--- Page 1 --- --- Page 2 ---
M. Geaut,
rue Chuassée-d'ant.
PARIS. -
3oh Cater Brotun.
celisewod A METZ,
Che-GaOS-CIAYDE, Libraire
ethilinurpmedelardins.
-. --- Page 3 --- --- Page 4 ---
a 2
-
mutrone --- Page 5 ---
V OY A G E
D'UN SUISSE
DANS DIFFERENTES COLONIES
D'A M É R I Q U E. --- Page 6 --- --- Page 7 ---
VOYAGE
D'U N SUISSE
D A N S
DIFFÉRENTES COLONIES
D'A M E RIQUE
PENDANT LA DERNIERE GUERRE: 2
AVEC UNE TABLE
D'Obfervations météorologiques faites à SaintDomingue.
Ce
Obfervateur fans prétention, vrai (ans malignité,
E
E
T
A NEUCHA TE L,
De PImprimerie de Ia Société Typographique.
4o
e
M. D CC. LXXXV. --- Page 8 --- --- Page 9 ---
AVIS
DE L'É DITEUR,
Pour fervir de préface G de table des
matieres.
Euas
Lrs journaux de navigation qui font à la
tête de cet ouvrage, n'ont de rebutant que
le titre. Ils peignent parfaitement l'homme
qui navigue pour la premiere fois, fans
autre intérét que fa curiofité; qui obferve
par inclination & écrit à fes amis avec
franchife. Ils renferment aufli Phiftoire de
quelques époques mémorables de la derniere guerre, une courte defcription de la
Martinique, une autre plus étendue de lisle
de Curaçao, & plufieurs obferyations, tant
phyfiques que météorologiques, faites fous
différens paralleles, --- Page 10 ---
vj
Les lettres à la fuite des
journaux, ont
principalement pour objets :
L'adminiftration domefique de la colonie de Saint.
Domingue, ou 1 plus généralemene 9 celle de
toutes les colonies à negres.
Plufeurs changemens qu'il feroit avantageux d'y
faire,
Le caradtere des maitres 6 celui de leurs
efelaves.
Les difftrens chemins ouverts à la fortune.
Les maladies du climat.
La dépenfe 6 le produit moyens d'une
fucrerie,
La dépenfe 6 le produit moyens d'une
cafétrrie,
Les cultures ufitées dans l'une 6 dans Pautre,
Leurs défauts G les mayens d'y remédier.
La défenfe de Lisle,
Son gouvernement.
Le réfumé d'un journal d'obfervations météorologiques 3 faites dans Disle 2 au niveau de la
mer, pendant une année confecutive.
Quelques conjedures nouvelles fiur la formation
des plus hautes montagnes du globe, --- Page 11 ---
vij
La configuration particuliere de S. Domingue,
fon organifation 2 fon climat, fes phénomenes
d'éledtricité naturelle 9 Jes animaux 6fs produdtions.
Puis Pauteur finit par examiner Pinfuence de la
découverte de PAmérique fur le genre humain.
Voilà le fommaire de l'ouvrage. Je labrege autant qu'il eft poflible 2 afin que le
ledteur le plus preffé voie d'un premier
coup - d'oeil s'il y trouvera ce qui lui convient; & fuppofé que quelques titres déjà
rebattus le dégoutent, ce fera ma faute &
non celle delauteur, qui n'a copié perfonne.
uence de la
découverte de PAmérique fur le genre humain.
Voilà le fommaire de l'ouvrage. Je labrege autant qu'il eft poflible 2 afin que le
ledteur le plus preffé voie d'un premier
coup - d'oeil s'il y trouvera ce qui lui convient; & fuppofé que quelques titres déjà
rebattus le dégoutent, ce fera ma faute &
non celle delauteur, qui n'a copié perfonne. --- Page 12 ---
VOYAGE --- Page 13 ---
a
V
O Y A 1e 1e G E.
D'UN SUISSE
DANS DIFFERENTES COLONIES
D' A M E R I Q U E.
ANESZN
LETTRE PREMIERE.
Dé Bordeaux > le 26janvier 1782.
a EPUIS fix mois que j'ai quitté les riantes
campagnes du Pays-de. - - Vaud, ma vie s'eft
paffée dans un tumulte d'affaires, 2, de voyages & de plaifirs G continuel, que jc n'ai pas
trouvé le loifir de vous écrire à mon aife
jufqu'au moment où je me fuis vu dans le
vaiffeau & en pleine mer,c'eft-a-dire, dans le
tems ou j'étois le moins affuré que mes lettres
puffent jamais vous parvenir.
Aujourd'hui, qu'un hafard inattendu me
A --- Page 14 ---
( 2 1e )
de France s je vais me
rameire dans un port
& de vous l'enpreifer de copier mon journal
à remplir une partie
yoyer, afn de commencerà
de mes engagemens.
à bord d'un navire du
Journal de mavinasien Guisisn, dejine pour PAcozv:i ds M.de
mirigue.
de la cour de France
MUNI d'une permifion à Brelt à la fu de
poar m embiequersfaricits ville fembloit etre alors
novembre 1,81. Cetce
:
génécal de tout le royaume
le rendz-vous
vazeaux, préla rade &:e port, ,couve-sds mouvant 5 mais
Soncoient Finrge d'un empire
f
m'y éroic delinde me parut
la place q-i
ne me predai point
petisa& G na taine, queje
multipliés
quoique les couriers
de Toocupar,
de Verla 'es & Tadrviré de T'adminiftration
U1 dapa t prochain.
nous astongafians
pacler du ploilie a que je goûtai
Fac-itvus a:endant le moment de
dias 1a vil,ed
moi,que la vie
vogter ? Vousavez, coame
plàit,
a fes avacrages. La nouveauté
errane
jouit donc doublemeat, &
in evs
s-rangor
celui
: 4:. 'on farséprouver.& par
pa:i
une foti - inpre. Uhe famille rofpcétubie,
ians
pacler du ploilie a que je goûtai
Fac-itvus a:endant le moment de
dias 1a vil,ed
moi,que la vie
vogter ? Vousavez, coame
plàit,
a fes avacrages. La nouveauté
errane
jouit donc doublemeat, &
in evs
s-rangor
celui
: 4:. 'on farséprouver.& par
pa:i
une foti - inpre. Uhe famille rofpcétubie, --- Page 15 ---
( 3 )
ciété douce, peu nombreufe, voilà ce quele
hafard me Et reaconcrer dans la mailoa ouje
logecis. J'ésois neureux Cegendant la néceffié de parsic et Tenue à propos sjai gouté
tous iesip plaiies d'une fociotédiseute & gaie,
fas emporcer les regtats culleas qxi accompagnent fouvant loit orte,
Iortcla Feathatgue rear-fdonné; je me
rends à tord. Chrcna conacit un vaifeaus
ma.s il et blen Geerect de le parcoucic ea
palnle, ou dale vs'e comne fon habrtion
unique pour Da semsHlimité. Avac quelin.érêt
on l'exzmine alo:s!8 & quelles recherches n'y
fit- o"'pas fuz a foldié, grandeur, fa
mobilci,fa vicefe, le bon cu le mauvais état
de les maneurtes, la qualidde L cargalfon!
&c. Calui-ci eft du port de Ox à feps cents
tonnevax, fre:é i Dar leroi, Sa cage:fon, compofée p.incigalauene d'une baile arallerie en
bronze & de comaitibles,folie auxpius grands
projeis de la campagic.
Le 10 décembre au point du jour 5 le vent
fouflle de la parve du N. E. le général fait
fignal d'apparciller; à trois heures de faprèsmidi nous fommes tous en mer. C'eften beau
dpectacle, En vain chercherois-je à le décrire 3
A ij --- Page 16 ---
( 4 )
d'une Aotte nombreufe fous voiles
la majefté
ne fauroit fe rendre 2 ni avec la plume,ni
le
Ceux qui veulent s'en former
avec pinceau.
s'ei tenir à de
une idée jufte ne doivent pas
relations, ni même à tout ce que leur
fimples
compofer de plus brillant:
imagination pourroic
mais les
il faut qu'ils voient par eux-mèmes,
pieds fixés fur la plage; & lorfque les vaiffeaux
la force du vent commenceront à
pouffés par
fe perdre fous la convexité du globe, lorfqu'ils
leur
plus qu'une image réne
préfenteront
dans Poblourité
duite de leur grandeur noyée
de la brume & des nuages,ils retourneront chez
& feront affurés de paffer une nuit traneux
quille.
l'eft
: le roulis forme des
La nôtre ne
pas
ofcillations fi grandes & fi brufques, que nous
à nous tenir dans nos lits. Les
avons peine maîtres ou valets, font ici au nombre
paflagers,
entaffés pèle-mèle dans la fainte
de vingt-fept,
un air infect qui arrive
barbe, où l'on refpire
ufé par T'équipage 5 &
de Pentrepont 3 déjà
mal
peu que Pon ait de difpotition au
pour
il eft bientôt décidé dans un pareil
de mer,
milieu: aufli 11e compte-t-on que trois paffagers
parmni nous qui ne l'aient pas encore éprouvé,
ou valets, font ici au nombre
paflagers,
entaffés pèle-mèle dans la fainte
de vingt-fept,
un air infect qui arrive
barbe, où l'on refpire
ufé par T'équipage 5 &
de Pentrepont 3 déjà
mal
peu que Pon ait de difpotition au
pour
il eft bientôt décidé dans un pareil
de mer,
milieu: aufli 11e compte-t-on que trois paffagers
parmni nous qui ne l'aient pas encore éprouvé, --- Page 17 ---
( 5 )
tout le refte eft malade plus ou moins 2 & le
moins fuffiroit pour exciter la compaflion ,s'il
y en avoit en mer.
Le pire de cette efpece de mal eft, qu'on
ne lui connoit pas de remede. (1) Il attaque
indiféremment les deux fexes, les tempéramens les plus robuftes comme les plus foibles :
pour moi, qui n'en fuis pas atteint, je vais
vous faire part de la maniere dont nous vivons.
Le thé à huit heures du. matin s le déjeûné à
dix & le foupé à quatre heures après midi. Le
déjeûné & le foupé font compofés principalement de volaille 3 mouton, cochon, 2 falaifons
& légumes fecs. L'afage de fouper de bonne
heure eft général fur les vaiffeaux marchands,
aSn de pouvoir éteindre tous lcs feux de cuifine
avant la nuit. Il feroit à fouhaiter qu'on l'adoptât fur les vaiffeaux de guerre.
Nous mangeons du pain frais chaque jour;
mais on le fait déjà àleau de mer, pour épargner
l'eau douce : (2 ) ce qui lui donne une âcreté
(:) En général cependant, on éprouve du foulagement par le grand air & par l'ufage des boiffons
2cides,
(2) Les pacotilles du capitaine ont tellement
A iij --- Page 18 ---
( 6 )
de fa
defagréable, fans rien ôter cependant
beauté.
à bord deux vaches que l'on
Nous evons
léar lait elt réfervé
nour: : avc fors mais
meme
notre écat- mator. Les palagers,
pour
goàcdn: iamais.
CCuX du roi,nen
voyons oà nous
L'foas li ces détails,&
fomme:.
du jout, en-avent do raz,
Le TI an point
fousle
Tous eveas le plailse. de nous troave:
quensducoxent Co.ter r-marque
venndistrola
matche aul necire, que
no.s rfivce pour-la
Nous fions fix
l'on fufpedloit avaite! Tépreuve
de voiis.& le convoi
raiis (2) avec peu
march:. Cnaque
n'obierve aucun oidre de
de la
batiment alume des frnaux à Pencrée
nui:cet un beau fpedtacle.
du jour, le coavoi étoit en
Le 12 20 point
mauvais ordre que la veilles Oil voyoit
auffi
de P'armée, fur
les vaideaux daguecreàlieibod
de
leuie
& fous le venc des navires
une
ligae
encombré le nevire, qu'il 2e ne s'y eft pas trouvé place
pour la quantiré d'eau néceffaire.
une
C'eft-h-dire, deux lieues marines pendant
(1)
heure de tems,
toit en
Le 12 20 point
mauvais ordre que la veilles Oil voyoit
auffi
de P'armée, fur
les vaideaux daguecreàlieibod
de
leuie
& fous le venc des navires
une
ligae
encombré le nevire, qu'il 2e ne s'y eft pas trouvé place
pour la quantiré d'eau néceffaire.
une
C'eft-h-dire, deux lieues marines pendant
(1)
heure de tems, --- Page 19 ---
( 7 )
tranfport. A neuf heures du matin, nous apperçàmes plufieus voi'es dans la partie du
N. E. leur nombre shcccte:fai.s, bieait
nous fames alurés qu'eiles étola " 30 enne.nies.
En peu de tems elles arraignirent la queue
du convoi,hiis la Caaonneren, foas qu. fat
poffble aux marchand; , quila compoluizar,de
trouver P maladre proird'on,
Lorfau'an 0il2au de proie vietifondrefur
les tiraides habiens d'un co'omnber Fo'6,'
confefion qy ma nt pas p.us gratde
qulesle Pé oit e cette occafo parn 10us.
Cependant nos procedteurs s'ébren'e-n:. La
Brateg, le Royal- Lovis & tousles ateres COloffes fits pour repréfenter la maislé d'un
empire,vire erent facce'livement ve:e deviat,
pouraler à l'ennemi. Mais avantq's enfat
gagné l'intervallc de deux à trois lenes qui
les en Ropa cir,celuic cieucle te nsdamariner
plufieurs des norres& de fair avec ies pisles.
(1) Ainii fnit cet:e matheureule rcacoatre,
(r'On afa depuis 2 aue les Anglais crarent trouverle riche convoi deS. Duminguewcelis.epische-cho'e'ische-cho'ent,
& qui étoic entré à Bicfe trois jours ave.t noure --- Page 20 ---
8 )
qui nous coûta cher pour le monient, &
encore par fes fuites, pouravoir
plus
de marche
pris un ordre
ablurde, avec trop de fécurité.
Au moment de la canonnade, M. de Guichen
fignaloit à tous les navires du convoi,
miffion de Faire la route qu'ils
3 perjugeroient la
convenable dans la circonflance
plus
préfente. Notre
capitaine chargé de pacotilles
perdu s'il ne
, croyant tout
fuyoit à tire - d'ailes,
ce fignal en celui de faueve
2 interpréta
tenir
qui peut. Alors, fans
confeil,il fit forcer de voiles, &
courûmes vent
nous
arriere, nous éloignant de
en plus des nôtres & de l'ennemi.
plus
Une brume
épaiffes'éleva dans le même tems
s la mer devint
grofe, nous continuâmes la mème route
dant la nuit.
penLe I3 , au point du
core
jour 2 nous vimes enplufieurs voiles; le capitaine
pour les éviter, aimant mieux
manceuvra
courir les rif
départ, La foible efcorte qu'ils lui
lgs difpenfoit de précautions dans leur connoiffoient 9
tomberent-ils fur nous dans P'ordre de attaque: aufli
méprife leur a fort bien
viteffe. Cette
une douzaine de
réuffi; car ils nous prirent
foibles
bâtimens, quoique de moitié alus
que l'armée qui pous prorégeoit.
ant mieux
manceuvra
courir les rif
départ, La foible efcorte qu'ils lui
lgs difpenfoit de précautions dans leur connoiffoient 9
tomberent-ils fur nous dans P'ordre de attaque: aufli
méprife leur a fort bien
viteffe. Cette
une douzaine de
réuffi; car ils nous prirent
foibles
bâtimens, quoique de moitié alus
que l'armée qui pous prorégeoit. --- Page 21 ---
( 9 )
ques d'une navigation ifolée, que ceux d'uie
erreur fatale, en cherchant un appui; & il 1e
nous fallut pas plus de quatre heures d'une
marche forcée, pour jouir du trifte avantage
d'exifter feuls fur un vafte horizon.
Le 14, une voie d'eau confidérable fe déclare dans le navire. Elle augmente le 1S; les
paffagers, maitres & valets, aveç l'état-major. s
prennent le fervice des pompes depuis huit
heures du matin jufqu'à huit heures du foir,
afin de foulager l'équipage.
Notre relâche vient d'ètre jugée indilpenfable; mais le vent varie & nous refufe les côtes
d'Eipagne, que nous cherchions à atteindre.
Cependant la voie d'eau occupe chacun de
nous à la pompe, huit à neuf minutes toutes
les demi. heures, & l'on craint qu'elle n'augmente, à caufe du gros tems. 2 de la furcharge
du navire & de la qualité de fa cargaifon.
Telles font les réfexions qui fe préfentent
à la fuite du vent contraire s pour alarmer
les imaginations les plus froides. Cependant le
graud nombre des pafagers, la diverlité de leurs
humeurs, quelques faillies de tems à autre >
toutes ces chofes foutiennent notre
courage 2
& nous godtons encore quelques plaifirs dans --- Page 22 ---
( IO )
de vie qui ne manqueroit pas d'efun genre
du fein de la
frayer, Gi on ie contemploit
mollede.
déchire deux
Le 16 au marin : un grain nous
d'avoiles que l'on n'a pas eu le tems
petites
eft toujours grofle ; nos mâts
mener. La mer
eplieut avec bruit dans un roulis très-vif,
quifer
ofcillation devoir fe brifer.
fembient à chaque
On les étaye avec des cordages & l'on parvient
Chaque voiie que nous apperà Jes ailujetsir.
cherchons
cevons nous paroit fufpede, & nous
Téviter. Point de foleil, point de hauteur,
à
fur l'efims, notre route
cheminant toujours
compofce d'un grand nombre de petites,
totale,
beducoup
gloit etre fort douteufe S répand:e
de méfance fur notre fituation calculée.
de quisterlaraded de Breft,
Nos marins,avant bâtiment, vu fa grofeur
nousaffuroient que le
inébran-
& fon genre dc con'rucion, feroit
fi
de la mer:i il e't cependant
lable 2ux coups
maufort tourmen:é que nous 11€ pouvons y
à notre aife. Il faut de ladreffe pour paffer
ger
dans une autre; il en faut
d'une chambre
dcboat. Deux fois la table
même pour fe, tenir
fe font
lesbencs de la chambre du confeil
&
allant d'un bord
détachés de lcurs crampons,
fon genre dc con'rucion, feroit
fi
de la mer:i il e't cependant
lable 2ux coups
maufort tourmen:é que nous 11€ pouvons y
à notre aife. Il faut de ladreffe pour paffer
ger
dans une autre; il en faut
d'une chambre
dcboat. Deux fois la table
même pour fe, tenir
fe font
lesbencs de la chambre du confeil
&
allant d'un bord
détachés de lcurs crampons, --- Page 23 ---
( II )
à l'autre avec fracas & fi précipitemment, que
perfonne n'oloit ni ne pouvoit les arreter.
Ce grand roulis que nous éprouvons & fa
vivacité proviement fans doute de la pefànteur de notre cargaifon s du mauvais ar nag,
& plus encore de la furcharge du navire, qui
établicle plan de flotraion au-defis de fa plus
grende largerr, Norre bâtiment, à c.ufe de la
cortrudion en fepin, eft auli fujer à des craguemeni continuel. C'eil principa'ement dans
la Gin:e-barbe, que lon jovit de cette mufi.
gee lugubre, au fon de lzquelle il faut s'endormic. il ferble, à chaque mouvement, que
les membres défunis vont fe foarer pour jemas; vérizublement ils font bien des c.iorts
por: y pervenir.
Ln nait du 16 au 17 commence à nous
envelopper de fes ombres. Les amaas des villes
& ceux des campagnes profitent fouvent à
de
fon obfcuriré dans des rerdeg- vors délicieux:
les uns fous des lambris dorés, les autres fous
de fimples chaumieres. Le plaifir eft le même
pour tous, & la lumiere revient toujours trop
tôt leur donner le fignal de la féparation. Sur
mer, rien n'eft plus trifte qu'une nait obfcure,
parce qu'clle multiplie les dangers. Et nous qui --- Page 24 ---
( I2 )
éraignons d'ètre apperçus, nous n'avons de
lumiere que dans T'habitacle,
compas. Les
pour éclairer le
bord
paffagers, avec les officiers ds
qui ne font pas de fervice, fe
alors jufqu'à Pheure du coucher raflemblent
bre du confeil; les
dans la chamuns font étendus fur des
matelas, d'autres affis fur des bancs, Les chambres de nos dames , quoique fort
vent auffi de lieux
petites, ferd'affemblée; le plus
nombre parmi nous paffe le tems à aller grand
l'une à lautre. J'avoue à
de
fuis de cette claffe;
ma honte s que je
mais les mieux traités font
ceux qui fe fixent dans' la mème. En
qu'à terre, la conftance eft eltimée mer, plus
& trouve auprès d'elles fa
des dames
récompenfe,
Le 17, je ne vous raconterai
tous les
pas en détail
propos qui fe débitent à bord à Poccafion de notre voie d'eau. C'eft
chaque heure
chaque jour,
mème, de nouvelles alarmes.
Les deux pompes vont pour l'ordinaire les deux
tiers du tems 2 un peu plus ou un peu moins
cependant, fuivant la vigueur que l'on
ploie & la viteffe du
De
y emGllage.
ces inégalités
réfultent mille paroles inquiétantes. Les paref.
feux prétendent que la voie d'eau elt
tée, & les plus fiuiftres ajoutent
augmenquenous cou-
heure
chaque jour,
mème, de nouvelles alarmes.
Les deux pompes vont pour l'ordinaire les deux
tiers du tems 2 un peu plus ou un peu moins
cependant, fuivant la vigueur que l'on
ploie & la viteffe du
De
y emGllage.
ces inégalités
réfultent mille paroles inquiétantes. Les paref.
feux prétendent que la voie d'eau elt
tée, & les plus fiuiftres ajoutent
augmenquenous cou- --- Page 25 ---
( 13 )
lerons bas inceffamment. Ces difcours peu confolans s qui fc tiennent à haute voix, n'ont pas
échappé aux matelots, 9 & la confternation eft
peinte dans leurs traits. L'un d'eux,après s'être
amarré folidement , s'eft jeté à la mer, dans
l'efpoir de découvrir l'ouverturé du navire. Ses
recherches ont été inutiles; ; mais fa boune VOlonté a été récompenfée, nous y avons tous
contribué de bon coeur.
Le 18, les paffagers viennent fur le pont de
grand matin, pour jouir du commencement
d'un beau jour. La mer beaucoup plus douce
balance
>
légérement notre vaiffeau; le vent, fans
être froid ni violent, nous donne un bon fillage,
& le foleil fe montre par intervalles. Nos marins l'attendent à midi; mais il difparoit alors
fous des nuages, & l'on ne faifit fon image
qu'imparfaitement. Cette opération fert pourtantà corriger l'eftime, qui eft devenue chaque
jour plus fautive.
Nous avois vu dans l'après-midi un navire
Oftendois de trois à quatre cents tonneaux,
Nous cherchions à lui parler, & il vouloit nous
éviter. Notre gros volume lui infpiroit fans
doute de la méfance; mais la fupériorité de
notre marche nous a bientôt mis à portée de --- Page 26 ---
( 14 )
le heler. Après lui avoir demandé des
ve'les du co:voi de M. de
nouGuichen, il nous a
répondu qu'in'en fovoit point. Nous luiavons
fat encore d'autres
quefions-qu'il a feint de
19 pas entendre. Nous lui avons demandé fa
litede & fa longirude. Szus doute
convaafon
que cette
ço.a.engolt à lui paroitre trop
lorgue,ca: il n'a pas agé à propos de nous
réaondra,& a mis le Cap à l'oppofite de fà
vai: rone.poursgoisner denois tour-à-fait.
Ce peic événzment amufe
bezucoup les
paErgers. La moindre diverlion, dans
esfence
notre
monotone, devient pour nous le
fuj:t d'on p'air.
Aojourdeai 19,1 le tems eft beau & l'on
Gompsesàsinbeneri la pompe. Nous nous
encourageons ricigrognem-nz à Cet exercice
pénib e par des cnanis mevares donc les leviers
marqueacia cadenco. Lorfque ia mer e'tl lumineula,"scou en atdy nos pompes o.lre peitduncla nac ie iprcucle d'ua mécal en falion.
A miaut,graai tepage. Les matelors qui
ne font pas de fervice fortent à la hate de
lcurs hamacs, les uas de plein gré,1 les autres
chailés à coups de garcette. Un grain arrive,
il faut plier les voiles. Ces fortes d'alertes
n0C-
queacia cadenco. Lorfque ia mer e'tl lumineula,"scou en atdy nos pompes o.lre peitduncla nac ie iprcucle d'ua mécal en falion.
A miaut,graai tepage. Les matelors qui
ne font pas de fervice fortent à la hate de
lcurs hamacs, les uas de plein gré,1 les autres
chailés à coups de garcette. Un grain arrive,
il faut plier les voiles. Ces fortes d'alertes
n0C- --- Page 27 ---
( IS )
turnes font affez fréqueates ici: elles n'amufent pas plus les pafagers que les équipagess
mais il n'elt guere polible de les éviter à
bord des marchands,i le no.mbre des matelots eft torjours trop foible pour que le quart
qui vei.le puife foffire aux mo.ndres cas extraordinaires. Les vents out encore changé;
nous avons viré de bord,portant prélentement
le cap au S. E.
Le 21. Encore UUI lendemain ! Nous exiftons toujours. Onpeut do IC tenir 2lez longtems unc mer orrgeofs,avec un mauvais vaiffeau & uie vote d'eau con@idéiab.e. Cos réfexions ra.urent. Cependant polot de huteur
depais pleleurs jours;eis le foleii dilipe
enân les nuages dans la mating, & paroicà
midi comme une divini:é bienfifanre. La jois
efhigéndslalexcisquer nortelatizude clt connue,
46d.40 ni. L'itime DOLS donnot 45 d. 1C m.
Lrs longizudes de nos plotes toit 6 ditiventes, que J'une nous met à vingt liques des
côtes de Bordeaux.tandis que l'aurre nous en
éloigne à plus de cent. Comme elles font fort
bafles & fouvent couvertes de brumes, nous
fondons & nous allons à petites voiles, furtout pendant la nuit. --- Page 28 ---
( 16 )
Lc 22, point de fond , petite route, aucune
connoiffance de terre.
vue de la
Le 23, fond de foixante braffes ;
tour de Cordouan.
dans la matinée du
Un pilote vient à bord
mais la mer elt fi rude qu'il ne juge pas
24;
de nous faire entrer. Nous mouillons
à propos
à une lieue de la paffe.
Le 25,la mer eft toujours groffe. Le vaiffeau
chaffé fur fon ancre pendant la nuit; & nous
a
du jour fi près des
nous trouvons au point
à la hâte
roches, que le pilote fait appareiller
du
s'éloigner plus tôt
& couper le cable pour
nous
danger. La mer eft plus calme à midi,&
riviere dans la marée du foir le
entrons en
plus heureufement poffible.
oà le
Nous jetons Pancre vis-à-vis Royan,
faire fa déclaration. La marée
capitaine va
venoità bord, & le courant
defcendoitlorfqu'il
que fon çanot, malgré
étoit alors fiimpétueux,
nous a
efforts des rameurs,
les plus grands
rejoints avec bien de la peine.
A préfent qu'il n'y a plus de manceuvres
le navire, nous rendons à léquià faire pour
page le fervice des pompes,
derniere un
26. Nous avons effuyé la nuit
coup
. La marée
capitaine va
venoità bord, & le courant
defcendoitlorfqu'il
que fon çanot, malgré
étoit alors fiimpétueux,
nous a
efforts des rameurs,
les plus grands
rejoints avec bien de la peine.
A préfent qu'il n'y a plus de manceuvres
le navire, nous rendons à léquià faire pour
page le fervice des pompes,
derniere un
26. Nous avons effuyé la nuit
coup --- Page 29 ---
( i7 )
coup de veiit fi violent. 3 que notre bâtiment
réfonnoit du haut en bas de fes mâtures &
cordages, à peu près comme feroit une centaine d'orgues mifes en jeu à la fois; (1)
& pendant toute la journée le vent contraire
nous retient à la même place.
Le 27,1 nous avançons de deux lieues pen.
dant la marée, & le 28 la plupart des paffagers
fretent des chaloupes pour fe rendre à Bordeaux,
Vous ne vous faites pas d'idée du plaifir
que nous éprouvons en touchant terre. Sans
doute que les dangers & les fatigues accumulés fur quelques femaines de tems 3 équivalent à une navigation commune de plufieurs
mois;'mais cette joie eft bientôt troublée
par les accidens les plus graves. Une maladie
affreufe attaque faccceffivement les paffagers
& les ofliciers de notre bord, , & de préférence
ceux qui ont couché dans la fainte - barbc.
Deux jeunes gens, quoique vigoureux, vienlnent de périr après quelques jours de fouffrances, & les autres font dans le plus grand
danger. Le mauvais air produit par l'encom.
(I)C'eftce même coup de vent qui a fi fort male
traité la flotte de M. de Guichen.
D --- Page 30 ---
( 18 )
btement des hommes & des pacotilles,
du pain fait à l'eau de mer,font les l'ufage
caufes les
plus vraifemblables de cette épidémie.
J'ai le bonheur de refter fain au milieu de
tant de maux:je ne fuis pourtant pas exempt
de douleur 5 en voyant tant de malheureufes
victimes de la cupidité d'un feul homme.
Suite du Journal de navigation à
2 bord du méme
bâtiment.
Après un mois de relâche 5 notre navire
étant allégé, ne faifant plus d'eau, au
moment d'appareiller pour Breft avec un trèsbeau convoi, (r) je vais le rejoindre, 11011
fans quelque répugnance 5 laillant les deux
tiers de nos palfagers à terre, morts, malades
ou peu curieux de fe rembarquer.
Le; S février, une bife du N. E. s'éleve,
La frégate la Caiès, fait à tout le convoi fignal
d'appareiller, & nous defcendons avec la marée jufqu'à Royan, ou nous mouillons. Royan
eft le point de partance, A peine
avons - nous
(I) Le convoi de M. de Guichen, trés-maltraité
par un coup de vent le 26 décembre dernier , a été
obligé de relâcheràl Breft, nous allons le rejoindre.
= -
. E. s'éleve,
La frégate la Caiès, fait à tout le convoi fignal
d'appareiller, & nous defcendons avec la marée jufqu'à Royan, ou nous mouillons. Royan
eft le point de partance, A peine
avons - nous
(I) Le convoi de M. de Guichen, trés-maltraité
par un coup de vent le 26 décembre dernier , a été
obligé de relâcheràl Breft, nous allons le rejoindre.
= - --- Page 31 ---
( 19 )
jeté l'ancre > que le vent tourne à PO:
puis au N. O. avec tant de furie, que
nous fommes obligés de mouiller une feconde
ancre, & de nous tenir en garde contre les
abordages de tous les navires qui chaffent.
Le vent continue avec la même impétuofité
dans l'après - midi ; les frégates ja Cérès & la
Renommée remontent alors la riviere, pour
prendre un mouillage plus far; tous les navires fuivent leur exemple. Mais notre pilote;
qui connoit la bonté de nos cables 5 fe déter.
mine à nous laiffer où nous fommes, perfuadé que le vent ne tardera pas à changer & à
prendtc une direction favorable pour notre
fortie:
Le 6 il: a déjà diminué de force, & le 7,
pendant la marée du foir > nous voyons redef
cendre toute la flotte qui vient fe ranger autour
de nous.
Le 8,au point du jour, vent d'E. beau
tems, fignal d'appareiller. Tout le convoi eft
fous voiles à neuf heures du matin, & prend
la paffe du N. E. Compofé de cent cinquante
voiles, ilfe déploie avec majefté fur une grande
longueur deriviere, & fep projette fur les côteaux
qui la terminent avec beaucoup de variété.
Bij --- Page 32 ---
( 20 )
Amidi, ticus nous trouvons déjà par les travers
à cing lieues del fes côtes
de l'isle d'Oieron,
arides. La Cérès nous fait en particulier! le fignat
de refter dans fes eaux; elle dimirtue en mème
attendre les mauvais
tems de voiles, pour
dans le meilmarcheurs,8 nous voilà bientôt
leur ordre poffible.
fait de la place
Depuis que lépidémie a
d'ume
fur iotre bord,je me trouve poffeffeur
cellule: mais mon lit eft fi étroit que je
petite
incrufté toutjufte. J'y refte abfom'y trouve
moment où je me
Jument immobile jufqu'au
Heureux encore G je me réveille auleve.
! Ceft bien ici qu'un lit eft
deffus des eaux
Combien de poiffons voPimage du cercueil!
dont je ne fuis
races circulent autour de moi,
quelques planches ! Le moindre
féparé que par
ouvrir ma demeure & me
choc fuffiroit pour
Voilà des idées peu
livrer à leur gloutonnerie.
ne troublent cependant pas mon
ziantes 2 qui
fommeil.
rencontre à terre une
9 Février. Quand on
s'informe
perfonne de fa connoiffance s l'on
mais
on fe revoit le
de fa fanté ;
ici, quand
il P
matin, l'on fe demande > quel vent fait-i
filé bien des nauds pendant la nuis ?
avons-nous
oc fuffiroit pour
Voilà des idées peu
livrer à leur gloutonnerie.
ne troublent cependant pas mon
ziantes 2 qui
fommeil.
rencontre à terre une
9 Février. Quand on
s'informe
perfonne de fa connoiffance s l'on
mais
on fe revoit le
de fa fanté ;
ici, quand
il P
matin, l'on fe demande > quel vent fait-i
filé bien des nauds pendant la nuis ?
avons-nous --- Page 33 ---
( 21 )
Cette politefe recherchée 9 dont nos citadine
tranquilles font leur priucipale étude, ne.fauroit convenir à des hommes errans
, dont Ui
mal-être prefque continuel endurcit le caractere.
Le convoi marche toujours en bon ordre
fur trois colonnes. Celle qui elt tout- à - fait
fous le vent, eft compofée de noS plus
navires. La Ceres s'eft mife à leur tête, & gros la
Renommés fait l'arriere. - garde. Les deux autres
colonnes, paralleles à la premiere
2 rangent la
côte de plus près.
L'on reconnoit Belle - Isle dans la matinée;
nous fommes par fon travers à midi, à égale
diftance de cette isle & de la pointe de Quiberon.
Ses côtes font très-hautes & très. efcarpées. Le
payfage qu'elle préfente feroit plus
fi l'on y voyoit des arbres.
gracieux $
Le vent mollit dans l'après - diné 3 mais le
ciel eft pur, & la mer Gi calme que tous les
paffàgers fe promenent fur le pont. Notre
convoi étant deftiné ei partie pour l'Orient
qui doit nous rendre quelques bâtimens
pour
Breft, le commandants'eft déterminé à mouiller
dans le canal de Groa, où nous avons fond de
douze à quinze braffes. Ce mouillage qui eft fans
B lij --- Page 34 ---
( 22 )
les raifons que je viens
doute indifpenfable par
été annoncé par
de vous expliquer, n'ayant s'en eft fallu qu'il
aueune efpece de fignal, peu
à caufe de la précin'y ait eu des abordages,
exécuté dans la
pitation avec laquelle il s'eft
convoi
obfcure. Aufli - tôt que le
nuit. la plus
navire défigne par des
eft mouillé 7 chaque
Cette précaution
fanaux la place qu'il occupe.
diftinguer ceux qui
devient néceffaire pour Elle forme en même
chaffent fur leurs ancres.
des plus brillans pour nous
tems un fpectacle
les habitans des terres voifines.
& pour
leve de grand matin pour reLe IO, je me
Nous fommes à di[
connoitre notre mouillage.
à une
égales de l'isle & du continent,
tances
delune & de Pautre.
lieue ou environ
élevée de cinquante
L'isle de Groa peut être
affez bien
deffus de la mer. Elle paroit
pieds autout du côté du
cultivée, & accellible parcanal.
fe préfenteaffez mal , quoique
Le Port-Louis
paroiffent très - étenfes défenfes extérieures
dans- un terrein
dues. Il eft çomme enfeveli
très-bas.
du matin 2 fignal de nous. tenir
A neuf heures
& aufli-tôt nous nous mer
piéts à appareilier,
deffus de la mer. Elle paroit
pieds autout du côté du
cultivée, & accellible parcanal.
fe préfenteaffez mal , quoique
Le Port-Louis
paroiffent très - étenfes défenfes extérieures
dans- un terrein
dues. Il eft çomme enfeveli
très-bas.
du matin 2 fignal de nous. tenir
A neuf heures
& aufli-tôt nous nous mer
piéts à appareilier, --- Page 35 ---
( 23 )
tons à pic fur notre ancre, Cette forte de 11avigation terre à terre, à la maniere des anciens
feroit fort agréable avec un tems toujours beau. 9
Mais Gi les vents d'oueft venoient à fouffler ici
un peu rudement, feulement pendant un
jour 9
des navires auffi gros que le nôtre ne pourroient jamais fe relever, & périroient infailliblement fur la côte. Chacun fait auffi que le
cabotage ne convient qu'à de petits navires &
fins voiliers, fur-tout lorfque les ports ne font
pas fréquens. Mais, fans la crainte de trouver
les Anglois au large, nous ne pafferions pas fi
près de terre.
Nos conjeétures fur les caufes du mouillage
fe vérifient à préfent. Voilà des bâtimens qui
fortent du Port - Louis pour fe joindre à nous.
Dans le mème tems, plufieurs des nôtres nous
quittent & prennent la route du Port- Louis
Cet échange fait, à midi tout le convoi
reille. Les veuts font à P'E, S. E., le ciel appa- eft
moins beau, mais l'air eft plus doux; c'elt une
compenfation. A préfent quele vent eft foible,
nous nous trouvons à la queue du convoi. Un
grand uavire tel que le nôtre a befoin d'un mobile puidànt pour marcher; un petit vent fe
confume en pure perte contre foninertie.
B iv --- Page 36 ---
( 24 )
La frégate la Renommée nous hele à huit
heures du foir, c'eft pour nous faire arriver.
Nous lui repréfentons
que, pour nous conformer aux ordres du commandant, nous fuivons
le même aire de vent que lui, Nos repréfentations l'irritent, elle nous menace de fes canons.
Le foible marchand ne fait
qu'obéir aux ordres
fuprèmes des dieux de la mer, qui peuvent être
accompagnés de foudres : nous arrivons donc
au grand détriment de notre route
s
i nous nous
éloignons de terre & manquons ainfi la bordée
convenable pour donner dans le raz. Si nous
étions quittes du moins de ce
mode! Mais ne voilà - t-il protedteurincompas que nous le retrouvons encore'Nouveaux
velles
pourparlers, noumenaces, nouveaux ordres défavorables
à notre route & contradictoires
ilous avions
avec ceux que
reçus. De plus un boulet, pour
prouver qu'il parloit férieufement.
Cependant le vent fe renforce, & la mer
s'enfle. A quinze lieues feulement du
raz,1 nous
craignons d'y être pouffés pendant la nuit. Heureufement qu'avec le jour toutes nos craintes
fe ditlipent, & nous fommes le II de bon matin
à Ja hauteur de la baie
d'Hodierne, fort
du raz, quoique trop affalés fous le
près
efayer d'y donner,
vent POHr
loit férieufement.
Cependant le vent fe renforce, & la mer
s'enfle. A quinze lieues feulement du
raz,1 nous
craignons d'y être pouffés pendant la nuit. Heureufement qu'avec le jour toutes nos craintes
fe ditlipent, & nous fommes le II de bon matin
à Ja hauteur de la baie
d'Hodierne, fort
du raz, quoique trop affalés fous le
près
efayer d'y donner,
vent POHr --- Page 37 ---
( 25 )
La Céres & la Renommée, s avec les plus petits
bâtimens du convoi, le paffent pendant tle jour:
il ne refte plus en-arriere qu'une quinzaine de
gros navires qui travaillent tous à ranger la
terre. Celt ici qu'un corfaire anglois emploieroit bien fon tems. Comment pourrions-nous
lui échapper !
Enân, malgré toutes les contrariétés d'une
mer très-rude & d'un vent ailez fort, dans un
tems où il ne nous en falloit point, nous nous
fommes bien foutenus pendant la nuit, nous
nous trouvons même le 12,(1) au point du
jour, très-voifins de la terre que nous cherchions.
Nous commençons donc un jour fameux par
les extravagances qu'il enfante 5 mais pouvois-je
en faire une plus grande que de me trouverici!
Au lieu de tous les plailirs de la fifon, que je
partagerois avec vous, je me vois dans une
coque de fapin, hériffée de trois gros bâtons
verticaux, contre lefquels on ajufte quelques
morceaux de toile qui fe plient ou fe développent. C'eft l'air qui pouffe cette frèle machine, 3 & fouvent en fens contraire, C'eft a
(E) Mardi gras; --- Page 38 ---
( 26 )
que Pon fe confie pour paffer
elle cependant
d'un monde dans un autre.
dans
La mer eft belle à midi, nous donnons
vent d'E. & nous le traverfons
le raz par un
Mais le paffage
le plus heureufement poffible.
intréeft d'un afpect fi effrayant, queles plus
Courir des bordées
pides marins le redoutent.
voilins les uns des autres 9
entre des rochers
courans & qui
avec un navire très-fenfible aux
c'elt
à la manccuvre,
n'obéit pas promptement
une tâche affez périlleufe.
de diffiUne fois hors du raz, il n'y a plus
faifons route pour Breft. Quelle
cultés, & nous
découvrons une
eft notre furprife lorfque nous
nombreufe qui louvoie devant ce port!
flotte
c'eft le convoi de
Nous apprenons bientôt que
feconde fois.
M. de Guichen, qui fort pour la
dereconnoit aufi, & l'on nous
L'on nous
G nous fommes
mande de la part du général,
répond
état de tenir la mer. Le capitaine
en
d'eau, de vivres frais, &
que nous manquons
befoin de répaque nos agrès ont le plus grand ordonne de
N'importe, P'émiflire lui
rations.
lon pourvoira en mer à
fuivre, afurant que
befoins. Tout eft dit : les porte-voix
tous nos
mais nous n'avonspas
font remis à leur place;
G nous fommes
mande de la part du général,
répond
état de tenir la mer. Le capitaine
en
d'eau, de vivres frais, &
que nous manquons
befoin de répaque nos agrès ont le plus grand ordonne de
N'importe, P'émiflire lui
rations.
lon pourvoira en mer à
fuivre, afurant que
befoins. Tout eft dit : les porte-voix
tous nos
mais nous n'avonspas
font remis à leur place; --- Page 39 ---
( 27 )
même les fignaux de la Aotte, & nous ne pouvons accofter le général.
Le 13, nous éprouvons déjà une tourmente
confidérable, qui achevera d'ôter à nos haubans le peu de folidité qui leur refte.
La mer eft tout auffi agitée le 14, & une
frégate qui nous trouve à la queue du convoi,
nous menace de fa bordée, finous ne forçous
de voiles à l'inftant.
A deux heures après midi l'on fignale la
terre ; c'eft le cap Ortegal. Nous parlons à
pluffeurs marchands pendant le refte de la
journée.
L'armée fe trouve tres-difperfée dans la matinée du IS; on fait fignal de ralliement. En
peu de tems elle fe raffemble,& nous fommes
alors par le travers du çap Finiftere, où la mer
eft très : rude.
Le 16, de grand matin, fans fortir de ma
cellule, je m'apperçois que le tems eft beau. Il
me fuffit de préter l'oreille à la converlation
fuivie des paflagers qui fe promenent fur le
pont, & qui vivoient ces jours derniers dans
un morne filence. L'homme, en général, n'a
qu'une foible réminifcence du paffé, peu de
prévoyance de l'avenir ; mais le préfent l'affecte --- Page 40 ---
( 28 )
vivement, Eft.ce un bien ? eft-ce un mal? IY
y a du pour & du contre,
Nous faifons toujours bonne route dans la
foirée, s filant fept noeuds pour le moins, &chemin faifant l'on répare les haubans du grand
mât, que les roulis précédens ont rompus.
Le 17, au point du jour, on apperçoit les
Barlingues. Nos marins les relevent, & nous
ne fommes qu'à quatorze lieues de Lisbonne,
Qu'ii eft facheux de paffer avec autant de fatiguc auffi près d'une des plus belles villes du
monde, s fans pouvoir la vifiter! Mais un vent
cruel & favorable à la fois foufhe
impétueufe.
ment dans nos voiles & nous porte vers le
S. Vincent.
cap
Nous-venons enfin d'expofer nos befoins à
plufieurs capitaines de vaiffeaux. Celui qui
commande la Couronne (1) & la divilion des
isles du Vent, nous a remis au lendemain
pourvoir à ce qui nous eft néceffaire. Nous pour
fommes plus tranquilles depuis ce moment,
ainfi que le malade qui a parlé à fon médecin. 2
Aujourd'hui 18, il fait le plus beau tems du
monde; mais un bâtinent du convoi, par de
(1) Vaiffeau de 80 canons,
ufieurs capitaines de vaiffeaux. Celui qui
commande la Couronne (1) & la divilion des
isles du Vent, nous a remis au lendemain
pourvoir à ce qui nous eft néceffaire. Nous pour
fommes plus tranquilles depuis ce moment,
ainfi que le malade qui a parlé à fon médecin. 2
Aujourd'hui 18, il fait le plus beau tems du
monde; mais un bâtinent du convoi, par de
(1) Vaiffeau de 80 canons, --- Page 41 ---
( 29 9
fauffes manccuvres, nous empèche de joindre
la Couronne.
Le foleil étoit fort chaud à midi. Nous avons
paffé le refte du jour en calme plat, qui empè.
choit les navires de gouverner, Cependant, foit
bonheur, foitadreffe, il n'y a point eu d'abordage dans toute la flotte. On a profité de la
belle mer pour fe vifiter en canot. Le calme
s'eft prolongé bien avant dans la nuit,
Mais, dans la matinée du 19, le vents'eft.
élevé de la partie du S. S. E., d'où. il fouflle
avec violence. Il eft doux & nous amene par
intervalles des grains de pluie qui impatientent notre équipage. Nous savons dépaffé le cap
S. Vincent de vingt lieues, & nous courons
utte bordée fur les isles Maderes. M. de Guichen, avec fon efcadre, vient de fe féparer de
la flotte pour fe rendre à Cadix, d'ou il recommencera, avec les Efpagnols, les croifieres
ordinaires d'Europe. Le vent tourne au S.S.O.
& nous reculons. Il tombe fur le foir.
Le 20, beau cicl, mais un vent peu favorable. Ii eft à ro.S.0. Un canot de la Couronne vient à notre bord. L'officier qu'il a
amené fait embarquer dans une chaloupe une
srentaine de matelots paflagers du roi,
-
que nous --- Page 42 ---
( 30 )
de conduire à Breft. II nous ré
êtions chargés
l'accomplif
d'ailleurs
met les fignaux, promet
à fon bord.
fement de nos demandes & retourne
àl'entrée de la nuit; mais
Le calme nous prend
s'éleve de la
à' neuf heures du foir le vent
partie du N. E.
que la
affez conftante,
C'eft une remarque
de vent font précédés
plupart des changemens
moins condes calmes d'une durée plus ou
par
d'autant plus toutefois queles vents
fidérable:
ceux qui fuivent ; ont été
qui ont précédé 2 ou
ou font plus violens. & bonne route. L'ait
Le 21, vent de N. E.
eft chaud, il n'y a déjà plus d'hiver pour nous.
fraiches vient de donNotre difette de viandes
à la traine fur
ner Pidée de mettre des lignes
Parriere du bâtiment.
mais notre
Le 22, beau cicl, air tempéré;
vient
de force. Un cutter
bon vent a diminué
afn qu'il
dire d'accofter le commandant,
nous
délivrér ce dont nous avons befoin.
puiffe nous
ni exécuté avec plus
Jamais ordre ne fut reçu
reftauNous joignons à midi notre
de plaifir.
comme nous, fans
rateur, qui fe met en panne
donconvoi ceffe de faire route ;1 il nous
quele
d'eau douce 2 des poulies &
ne dix barriques
de force. Un cutter
bon vent a diminué
afn qu'il
dire d'accofter le commandant,
nous
délivrér ce dont nous avons befoin.
puiffe nous
ni exécuté avec plus
Jamais ordre ne fut reçu
reftauNous joignons à midi notre
de plaifir.
comme nous, fans
rateur, qui fe met en panne
donconvoi ceffe de faire route ;1 il nous
quele
d'eau douce 2 des poulies &
ne dix barriques --- Page 43 ---
( 31 )
des cordages. Ild demande les caufes de la difette
prématurée que nous éprouvons; & les paffàgers, dans la crainte que l'on ne charge mal-àpropos les armateurs, certifient unanimement.
que le navire r'avoit été ravitaillé
que pour fer rendre de Bordeaux à Bref, 6 qu'un ordre fupérieur
nous avoit forcés de fitivre Carmée, Lor/que nous
la trouvâmes a l'entrée du goulet, &c. &c.
Cependant notre difette de viandes fraiches
eft d'autant plus fâcheufe que n0S meilleurs
matelots font à préfent fur les cadres. Sans
doute que cette feconde épidémie n'eft qu'une
fuite de la premiere, parce que l'on a fait à
peine quelques légeres fumigations dans le navire avant de le remettre en mer. A terre, en
pareil cas, j'ai toujours vu que l'on purifioit à
fond les appartemens les plus vaftes & les I
mieux airés. Comment fe fait-il que l'on né
glige ces précautions dans un vaiffeau, où l'air
circule difficilement, où le grand nombre de
joints, de petits réduits, de cordages, de ballots & autres uftenciles font autant de réceptacles pour l'air contagieux ? Il faut en vérité
une grande expérience du monde, une grande
connoiffance des hommes,
2 pour fc perfuader
de pareilles négligences, --- Page 44 ---
( 32 )
vient de changer ;il eft à Totieft &
Le vent
la dé-:
En défalquant
nous allons au plus près:
trois
nous Gloris à peine
rive de notre Gllage, D'ailleurs le tems elt
lieues de bonne route.
agité,
beau & le navire n'elt que médiocrement midi de
latitude corrigéc, fe trouve à
Notre
35d. 14 m.
foir, tout eft calme. La.
A dix heures du
bâtiéclaire d'une lumiere G pure, notre
lune
les voiles font déployées,
ment, dont toutes
enrichiffent le
fait un fi bel effet, nos voilins
eft f
d'une maniere fi variée, la mer
tableau & l'air fi doux, que je ne puis me
tranquille
dans ma cellule. Je me pro*.
réfoudre à rentrer
intérieur s
mene fur le pont avec un plaifir mais fur
fur rien de particulier 2
qui ne porte
& confufe de Pimgénérale
une contemplation
des hommes.
menfité des mers & de la hardieffe
élevant mes regards vers
Puis tout-2 à- coup 2
n'eft plus
le ciel, ce qui me paroilloit G grand
qu'une mifere à mes yeux.
humilient les
Ces fortes de réfexions , qui
font une jouiffance pour Phomme
orgueilleux 3
fervir de confolation
modefte, & pourroient
à ceux que l'on opprime.
chofe
Rendu à moi-mème, je remarque une
bien
de la hardieffe
élevant mes regards vers
Puis tout-2 à- coup 2
n'eft plus
le ciel, ce qui me paroilloit G grand
qu'une mifere à mes yeux.
humilient les
Ces fortes de réfexions , qui
font une jouiffance pour Phomme
orgueilleux 3
fervir de confolation
modefte, & pourroient
à ceux que l'on opprime.
chofe
Rendu à moi-mème, je remarque une
bien --- Page 45 ---
( 33 )
bien préjudiciable à la fanté des matelots. Tous
ceux qui font le quart, à préfent que le vent
eft réglé, dorment furle tillac; & cette mauvaife habitude, à laquelle ils fe livrent dans
les beaux tems, indépendamment des dangers
du ferein; contribue peut - être autant que les
falaifons à les rendre fcorbutiques. Le fcorbut,
qui provient d'un épaiffiffement confidérable
de la maffe du fang, 5 doit être provoqué par un
repos excellif; & il paroit certain, d'après l'expérience comme d'après le raifonnement, qu'il
faut peu dormir à la mer. L'exercice, 2 même
violent, y eft néceffaire pour la fanté, & les
pareffeux dans les vaiffeaux ne tardent pas à
être victimes de leurinertie. Cependant il n'eft
pas de fituation où l'on foit plus difpofé à dormir; P'ennui & le bercement continuel
que
l'on y-éprouve en font peut - être la caufe.
Quoi qu'il en foit, il faut fe vaincre & faire
comme dans certaines maladies, ou l'on agite
fàns ceffe le malade, pour le tirer d'un affoupiffement mortel.
Le 23 au point du jour, il pleut légérement, & l'on s'apperçoit'dans la matinée
que
nos mâts de hunes font rompus, Ces fractures font apparemment la fuite des roulis que
C --- Page 46 ---
( 34 )
Finiftere. Cetaccinous avons effuyés au cap
retarde notre marche & nous nous troudent
du convoi. Le comVOIS bientôt à la queue
ordonne par un cutter, de formandant nous
cer de voiles. Nous en montrons Pimpoffibilités
point la remorcependant on ne nous propofe
diminue de
II faudra donc que le convoi
que.
réparés.
viteffe jufqu'à ce que nous foyons
là pourquoi la marche
Vous concevez par
nombreux eft fi pefante 2 puifd'un convoi
de la fomme de tous les
qu'elle eft retardée
fait
que ie hafard ne
jaretards particuliers,
ne
mais arriver en un même tems ; qu'elle
dans la circonftance la plus
peut d'ailleurs, égale à la viteffe du plus
favorable 5 qu'ètre
Rotte, tous les autres
mauvais voilier de la
de fe conformer à ja marche,
étant obligés
ne pas le laiffer en -arriere.
pour
à midi, & tourne un
Le vent augmente
Nous filons fept
dans la partie du nord.
peu
noeuds, mais nous roulons prodigicufement.
navire eft fi brufque à caufe de
Le rappel du
la mâture
que
- la pefanteur de fa cargaifon,
Auffi nos
éprouve des fecouffes effrayantes.
font encore dans un état pitoyable,
haubans
que Pon y a faites demalgré les réparations
guis peu,.
& tourne un
Le vent augmente
Nous filons fept
dans la partie du nord.
peu
noeuds, mais nous roulons prodigicufement.
navire eft fi brufque à caufe de
Le rappel du
la mâture
que
- la pefanteur de fa cargaifon,
Auffi nos
éprouve des fecouffes effrayantes.
font encore dans un état pitoyable,
haubans
que Pon y a faites demalgré les réparations
guis peu,. --- Page 47 ---
( 35 ).
Le 243 même tems que la veille, , & l'oni
travaille à étayer le grand mât qui menaçoit de
tomber à chaque ofcillation. Nous fommes à
midi dans le parage des Maderes ; nous filons
fept noeuds ; le convoi eft bien raffemblé, la
mer toujours groffe 2 & nous voyons avec dou.
Jeur nos agrès tomber en détail.
Le commandant du convoi vient de nous
demander pourquoi notre petit mât de hune
n'eft pas ericore remis en placc. On lui a ré.
pondu que le roulis s'y eft oppofé jufqu'à pré.
fent, & que l'on a craint d'ailleurs de furcharger le' mât de mifaine qui a déjà confenti.
Sans doute que ces raifons lui ont paru fuffifantes, puifqu 'il n'a point infifté. Le fillage du
foir elt comme celui du jour.
Il étoit encore le mème pendant la nuit.
Toutes CCS reffemblances font heureufes, elles
nous menent au but alfez promptement. Nous
nous trouvons 2 malgré nos défaftres, dans la
matinéc du 25, avec beau tems & bon vent, s
en-avant du convoi. Le commandantfais fignal
aux traineurs de forcer de voiles. Ils déploient I
leurs bonncttes & nous rejoignent avant midi.
Notre latitude eft de 3od. 39 m. Nous filons
fept nceuds & demi, & le vent regne toujours
Cij --- Page 48 ---
( 36 )
de la partie du N. E. Le point nous place entre
les Maderes & les Canaries, plus près cepertdant de ces dernieres.
du convoi deltinée pour les granLa partie
des Indes vient de nous quitter: elle gouverne
au S.
ces jours derniers, 3
Le 26, même vent que
femblent
fe jouant entre TE. & le N. E. qui
être les limites dont il ne peut plus s'ecarter.
déjà des avantages de la
Ainfi nous jouiffons
torride, quoique nous en foyons éloignés
zone
Mais l'empire des vents alide plufieurs degrés.
Quelquefois il s'étend juffés cit très-variable.
nord, & même
qu'au 30e degré de latitude
loin, D'autres fois il fe refferre jufqu'au
plus
Cependant on peut dire qu'en génétropique.
font variables au-delà du tropiral les vents
trentieme
quoiqu'ils foufflent jufqu'au
que,
fouvent de la partie de TE. que de
degré, plus
eft
de
toute autre. Notre latitude
aujourd'hui
28 d. 14 m. & nous avons fait foixante lieues
depuis le midi d'hier. (1)
nous fommes tous habitués au
A préfent
leurs jonrnées de route
(r) à Les marins comptent
d'un midi à l'autre,
-delà du tropiral les vents
trentieme
quoiqu'ils foufflent jufqu'au
que,
fouvent de la partie de TE. que de
degré, plus
eft
de
toute autre. Notre latitude
aujourd'hui
28 d. 14 m. & nous avons fait foixante lieues
depuis le midi d'hier. (1)
nous fommes tous habitués au
A préfent
leurs jonrnées de route
(r) à Les marins comptent
d'un midi à l'autre, --- Page 49 ---
X 37 )
mouvement du navire, & nous nous promenons fur ce corps vacillant, 2 avec autant de
fécurité que s'il étoit immobile. Chaque nuit,
les corps phofphoriques agités dans notre Gl
lage, forment une trace brillante, qui ne fe
perd que bien loin derriere nous.
Le roulis étant très-foible dans la matinée
du 27, l'équipage s'occupeà remettre en place
le petit mât de hune qui étoit démonté. Cette
opération eft faite avant midi, Notre latitude
fe trouve de 27d. 3 In.
Preffés de plus ci plus par le beloin de
viandes fraiches, nous venons de demander
quelques volailies au capitaine d'un navire appartenant aux armateurs du nôtre. Il a promis
d'en donner auffi-tôt que la mer lui permettra
d'envoyer un canot, Pendant cette converfàtion, à laquelle nous étions fort intéreflés, le
commandant faifoit aux bâtimens de l'avant
fignal de diminuer de voiles, & nous ne l'avons
pas apperçu. Une de nes frégates envoic des
houlets, rien n'eft plus propre à nous tirer de
notre léthargie. L'on voit auffi-tôt tous les bâtinens de l'avant carguer leurs voiles, & Cu
peus d'heures lc ponvoi fe trouve parfaitemens
xaffemblé,
C iij --- Page 50 ---
( 38 )
S'il m'étoit accordé de choifir
une tempé.
rature, je n'en voudrois pas d'autre
ma vie,
pour toute
2 que celle que nous éprouvons depuis
plufieurs jours, Mais comment s'en
aux fimples récits des
rapporter
voyageurs, pour le degré de chaud Oll de froid qui regne dans les
lieux qu'ils ont parcourus P Parmi les paffagers
& officiers de nôtre bord, les
uns font vètus
de toile s les autres de drap, & quelqucs-uns
de fourrures. Les fenfations
qu'ils éprouvent
quant à la température, font donc bien diffé,
rentes. Ainfi le thermometre eft le feul
de s'entendre. Les miens font dans moyen
une malle
gu'on n'a pas encore eu le tems de me donner.
Le vent eft toujours favorable, La
mer eft
groffe; mais peu importe, puifque la lame eft
pour nous,
Il a plu pendant la nuit
&
derniere, aujourd'hui 28, le tems eft auffi beau
les
jours précédens. Nous
que
fommes, à midi, , par la
latitude de 26 d. IO m.
Malgré toutes nos miferes,
difette de viandes
malgré notre
fraiches, nos malades commencent à fe rétablir; pluficurs même fe font
déjà remis à la manceuvre. Il eft probable
la douceur de la
que
température a opéré leur guérifon,
derniere, aujourd'hui 28, le tems eft auffi beau
les
jours précédens. Nous
que
fommes, à midi, , par la
latitude de 26 d. IO m.
Malgré toutes nos miferes,
difette de viandes
malgré notre
fraiches, nos malades commencent à fe rétablir; pluficurs même fe font
déjà remis à la manceuvre. Il eft probable
la douceur de la
que
température a opéré leur guérifon, --- Page 51 ---
( 39 )
Le ciel eft toujours parfemé de nuées bafes,
qui donnent des rifées & des grains, julqu'à
leur entier épuifement. Elles fe fuccedent ainfi
les unes aux autres à notre grand avantage,
puilqu'elles foufflent dans le fens de notre
route. La mer eft encore plus agitée à l'entrée
de la nuit qu'elle ne l'étoit pendant le jour.
Nous roulons beaucoup i mais nos roulis font
bien moins durs qu'aux environs des terres,
où la lame eft très-courte, très-brufque, - tandis qu'ici elle eft très-alongée, & ne donne
que des ofcillations lentes. Ici j'eftime jufqu'à
cent cinquante toifes de diftance entre les fommités de deux lames qui fe fuivent, & trente
pieds de hauteur depuis la crête des fommités
jufqu'à la partie la plus baife de Pintervalle qui
les fépare. Ainfi P'uniformité déplaifante de la
mer n'exifte plus. Nous y diflinguons s comme
fur terre, 9 des collines & des vallées. Nous
defcendons, nous graviifons; & par les différentes comparaifons de nos fituations fucceffives à l'égard des autres vaiffeaux, quelquefois au- deflus d'eux, nous les voyons enfuite
au-deffus de nous, comme s'ils étoient dans
une mer beaucoup plus élevée que la nôtre.
Cette alternative compofe une fuite de tableaux
C iv --- Page 52 ---
( 40 )
variés, fur lelguels les yeux fe fxent avec intérêt pendant des heures entieres.
Dans la matinée du premier mars, nous avons
vu toute une colonie de marfouins prendre fes
ébats au milieu des Aots; avec une agilité &
une foupleffe étonnantes.
feurs
Ilss'élançoient: à plupicds hors de l'eau, oû ils retomboient
à linftant. On les voyoit enfuite nager à la furface avec la rapidité d'un trait. Ils
de nouveau & Gi prés de nous,
s'élançoient
2 que l'on auroit
pu en harponner un grand nombre, , G la viteffe
du navire eût été moins grande. Ce fpeétaclea
duré une heure enticre, puis toute la colonie
s'eft remife en marche réglée. Elle paroit faire
la même route que nous, mais elle va beaucoup plus vite.
Notre latitude à midi eft de 24d. 50 m. 5 la
lame paffe fouvent fur le pont,
quoique nous
foyons très-hauts de bord.
L'on entend dire affez communément,
les mers, après Thiver, font toujours
que
tées
plus agique pendant l'été. Cette opinion eft fondée fur la fréquence des coups de vent en hiver, qui communiquent à la malle des eaux un
balancement affez confidérable pour fc
péquer, felon plufieurs marins,
perpendant un
de 24d. 50 m. 5 la
lame paffe fouvent fur le pont,
quoique nous
foyons très-hauts de bord.
L'on entend dire affez communément,
les mers, après Thiver, font toujours
que
tées
plus agique pendant l'été. Cette opinion eft fondée fur la fréquence des coups de vent en hiver, qui communiquent à la malle des eaux un
balancement affez confidérable pour fc
péquer, felon plufieurs marins,
perpendant un --- Page 53 ---
( 41 1e )
mois , (x femaines & plus. Mais je n'en crois
rien, J'ai vu déjà plufieurs fois la mer trèsagitée un jour; calme le lendemain, & le réciproque. Ils'en faut donc beaucoup que le mouvement ofcillatoire qu'elle acquiert une fois,
doive durer 1111 niois ou fix femaines.
Après le foupé, un officier marinier , vêtu
d'une maniere grotefque, fuivi de deux ou
trois mouffes déguifés de la même façon : annonce dans tout le bâtiment, qu'il eft le roi du
tropique, & le baptème pour le leudemain.
Lez mars 5 jour de la cérémonie, , commence
par une avarie confidérable. La vergue du
grand hunicr fe détache tout-à-coup 5 tombe
fur le pont, & heureufement ne bleffe qu'un
feul homme. On Ja remet en place 9 & l'équipage fait enfuite les préparatifs du baptème.
C'eft un jour de fète pour lui: aufli eft-il marqué par double ration.
Le vent ne varie prefque plus. Nous filons
fix noeuds. Le ciel eft. chargé de nuages qui
nous amenent des grains de peu de durée, toujours dans le fens de notre route.
Nous fommes à midi par la latitude de 23 d.
40 m. Ainfiavec la continuation de notre Gllage actuel, nous devons paffer le tropique
vers les trois heures. --- Page 54 ---
( 42 )
Le thermometre (1) expofé à l'ombre & à
l'air libre, eftà 164 degrés au-deffus de
dans le moment le plus chaud du
zéro,
poiffons volans fe
jour. Les
vol n'eft
jouent autour de nous; leur
pas de longue haleine, à peine
rent.ils une cinquantaine de toifes
parcouavant de fe
replonger dans l'eau. Ils ne s'élevent
que de quatre à cinq pieds au-deffus de fà guere furface. Ils font de la groffeur des
harengs ou à
peu près; les plus éloignés de terre font les
gros. Leur chair eft fort délicate
plus
dorades
au goût; les
en font très-friandes & les
avec acharnement. Iis
pourfuivent
mais étant
s'échappent en volant;
obligés d'humecter leurs ailes
prendre enfuite un nouvel effor, le
pour
limmerfion eft celui dont leurs
moment de
ennemies favent
profter.
L'équipage fait grand bruit, c'eft le commencement du baptème. L'on raffemble
les candidats; c'eft-a-dire,
tous
ceux qui n'ont
encore paffé le tropique. Tous les
point
d'une certaine confidération font
paffagers
baptifés légérement 5 (2) mais on fait pour les novices
(I) Dei mercure & purgéd'air, divifion de Réaumur.
(2) On leur fait promettre, felon
jamais débaucher la femme d'un
l'ufage, de ne
marin,
raffemble
les candidats; c'eft-a-dire,
tous
ceux qui n'ont
encore paffé le tropique. Tous les
point
d'une certaine confidération font
paffagers
baptifés légérement 5 (2) mais on fait pour les novices
(I) Dei mercure & purgéd'air, divifion de Réaumur.
(2) On leur fait promettre, felon
jamais débaucher la femme d'un
l'ufage, de ne
marin, --- Page 55 ---
( 43 )
matelots une dépenfe confidérable d'eaui de
mer. II faudroit cependant des alluvions plus
copieufes encore 5 pour enlever la craffe dont
ils font enduits.
La journée fe termine à bord, par des danfes
qui divertifent beaucoup l'équipage.
Le 3 3 dans la mâtinée, fignal à toute la fotte
de mettre en panne 2 pour donner le tems aux
traineurs de nous joindre. Nous éprouvons
dans cette fituation un roulis G
violent, que
nos anciens haubans achevent entiérement de
fc rompre. Tout le convoi eft raffemblé à neuf
heures, & nous reprenons notre route vent
arriere, qui eft infiniment moins fatigante
pour le navire. A préfent nous réparons nos
agrès, comme nous n'avons ceffé de faire de.
puis que nous fommes en mer, (I)
(I) Depuis que nous avons atteint le parallele
de 30 degrés. le eiel, la mer & le vent ont toujours
été dans le même état, & très - peu de jours fe font
écoulés fans qu'il foit tombé plufieurs grains, Les
nuages qui les donnent, déploient pour le moment
un yent qui femble leur appartenir, mais dans le fens
de notre route 2 de maniere qu'il la favorife au lieu
de la troubler. En général > le vent femble s'élever
ici avec le foleil; il fe renforce jufqu'à une heure --- Page 56 ---
( 44 )
Notre latitude à midi eft de 22
d.46m. Les
poiffons volans s'élevent en foule devant la
proue de notre bâtiment, comme les alouettes
devant les pas du chaffeur, La
varie
température ne
prefque pas du matin au foir; elle fc maintient entre 16 & 17 degrés. Une différence auffi
légere vient fans doute du vent,
à mefure quele foleil
quiaugmente
monte s d'oà réfulte une
compenfation facile à comprendre,
Nous venons de
navire
parler au capitaine d'un
chargé de troupes. Il a quantité de malades à fon bord & a déjà jeté
vingt-deux homaprès midi ou environ ; il baiffe fur le foir &
dant la nuit. Le lendemain il, fuit la méme
penCelui qui nous a conduits fans
matche."
le trentieme
interruption depuis
nommé
degré de latitude, feroit à jufte titre
vent de tempéte 2 s'il ctoit un
La mer a été conftamment
peu plus fort.
guere à la peinture
groffe & ne reffemble
que l'on m'avoit faite de la tranquillité de l'Océan dans la région des vents
Je ne fuis d'ailleurs pas furpris du
alifés,
des James qui fe balancent à fa
grand volume
furface;
vent ne la fouleveroit-il pas ici
pourquoi le
comme dans les zones
feptentrionales ? Depuis le débouquement des Canarics
jufqu'à préfent, notre route a été
conftamment, O.
s.0,sds.
& ne reffemble
que l'on m'avoit faite de la tranquillité de l'Océan dans la région des vents
Je ne fuis d'ailleurs pas furpris du
alifés,
des James qui fe balancent à fa
grand volume
furface;
vent ne la fouleveroit-il pas ici
pourquoi le
comme dans les zones
feptentrionales ? Depuis le débouquement des Canarics
jufqu'à préfent, notre route a été
conftamment, O.
s.0,sds. --- Page 57 ---
( 45 )
mes à la mer depuis le commencement de la
traverfée. C'eft ainfi que la cour de France,
quia a befoin de dix mille hommes en Amérique,
& qui les expédie n'en compte fouvent pas les
deux tiers après quelques mois de départ, Ne
pourroit-on donc pas diminuer le mauvais effet
de la navigation fur la fanté des troupes de
terre par des, moyens praticables ?
I°, Au lieu de les entaffer comnie l'on fait,
il faudroit augmenter l'efpace que l'on affigne à
chacun. Il en réfulteroit à la vérité une
augmentation de bâtimens de tranfport; mais Phu.
manité feule lexigeroit, indépendamment de
toute autre raifon. Le peuple François eft le
feul navigateur qui accumule ainfi les hommes
en mer. Auffi eft.il bien recomnu que les maladies font plus fréquentes fur fes vaiffeaux
fur ceux des étrangers. Si l'on ufoit du moins que
avec intelligence des moyens que le roi emploie! Mais on trouve fouvent dans les conlvois plufieurs grands batimens fretés par le
roi,dont les entre-ponts font vuides d'un bout
à l'autre 2 fur lefquels on ne met pas de troupes, tandis que d'autres navires en font fur.
chargés,
2. L'on ne fait pas affez d'attention à la --- Page 58 ---
( 46 )
qualité des alimens. La plus grande
feroit cependant néceffaire
rigueu:
pour qu'il ne fac embarqué que du bifcuit bien conditionné &
faitement fec, au lieu d'un bifcuit
parvieux & rempli de vers, tel qu'on le humide, 9
fouvent aux équipages. (1) Le daanetrop
Pextrait de
faur-krout &
biere, diftribués deux ou trois fois la
femaine, feroient encore néceffaires
pérer P'alcalefcence du
pour temfang, qu'occafionne
Pulage habituel des falaifons.
3°. Rien n'eft plus nuilible à la fanté,
l'apathic à laquelle P'homme
que
foldats de
en général, & les
terre fur-tout, qui n'ont qu'un léger
fervice à bord, fe livrent fi volontiers fur les
vaiffeaux. Que l'on trouve donc quelque
de les faire agir, méme malgré
moyen
leur bien. A défaut
eux; CC feroit
d'objets directement
que l'on emploie les jeux & toute
utiles, $
efpece de divertiffemens.
Si P'on regardoit ces réfexions
comme fri-
(I)L'affreufe épidémie qui s'étendit fur toute
mée de M. le comte d'Orvilliers en
l'artre caufe, felon bien de
1778, n'avoit d'audes nourritures
gens 7 que la mauvaife qualité
hommes
: aufli ne portoit - elle que fur les
à ration.
directement
que l'on emploie les jeux & toute
utiles, $
efpece de divertiffemens.
Si P'on regardoit ces réfexions
comme fri-
(I)L'affreufe épidémie qui s'étendit fur toute
mée de M. le comte d'Orvilliers en
l'artre caufe, felon bien de
1778, n'avoit d'audes nourritures
gens 7 que la mauvaife qualité
hommes
: aufli ne portoit - elle que fur les
à ration. --- Page 59 ---
( 47 )
voles, ; tant pis 5 à moins que l'on ne faffe
paffer dorénavant en Amérique que la lie du
royaume, au lieu de ces braves gens dont on
prodigue la vie de la maniere la plus cruelle
& la plus obfcure, par des négligences qu'on
pourroit éviter ou punir.
Quelque tems-après le coucher du foleil, le
fillage de notre bâtiment reffemble à la trace
qu'un grand corps mu rapidement feroit à la
furface d'une mer de métal en fufion. C'eft
cette lumiere que l'on a vue dans tous les paralleles, que nous voyons ici toutes les huits, >
mais que l'on a oblervée fi imparfaitement,
que l'on ignore encore l'efpece & la qualité des
petits corps pholphoriques qui la produifent.
Une chofe certaine eft qu'ici, comme dans tous
les paralleles que j'ai parcourus, l'agitation femble nécedfaire pour la manifefter, puifque de
part & d'autre du fillage elle n'eft pas fenlible,
excepté dans le choc des vagues qui viennent
à brifer l'une contre l'autre. J'ai auffi obfervé que les corps phofphoriques des mers
de la zone torride furpaffent de beaucoup
en
grandeur ceux de la zone tempérée. La diffé.
rence paroit au moins du double à la vue : elle
eft par conféquent trop confidérable pour être --- Page 60 ---
( 48 )
douteufe. Cépendant les uns comme les autres
périffent à un degré de chaleur de 34d.au-deffus
de zéro, thermomette de Réaumur. J'en ai fait
l'expérience dans un port d'Europe pendant
l'automne, & je l'ai répétée ici, J'appelle périr
lorfgu'ils ceffent d'ètre lumineux. Il me paroit
très - vraifemblable
d'ailleurs, que Ce font des
animaux, 9 mais non des polypes, comme M. Rigaudle conjecture. Je ne fache pas du moins
qu'aucun obfervateur de polypiers fe foit jamais apperçu que les polypes fulfent lumineux.
Le vent eft toujours favorable, nous filons
fix-nccuds.
Le 4,rien de nouveau jufqu'à midi,
l'on prend hauteur. Notre latitude fe
que
de 21 d. 40 m. La chaleur de
trouve
l'air,du matin
au foir, eft à préfent entre 17 & 18 degrés.
Le ciel eft plus chargé qu'il n'étoit ces
jours
derniers, & le foleil ne paroit
que par intervalles, Les grains deviennent auffi plus fré.
quens. Avec quelques
précautions pour recueillir une partie de la pluie que notre bàtiment a reçue depuis que nous fommes en
mer 9 nous en aurions déjà rempli plufieurs
barriques. Ainfi la nature offre encore bien
des reiources aux hommes pour leur confervation,
grés.
Le ciel eft plus chargé qu'il n'étoit ces
jours
derniers, & le foleil ne paroit
que par intervalles, Les grains deviennent auffi plus fré.
quens. Avec quelques
précautions pour recueillir une partie de la pluie que notre bàtiment a reçue depuis que nous fommes en
mer 9 nous en aurions déjà rempli plufieurs
barriques. Ainfi la nature offre encore bien
des reiources aux hommes pour leur confervation, --- Page 61 ---
( 49 )
vation, mème quand ils femblent s'écarter le
plus des limites qu'elle leur a tracées.
Le ciel s'éclaircit fur le foirgle vent eft toujours bon, la mer houlleufe,& nous roulous
comme à l'ordinaire. Notre Gllage eft lumineux, mais moins que la veille; les petits corps
phofphoriques y font plus rares.
Le 531 même vent : même mer ,2 avec un ciel
orageax dais toute l'étendue de l'horizon. Ie
thermometre eft à 17.d: vers les fept heures
du matin. Le ciel s'éclaircit enfuite fans dépenfer une feule goutte de pluie. Les poilfons VOlans s'élevent autour de nous & viennent fré
quemment heurter notre bord.: Sa grande élévation au- delus de l'eau, qu'ils ne peuvent
franchir. s nous prive du plaifir d'y enl voir
tomber quelques - L1S 2 comme il arrive fur de
petits bâtimens.
