--- Page 1 --- --- Page 2 ---
son 1
LAt I ED
3ohn Catr Broton. --- Page 3 ---
a
S --- Page 4 ---
XI --- Page 5 --- --- Page 6 --- --- Page 7 ---
-
&
V OYAGES
AU TOU R
DU M OND E,
ET
VERS LES DEUX POLES,
PAR TERRE ET PAR MER.
TOME PREMIER --- Page 8 ---
E --- Page 9 ---
VOY A G ES
AU TO U R
DU M OND E,
E T
VERS LES DEUX POLES,
PAR TERRE ET PAR MER,
Pendant les Années 1767 2 1768 1 2 1769 a
1770; 2 1771, 1773, 1774 & 1776.
Par M, DE PAGÈS, Capitaine des Vaiffeaux du
Roi, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint-Louis. 2 Correfpondant de l'Académie des
Sciences de Paris.
Ja
TOM E P R E MIE R.
NAN 0e
A PARIS,
Chez MOUTARD, Imprimeur-Libraire, rue des
Mathurins, No. 334.
L4s
T
M. DCC. LXXXIL --- Page 10 --- --- Page 11 ---
S
y
LETTRE
A M ONSIE UR
LE COMTE DE C..
MONSIEUR,
JE crains bien que vous ne m'ayey trop
flatté, & que cette bonne opinion que vous
m avez témoignée pour la Relation de mes
Voyages 2 ne foit uniquement l'efet de
votre amour pour le bien génèral, 8 de ce
zele patriotique dont vous êtes pénétré. Je
n'aurois jamais penfe d effayer mon fyle,
A iij. --- Page 12 ---
LETTRE
obfeur a moiqui fouvent me paroît
d mettre
môme, vous ne m'avien engagé & MM,
en ordre. C'eft vous
mes Journaux
déterminé. Le
le Comte de B. qui m'y avez
célebre
fufrage de cet homme de génie, fi
fon goft, par. fa précifion, 8 par ce
par
délicat & fublime dont il a tracé
pinceau THifoiré de la Nature - , ne pouvoit que
mais, MONSIEUR , vouloir
me feduire ;
. livre cette Relation au Public,
encore queje
exiger ? N'importe , je
n'efl-ce pas trop
tremblant: Yous
vous obéirai, quoigu'en
je n'eus jamais aucune prétenfaver que
n'ai jamais
tion au talent d'écrire ; que je
Pacquérir, 8 que tout ce que
rien fait pour
naivement les faits
je puis efl d'expofer
Mais le Public
tels qu'ils m'ont frappé.
voudra-t-il entrer comme vous, MONSIEUR,
& faire grace, en
dans ces confidérations,
d'un
de l'exadle vérité, au Hyle
faveur Militaire & d'un Marin qui a fi longerré dans des Pays incultes 8 fautemps
rendre Jes idées
vages, quti ne cherche qu'à
avec le moins ds confsfion qu'il peut s
naivement les faits
je puis efl d'expofer
Mais le Public
tels qu'ils m'ont frappé.
voudra-t-il entrer comme vous, MONSIEUR,
& faire grace, en
dans ces confidérations,
d'un
de l'exadle vérité, au Hyle
faveur Militaire & d'un Marin qui a fi longerré dans des Pays incultes 8 fautemps
rendre Jes idées
vages, quti ne cherche qu'à
avec le moins ds confsfion qu'il peut s --- Page 13 ---
LETTRE
n'ambitionnant de toutes les qualités litteraires que la clarté, peu foucieux de l'ornement ? Cet Ouvrage n'eft celui ni d'un
Littérateur, ni d'un Savant 1e 2 c'efl mon
ouvrage ; le fimple récit d'un Voyageur,
ami de 'Homme & de la Nature, qui ne
prétend point du tout au titre d'obfervateur
profond, mais à celui d'obfervateur fincere
& fenfible. Cette fenfibilité de moi ame fiur
certains faits & fiur certaines maeurs, m'arrachera quelquefois des réflexions qui auront. befoin d'indulgence. Peut-être en obtiendraije un peu du Lecteur, qui voudra
bien me ftivre avec intérêt dans des
voyages pénibles 2 entrepris dans Telpérance & par le défir d'étre utile d ma Patrie 6 de fatisfaire mon cceur.
Je vais repalfer en France; la continuation de la guerre me rappelle : ma fanté
s'eft un peu rétablie ici ; mais je vous
avoue que, , malgré le plaifir que j'aurai
de vous voir,je ne quitte pas Jans regret s
quoique ce ne foit que pour peu de temps S
mon agréable vallon des Baradaires. La
Aiv --- Page 14 ---
LETTRE
beauté de ce climat, & les bords agreftes
riviere conviennent mieux à mon
de ma
le tumulte de PEurope. Votre
humeur que
dédommager des
amitié feule peut me
plaifirs tranquilles de ma retraite.
J'ai Thonneur d'être, avec les fentimens
les plus finceres & les plus refpeclueux,
MONSIEUR,
Votre très - humble & trèsobéiffant ferviteur, PAGÈS.
De Saint-Domingue, au quartier des
Baralaires, 3 le IO Mai 1780. --- Page 15 ---
VOYA GE
AUTOUR
DU M OND E,
PAR TERRE ET PAR MER,
PREMIERE PARTIE
CONTENANT la relation du
par mers par la voie de
Yoyage par terre &
P'oueft J depuis la côte de
Franctsjefques a la ville de Batavia, dans
de Java, en traverfant "'Océan
PIRe
la mer du Sud, 6 PArchipel de la 3 Chine. P'Amérique 3
CHAPITRE P REMIE - R.
QUELS furene les motifs qui m'amenerent à SaintDomingue, & le poine de vue Jous lequel
j'envifageois mon voyage.
circonftances
Densmn
vues
relatives à mes
particulieres, & au fervice de la Marine,
suquel je fuis attaché, m'engagerent à former
traverfant "'Océan
PIRe
la mer du Sud, 6 PArchipel de la 3 Chine. P'Amérique 3
CHAPITRE P REMIE - R.
QUELS furene les motifs qui m'amenerent à SaintDomingue, & le poine de vue Jous lequel
j'envifageois mon voyage.
circonftances
Densmn
vues
relatives à mes
particulieres, & au fervice de la Marine,
suquel je fuis attaché, m'engagerent à former --- Page 16 ---
V Y A d E
IO
les Mers de PInde, & de
le projet de connoitre voie de l'Oueft; je me prom'y rendre par la
la Chine, & de
pofois enfuite de traverfer fur les côtes de
me rendre, par la Tartarie 2
étoit de
Mon objet
la mer de Kamchatca.
chercher le paffage du Nord, en parcourant
côtes du Nord. Les moyens que je comples
m'avoient paru aflez fimples;je
tois employer
& la maniere de
voulois connoitre les moeurs
adopter ces
vivre des Peuples du Nord,
ces Peuples
pour fuivre long-temps
mceurs 2
ainfi de vildans leurs courfes, & me porter bords de la mer; 5
lage en village le long des
cette route,
jen'aurois pasi manqué, en tenant le nord de la Sibéde trouver ce paffage vers
G
m'affurer de fon impofibilité,
rie, ou de
m'avoit conduit dans
la continuité des côtes
feconde parPAmérique
Septestrionale-Cene
n'a pu être remplie, parce
tie de mon projet
de me procurer les
qu'il m'a été impoflible traverfer la Chine.
moyens néceffaires pour lire Phiftoire d'un
Je n'avois jamais pu
contrées inconVoyageur parcourant des
des
fentir ému. Les conquêtes
nues 2 fans me
Indes ; les tentatives
Européens dans les deux
dans le nord-eft
des Ruffes
& les découvertes
des grandes entrede leur Empire; l'ambition
invincible
prifes, & fur - tout un penchant --- Page 17 ---
AUTOUR DU Mo: NDE,
II
pour les chofes qui pouvoient me rapprocher
de cette fimplicité primitive de la Nature fauvage, belle de fa propre beauté, telle queje
me la peignois lorfqu'elle fortit des mains du
Créateur, abforboient toutes les facultés de
mon ame. Je penfois que le défaut d'obftination & de patience, & que les befoins qu'entraîne néceffairement la façon de vivre de ces
hommes, qui, par leur rang & leurs lumieres,
peuvent feuls être employés à cette forte
d'entreprifes. 2 étoient les principaux obftacles
qui les rendoient fouvent inutiles. Je penfois
qu'une maniere de vivre dure., 2 & un travail
foutenu de beaucoup de conftance & de courage, me mettroient à portée de réuffir. J'avois d'ailleurs je ne fais quel preffentiment,
que plus les hommes font fimples & groffiers,
moins ils font mauvais, & qu'avec un caractere aifé, & une extrême fimplicité dans la
façon d'être, de vivre, 2 d'agir & de penfer,
on eft mieux reçu dans les Pays les plus barbares. qu'au centre des Villes les mieux policées, le fafte excitant nécefairement la cupidité, mere de l'avarice & de la méfiance,
Toutes ces raifons embelliffoient mon projet
à mes yeux, en faifoient difparoitre les difficultés,, me plongeant dans une forte d'ivisit,puvinrentimy affermir.
la
façon d'être, de vivre, 2 d'agir & de penfer,
on eft mieux reçu dans les Pays les plus barbares. qu'au centre des Villes les mieux policées, le fafte excitant nécefairement la cupidité, mere de l'avarice & de la méfiance,
Toutes ces raifons embelliffoient mon projet
à mes yeux, en faifoient difparoitre les difficultés,, me plongeant dans une forte d'ivisit,puvinrentimy affermir. --- Page 18 ---
V OY A G E
étoit la fituation de mon ame, lorfTelle
de
qu'en 1766 , mon fervice me conduifit Saint-DoRochefort fur les côtes de PIfe
Inle dont je ne parlerai point, parce
mingue 5
conduit & le pays même
que.la route qui y
font très-connus.
auxquels j'atdes obftacles
En conféquence de fuccès des Voyageurs, 3
tribuois le défaut maniere de vivre & de penje me formai une
moi. Je n'avois
fer fimple & nouvelle pour effet elle étoit la
difcernéjufques alors fien
pas
par force,
meilleure ; je ne l'adoptois ni que affez de crédit
n'ayant ni affez de fortune,
commodément un auffi long voyage
pourfaire
Nations fauvages ou très-peu
chez plufieurs
fouffrent impolicées, & chez d'autres 2 qui
mais dont
labord des Etrangers,
pariemment
les contrées. Je brufquai un
il falloit traverfer
némmoinstoutes
peu mon projet, en gardant relativement à
les mefures qu'il fut poflible, déterminé par
mon fervice; & comme j'étois
n'auroiene
des circonftances favorables, qui
réunir
très - difficilement en tout
pu fe
que tout autre lieu qu'au
en
Cap
autre temps &
trouvois alors 9 je pris
François où je me
fans héfiter plus long-remps.
mon parti,
fur un bateau François,
Je m'embarquai
attendant mes
allant à la Nouvelle-Orléans, --- Page 19 ---
AUTOUR DU MONDE.
fuccès de la Providence, de mon courage,.
de ma patience, d'une façon d'être la plus
fimple qu'il feroit poflible, & d'une vie dure,
dont l'habitude devoit me rendre plus fupportables les fatigues du voyage, & peut-être
le travail des mains auquel les circonftances
pourroient me forcer; je m'attendis à tout
pour n'être furpris de rien.
La Nouvelle-Orléans venant d'être cédée
à r'Efpagne, j'efpérois, qu'il ne me feroit pas
impoflible d'y trouver des reffources,. pour
traverfer, l'intervalle qui fe trouve depuis le
feuve Mifliffipi jufques au Rio bravo ou
Grande 2 qui fépare la Nouvelle-Efpagae de
la Louifiane, &. qui n'eft habitée que par des
Sauvages; cette diftance, quelque confidérable qu'elle dût être, ne mele paroiffoit pas
aflez pour s'oppofer à mon deffein, & je me
flattois de pénétrer dans la Nouvelle-Elpagne
par les frontieres, du nouveau Mexique.
trouve depuis le
feuve Mifliffipi jufques au Rio bravo ou
Grande 2 qui fépare la Nouvelle-Efpagae de
la Louifiane, &. qui n'eft habitée que par des
Sauvages; cette diftance, quelque confidérable qu'elle dût être, ne mele paroiffoit pas
aflez pour s'oppofer à mon deffein, & je me
flattois de pénétrer dans la Nouvelle-Elpagne
par les frontieres, du nouveau Mexique. --- Page 20 ---
VOxA G E
CHAPITRE II
Saint-Doningue d
TRAVERSÉE de lIfle
j'ai
que
la Nouvelle - Orléans ; féjour
fait dans cette Vilie.
mimes à la voile du Cap François ;
N ous
nous fimes route
LesoJuin le dernier de Juin 1767 ;
les vents
3767.
paffer dans le vieux canal, courions en
pour étant dans la partie de Peft : nous
Nous
dans Toueh-nord-oust.
conféquence
peu à peu de la terre, 2
nous doignimesenture
& nous pacplus du nord-ouelt;
nord du
en prenant
huit lieues dans le
sâmes à environ
Mole Saint Nicolas. même route, & avec les
Continuant la
peu aprèsla
de Vieurcanal lIle de mêmes vents, nous découvimes & en la prolongeant
guba.
côte de VIle de Cuba, des Mulas, pour aller
nous reconnàmes le cap Palumas & de fable 2
chercher les iflots des
Pentrée du vieux
forment du côté du large
avec certiqui
afin d'aller chercher
canal; mais
très-bas, nous avions
tude ces iflots qui (ont attention à reconnoitre
porté la plus grande des Mulas; car la contiparlaitement le cap
Plfle de Cuba ne fe
nuation de la côte de --- Page 21 ---
AUTOUR DU MoNsE,
I5
découvre que difficilement, & il faut un bon
Pilote pour l'accofter. Les Palumas reftent à
bâbord, & PIfle de fable à ftribord, en donnant dans ce canal. Ila près de cinq lieues
de largeur dans cette partie, & iInes s'élargit
confidérablement qu'après environ foixante
lieues de diftance.
Il eft formé, du côté du large, par une trainée de rochers, bancs & iflots, qui s'étendent
julques au canal de Bahama; & du côté de
l'Ile de Cuba, par plufieurs bancs ou rochers,
qui tiennent affez d'efpace pour que la terre
foit hors de vue.
Les vents continuoient à l'eft, petits, & ne
fe renvoyoient pas par brifes : les courans
portoient dans l'oueft; auffi nous débouqu.-.
mes très-heureufement quatre jours après. Je
fuis furpris que la plupart des vaiffeaux qui
ont à faire à l'oueft de ces parties, 2 s'expofent e
à une longue traverfée, & aux calmes qui
regnent fouvent dans le fud-oueft de PIfle de
Cuba, en prenant cette derniere route pour
éviter le paffage du vieux canal, qui - n'a rien
de dangereux lorfque l'on fait attention à fa
navigation. 3
Nous fimes enfuite route fur Matance,
montagne qui eft dans les terres à l'oueft de
la baie du même nom; fa cime s'éleve par-
'expofent e
à une longue traverfée, & aux calmes qui
regnent fouvent dans le fud-oueft de PIfle de
Cuba, en prenant cette derniere route pour
éviter le paffage du vieux canal, qui - n'a rien
de dangereux lorfque l'on fait attention à fa
navigation. 3
Nous fimes enfuite route fur Matance,
montagne qui eft dans les terres à l'oueft de
la baie du même nom; fa cime s'éleve par- --- Page 22 ---
Vov A G E
en forme de chadelfus les autres montagnes le Chapeau de Mapeau; auili T'appelle-t-on
aux Natance, & elle fert de reconnoiflance bientôt après la
vigateurs. Nous reconnâmes Ie de Cuba. GouHavane dans la même
enfuite dans la partie du nord-ouelt,
vernant
nous allions ainfi cher-
& éloignant la côie, des Tortues, qui font
cher la fonde des iflots de la Floride, & dans
dans le fud-oueft duCap
le fud à eux. Nous trouvâmes cinquante-deux mais
fond de fon & de gravier gris;
braffes,
à la diftance de cinq
dans leur fud fud-oueft hors 5 de vue, étant trèslicues, qui les mettoit
braffes, fond
bas, nous trouvâmes cinquante Ce fecond fond
de fon & de gravier noirâtre. de cette fonde.
eft la véritable reconnoiflance
coupet
Nous primes un peu de l'oueft, pour de la Flofinuofité formée par le golfe
la
bientôt la fonde. Nous
ride, & nous perdimes
vimes beaucalmes ; nous
eûmes quelques
étoient très-grofles, &
coup de dorades, qui
5 elles font
d'environ cinq pieds de longueur; belles coula variété de leurs
curieuies par
d'un inftant à l'autre.
leurs 2 qui changent des courans du canal de
Nous nous défiâmes
Bahama.
la force des coucaaaldobz- Il me parut Gingulier que
fud au nord,
asma.
rans du canal de Bahama,du
(gui --- Page 23 ---
AUTOU R DU MONDE.
(qui n'eft apparemment que l'effet des vents
alifés & du giffement des terres), fut plus confidérable, lorfque les vents du Nord étoient
plus forts. Je ne pus expliquer ce phénomene
qu'en fuppofant que les vents du Nord, lorfqu'ils deviennent plus violens, chaflent les
vagues avec force fur la traînée de roches &
de bancs qui s'étend dans l'eft-fud-eft, & les
font brifer en les élevant très-haut. Ces vagues
dépaffent ainfi les roches, & tombent dans
une mer calme, dont elles hauffent le niveau
au deffus de celui du large, & les eaux, en
reprenant leur niveau, produifent un courant
plusrapide qu'en temps calme ou de belle mer.
Les vents fraichirent, & nous allâmes cher- Fleuve de
cher la fonde entre la riviere de la Mobile & Midilipi.
labouche du fud-eft duf fleuve du Mififipi; elle
fut de quarante braffes, fond de vafe noire.
Nous fimes route én la confervant. On va la
chercher dans cette partie, parce qu'étant
alors dans le nord-eft des deux embouchures
du fud-eft & du fud, on fe trouve élevé aucourant de celle du fud-eft, & alors on dérive toujours, fuivant la fonde de vingt-cinq
à trente braffes jufques à la vue de la balife.
On la découvre de cinq lieues, & on mouille
à deux lieues de diftance dans fon nord-eft,
pour éviter la force du courant du feuve &
Tome 1,
B
, parce qu'étant
alors dans le nord-eft des deux embouchures
du fud-eft & du fud, on fe trouve élevé aucourant de celle du fud-eft, & alors on dérive toujours, fuivant la fonde de vingt-cinq
à trente braffes jufques à la vue de la balife.
On la découvre de cinq lieues, & on mouille
à deux lieues de diftance dans fon nord-eft,
pour éviter la force du courant du feuve &
Tome 1,
B --- Page 24 ---
V o Y A G E
eft -
de dérive. La fonde de la Mobile
les arbres
celle de la bouche du fud-eft
de vafe noire;
blanchâtre mélée de
du Mifhilipi, de vafe
trouvai en
grains de fable fin queje
vafe
quelques
& celle de la balife eftde
la mâchant,
mais fans fable. Si à
également blanchâtre,
les précautions
Tatterrage on ne prend point
d'être dé401 lindique ci-deffus, on rifque
Us
que. :
Ia bouche du fud'elt,& par
rivé au large par Peft - &c du fud de la grande em-
"les paffes de eft celle du'fid; on eft enfuite
bouchurey-qui le fud - oueft par les palles de
dérivé dans
embouchure du fud, &c
l'oueft de la même
du Milhilipi, qui fe
par la troilieme bouche
: alors les
jette à la mer dans le fud-oueft baie de St. Bernard,
courans portent dans la
fes
eft peu connue, & dangereu(e par
qui bancs de-fable &c par la côte qui eft 1515 noyée. :
embouchure du Aeuve, gui,
La grande
eft celle du fud, forme
comme je l'ai dit,
des iflots fouplufieurs palles, féparées par
Und'entre
lors des grandes eaux.
vent noyés
de la
: fitué dans la partie de Poueft
paffe
éux,
été
par les François,
du fud, avoit
occupé
pour 111 la fàreté
entretenoient une balife,
qui y
eft noyée. Les
de Patterrage à Ia côte qui
autre 3 à
venoient d'en occuper une
Elpagnols
dans le fud-eft; ils y avoient
Telt d'une pafle
entre
lors des grandes eaux.
vent noyés
de la
: fitué dans la partie de Poueft
paffe
éux,
été
par les François,
du fud, avoit
occupé
pour 111 la fàreté
entretenoient une balife,
qui y
eft noyée. Les
de Patterrage à Ia côte qui
autre 3 à
venoient d'en occuper une
Elpagnols
dans le fud-eft; ils y avoient
Telt d'une pafle --- Page 25 ---
AUTOUR -D U MONDE,
ct9
dreffé une batterie, élevé une balife, & y
entretenoient des Pilotes pour cette nouvelle
paffe, qui me parut plus commode que l'ancienne : en effet, les vaiffeaux venant pour la
plupart de la partie de l'eft, & les vents dépendant prefque toujours de cette partie, la
C route du hord-oueft eft plus commode
6 celle du nord. On fe trouve auffi moins dans que
le cas d'être dérivé dans l'oueft, vers la baie
de St. Bernard : les deux paffes font difficiles,
& il n'y aau plus dans celle ci que dix-buit
pieds d'eau,'e encore faut-il chenaler bien jafte
edans un courant très-rapide. Nous entrâmes
avec un Pilote.
Si-Je fus furpris de la beauté de ce fleuve,
-dont les eaux; fe mélantà la mer, ne perdent
:leur couleur blanchâtre & leur douceur qu?à
deux ou troislieuesau large; ellés font encore
reffentir à Cette diftance la force de leur courant, qui charie fréquemment de gros arbres
déracinés, dont l'abord eft redoutable aux
Navigateurs.
Cesarbres, reftant fouvent traverfés & embarraffés dans le lit du fleuve, s'accumulent
par la fuite, & forment des digues au courant; mais leur mugiflement fe fait entendre
à une aflez grande diftance, & avertit de s'en
méfier, Le cours libre & aflez régulier de Ce
B ij --- Page 26 ---
Vo Y A G E
de deux lieues & demie
feuve eft au moins
faifant regonfler les
par heure. Cette rapidité
dans certaines
eaux vers les bords, fait que diredion contraire
parties elles prennent une
de ces efà celle du milieu. Nous profitions cela, nous repeces de remous; mais, malgré le vent étant foible,
montions très-lentement, d'autres éndroits.
& le courant très-rapide en
par une
étoit augmentée
Notre impatience
& de mouprodigieufe de coufins.
les
quantité ches, dont la pigûre eft infupportable; de
feuve ne font formés que
bords de ce
couvertes de
terres noyées, marécageufes, à engendrer
rofeaux, & qui font très-propres la Nature fe plaife
infe@tes. 11 femble que
ces
& à rendre leur piqûre cuià les multiplier, différentes efpeces de douleurs,
fante, & de
qui eft très- confidérable
fuivant leur variété,
& la couléur dans
pour la forme, la groffeur animaux. La vue
Pune & P'autre efpèce de ces rofeaux toujours
de Pimmenfe étendue de ces
font ontrès-haut, & que les vents
verts,
fournir un coup-d'oeil agréadoyer, pourroit
qu'ils renferment des
ble, fi on ne favoit pas Pendant la chaleur du
hôtes fi mal-faifans. incommodes font une efpece
jour, les plus
frappe d'abord,quir ine
de mouches, nommées
dans le même infmanquent jamais de piquer
efpèce de ces rofeaux toujours
de Pimmenfe étendue de ces
font ontrès-haut, & que les vents
verts,
fournir un coup-d'oeil agréadoyer, pourroit
qu'ils renferment des
ble, fi on ne favoit pas Pendant la chaleur du
hôtes fi mal-faifans. incommodes font une efpece
jour, les plus
frappe d'abord,quir ine
de mouches, nommées
dans le même infmanquent jamais de piquer --- Page 27 ---
AUTOUR DU MONDE.
tant qu'elles fe pofent, mais fi vivement que
le fang coule tout de fuite; c'eft ce qui leur
a fait donner ce nom. La fraicheur des approches de la nuit fait retirer ces mouches, auxquelles fuccedent des nuées de coufins, mouftiqs & autres. Il In'ya qu'une très-épaiffe fumée
qui puiffe les faire fuir; c'eft le feul remede
à leur importunité, & c'eft celui dont ufent
les habitans de la Louiliane.
A environ dix lieues de l'embouchure du huitres. Marais aux
Miffiffipi, eft la féparation de la branche du
fleuve forme la bouche du fud-eft. Un peu'
qui fur la même rive, nous vimes le I
plus haut,
font d'une
bayon ou marais aux huitres, qui y
groffeur prodigieufe, & dont P'écaille fert à
faire la chaux 9 n'y ayant pas de pierre
dans ce pays. Ces bords marécageux, de
même que tous ceux de la côte, fervent de
retraite à une grande quantité d'oifeaux de
marais de toute forte. Ils font fi gras, qu'ils
ont excité Pinduftrie des Habitans laborieux
de la Nouvelle-Orléans, pour en extraire la
graille ou P'huile, qui fait une petite branche
de commerçe.
A quinzelieues del'embouchure, nous trou- plaquemines. Fruit des
vâmes le détour des Plaquemines, ainfi nommé d'un fruit fauvage qui eft affez bon. Le
terrein commence à s'élever au deffus des
Biij
Ils font fi gras, qu'ils
ont excité Pinduftrie des Habitans laborieux
de la Nouvelle-Orléans, pour en extraire la
graille ou P'huile, qui fait une petite branche
de commerçe.
A quinzelieues del'embouchure, nous trou- plaquemines. Fruit des
vâmes le détour des Plaquemines, ainfi nommé d'un fruit fauvage qui eft affez bon. Le
terrein commence à s'élever au deffus des
Biij --- Page 28 ---
V 0 Y A G E
22 Le feuve eft bordé de gros arbres, hauts
eaux.
étant entremélés de beau-
&c majeftueux, qui, forment un bois touffu.
coup d'arbriffeaux, dans le bois, le fol couvert:
En s'enfonçant
d'aflez jolies
de feuillages pourris, préfente
barrées
promenades, lorfqu'elles ne font pas
des
des arbres tombés par vétufté, ou par
par:
s'écouler; les cimes
mares dont l'eau ne peut
foleil,
touffues des arbres, impénétrables au
Les
entretiennent une ombre perpétuelle.
y
flattent la vue par
cygnes & les cardinaux
derniers
leurs couleurs, & le ramage de ces
ne le cede point à celui des oifeaux d'Europe, dans fes
Le Aeuve fournit abondamment, ou autres
coudes ou fes recoins, des canards
à la
oifeaux bons à manger; lon y pêche
diverfes efpeces de gros poilfons, enr
ligne des barbues & des poiffons armés. Les
tr'autres
les prémiers ont à la
défenfes pointues que & dont les feconds ont
tête & à la queue,
faire repentic
tout le corps couvert, peuvent
vivale Pecheur imprudent de fa trop grande de
cité; leur piqûre eft fuivie du gonflement
la - partie piquée.
un orage
vio- Il nous furvint, dans ce détour,
à
Orage
mouillés & amarrés
leate
fi violent 2 qu'étant rompit, & nous fàmes
un arbre, notre amarre bord du fleuve avec notre
enlevés verslautre
à la queue,
faire repentic
tout le corps couvert, peuvent
vivale Pecheur imprudent de fa trop grande de
cité; leur piqûre eft fuivie du gonflement
la - partie piquée.
un orage
vio- Il nous furvint, dans ce détour,
à
Orage
mouillés & amarrés
leate
fi violent 2 qu'étant rompit, & nous fàmes
un arbre, notre amarre bord du fleuve avec notre
enlevés verslautre --- Page 29 ---
AUTOUR DU MONDE.
ancre qui avoit perdu fond. L'orage calfa
notre mât de hune, qui n'avoit qu'environ
deux pouces & demi de diametre, & étoit 1e
tres-court, mais, à la vérité, fans auban ni
étai, notre bateau n'étant que d'environ foixante tonneaux : il n'avoit qu'un guidon d'environ trois pieds de longueur. Ce mât n'oppofoit par conféquent d'autre refiftance au vent,
que ce guidon & fa folidité. On amarre les
bâtimens aux arbres des bords, parce quefil'on
mouilloit, on rifqueroit de perdre fes ancres. 2
prifes au fond dans quelque arbre envafé.
Nous commençâmes bientôt à trouver des Habitations
& culture,
habitations & des plantations de riz & de
mais. L'on ne feme guere du riz que dans les
endroits où les terres, qui n'ayant qu'un ou
deux pieds d'élévation fuf le niveau de l'eau,
peuvent laiffer paflage à des canaux qui arrofent les champs. Quant au mais, on en feme
dans toue-la'Louilfiane; mais la récolte n'en
eft nulle part fi belle & fi abondante qu'ici.
Les maifons de ces habitations font affez
agréables : on-les conftruit à quelques pieds
d'élévation de terre, pour fe garantir :
de Phumidité & des ferpens, 2 ou autres animaux venimeux, qui n'y font cependant pas dangereux. Le plancher eft formé par de gros arbres
équarris, joints les uns aux autres, & foutenus
B iv
ilfiane; mais la récolte n'en
eft nulle part fi belle & fi abondante qu'ici.
Les maifons de ces habitations font affez
agréables : on-les conftruit à quelques pieds
d'élévation de terre, pour fe garantir :
de Phumidité & des ferpens, 2 ou autres animaux venimeux, qui n'y font cependant pas dangereux. Le plancher eft formé par de gros arbres
équarris, joints les uns aux autres, & foutenus
B iv --- Page 30 ---
V 0 Y A G E
& des piliers; d'autres piliers, >
par des poutres foutiennent le corps du bâplantés en terre,
faces, & une galerie à
timent 2 qui a quatre font dans le milieu.
chacune : les chambres
d'efCes maifons n'ont qu'un étage, couvert
deb bois de cyprès
fentes ou de petites planches
coupées, attachées & rangées
très-minces, ardoifes d'Europe. Chaque maifon
comme nos
qui peut
eft au milieu de fa petite plantation, eft
avoir deux cents pas en carré, & qui
placée fur le bord de l'eau. Les meilleurs arbres
occupoient cet efpace avant le défrichequi
fervià conftruire Thabitation, ou
ment, ont
On met le
à faire des barrieres aux champs. de les couéviter la peine
feu au refte, pour
mais dans les plantaper & de les enlever;
reftent encore en
tions récentes, les troncs
les
vu le grand travail néceflaire pour
terre,
& les emporter. Ils ne fe détruifent
déraciner
la féchereffe & la pourriqu'à la longue, par
ture qui en font périr les reftes. trouvâmes
A huit lieues plus haut, nous
Ditour aux
& à cinq lieues de la,
Anglois., & le détour aux Anglois,
Vilic de In
le 28 de Juillet vis-à-vis
Nouvelle-Or- nous mouillâmes
ville eft diflans.
de la Nouvelle Orléans. Cette
comd'une lieue par terre, d'un lac qui
tante
dela Mobile, cédées
munique aux poffefions
trente lieues
Elle eft à environ
à PAngleterre. --- Page 31 ---
AUTOUR DU MONDE.
de Pembouchure du fleuve, dont les bords
font cultivés & très-habités depuis trois ou
lieues au deffus du détour des Plaquemines. quatre Elle eft affez bien bâtie en brique; le
quai eft large & vafte, les rues propres & -
grandes, & les maifons du Roi font belles;
elle eft médiocrement peuplée. Les habitans
font d'un beau fang, d'une taille robufte, &
d'un caraêtere mâle & gai. Cette ville n'eft
la réfidence fixe que de Marchands & d'Ouvriers de toute efpece, de la garnifon & des
Officiers du Gouvernement. Les Colons, qui
font adonnés à la culture de leurs habitations,
& ceux qui font établis au loin, à caufe de
leur commerce avec les Sauvages, n'y rélident
dans les intervalles de leur travail &. de
que
leur traite.
admirer le courage des Caradtere &
On ne peut trop
indufirie des
Habitans de la Louiliane, qui, embraffant la Habitans.
vie des Sauvages par le défir de faire fortune,
prennent même leurs vêtemens , & ferlivrent
aux travaux les plus pénibles 2 pour un
profit fouvent peu confidérable. Les uns vont
errer vers le bord de la mer, pour faire de
Thuile avec les oifeaux de marais; les autres
s'avancent à quatre ou cinq cents lieues dans
les terres, pour chaffer l'ours, le chevreuil
ou le boeuf Illinois, dont ils rapportent des
ant la Habitans.
vie des Sauvages par le défir de faire fortune,
prennent même leurs vêtemens , & ferlivrent
aux travaux les plus pénibles 2 pour un
profit fouvent peu confidérable. Les uns vont
errer vers le bord de la mer, pour faire de
Thuile avec les oifeaux de marais; les autres
s'avancent à quatre ou cinq cents lieues dans
les terres, pour chaffer l'ours, le chevreuil
ou le boeuf Illinois, dont ils rapportent des --- Page 32 ---
. V O y A G E
péaux, del la grai(le & des viandes boucanées;
d'autres s'enfoncent dans les forêts, pour travailler! le bois de cedre, de cyprès & d'érable,
dont cette Colonie fait un grand commerce
tranfaux Ifles de PAmérique; quelques-uns mêmes
portent par mer ces produations aux
de
Ifles,. & en rapportent des marchandifes
traite ou d'autre commerce; d'autres enfin,
tranfporter ces mêmes marchandifes à
pour ou cinq cents lieues dans les terres,
quatre
de yaincre àl la rame un courant
entreprennent
cette diftance. Dans leurs
très-rapide pendant
que
courfes par terre, ils ne mangent jamais vête1a viande de leur chaffe, & n'ont pour de
mentqu'une chemife flottante, & unebande
drap à la ceinture, Ils font tous leurs voyages
& fe fervent de pirogues ou arbres
par eau,
tranfporter leur familleaux lieux
creufés, de leur chafle pour ou de leur traite. Lorfqu'ils Y
: cabane de branches, enfort rendus, une
: quelduite de limon, fait toutleurlogement leur induftrie à
gues-uns d'entre eux mettent
dont les
des arbres, nommés ciriers,
Arbre nom- chercher
de
qu'on
mécirier.
branches donnent
la cire,
petites extrait de la facon fuivante par une efpece de
branches affez
leffive. Ila coupent ces petites cuvier fur une
menu, & les mettent dans un
dif
d'échafaudage qui laille quelque
efpece --- Page 33 ---
AUTOUR D U Mo N D E.
tance entre elles & le fond; ils verfent deffus
une leffive qu'ils laiffent couler environ deux
jours; les parties graffes de ces branches fe
féparent infenliblement & tombent au fond
du cuvier, ou elles forment un fédiment, qui,
lorfqu'il eft refroidi, donne un pain de cire
verdâtre, allez confiftant, fervant enfuite à
faire des bougies. Tousces exereiceslesrendent
robuftes & bien faits, & entretiennent leurs
çorps & leur eprit au courage & au travail
dont ils viennent fe délaffer à la Ville, après
ayoir rempli leur objet.
Je m'y délaffai auffi des fatigues que notre route Avis de fur la la
petite traverfée depuis le Cap François 2 Nouvelle-Efm'avois occalionnées par le nouveau genre pagne,8cme- tifs de mor
de vie que j'avois embraffé. J'avois tàché, 2 terre. voyage par
malgré mon peu d'ufage, de prendre ma
part des travaux du bord, pour commencer'
àm'habituer aux peines de corps. Je pris toutes
les informations que je pus me procurer,
fur la poflibilité de me rendre par terre à la
Nouvelle-E/pagne. Ayant appris que le derpier établifement de chaffe François, chez
les Sauvages du nord-oueft, nommés Nachitoches, n'étoit éloigné que de fept lieues du
premier polte Efpaguol, chez les Sauvages
nommés les Adacs, je hafardai d'entreprendie
ce voyage,
de corps. Je pris toutes
les informations que je pus me procurer,
fur la poflibilité de me rendre par terre à la
Nouvelle-E/pagne. Ayant appris que le derpier établifement de chaffe François, chez
les Sauvages du nord-oueft, nommés Nachitoches, n'étoit éloigné que de fept lieues du
premier polte Efpaguol, chez les Sauvages
nommés les Adacs, je hafardai d'entreprendie
ce voyage, --- Page 34 ---
V O Y A G E
à admirer la beauté
Courage 2 Je paffai mon temps
fois,
vêtemens, & de ce
& je vis, pour la premiere
indufhric des
pays,
nous nommons SauSauvagcs. de ces hommes que
firent croire qu'ils
vages. Leurs manieres me
n'en avoient que le nom, & que nous ne
donné qu'à caufe de leurs
le leur avions
de vivre
moeurs Gimples, & de leur maniere
dure que la nôtre: j'admirois fur tout ce
plus
férénité qu'ils confervent
flegme & cette
vif ou
toujours, ne prenant pas cet intérêt
au bon ou au
inquiet que nous prenons les belles formes
mauvais fuccès. L'attrait que
avec
me faifoit examiner
ont pour nous 2
deux fexes, dont les
attention celles des
& de couleur
mufcles nerveux, fans graiffe,
rougeâtre, fixoient mes regards.
de maron
faffe la partie la plus intéQuoique la figure
moins de
reffante de Thomme, je prenois
celle des Indiens fauvages,
plaifir à examiner
robufte de leur
la beauté & la tournure
que
de leurs cuiffes & de leurs jambes; je
corps,
fur-tout à confidérer dans les
me plaifois deux filets de chair ferme qui
hommes ces
du,dos, &
font des deux côtés de lépine
forme
dans leur état naturel, ont une
qui,
Les femmes ont la gorge peu
remarquable. mais ferme & rebondie, & elles
confidérable, ordinairement une rofe autour du
deffinent --- Page 35 ---
AUTOUR DU MONDE.
mamelon avec de la poudre à tirer. Les uns
& les autres ont la figure matérielle, mais
point inepte : leurs cheveux font rudes &
coupés à quatre doigts de longueur; leur
front eft ceint d'un bandeau de raflades,
ou grenats de verre : ils portent une large
écharpe de la même matiere, & les femmes
ont les bras & les jambes ornés d'une égale
bande de raffades. Les hommes ont la ceina
ture couverte de peaux de chevreuil ou de
bandes de drap qu'ils paffent entre 6 leurs
cuiffes, & les femmes font également couvertes de peaux ou de pieces de drap plus
longues, & Aottantes jufques à mi-cuilfe;
ils ont de plus, pour fe garantir du froid,
de grandes peaux 2 & dès couvertures qui
les enveloppent exactement, lorfqu'ils font
accroupis.
Ces Sauvages viennent à la Nouvelle - Orléans, pour fe pourvoir d'un fuperflu dont
nous leur avons appris l'ufage, & ils l'achetent avec leurs volailles, leur chafle &c. leur
C pêchc. J'achetai de leur poiffon, qui étoit
affez groffiérement apprèté, mais de maniere
à fe conferver. Ils en font calciner la
ficie fous la braife, en forte qu'eile
AERES
comme un charbon, & lintérieur, privé
d'une abondance de fuc qui pourroit fe cor:
nous leur avons appris l'ufage, & ils l'achetent avec leurs volailles, leur chafle &c. leur
C pêchc. J'achetai de leur poiffon, qui étoit
affez groffiérement apprèté, mais de maniere
à fe conferver. Ils en font calciner la
ficie fous la braife, en forte qu'eile
AERES
comme un charbon, & lintérieur, privé
d'une abondance de fuc qui pourroit fe cor: --- Page 36 ---
V 0 Y A G E
so
défendu de Pair extérieur, impéné. affez
rompre, à la calcination, 2 fe conferve
trable
Jong-temps.
CHAPITRE IFL
Fleuve du Miipi & la
ROUTE par le
la NouvelleRiviere rouge 3 depuis
& mon
a Nachitoches,
Orléans jufques
fejour dans ce lieu.
P à
mon féjour à la Nouvellé-Oiléans, de
Désaredet la ENDANT de fix jours, un Négociant
Nouvelle-Or léanspourNa. qui ne fut que
une pirogue de cing
ehitoches. cette Ville fit équiper de traite, pour les
avirons en mmatchiandifes des Nachitoches: s;
Indiens Sauvages des parties
étant embar-
& m'y
je faifis cette occafion; Cette
avoit
Le4 d'Aed:
partisle 4 d'Août.
pirogue fur
1767.
qué,je trente-cing pieds de longueur aller
environ
elle étoit faite pour
quatre de largeurs
elle étoit for-,
légérement & bien gouverner; creufé; il y avoit à
mée d'un feul gros arbre
relevé de deux
l'avant un excédent de bois,
entr'ouen forme de coquille
pieds au moins,
étoit taillé très-fin, pour
verte; cet excédent
des chutes, &
qu'il pât écarter l'eau au pied
fans rifque
fendrele courant en les remontant, --- Page 37 ---
AUTOUR bU M'ONDE.
d'être fubmergé. Nous étions huit hommes
'en tout, favoir cinq rameurs, 2 dont deux
Negres, un Canadien qui venoit d'arriver de
fon pays par les terres, & déux Matelots qui.
furent enfuite remplacés par deux Sauvages 3
Te Patrondela pirogue, le Proprictaire, & moi. -
La rapidité du courant, augmentée par. la
quantite d'embarras qu'on rencontre, 4 ne nous
permettoit de faire que quatre 18
lieués par jour.
L'on appelle embarras un ou pluGeurs arbrès
de dérive, dort les branches s'embarraffent
"dans la vafe au fond ou'desbords du feuve;
isTont ordinairement en travers du courant,
& ils y forment une elpece de digue, qui,
changeant fa' direction, Tai donne pltis de rapidité, ce qui rend la' navigation dangerenfe,
"à'caufe des branchés ou
-
tronçons'ur lefquels
on rifque d'échouer & de refter. :
Les. deux bords du fleuve font très - bien
cultivés en mais-& en indigo; its abondent
"en' arbres fruitiers, fur-tout ren pechers. Ees
déftichemens me parutent Blus réguliers; ils
s'étendent plus avant dans le bois que ceux
que nous avions vus avant d'arriver-à la ville.
Je vis fur le bord -du feuve d'affez bellés
"maifons de campagne, &"des beaux jardins,
letout appartenant tàdes Colors François. A
quelques lietiés de la Ville, on . trouve une
indigo; its abondent
"en' arbres fruitiers, fur-tout ren pechers. Ees
déftichemens me parutent Blus réguliers; ils
s'étendent plus avant dans le bois que ceux
que nous avions vus avant d'arriver-à la ville.
Je vis fur le bord -du feuve d'affez bellés
"maifons de campagne, &"des beaux jardins,
letout appartenant tàdes Colors François. A
quelques lietiés de la Ville, on . trouve une --- Page 38 ---
V O Y A G E
d'Allemands, qui, pour le moins, ne
colonie
des François. il y
cedent en rien à l'induftrie
a.enfuite deux quartiers d'Acadiens réfugiés,
n'ont ni la
qui, étant les derniers établis,
les
même aifance, ni la même culture que
Ces Peuplades font enfin terminées
Bornes dela premiers.
un canal qui commuLouifiane. fur. Ia rive gauche, par
c'eft là que fe ternique au lac Ponchartrain; qui eft formée par
mine PIle de la Louifiane,
le Aeuve, le canal, le lac Poncharla mer,
dela Mobile. L'on compte
train, & les rivieres
lieues de diftance de cet endroit juftrente
& cet efpace eft
ques à la Nouvelle-Orléans,
d'éloientiérement bordé d'habitations,à peu
les unes des autres (1).
gnement
enfuite, fur la rive gauNous trouvâmes
villages d'Indiens Sauvages, 2
che, quelques
poffédoient fur le bord de cc canal le
(1) Les François les
venoient aufi d'en confFort de Manchac, & Angleis
du terrein
truire un fur la rive oppolée, au commencement
dela rive gauche du Miffiffipi, qui leur arpartient depuisla
nouvelle ccffion. Ce canal communique parle Floride Miffifipiavec leut
& celui-ci baigne la
qui
lel lac Ponchartrain, auffi. La liberté de. la navigation du feuve, quis'
appartient
borde T'oueft des poffefions de
depuis le Canada jufqu'ici, leur ayant été cédéc, ils en prola Nouvelle-Angleterte, leur commerce chez les Sauvages de
fitoient pour établir
& pour fc ménager paur-étre
l'oueft de toutes ces partics, érenducs vers lc Mexique.
des voies & des vues plus
nommés
l lac Ponchartrain, auffi. La liberté de. la navigation du feuve, quis'
appartient
borde T'oueft des poffefions de
depuis le Canada jufqu'ici, leur ayant été cédéc, ils en prola Nouvelle-Angleterte, leur commerce chez les Sauvages de
fitoient pour établir
& pour fc ménager paur-étre
l'oueft de toutes ces partics, érenducs vers lc Mexique.
des voies & des vues plus
nommés --- Page 39 ---
AUTOUR DU Mo N D E.
nommés Chada S Tounica, d'où étoient ceux
que j'avois vus à la Nouvelle-Orléans. A quelque diftance, fur la rive droite, eft la féparation d'une branche du fleuve qui fe jette à
la mer dans le fud-oueft; on voit auffi quelques habitations fur cette rive:
Quelques jours après, nous arrivâmes à un
Etabliffer
ment Franétabliffement François confidérable 5 nommé çois,, nommé
la Pointe coupée; il eft fitué fur la mêmerive la ptc. Pointesow
droite. Le tabac eft la feule produéion qui
s'y trouve de plus qu'à la Louifiane 5 8c, à
cela près 5 la qualité du fol & la forme des
maifons font les mêmes. Les Habitans ont les
mêmes moeurs qu'à la Nouvelle-Orléans, eXcepté qu'ils ont un peu plus de rufticité; car,
quoiqu'ils foient bien vêrus dans les jours de
cérémonie 2 ils font habillés ordinairement
comme les chafleurs avec une fimple chemife 7
fans' culotte, & couverts feulement à la cein.
ture d'un morceau de drap. Les femmes font,
dans Pintérieur de leur ménage, fans chemife,
les épaules & le fein nus 2 n'ayant qu'une
fimple jupe pour vêtement. Ce lieu', bien &
agréablement peuplé, eft voifin de plufieurs
lacs qui conduifent aux Aperouffa, autre établiffement François dans loueft de celui-ci.
Un peu plus haut, & à l'autre-bord du fleuve, Relâche à
un village de
eft un village de Sauvages, qui, comme tous Sauyages.
Tome 1.
C
, fans chemife,
les épaules & le fein nus 2 n'ayant qu'une
fimple jupe pour vêtement. Ce lieu', bien &
agréablement peuplé, eft voifin de plufieurs
lacs qui conduifent aux Aperouffa, autre établiffement François dans loueft de celui-ci.
Un peu plus haut, & à l'autre-bord du fleuve, Relâche à
un village de
eft un village de Sauvages, qui, comme tous Sauyages.
Tome 1.
C --- Page 40 ---
Vox AG, E
ont quele nom. Ils
ceux de ces contrées,n'en
de même
fe fervent de fufils & de caffe-tètes,
nous avions déjà vus.
que ceux que
T'été du fruit & du
Leur traIls cultivent pendant
dont ils
vail,leur ca-
& Phiver ils vont à la chaffe,
radtcre.
mais,
& dont ils vendent le fuperfu
fe nourriffent
travailler;
Ils fe louent pour
aux Européens.
étant tombés malades,
& deux de nos rameurs
Sauvages.
nous les remplaçâmes par deux ils fe laiffent
Pour marquer leur deuil, 2
-
ont 1 I excepté ce cas)
croitre la barbe, 2 qu'ils
d'ailleurs trèsgrand foin d'arracher, en ayant
deux
menton feulement, & d'environd
peu,au
J'ai remarqué aux Philiplignes de longueur.
& rareté de
pines à peu près la même efpece eft de même chez
barbe, & je crois qu'il en
n'ont point
les Peuples des Pays chauds, qui
leur fang avec les Habitans des Pays
snélangé
fur les tomfroids. Ces Sauvages vont pleurer venoit de
beaux de leurs proches 3 un d'eux
& laiffoit croitre fa nouvelle
perdre fa femme,
Il s'étoit
de fa fenfibilité.
barbe pour marque
des lieux qui
engagé avec nous pour quitter venoit de faire:
lui retraçoient la perte, qu'il
laiffer
s'étant éloigné de nous. pour
un jour,
libre cours à fa douleur 9 qui paroiffoit
un
il nous donna lieu de remarquer
profonde,
fa fille, âgée d'enqu'ayant vu inopinément
& laiffoit croitre fa nouvelle
perdre fa femme,
Il s'étoit
de fa fenfibilité.
barbe pour marque
des lieux qui
engagé avec nous pour quitter venoit de faire:
lui retraçoient la perte, qu'il
laiffer
s'étant éloigné de nous. pour
un jour,
libre cours à fa douleur 9 qui paroiffoit
un
il nous donna lieu de remarquer
profonde,
fa fille, âgée d'enqu'ayant vu inopinément --- Page 41 ---
AUTOUR D U MOND E.
viron douze ans, qui nageoit avec fes compagnes dans le fleuve, il en détourna fa vue
en verfant des larmes ; la petite Sauvagefle
s'en étant apperçue 1 ceffa fon amufement,
tomba dans la trilteffe, & alla fe renfermer
dans fa cabane. J'obfervai que les deux fexes
nageoient très-bien 9 & non comme nous, 2
mais à braffée feulement, en s'élançant avec
force, & battant l'eau des pieds & des mains.
L'autre Sauvage que nous avions loué étoit
jeune, & avoit une jeune femme qui fe féparoitdeluiavec regret. Nous craignimes qu'elle
ne le diffuadât de fon voyage, 2 & ce ne fut
pas fans peine que nous le détournâmes de fes
repréfentations; l'appât d'une couverture pour
lui, & d'un peu de drap rougepour fa femme,
l'emporta enfin fur leur tendreffe, tant il
eft vrai que l'avidité eft le germe de la diminution des qualités fociales : cependant,
avant de fe déterminer tout-à-fait, il avoit
toujours quelque nouvelle affaire dans fa Cabane; c'étoient des changemens d'avis continuels de part & d'autre, & des nouveaux
repas avec du mais pilé dans des morceaux,
d'arbres creux, & bouilli avec des pêches; ils
ne pouvoient fe réfoudre à fe féparer. Nous
le décidâmes enfin, & pour le divertir de la
tentation de nous quitter 2 nous éloignâmes
Cij --- Page 42 ---
Vox A G E
de fa cabane 5 2 en la conduifant
la pirogue
à l'autre bout du village.
cabanes;
Ce village peut avoir foixante des Sauelles font faites, comme toutes celles
plantés en
vages, avec de gros arbres, qui,
le
rond dans la terre, viennent fe joindre par
haut en forme de cône ; le peu de diftance
la rondeur ou la forme de l'arbre laifle
que
des branches; & le
entre deux, eft rempli par
folidementlié &c enduit de limon, ne pertout,
de pallage à la pluie. Excepté dans
met point
l'efpace qui forme une petite porte d'entrée,
eft
dans fa rondeur d'un large
la cabane
garnie
à
banc, fait avec de petits arbres rangés près
d'une natte de rofeaux; ce
près, & couverts de lit. Le feu fe fait dans le mibancleur fert
fort
la porte ou par un
lieu, & la fumée
par à la jondion des
dans le haut,
trou pratiqué
trois
arbres. Les cabanes des Principaux ont,à
de diftance, vis-à-visde la porte,
ou quatre pas
fert à
une autre cabane ouverte ou galerie qui foleil.
P'air & à fe mettre à l'abri du
prendre
couverte de feuillages
Celle-ci elt fimplement
fix
de rofeaux, foutenus par quatre ou
piou & c'eftl le lieu d'affemblée de la Nation;
liers,
les étrangers, & ils y palTent
ils y reçoivent
à dormir ou à fuleur temps de délaffement Cette arme eft une
mer avec leur caffe-tête.
ert à
une autre cabane ouverte ou galerie qui foleil.
P'air & à fe mettre à l'abri du
prendre
couverte de feuillages
Celle-ci elt fimplement
fix
de rofeaux, foutenus par quatre ou
piou & c'eftl le lieu d'affemblée de la Nation;
liers,
les étrangers, & ils y palTent
ils y reçoivent
à dormir ou à fuleur temps de délaffement Cette arme eft une
mer avec leur caffe-tête. --- Page 43 ---
AUTOUR DU MONDE.
efpece de hache d'armes 2 dont le manche,
ordinairement creux, fert de tuyau qui communique au dos de la hache, 9 & fur lequel
eft formé en fer un noyau de pipe.
A notre approche des villages, nous étions
annoncés par un cri que faifoient les premiers
Sauvages qui nous appercevoient. Le Chef &
les Principaux s'affembloient chacun devant fa
cabane, & nous envoyoient un d'entre eux :
nous leur préfentions ordinairement une bouteille de tafia, ce qui étoit cependantà notre
volonté. Ils nous rendoient amplement des
volailles, du poiffon ou des fruits; ils nous
offroient à fumer du tabac, mélé & adouci
avec une feuille rouge, de la forme de celle
du pécher. Ils nous recevoient mieux enfin
que je ne l'ai été, comme inconnu, dans
aucun village Européen.
Ils font grands & bien faits, ayant les traits
du vifage grands & gros, cependant fans rudeffe. Ils paroiffent avoir beaucoup de refpe(t
pour les vieillards; ils fe ma ient très-jeunes, 2
& paroiffent aimer leurs femmes, qu'ils peuvent répudier 1 9 ce qui arrive tres-rarement:
les fernmes fe communiquent peu avec les
hommes; ils né paroiffent pointjaloux. Ils ne
s'occupent que de la guerre 2 de la chaffe &
de la pèche. La culture des terres (où l'on
Ciij --- Page 44 ---
Vov A G E
troûve beaucoup de pêchers 2 & oùt on feme
du mais, des citrouilles & des melons),lc foin
le tranfport des effets dans leurs
du ménage 2
du produit de la
longs voyages 2 & l'apprèt
chaffe ou de la pêche, font les occupations
des femmes. Ils fe couvrent la ceinture avec
de chevreuil; & en temps d'hiver, 9
des peaux
d'Europe, ou des
ils ont ou des couvertures Illinois. Ce boeuf
peaux de ciboule ou bocuf
boeuf
eft un animal affez reffemblant au
d'une élévation ou
d'Europe, à Pexception
celui de
boffe qu'il a fur les épaules, comme
les.
PInde ; les Sauvages en tannent très-bien
le
qui eft plus bourru que
peaux avec poil, la foie, ce qui les rend
la laine, & fin comme
très-bonnes contre le froid.
leurs
Jefus furpris de voir les meresattacherl
fur des tretaux qui leur fervent de lit:
enfans
pas les épaules 2 en
ces tretaux ne dépaffent
elles les laifforte que la tête refte pendante;
d'eux d'autre foin que
fent ainfi, ne prenant
de leur donnerà teter.
Ils fc fervent de plantcs pour la Chirurgie,
fur-tout de la feuille de fquine 2 qui eft
&
les blefTures ; mais pour la
excellente pour
remede eft la diete
Médecine, 2 leur unique
& l'eau.
m'ont paru affables 9
Enfin 2 ces Peuples
affent
elles les laifforte que la tête refte pendante;
d'eux d'autre foin que
fent ainfi, ne prenant
de leur donnerà teter.
Ils fc fervent de plantcs pour la Chirurgie,
fur-tout de la feuille de fquine 2 qui eft
&
les blefTures ; mais pour la
excellente pour
remede eft la diete
Médecine, 2 leur unique
& l'eau.
m'ont paru affables 9
Enfin 2 ces Peuples --- Page 45 ---
AUTOUR DU MoN D E.
humains, laborieux & braves. L'union qui
regne tant dans leurs familles que dans leurs
villages 5 leur exa@itude à remplir les devoirs
réciproques du jeune homme envers le vieillard, du pere envers le fils, du mari envers
la femme; leur bonne réception & le peu de
crainte qu'ils ont de leurs ennemis 2 m'ont
donné la meilleure opinion de leur douceur,
de leur affabilité & de leur bravoure. Nous
avons éprouvé leur courage en différentes
guerres, de même que les Efpagnols; ils venoient alors de faire une incurfion fur les
Anglois, dontle voifinage ne leur plaifoit pas*
Ils ont beaucoup de peine dans les voyages
qu'ils entreprennent pour aller à la chafle;
mais ils ne font effrayés ni par la rapidité du
fleuve, ni par l'afpérité du fol, qui n'a encore reçu aucun adouciffement de la part des
hommes.
Pourfuivant notre route 2 nous paffàmes deuxilks, Padage aux &
aux deux Illes, 9 qui formant trois paffes 2 idéesdu (fipi, Mif
doivent rendre la navigation du fleuve plus
difficile. La majefté de ce Aeuve, qui fe foutient à cette diftance, me fit croire que c'étoit un des plus beaux & des plus étendus
du Monde; car on le remonte à l'efpace de
huit cents lieues, fans qu'à cet éloignement
fa largeur ni fa profondeur donnent encore
Civ --- Page 46 ---
Vo Y A G E
des'approcher de fa fource.
le moindre efpoir
j'aye encore
Ses eaux font les meilleures que d'arbres d'une
bues, & il eft par-tout bordé
les
fur-tout de cyprès;
hauteur prodigieufe,
font les rivieres
principalesrivieres qu'ilreçoit, & la belle Riviere:
rouge & noire; le Miffoury
S à ceux
à quantité de lacs,
Il communique
oul'on peut traverqui avoifinentle Canada 2
près.
à
petit portage
fer en pirogue, quelque
de peine
Nous avions cependant beaucoup étions
à vaincre le courant, & lorfque nous
dans la direétion de quelque fil d'eau extrêmenous luttions fouvent une demiment rapide,
une toife en avant. Je fus
heure pour gagner de prendre la rame, pour ne
fouvent obligé
fuppléer à la foibleffe de
pas dériver, & pour
d'aque le changement
notre jeune Sauvage,
peine,
limens avoit rendu malade. Malgrécette
le plaific de voir des lieux auffi nouveaux pour
dédommageoit de mes fatigues :
moi 2 me
des plages de fable & de
Defcription tantôt nous voyions
des bords du
le courant plus foible avoit laifléfeuve 1 & gravier, où
étendus avec
rencontredes
des arbres énormes, qui,
zaymans, épars branches & leurs racines à demi-pourleurs
le foleil, fembloient déries,& féchées par
étoient
figner, par leur couleur lavéc, qu'ils
des
plulieurs fiecles. Auprès
morts depuis
je voyois errer
endroits bas & marécageux,
des bords du
le courant plus foible avoit laifléfeuve 1 & gravier, où
étendus avec
rencontredes
des arbres énormes, qui,
zaymans, épars branches & leurs racines à demi-pourleurs
le foleil, fembloient déries,& féchées par
étoient
figner, par leur couleur lavéc, qu'ils
des
plulieurs fiecles. Auprès
morts depuis
je voyois errer
endroits bas & marécageux, --- Page 47 ---
AU T . OUF D U MONDE.
lourdement des caymans ou crocodiles, abominables par leur puanteur & leur figure. Dans
d'autres endroits où le fleuve couloit uniformément, il nous préfentoit des bords unis &
couverts de gros arbres butés ou ferrés par de
groffes lianes, qui, après s'y être entortillées, >
retomboientjufques à terre. Les bois fourrés y
laiffoient entrevoir de temps en temps ou de
petites prairies, ou des marécages,ou un fol
uni, couvert d'ombrages inacceffibles aux
rayons du foleil, & quelquefois embarraflé de
gros arbres tombés de vieilleffe; quelques-uns,
qu'on auroit cru encore fains à la couleur & à
la foliditéde l'écorce, fe réduifoient en pouffiere fous la main qui les touchoit. Sur des
rives élevées à pic, oùt la rapidité de l'eau
indiquoit l'inégalité du fol, tantôt des terres
éboulées laiffoient voir de groffes racines fans
appui, &c annonçoient la chute des coloffes
déjàinclinés qu'elles ne foutenoient plus qu'à
demi ; tantôt le terrein tout-à-fait miné en
deffous, cédant à fon propre poids, entrainoit avec lui les bois qu'il portoit, & faifoit,
en tombant retentir au loin un bruit confus,
par l'éboulement des terres & le fflement des
branches qui fe rompoient après leur vibration. Deux de ces éboulemens que nous entendimes au moins d'une lieu de diltance, --- Page 48 ---
42,
VOYAG E
& dont le fracas, augmenté & reproduit par
les échos que formoit la hauteur immenfe des
bois qui regnent le long du fleuve, produifirent un bruit d'un genre nouveau pour moi.
Cependant nous avancions, quoiquelentement; nous rencontrions de temps en temps
des vacheries 8c des habitations Angloifes ou
dont les
avoient préFrançoifes 2
poffefleurs
laà celle pour
féré une vie prefque fauvage
quelle ils avoient été élevés. J'ai remarqué par
expérience le penchant naturel que nous
avons pour ce genre de vie : j'ai vu beaucoup
P'avoient embraffé; mais je
de perfonnes qui
le
n'ai vu aucun Sauvage qui ait éprouvé
même fentiment pour nos ufages & nos
mceurs; cC n'eft qu'à la longue que ces ufages,
aifément leur néceffaire,
leur procurant plus
leur
& leur créant des befoins nouveaux 2
donnent l'idée de la vie commode, & les
engagent peu à peu à fuivre notre façon de
Embouchure vivre. Nous avions couru dans le Nord Tefpace
de la riviere
lieues, lorfque nous arrivâmes
Touge.
dequatte-vingts' de la riviere rouge, qui vient
à lembouchure
delouel.Nachiroches étant dans cette partie,
notre route par cette rivière. Ses
nous primes
& bourbeufes ne valoient pas
eaux rougeâtres venions de quitter; il eft vrai
celles que nous
peu à peu à fuivre notre façon de
Embouchure vivre. Nous avions couru dans le Nord Tefpace
de la riviere
lieues, lorfque nous arrivâmes
Touge.
dequatte-vingts' de la riviere rouge, qui vient
à lembouchure
delouel.Nachiroches étant dans cette partie,
notre route par cette rivière. Ses
nous primes
& bourbeufes ne valoient pas
eaux rougeâtres venions de quitter; il eft vrai
celles que nous --- Page 49 ---
AUTOUR D U MONDE.
le courant tn'étoit pas bien fort. Cen'étoit
que
du Miffiffipi
m'avoit
plus cette majefté
qui
étonné; un cours aflez paifible fuccédoit a fa
rapidité; les bords étoient affez bas & vafeux.
Les bois moins antiques & plus fourrés : 3
étoient entrecoupés de prairies marécageufes;
tout annonçoit une nature moins mâle, refroidie par la quantité des eaux qui couvrent
cette partie durant Phiver : beaucoup de coqs
d'Inde, au moins auffi gros que les nôtres,
paffoient d'un vol rapide fur cette rivière, &
les chevreuils paiffoient tranquillement dans
ces prairies. Nous dépaflâmes bientôt l'acor
du mur 8c l'embouchure de la riviere noire
qui vient du nord-oueft (1); nous continuàmes notre route par la riviere rouge. Vers les Embouchute
n'étoit
ds la riviere
bords de la riviere noire, le terrein
pas noirc.
fi bas, & le payfage étoit plus agréable. Les
bois du Miffiffipi fe retraçoient de nouveau à
notre vue; nous commençâmes à voir des
(t) Cet acor du mur cft une éminence, ainfi nommée à
caufe de fon élévation à pic fur lcrefte du fol, qui, fort au
lein, eft noyé pendant tlhiver;il eft par conféquent le feul
fufceptible d'étre habité, &,s'il l'étoit, il pourroit être
rega:dé comme la clef de la riviere rouge, & par confdquent des partics du nord-eft de la Nouvelictipagne.dont
on connoit les riches preductions; car pour cC qui eftdelr
route par terre > par la voie des Aperoufa, elle cfl trop
ma:écageufe pour être praticable.
eft noyé pendant tlhiver;il eft par conféquent le feul
fufceptible d'étre habité, &,s'il l'étoit, il pourroit être
rega:dé comme la clef de la riviere rouge, & par confdquent des partics du nord-eft de la Nouvelictipagne.dont
on connoit les riches preductions; car pour cC qui eftdelr
route par terre > par la voie des Aperoufa, elle cfl trop
ma:écageufe pour être praticable. --- Page 50 ---
VOYAGE
avoit auffi des
ours, & l'on me dit qu'il y
efpeces de tigres. Nous nous rafraichimes à
la maifon d'un ancien Officier François, qui
s'étoit relégué dans ces bois avec une femme
Negres efclaves, pour cultiver la
& quelques
terre & foigner fes troupeaux.
Après quelques jours de navigation, nous
d'une
chute d'enviarrivâmes au pied
petite
ron huit pieds : il y avoit dans cet endroit
deux habitations Françoifes, dont les Colons
des Sauvageffes, & avoient
avoient époufé
Nous
auffi donné leurs filles à des Sauvages.
notre
primes un de ces François pour piloter
qu'il fallut décharger, 2 & les Saupirogue, d'un village voifin vinrent nous aiderà
vages
une efpece de glacis que forla remonter par la riviere & la chute de l'eau.
ment le lit de
fans
Le Pilote refla dedans; tout le monde,
fur deux cordes dans le
diftinaion 1, fe rangea
avec
lit le plus haut, & halant la pirogue
fuivantla direaion
force.nous la remontâmes
rechardonnoit celui qui étoit refté : on
que
l'on continua la route. Deux lieues
gea, &
le même ouvrage
après, nous recommençimes n'étions
alors
à une feconde chute; nous
plus
lieues de Nachitoches, mais le plus
qu'à vingt reftoit à faire: Nous travaillions
difficile nous
avions
le jour tous fans diftinaion; car nous --- Page 51 ---
A UT OUR D U MOND E.
45deux hommes malades, & le métier de rameur
eft le plus dur que je connoiffe. Nous dormions peu la nuit fur le bord de la riviere,
qui eft d'une vafe mal defféchée; nous y étions
dévorés d'infeêes 2 & entourés de caymans
ou crocodiles, qui, de jour mème, venoient
familiérement fur le bord chercher les reftes de
notre diner : d'ailieurs la fociété des deux
Negres & des deux Sauvages, nos compagnons de travail, étoit un peu nouvelle pour
moi, à caufe de leur rufticité.
Nous nous trouvâmes le troifieme jour au
pied d'une troifieme chute, au haut delaquelle
eft un lac, juftement nommé lac à la vafe. Le
Pilote que nous avions pris au pied de la
miere chute, nous guida à travers ce lac.
K
trefois la riviere avoit vraifemblablement un
autre cours 2 car dans cet endroit elle s'étend
& fe perd avec très-peu de courant, dans un
efpace d'environ trois lieues de tour. Il'n'y
avoit ici qu'environ un demi-pied d'eau fur
une vafe extrèmement délayée 2 & dans un
fol plein de racines & de chicots, à caufe des
arbres, qui avec le temps fe déracinent ou
pourriffent à fleur d'eau. Pour alléger, il fallut
fe mettre dans T'eau, & pouffant notre embarquation nous n'eûmes pas peu de peine à
la paffer. Malgré notre attention, la pirogue
'environ trois lieues de tour. Il'n'y
avoit ici qu'environ un demi-pied d'eau fur
une vafe extrèmement délayée 2 & dans un
fol plein de racines & de chicots, à caufe des
arbres, qui avec le temps fe déracinent ou
pourriffent à fleur d'eau. Pour alléger, il fallut
fe mettre dans T'eau, & pouffant notre embarquation nous n'eûmes pas peu de peine à
la paffer. Malgré notre attention, la pirogue --- Page 52 ---
VOYAGE
donnoit à chaque inftant fur des tronçons
I d'arbres, où elle reftoit comme fur un pivot;
elle n'en fortoit qu'avec beaucoup de force,
mettions dans la vafe jufques à
& nous nous
retirions
la ceinture, d'où nous ne nous
guere
entailles aux jambes ou aux
fans quelques
les chicots ou les coquilles
cuifles, caufées par
qui étoient cachées fous l'eau.
Nous eâmes peu de relâche après avoir
paffé ce lac, & nous arrivâmes au rapide;
extrèmement fort,i il eft formé
c'eftun courant
d'embarras.
parla.pente du terrein & quantité
n'étoient que pénibles,
Les autres paffages réellement dangereux.
mais celui-ci étoit
notre pirogue ne fe fàt pas préPour peu que Gl de la diredion du courant
féntée au droit
euffions péri fans
qu'il falloit garder 2 nous
&
reffource. Nousle pafsâmes heureufement,
deuxieme de Septembre,
deux jours après,
embarras. Dans cenous arrivâmés au grand
des tas de
lui-ci,la riviere coule à travers
étant traverfés & accugros arbres 2 qui s'y
formé des
mulés, ont barré le paffage ou
le
avec le temps > ont cru par
ilots, qui 2
Nous travaillâmes à
charroi de la riviere.
de hache ; mais
nous faire un paliage à coups
&
étoit fort longue, 2
comme cette opération
lieuc de
nous n'étions qu'à une petite
que --- Page 53 ---
AUTOUI R DU Mo ND E.
diftance de Nachitoches, j'en fis le chemin 3 de Seppar terre.
Embre 1767.
Il y avoit encore dans ce voifinage une
cabane d'une Créole qui s'étoit mariée avec
un Sauvage, chez qui nous dinâmes, & qui
nous reçut très-bien.
Le voifinage du pofte François rendoit les
bois fréquentés par les chaffeurs & parles gardiens des troupeaux, & la coupe que lon en
faifoit tous les jours pour les différens befoins, les rendoit aflez reffemblans aux nôtres,
Après les avoir traverfés 2 je vis une vafte Artivée $
prairie, parfemée de divers
Nachicoches;
champs, 2 plantés caraRere,cul.
de mais & de tabac. Au loin, 2 fur une hauteur ture & indufau bord de Ia riviere. étoit
trie des Ht.
un carré entouré bitans.
de gros arbres fichés en terre, en forme de
pieux, & très-près Pun de l'autre; il fervoir
de fortà cet établiflement. A quelque diftance
en arriere paroiffoient des petites maifons de
bois qui étoient en ligne, quoiqu'à de grandes
diftances. Quelques autres étoient cependant
éparfes çà &là; elles pouvoient être en tout au
nombre d'environ foixante ou foixante-dix, &
ellesformoient tatéolibeendefiamoae
fixés dans ce lieu, ou qui y faifoientleur entrepôt de traite pour les Sauvages du haut de
la
riviere, 2 nommé le Cado. Ce village & le
fort dominoient fur Pautre tive, qui offroit
iqu'à de grandes
diftances. Quelques autres étoient cependant
éparfes çà &là; elles pouvoient être en tout au
nombre d'environ foixante ou foixante-dix, &
ellesformoient tatéolibeendefiamoae
fixés dans ce lieu, ou qui y faifoientleur entrepôt de traite pour les Sauvages du haut de
la
riviere, 2 nommé le Cado. Ce village & le
fort dominoient fur Pautre tive, qui offroit --- Page 54 ---
Vo d0 Y AG E
de chevaux & de
couverte
une grande prairie de tous côtés bornée au
vaches; la vue étoit
loin par les bois. :
de la pirogue;
Jelogeai chez le propriétaire
le logemais j'y étois très-mal 2 tant pour maifon étoit
la nourriture. La
ment que pour
n'avions que de trèsfale & petite, & nous de mais & de riz. Je remauvais pain 2 mèlé
& le bifcuit
les bords de la riviere,
grettois
avions vécu depuis la Nouvelledont nous
fe fût gâté depuis que
Orléans 2 quoiqu'il le Mififfipi. On ne peut
nous avions quitté
P'odeur puante deluimaginer à quel point
infedte
rine ou des excrémens des caymans avoit
lair fur la riviere rouge; le bifcuit en
le mangeant
été empoifonné au point qu'en
& inmâcher du mufc pourri
nous croyions
de faire un court
fed; mais je me promettois
de
dans ce pays, - & quelques.repas
féjour & de chevreuils me dédommageoient
dindes
chere que me faifoit mon hôte.
de la mauvaife
Nachitoches eft éloigné de
On compte que
lieues
de cent quarante
la Nouvelle-Oriéans eft affez bien peuplé, vu
dansle noid-ouellil Habitans, ainfi que tous ceux
fa petitelle. Les
bien faits,
de la Louifiane, y font fpirituels, les rivieres
& durs à la fatigue. Ils remontent de diftance avec
ou cinq cents lieues
à quatre
toute --- Page 55 ---
AUTOUR D U MoND E.
toute leur famille, pour aller en chaffe ou en
traite, & ils emploient quelquefois dix-huit
mois à cette occupation.
Certains d'entre eux s'adonnent fur-toutà, Chaffe de
la chafie de Fours, qui ne fe fait que dans lours:
thiver. d 2 temps où il eft gras Sc rend beaucoup d'huile; cet animal a ordinairement fa
retraite dans des cyprès creux, dont l'ouverture eft dans le haut : le Chaffeur le guettant
lorfqu'ily eft entré, monte, à l'aide de crocs,
fur l'arbre voilin ; il eft muni d'un fufil &
d'une lance à feu, & lorfqu'il apperçoit l'ouverture du creux,ily jette la lance enflammée;
l'animal effarouché fort, 2 & dans le temps
qu'il met à defcendre 2 le Chaffeur tâche dé
le tirer à Ia tête ou aux épaules;il tombe, &
le Chaffeur redouble jufques à la mort de l'animal.Je pris dans ce pofte des informations
touchant Ies poffeflions des Efpagnols sj'appris avec plaifir qu'elles n'étoient éloignées
que de fept-l lieues 5 que là étoit le pofte des
Adaès ou Adaiffes, avec un Gouverneur de
cette Province nommée Tégas.
Tome I.
D
er à Ia tête ou aux épaules;il tombe, &
le Chaffeur redouble jufques à la mort de l'animal.Je pris dans ce pofte des informations
touchant Ies poffeflions des Efpagnols sj'appris avec plaifir qu'elles n'étoient éloignées
que de fept-l lieues 5 que là étoit le pofte des
Adaès ou Adaiffes, avec un Gouverneur de
cette Province nommée Tégas.
Tome I.
D --- Page 56 ---
Vox A G E
5o
ARE 9 2 A
CHAPITRE IV.
les Adaiffes & Naquadoch,
ROUTE par
Antonio. Mon
à San-.
de Nachitoches
& à Naquadoch a
féjour aux Adaiffes dernier lieu.
8 deux voyages à ce
trois jours à NachiJEne féjournai que
à paffer chez les
toches, & je me préparai
conduire,
Elpagnolsien pris un pour m'y
qu'un
étoit plus noir & plus groflier ne me
qui Sauvage. Il étoit tout déguenillé, & de fa
bonne idée des Créoles
donnoit pas
loué fon cheval pour porNation. Ilm'avoit
emballés, pour la
ter mes effets que javois dans trois peaux
commodité du tranfport,
me fervir de
deftinois une pour
d'ours : jen
& l'autre pour garantir
lit, l'autre de toit, dans les Pays inhabités
mes effets de la pluie
dans la fuite.,
de paffer
où je me propofois
pour les Adaès
Nous partimes de Nachitoches route de nuit.
rafagedett. tabliflemment le foir, & nous fimes notre
un peu
Frangois au
chemin', 2 nous trouvant
poRe Efpa- A moitié
quelques infgnol.
fatigués, nous nous repofames faire un grand
tans, & mon guide crut me moi un morceau
avec
régal, en partageant --- Page 57 ---
AUTOUR DU MONDE,
SI
de pain de mais de quatre onces au plus.
Après ce court repas, nous nous remimes en
route: ; nous avions quelque peine à marcher
dans un fentier peu frayé, fur un folinégal,
obfcurci par les bois que nous traverfions, &
fouvent barré parles vieux arbres que le temps
& la pourriture avoient abattus. Souvent,
lorfque je conduifois par la bride mon cheval
chargé de mes effets, l'obfcurité ou les détours qu'il falloit prendre nous faifoient
perdre le fentier; aufli nous n'arrivâmes
que
vers les trois heures du matin chez Ulil bon
Sauvage baptifé, où je logeai.
Il me reçut très-bien, 9 &c cacha avec foin
mes effets : il craignoit qu'ils ne fuffent regardés comme contrebande, & il me les
rendit enfuite très-fidélement. Je m'endormis
fur mes peaux d'ours à un coin de fa maifon
qui n'en méritoit pasle nom,n'y ayant pour
foutenir le toit & pour fervir de mur que,
quelques pieux 2 dont les deux tiers étoient
tombés de vétufté. Dès que le jour fut venu
fa famille, qui dormoit fur un lit placé à côté 2
de moi, me fit amitié, & l'on me prépara à
manger : je voyois cependant que mes hôtes
n'étoient pas opulens; je leur donnai à choifir
du linge.ou del'argent, pour me procurer ma
nourriture. Ils penferent que le linge feroit
Dij
2 dont les deux tiers étoient
tombés de vétufté. Dès que le jour fut venu
fa famille, qui dormoit fur un lit placé à côté 2
de moi, me fit amitié, & l'on me prépara à
manger : je voyois cependant que mes hôtes
n'étoient pas opulens; je leur donnai à choifir
du linge.ou del'argent, pour me procurer ma
nourriture. Ils penferent que le linge feroit
Dij --- Page 58 ---
Voy A G E
S2
défaite, mais ils ne purent trou.
de meilleure
le lendemain, & en petite
ver du mais que
grand faim, &je
quantiésfavois cependant davantage;i ils m'afles preffois d'en chercher
dépofle en étoit abfolument
furerent quele la
fois de ma vie que
pourvu. Ce fut premiere
réels;
vivement la dureté des befoins
je fentis
fit faire des réfexions défacette difette me
cependant à aller
gréables. Je me déterminai
induf
chercher dans le village des hôtes plus
& plus ailés : je m'y logeai en effet
trieux
Chef de foldats, qui, quoique peu
chez un
je fusavoit de quoi manger;
fomptueux 2
plus d'une fois par la faim
cependant prelfé
chez ce nouvel hôte.
d'environ quarante
Ce pofte eft compofé conftruites de pieux fichés
mauvaifes maifons, font fituées fur le penchant
en terre ; elles
la hauteur eft oceupée
d'une petite colline : entouré de gros arbres
par un grand. carré, fert de fort comme à Nafichés en terre, qui
forts ou redoutes
chitoches: ils nomment ces
Les maifons du village font éparfes
Prefidio. du côté du couchant : de ce même
à Pentour,
du village une
côté, un petit vallon fépare confidérable, où
autre hauteur un peu plus
&cl'élon trouve un couvent de Francifcains défricheQuelques arbres épars, & un
glife. --- Page 59 ---
AUTOUR D U Mo NDE.
ment rempli de ronces & de brouffailles,d'un
quart de lieue de largeur, & borné par le bois,
en formoient tout le payfage.
Le terrein eft prefque fans eau & très-fec,
ce qui, joint à la pareffe des Habitans, les
fait fouvent manquer du pur nécellaire, qui
fe réduit à du mais; ils le font bouillir avec
de la chaux, 2 pour en pulvérifer la peau &
ramollir tant foit- peu le grain : après l'avoir
bien lavé, ils l'écrafent fur une pierre à chocolat, & l'ayant mouillé à proportion,i ils en
font une pâte qu'ils pétriffent entre leurs
mains;ils en forment enfuite des gâteaux trèsminces & aflez larges 2 qu'ils mettent cuire
fur une lame de fer extrémement mince. C'eft
la nourriture primitive des Habitans de la
Nouvelle-Eipagne, & ces crèpes ou gâteaux,
qu'iis nomment tortillas, font affez bons lorfqu'ils font bien faits. Les Habitans de ce Mceurs &
caradteres des
pofte font prefque tous Soldats à cheval, & Habitans,
vivent de la paye du Roi, qui eft d'une piaftre
parjour; mais, foit par les dépenfes que caufe
l'éloignement des chofes néceffaires à leur habillement qu'ils tirent de Mexico, foit par
leur pareffe qui les réduit à aller chercher
au loin leurs vivres. 2 cette folde fuffit à peine
à leur entretien.
Iispaffent leur temps de féjour ou à raconD iij
tous Soldats à cheval, & Habitans,
vivent de la paye du Roi, qui eft d'une piaftre
parjour; mais, foit par les dépenfes que caufe
l'éloignement des chofes néceffaires à leur habillement qu'ils tirent de Mexico, foit par
leur pareffe qui les réduit à aller chercher
au loin leurs vivres. 2 cette folde fuffit à peine
à leur entretien.
Iispaffent leur temps de féjour ou à raconD iij --- Page 60 ---
Vox AG E
S4
foit dans les combats,foit
ter leurs exploits,
ont à vaincre dans
dans les obftacles qu'ils
bien ils montent
ces contrées ruftiques, ou
leurs trouà cheval pour vifiter & exetcer
enfuite
à la domefticité, & s'amufent d'un
peaux
plupart, lesreftes
àjouer. Ils poffedent,la
leurs courfes à
robufte, mais ruiné par
corps
le fervice contre les Sauvages
cheval pour
Mecos), ou par quelque
(qu'ils nomment
Ils font toureffentiment de leurs galanteries.
comportés à rendre fervice, humains,
jours
& braves : ils font très-hofpitaliers. s
patiffans
foient preffés parla faim 2 ils par-
& quoiqu'ils
morceau de pain avec le
tagent leur dernier mais ils font en même temps
premier venu ;
& voleurs par befoin ou
altiers, menteurs, J'ai remarqué que ce penchant
par curiofité. commun avec la plupart des
au volleur étoit
la fource que dans
Sauvages. Je n'en trouve
Nature,
mouvementi imprimé parla
le premier
défirs &c fes befoins. Ils doide fatisfaire fes
la pratique de cette
vent y.étre foutenus par
Nature
de biens quela
efpece de communauté
qu'à leur
leur infpire tant à leur avantage
mais les Sauvages fe corrigent
défavantage;
aifément de leurs défauts.
font habillés
demi-Sauvages
Veteinens Ces Efpagnols
une efpece de
des Elpat- très-bizarrement: : ils portent
gnol.
fes befoins. Ils doide fatisfaire fes
la pratique de cette
vent y.étre foutenus par
Nature
de biens quela
efpece de communauté
qu'à leur
leur infpire tant à leur avantage
mais les Sauvages fe corrigent
défavantage;
aifément de leurs défauts.
font habillés
demi-Sauvages
Veteinens Ces Efpagnols
une efpece de
des Elpat- très-bizarrement: : ils portent
gnol. --- Page 61 ---
AUTOUR DU MON D E.
SS
foubre-velte & des culottes fans couture,affez
communément galonnées, mais dontles pieces
tiennent les unes aux autres avec des boutons
d'or ou d'argent. Lorfqu'ils font à cheval, ils
portent une grande cape ou une efpece de
chafuble arrondie par le bas, & ornée à l'entour du col de cinq ou fix larges galons : avec
cet habillement ils n'ont quelquefois point de
chapeau ni de chemife, ou ce même vêtement, quoique fans être ufé,eft déchiré &
en lambeaux par les ronces qu'ils rencontrene
dans les bois. Ils portent des bas de peau, &
des fouliers dont la peau de deffus eft COU.
pée en bandes, pour laiffer paffage à l'air &
à la boue, ou à la poufliere; leurs talons font
chargés de deux éperons traînans de fix pouces
de longueur pour le moins, le rouet en ayant
plus de deux à lui feul. Lorfqu'ils étoient fur
leurs chevaux, qu'ils favent très-bien manier,
ils me rappeloient l'ancienne Chevalerie. Leurs
armes font compofées d'une cuiraffe de peau
de chevreuil, d'un bouclier, d'une large épée
tranchante, d'une carabine, d'un tromblon;
deux petits coffres de cuir placés en avant de
la felle, renferment leurs vivres ; les cuirs &
le fàt de la felle leur fervent de matelas &
d'oreiller; ce fût fert auffi de piédeftal à la
carabine, qui tient lieu de pilier à une efpece
Div --- Page 62 ---
y6
Vox A G E
de tente qu'ils forment avec leur
Leurs felles font
large cape?
couvertes de cuirs très-bien
travaillés, ornés de divers deffins qui font
empreints, 2 & elles font garnies
y
de petits clinquans d'acier
tout autour
treheurtant
Rottans, qui, s'enparle mouvement du cheval,
roiffent autant de petites fonnettes. Je pa- fus
étonné d'y voir deux immenfes
poids d'environ
étriers, du
cinquante livres, formés
quatre épaiffes bandes de fer en croix,
par
de telle façon que le vuide néceffaire placées
le pied du Cavalier eft formé à la
à mettre
bras de la croix; elles font de jondion des
doigts de largeur, &c
quatre à cinq
d'environ quatre lignes
d'épaiffeur. La longueur du montant de
même croix efl
cette
prefque triple de celle
& je ne puis mieux
desbras,
repréfenter ce montant
que par deux cartes à jouer que les enfans
buttent les unes contre les autres
faire
leurs châteaux. Ces étriers
pour
bons
finguliers font trèslier pourrappeler, par leurs poids, le Cavaqui vacille, & à tenir fes pieds dans la
polition que demande l'attitude d'un bon
Cavalier; mais il faut y être
des premiers jours
accoutumé, car
j'en eus lgs chevilles difloquées 8c gonfiées; ; ils peuvent également
tribuer à
confoulager un cheval affez vigoureux
pourn'être pasincommodédel leur poids,leur
iers
pour
bons
finguliers font trèslier pourrappeler, par leurs poids, le Cavaqui vacille, & à tenir fes pieds dans la
polition que demande l'attitude d'un bon
Cavalier; mais il faut y être
des premiers jours
accoutumé, car
j'en eus lgs chevilles difloquées 8c gonfiées; ; ils peuvent également
tribuer à
confoulager un cheval affez vigoureux
pourn'être pasincommodédel leur poids,leur --- Page 63 ---
AUTOUR D U Mox D E,
balancement égalifant dans la partie inférieure
celui du Cavalier dans la partie fupérieure.Les
mors de leurs brides font auffi très-bons ; ils
forment un carré long qui s'enfonce dans la
bouche du cheval, & j'ai vu depuis, qu'ils
étoient femblablesà ceux dont ufentlesArabes
qui font très-entendus dans cette partie.
Je m'inftruifis, autant qu'il me fut poflible, Départ pour
de la route de Mexico, qu'on me dit être de Mexico.
cinq cent cinquante lieues.
Le fecond établiffement eft à deux cent
cinquante lieues'de cclui-ci, par un chemin
qu'on ne peut quelquefois pas découviir, 9 &c
à travers beaucoup de rivieres dont le pallage
eft tres-edangereux.L.on m'affura que quoique
les Sauvages & les Soldats pufent faire cette
route au nombre de deux ou trois pour le
moins 2 il étoit cependant impoflible de la
faire à moins d'être dix à douze perfonnes,
lorfqu'on emportoit des effets avec foi. Je vis
avec peine que je ne pouvois faire ce voyage
qu'en grande compagnic, cC qui me mettoit
dans la néceffité d'attendre des voyageurs
pour me joindre à eux. Je féjournai donc.
J'appris, quelque temps après, que Pancien
Gouverneur de cette Province 2 rappelé à
Mexico pour quelque démélé avec le nouyeau, étoit tombé malade à cinquante Leues --- Page 64 ---
Vora G E
de là, dans une million nommée
je me décidai à aller le
Naquadoch: :
fon
joindre, & à attendre
rétabliffement &c fon départ. J'achetai un
cheval, &je fis porter mes effets par les mulets
des foldats de fon efcorte
faire de
2 qui étant venus
nouveaux vivres, retournoient
le joindre.
pour
Celui avec qui j'avois fait
guider, étoit un honnête
prix pour me
il me traitoit bien
fripon de Mexico;
rêt étoit fon but. en apparence, mais l'inté-
: il fit écarter, fans doute
exprès, dans le bois, la mule
effets, & fe fervit du
qui portoit mes
afin
prétexte de la chercher,
d'avoir, en mon abfence, un intervalle
affez long, pour me filouter quelque
qu'il cacha
linge 2
Deftription Le fol apparemment dans les brouffailles.
du Pays.
que nous parcourions eft varié 9 &
compofé de petites hauteurs affez étendues,
& de larges vallons. Dans ces vallons
des prairies d'une herbe
on voit
extrèmement
& apparemment
haute,
marécageufes en hiver. Les
launeunsfonroecopéer par des bois de diverfes
efpeces aux endroits humides, & par des pins
très-hauts & très-gros aux endroits fecs. Je fus
fiurpris de voir une grande quantité de ces
pins couchés par terre, noirs, & comme en
poudre de charbon par le pied : on auroit dit
qu'onyavoitmisiel feu.Je remarquois. islamême
apparemment
haute,
marécageufes en hiver. Les
launeunsfonroecopéer par des bois de diverfes
efpeces aux endroits humides, & par des pins
très-hauts & très-gros aux endroits fecs. Je fus
fiurpris de voir une grande quantité de ces
pins couchés par terre, noirs, & comme en
poudre de charbon par le pied : on auroit dit
qu'onyavoitmisiel feu.Je remarquois. islamême --- Page 65 ---
AUTOUR DU MOND E.
chofe à ceux qui, étant très-vieux, 2 étoient
encoré fur pied. Au raz de terre, le pied de
l'arbre devient noir, feréduit en poudre, &peu
à peu le corps manquant de bafe, tombe.Je ne
pus en découvrir la raifon, car ce n'eft point
le temps, le fol & le corps de
par pourriture,
l'arbre étant très-fecs ; peut-être eft-ce par
l'écoulement de la féve. Nous vimes fouvent, en continuant notre route, des chevreuils & des efpeces de petits loups ou de
chiens fauvages, de moyenne grandeur, &
effilés 2 ayant un heurlement différent des
chiens & des loups d'Europe, mais extrêmement poltrons, & en grand nombre.
