant dans toutes nos campagnes des écoles presbytérales. Cette Convertion n'a jamais été présentée au
Corps Législatif. La thèse de l'administration c'est que
les écoles presbytérales, sont des écoles, rurales, il importe peu qu'elles soient dirigées par des laïcs ou par
des curés. De 5000 gourdes en 1913, les allocations aux
écoles presbytérales sont arrivées aujourd'hui au chiffre de 150.000 gourdes.
ant dans toutes nos campagnes des écoles presbytérales. Cette Convertion n'a jamais été présentée au
Corps Législatif. La thèse de l'administration c'est que
les écoles presbytérales, sont des écoles, rurales, il importe peu qu'elles soient dirigées par des laïcs ou par
des curés. De 5000 gourdes en 1913, les allocations aux
écoles presbytérales sont arrivées aujourd'hui au chiffre de 150.000 gourdes. En 1913 le Département de l'Instruction Publique
déclare : « Les services que rendent dans nos campugnes les écoles dites presbytérales ne sont actuellement l'objet d'aucun doute pour personne. Nos inspecteurs dans leurs rapports au Département signalent à
l'envi l'excellence de ces services et font le plus grand
éloge de ces établissements scolaires. » L'opinion de Bonamy est tout antre quelques années plus tard : « Presque toutes les écoles soi-disant
rurales ont fini par disparaitre, dit-il. Je ne crois pas
qu'il en reste beaucoup à l'heure actuelle, (c'est en 1920)
en dehors des écoles rurales presbytérales.. Il semble
que de ce côte aussi les résultats ne sont pas brillants. » Peu avant sa démission le ministre Guilbaud avait
fait voter une loi créant une Ecole Normale Primaire
d'Institutrices et une Ecole Normale d'Instituteurs. Mr
Etienne Mathon a eu le mérite de faire ouvrir et fonctionner l'Ecole normale d'Institutrices à partir de 1914.
Cest la une des réalisations heureuses de l'époque, une
école de grand avenir comme l'Ecole des Sciences Appliquées. Elle doit beaucoup à une française. Melle
Marodon devenue Mme Rene Lerebours. L'Ecole Normale d'Instituteurs a été moins favorisée.
Elle a dû attendre pour, commencer à fonctionner le
ministère du Dr Paul Salomon 1932, sous le gouvernement du Président Sténio Vincent. Le ministre Hénec Dorsinville avait essayé une demi solution en octobre 1925 en créant un cours nonmal annexé à chacune des écoles pnimaires de la République dirigée par les Frères de l'instruction Chrétienne. Cette création n'eut pas de succès et l'on dut y renoncer. De --- Page 55 ---
— 52 — me une loi du 24 mars 1926 stipula que des cours normaux seraient annexés aux principales écoles de la
République dirigées par les Soeurs de St-Joseph de
Cluny et de la Sagesse afin de préparer des institutrices
pour les écoles de la République. Ecole Elie Dubois. — Une autre création heureuse de
cette époque c'est l'Ecole professionnelle Elie Dubois
créée pour préparer des jeunes filles à l'enseignement
primaire et à l'enseignement des professions manuelles. Maisons d'Ecoles.—Une loi fut votée affection dix pour cent de l'impôt sur le tabac à la création d'une
caisse pour la construction de maisons d'écoles et de
bâtiments nécessaires à l'enseignement public. C'est
avec les fonds de cette caisse que que furent batis le bureau
de l'Inspection scolaire de Port-au-Prince, l'Ecole Elie
Dubois, l'école primaire de la place Ste-Anne, etc. Cette
affection sur le tabac fut reprise plus tard par le gouvernement pour le Budget général.