Nous trouvons déjà une forte de varech
appellée vulgairement raifins du bon-homme tropique, qui ett inconnue dans les mers d'Europe & qui croit en abondanc* fur les rochers
fubmergés des isles & du continent de lAmérique. Un coup de vent. ou meme l'agitation Commune des flots, fuffit pour détacher une Partie
de ces plantes de leurs bafes & les piemener
D --- Page 62 ---
( 5o )
énfuite fur la vafte étendue des mers. Quelquefois elles fe rademblentaularge & s'y accu-,
mulent, de maniere qu'on les prendroit
de petites isles à fleur d'eau. L'on cite pour
plufieurs navigateurs qui au point du jour, dans
des tems calmes, fe trouvant enveloppés de
ces plantes, ont cru d'abord être échoués fur
quelque vigie. La fonde diflipoit leurs craintes.
Nous fommes à midi par les 20 d. 52 m. de
latitude. Le vent eft toujours favorable, le ciel
très- beau ; cependant il tombe quelquefois
des torrens d'une pluie très - fne & de peu de
durée, fous la forme de brouillards qu'il n'eft
pas poffible de prévoir, 2 parce qu'on ne voit
aucun nuage qui précede leur chûte. (1)
(I) Voici la maniere dont je me rends raifon de
ce phénomene.
L'activité conftante du foleil fur les mers de la
zone torride, en fait élever une multitude de
l'athmofphere s'en faifit; mais une fois faturée, vapeurs elle ;
doit abandonnerlewcéfant dansl'état de brouillards,à
moins que les couches inférieures ne foient affez denfès pour le porter dans la moyenne région, oà il
forme des nuages : Ce qui eft un antre moyen gue
la nature emploie pour dépouiller l'athmofphere des
vapeurs qu'elle ne peut tenir en diffolution.
, en fait élever une multitude de
l'athmofphere s'en faifit; mais une fois faturée, vapeurs elle ;
doit abandonnerlewcéfant dansl'état de brouillards,à
moins que les couches inférieures ne foient affez denfès pour le porter dans la moyenne région, oà il
forme des nuages : Ce qui eft un antre moyen gue
la nature emploie pour dépouiller l'athmofphere des
vapeurs qu'elle ne peut tenir en diffolution. --- Page 63 ---
( SI )
Le"ciel fe charge fur le foir, devient menaçant , & tout cela fe dillipe, comme à l'ordinaire 5 avec un peu de pluie & une augmentation de vent favorable à notre route. Le Gilage
de notre bâtimhent redevient lumineux pendant
la nuit, & le vent diminue.
Le 6, à fept heures du matin ,ayant toutes
voiles dehors, nous ne flons que quatre noeuds.
Dans le même tems le thermometre eft à 175
d. & notre latitude à midi eft de 20 d. 7.m.
Peu de tems après l'avoir obfervée ,le vent fe
renforce & nous amene une pluie des plus
violentes. Le thermometre monte à 19 d. dans
Tapre-mid.Nousavons un vent plus ou moins
fort s conftamment favorable, un ciel tantôt
clair, tantôt obfcur 2 & toujours bonne route.
Trois officiers de l'état-major du bâtiment
fe vétent dans l'après- midi des habillemens de
nos dames & montent leltement jufqu'à la petite hune. Ils fe pourfuivent enfuite par maniere de jeu fur tous les haubans. Les navires voifins s'approchent, bientôt nous fommes entourés de fpeétateurs. Plufieurs fe fervent du porte - voix pour témoigner leur furprife & complimenter nos dames fur leur
adreffe. Nous les laiffons dans leur méprife,
D ij --- Page 64 ---
( 52 )
qui donne lieu à des converfations
Le 7, même tems que la veille ; plaifantes. mais
fcene nouvelle fe prépare à bord. Le tillac une fe
transforme tout-à-coup en un chantier de conf
truétion, & Péquipage entier eft occupé à la
fois. Les uns travaillent à nionter un mêt de
perroquet firle mât de mifaine ; d'autres préparent les cordages - néceffairés pour la
tion des haubans : ici,Pon
répara:
lolpe
:
étaiçonne la'cha.
3 plus loin , c'eft le canot. Les charpentiers taillent déjà les bordages qui leur
quent, & le calfat prépare fes
man-
: Dans le même tems
étoupes.
s le maitre' voilier prend
fes mefures pour dréffer une tente fur le
lard d'arriere,afin de nous
gail
garantir de l'ardeur
du foleil. Cet enfemble de gens occupés à diffe.
rens travaux qui concourent au même objet,
forme un tableau intéreffant,
quoigu'humiliane
pour le fpectateur oifif. J'y vois en petit tout
ce qui fe paffe dans la plupart des
mens, ou le peuple travaille fans relâche gouverneles jouiffànces du riche qui le
pour
aife.
contemple à fon
Plufieurs nuages viennent comme à P'ordianire de la partie du N. E. & fe réfolvent
en
pluie en ajoutant à la force du vent. Le ciel
ourent au même objet,
forme un tableau intéreffant,
quoigu'humiliane
pour le fpectateur oifif. J'y vois en petit tout
ce qui fe paffe dans la plupart des
mens, ou le peuple travaille fans relâche gouverneles jouiffànces du riche qui le
pour
aife.
contemple à fon
Plufieurs nuages viennent comme à P'ordianire de la partie du N. E. & fe réfolvent
en
pluie en ajoutant à la force du vent. Le ciel --- Page 65 ---
( 53 )
eft très-ferein auffi-tôt après leur chûte. Notre
latitude à midi eft de 19 d. 30 m. le thermometre varie du matin au foir entre 18 & 19t d.
Notre chantier efta animéauffilong-t tems que
le foleil l'éclaire ; mais les réparations femblent
fe multiplier à mefure que Pon travaille. Tel
eft l'effet des remedes fur un corps ufé.
La nuit: rend à notre fillage tout fon éclat.
Cette fedkgefgoasomgedeadlis d'infeétes
pholphoriques > dont la mer eft remplie dans
toutes les latitudes & dans toutes les faifons,
fait naitre en moi une, idée d'exiftence pref
qu'infinie, où mon imagination feperd,& qui
ne peut être comparée qu'à cette autre multitude d'infectes de toute efpece, vilibles ou
non, qui couvrent la furface de la terre, ou qui
y vivent à de certaines profondeurs.
Le 8. Nous commençons cette journée avec
un ciel parfaitement pur. Les travaux du chantier fe continuent. Plufieurs de nos gens ont
apperçu dcs dorades, mais aucun d'eux n'aeu
l'adreffe d'en harponner. Notre latitude à midi
eft de 18 d. 55 m. & nous ne filors plus que
quatre noeuds. Le thermometre monte à20 d.
dansle moment le plus chaud du jour. Signal
à toute la flotte deforcer de voiles. Les traineurs
D iij --- Page 66 ---
( 54 )
déploient en vain leurs bonnettes, ils reftent
toujours en arriere. Le vent mollit peu à
fur le foir, & nous filons à
peu
coucher du foleil.
peine un neud au
Cependant le ciel eft très-enfammé dans la fource du vent,& la
neufe comme à l'ordinaire.
mer lumition, unie
Sans aucune agitadifférer
comme une glace, rien ne la fait
de Pafpect d'un étang
fité; & cette
que fon immengrande tranquillité nous
déjà, parce que nous voudrions faire déplait
pe faut pas une contrariété
route. Il
bien
à
mer pour mettre à bout la
longue la
patience des navi.
gateurs. Les hommes y font très - difficiles à
çontenter, quoiqu'ils duffent attendre
élément auffi bizarre. Cela vient
peu d'un
fans
mal - être qu'ils
doute du
y éprourent.
La matinée du 9, chaude & calme,
à la nuit qui l'a précédée à
reffemble
à Pautre
peine d'un midi
avons-nous fait dix-fept lieues. Notre
latitude aujourd'hui eft de 18 d.
chaleur eft extrèmement
47 m. La
thermometre
fenlible, quoique le
ne s'éleve pas au-deffus de
Nos trayaux continuent
21Ed,
la
; bientôr le canot &
chalnupe feront en état de fervir. La
eft belle, trop beile fans doute
mer
gui defirent
pour des gens
d'agriver 5 mais aufli comment fe
ons-nous fait dix-fept lieues. Notre
latitude aujourd'hui eft de 18 d.
chaleur eft extrèmement
47 m. La
thermometre
fenlible, quoique le
ne s'éleve pas au-deffus de
Nos trayaux continuent
21Ed,
la
; bientôr le canot &
chalnupe feront en état de fervir. La
eft belle, trop beile fans doute
mer
gui defirent
pour des gens
d'agriver 5 mais aufli comment fe --- Page 67 ---
( 55 )
défendre d'impatience Indépendanment de toutes nos autres miferes, manger chaque jourdes
pois, 1 des feves & du faur - kraur:) y-a-t-il une
ville. catholique au monde où P'on faile le carème
aufli févérement ? E(t - il cependant quelque
fituation dans la vie, où l'on ait pius befoin
de bonne nourriture que dans celle ou nous
fommes ? Nous ne manquons pas de falaifons 5
mais cette forte d'aliment ne doit être adoptée
qu'à défaut de toute autre : le fcorbut tient de
trop près à fon ufage. (1)
Le IO. Bon vent, beau ciel, & l'on remonte
legrand mât de perroquet dans la matinée. Notre
flotte eft mieux réunie que jamais 5 elle nous
offre plufieurs points de vue agréables : mais
c'eft les payer confidérablement, lorfque l'on
vientles chercher fur un vaiffeau aufli iinfrme
(:) Les poules que l'on embarque ordinairement
à la mer,
en grand nombre, dépériffent promaptement
Elles y deyiennent d' une maigreur pitoyable, & l'on en
R
perd beaucoup.
Les dindes s'y foutiennent aflez bien. Les canards
& les oies s'y engraiffent comme à terre. Le boeuf
& le mouton y languiffent; leur chair y devient en
peu de tems filandreufe & infipide. Le cochon s'y
nourrit parfaitement: fa chair y eft toujours fucculente,
D iv --- Page 68 ---
C 56 )
que mal approvifionné, aux 18 d. 18
latitude,
m. de
par laquelle nous nous trouvons à
midi. Le thermometre
aujourd'hui n'a
paré le 19°d. La mer eft belle &
point
vons que l'agitation
nous n'éproufouvenir
néceffaire pour nous faire
que nous fommes dans un
s'il étoit potlible toutefois de
vailfeau,
l'oublier. Nous
voyons quelques oifeaux fur le
filons
foir.s nous
quatre noeuds & demi,& notre
femble étinceler après le coucher
Gillage
Le
du foleil.
II. A midi notre latitude eft de
d.
6r m. notre Gillage de 4 noeuds; ; le
IT
s'éleve à 19 d.
thermometre
(I)Le vent mollit fur le
il fe ranime enfuite 5 la,mer eft
foir;
Le
encore lumineufe.
12. Ciel orageux, vent
forcé de tems en tems
favorable, renpar des grains qui temperent l'ardeur du foleil. Point de hauteur,
une pluie des plus violentes. La latitude mais
eft de 16 d. 16m. le thermometre
eflimée
Le commandant
monte à 19.
fignale plufieurs bâtimens
(I) A moins d'indication
voudra toujours dire dans particuliere 2 celle - là
le moment le plus chaud
du.jour. Au refte, vous pouvez compter pour certain
que la. difference du plus au moins n'eft la
du.t temsique d'un degré
plupart
pour chaque jour.
une pluie des plus violentes. La latitude mais
eft de 16 d. 16m. le thermometre
eflimée
Le commandant
monte à 19.
fignale plufieurs bâtimens
(I) A moins d'indication
voudra toujours dire dans particuliere 2 celle - là
le moment le plus chaud
du.jour. Au refte, vous pouvez compter pour certain
que la. difference du plus au moins n'eft la
du.t temsique d'un degré
plupart
pour chaque jour. --- Page 69 ---
( $7 )
de la flotte par leurs flammes d'ordre particulieres. Ils vont l'accolter fucceffivement ; nGus
ignorons l'objet de ces explications. Quelque
tems après, le convoi change de route. Nous
portions le capalo.S.0.& nous l'avons préfentement à l'O.S. O. toute réduction faite.
Lorfque je me fuis embarqué pour la premiere fois, 9 la moitié de notre équipage n'étoit
compofé que de malhcureux jeunes gens qui
n'avoient jamais vu la mer. Leur mal-adreffe
faifoit pitié. Tous à préfent font en état de monter jufqu'aux perroquets. La garcette (1) des
maitres, eft un précepteur très-dur, mais je
crois néceffaire. La crainte d'un châtiment
prompt étourdit le commençant fur le danger 2
& le fait aller à linftant par-tout où l'on a befoin de fes bras.
Le I3,au point dujour, un tapage effrayant
me réveille en furfaut. L'officier de quart demande des haches & fait monter tout l'équipage fur le pont. Je fors de ma cellule pour favoir ce qui fe paffe. Je vois auffi-tôt notre
grand mât de hune entiérement rompu, qui
n'eft plus arrêté que par quelques cordages &
(1) Efpece de fouet. --- Page 70 ---
( 58 )
dans fa chûte, de fracaffer les
qui menace,. faifit le mât brifé avec de fortes
haubans. L'on
diriger fa defcente, 2
amarres, pour pouvoir
fur le tillac après
& l'on parvient à Pamener
enfuite un
heures de travail. On fait
quatre
caufées par cet accident,&
examen des avaries
hune a été
Pon voit que la moitié de la grande
haubans, quele peremportée avec plufieurs
déchiré,8
de fougue eft entiérement
roquet
fouffert
le refte du gréement a beaucoup
que
en détail.
les débris de nos fradtures font
A préfent que
rien n'elt plus trifte à
étendus fur le pont,
n'a été bleffé.
yoir. Heureufement que perfonne la barre , fans
Plufieurs fois le timonier a quitté
de l'officier de quart aient pu -
que les menaces
la chûte du mât
Parrèter, tant il appréhendoit
corps. Il pouvoit cependant,
fur fon propre
à caufe de la tourmente
par cette défobéiffance, occafionner les accidens
que nous éprouvions,
les plus graves. préfentement à la queue du
Nous trouvant
de faire affez de
convoi, & dans l'impoffibilité
de marche
reprendre notre rang
voiles pour
de détrefe. Il eft
ordinaire, nous faifons fignal
Gloire viens
& la frégate la
bientôt apperçu,
ependant,
fur fon propre
à caufe de la tourmente
par cette défobéiffance, occafionner les accidens
que nous éprouvions,
les plus graves. préfentement à la queue du
Nous trouvant
de faire affez de
convoi, & dans l'impoffibilité
de marche
reprendre notre rang
voiles pour
de détrefe. Il eft
ordinaire, nous faifons fignal
Gloire viens
& la frégate la
bientôt apperçu, --- Page 71 ---
( 59 )
nous propofer la remorque; mais notre capitaine la refufe, efpérant de fuivre encore la
flotte s quoiqu'eftropié. Il lui fuffifoit, felon
toute apparence 2 d'excufcr fon retard du moment. Les marchands d'ailleurs redoutent tellement la remorque des vailleaux de
guerre 2
qu'ils ne l'acceptent qu'à la derniere extrêmité, s
parce que ce fecours leur attire de fréquens
reproches de la part du remorqueur, qui craing
d'ètre abordé, ou qui s'ennuie de ralentir fa
marche; & auffi parce que le remorqué eft fecoué très.rudement, pour peu que la mer foit
groffe.
Aujourd'hui l'équipage a double travail &
double ration; rien de plus jufte. Si tous les
hommes étoient traités d'après un principe auffi
fimple, 5 combien verroit- o11 d'opulens actuels
mourir de faim ou changer de vie?
Un requin s'eft mis à notre fuite. 11 efpere
peut-être faire fa proie de quelqu'un des matelots qui travaillent dans les haubans. Il
nous
donne Pidée de regarder à nos
lignes, 2 & nous y
trouvons un poiffon qu'on appelle Jabre ; dont
nous nous régalerons à diné.
A midi, les ottans font braqués au milieu de
nos ruines. La latitude eft de 16 d. & le ther- --- Page 72 ---
( 60 )
mometre monte à 2od. La plus grande activité
eft employée à nos réparations ; mais il y a tant
à faire, que P'ouvrage fait paroit peu de chofe.
Qui croiroit, après avoir examiné notre bâtiment 5 disloqué du haut en bas malgré la
traverfée la plus favorable 1e , dont la coque eft
à moitié pourrie 5 qui croiroit, dis - je,, qu'on
l'a fait accepter au roi & mème.affurer; qu'il
l'affure près de trois fois ce qu'il coûte aux armateurs, & qu'on l'a chargé d'artillerie, qui
elt de toutes les cargaifons la plus fatigante ?
L'on auroit beau alléguer la précipitation des
armemens s pour juftifer la négligence des adminiftrateurs fubalternes: c'eft un prétexte général qui couvre bien des abus. Je vais vous
en citer encore un exemple qui s'eft paflé fous
mes yeux.
Etant à Breft pour m'embarquer, je vis un
bâtiment du convoi deftiné pour PInde, freté
par le roi, que l'on vouloit réparer dans le
port. On en ôta quelques bordages, alors on
s'apperçut que fes membres étoient trop pourris pour retenir folidement de nouvelles chevilles. Auffi-tôt l'on remit en place les bordages que l'on avoit ôtés, on donna un Jif au
bâtiment, on le chargea, & il alla en rade figu-
quer, je vis un
bâtiment du convoi deftiné pour PInde, freté
par le roi, que l'on vouloit réparer dans le
port. On en ôta quelques bordages, alors on
s'apperçut que fes membres étoient trop pourris pour retenir folidement de nouvelles chevilles. Auffi-tôt l'on remit en place les bordages que l'on avoit ôtés, on donna un Jif au
bâtiment, on le chargea, & il alla en rade figu- --- Page 73 ---
( 61 )
rer avec tous les autres. A peine avoit-il quel
ques jours de traverfée, qu'il failoit y pomper
prefque fans relâche. Lé moindre coup de vent
devoit Pentr'ouvrir, & je ne fais ce qu'il fera
devenu,
Pendant cette digreffion, le convoi s'éloigne
de nous & femble nous' fuir-avec le jour. Le
vaiffeau qui fait l'arriere-garde allume fon fanal
de pouppe 3 il fera notre guide pendant la nuit.
Le 14, nous nous trouvons rapprochés du
convoi, 2 à une lieue ou environ des traineurs.
La latitude à midi eft de IS di 54 m. & nous
avons fait quarante lieues depuis le midi de
hier, malgré nos défaltres. Le vent efttoujours
favorable, & nous Elons cinq noeuds 5 le thermometre s'élevejufqu'à 22 degrés. Nous voyons
dans la foirée pulieurs oifeaux. Les varechs
flottans deviennent auffi plus communs: ; la mer
eft toujoursiumineufe la nuit dans notre fillage.
Le I5, nous nous trouvons encore rapprochés du convoi & nous le gagnons, quoigu'il
ne diminue pas de voiles. Notre latitude à midi
elt la même que hier 5 mais nous avons fait
quarante lieues en longitude. Vers les deux
heures de Paprès-midi, une pluie des plus violentes a mouillé dans l'efpace d'un quart d'heure --- Page 74 ---
( 62 5
les matélots de fervice, comme s'ils
tous tombés à la mer. Le thérmometre, qui
fuffent
eft defétoit à 21 degrés avant cette alperfion;
cendu à 19 & demi le moment apres.
conflamment,gu's.
Nos marths remarquent vaileau elt plus
vec un vent égal, la viterle du
doute le
grande la nuit que le jour. Ceft fans
occalionne cette différence, parce
ferein qui
il les empèche de
qu'en mouillant les voiles,
fltrer autant de vent qu'elles en laiffent échapAufli les corfaires font dans Pufage
per le jour.
lorfqu'ils ont befoin
de mouiller leurs voiles,
le convoi
d'une marche forcée. Nous gaguons
nuit
la
de plus en plus, & nous commençons
avec un Gllage de cinq nocuds.
du jour , nous nous trouLe 16, au point
latitude de.
vons au milieu de la Aotte. Notre
changée, mais nous avons fait
hier n'eft pas
trente cinq lieues en longitude. même, il deChaque jour, chaque heure
preffant pour nous d'arriver au tervient plus
notre bâtiment s'ufe
me de notre voyage, car
bougie alluà la mer aufli fenfiblement qu'une
heureufement que nous avons le plus
mée:
aujourbeau tems du monde. Le thermometre
d'hui n'a point pailé 191 degrés.
la Aotte. Notre
changée, mais nous avons fait
hier n'eft pas
trente cinq lieues en longitude. même, il deChaque jour, chaque heure
preffant pour nous d'arriver au tervient plus
notre bâtiment s'ufe
me de notre voyage, car
bougie alluà la mer aufli fenfiblement qu'une
heureufement que nous avons le plus
mée:
aujourbeau tems du monde. Le thermometre
d'hui n'a point pailé 191 degrés. --- Page 75 ---
(63 )
On.fait fur le foir fignal d'un homme tombé
àlan mer, 3 & nous ne tardons pas à le voir fe débattre. On lui jette de notre bord, bancs, tables, cages à poules, & tout autre corps léger
qui torbe fous la main; il,n'en failit aucun.
On l'appelle & on l'encourage; mais nous le
voyonsau.t bout de quelques minutes, couché
fur le dos, fans mouvement, puis dilparoitre
tout-à-fait. Quoique ce ne foit qu'un homme
perdu, dans une flotte ou le quart des hommes
eft probablement deftiné à périr, & quoique
le coeur des matelots foit en général affez dur, $
l'accident de ce malheureux n'a pas laiffé de
faire grande fenfation fur notre équipage; O11
l'a plaint, & bien au-delà de ce que j'aurois
imaginé. Chaque matelot, expofé au même fort,
fe mettoit fans doute à fa place.
A Le 17. Jamais je n'ai vu un fi grand nombre de poiffons volans 5 ils s'élevent en foule
fous la proue du navire & s'enfuient par les
côtés. Les varechs femblentauffi plus communs.
L'on voit déjà l'herbe à la tortue flotter à la
farface des eaux. Les oifeaux viennent au-devant de nous comme s'ils vouloient nous reconnoitré ; tout enfn nous annonce la terre. Notre
latitude à midi, fe trouve de IS d. 48 n1. --- Page 76 ---
( 64 )
& nous avons fait trente-fix lieues dépuis le
midi de hier. Nous filons à préfent
noeuds & demi. Le ciel au vent eft
quatre
trés-chargé,
& le thermometre monte à 21 d.
Le navire fait moins d'eau à préfent
dansles
que
commencemens de la
traverfée, 9 quoique lesgrands roulis auxquels il eft fujet fem.
bieroient devoir alimenter les pompes de plus
en plus. Il y a fans doute une compenfation
produite par la chaleur qui dilate les bois réfineux & reiferre les joints de notre batiment,
tandis qu'elle produit un effet contraire furceux
conttruits en chéne. Auffi
remarque-t. on que
ces derniers font toujours plus d'eau en arrivant aux isles, qu'à leur départ d'Europe.
Le foir un peu de pluie, toujours bonneroute & fillage lumineux.
Quelque tems a vant
minvit, Fgnalde terre, d'ennemis, G de mettre
en travers. (I)
Le 181 mars. On reconnoit la
Dominique au
point du jour; elle nous refte à l'oueft, & le
(I)L'amiral Rodney favoit notre arrivée; ily
au. - devant de nous. Le calme le retint
venoit
de la Martinique,
fous le vent
L'on affure d'ailleurs, que M. de' Graffe, informé
de fa croifiere, étoit tout prét à nous fecourir.
commandant
'ennemis, G de mettre
en travers. (I)
Le 181 mars. On reconnoit la
Dominique au
point du jour; elle nous refte à l'oueft, & le
(I)L'amiral Rodney favoit notre arrivée; ily
au. - devant de nous. Le calme le retint
venoit
de la Martinique,
fous le vent
L'on affure d'ailleurs, que M. de' Graffe, informé
de fa croifiere, étoit tout prét à nous fecourir.
commandant --- Page 77 ---
( 6; )
comimandant manccuvre pour paffer ettre elle
& la Martinique. Toutle convoi fait de meme.
1 La Dominique rellemble à une montagne
pro.i igieufe, qui fort du fein des eaux:. - nous'
en fommes trop éloignés pour en décailler la
confguration;à peine y diftinguons. S- nous les
hachures les plus fortes, & quelques tourbillons. de fumée quis'élevent des fucreries. 4)
L L'on découvre la Martinique à midi 5 mais;
il faut la grande habitude des marins pour ne
pas confondre des terres aufli éloignées avec
les nuages. Certains de notre
pofition 3 nous
ne prenons plus hauteur. Le point réduit de
tous ceux faits à notre bord, fe trouve a encore de cinquante lieues trop foible,q quoique
les pilotés foient dans l'ufage de forcer leur
eftime 3 pour fe méfer affez tôt de la terre.
Cette erreur me paroit bien confidérable dans
une traverfée où nous n'avons eu que très-peu
de fauffes routes. Elle prouve du moins,
les
que
navigateurs ne fauroient être trop tôt fur
leurs gardes.
A préfent nous fommes entourés d'herbes
fottantes & d'une multitude de petits poidfons
volans. Ce font ceux qui, trop foibles encore
pours'expofer au large, exercent leur enfance
E --- Page 78 ---
( 66 )
dans le voifinage des terres, fur les côtes oû
ils ont pris naiflance.
2 Le thermometre eft monté à 2IT du avant
la chûte d'une
pluie très - forte & de peu de
durée. Nous doublons fur le foir la
orientale de la
pointe
Dominique, & nous fommes,
vers les. dix heures àune lieue de la
occidentale de.dla:
pointe:
Martinique. Le calme eft G
parfait que les navires ne: gouvernent
&is s'abordent
point
fréquemment. Un Bordelois de
quatre à cinq- cents tonneaux vient d'embarraffer fes vergues dans: nos-haubans; à forced'efparres &.2 à grand bruit 2 nous nous fommes
féparés fans dommage de part ni
à la tranquillité de. la
d'autresgraces
mer.
Le 19. Le câlme.a durétoute la nuit,
ques petites
iquel.
à la
rifétes-prés 1 qui nous ont amenés
hauteur de S. Pierre, où nous fommes
Vers les huit heures dur matin. Le calme
tinue pendant le jour&. nous
conchaleur
éprouvons une
fuffoquante, quoique le thermometre
ne s'éleve pas au- delfus de 23 degrés.
Le ciel au - deffus de la Martinique ell trèsorageux, tandis que celui qui P'environne eft
fort ferein. Cette différence n'étoune
nos marins : ils font habitués à la voir point dans
Pierre, où nous fommes
Vers les huit heures dur matin. Le calme
tinue pendant le jour&. nous
conchaleur
éprouvons une
fuffoquante, quoique le thermometre
ne s'éleve pas au- delfus de 23 degrés.
Le ciel au - deffus de la Martinique ell trèsorageux, tandis que celui qui P'environne eft
fort ferein. Cette différence n'étoune
nos marins : ils font habitués à la voir point dans --- Page 79 ---
ISLE S. DONINGUE
RÉOUCTION d'un Journal
d'olfarvetions
Page
Nota. N,E. & brife de mer
méuorologigues faites aux environs du 315
chefpour le lieu oi les Agnifan la mims
A V E R T I S
Cap. obfarvattons cht lti faites. S E M E N T. midi, Hlysug & a qatre fept heures obfervations du foir. chaque jour; favcir: à fept heures du matin, 4
L'on s'ef fervi d'en
Toutes les hauteurs du barometre faat midi, à trois beuresaprès
teurs moyennes du barometre tbermometre de de mercure, purgé d'air & divité cr sapportées 8: au niveau de la mer. en eit de méme des degrés de chaque mois ef fait d'après les oblervaticns parrics. Le calcul des hauLes pius grandes
chaleur moyenre. rdunics de chaque jour. 1! des pls grands degrés bauteurs de chaleur du barometre & des & les moindres font celles de chaqie mois. I
obfervés mmédascment avant le leve: moindres;mais il eft bon de
en el de mdme
1782. Hanteary Chalee:
du foleil, & non pas à fept heures remarquer da que ces derniers ont été
baremetrr. mayenacs du a de rair ecyro- i des Ler Amur pies gn dn Les plas grands
matin. f'ombte. bare endre & les degris leur 4e d r ur cha
mointre. l'embee, kls
Depuis le: 24 po. k d. ssoiedres
ETAT DU CIEL
Mai,
degrés. po. li. d. degres,
18 I 8 23 a
- 28 2 3 > 258
2 28 I a 2 19
Quatre du phies apres midi, accompagnées de
tems . 3.u02
Juin, 28
beau
tonnerre, en
2 6 23 a
- 18 : 3 S 26
Onze pluies après midi, ciel,brife de mer le jour + & de terre qutre perdant joors la diférens, ruit. Le
28 o 2 18
beau
accompagnées tonnerre * en
"3:
Juillet,
: tems, ciei pour l'ordinaite, quciques
onze iours diférens. Le rele de
18 1 1e 231
S28 9
terre pendant la neit. caimes, ou brife de mer réglée le jeur, & de
28 C 9 3 26 1 vents Neuf du pinses après midi, accompagnées de
19 (ie N. E.renforcés, peu de calmes; le tonnerre, fouvent en neuf jours différens. Acit,
jour, & de terre
la
plus
daillears, brile de Quelques
28 I 6 14
28 a - 26$ - Trois orages confidérabies pendant nuit. mer réglée
a8 o 8 2 19 Stant avant qu'aprés le coucher apris du foleil; midi, en trois joars différens, & cinag petites pluies
(alme; mais en génèral brife de mer plufieurs briles de mer très- violentes,
Sept.
jours différens. Acit,
jour, & de terre
la
plus
daillears, brile de Quelques
28 I 6 14
28 a - 26$ - Trois orages confidérabies pendant nuit. mer réglée
a8 o 8 2 19 Stant avant qu'aprés le coucher apris du foleil; midi, en trois joars différens, & cinag petites pluies
(alme; mais en génèral brife de mer plufieurs briles de mer très- violentes,
Sept. 28 I 2 22
3 26: . Un jour entier de pluie Gns tonnerre. réglée Neuf le jour, . & de terre pendant la nuit. quelques
z o 2 8 18 neufjours diférens, les unes après midi, les autres antres pluies, don: fx avec tonnerre, en
(calmes k de tems coaverts Lerele du mois, aprds le coucher du foleil. dant la nuit. - brile de mer réglée le jour, 1 & de Beaacoup de
Odtob. terre
28 T o 221
3 o 24; I Tre-peu de jours fe font paffes (ans pluic, Ceft
pen17 II 3 2 5 mene. Quelqpues unes après midi ércieat
conflamment la brile de mer qui l'a-
(tombées de nuit, Iy a eu d'ailkeurs accompagnées de de tonnerre; mais la plupart font
Novembre. fortes; des brumes le matin & le cours beaucoup caimes, & auffi des briles de mer
I
18 8
Les ont
général des vents
trés
20;
$:8 - o 24 Sta pleies font éé auil fréqoentes que k mois
coime à Tordinaire. < 28 o 3 3 5 le matin, plupart Le tombées après le coucher du iokil; précédent, mais preique point de tonoerze. de
cours géaéral des vents a feivi la quelques unes après midi, & d'autres
Décembre. 28
mer très- violentes. marche ordinaire. I ya cu auffi des
2 C 20
9 I 211
Onze jours dabs lekquels il pla (ans
irifes
1783. IC 15 1 confiamment da N. E. Peu de calmes tonnerre & des & 1 diférentes beures. Les nuages veJanvier. 18
géndral des veats comme à
briles de mer
2 $ 20 :
5a8 3 10 S a21 S Huit pluies de nuit & trois Fordiraire. de
trés.violentes. Le cours
228 4 '58
caimes, beaucoup de brifes jour, de mer tcutes fans tonnerre. Eles venoient du N. Févricr, 28 3 4
Peu de calmes tonnerre & des & 1 diférentes beures. Les nuages veJanvier. 18
géndral des veats comme à
briles de mer
2 $ 20 :
5a8 3 10 S a21 S Huit pluies de nuit & trois Fordiraire. de
trés.violentes. Le cours
228 4 '58
caimes, beaucoup de brifes jour, de mer tcutes fans tonnerre. Eles venoient du N. Févricr, 28 3 4 (
violentes, & le cours
des E.Quel
ao;
-
général vents
s
3 13
Onze
comme à
1O ) 16 2 & pluics Gans tonnerre, don: huit de
Mais, 28
pluicurs brifes de mer
nuit,venant toutes du N,E
2 11 2c)
* S 23
Huit plnies fns
mes-violentes. Lecours généra! des ven:s com E.Quelques ne
ca'mes
2 2 o L 16 les autres (ont tombées tonnerre, de nuit. venant Peu du de N. E done trois one duré o0 jour enner ATordimnaice.
6le cours
calmes,
chacune;
Avril.
général des venis
à
pluficurs brifes de mer très :
18 2 7 10;
3 14
Des brifes de mer trés- comme viclentes l'ordinaire,
vicieates,
-
très- abon-antes. perdant plus de la moitié de mois. Sept pluies (a
beures delaj journée. Le cours Quckques. unes lont tombées de cu, , & lesautres à df
VEE
général des vents 2 ité d. atlleurs connealordraite. --- Page 80 ---
( 68 )
les plus petits objets à la vue fimple. C'eft
un avantage affez général fur toutes les côtes
des Antilles 5 de pouvoir les approcher fans
danger 2 même avec les plus gros vaiffeaux
à une encablure de diftance.
$
& Nous nous trouvons à midi,avectout le convoi, parle travers de la baie du Fort-Royal; &
quoique le ventalifé femble en refufer l'entrée
on y pénetre cependant en
$
louvoyant: C'eft
ce que font plufieurs de nos navires à la fois;
enforte que tout le convoi eft mouillé
de P'armée de M. de Graffe
près
vers les cinq du
foir.
Je defcends à terre le 21. L'empreffement
avec lequel j'examine toutes les nouveautés
qui m'entourent, reffemble piutôt à un délire
qu'à, une curiofité raifonnable.
Je ferai
calme & plus inftruit daus
plus
alors
quelques jours ; c'eft
que je vous rendrai compte de mes res
marques. Les maringouins troublent
ma fatisfaction
un peu
par leurs morfures continuelles
mais ces infeétes incommodes
;
n'éparguent perfonneici, pas même les negres.
$
autés
qui m'entourent, reffemble piutôt à un délire
qu'à, une curiofité raifonnable.
Je ferai
calme & plus inftruit daus
plus
alors
quelques jours ; c'eft
que je vous rendrai compte de mes res
marques. Les maringouins troublent
ma fatisfaction
un peu
par leurs morfures continuelles
mais ces infeétes incommodes
;
n'éparguent perfonneici, pas même les negres.
$ --- Page 81 ---
( 69 )
Obfervations génirales fir Piste de la Martinigte,
REPRÉSENTEZ - VOUS une montagne de
quarante -cinq lieues de circuit, fortant du
fein des eaux, dont le centre, qui eft la partie
la plus élevée, eft couronné par quatre pitons
qui formeit dans leur intervalle une efpece
d'entonnoir. (1)
Cette fommité eft couverte de bois & fort
peu accelfible ; rarement eft- elle vifible. Vrai
foyer d'attraction, elle raffemble toutes les vapeurs aqueufes éparfes danis Pachmofphere, &
c'eft là que fe forment enfuite les pluies Ordinaires & mème les ouragans. Les torrens
qui fillonnent les faucs de l'isle, ont un cours
affez foible pendant Pété; mais pendant P'hiver,
il eft quelquefois effrayant. On peut en juger
par les rochers énormes qui obltruent aujourd'hui le paffage des caux & qu'elles ont chariés dans d'autres tems.
La pente de l'isle depuis le pied des pitons
ou fe terminent les forêts 9 jufqu'aux bords
(I) Si j'eftimois leur hauteur perpendiculaire audeffus de POcéan, je la porterois à fix cents toifes
pour le moins,
E 111 --- Page 82 ---
( 7o )
de la mer, eft
tres-irréguliere & ginéralement
confidérable; coupée d'ailleurs avec une variété
furprenante 3 hériffée de rochers en
endroits s que l'on diroit avoir été détachés plufieurs
d'en-haus, puis arrêtés par quelque obftacle
dans les attitudes les plus bizarres,
toujours les parties inférieures.
menaçait
Les différens
amphithéatres que l'isle préfente fe trouvent
embellis par les établifemens des
dont les uns
Européens >
s'occupent à la culture des
à fucre; les autres à celle du
cannes
enfin à celle de
cafier; d'autres
Pindigo ; chacun foivant fes
ficultés & l'efpece de terrein qu'il poffede.
Les bois les plus durs croiflent
dans les parties élevées de l'isle, naturellemént
les pius arides. Les
conféquemment
plaines au contraire
duifent plufieurs efpeces d'arbres
promou, nullement
d'un bois
propre aux conftruétions.
L'arbriffeau le plus commun eft l'acacia à
feur jaune odorante. La fenlitive,
rang fi diftingué
qui tient un
parmi les plantes, fe trouve
répandue ici dans toutes les terres incultes.
La terre végétale
d'en voir la
par-toutoujai eu occafion
coupe, m'a paru de coulenr noire
ponme le terreau, & de
quinze à dix - huit
poucesd'paifeur. Au-delfous de cette preniere
commun eft l'acacia à
feur jaune odorante. La fenlitive,
rang fi diftingué
qui tient un
parmi les plantes, fe trouve
répandue ici dans toutes les terres incultes.
La terre végétale
d'en voir la
par-toutoujai eu occafion
coupe, m'a paru de coulenr noire
ponme le terreau, & de
quinze à dix - huit
poucesd'paifeur. Au-delfous de cette preniere --- Page 83 ---
( 71 )
eouche, 3 l'on trouve affez communément un
fable agglutiné > tenant à des cailloux formés
par enveloppes concentriques, d'une matiere
brillante & demi - tranfparente , qui fait feu
avec l'acier comme le filex. Tous ces folliles
fe trouvent fans aucun ordre d'arrangement
remarquable. Dans quelques endroits, les particules de fable ne font point unics les unes
atx autres. Ici, la pierre calcaire elt fort rare,
& plus encore lcs coquillages pétrifiés. Les
habicans fe'fervent des polypiers 2 qu'on trouve
enabondance fur la côte 9 pour faire la chaux
dont ils ont befoin.
Le plus remarquable de tous les oifeaux du
pays,qui eft en même tems le plus commuin 5
c'eft le colibri. La campagne en cft remplie.
Mais tandis que l'on admire fa beauté 2 1 fa vivacité & la légérété de fon vol, il faut prendre
garde à ces ferpens dangereux qui rampent
entre les herbes 9 ou qui fe tiennent cachés
dans les buiffons, d'ou ils s'élancent fur les
hommes: : il y en a de plufieurs fortes; & tous
font venimeux. Les couleuvres en détruifent
un grand nombre; mais leur multiplication ctt
fi prodigieufe 9 qu'elle farpaife encore de beaucoup cette delruction : enforte qu'on pourroit
E iv --- Page 84 ---
- 72 )
prédire avec
vraifamblance, qu'ils
iont un jour de l'isle entiere,
s'empare-
* Le gibier n'y eft pas communson
ques ramiers & fort peu de
trouve quelLes rivieres fournillent
cochons marrons,
des côtes
peu de poiflon, & celui
ne vaut pas a beaucoup prés le
des mers
poitlon
d'Europe, Vous conhoifez le
& la delcription des
nom
rique ; mais moi
principaux fruits d'Améqui en connois déjà le
je puis vous affurer que les meilleurs goût 2
à l'exception de
de tous 2
Tananas,ne fauroient faire
oublier les plus médiocres de
mange en France. Les
ceux que l'on
elpeces
oranges même, 5 à deux
près quiy font alfez
pas, felon moi, celles
rares, ne valent
de Provence, Elles ne
renferment qu'une eau fucrée, d'ailleurs
fide, & c'eft alfez le caraétere
trèsbre des fruits des
d'un grand nom.
acidité
Antilles; les autres font d'une
infoutenable.
Je n'ajouterai rien à ce que je vous ai
de la ville de S.
dit
Pierre, ne l'ayant vue
depuis le yaiffeau. Celle du
que
For-Royal, ouj'ai
débarqué, elt bien moins confidérable
que le chefl lieu de la colonie. Le
, quoi-
& Fintendant y
gouverneur
réfident, tandis que le com
Acrce &: l'opulcnce habitent S. Pierre.
Ici,les
infoutenable.
Je n'ajouterai rien à ce que je vous ai
de la ville de S.
dit
Pierre, ne l'ayant vue
depuis le yaiffeau. Celle du
que
For-Royal, ouj'ai
débarqué, elt bien moins confidérable
que le chefl lieu de la colonie. Le
, quoi-
& Fintendant y
gouverneur
réfident, tandis que le com
Acrce &: l'opulcnce habitent S. Pierre.
Ici,les --- Page 85 ---
( 73 )
maifons font conftruites en bois; elles n'ont
qu'un. rez.de-chauilée, & le terrein eft encore
marécageux, malgré tous les dedléchemens que
lon a faits.
Les quais fontaffez confidérables, mais étroits,
mal conftruits, mal - propres! & très - puans.
Le torrent qui paffe derriere la ville & va fe
jeter enfuite dans la rade, ne tarit jamais.
On voit à l'autre extrémité du Fort-Royal,
un aqueduc en maçonnerie, quiramene fur le
bord d'un canal fréquenté par les chaloupes,
l'eau douce dont les vaiffeaux ont befoin.
Mais c'eft avec une grande furprife que j'ai
parcouru tous les magalins de la marine, fans
y voir aucune forte d'approvifionnement. A
préfent que la rade eft couverte de vaifeaux,
la ville eft pleine de monde. La foule eft même
fi grande de tous côtés, que l'on a peine à
s'entendre dans les rues. Les promenades publiques ne font point fpacieufes. Celle que l'on
nomme E/planade entre la ville & le vieux
fort, eft la plus confidérable, Le yieux fort',
autrement dit Fort. Ryal, d'ou la ville a tiré
fon nom 2 quoique de couftruction ancienne,
feroit encore fifceptible d'une bonne défenfe, >
depuis que l'on a occupé la hauteur qui le --- Page 86 ---
( 74 )
éommandoit, par le Fort Bourbon. Celui-ei eft
de conftrudtion moderne, élevé d'environ
cents pieds au. deffus de la ville.II eft
deux
& dans une polition bien choifie. fpacieux
Le thermometre s'eft foutenu
(1)
arrivée
ici depuis mon
entre 19 & 23 d. (2) Il y eft tombé
quelques grains de pluie affez violens, mnais
n'a pas entendu de
on
tonnerre.
-
L'amiral Rodney expédie chaque jour quelques frégates qui viennent jufqu'à l'entrée de
la rade pour nous obferver.
L'armée de M.de Graffe
ment toutes les
emmene inceffamtroupes qui font. ici, à l'ex.
ception de deux mille hommes qui reftent
la défenfe de l'isle. Et moi
pour
la
qui viens d'obtenir
permiflion de m'embarguer à bord d'un vaiffeau de guerre 2 je puis efpérer qu'en fi bonne
compagnie rien ne retardera mon arrivée à
S. Domingue.
(I) La critique que l'on
juftice, ne porteroit
pourroit en faire avec
méme convenir
que fur quelques détails ; il.faut
que ce nouvel établiffement
eft le feul de tous des colonies
militaire
rique qui mérite le nom de
françoifes en Améfortifcation.
(2) Thermometre de Réaumur, fait avec du
cure & purgé d'air.
mer-
'en fi bonne
compagnie rien ne retardera mon arrivée à
S. Domingue.
(I) La critique que l'on
juftice, ne porteroit
pourroit en faire avec
méme convenir
que fur quelques détails ; il.faut
que ce nouvel établiffement
eft le feul de tous des colonies
militaire
rique qui mérite le nom de
françoifes en Améfortifcation.
(2) Thermometre de Réaumur, fait avec du
cure & purgé d'air.
mer- --- Page 87 ---
( 75 )
: Le 7 d'avril , je me rends à mon nouveau
pofte; tout' m'y paroit beau.
L'armée françoife, compofée de 3 4' vaiffeaux,
s'eft déjà partagé toutes les munitions du dernier convoi d'Europe 3 elle manque cependant
encore de beaucoup de chofes effenticlles, nommément de poudre & de mâtures de rechange.
Le convoi marchand, deftiné pour S. Dominguemet à la voile au point du jour, 9 fous lef
*
orte particuliere de deux vaiffeaux de cinquante canons. L'armée commandée par M. de
Grafle appareille enfuite, & nous nous trou:
vons tous en mer dans l'après-midi, Le convoi
marche fous le vent de l'armée.
Le 9.,à l'aube du jour, nous voyons! les Anglois, & on leur compte 49 voiles. Il y avoit
alors parmi nous un fi grand défordre, que les
marchands fe trouvoient pele-mèle avec les
vaiffeaux de guerre, & l'on craignoit que l'ennemi ne nous attaquât dans cette confufion.
Mais tout fe débrouilla fi bien & avec tant de
célérité, que notre ligne de combat étoit parfaitement formée vers les neuf heures du matin 9
tandis que le convoi, bien raffemblé, fe replioit
fur la Guadcioupe.
Ce changement de fcene nous mit du baume --- Page 88 ---
76 )
dans le fang & contint les Anglois.
dant ils tenoient
Cepenbien
toujours le vent & s'étoient
rapprochés de nous, Sur ces
le calme fépara leur
entrefaites,
tié du
arriere-garde ,avec la moicorps de bataille, du refte de leur armée,
M, de Graffe ft alors
&
fignal aux fiens d'arriver,
nous eûmes l'avantage de canonner la
de leurarmée
partie
qui nle pouvoit être foutenue
Pautre. Ce combat dura trois heures & par
cida rien ; mais il donna le
ne déde fe
tems à notre convoi
refugier à la Guadeloupe, L'amiral Rodney , avec le fecours d'une petite brife,
enfuite à réunir fes
parvint
&
vaifleaux, fit vent arriere
difparut infenfiblement à nOS yeux.
Cette action fe paffa près de Pisle des Saintes,
entre la Dominique & la Guadeloupe. M. de
Graffe y conferva Pavantage du vent, ne fe mit
point à la pourfuite des Angiois, fe
de lpuvoyer dans le canal de la
contenta
détacha
Dominique, &
une frégate que nous foupçonnames
porteufe d'ordres pour faire appareiller le convoi pendant la nuit fuivante. Cette
nous paroiffoit d'autant
conjecture
plus vraifemblable 5
qu'il pouvoit, tandis que nous le couvrions,
fe rendre à S. Domingue fans danger.
Le 10 au matin, ious revimes les Anglois,
fuite des Angiois, fe
de lpuvoyer dans le canal de la
contenta
détacha
Dominique, &
une frégate que nous foupçonnames
porteufe d'ordres pour faire appareiller le convoi pendant la nuit fuivante. Cette
nous paroiffoit d'autant
conjecture
plus vraifemblable 5
qu'il pouvoit, tandis que nous le couvrions,
fe rendre à S. Domingue fans danger.
Le 10 au matin, ious revimes les Anglois, --- Page 89 ---
( 77 )
Ils femibloient avoir un mouvement réglé de
fux pendant le jour, & de reflux pendant la
nuit; & nous toujours de louvoyer en tenant
le vent, dans le canal de la Dominique.
Leti,ce fut encore de mème, du côtédes
ennemis comme du nôtre. L'objet de M. de
Graffe, par fes différentes manoeuvres qui le
ramenoient au mème point, fembloit être de
contenir les Anglois pour donner le tems au
convoi de. gagner S. Domingue. Dans ces répétitions continuelles de bordées entre les Saintes & la Dominique, 2 où nous diftinguions fuf.
fifamment la terre pour y prendre quelqu'intérêt, je l'examinois du mieux qu'il m'étoit
poffible. Mais les notions que l'on prend de
cette maniere fe réduifent à peu de chofe ; elles
fatisferoient le peintre S & non l'obfervateur.
Les pitons qui s'élevent au centre de toutes ces
isles, font boifés & prefqur'inacelmibles,
La
main de l'homme ne s'eft pas encore exercée
dans ces lieux fauvages, qui n'offrent
couche mince de terre végétale, facile à qu'une
épuifer, & dont la fituarion haure & reculée
la communication
rend
avecla mer trop difficile. En
revanche, les parties inférieures font
foumifes à une culture deftructive.
toutes --- Page 90 ---
( 78 )
La Dominique, dans fes parties baffès, elt
mal-faine. Marie:Galante elt petite, aridesl'eau
yelt mémelir rare, que fes habitans font
de s'en pourvoir ailleurs & de
obligés
cliez eux. Les Saintes ne valent Pemmagaliner
auffi font-clles
guere mieux
peu habitées.
La Guadeloupe eft riche dans
tons. Le
plufieurs canmorne : de la Soufriere
fait
s'y
remarquer parmi tous les autres. Je l'ai vu fumant, c'eft fon état ordinaire. Il'a
nom du foufre
pris fon
pur qu'il renferme, & que l'on
trouve aufi en abondance fur fes différentes
pentes. Cctte maffe combuftible & très. élevée
deviendra peut-ètre par la fuite des tems Un
volcan redoutable.
a Toutes ces isles offrent d'ailleurs les
mênies
produétions, tant indigenes
cela n'eft
qu'exotiques ; &
pas étonnant : étant comprifes dans la
zone torride, très-voilines les unes dès
Jleur climat eft à
autres $
pea près le même, L'on n'y
éprouve d'autre vent que le ventalifé. La
dans le golfe qu'elles
mer,
renferment, eft ordinairement plus caime que celle au. dehors de
même golfe, Je l'ai vue lumineufe
ce
nuits dans le
toutes les
Gllage du vailfeau 5 & la plus
grande chaleur que j'y aie obfervée
jufqu'a CC
Jleur climat eft à
autres $
pea près le même, L'on n'y
éprouve d'autre vent que le ventalifé. La
dans le golfe qu'elles
mer,
renferment, eft ordinairement plus caime que celle au. dehors de
même golfe, Je l'ai vue lumineufe
ce
nuits dans le
toutes les
Gllage du vailfeau 5 & la plus
grande chaleur que j'y aie obfervée
jufqu'a CC --- Page 91 ---
€ 79 )
jour étoit de 22 degrés, tandis que la moindre
étoit de 19.
Iln'elt pas rare fur cette met de voir un vaiffeau en calme, très-voifin d'an dutre qui fait"
bonne route, Cette différence elt toujours le
produit d'une rifée de vent peu étendue, fournie par quelque nuage ifolé. Ces petits courans
d'air qui percent le calme 2 auxquels l'habileté
des généraux ne peut rien', décident quelquefois dugain ou de la perte des batailles. En dernier lieu, par exemple; 2 lorfque les Anglois fe
font trouvés féparés fans pouvoir fe rejoindre,
toute l'armée Françoife ayant da verit , M; de
Graffe n'avoit-il pas une belle occalion? Ila eu
apparemment de fortes raifons pour négliger un
avantage auffi confidérable 3 que la fortune venoit lui offrir.
Quoique le combat du 9 fàt peu de chofe, il
a fuffi capendant pour me donner une idée des
combats de mer. Chacun y connoit fon pofte
d'avance. Une partie de l'équipage refte furle
pont pour la manceuvre, & P'autre. partie eft
employée dans les batteries. Les mouffes font
chargés de fournir les gargouffes à chaque
piece, & c'eft le premier prêt qui tire.
Dire qu'il regne alors dans le vaiffeau un --- Page 92 ---
( 80 )
ordre garfait, çe fervit trop. Le bruit des
nons, les cris des mouffes S. des
cafumée doivent
canonniers &. la
nécerlairement répandre quelque confufion dans un auffi petit
pendant elle n'eft
efpace : cepas affez grande pour que
qui que Ce foit puiffe être géné dans fes fonctious ; c'elt plutor un brouhaha
le
général qui enfle
courage & augmente les forces d'un chacun.
Les Anglois femblent tirer de
la mâture, &
préférence. à
nous en plein bois. Leur mé.
thode a fur la nôtre
l'avantage de défemparcr
plus promptement les vailleaux qu'ils combattent. La nôtre eft plus meurtriere
bien des
9 démonte
canons., & fairguelquefois des.ouver.
tures à couler bas.
L'échantillon des vaiffeaux
lement
anglois, 5 généraplus foible que celui des
nôtres, 5 eft
peut etre la vraie raifon de n0S différentes
nieres de pointer. (1)
maQuoi qu'il en foit, fi les projets de
cette
(1) Nous, nitre, &c. &c. Ces fortes
fions me font devenues fi familieres
d'exprec
me vois attaché à la fortune des
depuis que je
m'échappent,
François 7 gu'elles
pour ainfi dire, fans que je m'en
perçoive.
apcampagne
res, 5 eft
peut etre la vraie raifon de n0S différentes
nieres de pointer. (1)
maQuoi qu'il en foit, fi les projets de
cette
(1) Nous, nitre, &c. &c. Ces fortes
fions me font devenues fi familieres
d'exprec
me vois attaché à la fortune des
depuis que je
m'échappent,
François 7 gu'elles
pour ainfi dire, fans que je m'en
perçoive.
apcampagne --- Page 93 ---
( 8r )
campagne fe réalifent, les François auront plus
d'une fois l'occafion de fe mefurer avec leurs
ennemis, non-feulement fur mer 2 mais mème
fur terre.
Sept mille hommes de
troupes réglées, > raffemblés de toutes les isles du Vent, diftribués
fur les vaiffeaux de l'armée & fur le convoi,
vont fe joindre à quatre milleautres François,
dix mille Elpagnols & quatorze vaiffeaux de la
même nation, qui font au Cap.
L'opinion la plus générale eft que l'on va
faire le Giege de Kingltoun, afin d'enlever la
Jamaique aux Anglois. Voilà de grands préparatifs! Voilà de beaux projets ! Les verronsnous s'accomplir?
Le 12 avril. L'aube du jour répand à peine
quelque lumiere fur Phorizon, que Hous'y
voyons déjà nos ennemis raffemblés en bon
ordre; ils remontent vers nous avec majefté.
Le Zelé, un des vaiffeaux de l'armée de M. de
Graffe, très-avarié par un abordage, demande
la permiflion de relacher; il l'obtient, & fait
route pour la Guadeloupe. (r) Auffi- tôt les
(I)I Le Caton nous avoit déjà quittés la veille
femblable caufe.
pour
F --- Page 94 ---
82 )
Anglois cherchent à le couper, M. de Graffe ;
qui le croit en danger, veut le fecourir, fait
fignal à toute fon armée de fe
préparer au
combat, & d'arriver fur l'ennemi. (1) Nos
vaiffeaux étoient pour lors fi difperfés & leurs
viteffes fi diferentes, qu'il ne s'en trouva
neuf en ligue , celui du général
que
les fept heures & demie du compris, vers
matin. s heure à
laquelle nousnous trouvâmes affez près
engager le combat.
pour
Le feu fut très-vif de part & d'autre, &
fi voilin, que la mitraille feule
feconde
perçoit notre
batterie. Les trois ponts anglois prètoient avec complaifance le côté à nos petits
vaiffeaux, pour les écrafer plus promptement.
Il y avoit près de trois heures que les neuf
vaiffeaux françois faifoient face à toute l'armée
angloife, lorfquele Glorieux (2) parut comme
un ponton ifolé au milieu du champ de bataille & dérivant fur la ligne ennemie. Une de
n1OS frégates alla lui donner la
remorque,
efpérant les ramener au vent, à portée d'être
(1) Plufieurs marins font perfuadés
ne couroit aucun rifque
que le Z6le
(2) De 74 canons,
vaiffeaux françois faifoient face à toute l'armée
angloife, lorfquele Glorieux (2) parut comme
un ponton ifolé au milieu du champ de bataille & dérivant fur la ligne ennemie. Une de
n1OS frégates alla lui donner la
remorque,
efpérant les ramener au vent, à portée d'être
(1) Plufieurs marins font perfuadés
ne couroit aucun rifque
que le Z6le
(2) De 74 canons, --- Page 95 ---
( 83 )
fecouru. Mais fès efforts , bien dignes d'éloge;
n'eurent aucun fuccès , & l'officier qui Co 1mandoit le Glorizux prit lui - meme le. parti
de Faire couper la remo rque $ pour ne pas
inutilement une de nos meilcompromettre
Arborant enfuite le pavillon
leures frégates.
du grand mât 9 ni lui
françois fur le tronçon
reftoit encore, on le vit au milieu des Anglois
faifant feu des
dans la meilleure contenance,
deux bords & recevant le leut.
Mais pendant tout le tems qui s'écoula depuis
de Taction, que failoient
le commencement
fucceffivenos autres vaifeaux ? Ils arrivoient
& donnoient à mefure qu'ils fe troument
chacun féparément, de mavoient à portée 2
niere qu'un feul avoit toujours plulieurs enCette inégalité fubfiftoit des
nemis en tète.
& M. de Gratie
le comimencement de laétion,
beau faire figual de raliement. 1 jamais on
eut
l'avantage du
ne l'exécuta. Nous perdimes
vent vers le milieu du jour 5 & quelques-uns
vaifeaux très- maltraités furent obligés
de nos
d'arriver. D'autres pour la même raifon tenoient
le vent de G loin 2 que leur préfence devenoic
inutile. Enfn, à trois heures de laprès midi,
le Glorieux n'étant point fourenu, & fe trouF ij --- Page 96 ---
( 84 )
vantau milieu des Anglois, amena
après avoir
effuyé un feu terrible. Peu de tems
l'Ardent, VHcdor & le Céfar fubirent après,
fort. Il ne reftoit
le mème
plus à portée de l'armée angloife que la Ville de Paris, avec un
nombre des nôtres. La Ville de
très-petit
fon triple feu, fut bientôt
Paris, malgré
donnoitavec
entourée', & nous
raifon les. plus vives alarmes. La
nuit commençoit à étendre fon voile
fur cette fcene d'horreur & de
lugubre
étoilé
carnage 5 le ciel
fembloitinviter toute la nature au
mais 110S bouches infernales
repos:
jours le feu & la
vomiffoient toumort, (I). Elles
rent enfn vers les fept heures & s'appaifefoir,& chacun
demie du
ofer
conjectura à notre bord, fans
le dire, que le général lui-mème s'étoit
rendu,
Jufques là, nous avions tenu le
lieue des
ventà une 1
Anglois; mais voyant la divifion de
Hood à la pourfuite de nos vaiffeaux
épars,
(I)Les commotions réitérées de l'artillerie
fuccéder le calme à la brife qui foufloit
firent
mencement de la journée. L'on
au comcent mille coups de canons tirés peut compter fur
tant d'une part que de l'autre, dans ce combat, 2
le feu des pierriers.
fans y comprendre
lieue des
ventà une 1
Anglois; mais voyant la divifion de
Hood à la pourfuite de nos vaiffeaux
épars,
(I)Les commotions réitérées de l'artillerie
fuccéder le calme à la brife qui foufloit
firent
mencement de la journée. L'on
au comcent mille coups de canons tirés peut compter fur
tant d'une part que de l'autre, dans ce combat, 2
le feu des pierriers.
fans y comprendre --- Page 97 ---
: ( 1 85 )
nous fimes vent arriere 2 & l'obfcurité favorifa
notre retraite:
Si le commodore Hood eût obtenu plus tôt
delPamiral Rodney la permiffion qu'il lui demanda, m'a-t-on dit, d'exécuter cette ma-.
noeuvre s dans le défordre 9 le délabrement
& la confternation où nous étions tous, il eft
à préfumer qu'il n'eût pas trouvé grande réfiftance pour amarrer plufieurs de nos vaiffeaux ; au lieu qu'ils eurent le tems de lui
échapper , parce qu'il s'y prit trop tard.
Mais nous pouvons dire n'avoir pas combattu en ligne un inftant. Nous nous fommes
livrés partiellement aux Anglois toujours réunis, qui ont écrafé 110S vaifleaux ifolés, par
la multitude des leurs ;& cette maniere de nous
vaincre fembloit fi facile pour eux, que Gi le
jour eût duré quelques heures de plus, il n'en
pouvoit guere échapper. Terrible leçon pour
un général qui néglige l'enfemble s duquel
dépendent tous les fuccès. Avec un peu de
réflexion fur la maniere dont s'eft engagé le
combat, Pon admire le bonheur de l'amiral
Anglois, lon eft furpris qu'il en ait fi peu
profité.
Vers les neufheures du foir , notre vaiffean
F iij --- Page 98 ---
( 86 )
fe trouve entiérement féparé du refe
-
méé
de larfrançoife. Le capitaine qui le commande,
juge à propos de faire fauffe route
au S. O. pour n'ètre
1 cinglant
pas rencontré par l'ennemi.
A peine avons - nous fait trois lieues dans
cette dredion, gu'un bâtiment nous hele. Il
étoi: dans nos eauix. Nous le reconnâmes
un des nôtres, & nous convinmes de pour faire
route enfemble. Les boute-feux refterent allumés pendant toute la nuit, crainte de furprife;
& chacun demeura à fon
pofte, , mais point de
fanaux en dehors, pour n'être pas
Vers les onze heures du
apperçus.
foir, nous eûmes
à deux ou trois lieues fous le vent, le
tragique 'pectacle d'un vaiffeau en feu.
des poudres ne tarda pas à fe faire, L'explofion
maile incendiée
puis cette
difparut entiérement, C'étoit
le Céar. (1)
Le 13, nous cherchâmes à nous réparer
autant qu'il eft poflible de le faire à la
& nous en avions grànd
mer,
befoin; ; car après
(ILe feu y prit dans la calle par une barrique de
faia, dont un matelot Anglois déjà ivre
RYLC un fanal ouvert.
s'approcha
faire, L'explofion
maile incendiée
puis cette
difparut entiérement, C'étoit
le Céar. (1)
Le 13, nous cherchâmes à nous réparer
autant qu'il eft poflible de le faire à la
& nous en avions grànd
mer,
befoin; ; car après
(ILe feu y prit dans la calle par une barrique de
faia, dont un matelot Anglois déjà ivre
RYLC un fanal ouvert.
s'approcha --- Page 99 ---
( 87 )
le combat, , nos voiles & nos agrès étoient cn
pieces : il ne nous reftoit pas feulement une
écoute pour border la mifaine. Nous avions
plus de quatre-vingt boulets dans le corps du
vaiffeau, dont huit à couler bas & cent hommes tués ou bleilés, 9 fur cinq cents hommes
d'équipage.
A préfent qu'une navigation tranquille nous
permet de converfer enferble , je demande
pourquoi les François cherchent à attirer la
guerre aux Antilles, au lieu de combattre les
Anglois dans le continent de PAmérique. Que
fignifie pour la France cette manie de conquètes aux isles du Vent & fous le Vent ? COIquêtes qui pour la plupart exigent des préparatifs au-delà de leur valeur, des garnifons
qui affoibliffent fes poffeflions effentielles &
fort bientôt la proie d'un climat deftructeur,
des munitions de guerre & de bouche qu'il
faut faire venir d'Europe par des convois
auffi difpendieux qu'alibjettifhns, des travaux
confidérables pour leur défenfe, fàns que leur
poffellion rende aucun produit, & enfin une
diverfion continuelle qui érendlincendiedans
toutes les parties du monde.
Voici ce qu'on me répond. Des hommes
F iv --- Page 100 ---
( 88 )
plus ardens que réfléchis, ou plus ambitieux
que patriotes 2 font adopter
projets fpécieux. Alors
quelquefois des
théatres
ils difpofent , (ur des
parriculiers & fans aucun fruit, d'une
marine qui feroit elfentielle ailleurs. Ils dif
pofent de mème & fans
nombre de
utilité, d'un grand
régimens qui affureroient bientôt
Pindépendance s s'ils fe préfentoient dans les
contrées qui la demandent.
Enfin, ils confument une grande
de
nOS forces fans rien décider,
partie
réunifant
tandis qu'en les
aux lieux qui ont fait naitre la dif
corde,en bien moins de tems & avec beaucoup moins de dépenfes les Anglois auroient
été contraints de renoncer à leurs
Ce dernier plan de
prétentions.
fondé
guerre eft d'autant plas
en raifon,qu'une armée confidérableau.
roit pu vivre encore dans lal
des comeftibles furabondans Nouvelle-Angleurre de
cette contrée.
Dira-t-on que les Anglois fe fuffent
des colonies françoifes Mais, fans
emparés
les hommes, les
y accumuler
garnifons ordinaires les auroient rendu affez relpedtables
nemi preffé lui-mème
pour un enla partie la plus fenfible vigoureufement &
dans
la plus
de la guerre.
décifive
Je reviens à mon journal,
pu vivre encore dans lal
des comeftibles furabondans Nouvelle-Angleurre de
cette contrée.
Dira-t-on que les Anglois fe fuffent
des colonies françoifes Mais, fans
emparés
les hommes, les
y accumuler
garnifons ordinaires les auroient rendu affez relpedtables
nemi preffé lui-mème
pour un enla partie la plus fenfible vigoureufement &
dans
la plus
de la guerre.
décifive
Je reviens à mon journal, --- Page 101 ---
( -89. )
Le I3 après-midi, 5 nous nous joignons à
deux autres vaiffeaux de guerre & nous convenons de faire route enfemble pour l'isle de
Curagao,elpérant y trouver les Ichofes néceffaires pour nos réparations & loulager par ce
moyen les magalins du Cap.
Le 14. Nos agrès font réparés, le vent nous
favorife 3 la mer eft belle s lunineufe dans
notre fillage pendant la nuit, & le thermometre
eft monté à 22 d. dans le moment le plus chaud
du jour.
Le Is. Mème vent 9 mêmes obfervations.
Le 16. Encore de mème, & le branlebas
ceffe. On découvre la terre au point du
jour 3
& l'eftime nous met à la hauteur des isles
d'Aves. Le commandant de notre efcadre fait
fignal au plus petit des quatre vaiffeaux qui
la compofent, d'envoyer un canot à terre pour
la reconnoitre. Un officier s'y
&
embarque s
nous reftons. en panne pendant qu'il gagne
la côte. Cinq heures fe paffent fans que nous
en ayons de nouvelles; puis le canot revient
avec deux pilotes 3 mais l'oflicier eft refté par
otage. , &. l'isle que nous voyons eft celle de
Curaçao.
Une erreur auffi forte dans notre
point 3 --- Page 102 ---
( 90 )
ne peut provenir que des courans qui fuivent
ici la diredtion du vent
alifé., , dont nous n'avons
point tenu compte, quoiqu'ils aient une viteffe
de trois à quatre lieues par jour
depuis avril
jufqu'en novembre, & double pendant le refte
de l'année. Des deux pilotes qui arrivent, lun
paffe à notre bord, & l'autre à celui du
mandant. Le relte du jour & la nuit font comployés à nous élever au vent,
ementrerle lendemain
3 pour pouvoir
5 mais avant d'avoir expédié
notre canot & tandis que nous manceuvrions a
avec fécurité devant l'isle
, elle n'étoit guere
tranquille. Les habitans craignant une
de l'amiral Rodney , à caufe du riche attaque
mouillé dans leur
convoi
port, (I crurent en
nos vaitdeaux,qu'ils étoient ennemis. Les voyant
dins les plus opulens charierent
citaleur or & leurs effets les plus promptement
les
précieux dans
campagnes 5 on renforçoit dans le mème
tems le corps- de- garde de la côte; tout étoit
prêt pour une défenfe,1 lorfque notre petit canot
arriva dans l'isle & lui denna la paix.
Le 17à midi, nous échouâmes à P'entrée du
(1) On l'évalue à plus de 80 millions argent de
France,
plus opulens charierent
citaleur or & leurs effets les plus promptement
les
précieux dans
campagnes 5 on renforçoit dans le mème
tems le corps- de- garde de la côte; tout étoit
prêt pour une défenfe,1 lorfque notre petit canot
arriva dans l'isle & lui denna la paix.
Le 17à midi, nous échouâmes à P'entrée du
(1) On l'évalue à plus de 80 millions argent de
France, --- Page 103 ---
( 91 )
port, qui eft à la vérité fi étroite, qu'une longueur de vaiffeau de guerre la fermeroit en
entier. Mais le pilote habitué à vaincre cette
difficulté, nous auroit probablement très-.bien
conduits, s'il eût pu fe faire entendre. Heureufement que la mer étoit belle; car le vaif
feau talounoit fur un fond calcaire très-dur,
ouvrage des polypes. Avec des grelins fixés
fur le quai, l'on parvint en une heure de tems
à nous tirer de là fansavaries, & à nous mettre dans le port. On y trouve plus d'eau qu'il
n'en faut pour des vaifeaux de guerre, qui peuvent y mouiller au nombre de huit,, avec une
amarre fur le quai, Il eft vrai qu'ils fe toucheroient, & que l'accident du feu deviendroit terrible pour tous,
Sile port de Curaçao pour les vaiffeaux de
guerre eft très - étroit, enl revanche celui des
marchands, qui eft dans la continuation du
premier, s'enfonçe tellement dans les terres,
qu'il pourroit recevoir les Aottes les plus nombreufes. Celle que nous y trouvons eft trèsconfidérable; elle doit partir pourla Hollande,
fous l'efcorte de deux vaifeaux, d'une frégate
& d'une corvette, mouillés près de nous.
LHecule de 74 canons, n'ayant point de --- Page 104 ---
I 92 )
pilote pour entrer , manque la paffe & va s'6chouer fous les murs du fort.
près de
Ily refte pendant
quatre heures, malgré les fecours
lui donne. En
qu'on
dant à le
lallégeant, on parvient cepenremettre à flot, & il entre dans le
port fans avaries confidérables.
Le Pluton, de 74, touche auffi, mhais n'eft
point arrêté,
Le Marfeillois de 74, qui entre le dernier
fans pilate, eft le feul qui paffe
&
A peine fommes-nous
légérement.
ciers de la marine
mouillés, que les offi.
le
françoife vont faluer en corps
gouverneur de l'isle & le commandant de la
marine hollandoife. Ils follicitent des
pour les réparations de notre
fecours
mais
petite efcadre, 5
inutilement, & fe voient forcés
ter d'un particulier, à un prix
d'ache-.
bois qui leur font néceffaires exorbitant, 2 les
pour les plus urgentes.
Pendant ces opérations,
mon
qui ne font pas de
reffort, 2 je fais des promenades dans
je Pétudie autant
Pisle,
que je puis; & pour rendre
hommage au métier de la guerre où je fuis initié par hafard, & qui m'honore infiniment,
commencerai
je
par vous rendre compte en
de mots de cC quilui oft relatif ici,
peu
.
bois qui leur font néceffaires exorbitant, 2 les
pour les plus urgentes.
Pendant ces opérations,
mon
qui ne font pas de
reffort, 2 je fais des promenades dans
je Pétudie autant
Pisle,
que je puis; & pour rendre
hommage au métier de la guerre où je fuis initié par hafard, & qui m'honore infiniment,
commencerai
je
par vous rendre compte en
de mots de cC quilui oft relatif ici,
peu --- Page 105 ---
( 93 5
- Imaginez quelques batteries baffes, conftrui.
tes en maçonnerie, difpofées à l'entrée du port
pour éloigner les vaiffeaux ennemis; un mauvais petit château, nommé Fort-. Amfterdam,
attenant à ce mème port fur fa rive droite, &
commandé par les hauteurs voilines; un foible
mur d'enceinte autour de la ville & qui s'appuie
au château, dans le développement duquel o1
trouve encore quelques batteries : voilà toutes
les fortifications du chef- lieu,
Cet enfemble de défenfive 5 tout miférable
qu'il eft, feroit plus que fuffifant néanmoins
pour. interdire à l'ennemi P'entrée du port,
vu l'extrême difficulté de la paffe. Mais fi le
débarquement fe faifoit à quelque diftance de
la ville, Pennemi marchant enfuite fur le fauxbourg, s'établifant fur le côteau qui le commande & qui accompagne de part & d'autre les
deux branches du port, il ne trouveroit au. un
obftacle dans fa route 3 la ville & le fort tomberoient à la fois, & l'isle feroit prife. En vain
compteroit - on pour la défenfive, fur les batteries répandues çà & là au développement de
la côte. Quoique fituées aux lieux les plus
propres pour le débarquement, elles ne pourroient cependant pas l'empècher, parce qu'elles --- Page 106 ---
( 94 )
font petites , trés-baffes & conftruites en maçonnérie.
Au lieu d'un fi grand nombre de batteries
inutiles à la défenfe de l'isle, au lieu de ce
mauvais chàteau, il auroit fallu occuper les
deux côteaux qui commandent la ville & le
port, par deux forts quadrangulaires. Un canal
les fépare ; mais leur protedtion n'en feroit
moins
pas
réciproque, 2 étant très. voilins Pun de
l'autre, tout au plus à deux cents cinquante
toifes de diftance. La défenfive ainfi
trée feroit bien fuffifante
concenpour limportance
de l'isle. On pourroit alors, en cas d'attaque,
offrir un afyle aux richeffes des habitans ; afyle
d'autant plus affuré, que de quelque côté que
l'ennemi marchât fur le chef.lieu de la colonie,
il fe trouveroit arrêté par les deux forts, qui
commanderoient la ville, , le fauxbourg, les
branches du port & tousles environs. En voilà
bien affez pour cet objet; paffons à un nouvel
examen.
L'isle de Curaçao n'a point de mornes (1)
élevés comme ceux des Antilles. Le plus haut
de tous ici n'a peut - être pas cent cinquante
(I ) Montagnes.
l'ennemi marchât fur le chef.lieu de la colonie,
il fe trouveroit arrêté par les deux forts, qui
commanderoient la ville, , le fauxbourg, les
branches du port & tousles environs. En voilà
bien affez pour cet objet; paffons à un nouvel
examen.
L'isle de Curaçao n'a point de mornes (1)
élevés comme ceux des Antilles. Le plus haut
de tous ici n'a peut - être pas cent cinquante
(I ) Montagnes. --- Page 107 ---
( 95 j
toifes au - deffius do"iniveau de la mer. Le fol
d'ailleurs y eft très-inégal, maigre, ftérile ; à
peine y trouve-t.on fept à huit pouces de terre.
Au.deffous eft une cfpece de roc calcaire, formé par des débris de corps marins pétrifiés $ au
milieu defquels j'ai vu plufieurs madrépores
extrèmement fains. Ce roc n'eft point dur, &c
les différentes parties quil le compofent font fi
peu liées entr'elles, qu'il eft rare d'en tirer des
échantillons d'un pied cube de groffeur.
Ily: a près de foixante années que l'on voyoit
encore plufieurs forêts dans Pisle; alors les
pluies y étoient fréquentes ; & malgré le peu
d'épaiffeur de fa couche végétale, on y cultivoit avec fuccès l'indigo & le cacao. Aujourd'hui qu'il y refle à peine quelques petits bouquets de bois, & qu'ily pleut légérement, le
produit réei des terres fe réduit à des récoltes de
petit mil & de mais, 2 que l'on feme en feptembre & que l'on coupe en janvier. C'eft dans cet
intervalle qu'eft la faifon des pluies, la feule où
la végétation puiffe faire ici quelques progrès.
La cultures'y exécute par le moyen de la charrue. L'on y attele indiféremment les boeufs &
les chevaux. Ces derniers font de petite taille,
de peu d'apparence, quoique d'origine efpa- --- Page 108 ---
( 96 )
gnole, mais forts. &
le cedent
tremargens. Les boeufs ne
point en groffeur à nos plus
boeufs
grands
d'Europe 5 mais ils ont moins de vivacité: leur chair eft d'ailleurs de fort bon
L'on éleve encore dans l'isle
goût.
peaux de moutons qui
plufieurs trou-
&
y réuffifent fort
ces différens objets réunis font la bien,
des habitans de la
richeffe
campagne.