Quoique je payaffe affez bien pour ces contrées, une mauvaife honte me faifoit toujours
partager les travaux de mes compagnons de
voyage, autant que; mes forces le permettoient. Depuis mon départ de la Nouvelle- Fatigus que
Orléans,je couchois dehors;les nuits étoient j'éprouvai:
devenues fraiches, les journées étoient en
comparaifon très-chaudes, ce qui, joint à la
fatigue, me donnal la fievre, à trente lieues des
Adaès; elle me conduifit jufques à Naquadoch. J'ignore par quelle providence je ne
me rompis pas vingt fois le cou, foit en tombant de cheval 2 foit en m'acciochant aux
branches des arbres qui étoient fur notre fen- --- Page 66 ---
VOxAG E
tier; lorfque l'accès me prenoit, le tournement de tête m ôtoit lufage de mes fens, il ne
me reftoit que la penfée, & nous ne pouvions
arrêter, étant obligés d'arriver le foir
pasnous
trouver de
aux ruiffeaux où nous pouvions
Artivée à l'eau & de lherbe pour nos chievaux. Lorfque
aprèsles Naquaioch, Aif- nous fàmes arrivés à la miffion de Naquafcs.
doch, un peu de repos remit mes forces, &
je retrouvai ma fanté. Nous avions paffé une
autre miffion, nommée les Aiffes, &c ce font
les deux feules habitations quel l'on rencontre.
Elles font voifines de quelques villages fauvages du même nom 2 tantôt amis 2 tantôs
ennemis des Efpagnols.
A mon arrivée à Naquadoch, cet ancien
Gangmeydoepireaeti fitun affezbon
accueil ; mais il me fut nécellaire de retourner
faire les vivres néceffaires
aux Adaiffes, pour
abfolument
pour la route, n'en ayant point
trouvé à Naquadoch, ni chez les Sauvages
voifins; car, comme je lai dit, il falloit faire
plus de deux cents leues dans des Pays incultes
fe rendre au pofte voilin.
- pour
trouvé
Retour aux Je partis donc, mais feul, n'ayant
Adaiffes.
ni compagnon de voyage, ni domeflique. Je
aflez admirer, pendant
ne pouvois quelquefois
lieues, les décette petite route de cinquante
crets de la Providence, lorfque me repofant
, ni chez les Sauvages
voifins; car, comme je lai dit, il falloit faire
plus de deux cents leues dans des Pays incultes
fe rendre au pofte voilin.
- pour
trouvé
Retour aux Je partis donc, mais feul, n'ayant
Adaiffes.
ni compagnon de voyage, ni domeflique. Je
aflez admirer, pendant
ne pouvois quelquefois
lieues, les décette petite route de cinquante
crets de la Providence, lorfque me repofant --- Page 67 ---
AUTOUR DU MONDE.
fur des peaux d'ours qui me fervoient de
matelas, &c mon cheval, attaché à des brouffailles 2 paiffant à mes côtés,je me confidé4
rois fcul dans ces vakes forêts. J'y menois
une vie à peu près femblable à eelie d'un
Sauvage; car les meilleurs vivres du voyage
& les plus commodes à porter, étoient un
peu de viande féchée au foleil, & de la farine
de mais rôti 2 / / que les Elpagnols nomment
pynolé. Cette farine 2 détrempée dans de
l'eau, fe gonfe beaucoup, & une poignée
fuffit pour un repas. Je me trouvai fort embarraffé lelendemain de mon départ; je m'étois mis en route avant le jour; je m'égarai
par un fentier battu, qui me conduifit à un
village Sauvage; je le reconnus à travers les
arbres , à la rondeur des cabanes: en pain de
ficre, &c je rebrouffai chemin fans être découvert. L'obfcurité 8c la nuit me fervirent;
car, au premier mouvement, fi les Sauvages
fe fuffent éveillés, ils euffent trés-bien pu tirer
fur, moi, croyant que je venois pour les ef
pionner ou les voler.
Lemémejour, ayant vu une troupe de Satt- Rencobtre
vages, je m'étois écarté du fentier s pour des dans Sauvages le bois.
diner & m'éloigner d'eux, 7 par une crainte
involontaire qu'en ont encore les Européens;
mais à peine avois -je mis pied à terre, que
és, ils euffent trés-bien pu tirer
fur, moi, croyant que je venois pour les ef
pionner ou les voler.
Lemémejour, ayant vu une troupe de Satt- Rencobtre
vages, je m'étois écarté du fentier s pour des dans Sauvages le bois.
diner & m'éloigner d'eux, 7 par une crainte
involontaire qu'en ont encore les Européens;
mais à peine avois -je mis pied à terre, que --- Page 68 ---
Vox A G E
deux Sauvagelles, qui me deje fus joint par
avec elles
manderent du mais; je partageai
fus bien agréablece que j'avois : mais je
après,
lorfque, quelque temps
ment furpris,
faire
de leurs
je les vis revenir pour me
part fus comblé
gâteaux de fruits fauvages ; je
les hommes de leur troupe que
d'amitiés par
le cherencontrai enfuite. Ils m'indiquerent
je
endroits
dormir & faire
min, & les bons
pour
paitre mon cheval.
prendre du
Le foir, je m'étois couché pour desbroufmon muletà
repos, &javoisattachér (
avoit de Pherbe fraifailles dans un lieu où il y
fuivant'
au milieu de la nuit,
che. Je m'éveillai le placer à un nouvel enma coutume, pour fût ni foulée ni broutée;
droit où Pherbe ne
trouver,
mais je fus bien furpris de ne plusle
détaché & s'étoit écarté : quelles
il s'étoit
furvint dans ce moment ! je
réflexions il me
dans ces vaftes forêts,
reftois feul fans monture
ou
fans vivres ni armes pour m'en procurer deux
défendre. Je confidérois triftement
me
d'ours & ma felle qui me fervoient de
peaux
&, crainte de me perdre, je
lit & d'oreiller, m'enfoncer dans le bois pour
n'ofois de nuit
La néceffité me fit cechercher mon mulet.
courage ; ayant
pendant bientôt reprendre de la lune, 2 la direcebfervé, par la pofition --- Page 69 ---
AUTOUR D U MoND E.
tion du fentier, je courus chercher dans le
bois. Heureufement, 2 une demi-heure après,
je le trouvai paiffant fur la pente d'un ruiffeau, qui donnoit de l'herbe fraiche; mais ce
fut une nouvelle peine pour le failir; enfin
j'en vins à . bout; la patience ne me manqua
jamais : j'étois réfolu, plutôt que de retourner fur mes pas, de m'adreffer aux Sauvages
ennemis des Efpagnols, qui voyagent quelquefois dans ces contrées, ou de partir feul.
L'expérience des difficultés qui fe trouvent à
ces voyages, m'a démontré parla fuite que ce
parti eût étéimpraticable, puifqu'ill'eit même
pour un Sauvage nouveau dans le Pays.
Ayant fait des vivres de l'efpece dont j'ai RetouriNaquadoch.
la miffion de Naparlé, 2 je repartis. pour
quadoch.
A midi du jour de mon départ, le hafard,
ou mon mulet qui, connoiffant le chemin,
étoit fouvent mon guide, me conduifit mieux
que je n'aurois fait moi-même, j'arrivai au
bord d'une petite riviere que j'avois paffée à
gué à mon premier voyage : l'on m'avoit
prévenu qu'elle pourroit être gonflée; ellel'é.
toiten effet; mais comme on m'avoit dit d'obferver fi certaines pierres qui fe trouvent fur
le bord, n'étoient pas couvertes d'eau, ce
qui eût indiqué que le paffage étoit encore
conduifit mieux
que je n'aurois fait moi-même, j'arrivai au
bord d'une petite riviere que j'avois paffée à
gué à mon premier voyage : l'on m'avoit
prévenu qu'elle pourroit être gonflée; ellel'é.
toiten effet; mais comme on m'avoit dit d'obferver fi certaines pierres qui fe trouvent fur
le bord, n'étoient pas couvertes d'eau, ce
qui eût indiqué que le paffage étoit encore --- Page 70 ---
VOYA G E
& j'entrai
praticable,) je crus les reconnoltre, Je n'étois
hardiment dans le lit de la riviere.
8c
preffafle
encore au milieu, quoiqueje
pas
voulut plus aller en avant,
mon mulet, il ne
effarouché.
il reculoit par bonds, & paroiffoit volonté, &je ne
Je fus obligé de céderà fa
de
parti prendre : je craignis
favois trop.quel
être à une
m'être trompé, le gué pouvant
prife. Je
autre direétion que celle que le j'avois remis dans 1 le
me confiai à mon mulet; je
fur le
8c lui mettant la bride
cou,je
fentier 2
direéion qu'il
le piquai,lai laiffant prendrela la mienne,
voulut; il en prit une autre que
& je paffai tres-heureufement manger, jel lat
Ayant voulu m'arrêter pour écarté pour exatachaià un arbre, & m'étant
à mon
chofe, je le trouvai,
miner quelque débattoit en bondiflantsje 1 m'apretour, quife
d'un million d'aprochai, & le vis couvert
Je
beilles, Pair en étoit obfcurci aux environs.
couvris le vifage & les mains, & coupant
me
le traînai à toute courfe
à la hâte fon licol,je
s'éleverent, & ne
derriere moi; ces mouches elles refterent en
pouvant fuivre notre marche
diarriere. Jele baignai dans la riviere, pour
Penflure & la cuiflon des piqûres qui
minuer
remede fut fans fuccès,
le tourmentoient; ce
la chaleur & la
& je crus qu'en le fatiguant,
fueur
les mains, & coupant
me
le traînai à toute courfe
à la hâte fon licol,je
s'éleverent, & ne
derriere moi; ces mouches elles refterent en
pouvant fuivre notre marche
diarriere. Jele baignai dans la riviere, pour
Penflure & la cuiflon des piqûres qui
minuer
remede fut fans fuccès,
le tourmentoient; ce
la chaleur & la
& je crus qu'en le fatiguant,
fueur --- Page 71 ---
AUTOUR D U M O N D E.
6y
fueurle foulageroient : jec continuaimon chémin, que j'alongeai par cette raifon, & le
lendemain il n'y parut plus.
J'arrivai le troifieme jour à Naguadoch, &
par les foins du bon Pere Miflionnaire, j'aches
tai deux mules. Mon compagnon de voyage
reprit un peu de' fanté, & j'efpérai d'arriver
à mon but:
jc rapporterai ici un trait de la générofité Traic gériédes Sauvages. Il fe préfenta à nous un pauvre KIX vages, desSauhomme, qui, fans vivres ni cheval; imploroitle fecours' de notre petite caravane, 2 pour
le nourrir & le monter pendant le voyage de
San-Antonio, où il vouloit fe rendre: Il fut
unanimement rejeté, &c je ne pouvois moi feul
lui rendre ce fervice; mais quelle ne dût pas
être notre honte, 2 lorfque nous apprimes que
les Sauvages, voilins lui avoient fourni un
cheval & des vivres, & qu'ils l'emmenoient
avec eux jufque dans le voilinage de cepofte;
où ils vont en cherchant des fruits, dont ils
font de très-bons gâteaux !
J'avois auffi remarqué, en bien des occafions, la bonté de ces gens lorfqu'ils ne font
point excités par quelque paffion; mais auffi,
dans ce dernier cas, leurs premiers mouvemens font très violens, jufqu'à ce que leur
tranquillité naturelle fe foit peu à peu rétablie,
Tome I.
E --- Page 72 ---
VoYA G 2
ici queftion de' cette raifon fotIl n'eft point
de Péducation & de la religion , que
tenue
ni de cette popoffedent les Peuples policés,
enfante,
litique, qui, fous la même apparence, noirs
exécute, differe ou prolongë les plus
La fimple raifon naturelle les rend
complots.
mais la
amisy-compatifans, & reconnoiffans;
vivacité de leur fang échauffant quelquefois
les rend cruels, & les porte
leur imagination,
au libertinage & au vol.
à la honte des
Je rapportérai à cet effet,
François de la Louifiane 2 qu'ils ont porté
dans quelques familles de
léurs vices jufque
une
J'ai vu à Nachitoches
ces Peuples fimples.
venant du fond des
fille très-bien faite, qui,
indifféremment
bois, s'abandonnoit, non pas
offroient
à tout le monde 2 mâis à ceux qui lui
C'eft
de peu de valeur.
des préfens, quoique
ainfi, comme je l'ai fouvent remarqué, qué
des Etranle commerce & la fréquentation innocens l'ien donnant à ces Peuples
gers, dée 2 du luxe, & en leur faifant des befoins que
connoit
la fimple Nature, font éciore
ne
pas
qui ne fe feroit
le germe d'une corruption Je me convainjamais manifeftée parmi eux.
les Peuples étoient moins corromquis que raifon de leur rufticité, parce qu'ils fe
pus en
font en plus petic
fréquentent moins 2 qu'ils
& la fréquentation innocens l'ien donnant à ces Peuples
gers, dée 2 du luxe, & en leur faifant des befoins que
connoit
la fimple Nature, font éciore
ne
pas
qui ne fe feroit
le germe d'une corruption Je me convainjamais manifeftée parmi eux.
les Peuples étoient moins corromquis que raifon de leur rufticité, parce qu'ils fe
pus en
font en plus petic
fréquentent moins 2 qu'ils --- Page 73 ---
AUTOUR DU MoND*
nombre, & qu'ils ont moins de befoins. Je me
fuis depuis affermi dans cette derniere idée s
par bien des comparaifons & des expériences,
prifes même chez les animaux 5 qui different
très-peu de notre efpece, relativement aux
premiers mouvemens de la Nature.
J'admirois fouvent la bonne foi des Sativages, , lorfqu'ils venoient s'acquitter de leurs
dettes avec autant d'exaditude que leur chaffe
le leur permettoit; d'autres fois mon ame étoit
doucement faifie, lorfque le liafard me faifoit
furprendre un jeune couple couché fous quelquès peaux. Je voyois fur leurs' vifages, & la
vraie pudeur d'une jeune époufe, & la noble
affurance d'un mari tranquille, déponillé de
toute efpece de honte & de méfiance envers
fa femme & l'étranger.
Mais je reviens à notre départ de Naqua-
'doch; car il feroit trop long de rapporter tous
les obftacles qui fe trouverent dans la pourfuite de mon voyage, à travers des pays fi
différens des nôtres par leuf rufticité; il me
feroit difficile de réndre les fenfations douces,
l'efpece de volupté que je n'avois jamais
éprouvée, & que je reffentis à la vue de la
fimple & premiere Nature; tant par rapport
au fol qu'aux habitans.
Quoiqué je fuffe à la. veille d'entreprendie
E 'j --- Page 74 ---
VoxAG E
affez
V'efpérance & la joie
une route
dure,
à
de continuer mon voyage commencerent d'effaire oublier les fatigues de corps &
me
effuyées depuis la Nouvelleprit que j'avois fâmes bientôt prèts à partir,
Départ de Orléans. Nous
le deuxieme de
Naquadoch. & nous nous mîmes en route
Novembre; nous étions environ quinze percar nous étions efcortés par des Solfonnes, demi
Nous avions vingt
dats ou des
Sauvages.
mules
mules chargées, & environ deux cents
chevaux de rechange 5 ce cortége forou
- d'ceil afTez agréable 2 par
moit un coup
fur : tout
P'ordre qu'obfervent ces animaux,
dans les mauvais pas 3c dans les rivieres Iaoù leur manége & leur inftine font
pides, 7
admirables.
Deux jours après notre départ, nous fames
les pluies dans des prairies, au
retenus par
riviere, où le terrein peu
bord d'une petite
enfonfolide cédoit fous nos chevaux, qui
jufques aux fangles. Le iol s'étant un
çoient féché, nous nous remimes en route, &
péu
deux ou trois villages de Saunous pafsames
nommés Tégas de
vages allez confidérabies, cabanes étoiént éparfes
San-Pédro, & dontles
& en grand nombre.
nombreufe que
Cette Nation me parut plus
déjà vues; elle étoit
toutes celles que j'avois
it fous nos chevaux, qui
jufques aux fangles. Le iol s'étant un
çoient féché, nous nous remimes en route, &
péu
deux ou trois villages de Saunous pafsames
nommés Tégas de
vages allez confidérabies, cabanes étoiént éparfes
San-Pédro, & dontles
& en grand nombre.
nombreufe que
Cette Nation me parut plus
déjà vues; elle étoit
toutes celles que j'avois --- Page 75 ---
AUTOUR D U MONDE,
auffi plus induftrieufe. Ces Sauvages different
de ceux qui font le long du Miffiffipi & de la
riviere rouge; ceux-ci font tous leurs voyages
dans des pirogues. Les Tégas, cabanés bien
loin des rivieres confidérables - 9 élevent des
chevaux pour leur" tranfport, ainfi que ceux
des Aiffes, Adaiffes & Naquadoch. lis cultivent
auffi beaucoup plus de mais. Ils s'adonnent
moins à la chaffe, fe nourriffant en partie
pendant l'hiver avec des fràits des bois, dont
ils font des gâtcanx. Le climat plus chaud, &
le fol plus fertile en fruits fauvages, fourniffent
à ceux-ci une partie de leur néceffaire, & les
portent moins à manger de la viange que ceux
du Nord.
Les Efpagnols vivant froidement avec eux
depuis qu'ils avoient demandédese explications'
& menacé les poftes, à caufe des défenfes de
commerce que le nouveau Gouverneur de
cette Province avoit faites aux François de
Nachitoches, nous ne nous y arrêtâmes pas.
Certains d'entre eux fe rendirent cependant à
notre halte, pour voir l'ancien Gouverneur
qui étoit de leurs amis ; mais on les reçut
avec une grande circonipedion, & on les
congédia le plus tôt qu'il fut poffible. D'autres
vinrent nous joindre à cheval dans notre
route du lendemain, & nous accompagnerent
E 11j --- Page 76 ---
7O
Voy A G E
quelques heures, en faifant parade de la
de leurs chevaux & de leur adreffe
vitelfe
duire. Je fyis forcé
à les conde plus noble & d'avouer que je n'ai rien vu
dej plus mâle que ces gens-là,
Leur corfage eft grand S nerveux ; ils courent
ventre à terre, ayant leur fuli le long de l'avant-bras, & une couverture ou une
de drap en écharpe flottante
piece
que caufe la
au gré du vent
rapidité de leur courfe; tout le
refte du corps eft prefque nu; les belles flatues équeftres de nos Rois donnent une
de ces Sauvages.
idée
Quelques-uns, d'un caractere plus tranquille, portoient en croupe leurs
femmes &cleurs filles, que la pudeur
à éviter nos regards & à fe ferrer engageoit
conduéeur. Ils nous
contre leur
veté de leurs
marquoient, par la btiévifites, combien ils étoient
fatisfaits deleur curiofité,
peu
Façon d'a- Huitj jours après, nous
border & de de la
arrivâmes à lariviere
à gué
Trinité, guéable,
siore tivieres
de
quoiqu'avec beaudiGiciles & coup courant, & ayant environ deux
rapides,
tées de fufil de largeur. L'on
portion de former trois
prend la précaufiles, en mettant lesi
de charge au milieu, & les Cavaliers des bêtes
côtés; par Ce moyen ils rompent le deux
fupérieur, &c retiennent dans la
courant
rieure ceux qui, fans cette
partie inférpient à fa rapidité,
précaution, cédeLorfqu'il s'agit de def-
iqu'avec beaudiGiciles & coup courant, & ayant environ deux
rapides,
tées de fufil de largeur. L'on
portion de former trois
prend la précaufiles, en mettant lesi
de charge au milieu, & les Cavaliers des bêtes
côtés; par Ce moyen ils rompent le deux
fupérieur, &c retiennent dans la
courant
rieure ceux qui, fans cette
partie inférpient à fa rapidité,
précaution, cédeLorfqu'il s'agit de def- --- Page 77 ---
AUTOUR DU MONDE.
cendre dansle lit des rivieres, les mulets font
accoutumés à fe laiffer gliffer fur leurs jambes
de derriere, en obfervant un parfait équilibre,
pour ne pas renverfer leur charge. Nous continuâmes ainfi notre route, qui étoit à peu
près dans l'ouelt, prenant un peu du fud;
nous allions à travers champs 9 fans fuivre
aucun chemin, mais les Soldats Sauvages, qui
connoiffoient le pays, arrivoient très-jufte au
terme qu'ils fe propofoient.
enfuite à
un des bras Façon de
- Nous pafsâmes
gué
paffer fur des
d'une riviere appelée les Bras; mais le fecond radeaux rivieres pro- les
ne fe trouvant pas guéable, l'on choilit pour fondes,8cnos travaux à ccr
s'arréter un de ces endroits tortueux. 2 où le effet.
courant eft jeté d'une pointe à l'autre. Nous
nous armâmes de haches, & choififfant dans
le bois de gros arbres fecs & fains, nous les
jetâmes dans la riviere, & nous en]fimes des
radeaux, attachés avec les licols de nos cheveaux; par ce moyen nous pafsâmes peu: àpeu
nos eflets.LesLipagnols appellent ces radeaux
Balfas ; le courant les jette à l'autre bord.
Ils font très - petits; un bon nageur eft au
devant, tenant entre fes dents une corde
qu'on laiffe affez longue, & par le moyen de
laquelle il leur donne la direétion néceffaire,
tandis que deux autres nageurs. 2 des deux
côtés, 2 ont attention de la leur faire fuivre,
E iv
peu: àpeu
nos eflets.LesLipagnols appellent ces radeaux
Balfas ; le courant les jette à l'autre bord.
Ils font très - petits; un bon nageur eft au
devant, tenant entre fes dents une corde
qu'on laiffe affez longue, & par le moyen de
laquelle il leur donne la direétion néceffaire,
tandis que deux autres nageurs. 2 des deux
côtés, 2 ont attention de la leur faire fuivre,
E iv --- Page 78 ---
Vi o Y A G E
le courant ne les renverfe.
& d'empécher que
eft
mene
Lorfque tout le bagage paffé,l'on
& mulets fur le bord; un bon
tousleschevaux à Peau, un autre le fuit à chenageur fe jette
chevaux chaffée fuit le
val, & la troupe de
de la voix, tandis
Cavalier,, qui les appelle bord dcla riviere,
que d'autres gens 2 furl'autre àl'endroit où ces animaux
font de grands cris
aborder,
doivent prendre leur diredion pour
fur
Tout le monde paffa très - heureufement croire
radeaux. L'on ne fauroit cependant
ges
donnoit le palfage des rila peine que nous ruiffeaux : leur lit, ordivieres ou des gros
des bords'
nairement profond, &c quelquefois
vafeux, nous forçoient, pour pouvoiryabor- la defcente à
der, à ouvrir & à pratiquer
fur la vafe
de bèches, ou à tranfporter
coups
& de la terre, crainte d'y périr.
des fafcines
quelIl falloit, outre cela, y tranfporter nous laif
quefois d'affez loin nos effets, que
travail
fur des endroits fecs : le même
fjons
fur lautre bord, & fouvent
recommençoit étroits & vafeux nous arrèdes ruiffeaux
En un mot, je ne
toient deux ou troisjours. ou de vaincre la
fais quel eft le plus difficile, chutes de la riviere
rapidiré du Mifliflipi & les chemin difficile àl
rouge, ou de chercher un
tantôt protravers des rivieres confidérables, --- Page 79 ---
AUTOUR DU MONDE.
fondes, tantôt guéables, mais parfemées de
rochers, ou fur des terreins remplis de marécages & entrecoupés de ruiffeaux vafeux &
de fondrieres.
Des traits légers de notre premiere liberté
embelliffent feulement ces campagnes fauvages, & l'agrément de la vue de ces payfages
champêtres étoit. pour moi le feul, maisagréable dédommagement de tant de peines. Je ne
faurois exprimer l'impreflion qu'ils faifoient
fur moi, & la feule expérience peut faire connoître les diverfes émotions que produit la
Nature fur notre ame.
Les bords des rivieres ou des ruiffeaux
étoient couverts de forêts. Certainsarbres, toutà-fair ou en partie defféchés, y préfentoient,
dans les lacunes, les reftes vigoureux d'un fol
mâle Sc fécond; d'autres, égalementantiqucr,
étoient foutenus par des liannes entortillées,
qui, avecle temps, avoient prefque égalé la
groffeur de leur premier appui; la diverfité des
feuilles y formoit le plus agréable mélange :
d'autres, recélant dans leur tronc creux un
fumier qui, formé des débris de leurs feuilles
&c de leurs branches à demi-mortes. > avoit
échauffé les graines qu'ils y avoient laiffe tomber, fembloient, par les arbriffeaux qu'ils renfermoient, promettre un dédommagement de
avoient prefque égalé la
groffeur de leur premier appui; la diverfité des
feuilles y formoit le plus agréable mélange :
d'autres, recélant dans leur tronc creux un
fumier qui, formé des débris de leurs feuilles
&c de leurs branches à demi-mortes. > avoit
échauffé les graines qu'ils y avoient laiffe tomber, fembloient, par les arbriffeaux qu'ils renfermoient, promettre un dédommagement de --- Page 80 ---
Vov A G E
74 la
de leurs peres. Sur les bords des praiperte
ries, il femble que la Nature ait voulu mettre
à couvert des injures du temps certains de ces
vieux arbres, affaiffés fous le poids de leurs
années, en leur formant un manteau d'une
mouffe grisâtre, qui pend en feftons depuis
la cime des branches jufques à terre.Les Franappellent cette efpece de mouffe barbe
çois
d'Efpagnol. bornée dans les forêts, s'étend à
La vue,
volonté dans les prairies, . dont l'étendue annonçe la liberté de leurs habitans. Des chevreuils peu farouches y paiffent en fi grand
dans le lointain je les pris founombre, que
des troupes de nos chevaux qui
vent pour
&
s'étoient égarés. La confiance naturelle, que
des hommes donne à tous les
T'éloignement les rend f familiers, que les garces
animaux, oifeaux venoient fe percher fur le
& d'autres
dos de nos, mulets.
Mifance des Nous continuions ainfi notre route, & nous
Iipagnolsenbonne
ayant découvert, par la
verslesSauv.- failions
garde,
dans le voigess producdes Sauvages étoient
tions de ces fumée, que
envers
pays en fruis finage. Ils vivent en grande méfiance
& animaux
iles ont forcés de fe retirer
fauvages. les Efpagnols, qui
vers le Nord, par une conduite bien oppofée
remplie de douceur &c
à celle des François,
depuis la
Nous chaflions
de ménagemens. --- Page 81 ---
AUTOUR D U MoN DE.
riviere rouge des coqs d'Inde & des chevreuils,
lorfqu'il étoit poflible de s'éloigner dela route
& du travail, ce qui étoit fort rare. Nous trouvâmes des ours dont la chair eft excellente; la
terre elt couverte d'oignons, dont nous fimes
bonne provifion, 3 & nous y trouvâmes auffi
des petites châtaignes & des noix d'une coque
différente. 2 mais dont la chair eft égale àcelles
d'Europe; cette coque eft femblable, àl'extérieur, à celle des noix mufcades, Ces châtaignes
& une efpece de nefles font trèsa abondantes;
ix vis aufli des plants de vigne fauvage. Nous
commençâmes bientôt à trouver des traces de
boeufs, qui, de domeftiques qu'ils étoient
dans leur origine, font devenus fauvages &
fe font multipliés en s'étendant dans ces déferts. Je trouxois la farine de mais délayée dans
de l'eau, ou le mais entier rôti ou bouilli, une
nourriture très - feche ; mais un morceau de
viande fraiche, coupée affez mince & jetée
fur des charbons, me parut un ragoût fucculent. Notre voyage commença enfin à être
plus doux.
La prife des boeufs étoit une fête qui précédoit les repas qu'ils nous donnoient ; lorfque nous en appercevions, les Cavaliers les
plus leftes s'éparpilloient en fer à cheval dans
la plaine; ils les tenoient ainfi enfermés & les
feche ; mais un morceau de
viande fraiche, coupée affez mince & jetée
fur des charbons, me parut un ragoût fucculent. Notre voyage commença enfin à être
plus doux.
La prife des boeufs étoit une fête qui précédoit les repas qu'ils nous donnoient ; lorfque nous en appercevions, les Cavaliers les
plus leftes s'éparpilloient en fer à cheval dans
la plaine; ils les tenoient ainfi enfermés & les --- Page 82 ---
Vox A G E
chaffoient à coups de fouet devant eux en divers fens, 2 jufques à ce qu'ils fuffent fatigués;
alors ils les amenoient quelquefois péle-mèle
en tâchant par leurs cris
avec nos chevaux,
de ranimer le refle des forces de ces malheuanimaux. On les tuoit lorfqu'ils ne
reux pouvoient plus fuivre ; on en prenoit une
fuffifanite, & on laiffoit le
portion plus que
de la
refte. Quoique jaimaffe mieux manger
viande que de la farine de maïs, mon corps
n'en recevoit pas plus de nourriture ; mon
ni de Pun
eftomac fatigué ne s'accommodoit
ni de l'autre. Je les mangeois féparément,
ménageant la farine qui me reftoit, pour les
n'avions
de viande.J J'aurois
repas où nous
pas
deux nourpeut-être eu befoin de mêler ces
ritures; mais la prudence ne le permettoit pas,
même fouvent de fatisfaire
& m'empéchoit
alors ce quejen'avois
mon appérit. J'éprouvai
accoutumés à
voulu croire des chaffeurs,
pas
de viande. Ils m'avoient affuré
ne vivre que difficile de fe nourrir long-temps
qu'il étoit
avec la partie maigre, 9 dont on fe dégoitoit
de
mais que la chair graRe
dans peu
temps;
fupdes animaux étoit ia feule que pouvoient
ceux qui ufoient de cette nourriture.
porter
nous pafsâmes à
Continuant notre route,
la riviere rouge ou Colorado, qui me
gué --- Page 83 ---
AUTOUR DU. MoNDE.
parut plus confidérable que les deux autres,,
par fa largeur & fa rapidité, Nous eûmes alors
abondamment des boeufs & des chevreuils, &
nous ne vivions prefque que de viande. Ce
pays n'eft forméque devafles sprairies, coupées
par despetites rivieres ou ruiffeaux de diflance
en diftance, lefquels font bordés de quelques
bouquets de bois, où croiffent quantité d'aromates inconnus en Europe : je crois que c'eft
une des plus belles contrées du Monde. Nous
arrivâmes au bord d'un ruiffeau, 2 gonfé &
profond, nommé à jufte titre, Qzitto calgones,
ou Quitte tes culoutes ; il fallut travailler à le
Les Sauvapaffer fur des radeaux. Tandis que nous étions gestuntent de
à cette occupation, quelques Sauvages pa- nous quer. attarurent pendant la nuit qui avoit interrompu
notre travail.Iis avoient faili le temps où nous
étions féparés 2 moitié fur un bord du ruiffeau, & moitié fur l'autre, 8c ne pouvant pas
nous raffembler à caufe de l'obfcurité. Ils vifterent d'abord la troupe de nos chevaux qui
pailfoient dans la prairie, efpérant de les
enlever : la; partie denos gens qui pouvolent lcs
fecourir y vola, & leur bonne garde dégoûta
apparenment les Sauvages de nous attaquer,
à caufe de leur petit nombre.
Enfin, nous arrivêmes à la derniere riviere
confidérable, qu'il fallut pafler pour fe rendre
ler à caufe de l'obfcurité. Ils vifterent d'abord la troupe de nos chevaux qui
pailfoient dans la prairie, efpérant de les
enlever : la; partie denos gens qui pouvolent lcs
fecourir y vola, & leur bonne garde dégoûta
apparenment les Sauvages de nous attaquer,
à caufe de leur petit nombre.
Enfin, nous arrivêmes à la derniere riviere
confidérable, qu'il fallut pafler pour fe rendre --- Page 84 ---
V OY A G 2
93 San-Antonio, le fecond pofte Elpagnol qtie
a
lon rencontre. Elle fe nomme Guadeloupe,
fallut renouveler la cérémonie des ra-
& ily
deaux. Quatre jours après, nous arrivâmes
de mais du
dont les
aux
plantations
pofte,
Habitans ne font pas tout-à-fait fi pareffeux
des Adaès.] Elles font vaftes & belles,
que ceux
de prairies, où l'on éleve grand
entrecoupées
Nous
nombre de beftiaux de toute efpece.
trouver des figuiers de Barcommençamesà y
Pon me montra
barie & des pimens fauvages;
dont
aufi une racine femblable à un navet,
aflez mince fuffit pour purger
une tranche
dès
àvecforce; mais elle perd fon effet,
qu'on
de farine de mais délayée dans
avale un peu
j'achetai
de l'eau. Nous nous y reposames;
troifieme mule, & nous y donnâmes
une
On fera peut-être
garder tous nos animaux.
dont nous
furpris de la quantité de chevaux
étions pourvus : mais on verra que c'étoit
attendu les d fficultés du voyage,
encore peu, du foi, & le foin qu'il faut avoir
la rudefe
moins chaque jour.
de changer de monture au
Enfin, le dernier Novembre nous arrivâmes
à San-Antonio.
Gouverneur de la
J'y trouvai le nouveau
Artivée à
J'avois vu aux Adaiffes; il 1s'y
San-Antonio, Province, que
le 30Novem- étoit rendu
un chemin du Nord, oùr toutes
brc,
par --- Page 85 ---
FAUTOTR DU MONDE,
les rivieres font prefque toujours guéables,
mais impraticables pour des mules chargées;
ces rivieres font bordées, dahs ces parties, de
Sauvages Tégas & Apaches. Les derniers
font ennemis mortels des Efpagnols, & les
avoient mème forcés autrefois d'abandonner
un pofte dans leur pays, nommé San-Xavier,
mais ils fé retirerent à leur tour dans le Nord,
où ils ont bâti des villages. Quoique la popu- Papulation
lation fauvage ne foit pas bien confidérable, fauyage pourquoi les &
nous avions aflez réguliérement trouvé depuis Apaches Rommés fors ets
da Louifiane jufques à San-Pédro, des villages rans.
fauvages, à vingt-cing ou trénte lieues les uns
des autres, & quelquefois plus près; mais cette
vafte étendue que nous avions paflée depuis
ces mêmes villages de San-Pédio, & celle qui
s'étend-jufques au Ro'granide, elt abfolument
dépeupiée de Sauvages. Hs fréquenterit néanmhoins ces parties, foit pour faire la guerre
aux Efpagnols & pillér leurs troupéaux, foit
pour chaffer des boeufs fauvages, & pour y
chercher des fruits, comme des plaquemines,
des châtaignes & des noix; mais ils h'y conftruifent pas des cabanes 2 les leurs étant au
nord de cette partie, comme je l'ai déjà dit.
Ces incurfions leur ont fait donner faullement le nom de Sauvages errans.
quenterit néanmhoins ces parties, foit pour faire la guerre
aux Efpagnols & pillér leurs troupéaux, foit
pour chaffer des boeufs fauvages, & pour y
chercher des fruits, comme des plaquemines,
des châtaignes & des noix; mais ils h'y conftruifent pas des cabanes 2 les leurs étant au
nord de cette partie, comme je l'ai déjà dit.
Ces incurfions leur ont fait donner faullement le nom de Sauvages errans. --- Page 86 ---
Vox Y A G E
dans ce pofte, les Saus
Guerre avec Pendant mon féjour
pailé à San-Péles Sauvages,
chez qui nous avions
& leur faga- vages
brouillés avec le noucité,
dro, s'étant tout-dfair vouloit empêcher leur
veau Gouverneur. 7. qui
de Nachitoches a 2
conmerce avec les François d'environ quatre
enlever un troupeau
vinrent
les armes 9
chevaux. La garnifon prit
cents
& les ayant fuivis Pefpace
monta à cheval,
fans les atteindre, elle
de cent lieues à la trace
tranquillement à San - Antonio,
retournoit
de la riviere de Guadelorfqu'au paffage
des mêmes Sauvages,
loupe, un autre parti
fit une bonne décachés dans des halliers,
Ceux-cife
charge fur les troupes Efpagnoles,
bravement pendant trois heures;
délendirent céder au nombre, & ils perdirent
mais ilfallut
chevaux, & beaucoup
environ cent cinquante infulté
jours
étant
quelques
d'effets. Le pofte à le mieux fortifier. : j'ofaprès, on travailla
à une
fervices, & je me préparois
fris mes
mais le tout fe borna à quelque
bonne défenfe;
La façon de combattre
légere efcarmiouche, donna pas d'eux une
des Sauva, es ne me
idée
tenté de nous attaquer à
mmindmemn
lorfqu'is avoient avoient elpéré que nous
Qusto calgones, ils
au pallage de
tiouvant embarraliés & féparés.
ce --- Page 87 ---
AUTOUR DU MONDE E.
8r
ce ruiffeau, qui n'étoit pas guéable, notre
divifion entraineroit notre défaite, & certainementils : auroient réufli, s'ils euffent été un peu
plus nombreux ou plus hardis. Je remarquai
enfuite que lorfqu'ils attaquerent les Efpagnols au paffage de Guadeloupe, ils attendirent également qu'ils fe fuffent partagés ; l'ufage des Efpagnols étant de paffer les rivieres
moitié avec le Gouverneur, & moitié avec
la troupe de chevaux de rechange. Lorfque
le Gouverneur fe préfenta avee fa troupe
pour paffer la riviere, les Sauvages étoient
embufqués près du fentier; ils firent leur premiere décharge à bout portant, & prenant
leur courfe dans la plaine, ils allerent recharger derriere leurs Cavaliers, qui, au
étoient fortis d'une autre embufcade, & fignal,
cou*
roient fur les Efpagnols pour faire auffi leur
décharge. Le combat continua de même, les
piétons s'avançant quelques pas en avant
pour tirer, & les Cavaliers, qui tiroient à leur
tour, les couvrant jufqu'à ce qu'ils euffent
rechargé. L'infériorité du nombre & le défir de
fecourir leurs camarades, engagerent les EC
pagnols à dégarnir le détachement qui efcortoit les chevaux de rechange; les
Sauvages en
profiterent, & fe jetant entre ces chevaux &
les Efpagnols, ils refterent maîtres du ren
Tome I.
F
, & les Cavaliers, qui tiroient à leur
tour, les couvrant jufqu'à ce qu'ils euffent
rechargé. L'infériorité du nombre & le défir de
fecourir leurs camarades, engagerent les EC
pagnols à dégarnir le détachement qui efcortoit les chevaux de rechange; les
Sauvages en
profiterent, & fe jetant entre ces chevaux &
les Efpagnols, ils refterent maîtres du ren
Tome I.
F --- Page 88 ---
Vo Y A G E
Jadmirai fur-tout leur précaution
change.
d'être
Ils fe mettent exaâtepour éviter
pris.
afin de ne
ment nus, même à la ceinture,
& ils fe
être accrochés en fuyant,
pouvoir d'huile, afin que les mains des.ennefrottent
fur leurs corps, ufage çonforme
mis gliffent anciens Athletes; mais je ne les
à celui des
& à la
crois pas des guerriers bien opiniàtres,
ils cedent à la tenacité des Européens:
longue
bien aife qu'ils ne s'enrétaffent
Je fus cependant
nous n'euffions
pas à vouloir nous alffiéger; de main.
pas pu tenir au moindre coup
une
de San-Antonio eft en plaine;
Defeription Le pofte
Pouverture du coude que
des San-Antos de fes faces occupe
aio.
riviere: il repréfente un carré
forme une petite
branche
long, qui eft partagé par une petite Il eft ceint
des eaux de ce:te même riviere. dont il eft
par les murs de pierre des maifons
des
bordé, & les chemins font barrés par eft fore
pieux en forme de paliffades. Commeil ruinées,
grand, & que certaines maifons font faut beauexadtement fermé, & il
iln'eft pas
le garder; fes dehors
coup de monde pour
des cabanes qui
font d'ailleurs embarraffés par de l'ennemi. Le
couvrent & favoiifent l'abord
plein de cacoude de la riviere eft également naturels des
banes, habitées par des Colons
Hles Canaries. Ilelt au refte très-agréablemens
meil ruinées,
grand, & que certaines maifons font faut beauexadtement fermé, & il
iln'eft pas
le garder; fes dehors
coup de monde pour
des cabanes qui
font d'ailleurs embarraffés par de l'ennemi. Le
couvrent & favoiifent l'abord
plein de cacoude de la riviere eft également naturels des
banes, habitées par des Colons
Hles Canaries. Ilelt au refte très-agréablemens --- Page 89 ---
AUTOUR DU MONDE.
fitué, formant une prefqu'Ife en pente
douce, qui domine l'autre bord de la riviere,
Tous les environs, plantés de mais, font fertiles, &: bien arrofés par l'eau de la riviere
dont on forme différens canaux. Ces lieux 9
étoient pleins d'une quantité prodigieufe de
grues. Le nombre des maifons peut être de
deux cents, dont les deux tiers font bâties en
pierres. Celles-ci font toutes couvertes en terraffes de terre bien battue, qui foffifentà caufe
du peu de pluie &c du beau ciel dece pays. Depuis mon départ de la Nouvelle-Orléans, je
n'avois pas elfuyé vingt jours de pluie. L'on Son climat;
m'a dit cependant que le climat de la riviere, & celui de.a
rouge, de Nachitoches & des Adaiffes, étoit rivicrarouge
affez pluvieux, froid & mal fain. Les marais' &
les bois qui les avoilinent peuvent en être la
caufe; cette pluie n'exifte point à San-Antonio,
quieft fitué dans des prairies, & n'eft entouré
que de petits bois de caflis, ou de mefquitte
qui eft auffi une efpece de cafiis. Les grands
bois de futaie finiffent aux environs de la ri-:
viere rouge ou Colorado : il y a cependant
encore quelques bouquets de gros arbres fur
les bords de celle de Guadeloupe.
Ce pofte eft le plus confidérable des
quatre PoRes Efpad
qui compofent cette Province; favoir, les delal gnolsau nord
Adaès à fept lieues de Nachitoches, les Aco- lo-Efpagae, Nouvek
F ij
fiis. Les grands
bois de futaie finiffent aux environs de la ri-:
viere rouge ou Colorado : il y a cependant
encore quelques bouquets de gros arbres fur
les bords de celle de Guadeloupe.
Ce pofte eft le plus confidérable des
quatre PoRes Efpad
qui compofent cette Province; favoir, les delal gnolsau nord
Adaès à fept lieues de Nachitoches, les Aco- lo-Efpagae, Nouvek
F ij --- Page 90 ---
Vo Y A G E
-84
dans le fud-oueft de
quiffa à cent lieues,
Sanêlo à deux
celui-ci, Labadie du Spiritu
& enfin le
cents lieues dans loueft fud-oueft,
à deux cent cinquante
pofte de San-Antonio oueft : fud - oueft des
lieues dans Poueft &
le pofte de
mêmes Adaès. L'on trouve encore
dansl'oueft : noid-oueft de San-AnSan-Saba
lieues de diftance, & à l'oueft
tonio; à cent
celui du Rio-Grande,
du même San-Antonio, fleuve. A reu près au
fitué fur le bord de ce
du
même air de vent, on trouve ceux
Palfe
de nord & de Santa-Fe, au nouveau Mexique, lieues
qui font à environ deux cent cinquante
L'on voit par ce
de diftance de San-Antonio.
dans
détail, qu'il y a une erreur confidérable
marquent le nouveau Mexique
les Cartes qui
qu'il n'eft réellebeaucoup plus dans le Nord
les détours puiffent tromment; & quoique
je crois cefur la précifion des diftances,
per
ia latitude de ces lieux, qui font
pendant que
Efpagnoles,
les plus au nord des poffeflions
de
à
Le Gouvernement
.
eft de 33 34 degrés.
eft au moins
Cuvilla qui eft dans Poueft, & celui de la
cinquante lieues plus au fud,
eft dans le
Sonora qui joint à la Californie,
fud-oueft de ce dernier. Les Elpagnols ont
euautrefois des poftes beaucoup plus au nord;
les Sauvages, ils ont été
mais étant vexés par --- Page 91 ---
AUTOUR DU MONDE.
obligés de les abandonner. Ils ne s'entretienbeaucoup de peine à San-Saba,
nent qu'avec
y avoit même
à Santa-Fe8 à Pafede-nord;il San- Saba. Les
eu des ordres d'abandonner
conduifent
routes de la Nueva-Sonora, qui
font
nouvelles mines du Serro-Prietto,
aux
impraticables, & j'ai vu faire des arprefque confidérables pour les dégager des
memens ennemis. Comment peut-on allier
Sauvages de pareils faits avec la quantité de poftes que
nous défignent au nord de ces parles Cartes
ties ? Les relations des Naturels Indiens, de
dans les parties les plus au nord
voyageurs
d'ajoutér
ce Royaume, ne me permettent pas
foi à Pexiftence de ces étabiffemens; ce ne
font point des conjeêtures légeres que je hales informations
farde, je ne parle qu'après
des marchanque j'ai prifes avec les porteurs
difes deftinées à Phabillement des Efpagnols
& avec les Géographes de
établis au Nord,
vis aux Adaès,
la fuite du Général, que je
lefquels avoient été commis pourleverle plan
des poftes fitués chez les Sauvages, & qui venoient de la Nouvelle-Sonora.
Excepté le pofte de San-Antonio, qui a une
des Ifles Canaries, les
colonie d'Efpagnols
de Solautres poftes-ne font compofés que
dats & de quelques Indiens, autrefois SauvaF iil
éographes de
établis au Nord,
vis aux Adaès,
la fuite du Général, que je
lefquels avoient été commis pourleverle plan
des poftes fitués chez les Sauvages, & qui venoient de la Nouvelle-Sonora.
Excepté le pofte de San-Antonio, qui a une
des Ifles Canaries, les
colonie d'Efpagnols
de Solautres poftes-ne font compofés que
dats & de quelques Indiens, autrefois SauvaF iil --- Page 92 ---
V O Y A G E
occupation eft d'élever des chevaux,
ges.Leur mules. des vaches & des brebis. Ils laiffent
des
troup es dansles champs,
errer ces animaux par.
deux' mois dans des
& les amenent tous les
maifons; alors
parcs qu'ils ont près de leurs enfin, ils les
ils les, lacent, les attachent;
manient le plus qu'il leur eft poflible pour.dis
leur férocité. Deux ou trois jours
minuer
que la faim
après, lorfou'ils apperçoivent
ils les
commence à tourmenter ces animaux,
d'autres; auffi, moyenlâchent & en amenent
laiffer
nant le foin qu'ils prènnent de ne pas fauvages;
devenir leurs troupeaux tout-à-fait à fix mille
riches de cinq
ils font quelquefois
animaux.
pour les laVoici comme ils s'y prennent cavaliers, ils
cer : comme ils font très-bons
bois, en
dans les champs & à travers
vont
à la courfe Panimal qu'ils veulent
fuivant
Tappiochent, ils tiennènt
prendre. Lorfqu'ils rou'é far le haut du bras, ils le
un long lacet
foit aux pieds, &
lui lancent, foit au cou, cheval, ils arrèrompant la diredion deieur aufli des animaux
tent l'animal lacé. Ils ont
fervent
leur donnent du lait, & qui
privés qui
Les vaches demi- fauvages
à leurs voyages.
& de la viande
fervent à faire de la graiffe
font ordiféchée. Les chevaux ou les mulets --- Page 93 ---
AUTOUR DU .MON N D E.
Sy
nairement vendus 2 lorfqu'ils font à demidomptés; ces deux efpeces d'animaux ne font
pas bien cheres; j'en ai vu vendre pour une
paire de fouliers. Ilslâchent également jour &
nuit, dans les bois, les animaux privés, & ils
n'ont qu'un ou deux gardiens pour toute la
troupe du pofte. Lorfque quelqu'un de ces
animaux s'écarte, ils connoiffent à la trace
fur l'herbe, s'ils'elt écarté en paiffant ou en
fuyant, & fi c'eft une mule ou un cheval,
alors ils le fuivent l'efpace de quinze à vingt
lieues. Cette fineffe de coup-d'ocil que l'ufage
leur donne aifément, leur fert auffi à pourfuivre les Sauvages dans les bois. Les uns
&1 les autres voulant cacher leur marche, mettent le feu à Pherbe dans les endroits qu'ils
laiffent derriere eux; aufli trouve-t-on fouvent
deux ou trois lieues de pays brûlé.
Pour ne point s'égarer, ils ont dans les
prairies des points de reconnoiflance d'après
la pofition des bois voilins, &c ils connoiffent
dans les bois la partie du nord par le côté du
corps des arbres, qui, n'étant point expofé
au foleil, eft devenu verdâtre par Phumidité
& par une efpece de moufe qui s'y forme;
l'autre côté de l'arbre qui fait face au fud
devient blanchâtre & net.
Fiv
ils ont dans les
prairies des points de reconnoiflance d'après
la pofition des bois voilins, &c ils connoiffent
dans les bois la partie du nord par le côté du
corps des arbres, qui, n'étant point expofé
au foleil, eft devenu verdâtre par Phumidité
& par une efpece de moufe qui s'y forme;
l'autre côté de l'arbre qui fait face au fud
devient blanchâtre & net.
Fiv --- Page 94 ---
V 2 O ay A G K
environs de ce pofte, quatre MifMifionspour Ilya,aux
le
sonvertit lés fionsde deux Francifcains chacune, fituées
Sauvages.
de la riviere, à deux ou trois lieues de
/
long diftance les unes des autres. Ces Miffionnaires
élevent des familles de Sauvages pris à la
y
qu'ils ont baptifés & mariés. Chaque
guerre,
entretient
Miflion en a fept à huit, qu'elle
fait
leurs femmes & leurs enfans, & les
avec travailler à fon profit. L'Ordre de ces Miffions
eft à peu près le même, quant atl temporel, étacelui
les Jéfuites aux
que
qu'obfervoient où les Indiens étoient
bliffemens du Paraguay,
cependant moins gênés qu'ici,
Tégas font les derniers qui fe
Les Sauvages
les
:
fervent de fufils & traitent avec
François
les autres, qui fe tiennent à environ cinquante
lieuesau nord de San-Antonio, & qui fe nomfe fervent de fleches, de même
ment Apaches, font vers les bords de la mer,
que ceux qui
& Labadie
entre les poftes des Acoquilla
du Spiritu Sandlo. Quelques Européens ont
fe nomment Coumacru ces derniers, qui
les peiles E(pagnols
ches, anthropophages;
& cruels 2
gnent feulement comme poltrons
& ils n'échappent à Pefclavage qu'en fuyant
dans des iflots & des marais, fur le bord de
la mer. --- Page 95 ---
AUTOUR DU MONDE.
Les Efpagnols font très-furement la guerre Façon deles
prendre,
à ces Sauvages à fleches, en fe couvrant la
tête d'un bouclier, & le corps d'une cafaque
faite de trois ou quatre peaux de chevreuils,
piquées avec du coton & à l'épreuve de la
fleche. Lorfque le nombre des Sauvages eft
petit, &c que les Cavaliers Efpagnols font
firs de la viétoire, ils ne tirent fur eux qu'à
l'extrémité ; mais ils les lacent comme des
chevaux, en les pourfuivant à la courfe, &
en leur lançant le lacet au cou & aux pieds,
de telle façon qu'ils l'étendent, alors le Sauvage ne peut faire aucune défenfe. Enfuite
ils les lient, & les conduifent dans les Miffions, oùt, par la douceur, la faim, les femmes
qu'on leur donne à époufer, & la raifon, on
tâche de les adoucir; alors on les catéchife,
& on les baptife. Le préjugé qui empêche les
Erpagnols de fréquenter les Sauvages indépendans, & leur opiniâtreté à les chagriner
par leur voifinage, ou par de légeres hoftilités, leura acquis, à la longue, le terrein immenfe & dépeupié qui eft au nord de la
Nouvelle-Efpagne; il eft douteux que toute
autre politique, ou que la voie des armes à
force ouverte, eût fait le même effet, au
moins eût- elle coûté bien du fang & des
dépenfes.
ans, & leur opiniâtreté à les chagriner
par leur voifinage, ou par de légeres hoftilités, leura acquis, à la longue, le terrein immenfe & dépeupié qui eft au nord de la
Nouvelle-Efpagne; il eft douteux que toute
autre politique, ou que la voie des armes à
force ouverte, eût fait le même effet, au
moins eût- elle coûté bien du fang & des
dépenfes. --- Page 96 ---
V O Y A G E
chez un bon homme InMceurs fim- Je m'étois logé
douceur &
ples & pures dien, auquel m'avoient attaché la
destfpagno:
il m'ade çe polte. la patience défintéreffée aveclefquelles
voitrendu ferviçé pendant toutle voyage que
j'avois fait depuis les Adaès. J'avois d'ailleurs
fait beaucoup de connoiffances, & mes façons
unies plaifoient allez généralement. Je crois
je pourrois me
que ces gens penfoient que
fouvent fur
fixer parmi eux; ils me preffoient
foupçonnoient que je
cet article; plufieurs
pouvois avoir de T'argent, voyant la quantité
peu confidéde mes hardes, qui, quoique
ici faire la
rables dans nos pays, pouvoient
fortune d'un homme deleur état. Ils voyoient
conduite réguliere, & il me femd'ailleurs ma
bla que par ces deux raifons, ils n'euffent pas
été fâchés que je me fuffe épris des charmes
de quelqu'une de Ieurs filles. Il y en avoit, à
méritoient par leur figure &
la vérité, quile
aifé de m'en
leur caraétere 9 & il m'étoit
dans
affurer, mangeant S logeant enfemble
même chambre. Je fentois le prix des
la
douces & pures que la liberté, une
moeurs
& une éducation pieufe
honnète pauvreté,
Je trouvois
donnoient à ces honnètes gens.
dans la famille de mon
tous ces avantages
je fuffe de
hôte; mais, quelque frappé du que climat & de
leurs moeurs, de la beauté
9 & il m'étoit
dans
affurer, mangeant S logeant enfemble
même chambre. Je fentois le prix des
la
douces & pures que la liberté, une
moeurs
& une éducation pieufe
honnète pauvreté,
Je trouvois
donnoient à ces honnètes gens.
dans la famille de mon
tous ces avantages
je fuffe de
hôte; mais, quelque frappé du que climat & de
leurs moeurs, de la beauté --- Page 97 ---
AUTOUR D U MOND E.
la fertilité du fol, j'étois bien éloigné,de
leur idée.
J'avois déjà acheté un cheval & trois mules,
&je m'occupai des provifions néceffaires à ma
fubliftance, ne voulant plus me trouver dans
le cas de fouffrir la faim. J'avois trouvé ce
befoin fi preffant & fi incommode, que je
n'ai pas honte d'avouer qu'il avoit abforbé
toutes mes autres penfées, & même m'avoit
fait oublier jufqu'anx principes de mon éducation. Je payai toutes mes dépenfes comme
j'avois déjà fait aux Adaès, avec mon linge,
qui étoit de très - bonne & plus commode
valeur dans ce pays, que P'argent qui y a trèspeu de cours; je n'étois d'ailleurs pas fâché
de l'épargner, &-de m'ailéger d'autant. Un
Créole, natif du Sartille, venoit cependant
de me foulager d'une partie de ce poids, en
me filoutart une douzaine de chemifes, 8c
d'autres effets, dont je recouvrai cependant
la valeur en grande partie; un Habitant, de
fes amis, m'ayant cédé un billet de vingt piaftres fur Mexico, en échange de ce, vol.Je fais
obferver le lieu de la naifance de ce Créole,
parce que dans les Fetits défagrémens quej'ai
effuyés, j'ai remarqué que la malice augmentoit en proportion des grades & de l'extraction : la Fureté des moeurs diminuoit au con- --- Page 98 ---
V O Y A G E
depuis lhabitant des
traire progreffivement
bois jufqu'à celui des villages & des villes;
le
PIndien, le
en forte qu'entre
Sauvage,
Créole & PEfpagnol, ce dernier fe trouvoitle moins fociable. Je n'ai jamais éprouvé
de tort bien confidérable de la part des Saûvages ou des Indiens femi-Sauvages ; aufli,
dans les Peuplades, préférois-je le logement
d'un Indien à celui d'un Efpagnol : cela répondoit d'ailleurs au plan que je m'étois fait,
& à la fatisfadion que j'avois d'approfondic
les ufages des Peuples fimples que je trouvois
fur ma route.
PLe
a
n
jamais éprouvé
de tort bien confidérable de la part des Saûvages ou des Indiens femi-Sauvages ; aufli,
dans les Peuplades, préférois-je le logement
d'un Indien à celui d'un Efpagnol : cela répondoit d'ailleurs au plan que je m'étois fait,
& à la fatisfadion que j'avois d'approfondic
les ufages des Peuples fimples que je trouvois
fur ma route.
PLe
a
n --- Page 99 ---
AUTOUR DU MONDE.
CHAPITRE V.
la Rheda, & à travers le
ROUTE par
San-Antonio à la Ville
Rio-Bravo, de
&
en cette Ville.
du Sartille, monfjour
ErAxr prêts à partir pour le Sartille, nous Lez7Décemg bre 17574
mimes en route la troifieme fête de Noël.
nous n'avions pas encore fait cinq lieues 2
Nous
eûmes avis de nous méfier des
lorfque nous
Sauvages ennemis, qui venoient de pourfuivre
Moine. Nous féjournâmes dans fa Miflion,
un
d'être
en route; car n'étant
crainte
attaqués
efcortés, nous n'euffions pu faire une
plus réfiftance. Le lendemain, 2 ayant enJongue
voyé à la découverte, & les paffages paroiffant libres, nous nous remîmes en route, ne
fuivant pas de chemin frayé, crainte de mauNous traverfâmes des bois de
vaife rencontre.
d'épines, &
mefquittes, efpece de caffis plein
très-bas; c'eft la feule efpece de bois qui foit
a dépaffé San Antocommune, après qu'on
des collines de
nio. Nous pafsâmes enfuite
terre, dont leau, diftillant en abondance,
Ces fources
rendoit le fol peu praticable.
nous conduifirent au bord d'une petite riviere --- Page 100 ---
V O Y A G E.
difficile
fes rochers, fes
guéable, mais
par
trous 3 la rapidicé de fon courant. Quelques
& des ruiffeaux bordés de mefquittes
prairies
que nous pafsâmes
fe terminerent au Rio-Frio,
à gué.
enfuite des lacs & des maPaffige pé- Nous trouvâmes
&
niblcatavers rais, abondans en oifeaux & en poifTons,
demarai.
qui étoit
le Rto del Las- bientôt après le Rio de Las-Nuicès,
Nucès:
à fec, & très-vafeux. Nous tranfporprelque des fafcines pour le paffer, & cela ne
tâmes
de peine. Nous travernous donna pas peu
nous confâmes enfuite de belles prairies, qui
duilirent dans un fond vafte & étendu. Nous
arrivâmes enfin, après dix jours de route, à
de dix à douze maifons, nommé
un village
de
lieues
la Rheda; il eft éloigné quatre-vingts) d'une
& il ett fur le bord
de San-Antonio,
Kio-Grande, & fur les
grande riviere, nommée
Cartes Kio-Bravo: en effet, après le Mifliflipi,
confidérable de ces parties, &
elle eft la Flus
&
affez femblable à ce fleuve par fa grandeur
fa rapidité.
Il y a un bateau pour le paffage, aprèslequel le pays commence à être plus peuplé.
commencâmes auffi à découvrir des
Nous
n'avois trouvé ni colline,
montegnes; car je
depuis le
ni hauteur un peu confidérable,
commencement de mon voyage. La campa-
: en effet, après le Mifliflipi,
confidérable de ces parties, &
elle eft la Flus
&
affez femblable à ce fleuve par fa grandeur
fa rapidité.
Il y a un bateau pour le paffage, aprèslequel le pays commence à être plus peuplé.
commencâmes auffi à découvrir des
Nous
n'avois trouvé ni colline,
montegnes; car je
depuis le
ni hauteur un peu confidérable,
commencement de mon voyage. La campa- --- Page 101 ---
AUTOUR DU MONDE.
gne étoit cultivée & habitée en quelques endroits, & les champs étoient femés de mais ;
l'air y étoit peuplé d'une immenfe quantité de
grues : notre voyage étoit aflez agréable, par
les beaux pays que nous traverfions, & dans
lefquels nous trouvions abondamment dec quoi
manger.
Nous pafsâmes, peu de temps après, la ri- Paffage er
viere falée, qui, un peu au deffus, porte le bateau rivicte de Sabi- la
nom de Sabinas; elle eft rapide & pleine dé nas: caux mi;
nérales.
roches. Nous fàmes enfuite tourmentés par
des cours de ventre que nous donnerent les
eaux minérales; les chevaux en furent même
tres-incommodés. Nous trouvâmes auffi differentes fources d'eaux très - chaudes, d'un
goût falé & fort amer; il en falloit cependant boire, puifqu'il In'yen avoit pas d'autres.
Lc pays. eft très-fec & défagréable. Dans, les
fonds, ce font des bois épineux de mefquittes, qui laiffent cependant appercevoir un
fol aflez net & prefque fans herbe; mais les
plaines & les hauteurs font femées de plantes
épineufes. Elles fe diverfifient en milleefpeces,
par leurs formes & par leurs épines; les unes
font en façon de dard, les autres en fcie unie
ou rebrouffée, & d'autres en harpon; mais
elles font toutes très-aigu3s; elles entrent trèsfacilement dans la chair, 3c n'en fortent qu'en
ent cependant appercevoir un
fol aflez net & prefque fans herbe; mais les
plaines & les hauteurs font femées de plantes
épineufes. Elles fe diverfifient en milleefpeces,
par leurs formes & par leurs épines; les unes
font en façon de dard, les autres en fcie unie
ou rebrouffée, & d'autres en harpon; mais
elles font toutes très-aigu3s; elles entrent trèsfacilement dans la chair, 3c n'en fortent qu'en --- Page 102 ---
Vox A G E
une affez
déchirant & caufant par conféquent Nature fe
douleur. Il femble que la
grande
des fouffrances le
plaile à faire acheter par
pallage de ces contrées.
Podeur d'un
Animal
Nous y fûmes empeftés par d'un lapin,
guans.
animal à peu près de la groffeur animal emplus lourd ; cet
mais beaucoup
défenfe. Lorfporte avec lui une finguliere
eft chaffé & qu'il eft près d'être joint,
qu'il
odeur fi infede, que celui qui
ilexhale une
d'enêtre étouffé,
en feroittrop près rifqueroit remede. J'avois aufi vu
& la fuite eft le feul
à
dans la plainé de Tégas un petit animal poil
les pattes & le corps
court & rouffatre,
d'un
& renfoncés; ; il ett de la groffeur
courts
reffemblant à cet animal quant au
gros chat,
oreilles, mais fon front eft
mufeau & aux
Nous en tuâmes un,
comme celui du lapin.
nous
l'avoir fait rôuir fous la cendre,
& après
fa chair étoit très-bonne,
le mangeâmes ;
comme celle du
fine, blanche, & entre-lardée
cochon. Les Indiens le nomment Tacouagge;
auffi dans ce pays des ferpens à fon:
ily a
nette 9 mais je n'en vis pas.
les mines de la
Nous laifsâmes fur la gauche
Mines de la
hameaux,
Sieria & de Sierra & de Laiguana, &c plufieurs
de la
Laiguana. Nous pafsâmes aux Peuplades d'Indiens
Sant-Yago & de la Caldera, & nous
Punta,
laifsâmes --- Page 103 ---
AUTOU R D U MOND K.
laifsâmes à droite une montagne ifolée, nommée par fa forme la table de la Caldera. Elle
eft taillée à pic de tous fes côtés, n'y ayant
qu'un fentier très-difficile & prefque impraticable pour y monter; l'on n'y peut aborder
cet endroit, & il feroit même impofque par
fible à des chevres de gravir par un autre. Le
haut eft une plaine fertile qui donne de bons
pâturages : l'on trouve des fources dans fes
inégalités : Pon y a enfermé des beftiaux qui
donnent un bon profit; une maifon bâgie fur
le fentier empèche qu'ils ne fortent de cette
efpece de parc ou de terraffe.
Les Etats d'Indiens policés 2 que les Efpagnols conquirent après la mort de Montézuma, commencent à la riviere falée : on rencontre peu après le village de la Caldera dont
je viens de parler. Nous étions entrés dans les
montagnes, & Ces belles plaines de la Province deTégas n'étoient remplacées que par
des rochers & par quelques vallons, qui ne
produifent que des aloès, des figuiers de Barbarie, & une autre plante épineufe d'une feule
tige, fans feuilles, nommée en Europe Cierge cal. Cierge Paft
Pafcal ; ici elle eft d'un afpeét réellement majeftueux. Cette feule tige s'éleve de terre à la
hauteur d'environ quinze pieds; elle fe fépare en quatre ou cinq autres, qui, après
Tome I.
G
chers & par quelques vallons, qui ne
produifent que des aloès, des figuiers de Barbarie, & une autre plante épineufe d'une feule
tige, fans feuilles, nommée en Europe Cierge cal. Cierge Paft
Pafcal ; ici elle eft d'un afpeét réellement majeftueux. Cette feule tige s'éleve de terre à la
hauteur d'environ quinze pieds; elle fe fépare en quatre ou cinq autres, qui, après
Tome I.
G --- Page 104 ---
VOYAG E
de
s'être éloignées de trois ou quatre pieds
s'élevent enfemble à une
celle du milieu,
d'environ vint pieds;
hauteur perpendiculaire
le feul arbre ou plante que
auffi eft-ce prefque
fournifle cette contrée.
villages
Quatre jours apresavoirpaifi@parles trouvâIndiens que j'ai déjà nommés, nous
mes des bois d'une efpece de dattiers, quant
à la forme des feuilles & à l'emplacement des
bout defquelles le fruit eft placé,
branches au doux & très-bon; il vient en
Il eft à pepin,
de la forme & dela
régime, de Varrangement,
bagroffeur d'une efpece de petites figues
croiffent dans PInde, & qui font
nanes qui
fous le nom de dedos
connues aux Philippines de Dame; le fol de cette
de Dama,, ou doigts
fec.
partie eft d'ailleurs extrêmement de Cuwilla à
laiffions alors le pofie
Pofe de Cu- Nous
lieues. Le
willa.
Toueft,éloigné d'environ vingt
pays
abonde en chevres & en brebis, que Pon tue
vendre la
Nous côtoyâmes une
pour en
peau. plus bas à Monterey;
petite riviere qui paffe
elle eft très-falée, comme toutes les eaux que
avions trouvées depuis le Rio-Salado ou
nous
Les bords de cette riviere font culSabinas.
d'Indiens. Nous pafsâmes entivés & peuplés
défert, à
fuite environ vingt lieues de terrein
travers de hautes montagnes très-rudes, après
ue
vendre la
Nous côtoyâmes une
pour en
peau. plus bas à Monterey;
petite riviere qui paffe
elle eft très-falée, comme toutes les eaux que
avions trouvées depuis le Rio-Salado ou
nous
Les bords de cette riviere font culSabinas.
d'Indiens. Nous pafsâmes entivés & peuplés
défert, à
fuite environ vingt lieues de terrein
travers de hautes montagnes très-rudes, après --- Page 105 ---
AUTOUR DU Moxr D E.
quoi nous découvrimes une belle plaine bien
cultivée, dans laquelle eft fitué le Sartille, - où
nous arrivâmes le 20 Janvier 1768. Nous Atrivéa
croyions alors avoir fait cent foixante lieues Sartille,le.o Janvicri768,
au fud-oueft.Aux approches du Sartille, deux
jours avant notre arrivée, 2 nous avions remarqué une éclipfe de foleil; elle me fembla plus Eclipfe dc
confidérable & plus exactement centrale que folcil.
celle du Ier, Avril 1764 ne m'avoit paru en
Provence ouj'étois alors.
La.ville du Sartille eft affez grande, & elle Defc-iptiod
eft moyennement peuplée d'E(pegnols Ed'In- decetteYille.
diens; les églifes y font belles, de même que
les places publiques; les principales rues font
larges, propres, 2 & bordécs de maifons médiocrement bien confiruites ca pietre; mais le
refte de la Ville eft mal bâti & de.mauvais
goût, fur-tout. les maifons des Indiens, qui
ne favent pas diftribuer leurs logemens.I L'on
trouve dans certaines rues des fources qui diminuent la féchereffe du fol.Ily a au Sartille
un aflez grand nombre de Marchands honnétement riches. Cette ville eft lentrepôt des
produéions fauvages des pays que nous venions de quitter, produdtions quifer répandent
enfuite dans les pays plus peuplés; elle l'eft
aufides vêtemens & des fuperfuités dela vie,
que les Sauvages viennent acheter en échange
G 1]
'on
trouve dans certaines rues des fources qui diminuent la féchereffe du fol.Ily a au Sartille
un aflez grand nombre de Marchands honnétement riches. Cette ville eft lentrepôt des
produéions fauvages des pays que nous venions de quitter, produdtions quifer répandent
enfuite dans les pays plus peuplés; elle l'eft
aufides vêtemens & des fuperfuités dela vie,
que les Sauvages viennent acheter en échange
G 1] --- Page 106 ---
1OO
V O Y A G E
deleurs viandes, & de leurs chedeleurs peaux,
excepté les Indiens, fuiMoeurs des vaux. Les Habitans,
fe livreaiHabitans. vent la coutume dela populace, qui donne
fément aux moeurs viçieufes dont onlui
les préT'exemple, fans en adopter également
fervatifs.Jeleur trouvai en généralun caractere
fourbe & frauduleux; ils agiffent
orgueilleux,
qui cache des fenavec une feinte générolité
ils ont
en un mot,
timens plus qu'intérefléss le caraétere bon & géné
Torgueil, mais non
Cette ville eft
reux du véritable Efpagnol.
ou foicompofée d'un quartier d'Efpagnols,
la plupart d'entre eux n'ayant
difant tels,
huitieme partie de fang Europeut-être pas la
de celles de
couleur eft un compofé
péen;leur du Negre & de PIndien : ce derPEuropéen,
comme l'extracnier elt regardé dans ce pays
aveclEusauflis'allie-til peu
tion la plusbaffe;
eft compofé d'Inropéen. Le fecond quartier Autant les prediens, nommés Trafealtequas.
autant
font
& pareffeux,
miers
orgueilleux & affables. Ils font les
ceux-ci font laborieux
les
Produaions
cultivent les jardins &
champs
du Pays. feuls qui
du mais & du blé en abondance.
qui donnent
endroit où je mangeai
Ce fut ici le premier
de la
de froment, depuis mon départ
du pain
donnent des
Nouvelle-Orléans. Les jardins y
des railins, toutes fortes
figues, des pommes,
font
& pareffeux,
miers
orgueilleux & affables. Ils font les
ceux-ci font laborieux
les
Produaions
cultivent les jardins &
champs
du Pays. feuls qui
du mais & du blé en abondance.
qui donnent
endroit où je mangeai
Ce fut ici le premier
de la
de froment, depuis mon départ
du pain
donnent des
Nouvelle-Orléans. Les jardins y
des railins, toutes fortes
figues, des pommes, --- Page 107 ---
AUTOUR D U Mo NDE, IOI
de plantes d'Europe, & une large plante épineufe, dont la féve fait une boiffon affez
bonne ; elle fe nomme Maguey, & le fuc,
Pouchre; elle croît dans prefque toute la
Nouvelle-E(pagne.
Nous étions dans le mois de Janvier; le climat étoit très-doux, fans pluic, & le ciel, toujours ferein, étoit encore plus pur que celui
que j'avois trouvé à San-Antonio. J'y vis la Célébration
fête de la Chandeleur, qui eft celle de la Ville; de la fête du
elle fut célébrée affez finguliérement. Aprèsla licu.
Meffe, on fit en pompe une proceflion avec
l'image. de la Vierge, qu'on alla repofer fur
un théâtre, 2 placé à côté d'un cirque qui fervoit au combat des taureaux, & tout le monde
feretira. Après la fiefte, l'on ouvrit le fpeétacle
du combat des taureaux par des fanfares qui
étoient jouces par des inftrumens placés aux
côtés de l'image de la Vierge : ce divertiffement dura jufqu'à la nuit, & l'on acheva la
proceflion 2 en reportant l'image dansl'églife,
Après cela commença une Foire, bien pourvue de fucreries, vins, pâtifferies, & autres
gourmandifes. Là fe déploie toute Ia galanterie des Efpagnols 2 qui font fi pauvres que plufieurs engagent leur derniere chemife pour y
bien régaler leurs connoiffances.Je trouvai fingulier de voirles maris porter cette galanterie à
G iij --- Page 108 ---
Vo Y, A G E
l'excès envers leurs femmes.Je vis une femme,
qui m'avoit paru avoir beaucoup de bon fens,
fe formalifer de ce que fon mari n'étoit pas
affez galant pour vendre un couteau de chaffe
qui lui reftoit, & en employer l'argent à la régaler de fucreries à la Epire. Pendant cette
cérémonie, les deux époux font très-graves
& férieux, & les maris ont pour leurs femmes
des petits foins à l'Efpagnole, comme s'ils
étoient au temps de leurs premieres amours.
Cette fête dura trois jours. J'en avois vu une
pareille à San-Antonio, pour la Conception.
La veille de la fête on alla chercher l'image
de la Vierge dans Téglife; elle étoit accompagnée d'un grand nombre de gens déguifés,
les uns en Diables, les autres en Anges, d'auavoient des habillemens d'homme ou de
tres
femme à la Maurefque. On apporta T'image
dans une falle de bal chez le Chef de la fète,
& l'on commença à danfer & à diftribuer
desrafiatchifiemens. On repréfenta enfuite une
efpece de Comédie ; le lendemain, les mêmes
amufemens recommencerent avec le combat
8c durerent jufques au foir. La
des taureaux,
Vifête étant finie, on reporta en proceflion
de la Vierge dans Péglife. Tant il eft vrai
mage
certains ufage, pieux dans leur origine 2
que
dégénerent bientt en abus !
tribuer
desrafiatchifiemens. On repréfenta enfuite une
efpece de Comédie ; le lendemain, les mêmes
amufemens recommencerent avec le combat
8c durerent jufques au foir. La
des taureaux,
Vifête étant finie, on reporta en proceflion
de la Vierge dans Péglife. Tant il eft vrai
mage
certains ufage, pieux dans leur origine 2
que
dégénerent bientt en abus ! --- Page 109 ---
AUTOUE R DU MOND) E. 103
Dans l'eft & dans le fud de ces contrées,
font les Provinces de Parras & du Reyno;
elles donnent de très-bon vin, beaucoup de
fruit & de fucre, du mais, du blé, & des beftiaux. Les côtes du Reyno qui bordent une
partie du golfe du Mexique, font très-poiffonneufes; c'eft dans cette partie qu'eft fituéleport
de Tampic. Cette Province donne auffi un peu Defcription
de la cochce
de cochenille, efpece d'infedte qui fe nourrit nille.
fur une plante épineufe, de la forme du figuier
de Barbarie, mais dont les feuilles font beaucoup plus petites & plus fines. Cet infecte
fait une petite coque qu'il attache aux feuilles
de cette plante, s'y renferme, & y meurt; le
tout fe colore, fe confolide, & prend laforme
que nous connoiffons à la cochenille, à la
derniere préparation près. On étend un linge
fous l'arbufte, qu'on fecoue pour en féparer
la petite coque. Cette produéion vient dans
les champs fans culture,de même que l'indigo; elle eft ramaffée par les feuls Indiens,
dont peu même en connoiffent tout le prix.
Les affaires de mon compagnon de voyaga
n'ayant fini qu'au commencement deFévrier,
nous nous préparâmes alors à partir; les chemins étant affez praticables, it voulut voyager plus vite que nous n'avions pu faire juf
que-là, à caufe de nos effets. Nous les donG iv --- Page 110 ---
Vov A GE
à fret pour Mexico, a
nâmes en conféquence
avoir
un Francifcain qui y retournoit, après
Fhabillement néceffaire pour les
accompagné différentes Miflions des parties fauvages que
nous venions de laiffer. Les gens que nous
avions emmenés retournerent dans leur Patrie,
de mon fidele Indien de San-
& je me féparai faurois affez admirer le zele
Antonio. Je ne
ferpatient avec lequel il me rendit toujours
vice, & corrigeoit ma mal-adreffe dans des
fi différens des nôtres par leur rufticité &
pays
le bon
parleur peu de reffources.La prudence,
fens, la religion & Phumanité qui éclatoient
dans toutes fes actions, m'obligent de dire
cet Indien eft le feul homme en quij'aye
que
réunies autant de qualités, fans s'être
trouvé démenties une feule fois depuis plus de quatre
le connoiffois. Je payai un noumois que je
me fervir dans le voyage
vel homme, pour
que j'allois continuer.
le bon
parleur peu de reffources.La prudence,
fens, la religion & Phumanité qui éclatoient
dans toutes fes actions, m'obligent de dire
cet Indien eft le feul homme en quij'aye
que
réunies autant de qualités, fans s'être
trouvé démenties une feule fois depuis plus de quatre
le connoiffois. Je payai un noumois que je
me fervir dans le voyage
vel homme, pour
que j'allois continuer. --- Page 111 ---
AUTOUR D U MONDE IOS
CHAPITRE VI.
ROUTE par les Villes de Charcas, SanLouis Potofy, San-Miguel el-Grande,
& San-J'uan del-Rio, depuis la Ville de
Sartille julqu'a celle de Mexico 2 &
mon fejour dans cette derniere Ville,
Nos partimes du Sartille pour Mexico, le Départ du
IO de Février 1768; nous n'avions plus be- Mexico,lers Sartille pour
foin de faire des vivres, & nous mangions Févzier1768:
de bon pain. Pendant trois journées, nous
trouvâmes un pays très-peuplé; mais nous en
pafsâmes enfuite trois autres fans trouver
autre chofe qu'un fol très-fec, & de la pouffiere corrofive comme de la chaux. Il n'y a
d'autre eau dans cette traverfée, que celle des
puits qui font très-profonds. On paye pour
leur entretien l'eau qu'ony) prend, qui eft fau.
mâtre & d'un mauvais goût; l'on n'en trouve
que toutes les fept à huit lieues. Il y a une
cabane pour leur gardien, & ce font les feules
habitations que l'on rençontre, Après avoir Charcas. Atrivée à
dépaffé ce petit défert & deux journées de
prairies, nous arrivâmes à une mine nommée Charcas 2 où eft une petite Ville affez --- Page 112 ---
VoYA G E
jolie, moins grande que le Sartille,mais mieux
bâtie & plus peuplée.
Goul'ancien
Je me fépare Mon com paguon devoyage,
de mes com
de
y tomba malade; je ne
pagnons de verneur
Tégas,
& la route
voyage.
voulus pas retarder ma marche,
étant fréquentée, je penfai à me féparer de
lui : il parut afligé de ce que je l'abandonnois; mais j'étois forcé de partir, ayant appris l'arrivée du galion de Manila à Acapulco,
dont j'étois encore éloigné de deux cent cinlieues; le mois de Février étoit déjà
quante à moitié écoulé, & ce vaifleau devoit partir
fur la fin de Mars.
Ma fanté s'étoit affez bien foutenue depuis
de San-Antonio & du Sartille, à
mon départ
une attaque près de rhumatifme au genou,
je guéris par un grand exercice & des
cataplafmes que
de mente broyée & fite avec du
fuif de bouc; j'éprouvois encore une foibleffe
d'eflomac, que la farine de mais rôti, & quantité de mais rôti ou bouilli que j'avois mangé
jufques au Sartille, avoient dépravé.
Je paffai à un village nommé le Venau,
Monativée
gouvernés parleurs
au village tout compofé d'Indiens,
nonméleveOn venoit d'exécuter douze des plus
nau.
Chefs.
s'étoient révoltés;
féditieux d'entre ceux qui
leurs tètes étoient fur des pieux, à la place de
leurs maifons qu'on avoit rafées, après avoir
mangé
jufques au Sartille, avoient dépravé.
Je paffai à un village nommé le Venau,
Monativée
gouvernés parleurs
au village tout compofé d'Indiens,
nonméleveOn venoit d'exécuter douze des plus
nau.
Chefs.
s'étoient révoltés;
féditieux d'entre ceux qui
leurs tètes étoient fur des pieux, à la place de
leurs maifons qu'on avoit rafées, après avoir --- Page 113 ---
AUTOUR DU MOND E. 107
envoyé toute leur parenté en exil. Cette punition d'exil eft très en ufage chez les Efpanols, & la politique m'en parut très-fage;
car il arrive fouvent que des fujets qui deviendroient rebelles, s'ils trouvoient des moyens
d'appuyer leurs révoltes. 2 reftent fideles &
utiles à l'Etat, lorfque ces moyens leur font
ôtés; leur mélange avec des fujets fideles &
heureux par leurs bonnes moeurs, les enga.
gent bientôt à fuivre leur exemple. L'occafion ou le défefpoir eft la caufe prefque inévitable des plus grands crimes; mais la fociété
des hommes honnêtes, laborieux & charitables, en prévient les funeftes effets. La connoiffance des hommesa apprend que la plupart
des criminels ne l'euffent pas été,s'ils étoient
nés dans des climats & fur un fol heureux,
dont la culture abondante les eût payés de
leurs peinés. Un travail modéré, & l'attrait
de la nature au bien, les auroient éloignés
du vice. L'origine de nos Colonies en eft une
preuve, quoique l'ancienneté de la population y ait apporté quelque différence; carj j'ai
trouvé des moeurs bien plus pures à la Louifiane &aux Philippines, qu'à Saint-Domingue
& au Mexique. Sans attaquer l'origine de certains Créoles de la Louifiane & des Philippines, tout le monde fait cependant que la --- Page 114 ---
VOYAG E
néceffité d'étallir la premiere Colonie y avoit
faita admettre des gens de toute efpece, & que
les Philippines font le lieu d'exil de plufieurs
mauvais fujets du Mexique, qui lui-mème
beaucoup de ceux d'Efpagne. J'ai vu
en reçoit
des Officiers, de riches
néanmoins à Manilla
Négocians, & des perfonnes de tout état,
qui, y ayant paffé les fers aux pieds, ont
mené dans la fuite & menoient encore une
vie très-réguliere &c exemplaire, quoiqu'il fe
trouve dans ce Pays bien des moyens de prole vice. Les Efpagnols avoient fuivi
voquer Venau une voie de juftice très-févere, en
au
Hexemple & la
décapitant les plus féditieux;
politique, cruelle par néceflité, lexigeoient
être; mais la bonté de leur coeur ne
peut
d'étendre plus loin la févérité
leur permit pas le reite des féditieux fut exilé.
des loix, &
J'ofe remarquerici qu'il faut que la population
Indienne foit bien abondante, ou que les relationsayentbiengroliler carnage & les vexations
qu'efluyerent les Mexiquains; j'ai vu par moimême limmenfe quantité d'Indiens dont ce
Royaume eft peuplé, & l'aifance dans laquelle
fubordonnés à leurs Conils vivent, quoique
font
quérans. La levée du tribut & la police
exercées en beaucoup d'endroits par leurs
Chefs, & les loix du Roi d'Efpagne tendent
ante, ou que les relationsayentbiengroliler carnage & les vexations
qu'efluyerent les Mexiquains; j'ai vu par moimême limmenfe quantité d'Indiens dont ce
Royaume eft peuplé, & l'aifance dans laquelle
fubordonnés à leurs Conils vivent, quoique
font
quérans. La levée du tribut & la police
exercées en beaucoup d'endroits par leurs
Chefs, & les loix du Roi d'Efpagne tendent --- Page 115 ---
AUTOUR DU MONDI E. 109
plutôr à les rendre fujets patriotes, qu'efclaves
malheureux : plufieurs d'entre eux, dépendans
fubalternes, font admis aux charges de PEglife, de la Juftice & du Militaire. Iis s'allient
avec les Efpagnols, fur-tout dans les grandes
Villes & à Manilla : c'eft feulement loin des
Villes que la hauteur qu'infpire le titre de
Conquérans à des vagabonds que la fortune
a favorifés, donne quelques défagrémens aux
Indiens. Le peu de fréquentation des deux
Nations les engage alors à fuivre le préjugé
de fupériorité & d'éloignement que toute
Nation a pour une autre, & fur-tout l'Efpagnol. Les Indiens fe regardant comme les plus
foibles, leur foumiflion & leur caraétere fuppléent au petit nombre d'Européens, 2 & la
politique rend utile à l'Etat ce que le caractere des deux Nations opere par hafard.
L'Efpagnol que j'avois pris à mon fervice Précautions
m'avoit d'abord paru un coquin. Lorfque conrre mon
j'étois en compagnie du Gouverneur
guide,
que je
venois de quitter, je croyois n'avoir rien à
craindre de fa part avec un auffi grandnombre
de compagnons de voyage; 5 mais lorfque
nous nous trouvâmes tête à tête,j'eus quelque méfance de fa probité; heureufement il
n'avoit point d'armes, & je portois toujours
un couteau à ma ceinture. Mes chevaux & --- Page 116 ---
IIO
VOYAG E
mes mules ne m'avoient jufques alors rien
coûté de nourriture, étant gardés dans les
pacages, pendantlanuit, par mes compagnons
de voyage; je ne jugeai pas à propos de donner à celui-ci la même commiflion, crainte
qu'il ne me les enlevât, & qu'à mon réveil
ne me trouvaffe à pied.
. je Je trouvois chaque foir des maifons pour
coucher; je pris le parti d'y acheter de quoi
manger pour mes mules : je faifois coucher
dans la maifon, & je dormon domeftique des
où les attamois feul au pied
piquets
je
chois, çar dans ce pays-là il n'y a point
d'écuries; j'étois d'ailleurs plus affuré de ce
mangeoient, & j'avois plus d'attenqu'elles tion à elles qu'à moi. 1l eft fingulier combien
elles fembloient contrarices de ne pas paitre
en liberté; elles refterent deux ou trois jours
à ne manger que tres-peu d'herbes coupées,
& je ne pus les accoutumer au grain qu'en le
leur faifant mâcher par force, après l'avoir
trempé dans de l'eau de fel. La premiere nuit
refterent attachées, leurs jambes &
qu'elles
à tel point, que le
leurs corps s'engourdirent
matin elles paroiffoient tout d'une piece : ce
coups de fouet & en les
ne fut qu'à grands
à former
traînant, qu'elles commencerent, non
des
mais à fauter, comme fi elles euffent
pas,
grain qu'en le
leur faifant mâcher par force, après l'avoir
trempé dans de l'eau de fel. La premiere nuit
refterent attachées, leurs jambes &
qu'elles
à tel point, que le
leurs corps s'engourdirent
matin elles paroiffoient tout d'une piece : ce
coups de fouet & en les
ne fut qu'à grands
à former
traînant, qu'elles commencerent, non
des
mais à fauter, comme fi elles euffent
pas, --- Page 117 ---
AUTOUR DU MONDE E. III
eu des entraves, & en trainant les deux pieds
de derriere; mais leur fang s'échauffant peu à
peu par les coups & par l'exercice, elles reprirent lufage de leurs jambes comme auparavant.
Le lendemain de mon départ, j'arrivaià San- Defeription
Louis Potofy 2 où font de fameufes mines de San-Louis
Potofy.
d'or& d'argent, principalement celle du Serro
San-Pédro. San-Louis eft une jolie Ville,
d'une grandeur rmédiocre, & bien bâtie, ayant
de belles rues tirées aul cordeau; elle eft bien
peuplée, environnée de beaux jardins. On y
voit de fuperbes églifes, & les Habitans y
font riches &c jouifent de toutes les commodités.de la vie.
Dans toute cette Provence, les Indiens Origine de
étoient fort triftes; leur humeur avoit été la Indien: feditiondes de
aigrie par de nouveaux impôts, par l'exclu- ce. cette Provinfion des Jéfuites, &c par le joug Eipagnol
qu'ils portent avec peine. Ils avoient été animés par des Chefs vindicatifs que le Gouvernement avoit autrefois punis, & toutes ces
raifons avoient porté ceux de cette Province
jufques au Venau, à une efpece de fédition,
qui, fans la promptitude & la févérité dont
on ufa pour l'étouffer, auroit pu avoir des
fuites, n'y ayant fur vingt Indiens qu'un Efpagnol ou foi-difant tel, --- Page 118 ---
VOYAG E
de très-beaux cheOn éleve dans ce pays
auffi
vaux, & j'en achetai un; on y nourrit
de vaches, le tout pour la conbeaucoup de Mexico. La maniere de prendre
Maniere fommation
elles errent
adroite de les vaches eft adroite & finguliere; ;
prendre les
&
en a befon on
vaches.
dans les champs, lorfqu'on
les chaffe à la courfe. Quand on les a jointes, 5
le temps du galop où elles tombent
on prend
alors le Chaffeur les
fur les pieds de devant;
la
élevant indireêtement & avec force par
& elles
queue, leur fait perdre Péquilibre,
s'abattent fur le nez; en même temps il paffe
avant fous les cuiffes la queue qu'il tenoit
en la main. Cette attitude eft fi génante pour
à
reftent dans la même fituaces: animaux, qu'ils entieres, & jufques à ce que
tion desjournées le Chaffeur a befoin étant
le nombre dont
J'avois laiffé
complet, il vienne.les dégager.
dans Poueft les Provinces de Guadalaxara,
& leurs Villes. Là font des mines
Zacatécas,
d'autres
confidérables; il y en a beaucoup
dans le fud-oueft de San-Louis : ce pays eft
de richeffes & de pauvreté cachée, les
plein
avec la même facilité qu'ils
Créoles dépenfant
amaffent.
