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Dk
Jabir Carter Broiun
Mibrang
Bromnt Antwersity
KNOWLTON 1765
- --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 ---
VOYAGES
D'UN
NATURALISTE,
ET SES OBSERVATIONS
FAITES sur les trois règnes de la Nature, dans
plusieurs ports de mer français, en Espagne, au
continent de l'Amérique septentrionale, à SaintYago de Cuba, et à St.-Domingue, où l'Auteur
devenu le prisonnier de 40,000 Noirs révoltés,
et par suite mis en liberté par une colonne de
l'armée française, donne les détails circonstancics
surl'expédition du général Leclerc;
DEDIES à S. Ex. Mgr. le Comte DE LACÉPÈDE,
Grand Chancelier de la Légion d'Honneur, membre du Sénat,
de lInstitut, etc.
PAR M. E. DESCOURTILZ,
Ex- + Médecin Naturaliste du Gouvernement, et Fondateur du
Lycée Colonial à St.-Domingue.
Multa latent 272 majestate Naturce.
PLINE, Hist. nat. Pram.
TOME TROISIEME,
PARIS.
DUFART, PÈRE, LIBRAIRE-ÉDITEUR.
1809. --- Page 6 --- --- Page 7 ---
AVANT-PROPOS.
CEST autant pour servir 'Histoire
naturelle, que pour charmer la monotonie de ma triste existence, l'ennui
périodique de jours trop longs écoulés
lentement au milieu d'hommes sauvages,
ignorans et jaloux; que je me suis décidé à mettre à contribution mes foibles
moyens pour rassembler divers faits historiques, dont j'étois le témoin oculaire
dans des parties d'amusemens que des
amis imaginoient pour m'égayer.
Enivré du désir d'être utile, les premiers pas faits avec un certain avantage,
m'ont porté à diriger plus noblement
ma course dans une carrière, étendue
à la vérité, mais piquante pour ma curiosité assidue.
Peiné des débats existans sur un point
obscur de l'Histoire naturelle, je me
suis hasardé de travailler à l'éclaircir;
etc'est pour J parvenir quej'ai souvent
A 3 --- Page 8 ---
-
AVANT-PROPOS
vj
encore
risqué ma vie, et concentré
mes
davantage ma solitude pour parfaire
souriantes à mon activité.
ébauches déjà
étudié les ruses,
J'ai scruté, sondé,
Crocodile de
les moeurs et la nature du
Caiman,
St.-Domingue, quiy est appelé
de mes études
et c'est le récit didactique
que
sur le mème objet,
souvent rappelées
voit à
dénomme sous le titre qu'on
je
De là, partant
la tête de cet Ouvrage.
me suis
certitude, je
d'une presque division des chapitres, et
occupé de la
du soin des détails qui ne peuvent qu'inun ami de P'étude et un contemtéresser
plateur zélé.
DIVISION DE LOUVRAGE (1)-
j'ai cru
Dans le premier Chapitre, PHistoire
devoir démontrer Putilité pour
des
naturelle, de donner une idée juste
T'anatomie comparée
() J'achevai à St.-Domingue mais des événemens
du Caiman de celte ile, en 1800; de T'offrir à la classe
malheureux ne me permirent
de PInstitut,
et mathématiques
des Sciences physiques
à cette époque mon
qu'en mai 1807. Je communiquai
j'ai cru
Dans le premier Chapitre, PHistoire
devoir démontrer Putilité pour
des
naturelle, de donner une idée juste
T'anatomie comparée
() J'achevai à St.-Domingue mais des événemens
du Caiman de celte ile, en 1800; de T'offrir à la classe
malheureux ne me permirent
de PInstitut,
et mathématiques
des Sciences physiques
à cette époque mon
qu'en mai 1807. Je communiquai --- Page 9 ---
AYANT-PROPOS.
vij
différences qui se trouvent exister entre
plusieurs espèces de Crocodiles trop souvent confondus, et enrichir cette classe,
de la description d'un individu qui n'a
pas encore été décrit, ainsi qu'on en
peut juger par le tableau comparatif.
Le second comprend sa physiologie
raisonnée, que m'a fourni un examen
sévère.I Ilestterminé parla récapitulation
de ses proportions métriques.
Dans le troisième j'ai placé son ostéologie raisonnée, où je donne à admirer
la structure intéressante du reptile amphibie : il est également suivi de la proportion des mesures du sujet.
Le quatrieme fait mention des particularités qui existent dans la myologie
de ce reptile. Ce n'est qu'un rapport
travail à M. Geoffroi Saint-Hilaire, occupé alors
al la confection de son Mémoire sur la détermination
des pièces qui composent le crâne des Crocodiles
(woyez les Annales du Muséum d'Histoire naturelle,
tome X, pl. 249); et je fus assez heureux pour m'être
rapporté en grande partie avec la nomenclature de
ce savant observateur, qui m'accueillit avec laffabilité
et Tindulgence du vrai talent.
A 4 --- Page 10 ---
AVANT-PROPOS
viij
point faire un
succinct, ne prétendant
traité complet d'anatomie. connoissance
Le cinquième renfermela
bien
véritablement'
de sas splanchnologie, autres animaux.
disparate de celle des
obserLe sixième expose au curieux
l'examen intéressant des parties
vateur
dans le mâle et la
de la génération
femelle.
connoissance
Dans le septiomejedonne des détails
des préludes de son amour,
et de lage anquel
sur son accouplement,
: assertions appuyées
il peut produire
d'un tableau tracé par lexpérience.
On voit dans le huitième quels sont
soins du mâle et de la femelle avant
les
et J après la ponte.
arrive successiDans le neuvième on
et à sa
vement à la naissance du petit,
position dans Pceuf.
de
Dans le dixième je rends compte
des ruses qu'il emploie, et
ses moeurs,
odorat.
de la finesse de son
la chasse
Je décris dans le onziëme, bord de
qu'on lui fait aux lagons et au
.
On voit dans le huitième quels sont
soins du mâle et de la femelle avant
les
et J après la ponte.
arrive successiDans le neuvième on
et à sa
vement à la naissance du petit,
position dans Pceuf.
de
Dans le dixième je rends compte
des ruses qu'il emploie, et
ses moeurs,
odorat.
de la finesse de son
la chasse
Je décris dans le onziëme, bord de
qu'on lui fait aux lagons et au --- Page 11 ---
AVANT-PROPOS.
ix
l'eau;la manière de découvrir les nichées
au frais de la femelle, le danger éminent
de cette chasse, et la curiosité souvent
punie.
La chasse au canot, purement récréative et nullement à craindre, fait le sujet
du douziëme.
Je termine dans le treiziëme, P'histoire
des chasses par celle la plus à craindre,
et pour laquelle il faut des précautions
bien rigoureuses, je veux dire la chasse
aux repaires.
J'assure aux Lecteurs la régularité des
proportions dans les dessins attachés à
cet Ouvrage; toutes ont été compassées,
après avoir été soumises à une échelle
de réduction.
J'enrichirai ce travail de plusieurs
observations qu'ont bien voulu me
communiquer Mrs Cuvier et Geoffroi
Saint-Hilaire, depuis sa présentation à
l'Institut national, mais ce n'est point
à titre de plagiat. Il est doux pour ma
reconnoissance, de concourir à la célébrité de ces savans observateurs. En --- Page 12 ---
KS
-
- -
X
AVANT-PROPOS.
citant leurs noms, c'est poser un fleuron
de plus à la couronne brillante dont la
Renommée les a déjà immortalisés.
Le desirderendrethistoire du Caiman
intéressante pour tous mes Lecteurs 2
m'a également déterminé à réduire à
cinq les trente - cinq planches de son
anatomie comparée, dont je réserve la
publication pour les Observateurs et
les Etudians en ce genre. J'ai préféré
flatter loeil du Lecteur par des planches
variées et plus récréatives, qui compléteront le nombre dont le volume est
orné. --- Page 13 ---
VOYAGES
D'UN NATURALISTE.
HISTOIRE NATURELLE
DU CROCODILE DE SAINT-DOMINGUE,
APPELÉ CAIMAN;
Suivie de Notices sur ses moeurs, les diverses
manièresdele chasser, les ruses qu'il emploie,
et l'utilité de le détruire.
CHAPITRE PREMIER.
Utilité, pourlHlistoire naturelle, de donner
une idée juste du Crocodile de SaintDomingue > afin d'éviter une confusion
déja trop grande dans les nomenclatures.
Tableau comparatif. Parallèle dus squelette
avec celui du Crocodile du Nil. Ilappartient
plutôt au Crocodile qu'au Caiman, décrit
dans la nouvelle Encyclopédie 3 mais c'est
une espèce particulière, 3 et qui n'atteint
jamais la taille de celui du Nil
Cr n'est sûrement pas le reptile appelé à
Saint-Domingue, caiman , que M. l'abbé Bounaterre a décrit dans la partie erpétologique
(1) L'étymologie du mot crocodile, dit M. Geoffroi
du Crocodile du Nil. Ilappartient
plutôt au Crocodile qu'au Caiman, décrit
dans la nouvelle Encyclopédie 3 mais c'est
une espèce particulière, 3 et qui n'atteint
jamais la taille de celui du Nil
Cr n'est sûrement pas le reptile appelé à
Saint-Domingue, caiman , que M. l'abbé Bounaterre a décrit dans la partie erpétologique
(1) L'étymologie du mot crocodile, dit M. Geoffroi --- Page 14 ---
VOYAGES
de l'Encyclopédie, par ordre de matières, dont
il s'est chargé, où il eût été trompépar de fausses
instructions, pardes resighsmyminigiaires,
par des figures idéales, en confiant au graveur
l'exécution des planches, sans s'assurer de la
Saint-Hilaire (Annales du Muséum d'Histoire naturelle), vient, d'après Hérodote, liv. II, chap. 691, 9
de xpoxos et DEinos 2 littéralement safran et timide,
qu'on a prétendu que le lézard d'Ionie ne pouvoit
parce
la vue, ni l'odeur du safran. Voyez Cic. de
supporter naturd Deorum; et Plin., liv. VIII, chap. 28. Il est
bien reconnu, continue M. Geoffroi Saint-Hilaire,
qu'ily a en Egypte deux espèces de crocodiles; l'un
d'un caractère farouche et indomptable, et l'autre
appelé suchos, dont le caractère plus doux est susceptible d'être apprivoisé. C'est cette espèce qu'on employoit au service des autels. Le culte superstitieux des
les crocodiles étoit siabsurde et si contre
Egyptiens pour vit des pères se réjouir d'avoir vu ces
nature, révérés qu'on dévorer leurs enfans!!! Il est appelé
dieux
les côtes
Les habitans de
alligator sur
d'Afrique.
dit
Thébes ont tant de vénération pour le crocodile,
qu'on le nourrit de la chair des
aussi Hérodote,
on le
victimes; ; et quand il meurt, on Tembaume,et Saintdépose dans une caisse sacrée. M. Geoffroi
plusieurs de ces momies
Hilaire a rapporté d'Egypte
les'
quil trouva dans les catacombes, où l'on enterroit
habitans de la ville de Thébes. Ces têtes embaumées
sont ornées de pendans d'oreilles d'or ou de pierres
factices. La ville d'Arcinoë leur fut consacrée.
Hérodote,
on le
victimes; ; et quand il meurt, on Tembaume,et Saintdépose dans une caisse sacrée. M. Geoffroi
plusieurs de ces momies
Hilaire a rapporté d'Egypte
les'
quil trouva dans les catacombes, où l'on enterroit
habitans de la ville de Thébes. Ces têtes embaumées
sont ornées de pendans d'oreilles d'or ou de pierres
factices. La ville d'Arcinoë leur fut consacrée. --- Page 15 ---
D'UN NATURALISTE.
conformité des caractères de l'animal, par des
personnes qui ont eu occasion d'en examiner
avec attention.
A la première observation,je vis quelereptile
meurtrier de Saint - Domingue n'avoit point
encore été décrit, et qu'on ne devoit pas même
le comparer au caiman de Bonnaterre, anquel il
est fort éloigné de ressembler, et pour les formes
et pour les caractères des nomenclateurs. Il appartiendroit plutôt au crocodile du Nil, mais
c'est une espèce particulière qui ne parvient
jamais à la taille du dernier, duquel il diffère
encore, sous beaucoup de rapports. C'est donc
avec l'intention pure d'éclairer I'Histoire naturelle, sur un point jusqu'à présent obscur,
quefai projeté l'étude de ce reptile avec toute
l'assiduité d'un amateur passionné.
Tout favorisoit mes intentions dans cette contemplation intéressante:" voisin dedeux rivières,
l'Ester et PArtibonite, qui en sont infestées, et
dont les canaux arrosent nos jardins,j'étois bien
à même de m'en procurer à volonté. Aussi
sortois-je, avec la certitude du cuisinier qui va
faire son choix dans une basse-cour bien pouplée.
Je dois rendre justice à Tautoriddelagentda
gonversenentfratqaisy M. Roume, qui,m'ayant
pris sous ses ailes bienfaitrices, m'a facilité la
confection de cet ouvrage compliqué; puisque --- Page 16 ---
VOYAGES
dans
c'est à la faveur du titre de naturaliste,
de continuer mes recherches,
son autorisation
écartés du théâtre
que beaucoup d'individus,
m'offrir
de mon travail, se sont avancés pour
leurs services.
travail difficile,
Mais ce qui m'a rendu ce
c'estl'imposibilité de trouver un aide intelligent
et manuels; car
pour les besoins mécaniques
table,
On m'évitoit jusqu'à
tous me fuyoient.
comme
où on me servoit à boire et à manger,
de ses mains, tant l'odeur
à un être impuissant
sur mes
forte et désagréable étoit imprégnée
mes soins de macérer souvent
vêtemens, malgré
appelle ici,
entre mes doigts, la plante qu'on
dont Todeur aromatique
herbe aux caimans,
anatoneutralise celle puante des préparations
de cet animal. 1l m'a fallu disséquer
miques
cinquante-sept sujets pour achever mon ouvrage,
point mes pcines, et voulant tirer
n'épargnant observations la vérité telle qu'elle doit
de mes
Mais,
paroitre, et qu'on la promet au public (1).
tant ostéolo-
() Ces cinquante-sept préparations destinées aux
giques que viscérales et musculaires, hélas! la proie des
divers cabinets impériaux, furent,
et deux mille
flammes 2e ainsi que toute ma fortune, avoient été mises
cent de mes planches manuscrites qui
d'une étude
au net, et étoient l'ouvrage de six ans
assidue et d'un travail opiniatre,
oitre, et qu'on la promet au public (1).
tant ostéolo-
() Ces cinquante-sept préparations destinées aux
giques que viscérales et musculaires, hélas! la proie des
divers cabinets impériaux, furent,
et deux mille
flammes 2e ainsi que toute ma fortune, avoient été mises
cent de mes planches manuscrites qui
d'une étude
au net, et étoient l'ouvrage de six ans
assidue et d'un travail opiniatre, --- Page 17 ---
DUN NATURALISTE.
reprenons l'étude du reptile carnassier de SaintDomingue.
Je vais faire entrer en parallèle, dans un
tableau comparatif, cinq de ces animaux de la
même famille, que l'on confond, faute de les
examiner attentivement. Je veux parler du crocodile du Nil, chef de cette famille redoutable;
de celui de Saint-Domingue, auquel je conserverai le nom de caiman, qu'il a dans le pays;
du fouette-queue, du gavial, et du caiman de
Bonnaterre (1).
() Le célèbre Cuvier, dans son savant mémoire
sur les différentes espèces de crocodiles vivans, et sur
leurs caractères distinctifs, duquel il a daigné me faire
le don, et où il annonce avec obligeance mon travail
sur celui de Saint-Domingue, compte douze espèces
parfaitement distinctes, savoir :
Classis. Amphibia.
Ordo, Sauri.
Genus. Crocodilus.
Dentes conici, serie simplici. Lingua carnosa, lata,
ori affixa. Cauda compressa, supernè carinata serrata.
Plantae palmatee aut semi-palmatee. Squamae dorsi,
ventris, et caudae, latae sub-quadratee.
* Alligatores.
Dente infero utrinque quarto, in fossam maxille
superioris recipiendo, plantis semi-palmatis.
I. Crocodilus lucius.
Rostro depresso parabolico, scutis nuchae quatuor
habitat in Americà septentrionali. --- Page 18 ---
VOYAGES
Voyez ci-joint le tableau comparatif, et successivement celui du parallèle des squelettes,
qui achève la détermination.
2. Crocodilus sclerops.
Porca transversa inter orbitas, nucha fasciis osseis
quatuorecataphracta. (Seb. I, tab. 104, f. Io.) Habitat
in Guyanà et Brasiliâ.
3. Crocodilus palpebrosus.
Palpebris osseis, nucha fasciis osseis quatuor cataphracta. Habitat.
4. Crocodilus trigonatus.
nuchae
carinis
Palpebris osseis, 2 scutis
irregularibus
elevatis trigonis. (Seb. I, pl. 105, f.5.) Num variet.
praecedet.? Habitat.
** Crocodili.
Dente infero utrinque quarto 2 per scissuram maxillae
superioris transeunte, plantis palmatis, rostro oblongo.
5. Crocodilus vulgaris.
Rostro sequali, scutis nuchee 6, squamis dorsi quadratis,sex fariam positis. (Ann. mus. Paris,x, tab.5.)
Habitat in Africâ.
6. Crocodilus biporcatus.
Rostro porcis 2 sub parallelis, scutis nuchae 6,
squamis dorsi ovalibus, octo fariam positis. Habitat
in insulis maris indici.
7. Crocodilus rhombifer.
Rostro convexiore, porcis 2 convergentibus, scutis
nuchee
nuchee 6, squamis dorsi quadratis,sex fariam positis. (Ann. mus. Paris,x, tab.5.)
Habitat in Africâ.
6. Crocodilus biporcatus.
Rostro porcis 2 sub parallelis, scutis nuchae 6,
squamis dorsi ovalibus, octo fariam positis. Habitat
in insulis maris indici.
7. Crocodilus rhombifer.
Rostro convexiore, porcis 2 convergentibus, scutis
nuchee --- Page 19 ---
N. Tome III, pape 16. TABLEAU CONPARATIF
Des différences de conformations entre des Reptiles souvent confondus, Ten d'enx n'ayant pas encore de déerit
". LE CROCODILE DU NIL (). LE CROCODILE DE SAINT-DONINGUE, LE CAIMANDET BONNATEERE,
Appele Caiman. Plancle 1, O,Caumanalwmeates Crsebiflocsedoregnse LE FOTETTE-OCRCE
-
(SCsTiDEn.)
In Riteahonade, aplatie sur son S munet ou Mémes caractères; la peau adhérente à la téte Ia téte Tamste,
siac. avaut cux trous desysiterminee par ull SanS étre ridée, maiictenue par desexcavations retroussé,
arrontie; le musent court, Tatiteabingde Hutpehsewebies 1
musean un peu anondi,
pouctuées. Gailles; 1h foutienf. bouledoguey el couvert de grandes museau sapdati, Ingnetcba
Liw
T. avertore del gueule se fit sentir jusqpraul Méme ouverlure le condylome bien
Plus courte
Sladesvreilles: lecondyleme de lal bsenest pas dans tout son reploiment ovalaire. marqué att dessous. ouvestue; Lsemlyleme plee plus Tonvertme del gede ne degssant j le
arspeé
relle Pat de cenlylme
E
La michoire supérieure longue, et recou- Mémes caractères. Mémes
vrant les dents antérieures Tathen bas. dispositions. Semblables mesures. M -
Bet-staaadhuenel, utecheopr Les dents de méme,
en
IAPRIES. Tangaseor. iuégales grosseur et Aucune apparence d'alvéoles; les dents égales. Loduspeabies
deséchanerures dela supéuicure. (M. Cuvier.)
Oprneage Sacdhepee michiie e les srmt Trente-huit dents à la michoire supérieures et J'en dans In
pàintues, un peu recourbdes vers In freute alinféricure;
striées
comple, à
figure de T'Encyclopédie, Ln mbisersplitame,t 1pn deqrare
FELE ueule, grosseur jnégale, et disposces sur adulte, un peurecoucbées, coniques, d'une grosseur jusqualage vingt-six chaque et recourbées. machoire; elles sont toutes : coty
bosude oooute loncoe I
mour ngce
et sur un seul rang. inégale, égaics, coniques
sile. tarepsapasats
- -
nichoire Jes.leet supérieure. dent onteérienres Les du las tevessant le Ce Croraaie a h dirime du laut et. les) Ins deux dents du bee paronsent dépasse: Les deux dents ne dépassant pas le museau. 1 1e
Nlusi
dans quatrièmes des qui sont les 4 et Iine du bns plus longues que leur voisine;" le museau quoiqu'on n'aperçuive les
slongues, passent
et nc
pas
1 sedetlsedens le CICaX échancrures, de Tr mnac hone méme caractère pour les dents du bas.
a h dirime du laut et. les) Ins deux dents du bee paronsent dépasse: Les deux dents ne dépassant pas le museau. 1 1e
Nlusi
dans quatrièmes des qui sont les 4 et Iine du bns plus longues que leur voisine;" le museau quoiqu'on n'aperçuive les
slongues, passent
et nc
pas
1 sedetlsedens le CICaX échancrures, de Tr mnac hone méme caractère pour les dents du bas. conduits. péeme,
Le bout du museau d'un disque cartila- Méme conformation
el - ul piies ent naines
Tun de Tautre comme deux les croissans placés près: Leccaractimes niat assez determnts Can l Les narines placées positivement au bout dul Point d'apparence de narines. uA censans,
minapseespar
festous. figure, pour pronoacer,
museau, en forme de croissans adossés. roissant Lesyeurgnes, pas très-rapprocl StH des sommet hés. del la téte, ne pa- Les vour MReatbomtastaw@saeri ic senunetdela Lsyeur saillans, maksfscntsfoad Jantre Lesyex grox t rplads
To
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téte,
fee 1s W
Lsceses tespsesets vu dessis du niveaudes De méme la valve, se rabat devant lou- orriliec
dessonoda
yeux. qui
Les dericseet
peveast Ledee 2n6 I ver
las aei ta Pw lm 11
vesture eu feomesur borlse
e yvs IC do nahante
gootre de Re
Le cou chargé de tubercules. Leow garni de deux armures distinctes tu- Le cou garni de saillics proéminentes. Le cou garni de plis sans saillies appareutes. Le cou garni de quatre tubtrosités circulaires. bereulées. Mpt. Chemde pede da
1 M Ce He A:t
H
a --- Page 20 ---
Saile du Tabl.an camparalif. LE CAIMAN DE BONNATERRE,
LE CROCODILE DE SAINT-DOMINGUE, O.Camana.luncues a Crorwlidusselongs
LE FOLETTE-OCEUR
LE
LE CROCODILE DU NIL. Appele Cauman. Planchek,
(SCENEIDER). GAVIAL
et Jes' Le recouvert d'e écailles sous diverses! figuie es. Le corps revétu d'écailles rhomboides
. 0rp ame degmuncoes de tebep- Idem miclorh bandes point régubères,
corps
sur rangées transversales. disposées mais Méme les disposition d'écailles que le crocodile,
ab abare,
telaescules non pleera potat nommé. tubercules plus nonbreux sur le dos. Lstmcote tubenndes vnt phucflevies dans Méme position. A peu près la même,
Les écailles sont prescqu'égales. Les caroucules des llancs, innombrables. leshods a dis dellas spuealas leceatre
Levesbepumboes
Idem, et à compartimens carrés. A écailles raboteuses. Garni d'écailles unies et comme rayées super- Lisse el à compartimens carrés. Giciellement. Q.tmedayhdomisegulnsésydboutronpaurse Méme configuration. Quatre doigls derrière séparés et pourvus Cinq doigts derrière palmés et pourvus dongles. Qustre doigts d'ongles; les deax extdingles
d'ongles. rieurs à moilié Funa
Coglsaedegpeapads, souventnrétant pout Cing doigls devant séparés, dont trois seu- Cinq doigfs devant séparés 1 tous pourvus Cinq doigts devant séparés, garnis d'ongles Cinq duigts le devant onglés, et une petite memtons pinsusofonztes.
inq doigts derrière palmés et pourvus dongles. Qustre doigts d'ongles; les deax extdingles
d'ongles. rieurs à moilié Funa
Coglsaedegpeapads, souventnrétant pout Cing doigls devant séparés, dont trois seu- Cinq doigfs devant séparés 1 tous pourvus Cinq doigts devant séparés, garnis d'ongles Cinq duigts le devant onglés, et une petite memtons pinsusofonztes. lement sont pourvus d'ougles. d'ongles. crachus. brane entre second et le troisième. Lespielarnes dépermns litnaux el cartila- Mêmes caractéses; lecéperons bien prononcés; On n'y veit point dvperons latéraux (caractéres Les éperons seulement apparens aux paltes de Mémes caractères bien visiblement distinets. mne; sentiledenereprinés
les pieds de derrière palmés. propres aux Caimaus). derière. L squeee ofute de deux rmes de tobercules La garnie de méme, d'abord de deux Les écailles de la queue embrasseut la moitié La queue ornée pareillement de deux rangs de Sa qucue semblable à celle du Caman de
priees en tme de crétes peesquomonhes se rangs LEHE crétes inmelleuses, mais plus distinctes, de sa circonférence, et se recouvrent les unes sur tubercules, en crôle, courte et recourbée. Saint-Domingue. omnseast en aseul rang a use ceraine d.ataure plus flexibles, arrondies; augmentant de les autres,
de son estienade
longucur ou "atl CEPtL forment pls quun rang,
Taqsenerrsinante, aUsst longue que le corps, La queue trainante, aussi longue que le corps, La queue SUF la figure de TEucyclopédie, ne Sa seule dénomination doit cesser de le faie La queue aussi longue que le et
psi
pamis prse de invtoutee sPs praporious que t m instroeuse a sa naissance par sa circon- paroit pas aussi longue que le corps; elle est méprendre avec le Caiman de Saint- Domingue, roissant conforme RuX proportions celle du
celle da a1 Je D. FEW
Com Sant- omingue. férence. arquée et retroussée. qui D'a pas la méme souplesse dans la queue, Caran de Saint-Domingue. Sacouleur est tantôt jaunitre tachelée de brun, Mémes
d'après les diverses gradua- On nc dit point sa couleur. Eucyclop. méthod. Les écailles sont d'un jaune de safran foncé et Point de rensoignemens sur sa couleur. fimtenfunvetsteawer decbandes bruues, tantôt tions ou on FIRTL rencontre car plus ilvieillt, plus Epetolgie, page35. mélangé de brun. ledos brun aveodes! bandesjaunes. les couleurs rembrunissent à quatre pieds sa robe
est dans toute son élégance. O.diqiealingeurs est quelquefuisde vingt- lla, à plus grande taille, seize pieds et demi Oa dit que S7 taille est quelquefois de vingt Sa taille m'est inconnue. Jignore aussi le période de sonl accroisimppmesd-sorcant deconcoméven.e. sur cinq a circonférence. pieds. sement.
mélangé de brun. ledos brun aveodes! bandesjaunes. les couleurs rembrunissent à quatre pieds sa robe
est dans toute son élégance. O.diqiealingeurs est quelquefuisde vingt- lla, à plus grande taille, seize pieds et demi Oa dit que S7 taille est quelquefois de vingt Sa taille m'est inconnue. Jignore aussi le période de sonl accroisimppmesd-sorcant deconcoméven.e. sur cinq a circonférence. pieds. sement. CONCLUSION
Comme il existe des différences dans les caractéres des deux preniers seulement comparables, un nouvel examen décidera si l'espice n'est véritablement pas la môme. --- Page 21 --- --- Page 22 --- --- Page 23 ---
D'UN NATURALISTE.
nuchae 6, squamis dorsi quadratis sex fariam positis 5
membrorum squamis crassis, carinatis. Habitat
8. Crocodilus galeatus.
Crista elevata bidentata in vertice, scutis nuchae 6.
(Hist. anim. Paris; t. 64) Habitat in India, ultra
Gangem.
9. Crocodilus biscutatus.
Squamis dorsi intermediis quadratis, exterioribus
irregularibus subsparsis, scutis nuche 2. Habitat..
IO. Crocodilus acutus.
Squamis dorsi intermediis quadratis, exterioribus
irregularibus subsparsis, scutis nuchae 6, rostro productiore ad basim converso. (Geoffr.an. mus. Paris, II,
tab. 57-) Habitat in magnis Antilis.
*** Longirostres,
Rostro cylindrico, elongato, plantis palmatis.
II. Crocodilus gangeticus.
Vertice et orbitis transversis, nucha scutulis 2.
(Faujas, Hist. mont. S. Petri, tab. 46.) Habitat in
Gange fluvio.
12. Crocodilus tenui rostris.
Vertice et orbitis angustioribus, nuchaes cutilis 4-
(Faujas, loc. cit. tab. 48.) Habitat.
TOME III.
B --- Page 24 ---
VOYAGES
CHAPITRE DEUXIÈME.
raisonnée du Caiman de SaintPhysiologie
Proportions du sujet décrit,
Domingue.
ayant quatre pieds huit pouces.
lésard-crocodile, animal amphiLec caiman,
où il garde
bie, si redoutable dans ses affits,
la terreur de tout
le silence le plus profond;
farouche et indompêtre vivant, au caractère couleur obscure,' qui
table, est tantôt d'une
des vieux troncs
le fait souvent confondre avec
marbré
d'arbres abattus; tantôt d'un vert sale,
noires, brunes, olives ou grisâtres (1).
detaches
M. labbé Bonnaterre
Je ne sais pourquoi
refuse le titre d'amphibies aux crocodiles,qui
réellement. L'eau est plutôt
le sont cependant
où ils languissent, et
leur élément que la terre,
l'ardeur
meurent même bientôt desséchés par
couleur noirâtre au lieu de verte, dont la
(1) La
caimans est empreinte, ne désigne
robe de certains
Ceux de l'Ester et
pourtant point une T'Artibonite autre espèce. sont nués de couleurs
de la rivière de tandis que ceux des lagons sauvives et brillantes,
rembrunis.
mâtres ont les tons plus
où ils languissent, et
leur élément que la terre,
l'ardeur
meurent même bientôt desséchés par
couleur noirâtre au lieu de verte, dont la
(1) La
caimans est empreinte, ne désigne
robe de certains
Ceux de l'Ester et
pourtant point une T'Artibonite autre espèce. sont nués de couleurs
de la rivière de tandis que ceux des lagons sauvives et brillantes,
rembrunis.
mâtres ont les tons plus --- Page 25 ---
D'UN NATURALISTE.
du soleil qui leur est très-funeste. Aussi, quoiqu'ils se plaisent souvent à recevoir sur leur
corps l'influence de cet astre, ils sont forcés
néanmoins de regagner bientôt Ia plage liquide
pour faire reprendre à leur peau cette sonplesse,
cette élasticité qu'elle perd par la dessication.
Sur vingt-quatre heures 2 le caïman reste à peine
six heures sur terre, encore la majeure partie
est-ce pendant la nuit. Je m'étendrai davantage
sur ses moeurs, dans divers traits véridiques que
je citerai à la fin de son histoire, 2 et dans les
chasses qu'on a imaginées pour le détruire.
La disposition naturelle du climat à putréfier
promptement tout corps corruptible privé de la
vie, m'a forcé de faire mes observations, tantôt
sur des jeunes, tantôt sur des vieux; ce qui
m'a confirmé que les proportions ne sont pas
les mêmes, et les caractères aussi parfaits dans
lesjeunes que dans les adultes : mais venons à sa
description.
Le sujet avoit, de l'extrémité du museau à
celle de la queue, quatre pieds huit pouces 5
ayant choisi cette taille pour pouvoir dessiner
les figures de grandeur naturelle. Tout son
corps étoit recouvert d'une peau coriace, cornée
et écailleuse, armée aux parties supérieures et
latérales de tubérosités calleuses, qui rendent
à la taille de dix pieds, ces parties élastiques
B 2 --- Page 26 ---
VOYAGES
prise au
résistibles aux coups de feu.La queue le reste du
milieu du bassin est aussi longue que
corps.
et conique, est raccourcie
La téte longue
effilée dans les femelles.
dans les mâles, et plus
s'abaissant après
Le museau d'abord renflé,
antérieure spatuleuse, remonte
la proéminence aller former la voûte du cerveau,
aussitôt pour
verticalement
de
sont placés
au devant laquelle
seulement par
deux yeux très-saillans, séparés laquelle, en
une cavité de quelques lignes,
le dessus
formant une surface plane, recouvre
de la tête d'une double armure qui se termine
au dessus des vertèbres cervicales par
un peu
légérement au milieu, mais
une ligne arquée
deux extrémités qui
plus sensiblement aux
une
de chaque côté, en se repliant,
reprenant
vont se joindre au coin
direction parallele, Poeil. Le 9 bout du museau dans sa
postérieur de
disque cartipartie renflée, est surmonté"d'un
deux trous arqués
lagineux et saillant, perforéde
olfactif.
quiservent de conduit nasal et d'organe
(Foyez ma monographie du caiman. )
La machoire supérieure (1), festonnée et
Le caiman est le seul des animaux dont la
(1)
soit mobile sur l'inférieure. Celle
mâchoire supérieure due à Hérodote. La têle du squelette
découverte est
ie renflée, est surmonté"d'un
deux trous arqués
lagineux et saillant, perforéde
olfactif.
quiservent de conduit nasal et d'organe
(Foyez ma monographie du caiman. )
La machoire supérieure (1), festonnée et
Le caiman est le seul des animaux dont la
(1)
soit mobile sur l'inférieure. Celle
mâchoire supérieure due à Hérodote. La têle du squelette
découverte est --- Page 27 --- --- Page 28 ---
aNap
alr 1 le Ventie Fie TP pon Auelerte Tig JL.
/ --- Page 29 ---
D'UN NATURALISTE.
2D
armée de trente-huit dents canines et inégales 2
dépasse un peu l'inférieure : au devant de cette
dernière se trouvent deux dents qui, lors de la
réunion hermétique, s'emboîtent dans deux
tuyaux qui, leur servant de gaine, , sont placés à
la màchoire supérieure dont ils dépassent la
convexité. Ces deux tuyaux se trouvent devant
le disque cartilagineux, canal de sa respiration.
Chaque dent est cannelée de bas en haut,
jusqu'à l'age oit les stries se perdent par le
développement ou l'usé de cette arme terrible.
(pl.II, fig. II.) a la mâchoire ouverte, pour faire
voir de quelle manière le crocodile élève la mâchoire
supérieure sur l'inférieure. Alégard de Tétat de mobilité de la mâchoire supérieure vers l'inférieure, 7
M. Geoffroi Saint-Hilaire observe avec raison, 1°. que
la mâchoire inférieure est d'un sixième plus longue
que la mâchoire supérieure et le crâne; 20. que cette
même mâchoire inférieure présente une cavité à
double facette, où s'articulent par ginglyme les cornes
de l'os temporal; 30. que le condyle occipital est sur
la même ligne que les quatre condyles des OS temporaux, en sorte que la tête est réellement retenue
vers ses points d'articulation 2 comme le couvercle
d'une boite l'est par une charnière; et 40. que les deux
mâchoires n'ayant qu'un mouvement simple de haut
en bas, ne peuvent se porter séparément à droite ou à
gauche, pour faire subir aux alimens une sorte de
trituration.
B 3
30. que le condyle occipital est sur
la même ligne que les quatre condyles des OS temporaux, en sorte que la tête est réellement retenue
vers ses points d'articulation 2 comme le couvercle
d'une boite l'est par une charnière; et 40. que les deux
mâchoires n'ayant qu'un mouvement simple de haut
en bas, ne peuvent se porter séparément à droite ou à
gauche, pour faire subir aux alimens une sorte de
trituration.
B 3 --- Page 30 ---
<
VOYAGES
Elles sont également
boitant lune dans l'autre ecreusesil'intérieur, s'emlement.
pour leur renouvel-
(Fayez ma monographie du
La mâchoire inférienre,
caîman.)
qui forme une
droite, est seule mobile et armée de
ligne
canines, ainsi qu'il suit
trente dents
côté;1 le vide
: quinze de chaque
chets
qui se trouve entre les deux croantérieurs du bas, est rempli
autres provenant de la mâchoire par deux
C'est un emboîtement serré
supérieure.
duquel rien de
et parfait, au travers
compare la
l'intérieur ne transpire. Je
jonction des deux
du coquillage
rateliers à celle
dents n'étant bivalve, appelé la griffite. Les
que canines à cause de leur
sition,1 l'animal n'a pas besoin de
dispone fait-il que déchirer et avaler. molaires; aussi
reste (dans ma
On voit au
monographie du caïman de
Saint-Domingue, pl. XIII, fig. rère
que ses mâchoires ne
d'ostéologie)
verticalement.
peuvent se mouvoir que
Les dixièmes dents de la mâchoire
qui sont plus grosses que Jeurs
supérieure
servent à faire des hochets voisines, et qui
trouvent, de
aux enfans, se
renforcée.
chaque côté, dans une alvéole
Celles de Tinférieure, destinées
même
au
usage 2 et qui se trouvent à la chute de la
partie renflée du muscau, sont, de chaque
emboitées dans la quatrième alvéole.
côté,
Ces mon- --- Page 31 ---
D'UN NATURALISTE,
ticules, sans lèvres, 2 ni gencives, sont calleuses,
saillantes, et point retenues sous un même tissu
charnu comme dans les autres animaux. Les
dents sont séparées l'une de l'autre par un
espace destiné à en recevoir une de la partie
opposée, et enchâssées dans leur alvéole respective, trouvant à loger leur pointe dans un
trou pratiqué à cet effet dans le milieu de l'os
maxillaire qui lui fait face. La chute de ces
premières dents à la suite de quelque combat,
est réparée par l'apparition de nouvelles qui SC
trouvent au fond des alvéoles.
La ligne longitudinale de l'ouverture de la
màchoire n'est point droite; elle est composée
de quatre festons. La commissure de la base de
la mâchoire est renflée dans la peau d'une
bourse ou condylome, qui se déride pour favoriser la dilatation de la gueule: : c'est au dessus
que se trouvent les oreilles.
Les oreilles sont apparentes seulement sous
la forme d'une tunique en feston horizontal. On
est obligé d'écarter la lèvre, ou plutôt la membrane qui leur sert de tégument, en forme de
basque à un battant, pour en examiner Pintérieur qui se perd autour du cerveau. Cette peau
(vayez ma monographie du caïman de SaintDomingue; physiologie, pl. VIII, fig. VI et VII.)
étroite d'abord et adhérente à une ligne droite,
B 4
oreilles sont apparentes seulement sous
la forme d'une tunique en feston horizontal. On
est obligé d'écarter la lèvre, ou plutôt la membrane qui leur sert de tégument, en forme de
basque à un battant, pour en examiner Pintérieur qui se perd autour du cerveau. Cette peau
(vayez ma monographie du caïman de SaintDomingue; physiologie, pl. VIII, fig. VI et VII.)
étroite d'abord et adhérente à une ligne droite,
B 4 --- Page 32 ---
(
VOYAGES
sa base diverge en
arrondi, Elle est atlachée s'clargissant vers le bout
des
du côté supérieur, par
ligamens, sous le
trouve au dessus de
couronnement qui se
à
l'occiput : elle est
volonté; et fermée dans l'eau
soulevée
Glandes
par l'animal (1).
masguées. Sous la mâchoire
rieure, au niveau
infépeau dans ses rides perpendicnlaire de T'oil, la
légère ouverture cachie, de chaque côté, une
mant du
conduisant à uneg glanderenfersuivant les musc, laquelle varie de grosseur
figures
ages, comme on peut le voir dans les
VIII, IX, X, XI de la planche
physiologic de ma
VIII, de
partie et de l'ouverture monographie. C'est de cette
odeur de musc
sexuelle que s'exhale eune
s'étend
insupportable, lorsque le caïman
gueule par terre pour se reposer au soleil, la
ouverte, et dans l'état de
qui lui est familier.
nonchalance
Ses yeux sont d'un jaune verdâtre
tacheté.