On compte trente mille efclaves dans l'isle
entiere. Le furplus de la population failant
total de quatre à cinq mille, eft
uin
blancs ou fing mélé, tant
compofé de
fonds
propriétaires de biens
que négocians domiciliés dans la
qui eft petite, mais propre & bien
ville,
Juifs y
bâtie. Les
poffedent une fort belle
tiennent le haus bout du
fynagogue, &.
commerce. Ils font
originaires de différentes nations
tribu de Juda eft la plus
d'Europe; la
ils
nombreufe, En générai
jouiffent d'une grande aifance, & font bien
plus honnètes gens que leurs freres de l'ancien
monde; ; au contraire des autres fectes
perdent ordinairement du côté de la
s qui
paflant dans le nouveau. D'oà
vertu en
provient cette
différence? Je crois l'entrevoir. Les Juifs ici
ne pouvant participer aux charges du
>
nement, n'en font du moins
gouverpas vexés comme
en
ils
nombreufe, En générai
jouiffent d'une grande aifance, & font bien
plus honnètes gens que leurs freres de l'ancien
monde; ; au contraire des autres fectes
perdent ordinairement du côté de la
s qui
paflant dans le nouveau. D'oà
vertu en
provient cette
différence? Je crois l'entrevoir. Les Juifs ici
ne pouvant participer aux charges du
>
nement, n'en font du moins
gouverpas vexés comme
en --- Page 109 ---
( 97 )
Ils poffedent des fonds de terre aux
en Europe.
avec la
mèmes conditions que les Hollandois,
fécurité, & obtiennent une confidéramème
Mais les Européens des autres
tion prefqu'égale.
qui s'établiffent dans les colonies 2
religions 1
fouvent dans leur patrie une
abandonnent
venir fe
exiftence civile très -honnète 2 pour
confondre avec les hommes les moins confidérés. Leur ame, dans ce paffage humiliant,
s'avilir, tandis que celle
doit néceffairement
des Juifs fe releve par la raifon contraire.
Les familles, hollandoifes, fans méfalliance
de couleur, font cependant les
avec-les gens
les places de l'admifeules qui puiffent occuper
niftration, & elles font en petit nombre. Les
habitans libres, compolés de François
autres
tous méfalliés. Ils
& d'Efpagnols, font prefque
la religion catholique, qui eft auffi
profeffent
que les proteftans, de
celle des efclaves, parce
les
n'admettent point les dermème que
Juifs,
niers à leur culte.
hollandoife des Indes
C'eft la compagnie
occidentales qui perçoit les impôts de l'isle &
qui la régit parle moyen d'un gouyerneur aidé
de deux tribunaux auxquels il préfide. Elle
nomme à tous les emplois, mais avec la confirG --- Page 110 ---
( 98 )
mation" des Etats-Géméraux. Le tribunal
rieur ne juge en dernicr refort
fupé.
qu'à la concurrence de fix cents pialtres. (1)
Les impofitions fixes de l'isle ne fauroient
fubvenir aux frais de fon adminiftration. Mais
nous ne tarderons pas à découvrir une fource
plus abondante de richeffes pour la compagnie
qui la poffede; il faut auparavant
l'ébauche
compléter
que je vous ai donnée de fes campagnes.
Les tremblemens de terre ne s'y faifant jamais
fentir, 2 l'on n'a pas craint d'y confruire les
maifons en maçonnerie, & de les élever de deux
étages. Les couvertures en font très-plates &
faites avec des tuiles d'Europe. Laj plus
grande
propreté regne dans leur intérieur, & l'on a
eu foin de les placer fur de petites
afin de les rendre plus fraiches. éminences,
L'aridité des
collines fur lefquelies elles font conftruites,n'a
pas permis d'établif des potagers ni même des
vergers aux alentours ; il a fallu choilir au-def
fous & à proximité, des terreins
nabies à ces différens
plus conveobjets. Mais les meilleurs
(1)3300 liv. argent de France, parce que la
vaut environ 5 liv. IO fols.
piaftre
petites
afin de les rendre plus fraiches. éminences,
L'aridité des
collines fur lefquelies elles font conftruites,n'a
pas permis d'établif des potagers ni même des
vergers aux alentours ; il a fallu choilir au-def
fous & à proximité, des terreins
nabies à ces différens
plus conveobjets. Mais les meilleurs
(1)3300 liv. argent de France, parce que la
vaut environ 5 liv. IO fols.
piaftre --- Page 111 ---
( 99 )
& les mieux cultivés rendent encore des légumes avec peine, tant la féchereffe eft grande.
Il n'y a que les arbres fruitiers quiy réuffifent
affez bien, tels que le cocotier, le tamarinier
& le fapotillier, ce dernier fur-tout, qui donne
la plus belle & la meilleure fapotille de PAmérique.
Les revenus des propriétaires confiftent eri
petit mil, bled de Turquie, boeufs, 2 veaux s
moutons 2 volailles, laitage & fruits de plufieurs fortes. Tout cela fe débite dans la ville $
partie aux citadins pour la nourriture de leurs
efclaves & la leur propres partie aux navigateurs. Les habitations les plus riches rendent
de cette maniere jufqu'à cinquante mille livres
par an 3 mais celles-là font en petit nombre. La
plupart ne donnent qu'un revenu médiocre.
Les negres y font traités avec bien plus de douceur que dans les colonies angloifes & françoifes. Ilsfontautli bien mieux nourris & mieux
vêtus. Peut- être font- ils redevables de CeS
avantages à la crainte que l'on a de leur fuites
parce qu'une pirogue leur fuffiroit pour att.indre le continent.
Il paffe ici pour certain que Tairy étoit trés
mal - fain avant la deltruction des foréts 3 mais
Q ij --- Page 112 ---
( IGO )
il eft fi falubre aujourd'hui,qu'on
n'y meurt
que de vieillelle.
L'on n'y connoit aucune forte de bètes venimeufes, on n'y voit pas même des maringouins
ou autres infeétes ailés, dont les morfores foient
incommodes.
Les lézards épineux, nommés
font
leguana s y
très - communs. La côte eft affez poiffonneufe & fournit beaucoup de tortues excellentes. J'en ai vu qui pefoient quatre quintaux.
Les colibris, les ortolans & les
les efpeces d'oifeaux les
moqueurs font
plus multipliées dans
l'isle:on y trouve auffi des perruches & mème
des perroquets 2 mais en petit nombre.
De toutes les plautes qui y croiffent fans
culture, la plus remarquable, comme la plus
commune, eft une forte d'aloès, nommée
cierge
épineux, qui s'y éleve à la hauteur de quinze
à dix-huit pieds. On la voit par-tout, principalement dans les lieux arides : mais malgré
les piquans redoutables dont elle eft armée,
elle n'eft pas la plus dangereufe, Les bords 9
feul ruiffeau qu'il y ait dans l'isle
du
le
2 nourrifent
mancenillier, l'arbre le plus vénéncux qui
exilte dans le monde. Un François étant à la
chaife il y a quelques
jours s apprit à le con-
-huit pieds. On la voit par-tout, principalement dans les lieux arides : mais malgré
les piquans redoutables dont elle eft armée,
elle n'eft pas la plus dangereufe, Les bords 9
feul ruiffeau qu'il y ait dans l'isle
du
le
2 nourrifent
mancenillier, l'arbre le plus vénéncux qui
exilte dans le monde. Un François étant à la
chaife il y a quelques
jours s apprit à le con- --- Page 113 ---
( JOI )
noitre à fes dépens, & peu s'en fallut qu'il
ne payàt plus cher encore fon ignorance. Paffant auprès d'un de ces arbres, il en arracha
une feuille comme par diftraction, & la porta
à fa bouche. Lindammationquil reffentitauffitôt dans le palais, lui ft rejeter la feuille à
l'inlant. La douleur devenant toujours plus
vive, il fe douta que cette feuille étoit un
poifon. Il courut dans l'habitation la plus prochaine , y raconta fon aventure, On lui fit
boire de Phuile d'olive, qui le foulagea. Revenu à bord le foir , le chirurgien-major le mit
au lait pour toute nourriture. Son palais , le
lendemain, étoit blanc & rempli d'ulceres, fa
gorge enflammée & fa tête pefante. Il guérit
cependant au bout de quelques jours s graces
à fa jeunelfe & à fa bonne conftitution smais
il auroit probablement fuccombe au poifon s
s'il eût avalé fa premiere falive.
Cet accident me fit naitre l'idée d'aller voir
ces arbres dangereux, que je ne connoiffoispoint
encore. Ils étoient alors chargés de fruits femblables à de petites pommes d'api. En me rappellant tout ce que j'avois lu dans différens
ouvrages 9 de linluence pernicieufe de leur
athmolphere feule,je craiguis de m'y expofer,
G iij --- Page 114 ---
( 1O2 11 )
Cependant la curiofité l'emporta, & j'examinai
le plus beau tout à mon aife.
Il eft inutile de vous en donner la defcription, qui feroit abfolument conforme à celle
que l'on trouve dans
Je
l'Encyclopédie.
me
contenterai d'ajouter ici,qu'en courbant les
jeunes branches, j'en fs fortir des jets trèsconfidérables d'un fuc blanchâtre, femblable
à celui du tythimale. Les Indiens
fervir
ont pu s'en
pour empoifonner leurs fleches.
Après avoir pallé une hêure entiere à examiner l'enfemble de P'arbre, , fon affette à
en arracher des feuilles, à courber fes bran- :
ches, à cueillir des fruits & les ouvrir, fans
autre précaution qu'une paire de gants
je laiffai enfuite fur la
que
place, je n'en redlentis pas la moindre incommodité,
J'en conclus
donc que l'athmofphere du mancenillier n'eft
pas aufi dangereufe qu'on le croit commu.
nément, quoiqu'il n'y ait rien à rabattre des
effets direéts du poifon qu'il
il
renferme: corrode à lextérieur les chairs les plus dures,
& les plaies qu'il fait font très - difficiles à
guérir. Cet arbre enfn eft fi
malgré la beauté &
redoutablé, que
lincorruptibilité de fon
bois, çualités qui le rendent
trés-propre aux
pas aufi dangereufe qu'on le croit commu.
nément, quoiqu'il n'y ait rien à rabattre des
effets direéts du poifon qu'il
il
renferme: corrode à lextérieur les chairs les plus dures,
& les plaies qu'il fait font très - difficiles à
guérir. Cet arbre enfn eft fi
malgré la beauté &
redoutablé, que
lincorruptibilité de fon
bois, çualités qui le rendent
trés-propre aux --- Page 115 ---
( 103 )
ouvrages de marquetterie les plus Enis, l'on
préfere encore de le détruire 3 du moins dans
la plupart des colonies de PAmérique , & l'on
a bien raifon. S'il en refte quelques-uns dans
celles quiappartieinnent à la France, CC ne peut
ètre que dans des lieux incultes & inhabités.
L'on en voyoit beaucoup aux environs du
Fort - Royal de la Martinique jufqu'à l'avantderniere guerre. Deux anciens colons m'ont
racouté qu'en 1758, lorfque les Anglois fe
furent rendu maitres de l'isle, 9 plufieurs de
leurs foldats nouvellement arrivés d'Europe 2
croyant voir des pommiers ordinaires, fe jeterent avec empreffement fur les mancenilliers
dont ils mangerent les fruits, fans qu'aucune
repréfentation pût arrèter leur voracité. Ils
crurent apparemment que le defir de préferver
les pommes étoitle motif d'une fable imaginée
pour les épouvanter : "mais il n'en échappa
aucun aux effets du poifon. Ce malheur Co11tribua peut-ètre pour beaucoup à l'extirpation
des arbres qui l'avoient caufé. Les habitans
de Curaçao devroient bien aufli profiter de
cette leçon pour détruire ceux qui leur ref
tent, malgré leur pauvreté en bois de toutes
les elpeces, qui les oblige d'envoyer couper
G iv --- Page 116 ---
( I04 )
aux isles d'Aves celui dont ils ont befoin chaque jour.
Les negres employés à ce travail ramaffent
fur CCS isles inhabitées, des
brables d'oeufs
quantités innomd'oifeaux, 9 fort bons à
ils s'en nourrident,
manger;
enl font cuire fur les
& les vendent à leur
lieux,
retour.
L'on ne connoie qu'une fontaine dans l'isle
de Curaçao. Elle eft fituée au fond du
marchand, ou les citadins
port
vont acheter
en détail. Les habitans de la
l'eau
tous des puits dont ils fe fervent campagne ont
ment, quoiqu'ils foient de mauyaife habituelleLa rareté de l'eau douce dans
qualité.
paroit pas fuffifamment
l'isle ne me
de fes forêts. On auroit expliquée par l'abattis
les pluies
beau infilter fur ce que
n'y font plus aufi abondantes
Pétoient autrefois 5 il en tombe
qu'elles
pour entretenir un bon nombre encore aflez
l'organifation
de fources, G
intérieure de l'isle, compofée juf
qu'au - deffous du niveau de la mer de
défunies, ne contribuoit
pierres
des
pas à la
eaux, Quoi qu'il en foit des caufes, déperdition
n'eft que trop certain; il doit même l'effet
gardé comme un obftacle
être repuiffant à
diffement de la colonic, à moins
Fagranque la com.
lez
l'organifation
de fources, G
intérieure de l'isle, compofée juf
qu'au - deffous du niveau de la mer de
défunies, ne contribuoit
pierres
des
pas à la
eaux, Quoi qu'il en foit des caufes, déperdition
n'eft que trop certain; il doit même l'effet
gardé comme un obftacle
être repuiffant à
diffement de la colonic, à moins
Fagranque la com. --- Page 117 ---
( IOS )
pagnie hollandoife n'établifie une fontaine artificielle - , comme Bernard Paliliy (1) nous
l'enfeigne.
Cette entreprife feroit digne d'un peuple induftrieux, accoutumé de longue main à combattre la nature. Il triompheroitici de la fécherelfe, comme en Europe il brave les eaux.
Venons à l'objet principal de la colonie 9
c'eft-à-dire,aux avantages que fa métropole
en retire. Située à dix lieues du golfe de
Vénézuala, qui s'enfonce dans le continent
de PAmérique Elpagnole, elle ne fauroit ètre
mieux placée pour favorifer le commerce interlope avec un pays riche en vivres & en
métaux précieux , & qui manque en même
tems de toiles & d'étoffes que l'Efpagne ne
peut lui fournir. La clincaillerie jointe à ces
articles, compofe ies cargaifons hollandoifes
qui s'y débitent, & les retours confiftent en
or & argent monnoyés 7 ou mis en oeuvre
grofiérement,en bocufs, chevaux, moutons
& cuirs tannés.
L'Elpagne n'iguore point que l'exiftence
(1) Fameux potier 2 connu par un ouvrage tréselimé pour fon tems, --- Page 118 ---
( 106 )
de Curaçao n'eft fondée que fur le commerce :
cependant il fubfifte & fubliftera long-tems
dépit des bâtimens garde- côtes de cette nation en
jaloufe. Comment en effet l'empècher ? Il faudroit qu'elle multipliat fa marine à un point
exceffif, & qu'elle s'affurât encore de la fidélité de tous ceux qui commandent : or cela
n'arrivera jamais , & c'eft un bien
2 fes
fujets d'Amérique. Quelle miférable pour
politique
que celle d'un état qui éloigne tous les étrangers de fes ports > ne pouvant les remplir de
fes propres vaiffeaux !
L'on retrouve dans l'isle de Curaçao les
moeurs des différentes nations qui Phabitent,
combinées avec cet efprit général de licence qui
caractérife les colonies d'Amérique.
On y voit beaucoup de porcelaine & de
la vaiffelle d'argent ; dans l'intérieur des maifons 2 les habitans n'ont pas d'autre luxe. Leur
habillement eft des plus fimples. Les femmes
qui vivent à la campagne, n'ont pour coéffure
qu'un fimple mouchoir qui leur enveloppe la
tête, & ne mettent pas même de poudre fur
Jeurs cheveux. Les citadines font coeffées &
vêtues à la françoife,mais d'une maniere
tefque. Toutes paroifent,de même
groque leurs
érieur des maifons 2 les habitans n'ont pas d'autre luxe. Leur
habillement eft des plus fimples. Les femmes
qui vivent à la campagne, n'ont pour coéffure
qu'un fimple mouchoir qui leur enveloppe la
tête, & ne mettent pas même de poudre fur
Jeurs cheveux. Les citadines font coeffées &
vêtues à la françoife,mais d'une maniere
tefque. Toutes paroifent,de même
groque leurs --- Page 119 ---
( 1O7 )
dans leurs manieres
époux, affables 9 fimples
& indolentes : beaucoup moins cependant que
les créoles de la Martinique. L'indultrie &
l'amour du travail, remarquables dans le caraétere hollandois, n'ont pas encore été étouffés ici par P'infuence du climat.
Rarement ici un blanc refte garçon. La fécondité des femmes y eft auffi beaucoup plus
grande que dans le refte de l'Amérique. L'on
y voit ailez communément, fur - tout parmi les
Juifs, des familles de neuf & dix enfans. Les
jcunes gens des deux fexes y jouiffent entr'eux
d'une grande liberté 3 mais l'empreffement avec
lequel ils s'inclinent de bonne heure l'un vers
l'autre, loin d'etre un obltacle à l'union du
mariage, en eft le préfage heureux. Auffi voiton les époux vivre enfemble & avec leurs enlfans s dans l'accord le plus parfait.
D'oû peut provenir cette liaifon particuliere
dans les familles blanches de Curaçao ? Plufieurs
caufes la maintiennent. Environnées d'efclaves
nombreux, naturellement leurs ennemis, elles
ont befoin d'une grande intelligence entr'elles
pour fe foutenir contr'eux.
La ville d'ailleurs n'eft point attrayante 3 elle
n'offte aucun de çes plailirs publics que l'on --- Page 120 ---
( 108 )
trouve déjà dans les colonies françoifes:
ne differe des
elle
femble
campagnes qu'en ce qu'elle raf.
plus d'hommes occupés fur un certain
efpace. Chaque habitant de Curaçao doit donc
concentrer tout fon bonheur dans le fein de fà
famille.
Enfin, les propriétaires de fonds,
regarder P'isle
9 habitués à
comme leur patrie, , n'ont d'autre
ambition que de faire valoir les biens
poffedent. Cette maniere de voir les chofes qu'ils y
tranfmet des
fe
peres aux enfans, & établit dans
ces derniers un caraétere de modération
éloigne toutes les brouilleries de
qui
quelles Pintérêt &
familles, auxl'avidité ne donnent lieu que
trop fouvent. Les enfans ne connoiffant d'autres
jouiffances que celles qu'ils trouvent dans la
maifon paternelle ne s'occupent qu'à y vivre
tranquillement. Leurs idées fe réuniffent en ce
feul point, ils ne voient rien au- delà.
S'ils font bornés par les circonftances dans
les jouiffances morales s ils s'en
dans les jouiffances
dédommagent
phyfiques. Vous en
par leur régime de vie,
vais
jugerez
dontje
vous rendre
compte.
Ils fe levent de grand matin pour refpirer
air frais. La famille alors fe raffemble
un
dans la
vivre
tranquillement. Leurs idées fe réuniffent en ce
feul point, ils ne voient rien au- delà.
S'ils font bornés par les circonftances dans
les jouiffances morales s ils s'en
dans les jouiffances
dédommagent
phyfiques. Vous en
par leur régime de vie,
vais
jugerez
dontje
vous rendre
compte.
Ils fe levent de grand matin pour refpirer
air frais. La famille alors fe raffemble
un
dans la --- Page 121 ---
( 109 )
galerie, où lon apporte le déjeûné, qui eft
pour l'ordinaire du café. au lait.
Après le déjeûné, chacun vaque à fes Occupations & boit de tems en tems du punch, de
la biere, ou du vin & deleau, jufqu'à l'heure
du diné.
On dine copieufement en viandes de boucherie & volailles de toute efpece 5 carles légumes y font fort rares.
Immédiatement après le diné, on prend le
thé, puis le café, & l'on dort. A peine eft-on
réveillé, que l'on recommence à boire comme
le matin & à différens intervalles 2 jufqu'au
foupé,
Ce dernier repas eft frugal; il confifte principalement en falades, auxquelles on joint quelques fruits du pays.
Le punch froid eft la boiffon d'un grand nombre d'habitans, mème pendant les repas.
Depuis le 17 avril, jour de notre arrivée,
jufqu'au premier mai, qui eft celui où je vous
écris, le thermometre n'a pas paffé le 24€ degré
& n'eft jamais defcendu au - deffous du 21e.
Nos réparations les plus urgentes font faites 2
nos bleffés viennent d'être rembarqués, & nous
appareillons demain. --- Page 122 ---
( iro )
Lez miai, fix heures du matin , nous fommes fous voiles.
Les Hollandois auroient bien defiré profiter
de notre : efcorte pour gagner S. Domingue
avec leur nombreux convoi, C'eàt été un grand
pas de fait vers l'Europe; mais le commandant
de notre petire efcadre, connoifànt la grande
dérivation de leurs navires, , s'eft bien gardé
d'accéder à cette propofition. Il n'a pas voulu
courir les rifques de manquer le canal de PortoRico, & d'être jeté avec eux fous le vent de
S. Domingue; ; enforte que nous les laiffons dans
leur port.
Le 3 mai, , nous fommes fuffifamment élevés
au vent, & nous commençons à courir la bordée qui doit nous mettre dansle canal de PortoRico, tenant compte de la force des courans
à raifon de trois lieues par vingt-quatre heures,
Le vent eft au S.E., nous ne filons
que deux
noeuds & demi, mais c'elt de bonne route.
Le 4, toujours beau tems, rien de remarquable d'ailleurs.
Le 5, encore plus beau que la veille; notre
fillage cft de quatre noeuds. Nous avons vu
depuis le commencement de la journée un
grand nombre d'oifeaux. La mer charrie aufli
de PortoRico, tenant compte de la force des courans
à raifon de trois lieues par vingt-quatre heures,
Le vent eft au S.E., nous ne filons
que deux
noeuds & demi, mais c'elt de bonne route.
Le 4, toujours beau tems, rien de remarquable d'ailleurs.
Le 5, encore plus beau que la veille; notre
fillage cft de quatre noeuds. Nous avons vu
depuis le commencement de la journée un
grand nombre d'oifeaux. La mer charrie aufli --- Page 123 ---
( iIi )
multitude de varechs ; les unsifolés, d'auune
circulairement, fortres f raffemblés prefque
de deux à
ment des efpeces d'isles Alottantes
trois cents toifes de diametre 5 & lorfque le vent
ces mêmes isles prennent la forme
augmente s
fur
de rubans très-étroits S, qui fe développent
parallélement les uns
une grande longueur,
à
aux autres 2 & toujours perpendiculairement
la direction du vent. A mefure que nous approchons de terre, ces plantes marines deviennent plus abondantes.
dont les
Nous venons de traverfer une mer
extrèmement brunes 3 j'y ai
eaux paroiffoient
où
vu enfuite quantité
plongé un baquet,
j'ai
animaux circulaires, de couleur brune,
de petits
d'éde trois lignes de diametre & d'une ligne
femblables aux orties errantes, par la
paiffeur
forme, la tranfparence & la vifcofité de leurs
chairs. Tant qu'ils reftoient dans l'eau, ils ne
donnoient aucun figne de vie; mais une fois
hors de Peau, ils palpitoient quelqies minutes s
puis fembloient expirer. Leur troupe occupoit
une étendue Gi confidérable, que je n'ai pu en
failir les limites. Très-près les uns des autres. 3
ils fe laiffoient dériver au courant & ne fenbloient pas avoir de mouvement à eux. Le fil- --- Page 124 ---
( I12 )
lage de notre vaiffeau les a féparés, mais ils fe
font réunis P'inftantaprès notre palfage.
Lc 6, même tems que la veille; le foir on
fignale la terre. Nous courons deffus toute la
nuit, parce que le vent eft foible.
Le 7, au point du jour, deux isles nous
reftent à fribord, une autreàl bas-bord, fort près
d'une terre très-étendue. A ces renfeignemens
lon reconnoît le canal de Porto - Rico, & l'on
juge que nous fommes entre la Monique &
l'isle S. Domingue. Bien affurés de notre pofition, s nous examinons, , d'après notre point,
quelle doit être la vitefle des courans, & nous
trouvons qu'il auroit fallu leur attribuer une
viteffe de trois lieues & demie
par vingt-quatre
heures.
Le 8,dès le matin, nous doublons le
del Enganno, & nous courons grand frais cap
vent
arriere, à fx lieucs ou environ de la côte de
S. Domingue. La mer ici eft encore couverte
de varechs.
Le thermometre , depuis notre départ de
Curaçao, n'a pas été au- deffus de 22 degrés &
demi, ni au - deffous de21. Il n'eft pas monté
à Curaçao au - deffus de 24; cependant
étions tous alors accablés de
nous
chaleur, tandis
qu'ici
cap
vent
arriere, à fx lieucs ou environ de la côte de
S. Domingue. La mer ici eft encore couverte
de varechs.
Le thermometre , depuis notre départ de
Curaçao, n'a pas été au- deffus de 22 degrés &
demi, ni au - deffous de21. Il n'eft pas monté
à Curaçao au - deffus de 24; cependant
étions tous alors accablés de
nous
chaleur, tandis
qu'ici --- Page 125 ---
( 113 )
Une différence
qu'ici perfonne ne s'en plaint.
& demi dans la température de l'a air
d'un degré
une aulli forte dans nos
peut - elle eil produire
auroit- il
fenfations ? Je ne le crois pas. N'y
raifon de ce phénomene ?
point quelqu'autre
mettoient à couLes terres de Curaçao nous
vert de la brife; ici, au contraire 5 nous la recefans obftacle. En me rappellant l'expé.
vons
des liqueurs par le
rience du refroidiffement
comme celle de l'amoyen de l'évaporation,
baiffement du mercure dans le thermometre
mouille la boule en l'expofant à un
dont on
fuis
furpris que le corps
courant d'air 3 je ne
pas
des effets femblables. Peuthumain éprouve
être même qu'il fupporteroit plutôt 30 degrés
de chaleuravec un vent violent: 2 que 24 degrés
calme.
dans une athmofphere
bonne route, verit arriere.
Le 95 toujours
bâtiment de
Nous voyons dans l'après-midi un
on fait les fignaux de reconnoinlance 5
guerre;
On l'a expédiée du
c'elt une de nos frégates.
fa mif
favoir de nos nouvelles ; voilà
Cap pour
& elle revient avec nous. L'offifion remplie,
confirme la prife de M.
cier qui la commande;
de Graffe, que nous né faifions que foupçonque les vaiffeaux le Cators
ner, & nous apprend
H --- Page 126 ---
( 114 )
& le Jafon, avec les frégates I'Aimable & la
petite Cérs, ont été pris depuis par la divifion
du général Hood, fous le canal de Porto-Rico.
Le IO, nous reconnoiffons la Grange. (r)
Pendant la nuit, il s'éleve une brife carabi.
née, qui nous oblige de mettre à fc de voiles,
pour ne pas tomber fous le vent du Cap.
Le II au matin, nous nous trouvons parle
travers de la rade, & nous tirons un coup de
canon. Arrive un pilote qui nous fait entrer
dans P'après-midi.
Nous ne fommes pas plus tôt mouillés
plufieurs officiers de terre & de
s que
mer viennent
à notre bord. La curiofité les amenoit près de
nous, & nous eûmes bientôt fait nos
de nouvelles.
échanges
Le 12,) je defcends à terre.
(I) C'eft une petite montagne de S. Domingue,
quinze lieues à PE. du Cap s qui a reçu fon nom de
fa configuration extérieure. Elle fert de repaire aux
navigateuis.
idi.
Nous ne fommes pas plus tôt mouillés
plufieurs officiers de terre & de
s que
mer viennent
à notre bord. La curiofité les amenoit près de
nous, & nous eûmes bientôt fait nos
de nouvelles.
échanges
Le 12,) je defcends à terre.
(I) C'eft une petite montagne de S. Domingue,
quinze lieues à PE. du Cap s qui a reçu fon nom de
fa configuration extérieure. Elle fert de repaire aux
navigateuis. --- Page 127 ---
i1s )
LETTRE II
Du Cap François 2 le25 mai1781.
Jrrt fur cette terre étrangere, fans aucune
efpece de fonctions, fans parens, fans amis;
n'ayant mème pu pénétrer qu'avec peine la
cohue qui environne les adminiftrateurs, les
lettres de recommandation dont j'étois porteur
auprès d'eux ne m'ont pas été fort utiles. Mais
cela ne m'étonne pas : ilya tant de troupes ici,
Efpagnoles ou Françoifes, tant de marins de
toutes les clafes, qu'il eft impoflible de s'y
reconnoitre. L'affluence de monde eft Gi confia
dérable, queles rues font toujours pleines d'allans &. de venans, malgré la chaleur brûlante
du foleil, qui y darde à préfent des rayons
perpendiculaires. Enfin,, pour pouvoir refpirer, je refte peu dans la ville. Je vais chercher
de l'ombre dans les mornes folitaires contre
lefquels elle eft adoffée. Je trouve dans ces
promenades le filence que j'aime, un mouvement falutaire au corps & la fatisfaction d'examiner un pays tout nouveau pour moi.
Hij --- Page 128 ---
( I16 )
Mais j'attends
fur-tout avec impatience le
moment où je pourrai m'établir à la
C'eft de là que je vous écrirai
campagne.
plus volontiers.
LETTRE IIL
S. Domingue 2 12 juin 1782,
Esnx j'ai quitté cette ville brôlante, dont
l'athmofphere, fans ceffe échauffée directement, l'eft encore par la réverbération des
mornes qui lappuient, où Pon fire à groffes
gouttes & oûlon boit fans appaifer fà foif.
me vois à préfent dans une plaine fertile, Je
cultivée, & j'y refpire à mon aife. Avec bien
intérêt je vais obferver tous les
quel
vironnent !
objets quim'ens
Indépendamment des
du pays & de leur cultute, le productions
des negres 3 comme une machine gouvernement
curieufe
toujours montée, fc préfentera fans ceffe à
mes regards. Le vrai caractere de leurs maitres
ne pourra m'échapper; & le climat, dont j'ob.
ferve les élémens chaque jour, fournira
par la fuite à mes réflexions, Voila
aufli
les objets de mes lettres.
quels feront
L'ordre de mes remarques fixera celui des matieres, Si, malgré
cultute, le productions
des negres 3 comme une machine gouvernement
curieufe
toujours montée, fc préfentera fans ceffe à
mes regards. Le vrai caractere de leurs maitres
ne pourra m'échapper; & le climat, dont j'ob.
ferve les élémens chaque jour, fournira
par la fuite à mes réflexions, Voila
aufli
les objets de mes lettres.
quels feront
L'ordre de mes remarques fixera celui des matieres, Si, malgré --- Page 129 ---
( 117 )
volonté, mes recherches & mon trama bonne
vail, vous ne recevez que des écrits imparfaits
indulgent. Songez que > dans les
2 foyez
n'a pas moins de peine
climats chauds 9 lefprit
le corps à faire fes fonétions. Ils font l'un
que
n'é-
& l'autre fujets à un relâchement qu'ils
point dans les climats tempérés. Mais
prouvent
quoique cette raifon foit bonne en elle-mème >
fervira
jamais de prétexte à
elle ne
cependant
ma négligence.
Ne connoiffant encore qu3 la cafe (1) que
Thabite & le payfage qui Penvironne, je ne
puis vous entretenir d'autre chofe.
Repréfentez- vous donc une maifon fans
de longueur E. O. fur
étagc, de quarante pas
de
N. & S. Deux galeries,
trente
profondeur
un avant-toit foutenu fur des
couvertes par
piliers & attenantes au corps-de-logis 9 regnent
fur toute fa longueur; 3 l'une au N. & l'autre au
S. L'on s'y promene & l'on y refpire.
(1) Ceft ainfi que l'on appelle toutes les maifons
de campagne à Saint- Domingue 9 depuis les fimples
demeures des plus
chaumieres des negres. 2 jufqu'aux
l'on diftingue néanmoins
riches propriétaires 1 que
par l'épithete de grandes.
H iij --- Page 130 ---
( 118 )
Tout le logement fe trouve compris entre
ces deux galeries. Il confifte en une grande
falle ménagée au centre du bâtiment & percée
de deux portes en face-] l'une de lautre, habituellement ouvertes, qui répondent chacune
fur le milieu d'une galerie. La falle eft fanquée
au N. de deux petites chambres , l'une à droite,
l'autre à gauche, où logent des efclaves favoris.
Au S. font deux paffages qui menent chacun à
une chambre de maitre; le propriétaire
l'une & m'a cédé l'autre.
occupe
Indépendamment du logement que je viens
de vous indiquer, l'on a pris fur l'emplacement
des deux galeries, aux quatre extrèmités qu'elles préfentent, des efpaces fuffifans
pour y faire
quatre petites réferves. L'une fert de
à vivres pour les negres nouveaux
magafin
de Phabitation:
ou infirmes
une autre fert d'apothicairerie,
& les deux dernieres font confacréesaux
de mince condition
blancs
qui viennent demander
Phofpitalité.
Le fol de la maifon eft élevé de trois à
quatre
pieds au - deffus du terrein naturel, afin de
diminuer l'humidité dans les
ne laiffe pas de fe faire fentir appartemens 5 qui
d'une maniere
incommode, malgré cette fage précaution,
infirmes
une autre fert d'apothicairerie,
& les deux dernieres font confacréesaux
de mince condition
blancs
qui viennent demander
Phofpitalité.
Le fol de la maifon eft élevé de trois à
quatre
pieds au - deffus du terrein naturel, afin de
diminuer l'humidité dans les
ne laiffe pas de fe faire fentir appartemens 5 qui
d'une maniere
incommode, malgré cette fage précaution, --- Page 131 ---
1e 119 )
Deux efcaliers en pierre, placés (ymmétriquement, l'un vers le milieu de la galerie du
nord, l'autre vers le milieu de celle du fud,
font les feules communications de la maifon
avec le dehors.
L'exhauflement du rez- de- chauffée eft un
maffif de maçonnerie qui fert de fondation au
bâtiment s dont les parois ne font qu'une efpece
de cloifon faite avec des planches de palmifte,
recouvertes fucceflivement les unes par les
autres en forme d'écailles 9 & fixées fur des
poteaux d'un bois très - dur, qui s'élevent
jufqu'au toit.
De ce genre de fermeture réfulte un avantage bien grand pourle pays ; favoir, de ménager une multitude de paffages à l'air du dehors
à travers les joints de la cloifon.
Les meilleurs appartemens ici font ceux qui
fourniffent à la fois le plus grand volume d'air,
& où il fe renouvelle le plus fouvent. Auffi nos
portes & volets font ouverts tout le jour. Nos
plafonds font élevés de dix-fept pieds, & nos
tapifferies font de fimples toiles extrèmement
claires. (1)
(I) L'extravagante manie d'imiter la France en
H iv --- Page 132 ---
( 120 J
De Fintérieur, paffons à P'extérieur.
Placez. - vous fur le pallier de l'efcalier du S.
vous verrez une partie de la favane
centre de laquelle la maifon eft
(r) au
s'étend à
fituée, & qui
plus de cent cinquante toifès, ,de quelque côté qu'on la melure. Sur celui-ci, elle eft
terminée par une haie vive de bois de
che & de.citronniers,
çampè.
furmontée par des oran.
gers qui regnent le long d'un chemin de
tratoutes chofes s fans exception de celles
viennent point
qui ne conau climat de S, Domingue, fait
les habitans qui bâtifent aujourd'hui
que
lonie, s'éçartent
dans cette cQbeauçoup des principes de leurs
prédécelfeurs, quiétoient cependant les plus raifon.
nables. Aujourd'hui tout ce que l'on conftruit eft
maçonnerie; ; les diftributions font caufli
en
veut de petits
changées; : l'on
appartemens, de petits boudoirs bien
meublés, l'on y étouffe. II y a vingt ans que l'on
alloit en vefte dans les meilleures maifons de
lonie;l'ufage exige aujourd'hui
la COdans les villes qu'en
que l'on ne paroiffe
habit, il commençe méme à s'é,
tendre dans les campagnes. C'eft
voyages que les gens de cour ont principalement faits
aux
que tems dans le pays, qu'il faut attribuer depuis quel.
volontaire que les habitans fe font
cette géne
impofte.
ils ne refpireront plus, à force de
Bientôs
bienféances,
(1) Alot du pays, qui fignifie prairic,
ans les villes qu'en
que l'on ne paroiffe
habit, il commençe méme à s'é,
tendre dans les campagnes. C'eft
voyages que les gens de cour ont principalement faits
aux
que tems dans le pays, qu'il faut attribuer depuis quel.
volontaire que les habitans fe font
cette géne
impofte.
ils ne refpireront plus, à force de
Bientôs
bienféances,
(1) Alot du pays, qui fignifie prairic, --- Page 133 ---
( 12I )
verfe. Au-delà du chemin, commence une:
plaine très - valte, couverte d'habitations qui
fervent de. repaires à la vue & qui exploitent
chacune les pieces de cannes à fucre dont elles
Enfin, à l'extrèmité de cette
font entourées.
de
lieues de
plaine qui n'a pas moins
quatre
largeur, vous voyez des mornes fort élevés.
Derriere ceux - la, d'autres paroiffent encore,
leurs têtes obfcures. Tous
& ne montrent que
font boilés à leurs fommets; mais les croupes
font défrichées & couvertes de caféteries qui,
font vivre plufieurs habitans.
avoir promené vos regards fur les
Après
repliez z-les fur Pintéextrêmités du tableau,
détails.
rieur de la favane, pour en remarquerles
Vousy voyez à gauche & à quelques pas de
la maifon un bâtiment affez confidérable, où
font les remifes & la volaille.
Ces deux pavillons quarrés, fitués un peu
plus loin, Pun à droite, l'autre à gauche, fer.
de colombiers. Près de celui de la droite 2
vent
qui fert de magafin pour le fucre.
elt un hangar
eft enfermé dans
On T'y met à mefure qu'il
les barriques. A côté de ce magafin eft une
d'eau très - confidérable, qui fert d'amarre
breuvoir au bétail de Phabitation. --- Page 134 ---
( 122 )
A cent pas de notre pallier du côté de l'O.
vous voyez plufieurs hangars entourés d'une
haie, où l'on dépofe les cannes qui ont déjà
paife au moulin, & qui fervent enfuite, fous le
nom de bagalles, à alimenter le feu des fucreries.
Ces petites baraques, couvertes en paille,
voifines des hangars, au nombre de foixante,
font les logemens des negres & négreffes de s
Phabitation. Les autres bâtimens qui commandent fur tout le refte, font la fucrerie, les
deux
moulins & la tonnellerie.
Tranfportez. - vous à préfent fur le pallier de
P'efcalier du N. Il entre dans le verger, & les
orangers les plus voifins portent leurs branches
odoriférantes jufques dans la galerie. Les autres arbres qui garniffent ce terrein, font des
fapotilliers, avocatiers, coroffoliers, calebaf.
fiers, pommiers d'acajou. L'on y. trouve aufli
quelques canéficiers & plufieurs faux acacias,
dont O1l ne tire aucun parti.
A droite du verger &à vingt pas de la grande
cafe, ett un bâtiment en
maçonnerie, 3 qui fert
de magafin pour les outils des negres & auffi.
de retraite pour les négreles de Phabitation qui
accouchent. A gauche & en face du premier,
eft un autre bâtiment qui fert de cuiline au
propriétaire.
. L'on y. trouve aufli
quelques canéficiers & plufieurs faux acacias,
dont O1l ne tire aucun parti.
A droite du verger &à vingt pas de la grande
cafe, ett un bâtiment en
maçonnerie, 3 qui fert
de magafin pour les outils des negres & auffi.
de retraite pour les négreles de Phabitation qui
accouchent. A gauche & en face du premier,
eft un autre bâtiment qui fert de cuiline au
propriétaire. --- Page 135 ---
( 123 )
Au N. & à l'extrèmité du verger, eft une
fontaine délicieufe, qui ne tarit jamais,
De cette fontaine 3 la favane fe prolonge encore d'un quart de lieue, en montant infenfiblement jufqu'au pied des mornes qui terminent brufquement l'horizon. C'eft fur leurs
dernieres pentes que les negres de l'habitation
cultivent les vivres dont ils fe nourriffent.
De cette chaine de mornes 5 parallele à la
grande cafe, s'élancent perpendiculairement
deux contre - forts boifés à leurs fommets 5 dif.
tans l'un de l'autre d'un tiers de lieue, qui font
les limites du propriétaire, comme celles de
notre vue. --- Page 136 ---
124 )
LETTRE IV.
5. Domingue 1782.
Pare de la fociété de mes amis,
quia toujours fait mon bonheur, je m'occupe aujourd'hui de tout ce qui m'environne, dans
monde
un
que l'on appelle nouveau. 5 qui Peft du
moins pour moi; ; & vous ne vous faites pas
d'idée de mon empreffement pour tout ce
j'y vois. Je, vais vous en citer un exemple que
fervira en même tems à vous donner
qui
quelques
notions particulieres du pays.
Il y a peu de jours que je dirigeai mes
for les mornes
pas
efcarpés, aur pied defquels notre
habitation eft afife. Mon deffein étoit de pénétrer jufques dans les forèts qui les couronnent. Rempli de cette idée, je monte, fans
m'en appercevoir mais ne trouvant plus de
fentier à une certaine hauteur, des herbes
contraire très - hautes &
au
très. - fournies, des
arbuftes & des lianes impénétrables S, je fus
obligé de defcendre, bien faché de n'avoir
atteindre mon objet. (1)
pu
(I)J'ai fu depuis, que l'on fe fait précéder en parcil cas d'un ou deux negres qui coupent tout ce
idée, je monte, fans
m'en appercevoir mais ne trouvant plus de
fentier à une certaine hauteur, des herbes
contraire très - hautes &
au
très. - fournies, des
arbuftes & des lianes impénétrables S, je fus
obligé de defcendre, bien faché de n'avoir
atteindre mon objet. (1)
pu
(I)J'ai fu depuis, que l'on fe fait précéder en parcil cas d'un ou deux negres qui coupent tout ce --- Page 137 ---
( 12; )
Quelques jours après cette tentative infruc.
tueufe, J'apperçus une forêt bien ombragée fur
la cime d'un contre - fort des grands mornes 5.
celle-ci, beaucoup moins élevée que les autres 2
devint alors l'unique objet de ma curiofité.
Arrivé au pied de la colline, je montai fans reprendre halcine, écartant les arbultes, arrachant les herbes les plus épaiffes, & je parvins',
mais avec peine, à la liGiere du bois. Je fentis
alors une elpece de failifement, & je fus forcé
de m'arréter. Revenu de mon trouble, jejetai
un premier regard fur ce lieu fombre & majeftueux. Puis, après avoir écarté les branches
qui me faifoient obftacle, je m'y plongeai entiérement.
Je reftai d'abord comme ftupéfait, prome-.
nant mon étonnement fur tout ce qui m'environnoit, voulant tout voir à la fois & ne pouvant rien diftinguer.
Cette premiere furprife pafféc, ma vue devint plus diftinéte & mon jugement plus net.
Ceci, dis - je alors en moi - mème, eft donc une
qui s'oppofe au paffage. Ce procédé eft long, mais
il n'y en a pas d'autre. Il ne faut point s'imaginer
que les foréts foient fréquentéesici çomme en Europe. --- Page 138 ---
( 126 )
forêt d'Amérique, l'un de ces lieux peu accef.
fibles & peu fertiles 2 ou la cupidité européenne
n'a point bouleverfé la nature. Cherchons dans
les arbres qui la compofent, les fruits dont elle
pouvoit nourrir fes anciens habitans.
Je cherchai & ne trouvai que des graines
d'une âcreté ou d'une amertume infupportables. Le Aguier-maudit, le bois- de. fer, le
gommier, le bois - trompette, s le fucriers plufieurs fortes d'acajou, tous arbres inutiles à la
fubliftance des hommes, occupoient principalement ce lieu folitaire. Les lianes & différentes
fortes de plantes paralites, les unes attachées
aux jeunes branches, tombant enfuite jufqu'à
terre ; d'autres fixées aux vieux troncs, d'où
eiles s'étendoient à plufieurs toifes de diftance s toutes extrèmement vigoureufes,achevoient tellement de remplir les intervalles de
ce fol productif, que j'avois bien de la peine
à le parcourir. Lieu fait pour la méditation
& pour la mélancolie, Les oifeaux le fréquentent, mais leur chant n'eft pas. agréable. Nos
roflignols & nos fauvettes n'ont point ici de
rivaux.
Surpris autant qu'on peut Pètre de la multitude des plantes, grandes ou petites > qui
s toutes extrèmement vigoureufes,achevoient tellement de remplir les intervalles de
ce fol productif, que j'avois bien de la peine
à le parcourir. Lieu fait pour la méditation
& pour la mélancolie, Les oifeaux le fréquentent, mais leur chant n'eft pas. agréable. Nos
roflignols & nos fauvettes n'ont point ici de
rivaux.
Surpris autant qu'on peut Pètre de la multitude des plantes, grandes ou petites > qui --- Page 139 ---
( 127 )
femblent croitre à l'envi dans cette forêt &
rendent
aux rayons du foleil,
la
impénétrable
je le fus bien davantage encore, en examinant
la qualité du fol qui les appuie 2 où je ne
découvris qu'un amas informe de pierres calcaites, couvertes de mouffes extérieurement,
débris de végétaux pourris, , au
avec quelques
fond des crevaffes qui les féparent. C'eft prinfont très-mulcipalement dans ces crevaffes,qui
tipliées & de profondeurs très- différentes, que
les racines des arbres vont s'établir pour puifer
leur nourriture. Cela n'elt cependant pas général, puifque j'en ai obfervé plufieurs qui n'avoient que le fimple rocher pour bafe.
L'examen feul de cette forêt me perfuade
aifément que le climat de S. Domingue eft
fifavorable à la végétation, qu'un grand nombre de plantes indigenes n'a befoin que d'un
appui quelconque pour y profpérer 2 tanta aride
foit-il, n'importe.
En effet, puifqu'il eft bien démontré aules plantes fe nourriffent autant
jourd'hui que
leurs feuilles que par leurs racines,'eftpar naturel de penfer que dans un pays où
il pas
jamais , un fonds
les arbres ne fe dépouillent
de terre nourriffant leur eft moins néceffaire --- Page 140 ---
128 )
que dans un climat comme le vôtre, ou perta
dant fix mois de l'année l'arbre entiérement
nu n'a plus que fes racines pour fuçoirs à
N'eft-il pas encore naturel de penfer qu'une
athmofphere toujours humide comme celle
de S. Domingue 2 d'ailleurs fort chaude, eft
bien plus propre à nourrir
-
une plante par fes
feuilles , qu'une athmofphere habicuellement
feche & fraiche comme celle de la Suiffe?
Ces réflexions rouloient dans ma tête telles
que je vous les écris. Occupé de la forte
s je
ne penfois guere à mefurer le tems. L'obfcurité habituelle du lieu m'empèchoit auffi d'appercevoir l'orage qui fe formoit au - deffus de
ma tète. Tout-à-coup le bruit de la foudre me
réveilla 3 des torrens d'eau m'accablerent ett
même tems, malgré l'épaiffeur du feuillage
& je repris bien vite le chemin de la grande $.
cafe.
LETTRE
de la forte
s je
ne penfois guere à mefurer le tems. L'obfcurité habituelle du lieu m'empèchoit auffi d'appercevoir l'orage qui fe formoit au - deffus de
ma tète. Tout-à-coup le bruit de la foudre me
réveilla 3 des torrens d'eau m'accablerent ett
même tems, malgré l'épaiffeur du feuillage
& je repris bien vite le chemin de la grande $.
cafe.
LETTRE --- Page 141 ---
129 )
LETTRE V.
S. Domingue 1782.
Puisqve l'on étend chaque jour à Saintles défrichemens des montagnes s
Domingue
bien qu'il n'en refte. plus à
vous imaginez
les fonds de
faire dans les plaines. Cependant
malgré leur extrème fertilité, s'y venterre,
Suiffe & dans la
dent beaucoup moins qu'en
partie de PEurope. La raifon en
plus grande
dans la diiférence des culeft particuliérement
tures.
Pexploitation principale des
En Suiffe s
qu'elle fe fait
champs eft peu coûteufe, parce
la charrue: mais à S. Domingue, où tout
avec cultive à bras & avec des bras bien chers 5
fe
avoir un fonds
qu'il faut fouvent remplacer,
n'elt encore ricn, au prix du mobilier énorme
D'ailleurs les foins
qu'exige fon exploitation.
du maître & fon intelligence influent tellement
de fon attelier, fur fon travail
fur la profpérité
c'eft bien
& fur le produit qui en réfulte, que
ici
lon peut dire avec vérité, tant vaus
que
I --- Page 142 ---
( 130 )
thomme, tantvant lz terre ; tandis qu'en
ou'la population eft nombreufe,
Suiffe,
currence établie
la grande conparmi les laboureurs
mine eil quelque forte un tarif
déterd'amodiation
pour chaque petic territoire, qui afure
valeur fixe aux héritages & les
une
précienx, même
rendent trèspour les hommes les moins
intelligens.
Si la terre feule eftici de peu de valeur,
donne en revanche de
elle
gu'elle eft
grands produits lorf
couverte de bras bien dirigés.
Chaque propriétaire vivant ici fur fon
ou fon fondé de
bien,
procuration, peut étre
comme un petit Jultan. L'économe regardé
de Phabitation, le rafineur, P'écrivain,
s tous
nages blancs font, f l'on
perfonveut, fes vifirs. Les
cemmandsurs, gens de confiance, choilis
mi les negres créoles, faits pour fuivre & parger les travaux, aux ordres des
diri-.
des efpeces de cadi, Là
blancs, font
finiffentles dignités. Il
1e refte plus enfuite que la vile
gres & négreffès, deflinés fans populace, netravaux les plus rudes & à des diftinétion aux
bares
châtimens barpour les moindres fautes.
Dans une fucrerie confidérable & bien réglée,il y a fans ccife de Pouvrage. Tantôt
il
les travaux, aux ordres des
diri-.
des efpeces de cadi, Là
blancs, font
finiffentles dignités. Il
1e refte plus enfuite que la vile
gres & négreffès, deflinés fans populace, netravaux les plus rudes & à des diftinétion aux
bares
châtimens barpour les moindres fautes.
Dans une fucrerie confidérable & bien réglée,il y a fans ccife de Pouvrage. Tantôt
il --- Page 143 ---
( 131 )
faut couper les cannes et maturité, tantôt il
faut replanter une piece déjà coupée, ou farcler
celles dont les jeunes tiges feroient empèchées
de croitre par les mauvaifes herbes.
Le travail des negres commence avec le jour.
A huit heures ils déjeûnent: Ils fe remettent
enfuite à l'ouvrage jufqu'à midi. (I) A deux
heures ils le reprennent jufqu'à la nuit; quelquefois mème jufqu'à dix & onze heures du
foir.
Les deux heures qu'on leur accorde chaque.
jour, avec les fètes & dimanches 9 font deltinées à la culture des vivres dont ils fe nourriffent. On donne pour cet effet à chaque efclave
une petite portion de terre, dans laquelle il
plante ce qui lui plait. Le manioc 2 les patates 2
les tayaux, les ignames, les giraumonts 2 les
bananiers, les poix - congo, les ananas font
les efpeces de vivres qu'ils cultivent le plus
volontiers.
Un negre affidu au travail de fon petit terrein a fouvent des vivres au -deia de fa confommation. Il elt fait alors uu objet de commerce, avec la permiflion de fon maitre., dans
(I)Les meres portent leurs nourriffons fur ia place.
I 1} --- Page 144 ---
( 132 )
la ville ou la bourgade la plus voifinie,
& rapporte chez lui en échange, des falaifons, du
tabac à fumer, du tafia,ou
quelque vètement,
Ccs vivres furabondans des habitations fervent dans les villes à la nourriture des
domeftiques,
negres
artifans, & même à celle de
fieurs blancs
plu-
: trop économes ou trop miférables
pour manger du pain.
Quelquefois il arrive dans les années de fochereffe, que les negres de
campagne manquent de vivres pour eux :1 mèmes; alors les
propriétaires attentifs fuppléent à ces années
de difette par des réferves fondées
befoin.
pour le
Ceux qui négligent ces
dent
à
précautions ne tar.
pas en être punis. Les maladies fe mettent dans leurs atteliers, font périr
nombre
un grand
d'efclaves ; le découragement & le mécontentement s'emparent des autres ; plufieurs
prennent la fuite, les travaux fe ralentifent &
Thabitation tombe en ruines.
Ces fortes d'événemens ne font
communs ici. Il ne faut
que trop
qu'une mauvaife tête
chargée del P'adminiftration d'un beau bien,
le bouleverfer en peu de tems ; & l'on pour
bientôt
ne voit
qu'un petit nombre d'efclaves infirmes
claves ; le découragement & le mécontentement s'emparent des autres ; plufieurs
prennent la fuite, les travaux fe ralentifent &
Thabitation tombe en ruines.
Ces fortes d'événemens ne font
communs ici. Il ne faut
que trop
qu'une mauvaife tête
chargée del P'adminiftration d'un beau bien,
le bouleverfer en peu de tems ; & l'on pour
bientôt
ne voit
qu'un petit nombre d'efclaves infirmes --- Page 145 ---
( 133 )
& rebutés, à la place d'un attelier floriffant.
Vous denanderez s'il eft poffible que l'on
agiffe contre fes propres intérêts. Mais quoique l'intention générale des propriétaires ou
fondés de procurations foit fans celfe dirigée
vers un accroiffement de fortune, plufieurs
d'entr'eux fe trompent, croyant atteindre leur
objet.
L'un imagine qu'on peut tirer quatre du
travail d'un efclave & ne lui donner qu'ur
demi. L'autre penfe au contraire qu'il faut lui
donne zn & n'en éxiger que trois.
Ces variétés d'opinions qui tendent toujours au mème but, c'eft-à-dire, à tirer le
meilleur parti poffible des negres, donnent
cependant des réfultats bien différens.
L'un verra fon attelier profpérer, tandis
que l'autre écrafera le fien en peu de tems.
Ajoutez à ces raifons, qui feroient déjà fuffifantes, l'ineptie, 3 la parelfe, ou le manque d'expérience, & vous ne ferez plus furpris des fautes
journalieres que l'on remarque ici dans l'adminiftration des biens.
Ileft encore une autre caufe 9 dont l'influence
fur les atteliers eft prodigicufe. C'elt la difcipline qui les gouverne. Très-févere en génétal,
I iij --- Page 146 ---
( 134 )
eile pefe cependant plus ou moins, fuivant
le caractere du maitre qui l'établit. Rarement
la trouve - t. on exempte de cruautés, & les
negres font trop heureux lorfqu'elle n'eft
atroce.
pas
Les ordonnances du prince défendent à la
vérité aux propriétaires de difpofer de la vie
de leurs efclaves. Un negre qui a mérité la
mort, doit être livré à la juflice ordinaire ;
mais cette obligation eft prefque toujours éludée par un petit tyran 2 dont l'orgueil & la
vengeance triomphent dans le pouvoir abfolu
qu'il lexerce fur fon habitation, dout P'intérêt fe
fouftrait d'autres fois à la perte d'un
coupable,
negre
a
pourvu qu'il ne le foit point envers
lui. Comment éclairer enfuite la conduite d'un
figrand nombre de blancs ifolés & répandus sjuf
ques dans les plis & replis des montagnes ? Comment pénétrer les myfteres d'iniquité qui préfident fouvent à leur adminiftration ?
Vous concevez donc que, malgré les ordonnances les plys précifes, l'habitant fera def.
pote autant qu'il eft pollible. Ce n'eft point
un malj, fuivant lui: la raifon qu'il en donne eft
toujours déduite de fon intérêt, qui lui défend
labus du pouvoir; mais cette raifon eft plus
les plis & replis des montagnes ? Comment pénétrer les myfteres d'iniquité qui préfident fouvent à leur adminiftration ?
Vous concevez donc que, malgré les ordonnances les plys précifes, l'habitant fera def.
pote autant qu'il eft pollible. Ce n'eft point
un malj, fuivant lui: la raifon qu'il en donne eft
toujours déduite de fon intérêt, qui lui défend
labus du pouvoir; mais cette raifon eft plus --- Page 147 ---
( 135 )
fpécieufe que vraie. Permettcz - moi encore
quelques réflexions, pour achever de vous
e1l convaincre. Quoique l'on ne puiffe raifonnablement accufer aujourd'hui les habitans (1)
de S. Domingue de faire périr leurs efclaves
à plaifir, il eft cependant de ces cruautés habituelles qui ne tuent point & qu'ils fe permettent
dans l'efpoir de renforcer la difcipline. Remarquez d'ailleurs, que la plupart des adminiftrateurs de biens n'en font point les propriétaires 5
& peuleur importe qu'un negre meure ou qu'il
vive, 2 pourvu que leurs gages foient payés.
Les propriétaires eux-mèmes fout - ils exempts
de ces paflions qui affeétent plus ou moins nos
jugemens? L'intéret en eft une, mais ce n'elt
point la feule. L'orgueil , la colere, la crainte,
&c. peuvent nous rendre injuftes. II fuffiroit
d'entendre le récit des cruautés commifes, pour
être bien perfuadé qu'il y a d'autres paffions
(I) Autrefois, lorfqu'ils s'invitoient à manger 2
l'amphitrion récréoit fes convives 7 après le repas 2
du fpectacle d'un negre fouettéjufqu'au fang. S'il ne
s'en trouvoit point qui l'eût mérité pour ces momens
de féte, > l'on prenoit une victime quelconque dans
Tattelier, &les afliftans exerçoient fouventleur adreffe
"fur le patient.
Iiv --- Page 148 ---
I 136 )
que l'intérêt qui nous menent, &
forte l'emporte fur
que la plus
toutes les autres. On
roit beau dire alors
auque Pintérêt des maitres
devoit empècher les atrocités
; l'expérience
prouvera que Pintérêt n'a pas fait fon devoir.
Il faut auffi que l'homme foit bien
à traiter durement
enclin
volonté
ceux qui réfiftent à fa
, lorfqu'il en a le pouvoir
l'on voit chaque jour dans
s puifque
jeunes
cette colonie s des
gens nouvellement débarqués, qui fe
montrent d'abord humains, fenfibles.
vent avec chaleur
, qui s'élecontre la
finifent bientôt
tyrannie 9 & qui
par être auffi durs que les
plus anciens habitans. C'eft au moment
Européen
qu'un
débarque, que l'on doit écouter fes
jugemens fur le defpotifme de S.
& confulter fon goût fur les fruits Domingue,
du
car après un certain tems, naturalifé
pays 5
que façon dans le
en quelNouveau - Monde, c'eft un
autre homme, & fes jugemens deviennent
cufables.
réArrivé ici depuis peu,n'y
intérêt que la curiofité & le apportant defir
d'autre
chofes
de voir les
comme elles font, je crois vous intéreffer en vous rendant
de
comptc d'un travail
negres, 3 auquel je viens d'affifter.
certain tems, naturalifé
pays 5
que façon dans le
en quelNouveau - Monde, c'eft un
autre homme, & fes jugemens deviennent
cufables.
réArrivé ici depuis peu,n'y
intérêt que la curiofité & le apportant defir
d'autre
chofes
de voir les
comme elles font, je crois vous intéreffer en vous rendant
de
comptc d'un travail
negres, 3 auquel je viens d'affifter. --- Page 149 ---
( 137 )
Ils étoient au nombre de cent hommes
femmes de différens ages, tous occupés à
ou creufer des foffes dans une piece de cannes,
& la plupart nus ou couverts de haillons. Le
fur leurs tètes: la fueur
foleil dardoit à -1 plomb
couloit de toutes les parties de leurs corps 5
membres appcfantis par. la chaleur, faleurs
de leurs pioches & par la
tigués du poids
réliftance d'une terre graffe, durcie au point
de faire rompre les outils, faifoient cependant
cfforts pour vaincre tous les
les plus grands
obftacles. Un morne Glence régnoit parmi eux;
la douleur étoit peinte fur toutes les phyfionoinies : mais Pheure du repos n'étoit pas
L'oeil impitoyable du gérant obfervoit
venue.
commandeurs armés de
Pattelier, & plufieurs
longs fouets 9 difperfés parmi les travailleurs,
rudement de tems à autre ceux
frappoient
laffitude, fembloient forcés de
mème qui, par
jennes ou
fe ralentir $ negres ou négreffes,
vieux , tous indiftinétement.
L'Européen qui quitte depuis peu les riantes
cultures du Pays - de- Vaud, pourroit - il voir
celles de S. Domingue fans indignation; 2 l'avilifement des hommes que l'on y emploie,
leurs fouffrances, leur extrème mifere, & les --- Page 150 ---
( 138 )
shaines énormes (1) qu'ils trainent
pour des fautes
après enx
légeres 2 comme G leurs travaux journaliers n'étoient pas affez accablans
ces colliers de fer hériflés de
;
longues branches
que Pon attache à des négreffes
de s'étre fait
foupçonnées
avorter, & qu'elles ne
ni le jour ni la nuit, jufqu'à
quittent
donné
ce qu'elles aient
un enfant à leur maitre, comme fi Ce
n'étoit pas le maître qu'il faudroit
punir lorfque les efclaves craignent de
perpétuer leur
efpece ?1 Pénétré de trifteffe & d'une forte d'horreur 3 je détourne ma vue de ces affreufes
campagnes.
Habitans de S. Domingue, vantez tant qu'il
vous plaira l'immenfe produit de VOS terres
& P'opulence dont
vous jouiffez ; je n'en voudrois pas au même prix.
(1) Elles leur font fouvent des plaies confidérables, & les eftropient quelquefois pour le refte de
leurs jours.
Euad
ce ?1 Pénétré de trifteffe & d'une forte d'horreur 3 je détourne ma vue de ces affreufes
campagnes.
Habitans de S. Domingue, vantez tant qu'il
vous plaira l'immenfe produit de VOS terres
& P'opulence dont
vous jouiffez ; je n'en voudrois pas au même prix.
(1) Elles leur font fouvent des plaies confidérables, & les eftropient quelquefois pour le refte de
leurs jours.
Euad --- Page 151 ---
139 )
LETTRE V I.
S. Domingue 1782.
N compte plus de vingt fucreries dans la
petite plaine que j'habite : du matin au foir,
& même pendant Ja nuit, on y entend un certain frémiffement lugubre, produit par le bruit
confus des moulins à cannes , joint à celui
des voitures qui charient les récoltes 3 augmerité de tems en tems par les coups de fouct
que Pon firappeindilindement fur les animaux
& fur les negres. On voit des torrcis de fumée
fortir des étuves & des bâtimens à chaudieres,
qui fe répandent au loin en s'abaiffant fur les
terres 2 ou qui s'élevent ep forme de nuages
obfcurs.
Pendant que tout eft animé de la forte , les
adminiltrateurs vigilans font la tournée des travaux. Non - feulement ils inipectent ceux du
moment, mais ils prévoient la befogne du lendemain. D'autres moins foigneux, tranquilles
dans lappartement le plus frais de leur cafe,
s'en rapportent entiérement au coup-d'ocil d'un --- Page 152 ---
( 140 )
gérant à gages, & ne fongent qu'à paffer mollement leur vie , trop miférable, felon moi
pour être Gi fort économifée. En
t-elle pour le plus grand nombre? quoi confifte.
Imaginez un homme non marié, feul blanc
dans fà maifon de campagne, environné
d'une
troupe plus ou moins confidérable de
& de négreffes qui font fes
negres
efclaves,
domeftiques 5 fes
9 par conféquent fes ennemis. Une
mulâtreffe conduit fon
ménage;en elle réfide
toute fà confance.
Ennemie par vanité du peuple Africain
fiere des faveurs du fultan elle
Imaginez un homme non marié, feul blanc
dans fà maifon de campagne, environné
d'une
troupe plus ou moins confidérable de
& de négreffes qui font fes
negres
efclaves,
domeftiques 5 fes
9 par conféquent fes ennemis. Une
mulâtreffe conduit fon
ménage;en elle réfide
toute fà confance.
Ennemie par vanité du peuple Africain
fiere des faveurs du fultan elle ne Jui eft
peut-ètre pas moins utile pour fa fareté
pour fes plaifirs.
que
L'économe & les autres blancs, (r) s'il
en a, mangent avec le
y
logent
propriétaire, mais ne
point fous le même toit. Ils ne paroif.
fent d'ailleurs dans la grande cafe qu'à Pheure
des repas.
Chacunici fe leve de très - grand matin: les
(I) Cen'eft que dans les habitations confidérables
que l'on trouve deux à trois blancs,
du
indépendamment
proprictaire ou de fon fondé de procuration
pour diriger les travaux,
--- Page 153 ---
( 141 )
propriétaires ou procureurs oilifs, pour refpirer un air frais ; & les blancs fubalternes 2 pour
aux affaires. On déjeûne à fept heures;
vaquer
Pheure du diné,
& depuis le déjetné jufqu'à
Phabitant ou fon prépofé va à la place, (1)
au moulin, & aux chaudieres.
On dine à midi. Les tables font généralement bien fervies, & l'on y trouve à peu de
chofes près les mèmes mets qu'en France.
Après le diné , le propriétaire fe repofe 5
mais l'économe retourne au travail. Le foir,
lorfque le foleil eft furle point de fe coucher,
& fur-tout après un orage, la fraicheur comà fe répandre dans la campagne, 9 le
mençant
revient
propriétaire fait une petite tournée,
légérement, & fe couche de bonne
fouper
heure.
Cette vie monotone n'eft interrompue que
quelques petits voyages qu'il fait de tems
par à autre à la ville ou à la bourgade la plus
la vente de fes denrées ou
prochaine, pour
l'achat de celles dont il a befoin. Quelpour ilinvite fes voifins. à diner chez lui,
quefois
(1)C'eft ainfi que l'on appelle le champ où l'on
travaille.
égérement, & fe couche de bonne
fouper
heure.
Cette vie monotone n'eft interrompue que
quelques petits voyages qu'il fait de tems
par à autre à la ville ou à la bourgade la plus
la vente de fes denrées ou
prochaine, pour
l'achat de celles dont il a befoin. Quelpour ilinvite fes voifins. à diner chez lui,
quefois
(1)C'eft ainfi que l'on appelle le champ où l'on
travaille. --- Page 154 ---
( 142 )
ell il eft invité chez eux. Triftes
térêt & le libertinagey font
repas!L'inPunique affaifonnement des converfations. Les liaifons d'amitié
font d'ailleurs fi rares parmi eux
des individus
, que la plupart
doivent fe fuffire à eux-mèmes.
Faut- il donc être furpris
qu'ilsaient tous les
yeux fixés fur
-
l'Europe ! Pourroient.ils ne
la regretter, à moins d'avoir
pas
entiérement changé de nature ! Quoique l'on fe
avec le tems
corrompe ici
2 on n'y devient jamais affez
dépravé pour renoncer volontairement à fa
patrie.
Sil'exiftence des propriétaires de S. Domingue eft trilte & monotone, , celle de leurs efclaves eft accablante i car il-n'y a pas d'animaux
domeftiques dont on exige autant de travail &
dont on ait fi peu de foin., Vous avez
la diftribution de leur
déjà vu
tems, la maniere dont ils
pourvoient à leur fubfiftance, & les vivres dont
ils fe nourriffent,
Le piment fait l'affaifonnement de tous leurs
mets; peut : être elt-il néceffaire
liter la digeftion,
pour en faciattendu qu'ils font générale..
ment très - lourds & très. : froids. Leur boiffon
habituelle eft l'eau, mais ils s'enivrent de tafia
dès qu'ils peuvent s'en procurer; c'elt fans --- Page 155 ---
( 143 )
doute une grande douceur pour eux, d'oublier
leurs maux quelques inftans. Leurs vêtemens
ordinaires confiftent en une chemife & une cuJotte de toile d'étoupe ; les négreffes ont une
chemife & un cotillon de même étoffe. C'eft le
propriétaire quiles habille. Tous portent communément un mouchoir fur la tète.
Les jours de fètes & dimanches, ceux & celles qui ont quelque faculté brillent parmi les
autres avec des ajuftemens plus recherchés,
qu'ils ont acquis de leur économie; mais quelle
que foit leur parure, les uns & les autres marchent toujours pieds nus: c'eft même affez gé.
néralement, à la ville comme à la campagne. 9
un des attributs de l'efclavage.
Souvent ila arrive que les propriétaires d'habitations s par avarice ou par pauvreté, négligent l'entretien de leurs efclaves : auffi n'eft-il
pas rare, de voir des negres & négreffes de place
prefque nus 2 ou. couverts de haillons fi dégoû.
cans,quilsin@pirent à la fois Phorreur & la pitié.
Ils ont moins d'aifances dans leurs logemens
que la plupart des peuples fauvages. La def.
cription que je vais vous en faire eft tirée de
Phabitation où je réfide, & vous pouvez la
regarder comme générale > parce que toutes
les cafes à negres fc reffemblent.
negres & négreffes de place
prefque nus 2 ou. couverts de haillons fi dégoû.
cans,quilsin@pirent à la fois Phorreur & la pitié.
Ils ont moins d'aifances dans leurs logemens
que la plupart des peuples fauvages. La def.
cription que je vais vous en faire eft tirée de
Phabitation où je réfide, & vous pouvez la
regarder comme générale > parce que toutes
les cafes à negres fc reffemblent. --- Page 156 ---
( 144 )
C'eft dans l'enceinte de la favane qu'elles
font établies. L'on en compte ici une foixantaine pour trois cents negres ou négreffes de
tout age. Chacune de ces cafes a environ
vingt- quatre pieds de long, far douze de
large, & feize de haut fous le faite. Conftruites
en clayonnage pour la plupart, & couvertes
avec des têtes de cannes à fucre, elles laiffent
un paflage libre à Pair du dehors. Toutes ont
des portes s quelques - unes des fenètres. La
terre battue leur fert de plancher, & Tony voit
pour tout meuble quelque mauvaife poterie
pour cuire leurs alimens. Le lit eft fait avec de
la paille de mais, fur laquelle tout couche
pèle-mèle 2 pere, mere & enfans. Chaque cafe
eft divifée par deux cloifons qui partagent fà
longueur en trois parties égales & forment trois
chambres. Ainfi, en multipliant par trois le
nombre des cafes, qui eft ici de foixante,
OIT
aura cent quatre.vingt, qui eft celui des cham.
bres. Il s'en faut donc de beaucoup
que chaque
efclave ait la fienne, mais l'amour les
arrange.
Peu importe d'ailleurs au propriétaire de quelle
maniere cela fe faffe, pourvu que tout fon
monde foit logé.
Ccs fortes d'unions libres & formées par un
goût --- Page 157 ---
( 145 )
fans le fecours de l'églife ei
gout réciproque 2
confentementdu
fans lavis des parens 2 fans.ie
maitre
fembleroient devoir être heureufes,
2 qui
fécondes & de longue durée, ne fabfiltent cependant pas lonig - tems & ne rendent que trèspeu.d'enfans fur la plupart des habitations. Les
negres & négreffes unis de la forte fe quittent
fouvent pour le feul plailir de changer. Les
enfans reftent - principalement à la charge de 1
leut mere; mais il n'y a pas de loi fur cet objet,
l'ufage feul en décide.
Le mariage devant l'églife eft d'ailleurs extré
mement E rare : parmi eux : prefque tous vivent
concubinairenient & on ne leur en fait pas un
crime , quoiqu'élevés dans le catholicifne.
Heureux Africains 3 difoit il y - a quelque
tems un mari, vousavez des femmes & vous
n'êtes : point : liés ! Vos enfans L.
font toujours légitimes, comme Vos amours 2 comme votre
inconftance ! Cette liber:é dont vous jouiffez
en amour & que je vous envie, doit vous dédommager & auffi vous venger de celle que je
-vous fais perdre ailleurs.
X
leur en fait pas un
crime , quoiqu'élevés dans le catholicifne.
Heureux Africains 3 difoit il y - a quelque
tems un mari, vousavez des femmes & vous
n'êtes : point : liés ! Vos enfans L.
font toujours légitimes, comme Vos amours 2 comme votre
inconftance ! Cette liber:é dont vous jouiffez
en amour & que je vous envie, doit vous dédommager & auffi vous venger de celle que je
-vous fais perdre ailleurs.
X --- Page 158 ---
146 )
LETTRE VIL
S. Domingue 1782.
Lis propriétaires des
biens. - fonds, ou leurs
prépofés, ne font pas dans les mèmes
relativement au mariage des
principes
de là
les
negres 5 il arrive
que
uns le favorifent & que les autres
s'y oppofent.
Le propriétaire qui le rejette comme contraire
à fes intérêts
s calcule la perte de tems de la
mere pendant fà groffeffe & pendant
nourrit, laquelle eftimée
qu'elle
déjà la valeur de
en argent furpaffe
l'enfant; il calcule encore les
rifques de le perdre, fà nourriture & fon
tretien jufqu'à l'age où il peut être
eilcroit enfuite trouver du bénéfice
utile, &
à
les negres qui lui
remplacer
manquent par des negres
nouveaux, en âge de travailler.
Souvent une répugnance politique
core à celle de P'intérêt. L'on
ajoute enclave ne
craint que l'ef
prétende s par Pétat du
s'affimiler aux blancs, dont il doit mariage,
les ufages, fans ofer
refpecter tous
jamais les imiter.
Ceux au contraire qui cherchent à favorifer --- Page 159 ---
147 )
des negres, bien perfuadés de la
la population
voudroient que leurs
ftérilité du libertinage;
efclaves fe foumiffent au facrement. Ils troude l'avantage à élever des enfans dans P'ha
vent
des frais
bitation 5 parce qu'indépendamment
d'achat qu'ils évitent, ils préferent encore de
beaucoup le negre créole au negre d'Afrique.
Combien ce dernier en effet n'a-t-il pas d'obftacles à vaincre avant d'ètre utile ! Long-tems
étranger dans le Nouveau - Monde, ignorant
langage ufité & le genre de travail
jufqu'au
auquel on le deftine 2 laiffant toujours des redans fa patrie, ayant encore à fupporter
grets
traitemens des anciens efclaves
les mauvais
mille chaauxquels on le livre pour la forme,
l'affiegent à la fois & fouvent le congrins
Dans le cas mème où il les
duifent au tombeau.
furmonte 5 ne faut-il pas que le propriétaire
le nourriffe jufqu'au moment où il eft en état
de fc nourrir lui-1 mème? CC qui n'arrive communément qu'au bout de deux ou trois ans.
Mais le negre créole 5 en ouvrant les yeux
la premiere fois,voit déjà ce-qu'il verra
pour fa vie. Nourri dans Pefclavage, fon eftoute
infen@iblement, comme fon corps
prits'y moule
fc
de bonne heure
par de pctits effais prépare
Kij
taire
le nourriffe jufqu'au moment où il eft en état
de fc nourrir lui-1 mème? CC qui n'arrive communément qu'au bout de deux ou trois ans.
Mais le negre créole 5 en ouvrant les yeux
la premiere fois,voit déjà ce-qu'il verra
pour fa vie. Nourri dans Pefclavage, fon eftoute
infen@iblement, comme fon corps
prits'y moule
fc
de bonne heure
par de pctits effais prépare
Kij --- Page 160 ---
( 148 )
aux plus rudes travaux. Vivant dans fa patrie s.
il n'en a point à regretter 5 aufli eft - il: plus
gai que le negre d'Afrique. On le trouve encore meilleur ouvrier, , plus intelligent 5 & fa
conltitution faite pour le climat a bien moins
à craindre de fes.intempéries.
Ces' apperçus comparés fembient d'abord
ne laiffer aucun doute en faveur du mariage.
Mais pourquoi eft-il.Gi rare chez ceux mème
qui cherchent le plus à P'exciter? En voici,
felon moi, les meilleures raifons.
Quel bienfait peut - il attendre du mariage?.
Aucun. Il ne fait qu'ajouter une chaine de plus
à celle qui l'accable. L'ufage lui permet de
changer, fon inconflance ly engage: feroit-il
affez fupide pour fe priver volontairement de
la feule liberté quiluirefte ? Ce n'eft pas tout :
le mariage accroît encore fon mal-aife
par
une famille plus ou moins nombreufe, prefqu'entiérement à fà charge pendant fon en-.
fance, & dont il ne tire aucun- fecours à l'age
où il en auroit befoin. D'un momentà l'autre
le maitre vendra le pere , la mere ou l'enfant,
chacun féparément & par-tout où il voudra. (r)
(1) Jufqu'à fept ans accomplis l'enfant ne peut,
étre vendu qu'avec fa mere, --- Page 161 ---
( 149 )
Quelle forte d'attachement pourrcit nitre de
la perfualion oàils font de part & d'autre,
leur deftinée n'eft pas de vivre enlemble
que
&.qu'ils ne doivent attendre aucun foulage-
? Les titres de pere, de mere
ment réciproque
&. d'enfant fe perdent bientôt. dans cette trifte
con@idération. Semblables aux animaux dont
les petits s'éloignent à mefure qu'ils acquierent des. forces, les negres n'ont comme eux
que Pinftinét de la nature 2 qui les rapproche
pendant tle tems nécelfaire à leur confervation;
après quoi ils, fe féparent. Cela s'appelleroit dureté,ingraticuds, dans nos fociétés européennes 5 mais ce qui feroit un crime pour nous,
n'en eft pas un pour cux.