à San-Louis, &
Je féjournai deux jours
des pays vam'étant remis en route, 2 je paffai
de
des collines, femées de beaucoup
riés par
villages
mines
Zacatécas,
d'autres
confidérables; il y en a beaucoup
dans le fud-oueft de San-Louis : ce pays eft
de richeffes & de pauvreté cachée, les
plein
avec la même facilité qu'ils
Créoles dépenfant
amaffent.
à San-Louis, &
Je féjournai deux jours
des pays vam'étant remis en route, 2 je paffai
de
des collines, femées de beaucoup
riés par
villages --- Page 119 ---
AUTOUR DU MoND E.
IIS
villages Indiens, & bien cultivés en blés, &c
fur-tout en mais. Le fac de mais y valoit un écu Fertilité ds
au plus; l'efpace depuis Charcas à San Louis Pays,
Potoly, eft à peu près le même que celui-ci
pour la population & pour la culture. Les Caraétere &
Indiens chez qui je logeois roujours étoient vêtemens dea
allez fimples, & hofpitaliers.Leur bonne fanté, Indiens,
les douceurs d'une vie innocente &c tranquille,
font les fruits de leur fobriété & dé leur
amour pourle travail. Ils font fans luxe ni hauteur, & fimplement vêtus; les unsle fontà PEC
pagnole, les autres confervent leur vêtement
primitif. Les horhmes portent unie culotte &
une ehemife courte & fans plis, qui defcend
ufques à la ceinture : le tout eft
I
de peau de
chevre : d'autres ont, au lieu de chemife & de
culotte, une efpece de chafuble, dont lés côtés font coufus par le bas. Les ferhmes ont de
plus, autour de la ceinture, une piece d'étoffe qui tombe jufques à mi jambe, & une
femblable chafuble fur les épaules ; leurs cheveux treflés fe nouent de différentes manieres
far le derriere de la tête, qu'elles ont toujours
découvene.leriomne: couvfent la leur d'un
chapeau à P'Efpagnole,
Outre les Alcades, qui font des efpeces de
Confuls en qui réfide certaine partie de la Juf
tice Civile & Militaire, les Çommandans de
Tome I.
H
jambe, & une
femblable chafuble fur les épaules ; leurs cheveux treflés fe nouent de différentes manieres
far le derriere de la tête, qu'elles ont toujours
découvene.leriomne: couvfent la leur d'un
chapeau à P'Efpagnole,
Outre les Alcades, qui font des efpeces de
Confuls en qui réfide certaine partie de la Juf
tice Civile & Militaire, les Çommandans de
Tome I.
H --- Page 120 ---
VOYAG E
les différentes Cours de.Juftice, les
Province, les Chapitres & les Moines forEvèques 9
Ils ont tous de
ment des Corps très-puiflans.
eft ditrès-belles polieflions, & tout le pays
la plupart titrées; elles
vifé en Seigneuries,
& de grands
ont de très - beaux châteaux,
étendu.
leur terrein étant fertile &
revenus 2
leur luxe & leur grandeur,
Tout y annonce
Seigneurs.
qui égale celle de nos plus grands
Sanjours après mon dépa:t de
Paffage à Quatre
el-Grande; cette
saa-Miguchal Louis, farrivai à San-Miguel
Grande , &
effet
& belle, plus confiautrcs heux $ Ville eft en
grande
&
celles oû j'avois déjà paffé; elie
ECrr: de dérable que
colline. Les
G65 Pays. eft fituée fur le penchant d'une
maifons, les rues, les jardins y ont un air plus
noble, plus recherché 2 & y annoncent en
la nichefle de leurs Habitans. Le furlentout
couchai aux environs de Queredemain, je
de
tano, lieu célebre par fes manufaétures
chapeaux, de draps & autres étoffes; je me
réndis enfuite à San-Juan del-Rio, très-jolie
elle eft bien
Ville, d'une moyenne grandeur;
habitée, & arrofée par une jolie riviere,
eft bordée d'arbres & de promenades. Ce
qui
extrêmement habité, &
Pays eft très-cultivé,
font
de grandes Villes. Les bois, qui y
plein
défagréables, excepté
rares, y font cependant
&
arbres épars le long des ruilleaux
quelgues
enfuite à San-Juan del-Rio, très-jolie
elle eft bien
Ville, d'une moyenne grandeur;
habitée, & arrofée par une jolie riviere,
eft bordée d'arbres & de promenades. Ce
qui
extrêmement habité, &
Pays eft très-cultivé,
font
de grandes Villes. Les bois, qui y
plein
défagréables, excepté
rares, y font cependant
&
arbres épars le long des ruilleaux
quelgues --- Page 121 ---
AUTOUR D U MoxDt.
tts
des rivieres; les bois ne font compofés que
de figuiers de Barbarie, 5 qui Ont vingt-cinq à
trente pieds de hauteur ; après San-Juan delRio font des montagnes affez hautes, 5 & perdant trois journées je n'y trouvai que de gros
Bourgs bien bâtis, qui annonçoient cependant l'approche d'une grande Ville Enfin, le 28 PEvtion
28 de Février, après avoir fait depuis le Sar- i768,
tille cent cinquante lieues de route dans le
fad, je découvris des hauteurs, un très grand Atrivéd A
lac, au milieu duquel, à environ une lieue de Mokico defcription $ &E
diftance, paroit la ville de
comme desbeauses da
une maffe immenfe
Mexico,
cette éspie
qui ne tient à la terre que tales
par les chauffées qui y conduifent : au pied
de la montagne, fur le bord du lac, eft un
Bourg, nommé Noftra - Sonora de Guadaloupe, qui pourroit paffer pour une petite
Ville d'Europe. Il y a un bel aqueduc & une
belle églife, 2 dédiée à cette même Noftra-Sonora, de même que tout le Royaume. On fe
rend à la Ville par une fuperbe chauffée, trèsbien entretenue; elle a au moins cent picds
de largeur 2 & une lieue de longueur ; on y
remarque des arcades de diftance en diftance,
pour donner un libre cours aux eaux du lac,
qui fout faumâtres. Cinq pareilles chauffées
conduifent de différens côtés à cette grande
Ville, qui peut avoir fix lieués de tour, & qui
H ij --- Page 122 ---
a
X16
VOYA G
n'eft fermée que par des barrières. Le lac loi
tient lieu de fortification, car il eftimpoffible
de le paffer à gué, à caufe de la vafe, &il
n'ya pas allez de bois dansle pays pour confnombre de bateaux. Les rues
truire un grand
fontprefque toutes tirées au cordeau & largess
leur nom y eft infcrit, ainfi que le numéro
des mailons, ce qui fert beaucoup aux étranqui rifqueroient de s'égarer. Il y a des
gers,
de belles
& lon
jardins publics 2
promenades;
trouve de grandes & belles auberges, comme
y dans toutes.les Villes des environs ; mais elles
font peu commodes, n'y ayant que des chamibres fans meubles ni vivres. Les maifons font
belles, & à trois & quatre étages 3 la: Cathédrale, le Palais du Vice-Roi, & les fimples
reftes du Palais & des Bains des Empereurs
prennent les trois côtés de la
du Mexique,
Ils excitent la curiofité des
place principale.
arrivans, de même que P'Hôtel des Monnoies,
dont les cours font fans ceffe plaines de linentafiés, quis'y fuccedent pour être pegots fés & touchés. On en fouftrait enfuite le quint,
qui eft le droit du. Roi, fur Texploitation des
à des
mines, qui, la plupart, appartiennent
Le Baratillo, efpece de Bourfe,
particuliers.
& la richeffe flattent la vue,
dont la régularité
mérite P'attention du Voyageur,Le même goûz
tel des Monnoies,
dont les cours font fans ceffe plaines de linentafiés, quis'y fuccedent pour être pegots fés & touchés. On en fouftrait enfuite le quint,
qui eft le droit du. Roi, fur Texploitation des
à des
mines, qui, la plupart, appartiennent
Le Baratillo, efpece de Bourfe,
particuliers.
& la richeffe flattent la vue,
dont la régularité
mérite P'attention du Voyageur,Le même goûz --- Page 123 ---
AUTOUR DU Mo NDE,
I17
fe fait remarquer fous les voûtes qui fervent
aux marchés des feurs 2 des marchandifes de
mode, des fucreries, & de tout ce qui dépend de la bijouterie & du vêtement.
Les Indiens y exercent avec fuccès la Peinture & la Sculpture, qui brillent fur-tout dans
les églifes : l'Orfévrerie tient un des premiers
rangs parmi les Arts de cette Ville, & les Ouvrages, quoique maflifs, y ont du goût &
font achevés, L'argent y eft employé à une
infinité d'ufages, fur-tout dans les églifes, qui
font d'une richeffe prodigieufe : on peut s'en
former une idée le jour de la célébration de
la conquête du Mexique ; chaque particulier
fait dans cejour parade eau dehors de fa maifon,
de fes meubles les plus précieux ; il feroit difficile de déterminerla valeur totale desricheffes
étalées; ils pouffent la fomptuolité jufques à
fe fervir d'argent au lieu de fer pour les roues
de leurs carroffes & pour leurs chevaux. Les
hauts Habitans, Créoles ou Européens 2 qui,
comme les autres Nations, n'ont pas tous Ia
fureur d'habiter l'Europe où ils feroiént moins
bien, vivent ici avec beaucoup de fafte. Les
feuls habillemens propres ou du mode y font
chers; mais les vêtemens honnêtes & les vivres
font à très-bon marché, & deux cents lieues
ne font rien pour linfatigable Indien, qui,
H iij --- Page 124 ---
y18
VoxA G E
à bas prix, apporte de toutes parts des produRions à cette grande Ville. Il évite. 2 par fon
travail, Tindigence, quir ronge le bas étage des
E(pagnols de ce Pays; 5 autant le haut Habitant eft riche & aifé, autantle refte eft pauvre,
On peut juger de la richeffe de cette Ville, par
le luxe, , le jeu, la conftruéion des maifons,
: nombre de domefliques & de
les meublés 2 le
voitures à quatre on fix mules ; mais la pauvreté y eft en même temps extrême pour le
bas étage ; fous une cape de cent morceaux 2
on ne trouve fouvent ni culotte ni chemife :
la même chofe arrive aux femmes : au furplus 3
de vin ou de poulla débauche > l'ivrognerie
aux
chre, & les jeux des cartes, ou les paris
des deux
combats des coqs, fontl'occupation
fexes de tout étage.
les
Les Mexiquains nomment généralement
Sauvages du nord Mecos : ils n'en parlent
des démonflrations d'une crainte fans
qu'avee c'eft chez eux le comble de l'injure
égale,
Chychymeco. Quelle
de nommer quelqu'un
Les
induation tirer de ces deux circonflances?
feroient-ils une Nation à part,
Chychymecos féroce
les Mecos: ou le terme de
plus
renchériroit-il que
fur l'injure de Meco ?
Chychy
n'étant
Les Sauvages du nord de ce Royaume
pointaufi docilesquele farencjadislealndiensy
'avee c'eft chez eux le comble de l'injure
égale,
Chychymeco. Quelle
de nommer quelqu'un
Les
induation tirer de ces deux circonflances?
feroient-ils une Nation à part,
Chychymecos féroce
les Mecos: ou le terme de
plus
renchériroit-il que
fur l'injure de Meco ?
Chychy
n'étant
Les Sauvages du nord de ce Royaume
pointaufi docilesquele farencjadislealndiensy --- Page 125 ---
AUTOUR DU MexDE. I19
on choifit & l'on paye.largement les meilleurs
Créoles pour leur faire la guerre : l'on venoit
d'envoyer de ces troupes à la Province de
Sonora, 2 pour en rendre la communication
libre avec Matanchel , d'autres ports où on
s'embarque pour la Californie, & avec quelques mines nouvellement découvertes au
Sero-Prietto; cela augmente l'étendue de ce
Royaume, qui eft tres-.confidérable. Sa grandeur 9 qui n'eft pas bornée, la quantité de
grandes Villes, le nombre de fes Habitans, fa
fertilité, fes mines, & fes riches produéions
particulieres, m'en ont donné une grandeidée;
mais pallager, & n'en ayant vu qu'une partie,
je n'en ai pu prendre qu'une connoiffance
imparfaite.
Pendant quej'étois à Mexico, PInquifition, Inquifitios
qui y eft très-févere, fit fouetter publiquement
différentés perfonnes, entre lefquelles étoient
deux femmes, viétimes d'une fuperftition ridicule; elles étoient accufées de faire des plaies
à leurs ennemis par'certaines - invocations, & en
cicatrifant les parties correfpondantes d'une
efpecé de poupée qu'elles avoient à cet effet.
Ces femmes portoient en conféquence ces
poupées fufpendues à leur cou. Les autres
criminels portoient en écrit, fur une efpece
de mitre, la. qualité de leur crime. Le fouet
H iv --- Page 126 ---
VoYA G E
n'eft que le prélude du châtiment, & il eft
toujours infligé dès que les accufés font reconnus criminels, & avant le jugement décifif. Les châtimens de PInquifition font regatdés avec vénération, comme très agréables à
Dieu., J'ai remarqué dans le Catéchifme Efpagnol, au nombre des oeuvres de charité, celle,
de remettre dans la bonne voie, mais de
non châtier ceux qui font dans l'erreur.
les premiersjours de
Climat du J'avois trouvéspendant
mais dans la
Aexico.
mon féjour, l'air humide & frais;
fuite il ne me parut pas mal fain, & quoiqu'il fitué
il étoit affez vif, le lac étant
fit humide,
fur des montagnes. Je me délaffai amplement
mon féjour dans cette Ville, y jouifpendant
les
de la vie que fourfant de tous
agrémens
avec de
nit ce bel endroit. Je me nouriffois
très-bons alimens. Les légumes, le jardinage,
certains fruits d'Europe y font auffi com-
&c
trèse
ceux de TAmérique;je prenois
muns que
faite avec
fouvent une boiffon rafraichillante,
de l'eau de farine de mais, qui, bouillie jufà un certain point, prend la confiftance
ques chocolat; on la nomme Atollé. Je vilitois
du
les églifes, les palais 3 les promeles curiofités,
jardin public de
nades publiques, & fur-toutle
de Tales jardins & les aqueducs
PAlmeyda, 2
le temps du départ du galion
cuba. Cependant
ouvent une boiffon rafraichillante,
de l'eau de farine de mais, qui, bouillie jufà un certain point, prend la confiftance
ques chocolat; on la nomme Atollé. Je vilitois
du
les églifes, les palais 3 les promeles curiofités,
jardin public de
nades publiques, & fur-toutle
de Tales jardins & les aqueducs
PAlmeyda, 2
le temps du départ du galion
cuba. Cependant --- Page 127 ---
AUTOUR D U Mo: NI D E.
I2I
d'Acapulcopreffoit, étant ordinairement du2;
au 3ode Marsimais/attendois smeseffets, donnésau Sartille à fret, à un P.Francifcain. Ce ne
fut que vingt jours après mon arrivée, que l'on
m'écrivit de Quérétano 7 que le Religieux porteur qui s'en étoit chargé, étant tombé malade, je ne pouvois les avoir qu'à fa. convalefcence, temps où on me les apporteroit. Je
ne pouvois différer mon départ à moins de
manquer le galion; je pris le parti deles abandonner. J'ai depuis pric un Négociant de les
faire vendre, & d'en donner le montant à mon
ami PIndien de San-Antonio. Je fus un peu
fâché de la négligence du bon Francifcain,'
mais il fallut prendre mon parti, --- Page 128 ---
Vov A G E
CHAPITREVIE
ROUTE d travers le Rio-de-las-Balfas
& le Bourg de Chilpanfingo , depuis la
Ville de Mexico jufques au Port d'Acapulco, 8 mon fejour dans ce Port.
3 Ep
de Mexico pour Acapulco, le 18
Le 18Mars
partis
n'avois
deux
1768. de du mois de Mars; je
gardé que
Départ
avec moi
Mexico.
mules; TEfpagnol que j'avois pris
depuis le Sartille n'avoit pas voulu laiffer fans
fondement mes idées fur fon compte. Je l'avois Ferdu de vue dans Mexico avec le cheval-qu'il montoit, & que j'avois acheté à
San-Louis Potofy. A fon défaut 2 j'engogeai
étoit dans la milere & que
un François qui
javois nourri les derniers jours de mon fé.
jour, à me fuivre à Acapulco; mais il difparue
le jour que je devois partir. Je me trouvai
donc fans compagnie, & ne pouvant plus
remettre mon départ, je me mis en route
feul. Les chemins étoient larges, 2 beaux &c
fréquentés, & je ne rilquois pas de m'égarer.
chauffée auffi belle
climar & : Après avoir paffé une
haute
defciiption que celle de Guadeloupe,je montai une
des environs
à un ende Tchufco. colline fablonneufe, & je couchai
ai
donc fans compagnie, & ne pouvant plus
remettre mon départ, je me mis en route
feul. Les chemins étoient larges, 2 beaux &c
fréquentés, & je ne rilquois pas de m'égarer.
chauffée auffi belle
climar & : Après avoir paffé une
haute
defciiption que celle de Guadeloupe,je montai une
des environs
à un ende Tchufco. colline fablonneufe, & je couchai --- Page 129 ---
AUTOUR DU U MONDE. 123
droit, nommé Tchufco, environné de maifons d'Indiers, qui faifoient du charbon, des
bois de pin d'alentour.Je traverfailelendemain
plafieurs bois petits &1 mal-venans, &je couchai
à la Bourgade de Cuernavaca, qui eft fituée
au pied d'une colline vers le fud. Elle eft tiès- Climat &
fertilité de
agréable par la douceur du climat, qui eft hu- Cucrnavaca
mide, mais fain à Mexico, & froid à Tchufco;
l'oeil y eft charmé par la quantité d'eau &.de
jardins qui produifent toutes fortes de fruits
d'Europe & d'Amérique. Je traverfai 2 lesjours
fuivans, des montagnes efcarpées &c feches,
où très-rarement croiffent quelques pins. Certains recoins des vallons font cependant plan-.
tés de cannes à fucre, & arrofées, ce qui fait
une agréable diverfité. J'allai deux jours en
compagnie de gens qui fe rendoient aux villages voifins; mais je fus obligé enfuite de
prendre des guides de diftance en diftance.
Laiffant à droite les mines de Tafcou ou
Real Delmonte 2 je couchai au Cannobial ou
village des rofeaux, & je paffai, le cinquieme
jour de mon départ, une riviere large, profoude & rapide, nommée Rio-de-las-Balfas,
ou riviere des radeaux, qui font ici conflruits
avec des rofeaux, foutenus par un grand
nombre de calebaffes. La quantité de coufins
que produifent les caux de cette riviere, fait
Laiffant à droite les mines de Tafcou ou
Real Delmonte 2 je couchai au Cannobial ou
village des rofeaux, & je paffai, le cinquieme
jour de mon départ, une riviere large, profoude & rapide, nommée Rio-de-las-Balfas,
ou riviere des radeaux, qui font ici conflruits
avec des rofeaux, foutenus par un grand
nombre de calebaffes. La quantité de coufins
que produifent les caux de cette riviere, fait --- Page 130 ---
VoxA'G E
qu'on ne voyage que bien avant dans la nuit:
J'y pris un guide Negre, le chemin étant dans
des vallons à pic qui fe fuccedent, oà j'aurois pu m'égarer de nuit, & dans des lits de
ruiffeaux très-difficiles pour un étranger. Je
crois que ce Negre n'étoit pas trop honnête
hotme; car dans un chemin obfcur, il piqua
précipitamment fon cheval en prenant une
route détournée,il vouleitapparemment s'enfuir avec une de mes mules qu'il avoit attachée derriere lui : jele dépaffai au galop, & il
s'excufa fur le caprice de fa monture; je le
fcrrai de près le refte de la route, & je tenois
mon couteau prét à l'en frapper au moindre
fignal de fes mauvaifes intentions ; mais il
n'ofa plus bouger après cette entreprife. Etant
je le congédiai, &
arrivé au premier village,
lun de
nous nous quittâmes affez mécontens
Pautre, & moi très-dégoûté des guides. Après
eft à dix lieues de la riviere ,
ce village, qui
mais il eft fertile &
le fol n'eft plus montueux;
Produaions bien cultivé.J'arrivai enfuite à un grand Bourg
2 fertilitédes
compofé d'Indiens s
environs de nomme Clilpanfingo,
Chilpanfingo. dont tout le pays eft peuplé, n'y ayant que
d'Efpagnols. Jufque ià le fol ne m'atrès-pen
de
d'huile, de
voit offert que peu
goudron,
& de
mais, de fucre, de coton, de cacao,
fruits. Ici il donnoit abondamment toutes ces
uite à un grand Bourg
2 fertilitédes
compofé d'Indiens s
environs de nomme Clilpanfingo,
Chilpanfingo. dont tout le pays eft peuplé, n'y ayant que
d'Efpagnols. Jufque ià le fol ne m'atrès-pen
de
d'huile, de
voit offert que peu
goudron,
& de
mais, de fucre, de coton, de cacao,
fruits. Ici il donnoit abondamment toutes ces --- Page 131 ---
AUTOUR DU MONDE 129
produaions. Les chemins rudes, à travers
beaucoup de montagnes 2 étoient devenus
plus praticables; le climat étoit très-chaud,
& je voyois quelquefois des écureuils fur les
arbres.
Toute la Province apporte fes denrées à
Mexico, & Acapulco y fupplée lors du féjour
du galion. L'Indien, qui n'a d'ordinaire que
des ânes pour le tranfport de fes denrées, eft
allez laborieux pour porterlui-méme la charge
fur fes épaules lorfqu'ils font fatigués, &c alors
il les laiffe marcher à vuide devant lui. Les
Indiens font vêtus comme au nord de Mexico,&1 la-chaleur du climat fait que leurs maifons ont des grilles de rofeau au lieu de murs.
Continuant ma route, j'arrivai enfin à la ri- Paffagedela
viere des Papagallos ou Perroquets; j'y cou- rivieredesPachai chez un bon Indien, qui me reçut avec marche pagallos, , fora &
une cordialité fans égale. Il ne me refloit plus cée Acapu:.co. jufques à
que vingt-deux lieues de route;je me réfolus
à les faire d'une traite. Après en avoir fait dix,
je me repofai à un village pendant deux
heures : j'y pris un guide pour la nuit, le chemin étant à travers des montagnes qui bordent Acapu'co; mais à mi-chemin, mon guide,
qui étoit le domeflique de celui qui s'étoit
accordé avec moi pour me guider, fe trouVant tres-fatigus', me pria de'lui donner
à
que vingt-deux lieues de route;je me réfolus
à les faire d'une traite. Après en avoir fait dix,
je me repofai à un village pendant deux
heures : j'y pris un guide pour la nuit, le chemin étant à travers des montagnes qui bordent Acapu'co; mais à mi-chemin, mon guide,
qui étoit le domeflique de celui qui s'étoit
accordé avec moi pour me guider, fe trouVant tres-fatigus', me pria de'lui donner --- Page 132 ---
VOYAGI E
quelque relâche. Je le laiffai, & je continuai
feul, quoique j'euffe largement payéle Maitre
de cet homme pour me faire guider pendant
la nuit. Jev voulois hâter ma marche ; une jour
née de retard pouvoir être de grande conféle dernierCourquence, car j'avoisappris que
rier du Vice-Roi du Mexique, qui apportoit
au galion les dernieres inftrusions pour fon
dépait, étoit paffé depuis deux jours. Je montai à travers un fentier étroit, ob'cur. & plein
de grofles roches, où je ne pouvois aller que
pès-doucement à cauie de la fatigue de mes
mulets.Je craignois d'ailleurs de m'égater, &c
je leur laiffois chercier ie chemin, 2 $ fachant
expérience que ces animaux fentoient la
par la
battue. Vers une heure du maAaion de voie
plus
fonmet de la montagne
gtacerala ue tin, étant fur le
du giion &
brifer les
de la mer; mon
de la merdu j'entendis
vagues
sud.
coeur treffaillit d'une douce joie, remerciant
Dieu de la fin d'un voyage auffi pénible. A la
defcente, je vis la mer, & je rendis à Dieu de
nouvelles actions de graces à la vue d'un élément & d'un vailleau, après lefquels je foupirois depuis G long temps. Enfin, vers les fix
heures, après cent lieues de route dansle fudfud-oueft depuis Mexico, & environhuit cents
lieues depuis mon départ de la Nouvelle-Or-,
que lest
léans, j'arrivai au Port d'Acapulco,
i pénible. A la
defcente, je vis la mer, & je rendis à Dieu de
nouvelles actions de graces à la vue d'un élément & d'un vailleau, après lefquels je foupirois depuis G long temps. Enfin, vers les fix
heures, après cent lieues de route dansle fudfud-oueft depuis Mexico, & environhuit cents
lieues depuis mon départ de la Nouvelle-Or-,
que lest
léans, j'arrivai au Port d'Acapulco, --- Page 133 ---
AUTOUR DU MOND E.
Naturels du pays appellent fouvént Portou,
ou fimplement le Port. C'eft une mauvaife Defcription
Bourgade qualifiée deVille, très-mal bâtie, & du capulcos Port d'a;
fur un fol ftérile; elle eft entourée de hautes
montagnes femées de volcans, qui rendent
l'air très-mal-fain & pefant. Elle eft très-peu
peuplée, & prefque entiérement par des Negres ; mais la -rade eft vafte, fûre &belle :
outre qu'elle elt le relâche ordinaire du galion de Manilla, elle étoit autrefois fréquentée par des vaiffeaux du Pérou, qui venoient y
acheter du goudron & des marchandifes de'la
Chine & de lEurope; mais la Compagnie de
Lima a fair défendre ce commerce. Le cabo.
tage ne s'y fait feulement pas, & les belles
perles qui fe trouvent fur ces côtes & fur celles
de la Californie, ne peuvent exciter l'émulation. Elle eft fituée fur une efpece d'anfe.dans
la partie ouelt-nord-ouef de lar rade, Cetteanfe
eft formée par lafinuofité de la côte, & par une
langue de terre aflez avancée, fur laquelle eft
un vieux Fort mal entretenu, & peu confidérable; elle eft le mouillage ordinaire du
lion; la tenue y eft bonne; l'on peut mouiller gaà moins de deux encablures de terre., & la
pointe du Fort pare des vents & de la mer
de la rade, Il y a une autre anfe dans la partie
du fud-eft; elle eft fur une.langue de terre
par lafinuofité de la côte, & par une
langue de terre aflez avancée, fur laquelle eft
un vieux Fort mal entretenu, & peu confidérable; elle eft le mouillage ordinaire du
lion; la tenue y eft bonne; l'on peut mouiller gaà moins de deux encablures de terre., & la
pointe du Fort pare des vents & de la mer
de la rade, Il y a une autre anfe dans la partie
du fud-eft; elle eft fur une.langue de terre --- Page 134 ---
VOYAGE E
qui fépare & ferme la rade du
montagneufe, Elle eft
fure que celle qui
côté de la mer.
plus
eft devant la Vile, S les vaiffeaux vont s'y
alabri lorfqu'ils hivernent à Acapulco,
mettre
auffi fur la côte, en dehors de la
L'on trouve
demi-lieue de la Ville
rade, &: à environ une
crois
terre, une anfe affez vafte, où je
par
bon
qui ne feroit
qu'il y a un
mouillage dans 3 la belle faifon.
cependant praticable que
trois lieues de
La rade d'Acapulco a environ
largeur; ; elle a cependant un banc de roches,
eft dans le nord-ouelt, ou en dehors de
qui fermée
le Fort; ces roches font eft
l'anfe
par lui. L'entrée de cette rade eft
& cueft avec
défendue; elle eft fud-eft
trop large pour être
ordinairement la
& nord-ouett, & Pon range
fortant àla diflance d'une
côte de ftribord,en
portée de pierrier.
Matanchel, & SanSonfonate, Acapu'co,
font les feuls Ports de la Nouvelle:
Jofeph,
fréquentent fur
Efpagne que les Efpagnols Teft
les vaif
cette mer du fud. Sonfonate
par
du
feaux du Pérou, qui viennent y chercher
8c des bois : Acapulco left par le gagoudion
des marchanlion de Manilla, qui y apporte
difes de PInde & de la Chine, & en rapporte
Matanchel eft lentrepôt
le prix en piaftres.
& Sande la Californie avec la terre ferme,
Jofepl
équentent fur
Efpagne que les Efpagnols Teft
les vaif
cette mer du fud. Sonfonate
par
du
feaux du Pérou, qui viennent y chercher
8c des bois : Acapulco left par le gagoudion
des marchanlion de Manilla, qui y apporte
difes de PInde & de la Chine, & en rapporte
Matanchel eft lentrepôt
le prix en piaftres.
& Sande la Californie avec la terre ferme,
Jofepl --- Page 135 ---
AUTOU R DU Mo: N DI E. 129
Jofeph eft l'aiguade du galion de Manilla, à
fon arrivée fur les côtes de la Nouvelle-Elpagne ou de la Californie.
Je reffentis, pendant mon féjour dans ce Tretatis.
lieu, trois fecouffes de tremblement de terre, mensieter..
dont la premiere fut la plus confidérable.
Comme j'étois couché par terre, à la façon
des Indiens chez qui je logeois toujours, &
dans un de cesinftans oùt un profond affoupiffement, avant-coureur du fommeil, laiffe reffentire encore les mouvemens extéricurs, je fentois que le fol trembloit fous moi, & j'entendoisun bruit pareilà celui d'une lourdevoiture
dans des rues étroites & bordées de hautes
maifons; je m'imaginois être encore à MexiCo, où roulent quantité de carroffes; mais
j'étois furpris de la forte impreffion qu'ils faifoient fur les murs de la maifon, & de leur
pefanteur. Je formois ce raifonnement dans
mon affoupiffement, lorfque je fus éveillé par
les cris perçans des femmes, qui, dansles rues,
prioient Dieu ou pleuroient, & crioient toutes :
Ave Maria, Ave Maria, Santifima. Je compris quelle étoit la nature du tremblement
que je reffentois, &c j'eus le temps de remarquer que le bruit fe faifoit d'abord entendre
du côté des montagnes, & que les fecouffes
n'étoient qu'une efpece de propagation des
Tome I.
T E --- Page 136 ---
Vox. A G E
lui fuccédoient. Elles ne devibrations qui
voient donc être que la fuite de Pébranlement
du fein des montagnes, caufé par Téruption
des volcans qu'elles renferde quelques-uns voir la même chofe dans les
ment. Je crus
furent
confideux autres fecouffes, qui
peu
dérables. marchandifes qu'on enleve toutes a
pulco,cargai- Foited'Aca- Les étoient parties, & cette Foire étoit
fon duretour Mexico,
du galion,& réduite à quelques petits Marchands, qui
mon embarles denrées néceffaires aux
quementpour venoient vendre
Manil.a.
Commis & Officiers du Commerce de Chine.
On avoit embarqué trois millions de piaftres,
de la cargaifon du galion & de T'entreprix tien des Illes Philippines ; enfin, 2 ayant vu
embarquer environ cent paffagers, dont quaétoient des Moines, je me rendis à
rante
bord.
uretour Mexico,
du galion,& réduite à quelques petits Marchands, qui
mon embarles denrées néceffaires aux
quementpour venoient vendre
Manil.a.
Commis & Officiers du Commerce de Chine.
On avoit embarqué trois millions de piaftres,
de la cargaifon du galion & de T'entreprix tien des Illes Philippines ; enfin, 2 ayant vu
embarquer environ cent paffagers, dont quaétoient des Moines, je me rendis à
rante
bord. --- Page 137 ---
AUTOUR DU MONDE, 131
CHAPITRE VIII
TRAVERSÉE d'Acapulco a Manilla, aux
Ifles Philippines 2 avec mon féjour d
P'Ifle de Guam, une des Ifles Mariannes,
à l'Ifle de Samar, qui eft le plus d l'eft
des Philippines ; un petit voyage dans
cette derniere Ifle 2 & n2oi2 féjour d
Manilla.
Nous mîmes à la voile d'Acapulco pour Départ dela
Manilla, le 2 Avril1768, par la brife du Nouvelle- pagne, le Ef- 2
nord-oueft, & nous gouvernâmes dans le fud Avtil3768,
& fud-fud-o oueft. Il eft difficile d'exprimer
l'embarras qui regne dans ce vaiffeau. L'on me
dit cependant qu'il étoit très-dégagé pendant
cette traverfée, en comparaifon de celle de
Manilla pour Acapulco. Ce vaiffeau-ci n'étoit
que de cinq cents tonneaux; il portoit, outre
fon équipage, des Bannis, des Femmes, des
Moines, des Marchands, des Officiers de tout
grade, tant Militaires que de Juftice, beaucoup de Commis, & un grand nombre d'Of
ficiers du vaiffeau. Ces Officiers ne font point
marins. 2 leurs places s'achetant à chaque traI 1) --- Page 138 ---
VOYAG E
en retirer les appointemens, , qui
verfée très-forts, pour
& pour faire un grand comfont
Pilotes,
ont grade d'Of
merce. Les feuls
qui
ils
entendent la navigation ;
ficiers-Majors, la manceuvre & dirigent la
commandent
pour manger avec un
route. Je m'arrangeai après notre départ ,
d'eux, quelques jours
n'ayant pas eu le temps de faire mes provifions
comme les autres ; car dans ce
à Acapulco,
fes vivres, fon
vaiffeau chacun embarque
même. n'a
eau, & mange à part; l'équipage
de chaudiere commune, & quelquefois
pas feul homme en a une particuliere. Cela
un
confulion étonnante par le nombre
caufe une
celui des
de ferviteurs, qui eft plus grand que
ayant des matelots qui en ont
maitres, y
jufques à deux.
les treize degrés de
Lorfque nous fàmes par
Youelt-fud
latitude, nous mîmes le Cap à
eft
nous avions les vents à Teft &
oueft; très-petits, ils faifoient à peine gonfler
nordeft
& nous fai
les voiles; mais ils étoient pefans,
fions bonne route. L'horizon eft toujours épais
de même qu'aAcapulco, & la
dans ces parties,
Nous : avions fouvent 2 pen
chaleur eftpefante.
du
dant la nuit, des éclairs & quelquefois
atteint les dix degrés de lati
tonnerre. Ayant
maintinmes en variant
tude, nous nous y
faifoient à peine gonfler
nordeft
& nous fai
les voiles; mais ils étoient pefans,
fions bonne route. L'horizon eft toujours épais
de même qu'aAcapulco, & la
dans ces parties,
Nous : avions fouvent 2 pen
chaleur eftpefante.
du
dant la nuit, des éclairs & quelquefois
atteint les dix degrés de lati
tonnerre. Ayant
maintinmes en variant
tude, nous nous y --- Page 139 ---
AUTOUR DU MONDE. 133
des neuf aux onze degrés, & nous fûmes
plus de quinze jours fans toucher une manoeuvre. Enfuite les vents fraichirent dans la
même partie de Teft, lhorizon étoitplus clair,
& le chemin confidérable par le plus beau
temps & les plus belles mers du monde.
Vers le 15 de Mai, 2 nous commençâmes à Reconnoiffance des
voir des poiffons volans, qui avoient les ailes hancs à l'eft
des Iles Marougeâtres., 2 au lieu que ceux que j'avois déjà tiannes.
vus les avoient blanchâtres. Après le 20, nous
vimes des oifeaux; ; du 20 au 30, les éclairs,
le tonnerre, & quantité d'oifeaux nous donnerent connoiffance desbancs & iflots quifont
à quatre cents lieues à l'eft des Ifles Mariannes
ou des Larrons.
Les premiers jours de Juin, nous nous
mimes par la latitude dedouze à treize degrés;
enfin, le 9 du même mois, 2 les vents toujours
eft & eft-nord-eft depuis notre départ, nous
découvrimes les montagnes quifont dans l'eftnord-eft de lIfle de Guam; c'eft la feule des
Ifles Mariannes qui foit fréquentée par les Ef
pagnols. Nous y conduifions un nouveau
Gouverneur, & nous mouillâmes le lendemain dans la partie du fud de cette Ille par
les trente braffes.
Nous étions à la portée du canon de terre,
Relâche
& vis-à-vis d'un Fetit fort & d'un village à Guam. l'Ile de
1 iij
es quifont dans l'eftnord-eft de lIfle de Guam; c'eft la feule des
Ifles Mariannes qui foit fréquentée par les Ef
pagnols. Nous y conduifions un nouveau
Gouverneur, & nous mouillâmes le lendemain dans la partie du fud de cette Ille par
les trente braffes.
Nous étions à la portée du canon de terre,
Relâche
& vis-à-vis d'un Fetit fort & d'un village à Guam. l'Ile de
1 iij --- Page 140 ---
Voy AGI E
Cet endroit eft éloigné de trois lieues
Indien.
eft fitué à T'oueft
par terre du chef-lieu, qui
de TIle, & eft la réfidence ordinaire du Gouverneur & de la plupart des Efpagnols; le
chef-lieu eft affez confidérable, & fur le bord
àl'embouchure delaquelle
d'une petite riviere,
la
il y a une rade qui eft affez bonne pendant
belle faifon. Le mouillage que nous occupions
étoit plus fàr, & à l'abri des vents du nordalors; car le temps des
oueft qui régnoient
avions dans l'eftpluies étoit arrivé. Nous
couverte de COCO*
nord-eft une petite Ille,
tiers; elle étoit féparée de la grande terre par
desbas-fonds blanchâtres, qui sétendentaufli
au
d'elle. Il y avoit huit ans que
un peu large
communication avec perce pays n'avoit eu
fonne, malgré T'ufage ordinaire d'y envoyer
de Manilla un bâtiment tous .les deux ou
trois ans.
font
& bien faits, ils
Les Habitans
grands
Portra't des
ouverte, & font extrèHabitans. ont la phyfionomie
à qui
mement généreuxs ce fontles premiers
j'ai vu mâcher du bétel, qui confifte en une
feuille d'un arbufte ou liane nommée Betle 2
enduit de chaux éteinte. On plie dans
qu'on
d'une efpece de châcette feuille une parcelle
arbre
taigne ou de noix, que produit un
mâche fans avaler ce touts
nommé Areca;l'on
Habitans. ont la phyfionomie
à qui
mement généreuxs ce fontles premiers
j'ai vu mâcher du bétel, qui confifte en une
feuille d'un arbufte ou liane nommée Betle 2
enduit de chaux éteinte. On plie dans
qu'on
d'une efpece de châcette feuille une parcelle
arbre
taigne ou de noix, que produit un
mâche fans avaler ce touts
nommé Areca;l'on --- Page 141 ---
AUTOUR DI U MONDE. 135
qui produit un picotement au palais, & excite
une falivation qui fe colore de rougeâtre;
c'eft une grande fenfualité chez les Indiens,
& certains s'en font fait une néceflité, 2 comme
nous du tabac à raper. D'autres font plus fenfuels, & y mélent du tabac, de l'ophium, des
comines, 2 & autres drogues fortes. Le bétel,
après avoir été mâché, exhale un doux parfum pour celui qui l'a dans la bouche & qui
fe fait un grand plaifir de le répandreà fes voifins. C'eft une grande marque d'intimité ou de
faveur, lorfqu'un homme reçcit d'une femme
ou d'un ami, un peu de fa maftication de
bétel. Pour moi, outre la cuiffon & la brûlure
qu'on reffent les premiers jours qu'on mâche
cette drogue, & le défagrément de paroitre
cracher un fang vifqueux & verdâtre, je ne
trouvois aucune fenfation agréable à cet
ufage, & je ne pus jamais m'y accoutumer,
Je bus dans cette Ille de la très-bonne eau-de- Eau-de-vie
vie, faite avec la féve fermentée du cocotier; decocotier,
j'en avois bu de pareille à la Nouvelle-Efpagne, mais qui étoit faite avec la féve du maguey ou celle d'une efpece d'aloès. Les fibres
de ces deux dernieres plantes fervent aufli au
lieu de fil, & font très-forts.
Les Habitans des Philippines affurent
que
ceux des Mariannes font une de leurs ColoI iv
de la très-bonne eau-de- Eau-de-vie
vie, faite avec la féve fermentée du cocotier; decocotier,
j'en avois bu de pareille à la Nouvelle-Efpagne, mais qui étoit faite avec la féve du maguey ou celle d'une efpece d'aloès. Les fibres
de ces deux dernieres plantes fervent aufli au
lieu de fil, & font très-forts.
Les Habitans des Philippines affurent
que
ceux des Mariannes font une de leurs ColoI iv --- Page 142 ---
V O Y A G E
nies 5 ils peuvent être au nombre de dix mille;
à huit villages. Le fol eft
Produdion diftribués en fept du
du mais, & beaudu pavs, & fertile, produifant
riz,
de
fruitdupain.
de légumes. Il s'y trouve quantité
coup
vaches, Sc différens fruits,
volailles, quelques
nul autre
entr'autres un que je n'ai vu dans
& qu'on nomme Rima ou fruit du pain,
pays, Il eft de la forme & groffeur du Jacre, c'eftd'environ cinq pouces de diametre : il
à-dire
très-rude, comme du chagrin grof
at une peau formé d'une chair jaunâtre & fponfier; ileft
mais plus folide.
gicufe, comme le maffepain,
fait rôtir fous
Le goût en eft très-bon, & on le
Pavoir fait bouillir; les bois
la cendre, après même
de COCOS & de
en font pleins 5 de
que
bananes.] Le fol eft formé par de hautes
figues collines couvertes de bois, & par des vallons
eultivés; le chef-lieu eft dans la partie du
nord-oueft, à quatre lieues dans les terres, &
fur le bord d'une riviere affez confidérable.
mouiller à fon embouchure, mais la
On peut
rade n'elt pas excellente.
des rafraiAprès avoir fait de l'eau, pris
chiffemens, laiffé à terre le nouveau Gouverfon
nous
reur, & embarqué
du prédéceffeur, mois de Juin, &
mimes à la voile le IS
réavec plaifir les pluies qui
nous quittâmes
oueft &
gnoient à terre. Nous gouvernâmes
bord d'une riviere affez confidérable.
mouiller à fon embouchure, mais la
On peut
rade n'elt pas excellente.
des rafraiAprès avoir fait de l'eau, pris
chiffemens, laiffé à terre le nouveau Gouverfon
nous
reur, & embarqué
du prédéceffeur, mois de Juin, &
mimes à la voile le IS
réavec plaifir les pluies qui
nous quittâmes
oueft &
gnoient à terre. Nous gouvernâmes --- Page 143 ---
AUTOUR DU MONDE.
eueft : nord-oueft, les vents étant très-petits
à l'eft. Le 20, ils varierent dans la partie du
nord, & nous eûmes quelques calmes. Vers
le 25, nous eûmes des calmes plus fréquens,
& les vents varioient davantage du côté du
nord-oueft; le Ciel étoit nébuleux, & nous
avions de temps en temps des orages. Nous
n'étions cependant pas à cent lieues des Philippines, & nous avions eu une belle traverfée; mais le 30, les vents fe déclarerent au
nord-oueft & oueft-nord-oueft frais; le temps
fe chargea tout-à-fait, les nuages étoient trèsbas, & les orages fréquens. Nous gardions
l'amure à ftribord avec peu de voile, &c notre
vaiffeau, mauvais boulinier, gagnoit très-peu.
Le 8 de Juillet, le vent venant gros-frais, &c
orage fur orage, on amena les mâts de hune
& les baffes vergues, en laiffant la feule mifaine, à la cape de laquelle nous avions mis
dans la nuit. Elle étoit doublée & fortifiée par
des bandes'en carré, de diftance en diftance.
Elle pouvoit s'emmener à mi-mât, ayant à
mi-chute deux faufles relingues, qui permettoient de fouftraire la moitié de la chute de
la voile, à la façon des cache-marées.
Les vents avoient fauté au fud-oueft, &
nous avions l'amure à babord; ils foufflerent
violemment dans cette partie perdant fept --- Page 144 ---
VOYAG E
jours, & nous cafsâmes une barre de gouvernail; j'avois vu autant de vent, mais non
fi continu dans une égale force, ni un
pas
mer Gi courroucés; enfin, le 17
ciel & une
de Juillet, le temps s'étant un peu calmé,
nos mâts de hune & nos
nous guindâmes varia à Poueft & oueftvergues 5 le vent
dans
nord-oueft, le fud-oueft nous avoitjetés
le nord. Nous mîmes Pamure à ftribord, & le
nous découvrimes la terre; nous cràmes
24 c'étoit celle de PIle de Samar, mais dans
que la partie du détroit de San-Juannico. Nous
trouvions donc au fud du Cap du Spinous
faire
rizu-Santo, fur lequel nous comptions
route; il y avoit d'ailleurs un mois que nous
n'avions pu prendre hauteur. Lorfque nous
fûmes près de terre, le vent varioit de P'ouelt.
il faifoit quelfud-oueft al'onel-nord-ouef;
quefois calme plat, & d'autres fois des orages,
dans le
& le courant nous portoit rapidement
fud-fud-oueft. Nous voulâmes, pour ces raifons, conferver VPamure à bâbord, & perdant
la terre de vue, le vent fraichit encore confidérablement dans le fud-oueft. Nous amenâmes nos mâts de hune une feconde fois $
mais cette bourafque ne fut pas fi violente que
la premiere, & ne dura que cinq jours. Le
fud-oueft nous avoit relevés, le nord-oueft
& le courant nous portoit rapidement
fud-fud-oueft. Nous voulâmes, pour ces raifons, conferver VPamure à bâbord, & perdant
la terre de vue, le vent fraichit encore confidérablement dans le fud-oueft. Nous amenâmes nos mâts de hune une feconde fois $
mais cette bourafque ne fut pas fi violente que
la premiere, & ne dura que cinq jours. Le
fud-oueft nous avoit relevés, le nord-oueft --- Page 145 ---
AUTOUR DU Mox D E.
maniable lui fuccéda; nous découvrimes le
Cap du Spiritu-Santo, & nous gagnâmes la
terre bord fur bord. Cette faifon étoit celle
des vents d'oueft ou d'aval, & il nous reftoit
encore cent lieues dans cet air de vent pour
arriver à Manilla; la route étoit à travers d'un
archipel, qui, dans cette faifon de vents forcés, rendoit la navigation dangereufe. Il fut Hivernaged
réfolu de relâcher à lIle de Samar, 2 & d'y ma:, PIle de SAhiverner. En conféquence, le I", d'Août nous
mouillâmes par fept braffes fond de vafe dans
une valte rade, formée par trois Ifles à l'embouchure d'une riviere nommée Palapa, qui
prend fon nom d'un village voifin.
L'atterrage du Capdu - Spiritu-Santo eft connoiffable par une montagne plate & élevée,
qui eft fituée dans l'oueft à lui. Onla nomme
Menfa de Palapa, ou la Table de Palapa; les
terres fuient enfuite dans l'oueft. Le mouillage
où nous étions eft bientôt après; il eft à environ fix lieues dans l'oueft du Cap du SpirituSanto, & la reconnoillance del'embouchurede
la riviere de Palapa eft d'abord, en venant du
large, la chute de la partie de l'eft de la Menfa
ou Table. Lorfqu'on approche de la terre, on
voit plulieurs petits mornes ronds qui s'elevent
en pain de fucre, 8c font placés fur la grande
terre dans le voilinage de PIAe de Quiprau,
fix lieues dans l'oueft du Cap du SpirituSanto, & la reconnoillance del'embouchurede
la riviere de Palapa eft d'abord, en venant du
large, la chute de la partie de l'eft de la Menfa
ou Table. Lorfqu'on approche de la terre, on
voit plulieurs petits mornes ronds qui s'elevent
en pain de fucre, 8c font placés fur la grande
terre dans le voilinage de PIAe de Quiprau, --- Page 146 ---
Voxa G E
qui eft la plus à left des trois
rade de Palapa. L'Ile de
qui forment la
plus à Foueft, & celle de Cagayagan eft la
ces deux,
Lawan eft au fud de
par conféquent à terre d'elles.
Quiprau & la terre
Entre
eft de la riviere de efl'embouchure du nordplus
mais il Palapas,elle paroit être la
parfemée large, de
n'y a pas d'eau, &c elle eft
roches; il faut donc
terre au moins à une lieue de
élonger la
avoir dépaffé l'Ile de
diflance, & après
la paffe du nord de la Quiprau, l'on découvre
rade de
paffe eft entre PIle de
Palapa. Cette
gayagan; il faut s'élever Quiprau &c celle de Cale
encore un peu dans
nord-oueft; car des deux pointes
il
dans
de ces Ifles
s'éonge
cet air de vent, à
à ftribord de la paffe, des bancs
bâbord 8c
qui portent près d'une lieue
& des rochers
les découvre blanchir
au large, mais on
haut des mâts.
ou noircir fous l'eau du
fud-eft, & étant L'on gouverne enfuite au fudle
fur
entre les deux Illes, on met
Cap
un Iflot placé au milieu
& qui fert de cimetiere,
de la rade,
vafte,
Cette rade eft trèsfur
ayant près de quatre lieues de
deux de
elle
longueur
paffe dans fa largeur;
a auffi une autre
de Lawan
partie de T'oueft, entre les
& de
Iles
plus de dix
Cagayagan, mais il n'y a pas
pieds d'eau. Si l'on veut
ner, on s'approche de
y hiverl'embouchure de la ri-
& qui fert de cimetiere,
de la rade,
vafte,
Cette rade eft trèsfur
ayant près de quatre lieues de
deux de
elle
longueur
paffe dans fa largeur;
a auffi une autre
de Lawan
partie de T'oueft, entre les
& de
Iles
plus de dix
Cagayagan, mais il n'y a pas
pieds d'eau. Si l'on veut
ner, on s'approche de
y hiverl'embouchure de la ri- --- Page 147 ---
AUTOUR DU Mo N D E. 141
viere de Palapa quis'y jette dans le fud-eft, &
les vaiffeaux font auffi en sûreté que dans le
meilleur Port. L'aiguade eft dans le fud de
l'entrée fur l'Ile de-Lawan, qui eft la feule
des trois qui foit habitée.
Nous dévorâmes les premiers rafraichiffemens; car nous n'avions tous eu, depuis le
premier coup de vent, que huit onces de bif
cuit par jour, & de l'eau de pluie gâtée par
l'eau de mer qui s'y mêloit lorfque la lame
rompoit contre le bord; nous avions fait un
auffi grând retranchement dans les vivres, vû
l'incertitude de la longueur de la traverfée,
fi nous n'avions pu attraper le mouillage de
Palapa; mais ce pays abondoit en bonnes
chofes, & nous oubliâmes bientôt ce petit
contre-temps, Le vaiffeau étoit entouré de
quantité de bateaux du Pays qui apportoient
des rafraichifemens, & de plufieurs petits
vaifleaux nommés Champans, qui nous firent
abonder de vivres.
Les champans font les bâtimens de charge,
en ufage chez les Peuples, foit des Ifles ou de
la grand-terre qui bordentle golfe de la Chine;
favoir, depuis la Chine jufqu'au Royaume de
Malaca, & depuis PIlle de Sumatra jufqu'à
celles du Japon. Ils ont peu de façons, mais
beaucoup de quête & d'élancement; ils font --- Page 148 ---
Fox A G E
larges, 2 courts, & hauts de bois,
de Pavant, & un autre mât ayant un mât
riere, Les plus
très-bas de l'argros, qui font de quatre cents
tonneaux, ont trois
mais
de hune; les voiles font mâts,
fans mât
forme de celles des
de nattes, & de la
gouvernail extrémement cache-marées; ils ont un
luidonner plus de
large & creux, 2 pour
face en groffeur légéreté, car il a plus de furceluid'un vaiffeau que nous n'en donnerions à
de cent vingt canons.Ilsfont
trèsenhuchés, bambou
par la quantité de cabanes
les unes fur les
de
en trois
autres, qui, divifées
deux parties, ne laiffent fur le pont
petits efpaces vis-à-vis des
que
ces bâtimens ne marchent
deux mâts;
mal qu'on le croiroit
cependant pas fi
Les Naturels de
au premier coup-d'ocil,
ces Pays ne fe fervent pas de
pavillons, & n'ont que des banderolles
efpeces de petites Aammes.
& des
Manilla. Voyage a Je tentai, dès
rendre à Manilla notre mouillage, de me
de cette Ifle de par terre, la pointe oueft
Samar n'étant
celle de left de PIle de
éloignée de
détroit ou paflage
Luçon que par un
edecing à fix lieues. Parmiles
premieres pirogues ou bouangues qui
venues à bord,i il y en avoit une
étoient
tenoit à des Indiens d'une Ille qui appardu détroit. Je leur
aux environs
propofai de me prendre
Manilla notre mouillage, de me
de cette Ifle de par terre, la pointe oueft
Samar n'étant
celle de left de PIle de
éloignée de
détroit ou paflage
Luçon que par un
edecing à fix lieues. Parmiles
premieres pirogues ou bouangues qui
venues à bord,i il y en avoit une
étoient
tenoit à des Indiens d'une Ille qui appardu détroit. Je leur
aux environs
propofai de me prendre --- Page 149 ---
AUTOUR DU MONDE. 143
s'en retourneroient. Je vouavec eux lorfqu'ils
le voifinage de leurs
lois être plusà portée, par
m'embarPays, de paffer à PIle de Luçon; je
dans leur pirogue.
quai en conféquence
baffe pour la plaine
Son oeuvre morte, trop
étoit entée avec des feuilles de nipes,
mer,
des bambous, & bien confues.
foutenues par bambou fendu, dontles deux
Le mât étoit un
deux bords & fe
morceaux, attachés aux
dans le haut, fervoient de mât & de
joignant la voile étoit faite avec des feuilles de
hauban;
groffiérement confues, & fes manoeunipes,
P'ancre étoit une
vres étoient des routans;
branche d'arbre à deux pattes de bois, conformées comme les nôtres. Le jas avoit dans.
fes extrémités deux groffes pierres, , & cette
mécanique tendoit au même but que la nôtre;
fes cables enfin étoient auffi de gros routans
& liés en faifceau &
ajuftés les uns aux autres,
dont les
non battus, & tordus comme ceux
Chinois font les leurs. Des barres, ayant un
morceau de planche au bout, formoient les
avirons ; quatre gros bambous, 2 attachés en
forme de cadre, & pofés en travers fur notre
pirogue, arrêtoient fes trop grands balancemens; enfin, trois Indiens &c moi formions
Péquipage de cette efpece d'embarquation.
J'étois furpris de me trouver dans un pareil
autres,
dont les
non battus, & tordus comme ceux
Chinois font les leurs. Des barres, ayant un
morceau de planche au bout, formoient les
avirons ; quatre gros bambous, 2 attachés en
forme de cadre, & pofés en travers fur notre
pirogue, arrêtoient fes trop grands balancemens; enfin, trois Indiens &c moi formions
Péquipage de cette efpece d'embarquation.
J'étois furpris de me trouver dans un pareil --- Page 150 ---
VoxAG E
lieu, & je ne favois fi je devois admirer la
fimple induftrie de ces gens, ou la craindre;
j'éloignois Ces idées, crainte d'en trouver de
défagrtables, & je reftois extalié, Nous
guâmes en pleine mer, faifant
voroute à l'oueft,
pour joindre la pointe d'une Ille
voyions devant nous, à deux lieues que nous
tance. Un orage s'éleva,
de dif.
abondante
qui finit en pluie fi
qu'elle rempliffoit notre
nous fûmes obligés d'en vuider
pirogue;
en fûmes quittes
l'eau, & nous
pour être bien mouillés. Nous
marchions très-bien, & nous relâchâmes
tôt à notre pointe.
biencaracteresdes Mceurs & Nous y trouvâmes quantité
Indienssemi- gues, & des Indiens en
d'autres piroSauvages. avoient relâché
grand nombre qui y
ôté leur
comme nous. Les uns avoient
chemife, crainte de la mouiller, &
avoient leurs largés culottes roulées
la ceinture, où elles étoient
jufques à
tres étoient vêtus d'une
repliées; les auefpece de corfet
ne commençoit que fous les bras, & tomboit qui
jufques à mi-cuile; ce corfet étoit furmonté
d'un grand rochet, qui couvroit les
& les bras, le tout étoit formé de épaules
couches de cette toile de fibres de plufieurs
qui eft ourdie par la nature, & fe trouve cocotiers,
chée au corps de l'arbre entre les branches. atta- La
couleur brune, le rude tiflu & P'arrangement
fucceffif
fous les bras, & tomboit qui
jufques à mi-cuile; ce corfet étoit furmonté
d'un grand rochet, qui couvroit les
& les bras, le tout étoit formé de épaules
couches de cette toile de fibres de plufieurs
qui eft ourdie par la nature, & fe trouve cocotiers,
chée au corps de l'arbre entre les branches. atta- La
couleur brune, le rude tiflu & P'arrangement
fucceffif --- Page 151 ---
AUTOURDU MONDE.
fucceflif des pieces les unes un peu en deffus
des autres, donnoient un air aflez fylveftre à
ceux qui portoient ce vêtement. ils avoient
la tête couverte d'une efrece de plateau un
peu convexe ; il étoit fait de feuilles denipes,
arrangées par la racine autour d'un cerceau
de trois pieds de diametre; ces feuilles venoient fe joindre au centre par leur pointe.
Une bande en rond, faite de peau de routan,
& attachée en deffous de ce plateau, faifoit
la forme oul'enfoncement de cette efpece de
chapeau. Tous ces Indiens étoient armés
d'une efpéce de coutcau de chaffe à lame ferpentée, nommé cris ou campilan, & d'un
bouclier de bois, en long, 2 de forme à parer.
tout le corps. Ils faifoient derriere ce bouclier
cent contorfions différentes, pour éviter les
bleffures des combats dont ils donnoient le
fimulacre; ils faifoit leurs attaques & leurs
retraites avec des cris & des fauts finguliers;
ils paroiffoient tranfportés de jole au bruit des
orages, & les éclats qu'ils faifoienten fixant la
nuée d'où partoit quelque éclair ou quelque
coup de tonnere, infpiroient Feffroi en exprimant Palégrefis.J'ouvrois de grandsyeuxpour
voir tout cela de déffous une roche ouje m'é.
tois mis à labridela pluic; mes efprits étoient
comme fufpendus au milieu d'une Nation qui
Tomc 1,
K
fportés de jole au bruit des
orages, & les éclats qu'ils faifoienten fixant la
nuée d'où partoit quelque éclair ou quelque
coup de tonnere, infpiroient Feffroi en exprimant Palégrefis.J'ouvrois de grandsyeuxpour
voir tout cela de déffous une roche ouje m'é.
tois mis à labridela pluic; mes efprits étoient
comme fufpendus au milieu d'une Nation qui
Tomc 1,
K --- Page 152 ---
x46
VOTAGE
m'étoit fi nouvelle, & dont j'ignorois le lan
gage.Je ne favois à, quoi attribuer leurs tranf
ports de joie; étoient-ils l'effer de leur féro
cité? étoit-ce rodomontade,
ou
bravoure, gaieté
légéreté?Je (rus reconnoître les deux der
nieres, dje n'en fus pas fâché pour ma fireté
particuliere. La méffance dont je m'étois
perçu à bord, oàl'on ne laiffoit
ap
les Indiens en grand
pasapprocher
entendu dire de leurs nombre; ce que j'avois
liaifons avec les Mahométans, & avec ceux du fond des terres qui
n'étoient pas policés, tout cela me
dans la tête. Je craignois
revenoit
fulfent de ceux
que ces Indiens ne
qui ne font pas encore
L fés en villages, & qui ne font point ramaf
aux Efpagnols, d'autant plus
foumis
foient
qu'ils ne paroic
pas trop s'inquiéter de moi; il en vint
cependant bientôt après d'autres mieux mis,
qui me regarderent
m'offrirent enfuite, du attentivement; riz
ceux : Cr
refufai
à manger : je ne le
amis dans pas,j'avois trop befoin de me faire des
mon nouvel état; moni
étoit dans un trouble
imagination
Façon de brouiller. Ils
que je ne pouvois dé
faire cuire le
avoient fait cuire ce riz
giz, & deti- bambou,
dans un
ter du feu.
percé comme un paffoir;
voir bouché, ils l'avoient
après l'a
enfermé dans
autre bambou plus gros & plein
un ils
avoient aufli bien
d'eau;
bouchécelui-ci, &cl l'avoient --- Page 153 ---
AUTOUR DU MoNDE.
jeté fous les cendres ou des braifes légeres;
l'eau du premier bambou, en bouillant,
2 s'imbiboit dans le riz du fecond, & le feu ne pouvoit brûler le premier, à caufe de Phumidité
entretenue parl'eau qu'il contenoit; ils avoient
fait du feu en frottant avec viteffe deux morceaux de bambou. La pluie ceffa, & nous
nous rembarquâmes dans notre pirogue, quittant cette Ille déferte, dont le court féjour
me paroifloit un conte de Fées & m'avoit fi
fort étonné.
Nous pafsâmes, 2 faifant toujours route vers
l'oueft, dans un canal formé par cette Ille &c
par un autre à terre d'elle; je voyois beaucoup de pirogues allant & venant à caufe de
l'abord du galion; mais je ne voyois aucune
trace d'habitation ni de culture.Nous fortimes
au large par un détroit que formoient les deux
pointes de ces Ifles, & nous longeâmes la
terre à droite. Nous nous tenions au large à
caufe des roches, où rompoient de gros brifans qui nous empéchoient de ferrer la terre.
Nous n'ofions non plus prendre trop du large,
à caufe dela petitelle & del la foibleffe de notre
pirogue ; cette alternative nous faifoit fouvent ranger de trop près les pointes des brifans, & nous mettoit cn grand danger par la
mer quis'y élevoit.
K. 1
de ces Ifles, & nous longeâmes la
terre à droite. Nous nous tenions au large à
caufe des roches, où rompoient de gros brifans qui nous empéchoient de ferrer la terre.
Nous n'ofions non plus prendre trop du large,
à caufe dela petitelle & del la foibleffe de notre
pirogue ; cette alternative nous faifoit fouvent ranger de trop près les pointes des brifans, & nous mettoit cn grand danger par la
mer quis'y élevoit.
K. 1 --- Page 154 ---
VoriEs
fu Defcription village de Enfin' nous détournâmes une
kawan,
j'entrevis, à travers les
pointe, &
mé Lawan; il avoit arbres, un village nomune efpece de
une hauteur au bord de la
Fort fur
léglife & le couvent. Les mer 2 où étoient
étoient en
maifons des Indiens
Nature, dehors, éparfes dans le bois, que la
trop fertile, rendoit difficile &
J'étois tenté de comparer ces maifons touffu,
cages; leur forme carrée &
à des
bous en
compofée de bamla grille, Cu fimplement en long & à
jour, façon dont elles font perchées
leurs piliers, &c leurs vacillations
fur
mouvement de ceux qui font
au moindre
nature des bambous
dedans, vû la
donnoient
qui les foutiennent, leur
affez l'air de véritables
Nous y relâchâmes, & je defcendis cages, chez
Curé, qui étoit Jéfuite, de même
le
ceux de cette Ille 2 &c qui me fit une que tous
bonne réception ; jy mangeai des oeufs aflez
oifeau nommé
d'un
Tabon, qui font gros
ceux d'une oie, 2 & qui font
comme
dus par un animal qui n'eft cependant ponpas pius gros
gruneteumralie-Lorfquel la femelle du
veut pondre, elle creufe une
tabon
profonde &c tortueufe dans le petité caverne
fa ponte, &
fable, & y fait
lorfqu'elle l'a finie, clle
fes oeufs avec du
couvre
fable, en rebouchant. fon
trou comme il étoit auparavant. --- Page 155 ---
AUTOUR DU MON D E. 145
La chaleur du fol fait éclore les ceufs, dont
les petits pouflins grattent. le fable jufques à
ce qu'ils foient parvenus à fe faire jour & à
découvrir la lumiere; mais il en périt beaucoup, car, dans cette obfcurité, il arrive fouvent qu'ils grattent ou horizontalement ou en
bas, &c ne peuvent par. conféquent parvenir à
la furiace du fol; ils meurent alors de faim &
de fatigue.
Nous repartimes de Lawan au coucher du
Toleil, pour profiter du calme de la nuit, &
longeant la côte à l'oueft, nous fimes route
pour Catarman ; nous fimes douze lieues
cette nuit-là, mes Indiens étant bons rameurs 2
& la pirogue marchant bien : j'avois cependant d'eux quelque méfiance, car, quoique je
n'entendifle pas leur langue, je comprenois
qu'ils parloient fouvent de moi. Sous prétexte
de gefticulation & de fignes, un d'eux, preffant avec liberté mes habits, approchoit fort
de mes poches. Une pareille familiarité 2 que
ma feule méfiance me rendoit peut-être fuf
pede, ne me plaifoit pas; je ne favois trop
que penfer; mais un violent défir de me rendre
àl Manilla me poffédoit : je voulois profiter du
feul vailfeau quidât bientôt partir pour le port
de Canton, 8je paffois fur toute efpecededanger, Lorfque j'arrivai à Catarman, combien
K iij
de mes poches. Une pareille familiarité 2 que
ma feule méfiance me rendoit peut-être fuf
pede, ne me plaifoit pas; je ne favois trop
que penfer; mais un violent défir de me rendre
àl Manilla me poffédoit : je voulois profiter du
feul vailfeau quidât bientôt partir pour le port
de Canton, 8je paffois fur toute efpecededanger, Lorfque j'arrivai à Catarman, combien
K iij --- Page 156 ---
Igo
Rifquedvètre
VorAG E
& fajt relâche efelave, n'eus-je pas à remercier
Catarman. à que dans la nuit, à la Dieu, en apprenant
mêmes écueils où
méme heure, & aux
faires Mahométans nous avions palié, les Corgues, & fait efclaves avoient pillé trois pirotrouvés ! Cette
ceux qui s'y étoient
nouvelleavoit
ceux à qui l'obfcurité de la éiéappordepsc
de fe fauver à la
nuit avoit pérmis
les Indiens
nage. L'on me dit auffi
qui m'avoient
que
PIle de Capul,
conduit étoient de
voit
qui, depuis
plus de communication longtemps, n'apéens, n'ayant ni Curé ni avec les Euroajouta que cette Ifle fervoit Gouverneur ; l'on
métans, qu'ils aidoient
d'alile aux Mahocourfes;
quelquefois dans leurs
peut-être eft-ce par cette
notre pirogue ne fut
raifon que
autres, les ennemis pas artaquée comme les
marades.
ayant reconnu leurs Ca8 Policecivile fpirituelle J'allai loger chez le Curé,
decovillage, il me
qui étoit,
exercée par
reçut allez bien, mais
tJéfuite;
un. Jéfuite. hauteur. Je le
avec un peu de
voyois fort
A
efpeces
occupé à tenir fes
lés des d'audiences; il y terminoit les démeIndiens, ou les affaires
police & la fûreté de la Paroiffe. concernant la
un petit garçon qui ile fervoit
A la nuit,
palfer dans une chambre
vint me prier de
repofer fur un canapé;
voifine, & de me
laiffé
je le fuivis, &c
feul, il foima à clefla
m'ayant
porte furl luilJen-
occupé à tenir fes
lés des d'audiences; il y terminoit les démeIndiens, ou les affaires
police & la fûreté de la Paroiffe. concernant la
un petit garçon qui ile fervoit
A la nuit,
palfer dans une chambre
vint me prier de
repofer fur un canapé;
voifine, & de me
laiffé
je le fuivis, &c
feul, il foima à clefla
m'ayant
porte furl luilJen- --- Page 157 ---
AUTOUR D U MOND E.
TSE
tendis un inftant après, dans la chambre quej je
venois de quitter, beaucoup de monde, & la
voix du Pere Jéfuite. Il haranguoit, & faifoit"
rendre compte de leur conduite à certains de
la compagnie, qui, par le fon de leurs voix,
me paroiffoient âgés. Sa voix s'échauffoit, &
l'interrogation finiffoit ordinairement par ce
mot, Mangateau, qui lignifie chofe; il étoit
fuivi d'une fuftigation ferrée, dontj'entendois
les coups. L'Inquifition me revint dans l'idée,
& je fus un peu furpris. J'eus grande attention, à fouper, de lui demander, lorfqu'il
eut lui-même commencé à me parler de fes
fonêions de jultice, fi elles étoient pour quelque objet de religion, ou de fimple police du
lieu. II m'affura, & je fus convaincu par la
droiture de fes démarches, que ces punitions
tenoient à la police.
Catarman, qui, en langage Indien de Sa- CorfairesMal bomérans
mar ou Biflaye, fignific pointe ou cap 3 n'étoit
qu'à quatorze lieues de Palapa, & il m'en reftoit huit ou dix à faire. jufques à llile de Luçon; sje voulois m'y rendre; mais à caufe des
Indiens Mahométans de Mindanao, Holo,
Borneo, 2 Paragoa, & autres Iles entre les
Philippines & les Moluques, perfonne n'ofa
me paffer au détroit de San-Bemardino,qui
étoit leur principale croifiere. je m'étois f6Kiv
lieues de Palapa, & il m'en reftoit huit ou dix à faire. jufques à llile de Luçon; sje voulois m'y rendre; mais à caufe des
Indiens Mahométans de Mindanao, Holo,
Borneo, 2 Paragoa, & autres Iles entre les
Philippines & les Moluques, perfonne n'ofa
me paffer au détroit de San-Bemardino,qui
étoit leur principale croifiere. je m'étois f6Kiv --- Page 158 ---
VovAG E
paré des Tadiens de Capul
né; car ce que j'avois quimlavoient: amed
Ile, ne m'avoit
appris touchant léur
Les indiens Chie pas'donné de la confiançe.
iétiens
ces Mahomérans, qui craignent beaucoup
côtes des ifies
igieflent fans ceffe les.
Luçon; ils viennent, Billayes, & même celles de
vernement Efragnol, fans oppolition du Gou-:
jufque fous les murs de enlever les Habitans
l'on
Manilla. Outre
m'exagéroit la dificulté de
cela,
terre' de San-Bernardino
la route par
de ceut cinstante
à Manilla, qui étoit
lieues, par des chemins à:
reinepraticables dans cette
les.I
faifon,
Indiens, qui étoient C
même pour:
dans la vale jufques à la accoutumés àf fe mettre
donnoit prefque d'autres ceinture. Le pays ne
ques bulites, dont même montures que queldroits on ne pouvoit fe en beaucoup d'encôré, en attendant la fin pourvoir: de
d'un autre
galion, je manquois le feul Thivernage du
tit de Manilla pour Canton, bâtiment qui parde me rendze,
odj'avois dellein
dienses Cloches fa-. Tandis
ou
queje failois ces
tuinoULrs des, placés fur les caps & réfezions, fur les les garhauteurs,
de Papproche des pirogues
FEE
chies-tambours,
Maures, Ces clole nom de
connus par les Europcens fous
Tamtam, iont faits de métal
2 & --- Page 159 ---
AUTOURDU MONDE.
ils ont fx points au plus d'épaiffeur; ils ont
la fotme d'une eipece de tambour de balque,
dont le plan' feroit interrempu dans 1 le centre
par unc eipece de plan elliptique, par conféquent cave-d'un côté, & convexe de l'autre. -
On tient l'infirument fufpendu, & on bat
avec une baguette fourrée la partie convexe
de cette ellipfe, quiefll'extérieure. Le fonque
rend cet infrument eft un peuraucue & fourd,
mais fort; il eft d'une nature à ne pas felfaire.
entendre à plus de quatre cents, pas; mais dans L
cet efpaceil s'cntend plus généralement que -
le fon den nos cloches ,àcaufede la plusgrande
quantité de fes vibrations. Je fus donc oblige.
d'abandonner le deffein de me rendre à Ma:
nilla avant le galion', partimpoiibilité d'aller
en avant fans danger, les-Maures ayant paru
plulieurs fois.devant le village. Après quel:
ques (éjours, je iétrogradai, ôc je me rendis
à Palapa.
DE
Iln'étoit reflé à bord que léquipage, & je
trouvai ce village, 9 qui peut confifter en cent
mailons. 2 rempli par ies pailagers du vaiffeau;
les reftes de cette Paroiffe étoient épars dans
les boizsjeniyamangeaicependant affez bien,
& mon féjour y futagréable. Ce Hetl, qui eft
fitué fur une riviere de fon nom, à deux lieues
de la iner, étoit allez vivant à caufe de la re-
é à bord que léquipage, & je
trouvai ce village, 9 qui peut confifter en cent
mailons. 2 rempli par ies pailagers du vaiffeau;
les reftes de cette Paroiffe étoient épars dans
les boizsjeniyamangeaicependant affez bien,
& mon féjour y futagréable. Ce Hetl, qui eft
fitué fur une riviere de fon nom, à deux lieues
de la iner, étoit allez vivant à caufe de la re- --- Page 160 ---
VorA G K
lâche du galion, qui yavoit attiré les
de Catarman, Lawan,
Indiens
villages, à douze
Catuby, Ubi, & autres
rons; l'on
ou quinze lieues aux envivis-à-vis trouve auffi fur la côte du
de l'Ille de Leyte, le chef-lieu fud,
Samar, nommé Cabalongua
de
de rélidence du
2 qui eft le lieu
Gouverneur
cette partie ; il eft
Efpagnol de
gnol féculier de fon ordinairement le feul Efpalongua n'a guere d'autre Gouvernement ; Cabaquables qu'une efpece de féves produdions de
remarnommées dans le Pays
St. Ignace,
Les maifons des Indiens Pepitas de Cabalongua.
bambou, & le toit & les font conftruites de
avec des feuilles d'un arbulte murs font couverts
feuilles font doublées &
appelé nipe; ces
rofeau, &
coufues fur un petit J
n'habite rangées en façon d'ardoifes : On
point le bas des maifons; maisà
que hauteur de terre on
quel.
de bambous fendus,
pratique un plancher
Ils ont.affez de
rangés sen grilles, & ferrés,
leur
folidité, & donnent lieu, par
arrangement, à
dité du fol, & au l'évaporation de Phumi-:
paflage de
ces maifons très-faines.
l'air, ce qui rend
Je palai mon temps aux
de
man, Lawan, & Palapa,
villages
Catar:
du Pays, ont un
qui, comme tots ceux
léglile; les
perit Fort dans lequel eft
Habitans s'y retirent avec leurs --- Page 161 ---
AUTOUR D U Mo N D E.
plus précicux effets, lors d'invafion de la part
des Mahométans que les Efpagnols nomment Maures.
Tous ces Pays, vers les bords de la mer,
fuivoient autrefois cette Religion ; mais les
Miffionnaires Efpagnols les ont convertis, &
rendus fujets de la Couronne; aufi exercentils fur eux un pouvoir prefque defpotique;
ils puniffent la, mcindre faute par des coups
de fouet; tout y efte également allujetti, vieillards, jeunes gens, femmes, filles,enfans, fans
diftinaion de rang, d'age, ni fexe. Il eft vrai
que dans cette Ille, les Jéfuites qui en deffervoient les Paroiffes, tournoient tellementl'efprit de ceux qu'ils châtioient, que remerciant
le'Pere, &c recevant volontairement la punition, ils étoient perfuadés de la juftice deleur
châtiment. Ils fe repentoient même, S retomboient rarement dans la même faute. Ces punitions font
&
.
publiques
point déshonorantes, chacun connoiffant qu'il eft dans le cas
de tomber en faute, & de les fubir du foir au
lendemain. Ils font très-bien inftruits de la Religion : outre les fêtes, deux jours de la femaine font fixés pour célébrer le Service divin,
& chanter des cantiques avec une harmonie,
une onation & une fimplicité naturelles, qui
rendent cette cérémonie très-augufte. Je m'y
font
&
.
publiques
point déshonorantes, chacun connoiffant qu'il eft dans le cas
de tomber en faute, & de les fubir du foir au
lendemain. Ils font très-bien inftruits de la Religion : outre les fêtes, deux jours de la femaine font fixés pour célébrer le Service divin,
& chanter des cantiques avec une harmonie,
une onation & une fimplicité naturelles, qui
rendent cette cérémonie très-augufte. Je m'y --- Page 162 ---
1S6
VOYAG E
trouvailej jour de la fête du
bra décemment &
lieu; eile fe céléavec
vant le génie
dévotion, mais fuitions du Fort Efpagnol. les
On arbora aux baffaint
pavillens de la Vierge, de
Ignace, de faint
&ils furent falués de François, & autres. 3 #
coucher du Soleil, Fartillerie au lever 8c au
dans
On a détruit
cette Ifle, lufage de danfer depuis peu, 2
lc jour de la fête. On
dans Féglife
aRes d'alégreffe
a cru avec raifon ces
aux Curés, Le Jéfuite dangereux ; mais je reviens
fellion, l'intérieur connoiffoit par la condes ames de ces
qui vont bonnement confulter
Indiens 2
leur moindre différent
leur Curé fur
dres befoins. Il les
& dans leurs moinfeils & de
aide toujours de fes conquelque petite
en remedes, foit en
gratification, foit
des; il mêle ainfi tour vins, liqueurs ou vian--
à tour la févérité & la.
douceur, de façon que ces Peuples fe corrigent de leurs' défauts, & le regardent
un Pere uniquement
comme
heureux." Il tient
appliqué à les rendre
en effet à leur égard
place de Pere de famille, de
la
vere pour établir le bon
Diredteur fétaine de terre & de
ordre, &c de CapiJeurs ennemis.
mer pourles défendre de
C'eft le Curé qui dirige la
confrudion du Fort de chaque
le pourvoit de' 'canons, qui fait Paroife, qui
confruire les
, & le regardent
un Pere uniquement
comme
heureux." Il tient
appliqué à les rendre
en effet à leur égard
place de Pere de famille, de
la
vere pour établir le bon
Diredteur fétaine de terre & de
ordre, &c de CapiJeurs ennemis.
mer pourles défendre de
C'eft le Curé qui dirige la
confrudion du Fort de chaque
le pourvoit de' 'canons, qui fait Paroife, qui
confruire les --- Page 163 ---
AUTOUR DU Mo N D E.
bateaux de guerre, & quelquefois quiles commande lui-r même; il nomme les Capitaines, 2
les corps des garde, les poftes des Sentinelles;
il eft, en un mot, Diredteur fpirituel & temporel. Quoiqueje fois naturellement peu porté
pour la févérité & le pouvoir monaftique,
je ne pus m'empécher d'admirer de pareilles
difpofitions, &, quelle qu'en fàt la fource,
bonne chez certains, & d'une autre nature
chez d'autres, elles tendoient généralement
au bien. Cet ordre me paroiffoit, quant à la
police & au fpirituel, le même qu'obfervoient
les Jéfuites aux miflions du Paraguai; ici CCpeadant les Indiens y trouvoient leur bien
récl, & ils travailloient à leur profit. Pendant Emprifonnee
mon féjour dans ces Ifles, le Roi d'Efpagne ment fuites. des 36
ayant détruit l'Ordre des Jéfuites dans fon
Royaume, on vint les raffembler pour lès
envoyer en exil. Ils fupporterent, fous mes
yeux, cet événement avec foumiflion & fermeté, quoiqu'ils fe trouvaffent dans un Pays
où ils auroient pu caufer des révolutions, par
l'amitié que les Indiens avoient pour eux. Il
ne reftoit alors fous. la domination Efpagnole,
dans cette partie du Monde, que ceux des
Mariannes que nous n'avions pas eu ordre de
prendre à notre paffage, &c peut - être dans
PAmérique, ceux de la Californic, que les In-
cet événement avec foumiflion & fermeté, quoiqu'ils fe trouvaffent dans un Pays
où ils auroient pu caufer des révolutions, par
l'amitié que les Indiens avoient pour eux. Il
ne reftoit alors fous. la domination Efpagnole,
dans cette partie du Monde, que ceux des
Mariannes que nous n'avions pas eu ordre de
prendre à notre paffage, &c peut - être dans
PAmérique, ceux de la Californic, que les In- --- Page 164 ---
*58
Vorac E
diens avoient différé de
rens prétexes; ceux du refte renvoyer de
fous diffé.
Efpagne étoient
la Nouvellelong-temps.
partis pour l'Europe depuis
Le fol de TIle de Samar eft très
d'une culure aifée; il rend
fertile, &c
pour un; l'on n'y feme d'autres au moins quarante
riz, qui fert pour les
grains que du
ment de
Curés, pour le Gouverde la Province, Manilla, &c pour le Gouverneur
Efpagnol
qui eft le plus fouvent le feul
féculier réfidant dans un
étendu. L'Indien ne fe nourrit
Pays trèsqu'avec des patates, des
ordinairement
racine qu'il nomme
yams, & une autre
de racines
Gaby, Je me nourris aufli
cré
pendant mon féjour; leur
me paroiffoit plus agréable
goût fudu riz cuit à l'eau. Dans le
que la fadeur
elles me parurent venteufes & commencemerit,
m'y accoutumai
pefantes, maisje
foient mieux bientôt, & elles me nourrif
quele tiz.J'y mangeai aufli
coup de viande de cochon,
beauque le nôtre, &c plus effilé; fa qui eft plus petic
pefante, elle eft noire &
chair n'eft point
celle du boeuf. Les ceufs de par filamens comme
fort communs; ils'eri
tabon y font aufi
un trou jufques à
trouve quelquefois dans
prisaux
quarante; l'expérience a apindiensalearenconterd &àles
ces oeufs font pelans &
déterrer;
indigeftes : on y fait --- Page 165 ---
AUTOUR bo MONDE E.
de la bonne eau-de-vie avec la féve de l'arbulte nipe, avec celle du cocotier, 2 & celle
d'un arbre nommé Cabonegro,à caufe des fibres
noirs qu'il produit, & dont on fait des cables
& des cordages très-bons. LesIndiens fenourriffent auffi avec la chair du COCO 2 lorfqu'elle
commence à fe confolider: elle reffemble alors
à une efpece de glu blanchâtre; mais elle eft
indigefle lorfqu'elle eft formée, & alors elle a
un peu le goût de l'amande fraîche.
L'Indien de Samar n'a d'autre arme & d'autre inftrument de travail qu'une efpece de couteau de chaffe, qu'il nomme crys ou campilan : il s'en fert pour couper les plus gros
arbres, dont il fait des pirogues, ou qu'il fend
pour en faire des planches. Lorque cet inftrument eft ufé, il fert aux femmes pour
ter la terre qui eft fablonneufe, &
graplanter des
pour y.
patates ou autres racines. Dans
deux mois elles deviennent extrémement
groffes, & un efpace de quarante toifes
fournit plus que le néceffaire d'une famille
affez nombreufe.
Ils cultivent aufli des cannes à fucre, des
choux, de l'ail, des oignons, des
des jacres, des oranges de la Chine, melons, des citrons, des légumes, & beaucoup d'autres fruits
inconnus en Europe, mais en petite quantité,
des
pour y.
patates ou autres racines. Dans
deux mois elles deviennent extrémement
groffes, & un efpace de quarante toifes
fournit plus que le néceffaire d'une famille
affez nombreufe.
Ils cultivent aufli des cannes à fucre, des
choux, de l'ail, des oignons, des
des jacres, des oranges de la Chine, melons, des citrons, des légumes, & beaucoup d'autres fruits
inconnus en Europe, mais en petite quantité, --- Page 166 ---
V C Y A G E
Iis ont des figues bananes en tès-grandeabon
dance; il y en a de douze à quatorze efpeces,
& de divers parfums. Iis font obligés pat le
Gouvernement d'entietenir des cacaotiers 2
qui font ici des arbres à haute tige.
Les bois font pleins de COCOS 2 de figues,
de citrons, de pomplemous, efpece d'orange
de cinq pouces de diametre au moins 2 de
poivre,de miel, & de cire.L'on fait rarement
de chemin fans rencontrer des ruches ;
- peu
aux branches des arbres,
elles font fulpendues
en forme de citrouille alongée.
les
Oifeaux &
La chafle n'eft pas moins abondante, &
quadrupedes. bois foifonnent d'oifeaux de toutes efpeces, 2
fur-tout de poules; elles different des nôtres
parleurs corps ramaffés Sleurs pattes courtes;
elles font de couleur grife, piquetée comme
la perdrix; les tourterelles y abondent auffi;
il.y en a de trois fortes; les premieres font
grifes & groffes comme. des poulardes; les fecondes font plus petites, & la troifieme efpece
eft verte & excellente. Il y a une autre efpece
d'oifeau nommé Calao ; il eft gros comme
très-bon à manger, mais difficile à
une oie,
environs des endroits
joindre. 1l ie perche aux
vol
humides, fur les plus hauts arbres ; fon
cft très-rapide 2 & il elt remarquablé par
fa tête 2 fur laquelle croit une grande couronna --- Page 167 ---
AUTOUR DU MoNr DI E. 161
ronne oblongue & rouge, plane, & de même
matiere que le bec dont elle fait partie : cet
ornement, joint à fa groffeur, lui donne un
air majeftueux; fes plumes font noires & rouffâtres.J'ai eu l'honneur de préfenter à l'Académie la tête d'un de ces oifeaux. Les Cacatuas, efpece de perroquets blancs, &les Louris y font auffi en très-grand nombre, & l'on
y trouve beaucoup de jolies petites perruches
de diverfes couleurs, & de la groffeur d'un
linot. Ily a ençore une efpece de petitoifeau,
de la groffeur d'une guépe, admirable par la
beauté de fes couleurs, qui approchent du
fauve, du rouge & du bleu; les quadrupedes
n'y font pas moins nombreux. Les bois font
pleins de finges très-gros, de buffles fauvages,
& de chevreuils; l'on me fit dans cePays beaucoup de relations fur la différente qualité des
ferpens, en groffeur & en petiteffe; mais je n'y
en vis pas de bien extraordinaires.
Il n'eft pas plus difficile dans ces Ifles de
s'habiller que de fe nourrir. Il y a une efpece
de figuier bananier, dont les écorfes roulées
qui forment le pied, font compofées de fibres
qui s'en féparent aifémient lorfqu'on les fait
pourrir. On les ajoute les unes aux autres, &
on en fait une toile très-fine, qui d'abord eft
peu fouple, mais qui le devient lorfqu'elle eft
Tome I.
L
pas plus difficile dans ces Ifles de
s'habiller que de fe nourrir. Il y a une efpece
de figuier bananier, dont les écorfes roulées
qui forment le pied, font compofées de fibres
qui s'en féparent aifémient lorfqu'on les fait
pourrir. On les ajoute les unes aux autres, &
on en fait une toile très-fine, qui d'abord eft
peu fouple, mais qui le devient lorfqu'elle eft
Tome I.
L --- Page 168 ---
VoYA G E
avec de la chaux. On appelle ce fil
apprètée fibre Abaca; outre la toilerie, elle
ou cette
Il eft aufi,aifé de fe
fert pour les cordages.
du
de fe vêtir dans cette partie
loger que
font bordées de bamMonde; car les rivieres
& les bois font pleins de nipe & de
bous, Ce dernier leur fert, au lieu de clous,
routan.
leurs bambous avec une adreffe
à attacher
une
extraordinaire; car ils n'emploient pas
de fer dans leurs maifons. Enfin, deux
once
dans l'année,
mois de travail au plus répartis
fontl'exercice de cesPeuples, dont les moeurs
douces annoncent la félicité.Les hommes font
Caradtere
les
dos Indiens. d'un cara@tere aifé & ouvert, &
femmes
gaies & galantes fans débauche; quoique
portés à la fatigue, ils ne la craignent
peu à la moindre néceffité; ils font un
pas
des E
vains, menteurs, & intéreffésà l'égard
mais fans méfiance ni larcin. Leur
ropéens,
des
penchant à l'amitié m'y a fait remarquer
épanchemens de coeur que je n'avois difcernés
nulle part, & je les crois extrèmement délicats fur les différens degrés de fenfations.
Je fus bien furpris lorfque je les vis faire
ordinaire de
précéder le baifer, témoignage
lamour entre les deux fexes,. ou entre les
& leurs enfans, par une: douce afpiraperes tion de Podeur de la partie où ils vouloient --- Page 169 ---
AUTOUR DU MONDE. 163
appliquer leurs levres. Ces Indiens Biflayes
ont beaucoup de goût pour la Mulique, &
ils font extrêmement adroits d'efprit & de
corps pour toutes fortes d'Arts & de Métiers,
quoiqu'ils n'y foient cependant pas maîtres
bien achevés par le peu de pratique: Leurs
fibres font généralement plus fouples que les
nôtres, 8 ils fe fervent de leurs pieds, à
de différence, près, comme nous pourrions peu
faire de nos mains, pour ramaffer diverfes
chofes, ou pour s'y accrocher. Ils pincent
avec les doigts du pied auffi fortement que
nous faurions faire avec.les doigts de Ia main.