() Certains voyageurs, ditM. le
auront apparemment pensé
comte de Lacépède,
forme de paupières,
que cette peau, relevée en
pourquoi l'on a écrit recouvroit des yeux; et voilà
à quatre yeux.
que l'on avoit tué des crocodiles
page 461.
Voyez Brwn. Hist. nat, de la
Hérodote dit que les habitans de Jamaique,
attachoient des espèces de
Memphis
crocodiles privés qu'ils
pendans d'oreilles à des
après leur mort.
nourrissoient, et embaumoient --- Page 33 ---
D'UN NATURALISTE,
La rétine qui est susceptible de se resserrer
comme dans le chat, est une ligne courte,
noire et perpendiculaire, lorsqu'il est en repos,
et lenticulaire lorsque quelque chose l'offusque.
Elle est entourée d'une raie d'un jaune pâle,
qui s'arrondit d'après les mouvemens de la
rétine qui chatoie à volonté. L'iris est une ligne
noire étroite, 2 entourant la pupille d'an jaune
sale. Au moindre étonnement,T'animal recouvre
le globe de l'oeil, d'une paupière inférieure
eristilline, ou membrane nictitante (1), se
fermant de l'angle antérieur, et allant joindre le
postérieur. Ce tégument est recouvert lui-même
d'une paupière extérieure, ridée et écailleuse.
J'ai remarqué l'usage de cette membrane
clignotante, en faisant nager un caîman de
cing pieds que je retenois depuis huit jours dans
une chambre, sans aller àl'eau. Ce séjour aquatique, quoique court, rappela sa férocité.
Comme il a besoin de voir dans l'eau pour ne
pas manquer sa proie, sa cornée étant trop
sensible, la Nature Pa pourvu de cette paupière
transparente qu'il garde étendue, tandis que
(1) M. Geoffroi Saint-Hilaire réfute avec raison
l'article par lequel Hérodote prétend que le crocodile
ne voit pas dans l'eau. Ses paupières vitrées prouvent
au contraire que la Nature ly a destiné.
court, rappela sa férocité.
Comme il a besoin de voir dans l'eau pour ne
pas manquer sa proie, sa cornée étant trop
sensible, la Nature Pa pourvu de cette paupière
transparente qu'il garde étendue, tandis que
(1) M. Geoffroi Saint-Hilaire réfute avec raison
l'article par lequel Hérodote prétend que le crocodile
ne voit pas dans l'eau. Ses paupières vitrées prouvent
au contraire que la Nature ly a destiné. --- Page 34 ---
-
a -
VOYAGES
planche VIII,
l'opaque est retirée. (Physiologie,
fig. IV; ouvrage déjà cité.)
dit être
Sa langue, qu'un proverbe créole
le chien, dont il est pour cela
mangée par
n'est point saillante : elle est
T'ennemi juré,
toujours enduite d'une humeur visqueuse (1),
trèscachée sous une membrane pelliculaire
de
favoriser tous
mince, et composée
plis pour
pl. V et VI;
ses mouvemens. (Physiologie,
ouvrage déjà cité.) Quoique cette masse charnue
soit retenue sous une membrane, elle ne s'en
contracte pas moins lorsque l'animal veut conalimens à
Alors elle, se
duire ses
l'aesophage. à l'aide des
ramasse, et est portée en arrière
muscles tiroidiens.
Sa gueule, ce gouffre si avide, est tapissée
d'une peau ridée d'un jaune clair piqueté de
sanguinolens; elle se ferme avec, tant de
points force
souvent ses dents volent par éclats 2
2 que
() Hérodote dit avec vérité que lorsque le caiman,
étendu sur les berges, y dort la gueule ouverte, elle
de
souvent retenus par un
est tapissée
maringoins
c'est le todier qui
mucus qui l'enduit en tout tems;
va le délivrer de ces hôtes incommodes et nuisibles,
et dont cet oiseau fait sa nourriture. Aussi le caiman
méme à son réveil, par une reconnoissance légitime,
ne cherche point à inquiéter un si oflicieux protecteur. --- Page 35 ---
D'UN NATURALISTE.
surtout si l'objet qu'on lui présente est dur. Ses
mâchoires éprouvent un claquement sec, lorsqu'il cherche à mordre; ce qui a lieu lorsqu'on
se plait à l'agacer : à ce bruit, tout son corps est
dans un état convulsif. (Physiologie, pl. VetVI;
ouvrage déjà cité.)
Son gosier, au premier abord de sa capacité,
paroit très-peu vaste ; mais dès qu'on vient à
l'examiner 1 et à éprouver sa dilatation', on
reconnoût qu'il est très-élastique, semblable en
cela à celui des serpens. Son entrée est entièrement cachée par une luette à deux pans, recouverte d'une largemembrane mobile et pendante,
qui cède aux impulsions de l'expiration et de
l'inspiration, aussi bien qu'à la nourriture dont
la pesanteur et le volume franchissent sans
peine le léger obstacle. (Physiologie, planche V;
ouvrage déjà cité.) La soupape élastique de la
base de la langue a la forme d'un cuilleron; elle
est intérieurement cartilagineuse, flanquée par
deux OS yoides (vay. pl. IV de ce volume),
et placée au fond de sa gueule meurtrière,
entrel les angles de la mâchoire. C'est à l'aide de
cette admirable organisation que. le caiman,
lors du relèvement de la soupape, peut rester
dans l'eau la gueule ouverte, sans craindre
Tintroduction du liquide environnant.
La luette membraneuse à deux pans, recue
est intérieurement cartilagineuse, flanquée par
deux OS yoides (vay. pl. IV de ce volume),
et placée au fond de sa gueule meurtrière,
entrel les angles de la mâchoire. C'est à l'aide de
cette admirable organisation que. le caiman,
lors du relèvement de la soupape, peut rester
dans l'eau la gueule ouverte, sans craindre
Tintroduction du liquide environnant.
La luette membraneuse à deux pans, recue --- Page 36 ---
-
à -
VOYAGES
dans la cavité de
concave relève l'épiglotte, dont FP'avancement
vers le milieu de la
charnue, sert de double
partie
duction de l'eau
soupape contre l'introdu happement qui ne peut avoir lieu à cause
cohésion de
continu, et de
ces parties Fune
l'adhésion de
verture du gosier
vers l'autre. L'ouméable à
étant, dans cet état,
artère
l'eau, à plus forte
imperen est-elle délivrée
raison la trachéepire par les deux
: alors le caïman resmais, comme
évents du
cet air ne lui
cartilage nasal:
sur l'eau, et ouvre sa
suffit pas, il reparoft
pour en laisser
gueule de tems à
Le caïman passer un plus grand
antre,
fester
a deux sons
volume.
sa
différens pour manide sa colsezleprenie, , triste eflet du
fureur, navre d'un
période
taire; c'est un
saisissement involoncomme étouffé, rugissement un
à rauque, bas, grave et
défendant ses
peu la manière d'une lice
effrayant,
petits : l'autre, qui in'est
est produit parun
pas moins
tané, qui lui fait chasser Pair aefiontindieurgpen
poumons, lequel obligé
contenn dans ses
serrées et pendantes du d'écarterles deux lèvres
qui ferment le vide de palais, pnis sles caroncules
avec la soupape
cette partie, de concert
d'un soufflet décrite, sort avec lebruissement
(Yayer Tintérieur d'orgues fortement comprimé,
pl. IV de ce volume.) du gosier > physiologie, --- Page 37 ---
D'UN NATURALISTE.
Je ne puis m'étendre ici sur la structure
interne de ces parties, puisque leur analyse
anatomique appartient à la description intérieure.
Le cou. Ily a quatre tubercules séparés et
aigus longitudinalement, posés sur une ligne
éliptique qui sert à garantir l'occiput. Chacune
de ces tubérosités renferme, sous la partie extérieure cutanée, une base osseuse de même
configuration.
La seconde armure qui défend les vertèbres
du cou, est composée de six de ces cabochons
ovalaires, comprimés sur leurs flancs, qui conservent leur forme à la base, et offrent une
lame éliptique au sommet. Les deux du milieu,
les plus larges, surpassent de moitié les deux
latéraux moins grands en diamètre, qui euxmêmes se terminent où reprennent les deux
derniers, sur la même ligne des deux premiers.
Sa gorge grasse et tremblante par ses plis
ondoyans, est avalée, et forme un goitre à Fextérieur. Les rugosités du cou très-apparentes,
et garnies, entre leurs sillons, d'écailles rondes,
trapèzes, pentagones, hexagones ou quadrangulaires, suivant la position, sont dans d'autres,
recouvertes de tubercules caroneuleux.
Il marche très-souvent la tête levée, de
maniere à faire trouver son goitre sur la
ligne des deux premiers.
Sa gorge grasse et tremblante par ses plis
ondoyans, est avalée, et forme un goitre à Fextérieur. Les rugosités du cou très-apparentes,
et garnies, entre leurs sillons, d'écailles rondes,
trapèzes, pentagones, hexagones ou quadrangulaires, suivant la position, sont dans d'autres,
recouvertes de tubercules caroneuleux.
Il marche très-souvent la tête levée, de
maniere à faire trouver son goitre sur la --- Page 38 ---
K2 4
VOYAGES
même ligne, d'après la conformation
tébres, qui laissent à
des vera
monvement est
l'occiput un jeu aisé. Son
rampant,1 le
vermiculaire 2 en sorte qu'en
traînent à plus souvent son ventre et sa queue
terre, d'où lui vient
si parfait poli des plaques
probablement le
partie.
écailleuses dans cette
Le corps. Il se trouve, pour le jeu des
plates et la direction des
omodu
mouvemens
reptile, un intervalle dénué de serpentins
lamelleuses, vis à vis les vertèbres ces bosses
c'està dire, sur la ligne de la
dorsales 2
merus. C'est de là
jonction des hudevant,
que sortent les pattes de
pentadactyles, moins
trapues que celles de derrière. longues et moins
beaucoup plus
Les pieds aussi,
médium,
petits, ont le pollex, l'index etle
armés de trois ongles noirs
Les deux derniers
courbés.
doigts n'en ont
éperons de l'avant-bras
point. Les
ouvrage cité.) denature (Physiologie, pl. Ière;
devant, au-nombre de cornée, sontaux pattes de
cing; à celles de
ily y en a huit qui adhèrent à la
derrière,
le péroné.
peau, vis à vis
Le dos est armé de tubérosités
également sous la forme
saillantes,
trouve dix-huit
semi-circulaire. Il se
cette troisiéme pouces depuis la naissance de
niveau du
armure, 5 qui continue jusqu'au
fémur. Les bandes du dos
séparées, --- Page 39 ---
D'UN NATURALISTE.
pour sa souplesse, par des lignes sillonnées,
cartilagineuses, et d'un tissu plus flexible, se
terminent irrégulièrement, et vont aboutir sur
les flancs. Chaque bande transversale est renflée
au milieu par deux rangs de ces cabochons peu
saillans et moins larges que ceux des troisième
et quatrième rangs placés de chaque côté, et
qui semblent protéger, par leur élévation supérieure, tout le long de l'épine dorsale. Il s'en
trouve encore plusieurs rangs incorrects, et
Ière
comme placés accidentellement. (Voyez pl.
et VIde l'onvrage déjà cité.)
Les pattes de derrière sont tétradactyles 2
c'est à dire, ont quatre doigts, dont trois seulement pourvus d'ongles, lesquels doigts sont
réunis par une membrane qui leur sert pour
nager. Toute la partie postérieure de l'avantbras est armée de huit éperons, comme je l'ai
déjà dit (pl. IX de l'ouvrage cité).
Le ventre est d'un jaune blanchâtre, formé
de larges bandes bien distinctes. Gette sorte de
cuirasse écailleuse est par compartimens quadrangulaires, lesquels,àlapproche des aisselles,
vis à vis le sternum, et au contour renflé et
charnu du masseter, prennent la figure d'hexagones, de pentagones, lesquels diminuent de
grandeur, plus ils s'approchent du cul-de-sac
del la mâchoire inférieure. L'ouverture génitale,
blanchâtre, formé
de larges bandes bien distinctes. Gette sorte de
cuirasse écailleuse est par compartimens quadrangulaires, lesquels,àlapproche des aisselles,
vis à vis le sternum, et au contour renflé et
charnu du masseter, prennent la figure d'hexagones, de pentagones, lesquels diminuent de
grandeur, plus ils s'approchent du cul-de-sac
del la mâchoire inférieure. L'ouverture génitale, --- Page 40 ---
VOYAGES
d'anus, commune aux deux sexes, est ridée et sert
ainsi que de
del la génération.
développement aux parties
vrage cité.)
(Physiologie, pl. II de l'ouLe corps, pris sous les
et demi de
aisselles, a trois pieds
la plus renflée, contour, et trois pieds dans sa partie
pieds de
Nous tnâmes un mâle de dix
longueur, dont le ventre
cette partie, quatre pieds
avoit, dans
férence.
cinq pouces de circonLa queue large et charnue, de
pouces de
à
trente-deux
six à son circonférence: sa naissance,d de trentemilieu, et de six lignes à son
est composée, dans sa partie
extrémité,
bandes
double, de seize
complètes et
surmontés d'éperons circulaires, ou tronçons
sont
lamelleux en carène; ils
trés-flexibles, et vont en croissant
Teurémitijusqua la jonction de la crête vers
Chaque éperon a un pouce de
simple.
en est large de dix
hauteur, la base
Ces bandes doublées lignes.
écailleuses et
sur les côtés, de bosses
instrumentsad incisives, donnent à ce terrible
dureté,etle rendent
reste de la queue, c'est à
redoutable.Le
est composée de dix-neuf dire, la crête simple
croissant de hauteur
bandes allant en dél'extrémité.
et de largeur, jusqu'à
La forme dela
queue est donc telle que,depuis
sa --- Page 41 ---
D'UN NATURALISTE.
sa naissance au carrefour des crêtes à double
rang, elle s'amoindrit et s'effile, quant à la
partie circulaire des bandes; de manière que
chacune est marquée d'une ligne qui rétrécit
de plus en plus la partie charnue, doublant, par
ce moyen, 5 la hauteur des cartilages natatoires,
pour leur donner plus de souplesse dans l'usage
auquel la Nature les a destinés.
Nota. La peau n'étant qu'un entrelassement
de fibres nerveuses, tendineuses, 9 ligamenteuses,
membraneuses, cornées et écailleuses, fait corps
avec les muscles de la queue et de la région
dorsale. Elle est cependant perméable, puisque
c'està cette faveur qu'on voit le suintement de
la graisse, 9 lorsde la colère quelanimaléprouve,
ou de son repos au soleil. L'épiderme enlevé aux
jeunes caimans, laisse entrevoir les figures des
tubercules, 9 et leurs couleurs alors bleues et
violettes.
Récapitulation des mesures du.sujet
physiologique.
Longueur ducorps entier mesuré en ligne
droite depuisle) bout du museaujnsqràceluil ipi.pouc.lig.
de la queue. .
e 4 8 >>
Longueur de la tête depuis le museau
jusqu'à T'occiput. e
> 9 >
Circonférence du museau vis à vis le
canal nasal.
> 4 4
TOME III,
C
alors bleues et
violettes.
Récapitulation des mesures du.sujet
physiologique.
Longueur ducorps entier mesuré en ligne
droite depuisle) bout du museaujnsqràceluil ipi.pouc.lig.
de la queue. .
e 4 8 >>
Longueur de la tête depuis le museau
jusqu'à T'occiput. e
> 9 >
Circonférence du museau vis à vis le
canal nasal.
> 4 4
TOME III,
C --- Page 42 ---
33 -
:
VOYAGES
pi.pouc.] lig.
Circonférence du museau prise au dessus
.
>> 9 *
des yeux. . del'ouverture del la bouche. >> 1I >
Circonférence
Distance entre les deux narines.
> > I
Diamètre de la proéminence. .
s > 7
Distance entre le bout du museau etlangle
> 5 1O
antérieur de l'oeil. .
Distance entref'angle postérieuretTouver
ture de la soupape auriculaire . .
5) > 2
de I'oeil, d'un angle à l'autre . > > 15
Longueur
> > 6
Ouverture de l'oeil. - -
Circonférence de la tête, prise entre les
>> 10 4
yeux et les oreilles. . e
Longueur de la soupape auriculaire.
> I II
Largeur du grand feston . e
>> >> 6
Distance entre les deux oreilles .
* 2 2
Distance entre les orbites et T'ouverture
3 4 3
des narines.,
> 1 5
Largeur des orbites .
Hauteur des orbites . e
>> > II
Longueurdelar machohededewuadempsis
le bout du museau jusqu'au bord postérieur
de Tapophyse condyloide :
> 9
Epaisseure de la partie: eantérieuredela.fose
>> I
nasale . .
renflement. > I 6
(dans son Ier
Hauteur dela mâ- dans son 2ème -
s 2 I
choire supérieure, dans son 3ème .
> 5 3
- > 5 6
Longueur du cou .
renflée. I 2 6
Circonférence du cou à sa partie
Circonférence du corps, prise derrière les
I 2 6
jambes de devant - . --- Page 43 ---
D'UN NATURALISTE.
pi. pouc. lig.
Circonférence à l'endroit le plus gros . . I 6 6
Circonférence devant les jambes de derrière
I I 6
Longueur de la queue -
2 4 >
Circonférence à l'origine.
0 I I >
Idem partie moyenne, mais renflée. . I 2, >
Idem à l'extrémité.
>> 2 >
Longueur de Tavant-bras, depuisle coude
jusqu'au poignet. *
> 5 5
Longueur de l'humerus.
2 5 8
Circonférence du poignet. e
> 5 5
Longueur depuis le poignet jusqu'au bout
des ongles e
e
o > 5 4
Longueur de la cuisse hors du corps. . - > 4 >>
Circonférence de la partie la plus grosse. 2 7 5
Longueur de la jambe, depuis le genou
jusqu'au talon. -
> 5 IO
Longueur depuis let talonjusqwauboutdes
ongles
e e
> 5 5
Longueur du pied, la membrane intermédiaire écartée o
39 5 3
C2
des ongles e
e
o > 5 4
Longueur de la cuisse hors du corps. . - > 4 >>
Circonférence de la partie la plus grosse. 2 7 5
Longueur de la jambe, depuis le genou
jusqu'au talon. -
> 5 IO
Longueur depuis let talonjusqwauboutdes
ongles
e e
> 5 5
Longueur du pied, la membrane intermédiaire écartée o
39 5 3
C2 --- Page 44 ---
VOYAGES
CHAPITRE TROISIÈME.
Ostéologie du Caiman de Saint-Domningue, huit
le sujet décrit ayant quatre pieds
poucesCHAPITRE QUATRIÈME.
Examen comparé de Myologie et
Névrographie.
Voyez, pour ces deux chapitres, ma monographie du caiman de Saint-Domingue. --- Page 45 --- --- Page 46 ---
I I
Fig I"
Fig
o IV
-
hig
.
y
-
-
Anatomede Le Lansur, du Lannsa et delpadier Arfere du Avi.n --- Page 47 ---
D'UN NATURALISTE.
CHAPITRE CINQUIÈME.
Splanchnologie, ou Examen du larynx, de
Voesophage, des poumons, des lobes du
foie, de la rate, du coeur, du pancréas,
et.autres viscères. ( Planche 11I de ce
volume.)
Jrp passe de merveilles en merveilles, et ne me
lasse point d'admirer la sagesse ineffable de
l'Auteur de la Nature. Il y a dix-septheures que
l'animal est privé de sa tête, et je vois encore
les muscles se contracter, se dilater, et offrir
à mes yeux étonnés les derniers efforts des
esprits vitaux. Que dis-je? je m'aperçois que les
vaisseaux sanguins ne communiquent point
entr'eux.
Sa langue (planche IV de ce volume) qu'un
proverbe créole dit être mangée par les chiens,
est apparente cependant, mais couverte d'une
membrane pelliculaire jaune, parsemée de
taches grisâtres, au milieu desquelles se trouvent
des points noirs. La surface est garnie et plissée
de rugosités bien apparentes.
Le caïman n'a pas de langue, dit-on; on remarque à la place une. simple membrane. Cette
assertion vient certainement de quelqu'un qui
C3
(planche IV de ce volume) qu'un
proverbe créole dit être mangée par les chiens,
est apparente cependant, mais couverte d'une
membrane pelliculaire jaune, parsemée de
taches grisâtres, au milieu desquelles se trouvent
des points noirs. La surface est garnie et plissée
de rugosités bien apparentes.
Le caïman n'a pas de langue, dit-on; on remarque à la place une. simple membrane. Cette
assertion vient certainement de quelqu'un qui
C3 --- Page 48 ---
VOYAGES
disséqué, ou qui l'a examiné
n'en a jamais
supericillement.Je crois donner, dans le cours
assez de preuves de son exisde mon onvrage,
ici. Qui dit
tence pour en parler briévement
membrane, dit une peau plus ou moins dure,
enveloppe les chairs. C'est donc sous la
qui
première membrane jaune, striée par ses plis,
se trouve un corps charnu, à la base duquel
que sont situés deux OS sous la forme de léviers, qui
en
à la
sont les OS yoides, appartenant propre
racine de la langue.
la
Les muscles linguaux se réunissent sous
vers le milieu, en fer de Aèche : des
langue
cul-devaisseaux en arrosent ledessous,jusqw'au
du bontoir inférieur, où les artères se persac
dent en ramifications insensibles.
A la base de la langue se trouve cette soupape
l'entrée de
destinée à fermer hermétiquement
l'oesophage et de la trachée-artère, lorsque le
caïman est dans l'eau : c'estle cartilage tiroide
cavé, lamelleux, et cintré à son sommet, pour
bien prendre le creux du palais. Il se baisse et se
relève à volonté par le jeu du muscle lingual, et
suite des deux OS yoides qui, servant de
par lévier, lui font prendre diverses positions plus
ou moins inclinées.
IV
Au centre de la cavité de ce cartilage (pl.
de ce volume) se trouve un corps charnu bombé --- Page 49 ---
D'UN NATURALISTE.
et oblong, garni de lèvres vermeilles, et d'une
fenie antérieure ouverte, et fermée par les
muscles de cette partie. C'est cette ouverture
qui donne entrée et issue à l'air affluant et
expiré des poumons, conduit par la trachéeartère qui, à six pouces du larynx, se replie
pour le ralentissement de lair effluant. C'est
aussi le siége du larynx; comme on le voit dans
les détails de cette partie (pl. IV de ce volume).
Cette ouverture plus large dans les mâles, est
par cela plus tremblotante au passage de l'air
poussé avec force; ce qui donne aux vibrations
isochrones de l'animal, un ton rauque qui n'est
point soutenu chez les femelles.
Derrière la partie décrite, au dessus de Ia
trachée-artère, se trouve l'oesophage gaufré, et
susceptible d'une dilatation extraordinaire. Il
adhère aux muscles vertébraux et cervicaux
internes, et est placé dans la rigole qui les
sépare.Si, dans la déglutition, sa proie ne va pas
toute entière dans l'estomac, pour cause d'ineapacité, au moins elle reste dans le gosier qui est
très-élastique. L'action des sucs salivaires, aidée
de celle des fibres de l'estomac, concourt à la
digestion de ses alimens : l'animal vit long-tems
sans manger, par le peu de déperdition, et le
tissu serré de sa peau. J'en ai conservé dix-sept
C 4
ition, sa proie ne va pas
toute entière dans l'estomac, pour cause d'ineapacité, au moins elle reste dans le gosier qui est
très-élastique. L'action des sucs salivaires, aidée
de celle des fibres de l'estomac, concourt à la
digestion de ses alimens : l'animal vit long-tems
sans manger, par le peu de déperdition, et le
tissu serré de sa peau. J'en ai conservé dix-sept
C 4 --- Page 50 ---
SI
VOYAGES
jours,bien emmuselés, sans boire ni manger, et
toujours assoupis.
La trachée-artère fléchie se bifarquoit à un
pied dans le sujet de quatre pieds huit pouces,
deux branches de même
pour se rendre, par
nature et dedeux pouces six lignes delongueur,
aux deux lobes des poumons oblongs composés
de vésicules, et arrosés de vaisseaux sanguins :
ils sont placés debout derrière les lobes du foie,
d'air, ils s'élèvent plus de
en sorte que pleins
sans être
moitié au dessus de leur grandeur,
contrariés dans leur graduelle extension (1).
ainsi que dans les
Les cellules pulmonaires,
communiquent entr'elles, de manière
cétacées,
que si l'on vient à souffler la trachée-artère,
d'air. D'après
tous les poumons s'emplissent
T'inclinaison en arrière du diaphragme, les poumons non gênés dans leur loge cave, peuvent
s'étendre sur l'épine du dos, et s'y adosser; ils
sont séparés par le muscle trapèze interne:
(Myologie, pl. IV; ouvrage cité.) Suivant que le
caïman contracte ou dilate ses poumons, par
l'expiration ou linspiration, il baisse ou s'élève
dans leau.
(1) La courbure de Ia figure VI, planche IV, comprime l'air, et rendant sa circulation difficile, occasionne ce son tremblant produit par la vibration du
larynx. --- Page 51 ---
D'UN NATURALISTE.
Au dessous de la bifurcation du canal aérien,
qui se rend de droite et de gauche, aux deux
lobes des poumons, on voit la réunion artérielle
de l'aorte, et la veine cave ascendante, formant
un couronnement au dessus de l'enveloppe péricardine bleuâtre, placée au milieu des deux
lobes du foie.
Le coeur, organe musculeux, compressible
et dilatable, d'out sortent les artères 9 et oùr
aboutissent les veines, est très-petit, et son péricarde contient une grande quantité d'eau:il n'a
qu'un ventricule. (PI. XXVIII del'ouvragecité.)
L'oreillette droite est plus large, en ce qu'elle est
destinée à recevoir le sang du tronc principal de
la veine cave ascendante, des jugulaires et axillaires. Ce mouyement merveilleux angiostatique
est mu par systole et dyastole, c'est à dire par
compression et dilatation. Le petit tronc de la
veine cave ascendante va aboutir dansl'oreillette
gauche.
Voici donc la différence qui existe entre les
reptiles et les quadrupèdes.
Circulation du sang dans les quadrupèdes.
Dans les quadrupèdes terrestres et non rampans, le sang poussé du ventricule droit, par la
systole des muscles du cccur, est transporté
dans les poumons par l'artère pulmonaire; d'oà
à dire par
compression et dilatation. Le petit tronc de la
veine cave ascendante va aboutir dansl'oreillette
gauche.
Voici donc la différence qui existe entre les
reptiles et les quadrupèdes.
Circulation du sang dans les quadrupèdes.
Dans les quadrupèdes terrestres et non rampans, le sang poussé du ventricule droit, par la
systole des muscles du cccur, est transporté
dans les poumons par l'artère pulmonaire; d'oà --- Page 52 ---
VOYAGES
à l'oreillette gauche, et dans ce
se rendant
ventricule par la dyastole, il est ensuite rejeté
la compression de ce même ventricule dans
par
dans les ramifications du
P'aorte, qui le partage
sa
reste du corps, d'oà il revient au coeur,
Pintermède de la veine cave.
source, par
Circulation du sang dans les reptiles (1).
Dans les quadrupèdes rampans au contraire,
c'est
l'ouverture de ce seul ventricule placé
par
lieu de passer
entre les deux oreillettes, qu'au
de
les poumons, le sang sort pour refluer
par l'artère pulmonaire en l'aorte.
Les lobes du foie sont inégaux, longs et
séparés derrière et devant par des
triangulaires, intermédiaires. Cest dessous le lobe
membranes trouve la vésicule du fiel, qui le
droit que se
le bas de la moitié de la longueur:
dépasse par
deux
de long sur
elle avoit dans ce sujet
pouces
huit lignes de largeur; de la forme d'une poire
et attenante à la naissance du
un peu alongée,
duodénum.
gauche
L'estomac arrondi, se trouvant plusà
droite, est aminci vers le milieu dans son
qu'à
Je trouvai dedans des débris de gros
enveloppe.
des arêtes, des vers,
mil, patates, des scarabés,
(r) La froideur du sang tranquille des reptiles les
rend peureux. --- Page 53 ---
D'UN NATURALISTE,
et des restes de volaille. Les pierres qu'on y
rencontre servent à entretenir la dilatation de
l'estomac, et lors d'un jeûne un peulong, empéchent la contraction des fibres nerveuses.
Le diaphragme membraneux et nerveux;
s'arquant sous les lobes du foie vers le milieu
de l'estomac, est très-mince:
Les instestins n'étant point divisés d'une manière assez sensible pour y distinguer les espèces
différentes, ce n'est qu'à l'aperçu des circonvolutions qu'on peut tabler à peu près pour
l'intelligence de la description. A proprement
parler, on ne reconnoit que les intestins gréles,
et les gros; les premiers placés dessus, à linverse de ceux de lhomme.
. Le tube intestinal a, depuis la naissance de
l'oesophage jusqu'au coude supérieur de l'estomac, huit pouces; et depuis le départ du duodénum jusqu'au petit pancréas, un pied,y compris les circonvolutions : depuis ces replis jusqu'à
la distinction des intestins gréles, trente-deux
pouces; ; et depuis cet endroit jusqu'au rectum,
trente pouces. Le rectum estlong de cinqpouces.
Le sphincter, qui se trouve au centre du
rectum, dans le milieu de sa longueur, a un
bourtelet bien sensible.
De la rate, > -un canal se rend au duodénum.
Elle est située (pl, XXVIII, fg ière; ouyrage
compris les circonvolutions : depuis ces replis jusqu'à
la distinction des intestins gréles, trente-deux
pouces; ; et depuis cet endroit jusqu'au rectum,
trente pouces. Le rectum estlong de cinqpouces.
Le sphincter, qui se trouve au centre du
rectum, dans le milieu de sa longueur, a un
bourtelet bien sensible.
De la rate, > -un canal se rend au duodénum.
Elle est située (pl, XXVIII, fg ière; ouyrage --- Page 54 ---
VOYAGES
cité.) à la droite du cul-de-sac
tomac, au dessous du lobe inférieur de l'esappuyée entre les deux
droit pulmonaire, et
A la droite du
prostates.
des
départ de la circonvolation
intestins, se trouve
rosacé, abouché
placé un corps solide
un second
par un tube au jéjunum. C'est
celui adossé pancréas beancoup plus sensible
au coude intérieur des mêmes que
testins. Ceux sous
il
inrepliés en deux
lesquels
se trouve, sont
circonvolations
de ce volume.)
serrées. (PI. III
Le rectum
reins,
trés-gros, est appuyé sur les
qui se trouvent au bas du dos. Ce viscère
passe au dessus d'une membrane
servant de vessie, et qui
pelliculaire,
rectum
s'adapte au collet da
par des tubes appropriés ou
Les prostates
urétères.
rouges, entourés de graisse, se
maLroNLumren reins
(Pl. III de ce volume.)
oblongs.
Les parties sexuelles, soit dans le mâle
femelle, sont renfermées dans le canal
ou la
Le
de l'anus.
cerveau, ou plutôt le
dans sa cavité (pl. XXV de ganglion, contenu
trés-petit, renfermé dans T'ouvrage cité), est
une boîte osseuse en
losange, et composé de deux lobes
les plus gros, de deux médiaires
antérieurs
postérieur ou cervelet
petits, et du
spinale.
duquels'échappel la moëlle --- Page 55 ---
D'UN NATURALISTE.
CHAPITRE SIXIÈME.
Examen des organes de la génération.
Voyez, pour ce chapitre, ma monographie
du caiman de Saint-Domingue.
CHAPITRE SEPTIÈME,
Préludes de son amour; détails sur son
accouplement; et indication de P'age auquel
il peut produire : assertions appuyées d'un
tableau tracé par Lexpérience.
Ce n'est point la contenance humble du doucereux tourtereau près de sa fidelle compagne
queje vais décrire; ; ce ne sont plus ces roucoulemens mélancoliques et voluptueux, avantcoureurs de la jouissance et du plaisir; mais des
mouvemens violens, une agitation turbulente, s
une poursuite acharnée, des mauvais traitemens
pour les refus, et des hurlemens lors du contact
sexuel. Voici de quelle manière nous avons
surpris le caiman, et comment je l'ai observé
dans les préludes de son amour.
Grossier dans ses manières, pourquoi chercheroicil,àl'exemple des favoris del'amour, des
oliques et voluptueux, avantcoureurs de la jouissance et du plaisir; mais des
mouvemens violens, une agitation turbulente, s
une poursuite acharnée, des mauvais traitemens
pour les refus, et des hurlemens lors du contact
sexuel. Voici de quelle manière nous avons
surpris le caiman, et comment je l'ai observé
dans les préludes de son amour.
Grossier dans ses manières, pourquoi chercheroicil,àl'exemple des favoris del'amour, des --- Page 56 ---
VOYAGES
agréables, pour y reposer un corps
bosquets
lui que l'aspect d'un être
dur et insensible? eti irrite, est-ce pour une
quel qu'il soit, fatigue
sont faits les beaux
brute de ce caractère que
camla verdure émaillée des paisibles
jours,
des petits ruisle murmure agréable
pagnes,
de bois
,
Non 1 les abattis
épineux
seaux
de.cardasses desséchées, les
les tiges vermoulues
des halliers les plus
sinuosités impraticables
lente et obstruée
hérissés, une eau fangeuse,
entrede plantes aquatiques
dans son cours, lui plus de charmes, 2 et sont les
Jacées, ont pour cacheràl la Nature et sa laideur
lieux choisis pour heureux lorsqu'il est tranet sa férocité. Aussi,
tyran puissant et farouichequijette
quille,e'estunt
dans toutes les classes
la terreur et lépouvante sontinférieurs. Le noir
créées d'animaux qui lui
de lit de
à
limon des rives bourbeuses sert
repos
ennemi de la Nature aimable.
ce morne
le' caïman est polygame,
Tout annonce que dans mon dire, .par la
et jo me vois appuyé
des femelles ;
rareté des mâles, , et la profusion fouillés dans un
sur quantité de trous
puisque,
deux extrémités de seines,
cantonbarricadé aux
de
avons trouvé un nombre prodigieux
nous
femelles et peu de mâles.
fois occasion de
Nous avons eu aussi plusieurs
les combats des mâles; leur poursuite
remarquer --- Page 57 ---
D'UN NATUR ALISTE.
active dans l'eau (1),leur élément familier;1 leur
fureur en cas de rencontre, les coups de dents
terriblesqu'ils se donnent en se redressant : l'eau
bouillonne sous leur poids et sous leurs efforts ;
les oiseaux aquatiques effrayés, s'éloignent en
criant, exprimant par la le trouble qui les
agite; l'oiseau terrestre même; le silencieux
cocot.-: zin ( colomba parvula, 9 Linncei )
craignant pour sa vie, cherche la cime des
arbres, et cache, ,sous quelque toufle de fenillage,
son petit corps tremblotant. Toute la Nature
en un mot, sourit à leur absence, et gémit àleur
aspect. Mais le combat cesse; et c'est au vainqueur qu'est réservée la jouissance des femelles.
Il garde à cet effet une exacte surveillance.
Maître de son sérail, veut-il accorder ses
faveurs?il fixe l'objet qu'il envie, annonce alors
safiertéparses crisrauqueset redontables,déploie
sur l'onde son extrême agilité, la coupe, en
() A l'époque intéressante du rapprochement des
sexes, où tous les êtres semblent avoir reçu une ame
nouvelle 9 les yeux du caiman n'en sont pas plus
étincelans, et T'ardeur qui le tourmente n'est qu'un
besoin à satisfaire, et non un désir produit par de
douces émotions. Des rugissemens horribles, effrayans
pour les hommes, mais que sa femelle sait comprendre
et apprécier, sont plutôt le langage de la fureur que
de l'amour.
sexes, où tous les êtres semblent avoir reçu une ame
nouvelle 9 les yeux du caiman n'en sont pas plus
étincelans, et T'ardeur qui le tourmente n'est qu'un
besoin à satisfaire, et non un désir produit par de
douces émotions. Des rugissemens horribles, effrayans
pour les hommes, mais que sa femelle sait comprendre
et apprécier, sont plutôt le langage de la fureur que
de l'amour. --- Page 58 ---
24.
VOYAGES
*
il
la surface, sans même la rider; puis
rase
sur le côté, et d'un coup de
s'avance, se place femelle de
la même
ordonne à la
prendre
queue,
réunissent en s'embrassant, ne se
position. Ils se.
de leur queue et de leurs pattes
servant plus que
l'eau
de derrière, pour se soulenir sur
pendant
T'intromission, qui dure vingt à vingt-cinq secondes. Le plaisir éprouvé, l'acte de propagation
achevé, ils se séparent, et accompag gnent cette
retraite des cris et rugissemens affreux, qui président à l'acte du coït. Leurnaturel étant féroce,
de leur amour doit être brutale, et
l'expression
comporter les mêmes caractères.
Mais ce son de voix, qui ne nous semble
d'une modulation, sert pourtant
composé que volontés. J'eus lIa satisfaction,
à expliquer ses
sur ce point, de voir mon hypoen réféchissant
thèse confirmée par le fait suivant. J'apercevois
dessus de ma têle, le mâle de la cresserelle
au
et planer, tenant en son
du pays, tournoyer
sa femelle, occupée
bec un mulot quildestinoità
Le
se perchant, fit un
à couver.
pourvoyeur
cri : aussitôt je vis sortir d'une vieille masure
dans la rapidité de son vol, lui
la femelle qui,
et alla le déenleva l'animal, sans s'arrêter,
nid.
promptement, pour rentrer dans son
pecer
la durée des
La différence des intonations,
sûrement ce
sons, leur qualité interprétent
langage --- Page 59 ---
D'UN NATURALISTE.
langage inconnu. C'est un dénouement auquel,
jec crois,T'observateur discret doit renoncer.
Divers examens, anatomiques *
m'ont confirmé
que le rapprochement des deux sexes, pour la
copulation, n'a lieu dans les mâles, qu'à l'âge
de dix ans, et dans les femelles, de huit à neuf.
On peut en juger parle tableau de la progression
des âges et de la taille, annexé à ce chapitre.
Ony verra que, dans ces animaux, la puberté
est lente et tardive à se déployer, par les disproportionsénormes des Bouheprogisitrisonils
type le plus en faveur de ma combinaison.
La féconditéde ces animaux dangereux, nuisible par la quantité de germes destructeurs
sortis de la terre, à chaque incubation, pour
l'appauvrir dans ses créatures, ne dure que trois,
quatre, et au plus cinq ans dans les femelles (I):
le Créateur apaise donc cette vertu prolifique,
en rendant, à un certain age,impuissantes leurs
facultés, et ne conservant que de quoi entretenir
l'espèce.
D'après l'étendue des ovaires, la quantité des
ceufs, et l'e.nplacement qu'ils occupent jusqu'à
leur perfection, je crois devoir répéter que:les
femelles ne pondent point avant l'age de huit
ans. Quelle dévastation s'ilen étoit autrement,et
(1) Yoyez le post-scriptum du chapitre Xo.
ToME III,
D
issantes leurs
facultés, et ne conservant que de quoi entretenir
l'espèce.
D'après l'étendue des ovaires, la quantité des
ceufs, et l'e.nplacement qu'ils occupent jusqu'à
leur perfection, je crois devoir répéter que:les
femelles ne pondent point avant l'age de huit
ans. Quelle dévastation s'ilen étoit autrement,et
(1) Yoyez le post-scriptum du chapitre Xo.