Chaque efclave ifolé, , replié en lui - mème.,
donc guere à fe reproduirc. Le mane fonge
Peffarouche, Il obéit
riage s. loin de lattirer ,
plus agréablement à fes penchans, & fes penchans font Pinconftance.
font
Les fruits de ces unions momentanées
en petit nombre, parce qu'indépendamment des
raifons de libertinage, ils tombent, en cas de
féparation, à la charge de leur mere: ce qui lui
fait. craindre de devenir féconde.
Son exemption des travaux de la place lorfK I1
Le mane fonge
Peffarouche, Il obéit
riage s. loin de lattirer ,
plus agréablement à fes penchans, & fes penchans font Pinconftance.
font
Les fruits de ces unions momentanées
en petit nombre, parce qu'indépendamment des
raifons de libertinage, ils tombent, en cas de
féparation, à la charge de leur mere: ce qui lui
fait. craindre de devenir féconde.
Son exemption des travaux de la place lorfK I1 --- Page 162 ---
( 15o )
qu'elle eft enceinte, ne fauroit
non plus la' dé.
dommager des peines à venir.
leurs de renoncer
Obligée d'ailà un libertinage
pendant un certain tems
auffi lucratif
maudit Pinftant de fa
qu'agréable,'e elle
fa foibleffe, &
fécondation" s gémit de
travaille fouvent à détruiré
fruit dont elle n'attend
un
A
que des maux, (1).
préfent que je vous ai rendu
la différence
compte de
d'opinions des
cernant le mariage & la propriétaires concréoles; après avoir
population des negres
formé des
les opinions des
conjectures fur
negres mème,
au mariage, me
relativement
quelques
permettrez. vous d'y ajouter
réflexions ?
Perfuadé que l'état du mariage, à caufe de fes
noeuds indiffolubles
hommes
, convient à peine à des
éclairés, libres,
l'abondance
fenfibles,plongés dans
3 environnés de mille diftractions
agréables , qui peuvent cependant,
ces raifons
par toutes
s connoitre le prix d'une'
fainte & durable, &
union
des
trouver en même tems
contre- poids à l'inconftance humaine
n'irois pas le propofer
, je
pour des efclaves qui
(I) Les négreffes poffedent éminemment
fecret. L'on préfume qu'il eft tiré du
Çe fatal
regne végétal. --- Page 163 ---
( ISI )
exiftence monotone & en géné.
n'ont qu'une
Mais Thumanité & linral très-matheureufe,.
combien il
térêt de tous montrant également
dans
avantageux de pouvoir fc paffer.
feroit
ordinaires, il faut donç
les colonies des recrues
trouve. aue
exciter parmi les negres que Pon,y
n'eft
defir de fc perpétuer; & ce
jourdhui,le
l'on confidere
chofe fi. difficile., lorfque
pas
fécondité des
leur; penchant à l'amour &la
négreffes.
A 35 -
ce feroit
Point de mariage, je le répete F
le comble à leur, infortune. Ils contimettre
vivre. enfemble comme ils
nueront donc de
& le plaific fera touont fait jufqu'à préfent,
des peres.
jours un mobile fuffifant pour trouver auffi dans
Mais la mere qui a les charges, , a
il
fes mains le pouvoir de détruire l'oeuvre:.i
des
faut donc Parrèter. Ce ne fera pas par
des colliers de fer & autres puchaines, par
inventées par de
nitions de cette efpece s
mais
efprits qui ne favent que nuire 2
petits
lucratives & Aatteufes en
par des récompenfes defirer d'ètre meres.
mème tems , qui faffent
fàt célébré
1o, Il faudroit que le baptème
fenhonnètement: car les efclaves font plus.
fibles qu'on ne Pimagine, à un certain apparcil
/
K iv
aines, par
inventées par de
nitions de cette efpece s
mais
efprits qui ne favent que nuire 2
petits
lucratives & Aatteufes en
par des récompenfes defirer d'ètre meres.
mème tems , qui faffent
fàt célébré
1o, Il faudroit que le baptème
fenhonnètement: car les efclaves font plus.
fibles qu'on ne Pimagine, à un certain apparcil
/
K iv --- Page 164 ---
( 152 )
qui femble les diffinguer & les marquer
quelque chofe d'intéreffant. T:
comme
so La mere feroit nourrie à "lacafe
cipale pendant le' tems qu'elle allaiteroit prinenfant; oa-ficlle fe Hourrifoit elle
fon
: mème,on
Téxempteroit' alors. 'du
cls 3°."
travail de Ha place.
Non-feuleniehe irfaudroir que
ne fàt dans' aucun tems à
Penfant
mais qu'elle trbuvat
charge à fa merei,
dans la fécondité un biénêtre fupérieur à celui du
40.On
libertinage.
pourroit lui domnér un
le premier enfant,
préfent pour
qui doubleroit aà fecond',
tripleroit àu? troifieme; &c. ou
chofe
d'équivalent. o!
quelque
5o. On inftitucroit enfin dans chaque habitation une ' ou plufieurs fètes annuelles
les femmes Rcondes, qui fe célébreroient pour
pômpe; fètes dont les femmes flérilés avec
éxclues, , ou dont clles ne feroient
feroient
rang des Ipectateurs. On y verroitles témoinsqu'au
leurs
metés avec
enfans, 2 raffemblés a une mèmerable,
rés des préfens du maitre, étalér
parefte de l'attelier les
aux yeux du
Elles feroient
récompenfes de la fagefe,
les
aux negres auciens & bons fujets -
honneurs du feftin, qui fe termineroit
dcs danfes,
par --- Page 165 ---
C 1153 ))
Ces acceffoires, unis aux foins effentiels s
feroient très - propres à exciter une émulation
de fécondité parmi les négreffes 2 à adoucir
l'efclavage & à faire naitre infentiblement l'amour, du:maitre & du pays 2 dans les jeunes
cocurs de fes efclaves.
f
! - 1
--- Page 166 ---
154 )
LETTRE VIIL
S. Domingue 1782.
L. fembleroit que la facilité
negres à fatisfaire
que trouvent les
néral
auprès des négreffes en gétous leurs befoins phyfiques, la lubricité & Pindécence de celles - ci, tant dansleurs
manieres qu'à l'égard de leurs
vroient
vêtemens, depréparer fans ceffe les
infidélités & les leur rendre
premiers aux
mème tout-à-fait
indifférentes.
A Mais les negres font fi jaloux
ou autrement
par nature
, qu'ils réiiftent à toutes ces raifons de ne l'être pas.
Peut-être que leur jaloufie n'eft pas del l'efpece de la nôtre, qui naît
moral; chez
principalement du
eux elle pourroit provenir de leur
phyfique. Lafcifs & impétueux, chez
vanité feule s'offenfe
nous la
d'une préférence, d'un
marique de foi; chez eux le phyfique parle fi
fouvent & d'une maniere fi impérieufe,
le negre craint toujours de refter au
que
Ilfaut que, fans aucune
dépourvu,
diftraction, fa maitreffe
ôtre, qui naît
moral; chez
principalement du
eux elle pourroit provenir de leur
phyfique. Lafcifs & impétueux, chez
vanité feule s'offenfe
nous la
d'une préférence, d'un
marique de foi; chez eux le phyfique parle fi
fouvent & d'une maniere fi impérieufe,
le negre craint toujours de refter au
que
Ilfaut que, fans aucune
dépourvu,
diftraction, fa maitreffe --- Page 167 ---
( 155 )
prète à recevoir les hommages
foit tonjours
de fon heureux tempérament.
multipliés
davantage fur les cauMais., fans m'arrèter
fes, le fait eft que les negres font extraordinai-
& qu'ils ne le prouvent quc
rement jaloux,
mortelles.
trop fouvent par des vengeances
Un poifon lent eft le moyen qu'ils emploient.
maladies de langueur 2 fi fréquentes
De là ces
princiy
dans les habitations, & qui attaquent
libertins. Ils n'y
palement les jeunes negres
avoir
fuccombent pour Pordinaire qu'après
long-tems de l'eftomac & des
fouffert pendant
poumons. Plus linfulte eft grave aux yeux du negre
offenfé, mieux il feint de ne pas s'en douter.
Il fait fe contraindre, 9 en attendant le moment
qu'il épie avec une patience
de la vengeance,
Il pouffe la dif-
& une' conftance incrayables.
fimulation jufqu'à inviter fon ennemià manger
fans défiance
& le malheureux
un calalou, (1)
l'amis
trouve la mort dans un funefte repas que
tié fembloit lui offrir.
de plufieurs fortes d'herbes &
(1) Mets compofé
On les cuit comme des
de feuilles rafraichiffantes.
épinards, & les negres,ainfi que les Européens,en
font un grand ufage. --- Page 168 ---
156 )
La jaloufie des negres s'étend aufi fur les
blancs, quiy donnent lieu quelquefois
débauches
par des
immodérées; & leur reffentiment
en pareil cas s'aigrit d'autant plus que la vengeance devient plus périlleufe & plus difficilez
Forcés, par condition, de refpecter des
maitres qui les mettent au défefpoir, une
intérieure les confame, s'ils ne
rage
trouvent pas
quelque moyen de les punir.
Rarement ofent -ils attaquer leur vie; mais
ils cherchent à mettre le défordre dans leurs
atteliers. Quelquefois cependant la vengeance
porte direétement fur la perfonne qui l'a provoquée'; &
fi
lec.empoifonnentens, , qui ont' été
fréquens il y a quelques années-dans. la dépendance du Cap, dont O1l ne fe fouvient
encore fans frémir, avoient
pas'
pour: caufe, felori
le jugement de plufieurs habitans trèsaf fenfés,.
le libertinage fans bornes & fans ménagement,
des blancs avec les négroffes. L'on
noit alors indiltinétement les blancs empoifon-: & les
negres; 5 fouvent des negres innocens: Vétoient,
pour punir, par leur perte, ,des niaitres coupables. D'autres fois on Pénétroit jufqu'à la
fource, & l'on faifoit périr les maitres euxmêmes. Cette fureur de poifon étoit figrande
fans bornes & fans ménagement,
des blancs avec les négroffes. L'on
noit alors indiltinétement les blancs empoifon-: & les
negres; 5 fouvent des negres innocens: Vétoient,
pour punir, par leur perte, ,des niaitres coupables. D'autres fois on Pénétroit jufqu'à la
fource, & l'on faifoit périr les maitres euxmêmes. Cette fureur de poifon étoit figrande --- Page 169 ---
( 157 )
pendant un tems 2 que les exécutions les plus
fréquentes s les plus terribles 2 fur les moindres
preuves, ne pouvoient l'arrêter, & Phabitant
le plus intrépide trembloit en fecret au milieu
de fes efclaves: à la fin pourtant elle s'éteignit,
Je conçois que dans un pays où les blanches
font en bien moindre nombre que les blancs,
ceux- ci ne peuvent fe paffer des femmes de
couleur, attendu qu'ils font prefque tous ifolés
dans des campagnes, que les circonftances les
éloignent du mariage, & que le climat, de cotlcert avec la nature, les invite néanmoins à fes
plaifirs.
Mais, fans vouloir m'ériger en cenfeur, me
feroit-il permis de remarquer que la grande
facilité qu'ils ont de trouver des maitreffes fans
violence & fans fcandale dans le nombre de
leurs domeftiques 5 les rend d'autant plus coupables lorfqu'ils abufent de leur pouvoir pour
arracher à de malheureux negres de leurs habitations le plaifir & la confolation de leur vie?
Pourquoi ne pas ménager fur ce point la fenfibilité de leurs efclaves 2 qui endurent patiemment toute efpece d'outrages, - excepté ceux de
cette nature ? Pourquoi, dans la feule vue de
fatisfaire quelques caprices d'un moment : por- --- Page 170 ---
( 158 )
ter fans ceffe le trouble, le défordre & le défef.
poir dans tout un attelier? Ils raviffent à leurs
negres le feul bien qu'ils
la natute fait
pofedent, celui que
difputer avec chaleur dans toutes
les efpecès vivantes 2 qui enhardit même les
animaux les plus timides; & ils he craindroient
rien de leurs femblables ! Ils
cependant,
le
n'ignorent pas
que negre, mieux qu'eux, fait
fouventn méprifèr la mort, & que tout homme
quila méprife devient redoutable.
Je terminerai cette lettre par le récit d'un
exemple de libertinage qui s'eft préfenté ici depuis peu & qui eft connu de toute la colonie,
Un blanc âgé de
cinquante ans ou
hon matié, 9 pere de plufieurs mulâtres environ,
lâtreffès, avoit dans le nombre
où muil étoit devenu
une fille dont
amoureux. Il vivoit dans fon
habitation, au milieu de fa famille déjà
& preffoit chaque jour fa fille de fe rendre grande, à fes
voeux 5 chaque jour il étoit refufé.
D'abord il mit en ufage les careffes; mais
pouvant de cette maniere vaincre la
ne
de fa fille, il cffaya les menaces & fnit répugnance
cruautés.
par les
Rien ne put ébranler la conflance de
malheureufe, d'autant
cette
plus intéreffante dans
habitation, au milieu de fa famille déjà
& preffoit chaque jour fa fille de fe rendre grande, à fes
voeux 5 chaque jour il étoit refufé.
D'abord il mit en ufage les careffes; mais
pouvant de cette maniere vaincre la
ne
de fa fille, il cffaya les menaces & fnit répugnance
cruautés.
par les
Rien ne put ébranler la conflance de
malheureufe, d'autant
cette
plus intéreffante dans --- Page 171 ---
( 159 j
qu'elle éprouvoit, que lon failes perlécutions environs léloge de fa bonne
foit dans tous les
témoins
conduite & de fon efprit. Ses freres,
des horreurs dont elle étoit la victime, emporétrantés à la fn parla pitié & par l'indignation,
glerent le pere dans fon lit. Ils ne fongerent
enfuite à s'évader, & on les arfeulement pas
rèta.
La juftice n'eut pas de peine à approfondir
donné lieu à cette
le myftere d'iniquité quiavoit
s'empècher
cataftrophe: elle ne put cependant
les coupables à la mort. Tous
de condamner ainfi
la flle qui étoit du
furent exécutés,
que
complot.
odieux, permettez - moi de le
N'eft-il pas
à
les loix foient auffi rigoureufes
dire, que
l'égard de la vertu & de la fenfibilité impuiffanoutragées au dernier point par la cruauté
tes,
& par la débauche la plus
armée du defpotifine
effrénée?
Mais,cet exemple, tout terrible qu'il eft pour
les foibles que l'on opprime 3 peut encore fer:
vir de frein à leurs oppreffeurs.
A --- Page 172 ---
160 3
LETTRE IX
S. Domingue 1782.
Ex
comparant dans une de mes lettres la
gouverniement d'une habitation de S. Domingue à celui d'un état defpotique, c'étoit,
je
lavoue, adoucir prodigieufement l'image de
Padminiftration domeftique des colonies; at
tendu que l'efclavage des Orientaux pefe légé
remerit fur la claffe la plus commune du
au lieu
peuple ;
qu'ici, non 4 feulement Pefolave-ne pof:
fede aucun bien, mais il ne peut pas même
difpoler de fa perfonne, que fon maitte vend
& brocante comme' il Jui plait; (1) que d'ailleurs il eft bien différent d'ètre efclave individu
d'un étatimmenfe, ou de l'être d'un particulier qui compte chaque tète comme une
tion fenfible de fa fortune & la
porpréffure en
conféquence de fon mieux. Cependant, malgré
(I) Ily a quelques années qu'un jeune blanc
créole de S.
Domingue, donna un de fes negres
un chien de chaffe. Le negreen fut fi humilié, pour
fe pendit de défefpoir.
qu'il
toutes
eft bien différent d'ètre efclave individu
d'un étatimmenfe, ou de l'être d'un particulier qui compte chaque tète comme une
tion fenfible de fa fortune & la
porpréffure en
conféquence de fon mieux. Cependant, malgré
(I) Ily a quelques années qu'un jeune blanc
créole de S.
Domingue, donna un de fes negres
un chien de chaffe. Le negreen fut fi humilié, pour
fe pendit de défefpoir.
qu'il
toutes --- Page 173 ---
( 16I )
qui font grandes fans
toutes ces différences,
doute, il refte encore tant de fimilitudes aux
d'un répul blicain entre ces deux gouveryeux
je m'en tiens à ma premiere comnemens, que
paraifon, fauf à ajouter ou retrancher ce que
établir les proportions convous voudrez, pour
venables.
Chaque individu quijouit ici de quelqu'au:
torité,en abufe, parce qu'elle émane du maidont Pintérêt eft de la foutenir. Facile à
tre,
on lui montre fouvent comme coutromper, des efclaves qui ont eu le malheur
pables,
&
de déplaire pour des raifons particulieres,
fa fanétion ne fert alors qu'à feconder des ini-.
mitiés perfonnelles.
C'eft principalement par les negres comces fortes d'abus ont lieu & fe
mandeurs que
Toujours à la tète des
sépetentjournlement la confance du maitre 2 il détravaux , ayant
bon
pend d'eux de vexer ou de favorifer qui
leur femble.
De grands détails feroientici fuperfus 2 pour
montrer en combien d'occalions lautorité abufive des commandeurs doit pefer injuftement fur
& négretfes de place. Mais rien n'eit
les negres
plus commun que des complots de marronnage
L --- Page 174 ---
162 )
dans les meilleurs atteliers,
fécutions des
auxquels les per.
commandeurs ont domné lieu.
Le propriétaire ne fauroit donc
trop d'attention dans le choix des
apporter
met à la tête des travaux
negres qu'il
; & puifque le libertinage des commandeurs eft fouvent la caufe
de leurs
injuftices, 3 il faudroit les choifir dans
un âge mûr, exiger mème qu'ils fuffent mariés
& le mieux feroit qu'ils euffent des
;
La douceur & la probité font
enfans.
leurs fonctions, des
encore, pour
qualités aufi néceffaires
que Pintelligence. Au lieu de taut de recherches, l'on femble ne s'attacher qu'à la beauté
du corps 3 & Pon fait des commandeurs de
vingt - cinq ans. (1)
Indépendamment des negres de place, dont
je vous ai déjà parlé, qui font fans contredit
les êtres les plus malheureux des
on y voit encore des
colonies s
negres artifans, que l'on
applique à différens métiers. Ceux. ci,
moins nombreux que les autres,
beaucoup
2 jouiffent d'un
(I) Le choix des commandeurs eft une affaire
d'autant plus importante qu'ils font les
ouvrieres de Thabitation. C'eft
chevilles
gérans font bien
une vérité dont les
convaincus.
ai déjà parlé, qui font fans contredit
les êtres les plus malheureux des
on y voit encore des
colonies s
negres artifans, que l'on
applique à différens métiers. Ceux. ci,
moins nombreux que les autres,
beaucoup
2 jouiffent d'un
(I) Le choix des commandeurs eft une affaire
d'autant plus importante qu'ils font les
ouvrieres de Thabitation. C'eft
chevilles
gérans font bien
une vérité dont les
convaincus. --- Page 175 ---
( 163 )
meilleur fort; leurs maitres les ménagent davantage; ils les louent au mois, à l'année, ou
les laiflent tirer parti d'eux-mèmes & en exigent une. certaine rétribution.
Mais,de tous les efclaves de la colonie,
ceux dont lexiftence eft la plus douce, font
évidemment les domeftiques 2 tant dans les
villes. que dans les campagnes. Bien nourris
-& bienv vêtus aux dépens de leurs maitres,
ils ne paient cet entretien que par un fervice
léger;car ils font en fi grand nombre dans
toutes les maifons, que l'office d'un chacun
fe réduit à peu. de chofe : auifi leur extrème
indolence furprend toujours PEuropéen nouvellement débarqués & cette nonchalance remarquable n'elt pas entiérement l'effet deleur
organifation ; ni du climat où ils vivent. Elle
à leur
tient peut - ètre plus particuliérement
indifférence pour les affaires dont on les charge,
car ils ne manquent pas de vivacité dans leurs
plaifirs.
Cependant les negres faits au fervice domeftique, quoique bien moins utiles que les negres de place, fe vendent beaucoup plus cher.
A voir la maniere ifolée dont les blancs de
S. Domingue vivent dans leurs campagnes,
L ij --- Page 176 ---
( 164 )
l'on feroit tenté de croire qu'ils fe livrent à
une elpece de familiarité avec les efclaves
les fervent. Mais cela n'arrive
qui
jamais s parce
que l'opinion politique a tracé entre le blanc
& le negre une ligne de démarcation
frappante. Les negres mettent
trop
cependant tout
en ufage pour captivér la confance de leurs
maitres. Ils peuvent la mériter, ils peuvent
même l'obtenir, fans qu'eile foit fuivie de ce
commerce aifé qui adoucit ordinairement dans
notre patrie Phumiliation du fervice.
Ceft ainG qu'une fupériorité
fouvent
trop grande eft
un fardeau. Le maître environné de
fes efclaves, pour conferver fa
dignité , eft
obligé de fermer fon coeur.
L'orgueil fatisfait peut - il le dédommager
d'une pareille contrainte ? Non, foyez-en
il n'eft pointheureux.
fur,
O
ifé qui adoucit ordinairement dans
notre patrie Phumiliation du fervice.
Ceft ainG qu'une fupériorité
fouvent
trop grande eft
un fardeau. Le maître environné de
fes efclaves, pour conferver fa
dignité , eft
obligé de fermer fon coeur.
L'orgueil fatisfait peut - il le dédommager
d'une pareille contrainte ? Non, foyez-en
il n'eft pointheureux.
fur,
O --- Page 177 ---
165 )
LETTRE X.
S. Domingue 178z.
Sex une multitude d'habitations éparfes
dans les plaines que dans les mornes 2
tant
d'un nambre plus ou moins concompolées
fidérable d'efclaves de différentes nations 2 qui
arrivés avec les préjugés de leur
y font tous
feuls diétent la loi
pays, où les propriétaires
où
& font fouvent d'opinions très - oppofées,
pour leurs maitres $
les efclaves ne refpirent que
n'attendant rien de la fociété & ne lui devant
n'exilte point pour eux 5 quel
rien s puifqu'elle
diftinétives pourcaraétere s quelles moeurs
conftans
roient-ils avoir? Ce font les rapports
lient entre nous & avec l'état dans
qui nous
ce
les différens gouvernemens 5 qui compofent
l'on appelle un caraétere national. Mais
que
de ces rapports conftans pour
il n'y a point
qui
celui de Pefclavage,
les negres s excepté
Leur
entraine la crainte univerfelle des blancs.
exiftence eft d'ailleurs fujette à toutes fortes
de caprices. Jamais ils ne font que ce qu'on
L iij --- Page 178 ---
( 166 )
veut qu'ils foient. Auffi changeansquel la volonté
du defpote, l'idée la plus jufte que l'on puiffe
prendre de leur façon de vivre, c'eft que leur
tems fe trouve tellement employé par les travaux, qu'il en refle peu pour leurs
comme pour leur communication
plaifirs 3
réciproque.
L'amitié, ce fentiment qui nait d'une ame
cultivée, 2 leur eft prefqu'inconnue. Ils. reffentent vivement les feux de
le
lamour,-parce que
phyfique feul les développe.
des Dt 1
Le negre, il faut en convenir, le negre de
place fur-tout femble d'abord, aux yéux d'un
Européen, n'ètre qu'un homme. ébauché, Le
moral chez lui eft dans un
engourdiement fi
profond, que l'on croiroit qu'il n'y exifte.
Jorfque l'on fe contente d'un
pas, 2
C'eft
examen fuperficiel.
ce qui fait penfer à bien du monde
les facultés intellectuelles des Africans que
naturellement bien inférieures
font
aux nôtres , &
que nous avons eu autant de droits à les allervir, qu'à domter les animaux. que nous employons pour notre ufage.
Cette opinion feroit véritablement la feule
excufe de notre tyrannie; mais elle n'eft
prouvée. (1)
pas
(1) Confultez Divdore de Sicile; vous verrez que
'eft
examen fuperficiel.
ce qui fait penfer à bien du monde
les facultés intellectuelles des Africans que
naturellement bien inférieures
font
aux nôtres , &
que nous avons eu autant de droits à les allervir, qu'à domter les animaux. que nous employons pour notre ufage.
Cette opinion feroit véritablement la feule
excufe de notre tyrannie; mais elle n'eft
prouvée. (1)
pas
(1) Confultez Divdore de Sicile; vous verrez que --- Page 179 ---
( 167 )
Si les negres font ignorans & paroifent moins
fpirituels que n0S laboureurs d'Europe, c'eft
parce qu'ils n'ont aucun rapport de propriété
ou de fociété, qui puiffe leur donner des idées
& former leur efprit au raifonnement; tandis
que nos laboureurs, tant bornés foient-ils dans
leur exiftence 2 2 jouiffent du moins de leurindividu & d'une petite fortune. Ils ont un rang
dans la patrie, ils connoiffent des loix qui les
protegent ou qui les punifent. De là dérivent
néceffairement plufieurs notions qu'ils font
forcés d'acquérir & qui étendent la fphere de
leur jugement.
Mais les détracteurs des, Africains infiftent,
& demandent pourquoi depuislétablifement de
nos colonies il n'y a pas d'exemple d'un feul
negre qui fe foit diftingué par quelqu'ouvrage
de fcience ou d'efprit.
Parce quel'on porte l'attention jufqu'à empècher que les efclaves n'apprennent à lire.
Parce que les negres libres, dont l'éducation
eft plus indépendante des blancs 2 n'exiftent
plufieurs peuples d'Afrique cultivoient les arts & les
fciences avec fuccès dans un tems où la plupart des
peuples d'Europe étoient encore dans les ténebres,
L iv --- Page 180 ---
( 168 )
ordinairement que par un petit
ou par quelque métier, dans
commerce 2
fiffent
lefquels ils réuf
de
généralement, mais qui les
toute autre connoiffance.
éloignent
Si,à mon tour, je demandois
de cette : CO onie
aux blancs
fourni un feul
pourquoi elle n'a pas encore
écrivain célebre depuis fon étabilifement, écrire
quoiqu'ils fuffent au moins lire
en y arrivant, de mème
&
de leurs
que la plupart
prédéceffeurs,
pondre ?
qu'aurvient-ils à réQue leurs fonctions
compatiblesavec
journalieres font inPétude & la méditation
faut d'ailleurs du tems
; qu'il
homme,
pour produire un grand
Si ceite réponfe eft une excufe fuffifante
eux, combien à plus forte raifon
pour
gres qui n'ont pas les mêmes
pour les ne.
truire , & qui
moyens de s'inf.
des fonctions s'acquittent d'ailleurs fort bien
dont on les charge !
ment ils
Non-feuledirigent avec intelligence les
du fucre, du café, de
eultures
pulations
Pindigo, & les maniqui ont rapport à la
€es denrées
préparation de
3 mais ils faififfent à
tout ce qu'on prend la peine de leur merveille
Ils devicnnent habiles
enfeigner.
muliciens,
artifans, ar,
oyens de s'inf.
des fonctions s'acquittent d'ailleurs fort bien
dont on les charge !
ment ils
Non-feuledirigent avec intelligence les
du fucre, du café, de
eultures
pulations
Pindigo, & les maniqui ont rapport à la
€es denrées
préparation de
3 mais ils faififfent à
tout ce qu'on prend la peine de leur merveille
Ils devicnnent habiles
enfeigner.
muliciens,
artifans, ar, --- Page 181 ---
( 169 )
tiftes dans tous les genres : & ne montrent
d'autres limites dans leurs facultés intelleétuelcelles établies par leur éducation, qui
les, que
quoieft un peu plus ou un peu moins cultivée,
très-bornée; & c'eft un bien.
que généralement auroit-il
en effet à
Quel danger n'y
pas
éclairer des hommes vexés auffi injuftement
qu'ils le font! Ce feroit les aigrir & les porter
à la révolte.
Ayant une fois fecoué le joug de l'opinion
qui les retient,ils n'auroient pas beaucoup de
peine à fe défaire d'une poignée de tyrans
trop foibles pour leur réfifter.
On ne fauroit donc employer trop de moyens
légitimer à leurs yeux le plus affreux defpour potifme, &je n'en connois pas de plus fur que
lignorance; 5 car la fupériorité de lumieres qu'ils
apperçoivent aujourd'hui chez leurs maitres s
qui leur. femble prodigieufe & leur imprime
le plus grand refpect, que deviendroit - elle,
s'ils devenoient eux- mèmes plus éclairés ?
Quand il n'y auroit rien enfn à redouter de
Phumanité feule exigeroit
leur inftruction s
qu'on les retint dans l'ignorance 1 parce que,
de tous les malheurs qui accompagnent l'efclavage, le plus grand eft de penfer. Il met --- Page 182 ---
( 170 )
le comble à tous les autres, en leur donnant
la vie ou du moins un grand accroiffement.
Je vous envoie la copie exacte d'un billet que
l'on a furpris ces jours derniers entre les mains
d'une jeune mulâtreffe, efclave & mécontente
de fon maître, Elle l'a écrit de fon propre fang,
& je le conferve encore.
C Je laiffe toute vengeance à Dieu ; elle
3> n'appartient qu'à lui. Si fa juftice eft lente,
>> elle defcendra plus terrible. >2
--- Page 183 ---
171 )
LETTRE XI.
ii ffeg
S. Domingue 1782.
Use fanté ferme & robulte dédommagelhom
me d'un millier de privations 5 par elle, l'ètre
d'ailleurs le plus miférabie trouve encore des
douceurs dans la vie, Les moindres chofes
s'embelliffent à fes yeux, tandis que la poffeffion des richeffes & la connoiffance des plailirs
qu'elles procurent ne font qu'ajouter aux peines de Phomme épuifé, dont le corps fouffrant
&, affoibli foutient à peine le pvids du tems.
L'efclave 2 avec de la fanté, pourroit donç
encore chérir fon exiftence au milieu mème des 1
entraves qui embarraffent fa carriere : il pourroit, en dépit de nos cruautés, remercier la
nature de lui avoir donné le jour.
Mais, trop expofé aux intempéries d'un climat deftruéteur, 2 aux triftes effets d'un travail
exceffif & d'une mauvaife nourriture, en proie
à la jaloufie, homicide de fes cruels compad'ailleurs d'une complexion
gnons 2 pourvu
moins forte encore que lafcive, s'épuifant dans
ffent fa carriere : il pourroit, en dépit de nos cruautés, remercier la
nature de lui avoir donné le jour.
Mais, trop expofé aux intempéries d'un climat deftruéteur, 2 aux triftes effets d'un travail
exceffif & d'une mauvaife nourriture, en proie
à la jaloufie, homicide de fes cruels compad'ailleurs d'une complexion
gnons 2 pourvu
moins forte encore que lafcive, s'épuifant dans --- Page 184 ---
( 172 )
le coît, quelquefois auffi dévoré
par la.mélancolie, il trouve à chaque pas de fà malheureufe carriere la maladie , c'eft-à-dire le comble
à la mefure de fes maux.
L'énumération entiere de celles
il
eft fujet conviendroit
auxquelles
médecine
plutôt dans un traité de
que dans une lettre particuliere; ; comme elle n'eft pas d'ailleurs de ma
je ne vous entretiendrai ici
compétence,
qui font
que des plus graves,
en même tems les plus fréquentes.
L'épiau, maladie peu connue dans les facultés
d'Europe , femble être
cains. Elle
particuliere aux Afriattaque indifféremment dans cette
efpece, les
hommes, 2 les femmes & les enfans.
Elle fe manifefte par des ulceres qui fe forment
principalement aux articulations. Le
alors éprouve une langueur
negre
générale; il jaunit,
maigrit & fuccombe, à moins que des fecours
bien adminiftrés ne réparent le défordre furvenu dans la maile de fon fang. Les alkalis
roiffent efficaces
papour cette forte de maladie,
Elle a cela de commun avec la
elle differe d'ailleurs
vérole, dont
effentiellement, en ce
qu'elle ne fe communique point par le coût &
qu'elle femble étre particuliere aux
negres. (1)
(I) On alfure que les anolis ont fait depuis
peu --- Page 185 ---
( 173 )
Lefcorbut eft encore un Aéau des efclaves
que cette maladie qu'ils
de cette colonie, parce
d'Acontraétent fouvent dans leurs traverlées
mal guérie, faute de foins, fe réveille
frique,
& devient
quelquefois dans les habitations,
d'autant plus difficile à extirper, qu'ils l'ont
les falaifons
portée plus long-tems; ; parce que
nourriture, & le
dont ils font leur principale
fommeil auquel ils fe livrent dès qu'ils le
long
& la propagent. (2)
peuvent, la perpétuent
Les maladies vénériennes font fi communes
les apportent fouvent
parmi les negres 3 qu'ils
ralentit
en naiffant. La chaleur du climat en
étant néglibeaucoup les progrès : cependant,
elles parviennent avec du tems au plus
gées,
des cures merveilleufes dans cette colonie, non-feulement parmi les vénériens 1 mais méme parmi ies
épianiftes & les dartreux. Ce remede apporté tout
récemment de la Louiliane, ou il eft ufité chez ies
fauvages, > mérite la plus grande attention.
(2)Le fommeil des negres differe fenliblement du
nôtre, en ce qu'il eft beaucoup plus profond.
l'on appelloit en criant
J'en ai vu plufieurs que
les
& que lon fecouoit très-rudement fans pouvoir
éveiller. L'épailifement de leur fang eft probablement la caufe de cet engourdiffement.
récemment de la Louiliane, ou il eft ufité chez ies
fauvages, > mérite la plus grande attention.
(2)Le fommeil des negres differe fenliblement du
nôtre, en ce qu'il eft beaucoup plus profond.
l'on appelloit en criant
J'en ai vu plufieurs que
les
& que lon fecouoit très-rudement fans pouvoir
éveiller. L'épailifement de leur fang eft probablement la caufe de cet engourdiffement. --- Page 186 ---
( i74 )
haut degré de malignité & devienrient auffi dif
ficiles à guérir qu'en Europe.
La confomption. Les plus fpirituels & les
plus fenfibles parmi les negres y font les plus
fujets: d'o Pon pourroit conjecturer que cette
forte de maladie
-
prend fa fource dans le moral,
La gaicté & la diffipation en feroient donc les
remedes les plus certains 5 mais on ne les enploie pas, quoique tous les autres femblent
inutiles. Auffi voit-on fouvent ceux qui en
font atteints, terminer leurs jours pari une mort
volontaire s & d'autres finir naturellement
après avoir langui pendant quelques années. s
Les tranfpirations arrêtées. Elles ont ici les
fuites les plus dangereufès ; probablement à
caufc de la fermentation qui s'y fait d'abord,
des humeurs répercutées, plus prompte & plus
adtive que dans les climats moins chauds.
Il faut convenir auffi que c'eft fouvent la
faute des propriétaires, fi leurs negres font tles
victimes de cet accident. Combien de fois n'aije pas été témoin d'orages qu'il étoit facile de
prévoir, avant lefquels on auroit dû interrompre le travail des champs, qu'on laiffoit cependant elfuyer aux negres pendant une heure
enticre & plus, afn d'avancer la befogne! Les --- Page 187 ---
( 175 )
malheureux, tranfis de froid, ne trouvoient pas
enfuite dans leurs cafes de quoi changer, On
croit gagner du tems par cette méthode ; mais
les maladies & la perte d'efclaves qu'elle occafionne, puniffent affez fouvent lc maitre de fa
cruelle avarice.
On convient généralement dans cette colonie
que la vie active & moyenne des negres de
place eft de quinze ou feize ans. Ceux dont la
bonne conftitution, victorieufe des fatigues
excellives qu'ils ont dà fupporter, réfifte à
cette longue épreuve, & les mene à un âge
avancé où ils ne peuvent plus fouiller la terre,
ont une vieilleffe onéreufe pour leur maitre,
qui eft obligé de les nourrir, & n'en retire
d'autres fervices que ceux qu'ils peuvent rendre comme gardiens de favanes, de places à
vivres, &c.
C'eft fouvent à regret qu'on les voit exifter
encore dans un tems où ils ne font plus fufceptibles de travail 5 je n'oferois le répéter, fijc
ne l'avois entendu dire maintes & maintes fois.
Mais d'après les principes de calcul qui gouvernent généralement les colonies, & le mépris que l'on a pour les negres, il faut peutêtre s'étonner que Pufage dc détruire les vieux
, de places à
vivres, &c.
C'eft fouvent à regret qu'on les voit exifter
encore dans un tems où ils ne font plus fufceptibles de travail 5 je n'oferois le répéter, fijc
ne l'avois entendu dire maintes & maintes fois.
Mais d'après les principes de calcul qui gouvernent généralement les colonies, & le mépris que l'on a pour les negres, il faut peutêtre s'étonner que Pufage dc détruire les vieux --- Page 188 ---
( 176 )
efclaves, comme on fait les vieux
s'y foit pas encore établi.
chevaux,ne
Tous les
font
propriétaires 2 heureufement, ne
point des barbares. J'en connois méme
quelques. - uns qui ont le plus grand foin de
leurs vétérans.
-On m'a fait voir les regiftres d'une habitation confidérable, &jy ai trouvé fur cent foixante négreffes ou
négrites, 3 huit femmes depuis l'âge de quatre - vingt- dix
&
ansjufqu'à cent
huit, plufieurs autres déjà
fur un nombre
octogénaires; &
pareil de negres dans la même
habitation, je n'en ai compté que trois de foixante & dix ans ; tout le refte étoit au - deffous.
Cet exemple particulier s'accorde
ment avec l'expérience de tous les parfaitetems, qui
prouve que. la carriere des hommes eft moins
étendue que celle des femmes.
ne trouve pas d'auffi
Cependant on
grandes différences à cet
égard dans l'efpece des blancs
des
que dans celle
negres, (r)
(r) Cela paroit d'autant plus
négreffes font
farprenant,que les
foumifes aux mémes travaux que les
negres. Il eft à préfumer que le libertinage les épuife
beaucoup moins.
Sur --- Page 189 ---
( 177 5
Sur toutes les habitations un peu confidérables, o11 voit un hopital pourl les efclaves malades. Les. fexes n'y font point confondus , & Pon
quelquefois Pattention jufqu'à féparer les
porte
différens maux. établiffement eft bien monté ;
Lorfque cet
lon y fait chaque jour du bouillon pour les malades & Pona foin de donner un peu de vin &
de viande fraiche aux convalefcens. Les prodaus cet ufage, fe trouvent
priétaires quifont
dédommagés de leurs dépenfes 2 par
amplement
la guérifon facile de leurs efclaves, quile plus
fouvent n'ont befoin, pour fe rétablir, que
d'une bonne nourriture.
nombre d'hopitaux de la
Mais un grand
colonie fe trouvant, par l'arrangement vicieux
qui réfident en France, à la
des propriétaires
charge de leurs prépofés, ,ceux - ci peu foucieux
dé la fanté des negres qui ne leur appartienéconomifent fur l'entretien des
nent point,
foumalades, au point de les laiffer manquer
vent des chofes les plus effentielles.
Les.hôpiraux les mieux foignés que j'aie pu
voir, n'avoient que de fimples lits de camp-s
fans matelas ni couvertures. Peut- être au
Phabitude de coucher fur la tcire
furplus que
M
,ceux - ci peu foucieux
dé la fanté des negres qui ne leur appartienéconomifent fur l'entretien des
nent point,
foumalades, au point de les laiffer manquer
vent des chofes les plus effentielles.
Les.hôpiraux les mieux foignés que j'aie pu
voir, n'avoient que de fimples lits de camp-s
fans matelas ni couvertures. Peut- être au
Phabitude de coucher fur la tcire
furplus que
M --- Page 190 ---
( 178 )
à trouver ces fortes de lits
difpofe les negres
mème
fort bons, lors
qu'ils fontincommodés. confidéinconvénient me paroit donc peu
Cet
rable.
même des médecins, & des
Iln'en elt pas de
remedes qu'ils appliquent.
générale de doiteurs,
Sous la dénomination
dans les campails fe répandent & s'établiffent
à la ronde
où ils font des abonnemens
Chagnes,
différentes habitations.
& à Pannée, pour
& gagne jufqu'à
cun d'eux en réunit plufieurs,
fix & fept mille livres. 1
médeMais depuis le tems que ces prétendus & dans
dans les plaines
cins foulent aux pieds,
quiy croif
les
médicinales
les mornes, 2
plantes auroient dà analyfer
fent; depuis le tems qu'ils
nombre,
& conftater les propriétés d'un grand
étonnant de les voir aufli peu avann'eft-il pas
de chofe près,(t) qu'on
cés en ce genre, à peu
&
des établiffemens,
Pétoit au commencement
qu'on leur
beaucoup moins que les negres
confie ?
eft le feul médecin de la co-
(1) M. Defportes
de quelques . unes de
lonie qui ait écrit fur Fufage
fes plantcs indigenes. --- Page 191 ---
( 179 )
Ils vivent fur un des fols les plus aétifs du
nronde, qui, mieux connu, fourniroit probablement des remedes à toute PEurope; & ils
reçoivent d'elle, par une méprifable habitude,
le rebut deftructeur de toutes fes pharmacies,
M 1 --- Page 192 ---
180 )
LETTRE XII 1
S. Domingite 1782.
B
ANS une colonie où le nombre des blancs
clt beaucoup plus confidérable que celui des
blanches ; où la plupart des Européens font
condamnés au célibat, par des circonftances
inévitables; où leurs defirs cependant,
qués par le climat, font agréés & fatisfaits provoavec
reconnoifance parles femmes de couleur ; il ne
faut pas s'étonner que celles - ci
peu de tems de la foible
triomphent en
répugnance qu'impriment au premier abord leurs traits étranges
& la couleur de leur peau.
Sil'on remarque enfuite que
des négreffes & mulâtreffcs
Porganifation
de S.
2 propre au climat
Domingue,y jouit de toute la
tion que la nature accorde à leur perfectandis que celle des blanches
efpece s
très
s'y altere en
- peu de tems & ne fait qu'y
ne fera plus étonné
languir, 3 on
d'apprendre que le
des Européens s'accorde fouvent
goût
avec leur
choix & dicte leur préférence pour les femmes
négreffes & mulâtreffcs
Porganifation
de S.
2 propre au climat
Domingue,y jouit de toute la
tion que la nature accorde à leur perfectandis que celle des blanches
efpece s
très
s'y altere en
- peu de tems & ne fait qu'y
ne fera plus étonné
languir, 3 on
d'apprendre que le
des Européens s'accorde fouvent
goût
avec leur
choix & dicte leur préférence pour les femmes --- Page 193 ---
( 181 )
de couleurs autant pour: le. moins que, la-néceffité.
:
auig
Quoi qu'il en foit des raifons , l'ufage a
plus
PE
valu ; & ces femmes, naturellement Aattées de leur : :
cives que les Européennes, 2
afcendant fur les blancs 2 ont raffemblé, pour
toutes les voluptés dont elles
le conferver,
font fufceptibles.
ellés lobjet
La jouifance elt devenue pour
2 d'un art. très-recherd'une étude particuliere, des amans
ché & néceffaire en mème tems avec A 2 9
que la fimple nature ne peut
ufés ou dépravés,
renoncer
plus émouvoir, & qui ne veulent pas
à fes bienfaits.
fans 3
fans honte, elles ont acquis
Impudiques
décidée dans le libertipeine une fupériorité fouvent délaifées 2 fc
nages &. les blanches.,.
viétorieufes,
vengent ailleurs de leurs rivales
la haine & le plus profond mépris.
par n'entends point parler ici des négreffesde
Je ni même de la plupart de celles que.lon
place,
L'empire de ces
deftine au fervice domeltique.
fubalternes ne s'étend guere au - delà
créatures
les efclaves qui les
des favanes. Faites pour
elles n'ont pas la folle prétention
entourent,
délicats.
de captiver les blancs un peu
M iij --- Page 194 ---
( 182 )
C'eft dans la claffe des négteffes libres, &
plus fouvent encore dans celle des mulâtreffes,
que ceux - ci cherchenta fe pourvoir.
jointe à une éducation plus recherchée, L'aifance,
proche
les rapdavantage de la condition européenne.
Non - feulement les blancs domiciliés
dent comme nécelfaire à leurs
regarplailirs & avantageux pour leurs intérêts d'avoir une femme
de cette cfpece à la tête de leurs
mais c'eft encore une affaire
ménages,
d'ufage parmi
eux, d'étiquetté & de bon ton.
Indépendamment de toutes celles qui font
ainli logées ou entretenues en particulier ;il
erir refte encore un grand nombre dans les villes,
qui fe deftinent aux plaifirs du public. Ces
dernieres font la reffource des
des navigateurs
étrangers &
qui ne fontici qu'en
ou des Européens à pofte fixe , dontles paflant,
bénéfices ne peuvent fournir
petits
fances
qu'à des jouif.
paffageres.
Il eft une autre claffe de gens de couleur
libres s qui forme en quelque façon la bour.
geoifie des villes, , & dont la conduite eft trèsréguliere.
Cette claffe exerce différentes profeffions. Elle
eft compofée de familles qui remontent
un peu
navigateurs
étrangers &
qui ne fontici qu'en
ou des Européens à pofte fixe , dontles paflant,
bénéfices ne peuvent fournir
petits
fances
qu'à des jouif.
paffageres.
Il eft une autre claffe de gens de couleur
libres s qui forme en quelque façon la bour.
geoifie des villes, , & dont la conduite eft trèsréguliere.
Cette claffe exerce différentes profeffions. Elle
eft compofée de familles qui remontent
un peu --- Page 195 ---
( 183 )
loin par de légitimes mariages, tandis que les
femmes de couleur, qui vivent dans le défordre,
font pour l'ordinaire les fruits récens du libertinage européen.
Ici comme ailleurs. 2 les flles de joie ne trouvent pas de maris ; & comme leurs agrémens
paffent affez vite, elles fe preffent d'amaffer.
Bien différentes en cela de leurs femblables
en Europe, elles en different encore par un
autre côté, car elles paffent généralement pour,
être fidelles à celui qui les entretient. S'il elt
vrai, je les admire.
Que cette vertu foit réelle ou non 2 elles
la font payer cher. Leur luxe elt prodigieux,
& fait bien voir jufqu'ou peut aller l'aveuglement des hommes que P'amour & la vanité
dominent.
Il n'eft fortes de bijoux dont elles ne foient
pourvues. Les toiles ies plus fines 5 les mouf.
felines & les dentelles les plus précieufes font
prodiguées à leur ufage. Elles n'épargnent rien
enfin de ce qui peut relever leurs appas rembrunis.
On fe récrie fouvent contre leurs dépen fes
exorbitantes; mais en procurant le débit. des
manufactures de France de > elles font la caufe
I M iv --- Page 196 ---
( 184 )
utile d'un impôt volontaire que la
applique fur le libertinage des colons. métropole
donc pas de la métropole
Ce n'eft
attendre
que ceux-.ci. doivent
une réforme à cet égard :
la
faffent eux. - mèmes, s'ils veulent qu'ils
faite. Seront-ils affez
qu'elle foit
fages ? Le
ne doit pas le.
gouvernement
craindre. :
NUHT
J'ai fouvent. entendu difcuter
tion; favoir
ici.cette quef
s f le commerce des blancs avéc les
femmes de couleur eftcaforiezElleelt
avantageux O1L. non à la
véritablement difficile à décider.
Chacun choifit fon point de vue, &
ne les embrafe tous. Mais il
perfonne
y en: a : de trèseffertiels , dontje - n'aijamais entendu
dont je vous ferai
parler, &
part,
Iln n'eft pas,ce me femble, dans T'ordre
conititution
de
d'une
fage s laifer une Jacune de
voirs entre celui qui fait la loi &
pouT'obfervent, Ceft
ceux qui
ici
cependant ce que l'on verroit
entre les blancs & les negres., fi les.
compofées des uns & des autres
efpeces
point remplir
ne venoient
lintorvalleimmenfe quiles
Ces
fépare..
de
ordresintermnédisires, > fers à
leur degré
proportion
de-blancheur, fe
rangent avec
empreffement du côté des Européens.:
feulement ils fervent à contenir les
Nonnegres s
ft
ceux qui
ici
cependant ce que l'on verroit
entre les blancs & les negres., fi les.
compofées des uns & des autres
efpeces
point remplir
ne venoient
lintorvalleimmenfe quiles
Ces
fépare..
de
ordresintermnédisires, > fers à
leur degré
proportion
de-blancheur, fe
rangent avec
empreffement du côté des Européens.:
feulement ils fervent à contenir les
Nonnegres s --- Page 197 ---
( 185 )
dans leurs travaux &
mais:ils les . dirigent
éclairent. leurs plus fecrettes démarches.
Que ce. fyftème 5 en autorifant le libertinage,
attaque la pureté des mocurs , j'en fuis d'accord,
Ilne faut pas cependant les condamner, mais
le . g enre de gouvernement qui l'exige. Ajmer
mieux
le
? Il
roit - on
changer
gouvernement
; il faut donc. conferver
n'y a pas d'apparence
foigueufement tous les défauts fans lefquels il
ne peut exifter.
Si le: commerce des blancs avec les femmes
de couleur eft agréable aux premiers & favorable à la politique de leur admini(tration,
il n'elt pas moins utile aux. efclaves. Voici
pourquoi.
motif de
Jc vois en effet dans ces liaifons un
douceur dans la conduite des maitres : parce
qu'il n'eft pas naturel de maltraiter celle qui
nous procure & partage avec nous le plus grand
de tous les plaitirs ; parçe qu'un penchant invincible nous porte au contraire à lui donner
des foins 5 parce que cette bienveillance pour
l'individu qui nous charme , rejaillit encore fur
toute l'efpece qui nous paroit dès lors plus rapprochée de nous, conféquemment plus refpectable. --- Page 198 ---
( 186 )
Cette influence enfin me paroit G grande; ,
que je ne doute pas le moins du monde queles
negres ne fuffent abfolument traités aujourd'hui
comme des animaux, fi les Européens n'euffent
jamais fréquenté les négreffes. Et pour mieux
vous rendre ma penfée, permettez. moi une
derniere réflexion.
Pourquoi les blanches font - elles généralementp plus dures, , plus hautaines que Jes blancs
envers leurs efclaves? Ont-*elles donc reçu de
la nature moins d'humanité que nous ? Cen'ef
pas ce que l'on remarque. Il y a donc quelqu'autre raifon. Ne feroit-c ce point l'infamie
attachée par Popinion aux liaifons intimes
qu'elles pourroient contracter - avec les gens de
couleur? Infamie qui anéantit dans leur imagination toute idée de plaifir ravec cette
& la rejette à une diftance fi
efpece 9
les
prodigieufe s qu'eln'y voient plus des hommes,
s mais feulement des animaux doués de quelqu'intelligence:
remarque. Il y a donc quelqu'autre raifon. Ne feroit-c ce point l'infamie
attachée par Popinion aux liaifons intimes
qu'elles pourroient contracter - avec les gens de
couleur? Infamie qui anéantit dans leur imagination toute idée de plaifir ravec cette
& la rejette à une diftance fi
efpece 9
les
prodigieufe s qu'eln'y voient plus des hommes,
s mais feulement des animaux doués de quelqu'intelligence: --- Page 199 ---
- :187 )
LE' TTRE-XIIL
S. Domingue 1782.
fur la traite
Ex jetant un coup-d'ceil général
nous verrons une multitude de nal
des negres,
dangetions africaines 2 avides des fuperfuités
reufes que nous leur avons fait connoitres
pourles imiter, trop peu-fages
trop ignorantes
favoir s'en paffer, quife font une guerre
pour
les acquérir par le
fans relâche pour pouvoir.
des prifonniers que nous leur demanmoyen
dons en échange.
fufils, piftoletsscouEaux - de- vie, fabres,
teaux, poudre & plomb , voilà les objets auxles negres attachent le plus grand prixs &
quels
fatalité bien malheureufe pour l'Afripar une chofes- la même qu'ils defirent avec
que, ces
celles qui
le plus d'ardeur, font précifément.
leur donnent les moyens de continuer leurs
deftruétives, fans s'appercevoir gu'ils
guerres
vils athletes, combattant (ans
ne font que nos.
nous
gloire & fans profit avec les armes que
leur fourniffons.
de ces prifonniers
Mais 3 indépendamment
&
quels
fatalité bien malheureufe pour l'Afripar une chofes- la même qu'ils defirent avec
que, ces
celles qui
le plus d'ardeur, font précifément.
leur donnent les moyens de continuer leurs
deftruétives, fans s'appercevoir gu'ils
guerres
vils athletes, combattant (ans
ne font que nos.
nous
gloire & fans profit avec les armes que
leur fourniffons.
de ces prifonniers
Mais 3 indépendamment --- Page 200 ---
( 188 )
faits de nation à nation par rufe ou les
à la main, les habitans d'une même
armes
fe volent fouvent leurs
bourgade
propres enfans dans le
plus bas âge & les vendent fans pitié. Les
pitaines de
canavires, qui ne cherchent gu'à compléter leurs
cargaifons, jouiffent de - ces bar.
baries, les excitent mème &
reçoivent avide.
ment le produit de mille atrocités. Le
dra fon fils, le fils vendra fon
pere venplus
pere; rien de
commun, & il n'y a rien là qui doive furprendre.
Lorfqu'on eft parvenu au point d'établir un
prix courant, une valeur pécuniaire pour chaque tête humaine, pourquoi n'en trouveroit.on
pas au marché auffi bien que des comeftibles ?
Tant que nous acheterons des negres, les
negres nous vendront leurs femblables ; il faut
y compter.
Il eft cependant un terme zuquel ce méchant
commerce doit finir; mais les hommes n'au.
ront pas la gloire de le fixer.
--- Page 201 ---
189 )
LETTKE-XIV
S. Domingue 1782:
Lel langage créole de cette colonie n'eft autre
chofe que le françois remis en enfance. On
trouve prefque toujours Pinfinitif du verbe,
y précédé & fuivi de pronoms perfonnels ; peu
d'adjectifs & beaucoup d'adverbes, fur-tout
de ces adverbes amplificateurs, comme très,
trop, &c.
Ce langage a ici bien des partifans. Cependant il faur convenir qu'il eft foible, mauffade
& embrouillé; & pour que vous puifliez en juvous-mème, je vais vous tranfcrire ce
ger par
à
que difoit il y a quelques jours une négreffe
s'excufer de Pinfidélité dont
fon amant, pour
il Paccufoit.
Créole.
c Moi étois à la cafe à moi; moi étois après
caffave à moi ; Zéphir venir trou3) préparer li dit que li aimer moi, & qu'il
2> ver, moi,
vouloit que moi aimer li tout. Moi répondre
>> li que moi déjà aimer mon autre & que moi
>> Je capable d'aimer deux. Li dit moi, que li
33 pas
ffe
s'excufer de Pinfidélité dont
fon amant, pour
il Paccufoit.
Créole.
c Moi étois à la cafe à moi; moi étois après
caffave à moi ; Zéphir venir trou3) préparer li dit que li aimer moi, & qu'il
2> ver, moi,
vouloit que moi aimer li tout. Moi répondre
>> li que moi déjà aimer mon autre & que moi
>> Je capable d'aimer deux. Li dit moi, que li
33 pas --- Page 202 ---
I 190 )
>> : mériter mieux amour à moi que. matelot à li.
2> Moi répondre li, que li capable de mériter li
>> mieux, mais que li pas te gagner li encore.
3> Li dit moi que li va gagnerli, & tout de fuite
>> li faire moi violence.
Ah, toi connois
25 comment li fort'jugez fi gagner faute à moi!
>9 Le ciel témoin, cher dombo, de Pinnocence
3) & de fidélité à moi!"
Verfion frangoife.
C J'étois dans ma cafe, préparant ma caffave.
>> Zéphir vint m'y trouver, Il me dit qu'il m'ai5> moit & qu'il vouloit que je l'aimaffe. Je lui
>> répondis que j'en aimois déjà un autre, & que
29 je ne pouvois en aimer deux. Il me dit qu'il
s> méritoit mieux mon amour que fon rival ; je
>> lui répondis qu'il pouvoit le mériter mieux,
3> mais qu'il ne l'avoit pas encore, Il me dit
>> qu'il l'auroit, & à l'inftant il me fit vio3> lence . Tu fais comme il eft fort! Juge
>> silya de ma faute! Le ciel m'eft témoin,
>> cher amant, de mon innocence & de ma. fidé.
3> lité ! >3
La tournure infipide du langage créole vient
peut - être de la ftupidité que les premiers COlons fuppofoient aux negres. Ainfi, lorfqu'ils --- Page 203 ---
( 19I )
vouloient leur faire entendre d'aller quelque
leur difoient, moi vouloir que toi allerli.
part,ils maniere de s'exprimer eft en effet plus
Cette
jufqu'à un certain point,
facile à comprendre,
Ceft auffi celle de
que la maniere ordinaire.
difcours étendu,
tous les commençans. Mais un
difcompofé de la forte, devient diffus & plus
à entendre que s'il étoit arrangé
ficile peut-être
des langues culfuivant les principes généraux
de grace &
tivées. Il eft d'ailleurs dépourvu
de fujet qu'on l'apd'énergie, à quelqu'efpece
plique.
bien inutile de dénaturer entiéIl étoit donc
& d'affoiblir la langue françoife 3 pour
rement
mauvais jargon qui ne remplit pas
en tirer un
l'on s'étoit
mème l'objet de fimplification que
d'autant mieux que les negresa apprenpropofe, facilement le françois que les autres
nent auffi
tous ceux
étrangers. Je citerai pour preuve domeftiPon voit en France 2 & même les
que
bonnes maifons de S. Domingue.
ques des
foit, le langage créole a préQuoi qu'il en
il eft celui des gens de
valu. Non - feulement
domiciliés
mais même des blancs
couleur ,
volontiers
dans la colonie, qui le parlent plus
foit par habitude, foit parce
que le françois,
qu'il leur plait davantage.
étrangers. Je citerai pour preuve domeftiPon voit en France 2 & même les
que
bonnes maifons de S. Domingue.
ques des
foit, le langage créole a préQuoi qu'il en
il eft celui des gens de
valu. Non - feulement
domiciliés
mais même des blancs
couleur ,
volontiers
dans la colonie, qui le parlent plus
foit par habitude, foit parce
que le françois,
qu'il leur plait davantage. --- Page 204 ---
( 192 ) à
5 La poéfie & la mufique des
ne valent pas mieux
negres créoles
que leur jargon : ne
tànt P'une & l'autre fur
poraucun principe, les
-
compofiteurs font fort à leur aife & chantent
toujours en impromptu,
Une idée commune
fuffit
2 mal exprimée, leur
pour appuyer une mélodie langoureufe &
monotone. qui dure pendant des heures entieres. On répete quelquefois
la-récompenfe.
d'après eux. Voilà
but à leur
Difpenfez. - moi de payer ce trivanité,
Ce n'eft pas qu'ils foient entiérement
pourvus de goût; mais fi les
dédelwald
bergers du Grins'avifoient un jour de
impromptu des airs & des
compofer en
chanfons,
vous qu'ils montraffent
croyezLes chants
plus d'habileté ?,
africains font bien plus intéref.
fàns, ceux fur-tout des negres de
mulique femble imitée du
Congo, Leur
oifeaux 3 on ne peut s'empècher gazouillement des
la précifion du
d'y admirer
mouvement, la difficulté de
l'exécution & l'harmonie
chantent
, lorfque plufieurs
enfemble. Ils ont des. coups de gofier
remarquables par les murmures
& long-tems foutenus,
variés,aigus
qu'ils font entendre.
duo dialogués paroiffent être leur
Les
genre favori.
Unc --- Page 205 ---
( 193 y
Une baffe continue très - correcte, quoique
diétée par Poreille feule accompagne toujours
celui qui chante le deffus 2 qui abandonne
enfuite fa partie pour la laiffer à l'autre, dont
il devient alors Vaccompagnateur 2 ainfi fucceffivement.
L'amour eft le fujet ordinaire des chants de ce
peuple lafcif; mais il n'en parle pas avec autant
de grace qu'il met d'ardeurà fa pourfuite.
Les danfes africaines font très - variées &c
généralement moins animées que voluptueufes.
On remarque cependant dans quelques-unes, ,
des pas précipités & compliqués, queles negres
les plus lourds exécutent facilement.
Les Congos fe diftinguent dans la danfe
auffi bien que dans le chant. Le plaifir extrème
qu'ils prennent à ces fortes d'exercices 9 eft
peut-être la caufe de leur fupériorité. Voluptueux à P'excès & fans pudeur , ils peignent
ici comme ailleurs leur paffion favorite : de
là mille attitudes indécentes 2 mille geftes &
mouvemens analogues 2 cadencés au bruit d'un
fimple tambour 2 par lefquels le negre & la
négreffe qui figurent enfemble, ne laiffent pas
méconnoitre aux fpectateurs l'amour naiilant,
victorieux 2 puis fatisfait,
N
. Voluptueux à P'excès & fans pudeur , ils peignent
ici comme ailleurs leur paffion favorite : de
là mille attitudes indécentes 2 mille geftes &
mouvemens analogues 2 cadencés au bruit d'un
fimple tambour 2 par lefquels le negre & la
négreffe qui figurent enfemble, ne laiffent pas
méconnoitre aux fpectateurs l'amour naiilant,
victorieux 2 puis fatisfait,
N --- Page 206 ---
( 194 )
: P.S. Vous avez fouvent entendu,
comme moi,
difputer fur la beauté & fur les idées différentes
qu'en avoient les différens
peuples 5 relatives
pour chacun d'eux à leurs traits
ou à des ufages bizarres de
primitifs 5
mutilation. Mais
indépendamment de toute efpece de préjugé
&
d'amour-propre, n'y auroit - il pas des indications nàturelles pour juger de la beauté,
prife dans un fens abfolu ?
Je vois, par exemple, chez les Européens
que la blancheur de leur peau, le coloris
ou moins confidérable qui l'anime,
plus
joint à la
délicateffe de leurs fibres, exprime dans leurs
phyfionomies jufqu'aux moindres nuances de
peine ou de plaifir, tandis que ce même jeu
de phyfionomie eft abfolument
/ les
impoflible chez
negres, dont les traits groffiers, le ton de
couleur oblcure & uniforme laiffent à peine
appercevoir quelqué changement dans leurs
figures, lorfqu'un chagrin mortel les accable,
ou lorfqu'un accès de fureur les faifit.
Voilà donc.indépendamment de toute efpece
de conventions fur la beauté, une raifon naturelle qui doit affurer la préférence aux Européens far les negres 5 & en comparant tous
les peuples d'après ce ptincipe,l'on donneroit --- Page 207 ---
( 195 5
peut-être à chacun d'eux le rang de beauté qui
lui convient.
LETTRE XV.
S. Domingue 1782:
(uoious la religion des efclaves n'ait jamais été confidérée, à S. Domingue, 2 comme
un article bien important 2 vous ne ferez cependant pas faché d'apprendre plus particulié.
rement ce qui la concerne,
Deux préfets apoltoliques-font à la tête du
clergé de la colonie. Celui qui gouverne les
Dominicains réfide au Port - au - Prince, & le
chef des Capucins réfide au Cap. Ils ont tous
deux les fonctions & les prérogatives
d'évèque; ;
ils en auroient fans doute la confidération, fi
on leur permettoit de' porter une croix d'or
& de s'appeller monftigneur;n mais ils fe garderoient bien de donner un parcil effor à leur
vanité. Ils fentent qu'avec de G beaux attributs 5 les places de préfets apoftoliques paffe.
roient bientôt à des prètres féculiers.
Nij
au Cap. Ils ont tous
deux les fonctions & les prérogatives
d'évèque; ;
ils en auroient fans doute la confidération, fi
on leur permettoit de' porter une croix d'or
& de s'appeller monftigneur;n mais ils fe garderoient bien de donner un parcil effor à leur
vanité. Ils fentent qu'avec de G beaux attributs 5 les places de préfets apoftoliques paffe.
roient bientôt à des prètres féculiers.
Nij --- Page 208 ---
( 196 )
D'ailleurs, le gouvernement métropolitain
entend que la religion ici foit modefte,
peu
répandue en quelque façon pour la forme,
comme vous en jugerez par les détails
je vais vous apprendre.
que
La colonic eft divifée en une cinquantaine
de paroiffes s dont un peu plus de moitié fe
trouve de la dépendance du Port-au-Prince,
deffervie par les Dominicains 3 & les
de la dépendance du
autres 9
Cap , confiées aux Capucins.
Un feul religieux eft chargé de chaque
roiffe 2 & ce petit nombre de
papafteurs fuffit
néanmoins à toutes les meffes
demande.
qu'on leur
Il meurtici beaucoup de monde
; on n'y a
cependant jamais vu, comme en France,des
cadavres dont la fépulture fat rétardée.
Quand on veut s'y
(1)
marier, 011 s'y marie; c'eft.
à-dire, qu'il s'y trouve affez de prêtres
les fonctions que l'on réclame de leur pour
minif
tere, quoiqu'ils ne foient que dans le rapport
(I)II eft vrai que les propriétaires
font dans l'ufage de faire enterrer la d'habitations
leurs negres de place dans les favanes des plupart de
environs. --- Page 209 ---
197 )
de I à 60 ou environ avec le clergé de France 3
comparaifon faite des populations refpeétives
de la métropole de S. Domingue.
Leur entretien n'elt pas non plus fort à
eftimer qu'ils coûtent à la
charge ; on peut
livres chacun. Et
colonie de cinq à fix mille
rond, fuppofez que les
pour faire un compte
tant
foixante prètres que P'on emploie ici,
curés de villes & leurs
curés de campagnes que
fomme
enlevent annuellement une
vicaires 9
de
livres à la colonie. Cette dépenfe
350,000
la
eft très - fupportable 2 fur - tout lorfqu'on
toutes
gardées 2 avec
compare 9
proportions
T'entretien ruineux du clergé de la métropole.
La répartition faite de ces prêtres laiffe des
intervalles de paroiffes fi étendus, que plufieurs
dans les mornes 9
habitations 9 particuliérement
fe trouvent à trois & quatre lieues de leurs
curés.
les negres fe paf
Mais il eft convenu que
même à
fent de meffe en pareille fituation,&
diftances bien moindres. Il ne feroit pas
des
qu'ils employaf.
raifonnable en effet, d'exiger
d'une meffe, les jours de
fent, à fe pourvoir
fètes qu'on leur accorde pour leur fubfiftance:
Les blancs n'ont pas les mêmes raifons de
N iij
à trois & quatre lieues de leurs
curés.
les negres fe paf
Mais il eft convenu que
même à
fent de meffe en pareille fituation,&
diftances bien moindres. Il ne feroit pas
des
qu'ils employaf.
raifonnable en effet, d'exiger
d'une meffe, les jours de
fent, à fe pourvoir
fètes qu'on leur accorde pour leur fubfiftance:
Les blancs n'ont pas les mêmes raifons de
N iij --- Page 210 ---
( 198 )
s'en difpenfer, mais ils reftent chez
maintenir P'ordre 5 & loin d'ètre eux pour
leurs efclaves ne foient
fachés que
eélébration
point à portée de la
des myfteres divins, ils s'en félicitent beaucoup, & penfent
la crainte des
unanimement que
punitions qu'ils ne leur
gnent point dans cette vie, les contient éparbeaucoup micux que celle des châtimes inconnus
d'un autre monde. Peu foigneux d'ailleurs
les rendre
de
heureux, même après leur
ils ne voient dans la
mort,
religion
des fentimens d'égalité,
catholique que
dont il eft dangereux
d'entretenir des efclaves.
Le pape fit-il ces réflexions lorfqu'il
va la vente & l'achat des hommes P approu.
il qu'un jour le domaine de
Prévoyoit,
de s'accroitre
Péglife, au lieu
par les nouveaux établiffemens
d'Amérique, 2 ne feroit que s'affoiblir de
en plus ? Prévoyoit - il que cette décifion plus
abfurde qu'inhumaine
auffi
formeroit des écoles
par la fuite des tems, les hommes
droient à vivre fans le fecours de fes apprenleux fatellites
orgueil9 où ils fe dégoôteroient
culte
d'un
la
dilpendieux, qui fait cependant toute
gloire de
Rome, pour porter enfuite leurs
fentimens & les faire fructifier dans
une mé- --- Page 211 ---
( 199 )
dont léglife fuce dévotement la meiltropole fubftance ? N'eft-il point alarmé d'un
leure
pareil réfultat ?
& funefte de
Dans le tems mémorable,
Pexiftence des Jéfuites 2 la colonie qui les avoit
pafteurs, ne tarda pas à fe reffentir
reçus pour
de leur caraétere remuant.
d'établir leur domination ,ils s'étoient
Jaloux
la confance des negres s. en
appliqués à gagner
de leur relesinftruifant tres-particuliérenent
leur faifant connoître le fublime de
ligion s. en
de Phomme & fes efpéran.
leur ètre, la majefté
ces pour l'avenir.
n'aAvec des entretiens aufli confolans, 3 ils
:
de peine à les attirer : aufli les negres
voientpas
étoient fort avides dc meffes,
à cette époque
& de toutes les
de fermons, de catéchifimes
cérémonies de Téglife.
feroit réaib On prévoit facilement ce qui en
fulté.;mais les curés.actuels 2 fans efprit de
comme leurs prédécefleurs, ,ne cherchent
corps
les
& fe contentent de
point à attirer
negres
ils viennent d'eux-I mèmes,
dles recevoir quand
ce qui n'arrive pas fouvent.
demande
Qu'un negre de place mourant
à fe confeffer, rien n'eft plus rare. Rien aul
N iv
ife.
feroit réaib On prévoit facilement ce qui en
fulté.;mais les curés.actuels 2 fans efprit de
comme leurs prédécefleurs, ,ne cherchent
corps
les
& fe contentent de
point à attirer
negres
ils viennent d'eux-I mèmes,
dles recevoir quand
ce qui n'arrive pas fouvent.
demande
Qu'un negre de place mourant
à fe confeffer, rien n'eft plus rare. Rien aul
N iv --- Page 212 ---
200 )
contraire de plus commun qu'un
pailé toute fa vie dans
negre qui a
meffes, fans
une habitation fans
confeffions, & qui meurt
voir de prètres.
fans
D'après le peu d'ufage que l'on faitici des
facremens, , la conduite de ceux qui les diftri.
buent n'aura rien qui doive vous
Perfuadés de Pindifférence
furprendre.
leur fàint
des efclaves pour
miniftere, la plupart ne penfent
vivre
qu'à
agréablement, ou à faire provifion
afin d'obtenir leur
d'or,
fécularifations & voilà
être le feul argent
peutque la cour de Rome tire
aujourd'hui de la colonie,
Imaginez des Capucins
rafés 9 frifés, 2 & vêtus
comme des prélats, failant chere
huic à dix efclaves
délicate, &
pour leur fervice.
vous que des religieux qui ont goûté d'un Croyezreil genre de vie puiffent le quitter
parentrer
tout-à.coup
pour
en qualité de fimples foldats dans
la vermine d'une capucinerie de France?
font affurément
fi
Ils ne
pas dupes,
Mais que penfez. - vous du fantôme de religion qui exifte ici ? Ne vous femble-t-il
qu'avec la continuation du
pas
rannique
gouvernement tyquiy regne, avec P'efclavage odieux
autorifé par le fouverain pontifc, Finfouciance --- Page 213 ---
201 )
des pafteurs eft un point très-nécefaire? Car il
faut être conféquent, & ne pas dire à Péglife,
aux maîtres & aux efclaves réunis, qu'ils font
tous freres ; parce qu'un frere n'a pas le droit
de vendre ni d'acheter fon frere; parce que
l'efclavage des negres & le catholicifme impliquent enfemble une infinité de contradictions
qui n'ont furement pas été prévues. --- Page 214 ---
202 )
LETTRE XVL
S. Domingue 1782.
un defir inné
Suet
fifte à
dans Thomme, qui ré.
tous lesévénemens. s à toutes les circonf
tances,ineffaçable enfin, c'eft celui de la liberté,
On le retrouve encore chez des efclaves fexagénaires, qui ont vu leurs peres & meres efclaves, & qui n'ont été entourés
d'efclaves
depuis qu'ils ont ouvert les que
vrai
yeux. Tant il eft
que la liberté eft un droit de nature, vers
lequel Phomme remonte fans ceffe, malgré tous
les efforts de la politique & de la puiffance
l'abattre & lui donner un pli contraire! Droit pour
légitime & même facré, qui ne s'efface fans
doute qu'avec la vie.
Puifque cette liberté eft fi précieufe, l'accorder à ceux qui en font
eft
privés s
donc une
grande récompenfe. D'ou l'on voit queles
priétaires de la colonie
pros pour agir
ment aux principes de leura adminiftration, confequeme
loin de
bien
prodiguer cette faveur, doivent éviter
avec foin que le caprice ne la détermine, & ne
s'efface fans
doute qu'avec la vie.
Puifque cette liberté eft fi précieufe, l'accorder à ceux qui en font
eft
privés s
donc une
grande récompenfe. D'ou l'on voit queles
priétaires de la colonie
pros pour agir
ment aux principes de leura adminiftration, confequeme
loin de
bien
prodiguer cette faveur, doivent éviter
avec foin que le caprice ne la détermine, & ne --- Page 215 ---
( 203 )
des fervices difPaccorder au contraire qu'à
tingués. Ceft le feul moyen d'en tirer quelque
parmi leurs efclafruit, en excitant Pémulation
ves. C'eft aufli le feul moyen d'éloigner les méd'un choix bizarre,
contentemens quiréfultent
nullement appuyé fur un motif raifonnable.
Un négrillon eft élevé dans la maifon de fon
maître: cet enfant lui plait, il s'y attache &
l'affranchit, tandis qu'un efclave fidele, pere
de plufieurs enfans 2 a s'exténue pour fon fervice
depuis nombre d'années, fans pouvoir obtenir
la même faveur. Quelle injuftiçe choquante!
Voilà néanmoins ce qui arrive le plus fouvent.
Plufieurs habitans fe plaignent du trop grand
nombre d'afranchifemens, & voudroient que
l'efclavage fàt abfolument ineffaçable. Ont-ils
leurs intérêts ? Je
raifon, même en confultant
ne le crois point.
Quel parti ne tireroit-on pas de laffranchiffeen l'accordant avec fagelfe ? Et l'on ne
ment,
doit pas craindre, en fuivant ce principe s qu'il
devienne jamaisauffi commun qu'ill'eft aujourd'hui. Le caprice eftindulgent, mais la jultice
eft févere.
Quant aux mulâtres & mulâtreffes, lon
pourroit fans inconvénient les déclarer libres --- Page 216 ---
( 204 )
de naiffance. Il eft même de la
blanc de les tirer
dignité du fang
par cet arrêt, de la foule obfcure des negres, Ils n'en feroient enfuite
plus attachés à nos intérêts, plus
que
noirs, & rempliroient bien
refpectés des
mieux les
tes fonétions de
différencommandemens
auxquelles on pourroit les
fubalternes,
habitations de la
employer dans les
colonie.
Mais tel parti que l'on prenne à leur
il faut du moins
égard,
renoncer à vendre tous les
gens de couleur moins noirs que les mulâtres.
Il eft en vérité tems de les déclarer
la nature fe plait fouvent
libres ; car
dans
à jeter du ridicule
ces fortes de marchés, en
efclave
produifant umn
beaucoup plus blanc que le Provençal
qui l'achete, quoique la différence du blanc
au noir ait été le titre primitif fur
bonnes têtes
lequel nos
d'Europe ont fondé l'efclavage.
tous les
gens de couleur moins noirs que les mulâtres.