Le même homme fera une guittare & un violon avec le même campilan qui lui aura fervi
à fendre on gros arbre ou à creufer une pirogue; ce même infrument lui fervira également à faire des deffins fur des bambous, Ou
de la fculpture d'une fineffe étonnante, & à
fe défendre contre fes ennemis; c'eft enfin
leur unique meuble tranchant. Ils font des
nattes d'une telle fineffe qu'elles peuvent entrer dans nos poches, quoiqu'elles ayent fix
pieds de longueur. Elles font très-bien travaillées en divers deffins, & peintes avec des
couleurs très-vives, qu'ils font avec l'écorce
ou le bois de certains arbres,
Ils travaillent de jolies étoffes, mélangées
Lij
défendre contre fes ennemis; c'eft enfin
leur unique meuble tranchant. Ils font des
nattes d'une telle fineffe qu'elles peuvent entrer dans nos poches, quoiqu'elles ayent fix
pieds de longueur. Elles font très-bien travaillées en divers deffins, & peintes avec des
couleurs très-vives, qu'ils font avec l'écorce
ou le bois de certains arbres,
Ils travaillent de jolies étoffes, mélangées
Lij --- Page 170 ---
VoYA G E
fibre de
bananiers, avec
en abaca ou
figuiers ils font des broderies
de la foie ou du coton;
fines, &
fur des étoffes de foie extrèmement
de la dentelle. Il n'y a point de maifon qui,
n'ait un métier de' Tifferand.
pour fon ufage,
Charfont à bord, ils deviennent
Lorfqu'ils Voiliers & Calfats; à terre, ils font
pentiers, ConftruSteurs. Je ne faurois enfin
Cordiers &
& leur fagacité; & ce
vanter affez leur goût
d'eux
de
c'eft que pas un
qu'ily a fingulier, d'aucun de ces mén'eft ouvrier journalier
mais ils les exercent tous, un peu groftiers,
fuivant leur fantailie ou
fiérement à la vérité,
autrefois dans ces
leurs befoins. On écrivoit
flile fur des feuilles de cocotier
Pays avec un
de fe faire mafou de nipe. Ils ont la coutume de la circulaconfite à donner
farer, ce qui
en faifant cration au fang & aux humeurs, la chair des
les jointures, & en pétriflant
auffi
quer
parties du corps; ils frottent
différentes
enfans avec de Phuile. Tout
les jointures aux
& eft en ufage dans
cela me paroit très-fain,
ventoufes par
toute PAlie. Ils fuppléent aux delépaule,
tres-forts fur lehaut
des pincemens
forment des ampoules :
& qui étant redoublés
des entailles
ils fuppléent à la faignée par d'ailleurs beaudans la chair; ils connoiffent médicinales.
de baumes & de plantes
coup --- Page 171 ---
AUTOUR DU MoND E. 165
Ils n'ont pour vêtement qu'une large culotte iongue qui defcend à mi-jambe, une
chemife qui defcend à mi-cuiffe par-deffus la
culotte, & un mouchoir roulé en anguille autour de a tête, en façon de turban. Lorfqu'ils veulent être plus fuperbement habillés,
ils mettent une efpece de robe de chambre de
foie ou de coton, & ils portent un chapeau
rabattu, ; c'eft ici une grande beauté que d'avoir les ongles fort longs, mais du gros & du
petit doigt feulement, & j'en ai vu de deux
pouces au moins de longueur. Les femmes
portent à la ceinture une efpece de toile ou
de pagne, qui, faifant plufieurs tours autour
du corps, les enveloppe jufques aux pieds;
certaines d'entre elles portent unejupe d'abaca,
dont la toile fine & claire les oblige par modeftie à en replier un côté en avant dans la
ceinture. 2 & alors elles ont une jambe nue; ;
elles portent auffi une chemife quine defcend
que jufques à la ceinture; leur tête eft également ceinte d'un mouchoir comme les hommes; mais leurs cheveux font roulés en couronne fur le haut de la tête : elles portent une
robe en cérémonie. L'un & l'autre fexea detrès.
beaux cheveux; les femmes fur-tout en prennent un foin tout particulier, en les oignant
d'huile de coco, qui les confolide & les rend
L ij
portent auffi une chemife quine defcend
que jufques à la ceinture; leur tête eft également ceinte d'un mouchoir comme les hommes; mais leurs cheveux font roulés en couronne fur le haut de la tête : elles portent une
robe en cérémonie. L'un & l'autre fexea detrès.
beaux cheveux; les femmes fur-tout en prennent un foin tout particulier, en les oignant
d'huile de coco, qui les confolide & les rend
L ij --- Page 172 ---
Voy A G E
très-noirs. Il eft rare d'en trouver de laides,
ayent le nez court & écrafé dans
quoiqu'elles fans que les narines foient ouvertes
le haut,
& quoique leurs traits
comme chezl lesNegres;
elles ont
foient aflez petits & peu réguliers. 5
toutes de fort beaux yeux & delaphyprefque fionomie. Elles fe fervent, au lieu de cruches,
bambous, de Gxà fept pouces de diade longs
des chapeaux
mettre; elles portent quelquefois
vis
de feuilles de nipe pareils à ceux que je
Indiens de ce Pays, & lorfqu'elles
aux premiers
de leur
vont chercher de l'eau, Tarrangement bambou
leur large chapeau, & le gros
jupe,
chargées, leur dondont elles font légérement
8c.
enfemble de la grace, de la nobleffe,
nent
fierté. D'ailleurs. , au loin des
une apparente les deux fexes vont prefque nus, furvillages,
des Miflionnaires.
tout lorfqu 1'ils font éloignés
de même
Les rivieres font poillonneufes,
Produaions
de belles
de la met &
le bord de la mer où l'on pêche
de fes Hes. que L'on prend le poiffon en T'enivrant avec
perles. d'une efpece de bois broyés, qu'ils
la pâte Coco. Ils la répandent fur le fable,
nomment
le
enivré venant
à balTe mer &c au flot; poiffon les bois de fer
fur l'eau eft ailé à prendre :
L'on
d'ébene & de teinture y font communs.
terres, de la poudre d'or;
tire de Fintérieurdes
cctte branmais les Moines feuls connoiffent --- Page 173 ---
AUTOUR D-U MONDE: 167
she de commerce. Ils défendent aux Efpagnols de refter dans les villages Indiens, fous
le prétexte louable (s'il a un bon principe) de
ne pas expofer les moeurs de ces Peuples fimples à la corruption des Européens ; il n'y a
que peu de temps que le Gouvernement de
Manilla a effayé de reftreindre le pouvoir monaftique.
Je ne faurois finir de parler avantageufement de ce Pays, qui eft le plus agréable que
j'aye vu, & plulieurs fois j'enviai le bonheur
des Biffayes ( car on nomme ainfi tous les
Indiens des Philippines quin'habitent paslIfle
de Luçon) ). Cette Ifle-ci eft d'environ foixante-dix lieues de tour, & de dix mille Habitans, & fila Province deTégas m'avoit plu,
Samar l'emporta. Le premiere avoit offert à
mes yeux des plaines à perte de vue, des bois
immenfes par leur étendue & leur qualité,
des rivieres ou des lacs dont le bruit des eaux
& l'étendue annoncent la majeflé du Créateur. Samar me préfentoit des fontaines, des
reiffeaux, ou des petites rivieres; tout le Pays
eft couvert de bois, qui, à la vérité, ne font
pas fi majeftueux qu'aTégas 5 mais dont les
arbres font, les uns chargés de fruits ou de
fleurs, & les autres donnent ou des baumes
excellens pour la médecine, entre autres le paLiv
des lacs dont le bruit des eaux
& l'étendue annoncent la majeflé du Créateur. Samar me préfentoit des fontaines, des
reiffeaux, ou des petites rivieres; tout le Pays
eft couvert de bois, qui, à la vérité, ne font
pas fi majeftueux qu'aTégas 5 mais dont les
arbres font, les uns chargés de fruits ou de
fleurs, & les autres donnent ou des baumes
excellens pour la médecine, entre autres le paLiv --- Page 174 ---
V.o Y A G E
lomaria, ou des parfums pourles maifons. Les
ruches qui y font fufpendues, l'air agréable
ment parfumé par une feur blanche, analogue
& par beaucoup de rofiers de
au jafmin,
la Nature dans
Chine ; tout enfin annonce
fon adolefcence, telle qu'elle étoit avant que
le travail des hommes eût changé fa forme
agréable. Des lieux auffi fatisfaifans & des moeurs auffi
douces que celles desBiffayes m'enchantoient.
Je meretraçois la moitié dutour du Monde que
venois de parcourir, & combien peu les
.je
étoient capables de
préjugés quil'enreloppent droite &
J'enviois le
fatisfaire une ame
pure.
la
bonheur des Biffayes; leurs moeurs fimples,
dans la plupart del leurs
fincérité qui paroiffoit
de leur
adions, & la fatisfaction tranquille
coeur me fembloient la plus grande perfeaion
des fociétés humaines ; j'étois également touché de leur forme d'adoration, foutenue par
une mufique fimple & attendillnterjenéseis démoins frappé des beautés que j'avois
pas
dansles moindres ouvragesdu
couvertesjufque dans des pays où l'avidité deshomCréateur, mes ne les avoit pas dégradées ; je ne pouvois
m'empècher d'y reconnoitre cette Providence
m'avoit jufqu'alors conduit comme parla
qui je lui devois de la reconnoiffance, &
main; --- Page 175 ---
AUTOUR D U Mo N D H. 169
mes réflexions fe tournerent vers la Religion;
je fis plus d'attention que je n'avois faitjufques alors à la mienne; Dieu y étoit préfenté
avec plus de grandeur que dans toutes les
autres, s'y étant élevé, fije puis m'exprimer
ainfi, par fes bienfaits & fes avis d'exemple,
aux extrêmes des deux puiffances pofitive &
négative de magnificence & d'abaillement; au
lieu que dans les autres Religions, il n'étoit
élevé que dans fa puiffance politive de magnificence. Elle étoit, par fon efprit, la feule
digne de s'étendre univerfellement; elle me
paroiffoit enfin la plus propre à rendre les
hommes heureux, s'ils en fuivoient la morale
avec fimplicité & bonne foi, & je fuppofois
ces qualités aux heureux Biffayes.
Je donnerai ici l'idée d'un bâtiment, nommé Bowanga, qui n'eft peut-être qu'une am- d'un Defcription trirême
plification de celui que M. Anfon décrit aux à balancement. cadre de
Ifles Mariannes; ce font des pirogues trèslongues, & pontées. Le bois du corps du bâtiment eft élevé au plus d'un pied au deffus
de l'eau 2 mais à ce même corps eft entée
l'oeuvre morte, qui eft extrémement légere,
à peu près dans le goût de celle de nos anciens chébecs : elle a de chaque côté deux
galeries de bambou, de deux pieds de large
en amphithéatre, qui regnent dans prefque
Ifles Mariannes; ce font des pirogues trèslongues, & pontées. Le bois du corps du bâtiment eft élevé au plus d'un pied au deffus
de l'eau 2 mais à ce même corps eft entée
l'oeuvre morte, qui eft extrémement légere,
à peu près dans le goût de celle de nos anciens chébecs : elle a de chaque côté deux
galeries de bambou, de deux pieds de large
en amphithéatre, qui regnent dans prefque --- Page 176 ---
VOYAG E
toute la longueur du bâtiment, laiffant peu
de diflance à remplir de Favant & de l'arriere.
Le premier degré de cet amphithéâtre, placé
du
eft élevé
à côté & en dehors
plat-bord,
& le
d'environ un pied & demi fur le pont;
fecond, également à côté & en dehors du
premier degré, a fur lui un pied feulement
d'élévation. La premiere galerie ou degré eft
foutenue par des courbes attachées à l'oeuvre
morte, & la feconde par des courbesattachices
très-faillantes, laiffées de difà des alonges
Poeuvre
tance en diftance, plus alongées que fervent
morte : ces deux galeries & le pont
les
à affeoir trois rangs de rameurs, dont
échaumes & les avirons font placés les uns au
deffus desautres, dans le goût des fabords des
vaiffeaux; ils font tellement difpofés, que le
fecond rang de rames vient frapper l'eau dans
le vide intermédiaire que laiffe le premier
rang, & qui eft: néceffaire à l'alongement
du bras du rameur. Enfin, le troifieme rang
l'eau également dans le vide
vient frapper
intermédiaire du fecond rang perpendiculairement, mais en dehors ou au large du premier
On nomme échaume, en terme de marang( rine, une cheville de bois ou de fer, qui,
étant placée furle plat-bord,fert depointd'appui ou de centre de rotation à la rame). --- Page 177 ---
AUTOUR D U MONDE. 171
Ils fuppléent aux échaumes du premier
rang par des trous au bord ou à l'oeuvre
morte, où paffe la rame 5 & les échaumes du
fecond & du troilieme rang font formés par
quatre arcboutans, 9 dont deux venant lun
de l'avant, l'autre de l'arriere, à l'inclinaifon
de quarante-cinq degrés, contribuent à la
folidité d'un troifieme placé à leur point de
rencontre & perpendiculairement; celui - ci
qui forme l'échaume, & les deux premiers qui
le buttent, font dérangés del la ligne perpendiculaire par un quatrieme, qui les éloigne du
bord, & les incline vers! Thorizon, pour donner un plus long bras de levier au rameur; 3
ce dernier arcboutant eft atraché fur le bord
d'une efpece de liffe ou de garde-corps, qui
eft à la galerie de bambous. En forte (pour
mieux entendre cet arrangement) queles deux
premiers arcboutans &léchaume ou troifieme
arcboutant font d'un bout attachés fur le
bord de la galerie, & le quatrieme fur fon
balcon, & de l'autre bout ils contretieanent
tout l'échaume ou troifieme arcboutant auquel ils font liés. En forte aufli que les deux
premiers & longs arcboutans forment un,
triangle ifocelle, partagé par une perpendiculaire qui eft l'échaume, & incliné en dehors par le quatrieme arcboutant fur un plan
arcboutant font d'un bout attachés fur le
bord de la galerie, & le quatrieme fur fon
balcon, & de l'autre bout ils contretieanent
tout l'échaume ou troifieme arcboutant auquel ils font liés. En forte aufli que les deux
premiers & longs arcboutans forment un,
triangle ifocelle, partagé par une perpendiculaire qui eft l'échaume, & incliné en dehors par le quatrieme arcboutant fur un plan --- Page 178 ---
Vox A G E
formé par le bord ou par le balcon, & le bord
de la galeriede bambous.
D'ailleurs', la conftrudion de leurs rames
n'eft
comme la nôtre. Le bras du rameur
doit être pas robufte, tout le poids étant dans le
bout de la rame, qui n'eft formée que par
au bout de laquelle eft une
une longue barre,
planche oblongue.
L'on juge bien que ces galeries & le nomde
doivent donnerau bâtiment un
) bre rameurs
ils
balancement confidérable; voici comme y
remédient. A environ un fixieme delalongueur
du bâtiment, en diftance de l'avant & de l'arriere, font placés en travers deux gros bambous, qui s'éloignent de chaque côté du
bord d'environ vingt à vingt-cinq pieds plus
fuivant la grandeur du vaiffeau.
ou moins,
Ils ont dans Ieur bout deux ou trois autres
bambous liés horizontalement , & qui les
joignent en travers, ce qui de chaque côté
du vaiffeau forme deux grands cadres, ou
feulement un grand cadre pofé de plan fur
un bâtiment. Les deux côtés de ce cadre, qui
font placés en travers fur le bâtiment, ont
une tonture qui les fait s'étendre de chaqué
côté jufques à fleur d'eau, où ils font joints
les deux autres côtés de ce même cadre.
par
les trois bambous
Ces corés-ciprcfentauty par --- Page 179 ---
AUTOU de R DU MOND E. 173
ils font compofés; une, grande furface
lont
empéchent les trop grands balanl'eau, du vaiffeau; lon a grand foin que ce
temens folidement attaché au corps du bâtadre foit
fon falut. Il fert en
iment, car de lui dépend
calme, à placer des rameurs
butre, en temps
fe fervent de la
ans toute fa longueur, qui
mains les
& qui rament à différentes
agaye, dedans, les autres en dehors du cadre
ns en
u balancement. de croire la viteffe avec laIl eft difficile
la rame, & que fur
uelle vont ces bâtimensà
furhauffée de quelques mauvais
ne pirogue
de placer environ
ambous, il foit pofible
ent cinquante rames & quarante pagayes; ce
ui paroit cependant moins étonnant,. lorf
ue Pon fait attention que, de chaque côté,
y a trois rangs de rameurs, & deux rangs
e pagayes fur les cadres de balancement.
Combats de
Les Indiens Mahomérans fe fervent de cette CorfairesMa
de bâtiment,
faire la courfe & hométans.
pece
5 pour
vendre
hlever desIndiens Efpagnols. Ils vont
à Borneo, &. quelquefois à Baeurs captifs
des efclaves
Avia, où j'ai vu, avec furprife,
ui avoient été fujets libres du Roi d'Efpagne.
Mahométans font braves, & comme ils
Ces
très-nombreux fur leurs
bnt ordinairement
atimens, ils font leurs attaques à V'abordage;
la courfe & hométans.
pece
5 pour
vendre
hlever desIndiens Efpagnols. Ils vont
à Borneo, &. quelquefois à Baeurs captifs
des efclaves
Avia, où j'ai vu, avec furprife,
ui avoient été fujets libres du Roi d'Efpagne.
Mahométans font braves, & comme ils
Ces
très-nombreux fur leurs
bnt ordinairement
atimens, ils font leurs attaques à V'abordage; --- Page 180 ---
Vo'x A G E
à nettoyer le vaiffeau ennem
ils commencent
faifant
une quantité prodigicul
en y
pleuvoir
ils fautent er
de zigayes ou de petits dards;
à la mai
fuite à bord, le cric ou le campilan
Ils font peu d'ufage des armes à feu, &
canons qu'ils ont pris f
n'ont que quelques
cela des Indier
Relations les Européens. Ils different en
fur ces In- plus voifins des Hollandois, qui commencer
diens Maho- &
des fufils. J'ai pr
snétans , à fabriquer groffiérement
furleurlays. plaiGir à examiner en général,l lorfqu'il m'ad
linduftrie premiere des Habitans
pollible,
qui tâchent de fortir de leur al
cet Archipel,
fauvage, parles leçons qu'
cien état, prefque
& chez les Eur
prennent chez les Chinois
péens.. Les Chinois les fréquentent pour
commerce, & leurs Champâns parcourent pe
dant le beau temps les principaux lieux ded
Archipel; mais comme les Européens le
font la guerre, la néceffité de fe défendre
oblige plutôt à faifir linduftrie guerriere 9
celle du commerce. Ils font, pour la plupar
fous le pouvoir de Seigneurs tributaires
Holo ou de Borneo, & autres Illes. Plufieu
ontleurs
dans un Arch
d'entre eux
poffeffions
pel très-ferré, placé à l'efpace marqué
Cartes
inconnu), entre Borne
nos
(comme
Holo, les Moluques & les Nouvelles-Phili
pines. Par ce que j'ai vu aux Philippines
uftrie guerriere 9
celle du commerce. Ils font, pour la plupar
fous le pouvoir de Seigneurs tributaires
Holo ou de Borneo, & autres Illes. Plufieu
ontleurs
dans un Arch
d'entre eux
poffeffions
pel très-ferré, placé à l'efpace marqué
Cartes
inconnu), entre Borne
nos
(comme
Holo, les Moluques & les Nouvelles-Phili
pines. Par ce que j'ai vu aux Philippines --- Page 181 ---
AUTOUR DU M lo N D E. 175
à Batavia, & par ce que j'ai oui dire, j'ai
trouvé ces Infulaires affez reffemblans à ceux
que décrit M. de Bougainville de PIle d'Ofairy, & en général à ceux du fud-eft de
ces parties. Cette analogie, en fait de moeurs, Rélexians
de langage & de traits, étant, à ce que je furleurotigi- ne, leurlancrois, plus confidérable que celle qu'ils ont gage,8ccclui des Peuples
avec les Habitans de la terre ferme d'Afie, me fauvages.
fait hafarder de dire qu'il fe peut que leur
émigration foit bien ancienne, & leur fréquentation avec la terre ferme bien récente.
Leur efpece & leurs moeurs leur font devenues
par cette raifon comme particulieres, Les idiomes de ces parties ont en général de la ref--
femblance; celui des Biflayes a un fon trèsdoux, & j'ai oui dire qu'il étoit très-poli. J'ai
remarqué dans l'idieme de cesl Indiens,comme
je l'avois fait chez les Sauvages du nord dé
la Nouvelle-I
Efpagne, 2 des mots très - fréquens dans le difcours, qui n'étoient point
articulés, mais énoncés par des afpirations
du gofier, ou.-par divers ferremens de langue
contre le palais, & qui ne font pas fufceptibles d'être rendus- par nos fignes littéraux.
Les Peuples les plus fauvages ont, je crois,
généralement moins de mots articulés que
nous, & plus d'inarticulés. J'ai d'ailleurs trèspeu de connoillance de ces Indiens & de leur --- Page 182 ---
Vo Y A G E
idiome, je n'en parle qu'en paffant, & comme
les ayant vus affez peu de temps.
Quoique le temps fàt par intervalles affex
beau à terre, les vents d'aval ou d'oueft rétoujours au large, jufqu'à la fin de
gnerent
ils commencerent alors à varier
Septembre;
du côté du nord & du nord-eft. Ori fe prépara
Manilla, &le7 d'Oatobre, tout
au départ pourl
étant rembarqué fur le galion, nous appareillâmes par un vent d'eft, fimes route àl'oueftnord-oueft pour entrer dans P'Archipel. Nous
fimes fur le foir très-petite voile, ne voulant
paffer de nuit le détroit de San-Bernarpas dino qui en forme l'entrée, & où il regne des
courans très-forts. Le lendemain nous donnâmes dans ce détroit, en laiffant cette petite
Ifle à ftribord; elle eft au milieu d'une paffe
d'environ. trois lieues de largeur, formée par
Ile de Luçon, & des iflots voifins de celle
de Samar. Les courans très-forts & par tourbillons nous manioient, & nous empèchoient
de gouverner; mais généralement, excepté
les remous, ils portoient en dedans, étoient
conféquent favorables, & les vents étoient
par
dansla partie de Peft. Nous
affez frais,toujours
dépafsâmes enfuite Plle de Capul, celles ap-
& nous côtoyâmes à ftripelées Narangeas, Nous vimes enfuite Tlfe
bord la grande terre.
de
orts & par tourbillons nous manioient, & nous empèchoient
de gouverner; mais généralement, excepté
les remous, ils portoient en dedans, étoient
conféquent favorables, & les vents étoient
par
dansla partie de Peft. Nous
affez frais,toujours
dépafsâmes enfuite Plle de Capul, celles ap-
& nous côtoyâmes à ftripelées Narangeas, Nous vimes enfuite Tlfe
bord la grande terre.
de --- Page 183 ---
AUTOUR D U M'or N D E.
de San-Hyacyntho
ouTicao, 2 où le galion va
ordinairement faire de l'eau & prendre des
rafraichiffemens avant fon départ pour Acapulco. Après San-Hyacyntho 2 que nous laif
sâmes à bâbord. Te 2 nous dépafsâmes Malbate &
Burias, 2 & côtoyant toujours la grande terre,
nous entrâmes dans une efpece de baffin d'en- 2
viron vingt lieues d'étendue. Nous dépafsâmes
peu après Marindouque, & nous entrâmes
dans un nouveau baflin.
Nousdécouwrimesdans ce parage une voile
Européenne 2 de la qualité de laquelle nous ne
pouvions décider, voyant beaucoup de bois
furleau, & peu de voilure. Ces parages étant
très-peu fréquentés par les Européens, nous
étions inquiets; nous lui donnâmes chafle. C'étoit le galion de Manilla, le
en faifant
San-Carlor,qui,
route pour Acapulco 2 avoit trouvé'
des mers & des vents très-rudes aux
du nord des Ifles Mariannes. Ilavoit parages
de couper fon grand mât & fon mât étéobligé d'arti- -
mon, & de relâcher.
Continuant toujours notre route, nous découvrimes ia hauteur de Calapan dans Plfle
de Mindoro, dont la pointe eft balfe. Nous
la laifsâmes auffi à bâbord; ; cette Ifle & la
grande terre formoient un canal, où le vent
d'eft s'enfournant, > nous failions très bonne
Tome I.
M
Mariannes. Ilavoit parages
de couper fon grand mât & fon mât étéobligé d'arti- -
mon, & de relâcher.
Continuant toujours notre route, nous découvrimes ia hauteur de Calapan dans Plfle
de Mindoro, dont la pointe eft balfe. Nous
la laifsâmes auffi à bâbord; ; cette Ifle & la
grande terre formoient un canal, où le vent
d'eft s'enfournant, > nous failions très bonne
Tome I.
M --- Page 184 ---
VoYAG E
nous doublâmes l'ouban, 2 &
route. Enfin,
de Mari
nous découvrimes les montagnes
belles, qui font au fud-oueft de'la baie de Ma
nilla. Nous nous rangeâmes le cap au nord &
nord D ord-oueft, pour faire route deffus; nous
élongic ns P'entrée de la baie pour aller cher
cher la petite paffe; la grande paffe, quoique
large, étant moins aifée, à caufe du band
plus
qui oblige de revenir à Pou
de Saint-Nicolas,
eft une fois ef
vert de la petite, lorfqu'on
P'Ie
dedans. Ces deux paffes font formées par
du.Corrégidor, au large de laquelle font quel
quesillots & écueils, nommés Cavallo, Puerles terres de Maribelles forment la côte
cas;
fortant de cette baie, & cel
de ftribord en
celle de bâbord. Les vents
les de Maridondon
étant frais & debout à Peft & à l'eft.nord-eft
mouillâmes en dehors du Corrégido
nous
quinze braffes fond
jufques au lendemain, adonné par
à V'eft & à Peft
de fable, &alors ayant
fud-eft, nousdonnâmes dedans, > &mouillâmes
vis à-vis de la pointe de Cavite
LoirOdo. le15 Oaobre
bre 1768.
les cinq brafles fond de vafe : ce port de
par Cavite eft fitué dansle nord-eft de la baie, &el
celui des vaiffeaux du Roi auxlfles Philippines
Ileft à deux lieues de Manilla, oà iln'y a pas
les
vaiffeaux dans la ri
affez d'eau pour
gros
viere, qui, à mer haute, n'a que douze a
vis à-vis de la pointe de Cavite
LoirOdo. le15 Oaobre
bre 1768.
les cinq brafles fond de vafe : ce port de
par Cavite eft fitué dansle nord-eft de la baie, &el
celui des vaiffeaux du Roi auxlfles Philippines
Ileft à deux lieues de Manilla, oà iln'y a pas
les
vaiffeaux dans la ri
affez d'eau pour
gros
viere, qui, à mer haute, n'a que douze a --- Page 185 ---
AUTOUR DU MoNDE.
quinze pieds de fond. La marée
viron fix pieds.
y monte enLe port de Cavite eft formé
de terre quile défend des
par une langue
& du nord-oueft,
vents du fud-oueft
qui font les feuls à
les vaiffeaux y font très en sûreté & craindres
à terre, le bord étant affez à
amarrés
fur la pointe de la
pic. L'arfenal left
fendue
de
langue de terre, qui eft dé.
par
bonnes batteries; il eft
bien pourvu, & il y a de beaux chantiers valte,
conftruétion. Il eft en outre défendu
de
tres batteries & par un affez bon
par d'auentre l'arfenal & la ville,
château, fitué
nuation de la
qui eft fur la contitouré
langue de terre; le tout eft enpar de bons murs du côté de
Cavite a un gros
dehors.
Roch, qui eft
fauxbourg, 2 nommé Saintbons ouvriers peuplé d'Indiens, qui font trèspour les ateliers de
&
très-bons matelots. Je féjournai dix l'arfenal,
ce lieu, après lefquels
jours dans
Je fus tres-aife
je me réndis à Manilla.
d'être arrivé dans cette
qui étoit voifine des établillemens
Ville,
dans PInde, & qui me
Européens
parut en recevoir
que influence pari l'adouciffement
quelEfpagnols; ilsm'avoient
des préjugés
embarras
quelquefois caufédes
pendant ma route de la NouvelleEfpagne, &c dans la traverfée de la
fudslefpérai, mais en vain,
mer du
, trouver chez les
Mij
'être arrivé dans cette
qui étoit voifine des établillemens
Ville,
dans PInde, & qui me
Européens
parut en recevoir
que influence pari l'adouciffement
quelEfpagnols; ilsm'avoient
des préjugés
embarras
quelquefois caufédes
pendant ma route de la NouvelleEfpagne, &c dans la traverfée de la
fudslefpérai, mais en vain,
mer du
, trouver chez les
Mij --- Page 186 ---
VoYA G E
qui fourniffoient
Miffionnaires Dominicains, informations &
les Mifions de la Chine, des
dans
des facilités pour m'introduire avec eux
& le traverfer jufques à la Tartacet Empire, voie étoit la feule poffible, vû les
rie ; cette
à Pintroobftacles que les Chinois oppofent
mais
ducion des Etrangers dans Pintérieur;
le peu de boone
elle me fut impofible par
volonté de ces Miffionnaires ; je me propofai
de continuer mon voyage autour du globe 9
la voie de Plnde.
en paffant par éconformément à mon deffein de
Agrément J'étois logé
des
des bords de connoitre les plus fimples naturels
Pays
la riviere de
& mon goût étoit en même
Manilla.
par où je paflerois,
la
de
doublement fatisfait par
polition
temps
Elle étoit fituée fur le bord de la rila maifon.
de lieue de la Ville; cette
viere, à un quart
chaîne de hadiftance étoit bordée par une
de jardins, & de maifons de campameaux,
de
du couce qui, joint au peu rapidité
gne, rendoit fes bords charmans; ils étoient
rant,
des arbres fruitiers 2 tels que les
embellis par
les orangers de
manguiers, les mangouftans,
n'étoit
Chine, & autres. Le chemin par terre
moins beau; il traverfoit cinq villages,
pas
pu nommer fauxqu'on auroit juftement occupées par des
bourgs; leurs diftances,
faifoient une agréable variété 5
champs de riz,
rapidité
gne, rendoit fes bords charmans; ils étoient
rant,
des arbres fruitiers 2 tels que les
embellis par
les orangers de
manguiers, les mangouftans,
n'étoit
Chine, & autres. Le chemin par terre
moins beau; il traverfoit cinq villages,
pas
pu nommer fauxqu'on auroit juftement occupées par des
bourgs; leurs diftances,
faifoient une agréable variété 5
champs de riz, --- Page 187 ---
AUTOUR DU MoND E. 18r
cent pas plus loin quer monlogement étoit une
petite hauteur qui fe terminoit en plaine; elle
fervoit de pâturage pour l'immenfe quantité
d'animaux des environs de la Ville. Comme
l'ufage de ces Peuples eft de faiie tous leurs
tranfports S leurs voyages par eau, il paffoit
à chaque inftant, fous mes
fenêtres, 2 des pirogues & des bateaux qui portent à la Ville
le produit des champs & des jardins, & jamais
rue ne fut plus animée & plus agréable que
l'eftcette rivieré; le peu de courant qu'elle a,
permet de conftruire le devant des maifons
dans Peau; les Indiens en ont, dont les foibles
piliers de bambou font portés à une ou deux
toifes en avant dans la riviere, ce qui les rend
propres & faines; la moitié de la maifon eft
par conféquent fur l'eau; la moitié de notre
cuiline étoit de cette forte. Ces maifons font
conftruites comme celles des Biffayes, à quelque petit agrément près. Celles des Efpagnols
font en pierres & dans un goût différent, belles
& (pacieufes; au lieu de vitres; on fe fert d'une
efpece de. coquillage tranfparent comme la
nacre, & qui donne àffez de clarté.
Je paffai mon temps à mon ordinaire, en Caradere &
fréquentant les Indiens le plus qu'il me fut mcurs.desIn- diens del Mapoflible; j'habitois, je mangeois & je dormois ailla.
avec eux; c'étoit la meilleure façon de les
M iij --- Page 188 ---
VoYA G E
avoir les mêmes
connoitre. Ils me parurent
mais elles
qualités du coeur que les Biffayes ;
étoient plus bizarres: jls fonte extrèmement vifs
fpirituels & adroits. Ceux qui vien-
& gais, du nord de P'Ille font capendant un peu
nent
l'aifance dans laquelle ils vivent
plus groffiers;
& leur charité muleur donne de la vanité,
tuelle les éloigne du travail. Ils comptent la
nourriture pour rien, & ils gardent chez eux
les gens de leur Nation des villages éloignés
pendant trois ou quatre mois, fans paroitre
importunés de la longueur de leur féjour.
Ils font très - charitables pour leurs parens 2
retirant chez eux toute la famille d'un parent
aifé, quiy refte autant que bon lui femble;
peu d'ailleurs les familles fe féparent très-peu, &
lon voit dans la même maifon quatre ou cinq
branches de la même famille, qui en forment
conféquent autant d'autres. Elles vivent
par très-bonne intelligence, & mangent au
en
On croiroit que des familles auffi
même plat.
très-vaftes;
nombreufes exigent des maifons
c'eft le contraire, car tout le monde, même
dorment dans une même chamles étrangers,
étendues à terre, & rarebre, fur des nattes
indécence.Je me fuis
ment arrive-t-il quelque
avoir à moitié
Youvent trouvé, à mon réveil,
dortroque de natte avec quelque femme qui
onne intelligence, & mangent au
en
On croiroit que des familles auffi
même plat.
très-vaftes;
nombreufes exigent des maifons
c'eft le contraire, car tout le monde, même
dorment dans une même chamles étrangers,
étendues à terre, & rarebre, fur des nattes
indécence.Je me fuis
ment arrive-t-il quelque
avoir à moitié
Youvent trouvé, à mon réveil,
dortroque de natte avec quelque femme qui --- Page 189 ---
AUTOUR DU MoNDE.
moit à mes côtés, fans que l'on y ait trouvé
rien à redire. J'ai fu depuis, que cette même
familiarité exiftoit dans d'autres parties éloignées de celle e-ci, fans qu'il en arrivât le
moindre inconvénient; ces ufages dangereux
font une preuve des moeurs puies quiregnent
dans ces fociétés. Je n'ai point vu dans ce
Pays de difpute entre les maris & les femmes 2
ce qui eft fi commun en Europe. Enfin, le bon
caraétere des Habitans des Philippines s'étend
jufque chez les riches Efpagnols, & il n'y a
point de maifons de ce rang quin'éleve deux
ou trois Créanfas; ce font des enfans pauvres
qu'ils nourriffent & vêtiffent fans diftinaion
comme les leurs. Lorfqu'ils font grands, ils
placent les garçons dans différens emplois, &
ils marient les filles; il y a de ces Créanfas que
leurs bienfaiteurs ont dotés de cinq à fix mille
piaflres; ily a d'ailleurs des efpeces de Couvens
où les filles font très-bien élevées & dotées.
Il me parut fingulier que les Indiens commençafient à laiffer leurs enfans fimplement
vêtus de leurs chemifes, fans leur donner des
jupes ni des culottes jufques à l'age de dix à
douze ans; je fus furpris que dans un Pays
chaud on eût cette négligence pour les filles,
dont les courtes chemifes ne defcendent qu'au
nombril. Peut-être la nudité ne fait-elle éprouM iv --- Page 190 ---
Vox A G E
ver de la honte aux jeunes gens, que lorfque
le fentiment, commençant à fe développer, eft
excité par un objet particulier; je conçus cette
idée après deux remarques que je fis à ce fujet.
Un jour que je me promenois dans un bois,
à une lieue de Manilla, le hafard me fit approcher d'une maifon devant laquelle je trouvai une Indienne d'environ dix à onze ans, 2
affifeau grand Hfcleil; elle étoitnue &: accroupie,
ayant fa chemife pliée auprès d'elle. Dès qu'elle
me vit elle fe leva promptement, & mit fa chemife; quoiqu'elle ne fàt pas vêtue décemment,
elle croyoit être bien mife, parce qu'elle avoit
lesépaules couvertes; elle n'étoit plus embarraffée de paroitre devant moi.Je remarquai auffi,
pendant plufieurs jours, 2 le fils de mon Hôte,
âgé d'onze ans 2 & la fille d'un Indien voilin 2
âgée de dix, qui, dans lesjeux de leur enfance,
commençoient à éprouver quelque trouble;
mutuellement, ils n'aimoient
ils fe cherchoient
&, fans le vouque leurs jeux particuliers; du
Je
loir, ils fembloient y mettre
myftere.
remarquai que ces deux enfans étoient le plus
fouvent nus; mais quand leurs coeurs éprouémotions, ils fe couvroient
voient quelques leur chenife, ce à quoi ils
par inflina avec dans d'autres momens, ou
ne penfoient pas
indifférentes. Mon Hôvis-à-vis de perfonnes
uellement, ils n'aimoient
ils fe cherchoient
&, fans le vouque leurs jeux particuliers; du
Je
loir, ils fembloient y mettre
myftere.
remarquai que ces deux enfans étoient le plus
fouvent nus; mais quand leurs coeurs éprouémotions, ils fe couvroient
voient quelques leur chenife, ce à quoi ils
par inflina avec dans d'autres momens, ou
ne penfoient pas
indifférentes. Mon Hôvis-à-vis de perfonnes --- Page 191 ---
AUTOUR DU MONDE.
teffe étoit reftée fimplement couverte de fa
chemife jufques à l'année qui avoit précédé
fon mariage, elle l'avoit cependant contraété
à l'âge de treize ans. Les Sauvages, les Indiens des Philippines, ceux de PInde, les
Arabes, vont fouvent prefque nus, & fimplement couverts à la ceinture, fans qu'ils y
trouvent la moindre indécence. La couleur
bafanée de leur peau eft une efpece de vêtement, & ils s'accoutument à regarder avec
indifférence, & felon les bornes & les loix de
la Nature, ce à quoi les hommes vicieux attachent une fenfualité effrénée, & bien fouvent
une modeflie recherchée annonce des moeurs
plus corrompues que la népligencedesNacions
les plus fauvages fur leur extérieur.
La ville de Manilla eft bien bâtie, elle eft Defeription
de Manilla &
de moyenne grandeur, & les maifons ne pa- de fes enyiroiffent pas d'abord ce qu'elles font; les rues rons.
font belles, le commun des Habitansy paroit
aifé, & le haut étage y eft riche; mais la
fomptuofité, le luxe & la débauche n'y font
pas pouffés à un Ghaut point qu'au Mexique :
tout y refpire l'efprit gai, galant & fimple des
Indiens, & le fier préjugé Efpagnol a un peu
cédéaux charmes de leur caraêtere.
La riviere qui coule fous les murs de la
Ville, & dans laquelle mouillent les vaiffeaux
oit
aifé, & le haut étage y eft riche; mais la
fomptuofité, le luxe & la débauche n'y font
pas pouffés à un Ghaut point qu'au Mexique :
tout y refpire l'efprit gai, galant & fimple des
Indiens, & le fier préjugé Efpagnol a un peu
cédéaux charmes de leur caraêtere.
La riviere qui coule fous les murs de la
Ville, & dans laquelle mouillent les vaiffeaux --- Page 192 ---
VoYA G E
marchands, fépare de Manilla le gros Bourg
de Sainte-Croix; ce Bourg eft en partie auffi
bien bâti que la Ville. 11 eft habité par beaud'lndiens & d'Efpagnols, & il eft encoup touré de trois villages Indiens 2 qui peuvent
fes fauxbourgs. Sur Pautrerive, du
paffer même pour côté de la Ville, font, à très-petite diffauxbourgs Indiens très-confi
tance, plufieurs
habité
dérables. Le Parian, lieu allez régulier,
parbeaucoup deChinois, eftle Bourgde vente
& de travail pour toutes chofes; car il y a très
d'ouvriers & de marchands dans la Ville.
peu
chaque année,
Population Les Chinois ou Sangleyes, qui,
de leur Chinois, caraétc- viennent de Canton ou de Quemoy ,ontlaille
se,leur & figu- celle
à
quelques-uns de leurs compatriotes
re,
peu peu
des Indiens.
commercer, fous le prétexte d'embraffer
pour
Chrétienne. Leur nombre s'eft tel
la Religion
préfent ils font plus de
lement accru, qu'à
du
vingt mille. Ils font la plus grande partie
commerce, S il n'y a guere d'autres ouvriers
qu'eux; certains d'entre eux sadonnentauff à
FAgriculture. Ils font d'une foupleffe & d'une
finefTe extrêmes dans le commerce; politiques &
confervant toujours un vifage riant, polis
ferviables, ayant cependant toujours Pintérèt
laborieux & fobres, fans avarice ; ils
en vue;
affables, fpirituels, & or
font d'ailleurs gais,
devientaffez
dinairement bien faits : leur figure
ouvriers
qu'eux; certains d'entre eux sadonnentauff à
FAgriculture. Ils font d'une foupleffe & d'une
finefTe extrêmes dans le commerce; politiques &
confervant toujours un vifage riant, polis
ferviables, ayant cependant toujours Pintérèt
laborieux & fobres, fans avarice ; ils
en vue;
affables, fpirituels, & or
font d'ailleurs gais,
devientaffez
dinairement bien faits : leur figure --- Page 193 ---
AUTO U R D.U M O N D E.
interrelfante, & on s'yaccoutume après lés premiers jours, qui ne font pas en leur faveur.
Celle des Indiens des Philippines y a quelque
quant à la beauté; mais les OS & les
apport, traits, la phyfionomie & les yeux font diffétens & plus agréables chez les Indiens que
chez les Chinois; ils ont feulement du rapport dans l'enfemble de la figure & dans la
forme du nez.
Ily a aufli dans cette Ville des Négocians idée Japonois de leue 3
Arméniens, & quelques Habitans Siamois, de caraêtere leur çom* &c
Malayes & Malabares. J'y vis auffi des Japo- merce.
nois : les vents les jettent quelquefois fur ces
côtes, & ils s'y fixentalors, n'ofant pasretourner dans leur Pays, de la vue duquel illeur eft
défendu de s'éloigner, fous peine de la vie.
Ils paroiffent très-foumis à leurs Supérieurs; ils
ont le maintien grave & ferme, font robuftes
& durs au travail, fans être exceffivement laborieux; ils font fobres, & paroiffent avoir Pefprit folide & du courage. Ces conjeaures font
d'ailleurs très-foibles, n'enayant vuc qu'un petit
nombre. lls me dirent n'avoir de commerce
ouvert qu'avec lesChinois, 2 envers quice com -
merce elt fort reftreint. Pour celui des Hollandois, chacun fait les précautions qu'on prend
à leur égard, comme celle de retenir un de
leurs vaiffeaux en otage, & de renfermer dans --- Page 194 ---
-Voy- A G E
une enceinte les Européens prépofésà ce commerce. Les Manillois leur ont enyoyé autrefois des Députés avec des préfens, des offres
d'amitié, & desp propofitions de commerce.Or
leur rendit des préfens de beaucoup plus de
valeur, & des offres d'amitié; mais on n'ac
cepta point le commerce. Les Manillois en
voyerent auffi des Députés à Pékin, & le com
merce fur toute la côte de la Chine leur ef
libre, étant regardés comme Indiens. Il leu
feroit très-aifé de T'étendre, n'y ayant qui
&
lieues de traverfée de la côt
cent quelques
de Luçon à celle de Chine.
On y fait différens beaux ouvrages en or
& enuneefpece de tombac, d'un tiers plus pré
cieux que l'or; les chaînons d'or qûe les fem
travaillent, peuvent aller de pair ave
mes y beaux du monde. L'on trouve auff
les plus
dans les dépendances des Philippines quantit
de nids d'oifeaux, qui font un manger déli
cat & très-fain, il y a des mangues excel
lentes, & du fagou, qui eft une. efpece d
elle découle des branches tronquée
gomme; d'un arbre, & elle eft bonne pour l'eftomac.
On trouve, dans certaines parties de PIle
Sauvagerde
PIle de Lud'hommes prefque Negres, quan
çon.
une efpece
ils font errans dan
àla.couleur & aux traits;
de
ftature, & d'un caradter
les bois,
petite
il y a des mangues excel
lentes, & du fagou, qui eft une. efpece d
elle découle des branches tronquée
gomme; d'un arbre, & elle eft bonne pour l'eftomac.
On trouve, dans certaines parties de PIle
Sauvagerde
PIle de Lud'hommes prefque Negres, quan
çon.
une efpece
ils font errans dan
àla.couleur & aux traits;
de
ftature, & d'un caradter
les bois,
petite --- Page 195 ---
AUTOUR D 03 MoNDE
doux.Onignore leur ancienneré, ou quelévénenient-les a placésdans ce Pays.I1 y a auffi des
Indiens qui ne font pas encore Chrétiens, &
qui errent fans être réunis en villages.
Les Habitans des bords de la mer étoient
autrefois Mahométans, & gouvernés par des
Seigneurs, nommés Datous, qui étoient Souverains dans leurs petits diftrias, & payoient
un tribut à divers Rois : il ne refte de ces
Datous qu'aux Ifles Billayes, où ils n'ont
pour fouvenir de leur ancien pouvoir que la
peine de faire payer le tribut au Roi d'Efpagne; il eft cependant modique, & commode
à payer, comme danslal Nouvelle Efpagne.Les
Datous de l'Ifle de Luçon font très - rares, &
fans aucune efpece d'autorité. Je connoiffois
une MétilfeIndienne & Chinoife, dont lefrere,
defcendant de ces Souverains, 2 voulut faire
valoir un nouvel ordre de la Cour d'Efpagne
en faveur de fon origine; cet ordre lui fut
enlevé par le Gouvernement deManilla, fous
divers prétextes, & le pauvre Indien mourut
miférable. Il y a auffi à Manilla un Officier qui
aà peine de quoi vivre, quoiqu'il foit du nom
& de la race des Montezuma, anciens Empereurs du Mexique, aux defcendans defquels
on n'a confervé que cinq mille piaftres de
penfion, & le droit d'avoir des gardes autour --- Page 196 ---
V O - Y A G E
de leur carroffe. Leur pauvreté ne leur. perme
de les entretenir, & ils ne les ont que fur
pas leur cachet, avec les armes de PEmpire, qu'op
de
La méfiante févérité
leur a permis porter.
mais de
non des Efpagnols en général,
quel
particuliers, les rend odieux aux Indiens
ques
très-jufte, fi elle n'étoi
elle feroit quelquefois
portée à un trop haut point par quelques
pas
A l'arrivée des Angloi
uns de ces particuliers.
les bras
à Manilla, les Indiens leur tendoient
mais ils en furent bien punis : les Efpagnol
firent main-baffe fur prefque toute une Pro
vince. Les Chinois ou Sangleyes tomberen
fans raifon dans la même faute, & effuyeren
châtiment plus févere; on les chafloit dan
un
desbêtes fauvages, tiran
toutle Pays comme
fur ceux que l'on craignoit de ne pouvoi
& faifant voler à la bouche d'un ca
joindre,
l'on
leur race eût ét
non ceux que
prenoit;
éteinte dans lIle, s'il eût été pofible de
s'emparer de ceux qui étoient dans P'armé
Angloife. informations
pris pendant le
Predultions Les
que je
Ifles des Bif
des Ifles Thi- féjonr de fix mois que je fis aux
lizpines.
ou à celle de Luçon, & ce queje visre
fayes larivement au fol & aux Habitans, me don
une très-haute idée du parti que Pon
nerent tirer de toutes ces Iles Philippines
pourroit
Ile, s'il eût été pofible de
s'emparer de ceux qui étoient dans P'armé
Angloife. informations
pris pendant le
Predultions Les
que je
Ifles des Bif
des Ifles Thi- féjonr de fix mois que je fis aux
lizpines.
ou à celle de Luçon, & ce queje visre
fayes larivement au fol & aux Habitans, me don
une très-haute idée du parti que Pon
nerent tirer de toutes ces Iles Philippines
pourroit --- Page 197 ---
AUTOUR DU MONDE.
19I
Elles produifent abondamment du riz, du
blé & des légumes, dont l'exportation dans
les diverfes parties de l'Inde donneroit une
hoerenhnoncelehielialoiumageet
de riz & de blé à Batavia, & la prefqu'lfle de
l'Inde tire, à grands frais, 2 fes blés & fes légumes de Surat. Le fucre que les Provinces des
environs de Manilla donnent abondamment,
& dont l'on pourroit étendre la produaion,
auroit, s'il étoit exporté dans toute PInde,
fa part du commerce lucratif que les Anglois
& les Hollandois en font. H faut que le gain
de ce commerce foit très-confidérable, puifque les Anglois viennent le chercher en contrebande dans les Ports de Batavia & de
Malaca, où on en fabrique, J'ai vu que c'étoit
une partie recherchée de leur commerce à
Bombay, Surat, Mafcate, Bender, Aboucheir & Baffora. -
L'indigo & le cacao ne font pas, à la vérité, portés aux Philippines à une culture
bien confidérable; mais le feul défaut de débouché & d'induftrie en eft la caufe. La premiere deces produations y eft prefquefauvage,
& on fe donne peu la peine de la cultiver.
Elle auroit un très-grand débit dans toutes les
parties de Pinde; tout le monde connoit, en
outre, le prix qu'elle a en Europe, de même --- Page 198 ---
VOxAOE
celui du cacao. Il réuflit fupérieurement
que dans ces Ifles, & eft d'une qualité fupérieure
à celui de Caraque.
à diverfes
Le bois & les écorces propres
les
teintures, l'ébene, 2 & généralement tous
des Pays chauds que l'on embois précieux
font
ploie aux meubles &c à la menuiferie,
abondance, &c
dans ce Pays en très-grande
de
que la petite partie
il me parut furprenant
fût
bois
les Indiens exploitent,
ces
2 que
les Chinois, qui les red'abord achetée par
vendent enfuite aux Indiens ou aux Euroqui les tranfportent en Europe ou
péens PInde. ,
Cette partie dei commerce peut
dans
les Efdevenir affez confidérable 9 lorfque
voudront fe donner la peine de faire
pagnols
parcourir leurs forêts.
Le coton qui abonde aux Philippines,
Pextrême induftrie des Indiens, donneroient
belles Manufaétures pofibles de
lieu aux plus
feroient néceffairement
toiles de coton, qui PInde & de la Chine. Je
tomber celles de
d'adreffe & de facin'ai vu nulle part autant chez les Indiens de
lité dans le travail, que
avec
Ils favent apprèter & employer
ce Pays.
belles couleurs qu'ils tirent des
goût les plus bois & de l'écorce des arbres de
plantes 2 des
de maifon aux Iles
leurs forèts ; il n'y a pas
Biffayes,
ment
toiles de coton, qui PInde & de la Chine. Je
tomber celles de
d'adreffe & de facin'ai vu nulle part autant chez les Indiens de
lité dans le travail, que
avec
Ils favent apprèter & employer
ce Pays.
belles couleurs qu'ils tirent des
goût les plus bois & de l'écorce des arbres de
plantes 2 des
de maifon aux Iles
leurs forèts ; il n'y a pas
Biffayes, --- Page 199 ---
AUroUR DU MoNDY,
Bifayes, qui n'ait un métier deTifferand pour
fon ufage; il ne feroit néceffaire que d'exciter
& de guider leur induftrie, pour tirer d'eux
les toileries les plus finés & du ieilleur goût,
Là facilité de cette branche de commerce,
qui renfermé prefqué la moitié de celui des
Indes avec PEurope, m'auroit paru mériter,
par fa nature, une extrême attention & les
derniers foins pour la faire éclore.
Les mines de fer, qu'on avoit commencé
d'exploiter dans les parties de la Laguna &
de Cagayan, mais qu'on a abandonnées par
Te peu d'habitude, peuvent fournir un bon
commèrce a'vec toute PInde, qui tire de PÉurope une partie de fon fér. La poudré d'or
énfin que Pon âchete des Indiéns prefque
fauvages, & les' perles qui fe pêchent fur les
côtes des Ifles Biflayes, font un objet affez
précieux, pour qu'on éffayât d'arracher des
Miffionnairés Efpagnols de ces parties, toutes
fortes d'inftrucions à cet égard, afin de retirer
tout lé profit que de pareilles richefles peuvént
apportér,
Les bois des Biffayes donnentabondamment
du poivré ,je l'ai vu par moi-mème.Jy ai vu
auffi uné branche tendre de girofier, que Pon'
alla cherchér dans lé bois pour un remede.Je
ahafimesicspendaitrien au fujet décettederTome I,;
N --- Page 200 ---
Vox A G E
niere producion, dont la qualité peut être dif
férente,
de la branche &delaquelleje ne pusm'afiurer; celle
à
que je vis, me parut
un arbufte; mais cette inducion appartenir
mériter qu'on faffe des recherches me paroit :
tence. J'ai vu aufi à Manilla
fur fon exif
cades qui venoient
des noix mufaux environs de la
guna 5 je ne crois pas à la vérité
Lafoient auffi bonnes que celles des
qu'elles
mais on fait généralement
Moluques;
dont on ne prend
que des arbres
des fruits médiocres & aucun foin, donnent
douter,
fans faveur. Je ne puis
2 d'après les relations certaines
j'en ai eues, qu'il n'y ait dans les
que
Efpagnoles de PIle de Mindanao poffefions
d'arbres de cannelle. Elle eft à la
beaucoup
les noix mufcades de
vérité, comme
peu fauvage &
Luçon, d'une faveur un
médiocre; mais
ment attribuer ce goût,
je puis égalequi differe
peu de celui de notre cannelle, cependant
foin & de la culture
au défaut du
qui manque à ces arbres.
L'exemple des richefles que
landoisle commerce du
produit aux Holde la mufcade & du
poivre, de la cannelle,
l'attention
girofle, auroit dû exciter
de
desEfpagnols fur les trois
ces produdions
fe
premieres
bois, des
2 qui
trouvent dans les
Philippines, & peut-être fur la
quatrieme,
cannelle, cependant
foin & de la culture
au défaut du
qui manque à ces arbres.
L'exemple des richefles que
landoisle commerce du
produit aux Holde la mufcade & du
poivre, de la cannelle,
l'attention
girofle, auroit dû exciter
de
desEfpagnols fur les trois
ces produdions
fe
premieres
bois, des
2 qui
trouvent dans les
Philippines, & peut-être fur la
quatrieme, --- Page 201 ---
AUTOUR bU MoND E.
L'on trouve auffi dans lest bois des Biflayes
quantité de ruches à miel qui donnent beaucoup de cire; des nids d'oifeaux, des cocos
dont on fait de Phuile & de l'étoupe, de
Phuile de bois, & beaucoup d'autres chofes
dont on peut former une petite branche de
commerce dans les diverfes parties de l'Indes
& queje n'ai pas vues négligées chez desPeuples plus induftrieux.
Après le détail des riches produéions fuf
ceptibles de culture & d'augmentation dont
l'on voit que ces Ifles abondent, filon conlidere la qualité des Indiens qui les habitent,
& leur nombre, on verra qu'ils font fufceptibles de tout entreprendre, pourvu qu'ils
foient guidés. Leur adreffe, leur aétivité &
leur courage me l'ont prouvé en diverfes OCcafions. 1l n'y a point entre eux de meilleurs
Guerriers que ceux de Bohol & de Cavite $
ceux même des autres Ifles ou Provinces
que le hafard a mis à portée d'être formés,
ne leur cedent point. Il eft furprenant qu'un
Pays aufli dénué des fecours de lEurope ait
produit des Confirugeurs, des Pilotes, des
Maitres, tout ce qui eft enfin néceffaire à la
navigation. L'on conftruit fouvent à
à Pangaffinan 2 &c dans plufieurs autres Cavite, lieux,
des vaifleaux même de ligne, qui, à la véN ij --- Page 202 ---
VoYA G E
rité, n'ont pas la fineffe des nôtres, mais qui
font dans leurs proportions, & font fur-tout
très-folides. L'abaca ou les fibres d'une efde figuier bananier leur fervent pour
pece les
& les cables; ils fe fervent
faire
cordages
d'exaufli de cabo negro, qui eft une efpece
craiffance à fibres noires qui vient à un arbre
Les arbres des bois donnent dif
de ce nom.
fert comme celui
férentes efpeces de brai, qui
Pend'Europe; Tétoupe que lon tire de'
des noix de coco, fert pour le calveloppe & ils carenent Ieurs vaiffeaux avec
fatage, compofé de plâtre & d'huile. Les
un maftic fourniffent du fer pour le cloutage 2
mines
les ferrures néceffaires à
les ancres & toutes
: lesIndiens font des Matelots-nés,
un vaiffeau
foupleffe, &cleur réfidence
parleuragtité,leucf bord de la mer ou des rivieres; ; ces
fur le
leur adrefle, à la
mêmes hommes font, par
VoiCalfats, Tifferands,
fois Charpentiers,
font
liers & Cordiers, pendant le temps qu'ils
font des faits dont
à terre : ce que j'avance détails où je fuis entré
je me fuis affuré. Sia aux
fur Pinfur les producions de ces Contrées,
duftrie & les qualités des Habitans, qui peutout ce qu'on retire de
vent fournir prefque
intérieur & extéFInde pour fon commerce
ce Pays offre quantité
rieur 2 on ajoute que
VoiCalfats, Tifferands,
fois Charpentiers,
font
liers & Cordiers, pendant le temps qu'ils
font des faits dont
à terre : ce que j'avance détails où je fuis entré
je me fuis affuré. Sia aux
fur Pinfur les producions de ces Contrées,
duftrie & les qualités des Habitans, qui peutout ce qu'on retire de
vent fournir prefque
intérieur & extéFInde pour fon commerce
ce Pays offre quantité
rieur 2 on ajoute que --- Page 203 ---
AUTOUR DU MoND E,
de bois de conftrudion & toutes les chofes Boisdeconf.
néceffaires à la marine; que le nombre des truation la Matine, pour
Indiens permet d'y conftruire & d'y équiper
des flottes, 2 fans faire un tort confidérable à
la culture des terres ni à la main d'oeuvre; on
verra que cette nouvelle marine pourroit fupBoiroeinkeneait-n dans
PInde, foit pour la guerre, foit pour le commerce. Si l'on jette un coup-d'oeil fur la fituation des Philippines 2 on verra qu'elles fe
trouvent à portée de faire en droiture, avec
FEfpagne, le commerce des marchandifes de
l'Inde qui leur feroient devenues propres, &
de faire à moindres frais ce même commerce,
par la mer du fud, avec le Pérou & la Nouvelle Efpagne. Ces Iles ont de très-bons
ports ; le commerce de PEurope, ou de l'intérieur de PInde, 2 eft très - commodément
placé à Manilla, à moins qu'une nouvelle
route par le nouveau détroit de Cook ne fàt
plus avantageufe.Pour ce qui eft de celui de
la mer du fud, il feroit plus commode à un
port très-fûr, qui eft fitué dans la partie de
l'eft de PIledeLuçon, à un lieu nommé Naga;
fa fituation abrégeroit la route, qui eft difficile au travers de
P'Archipel, 3 pendant Ja
faifon des vents d'oueft.
Le voifinage de la Chine met les Efpagnols
N iij --- Page 204 ---
VoYA G E
à portée de retirer des vaiffeaux Chinois qui
viennent chez eux, les produdions qui ne
dans leurs Ifles, comme le thé, la
font pas
Ils
même
porcelaine & la foie,
pourroient
prendre chez cetteNation, & dansleBengale,
des Ouvriers en toilerie fine, pour perfectionner leurs Indiens ; cela feroit d'autant
les émigrations Chinoifes font
plus aifé, que
le feul défaut d'une faine
tres-confidérables;
utiles,
politique les a rendues jufqu'ici peu
dernier lieu abfolument inutiles aux Ef-
& en
, & celles des autres
pagnols. Ces émigrations
Peuples de PInde, étant bien dirigées, augmenteroient la population des Philippines S3
alors n'auroient befoin de tirer de PEuqui
rope que des Chefs pour les conduire.
La conduite de la Cour d'Efpagne dans
fes Colonics, me fit naitre quelques réflexions
dont elle fut l'objet. Je penfai d'abord que
V'extenfion du nombre des poffelions & des
d'un Etat, devoit être la bafe la
Citoyens
de fa
les
plus fàre de T'extenfion
grandeur;
Colonies doivent avoir ce but, & partir de
où elles ne font que des points
çe principe,
palfagers de çommerce.
Les Citoyens d'un Etat peuvent augmenter
en nombre dans fes nouvelles poffeflions, par
linçorporation des naturels du Pays, qui,
ord que
V'extenfion du nombre des poffelions & des
d'un Etat, devoit être la bafe la
Citoyens
de fa
les
plus fàre de T'extenfion
grandeur;
Colonies doivent avoir ce but, & partir de
où elles ne font que des points
çe principe,
palfagers de çommerce.
Les Citoyens d'un Etat peuvent augmenter
en nombre dans fes nouvelles poffeflions, par
linçorporation des naturels du Pays, qui, --- Page 205 ---
AUTOUR DU MONDI E.
prefque fauvages, d'un caraêtere fouple ou
rendu tel, & dépourvus de Chefs puiffans,
font amorcés par la douceur d'un nouveau
gouvernement, & par le bien-être qu'ils reffentent à chérir & à prendre l'efprit de leurs
nouveaux Maîtres.
Ces mêmes Citoyens peuvent encore être
augmentés en nombre, par lincorporation
des émigrations de certains Peuples qui, rebutés chez eux par une culture infrudueufe,
ou par un gouvernement dur, viennent chercher le bien-être chez des Maîtres nouveaux.
Mais comme il eft affez difficile d'imprimer
à ces transfuges un nouvel efprit de patriotifme, une faine & adroite politique doit,
en les féparant & les divifant fous divers
prétextes & dans divers emplois, en les appliquant fur-tout à la culture des terres 2 &
en les traitant avec bonté & juftice, leur faire
aimer P'efprit du nouveau Maitre, & par
conféquent des nouveaux Peuples chez qui
ils font venus habiter? L'égalité de Religion
avec le Souverain, & les Loix de cette même
Religion, préfentées fuivant leur qualité &
fous leur véritable point de vue utile & aimable, par des Miniftres prudens & zélés,
font le plus fort lien qui puiffe unir tous les
individus réunis de ces deux Nations. L'efN iv --- Page 206 ---
Vor A G E
time, la probité, le défintéreffement & laconfiance, qui uniffent les coeurs de ceux
qui profeffent avec fincérité une même Religion, font de bien puiffans motifs pour
unir leurs intérêts temporels. Les Miffionnaires
bien choifis, 2 & animés d'un vrai zele, doivent donc être un des grands moyens pour
attirer la confiancede ces nouveaux Citoyens;
le Gouvernement civil doit les protéger &
les feconder, en leur prefcrivant cependant
des bornes qui les éloignent du fanatifme &
de' P'ambition.
Il eft également utile d'établir une entiere
égalité entre les individus des Nations acquifes, & ceux de la Nation du Souverain,
chacun fuivant fes talens & fes facultés; les
mêmes récompenfes & les mêmes emplois
doivent leur être diftribués dans toute forte
d'états, d'un grade cependant fubalterne; on
doit favorifer fur-tout l'alliance des individus
des deux Nations, par le moyen des mariages;
pour les ufages de ces
un extièmeménagement
Etrangers, & généralement tous les moyens
qui peuvent incorporer les Nations acquifes
avec celle du Souverain, me paroiflent être
les véritables moyéns de changer des fujets
étrangers en fujets nationaux & citoyens.
Je ne crois cependant pas que cette voie
grade cependant fubalterne; on
doit favorifer fur-tout l'alliance des individus
des deux Nations, par le moyen des mariages;
pour les ufages de ces
un extièmeménagement
Etrangers, & généralement tous les moyens
qui peuvent incorporer les Nations acquifes
avec celle du Souverain, me paroiflent être
les véritables moyéns de changer des fujets
étrangers en fujets nationaux & citoyens.
Je ne crois cependant pas que cette voie --- Page 207 ---
AUTOUR DU MexDr,
pôt être profitable ailleurs que dans les 20r Colonies; car une Nation mêlée forme ordinairement un tout d'un efpris mélé & abâtardi
en tous points. Quel que foit le
propre d'une Nation, elle doit feulement caractere
changer la direaion, fi elle eft mauvaife en
lui eft défavantageux de
: il
jours meilleur tel
l'altérer, & il eft tou:
qu'il eft, qu'avec Çe
La population de cette Colonie, mélange. telle
je viens de la fuppofer, a donc' un
que
d'un genre
caradtere
différent, 2 & par
férieur à celui de la Nation du conféquent inmélange des individus de
Souverain; ; le
&
diverfes
l'éloignement de la réfidence du Nations,
en fontles caufes; cette derniere infue Souverain
fur les Colonies
même
Nationaux.
compofées en entier de
L'éloignement du Souverain
mettant moins à portée del'aider dans le les
vernement, & de
Gou:
les rend moins
parvenir aux diflinaions, 2
laj jaloulie quinalt Patriotes; cet efprit eft aigri par
dans les
naturellement de l'infériorité
du
de emplois, infériorité inévitable à caufe
peu connoiffance que le
a des fujets qui peuvent être Gouvernement
caufe deleur petit
inftruits, & à
fouresiceref@ecLep nombreou deleur peu deref
néceffairement aliéné pamiorimnegcaialclault
particulier au Colon, par une efpece d'efprit
qui prend fa fourçe dans --- Page 208 ---
VoxA G e
la différence du climat, des
cation, de ia conftitution ufages, de l'édufaçon
phyfique, & de la
d'ètre; cette différence eft
plus naturelle, que Pexpérience la fait d'aurant
cevoir de Province à
apperVille, & fouvent de famille Province, de Ville à
cette efpece
à famille. D'après
d'efprit particulier, &
l'éloignement des
d'après
n'arrivent
Colonies, les crifes,
que trop fouvent chez une
2 qui
des événemens
Nation;
enfin
malheureux, bien des chofes
peuvent produire du
un extrême mécontentement changement ou
lonies, & y faire éclore l'idée dans les CoGouvernement. Cedéfir
d'un nouveau
ne viendra
qu'à la fuite du fafte, du
cependant
les chofes utiles à la
fuperfu de toutes
Colons
vie, & du nombre des
poffédant un même efprit. Il m'a
paru que ces particularitési nep
en un certain point dans pouvoient exifter
étoient
desliles, & qu'elles
par conféquent la meilleure
de Colonie : leur médiocre
efpece
met pas une richeffe
étendue n'y perne nait que de la grande tres-confidérable, différence
qui
cette grande différence exifte
des états;
plus dans un Empire érendu, nécelfairement
d'une médiocre
que dans celui
grandeur, La
entre deux Ifles, moindre
fréquentation
deux Provinces d'un
que celle entre
même Continent, leur
, & qu'elles
par conféquent la meilleure
de Colonie : leur médiocre
efpece
met pas une richeffe
étendue n'y perne nait que de la grande tres-confidérable, différence
qui
cette grande différence exifte
des états;
plus dans un Empire érendu, nécelfairement
d'une médiocre
que dans celui
grandeur, La
entre deux Ifles, moindre
fréquentation
deux Provinces d'un
que celle entre
même Continent, leur --- Page 209 ---
AUTOUR DU MONDE.
donne par conféquent à chacune
particulier qui doit affoiblir leur
un efprie
leur Aituation maritime les
union; enfin
vales, Ces réflexionsfurles rend fouvent ripulation des Colonies, qualités & furla pominer leur culture, & m'engagerent à exapar conféquent leur
commerce;je jetai les yeux fur nos Ifles Antilles. Je penfai que les Citoyens doivent être
répartis dans des états utiles & variés
dations, fuivant celles de
par gral'origine & del'ancienneté des Sociétés, où d'abord les
miers hommes ont cultivé
preCet ordre n'a
par eux-mêmes.
pas été fuivi dans nos Colonies; Tufage des Efclaves y a fuppléé : les
Européens quiy ont paffé,ont cru fe
en confervant Pufage de leur travail dégrader
ils font devenus
manuel;
les
Bourgeois, & ont fubflitué
Negres, non feulement à leur travail, mais
même à celui des animaux. Ils
efclavage tel qu'il n'en
ont inventé un
fur toute la furface
exifte pas d'auffi dur
des
de la terre pour le genre
punitions. La population
cependant
bourgeoife a
vaillante augmenté, & la population traa diminué; on a befoin de la remplacer chaque année par les
bâtimens de la Guinée. Ces cargaifons des
deux chofes font
contre-l'ordre; elles doivent être par conféquent peu utiles; outre le double emploi des --- Page 210 ---
VOYAGE
mourant dans nos Colonies
Efclaves qui,
doivent être
ou y étant fans propagation,
remplacés,il pourroit être à préfumer qu'une
confommation de Negres dépeuplera
pareille P'Afrique ; leur rareté, qui n'eft déjà que trop
leur prix fuivra la même
évidente, augmentera, & elle fera en fus favorifée pat
augmentation, expérience des Peuples d'Afri
une] plus grande
avec les Européens.
que, fur leur commerce
bourgeoife ou inadive aug
La population PEtat après l'avoir affoibli
mentant, furcharge
desindividusadifs quiontef
par fa privation elle
dans la crapule,&
de l'être, ou bien
périt
fe détériore; elle eût pu au contraire
T'efpece
& s'accroitre par la génération
s'améliorer d'autant plus engagée, que la
Elle y étoit
à la facilité &
beauté du climat correfpondoit L'on n'a qu'à
à la rétribution de la culture.
du
fur la population
jeter un coup-d'oeil
étoient cul
Canada & de la Louifiane, qui
de
tivés par les Colons comme nos champs
& en même temps fur la facilité
l'Europe, travail & la rétribution du fol, plus con
du
dans les climats de nos Illes que dans
fidérable
des naturels
les climats froids; la conftitution
celle
des climats chauds, moins robufte travail que doit
des Européens, prouve chaleur que & leur le peu de faêtre moins dur. La
-d'oeil
étoient cul
Canada & de la Louifiane, qui
de
tivés par les Colons comme nos champs
& en même temps fur la facilité
l'Europe, travail & la rétribution du fol, plus con
du
dans les climats de nos Illes que dans
fidérable
des naturels
les climats froids; la conftitution
celle
des climats chauds, moins robufte travail que doit
des Européens, prouve chaleur que & leur le peu de faêtre moins dur. La --- Page 211 ---
AUTOUR D 6 MONDE,
20;
lubrité du climat, dont les Européens couvre leur inaction dans les Colonies, n'eft
que le prétexte de la foibleffe où font
venus des hommes
parintempérans, 2 débauchés,
& trop vains ou fenfuels pour continuer le
travail des mains, 2 & pour prendre des ufages
analogues au nouveau climat qu'ils habitent.
Plufieurs remarques me prouverent aufli qu'un
établiffement qui n'eft pas guidé par toute la
fageffe du Gouvernement, donne lieu à l'avidité des particuliers de le rendre péu durable;
cela arrive fouvent dans le commerce & dans
les Colonies : mais je finis mes trop longues
réflexions, &je reviens aux Philippines.
Les Anglois avoient connu Fimportance
d'un établiffement dans leur voifinage, &
lorfque par la derniere paix ils rendirent Manilla à PE(pagne, ils profiterent des offres du
Roi de Holo, & firent un établiffement dans
fon Royaume; ils ont
depuis long -
cherché à connoitre
temps
parfaitement cet Archipel, au travers duquel ils tiennent leur
route pour fe rendre à la Chine dans l'arrierefaifon : cette route affure auffi en temps de
guerre le débouquement dans la mer delInde,
Cette navigation
le
del'Archipel ouvre en outre
commerce que les Chinois font à
avec toutes ces Ifles; elle favorife la préfent
contre- --- Page 212 ---
VOYAGE,
&
bande aux Ifles Moluques, 2 Philippines,
dans les divers comptoirs Hollandois; elle
enfin favorifer beaucoup, dans des cir
peut conftances favorables, l'invafion de quel
qu'une de ces Contrées, foit Indiennes, EC
pagnoles ou Hollandoifes : on trouvera peut
être mes réflexions vaines; elles le paroitront
cependant moins, fi l'on fait attention que
le moindre particulier Anglois eft véritable
ment Patriote; que fes idées fur T'extenfion
du bien de la Patrie ont droit d'être reçues
le Gouvernement; que ce n'eft que par
par voie
l'on peut connoitre les Pays
cette
que
éloignés, qui ne font guere parcourus que par
des gens d'un bas état qui y cherchent leur
fortune ; que les moindres débouchés, la
pofition des canaux, des ports 2 des montagnes, chofes qui ne paroiffent pas d'abord
importantes, font cependant de la plusg grande
utilité à une Nation qui cherche à s'y établir
avec folidité; que ce font enfn les moyens
dont PAngleterre s'eft fervie pour faire fes
conquêtes dans PAmérique - établir fon immenfe pouvoir dans lInde, & pour s'ouvrir
diverfes voies au Mexique.
Le commerce actuel de Manilla ne confifte, 3
outre le cabotage des Philippines, qu'en un
ou deux petits vaiffeaux que l'on envoie à
ant de la plusg grande
utilité à une Nation qui cherche à s'y établir
avec folidité; que ce font enfn les moyens
dont PAngleterre s'eft fervie pour faire fes
conquêtes dans PAmérique - établir fon immenfe pouvoir dans lInde, & pour s'ouvrir
diverfes voies au Mexique.
Le commerce actuel de Manilla ne confifte, 3
outre le cabotage des Philippines, qu'en un
ou deux petits vaiffeaux que l'on envoie à --- Page 213 ---
AUTOUR DU MONDE E.
Macao pour acheter des marchandifes de la
Chine, en cinq ou fix bâtimens Chinois qui
viennent de Canton ou de Quemoy pour
apporter la même efpece de marchandifes :
l'on envoie quelquefois mais. rarement, un
vailfeauaSiam,aul Bengale ou àla côte de Coromandel; un autre va à Batavia pour chercher
des denrées d'Europe, & le galion de la Nouvelle-Efpagne eft chargé des marchandifes
apportées de la Chine ou du Bengale. Il ne
devoit partir de P'Ille aucun bâtiment avant
celui qui étoit deftiné pour Batavia, vers le
mois de Mars; je me décidai à en profiter. --- Page 214 ---
ov A G
CHAPITRE IX.
TRAVERSÉE de Manilla à Batavia, dans
lIfle de Java; & mon féjour dans cette
Ville:
teideMats JE partis de Manilla pour Batavia fur uné
1769:
goèlette Efpagnole, le"7 de Mars 1769; les
vents étoient à l'eft, joli frais. Nous laiffâmes Marybelles & la pointe de Caponnes à
ftribord derriere nous, & en fimes bientôt dé
même des Illes de Luban & Mindoro, que
laiffâmes à bâbord derriere & fort au
nous
vîmés
& nous
large. Nous ne
point Paragoa,
nous défiâmes des bancs qui font au nord de
la fonde de Pulo fapato. Nous joignimes la
fonde de cet Hlot, qui eft de trente à quarante brafles, fond de fable & de coquillage
pourri. Bientôt après nous reconnâmes Pulo
fapato; ce rocher reffemble en effet à un foulier. Les vents de la partie de l'eft petit frais
hous avoient bien fervis; mais ici ils commencerent à calmer, & nous tournâmes Pulo
fapato. Il a d'autres iflots ou rochers découverts, qui font affez dangereux, à trois lieues
de diflance au nord à lui : le vent ayant un
peu
, fond de fable & de coquillage
pourri. Bientôt après nous reconnâmes Pulo
fapato; ce rocher reffemble en effet à un foulier. Les vents de la partie de l'eft petit frais
hous avoient bien fervis; mais ici ils commencerent à calmer, & nous tournâmes Pulo
fapato. Il a d'autres iflots ou rochers découverts, qui font affez dangereux, à trois lieues
de diflance au nord à lui : le vent ayant un
peu --- Page 215 ---
AUTOURI DU. MONDE
peu fraichi,& nous défiant des vents de fudu
eft dans cette faifon, car nous étions au 20
de Mars, nous éloignâmes l'ouvert du golfe
de Siam, & nous en étant élevés
9 nous
reconnàmes les IAles d'Anambas & Natuna.
Nous avions toujours la fonde. Nous vimes
enfuite Pulo aor, & bientôt après les Ifles
du Saint-Efprit. Les vents, petits depuis Pulo
fapato, fraichirent entre les Ifles du SaintElprit & celles qui forment l'entrée du détroit de Malaca, Nous avions très - peu de
fond, la fonde n'étant que, de fept à huic
braffes, & fa qualité depuis les Anambas étoit
de vafe. Les orages nous annoncerent bientôt
l'Ifle de Sumatra, & dans peu nous vîmes les
hautes montagnés de Monopin, qui font au
nord-oueft dans P'Ile de Banca. Nous faifions route fur Sumatra, que nous rangeâmes
à une lieue & demie de diftance,
la pointe de PHle de Banca, pour & alarguér
en même
temps ne pas ranger de trop près la terre de
celle de Sumatra. Là eft la riviere de Palimban, ounous vimes un vailffauHollandois
qui chargeoit du poivre ; le temps étoit orageux, & : ilya avoit peu de vent.I Lorfque nous
fûmes en dedans du détroit, nous rangions
lIle de Sumatra, & nous étions par les fix
braffes d'eau fond de vafe,étant
le
Tome 1,
par
traO
pas ranger de trop près la terre de
celle de Sumatra. Là eft la riviere de Palimban, ounous vimes un vailffauHollandois
qui chargeoit du poivre ; le temps étoit orageux, & : ilya avoit peu de vent.I Lorfque nous
fûmes en dedans du détroit, nous rangions
lIle de Sumatra, & nous étions par les fix
braffes d'eau fond de vafe,étant
le
Tome 1,
par
traO --- Page 216 ---
Vox A G. E
: le peu de vent &c
vers de la feconde pointe
mais
à mouiller,
les orages nous engagerent faire de l'eau, nous
voulant en même temps
mouillâames,
traversâmes le détroit, & nous
brafles, à une portée de pier:
par les quatre
Iles de Nanca, qui
rier de celle des petites elles font fur la côte de
elt la plus au fud;
elt fur la feconde
PIle de Banca; laiguade
de loueft. Nousapplage de fable en partant
étant'
bientôt après, ces parages
le
pareillimes
les petits bâtimens tels que
critiques pour des Pirates Malayes ; nous dénôtre, à caufe
détroit. Le lendemain, les
bouquâmes de ce
découvrimes
étoient petits à Peft; nous
vents
nous doublâmes dans peu,
Nortwater 7 que clair PIle de Java. Lorfque
& nous vimes à
des mille Ifles, le
nous fàmes par le travers
nous.afrenvoi des brifes & le courant qui
de
falloit deffus ces Ifles, nous obligerent
au changement
mouiller; nous appareillimes Sudwate: St'lnled'Edebrife, & ayant doublé le
d'Avril 1769 5
dam, nous mouillâmes, braffes 15 fond de vafe.
en rade de Batavia par fix
& un Fort
L'Ife d'Edam a des Travailleurs
dont le feul bâton de pavillon
Hollandois,
arbres
couvrent. Il
paroit au deffus des
quile Ile dans le
faut fe garder d'accofter cette
fud-eft, où elle a un banc de roches.
ife, & ayant doublé le
d'Avril 1769 5
dam, nous mouillâmes, braffes 15 fond de vafe.
en rade de Batavia par fix
& un Fort
L'Ife d'Edam a des Travailleurs
dont le feul bâton de pavillon
Hollandois,
arbres
couvrent. Il
paroit au deffus des
quile Ile dans le
faut fe garder d'accofter cette
fud-eft, où elle a un banc de roches. --- Page 217 ---
AUTOUR D U MONDE.
La rade de Batavia eft belle, vafle &
n'ayant que deux dangers, Un de
fare, rade Dangerdeia de Datugers eft dans l'eft, & en allant
ces dan- via.
chercher le
mouillage ordinaire de la rade, nous l'avions
laiffé très au loin à bâbord;1 l'autre
danger eft
également fort au large de ce même mouillage ordinaire, quieft à environ un gros
de lieue de terre vis-à vis de l'embouchure quart
du canal de Batavia. Le premier
danger eft
marqué par des croix, & eft peu à
les vaiffeaux qui ont affaire aux
craindre,
dans
Moluques ou
PArchipel, ne rangeant pas ordinairement la terre; mais'le fecond peut fe trouver
fur le louvoyage des vaiffeaux
à Plle de
qui ont affaire
Hondrus ou du côté du détroit de
la fonde; il eft marqué par une
bout de laquelle eft un
perche, au
eft formée du côté de triangle. Cette rade
finuofité
terre par une vafle
que laiffent deux pointes
& du côté du
avancées,
les
large, par plufieurs Ifles, dont
Hollandois
occupent une partie
leurs arfenaux, leurs
pour
liers ; leur induftrie magalins & autres atebrille fur- tout à Hondrus, & dans leurs moulins à
fcier des planches. Je me rendis vent, à la ville pour
Batavia, qui eft fituée à une demie-lieue de
bord de la mer au haut d'un beau
du
canal, bien
entretenu, où des vaiffeaux de
quatre cents
O ij --- Page 218 ---
V O d Y A G
entrer. Cette Ville a un
tonneaux peuvent
Eurochâteau très - régulier; la garnifon Européenne, & les Habitans également
&
font en très - grand nombre ;
péens, y
réguliérement 2 mais moyennement
quoique
de défenfe,
fortifiée, elle eft très-fufceptible
&
à caufe de la grande quantité de canaux &
des allées de gros arbres qui en rempliffent lieue de
tous les dehors à une
entrecoupent
conféquent formeroient
diftance, & qui par
de retranchemens.
une quantité prodigieufe de quatre mois que je
Pendant un féjour
& par
fis dans cette Ville ou aux environs,
appris, , je ne pus m'empéchet
tout ce que jy
de folidité des étade faire attention au peu
de
bliffemens Hollandois, en comparaifon
Depuis le temps
celle des Iles Philippines.
Hollandois font établis dans ces parque les
les Indiens;
ties, ils n'ont pu sincorporer
aliéner
ils n'ont fait, au contraire, qu'en
d'une extrême politique
P'efprit; ils ontbefoin feinte, la force ou la doula
en employant
leur commerce avec fàceur pour confervèr
avec eux 2 &
teté; ils font fouvent en guerre
même
Pêtre d'un inftant à Pautre,
ils peuvent
de Batavia. Si un évéavec ceux des environs
Hollandois la
malheureux ôtoit aux
nement
leur attention à leurs
faculté de porter toute
fait, au contraire, qu'en
d'une extrême politique
P'efprit; ils ontbefoin feinte, la force ou la doula
en employant
leur commerce avec fàceur pour confervèr
avec eux 2 &
teté; ils font fouvent en guerre
même
Pêtre d'un inftant à Pautre,
ils peuvent
de Batavia. Si un évéavec ceux des environs
Hollandois la
malheureux ôtoit aux
nement
leur attention à leurs
faculté de porter toute --- Page 219 ---
AUTOUR DU MONDE.
érabliffemens, un léger laps de
roit,dans certaines
temps pourcirconflances, les
au néant. Je n'attribue ce défaut de réduire
qu'aux Chefs Indiens
folidité
ter, à la différence qu'ils ont laiffé fubfif
mêmes Indiens
de Religion de ces
ordinaire
avec la leur, & à l'avidité
du commerce, qui, par les
bas ou cruels dont il fe fert chez les moyens
gers, ne peut produire que le
Etranhaine.
mépris ou la
Quoique cet érabliffement
un vafte fujet à traiter,
Hollandois offre
que jy ai vu ou appris. La je parlerai peu de ce
la rade par les
fréquentation de
Etrangers tant Européens
qu'Aliatiques; le commerce des
auquel cette Ville fert
Hollandois,
d'entrepôt; leurs vaftes
polffeflions ; la beauté fimple de leur
des canaux, des allées & des
Ville,
gularité & la
jardins; la rébre immenfe propreté des maifons ; le nomChinois
des Indiens, des Maures, des
& des Portugais; la
fomptuofité & la richefle des quantité, la
nombre de leurs
Hollandois; le
forts qui
efclaves; les grands refentretiennent un commerce auffi
étendu, & le pouvoir des armes
fur tant de différens Princes
Hollandoifes
mêmes; enfin tout ce qui
puiffans par euxalfez connu.
regarde ce Pays, eft
--- Page 220 ---
V o Y A
H
Defeription Je me plaifois à parcourir une Ville dont
delavile. les rues peuvent paffer pour autant de petites
promenades; 3 elles font bordées de maifons
prefque régulieres, dont le bas des murs eft
plaqué en briques différemment faiencées ou
peintes. Il regne le long du mur une efpece
de terrafle élevée de deux ou trois marches
fur le niveau de la rue ; elle eft féparée de
celles des maifons voifines par des bancs a 9
& elle eft couverte de tentes pour la commodité de la promenade de chaque propriétaire. Au bas eft un efpace égal de fix à
fept pieds, pavé en larges carreaux, & qui
fert pour les piétons : on trouve enfuite. un
large fol de gravier, uni , fin, & fablé pour le
paffage des voitures, & enfin une allée d'arbres touffus & toujours verts, taillés en éventail, qui regne le long d'un canal d'eau coud'environ quinze toifes de largeur; le
rante. 2
deffous de ces arbres eft occupé parune petite
terraffe, élevée d'un ou deux pieds fur le fol
de la rue; elle eft proprement pavée en larges
carreaux :le canal eft revêtu de murs. 2 avec des
efcaliers de diftance en diflance, & la même
uniformité regne à l'autre bord du canal.
Le château eft auffi agréable, & c'eft le feul
de main d'homme quej'aye vu s'anouvrage
fa
fimplicité,
noncer aufi bien, par réguliere
levée d'un ou deux pieds fur le fol
de la rue; elle eft proprement pavée en larges
carreaux :le canal eft revêtu de murs. 2 avec des
efcaliers de diftance en diflance, & la même
uniformité regne à l'autre bord du canal.
Le château eft auffi agréable, & c'eft le feul
de main d'homme quej'aye vu s'anouvrage
fa
fimplicité,
noncer aufi bien, par réguliere --- Page 221 ---
AUTOUR DU MONDE.
& par fes environs champêtres & militaires.
- Les dehors de la Ville ne font pas moins Defcription
beaux; ils font partagés en trois gros faux- des bourgs Faux- Porbourgs, qui font féparés par des grandes dif- tugais, nois & Chi- Intances occupées, de même que leur cam- diens.
pagne, par les jardins des Hollandois. Le
mierfauxbourg eft compofé de Portugais, prefont Chrétiens - Hérétiques
qui
5 Indiens
nairement Malabares ou Bengalis ; leurs origi- rues
& leurs maifons font des diminutifs du
de celles des Hollandois.
goût
Le fecond fauxbourg eft extrémement vafle
& peuplé; il eft compofé de Chinois,
par leur ondulation dans les rues, & leur 2 qui,
plication dans les boutiques, font voir leur apgénie actif & induftrieux. Leurs
cepté celles des perfonnes
maifons, exd'une
riches, qui font
élégance fimple, font affez mal bâties;
elles font très-ferrées, & à étagesitrèsbas ;
mal diftribués, à caufe dela
&
les rues font petites par la grandepopulation; même
raifon, malpropres, & embarraffées du produit du travail
des Chinois; tout y annonce le caraétere de la
Nation. à
Le troifieme fauxbourg eft
de ce vafte
peupléd'Indiens
Archipe!, ou des diverfes
de la'terre ferme de PInde. Il eft
parties
plus
plus vafte,
champêtre, & moins peuplé que les deux
Oiv --- Page 222 ---
V O Y A S
autres. Quoique les maifons & les jardins dès
riches Maures de la prefqu'Ile de l'Inde foient
dans le goût Afiatique, ils ne cedent point à
la beauté de ceux des plus riches Hollandois.
Le refte eft bâti aflez fimplement entre des
arbres près des jardins 9 & furile bord des
canaux, dont les Indiens ont granid befoin,
à caufe de l'eau dont ils font un: ufage fréTout y caraétérife également lesi Habiquent.
de.Pays fi étentans, qui, quoiqu'originaires
mémés
dus, ont, à peu de différence près,les
moeurs. Ils font droits dans leur façon d'agir, *
fauvages; ils font Tobrès, 8 iie
mais un peu
du riz &cides fruits : ils
mangent guere que vêtus. Ceux de IInde le (ont
vont fimplement
de
font: enà PIndienne, & ceux
VArchipel
tourés à la ceinture d'une pieceide toile qui
defcend à mi-jambe; leurs épaules font couvertes d'une efpece de camifole, large par le
bas, qui defcend jufques à la ceinture; & pardeffus tout cela, ils portent en écharpe unc
de toile, coufue par. les deux bouts
large piece
de fa longueur : elle leur fert de redingote,
lorfqu'ils ont froid, étant affez longue pour
elle a la forme d'un
les couvrir entiérement;
fac fans fond, affez large pour les entourer
Ils
cette écharpe rou-
* & fe doubler.
portent
bandouliere, lorfqu'il fait beau's
lée & en
inture; & pardeffus tout cela, ils portent en écharpe unc
de toile, coufue par. les deux bouts
large piece
de fa longueur : elle leur fert de redingote,
lorfqu'ils ont froid, étant affez longue pour
elle a la forme d'un
les couvrir entiérement;
fac fans fond, affez large pour les entourer
Ils
cette écharpe rou-
* & fe doubler.
portent
bandouliere, lorfqu'il fait beau's
lée & en --- Page 223 ---
AUTOUR DU MONDE.
& elle.n'eft pas indifférente à leur parure : les
deux fexes font également vétus; les femmes
ont cependant leur camifole & les pieces de
toile de leur ceinture plus longues que celles
des hommes, &c ordinairement de couleur
noire; elles portent la même efpece de redingote queles hommes. Leur tête eft nue, 2 & leurs
cheveux font différemment noués ou roulés
fur lehaut de la tête, à la façon des Chinoifes.
Les hommes portent des efpeces de chapeaux:
les uns font très-larges & prefque plats, faits
avec. des feuilles, à peu près comme les
miers que-j je vis aux Philippines; les prefont en forme de chaudrons, faits
autres
avec de la
peau de routan très-fine, & treffée très-ferrée.