votée affection dix pour cent de l'impôt sur le tabac à la création d'une
caisse pour la construction de maisons d'écoles et de
bâtiments nécessaires à l'enseignement public. C'est
avec les fonds de cette caisse que que furent batis le bureau
de l'Inspection scolaire de Port-au-Prince, l'Ecole Elie
Dubois, l'école primaire de la place Ste-Anne, etc. Cette
affection sur le tabac fut reprise plus tard par le gouvernement pour le Budget général. Enseignement Superieur. — Le ministre Gaston Dalencour forma le projet de transformer l'Ecole de Médecine en Faculté de Médecine. Il n'y réussit pas le gouvernement d'Oreste Zamor ayant dure moins d'un an. GOURVERNEMENTS DE S. DARTIGUNAVE ET DE LOUIS BORNO Après 1917 la qualite de l'enseignement primaire urbain est sensiblement améliorée à Port-au-Prince dans les écoles de filles par la nomination aux postes d'institutrices des élèves qui sortent diplômées de l'Ecole Normale. Il reste à étendre les bienfaits de cette école à la Province. Le ministre Dautes Bellegarde reprend l'idée de Thoby et signe un contrat avec le supérieur général des Frères pour la création danstoute la République « d'Ecoles nationales congréganistes » dirigéés par les Frères. Les appointements des professeurs et directeurs de ces écoles sont très superieurs à ceux des instituteurs des écoles haïtiennes. Ce Contrat fut voté par le Conseil d'État. Aussitot le gouvernement entreprend un grand programme de constructions scolaires qui
prit un développement extraordinaire sous le gouvernement de Louis orno et qui avait pour but de doter dee
bâtiments spacieux et confortable les « Ecoles nationales Congréganistes » tandis que que écoles haïtiennes
continuent à végéter dans de misérables immeubles. --- Page 56 ---
— 53 — Ce programme de constructions a déjà coûtée l'Etat
plus d'un million de gourdes. Mr Bellegarde a fait ouvrir en Août 1928 deux écoles
professionnelles annexées à l'Ecole des Sciences Appliquées : une école du Bâtiment et une école Industrielle. Enseignement Professionnel.— Les Américains tentent de s'emparer de notre enseignement sous le gouvernement de Borrio. Une loi de décembre 1922 crée au Département de
l'Agriculture un Service technique de l'Agriculture et
de l'enseignement professionnel, « considérant que le
but de l'enseignement rural est non seulement de former des citoyens conscients, mais encore de bons ouvriers agricoles, afin d'aider à augmenter le rendement
agricole et a en améliorer la qualité.» Six ans plus lard, le total des valeurs dépensées poulles écoles et les bâtiments dé ce service dépassait
1.240.000 gourdes. Le Budget dés deux Départements
de l'Agriculture et du Travail s'élevait à 2.792 000 gourdes, chiffre dépassant de un million celui du Département de l'Instruction Publique. Jusqu'à cette date, outre le bâtiment de Damien, le Service a ouvert 71 fermes écoles, et bâti des écoles professionnelles.
Ce fui l'affectation d'une valeur de 3 millions de gourdes à la construction de douze écoles industrielles à
Port-au-Prince qui alarma le public et le Clergé. — en
faisant craindre que l'Américain ne s'empare de tout
l'enseignement primaire urbain et rural, — et prépara
la formidable grève scolaire qui aida l'opposition nationale a renverser le gouvernement.
vert 71 fermes écoles, et bâti des écoles professionnelles.