Il eft en vérité tems de les déclarer
la nature fe plait fouvent
libres ; car
dans
à jeter du ridicule
ces fortes de marchés, en
efclave
produifant umn
beaucoup plus blanc que le Provençal
qui l'achete, quoique la différence du blanc
au noir ait été le titre primitif fur
bonnes têtes
lequel nos
d'Europe ont fondé l'efclavage. --- Page 217 ---
205 )
LETTRE XVIL
S. Domingue 1782:
Ex Europe, où la terre ne rend qu'à force
de culture, ou les impôts font confidérables,
l'hiver rigoureux & les familles nombreufes,
Ehomme du peuple eft contraint de travailler
continuellement, fous peine d'éprouver une
mifere extrême. L'efpoir d'augmenter fon bienètre, l'afurance de le tranfimettre à fes enfans,
font encore des véhicules pourle travail, qu'il
faut ajouter à fes befoins indifpenfables.
Mais l'efclave de S. Domingue, à qui fon
maitre fournit la toile qui lui fert de vètemens
& la terre qui lui donne fà fubfiftance, 3 fans
impôts à payer, fans propriétés quelconques 2
accablé par la chaleur du climat, & plus encore
de l'habitation dont
par les travaux journaliers
aucun
naturellement doit
il ne tire
profit,
prendre le travail en averfion & préférer le
repos 1 au mouvement.
Si les negres libres, qui n'ont pas les mêmes
raifons d'indolence, inclinent cependant vers --- Page 218 ---
( 206 )
Poifiveté d'une maniere
frappante, c'eft parce
qu'indépendamment des caufes déduites du climat, qui leur font communes avec les
ils ont encore unl motif de vanité efclaves,
cite à ne rien faire.
qui les folliPour concevoir ce motif, faites attention,
je vous prie, à l'efpece d'opprobre dont la claffe
ouvriere de S. Domingue (qui
comprend les
efelaves) eft enveloppée. Opprobre
étendu fur fes fonétions
qui s'eft
principales; & qui fait
que l'on y confidere le travail comme
:. C'eft pourquoi les affranchis
aviliffant.
vivre fans fe donner de la
qui peuvent
peine, ne fongent
qu'àjouir en repos, & portent la molleffe jufqu'au plus haut point lorfqu'ils ont de Paifance. (1)
Mais c'eftà tort que les détraéteurs des
gres voudroient imputer leur indolence à nedéfaut de prévoyance &
un
d'efprit; puifque la
molleffe quiles diftingue des peuples d'Europe
fe déduit tout naturellement des circonftances
(I) Un negre libre, encore jeune & ingambe, fit
venir un de fes efclaves de très - loin, pour lui commander d'un ton impofant, de ramaffer à fes
une canne qui lui étoit échappée des mains, pieds
teurs des
gres voudroient imputer leur indolence à nedéfaut de prévoyance &
un
d'efprit; puifque la
molleffe quiles diftingue des peuples d'Europe
fe déduit tout naturellement des circonftances
(I) Un negre libre, encore jeune & ingambe, fit
venir un de fes efclaves de très - loin, pour lui commander d'un ton impofant, de ramaffer à fes
une canne qui lui étoit échappée des mains, pieds --- Page 219 ---
- - 107 .
morales & phyfiques qui leur font particulieres.
Suppofons en effet que l'on voulût détruire ;
Padivité d'un
dans le moins de tems poflible,
laborieux, comment faudroit - il s'y.
peuple
prendre ?
Le problème eft déjà réfolu par le gouverdes
dans les colonies d'Amérinement
negres
vais en extraire les branches principales
que. Je
qui ont du rapport avec notre queflion.
1°, Un travail exceflif pour des maitres ava-"
res & cruels, fans que les negres en retirent
de bonne heure
aucun profit : ce qui imptime
dans leur ame la haine du travail.
29. Le mépris du travail, parce qu'il eft le
lot de l'efpece la plus humiliée, des efclaves'
les plus malheureux.
leur
3°. Peu d'idées de fortune, parce que
couleur les condamne à une infinité de privations, quoique libres.
l'homQuand on confidere enfn combien
combien il eft néceffaire
me eff enclin au repos 2
de forr
le befoin l'aiguillonne pour le tirer
que oiliveté, l'on cefle d'ètre furpris que des caufes
que celles qui affaiflent les neauffi puiflatites
d'indoimpriment en eux un caraétere
gres,
femble inhérent à leur
lence fi profond, qu'il
nature. --- Page 220 ---
208 )
LETTRE XVIIL
S.. Domingue 1782,
Hm après
midi 2 un orage confidérable étant
furvenu au moment où je me difpofois à
ma promenade ordinaire dans la
faire
m'arrêtai dans la galerie de la
campagne, je
que la pluie ceffât,
cafe, en attendant
a A travers les facs d'eau qui tomboient fur
terre , les éclairs & la foudre
la
lieu de la fàvane deux
s j'apperçus au minegres à pied, entiérement nus; quis'avançoient lentement,
efcortés
par deuxautres negres à cheval.
Je fuivis des yeux ce petit
moment où il arriva près de moi, cortege >) jufqu'au
Les deux negres à cheval étoient des
mandeurs de
comPhabitation, & les deux efclaves
qu'ils amenoient venoient d'ètrea
d'un bâtiment.
achctés à bord
négrier.
On commença par faire laver les
venus dans une marre d'eau
nouveaux
tête jufqu'aux
douce, depuis la
pieds, On les effuya, puis on les
couvrit d'une chemife, d'un bonnet & d'une
culotte
'au
Les deux negres à cheval étoient des
mandeurs de
comPhabitation, & les deux efclaves
qu'ils amenoient venoient d'ètrea
d'un bâtiment.
achctés à bord
négrier.
On commença par faire laver les
venus dans une marre d'eau
nouveaux
tête jufqu'aux
douce, depuis la
pieds, On les effuya, puis on les
couvrit d'une chemife, d'un bonnet & d'une
culotte --- Page 221 ---
( 209 )
culotte de groffe toile. L'un paroiffoit agé de
trente ans, & l'autre de quatorze ou environ.
Leur prife d'habit faite, felon Pulage ordinaire, ils s'affirent tous deux fur le pavé,
examinant triftement ceux quiles entouroient,
& dont ils étoient auffi examinés.
De mon côté, comme de celui de ces mal:
heureux efclaves, cette curiofité tenoit beaucoup , à ce qu'il me femble, de celle qu'excite
l'attente d'un fupplice. Mais de la part de l'acheteur, elle n'eft fondée pour l'ordinaire
fur la qualité de fon emplette. Il
que
parcourt un
negre des mèmes yeux que le maquignon
obferve un cheval. S'il voit un corps robufte $
une peau noire & luifante, il s'applaudit de
fon marché, (1)
Après quelques minutes d'etamen & de
filence, on amena des negres anciens de mème
nation que les nouveaux venus 2 pour leur
(1) On a VII ici plufieurs dames affez connoif
feufes pour aller faire elles,mémes leurs emplettes
à bord des bâtimens négriers, Elles
infpectoient &
manioient avec attention certaines parties
dant y trouver des fignes moins équivoques 2 prétenque dans
toute autre, de la bonne oy mauvaife fanté des negrer, --- Page 222 ---
210 )
parler & commencer à les accoutumet au pays.
Mais) on ne put jamais les y déterminer ; ils
feignirent d'avoir oublié ieur languc maternelle, quoiqu'ils ne foient ici que depuis cing
à fix ans.
C'eft une vanité à laquelle la plupart des
Africains font fujets : ils tiennent à honneur
-de ne favoir que le jargon de la colonie, afin
de paffer pour créoles.
Ainfi tout conipire à rendre encore plus
affreux le fort des efclaves qui arrivent. Leurs
compatriotes, 9 les feuls qui pourroient leur
être de quclque fecours dans les commencemens épineux de leur fervitude, font les premiers à fuir. Faut - il donc ètre furpris des maladies lentes qui attaquent ccs nouveaux venus
& les confument peu à peu ? Non, & je ne le
fuis pas davantage du parti violent que prennent pluficurs d'entr'eux de fe détruire. Les
cruclles refources du défefpoir appartiennent
de droit aux malheureux contre lefquels la
nature entiere femble s'etre réunie. On a Cependant confié ceux- ci à d'anciens efclaves,
qui doivent les mettre au fait des travaux
auxquels on les deftine.
cs nouveaux venus
& les confument peu à peu ? Non, & je ne le
fuis pas davantage du parti violent que prennent pluficurs d'entr'eux de fe détruire. Les
cruclles refources du défefpoir appartiennent
de droit aux malheureux contre lefquels la
nature entiere femble s'etre réunie. On a Cependant confié ceux- ci à d'anciens efclaves,
qui doivent les mettre au fait des travaux
auxquels on les deftine. --- Page 223 ---
( 21I )
P. S. Le plus âgé des deux negres nouveaux
dont je vous ai parlé , huit jours après fon
arrivéeici, s'étant imaginé, à caufe de quelques
careffes que des blancs lui avoient faites en
lui paffant la main fous le menton 2 en lui
donnant de petits coups de canne fur la tête
& en lui crachant au vifage, (1) qu'on'le trouvoit aflez gras pour être mangé , s'effraya &
fe fauva dans les mornes. On courut après
& on tâcha de lui faire
lui, on le rattrapa 2
comprendre que les blancs ne mangeoient
de chair humaine. Cela n'empècha point
pas
maladie violente, occafionnée
qu'il n'eàt une
fans doute par la frayeur ; & je viens d'apprendre dans le moment qu'il s'eft pendu dans la
favane.
(1) Ce font les careffes ufitées des blancs à Pégard des negres.
Oij --- Page 224 ---
212 )
LETTRE XIX
S. Domingue 1782:
Choruz- vous,e enfuite des mauvais trai.
temens que l'on fait effuyer aux negres & de
la patience avec laquelle ils les fapportent,
la plupart des propriétaires les
que
confiderent
néanmoins comme des êtres exceffivement mé.
chans & vicieux par nature ?
.
Cette opinion prefqu'univerfelle dans la COlonie me paroit fi abfurde s que je ne conçois
pas comment un homme fenfé peut l'admettre 5
& bien loin de croire le negre naturellement
plus vicieux que l'Européen, il me femble au
contraire plus doux & plus facile à manier.
Jugez-en par les faits. (1)
Reçoit-il jamais de nous quelque leçon d'humanité? Lui parle-t-on d'autre chofe que de
(I) Une jaloufie exceflive eft le feul défaut
puiffe leur reprocher; mais ils ont cela de qu'on
avec des peuples plus éclairés qu'eux, & commun
qui n'ont
peut-étre pas les mémes befoins phyliques.
il me femble au
contraire plus doux & plus facile à manier.
Jugez-en par les faits. (1)
Reçoit-il jamais de nous quelque leçon d'humanité? Lui parle-t-on d'autre chofe que de
(I) Une jaloufie exceflive eft le feul défaut
puiffe leur reprocher; mais ils ont cela de qu'on
avec des peuples plus éclairés qu'eux, & commun
qui n'ont
peut-étre pas les mémes befoins phyliques. --- Page 225 ---
( 213 )
effrayantes ? A-t-on jamais campati
punitions
nourri
à fes peines? ? Environné de fupplices,
dans la cruauté , il devroit donc être féroce.
Il l'eft peu cependant 2 voilà ce qui m'étonne.
ingrat. Eh, de quel bienfait?
On Pappelle
lui laiffe à peiue la permiffion
De ce qu'on
à
de vivre ? Mais Pintérêt du maitre s'oppole
fa mort.
femble s'attacher à rafChaque propriétaire
méchantes
fembler dans fà mémoire les plus
aétions commifes par les negres depuis un tems
confidérable, les répete avec indignation, 9 &
conclut
ne font capables que de
en
qu'ils
noirceurs.
Eft-il donc bien étonnant que, fur la quantité d'efclaves que les Européens martyrifent
Tétabliffement de la colonie , il s'en
depuis
aient cherché
foit trouvé de tems à autre, qui
à fe venger ? Seroit-il mème bien furprenant
qu'il s'en trouvât par fois d'affez mauvais cafaire piece à des maitres dont
xaétere pour
de bons traitemens ?
ils n'auroient reçu que
fournit
malheureufement ne nous
L'Europe
non-i feuled'exemples femblables 9
que trop
mais dans un
ment dans la claffe des valets, 3
ordre d'hommes plus diftingué & qui devroit
Oiij --- Page 226 ---
( 214 )
être plus délicat en matiere de reconnoif
fance. a
R
Faut - il en conclure que PEuropéen n'eft
L capable que de noirceurs ? Cette maniere de
raifonner, toute étrange qu'elle vous paroiffe,
n'eft cependant pas nouvelle à S. Domingue,
lorfqu'il eft queftion des negres.
Sije raffemblois à mon tour toutes lesanecdotes qui font l'éluge de leur bonté, 3 la mefure
en feroit furement plus confidérable que celle
de leurs détraéteurs.
Ce détail nous meneroit trop loin; mais en
fomme, combien n'en a- t-on pas. vu expofer
leur vie fans regret, pour fauver celle de leurs
maitres ! Combien d'autres mourir de chagrin
après la mort de leurs maitres! Combien de
negres enfin devenus libres & riches s font
venus. avec emprefement au fecours de ceux
qui les avoient affranchis, & dont la fortune
s'étoit dérangée !
Tachons de porter encore un trait de lumiere
dans l'ame des propriétaires prévenus.
Qu'ils fe tranfportent pour. un moment avec
nous dans le quinzieme fiecle, quelque tems
avant la découverte de l'Amériquesquils lifent
à çette époque le projet d'un homnie quçl.
res & riches s font
venus. avec emprefement au fecours de ceux
qui les avoient affranchis, & dont la fortune
s'étoit dérangée !
Tachons de porter encore un trait de lumiere
dans l'ame des propriétaires prévenus.
Qu'ils fe tranfportent pour. un moment avec
nous dans le quinzieme fiecle, quelque tems
avant la découverte de l'Amériquesquils lifent
à çette époque le projet d'un homnie quçl. --- Page 227 ---
(1.215 )
mettre en valeur des tcrres
conque 2 pour
hommes
fertiles & défertes, , par des
étrangets,
blancs étânt les maitres, 2 & les negres cfles
claves comme ils. le font en effet.
s
même qu'on eût paffé fur toutes
Suppofons difficultés de lachat & du tranfport des
les
qu'à la police
negres, & qu'on ne fe fatarrêté
de cette multitude d'efclaves.
On eût demandé d'abord à l'auteur du proilentendoit qu'un feul blanc pût
jet, comment
de negres dans des cam-:
contenir une centaine
: Par les:
ifolées ? A quoi il eût répondu
pagnes
chatimens les plus terribles.
obéira
Demande. Qui voudroit les infliger ,
fes ordres ?
Les negres même. de fon habitation. - )
Réponfe.
exceffifs auxquels tant
D. Ainfi les travaux
d'efclaves feroient condamnés, les châtimen
les injuftices & la mifere qu'ils éprouveroient,
ne les fouleveroient pas contre leurs maitres?.
N'auroient- t-ils donc point le fentiment de leurs
-
jufte venrforces réunies 2 pour feconder"leur
-
feul ètre feroit-i il trembler une
geance?Un
centaine de mécontens.?
les riR. Oui, la crainte Jeule empécheroit
voltes.
O iv --- Page 228 ---
( 216 )
D. Ce maître fi refpecable
R. Des
, qui le ferviroit?
negres,
D. Qui apprèteroit fes alimens dans
ou l'on foule aux pieds les
un pays
R. Des
plantes vénéneufes?
negres.
D. Et combien cet homme
verroux
auroit-il de
pour mettre fà
perfonne en fhreté
pendant les nuits ? Combien
chez lui
auroit - il d'armes
pour fa défenfe ?
R. Iin'auroit ni armes ni verroux 6
roit
2 couchetrangaillement, , portes ouvertes, au milieu des
efclaves qu'il auroit le plus outragés.
Sans doute
(1)
que P'on eût pris alors le
dant pour un fou. Voilà
répon.
entiérement
cependant fon. rève
accompli. Jc demande à
ce qu'il faut penfer de la
préfent
méchanceté des
negres. (2)
(I)On fent bien que quelques
snent rares ne doivent rien
exceptions infini
changer à cette
générale.
réponfe
(2) Pour étre convaincu que ce n'eft
fond de
point à un
les
poltronnerie, , mais au refpect qu'ils ont pour
blancs, que ceux-ci font redevables de la
avec laguelle ils les conduifent, il fuffit de faire facilité
tention à la fermeté & à la préfence
at.
pegres ont fouvent montrées
d'efprit queles
dans les derniers fup-
exceptions infini
changer à cette
générale.
réponfe
(2) Pour étre convaincu que ce n'eft
fond de
point à un
les
poltronnerie, , mais au refpect qu'ils ont pour
blancs, que ceux-ci font redevables de la
avec laguelle ils les conduifent, il fuffit de faire facilité
tention à la fermeté & à la préfence
at.
pegres ont fouvent montrées
d'efprit queles
dans les derniers fup- --- Page 229 ---
217 )
LETTRE XX.
S. Domingue 1782.
La meilleure portion du globe, felon moi,
eft celle que vous habitez. La nature, fans ceffe
expirante dans les régions du nord,n'yenfante
qu'avec douleur, & faute d'énergie laiffe fes
productions imparfaites. Dans la zone torride
& détruit
au contraire, elle crée 2 perfedtionne
dans un inftant.
Cen'eft que dans les climats tempérés qu'elle
obferve un jufte milieu. Elle y regne avec majefté, fans être foible ni pétulante, Non-feulement elle accorde aux peuples qu'elle y a vu
naitre, la carriere humaine la plus étendue,
mais elle açcueille encore les hammes de tous
s'habituent aifément à la doules pays, qui
ceur de fon empire.
On voit en effet l'Américain de la zone tordoivent conplices 9 au - caractere belliqueux qu'ils
traéter en Afrique dès leur enfance, puifqu'ils s'y font
continuellement la guerte. --- Page 230 ---
( 218 )
ride vivre en Europe fans orage aufi
tems que dans fa
longpropre patrie, tandis que
PEuropéen ne refpire dans les colonies d'Amérique, qu'en précipitant fes jours.
Si le climat de ces contrées ardentes
fumoit que des êtres d'un ordre
ne coninférieur, tranquilles au milieu de fes mouvemens,
jouirions
2 nous en
comme philofophes ; mais il n'épargue
gueré plus notre propre exiftence que celle des
créatures les plus viles,
L'art heureufement vient à notre fecours, &
nous fait éluder fa voracité : mais il faut des
précautions.
L'Européen qui voyage ici pendant la chaleur du jour, éprouve bientôt une
s'il trouve une fontaine &
S foifardente :
qu'il y
cela
fuffit pour lui donner une maladie boive, mortelle.
Le feu que le foleil répand continuellement
dans
l'athmofphere, s le pourfuit encore à l'ombre & jufques dans les appartemens les
culés. C'eft là qu'il
plus rel'afliege par des defirs lafcifs; c'eft là qu'il ébranle là vertu du fexe le
plus aimable; c'eft là enfin -que-fon-adtivité
enivrante, victorieufe du préjugé,.unit les.
corps & les ames dans les tranfports les
doux.
plus:
and continuellement
dans
l'athmofphere, s le pourfuit encore à l'ombre & jufques dans les appartemens les
culés. C'eft là qu'il
plus rel'afliege par des defirs lafcifs; c'eft là qu'il ébranle là vertu du fexe le
plus aimable; c'eft là enfin -que-fon-adtivité
enivrante, victorieufe du préjugé,.unit les.
corps & les ames dans les tranfports les
doux.
plus: --- Page 231 ---
( 2,19. >
étoient la mcfure de nos
Si les jouifances
forces , file beloin prélidoit toujours au plailir,
de.
n'aurions - nous pas à rendre ici,
que graces libérale! Mais il n'elt pas, de con-,
à la nature
rellente plus
trées dans le monde oû PEuropéen
de defirs, avec auffi peu de moyens. pour les,
quilépuie
fatisfaire. Et ces velléités fréquenres
fent, caufées parle climat, font bien moinsle
fuperfu,
effct
figne d'un heureux
quete.rille
d'une organifation affoiblie,
le couché du foleil, au moLe foir,aprés
à refpiment où la fraicheur invite l'Européen
ferein le menace.
rer l'air du dehors, 9 le
Ainfi
La pluie ne lui eft pas moins funefte.
dans tous les tems il doit être fur fes gardes &
marcher en quelque façon fur les épines,
Quel eft, en peu de mots 2 le grand changela fanté des Européens à S.
ment qu'éprouve
Domingue ?
€
Une chaleur continuelle., accompagnéc
d'humidité, relâche & affoiblit- néceffaite3>
des fbres préparées & nourries par. lai
59 ment dans un climat fec & tempéré."
>> nature
fe rompt. Les Auides FemAinfi léquilibre
portent & PEuropéen languit. dont la fbre
Je ne parle point des vieillards, --- Page 232 ---
- 220 y
defféchée par l'age n'oppofe que trop de roideur aux fluides. Le climat de S.
en diminuant cette tenfion
Domingue,
plus favorable à
mortelle, leur eft
cet égard que celui
Mais les hommes
d'Europe.
encore jeunes, ayant des
difpofitions contraires, éprouvent auffi des
effets tout différens.
En outre de cette caufe générale d'affoibliffement, de laquelle aucun individu n'eft
il en eft encore de plus
exempt,
tes & qui
graves, 3 de plus prompmenent fouvent à la mort les nouveaux débarqué.
Un jeune homme arrive avec la même
tité de fang qu'il avoit en
quanchaleur
Europe; mais la
plus grande ici le raréfe & lui fait OCcuper un plus grand efpace. Les vaiffeaux alors
fe trouvent trop petits pour le contenir, & il
en réfulte une maladie cinfammatoire;
pagnée d'hémorragie.
, accom-
(1)
(I) )C'eft probablement cette indication réitérée
nombre. de fois par Texpérience,qui a introduit
cette colonie la pratique générale de
dans
veaux venus
faigner les noulorfqu'ils tombent malades,
Le plus fouvent à la vérité faigner eft bon
que les fujets d'Europe ont ordinairement > parce
fang pour ce pays-ci, Cependant cette regle n'eft trop de
point
ammatoire;
pagnée d'hémorragie.
, accom-
(1)
(I) )C'eft probablement cette indication réitérée
nombre. de fois par Texpérience,qui a introduit
cette colonie la pratique générale de
dans
veaux venus
faigner les noulorfqu'ils tombent malades,
Le plus fouvent à la vérité faigner eft bon
que les fujets d'Europe ont ordinairement > parce
fang pour ce pays-ci, Cependant cette regle n'eft trop de
point --- Page 233 ---
( 221 )
On objecteroit peut. - ètre à ce raifonnement;
quel'on ne . doit pas comparer le corps humain
faites de main
à ces machines hydrauliques
d'homme, qui n'ont qu'une forte de mouvement. On diroit, par exemple, que la nature
fe prète aux modifications des climats, & que
PEuropéen vivant en Amérique n'y poffede
que la quantité de fang convenable.
Il eft vrai que nos corps ne fe comportent pas
précifément à la maniere des machines hydrauliques faites de main d'homme: , attendu que
les combinaifons variées du jeu
la nature, par
infinité de
de noS fbres, s'y eft ménagé une
reffources & de faux-fuyans qui tous menent
ou moins forts toutefois, fuivant
à la vie , plus
la marche qu'elle a dû fuivre, fuivant qu'cllea
été plus ou moins contrariée.
Ainfi, le végétal tranfplanté d'Europe en
Amérique n'y réuffit pas auffi bien que le
chien & le cheval, parce qu'étant moins comdans fes principes vitaux & foumis plus
pliquié
qu'eux à l'influence de l'air &
immédiatement
infaillible : il feroit à fouhaiter queles médecins s'appliqualfent à connoitre les tempéramens de leurs
malades, afn d'éviter des erreurs mortelles. --- Page 234 ---
( 222 9
de la terre, il dépérit auffi-tôt
la
que combinaifon de ces élémens néceffaire à fa vie vient
à changer. Et Thomme, qui de tous les animaux paroit le plus perfectionné dans fon organifation, dont le corps renferme le plus,de.
combinaifons pour conferver l'exiftence, eft
auffi celui qui réfifte le mieux aux changemens
de climat, Iln'eft pas rare en effet de voir des
Europécns vivre fuccelfivement en Laponie &
aux Grandes. - Indes.
Tout cela eft vrai, mais n'empèche
conftitution faite
pas qu'ane
pour le nord ne diminue de
force dans le fud, & que cette conftitution,
combattue tout-à à - coup par un climat trop
chaud pour elle, ne pouvant plier quelquefois
aufli promptement qu'il l'exige, n'éprouve des
engorgemens caufés par la raréfaction des fluides, d'où nait l'inflammation,
lorfqu'on n'y
porte pas remede à tems,
On a vu ici plufieurs Européens nouvellement débarqués & malades 5 qui fe fentoiént
foulagés tout-à-coup au plus fort de leurs crifes,& périffoient peu de tems apres.
Une curiofité bien entendue en a fait ouvrir
quelques - uns 5 la grande quantité de fang
extravafé qu'on nleura trouvédans le bas ventre,
'où nait l'inflammation,
lorfqu'on n'y
porte pas remede à tems,
On a vu ici plufieurs Européens nouvellement débarqués & malades 5 qui fe fentoiént
foulagés tout-à-coup au plus fort de leurs crifes,& périffoient peu de tems apres.
Une curiofité bien entendue en a fait ouvrir
quelques - uns 5 la grande quantité de fang
extravafé qu'on nleura trouvédans le bas ventre, --- Page 235 ---
223 )
donne lieu de conjedturer avec vraifemblance 3
Thémorragie qui caufoit leur mort , avoit
que
le trop
: fait ceffer les douleurs > en évacuant
plein des vaiffeaux.
Maisles conftitutions n'étant pas les mèmes,
toutesm'ont pas les mêmes ravages à craindre;
quoique les tentpéramens trop fanguins pour
PAmérique foient à la vérité les plus communs.
L'Européen robulte n'eft pas d'ailleurs celui
réuffit le mieux ici. En outre des paffions
qui
il eft fujet & qui le eonfortes auxquelles
vigueur eft fouduifent à des excès, fa propre
vent la caufe de fa perte.
Le climat impérieux de S. Domingue, femblable au vent de tempète, renverfe le chêne
& ménage le foible rofeau qui plie
orgueilleux
devant lui.
Auffi les anciens habitans de l'isle & tous
l'on appelle acclimatés, les créoles
ceux que
font rarement
mème, hommes & femmes ?
d'embonpoint. Leur
colorés & ont très-peu
affez le
mine, généralement chétive 2 annonce
defpotifme du climat. N'y auroit-il point quel.
précautions à prendre pour n'ètre pas
ques
tout-à- fait fa viétime ?
1°. Ni veilles 2 nijeux de hafard Ici la
< --- Page 236 ---
( 224 )
maffe du fang a déjà une G forte tendance
à
Tinflammation, à caufe des
dantes
tranfpirations abonauxquelles elle
garder
fournit, qu'il faut fe
plus que par-tout ailleurs ,
encore à ces
d'ajouter
difpofitions, par ies veilles & le
jeu.
20, Ni pluie, ni
ferein.. . Des pores trèsouverts par une grande chaleur,
à fe fermer,
s s'ils viennent
fulpeudent la tran/piration. Tel
feroitl'effetde la pluic, mais fur-tout du
qui eft auffi pénétrant
ferein,
zone torride.
qu'abondant dans la
3°, Point d'excès de table, - Ils font
tant plus pernicieux
d'aude
ici, que l'eftomac eft celui
tous nos vifceres qui s'y affoiblit le
4°, Peu des vin, , mais il en faut... Les premier.
prifes avec excès,
liqueurs
, portent le feu dans le
mais une quantité modérée
fang;
ton aux fibres
2 en donnant du
affoiblies, 9 répare le défordre
caufé par une tranfpiration
L'homme d'un
trop abondante.
ne boiroit
tempérament médiocre 2 qui
que de l'eau à S.
perdroit toutes fes forces.
Domingue,y
5°. Unufage modéré du café paroit
venir all climat... Il fouette le
auff conles
fang épaiffi par
tranfpirations, & l'activité
qu'ilrépand dans
les
ant du
affoiblies, 9 répare le défordre
caufé par une tranfpiration
L'homme d'un
trop abondante.
ne boiroit
tempérament médiocre 2 qui
que de l'eau à S.
perdroit toutes fes forces.
Domingue,y
5°. Unufage modéré du café paroit
venir all climat... Il fouette le
auff conles
fang épaiffi par
tranfpirations, & l'activité
qu'ilrépand dans
les --- Page 237 ---
225 )
les vaiffeaux, 3 diminue l'affaiffement produit par
la grande chaleur.
6". De Pexercice, fans craindre la fueur. . :
Il faut tranfpirer continuellement ici, pour s'y
bien porter 5 une fécrétion arrètée eft d'autant
plus dangereufe , que le climat eft plus chaud s
qu'elle fermente rapidement & caufe les
parce
plus grands ravages.
7°, D'excès de Jagelfe avec les femmes feroit
peu-être aulf nuifible ici que Pexcès contraire...
Car plus la maffe du fang eft échauffée, plus
il feroit dangereux d'y laiffer refouler en trop
grande abondance les efprits ardens du fperme:
8°. Point de chagrins, peu de travail 6 beaucoup de diffpation. Ce régime convient dans
tous les pays; ; mais il eft indifpenfable ici,
quand on veut s'y bien porter.
Il y a après cela plufieurs remarques particulieres que chacun doit faire fur fon tempérament pour fe conduire en conféquence.
P --- Page 238 ---
226 )
LETTRE XXI
S. Domingue 1782.
Lep produit des terres de S. Domingue, réalifé
en Europe ou dans les ports de la colonie
eft la bafe unique de toutes les fortunes 9
l'on y fait.
que
Ce ne font pas les propriétaires
la meilleure
qui en ont
part 5 mais les gérans, économes.,
rafineurs & écrivains employés fur les habi.
tations ; les navigateurs
2 les commiffionnaires,
leurs commis ; les
artiftes 2 les artifans, & les
marchands domiciliés dans les villes ; les curés
& les médecins répandus dans les
La juftice avec fa fuite dévorante, campagnes.
bien plus
nombreufe ici à proportion qu'en France, fe
joint encore à tout le refte >. pour diminuer la
part du cultivateur. (1)
(I) Les procureurs des deux confeils
de S. Domingue font ençore des profits très-confi- fupérieurs
dérables, malgré la nouveile taxe qui les limite.
L'on en connoit au Cap 2 dont l'étude rapporte
& les médecins répandus dans les
La juftice avec fa fuite dévorante, campagnes.
bien plus
nombreufe ici à proportion qu'en France, fe
joint encore à tout le refte >. pour diminuer la
part du cultivateur. (1)
(I) Les procureurs des deux confeils
de S. Domingue font ençore des profits très-confi- fupérieurs
dérables, malgré la nouveile taxe qui les limite.
L'on en connoit au Cap 2 dont l'étude rapporte --- Page 239 ---
( 227 )
fans parler des propriétaires établis
Mais, 2
ait fix mille
fur leurs biens, fuppofons qu'il y
blancs dans la colonie pourvus d'emplois queltalent. Ce nomconques , ou exerçant quelque
eft certainement exagéré, &j je le fais à defbre
fein, pour rendre la chance des Européens qui
s'expatrient dans la vue de s'enrichir 2 plus
avantageufe encore qu'elle ne l'eft réellement.
Sur ce nombre fuppoféde fix mille, les mutations par mort, ou par retour en France 2
s'élevent tout au plus à trois cents places par
année.
Voilà donc la perfpective la plus étendue,
offre annuellement aux beque S. Domingue
foins ou à la cupidité de là jeuneffe françoife.
Si l'on en fouftrait les gens de juftice 2 dont
fonctions doivent ètre avouées par le roi;
les
annuellement dix mille écus.
On voit auffi à S. Domingue quantité d'infectes
mal-faifans qu'il feroit avantageux de détruire.
Le moyen ? qui le donnera ?
des chryfalides qui rongent le
Les ravets dépofent
linge & les vétemens auxquels elles s'attachent.
Une efpece de mite très - multipliée dévore les
livres que l'on ne remue pas fouyent, &c. &c.
P ij --- Page 240 ---
( 228 )
les négocians s les commiffionnaires, qui ont da
établir la confiance par des fonds confidérables;les artifans & artiftes quelconques, quine
peuvent être remplacés que par des gens de
mème profefion, que reftera-t-il enfuite pour
cette foule de jeunes Européens qui arrivent
à S. Domingue fans fonds, fans crédit, fans
aucune efpece de talent, feulement avecla perfualion de faire fortune 2 poruvu qu'ils montrent une figure blanche ?
Tout au plus deux cents places vacantes
annuellement parmi les gérans & autres employés d'habitations, & parmi les commis de
négocians tenant les regiftres.
Mais les places d'écrivains d'habitations &
de commis de négocians. , par lefquelles il faut
commencer s ne donnent que de très. - minces
appointemens, à peu près l'entretien, quoi- :
qu'elles exigent beaucoup d'affiduité,
Celles de raffineurs & d'économes rendent
davantage & mettent un jeune homme qui a'de
la conduite, dans le cas d'amaffer une trentaine
de mille livres au bout de quinze ans 2 en
perdant fa fanté.
Les gérans ou procureurs ont jufqu'à douze
mille livres d'appointemens & la table ; mais
très. - minces
appointemens, à peu près l'entretien, quoi- :
qu'elles exigent beaucoup d'affiduité,
Celles de raffineurs & d'économes rendent
davantage & mettent un jeune homme qui a'de
la conduite, dans le cas d'amaffer une trentaine
de mille livres au bout de quinze ans 2 en
perdant fa fanté.
Les gérans ou procureurs ont jufqu'à douze
mille livres d'appointemens & la table ; mais --- Page 241 ---
( 229 )
nombre n'eft pas à beaucoup
le plus grand
auffi bien traité. Tous ceux d'ailleurs qui
près fe mettenti fur les rangs, ne font pas fars d'arriver à ces fortes de p'aces;& les élus eux-mèmes
ordinairement qu'à un âge déjà
n'y parviennent
avancé.
Réfumons à préfent.
la colonie de S. DoNous avons compté pour
mingue deux cents places vacantes annuellement,à portée de la jeuneffe qui n'a d'autte
d'arithmétique : ainfi deux
talent qu'un peu
fujets fufiroient & au - delà,
cents cinquante
& ceux
pour remplir les vuides de Pagriculture
puifque les rifques de la mer,
des comptoirs,
joints à ceux du climat pendant la premiere
tout au plus la cinannée 3 confommeroient
partie du total. Mais les vaiffeaux en
quieme année commune plus de cinq cents.
amenent deviennent donc tous les autres ? Après
Que
erré inutilement d'habitation en habitaavoir
avoir
tion pour demander de P'emploi, après
frappé en vain à la porte de tous les négocians
rebutésde toute part, fans argent, fans aucune
de reffources, d'autant plus humiliés
efpece
n'eft nulle part plus méde leur mifere qu'elle
fe
prifée qu'ici, même des negres 2 le défefpoir
P iij --- Page 242 ---
( 230 )
joint bientôt au climat pour mettre un terme
à leur malheur.
Ainfi pér t la moitié de cette jeuneffe imprudente qui vient dans les colonies fans les
connoitre 5 & qui auroit pu vivre agréablement en France en donnant des fujets à l'état.
Que tous ceux qui feroient tentés d'accroitre
le nombre de ces malheureufes victimes 5 entre
les mains defquels cette lettre pourroit tomber, la lifent & relifent avec la plus grande
attention. Elle eft dictée par.un, coeur qui a
compati plus d'une fois aux maux que je voudrois leur éviter. Qu'ils foient bien perfuadés
qu'à moins d'un bonheur très - peu vraifemblable, aujourd'hui fur-tout, ils trouveroient
ici moins de reffources qu'en France, & que
fi on leur préfentoit la lifte exacte de ceux
qui fuccombent à la mifere 5 à côté du petit
nombre qui réuflit, aucun d'eux ne voudroit
tenter une pareille chance.
Lorfque les colonies étoient encore au berceau 2 les étrangers peu nombreux y faifoient
Ja loi; mais leurs vifites fréquentes & multipliées, leurs nombreux établiffemens ont tout
changé;& cette grande concurrence établie par
lesindividus de la métropole, met aujourd'hui
tout lavantage du côté des colons, --- Page 243 ---
231 )
Iln me paroitroit moins important de deffiller
les yeux de ceux qui n'ont qu'une idée trop
imparfaite des colonies,fieliesn'étojent, comme
autrefois, 2 que le réceptacle des plus mauvais
fujets de l'Europe ; mais depuis qu'elles font
fréquentées & peuplées par de très - honnètes
gens, dont l'exiftence eft précieufe en général
& particuliérement à leur patrie, , cet avertiffement ne pourroit être que très-utile.
P iv
ffiller
les yeux de ceux qui n'ont qu'une idée trop
imparfaite des colonies,fieliesn'étojent, comme
autrefois, 2 que le réceptacle des plus mauvais
fujets de l'Europe ; mais depuis qu'elles font
fréquentées & peuplées par de très - honnètes
gens, dont l'exiftence eft précieufe en général
& particuliérement à leur patrie, , cet avertiffement ne pourroit être que très-utile.
P iv --- Page 244 ---
232 )
LETTRE XXIL
S. Domingue 1782.
L. luxe qui regne généralement dans cettè
colonie, feroit croire d'abord que l'on y eft
pour jouir plutôt que- pour amafler. Mais en
examinant le peu de foin que les habitaris apportent à l'entretien des terres, à l'ornement
de leurs domiciles & à la culture des arbres,
on croiroit que chacun d'eux eft fur le point
de retourner en France.
Comment expliquer cette contradiction?
Tous les Européens qui vivent à S. Domingue, ont en effet le defir fincere de retourner
en France, leur fortune faite: mais un propriétaire ou fondé de procuration, vivant dans fa
campagne, environné d'efclaves qui le détef.
tent & pour lefquels il n'a que du mépris, paf
fànt continuellement des foins les plus pénibles
à de fombres
réfexions, 9 iroit-il joindre encore
une économie févere à fa trifte exiftence?Il
a véritablement befoin d'un bien - être pour
adoucir la rigueur de fa retraite; & voilà, felon
toute apparence, 2 l'origine de fon luxe, --- Page 245 ---
I 233 )
Unebonne table, un nombreux domeftique ,
ou deux voitures, c'eft à peu près en quoi
une
il confifte. Et ces dépenfes réunies compofent
chaque année un total confidérable, qui dimiles épargnes de celui qui les
nue non-feulement
fait, mais quil'accoutume encore à des befoins
des idées de fortune fi étendues 2
très - vaftes,
qu'il ne croit jamais avoir affez pour vivre en
France commodément. Ainfi, en jouiffant à
mefure qu'il amaffe, & en étendant fes befoins
le terme de fon retour en
à mefure qu'il jouit,
France s'éloigne de plus en plus. Ceft ce qui
arrive à plufieurs habitans. , dont les dettes s'accumulent, mais qui voient leur dérangement
d'un oeil affez tranquille pour ne rien diminuer
de leurs dépenfes ordinaires.
Les.armateurs de la métropole les tiennerit
alors fixés fur leurs terres, par des avances de
différentes efpeces 5 ils ne les regardent plus
comme des agens qui travaillent fans
que relâche à compléter les riches cargaifons, du
bénéfice defquelles ces mèmes armateurs. jouiffent plus heureufement dans la mere - patrie.
Quoique le luxe des villes de la colonie foit
auffi confidérable que celui des campagnes, il
y a cependant cette différence àconfidérer, que
fixés fur leurs terres, par des avances de
différentes efpeces 5 ils ne les regardent plus
comme des agens qui travaillent fans
que relâche à compléter les riches cargaifons, du
bénéfice defquelles ces mèmes armateurs. jouiffent plus heureufement dans la mere - patrie.
Quoique le luxe des villes de la colonie foit
auffi confidérable que celui des campagnes, il
y a cependant cette différence àconfidérer, que --- Page 246 ---
( 234 )
la plupart des blancs citadins étent
fionnaires
ou commif
ou. négocians, leurs bénéfices font
plus affurés que ceux des propriétaires debiens
fonds, parce qu'ils n'ont aucun rifque à couzir, foit dans les fécherefles, foit dans les
talités des negres & du bétail,
morParmi les différens moyens de fortune
fe préfentent dans cette colonie, l'un
qui
certains
des plus
pour quiconque auroit des fonds, feroit fans contredit de s'établir
dans une ville, fi les culivateurs commilfionnaire
dans leurs
étoient exacts
paiemens.
Le commiffionnaire eft une efpece
teur qui fait à la fois les affaires de d'agio-
& celles de l'armateur
l'habitant
d'Europe.
Tandis que l'habitant veille à la culture des
terres, à l'exploitation & au tranfport de fes
denrées, le commillionnaire les reçoit dans fon
magafin & fe charge de les vendre.
ou de les
embarquer à fret. Son droit de
fàns être fort onéreux
commiffion,
fait
pour ceux qui le paient,
cependant un objet très - confidérable
lui, à caufe du grand nombre
pour
dont il réunit ordinairement
d'habitations
les affaires.
Tous les objets de confommation de l'habitant, tirés d'Europe, lui font encore fournis --- Page 247 ---
( 235 )
qui traite direétement
purlecomniinaite, Ainfi le cultivateur de S.
avec les navigateurs.
fes travaux de vue un
Domingue, fans perdre
denrées & de
inftant, eft affuré de vendre fes
recevoir chez lui tout ce dont il peut avoir
befoin.
Il eft facile de juger par là, que les commiffionnaires ont leur part d'utilité dans l'adminiftration des affaires de la colonie, & qu'ils
des fang-fues, comme
ne font pas uniquement
mais des
les appellent certains colons injuftes,
néceffaires entre le cultivateur de S.
milieux
Domingue & Parmateur d'Europe.
Il faut donc les traiter avec égards, & ne pas
pencher la balance du côté des
faire toujours
habitans, dans les différens rapports qu'ils peuvent avoir enfemble.
court ordinairement
Le commiffionnaire
moins de rifques que le cultivateur pour arrià la fortune, cela eft vrai. Si cependant le
ver
accumuler fesavancultivateur laiffe par trop
arrive fouvent; s'il ne paie point
ces, ce qui
fon commilfionnaire, ce qui arrive quelquefois;
cclui-ci ait quelque moyen
ne faut-il pas que
de recouvrer fcs fonds ?
le culivateur de S. Domingue
En général,
'ils peuvent avoir enfemble.
court ordinairement
Le commiffionnaire
moins de rifques que le cultivateur pour arrià la fortune, cela eft vrai. Si cependant le
ver
accumuler fesavancultivateur laiffe par trop
arrive fouvent; s'il ne paie point
ces, ce qui
fon commilfionnaire, ce qui arrive quelquefois;
cclui-ci ait quelque moyen
ne faut-il pas que
de recouvrer fcs fonds ?
le culivateur de S. Domingue
En général, --- Page 248 ---
( 236 )
trouve beaucoup trop de facilité pour s'endetter, foit auprès de fon commillionnaire, foit
auprès des capitaines marchands. Il en profite 2
& la protection du gouvernement le met à l'abri du repentir.
Je fais bien que les loix autorifent le créancier, non - feulement à la faifie réelle du mobilier, mais mème à celle des biens fonds &
des denrées tant en magafin que fur place 3
rien de plus vrai, rien en mème tems de plus
impraticable.
Parce qu'il faut des formalités infinies, trèsdifpendieufes, & un figrand nombre de procès
préliminaires à foutenir 2 avant de parvenir à
unc failie réelle, que le créancierle plus opiniâtre n'ofe faire le premier pas dans ce labyrinthe judiciaire.
On n'imaginera pas en effet, que dans un
pays où la foif de l'or eft générale, puifqu'on
n'y vient que pour s'enrichir, les créanciers
foient moins inexorables qu'ailleurs. Si cependant ils aiment mieux attendre leurs débiteurs
pendant dix & vingt ans que d'employer à leur
égard les voies juridiques, j'en conclus qu'elles font infufhlantes.
Sans doute il faut favorifer le cultivateur de --- Page 249 ---
- 237 )
mais éviter en même tems de I
S. Domingue,
déranger fes
lui donner trop de facilité pour
Avide comme il left de jouiffances S, je
affaires.
de famille qui, bien
le compare aux jeunes gens
fortune ou la
ou mal dirigés, confervent leur
ruinent de fond en comble.
dérangé fouffroit de fes det:
Si le cultivateur
alors
tes & de fa mauvaife conduite, s'il effuyoit
la crainte d'un pareil fort
quelques privations 2
Mais s'il
pourroit fervir d'exemple aux autres.
diminue rien de fes dépenfes de luxe, comne
défefperent
fouvent chez ceux qui
me ilarrive
il faut convenir qu'inde fe liquider jamais,
de la chofe & de
dépendamment de Podieux
la faine
du gouvernefon injuftice 2
politique
ment eft ici en défaut.
Pour vous en convaincre mieux, voyez un
fe
chez les cultivateurs
inftant ce qui
pade
dérangés.
du dérangement dans une
Les préliminaires
habitation s'annoncent par une diminution
d'attelier & de bétail, car la réforme du luxe
eft toujours la derniere.
à
Le remplacement des negres qui viennent
par mort ou par défertion, ne poumanquer
faire faute d'efpeces & de crédit,
vant plus s'y
ici en défaut.
Pour vous en convaincre mieux, voyez un
fe
chez les cultivateurs
inftant ce qui
pade
dérangés.
du dérangement dans une
Les préliminaires
habitation s'annoncent par une diminution
d'attelier & de bétail, car la réforme du luxe
eft toujours la derniere.
à
Le remplacement des negres qui viennent
par mort ou par défertion, ne poumanquer
faire faute d'efpeces & de crédit,
vant plus s'y --- Page 250 ---
( 238 >
on eft obligé de foutenir les travaux
avec ceux
qui reftent, dont le nombre diminue de
en plus.
plus
Mais à mefure que les bras
celui
les
diminuent,
quil dirige voudroit augmenter leurs efforts
pour arriver au même produit; la chofe eft
impoflible.
Le propriétaire prend de Phumeur, & fon
attelier devient mécontent. Les maladies & la
défertion font les fuites de fà
tyrannie ; bientôt fà terre refte inculte.
Ce tableau n'eft point exagéré, ilt n'eft même
que trop commun dans la colonie; je vais vous
en citer un exemple qui eft bien connu aux
environs du Cap.
Un homme actif &
entreprenant venoit d'a-'
cheter une fucrerie.
Prodigicufement endetté
par cette acquifition, il vouloit faire un
revenu pour fe liguider; mais fon attelier étoit gros
foible, ille rebuta par un furcroit de travail
plufieurs de fes negres moururent excédés s
de
fatigue, & vingt autres prirent la fuite. Il lui
en reftoit à peine une trentaine
rein confidérable.
pour un terCependant on rattrapa les
fuyards & on les ramena à Phabitation me.
;
mes travaux, nouvelle défertion. --- Page 251 ---
( 239 )
Ces leçons répétées ne purent ouvrir les yeux
du naitre 5 il mit de Tobftination dans' cette
& voulut réduire fes efclaves par Pauaventure
plus que pendant
torité. Mais ils ne fortirent
les nuits , pour piller leur fubliftance.
Ce défordre devenant très - difpendieux pour
à découle propriétaire, il fit tant qu'il parvint
retraité's & défefpérant de pouvoir les
vrir leur
il
le parti de les exterminer.
réduire , prit
fufillés, cinq de bralés ;
Il y en eut huit de
d'un
le refte expira fous le fouet, à Pexception
une jambe, pour lui ôterle
feul à qui on coupa
alors s'ouvrit
pouvoir de fuir: le malheureux
de défefpoir. Mais jetons un voile
le ventre
abominables s! Laiffons - en du
far ces horreurs
moins le (pectacle au pays qui les a produites
& qui feul peut les voir de fang - froid!
vous 3 mes chers compatriotes, 2 que rien
n'appelle dans ces contrées barbares 2 gardezd'une vaine curiofité! Avant d'y être venu
vous
connoiffant peu la mefure des vices
moi-mème,
affligent l'humanité, , je ne confidérois pas
qui
je me
fuffifamment vOS vertus. Aujourd'hui
devant ma patrie, & je brûle d'y
profterne
trait de lumiere fera
retourner. Ce nouveau
fans doute le meilleur fruit que je recueillerai
dans ces contrées barbares 2 gardezd'une vaine curiofité! Avant d'y être venu
vous
connoiffant peu la mefure des vices
moi-mème,
affligent l'humanité, , je ne confidérois pas
qui
je me
fuffifamment vOS vertus. Aujourd'hui
devant ma patrie, & je brûle d'y
profterne
trait de lumiere fera
retourner. Ce nouveau
fans doute le meilleur fruit que je recueillerai --- Page 252 ---
- 240 )
de mes voyages ; mais puiffé-je bientôt le fàvourer tranquillement! Et quoique l'on dife
ici que chacun s'y corrompt par l'exemple, je
puis affurer avec vérité, que loin de voir des
objets de féduétion dans l'opulence vicieufe &
tyrannique qui m'environne, je n'y apperçois
au contraire qu'une image dégoûtante de l'avarice & menfongere du bonheur.
LETTRE --- Page 253 ---
24T 5
LETTRE XXIIL
S. Domingue 1782:
le
- elles? ? je
Les femmes me pardonneront- obferd'elles avec la franchife d'un
vais parler
à leurs vertus, 2
vateur qui, en rendant juftice
n'spus'empécher
en admirant leurs agrémens,
de voir auffi leurs défauts.
font en
Lesdames créoles de S. Domingue
bien faites : la vivacité n'eft pas au nomgénéral leurs attributs; mais leur phyfionomie
bre de
tendre
eft tout auffi
chofe de
qui
a quelque
défgurent-e elles ces graces
féduifant. Pourquoi
des minauderies qui font infupnaturelles par
faà un certain. age? Leur langage
portables
imbécille , imaginé en
vori eft le créole 7 jargon
l'on a cru
faveur d'une efpece d'hommes que
trop peu intelligente pour en
mal i-à-p propos
de leur
apprendre un autre. Cette préférence
eft affurément bien étonnante. Pourquoi
part
volontairement des bornes à
mettent - elles
fuffil'expreffion de leurs idées, ou ce jargon
les rendre ? Je ne déciderai point
roit - il pour
les tienne dans une
cette queftion. Quoiqu'on
Q --- Page 254 ---
( 242 )
ignorance profonde, elles ont fans doute l'imagination naturclle à leur fexe: mais leut converfarion m'a paru trop libre. Faut-il donc
qu'onles en avertife Elles plairoient bien
davantage avec un ton plus décent. Environnées de rivales dangereufes par une lubricité à
laquelle elles ne peuvent ni 11€ doivent prétendre, leur intérêt eft de les combattreavec d'autres armes qui mettront bientôt la viétoire de
leur côté. Au lieu, de. copier l'indécence des
filles de joie, qu'elles prennent pour modeles
-nos aimables Européennes, & je leur réponds
de tous les fuffrages., :
Tout ceci n'eft queridicules & mauvais ton :
paffons à un objet plus effentiel. Je.ne. leur
connois qu'an défaut; mais il eft G grave,qu'il
mérite L11 autre nom. (I) Je veux parler de
cette extrème duteté envers les efclaves i qui
diftingue ici particuliérement le fexe le plus
fait pour la compafion. Croiroit - on que la
tyrannie la plus cruellee eft fouvent exercée par
une femme ? Quel être cependant a plus befoin
(1) Plufieurs dames' de cette colonie ; très-refpectables à tous égards, prouvent bien qu'il n'y a point
de regie fans exception.
11 autre nom. (I) Je veux parler de
cette extrème duteté envers les efclaves i qui
diftingue ici particuliérement le fexe le plus
fait pour la compafion. Croiroit - on que la
tyrannie la plus cruellee eft fouvent exercée par
une femme ? Quel être cependant a plus befoin
(1) Plufieurs dames' de cette colonie ; très-refpectables à tous égards, prouvent bien qu'il n'y a point
de regie fans exception. --- Page 255 ---
( 243 )
d'indulgence & de protedtion? Quc feroient
enfn les femmes dans la fociété, fi la mefure
individu étoit celle de fon
des forces de chaque
pouvoir? Leur intérêt feroit donc de ne point
admettre Pempire de la force, mais celui de la
douceur, que les hommes ne fauroient leur
difputer.
à léSi elles s'en écartent prodigieufement
gard.de leurs efclaves, c'ett peut - ètre autant
Peffet de leur jaloufie de la préférence que les
blancs leur accordent, qu'une fuite générale
de la mauvaife éducation des colonies.
Nées au milieu du defpotifme & de la méfiance, habituées dès leur bas âge à voir couler
le fang de negres 2 comment leur coeur ne
s'endurciroit t-il pas ?
En Europe, tout concourt de bonne heure
à développer en nous le fentiment de la pitié,
des inftinuteurs honnêtes faififDes parens,
d'acfent toutes les occafions qui fe préfentent
croitre 5 par des exemples & par des leçons, 2
la compafion qui eft due aux malheureux.
Mais depuis que les colonies exiftent, il
n'eft peut- être pas arrivé une feule fois qu'un
ait dit à fes enfans : C Ayez pitié de VOS
pere
elclaves, ayez-cn foin en tout tens, furs
2>
Qi 11 --- Page 256 ---
( 244 )
33 tout dans leurs maladies & pendant leur
5 vieilleffe. Ce n'eft qu'un foible dédommage-
>> ment de Pétat humiliant auquel vous les
> condamnez, & des peines exceflives qu'ils
32 prennent pour augmenter vos richeffes. 7)
Voici plutôt quel eft le langage des peres :
C Les negres font méchans par nature 5
> foyezàl leur égard méfans, féveres & même
3 cruels, & votre patrimoine s'augmentera. "
e
e € --- Page 257 ---
245 )
LETTRE XXIV.
S. Domingue 1782.
TNÉDIATEMENT après la défaite de M. de
ici vingt mille hommes de
Graffe 3 on comptoit
diftribuées
troupes Françoifes ou Efpagnoles,
& dans les environs. Mais ce coloffe
au Cap
deux grandes
menaçant, formé en Europe par
le
à grands frais dans
puiffances. 9 tranfporté
dans fon inaction à
Nouveau-Monde,en proie
débauches & à Pintempérie du clifes propres
tombe en ruines
mat, fuccombe par parties,
chaque jour. Lui qui devoit conquérir & occuconfidérable, à peine a-t-il auper un pays
fa fépulture ! (1)
jourd'hui un champ pour
& bien
C'eft un fpeétacle bien affligeant
lieu deftiné au Cap pour la fépulture des
(1)Le
eft obligé d'ouvrirles foffes
morts eft fi étroit, qu'on
long - tems avant que les corps qu'elles
anciennes 2
renferment foient confommés.
fitué à une
Ce cimetiere public eft cependant
de la ville, très-p près d'une proentrée principale
menade fréquentée.
Qiij
champ pour
& bien
C'eft un fpeétacle bien affligeant
lieu deftiné au Cap pour la fépulture des
(1)Le
eft obligé d'ouvrirles foffes
morts eft fi étroit, qu'on
long - tems avant que les corps qu'elles
anciennes 2
renferment foient confommés.
fitué à une
Ce cimetiere public eft cependant
de la ville, très-p près d'une proentrée principale
menade fréquentée.
Qiij --- Page 258 ---
246 )
propre en- même tems à fervir dc leçon. pour
l'avenir, lorfqu'une armée aufli brillante fe
trouve réduite aux deux tiers dans un efpace
de trois mois. Il eft vrai qu'avec la quantité de
malades qu'elle fournit, Phopital militaire eft fi
encombré, que l'on ne s'y reconnoit plus, &
gu'il en fort peu de convalefcens. Les
: officiers
de terre & de mer y font cependant bien foignés.
Ne pourroit-on pas parvenir à traiter de
même, proportions gardées, la claffe la plus
nombreufe, dénuée par elle. même de toute
efpece de fecours, ces infortunés foldatso ou
matelots , qui n'ont pas craint une mort glorieufe, & dont la vie doit être comptée pour
quelquc chofe ? La mienne vient d'ètre en
danger, & c'eft CC qui m'a empéché de vous
écrire depuis bien du tems. Une fievre aigué
m'a ôté toutes mes forces & ne me Jaiffe que
la peau fur les OS. J'ai pris tant de remedes
coup fur coup, que j'en fuis plus épuifé qued du
mal même. C'étoit à la vérité un parti néceffaire, car le traitement des maladies d'Europe
jle convient pas du tout à S. Domingue pour
les mêmes maladies. La fageffe de nos médecins
feroit ici une lenteur meurtriere. Les progrés
du mal y font fi rapides, que l'on ne fauroit --- Page 259 ---
3 247 5
brufquement les humeur's qui le
évacuer trop
caufent.
modéréc, les' fermierDaris une température
mais dans une
tations s'exécutent lentement;
chaude & humide, pour peu que
athmofphere
l'on perde de-vue les matieres en fermentation,
d'abord de la fpiritueufe à l'acide,
elles paffent
analo-
& de l'acide à la putride. Jimagine par
l'indique affez clairement,
gie, & Pexpérience
morbiqu'il en arrive de meme aux principes
fiques dont nos corps font affeétés.
de
les meilleurs médecins
C'eft pourquoi
de brufquer les
cette colonie ont pour regle,
humeurs & d'employer dès les commencede danger,
mens 2 fur les premiers fymptomcs
troules vélicatoires, & ils s'en,
T'émétique,
contraire de plufieurs mévent fort bien;.au
débarqués,
decins de France, nouvellement
lente
ont voulu fuivre d'abord leur pratique
qui
& qui ont laiffé périr beaucoup
de la métropole,
de monde.
dans le fort d'un accès
Un jour que j'étois
bouillir, je pris
& que mon fang me paroiffoit
connoithermometre dans mes mains 2 pour
un
chaleur de mon corps 5 le mercure ne
tre la
de ma chaleur
s'éleva qu'azi degrés au - deffus
O iv
lente
ont voulu fuivre d'abord leur pratique
qui
& qui ont laiffé périr beaucoup
de la métropole,
de monde.
dans le fort d'un accès
Un jour que j'étois
bouillir, je pris
& que mon fang me paroiffoit
connoithermometre dans mes mains 2 pour
un
chaleur de mon corps 5 le mercure ne
tre la
de ma chaleur
s'éleva qu'azi degrés au - deffus
O iv --- Page 260 ---
( 248 5
naturelle ; & cette augmentation me parut bien
légere, en raifon du fcu qui me dévoroit,
Si n0S fenfations pouvoient toujours être
mefurées de la forte par quelqu'inftrument
analogue & comparatif, nous aurions 2 je crois,.
belle matiere à redtifier nos jugemens. --- Page 261 ---
249 >
LETTRE, XXV.
S. Domingue 1781:
Suet un. pays dans le monde,. où les jeux
de hafard doivent s'établir, facilement, c'eft
celui où les fociétés, rarement compofées des
deux fexes, ne (ont fréquentées que par des
hommes qu'un choc inévitable d'intérêts contraires rend fouvent ennemis , & que la po:
& la bienféance feules raffemblent 5 où
litique
le
éloigne ia gène & l'ennui
non-feulement jeu
mais oûil fixe
d'une converfation languifante 2
métal
agréablement les regards de tous fur un
adorent & pour lequelils n'ont pas craint
qu'ils
Ne
donc pas furpris
de paffer les mers.
foyons
dans
dele voir régner à S. Domingue jufques
les campagnes les plus reculées.
où les
Mais s'il eft un pays dans le monde,
de hafard foient généralement préjudijeux ,c'eft celui où chaque individu eft pourciables
qui exige du travail, de P'exactivu d'un emploi
où tous
tude, & fouvent de la comptabilité;
doivent établir la confance par
les employés
eft encore
une bonne conduite, Or ce pays-là --- Page 262 ---
( 250 )
S. Domingue. Il feroit donc effentiel pour la
profpérité de la colonie, d'y fovir contre le
jeu avec d'autant plus de' févérité", que la
pente qui y mene eft: 1 plus confidérable. Mais
tout CC que l'on a fait jufqu'à préfent pour
arrèter ce. Aléau", n'a pas mème rétardé fon'
cours. Il n'y a qu'un exemple frappant qui'
puife le détruire.
s0noct
a -
feroit donc effentiel pour la
profpérité de la colonie, d'y fovir contre le
jeu avec d'autant plus de' févérité", que la
pente qui y mene eft: 1 plus confidérable. Mais
tout CC que l'on a fait jufqu'à préfent pour
arrèter ce. Aléau", n'a pas mème rétardé fon'
cours. Il n'y a qu'un exemple frappant qui'
puife le détruire.
s0noct
a - --- Page 263 ---
251 )
LETTRE XXVI I.
S. Domingue 1782.
Us grand nombre de gens, dans cette COimaginent mériter le nom de cultivalonie,
font des récoltes. Mais ouvrir
teurs parce qu'ils
confifte le
la terre,femer ou planter ( en quoi
talent de la plupart) ne furent que les prelorfmiers pas des hommes en agriculture,
commencerent à entrevoir la poffibilité
qu'ils
de la yégétation.
de ditiger les mouvemens
Si l'extrème fécondité du fol d'Amérique
d'Eufupplée à Pinduftrie de nos agronomes
comme elle n'eft cependant pas inépuirope. 2
arrive enfin où les récoltes difable, le tems
fans
minuent; & le colon voit ce changement
s'occuper des moyens de rappeller une fertilité
qui n'elt plus au fein de fon héritage.
la Martinique eft épuifée & ne fe fouDéjà
le commerce des isles voifines S,
tient que par
elles- mèmes
dont elle eft l'entrepôt. Ces isles
ont aufli dégéneré.
enfin, la plus riche & la plus
S. Domingue
étondue de toutes les poffeffions françoifes --- Page 264 ---
( 252 )
d'outre mer, n'eft plus ce qu'il étoit il y a
trente ans. Ses meilleures terres ont diminué de
bonté,& les médiocres feront bientôt
à moins que l'induftrie
épuifées,
ne les régénere.
Combien de fucreries dans cette isle abandonnées depuis vingt ans ! Combien plus de
caféteries 9 d'indigoteries s qui ont fni d'ellesmèmes! L'homme qui jette un coup-d d'acil fur
ces épuifemens progreffifs, que les travaux
les plus communs pourroient arrêter,
de l'indolence des
furpris
propriétaires s P'eft encore
davantage, quand il penfe que l'ufage des denrées dont on néglige la culture, s'étend de
plus en plus dans le monde entier.
Mais fous quel point de vue la plupart des
propriétaires de S. Domingue
leurs
confiderent. - ils
poffeffions d'Amérique ? Quelle forte de
gens y voit - on communément à la tête des
vaux? Quel eft le but du plus grand
traLes réponfes à ces
nombre?
queftions vont éclaircir ce
qui précede. Diftinguons trois claffes de
priétaires.
proRiches,ailes,& dérangés.
Les riches demeurent en France, oir ils
jouiffent avec agrément de leurs revenus
connoitre même les terres
2 fans
qui les produifent.
offeffions d'Amérique ? Quelle forte de
gens y voit - on communément à la tête des
vaux? Quel eft le but du plus grand
traLes réponfes à ces
nombre?
queftions vont éclaircir ce
qui précede. Diftinguons trois claffes de
priétaires.
proRiches,ailes,& dérangés.
Les riches demeurent en France, oir ils
jouiffent avec agrément de leurs revenus
connoitre même les terres
2 fans
qui les produifent. --- Page 265 ---
( 253 )
Ce n'eft donc pas d'eux qu'il faut attendre
de nouvelles lumieres fur Pagriculture.
de ceux parmi
On n'en aura guere plus
les deux autres claffes qui réfident fur leurs
que, toujours occupés de l'idée
héritages , parce
& conduits par u1t
de retourner en France
exemple ancien & vicieux, ils ne cherchent
qu'à. tirer à la hâte de leurs terres tout ce
qu'elles peuvent produire au moindre prix
de culture, fans s'embarraffer de la
pollible
génération fuivante.
Quant aux fondés de procuration qui réfident fur les biens & les gouvernemens 2 ils
font à appointemens fixes,ou au dixieme du
revenu.
Ceux qui jouiffent d'appointemens fixes ,
n'ont aucun intérêt à faire des améliorations
aux biens qu'on leur confie, puifque leur bénéfice eft invariable.
Il n'en eft pas de même de ceux qui fnt
au dixieme 5 mais les habitations qui le donnent font ordinairement les plus pauvres :
euforte que le manque de bras obligeroit tolljours le procureur de reftreindre la culture
aux chofes indifpenfables. 3 quand même il feroit capable de mieux faire: --- Page 266 ---
( 254 )
Enfin, les plus anciens habitans de Saints
Domingue femblent être encore en agriculture
à leur premiere année, où nouvellement débarqués, fans aucune connoiflance générale ni
locale, chargés néanmoins de diriger des travaux, ils n'avoient d'autre reffource que d'imiter leurs voilins,ou de laiffer faire les negres
déjà ftylés à ces fortes d'ouvrages.
De là une routine invariable, 2 qui fe tranfmet des uns aux autres depuis l'établiflement
de la culture, & qui s'applique, fans modification quelconque, à toute efpece de terre >
forte ou légere, feche ou humide, n'importe.
Je connois un quartier peu fertile dans la colonie , qu'on appelle plaine du Nord, où la couche
végétale eft d'une nature argilleufe 3 compadte,
& - fi difficile à divifer , qu'ily auroit bien de l'avantageà y meler quelque fubftance légere. (1)
Le fable convenable pour cet effet fe trouve
dans la baie de PAccul,à trois lieues de diftance
moyenne.
On l'ameneroit fur des bateaux plats 3 par
la riviere falée qui, quoique petite, fuffiroit à
(I) En baffe Normandie, ou les terres Tont fortes;
on emploie la tangue pour les divifer.
C'eft un fable très- fin, de couleur grife, que len
trouve fur les côtes voifines.
1)
Le fable convenable pour cet effet fe trouve
dans la baie de PAccul,à trois lieues de diftance
moyenne.
On l'ameneroit fur des bateaux plats 3 par
la riviere falée qui, quoique petite, fuffiroit à
(I) En baffe Normandie, ou les terres Tont fortes;
on emploie la tangue pour les divifer.
C'eft un fable très- fin, de couleur grife, que len
trouve fur les côtes voifines. --- Page 267 ---
( 255 )
& le diftribueroit dans toute
ces tranfports, s
dépôts fur
la plaine, au moyen de quelques
fes rives, rl
01 la plaine du Nord;
Ce que je propofe pour
L'haferoit applicable à bien d'autres quartiers.
doit connoitre la nature du
bitant, au furplus,
fol dont il dirige la culture, afin d'y appliquer
les moyens convenables.
.
les arrofemens s les cenLes labours, (1)
la chaux,
dres de varech, le fumier ordinaire, 5
offrent encore un beau champ
les coquillages
à fon induftrie.
Depuis le pied des mornes jufqu'à la mer, 5
ou Pétoit autrefois : & Pon
tout eft cultivé s
autant
trouve fur cette vafte étendue de pays
de variétés dans la qualité des terres que dans
extérieure du fol, depuis celle
la configuration
aride,jufqu'au
qui eltferrugineule, rougeâtte,
fable gras & humide de la meîlleure qualité.
Ici, comme par - tout ailleurs, les terres
& légeres en même tems font les plus
graffes
habituelle où elles
producives. L'atténuation
fait que les fucs nourriciers y
fe trouvent , qui
avancirculent aifément , eft particuliérement
(1) Ils ne font prefque pas en ufage dans cette
colonie. --- Page 268 ---
( 236 )
tagenfe aux cannes à fucre, , dont les racines
chevelues & en affez petit nombre s'étendent
à peine à fept ou huit pouces de la
Aufi le produit de ces fortes de plante.
moins double,
terres eftau
quelquefois triple, de celui des
terres fortes s quoique la culture de ces
res foit beaucoup plus pénible
derniedefféchées
; car une fois
par le foleil, il faut des efforts ineroyables pour parvenir à y creufer les foffes
néceffaires à une plantation nouvelle, C'eft de
quoi j'ai été fi fouvent témoin,
viens pas de l'obftination
que je ne redes cultivateurs à ne
point employer la charrue en pareille circonf.
tance. Indépendamment de la grande facilité
que l'on trouveroit enfuite à ouvrir les fofles,
o11 atténueroit bien mieux cette forte de terre
c'eft-à- dire , qu'on l'ameroit à un point
plus
avantageux en général pour la végétation, &
particuliérement pour celle des cannes à fucre.
Ce n'eft pas la dépenfe qui doit les
car il eft bien évident
la
arrêter, 2
que méthode ufitée eft
la plus difpendieufe. Seroit- ce donc la crainte
de rendre l'afliette des cannes trop
& de les expofer ainfi à être
peu folide,
renverfées par le
moindre coup de vent?
Voilà l'objedtion que j'ai entendu faire
par
d'anciens
érement pour celle des cannes à fucre.
Ce n'eft pas la dépenfe qui doit les
car il eft bien évident
la
arrêter, 2
que méthode ufitée eft
la plus difpendieufe. Seroit- ce donc la crainte
de rendre l'afliette des cannes trop
& de les expofer ainfi à être
peu folide,
renverfées par le
moindre coup de vent?
Voilà l'objedtion que j'ai entendu faire
par
d'anciens --- Page 269 ---
( 257 )
d'anciens habitans, & à laquelle on répondit
que la canne ne tient à la terre que par l'adhévence de fes racines; ; que fcs racines s comme
l'expérience le prouve s ne s'étendent point audelà de chaque foffe particuliere, & ne peuvent
trouver d'appui au - delà ; qu'il eft par conféindifférent à la folidité de la canne qu'on
quent
faut dans tous les
laboure ou non, pvifqu'il
cas' remuer pour le moins les terres, des foffes.
l'on creufe dans chaque plantation nouque
lon aura beau d'ailleurs labourer,
velle ; que
les terres compactes & même y mêler une forte
quantité de fable s encore ne parviendroit- on
à les rendre aufli meubles que certains
pas
de la colonie le font naturellement: 5
cantons
comme le bas Limbe, par exemple, où l'on
ne voit pas cependant que les cannes foient
fujettes à être renverfées qu'ailleurs. Cette
plus
objection eft donc très-f frivole.
labours & autres moyens de fertilifation
e Les
d'une
inufités sà S.I Domingue, qui me paroiffent
application très - avantageufe à la majeure partie des terres de cette colonie, feroient inutiles,
mème nuifibles à certains petits canpeut- - ètre
voilin
tons privilégiés, dont le fol très - bas,.
delamer, tout récent, léger, gras & humidea
R --- Page 270 ---
( 258 )
eft fi fort affaifonné des principes de la végétai
tion, qu'au lieu de chercher à les développer Ts
il faudroit plutôt s'appliquer à en envelopper:
une partie; pour que la canne y profpérat davantage; car pendant les premieres anées
d'exploitation de ces fortes de terres, la canne
y prend une croiffance fi rapide, que le firop
qu'elle renferme n'a pas le tems de mûrir & de
s'y perfedionner. On la trouve alors remplie
dune éau très-peu fucrée, prefqu'inlipide 5 &c
l'ot auroit beau la laiffer furi pied plus longloin
elle acheveroit de fe
tems ;
d'acquérir,
perdre.
Il faut apparemment une certaine proportion de viteffe pour la perfection de la plante 3
cntre le développement gradué des fibres qui en
font comme -
la charpente', 2 & l'élaboration des
fucs qu'elle renférme:
Si les premiors fe forment trop promptement, les feconds font encore dans l'enfance,
le corps de la plante a déjà atteint la cadu=1
que
cité & mème la mort. 0E : :
excès-n'eft 1 que
S
Mais cettevigueur par
paffagere, & les' propriétaires des térreins ou elle
fe rencontre fe confolent facilement des pertes
momeritanées qu'elle leur occafionne;-par! lla
des
fucs qu'elle renférme:
Si les premiors fe forment trop promptement, les feconds font encore dans l'enfance,
le corps de la plante a déjà atteint la cadu=1
que
cité & mème la mort. 0E : :
excès-n'eft 1 que
S
Mais cettevigueur par
paffagere, & les' propriétaires des térreins ou elle
fe rencontre fe confolent facilement des pertes
momeritanées qu'elle leur occafionne;-par! lla --- Page 271 ---
( 259 )
fertilité'prochainie & durable dont elle eft le
ore -
préfage. Tel étoit le bas Limbé il y a vingt L cinq ou
trente ans. Il renferme aujourd'hui fept fucreries très- riches, dont le terrein n'eft conquis
une
d'années.
furla mer quedepuis
quarantaine
C'eft uin des plus'beaux monumens de-la colonie & de Pindaftrie de fes habitans: Le fol ett eft
nicilleure
5 & quoique de huit à
de la
qualité
delfus de-l'eau, la
dix' pouces feulement au.
:: 5b
caine y. réuflit parfaitement.
- Les années'ide féchereffe qui appatvriffent
les't terreshautes, font très-a avantageules aux
quartiers bas,t tels que le bas Limbé, qui en a
fourni la preive en 1776 & 1777Un feegénéral dévoroit ailleurs les végétaux;
tandis que les récoltes de ce petit canton n'avoient jamais été G belles : & quoique le récia
foit Vrai jufqu'a un cértain point , cei
proque
bas confervent encore
pendant les quartiers
fupétiorité de produit fur les terres
tine grande dansles années les plus humides.
hautes , menie terreins de la colonie cultivés en
De tous les
indécannes, les plus mauvais font ceux qui :
de leur qualité viljueufe & tepondamment
de leur couche
nace, ont encore an-deflous
R ij --- Page 272 ---
( 260 )
végétale un banc argilleux qui retient les eaux
de pluie. Ces eaux fermentent, aidées de la
chaleursalors les racines pourrifent & les cannes fe deffechent,
Il faudroit dans cCs fortes de terres , outre
les labours dont j'ai parlé précédemment, ouvrir des foffés de diftance à autre à travers
Pépaiffeur du banc d'argille, 2 afin d'écouler les
eaux. .
Les arrofages font pratiqués dans quelques
endroits de la colonie, mais pas affez généralement, puifqu'ils font avantageux dans la plupart des terres, ou pourroient le devenir, quoi
qu'en difent plufieurs habitans qui les jugent
nuifibles, fans l'avoir éprouvé par-tout ailleurs
gue dans les terres légeres.
Que les terres légeres, qui iontune certaine
pente; 5 foient celles où ils conviennent le
mieux, perfonne ne peut en difconvenir; mais
ils ont aufli un degré d'utilité dans les terreins
même les plus compactes, pourvu que les
eaux n'y féjournent pas trop long- tems. (1)
(1) Les provinces méridionales de la France eny
fourniffent quelques exemples,
-tout ailleurs
gue dans les terres légeres.
Que les terres légeres, qui iontune certaine
pente; 5 foient celles où ils conviennent le
mieux, perfonne ne peut en difconvenir; mais
ils ont aufli un degré d'utilité dans les terreins
même les plus compactes, pourvu que les
eaux n'y féjournent pas trop long- tems. (1)
(1) Les provinces méridionales de la France eny
fourniffent quelques exemples, --- Page 273 ---
( 261 5
venons de voir comment on peut les
Or nous
faire écouler en pareil cas.
le bas
Aux lieux bas & humides, tels que
Limbé, l'arrofage ne doit être pratiqué que
féchereffes. Mais cette
dans les plus grandes
la
reffource eft en général fi avantageufe pour
les riverains de TArtibonite (1) ne
culture 2 que
de rédidevroient pas différer plus long - tems
le projet de prife d'eau qu'on
ger & d'effcétuer
de laquelle ils
leur a propofé, & au moyen
confidéraverroient leurs revenus s'accroître
blement.
& humide, & cette terre
Entre le fable gras
vous ai
compacte fr banc argilleux, dont je
font les extrèmes des terres cultiparlé, qui
infinité d'autres
vées en cannes > il en eft une
font bonnes ou mauvaifes, à proportion
qui
plus ou moins de Pun ou
qu'elles participent
l'autre.
dans
On compte ici que les terres vierges,
de la plus médiocre qualité, cultiles plaines
produire fans labours
vées en cannes, peuvent de trente ans avant
& fans engrais pendant plus
De meilleures à proportion.
d'ètre épuifées.