ToME III,
D --- Page 60 ---
VOYAGES
n'étoit point arrêtée! Une autre
sila fécondité
certain âge, ces animaux fepreuve est qu'à un dans le tems de la ponte, si
melles trouvées la taille de onze à douze pieds,
elles ont acquis
J'en ouvris quantité avec
ont dessé d'engendrer. n'avoient point d'ceuls, ni
ces proportions, qui leurs ovaires dussent être
aucune apparence que
auparafécondés : leurs trompes au contraire,
dilatables, étoient rétrécies etduriusculées.
vant --- Page 61 ---
'Tome III, page 50. TABLEAU dcs progressions de Ja taille, ct de la fécondité des Caimans
par rapport à leur àge, fait d'après des observations
me
scrupuleuses,
en servant, pour boussole, de l'époque de la ponte. Age. Taille. Tems de puberté, Proportions des parties Longueur de la dixième et largeur Idem de la quatrième Longueur de la tête,
de génération. del lamachoire dent
et onzième dents
et de sa base Conduits des deux dents inf. et
supérieure. de la mâchoire inférieure. àlal LSaE l'arc temporal. près le cartilage nasal. des Longueur plaques de son lirgeur armure,
Aun jour de naissance. 9 pouces 1/2. Trés peu sensibles,
demi-ligne,
idemiligae. 18lig. sur
siz mois. 18 pouces. 7,lat tèterenilée,
Point le cartiloge tresun
Les deur
an. pouces. Rouulmntisputles. A peine visibles. ligne. iligne,
50 lig- la
Peti.mpedes,
yant4 principales 3. du cou,
ans. deut
3; pouces. Un plus
lignes. shiane3etu une 1/2. développée. Lese conduits poiat formés. gnes sur
trois aus. peu sensibles. :6. 1/2 hors de l'alvéole. un
Poiat encore
lignesaur
tt
pieds pouces. La
ligneset une 5/4. percés. Mshite
quatre ans. 4pieds. Le sujet vergede8lig- de longueur. 'g. sur une lig. 1/2 de base. lignes et3, ligue
6 ponces8 sur lig. et lignes. Lafraction des os commencée. <nes sur 51/1. lemelle,l'ovaie point 6lignes surzde base. 5lignes et . pouces 21 81 ligaes. Les conduits
Iilem. sur 6. cingecs. 4pieds 81
71 pouces sur 31/10 de base. lignes
A
pouces. La verge 10 1/2
Percés, ma ais Eatae dents
8 igues sur
lig. jusqu'à lignes sur de base. à le dépasant
erE
la
6lignes 1/2 et
peine museau
:X ans,
5 pieds. naissancedur unerférecteur. Slignes. 8pouces 3 lig. sur 31 pouces 6lig- Lesc condnits perforés par les
tang. pieds 81 pouces.
es
A
pouces. La verge 10 1/2
Percés, ma ais Eatae dents
8 igues sur
lig. jusqu'à lignes sur de base. à le dépasant
erE
la
6lignes 1/2 et
peine museau
:X ans,
5 pieds. naissancedur unerférecteur. Slignes. 8pouces 3 lig. sur 31 pouces 6lig- Lesc condnits perforés par les
tang. pieds 81 pouces. Unef femelle point formée. 7! lignes 1/2 sur2 1/2. 7lignes et51/2. dentssaillantes de lignes deux 1/a. glignes sur 8,
ans. 6pieds 7 pouces. Pasencoreb L'uvaire bien. formée, blignes surz 1/2. ligneset6. pouces 8lig. sur 41 pouces 1/2. Les dents saillantes - 3l-g. 1/2. 10
encore plisaé, et glignes sur 4. 8lignese et7. 9pouces 1/asur rSpoutesal lignes. Les dents saillautes de
lignes sur 9. neufans. point encore
I pouces sur 61,2,
alignes. sur 10. I
dilaté. pieds pouces. Adultes. La
de 5lignes. lignesi
:13 ans. 81 preds pouces. Idem. Foy. verge de 31 de 18lignes. 13lignes aur 41/z. 9 li, ties et 7. 8. 13lignessur 11. duazeans. 91 pedsa poure es. Adultes et tres-ardens. La very pi. de 6 mun ouvr. cité. 15lignes 1/zsur6. 11 lignes et 10 1/2. pouces sur
de 5 lignes 1/2. 15 lignes 1/2 13. guatorze acs. 10 pieds4 po ouces. Idein. ke poures. 161 lignes1/2 511 7. 4 et 13,
sur 8 1/2. Idem. sur
NEUE
ns
12 1/2. La verge de 6p pouces
24 lignes
alignes
pouc. sur 18
161ig gnes31 ur 1$ :/2. dic-hu't ars. pieds
dultes et moins ardens. La verge de 5lignes. 1/2. 31 sur 91 1/1. 15ligaes et 14. :: ouces sur pouces. 7e. delgres. 18lignes 2/3 aur 151
vingta ans. 16 pied, et 5 pouces. Adultes et jloux. La sept u poures
pour es sur ligues 1/2. 21 poaces 12 et 2 ponces. 3 P 1/2 sur 13
Semi-lermet. 21 "gnes 1 sur 19 lignes, ligues. gt-dent ans. pieds b pouce s. M ardens. Lay verge ver Re de per nIce rsgligees. C 1u
puucess sur 181 nes,
ou es aur ligce et 3 pouces. 31 pieda pieds I pour re pouces. sur 18
Boin chés, dents obtuses. P: uc lignes s. ur
Idem. Invalides,
Racornies et 70 ridées. lignes, poucesi/2 sur et polignes. 3 vour es V/zet 3p pouces. . pieds sur 21 pouc ces. pouces. Idom. 19 lignes sur 21 ligaes. lignes. lnicompletes écornées. Cusad ces ou emouss. es,
Idem.
pieds I pour re pouces. sur 18
Boin chés, dents obtuses. P: uc lignes s. ur
Idem. Invalides,
Racornies et 70 ridées. lignes, poucesi/2 sur et polignes. 3 vour es V/zet 3p pouces. . pieds sur 21 pouc ces. pouces. Idom. 19 lignes sur 21 ligaes. lignes. lnicompletes écornées. Cusad ces ou emouss. es,
Idem. Iilem. pouces I1 lignes sur 231 ligues. Idem. 3po acessur 22 lig. cs. --- Page 62 --- --- Page 63 ---
D'UN NATURALISTE,
CHAPITRE HUITIÈME.
Conduite du Male et de la Femelle avant et
après la ponte.
Pouses par une induction naturelle, ces animaux,sentant le besoin de propagerleur espèce,
éprouvent, dans la régénération printanière, les
tilnionsiméstatiblede cette passion fougueuse,
qui donne alors un plus haut ton à leur fureur
brutale et jalouse. C'est au sein de la terre, hors
des regards humains, que doit être confiée la
progéniture qui doit un jour venger leurs
outrages, épouser leur férocité, désoler la
Nature, et renouveler leur emploi tyrannique.
C'est sûrement dans cet espoir cruel, qu'ils
quittent les froids momens de leur indifférence,
pour céder aux impressions poignantes de leur
bestialité. D'une torpeur engourdie, d'un repos
glacial, on les voit rapidement passer à un
période effrayant d'agitation convulsive et farouche.
Il est à croire que le mâle, oubliant son
esprit de domination et d'égoisme 2 aide la
femelle dans la fouille du nid; je le suppose au
moius, d'après les traces différentes qu'on aperD 2 --- Page 64 ---
VOYAGES
de la couvée. Ce que je puis assurer,
çoit autour femelle se sert d'abord de ses pattes
c'est que la
son trou circulaire;
pour agrandir et creuser
pentplus achever
mais, quand leur longueurne elle fait usage du bout
nécessaire,
la profondeur
d'une spatule, pour
de son museau, comme sortir la terre inutile.
caver le creux, et en
étonné de voir régner une si parfaite
On est
d'un animal aussi
régularité dans Pouvrage
par une
inepte; mais la surprise est remplacée Moteur de ces
admiration due à la sagesse du
de ces mamerveilles, qui éclaire la stupeur
de quelques
chines animées, en accompagnant nécessaire à leur
combinaisons idoines, le tems
déveCe même instinct est encore
régénération.
et les vengeances de
loppé dans les poursuites
ce reptile carnassier.
Les ceufs, au nombre de vingcheitseulement, rang
circulairement dans le couvoir,
sont placés
à ce qu'ils ne se touchent
sur rang, de manière
la femelle
point. Pour prévoir cet inconvénient, etnon de
une couchede terre,
a soin d'interposer sèches, ainsi que quelques
la paille ou feuilles
visqueuse qui
auteurs Pont avancé. Lhumeur
entre
se trouve surles
la
sesh.emenoili,scalasied
cavité, les particules terreuses que
chaque
sur chaque rang, en
femelle a soin de répandre
ce qu'ils ne se touchent
sur rang, de manière
la femelle
point. Pour prévoir cet inconvénient, etnon de
une couchede terre,
a soin d'interposer sèches, ainsi que quelques
la paille ou feuilles
visqueuse qui
auteurs Pont avancé. Lhumeur
entre
se trouve surles
la
sesh.emenoili,scalasied
cavité, les particules terreuses que
chaque
sur chaque rang, en
femelle a soin de répandre --- Page 65 ---
D'UN NATURALISTE
sorte que le tout ne forme qu'une seule masse
contigué.
Les caimanschoisissent, pour placer leurs nids,
un tertre un peu élevé; et, indépendamment de
cette première précaution, ils joignent celle de
taper le dôme du couvoir, de peur de la pénétration des pluies accidentelles. Aussi la Nature qui
prévoit tout, ne les fait-elles pondre que dans les
secs, dans les mêmes endroits qui sonts submergés
dans les pluies (I)!
La ponte est en mars, avril et mai pour les
plus tardifs, c'est à dire une seule fois l'année.
l'incubation est d'un mois, ainsi que nous
l'avons éprouvé par des oeufs enlevés, et enterrés au pied de notre case, après nous être
assuré que le développement du germe n'étoit
point encore commencé.
La femelle dépose à la fois tous les ceufs
parfaits, dont la coque est dure. J'en ai toujours
(i) Les reptiles ovipares sous le climat torride de
Saint-Domingue, n'ont besoin de confier leur postérité
qu'à la concentration de la terre, tandis qu'en Europe
où le sol n'est point aussi chaud, les couleuvres et 2
certains autres reptiles choisissent des tas de fumier,
plus propres à réverbérer la chaleur nécessaire aux
progrès de l'incubation. Ainsi tels climats, telles habitudes, et par-tout des preuves non équivoques de
T'influence du Génie créateur.
D 3 --- Page 66 ---
-
VOYAGES
humectés d'une humeur vistrouvé vingt-huit crétacée, tapissée intérieuqueuse. La coque
épaisse, produit un son
rement d'une tunique
des petits trous dont
clair, en raison, je crois,
dans
elle est parsemée, et. qui traversentjusque l'incubation
Jintérieur. Ces porosités rendent
moins lente et plus facile.
leurs
A voir les traces de ces animaux près vient rePun ou Pautre
nids, on croiroit que
entretenir une
poserdessus pendant la nuit pour
et éviter aux ceufs la fraicheur
chaleur constante, nécessairement les progrès
du sercin, retardant
quoique
mais cette conjecture,
de Tincubation;
être citée en
d'ailleurs vraisemblable, ne peut des nichées,
cette occasion; car, ayant découvért cardasses raj'ai garni Pemplacement, de
elles 5 n'ont
et autres plantes épineuses :
quettes,
et nous n'avons aperçu que
point été dérangées,
les anciennes traces.
donné tous les soins
La femelle, après avoir
comme les
réservés à la maternité, abandonne,
sa
tortues,àla copcentration etaus soleill'espoirde
Ce qui prouve que les ceufs n'ont pas
postérité.
chaleur, c'est qu'ils sont enbesoin d'une grande
qui leur sert
foncés à dix pouces de la convexité, à être trèsd'auvent, où la terre commence
sondant
fraiche, ainsi que je l'ai remarqué en
des nichées.
La femelle, après avoir
comme les
réservés à la maternité, abandonne,
sa
tortues,àla copcentration etaus soleill'espoirde
Ce qui prouve que les ceufs n'ont pas
postérité.
chaleur, c'est qu'ils sont enbesoin d'une grande
qui leur sert
foncés à dix pouces de la convexité, à être trèsd'auvent, où la terre commence
sondant
fraiche, ainsi que je l'ai remarqué en
des nichées. --- Page 67 ---
D'UN NATURALISTE,
Impatiente de se voir reproduite en ses pelits,
l'instinct porte la mère à venir, à l'approche du
terme de l'incubation, visiter sa future génération. Elle tourne, retourne, s'agite, appelle,
fait beaucoup de mouvemens sur la place, afin
d'exciter ses petits à donner signe de vie. Par une
admirable prévoyance de la Nature, lorsqu'ils
sentent les mouvemens, ils aboient comme de
jeunes chiens; alors la femelle gratte, déterre
les coques, 2 et voit avec joie le fruit de ses
amours. C'est à la tête de ses petits qu'elle est
plus que jamais féroce. Hargneuse et promptement irrascible, elle n'attend plus qu'on
l'attaque; ; elle fond sur celui dont la présence
l'inquiète, et cherche, par cette démarche menaçante, à l'expulser de la vue de ses petits,
qu'elle mène à l'eau en grondant, et tournoyant
comme une poule à l'égard de ses poussins. Qui
pourroit alors la heurter de front avec sangfroid? Lesarmes les plus sûres tremblentdansles
mains vacillantes. Il y auroit de la témérité à
l'attaquer seul en cette occurrence, où tout
cèdeàla force de son boutoir.
S'il est rare de voir le caïman debout sur ses
pattes, on le voit communément en cette occasion, période de sa colère. Il affecte encore
quelquelois la même marche, lorsqu'il est
D 4 --- Page 68 ---
VOYAGES
poursuivi par un ennemi qui lui est supérieur
en force : il court alors comme un lézard.
Les petits, qui ne peuvent: en naissant rester
long-lems sous l'eau, ne font que plonger et
La mère les nourrit en dégorgeant sa
reparoitre.
sac alimentaire
pature, et la ruminant,l ,lorsquele
ombilical a épuisé tous ses sucs nourriciers.
Les sentimens d'amour pour les jeunes reptiles, sont encore moins long-tems soutenus veille à
dans le mâle que dans la femelle, qui
accroissement jusqu'à l'âge de trois mois
leur
assidue,
environ. C'est pendant cette - garde
qu'elleabessin de toute sa surveillance et de son
préserver d'une incursion carnascourage pour famille que le màle cherche
sière sa petite
aussi fait-elle toucontinuellement à éteindre;
et l'attend-elle de pied
jours bonne contenance,
de corps
ferme, pour détourner, par une. prise
doit
unanime, le coup prêt à frapper, et qui
la priver de quelqu'un de ses petits. Pélément
En raison de leur inexpérience dans
ils sont moins en sûreté qu'à terre 3
liquide, y
des flancs de leur
où ils se. rassemblent très-près
la
mère, qui les protége des mêmes armes que
Cestpourquoi ils sont
Nature lui a départies (1).
inquiète, cherche de pre-
() Cette mère, toujours
garnis de buissons
férence les endroits des berges
et qui
la priver de quelqu'un de ses petits. Pélément
En raison de leur inexpérience dans
ils sont moins en sûreté qu'à terre 3
liquide, y
des flancs de leur
où ils se. rassemblent très-près
la
mère, qui les protége des mêmes armes que
Cestpourquoi ils sont
Nature lui a départies (1).
inquiète, cherche de pre-
() Cette mère, toujours
garnis de buissons
férence les endroits des berges --- Page 69 ---
D'UN NATURALISTE.
souvent la victime de cette confiance tranquille,
surtout si le mâle vient à eux en silence, en cinglant entre deux eaux. Quatre, un jour, furent
dévorés de suite à la vue de la mère, inconsolable de son défaut de prévoyance. Elle quitte
bientôt ces soucis maternels, pour reprendre
ses habitudes premières quilécartent impérieusement de toute société. Aussi, ces bonnes
habitudes oubliées, porte-telle la guerre chez
l'engeance animale qui ila redoute, et succombe
par sa foiblesse.
épais, ou de racines de mangliers, propres à recéler
les jeunes caimans 2 et où les gros ne peuvent
pénétrer, --- Page 70 ---
VOYAGES
CHAPITRE NEUVIÈME.
Naissance du Petit, et ses diverses positions
dans Voeuf.
Qumat beau pour Tobservateur déiste de
réfléchir sur la formation et le développement
de la substance homogène du jaune de Toeuf,
réunis, d'une manièrei impercepoût se trouvent
tible et cachée à la lentille la plus multipliante,
matrices du musc, de la peau,
les molécules
dans la nuit des
des viscères, etc.! Cestseperdre
des
conjectures que de fonder des systêmes sur
la Nature discrète cachera toujours
secrets que sein. Le voile de la conception des
dans son
impénétrable, ne
êtres organisés 2 pour jamais
pourra tout au plus être que demi-transparent
du zélé contemplateur. Cepenaux yeux perçans
de maître de
dant glorieux du titre d'homme,
la création soumise à mon espèce,) je dois porter
mais les baisser
par-tout des regards avides;
respectueusements sur les points que ne peutfixer
foible
reconnoître alors la supréma
raison;
Ouvrier de la
matie incontestable du grand
Nature, qui a limité mes moyens moraux et
physiques; leur a assigné un cercle circonscrit,
élé contemplateur. Cepenaux yeux perçans
de maître de
dant glorieux du titre d'homme,
la création soumise à mon espèce,) je dois porter
mais les baisser
par-tout des regards avides;
respectueusements sur les points que ne peutfixer
foible
reconnoître alors la supréma
raison;
Ouvrier de la
matie incontestable du grand
Nature, qui a limité mes moyens moraux et
physiques; leur a assigné un cercle circonscrit, --- Page 71 ---
D'UN NATURALISTE.
et a ordonné au livre des secrets de la Nature,
de se fermer à mon approche.
Il est malheureux, ,I pour l'intérêt del'ouvrage,
que des circonstances impérieuses, des inimitiés
mal fondées, m'aient empéché de mettre à exécution le projet que j'avois de suivre jour par
jour, les progrès de Pincubation, et d'en dessiner graduellement les planches. J'étois bien
disposé à observer dans une infinité de nichées
que je connoissois, mais qu'on eut la méchanceté de me découvrir pour en casser les ceufs, et
ne me laisser à chaque visite que le regret d'y
avoir pensé. Je ne puis donc exposer ici que les
parties les plus évidentes du succès de l'incubation, ainsi qu'on peut en juger par les figures
de la planche V.
Voici l'exposé de quelques observations victorieuses des mauvais tours qu'on a voulu me
jouer. La mère, soit qu'elle exprime trop véhément sa joie, soit que lourde dans ses manières,
elle ne puisse en mitiger la brutalité, écrase
toujours plusieurs petits en les déterrant pour
leur donner la lumière; elle paroit même insensible à la perte qu'elle vient de faire, d'une
manière plus remarquable que si les petits
eussent seulement vécu un jour; alors elle s'y
attache.
Elle répond à leurs premiers aboiemens par --- Page 72 ---
VOYAGES
une vibration isochrone, rauque ou tremblante,
glace d'effroi les auditeurs de P'engeance
qui
raisonnable.
Le petit, dont les yeux sont énormément -
saillans., est, dans P'ceuf, roulé sur lui-même-
(Planche V, fig. III.) La coque crétacée cède
battemens réitérés de son boutoir : elle est
aux
intérieurement d'une
sèche et cassante 2: garnie
le petit a
tunique ou pellicule assez épaisse, que
d'abord percé de ses dents aigues, avant sa
naissance.
Je parle, au Chapitre dixième, de sa férocité
occasion de réitérer
innée; etj'ai eu moi-même
conservé
plusieurs fois l'expérience, en ayant
huit dans une baignoire pendant quinze jours,
HECaEcome
tant que le sac alimentaire ne fit pas dépensé.
Ce sac alimentaire (planche V.) est une partie
du jaune de T'oeuf, entourée d'une membrane
un conduit vasculaire
qui va se rendre, par ombilical d'un jeune
comparable au cordon
de la courbure
enfant, aux vaisseaux chylifères
la
de l'estomac, à mesure qu'il est élaboré par
digestion. Le petit reptile né, ce sac rentre en la
au dessous et devant les
région hypogastrique,
intestins gréles. Alors la - suture ombilicale
(planche V.) se faitl longitudinalement aubout
de quelques jours : elle" a quatre lignes de
rendre, par ombilical d'un jeune
comparable au cordon
de la courbure
enfant, aux vaisseaux chylifères
la
de l'estomac, à mesure qu'il est élaboré par
digestion. Le petit reptile né, ce sac rentre en la
au dessous et devant les
région hypogastrique,
intestins gréles. Alors la - suture ombilicale
(planche V.) se faitl longitudinalement aubout
de quelques jours : elle" a quatre lignes de --- Page 73 ---
D'UN NATURALISTE.
longueur. J'ai conservé dans du tafia un de ces
petits nouveaux nés, dix minutes sans mourir,
et sans même qu'il ait donné le moindre signe
de souffrance.
Ce sac alimentaire servant d'abord d'intestin
au reptile qui n'a pas besoin, dans l'oeuf, de
déjections alvines, mais senlementd'une matière
nutritive, est recouvert de vaisseaux sanguins
ayant leurs troncs abouchés aux veines mésentériques. Il est très-volamineux, comme on le
voit d'après nature 2 comparativement à la
grosseur de l'animal qui n'avoit qu'un jour
de vie, étant éclos le matin devant moi. C'est
un crible d'où partent autant de ramifications
pour entretenir petit à petit les vaisseaux chylifères. C'est donc aussi, si je puis le dire, un
secondestomacélaborantette matière précieuse,
et en faisant passer les sucs où besoin est par
ses canaux appropriés. Le véritable estomac ne
contenoit aucun aliment en digestion, et les
intestins étoient vides. --- Page 74 ---
-
:
VOYAGES
CHAPITRE DIXIÈME.
De ses moeurs, des ruses qu'il emploie, et de
lafinesse de son odorat.
Lx famille Rossignol - Desdunes est renommée
àl'Artibonite par sa constante assiduité à purger
plus de trente ans 3 de ces
la terre, depuis
de Phydre de Lerne,
monstres qui, à l'exemple
bien
reparoissent toujours, mais en quantité
inférieure à celle de cette époque reculée.
juge donc de la férocité naturelle et
Qu'on
innéedu caiman, par ce seul ltrsitearactéristique
Un jour, M. Desdunes père, crut découvrir une
nichée à une monticule de terre récemment
remuée et piettée; il ne se trompoit pas. Il fit
fouiller, ets se disposant à éteindre cette postérité
il écrasa un ceuf. L'incubation étoit
vorace,
donna
finie;carlel petit animal, en se déroulant,
de sa méchanceté en lui trades preuves
la semelle de son
versant de ses dents aigués
soulier.
deraconterun
Maintenant qu'il me soit permis
des adultes.
trait de la gloutonnerie impitoyable
humaLa famille citée, recommandable par son
rien pour parvenir à ses fins.
nité ,1 ne négligeoit
un ceuf. L'incubation étoit
vorace,
donna
finie;carlel petit animal, en se déroulant,
de sa méchanceté en lui trades preuves
la semelle de son
versant de ses dents aigués
soulier.
deraconterun
Maintenant qu'il me soit permis
des adultes.
trait de la gloutonnerie impitoyable
humaLa famille citée, recommandable par son
rien pour parvenir à ses fins.
nité ,1 ne négligeoit --- Page 75 ---
D'UN NATURALISTE.
Chaquejourplsieursesmon,)biemnapprovitiomnés
de munitions de bouche et de chasse, voloient
à la poursuite des amphibies. Il se tiroit quelquefoisneufcentsb balles par jour dans les parties
projetées oùt se trouvoient le plus souvent ses
huit fils. Un caïman dedouze pieds futharponné,
et trainé à terre oùt il fut assommé. On l'ouvrit:
quel fut l'étonnement de trouver dans son corps
un pareil animal, de moyenne grosseur, à moitié
digéré, et un chien qu'il venoit d'enlever! Ce
qui prouve bien P'élasticité de son gosier, qu'au
premier abord on juge trop étroit pour l'introduction de pareilles bouchées volumineuses. Il
est à remarquer que le caiman ne se nourrit
de ses semblables que lorsqu'il les rencontre
sans vie.
Quoiqu'il ne soit guères prudent de chasser
seul le caïman, cependant il est bon de recommander à celui dont on ne peut réprimer la
passion, d'user de beancoup de prudence, et de
ne point regarder pour pusillanimité, ce qui
n'est que sagesse et prévoyance. M. Desdunes le
plus jeune se promenoit sur une bergedel'Ester;
il aperçoit un gros caïman, il est plutôt rendu
que le noir qui l'accompagnoit. Il avoit eu
l'imprudence d'amarrer le bout de la corde
autour de son bras;1 Panimal prêt à couler, il ne
voulut pas laisser échapper un si gros but, sans
ne point regarder pour pusillanimité, ce qui
n'est que sagesse et prévoyance. M. Desdunes le
plus jeune se promenoit sur une bergedel'Ester;
il aperçoit un gros caïman, il est plutôt rendu
que le noir qui l'accompagnoit. Il avoit eu
l'imprudence d'amarrer le bout de la corde
autour de son bras;1 Panimal prêt à couler, il ne
voulut pas laisser échapper un si gros but, sans --- Page 76 ---
-
Y
VOYAGES
y fixer le trait que devoit diriger son adresse
lance, l'animal est
: il
l'onde
atteint, et rougit de son sang
agitée par ses mouvemens, et bouillonnante par son souffe. Le caïman fuit,
la corde a déjà filé que le jeune
ils'éloigne;
de sa victoire, n'a point
homme, content
qu'il faisoit vers la mort. Il encore aperçu les pas
sa faute, et marche
reconnoît trop tard
déjà involontairement dans
l'eau, entraîné par l'amphibie furieux,
son noir se jette à Ia nage, le
lorsque
la corde. Il est sauvé; il
devance, et coupe
représaille
frémit, en pensant à une
plus horrible de la part de l'agressé,
qui l'entraînoit sous l'eau dans le
tortueux ou,s'il 1 n'est point trop affamé, repaire il
pourrir toutes ses vietimes avant de les
met
Une des ruses qu'il emploie est de manger.
remuer,] jusqu'à ce que sa proielui soit ne point
le fait suivant en est une preuve. M. Lachicote- assurée;
Desdunes, allant ramasser du gibier
venoit
de tuer sur l'eau
qu'il
peu profonde d'un
se
trouva enfourcher un caïman de dix lagon,
demi de longueur, qui subitement pieds et
l'eau avec des intentions
parut sur
perfides, laissant
cevoir les deux dents blanches qui lui
apermâchoire
percent la
supérieure. Notre chasseur, dont le
courage magnanime est pourtant à l'épreuve,
Puisqu'il passe quelquefois la prudence, fut intimidé, et ne voulut faire aucun
mouvement;
car
peu profonde d'un
se
trouva enfourcher un caïman de dix lagon,
demi de longueur, qui subitement pieds et
l'eau avec des intentions
parut sur
perfides, laissant
cevoir les deux dents blanches qui lui
apermâchoire
percent la
supérieure. Notre chasseur, dont le
courage magnanime est pourtant à l'épreuve,
Puisqu'il passe quelquefois la prudence, fut intimidé, et ne voulut faire aucun
mouvement;
car --- Page 77 ---
D'UN NATURALISTE.
ear ily y alloit de sa vie. Il fit signe à son domestique de l'approcher, lui fait tenir horizontalement la crosse de son fusil, dans lequel il mit
deux balles, sans changer de position. Pendant
ce tems, le caïman, agitantlégérement sa queue,
à l'exemple du poisson qui surnage, lui frottoit
les cuisses 3 puis, pointant à bout touchant son
canon près de l'oeil de l'animal, M. DesdunesLachicottelui fit sauterla cervelle,ets'en délivra
par ce moyen, le seul que la prudence pàt lui
suggérer en cet état critique.
M. Desdunes père, étoit si adroit, qu'un jour
ils sauva de cette manière la vieà son domestique.
Ce dernier, tres-imprudent, se jeta à l'eau,
à la vue d'une tortue qu'il vouloit prendre. Il
nageoit, malgré les sages remontrances de son
maître 9 qui aperçut derrière lui un caïman
affamé, ouvrant déjà la gueule pour le dévorer.
Sans dire mot, il envoya une balle au caiman,
qu'il tua roide. Le domestique finit malheureusement, à ce.qu'on a lieu de conjecturer. Trèsfriand de tortues (1), il alloit les chercher jusque
(t) Par un instinct fort singulier, lorsque ces tortues
ont suffisamment pris de nourriture, sans avoir été
inquiélées par le caiman, qu'elles reconnoissent pour
ennemi, elles vont affronter sa présence, et se cacher
dans son trou, où le caiman ne peut leur faire aucun
mal, parce qu'il ne peut manger dans l'eau. Elles sy.
ToxE III,
E --- Page 78 ---
VOYAGES
des caîmans, oit on en trouve
dans les repaires abondance. Ses vêtemens et son
quelquefois en
dessus d'un
chapeau, qu'on trouva sur terre,au rencontré
de ces trous, font croire qu'y ayant
dans
V'animal, il a eu à soutenir un combat
Jamais on n'a entendu
lequel il a succombé.
parler de lui depuis cette époque.
arrive le plus
Dans la chasse au harpon, il
alors il
l'animal n'est que blessé;
souvent que
pour T'emmuseler.
faut de grandes précautions
mieux réussi.
Voici la manière qui nous a le
de
du moment de sa tranquillité, et
On profite
lui cause la vue d'êtres supéTétonnement que
lui
rieurs à lui, en ruses et en adresse, pour linstant
cou, un pieu qu'à
jeter en travers,surle saisissent à chaque bout, en Tapdeux hommes
L'animal veut bondir, mais
puyant vers la terre.
usant du même
on arrête ses mouvemens en Il est si honteux
moyen, par rapport à la queue.
Alors on
de se voir vaincu, qu'il ne s'agite plus.
se
lui lance à la tête un noeud coulant, lequel,
la tête retirée, jusqu'à ce que le
tiennent en repos,
Elles épient alors
monstre sorte pour faire sa tournée.
pour
et la direction de son excursion,
ses mouvemens
vers Tendroit opposé, afin
bientôt après sortir et nager elles ont à craindre d'autres
de gaguer la terre; mais
caimans souvent en maraude.
queue.
Alors on
de se voir vaincu, qu'il ne s'agite plus.
se
lui lance à la tête un noeud coulant, lequel,
la tête retirée, jusqu'à ce que le
tiennent en repos,
Elles épient alors
monstre sorte pour faire sa tournée.
pour
et la direction de son excursion,
ses mouvemens
vers Tendroit opposé, afin
bientôt après sortir et nager elles ont à craindre d'autres
de gaguer la terre; mais
caimans souvent en maraude. --- Page 79 ---
D'UN NATURALISTE
fermant, ne peut pas glisser du museau, qui
est spatuleux à sa partie antérieure, ainsi qu'on
Pa vu dans les planches de physiologie.
Il ne faut pas se distraire sur les dangers
qu'offre le voisinage d'un semblable animal;
car quelquefois, au moment inattendu, il donne
une secousse qui jette les hommes à terre.
Cependant la Nature 3 toujours prévoyante
a restreint, jusqu'à un certain point, la 2
voracité de l'amphibie. Ainsi il ne poursuit
l'homme que quand il est pressé par la faim,
ou lors de la ponte; il se cache même à sa vue,
lorsqu'ila assez trouvé descarabées, de poissons,
et d'autres choses propres à rassasier son appétit.
J'aitrouvé, dansl'estomac des petits caïmans, des
chevrettes déjà rougies parla chaleur concentrée
dans ce viscère, pour le travailde la digestion.
C'est un spectacle horrible que de voir le
caïman au milieu d'un feu' 'actif. Il réunit, dans
cette conjecture, tout son courage, et menace
avec fureur les assistans ; en se roulant et
repliant avec des contorsions allreuses, il
découvre aussitôt son sexe : c'est alors
est
qu'il
prêt à succomber à la douleur effroyable
qu'il ressent.
Lorsqu'un gros caïman surprend une tortue, 2
il s'en saisit, et levant tout à fait sa tête hors de
l'eau, il broie l'écaille en deux ou trois
coups
E 2 --- Page 80 ---
VOYAGES
nousl'avons entendu plusieurs
dedents,sinsic ique
fois.
tenté jusqu'ici de familiaC'esten vain qu'ona
n'offrant
d'ailleurs cet animal,
riser le caîman;
c'est
aucun but d'utilité dans sa conservation, essais. Un
s'exposer que de faire de semblables un de ces
du Port-au-Prince a gardé
particulier
années, dans un bassin qu'il
animaux plusieurs
le succès de cette expéavoit fait construire pour bien au dessous de six
rience. Ille fit prendre
tobliged'yrenoncer," ne voyant pointle
mois,etfato
às'adoncir.
caractère féroce def'aninal,dispos la taille des caimans paroît
Le période de
de seize pieds et demi,
être à Saint-Domingue observé la famille Rossignol-Desainsi que la
fait une chasse journalière et
dunes, qui en a
d'années : le
çonstante pendant une trentaine
ont pris,
qu'ils aient vu et qu'ils
plus gros taille. Privé de toutes ses dents; les
avoit cette
cicatrices osseuses, l'oeil
alvéoles fermées pardes
annonçoient
morne, les écailles presqu'usées,
caducité. Joignez à ces symptômes
une parfaile
les mouvemens;
de caducité le peu d'agilitédans de poissons, ou
il ne se nourrissoit plus s'engonfirant que
dans sa
d'autres petits animaux mettre à T'abri. Aussi
large gueule, croyant s'y ne la fermant que
T'avoitil toujours ouverte, l'air retenu dans ses
lorsqu'il vouloit dégorger
, les écailles presqu'usées,
caducité. Joignez à ces symptômes
une parfaile
les mouvemens;
de caducité le peu d'agilitédans de poissons, ou
il ne se nourrissoit plus s'engonfirant que
dans sa
d'autres petits animaux mettre à T'abri. Aussi
large gueule, croyant s'y ne la fermant que
T'avoitil toujours ouverte, l'air retenu dans ses
lorsqu'il vouloit dégorger --- Page 81 ---
D'UN NATURALISTE.
poumons, en l'expirant par le cartilage nasal.
Il étoit très-maigre, en raison de sa taille. C'est
ce caïman qui, tenu vivant à l'éperlin, ennuyé
dans sa prison, se replia sur lui-méme, croyant
travailler à sa liberté, en sorte que, sans se
dérouler, il alteignit à la hauteur de douze
pieds la solive où étoit attaché le bout de la
corde; ce qui prouve encore une parlaite
tension de muscles.
Des amis du merveilleux ont cru apercevoir des arbustés implantés sur le dos de vieux
caîmans, àla faveurde Timpsceptibaliédelurs
mouvemens ; mais, avec plus d'attention, ils
n'ont aperçu que des conferves ou d'autres
plantes aquatiques que ces animaux accrochent en passant près des rives, et qui restent
sur leur corps quelques heures 3 ou moins 3
retenues aux apophyses,jusqu'à cequ'une flaque
d'eau les en détache.
Une femelle surprise près de ses ccufs, s'élança 1e
sur M. Desdunes père, et lui déchira sa veste.
Non contente de cette première vengeance, elle
se redressa un peu, voulant l'attaquer au visage;
mais il ne rapporta à la case que la marque des
deux pieds de l'animal, déjà montés lun sur la
cuisse, et l'autre sur la poitrine. C'est près d'assouvir sa cruauté sur ce bon père de famille, que
cette femelle eut peur de deux chasseurs qui
E 3
sur M. Desdunes père, et lui déchira sa veste.
Non contente de cette première vengeance, elle
se redressa un peu, voulant l'attaquer au visage;
mais il ne rapporta à la case que la marque des
deux pieds de l'animal, déjà montés lun sur la
cuisse, et l'autre sur la poitrine. C'est près d'assouvir sa cruauté sur ce bon père de famille, que
cette femelle eut peur de deux chasseurs qui
E 3 --- Page 82 ---
VOYAGES
vinrent à la défense de leur ami bien
danger. Cet événement fut
err
seur intrépide de la
raconté, et le chasmaison voulut seul l'aller
attaquer : il partit donc
rendu au lien indiqué, 5 sans mot dire;
il
un
tier très - étroit en
aperçut
senherbes s'étoient
apparence, parce que les
rapprochées. Ne pensant
plus au caiman, il crut devoir
déjà
passage de gingeons
l'attribuer au
qui
endroits solitaires. Il s'avance fréquentoient ces
laiches
au milieu de ces
trés-fourrées; mais, peine a-t-il fait
quatre pas, que le caïman en embuscade
s'élance sur sa cuisse, et le met
hors d'état de défense
la
sur-le-champ
par douleur
que lui cause la morsure : l'animal
excessive
cuisse en la secouant
déchire cette
quitte
rudement; bientôt il la
pour prendre le bras qui ne
lever pour. l'immoler.
pouvoit se
choit à se
Déjà en reculant, il cherfrayer un chemin dans les laiches
y entraîner sa proie!Le malheureux,
pour
de l'horrible avenir
frémissant
que lui présageoient ces
précautions sanguinaires, profita de ce que les
touf@sadolenuhlces,p pourfeindreun;
de fuite; l'animal ouvrit sa
mouvement
gueule, et lâcha prise
pour mieux reprendre sa victime; mais
fat assez prompt pour lui présenter la l'homme
son fusil
crosse de
fortement qu'heureusement le monstre serra
sans vouloir la quitter. Le chasseur
trop heureux de cette méprise
avantageuse, en
ient ces
précautions sanguinaires, profita de ce que les
touf@sadolenuhlces,p pourfeindreun;
de fuite; l'animal ouvrit sa
mouvement
gueule, et lâcha prise
pour mieux reprendre sa victime; mais
fat assez prompt pour lui présenter la l'homme
son fusil
crosse de
fortement qu'heureusement le monstre serra
sans vouloir la quitter. Le chasseur
trop heureux de cette méprise
avantageuse, en --- Page 83 ---
D'UN NATURALISTE.
profita pour hâter sa fuite, et se dérober aux
regards de son redoutable ennemi. 11 arriva à la
case, meurtri, confus, et tout sanglant, dans un
si mauvais état enfin, qu'il fat mort de ses blessures, sans les soins particuliers et généreux de
M. Desdunes père, son compatissant bienfaiteur.
On étoit à diner; mais tous les convives quittèrent la table pour marcher sur Panimal féroce,
dont la destruction étoit d'autant plus désirable,
qu'à sa première attaque quelqu'un pouvoit
succomber : on ne revint pas sans sa tête.
Comme le cog oublie son inimitié pour son
rival, lorsqu'il s'agit de défendre son espèce de
la poursuite des pintades, de même le caiman se
dévoue pour ses semblables. C'est ainsi que nous
promenant sur les rives de TEster, nous rencontrâmes un jeune caïman que nous fimes
crier; aussitôt nous en vimes de tous les points
fendre l'onde en silence, et, avec la vitesse d'un
trait, venir en troupe au cri de leur parcil. Ils
tentèrent même de monter vers nous ; mais la
hauteur des digues en talus les en empéchèrent.
Un, plus gros que les autres, 2 parut en redoublant d'efforts : on lui lança le harpon, qui
à plusieurs reprises rebroussa sur son dos,
position, on étoit obligé de lui
parce que, parla
jeter à pic. La voie oblique est la plus sûre.