Ce fui l'affectation d'une valeur de 3 millions de gourdes à la construction de douze écoles industrielles à
Port-au-Prince qui alarma le public et le Clergé. — en
faisant craindre que l'Américain ne s'empare de tout
l'enseignement primaire urbain et rural, — et prépara
la formidable grève scolaire qui aida l'opposition nationale a renverser le gouvernement. Malgré le gaspillage et les extravagances de ce Service, il reste qu'il est une création utile, qui rend déjà
des services, qui en rendra davantage et qui fait honneur à MM. Borno et Bouchereau. Ce Service engloba l'ancienne école secondaire dirigée par Mr Chancy, école J.B. Damier, aujourd'hui, et
l'école Elie Dubois. Enseignement Supérieur.— Les Américains refusent
systématiquement tous crédits à l'Ecole de Médecine et
la réduisent à sa plus simple expression, jusqu'au jour
où le gouvernement de Borno la leur livre et ta fait
passer sous la direction du Service d'Hygiène, souché
lui-même au Département de l'Intérieur. Aussitôt un bâtiment de 300.000 gourdes est construit et un matériel
est donné. Ici la transformation des conditions matérielles de --- Page 57 ---
— 54 — cet enseignement ne peut faire oublier que le refus de
toute amélioration a été systématique pendant toute la
durée du contrôle du Département de l'Instruction Publique. D'autre, part le gouvernement qui avait supprimé
toutes les bourses à l'étranger qu'il avait lui-même fondées, s'empressa d'accepter ou même de provoquer les
dons de bourses consentis par la fondation Rockefeller. Un curieux esprit de désorganisation, se montrait :
l'école de Droit sans qu'on pût justifier le changement
par une amélioration sérieuse de son état matériel était
enlevée au contrôle du Département de l'Instruction
Publique et placée sous celui du Département de la Justice en même temps que ses portes étaient ouvertes à
peu près à tous ceux qui voulaient s'inscrire. Cette mesure était injuste, car elle frustrait de leurs justes privilèges les Etudiants munis du certificat d'études Secondaires Classiques. Le seul avantage de ces changements fut de donner à cette Institution un local convenable : celui qui logeait autrefois le Sénat. L'Ecole des
Sciences Appliquées continuait à traîner une existence
misérable dénuée de laboratoire, de bibliothèques et
de matériel dans l'ancien Etablissement de la Fonderie
que lui avait donné le Général Nord Alexis. Une Ecole
Apostolique fut ouverte à la fin du Gouvernement de
Borno pour enseigner la théologie catholique aux jeunes Haïtiens et. former des prêtres indigènes. Un peu
avant, l'Eglise Protestante Episcopale avait ouvert un
Séminaire pour la préparation de ses pasteurs. Enseignement Secondaires— Sous le Gouvernement
de Dartiguenave, le Ministre Bellegarde accomplit une
réforme de l'Enseignement Secondaire qui ne fut pas
heureuse dans les applications quoique inspirée de
beaucoup d'idées justes. Il fit fermer les classes supérieures des Lycées de province jusqu'à la troisième inclusivement pour mieux organiser les classes élémentaires. Des bourses étaient mises à la disposition de
quelques élèves pour aller acheter leurs études au Lycée de Port-au-Prince.
seignement Secondaires— Sous le Gouvernement
de Dartiguenave, le Ministre Bellegarde accomplit une
réforme de l'Enseignement Secondaire qui ne fut pas
heureuse dans les applications quoique inspirée de
beaucoup d'idées justes. Il fit fermer les classes supérieures des Lycées de province jusqu'à la troisième inclusivement pour mieux organiser les classes élémentaires. Des bourses étaient mises à la disposition de
quelques élèves pour aller acheter leurs études au Lycée de Port-au-Prince. On prétendait qu'il était difficile de recruter en province des professeurs d'Enseignement Secondaire compétents. Cette mesure fut très impopulaire, et un de
ses principaux résultats au Cap fut le développement
subit du Collège congréganiste Notre-Dame du Perpétuel Secours. Borno fit fort, heureusement, rapporter --- Page 58 ---
— 55 — cette mesure. La création d'une charge de, Superintendant de l'Instruction Publique confiée à un fonctionnaire américain n'avait donné aucun résultat sérieux.
Ce fut Mr Bellegar de qui supprima cette fonction.