(:) Riviere de S. Domingue. R iij --- Page 274 ---
( 262 )
R Mais cellcs à portée de recevoir: -les
limofis
que-les pluies enlevent aux montagnes,
une fertilit
ont
prefqu'inépuifable. Telles
dans la dépendance du
font,
Cap, la plaine de Limonnade, le quartier Morin & le bas Limbé,
Le plus graud nombre à la vérité n'a
reffource.
pas cette
Ii elt très-probable
qu'en labourant & en
engraiffant les terres de S. Domingue abandonnées pour caufe d'épuifement, l'on en. tireroit
un bon partis. mais le fol cultivable eft
encore
trop étendu relativement au mobilier de la
colonie, 3 pour que les habitans reviennent fur
leurs pas. Ce n'ett qu'après que le feu de la
culture la plus dévorante aura paffé fur la majeure partie des héritages, que lon verra
tiquer un pareil genre d'induftrie
pratefois
5 pourvu touque, d'ici à ce tems - là, l'on n'établiffe
point de nouvelles fucreries dans
quelques
parties actuèllement incultes de la zone torride.
Si. l'isle de Cubai, par exemple, celle de
Porto - Ricco, & meme la partie Efpagnole de
l'isle S. Domingue, ou quelques cantons du
continent de PAmérique, venoient à être cultivés cil cannes 2 les François ainfi que les An-
uftrie
pratefois
5 pourvu touque, d'ici à ce tems - là, l'on n'établiffe
point de nouvelles fucreries dans
quelques
parties actuèllement incultes de la zone torride.
Si. l'isle de Cubai, par exemple, celle de
Porto - Ricco, & meme la partie Efpagnole de
l'isle S. Domingue, ou quelques cantons du
continent de PAmérique, venoient à être cultivés cil cannes 2 les François ainfi que les An- --- Page 275 ---
( 263 )
plus foutenirla concurrerice
glois, ne pouvant
feroient bientôt forcés
de'ices fols nouveaux,
actuels.
d'abandonner leuts établiffemens
à la
P'avenir, venons
- Qubi qu'il en foit de
ulitée à S. Domingue
méthode généralement
des cannes à
pour la culture & Pexploitation
fucre.
emploie font commuLes terres que lon y
de quatre
nément divifées en paralélogeammes.
d'un
(1) chacun. On les entoure
carreaux
& qui
large foilé, qui forme les féparations, de l'air;
favorife en mème tems la circulation
important, que'les can:
àrticle fi évidemment
nes de lifieres font toujours incomparablement
plus belles que celles de Pintérieur.
tne piece ainfi pré:
Lorfqu'on veut planter
toutes Jes
paréc, on cummence par braler L'on y dif
mauvailes herbes qui sly trouvent:
enfuite les negres de maniere qu'ilspuit
pofe
ouvrir
fent, fans fe gêner téciproquement, huit poude quinze à dix-l
des foffes alignées,
de profondeurs
ces en quarré fur huit pouces
des autres.
& diltantes de trois pieds les unes
eft une mefure du pays ,8
(1) Le carreau 2 qui
3402. 4- de furface,
R iv --- Page 276 ---
( 264 )
Dans chacune de ces foffes on couche horizontalement trois tronçons de têtes de
encore frais, dont les noeuds doivent cannes
de nouvelles
fouryir
plantes. On remet après cela la
terre dans les foffes, on l'éleve en forme de
monticule, 9 & plufieurs culivateurs font dans
Pufage de planter du maïs dans les intervalles.
Cen'eft pas qu'il en réfulte un bien pour les
cannes, quiy perdent au contraire d'une maniere fenfible; mais le grain eft fort utile
les habitations.
dans
On plante ici les cannes en toute faifon,
parce que la végétation s'y opere fans
le tems de Thivernage,
relâches
depuis novembre juf,
qu'en mars, eft cependant le plus favorable à
cette opération, fur-tout dans les terres hautes
& naturellement feches,
Les caunes une fois plantées, les foins
lon apporte à leur accroiffément
que
les bien farcler,
confiftent à
autant pour entretenir la cir,
culation de P'air autour d'elles,
pas laiffer enlever les
: que pour ne
fuçs de la terre par de
mauvaifes herbes.
Dans les bons terreins, 2 les farclaifons deviennent inutilès après trois ou quatre mois
de plantation, Les cannes on acquis à cette
utes
& naturellement feches,
Les caunes une fois plantées, les foins
lon apporte à leur accroiffément
que
les bien farcler,
confiftent à
autant pour entretenir la cir,
culation de P'air autour d'elles,
pas laiffer enlever les
: que pour ne
fuçs de la terre par de
mauvaifes herbes.
Dans les bons terreins, 2 les farclaifons deviennent inutilès après trois ou quatre mois
de plantation, Les cannes on acquis à cette --- Page 277 ---
( 265 )
force fuffifante pour étouffer les
époque une
voudroient croitre à leurs pieds.
plantes qui
& dix- huit mois de plantaEntre quatorze
fuivant la faifon & fuivant les terreins 2
tion,
atteint leur maturité. (1) Pour
les cannes ont
lors on en fait la récolte.
Les negres les coupent le plus près de terre
qu'illeur eft poflible, avec des coutelas qu'ils
manchettes. Ils les dépouillent enfuite
appellent
même de toutes leurs feuilles &
fur les lieux
ne renferment point
auffi de leurs têtes, qui
fucrée, mais qui fervent à de noude liqueur
du bétail, &
velles plantations, à la nourriture
à couvrir des bâtimens. E
ainfi déshabillées font chargées
Les cannes
fur des voitures qui les conduifent au moulin, a
les
fans perdre de tems, dans la
où on
paffe
la fermencrainte qu'elles ne s'aigriffent par
tation.
la récolte d'une piece de
Auffi-tôt après
les habitans qui ont beaucoup de 11€-
cannes, bràler fur place les feuilles & les fougres font
Les cannes de rejets mûriffent un ou deux
(1) tôt; mais elles ne font prefque jamais aufli
mois plus
kelles que les premieres, --- Page 278 ---
( 266 )
ches qui y font reftées, puis font creufer de
nouvelles foffes dans les intervalles des premieges, pour y replanter, comme il a été dit
ci - deifus. Mais ceux qui manquent de forces,
& c'eft le plus grand nombre, (1) fe contentent , après une premiere récolte, de faire
étendre fur le terrein les feuilles furabondantes
à la nourriture du bétail, 2 pour y fervir d'engrais, & les anciennes fouches pouffent des
rejets qui donnent à la vérité des cannes
bien inférieures aux premieres , mais qui ont
coûté bien moins de peine, & qui muriffent
beaucoup pius tôt.
La dilette de bras, ou la négligence, fait
quelquefois différer une plantation nouvelle
jufqu'à la troifieme récolte de rejets. Alors c'eft
trop attendre, & les meilleures terres le prouventbien par leur mince produit en pareil cas,
Les rejedidégénerent de plus en plus d'une
récolte à Pautre; & quoique lon n'ait pas
effayé (que je fache du moins ) d'épuifer la
fécondité des fouches s on peut préfumer, d'a-
(1) Parce qu'ils font toutes leurs cultures à bras;
au lieu de les abréger par le moyen de la charrue.
ors c'eft
trop attendre, & les meilleures terres le prouventbien par leur mince produit en pareil cas,
Les rejedidégénerent de plus en plus d'une
récolte à Pautre; & quoique lon n'ait pas
effayé (que je fache du moins ) d'épuifer la
fécondité des fouches s on peut préfumer, d'a-
(1) Parce qu'ils font toutes leurs cultures à bras;
au lieu de les abréger par le moyen de la charrue. --- Page 279 ---
( 267 )
leur troilieme produit, que le dernier ne
près
feroit pas éloigné.
foit en rejets, foit en plantations
: Mais,
donnent ici fans relâche 5
geuves, les terres
les
à
une récolte eft - elle faite, que
car peine
fouches poutient de nouvelles tiges, ou qu'on
les brûle pour procéder à une plantation nouvelle. Il arrive de là que dans. une fucrerie
confidérable, l'on plante & lon coupe dans
tous les mois de l'année.
A préfent que nous avons vu la canne plancoupée & reproduite, voyons
tée, produite s
comment o11 en exprime le fuc.
On emploie ici trois efpeces d'agens pour
Pair, l'eau &
faire aller les moulins, favoir,
les mulets. Le premier eft très-peu ufité, quoidans plufieurs quartiers de
que très : praticable
où la
la colonie: dans tous ceux, per exemple,
brife de mer fe fait bien fentir, parce qu'elle
fe leve à neuf heures du matin, & ne ceffe de
fouffler jufqu'au couché du foleil.
Voilà donc neufà dix heures de mouvement,
fur lefquelles on peut compter en pareille fitua-
& qui fuffiroient daus Jes fucreries les
tion,
entretenir les équiplus confidérables, pour
de chaudieres le jour & la nuit,
pages --- Page 280 ---
( 268 )
Mais au lieu d'un feul moulin
il en faudroit alors
par équipage,
deux, avec un réfervoir
pour le vin de cannes exprimé d'avance.
On
placeroit ce réfervoir dans un endroit
le vin que l'on y feroit
frais; (r)
paffer feroit cuit
dant la nuit & n'auroit
le
pen.
pas
tems de fermenter.
L'eau courante, appliquée au moulin, eft
fàns contredit un agent bien préférable à
elle a fur ce dernier
lair';
l'avantage d'un mouvement uniforme & non interrompu.
Mais le plus mauvais de tous ceux
que l'on
emploie dans cette colonie, celui cependant
qui y eft le plus en ufage, c'eft un
de fix mulets relevés
attelage
n'en
toutes les heures 5 & il
faut pas moins de foixante, pour foutenir la fatigue d'un moulin,
Leur nourriture 5 leurs remplacemens, leurs
harnois, les negres quiles
foignent, ceux
les conduifent 2 tous ces objets réunis, qui
qui
furchargent le propriétaire, deviennent abfolument nuls pour ceux qui emploient l'air ou
l'eau.
(I)Comme une efpece de cave; & on y
une pompe 2 pour éviter une main-d'ceuvre adapteroit
pénible.
ixante, pour foutenir la fatigue d'un moulin,
Leur nourriture 5 leurs remplacemens, leurs
harnois, les negres quiles
foignent, ceux
les conduifent 2 tous ces objets réunis, qui
qui
furchargent le propriétaire, deviennent abfolument nuls pour ceux qui emploient l'air ou
l'eau.
(I)Comme une efpece de cave; & on y
une pompe 2 pour éviter une main-d'ceuvre adapteroit
pénible. --- Page 281 ---
( 269 3
Croiroit- on néanmoins , tant Phabitude a
de force, que plufieurs qui pourroient avoir
des moulins à eau ne chérchent point à s'en
& qu'aucun ne fonge à fe fervir de
procurer,
Tair!
foit
Le moulin proprement dit, quel que
2L
l'agent U qui le meuve, elt toujours le même.
Il eft compofé de. cinq cylindres verticaux,
roulans fur des axes qui les enflent. Trois
d'entr'eux font placés far la même ligne &
devant du moulin.. Ils font faits du bois le
aurevètus d'une robe de fonte. Ils
plus dur &
ont de trois à quatre pieds de hautenr fur quinze
à feize pouces de diametre ; & quoique leurs
furfaces fe touchent daris l'état de repos, on
furpris, lorfqu'ils font en moueft. toujours
la
de cannes qui paffent
vement. s: de; quantité
entre ces furfaces dans un inftant, entrainées
d'un bout à l'autre avec tant de viteffe, qu'un
peut à peine fuffire à alimenter le niounegre
lin,& comprimées avec tant de force, que le
mucilage mème de la plante eft entiérement
eft très- nuilible à la fabri.
exprimé 2 lequel
cation du fucre.
Les deux autres cylindres 2 non revêtus en
fonte, & beaucoup plus petits que les trois --- Page 282 ---
(C 270 ))
premiers, ne fervent qu'à diriger & rejeter
dehors la canne une fois exprimées
au
appellei en cetrétàt bagnle:
que: l'on
(I)ils font pofés
verticalément, s derriere: & joignant les trois
autres,
Ler vin de carnes defcend paril les: furfaces
des grands cylindres fur la table inférieure
les appuie, garnie dun rebordi élevé dans qui
fon pourtour. Uni petit
eft
tout
canal-y
adapté &
porte la liqueur dans un grand réfervoir.
Ce réfervoir eft une efpece de cuve en maçonnerie', pratiquée dans un bâtiment douvert
où P'on:fait dle.facre; & voici en: gros de
maniere : on s'y prend.
quelle
uC :
Quatre: chaudieres de fonte, établies
maffif de
fur un -
maçonnerie:, fe joignant immédia
tement, difpofées fur la mème ligné,& la
miere tenant au réfervoir 3
pre.
Pon appelle: un
compofent. ce que
équipage, & fuffifent à la'fabricatiorr-du fucre.
Lorfque tout eft difpofé. pour cuire le vin
de cannes, on ouvre la communication du ré.
Ho
(I)Les bagaffes font portées dans des efpeces de
hangars, où elles fechent'; l'on s'en fert enfuite
chauffer les fourneaux de fucreries.
pour
ligné,& la
miere tenant au réfervoir 3
pre.
Pon appelle: un
compofent. ce que
équipage, & fuffifent à la'fabricatiorr-du fucre.
Lorfque tout eft difpofé. pour cuire le vin
de cannes, on ouvre la communication du ré.
Ho
(I)Les bagaffes font portées dans des efpeces de
hangars, où elles fechent'; l'on s'en fert enfuite
chauffer les fourneaux de fucreries.
pour --- Page 283 ---
I 271 >
fervoir à la premierc chaudiere pour la remplirs
on1 allume en même tems le fourneau, dont
Le
T'embouchure elt en - dehors du.bâtiment.
immédiatement au-deffous de la
foyer répond chaudiere,8 la chalour fe diftribue
quatrieme
à proportion de leur éloigneaux trois.autres,
ment , par le moyen d'un canal en maçonnerie
le.long & au-dcfous des chaudieres..
qui regne
du réfervoir eft donc la:
: La' plus voifine
moins échauffée, la fuivante P'eft davantage ,:
la troifieme encore plus,8 la quatrieme ,au-)
deffous de laquelle on entrétient le feu, reçoit
la chaleur lai : plus viotente.
Sile vin de cannes 1e renfermoit que deux
fubftancesyl'eau &-le fucre 5 il; fuffiroit de le,
confiftance d'extraitist
faire évaporer jufqu'à
obtenir tout le fucrelqu'il roontient:aiors:
pour
chaudiere,avec um:feu gradué 6,16.
une feule
meneroit afal perfection. . Maisatliranfermel un
plus tenace. sque;
troifieme principe , beaucoup
dont il eft difficile. de le dépouiller enPeau,
c'eft le muctlage de la plante. ynin
tiérement,
& le fucre font donc les
. L'eau', le mucilage
Vous con-i
trois fubftances qui le compofent.
les dofes de chacune. &. mèmeleurs
cevez. que
de.
qualités varient à Pinfni a duivant Vefpece --- Page 284 ---
( 272 )
les cannes: s fuivant la
terrein qui a produit
feche ou humide 5
faifon qui les a vu croitre 2
brûlante ou tempérée. confifteroità à bien démèL'art du raffineur
les
ler toutes ces chofes, afin d'employer d'ou- procédés convenables 5 mais il n'y a point
fur cette matiere , qui puiffe éclairer les
vrages
Chacun d'eux fuit à - peu. près la
fabricans.
S fait du fucre, tantôt beau,
mème routine,
mauvais. Voici
tantôt médiocre, quelquefois
quels font les procédés généraux.
furaPendant que Tévaporation de Peau
bondante au vin de cannes fe fait dans la premiere chaudiere, on' y jette quelques pincées
Cette chaux, en s'u-.
de chaux vive pulyérifée.
produit une:
niffant à la partie mucilagincufe,
d'écume
efpecc: de favon qui furnage en forme
l'on enleve contimuellement avec des
& que
deftinées à cet.
cuillers à longs manches s
ufage.
la
de la pre-
: On tranfvafe enfuite
liqueur
chaudiere dans la feconde, ou. le degré
miere
confidérable accroit Pévapode chaleur plus
ration & concentre le firop de plus en plus.
Alors le raffineur attentif cherche à recon-.
des fignes que Pexpérience a dénoitre par
couverts 9
forme
l'on enleve contimuellement avec des
& que
deftinées à cet.
cuillers à longs manches s
ufage.
la
de la pre-
: On tranfvafe enfuite
liqueur
chaudiere dans la feconde, ou. le degré
miere
confidérable accroit Pévapode chaleur plus
ration & concentre le firop de plus en plus.
Alors le raffineur attentif cherche à recon-.
des fignes que Pexpérience a dénoitre par
couverts 9 --- Page 285 ---
( 273 2
couverts, f la liqueur elt fuffifamment leflivée;
quoi, le firop eft verfé de la feconde
après
la
ou il fe perfecchaudiere dans troifieme, feule & (ans le fecours
tionne par l'évaporation
des leflives.
le verfe dans la quaDe la troifieme on
acheve de le
trieme, ou le feu le plus vif.
cuire.
des formes coniques
Pour lors on en remplit
refroidir. Il s'y
de terre cuite, où on1, le laiffe
de
prend une coucryttallife en peu,
tems,
du
leur jaunatre, & c'eft ce que lon appelle
fucre brut.
le blanchir font
Les-procédés en ufage pour
connus en Europe pour que je vous en
trop donne le détails.je vous dirai feulement qu'il
d'avoir aflez de bâtimens
eft bien avantageux
de negres pour lui donner cette perfections
- &
fucre. brup ne fe vend dans la colonie
car le
de l'autre, & il s'en faut
que moitié du prix
bien que ce dernier, par les manipulations
exige &, autres dépenfes, occalionne une
quil
différence auffi confidérable.,
Ce calcul eft certain & fi connu de tous les
chacun d'eux augmente aujourhabitans, que
faire. du fucre terré.
d'hui fes bâtimens pour --- Page 286 ---
( 274 )
La bande du nord a donné l'exemple il y a
bien desannées ; celle de l'ouett le fuit depuis
quelque tems : mais celle du fud refte encore
en arriere, 2 faute de moyens pour les premieres
avances.
Avant de terminer cette lettre, quoiqu'elle
foit déjà bien longue, il faut que je vous falfe
part. d'une chofe qui me paroit remarquable.
Les cànnes des terres du bas Limbé, cultivées
le plus récemment, donnent un fucre brut,
falé à un point confidérable ; & le melange
naturel de' deux faveurs fi oppofées en produit une troifieme qui cft infupportable. Heureufement que le terrage dépouille entiérement
cette forte de fucre de tout le fel qui lui eft
uni & qui fe précipite avec le firop dans les
vafes que lon place au - deffous des formes.
Les pluies & les arrofemens artificiels deffilent, d'année à autre, les terreins nouvellement conquis fur la mer, qui fourniffent cette
fingularité. Mais il faut peut-ètre trente ans
de culture pour les dépouiller entiérement de
ce principe incommode.
Au furplus 2 la canne à fucre n'eft pas la
feule plaute qui fc reffente de la falure des
fonds fur lefquels elle fe développe. Plufieurs
autres participent à cet inconvénient,
arrofemens artificiels deffilent, d'année à autre, les terreins nouvellement conquis fur la mer, qui fourniffent cette
fingularité. Mais il faut peut-ètre trente ans
de culture pour les dépouiller entiérement de
ce principe incommode.
Au furplus 2 la canne à fucre n'eft pas la
feule plaute qui fc reffente de la falure des
fonds fur lefquels elle fe développe. Plufieurs
autres participent à cet inconvénient, --- Page 287 ---
( 275 )
Appergu du produit annuel dune fucreriz,dapras
Pexpérience de plufieurs anciens habitans.
Un attelier de cent cinquante negres de tout
fur le meilleur
fexe & de tout âge, employé
terrein, conduit avec intelligence, ne fournit
de trois cents milliers de fucre
guere au - delà
moitié dans
terré par an. Il n'en fourniroitque
médiocres. Les frais de mobilier,
les terres
s'élevent dans le
d'entretien & d'exploitation
tiers du
& à la moitié
premier cas au
produit,
'dans le fecond.
Conclufion.
Tous les frais d'établiffement comptés, favoir, achat de la terre, des negres,, du bétail,
conftruction de bâtimens, &c. qui
des outils,
capital, la meilleure
forment un très-gros
fucrerie ne fauroit rendre, année courante,
plus de quinze pour cent, & la médiocre plus
de. dix.
Sij --- Page 288 ---
276 )
LETTRE XXVIL
S. Domingue 1782,
Les fomptueux établiffemens des plaines
n'ont plus rien qui doive vous furprendre;
c'eft pour ceux des montagnes qu'il faut réferver votre admiration. Mais prenez d'abord
une idée de ce qu'elles étoient avant que les
Européens euffent l'audace d'y pénétrer.
Les terres baffes de la colonie, cultivées
depuis long-tems, payoient généralement avec
ufure les frais d'exploitation, & perfonne n'avoit encore fongé à tirer parti des montagnes.
Leurs fommets élancés dans les nues, tantôt
daus les brouillards les plus épais, tantôt dans
les orages; leurs croupes couvertes de forêts
impénétrables 2 toujours humides, remplies
d'infectes; des multitudes de ravins efcarpés,
des pitons entaffés, menaçans; rien n'annonçoit une demeure faite pour les hommes, qui
ne fongeoient guere alors à la difputer aux
animaux.
montagnes.
Leurs fommets élancés dans les nues, tantôt
daus les brouillards les plus épais, tantôt dans
les orages; leurs croupes couvertes de forêts
impénétrables 2 toujours humides, remplies
d'infectes; des multitudes de ravins efcarpés,
des pitons entaffés, menaçans; rien n'annonçoit une demeure faite pour les hommes, qui
ne fongeoient guere alors à la difputer aux
animaux. --- Page 289 ---
( :277 >
le cafier des isles du Vent,(1)
On apporta
révolution.
& il fut l'époque d'une grande
des
Nombre de particuliers demanderent
conceffions dans ces mornes réputés jufqu'a-
& l'on vit bientôt des forêts
lors inacceflibles,
entiérement abattues , brûlées fur les lieux;
des bananiers & des cafiers à
du manioc s
habitans. O
leur place, des cafes & des
pouvoir de Pintérêt, où font les obftacles qui
peuvent t'arrèter!
furent couronnées
Ces premicres tentatives
de
des fuccès, & les fuccès firent naitre
par
nouvelles tentatives.
dans
Enfin Pémulation fut fi confidérable
nouvelle branche de culture, qu'en moins
cette
ans l'on vit le quart de la fuperfcie
de vingt
des montagnes en valeur ; & aujourd'hui que
lon y trouve des habitations
tout eft partagé,
dans les lieux les
en grand nombre, jufques
fommets,
plus reculés ; les unesaffifes fur des
d'autres à T'entrée
d'autres fur des croupes,
des ravins 5 toutes dans des fituations pittorefformant les unes pour les autres, dans
ques,
(I) II n'y a guere plus de quarante ans qu'on le
cultive à S. Dominguc,
S iij --- Page 290 ---
C 278 )
chaque petit canton 9 des points de vue trèsagréables.
Plufieurs font affez voifines pour que ceux
qui les occupent puiffent fe parler & s'entendre fans fortir de chez eux; un feul ravin les
fépare, mais le plus fouvent il faut le développer en entier pour fe rendre de l'une à
Tautre, à caufe du grand efcarpement de fes
pentes.
On trouve d'ailleurs dans toutes ces montagnes autant de chemins qu'il eft néceffaire
pour le débouché des denrées & pour la communication réciproque des habitans. Ils font
ell général d'une pente très-douce, mais trop
étroits pour le paflage des voitures: auffi tous
les traniports s'y font à dos de mulets.
Dans le quartier de la- Marmelade, qui n'eft
pas cultivé depuis plus de vingt- cinq ans, les
montagnes font encore boilées ou plantées ei
cafers jufqu'à leurs fommets, & recouvertes
par-tout d'une couche de terre affez confidérable. Iln'en eft pas de même dans les montagnes plus anciennement cultivées, dont les
croupes & les cimes abandonnées, épuifécs,
devenues infertiles, font entiérement découvertes & hériffées de rochers en forme d'aiguilles.
é depuis plus de vingt- cinq ans, les
montagnes font encore boilées ou plantées ei
cafers jufqu'à leurs fommets, & recouvertes
par-tout d'une couche de terre affez confidérable. Iln'en eft pas de même dans les montagnes plus anciennement cultivées, dont les
croupes & les cimes abandonnées, épuifécs,
devenues infertiles, font entiérement découvertes & hériffées de rochers en forme d'aiguilles. --- Page 291 ---
( 279 )
Ceft ainfi que la nature nous montred'une
fenfible, que notre induftrie 2
maniere trop
l'anéantit dans
qui devroit toujours T'enrichir,
quelques circonflances.
paroit G peu de
Comment Phomme, qui
chofe fur le vafte théatre de fes produdions,
d'auffi grands changemens dans
peut -il opérer
un laps de tems auffi court?
la culconcevoir, connoitre
Il faut, pourle
ici.
du cafier telle qu'elle fe pratique
ture
avoir fait abattre le
Le propriétaire, après
met le feu aux
canton de forêt qu'il y deftine,
à
renverfés dont les cendres ajoutent
arbres
Alors il la fait applanir
la fertilité de la terre.
tracer les alignemens de fa planen gros s pour
tation.
ouvrent des foffes fur ces aligneLes negres
cafiers & remmens, ils y plantent les jeunes
pliffent les trous.
confiftent enfuite. à
Les foins de la culture
mauvailes herbes & à tailler les cafarcler les
dès la
fers d'année à autre. Ils produifent
feconde.
moins, fuivant la
On les efpace plus cu
font celles
vigueur du fol. Les meilleures terres
ou on les plante à de plus grandes diftances,
S iv --- Page 292 ---
280 )
& l'on peut compter en général qu'il en entre
de trois à cinq mille pieds par carreau, (r)
jamais plus 2 jamais moins
Là où ils font en plus petit nombre, 9 ils ac:
quierent plus de hauteur, plus de branches,
& rendent auffi bien davantage.
La plupart des habitans ne font point dans
Tufage des pépinieres. Ils préferent mal-à:
propos la méthode longue & pénible de faire
enlever par leurs negres les jeunes cafers
épars dans les anciennes plantations S, que des
grainestombées accidentellement ont produits ;
& ce font ceux là qu'ils replantent.
On diftingue aujourd'hui dans les montagnes de S. Domingue, des cantons froids, d'au:
tres tempérés s & d'autres fort chauds.
Les cafiers ne réuffiffent bien dans les premiersi,, qu'autant qu'ils fe trouvent éloignés
des forèts (2) & élevés au - defus du lit des
torrens s qui exhalent toujours beaucoup de
(1)1 Méme mefure que pourla plaine. Voyez la lettre
précédente.
(2) Un pied de cafier dans de pareils cantons > qui
fe trouve à l'ombre d'un arbre, perd fes feuilles en
hiver & devient bientôt ftérilc,
ne réuffiffent bien dans les premiersi,, qu'autant qu'ils fe trouvent éloignés
des forèts (2) & élevés au - defus du lit des
torrens s qui exhalent toujours beaucoup de
(1)1 Méme mefure que pourla plaine. Voyez la lettre
précédente.
(2) Un pied de cafier dans de pareils cantons > qui
fe trouve à l'ombre d'un arbre, perd fes feuilles en
hiver & devient bientôt ftérilc, --- Page 293 ---
( 281 )
Encore.faut-il que les années ne foient
vapeurs.
ni brumeufes 5 & avec toutes
ni pluvieufes,
réunies s le café qu'ils produices conditions
inférieure & ne mûrit
fent eft d'une qualité
que très-tard.
, les récoltes font
1 Dans les cantons tempérés
d'une meilabondantes, &
plus certaines, plus
Iln'ya que des accidens rares qui
leure qualité.
heureule tempérapuiffent' les affeéter. Cette
T'ordinaire fur les tetture fe rencontre pour
ni
reins qui ne font ni très - anciennement
très - récemment en valeur.
de fécheLa grande chaleur, accompagnée
clilon éprouve dans le troifieme
reffe, que
découvert, comme
d'un fol trop
mat, provient
anciennement culilarrive dans les montagnes
il ne refte
tivécs, où non -feulement
playia
forèts, mais à peine une couche très, ince
de terre aride.
Il faut fur de pareils terreins des pluies pref
fans quoi peu ou point de réque continuelles 2
coltes 5 & dans toute efpece de température,
fonds calcaires font en général bien plus
les
fertiles que les autres.
durables & plus
fe fucLe cafier a plufieurs floraifons qui
voilà pourquoi fes fruits ne mûriffent
cedent, --- Page 294 ---
( 282 )
pas dans le même tems. Auffi n'eft-il pas rare
dans certains mois de l'année ; de voir fur la
même branche 5 des' fruits mûrs près de la
tige, d'autres moins avancés à quelque diftance, d'autres au - deffus qui commencent à fe
nouer, puis des fleurs nouvellement épanouies
au fommet de la branche.
Dans les terreins les plus précoces, la récolte commence en août, & en feptembre dans
les plus tardifs.
Lorfque la cerife qui renferme le café eft
très - rouge,il eft tems de la cueillir.
Les negres alors fe mettent tous à la befogne.
Ils commencent enfemble à une extrémité des
plantations & cueillent toujours devant eux
jufqu'à ce qu'ils foient parvenus à la fin.
Mais ils n'ont pas plus tôt fait cette premiere
recherche, qu'ils reviennent à l'endroit ou ils
ont commencé s afin d'en enlever ce qui a
mûri pendant qu'ils étoient ailleurs.
Ils parcourent donc le terrein de nouveau, 9
en cueillant comme la premiere fois, & toujours
reviennent fur leurs pas, jufqu'à ce que tout
foit enlevé; ce qui n'arrive qu'au bout de
quatre mois.
A mefure que les cerifes font cueillies, 011
plus tôt fait cette premiere
recherche, qu'ils reviennent à l'endroit ou ils
ont commencé s afin d'en enlever ce qui a
mûri pendant qu'ils étoient ailleurs.
Ils parcourent donc le terrein de nouveau, 9
en cueillant comme la premiere fois, & toujours
reviennent fur leurs pas, jufqu'à ce que tout
foit enlevé; ce qui n'arrive qu'au bout de
quatre mois.
A mefure que les cerifes font cueillies, 011 --- Page 295 ---
( 283 )
d'eau & on les
les met dans des baflins pleins
y-laiffe tremper pendant quelques jours.
difout le fuc gommeux qui eft renL'eau
les difpofe ainG à
fermé dans leurs chairs,8
une deffication plus prompte. étend fur des
Cette préparation faite, on les
plates-formes en maçonnerie s que l'on appelle
à les faire fécher
glacis, deftinées uniquement
à l'ardeur du foleil.
cirAprès quoi on les met dans une auge
être expofées à la preffion de
culaire pour y
dont l'effort fuffit
deux meules en bois, (1)
brifer les enveloppes , mais fans pouvoir
pour
endommager la feve.
On fe fert enfuite de moulins à bras pour
de leurs enveloppes 3 & lon
féparer les graines
les
finit par le triage, qui confifte à éplucher
C'eft le travail des enfans & des
mauvaifes.
-
vieillards.
prifes fur les
Après bien des informations
obfervations particulieres
lieux, & quelques
Ces meules font placées de champ & circulent
(1)
mouvement adapté au centre du
dans l'auge 1 par un
l'eau 2 les mulets
moulin. On emploie pour moteurs 2
ou les negres. --- Page 296 ---
( 284 )
que j'ai eu l'occafion de faire moi - mème,
voici la meilleure notion générale que je puiffe
vous offrir fur le produit moyen d'une caféterie.
Les meilleures terres que lon plante ici enl
cafiers ne donnent pas plus de trente récoltes
avant d'être épuifées. Les plus mauvaifes de
toutes en rendent quatre. La fertilité moyenne
peut donc ètre portée à dix- fept récoltes. (1)
Suppofons à préfent qu'un particulier pof.
fede deux cents cârreaux de terre d'une fertilité moyenne, & que fon attelier foit compofé
de quatre - vingt efclaves de tout fexe & de
tout âge.
Il pourra, d'après l'expérience commune 2
entreprendre l'exploitation de quarante carreaux à la fois.
(1) Un jeune cafier reprend rarement dans une
terre défrichée depuis quelques années, parce que
la premiere couche végétale n'y eft déjà plus. L'ancien y fubfifte cependant & donne plufieurs récoltes
avant de périr.
Cette différence fait voir que la jeune plante a befoin d'une bonne terre pour fermer fon premier établiffement, tandis que l'autre déjà établie, accoutumée
au fol & plus robufte;y trouve encore de quoi vivre.
) Un jeune cafier reprend rarement dans une
terre défrichée depuis quelques années, parce que
la premiere couche végétale n'y eft déjà plus. L'ancien y fubfifte cependant & donne plufieurs récoltes
avant de périr.
Cette différence fait voir que la jeune plante a befoin d'une bonne terre pour fermer fon premier établiffement, tandis que l'autre déjà établie, accoutumée
au fol & plus robufte;y trouve encore de quoi vivre. --- Page 297 ---
( 285 )
Son terrein,au bout de quatre - vingt- cinq
auroit donc entiérement fubi la fatigue
ans ,
de la culture & feroit épuifé.
carreau renferme quatre mille pieds
Chaque
de cafier, nombre moyen 5 & chaque pied, produit moyen de tous les fites, peutrendre,annés
commune, une demi i-livre de café.
feroit
Ainfi le revenu moyen dupropriétaite
milliers de café & fe réalors de quatre-vingt
péteroit pendant quatre-vingt - cinq ans.
déterminer
II faudroit à préfent pouvoir
de la denrée. Mais fur
la valeur. pécuniaire
variations
quelles données s'appuyer P Les
éprouve dans le commerce font trop
qu'elle
inégales & trop fubites, pour
fortes , trop
chofe d'exact.
qu'on en puiffe déduire quelque
café
Le plus bas prix auquel on ait vu le
étoit de cinq fols la livre
à S. Domingue 2
de France 5 fur quoi le propriétaire
argent
les frais de tranfport, qui s'épayoit encore
levoient au moins à cent fols par quintal.
Aujourd'hui il s'y vend jufqu'à. 16. & 17
fols; &cet. éclair def faveur eft en vérité bien
diminuer les dettes qui obenéceffaire pour
fans qu'il y ait de
rent Phabitant des mornes
mais uniquement tà caufe du vil prix
fa faute, --- Page 298 ---
( 286 )
auquel fà denrée s'eft foutenue pèndant bien
des années.
Si l'on fuppofoit un prix moyen de huit fols
la livre', , frais de tranfport payés, on trouveroit qu'une caféterie peut rendre de net le huit
pour cent, pourvu toutefois qu'il n'arrive
aucune maladie extraordinaire, ni fur les negres, ni fur le bétail.
Si.les propriétaires de caféteries., malgré
leurs travaux continuels & leurs foins infatigables, n'operent que des accroifemens lents
dans:1 leurs fortunes., en revanche ils ont déjà
épuifé & bouleverfé la moitié des montagnes
qu'ils cultivent & changé totalement le climat
de la colonie.
Quelques habitans de la Marmelade m'ont
affuré qu'au conmencement de leurs établiffemens il ne fe paffoit guere de jours fans qu'ils
euffent des orages pendant l'été, & des pluies
pendant Phiver. A préfent, huit & dix jours
s'écoulent, dans l'une & l'autre faifon, fans
qu'ils aient une feule goutte de pluie.
L'empreffement des propriétaires. de caféteries à défricher les forêts qui leur reftent 9 fait
craindre avec raifon de voir toutes les montagnes de la colonie à Ill & ftériles dans une
qu'ils
euffent des orages pendant l'été, & des pluies
pendant Phiver. A préfent, huit & dix jours
s'écoulent, dans l'une & l'autre faifon, fans
qu'ils aient une feule goutte de pluie.
L'empreffement des propriétaires. de caféteries à défricher les forêts qui leur reftent 9 fait
craindre avec raifon de voir toutes les montagnes de la colonie à Ill & ftériles dans une --- Page 299 ---
( 287 )
d'années, & la plaine privée par
cinquantaine de fources & d'eaux courantes,
là de quantité
dont elle eft redecomme de toutes les pluies
indifvable à l'attraction des forèts, & qui font
penfables au fuccès de fa culture.
moyen de
N'y auroit - il donc pas quelqjue
remédier à la dévaftation actuelle, fans diminuer les récoltes? Voici quelques remarques
à ce fujet.
ifolé & culOn trouveici tel pied de cafier,
rend, année commune 3
tivé avec foin, qui
jufqu'à huit & neuflivres de café,fans aucune
diminution pendant un tems confidérable.
particuliers de fécondité, qui
Ces excmples
font muets pour. les propriétaires > aux yeux
defquels ils fe préfentent chaque jour , ne Pont
été pour moi, qui n'avois point Phabitude
pas
de les voir.
Comment le même arbriffeau peut- il rencirconftanees, feize & dixdre, dans quelques
dans d'autres ? Avec un peu
huit fois plus que
n'aurons
de réfexion fur cC qui fe paffe, nous
pas de peine à le comprendre.
en
- Les cafers, dans les plantations grand,
*très-voilins-les uns des autres, ne fauroient
Paccroiffement dont ils font fufprendre tout --- Page 300 ---
( 288 )
ceptibles. En fecond lieu, les farclaifons multipliées , qui y deviennent indifpenfables pour
la deltruction des mauvaifes herbes, défuniffent les molécules terreufes:
Elles font pour lors entrainées par les eaux
de pluie jufques dans le fond des ravins, &
d'autant plus promptement, que les croupes
fur lefquelles les plantations font établies, ont
pour l'ordinaire une pente très-elcarpée.
Ainfi-la. premiere couche de terre, la plus
produétive - 2 ne. tarde pas à être enlevée, &
jamais d'engrais qui la remplace.
Il n'en elt pas de mème des cafiers ifolés,
dont le produit eft confidérable. Ceux-1 làs'étendent en toute-liberté & prennent un grand
accroiffement. Sileur pied fe déchauffe, on y
remet de la terre; l'engrais ne leur eft point
épargné, & ils ne font jamais en- fouffrance,
Cependant on eft encore bien éloigné de
leur donner tous les foins qui pourroient accroitre leur vigueur & les faire fruétifer davantage. L'art de tailler le cafier eft ici dans l'enfance. Cette pratique fi avantageufe lorfqu'on
l'emploie avec intelligence, n'eft : pas. moins
nuifible lorfque l'ignorance en, fait ufage. Or
il n'eft pas poflible de tailler plus à çontrefens
jamais en- fouffrance,
Cependant on eft encore bien éloigné de
leur donner tous les foins qui pourroient accroitre leur vigueur & les faire fruétifer davantage. L'art de tailler le cafier eft ici dans l'enfance. Cette pratique fi avantageufe lorfqu'on
l'emploie avec intelligence, n'eft : pas. moins
nuifible lorfque l'ignorance en, fait ufage. Or
il n'eft pas poflible de tailler plus à çontrefens --- Page 301 ---
( 289 )
fens que le font généralement les negres chate
& leurs maitres le foufgés de cette befogne;
frent, ne pouvant leur apprendre ce qu'ils
ignorent eux-mêmes.
Il y auroit fans doute bien des recherches
à faire pour arriver à une bonne culture du
cafier. L'on en eft fi loin encore > que je puis
de vous expliquer en peu de
me permettre
mots celle que je voudrois que Pon effayât.
L'objet principal du propriétaire doit être à
la vérité, de faire le plus grand revenu poffible 5 mais s'il peut en même tems le rendre
durable, il remplit le voeu de l'état.
toujours fon attelier compofé de
Suppofons
quatre- vingt efclaves. Au lieu d'entreprendre
carreaux à la fois, qui donnent un
quarante
foixante mille pieds de cafiers
total de cent
milliers de produit, je vou-
& quatre. - vingt
mille
drois qu'il-n'en cultivât que quarante
pieds fur une étendue de vingt carreaux.
les croupes de monta-
. Il faudroit alors que
fur lefquelles il établiroit fes plantations ,
gnes
fufent partagées ên différens amphithéatres
paralleles les uns aux autres 2 depuis les crêtes
jufqu'au fond des ravins.
Chacun de ces amphitbéatres auroit neuf
T --- Page 302 ---
( 290 )
pieds de largeur ou environ, & feroit terminé
par un petic mur vertical en pierre feche,
s'appuieroit fur l'étage inférieur.
qui
Ainfi chaque mur ferviroit à empècher les
éboulemens & à foutenir une communication
facile pour les travaux journaliers & pour les
récoltes.
Alors les cafiers feroient efpacés fuffifamment pour pouvoir s'étendre, & leur petit
nombre permettroit aufli de donner plus de
foin à leur culture.
En ramaffant avec foin tous les engrais
l'habitation pourroit fournir, foit la
que
mème du café s foit le fumier des dépouille
on en trouveroit affez
animaux, >
pour donner de la vigueur aux arbres les plus foibles.
Si chaque pied de la nouvelle culture
doit annuellement trois livres de café renduit moyen, (1)il y auroit
s proune
tion de moitié en fus dans fa récolte augmenta-
&avec moins de travail
entiere s
faut dans fon
peut-ètre qu'il n'en
fyftème actuel d'exploitation,
lequel d'ailleurs détruit tout en peu de tems
(1) On peut raifonnablement,
l'expérience dont j'ai fait mention, T'efpérer, 3 d'aprés
nouvelle culture
doit annuellement trois livres de café renduit moyen, (1)il y auroit
s proune
tion de moitié en fus dans fa récolte augmenta-
&avec moins de travail
entiere s
faut dans fon
peut-ètre qu'il n'en
fyftème actuel d'exploitation,
lequel d'ailleurs détruit tout en peu de tems
(1) On peut raifonnablement,
l'expérience dont j'ai fait mention, T'efpérer, 3 d'aprés --- Page 303 ---
( 291 )
offre un plart
tandis ique celui que je propofe
& une fource bien plus
de culture permaniente
féconde:
:
auffi
Les cultivateurs de cafiers trouveroient
de la graine chez leurs
dé Pavantageà prendre
former leurs pépinieres, au lieu
voifins pour
de celle de leur
de-fe fervit continuellement
fouvent encore de jeunes cafiers
cra, ou plus
dans leurs terqui fe trouvent hors de rang
croifement des efpeces eft une
reins. s car. le
s'oppoferà
conditionreconnue néceffairer ipour
leur abarrdiflement:
On pourroit auffi faire quelques tentatives
planter de bontures. (1) Cette méthode,
pour
éviteroit les frais d'une péf elle réuffiffoit, 2
les
piniere, fans être d'ailleurs onéreufe pour
dont la taille annuelle fourcafers en valeur,
niroit & au- delà, d'un canton al'autre, 2 tous
néceflaires.
les remplacemens de caféterie eft allé plus
- Un propriétaire
le goyaloin en ce genre. Ayant obfervé que
daus les terreins les plus
vier (2) profpéroit
Plufieurs habitans m'ont affuré l'avoir fait
(1)
avec fuccès. fruitier f commun dans la colonie & f
(a)Arbre
T ij --- Page 304 ---
( 292 )
arides 5 il effaya d'y greffer des' branches' de
cafiers mais il n'eut pas de fuccès complet.
Peut-être cependant qu'en perfedtionnant le
choififant mieux la faifon qu'il
procédé & en
à la
n'a fait, (1) on foumettroit le goyavier
greffe.
Ce réfultat feroit d'une fi grande importance
toutes les colonies, que chacune d'elles
pour
devroit multiplier les effais.
Alors les plus mauvais terreins que l'on eft
d'abandonner aujourd'hui, ceux mème
forcé
entiérement pelés & épuifés depuis
qui font
dans le domaine de
long. - tems 5 rentreroient
réuffiffe
la culture. Mais que cette tentative
ou non s toujours me paroit -il indifpenfable,
de la colonie préfente & à
pour l'avantage
venir, de remettre en bois les montagnes
abandonnées.
les citronniers. , les goyaviers
Les orangers, 2
croiffent aifé-
& beaucoup d'autres efpeces qui
ment dans les plus mauvais terreins, feroient
vivace, que l'on ne peut parvenir à le détruire dans
les lieux cultivés.
(I) La plus favorable feroit T'hiver,
paroit -il indifpenfable,
de la colonie préfente & à
pour l'avantage
venir, de remettre en bois les montagnes
abandonnées.
les citronniers. , les goyaviers
Les orangers, 2
croiffent aifé-
& beaucoup d'autres efpeces qui
ment dans les plus mauvais terreins, feroient
vivace, que l'on ne peut parvenir à le détruire dans
les lieux cultivés.
(I) La plus favorable feroit T'hiver, --- Page 305 ---
( 293 )
nouveltrès- propres a former ces plantations
de
feulement ils fixeroient le peu
les. Nondans ces lieux infertiles,
terre qui refte encore
& Taugmenteroient
mais ils le bonifieroient
annuelles, & le difpolepar leurs dépouilles
roient ainfi à de nouvelles produdtions.
pourroit exiger en conféLe gouvernement
de caféterie qui
quence, que tout propriétaire
carreaux de terre en cafiers,
exploite trente demi tous les ans de cette
en replantât un
épuifés, & chacun
maniere dans les lieux déjà
à proportion.
trop forte pour le
La charge ne. feroit pas
puifque trois à quatre cents pieds
cultivateur,
d'arbres fuffiroient par carreau.
l'on embraffe, il eft abfoEt tel parti que
chanlument néceffaire d'apporter un grand
fi l'on veut que
gement à la culture préfente, çafé dans cinrende encore du
S. Domingue
quante ans d'ici.
de cette colonie
momentanée
La profpérité
d'admirateurs que
préfent plus
at trouvéjufqu'à
dans l'ade critiques. Mais ceux qui percent
s'empècher de la regarder
venir, ne peuvent
fous ce point
comme très - précaire & digne,
de vue : de toute Pattention. du.gouvernement -
T iij --- Page 306 ---
( 294 5
avec lequel : tous les
A voir lemprefement
dans les mornes fur-tout,'6 épuipropriétaires 2
fent la portion de terre dont ils jouiffentsron
ennemi les menace de! s'emparer
croiroit qu'un
inceffamment de leurs héritages.
çonferver les mèmes: revenus
Mais, pour
fans rien: dévalter,
avec de moindres dépenfes,
auroient befoin de lumieres, 2 &: le.gouverils
en formant à
nement peut leur ell fournir.,
des
fcs frais des établiffemens pour la culture
cànnes à fucre; d'autres pour celle de lindigo;
d'autres enfin pour celle du cafer; tous diftridans les" différens quarbués convenablement
feroient
tiers de la colonie. Je fuppofe qu'ils
des hommes de mérite , auxquels
dirigés par
& toutes les
on donneroit des appointemens
facilités néceffaires pour faire de: nouvelles
tendantes à la perfoction des culexpériences s
ot
tures dont ils feroient chargés:
Celui d'entr'eux qui feroit quclque découferoit récompenfé par quelverte importante, 2
que marque d'honneur.
auroit Pinfpection
La chambre d'agriculture
établiffemens, préfidée par. le gouverde ces
& les habitans, outre les
neur & l'intendant ;
puiferoient eux-mèmes ; pourlumieres qu'ilsy
de: nouvelles
tendantes à la perfoction des culexpériences s
ot
tures dont ils feroient chargés:
Celui d'entr'eux qui feroit quclque découferoit récompenfé par quelverte importante, 2
que marque d'honneur.
auroit Pinfpection
La chambre d'agriculture
établiffemens, préfidée par. le gouverde ces
& les habitans, outre les
neur & l'intendant ;
puiferoient eux-mèmes ; pourlumieres qu'ilsy --- Page 307 ---
( 295 )
les negres
roient y. envoyer en apprentifage
faire
intelligens, dont ils voudroient
les plus
des commandeurs.
ou la colonie en
Ou je fuis bien trompé,
metfruit ; & le roi n'y
retireroit le plus grand
Padminittratroit pas du fien, pour peu que
tion fat bonne.
aux montagnes.
Revenons particuliérement
fixé
font
les riches qui y ont
Ce ne
pas
éloiguécs
leur domicile. Ces demeures, trop
multipliées de la vie , ne poudes jouiffances
Elles ont été la refvoiént tenter Populence.
qui
fource des hommes aétifs & induftrieux,
d'arriver à la fortune, 2 en
ne défefperent point
commençant avec de foibles moyens.
Les blancs y font en grand nombre & y
les plus belles habitations. Mais on
poffedent
de familles de fang mélé,
y trouve auffi quantité
femblent s'etre
des mulâtres & negres libres qui
méfolitudes
éviter le
cachés dans ces
pour à leurs fempris quelés Européens prodiguent
blables dans des lieux plus habités.
cultivent quelques petites portions de
Tous
ils fubliltent. Ils
terre, du produit defquelles
moins d'effuivantleurs facultés , plus ou
ont,
ils font mal-aifés. .
claves; mais en général
T iv --- Page 308 ---
( 296 )
On a remarqué depuis long-tems, qu'il y
avoit dans les montagnes de tous les pays
plus de bonhommie, des moeurs plus fimples
& plus pures s que dans les plaines.
S. Domingue ne fait point exception à cette
remarque. Le luxe, l'ambition, l'oifiveté & la
molleffe, corrupteurs adorés de fes villes & de
leurs alentours, n'exiftent point ou très-peu
pour Phabitant des montagnes.
Eloigné de la demeure des vices, l'exemple
ne fauroit l'entraîner. Il vit tranquillement
fur fà terre & ne s'occupe que de fes récoltes.
Aucun objet de tentation, étranger à ce qu'il
poffede, ne vient s'offrir à lui & réveiller fà
cupidité, Ne voyant d'hommes que fes efclaves, il ne peut faire que des comiparaifons
avantageufes au fort dont il jouit,
Un air plus pur & plus tempéré que dans
les plaines s entretient fa fanté. Tout concours
enfn à fa fatisfaction, 9 lorfque fa petite fortune augmente annuellement & lui donne
l'efpoir de revoir bientôt fà patrie.
C
Les établiffemens des mornes font proportionnés à la foibleffe des biens. La plupart
-des maifons de propriétaires y font petites &
conftruites en bois., ailez folides cependant
au fort dont il jouit,
Un air plus pur & plus tempéré que dans
les plaines s entretient fa fanté. Tout concours
enfn à fa fatisfaction, 9 lorfque fa petite fortune augmente annuellement & lui donne
l'efpoir de revoir bientôt fà patrie.
C
Les établiffemens des mornes font proportionnés à la foibleffe des biens. La plupart
-des maifons de propriétaires y font petites &
conftruites en bois., ailez folides cependant --- Page 309 ---
297 )
le tems qu'elles doivent ètre habitées.
pour
d'éLes propriétaires y vivent avec beaunoup
conomie, & le peu de largeur des chemins les
heureufement de renoncer à un luxe
oblige
de voitures très- difpendieux.
Les negres paroiffent y jouir d'un meilleur
fort que dans la plaine. Peut-ètre au furplus que
l'efpece de dépendance où font les maitres de
leur bonne volonté à caufe de la foibleffe des
atteliers , la crainte de perdre par la défertion
fenfible de leur fortune 2 de
une partie trop
lienx
compromettre leur yie mème dans ces
ifolés, fans autre appui que l'opinion 5 peutètre, dis-je, que toutes ces raifons réunies
contribuent à y faire traiter les efclaves avec
d'humanité, Quoi qu'il en foit du motif,
plus
le fait exifte, & voilà l'effentiel,
comme dans la plaine 9
Ils ne font pas fujets,
à manquer de vivres 3 parce qu'ici le terrein
étant moins précieux, on leur ep abandonne
davantage. Moins débauchés que ceux qui
des villes & bourgades 9
vivent au voilinage
ils font auffi plus d'enfans 5 o11 connoit même
plufieurs caféteries, ou les naiffances remplacent les morts.
Un ancien préjugé fait croire encore que --- Page 310 ---
( 298 )
la température des . montagnes eft nuilible
aux negres. Ils paroit au
vivent mieux
contraire, 9 qu'ils y
portans & plus long-tems
dans la plaine. La fraicheur
que
qui y regne quelquefois, s que l'on croit Gi redoutable
ne les empèche pas de
pour eux,
s'expofer à l'air libre
pendant la plus grande partie de l'année,
avec une fimple chemife & une culotte de
groffe toile, 2 fans en être incommodés. Ils ont
à la vérité befoin de vètemens
chauds
un peu plus
pendant les mois de novembre, décembre > jauvier & février.
Lhumidité exceflive des mornes
périr
, qui faifoit
beaucoup de negres lors des premiers
établiffemens s n'exifte plus depuis bien des
années. La deftruétion ou léclairciflement
forêts ont même tellement
des
de
changé le climat
ces montagnes > que Pathmofphere,au lieu
d'y être trop humide en général, fera bientôt
trop feche pour la végétation. Il refte
dant quelques petits cantons
cepenparmi les plus
nouvellement défrichés, ou l'humidité de l'air
eft très-confidérable; les negres, dans ceux.là,
font fujets à quelques attaques de foorbut. Le
remede alors eft de les envoyer en plaine.
Larplupart des montagnes de S. Domingue
phere,au lieu
d'y être trop humide en général, fera bientôt
trop feche pour la végétation. Il refte
dant quelques petits cantons
cepenparmi les plus
nouvellement défrichés, ou l'humidité de l'air
eft très-confidérable; les negres, dans ceux.là,
font fujets à quelques attaques de foorbut. Le
remede alors eft de les envoyer en plaine.
Larplupart des montagnes de S. Domingue --- Page 311 ---
( 299 )
font fi efcarpées , que leurs croupes réffemblent
des
: auffi ne - fautoil pas bien des
à
précipices
de la
années de culture pour les dépouiller
les recouvre. à a 53
terre végétale qui
Celles dont le fol eft calcaire, fourniffent
durs &les plus précieux, tels
les bois-les plus
l'acajou franc, le bois rofe, lamandier 2
que
3;23
le bois de fer, &c.
d'arbres
beaucoup
- Les autres produifent
inférieute, tels quele bois tromd'une qualité
différentes
pette ,1 le figuier maudit, a le fucrier,
fortes de palmiftes, & d'autres efpeces de bois
blancs, mous &x peu propres aux confitrudions.
tombe encore dans le quartier de
Quoiqu'il
(I)
une énorme
quantité d'eu.
la Marmelade
& les pentes fi
les ravins y font fi multipliés
de
brufques, que les pluies n'ont pas le tems
pénétrerl la terre : il arrive de là que les fources
n'y font pas à beaucoup près auffi comnines Ci 0
que dans nos montagnes d'Europe.
(1) Quelques expériences que j'ai commencées
fur les lieux & qu'un habitant a eu la complailance à
de fuivre pendant plufieurs mois, , me font eftimer
la
d'eau.
plus de cent quatre - vingt pouces quantité
qui tombe annuellement fur ces montagnes. --- Page 312 ---
( 300 )
Parmi les plantes indigenes des
de S. Domingue
montagnes
très
que j'ai parcourues, > on trouve
- communément :
Le jalap, dont les
propriétés font bien
connues.
Le baume du chaffeur,
plante
qui croit fir les rochers humides. rampante 9
Ses feuilles
reffemblent à des lentilles encore
renferment
vertes.; elles
un fuc réfineux, très- odorant &
très -efficace pour les plaies. (r)
Une forte de fougere, dont les tiges fervent de calumets aux negres & à différens
ples fauvages du Nouveau -1 Monde.
peuPlulieurs efpeces d'herbes à rafoir, qui coupent les chairs à travers les vêtemens.
Le fuçrier de montagne, arbre de
moyenne
grandeur, qui fournit un baume réfineux trèsfuave, & qui n'eft peut-être
celui du Pérou
pas inférieur à
pour la guérifon des plaies.
Le bois de gayac. Il eft G connu, qu'il fuffit
de le nommer,
(1) Ileft trop peu çonnu en Europe, ot l'on
roit s'en procurer 2 en le faifant diffoudre
le pour.
jufqu'au point de faturation. Alors il deviendroit par tafia
tranfportable fans rien perdre de fes propriétés falu.
taires,
n'eft peut-être
celui du Pérou
pas inférieur à
pour la guérifon des plaies.
Le bois de gayac. Il eft G connu, qu'il fuffit
de le nommer,
(1) Ileft trop peu çonnu en Europe, ot l'on
roit s'en procurer 2 en le faifant diffoudre
le pour.
jufqu'au point de faturation. Alors il deviendroit par tafia
tranfportable fans rien perdre de fes propriétés falu.
taires, --- Page 313 ---
( 301 )
Un herborifte s'étendroit davantage fur ces
détails ; mais j'aime mieux m'arrêter que de
vous donner des defcriptions imparfaites.
Les pâturages du quartier de la Marmelade
& des cantons voifins font encore affez fourquoiqu'établis dans des lieux épuifés par
nis,
:
la culture.
Les pluies fréquentes & la grande humidité
fans doute à P'aridité du
de l'air y fuppléent
fol, en favorifant la germination des graines.
Cette humidité eft telle 5 que Pévaporation
de l'eau commune n'a été que de
moyenne
heures,
trois quarts de ligne par vingt-quatre
plufieurs jours de fuite que je l'ai
pendant obfervée, avec une chaleur moyenne de 20
degrés. (1)
canton eft
Ainfi l'athmofphere de ce petit
(1) Avec un degré de chaleur prefqu'égal, j'ai
trouvé deux lignes d'évaporation en Europe. Çette
dilférence prouve évidemment que ces fortes d'expériences ne font point propres à déterminerla quan.
tité abfolue del'évaporation pendant un tems donné
& avec un degré de chaleur déterminé; il me femble
qu'on les emploieroit plus avantageufement à la comparaifon des degrés plus ou moins confidérable d'humidité dans les différentes athmofpheres. --- Page 314 ---
( 302 )
trabitueltement fi fort chargéede
vapeurs aqueufes; qu'elle a' de la peine à en recevoir
tage; Sa tranfparence > n'en
davanparoit
point altéréc;-& quoique les
cependant
hommes
vivent ne jouiffent
qui y
bonne fanté
pas généralement d'une auffi
que ceux: qui- habitent d'autres
montagnes de la colonie plus
forito
découvertés, ils
cependant encore plus vigoureux
les
habitans
que
delaiplaines D'oû Pon peut
que lair qu'ils refpirent n'a d'autre conjecurer
nient qu'une humidité
iniconvés
fible
par excès, moins ruiapparemment que les différens gas qui fe
mmslentiavecechuide la plaine, fournis abon:
dimment par les terres balfes &
par une multitnde de
aguatiques &
végétaux en
Les plus grands froids de Phivér putréfadion.
jàmais affez confidérables'
ne font
dans ces
pour altérer fenfiblement les
montagnes,
exigent un climat chàud,
productions qui
(r) ra
nt
J -
(I) Douze degrés au - deffus de la glace 1L1 eftle
ley plus bas auquelon y ait obfervé le thermometre point
Reaumur pendant tout un hiver. Encore
de
point du jour, > car à midi le thermometre étoit-ce au
17 d. Les obfervations du barometre
monta à
metre, que j'ai faites fur ces
& du thermomontagues & çalculées
àud,
productions qui
(r) ra
nt
J -
(I) Douze degrés au - deffus de la glace 1L1 eftle
ley plus bas auquelon y ait obfervé le thermometre point
Reaumur pendant tout un hiver. Encore
de
point du jour, > car à midi le thermometre étoit-ce au
17 d. Les obfervations du barometre
monta à
metre, que j'ai faites fur ces
& du thermomontagues & çalculées --- Page 315 ---
( 303 )
avec fuccès plufieurs plantes
: On y cultive
donnent
d'Europe, mais elles n'y
potageres
On parviént auffi s à force
point de graines.
poiriers ,
de foins,à y élever des pommiers,
abricotiers. Mais
pruniers, cerifiers 2 pèchèrs,
fortes de cultures ne font tentées que par
ces'
un très - petit nombre dhabitans.
dans: : les
€
d'oifeaux
montagnes
Ily -2 a peu
l'abondance de
que j'ai parcourues, 2 malgré
dans les
fruits & d'infectes qu'ils trouvent
forèts, & le repos oû on les laiffe. Peut-être que
chaflés par les Efpagnols à lépoles Indiens
obligés enfuite
que de la découverte de'lisle;
de
de-fe retirer dans : les forets& d'y vivre
lour chaffe,en ont détruit plafieurs efpeces.
cochon marron commence auffi à y de
Le
habitans prétendent
venir fort rare. Quelques
n'eft
que Fon y trouve des linges; mais cela
point prouvé.
même
les lézards,
F' Les couleuvres s de
que
fuivant la méthode de M. Duluc 2 m'ont donné au ré
fultat, une hauteur moyenne de trois cents cinquante
toifes au - defus du niveau de la mer. D'autres.s'6celle-ci: je ne les ai point
levent encore par-deffus
doubles
méfurées 2 mais elles m'ont paru prefque
en hauteur. --- Page 316 ---
( 304 )
y font très - multipliées & n'ont rien de dangereux ; mais c'eft
principalement dans le
nombre & la variété des infectes
grand
étale ici toute fa
que la nature
magnificence. Quoique les
jours ne foient que de quelques minutes
la plupart d'entr'eux & la vie de
pour
il y en a fans ceffe fur
quelques jours,
pied des quantités fi
prodigieufes s que l'on en voit fur toutes les
plantes, fur toutes les fleurs, ; furtousles
tandis qu'un nombre
fruitss 5
peut - être plus grand
voltige encore dans les airs.
- Ceux qui veillent pendant le
jour, ne font
pas plus tôt couchés.avecl le foleil,
fe réveillent, fortent de leurs
qued'autres
gites & fe mnettent en campagne, Chaque efpece alors fait
entendre fes cris,: & cet
d'une multitude de
affemblage confus
voix clapiffantes
un charivari épouvantable
produit
nuit.
qui dure toute la
Ces fètes nocturnes font toujours éclairées
par des réverberes ambulans, dont les lumieres réunies égalent fouvent celle de la lune.
L'infeéte ( cucujz) qui la répand, eft un
fcarabée de couleur brune, long d'un
&
gros comme le doigt. Il a deux
pouce
dans la partie antérieure de la tête, pho/phores
2 que l'on
prendroit
antable
produit
nuit.
qui dure toute la
Ces fètes nocturnes font toujours éclairées
par des réverberes ambulans, dont les lumieres réunies égalent fouvent celle de la lune.
L'infeéte ( cucujz) qui la répand, eft un
fcarabée de couleur brune, long d'un
&
gros comme le doigt. Il a deux
pouce
dans la partie antérieure de la tête, pho/phores
2 que l'on
prendroit --- Page 317 ---
( 305 )
prendroit pour des yeux enflammés. Il en
un troifieme au 1 deffous de fon corceporte
confidérable que. les
let, qui eft beaucoup plus
deux autres enfemble, mais caché par une
écaille lorfque Pinfecte elt fans mouvement.
L'écaille fe dégage & laiffe paroitre le phofphore auffi-tôt que l'infecte marche ou qu'il
prend fon: effor dans les airs ; d'où l'on pourroit conjeéturer qu'il lui fert de Aambeau.
Quand je dirois que. chacun d'eux porte
trente fois plus de matiere lumineufe qu'un
ver-luifant d'Europe,je ne croirois pas exagérer.
Je. Pai enlevée à plufieurs ; & après l'avoir
étendue fur du papier , elle y brilloit pendant
deux ou trois minutes, puis fe diffipoit enltiérement.
La clarté que répandent les cucujus eft G
vive qu'on la diftingue au plus grand jour. Mais
Pappercevoir alors - il faut les agiter viopour lemment; car ils ne veillent que la nuit 2 &
leur fommeil leurs feux font éteints.
pendant
Les negres & négreffes favent bien mettre
la lumiere de ces infectes à profit. Ils s'en
fervent pour éclairer leurs cales, & l'on en fait
le même ufage dans les maifons les plus riches.
de la colonie P ouj il y a des enfans au berceau:
V --- Page 318 ---
C 306 )
on renferne ces mouches dans des bocaux de
verre blanc , au nombre de trois ou quatre 2
qui fuffifent pour éclairer une chambre. On
évite par- Hà l'accident du feu pendant le fommeil des nourrices.
de
? Un infeéte particulier aux montagnes
S. Domingue, qui y ett comu fous le nom de
rakado, mérite affurément d'ètre remarqué
malgré fa petiteffe extrème; il égale à peine la
groffeur d'un ciron, & il fait cependant plufieurs morfures dans un inftant. A ces morfures
fuccedent des ampoules accompagnées de.douleurs & de démangeaifons qui te fe diffipent
qu'au bout de plufieurs jours.
Sans doute que le venin (1) de ce petit
animal eft bien actif, puifqu'une quantité imperceptible à la vue fimple produit de pareils
ravages.
La vipere d'Europe, les ferpens à fonnettes
de la Virginie n'ont rien de comparable. Si
le rakado 9 fans changer de nature, parvenoit
jamais à la groffeur d'une mouche ordinaire 2
(1)Les acides en fontle remede. Il eft donc d'une
nature oppofée à celui de la plupart des animaux
venimeux.
animal eft bien actif, puifqu'une quantité imperceptible à la vue fimple produit de pareils
ravages.
La vipere d'Europe, les ferpens à fonnettes
de la Virginie n'ont rien de comparable. Si
le rakado 9 fans changer de nature, parvenoit
jamais à la groffeur d'une mouche ordinaire 2
(1)Les acides en fontle remede. Il eft donc d'une
nature oppofée à celui de la plupart des animaux
venimeux. --- Page 319 ---
( 307 )
les hommes n'oferoient approcher des lieus
qu'il habite.
Le cheval, le taureau, Tâne, le moutoil 2
le chien & le chat fontles animaux d'Europe
I qui ont bien réuffi dans les montagnes de
S. Domingue. On y voit auffi des pigeons,des
poules & des canards.
Les mulets du pays ne font pas générale:
ment de belle efpece 5 & c'elt bien la faute des
habitans, qui fe contentent d'ânes de la plus
petite taille, pour en faire des étalons. Ce
mauvais choix eft d'autant moins excufable de
leur part, que le mulet eft le feul animal qu'ils
emploient au moulin & au tranfport des denrées.
Vij --- Page 320 ---
( 308 )
-
LETTRE XXVIIL
S. Domingue 1782.
La plupart des défrichemens font faits, le
climat de S. Domingue eft uniforme, & la quantité des denrées coloniales varie fort peu d'une
année à l'autre. Il n'en eft pas de même de leur
d'une
valeur dans le commerce. 9 qui dépend
infinité de caufes non permanentes, dont lénumération feroit plus longue à faire que difficile à comprendre.
Cependant on peut évaluer fans erreur notable, une récolte moyenne de S. Domingueconvertie en argent, à 80,000,000 liv. argent
de France ; comprenant dans cette fomme juf
qu'au prix des denrées de la colonie, quifont
l'objet du commerce interlope 2 & dont Tes
Américains de la Nouvelle-Angleterre ont eu
jufqu'à préfent la meilleure part.
Les impofitions du roi s'élevent de 7 à 8
millions.
Les frais de régie,aux deux tiers de cette
fomme pendant la paix 2 fouvent au double --- Page 321 ---
( 309 5
& T'excès du produit totalde
pendant laguerre;
à 12/000,0001.
lacolonie fur la confommation,
qui font le partage de Tinduftrie. été donné
Ce tableau en grand ne m'a pas
fuf
d'une exaétitude parfaite , mais
pour être
n'eft
moins digne de
fifante. Le fuivant
pas dans la mème
votre confiance s étant puifé
fource.
qui eft de trenteIl concerne la population
milie
blancs, de feize à dix - fept
cinq mille
trente mille efclaves.
affranchis & de trois cents
derde ces
Il éft vrai que, le dénombremenit à
à
fait à Pintendance 2 s'éleve peine
niers,
Mais chacun fait bien ici
trois-cents mille.
de diminuer
plufieurs proptiéaires.aôn
que corvées & leurs impofitions , n'accufent
leurs
tous les negres qu'ils poffedent.
pas
d'après Pexpérience très -anC'elt même
d'un
cienne de Pun d'eux 9 que j'augmente
nombre des efclaves impofé réeldixieme lc
lement.
de la colonie, rien
Quant à Padminiftration
examiner. Il
moi n'elt plus difficile à
pour
contenter d'un mot fur cet
faudra donc vous
objet.
dirigent.
Un gouverneur & un intendantla
V iij
tous les negres qu'ils poffedent.
pas
d'après Pexpérience très -anC'elt même
d'un
cienne de Pun d'eux 9 que j'augmente
nombre des efclaves impofé réeldixieme lc
lement.
de la colonie, rien
Quant à Padminiftration
examiner. Il
moi n'elt plus difficile à
pour
contenter d'un mot fur cet
faudra donc vous
objet.
dirigent.
Un gouverneur & un intendantla
V iij --- Page 322 ---
( 310 )
Ils font à la tête de deux confeils fipérieurs,
Pun établi au Cap $ & l'autre au. Port-auPrince. ( I ) La prépondérance: du gouverdont Pautorité fuprème s'étend fur toutes
neur,
les parties, eft très - confidérable.
Et quand même Tintendant parviendroit
Padminiftration n'en
à balancer fon pouvoir,
feroit
moins telle que la cour peut le foupas
Pun & l'autre cheftenant d'elle
haiter, puifque
immédiatement fes fonctions , ne peut que concourir à fes vues.
Si Pautorité du gouverneur eft trés-étendue,
les lumierés dont il'a a befoin devroient l'ètre
Il faut qu'il embraffe à la fois l'aégalément.
la
griculture, le commerce, la jurifprudence,
défenfive de l'isle, fa police intérieure & tout
à la marine. Iln'y a ipoint de
ce qui a râpport
autant de co1lminiftere en Europe qui exige
noiffances. On ne fauroit donc apporter trop
d'attention au choix des hommes qu'on deftine
à ces fortes de places.
Du moinis faudroit-il prolonger la durée (2)
(r) Chef-lieu' de la colonie,quoique le gouverneur
& l'intendant réfident au Cap pendant la guerre.,
(2)Ells n'eft que de trois ans, --- Page 323 ---
( 3IT y
que fi quelque
de leuricommandement > parce
chofe peut fupplécr au défaut de connoiflances
acquifes jc'eft Pexpérience.
fait
eft - il au
E Mais à peine un. gouverneur
France.
de fa miffion, qu'il doit retourner en
prendroitil laux affaires & de.quoi
Qnelintérèt
?.
le rendra - t- on refponfable
être
Des mutations fréquentes pouvoient
néceffaires autrefois ; mais elles font très-défaaujourd'hui que l'on n'a pas de
vantageufes
rebellion à craindre.
le code noir font
La coutume de Paris &
écrites de la colonie. Il eft furprenant
les loix
d'ordonnance conqu'elle n'ait point encore
s'en
cernant les eaux & forèts. Elle pouvoit
dans le principe de fon établiffement 5
paffer
que la plupart des défrichemais aujourd'hui,
linduftrie emploie les
mens font faits & que
fouvent il
eaux courantes à différens ufages,
des conteftations à ce fujet; & l'on voit
s'éleve
qu'il s'eft emparé le pretel particulier 2 parce
fuffiroit àfes
mier d'un ruiffeau dont le quart
cependant que d'aubefoins , ne pas permettre
détournent le moindre filet.
tres en
aifément combien cette anarchie
On conçoit
d'inimitiés & de domproduit de querelles,
V iv
ouvent il
eaux courantes à différens ufages,
des conteftations à ce fujet; & l'on voit
s'éleve
qu'il s'eft emparé le pretel particulier 2 parce
fuffiroit àfes
mier d'un ruiffeau dont le quart
cependant que d'aubefoins , ne pas permettre
détournent le moindre filet.
tres en
aifément combien cette anarchie
On conçoit
d'inimitiés & de domproduit de querelles,
V iv --- Page 324 ---
312 )
mages à l'agriculture. Les plaintes: en pareil
cas vont au gouverneur ; mais pour qu'il'pût
décider avec connoiffance de caufe ,il faudroit
fouvent qu'il fe traniportât fur les lieux, & il
n'en a guere le loifir. L'arbitraire d'ailleurs
ne vaudra jamais des loix Gxes, déjà éprouvées
dans un grand royaume. --- Page 325 ---
- 313 )
LETTRE X X 1X
S: Domingue 1782.
Les opinions ont été partagées de tout tems
des moyens à employer pour la défenfe
au fujet colonie; & les chofes font encore au
de cette
connoitre le fyltème
point que Pon ne peut
qui a prévalu.
de fait elt
Peut-ètre que cette incertitude
fuite des difficultés de la queftion. Quelune
foit cette idée,. elle ne
que, vraifemblable que
des miennes.
m'empéchéra pas de vous faire part
Il me femble d'abord que, tous les: fyftèmes
défenfe
fe réduilent à : trois.;
de
propofables les milices; du pays., & les
favoir, la marine,
forts avec garnifon à pofte fixe,
19. La marine feroit fans doute fuffifante,
fe promettre dans taus les tems
fi Pon, pouvoit
qui en impolat aux enneune prépondérance énormes dépenfes ! On ett
mis. Mais quelles
ait
furpris, , en y réféchiffant, que ce moyen
férieufement. Je me ferois même
été propofé
f
n'entendois
abftenu de vous en parler, je
dire tous les jours 2 qu'il ne faut que de
pas
défendre les colonies.
la marine pour --- Page 326 ---
( 314 )
20, Si lon confoit aux milices feules la défenfe du pays, feroit- il en fareté? (1)
de François, c'eft affez faire P'éCompofées
loge de leur courage. Mais en corps d'armée,
le courage ne fuffit point 5 il faut de l'enfemble
& de la difcipline.
fois
Or ces milices ne s'affemblent qu'ane
le mois, pour paffer les revues des commandans de quartiers. Jamais elles ne manceuvrent;
figure feroient- elles en préfence de
quelle
Le parallele n'eft
vieilles troupes aguerries?
pas foutenable.
fa déLa Suiffe n'a que des milices pour
fenfe,il eft vrai; mais elles-font exercées. Le
d'ailleurs, peu fait pour exciter la cupipays
2 eft encore couvert
dité, prefquimpénétrable,
Pamour de la liberté,
par
d'ailleurs ici faire entendre la géS'il falloit
lieues : de
nérale à foixante & quatre - vingt
& jufques dans les mornes
diftance, en plainé
le
reculés, P'ennemi n'auroit-il pas
les plus
établiffeloifir de former en paix fes premiers
mens ?
(1)Tous les habitans généralement quelconques,
blancs, mulâtres ou negres libres ,y font enrôlés.
liberté,
par
d'ailleurs ici faire entendre la géS'il falloit
lieues : de
nérale à foixante & quatre - vingt
& jufques dans les mornes
diftance, en plainé
le
reculés, P'ennemi n'auroit-il pas
les plus
établiffeloifir de former en paix fes premiers
mens ?
(1)Tous les habitans généralement quelconques,
blancs, mulâtres ou negres libres ,y font enrôlés. --- Page 327 ---
( 3E5 >
établiffemens fur une côte
Or les premicrs
dénuée de fortifications font prefque toujours
abandonner la
décilifs. Ne. feroit - ce' pas aufli
des negres, f on les
çolonie au- brigandage
laiffoit fans maitres pour: les réprimer, & avec
la connoiffance d'un ennemià proximité s qui
favoriferoit leurs défordres ? Voilà bien des
contre ce fecond fyftème de défenfc,
objections
ce
peut y répondre,
&. jene vois guere que-l'on
fulils,
Ceux, qui ne rèvent que gibernes &
ao voudroient qu'on mit Punivers en trou-
& qui
d'exercer les
pes réglées 5: trouvent tout fimple
milices de S. Domingue, à peu près comme
les troupes ordinaires. Ils ont alors
lon exerce
la colonie, une armée de
en, tout tems, dans
rienau roi.
douze mille hommes, quine coûte
Ce, réfultat fans doute eft impolant: mais le
foldat, dans Phabitant de S. Domingue, 116
être habituellement fubordonné au
doit-il pas
quine font jamais
négociant ou au cultivateur,
moins utiles à l'état que loriqu'ils fe livrentà
des fonctions militaires?.
Difons mème que les minuties de la difci-
*
l'on commence à introduire parmi r
pline. que
eux, ont dans ce cas particulier une application des plus fauffes & d'une.dangereufe colle
féquence, --- Page 328 ---
( 316 5
N'eft-il pas abfurde, par exemple, d'en:
cela fe fait aujourd'hui)
voyer en prifon (&
fur fes biens eft
un habitant dont la préfence
très-néceffaire, parce qu'il aura paru une fois
fans
ou bien avec des
à la revue
baionnette,
cartouches fans balles ?