Les intervalles & la campagne autour de Jardins des
Ces trois Bourgs, font occupés par les jardins & Hollandois dehors 'a:
délicieux des Hollandois, ; ils font également Batavia,
embellis par les canaux qui les divifent & en
font des Iles & des Illots, &c par Ia fimple
régularité des maifons. Quoiqu'elles foient
belles & commodes, on n'habite guere dans
le jour que deux, galeries qu'elles ont fur les
deux faces oppofées. La premiere, bien
blée & commode, fert à mettre la
meuà l'abri de la
compagnie
chaleur, par le frais que le vent
y amene; ; un des bouts de la feconde fert de
çabinet au maitre de la maifon. lly établit fon --- Page 224 ---
V 0 Y A G E
bureau de commerce au milieu de fes papiers,
de fes Commis, & de fes Cenfaux; l'autre bout
au milieu de fes ef
fert à fon époufe, qui,
travail
claves, femmes ou filles, préfide à leur
de couture & de ménage : ces jardins s'étendent à environ une lieue & demie de la Ville,
canaux, qui font
le long, des plus fuperbes
bordés d'arbres & de promenades ou regne :
ombre continuelle. A cette diftance comune la diftribution de plufieurs rivieres, qui,
mence
fourniffent leau
par des digues! bien ménagées,
néceffaire à tous les canaux de la campagne,
& en gardent la plus ample portion pour ceux
de la Ville.
dans
Je paffai mon temps tresagréablement
tantôt àla Ville, tantôt dans un jardin,
cePays,
parlé. Les ComédiesEutel que ceux dontj'ai
& Chinoifes, des efpeces d'Opéra
ropéennes mélés de danfes, la mufique de ces
Javans,
toutes ces nouveautés me
différens Peuples,
de Javans;
charmoient.J'y vis des enterremens
les plaintes ameres des alfiftans 2 les pleurs condes
du défunt, les fleurs & les
fécutifs dont parens ils entourent fon corps 2 font le
parfums
amitié quilesunit.
fymbole dela tendre&cdouce Nations de l'anL'affluence des différentes
ici,me fit remarcien Continentiquiabondent)
& de
quer ia différence de leur phyfionomie
és me
différens Peuples,
de Javans;
charmoient.J'y vis des enterremens
les plaintes ameres des alfiftans 2 les pleurs condes
du défunt, les fleurs & les
fécutifs dont parens ils entourent fon corps 2 font le
parfums
amitié quilesunit.
fymbole dela tendre&cdouce Nations de l'anL'affluence des différentes
ici,me fit remarcien Continentiquiabondent)
& de
quer ia différence de leur phyfionomie --- Page 225 ---
AUTOUR DU MONDE.
leur caraétere, qui eft plus ou moins
& férieux, 2 fuivant qu'on
fpirituel
voilins de la ligne, &c qui eft s'éloigne modifié des Pays
temps fuivant le climat, la
en même
Ja nourriture de ces différens qualité du fol & de
puis fuivi cette
Peuples; j'ai deremarque, & je l'ai trouvée
plus frappante; : mais il m'a para bien
lier qu'il y eàt plus
finguties éloignées de lAfie, d'analogie entre deux parparties
qu'entre deux autres
,l'une de P'Europe, : & l'autre
quoiqu'elles fuffent plus voilines del'Afie,
mieres;j je ne puis l'attribuer
que les preleur population.
qu'à l'origine de
Je vis auffi au dehors de cette Ville les
Temples desChinois,oàs regne leur bon
nois, empleChi. leur
comme dans l'élégance de leurs maifons. goût, Culte.
Temples font ornés des ftatues des
Ces
Chinois, dignes d'être vénérés
anciens
flatues font des autels où
; devant ces
des efpeces de meches,
brûlent fans ceffe
facrifices
Leurs Prêtres font des
foir des ofrandes quejignore, & ils préfentent chaque
brâlant certains à l'objet de leur culte, 3 en
inferits, & en battant papiers diverfement peints &
Ils
la caiffe après la priere.
lune, allument, fur tout en certains temps de la
la lumiere beaucoup de fambeaux & de
& le fon font une
lanternes;
leur culte, & le feu eflle
grande partie de
fymbole de l'amour --- Page 226 ---
V O Y A G F.
qui enflamme leur coeur, comme le fon exprime le défir qu'ils ont d'être écoutés dans
leurs prieres. Je trouvai du moins cette idée
vraifemblable, par le rapport qui fe trouve
entre ce bruit & celui du grand tambour, qui
étoit autrefois à la porte du palais des Emde la Chine. Tout fujet avoit droit de
pereurs
le battre lorfqu'ilvouloit obtenir uneaudience
extraordinaire, & le Souverain ne la refufoit
jamais dès qu'il entendoit le fon du grand
tambour.
Les femmes des Afiatiques riches ne fortent
prefque jamais, & les Chinois fe marient pour
la plupart (ans connoitre leurs futures femmes.
d'une fille Chinoife à marier eft
Le logement
des vafes fur les fenèfeulement indiqué par
ils
IdfedesJa- tres. Les Javans font grands & bien faits;
vans & des ont l'abord plus noble que les Indiens des
Mulaycs.
douce. Les
Philippines, & une phyfionomie
Malayes au contraire font petits & gros, ayant
les yeux & la phyfionomie bourrussje ne puis
d'ailleurs parler avec certitude des moeurs des
uns ni des autres, les ayant peu fréquentés, 2
puifque j'étois logé chez une famille Européenne;) je n'ai d'eux que des idées vagues &
incertaines. On fe plaint à Batavia du peu de falubrité
des eaux & de l'air. Je m'y portai cependant
fionomie
Malayes au contraire font petits & gros, ayant
les yeux & la phyfionomie bourrussje ne puis
d'ailleurs parler avec certitude des moeurs des
uns ni des autres, les ayant peu fréquentés, 2
puifque j'étois logé chez une famille Européenne;) je n'ai d'eux que des idées vagues &
incertaines. On fe plaint à Batavia du peu de falubrité
des eaux & de l'air. Je m'y portai cependant --- Page 227 ---
AUTOUR bu MONDY.
fort bien, ne buvant que de l'eau, & ne 22r
geant que du fruit & des légumes. Cette mande vivre eft oppofée à celle qui eft
façon
chez les Européens; mais elle eft en ufage
celle des Indiens : j'y fis trés-bonne pareille à
toute forte de jardinage & de
chere ;
quatre faifons d'Europe
produdions des
du
y abondent. Les fruits
Pays y font auffi très- communs &
quantiré; comme il part tous les
en
mois de
ans, au
Mai, 2 un vaiffeau de
en Europe par cette occafion, Regiftre,T'écrivis
Je ne pus m'empêcher de
la
reté de ces poffeflions
comparer fiavec celles des
pines. Il eft furprenant
Philipque les Hollandois
que depuis le temps
puiffent fe
poffedent ce Pays, ils ne
maintenir tranquilles dans leurs
comptoirs éloignés. Ils font fans ceffe
guerre, & fans ceffe vainqueurs, C'eft
en
dant une hydre d'où renailfent fans cepennouvelles
ceffe de.
guerres, Ils venoient d'en terminer
deux, une aux Moluques & l'autre à
ils en faifoient une confidérable Malaca;
Java, & ils
à l'eft de
alloient en entreprendre une
autre à Sumatra, contre le Roi de
Ils entretiennent deux
Palimban.
rie
Compagnies de CavaleEuropéenne auprès de
de
fous prétexte de lui faire P'Empereur Java,
les avenues de Batavia honneur, & toutes
font bordées de forts, --- Page 228 ---
V O Y A 6 E
On ferme toujours les portes de la Ville lorf
qu'on y célebre le Service divin, 2 ou que
lon y fait une exécution publique, quoiqu'il
ait cependant une forte garnifon & une
y
immenfe quantité d'Européens.
Le Confeil de Batavia couronne les Rois
Indiens : alliés des Hollandois 2 après avoir
porté, par force ou par adreffe, leur Nation
à les approuver 2 & à embraffer plutôt le
parti de Pun que de l'autre, fuivant que les
Hollandois les croient attachés à l'intérêt de
leur Compagnie.
l'extérieur de
Ils leur laiffent d'ailleurs tout
la grandeur & de la royauté, & ils reçoivent
leurs Ambaffadeurs avec beaucoup d'honneurs. J'en vis arriver un qui étoit chargé
des affaires du Roi de Palimban, dont la
Compagnie étoit mécontente ; PIntroducteur des Etrangers,qu'on nomme Chabandar,
& qui eft le dernier des Confeiliers des Indes
ou Edlers, alla le recevoir en grand cortége
L'Amballadeur lui remit
à fon débarquement.
la lettre de fon Souverain , qui fut mife fur
carreau foutenu d'un grand baflin d'arun
& portée par un Officier prépofé;
gent, elle étoit efcortée, de même que P'Ambaffadeur, par un nombreux détachement. Le
canon de PAmiral, & une décharge de mouf-
dernier des Confeiliers des Indes
ou Edlers, alla le recevoir en grand cortége
L'Amballadeur lui remit
à fon débarquement.
la lettre de fon Souverain , qui fut mife fur
carreau foutenu d'un grand baflin d'arun
& portée par un Officier prépofé;
gent, elle étoit efcortée, de même que P'Ambaffadeur, par un nombreux détachement. Le
canon de PAmiral, & une décharge de mouf- --- Page 229 ---
AUTOUX DU MONDE
queterie, 5 accompagnerent la
cette lettre, 2 & le cortége fe préfentation mit
de
pour le château. Le Confeil
en marche
& les avenues étoient
y étoit affemblé,
bordées de
PAmbaffadeur étant arrivé
troupes :
fa lettre
au chareau, &
préfentée au Confeil, le canon de
PAmiral, & une feconde décharge de mouf
queterie, précéderent fa leaure, & un
honneur la fuivit. L'Ambaffadeur
égal
le Confeil fe fépara.
fe retira, &
Les Confeillers jouiffent d'une
tinction, & lorfque le Général, grande difChef, eft en marche, fa
qui eft leur
d'un détachement
voiture eft efcortée
de
de Cavalerie, & précédée
arrivée. plufieurs trompettes qui annoncent fon
L'on eft obligé de faire arrêter fa
voiture, & de mettre pied à terre & des
cliner.
s'inLorfque les Confeillers marchent,
voitures font
leurs
précédées de deux
eux feuls
Coureurs 5
peuvent en avoir ce
un cortége de voitures
nombre, &
Lorfqu'ils
avec de la mulique.
paffent, toutes les, voitures fons
obligées de s'arréter,
néral, & ceux
2 comme pour le Géfeulement.
qui font dedans, de fe lever
La permiflion d'avoir des carroffes
dorés, eft auffi réfervée à l'état
après celui des Confeillers. L'on immédiat
a établi une --- Page 230 ---
V O Y A G E
fur les voitures; elle eft
impofition très-fage
inverfe du
confidérable, & en proportion
de ceux qui les poffedent; en forte que
rang
des Indes paye très-peu, & que
le Confeiller
le plus bas état paye beaucoup.
Les Efpagnols au contraire font tranquilles
poffeffeurs de leurs Iles 2 & n'ayant des endehors, ils n'ont rien à craindre
nemis qu'au
proporde leurs fujets. Ils font cependant,
des
tion gardée, plus nombreux que ceux
des Hollandois.
Rois alliés, ou plutôt fujets
de POficier
La grandeur attachée à l'état
feulement la Nation,
en place, & qui regarde
d'honneurs &
eft accompagnée de très-peu feule & fes déde force; c'eft fa perfonne
Alcalde;
Un feul
marches qui en impofent. dix mille Indiens ;
fans foldats, gouverne
au moins autant
ils le déteftent, à la vérité,
mais
ceux-ci déteftent les Hollandois,
que fe révoltent pas. J'attribue cette diffé:
ils ne
de PIndien des
rencé à légalité de Religion
à
avec celle de fon Souverain 2
Philippines des-Moines, Curés des Paroiffes 9
T'attention le bon ordre, valent mieux qu'une
qui, pour
& au défaut de
Compagnie de Grenadiers, fomenter & éclore le
Chefs qui puiffent faire
Farti Indien. des Hollandois eft au : moins
La févérité
aufli
ent pas. J'attribue cette diffé:
ils ne
de PIndien des
rencé à légalité de Religion
à
avec celle de fon Souverain 2
Philippines des-Moines, Curés des Paroiffes 9
T'attention le bon ordre, valent mieux qu'une
qui, pour
& au défaut de
Compagnie de Grenadiers, fomenter & éclore le
Chefs qui puiffent faire
Farti Indien. des Hollandois eft au : moins
La févérité
aufli --- Page 231 ---
AUTOUR DU MOND E. 229
aufi grande que celle des Elpagnols : toup le
monde fait l'abaiffement dans.lequel ils tiennent les Indiens, qui leur font dire@ement
foumis, & le carnage qu'ils firent des Chinois qui s'étoient révoltés. On empala
pendant mon féjour à Batavia, un criminel 5
plus cruellement qu'en Turquie, & on le
laiffa fixjours au pal, jufqu'à ce que la
le fit mourir de fes plaies; on en décolla pluie
autre; & un Prince de cet
un
détenu dans une prifon
Archipel étoit
du
perpétuelle, fur une
porte
château, tandis qu'un autre
a
quiétoit de PIfle deCeylon, l'étoit
Prince,
mais pas fi à l'étroit.
également,
La févérité des Efpagnols ne cede
celle-là. Leur
point à
rigidité au Mexique, & la
vreté des defcendans de
paureffent en faveur des
Montesuma, intéMexiquains ; & le carnage qu'ils firent lors de la révolte des Indiens & des Chinois, ainfi que la pauvreté des
defcendans des Datous des
n'excite pas moins la pitié; enfin Philippines l'on 2
également touché du traitement
eft
Manilla un malheureux Prince qu'effuya à
étoit venu s'y réfugier.
Indien, qui
Ce Prince, nommé Ifraël, étoit Souverain
de Holo, & de
pluffeurs autres Ifles
centes, d'une partie de
adjaMindanao, & d'une
Tomel,
P
que la pauvreté des
defcendans des Datous des
n'excite pas moins la pitié; enfin Philippines l'on 2
également touché du traitement
eft
Manilla un malheureux Prince qu'effuya à
étoit venu s'y réfugier.
Indien, qui
Ce Prince, nommé Ifraël, étoit Souverain
de Holo, & de
pluffeurs autres Ifles
centes, d'une partie de
adjaMindanao, & d'une
Tomel,
P --- Page 232 ---
VOYAG I E
de Borneo. Etant enl guerre aved
autre partie
il étoit venu chercher afile
un de fes oncles,
il avoit ap
& fecours chez les Efpagnols;
beaucoup de richeffes, & il envoya en
porté
Roi d'Efpagne, deux perles poires
préfent au
confidérable; il fe fit même
d'une groffeur
fa famille, & fe défit de
baptifer avec toute
Mahométan. On eu
fes femmes, car il étoit dans la fuite de lui en
cependant la dureté fon bien, de faire qual
lever par fineffe tout
de les maltraite
efclaves fes proches parentes, l'avoir réduit à une ex
de coups, & après
lui
trême mifere, on finit par Pemprifonner & fes Etat
même; il n'a recouvré fa liberté
Parrivée des Anglois à Manilla, qui
qu'à
prirent fous leur protelion.
tenden
Les ordres de la Cour d'Efpagne
VIndien, &à n'en faire
cependant à protéger
même Nation ave
s'il eft pofmible €, qu'une
favorifen
P'Efpagnol. C'eft pour cela qu'ils
entre les Indiens 8c les Efpagnols
les mariages
de réuffir dans 1
c'eft le véritable moyen
national
projet de former une Colonie
le
des
étrangers ; au lieu que
avec
fujets Hollandoifes ne feront jamais qu
poffellions établis chez des Etrangers. L'o
des comptoirs
de tant de fujes
ne doit donc Vincorporation
Indiens qui fe regardent comme Efpagnols
fpagnol. C'eft pour cela qu'ils
entre les Indiens 8c les Efpagnols
les mariages
de réuffir dans 1
c'eft le véritable moyen
national
projet de former une Colonie
le
des
étrangers ; au lieu que
avec
fujets Hollandoifes ne feront jamais qu
poffellions établis chez des Etrangers. L'o
des comptoirs
de tant de fujes
ne doit donc Vincorporation
Indiens qui fe regardent comme Efpagnols --- Page 233 ---
AUTOUR DU MONDE. 227
qu'à cette politique à laquelle commence à
céder le génie altier du,particulier Européen,
Je n'ai point parlé des produéions ni des
animaux des environs de Batavia : ils font
généralement connus par fa grande fréquentation.Je dirai cependant que jy trouvai une Quadrupede
nuit un animal qui eft peut-être une Arma- couvert d'é:
dilla. Il avoit environ un pied de
cailles,
longueur 2
des pattes très-courtes avec des doigts & des
grifes; le mufeau étoit pointu & la queue
longue; il avoit Poeil vif & benin, de même
que la phyfionomie; il étoit tout couvert
d'écailles d'un pouce au moins de largeur.
J'étois avec un Officier Suiffe, qui le prit
d'abord pour un Caiman, car il venoit du
bord de l'eau, & il traverfoit la rue : il lui
donna un coup de couteau de chaffe qui ne
le bleffa point, par la dureté de fes écailles;
croyant que c'étoit un animal malfaifant, je
lui donnai un coup d'épée qui le perça au
défaut des écailles, Cet animal fe fentant
blefié, fe replia comme une boule, & fentant
la pente du fol,il rouloit du côté de l'eau avec
une très-grande vitelle, genre de fuite quef fon
infliné lui
indiquoit : en cette forme ronde,
il ne fe fervoit point de fes pattes.
de
même que fa tête, étoient cachées 2 fous qui, fon
dos & fous fa queue; nous le repoufsâmes
Pi ij --- Page 234 ---
Vox A G 1e E
vers le haut du bord avec le pied, & l'ayant
fufpendu par la
faifi i, nous lapportâmes à huit jours affez
queue ; il vécut pendant fept
dans la
familiérement; il cherchoit à fe tapir
& il étoit couvert de fourmis. Je ne
terre, fais fi fa qualité ou fes bleffures les attiroient,
lorfqu'il voyoit
je crus qu'il en mangeoit; à lui, il fe replioit en
qu'on prenoit garde
alors ni
ni
deffous, & il ne paroiffoit
patte,
mais il formoit une boule coutête,ni de queue, dures écailles. Il n'étoit pas méchant,
verte
dit
l'on croyoit que les Por-
& l'on me
que
ou
tugais Pappeloient Bichou-1 Bergougnofou., à huit
le petit animal honteux. Il mourut fept
jours après, des fuites de fa bleffure.
Bombay étant le feul port fàr, commode
& fortifié de la Terre-Ferme de PInde, & par
le
confidérable, je me proces railons plus
fur un
pofai d'y pafler, & je m'embarquai
devaiffeau Anglois, qui, allant à Surate,
voit y relâcher pour fon commerce.
Fin de la premiere Partic.
huit
le petit animal honteux. Il mourut fept
jours après, des fuites de fa bleffure.
Bombay étant le feul port fàr, commode
& fortifié de la Terre-Ferme de PInde, & par
le
confidérable, je me proces railons plus
fur un
pofai d'y pafler, & je m'embarquai
devaiffeau Anglois, qui, allant à Surate,
voit y relâcher pour fon commerce.
Fin de la premiere Partic. --- Page 235 ---
VOYAGES
AUTOU R
DU M OND E,
ET
VERS LES DEUX POLES,
PAR TERRE ET PAR MER.
SECONDE PARTIE,
CONTENANT le Voyage depuis Batavia, par
la voie de loueft, julques en France 9 en
palfant par l'Océan des Indes, le Pays des
Marates, les Provinces de Guzarat & de
Ballein, le Golfe Perfique, l'Afie, 6 la
Mer Méditerranée.
P 11j --- Page 236 ---
- --- Page 237 ---
V O Y A G E
AUTOUR
DU
M OND E,
PAR TERRE ET PAR MER.
CHAPITRE PREMIER.
TRAVERSÉE de Batavia à Bombay & d
Suraie, avec mon fejour dans ces deux
Villes.
Novs mimes à la voile de Batavia pour Départ de
Bombay & pour Surate, le 2 Août 17693 Batavia Bombay,
nous laifsâmes les Mille - Iles à ftribord, 2 Aout 176y.
Hondrus & fes Ifles voifines à bâbord; & à
l'entrée de la nuit nous eûmes dépaffé tous
leurs écueils. Pendant la nuit nous doublàmes Bantam, & nous donnàmes dans le déP - iv --- Page 238 ---
VOYAGE
troit de la fonde, de forte qu'au jour nous
laiffions derriere nous Towards-P Peper. Nous
primes du fud pour paffer entre PIle du
Prince & la terre de Java, où nous fimes de
enfuite à l'oueftl'eau; nous gouvernâmes
euffions atfud-oueft, jufques à ce que nous
teint la latitude de douze degrés; lorfque
nous fûmes par cette latitude, nous fimes
Poueft; les vents avoient été permanens au
fud-fud-oueft, ils ne varierent à l'eft
fud &
le méridien des Hles
& eft-fud-eft, que vers
Maldives.
entre les IAles de PAmirante,
Rout- juf. Nous paffames
at nord de
nous ne vimes point, & nous faifions
r Ifles que
enfuite la
PAmirante& Youeft-nord-oueft 5 nous primes
res,
le nord oueft, & lorfque nous fàroute par la latitude fud de fix degrés, & par
mes par
de l'INe Bourbon, nous fimes le
le méridien
à Teft & eftnord; les vents étoient toujours
&
bientôt à mollir,
fud elt : ils commencerent
de lails furent petits jufques aux fept degrés
où nous eûmes quelques jours
titude nord,
enfuite les vents
de calme & des orages 5
changerent à Poueft.
trouvois
C'étoit la feconde fois que je me
des climats, où
au large & au changement
fuivant les
les vents font différemment reglés circonffaifons. Je m'étois trouvé dans cette
ient toujours
&
bientôt à mollir,
fud elt : ils commencerent
de lails furent petits jufques aux fept degrés
où nous eûmes quelques jours
titude nord,
enfuite les vents
de calme & des orages 5
changerent à Poueft.
trouvois
C'étoit la feconde fois que je me
des climats, où
au large & au changement
fuivant les
les vents font différemment reglés circonffaifons. Je m'étois trouvé dans cette --- Page 239 ---
AUTOUR DU MONDE. 233
tance avant d'aborder aux Ifles Philippines,
&je m'y retrouvois ici,je ne pus donc m'empécher de faire quelques réflexions à
J'avois d'abord vu aux environs des ce fujet.
ques, dans l'Océan, dans la mer du Tropi- fud & fur Réflexions la caufe
dans la mer des Indes oà j'étois, les mêmes fés des ven & S ceux alivents conftans dans la partie de l'eft; mais ils d'oueft,&cfur les pluics.
prenoient du nord ou du fud, fuivant la
lité de la latitude où l'on fe trouvoit. J'avois quavu que dans tous les Pays, lorfque le ciel eft
ferein, le vent d'eft, ou de cette partie, eft
beaucoup plus fréquent que celui de l'oueft.
Je favois que le vent au nord-oueft
la
latitude nord, , & au fud-oueft par la par latitude fud, amenoit le beau temps, & qu'au
contraire il amenoit la pluie, lorfqu'il étoit
ou nord-oueft par la latitude fud, & au fudoueft par la latitude nord. Je favois auffi
que le vent au fud-eft par la latitude
& au nord-eft par la latitude fud, amenoit nord,
la pluie,, & qu'au contraire il amenoitle beau
temps lorfqu'il étoit au nord-eft par la latitude nord, & au fud-eft par la latitude
mais je croyois que cela ne pouvoit être fud;
gardé que comme provenant d'une caufe re- feconde où troifieme,
J'avois remarqué qu'en
Ifles
Amérique, aux.
Philippines, & je favois qu'également
-eft par la latitude
& au nord-eft par la latitude fud, amenoit nord,
la pluie,, & qu'au contraire il amenoitle beau
temps lorfqu'il étoit au nord-eft par la latitude nord, & au fud-eft par la latitude
mais je croyois que cela ne pouvoit être fud;
gardé que comme provenant d'une caufe re- feconde où troifieme,
J'avois remarqué qu'en
Ifles
Amérique, aux.
Philippines, & je favois qu'également --- Page 240 ---
VoYAG E
à 234 la cête de PInde où nous allions aborder,
les vents étoient à la partie de P'oueft dans le
temps des pluies. Ce.temps arrivoit entre un
tropique & la ligne, lorfque le foleil étoit le
de
plus proche de la ligne perpendiculaire
ce climat; en forte que le foleil fe trouvant
entre le tropique nord & la ligne, les pluies
tomboient, & que le temps étoit beau entre
y la ligne & le tropique fud; il en étoit de
même de la partie du fud vis-à-vis de celle du
nord pour le foleil & pour la pluie, chacun
dans fa faifon Sc fon climat : mais ces' pluies
& ce- vent d'oueft ne fe faifoient reffentir qu'à
fur les côtes ou dans des mers qui,par
terre,
recevoir influence
leur voifinage, pouvoient
des côtes fujettes à cette révolution.
Je vis que les vents d'eft Oti alifés fouffloient
tout autour du globe entre les tropiques, fans
que celle caufée par l'atautre interrtption
le foleil,
tragtion des humeurs pompées par
de la perpendiculaire dun
lorfqu'il approche alifés changent de cours,
lieu; alors ces vents
: ils font connus
- & prennent celui de Poueft
fous les diverfes dénominations, de mouçon
d'hivernage aux Ifles de
d'oueft aux Indes,
de
aux
France & Antilles, & de temps
pluie
deux côtes de PAmérique, à celles d'Afrique,
& de Pintérieur des mers de
de la Chine,
de la perpendiculaire dun
lorfqu'il approche alifés changent de cours,
lieu; alors ces vents
: ils font connus
- & prennent celui de Poueft
fous les diverfes dénominations, de mouçon
d'hivernage aux Ifles de
d'oueft aux Indes,
de
aux
France & Antilles, & de temps
pluie
deux côtes de PAmérique, à celles d'Afrique,
& de Pintérieur des mers de
de la Chine, --- Page 241 ---
AUTOUE R DU Mox DE.
Perfe & d'Arabie, J'avois auffi
dans les Pays élevés en latitude, remarqué les que
d'oueft fouffloient dans le
vents
Les vents
temps des pluies.
s'étantcependante
nous fimes
tdécidésallouell,
le nord-nord-eft, &c, peu après le
nord-eft, jufques à la latitude de
degrés. Nous mimes alors le cap à l'eft-nord- quatorze
elt, les vents étant au nord-oueft, Nous
croyions être près de la fonde; oh jeta le
plomb , &. on trouva 70 braffes fond de
fable. Nous fimes route à l'eft, & nous découvrimes la terre, que nous reconnûmes être
celle des montagnes de Baflein:
découvrit
peu après on
Carangear & l'Ile de
Nous étions par trente braffes, & Bombay.
vernions fur la pointe de
nous gou-
&c
Malabar; la nuit
vint,
nous tinmes cette route
onze heures, qu'étant
jufque vers
& les
par douze brafles de
fond,
vents étant au nord-oueft,
tint le plus pesi.fouen-fud-oueft
on
fervâmes cette mauvaife
: nous conJes cing heures du
bordée jufque vers
matin, & c'étoit trop
temps. La dérive & les courans
longportés
nous ayant
trouvâmes rapidement dans le fud, nous nous
au jour fous Chaoul; ; c'eft
morne qui eft fitué fur la
un
de l'entrée de
Terre-Ferme au fud
beaucoup
Bombay. Nous étions donc
tombés fous le vent; nous lou- --- Page 242 ---
VOYAGE B
voyâmes : mais les vents ayant fraichi confidérablement toujours au nord-oueft & oueftnord-oueft, ils nous deriverent rendant deux
jours. Il ne nous reftoit des vivres que pout
trois jours, & il fut queftion de relâcher a
Rajepour ; c'eft une efpece de port dans une
baie fituée fur la Terre-Ferme; mais on conqui d'ailleurs étoit
noiffoit peu ce mouillage,
peut-être encore critique dans cette faifon,
qui étoit la fin de celle des vents d'oueft. On
auffi d'aller faire des vivres à Goa : fi on
agita
cette même faifon des
eût pris ce parti,
mis dans le cas de
vents d'oueft nous eût
repaller de nouveau la ligne, pour nous reau vent de Bombay ; ce qui eût
mettre
notre traverfée. Les vents
alongé de beaucoup
force;
fauterent cependant au fud-oueft avec
relevâmes un peu dans le nord;
nous nous
& les brifes fe
ils calmerent après cinq jours,
du fud-eft à Touel-nord-ouel.,
renvoyant
la vue de Chaoul & de
nous regagnâmes
nous vimes les
Carangear. Bientôt après
Rounds de Wold-Womans- - Ifland
WhiteCes White Rounds font des re-
& fon fanal.
bâties en rond & en
connoilfances que l'on a
arcades; ils reffemblent à de grands pigeonblanchis. Ils font fur une
niers fraichement
qui tient au fud
angue de terre très-baile,
ord-ouel.,
renvoyant
la vue de Chaoul & de
nous regagnâmes
nous vimes les
Carangear. Bientôt après
Rounds de Wold-Womans- - Ifland
WhiteCes White Rounds font des re-
& fon fanal.
bâties en rond & en
connoilfances que l'on a
arcades; ils reffemblent à de grands pigeonblanchis. Ils font fur une
niers fraichement
qui tient au fud
angue de terre très-baile, --- Page 243 ---
AUTOUR D U MONDE
de PIlle de Bombay & que l'on nomme
Olo-Womans.lfland, ou l'Ille des
mes. L'on entretient auffi de
vicillesFemnoiflances fur P'Ile de
pareilles reconVille en fert
Bombay; ; l'églife de la
auffi, de même que celle d'un
bourg nommé Mahim : il eft fitué au nordoueft de PIle, & il eft varié
des
très-hauts qui fervent à le faire par
arbres
reconnoitre.
Lorfque nous fûmes à trois lieues dans le
fud-oueft de l'Ille de
Bombay, nous étions
par quinze braffes de fond, & ayant
Pilote, , il nous fit d'abord faire Peft appeléun
doubler un grand banc de roches
pour
la pointe de PIlle des
qui eft à
s'étend
vieilles Femmes; il
en deux pointes dans le fud-eft &
dans le fud-oueft, jufques à une lieue
large; nous nous tenions à une lieue &
att
de terre,
demie
Lorfque nous eûmes doublé ce
nous P'arrondimes
banc,
nord-eft & enfuite en mettant le cap : au
au'
nous ne rangions pas la nord-nord-ell; côte de
mais
près que par le fond.de
Bombay plus
laifsâmes à babord
fept braffes. Nous
Droven,
les roches Sunquen &c
de la
qui font toutes les deux en dedans
pointe du fanal des vieilles Femmes.
Celle de Sunquen étant la
la
plus en dehors &
plus au large, eft par conféquent la
dangereufe. Elle eft dans la même diredion plus
ous ne rangions pas la nord-nord-ell; côte de
mais
près que par le fond.de
Bombay plus
laifsâmes à babord
fept braffes. Nous
Droven,
les roches Sunquen &c
de la
qui font toutes les deux en dedans
pointe du fanal des vieilles Femmes.
Celle de Sunquen étant la
la
plus en dehors &
plus au large, eft par conféquent la
dangereufe. Elle eft dans la même diredion plus --- Page 244 ---
VoYAG E
celle du baftion nord-eft du fort. & la
que maifon de Mafagon. Cette maifon, qui eft
entretenue & blanchie pour cette reconnoiffance, eft remarquable par fa forme carrée,
fa blancheur & par fa fituation fous une
par hauteur au nord-eft de la ville de Bombay. La
nommée Droven eft plus en dedans &
roche
celle de Sunquen; elle eft
plus à terre que
celle d'un bois
dans la même direation que
Femfur PIlle des vieilles
de cocotiers planté
lon
mes, & un haut tronçon de cocotier que
entretient à cet effet dans la partie nord-oueft
ce bois de
du fort. Il faut cependant que
cocotiers des vieilles Femmes foit un peu
dans T'oueft, c'eft-à-dire qu'il foit un
ouvert
du tronçon du fort. Il faudroit
peu à P'oueft
aller chetranger la côte de trop près, pour
cher cette roche. Enfin nous gouvernions au
nord & nord : nord-eft,en forte qu'une petite
Ilenommée Croff,nous reftoit parles écoutes
nous fûmes dans
de foc de bâbord. Lorfque
de
la rade, nous rangions PIlle à une portée
Il faut fe méfier d'une autre roche
pierrier. Midle-Ground, qui refte dans Peft
nommée
de
à la diftance
: fud-eft de l'églife
Bombay,
mouillés
d'une petite lieuc; les vaiffeaux font
à terre d'elle & près de la Ville, qu'on peut
accofler fans rifque à la portée de la voix, --- Page 245 ---
AUTOUR DU MoND E. 239
L'Ille des vieilles Femmes n'eft ifolée de
celle de Bombay que par une plage de roches qui ne font tout-à-fait couvertes que
dans les grandes marées. Quoiqu'à feur d'eau
à la haute mer, elle n'eft-abordable que dif
ficilement, même dans ce temps 2 car elle
eft bordée de roches. Sa communication avec
Bombay eft occupée par une batterie dominante; l'on voit enfuite les glacis de la Ville,
dont les mursbordentlamer, & en même temps
deux batteries en avant & fur fes glacis; la
tête des foffés a auffi, fous le baftion de
cette partie, un ouvrage défendu. Ce baftion, fa courtine & le baftion oppofé qui
les flanquent, ont également du canon pour
protéger la baie; mais ce dernier en a une
double batterie. Une petite anfe laiffe enfuite
l'efpace d'un petit port qui eft bordé par
Tarienal, par. des ballins de conftrudion &
par diverfes maifons de la Compagnie & des
particuliers. Le mur de la Ville reprend fur
la pointe oppofée de ce port, & s'étend
jufques à un petit fort carré quel lesPortugais
avoient conftruit : cette Ville eft affez bien
fortifiée pour protéger la mer. Elle l'eft
moyennemert du côté de la terre, étant entourée d'un (imple mur garni de très-petits
baftions, 2 mais bordés par un foflé profond
ifons de la Compagnie & des
particuliers. Le mur de la Ville reprend fur
la pointe oppofée de ce port, & s'étend
jufques à un petit fort carré quel lesPortugais
avoient conftruit : cette Ville eft affez bien
fortifiée pour protéger la mer. Elle l'eft
moyennemert du côté de la terre, étant entourée d'un (imple mur garni de très-petits
baftions, 2 mais bordés par un foflé profond --- Page 246 ---
VorAG E
& par un glacis bien entretenu ; quelques
des
ont des demi-lunes. Une
unes
portes
m'a
hauteur très-voifine nommée Hongary,
paru être très-importante.
&
Cette Ville, quoiqu'affez bien peuplée,
quelques belles maifons, eft généraleayant mal bâtie & fans ordre : elle a les fauxment de Hongary & de la Palmeyra; ce
bourgs
d'Indiens.
dernier eft agréable & très-peuplé
L'Ile eft très-étroite en certains endroits 2
où elle n'a qu'environ demi-lieue de largeur;
d'étendue vers la partie du
mais elle a plus
bourg de Mahim; elle eft généralement peu
abordable, même du côté de la baie, furtout à bafle mer : le fol y eft fouvent inégal;
il eft cependant affez peu élevé, mais à pic,
ou bordé de roches; il n'eft qu'un compofé
de gravier de roches, mèlé d'un peu de
terre : la bonté du mouillage & du port, qui
eft le feul commode & de cette qualité dans
la Terre-Ferme de PInde, a rendu cette
toute
elle eft cependant. devenue, pat
Ifle habitable;
cette raifon, d'une très-grande conféquence,
& je la regarde comme la bafe du pouvoir
des Anglois dans cette partie du Monde.
La férilité de fon fol y rend la vie difficile; mais les Anglois trouvoient chez les
Marates de Salcet, de Baffein & de la TerreFerme; --- Page 247 ---
AUTOUR -D U MONDE.
Ferme, les vivres qui leur font néceffaires. 24r
nouvel accroillement de
Le
ces partics, a beaucoup favorifé leurspofieffions la bonté dans
fireté de la pofellion de Bombay.
& la
LeN a vailfeau fur lequel j'avois paffé
remplil'objet de fon commerce
ayant
& étant, delliné
pour Bombay,
pour Surate où j'avois deffein, demer rendre, hous
Septembres mais le vent apriarcilimeslexgde étant contraire,
fortir, nous fimes obligés de
pour
longues bordées de depx roches louvoyer. Les
loin, nous tenoient
qui font au
alors en méfiance; elles fe'
nomment pieds de Carangear &rozde Chaoul,
dunom dés
mornes qui les avoifinent, &
comme. -
on l'a Vus fervent de
qui,
aux vailleanx
reconnoillance
:
Qui yiennent du large, lorfque : Vile : de Bombay eft couverte par les
terres plus élevées ide P'intérieur. Chaoul eft
un gros.morne qui préfente une forme prefque rondes. il, eft très-baut & fur la TerreKerme.au fud de Bombay. Carangear eft aufli
un - morne allez, e haur, qui eft fitué fur une Ifle
qui eft,a terre de celle de Bombay 3 il s'éleve
en. forme.de deux pyramides tronquées
coube d'ellipfes cette inégalité le fait diflin- en
guer en.grand &c petit Carangear,
Lorique nous eûmes doublé les pointes des
rochers des vieilles
Tome I.
Femmes, nous gouverQ
fud de Bombay. Carangear eft aufli
un - morne allez, e haur, qui eft fitué fur une Ifle
qui eft,a terre de celle de Bombay 3 il s'éleve
en. forme.de deux pyramides tronquées
coube d'ellipfes cette inégalité le fait diflin- en
guer en.grand &c petit Carangear,
Lorique nous eûmes doublé les pointes des
rochers des vieilles
Tome I.
Femmes, nous gouverQ --- Page 248 ---
Vo Y Ao E
& nous confernâmes au nord-nord-oueft, braffes; les brifes de
vions la fonde de douze
étoient trèsterre qui ici venoient du fud-eft venoient du
foibles; celles du large, qui y
conféquent contraires ,
nord - oueft, & par Les courans & le jufan
étoient très-fraiches.
trèsauffi nous gagnions
portoient au fud;
pas à propos, 2
lorfque nous ne mouillions
peu
& la brife de terre étoient
ou que le jufan
dans le même temps.
bout de huit jours le
Nous ne vimes qu'au
P'entrée du golfe
Cap de Saint-Jean; il forme
le pic
& il eft connoiffable par
de Cambaye,
eft dans le fud à lui; ce
de Saint-Jean, qui
seplacé dans un défaut de montagnes. 2 Le
pic,
en forme d'aiguille.
leve feul & très-haut,
le Cap à la dif
lendemain nous arrondimes à caufe des roches
tance de quatre lieues,
tenions par la
Favoifincnt; nous nous
qui
à dix-huit braffes, & nous
fonde de quinze
celle de douze qui
évitions, du côté du large,
& affez
avoiline un banc étendu, dangereux,
dans le milieu de ce golfe.
à pic, qui regne
la Onuofité
Notre route nous faifoit couper
forment
la côte des Marates & de Damum
que
nous découvrimes
les Septem- ici, & le 6 de Septembre
dans la rade
bre 1769. les vaiffeaux qui étoient mouillés aufli le lendede Surate. Nous y mouillâmes --- Page 249 ---
AUTOUR D U MONDL
main par dix braffes fond de vafe; la côte 243 eft
faine aux approches de la rive droite de la
riviere; mais elle ne l'eft pas autant vers la
rive gauche. Cette rade eft belle, mais elle eft
expofée à tout vent, & éloignée de
le
courant n'y étoit pas fi fort que dans terre; le golfe
& dans Bombay; mais dans le temps des
pluies, ce mouillage eft impraticable, à caufe
de la force du courant, de la crue de la riviere, des gros vents dx de la groffe mer; le
bord de la mer e(t alors prefque tout
On ne difinguoit du mouillage
noyé,
qui eft fur la rive droite, à la diftance qu'un village d'environ une lieue de la pointe de ce bord de la
xiviere. La ville de Surate eft fur la rivegauche,
à environ cinq lieues de l'embouchure; les bâtimens d'environ trois cents tonneaux feulement peuvent y remonter dans la faifon des
temps fecs; mais dans celle des pluies, les vaif
feaux de la rade peuvent y venir hiverner.Je
m'y rendis dès notre mouillage ; j'y vis le
Château qui eft enclavé dans la Ville, & fitué
fur le bord de la riviere. Cette fortification,
quoique irréguliere & d'un goût différent de
celui d'Europe 5 eft cependant affez bonne.
C'eft un compofé de très a groffes tours ou
ouvrages en ligne courbe qui fe flanquent
mutuellement ; ils font en amphithéâtre; &
) ij
ade peuvent y venir hiverner.Je
m'y rendis dès notre mouillage ; j'y vis le
Château qui eft enclavé dans la Ville, & fitué
fur le bord de la riviere. Cette fortification,
quoique irréguliere & d'un goût différent de
celui d'Europe 5 eft cependant affez bonne.
C'eft un compofé de très a groffes tours ou
ouvrages en ligne courbe qui fe flanquent
mutuellement ; ils font en amphithéâtre; &
) ij --- Page 250 ---
VorAGE
conféquent des batteries doubles;
forment dominent par la Ville & la riviere; Palentour
iis
mais le
eft clair, à une aflez grande diftance;
folidement confcorps du bâtiment, quoique
truit dès fon origine, mérite par fon antiquité
bien des répaiations, fur-t tout du côté de la
fiviere/Quoigueles, ravillonsAnglois & Maures
foient également arborés, il eft entiérement
y
des premiers; ils ont prefque le
au pouvoir
leurs
même pouvoir dans la Ville, quoique
troupes n'en occupent que certaines portes &
un baftion. Le relte eft gardé par les troupes
du Nabab, qui, dans les affaires importantes,
n'a que l'apparence de l'autorité, comme tous
les autres Princes de TInde, avec lefquels les
Anglois fe font alliés.
Les Marates de Guzurat ont auffi fous leur
garde deux portes de cette Ville au mur de la
premiere enceinte; car Surate eft formée d'une
Ville enclavée dans une autre. Elle leur paye
trbut, lorfqu'ils font affez forts
quelquefois
pour l'exiger.
combien cette Ville eft conTout annonce
laifance des Habifidérable, la richeffe ou
tans, la quantité de voitures, un grand comnombreufe, le bon marmerce, une populace
les néceffités de
ché Sc l'abondance de toutes
le
la vie, les belles maifons, quoique dans --- Page 251 ---
AUTOU R DU MONDY 245
goût Maure, la vafte étendue de la Ville ;
tout, dis-je, en annonce l'immenfité,
Je vis fortir le Nabab, dont l'efcorte étoit Pompe ds
de trois mille foldats, outre un même nombre Nabab,
de gens à pied & à cheval, & en palanquin;
cette marche donnoit l'idée de'la pompeAfiatique. Il avoit à fa fuite une mulique trèsbruyante, plufieurs chameaux, & quatre éléphans richement ornés.
- Je ne pus m'empêcher d'admirer Phumeur Genrils.
laborieufe des Gentils & de leurs femmes,
Outre quelques Banians qui s'adonnent au
commerce par état - 2 les Gentils des baffes
Caftes font dans ce Pays tous les travaux
pénibles; certaines de CCS Calles croient à la
Métempfycofe.
:II y a une autre efpece de
qu'on
gens,
Guebres,
nomme Parfes ou Perfans, qui ont confervé
quelques reftes de la loi de Zoroafire, &' qui
adorentla Divinité fous l'emblême du feu : ils
pouffent la charité aflez loin, pour entretenir
une maifon où l'on prend foin des animaux
malades, & où l'on donne à manger à ceux
qui ont faim.
L'onm'affura des,chofes prefqueincroyables
des pénitences des
Yoguis,
Yoguis ou Pénitens Gentils. Les uns reflent toute leur vie un bras en
l'air; d'autres ne marchent jamais, & font le
Q iij
é fous l'emblême du feu : ils
pouffent la charité aflez loin, pour entretenir
une maifon où l'on prend foin des animaux
malades, & où l'on donne à manger à ceux
qui ont faim.
L'onm'affura des,chofes prefqueincroyables
des pénitences des
Yoguis,
Yoguis ou Pénitens Gentils. Les uns reflent toute leur vie un bras en
l'air; d'autres ne marchent jamais, & font le
Q iij --- Page 252 ---
Voy A
tour d'un Royaume, étendus à terre 2 en rame
pant fur le ventre ; d'autres ne bougent pas
de la place où on les a mis, quand même un
chariot feroit prêt à leur paffer fur le corps,
& ils fe feroient écrafer, fi une ame charitable ne les prenoit par la main pour les éloigner du danger. Un jour je vis un de ces Yola
guis faifant une très-rude pénitence, que
décence ne permet pas de rapporter, & prèchant fur le bord d'un lac, voifin d'une pagode; il lui ptit fantaifie de me fuivre en
prèchant, & il ne me quitta que lorfque je
sepaffai devant le lac où je l'avois rencontré,
Ces Yoguis font en vénération, & il eft d'ui
fage de leur laiffer prendre , ou de ne pas leur
refufer ce qu'ils demandent. Celui-ci prit diverfes chofes chez le Banian où j'allois, &
on le fouffrit patiemment.
Religionsde LesHabitans de cette grande Ville qui comSurate.
pofent le haut état, & la moitié au moins
du refte, font Mahométans; les Gentils font
enfuite les plus nombreux; les Parfes le font
moins; les Juifs & les Chrétiens font en petit nombre, & ces derniers ne paffent pas le
nombre de cinq cents. --- Page 253 ---
AUTOUR U MoxDz. 247
CHAPITRE II
ROUTES de Surate d TIfle de
&
retour
Salcet,
d Surate par les'terres des Marates des Provinces de Guzurat & de.
Baffein, avec divers fejours.
Arisr deffein de connoitre les
fis faire des habits à la
Marates, je
façon du Pays, &
ayant pris un guide de leur Nation,
fix jours après mon arrivée.
je partis
Je trouvai des villages de
lieues, & quelquefois
quatre en quatre Culeure d
plus près; leur voifi- Pays,
nage étoit femé de mais, de quelque
Iiz, de légumes, & d'autres
peu de
fait de
grains dont on
T'huile, ou d'autres, de la
def.
quels ont fait des cordages, Le Pays tige eft
coupé de
trèstivieres, qui ne font confidérables
qu'au temps des pluies.
Le lendemain, à dix petites lieues
de difance, j'arrivai à
ou coff
moyenne
Naufary, Ville de
de
grandeur, où l'on fabrique des toiles
coton; ; il y a un Fort Marate & des Pagodes, des jardins & des
J'étois furpris de voir la parterres charmans.
fortes d'animaux
familiarité de toutes
qui fe jouoient librement
Q iv
ne font confidérables
qu'au temps des pluies.
Le lendemain, à dix petites lieues
de difance, j'arrivai à
ou coff
moyenne
Naufary, Ville de
de
grandeur, où l'on fabrique des toiles
coton; ; il y a un Fort Marate & des Pagodes, des jardins & des
J'étois furpris de voir la parterres charmans.
fortes d'animaux
familiarité de toutes
qui fe jouoient librement
Q iv --- Page 254 ---
Voxao E
devant nous. Les arbres étoient
"d'oifeaux,
couverts
qui ne fuyoient pas à notre
proche, de finges & d'efpeces d'écureuils apfautoient tlégérement fur nos têtes, de branche qui
en branche, ou fur les toits des maifons; les
autres quadrupedes étoient auffi
nous mettoit également
doux, ce qui
hors de crainte de leur
part. Heureux effet de la coutume de cesPeuples, qui ne tuent aucun animal ! Ils font divifés en Caftes, & ia plus baffe
Marurs & taines fois de la
mange cerHfages des
viande. Le Gentil ordinaire
Geutils.
ne mange que du poiffon, des légumes
des fruits; mais le Banian & le
ou
eft la plus haute Cafle,
Brame, qui
dudions
ne vit que des
de la terre; il mange cependant pro- du
beutre & du lait. A mon arrivée à
j'étois très fatigué de ma route à
Naufary 2
je louai
un
pied;j
boeuf, monture ordinaire de ce Pays, &
je continuai ma route pour Gondivy. Je fus
bien furpris, lorfqu'à mon
on m'y
donna pour plat des feuillages diner, que je fus obligé dejeter moi-même, après avoir
qu'on m'avoit fervi deffus. L'on mangé ce
me donna
auffi une feuille pour gobelet, que je jetai de
même. Aucun Gentil ne vouloit y
& c'eft chez eux une fouillure que de toucher, toucher
au même endroit qui l'a été par la bouche
d'un homme d'une autre Calle; les Maures,
--- Page 255 ---
AUTOUR DU MoNDE. 249
les Gentils, les Parfes & les Chrétiens ont
tous les uns envers les autres la même façon
d'agir. Ces Parfes, qui fonctrèsnombreux au
village de Gondivy, font les mêmes qu'à Surate. Ils defcendent des anciens Habitans de la
Perfe, qui, pour caufe de Religion, furent
chaffés par le vainqueur 2 & fe font répandus
dans ce Pays.
Après avoir tratverfé huit lieues de Pays de Chef lieu
pacage, prefque défert, j'arrivai de Gondivy à des Guebres.
Pardy, 2 petite Ville formant l'apanage de fon
petit Souverain. Le lendemain j'arrivai à De.
man ou Damum; je ne m'y arrêtai pas, n'ayant
pas voulu me faire connoitre au Gouverneur,
qu'il étoit néceffaire de voir, & j'allai loger
à un quart de lieue de là, dans un Bourg,
compofé de quelques Chrétiens & de beaucoup de Gentils. Ceux-ci font ici fujets des Pofefion
Portugais, qui ont environ quatre lieues de Portugaife.
côtes, où font cinq ou fx villages, fur un fol
extrémement fec; leur pauvreré eft
& j'y,vis des Chrétiens
extrême,
d'aller
obligés, pour vivre,
chercher du travail chez les Marates :
ils font cependant généralement pareffeux &
orgueilleux. C'étoit le premier endroit depuis
mon départ, où je logeois chez des Chrétiens,n'y en ayant point d'établis fur la route
de là à Surate.Jec dépafailelendemsin
lesjolis
ou fx villages, fur un fol
extrémement fec; leur pauvreré eft
& j'y,vis des Chrétiens
extrême,
d'aller
obligés, pour vivre,
chercher du travail chez les Marates :
ils font cependant généralement pareffeux &
orgueilleux. C'étoit le premier endroit depuis
mon départ, où je logeois chez des Chrétiens,n'y en ayant point d'établis fur la route
de là à Surate.Jec dépafailelendemsin
lesjolis --- Page 256 ---
sgo
Vo Y A G E
villages Marates de Narguoil & de Barauly,
& le furlendemain, après fept jours de route,
nommé Danou. 11
jarrivai à un autre village,
sijouràDa- y avoit un Curé, 2 1 Naturel ou Indien Portusou.
gais, à quij'étois adreffé, & chez qui j'avois
deffein de féjourner.
des
Libreexer- Depuis Damum, on trouve par- tout
eice delaRele
autrefois par les
ligion Chié- Chrétiens, Pays conquis
ticnne.
Portugais 2 n'étant paffé que depuis environ
des Marates, 2 qui
trente ans fous le pouvoir
dans
les Religions. Il y avoit
ne gênent point
beaucoup de Chrétiens, un Curé,6
ce village
fête à l'occafion
une églife; j'y vis une petite
& même
de quelques mariages; les Marates,
les Brames de la plus haute Calle, que la curiofité attiroit, foit à la porte de l'églife, foit
tenoient avec une dé
aux divertiffemens,s'y
auroient eues
cence & une retenue qu'à peine
du Pays :
des Chrétiens, légitimes Seigneurs.
des
les procellions, les enterremens, T'ufage
Croix far les chemins, enfin tout culte extérieury eft auffi libre qu'en France.
Les Marates, & les femmes fur-tolt, ne
démentoient point Phumeur laborieufe que je
leuravois remarquée à Surate 3 il eft cependant
Comparaifoa entre les
les foi-difans Portugais, qu'on
Iadiens Chré- furprenant que
font
des
tiens & les nomme avfli Naturels, & qui ne
que
Genti's.
Gentils devenus Chrétiens, n'ayent embraffé
ft auffi libre qu'en France.
Les Marates, & les femmes fur-tolt, ne
démentoient point Phumeur laborieufe que je
leuravois remarquée à Surate 3 il eft cependant
Comparaifoa entre les
les foi-difans Portugais, qu'on
Iadiens Chré- furprenant que
font
des
tiens & les nomme avfli Naturels, & qui ne
que
Genti's.
Gentils devenus Chrétiens, n'ayent embraffé --- Page 257 ---
AUTOUR DU MoxpE.
cette Religion & fréquenté les Portugais 251
pour devenir pareffeux & vains; la
> que
tion des mauvais fujets que l'on exile fréquenta- du Portugal, & qui leur ont donné les premiers
exemples de leur vie chrétienne, bien
rente de ce qu'elle eût dû être, n'en 2
difféelle pas être la çaufe ? Je n'ai
pourroitpoint vu de dif
pute chez les Gentils, qui vivent tres-focialement, & font très-humains d hofpitaliers. J'étois très-bien reçu chez eux, & je l'étois à
peine chez les Portugais.
Quoiqu'il y ait chez les Gentils
de troupeaux de boeufs, c'eft un crime beaucoup
de mort de tuer ou de bleffer
puni
ces
qu'ils ont en vénération à caufe animaux, de
fervices.
leurs.
J'ai vu à leurs Pagodes différentes
defpeces
ftatues Relation fus
d'animaux, des arbres & des
la Religion
Les ftatues grotefques font des
pierres, des Geatils,
la
emblèmes de
Divinité, & le refte de leurs Idoles eft
vénération pour le fouvenir & la
en
tion de
repréfentafervent, quelque bienfait reçu de Dieu; ils fe
comme les Parfes & les
de l'eau pour fe purifier, mais Mufulimans,
certains lacs. Il y en avoit
feulement de
entre
un de cette qualité
Ballein & Agaffein, où étoient de
belles Pagodes, Dans
trèsj'eus avec un
une converfation que
Brame, il m'affura qu'il n'ado- --- Page 258 ---
252VOTAGE
roit qu'un Dieu, qui étoit remonté aux Cieu
après avoir purgé la terre des Géans & de
Malfaiteurs, Je crois qu'ils ne font pas Idol
tres, & qu'iln'y en a point dans le Monde.J
ne fache pas qu'il y ait aucun Peuple
adore les Idoles ; mais la Divinité,
qu'elle
répréfentent fous diverfes figures.
dans une églife, à un autre Brame, J'expliqua les céré
monies & les engagemens du Baptême
dant qu'on baptifoit un enfant en notre pen
fence;i il en fut très-fatisfait, & me dit n'avoi pré
d'autre but dans fa Religion que celui
nous avions dans la nôtre, telle
la qu
que je lu
expliquai de mon mieux.
Marates, Marinedes Pendant mon féjour dans ce village, il relâ
cha dans la riviere une petite flotte de leur
bâtimens de guerre, qui font de la grandeu
de nos tartanes : ils les nomment Galvettes
elles n'ont que quatre ou fix canons, Ces bâ
timens leur fervent à purger la côte des Pirate
nommés Chamchas, qui viennent du fond du
golfe de Guzurat.
Route deDanou à Agaf-. Après quelques jours de
& vers
fcin,
féjour,
le
12 de Novembre, je me remis en route. Je
paffai à Trapor, Ville défendue par un Fort,
affez confidérable, & bien peuplée. Je fus enfuite à Mahim; c'eft un grand Bourg rlein
de Brames, & le lendemain j'arrivai à Agaf
côte des Pirate
nommés Chamchas, qui viennent du fond du
golfe de Guzurat.
Route deDanou à Agaf-. Après quelques jours de
& vers
fcin,
féjour,
le
12 de Novembre, je me remis en route. Je
paffai à Trapor, Ville défendue par un Fort,
affez confidérable, & bien peuplée. Je fus enfuite à Mahim; c'eft un grand Bourg rlein
de Brames, & le lendemain j'arrivai à Agaf --- Page 259 ---
AUTOUR DU MoNDL.
fein : jy féjournai en compagnie d'un François qui commandoit trente Européens au fervice des Marates; il dépendoit d'un
Ragea Souveraines
ou Souverain, dontles pofleflions font dans sla tédecesPays.
Province de Guzurat, où il fe tient à un lieu
nommé Barauda. Celui duPays où j'étois, eft
un Ragea puiflant; il réfide à Puna ou Poney,
grande Ville fituée en dedans des terres.
Agallein eft diftant de cinq lieues d'une Ville
affez confidérable, nommée Baflein, où l'on & Fortification culture de
trouve une aflez bonne rade & une
ce pays.
riviere, fur laquelle l'on conftruit des grande bâtimens pour le commerce de la côte ou del'A.
rabie. Tout le Pays depuis Trapor eft trèspeuplé, & la côte eft bien fortifiée; elle eft
entiérement bordée de jardins. Outre les herbages, on y cultive beaucoup de
de bananiers & de cannes à fucre, cocotiers, & il
pas de Baflein à Agaffein
n'y a
un pouice de terre
en friche, ou qui foit deftiné à un autre
Les jardins font fertiles, & arrofés ufage.
quantité
par une
prodigieufe de puits à roue, tournés
par des buffles; mais dans les terres intérieures
& fur la côte, depuis Trapor jufques à
le fol eft, pour la plus grande
Pardy,
ment fec pendant les fix mois partie, de beau extrême:
Ce même fol étant inondé
temps.
mois de
pendant les fix
pluie,il y pouffe une quantité prodi-
un autre
Les jardins font fertiles, & arrofés ufage.
quantité
par une
prodigieufe de puits à roue, tournés
par des buffles; mais dans les terres intérieures
& fur la côte, depuis Trapor jufques à
le fol eft, pour la plus grande
Pardy,
ment fec pendant les fix mois partie, de beau extrême:
Ce même fol étant inondé
temps.
mois de
pendant les fix
pluie,il y pouffe une quantité prodi- --- Page 260 ---
V OY'A G E
£54
gieufed'herbe, qui feroit prendre cePays pot
une vafte prairie; car il refte fans brouffaille
le fol étant d'abord trop humide, & enfui
trop fec pour les produire. On ne trouve q
des dattiers fauvages du côté de Surate, & d
également fauvages dans la partie 9
palmiers
d'autr
eft plus au fud. Ces arbres ne donnent
leur féve, qui eft une boiffonaff
revenus que
fait de l'eau-de-vie. Le
bonne, & dont on
bois & leurs feuilles font employés pour
conftrudion des maifons, & pour les couvr
Tout le fol n'eft cependant pas en prairies C
planté de ces arbres; les champs de mais
du côté de Surate, & C
autres menus grains
beat
riz dans le fud de cette partie, occupent
de terrein; les Naturels du Pays for
coup laborieux, & bons cultivateurs. Cette quanti
d'herbes qui vient pendant la faifon despluie
amoncelée & bràlée dans les champs C
étant
fes cendre
riz, fert à fertilifer la terre par
feme
le riz comme nous femor
L'on ne
point l'avoir femé dans un er
le blé; mais après
eft parvenu
droit bien fumé, & après qu'il
dat
certaine
on le tranfplante
une
grandeur,
les champs. féchereffe du fol pendant le beau temps
Puits &
La
de faire cret
étaugs.
a donné lieu à des ames pieufes
où To
fer des puits vaftes & très-bien bâtis, --- Page 261 ---
AUTOUR D U MoNDE.
defcend par de larges efcaliers; la charité 255
a pouffées à établir des fonds
les
tions de ces puits, &
pour les réparadiens ainfi
pour en entretenir) les
que les uftenfiles néceffaires garpuifer l'eau & à abreuver les animaux,
à
La néceffité a forcé ces
à
dans d'autres lieux de
Peuples creufer
vaftes & profonds, où les grands étangs . 2 trèsramaffent & fuffifent à
eaux des pluies fe
abreuver les
pendant le temps fec.
Habitans
Iln'y a
eau que celle-là, lorfqu'on eft guere d'autre
rivieres & dans la
éloigné des
campagne ; mais elle n'eft
pas mauvaife, par l'étendue des
la contiennent.
réfervoirs qui
On ne trouve guere d'autres
ce Pays, que des tigres, des chiens animaux dans Animaur,
plus petits que ceux de
fauvages,
finges. Je n'y ai vu d'autres P'Amérique, & des
tourterelles,
oifeaux que des
quelques paons, des
grand nombre, une ou deux
perroquets en
oifeaux, & beaucoup de
e(peces de petits
f familieres qu'elles
comneillesqui y font
le dîner. Les
viennent fouvent enlever
les
autres animaux fe tiennent dans
de la montagnes fraicheur. voilines, où il y a des bois &
Les maifons de la
fimples; elles font
campagne font très- Defeription
bambous
conftruites de
des maifous.
& de bois de palmier; elles font quelques
cou-
en
oifeaux, & beaucoup de
e(peces de petits
f familieres qu'elles
comneillesqui y font
le dîner. Les
viennent fouvent enlever
les
autres animaux fe tiennent dans
de la montagnes fraicheur. voilines, où il y a des bois &
Les maifons de la
fimples; elles font
campagne font très- Defeription
bambous
conftruites de
des maifous.
& de bois de palmier; elles font quelques
cou- --- Page 262 ---
VOYAGE
feuilles du même palmier, ou de
vertss de
font faits avec des ofiers ou;
foin. Les murs enduits de limon.; mais- les
des gros des joncs Villes font belles, &c d'un, gout
maifons elles n'ont ordinairement quel deux
noble;
étage eft compofé de trois
étages, & chaque
fur le plus,
Jarges gradins en amphithéâtre, deux côtés deux;
haut defquels on trouve aux
cabinets, qui fervent à renfermer les:
petits
Au milieu de ce derchofes les plus précieufes.
nier gradin eft un grand efpace où font étenfervent à recevoir la com:
dus des tapis qui
premier gradin eft ordinairement
pagnie.Surle baflin. La face du bâtiment eft our
un grand foutenue en dedans par des colonnes,
verte,
entoure le mur, qui
& par-dehors une galerie
font
ferme les autres trois côtés. Les ballins,
des puits à roue, dont le rouage
remplis par
cha-
& la charpente font au premier étageyle
pelet S le pivot tournant s'étendent julques côté
& l'animal tourne à
au rez-de-chauffée, du pivot de la roue qui eft
du puits & autour
eft
au deffus de lui. Le pavé de ces maifons
compofé de pierres molles, pilées & liées avec
de Thuile & du blanc d'ceuf : ce
du platre,
eft tellement lié &. unisgarit
pavé bien battu,
d'un vernis
ne fait plus qu'une même pierre
trèsluifant, de la beauté duquel nos parquets
n'approchent
-de-chauffée, du pivot de la roue qui eft
du puits & autour
eft
au deffus de lui. Le pavé de ces maifons
compofé de pierres molles, pilées & liées avec
de Thuile & du blanc d'ceuf : ce
du platre,
eft tellement lié &. unisgarit
pavé bien battu,
d'un vernis
ne fait plus qu'une même pierre
trèsluifant, de la beauté duquel nos parquets
n'approchent --- Page 263 ---
AUTOUR DU Mo O ND E. 257
n'approchent pas, felon moi.On nomme
efpecede
cette
eft en terraffe
Lomtementaeas:
revêtue de la même algamaffe.
L'habillement des femmes confifte dans
piece de toile peinte
une Vétementy
d'abord
2 très-longue, qui fait
plufieurs tours autour de la
& qui s'y replie en arriere : on conferve ceinture,
moitié de fa longuéur, qui vient,
la
couvert les épaules,
après avoir
tombant
paffer fur la tête, B, en
en avant, fe replier par fon boutà la
ceinture, après avoir couvert le fein & les
bras. Cet habillement fi
fimple couvre exaétement tout le corps & même le
lorfqu'elles font à la
vifage ; mais
tomber fur les
campagne, elles laiffent
épaules la toile qui eft fur la
tête, & en la repliant, les épaules & le fein
reflent à découvert. Cette
toile, qui eft trèsfine, ne forme alors qu'une efpece
elles prennent enfuite le refte
d'écharpe $
ture, &
qui eft à la ceinl'ayant replié par le bas, fans en
prendre le bout, elles font paffer ce bout entre
les cuiffes, & il vient fe replier à la
ce qui forme alors une efpece de ceinture,
venantàr mi-cuiffe au plus. Les hommes caleçon
à la ville une longue robe
portent
d'un corfet coufu à
blanche, compofée
ouvert
un jupon; ; le tout eft
par-devant, & croifé par fon ampleur.
Lorfqu'ils font à la
Tome 1,
campagne, 2 ils porteng
R
elles font paffer ce bout entre
les cuiffes, & il vient fe replier à la
ce qui forme alors une efpece de ceinture,
venantàr mi-cuiffe au plus. Les hommes caleçon
à la ville une longue robe
portent
d'un corfet coufu à
blanche, compofée
ouvert
un jupon; ; le tout eft
par-devant, & croifé par fon ampleur.
Lorfqu'ils font à la
Tome 1,
campagne, 2 ils porteng
R --- Page 264 ---
VOYAG G E
pieces de toile, Pune
deux larges & longues
les
ou
& l'autre fur
épaules, 2
à la ceinture, bande de toile autouf de la
fimplement une
les cuiffes; ils fe
ceinture, & qui paffe entre
ont
la tête d'un turban : les femmes
couvrent
de
leurs cheveux
la tête nue 2 autour laquelle
font différemment noués.
beaucoup de bagues aux
Les femmes portent!
des anneaux de
doigts des pieds & des mains,
d'arverre au lieu de bracelet, & des anneaux elles
degrelotsi à la cheville dup pied;
gentgarnis boucles à chaque oreille, & elles
ont trois
un anneau à la féparation
portent quelquefois
leur front d'une
des narines ; elles ornent
leurs
dans la chair;
pauétoile d'orincruftée
noir
inférieures font peintes en
2 pour
pieres
relever la beauté de leurs yeux.
Les Gentils n'ont pas la coutume d'enterrer
Corps morts
mais de les brûler; ils font ordibrôlés.
leurs morts, 2
cérémonie fur le bord des
nairement cette
les cendres. Pendant
rivieres, où ils jettent
confacrent à la
l'année de deuil, les femmes
de
mémoire du défunt les premiers momens
des pleurs & des récits luguleur réveil, par
leur douleur. L'on m'a
bres fur le fujet de
Brames des plus
affuré que quelques femmes dans le bâcher
confidérables fe jetoient encore
mais qu'on les étouffoit à l'inf.
de leurs maris,
cette
les cendres. Pendant
rivieres, où ils jettent
confacrent à la
l'année de deuil, les femmes
de
mémoire du défunt les premiers momens
des pleurs & des récits luguleur réveil, par
leur douleur. L'on m'a
bres fur le fujet de
Brames des plus
affuré que quelques femmes dans le bâcher
confidérables fe jetoient encore
mais qu'on les étouffoit à l'inf.
de leurs maris, --- Page 265 ---
AUTOUR DU MONDE. 259
en les inondant de deux ou trois feaux
tant, d'huile; On me dit auffi qu'elles fe frottoient
d'huile avant cette cérémonie 2 qui étoit
cependant très-rare.
rendis à PIle de Sal- Paffage à
Le 6 Décembre je me
PIlle de Salcet, après avoir paffé par Ballein, qui en eft cet; tion du defcrip" fol.
bras de mer très- étroit en cerféparé parun mais il étoit de deux lieues de
tains endroits; Pendroit où jel le paffai. Cette Hle
Jargeur dans
un
n'eft féparée de celle de Bombay que par
autre bras de mer de très-petite largeur ; car
les déferteurs Anglois s'évadent à la nage par
dans les forts Marates de Varcet endroit,
lieues de lonfova & Bandora. Salcet a huit
gueur, &n'eft pas fi fertile que la grande terre;
le Pays étant un peu montagneux, on n'y voit
aufli
nombre de jardins que dans
pas un
grand
de
mais la camle Pays que je venois quitter;
de manpagne eft plus belle, elle eft couverte
guiers & d'autres arbres, ou fruitiers, ou produifant des petites fleurs qui embaument Pair.
Je féjournai au centre de Plfle à un village Mon féjouts
nommé Pary, près de celui de Malart. Ce dernier eft la réfidenced d'un Avaldar ou Commandant, fous un Soubedar ou Gouverneur de
réfidoit à cinq lieues de là, à
Province, qui
eft affez bien
un Bourg nommé Tana, qui
fortifié. La fituation de Pary me parut agréable
R ij --- Page 266 ---
V O Y A G E
le voifinage d'une fontaine
& champètre 2 par
confidérables,
& de deux étangs ou réfervoirs
auffi de
bordés d'arbres charmans. J'y jouis
l'accueil de quelques Brames, qui me firent
honnêteté. les Provinces des Marates font
mentdupays, Gouverne- commandées Toutes
fous l'autorité de Puna, par
politique, &
nomment fous eux
cuiture.
les Gouverneurs, qui
dans
quantité de Commandans particuliers,
diftriéts. Ces Avaldars levent les imdes petits & font exécuter les ordres du Soupofitions, 2
bedar par des Cypays.
Le fol n'eft point vénal comme en Europe e;
le donnant à
il appartient au Souverain, qui,
cultiver aux particuliers, retire en nature une
du produit, qui eft fixée decertaine portion de la culture : elle' n'eft pas
puis Porigine
le Colomby
exorbitante, afin d'encourager
Cultivateur, qui forme une Cafte à part,
ou & qui a fes Chefs pour foutenir fes droits.
Les autres impolitions font affez légeres 2
n'étant que d'environ cent fous par famille
PHabitant à faire des jardins
Pour engager
dix ans, le terrein
on a affranchi, pendant enfuite le Cercar ou
deftiné à cet ufage :
Gouvernement a le tiers du revenu. Le Soubedar fait les fonétions de Fermigr-Général.
donnant une certaine fomme au' Souverain
& qui a fes Chefs pour foutenir fes droits.
Les autres impolitions font affez légeres 2
n'étant que d'environ cent fous par famille
PHabitant à faire des jardins
Pour engager
dix ans, le terrein
on a affranchi, pendant enfuite le Cercar ou
deftiné à cet ufage :
Gouvernement a le tiers du revenu. Le Soubedar fait les fonétions de Fermigr-Général.
donnant une certaine fomme au' Souverain --- Page 267 ---
AUTOUR DU MONDE.
pour le total des impolitions qu'il fe charge
de retirer des particuliers Colombys > qui
font cependant à l'abri des vexations 2 leur
Chef étant très-puiffant &c prépofé pour les
foutenir. Les réparations ordinaires de la
Province, & les menus approvilionnemens
des forts & de la maifon du Gouverneur, fe
font par le peuple, fans diftinéion de Religion ni de fexe : on lui donne à ce fujet une
légere paye.
Après un affez long féjour dans cette Ifle, ReteuriDa:
nou.
le mois de Janvier 1770 étant prefque
écou'é, j'appris qu'un vaiffeau de la Compagnie Françoife 9 nommé lIndien, avoit
mouillé à Surate. Je voulus profiter de cette
occalion pour écrire en Europe, & je m'acheminai pour Danou, d'où le tranfport de mes
lettres à Surate étoit aifé; je m'y rendis après
cinq jours de route. En repaffant à Ballein, 2
j'admirai de nouveau la fimplicité policée des
Habitans de ces Pays; elle a cependant quelques nuances fuivant les Religions. Les Por- fuivant Caradere les
tugais font pareffeux & vains. 2 comme je l'ai Religions.
déjà dit; les Mahométans font fiers dans leur
fimplicité, & fe croient fupérieurs à tous les
autres; les Parfes ou Guebres fontinduftrieux,
mais très-intéreffés; & les Gentils, fur-tout
les Brames, font purement fimples & d'une
R iij --- Page 268 ---
Vo Y A G E
vie réguliere & douce. Quoiqu'iln'y ait qu'eux
dans les emplois, ils font extrêmement affables; les maifons du Gouvernement & de
la Juftice font ouvertes à tout le monde, &
adminiftrent l'un & l'autre font aufli
ceux qui
tout autre
acceffibles au dernier Payfan qu'à
homme. Le Soubedar fait tout par lui-mème;
pour tout vê
je Pai vu n'ayant quelquefois,
linge autour de la ceinture,
tement, qu'un
& il écrivoit fur fes genoux, ayant les jambes
croifées fur un tapis, en donnant audience à
immenfe., & écoutant tout le
un peuple bonté. J'avois de la peine à alPolice fim- monde avec
du Soupledecepays, lier cette Aimplicité avec la puiffance
les fortereffes,
verain. La grande population,
le nombre de troupes, & la culture des tercirconftances qui annoncent la grande
res,
d'un État policé, & en même temps
opulence
la bonhomie de ces gens, me furprenoient.
Cette bonhomie eft portée à tel point, que
j'arrivai à Salcet, l'Avaldar de Malorfque
rélart, après m'avoir fait une très-bonne
ception, demanda à celui qui me préfentoit,
étoit celui qui ferviroit de caution pour
qui
ordinairement
nia conduite, à caufe del'efprit
turbulent des Européens; je lui répondis que
d'autres cautions que
nos ufages n'exigeoient
nos biens & nos perfonnes, fi nous manquions
ft portée à tel point, que
j'arrivai à Salcet, l'Avaldar de Malorfque
rélart, après m'avoir fait une très-bonne
ception, demanda à celui qui me préfentoit,
étoit celui qui ferviroit de caution pour
qui
ordinairement
nia conduite, à caufe del'efprit
turbulent des Européens; je lui répondis que
d'autres cautions que
nos ufages n'exigeoient
nos biens & nos perfonnes, fi nous manquions --- Page 269 ---
MONDE.
AUTOURDU
Loix. Il me fit entendre que la férocité
aux
avec
de certains Européens 2 incompatible avoit forcés à les
leur douceur naturelle, les
lorfqu'ils commettoient quelques
écarter 1
ni à leurs biens ni
fautes, fans s'en prendre eût entrainé trop
à leurs perfonnes, ce qui
arrivé que des
de trouble. Il y eft, en effet,
réfolus ont tenu tête à des gardes
Européens & maitrifé des Villages, perfonne
entieres,
à leur fougue ; tant il eft
n'ofant s'oppofer
les Européens de
vrai que le préjugé qu'ont
leur
foutenir leur réputation de bravoure,
occafions une ame plus
donne en plufieurs arrive auffi quelquefois de 2
forte. Le contraire
Maures dans
& les Européens, fupérieurs aux
mêmes
deviennent inférieurs à ces
TInde,
font en Turquie, par je
Maures, lorfqu'ils
fais
fatalité & quel préjugé.
ne
quelle la caufe de cette douceur qui doucenr Caufe de des la
Je cherchois
fus tenté de la rapporter à Indiens.
me frappoit, & je
que ces
labftinence de fang & de viande,
Je penfai que
gens obfervent réguliérement. hommes pouvoit
l'ufage qu'en font les autres
&
la violence de leurs paflions, 2
augmenter
cette raifon, la
je ne pouvois attribuer qu'à traits d'un Gentil
différence de la douceur des
d'un
à la rudeffe de ceux d'un Mufulman ou
Chrétien, rudeffe dont nous ne nous apperR iv --- Page 270 ---
VOYAGE
le défaut d'objets de comcevons pas 2 par
même
paraifon, mais qui eft ici très-fenfible,
deux naturels du même Pays. 11 me vint
aufli entre dans l'idée que leur genre de vie pouvoit
influer : en effet, les Brames habitent peu
y dans les Villes, mais feulement dans les environs, &leurs maifons font au milieu de leurs
vaftes jardins; c'eft ce qui fait que cette côte
eft bordée
Trapor. Ce ne fut
en
depuis
je revins de
qu'après cette connoiffance, que
fi
d'avoir vu cette côte
mon étonnement,
trouvé enfuite dans
peuplée, & de n'avoir
la ville de Baffein, qui eft grande & bien fortifiée, que dcs gens de guerre, qui même
n'y reçoivent pas leurs familles. Cette demifolitude des Brames & des Gentils ne leur ôte
l'agrément de la Société, qu'ils font les
pas maitres de prendre ou de laiffer à leur gré;
mais elle les met à l'abri de fes défagrémens,
qui ne font que trop grands pour les gens qui
fe font enfermés dans les Villes. Le féjour
d'ane campagne toujours verte, la préfence
de leurs biens & de leurs troupeaux, l'affranchifement de la gène qu'occalionnent les
Villes pour les douceurs du ménage; tant de
raifons, qui rendent à rapprocher l'homme
bien être
du premier état naturel, pouvoient
la çaufe de la bonté du caraétere de ces hon-
ne font que trop grands pour les gens qui
fe font enfermés dans les Villes. Le féjour
d'ane campagne toujours verte, la préfence
de leurs biens & de leurs troupeaux, l'affranchifement de la gène qu'occalionnent les
Villes pour les douceurs du ménage; tant de
raifons, qui rendent à rapprocher l'homme
bien être
du premier état naturel, pouvoient
la çaufe de la bonté du caraétere de ces hon- --- Page 271 ---
AUTOUR DU Mo N D E.
Ils font auffi entretenus par leurs Idée deleuts
nêtes gens. y
n'en con- Loix.
Pon m'a dit être fages : je
Loix, quel
celui qui
nois que quelques-unes: : par exemple,
volontairement de payer le tribut au
refufe
le double de l'impoSouverain, eft puni par
fition, & jamais par une peine corporelle, droit
n'eft réfervée qu'à linfracion du
qui
L'affafina: eft puni de mort; le vol,
desgens.
du poignet & d'un efclavage
de la perte
féduéion illégitime eft punie
perpétuel, , & la
d'un oeil &c
chez les deux fexes, par la perte
mais il arrive rarement que
un égal efclavage;
d'en venir à ces extréla Juftice foit obligée
mités. CesLoix me femblerent très-judicicufes.
les Loix civiles & morales des
En général,
tendre à rapprocher
Indiens me parurent
& à le forcer à fe
T'homme de la Nature,
défendant
maintenir dans cet état, en le
des paflions. Les Loix
contre la fermentation
but, & les Loix
divines n'ont pas d'autre
d'autres,
humaines ne doivent pas en avoir
auffi
elles
leur objet : je crus
ou
manqueroient d'une Cafteà une autre,
que parl'éloignement
unila Société y gagnoit par des moeurs plus
formes, & par conféquent plus parfaites. faites à Ma façon de
Les réflexions folides que j'avois
vivre,, à ana- celle
PIe de Samar, fe confirmerent encore par logus des Brames.
la façon de vivre &c de penfer des Brames,
'autres,
humaines ne doivent pas en avoir
auffi
elles
leur objet : je crus
ou
manqueroient d'une Cafteà une autre,
que parl'éloignement
unila Société y gagnoit par des moeurs plus
formes, & par conféquent plus parfaites. faites à Ma façon de
Les réflexions folides que j'avois
vivre,, à ana- celle
PIe de Samar, fe confirmerent encore par logus des Brames.
la façon de vivre &c de penfer des Brames, --- Page 272 ---
Vox A G E
Yimitai fur tout autre point que celui de
que
J'habitois des jardins, où je mela Religion. vie douce & uniforme; du Iiz, des
nois une
cueillois & apfruits & des herbages que je
moi-même, fuffifoient à ma nourriprêtois & j'y étois accoutumé depuis longture, Je tâchois de diminuer l'extrême chatemps.
occalionnée mon
leur du fang 2 qu'avoit
du riz
voyage, en prenant la premiere eau
cuit à PIndienne 5 cette eau épaillie à un certain point, eft auffi douce que le meilleur
lait. Deux pieces de coton formoient mon
: j'en portois une à la
vêtement journalier
ceinture & l'autre fur les épaules; ; j'avois
laiffé croitre ma barbe àla façon des Grands,
& je marchois fouvent comme eux, la tête
& les pieds nus. Mon vêtement de cérérobe blanche, à la
monie étoit une longue
turban &c
Marate, pliffée à la ceinture, un
des fouliers à la Maure. Je paffois mon temps
ou à travailler dans le
à lire, à me promener
chevres & des volailles que
jardin : quelques
à
j'avois achetées ne contribuoient pas peu
& j'allois au Village quelmon amufement,
amis, Je.
enfin
quefois pour y voir mes
paffois
la nuit à la façon du Pays, fur des nattes 9
dont la fraicheur me procuroit un doux
fommeil. --- Page 273 ---
AUTOUR D U MoND 2 E.
mais
Je menai cette vie affez long-temps;
analogueà celle des Brames,
mafaçon de vivre,
Euroétoitfi différente de celle qu'y menentles de
m'avoit attiré la réputation
péens, qu'elle Chrétiens & même les Gentils
Pénitent. Les
vénération. J'étois apme regardoient avec
de lier
pelé à toutes les fêtes ; on s'emprefToit des
connoiffance avec moi; on m'apportoit
fruits choifis; enfin Pon regardoit mon genre
de vie comme celui d'un faint Pénitent, qui
fes fautes par fes auftérités :
vouloit expier
mémais je n'étois pas aflez vertueux pour elles
je fentois combien
riter ces louanges;
n'en eft pas
font embarraffantes, lorfqu'on
digne, & en vérité elles me gênoient. incommodité Maladie de
Je fus enfuite attaqué d'une
la peau,ordi.
affez commune dans ce Pays; elle fe nomme naire climat. dans CC
beaucoup. Ce font
Sarnas;elle me tourmenta
&
des groffes puftules qui viennent au corps
aux mains; j'en eus aux doigts qui me firent
tomber quatre ongles. Je fis quelques remedes;
mais étant fortincommodé depuis vingtjours, Départpour
je me vis obligé de partir pour Surate, oàj'ef Surate.
perois trouver plus de reffources pour ma du
guérifon. Le chiangement d'air, la fatigue
& un bain d'eau de mer firent
chemin, 2
partie de ces boudifparoitre la plus grande
tons, & je me portai un peu mieux.
us aux doigts qui me firent
tomber quatre ongles. Je fis quelques remedes;
mais étant fortincommodé depuis vingtjours, Départpour
je me vis obligé de partir pour Surate, oàj'ef Surate.
perois trouver plus de reffources pour ma du
guérifon. Le chiangement d'air, la fatigue
& un bain d'eau de mer firent
chemin, 2
partie de ces boudifparoitre la plus grande
tons, & je me portai un peu mieux. --- Page 274 ---
268,
VOYAG E
Depuis cinq mois que j'habitois ce Pays 7
j'avois couru de tous les côtés fans aucun
danger, j'avois été bien reçu par-tout 2 &
tout le monde me traitoit affez honnêtement.
Hofpitalité Je crus devoir cet avantage à mon habil-
& fureté de
pareil à ceux des Habitans, & à
ce Pays. lement,
filongue fatigue dans des
mon teint, qu'une
leur. Je
Pays chauds, rendoit femblable au
n'avois d'autre Langue pourr me faire entendre,
ufage, n'eft
que le Portugais, qui, quoiqu'en
généralement fu de tout le monde, & foupas
Indou.
vent, danscecas, on me prenoitpourunl
trouvé
la même
J'avois cependant
par-tout
hofpitalité & la même confiance. Je n'ai jamais entendu parler de vol, & j'ai fouvent
été pendant trois ou quatre jours hors de ma
maifon, dont la porte ne fe fermoit pas 2
de celles du Pays, fans
comme beaucoup
lon fàt
que je me fois jamais apperçu que
entré chez moi, J'avois remarqué une pareille fareté dans tous les lieux où le rang &
les richeffes, à peu près égales, mettent tout
le monde de niveau. Cette égalité ne donne
lieu à une infinité de vices qui n'augmenpas
de Tinégalité des rangs
tent qu'à proportion
& des fortunes.
de lintru ou carCainovaldes J'anivai à Pardy le jour
Centils.
naval des Gentils, qui alors courent les rues, 9 --- Page 275 ---
AUTOUI R D U MONDE.
ayant la figure & les habits barbouillés 269
poudres de différentes couleurs. Leur
de
tiffement confifte à danfer au fon de diverqui peut faire du bruit, & à barbouillér tout ce
pallans de même couleur qu'eux. Je couchai les
le lendemain à Naufary, dans un vafle
où un riche Parle entretient un beau jardin,
& un grand
parterre
pavillon, pour donner
talité à tout étranger : Jarrivailejour Thofpi19 de Mars, à Surate; j'allai defcendre fuivant,
le Chef de notre Comptoir,
chez
logement chez lui, & je fus qui m'offrit un
journer un mois
obligé de févaiffeau
pour attendre le départ d'un
Maure qu'un riche Négociant de cette
Ville armoir pour Baflora. Je connus
amplement cette grande Ville, qui eftlep plus
plus confidérable des Peuples de P'Inde. portle
annonce fa grandeur; la richeffe
Tout
des Habitans, la
ou l'aifance
grand
quantité de voitures, un
dance commerce, le bon marché & l'abonde toutes les néceflités de la
belles maifons,
vie, les
la vafte étendue quoique dans le goût Maure,
de la Ville,
-
en annonce Pimmenfité,
tout, dis-je >
Européens,
Le commerce des
toirs dans
ondaureoiadefmpiec
cette Ville, me fit
Compété peut-être
penfer qu'il eût
les côtes de lInde plus heureux pour eux que
euffent eu des Villes con-
commerce, le bon marché & l'abonde toutes les néceflités de la
belles maifons,
vie, les
la vafte étendue quoique dans le goût Maure,
de la Ville,
-
en annonce Pimmenfité,
tout, dis-je >
Européens,
Le commerce des
toirs dans
ondaureoiadefmpiec
cette Ville, me fit
Compété peut-être
penfer qu'il eût
les côtes de lInde plus heureux pour eux que
euffent eu des Villes con- --- Page 276 ---
VoYA G E
dans les lieux propres
fidérables commeSurate
Le pouvoir du Souverain
à leur commerce.
Villes où les CompaIndien, maître de ces
auroient néceffairement établileur comgnies eût été un frein à Tefprit de conquête
merce,
foit par les malheurs de la
qui le détériore,
de Pinduftrie
guerre, foit par la dimunition
à
des Indiens. Le commerce de Canton, qui,
eft
favorable
peu de chofes près,
également
à toutes les Nations qui envoient dans PInde,
& s'eft toujours foutenu, montre Tévidence
de ce raifonnement.
fertile &
Defcription Cette ville eft fituée dans une plaine
elle
de Sutate.
boifée fur la rive gauche dela riviere;
peu
les rues,
mal
domine la rive oppofée;
quoique mais
percées & mal pavées, font aflez larges,
elles font embarraffées parla grande quantitéde
& par fon travail : les maifons ont
populace,
au dehors; elles font cepenpeu d'apparence folidement bâties, de bon goût,
dant vaftes,
les places des
& commodes pour le climat;
marchés abondent & font très-bien pourenfn y l'aifance des Habitans s'y montre
vues; nombre de leurs Domefliques & de
par le
pouvant avoir
leurs Cypays (tout particulier
le nombre
des gens armés à fa folde), & par
& de carroffes. Les cabriolets 2
de palanquins
font pas moins nomdans le goût Maure, n'y --- Page 277 ---
AUTOUR D U MONDE. 271
breux que dans nos Capitales; ils font auffi
commodes & aufii lefles, quoiqu'ils foient
traînés par des boeufs, qui font accoutumés
à aller au galop; les bambous, qui compofent le timon & le train de cette efpece de
voiture, fuppléent, par leur élafticité, à nos
foupentes. Les jardins font beaux, & en grand
nombre. Leport eft très-fréquenté, & la conftruaion des vaifleaux y eft la plus folide
que
j'aye vue. Le commerce y eft tres-.confidérable,
guoiqu'il ait beaucoup diminué par la gêne
qu'il reçoit de la part des Anglois & du INabab. Cette Ville eft enfin l'entrepôt des immenfes produaions de cette riche partie de
Pinde, & les magafins y font par conféquent
fuperbes & bien pourvus. Outre les Comptoirs Européens, lesNégocians Maures, Parfes
& Gentils, y abondent : l'on peut juger de
leurs richeffes par celles du propriétaire du
vaifleau fur lequel je devois paffer. Quoique
fon commerce fàt diminué de plus de moitié,
il étoit poffeffeur de dix gros vaiffeaux armés
en guerre, qu'il donnoit à fret aux Anglois;
il avoit des Efclaves pour Faéteurs dans fes
différens Comptoirs, & pour Subrecargues,
Capitaines & Officiers de détail des vaiffeaux
qu'il chargeoit pour fon compte : il y arboroit fon pavillon particulier, ayant une fac-
quel je devois paffer. Quoique
fon commerce fàt diminué de plus de moitié,
il étoit poffeffeur de dix gros vaiffeaux armés
en guerre, qu'il donnoit à fret aux Anglois;
il avoit des Efclaves pour Faéteurs dans fes
différens Comptoirs, & pour Subrecargues,
Capitaines & Officiers de détail des vaiffeaux
qu'il chargeoit pour fon compte : il y arboroit fon pavillon particulier, ayant une fac- --- Page 278 ---
Voy A G E
à Balfora, également avec fon patorerie &c une Ifle affez confidérable dans
villon,
fouveraineté. Les reftes
TEuphrate en propre s'étendoient dans toute
de fon commerce
à Baflora. Sa
T'Inde, depuis la Chine jufques
maifon avoit au moins cent Efclaves fupérieurs, qui en avoient d'autres à eux. Lorfil étoit monté
qu'il fortoit en cérémonie,
entouré de fes parens, qui
fur un éléphant,
Sc de beauétoient à cheval ou en palanquin,
le
de gens de pied; deux cents Cypays
coup
bruyante termiprécédoient, & une mufique
à celle
noit fa marche, qui reffembloit plutôt J'eus
d'un Prince qu'à celle d'un particulier.
lieu de voir le jour du Courban-Beyran ( ou
Le falte
célébration du facrifice d'Abraham).
des Puiffances de cette Ville, qui accompale Nabab à la Mofquée, le nombre
gnoient
mufique,
des Soldats qui les précédoient,leur des vêla richeffe del leurs voitures, T'élégance
& P'immenfe quantité de peuples rentemens cette fête une des plus brillantes que
doient
imaginer; le Nabab étoit efcorté
lon puiffe fix mille Cypays, & de douze pieces
de cinq ou
livres. Dans cette efpece
de canon de douze
marche fe trouvoient aufli des Confeillers
de
avec leurs troupes du Pays,
Anglois, placés,
entre le Nabab & le Muphti.