Si le caiman succombe quelquefois aux invaE 4 --- Page 84 ---
VOYAGES
sions soudaines' êt
ennemi
imprévues du requin son
juré, ce n'est point
lui
rieur en force, mais bien qu'il
soit infémordre dans
parce qu'il ne peut
l'eau, sans courir
de
noyer. Aussi le vivipare a-t-il
risque
se
lui dans cet
tout l'avantage sur
craindroit de élément, tandis qu'à terre il
Fattaquer. C'est dans
qu'on voit se livrer ces affreux T'Artibonite
lesquels le
combats dans
requin a tout
durent-ils
Favantage : aussi ne
peu endurant que.quelques momens, car le
et vindicatif,
caiman,
tourmenté par. les blessures de douloureusement
ouvrir la gueule; et détachant Passaillant, veut
soupape cartilagineuse
de son palais la
ce mouvement,
qui y happe, donne, par
accès à un courant d'eau
lenoye bientôt.
qui
mnémoires, Post-Scriptum. T'occasion Ayant eu, , depuis Ia fin de ces
Bartram dans les
de lire le voyage de Williams
parties du sud de
trionale, et m'étant convaincu, TAmérique septenrience, des erreurs dont la par ma propre expéWilliams Bartram,
plupart des articles de
altérés, je crois, par concernant intérêt
le crocodile, 3 sont
réfuter des assertions
pour la science, devoir
propager. Je ne prétends qu'il seroit dangereux.de laisser
teur de Williams
point étre le critique déiracque me dictent la Bartram, 2 maisje dois les observations
justice et Timpartialité,
, et m'étant convaincu, TAmérique septenrience, des erreurs dont la par ma propre expéWilliams Bartram,
plupart des articles de
altérés, je crois, par concernant intérêt
le crocodile, 3 sont
réfuter des assertions
pour la science, devoir
propager. Je ne prétends qu'il seroit dangereux.de laisser
teur de Williams
point étre le critique déiracque me dictent la Bartram, 2 maisje dois les observations
justice et Timpartialité, --- Page 85 ---
DUN NATURALISTE.
Williams Bartram dit d'un crocodile qui nageoit:
a Leau sortoit à flots de sa gueule entr'ouverte, et ses
> larges narines l'exhaloient en vapeurs s. On a VU,
par les détails anatomiques qui précèdent , que la
conformation des organes du reptile s'oppose à ces
prétendus effets. Plus bas : 6 De nombreux crocodiles
> hurlèrent pour applaudir au vainqueur >. Le crocodile est silencieux, taciturne et peu démonstratif.
e De nombreux crocodiles m'investirent, et firent
> tout pour renverser: ma barque>. Cecin'arrivejamals,
et les crocodiles au contraire, moins hardis dans leau
que sur terre, où le danger provoque leur férocité,
évitent les canots, ou s'ils les environnent, c'est pour
plonger et reparoitre alternativement au dessus de
T'eau, dahs l'espoir qu'on leur jetera quelque proie.
C Ils rugissoient d'une manière horrible en se re-
> dressant vers moi, et vomissoient sur moi des
> torrens d'eau >. Celte assertion paroit d'autant plus
invraisemblable que j'ai prouvé anatomiquement que
le crocodile n'avale d'eau que ce qui est nécessaire
à sa subsistance.
Ayant quitté mon canot chargé de poissons, à mon
> retour je vis un crocodile d'environ douze pieds,1 les
> pattes appuyées sur le bord, et prêt à s'emparer de
* ma péche. Une autre fois, étant occupé à écailler
>) du poisson sur un rivage, un très-gros crocodile vint
> à moi, et d'un coup de queue balaya dans l'eau une
> partie de ce poisson, et ilm'auroit entrainé moi-
>) même si jen'eusse fuis.
Bartram dit encore : <Je vis en un endroit tant de
> crocodiles, qu'iln'eit pas étéimpossible det traverser
> larivière en marchant sur leurs têtes. Enfin, ces ani-
> maux ayant surpris un banc de poissons,ils en firent
isson sur un rivage, un très-gros crocodile vint
> à moi, et d'un coup de queue balaya dans l'eau une
> partie de ce poisson, et ilm'auroit entrainé moi-
>) même si jen'eusse fuis.
Bartram dit encore : <Je vis en un endroit tant de
> crocodiles, qu'iln'eit pas étéimpossible det traverser
> larivière en marchant sur leurs têtes. Enfin, ces ani-
> maux ayant surpris un banc de poissons,ils en firent --- Page 86 ---
VOYAGES
> un si grand carnage que des torrens
> sortoient de leur
de sang et d'eau
> bloient vomir des gueule, et que leurs narines semIl
torrens de fumée!!!ls
paroit aussi que le même auteur
avec des yeux
a examiné
nids des crocodiles, multiplians et microscopiques les
cules de quatre puisqu'il les compare à des montipieds de hauteur, et
contiennent chacun de cent à deux cents prétend qu'ils
gression par couvée en seroit
ceufs. La procation désolante !
rapide, et la multipliIl dit dans un autre endroit, avoir
codile mâleou femelle, conduisant rencontré un crommmtandeemieminimesy
sa progéniture, au
prouvé, par des expériences j'ai,je crois, suffisamment
ne peuvent contenir
multipliées, que les ovaires
lecteur puisse croire que vingt-huit ceufs 2 pohr que le
exagérée.
plus long-tems à cette assertion
Idit encore : a Leurs
et l'eau, et font trembler rugissemens la
ébranlent Tair
n codiles rugissent
terre. Lorsque les croseroit tenté de croire par cent, et mille à la fois, on
> agite le
que quelque secousse violente
Globe, et l'ébranle
> demensl1!,
jusque dans ses fonCest trop s'éloigner de la vérité
de semblables erreurs. Ainsi des pour ne pas relever
peu véridiques dans leurs
voyageurs exagérés et
fiance du public
narrations, détruisent la conqui, je le sens, doit êire tardiveà se
prononcer, --- Page 87 ---
D'UN NATURALISTE.
CHAPITRE ONZIÈME.
De la chasse qu'on fait au Caiman dans les
lagons et au bord de Teau; de la manière
de découvrir les nichées au frai de la
femelle 3 et du danger éminent de cette
chasse.
Ox appelle à Saint-Domingue, lagons, ce
qu'on devroit appeler lagunes. Ce sont de petits
lacsou flaques d'eau dans des lieux marécageux,
qui ne sont entretenus que dans le tems des
pluies, 2 fertilisant ce sol et le recouvrant de
laiches fourrées. C'est alors qu'on y rencontre
du gibieren abondance : aussi les caïmans ont-ils
soin de les fréquenter, et de fixer leurs repaires
dans ces touffes si entrelacées, qu'on ne peut
guères s'y faire un chemin qu'en y mettant le
feu. Ces lacs bientôt évaporés par les rayons de
l'astre du jour, perdant ensuite leur humidité
par la sécheresse de la nouvelle saison, ne
forment plus que des bourbiers que les
caîmans n'abandonnent pourtant point encore,
toujours dans l'espérance e d'y trouver leur
pâture. Le lagon Harchein qui se trouve après
le pont de l'Ester, sur le chemin des Gonaïves,
fat le rendez-vous indiqué pour tenter l'attaque
d'un monstre qu'on y avoit aperçu.
rayons de
l'astre du jour, perdant ensuite leur humidité
par la sécheresse de la nouvelle saison, ne
forment plus que des bourbiers que les
caîmans n'abandonnent pourtant point encore,
toujours dans l'espérance e d'y trouver leur
pâture. Le lagon Harchein qui se trouve après
le pont de l'Ester, sur le chemin des Gonaïves,
fat le rendez-vous indiqué pour tenter l'attaque
d'un monstre qu'on y avoit aperçu. --- Page 88 ---
VOYAGES
totalement disparu : il falloit
L'eau avoit
son courage et sa
donc se résoudre à mesurer des caimans, au
promptitude avec la vélocité
tantôt
milieu de cette vase épaisse et infecte, ceinture. 1l
battre à la cuisse, tantôt à la
venant
les
éminens qu'on
falloit s'étourdir sur
dangers les
un
sous pieds
avoiticraindre, en rencontrant
de la chasse
animaux affamés. La passion
de ces
nous nous mîmes en
anime et rend courageux;
marche.
d'une main,
Quatre sondeurs munis d'épieux
coutelas de T'autre, étoient spécialement
etd'un
connoitre sir-le chemin
chargés de nous faire ensuite très-près des preétoit libre. Venoient
sur la même ligne
miers, les deux harponneurs, et moi, armés
que M. Desduns-Lachicoue fusil à deux coups. Nous défichacun d'un bon
dans le
grand
et
plus
lions donc en bataille,
de la victoire du
silence, afin de nous assurer
étoit au
qui, en raison de sa grosseur,
monstre
ponvoit couler.
dessus de la vase,etne il s'en lève un de huit
Sur ces entrefaites, fournit de P'audace jusqu'à
pieds,à qui la faim
ouverte, droit sur
et la gueule
venir, en grondant laisse
à dix pas.
bataillon. Onle
approcher
notre
dont la dextérité est surprenante
M. Desdunes,
les exercices du corps; 2
pour tout ce qui regarde
le frapper à Toeil,
lui décoche une balle qui va
ne il s'en lève un de huit
Sur ces entrefaites, fournit de P'audace jusqu'à
pieds,à qui la faim
ouverte, droit sur
et la gueule
venir, en grondant laisse
à dix pas.
bataillon. Onle
approcher
notre
dont la dextérité est surprenante
M. Desdunes,
les exercices du corps; 2
pour tout ce qui regarde
le frapper à Toeil,
lui décoche une balle qui va --- Page 89 ---
DUN NATURALISTE.
et le culbute. Les deux harpons sont aussitôt
lancés pour le tirer dehors,auprès du boucan.
Au bruit de l'arme à feu, le monstre furieux nous fait face, et s'avançe en ouvrant sa
gueule effroyable : il grondoit, de manière
à intimider. Sa contenance étoit altière, et
pourtant il devoit être vaincu. Il s'élance une
première fois, dansl'impatience de nous joindre,
mais il étoit encore trop éloigné. N'ayant point
de tems à perdre,Tengageai, pour plus desûreté,
M. Lachicotte à lui lancer lui-même le premier
harpon. Il l'atteignit : c'est alors que la vase,
bouillonnant par les secousses de l'animal plein
de rage,nous couvrit tous de cette boue puante,
Ne voulant point le tirer avec le fusil, afin
de conserver sa tête entière, on lui jeta le
second harpon. Percé de cette manière, six
hommes le traînérent à terre, avec bien de la
peine. On alluma du feu autour de lui, pour le
mettre en fureur : il rugissoit d'une manière
ellroyable, et rompoit l'air de ses sifflemens.
Comme un tyran de cette taille et de cette vOracité étoit à craindre, je lui traversai le coeur
d'une balle ; des flots de sang sortirent par
l'ouverture.
Lemonstre, privé d'alimens depuisl slong-tems,
étoitextrémement maigre. Sa taille étoit de douze
pieds huit poues,etfouverture: antérieure de sa --- Page 90 ---
VOYAGES
ainsiqu'on peutle voir par
mâchoire effrayante,
V, oà sa tête est de
la figure de la planche
dans la
Son cou y est
position
groneurnatureiic. rétréci
la tension des
longitudinale, un peu
par
troisfléchisseurs de la tête, vue aux
muscles
afin de laisser remarquer
quarts et en raccourci, deux
un peu
la glotte et la forme des
soupapes
de
écartées; ce qui donne jour à l'ouverture
et du canal aérien. La tête est rel'oesophage
les bosses osseuses qui la surmarquable par
répondent aux
montent. Ces festons supérieurs
à Pouverinférieurs de la même partie. La tête,
de langle de la mâchoire inférieure, a
ture
de largeur quinze pouces.
vingtsept pouces, de dents dans leur position
Il est très-peu
la plupart ont été régéconvenable, parce que
dans lesquels Paninérésàla suite de combats,
aussi
brise
à la fois : beancoup
mal en
plusieurs
Il est
à leur grosseur.
ne sont pas parvennes à cet âge des râteliers
impossible de trouver
parfaitement complets. ainsi que je Fai reconnu
Cesujet étoit mâle,
et sa tête
d'abord par son collet plus garni,
arrondie dans ses formes. En préparant sa peau,
j'ai eu occasion de remarquer quilétoithorgne, dans
la blessure d'une balle quej'yr retrouvai
par
avoit entièrement changé
l'orbitaire, laquelle
de forme.
sont pas parvennes à cet âge des râteliers
impossible de trouver
parfaitement complets. ainsi que je Fai reconnu
Cesujet étoit mâle,
et sa tête
d'abord par son collet plus garni,
arrondie dans ses formes. En préparant sa peau,
j'ai eu occasion de remarquer quilétoithorgne, dans
la blessure d'une balle quej'yr retrouvai
par
avoit entièrement changé
l'orbitaire, laquelle
de forme. --- Page 91 ---
D'UN NATURALISTE.
Dans la dernière chasse que je fis le 12 août
1800, je promis bien de ne plus commettre à
l'avenir de semblable - imprudence; ayant eu trois
fois face à face un caiman, ne pouvant me
débarrasser de la boue, et ne devant mon
salut qu'à ceux qui m'entouroient. 1l est vrai
que, prudent d'abord, je restai seul quelques
momens dans le canot, laissant M. Lachicotte
suivre le torrent de sa passion fougueuse pour
cette chasse; mais je n'y pus plus tenir, lorsque
j'entendis de suite deux coups de fusil, des cris
de joie et de frayeur.
Un de nos noirs, voyant mon impatience,
offrit de me porter sur ses épaules; mais il ne le
put, à cause de la profondeur et de la ténacité de
la vase: : je m'yj jelai, et le coeur agité, je me hâtai
de rejoindre mon compagnon.] Le chemin ne secondoit guéres mon désir, puisqu'à tout moment
j'enfonçois dans un trou plus ou moins profond, si bien que le noir, affligé des peines que
j'avois à me débarrasser à chaque pas, marchant
devant moi, sapoit, à coups de manchelte, des
gerbes de laiches, pour me servir de traîneau.
Dès qu'on m'aperçut, on me fit signe qu'on
alloit m'attendre pour tirer un caiman.
Dans un cul-de-sac presqu'inpraticable à
Phomme, 2 par l'enlacement des mangles, le
monstre, le museau seulement hors de l'eau, --- Page 92 ---
:.
VOYAGES
grondoit à T'aspect des chasseurs; ; enterré sous
les joncs, je m'y fis un passage, et approchai
du
pour l'écraserd dans la boue:
assez près reptile,
Je ne pus le tirer à la tête, parce qu'il plongea 5
mais son dos s'élevant un peu, en dépassant le
niveau, je lui frappai ma balle entre les deux
épaules, et lui fracassai quatre vertèbres; le
même coup lui rompit la moëlle spinale, et
perça le coeur : il resta sans mouvement.
En retournant au boucan, il s'en leva deux
au milieu de nous, dans les endroits mêmes
où nous avions passé. Nous les primes vivans,
en les entourant d'une seine. Qu'onjuge,d'apres
du danger de chercher des nichées
ces faits,
il se lève des caïmans
dans une vase où souvent
moment où lon attend le moins; en ce
au
s'y
jour même, un de nos hommes fut mordu.
CHAPITRE
-
il resta sans mouvement.
En retournant au boucan, il s'en leva deux
au milieu de nous, dans les endroits mêmes
où nous avions passé. Nous les primes vivans,
en les entourant d'une seine. Qu'onjuge,d'apres
du danger de chercher des nichées
ces faits,
il se lève des caïmans
dans une vase où souvent
moment où lon attend le moins; en ce
au
s'y
jour même, un de nos hommes fut mordu.
CHAPITRE
- --- Page 93 ---
D'UN NATURALISTE
8r
CHAPITRE DOUZIÈME.
De la Chasse en canot.
Ponrs par la nature brûlante du climat à
chercher l'ombrage et la fraicheur, on trouve,
dans la chasse en canot, la plus récréative
et la moins fatigante, à secouer ce sommeil
assoupissant, à apaiser ce feu ardent qui
dessèche le corps, à rendre la souplesse à ses
mouvemens pénibles et paresseux, 2 à respirer
l'air pur et délassant qu'entretient la fraicheur de l'onde, protégée elle-méme par les
cintres fourrés d'une verdure commune aux
rives de l'Ester : aussi conseillai-je de préférence, à tous égards, les promenades sur cette
plage solitaire, et presque toujours soustraite,
dans ses sinuosités tortuenses, 2 à l'influence
torride de l'astre du jour; car, outre le couronnement enlacé des arbres de toute espèce qui
bordent cette rivière agréable, outre les parfums
suaves et odorans du citronnier, de l'oranger
et de l'acacia, le parterre est émaillé lui-même
d'une verdure toujours nouvelle que le jaune vif
du câprier, ou le coloris brillant de la grenadille
relève àvec élégance.
ToME III,
F --- Page 94 ---
VOYAGES
Les bords de l'Artibonite au
frent à l'oeil de Padmirateur, contraire, n'ofque des crevasses
hideuses et desséchées oùt la végétation
teroit de s'établir; un terrain sec où
regretçà et là que des arbres
on ne voit
souvent
ou dont la verdure étiolée
languissans,
lement
rappelle l'écoupassé et trop rapide de cette eau tourbillonnante, à quile soleil actifôte toute
de fraicheur; mais elle est
espèce
fertilise les terres dans ses iris-poissommenst,
excellenteà
débordemens, et est
boirelorsque le limon quila
s'est précipité par le repos : voilà son utilité. trouble,
Les courses surl'Artibonite: sonto td'ailleurs
pénibles, par la rapidité de son lit
plus
cesse le canot en
qui met sans
mouvement, et dérange la
justesse du coup d'oil; moins sûres
tion continuelle des caïmans
parl Fagitaqui ne
rester en repos, moins agréables enfin peuvent y
vase qui, toujours en action
par la
trouble entièrement
avec son eau, en
la
souvent confondre
transparence, et fait
les .
én beaucoup
calmans, qui y sont
plus petite quantité, avec des
vieux troncs d'arbres que cette rivière charrie
continuellement.
L'Ester au contraire, engageant par sa fraicheur et son agrément à déterminer
lente ou vive, selon le
une marche
besoin, offre une glace
tranquille où sont réfléchies ces
pommes dorées
trouble entièrement
avec son eau, en
la
souvent confondre
transparence, et fait
les .
én beaucoup
calmans, qui y sont
plus petite quantité, avec des
vieux troncs d'arbres que cette rivière charrie
continuellement.
L'Ester au contraire, engageant par sa fraicheur et son agrément à déterminer
lente ou vive, selon le
une marche
besoin, offre une glace
tranquille où sont réfléchies ces
pommes dorées --- Page 95 ---
D'UN NATURALISTE
sidélicieuses pourétancher la soif, ou au moins
pour la satisfaire. La pureté de Sa transparence
cristalline permet à l'oeil d'observer, d'étudier,
dans leur état de vigueur, les plantes aquatiques
dont son fond est parsemé, et qui y sont bercées
mollement par l'écoulement insensible de cette
rivière à peine frémissante. Aussi y surprend-on
souvent les caïmans endormis, s'en approchet-on facilement, sans effort et sans bruit;
les voit-on filer éntre deux eaux, lorsqu'ils
veulent se soustraire aux poursuites, et tromper
l'oeil du chasseur en allant reparoître plus loin
à un point inattendu. Au moins, le chasseur
adroit voit-il, par le sang, les traces de sa victoire surle caiman, qui sonvent fuit encore une
mort prochaine et inévitable. L'onde claire
rougie par le sang de l'animal, fournit au chas- 9
seur la preuve éclatante de son adresse et de sa
précision; mais la teinte colorée disparoît bientôt
pour se confondre al'élément, une des causes de
sa perte et de son effusion.
Il est certain tems de la journée où le reptile
amphibie, désirant la chaleur, profite de quelqu'échappée du soleil, au travers d'un branchage
légérement feuillé, pour en laisser réverbérer les
rayons sur son corps froid et endurci. C'est alors
que lent à quitter cet endroit propice, le caïman
s'y laisse surprendre; on arrive face à face, de
F 2
ment, une des causes de
sa perte et de son effusion.
Il est certain tems de la journée où le reptile
amphibie, désirant la chaleur, profite de quelqu'échappée du soleil, au travers d'un branchage
légérement feuillé, pour en laisser réverbérer les
rayons sur son corps froid et endurci. C'est alors
que lent à quitter cet endroit propice, le caïman
s'y laisse surprendre; on arrive face à face, de
F 2 --- Page 96 ---
VOYAGES
le manquer, soit au harpon,
manière à ne point
soit au fusil.
d'un morne silence
Une autre fois, 3 jonissant abandonnées des habisous les voûtes sombres
le
de Pair, il attend près de son repaire
tans
s'en saisir, et
passage de quelque proie pour
avec, la provision de son gardeaugmenter
ses victimes avant d'en
manger,ohil: met pourrirs
Le chasseur, à l'aperçu de semblables
goiter.
prudemment et en siréduits, doit s'y engager
d'un séjour ténélence. Glacé d'elfroi, à P'aspect
on frémit à la moindre
breux et si consternant,
lourdement
convulsion de T'animal, se jouant
l'étonl'eau
frappe de sa queue, par
sur
qu'il
moindre bruit, etinternementqu'il éprouve au
ainsi le repos de cette nature sauvage.
rompant
disparolbedineliendt
Lecaimant fuit,plonge,d
ses
mufle au dessus de l'eau pour remplir
son
aussitôt
rejoindre et
c'est
quilfautles
poumons; 5
S'il est atteint dangereuselui lancer le harpon.
bat l'eau de sa
ment, il s'agite, il gronde,
le
replonge, et fuit autant que
queue, > plonge,
s'étendre : il faut le
cordeau du harpon peut
mais marchant
suivre, ou bien on le perdroit;
la
traces ne lâchant point le cordeau,
sur ses
2 elui ôtant Pinstinct, il descend
douleur ou la rage
au lieu de remonter, et s'avançant
tonjours la mort, ill la trouve bientôt parmi ces
ainsi vers
lui-même
herbes oà il immola tant de victimes;
que
queue, > plonge,
s'étendre : il faut le
cordeau du harpon peut
mais marchant
suivre, ou bien on le perdroit;
la
traces ne lâchant point le cordeau,
sur ses
2 elui ôtant Pinstinct, il descend
douleur ou la rage
au lieu de remonter, et s'avançant
tonjours la mort, ill la trouve bientôt parmi ces
ainsi vers
lui-même
herbes oà il immola tant de victimes; --- Page 97 ---
D'UN NATURALISTE.
s'y noye, furieux d'être vaincu, et rend, par
sa mort, le repos aux êtres organisés du canton
dont il étoit le dévastateur.
Souventil arrive qu'on le tire au fusil,etque,
plongeant pour la dernière fois,il va mourir at
fond de l'eau. On peut revenir au bout de vingtquatre heures en toute sûreté, et on le trouvera
au même endroit, flottant sur l'eau. Les plus
gros caîmans, ainsi que je l'ai éprouvé, ne
restent qu'une heure ou au plus une heure et
demie sous l'eau sans se noyer. Avant de plonger, ils emplissent leurs poumons. La sortie de
l'air, retardée par les cornets tendineux du
milieu de la fosse nasale, s'effectue insensiblement par les deux petits tnyaux; ce qui fait
apercevoir à la surface, de tems à autre, quelques bulles d'air s'élevant du fond.
Le caïman maitre chezlui, est plus furieux au
sorlir du trou, où il se croit aidé et fort
par'la retraite qu'il peut faire, qu'au milieu de
l'eau, . oà, dès qu'il est fortement inquiété, il devienttimide, etcherche son salutdans la fuite (1)-
(1) Avant de terminer T'histoire du crocodile de
Saint-Domingue, je dois parler d'un petit sputateur,
aussi aimable par ses gentillesses que le monstre
amphibie est grossier dans ses manières. Quoique
cette digression soit étrangère à cette monographie,
le lecteur me la pardonnera en favepr de l'objet dont
F 3 --- Page 98 ---
Ne
VOYAGES
ils'agit. Je dois accorder un souvenir à
au compagnon intéressant de ma
l'ami paisible,
zizi (tome II, planc. XI), lézard solitude, au bon
ressoit tous mes momens; savoit sputateur qui intémoindres actions, Fapplication d'ane délasser, par ses
tems soutenue, Ce charmant
étude trop longfamiliarisé,
animal s'étoit tellement
que je le conservois
un gros étui dont il avoit fait
près de moi, dans
lançoit soudain au
sa retraite, et d'oà ils'éinsectes dont il faisoit passage des mouches ou autres
alloit se chauffer au soleil, sa nourriture. Quelquefois il
jouer sur: mes dessins sans me puis revenoitauprèsdes moi,
tunité.
causerla
Souvent, au son de mon
moindreimporson élui, et rampoit
violon, il sortoit de
trainte de quelqu'un doucement, avec Tattitude conun son, Le
qui écoute, et craint de
pauvre zizifut un jour la
perdre
dérie d'un enfant
victime de l'étourm'embrasser, qui, en sautant sur mes genoux
écrasa mon petit ami
pour
mon sein. Jelen relirai
reposant sur
niers
trop tard, il rendoit les
soupirs en se reployant, et donnant des
derdesest regrets de quitter la vie; il se
preuves
main qui le nourrissoit,
cramponna à ma
dernière marque desa comme pour lui donner la
cette attitude.
reconnoissance, et mourut dans
ictime de l'étourm'embrasser, qui, en sautant sur mes genoux
écrasa mon petit ami
pour
mon sein. Jelen relirai
reposant sur
niers
trop tard, il rendoit les
soupirs en se reployant, et donnant des
derdesest regrets de quitter la vie; il se
preuves
main qui le nourrissoit,
cramponna à ma
dernière marque desa comme pour lui donner la
cette attitude.
reconnoissance, et mourut dans --- Page 99 ---
D'UN NATURALISTE.
CHAPITRE TREIZIEME.
De la Chasse aux repaires.
Ceren manière de chasser le caïman, la plus
intéressante et la plus curieuse pour un tireur
adroit et intrépide, est sans contredit la plus
dangereuse. Face à face avec le monstre furienx,
si le coup d'arme ne fait que le blesser, à
linstant qu'il s'élance,il ne faut pas, comme on
le dit, se décider à le laisser fondre vers soi, profitant brusquement de ce moment pour faire une
feinte, et courir s'emparer de sa queue,oà alors
on est hors de danger; mais bien, fuir si on n'a
pas de quoi lui faire résistance. Non seulementil
n'est pas prudent de se fier à la queuedu caïman,
mais c'est qu'avec il ramène la proie vers sa
gueule, qu'il dirige à l'instant de côté pour la
recevoir. Les mouvemens du caiman sont si souples,qued'un moyen effort, son museau a atteint
legros de sa queue, sans presque être replié. Les
narrateurs fabuleux attribuoient son impossibilité de se retourner avec agilité, à la position
de ses côtes qu'ils disoient être placées horizontalement. Les mouvemens de rage qu'il exécute
F 4 --- Page 100 ---
VOYAGES
avec la tête ou la queue sont si
peut les suivre des
ivéloces,qu'on ne
Voici de quelle manière yeux.
à l'attaque d'une femelle nous avons procédé
Sortant de
en train de pondre.
dables,
déposer, à l'ombre de bois inaborune partie des ceufs de sa
entendit du bruit, et se jeta à l'Ester couvée, elle
lité quilui est ordinaire
avec l'agiguettâmes
en cas de surprise. Nous
entre deux ses mouvemens, 2 et la vimes filer
mais elle eaux jusqu'a une certaine distanice;
échappa à nos regards actifs
herbes
dans des
aquatiques dont PEster est
qu'on appelle vulgairement
recouverte,
pontéderia des botanistes. salades; c'est le
Un de nos surveillans vis à vis le
d'une gorge assez profonde,
contour
pieds de l'eau récemment remarquant à ses
de la présencedu
salie, 3 preuve certaine
de passer de l'autre caiman, nousa appela : aussitôt,
les mesures à
bord, et de concerter sur
de notre
prendre pour la parfaite réussite
attaque.
Deux noirs, habiles
de barricader
plongeurs, sont chargés
pieux
l'ouverture de la gorge. avec des
trés-serrés et amarrés de
trois autres, de percer la voûte de lianes pliantes;
de s'assurer de sa forme.
T'antre, afin
patience avoient
Déjà la peine et:limindolens
passé le plaisir, les ouvriers
demandoient relâche par la dureté du
faite réussite
attaque.
Deux noirs, habiles
de barricader
plongeurs, sont chargés
pieux
l'ouverture de la gorge. avec des
trés-serrés et amarrés de
trois autres, de percer la voûte de lianes pliantes;
de s'assurer de sa forme.
T'antre, afin
patience avoient
Déjà la peine et:limindolens
passé le plaisir, les ouvriers
demandoient relâche par la dureté du --- Page 101 ---
D'UN NATURALISTE.
8g
tufentre-mélé de racines, lorsqu'on entendit un
bruit sourd : tous furent ranimés. Le pionnier
armédesonlochet, M.1 Lachicotte et moi, de nos
fusils; les uns de houes, d'autres de harponis ou
mâchettes; chacun reprit son poste.
Le faite bientôt s'écroula sousles coups redoublés des bécheurs revivifiés par l'espérance. On
décida de sonder. Ayant introduit une perche de
six pieds eniron,toimaliniédeetagseries
frémit de tout son corps, fittremblerle tertrequi
nous portoit, poussa un rugissement épouvantable, etretintle bois quisel broya bientôt sous ses
dentsincisives. Une commune joie se fitressentir:
pouraiguillonner davantagele reptile, on seservit
d'uneg gaulearmée d'une pointe de fer très-aigue.
C'est alors que furieux et oubliant le danger
qu'il alloit courir, il se prépara à sortir pour se
venger de ses agresseurs. A peine aperçus-je le
bout de son museau, que plein d'impatience, je
n'en pusattendre davantage, jel lâchai mon'coup.
La balle lui traversa de part en part les partics
supérieure et inférieure de la mâchoire, d'oà il
jpilltifintabeasospie sang. Pleinderagect
grondantdonemanidre elfrayante, illaissa sa tête
à découvert. Mon second coupi fut détendu; mais
la pierre sebrisantsurlebasinet,nne putmettre le
fenàl'amorce. Lecaïman: se retira ens sedébattant.
Résolu de l'attendre en face, je me baissai,
part en part les partics
supérieure et inférieure de la mâchoire, d'oà il
jpilltifintabeasospie sang. Pleinderagect
grondantdonemanidre elfrayante, illaissa sa tête
à découvert. Mon second coupi fut détendu; mais
la pierre sebrisantsurlebasinet,nne putmettre le
fenàl'amorce. Lecaïman: se retira ens sedébattant.
Résolu de l'attendre en face, je me baissai, --- Page 102 ---
VOYAGES
bonne contenance, en cas d'une
prétal lui faire
tarda
à
nouvelle sortie. Il ne
pas reparoitre;
la balle lui cassa la mâchoire
mon coup partit, et alla ressortir par une verinférieure gauche,
mais il ne
tèbre cervicale. Son sang ruisseloit;
M. Lachicotte,
fut que plus irité,ilsdlance.. chasse, tire;l la balle,
qui m'avoit procuré cette
lui itraverselesintesins,
entrant par T'oesophage,
Dangerenet va sortir derrière et dessouslanus.
blessé, il se retire et garde un silence
sement
mort dans son trou, on fit
menaçant. Le croyant
La vue
descendre un homme pourlehalerdehors. ranime ses
d'un être qu'il croyoit son ennemi,
Un
forces et sa colère; il
Reomtmpidenemtsemrhai
5 mais une nouvelle
cri unanime est poussé.. le Jaisse sans mouveballe lui enlevant le crâne,
innocente, sur
ment, et en délivre la victime
féroce (1).
Jaquelle il alloit assouvir sa cruauté c'est alors
Nous examinâmes ses blessures; où les coups
nous vimes bien distinctement
que
La Nature faisant en lui un deravoient porté.
sa juste vennier effort, lui fit encore rappeler se servit de
qu'il
geance; et c'est pourl'esercer,
par M. Geoffroi
() Les lingots de fer, observations proposés sur les habitudes
Saint-Hilaire, dans. ses
crocodiles du Nil, seroient
attribuées par Hérodote, aux la chasse aux caimans,
d'autant plus avantageux pour
que les balles de plomb s'aplatissent. --- Page 103 ---
D'UN NATURALISTE.
sa queue, son arme la plus terrible, et la fouetta
avec encore assez de roideur contre un curieux
qui heureusement l'esquiva, et se retira prudemment, remettant plus tard ses observations.
Le caiman ne peut la faire mouvoir que dans le
sens horizontal : c'est de celte manière que,
nageant doucement entre deux eaux, il s'approche lentement et sans agitation, du rivage oùt
il voit un animal se désaltérer; touchantla terre,
il monte rapidement vers lui, et d'un coup de
queue qu'il ramène vers sa tête, il lance à l'eau
la bête imprudente, si elle n'excède pas la grosseur de la chèvre, chien ou cochon; ; mais, dans
le cas contraire, lorsqu'il surprend un boeufou
cheval, c'est par les narines qu'il l'entraîne à
l'eau, le noye, et le conduit dans son trou oùt il
le laisse pourrir, ainsi que me l'ont certifié d'intrépides plongeurs,qui ont eu très-souventl'occasion dele remarquer, en cherchant des tortues.
L'animal étant trop mutilé pour le bien observer anatomiquement, 9 je le fis néanmoins
ouvrir pour diverses raisons. C'étoit une femelle
de huit pieds de longueur, du bout du museau
à celui de la queue. Je trouvai vingt-huit ceufs
parvenus à leur parfaite grosseur, quoique la
coque encore molle, dans deux canaux placés
de chaque côté sur les reins, et correspondans
en haut àl'ovaire, et au bas àl'orifice de l'ovi-
trop mutilé pour le bien observer anatomiquement, 9 je le fis néanmoins
ouvrir pour diverses raisons. C'étoit une femelle
de huit pieds de longueur, du bout du museau
à celui de la queue. Je trouvai vingt-huit ceufs
parvenus à leur parfaite grosseur, quoique la
coque encore molle, dans deux canaux placés
de chaque côté sur les reins, et correspondans
en haut àl'ovaire, et au bas àl'orifice de l'ovi- --- Page 104 ---
VOYAGES
ductus. Les cenfs, dans leur état
trente-cinq lignes de
parfait, avoient
largeur: ils n'ont
longueur sur dix-neuf de
point de forme
deux lignes parallèles,
ovoide, ce sont
aux deux extrémités. simplement arrondies
Voulant
(Fey. pl. V.)
contenter les
doient trouver
spectaters,qui prétengref de son
l'époque de sa naissance au
de pierres estomac, contenant, dit-on, autant
quelanimala
fis
On. en trouva
d'années,jele ouvrir.
s'en rencontra vingtcing, parmi lesquelles il
à canard
d'arénacées,et un grain de plomb
qui avoit changé de forme. C'est
remment la dégustation vorace de
appamort, qui nous procura cette quelquegibier
aux pierres qui se trouvent dans rencontre. Quant
sont, je crois, destinées à triturer F'estomac, elles
peu digestifs, tels que le bois et les alimens
durs dont se nourrissent les
autres corps
d'une nouritureplns
caimans, en disette
en ce cas, la dilatation sncculente, et à entretenir,
à marquer leur
des intestins, êt non point
age.
C'est en cherchant à. prouver à mes
cette vérité plausible et
entêtés
nous avertir de la
incontestable,qu'ion vint
dans les halliers
présence d'un jeune caîman
j'en
del'autrebord del l'Ester. Comme
désirois un de cette taille,afin dei
et de la conformité des
m'assurer,
fis
àges et des sexes, je me
piroguer; mais M. Lachicotte, quim'avoit
C'est en cherchant à. prouver à mes
cette vérité plausible et
entêtés
nous avertir de la
incontestable,qu'ion vint
dans les halliers
présence d'un jeune caîman
j'en
del'autrebord del l'Ester. Comme
désirois un de cette taille,afin dei
et de la conformité des
m'assurer,
fis
àges et des sexes, je me
piroguer; mais M. Lachicotte, quim'avoit --- Page 105 ---
D'UN NATURALISTE,
devancé, le joignit. Craignant, en raison de sa
petitesse, de le massacrer, et de le mettre, parla
mutilation, hors d'état de répondre à mes vues,
il le tira assez près des narines, pour que la COlonne d'air vivement rompue, refoulée et rentrée
en elle-même, le renversât comme asphyxié.
Ille saisit, etl'attachaavec une corde; peu après
le caiman reprit ses sens,: cependant, quoique
sans blessures, il mourut au bout d'une heure.
M. Lachicotte témoignoit pour cela son étonnement, puisque tant de fois il en conserva
ainsi quinze jours sans manger. On ne peut
donc attribuer sa mort qu'à l'expérience physique qui lui fut tout à fait défavorable.
Trois jours après, M. Lachicotte, toujours
empressé de satisfaire mes désirs 3 traversoit à gué un bras de l'Ester qui sert à notre
habitation, de canal d'arrosage. Il aperçoit, à
fleur d'eau, un caïman qui, la gueule ouverte,
se chauffoit au soleil. Pensant à la dissection que
j'en avois projetée,sans craindrel'éminentdanger
qui le menaçoit, il se détermine à le prendre
vivant, afin qu'aucun de ses OS ne soient
rompus, et que je puisse examiner à mon loisir
ses moyens de défense en, état de gêne, 2 sa
souplesse dans ses mouvemens tortueux, et la
force de sa queue lorsqu'il est: irrité, et qu'il
veut se venger. Très-adroit à lancer l'éperlin, il
ois projetée,sans craindrel'éminentdanger
qui le menaçoit, il se détermine à le prendre
vivant, afin qu'aucun de ses OS ne soient
rompus, et que je puisse examiner à mon loisir
ses moyens de défense en, état de gêne, 2 sa
souplesse dans ses mouvemens tortueux, et la
force de sa queue lorsqu'il est: irrité, et qu'il
veut se venger. Très-adroit à lancer l'éperlin, il --- Page 106 ---
VOYAGES
le ténoit d'une main, détachant de l'autre un
pistolet du ceinturon de son sabre. Is'avance;
l'animal terrible, lors de sa ponte,n'attend point
qu'on l'attaque. En travers devant son agresseur,
le caïman donne un violent coup de queue, et
l'eau le conduit face à face : l'animal ouvre sa
gueule meurtrièré, et la referme trois fois avec
bruit,à quatre pouces de la cuisse du chasseur...
Grondant d'avoir manqué sa proie equi, d'abord
retenue dans la boue, s'en débarrassa bientôt,
et attendit de pied ferme le monstre pour lui
décocher une balle qui lui fracassa Pomoplate.
L'amphibie, sensible à cette blessure, ,. replongea doucement sous Teau,etyt resta pendant
le chasseur irrité appela à son secours de
que
lui étoient fidèles : bralant de
bons plongeurs qui
vengerleur maître, ils étoient déjà dans leanavec
leur seine. 2 lorsquel l'animal, voulant Péviter,s'y
trouva pris. Cest alors que, plein de rage, il
tenta, avant de périr, de se venger à son tour.
Se trouvant resserré, le caiman, de plusieurs
de queue, rompit le filet, et finit par s'en
coups
dents terribles. Bientôt il
délivrer avec ses
s'élance vers Pun des plongeurs qui, en fuyant,
tombe à genoux, mais aussitôt se relève et lui
échappe. L/animal surpris de son peu d'agilité,
en raison de sa soif de sang, alla une seconde
fois cacher sa honte au fond des eaux, qui se
troublèrent par sa vive agitation.
de queue, rompit le filet, et finit par s'en
coups
dents terribles. Bientôt il
délivrer avec ses
s'élance vers Pun des plongeurs qui, en fuyant,
tombe à genoux, mais aussitôt se relève et lui
échappe. L/animal surpris de son peu d'agilité,
en raison de sa soif de sang, alla une seconde
fois cacher sa honte au fond des eaux, qui se
troublèrent par sa vive agitation. --- Page 107 ---
D'UN NATURALISTE.
On lui fait une seconde attaque, dans laquelle
il est vaincu, amarré tout vivant, et conduit
prisonnier, confus de sa docilité. Je fus de suite
averti, et me transportai sur les lieux. Je fis
délier les pieds attachés sur son dos, afin d'examiner sa démarche.