C'eft affurément bien malinterpréter l'inftitution des milices de S. Domingue, quedeles
confidérer fous ce point de vue févere, qui ne
dont les
convient qu'à des troupes réglées,
feules fonétions utiles à Pétat, jufqu'a préfent
ont été de fe préparer fans ceffe à
du moins, 2
les voir comme un
la guerre. Il faut plutôt
établiffement politique, duquel réfulte princila police intérieure de la colonie. (to
palement
Cette police eft partagée entre les commancorrefpondent avec le
dans de quartiers, qui
& qui par cette raifon, autant
gouverneur,
immédiate dont ils
que par celle de l'autorité
homjouiffent, devroient être choifis parmiles
les
notables & du plus grand mérite.
mes
plus
avec raifon, que ceux
Mais l'on fc plaint
obtiennent ces fortes de places (1) font
qui
Elles font fans appointemens & fans émola-
(1)
mens quelconques.
commancorrefpondent avec le
dans de quartiers, qui
& qui par cette raifon, autant
gouverneur,
immédiate dont ils
que par celle de l'autorité
homjouiffent, devroient être choifis parmiles
les
notables & du plus grand mérite.
mes
plus
avec raifon, que ceux
Mais l'on fc plaint
obtiennent ces fortes de places (1) font
qui
Elles font fans appointemens & fans émola-
(1)
mens quelconques. --- Page 329 ---
( 317 )
peu capables & mème peu dignes
quelquefois
de les remplir.
Les uns 2 dont les affaires font dérangées,
s'en fervent comme de fauve- garde pour fe
mettre: à l'abri de toute efpece de pourfuites
d'autres abufent de leur autorité
juridiques ;
& de la confance du gouverneur, pour vexer
Il
impunément des propriétaires refpedtables.
faudroit donc remédier à ces inconvéniens par
meilleur choix. On le peut aujourd'hui L 2
un
:
on ne l'auroit pas pu il y a quelques années
je vous en dirai la raifon.
les habitans de S. Domingue conEn 1763 2
fentirent à payer une fomme annuelle, qu'ils
paient encore à préfent, pour ètre affranchis
de la milice ; & la milice fut fupprimée.
d'années après, 2 la cour de France jugea
Peu de Ja rétablir fans effacer Pimpôt; &
à propos
fallut
le mécontentement fut fi général, qu'il
ufer de violence pour la remettre fur pied:
habitans refuferent à cette
Les principaux
époque les premieres places 2 aimant mieux
foldats : lon fut donc obligé de
ètre Gmples
Jes proftituer.
Cette compolition a bizarre fut néceffaire
alors; mais aujourd'hui,que tout eft calme,
choilir, & il eft tems de le faire.
on peut --- Page 330 ---
( 318 )
à difcuter fi la cour
Je ne m'arrèteraipomnt
les
de France étoit fondée ou non à rétablir
milices de S. Domingue fans annuller Pimpôt;
fortes de matieres font fort délicates ' 2
ces
de raifonnemens
& fujettes à des difcuflions
interminables 3 il n'y a que le fait qui puiffe
bien décider. Mais P'enrôlement des habiles
de milices
tans de S. Domingue en corps
la
me femble politiquement avantageux pour
tranquillité de la cour comme pour la police
intérieure de l'isle, & ce n'eft pas peu de chofe.
Sans doute que, dans un cas d'invalion', l'on
encore tirer parti de ces troupes 2
pourroit
il
foient- ellès 5 cependant
tant indifciplinées
confier exclufivefaut bien fe garder de leur
ment la défenfe de la colonie.
Quelques pofitions bien choifies &-fortifiées,ou l'on tiendroit garnifon en tout tems 3
Pon doubleroit en tems de guerre 5 comque
troilieme fyftème de défenfe qui me
pofent le
fole plus avantageux de tous ,le plus
paroit
lide & le plus praticable.
chétif établifJen'appellerois pas un fort le
fement de Picolet, ( I ) quoiqu'il en porte le
d'un morne, à T'entrée de la rade
(1)11 eft au pied
du Cap.
roit garnifon en tout tems 3
Pon doubleroit en tems de guerre 5 comque
troilieme fyftème de défenfe qui me
pofent le
fole plus avantageux de tous ,le plus
paroit
lide & le plus praticable.
chétif établifJen'appellerois pas un fort le
fement de Picolet, ( I ) quoiqu'il en porte le
d'un morne, à T'entrée de la rade
(1)11 eft au pied
du Cap. --- Page 331 ---
( 319 : )
bien moins encore toutes ces batteries
nom ;
à peine arrêter un corde côte 2 qui peuvent
faire. Mais un fort, comme je P'entends ici 5
n'exifte point à S. Domingue. Ce feroit une
enceinte baftionnée, ,avec de bons revètemens,
des foffés & fur-tout un chemin-couvert. On
des fouterreins à Pépreuve de
y pratiqueroit
de recevoir les hommes
la bombe, capables
Alors il faudroit un fiege en
& les munitions.
faciles à faire
regle; & les fieges ne font pas
tant à caufe de la chaleur & de
en Amérique,
la difficulté
l'intempérie du climat, que par
d'y raffembler des armées nombreufes.
Quels feroient à S. Domingue les emplaceles
convenables pour les forts que
mens
plus
je propofe ?
Un' ancien gouverneur de la colonie, plus
zélé qu'éclairé pour le fervice du roi, ne vouforte dans Pintérieur de l'isle 9
loit qu'une place
& faire de là
pour s'y retirer en cas d'invafion
des incurfions fur les établiffemens ennemis.
Mais celui qui, dans une isle,eft le maître
de la mer, tient à coup fur la clef de toute
de munitions & des richeffes de la Coefpece L'abondance eft de fon côté, la difette
lonie.
de l'autre. --- Page 332 ---
( 320 )
C'eft donc fur les ports les plus fréquentés
qu'il convient d'affeoir la défenfé ;. & pour fe
renfermer dans. de juftes limites 3 on peut réduire à quatre' le nombre de ceux qu'il eft
à propos de fortifier à S. Domingue.
Le Cap eft fans contredit le plus important
de tous, tant à caufe de fa fituation, que par
la grande étendue de fes affaires. Vient enfuite
le Port-a au - Prince ; après quoi le môle SaintNicolas, plus encore pour empècher l'ennemi
d'en jouir avantageufement, comme il ft dans
la derniere guerre, que pour toute autre raifon.
Le quatrieme enfin, dans la partie du fud,
c'eft-à- dire 2, aux Cayes S. Louis.
Un fort pour quinze cents hommes de garnifon me fembleroit fuffifant au Cap. Un fecond, pour douze cents au Port - au - Prince,
& les deux autres conftruits pour huit cents
hommes chacun, feroient proportionnés à leur
importance,
Total des garnifons.
- 4300 hommes.
Les régimens du Cap & du Port-au-) Prince
auroient habituellement la garde de ces fortereffes; on les doubleroit en tems de guerre, &
les garnifons feroient completes.
L'état
quinze cents hommes de garnifon me fembleroit fuffifant au Cap. Un fecond, pour douze cents au Port - au - Prince,
& les deux autres conftruits pour huit cents
hommes chacun, feroient proportionnés à leur
importance,
Total des garnifons.
- 4300 hommes.
Les régimens du Cap & du Port-au-) Prince
auroient habituellement la garde de ces fortereffes; on les doubleroit en tems de guerre, &
les garnifons feroient completes.
L'état --- Page 333 ---
t 3at )
L'état, en adoptant ce fyftème de défenfe
pour toutes fcs colonies, ne feroit. plus obligé
de s'épuiler durant la guerré pour les remplir
de troupes nationales, -
qui fuccombent par
milliers à la maligne einfluence du climat: Tranquille de la forte, avec peu de monde & de dépenfes, fur le fort de fes poffeflions les plus
éloignées., il dirigeroit en quelque façon la.
guerre comme il voudroit 2, & feroit d'autant
plus redoutable en attaquant, que le foin de
fa propre défenfe ne : détourneroit aucune par--
tie : de fcs forces.
Mais pour nous affurer encore mieux de la
bonté de ce 1 fyftème, rappellons - nous ce qui
s'elt palfe r depuis peu fous nos yeux.
Si 41 S. Criftophe, qui vient d'ètre pris avec
beaucoup de peine, 2 avoit eu un fort de médiocre réfiftance, au lieu d'ane mauvaife enceinte
fans chemin - couvert, l'armée Françoife qui
l'afliégeoit auroit été obligée à coup far d'er
lever le fiege, puifque, malgré le pitoyable état
de cette bicoque & les fecours que la mer fourniffoit à l'alliégeant, celui-ci commençoit G
fort à défefpérer de la réuffite; que le mauvais
fuccès tenoit à quelques jours de réfiftance.
X --- Page 334 ---
322 )
Conclufion.
Ceft en Amérique principalement s que les
places fortes doivent jouer le plus grand rôle,
parce que les armées ne peuvent y être que
très- foibles, encore coûtent - clles prodigieufement à tranfporter & à nourrir; parce que
les travaux des fieges y font bien plus fatigans
qu'en Europe, & les remplacemens des morts
impoflibles. De forte que, pour peu qu'un fiege
y traine en longueur, on doit le regarder
comme manqué & en pure perte pour celui qui
l'a entrepris.
Mais fi le fiege d'un feul fort eft une opération majeure en Amérique, croit - on qu'un
ennemi ofàt jamais en entreprendre plufieurs,
comme il faudroit qu'il fit pour s'emparer de la
colonie de S. Domingue ?
qu'en Europe, & les remplacemens des morts
impoflibles. De forte que, pour peu qu'un fiege
y traine en longueur, on doit le regarder
comme manqué & en pure perte pour celui qui
l'a entrepris.
Mais fi le fiege d'un feul fort eft une opération majeure en Amérique, croit - on qu'un
ennemi ofàt jamais en entreprendre plufieurs,
comme il faudroit qu'il fit pour s'emparer de la
colonie de S. Domingue ? --- Page 335 ---
323 >
LETTRE XXX
S. Domingue 17821
quelques minutes de mes let:
Es parcourant
un fcrupule s'éleve en moi; ;
tres précédentes,
altérer la vérité dans aunon que j'aie voulu
cune, mais à caufe des interprétations injucaraétere des habitans de S. Dominrieufes au
gue, que mes différentes remarques pourroient
faire naitre, & d'autant plus facilement qu'un
ancien préjugé les peint déjà en Europe, furdans Pintérieur des terres 2 fous des traits
tout
Permettez - moi
aufli défagréables qu'infideles.
donc de retoucher ce tableau, & de ne laifer,
s'il eft pollible, dans votre efprit aucune incertitude fur l'opinion raifonnable que l'on
doit avoir en général des Européens établis
dans les colonies d'Amérique. (I)
Il eft premiérement très-faux qu'elles foient
peuplées du rebut des métropoles, comme on
Ils fe reffemblent dans toutes ,à peu de chofe
(1)
près.
X ij --- Page 336 ---
€ 324 )
le croit afez communément dans l'éloignement
des côtes. Il eft même affez rare d'y rencoitrer des hommes flétris dans leur
patric > parce
qu'ilsy feroient bientôt démafqués & ne trouVerpient.d'emploi nulie part.
Autrefois O11 pouvoit regarder
)
PAmériqué
comme l'égout de l'Europe; mais la culture &
Fétabiliffemnent fxe du commerce ont tout changé; & l'on peut dire aujourd'hui avec raifon,
que la population des i8les ne s'cft pas moins
épurée que Pair qu'on- y refpire.
Pourquoi donc, me direz-vous, toutes ces
cruautés exercées envers les efclaves : Des humains peuvent-ils fe dénaturer à un tel point?
Oui,lorfqu'un méchant gouvernement l'exige.
C'eftlai feul ; c'eltl'efclavage qu'ilfaut accufer.
I! elt odieux en foi & contre nature; il faut
donc, par une jufte conféquence, des moyens
odieux & contre nature pour'le maintenir.
- La douceur envers des efclaves dont on veut
trop exiger, implique contradiction avecl l'objet
qu'on fe propofe. Celui qui effaieroit ce mobile en pareil cas 2 feroit bientôt ramené à une
févétité exceflive.
Mais la plupart des propriétaires d'Amérique
ne font feulement pas CCS réflexions. Conduits
faut
donc, par une jufte conféquence, des moyens
odieux & contre nature pour'le maintenir.
- La douceur envers des efclaves dont on veut
trop exiger, implique contradiction avecl l'objet
qu'on fe propofe. Celui qui effaieroit ce mobile en pareil cas 2 feroit bientôt ramené à une
févétité exceflive.
Mais la plupart des propriétaires d'Amérique
ne font feulement pas CCS réflexions. Conduits --- Page 337 ---
( 325 )
ils penfent qu'un negre eft biek
parlhabinude, ils l'ont payé & qu'ils peuvent en
à eux quand
de tout autre
difpofer comme d'un mulet ou
animal. Ils font donc: bien. moins coupables
qu'on ne limagine communément.
leur humanité fe maLa preuve en1 eft, que
fournifelte vis-à- vis des blancs, & qu'ils
niffent à cet égard de très - beaux modeles à
fuivre. Je citerai pour exemple Phofpitalité
exercent dans toutes les colonies; c'eft
qu'ils
établi par la bienfaifance.
affurément un ufage
Il faut convenir aufli que la dureté contila difcipline des efclaves 2 , & la
nuelle qu'exige
foif de Por, infiniment plus ardente en AméEurope, font à la fois des ennemis
rique qu'en
leur
trop puiffans pour que la foible humanité
réfifte.
Ayant à les combattre chaque jour > chaque
portion de vertu 5 &c,
jour elle perd quelque
il
lorfqu'elle eft dégradée à un certain point,
faut
s'étonner de ce qu'elle tombe dans
ne
pas
de furieux écarts d'aétions comme d'opinions.
cependant encore dans les coloOn trouve
fur la
nies des individus de bonne trempe,
ces caufes deftructives n'ont eu
vertu defquels
; ceux -là font
que le moins de prifc poflible
X iij --- Page 338 ---
( 326 )
d'autant plus eftimables, qu'ils ont fubi de
fortes épreuves.
J'en connois quelques - uns de cette claffe,
dont la réputation eft au . deffus de mes
éloges,
S
15 Eb --- Page 339 ---
327 )
XXXI
L ETTRE
Sur Porigine des montagnes.
S. Domingue 1782.
L faut bien que les fenfations qui naiffent
leéture foient fort différentes de
d'une fimple
immédiate des
celles occalionnées par la vue
eft
objets. Dans ce dernier cas, la conviction
plus parfaite, ou Pobjet plus
apparemment
fournit fouvent des idées
intéreffant, puifqu'il
qui ne fe font jamais préfentées dans TéloigneTelles font celles que la contemplation
ment.
m'a fiuggédes mornes de Pisle S. Domingue
rées, & je vous prie d'en ètre juge.
des montagnes a déjà occupé nomL'origine
d'eux nous
bre de phyficiens, fans qu'aucun
La
fatisfaifante.
en ait donné une explication
degéométrique feroit à la vérité une
preuve
rigoureufe pour un fujet de cette
mande trop
droit du moins d'exiger
nature ; mais on eft en
confidérable de probabilité.
un degré
fuccinétementles prinJ'examinerai d'abord
cette queftion a fait naicipaux fyftèmes que
paroit
celui de M. de Buffon, qui
tre ,jufqu'à
X iv
faifante.
en ait donné une explication
degéométrique feroit à la vérité une
preuve
rigoureufe pour un fujet de cette
mande trop
droit du moins d'exiger
nature ; mais on eft en
confidérable de probabilité.
un degré
fuccinétementles prinJ'examinerai d'abord
cette queftion a fait naicipaux fyftèmes que
paroit
celui de M. de Buffon, qui
tre ,jufqu'à
X iv --- Page 340 ---
L 328 )
leplus généralement goûté, parce qu'il eft en
effet le plus conforme aux obfervations 5 & je
m'arréterai particuliérement fur un point que
ce grand homme a paffé fous filence. & fur lequel fes prédéceffeurs n'ont rien donné de fatisfaifant.
Que les montagnes aient été formées au fein
des mers, c'eft ce dont il n'eft guere poflible
de douter 5 en examinant leur configuration
générale, Jeur organilation intérieure, & les
corps marins pétrifiés que la plupart d'entr'elles
renferment dans leurs différentes couches. Mais
comment font-elles forties de l'Océan qui les
couvroit; jadis en entier, pour s'élever jufqu'à
trois mille toifes au - defus de lui? (1). Par
quelle étrange révolution, des continens immenfes ont-ils été découverts enfuite au pied
de ces mantagnes ? Voilà, ce me femble, le
noeud de la queltion, que perfonne encore n'a
délié.
M. Maillet, (2) qui fuppofe que Hes mers
fe font évaporées & s'évaporent jouruellement
(I) Chimboragao 2 dans la Cordeliere 2 excede
cette hauteur.
(3) Sous le nom de Telliamed, S --- Page 341 ---
( 329 )
d'une quantité beaucoup. plus confidérable que
une:
celle : qui retombe fur la terre s préfente
entiérement contraire à la faine
hypochele
phylique comme à la circulation harmonique
préfide à la confervation des etres, & ne
qui
fait que faire enfuite de fcs vapeurs.
Celui qui, fans fuppofer une déperdition
fucceflive de la part des mers, prétend que les
yolcans & les feux fouterreins ont formé les
montagnes. ,ne dit rien qui mérite plus d'attention. Ce fyltème feroit digne d'un payfan
du royaume de Naples, qui n'auroit jamais vu
le Véluve & les différens produits de fes
que
éruptions. Phomme du monde le moins obferMais
yateur, qui a parcouru les Alpes & les Pyré-
& même les montagnes de France du
nées 2
d'y refecond ordre, n'ayant pu s'empècher
connoitre une régularité conftante, des corps
marins bien confervés dans la plupart: , dira
d'abord que le fyitème des explofions ne peut
etre que très - particulier & applicable (eulecontrées de la terre:
ment à quelques petites
Je ne dis rien d'ailleurs des foyers énormes
faudroit admettre pour l'élévation des
gu'il
qui forment les chaines
maffes gigantefques
de montagncs les plus remarquables.
cher
connoitre une régularité conftante, des corps
marins bien confervés dans la plupart: , dira
d'abord que le fyitème des explofions ne peut
etre que très - particulier & applicable (eulecontrées de la terre:
ment à quelques petites
Je ne dis rien d'ailleurs des foyers énormes
faudroit admettre pour l'élévation des
gu'il
qui forment les chaines
maffes gigantefques
de montagncs les plus remarquables. --- Page 342 ---
( 330 )
la rotation du globe ;
Celui qui fuppole,avant
immenfe réfervoir d'eau dans fon intérieur, 9
un
d'une couche épaiffe de terre > qui
recouvert
s'entr'ouvrit au premier mouvement imprimé
& s'écroula confufément fous différens angles,
donne
tableau effrayant (s'il
ne nous
qu'un
formation des
étoit moins abfurde ) de la
& de l'apparition des mers. Commontagnes
confufion
ment retrouver dans une parcille
l'ordre & l'arrangement qui regnent dans l'organifation des montagnes?
de
m'en tiens donc à Phypothefe de M.
Je
ré.
Buffon: tout dépofe en fa faveur ; plusj'y
eft complete ; mais
fléchis, plus ma conviction
reviens au vuide qu'il a laiffé dans l'explije
point
cation de fon fyftème > en n'indiquant
la caufe de la retraite énorme des eaux.
Sans doute que le centre de gravité du globe
comme il peut encore le
auroit pu changer s
les tranfpofitions inégales des mafaire 9 par
fi petite, que nous
tieres, mais d'une quantité
jamais dans cette variation
ne trouverions
l'apparition des monune caufe fuffifante pour
d'autant mieux que ces changemens
tagnes 5
tantôt dans un fens, tantôt
doivent s'opérer,
Le
dans un autre : ce qui fait çompenfation. --- Page 343 ---
( 331 )
mème de rotation ne tend-il pas
mouvement
dans toutes
auffi à maintenir un jufte équilibre
du globe, & à le rétablir lorfqu'il
les parties
vient à fe rompre ?
n'eft
Quand on admettroit enfn s ce qui
l'axe de la terre fe meut répas probable, que
les différens paguliérement, de maniere que
fucceffivement à la place
ralleles fe trouvent
dans ce
de Péquateur s on verroit en effet,
inférieumouvement. 9 l'origine des montagnes
mais la difficulté
res qui exiftent en Europe:
l'on voit
fublifteroit toujours pour celles que
fous la ligne mème, où la force
aujourd'hui dans toute fon énergic, ne peut
centrifuge 9
trois mille toifes
élever les eaux de la mer qu'à
au-deffous de leurs fommets glacés.
Il faut donc abandonner ce mouvement de
infuffifant, & avec d'autant moins
l'axe comme
n'eft ni prouvé ni probable.
de peine qu'il
du globe efte Mais la force centrifuge
invariable ? N'éprouveroit-elle pas au
39 elle
diminution lente & conticontraire une
3>
fuite inévitable du frottenuelle, par une
9>
33 ment?, s
s'accorde avec la faine phyCette conjecure
fique,8 je vais la développer.
Il faut donc abandonner ce mouvement de
infuffifant, & avec d'autant moins
l'axe comme
n'eft ni prouvé ni probable.
de peine qu'il
du globe efte Mais la force centrifuge
invariable ? N'éprouveroit-elle pas au
39 elle
diminution lente & conticontraire une
3>
fuite inévitable du frottenuelle, par une
9>
33 ment?, s
s'accorde avec la faine phyCette conjecure
fique,8 je vais la développer. --- Page 344 ---
( 332 )
Prenons le giobe, avant qu'il ait. reçu le
premier mouvement de rotation:i Les eaux
répanducs alors fur fapartie folide, devoient
la couvrir en entier & préfenter. une fphere
parfaite,
La rotation commence, l'équilibre eft rompu,
& déjà la figure change. L'équateur s'exhauffe,
les poles s'applatifent. L'eau qui cede promptement à la force centrifuge, ronge en mème
tems les parois folides qui la renferment; elle
bouleverfe les limons, les fables., les coquillagessici, forme des amas ; là, des dépôts 2
& attaque de plus en plus tout ce qui peut
lui céder, à mefure que fà quantité de mouvement augmente.
Les régions polaires, auparavant fubmergées,
au fein defquelles des multitudes de poiffons
vivoient & multiplioient 2 où les fécondes familles des coquillages formoient fucceflivement & fans obftacle des amas gigantefques de
leurs dépouilles; toutes ces contrées,jufqu'alors
enfevelies fous les caux, reffentent à la fois le
premier fignal d'un changement de fcène majeltueux;1 l'eau les quitte, s'enfuit vers l'équatouri, &la terre des poles commence à paroitre.
Iy eut fans doute à cette époquie, 5 dés --- Page 345 ---
( 333 )
inégalités confidérables à fa furface, produites,
les. fables &- coquillages irrégulilérement
par
diférens débris:
entaflés: Mais, quoique - cess
elles
compofaflent des montagnesaffez hautes,
d'humbles collines en
ne furenrcependant que
qui
ces: chaines: prodigieufes
comparaifon - de.
voifines de l'éfe. formoient dans les régions
& à plus forte raifon fous l'équateur,
quateur,
de plus.
un mouvement
mème, parce quloutre étoit là dans toute fon énergie.
grande durée e,ilé
de celle
La maffe d'eau primitive 2 augmentée
avec une très - grande
des régions polaires
vitefle, en étoient les, élémensi st4
Sans doute que. la force centrifuge.beaucoup n'eft!
confidérable à cette époque qu'elle
plus
donna à la terre une forme bien
aujourd'hui,
que celle que nous
plus alongée vers Téquateur
comme.
lui connoiffons. Mais > dansle phylique
Le
dans le moral, il n'eft rien d'immuable..
mouvenent perpétuel , dont la vaine recherche
occupé les hommes fur de petits.
a f long-tems
même dans les, globes qui
objets, n'exifte pas
compofent lunivers.
fon plus.
La terre n'éut pas plus tôt atteint frottehaut degré de force centrifuge, que le
éprouvoit en tournant dans T'ef.
ment qu'elle
connoiffons. Mais > dansle phylique
Le
dans le moral, il n'eft rien d'immuable..
mouvenent perpétuel , dont la vaine recherche
occupé les hommes fur de petits.
a f long-tems
même dans les, globes qui
objets, n'exifte pas
compofent lunivers.
fon plus.
La terre n'éut pas plus tôt atteint frottehaut degré de force centrifuge, que le
éprouvoit en tournant dans T'ef.
ment qu'elle --- Page 346 ---
( 334 )
dut la diminuer. Ainfi le niveau des
pace,
& l'on vit alors les fommets de
mers s'abaiffa, 5
fuite d'éla Cordeliere actuelle, comme une
cueils à Aeur d'eau.
La même caufe continuant d'agir, les monfurent découvertes de plus
tagnes de l'équateur
continens des
en plus 5 & au contraire les
leure
étoient fubmergés de nouveau, &
poles
fembloient s'abaiffer.
montagnes Enfin, les chofes ne fe fixeront pas au point
puifqu'il exifte
où nous les voyons aujourdhui,
fon
force centrifuge. Ce n'eft qu'à
encore une
verra la terre 9 entiéreextinétion totale qu'on
reprendre fa figure primitiment fubmergée,
de quelques
vement réguliere, à l'excéption
dans les régions de léquateur, foibles
afpérités
actuelles, qui réfifteveftiges des montagnes
à la multitude des Giecles qu'il
ront peut - ètre
changement.
faudra pour opérer un fi grand
Ici les idées fe préfentent en foule, & l'on
de peine à contenir fa raifon que fon
a autant
milieu de cette vafte
imagination. Mais au
les
de révolutions qui fe découvre,
perfpedtive fur les événemens qui fe fucceyeux errans
déterminer les époques.
dent, ne peuvent en
qui calculera la déperdiQuel eft le phylicien --- Page 347 ---
RÉDUCTION d'un Journal d'olfervations
ISL E S. DOMINGUE
météorologigues faites aux environs du Cap. A V E R T I S S E M E N T. Nota. N.E. 6 brife de merfignifent la mene
chofepourle lieu oii les obfarvations ont dtéfaires. Ilyaeu quatre obfervations chaque jour; favoir : à fept heurcs du matin, à midi, à trois
midi, & à fept heures du foir. Toutes les hauteurs du barometre font rapportées au nivean heuresapres de la mer. L'on s'eft fervi d'un thermometre de mercure 2 purgé d'air & divité en 80 partics. Le calcul des hauteurs moyennes du barometre de chaque mois eft fait d'apiès les obfervations réunies de chaque jour. 11
en eft de même des degrés de chaleur moyenne. Les plus grandes hauteurs du barometre & les moindres font celles de chaque mois. II en eft de même
des plus grands degrés de chaleur & des moindres:mais) il eft bon de remarquer ces derniers ont été
obfervés immédiatement avant le lever du foleil, & non pas à fept heures du matin. que
1782. Hauteurs Chalenr moyen- Les plus gran- Lespins gran.ts
moyennes du ne de l'air a des hunteure du desrés ile chabarometre. l'ombrc. barometre & les leur te l'air à
moindres. f'ombre, &: les
ÉTAT D U CIEL
moindres. Depuis le 2+ po. li. d. degrés. po. li. d. degrés. Mai, 28 I 8 23 8
5 28 2 3
25 3 > Quatre pluies après midi $ accompagnées de tonnerre.
oyennes du ne de l'air a des hunteure du desrés ile chabarometre. l'ombrc. barometre & les leur te l'air à
moindres. f'ombre, &: les
ÉTAT D U CIEL
moindres. Depuis le 2+ po. li. d. degrés. po. li. d. degrés. Mai, 28 I 8 23 8
5 28 2 3
25 3 > Quatre pluies après midi $ accompagnées de tonnerre. , en quatre jours différens. Le
2 28 1 O 3 19 2refte du tems, 2 beau ciel,! brife de mer réglée le jour, & de terre pendant la nuit. S. 28 3 3
Onze pluies après midi, accompagnées de tonnerre 1 en onze jours ditférens. Le refte du
Juin, 28 2 6 23 #
2 28 I O 8 18 3 tems, beau ciel pour l'ordinaire, quelques calmes, ou brife de mer réglée le jour 1 & de
terre pendant la nuit. Juillet. 28 I IO 23 8
528 2 9
26 $
Neuf pluies après midi, accompagnées de tonnerre, en neuf jours différens. Quelques
2 28 O 9 8 19
vents du N. E. renforcés, peu de calmes; le plus fouvent d'ailleurs, brife de mer réglée
Cle jour, & de terre pendant la nuit. 2 2
Trois orages confidérables après midi, en trois jours différens, & cinc petites pluies
Aolt. 28 I 6 24
a tant avant qu'après le coucher du foleil; plufieurs brifes de mer trés2:8 O 8 3 19
violentes, quelques
calmes; mais en général brife de mer réglée le jour, & de terre pendant la nuit. Un jour entier de pluic fans tonnerre. Neuf autres pluies, dont fix avec tonnerre, en
Sept. 28 I 2 22 6
S28 2 3 3 26 $ neufj jours différens > les unesaprès midi, les autres après le coucher du foleil. Beaucoup de
228 O 2
18 (calmes & de tems couverts. Lerefle du mois , brile de mer réglée le jour > & de terre pendant la nuit. Très- peu de jours fe font paffés fans pluie. C'eft conflamment la brife de mer qui l'aOaob. 28 I o 22 &
528 3 O 8 24 8 mene. Quelques - unes après midi étoient accompagnées de tonnerre; mais la plupart font
27 I1 3
18 tombées de nuit. II y a eu d'ailleurs beaucoup de calmes, S auffi des brifes de mer trèsfortes; des brumes le matin & le cours général des vents comme à l'ordinaire. Les pluies ont été auffi fréquentes que le mois précédent, mais prefque point de tonnerre. Novembre. 18 I 8 203
28 3 C 3 24 i Sta plupart font tombées après le coucher du foleil; quelques - unes après midi 1 & d'autres
28 O 3
15 8 Ple matin. Le cours général des vents a fuivi la marche ordinaire. 1t y a eu auffi des brifes
- de mer très - violentes. Onze dans lefquels il a plu fans tonnerre & à différentes heures, Les nuages veDécembre. 28 2
S28 2 2
22 8 noient confamment jours du N. E. Peu de calmes & des brifes de mer tiès- violentes. Le cours
28 O 10 8 15
à l'ordinaire. 17S3.
Le cours général des vents a fuivi la marche ordinaire. 1t y a eu auffi des brifes
- de mer très - violentes. Onze dans lefquels il a plu fans tonnerre & à différentes heures, Les nuages veDécembre. 28 2
S28 2 2
22 8 noient confamment jours du N. E. Peu de calmes & des brifes de mer tiès- violentes. Le cours
28 O 10 8 15
à l'ordinaire. 17S3. général des vents comme de
fans tonnerre. Elles
S
Huit pluies de nuit & trois jour 7 routes
venoient du N. E, QuelJanvier. 28 2 5 20 S
28 3 IO 229 J ques calmes, beaucoup de brifes de mer violentes, & le cours général des vents comine à
228 I 4 2 15 8 (l'ordinaire. Février, 28
( 23
Onze
fans tonnerre, , dont huit de nuit, venant toutes du N.E. Quelques ca'mes
3 4 203
4 3
piuies
- violentes. Le
des vents com
28 I IO L 16 % & pluieurs brifes de mer très
cours général
ne à lordmaire,
Huit pluies fans tonnerre, venant du N. E. don: trois ont duré un jour entier chacune;
Mars, 28 2 II 20 3 S
4 4 23 3 S autres font tombées de nuit. Peu de calmes, plufisurs brifes de mer tres- violentes,
28 2 O C 16 Glc les cours général des vents comme à l'ordmaire. de très- viclentes perdant plus de la moitié du mois. Sept pluies fans
Avril, 28 2
528 4 3
Des briles mer
unes font 1ombées de nuit , & lesautres à dif
7 203
228 I 3 3 1S 1o nerre, mais tres-abon/antes. Le courgénéraldes Quelques- xentsa-tédaricurs comne alordiaire. Cférentes heures de la journée. --- Page 348 ---
iCE --- Page 349 ---
( 335 )
de viteffe de la force centrifuge ? Sur
tion
fon calcul? Nous
quelles données appuieroit-il
immenfe de
feulement un tems
appercevons Phomme, avant que l'eau ait
jouiflance pour
rious voyons enrepris poffellion de la terre 5
aétuels lui font avantacore que les échanges
déferts arides &
geux, puifqu'à la place des
des. poles, a1 dont la mer
prefqu'inhabitables
elle lui découvre un
s'empare fucceffivement,
Mais
fein fécond dans les régions de Péquateur.
révolutions s'opéreront Glentement, qu'elces
hiftoires des peuples les
les échapperont aux
leurs
plus anciens. Il n'y aura jamais que
de confervées, qui font les
annales politiques
longue fuite
foibles parcelles de tems qu'une
parvient à détacher de la durée
de générations
immenfe de la nature.
découvre un
s'empare fucceffivement,
Mais
fein fécond dans les régions de Péquateur.
révolutions s'opéreront Glentement, qu'elces
hiftoires des peuples les
les échapperont aux
leurs
plus anciens. Il n'y aura jamais que
de confervées, qui font les
annales politiques
longue fuite
foibles parcelles de tems qu'une
parvient à détacher de la durée
de générations
immenfe de la nature. --- Page 350 ---
336 )
LETTRE XXXI
NOTIONS abrégées fur la confguration générale
de Pisle de S. Domingue, 6 for organijation
intérieure ; fir fon climai > les qualités de fote
athmofpheresfes météores G Jes produdtionss
tant iridigenes qu'exotigies,
Pour connoitre l'étendue de FisleSA Domi:
gue, il fuffit d'en confulter la carte ; (1) mais
fon reliefn'y eft pas aufli bien défigné. Il faut
donc vous en donner une idée générale.
Les montagnes de Cibao forment la fommité
de l'isle; elles donnent naifance aux rivieres
les plus confidérables. (San. - Yago & la Yuna,
dans la partie Eipagnole > le Neybe & P'Artibo:
nite, dans la partie Françoife.)
(I) Le tiers 2 ou à peu près, de la fuperficie de
l'isle appartient à la France; & le refte à l'E(pagne.
Des commiffaires nommés par les deux cours
ont fixé en dernier lieu les limites refpectives de 2
l'une & l'autre colonie. Il étoit tems de le faire,
caufe d'une multitude d'anticipations réciproques,
qui occalionnoient des combats entre les riverains, &
fouvens des meurtres.
A --- Page 351 ---
( 337 )
très-hautes (I) s'appuient
A cès montagnes
d'un rang inférieur ; à celd'autres montagnes
balles, & ainfi de
les-ci,d d'autres encore plus
fuite dans tout le pourtour de l'isle jufqu'à la
où Pon voit affez généralement une côte
mer,
de- rochers efcarpés 7 très a faine & de plufieurs
toifes de hauteur.
Les différens intervalles que ces chaines de
laiffent entr'elles dans leurs coumontagnes
forment les riches baflins
pures multipliées,
où la culture du fucre s'eft établie. La plupart
s'ouvrent du côté de la mer, & aboutiffent à
des rades. fréquentées par les vaiffeaux.
Les plaines de S. Domingue font terminées
généralement, non par des côteaux, mais par
des. mornes elcarpés, qui s'élevent brufquement à de Gi grandes hauteurs, qu'ils arrètent
la plupart des nuages.
Ces hachures fortes & multipliées, que l'on
ordinairement au voifinage de l'équatrouve
l'effet de la force
teur, ne feroient - elles point
Elles font boifées jufqu'à leur fommet, & leur
verdure (1) eft continuelle. On y a trouvé plufieurs vefdes anciens Indiens, fur-tout des armes & des
tiges
Fétiches.
Y
qu'ils arrètent
la plupart des nuages.
Ces hachures fortes & multipliées, que l'on
ordinairement au voifinage de l'équatrouve
l'effet de la force
teur, ne feroient - elles point
Elles font boifées jufqu'à leur fommet, & leur
verdure (1) eft continuelle. On y a trouvé plufieurs vefdes anciens Indiens, fur-tout des armes & des
tiges
Fétiches.
Y --- Page 352 ---
( 338 )
bouleverfoitla: zone torride avec
centrifuge qui
le refte du globe, dans
plus d'impétuolité que
en entier ?
le tems où les eaux la couvroient
de fes montagnes
Et le grand efcarpement
ne feroit - il point une fuite des avalaffesauxelle eft fujette, qui enlevent tout-àquelles
les
& les
coup les terres avéc
productions,
précipitent dans les plaines ?
de volcan dans toute
L'on ne connoit point
Pétendue de lisle, & les montagnes que j.ai
été à mème d'y oblerver ne m'ont point paru
d'autres changemens que ceux
avoir éprouvé
caufes ordinaires. Elles ont
quiarrivent parles
confervé leur forme conique, point tronquée
fommet & fans enfoncement qui puiffe reau
d'ailleurs
préfenter un cratere. On ne trouve
matiere volcanique fur leurs croupes
L
aucune dans le lit des torrens qui fappent contiou
leurs bafes, mais des granites, des
nuellement
diverfement comterres & pierres argilleufes,
ef.
binées, des pierres calcaires de différentes
de cuivre.
peces, & des mines, principalement
les forêts dont elles étoient
Ajoutons encore que
du café
entiérement couvertes avant la culture
leurs cimes les plus hautes, annonjufqu'à
également une ancienne tranquillité
çoient --- Page 353 ---
( 339 )
avec les ravadans la végétation, 9 incompatible
de
&
reculeroit du moins
ges des volcans, 2 qui
fiecles leur exiftence dans ces mquplufieurs
tagnes.
& fes environs font ceLe Port-au-Prince
fujets à des tremblemens de terre viopendant
renverfa la moitié de la
lens. Celui de 1770
& il
ville ; mais il n'y eut point d'éruption,
feroit à fouhaiter pour les habitans de ce callqu'il s'en fit une quelque part. Ils auton, bien moins à craindre enfuite des emroient
fouterreins, dont les fecouffes febrafemens
roient plus modérées.
Si les mornes de S. Domingue ne paroiffent
avoir été bouleverfés par les volcans 2 Pon
pas
remarque en revanche de grands changemens
y
les eaux. Ce ne font pas feulement
produits par
chofe qui
des couches de : terre C enlevées (
mais des portions
arrive très - fréquemment),
de deuxà trois millions de toifes
de montagnes fe font éboulées à la fois ou fuccefcubes, qui
fivement, & forment aujourd'hui des efpeces
adhérens aux grandes maffes
de contre - forts
font coud'ou ils fe font détachéss la plupart
d'arbres, &1 l'on ne trouve dans leur orverts
affemblage confus
ganifation intérieure qu'un
Y ij
enlevées (
mais des portions
arrive très - fréquemment),
de deuxà trois millions de toifes
de montagnes fe font éboulées à la fois ou fuccefcubes, qui
fivement, & forment aujourd'hui des efpeces
adhérens aux grandes maffes
de contre - forts
font coud'ou ils fe font détachéss la plupart
d'arbres, &1 l'on ne trouve dans leur orverts
affemblage confus
ganifation intérieure qu'un
Y ij --- Page 354 ---
( 340 )
de rochers informes, avec des vuides irréguliers & très - confidérables.
j'effayois de franchir une mon-
. Un jour que
fon
des environs du Cap, je ramaffai-à
tagne
de fom noyau pierreux 5 &
-pied: dun fragment
de ciment endarci, d'un rouge
je vis une efpece
très- vif, qui fervoit d'amalgame à plufieurs
pierres blanches, entiérement difoluble
petites
par les acides.
au
de la
j'exa-
-
Parvenu fommet
montagne;
aninai encore fon noyau pierreux , j'y vis toul'amalgame & les petites pierres 5 mais
jours
& nullement diffole tout étoit de couleur grife
luble par les acides. :
à me rendre raifon de
:" J'ai cherché long-tems
Vous jugerez fj'yfuis parvenu.
ce phénomene.
quelque vraiPourroit-on conjedtureravec
les pierres: S: tant calcaires que
femblance 2 que
de
de changer
vitrifables - font fufceptibles
les effets-lents, mais continuels, de
mature: par
athmoiphere plus ou
la chalauraufolsil,dune:
moitts feche, des pluies & des' vents ?
Non- feulement il left probable 2 mais généralement reçu. 3 que les eaux:ont couvert toutes
les patties du globe; que les habitans des mers
de leurs ouvrages
: ont dû par conféquentlailler
T --- Page 355 ---
( 341 )
les
les plus hautes comme dans
fur montagnes
Pourquoi cepenles vallées les plus profondes.
dant ne trouve - t- on plus de leurs veftiges
fur les fommités les plus anciennes du globe,
vitrifiables ?1 Pour-
& au contraire des pierres effacés fur des
quoi font - ils généralement
quoiqu'encore compofées
hauteurs moyennes,
enfn les
de matieres calcaires ? Pourquoi
& madrepores fe rencontrent-ils
coquillages entiers & dans une marne a enfouvent bien
tendre aux lieux humides & particuliécore
, les
s? Quel autre agent que
rement dans
plaines
fécherelle de Pathmofphere 9 penla grande
fuite de Giecles > auroit pu
dant une longue
marins fur les
effacer les veftiges des corps
de
& mème les changer
hautes montagnes,
? Et pourquoi une caufe contraire 2
nature
dans les lieux les plus
agiffant continuellement
vitrifiables, n'aubas du globe , fur les pierres
calcaires?
roit- elle pas le pouvoir de les rendre
fe dépouillent des principes
Les premietes
qui les mettent ett
hétérogenes , tel que l'eau,
la
de leurs moprife aux acides par (éparation
/
lécules élémentaires.
étant continuellement attaquées
Les autres
la' terre, aidée de
parthimidité de P'air &de
Y iij
lieux les plus
agiffant continuellement
vitrifiables, n'aubas du globe , fur les pierres
calcaires?
roit- elle pas le pouvoir de les rendre
fe dépouillent des principes
Les premietes
qui les mettent ett
hétérogenes , tel que l'eau,
la
de leurs moprife aux acides par (éparation
/
lécules élémentaires.
étant continuellement attaquées
Les autres
la' terre, aidée de
parthimidité de P'air &de
Y iij --- Page 356 ---
( 342 )
tendent au contraire à s'atténuet
la chaleur,
principes qui les
& à recevoir de nouveaux
divifent & le rendent calcaires.
Iln'y.auroit donc, d'abrès ce raifonnement,
feule terre élémentaire ; & les différences
qu'une
dans la grande variété
que lon remarque
de
de fes combinaifons. 5 ne proviendroit que.
la mixtion des principes hétérogenes.
Mais cette digreflion n'eft déjà que trop
je reviens
longue pour une Gmple conjedure,&j
particuliérement à S. Domingue.
C'elt dans les fouilles naturelles qu'il faut
étudier l'organifation de la terre s car rien
y
rare
de la voir ouvrir par les
n'eft plus
que
Ici les
hommes à une certaine profondeur.
rez-de-chauitée, & les pierres
caves fout au
batir viennent la pluque l'on emploie pour
du tems de la France, quoique l'isle en,
part fourniffe de fort belles quand on prend la peine
d'en chercher.
de Tor n'a fait
L'efpoir mème de trouver
excavation. En cela,il faut adfaire aucune
mirer la fageffe du gouvernement, car on ne
douter qu'il yait des mines d'or trèse fauroit
riches à S. Domingue.
Les fources où les Indiens en puifoient p. --- Page 357 ---
( 343 )
de nos jours.
heuréufement font inconnucs
condes morceaux
I-s'en détache cependant
les torrens
fidérables de tems à autre , que
On
charient & que le hafard fait rencontrer. & de
de mines de cuivre
y voit beaucoup
entieres de pierres
fer,(1) & des collines
d'aimant.
les eaux m'ont fait
Les plaines creufées par ancienne de terre
voir par : tout une couche
de provégétale, à neuf, dix & douze pieds
&
des fables, pierres
fondeur, recouverte par
entaflés confufément.
S
limons
n'a rien d'extraordintire,
Cette remarque faire dans - tous les pays du
puifqu'on peut la
quiproduifeus
monde; mais les caufes générales
puif
, font bien plus
ces fortes d'atterrifiemens, climats tempérés.
fantes ici que dans les
feulement la
A voir d'une demi - lieue
des forêts épaiffes qui couvrent
belle vedure
de S. Domingue 2
certaines (2) montagnes
des mornes m'a fort affuré qu'on
(1)Un habitant
beaucoup de fer natif:
trouvoit fur fon habitation des morceaux ; mais je
il-m'en avoit méme promis
n'en ai jamais vu.
été cultivées les premieres,
(2)Elles ont peut-être
I
Y iv
ulement la
A voir d'une demi - lieue
des forêts épaiffes qui couvrent
belle vedure
de S. Domingue 2
certaines (2) montagnes
des mornes m'a fort affuré qu'on
(1)Un habitant
beaucoup de fer natif:
trouvoit fur fon habitation des morceaux ; mais je
il-m'en avoit méme promis
n'en ai jamais vu.
été cultivées les premieres,
(2)Elles ont peut-être
I
Y iv --- Page 358 ---
( 344 )
o11 n'imagineroit pas le défordre &l'irrégula!
rité du fol fur lequel clles font établies.Des
arbres vigoureux s'élevent au-deffus des autres & femblent fe défigner de loin pour être
abattus. On croiroit que rien n'elt plus facile;
ce n'eft cependant que dans le befoin le: plus
urgent que le propriétaire expérimentés'y idé.
termine.
En entrant dans ces forêtsi, qui de loin paroiffoient acceflibles 5 A on ne trouve plus que
précipices, rochers culbutés, d'autresélevés en
forme d'aiguilles ; des entonnoirs, des: murs
naturels de plufieurs toiles de hauteur, des
ravins impraticables ; & dans les parties les
plus plates de ce fol bizarre , le rocher prefqu'à nu, hériffé d'une multitude de petites
pointes tranchantes, qui eltropient les negrés
que P'on y mene,
Ces obftacles réunis ont déjà caufé tant-d'accidens que les habitans qui ont de femblables
forèts dans leurs conceflions 3 au lieu de chercher à s'y pourvoir , aiment mieux acheter
le bois dont ils ont befoin,
mais fianciennement qu'il n'en refte plus de fouvenir,
& que les graines portées par les vents ou par les
oifeaux, ont eu le tems d'y élever de nouvelles forêts, --- Page 359 ---
( 345 )
fournit Tobleri
- La premiere remarque que
1 2 eft une
vation - du climat de S. Domingue
divifion de l'année en deux faifons d'égale
laquelle il ne pleut jadurée; Pune , pendant
donne
mais fans tonnerre ; & l'autre 9 qui ne
>
d'éleétricité naturelle.
aucun figne
enl mai', & ne fnit
i La premiere commence
La feconde
qu'en oétobre : c'eft l'été du pays."
le refte de Pannée : on: Pappelle
comprend
hiver.
Pendant lété, les orages font afferfréquene,
de
de durée, & n'ont lieu que dans
violens, peu
Phiver au contraire , les
Taprès-midi. Pendant
violentes, tompluies font plus rares, moins
heures du
à toutes les
bent indifféremment
euOt
jour, & durént par fois très.lonig-tems.
ordinairement
En été comme en hiver,e'eft
eft au
avant le lever du foleil que le barometre
haut, ,& à trois heures après- midi qu'ileft
plus
infenfiblement dans
aû plus bas; puis il remonte
jour.
la foirée, & fuit la même marche chaque
La brife de mer fouffle pendant le jour;8
celle de terre pendant la nuit.
L'évaporation de la mer étant très-confidérable en été, la brife qui 'épanche réguliérement
&
fe renforce de plus en plus
fur la terre qui
ant le lever du foleil que le barometre
haut, ,& à trois heures après- midi qu'ileft
plus
infenfiblement dans
aû plus bas; puis il remonte
jour.
la foirée, & fuit la même marche chaque
La brife de mer fouffle pendant le jour;8
celle de terre pendant la nuit.
L'évaporation de la mer étant très-confidérable en été, la brife qui 'épanche réguliérement
&
fe renforce de plus en plus
fur la terre qui --- Page 360 ---
( 346 )
jufqu'à deux ou trois heures de l'après-midi,
entraine avec elle une multitude. de vapeurs
fe raffemblent contre les parties de Pisle
qui,
élevées & y forment des-nuages. De
les plus
nouvelles vapeurs fe joignent à ces premieres
& fe condenfent par les efforts de la brife qui
les preffe. Le-ciel s'obfcurcit alors, s le rideau
fe prolonge & Torage commence, à moins que
le vent ne foit affez impétueux pour divifer
& éparpiller les nuages.
Quelquefois auffi les vapeurs enfilent une
de montagnes & font conduites au loin;
gorge
d'orages dans les environs.
alors il n'y a point
pendant tout Pété, qu'il
- Mais regle générale
le
ait un orage. ou qu'il n'y en. ait point,
y cours de la brife & celui des vapeurs qu'clle
entraine eft chaque jour le mème. Ainfi l'on
dire quei le climat de S. Domingue eft
pourroit
réglé comme une horloge.
d d2d
Les vapeurs, une fois raffemblées & condenfées par la brile, qu'elles. fe réfolvent en pluie
le barometre remonte, 9 & la brife baiffe
ou non,
coucher du foleil, tems
peu à peu jufqu'au
auquel celle de terre (1) commence à fouffler
& dure jufqu'au lendemain matin.
(1)Elle eft prefque toujours foible. --- Page 361 ---
( 347 )
le cours de la brife foitle mème en
Quoique
étant moindre alors, l'évahiver, la chaleur
Voilà
poration n'eft pas auffi confidérable.
l'on ne voit pas dans cette faifon une
pourquoi
& auffi réguliere de vaaffuence auffi grande
amenées chaque jour par la brife.
peurs
été
de déterminer avec
Il ne m'a pas
poflible
eft
d'exaétitude la quantité d'eau qui
un peu
la durée. de mes autres
tombée ici pendant
mais je l'eftime à plus de cent
obfervations ;
pour la plaine du Cap. (1)
cinquante pouces
tombe ici
L'on concevra fans peine qu'il
d'eau auffi prodiannuellement une quantité
réféchiffantà la violence des orages.
gieufe, en
de deux heuJ'en ai vu un qui, dans Pefpace
d'eau.
de cinq pouces & demi
res ,: : donna près
chaleur égale,
L'évaporation elt plus forte,
dans les mornes boifés,
dans la plaine que
qu'en Europe 5 & je ne puis
moindre pourtant
degré d'humiattribuer ces différences qu'au
dité de l'air , qui eft plus ou moins confidérable dans certains lieux que dans d'autres.
Il paroit bien au furplus que cette grandc
quantité d'eau fournie par les pluies, varie
(1)La
d'un quartier à l'autre.
confidérablement
L'évaporation elt plus forte,
dans les mornes boifés,
dans la plaine que
qu'en Europe 5 & je ne puis
moindre pourtant
degré d'humiattribuer ces différences qu'au
dité de l'air , qui eft plus ou moins confidérable dans certains lieux que dans d'autres.
Il paroit bien au furplus que cette grandc
quantité d'eau fournie par les pluies, varie
(1)La
d'un quartier à l'autre.
confidérablement --- Page 362 ---
( 348 ) -
humidité exifte généralement dans lathmofphere de S. Domingue, par Tétaed'affaifement
qu'éprouvent tous ceux qui y vivent, particuliérementles Européens : affaiffement trop marqué pour n'ètre que le produit de la chaleur.
Combien de fois en effet n'arrive-t-il pas enl
France, dans les jours caniculaires, que le
thermometre s'éleve plus haut qu'il ne fait ici
dans les jours les plus chauds, &s'yfoutienne
quelque tems, fans que l'on en paroilfe fenfiblement incommodé ? L'on y eft cependant
fait à de fi grandes chaleurs. Ily a donc
peu
de S.
quelqu'autre caufe dans Pathmolphere
Domingue.
Le fer s'y rouille promptement; les pavés
chauffée font toujours très sthumiau rez-dedes,de même que le linge & les papiers que
renferme Les couleurs les plus vives'
lon y
de tems. Il femble enfin que
s'y fanent en peu
lan terre de l'isle fume abondamment & rempliffe fans ceffe fan athmofphere d'un torrent
de vapeurs.
a0
Peutètre auffi que l'eau purc', volatilifée,
n'eft pas la feule caufe des effets que je viens
de vous indiquer ; peut.être que d'autres fubc
tances aériformes y ont beaucoup de part : l'air --- Page 363 ---
( 349 )
pourroit ètre de ce nombre;
fixe; parexemple, abondance dans le regne
cat on le trouve en
la fermentation.
végétal, d'ou il fe dégage par
végétaux ne font nulle part en plus
Oriles
dévegrande quantité, ni plus promptement Rien
loppés & décompofés qu'à S. Domingue.
que l'air fixe à la proauffi n'eft plus propre
l'on y
duétion de plufieurs phénomenes que
à
remarque & que Y'on attribue généralement rain'en rende
Phumidité: fimple 5 quoiqu'elle
fon que d'une maniere imparfaite.
quelLa chofe mériteroit d'ètre éclaircie par
fur les qualités de l'athmofques expériènces
qu'on la trouvât
plere de l'isle; & fuppofé
médecins
chargée d'air fixe, 2 non-feulementies connoiftireroient un grand. avantage de cette
dans le traitement des
fance météorologique
mais ils pourroient
maladies du pays, (I )
(I)Ne feroit-ce point àl l'air fixe, dontl'athmolphere
devoit être reruplie 2 fur - tout avant
de YAmérique
faut attribuer, les
l'établiffement de la çulture. , qu'il
maladies vénériennes que l'on y a trouvées ?
Leur. principe eft, felon toute apparence 2 d'une les
puifque les alcalis font fes antidotes
natureacide 7
habituelle d'un air
plus puiffans. Or la refpiration
affecter Vetacidulé ne peut * elle pas à la longue
athmolphere
devoit être reruplie 2 fur - tout avant
de YAmérique
faut attribuer, les
l'établiffement de la çulture. , qu'il
maladies vénériennes que l'on y a trouvées ?
Leur. principe eft, felon toute apparence 2 d'une les
puifque les alcalis font fes antidotes
natureacide 7
habituelle d'un air
plus puiffans. Or la refpiration
affecter Vetacidulé ne peut * elle pas à la longue --- Page 364 ---
( 350 )
encore déterminer un régime convenable pour
les prévenir.
La plus grande variation du barometre pendant tout le tems que je l'ai oblervée à S.Domingue, a été de cinq lignes.
variation du thermometre,
La plus grande
dans le mème laps de tems, a été de douze
degrés.
s chez vous 2
Les variations correfpondantes
font bien éloignées d'être égales s ni mème proportionnelles.
avant le lever du foleil
C'eft immédiatement
fraicheur fe fait fentir à
que la plus grande
chaleur à deux
S. Domingue, & la plus grande
ou trois heures après midi.
Le ferein n'y tombe, , pendant l'été s que bien
avant dans la nuit. L'opinion commune. cepenfe fait fentir auffi-tôt apres le
dant eft, qu'il
des
coucher du foleil; enforte que la plupart
Européens, dans la crainte de s'y expofer 2
n'ofent alors fortir de chez eux. Ils fe privent
ainfi de l'avantage de refpirer un air plus frais
humaine & lui donner une maladie qui
ganifation
?
provienne d'acide par furabondance --- Page 365 ---
( 351 )
celui du jour, dans la faifon de l'année oi
que
il leur feroit le plus néceffaire.
de
plufieurs fois dans les mois
J'air iremarqué
le ferein
août & feptembre , que
juin, , juillet,
environs de
à tomber qu'aux
ne commençoit
étoit
minuit; il eft vrai que le thermometre
alors à 22 ou 23 degrés.
de la
Pendant Phiver, il tombe à Pentrée
nuit, & dans toutes les faifons il eft fortabondant. Il répare en grande partie la féchereffe
l'ardeur journaliere du foleil.
produite par
bien digne de remarC'eft un phénomene
cette divifion de V'année
que, felon moi, que
il
en deux faifons; l'une 2 pendant laquelle
& l'autre, pendant laquelle il ne tonne
tonne;
fache
que l'on y ait
point. Je ne
pas pourtant
cherché
fait attention, ou du moins que lon ait
à Pexpliquer.
La chaleur de Phiver de S. Domingue. 3 quoide cinq à fix degrés plus foible que celle de
que
eft encore plus confidél'été du mème pays,
fourable que celle que l'on éprouve le plus
vent dans notre patrie en tems d'orage. Pour
raifon néanmoins n'entend - on prefque
quelle
depuis la
jamais de tonnerre à S. Domingue
commencement de mai?
fin d'oétobre jufqu'au
Voilà la difficults,
de Phiver de S. Domingue. 3 quoide cinq à fix degrés plus foible que celle de
que
eft encore plus confidél'été du mème pays,
fourable que celle que l'on éprouve le plus
vent dans notre patrie en tems d'orage. Pour
raifon néanmoins n'entend - on prefque
quelle
depuis la
jamais de tonnerre à S. Domingue
commencement de mai?
fin d'oétobre jufqu'au
Voilà la difficults, --- Page 366 ---
( 352 )
de: la réfoudre, il faut
Mais ; pour. effayer
d'éleétricité les plus
remonter aux principes
aniverfellement reçus; &.Tapplication que j'ent
ferai enfuite, 9. fera: une nouvelle preuve de la
folidité, de la-théorie de M, Franklin.
Si chaque fubltançe étoit toujours également
éleétrifée, G elles avoient toutes ce.que Pon eft
d'appeller leur quantité commune, il
convenu
n'y. auroit jamais, de tonnerre.
Les nuages fulminans, que la brife de mer
chaffe pendant l'été fur les terres de S. Domingue, ne font donc point en équilibre d'électricitéavec elles; & il arrive précifementle contraire en hiver, tems où iln'y a point d'orages.
Qu'il faffe chaud ou froid, la quantité comd'électricité de. l'Océan ett toujours la
mune,
de l'eau & de
mème, à caufe de-Thomogénéité
cette fubltance, d'ètre un
la propriété qu'a
excellent conduéteur. Auffi riet n'eft plus rare
le tonnerre en haute mer, même dans la
que torride, parce que les vapeurs qui s'élezone
touvent du fein de P'Océan en emportent
jours leur quantité commune, & les nuages
qu'elles forment reftent en équilibre d'éleétricité avec la maife des eaux. Ce n'eft donc
avoir été chaflés contre les terres &
qu'après
réfléchis --- Page 367 ---
( 353 y
qu'ils peuvent avoir changé
réfléchis au large,
par
& fulminer ou être fulminés
de rapport
les eaux.
de même des terres. Cous
Il n'en eft pas
je
de minéraux,
vertes de végétaux 5 remplies
multiles confidere comme laffemblage d'une
la chaleur affecte plus
tude d'éleétrofores que
d'intenfité: femou moins, fuivant fon degré
échauffe
de réfine quel'on
blables aux gâteaux
beaucoup
l'on refroidit, ils perdent
ou que
pendant l'été & en diffide matiere éledtrique
chaleur diminue.
pent moins à mefure que la
les
juftes, voici
Si ces idées vous paroiffent
conféquences.
la brife
Le nuage formé fur POcéan, que
l'été fur les terres de S. Doamene pendant
d'une grande
mingue, les trouvant dépouillées
commune, elt dans un
partie de leur quantité
rétaétat pofitif à leur égard & fulmine pour
blir Péquilibre. étant bien moindre en hiver, les
La chaleur
comterres ont moins perdu de leur quantité
même pour que la différence
mune, trop peu
ait des eifets
d'équilibre entr'elles & les nuages
fenlibles:
viennent
Enfin, les pluies de S. Domingue
Z
, les trouvant dépouillées
commune, elt dans un
partie de leur quantité
rétaétat pofitif à leur égard & fulmine pour
blir Péquilibre. étant bien moindre en hiver, les
La chaleur
comterres ont moins perdu de leur quantité
même pour que la différence
mune, trop peu
ait des eifets
d'équilibre entr'elles & les nuages
fenlibles:
viennent
Enfin, les pluies de S. Domingue
Z --- Page 368 ---
( 354 )
toujours de la même fource; c'eft la mer qui
les fournit. Elles font dans tous les.tems. également éle@rifées; il n'y a que Péledtrifation
des terres de l'isle qui change.
: Les chofes fe paffent tout autrement en Éurope, fur-t tout dans Péloignement des:côtes,
parce que la pluparta des nuages que Pon y
yoit fe forment dans * Pintérieur des terres &
vont fe réfoudre au Igin, dans un climat tout
différent & plus ou moins électrifé que celui
quiles a produits.
Je me rappelle à ce fujet d'avoir entendu
eil France, par uil vent de fud, deux coups de
tonnerre très-violens, quoique la terre fàt
alors couverte de neige. Sans doute que le
nuage d'ou ils partirent venoit de loin ; mais
on. peut dire en général, que la nature a des
mnouvemens trop compofés en Europe, pour y
être failie comme dans la zone torride. Ici, fà
marche fimple eft prefque toujours uniforme 5
la, au. contraire,, les.réfultats font G11 figrand
nombre & tellement compliqués, que lon,ne
peut entrevoir les élémens qu'avec confufion.
Il paroit d'ailleurs que l'éleétricité naturelle
fe manifelte ici avec d'autant plus d'éclat, que
les. orages y font moins fréquens: & cela n'a --- Page 369 ---
(. 355 )
doive furprendre ; car plus il y a de
rien qui
eft expolée 5 par une grande
tems que la terre
d'une parchaleur ; à la déperdition journaliere
commune 5 plus la différence
tie de fa quantité
entr'elle & les,
d'éleétticité doit être grande
arrivent de POcéan. Qu'il 0 y ait
nuages qui lui confécutifs à de très - petits inici deux. orages
ou deux jours,
tervalles de tems , comme 011
mais fi une
le tonrierre du fecond fera foibles
fe
faiis orage; celui
dixaine de jours
paffeint féchereffe, fait uti
qui.vicnit enfin terminer la
côtés
effroyable. II décharge de tous
vacarme
l'on diftingue alors juf
li matiere éleétrique :
& cela dure
cinq & fix tonnerres à la fois 5
qu'à
des heures entieres.
Dans une isle que le foleil échauffe prefque
-
pendant plufieurs mois de
perpendiculairements fans furprife que le plus -
fuite, l'on nie. voit pas
auffi
degré de chaleur n'y foit jamais
grand
dans les provinces
fort: qu'il left quelquefois
France. Voici
feptentrionales de la'
les plus
ne rénds raifon de cette
la manière dont je
fingularité
fix femaines conféAyant parcouru pendant
torride ,'
des mers de la zone
cutives une partie foleil étoit à notre zénith 5
dans une faifon ou le
7, ij
-
fuite, l'on nie. voit pas
auffi
degré de chaleur n'y foit jamais
grand
dans les provinces
fort: qu'il left quelquefois
France. Voici
feptentrionales de la'
les plus
ne rénds raifon de cette
la manière dont je
fingularité
fix femaines conféAyant parcouru pendant
torride ,'
des mers de la zone
cutives une partie foleil étoit à notre zénith 5
dans une faifon ou le
7, ij --- Page 370 ---
( 3.56: )
ayant éprouvé dans ceti intervalle de tems, des
brifes fortes 5 foibles, & des calmes, fans avoir
jamais vu le thermometre plus haut que 23 degrés, j'imagine que ce degré de chaleur eft à
peu près le plus grand quelathmorphere'de la
zone torride puiffe avoir en pleine mer, & que
la brife réguliere qu'elle fournit journellement
aux isles qui fe trouvent dans ces
les
parages s
traverlantavec trop de rapidité pour s'y échauf.
fer beaucoup, doit maintenicleur athmofphere
à une température peu éloignée de celle de la
mer qui les environne.
L'intérieur du continent de l'Europe n'eft
ras dans le même cas 5 il eft fujet à des calmes
de longue durée pendant les mois de juillet &
d'août: La terre alors y accumule la chaleur'; &
Ja réverbération qu'elle fournit enfuite dans les
couches inférieures de-l'air, les échauffe à un
degré confidérable.
Si l'on demandoit la raifon pourguoilOcéan
de la zone torride, en. tems calme , n'accumule
pas auffi la. chaleur, lui qui en.1 reçoit bien davantage du foleil que les climats les plus ardens de l'Europe 1 je répondrois, d'après l'expérience, que l'eau eft un meilleur conducteur
du feu que la terre 3 que les particules ignées --- Page 371 ---
( 357 )
celle- ci qu'à une ttèspe fauroient pénétrer
d'ou il arrive qu'elless'acpetite.profondeur. s
Péchauffent bien plus
cumulent à fa furface. &
POcéan. 3
faire celle de
qu'elles ne. peuvent
beaucoup
20Ne faut-il pas auffi compter pour
les
far terre les réverbérations produites par
qui multiplient : la chaleur S pre
montagnes,
des miroirs ardens 5 : quoimiere à la maniere:
confidés
beaucoup: plus
qu'avec un > déchet
rable.? Mi
à
Le peu de variation que l'on remarque
dans la hauteur du barométre 2
S.i Domingue
fuite du peu de variation
eft probablement une
dans la' température. de cêtte isle.
de fes productions elt
Le caraétere général -
délicates &
la. rudeffe, Au lieu. de ces herbes
compofent les prairies
d'univerd tendre , qui
ici dans les
Pon ne trouve
de vos campagnes,
à tiges dures, à feuilfavanes, qué des plantes
qui bravent le foleil le plus arles épaiffes,
même, quand elle n'eft pas
dent & la.féchereile
Ainfi l'on voit fous le
de trop: longue durée.
noirs, à
ciel bràlant d'Afrique 9 des hommes
dont le
traits groffiers, à cheveux crépus,
crâne eft double du nôtre en épaiffeur, dont
font
folides & les chairs plus denfes.
les OS
plus
Z iij
qui bravent le foleil le plus arles épaiffes,
même, quand elle n'eft pas
dent & la.féchereile
Ainfi l'on voit fous le
de trop: longue durée.
noirs, à
ciel bràlant d'Afrique 9 des hommes
dont le
traits groffiers, à cheveux crépus,
crâne eft double du nôtre en épaiffeur, dont
font
folides & les chairs plus denfes.
les OS
plus
Z iij --- Page 372 ---
( 358 )
Les plantes ici - s'enfoncent peu:: dans la
terre ; cette remarque eft générale pour les
herbes les plus chétives comme pour lesarbres
les plus élevés. L'on feroit tenté de croire que
les racines y puifent beaucoup plus A de fucs
nourriçiers dans l'athmolphere que dans la
terre, ou qu'elles ont plus befoin. de refpirer
qu'ailleurs, puifqu'auffi-tôt qu'on: les enfonce
à un pied du fol, l'arbre languit & ine tarde pas
à périr, Elles s'étendent d'ailleurs fort loin &
font en grand nombre.
Un arbre que l'on étête ici ; périt prefqu'infailiblement;ce qui prouve encore mieux qu'il
vit principalement de l'athmofphere: 1 Et je ne
ferois pas furpris qu'ily eût en cela- une grande
différence d'organifation entre les plantes de
S. Domingue & celles de la majeure partie de
l'Europe; car ces dernieres étant dépouillées
de leurs feuilles la moitié de l'année, & vivant
toujours dans une athmofphère affez feche,
doivent, au contraire de celles de S. Domingue, exifter plutôt par leurs racines que par
leurs feuilles.
: Mais parmi la grande variété d'arbres & arbriffeaux que l'on trouve ici, il n'y en a point
qui differe aufli efenticllement que le manglict --- Page 373 ---
355 3
-
Yon connoit en Eurouge, de tous ceux que - raifon plus curieux
rope, & qui foit par cette E:
pour :
un étranger.
ai lues m'ont paru
Les deferiptions que j'en
obfervé fur les
fipei conformes à ce que j'ai
faite
Hieux, qu'if 11e fera pas inutile de vous ,
part" de mes propres remarques. fur des plages
fortes de mangles
Y Pai vu trois
comme onles
suneqas.Re les diltinguerai
diflingue dans le pays,-par les dénominations - :
d 101
de Mlancs, noirs & rouges. buiffon, à la'hau791 Le mangle blanc croit en
fon nom
teur de? dix & douze Hieds. Il prend
couleur de fon écotce ; qui eft d'ailleurs
de la
feuilles font d'un beau verd,,
affez lifc. Ses
d'un
de deux pouces & demi, larges
longues
& difpofées deux a
pouce, terminées en pointe
cerifes
deux. Ses graines ont la forme de petites
& fes racines fe trouvent prefalongue queue,
qu'au niveau du fol.
à la hatLe mangle noir croit en arbre,
& cinquante pieds. Il'a pour
teur de quarante
par en-bas.
lors deux pieds & plus de diametre écailleufe: fes
Son écprce elt très - brune,
blanc,
reffemblent à celles- dir mangle
feuilles
liffes à leur' furface antés'
mais clles font phis
Z iv
ont la forme de petites
& fes racines fe trouvent prefalongue queue,
qu'au niveau du fol.
à la hatLe mangle noir croit en arbre,
& cinquante pieds. Il'a pour
teur de quarante
par en-bas.
lors deux pieds & plus de diametre écailleufe: fes
Son écprce elt très - brune,
blanc,
reffemblent à celles- dir mangle
feuilles
liffes à leur' furface antés'
mais clles font phis
Z iv --- Page 374 ---
( 360 )
ricure. Son bois eft fort dur, on l'emploie
la charpente. Il fe multiplie d'ailleurs pour
par des
graines qui reffemblent beaucoup à celles du
mangle blanc.
:
Le mangle rouge differe effentiellement des
deux elpeces précédentes, en ce qu'il pouffe
des racines de toutes fes
branches, qui tombent fous différentes directions vers la, terre
où elles s'établitlent
pour produire de nouveaux
arbres. Ces racines ne pouffent jamais de feuil.
les; elles ont même une conformation particuliere qui les caraétérife & les fait diftinguer
aifément à trayers la multitude des branches.
qui s'entrelacent avec elles.
C'eft toujours du côté de Pinclinaifon de
l'arbre qu'il jette fes racines, ce qui tend à
rendre fon affiette plus folide; & quoique la
multiplication du mangle rouge par le moyen
de fes racines feules furpaffe de beaucoup celle
de la plus grande partie des àrbres, la nature
lui a encore donné des graines prolifiques qui
reffemblent beaucoup à des bâtons de caffe,
avec cette différence qu'elles font plus petites,
Sa tige ne s'éleve que de vingt à vingt-cinq
pieds. Son bois eft tres-combuftible, au contraire
de celui des deux autres efpeces. Son écorçe --- Page 375 ---
C 361: )
febrifuges.on-c croit même avec affez
efteftimée
le kina n'eft tautre chofe que
de fondement que
Pécorce d'une efpece de mangle.
auteurs ont placé:
C'eft à tort que quclques
admirable
dans la claffe des mangles le figuier
fous le nom del
d'Amérique , connu également
de
maudit; car il differe des mangles
figuier
fon extrème grof:
toutes les manieres, par
la mauvaife qualité de fon bois , par
feur, par.
de fes feuilles , par
la forme & T'arrangement:d
la
de fon. fruit , (1)
la: figure. : &
qualité
lui eft pro-:
enfin par l'efpece de terrein qui
réuffiffant bien que. dans les lieuxi
pre. - , ne
arides.
- 0C
elt fans:
Ce qui a donné lieu à cette méprife
la
qu'il a de fc reproduite
doute
propriété
de fes branches vers'
par des racines qu'il jette
nom-'
Mais elles font mille fois plus
la terre.
dans le figuier maudit que
breufes peut.ètre
d'ailleurs'; elles touchent
dansle mangle rouge;
n'ont 4 encore acquis que.
déjà le fol, qu'elles
n reffemble un peu à Partichaut fauvage 2
(1)
réfineux qui s'enflamme prompte-
& renferme un fuc
d'ailleurs aucune proment & dont on ne çonnoit
priété,
ette
nom-'
Mais elles font mille fois plus
la terre.
dans le figuier maudit que
breufes peut.ètre
d'ailleurs'; elles touchent
dansle mangle rouge;
n'ont 4 encore acquis que.
déjà le fol, qu'elles
n reffemble un peu à Partichaut fauvage 2
(1)
réfineux qui s'enflamme prompte-
& renferme un fuc
d'ailleurs aucune proment & dont on ne çonnoit
priété, --- Page 376 ---
( 362: )
la groffeur &-1 larconfiftance d'une tige d'herbe
affez déliée : ce n'eft: que: bien du tems après
s'yêtre établiessqu'elles parviennentà prendre
du volume : &-de la-folidité 5 au:lieu:d que-les
racines de mangle: rougey tout en fortant de
la tige ou des branches de Tarbre,ont déjà
Ja'confiftance dubois-ondinnire, communé-.
ment la groffeur du petit doigt.
251 02:
- Les premieres; daris l'efpace d'un an & quel
quefois moins:, defcendront depiis: les branches les plus hautes jufqu'aterre, tandis qu'il
faudra : plufieurs atinées pour que les autres
parcourent la moitié: d'un cfpace égal ; :enforte
qu'on les voit comme fufpendues, à diftérens
tes diftances du fol qu'elles doivent attcirrdre.
a Lai feule efpece de palétuvier (1) que jaie.
vueici, eft un arbre audfi gros & auffirélevé
que-le mangle noir. Son écorce eft brune s
écailleufes mais fes écailles, au lieu d'ètre dif
pofées comme dans le mangle noir, oà-elles
reffemblent à celles des poiffons, font au contraire de toute la hauteur de la tigc & imitent
groffiérement les cannelures étroites d'une co-
(1) On le trouve, ainfi que les mangles , dans les
terreins aquatiques qui communiquent aveç la mer. --- Page 377 ---
( 363 3
feunllerellemble à celle des mangless
KonnérEr
luifante." Cet arbre
elle eft cependant moins
L'étage
. -
étages de racines horizontales:
a déux
>
hors du fol, & Pilkfupéticur eft éntiérement
pouces. Ci)
férieur sy enfonce de quelques
montre
nous
Non: - feulément rAmérique
maudit
dans le mangle rouge & dansle figuier
que l'on ne conun genre de multiplication mais ellè nous donné
noit point en Europe 2
force
de
septative,
auffi quelques exemples
Je m'en
qui ne font pas moins extraordinaires. lexpérience
fuis' affuré pour le bananier,' pat
dont je vais vous rendre compte: avant midi,
En décembre 1782, un peu
faité
de bananiers
jallai dans une plantation
très-bon terrein 3 j'y plaçai un thermometre
en
monta à vingt-un degrés, & je
à Pombre:; qui
âvec l'agréfs couper enfuite par un negre', 2
de la plantation, quatre
ient du propriétaire
de difféde bananiers très - vigoureux
tiges
deux pieds près de terre.
rentes groffeurs,à
:
point dans ces defcriptions ce
(1)Je ne répete celles que vous connoiffez
que, Ton trouve dans fuffifant d'y ajouter ce qu'on avoit
déjà. II m'a paru
eft contraire à la vérité,
emis, & 'de redtifier ce qui
per enfuite par un negre', 2
de la plantation, quatre
ient du propriétaire
de difféde bananiers très - vigoureux
tiges
deux pieds près de terre.
rentes groffeurs,à
:
point dans ces defcriptions ce
(1)Je ne répete celles que vous connoiffez
que, Ton trouve dans fuffifant d'y ajouter ce qu'on avoit
déjà. II m'a paru
eft contraire à la vérité,
emis, & 'de redtifier ce qui --- Page 378 ---
( 364 )
Le plus petit des quatre manifefta. auffi- tôt
du centre de la coupe une végétation rapide,
dont les progrès étoient très. diftinéts à la
vue; mais cette. grande activité ne dura: que
quelques inftans. Elle fe foutint mieux, pour
le plus gros, qui s'accrut de neuf lignes en
une heure de tems.
J'obfervai auffi que le premier élan de la
végétation étoit le plus fort; qu'elle alloit cnlfuite en décroiflant jufqu'à n'ètre plus fenfible au bout de quelques minutes. Peut-ètre
au furplus qu'elle. fe fàt mieux foutenue dans
la faifon la plus chaude de l'année.
Le bambou ne le cede en rien au bananier
pour la viteffe de la végétation; & filon connoiffoit mieux les plantes du pays. , peut-être
y trouveroit - on encore des exemples d'accroiffement plus rapide.