Je --- Page 279 ---
AUTOUR DU MONDE. 273
Je n'ai vu nulle part autant de gens armés
dans cette Ville, & il eft difficile de
que
favoir qui en eft précifément le Maitre, des
Anglois, des Marates, ou du Nabab. Les Anglois ont la fortereffe & quelques portes, le
Nabab a la Ville & le Peuple; les Marates
enfin ont la garde de deux portes & une
armée qui vient chaque année lever le tribut:
aufi y a-t-il quelquefois bien de la confufion
ce conflit d'autorité. Mais je finis fur
par
cette Ville, dont la magnificence, quoique
dans un genre différent de celle d'Europe, eft
d'un goût noble & majeftueux. Le vaiffeau quement Mon embat- fug
Maure fur lequel je devois paffer étant prêt à un vaiffeau
mettre à la voile, je me rendis à bord.
Maure,,
A
Tome I.
S
aufi y a-t-il quelquefois bien de la confufion
ce conflit d'autorité. Mais je finis fur
par
cette Ville, dont la magnificence, quoique
dans un genre différent de celle d'Europe, eft
d'un goût noble & majeftueux. Le vaiffeau quement Mon embat- fug
Maure fur lequel je devois paffer étant prêt à un vaiffeau
mettre à la voile, je me rendis à bord.
Maure,,
A
Tome I.
S --- Page 280 ---
Vox A
a
CHAPITRE III
TRAVERSÈE de Surate a Balfora, avec
relaches a Mafcate, dans lArabie
nos
Aboucheir, dans
Heureufe, d Benderla Perfe, d l'Ifle de Careith, 8 un
cour féjour d Balfora.
mimes à la voile pour Baffora, le 20
Le 10Avril
Nous
1770.
& nous fûmes pilotés & efcortés
Pirates del la Avril1770,
une
côte de Malaà la fortie du golfe, par
gal
bar.
jufques
deftinée
vette Angloife, armée en guerre,
à purger cette côte des Pirates Sindys 2
Chamchas, & non dès Marates, comme on
le croit communément. La bonté du gouverfon attention à affurer la
nement Marate, Forbans
des forts &
côte contre les
par
par
des bâtimens qui font toujours en croifiere
& efcortent même le pavillon Portugais;
soutescesprécautions nej pourroientsaccorder
avec cette foule de Forbans qu'on nomme
Marates, & qui infeftent la côte de Malabar.
Ils font peut-être Marates en effet dans ces
parties, au fud; mais ils ne font pas approuvés
le Gouvernement, & ils ne trouvent afile
par --- Page 281 ---
AUTOUR D U MONDE. 273
chez différens petits Princes, prefque réque belles, dont ces côtes font femées.
Route &
Notre vaiffeau devoit toucher à Mafcate; atterrage de
faifon des vents de fud-oueft approchoit, Mafcate,
la
fur la côte de Sindy ou
& les couransportoient
celle de Diu : nous primes en conféquence
route vers T'oueft, & nous atterrâmes
notre fud-oueft des montagnes du Cap Redans le
côte balle & fablonneufe.) Nous
fulgat, fur une
dans le nord, & nous
longeâmes la terre
treize jours de
mouillâmes à Mafcate après
traverlée. Mafcate a, outre un très-bon port,
rade très-vafte; il y a quatre bralles &c
une d'eau dans le port, & il n'y a jamais
demie la houle, étant à labri des vents, parce
de la côte & les Ifles qui le forment font OCque
de hautes- montagnes. H y a auffi
cupées par fur la côte où nous avions atun autre port fud-oueft des montagnes du Cap
terré dans le
les
Refulgat; mais ih n'eft fréquenté que par
les Abyffins &c
Arabes, & en particulier par La fituation de
par ceux de la mer Rouge. d'Ormus, eft
Malcate; en dehors du détroit
heureufe pour le commerce; car cette Ville
au commerce de la côte
peut fervir d'entrepôt
de Perfe, dont la
de PIndus & du golfe
celle de Ja
navigation n'eft pas fi courte que
S ij
les
Refulgat; mais ih n'eft fréquenté que par
les Abyffins &c
Arabes, & en particulier par La fituation de
par ceux de la mer Rouge. d'Ormus, eft
Malcate; en dehors du détroit
heureufe pour le commerce; car cette Ville
au commerce de la côte
peut fervir d'entrepôt
de Perfe, dont la
de PIndus & du golfe
celle de Ja
navigation n'eft pas fi courte que
S ij --- Page 282 ---
V 0 Y A. G E
& dont le détroit d'Ormus eft
mer de PInde,
fouvent orageux.
quoique Maure Indien,
Qualités
Notre Pilote,
il déterminoit
d'un Filote avoit beaucoup de capacité;
Indien.
le point de fon vaiffeau,
tres-promptement
des
différentes des nôtres, que-je
avec
regles
me faire expliquer. Son' commandene pus
& tranquille, & il fe conment étoit précis
avoit levées des
duifcit par les cartes qu'il
de la Chine, 9 de Bengale & de
golfes
euffent été cultivés par
Perfe. Si fes talens
hardieffe
& s'il eût eu la
les Mathématiques,
les Européens dans leur navigation,
qu'ont crois qu'il eût fait un très-bon marin.
je Je defcendis à terre 2 & jy, vis un natif
Idéc del Mac
les affaires de France.
cate & de fes d'Hifpaham, qui faifoit
être
environs,po- litique defon Quoique la populace Arabe paffe pour
Souverain.
dans la Ville & à
méchante, je me promenai
je
fans être infulté, quoique
la campagne
Je vifitai la Ville,
fuffe vêtu à TEuropéenne.
eft très-mal bâtie; iy vis quelques jarqui où lon cultive des dattiers, des abricodins
bananiers & d'Europe, du
tiers, des figuiers
la
trefle & aflez de légumes, autant que petite
dans ces rochers
quantité de terre quifetrouve
le
ils'en récolte cepen
arides peut permettre;
del la
dant allez pour la fubliftance journaliere
itai la Ville,
fuffe vêtu à TEuropéenne.
eft très-mal bâtie; iy vis quelques jarqui où lon cultive des dattiers, des abricodins
bananiers & d'Europe, du
tiers, des figuiers
la
trefle & aflez de légumes, autant que petite
dans ces rochers
quantité de terre quifetrouve
le
ils'en récolte cepen
arides peut permettre;
del la
dant allez pour la fubliftance journaliere --- Page 283 ---
AUTOU R DU MONDE E. 277
Les vaiffeaux abondent
Ville & des Etrangers. aborde des bâtimens de
dans ce port- où il
& fur-tout ceux
toutes les parties de P'Inde,
de toute la côte, depuis
qui font le cabotage
J'attribuai la tranElcatif jufques à Ceylan.
des Arabes dans cette Ville, à leurhaquillité
les
2 au nombre des
bitude avec
Etrangers,
lon
Nations & des différentes Religions que
vèes de TIman de ce
y voit, ainfi qu'aux faire Aeurir le commerce
Royaume, qui veut
poffeflion de ce
& fa marine. L'ancienne
les Portugais, & la force qu'ont
terrein par
les Européens pour s'y
fouvent employées
donné
de cona
plus
faire refpedter, 2 leur y
del'Arabie:
fidération que dans! les autres ports
dans la
d'habitués
il n'y en a cépendant point
les attire
Ville, par la politique de PIman qui
dans fon port à caufe du commerce, ma's
craindroit les fuites de leur établiffement
qui
foit fur la
dans la Ville; car 5 quoiqu'elle
étant
Terre-Ferme, elie en eft prefque ifolée,
bordée de tous côtés par de hautes monne lui laiffent de
tagnes inacceffibles, 2 qui
communication avec le refte de PArabie, que
très-étroite d'un fol de rOC
par une gorge
forte
cent
très-efcarpé & raboteux; en
que
hommes peuvent défendre ce palfage contre
une armée entiere.
S H]
quoiqu'elle
étant
Terre-Ferme, elie en eft prefque ifolée,
bordée de tous côtés par de hautes monne lui laiffent de
tagnes inacceffibles, 2 qui
communication avec le refte de PArabie, que
très-étroite d'un fol de rOC
par une gorge
forte
cent
très-efcarpé & raboteux; en
que
hommes peuvent défendre ce palfage contre
une armée entiere.
S H] --- Page 284 ---
VOYA-G - E
Sa qualité, Cet Iman fe dit feul vrai defcendant de
fieu fidence. de fa ri- Mahomet; il porte un turban bleu, & non
vert, comme le portent les Cherifs de la
Turquie; il eft Souverain du Pays, & fe tient
à fa Capitale, qui eft lituée à cinq journées de
Mafcate, derriere des hautes montagnesarides.
Intérieur des On trouye, après avoir paffé ces montagnes,
tctres.
des plaines immenfes de dattiers, beaucoup
de troupeaux; & des campagnes agréables &
fertiles, peuplées d'Habitans affables. Je pris
ces informations du Faéteur François, qui
y alloit ordinairement, pendant l'été, fe mettre à l'abri des grandes chaleurs; car elles font
infupportables à Mafcate, par la réflexion des
montagnes & la rareté des pluies, qui ne
tombent tout au plus que quatre. ou cinq
fois l'année.
Nouniture Les Habitans de ce Pays ne fe nourriffent
dup pays.
guere que de dattes & de lait aigri & durci,
au point qu'il reffemble à de petits cailloux.
Ce lait étant diffous, forme une affez bonne
boiffon aigrelette ou une efpece de bouillie;
il ne vient que des légumes aux environs de
la Ville, qui font très-étroits & bornés par
des montagnes fort hautes 8c pelées. La pêche
y eft extrêinement abondante, & les bâtimens
Sindys & Perfans, ainfi que les chameaux de
lintérieur des terres. 2 y portent les autres
petits cailloux.
Ce lait étant diffous, forme une affez bonne
boiffon aigrelette ou une efpece de bouillie;
il ne vient que des légumes aux environs de
la Ville, qui font très-étroits & bornés par
des montagnes fort hautes 8c pelées. La pêche
y eft extrêinement abondante, & les bâtimens
Sindys & Perfans, ainfi que les chameaux de
lintérieur des terres. 2 y portent les autres --- Page 285 ---
AUTOUR DU Mo ND E. 279
nécellaires à la fubliftance des Hachofes
bigans.
à Batavia & à Surate, UfageatJ'avois bien remarqué
& fur- pardderfen- mes.
général les femmes Afiatiques,
qu'en
, fortoient peu, & qu'à
tout les Mahométanes,
le.corps & le
Surate les dérnieres fe couvroient
d'un voile; mais à Mafcate cet ufage
vifage
ni dans les
étoit fi exaétement obfervé, 2 que
confé-.
marchés, ni dans les boutiques, ni par
dans les rues 2 on ne voyoit pas une
quent femme Arabe, & je ne vis, pendant le
feule
fis, que deux ou trois Négrelles
féjour quej'y étoient couvertes d'une efpece
efclaves. qui
de grande cape de toile bleue rayée. dans cette Départ de
Après quelques jours de féjour
de Mafcate paffage > au &c
Ville, qui eft une des plus commerçantes
détroit d'OrPArabie Heureufe, & après avoir pris un. mus.
Pilote du golfe de Perfe, nous appareillâmes, & nous fimes route pour le détroit
nous réconnûmes le furlend'Ormus, que' trouvâmes les vepts au norddemain. Nous y
oueft frais par grains, & nous louvoyâmes
dépalfer les Mles d'Ormus
huit jours, pour
& de Mamouth-Salam. détroit d'Ormus ont
Les bourrafques du
Indiens,
donné lieu à Pufage des vaifleaux lâchent
de copftruire un petit vaiffeau, qu'ils
à la mer en offrande à Mamouth-Salam, pour
S iv
le furlend'Ormus, que' trouvâmes les vepts au norddemain. Nous y
oueft frais par grains, & nous louvoyâmes
dépalfer les Mles d'Ormus
huit jours, pour
& de Mamouth-Salam. détroit d'Ormus ont
Les bourrafques du
Indiens,
donné lieu à Pufage des vaifleaux lâchent
de copftruire un petit vaiffeau, qu'ils
à la mer en offrande à Mamouth-Salam, pour
S iv --- Page 286 ---
VoYA G E
la colere des flots, & faire un échange
appaifer
après quoi ils repréfentent, par
de naufrage; fimulé, les efforts des Habitans
un combat
leur défendre l'entrée de
de ces côtes, pour
leur mer, & ils en reftent à la fin viatorieux.
Nous avions d'abord découvert le Cap
de la côte de Perfe, qui, en forme de coude,
l'on
forme l'entrée de ce détroit. Quoique
m'eût dit qu'il étoit d'ufage de le ranger,
on tint la route de l'autre bord, en gardant
un tiers de la largeur du détroit,
cependant diftance de la côte d'Arabie. Je crois que
en
n'étoit pas la meilleure, car le
cette route
vinrent au nord-oueft
lendemain les vents
la faifon des vents
frais & par grains; c'étoit
ils
de nord-oueft dans le golfe de Perfe;
y
pendant tout l'été, & le pallage du
regnent détroit eft alors critique à caufe de fes rafalles :
à y trouver la fonde, & on
on commence
à Baffora. Nous vimes la
la toujours jufques
auétoit un port
côte de Bender-Abally. 7 qui
nous gagnâmes le travers
trefois fréquenté; eft dans le fud oueft de
d'une petite Ifle qui
celle de Camron ou Kifmiche, entre lefquellés
: les vents nous adonnerènt un
il y a paffage
cette derniere
peu, & nous prolongeames
Iile du côté du large. Les vents de nord-oueft
debout
à Ballora, & les courans
font
jufques
côte de Bender-Abally. 7 qui
nous gagnâmes le travers
trefois fréquenté; eft dans le fud oueft de
d'une petite Ifle qui
celle de Camron ou Kifmiche, entre lefquellés
: les vents nous adonnerènt un
il y a paffage
cette derniere
peu, & nous prolongeames
Iile du côté du large. Les vents de nord-oueft
debout
à Ballora, & les courans
font
jufques --- Page 287 ---
DU MOND E. 281
AUTOUR
L'on range la
en dehors du golfe.
diftance
portent de Perfe à cinq ou fix lieues de
côte
fe maintenir dans la ligne de
feulement, pour le nord-o oueft clair qui
départition, entre d'Arabie qui eft d'ailfouffe vers la côte
des orages
Jeurs peu faine, & entre le parage
fur la côte de Perfe; l'on trouve
quiregnent
alors des crifes moins conmême quelquefois
notre route, nous laiftraires. En pourfuivant Iflots vers la côte de
sâmes au large trois
dont nous ne voyions pasles terres 2
PArabie,
tenions toujours à la même dif-
& nous nous
dont nous craignions
tance de celle de Perfe,
ne
ou les orages ou que les hautes montagnes
nous donnaffent du calme.
les Maures du Idéc du caJ'étois aflez bien traité par
ractcre Maures des Invaiffeau, dont le caraétere doux & pacifique diens, & de
le mien.
fuffent la Religion
s'accordoit avec
Quoiqu'ils
Mufulmans.
leur Religion, comme tous
fanatiques pour
ne les embarles Mufulmans des Villes, je
ils fairaffai nullement pour leurs cérémonies;
foient librement leurs prieres Sc leurs leêtures
feulement attention de
à mes côtés, & j'avois
fe profterme mettre derriere eux. 2 lorfqu'ils du côté de la
noient, fuivant leur ufage,
Mecque: Leur affabilité s'étendoit indifféremment fur les Gentils, fur les Chrétiens &
fur les Mufuimans; &
fur les Juifs, comme --- Page 288 ---
Vo Y A G E
bons traitemens me firent un peu revenir
ces de l'idée défavantageule que le premier abord
impérieux de cette Religion m'avoit donnée
de tous ceux- qui la profeffent: Je difcernai
fes principes juftes, mais féveres pour les
que
&
ne doivent leur origine qu'à
moeurs,
qui
nationale de leur Fonla façon de penfer
dateur, tendent à infpirer à fes Sectateurs
de
fur les nonleur opinion
fupériorité
charité des
croyans; mais que cette douce
également du caraêtere &
Maures provenoit
& des préceptes de la
des moeurs Afiatiques,
Religion Mahométane.
vaiffeau à
Derwichs.
On avoit donné paffage dans ce
de Derwichs, dont les moeurs,
une vingtaine
conformes à leur état, attirerent mon eftime.
Je liai fouvent converfation avec plufieurs
d'entre eux, & je leur trouvai les principes
de la plus faine morale qu'ils mettoient en
dans ce vaiffeau, où le mal-être
pratique
exerçoit leur patience. Il
qu'ils éprouvoient
en mourut un après beaucoup de fouffrances,
& je vis qu'il les foutenoit avec la plus grande
douceur; il expira avec un vifage ferein &
tranquille, qui marquoit le peu de peine que
lui donnoit la perte de cette miférable vie.
Maures du bord prioient fouLes principaux
ceux de ces Derwichs les
vent à leurs repas
ans ce vaiffeau, où le mal-être
pratique
exerçoit leur patience. Il
qu'ils éprouvoient
en mourut un après beaucoup de fouffrances,
& je vis qu'il les foutenoit avec la plus grande
douceur; il expira avec un vifage ferein &
tranquille, qui marquoit le peu de peine que
lui donnoit la perte de cette miférable vie.
Maures du bord prioient fouLes principaux
ceux de ces Derwichs les
vent à leurs repas --- Page 289 ---
R D U Mor N D E. 283
AUTOU
moralifles, de leur faire
plus éclairés & les'p plus
& de les leur exla leQture de leurs Livres,
pendant
ceux-ci les en entretenoient
pliquers
auffi fouvent
Je converfois
treslong-temps. Juif natif du Pays d'Aden, qui avoit
avec un
morales que les Afiatiques,
Hles mêmes qualités
avec lui.
3 je me plaifois à raifonner
Façon da
du vaiffeau me demandoient penfer des
Les principaux
ne
Maures.
a
pourquoi tous les Francs
penfouvent
ils ne reffoient pas fimplement, , pourquoi fans courir
chez eux,
toient pas tranquilles à l'autre pour ramaffer
d'un bout du Monde
ils porde largent, & pourquoi
& dépenfer
où ils étoient? ?
toient la difcorde par-tout
fachés dece que les Européens
Ils patoilfoient à leur faire prendre part à
étoient parvenus leur façon de penfer, dont
leurs interêts & à
tard, les funeftes
ils voyoient, mais trop
leur étaler les
conféquences. J'avois beau
d'état à foumots de gloire, d'honneur &
d'hontenir; ils ne connoiffoient de gloire, deleurs
neur & de devoir, que dansla droiture charitaations Sc dans les démarches fimples &
raibles. Je ne favois à la fin qui avoit plus de
mais
queje ne
fon d'eux ou de moi,
je voyois déliroient
les avois pas convaincus, & qu'ils
l'ètre de bonne foi:
font la
La plupart d'entre les Afiatiques
ots de gloire, d'honneur &
d'hontenir; ils ne connoiffoient de gloire, deleurs
neur & de devoir, que dansla droiture charitaations Sc dans les démarches fimples &
raibles. Je ne favois à la fin qui avoit plus de
mais
queje ne
fon d'eux ou de moi,
je voyois déliroient
les avois pas convaincus, & qu'ils
l'ètre de bonne foi:
font la
La plupart d'entre les Afiatiques --- Page 290 ---
Vov A G E
Ies
de les regarder
Idéc de ces grace à tous
Européens plus raifonnans
Peuplesfiucle comme des foux ingénieux,
sit fonnement
ceux du vaiffeau penfoient
a l'efpit. que raifonnables :
folide même; ils difoient que pour penfer
dement, il falloit reffembler à un Juge qui
doit s'ifoler de Pintérêt del'affaire qu'il traite :
chez les Eurocela leur paroiffoit impofmible
&
auxquels Phabitude des préjugés
péens ;
P'entiere liberté
des moeurs ne laiffoit jamais
affurer
de penfer. Ils croyoient auffi que pour
de lefprit, il étoit néceffaire d'avoir
la jufteffe
libre élaflicité de cerveau, ce qui ne pouune
chez les hommes d'affaires, ou
voit arriver
leurs idées vers
chez ceux qui tendent trop.
vis bien qu'ils n'avoient pas toutun but.Je
leur indolence &' nos
à fait tort; mais que
différence entre
foiblefles ne mettoient de
eux & nous 7 que du plus au moins, étant
eût des hommes affez imimpoflible qu'il y
fufque toutes leurs penfées
partiaux 2 pour
fent parfaitement juttes.
GéomeQuoiqu'ils ne fuffent pas grands
ils déciderent une fois, allez finguliétres 2
le fiége de la penfée jufte, par une
rement,
: ils la faifoient placer 7
idée géométrique
d'un angle extrè
par la Nature, au fommet
dont
mement obtus, formé par deux lignes,
les extrémités au point de rencontre repré
ufque toutes leurs penfées
partiaux 2 pour
fent parfaitement juttes.
GéomeQuoiqu'ils ne fuffent pas grands
ils déciderent une fois, allez finguliétres 2
le fiége de la penfée jufte, par une
rement,
: ils la faifoient placer 7
idée géométrique
d'un angle extrè
par la Nature, au fommet
dont
mement obtus, formé par deux lignes,
les extrémités au point de rencontre repré --- Page 291 ---
AUTOUR DU MONDE. 28;
Pune V'efprit & l'autre la raifon. Les
fentoient oppolées à ce point de rencontre
extrémités
par la qualité de
& prefque à elles-mèmes,
neemonnrauaua
leura angle
à Pefprit, & la itufelon eux s la folie oppofée
forte que fi on
pidité oppofée à la raifon; en
faifortoit du point angulaire où ils nous
la Nature, ou du point de
foient placer par
&c de la raifon, on ne
rencontre de lefprit
de la folie ou de
pouvoit que fe rapprocher
de la folie,
la fupidité; ils nous rapprochent de la ftu-
& hous les plaçons près du point
pidité.Je crois que ni les uns ni les autres ne
favent
fe maintenir. au fommet de T'angle;
pas
& nous fommes
ce fommet n'eft qu'un point,
fouvent
trop agités pour ne pas le perdre
de vue. Mais je reviens à notre voyage.
(ac
Nous devions toucheràl Bender-Aboucheir, Bender-Abous Relations
de la Perfe, où le vailfeau cheir.
qui eft un port
devoit faire une partie de fon commerce,
& prendre enfuite un Pilote de PEuphrate,
pris à Mafcate
parce que celui que nousavions
de ce fleuve,
ne connoiffoit pastembouchure
à Aboucheir,
& n'étoit engagé que jufques
Il étoit cepour le prix de cinquante roupies. à la dif.
pendant très-mauvais Praticien; car
d'environ
lieues d'Aboucheir, à
tance
vingt
trèsun parage où la côte forme un Cap --- Page 292 ---
VOYAG E
avancé, dont les roches portent fort au large,
fames obligés d'arriver. Nous trouvant
nous
nous fuffions
engagés entre cesroches,quoique
moins à cinq lieues de terre, les vents qui
au continuoient toujours au nord-oueft, étant
dans cet intervalle, très frais & pat
venus,
mouillâmes à deux lieues de la
grains, , nous
ils calmerent bientôt,
côte par vingt braffes;
& nous réappareillâmes: ; nous employâmes
douze jours à regagner le chemin que nous
nous doublâmes enfin ce Cap,
avions perdu;
lequel la côte fuit dans- le nord-eft;
après avions fes roches à fribord, & du côté
nous
Ilot & des bancs. , - qui font
de babord un
très-mal marqués fur nos Cartes, généraleexaétes, fur-tout pour ce golfe.
ment peu
les ruines d'uri
Six jours après nous gagnâmes
fortqui avoit été occupé autrefois par les Portugais, & enfuite la rade d'Aboucheir, qui,
foraine, a un fond de bonne tenue.
quoique
Les Anglois font les feuls Européens qui
commercent dans cette Ville; il y avoit alors
vaiffeau de cette Nation qui éto't mouillé
à un P'entiée du port; elle eft difficile, & formée
des bancs de (able qui portent fort au
par
aufli la rade eft-elle très-éloignée de
large; la côte eft d'ailleurs baffe vers le bord
terre :
de la mer.
qui,
foraine, a un fond de bonne tenue.
quoique
Les Anglois font les feuls Européens qui
commercent dans cette Ville; il y avoit alors
vaiffeau de cette Nation qui éto't mouillé
à un P'entiée du port; elle eft difficile, & formée
des bancs de (able qui portent fort au
par
aufli la rade eft-elle très-éloignée de
large; la côte eft d'ailleurs baffe vers le bord
terre :
de la mer. --- Page 293 ---
AUTOU R DU MoNI D E. 287
des rafraichiffemens quia abonNous primes
lon regarde comme
dent dans ce pays, que
lieu
de Baffora;1 le fol de ce dernier
le grenier
fes côtes voifines, qui
eft ftérile, ainfi que
commodités de Bentirent auffi toutes leurs envitons font trèsdet-Aboucheir, dont les
agréablés & fertiles. aufli un Pilote de PEuAprès y avoir pris & celui d'un batéat
phrates dont le falaire
fonder, fut de trente roupies, nous
pour fous voile, le vent étoit favorable,
mimes
Pembouchure de ce Aeuve.
pour gagner
fait quatre lieues, car
A peine avions-nous doublé PIlle de Careith,
nous n'avions pas
frais & exqué le vent reprit au nord-oueft
trémement chaud. Nous louvoyâmes , mais
dans la même
inutilement, le vent continuant
forcè; les courahs étant contraires, l'eau commençant d'ailleurs à nous manquer; câr nous
n'en avions pas fait à Aboucheir :nous mouillàmes à Careith, 2 pour en faire. Cette Ile appartient en fonveraineté à un Prince Perfan qui eft
tributaire de celui de Betder-Aboucheir; celui
ci rétire auffi un tribut de PIle de Barhein,
qui eft faineufe par fa pécherie de perles.
L'Empire de Perie eft démembré en plufieurs
Souveraineté, comme celui du Mogol; mais --- Page 294 ---
VovA G E
tributaires
Perfans fe reconnoiffent
les Princes
de celui d'Hifpaham.
Cette Ile de Careith 2 qui appartenoit
& dont les Anautrelois aux Hollandois,
eft
avoient même tenté de s'emparer,
glois
des Curdes & des
habitée par des Perfans,
les
Arabes qui ont une haine extrême pour
ils ont des bâtimens en forme de
Européens;
ils infeatent cette mer :
galere, avec lefquels
des,
ce ne font cependant pas précifement, EuroPirates; mais un vaiffeau marchand
qui ne feroit pas bien armé, rifquepéen,
infulte de leur part. Ils crurent
roit queique
aux
d'abord que notre vaiffeau appartenoit
Européens, & ils avoient arrêté notre canot,
relâcherent dès qu'ils furent allurés que
qu'ils
le vaiffeau étoit Indien.
auffi
Les Habitans d'Aboucheir aiment
peu
& le fond de ce golfe,
les Européens *
eft femé
depuis Barhein jufques à Aboucheir,
bâtimens femi-Pirates dont il eft
de petits
bon de fe méfier.
Les Habitans de Careith exigerent que nous
chez eux un fecond Pilote de PEupriffions
avoit une portion
phrate; le Gouvernement
de fon falaire; nous lui fimes en outre un
préfent,qu'il: ilnousrendit par un autre, fuivant
l'ufage
golfe,
les Européens *
eft femé
depuis Barhein jufques à Aboucheir,
bâtimens femi-Pirates dont il eft
de petits
bon de fe méfier.
Les Habitans de Careith exigerent que nous
chez eux un fecond Pilote de PEupriffions
avoit une portion
phrate; le Gouvernement
de fon falaire; nous lui fimes en outre un
préfent,qu'il: ilnousrendit par un autre, fuivant
l'ufage --- Page 295 ---
AUTOUR DU Mox D E.
Afiatique, & nous appareillâmes. Nos
l'ufage étant très - mauvais, la côte étant
Pilotes bordée de terres noyées, nous gacrès-balle,
de peine & en tâgnâmes, avec beaucoup du fleuve. Je vis qu'à
tonnant, P'embouchure
environ huit lieues de cette embouchure,
Pilotes fe méfioient beaucoup de ce
nos
l'embouchure du vieux lit -
qu'ils appeloient elle eft fur la côte des Curdes :
de PEuphrate; fur divers bancs & à travers
nous pafsâmes
où le Aeuve fe dégorge;
divers chenaux, par
échouâmes même deux fois; nous ganous enfin la côte des Arabes, après avoir
gnâmes tâtonné & chenalé. On envoya le canot
bien
chercher des branches de dattier;
à terre 5 pour.
reconnoiffance de la grande
elles font la vraie
de datembouchure, parce qu'il n'y a point
tiers fur les bords des autres pafles ; alors nous
donnâmes dedans avecaflurance. Cettepaffe eft
celle qui borde la côte de P'Arabie; elle n'eft
tortueufe, lorfqu'on eft parvenu à la
point
eft
tès-bafle;
vue de la terre qui
cependant les bancs. Il
alors on eft en dedans de tous
pieds d'eau à haute mer dans
n'y a que vingt
entre ces bancs :
le chenal le plus profond,
le courant eft tiès - rapide. Il faut prendre
garde de s'échouer dans les chenaux; car; 7
en prife à toute la ra*
dans cette pofition,
T
Tome I.
eft parvenu à la
point
eft
tès-bafle;
vue de la terre qui
cependant les bancs. Il
alors on eft en dedans de tous
pieds d'eau à haute mer dans
n'y a que vingt
entre ces bancs :
le chenal le plus profond,
le courant eft tiès - rapide. Il faut prendre
garde de s'échouer dans les chenaux; car; 7
en prife à toute la ra*
dans cette pofition,
T
Tome I. --- Page 296 ---
VOYAG E
le bâtiment échoué rifpidité du courant,
la
d'être chaviré : on' prend
précauqueroit
défaut d'un banc & au deftion d'échouer au
fous du courant qu'il a déjà rompu. donne à
Quant aux autres paffes que l'on
n'eft
comme la côte des Curdes
FEuphrate 2
des terres noyées. , je ne les
formée que par
rameaux de
regarde que comme de très-petits en le redu moins je n'ai pas vu,
ce fleuve,
fépare
montant, & je ne fache pas qu'ils'en
de branche un peu confidérable.
La branche que nous fuivimes, a, pour
certaine, les bords del la côtede
reconnoiflance font fecs & fablonneux, & qu'elle
PArabie, qui
avant d'être parlonge; il faut les ranger
bords
entre les deux pointes des deux
venu
qui font à découvert des
de PEuphrate 2
conféquent donner;
eaux; lon ne peut par le milieu de l'ouvert
avant ce temps, dans
du feuve. La côte Curde eft verdoyante
toujours noyée ; lorfque l'on
& prefque
des deux côtés 9
eft en dedans des pointes
Comme
le fond augmente confidérablement.
Baffora eft à quarante lieues de la mer, on y.
remonte avec le Aot & on mouille au Jufans
à l'abri de la rapidité
dans quelque partie, 2
excellente;
du courant.La tenue eft cependant
le fond eft de vafe jaunâtre, & les ancres --- Page 297 ---
AUTOUR DU MOND E. 291
Tont difficilès à déraper. Ce feuve eft aflez
à environ vingt - cinq lieues de
net jufques embouchure; il a alors quelques bancs,
fon
devient un peu plus difficile.
& la navigation diftance, il fe fépare de
A cette même
un affez
T"Euphrate, fur la côte del'Arabie 2
petit canal qui eft navigable pour des bateaux
tonneaux; le long de ce canal
de cinquante
Arabes; ils commercent
on trouve des bourgs
Ville de l'Arabie
avec Baffora & Elcatif,
Nous
vers laquelle ce canal prend (on cours.
alors davantage la côte d'Arabie :
rangions
s'en méfier; car, comme elle
il faut cependant
dè
eft très -balle & quelquefois dépourvue
dattiers, eile eft en quelques endroits couverte par la haute mer.
de DerNous dépaisames une mofquée
viches, qui eft fituée fur la côte des Curdes;
nous vimes cnfuite des reftes de fortifications Soplacées fur les deux rives du fleuve, où
limancha, fameux Chef Curde de ces parautrefois les deux têtes
tiés, avoit appuyé
lui avoient
des chaînes & des bateaux qui
fervi à barrerle feuve.
A environ Gx lieuesdeBaffora, onlongellile
de Cheliby, qui refte à Aribord; l'on découvre
enfuite, fur la côte de PArabie, l'embouchure
d'une petite riviere, fur le bord de laquelle
Tij
, où
limancha, fameux Chef Curde de ces parautrefois les deux têtes
tiés, avoit appuyé
lui avoient
des chaînes & des bateaux qui
fervi à barrerle feuve.
A environ Gx lieuesdeBaffora, onlongellile
de Cheliby, qui refte à Aribord; l'on découvre
enfuite, fur la côte de PArabie, l'embouchure
d'une petite riviere, fur le bord de laquelle
Tij --- Page 298 ---
V O Y A G E
avec fon minaret; lon
eft une petite mofquée tiers de la
du
mouille vis-à-vis au
largeur
fleuve, en diftance de la côte del'Arabie.
Baffora eft fitué à un quart de lieue en
dedans & fur les bords de cette petite riviere;
s'étendent jufque fur les bords de
fes jardins
T'Euphrate.
trois bâtimens An11 y avoit au mouillage
deftinés à
glois armés en guerre, qui étoient
leur commerce à Baffora, à Abouprotéger cheir & à Mafcate, & à affurer leur navigales Habitans du fond du golfe
tion contre Cette Nation faifoit la plus grande
de Perfe.
de Baffora 5 & comme
partie du commerce dont cette Ville eft en
les Arabes &cles Curdes,
grande partie peuplée, ne font pas abfolument
bien policés, ou même comme Téloignement
donner au Gouvernement
de PEurope peut
idées de monoTurc de cette Ville quelques
parvenus àa avoir, fous
pole,leAnglouétoieney
cinq cents hommes de troudivers prétextes,
leurs vaifleaux
pes à terre; ; d'un autre côté,
étant mouillés à moins d'une portée de canon
de la Ville, étoient affez en forces pour fe
faire refpeater fi le casl'eût exigé. Quoique la
Arabe paffe pour - être très-mépopulace
les
& les Européens, 2
chante envers Étrangers
des
i'y ai vu des matelots Indiens au fervice --- Page 299 ---
AUTOUR DU MOND E. 293
lui faire la loi à coups d'aviron;
Anglois, 7
eût fait affommer tout individu
cette conduite Nation : tant il eft vrai que le
d'une autre
du maitre infpire à un ferviteur 9
pouvoir
de. la fupériorité fur
même peu courageux 2
inférieur en
ceux à qui il eft ordinairement
bravoure. Les Anglois font leur commerce
rondement & fans mefquinerie ; il eft
affez
leurs manieres impérieufes peutrès-étendu;
leur conduite attire cependant
vent déplaire 9
Teftime, Pintérêt applanit le refte. :
fes . Deferiptim
Cette Ville eft grande & affez peuplée; de Baffora fu- s
font de terre de même que toutes les & autres
murs
font affez mal bâties. ; la plupart j;ts.
maifons, qui
font fans fenêtres, ou en ont de très-petites,
donner aecès au vent chaud &
pour ne pas
commence fous les murs
bralant du défert qui
de l'Eude cette Ville. Il n'y a que les bords
phrate qui donnent des fruits & des légumes;
& de la côte
lon tire de Bender-Aboucheir néceffaire à
de Perfe le furplus de ce qui eft
la vie. La plupart des Habitans ne fe nourriffent que de dattes & de lait aigri, comme
dans le refle de cette partie de PArabie. J'y
obfervai auffi les mêmes ufages à l'égard des
femmes; il n'en étoit pas plus queftion que s'il
n'en eût jamais exifté, & l'on n'y voyoit pas
même des enfans de leur fexe.
T iij
fe le furplus de ce qui eft
la vie. La plupart des Habitans ne fe nourriffent que de dattes & de lait aigri, comme
dans le refle de cette partie de PArabie. J'y
obfervai auffi les mêmes ufages à l'égard des
femmes; il n'en étoit pas plus queftion que s'il
n'en eût jamais exifté, & l'on n'y voyoit pas
même des enfans de leur fexe.
T iij --- Page 300 ---
Vo Y A G E
&c
BafTora appartient au Guand-Seigneur,
eile eft dépendante du Bacha de Bagdad, qui
cependant très-peu en force, & eft obligé
yelt de ménager les Curdes & les Arabes. L'ony
Négocians Juifs & Arabes,
trouve quelques
Mafcate &
qui commercent avec Aboucheir,
Barheim ou Elcatif, fur-tout avec PIlle de
Barheim qui fournit de très-belles perles aux
Négocians d'Elcatif, & à ceux qui font établis dans les Villes fituées fur les bords de ce
canal quej'avois vu fe féparer de PEuphrate.
Arabesnot L'onm'a dit qu'il y a dans les déferts voiMa oaitaute fins de cette Ville, un Cheikr ou Chef Arabe
les Maqui a une haine irréconciliable pour
hométans, & qui n'adore qu'un feul Dieu,
fans aucun culte ni myftere; tous les autres
fur-tout des bords
Habitans de ces contrées,
du défert, font bons Mahométans & trèsreligieux ; mais l'on dit que dans le centre du
défert il y a des Tribus fortignorantes: 2 femiJuives & femi-Chrétiennes, ou plutôt fans un
culte bien décidé.
m'étois
J'avois devancé le vailfeau, & je
1770 Iezy3in fait mettre à terre le 25 Juin 1770; le Con-
& m'offrit
ful de France me reçut très-bien,
fes fervices.
ilétoit
J'appris squequinze joursauparavant,
Alep une nombreufe & riche caraparti pour
ignorantes: 2 femiJuives & femi-Chrétiennes, ou plutôt fans un
culte bien décidé.
m'étois
J'avois devancé le vailfeau, & je
1770 Iezy3in fait mettre à terre le 25 Juin 1770; le Con-
& m'offrit
ful de France me reçut très-bien,
fes fervices.
ilétoit
J'appris squequinze joursauparavant,
Alep une nombreufe & riche caraparti pour --- Page 301 ---
DU M o N D E. 295
AUTOUR
depuis Sude la traverfée
vane 5 la longueur
cette occafion, aje
rate m'avoit fait manquer
fix mois
d'être obligé de féjourner
craignois
attendre une autre caradans cette Ville pour alfez grand commerce:
vane. Baffora avoit un
du Grandavec la partie de PAGe dépendante moyenSeigneur par PEuphrate & le Tigre,
calle Bateaux de
grands bateaux qui ont une
P"Euphrate.
nant certains conftruits de bois de dattiers. >
tès-profonde, 9
tout autre bois manquant
& revêtus de cuir,
J'admirai auffi l'inabfolument dans ce Pays.
formoient
les Habitans
duftrie avec laquelle
ils font ronds,
les petits bateaux de riviere;
font faits qu'avec des ofiers flexibles,
& ne
de paniers, & enduits de
entrelacés en façon
nomlimon & de goudron. Ils font juftement
couffes, & ils ne vont en avant qu'en
més
le moyen d'une pagaye; cette
tournant par
affez nouvelle.
navigation me, parut
d'être obligé de fé- de Caravane Bedouina
La crainte que j'avois
cefla bientôt,
journer long-temps à Baflora, l'on m'avoit
&, conformémént aux avis que lendemain de
le
donnés à Surate, > jappris, d'Arabes Bercaravane
mon arrivée, qu'une vendre dejeunes chagers ou Bedouins, allant
la veille à deux
meaux à Alep, étoit arrivée
dans
journées de la Ville. Elle étoit campée
A
le défert, & le Chef envoya demander
Tiv --- Page 302 ---
Vo Y A G E
quelqu'un vouloit profiter de fon efcorte pour
Quelques Arabes des environs de
le traverfer.
& le Conful
Baffora faifirent cette occafion,
François fe donna la peine de convenir de
prix avec un de ces Arabes, pour le louage
d'un chameau pour moi, pour le port de mon
eau & de mes-effets, & pour le fervice d'un
autre Arabe qui devoit m'apprêter à manger,
Le vaiffeau Maure n'étoit pas encore arrivé.
courus chercher mes effets
au mouillage; je
j'avois laiffés à bord; je fis des provifions
que
m'habillai à la Turque, & après
de bouche 2 je
avoir remercié le ConfulFrangois de fes foins,
je me féparai de lui.
eau & de mes-effets, & pour le fervice d'un
autre Arabe qui devoit m'apprêter à manger,
Le vaiffeau Maure n'étoit pas encore arrivé.
courus chercher mes effets
au mouillage; je
j'avois laiffés à bord; je fis des provifions
que
m'habillai à la Turque, & après
de bouche 2 je
avoir remercié le ConfulFrangois de fes foins,
je me féparai de lui. --- Page 303 ---
R D U Mo: N D E.
AUTOU
CHAPITRE IV.
à Damas., par les
ROUTE de Balfora
déferts de TArabie déferte.
trois jours de féjour Baffota) Départ ds
Le 28 de Juin, après
la carapartis pour aller joindre
à Baffora,je
devoit fe rendre à
vane de Bedouins qui
bâti ou
je couchai le foir à un village
Alep;
fait mes conlogeoit PArabe avec qui j'avois
& qui m'avoit paffé une obligation
ventions, 9
à Alep; il me reçut fort
pour mon pallage moitié à la façon des Villes,
bien, & me traita
fuivant, le frere
moitic à la Bedouine. Le jour
de mon Arabe ayant pris fa place au voyage fois de
d'Alep ,je montai pour la premiere de huit
ma vie un chameau, en compagnie
Monarrivés
enfemble, & nousjoi- à la carava*
Arabes. Nous partimes
qui étoit pofée ne & d'Ara- à un
gnimes fur le foirla caravane,
camp bes,
d'un camp de Bedouins de ces parties;
près
Araelle pouvoit confifter en cent cinquante Le déchameaux.
bes. & quinze cents jeunes
de toute effert étoit couvert de troupeaux
du camp
aux Bedouins
pece quiappartenoient:
felon leur
voiln; le foir ils vinrent au camp 2
de
Ces animaux connoiffent' la tente
coutume. --- Page 304 ---
V O Y'A G E
leur maitre, devant laquelle ils viennent s'accroupir, & leur laitage & leur toifon fourniffent aux Arabes de quoi fe nourrir, fe vêtir
& feloger, feules véritables néceflités dela vie.
Le lendemain, toute la caravane fe mit en
marche, & elle formoit un affez beau coupd'oeil, par l'étendue du terrein qu'elle embraffoit.
nous trouvâmes un château
Rencontre Lejourfuivant,
d'un chateau ruiné avec des
od nous fimes de l'eau:
ruiné, & des
puits,
trouvâmes d'autres
puits.
deux jours après, nous
puits, & deux Arabes montés fur des ânes.
Séjour à un' A quatre journées sdelà, nous découvrimes
eamp Arabe.
l'on me donna une abe ou
un robe campement; à la maniere des Arabes, avec un mouchoir flottant fur la tête 9 que je fus obligé de
mettre pour ne pas être diftingué des autres;
car j'étois vêtu à la façon des Turcs, qui differe un peu de celle des Arabes, & fur-tout
decelle des Arabes Bedouins.
vêtement Cette abe eft une piece d'étoffe de laine,
Arabe.
compofe tout le vêtement des Arabes des
qui deux fexes; ils en ont une fine & blanche fur
la peau, & par-delfus celle-là une ou deux,
plus longues & plus amples, dont une refte
flottante, & l'autre eft fermée & tenue parune
ceinture; celles-ci font ordinairement grandes
& rayées de blanc & de noir ; celle qui refte
es Bedouins.
vêtement Cette abe eft une piece d'étoffe de laine,
Arabe.
compofe tout le vêtement des Arabes des
qui deux fexes; ils en ont une fine & blanche fur
la peau, & par-delfus celle-là une ou deux,
plus longues & plus amples, dont une refte
flottante, & l'autre eft fermée & tenue parune
ceinture; celles-ci font ordinairement grandes
& rayées de blanc & de noir ; celle qui refte --- Page 305 ---
AUTOUR DU MOKDE. 299
de: couleur noire :
bttante eft quelquefois forme aflez fimple, & pour
les font d'une
un
les bien peindre, on n'à qu'à s'imaginer
long, duquel on a ôté une
caulfi large que
s'en vêtir & y
ande dans fa longueur pour
deux
affer le cou; deux trous pratiqués aux
du fond du fac, laiffent le paffage aux
bins
à moitié couverts
ras, qui reftent cependant dela robe. Voilà leur feul
arl'ampleur dul haut exaétement & eft fort
étement; il les couvre
être
tile pourl le mauvais temps; car il ne peut dont il
T'eau, à caufe de la façon
énétré par
très-commode pour la chaa tiffu; il eft auffi
la preeur, étant affez épais pour rompre
hiereardeur des rayons du foleil, & laiffantpar
libre
à l'air. Les hombn ampleur un
paffage
de culottes
hes ni les femmes ne portent point
omme, dans les Villes; les hommes portent
mouchoir de foie &
ur la tête un très-grand
autre toile
le coton; il y eft attaché par une fait deux
le coton très - ample, qui, ayant tomber fur les
ours autour de la tête, vient
l'expaules qu'elle couvre par fon ampleur :
-
tédant des bouts du mouchoir de foie, après
Pêtre doublé fur la bouche & fur le nez, vient
dans la piece de coton qui le ferre
er replier
ainfi la bouche &
contre la tête. On couvre
qu'oc
ei nez, pour fe garantir de la fécherelie --- Page 306 ---
Voy A C E
le vent. Le véritable Bedouin ne fe
cafionne rafer ni la tête ni la barbe, & il arrange
fait cheveux en dix ou douze treffes flottantes.
fes Les femmes fe coiffent de même , & Pajuftement des deux fexes eft à peu près égal, exdans V'arrangement, la couleur des moucepté choirs, & les bijoux dont les femmes s'ornent
la tête. Elles fe couvrent le vifage 2 en metlaiffent entretant fur latêteune abe,qu'elles
fe conduire ; d'ailleurs, dans
ouverte pour
les deux fexes vont nus.
bien des occalions,
de
Je m'avançai avec les Arabes à un quart
lieue du camp; par méfiance nous avions
laiffé à deux lieuesderriere nous, les chameaux
menoit vendre.L'on courut demandet
qu'on
nous le donna, les
afile à cette Tribu, qui
on a une
Arabes ne le refufantjamais, quand
fois abordé leurs tentes; ; mais on le donne
avec les formalités de guerre. Les
guerticres." Formalités toujours Arabes campés firent fortir un nombre de
leurs guerriers armés de lances, qui coururent
fur nous. A leur approche, les nôtres fautant
à bas des chameaux, allerent au devant d'eux
à la courfe, & ils s'entrernélerent la lance en
de combattre avec de
arrêt, en feignant
enfuite dans le
grands cris. On les introduifit
& tout rentra dans le calme. Mes
camp 2
chacompagnons voulant trafiquer quelques
campés firent fortir un nombre de
leurs guerriers armés de lances, qui coururent
fur nous. A leur approche, les nôtres fautant
à bas des chameaux, allerent au devant d'eux
à la courfe, & ils s'entrernélerent la lance en
de combattre avec de
arrêt, en feignant
enfuite dans le
grands cris. On les introduifit
& tout rentra dans le calme. Mes
camp 2
chacompagnons voulant trafiquer quelques --- Page 307 ---
D U Mo N D E.
30F
AUTOUR
& demi.
eaux, nous ayi@joumimedemsisen mon conduêeur Vilite Arabe- a0
Jallai feul vifiter ce camp,
eamp
refufé de m'y accompagner 2 en feignant
yant
événement. Lorfquej je fus
e craindre' quelque
étoient rangées
quarante pas des tentes qui
Arabe
rencontrai un
qui
utour des puits, 2 je
il me demanda ce
enoit au devant de moi; fis entendre que la
uc je fouhaitois, je lui
uriofité m'amenoit. Il me falua civilement,
m'amena dans fa tente, oû, pour me faire
donna la
du fond; il
onneur, , il me
place
fourneau
toit Forgeron, & il avoit un petit
chauffoitavec du charbon fait de racines
u'il
peaux en forme
le ronces du défert; quatre
lui ferdeux enfans preffoient,
le veflie, que
comme toutes
roient de foufflets. Sa tente,
le
es autres étoit longue & partagée par
: la moitié étoit deftinilieu de fa longueur;
moitié
iée pour les hommes, & l'autre
pour de
es femmes, qui s'occupoient à travailler
a laine; je fortis, & j'allai vifiter les puits 9
Rui font fimplement des trous faits en terre
-
[ans revêtement; l'eau eft au plus à (x pieds
de profondeur. J'allai enfuite dans une autre
tente. :
, près de laquelle je voyois attachée une
Hes plus belles jumens, : ces Peuples les préferent aux chevaux ; je fus également bien
reçu par un bon vieillard, qui s'occupoit à
à travailler
a laine; je fortis, & j'allai vifiter les puits 9
Rui font fimplement des trous faits en terre
-
[ans revêtement; l'eau eft au plus à (x pieds
de profondeur. J'allai enfuite dans une autre
tente. :
, près de laquelle je voyois attachée une
Hes plus belles jumens, : ces Peuples les préferent aux chevaux ; je fus également bien
reçu par un bon vieillard, qui s'occupoit à --- Page 308 ---
YOYAG E
des uftenfiles de peau de chevre. Le
préparer ourdiffoient fur le fable des tentes d
femmes
poilde chevre;jufques à la jument & fon petit
tout vint me fentir. Je parcourus égale
ment une feconde enceinte de tentes ; toute
font ouvertes du côté oppofé au vent qu
regne fix mois de la même partie; on y tra
vailloit à la laine de chameau & de brebis, ot
au poil de chevre. Je fus furpris de l'air pet
curieux & peu empreffé de ces gens qui me
recevoient bien, mais ne fortoient pas de leur
elles étoient ouvertes dans leur Ion
tentes : laiffoient voir combien les Habitan
gueur, & nombreux; j'admirois cette rete
en dtoient
ordinai
nue, fur-tout de la pait des enfans,
rement amateurs de la nouveauté; car il ne
palle pas fouvent des étrangers par cette par
tie de l'Arabie, qui eft vers le milieu du défert
enfin fatisfait ma curiofité, je ine retirai
ayant
n'ont d'autres biens que leurs
Qqualités des Les Arabes
lieusdesAraLes chevaux, & particuliérement
bes.
troupeaux. leur fervent dans leurs courfes &à a
les jumens 2
ils font bons cavaliers
Ia guerre, & comme
Ce font les
ils favent très-bien les conduire.
vites que lon connoiffe, & qui fe nour
plus le
fobrement : on ne leur donne à
riffent plus
fois
Les
manger que très-peu, & une
par jour.
chameaux leur fervent, foit pour échanger
desAraLes chevaux, & particuliérement
bes.
troupeaux. leur fervent dans leurs courfes &à a
les jumens 2
ils font bons cavaliers
Ia guerre, & comme
Ce font les
ils favent très-bien les conduire.
vites que lon connoiffe, & qui fe nour
plus le
fobrement : on ne leur donne à
riffent plus
fois
Les
manger que très-peu, & une
par jour.
chameaux leur fervent, foit pour échanger --- Page 309 ---
AUTOUR DU MOxD E.
avec des grains ou autres néceflités de la 303
foit pour. le tranfport de leurs effets,
vie,
errent d'un endroit à un autre.
lorfqu'ils
leur manque, ou que l'eau des Quand P'herbe fol Qualité du défer. da
puits eft defféchée, ils décampent & vont chercher d'autres
parurages & d'autre eau dans des Pays moins
arides; car ces déferts font couverts d'un fable
Gn, mélé de gravier, 2 fur lequel on ne trouve
que quelques ronces d'un pied & demi au
de hauteur, & une efpece d'herbe de plus
pouces de hanteur, & d'une feule
quatre
Ke réunit
tige, qui ne
point en motte comme notre
Pendant l'été, il regne dans ces déferts gazon.
vent de nord -oueft,
un Climarchaud
par la
extrêmement" échauffé du défett.
réverbération du fable; &
ver, la chaleur du vent du fud eft pendantPhiinfupportable : elle y eft fi forte, encore plus
en eft crifpée, & les
que la peau
efti impoflible de fuer. Il pores fi refferrés, qu'il
faut être extrémement
véru, pour ne pas être brûlé
foleil, & nos vêtemens
par l'ardeur du
pas dans le
d'hiver ne fuffiroient
défert; l'on fe couvre le
nez &la bouche d'un
front, le
ble, afin
la
mouchoir épais & doupas la que chaleur du vent ne deffeche
poitrine, & que Phumidité
à ces parties du
néceffaire
ne laifle
corps puiffe s'entretenir; on
que les yeux à découvert
voir fe conduie; mais la clialeur pour pou-
& la réver-
pas dans le
d'hiver ne fuffiroient
défert; l'on fe couvre le
nez &la bouche d'un
front, le
ble, afin
la
mouchoir épais & doupas la que chaleur du vent ne deffeche
poitrine, & que Phumidité
à ces parties du
néceffaire
ne laifle
corps puiffe s'entretenir; on
que les yeux à découvert
voir fe conduie; mais la clialeur pour pou-
& la réver- --- Page 310 ---
VoYA G E
bération 304
du fable y fait reffentir des cuifor
aiguès, & qui affoiblifient la vue à lalongue
Defcription Le défert eft formé en grande partie par de
du défeit S
où la vue n'eft bornée qu
de fes ani- plaines immenfes,
C
maux.
le feul horizon. L'oeil cherche en vain
par quoi s'y fixer, & après avoir parcouru trift
ment une furface uniforme de couleur grif
qui ieftcelle du fable, & des ronces deff
tre, chées, il revient attrifté chercher un peu U
variété fur les effets & fur les troupeaux 9
Pentourent. Un filence profond accompagt
cet affreux payfage; point de quadrupedes
point d'oifeaux, pas même des infectes 9
puiffent le troubler. A peine dans toute PAr
bie déferte ai-je vu quatre lapins, cinq ou 1
rats, trois gros oifeaux, & fept à huit petit
encore ces derniers étoient-ils aux environsd
habités, & les lapins & les rats dans d
Pays plus terreufes que n'eft le fol ordinai
parties du défert; ces rats font d'une autree efpece gu
les nôtres, & très-jolis.
Leurs yeux font aflez grands (
& vifs,! lamou
tache mufeau & le haut du front eft bland
2 le
les
& le bou
de même que le ventre, pattes,.
de la queue ; le refte du corps eft jaune, d'u
poil affez long S très-propre; la queue eft me
diocrement longue, mais elle elt grofle,
couleur jaune, & términée en blanc: Mes con
pagnon
pece gu
les nôtres, & très-jolis.
Leurs yeux font aflez grands (
& vifs,! lamou
tache mufeau & le haut du front eft bland
2 le
les
& le bou
de même que le ventre, pattes,.
de la queue ; le refte du corps eft jaune, d'u
poil affez long S très-propre; la queue eft me
diocrement longue, mais elle elt grofle,
couleur jaune, & términée en blanc: Mes con
pagnon --- Page 311 ---
AUTOUR DU MONDE.
pagnons mangeoient Çes
zués à coups de bâton, rats, après les avoir
beaneoup d'adreffe fur le 2 qu'ils lancent avec
chemin du
pede ou de l'oifeau qu'ils veulent
quadruEnfin, les eaux font prefque attraper,
toutes
ameres, & en petite quantité dans falées,
menfe défert.
cét'imLes feuls Arabes font affez heurenx
s'être accoutumés à la dureté de ces contrées, pour des Caradere Arabes,
Amateurs de leur liberté,
chefles
méprifant les ri-
> durcis à la fatigue, regardant la
leffe & les plaifirs au deffous
mol
fideles à leur parole, &
d'eux, braves,
entreprenans,
hofpitaliers, fiers &
extrémement
recevant par cette raifon
foupçonneux, &
mes àla main, ils fe
tout érranger les arregardent
comme freres, & les befoins cependant tous
du moindre
ou les affronts
particulier deviennent
toute la Tribu; ils font
l'affaire de
peas à
extrémement circonfavoir effufion engager une affaire où il pourroit
de fang; mais ils
y
fang à quelque prix que ce foit. vengent Ils
ce
avoir fur le bien d'autrui
croient
qu'ils donnent
un droit égal à celui
au premier venu fur le
exerçant à fon égard la charité
leur, en
Cep principe les rend
& Phofpitalité.
toutes
voleurs fans être
Ces qualités & ces
aflaflins:
font cependant leur force & préjugés étranges
Tome I.
leur union; & 6
V
y
fang à quelque prix que ce foit. vengent Ils
ce
avoir fur le bien d'autrui
croient
qu'ils donnent
un droit égal à celui
au premier venu fur le
exerçant à fon égard la charité
leur, en
Cep principe les rend
& Phofpitalité.
toutes
voleurs fans être
Ces qualités & ces
aflaflins:
font cependant leur force & préjugés étranges
Tome I.
leur union; & 6
V --- Page 312 ---
VOYAGE
étoient adoucies par ia morale
leurs moeurs
j'ofe affurer qu'il
pure de notre Religion,
& n'y le
auroit pas de Peuple dont les ufages
caraêtere fuffent plus propres à approcher du
vrai bonheur, & qui fût moins fufceptible de
corruption. La férilité du Pays qui en défend
le féjour à tout étranger, & l'affure contre tout
Conquérant, la certitude d'avoirle néceffaire,
& Timpollibilité de jouir du fuperfu, telles
feroient les plus fûres défenfes des moeurs fim
ples de ces Peuples.
d'in
Ils ont des Chefs à qui leurs préjugés
Leurs Chefs.
n'ont donné une eertaine portion
dépendance
qu'ils connoiffent qu'il
d'autorité, que parce marche, qui agilie le pre
faut quelqu'un qui
de réunion des vo
mier, & qui foitle point
font fouvent
lontés de la Nation. Les Arabes
fui
en guerre, 2 & ils font divifés par Tribus,
vant le pere dont ils defcendent, ne prenant
d'autre nom que celui de fes enfans. Ceuxavec
quijétois fe nommoient Ben-Halet ou enfans
de Halet.
Ils font très-légers à la courfe à pied, adroits
Tafcription
détaillée fur àt manier la lance, de moyenne taille, nerveux, 2
lcs Arabes.
& d'un brun noir; ils ont les OS trèsmaigres, Les véritables Bedouins portent leurs
gros. cheveux & leur barbe, &c généralement tous
les Arabes portent la barbe, qu'ils ont très-
étois fe nommoient Ben-Halet ou enfans
de Halet.
Ils font très-légers à la courfe à pied, adroits
Tafcription
détaillée fur àt manier la lance, de moyenne taille, nerveux, 2
lcs Arabes.
& d'un brun noir; ils ont les OS trèsmaigres, Les véritables Bedouins portent leurs
gros. cheveux & leur barbe, &c généralement tous
les Arabes portent la barbe, qu'ils ont très- --- Page 313 ---
AUTOUR D U MoxD X.
fournie; leur figure' eft alongée; leurs traits fonc
grands & réguliers; leurs yeux font grands,
fecs, noirs, & d'une vivacité fombre, Cette
phylionomie, & l'idée qu'on fe fait d'eux,
leur donnent l'air un peu farouche au premier
abord ; mais on leur trouve bientôt de la
nobleffe & l'air mâle.
J'ai remarqué que les Arabes du milieu du Remarque
défert avoient les cheveux prefque" crépus, fur de leurs la quaiicé chefins, & à peu près de même nature que cenx veux.
des Negres. Dans un auffi court efpace
celui de ma traverfée, mes cheveux devenant que
auffi plus fecs, plus fins, & ne prenant point
d'aliment par le défaut de tranfpiration,
roiffoient vouloir auffi fe crêper, Le défaut pad'humidité extérieure & radicale, & la grande
chaleur du climat qui l'occafionne, ne pourroient-ils pas contribuer à cette qualité de
fineffe & de crifpation? Men fang étoit devenu
fec, & mon teirit différoit peu de celui d'un
Indou ou d'un Arabe; ; mais je n'ofe pas tirer
de ces obfervations, de plus fortes indudions
fur le rapport, des formes avec les climats.
Aneswotapptofondiparis fuite les moeurs fncwrica
& les principes des Arabes, jc revins de cette des drabss.
opinion générale qui leur donne la qualité de
voleurs. Diverfes circonflances où je me trouvai avec mes compagnons Arabes, me prouV ij --- Page 314 ---
V o Y A G E
.
verent leur fidélité, & je ne fache pas-a que des
bommerd'unemème Tribu fe volent entre eux;
il eft au contraire généralement connu qu'ils
vivent très - focialement; ils ne font dond
voleurs qu'envers létranger quileur eftincon
nu : encore n'eft-ce que dans le défert feule
ment, & lorfqu'ils font en petit nombre. Un
feul Arabe ne vole jamais dans les Villes ou
dans les Pays cultivés; ils n'y pillent que lorf
font raffemblés en corps de Nation. Ce
qu'ils
vol peut alors être regardé comme incurfion,
& comme une fuite du préjugé Arabe, qui regardetoutPeuple ou Tabuétrangerealaf fienne
comme ennemi, à moins de quelque convenLeurs vols dans les déferts
tion particuliere.
Ils
font une conféquence du même préjugé.
fufpendent cependant leur inimitié à l'égard
des étrangers, lorfqu'ils ont fait une efpece de
d'une certaine
treve avec eux, parle payement
fomme, qui leur donnel la liberté de paffer fur
leurs terres, ou lorfqu'un étranger eft protégé
ou ami d'un feul membie de la Nation, qui
la repréfente fans doute en entier par la fraternité quiles unit. Alors cet ami lui fert de fauved'ailgarde, & aucun denxnelemfcintcjemsits
leurs ils font poffeffenrs & fouverains de leurs
déferts, &c illeur feroit libre d'en empécher le
pallage à qui il leur plairoit, au lieu qu'ils
terres, ou lorfqu'un étranger eft protégé
ou ami d'un feul membie de la Nation, qui
la repréfente fans doute en entier par la fraternité quiles unit. Alors cet ami lui fert de fauved'ailgarde, & aucun denxnelemfcintcjemsits
leurs ils font poffeffenrs & fouverains de leurs
déferts, &c illeur feroit libre d'en empécher le
pallage à qui il leur plairoit, au lieu qu'ils --- Page 315 ---
ATTOUK DU MONDE 3og
qu'un tribut relatif à la quantité de
n'exigent
veutfairepaffer furleur termarchandifes qu'on être regardé comme une
ritoire; ce tribut peut
qui repréfente ict
douane, dont le particulier,
le
ou.
la Nation, a droit de retirer
profit,
d'exempter les paffagers:
l'exemptiont
Ce droit du particulier, pour
du tribut, eft ficonnu & fi bien érabli, queles
ordinairement un Arabe
voyageurs prennent de fa Nation. Avec cette
pour fauve-garde
mais ceux qui
précaution on ne rifque rien; font volés,
ignorent ces ufages, ou ceux qui
n'eft
jugent fans examen que la Nation entiere
compofée que de voleurs.
il me Leursmceur)
Malgré les défagrémens de ce Pays,
étoient accoutumés s'en
parut que ceux quiy
de lindépendédommageoient par le plaifir
vivent.
dance &de la fimtemitarelaguaileile
J'avouerai même que je n'éprouvai jamais
mieux qu'alors, & dans les déferts de PAmérique, les charmes de cette liberté que nous
donna le Créateur, & que nous perdons dans
les villes, dans les campagnes cultivées, & par
Thabitude duluxe & desd diftindions. Unefi fimple
toile quel'Arabe tranfporte oit bon lui femble,
legarantit,luid & fa famille, dela pluio & del'ardeur du foleil; 8cfa robe, où n'e entra pointlecifeau, plusample, mais dansle goût decelle que
V iij
, les charmes de cette liberté que nous
donna le Créateur, & que nous perdons dans
les villes, dans les campagnes cultivées, & par
Thabitude duluxe & desd diftindions. Unefi fimple
toile quel'Arabe tranfporte oit bon lui femble,
legarantit,luid & fa famille, dela pluio & del'ardeur du foleil; 8cfa robe, où n'e entra pointlecifeau, plusample, mais dansle goût decelle que
V iij --- Page 316 ---
V O Y A G
les Peintres domemàS.Jem-lDaptilsy couvre
fon corps. autant qu'illui eft néceflaire; il en eft
le tifferand, par conféquent fe paffe de tout
fecours étranger : tout le terrein qu'il voit aului
& fans'le limiter,
tour de lui,
appartient,
il
avec fes freres le pacage de fes
y partage rien n'y borne fa courfe, il peue
troupeaux;
la diriger où il veut. Dans un Pays policé, 2
chaque partie de fon corps eût éié différemment empaquetée & gênée par des étoffes ,
dont Tacquifition lui eût coûté mille foins, &c
dont la poffefion n'eût fatté que fa vanité, &
chaque pas qu'ila auroit fait auroit été foumisa
des réglemens & des ufages, fouvent contraires
au bon fens & à P'ordre naturel.
J'avoue que malgré Paridité des déferts,
cette liberté & cette égalité abfolues dont
jouiffoient ces Arabes, me caufoient quelque
impreflion agréable &c involontaire qui m'en
faifoit connoitre le prix. Ils ne font d'ailleurs
privés de tous plaifirs; outre celui d'être
pas libres, ils retirent des laitages de leurs troubien des mets agréables, & qui nous
peaux, inconnus. Ils s'amufent aufli à divers
Leurs excr- font
bons
cices& leurs cxercices, & je n'ai vu nulle part d'aufli
occupations.
ils ont des danfes très-gaies, & ils
coureurs :
s'appliquent fur-tout à celles qui repréfentent
dans leurs
leurs combats, en s'entremélant
pas libres, ils retirent des laitages de leurs troubien des mets agréables, & qui nous
peaux, inconnus. Ils s'amufent aufli à divers
Leurs excr- font
bons
cices& leurs cxercices, & je n'ai vu nulle part d'aufli
occupations.
ils ont des danfes très-gaies, & ils
coureurs :
s'appliquent fur-tout à celles qui repréfentent
dans leurs
leurs combats, en s'entremélant --- Page 317 ---
XUTOUK DU MONDE.
3II
la lance à la main, avec une dextérité
figures
J'avois vu ces danfes, également
incroyable.
& chez les Javans,
en ufage chez les Biffayes
font armés de
plus que les Arabes,
elles des
qui,de Les femmes ont auffi entre
boucliers.
foit dans le
danfes, foit dans le genre gai,
extrêvoluptueux; elles font fur-tout
genre
dans le dernier; elles ont
mement expreflives extrèmement Timaginabefoin de s'échauffer
danfes exigeant que
tion pour y parvenir, 9 ces leurs
& fur
le fentiment foit peint dans
yeux
& s'accorde avec les mouvemens
leur vifage,
Efpagnol & le
de leurs corps. Le Fandango
Calenda de PAmérique en font une repréfenque les Efpagnols & les
tation imparfaite.,
ont prife chez
Negres de Guinée & d'Angole
les Arabes leurs voifins.
Les Arabes fabriquent, avec leurs laines,
des tuniques & des tapis qui feroient honneur
à nos mamufactures ; la peau de leurs chevres
fert à faire leurs outres & les baquets pour
abreuver leurs beftiaux. Le change des troulear donne
peaux, qui les furchargeroient, dattes ou en
le néceflaire en vêtement, en
vont
grains dont ils ont befoin, & qu'ils
acheter dans les Pays cultivés. Certains d'entre
cultivent les
voifines de VEuphrate
eux
parties
ou des Pays habités qui en font fufceptibles.
V iv --- Page 318 ---
Vo Y
3 lE
Après les avoir enfemencées, ils abandon
nent leurs champs, & n'y reviennent
de la moiffon.
que lors
- idted'uae Il eft affez curieux de voir une
Tribuenmar- marche.
Tribu ert
che.
Une multitude de troupeaux couvre
le défert, & forme un coup-d'ceil tres-agréablement varié; quelques chameaux font chargés de tentes, de bagages, & de volailles qui
viennene s'y percher au premier mouvement
du décampement; d'autres chameaux
des animaux qui ne peuvent
portent
pas marcher, &c
qui, parleurs cris, marquent leur étonnement
de cette nouvelle fituation: : des femmes & des
enfans fon: entaffés fur d'autres chameaux; on
entend leurs cris confus & perçans, ainfi
ceux d'une infinité d'animaux de différens que
âges & de différentes efpeces. L'embarras des
femmes n'eft pas médiocre au milieu de leurs
petits enfans, dont les uns fe battent,
2 les
autres fautent ou pleurent à leurs côtés 5
d'autres femmes s'occupent, fur leurs chameaux, à files, ou à faire de la farine avec
leurs moulinsà bras. Toute cette confulion eft
dominée par des Jances de huit à dix pieds,
&l'on difingue de tous côtés la voix mâle des
hommes, dont une partie tâche de mettre de
Fordre, & l'autre entoure & forme le rempart
de cette Ville ambulante. Je reviens à notre
campement.
urent à leurs côtés 5
d'autres femmes s'occupent, fur leurs chameaux, à files, ou à faire de la farine avec
leurs moulinsà bras. Toute cette confulion eft
dominée par des Jances de huit à dix pieds,
&l'on difingue de tous côtés la voix mâle des
hommes, dont une partie tâche de mettre de
Fordre, & l'autre entoure & forme le rempart
de cette Ville ambulante. Je reviens à notre
campement. --- Page 319 ---
XUTOUK D U MONDE
Nous voulions continuer notre route par
milieu du défert, dont l'aridité affuroit
le
marche & nous éloignoit du campenotre
mais les Arabes de ce camment des Tribus;
trouvenous affurerent qué nous n'y
pement de l'eau, & on fe décida à prendre
sions pas
de TEuphrate, Le
la route qui fe rapprochoit
du
lendemain, nous allâmes 2 au point
jour,
faire de Peau aux puits du campement , &
le même flegme de la part des HaT'obfervai
fortoient
pour leurs bebitans : ils ne
que
& c'étoit
foins ou pour traire leurs troupeaux,
l'office des femmes. Toute la caravane remfes outresavec la même tranquillité que fi
plit euffions été feuls au milieu du défert ;
nous
je fuffe le
je remarquai fur-tout que quoique
feul de toute la troupe monté fur mon
différemment des
chameau & vêtu un peu
à peine deux ou trois enfans jeteautres, leurs
fur moi; les uns fe préparent
regards
les
roient à mener paitre leurs troupeaux,
leurs outres, & les auautres rempliffoient
avoir trait le lait de leurs chevres,
tres, après
leurs
appeloient leurs familles pour prendre
que s'ils euffent été
repas auffi tranquillement
feuls dans leurs tentes. Les femmes cependant
fe couvroient un peu le vifage 9 lorfqu'elles
paroifioient hors de leurs tentes, --- Page 320 ---
V O
AG -
d'un Rencontre lac & Aprèsavoir fait de l'eau, nous nous mimes
ruinéspayfa- d'un château en route, en prenant un peu plus au nordge du défert. oueft. Quatre jours après, nous trouvâmes.um
château défert à trois tours. 2 fitué près d'un
petit lac; nousy fimes de l'eau.qui étoit d'une
puanteur & d'une amertume extrêmes. La
curiofité & la foif m'attirerent vers ce lac &c
dans ce château; je voyois des rofeaux verts
agités par le vent, & une petite piece d'eau,
chofe très-rare dans ce Pays. Ce coup-d'oeit
me charnoit : j'approchai; mais au lieu d'un
endroit que je croyois être fi agréable, je ne
trouvai qu'un fol humide, & même un peu.
marécageux, dontl'eau croupie & corrompue
par la chaleur, étoit devenue couleur de fer
& de plomb, brillante dans certains endroits,
& plus noire dans d'autres; mais généralement ce marais exhaloit une odeur infedte. Je
parvins à un endroit où il y avoit beaucoup
d'eau, efpérant qu'elle feroit meilleure : elle
étoit encore noirâtre, & des rofeaux voifins
qui en étoient tcints, m'en dégoôterene
bientôt; j'ellayai cependant d'en boire, &c
elle me parut avoir un goût fétide & amer
qui me révolta. Je me retirai peu fatisfait de
ma curiofité, Le château étoit placé auprès
du lac, fur une butte de terre formée de
main d'homme, & haute d'environ vinge
étoit encore noirâtre, & des rofeaux voifins
qui en étoient tcints, m'en dégoôterene
bientôt; j'ellayai cependant d'en boire, &c
elle me parut avoir un goût fétide & amer
qui me révolta. Je me retirai peu fatisfait de
ma curiofité, Le château étoit placé auprès
du lac, fur une butte de terre formée de
main d'homme, & haute d'environ vinge --- Page 321 ---
DU MOND E.
AUTOUR montai & j'en cherchai la porte; 5
pieds : je étoit fi baffe, que je crus me trommais elle
deux pieds & demi de
per; elle n'avoit que & la moitié en largeur; le
hauteur au plus, & bâti de terre. J'entrai, & je
mur étoit épais
cour; à trois de fes coins
trouvai une grande
les
étoient -
étoient trois tours, dont
portes
encore plus baffes que celle par oh-j'étois Les
entré; elles ne m'inviterent pas à y paffer.
étoient très-hauts; iy montai, & je
murs
qu'au lieu de parapet, on avoit
remarquai courbé la fommité du mur de façon que lon
pouvoit en voir le pied: On avoit également
donné aux courtines, entre les tours. 2 une
augmenterleurs défenfes.
forme cintrée' 2 pour
mes regards
Après cet examen, 3 je portai
autour de ce château; fes environs me rappelerent au naturel les peintures de ce Pays,
telles que je les avois trouvées dans certains refte
Contes Arabes. Un filence profond; un
de fouffle d'un vent bralant par la chaleur du
jour, 8c qui étoit prêt à finir avec lui; une
d'un grifatre uniforme, pareil à celui
plaine
s'accordoit très-bien avec
de la cendre, qui
n'étoit bornée que
fa chaleur; une vue qui
trifte, unipar un horizon dont Patmofphere d'autre objet
forme & blanchâtre n'offroit
&
remarquable que le difque du foleil, pâle --- Page 322 ---
VoriCs
rougeâtre au moment de fon coucher; toty
enfin infpiroit la trifteffe & la réverie. Je defcendis de cet affligeant féjour, & je rejoignis
mes çompagnons.
dep puitssde Rencontre Nous continuâmes notre route le lendeteatesArabes. main, & après deux jours de marche, nous
fimes encore de l'eau à' des puits où nous
trouvâmes quatre tentes. 2 dont les femmes
vinrent raccommoder nos outres. Le lendemain, je penfai me caffer le cou, étant
tombé de deffus mon chameau, lorfqu'il
avoit voulu fe dreffer pour partir.
Chaffedon- Le troifieme
de
née a douze
jour route, après ces derArahas,
niers puits où nous avions trouvé
quatre
tentes, nous vîmes fur le foir douze Arabes
avec des chameaux. Le Chef de Ia caravane, fàr apparemment de leur petit nombre, fit courir après eux : on les chaffa à
coup de fufil, & ils laifferent fur le champ
de bataille quelques linges, des outres & des
maffues. Je ne pus applaudir intérieurement
à cette adion, & augurant que douze hommes n'étoient pas feuls dans ces parties, je
craignis les fuites de cet acte d'hoftilité. Je
comparois la précaution avec laquelle nous
avions abordé quelques jours auparavant le
camp Arabe, parce que nous étions les plus
foibles, avec notre audace à la vue d'un
ifferent fur le champ
de bataille quelques linges, des outres & des
maffues. Je ne pus applaudir intérieurement
à cette adion, & augurant que douze hommes n'étoient pas feuls dans ces parties, je
craignis les fuites de cet acte d'hoftilité. Je
comparois la précaution avec laquelle nous
avions abordé quelques jours auparavant le
camp Arabe, parce que nous étions les plus
foibles, avec notre audace à la vue d'un --- Page 323 ---
AOTOUR DU MONDE. 317.
peloton de gens qui n'étoient prefque poins
armés : ce procédé ne me parut nullement
généreux.
nuit fort tranquillement,
Nous pafsimesla
le lendemain nous continuâmes notre
&
les craintes de la veille fe vé4
route. A midi,
cavalier
verifierent : l'on découvrit un
qui
lon fit accroupir tous les chanoit à nous;
Apparemment
meaux 2 & Pon parlementa.
cavalier
car le
que l'on ne s'accorda point,
& chacun prépara fes armes.
s'en retourna,
Attaque;
Cependant la caravane fe remit en marche; combats, &
d'heure après, l'on vit s'avan- blocus caravane de In
mais un quart
de cavalerie & de pié- uneTribus par escer un bon nombre
ex- nemics
tons. L'on fit réaccroupir les chameaux
trêmement ferrés; lon déploya un pavillon
bleu avec certains caraéeres & fignes blancs :
les fuliliers s'avancerent à deux cents pas de
la caravane; les lances refterent à cinquante
du pavillon, qui étoit foutenu du refte des
Arabes, armés de fabres & de maffues, & qui
étoit planté au coin de la caravane du côté
de l'ennemi. Celui-ci s'avançoit en troupe au
nombre de cinq cents hommes;nous en avions
cent cinquante de notre part; on les attendie
cependant de pied ferme, avec des cris de
Allah-ou-Allah, par lefquels j'augurai qu'ils
prenoient Dieu à témoin de lagion qui al- --- Page 324 ---
VorAa I
Les ennemis étant arrivés à deu
loit fe paffer.
l'affaire
cents pas des fufiliers, engagerent
comme j'ai déjà dit qu'on l'avoi
la courfe,
nou
pratiqué au camp Arabe, près duquel
avions établi le nôtre quelques jours aupara
vant : alors commença une légere fufilladé
& les ennemis s'étendirent dans la plaine, al
fiégeant la caravane 5 mais ils ne s'appro
choient que de la portée du fufil pour lâche
leur coup, & fi queiquefois ils paroiffoier
vouloir foncer, 2 nous nous levions tous
courant à eux : quand ils nous voyoien
prèts a les recevoir, ils rétrogradoient a
Ce manége dura jufques à la nuit
petit pas.
les fufiliers fe rapprocherent, après que!
que
plupart des ennemis fe furent un peu éloigné
Il n'y eut perfonne de tué de notre part, 2 (
Arabes
avoir tué trois o
nos
prétendirent
des ennemis & deux de leurs chevaux
quatre Une partie de nos gardes étcient pofées el
avant, & celles de la caravane, en répon
dant au fignal de bonne garde ou de dé
couverte dans le défert, par des cris fin
guliers, donnoient une bonne idée de 1
prudence de ces gens-là. La nuit fe paffa al
camp avecbeaucoup de joie & dedanfes figu
ratives de combats. Mes compagnons exci
toient leur courage par leur nom de Ben-Hale
quatre Une partie de nos gardes étcient pofées el
avant, & celles de la caravane, en répon
dant au fignal de bonne garde ou de dé
couverte dans le défert, par des cris fin
guliers, donnoient une bonne idée de 1
prudence de ces gens-là. La nuit fe paffa al
camp avecbeaucoup de joie & dedanfes figu
ratives de combats. Mes compagnons exci
toient leur courage par leur nom de Ben-Hale --- Page 325 ---
XUTOUR DU MONDE 319
d'enfans sde Halet, & ils échauffoient leur
ou courroux par le nom de Turquis ou Turc,
regardent comme leur mortel ennemi,
Jerachai qu'ils de faire entendre à mon condugeur,
qui m'avoit paru brave & prudent, que lon
feroit très-bien de prendre des forces pour le
combat du lendemain, en fe repofant, fans
les épuifer par des marques de joie inutiles.
Je lui dis que fans attendre que le nombre
des ennemis augmentât, l'on feroit auffi fort
fagement de fe mettre en marche le jour fuiles chameaux dans le miVant, 7 en mettant
lieu, & les hommes armés fur les ailes, pour
faire face à T'ennemi.Je ne fus point écouté,
& je ne favois pas affez bien parler Arabe
pouvoir donner mon avis à laffemblée
pour des Arabes 5 qui fe tenoit autour du pavillon. Je me réfignai à la Providence, & tâchai
de profiter de quelque intervalle de fommeil,
dont j'étois quelquefois diftrait par les balles
qui fiffloient autour de mes oreilles.
Dès que le jour parut, on recommença
à celle de la veille, &
une attaque parcille
deux heures de comelle ceffa après environ
bat. Vers huitheures, on parlementa aveclennemi, & l'on me demanda de l'argent à emprunter; je promis celui que j'avois. On
reçut divers melfages des ennemis; mais on --- Page 326 ---
YOYAG
s'accorder, car l'ont
ne put pas apparemment d'emprunt, & l'on me dis
ne me parla plus
abfolument nous
que les ennemis vouloient
dépouiller, & que nous fuffions à leur difcrétion. Jejugeai qu'une animofité G extraordinaire contre des caravanes qui paffent tou
jours librement en payant une certaine fomme,
que du reffentine provenoit apparemment
hoftilité
ment qu'ils avoient de la premiere
nous avions commife contre les douze
Arabes, que
& de Peffufion du fang de leurs
freres dans le combat. Quoi qu'il en foit 9
la réponfe définitive des ennemis, 2 on
après fe tint de nouveau fur fes gardes ; mais nous
réfifter long-temps à cette
ne pouvions pas
fatigue : il y avoit cinq jours que nous avions
quitté les derniers puits, & nous n'avions
plus d'eau; P'extrême chaleur & l'agitation ou
nous étions épuifoient nos forces.
Le foir, les ennemis recommencerent une
nouvelle attaque, mais elle fut légere ; ils ne
s'approcherent qu'à la portée du fufil, &c
n'eâmes
de tué. La nuit fic
nous
perfonne
ceffer cette efcarmouche, & ils s'éloignerent
à une demi-lieue dans la plaine. L'on pofa,
comme la nuit précédente, des gardes avancées qui faifoient bonne garde, avec les fentinelles de la caravane. L'on alluma beaucoup
de
nouvelle attaque, mais elle fut légere ; ils ne
s'approcherent qu'à la portée du fufil, &c
n'eâmes
de tué. La nuit fic
nous
perfonne
ceffer cette efcarmouche, & ils s'éloignerent
à une demi-lieue dans la plaine. L'on pofa,
comme la nuit précédente, des gardes avancées qui faifoient bonne garde, avec les fentinelles de la caravane. L'on alluma beaucoup
de --- Page 327 ---
AUTOURDU MONDE.
de feux; mais je vis tenir fecrétement 321
coup de petits confeils, &
beau-.
fouvent à l'oreille, ce qui l'on-chuchotoit
ques nouvelles démarches. Vers m'annonçoit les dix quellon chargea les felles fur des
heures, de la Priparaiif tuite,
mon condudeur me demanda dromadaires ;
le porter fur le fien, & il le mon mêla linge pour
hardes; un autre Arabe
avec fes
les plus légeres, &lon
prit mes provifions
le refte. Je vis
m'avertit d'abandonner
même.
plulieurs Arabes en faire de
Cependant 2 quelque
on répartit la plupart de mes temps après,
divers
provifions fur
bien folidement. dromadaires, 2 & on attacha le tout
fur mon dromadaire L'on m'avertit de me tenir
poflible, &
le mieux qu'il me feroity
qu'on étoit dans le deffein de
prendre la fuite.
Quelles réflexions ne fis-je
lois être obligé de fuivre
pas alors ! J'alcourfe du dromadaire.
cette caravane à la
ces animaux
La dureté & l'allure de
m'expofoit aux dangers les
effiayans. Si je tombois à la
plus
je me trouvois feul dans
premiere fuite,
ou bienje rifquois
un défert immenfe,
les autres fuyards. d'être foulé aux pieds par
Dans le premier
voyois de reffource
cas, je ne
le nord,
qu'en faifant route vers
phrate pour rencontrer les bords de
; je les favois
PEuTome 1.
fréquentés, en cette
X --- Page 328 ---
Vox A G E
faifon, par des camps Arabes; mais ils étoient
éloignés au moins de quatre journées. Je défirois, dans certains momens, que les ennemis
vinffent fondre fur nous 2 pour me remettre
entre leurs mains, ou pour vendre chérement
ma vie : mais on m'avoit averti qu'ils ne recevoient pas leurs ennemis priforiniers , même
après les avoir dépouillés, & qu'ils ne donnoient Phofpitalité que dans leurs tentes 2 qui
étoient peut-être bien éloignées. Je mis donc
ma confance en Dieu feul; & je me repofai
fur mon traverlin en attendant le fignal de la
fuite.
Fuite & dé- Verslesquatrelheurese du matin, on redoubla
route de la les cris de bonne garde, & l'on alluma beau
caravaneiprécaution à cet coup de feux, qui, n'étant faits qu'avec des
égard.
ronces defféchées, s'éteignirent bientôt. Un
grand filence fuccéda , & vers les quatre
heures & demie, comme nos gardes avancées redoubloient leurs cris de bonne garde,
mon Arabe me fit monter fur mon chameau,
& au même inftant toute la caravane partit
comme un éclair, en fuyant dans le fud elt;
du côté d'ou nous venions.
Je remarquai, à travers l'énorme pouffiere
de fable qui s'élevoi; & rendoit notre départ
horrible à voir, que les chameaux deflinés à
être vendusavoient un pied attaché : on avoit
gardes avancées redoubloient leurs cris de bonne garde,
mon Arabe me fit monter fur mon chameau,
& au même inftant toute la caravane partit
comme un éclair, en fuyant dans le fud elt;
du côté d'ou nous venions.
Je remarquai, à travers l'énorme pouffiere
de fable qui s'élevoi; & rendoit notre départ
horrible à voir, que les chameaux deflinés à
être vendusavoient un pied attaché : on avoit --- Page 329 ---
AUTOUR-DU MOND E.
pris cette précaution pour
spparemment
éviter T'embarras de les emmener, 2 augmenter
celui de la pourfuite, & pour amufer T'ennemi
& arrêter fa courfe.
lieues dans le fud
Nous fimes environ trois
courfe du dromadaire.. La Pro-
& à la grande
où
widence feule me foutint fur cet animal,
perché comme fur une table; fes mouj'étois
moi d'une violence in-.
vemens étoient pour
chacun d'eux donnoit un grand
fupportable,
: mes deux mains me
choc à mes poumons
fervoient d'arc-boutans en avant & en arriere;
mais je les avois bleffées par le froiflement;
nerfs.n'avoient plus snireffortnife fentiment,
mes fus
fois à la veille de lâcher prife.
& je
vingt
dépouilLes ennemis-nous pourfuivirent,
des nôtres, & s'amuferent à
lerent plufieurs
piller les effets & les jeunes chameaux que
abandonnés pour accélérer notre
nous avions
de Baffora,
fuite. Le huitieme de notre troupe
leurs
qui faifoit ma cuifine 2 tomba entre
Fauffe route
mains à mes côtés. Leur occupation à piller 8x de feparation la carava
fit
nous les laiffâmes un peu loin derriere ac.
que &
ces trois lieues aul fud-eft,
nous ;
après
nous
de route, fept.que
nous changeâmes
&c nous nous
reftions de'notre petite troupe,
fut le
féparàmes de la caravane, J'ignore quel
fort des autres Arabes, n'en ayant plus enlX 1]
mains à mes côtés. Leur occupation à piller 8x de feparation la carava
fit
nous les laiffâmes un peu loin derriere ac.
que &
ces trois lieues aul fud-eft,
nous ;
après
nous
de route, fept.que
nous changeâmes
&c nous nous
reftions de'notre petite troupe,
fut le
féparàmes de la caravane, J'ignore quel
fort des autres Arabes, n'en ayant plus enlX 1] --- Page 330 ---
VoxA G E
Nous contournâmes au large
tendu parler.
venions de
&, laifl'efpace que nous
quitter, & le refte de la
fant par ce moyen les ennemis
repricaravane fur une route oppofée, nous.
chemin vers le nord - oueft.
mes notre
à la même aire de vent &
Fuyant toujours
trouvâmes un fol
avec la même viteffe, nous
dromadaire
femé de roches détachées. Mon
Je
broncha & fit un écart qui m'ébranla.
tombai aflez loin, & Panimal effarouché renHeureufement il fe trouva
Serviced'un verfa fa charge.
qui, faiArabe.
auprès de moi un Arabe généreux,
fit
fon dromadaire, me
fant vite accroupir
derriere lui. Un autre
monterà la hâte &cà poil
Arabe coupa les cordes avec lefquelles mes
attachés fur mon dromadaire qui
effets étoient
tous mes
les traînoit après lui. J'abandonnai
hardes dans le défert, & mon
vivres & quelques
dromadaire marcha à vide devant nous.