La mâchoire muselée, deux fortes cordes le
retenoient à un pisquet. Onl'excita pourrallumer
sa colère assoupie en apparence; d'un coup de
queue il frappa si rudement la cuisse d'un des
spectateurs, qu'on la crut cassée. Le même mouvement rompit les cordes, et il commençoit à se
démuseler. Ildevenoit redoutable;jev voulus terminerde suite mes essais, et c'est pour sonder sa
partie sensible que je lui piquai une balle derrière la mâchoire inférieure, qui, lui coupant
la jugulaire et le canal aérien, ressortitde l'autre
part, pour se ficher en terre, Etourdi du coup,
et peu assuré sur ses pieds engourdis, il tomba
sur le côté, > rendant beaucoup L
de sang, et râlant
sourdement, à cause de sa nouvelle blessure.
Cependant, reprenant ses sens et sa fureur, il
se replioit sur lui-méme; maisj'avoisdéja décidé
oit devoit porter le coup fatal : plus prompt que
lui, ma balle l'atteint entre l'oreille et Poeil,
et lui fait sauter la cervelle. Il se roidit, débat sa
queue, couvre ses yeux, et expire sans plainteg
en faisant un dernier bond. --- Page 108 ---
VOYAGES
Je le fis ouvrir : c'étoit une femelle
pieds, ayant beaucoup
de sept
d'asufs, et
une seule pierre; ce qui confirme dinsl'estomac
tion, et détruit entièrement
mon, asserdes anciens.
le conte absurde
Le caïman ne s'amuse point à
à déchirer et
mordre, mais
la tête. La dépecer, en secouant brusquement
c'est
proie qu'il tient est bien tenue.
une jambe, par exemple, dilacérée
Si
pression
de
sous la
énergique son râtelier cruel, il faut
couper la chair, ou plutôt, par
l'animal sur la
compassion, tuer
place; car il ne lâche
prise, malgré T'introduction de
jamais
broussent toujours.
leviers, qui reOn m'en prit un dans une seine,
cingjours sans
qui resta
manger, et tout aussi
que ses forces parussent s'affoiblir. cruel, sans
servois dans une
Je le conmoeurs,
chambre, pour examiner ses
qui ne sont pas du tout douces ni
ciales; car, quoique retenu par le train de der- SOsa queue ou sa tête contre
SAE
m'étois
le banc sur lequel je
choire réfugié, qu'à chaque coup, ou sa màsaignoit abopdamment par la force de la
contusion, ou les dents étoient
encore sa queue étoit
éclatées, ou bien
endommagée:
Ayant besoin de
comment le faire
l'observer, 2 et ne sachant
mourir sans détériorerle sujet,
j'imaginai
quoique retenu par le train de der- SOsa queue ou sa tête contre
SAE
m'étois
le banc sur lequel je
choire réfugié, qu'à chaque coup, ou sa màsaignoit abopdamment par la force de la
contusion, ou les dents étoient
encore sa queue étoit
éclatées, ou bien
endommagée:
Ayant besoin de
comment le faire
l'observer, 2 et ne sachant
mourir sans détériorerle sujet,
j'imaginai --- Page 109 ---
D'UN NATURALISTE.
j'imaginai plusieurs moyens. Aucun ne me
réussit mieux que celui de l'étranglement, par
le moyen d'un tourniquet. C'est à l'approche
des derniers instans du caïman, que sa peau
devient perméable dans ses rugosités, à cette
graisse en déliquium qui s'exhale sous la forme
d'un fluide jaune rutilent. L'animal eut une
longue agonie.
Quand il fut mort, je découvris que sous sa
double paupière, la rétine qui n'éloit que d'une
demi-ligne de largeur, avoit changé de forme
pour prendre celle d'une circulaire de quatre
lignes de diamètre. Je parle d'un sujet de quatre
pieds dix pouces.
Je terminerai le récit de mes" observations
dire, quecequirapproche moralementlecaiman par : g
de Saint-Domingue du crocodile du Nil, c'est
son gout pour les chiens; c'est pourquoi, quand
on veut le faire mordre aux appâts qu'on lui
a tendus, on fouette de ce côté des chiens, afin
de les faire crier. Aussi est-il fort imprudent
de se mettre à la nage avec un chien, que les
caïmans éventent de fort loin.
TOME III. --- Page 110 ---
:
VOYAGES
EXTRAIT
fait à PInstitut de France 9
Du Rapport
manuscrit relatif au
sur Un Ouvrage
Crocodile de Saint-Domingue.
INSTITUT NATIONAL;
Classe des Sciences physiques et mathématiques.
pour les Sciences naturelles,
Le Secrélaire perpétuel suit est extrait du procès - verbal
certifie que ce du qui lundi 15 juin 1807de la séance
été chargés, Mrs' Tenon, Lacépède
Nous avons
manuscrit de
d'examiner un ouvrage
et moi,
le crocodile de SaintM. Descourtilz, sur
faire sentir l'intérêt,
Domingue. Pour en mieux
étoit, ilya
il est bon de rappeler à la classe quel à
d'années, Pétat de la sience l'égard
encore peu
de ces monstrueux reptiles.
des crocodiles
Les voyageurs ne voyant
entr'eux,
qu'isolés, et ne pouvant les comparer Ils les
avoient
saisi les dillérences.
n'en
point
semblables, et leurs
considéroient tous comme
sur les caractères
descriptions ne portant point
avoient fait
sensibles qui les distinguent,
peu
habiles naturalistes, quiln'ya
croire aux plus
, Pétat de la sience l'égard
encore peu
de ces monstrueux reptiles.
des crocodiles
Les voyageurs ne voyant
entr'eux,
qu'isolés, et ne pouvant les comparer Ils les
avoient
saisi les dillérences.
n'en
point
semblables, et leurs
considéroient tous comme
sur les caractères
descriptions ne portant point
avoient fait
sensibles qui les distinguent,
peu
habiles naturalistes, quiln'ya
croire aux plus --- Page 111 ---
D'UN NATURALISTE.
qu'une seule espèce de vrai crocodile dans les
deux Continens.
C'est seulement depuis que les voyageurs ont
mis plus de soin à rapporter les objets qu'ils
rencontrent, et à les déposer dans les grandes
collections publiques, qu'il a été possible d'observer à côté Pune de l'autre les espèces trèssemblables non seulement dans ce genre, mais
dans presque tous ceux des grands animaux, et
de remarquer dans cet examen'comparatif les
différences peu frappantes qui échappoient 9
quand on les voyoit chacune séparément à de
grandes distances, de tems et de lieux.
Ainsi, quoique-les crocodiles des divers pays
aient été décrits par d'habiles gens 2 celui
d'Egypte par Perrault et Duverney, celui du
Brésil par Margrave, celui de Ia Caroline par
Catesty, etc.; ; leurs descriptions ne fournissoient
aucun moyen de les distinguer.
Cependant toutes ces espèces sont différentes,
et il y en a encore plusieurs autres. L'un de
nous en décrira dix dans un mémoire qu'il se
propose de lire incessamment à la classe, sans
compter les crocodiles à longs becs, auxquels on
a particulièrement réservé le nom de gavials.
Le crocodile de Saint-Domingue occupe dans
ce nombre un rang distingué, parce qu'il est la
seule, de toutes les espèces d'Amérique, qui se
Ga --- Page 112 ---
VOYAGES
10O
formes communes aux espèces
rapproche des Monde. Sans lui, on auroit pu dide l'ancien
qui auroient
viser le genre en deux sous-genres, et dont chacun
eu des caractères assez marqués, deux Continens.
auroit été propre à l'un des
avec le crocodile vulgaire
Sa ressemblance
si
a fallu
ou du Nil, est même grande, qu'il
d'attention de la part de M. Geoffroy,
beancoup
distinctives qui conpour en saisir les marques
alongement
sistent seulement dans un plus grand distribution des
du museau, et dans une autre
écailles du dos.
longtemadexclAla vérité,il existoitdepuis
ce crocodile, et de son anatomie,
lentes figuresdec
déposés à la
dans les manuscrits de Plumier,
impériale; mais ces manuscrits
bibliothèque inconnus au public, et d'ailleurs
étoient restés
ce seul crocodile,
Plmier n'ayant vu que
insister sur ce qui doit véritablement
n'avoit pu
le faire reconnoitre.
particulière et intéCest donc cette espèce
dont M. Descourilz vous a présenté
ressante
Phistoire.
nombre pendant
lle en a observé un très-grand et en a disséqué
son séjour à Saint-Domingue,
plus de cinquante.
très-exacte, acIl en donne une description coloriées, etc.
compagnée de grandes figures
ce seul crocodile,
Plmier n'ayant vu que
insister sur ce qui doit véritablement
n'avoit pu
le faire reconnoitre.
particulière et intéCest donc cette espèce
dont M. Descourilz vous a présenté
ressante
Phistoire.
nombre pendant
lle en a observé un très-grand et en a disséqué
son séjour à Saint-Domingue,
plus de cinquante.
très-exacte, acIl en donne une description coloriées, etc.
compagnée de grandes figures --- Page 113 ---
D'UN NATURALISTE.
IOI
Il décrit et représente avec le plus grand soin
l'ostéologie, la myologie et la splanchnologie de
cet animal; et comme nous avons eu nousmêmes l'occasion de disséquer un crocodile frais
de Saint-Domingue, que le général Rochambeau avoit envoyé au Muséum d'Histoire naturellé; que d'ailleurs nous avons fait l'anatomie
de diverses autres espèces conservées dans la
liqueur, nous avons pu nous convaincre de
Keactitudedeplosieurs articles de la description
de M. Descourtilz. Ses figures nous ont aussi
paru dessinées d'après nature, et avec des
yeux d'observateur. Elles 4 remplissent cinc
planches. L'ostéologie y est traitée avec le plus
grand détail. On y voit en général, un grand
nombre de parties de l'animal qui n'avoient
pas encore été représentées. Les objets que nous
avons été à même de vérifier d'après nos observations précédentes, nous garantissent l'exactitude
de ceux qui sont nouyeaux pour nous.
La partie de son ouvrage la plus intéressante
pour les naturalistes, parce que c'est celle qu'on
ne pouvoit obtenirqned dans sa position, consiste
dans ses remarques sur le développement et les
habitudes de ce dangereux animal; elles contiennent un tresgrandnombre de faits nouveaux
pour les naturalistes.
M. Descourtilz nous apprend que les femelles
G 3 --- Page 114 ---
-
VOYAGES
I02
multipliées que les mâles;
sont beancoup plus
entr'eux:
cependant ces derniers se battent
que
les deux sexes s'accouplent
par jalousie ; que
le côté;
Tintrodans leau, en se tenant sur
que
secondes; que
mission dure au plus vingt-cinq
deviennent prolifiques à dix ans,etc.
les mâles
Il a dressé une table de laceroissemeneda
sa naissance où il n'a que
crocodile, 3 depuis
Vàge de vingudeux
neuf pouces et demi, jusqu'à
ans où il atteint seize pieds et plus.
La
La
se fait en mars, avril et mai.
ponte
avec les pattes etle museau, un
femelle creuse,
tertre
circulaire dans le sable, sur quelque
trou élevé; elleyd dépose à peu près vingt-huit
un peu
d'une humeur visqueuse, qu'elle
ceufs, enduits
des lits de terre.
dispose par lits, séparés par d'un mois. Vers ce
Les petits éclosent au bout
la
la femelle vient les appeler et gratter
tems,
les aider à sortir;
terre autour d'eux, pour
surtout
ensuite elle les conduit, les défend,
les
le mâle qui cherche à les dévorer, et
contre
environ
nourrit en dégorgeant sa pâture pendant
trois mois.
tous les autres, ne peut
Ce crocodile, comme
courir risque
mordre ni avaler dans l'eau, sans
ce liquide
en laissant pénétrer
de se suffoquer, mais il entraîne ses victimes
dans son larynx;
où il les
dans des trous qu'il creuse sous P'eau,
elle les conduit, les défend,
les
le mâle qui cherche à les dévorer, et
contre
environ
nourrit en dégorgeant sa pâture pendant
trois mois.
tous les autres, ne peut
Ce crocodile, comme
courir risque
mordre ni avaler dans l'eau, sans
ce liquide
en laissant pénétrer
de se suffoquer, mais il entraîne ses victimes
dans son larynx;
où il les
dans des trous qu'il creuse sous P'eau, --- Page 115 ---
D'UN NATURALISTE.
noye, et les laisse pourrir : il les extrait alors
pourl les dévorer sur le rivage.
La roideur de ses vertèbres, n'est pas aussi
forte qu'on le croit; il peut très-bien se coarber
de côté, au point de mordre sa queue.
Ces diverses observations toutes précises, et
rapportées à une espèce bien constatée, fournissent une base solide à la véritable histoire
naturelle des crocodiles.
En y comparant ce que M. Geoffroy a observé
sur Tespèce vulgaire du Nil, ce que les Américains rapportent de celle du Mississipi et de
la Caroline, ce que Margrave, 3 Dazzara et
Laborde, nous disent de celle du Brésil et de
la Guyane; on découvre que chaque espèce a en
propre de certaines habitudes, comme de certains caractères distinctifs, et qu'en même tems
elles ont toutes en commun un nombre d'habitudes plus grand, comme elles se ressemblent
aussi entr'elles par la presque totalité des points
de leur conformation.
La science seroitheurense,sic chaque voyageur
s'attachoit ainsia fhapprobondirgpekpeolye particulier, et à contribuer ainsi pour sa part à
l'éclaircissement de quelque portion du systême
général.
G 4 --- Page 116 ---
VOYAGES
donc que la classe doit témoiNous pensons
la satisfaction qu'elle
gner à M. Descourtilz, emploi
a fait de ses
éprouve de Pheureux
qu'il
loisirs, etc.
Fait au Palais Impérial des Beaux-Arts,
le 15 juin 1807.
Signé, TENON, LACÉPEDE,
et CUVIER, rapporteur.
Nota. M'étant proposé de suivre ponctuellement l'ordre du discours préliminaire du
volume,je vais entretenir le lecteur de
premier observations sur les moeurs et coutumes des
mes
Guinéens transportés à Saint-Domingue.
fait de ses
éprouve de Pheureux
qu'il
loisirs, etc.
Fait au Palais Impérial des Beaux-Arts,
le 15 juin 1807.
Signé, TENON, LACÉPEDE,
et CUVIER, rapporteur.
Nota. M'étant proposé de suivre ponctuellement l'ordre du discours préliminaire du
volume,je vais entretenir le lecteur de
premier observations sur les moeurs et coutumes des
mes
Guinéens transportés à Saint-Domingue. --- Page 117 ---
D'UN NATURALISTE.
Io5
PLANCHE III.
Splanchnologie.
Dessins de demi-grandeur naturelle.
Fro.. (a) Cartilage tiroide détaché à la naissance
de la langue de la membrane pelliculaire, qui roule
dessus dans tous les mouvemens de cet organe. (b) La
trachée-artère. (c) Sa bifurcation pour se rendre au
centre des poumons. (d) (Esophage, et sa direction
vers l'estomac. (e) Veines cave, et aorte s'élevant
du ventricule du coeur. () Le coeur sous son enveloppe péricardine. (g) Les poumons pleins d'air.
(izh) Les deux lobes du foie. (É) La vésicule du
fiel, reposant sa pointe sur la petite courbure de
l'estomac. () Lestomac couvert des ramifications de
ses vaisseaux gastriques. (k) Le duodenum sortant
de la petite courbure de l'estomac. Les intestins sont
écartés pour laisser voir les membranes qui tapissent
les vaisseaux chylifères. (Im) Le colon hors de position. (n) Circonvolutions du jéjunum recouvert de
Tépiploon. Le pancréas (0) placé dans la région hypogastrique, près du colon. (p) Le rectum. (99) Les
reins. () Epiploon. très-mince. (s) Tissu graisseux du
diaphragme.
Fig. II. Les mêmes viscères vus par derrière. (a) Le
cartilage tiroide. (6) La glotte. (c)L/cesophage. (d)L'estomac. (e) Poumons enflés d'air. (J) Veines. (Eg) Portions aperçues des deux lobes du foie. (k) Vésicule
du fiel. () Epiploon. (ij) Prostates. (k) Membrane
urinaire, servant de vessie. (l) Les deux reins adossés
au rectum. (m) Le rectum. (nnnn) Circonvolutions
des intestins,
ide. (6) La glotte. (c)L/cesophage. (d)L'estomac. (e) Poumons enflés d'air. (J) Veines. (Eg) Portions aperçues des deux lobes du foie. (k) Vésicule
du fiel. () Epiploon. (ij) Prostates. (k) Membrane
urinaire, servant de vessie. (l) Les deux reins adossés
au rectum. (m) Le rectum. (nnnn) Circonvolutions
des intestins, --- Page 118 ---
VOYAGES
PLANCHE IV.
du Jarynx et de la
Anatomie de la langue,
trachée-artère.
Dessins de demi-grandeur naturelle.
Fro. rère, La langue détachée des OS maxillaires,
elle adhère par la membrane quila recouvre.
auxquels
Sommet de l'arc de la soupape
(a) La langue. (B)
Sa
et mobile, ou épiglotte. (c)
tiroide cartilagineuse
fermée
concavité. (d) Ouverture de la trachée-artère,
se
lorsquil
deux lèvres renflées qui rapprochent
par
besoin. Cest la glotte ou petite fente du laen est
Tair que nous respirons descend
rynx, par laquelle sert à former la voix. (e) Larynx,
et remonte, et qui
conduit à la
voûte charnue et cartilagineuse, trachée-artère. 2 qui
(g) CEsotrachée-artère. $ Corps dela
charnus, adhérens
phage. (l) Son entrée. (i) Corps
Muscles cesophagiens.
à ces parties. (k)
Sa biFig. II. (a) Suite de la trachée-artère. (b) flasques,
furcation pour se rendre aux poumons Proéminences (cc)
privés d'air, et hors de positiona(d)
de ces
qui assurent Timperméabilité
graisseuses,
a
organes.
cartilagineuse,
Fig. III. (a) Epiglolte, musculeux soupape et cutanés. (b) Sa
privée de ses tégumens
vers le centre.
cavité. (cc) Ses bords se recourbant
Jonction et naissance de l'os yoide au cartilage
(d) --- Page 119 ---
D'UN NATURALISTE.
Y07
del la soupape. Ils sont rabattus, vers l'intérieur > pour
Ja connoissance de leur forme; car, dans la position
ordinaire, la saillie médiaire se trouve presqu'en
dedans, de manière à servir de point d'appui, sur
les chairs, au levier qui fait, par ce moyen, la
bascule lorsque la partie postérieure se baisse, et
qu'elle est retirée pour le happement de la soupape
au palais. (e) Os yoide, n'ayant qu'une seule corne.
()Seséchancrures cartilagisewesfesonnées (g) Cartilage cricoide.
Fig. IV. Os yoide, ou corne du cartilage tiroide,
vu de côté, (a) Tête du levier. (b) Coude servant
de bascule. (c) Fin de la courbure du levier.
Fig. V. (a) Langue hors de position 3 recouverte
de la soupape du cartilage tiroide, (b) rabaissée vers
elle. On voit distinctement la glotte (c), et le gaufré
de I'cesophage. (d) La naissance da palais. (e) L'ouverture cordiforme nasale (f), qui procure lair au
caiman, même dans l'eau, pourvu qu'il ait le boutoir dehors au dessus du niveau, et que le cartilage
cintré adhère au cintre, distingué par une couleur
rosacée.
Fig. VI. (a) Cartilage tiroide dépouillé de ses tégumens. (6) Larynx ouvert pour en connoître l'intérieur, qui n'a rien de particulier. (c) Canal aérien.
) L'ouverture cordiforme nasale (f), qui procure lair au
caiman, même dans l'eau, pourvu qu'il ait le boutoir dehors au dessus du niveau, et que le cartilage
cintré adhère au cintre, distingué par une couleur
rosacée.
Fig. VI. (a) Cartilage tiroide dépouillé de ses tégumens. (6) Larynx ouvert pour en connoître l'intérieur, qui n'a rien de particulier. (c) Canal aérien. --- Page 120 ---
VOYAGES, etc.
PLANCHE V.
OEufs du Caïman.
Réduction à moitié de grandeur naturelle.
Fic. rère, CEuf entier du caiman.
Fig. II. Les deux moitiés, et le jaune s'en écoulant avec le blanc.
Fig. III. Le caiman dans T'oeuf, reployé sur luimême, et dont on n'apercoit point la tête.
Fig. IV. Le jeune caiman sortant de Toeuf, avec
sa férocité innée.
Fig. v. Le jeune caiman dans T'oeuf; autre position
qui permet de distinguer sa tête.
Fig. VI. Tronc d'un jeune caiman où l'on remarque
le sac alimentaire (a), et l'ouverture ombilicale (6).
Fig. VII. Sac alimentaire en correspondance avec
T'estomac. (a) Le sac alimentaire ; (D) l'estomac 5
(c) développement du tube intestinal. (d) Csophage;
(e) la langue 5 S tube de correspondance.
Fig. VIII. Tronc du même, après neuf jours de
naissance, où Y'ouverture ombilicale (a) est réunie
par une suture qui disparoit avec T'âge.
Fig. IX. Crâne du méme, scié, et son cerveau mis
à découvert. --- Page 121 ---
ESSAI
SUR
LES MOEURS ET COUTUMES
DES
HABITANS DE GUINÉE,
A SAINT-DOMINGUE;
Pour servir à lHistoire générale de P'Afrique. --- Page 122 --- --- Page 123 ---
AVANT-PROPOS.
La Nature à Saint-Domingue, ne me
laissant aucun repos, ses curiosités sans
cesse renaissantes, réveillant à chaque
instant mon activité, me donnèrent à
connoitre quej'étois loin d'avoir scruté
ses réservoirs secrets. Que faire? mon
tems étoit tout employé, la nuit me
restoit; c'est dans son calme imposant
que je fus inspiré, et que je méditai
l'Histoire naturelle des diverses
peuplades guinéennes, dont nos nombreux
ateliers étoient composés. Cependant
le souvenir de voyages en Guinée, de
narrations d'hommes célèbres me décourageoient, et sembloient déclarer nulle
mon entreprise, lorsque réfléchissant
qu'aux descriptions cosmograpliques et
topographiques, il faut savoir ajouter
les nuances dans les moeurs de ces
peuples non civilisés, leurs coutumes
bizarres, leurs lois, leurs usages, etsurtout le caractère propre aux sujets de
chaque peuplade,je repris courage, en
le souvenir de voyages en Guinée, de
narrations d'hommes célèbres me décourageoient, et sembloient déclarer nulle
mon entreprise, lorsque réfléchissant
qu'aux descriptions cosmograpliques et
topographiques, il faut savoir ajouter
les nuances dans les moeurs de ces
peuples non civilisés, leurs coutumes
bizarres, leurs lois, leurs usages, etsurtout le caractère propre aux sujets de
chaque peuplade,je repris courage, en --- Page 124 ---
I12
AVANT-PROPOS
me persuadant qu'ily y avoit encore beaucoup à désirer.
Entouré souvent dans mes courses
vagabondes, de l'oiseau nocturne
dans son vol silencieux, sembloit qui,
reconnoitre en moi un
ne pas
2e
nuit,
habitant de la
je me faufilois près des groupes de
nègres, sans être aperçu d'eux, et me
repaissois avecavidité éde leurs entretiens
quiles reportent toujours dans leur
regretté; ou bien, je
pays
moins farouches etles questionnois les
plus naifs,
retirer d'eux, et confronter
pourraison, l'étincelle d'une
par compavérité qui ne
devroitjamais être trahie.
Ce sont donc ces observations réitérées qui m'ont fait connoître les
des Africains. Plusieurs traits
moeurs
caractéristiques, que je cite à l'appui, iptéresseront Peut-être mes lecteurs. Puisse le
but de cet Ouvrage historique,
mes bonnes intentions
puissent
me mériter l'indulgence du public, et une confiance à
laquellelavéritéder mes récits me permet
d'oser prétendre!
ESSAI --- Page 125 ---
ESSAI
SUR LES MEURS ET COUTUMES
DES HABITANS DE GUINÉE,
A SAINT-DOMINGUE.
INTRODUCTION.
Dans une des soirées de la saison des
pluies, 3
fatigué de la chaleur du jour, ayant d'ailleurs
employé la matinée à la chasse fatigante des
lagons (1), je voulus jouir librement de la
fraicheur, et fuyant toutabriinfesté par. les maringoins (2) et la bigaille (3), je m'avancois
derrière une colonnadede palmiers pour respirer
l'air embaumé d'une haie de citronniers, lorsqu'à la lueur de la lune j'aperçus un groupe
de nègres rendant furtivement un hommage
idolâtreàleur wangua ou fétiche que je ne pus
(1) Les lagons ou lagunes sont des marais-à peu
près desséchés, où il reste encore un peu d'eau.
(2) Les maringoins ou cousins sont de petits insectes volans, avides de sang, et fort incommodes.
(5) La bigaille ou moustiques : on appelle ainsi de
petites mochesimperepibles, avides aussi de sang.
ToME III,
H
nègres rendant furtivement un hommage
idolâtreàleur wangua ou fétiche que je ne pus
(1) Les lagons ou lagunes sont des marais-à peu
près desséchés, où il reste encore un peu d'eau.
(2) Les maringoins ou cousins sont de petits insectes volans, avides de sang, et fort incommodes.
(5) La bigaille ou moustiques : on appelle ainsi de
petites mochesimperepibles, avides aussi de sang.
ToME III,
H --- Page 126 ---
VOXAGES
reconnuse sensuite,
d'abord distinguer, mais squeje
couleuvre,
pour une énorme
à ses sifilemens,
êtres
de Padoration de ces
superstitieux, à
objet
ils se privoient tour
et en faveur duquel
deleur
tour de leur manger, et parieuliérement fort friand,
dont le reptile déifié est
Jaitage
Pivresse que
ainsi qu'on pouvoit en juger par s'étoit gorgée
cette fétiche éprouvoit,) lorsqu'elle
de lait (1).
troubler ces cérémonies nocLoin de vouloir
à la faveur des
turnes, je me tins à l'écart,
me serombrageant le sentier.,
bananiers qui,
d'oà
à mon aise faire
virent de retraite, et
je pus tems et lieu.
que je citerai en
les remarques
la constellation
Cependant la nuit s'avançoit;
le lurentrant vers Phorizon,
de la Poussinière
éclairant les
ou étoile du matin,
cide bayacou
de distinguer leurs
montagnes et permettant brillante réverbécontours, à la faveur de sa
adoration la
ration, je laissai dans sa muette
livrer au
aller me
cohorte prosternée 2 pour
repos.
soinfutdecharger
Lelendemain, mon premier
de
de la case 2 affidé et trés-intelligent,
un nègre
couleuvre à tête de chien, est si peu
(1) Cette
tète les vaches et les négresses
dangereuse qu'elle
en soient incommodées.
endormies sans qu'elles --- Page 127 ---
D'UN NATURALISTE.
I15
m'amener, chaque soir et tour à tour, plusieurs
nègres de nations différentes, sous le prétexte
par lui de nationner (I) avec eux, en buvant le
tafia et fumant la cigare, afin qu'à force de
questions faites par lui, sans que je parusse y
être présent, je pusse, à l'écart, apprendre de
leur propre bouche les vérités et détails historiques qui font l'objet de cet Opuscule.
Voici le résultat de mes notes et de mes
observations.
(r) Nationner, terme nègre ; ils appellent aussi
batiment celui ou celle avec qui ils ont fait la traversée
d'Afrique à Saint-Domingue.
H 2
tafia et fumant la cigare, afin qu'à force de
questions faites par lui, sans que je parusse y
être présent, je pusse, à l'écart, apprendre de
leur propre bouche les vérités et détails historiques qui font l'objet de cet Opuscule.
Voici le résultat de mes notes et de mes
observations.
(r) Nationner, terme nègre ; ils appellent aussi
batiment celui ou celle avec qui ils ont fait la traversée
d'Afrique à Saint-Domingue.
H 2 --- Page 128 ---
-
VOYAGES
CHAPITRE PREMIER.
Belle stature de
Nègres Dunkos, et Aradas.
des
Attachement prononcé
ces peuples.
Leur corps est
femmes pour les hommes.
tatoué. Caractère physiologique propre
Aradas. Les nègres Aradas
aux Femmes
sage-femme
Négresse
sont empoisonneurs.
et bràlée
devenue bourreau des enfans,
Pouvoirs du roi. Lès
vive. Sa supérstition.
Aradas sont idoldtres S, et leurs femmes
Gratitude d'une vieille négresse
galantes.
Arada infirme.
Le plus beau sang a formé ces peuples; il
la Nature ait
semble que, pour ces créatures,
son mode
tout particuliérement
perfectionné dans leurs formes nobles et gragénérateur hommes etles femmesy sontd'une
cieuses. Les
: leur démarche
stature belle et proportionnée elle est noble,
n'est point celle de la contrainte,
assurée, grave et enjouée tour à tour.
femmes de Dunkos, surtout, ont pour
Les
leur sont chers, des préveles hommes qui
devient le
aimables dont la réciprocité
nances
amours n'ont rien de
prix. Leurs paisibles --- Page 129 ---
D'UN NATURALISTE.
I17
matériel, rien de turbulent; la délicatesse les
anime, et les graces. les accompagnant dans leurs
rendez-vous nocturnes, c'est du sentiment que
naît l'étincelle de leur véritable amour; amour
durable, et assis sur des bases que la frivolité ne peut ébranler. Ils laissent aux matérialistes le soin abject et brut de passer d'une
femme à une autre. Leur coeur n'a parlé qu'une
fois, et c'est pour touté la vie; aussi sont-ils
vraiment heureux dans leurs amours, de ne
point connoitreile partage. Le papillon incertain
de la fleur sur laquelle il doit se fixer, est
malheureux tant qu'il voltige ; les instans s'écoulent, et il ne jouit point réellement : il récolte
bien, mais il ne trouvera son vrai trésor qu'au
sein de la rose entr'ouverte pour le recevoir, et
quidoitlui prodiguer ses parfums et ses richesses.
Qu'il y reste dans cette fleur; qu'il analyse,
qu'il apprécie sa substance, et n'aille point
mésallier le délicat pollen de son nectaire à
celui du caustique et vénéneux tithymale ou du
grossier chardon.
Les Dunkos et les Aradas sont tatoués, c'est à
dire, marqués de coupures d'après lesquelles on
distingue, par les dessins, les familles, et leur
rang dans la société.
Tous les nègres, > mais particuliérement les
Aradas,employent: assez communémentle poison
H 3
n'aille point
mésallier le délicat pollen de son nectaire à
celui du caustique et vénéneux tithymale ou du
grossier chardon.
Les Dunkos et les Aradas sont tatoués, c'est à
dire, marqués de coupures d'après lesquelles on
distingue, par les dessins, les familles, et leur
rang dans la société.
Tous les nègres, > mais particuliérement les
Aradas,employent: assez communémentle poison
H 3 --- Page 130 ---
VOYAGES
pour se venger de leurs ennemis. Un d'eux
nommé Samedi, de T'habitation RossignolDesdunes 3 quartier de
écrit ces
P'Artibonite, 2 où j'ai
mémoires, avoit trouvé le moyen d'empoisonner deux enfans de son rival ; les
en étoient presqu'acquises, mais n'étoient preuves
suffisantes pour le faire condamner.
point
on le livra, à
Cependant
Saint-Marc, entre les mains de la
justice, et il fut interrogé à plusieurs
sans pouvoir le convaincre
reprises
mité de son
pourtant de l'énorcrime,dontson ton patelin rendoitle
soupçon injuste et tropprématuré. Déjà les semipreuves étoient regardées insufisantes,
le
juge et son défenseur se préparoient à
déjà
son innocence, lorsqu'un
proclamer
gendarme qui Paccompagnoit aperçut, dans le crépu de ses cheveux, un papier roulé. Persuadé
tirer de cette
qu'on pourroit
découverte 9 une induction irrécusable, le garde s'empresse d'en donner avis
aujuge,qui fit saisir F'accusé,et mettre de nouveau sur la sellette, 9 après avoir fait arracher de
ses cheveux, 5 plusieurs petits cornets de
contenant une poudre
papier
être du
grisitreque l'accusé avoua
poison pareil à celui dont il s'étoit servi
contre les enfans, et qu'il avoit réservé
afin d'éviter les tortures affreuses
pour lui,
du
qui lui étoit préparé. Il montra de
supplice
aveu complet, les
plus , par un
ongles de ses deux pouces
après avoir fait arracher de
ses cheveux, 5 plusieurs petits cornets de
contenant une poudre
papier
être du
grisitreque l'accusé avoua
poison pareil à celui dont il s'étoit servi
contre les enfans, et qu'il avoit réservé
afin d'éviter les tortures affreuses
pour lui,
du
qui lui étoit préparé. Il montra de
supplice
aveu complet, les
plus , par un
ongles de ses deux pouces --- Page 131 ---
II9
D'UN NATURALISTE.
laissoit croitre depuis long-tems, et sous
qu'il il avoit fixé du poisou pour s'en servir
lesquels
par l'aveu du
au besoin. Le juge ayant acquis,
bien concoupable, les preuves nécessaires,
n'avoit
à condamner un innovaincu qu'il
pas
d'une
contre lui toute la rigueur
cent, appliqua
due à son crime : le coupunition exemplaire
pable empoisonneur fut brilé vif.
de la même
Une négresse Arada,sage-fomme
habitation, contre laquelle on avoit de pareils
fut aussi traduite au même tribunal,
soupçons,
n'avoit pas de
où elleavona en riant qu'elle
plus
grand plaisir que de détruire l'espèce humaine,
celle
étoit destinée à T'esclavage 5
surtout
qui
la libératrice des
qu'elled devenoit, par ce moyen,
devoit
malheurenx mercenaires à qui lexistence
mnidine-seeera-t par son] propre
au même supaveu, cette négresefatcondasomnées Comme elle s'avanplice que le premier accusé.
elle
çoit vers le brasier qui devoit la consumer,
paroissoit repentante 2 et marchoit lentement,la
tête baissée, lorsque tout à coup, par un excès
de rage et de désespoir, arrachant une ceinture
retenoit sa chemise : ( Voyez, dit-elle, si
qui
les soixante-dix
) j'ai bien mérité mon sort ;
dési-
) noeuds dont cette ceinture est garnie,
la
d'enfans tués de mes propres
) gnentl quantité
soit
une cou-
> mains, soit par le poison,
par
H 4
it lentement,la
tête baissée, lorsque tout à coup, par un excès
de rage et de désespoir, arrachant une ceinture
retenoit sa chemise : ( Voyez, dit-elle, si
qui
les soixante-dix
) j'ai bien mérité mon sort ;
dési-
) noeuds dont cette ceinture est garnie,
la
d'enfans tués de mes propres
) gnentl quantité
soit
une cou-
> mains, soit par le poison,
par
H 4 --- Page 132 ---
VOYAGES
) tumeexécrable qui me faisoit un devoir
)) lever ces jeunes étres.à un honteux
d'en-
) Ma qualité de
esclavage.
sage-femme me
>) occasions de tenir eni mes mains les donnant les
> nés, dés
nouveaux
quej'y pressois une de ces
) de peur qu'elle
victimes,
)
l'instant
m'échappit,je plongeois à
une épingle dans son
) la fontanelle : dela, le mal de cerveau, par
> meurtrier en cette
mâchoire si
)) vous est
colonie, et dont la cause
maintenant connue, Je meurs
> tenteàp présentque jen'ai plus rien à
con-
) et vais rejoindre dans mon
confesser,
) jy ai quitté )). A ces
pays, tout ce que
intrépidité
mots, elle s'élance avéc
vers le brasier dévorant où
elle fut réduite en
bientôt
hurlemens
cendres, en poussant des
affreux.
Le roi, quoique
lui-méme
très-puissant en Guinée, est
assujetti à des lois de
ne peut enfreindre.
convenance qu'il
Relégué dans l'intérieur de
son palais, il n'en sort jamais; seulement
fois la semaine il
une
présente sa tête à une grille
pour donner certains ordres. Il
en présence de toute sa
prend ses repas
défendu de boire du cour; et comme illuiest
il
vin, si recherché dans ce
pays, se sert d'un verre à
afin
ne point
soupape,
de
paroître en faute; et
toute surveillance,
pour tromper
lorsqu'il se
un échanson favori
dispose à boire,
frappe de la baguette; ; alors --- Page 133 ---
D'UN NATURALISTE
lepeuple se prosemant,leroilivela, soupape,et
boit levin toutà son aise : après quoi l'échanson
va remplir le vase mystérieux de semblable
Jiqueur.
Le culte des nègres Aradas est varié : les uns
adorent la lune, 9 d'autres des bélemnites ; ceuxci l'eau, ceux-là les serpens. Leurs prêtres
ont beaucoup d'empire, et ont, pour marque
distinctive, un anneau de fer au bras; ; lequel
anneau, une fois soudé, leur est laissé même
après leur mort.
Les femmes très-lascives
(r) trompent, avec
beaucoup d'adresse, la vigilance de leur wrou
ou mari. Elles sont trés-caressantes, et sacrifient bien volontiers tousa autres plaisirs aux doux
jeux de l'amour. La danse même 9 cet exercice
auquel elles se livrent avec une espèce de frénésie, n'a plus d'appas pour elles, dès que la
bouche de leur amant a fait sonner l'heure du
rendez-vous.
Lorsqu'un nègre. Arada a été mésestimé'de ses
semblables pour cause d'égoisme, a s'il vient à
mourir, ses héritiers, à leur calenda, 2 font rôtir
un chien dont l'odeur attire les autres qui viennent hurlerautour de la case du défunt, en signe
() Et babillardes à l'excès.
n'a plus d'appas pour elles, dès que la
bouche de leur amant a fait sonner l'heure du
rendez-vous.
Lorsqu'un nègre. Arada a été mésestimé'de ses
semblables pour cause d'égoisme, a s'il vient à
mourir, ses héritiers, à leur calenda, 2 font rôtir
un chien dont l'odeur attire les autres qui viennent hurlerautour de la case du défunt, en signe
() Et babillardes à l'excès. --- Page 134 ---
VOYAGES
de réprobation : sa mémoire dès ce moment
flétrie.
est
La nourrice de ma belle-mère existoit
sur T'habitation : abandonnée
encore
de sa
pendant l'absence
bienfaitrice, et vivant des libéralités d'autrui, puisque les infirmeries étoient abolies
les lois
par
révolutionnaires, cette femme menoit
l'existence la plus douloureuse. Infirme,
potente, rongée du virus
impians, qui lui fit tomber siphilis, les
appelé les
pieds, elle se traînoit
poignets et les
sur ses
et douloureux, dès qu'elle vouloit moignons gercés
de sa case
se déplacer
3 pour se. mettre au soleil. Nous
arrivâmes à
soin fut de venir Saint-Domingue, et son premier
implorer notre pitié bienfaisante, Elle manquoit de tout : on sut
à ses besoins; ; mais elle n'eut pas de pourvoir
joie
recevant
plus grande
qu'en
une mousticaire, ou
sous lequel elle pouvoit se mettre à l'abri pavillon de la
piqûre des innombrables maringoins
(ou cousins), qui en faisoient une victime. Rien de
plus incommode, rien de plus fatigant
d'être continuellement
que
exposé à la voracité de
ces insectes avides de sang; et la bonne
étoit dans ce cas, tant à cause de
femme
quilui
son infirmité
empéchoit de chasser ces
en agitant un vieux linge autour d'elle, moucherons,
c'estl'usage parmi les nègres,
comme
que parce qu'elle --- Page 135 ---
D'UN NATURALISTE.
n'avoit point de pavillon pour se mettre à l'abri
pendant son sommeil. Elle fat si reconnoissante
des libéralités qui lui furent faites, que pour
mieux en témoigner sa gratitude, elle eut recours aux coutumes guinéennes; c'est pourquoi
elle fit le simulacre de la danse (en raison de
son infirmité), et parla langage, c'est à dire,
nous fit entendre un long monologue, que nous
ne comprimes que par ses gestes de remercîmens (r).