Mais, fans entrer dans des recherches
particulieres à cet égard , le tableau général du
climat eft lui feul affez frappant. Dans les
plaines, c'eft une verdure perpétuelle: à peine
un champ de cannes eft-il coupé, qu'il recommence à produire. Jamais la terre ici ne fe
repofe, jamais on ne lengraile, & cependant
elle rend toujours. Les favanes, quoique fans --- Page 379 ---
( 365: )
ceffe couvertes de bétail, fourniffent cependant
lorfque les pluies ne man1à fa noutriture,
places à vivres
quent point. J'ai vu d'anciennes
épuifées pour des productions utiles, incultes
feulement depuis deux ans," G bien remplies
de plantes fauvages qu'elles étoient impénédontle fol aride ne pouvoit
trables : des forêts,
telle-:
failfiffant les branches,
ètre gravi qu'en
arbuftes,
ment fournies d'arbres , arbriffeaux;
herbes & lianes de-différentes grandeurs, unies
de mille manieres , qu'il n'y ref-
& entrelacées
toit plus de place pour de nouvelles plantès.
enfin femble mettre ici un impôt
La nature
& même fur les
fur chaque graine de terre,
rochers.
A a l'ombre 2 comme au foleil, tout doit produire ; & les végéraux montrent une Gi grande
qu'il ne leur faut
tendance au développement.
le climat fe
qu'un point d'appui > parce que
charge du refte.
On voit ici de très- beaux arbres fruitiers
fans la moindre culture' ; & l'on peut
profpérer
le fecours de l'art, non-feulepréfumer qu'avec
l'on
ment on amélioreroit les efpeces, mais que
parviendroit encore à multiplier, les clailes.
Ainfi la pomme d'acajou, la fapotille, &c.
ne leur faut
tendance au développement.
le climat fe
qu'un point d'appui > parce que
charge du refte.
On voit ici de très- beaux arbres fruitiers
fans la moindre culture' ; & l'on peut
profpérer
le fecours de l'art, non-feulepréfumer qu'avec
l'on
ment on amélioreroit les efpeces, mais que
parviendroit encore à multiplier, les clailes.
Ainfi la pomme d'acajou, la fapotille, &c. --- Page 380 ---
C 366 )
deviendroient meres de familles.; auffi étendules
ètre que la pomme & la poire d'Europe:.
peutparoit une: chi-
-
Cette agréable perfpective
mere aux yeux d'un grand nombre d'habitans,
qui regardent comme impoffible l'application.
de la greffe à S. Domingue: Ils citent pour
éxpériences ifolées:, faites.
preuve quelques
etre mème
avec trop: peu de conftance. 3 peutde foin: Je puis citer à:moi tour
avec trop. peu
toutes! lés leurs.
une autorité plus forte que:
enfemble, puifqu'elle eft pofitive. :
On a greffc ici avec fuccès l'oranger doux
fur le fauvage,8 la vigne cultivée fur la vigne
fauvage. Cette expérience, que chacun peut.
répéter, eft un beau début dans cette nouvelle
carriere.
moins analugues ne
fais que les efpeces
a Je
aufli aifément; mais à peine
fe marient point
dans la
compte - t- on cinq ou fix perfonnes
colonie, qui aient fait quelques effais dans ce
& doit- on regarder leurs effais comme
genre: décifions.? S'ils les ont faits , par exemple 5
des
un tems
en été, ou même en hiver, pendant
n'eft-il pas naturel de penfer
de féchereffe,
deflinés à s'unir fe feront
que ces petits canaux
de part ou d'autre?.
delléchés trop promptement --- Page 381 ---
( 367 )
arriveroit de mème en: Europe en pareille
I'en
circonftance:
ui
Mais fi l'on eût. choifi à S. Domingue
humide & frais, comme il s'en rencontre
tems
pendant - Phiver - à la fuite d'une
beaucoup
G Pon eût faitalors enl grand Pexlongue pluies
&
n'y eût pas réuffis
périence de la greffe qu'elle
cette Gingularité comme par
lon temarqueroit
étonnante
ticuliere au climat, & d'autant plus
la fevey conferve toujours
en même tems, , que
activité.
une très - grande
ici de cette
au furplus 1 ne s'occupe
- Perfonne,
L'on aime mieux
branche utile de Pagriculture.
les fruits tels que la nature les donne;
y manger
de
c'eft- à- dire fort mauvais ,à T'exceptionPamanas, de la fapotille & de quelques elpeces
Il eft même affez fingulier qué l'on
d'oranges. davantage à y naturalifer quelques
s'applique
ceux dui
fruits d'Europe, : qu'à perfedionner
l'un foit affurément bien plus:
pays 2 quoigue
utile quelautre.
difficile & moins généralement
famille d'oileaux la plus nombreufe que
La
ici dans les plaines, la plus vaTon remarque
mème tems, eft celle des:
riée & la plus jolie en
de rofli- -
colibris. On y voit auffi une efpece
dont le chant eft bien inférieur. à celui
guol,
d'Europe, : qu'à perfedionner
l'un foit affurément bien plus:
pays 2 quoigue
utile quelautre.
difficile & moins généralement
famille d'oileaux la plus nombreufe que
La
ici dans les plaines, la plus vaTon remarque
mème tems, eft celle des:
riée & la plus jolie en
de rofli- -
colibris. On y voit auffi une efpece
dont le chant eft bien inférieur. à celui
guol, --- Page 382 ---
( 368 )
du roffignol d'Europe , quoique le plus agréable de tous les chants d'oifeaux américains.
La nature e11 a paré plufieurs des couleurs les
plus éclatantes; mais elle leur a refufé l'agrément de la' voix ; au refte iln'eft pas néceffaire
de les prendre pour jouir de leur beauté, car
ils ne. font point farouches. Combien de fois ne
m'eft-il pas arrivé de les approcherà quelques
pieds de diftance, fans qu'ils paruffent alarmés
de mon voifinage!
Cette obfervation faite fur différentes fortes
d'oifeaux fauvages, m'a fait faire une réflexion
qui pourroit s'appliquer fur un grand nombre
d'animaux.
N'eft-il pas vrai que la nature a infpiré à
ceux qui font foibles, une averfion ineffaçable
pour leurs ennemis ? Ainfi l'on voit la brebis
fuir al l'afpect du loup, & les volailles d'une
baffe- cour pouffer à la fois des cris de frayeur,
lorfqu'elles apperçoivent l'oiféau de proie qui
plane fur leurs têtes.
: Mais le nombre des chaffeurs étant très-peu
confidérable ici, les animaux fauvages y font
plus dans l'état de nature qu'en Europe, où
l'homme leur fait continuellement la
guerre 5
& puifqu'ici les oifeaux ne femblent pas le
redouter 9 --- Page 383 ---
( 369 )
redouter, n'eft-ce point une preuve que dans
l'ordre général ils ne devoient pas lui fervir
d'aliment ? Cette preuve par analogie me paroit plus directe & plus convaincante que toucelles
fournir la compaflion.
tes
que peut
La chaleur étant ici, chaque jour, chaque
faffifante pour faire éclorre les ceufs
minute 2
moins
de
des infeétes, 2 Pon doit être
furpris
que de ce qu'ils n'y,
leur nombre prodigieux,
font pas encore en plus grand nombre.
les forèts fuffent abattues & les
Avant que
devoient couvrir la furmarais deiléchés, ils
face de la terre & remplir l'athmofphere ; mais
Pinduftrie européenne a mis les
depuis que
l'on
terres en valeur, & fur- tout depuis que
brûle les.débris d'un champ de cannes moiffonné avant de le replanter, la plupart des
infectes qui s'y trouvent, ne pouvant échapà la rapidité des Aammes, périffent pèleper
mèle avec leur poftérité.
Cependant, malgré cette caufe deftructive
qui fe renouvelle dans les plaines
& générale,
à fucre tous les deux ans & demi, qui a licu
dans les mornes toutes les fois que l'on défriche,il refte encore à S. Domingue un nombre
d'infedtes f prodigieux & de tant d'efpeces
A a
qui s'y trouvent, ne pouvant échapà la rapidité des Aammes, périffent pèleper
mèle avec leur poftérité.
Cependant, malgré cette caufe deftructive
qui fe renouvelle dans les plaines
& générale,
à fucre tous les deux ans & demi, qui a licu
dans les mornes toutes les fois que l'on défriche,il refte encore à S. Domingue un nombre
d'infedtes f prodigieux & de tant d'efpeces
A a --- Page 384 ---
( 370 )
différentes, que l'Europe n'a rien de comparable.
L'araignée krabe fe fait remarquer parmi
tous les autres. II y en a de plus groffes que
la paume de la main. Elle eft noirâtre, couverte d'un poil hériflé de deux à trois ligues
de longueur, qui ajoute encore à fa figure
hideufe. Sa cuirafle eft fi dure qu'il eft difficile
de Pécrafer. Elle fe plait dans les terreins les
plus fecs 5 elle fe creufe un gite dans la terre
& jette quelques fils très- courts à l'ouverture.
Souvent elle fort de cette habitation & va terre.
à terre dans la campagne pour trouver fa fubfiftance. Les infectes font fa principale nourriture, mais elle dévore aufli fes femblables.
Un negre m'en ayant un jour apporté deux,
de fept à huit pouces de circonférence chacune,
fans y comprendre la faillie des pattes, 9 je les
enfermai dans un vafe,&Jattendis le réfultat
de ce tête-à. tète.
D'abord elles refterent quelque tems immobiles comme fi elles fe fuilent oblervées.
L'une des deux enfuite s'approcha de l'autre,
qui fe mit aufli-tôt en défenfe, & le combat
commença. Il fut long & ne fe termina que
par la mort de l'ur des champions, qui fut
fucé par fon vainqueur. --- Page 385 ---
( 371 )
Souvent elles entrent dans les appartemens
lorfqu'il vient à pleuvoir. Les negres croient
très- dangereufe ; cependant elle
leur morfure
deux accès de fievre.
occafionne à peine un ou
ayant placé leurs armes
La nature d'ailleurs,
Pon
offenlives (1) au - deffous de leur corps ,
Ce n'elt
peut marcher deffus impunément.
grimpant fur les hommies qu'elles peuqu'en mordre mais elles font affez vilibles
vent les
pour que l'on s'en garantiffe.
font
dangereux, parce
: Les millepieds
plus
leurs dents recourbées en avant
qu'ils portent
huit pouces de
de leur tète. Ils ont ici jufqu'à
& leur morfure, quoique très - relongueur;
celle
doutée, ne fait pas plus de ravage que
de l'araignée krabe.
ici & bien moins
Le fcorpion eft très-rare
venimeux que celui d'Italic.
nombre & de
Les fourmis y font en fi grand
fi différens s que rien, pour ainfi dire 2
gonts
Ce font deux dents creufes, aigués & recour-
(1)
en fe croifant lorfque l'anibées, qui fe rapprocbent
alors dans les
mal eft irrité. Ces dents pénetrent
l'on croit
chairs 1 & il en fort une eau rouffe que
être leur venin,
A aij
-rare
venimeux que celui d'Italic.
nombre & de
Les fourmis y font en fi grand
fi différens s que rien, pour ainfi dire 2
gonts
Ce font deux dents creufes, aigués & recour-
(1)
en fe croifant lorfque l'anibées, qui fe rapprocbent
alors dans les
mal eft irrité. Ces dents pénetrent
l'on croit
chairs 1 & il en fort une eau rouffe que
être leur venin,
A aij --- Page 386 ---
( 372 )
n'eft à Pabri de leur voracité. Tel comeftible
convient point à une efpece, eft l'aliqui ne
ai mème vu qui attament d'une autre. J'en
quoient les citrons.
L'on ne connoit point de ferpens venimeux
dans toute Pétendue de la colonie; mais les
font très-multipliées. L'on en
couleuvres y
douze
voit dans les plaines, qui ont jufqu'à
de longueur. Leur morfure n'a que le
pieds
ordinaire. Elles fuient d'aildanger d'une plaie
leurs devant les hommes, & détruifent une.
prodigieufe de rats qui, fans elles,
quantité
ravages dans les champs
feroient les plus grands
de cannes.
font devenus très -rares dans
Les caïmans
refte
de S. Domingue es il en
la partie françoife
cependant fur les bords de PArtibonite.
De tous les animaux domefliques d'Europe,.
naturalifés à S. Domingue, (1) le taureau eft
le plus affaiffé par le climat;
celui qui paroit
il_s'en faut beaucoup qu'il ne montre auçar de
que les boeufs de VoS camtant
vigueur
On l'emploie cependant à différéntes
pagnes:
(1) 111 Voyez ma lettre fur les mornes. --- Page 387 ---
( 373 )
charois ; mais le mulet eft toujours
fortes de
préféré.
a préfent mes remarques
Si vous 1 trouvez
que je
jai à vous répondre
trop générales,
entrer dans des déne voulois ni ne pouvois
inconnus, &
tails dont plufieurs me font
été dit tant
moins répéter ce qui ia déjà
encore
du pays, vous
de fois, mais faifir T'enfemble détruire dans
donner une idée vraie, &
en
préjugés qui-fe font.
votre: t1 efprit quelques
accrédités par les livres.
A a iij --- Page 388 ---
374 )
LETTRE XXXIL,
S. Domingue 1782. 11
J
RÉPONSE 2 une queftion propofée par M. Pabbe
Raynal.
QU E S T I O N.
nnob 03
c La découverte de PAmérique a-t-elle été
>> utile ou nuifible au genre humain 2- dgoue
33 Si elle a produit des biens, quels font
>> les moyens de les conferver & de les ac35 croitre?
>> Si elle a produit des maux, quels font
9> les moyens d'y remédier ? >)
Mon objet, en difcutant cette queftion, n'eft
affurément pas de concourir au prix propofé
pour le meilleur difcours qui pourroit la réfoudre; libre de toute efpece d'entraves : je
vais fxer mes propres idées fur ce fujet intéreffànt & en occuper un de vos loifirs.
Le confommateurvoluptueus s le négociant,
le navigateur & le politique même s'élevent
avec enthouliafme & difent :
remédier ? >)
Mon objet, en difcutant cette queftion, n'eft
affurément pas de concourir au prix propofé
pour le meilleur difcours qui pourroit la réfoudre; libre de toute efpece d'entraves : je
vais fxer mes propres idées fur ce fujet intéreffànt & en occuper un de vos loifirs.
Le confommateurvoluptueus s le négociant,
le navigateur & le politique même s'élevent
avec enthouliafme & difent : --- Page 389 ---
( 375 )
heureufes de T'immortel
Avant les tentatives
à l'avaColomb, l'Europe en proic
Chriftophe
du clergé, à la tyrannie
rice & au defpotifme
à la barbarie
d'une multitude de feigneurs,
fon activité
inteftines, confommoit
des guerres naturelles à fes propres dépens 9
& fes forces
fa
les étendre au - dehors pour
faute de pouvoir
une barriere improfpérité. L'Océan, comme
qu'un
n'offroit au regard des peuples fixer
pofante,
Contraints alors de fe
abyme de tempêtes.
étendu, ils fe li
fur un continent trop peu
fanglans,
fans ceffe les combats les plus
vroient
la terre au lieu de la cultiver,
& fe difputoient indomté dans des contrées
Tel un Aeuve
renverfe les arbres,
fauvages, change de lit,
, ici
la terre avec un bruit effroyable
ronge
ailleurs des débordemens
forme une cafcade,
telle une popula-
& des marais peftilentiels ;
foumife à de
mal dirigée ou
tion nombreufe, détruit les moiffons 3, incendie
mauvaifes loix,
habitans, &c change
les villes, égorge leurs
la face des empires.
perpétuellement
Monde étoit
La découverte du Nouveauéclairer l'ancien & diriger
donc néceffaire pour
utiles.
fon acivité vers des chofes
puifqu'on
Laquellion n'eft-elle pas réfolue,
Aai iv --- Page 390 ---
( 376 )
voità cette heureufe époque les différens
peuples de l'Europe cuitiver la terre avec foin
établir des manufactures, creufer des
s
conftruire des vaiffeaux,
ports 2
porter leurs denrées
jufqu'aux extrêmites du monde; & revenir
chargés de produdtions
étrangeres ? N'eft - il
pas certain que les jouiflances des hommes fe
multiplierent alors & qu'ils apprirent à jouir?
Sur un théatre plus vafte 2 auparavant inconnu,
leur exiftence fembla s'aceroitre de moitié. Les
arts utiles, comme ceux d'agrément ; fe perfectionnerent à la fois. Leur inquiétude deftruétive fe changea bientôt en des travaux
ntiles, dont le plaifir fut la récompenfe,
les jouiffances nouvelles
le
par
que commerce offroit chaque jour aux cultivateurs. Tous les
peuples s'emprefferent d'y avoir part; leurs
efforts fe dirigerent au même but; les échanges
s'établirent entr'eux, & la civilifation qui en eft
Ja fuite.
Contens de leur fituation nouvelle, ils voulurent fàns doute ên connoitre la caufe: voilà
le regne de la philofophie. Les idées s'accrûrent avec les affaires, 7 la raifon s'épura en
mème tenis que les moeurs devinrent plus douces. Le flambeau de la vérité éclaira à la fois
Pagriculsure, la morale & la politique,
tablirent entr'eux, & la civilifation qui en eft
Ja fuite.
Contens de leur fituation nouvelle, ils voulurent fàns doute ên connoitre la caufe: voilà
le regne de la philofophie. Les idées s'accrûrent avec les affaires, 7 la raifon s'épura en
mème tenis que les moeurs devinrent plus douces. Le flambeau de la vérité éclaira à la fois
Pagriculsure, la morale & la politique, --- Page 391 ---
( 377 )
acquirenit des lumieres fur leurs
Les peuples
aux
droits, fxerent des bornes par Topinion
illimitées de leurs fouverains; ils
prétentions
furent diftinguer les bons des mauvais gouver
Pavantage d'un luxe
nemens; ils connurent
Teftime
raifonnable; ils accorderent au cravail
lui eftidue, & refuferent aux moines celle
qui avoient ufurpée. Plus tolérans en matiere
qu'ils
aétifs & plus
de religion, plus laborieux s plus
leurs prédéceffeurs, ils marinduftrieux que
haut point de
cherent à grands pas au plus
dont Pefpece humaine foit fufcepperfedion
fiecle de Jumieres &
tible; ils ont préparé ce
le bonde philofophie dans lequel nous avons
fait tant d'honneur à Phus
heur de vivre, qui
dans
manité & qui doit ètre confacré à jamais
les annales du monde.
des
Voilà, fi je ne me trompe 7 le fommaire
reçues fur la découidées le plus généralement
la
du Nouveau-Monde ; ayez à préfent
verte
patience de lire les miennes.
Tousles peuples de PEurope ont eu part à
découverte de l'Amérique, plus ou moins s
la
& en différens tems ; les uns, , pour conquérir;
former des établiffemens fur
les autres 2 pour abandonnés de la conquête ; &
quelques débris --- Page 392 ---
( 378- )
tous, pour la jouiffance des denréesrqui en
font provenues, comme pour la vente de celles
qui font encore néceffaires aux colonies que
l'Europe y a fondées.
Ceft par l'examen de ces rapports particuà déterminer l'inliers que nous parviendrons
fuence de cette découverte fur chaque peuple
féparément, puis fur le genre humain en.
pris
totalité.
L'Afrique, par les relations malheureufes
nous avons établies entr'elle. & l'Amérique
doit pas être oubliées mais P'Efpagne,
que,ne Phonnenr de la découverte & de la
qui a eu
à paroitre dans
conquète, doit être la premiere
notre examen.
De tous les empires de PEurope , T'Efpagne
eft celui que la nature femble avoir le plus
favorifé, tant par la douceur de fa tempéraadmet les produdtions de tous les
ture, qui
de
climats, que par le grand développement
lui offre une pèche abondante &
mer, qui
faciles entre fes ports, 9
des communications
la fertilité même de fon fol, la pureté
que par
de
de fon athmofphere 2 la grande quantité
mines & rivieres qu'elle poffede & la chaine
des Pyrénées qui lui fert de barriere.
impofante
, tant par la douceur de fa tempéraadmet les produdtions de tous les
ture, qui
de
climats, que par le grand développement
lui offre une pèche abondante &
mer, qui
faciles entre fes ports, 9
des communications
la fertilité même de fon fol, la pureté
que par
de
de fon athmofphere 2 la grande quantité
mines & rivieres qu'elle poffede & la chaine
des Pyrénées qui lui fert de barriere.
impofante --- Page 393 ---
( 379 )
autant d'avantages, 9 TE(-
Cependant 2 avec
d'Europe le moins
pagne eft un des royaumes
moins cultivé, le moins induftrieuxs
peuplé,ler éclairé. D'ou vient cette efpece de
le moins
la nature
contradiction.6 entre le rang auquel
fembloit l'avoir deftinée : & celui qu'elle occupe
réellement ?
de fon premier voyage
Colomb, de retour
de la cour & du
d'Amérique, étala aux yeux
des richeffes immenfes qu'il
peuple une partie
de fes fuccès
y'avoit trouvées. Les compagnons éveillerent
trainant à leur fuite lor & largent,
Alors
bientôt la cupidité dans tout le royaume.
multitude de perfonnes voulut accomune
navigateur dans le fecond:
pagner V'illuftre
Cétoient de ces hommes,
voyage qu'il méditoit.
s'ac-,
dont le caraétere inquiet & entreprenant
commode mieux des dangers lorfqu'ils meà la fortune, que d'un
nent promptement
ne donne
travail modéré, mais habituel,qui
jamais que le fimple néceffaire. le choix de
Quoi qu'il en foit, Colomb eut
du royaume 3 compofa fa petite ar
la jeunelfe
& revint avec de
mée , retourna en Amérique
nouvelles richeffes.
L'infatigable navigateur ne travailloit que. --- Page 394 ---
( 380 )
pour la gloire : il négligea fa propre fortune;
l'on doit à fon défintéc'eft une juftice que
reffement; mais le nombre des Efpagnols enrichis s'étant accru à un point confidérable,
les fréquentes traverfées & les nouvelles
par
qui furent faites dans le continent
conquètes
d'Amérique fous le commandement de Pizarre,
Fernandès, Almagro 8 autres célebres aventuriers, les vues ambitieufes de la nation fe
fixerent entiérement fur le Nouveau-Monde.
On abandonna la culture pour aller chercher de l'or à travers les naufrages,les combats & les climats bràlans de la zone torride.
Le fouverain lui - mème,au lieu d'arrèter dans
le principe ces émigrations deftructives 2 ne
fongea qu'à retirer fa part des conquètes : il
établit des colonies, des impôts, ft ouvrir
. y
nouvelles dans le Pérou, dans le
des mines
Mexique, perdit de vue fon royaume, 9 pour
entiérement des métaux précieux de
s'occuper
PAmérique. A
Leur rareté dans la circulation à cette époque
les foutenoit à une valeur confidérable: il en
les objets du comfalloit peu pour repréfenter
merce. Ainfi PE/pagne, avec la moindre partie
de fes tréfors annuels , payoit facilement dans
y
nouvelles dans le Pérou, dans le
des mines
Mexique, perdit de vue fon royaume, 9 pour
entiérement des métaux précieux de
s'occuper
PAmérique. A
Leur rareté dans la circulation à cette époque
les foutenoit à une valeur confidérable: il en
les objets du comfalloit peu pour repréfenter
merce. Ainfi PE/pagne, avec la moindre partie
de fes tréfors annuels , payoit facilement dans --- Page 395 ---
( 381 )
lui manquoit de comefti:
le principe ce qui
tous les meubles; de vêtemens, de même que
lui plaire & que
bles,de. luxe qui pouvoient
lui offrir en
chaque nation s'empreffoit de
échange de fon or.
de
Si elle fe fàt dirigée fur les principes
l'on attribie aujourd'hui à la
politique que
dans fon commerce
compagnie Hollandoife Golconde & Cached'épiceries, aux rois de
leurs diamire dans le débit qu'ils font de
répandant une moinmans 5 fans doute qu'en
dans la circuladre quantité d'or & d'argent
foutenusà
tion générale, , ces métaux fe fuffent
n'en
éminente, & les fources
une valeur plus
de fi bonne heure. Mais
auroient pas été taries
ou
été
de ce royaume 9
tel a
laveuglement
l'effet de mille & mille exploitations
plutôt
concertées, que les
particulieres nullement le métal eft devenu
mines fe font épuifées 9
& la nation qui le poflédoit 9
plus commun,
plus pauvre que toutes les autres.
de
C'étoit une affaire de calcul, qui exigeoit
Punité dans les opérations, , comme elle exifte
dans toutes celles de la compagnie Hollanlandoife. Au lieu de cet enfemble politique, s
Efpagnol occupé de fes intérêts du
chaque --- Page 396 ---
( 382 )
tiroit à la hâte des entrailles de la
moment ,
lui fourterre toutle métal qu'elies pouvoient
aller enfuite dans fa patrie le connir, pour
fommer dans la molleffe.
auffi facile à la fortune
Un acheminement
devoit féduire les particuliers. C'étoit au gouvernement à en prévoir les fuites, afin d'y
mettre des obftacles ; il ne l'a pas fait, qu'en
eft- il réfulté?
La feur de la population du royaume
annuellement en Amérique ; les
paffe encore
le maintien des
uns aux frais de létat, pour
loix & la perception des deniers royaux ; les
leur propre compte dans difféautres 2 pour
Ainfi la culture des terres
rentes entreprifes.
dans la métrople fe trouve négligée de plus
en plus.
ancienne habiC'eft apparemment de cette
tude de fe procurer, par le moyen de Por,
de Pinduftrie de tous les peuples $
le produit
l'on croit malqu'eft venue cette pareffe que
à-propos plus naturelle aux Efpagnols qu'aux
autres habitans de PEurope.
L'Efpagnol méprife le travail: ce mépris eft
même un élément de fon caractere; mais ce
n'eft point à la nature qu'il doit ce funelte
de plus
en plus.
ancienne habiC'eft apparemment de cette
tude de fe procurer, par le moyen de Por,
de Pinduftrie de tous les peuples $
le produit
l'on croit malqu'eft venue cette pareffe que
à-propos plus naturelle aux Efpagnols qu'aux
autres habitans de PEurope.
L'Efpagnol méprife le travail: ce mépris eft
même un élément de fon caractere; mais ce
n'eft point à la nature qu'il doit ce funelte --- Page 397 ---
(. 383 )
défauts c'eft à lor, dont il a été le poffeffeur
exclufif pendant un fiecle & plus. (1)
L'on a vu de tout tems & lon verra toules hommes ne travailler qu'en raifon
jours
Naturellement ils préferent
de leurs befoins.
à Pactivité. Les fauvages fe repofent
le repos
durent leurs provifions
auffi long - tems que
& ne fe remettent en campagne que pour
appaifer leur faim.
fortes d'éLe travail des mains, dans toutes
eft le lot des plus néceffiteux : ceux - ci
tats,
des autres 5 le mépris
font dans la dépendance
eft leur partage: il n'eft donc pas furprenant
chacun d'eux cherche à fortir de cette
que
paffer dans celle des homclaffe abjecte pour
vivent bien fans
mes que ron confdere & qui
riche
rien faire. Aufli le peuple d'Efpagne,
abandonna bientôt la culpendant un tems,
fe livrer à une douce
ture des terres 2 pour
de jouif
oiliveté, embellie par une multitude
lui
Et fon méfances que fon or
procuroit. fuivi la décapris pour le travail n'ayant pas
Avant la découverte de TAmérique, P'Efpagne
(1) niveau des états d'Europe les plus induftrieux.
étoit au --- Page 398 ---
(:384 )
derice du numéraire, il eft tombé dans une
mifere extrême,
n'a-t-il donc pas à fe
Combien ce peuple
de la découverte de PAmérique & de
plaindre
fes funeftes tréfors! Ils'épuife en Europe pour
fes colonies;& les plus anciennes de toutes font
cependant fi peu habitées : 3 qu'elles reffemblent
plutôt à de fimples prifes de poffeflion qu'à des
établiffemens durables. La métropole, dépourvue de denrées & de manufadtures, ne fauroit les approvifionner; 5 tandis que fon inquiétude & fa jaloufie, fuités naturelles de fon
par des loix féveres
impuifance 2 repouffent
Ecratous les fecours d'un commerce étranger.
fées fous le double poids de la mifere & du defpeuvent- elles devenir ? L'état
potifme, que
une
de langueur eft leur partage, en attendant
extinétion totale.
C'eft tout CC que peut faire un état robulte,
d'entretenir quelques colonies & de les rendre
floriffantes, fans dépérir lui-r même d'une maniere fenfible. Faut-il donc être furpris que
fe confume en pure perte dans la
multitude TEfpagne de celles qu'elle a voulu conferver?
le defpotifme du
On dira peut-être, que
eft la raifon la plus
clergé dans ce royaume
puiffante
en attendant
extinétion totale.
C'eft tout CC que peut faire un état robulte,
d'entretenir quelques colonies & de les rendre
floriffantes, fans dépérir lui-r même d'une maniere fenfible. Faut-il donc être furpris que
fe confume en pure perte dans la
multitude TEfpagne de celles qu'elle a voulu conferver?
le defpotifme du
On dira peut-être, que
eft la raifon la plus
clergé dans ce royaume
puiffante --- Page 399 ---
- 385 )
puifante de la dépopulation
que l'on y remarque 5 mais, fans vouloir rien diminuer
fon influence mortelle
de
pour le corps
ce defpotifme même eft
politique,
de la découverte
peut- être une fuite
du Nouveau - Monde. Voici
pourquoi.
Les communautés religieufes
foumifes aux viciflitudes
ne font pas
rapides des
liers; elles ont une roue de fortune particuà part.
L'opinion, dont la marche eft toujours
en eft le moteur; elle les éleve
lente,
lorfque l'état s'abaiffe,
conflamment,
Ainfi l'on voit aujourd'hui des biens confidérables dans les mains d'un
dillipent bientôt &
citoyen, qui fe
paffent dans celles d'un
autre, tandis que Pimpoffibilité de
chez les moines fait
diffiper
que leurs poffeffions
augmentent annuellement
3 de toutes leurs
épargues, du cafirel & des aumônes,
miférables de la fuperftition.
tributs
Mais à lépoque où l'Efpagne fut
des dépouilles de PAmérique,
remplie
point oubliée dans le
l'églife ne fut
Ces legs pieux,
partage qu'on en ft.
déjà immenfès dans le
cipe, fe font enfuite tellement
prin*
mains du
accrus dans les
clergé, 3 qu'il eft aujourd'hui d'une
B b --- Page 400 ---
( 386 )
richeffe indécente 5 & fon opulence ne fait
fon pouvoir, tandis que le méqu'augmenter de la nation pour le travail fapris général
le cloitre,ou
vorife encore fon refpect pour
du moins empèche que Pinutilité des moines
dans l'état ne fafle ouvrir les yeux fur le
de cas que l'on doit en faire.
peu
côté, la donation de PAmériD'un autre
Alexandre VI à Ferdique, faite par le pape
nand roi d'Efpagne & à la reine Ifabelle avec
auffi ridicule qu'inconcevable,
une impudence
donation, dis-je, n'a pas contribué pour
cette
exagéré & à la foumiflion puépeu au refpect
rile
les Caftillans ont eus depuis cette époque
que pour le clergé.
conféIl le falloit en effet, par une jufte
jultifier leurs conquêtes & rendre
quence s pour
Il falleurs poffeffions d'outre mer légitimes.
comme toutes puiffantes les mains
loit adorer
dont ils les avoient reçues. Les Portugais qui
obtinrent P'Afrique &: l'AGe par la mème voie 2
également des autres peuples
fe diftinguent
par un fanatifme pitoyable.
Ainfi,en remontant à l'introdugtion de lor
on reconnoit, par l'enchainement
en Efpagne,
des malheurs que ce royaume a éprouvés -
effions d'outre mer légitimes.
comme toutes puiffantes les mains
loit adorer
dont ils les avoient reçues. Les Portugais qui
obtinrent P'Afrique &: l'AGe par la mème voie 2
également des autres peuples
fe diftinguent
par un fanatifme pitoyable.
Ainfi,en remontant à l'introdugtion de lor
on reconnoit, par l'enchainement
en Efpagne,
des malheurs que ce royaume a éprouvés - --- Page 401 ---
( 387 )
le métal dont il fait tant de cas en eft
la que caufe principale ; & bien loin d'attribuer à
la multitude des célibataires eccléfiaftiques la
dépopulation qui afflige ce beau royaume s il
ne faut confidérer cette plénitude elle- mème
d'oififs puiffans & relpectés, que comme une
fuite naturelle de la découverte de l'Amérique.
Que PEfpagne ait infniment perdu à la dédu Nouveau - Monde, il n'y' a rien
ccuverte
doive furprendre à préfent. L'or qui en
qui
fouvent, quand
impole à la multitude, ne paroit
on examine fcs effets, que le dernier objet de
les
d'induftrie auxquels les homtous
genres s'attacher. Ceft celui qui à la
mes, peuvent
le moins leurs travaux &
longue récompenfe
des
attaque le plus vivement le nerf principal
états.
les fondemens de
Mais la France , en jetant
fa puiffance fur l'agriculturé & les arts 2 qui
n'a point embraffé comme PEfpagne des pof.
feflions trop étendues, n'aura-t- elle pas rede fes colonies d'Atiré de grands avantages
mérique ? C'eft ce qu'il faut examiner.
Un fol fertile les diftingue, & la culture y
établie. Le fucre, le café,
eft généralement
Pindigo & le coton en font les principaux
B b ij --- Page 402 ---
( 388 )
L'activité des colons s'étend mème
objets.
des
acceffibles ; ils vont juf
au - delà
terreins
les bois
qu'à la cime des mornes chercher
dont les artiftes
précieux & incorruptibles
tirent un fi grand parti. Ils recueilFrançois
drogues d'ufage en mélent encore plufieurs
decine; ils rafemblent enfn toutes les produétions du fol fur lequel ils font établis,
& fout à la métropole Phommage de leurs
Amateurs du luxe de la mere 0 patravaux.
à fon tour tout
trie, celle - ci leur fournit
defirer. C'eft là qu'.ilep. e
ce qu'ils peuvent
le fuperfu de fes grains, de fes vins , avec une
du produit de fes manufaétuies. Les
partie
entretiennent l'activité 5 la terre eft -
échanges
eft couverté de vailfeaux, &
en valeur, la mer
chacun jouit de Tinduftrie commune.
Telle eft à peu de chofe près l'image que
aujourd'hui. Mais
la France nous préfente
la découverte de l'Amérique ait été nécef
que
l'agriculture & les arts au
faire pour y porter
de perfection où on les voit dans ce
point
c'eft une chofe dontje ne puis collroyaume,
venir. Il faut entendre mes railons.
Le commerce en général , s'il eft heureux
& conduit fagement, peut bien lui feul nourrir
induftrie commune.
Telle eft à peu de chofe près l'image que
aujourd'hui. Mais
la France nous préfente
la découverte de l'Amérique ait été nécef
que
l'agriculture & les arts au
faire pour y porter
de perfection où on les voit dans ce
point
c'eft une chofe dontje ne puis collroyaume,
venir. Il faut entendre mes railons.
Le commerce en général , s'il eft heureux
& conduit fagement, peut bien lui feul nourrir --- Page 403 ---
( 389 )
nombre d'habitans fur une terre
un grand
fera
inculte ou ftérile. Mais cette population
toujours précaire 5 le moindre changement
dans la fortune ou dans la politique des états
pourra la détruire.
connois de population folide 2 que
Je ne
du fol qu'elle habite $
celle qui vit des produits
avoir lieu indépen-
& ces produits peuvent extérieur. Je dis
damment d'un commerce
donne
extérieur qui ne
plis: tout commerce
de denrées
point au réfultat une augmentation
des
de premiere néceffité pour la nourriture
hommes, mais des objets deluxe, qui mème,
enleve aul peuple qui le
comme en France 2
qui emfait, une partie de fes fubliftances,
des milliers de bras 5 tout
ploie cependant
éblouir par
commerce de cette efpece peut
la mulétendue de fes affaires, par
la grande fes vaifleaux ; mais il eft onéreux
titude de
pour l'état qui le fait.
confidérable
Sur une étendue de terres auffi
états
celle qui compofe la plupart des
que
ne trouve-t-on pas ordinairement
d'Europe,
tous les befoins
les matieres néceffaires pour
fans fortir
de la vie ? Qui empècheroit mème, 9
multiplier les jouiflances à un point
du fol, d'y
B b iij --- Page 404 ---
( 390 )
exceflif? En France , par exémple, avoit-on
befoin de PAmérique pour vivre commodé-
? A
du fucre, du café & de
ment
l'exception
autres bagatelles , que fournit - elle
quelques
Le café mème, il l'avoit déjà
à ce royaume?
bien
du Levant ; en moindre quantité, mais
plus parfait. D'ailleurs, il ne peut ètre encore
de tout le monde, à caufe de fa
à Pufage
cherté; & quand il deviendroit
trop grande
des
affez commun pour que la majeure partie
hommes pût en faire ufage , il feroit toujours
à craindre que l'altération qu'il produit fur la
plupart des tempéramens ne compenfàt pour
le moins le plaifir d'en ufer.
Le miel des abeilles, cet extrait naturel &
balfamique des Aeurs les plus fuaves, ne valoit-il pas bien le fucre cauftique des colonies:
Pon ne retire des cannes qu'avec le fecours
que
du feu & de différentes leffives ? Réfléchiflez
mûrement, & vous verrez qu'elles 1e fournifent que des objets dont on pourroit fe
fans diminuer les jouiflances de la vie
paffer,
ni les reffources des arts.
extérieur n'a été nécefJamais ie commerce
France
favorifer l'agriculcure &
faire en
pour
& les
population, mais les bonnes loix
la
des colonies:
Pon ne retire des cannes qu'avec le fecours
que
du feu & de différentes leffives ? Réfléchiflez
mûrement, & vous verrez qu'elles 1e fournifent que des objets dont on pourroit fe
fans diminuer les jouiflances de la vie
paffer,
ni les reffources des arts.
extérieur n'a été nécefJamais ie commerce
France
favorifer l'agriculcure &
faire en
pour
& les
population, mais les bonnes loix
la --- Page 405 ---
( 391 )
intérieurs d'une ville à une autre s .
échanges
voilin, & des prod'un canton avec le canton
vinces entr'eiles.
fortis
Infortunés créoles, qui n'ètes jamais
climats bralans, qui ne voyez dans
de vos
des efclaves encore plus
voS campagnes que
que PEumalheureux que vous 5 qui croyez
fe paffer de vos produétions
rope ne pourroit
effentielle de
& que leur ufage fait une partie
France,
tranfportez : vous en
nos jouiffances,
& vous ferez
connoiffez ce beau royaume,
hommes
enfuite qu'il s'y trouve des
furpris
chercher au-delà des mers
affez aveugles pour
une exiftence plus avantageufe.
un
Dans cette plaine immenfe qu'arrofe
couvert de bateaux, vous voyez des
Aeuve
remplis de citoyens labovilles & des villages
s'étendent à
rieux. Ces praities bafles , qui
interfans
perte de vue & qui accompagnent fervent à la nourruption le cours des eaux,
du bétail que l'on deftine aux travaux
riture
à la fubiftance des homde la campagne ou
élevées, joignant
mes. Ces terres un peu plus
font le domaine des laboureurs.
les prairies,
donne des
Le côteau qui s'éleve au - deffus,
& les forèts qui le couronvins délicieux,
B b iv --- Page 406 ---
I 392 )
nent, fourniffent tous les bois néceffaires aux
habitans & la nourriture de plufieurs troupeaux. Moins dévaftées avant la découverte de
l'Amérique, l'on y voyoit quantité d'arbres
antiques ; mais les milliers de vaiffeaux
l'on a conftruits depuis cette
les que
époque,
ont
prefque tous confommés.
Entrez dans la ville la plus prochaine, vous
allez jouir d'un nouveau fpectacle.
Vous y trouverez des hommes pourvus de
différens emplois relatifs au gouvernement,
des artiftes dans tous les genres. Vous verrez
les métaux, 2 les bois, la foie, le fil, la laine 3
les cuirs & quantité d'autres matieres tirées
du fol, prendre, dans des mains exercées,
des formes différentes & utiles. Vous verrez
l'aifance dans l'intérieur des maifons, des COmeftibles délicieux & abondans fur les marchés, des bibliotheques publiques, des écoles
gratuites, des hôpitaux pour les pauvres, des
fpeétacles & des fociétés agréables.; & rien de
tout cela n'eft dû à l'Amérique, Pourquoi
donc vanter fi fort fa découverte ?
Il fuffifoit fans doute que la douceur des
loix & les lumieres de la raifon vinfent régner
fur les François : 3 pour porter leur induftrie au
ondans fur les marchés, des bibliotheques publiques, des écoles
gratuites, des hôpitaux pour les pauvres, des
fpeétacles & des fociétés agréables.; & rien de
tout cela n'eft dû à l'Amérique, Pourquoi
donc vanter fi fort fa découverte ?
Il fuffifoit fans doute que la douceur des
loix & les lumieres de la raifon vinfent régner
fur les François : 3 pour porter leur induftrie au --- Page 407 ---
( 393 )
degré de perfedtion
caufes
qu'elle a atteint. C'eft à ces
feules qu'ils font redevables des
fances qui les entourent; & loin
jouif
que PAmérique ait donné
d'imaginer
Pimpulfion à leur
agriculture, je crois au contraire
retardé les progrès.
qu'elle en a
. Jetez un moment les yeux far le grand
bre d'hommes que les colonies
nomcoûté à P'état depuis leurs
françoifès ont
funeftes établiffemens, La feule portion de S. Domingue
poffede, occupe près de trente mille Euro. qu'it
péens à pofte fixe. C'eft un fonds
continuellement
qu'il faut
plus
rafraichir par la jeuneffe la
robufte, la mieux conftituée,
& s'ufe fous
qui vieillit
un ciel dévorant, avant d'avoir
pu fe choifir des compagues. Elle
point remplacée
n'eft donc
pour la patrie. Dix mille matelots au moins font employés
merce de la même colonie:
pour le com-
& des
jugez des befoins
pertes de toutes les autres.
enfuite cette foule de
Ajoutez
dans les ports de
manceuvres employés
mer ou fur les bords des
rivieres, 9 uniquement pour Téchange & le
tranfport des denrées relatives à ce
& vous verrez combien
commerce, 5
de bras à réclamer.
lagriculture auroit --- Page 408 ---
( 394 )
Les landes de la Bretagne 9 celles de Bordeaux & quantité d'autres pays incultes ou mal
cultivés prouvent, ld'une maniere affez politive,
les terres de ce royaume font encore bien
que
& defirable. Lorf
loin de la perfection poflible
qu'elles l'auront atteinte & qu'elles feront peule commerce & les
plées proportionnllement,)
ètre
établiffemens d'Amérique lui feront peutavantageux ; mais tant qu'on y verra des terl'on fera fondé à regarder les colores en friche,
nuifible,a la métronies comme une extenfion
pole.
L'étendue de la France eft de vingt- fept
mille lieues quarrées, ou environ 5 fa population eft de trente-fix millions d'ames tout au
plus; ce qui fait neufcents foixante-trois perfonnes
lieue quarrée. .. Je demande à
par
cal-,
préfent à ceux qui ont eiayé quelques
çuls fur la fertilité moyenne des terres de ce
royaume, s'il ne pourroit pas avoir une pobeaucoup plus confidérable.fans rien
pulation
diminuer du luxe,dont il s'elt fait un befoin.
C'eft à tort que l'on compteroit pour un
grand avantage les fortunes particlieres auxdonnent lieu. L'état n'en
quelles les colonies
de fruit; & ceux meme qui
retire pas beaucoup
ont tant d'obftacle à furmont
les acquierent,
çuls fur la fertilité moyenne des terres de ce
royaume, s'il ne pourroit pas avoir une pobeaucoup plus confidérable.fans rien
pulation
diminuer du luxe,dont il s'elt fait un befoin.
C'eft à tort que l'on compteroit pour un
grand avantage les fortunes particlieres auxdonnent lieu. L'état n'en
quelles les colonies
de fruit; & ceux meme qui
retire pas beaucoup
ont tant d'obftacle à furmont
les acquierent, --- Page 409 ---
( 395 )
à vaincre , tant de cruautant de répugnances
& tant
tant d'ennuis à effuyer,
tés à exercer ,
au moins
de tems à attendre , qu'il paroit
la médiocrité dont ils auroient
probable que
une exiftence
joui en France, leur eût procuré
douce que celle qu'ils font allés chercher
plus
au. - delà des mers.
foit bien connu de
n'avance rien qui ne
1 Je
quelque colonie. Les
ceux qui ont fréquenté
ifolés fur leurs habitations 2 y me;
Européens
trifte. Souvent , en les voyant
nentl la vie la plus
leur fort
chez eux 2 je fuis tenté de croire que
préférable à celui de leurs efclaves.
n'eft guere
fortunés. Que
Ce font cependant les plus
de ces triftes viétimes d'une
dire à préfent
natureile.,
fotte crédulité ou d'une inconftance
dépourvues de talens s vont chercher forqui dans les colonies, & qui y périffent de
tune
n'y trouvant pas même
mifere ou de chagrin,
fublfter ? Les vaiffeaux
une reffource pour
chaque jour en amenent un grand nombre :
n'eft-il pas tems que le gouvernement s'ocd'une erreur aufli funefte &. qu'il détourne
cupe
qui lui font perdre
ces fortes d'émigrations
une multitude de citoyens ?
endémiques à
Lcs maladjes venéricnnes 2 --- Page 410 ---
( 396 )
préfentement communes à toute
PAmérique,
a
les ravages qu'elles font chaque
la terre 9 par
confidérable qu'elles ont
jour, par l'altération
de
dû produire dans Torganifation primitive
lefpece humaine, par les difpofitions qu'elles
lui ont données à des infrmités nouvelles;
jamais ètre compenfées par aune pourront
La fanté & la vigueur
cune forte d'avantages.
biens de Phomme,
du corps font les premiers
mème de lhomme en fociété. Les plus légeres
deviennent pour lui des
atteintes en ce genre
mème la découQuand
maux inappréciables.
produit
verte du Nouveau - Monde n'auroit
des malad'autre mal que la communication
& plus de bien d'ailleurs
dies vénériennes,
comme
qu'elle n'a fait, encore la regarderois-je
une époque fatale à Phumanité,
Si les fuites de cette découverte ont emde l'homme, elles n'ont
poifonné le phylique moral. Il fuffit de jeter
pas plus épargné fon
de
fur l'efprit de cruauté; ; cupiun coup-d'ocil
généralement dans
dité & de licence qui regne
effet qui
les colonies, pour prévoir le mauvais
réfulter à la longue fur les métropoles
doit en
du comelles - mêmes 9 tant par les relations
les expatriés enrichis s qui
merce, que par
de l'homme, elles n'ont
poifonné le phylique moral. Il fuffit de jeter
pas plus épargné fon
de
fur l'efprit de cruauté; ; cupiun coup-d'ocil
généralement dans
dité & de licence qui regne
effet qui
les colonies, pour prévoir le mauvais
réfulter à la longue fur les métropoles
doit en
du comelles - mêmes 9 tant par les relations
les expatriés enrichis s qui
merce, que par --- Page 411 ---
( 397 )
reviennent avec leur corruption jouir de leurs
fortunes.
Ces maux font communs à tous les peuples
mais à des degrés bien différens 3
de PEurope,
revenir, & je
je les ai tracés pour n'y plus
à Pexamen de l"Angleterre dans fes rappaffe
ports particuliers avec l'Amérique.
fon état acL'Angleterre, à en juger par
tuel, femble être, de toutes les puifances s
tiré le
parti de la décelle qui a
plus grand
du Nouveau - Monde. Moins fertile
couverte.
peuplée
que la France, elle eft cependant plus
relativement. D'oà vient cet avantage? N'eftil pas le fruit des établiffemens anglois en
Amérique ?
mais
C'elt la premiere idée qui fe préfente;
foit
eft-on fondé à croire que lAngleterre
redevable à FAmérique de fa nombreufe population, lorfqu'elle n'eft pas encore tout ce
qu'elle pourroit ètre par fa fertilité propre 2
du refte du monde ? Pouiindépendamment d'ailleurs à une caufe inquoi attribueroit-on
certaine ce qui fe déduit tout naturellement
de la liberté, dort l'expérience de tous les
tems a déterminé leffet?
Je ne pourrois que répéter pour les colo- --- Page 412 ---
( 398 )
nies angloifes dont le fucre eft Pobjet, , tout
dit pour la partie françoife de
ce que j'ai déjà
Le fucre & le café ne nourrifS. Domingue.
fent point. Les millions de milliers que P'on
dans le commerce du monde, ne
en répand
d'un homme de
donnent pas la fubfiftance
total.
il faut faire vivre
plus au
Cependant
fortes de
les Européens qui fe livrent à ces
cultures, aux chargemens & aux tranfports
font relatifs. Ainfi toutes les colonies à
qui y
comfucre fans exception, celles d'Angleterre
me les autres, loin d'augmenter la population
fixe de Pétat, la diminuent au contraire d'aufont elles - mèmes plus
tant plus qu'elles
confidérables.
fixe, celle qui eft
Jentends par population
attachée au fol métropolitain par des poffeffon induftrie, ou par des emplois.
fions, par
felon moi, eft celle
La population incertaine,
le
qui habite les colonies ou qui navigue pour
commerce.
ne s'eft pas borIl eft vrai que l'Angleterre
née à des colonies comme celles de la France.
Le continent de PAmérique feptentrionalé.que
lon connoit fous le nom de Nouvelle-Angledes farines,
gerre, lui foumifitabondammene
des falaifons & des bois de conftruction.
ou par des emplois.
fions, par
felon moi, eft celle
La population incertaine,
le
qui habite les colonies ou qui navigue pour
commerce.
ne s'eft pas borIl eft vrai que l'Angleterre
née à des colonies comme celles de la France.
Le continent de PAmérique feptentrionalé.que
lon connoit fous le nom de Nouvelle-Angledes farines,
gerre, lui foumifitabondammene
des falaifons & des bois de conftruction. --- Page 413 ---
( 399 )
fondées
EuroDe toutes les colonies
parles
celle-là étoit fans doute
péens en Amérique, >
la plus utile, & fes progrès ont été rapides,
que dès le principe de fon établiflement
parcc elle fervit d'afyle à une multitude de familles
pauvres ou perfécurées en Europe ; parce que
la température qu'elles y trouverent eft pref.
la mème qu'en Europe ; parce que les
que
& les fruits d'Europe y
grains, les légumes
les bètes à
vieunent en abondance; parce que
cornes & les chevaux y réuffifent parfaiteque la nature du produit des
ment ; parce
rapides 3 d'où
terres s'oppole à des fortunes
chaque propriétaire s'attache à
il arrive que
fon bien, s'y fixe pour la vie 2 & s'applique
à l'amériorer pour fes enfans.
Mais,afin d'ètre bien convaincu que ce
à l'excellence des loix qui la dirin'eft point
doit fa culgent, que la Nouvelle - Angleterre
ture, il ne faut que jeter un coup - d'oeil fur
les vexations de la métropole 2 qui ont donné
lieu à la préfente guerre. On verra pour lors
les progrès de cette immenfe colonie ont
que dû être arrêtés à chaque pas par les entraves
mifes à fon commerce. Tel eft cependant l'efd'un climat fain & de
fet d'une terre fertile, --- Page 414 ---
( 400 )
la tolérance en matiere de
religion, que malgré
le poids énorme de la cupidité armée de la puif
fance 2 les hommes qui ont à le fupporter
trouvent encore le moyen de multiplier & de
vivre heureux.
L'Angleterre étoit la feule puiffance pour
qui Ja découverte de l'Amérique fembla réellement avantageufe, à caufe des denrées propres à la fubfiftance qu'elle en tiroit abondamment, Au moyen du commerce exclufif qu'elle
y avoit établi, la population de cette métropole fe fàt élevée à un nombre d'hommes formidable s & fà puifance toujours croiffante
eût arboré fur mer le pavillon de la fouveraineté univerfelle. Alors elle eût donné la loi
dans toutes les colonies du monde, peut-ètre
mème qu'elle les auroit conquifes.
Mais il eft dans l'ordre de nature, que l'enfant qui fe laiffe conduire & fupporte nos injuftices à caufe de fà foibleffe,. devenu homme
avec le tems, 2 fe dirige par lui-mème & repouffe
les outrages.
Suppofons cependant que la Nouvelle-Angleterre, toujours foumife,eût fourni fans obftacle à fa métropole les moyens de parvenir
au degré de puilfance qu'elle ambitionnoit $
le
uroit conquifes.
Mais il eft dans l'ordre de nature, que l'enfant qui fe laiffe conduire & fupporte nos injuftices à caufe de fà foibleffe,. devenu homme
avec le tems, 2 fe dirige par lui-mème & repouffe
les outrages.
Suppofons cependant que la Nouvelle-Angleterre, toujours foumife,eût fourni fans obftacle à fa métropole les moyens de parvenir
au degré de puilfance qu'elle ambitionnoit $
le --- Page 415 ---
( 401 )
le gehre humain y auroit c-il gaghé quelqus
chole ? Car c'elt toujours là que notre quelton
nous ramene.
ou
Que le peuple foit nourti en Amérique
par les denrées qui viennent
en Angleterre 2
contrée, c'eft le même
dans l'une & Pautre
nombre d'habitans au total.
Si PAmérique Angloife, par exemple 2 donne
à la métropole une partie de fes grains 2 l'augmentation des citoyens qu'ellé produit ainfi
dans la métropole 2 eft compenfée par une
diminution égale dans fon propre fein. Difons
mème qu'il eft plus économiqne & plus conforme à l'ordre des chofes s que les denrées
foient confomméés aux lieux qui les fournif.
fent. On évite par là une multitude de pertes 5
de déchets & l'emploi des bras néceffaires aux
différens tranfports. Mais il n'elt plus queftion
d'intérèt entre la Noude tous ces calculs
velle-Aigleterre & fa métropole 5 elles fe féparent pour toujours.
chétif mortel de
S'il étoit permis à un
la parole à un peuple diftingué, je
porter <
il eft tems que vous oudirois :
Anglois,
vriez les yeux. Quels que (oient VOS fuccès
être VOS derniers
quels que puifent
25 paffés,
Cc
Mais il n'elt plus queftion
d'intérèt entre la Noude tous ces calculs
velle-Aigleterre & fa métropole 5 elles fe féparent pour toujours.
chétif mortel de
S'il étoit permis à un
la parole à un peuple diftingué, je
porter <
il eft tems que vous oudirois :
Anglois,
vriez les yeux. Quels que (oient VOS fuccès
être VOS derniers
quels que puifent
25 paffés,
Cc --- Page 416 ---
( 402 )
efforts,n'efpérez plus recouvrer des pro55
vinces courageufes, a irritées par votre or39
Quand vous parviendriez à en dé2> gueil.
truire tous les
à rendre cette vafte
9>
habitans,
contrée entiérement déferte pour la feconde
fois, ne penfez pas cependant qu'elle de-
>>
meure en votre pouvoir. Vous auriez alors
sp
de nouvelles puiffances fur les bras 3 que
>>
votre extrème ambition a forcées de s'élever
contre vous. Qu'attendez - vous donc pour
terminer une guerre qui vous épuife de plus
>>
55 en plus ?
Si, dès le principe de VOS établiffemens,
>>
au lieu d'écouter la voix d'une ambition trom-
>>
vous eufliez traité vos freres d'A5> peufe, 2
mérique comme des concitoyens, une al-
>>
liance cimentée par les bienfaits vous auroit
>>
fa durée. Riches de leurs richeffes,
35 garanti
vous euffiez trouvé chez eux, au befoin ,
5>
des tréfors immenfes & des amis fideles.
>>
Neuf cents lieues de mer vous féparent;
>>
mille tempêtes font entre eux & vous : la
>>
nature ne vouloit donc pas votre union. La
2>
douceur & l'égalité auroient cependant pu
>>
la former 5 mais l'avarice & l'orgueil devoient
>>
bientôt la détruire. >>
--- Page 417 ---
( 403 )
Les événemens les plus affligeans > qui fc
chaque jour fous nos yeux, fe perpaffent
imperceptible dans une
dent comme un point
confidération plus générale. Je vois, par exemle tiers d'une armée de
ple, à S. Demingue
de maladies
François & : d'Efpagnols périr
de trois mois, & le relte y
dans un efpace
eftde mème
perdre une partic de fa fanté. Il en
à proportion dans les autres isles d'Amérique.
Mais combieri d'hommes la guerre adtuelle
aux
n'a-t-elle pas coûté 5 particuliérement
Anglois! Il feroit fans doute affreux d'en faire
le calcul. Eux, qui ont dû faire face de tous
côtés, jufqu'au fond des Grandes-Indes, combien de terres & de mers n'ont-ils pas rougies
de leur fang!Qne l'on ajoute à ces pertes récentes celles qui iles ont précédées, & le démembrement qui va fe faire de leur colonie préreftera-t-il enfin? Des vaiffeaux
cieufe ; queleur
inutiles. Ainfi lAngleterre 2 qui fembloit être 2
de toutes les puiffances en relation avec P'Amérique, celle quiavoitle plus à s'en féliciter,
aura cependant beaucoup à s'en plaindre. Mais
faut-il ètre furpris de ce réfultat ? Ya-t-il rien
de plus abfurde de notre part que de prétendre
tirer parti, aul profit du genre humain, des
Cc ij
a-t-il enfin? Des vaiffeaux
cieufe ; queleur
inutiles. Ainfi lAngleterre 2 qui fembloit être 2
de toutes les puiffances en relation avec P'Amérique, celle quiavoitle plus à s'en féliciter,
aura cependant beaucoup à s'en plaindre. Mais
faut-il ètre furpris de ce réfultat ? Ya-t-il rien
de plus abfurde de notre part que de prétendre
tirer parti, aul profit du genre humain, des
Cc ij --- Page 418 ---
( 404 )
terres qui font fituées à deux mille licues de
nous, & de vouloir qu'un individu né près
du pole profpere dahs des régions brûlées par
le foleil?
Les différentes zones du globe ne doiventelles pas avoir chacune leurs habitans & leur
gouvernement? On fe plaint déjà que la plupart des empires d'Europe font trop étendus
pour être bien gouvernés, & l'on voudroit
cependant prolonger leur domination à travers
POcéan julqu'aux extrèmités du monde. C'eft
une incontéquence manifelte, dont la cupidité
fcule peut rendre raiion.
Oneft furpris saujourd'hui, quand on lit dans
Thiftoire que les Anglois ont été maîtres de
Calais, de Bayonnesjugez de ce que les peuples
d'Amérique penferont dans quelques fiecles,
àla fuite d'une révolution naturclle, lorfqu'ils
liront dans leurs annales 2 que la domination
de PEuropes'étendit pendant un tems au Pérou,
au Mexique, à la Louifiane 2 au Canada, &c.
L'état miférable du Portugal , en Europe
comme dans fes colonies du Bréfil, prouve
affez clairement que la découverte de lAmérique ne lui a guere été avantageule, N'eûtil pas mieux valu pour ce petit royaume 2 qu'il --- Page 419 ---
( 405 )
attaché à cuttiver fon fol & à détraire
fc fot
? Au lieu dc quinze cents mille
fes monalteres
aujourd'hui, fa popuames qu'on lui compte
millions. On
lation fe fat élcvée à plutieurs
la
d'ailleurs appliquer aux Portugais.
peut
2 fur le
plupart des réfexions qui précedent
de politique & d'induftrie que
mauvais gerire
dans le continent du
les Efpagnols ont adopté
de
Nouveau-1 Monde. Ceux - ci y cherchent
Tor; les autres, des diamans 3 & tousnégligent
Tagriculture.
fera furpris que le PorPerfonne enfin ne
foit prefque défert 2 en penfantà la grande
tugal
d'hommes que ce petit état-a
confommation
fe mèle d'entretenir des
dû faire, depuis qu'il
Huira
colonies. La découverte de TAmérique.
donc été funefte.
dans
Refte encore la Hollande à examiner
du Nouveau - Monde. Surifes établillemens
: Qn1 y
elt fa colonie la plus importante:
nam
habitations plantécs eil : cahers
voit pluficurs
fertiles ; mais la
dans des terrcins
& en.fucre
les fera bientôt abanfacilité du marronnage
donner.
connoiffent cette partic du conti
Ceux qui
la défertion y a déjà raffemnest,nfurent que
C cij
la Hollande à examiner
du Nouveau - Monde. Surifes établillemens
: Qn1 y
elt fa colonie la plus importante:
nam
habitations plantécs eil : cahers
voit pluficurs
fertiles ; mais la
dans des terrcins
& en.fucre
les fera bientôt abanfacilité du marronnage
donner.
connoiffent cette partic du conti
Ceux qui
la défertion y a déjà raffemnest,nfurent que
C cij --- Page 420 ---
( 406 )
blé plus de trente mille negres, qu'ils attaquent
fouvent les poffeflions Hollandoifes, & qu'ils
ne tarderont pas de s'en rendre maitres. Ce
fera l'ouvrage d'un chef entreprenant,
Dans une isle peu étendue, acceffible partout & cultivée > le marronnage ne peut être
fréquent, parce qu'il n'eft point impuni. Mais
dans un continent immenfe, ,où les vivres viennent abondamment avec peu de culture , où
l'efclave fugitif eft affuré de n'être point rendu
à fon maitre, de trouver au contraire parmi
fes femblables un afyle, des fecours & d'y jouir
comme eux d'une entiere liberté 2 imagine-t-on
pouvoir le retenir aifément? Auffi confideret- on les établiffemens de,Surinam comme trèsprécaires.
Les Hollandois poffedent encore deux ro.
chers dans les mers d'Amérique, S. Euftache
& Curaçao. Ils ne font rien par eux - mèmes 5 mais ils fervent de points de ralliement & d'entrepôts pour le commerce interlope: ces relations font d'ailleurs d'une trop
petite conféquence en bien ou enl mal. , pour
être mifes dans la balance des confidérations
générales fur l'Amérique.
Si la Hollande eft trèspeuplée 2 compa- --- Page 421 ---
( 407 )
de fon fol,
raifon faite avec la médiocrité
moins
qu'elle doit beaucoup
c'eft un avantage
- Monde qu'à
à fes poffeffions du Nouveau
à fes mades Grandes - Indes 3
fon commerce
à fon économie, à fa
nufactures d'Europe 2
à fon adtivité
perfévérance dans le travail,&
fes différens genres
infatigable. Mais puifque
les
d'induftrie ne tendent point à augmenter
fub@iftances, ils font plus nuifibles qu'utiles
nomau refte des hommes 3 ils en diminuentle
bre,au lieu de T'accroitre.
n'ayant que
Les autres peuples de PEurope
avec le
des relations très - foibies ou indiredtes aient
ne vois pas qu'ils
Nouveau - Monde, je
cependant
beaucoup à s'eu louer. Plusheureux
avec
le fréquentent, ils jouiffent
que ceux qui
de toutes les produ@ions
moins de facrifices,
que l'on en retire.
de funefte à vos
Mais tout ce que j'ai expofé
des mafacres
rien en comparaifon
yeux,et-il:
les premiers
innombrables qui ont fignalé
Qui pourroit
pas des Elpagnols en Amérique?
de leurs
lire fans horreur Phiftoire fanglante des Inconquètes ? Suppofez que le nombre
toujours falloit-il qu'ils
diens ait été exagéré,
millions
compofaffent un total de plufieurs
Cc iv
funefte à vos
Mais tout ce que j'ai expofé
des mafacres
rien en comparaifon
yeux,et-il:
les premiers
innombrables qui ont fignalé
Qui pourroit
pas des Elpagnols en Amérique?
de leurs
lire fans horreur Phiftoire fanglante des Inconquètes ? Suppofez que le nombre
toujours falloit-il qu'ils
diens ait été exagéré,
millions
compofaffent un total de plufieurs
Cc iv --- Page 422 ---
( 408 )
d'hommes , pour: former les cmpires confidérables qui ont étd anéantis.
La S. Barthelemi, les vépres Gciliennes,
dont Phorrible fouvenir fait encore frémir Phumanité 5 que font- elles en comparaifon d'un
fi grand crime?
Le plan d'un commerce infame femble fortir
enfuite des ruines du Nouveau - Monde'; le
pape y donna fa fanétion, il parut légitimeaux
peuples, & la traite des negres commença. (I)
- Mas c'eft bien la chofe la plus monftrueufe
que nous préfentent les annales du monde,
& l'on refufera fans doute d'y ajouter foi dans
des fiecles plus jultes &- plus éclairés que. celui oùt nous vivons.
Qnoi qu'il en foit, l'on: amie des navires
chargés d'cau-de-vie, de clincaillerie, d'armes à feu & d'étoffes. On les conduit fur les
côtes d'Afrique, ou Pon reçoit des hommes
cil échange des cargaifons.
Etrange commerce, qui avilit à la fois ceux.
qui en font l'objet, comme ceux qui ont la
turpitude de le tenter.
(1 Les Portugais furent les premiers à l'emplettc:
les Efpagnols fuivirent leur exemple 2 &c. &c. --- Page 423 ---
( 409, ))
parmi
- Laiguerre allumée depuis.long-tems terriblei
les Africains, n'en devint.que plus
irritée par de nouveaux defirs >'
Leur fureur,
Poffeffeurs de pti-:
s'augmenta de plus en plus.
ils les gardoient avec foin, atten-.
fonniers ?
le retour des vailleaux,
dant avec impatience
Eufin ces fortes.
pour en. demander le prix.
s'établirent avec tant. de facilité,
d'échanges
donnerent bientôt jufqu'à:
que les Africains
quelenfans pour fe procurer
leurs propres
des, bagatelles que les navigateurs
ques-unes
venoient leur offrir.
un.i
arrache
Depuis le tems que PEurope
nombre d'hommes à leur patrie 5 depuis
grand
fournit à l'Amérique
le tems que PAfrique
combien.
tous les efclaves que l'on y occupe 2
n'a-t-elle pas dû fouffrir! ! Eft-il
fa population
s'enfoncer
furprenant qu'il faille aujourd'hui
lieues dans les terà foixante & quatre-vingt
habitans ?
res, pour trouver quelques
l'on
Si, d'un autre côté, les negres que
colonies, loin d'y.profpérer,y y
tranfporte aux
de tems affez court;
fuccombent dans un cfpace
continuels ; n'eft-ce.
s'il faut des remplacemens
convaincante du mal-ètre qu'ils
pas une preuve
y éprouvent ?
fa population
s'enfoncer
furprenant qu'il faille aujourd'hui
lieues dans les terà foixante & quatre-vingt
habitans ?
res, pour trouver quelques
l'on
Si, d'un autre côté, les negres que
colonies, loin d'y.profpérer,y y
tranfporte aux
de tems affez court;
fuccombent dans un cfpace
continuels ; n'eft-ce.
s'il faut des remplacemens
convaincante du mal-ètre qu'ils
pas une preuve
y éprouvent ? --- Page 424 ---
( 410 )
On fait que ces remplacemens montent à plus
de quatre-vingt mille negres par an. Quand
on ajoute à ce nombre prodigieux tous ceux
qui fe détruifent eux - mêmes, , ou qui meurent
de maladies dans les traverfées 9 ceux qui périf.
fent dans les combats qu'exige leur commerce
avec l'Europe : quand on confidere de plus, s
que l'on choifit pour efclaves la Aeur de la jeuneffe, c'eft- à- dire, la fource la plus pure &
la plus affurée de la population ; quels que foient
Ja fécondité des négreffes & leur penchant à
l'amour, il ne faut pas ètre furpris que les vuides de nos confommations ne puiffent fe remplacer.
Ainfi la dépopulation des negres ira en augmentant de plus en plus, & les Européens
jouiront bientôt du double avantage d'avoir
dépeuplé l'Amérique & l'Afrique en un petit
nombre de fiecles, fans aucune utilité pour le
refte du monde.
Affreufe perfpective ! Syftème de deftruction, contraire à tous les voeux de la nature!
Mais, parce qu'un peuple eft affez barbare
pour vendre des hommes, l'on croit pouvoir
les acheter ! Au lieu d'employer cette fupériorité de lumieres dont on fe glorifie fi fort, à --- Page 425 ---
( 411 )
fur fes erreurs, à le civilifer, à lui
l'éclairer
combien il-eft plus avantageux
faire connoitre
l'on
de cultiver la terre que de la dévafter 2
à fa fimplicité, à fon ignotend des embiches
rance, & 011 le fait fans remords!
font
P'entends dire fouvent s que les negres
dont Texiftence elt toudes elfpeces de brutes 2
affez heurenfe, dans quelque lieu qu'on
jours
foient nourris.
les mene, pourvu qu'ils
qu'on leur fupMais la ftupidité naturelle
dont
pofe,afin de juftifier la maniere indigne
les
eft un outrage de plus que l'on
on
traite,
fait à leur efpece.
A-t-on jamais tenté quelque moyen pour
leurs facultés intelleétuelles ? Ou
développer mieux dire, que ne fait-on pas pour les
pour
au lieu de l'abrutiffeanéantir 2 Cependant,
devroit être la fuite de lignoment total qui
le
jointe à l'efclavage
rance la plus profonde,
dur, l'on eft fouvent forcé de convenit
plus
pour
eft très-rufé , très-ingénieux
quele negre
l'art de tromper
parvenir à fes fins; qu'il poffede
fubtil
degrés que PEuropéen le plus
au fuprème
d'une faute 9
a bien de la peine à le convaincre
s'il a
très-long,
même dans un interrogatoire
de
envie de la cacher. Sont- ce là les preuves
dur, l'on eft fouvent forcé de convenit
plus
pour
eft très-rufé , très-ingénieux
quele negre
l'art de tromper
parvenir à fes fins; qu'il poffede
fubtil
degrés que PEuropéen le plus
au fuprème
d'une faute 9
a bien de la peine à le convaincre
s'il a
très-long,
même dans un interrogatoire
de
envie de la cacher. Sont- ce là les preuves --- Page 426 ---
( 412 )
cette ftupidité qu'on leur fuppofe dans. d'au.
tres tems?
La barbarie (I) des negres n'eft malheureufèment que trop prouvée par-le commerce
qu'ils entretiennent avec PEurope. Mais depuis que l'amour exceffif des jouiffances s'eft
introduit dans plufieurs états, je ne fais Gi
l'on refuferoit d'y vendre des citoyens aux
Chinois, fuppofé que l'on ne pût avoir leur
porcelaine & leurs magots qu'à ce prix.
Quand les negres d'ailleurs feroient encore
plus ignorans ou plus barbares qu'ils ne le font
réellement, croyez-vous que leur exiftence en
fût moins précieufe àla nature? Le ciel prendil moins d'intérêt à ui fauvage qu'à u1l fousfermier? Chaque nation n'a-t- ellepas fes opinions & fes jouillances ? Le peuple le plus
cher au Créateur, s'il en eft un, eft celui qui
vit paifiblement fur le fol où il eft né, qui
n'en, fort que pour être utile à fes voifins;
non pour les conquérir, bien moins encore
pour les détruire. Et jugez d'après cela fi les
(I) La barbarie eft le commencement ou la fin
des peuples les plus illuftres. Elle n'exclut point l'apcitude aux connoiffances. --- Page 427 ---
( 413 )
feroient pas à fes yeux le derEutopéens ne
nier de tous les peuples.
la
Toi,qui régis Punivers 5 toi, dont puifréfance auffi évidente quincompréhenfible
entiere & les biens & les
pand fur la nature
décrets étermaux; faut-il, pour remplir tes
&
nels,qu'il y ait parmi nous des efclaves
comme l'on - voit des calmes &
des tyrans 2
à Pharmonie des élédes orages concourir
des ètres !
mens & à la reproduétion
de comIci, la peau blanche eft un titre
confacré par la politique & par
mandement,
eft la
les loix ; la couleur noire au contraire
livrée du mépris. Les uns frappent, les autres
Toutes ces différences émanent-elles
gémillent.
ou de la dépravation hude l'ordre général,
maine?
Apprends- :- moi Gi Pon peut ètre propriétaire
fi la force
ici fans être coupable 5 apprends-moi
fans bornes eft un droit légitime,
employée
au-delà
ou G clle devient un crime, employée
du néceffaire.
fe
Que le fauvage affamé arrache 2 pour
le fruit qui appartient à un autre;1 le
nourrir, ,
violence. Mais que des
befoin ordonne cette
fans mefure & fans entrailles convoluptueux
maine?
Apprends- :- moi Gi Pon peut ètre propriétaire
fi la force
ici fans être coupable 5 apprends-moi
fans bornes eft un droit légitime,
employée
au-delà
ou G clle devient un crime, employée
du néceffaire.
fe
Que le fauvage affamé arrache 2 pour
le fruit qui appartient à un autre;1 le
nourrir, ,
violence. Mais que des
befoin ordonne cette
fans mefure & fans entrailles convoluptueux --- Page 428 ---
( 414 )
damnent des millions d'hommes à la fatigue ;
à la mifere, aux mauvais traitemens & à Poubli de leur augufte caractere, pour fe procurer
des jouiffànces auffi vaines qu'inutiles 5 voilà
ce que mon efprit ne peut concevoir fans horreur. Tel eft cependant le tableau général des
colonies.
Qui n'appercevroit pas à préfent l'influence
malheurcufe du Nouveau-Monde fur P'ancien ?
Quel eft Fhomme embarraffé de répondre aux
dernieres parties de la queftion de M. l'abbé
Raynal ? -
G Sil'Amérique a produit des biens, quels
9> font les moyens de les conferver & de les
25 accroitre?
>> Si elle a produit des maux, quels font
>> les moyens d'y remédier ? >9
Comptera - t- o11 pour des biens quelques
productions dont on ne peut fe pourvoir
fans détruire plulieurs peuples à la fois, qu'un
luxe infatiable demande & que Phumanité refufe, qui ne nourrifent perfonne & qui coûtent la vie à un G graud nombre d'infortunés?
Ne feroit -ce pas un crime d'apprendre aux
Européens pofieffeurs de PAmérique , par quel
moyen ils pourroient y accroitre leurs cul- --- Page 429 ---
( 415 )
puifqu'ils ne le feroient qu'en étendant
tures,
leurs
davantage leur tyrannie & en augmentant
? Bien loin de réveiller l'attenpropres pertes
fur l'exploition des différens gouvernemens
colonies
vicieufe de leurs
tation généralement de fertilité qui en eft la
& fur l'épuifement
du
laiffons-les s'affoupir fur la propriété
fuite ,
mème, s'il eft poffible, l'infmoment. Hâtons
de l'ancien
tant defrable 2 où les peuples
ruimonde, fatigués par les frais d'une culture
forcés d'abandonner le fol
neufe, fe verront
eft Pobjet. Le refte des malheureux
qui en
s
negres que lon y a entrainés, 2 libres pourlors
entre eux ces mèmes terres que
partageront
cultiver avec
les Européens ne pourront plus
fruit, & ils y trouveront une fertilité fuffifante
leurs befoins. On en verra fortir des
pour
qui rendront peut-ètre
effaims de générations
des
auffi nomau Nouveau - Monde
peuples
breux que ceux que l'on y a détruits. Mais
s'il arrivoit, par un malheur étrange, que cette
& s'éteibafe de population ne pût profpérer
entiérement, fon anéantiffement ne feroitgnit
actuel d'exploitail pas préférable au fyftème
tion ?
de n'ètre entrée
Je te félicite, 6 ma patrie,
ètre
effaims de générations
des
auffi nomau Nouveau - Monde
peuples
breux que ceux que l'on y a détruits. Mais
s'il arrivoit, par un malheur étrange, que cette
& s'éteibafe de population ne pût profpérer
entiérement, fon anéantiffement ne feroitgnit
actuel d'exploitail pas préférable au fyftème
tion ?
de n'ètre entrée
Je te félicite, 6 ma patrie, --- Page 430 ---
4 978-
( 416 )
pout rien dans les crimes que je viens de dé:
peindre ! Plus heureufe dans ta médiocrité que
les royaumes les plus opulens, plus redoutable
pour tes ennemis 2 la paix & la liberté font
les fruits de ta fageffe.
Chez toi, l'on ne cornoit point le fafte accablant de ces hommes privilégiés, ni l'extrème
mifere. Tous tes habitans marchent à peu près
du même front, avec plus ou moins de fuperfu.
Ils ont des lumieres, de la vertu sils s'aiment :
avec de fi grands biens n'eft - on pas heureux!
FIN. --- Page 431 --- --- Page 432 --- --- Page 433 ---
E785
G526v --- Page 434 ---
S