Nous pouvons caractériser l'Enseignement public à cette époque en reproduisant le passage d'un article de Mr Paul Barjon publié en 1916 : « A part les quatre ou cinq lycées de la République fonctionnant, souvent au petit bonheur, l'Enseignement Supérieur ( il
veut dire Secondaire) est uniquement aux mains des
Congréganistes. L'Enseignement laïque soutient peutêtre la concurrence quand il s'agit de l'instruction des
hommes, mais l'éducation de la jeune fille est presque
entièrement confiée aux religieuses des deux Congrégations qui vivent parmi nous. » Et dire qu'il y a des gens qui rêvent d'abolir la gratuité de l'Enseignement Secondaire, ce qui amérerait automatiquement la fermeture de nos lycées et ia Iremise de toute notre jeunesse intellectuelle aux Congrégations religieuses. Françaises. D'après une statistique du Département de l'Instruction .Publique, en 1921, on comptait 650 élèves pour les
six lycées de la République et 2592 élèves pour les
Etablissements Secondaires privés presque tous Congréganistes. On lisait dans un Rapport du Département que cet enseignement privé « est le plus vivant espoir
pour l'avenir intellectuel supérieur du pays. » GOUVERNEMENTS DE EUGÈNE ROY ET DE STÉNIO VINCENT Après la remise au Gouvernement Haïtien des grands
Services Publics dirigés par les Américains sous le
Président Vincent, le Service Technique fut morcelé
en Service National de la Production Agricole et de
l'Enseignement Rural et en Service National de l'Enseignement Professionnel. Le Gouvernement fit passer
sous la Direction du premier service les 471 écoles rurales existantes. Une Loi créa pour la première fois
un service particulier d'inspection des écoles rurales.
Un grand effort fut tait pour soutenir les 71 Fermesécoles organisées par Borno. On n'avait jamais auparavant rien fait de pareil pour l'Enseignement Rural.
L'Ecole Normale d'Instituteurs fut enfin ouverte. L'Ecole de Droit.ifut dé nouveau rattachée au Département
de l'Instruction Publique. Un contrat signé entre l'Etat
et la Direction de l'Ecole des Sciences Appliquées fit
passer celle-ci sous le contrôle du Département des
rurales.
Un grand effort fut tait pour soutenir les 71 Fermesécoles organisées par Borno. On n'avait jamais auparavant rien fait de pareil pour l'Enseignement Rural.
L'Ecole Normale d'Instituteurs fut enfin ouverte. L'Ecole de Droit.ifut dé nouveau rattachée au Département
de l'Instruction Publique. Un contrat signé entre l'Etat
et la Direction de l'Ecole des Sciences Appliquées fit
passer celle-ci sous le contrôle du Département des --- Page 59 ---
— 56 — Travaux Publics lui procurant ainsi quelques légères
améliorations matérielles. Cependant le Clergé catholique tenta une nouvelle
fois sa chance : Il ne lui suffisait pas d'avoir entre les
mains presque tout l'Enseignement Secondaire des garçons, presque tout l'Fnseignemeiit des filles ; il ne lui
suffisait pas que l'Enseignement Primaire fût presque
tout entier entre les mains des Frères, dans les villes,
que l'Ecole Elle Dubois,dirigée parles Religieuses belges fit une sourde concurrence à l'Ecole Normale d'Institutrices; que les prêtres s'introduisissent dans tous les
Etablissements d'enseignement public ou privé poulies cours d'instruction religieuse, dont les progammes
sont laissés à leur discrétion; il ne lui suffisait pas que
les écoles presbytérales soient de plus en plus nombreuses; il voulait avoir le monopole de l'Enseignement Rural avec ses possibilités indéfinies. Le Ministre
Alexandre Etienne signa avec l'Archevêque de
Port-au-Pririce un Accord qui mettait en péril
l'existence même du Service National de la Production Agricole et de l'Enseignement rural, accordait au clergé le droit d'ouvrir dans chaque diocèse, avec le Concours pécuniaire de l'Etat, une école
normale dégarçons et une école normale de filles et
donnait à peu près l'autonomie à cet enseignement rural congréganiste. Certaines difficultés et certaine résistance firent réfléchir le clergé. L'Accord fut soumis
aux Chambres qui eurent la faiblesse de le voter ENSEIGNEMENT PRIVE.—Pendant la période qui
va de 1915 à 1930 les établissements privés qui se sont
le plus signalés par leurs succès sont à L'Institution
de Mme Vve Auguste Paret, le Collège Louverture,