() Les nègres aiment à gesticuler, et à exprimer
dans le langage les sons imitatifs.
libéralités qui lui furent faites, que pour
mieux en témoigner sa gratitude, elle eut recours aux coutumes guinéennes; c'est pourquoi
elle fit le simulacre de la danse (en raison de
son infirmité), et parla langage, c'est à dire,
nous fit entendre un long monologue, que nous
ne comprimes que par ses gestes de remercîmens (r).
() Les nègres aiment à gesticuler, et à exprimer
dans le langage les sons imitatifs. --- Page 136 ---
VOYAGES
CHAPITRE DEUXIÈME,
Nègres de Fida. Les femmes
dinairôment
y sont extraorcoguetles, mais tatouées.
Lis femmes,
des
toujours envieuses de plaire
parures plus ou moins
par
servent au moins en
recherchées, condont elles
Europel les beautés naturelles
sont donées; à Fida, c'est
tume opposée : les
une coufestons leurs dents négresses se font limer en
la lèvre
éblouissantes, et traverser
qui détruit infericure,d'un le
anneau lourd et grossier,
puissant
charme du sourire, ce charme si
pour tous les coeurs
ce qui fait
consumésd'smour;
asile de la disparoitre les graces du principal
volupté. Leur bouche, ridiculement
contractée, éloigne et semble
ludes de l'amour.
dispenser des préLeur gorge n'est point
déjà été mutilée
naissante, qu'elle a
détruit la forme par un tranchant cruel qui en a
lieu d'une
etl le contour, et n'a laissé, au
charnus peau fine et lisse, que des
et
grumeaux
sont ridicules désagréables au tact, autant qu'ils
à la vue. L'amant n'y va
cueillir, y presser
pas
bouche
voluptueusement, sous sa
amoureuse, un bouton de rose; celui --- Page 137 ---
D'UN NATURALISTE,
de leur sein, outre sa couleur noire et peu
attrayante, est coloré de vermillon, contraste
affreux à la vue, et bien peu fait pour agacer
les passions d'un Européen qui a connu d'autres
charmes.
CHAPITRE TROISIÈME.
Coutumes funéraires des nègres d'Essa.
Qrox respecte la mémoire d'un homme qui
s'est illustré, c'est le propre de tous les philosophes; maisqu'on crée une divinité d'un défunt
dont les restes sont sans puissance, et qui, par
sa décomposition, par son anéantissement, donne
une preuve incontestable de sa fréle humanité,
de son essence mortelle, voilà le comble de la
superstition. Les nègres d'Essa sont dans cette
hypothèse ; ils adorent comme leur divinité
le dernier de leurs rois. Dans une pagode ombragée par les plus beaux arbres riverains de
la principale route de leur capitale, ils placent
sur un trône enrichi d'ornemens précieux, le
roi défunt qui doit être adoré jusqu'à la
mort du roi régnant, qui indique le moment de sa sépulture. Le cadavre est embaumé et oint de l'huile d'un palmiste et d'une
a sont dans cette
hypothèse ; ils adorent comme leur divinité
le dernier de leurs rois. Dans une pagode ombragée par les plus beaux arbres riverains de
la principale route de leur capitale, ils placent
sur un trône enrichi d'ornemens précieux, le
roi défunt qui doit être adoré jusqu'à la
mort du roi régnant, qui indique le moment de sa sépulture. Le cadavre est embaumé et oint de l'huile d'un palmiste et d'une --- Page 138 ---
VOYAGES
teinture d'un bois amaranthe,quil lui conservent
trèslong-tems sa fraicheur, ets'opposent,) parune
et astringente, au relâchement
vertu styptique
du tissu cutané, Le défunt est somptucusement
vêtu, et a, nuit etjour auprès de lui, un homme
dans leur marche,
pour le garder. Quelquelois
les voyageurs entrant dans la pagode,sadressent mais le
vétu
faire des questions;
au mieux
pour
et que
gardien lui observant qu'il ne parle pas,
alors Pidolâtre voyageur se
c'est une divinité,
prosterne et Padore. --- Page 139 ---
D'UN NATURALISTE,
CHAPITRE QUATRIEME.
Cruautés des nègres d'Urba; leur conduite
arbitraire en cas d'un meurtre commis.
Obsèques du corps assassiné. Idée des
Makendals, 3 que le roi consulte lorsqu'il se
prépare au combat. Suites funestes de leur
barbare oracle. Trait historique et conversion d'un de leur roi idolâtre.
L. peuple d'Urba est inhumain et féroce,
arbitraire dans ses résolutions de vengeance.
Si un assassinat est commis, les parens du
défunt ne cherchent point à découvrir l'auteur
du meurtre ; mais, se réumissant autour du
mort, ils se cachent, et attaquent le premier
passant qu'ils éventrent impugément et sans
crainte de punition judiciaire, regardant cette
victime livrée par leur dieu Brataoth, et
devant être immolée aux mânes de.leur com--
pagnon chéri. Alors on se prépare aux obsèques du parent, en laissant le corps de leur
victime exposé aux injures de P'air, et à la
voracité des bêtes féroces. On fouille à cet effet
une très-grande fosse à l'endroit où le meurtre
a été commis, afin que l'ame du défunt ne
puisse errer dans d'autres lieux.
par leur dieu Brataoth, et
devant être immolée aux mânes de.leur com--
pagnon chéri. Alors on se prépare aux obsèques du parent, en laissant le corps de leur
victime exposé aux injures de P'air, et à la
voracité des bêtes féroces. On fouille à cet effet
une très-grande fosse à l'endroit où le meurtre
a été commis, afin que l'ame du défunt ne
puisse errer dans d'autres lieux. --- Page 140 ---
VOYAGES
Le cadavre embaumé
cage de fer, de manière est exposé dans une
communique
à ce que le corps ne
il
point à la terre. Par ce
est également à l'abri des
moyen 2
animaux carnassiers
tigres et autres
qui ne
aucune atteinte, au
peuvent y porter
et de la
moyen des barreaux de fer
profondeur de la fosse. Le
indépendamment de ces
corps 3
est garanti par un ajoupa premières précautions, 2
de lui, ce quile rend
construit au dessus
péries du tems.
inaccessible aux intemLe roi d'Urba entretient à
réunion de magiciens
sa cour une
ralement en Guinée, qu'on appelle assez génédevoir est de
Makendals (1). Leur
batailles, d'en prévoir et d'annoncer le sort des
faire connoître
de châtimens
l'issue, sous peine
devinssaventes trés-rigoureux, que les pauvres
tesquiver, en
certains soldats, contraires désignant-damsfarmée
au bonheur du roi,
() Nom d'un nègre empoisonneur
St-Domingue des forfaits
qui commit à
ila avoit juré d'en éteindre la atroces; ennemi des blancs,
fascinoit les yeux des
race, Ce second Cartouche
un prodige; il fut pris nègres, quileregardoiente tcomme
surveillance de ses gardiens, plusieurs fois, et trompa la
enfin il fut brûlé
ainsi qu'il l'avoit prédit:
vif, en
encore des
annonçant qu'il
flammes, , sous la forme d'une séchapperoit
que les nègres croyent encore
mouche; ce
aujourd'hui.
et --- Page 141 ---
D'UN NATURALISTE
et cause de la défaite par leur conduite criminelle, lesquels, dans la plus parfaite innocence,
subissent la punition provoquée par la dénonciation arbitraire des Makendals.
Lorsque le roi d'Urba a perdu beaucoup de
monde à la guerre, il fait rassembler le conseil
Revinatoire, consulte les membres qui le composent, sur la manière de repeupler son
royaume; alors il lui est recommandé par l'autorité diabolique, d'acheter, I°. cent couis
vases naturels qu'on obtient du fruit du calebassier après qu'il a été vidé); 20. cent canaris
grands vases de terre où l'on conserve l'eau
Hans sa fraicheur); 30, cent esclaves. Les
Makendals font transporter le tout sur le grand
Ehemin, etavec le sang-froid d'une ame vouée
Au: crime, ordonnent l'ouverture des cent
esclaves, dont ils fontremplir le corps, d'huile
Pouge de palmiste, et de certains coquillages;
buis on les enterre sur la place, par l'effet atroce
Tune barbare superstition.
Un roi d'Urba, idolâtre comme son peuple,
nais dont le coeur étoit disposé à recevoir les
atiles semences de la vraie religion, tomba
nalade, et soit pour obéir aux usages de sa
hation, soit par crainte du peuple, il consulta
es magiciens de sa cour pour être délivré des son
ffreuse maladie; mais ce fut en vain; car que
TOME III,
I
sur la place, par l'effet atroce
Tune barbare superstition.
Un roi d'Urba, idolâtre comme son peuple,
nais dont le coeur étoit disposé à recevoir les
atiles semences de la vraie religion, tomba
nalade, et soit pour obéir aux usages de sa
hation, soit par crainte du peuple, il consulta
es magiciens de sa cour pour être délivré des son
ffreuse maladie; mais ce fut en vain; car que
TOME III,
I --- Page 142 ---
VOYAGES
horde
Sur l'avis d'un
pouvoit celte
hypocrite?
il
missionnaire qui travailloit à sa conversion,
dès ce moment il ne reconnoissoit que
jura le Dieu que du ciel et de la terre, et il fut incontinent
guéri.
CHAPITRE CINQUIÈME.
Aminas croient à la MétempsyLes nègres
cose. Mère ayant sacrifié eses enfans saSaint
Domingue, pour les dérober d Pesclavage.
Aminas et les Ibos croient à la
Les nègres
me disoit Pun
métempsycose. ( Pourquoi,
à alléger la
) d'eux, ne chercherionsenous pas
d'un
de nos chaines, par l'espoir
) pesanteur heureux? La
de notre liberté
) sort plus
entraîner perte celle de notre
) doit nécessairement
devez donc
chétive existence. Vous ne
plus
) blâmer autant en nous le suicide, puisqu'il
)
fin à nos tourmens )). En ellet, les
) met
en arrivant à Saint-DoAminas et les Ibos,
oà leur destin
mingue, ou dans toute autre ile,
de
être esclaves et d'y arroser la terre
est d'y
échapper aux mauvais
leur sueur, 2, croyent
souvent injustes et
traitemens des maitres, trop
cruels, en se donnant la mort: Ils se noyent par --- Page 143 ---
D'UN NATURALISTE.
13r
compagnie, ou se pendent à la file les uns des
autres, bien persnadés qu'après leur mort, ils
sont transportés dans leur pays, et y recouvrent
le rang, la fortune, les parens et amis dont le
sort de la guerre les avoit frustrés.
Nous eûmes sur Phabitation où je me trouvois, une négresse Amina qui fut vendue avec
ses deux enfans. A peine débarquée, sans avoir
éprouvé aucun mauvais traitement de Mrs Desdunes, qui agissoient envers leurs esclaves,
comme de bons pères envers leurs enfans, on
la voyoit errer, 3 hors des travaux, vers les rives
de l'Ester, , s'arrêter à chaque instant
mesurer desa vue la profondeur de cette rivière pour
limpide, et pousser quelques soupirs en élevant
les yeux. au ciel, et se frappant la poitrine. Cette
malheurense mère excita particulièrement lintérêt de M. Desdunes père, qui la fit traiter
avec beaucoup de ménagement, regardant
l'émanation de ses regrets, comme dépendante
de la nostalgie, ou maladie du pays. Il ne pat
cependant parvenir à lui faire oublier un sort
dont la rigueur n'étoit pourtant qu'imaginaire.
Cette femme fut trouvée un matin, noyée avec
ses deux enfans qu'elle avoit attachés à sa
ceinture, pour les soustraire, ainsi qu'elle, à
l'esclavage. Les cris des enfans, repoussant les
horreurs d'une mort prochaine, furent bien
I2
comme dépendante
de la nostalgie, ou maladie du pays. Il ne pat
cependant parvenir à lui faire oublier un sort
dont la rigueur n'étoit pourtant qu'imaginaire.
Cette femme fut trouvée un matin, noyée avec
ses deux enfans qu'elle avoit attachés à sa
ceinture, pour les soustraire, ainsi qu'elle, à
l'esclavage. Les cris des enfans, repoussant les
horreurs d'une mort prochaine, furent bien
I2 --- Page 144 ---
VOYAGES
entendus de quelques nègres pécheurs, mais
ne sachant point à quoi en attribuer la
qui
s'empressérent point de donner du secours. cause,ne
CHAPITRE SIXIÈME.
Les nègres Ibos sont fidèles dans leurs sermens d'amour. Regrets d'un prisonnier
fait esclave, et arraché d sa patrie. Il
retrouve sa tendre Evahim, vendue esclave
d Saint-Domingue sur la même habitation
que lui. Union d'Aza et d'Evahim,
d'obéir aux coutumes de leur
3 afin
attachement
pays. Leur
réciproque. Chanson créole
relative d leur absence.
Uri jeune nègre Ibo, arraché en Guinée à de
bons parens, 2 à sa patrie, à celle qu'il
avoit été vendu à M. Pélerin, habitant aimoit,
des
cayes Saint-Louis, à Saint-Domingue. Ce jeune
Africain asservi à un double esclavage, traînoit
ses pas tous les soirs, après son travail, vers le
bord de la mer; alors fixant l'horizon d'un ceil
timide et baigné de pleurs : O ma patrie! 6
Evahim! disoit-il; puis ses bras élevés retomboient soudain, et sa plainte s'exhaloit en
soupirs! --- Page 145 ---
D'UN NATURALISTE.
Irevenoità sa case, lorsque les ombres de la
nuit ne lui permettoient plus de distinguer au
loin les derniers flots de POcéan; et que la
fatigue, autant que la faim, l'obligeoient à
aller prendre une nourriturodfrugale qu'il arrosoit de ses larmes. Les dimanches et fètes, loin
de partager la gaieté bruyante des chicas (1), il
s'isoloit au loin, et bientôt sa pensée le reportoit en Guinée. Enfin, la vie de ce malheureux
Ibo n'étoit qu'un soupir répété d'amour et de
regrets, lorsqu'il apprit qu'un navire. négrier
venoit de mouiller dans la rade des. Cayes, et
qu'ily avoit à bord beaucoup de nègres de sa
nation. L'espoir est le soutien du malheureux:
que de conjectures ! que. de doutes ! Evahim,
prisonnière en même tems que lui, n'avoit pu
entrer dans le parti de nègres vendus à son
capitaine, parce qu'il étoit au complet. Le
premier bâtiment pouvoit la transporter, mais
oû? De tous côtés on demandoit des bras africains. Il espéroit pourtant, mais sans oser se
livrer au doux pressentiment de revoir sa tendre
Evahim, lorsqu'il apprit que M. Pélerin, son
(1) Le chica, danse nègre, consiste à faire mouvoir
les hanches el les lombes, en conservant néanmoins le
reste du corps dans un aplomb qui ne doit pas méme
étre contrarié parles gesles voluptueux que font les bras.
I 3
és on demandoit des bras africains. Il espéroit pourtant, mais sans oser se
livrer au doux pressentiment de revoir sa tendre
Evahim, lorsqu'il apprit que M. Pélerin, son
(1) Le chica, danse nègre, consiste à faire mouvoir
les hanches el les lombes, en conservant néanmoins le
reste du corps dans un aplomb qui ne doit pas méme
étre contrarié parles gesles voluptueux que font les bras.
I 3 --- Page 146 ---
VOYAGES
maître, venoit d'acheter un parti de
Une joie involontaire s'empare
nègreslbos.
de cet amant
soudain de l'ame
passionné; le calme reparoit en ses
sens agités. Quelle est sa surprise,
reconnut Evahim et sa mère dans le lorsqu'il
négres nouvellement
groupe des
débarquést Le
trop rapide de la douleur au plaisir, lé passage
d'abord
rend
insensible, 2 il doute de son
mais revenu bientôt de cette incertitude bonheur;
gique, il s'élance dans les bras
létharreçoit avec les mêmes
d'Evalim, qai le
versent alors de douces transports, et tous deux
larmes. La mère
au jeune homme les
rappelle
de lui, coutume
présens que sa fille a reçu
union.
guinéenne qui exigeoit leur
Celui-ci, pour toute
Evahim dans ses
réponse, enlève
qu'elle doit
bras, et la transporte à la case
désormais partager avec lui.
Ces jeunes amans furent
de constance; leurs veilles depuis un modèle
sacrées à chanter leur
étoient en partie condoux
le célébrer. La
rapprochement, et à
lune, souvent témoin de leurs sermens, lef fut aussideleurs
C'està la lueur
voluptueuses étreintes.
amourense de cet astre mélancolique qu'Aza et Evahim
délices
jouissoient, dans des
inappréciables, du bonheur de s'être retrouvés; etc'est à la faveur da calme enchanteur
sbeng-trake.seee
apprenoit de lui le parler créole. eauxleçonsd'Aza, Aza lui
pro-
témoin de leurs sermens, lef fut aussideleurs
C'està la lueur
voluptueuses étreintes.
amourense de cet astre mélancolique qu'Aza et Evahim
délices
jouissoient, dans des
inappréciables, du bonheur de s'être retrouvés; etc'est à la faveur da calme enchanteur
sbeng-trake.seee
apprenoit de lui le parler créole. eauxleçonsd'Aza, Aza lui
pro- --- Page 147 ---
D'UN NATURALISTE
nonçoit l'abord, en chantant et s'accompagnant
de son banza, les mots chéris des amans ; puis
les rassemblant, il en formoit des phrases auxquelles il appliquoit un chant naturel, Comme
je trouvai les idées de ces jeunes amans mal
secondées par les expressions, et que l'air m'en
parut insignifiant, je crus devoir, par intérêt
pour une constance aussi rare parmi ces peuples
grossiers, 2 et en faveur de la délicatesse de
Jeurs sentimens, concourir à les faire plaindre,
et estimer des coeurs sensibles. C'est à cette
considération que je rectifiai le mieux possible
les paroles de leur entretien
auquel j'adaplai un
nouvel air de ma composition,
Dialogue créole,
Traduction libre.
EVAHIM,
EVAHIN M.
al guetté com' z'ami toié,
Aza ! fixe les yeux sur
li fondi semblé cire!
Vois les effets de mon moi,
ps là! toué tant loigné de moûé! J'étois tant éloigné de martyre! toi!
Hil, guetté moié sourire !
Aujourd'hui... tiens... vois moi sourire.
prange astor li douce au coeur,
L'orange reprend sa
im plus gagné tristesse.
Evahim n'a plus de tristesse. douceur, 3
fais gouté n'ioun grand bonheur Ton retour est le seul bonheur
Emi toûé gros de tendresse.
Que pouvoit goûter ta maitresse,
A2 ZA.
AZA.
niorà moué ci làlà crâsé!
Aza gémissoit comme
pas gagué quior à z'ouvrage; ;
Il n'avoit plus coeur à toi;
ié nuit,) jour mon tésongé,
Nuit et jour occupé de T'ouvrage; toi,
icli crâser davantage.
Il souffroit encor davantage.
I 4 --- Page 148 ---
VOYAGES
AZA.
AZA.
Mon pas capab'Souffi z'encor,
Accablé par les coups du
Mon té mouri loin de z'amie .
J'allois mourir loin d'une sort,
Vla qu'Aza nien' place de la mort,
Majs au lieu de trouver la amie .
Dans quior à toué trouvé la vie.
Dans ton cceur je trouve la mort, vie.
EVAHIM,
EVAHIM.
Bouche à toué doux passésyrop!
Aza ! que tes baisers sont doux!
AZA.
AZA.
Baiser tien doux passé banane,
Le tien l'est plus que la banane.
EVAHIM.
E VAHIM.
Dans mains z'ami i'ouquà de l'eau
Des mains d'un ami, 2 d'un
Li soucré passé souc à canne,
L'eau pure vaut le jus de canne. époux
Ai z'ami! toujours tout pour toié: Je te donne à jamais mon coeur
Bai' main sur quior liça qu'échose ! Aza sens le... comme ils'agite!
A ZA.
AZA.
Li broulé semblé quior à moûé!
Le mien brûle de même ardeur.
Tous deux.
Tous deux.
Crois ben pig' c'est pour même cause. L'amour le fait battre aussi vite.
é passé souc à canne,
L'eau pure vaut le jus de canne. époux
Ai z'ami! toujours tout pour toié: Je te donne à jamais mon coeur
Bai' main sur quior liça qu'échose ! Aza sens le... comme ils'agite!
A ZA.
AZA.
Li broulé semblé quior à moûé!
Le mien brûle de même ardeur.
Tous deux.
Tous deux.
Crois ben pig' c'est pour même cause. L'amour le fait battre aussi vite. --- Page 149 ---
D'UN NATURALISTE,
CHAPITRE SEPTIÈME.
Candeur des jeunes négresses de Beurnon.
Considération des prétendues pour leurs
épouxfuturs. Soumission des.femmes envers
leursmaris. Ahepudbsodbinendukire
dge. Propreté des femmes de Beurnon.
Soinqu'elles ont de leur corps. Prostitution
punieparleaclarage. Leurmariage. Mode
de leurs accouchemens. On tatoue les enfans au huitièmejour après leurnaissance.
Yexation atroce d'un jeune prince africain envers une jeune négresse. Religion
des nègres de Beurnon. Distribution des
maisons dans ce pays. Coutumes du rois
justice rendue par lui. Le vol considéré
diffamatoire. Adultère royal puni de mort.
pudeur! digne soeur de l'innocence, tu
règnes à Beurnon 5 parée de tous tes charmes,
Modestes et timides, les jeunes filles viennentelles à rencontrer un jeune homme? pour marquer la soumission parfaite qu'elles auront
pour leur mari, elles se prosternent jusqu'à ce
qu'il soit passé outre; autrement, si, respectant,
peu la coutume de cette bienséance, > elles --- Page 150 ---
VOYAGES
restent debout en cherchant à le
sont vouées au mépris, et traitées fixer, elles
Une prétendue
d'effrontées.
l'époux
rencontre-t-elle en publie
que ses parens lui destinent?
cline
elle s'ind'avoir respectueusement, de la
et si elle est à portée
hâte
verdure, elle lui en
un bouquet
compose à la
qu'elle lui
des jours heureux
offre, en promesse
Cette soumission qu'il aura à passer avec elle.
va.p plus
des femmes pour leurs
loin; elle est tellement
époux
hommes exercent
exagérée, et les
absolu,qu'une
envers elles un empire si
épouse ne
son mari, sans
présente jamais rien à
révérence
préalablement lui avoir fait une
trés-respectueuse.
Si un jeune homme voit
sexe'
un bel enfant du
féminin, et qu'il lui fasse
la fille, devenne nubile,
quelque présent,
Cette
est obligée
coutume est également observée del'épouser.
Ibos.
chez les
Les femmes de Beurnon sont d'une
recherchée dans leur intérieur,
propreté
pour leurs ustensiles de
trés-soignenses
particulier de leur
ménage, et le lustre
répétés trois fois
corps. Après leurs bains
de s'oindre
par jour, elles sont dans
le
l'usage
corps avec Phuile d'un
qui en fournitder plusieurs
palmiste
obtient cette
espèces différentes. Oa
ration et
substance oléagineuse par la macél'expression de son écorce et de ses
dans leur intérieur,
propreté
pour leurs ustensiles de
trés-soignenses
particulier de leur
ménage, et le lustre
répétés trois fois
corps. Après leurs bains
de s'oindre
par jour, elles sont dans
le
l'usage
corps avec Phuile d'un
qui en fournitder plusieurs
palmiste
obtient cette
espèces différentes. Oa
ration et
substance oléagineuse par la macél'expression de son écorce et de ses --- Page 151 ---
D'UN NATURALISTE
graines. Il est un autre moyen de parvenir au
même but; c'est de meltre bouillir dans de l'eau
ces parties concassées : il s'en dégage l'huile qui
surnage bientôt à la superficie de l'eau, dont on
Ja sépare parl'imbibition d'un coton en duvet,
quel'on présente légérement à la surlace.
Lorsqu'il s'agit à Beurnon de consommer le
mariage, de vieilles femmes sont choisies pour
l'examen de la nouvelle épouse, et elles la conduisent au lit noptial au son des instrumens et
des chants d'alégresse, si elle a été reconnue
vierge. Dès ce moment la nouvelle mariée jouit
de la plus haute considération. Dans le cas
contraire, à la perte de la fleur qui devoit être
réservée et cueillie par l'époux, sont attachés le
mépris et lindignation de ses nouveaux parens
qui peuvent alors la répudier. Les lois de cette
nation sur ce point sont très-sévères et irréfragables. La pudeur y trouve un asile sûr et
respecté, tandis que la honteuse prostitution y
rencontre la punition réservée à ce vice dégradant. Une négresse de Beurnon, reconnue livrée
à une scandaleuse débauche, est enlevée par
ordre du roi, condamnée sur-le-champ à
T'esclavage, et vendue au premier bâtiment
négrier (t).
(1) La traite des noirs date de l'an 1442. Un Portugais ayant fait deux Maures priso:niers, les vendit --- Page 152 ---
VOYAGES
Les femmes d'ailleurs fort
lubriques et comRasbramsintae d'une ridicule
sont mariées,
couches.
décence à l'époque de leurs
Il n'est permis à aucun homme d'en
approcher; elles confient
sivement à des
aveuglément et exclusages-femmes souvent trèsignorantes, le soin de mettre au monde
enfans. Lorsque le cordon ombilical
leurs
on cache avec soin sous l'oreiller est coupé,
nouveau né, les ciseaux
de l'enfant
cette opération.
neufs qui ont servi à
On ne les emploie à l'avenir
gu'à cet usage.
Par une pratique délirante et non moins absurde, si l'enfant a le hoquet, vîte on a
à la sage-femme qui
recours
défile sa
en avoir mouillé un fil, elle couche, et après
front de l'enfant
l'applique sur le
l'instant de
qui, dit-on, est délivré à
cette incommodité
Victimes d'une coutume barbare,
enfans sont, huitj jours après leur
ces jeunes
mis au tranchant cruel
naissance, soudes incisions
qui doit dessiner 2 par
plus ou moins
ractère de leur nation
profondes 2 le Ca-
: c'est ce qu'on
tatouer. Telle secte indique les
appelle
marques au
en Afrique, sur les bords del la rivière
en échange dix
d'Ouro, et obtint
poudre d'or,
nègres, et une certaine quantité de
,
enfans sont, huitj jours après leur
ces jeunes
mis au tranchant cruel
naissance, soudes incisions
qui doit dessiner 2 par
plus ou moins
ractère de leur nation
profondes 2 le Ca-
: c'est ce qu'on
tatouer. Telle secte indique les
appelle
marques au
en Afrique, sur les bords del la rivière
en échange dix
d'Ouro, et obtint
poudre d'or,
nègres, et une certaine quantité de --- Page 153 ---
D'UN NATURALISTE,
visage, telle autreà la poitrine; celle-ciau bras,
celle-là par tout le corps où l'on aperçoit,à un
certain âge, des dessins symétriques du soleil
pour ses adorateurs, de langues de feu pour les
prosélites de ce culte ilolitre,d'animaux divers,
de reptiles, enfin de contours d'architecture
naturelle tracés en reliefpar des coutures saillantes recouvertes de lépiderme de la peau.
Iln'est point de crime impuni, et tôt ou tard
la Providence assure au forfait une peine quelconque. Un jeune prince africain,d'un naturel féroce, se promenoit, suivid'une trentaine de
ses gardes ; il aperçoit un enfant de trois ans environ, assis sur le bord de la route 2. et occupéà
jouer tandis que sa mère chauffoit un four. Ce
prince appelle celle-ci pour la complimenteretla
féliciter de la beauté de son enfant; puis l'ayant
pris, et faisant parade, aux yeux de ses favoris,
de la supériorité que lui donnoient et son rang
et les forces qu'il avoit à ses ordres, il jette au
feu cette jeune créature, qui fut consumée en
peu de tems. La douleur de la mère ne produisit
aucun effet sur son cceurfarouche et sanguinaire.
En vain elle porta des plaintes au roi; cette
malheureuse ne fut écoutée que pour entendre à
son tour une sévère reprimandeqifautdonnée au
jeune prince. Mais Dieu protégocitlinnoenee.
Le jeune prince ayant su qu'on devoit --- Page 154 ---
VOYAGES
donner une fête à une cour voisine de ses
résolutd d'y faire un
états,
La fille de ce roi voyage pour son amusement.
bête féroce de la étranger portoit le nom d'une
forêt, qu'on chasse en ce
avec passion, et qu'on nomme labani.
pays
lidole à laquelle il sacrifioit
Comme
demandoit des labanis; sans réfléchirque l'espèce humainen'étoit
point exigée pour le sacrifice, aussitôt
entend ce mot, il court vers la
qu'il
Fégorge comme hors de lui-méme. princesse, et
guerre terrible allumée
Voilà une
entre les deux
sances; et le malheureux' père
puisfait prendre le jeune
offensé, ayant
prince, le fit
et sa suite, pour apaiser les
brûler lui
Evoha.
manes de sa chère
Dieu soutint la cause innocente de
malheureux, et lui fit
ce père
remporter la
quoiqu'à forces inégales
victoire,
partie des
avec son voisin. Une
prisonniers qu'ilf fit,f furent
au moins ceux
massacrés,
soit
les
appartenant au jeune assassin,
par
liens du sang, soit par ceux de
l'amitié, ou bien encore de
les prisonniers
l'esclavage. Pour
neutres 3 ils furent vendus et
transportés en grande partieà
où il en existe encore
Saint-Domingue,
plusieurs sur Fhabitation
Rowignol-Desdunes, où j'ai écrit ces faits.
La religion dominante des nègres de
a beaucoup de
Beurnon
rapport avec celle des Phylanis.
,
soit
les
appartenant au jeune assassin,
par
liens du sang, soit par ceux de
l'amitié, ou bien encore de
les prisonniers
l'esclavage. Pour
neutres 3 ils furent vendus et
transportés en grande partieà
où il en existe encore
Saint-Domingue,
plusieurs sur Fhabitation
Rowignol-Desdunes, où j'ai écrit ces faits.
La religion dominante des nègres de
a beaucoup de
Beurnon
rapport avec celle des Phylanis. --- Page 155 ---
D'UN NATURALISTE
L'ambition est un monstre à leurs yeux : ils ne
cherchent qu'à protéger leurs semblables; c'est
pourquoi ils, ne font jamais la guerre. Sévères
observateurs de Thospitalité," "si un étranger
arrive au pays de Beurnon, le chef de cette
peuplade unie, pour capter les bonnes graces
de l'inconnu et le retenir dans ses états, lni
donne des terres et une de ses filles en mariage.
Il lui est de plus fourni des vivres jusqu'à la
première récolte qu'il aura pu faire. Voila, ce
me semble, les premiers fondemens de la religion naturelle : ( Faites aux autres ce que
vous voudriez qu'on vous fit.
Ils ne mangent de viande que celle sacrifiée et bénie par leur grand-prétre, appelé
alpha. L'usage de la viande de porc leur est
interdit. Un homme qui fait pénitence à Beurnon, se tient sur les grands chemins, avec des
canaris pleins d'eau, dont il offre, par charité,
à tousles passans ou voyageurs fatigués.
Les siliques du mimosa olens de leur
bouillies avec du jus de citron, leur fournissant pays,
de l'encre, les plus instruits d'entr'eux se
chargent de transmettre à leurs frères le code
de leur loi divine. Une plume de bambou trace
sur des planchettes, à défaut de papier qui y
est très-cher, ou sur des taches de palmiste, les
dogmes de leur religion. Un livre ainsi acheré, --- Page 156 ---
VOYAGES
est envié de tous les acheteurs. Les coquilles,
leur monnoie ordinaire, ne sauroient le payer,
P'obtenir que par l'échange de
et on ne peut
vaches) prêtes à mettre
douze gazelles (ou jeunes
bas. Ainsi des peuples barbares ont le plus grand
des simulacres que des nations
respect pour
à ridiculiser.
civilisées se plaisent
Leur vénération est si grande pour un livre
lorsqu'ils l'ont tonché, ils ne
de prières, que
chanté
le quittent point qu'après l'avoir lu, ou
si
de mémoire. lly a plus; sa possession leur est
qu'ils préféreroient, dans le besoin,
précieuse,
vendre tous leurs animaux, que de se démunir
du recueil de leurs lois sacrées. On en a vu dans
de leur case, arriver du
l'incendie imprévu
et
travail, pénétrer sous des solives embrasées,
chercher leur livre au milieu des décombres,
leur foi de ne point mourir en exerçant
par
cette oeuvre de piété.
code de
Les habitans de Beurnon ont un
lois pour la punition des crimes, qui doivent
trois témoins. Leur bonne foi
être attestés par
dont ils ne
est telle que, si les accusateurs
l'accusé
doutent point de la sincérité, se lèvent,
est condamné à être pendu.
ilet
Chaque maison de Beurnon forme un
clos, au milieu duquel se trouve une cour.
C'est là qu'à la chute du jour, chaque famille
se
uvre de piété.
code de
Les habitans de Beurnon ont un
lois pour la punition des crimes, qui doivent
trois témoins. Leur bonne foi
être attestés par
dont ils ne
est telle que, si les accusateurs
l'accusé
doutent point de la sincérité, se lèvent,
est condamné à être pendu.
ilet
Chaque maison de Beurnon forme un
clos, au milieu duquel se trouve une cour.
C'est là qu'à la chute du jour, chaque famille
se --- Page 157 ---
D'UN NATURALISE
se rassemble pour se soustraire à la voracité
des bêtes féroces. Je me rappelle
que dans ma
jeunesse, me dit une nourrice de la grande case,
étant allée avec ma tante à une peuplade voisine, 2
pour vendre quelques provisions de bouche,
j'oubliai mon tanga qui les contenoit; mais je
n'osai avouer ma négligence, bien résolue de me
lever au milieu de la nuit,
le chercher. Bientôt éveillée
pour retourner
par. la crainte, je me
mis en route, commetantfisprudence delaisser
la porte ouverte, ayant oublié les trop fréquentes
visites des bêtes sauvages.
La crainte d'être grondée par ma mère, me
fit mettre la peur de côté, et je m'acheminai
seule pendant la nuit. Je rencontrai deux
hommes vêtus de manteaux
jeuhes
demandèrent où
blanes, qui me
j'allois : je leur racontai mon
aventure. Ils me dirent gravement à leur
K Vous êtes seule de
tour :
fille, votre mère a six
) enfans; ne continuez pas votre route ). Et en
me parlant de la sorte, ils me reconduisoient.
A peine arrivés devant ma porte, ils me dirent
précipitamment : ( Rentrez, rentrez
et
)) fermez bien la
vite,
porte, ou vous serez mangée
oles bêtes )). Cette sorte de
par
prédiction me fit une
grande impression; cependant je remerciai ces
êtres généreux de l'intérêt qu'ils prenoient à
moi. Il ne se passa pas trois minutes,
des
TOME III,
que
K --- Page 158 ---
VOYAGES
des ours et des tigres, qui proballeléopards,
vinrent hurler à la
ment m'avoient éventée,
porte: roi de Beurnon ne sortjamais; et si quelLe
Pintérieur de son palais, vient à le
qu'un, dans
le
fixement,
rencontrer et qu'il ose
regarder
le roi
audace est punie de mort. Lorsque
son
à des plaignans, assis sur son
doit rendre justice
de la
est dérobée aux regards
trône, sa figure
élégamment fespopulace , par une draperie
elle est
S'il
une sentence 2
tonnée.
prononce
hérauts disposés et
portée au réclamant par sept
sur sept degrésprogressifs.
paciaenamplsthciares marquer sa respectueuse
Alors le sujet, pour
de son monarque,
soumissiou au jugement reconnoissance, se
etl lui témoigner son humble des mains, après s'être
prosterne, et applaudit
couvert la tête de cendres.
regardé conLe vol est abhorré, et tellement les fautes ne
traire aux lois de la société, que
personnelles, mais qu'elles
sont pas réputées de, toute une famille. Par
entrainent la perte
P'austérité de sa moexemple, le roi, soit par
lucrative, fait
rale, soit par une spéculation
ou sur les
semer dans les places publiques ou autres
chemins, des colliers,bracelets
grands
la retenue de ses sujets;
joyaux, pour éprouver de manière à pouvoir
ses courtisans sont placés
traire aux lois de la société, que
personnelles, mais qu'elles
sont pas réputées de, toute une famille. Par
entrainent la perte
P'austérité de sa moexemple, le roi, soit par
lucrative, fait
rale, soit par une spéculation
ou sur les
semer dans les places publiques ou autres
chemins, des colliers,bracelets
grands
la retenue de ses sujets;
joyaux, pour éprouver de manière à pouvoir
ses courtisans sont placés --- Page 159 ---
D'UN NATURALISTE
examiner les fautifs, sans être aperçus. Si des
enfans ramassent ces objets qui ne leur appartiennent pas, les courtisans s'en saisissent,
dès qu'ils sont reconnus, ils sont
et,
vendus, eux
et leur famille.
L'adultère royal est puni de mort. Une reine
fat séduite par un de ses courtisans, et attachée
aux branches vacillantes d'un
arbre, au dessus
d'une rivière, pour y mourir de faim; tandis
que le père de l'enfant, résultat de leurs amours
clandestines, fut empalé et exposé au marché,
afin d'y servir d'exemple.
Il est permis aux habitans de Beurnon de
chasser une foisl'année, à l'époque de la
des poules d'eau, canards et tortues. Pour ponte
effet, ils mettent le feu aux herbes des
cet
afin d'expulser de leurs nids les oiseaux marais,
tiques, de s'emparer de la qmantitéimnombrable aquade leurs ceufs, et des tortues qu'ils rencontrent.
Comme ce peuple ne se nourrit que de viande
boucanée ou fumée, ces provisions durent d'une
année à l'autre.
Simples dans leurs mceurs, il en mourut un
sur l'habitation Robuste, pour avoir
à son arrivée de la côte à
mangé,
Saint-Domingue, du
manioc blanc amer, qu'il avoit pris pour du
manioc rouge ou doux, la seule espèce existante
dans son pays; ce manioc blanc est un poison
K 2 --- Page 160 ---
VOYAGES
le suc laiteux morsubtil, silonn'en a exprimé
obtenir de la fécule un aliment,
tifère, pour
nomme cassave, et qui
espèce de pain qu'on
de fer rougies au
se dessèche sur des plaques manioc blanc ou amer
feu. Le contre-poison du
qu'on
est le suc exprimé du raucou, pourvu
en fasse usage sur-le-champ.
CHAPITRE HUITIÈME.
professent la religion
Les Mozambiques leur a été communiquée
catholique, qui Leur conduite louable et
par les Portugais.
Secte de Vaudoux
édifiante dans les églises.
mozambiques, espèce de conoulsionnaires.
de sanghumain.
Certains se nourrissent
mozambiques ont
Uxe partie des nègres
les Pordu vrai Dieu par
reçu la connoissance
en relation avec eux;
tugais, qui sont souvent culte dont ils éloignent les
ils sont zélateurs d'un
de coeur ûne religion qui
abus, et professent
de croire à une
leur est chère; et bien éloignés
de rendre
contrainte honteuse lorsqu'il s'agit
leurs
à P'Auteur des êtres,
des hommages
offrandes sont celles d'un coeur pur, généroux
consacré au voeu" qu'il a formé
et entièrement
en relation avec eux;
tugais, qui sont souvent culte dont ils éloignent les
ils sont zélateurs d'un
de coeur ûne religion qui
abus, et professent
de croire à une
leur est chère; et bien éloignés
de rendre
contrainte honteuse lorsqu'il s'agit
leurs
à P'Auteur des êtres,
des hommages
offrandes sont celles d'un coeur pur, généroux
consacré au voeu" qu'il a formé
et entièrement --- Page 161 ---
D'UN NATURALISTE,
de remplir ses devoirs. Ainsi convaincus que les
cérémonies pieuses doivent exciter ou la ferveur,
ou la joie, ou la tristesse, ils se présentent à leur
temple, pénétrés du sujet quiles y attire, et s'y
comportent toujours d'une manière décente et
relative au lieu saint oùt ils se trouvent.