Vers les huit heures nous entrâmes dans
lit de torrent defféché, & nous nous y
un
tandis qu'un des nôtres alla obcachâmes,
s'il ne voyoit rien dans
ferver fur une hauteur
ni les
la plaine : il ne découvrit ni la caravane,
Nous remontâmes, & je repris mon
ennemis.
mauvais
dromadaire ; il n'avoit plus qu'un
d'un groffier couflin de foin qui
bât, compolé
morceaux de
entouroit fa boffe, & quatre
fféché, & nous nous y
un
tandis qu'un des nôtres alla obcachâmes,
s'il ne voyoit rien dans
ferver fur une hauteur
ni les
la plaine : il ne découvrit ni la caravane,
Nous remontâmes, & je repris mon
ennemis.
mauvais
dromadaire ; il n'avoit plus qu'un
d'un groffier couflin de foin qui
bât, compolé
morceaux de
entouroit fa boffe, & quatre --- Page 331 ---
DU MONDI E. 325
AUTOUR forme de fàt de felle qui ferroient
planche en
cette boffe. Je pourfuivis ma
ce couffin contre
la viteffe
de fouffrances,
route avec beaucoup
étant prefque la même. artivâmes à une fource douce. Puits d'cas
A dix heures nous
d'un
elle étoit au pied
d'eau très - douce;
qui en
rocher où croiffoient des arbufles,ce rendu de
alfuroit la bonne qualité. J'étois
de
Je bus' d'un trait près
foif & de fatigue.
me trouver
deux bouteilles, 2 & je penfai fans crainte
mal. Nous n'étions cependant pas
& fi nous avions eu peur
à cette aiguade;
tentes des ennemis,
d'y rencontrer quelqués
les traces fraiches
qui nous auroient attaqués, 2 abreuvés len matin,
des animaux quisy étoient méfiance. Un des
ne nous laifioient pas fans
d'oà il
nôtres étoit placé fur une hauteur,
à
faifoit bonne gaide, & nous étions prèts
fignal. Heureufement on n'apfuir au premier dans le défert, & je crois que
perçut rien
découverte.
notre contremarche ne fut pas
avoit Ginérolité
Je voulus récompenfer PArabe qui
des Arabes, compaaccroupir fon droma- m:s gnons; leur
fait fi généreufement
tombé de deffus houtiiture.
daire, lorfqu'en fuyant j'étois
le mien, & qui m'avoit enfuite pris en croupe.
Ce fervice m'avoit fauvé d'une mort prefque
inévitable ou de faim ou de foif, & il pouà tomber entre les mains des
voit Pexpofer
X iij
compenfer PArabe qui
des Arabes, compaaccroupir fon droma- m:s gnons; leur
fait fi généreufement
tombé de deffus houtiiture.
daire, lorfqu'en fuyant j'étois
le mien, & qui m'avoit enfuite pris en croupe.
Ce fervice m'avoit fauvé d'une mort prefque
inévitable ou de faim ou de foif, & il pouà tomber entre les mains des
voit Pexpofer
X iij --- Page 332 ---
Voy A G E
énnemis. Je ne pus lui préfenter que quatre
piaftres; il ne vouloit pas d'abord lesrecevoir,
ignorant ce qui me portoit à lui donner cet
argent, tant la chariré eft gravée dansle coeur
de ces gens.. A la fin je les lui laiffai fur fa robe,
& je m'en allai; quelques inftans après, il vint
me les rapporter, & je ne pus'les lui faire garder qu'en l'affurant que c'étoit un don volontaire que je lui faifois, parce que je l'aimois.
Il ne me reftoit plus de vivres, les ayant
perdus & abandonnés dans le défert : mais
mes compagnons, les bons Arabes, me nourrirent; ils me donnerent une ample portion
de gâteau d'orge plus grande que la leur; ils
le faifoient cuire fous la cendre ou le fable
réchauffé; ils le mettoient enfuite, en morceaux 2 & le pétriffoient une feconde fois
avec des dattes & du beurre fait avec le lait
de la femelle du chameau. Ce ragoût n'étoit
pas mauvais 2 mais nous pouvions rarement
le faire, à caufe du peu de provifions que
nous avions; à fon défaut, nous mangions
des dattes. Ils continuerent ainfi à me nourrir
jufques à notre féparation, fans jamais me
laiffer voir aucun motif d'intérêt, & en me
donnant toujours une portion plus confidérable de leurs vivres, que celle qu'ils fe réfervoient à eux-mêmes. --- Page 333 ---
DU MONDE.
AUTOUR
refler à cette air
Nous ne voulions pas
nous indiguade, crainte des ennemis que animaux. Nous
quoient les traces fraichies des
diner, &
montâmes fur nos chameaux après
courâmes jufques à la nuit, prefque Mon extrt.
nous
viteffe que le matin. J'étois me fatigue,
avec la même & de douleur; jétois courendu de fatigue
endroits qui fervoient
vert de plaies aux
bât ; & comme
à m'accrocher fur mon
arriere,. il me
les fecouffes le rejetoient en de Tanimal :
fur la boffe
laiffoit quelquefois fans fentiment, ne me
mes nerfs, devenus
alloient malgré
fervoient plus, & mes doigts
de mon fang,
moi, par la grande agitation clavecin. Cet état
comme des touches de
prendre
mbvoitmemefappéit néceffaire pour
dans
des forces;) je mettois mon unique efpoir dans la
le fommeil que j'efpérois prendre
mes
mais vers les neuf heures du foir 2
nuit;
dirent qu'il falloit repartir:
compagnons me
Heureufement nous
il faliut m'y réfoudre.
que je
n'alâmes cette fois qu'au grand pas,
pouvois alors aifément fupporter.
A deux heures du matin, nous nous repo- dorsâmes dans un endroit enfoncé, 8 nous
à Ox heures ; nous remimes un peu jufques
& nous continuàmes
montâmes enfuite >
tantôt au grand
notre route toutela journée,
X iv I
nuit;
dirent qu'il falloit repartir:
compagnons me
Heureufement nous
il faliut m'y réfoudre.
que je
n'alâmes cette fois qu'au grand pas,
pouvois alors aifément fupporter.
A deux heures du matin, nous nous repo- dorsâmes dans un endroit enfoncé, 8 nous
à Ox heures ; nous remimes un peu jufques
& nous continuàmes
montâmes enfuite >
tantôt au grand
notre route toutela journée,
X iv I --- Page 334 ---
VovAG E
pas, tantôt à toute courfe, fuivant
Vue del'Fuque le
phrate & de défert paroiffoit plus ou moins fréquenté. Le
ruines teufes. dou- lendemain nous découvimeslEaphiate & une
maifon fur' fes bords; mais ayant tout d'un
coup apperçu du monde, nous rebroufsâmes
chemin en fuyant à toute courfe. Dans ces
endroits nous appercevions des tas de pierres
de diflance en diflance, quiapparemment marquoient la direétion dela route.Je visa aufli des
monceaux de terre; mais leur forme ne put
point m'indiquer s'ils étoient l'ouvrage des
à
hommes ou de la Nature..Nous avions réglé
notre direétion depuis notre départ, en
nant pour point fixe, pendant le jour, M
cours du vent qui fouflle du nord-oueft ; &
pendant la nuit les étoiles nous guidoient.
çhameaux. Sobrictides J'ctois étonné de la bonté de nos dromadaires, qui different de ceux d'Afrique, étant
plus petits & n'ayant qu'une boffe. Outre la
farigue que devoit leur caufer la longueur
du chemin que nous faifions par jour, ils reftoient quelquefois quatre ou cinq jours fans
boire, & ils ne mangeoient qu'à la hâte & en
courant, le peu de ronces qu'ils pouvoient
attraper dans leurs marches; car ils reftoient
accroupis toute la nuit : ils ont la faculté de
reprendre, dans le befoin, leur boiffon & leur
nourriture, qu'ils n'ont çn quelque façon fait --- Page 335 ---
AUTOUR R DU Mo: N D E. 329
pour les ruminer enqu'avaler avec avidité, boeufs. Il eft d'ailleurs
fuite comme font les
de ces
inutile que je parle de la conftrudion
animaux, qui eft généralement connue. nous Aiguade.
Nous nous rendimes à des puits qui
d'autant plus néceflaires, que l'eau
étoient
nous avions
commençoit à nous manquer;
de les
attention d'y faire très-peu de féjour.,
aborder & de les quitter à la courfe. Par cette
moins à être
précaution, nous nous expofions
découverts par les gardiens des troupeaux
venoient abreuver &c dont nous
qu'ils y
fraiches.
voyions les traces encore
de Vusdesmon:
Nous découvrimes, quatre jours après,
tagnes, ,8ccid
à notre droite ; elles s'éten- du défert.
hautes montagnes
doient en avant de nous. Quelque temps
après,je vis un petit nuage qui fut fuivi de
plufieurs autres, ce qui me parut nouveau,
le défert n'ayant offert jufque-là qu'un ciel
très-ferein.
n'étions
fans crainte
Cependant nous
pas
& fans fatigue, par les marches & contremarches forcées que nous étions obligés de
faire, lorfque nous découvrions des traces
de rencontrer des
ou que nous craignions
trou- Campenens
Arabes, Quelquefois, lorfque nous nous
Arabes dant l'été. penvions fur la pente des hauteurs, nous étions
obligés de rebrouffer chemin à la grande
'un ciel
très-ferein.
n'étions
fans crainte
Cependant nous
pas
& fans fatigue, par les marches & contremarches forcées que nous étions obligés de
faire, lorfque nous découvrions des traces
de rencontrer des
ou que nous craignions
trou- Campenens
Arabes, Quelquefois, lorfque nous nous
Arabes dant l'été. penvions fur la pente des hauteurs, nous étions
obligés de rebrouffer chemin à la grande --- Page 336 ---
VorAG E
courfe, pour ne pas être découverts des et
droits bas de ces déferts, qui font ordina
rement habités pendant l'été. Quand les pa
fages étoient critiques 2e nous nous cachior
le jour & nous marchions la nuit.
Lorfque nous approchâmes de ces haut
montagnes, nous apperçûmes des fonds bla
chis par le falpêtre qu'avoient dépofé 1
eaux de l'hiver. Dans certains- de ces fond
le terrein formoit une croûte extrêmeme
feche, mais élevée en voûte, & féparée C
fol d'environ quatre pouces; de forte que no
dromadaires, fous qui elle cédoit en fe ron
pant, avoient beaucoup de peine à marche
Cette obie/eotappstemseitaprsemdeirboufoun
par P'extrême ardeur du foleil, à la fuite d
pluies.
Ville & ruiL'on me montra une Ville dans la mont
acsdouteufes. gne, que je ne pus diftinguer, & dontjigno
le nom ; Pon me montra auffi uir march
d'Arabes quife tenoit dans la plaine. Je paff
à travers une affez grande étendue de trè
petites ruines alignées, qui, par leur pet
teffe, ne pouvoient donner des.notions it
téreffantes.
Campemens Je remarquai dans cette partie les trac
Arabes pendant
P'hiver; des campemens Arabes pendant Phiver; ell
changement de fol,
étoient fur des hauteurs &au bord des torren --- Page 337 ---
DU MOND E.
AUTOUR bientôt à être plus terreux ;
e fol commenga
étant parfemé de
wais auffi plus dilficile 2
habitent aprous faits par les rats, quin'y moins fecs.
aremment que dans des temps miné, de
rendoient le fol comme
le
Ées trous
le dromadaire appuyoit
hçon que lorfque
fouvent fous lui, &
ied, le terrein cédoit inégalement, ne fe dégae pied v'enfonçant
heureufement nous
reoit .qu'avec peine ; cette efpece de fol.
'eimes pas à fair dans droite les montagnes, $
Nous longeâmes à
qui étoit au
& nous arrivâmes à une aiguade infede & amere
ilieu d'une plaine. Son eau de roches affez,
Etoit au fond d'une caverne elle-même au fond
profonde, qui étoit placée donnoit une idée des
H'un vafte creux : elle fa qualité & par fa poCources infernales, par
le lendemain aflez
fition. Nous nous cachâmes
du
parmi des inégalités
loin de Vaiguade,
aux monfol. A la nuit, nous marchâmes à une heure
ragnes; ; la lune éclairoit jufques heures du foir nous
da matin, & vers les dix
coucher; car
nous arrêtâmes en attendant fon
où nous
nous étions à V'entrée d'une gorge rendre à Alep.
voulions paffer, pour nous
un marché
Nous avions. - vu dans la journée
habités.
d'Arabes, & la gorge &le pays étoient dans cette
Un des nôtres alla à la découverte
marchâmes à une heure
ragnes; ; la lune éclairoit jufques heures du foir nous
da matin, & vers les dix
coucher; car
nous arrêtâmes en attendant fon
où nous
nous étions à V'entrée d'une gorge rendre à Alep.
voulions paffer, pour nous
un marché
Nous avions. - vu dans la journée
habités.
d'Arabes, & la gorge &le pays étoient dans cette
Un des nôtres alla à la découverte --- Page 338 ---
V O Y A G E
nous n'ofions parler, à caufe du gran
gorge; filence qui regne dans le défert, le moind
bruitfefaifant entendre au loin. Nos dromada
ret, dont Pinflinat eft admirable, paroifloie
fecondernos vues. A minuit, nous entendim
une clochette dans le défert, & peu de temp
après n'ous entendimes, à une très-petite di
tance, des Arabes du campement voilin 9
conduifoient un âne. Craignant d'être appe
çus par la couleur de nos habits, 2 nous not
étendimes à terre derriere nos dromadaires
& quoiqu'au bruit de ces Arabes ils eut
fent tourné la tête, heureufement ils ne pr
Celui de nos gen
rent point l'épouvante.
qui avoit été à la découverte, revint fur f
nous étions incertains fi a l'on nous avo
pas;
apperçus, & cet homme jugeoit impofibl
de tenter le paflage de la gorge; nous mon
tâmes donc fur nos droinadaires en gran
filence, & nous nous enfuîmes à toute courf
toujours les montagnes
Route dans Nous côtoyâmes
lende
lar montagne;
nous commençâmes à gravir le
changement que
du fol.
main. Etant arrivés au haut de la premiere
vimes la
que nous venions d
nous
plaine
quitter femée de camps Arabes, que nou
beureufement évités; c'étoit la pre
avions
Baffora.L
miere hautcur confidérable depuis
de culture
fol devenoit un peu fufceptible --- Page 339 ---
AUTOUR DU MONDE.
des ronces commençoit à changer;
la qualité
Quoique nous fufous y vimes un fanglier.
nous avions au
ons dans une vafle plainc, >
&
à droite & à gauche,
bin des montagges
Les courfes
à être variée.
1 vue commençoit
ceme tourmentoient
e nos dromadaires quoique je fufle un peu
endant toujours,
de mon extrême fatigue, & que je
evenu
à n'y être plus fi fenfible. Je ne
ommençàffe attribuer ma laffitude à trop de
ouvois pas
car un de nos Arabes
élicatefle de ma part; :
reftoit
toit prefque aufli fatigué que moi, &
buvent en arriere. Le peu d'expérience que
m'empéchoit de connoître les meilavois, allures de ces animaux : ceux qui en
eurs
favoient les entretenir dans
toient inftruits,
d'amble aflez vite, qui équivaut
ne efpece
avoir la rudeffe. Ils trottent
u trot fans en
arriere; car
Weux-mêmes lorfqu'ils reftent en
;
eur émulation eft telle, 2 qu'ils cherchent touours à fe dépaller les uns les autres.
Puirsd'eaa
Nous fimes deleau à un puits où elle étoit douce,schiétoit placé au milieu des teau ruiné.
rès-bonne; ce puits
château aflez confiuines d'une cour & d'un
Hérable ; nous n'y reftâmes pas une heure,
voyant le fol encore 'mouillé de l'eau fraichement puifée. Nous courûmes en longeant
toujours la montagne fur la droite, & nous
ours à fe dépaller les uns les autres.
Puirsd'eaa
Nous fimes deleau à un puits où elle étoit douce,schiétoit placé au milieu des teau ruiné.
rès-bonne; ce puits
château aflez confiuines d'une cour & d'un
Hérable ; nous n'y reftâmes pas une heure,
voyant le fol encore 'mouillé de l'eau fraichement puifée. Nous courûmes en longeant
toujours la montagne fur la droite, & nous --- Page 340 ---
V O Y A G E
dormimes, pendant la nuit, dans des va
lons, au milieu desrochers.. Lel lendemainnou
continuâmes notre route 2 en laiffant paitt
nos dromadaires dans des endroits bas, 2 entr
des rochers qui nous couvroient. Nous mat
châmes la nuit dans un chemin que nous trou
vâmes pratiqué dans le lit d'une efpece d
torrent defféché qui fortoit dans la plaine
nous le quittâmes au jour, en côtoyant tou
jours les montagnes.
Précautions Le défert commençoit à être battu, &
pout la fireté étoit
de traces & d'endroits où s'ad
de la route.
plein
croupiffent les chameaux. Nous nous cach
mes derechef pendant la journée dans de
torrens, derriere des rochers, & àla nuit nou
partimes en laiffant toujours la montagne
droite.
Abord aux A huit heures, je vis du feu dans la mor
fecond. monA dix heures, j'entendis des chier
tagnes, & à tagne.
un village de
nous fentoient dans le défert
la Syric.
aboyer, qui
&c peu après je vis des traces de fillons.
minuit, nous traverfâmes des terreslabources
féparées par des petits foflés. A une heure
nous entrâmes dans un chemin borné; Sc
une heure & demie, je vis, fur le chemin,1
premieres maifons habitées 5 au bout d'un
demi-heure, la premiere eau courante qu
j'euffe rencontrée depuis Baffora : nous arriv --- Page 341 ---
AUTOU R DU MOND E.
enfin à un village bâti; on y fit accroupir
mnes
& on fe tint les armes à la
es dromadaires,
du Village dormoit,
main. Tout le monde
aufli.
Rjem'endomis découvris un beau Pays bien
Au jour, je
cultivé & arrofé, il y avoit quelques peupliers ; c'étoit le premier arbre que j'euffe
Baffora. Nous fortimes du Village,
vu depuis
notre nourriture au
& nous allâmes préparer
avoit
milieu d'un champ voifin : on nous en
priés, & je crois qu'on nous faifoit la grace
des bandits & des pilke nous prendre pour
lards qu'on tâchoit d'éloigner 2 parce que
nous étions bien armés. Nous nous repofâmes
jufque vers onze heures, que nous remon-
& nous martâmes fur nos dromadaires',
châmes enfuite vers le Pays.peuplé que nous
voyions devant nous : il étoit couvert de Villages, & la campagne en étoit très-belle.
Férocics das
Je m'amufai beaucoup en obfervantléton- chameaux.
nement de nos dromadaires. La différence
du vêtement Turc à celui de PArabe, la différence de corfage & de ftature des gens que
nous voyions avec ceux des Arabes, les maifons, les chiens, 2 les animaux, tout, jufques
les
ils n'en apaux ruifleaux,
épouvantoit;
prochoient qu'avec méfiance; c'étoit même
un embarras réel pour nous: 2 lorfque nous
ervantléton- chameaux.
nement de nos dromadaires. La différence
du vêtement Turc à celui de PArabe, la différence de corfage & de ftature des gens que
nous voyions avec ceux des Arabes, les maifons, les chiens, 2 les animaux, tout, jufques
les
ils n'en apaux ruifleaux,
épouvantoit;
prochoient qu'avec méfiance; c'étoit même
un embarras réel pour nous: 2 lorfque nous --- Page 342 ---
Vo Y A G E
trouvions du monde ou des animaux dans le
dexeroadomusiyostenh toute courfe
ou n'ofoient plus pafler. Au premier mur d
clôture que nous apperçâmes 2 ils n'appro
choient que malgré eux : dans les intervalles
un rat parut & les épouvanta tellement, qu'e
fuyant à toute courfe & par écarts, ils jeteren
à bas un de nos gens, & nous eûmes toute
les peines du monde à retenir les nôtres &
nous garantir du même accident. Nous fûme
très-long-temps à paffer le premjer pont : C6
animaux connoiflant que le fol n'étoit pa
folide, & ayant mis un pied en avant, n
pouvoient fe réfoudre à continuer.
des Defcription environs Nous côtoyâmes plufieurs grands
de Damas,
Villages
dont plufieurs peuvent paffer pour de petite
Villes. Le fol n'étoit compofé qué de jardin
couverts de toutes fortes d'arbres, & très
bien arrofés. Enfin, vers les quatre heures
nous rencontrâmes une arcade fans porte, 2 C
une voûte où étoit une belle fontaine. Me
Arabes partageoient la méfiance de leurs mon
tures : nous nous tinmes en dehors de cett
arcade, 2 & ayant préparé nos armes, nou
n'entrâmes qu'après qu'un de nous en eu
été reconnoitre l'intérieur : nous avions au
paravant paffé des rivieres fur lefquelles il
avoit des moulins ; nous traverfâmés alon
ur
porte, 2 C
une voûte où étoit une belle fontaine. Me
Arabes partageoient la méfiance de leurs mon
tures : nous nous tinmes en dehors de cett
arcade, 2 & ayant préparé nos armes, nou
n'entrâmes qu'après qu'un de nous en eu
été reconnoitre l'intérieur : nous avions au
paravant paffé des rivieres fur lefquelles il
avoit des moulins ; nous traverfâmés alon
ur --- Page 343 ---
AUTOVR DU MONDE
de tombeaux, & je vis bientôc
un lieu rempli d'une Ville. L'affluence du
japrès les murs
des tombeaux, la quanmonde, le nombre
fon étentité de jardins, , tout m'annonçoit voulàmes Méfiancedea
due. Après P'avoir côtoyée, nous
gens du pays
arrêter à une place affez commode; conttelesAra- bessarrivéeà
nous
de nous en éloigner, en Damas, &auo
mais on nous fignifia
du Bacha. Nous cres fujcts,
menaçant de la Juftice
nous
une autre place : on nous fit encore
choisimes
& perfonne ne nous
la même fignification,
vouloirpourvoilioas, tant on craintl l'approche
Bedouins armés; cependant un des nôtres
des
& moins timide, fit accroupir
pouflé à bout,
fa lance à terre en
fon dromadaire, & planta
fuivimes
figne de prife de poffeflion. Nous
malgré les cris des poffeffeurs
fon exemple,
donc près
des jardins voifins. Nous campâmes
le troilieme du mois d'Août,
de cette Ville,
de Baflora.
trente-cinq jours apiès mon départ
J'étois affez furpris de P'endroit où je me
trouvois; les marches & contremarches que
avions faites en fuyant dans le défert,
nous
d'erreur dans mes fpéavoient caufébeaucoup
culations particulieres fur ma route, 2 & quoiquej'euffe vu que nous avions pris beaucoup
à Poueft de celle d'Alep, je ne trouvois dans
que la ville
mes combinaifons géographiques
de Damas, à Péloignement où je me croyois
Y
Tome I.
'endroit où je me
trouvois; les marches & contremarches que
avions faites en fuyant dans le défert,
nous
d'erreur dans mes fpéavoient caufébeaucoup
culations particulieres fur ma route, 2 & quoiquej'euffe vu que nous avions pris beaucoup
à Poueft de celle d'Alep, je ne trouvois dans
que la ville
mes combinaifons géographiques
de Damas, à Péloignement où je me croyois
Y
Tome I. --- Page 344 ---
VOYAG E
de la mer. Je demandois à mes condudteurs
elle ne fe nommoit point.ainfi; ils me répo
doient qu'elle s'appeloit Chams ou ville d
Soleil, qu'elle étoit gouvernée par un Bach
très- puifant, &c que les Francs n'y étoiet
pas connus : ils m'en peignoient les Habitat
comme très-méchans, & je ne vis jamais mo
Arabe revenir de la Ville fans faire mille in
précations contre les Turcs. Tout cela me de
routoit & me donnoit à penfer/Je le preffo
de repartir le lendemain pour Alep, qu'il m
difoit encore éloigné de dix journées; j'e
voyai acheter des rafiaichilfemens, que noi
dévorâmes; je me lavai le corps pour me de
laffer, je changeai d'habits, & je tâchai
prendre du repos.
J'avois demandé à mon condudteur de n
mener dans quelque auberge; un ufage fi o
pofé aux leurs lui paroiffoit ridicule & inutil
& il craignoit que je ne fuffe infulté par I
Turcs; je l'engageai le lendemain à me fai
venir quelque Chrétien Aliatique; il m'
amena un du rit Syrien, qui m'apprit qu'
effet les Arabes nommoient Chams la ville
Damas. Nous allâmes nous promener en vill
où nous rencontrâmes un Jéfuite qui étc
vétuala façon duPays, & qui, apprenant 9
jétois François, fe fit connoitre à moi po --- Page 345 ---
AUTOUR DU MONDE. 339
etre de la même Nation ; il m'offrit alile dans
fon aufpice, 5 & en vérité il me fit grand plaifir.
Je trouvai cette Ville très-grande & bien
les maifons, quoiqu'avec de mépeuplée;
paroiffoient belles & bien bàn
diocres façadés,
fur leurs derrieres. II de y a beaucoup de
kies
& des bafards ou marchés trèsmanufadures
smarbres &
bien & très- 1 richement bâtis en diversi
les rues font aflezlarges, mais
en colonnades; des Chrétiens n'eft pas aufli beau
le quartier
que le refte de la Ville.
Jeme confirmai enfuite combien elle eft confidérable par fa population, fon commerce, &
vénération que les Tures ont pour elle,
la
qu'elle eft le rendez-vous des Pélerins
attendu Mahométans de P'Europe, & des parties du
Nord de.J la Syrie, quis'y raffemblent pour le
de la Mecque; c'eft ce qui lui a
pélerinage Fait donner le titre par excellence de talon de
Mahomet. La caravane de lal Mecque eft toujours con* le Relations pilerinage fut
Huite
le Bacha de Damas; il reçoit à cet del laMeqques
effet une par fomme confidérable de la Porte,pour
l'entretien de P'efcorte & des châteaux conftruits dans le défert, pour affurer lés puits néceffaires aux Pélerins contre les Arabes, à qui
la caravane paye contribution à fon paffage.
Elle eft jointe à une certaine diftance par les
Yij
con* le Relations pilerinage fut
Huite
le Bacha de Damas; il reçoit à cet del laMeqques
effet une par fomme confidérable de la Porte,pour
l'entretien de P'efcorte & des châteaux conftruits dans le défert, pour affurer lés puits néceffaires aux Pélerins contre les Arabes, à qui
la caravane paye contribution à fon paffage.
Elle eft jointe à une certaine diftance par les
Yij --- Page 346 ---
V O Y A G E
deBagdat & du Grand-Caire. La precaravanes
les Pélerins du fud de PAfie, &
miere amene
de PAfrique. Le départ de la
la feconde ceux
fous
caravane de Damas ne peut être retardé
elle doit être rendue à la Mec
aucun prétexte; de la célébiation de la fête
que dans le temps
facrifice d'Abra
du Courban-Beyran, ou du
& dans celui du Beyran, qui eft à la fin
ham,
des Turcs. Cette fête
du Ramadan ou Carême
du Beyran eft la même que celle de P'Agneat
Paical, PP.Jéfuites eurent toute forte d'atten
Politeffes
Les
donneient
des Jefuites, tions pour moi; l'afile qu'iis me
dans une Ville où ilr n'y a point d'Européen
établis, & oùt le Peuple eft méchant, fut un
des plus doux que j'aye trouvés pendant mon
Ils prirent foin de me procurer un con
voyage.
Baruth fur les bords de la Médi
duéteur pour
&
terrance, éloigné de quatre journées, aprè
allé
dans cette Ville, je pri
avoir E
cinqjours
congé d'eux. --- Page 347 ---
AUTOUR DU M ICND E. 341
CHAPITRE V.
de Damas a Baruth, Seyde, &
ROUTE
Saint-Jean Dacre, avec divers voyages
dans le Pays
8 fejours au Mont-Liban,
8 celui des Drufes.
du Ougfroien,
Nout partimes de Damas pourl Baruth; nous Dainas. Départ de
marchâmes vers la montagne, qui, comme
nous reftoit à la droite : nous la
auparavant, un chemin affez commode, &
montâmes par
de marche, nous
vers les dix heures, aprèshuit
nous arrêtâmes à un petit villagesi'y mangeai
du fruit,du laitage & des légumes qui étoient
très-bons; le fol n'étoit cependant prefque
cultivé, & il étoit extrèmement fec.
pas
Vers deux Gorge des
La nuit fuivante, nous partimes.
montagues,
heures du matin, & après quelques légeres & vallon fcrcilitédu du Bemontées & defcentes S, nous, fuivimes' une ea,
gorge affez étroite, mais très-longue,qui nous
conduilit à une vafte &longue plaine en forme
de vallon, nommée le Beca : elle étoit marécageufe, & d'une terre noirâtre & fertile.Au
milieu de cette plaine couloit une moyenne
riviere, que nous pafsâmes. Nous arrivâmes, 9
peu de temps après, à un petit village qui ferY iij
Bemontées & defcentes S, nous, fuivimes' une ea,
gorge affez étroite, mais très-longue,qui nous
conduilit à une vafte &longue plaine en forme
de vallon, nommée le Beca : elle étoit marécageufe, & d'une terre noirâtre & fertile.Au
milieu de cette plaine couloit une moyenne
riviere, que nous pafsâmes. Nous arrivâmes, 9
peu de temps après, à un petit village qui ferY iij --- Page 348 ---
Vo Y A G E
voit d'entrepôt aux grains que donne la partie
voifine.
Rudeffe & La troifieme nuit, à la même
eulrure des
heure, nous
- montagnes repartimes, & nous gravimes des
de Drules.
montagnes
très-hautes & efcarpées, mais cultivées autant
qu'ilétoit poflible. Lesr montées & les defcentes
étoient très-rudes; nous fûmes obligés une
fois de mettre pied à terre, & plufieurs mulet
s'abattirent,
Pendant notre route, on nous apportoit des
fruits de toute efpece, qui abondent dans Ie
fein de ces rochers affreux; le peu de terre
qu'il y avoit, étoit planté ou de vignobles ou
de mûriers & arbres fruitiers. Nous nous reposâmes à une petite maifon, où étoient des
velliges d'une allez grande fontaine qui arrofoit les mûriers d'alentour.
mdilers. Cultute des Je remarquai la différence de culture de ces
arbres en Afie & en Europe. Dans cette der
niere partie du Monde. on les laiffe venir à
haute tige, au lieu qu'icionles tailloiten cueillant la feuille, & ils n'étoient que de la hauteur de huit à neuf pieds.
du Nourriture pays.
J'étois très-bien reçu par-tout. Les mets les
plus communs de ce Pays font du lait frais &
aigri, & des pains faits en façon de crêpe, &
cuits fur les côtés d'un cylindre de maçonnerie, échauffé par le feu qu'on y allume inté-
venir à
haute tige, au lieu qu'icionles tailloiten cueillant la feuille, & ils n'étoient que de la hauteur de huit à neuf pieds.
du Nourriture pays.
J'étois très-bien reçu par-tout. Les mets les
plus communs de ce Pays font du lait frais &
aigri, & des pains faits en façon de crêpe, &
cuits fur les côtés d'un cylindre de maçonnerie, échauffé par le feu qu'on y allume inté- --- Page 349 ---
AUTOUR DU MONDE.
rieurement. Le lait étoit meilleur que celui que
m'avoientdonnéles: sArabes du défert, quiétoit
maisdurcicommediesc cailloux.
également aigri,
me paroic.
Les Habitans de ces montagnes
d'une noble Gmplicité. Je ne leur troufoient fierté des Turcs de Damas, ni la bafvai ni la
m'avoient paru peinfeffe & la foumifion qui
Chrétiens de
tes fur le vifage des Habitans Chrétiens vivent à Da- Idée du cacette même Ville. Ces
par la ractere Drufes & des des
mas plutôt en efclaves qu'en hommes,
Chrétiens de
des Mahométans, & par leur lâcheté Damas.
tyrannie dans la plupart de leurs adions.
dans la nuit, & nous n'éNous repartimes
de Baruth.
tions plus qu'à une petite journée
le fomAprès avoir continué notre route vers
met de ces montagnes, , je découvris la mer, &c
remerciai Dieu de m'avoir conduit à la vue
je
baignoit les bords de ma
d'un élément qui
Patrie: Le temps étoit couvert, & depuislongje n'avois vu ni des nuages entaffés les
temps
comme
voyois devant
uns fur les autres
jen
à remoi, ni tomber de pluie : je commençai de
la chaleur des climats que je venois
gretter
les nuits étoient fraiches fur ces
quitter, car
Culture &c
arrolage des
montagnes. Nous les defcendimes peu à peu, & je dé- montagnes de la plaine &
dont le vert charmoit la deBaruth;ar.
couvris une plaine,
tivéedanscet te Ville.
vue.Alad defcente, les fourcesampfentkinonY iv
ni tomber de pluie : je commençai de
la chaleur des climats que je venois
gretter
les nuits étoient fraiches fur ces
quitter, car
Culture &c
arrolage des
montagnes. Nous les defcendimes peu à peu, & je dé- montagnes de la plaine &
dont le vert charmoit la deBaruth;ar.
couvris une plaine,
tivéedanscet te Ville.
vue.Alad defcente, les fourcesampfentkinonY iv --- Page 350 ---
Vov A G E
dent par intervalles la pente des collines; elles
font verdir le peu de terre qui fe trouve parmi
les roches; elles fejoignent enfuite & forment
de gros ruiffeaux, qui, partagés en canaux
arrofent le refte de la colline & la plaine. Su
le bord de cette plaine, nous trouvâmes ur
fortin ou château, fitué près d'une petite ri
viere qui domine une vafte étendue de mû
riers, qu'elle arrofe auffi bien que pourroien
faire les plus grandes pluies. Nous traversâmes
ce bois de mûriers, qui s'étend dans cette vafte
plaine. Le fol en eft fi bien cultivé, qu'il ne
refle pas un pouce de terrein en friche; mais
l'eau devient un peu plus rare à mefure qu'on
tuth ArrivéelBa- enSyrie, s'éloigne des montagnes. Enfin, nous découle IZ Avril vrimes la ville de Baruth, où nous
1770.
arrivâmes
vers les neuf heures; ; j'allai defcendre à la
Douane, d'oà après avoir fait viliter mes ef
fets, je me rendis à l'aufpice des PP. Capu
cins, alile ordinaire où ces bons Peres veulent
bien recevoir les Etrangers.
Les PP.Jéfuites de Damas m'avoient donné
une lettre pour le Supérieur d'un de leurs auf
pices, fitué dans le Quefrouan. Cette partié
des montagnes du Liban eft habitée par les
feuls Maronites, que je m'étois propofé de vi
Oiter. J'en pris desinformations circonflanciées
du Supérieur des Capucins, dont la phylio- --- Page 351 ---
AUTOUR DU MONDY,
nomie douce & fpirituelle répondoit
ment à la délicateffe de fon efprit, & parfaiteritable zele dont il étoit animé
au vévoirs de Miffionnaire.
pour fes deJe ne reflai que deux jours à Baruth, Ville
d'ailleurs petite & affez mal bâtie. Elle
nemckt. Son Gouver
eft, ainfi
qu'une grande partie des montagnes, fous le
pouvoir d'un Emir, tributaire des
quil'affianchit de leurs vexations. Elle Turcs, ce
bitée Par des Chrétiens &
des
eft hapar
Mahométans, qui vivent en affez bonne
par la crainte mutuelle de la juflice intelligence, du Gouvernement, qui eft fort impartial, ou par la
crainte de la vengeance tres-prempte des infultes; car on fe fait fouvent juflice foi-même
& fur le champ.
Je partis donc pour le Quefrouan, dont
m'avoit extrêmement vanté les défenfes on leQuefreuan. Départ pout
relles, par le nombre des
natuinabordables où il eft fitué, montagnes On
prefque
m'avoit auffi
beaucoup parlé du nombre & de la valeur de
fes Habitans, ainfi que de la
de Couvens pour les deux fexes qui quantité
Enfin, > l'on m'avoit affuré
s'y trouvent.
tholique
que la Religion Cay étoit auffi librement exercée
France, les Habitans ne
qu'en
fee chez eux,
permettant aucune
Je traverfai une partie de la plaine de Ba-
ft fitué, montagnes On
prefque
m'avoit auffi
beaucoup parlé du nombre & de la valeur de
fes Habitans, ainfi que de la
de Couvens pour les deux fexes qui quantité
Enfin, > l'on m'avoit affuré
s'y trouvent.
tholique
que la Religion Cay étoit auffi librement exercée
France, les Habitans ne
qu'en
fee chez eux,
permettant aucune
Je traverfai une partie de la plaine de Ba- --- Page 352 ---
VoYA G E
Route&eder. ruth, où coule une
cription du
petite rivieré ; je continuai
à fol de Paruth ma route au bord de la mer fur le chemin
Aintoura.
de
TripolysJ'arrivai au pied d'une montagne que
lon gravit parun chemin formé parc des rampes
taillées dans le roc. Cet ouvrage a été fait
par les Romains, quiy ont placé diverfes infcriptions.Hellarge d'environ douze pieds, &
Fon a pratiqué des trous dans le roc, afin que
les chevaux puiffent y mettre les pieds fans
gliffer; on a même prisla précaution d'y mettre
un garde-fou du côté de la mer qui vient fe
brifer fur des rochers; ils ne préfentent de ce
côté qu'un précipice affreux.
Après avoir monté par ce chemin, qui eft
alez doux, & être defcendu également de
l'autre côté, je palfaià deux lieues de Baruth
une riviere nommée fleuve du chien; là, le
bord de la merlaiffe une plage plantée de mûriers, & arrofée par les eaux de cette riviere,
qu'on ménage par le moyen des canaux. Je
n'entrai point dans cette plage; je pris à droite
en remonmnt.@rleborddelan riviere, qui, quoique ferré d'abord par deux montagnes à pic,
s'élargit enfuite, & eft planté de mûriers. La
pente de la montagne, à ma gauche, étoit travaillée en amphithéâtre, arrofée & également
plantée. Je traverfai la riviere à gué au deffus
d'un pont affez grand, où eft une infcription,
rai point dans cette plage; je pris à droite
en remonmnt.@rleborddelan riviere, qui, quoique ferré d'abord par deux montagnes à pic,
s'élargit enfuite, & eft planté de mûriers. La
pente de la montagne, à ma gauche, étoit travaillée en amphithéâtre, arrofée & également
plantée. Je traverfai la riviere à gué au deffus
d'un pont affez grand, où eft une infcription, --- Page 353 ---
AUTOUR DU MoxD E. 347
& je commençai à monter près d'un moulin
par un fentier rude & difficile. Etant arrivé
haut, je vifitai un couvent de Moines Ma- au
ronites, nommé Louify; leur églife eft affez
propre; je découvrois de là fur une colline
les environs de l'aufpice des PP.
nommé
:
Jéfuites,
Aintoura; je m'y acheminai en defcendant & en pallant par un grand
Je traverfai un vallon fort étroit, dont village. le fol
étoit, comme tout ce Pays, couvert de mûriers,
de figuiers & de vignobles; mais il étoit
fec, ayant peu de fontaines. Je
plus
montant le penchant de
côtoyai en recette nouvelle montagne, laiffant à droite, derriere moi, une belle
campagne très-bien plantée, & au loin un village confidérable; & après une lieue de
en côtoyant toujours la
route,
vris fur une petite hauteur montagne, je décou-
& un couvent de Religieufes, quelques maifons
par les PP.Jéfuites.. .J'arrivai qui font dirigées
enfuite à leur aufpice, qui eft à deux lieues du fleuve du chien.
Je fus bien reçu par le
à
fis part de ma curiofité de viliter Supérieur, le 2 qui je Jéfuites, Politeffesdes &
il me promit de me donner
Quefrouan; milion. idée de leue
toutes les facilités
poffibles. L'aufpice eft fitué au tiers du
chant' d'une montagne affez
penrude, mais
que toute cultivée & plantée.
preffoit affez fec &
Quoique le fol
pierreux, les arbres & la vigne
le
à
fis part de ma curiofité de viliter Supérieur, le 2 qui je Jéfuites, Politeffesdes &
il me promit de me donner
Quefrouan; milion. idée de leue
toutes les facilités
poffibles. L'aufpice eft fitué au tiers du
chant' d'une montagne affez
penrude, mais
que toute cultivée & plantée.
preffoit affez fec &
Quoique le fol
pierreux, les arbres & la vigne --- Page 354 ---
VOYAGI E
y font frais &c bien venans. II n'y a
point de vil'age ramiffé, & les maifons prefque font
toutes éparfes. Outre le couvent des Religieufes, on voit au deffus un Séminaire où les
Jéfuites travaillent à former des fujets
leur vocation peut appeler dans la fuite à que la
Prétrife; mais ils y étoient un peu gênés
le local, par une Princeffe, veuve d'un pour
Emir,
qui, profeffant la Religion Chrétienne, avoit
demandé partie de ce Séminaire pour l'habiter
quelque temps.
Le Supérieur me fit faire connoiffance avec
un Cheickr ou Seigneur, qui logeoit à deux
lieues de là, à un village nommé Jelton. La
plus grandeportion de la famille régnante des
Cheickrs Chrétiens, qui eft très nombreufe &
divifée en plufieurs branches, fe tient dans ce
village. Let troifieme jour après mon arrivée, il
me donna une lettre pour ce Cheickr, & je me
remis en route.
Route & def- Aprèsavoir monté
cription du
confidérablement, dé.
fol d'Aintou- paffai fur la hauteur un
je
*a àj Jeltol,
petit bois de pins. La
crête dela montagne étoit
à gauche les vallons
tres-feche.Jevoyois
d'Aintoura, & à droite
un immenfe vallon formé par le fleuve du
chien, & l'amphithéâtre des montagnes élevées de l'anti. Quefrouan, fur lefqueiles je découvrois les poffellions de l'Emir de Solyma,
- paffai fur la hauteur un
je
*a àj Jeltol,
petit bois de pins. La
crête dela montagne étoit
à gauche les vallons
tres-feche.Jevoyois
d'Aintoura, & à droite
un immenfe vallon formé par le fleuve du
chien, & l'amphithéâtre des montagnes élevées de l'anti. Quefrouan, fur lefqueiles je découvrois les poffellions de l'Emir de Solyma, --- Page 355 ---
AUTOUR DU MOND E.
dont le village étoit caché derriere
Sur le bord de ce grand vallon une colline,
fleuve du chien, eft une fource
où coule le "Caverne &
fournitl'eau de ce Reuvesgroffi abondante qui Aervo fource du du
rivieres quis'yj jettent du haut d'ailleurs du
Fardes chicn,
fource fort d'une
vallon. Cette
profonde caverne & anti
verne. Cette anti-caverne,
cad'abord,eft fort vafle & formée que l'on rencontre
Pendent quantité de très-belles dansle eroc, où
la caverne qui fuit eft plus baffe crifallifationss
difficile accès. Outre les
en pente, & de
criflallifations
trouvent aufli, il s'en
qui s'y
qui, tombant
fépare une de la voûte,
roit former jufques à un pied de terre,
une efpece de pilier de la
pad'un homme. On voir
groffeur
l'eau de la
par un trou le cours de
ces
fource, qui, paffant en deffous de
cavernes, fait, par fon abondance &
chute, un murmure confidérable.
fa
fuite une autre
Jeg gravis ende laquelle eft la montagne réfidence très-haute, au bas
fur laquelle eft le
d'un Evéque, &
toujours
village de. Jelton. Le fol étoit
étoient pierreux & fec; mais les mûriers
affez frais.
mieux bâti
Quoique ce village foit
que les autres, les-maifons n'y an- de Defcription Jelton, &
senentiemoimsquelt demeure
façon de viou des Seigneurs du
desCheickrs vie des Seientre eux, &
Pays : ils font affez unis tiens, gneurs Chrénoble & ilsy menent une vie frugale, mais
aifée; on les prendroit plutôr
pour
pierreux & fec; mais les mûriers
affez frais.
mieux bâti
Quoique ce village foit
que les autres, les-maifons n'y an- de Defcription Jelton, &
senentiemoimsquelt demeure
façon de viou des Seigneurs du
desCheickrs vie des Seientre eux, &
Pays : ils font affez unis tiens, gneurs Chrénoble & ilsy menent une vie frugale, mais
aifée; on les prendroit plutôr
pour --- Page 356 ---
VOYAGE
des riches Payfans, que pour des Seigneurs
aufli ces Montagnards ne doivent-ils. qu'à leu
fimplicité & àl leur peu deluxe, la bravoure
les rend libres & indépendans de la vexatior qu
des Turcs. lls payent cependant exaétement le
tribut qu'ils font au Grand-Seigneur, & ils n'y
manquent jamais, quoique leurs fortifications
naturelles puffent les engager à la révolte.
Je defcendis chez le Cheickr à qui j'étois
adreffé; il n'étoit pas chez lui, & il y avoit
plufieurs de fes parens qui s'amufoient fous
une treille. Ils me firept politeffe, &c je fus en
fuite très-bien accueilli par le maître de la mai
fon. 11 recommanda à un de fes enfans de ne
pas me perdre de vue, & de me conduire dans
les endroits les plus propres à m'amufer &
à me fatisfaire. 11 ne me laiffa partir que le
troifieme jour de mon arrivée, &je pallai mon
temps chez différens Cheikrs qui me donSohaderctastmnaifseniymnignacda
Négocians réfugiés, & les Religieufes d'Aintoura, lorfque j'étois allé les vifiter. J'étois de
leursaflemblées, wahiensemsiburdeabsej;
ils me conduifoient exaêtement avec eux aux
Offices divins ou à une affemblée du foir, où
fe raflemble toute la jeuneffe. Dans cette affemblée, après quelque entretien amufant, on fait
une leéture pieufe, & on récite quelques prie-
réfugiés, & les Religieufes d'Aintoura, lorfque j'étois allé les vifiter. J'étois de
leursaflemblées, wahiensemsiburdeabsej;
ils me conduifoient exaêtement avec eux aux
Offices divins ou à une affemblée du foir, où
fe raflemble toute la jeuneffe. Dans cette affemblée, après quelque entretien amufant, on fait
une leéture pieufe, & on récite quelques prie- --- Page 357 ---
AUTOUR DU MONDE.
res. Je fus furpris de trouver chez
35*
tant d'urbanité; la douceur de ces gens aufils du Cheichr qui
caraéere du
m'accompagnoit
me parut trésintéreflante.
par-tour,
Ce village eft fitué fur un fol fec & pierreux, &c n'a d'autres.eaux que celle des
& des citernes; ; mais fon élévation fur le puits troifieme degré d'amphithéâtre des môntagnés
fait la force, & a déterminé
en
s'y établir.
ces Scigneurs à
Tout lel Pays du Quefrouan leura
on leur paye rente, & à leur
appartient; Ces Pouvoir de
tour ils
Seigueurs.
une certaine fomme à PEmir, quieft luimème payent
tributaire du
GrandSeigneur ; ils rendent la
juflice, &c départiffent les impôts; mais la dif
férence des-états n'y eft pas auffi grande qu'en
Europe, & chaque homme
leur.
y connoit fa VaInya que les Catholiques qui foient
regardés comme Habitans, & les Turcsn même
payent un droit fur le chemin de
palie dans le bas des
Tripoly qui
les Chrétiens
dépendances de cePays;
feuls en font exempts.
Lorfque les Habitans de ce Pays
Braroure
de leur
ils
s'éloignent
village 2 font armés de pied en cap. desHabiranss 'eur caradteL'injure
tc.
auffi
rerbeumneretepmatine punition;
voit-on fur leurs vifages une affurance
qui, fans tenir de l'effronterie,
ractere mâle,
indique un Caquoique bon & affable. ils font
pendances de cePays;
feuls en font exempts.
Lorfque les Habitans de ce Pays
Braroure
de leur
ils
s'éloignent
village 2 font armés de pied en cap. desHabiranss 'eur caradteL'injure
tc.
auffi
rerbeumneretepmatine punition;
voit-on fur leurs vifages une affurance
qui, fans tenir de l'effronterie,
ractere mâle,
indique un Caquoique bon & affable. ils font --- Page 358 ---
Vo YAG E
& hofpitaliers, & je les crois fpi
compatflians
rituels & d'un caraétere badin, & peut être
même ironique.
de
font
& travaillent
Etat Ecclé- Les Prêtres y
pauvres
faltique des leurs mains pour foutenir leurs familles 3 car,
montagnes.
mais d'un rit différent
quoique Catholiques 2
leur
du Latin, ils peuvent être ordonnés après
contradéavec une fille feulement. Peu
mariage
ce qui eft fort du
d'entre eux font célibataires,
des Paroilfiens. Le fervice divin fe cé
goût
mais P'Evangile &
lebre en Langue Syriaque; voix
le Prêtre en
FOffice font lus à haute
par
Langue Arabe, qui eft la Langue vulgaire de
les
bordent PArabie. Iis font
tous
Pays qui
généralement ignorans fur les queftions théo
logiques, & ils n'ont pour toute étude que TE
criture fainte & leur Catéchifme; mais ils font
de bonne foi & de bonnes moeurs, & peut
être plus de fcience fomenteroitelle chez eux
diminueroient l'extrême foudes difputes qui
miflion qu'ils ont pour l'Eglife Romaine.
Cependant nos Miffionnaires y font beau.
de bien, de même que dans le refte de
la coup Syrie, tant en inflruifant les Catholiqdes
qu'en ramenant au véritable rit ceux qui font
dans l'erreur du fchifme ou de l'héréfie. Notre
Religion a fait des progrès à Damas & dans le
fud-oueft des montagnes, où les Grecs Syriens
&
difputes qui
miflion qu'ils ont pour l'Eglife Romaine.
Cependant nos Miffionnaires y font beau.
de bien, de même que dans le refte de
la coup Syrie, tant en inflruifant les Catholiqdes
qu'en ramenant au véritable rit ceux qui font
dans l'erreur du fchifme ou de l'héréfie. Notre
Religion a fait des progrès à Damas & dans le
fud-oueft des montagnes, où les Grecs Syriens
& --- Page 359 ---
aUToUR D U MONDE
& Arméniehs étoient très-peu
égard aux Schifmatiques & aux nombreux, eu
différens rits. Elle s'eft auffi étendue Hérétiques de
oà quantité de Cophtes fe font enEgypte,
l'obéiffance & la croyance dej Rome. rangés fous
d'eux confervent cépèndant
Certains
pays ou de leur rit, qui; à titre l'ufage de leurs
met la circoncifion des deux fexes, d'ufage,adune décifion précife de la Cour de malgré
II faut efpérer que ces progrès
Rome.
plus loin, fur-tout dans PAbiffinie, s'étendront
quantité de Chrétiens
où la
tere fimple& bon donneroit Hérétiques d'un caraca
fru@ueufe, J'ai
lieu à unémiflion
on. doit louer & vu par moi-mème combien
fouhaiter
hombre dés vrais Miflionnaires, l'augmentation du
beaucoup de peine dans la'
qui prennent
B les Etats de PInde,
Turquie, la Perfe
He Chrétiens fans
pays qui fourmillent
fecours &
L'on ne peut qu'admirer le
peu inftruits,
ions aux
progrès des MifRoyaumes de Pegu,
podia, la
Siam, Cam-
-ependant Cochinchine, & la Chine : elles font
mais les génées dans ce dernier
fujets Chinois que l'on Empire 3
talie, font d'un grand fecours inftruit en
patriotes,
à leurs comJe ne faurois affez admirer la
Roi d'Efpagne
réponfe d'un
Tome 1, que P'on preffoit d'abandon:
--- Page 360 ---
Vov A G E;
ner les Ifles Philippines, à caufe de la charg
qu'elles donnoient à PEtat; il répliqua qu'
n'en demandoit d'autre fruit que celui deill
Million, & qu'il étoit content, fi, parmile
millions de Chrétiens quis'y étoient faits de
puis leur foumiflion, il y en avoit un qui fà
au rang des Bienheureux. Lon: peutidire ave
juftice que cette Couronne a fait plus de Chré
tiens en Amérique & en Afie, qu'elle ne pof
fede de fujets en Europe, qu'elle a par con
féquent doublés par cette vertueufe politique
mais reyenops au Quefrouan.
Les Evèques & les couvens.des deux fexe
y font en grand, nombre, la fituation 1 defce
pays étant le feul afile sûr des Chrétienside
l'Afie Turque; c'eft la réfidence du Patriarche
d'Antioche, à.qui font foumis les Maronites;
ou du Patriarche des Arméniens, quiya quél
ques couvens de fon rit. Le, Patriarche.des
Grecs Catholiques fe tient autre part dans ces
montagnes; tous fes Habitans font générale
ment religieux, & quoique les vices! foient
communs à tous les Pays, on en trouve moins
ici que dans la plaine. Le fexe n'y eft cepens
dant pas fi exagtement voilé que dans les
villes; mais une fille enceinte payedefa vie,
par la propre main de fes parens, la faute
Mccurs. la,met dans cet état, Une mere fe croiroit déf qui
oliques fe tient autre part dans ces
montagnes; tous fes Habitans font générale
ment religieux, & quoique les vices! foient
communs à tous les Pays, on en trouve moins
ici que dans la plaine. Le fexe n'y eft cepens
dant pas fi exagtement voilé que dans les
villes; mais une fille enceinte payedefa vie,
par la propre main de fes parens, la faute
Mccurs. la,met dans cet état, Une mere fe croiroit déf qui --- Page 361 ---
AUTOUR b U MOND: E.
honorée, fi le lendemain des
35$
de fa fille ne lui étoit prouvée noces, la vertu
par fon gendre;
javoisaulivuc ce
du Mexique. Hdemwubercisticintins
Le troifieme jour de mon arrivée,
de Jelton; J'imaginois queles
je partis Route & dek
élevés feroient les moins endroits les plus cription fol" de Jelton du
par conféquent j'y
fréquentés, & que au Mafra.
pures. Je marchai vers trouverois.des le Mafra. moeurs plus
au pied de la montagne la plus haute Ce village eft
rouan, & c'eft le lieu où fe tiennent du Quef:
peaux pendant l'été. Une heure les troudépart, je me rendis à un couvent après fitué mon
derochersaffreux, d'oà fort une
entre
dante qui arrofe & verdit. les fourceabonverdure y fair un heureux contrafte environs; cette
ridité des rochers en
avec l'anage eft hériffé; cé aiguille, dont le voifidence d'un
couvent eft le lieu de réfiEvéque.
Après quej'cus gravi encore affez confidérale blement, fol eft je paffai au village du Claat, dont
d'arbres frais fertile, & bien moins pierreux, &, couvere
compagnie d'un Cheikr venans.Je m'y repofai en
tôt après je repartis, & très-honnéte. Biende
après une demi-heure
pic. chenin, Ilr n'avoit j'arrivai au bord d'un vallon à
geur d'une de fol dans le fond. que la Jarpetite riviere qui rouloit fes eaux
Z ij
eft je paffai au village du Claat, dont
d'arbres frais fertile, & bien moins pierreux, &, couvere
compagnie d'un Cheikr venans.Je m'y repofai en
tôt après je repartis, & très-honnéte. Biende
après une demi-heure
pic. chenin, Ilr n'avoit j'arrivai au bord d'un vallon à
geur d'une de fol dans le fond. que la Jarpetite riviere qui rouloit fes eaux
Z ij --- Page 362 ---
VOYAG E
bruit & impétuofité à travers des rochers
avec énormes. Je defcendis la montagne à pied, &c
paffai la riviere fur un pont près d'un mouje lin.Je remontai la montagne de l'autre bord;
c'étoit la plus rude que j'euffe encore rencontrée. Arrivé au fommet, j'étois un peu fatigué;
maisj'y trouvai une campagne agréable, plantée des plus beaux mûriers que j'euffe encore
diftilloit de par-tout fur un fol fervus : l'eau
&
uni par Ia largeur
tile, fans pierre, prefque
&
légalité de la crête
des amphithéâtres par
de la montagne ; le deffous des mûriers étoit
de différentes efpeces. Peu
cultivéen jardinage
j'arrivai au village du Mafra, qui eft à
après environ trois lieues & demie de Jelton; il eft
fitué fur la pente d'une haute colline qui eft, 2
de même que le haut, parfemée de maifons;je
fus fatisfait de la beauté de ce lieu, & je ne
regrettai pas la peine que j'avois prife pour y
monter.
Hofpitalité Le Cheikr de Jelton m'avoit recommandé
d'un Curé &
defcendre chez lui i: il en étoit
de fafemame. au Curé;j'allai
fa femme & fes enfans.
forti; je ne trouvai que
Cette bonne perfonne me reçut fort bien, me
pria d'attendre fon mari, & de me repofer.
Je me plaifois à obferver cette jolie femme au
teint ruftique, dans une groffeffe affez avan-,
cée, & à la feur de fon age, époufe d'un"
Curé &
defcendre chez lui i: il en étoit
de fafemame. au Curé;j'allai
fa femme & fes enfans.
forti; je ne trouvai que
Cette bonne perfonne me reçut fort bien, me
pria d'attendre fon mari, & de me repofer.
Je me plaifois à obferver cette jolie femme au
teint ruftique, dans une groffeffe affez avan-,
cée, & à la feur de fon age, époufe d'un" --- Page 363 ---
AUTOUR DU MONDE:
Prêtre apparemment auffi ruftique, qui étoit 357
occupé à labourer fon champ. Elle étoit au
milieu de trois petits enfans qu'elle tâchoit de
contenter tour à tour, & elle prenoit tous les
foins du ménage. J'admirois la fimplicité de
leur façon de vivre; une efpece de
de galerie ouverte leur fervoit de porche ou
elle rangeoit par terre un lit où elle chambre; tâchoit
d'endormir fes petits enfans ; elle avoit en
même temps l'oeil à un fourneau, où elle faifoit cuire, dans un pot, quelques tranches de
citrouille : elle me prépara enfuite des oeufs
pour mon fouper, avec du lait différemment
apprèté, & du pain en façon de crèpes. Tantôt
elle me perfuadoit, par fes regards, fon envie
de me bien recevoir; tantôt elle étoit
tiente du retard de fon mari. Sur
impafaites il arriva, & il tâcha de renchérir ces entreréception de fon
fur la
de l'Afie,
époufe, qui, fuivant lufage
qui tient les femmes retenues
des
envers
hommes, ne fe préfenta plus à
s'occupant plus que des affaires de fon moi, mé- ne
nage. A la nuit, P'heure de la priere fit
bler plufieurs
affemair,
Habitans, & on la récita en
avec autant de dévôtion
plein
infpirer les temples les mieux quej pourroient en
uns des voifins
ornés. Quelqueschant
me tinrent compagnie, cherce qu'ils croyoient propre à m'amufer.
Z itj --- Page 364 ---
Ve o.x A G E
La nuit fit retirer quelques animaux,
qui
peut-être faifoient toute la richeffe de ce bon
Prètre;lui & fa femme, en leur donnant à man
ger,en recevoient des careffes; c'étoit le feul
retour qu'ils pouvoient témoigner à leurs
maitres, & l'heureux effet de la douceur gé
nérale des Afiatiques,
Je fis faire mon lit dans un petit endroit
élevé, fous le même porche, & il voulut
coucher auprès de moi & de mon conducUlages, 1 teur. C'eft un ufage dans ces montagnes
que le maître de la maifon eft lui-même le
gardien de fes hôtes. Les enfans du Cheikr
de Jelton avoient fuivi le même ufage; d'ailleurs, vu la coutume d'éloigner les femmes des
hommes, les étrangers ne peuvent loger dans
la même maifon que les femmes; les hôtes
font reçus fous des porches ou dans des appartemens nommés Manzouls, qui n'ont point
de communication avec la maifon. Je dormis
fort bien; mais dans ces hautes montagnes,
qui font une continuation du Liban, l'air
frais & extrêmement vif de la nuit m'incommoda un peu; mais la chaleur du lendemain
diflipa mes douleurs,
Au jour, nous allâmes entendre la Meffe de
ce bon Prètre; après quoi, malgré fes inf
tançes, je me mis en chemin & je pris ma
des appartemens nommés Manzouls, qui n'ont point
de communication avec la maifon. Je dormis
fort bien; mais dans ces hautes montagnes,
qui font une continuation du Liban, l'air
frais & extrêmement vif de la nuit m'incommoda un peu; mais la chaleur du lendemain
diflipa mes douleurs,
Au jour, nous allâmes entendre la Meffe de
ce bon Prètre; après quoi, malgré fes inf
tançes, je me mis en chemin & je pris ma --- Page 365 ---
AUTOUR DU Mo NDE.
route vers la haute
d'habitation
montagne : il n'y a point
au deffus du Mafra, à caufe des
neiges de Phiver; ce village en eft même
vert pendant fix mois de l'année.
couNous traversâmes la continuation
tations de mûriers du Mafra. Le fol desplan- étoit le Route Mafra depuis
toujours de la même fertilité,
RIIRE
& extrémement arrofé. Je
peu pierreux, teau. antique,
montai une petite
montagne, aprèslaquelle je ne
de muriers; le fol étoit
rencontraiplus
froid & trop fujet aux neiges. apparemment Je yis trop
des endroits incultes où paiffoient des enfuite
peaux de toute efpece, & j'arrivai à des troudroits oà,on les Faifoit
ennuit én plein champ. Ces -parquer pendant la
haut d'une colline, dont le parcs étoient au
femé en différens grains. On penchant étoit
durci avec celui
y faifoit du lait
qu'on avoit trait le matin, Je
m'y arrêtai pour déjedner, & j'y fus joint
par divers Habitans du Mafra,
Après
déjeûner, 2 on me conduift un
plus haut, à une plaine d'un fol fertile, d'une peu
petite lieue de longueur fur un quart de
largeur. Elle étoit femée des mêmes
la colline
grains que
moit la précédente, & la verdure en charvue. Cette plaine étoit bornée au fud
par la baute montagne, qui offroit des rochers
exactement à pic & à perte de vue; elle étoit
Z iv
ra,
Après
déjeûner, 2 on me conduift un
plus haut, à une plaine d'un fol fertile, d'une peu
petite lieue de longueur fur un quart de
largeur. Elle étoit femée des mêmes
la colline
grains que
moit la précédente, & la verdure en charvue. Cette plaine étoit bornée au fud
par la baute montagne, qui offroit des rochers
exactement à pic & à perte de vue; elle étoit
Z iv --- Page 366 ---
36p
- o YA . G E
bornée, du côté du nord eft de l'eft, par un
très-petite colline, & elle étoit ouverte ver
Poueft, d'oà la vue s'étendoit & dominoit fu
des montagnes qui fe fuccédoient dans
lointain, L'on me fit voir les ruines d'un
tour prefque carrée; elle étoit bâtie avec de
pierres d'une énorme groffeur, & allez lon
gues pour fervir de plancher aux efpace
pratiqués en dedans, & de foutien au hau
de la porge, au lieu d'arçeau, Au deffus d
cette porte étoit une infcription en caraétere
grecs, que je ne pus copier; mais à un angl
en dehors j'en trouvai une autre que je copia
en entier & figurativement. L'Académie a et
la bontédem'en donner : l'explication; ; elle dé
figne l'époque de la conflrucion de la tou
où elle eft infcrite, & non du temple don
je parlerai bientôt, qui apparemment eft plu
ançien, & duquel cependant cette infcription
fait mention,
iufeription Ls NTEIITOAM PAB BOMOY
dc ce châEHMEAHTOY
fean, & def- EKTENTOY
douteux.
çription d'us
MENIETOY OEOY #KOAO MHOH.
ictiple.
Ia trois cent cinquante - cinquieme année
Tholmus écant, pour la fixieme fois, chargé du
foin du temple du Dieu fuprème 2 ce batiment a
Eté conftruit (l'ere défignée eft celle des S6
lgucides, ou 312 aps avant Jéfus-Chrift), On
OY
fean, & def- EKTENTOY
douteux.
çription d'us
MENIETOY OEOY #KOAO MHOH.
ictiple.
Ia trois cent cinquante - cinquieme année
Tholmus écant, pour la fixieme fois, chargé du
foin du temple du Dieu fuprème 2 ce batiment a
Eté conftruit (l'ere défignée eft celle des S6
lgucides, ou 312 aps avant Jéfus-Chrift), On --- Page 367 ---
AUTOUR DU MONDE. 36r
voit des ruines qui s'étendent de cette
en defcendant vers l'ouverture, à l'oueft tour, de la
plaine dont je viens de parler; elles conduifent à des ruines plus confidérables, où
découvris une groffe pierre qui pouvoit for- je
mer, par fa taille & fa forme, la bafe d'un
autel : il y en a à côté une autre, fur le
de laquelle & au milieu eft un carré plan
relevé & entouré d'un canal taillé dans long, la
même pierre; elle formoit peut-être la table
du même autel. L'on trouve enfuite des reltes
d'une grande porte fort large, aux côtés de
laquelle, en dehors, regnent deux galeries
qui font face. Au bout de ces
deux grandes falles
galeries font
ouvertes, ornées de COlonnes, dont les chapiteaux,
& en feuillages,
fculptés en fleurs
2 indiquent l'immenfité & la
beauté de l'ouvrage : en dedans de la
eft une grande cour avec un
porte,
rain qui eft dans le milieu. puits ou fouterDans le fond de
cette cour, on voit une galerie qui tient
la face du bâtiment; elle eft ornée de toute
nes
colontrèsgroffes, comme celles du dehors :
cette galerie, toujours en face, font les après
d'un mur & le vide d'une vafte
ruines
falle, au fond
découvrir ce
Emreomatoameto
qu'ilya deffous, & fi elles fontla
féparationd'une fecondefalle
quieft en arriere. --- Page 368 ---
VoY-A G E
Ce bâtiment eft prefque ruiné; les colon
nes & une grande.partie des murs font épar
fur tèrre; il étoit conftruit entre des rocher
taiilés à pic &c très-hauts, qui fervoient de
murs à plufieurs de fes côtés; l'on me dit que
c'étoit un.temple dédié à la Mere des Dieux
lors du regne d'un des Prolomées., fans favoir
lequel, L'ancienneté de cette tradition doi
l'avoir altérée, en ce qu'elle differe de l'expli
cation del l'Académic; & cette différence n'ef
qu'aux mots de pere au, lieu de celui de mere.
qui font aifés à fe confondre en Arabe. Les
gens du pays appellent ce lieu Elfogra
c'étoit auffi dans ces lieux que Salomon fit
couper les cédres dont il conftruifit une partie
du temple de Jérufalem. Quoi qu'il en foit,
la pofition de ce temple étoit charmante, & la
même que j'ai citde de la plaine, àl'oueft de
laqueile il étoit placé.
Route de Je laiffai ces ruines en
cette
ce chàreau à
longeant
peune grande tite
au milieu de laquelle
fourcc,
plaine,
côule
abondamment une fource agréable & limpide, qui nous invita à nous arrêter : elle
eft d'un froid à n'y pouvoir tenir la main,
J'unis mon diner à celui des Habitans du
Mafra, qui m'étoient venus joindre, & après
un repas agréabie, nous côtoyâmes fur la
droite, la montagne qui eft taillée à pic. Quelo
longeant
peune grande tite
au milieu de laquelle
fourcc,
plaine,
côule
abondamment une fource agréable & limpide, qui nous invita à nous arrêter : elle
eft d'un froid à n'y pouvoir tenir la main,
J'unis mon diner à celui des Habitans du
Mafra, qui m'étoient venus joindre, & après
un repas agréabie, nous côtoyâmes fur la
droite, la montagne qui eft taillée à pic. Quelo --- Page 369 ---
AUTOUR DU MoNDE 363
ques infcriptions en grec y font encore gravées; mais comme elles ne confiftent
deux ou trois caraderes, elles ne me qu'en donnerent pas envie de les prendre. Nous allâmes versl'eft,&, en montant, nous. rencon
trâmes d'autres ruines avec des pierres qui
paroiffent avoir été traverfées par des tuyaux
de jets d'eau; ces ruines peuvent avoir fervi
de perfpedives au bâtiment ou au temple
que j'avois vifité dans le fond de la plaine.
Nous finimes de monter la colline, &c nous
nous trouvâmes fur un fol en dos d'âne,
qui, d'un côté, tombe dans la plaine
venois de quitter, & de l'autre dans que je
vallon extrêmement
un vafte
profond. Sur ce dos
d'âne eft un canal bien entretenu, qui fournit
les eaux que j'avois vues en fi grande abon-.
dance au Mafra; nous le fuivimes
un quart de lieue, & étant arrivés pendant
d'une haute montagne à
auprès
pic, nous trouvâmes
une grande fource, dont je ne pus découvrir le fond : elle fournit
rapidement deux
canaux qui peuvent contenir chacun trois
piedscuberd'cau.s Sa
voulu en
feidleretials.qulgant
boire,J'eus les dents gelées comme
au fort de Thiver, & je craignis que fa fraicheur ne me donnât des coliques : l'on m'a
dir depuis, & j'ai trouvé vraifemblable,
que --- Page 370 ---
VoYA G M
ces fources ne provenoient que de la filtratio
de la fonte des neiges, qui font à deux ou tro
lieues plus au nord & plus élevées.
Nous pouvions être alors à deux lieues C
Mafra, & le pays n'étant pas habité pl
haut, après quelque repos, je me féparai C
ceux qui étoient venus à ma rencontre;
retournerent à leur village, & en-m'en retou
nant auffi, je pris vers la droite en fuivar
l'autre branche du canal qui part de la mêm
fource.
d'une Befcription arche Je paffai fur une arche naturelle d'enviro
narerelle, quarante pas de large, fur quatre-vingts d
long. Je n'ai jamais vu d'ouvrage de la Natur
aufli majeflueux, & qui imitât auffi bien PAr
en certaines parties. Les eaux des montagne
s'écoulant avec rapidité pendant la fonte de
neiges, ont formé un torrent qui faute pa
une cafcade d'environ quarante
i
forme enfuite fon lit à travers des pieds;
rocher
énormes, 2 fous l'arc ou voûte dont je parle
qui eft à cinquante pas au moins au deffous
de la cafcade. Cette voûte eft au niveau du
fol; mais elle eft élevée au moins à la hauteur
de cent pieds au deffus du lit du torrent, qui
commence l'ouverture d'un
& elle
n'éft
vallon,
foutenue que par les deux bords du torrent, comme une véritable arche. Je ne puis
s;
rocher
énormes, 2 fous l'arc ou voûte dont je parle
qui eft à cinquante pas au moins au deffous
de la cafcade. Cette voûte eft au niveau du
fol; mais elle eft élevée au moins à la hauteur
de cent pieds au deffus du lit du torrent, qui
commence l'ouverture d'un
& elle
n'éft
vallon,
foutenue que par les deux bords du torrent, comme une véritable arche. Je ne puis --- Page 371 ---
AUTOUR DU MONDE
oncevoir comment la Nature
aillé dans le rOC à pic, uniment & peut l'avoir
comme avec un cifeau. L'extrème en voûte,
violence
Hes eaux de la fonte des
neiges a miné
paremment le roc le plus foible, & appeu à peu & également celui
rongé
a dureté & la forme lui ont qui refte, dont
oppofé une égale
éliftance., I
Nous marchâmes à mi-colline,
paffé fur cette voûte. Nous
après avoir Route & def.
Èhamps alfez fertiles. A
trouvâmes des fol" cription jufgues du à
ces
un recoin que forment Agufia,
montagnes 2 je vis la fource de la
le la Croix,
riviere
Mafra. Je
que j'avois paffée en allant au
côtoyai toujours à mi-côte, de
houvelles montagnes, dont l'eau
cafcades, tombe en
jailliffante en
un vallon affez abondance, 4 & j'arrivai
emé de
vafte, très-bien arrofé &
menus grains, La riviere de la Croix
fournit à deux grands canaux, & de
à
Autre canal pratiqué fur le
plus un
mnontagne oppofée.
penchant de la
Après avoir traverfé ce
vallon, je montai une haute colline de
que je parcourus enfuite dans fa
terre,
mnais le fol, quoique de
longueur; ;
he me parut pas fi fertile. terre Je fablonneufe,
Hroite : je trouvai
pris enfuite à
un beau viliage, d'où je
Hécouvrois le Mafra fur la
la de tres-beaux
montagne voiline;
màriers, bien arrofés, & eft
penchant de la
Après avoir traverfé ce
vallon, je montai une haute colline de
que je parcourus enfuite dans fa
terre,
mnais le fol, quoique de
longueur; ;
he me parut pas fi fertile. terre Je fablonneufe,
Hroite : je trouvai
pris enfuite à
un beau viliage, d'où je
Hécouvrois le Mafra fur la
la de tres-beaux
montagne voiline;
màriers, bien arrofés, & eft --- Page 372 ---
V O Y A
E
voifin d'un lieu nomméHaragges.Je dépaffa
ce village, & de même quelques endroits pier
reux & des terres fablonneufes & peu fertile
Enfuite. laiflant à droite & dans un fond
des vallons en plaine qui paroiffoient fertiles
bien plantés & bien arrofés, j'arrivai fur 1
bord d'une petite plaine, oùr eft une efpec
de couvent avec une églife : il'n'y a qu'u
Moine & un Frere, détachés d'un gran
couvent fupérieur. Nous nous arrêtâmes
cette mailon, & nous y fûmes affez bier
traités. Le lendemain, après la Meffe, nou
déjeûnâmes; càriln'eft poirt d'ufage de laiffe
partir fes hôtes à jeun, & nous nous remime
en route. Nous Faisâmes par un fol peu fer
tile, tantôt fablonneux & tantôt plein de
roches, comme la veille : nous y trouvions
également des pins & des troupeaux de che
Vres. Vers les neuf heures, nous vimes un
très petit village nommé Befommar, où réfide
le Patriarche des Arméniens, & oà eft und
aflez belle églife : je le faluai; je m'y rafrat
chis, & je repartis tout de fuite. Nous def
cendimes & nous contournames la montagne
à droite; le fol y eft derechef pierreux & dif
ficile, fembiable à celui d'Aintoura - - & de
Jeiton. Après la defcente, nous nous trouvâ
mes fur une feconde montagne qui domine
réfide
le Patriarche des Arméniens, & oà eft und
aflez belle églife : je le faluai; je m'y rafrat
chis, & je repartis tout de fuite. Nous def
cendimes & nous contournames la montagne
à droite; le fol y eft derechef pierreux & dif
ficile, fembiable à celui d'Aintoura - - & de
Jeiton. Après la defcente, nous nous trouvâ
mes fur une feconde montagne qui domine --- Page 373 ---
AUTOUR DU MONDE.
a mer, & nous vimes le village
ous nous, & au loin, fur la droite, d'Agoufla
He Gazir. Quelques Cheikrs & le
celui
Hes Maronites ou d'Antioches
Patriarche
e premier. J'allai defcendre chez réfident dans
the, & je le faluai : il me
le Patriar- Politeffes
Aedueufement; il
reçut poliment & dapattiarche d'àntioche.
talien.
parioit bon latin & bon
J'y dinai, & un de fes Grands-Vi.
caires ne me quitta jamais. Vers les
heures, à fon réveil'dela fiefle,
quatre
Hel lui. Je tournai autour dè
je Pris congé
res-agreablement
ce village, qui eft
fitué- fur la pente d'une
paute:
montagne, > cultivée en forme d'un
Fudeampliticstere, qui laiffe depetits
pour des-jardins-s pour des
efpaces
mnàriers :les maifons font
plantations de
le fer-ad
éparfes, & occupent
cheval-que forme la
Hont: l'ouverture eft du"côré de montagne, la
&
Pétendent jufque dans'le
mer; elles
formerune
bas, où là montagne
arrofée; croupe encore très-élevée &c bien
elle'efti pargout-bien cultivée
ya en'outre- une-fource
& il
Hu
abondante au milieu
village, vis-à-vis la maifon d'un
La polition de ce lieu eft belle; mais Cheikr.
Fement, vers Pheure de midi, les
ordinaitrouvent arrêtés par la hauteur nuages à
quife de
montagne, obfcurciffent l'air
pic
la
prume épaiffe
& caufent une
que je crois être mal-faine.
<
efti pargout-bien cultivée
ya en'outre- une-fource
& il
Hu
abondante au milieu
village, vis-à-vis la maifon d'un
La polition de ce lieu eft belle; mais Cheikr.
Fement, vers Pheure de midi, les
ordinaitrouvent arrêtés par la hauteur nuages à
quife de
montagne, obfcurciffent l'air
pic
la
prume épaiffe
& caufent une
que je crois être mal-faine.
< --- Page 374 ---
V o Y A G E
Route & def- En fortant du village, je traverfai
cription du
la morifol jufques à tagne, & peu de temps après avoir
Aintoura. fol pierreux & ftérile, je vis Phofpice paffé d'Ariffa, un
qui eft aux Peres deTerre-Sainte ou Récollets
de S.François; je m'y rendis,après une heure
de chemin depuis Agoufla. Cet hofpice eft
fitué fur le fommet d'une montagne qui eft
peu diftante du bord de la mer, fur laquelle
elle domine; mais fon fol eft fec, férile &
folitaire : il n'y a d'autre eau que celle des ci
ternes. Le lendemain, je partis de bon matin *
& après être defcendu par le côté du dedans
des terres & en côtoyant la montagne, qui
eft aflez rude,j'entrai dans un vallon étroit,
où coule un petit ruiffeau. Je remontai de
l'autre côté en longeant la
& je
vis Aintoura fur une éminence montagne, voifine. Le
terrein qui nous féparoit, étoit un
mais moins
folinégal,
rudes que les hautes montagnes
que je venois de parcourir, J'arrivai- à dix
heures à Aintoura, le fixième jour après mon
départ.Je remerciailes Supérieur de fes bontés,
& après dîner je repartis pour la plaine,
RetouriBa. J'arrivai,à Baruth le
ruth, arrifoir, après dix jours
vée à Seyde. d'abfence, que javois employés à parcourir
le Quefrouan. Le Pere Capucin me reçut à
fon ordinaire, & il m'apprit qu'un chebec du
Roi étoit deftiné à croifer fur les côtes de la
Syrier
ciailes Supérieur de fes bontés,
& après dîner je repartis pour la plaine,
RetouriBa. J'arrivai,à Baruth le
ruth, arrifoir, après dix jours
vée à Seyde. d'abfence, que javois employés à parcourir
le Quefrouan. Le Pere Capucin me reçut à
fon ordinaire, & il m'apprit qu'un chebec du
Roi étoit deftiné à croifer fur les côtes de la
Syrier --- Page 375 ---
AUTOUR D U MoNpE,
Syrie.Le lendemain, on me dit qu'il étoit
tivé à Chypre, d'où il devoit, dans
arjours, fe rendre à Seyde. Je n'étois peu dé
de cette Ville que de huit lieues. Je éloigné
de m'y rendre pour voir dés camarades projetai
j'avois connus long - temps à
qué
j'avois fervi. En effet, je m'y-rendis Toulon, où
cing d'Août; j'allai d'abord
le vinge
de Cette Echelle,
voir le Conful
qui me fit
nétetés & m'offrit fa maifon beaucoup d'honP'arrivée
: il me confirma
prochaine du chebec; mais quelques
jours" après il reçut avis de fon
Chypre pour Candie, où il alloit départ da
les bâtimens de fa divifion. Fruftré rejoindre
attente, je me préparai à
de mon
la fréquentation des
paffer à Acre, où
rend le
vaiffeaux de Marfeille
paflage pour la France
Le Conful m'avoit fait mille prefque affuré,
mon voyage, & il paroiffoit queftions fur Confuldeser- Po'leeffesda
beaucoup
prendre à moi.teEshella,
chez lui, d'intérêt; il me preffa de refter
défert
pour me remettre des
& du délabrement de
fatigues du
par quelques reftes des
ma fanté, qui,
eus chez les Marates
boutons que j'avois
la chaleur de
2 annonçoit vifiblement
comme
mon fang, Ii me repréfenta
je voulois connoitre les Habitans que des
montagnes, il étoit néceflaire de les
plus
examiner
Tome amplement, ne les ayant vus
I.
qu'en pafA a
pour me remettre des
& du délabrement de
fatigues du
par quelques reftes des
ma fanté, qui,
eus chez les Marates
boutons que j'avois
la chaleur de
2 annonçoit vifiblement
comme
mon fang, Ii me repréfenta
je voulois connoitre les Habitans que des
montagnes, il étoit néceflaire de les
plus
examiner
Tome amplement, ne les ayant vus
I.
qu'en pafA a --- Page 376 ---
Vox A
très
partie. Malgré l'efpec
fant & en
petite
l'éloign
de rufficité que j'avois acquife par
des
fon époule voulut bien
ment
femmes,
Pun
joindre à fon mari. Ils employerent
l'autre toute leur éloquence pour que je (
journaffe chez eux, & ils ébranlerent la r
folution que j'avois prife de partir pour
France ; la foibleffe de mon corps, les reft
boutons, le bien-être nouveau dor
de mes
fufpendirent mon activité O
j'allois jouir,
conformes
dinaire ; & les connoiffances
chez 1
mon goût, que je pouvois prendre
Arabes voilins, excuferent à mes yeux cet
efpece de foibleffe. J'eus cependant une fiev
mois
mon arrivée, & je fi
réglée un
après
mais les foir
obligé de prendre Pémétique;
lon eut de moi, rétablirent peu à peu m
que
fanté délabrée.
deSeyde eoffrent les points devu
Iaviroas & Les dehors
antiquités de les plus verdoyans & les plus champêtres q'
Ssyde.
; des jardins, des. verge
l'on puifie imaginer
fertiles & bien arrofés ne forment propremer
des bois touffus de toutes fortes d'arbr
que fruitiers, qui font la plupart couvert de vigne
qu'on y laiffe s'étendre à volonté.
L'on trouve dans les montagnes des env
dans le roc
rons, des cavernes pratiquées
qui,plus ou moins, fuivant leur grandeur
les plus verdoyans & les plus champêtres q'
Ssyde.
; des jardins, des. verge
l'on puifie imaginer
fertiles & bien arrofés ne forment propremer
des bois touffus de toutes fortes d'arbr
que fruitiers, qui font la plupart couvert de vigne
qu'on y laiffe s'étendre à volonté.
L'on trouve dans les montagnes des env
dans le roc
rons, des cavernes pratiquées
qui,plus ou moins, fuivant leur grandeur --- Page 377 ---
AUTOUR D U MoxDE,
ont dix à douze petites cellules
qu'elles étoient les tombeaux
: on me dit
des anciens HabitansdeSydon; ;mais je croirois
fervoient de retraite aux anciens plutôtqu'elles
montagnes, On voit auffi à
Habitans des
bâti parS.Louis,
Seyde un château
& des parquets de quelquescolonnes demarbre,
jafpe en
diquent la beauté des maifons mofaique, qui inun des ornemens,
dontils faifoient
C'eft dans les environs de cette Ville
pénétrai pour la premiere fois dans
que je d'unc Defcriptios Moft
d'une Molquée affez confidérable Fintérieur qué.
vu jufque-là que celles des
5 n'ayant
méritent aucuhe defecription. Javans, qui he
un carré long, difpofé
Celle-ci forme
quées, fuivant la direaion comme toutes les Mof.
eft avec la
du lieu où l'on
occupé Mecque. Le fond de ce carré eft.
lacre d'un par une grille qui laiffe voir le fimuédifice
repréfentant la maifoni
d'Abraham, fituée à la
titép prodigieufe de
Mecque; une quanmélées d'oeufs
lampes alignées & entrela
d'autruche, font
voûte, & tombent à
fufpendues à
diflance de terre, Le fept ou huit pieds de
nattes très-propres,
pavé eft couvert de
tions qui fe font deftinées aux profterna acôté de la
toujours la face tournée du
fous la forme Mecque. de
Cet ufage d'adoration s
profternations courtes & réi
A a ij
d'oeufs
lampes alignées & entrela
d'autruche, font
voûte, & tombent à
fufpendues à
diflance de terre, Le fept ou huit pieds de
nattes très-propres,
pavé eft couvert de
tions qui fe font deftinées aux profterna acôté de la
toujours la face tournée du
fous la forme Mecque. de
Cet ufage d'adoration s
profternations courtes & réi
A a ij --- Page 378 ---
Voy A G F
térées, ne. doit peut-être pas fon origine à Ma
homet; car les Chrétiens de ces parties le pra
tiquent à peu près comme les Mufulmans
& cet aête de piété me parutd'un genre noble
majeftueux, & conforme à l'objet qu'il re
préfente.
Relationsfur Je paffai mon temps à prendre des principe
les Habitans de la Langue Arabe, dans laquelle je décou
des montam'inftruire
gnesdeseyde. vrois de grandes beautés, & à
autant qu'il étoit poflible 2 des moeurs de
Habitans des montagnes voifines. Celles di
côté du fud-oueft font habitées par une fe&t
de Mufulmans, qui n'eft liée 1 avec aucun
Nation; on les nomme Mutuallis. Ils ont pou
les Etrangers les mêmes principes d'éloigne
ment que les Indiens; on ne peut loger che
eux. 7 ni manger dans le même vafe; ils me pa
rurent même un peu féroces. Je n'en ai ce
pendant jamais reçu de mauvais traitemens
lorfque j'ai été dans leurs villages. Les Chré
tiens habitent librement parmi eux, & ils n
les haiffent pas auffi fortement que les Turcs
Il y a auffi de ces Mutuallis au nord du
Quefrouan. Leurs montagnes s'étendent de
puis, Gebail jufques à Balbec 2 & ces deur
Villes leur appartiennent 5 mais on m'a pein
ceux-ci plus féroces que ceux qui avoifinen
Seyde. Les montagnes du nord-eft de Seyde
villages. Les Chré
tiens habitent librement parmi eux, & ils n
les haiffent pas auffi fortement que les Turcs
Il y a auffi de ces Mutuallis au nord du
Quefrouan. Leurs montagnes s'étendent de
puis, Gebail jufques à Balbec 2 & ces deur
Villes leur appartiennent 5 mais on m'a pein
ceux-ci plus féroces que ceux qui avoifinen
Seyde. Les montagnes du nord-eft de Seyde --- Page 379 ---
DU MONDE E.
AUTOUR
des Drufes & des Chrétiens,
font habitées par chez les Mutuallis.
entremélés, comme
font
Tous ces Habitans des montagnes dont les
en faveur des Turcs,
éloipeu portés
& les préjugés les
principes de Religion les
ne doi-
: auffi
premiers
gnent également bravoure &à Pafpérité de
vent-ils qu'à leur
d'indépendance oùt
leurs montagnes, l'efpece Turc. Les Drufes douteux Defcendans des
ils font du Gouvernement
haiffent
Croifés.
amis des Chrétiens, & ils ne
pas
font
dont on les dit
abfolument les François,
dans ces moniffus par des fugitifs réfugiés des Croifés. Onretagnes, lors de l'expulion
des reftes
connoit dans quelquesuns d'eux,
des fujets du Vieux de la mondes principes
ragne.
auffi dans les environs de Jé-.
L'on trouve
d'Arabes Bedouins, qui
rufalem, des efpeces
ils reçufe difent defcendans des François; m'en donna
rent très-1 bien un Capucin qui
gardé
connoiffance, &c ils avoient auparavant Mifd'égards, un
chez eux, avec beaucoup
fionnaire de cet Ordre.
qui, Relacions de
J'étois charmé de la beauté du, climat,
diverselimas &de celuida
felon moi, eft ce dont jouit le plus unhomme Nature. la fud partie de ta Sy du
cherche à fe rapprocher de la
1ic.
qui
divers climats de PUnivers,
J'avois parcouru
plus favo-
&je ne trouvois point dej pofition iij
Aa --- Page 380 ---
VorAG t
rable à cet égard que celle de la partie fud a
la Syrie; car dans les Pays fitués entre le
Tropiques, il pleut à peu près pendant G
mois de l'été; & dlans ceux qui font à que
ques degrés au delà des Tropiques, il n'
pleut que rarement, & feulement dans
printemps & dans l'automne, 9 temps où le
pluies fe renvoient des Pays froids au
Pays chauds. J'avois remarqué fous cette lat
rude, comme par exemple en Afie, aux er
virons de Baffora, & en Amérique, aux ap
proches du Sartille, & aux déferts fitués dar
PAfrique, quele défaut depluie rend le fol pe
habitable & fec, & qu'il eft alors toujours fa
blonneux : je ne prétends pas cependant don
ner ceci comme une regle fans exception
mais fous la latitude de trente à trente-cin
degrés, les fix mois de l'été font fans pluie
& les fix mois de l'hiver font d'un froid fuf
portable 2 & toujours entrecoupé par d
longs intervallès où le temps eft aufi bea
que dans les plus beaux jours de l'été,
Les produéions du fol de la Syrie fon
une preuve inconteftable de ce que j'avance
Beaucoup de grains pouffent & produifen
même pendant l'hiver. Certains arbres à L
vérité font fans feuilles, mais les jardins fon
pleins de Beurs 8c de légumes nouvellemen
iver font d'un froid fuf
portable 2 & toujours entrecoupé par d
longs intervallès où le temps eft aufi bea
que dans les plus beaux jours de l'été,
Les produéions du fol de la Syrie fon
une preuve inconteftable de ce que j'avance
Beaucoup de grains pouffent & produifen
même pendant l'hiver. Certains arbres à L
vérité font fans feuilles, mais les jardins fon
pleins de Beurs 8c de légumes nouvellemen --- Page 381 ---
AUTOUR DU MoNDE.
produifent depuis le mois dè
femés, qui
à l'été; &jy ai mangé édes
Novembre jufques mois de Novembre. La fituaféves fraiches au contribue auffi beaucoup à
tion de la Syrie
elle eft garantie du
la beauté de fon climat; hautes montages, &
vent de nord par de côté
la mer, & de
elle eft bordée d'un dont par le fol étant fec 2
l'autre par le défert,
fournit peu d'exhapierreux & fablonneux,
de pluie. La
laifons. , & par conféquent peu
charHautel Egypte eft aufi dans une pofition
àuffit bien que les environs de Lima;je
mante,
doivent Pun & l'autre la féchecrois qu'ils ne
climat, qu'aux monreffe & la béauté de leur
le
qui les défendent également contre
tagnes
mais les environs de Lima
cours des nuages;
fertiles, & l'Egypte ne.
font fablonneux & peu
des Habitans qui
doit fa fertilité qu'au travail annuelle du Nil;
inertent à profit Finondation
d'ailleurs les chaleurs de lété font infuppor-
& les naturels
tables dans la Haute Egypte, bien cher la
Péruviens & Cophtes payent ia dureté de leur
beauté de leur climat, 2 par
Gouvernement.