l'Institution Ste Philomène des Demoiselles Dupé, l'Etablissement d'Enseignement Secondaire de Mr. Viau,
l'Institut Tippenhauer à Port-au-Prince, l'école de Melie
Eugénie Pierre, aux Cayes. Nous voilà arrivé au ternie de notre étude. Nous n'avons pas pu exposer les programmes ni les discuter mais une idée se dégage de nos recherches ; c'est qu'il n'y a jusqu'ici, aucun plan d'éducation nationale; il n'y a que des programmes partiels et bornés. Dans une première période nous avons subi l'influence du système d'enseignement monitorial imaginé
par les Anglais ; puis nous avons crée des lycées, une
école de Médecine et une Ecole de Droit dirigés par
des haïtiens pour donner l'Enseignement Secondaire
pas pu exposer les programmes ni les discuter mais une idée se dégage de nos recherches ; c'est qu'il n'y a jusqu'ici, aucun plan d'éducation nationale; il n'y a que des programmes partiels et bornés. Dans une première période nous avons subi l'influence du système d'enseignement monitorial imaginé
par les Anglais ; puis nous avons crée des lycées, une
école de Médecine et une Ecole de Droit dirigés par
des haïtiens pour donner l'Enseignement Secondaire --- Page 60 ---
— 57 — et un embryon d'Enseignement Supérieur ; puis après
le Concordat nous voyons une abdication graduelle,
un effort conscient et inconscient pour livrer notre Enseignement Primaire, notre Enseignement Secondaire,
notre Enseignement rural et. Professionnel à des Congrégations religieuses étrangères. On a même pu enregistrer des tentatives d'un prélat pour faire passer le
lycée Pétion sous son contrôle, fermer l'Ecole de Médecine et en ouvrir une autre sous sa direction. Tout
cela est encouragé par l'insuffisant développement du
Haut Enseignement ou même son absence, puisqu'il
n'y a pas de Faculté des Sciences et des Lettres en
Haïti Cela facilité toutes les audaces. Quiconque a des
lectures peut se faire passer pour savant et aspirer
à imposer ses idées au pays. Un vaste travail d'organisation de l'Enseignement
National se proposé maintenant plus que jamais à la
bonne volonté et aux efforts de nos dirigeantsDr C. PRESSOIR PAR LE PROFESSEUR IGNACE URBAN
Tiré du IXe Vol. des Symbolae Antillatiae Tome I ( 1923-1928 ) Traduction de M. Emil-Zimmerman
revue par le Dr C. Pressoir.
VIIIème partie (suite) Laestodia (Comp.) Andes de l'Amérique australe, de
la Colombie au Pérou. L. domingensis, Artemisia
( Comp. ) Sur toute la terre. A. domingensis. Dans ma « Flora domingensis » sont enregistrées (en
excluant les espèces connues: seulement comme cultivées) 3000 plantes à fleurs, dont 983, ou 32,84 % sont
endémiques. --- Page 61 ---
— 58 — Grâce aux plantes recueillies par Ekman pendant l'été de 1917 dans la presqu'elle du sud-ouest d'Haïti, surtout dans le morne de la Hotte (déterminées par moi en 1921), grâce ensuite à la publication de quelques
ma « Flora domingensis » sont enregistrées (en
excluant les espèces connues: seulement comme cultivées) 3000 plantes à fleurs, dont 983, ou 32,84 % sont
endémiques. --- Page 61 ---
— 58 — Grâce aux plantes recueillies par Ekman pendant l'été de 1917 dans la presqu'elle du sud-ouest d'Haïti, surtout dans le morne de la Hotte (déterminées par moi en 1921), grâce ensuite à la publication de quelques autres espèces nouvelles, le nombre des espèces est monté à 3.088, celui des plantes endémiques à 1.048 ou 33,93 %, donc plus que Cuba, selon Guisebach. Cat. cub (1866) p. IV, en ce temps la déjà bien explorée qui pouvait présenter ses 2984 plantes à fleurs et ses 929 plantes endémiques. Parmi les 3088 Phanérogames 81 viennent des tropiques de l'Ancien monde ; 21 des tropiques du Nouveau
monde ; 8 de la région sous tropicale de l'Ancien le monde ; 9 sont des plantes d'ornement ou des plantes utiles
importées de l'Amérique du nord, du Japon, de la Chine ; 65 sont des herbes sauvages apportées avec des
marchandises de l'Europe. Ces 65 herbes sont avec très
peu d'exceptions, bornées à Haïti et sont d'une part
des reliques d'anciennes cultures françaises, d'autre
part des espèces venues d'Europe de notre temps avec
les semences introduites d'Europe. Ces herbes se trouvent surtout sur les terres cultivées des montagnes de
Kenskoff et de Furey.