Par exemple, ils dansent le jour de la messe
de minuit, au milieu du sanctuaire, en réjouissance de la nativité duSauveur, tandis que dans
un autre tems, à l'époque de la semaine sainte,
on les voit se rendre en foule au temple, la tête
baissée, et observant le plus morne silence.
Voilà les Mozambiques chrétiens, fidèles observateurs de la loi qu'ils ont juré de ne point
enfreindre : maintenant examinons la secte de
leurs vaudoux ou convulsionnaires, diagonalement opposée aux principes de bienfaisance et
de charité des premiers (r).
Il en existoit une réunion sur l'habitation
Pélerin, dite Potte-Plas-de-Miane, située
(r) Quand les Néophites vont implorer leur valldoux ou serpent, ils se prosternent devant lui, par
rang d'âge. Les uns lui demandent à capter la bienveillance de leurs maitres ; d'autres à acquérir de
l'argent, ceux-ciàs se faire aimer de leurs maitresses,
ou de pouvoir triompher de nouveau d'un coeur
devenu infidèle, et tant d'autres souhaits.
K 3 --- Page 162 ---
VOYAGES
Saint-Louis, à Saint-Doquartier des Cayes
témoin ocumingue; et c'est du propriétaire,
tiens
laire des faits que je vais publier 9 que je
détails suivans : Nous avons', me dit-il, sur
les
vaudoux mozam5) notre habitation plusieurs
se réunissent assez souvent pour
) biques, qui
de leur funeste institu-
) obéir à une coutume
le moindre
> tion. La cérémonie a lieu sans
soit que cachés par les cannes à sucre,
) apprèt,
dérober aux regards des
)) ils cherchent à se
soit qu'ils prennent cette précaution
) curieux,
Dès
avec Pintention d'être plus tranquilles.
)
ils commencent: ainsi:
) que l'endroit est choisi,
de leurs
chargé probablement
) un) jeune enfant,
milieu du cercle dont ils
) fautes, est placé au deux à deux, et trois à
) T'environnent; puis
légétrois, ils s'avancent vers lni,le frappent
)
on le voit
) rement tour à tour sur lépaule;
Huit
bientôt tomber en crise et se rouler.
)
je vis, dit
) jours après cette cérémonie,
et
l'enfant dépérir à vue d'ceil,
) M. Pélerin,
une mort attendue
)) avant la fin de l'année,
innolesj jours malheureux de cette
) terminer
) cente victime ).
habitant de la Petite-Rivière,
M. Mirault,
nègres
quartier de PArtibonite, avoit plusieurs
L'un d'eux se. trouvoit infirmier
mozambiques.
et
d'une maladie que son maitre fit,
à T'époque
émonie,
et
l'enfant dépérir à vue d'ceil,
) M. Pélerin,
une mort attendue
)) avant la fin de l'année,
innolesj jours malheureux de cette
) terminer
) cente victime ).
habitant de la Petite-Rivière,
M. Mirault,
nègres
quartier de PArtibonite, avoit plusieurs
L'un d'eux se. trouvoit infirmier
mozambiques.
et
d'une maladie que son maitre fit,
à T'époque --- Page 163 ---
D'UN NATURALISTE
dans laquelle la saignée fut ordonnée. Le chi-
'rurgien avoit recommandé de garder la palette,
et il ne fut pas peu surpris lorsqu'il sut à son
retour, que le nègre mozambique avoit fricassé
le sang de la palette, , et que semblable aventure
lui arrivoit toutes les fois qu'il étoit à même de
satisfaire son gont dominant pour le sang
humain.
CHAPITRE NEUVIÈME
Sépulture des rois de Dahomet. Leur
barbarie envers leurs prisonniers. Habillemens de ces peuples. Leur parure.
Les femmes oignent leur corps, et se
musquent avec le produit de la civettes
Usage du tekle. Continence des femmes
enceintes. Leur confiance dans les amulettes. Les vétemens des filles différens de
ceux des femmes.
Las préparatifs des cérémonies funéraires des
rois de Dahomet ressemblent plutôt aux dispositions d'une fête de réjouissance, qu'aux tristes
apprêts d'un deuil qui devient par suite presqu'universel. Victimes d'une absurde superstition, si c'est aux premiers de la cour qu'est
réservé le fatal privilége d'accompagner le roi
K 4 --- Page 164 ---
VOYAGES
on les prépare de manière à
dans sa tombe,
de la
arriver au moment du sacrifice irréparable
vie
des fêtes joyeuses et bruyantes, dans
par
infortunés s'étourdissent sur lavelesquelles ces
nir qui leur est préparé.
Le roi étant mort, Tinstant de sa sépulture
étant arrivé, et les fêtes propitiatoires étant
achevées, un héraut somme les femmes, les
enfans et les esclaves du monarque d'avoir à
de leurs plus riches ajustemens, et
se revêtir
entre ces
après une danse victimale quis'exécute
on leur tranche la téte, et
êtres condamnés,
leurs cadavres, fumans encore, sont précipités
dans la fosse destinée à recevoir le corps du
monarque, qu'on pose tris-reapetuensement
sur le monceau de ses victimes, de peur qu'il ne
touche la terre, et ne vienne à se salir.
Le roi de Dahomet, loin d'user envers ses
de la générosité digne de son rang,
prisonniers,
des
les maltraite et insulte à leurs malheurs, par
actes d'une cruauté inouie. C'est aux anniversaires des fêtes que ces infortunés sont exposés
aux insultes de la populace, pour devenir
nus
du sang desensuite des victimes expiatoires,
chacun s'abreuve, en le suçant à lenvi.
quelles Lhabillement des nègres de Dahomet consiste en un teklé et un mammale, morceaux de
d'étoffe dont ils se
le buste, et
toile ou
drapent
, par
actes d'une cruauté inouie. C'est aux anniversaires des fêtes que ces infortunés sont exposés
aux insultes de la populace, pour devenir
nus
du sang desensuite des victimes expiatoires,
chacun s'abreuve, en le suçant à lenvi.
quelles Lhabillement des nègres de Dahomet consiste en un teklé et un mammale, morceaux de
d'étoffe dont ils se
le buste, et
toile ou
drapent --- Page 165 ---
D'UN NATURALISTE,
dérobent aux yeux indiscrets la différence du
sexe. Ils mettent
beaucoup d'art et de
dans la coupe de leurs
prétention
ceux
cheveux, et forment avec
épargnés par le rasoir, des dessins
ou moins symétriques, que les
plus
traversent en outre de lames
plus riches
pauvres
d'or, que les
remplacent par des plumes
ainsi que les Congos.
éclatantes,
Leur cou est orné d'un collier à double
de corail ou d'ivoire, de
rang,
ces objets étant
cuivre ou de fer, tous
lun de l'autre. confusément rangés à la suite
Leurs bracelets et leurs
demême nature, sont ordinairement
bagues
Les femmes
matériels.
très-propres se lavent sans
puis se parfument avec une huile odoriférante cesse, 2
qu'on obtient dans le pays, du palmier à chapelet. Elles se musquent aussi avec de la
ou des feuilles
civette,
Elles fardent leur d'asperuta odorata. (Linné.)
visage avec diverses
telles que le raucou,
couleurs,
de
l'ocre, etc. Leurs trois
rangs
collier en sautoir sont entre-mélés de
verro teries, de coquilles, d'agates, divisées
compartimens
en
noie d'or. Leur égaux, par des pièces de moncalcaneum est orné d'un anneau
d'argent.
Le teklé sert aux négresses de
soutenir
Dahomet, à
accroupis derrière elles leurs
même pendant leurs
enfans,
occupations. Ce doux --- Page 166 ---
VOYAGES
fardeau ne les empêche en aucune
de vaquer aux détails de leur
manière
Les femmes
ménage.
titre de mère enccintes, glorieuses da nouveau
qu'elles vont acquérir, sont trèsréservéesyelles
et font tout en un mot
eenatemsimtus
prospère. Leur
pour que leur grossesse
et
parure est alors sans
propre à laisser libre la' circulation aflectation,
c'est pourquoi elles
du sang ;
celets,
quittent leurs lourds brapour revétir leurs bras de
d'écorce à brins
manchettes
suite de cette
pendans, dont chacun, par
superstition naturelle aux Guinéens, est réputé avoir une vertu
ou pourlacouchement
pour T'enfant,
On teint
ces manchettes en
ordinairement
Les vêtemens
rouge, couleur des fétiches.
des femmes, en général, ne sont
pas ceux des filles. Les enfans des deux
sont nus jusqu'à l'âge de douze
sexes
servé et perpétué
ans, usage conpar les nègres créoles des
sont
Lesenfans
SarrET
chargés d'amulettes, dont les
fictives sont en faveur dela santé.
propriétés
pour T'enfant,
On teint
ces manchettes en
ordinairement
Les vêtemens
rouge, couleur des fétiches.
des femmes, en général, ne sont
pas ceux des filles. Les enfans des deux
sont nus jusqu'à l'âge de douze
sexes
servé et perpétué
ans, usage conpar les nègres créoles des
sont
Lesenfans
SarrET
chargés d'amulettes, dont les
fictives sont en faveur dela santé.
propriétés --- Page 167 ---
D'UN NATURALISTE.
155.
CHAPITRE DIXIÈME.
Les Akréens 3 Crépéens et Assianthéens ont
la peau et les cheveux diversementnuancés.
Leur nourriture. Idée de ces peuples sur
V'existence de Dieu. Ils sont idoldtres, et
pourquoi. Ils consultent leurs fétiches dans
les circonstances critiques. Le héron vénéré
parmi eux. Description de leurs maisons.
Ils conjurent les flots avant de combattre.
Habillement des soldats. Leur précaution
pour les prisonniers afaire. Manière dont
ils se préparent au combat. Armes des
généraux. Instrumens des musiciens. Tls
tuent les blessés ; enfouissent leur argent
avant la bataille. But de leurs guerres.
Ils sont tous pécheurs, et ont une mémoire
très-fidelle. Les Popéens sont très-cérémonieux envers leurs supérieurs. Ridicule
de leur superstition. Empire des prêtres.
Commerce de ces peuples.
Crsp peuplades, voisines l'une de l'autre, sont
formées de nègres dont la peau noire est diversement nuancée. Leurs cheveux crépus sont
noirs dans ceux-ci, rouges dans ceux-là, et --- Page 168 ---
VOYAGES
blancs chez d'autres
miers ans. Leurs mains individus, dès leurs preblanches affreuses à sont couvertes de taches
entièrement
voir, par leur contraste
Ils
opposé à la couleur de leur
se nourrissent
corps.
à peine cuit, de friture d'herbages, de sang épicé
gâté, préparé à l'huile de puante, de poisson
Les Akréens
palmier.
noissent
Crépéens et Assianthéens
un Étre suprême,
reconmoteur des merveilles de la principal et unique
croyant pas en rapport direct Nature; mais ne le
le supposant bien assez
avec ses créatures,
des astres. Ils se créent occupé des
de la surveillance
ou fétiches,
divinités subalternes
volontés. Ce pour émettre auprès de lui leurs
qu'il y a de plus absurde c'est
choisissent à cet effet la plus vile des
qu'ils
Ils adorent un
créatures.
serpent non
qu'il en dévora un mal-faisant venimeux, parce
mordre un nègre.
qui étoit prêt à
On consulte ces fétiches pour la
maladies; et on leur offre,
guérison des
protection, des animaux pour implorer leur
à des poteaux
vivans qu'on attache
ou
jusqu'à ce qu'ils soient
par un oiseau de proie, ou par les chiens dévorés
buissons (r), espèce de loups si
de
hardis qu'ils viennent
férocés et si
près des maisons y hurler
() Jackals.
étoit prêt à
On consulte ces fétiches pour la
maladies; et on leur offre,
guérison des
protection, des animaux pour implorer leur
à des poteaux
vivans qu'on attache
ou
jusqu'à ce qu'ils soient
par un oiseau de proie, ou par les chiens dévorés
buissons (r), espèce de loups si
de
hardis qu'ils viennent
férocés et si
près des maisons y hurler
() Jackals. --- Page 169 ---
D'UN NATURALISTE
et chercher des victimes. Le héron
parmi eux en
est aussi
des
vénération, et il est défendu, sous
peines tres-graves, de troublerles nichées de
ces oiseaux. Les maisons des Akréens,
etAssianthéens sont basses et toujours enfumées. Crépéens
Ces peuples,avant de combattre,
sulterla mer. Lorsqueles flots
vont conils concluent
sont en courroux,
que leurs armes seront vietorieuses,
etquela Nature demande vengeance. Les
revêtus d'un seul mammale
soldats,
sur. leurs dos une giberne de ou tanga, portent
contenir les
peau de tigre pour
destinées provisions de bouche, et les cordes
bataille. aux prisonniers qu'ils feront dans la
Ils ont pour coiffure, sur leurs cheveux
de saupoudrés d'ocre rouge, un casque de
bète féroce, ou de vertèbres
peau
plumes, et d'une
garnies de
derrière leur tête. queue Leur qu'ils laissent pepdre
lettes qui doivent les
cou est garni d'amuprotéger. Ils crient avant le
combat, et se blanchissent la figure
roître plus bideux. Les
pour pagénéraux ont un bâton
sculpté, et un sabre dont la poignée est
de pointes ou aspérités bien
revêtue
pour le maniement.
peu commodes
Les musiciens sont placés, pendant
derrière les combattans. Les
l'action,
tôte, des. tambours
uns portent sur leur
formés d'arbres creusés, et
sontimméliatement suivis dans leur marche,du
blanchissent la figure
roître plus bideux. Les
pour pagénéraux ont un bâton
sculpté, et un sabre dont la poignée est
de pointes ou aspérités bien
revêtue
pour le maniement.
peu commodes
Les musiciens sont placés, pendant
derrière les combattans. Les
l'action,
tôte, des. tambours
uns portent sur leur
formés d'arbres creusés, et
sontimméliatement suivis dans leur marche,du --- Page 170 ---
r
VOYAGES
négre batteur, tenant les baguettes
formed d'un crochet
qui Sont de la
les autres sonnent des dontl'extrémité est en boule;
La
cors de dents
guerre ne
d'éléphant.
et leurs voisins s'entreprend entre ces peuples
Les soldats
que pour égaliser les nations.
se défient avant l'action. Ils ne
servent point de flèches dans leurs
se
mais de grands couteaux
combats,
lesquels ils se
ou mâchettes avec
la tête
battent, se défendent, et
aux blessés qui ne peuvent plus coupent
Ces têtes, après la
marcher.
conservées
bataille, sont
et
en
disséquées,
trophée par chaque
qui les abandonne à sa
vainqueur
guerre,ils enfouissent postérité, En tems de
leur argent dans
pots.
degrands
Les Akréens, Crépéens, Assianthéens
presque tous pécheurs, et aiment
sont
le poisson qu'ils trouvent
passionnément
rivière de
en abondance dans la
Quitta, qui est
trés-poissonneuse. Ces
Ichtyophages salent et font sécher au soleil les
poissons avant de les manger.
Ils ont une prodigieuse
des particularités
mémoire, et citent
d'époques
une exactitude
trés-éloignées, avec
surprenante.
Tris-cérémonieux envers leurs
les nègres popéens les
supérieurs,
faisant
saluentjusqu'en terre, en
craquer leurs doigts. Abrutis
des
coutumes
par
superstitieuses, si les
prêtres, par un --- Page 171 ---
D'UN NATURALISTE.
intérêt quelconque, leur défendent de voir la
mer et leur prescrivent de rester dans leur
intérieur, ils demeurent dès-lors sous le coup de
la loi, et la moindre infraction en ce cas est
punie de mort, Les prêtres se divinisant, il est
également défendu au peuple, sous les mêmes
peines, de contempler les processions, dans la
crainte de perdre la vie; ces cérémonies étant
trop augustes pour la vue d'un mortel. Les
Popéens font un commerce d'ivoire et de bois
de santal.
er dans leur
intérieur, ils demeurent dès-lors sous le coup de
la loi, et la moindre infraction en ce cas est
punie de mort, Les prêtres se divinisant, il est
également défendu au peuple, sous les mêmes
peines, de contempler les processions, dans la
crainte de perdre la vie; ces cérémonies étant
trop augustes pour la vue d'un mortel. Les
Popéens font un commerce d'ivoire et de bois
de santal. --- Page 172 ---
1Go
VOYAGES
CHAPITRE ,ONZIÈME.
Moeurs des Phylanis. Ils mènent
errante. Lieux qu'ils
une vie
camper, eux et leurs choisissent pour y
intime des
troupeaux. Union
familles de cette
Punition
peuplade:
infligée aux enfans.
ces derniers pourles
Respect de
est point permis
gens agés qu'il ne leur
leur conversation. d'interrompre au milieu de
d celle des
Leur religion semblable
temple, et des Juifs. Description de leur
dans leurs
cérémonies qui s'observent
fétes. Instructions de VAipha
ougrandprétre. Sacrifice du bélier
d'Audebiche. Pureté de la morale aujour de
Nomades. Peine
ces
infigée aux bouchers.
Opinion des
esprits.
Phylanis > sur V'existence des
Siurs dans leurs goûts,
moeurs, l'ambition
purs dans leurs
lanis;e elle fuit
n'est point connue des
cette peuplade
Phypeut détruire sa frugalité. Une innocente, et ne
vie agreste et
indépendante a pour eux plus
asile
d'attraits. Sans
déterminé, sans chaumière
établie, 2 un roc mousseux et
précisément
verdoyant que
baigne --- Page 173 ---
D'UN NATURALISTE
i61
baigne une cascade fraiche et tumultuense,
ou des rameaux de palmiers rassemblés à la
hâte, pour la construction d'un ajonpa, servent
à ces heureux pâtres et à leurs nombreux troupeaux qui voyagent avec eux, de retraite et
d'abri contre les ondées du soir, ou les feux
brûlans du midi.
Destinés à mener une vie errante comme les
Juifs dont ils semblent professer la
religion ; se
croyantdescendanade Cain, etr marquésàcet effet
d'une couleur étrangère aux autreshommes, les
Phylanis font consister leur
des
Honheurasépargner
besoinsinutiles, et à se détacher des biens de
la terre. La tranquillité de leur conscience leur
prouve, par cet étatinappréciable dequiétnde,
qu'en cessant de poursuivre le fantôme de l'ambition, ils ont trouvé dans la vraie et utile
philosophie le secret d'être à jamais heureux.
C'est dans l'intention de perpétuer cet état de
felicité, que chaque famille de Phylanis
danslinérieurdela Guinée,
voyage
campe aveo ses troupeaux au milieu des sites les
plus rians, qui ne
contribuent pas peu à flatter agréablement leurs
sens. Leurs caravanes sont composées de boeufs,
génisses,et de chiens, êtres utiles et fidèles amis;
de chèvres et de moutons, animaux
paisibles et
productifs. Chaque famille jouit en paix des
ToMs III,
L
elicité, que chaque famille de Phylanis
danslinérieurdela Guinée,
voyage
campe aveo ses troupeaux au milieu des sites les
plus rians, qui ne
contribuent pas peu à flatter agréablement leurs
sens. Leurs caravanes sont composées de boeufs,
génisses,et de chiens, êtres utiles et fidèles amis;
de chèvres et de moutons, animaux
paisibles et
productifs. Chaque famille jouit en paix des
ToMs III,
L --- Page 174 ---
VOYAGES
de la vie champêtre; les Phylanis
douceurs
soin des endroits habités, res'éloignent avec
devenir
doutant une contagion qui pourroitleur
leur franchise évite la dissimulation
faneste :
prétendues policées, se
des nègres de bourgades
échange
contentantdeleurf fournirdu laitage,en
vivres tirés du sein d'une terre que leur
de
de culdéfaut de résidence ne leur permet pas
communiquent: à cet effetavec ces habitiver:ils
sans pourtant se familiariser
tans inconnus, ,
des êtres que bientôt ils ne doivent plus
avec
esisenerlesconduiant
revoir, les destinsdeleur
dans les divers cantons de Guinée qu'ils parcourent successivement. des tableaux intéressans
Que de fois le jour,
charment les
de la vive Nature égayent et
de loisir de ces familles pacifiques!
momens vieillard caduc qui retient à folâtrer
Ici,c'estun
mal affermis un jeune enfant:
sur ses genoux
et
viccomme celui-ci se débat;
déjà
voyez des vains efforts de la débile vieillesse,
torieux
disputer une place
comme il s'échappe, pour
d'une génisse
à son frère accroupi au dessous devient égal,
qu'on va traire; mais le partage main délicate
et chacun d'eux pressant d'une
les tetins qu'ils se sont choisis, écumeux voyez-les et
s'abreuver à longs traits d'un lait
éblouissant, dont Tabondance, au moindre --- Page 175 ---
D'UN NATURALISTE
mouvement de l'animal, vient se
le vermillon. de leurs
répandre sur
joues.
S'élève-t-il une dispute de friandise? la
querelle éphémère est-elle allumée ?
Téteindre? leur mère
qui va
commune : elle
en allaitant un jeune nourrisson
accourt
portion, et qui, craignant
content de sa
déjà le
sa bouteille chérie,
partage de
bondit, et cache, sous les
caresses de ses mains
gentilles, une provision
qu'il veut avoir pour lui seul. Il se mettroit
bientôt en colère, il pleureroit, il crieroit
agitant ses petits pieds, si, au mépris de sa en
caution, quelqu'importun
préluiravir
feignoit de vouloir
un trésor qu'il ne sait point
qu'à lui seul. Telle est la vie
appartenir
privée des bons
Phylanis, telles sont leurs récréations
lorsqu'ils ont satisfait aux légers devoirs légitimes,
imposent les réglemens de leur association. queleur
Une mère vendue à
T'habitation
Saint-Domingue, sur
que j'occupois, avoit conservé les
usages de son pays, et punissoit un de ses négrillons pour une faute assez grave. Je vis cet
enfant en pleurs placé près la porte de la
à la vue de ses camarades
case, 2
qui le
ayant une pierre fort lourde
mortifioient,
tenant de ses mains
sur sa tête, et
ses deux oreilles,
sel baisser, puisser relever
obligé de
ce
successivement
que ses genoux vinrent à fléchir de jusqu'à
lassitude,
L 2
ages de son pays, et punissoit un de ses négrillons pour une faute assez grave. Je vis cet
enfant en pleurs placé près la porte de la
à la vue de ses camarades
case, 2
qui le
ayant une pierre fort lourde
mortifioient,
tenant de ses mains
sur sa tête, et
ses deux oreilles,
sel baisser, puisser relever
obligé de
ce
successivement
que ses genoux vinrent à fléchir de jusqu'à
lassitude,
L 2 --- Page 176 ---
VOYAGES
fut remplie; il n'en étoit
instant où la pénitence
m'apercevant, il
pas encore à ce point, que
maitre! Je me
me cria du plus loin : Pardon,
sévère,
réndisà ses instances, et après une leçon
lui
implorer celui de sa mère, qui
je Fenvoyai
fut accordé à ma considération.
Les enfans des Phylanis sont très-respectueux, l'obéishabitués à la discrétion et à
et tellement moindre infraction à cet ordre
sarce, que la
de diffésévère est punie tris-rigoureusement à la nature de la
rentes peines proportionnées de leurs parens ou
faute. Faresmple,lorsquun agés qu'eux engagent une
des étrangers plus
d'enconversation, il ne leur est permis que devient
tendre, et la correction la plus rigide
s'ils ont osé rompre le silence.
leur partage, suite de cette coutume que les
C'est par une
point avec les grandes perenfans ne mangent
dernières
libres
laisser ces
plus
sonnes , pour
aussi la moindre curiosité
dans leurs entretiens;
est-elle suivie d'une correction très-rigoureuse. être celle des
La religion des Phylanis paroit observateurdel la
strict
Juifs. Unmegrephylanis, homme peut Pêtre.
loi, est autant parlait qu'un
n'abuse point
Leur grand-prètre appelé alpha, luia établie;
leur confiance en
de l'autorité que
inspire, etle moindre
il pratique la morale qu'il
qui voyage
différend estjugé par ce sacrificateur, --- Page 177 ---
D'UN NATURALISTE
toujours à la tête de chaque peuplade. Austères
imitateurs de leur père Abraham, ils sont voués
comme lui au Dieu qu'ils implorent; et s'il
s'agit de faire profession de leur foi, et de jurer
qu'ils croient bien en Dieu, ils le témoignent en esn
publiant hautement devant leurs semblables
( qu'ils donneroient volontiers leurs enfans, si 2
) ce sacrifice étoit exigé du Dieu qui leur donna
)) l'être )).
Allah, veut dire Dieu en leur
et le mot amen
langage;
signifie, nous vous remercions
du boire et du manger. Le temple qu'ils construisent à la hâte, lorsqu'il s'agit d'un sacrifice
propitiatoire, s'appelle guine-grine, dans l'intérieur duquel ils ne pénétrent jamais sans préalablement s'être purifiés, à l'exemple des Jnifs,
par un bain de pieds et de mains.
Bien convaincus que dans un édifice
ou dans un local simple, la
superbe,
magnificence du
grand Dieu créateur est la même, et
tentative des hommes ne peut en relever qu'aucune l'éclat,
ou l'affoiblir, parcequ'elle est une et naturelle,
ils suppléent à leur défaut de résidence
l'édification stable de leurs
pour
des endroits
temples, par. le choix
propres à rapprocher la créature de
son Créateur. La vue d'un bois touffu, dont la
verdure active témoigne en faveur de l'Auteur
de la Nature, attire d'abord leur attention; ils
L3
des hommes ne peut en relever qu'aucune l'éclat,
ou l'affoiblir, parcequ'elle est une et naturelle,
ils suppléent à leur défaut de résidence
l'édification stable de leurs
pour
des endroits
temples, par. le choix
propres à rapprocher la créature de
son Créateur. La vue d'un bois touffu, dont la
verdure active témoigne en faveur de l'Auteur
de la Nature, attire d'abord leur attention; ils
L3 --- Page 178 ---
VOYAGES
inspectent l'endroit, et cherchent à réunir, sous
son cintre 2 toutes les qualités requises. De
hautes futaies dont la cime seulement est balancée par le vent, un foible jour que produit
*Jeur ombrage touffu, des nappes d' un verdoyant
des arbres fruitiers, pour en offrir les
gazon,
le
des rochers
prémices et en dessiner contour;
frémissans sous le bruit de cascades choisies
la purification et l'entretien de la fraipour
et
cheur du lieu ; un respectueux
imposant
silence qui convient au rapport direct de
Phomme avec Dieu, seulement interrompu par
des oiseaux créés pour chanter ses louanges,
voilà le lieu choisi au sein des campagnes, pour
l'édification de leur temple. Leur principale
fête qui se renouvelle tous les ans, au solstice
Audebiché. Les Phylanis
du printems, s'appelle
observent, avant son époque, un jeine privatif
de trente jours, et la dernière semaine, ils ne
font un repas que le soir de chaque journée.
La veille du grand jour d'Audebiché, cette
fète la plus solennelle, ils se réunissent, et conils cheminent vers le lieu
duits par l'alpha, 2
l'établissement du
appelé Bambé, choisi pour
sacrifice. Chacun des assistans dépose un petit
fagot au centre de la place qu'ils investissent;
la prière, Talpha met le feu au
puis 2 après
chacun des Phybacher, et étant secondé par --- Page 179 ---
D'UN NATURALISTE
lanis mâles armés d'un tison, comme en Europe
au jour du feu de Saint-Jean, ce grand-prêtre
dit hautement dans son langage, en parlant
de la flamme de ce foyer: ( Peuple, mes frères,
D voici encore un des bienfaits de notre grand
) Dieu ).
Le soleilcouclanttermine ordinairement cette
pieuse cérémonie; chacun se retire en paix, et
se livie au sommeil, toujours doux par la
pureté de leurs actions. Ils ne peuvent cependant
pas le goûter long-tems; ; Talpha veille, et sa
grande ferveur exige des sacrifices : un de ses
acolytes est chargé par lui, vers l'heure de minuit, de sonner de la trompe pour réveiller tous
ceux des Phylanis qui ont jeûné, et ce bruit
grave leur annonce qu'ils doivent prier. Bientôt
réunis à l'alpba dont ils respectent les ordres
sacrés, ils lui témoignent, par une inclination
profonde, leur confiance et leur soumission;
après quoi l'alpha répond : (( Nous dormons au
) lieu de prier! et Dieu pourtant veille sur nous
) le jour et la nuit )). Un signe de tête devient
une réponse approbative. La nuit se passe en
prières.
Le lendemain, dès que l'étoile du matin
annonce un nouveau jour, lorsque les vapeurs
dela nuit, combinées encore avec les parfums de
la Nature, font circuler leur suave odeur; lorsL 4
inclination
profonde, leur confiance et leur soumission;
après quoi l'alpha répond : (( Nous dormons au
) lieu de prier! et Dieu pourtant veille sur nous
) le jour et la nuit )). Un signe de tête devient
une réponse approbative. La nuit se passe en
prières.
Le lendemain, dès que l'étoile du matin
annonce un nouveau jour, lorsque les vapeurs
dela nuit, combinées encore avec les parfums de
la Nature, font circuler leur suave odeur; lorsL 4 --- Page 180 ---
W
VOYAGES
que les oiseaux éveillés
dessous leur aile
dégagent leur tête de
miers les merveilles pour annoncer les prede leur
Phylanis ne venlent
existence, les
prévenus dans leur point avoir à rougir d'être
adoration par des créatures
quileurs sont inférieures, et soumises
de Phomme; ils portent à l'envi
àlantorité
les campagnes
leurs pas dans
chent des
encore humides de rosée, chercueillent fleurs pour en ceindre leur tête; et les
d'une odeur Hdeabenentewriedindum frais coloris,
perles
suave et douce, et du brillant des
Les vacillantes que le serein a
voilà qui se
développées.
obéir à la
rencontrent, et autant pour
sympathie de leur caractère,
honorer le Seigneur
que pour
eux, ils se
par une unionintime parmi
bonjour,
prennent les mains en se disant
et,se souhaitant toutep
ils
caressent comme un frère et une prospérité, se
Cependant l'instant
soeur.
va étre
approche où le sacrifice
annoncé, et tous les Phylanis réunis
près de l'alpha, l'engagent à
cérémonie. Voilà le
commencer la
cortége à son départ. Douze
deux trompettes ouvrent la marche; ils sont suivis de
colonnes de Phylanis,
couronnés
hommes et
et séparés les uns des autres femmes,
eux,s'avancentàp
; après
douze
pas plus petits et plus
enfans mâles ayant
précipités,
de fleurs diversement également la tête ceinte
nuancées, retenant au --- Page 181 ---
D'UN NATURALISTE.
milien d'eux, par des guirlandes de roses blanches, une jeune victime, un treiziéme enfant
couronné de fleurs de la même couleur. Enfin
Talpha dont la vieillesse ralentit la marche,
suit avec peine, et termine ce simple cortége.
Arrivés au lieu destiné à la consommation du
sacrifice, ils y trouvent un bàcher préparé, le
fatal couteau posé au bas, et le vase destiné à
purifier le grand-prêtre avant d'exercer les
fonctions de son ministère. Le peuple se divise et
se range circulairement, et l'alpha arriveau pied
du bacher, toujours précédé du groupe des
enfans. Celui que lon a choisi pour victime est
dépouillé de ses fleurs, et présenté au peuple,
tandis qu'il appelle à grands cris les auteurs de
ses jours. Ceux-ci, glorieux d'avoir été choisis
pour immoler leur postérité au grand Dieu,
rejoignent pour la dernière fois leur enfant
chéri, leur seule espérance, se livrent à une
muette douleur dans leurs derniers embrassemens,et, pour donuer une preuve plus authentique de leur entier dévouement à la cause du
grand Dieu, ils embrassent pour la dernière fois
leur enfant, qui Iui-méme donne signe de son
approbation en indiquant de son foible doigt la
route du ciel; ses plus proches parens le posent
sur le bicher. C'est alors que le sacrificateur,
sprisansirimopéfEerael, desillelesyexdes
muette douleur dans leurs derniers embrassemens,et, pour donuer une preuve plus authentique de leur entier dévouement à la cause du
grand Dieu, ils embrassent pour la dernière fois
leur enfant, qui Iui-méme donne signe de son
approbation en indiquant de son foible doigt la
route du ciel; ses plus proches parens le posent
sur le bicher. C'est alors que le sacrificateur,
sprisansirimopéfEerael, desillelesyexdes --- Page 182 ---
VOYAGES
assistans, et leur annonce que Dieu n'a point
créélhomme pour lui être offert en holocauste,
ce sacrifice ne lui est point agréable; qu'il
que
l'acommande à la création, et doit remplacer
néantissement de son être par celui d'un animal
Aussitôt lenfant est
soumis à sa volonté.
enlevé du bàcher, élevé au plus haut par les
bras d'un groupe d'hommes nerveux, offert au
et il est
peuple qui dès ce momentle considère,
remplacé par un mouton que l'alpha égorge
à linstant. C'est, comme on le voit, le simulacre
du sacrifice d'Abraham.
L'holocauste étant consumé parle feu, l'alpha
et le peuple se prosternent en actions de graces;
ils baisent humblement la terre, et se redressant
les bras en croix surla poitrine, P'alpha aleurdéveles dogmes sacrés de leur institution en
loppe
leur dit-il, votre
ces termes : ( Si vous voyez,
et votre mère infirmes exposés à l'ardeur
) père
ou déracinez un
> dus soleil, portez-les à couvert,
afin
et
derrière eux,
). jeune bananier, plantez-le
) qu'ils soient protégés par son ombrage ).
Lalpha dit encore : ( Si vous n'avez pas soin
) des pauvres, si vous tuez ou volez; sil'esclave
) se révolte, si vous n'assistez point les malades,
Dieu vous
Jeunes gens,
> tremblez!
punira.
) honorez les vieillards pour être, à votre tour,
) bonorés comme eux dans un age plus avancé. --- Page 183 ---
D'UN NATURALISTE.
)) Respectez leur loiblesse; souvenez-vous qu'ils
) ont travaillé pour vous,etsuppléczà la débilité
) de leurs membres impnissans et infirmes,
) le travail de VOS bras vigoureux qui doivent par
> les faire exister.
) Enfans! dès que vOs forces vous le per-
) mettent, ne laissez jamais votre père piler un
)) grain qu'il a récolté à la sueur de son front; il
) partage avec vous les bienfaits de cette pro-
)) duction nutritive, partagez avec lui son labeur
D d'après vOs facultés )). L'alpha dit aussi: (( Si
> vous priez, et que vous ne donniez pas aux
D pauvres, VOs prières sont perdues )).
La plus grande propreté est exigée des
bouchers des Phylanis, et une amende considérable leur est infligée lorsque le couteau qui
est pendu à leur côté est taché d'une goutte de
sang, ou quand leurs hardes en sont imbibées.
Je partois unjour de grand matin pourdonner
la chasse aux caïmans qui désoloient nos rives, et
nous enlevoient beaucoup d'animaux qui vont y
boire ; accompagné de quatre harponneurs
portant aussi des filets, nous suivions en silence
un des bras de l'Ester
7 lorsqu'un de mes
nègres aperçut en maraude et crut reconnoître
un nation phylanis (nation veut dire compatriote) qui cherchoit, en s'enfonçant dans des
champs de mais, à se dérober à mes regards,
aux caïmans qui désoloient nos rives, et
nous enlevoient beaucoup d'animaux qui vont y
boire ; accompagné de quatre harponneurs
portant aussi des filets, nous suivions en silence
un des bras de l'Ester
7 lorsqu'un de mes
nègres aperçut en maraude et crut reconnoître
un nation phylanis (nation veut dire compatriote) qui cherchoit, en s'enfonçant dans des
champs de mais, à se dérober à mes regards, --- Page 184 ---
VOYAGES
de peur de punition; mais, comme personne de
notre groupe n'avoit encore parlé, Pun d'eux
nommé Fleuri, lui crie d'une voix sépulcrale :
haucoul qui veut dire bonjour. Le malheureux
maraudeur fut saisi d'une frayeur si grande
qu'il tomba à la renverse, croyant avoir affaire
à un zomby (ou revenant); ce qu'il nous avoua
lorsqu'on alla le relever.
CHAPITRE DOUZIÈME.
Les nègres de Diabon sacrifient les étrangers
d leurs dieux. Empire des prêtres de Bodé;
leur criminelle autorité. Les étrangers immolés, et Passassinat toléré. Religion des
nègres d'Ufé, bien opposée a celle de
Diabon et de Bodé.
Amas,notrer nègre charpentier, vint à son tour
donner des détails sur les moeurs des nègres de
Diabon, ses compatriotes. 11 avoit tout récemment reçu le baptéme, aussi ne craignit-il
point de décrier les abus de l'idolâtrie de ses
frères. ( Nos dieux sont méchans, disoit-il,
) impitoyables Poshsen-sepismteps
)) sur notre territoire; ils paient de leur tête
) leur audacieuse erreur, et sont sacrifiés pour --- Page 185 ---
D'UN NATURALISTE,
) apaiser le courroux de nos déités inhospi-
) talières )).
Les prétres de Bodé usent avec latitude de
leurs prérogatives sur les idolâtres qu'ils enseignent : leur règne est celui de la terreur la plus
tyrannique. Veulent-il se procurer des marchandises' sans débourser aucun argent ? ils annoncent que leur dieu easirié,sigugdemande
du sang. La malheureuse victime est choisie
eux-mêmes dans le peuple, s'il n'y a point par
d'étrangers; nouveau moyen criminel d'exercer
leur vengeance envers leurs ennemis. L'innocence est sacrifiée, etle cadavredémembré
le distribuer aux sacrificateurs. Tant
pour
que ces
prêtres féroces et impies possédent la portion
ensanglantée de leur victime, ils l'exposent
alternativement dans le marché sur ce qui leur
fait plaisir, et le marchand est obligé de leur
livrerl'objet deleur choix, sans demanderaucune
rétribution.
Leurs lois absurdes, immorales et contraires
à l'ordre social, autorisent le crime, loin de le
réprimer. Par exemple, si un assassin se présente
comme tel à Bodé, il est reçu honorablement,
et toutes les jeunes filles vont, à Penvi l'une
de l'autre, s'offrir à lui pour épouse; tandis que
si un voyageur étranger est rencontré demandant
Thospitalité, il est pris, malgré ses protestations
, sans demanderaucune
rétribution.
Leurs lois absurdes, immorales et contraires
à l'ordre social, autorisent le crime, loin de le
réprimer. Par exemple, si un assassin se présente
comme tel à Bodé, il est reçu honorablement,
et toutes les jeunes filles vont, à Penvi l'une
de l'autre, s'offrir à lui pour épouse; tandis que
si un voyageur étranger est rencontré demandant
Thospitalité, il est pris, malgré ses protestations --- Page 186 --- VOYAGES
de soumission envers les lois du
à l'instant.
pays, et égorgé
Les négres d'Ufé n'adressent
mages à des simulacres
point leurs homhommes; ils
faits par la main des
choisissent, pour exciter leur
ponction, les preuves matérielles
comtissement humain,
de T'anéanl'existence d'un Étre preuves incontestables de
bien loin de la
suprême qu'on croiroit
pensée de ces
mais
paroit pourtant en être
idolâtres,
qui
coutumes
rapproché par leurs
philosophiques, servant
irrésistible en faveur de ces
d'argument
hons et hospitaliers.
peuples, d'ailleurs
Dans un lieu sombre et
d'une nature
sauvage, au milieu
primitive, dans des crevasses
souterraines de rochers escarpés,au
imposant
centre d'un
ombrage, cette peuplade
silence, la tête
pénètre en
baissée, et d'un pas grave et
respectueux. Aucune fétiche ne se
leurs yeux, ilsi n'ont point de
présente à
n'ont point de mystères. Le prétres, puisqu'ils
édifice consacré à exciter vaste et ténébreux
émouvoir leurs facultés leur componetion, à
voquer un retour au intellectuelles, bien
à procriminels; cet édifice,
dans les coeurs
mens humains
dis-je, est tapissé d'ossesiècles. C'est que la mort a réunis depuis des
là que pensant à la fragilité de leur
existence, au sort prochain qui les
attend, ils --- Page 187 ---
D'UN NATURALISTE.
sont frappés d'une bienfaisante terreur qui les
éloigne du mal, et les rend bons et bienfaisans.