Produdioas
réunit également les produtions de la Sytic.
La Syrie chauds & celles de ceux qui
des climats
le
font froids; le blé, 2 Porge : 2 le coton, & le
le chêne, le pin
bamy ou gombeau,
Aaiv
uppor-
& les naturels
tables dans la Haute Egypte, bien cher la
Péruviens & Cophtes payent ia dureté de leur
beauté de leur climat, 2 par
Gouvernement.
Produdioas
réunit également les produtions de la Sytic.
La Syrie chauds & celles de ceux qui
des climats
le
font froids; le blé, 2 Porge : 2 le coton, & le
le chêne, le pin
bamy ou gombeau,
Aaiv --- Page 382 ---
Voy A G E
fycomoreye croilfentégalement bien. La vigne
le figuier; le mûrier, le pommier - 2 S autre
arbres d'Europe, y font' auffi communs qu
le jujubier les figuiers banabiers, les oran
gers, les limoniers doux & aigres, & le
cannes à fucre. Les produéions commune
aux deux climats' pour les jardins, s'y trou
vent auffi,
La Religion Catholique eft auffi exactemer
obfervée & libre dans le fein des montagne
qu'au centre de Rome; les moeurs font plu
fimples, & par conféquent meilleures.
des Producions montaL'indufrie des Habitans a fertilifé le fo
gncr,
des.montagnes, & en a fait un jardin très
agréable. Quantité de fources bien ménagée
arrofent lcs mfriers qui forment le principà
revenu de ce territoise, &-ils n'exigent qu'ur
travail affez léger pour affurer la fubfiflanc
des Habirans, par le prix de la belle fois
qu'on enretire. Le vin cftaufi un objet princi
pald der revenu, de même quelhuile & lesfigues
Hes! Hlabktan, Simplicicé A-la vérité, on n'y voit point le luxe Sc les
zfon: epilité, richeffes de FEurope; mais aufli les fortunes
y font moins inégalos, & par conféquent
l'extrême pauvreté n'y eft pas aufli commune
que dans bien des parties dela France.
11 me femble que pour rendre l'homme
le: moins malheureux qu'il eft poflible, il faut
de même quelhuile & lesfigues
Hes! Hlabktan, Simplicicé A-la vérité, on n'y voit point le luxe Sc les
zfon: epilité, richeffes de FEurope; mais aufli les fortunes
y font moins inégalos, & par conféquent
l'extrême pauvreté n'y eft pas aufli commune
que dans bien des parties dela France.
11 me femble que pour rendre l'homme
le: moins malheureux qu'il eft poflible, il faut --- Page 383 ---
AUTOUR DU MONDE.
fui défiter une- pofition égale à celle de 377
Montagmards, oùi il ne puiffe fe
ces
lei nécellaire, mais avec abondance. procurer Ilf
que
fautauffi
qu'iln'yparvienne que par un léger travail des
mains, qui, fans laffoiblir, entretienne fon
corps dans un exercice qui le rende robufte.
Ce travail écarte la molleffe & le befoin
toutes ces fuperfuités,
de
ceffaires
qui ne deviennent néqu'aux hommes fenfuels &
il
ne faut pas même que les hommes oififs;
garder l'oilivete comme le
puiffent repenfe de leurs
terme & la récomtravaux, &illeureft utile qu'une
moyenne rétribution à leur fatigue les
dans le cas de continuer leurs
mettent
s'affurer un. honnête néceffaire. travaux; pour
L'ame
plus de nerf, lorfque le corps eft robulle acquiert
fait aux exercices
8c
Phomme
journaliers & péribles, &c.
laborieux goûte mieux que touc
autre, 2 les plaifirs purs & permis, qui font le
délaffement de fes fatigues, Une telle fociété
n'offre à la vérité ni des favans ni des
bien aimables; mais elle
gens
heureux,
préfente des hommes
portés à leurs devoirs par un fentiment naturel, bons peres de famille & bons
citoyens, & je penfe que de tels
valent bien les riches oififs,
Habitans
tres lieux,
qui, dans d'aucieté fans lui corrompent les moeurs de la foêtre de la moiadre utilité, --- Page 384 ---
Vox AG E
desMoines Régularité & Les Moines de Syrie ne font ni extrème
destrètresfe- culjers.
ment aufteres, ni bons Théologiens; mais il
obfervent des regles fimples, & qui font fcru
puleufement fuivies. Ils font réellement Rell
gieux pauvres, & fe procurent le néceffaire pa
le travail de leurs mains.
Les Prêtrés féculiers ne font ni favans, T
d'un rang fort au deffus du commun; mais il
font refpedtés, pieux, & n'ont d'autre. inl
truétion que lEvangile; ils font
ils
pauvres 2
procurent cependant la fubfiftance à leu
famille, par leur travail : ils prèchent la pu
reté des moeurs. 2 par le bon exemple qui leu
eft facilitépar le mariage. Les foins qu'ils pren
nent de leur famille, font un nouveau fuje
debon exemple qu'ils peuvent donner à leur
Paroiffiens, & je regarde le mariage comm
un hommage à la Nature, qui doit être che
à tout homme.
J'ai remarqué que dans les Pays les plu
anciennement peuplés, les Loix étoient tou
jours les meilleures; mais que Ces Loix étoien
infuffifantes pour s'oppofer à la corruption
des Villes, où les bonnes mocurs n'étoier
jamais qu'apparentes. Dans les campagnes, au
contraire, les Payfans fuivent les Loix & les
ufages avec exaétitude, & ne peuvent fe cOI
rompre, ou par le peu de faculté &deloifir que
que dans les Pays les plu
anciennement peuplés, les Loix étoient tou
jours les meilleures; mais que Ces Loix étoien
infuffifantes pour s'oppofer à la corruption
des Villes, où les bonnes mocurs n'étoier
jamais qu'apparentes. Dans les campagnes, au
contraire, les Payfans fuivent les Loix & les
ufages avec exaétitude, & ne peuvent fe cOI
rompre, ou par le peu de faculté &deloifir que --- Page 385 ---
DU MoND E. 379
AUTOOR
, ou par leur rufticité
leur donne leur pauvreté. de la fociété desVilles.
naturelle qui les éloigne
danslaplus grande Relations
Ileft, par exemple,6 établi hommes fe marient de mceursdelA- divetfes
de P'Afie, que les
fie.
partie
leur future. Aucune Loi ne peut
fans voir
& cependant j'ai vu dans
être plus bizarre,
toujours habiles campagnes, que j'ai prefque intérieures qu'en Eutées, moins de querelles dans PInde, de fe
rope. Il eft aufli d'ufage
tard;
marier à Tâge de huit ou dix ans au plus les
attend-on même cet âge pour
rarement
promifes à trois ou
filles qui font quelquefois
point vu de
quatre ans. Je n'y ai cependant
élevés
ces enfans qu'on a
mauvais ménages;
de bonne heure à la
enfemble, s'accoutument
variété de leurs humeurs, & ne les trouvent
avancé,
point furprenantes dans un age plus
Dans cè bas age, le mâle prend fur fa comce droit de force que lui donna la Napagne
fouftraire,
ture, & elle eft obligée, pour s'y
d'ufer à fon tour de fes armes naturelles, qui
font la douceur & la complaifance. Le fuccès
affuré
ceux chez qui la
en eft toujours
parmi dire, innée. Par ce
droiture eft, pour ainfi
l'auléquilibre eft rétabli fans que
moyen, de Phomme foit diminuée. Cette litorité
fur
eft fondéé toute
berté du choix,
laquelle
fais
la perfedion apparente de nos Loix 9 --- Page 386 ---
VovA A G E
quelquefois germer dans les jeunes coeurs I
principe de l'infidélité; & quelque purs qu
foient les motifs de cet ufage, une perfonn
qui a cru pouvoir choifir une fois, eft bie
difpofée à fe conferver la même liberté pou
a un fecond choix.
Je crois m'être apperçu que les Afiatique
penfoient affez généralement que les bonne
moeurs des femmesi infuoient beaucoup fur le
caraéteres de leurs enfans, & fur les bonne
:moeurs de la fociété; ils penfent que l'inter
Gté & la qualité des fentimens dont les homme
font affectés , prennent en partie leur fouro
dans l'habitude &c les préjugés, & en parti
dans l'attrait du plaifir, & dans la crainte d
la douleur & du mal qui peuvent opérer notr
deftrudtion ; l'efpérance, le défir, les diver
appétits, toutes nos paflions font, felon eux
les effets ou les: compagnes de cette craint
€ qui produit la foibleffe ou le courage, fui
1 vant que nous, fommes agités par le dan
ager de fuccomber ou par l'efpoir de triom
pher : cette crainte feroit-elle en effet le prin
cipede nos fentimens? La tendreffe maternelle
ne devroit-elle fon origine, comme les Afia
tiques en femblent perfuadés, qu'à cette fen
fation délicieufe qu'éprouve une. mere à la fin
: des douleurs del Taccouchement, occalionnées
courage, fui
1 vant que nous, fommes agités par le dan
ager de fuccomber ou par l'efpoir de triom
pher : cette crainte feroit-elle en effet le prin
cipede nos fentimens? La tendreffe maternelle
ne devroit-elle fon origine, comme les Afia
tiques en femblent perfuadés, qu'à cette fen
fation délicieufe qu'éprouve une. mere à la fin
: des douleurs del Taccouchement, occalionnées --- Page 387 ---
AUTOUF R DU Moxpr.
38t
par un objet qu'elle fait être une partie d'ellenème, & qu'elle eft par conféquent difpofée
a regarder avec complaifance ; ou bien cette
tendreffe & l'amour paternel ne devroient-ils
leur accroiffement qu'à Phabitude & à l'attachement que nous contragtons pour les objets qui nous ont coûté le plus de foins & de
peines ? L'amitié, ce fentiment fi rare & fi facré, ne feroit-elle que l'efpoir du fecours de
notre ami, ou l'effet d'une fréquentation habituelle; la pitié, la bienfaifance,
d'un retour fur
quel l'effet
nouis-mémes, à la vue des
maux qui les excitent; & enfin la magnanimité, la générofité, le courage, ne feroient-ils
que la Nature qui s'applaudit d'avoir évité
des maux que nous foulageons dans I lesautres?
Cette idée me parut humiliante.
Il eft encore d'ufage chez les Arabes & Ufage des
dans les Pays qu'ils ont fréquentés, de cacher Arabesde ces
& de féparer les femmes d'avec les
desfemmes. Paystis-a-vis
chaque fexe vit feul & à fa fantaifie, hommes ;
mari même
& le
paffe pendant la journée trèspeu de temps dans Tappartementde fa femme.
Ils
regardent cet ufage comme avantageux
pour lPun & pour P'autre. L'objet du
étant la fidélité
mariage
le
réciproque, > ils penfent que
mélange des deux fexes en eft le plus grand
écueil, & que G les humeurs des époux font --- Page 388 ---
VOYAG E
compatible, en fe voyant moins, ils
peu aufli moins d'occalion de les aigrir &
ont
ils font très-perfuadés qu'ils ne pourroient
dans la fréquentation des deux fexes
trouver des dangers pour leur vertu, 2 ou des ai
que
à leur humeur, fans aucun avantage
guillons
des deux fexes fe
réel. Les proches parens
fréquentent feulement 3 encore très - rare
ment, & la réferve y eft fi grande ,. que dans
beaucoup de maifons, le logement des gar
qui ont atteint douze ou quatorze ans
çons
féparé des femmes,
eft dans un corps-de-logis
quel'on appelle maufoul.
lis font fi ijaloaxde cette dignité delhomme
fur la femme, que beaucoup d'entre eux ne
point avec leurs époufes ; elles les
mangent fervent à table eavec le même foin qu'apporteles plus attentifs, &
roient nos domeftiques
leur mari. Ils ne
elles ne mangent qu'après
s'entretiennent jamais avec elles de leurs af
faires, & ne leur donnent d'autre travail que
faire dans la maifon, ou
celui qu'elles) peuvent
de telle nature au dehors que leur vifage puiffe
refter voilé. Les femmes de tout état font fou-
& elles ont également foin
mifes à ces ufages, 2
réduit
de leurs enfans & de leur ménage, quife
àpeu, vu leur fimplicité.
Cette façon de traiter les femmes me parus
entretiennent jamais avec elles de leurs af
faires, & ne leur donnent d'autre travail que
faire dans la maifon, ou
celui qu'elles) peuvent
de telle nature au dehors que leur vifage puiffe
refter voilé. Les femmes de tout état font fou-
& elles ont également foin
mifes à ces ufages, 2
réduit
de leurs enfans & de leur ménage, quife
àpeu, vu leur fimplicité.
Cette façon de traiter les femmes me parus --- Page 389 ---
luTOUR DU MONDE.
l'abord révoltante : je remarquai
juelque reflemblance entre les ufages cependant des Saurages de l'Amérique, des Arabes ou des Afiaiques. On trouve des rapports étorinans
tes différens Peuples, quoique fort
entre cette Analogie conduia de
es uns des autres, En Amérique, le éloignés tcavee des celica
he porte que fon folil, & la femme 2 Sauvage Gimgles. Peupics
porte les
pagages; en Afie, c'eft le même ufage. Le
Bauvage ne s'entretient point avec fa femme,
kelle ne fait pas partie de fes affemblées.
en eft de même dans la
&
Il o
travaillent
Syrie en Afe : elles
en Amérique aux plantations de
mais, ainfi que chez les Biffayes & les Marates, Un Arabe monte fur fon
& la
femme le fuit à pied, avec un
âne,
la tête. Un Sauvage de
gros paquet fur
fouvent
PAmérique refte trèstranquille dans fa
que les
pirogue 2 tandis
en général areinesnsitonefoacen bien
Il me parut
furprenant que des Peuples fi
éloignés, & dont Pun étoit
peut-être f
fiancien, & l'autre
récent, fe reffemblaffent auffi
faitement, & que nous euffions des
parfi
moeurs
oppolées, quoique nous nous
à une égale diftance de
trouvaflions
La
ces différens Peuples.
grande.p population eft chez l'Arabe l'objet des voeux des deux
point,
fexes, & l'eft à tel
qu'une vieille file, un vieux
une femme ftérile
garçon ou
font-regardés avec une ef- --- Page 390 ---
Vova G E
pece de mépris. Les peres & meres ont une
grande confidération pour leurs enfans, 2 qu'a
près la naillance du premier enfant mâle, I
quittent leur nom pour prendre celui de per
de cet enfant; en forte que fi Pierre & Mari
ont Jacques pour fils, après fa naiffance il
quittent tout de fuite leur nom pour prendr
celui de pere & de mere de Jacques. C'eft auf
alors qu'ils laiffent croitre leur barbe 2 comm
une marque de leur nouvelle qualité & d
la vénération que l'on doit avoir pour eux
Les tribus de Bedouins portent le nom d'er
fans de leur pere commun; les Syriens & le
particuiiers Arabes portent le nom de pere
de leurs enfans. Rien n'eft plus touchant 8
plus avaptageux à la fociété, que ce nom qu
repréfente tous les individus d'une tribi
comme freres : ce double lien femble oblige
les enfans à refpeater leurs peres, & les peré
à marquer à leurs enfans toute leur tendreff
en fe glorifiant de porter leur nom.
Origine de D'après cette féparation
(eur bon fens.
perpétuelle des
deux fexes 2 l'on jugera qu'on nc trouve
point en Syrie cette gaieté qu'infpire chez
nous le défir de plaire, & cette légéreté pi
quante & fuperficielle devenue néceffaire dans
nos converlations, pour les rendre agréables
aux jeunes femmes. Le maintien des jeunes
gens
quer à leurs enfans toute leur tendreff
en fe glorifiant de porter leur nom.
Origine de D'après cette féparation
(eur bon fens.
perpétuelle des
deux fexes 2 l'on jugera qu'on nc trouve
point en Syrie cette gaieté qu'infpire chez
nous le défir de plaire, & cette légéreté pi
quante & fuperficielle devenue néceffaire dans
nos converlations, pour les rendre agréables
aux jeunes femmes. Le maintien des jeunes
gens --- Page 391 ---
AUTOUR DU MONDE.
gens eft aufli grave que leurs
qui font cependant
converationsye
vité augmente chez fpirituelles, les
& cette grals parlent
&
gens d'un âge mur,
le but de Feu, leur
ne perdent jamais de vue
vacité de leurs converfation. Le peu de vi.
entretiens, leslongs intervalles
auxquels donnent lieu leur habitude de
mer, celle de paffer leur main fur leur
fuou de manier une epece de
barbe,
donnent le temps de màrir leurs chapelet, leur
leurs réponfes : elles devienrent queftions &c
mes à leur but, courtes &
plus conforLangue Arabe érant la plus énergiquesa la
plus fimple
expreffive & la
de
que j'aye entendu, fuivant le
connoifanice que j'en ai pu
peu
dant mon féjour dans ce
prendre penLes femmes ne font pays.
jamais le fujet de la
converfation, & l'on ne fait 'aucune
Maure.
tion à elles dans les rues. Les
attenfe trouvent, font facrés
Teux où elles
hommes; il feroit
& inabor ables aux
Juer. Les'
méme honteux de les faHeur jaloufie; Européens attribuent ces ufages à
outrée
mais c'eft plutôr une
fur Phonneur des
délicatele
porte en-Ale bien
femmes, que l'on
Cependant elles
plus loin qu'en Europe,
bien & peut-être s'amufent entre elles auffi
plus
péennes ne le font dans gaiement leurs que nos EuroTome I.
fociétés. Aucune
Bb --- Page 392 ---
VOY. A GE
efpece d'intérêt ne les divife, & l'amufeme
eft Jeur unique but : elles font par conféque
plus libres & plus fociables : les jardins,
bains & les tombeaux font leurs lieux P
blics; ellesfe vifitent auffi dans leurs appa
temens, Cet ufage des Aliatiques, 2 de fr
quenterles tombeaux, fait connoitre leur fe
libilité, qui, étant naturellement plus grand
mais plus variée chez les femmes, a don
lieu à la qualité des affemblées qu'elles y tie
nent; car dès leur arrivée elles s'abandonne
à leur douleur; mais bientôt après ellcs font
converfation, qui devient trifte ou gaie, ft
vant le degré de fenfibilité ou le caraétere d
affiflantes. Quoi qu'il en foit, un coeur bie
placé trouve des douceurs & des leçons da
cet ufage.
Ancienneté Ces Peuples font extrêmement attachés
& leurs qualité mauts de leurs ufages, &c Pon y reconnoit ceux do
x u(ages, ileft parlé dans PEcriture fainte. Les tar
nours ou fours cilindriques, où ils font cui
leurs crèpes, & les tantoura ou coiffures
cône d'argent que portent les femm
Drufes, ne font que les fours des Juifs &
mitre de Judith. Les moeurs d'Abraham &
fa famille font retracées chez ies Bedouins. L
zroupeaux du défert &c des Arabes des Ville
font conduits & recueillis la nuit, comm
x u(ages, ileft parlé dans PEcriture fainte. Les tar
nours ou fours cilindriques, où ils font cui
leurs crèpes, & les tantoura ou coiffures
cône d'argent que portent les femm
Drufes, ne font que les fours des Juifs &
mitre de Judith. Les moeurs d'Abraham &
fa famille font retracées chez ies Bedouins. L
zroupeaux du défert &c des Arabes des Ville
font conduits & recueillis la nuit, comm --- Page 393 ---
AUTOUR bu MONDE.
ceux de Laban & des Juifs. Le Ryle de 387
ure fainte eft celui de la Langue
l'Ecrifemblance qu'ils n'ont confervée Arabe, réf.
Attachement à leurs ufages.
que par leur
Comme ils defcendent de Natiors
Is embelliffent Feu leurs
errantes,
neubles
maifons, & leurs
fort tous fufceptibles de
ouler dans des facs. Ils aiment pouvoir fe
nonter à cheval: enfin ils font avec excès à
ples, fobres, & cenncillent
proFres, fimtourures & ie fafte des
Peu le luxe. Les
ans,n'ont
Tures; leurs conquépasepcore porté leur infuence dans
es campagnes,ou la bravoure du
pas lailé établir un entier
Payfan n'a
ntéreffés, &
defporifme Ils fort Leur con.lut
nauvaife, foi quelquefois, mais rerement, de te de & f-çon
à Pégard des Fiarics,
à-v: penf des Ivis suroient obliges deleur
qu'i's lupé.ns,
u commerce
payer un tribur,à caufe
qu'is viennent faire chez eux.
D'ailleurs ils jes méprifent, à caufe de
ition qui fe trouve entre leurs
Toppo
Hes Francs.
moears oc celles
On ne trouve en Syrie
ifférens; le premier eft celui que quatre ordres Qualités des
econd, celui des
des Princes; le divets kfats.
Seigneurs &
Pans; le troifieme eft celui des des'Commans des
richcs Payfans
Commercanss & enfin le quatrieme eft
Fompofé de pauvres Paylans & de tout
Frage. Le Prince & le Seigneur
autre
peuvent def.
B b ij --- Page 394 ---
V o Y A G E
cendre de leur rang 2 fans cependant faire
commerce., & feulement pour le temps néce
faire au rétabliffement de leur fortune, fa
perdre pour cela la confidération de leur na
fance. Le Payfan confidéré & le Commerça
ne peuvent ptétendre à un état plus éleve
mais ils peuvent defcendre auffi dans un pl
bas étage, jufques à ce que leur fortune f
rétablie, fans que le public y trouve à I
dire : il y a bien des Commandans, des Prêtr
& des Négocians dont les enfans, dans
viciffitudes de leur fortune. 2 n'ont pas e
honteux de fervir de domeftiques aux ge
inférieurs à eux par leur naiffance. Il
vrai qu'il regne le même point d'honnet
dans tous les états, & il eft appuyé de
faculté de fe faire juftice par foi- mêm
Tout defcendant d'Arabe tire dans Pinfta
vengeance de l'affront qu'il a reçu ; ce 9
fait un meilleur effet que les Loix les pli
féveres.
Excepté le refpe& inaltérable que tout
monde porte au Prince & au Seigneur pou
les objets effentiels, tout état eft prefqu
confondu à l'extérieur parle peu de différend
de vêtement & de nourriture, 2 & par l'ég
lité des moeurs. Tous les Arabes font enti
eux fans hauteur; le Prince, le Seigneur &
qu'il a reçu ; ce 9
fait un meilleur effet que les Loix les pli
féveres.
Excepté le refpe& inaltérable que tout
monde porte au Prince & au Seigneur pou
les objets effentiels, tout état eft prefqu
confondu à l'extérieur parle peu de différend
de vêtement & de nourriture, 2 & par l'ég
lité des moeurs. Tous les Arabes font enti
eux fans hauteur; le Prince, le Seigneur & --- Page 395 ---
AUTOUR DU MoND E:
dernier Payfan font la converfation enfemble,
& s'allument leur pipe avec auflfi peu de façon que s'iis étoient freres : ils mangent, ils
dorment, ils travaillent enfemble, & fouvent
F'ai pris des Payfans pour des Scigneurs, &
des Seigneurs pour des Payfans ; il n'ya 2
que la beauté des armes ou des chevaux guere
Res diflingue.
qui
Pour mieux connoitre les Habitans desmontagnes, je réfolus de refter plus long-temps
avec eux, & fur-tout avec les Drufes; ; mais
auparavant je revins chez les Maronites du
Quefrouan : je me rendis d'abord à
& je continuai ma route vers Agoufta, Aintoura, où
je voulois voir le Patriarche d'Antioche. Arrivé le Jendemain à
Aintoura, i'y faluai le
Supérieur des Jéfuites, qui vouloit abfolument
me retenir, , & j'allai coucher à Baruth.
J'en repartis le Jendemain
nommé
pour un lieu
Abey : je traverfai
du Defeription fold de Bavers le fud, la plaine de Baruth diagonalement , ruth à Abeyr
pace de trois lieues : elle eft d'abord pendant l'efde mûriers ; j'y trouvai enfuite
plantée
bois de
un très-beau
pins, 2 planté en quinconce, où
un petit campement
étoit
Arabe; & après quelques
plantations de mâriers & un fol fec &
planté
vafte,
d'oliviers,) j'arrivai au pied de la montagne & d'un gros village nommé
Chonifar,
B b iij
Abeyr
pace de trois lieues : elle eft d'abord pendant l'efde mûriers ; j'y trouvai enfuite
plantée
bois de
un très-beau
pins, 2 planté en quinconce, où
un petit campement
étoit
Arabe; & après quelques
plantations de mâriers & un fol fec &
planté
vafte,
d'oliviers,) j'arrivai au pied de la montagne & d'un gros village nommé
Chonifar,
B b iij --- Page 396 ---
V O Y A 6 E
qui eft l'apanage & la réfidence d'un Emir par
ticulier. En le saillant à gauche, je mo tai pa
un ientier tres-efcarpé & très-long. Je lailla
un autre gros village à. droite : je traverf
eniuite plufieurs montagnes, & après avo
monté encore confidérablement, je trouva
un gros village nommé Aramon, où étoit u
château ou ferrail appaitenant à la famiile d
PEmir régnant. Tout le fol étoit arrofé
planté de mûiiers & d'o'iviers. Je defcendis u
peu,après avoir trayerié de nouvelles mor
tagnes & des vallons 2 je montai de ncuveal
jufqu'a ce que je découvris le village d'Abe
fur une éminence. Je traverfai un petit vil
lage dont le Cheikr me fit des politeffes 5
j'arrivai fur le foir à Abey 2 après fept lieué
de route.
Defeription
Ce village étoit autrefois la réfidence d'un
d'abey.
famille d'Emirs, qui s'eft éteinte : il eft
deux lieues d'un gros bourg nommé. Dair-el
Kamar, qui eft le chef-lieu du pays des Dru
fes, & la réfidence ordinaire du Grand Emi
& de fes parens. La fituation d'Abey eft une
des plus belles que j'euffe encore vues; il eft
éloigné d'environ trois lieues du bord de la
mer, & dune lieue du fleuve Thamour; j il
eftbâti au hiat du troifieme degré d'amphithéâtre, que forment trois montagnes ental-
amar, qui eft le chef-lieu du pays des Dru
fes, & la réfidence ordinaire du Grand Emi
& de fes parens. La fituation d'Abey eft une
des plus belles que j'euffe encore vues; il eft
éloigné d'environ trois lieues du bord de la
mer, & dune lieue du fleuve Thamour; j il
eftbâti au hiat du troifieme degré d'amphithéâtre, que forment trois montagnes ental- --- Page 397 ---
AUTOUR DU MONDE.
ées qui occupent la diftance de ce village 391
ufques à la plage.La montagne fur laquelle il
t placé, découvre lès villes de Seyde &c. de
Baruth avec leurs plaines. La defcente à la
econde montagne eft formée par un dos
Pâne qui laiffe de chaque côté deux vallons
Pune profondeur & d'une roideur
u bas de ces vallons coulent deux énormes;
bondans, fournis par les fources des ruiffeaux envions du village; ils fervent à arrofer la
el la montagne, qui, malgré fa roideur, pente eft
oute cultivée en amphithéâtre & plantée de
mûriers : on y trouve de plus cing ou fix
lources abondantes d'une eau excellente, prés
lefquelles font des efpeces de places bordées
Re noyers.
C'eft dans ce village que j'établis le chefleu de ma
rélidence, 2 à un hofpice de Peres
Capticins, dont le Cuftode avoit toujours
pour moi desintentions
eu
ous mes
tres-marquées. J'avois
yeux cinq ou fx.
où
bis le' plus fouvent
villages, j'alPour
qu'il m'étoit poflible.
fréquenter ces
vec quelques-uns Montagnards, je me liai Fréquentavec plus de
d'eux, & pour y parvenir tion fes. des Drubêmes
confiance, je me joignois aux
exercices qu'éux : je les
nême dans la garde de leurs accompagnois
Phevres; auffi
troupeaux de
avois-je un peu réufli à furB. 5 IV --- Page 398 ---
V o Y A G E
monter Téloignement que, malgré leurs prir
cipes d'hofpitalité & de fûreté pour tout étrat
ger, 5 ces peuples ont pour les Francs.
voyois avec plaifir ces chevres gambader ha
diment d'une roche à l'autie, après avoir par
défier le précipice qui les féparoit, par le
bè'ement & en frappant du pied avec ro
deur. Lafpect des effets extraordinaires d
montagnes où ce foin me conduifoit, &
libre fraternitédes gardiens, mes compagnon
me dedommageoient de la longueur & de
dificulré de mes courfes.
de Finérailles MontaJ'eus lieu, dans ce pays, d'affifteraux fun
gnards.
rai'les des Habitans D:ufes, & à celles de
Chiétiens, qui, aux prie es près, fc reffem
b'ent beaucoup Quelques heuies après
trépas, on expole fous une tente le corp
du défunt, & il eft vêtu & ariné comme S'
étoit vivant; mais les Drufes fpirituels, dor
je parlerai bientôt, ont un Livre de moral
entre les mains, Les femmes environnent
corps & l'arrofent de leurs pleurs,- & le
bommes reftent en filence un peu au loin
après avoir fait retentir les vallons de leur
cris mâles & lugubres, afin que la nouvell
pare chez leurs parens & amis des village
voifins : ceux: ci accourent en troupes,
dès qu'on les voit venir, les parens vont at
ituels, dor
je parlerai bientôt, ont un Livre de moral
entre les mains, Les femmes environnent
corps & l'arrofent de leurs pleurs,- & le
bommes reftent en filence un peu au loin
après avoir fait retentir les vallons de leur
cris mâles & lugubres, afin que la nouvell
pare chez leurs parens & amis des village
voifins : ceux: ci accourent en troupes,
dès qu'on les voit venir, les parens vont at --- Page 399 ---
AUTOUR DI U MONDE 393
devant d'eux, avec le corps qu'ils promenent
à quelque diftance autour du
village, en eXprimant leurs regrets par de grands Cris & des
fanglots, & en faifant de grands geffes avec
leurs mouchoirs. On rapporte enfuite le
fous la tente. 2 où les femmes reprennent corps leur
place, & la même cérémonie recommence à
chaque nouvelle troupe de parens qui arrive,
Ongarde ainfile corps jufgu'au lendemain, où
tous les Habitans du village, Drufes & Chrékiens, étant raffemb és, on enleve en filence
le eorps, après l'avoir enfermé dans une biere,
UnI Prêtre ou un Drufe, fuivant la
du mort,Técite des prieres à demi-voix. re'igion L'enlévement du corps eft accompagné des cris
& des oppofitions des
femmes, qui
ne pouvoir fe réfoudre à s'en
paroiffent
hommes
féparer. Les
gardent un morne filence, &
dent le tout triftement. Les
regarrentes rentrent dans la maifon plus proches pales hommes
en pleurant, &c
à fa tombe. accompagnent le corps jufques
Après l'enterrement, les Habitans du village fe diftribuent
entre eux les
écangers, eft
pour les régaler le mieux qu'il leur
poffible, & s'attendrir fur la mémoire du
défunt.
J'allai vifiter le village du
fitué fur la revers de la
Dair-el-Kamar, Defctiption
montagne qui forme du Dair-clnainat, --- Page 400 ---
VOrAGE
la rive-du fleuve Thamour, 2 oppofée au revers de la montagne d'Abey.Je pallai ce Aeuve
fur un pont bâti fur une croûte de vafe pé
trifiée, oùt étoient tracés les fillons de l'eau.
&lesroches déachéesquisyérioent incruftées
avant. fa pétrification. Ce gros village eltpom
le moins auffi élevé qu'Abey, mais moins ac
ceffibie : les ferrails ou palais des Emirs de la
Maifon régnante, font affez beaux; les églifes
y font belles & d'un goût agréablé; quelques
maifons de Cheikrs & Commandans y paroif
fent grandes & commodes ; le refte du village
eft fimple & mal bâti, mais il eft très-bien ar
rofé. La moitié dés Habitans, au moins, eft
compofée de Maronites & Grecs Catholiquess
P'autre moitié eft de Drufes; il y a très-peti
de Grecs Schifmatiques dans cette partie, par
les foins des Peres Capucins, qui, depuis
vingt ans, ont réuni à l'Eglife Romaine plus
des trois quarts de cette Nation.
mcnt Gouverne- des
Oh appelle pays de Souf, les montagnes
montignes. au fud di feuve Thamcur, quoique Dair
e-Kamar, qui elt dans cette partie 2 foit la
réfidénce ordinaire des Emits; plufieurs d'entre
eux étant allés réfider à Baruth, ils n'y font
pas fi puiflans que dans le nord de ce fleuve;
& plulicurs Cheikrs confidérables du pays
de. Souf, éludent en quelques occalions
ne- des
Oh appelle pays de Souf, les montagnes
montignes. au fud di feuve Thamcur, quoique Dair
e-Kamar, qui elt dans cette partie 2 foit la
réfidénce ordinaire des Emits; plufieurs d'entre
eux étant allés réfider à Baruth, ils n'y font
pas fi puiflans que dans le nord de ce fleuve;
& plulicurs Cheikrs confidérables du pays
de. Souf, éludent en quelques occalions --- Page 401 ---
AUTOUR. DU MoNDz
la foumiflion exate au Grand Emir. Dans 395
trefle des montagnes, les Cheikrs
le
foumis, de même que deux familles font allez
d'Emirs,
qui poffedent un tcirein allez confidérable;
Hles Cheikrs Chrétiens, ou la Maifon de
Gazen, qui gouvernent le Quefrouan, font
Jes plus tranquilles, quoiqu'ils poffedent
pays tiès-confidérable &
un
ils font trop nombreux & très-peuplé; mais
diverfes
trop fub ivifés en
branches , pour rien entreprendre
conte le Gouvernement. La
'Emir confifté à
politique de
mettre la
& en
méme temps à tenir la balance divilion,
Gheikrs, afin
entre les
qu'ils ne puiffent pas fe lier
contre lui.
La Juftice a des formes très-f
Cheikr la rend, mais.
fimples. Le Juftice des
lage;i il termine
rarement dans fon vil- montagn.s.
différens
ordinairement à l'amiablé les
civils: Si on ne veut pas s'accommoder,on a recours au Grand Emir,
Fouverainement dans
quijuge
toutes les montagnes
excepté fur les difcuflions qui
poffeflions du
concernent les
de Gazen
Quefrouan ou de la Maifon
& celles des Emirs
e gouvernent
fubalternes, qui
Fas foit
eux- mêmes. La juflice n'eft
tigoureufe, & On fe borne à envoyer des logemens chez lès
brôler leurs maifons
coupables, ou à
ou plantations ; elle at-
quijuge
toutes les montagnes
excepté fur les difcuflions qui
poffeflions du
concernent les
de Gazen
Quefrouan ou de la Maifon
& celles des Emirs
e gouvernent
fubalternes, qui
Fas foit
eux- mêmes. La juflice n'eft
tigoureufe, & On fe borne à envoyer des logemens chez lès
brôler leurs maifons
coupables, ou à
ou plantations ; elle at- --- Page 402 ---
VOrAG a
tente rarement à la perfonne d'un Habitant
des montagnes ; les fuites en feroient dange:
reufes par la difficulté d'arrêter les coupables.
Bravoure des Aucun Habitant ne fort de fa maifon fans
Habitans.
être armé de fon poignard ou long coutcau
courbe, & il ne s'en éloigne pas fans fon
fufil & fes piftolets. Il eft d'ufage entre eux de
repouffer la force par la force, & un homme
infulté fe défait bientôt de fon ennemi, à la
premicre occafion où il peut lui tirer un coup
Mariag-s de fufil. Comme il eft très-rare & méprifable
éntre parcils. chez eux de denner en mariage une fille à tout
autre gu'à quelqu'un de fes parens, 2 & que
certain d'entre eux voulant enfreindre cet
ufage, trouvent la mort aux approches de la
bénédidion nuptiale, les familles font fi unies,
qu'en' attaquant un de leurs membres 2 on a
affaire à toute la famille, qui eft généralement
affez nombreufe, Outre le fecours de fa famille, le criminel, qui craindroit ou la force
d'un famille ennemie, ou une pourfuite opiniâtre-de la part du Grand Emir, va ordinairement fe mettre fous la proteétion d'un
Cheikr gu d'un Emir voilin, qui fe feroit une
grande honte de ne pas mettre en fûreté la
Levie & des
de fon réfugié.
eroupes,
perfonne
diffentions
des Emirs 0 Les Cheikrs ou les Emirs d'une famille non
& des Sci- régnante, n'ont droit de tenir des gens à
gueurs. --- Page 403 ---
AUTOUR DU MONDE.
ceux de leurs terres 3
leur folde ou quiffe, que
mais les Emirs de la famille régnante peuvent
faire des levées dans toutes les montagnes 2
un frein à l'autorité
ce qui met quelquefois lorfqu'il eft en difpute avec
du Grand Emir,
tâchent d'entretenir
fes parens. Les Bachas
difcufions, pour affoiblir ce Gouverneces
devenant les médiateurs de leurs
ment; & en
toujours d'extorquer
difputes, ils tâchent
les
préfens. Ces diflentions. entre
quelques les
ne font jamais fanguiEmirs & Cheikrs, de famille à famille. Les
naires comme celles
levées des uns & des autres ne font compofées
fuivant leur caprice ou
que de gens qui,
certaines
leurs connoifiances, ont accepté
fommes plutôt d'un Emit que d'un autre. 2
appelle fe mettre à ia quiffe. Comme
ce qu'on font étendues, & ditperfées dans
les familles
à divers Seigneurs,
des villages appàrtenant le
le fils, les
il fe trouve fouvent que pero-&
freres & les coulins marchent les uns contre
les autres : ils ne font jamais. portés à verfer
les divifions de leurs Seigneurs;
Jeur fang pour
de tapage. Les aril ya feulement beaucoup lune de P'autre :
mées fe rangent en préfence
Payfans
alors les Cheikrs & les principaux
difent leurs avis : le tefte des troupes polihomme, fe regarde comme
tique; car chaque
le fils, les
il fe trouve fouvent que pero-&
freres & les coulins marchent les uns contre
les autres : ils ne font jamais. portés à verfer
les divifions de leurs Seigneurs;
Jeur fang pour
de tapage. Les aril ya feulement beaucoup lune de P'autre :
mées fe rangent en préfence
Payfans
alors les Cheikrs & les principaux
difent leurs avis : le tefte des troupes polihomme, fe regarde comme
tique; car chaque --- Page 404 ---
Vor A G E
unmembre eeffentiel du Gouvernement. Lavoi
du peuple pour l'accommodement paffe au
Cheikrs; ils le propofent aux parties enne
mies qui font quafi forcées de Paccepter :
elles ne le veulent pas, elles fe" coupent wu
zuellement leurs muriers, & tout le monde à
retire chez foi, bien porzant & en bonne in
telligence; le Payfan feul y gagne la fold
que l'Emir lui donne chaque année pour êtr
à fa quille &c marcher quand il l'ordonne
elle eft d'autant plus conlidérable que fa bra
voure eft mieux reconrue.
des Bravoure Habitans Autant leurs guerres intellines fort
à l'égard des
autant leurs
paci
étrangers. fiques,
guerres étrangeres fon
furieufes & terribles. Ces Peuples iont géné
ralement redoutés, & un Habitant des montagnes va feul & de fang froid, alfaffiner un
ennemi au milieu d'une Ville ou de fes trou
pes, s'il en reçoit l'ordre de fon Emir ou
Cheikr. Ils en ont donné diverfes preuves : I
ya quelque temps qu'un Diufe alla, a allaliner
PAga de la Douane de Seyde, au milieu de
fes gens, tandis qu'un Maronite de fes amis
le fabre & le p:flolet à la main, empéchoit
qu'on ne fermât la porte de la Ville, pour lui
couper la retraite.
Impôrs.
Le mery ouI tribut. du Grand Seigneur, eft
diftribué par IEmir fur les Cheikis, 2 qui à leur --- Page 405 ---
AUTOUR DU MOxDE.
tour le répartiffent fur leur
lage reffort
village, Si.le vilHabitans direéement de FEmir, alors les
dans leurs partagent affemblées. Timpolition entre eux,
biées
Ils tiennent ces affempour toutes les affaires qui
Nation, oupoiriest@parations regardent la
fertilifer leurs terres.
néceilairespont
Cesimpafitions font
con@idérables, & font très-é alement pen
ties, fuiyant le revenu des terres & des réparpeanx. Les chevres fur-tout font
troudance dans toutés Ces
ena abonentretien ne confifle
montagnes, & leur
La température
qu'au foin de les garder.
jours des
du climat leur fournit toupâtures dans la
le degré d'élévation de la campagne, fuivant
commune à tout le
montagne; elle eft
Yol ne foir ni
monde, pourvu que le
Pour
planté ni enfemencé.
ce qui eft de la Religion,
que dans le Pays de Souf, la moitié on compte Qualités des
bitans eft
des-Ha- Religions,
cette moitié compofée eft de de Chrétiens; ; ie tiers de
refte de Maronires, Grecs Catholiques, & le
y font en fi petit Les Grecs Schifnatiques
attention. Dans le nombre, qu'on n'y fait pas
moitié des Habitans refle des montagnes, la
nites : il y a
eft de Chrétiens Maroou
très-peu de Grecs Catholiques
Sechifmstiques.
L'autre moitié des Habitans n'eft
compofée
compofée eft de de Chrétiens; ; ie tiers de
refte de Maronires, Grecs Catholiques, & le
y font en fi petit Les Grecs Schifnatiques
attention. Dans le nombre, qu'on n'y fait pas
moitié des Habitans refle des montagnes, la
nites : il y a
eft de Chrétiens Maroou
très-peu de Grecs Catholiques
Sechifmstiques.
L'autre moitié des Habitans n'eft
compofée --- Page 406 ---
V OY A G E
qui fe divifent en deux o
que de Drufes,
naturelle, & l'aut
tes. L'une fuit la Religion
eft nommée Aquelle ou Spirituelle ; ces Aque
profelfent une Religion qui n'eft pas connu
Drufes Gm- Les Drufes fimples ne peuvent être au nombi
glesscAquels.. des Spirituels ( qualité qui n'eft point acquil
menant une vie fim
par la naiffance ) , qu'en
Ces Sp
ple, integre, religieufe & pénitente.
rituels ne font vêtus que de couleur noire
blanc & noir. Leur turban eft biand
ou rayée
modefte; iis ne peu
mais rangé d'une façon
la guetre
vent porter des armes que lorfque
le
à l'extrémité, fait marcher tous
poulfée Cheikrs. : ils ne mangent cue chez des pe
fonnes dont l'intégr'té eft folidement établie
ils ne reçoivent de préfens que de ceux-la
craignant de participer à un bien qui fero
mal acquis; ils lifent fouvent les cinq pre
mier Livres de Moife 2 qu'ils nomment e
Arabe Taura, & d'autres qui me font incon
nus : ils s'affemblent pour prier dans leurs orà
toires, dort je n'ai pu voir ni connoîtr
Pintérieur; car ils tiennent des gardes à un
demi-lieue aux environs, pendant le" jou
de, leurs prieres. Les maifons où les plus re
ligieux d'entre eux fe renferment pour prie
pendant plufieurs femaines, fe nommen
Caloué, & font placés fur le fommet de
montagne
& d'autres qui me font incon
nus : ils s'affemblent pour prier dans leurs orà
toires, dort je n'ai pu voir ni connoîtr
Pintérieur; car ils tiennent des gardes à un
demi-lieue aux environs, pendant le" jou
de, leurs prieres. Les maifons où les plus re
ligieux d'entre eux fe renferment pour prie
pendant plufieurs femaines, fe nommen
Caloué, & font placés fur le fommet de
montagne --- Page 407 ---
AUTOUR DU MoNDE,
montagnes les plus efcarpées,
de leurs villages. On m'a affuré aux environs
kdes plus confommés reçoivent à que certains
confeflion
ceux que le repentir de leurs fautes
un tel aveu. Ils ont en vénération porte à
ceux qui
font morts en odeur de fainteté, &c dont
place les corps dans de petits oratoires. Ils on fe
mortifient par le jeûne & F'abllinence des
plaifirs, & il y avoit un Spirituel à Abey
ne vivoit qu'avec du pain & de Peau. Il qui
aufli dans ce village le
y a
corps d'un ancien
Drufe qui eft en vénération & repofe
un oratoire. Iis vilitent nos
dans
pea & avec un maintien modefle églifes avec refqui fait honte
& recueiili
aux Chrétiens, , quoique ceuxciy obfervent cependant une décence incomparable à celle des Européens. Enfin
des plus integres
plufieurs Miffion: doi
d'entre ces Spirituels, écou- Capucias.
tent avec plaifir les vérités bien
notre
expliquées de
Religion; mais la crainte du ridicule &
de la Perte de leurs biens les retient dans l'erreur; elle fait perdre le fruit des travaux des
Miftionnaires
refpectés
Capucins, 5 qui font aimés &c
dans ces
l'utilité
la médecine
montagnes, par
de
de leurs
qu'ils y exercent, & la régular'té
mceurs : ces deux circonftances leur
donnent une entrée libre chez les Emirs, dont
plufieurs femmes ont, par leur foin, embraflé
Tome I.
Cc --- Page 408 ---
VOYAGE
le Chriftianifme: Certaines d'entre elles on
fait baptifer leurs enfans même au fu de leur
peres, qui, par leur état, font au deffus d
tout refpeêt humain. Je fuis même porté
croire que plufieurs d'entre les Emirs défire
roient le baptême, fi, en faveur de leur cor
verfion intérieure, la févérité de la Cour d
Rome vouloit fe relâcher en ne leur pre
crivant pas ie culte extérieur.
Les Drufes fimples n'ont point de culte
du moins oil n'en connoit pas : certains ce
pendant prient & craignent Dieu. Iis lifent
Taura avec plaifir; mais leur extérieur elt plu
rede que celui des Aquels 8c des Chrétiens. I
tiennent leur bravcure à grand honneur,
j'en ai connu qui étoient fort braves gens
mais dont le feul eztérieur & lcs préjugés m
prévenoient beaucoup contre la bonté réell
de leur ame.
Différence
L'on trouve quatre nuances d'humeurs
du catadtere
che
d:s divers les Habitans; depuis Seyde jufques au fleuv
Monta- gnards.
d'Ibrahim en! longueur, &c en largcur depuis
mer jufques au Beca (ce grand vallon e
entreles montagnes des Drufes & cclles de Da
mas, proprement nomméesanti Liban), cett
diflance forme le pays foumis au Grand Emni
Ceux du Pays, entre Seyde & le fleuve Tha
mour, font affez polis, bien faits, & braves
che
d:s divers les Habitans; depuis Seyde jufques au fleuv
Monta- gnards.
d'Ibrahim en! longueur, &c en largcur depuis
mer jufques au Beca (ce grand vallon e
entreles montagnes des Drufes & cclles de Da
mas, proprement nomméesanti Liban), cett
diflance forme le pays foumis au Grand Emni
Ceux du Pays, entre Seyde & le fleuve Tha
mour, font affez polis, bien faits, & braves --- Page 409 ---
AUTOUR DU MoNDE.
ceux du feuve Thamour
plus féroces; ceux du
aui Quefrouan font
mais apres à la
Quefrcunn moins fiers,
étrangers, mais vengeance, 2 haiflant moins les
plus pauvres; & enfin ceux
pays au deffus du
du
nommé anti-Quefirouan, Queffouan, Proprement
ces petites différences font plus groffiers. A
par tout les mêmes, & près, les mceurs font
pannir toute crainte de vol un étranger peut y
Pailé trois mois à
ou d'alhfinat.J'ai
a nuit dans un jardin Aheysfydormais fans
pendant
ebord d'un
mur ni haie, fur
mnoindre infulte, chemin; ; je n'y ai jamais reçu la
Je m'occupai pendant ce
à
er une douzaine de
temps fréquen- Ebouiennent
on me
villages des environs, du fommst
montra, près d'un lieu nommé
d'wnct.aura.
he.Maya, une partie de
Ro- gac.
ne lieue delongueur, montagne d'environ
étoit
qui, fapéep
ébouléedans le vallon ot coulele parleremps,
Phamour. Elle avoit écrafé
fleuve
eurs hameaux qui
un village & pluhemin. Le cours du s'étoient trouvés fur fcn
ques à ce
feuve en furinterromru
que l'eau, fe faifant
élayé &
jour, eût
ifoient entminépenareul obfiac'e.
les parties qui lui
Jevoulus quitter mon féjour
iter le Mafra Kafar-de
d'Abey, &cha- VovagetA
ejà dit litué au
Bian, village que j'ai àBares, bey. aMata,
pied. de la plus laute mon- àsaarj
Cci ij
d'Acrs.
à ce
feuve en furinterromru
que l'eau, fe faifant
élayé &
jour, eût
ifoient entminépenareul obfiac'e.
les parties qui lui
Jevoulus quitter mon féjour
iter le Mafra Kafar-de
d'Abey, &cha- VovagetA
ejà dit litué au
Bian, village que j'ai àBares, bey. aMata,
pied. de la plus laute mon- àsaarj
Cci ij
d'Acrs. --- Page 410 ---
V o Y A G E
& dont j'ai parlé dans
tagne du Quefrouan,
Voyage dans ce pays. Je paffai
mon premier
Baruth; je revis enfuite mes connoiflances
Aintoura & à Jelton, & je rejoignis mon Curd
mais
nous fuflfions à la fir
du Mafra;
quoique
encor
de Juin 1771, je trouvai les maifons
les vers à foie, dont on fai
occupées par
quantité dans ces parties.
nommé Bec
Je vifitai un autre village, montré, l'an
Teuta, dont le Cheikr m'avoit
les infcriptions du Focqra.
née précédente, 2
occalion d'
fut très-aife de me revoir; j'eus
Ca
voir un beau couvent de filles Grecques
faifoit bâtir à fes dépens u
tholiques, que de Damas. Il étoit venu dar
riche Négociant
mettre fes vieux jours
ces montagnes, 2 pour des Turcs. Je découvroi
Pabri des vexations
les poffe
dans un recoin de ces montagnes, font trè
fions des Emirs de Befconta, qui
puiffans. Mon féjour dans cette partie de PAfe aya
été très-long, je me propofai de repaffer
me rendis en conféquence à Sain
Europesje
fréquenté par les bâtime
Jean-d'Acre, port
du commerce de Marfeille.
J'avois eul occalion à Baruth, à Seyde,
ractere Idée du des ca- l'eus encore mieux ici, de fréquenter pl
Grccs,
je
d'origine, Outre leu
fieurs familles Grecques --- Page 411 ---
AUTOUR DU MoND E.
moeurs, qui, à
40;
beaucoup près, ne font
auffi faines que celles des
pas
auffi délicat, fubtil &
Arabes, 2 leur efprit
rufé, que leur
l'indiquoit, ne me plut pas. Iis ne me langage
toient, en échange du bon fens mâle préfen- &c du
coeur droit & fimple de l'Arabe
que féroce,
fpirituel,quoi.
que la légéreté induftrieufe
ame fourbe & intéreflée. Cette
d'une
conduilità repaffer briévement réfexion me
les divers Peuples fimples que j'avois obfervés dans
voyages. Je me déterminai en faveur de la mes liberté, de la force & des moeurs du
far! Réfexions les.carac.
de TAmérique, ou des Arabes; & les Sauvage teres&meurs des peuples
de ces derniers me parurent même principes fimples qne
à tous les autres. L'efprit
préférables j'avois vus.
des
agréable & l'adreffe
Billayes, la douceur du caradere des Indiens, & généralement le bon
ces Peuples, fous
coeur de tous
fol auffi fertile
un climat auffi beau & un
que celui où je me
me femblerent aufli méritér
trouvois,
fur le caraétere & les
quelque avantage
moeurs des Européens,
Cciij
les autres. L'efprit
préférables j'avois vus.
des
agréable & l'adreffe
Billayes, la douceur du caradere des Indiens, & généralement le bon
ces Peuples, fous
coeur de tous
fol auffi fertile
un climat auffi beau & un
que celui où je me
me femblerent aufli méritér
trouvois,
fur le caraétere & les
quelque avantage
moeurs des Européens,
Cciij --- Page 412 ---
Vox. A G E
CHAPITRE VI.
TRAVERSEE de Szint t-Jean-d'Acre d
Marfeille, avec n2oS relâches aux Ifles
de Rhodes & de Malte, dà Tunis 8 en
Sardaigne.
Aodt 1771. Nous mimes à la voile pour Marfeille, à la
reterzdoten Vents de Gn du mois d'Août 1771; nous fimes route
ccepa.tis. fur PifedeChypre. Après l'avoir côtoy ée, les
vents d'ouef, par conféquent contraires, qui
regnent pendant Pété dans-ces parties, nous
Grenedloverau nord; nouS cherchions la côte
deia Caremanic, 1 pour rencontrer des vents de
nond que: nous y trouvâmes en effet.Je remarquerei ici que j'avois toujours eu des vents
d'oueft depuis Surate, & que ces vents foufHent généralement pendantlérédepuis slaligne
jujques en Candie; ;je dis généralement, parce
qu'il faut en excepter le temps des brifes de
Notre ms terre. En atterrant fur cette côte au
de
fiauc. d'ua
golfe
bituau,
Satalie, nous vies un bateau de moyenne
grofieur, qui,apiès avoir régié a fa route & fa
marche fur la notre, arriva fur nous. Nous
nous méfions des Foibans queles vaiffeauxde
guerre Rulles & François chaffoient de l'AI- --- Page 413 ---
AUTOUR DI U MoNDr E.
chipel,& qui pouvoient bien s'être
ces parages.
jetés dans
Quoique nous ne viflions
homme à la barre fur ce
qu'un
râmes un coup de
bateau, nous lui ticanon, & il ne changea de
route qu'après plufieurs autres coups de Canon, dont apparemment il craignit l'effet.
Le défaut d'eau nous fitrelâcher à
foraine, dans la partie fud del PHle de une rade Radedetim.
nommée Limba, du nom d'un
Rhodes, ka.Xvilliga Gices.
Ily avoit des ruines des deux village voifin,
conftruits par les
vieux Forts,
Chevalicrs, à
nous y fimes de l'eau &c des mi-montagne: :
à des villages Grecs,Je
rafraichiffemens
Grecs
comparois toujours les Comparai.
des policés avec les Arabes;
fon entre les
Grecs par les
l'oppreflion Grecs & les
Turcs, avec la liberté que Arabes.
procure aux Arabes leur vie mile &
la différence de la fine
fauvage;
ture faine, du vêtement politeffe, de la nourri-
& des
pres des
logemens propremiers, avec la
treté de toutes ces
moyenne grofiétrouve chez les
chofes,, telles qu'on les
Arabes, &c je me
toujours de plus en plus que P'extrême perfuadcis
d'un Peuple eft
police
Hence. Je
P'avant-coureur de fa décaPeuples voyois avec peine combien Ces deux
s'éloignoient Pun de
but commun du bonheur Pautre, pour le
Etoit
de la vie. Le Grec
Hant fpirituel & intéreffé, pauvre &c cepenrecherché dans les néceffités de la vie;
Cciv
Arabes, &c je me
toujours de plus en plus que P'extrême perfuadcis
d'un Peuple eft
police
Hence. Je
P'avant-coureur de fa décaPeuples voyois avec peine combien Ces deux
s'éloignoient Pun de
but commun du bonheur Pautre, pour le
Etoit
de la vie. Le Grec
Hant fpirituel & intéreffé, pauvre &c cepenrecherché dans les néceffités de la vie;
Cciv --- Page 414 ---
Vo Y A G E
P'Arabe étoit fpirituel & généreux, pauvi
aufli, mais fans beaucoup de befoins. Quel
différence pour leur félicité !le plus malhet
reux étoit cependant né fous un climat pli
heureux que l'autre.
Méfiancedes La méfiance desTurcs, qui croyoient
Tures,&r-n9
centre d'an nous venions faire des provilions pour
de lears chébecs.
Ruffes, nous en donna auffi, & nous mim
à la voile. Lorfque nous fumes en dehors
la baie, nous vimesà terre un bâtiment venar
fur nous avec très-peu de voilure : dès qu
put juger, par fa pofition, que nous l'avior
apperçu, il fe couviit de voiles, & il nor
donna chafe. Nous nimes en panne, & nou
arborâmes la Tamme & le pavillon, que not
affurâmes : nous fûmes apparemment regard
comme un bâtiment de guerre, carle vaillea
chaffant, qui étoit un chébec avec pavillo
Turc, arriva & prit une autre route. No
en fûmes fort aifes; car s'il nous eût vifités,
nous eût trouvés en partie chargés de riz; cet
cargaifon eft contre les ordres du Grand-Se
gneur, Sc on cût pu nous donner du défagr
ment en conduifant le vaiileau à Rhodes,
le féjour càt été long,
J'avois été choqué du peu d'égards que l
Turcs ont pour les Europdens, & par conf
quent pour la Nation Françoife; les fuites qu --- Page 415 ---
AUTOUR DU MoND E. 409
Ja rencontre du chébec Turc pouvoit
me les rappelerent; cela m'engagea à avoir,
dans ma mémoire ce que je favois déjà, repaffer &
que je venois de voir en Syrie, touchantnotre ce
commerce & nos comptoirs du Levant.
Outreléloignement caufé parla différence
de Religion & par Poppofition des
Afiatiques à celles des
moeurs
la
Européens, 2 i! me parut
que conduite de nos Nationaux
donner lieu au peu d'égards que lesTurcs Pouvoit
pour nous.
ont
J'avois cru appercevoir que nos
de ces Echelles étoient fouvent Négocians
célérer leurs
obligés d'acfatisfaire
opérations de commerce , pour
aux demandes deleurs
de PEnrope; qu'il y avoit quelquefois correfpondans
d'ordre & de poids dans les marchés
peu
foient avec les Naturels du
qu'ils faià cette légéreté
pays,qui oppofent a
une combinaifon réfléchie &
naturelle; que les Gouvernéurs avoient généralement trop de connoiffance de leurs
de commerce &
affaires
particulieres, à caufe des correlpondances que ces Négocians
avec le
entretiennent
prévalus Gouvernement, & dont ils fe font
de leurs quelquefois pour traverfer les vûes
Confuls ou de leurs affemblées Nationales; que certaines familles
l'on nomme Barataires,
protégées, que
fervoient fouvent de
on réfléchie &
naturelle; que les Gouvernéurs avoient généralement trop de connoiffance de leurs
de commerce &
affaires
particulieres, à caufe des correlpondances que ces Négocians
avec le
entretiennent
prévalus Gouvernement, & dont ils fe font
de leurs quelquefois pour traverfer les vûes
Confuls ou de leurs affemblées Nationales; que certaines familles
l'on nomme Barataires,
protégées, que
fervoient fouvent de --- Page 416 ---
Vox A G E
prétexte aux monopoles des Gouverneur
Turcs : ceux-ciy étoient en outre engagé
rar les petits égards prefque ferviles que loi
n'a que trop fouvent pour eux, & par un ref
pedt extrême & trop éloigné de la nobleff
& de la fermeté qui enlardiroient à des refu
qu'on pourroit leur faire dans certaines 0d
cafions. Je ne prétends pas dire que P'on dû
leur refufer des préfens &c même de T'argen
dans leurs befoins réels; mais j'avance qu'o
dev:oit refufer avec fermeté leurs emprunts
lorfque P'avarice ou l'extorfion en font Fu
nique fource. La générofité & les fervices ren
dus àpropos font auffi fufceptibles d'attirerla
reconnoifance d'une Nation noble, & qu
penfe auffi jufte que la Turque, qu'ils font
capables d'attirer leur mépris, lorfqu'ils ne
font que l'effet de la crainte, ou qu'ils font
rendus de mauvaife grace & avec mefquinerie
La Narion Françoife emploie, dans le Le
vant, une certaine quantité de vaiffeaux pour
le tranfport des marchandifes que les Turcs
veulent faire paller d'un port à un autre : je ne
fais fi T'argent que cette branche de comerce
fait entrer dans le Royaume, peut balancer la
défertion immenfe des matelots ou la dégradation de leur façon de penfer, 8: le peu d'6gards qu'elle fait néceffairement naitre pour --- Page 417 ---
AUTOUR D U Mo - N D E, 41I
Anel Nation qui fe met à la folded'unea
Hollandois ou un Ragulien penfera autre; un
qu'il
a balancer; un Anglois ou un Efpagnol peut
era le contraire.
penIl eft peu d'ufage que les Confuls du Leant traitent eux-mêmes les affaires avec les
Gouverneurs' Turcs :ilsye emploientleurs Droguemans, qui fouvent font peu inftruits de la
Langue du pays, 8 font toujours accoutumés
ramper auprès des Bachas ou de leurs Ofiers; les'demandes acquierent par cette voie
hoins de confidération; elles font fouvent
cfulées, à moins qu'on n'emploie de grands
hoyens; & files affaires font délicates ou criiques, les Gouverneurs s'écartent aifément
nvers! le Drogueman, des égards dus à lal Naon; ils s'en écarteroient moins vis-à-vis du
Conful, dont! l'emploi leur en impofe.
Nous continuâmes notre route par le canal
e Candie, & nous fimes enfuite
Talte. Nous mouillâmes dans
route pour
ORobresjeusle
cette Ifle leis
ates
plaifir d'y voir, fur des fréFrançoifes de relâche, plufieurs de mes
Amarades dont l'abfence n'avoit
dimiué l'affeéion.
pas
Nous remimes fous voile, & après fix jours,
propridraire du vaifleau ayant affaire
1S. 2 nousy
àTurelachâmes; j'y fus très-bien reçu
alte. Nous mouillâmes dans
route pour
ORobresjeusle
cette Ifle leis
ates
plaifir d'y voir, fur des fréFrançoifes de relâche, plufieurs de mes
Amarades dont l'abfence n'avoit
dimiué l'affeéion.
pas
Nous remimes fous voile, & après fix jours,
propridraire du vaifleau ayant affaire
1S. 2 nousy
àTurelachâmes; j'y fus très-bien reçu --- Page 418 ---
Vox A G E
occafion d'y voir plufiet
Analogie da parle Conful.J'eus
caraéere des Mahométans, dans le caraétere defquels
maeursdeTunis aveccelui trouvai de la douceur & de l'analogieavec
des) Bedouins. Arabes Bedouins de Baffora & de Mafcate 2
la dureté des Turcs de la Syrie. L
non
Après avoir appareillé, ce ne fut que le
de Novembre que les vents contraires nd
d'accofter la Sardaigne, & ils nd
permirent firent relâcher pendant deux jours au go
y de Palme. Je trouvai encore avec plaifir, da
lieu auffi voifin de la France, des reftés
un
laiffoientto
notre premiere fimplicité,quimel
Per
jours le regret de la vie de nos premiers
Un homme robufte de corps & de figure
Portraitd'un
sobelledeSarbarbe ; & folidement vétu, gard
daignc. - longue
nombreux
de boet
pailiblement un
troupeau
dansles gras & marécageux paruragesdesbor
de cette rade ; il portoit un fufil en banda
liere, & il étoit monté fur un beau cheva
fa demeure étoit dans les montagnes voiline
où Pinfluence des moeurs policées de la plai
n'a
encore adoucir ou plutôt affervir a
pu
fideles à leurs anciens & fimp
montagnards
ufages, & dont la bravoure n'a pas permis
leur Souverain de les fubjuguer éntiéremer
La propreté & la fimplicité de fes habits,f
abord ferme, la beauté de fes troupeaux,
fon adreffeà manier fon cheval & fon fufil, --- Page 419 ---
AUTOUR D U MoxDE,
mbloient pas devoir l'engager à
buvelles moeurs.
chercher de
Nous réappareillâmes & nons longeâmes la
ardaigne à P'oueft; nous
Mouillage à
côte de Corfe, &c nous alarguâmes un peu Marfeille, 7 Décembre le
ptjours de traverfée, à abordâmes, après 1771,
Pomegues, Ile dans
golfe de Marfeille, deftinée à recevoir les
aiffeaux en quarantaine. Le lendemain, de
Décembre 1771, je débarquai aux Infirmeries 5
e Marfeille, pour y faire ma
je remerciai Dieu de m'avoir fait quarantaine,
iner heureufement
enfin terun auffi long voyage,
Fin du Tome premier.
écembre le
ptjours de traverfée, à abordâmes, après 1771,
Pomegues, Ile dans
golfe de Marfeille, deftinée à recevoir les
aiffeaux en quarantaine. Le lendemain, de
Décembre 1771, je débarquai aux Infirmeries 5
e Marfeille, pour y faire ma
je remerciai Dieu de m'avoir fait quarantaine,
iner heureufement
enfin terun auffi long voyage,
Fin du Tome premier. --- Page 420 --- TABLE
DES M A TIERE
CONTENUES DANS CE VOLUME.
Lerrae d MM. le Contte de C... y Page
PREMIERE PARTIE, contenant la relation
du Voyage par terre & par mer, par 1
voie del'oueft, depuis la côte deFrance
jufques à la ville de Batavia, dans l'Ifle
de Java, en traverfant l'Océan, l'Amé
rique, la mer du Sud, & l'Archipel de
la Chine.
CHAPITRE PREMIER. Quels ferent les no
zifs qui 772 amenerent à Saint-Domingue
6 le point de vuefous lequeljenvijageois
M1012 voyage.
Ibid.
CHAP. II. Traverfée de l'Ifle Saint-Do
mingue à ia Nouvelle-Orléans, ; féjour
quejaifnit dans cette Ville.
Vieux canal de PIle de Cuba,
lkid.
Canal de Babama.
--- Page 421 ---
TABLE
Fleuve du Milmipi.
Marais aux huitres.
Fruits des Plaquemines.
Orage violent.
Ibid.
Habitations & culture.
Détour aux Anglois, & Ville de la
Orléans.
WouvelleCaraétere & induftrie des Habitans,
Arbre nommé cirier.
Avis fur la route de la
motifs de mon
Nouvells-Efpagne, &c
voyage par terre.
Pourage,vetemens, & induftrie des Sauvages.
CHAP. III. Route
le
par Fleuve du
Api G la Riviere
METF
rouge, depuis la Nou
velle-Orléans jufques à
& mon
dans
Nachiroches, 2
lejour
ce lieu.
Départ de la Nouvelle-Orléans
toches,
pour NachiBornes de la' Louifiane.
Ibid.
rabliffement François
coupée.
2 nommé la Pointe
elâche à un village de
Leur uavail, leur caraétere. Sauvages,
Ibid,
Fallage aux deux Ifles, & idée du
Defeription des bords du fleuve, Mifliffipi. 39
des Caymans,
8c rencontre
--- Page 422 ---
TA BL E.
Embouchure de la riviere rouge.
Embouchure de la riviere noire.
Arrivée à Nachitoches; caractere, culture C
induftrie des Habitans
Chaffe de l'ours.
CHAP. IV. Route par les Adaiflfes
Naquadoch., de Nachitoches d Sar
Antorio. Mon fejour aux Adaiffes &
Naquadoch, & deux voyages d ce der
nier lieu.
>
Paffage de l'établiffement François au poft
Efpagnol.
Ibia
Moeurs & caraétere des Habitans.
S
Vêtemens des Efpagnols.
Départ pour Mexico.
Defcription du Pays.
Fatigue que j'éprouvai.
5:
Arrivée à Naquadoch, après les Aiffes.
Retour aux Adaiffes.
Ibia
Rencontre des Sauvages dans le bois.
Retour à Na uadoch.
Trait généreux des Sauvages.
Départ de Naquadioch,
-
Façon d'aborder &c de paffer à gué les riviere
difficiles & rapides.
Façon
étere des Habitans.
S
Vêtemens des Efpagnols.
Départ pour Mexico.
Defcription du Pays.
Fatigue que j'éprouvai.
5:
Arrivée à Naquadoch, après les Aiffes.
Retour aux Adaiffes.
Ibia
Rencontre des Sauvages dans le bois.
Retour à Na uadoch.
Trait généreux des Sauvages.
Départ de Naquadioch,
-
Façon d'aborder &c de paffer à gué les riviere
difficiles & rapides.
Façon --- Page 423 ---
TABLE
Façon de paffer fur des radeaux les riyierés.
profondes, &c nos travauix à cet effet. 71
Méfiance des Efpagnols envers les Sauvages:
producions de ces pays en fruits & animaux fauvages.
Less Sauvages tentent de nous attaquer.
Arrivéeà. San-Antonio ,le goNovembre, 73
Population fauvage, & pourquoi les Apaches
"font nommés errans,
Guerre avec lès Sauvages, & leurfagaciré. 80
Defcripuon de San-Antonio.
Pon - climat, & celui de la riviere
82.
Poftes
rouge.
Efpagnols au nord de la Nourelle-Efpagne.
IBid.
Miflions pour convertir les Saivages.
Façon de les prendre.
Moeurs fimples & pures des Efpagnols de ce
pofte.
CHAP. V. Route par la Rheda, 6 d travers ie Rio-Bravo, de San-Antonio d
la Ville du Sartille e -
mon fjour eit
cette Ville.
allage pénible à travers des marais, 1 2 & le Rio
deLas-Nuicds.
allage en bateau de la riviere Sabinas; eaux
minérales.
Tore I.
Dd
--- Page 424 ---
TABLE
Animal puant.
Mines de la Sierra & de Laiguana.
Ibic
Cierge Pafcal.
Pofte de Cuwilla. Arrivée au Sartille, le 20 Janvier 1768.
9:
Eclipfe de foleil.
Ibic
Defcription de cette Ville.
Ibit
Moeurs des Habitans.
1O
Produaions du Pays.
Ibi
Célébration de la fête du lieu.
Defcription de la cochenille. )
IO
CHAP. VI. Route par les Villes de Char
cas, San- Louis Potoly, San - Migue
el Grande, 6 San-Juan del Rio, de
puis la Ville de Sartille jufqu'a celle d
Mexico, 6 mon Jejour dans cette der
niere Ville.
IO
Départ du Sartille pour Mexico, le IoFévrie
1768.
Ibi
Arrivée à Charcas.
Ibic
Je me fépare de mes compagnons d
voyage.
1O
Mon arrivée au village nommé le Venau. Ibic
Précautions contre mon guide.
IO
Defcription de San-Louis Porofy.
II
Origine de la fédition des Indiens de cett
Province.
Iti
artille jufqu'a celle d
Mexico, 6 mon Jejour dans cette der
niere Ville.
IO
Départ du Sartille pour Mexico, le IoFévrie
1768.
Ibi
Arrivée à Charcas.
Ibic
Je me fépare de mes compagnons d
voyage.
1O
Mon arrivée au village nommé le Venau. Ibic
Précautions contre mon guide.
IO
Defcription de San-Louis Porofy.
II
Origine de la fédition des Indiens de cett
Province.
Iti --- Page 425 ---
TABLE
Maniere adroite de prendre les vaches, 419
Fertilité du Pays.
Caradtere & vêtement des Indiens.
Pallage à San-Miguel
Ibid,
lieux ; population el-Grande, &
& autres
pays.
induflrie de ces
Arrivée à Mexico, & defcription des beautés 114
ded cette Capitale, le 28 Février 1768.
Inquilition.
IIS
Climat du Mexico.
CHAP. VII. Route a
travers le Rio-delas-Balfas & le Bourg de
depuis la Ville de Mexico Chipanfingo,
Port
jufques aM
dAcapulco 2 & mon fjour dans ce
Port.
Départ de-Mexico, le 18 Mars 1768.
Climat & defcription des environs de Ibid.
CO.
Tchuf.
Climat & fertilité de Cuernavaca.
Ibid.
Produgions & fertilité des environs de 123
panfingo.
ChilPaflage de la riviere des
forcée
Papagallos, & marche
jufques à
Aéion de
- Acapulco.
graces à la vue du
&
mer du Sud.
galion de la
Defcription du Port d'Acapulco. Ddij --- Page 426 ---
TABLE
Tremblement de terre.
Foire d'Acepulco, cargaifon du retour du
galion, Bc mon embarquement pour Ma
nilla.
CHAP. VIII. Traverfée d'Acapulco d Ma
niita, aux 1fles Philippines, avec mon
fejour à LIpe de Guam, une des Ifles
Mariannes, d Pifle de Samar, qui efl
le plus d Fefl des Philippines; uin petic
voyage dans cette derniere ifle, 8 mon
fejour d Manilia.
Départ de la Nouvelle-E/pague, le 2 Avril
1768.
Ibid.
Reconnolllance des bancs à Peft des Ifles
Mariannes.
Relâche à PIile de Guam.
Ibid,
Portrait des Habitans,
Eau-de-vie de cocotier.
Production du pays, & fruit du pain.
PivemegailedeSmer
Voyage a Manilla.
Moeurs X caradere des Indiens demi-Sauvage
Façon 6
Euhed le riz & de tirer du
feu.
Deicrip ou duet 21 ue de Lawan.
--- Page 427 ---
TAB LE.
Rifque d'être fait efclave, & relâche à Catarman,
I5O
Police civile & fpirituelle de'ce village, exercée par un Jéfuite.
1hij,
Corfaires Mahométans.
ISE
Cloches Indiennes Ou tambours.
Emprifonnement des Jéfuites.
Oifeaux & quadrupedes.
Caragere des Indiens.
Produgions de la mer & de fes Mles."
Defcription d'un trirême à cadre de balance-
:7 ment.
Combats des Corfaires Mahométans.
Relations fur cesIndiens Mahométans, & fur
leur pays.
Réflexions fur leur origine, leur langage, &
celui desPeuples fauvages,
Agrément des bords de la riviere dé Manilla.
Caraéere & mocursdesI Indiens deManilla, .18r
Defcription de Manilla &c de fes environs, 185
Population de Chinois, leur cara@tere, leur
figure, & celle des Indiens.
Japonois; idée de leur caraétere & de lear
cormerce.
Sauvages de PIle de Luçon.
Predudions des Iies Philippines.
Bois de confrudion pourla Marine.
Da Sij
uples fauvages,
Agrément des bords de la riviere dé Manilla.
Caraéere & mocursdesI Indiens deManilla, .18r
Defcription de Manilla &c de fes environs, 185
Population de Chinois, leur cara@tere, leur
figure, & celle des Indiens.
Japonois; idée de leur caraétere & de lear
cormerce.
Sauvages de PIle de Luçon.
Predudions des Iies Philippines.
Bois de confrudion pourla Marine.
Da Sij --- Page 428 ---
TABLE
CHAP. IX. Traverfée de Manilla d Bate
via, dans l'Ifle de Java, & mon fjou
dans cette Ville.
Defcription & dangers de la rade de Bat
via.
Defcription de la Ville.
Defcription des Fauxbourgs Portugais, Ch
nois & Indiens.
Jardins des Hollandois, & dehors de Bat
via.
Temple Chinois; ; leur Culte.
Idée des Javans & des Malayes,
Quadrupede couvert d'écailles.
SECONDE PARTIE, contenant le Voyag
depuis Batavia, par la voie de l'oueft
jufques crrFrance, en paffant par lO
céan des Indes, le Pays des Marates
les Provinces de Guzurat & de Baffein
le Golfe Perfique l'Afie, & la Me
Méditerranée.
CHAPITRE PREMIER. Traverfée de Bata
via d Bombay & d Surate, avec moi
fjour dans ces deux Villes.
Départ de Batavia pour Bombay, le 2 Août
1769.
Ibid. --- Page 429 ---
TABLE
Route jufques au nord des Iles de 423
rante & autres.
P'AmiRéflexions fur la caufe des vents alifés
d'oueft, & far les pluies.
& ceux.
Pompe du Nabab.
Gentils, Guebres, Yoguis,
Religions de Surate.
Ibid.
CHAP. II. Routes de Surate
d PIle de
Salcet; & retour a Surate
les
des Marates des
par
terres
Provinces de
6 de
Guzurat
Bafein, avec divers Jéjours.
Culture du
Moeurs & ufages pays. des
/
Ibid.
Gentils.
Chef-lieu des Guebres.
Poffeffion Portugaife.
Séjour à Danou,
Ibid,
Libre exercice de la Religion Chrétienne. 250
Ibid.
Comparaifon entre les Indiens Chrétiens & les
Gentils,
Relation fur la
Ibid.
Religion des Gentils.
Marine des Marates.
Route de Danou à Agaffein.
Souveraineté de ces
Ibid,
Fortification &
pays.
Puits &
culture de ce pays.
Ibid.
étangs.
Animaux, Ddiv --- Page 430 ---
TABLE
Defeription des maifons,
2 -
Vêtoment.
2 C )
Corps morts brûlés.
Palfage à PIlle de Salcet : defcription d
fol.
Mon féjour.
Ibi
Gouvernement du pays, politique & cu
ture.
-
Retour à Danou.
CaraReie fuivant les Religions.
Ibi
Police fimple de ce pays.
Caufe de la douceur des Indiens.
Idée de leurs Loix.
Ma façon de vivre, analogue à celle de
Brames.
Jbia
Maladic de la peau 9 ordinaire dans ce cli
mat.
Départ pour Surate,
Ibid
Hofpitalité & fireté de CC pays.
Carnaval des Gentils.
Ibid
Defcription de Surate.
Mon embarçuenient fur un vaiffeau Maure
R
à Danou.
CaraReie fuivant les Religions.
Ibi
Police fimple de ce pays.
Caufe de la douceur des Indiens.
Idée de leurs Loix.
Ma façon de vivre, analogue à celle de
Brames.
Jbia
Maladic de la peau 9 ordinaire dans ce cli
mat.
Départ pour Surate,
Ibid
Hofpitalité & fireté de CC pays.
Carnaval des Gentils.
Ibid
Defcription de Surate.
Mon embarçuenient fur un vaiffeau Maure
R --- Page 431 ---
TABLE
425,
CHAP. III. Traverfée de Surate d Bef-.
fora, ayec nos relâches à Mafeate, dans
PArabic Heureufe, à Bender * Abou
cheir, dans le Perfe, d Tifle deCareith,
& ULTZ courz fejour d Baffora.
Pirates de la côte de Malabar.
Fbid,
Route &c atterrage de Mafcate.
Qualités d'un Pilote Indien.
Idée de Mafcate & de fes environs; politique
de fon Souverain.
Ibid.
Sa qualité, lieu de fa réfidence,
Intérieur des terres.
Ibid.
Nourriture du pays.
Ibid.
Ulagealégard des femmes.
Départ de Mafcate 2 & paffage au détroic
d'Ormus.
Ibid,.
Idée du caraétere des Maures Indiens, & de
la Religion Mufulmane.
A
28x.
Derwichs.
Façon de penfer des Maures.
Idée de ces Peupies. fur le raifonnement &c
Pefprit.
Relations fur Bender-Aboucheir,
28;
Defcription de Baffora, & autres fujets. 223
Arabes non Mahométans.
Bateaux de PEuphrate.
Caravane de Bedouins,
Ebide --- Page 432 ---
TABLE
CHAP. IV. Route de Baffora d Dama
par les deferts de LArabie déferte. 2
Départ de Baffora.
Ib
Mon arrivée à la caravane & à un camp d'
rabes.
Ib
Rencontre d'un château ruiné, & despuits. 29
Séjour à un camp Arabe.
Ib
Vêtement Arabe.
Ib
Formalités guerrieres.
Vifite au camp Arabe.
3 C
Qualités des biens des Arabes,
Qualité du fol du défert.
Climat chaud du défert.
Ibi
Defcription du défert & de fes animaux. 30
Caradere des Arabes.
Leurs Chefs.
Defcription détaillée fur les Arabes.
Ibi
Remarque fur la qualité de leurs cheveux. 30
Incurfion des Arabes.
Ibic
Leurs moeurs.
Leurs exercices & leurs occupations.
Idée d'une Tribu en marche.
Rencontre d'un lac & d'un château ruiné
payfage du défert.
Rencontre de puits & de tentes Arabes. 31
Chaffe donnée à douze Arabes.
Ibid
:a
30
Caradere des Arabes.
Leurs Chefs.
Defcription détaillée fur les Arabes.
Ibi
Remarque fur la qualité de leurs cheveux. 30
Incurfion des Arabes.
Ibic
Leurs moeurs.
Leurs exercices & leurs occupations.
Idée d'une Tribu en marche.
Rencontre d'un lac & d'un château ruiné
payfage du défert.
Rencontre de puits & de tentes Arabes. 31
Chaffe donnée à douze Arabes.
Ibid
:a --- Page 433 ---
TABLE
Attaque, combats & blocus de la
caravane,
par une Tribu ennemie.
Préparatifs de la fuite.
Fuite & déroute de la caravane;
à cet égard.
précautions
Fauffe route &c féparation de la caravane. 322
Setvice d'un Arabe.
Puits d'eau douce.
Générofité des
Arabes, mes
leur nourriture.
compagnons ;
Mon extrême fatigue.
Ibid,
Vue del'Euphrate & de ruines douteufes, 327
Sobriété des chameaux.
Aiguade,
Ibid,
Vue des montagnes & ciel du défert.
Campement Arabe
Ibid.
Villes & ruines
pendant l'été.
Ibid,
douteufes.
Campemens Arabes pendant l'hiver;
330:
ment de fol,
changeRoute dans la
Ibid.
fol,
montagne; changement de
Puits d'eau douce, & château ruiné.
Précautions pour la fareté de la
Abord aux fecondes
route.
lage de la
montagnes, & à un vilFérocité
Syrie.
Ibid.
des chameaux.
Defeription des environs de Damas. --- Page 434 ---
TABLE
Méfiance des gens du pays envers les Arabd
arivéeà Damas,& autres fujers.
Relncionsfurle 1 rélerinagned delaMecque. 3
Politefes des Jéfnites.
CHAB V. Route. de Damas dBarut
Styde, & Saint-Jcan d'Acre, avec
sers scyages & Rjours AlL Mont Liba
idans lepays du Qusfreuan, 1 & celui a
Donfes.
DépnveseDamasg amb
Ib
Gorge des mentagaca,, fertilitd du vallo
de Beca.
ibi
MAstosnnwnhba,
Culture des mOriets.
Tbi
Noubiture du pays..
Ibi
Idée du carafterd des Drafes & des Cbrétier
de Danas.
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diBermng 59 ivde dons cette Ville:
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ARcafomncaSyisie 12Aviil1770. 34
Son Goavernrment.
épart pourle Quefrouan.
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Roura R defuription 'du fol de Baruth à Ain
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Politefles 6us Jefuites, & idée de leur mif
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+
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Idée du carafterd des Drafes & des Cbrétier
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ARcafomncaSyisie 12Aviil1770. 34
Son Goavernrment.
épart pourle Quefrouan.
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Roura R defuription 'du fol de Baruth à Ain
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Politefles 6us Jefuites, & idée de leur mif
fior
+ --- Page 435 ---
TABL E:
Route & defcription du fol d'Aintoura à Jelton.
Carerne & fource du Beuve du chien.
Defcription de Jeiton, 8c façon de vivie des
Seigneurs Chrétiens..
Ibiz,
Pouvoir de ces Seigneurs.
Bravoure des Habitans; leur caradlere.
ibid.
Etat Ecciéfiaftique desmontagnes.
Moeurs.
Route & defcription du foi de Jelzon au
Mafra.
Hofpitalité d'un Curé 8c de fa femme.
Ufages.
Route depuis le Mafra jufqucs à ap château
antique.
Infcription, de ce châpeau, &defcription d'un
temple.
Route dece château à une grande fource. 263
Defcription d'ane arche naturelle.
Route & defcription du fol jufques à
Agoufta.
Politefles du Patriarche d'Antioche.
Route & delcription du fol
L
jufques A Aintoura.
Retour à Baruth, arrivéc à Seyde.
Fbie.
Politeffes du Conful de cette Echelle.
Environs & antiquités de Seyde.
$70 --- Page 436 ---
TABLE
Defcription d'une Mofquée.
Relations fur les Habitans des montagnes
Seyde.
Defcendans douteux des Croifés.
Relations de divers climats, & de celui de
partie du fud de la Syrie.
Ib
Produétions de la Syrie.
Produdions des montagnes.
Simplicité des Habitans, & fon utilité. 1b
Régularité des Moines & des Prêtres féc
liers.
Relations de diverfes moeurs de l'Afie.
Ufage des Arabes de ces pays vis-à-vis n
femmes.
Analogie de cette conduite avec celles d
Peuples fimples.
Origine de leur bon fens.
Moeurs.
Ancienneté & qualité de leurs moeurs & uf
ges.
Leur conduite & façon de penfer vis-à-vis d
Européens.
Qualités des divers états.
Ibi
Defcription du fol de Baruth à Abey.
3 8
Defcription d'Abey.
Fréquentation des Drufes.
Funérailles des Montagnards.
Defcription du Dair-el-Kamar.
--- Page 437 ---
TABLE
43:
Gouvernement des montagnes,
Juftice des montagnes.
Bravoure des Habitans.
urs.
Ancienneté & qualité de leurs moeurs & uf
ges.
Leur conduite & façon de penfer vis-à-vis d
Européens.
Qualités des divers états.
Ibi
Defcription du fol de Baruth à Abey.
3 8
Defcription d'Abey.
Fréquentation des Drufes.
Funérailles des Montagnards.
Defcription du Dair-el-Kamar.
--- Page 437 ---
TABLE
43:
Gouvernement des montagnes,
Juftice des montagnes.
Bravoure des Habitans. Mariages entre parens.
Ibid,
Levée des troupes, & diffentions des Emirs
& des Seigneurs.
Bravoure des Habitans à l'égard des Etrangers.
Impôts.
Ibid.
Qualités des Religions.
Drufes fimples & Aquels.
Miflions des Capucins.
Différence du caractere des divers Monta- 401
gnards.
Eboulement du fommet d'une
montagne. 403
Voyage d'Abey au Mafra, à Baruth, & às SaintJean-d'Acre.
Ibid.
Idée du caraétere des Grecs.
Réflexions fur les cara@teres & moeurs des Peu- 404
ples fimples quej j'avois vus.
CHAP. VI. Traverfée de St-Jean-d'Acre
d Marfeille 3. avec nos relâches aux
Ifle de Rhodes & de Malte, d Tunis
6 en Sardaigne.
Vents de cette faifon en cette partie.
Itid.
Notre méfiance d'un bateau.
Ibid,
Rade deLimba, & villages Grecs,
--- Page 438 ---
-3573
"TABLE
Comparaifon entreies Grecs&letArabes. 4
Méflance des Tures, & rercontre d'un
leurs chébecs.
t
Analogie du caraétere des Maures de Tu
avec celni des Bedouins.
Portrait d'un rebolle de Sardaigne.
Mouillage à Marfeille.
Fin de la Table. --- Page 439 ---
- ARTE REPUITE 11' GIDBE PERRE PRF
Pour feruir aus'Trois lerages utour du Hondeet 4 ers lexdens Poles, failspar M de Rages,Chevalier de TOndreRucn Cl Mihtare des Loms, Capitame des aifleaus
d.lw.efoerodpmalaas delAeadeime Rovaleders Spences,Deflte d'apres foutes lesn nouvelles: decouvertes.par les. segm, lugenieur Geographeda Ror,en -84
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CARTE DTNE PARTIE DE LAMERIQUE
SEPTEXTRTOXALF.
OLICONTIENTI PAR PRARLIN-ESPAGNE.
ET DE LA LOUISIANE.
Pour fer vir aux vaagesan Tour duMOXDE eivers
ies deux l'oles. futspar M. de PAoks.Chevaherdey
fOndre Roval et Mhtare de S'Lanis.Capaawedes,
Valleaux du Roi,et Correlpondant delAcademie
Rovale des Seiences.
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--- Page 443 ---
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Comguispacles Marates
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CARTE, DUNEPIRTIE DES COTESDE) LINDE,
DEPEIS Amnomwadraon.awe E 1 /
DES MaNTATIONS DECETTE (iir
Ponrt fervwanxy Vorvages au Tour du MONDRehww.ieaders
PARTI 1
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Msmpdextempeypure desVaulleaux du ROL,
Correfpondant de TAcademie Rovale desSei tence
Remarques
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Favaoer de M: de Pader Pl
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CARTE D'UNE PARTIE DE LASIE,
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DANSLAMER DE L'INDE.
Pourfervir aux Vovagesan Tourdu MONDEevesles deuxPôles, laitspar
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desVailléauxdu ROI, Correrpondante delleademe Royale des Suences.
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CARTE REDUITE D'UNE PARTIE DES COTES DES ISLES AUSTRALES, Pour ferviraux Vorages
M.deP.AGES, Chevalier
au Tourdu MONDEet vers les deux Pôles, fhits par
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P18
BOUANGA.Or. ESPECE DE PYROGUE A TROIS RANGSDE RAMES. Pour frrauxvayages au Tour du MONDE et vers les deux Poles, faitsparM. de PAGiS
Chevalierdelordre Roval et Militaire desLowisCogitamne des Vaifleaux du RO1, et Correfpondant delAcadénie RuvaledesScienes.
A. Tarerr dus ciudre de Balanerment.
B. Cudrr debdlananent.
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1). sisund ranu de Rames et I7 dallern.
Thwswome nud de Ramer et 2mtiallerie.
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G. Ruwrhursngm awusent bx tranornis du Giudre
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