Selon Mr W. Buch la température est de 8° celsius
plus basse qu'à la capitale ; en été elle tombe durant
la nuit à 12° et monte le midi quand il fait beau temps
à 22°—24°, mais baisse après les pluies souvent de telle
façon qu'il fait assez froid. La pluie vient au commeueement de mai, tombe en général l'après-midi ou le soir
une à deux fois par semaine, quelquefois plus souvent.
La première) période sèche commence vers la fin de
juin, la sécheresse de la St-Jean, qui dure tout le mois
de juillet. En août une période de pluies plus longue
commence, atteigant son maximum en septembre ; les
mois de décembre à mai sont secs. Le sol, fertile, est formé de latérite rouge, à laquelle
on donne là le nom de terre froide de signification contraire au mot terre chaude qui désigne ; une formation
calcaire peu fertile. Sur la terre cultivée croissent des artichauts, des
pommes de terre, des pois, des betteraves, des salades,
des choux, du cresson. A côté des légumes de l'Europe
on cultive aussi du maïs, de la patate, du manioc, mais
de préférence sur la terre froide qui en donne deux
récoltes par an. Le blé européen n'est pas cultivés Kenskoff et Furcy, dans les environs desquels le pin a pres-
calcaire peu fertile. Sur la terre cultivée croissent des artichauts, des
pommes de terre, des pois, des betteraves, des salades,
des choux, du cresson. A côté des légumes de l'Europe
on cultive aussi du maïs, de la patate, du manioc, mais
de préférence sur la terre froide qui en donne deux
récoltes par an. Le blé européen n'est pas cultivés Kenskoff et Furcy, dans les environs desquels le pin a pres- --- Page 62 ---
— 59 — que disparu depuis le cyclone de 1915, forment ainsi
le jardin de légumes de Port-au-Prince. Les pâturages s'étendent de 1200 à 1800m, des prairies avec Poa, Festuca, Silene, Sisymbriutn, Trifolium,
Pastinaca, Daucus, Myosotis, Leontodon, Taraxacum,
en foule. Mais c'est une chose surprenante que des
herbes sauvages de l'Europe se trouvent quelquefois
exclusivement dans les forêts ouvertes du morne la
Selle, où elles montent en partie jusqu'au sommet,
comme Cerastium giomeratum, Fragaria vesqa, Trifolium arvense, Vicia hirsuta, V. angustifolia. Géranium
rotundifolium. Euphoibia peplus, Anagallis Arvensis,
Brunella vulgaris, Veronica arvensis, Leucanthemum
vulgare, Senecio vulgaris. Aussi la fraise pousse là et près de Terlonge, du défilé
de Saltrou, et dans les environs de Campfranc, dans
la forêt de pins, en telle quantité qu'on peut aller à
cheval des heures et des heures sur des tapis de plants
de fraises. Dans la zone tempérée de la république Dominicaine
(1) on ne trouve pas ces herbes. Il n'y a pas là de grandes villes tout près et dans la
vallée deConstanza les paysans ne cultivent que des pommes de terre et des pois, mais énigmatique est l'existence là, en masse, de Mentha citrata sur les roches
de Rio del Medio et de Mentha nemorosa, près de Maniel de Ocoa sur des prés sablonneux et dans le fleuve
à une altitude de 300m. La dernière a été trouvée en
Haïti aussi par Ekman, sur la Hotte, à environ 1300m.
Les deux espèces se reproduisent seulement en chemin
végétatif (?) ( auf vegetativem Wege ) et ne se trouvent
dans les Antilles dans de pareils endroits qu'à Cuba
et à Portorico. Dans la liste suivante des herbes inutiles importées
on a ajouté les noms des Antilles où elles se trouvent
aussi : Anrdopogon hirtus
Setaria glauca Cuba
Jamaïque (1) Wie in (1er von spanischen Naclikoinuien bewohnten Republik Santo
Domingo, so ist auch auf den chemals spanischen Insein Cuba und Portorico
die zahi der aus Europa cingeschleppten Unkraüter ani fjerinfjsten ; von
den anderen Antillen hat nachst Haïti das englische Jamaïca die meisten ;
auch die franzosieschen Insein Guadeloupe und Martinique besitzen eine
{janze Reihe. --- Page 63 ---
— 60 — Arundo donax Bermudes Poa compressa Poa pratensis Poa annua Bermudes, Festuca myurus Rumex obtusifolius Rumex crispus Rumex acetosella
Chenopodium murale Bahamas, Antilles
Jamaïque Cuba, Jamaïque
Jamaïque, St-Eustache
Cuba, Jamaïque
Bermudes, Cuba, Jamaïque,
Porlo-Rico, Guadeloupe Jamaïque
Bahamas, Antilles, îles du
Venezuela Agrostem ma githago
Silene venosa
Silène gallica
Melandryum album
pratensis Poa annua Bermudes, Festuca myurus Rumex obtusifolius Rumex crispus Rumex acetosella
Chenopodium murale Bahamas, Antilles
Jamaïque Cuba, Jamaïque
Jamaïque, St-Eustache
Cuba, Jamaïque
Bermudes, Cuba, Jamaïque,
Porlo-Rico, Guadeloupe Jamaïque
Bahamas, Antilles, îles du
Venezuela Agrostem ma githago
Silene venosa
Silène gallica
Melandryum album Bemstium glomeratum ( Jamaïque ) Cerastium coespitosum Fumarîa muralis Bermudes Sisymbrium officinale var Iiocarpum.Bermudes
Brassica campestris forma auriculata
Rophanus sativus var, radicula
Naslurtium pyrenaicum
Cardamine impatiens Fragaria vesea
Medicago lupulina
Trifolium minus
Trifolium .repens
Trifolium arvenseVicia hirsuta
Vicia angustifolia
Vicia sativa Géranium rotundifolium
Géranium Robertianum
Linum humile
Mercurialis annua
Euphorbia peplus
Hypericum perforatumConium maculatum
Anethum graveolens
Pastinaca saliva
Heracleum sphondylium
Daucu.s carotta Jamaïque
Bermudes
Jamaïque
Bahamas, Jamaïque Guadeloupe Martinique
Bermudes, Jamaïque Antilles Bahamas, Jamaïque Antilles (à suivre) Le Gérant responsable, Dr C. PRESSOIR --- Page 64 ---If you use rasin.ai data or findings in your research, please cite us:
Chicago
"RSHHGG - Janvier 1935." Revue de la Société Haïtienne d'Histoire (1931–1935), 1935. Rasin.ai. https://rasin.ai/document/rshhgg-revue_bpt6k57965638.
BibTeX
@misc{rasin:doc:rshhgg-revue_bpt6k57965638, title = {RSHHGG - Janvier 1935}, year = {1935}, howpublished = {Rasin.ai, via Revue de la Société Haïtienne d'Histoire (1931–1935)}, url = {https://rasin.ai/document/rshhgg-revue_bpt6k57965638}, note = {Accessed 2026-03-24} }