Ils sont déjà loin du temple, qu'ils observent
encore un silence qui n'est interrompu
par une belle action envers les plus malheu- que
reux de leurs semblables, ou par quelqu'exhortation consolante d'un père à son enfant, d'un
ami à son ami... Que pensera-t-on de cette secte
sauvage
CHAPITRE TREIZIÈME.
Caractère des Congos. Ils n'ont aucune
considération pour les vieillards. Parure
des Congos. Ils aiment passionnément le
tafia, et recherchent la chair musquée du
crocodile.
Op pent consulter, pour la description
graphique du royaume de Congo, les auteurs topoqui en ont déjà parlé, mon but n'étant que de
faire connoitre au lecteur le caractère essentiel
etles moeurs de chaque peuplade en particulier,
Les Congosen général sont voleurs, et tellement
ellrontés que l'un d'eux surpris en Aagrant délit,
ne voulutjamais convenirdu vol qu'il tenoit àla
main ; c'étoit une poule : (( Pourquoi, lui
Op pent consulter, pour la description
graphique du royaume de Congo, les auteurs topoqui en ont déjà parlé, mon but n'étant que de
faire connoitre au lecteur le caractère essentiel
etles moeurs de chaque peuplade en particulier,
Les Congosen général sont voleurs, et tellement
ellrontés que l'un d'eux surpris en Aagrant délit,
ne voulutjamais convenirdu vol qu'il tenoit àla
main ; c'étoit une poule : (( Pourquoi, lui --- Page 188 ---
Nee
176.
VOYAGES
) disois-je, rentres-tu à ta case avec une
) qui ne t'appartient pas ? Moi,
poule
)) maitr', répondit-il, mais
pas connot
> drôle oui! livini
maman poule ci làlà
) moi. Ton
astor jetté en haut mains
dessein,
étoit
) plumer et de la faire répartis-je,
de la
)
cuire? Ai! maîtr'à
)) puni moi, si
bon Dieu
Pcerreneacats
moi, capab' faire
)) moi vlé seulement chauffé bagage ci làlà:
) moi, guetté
li en haut case à
comme plumes à li
> pauvr' bête ) ! En disant cela, illui mouillé,
cou, le caressoit et l'embrassoit. prenoit le
point étonnant
la
Il n'étoit
que
poule ett les plumes
mouillées, suites
puisque, pour se dérober aux
acharnées du nègre voleur, elle pourjelée dans un canal où il
s'étoit
teindre; c'est ce
avoit su l'atvoulutj jamais
que j'appris, et ce dont il ne
visoirement convenir, quoique lui ayant
fait rendre la poule à
proelle appartenoit.
celui à qui
Les Congos, loin de
respecter les vieillards
smnieMalonemiates égard
parens agés ou infirmes, et ils les forcent pourleurs
le mais qu'ils destinentà leur
à piler
Les Congos
unique nourriture.
portent Jeurs cheveux
entre-mélés de plumes de diverses
crépus
piquées à l'aventure et dans tous les couleurs,
que les Ibos et les
sens. Ainsi
Nagos, ils ont les dents de
devant
à qui
Les Congos, loin de
respecter les vieillards
smnieMalonemiates égard
parens agés ou infirmes, et ils les forcent pourleurs
le mais qu'ils destinentà leur
à piler
Les Congos
unique nourriture.
portent Jeurs cheveux
entre-mélés de plumes de diverses
crépus
piquées à l'aventure et dans tous les couleurs,
que les Ibos et les
sens. Ainsi
Nagos, ils ont les dents de
devant --- Page 189 ---
D'UN NATUR ALISTE,
devant sciées en plusieurs
festons, et ils ont le
plus grand soin d'en entretenir la blancheur
la propreté; c'est
ils
et
pourquoi
se servent, ainsi
que les nègres des autres nations et tous les
habitans des colonies, de racines fibreuses
qu'ils
tieunenttoujoursàl labouchepourles;
nettoyer(r).
()Iy eut à Saint-Domingue, dans les
momens de l'insurrection des noirs, une horde premiers de
révoltés, appelés Congos tous nus,
ces
ils ne faisoient pas méme
parce qu'en effet
pour chef un mulâtre usage du tanga. Ils avoient
réunis
faire
makendal. Tous ces brigands,
pour
honte au genre humain et le
avoient la tête surmontée d'un casque formé d'un désoler,
humain accompagné de sa chevelure.
crâne
menton et leurs seins éloient colorés Leursjoues, d'un
leur
vif pour imiter le sang. Le chef de cette rouge assez
nale, hideux de figure, avoit des formes troupe infertionnées, et portoit au cou et à toutes les dispropordes paquetsde têtes de crapauds,
articulations,
semblables talismans.
couleuvres, et autres
Par-tout la mort
son passage > et ses satellites cruels annonçoit
tout ce qui se présentoit à leurs yeux
égorgeoient
cochons, rien n'étoit
5 chiens, chats,
épargné, et tout être animé
devenoit la victime de leur furie désastreuse et
bonde. L'amour du sangl les enivroit au point vagalaissèrent par-tout des traces sur lhabitation del l'Etable, qu'ils en
ou ils vinrent s'installer pendant quinze jours,
exercer leurs dégoûtans mystères. Lorsque leur pour chef
redoutable vouloit rassembler sa troupe, il
et dans la position la plus indécente, introduisant siffloit, le
TONE III.
M
, et tout être animé
devenoit la victime de leur furie désastreuse et
bonde. L'amour du sangl les enivroit au point vagalaissèrent par-tout des traces sur lhabitation del l'Etable, qu'ils en
ou ils vinrent s'installer pendant quinze jours,
exercer leurs dégoûtans mystères. Lorsque leur pour chef
redoutable vouloit rassembler sa troupe, il
et dans la position la plus indécente, introduisant siffloit, le
TONE III.
M --- Page 190 ---
VOYAGES
très-friands de tafia; un jour
Les Congos sont de donner la ration à un
que j'avois oublié
pour la
d'eux qui me servoit d'harponneur
tout
il me dit d'un ton naifet
chasse du caîman,
dent,
contrit: ( Maitre! Congo pas encore gagné littésévréz lis! Cequivento dire, non
) et vous
dans le sens parabolique e
ralement, mais
à jeun, etn'ai point de
( Maitre, je suis encore
donc pas de
dents
manger, ne me sevrez
>
pour
me mettre en état de prendre
>.ce tafia qui va
ce même
). Je vis un jour
> mon repas
fartivement les membres
harponneur emporter
venois
d'un caîman sur lequel je
ensanglantés
du sang. Je ne savois à
d'observer la circulation
il m'avoit dit pendant mon expéquel propos
fsirelisouffrir commeça
rience: ( Maitre,n'a pas boun' bagage, et pis
> donc ! caiman liyoun'
va mouri>.Je
) vous va malheureux, . quand vous d'un caiman mort
reconnus bientôt que la chair
lui étoit
dans des tortures semblables, ne
plus
agréable à manger 2 et que pour m'engager
donner à Pavenir sans être entamé par
à lui
il restoit en cette posture révoltante
doigt dans son anus,
accourus de toutes parts,
pendant que ses acolytes,
des hurlemens
dansoient autour de lui en poussant imitateur, furent à
affreux. Ces brigands, par un génie furent en France.
Saint-Domingue, ce que lesjacobins --- Page 191 ---
D'UN NATURALISTE.
le fatal scalpel, il m'annonçoit, par une conjecture de métempsycose, qu'ayant fait autant
souffrir les caimans, je serois moi-méme, après
ma mort, en butte aux cruautés du premier
chasseur. Toutefois il m'assura que dans son
pays on est très-friand de la chair de ces animaux, dont le gont musqué est cependant
insupportable, mais que les Congos aiment
beaucoup.
M 2 1
ISTE.
le fatal scalpel, il m'annonçoit, par une conjecture de métempsycose, qu'ayant fait autant
souffrir les caimans, je serois moi-méme, après
ma mort, en butte aux cruautés du premier
chasseur. Toutefois il m'assura que dans son
pays on est très-friand de la chair de ces animaux, dont le gont musqué est cependant
insupportable, mais que les Congos aiment
beaucoup.
M 2 1 --- Page 192 ---
a
VOYAGES
QUATORZIENE
CHAPITRE
Définition du mot.
Idée des T'audoux (1)-
ridicules et emphatiques.
Leurs opérations donnèrent d un habitant
Maladies qu'ils
plaine de PArtibonite,
de lgPetite-Riviires dont ils étoient jalous.
et à des nègres
Prédiction faite à
Sortiléges prétendus, chef noir à SaintTouwsint-lonvenure,
les vaudoux
Domingue- Tourafacétieuxquel dans les calendas.
se plaisent à faire
entendu parler d'une secte
ArAxT beaucoup
vaudoux à Saint-Domingue,
idolâtre appelée
avoit lieu sur notre habiet dont la réunion
affidée qui,
tation, je fis venir une négresse
me
m'avoir détaillé des faits surnaturels,
après
oculaire des frénétiques cérérendit le témoin
Suivant les nègres Aradas, fidèles sectateurs
(1) vaudoux, ce mot exprime un être tout-puissant
du
auquel les autres créatures doivent
et surnaturel,
quel est-il? un hideux serpent
obéir; et ce prodige mais rendant ses oracles par la
qu'ils déifient 2
adroits, qui deviennent
bouche de certains nègres lesquels les nègres initiés ont
son organe, et pour
la plus grande vénération. --- Page 193 ---
D'UN NATURALISTE,
18r
monies de ces espèces de conyulsionnaires, (Les
vaudoux, 2 me dit la véridique Finette (1), sont
de nations différentes; ils tombent en crise par
suite d'une sympathie inconcevable. Réunis sur
le terrain qui doit être le théâtre de leurs grimaces convulsives, ils sourient en se rencontrant, se heurtent avec rudesse, et les voilà tous
deux en crise; les pieds en l'air, hurlant comme
des bêtes féroces, et écumant comme elles.
D Je passois un jour, > poursuivitelle, auprés
de deux de ces espèces de
convulsionnaires, et
soit que leurs prosélytes aient eu l'intention
d'accréditer leur systême, soit que par ces
preuves irrécusables, ils aient voulu profiter de
mon jeune age pour m'initier dans leurs mystères, on m'introduisit dans le cercle, et il fut
ordonnéàlune d'eux, par le chefde la horde, de
prendre dans ses mains du charbon allumé qui
lui fut présenté, et sembla ne point le bràler; à
l'autre de se laisser enlever des lanières de chair
avec des ongles de fer, ce qui fut ponctuellement exécuté, sans que je remarquasse le
moindre signe de sensibilité.
) Dompète (c'est le nom du chef tout-puissant de la horde fanatique ) a, disent-ils, le
(1) Négresse affidée et intelligente, dont j'ai déjà
fait léloge, et qui a été éduquée en France.
M 3
point le bràler; à
l'autre de se laisser enlever des lanières de chair
avec des ongles de fer, ce qui fut ponctuellement exécuté, sans que je remarquasse le
moindre signe de sensibilité.
) Dompète (c'est le nom du chef tout-puissant de la horde fanatique ) a, disent-ils, le
(1) Négresse affidée et intelligente, dont j'ai déjà
fait léloge, et qui a été éduquée en France.
M 3 --- Page 194 ---
VOYAGES
de découvrir de ses yeux, et malgrétout
ponvoir matériel, tout ce qui se passe, n'imobstacle
fictive bien
porte à quelle distance ; propriété
faite pour en imposer aux crédules, et tyranniser
incertains dont le défaut de confiance est
les
dans
qui leur est familier, et,
puni parlopoison
et
les mains du Dompêtes d'un usage journalier
impuni.
de cette secte ont aussi entre
)) Les acolytes
d'exercer leur veneux des moyens magiques
Un homme a-t-il essuyé les rigueurs
geance.
l'infidélité d'une maîtresse
d'une amante, ou
dans Purine
habituée? un piquant de raie jeté
de la coupable, le venge de son outrage, en
delanfrappant soudain Finidalild'unemoladie
le vaudoux fait cesser à volonté par
gueur, que
une préparation différente. motif de jalousie,
) C'est par un semblable
Claire, d'une
qu'une négresse nommée Jeanne
excité
habitation de la plaine lArtibonite, ayant
lenvie de la femme d'un vaudoux, fit mettre
son mari qui par un sortilége
en opération
matelote) muette et difrendit cette rivale (ou
la
fascinés de son amant qui
forme aux yeux
horreur,
répudia, et ne la vit depuis qu'avec de cette
malgré les témoignages d'attachement
si
une réconciliation
femme qui, pour opérer
désirée, lai oflrit tout ce qu'elle possédoit. --- Page 195 ---
D'UN NATURALISTE
L/amant d'abord
courroucé, se radoucit
tant àla proposition de ces offres
pourJeanne Claire se disposoit à lui généreuses.
cassette contenant
reniettre la
plus
ses bijoux et ses effets les
précieux : quelle fut sa surprise
lieu de la trouver à sa place, elle
lorsqu'au
n'y rencontra
plusqu'un amas de terre etd'ossemens
0 désolation ! mais l'effet du
humains !
philtre n'étoit point
éternel, l'amant creusa et fouilla le tertre
sitaire de T'opération
dépotant où la
magique, et ce fut à linscassette reparut,que la femme doublement enchantée recouvra et sa voix et
trésor.
son
) Une des preuves encore que les
n'ont qu'une durée limitée,
sortiléges
c'est, continua
Thistorienne, la maladie singulière
par ces effets magiques, M. Dériboux, qu'éprouva,
de la Petite-Rivière des Gonaives.
habitant
rend avec un
Il eut un difféde
vaudoux, et sans menaces de la
part son ennemi il fut atteint dès le lendemain d'un vomissement dans lequel il rendoit
de gros morceaux de chair crue. Ce n'est
qu'après six mois de souffrances
le
cessa.
que maléfice
) Un autre vaudoux, par suite de la jalousie
d'un confrère, opéra ce phénomène : son
homme robuste et bien fait, devint hideux rival,
couvert de lépres qu'il conserva
et
jusqu'à ce qu'il
M 4
de la
part son ennemi il fut atteint dès le lendemain d'un vomissement dans lequel il rendoit
de gros morceaux de chair crue. Ce n'est
qu'après six mois de souffrances
le
cessa.
que maléfice
) Un autre vaudoux, par suite de la jalousie
d'un confrère, opéra ce phénomène : son
homme robuste et bien fait, devint hideux rival,
couvert de lépres qu'il conserva
et
jusqu'à ce qu'il
M 4 --- Page 196 ---
-
VOYAGES
eut renoncé à la femme
infirmité. Sur la
qui lui causoit cette
menace du vaudoux,
quitta le quartier, et
lelépreux
faite santé,
recouvra bientôt une par-
) Un fait non moins
d'être cité. La femme
extraordinaire mérite
perdre son mari,
d'un vaudoux venoit de
le secret de
qui en mourantlui avoit laissé
des
dérober son argent à la recherche
voleurs, en leur fascinant les
de posséder ce secret
yeux. Joyeuse
étalage de sa
merveilleux, elle faisoit
fortune, et l'élevoit de
au dessus de sa valeur,
beancoup
stratagéme
ayant en vue par ce
d'augmenter le nombre de
adorateurs. Adonis, nègre cuisinier
ses
fontaines, habitant des
deM. Desenvieux de mordre à la Gonaives, rusé et
chercher à lui
grappe, résolut de
d'assiduités
plaire, espérant, après un tems
et de caresses, devenir le
sesseur du riche butin annoncé,
semi-pos-
)) Dans ses fréquentes visites, il
flatter la friandise de
cherchoit à
des mels délicats,
Claire, en lui apportant
maître. Un
soustraits à la table de son
jour que par l'abondance des
gâteaux, autres provisions, et surtout une
teille de marasquin, il avoit tenté de la boudéraisonnable au point d'obtenir
rendre
fat déçu de son
son secret, il
espérance, et apprit seulement
d'elle, que le tonneau qui se trouvoit dans le --- Page 197 ---
D'UN NATURALISTE
coin de la case, derrière son hamac, renfermoit
le trésor en question, mais qu'il étoit défendu à
tout autrequ'elle de pénétrerjnsque-la; et, pour
preuve de son privilége exclusif, elle engagea
Adonis à tout tenter pour enlever cet argent du
baril où ilétoit. Celui-cisouriant, voulut en vain
yE plonger le bras à deux reprises, étant repoussé
chaque fois par une force invisible; cependant,
ne perdant pas courage, il fit une troisième
tentative, mais quelle fut sa surprise lorsqu'en
introduisant son bras, il crut sentir une couJeuvre qui, par la détorsion de ses replis torteos,sembloitvouloir s'élancersurluil Adonis
plus prudent que courageux, renonça soudain à
l'expérience, mais conserva le désir d'approfondir l'intensité de ce mystère, Pour satisfaire
sa curiosité, il alla donc trouver un vaudoux
son ami, et moyennant une bouteille de tafia,
il oblint de lui le moyen de rompre ou plutôt
de détruire le charme de ce prestige d'illusion.
Il reçut du vaudoux x'un peu de terre de cimetière, qu'il lui fut ordonné d'aller déposer
derrière le lit de Claire à son insçu, destinée,
lui dit-il, l'endormir, et avec elle son secret.
Toute
-raabaadaaie se
présenta chez sa maîtresse quis'endormit bientôt
dans ses bras, après qu'il eut préalablement
achevé son opération; d'oà il résulta succès
uire le charme de ce prestige d'illusion.
Il reçut du vaudoux x'un peu de terre de cimetière, qu'il lui fut ordonné d'aller déposer
derrière le lit de Claire à son insçu, destinée,
lui dit-il, l'endormir, et avec elle son secret.
Toute
-raabaadaaie se
présenta chez sa maîtresse quis'endormit bientôt
dans ses bras, après qu'il eut préalablement
achevé son opération; d'oà il résulta succès --- Page 198 ---
VOYAGES
il fit la loi à
complet, au moyen duquel
et ne consentit à lui remettre
sa maîtresse,
à son tour son trésor que s'ils s'appartenoietft
lun à l'autre. Celle-ci y consentit sans peine 3
aimant Adonis plus que tout autre de ses
courtisans.
Toussaint-
) On sait, me dit Phistorienne, que
Louverture, à l'arrivée de l'expédition française
commandée par le général Leclerc, 2 se fit dire
bonne aventure
un de ces vaudoux famé
sa
par
luifutannoncé: au
dans l'art devinatoire, et qu'il
qu'il seroit trahi et
fort de la Crête-à-Pierrot,
son premier chef, celuien
livré aux Français par
le féroce Desqui il avoit plus de confiance,
du
salines. L/événement réalisa la prédiction
vaudoux ).
Les vaudoux, par un esprit de contrariété
aiment à troubler les
qui leur est personnel,
aussi les voitplaisirs qui ne sont pas les leurs;
on à la découverte des calendas (danses nocturnes) s'y faire des signaux, et, prévoyant
rire entr'eux d'avance de lemleurs succès,
Un d'eux plus confiant
barras de leurs dupes.
les autres, me prenant par le bras, me
que dit tout bas Pintention oùt il étoit, ainsi que ses
camarades, de faire donner le calenda à tous
les diables. II n'eut point achevé ces paroles,
tous les danseurs se plaignirent de borboque --- Page 199 ---
D'UN NATURALISTE.
rismes, qu'un bruit crépitant se fit entendre,
et que la confusion se fit remarquer sur tous les
visages étonnés; aussitôt de se fixer et de rire
aux éclats, puis de se dépiter, comme contraints
d'abandonner le poste où Ia gaieté les avoit
placés. Vous voyez, me dit alors le vaudoux,
combien tous nos danseurs sont interdits, et
combien de vents chacun rend sans pouvoir en
empécher; eh bien! nous sommes les auteurs
de cette espiéglerie qui consiste à répandre
dans le milieu du bal une poudre composée de
sucre imbu de la sueur d'un cheval harassé.
Voilà continua-t-il, tout notre secret, mais
n'en parlez à personne; car nous aurions stûrement lieu de nous repentir d'avoir troublé Ge
divertissement.
oux,
combien tous nos danseurs sont interdits, et
combien de vents chacun rend sans pouvoir en
empécher; eh bien! nous sommes les auteurs
de cette espiéglerie qui consiste à répandre
dans le milieu du bal une poudre composée de
sucre imbu de la sueur d'un cheval harassé.
Voilà continua-t-il, tout notre secret, mais
n'en parlez à personne; car nous aurions stûrement lieu de nous repentir d'avoir troublé Ge
divertissement. --- Page 200 ---
o
VOYAGES
ICHAPITRE QUINZIÈME.
Caractère desnègres créolesà St.-Domingue. Inté- et des
rieur de leurajoupa. Costume des hommes
femmes. Parure burlesque d'un de nos condueteurs d'atelier. Indolence des hommes 5 préve- ont
nances des femmes pour eux. Passion qu'ils Procidés
pour la danse. Anecdote à ce sujet.
cruels des sages-femmess Coutumes leurs funéraires mains.
envers les enfanaquipériasent entre
Attachement des mères pour leurs enfans qu'ils
élèvent mal. Punition de ces mémes enfans. leur
Indolence des jeunes nègres. Respect qu'on
recommande envers les gens dgés.
tous
des
Adresse des nègres pour
ETE
postillons. manuels, la chasses la péche et les
ouvrages exercices du corp8. Inimitié des nègres pour les
blancs. Ils croient à la prédestinalion. d Superstition des idoldtres. Diverses angedotes bizarres.
de cette assertion. Coutumes
fI
ridicules des Caperlatas ou charlatans. Proverbes
Imparcréoles. Naalbareeaerirne
tialité des nègrespour leurs semblables, desquels Hisils sont toujours envieus. Cruauté Leur perveraiti. de deux
toire d'un fils dénaturé.
chassé et abandonné.
les
blancs. Ils croient à la prédestinalion. d Superstition des idoldtres. Diverses angedotes bizarres.
de cette assertion. Coutumes
fI
ridicules des Caperlatas ou charlatans. Proverbes
Imparcréoles. Naalbareeaerirne
tialité des nègrespour leurs semblables, desquels Hisils sont toujours envieus. Cruauté Leur perveraiti. de deux
toire d'un fils dénaturé.
chassé et abandonné. Lépreus
Religion d monter à
Réflexion comique d'un nègre prét
la potence. Funérailles des nègres d'habitations.
Lsoouesce naturelle aux nègres, les porte à
Saint-Domingue, hors l'heure de leurs travaux,
à s'accroupir au soleil, oùl ils restent en cet
état plusieurs heures sans donner signe d'exis- --- Page 201 ---
D'UN NATURALISTE
tenoe; et la pipeàla bouche, la main remplie de
grains de maïs, ils comptent et recomptent ce
qu'ils doivent, ou ce qui leur est da. Je ne sais
par quel contraste les femmes d'ailleurs trèspropres, 2 affectent une conduite contraire à
l'égard de Jeurs enfans : elles seules prennent
trois fois le jour les bains si nécessaires dans
les climats chauds pour la santé, et abandonnent leurs négrillons qui se roulent nus dans
la poussière, et se livrent à cet exercice jusqu'à
un age très-avancé. Les mères poussent plus
loin et ce défaut de soin et leur mal-propreté.
On en voit sur le midi, les unes occupées à
chercher les poux de leurs enfans, pour les.
manger à mesure qu'elles en trouvent, tandis
quel leursliommes à genoux auprès d'elles, s'occupent des mêmes soins; les autres sucer le nez
de leurs enfans morveux.
S'il existe parmi cette classe d'hommes, des
soins excessifs pour leurs enfans, il est des
exceptions qui couvrent d'opprobre les auteurs
de ces cruautés.Je vis sur notre habitation, des
mères laisser à demi-mort un de leurs
enfans, 2
coupable souvent de la moindre fante; une
autre, 6 excès de barbarie! une marâtre bien
digne de la peine du talion, qui impatientée de
ce que son enfant lui demandoit sans cesse à
manger pendantqu'elle faisoit cuireson calalou,
se lever brusquement, et lui, mettre dans la
d'opprobre les auteurs
de ces cruautés.Je vis sur notre habitation, des
mères laisser à demi-mort un de leurs
enfans, 2
coupable souvent de la moindre fante; une
autre, 6 excès de barbarie! une marâtre bien
digne de la peine du talion, qui impatientée de
ce que son enfant lui demandoit sans cesse à
manger pendantqu'elle faisoit cuireson calalou,
se lever brusquement, et lui, mettre dans la --- Page 202 ---
VOYAGES
bouillant qu'elle y retint en la
bouche un ceuf
lui fermant de sa main.
Veut-on connoitre un ajoupa ?Qu'onsef figure
chaumière meublée de canaris, de caleune
transversalement par le milieu
basses sciées
ou cuillers faites
(en guise de plats), de sicayes
d'une tranche du calebassier marron, de coiis,
calebasses traversées par une baguette
ou petites dans le canaris, et qui servent de
pour puiser
de boeufs, ou
pots à l'eau; quelques peaux
milieu
nattes de paille au lieu de lits : c'est au
rassemblés quelques tisons sans
que sont
la fumée, et autour de l'âtre
conduit pour
se réunit
de cette case rembrunie, que
de
toute la famille. Un groupe de nègres
et des deux sexes, fayant le soir les
tout âge
investissent leur retraite, et
maringoins qui
ou
leur bourdonnement,
qui se décèlent par
leurs piqûres,
d'une manière plus sensible, par
sontnus et accroupis, les uns conversant, lesplus
langage guinéen; ceux-ci frevieux parlant
de calenda, tandis que les
donnant quelqu'air
entretienplus jeunes se vautrent sur le ventre,
dans le feu des bouses de vaches sèches, et
nent
fumée chasse les maringoins de
dont l'épaisse
l'intérieur.
veutelle distribuer les
La mère de famille
boucanées pour le repas,
bananes ou patates
dont
on allume le bois pin ou bois chandelle, --- Page 203 ---
D'UN NATURALISTE,
IgT
la vive clarté absorbe bientôt celle du foyer
toujours peu ardent.Souvent le père, en contemplant le cercle de ses enfans, se décide à piler le
mais, ou bien le petit mil pour le moussa; $ à
tresser le jonc ou à faire des panneaux, quelquefois des chapeaux de paille, ou bien encore des
filets, pour vendre tous ces ouvrages au marché
de la ville voisine.
Passe-t-on près d'une case habitée par des
jeunes gens nouvellement établis, bravant l'acharnement de l'essaim des maringoins la
femme, au son maigre et monotone du banza,
que pince le nègre son compère, s'exerce à la
danse chica, en brossant de son pied endurci la
terre qu'elle réduit bientôt en poussière
un frottement prolongé.
par
Les hommes toujours choyés par les femmes
qui se disputent leurs faveurs'
achètent
, qu'elles
quelquefois par des rixes
ont pour le travail une mise simple sanglantes, et légère. 2
Un mouchoir de Madras qu'ils ceignent cent
fois le jour avec grace, ou un large chapeau de
paille tressée, une chemise décoltée très-blanche
et très-fine, souvent en lambeaux, car le raccommodage est parmi eux une sorte de déshon=
neur; un grand pantalon de zinga, guinguan
ou nankin, les pieds nus : le cou des plus
élégans, orné d'un gros collier de perles en or
légère. 2
Un mouchoir de Madras qu'ils ceignent cent
fois le jour avec grace, ou un large chapeau de
paille tressée, une chemise décoltée très-blanche
et très-fine, souvent en lambeaux, car le raccommodage est parmi eux une sorte de déshon=
neur; un grand pantalon de zinga, guinguan
ou nankin, les pieds nus : le cou des plus
élégans, orné d'un gros collier de perles en or --- Page 204 ---
D
VOYAGES
voilà leur vêtement journalier.
ou de verroterie; n'en diffère qu'en ce qu'au
Celui des femmes
travaux du
lieu de pantalon, elles portent, aux
de
jardin, 'un jupon à longue queue, souvent
la
Infatués de la supériomousseline plus.fine.
d'eux, dans
rité de leurs costumes, on voit près
le même sillon, leurs parens guinéens,1 le corps
dérobe leur sexe aux
nu, avec un seul tanga qui
fois ou
regards; la peau gercée, huileuse par
auxquels les nègres,créoles insultent
terreuse,
Moi bèn soucié père à moi! li
en disant : (
fin; li sale
et moi nègre peau
> nègre gros' peau,
li, bonda li à l'air r)).
) trop moi dis vous; guetté
fort
de
Ce qui veut dire : ( Je me soucie
peu
) mon père;i il a une peau grossière, tandis que
d'ailleurs il est trop
) la mienne est plus fine; derrière est à lair ).
)) sale; regardez, tout son
calanda
Les jours de cérémonie, de
par
exemple, qui est une danse nocturne funéraire,
pour le plaisir de laquelle un nègre voyagera
toute la nuit pour s'y rendre, les créoles sont
mais avec ce maintien affecté qui
plus parés,
ridicule. Par exemple, nous
est du plus grand
coton,
avions pour conducteur des monlinièresà
petit maître (1) réputé
an nommé Joseph,
et dont la caricature
dans toute P'Artibonite,
() On les appelle Candiots.
m'avoit
qui est une danse nocturne funéraire,
pour le plaisir de laquelle un nègre voyagera
toute la nuit pour s'y rendre, les créoles sont
mais avec ce maintien affecté qui
plus parés,
ridicule. Par exemple, nous
est du plus grand
coton,
avions pour conducteur des monlinièresà
petit maître (1) réputé
an nommé Joseph,
et dont la caricature
dans toute P'Artibonite,
() On les appelle Candiots.
m'avoit --- Page 205 ---
D'UN NATURALISTE
n'avoit tant plue, que je le peiyuis en son COStume, prêt à monter à cheval. L'incendie révoJntionnaire qui a dévoré ma fortune et la majeure partie de mes effets, ne me permet pas de
joindre ici ce portrait curienx;je vaisys suppléer
par une description exacte, Joseph étoit sur
le point d'exercer un cheval peautre, et vint me
demander la permission de s'absenter, autant
pour se faire voir que pour m'annoncer qu'il
éloit désiré par toutes ses commères 5 car ces
négres sont avantageux et fort prévenus en
leur faveur. Je vis mon
homme, ayant ses
Jarges mains revêtues d'une paire de gants
blancs de femme, qh'il avoit trouvée je ne sais
oà, et qui n'ayant pu se préter, par leur élasticité, à la grosseur de ses doigs, étoient déchirés
de toute part, etr n'en recouvroient absolument
que les phalanges; un chapeau à la main, d'une
forme trés-haute,. la tête suifée et poudrée à
blanc par derrière, et les cheveux du devant
noirs eti naturellement crépus,delongues) boucles
d'oreilles ayant peine à suivre le contour de
sa cravate qui l'engonçoit jusqu'aux
et par dessus laquelle étoient trois
yeux, 2
rangs de
colliers; une veste de nankin qui, ne lui apparHenant pas, lui étoit de beancoup trop courte,
et laissoit voir deux avant-bras noirs,
trastant avec la blancheur de ses
9 conTOME III,
gants; un
N
llement crépus,delongues) boucles
d'oreilles ayant peine à suivre le contour de
sa cravate qui l'engonçoit jusqu'aux
et par dessus laquelle étoient trois
yeux, 2
rangs de
colliers; une veste de nankin qui, ne lui apparHenant pas, lui étoit de beancoup trop courte,
et laissoit voir deux avant-bras noirs,
trastant avec la blancheur de ses
9 conTOME III,
gants; un
N --- Page 206 ---
RE
VOYAGES
destiné à être imbibé de la
pantalon de basin,
devoit éproudu valeureux coursier qu'il
sueur enfin des bottes, je ne sais de quel siècle,
ver;
en avoir vu de pareille
car je ne crois pas jamais
forme : voilà son costume !
de le voir
Voulant nous procurer le plaisir
il alla chercher le sien qui
monter à cheval, d'être attaché à un poteau,
fut d'abord effrayé
de tous les nègres
et s'effaroucha à la vue
:
case. Voici linstant critique
de la grande
bon maquignon; il ne put
Joseph n'étoit point
une bonne demise mettre en selle qu'après Il se croit déjà maître
heure d'essais infructueux.
indompté, lorsqu'à un malheureux
del'animal
le cheval furienx, ruant et
coup d'éperon, tems le saut de mouton, 1e
faisant en même
l'air. Joseph est furieux,
jette les quatre fers en démordre de sa présompmais il ne veut point
il s'apprète à être
tion; on reprend le cheval,
le jeu de ses
circonspect, et à ménager
plus
revers! Pour cette fois, le
éperons : nouveaux
à
sdans
Tabandonne et fuit tontesjambes
coursier
épargner à notre écuyer créole
les bois, pour
une nouvelle honte.
exigeoient,
J'ai déjà observé que les hommes exclusifs
de la part de leurs femmes, des soins
par les traits que je
et personnels; on jugera,
Tindoleucs
vais citer, à quel point est poussée --- Page 207 ---
D'UN NATURALISTE.
de ces favoris del'amour, et quel empire ils ont
sur leurs maîtresses. On voit sur les grandes
routes, les jours de marché, les nègres des
habitations, portant à la ville le fruit de leur
industrie, comme chapeaux, couis et calebasses
sculptées ; d'autres des volailles, 2 ceux-ci des
vivres de terre, ou des fruits; les péchenrs, du
poisson salé; enfin les chasseurs, du gibier de
diverses espèces, comme canards
celles, gingeons, pintades
sauvages, sarmarronnes, ramiers,
tourterelles, etc., s suivant la
et
le diroit ? leurs femmes, saison;
qui
ou leurs matelotes ( rivales) supportent à pied la chaleur du climat, portant sur leur tête les
lourds fardeaux,
plus
s tandis que le jeune
leur amant
nègre,
commun, se carre seul sur un
mulet qui souvent n'est ni sellé ni bridé. Elles
cherchent, par ces précautions, à le conserver
toujours frais et dispos, et à lui éviter des fatigues dont léur sexe privilégié peut braver les
inconvéniens.
La passion de la danse
chez les
estollenemtimpérieue
nègres créolisés, qu'ils s'y livrent à
l'excès, et ne quittent leur indécent calenda
qu'épuisés de fatigue et d'amour par la lubricité
de leurs mouvemens, etle développement
diquede cette ivresse
impusement
emeaegaiapesimpsite
leurs sensations. Chaque nation ydépeint
N 2
léur sexe privilégié peut braver les
inconvéniens.
La passion de la danse
chez les
estollenemtimpérieue
nègres créolisés, qu'ils s'y livrent à
l'excès, et ne quittent leur indécent calenda
qu'épuisés de fatigue et d'amour par la lubricité
de leurs mouvemens, etle développement
diquede cette ivresse
impusement
emeaegaiapesimpsite
leurs sensations. Chaque nation ydépeint
N 2 --- Page 208 ---
VOYAGES
d'en soutenir limpor-.
son caractère, et glorieux individu briguer les
tance, on voit chaque
faveur du caractère
suffrages des spectateurs en enthousiastes déjà- en
de sa nation. Un de ces
qu'il
crise au seul bruit du bamboula (T)
entendoit encore assez loin du rassemblement,
s'avançant
commença son manége, toujours
enfin,
vers le cercle de ses rivaux. Il l'atteignit
ivre de plaisir et de délices, mais il étoit négre
rond d'Arada qui
lbo, et comme étrangersau
il fut repoussé
ne reconnut point sa coutume,
voulutil
rudement.] En vain pard des signes de pitié
et rentrer dans le cercle;
intéresser en sa faveur,
à attendrir les danseurs qui grail ne parvint
des bouteilles de tafia
geoient (2) qu'avec une la bouteille étant vidée,
qu'il portoit à la main;
recommencèrent : le dansomane
les murmures
l'autre, et gourdin par
donna successivement
jusqu'à deux gourdes 2 2 toujours en
gourdin
le
de tomber de lasgragennl; enfin sur point
ses forces, il
situde, mais ranimant tout à coup
chercher ses poules et tout son avoir,
envoie
en sorte
la danse,
en
toujours grageant,
qu'après rien, et
revenu de sa manie, il ne possédoit plus
n'eut que des yeux pour pleurer sa faute.
Tambour qui sert à faire danser.
()
dela danse chica.
(2) Grager est une modification --- Page 209 ---
D'UN NATURALISTE
Un autre trait dont j'ai été
témoin, 2 caractérise bien cette passion dominante. Une
négressecréole, Ursule, ,venoitde perdre François
son compère (1); elle paroissoit inconsolable de
cette perte prématurée, en venant à la case me
demander un mouton pour le calenda. Les
banzas, les bamboulas étoient déjà dehors,
et n'attendoient plus que des acteurs
la danse; personne du nombreux
pour
cortége ne
s'étoit encore présenté, quand on vit Ursule
sortir de la case, les yeux baignés de larmes,
le mouchoir à la main, et la poitrine suffoquant de sanglots. ( François li allé! disoit-
) elle, pauvre François ! pauvre n'homme
) à moué qui mouri? ) ! Puis en sanglotant elle marchoit la têle baissée, et recommençoit à plusieurs reprises ses doléances,
Jorsque soudain et graduellement développant,
d'abord d'une manière insensible, puis tout à
coup déterminée, la danse des funérailles, elle
se mit tout en se lamentant à danser chica
pour
François, et àchanter en pleurnichant. ( Quittez
D moi danser pour li; quittez moi danser
) li. ))
pour
() On donne ce nom au nègre qu'une
a adopté, et qu'elle affectionne préférablement négresse à
tout autre.
N 3
soudain et graduellement développant,
d'abord d'une manière insensible, puis tout à
coup déterminée, la danse des funérailles, elle
se mit tout en se lamentant à danser chica
pour
François, et àchanter en pleurnichant. ( Quittez
D moi danser pour li; quittez moi danser
) li. ))
pour
() On donne ce nom au nègre qu'une
a adopté, et qu'elle affectionne préférablement négresse à
tout autre.
N 3 --- Page 210 ---
VOYAGES
198 Rien de plus brutal dans leurs manières que
comme on peut en
les négresses sages-femmes,
de
ce qui suit. Elles ne font point ligajuger par
ombilical,aur moins celles quel'on
tureau cordon
Aradas et Congos, qui se contentent
appelle
un
de le couper, et d'y appliquer sur-le-champ cautériser.
tison de feu ardent pour le
gros C'est, comme on le voit, un triste prélude pour
les
de l'une
le nouveau né. Observant préparatifs d'extraord'elles , je n'avois encore rien aperçu
dinaire, et je croyois, lui ayant vu prendre un
le destinoit à allumer la
tison ardent, qu'elle
soutepipe qu'elle avoit à la bouche, lorsque
nant la bonté de son, opération, elle donna un
second conseil à la mère, si l'enfant avoit des
coliques. ( Remède là li facile, disoitelle,
nombrit' à li; liva crier tout
)- mordez en haut
trippes ventr'
)) à s'tor, ça fait li tribouiller
est
à
Et le soin des générations
) h()pill êtres aussi stupides ! Puisse un
confié à des
inforavenir plus heureux rétablir en ce pays
tuné, des lois sages qui n'y existent plus depnis
l'anarchie !
Je vais citer un trait de Pimpéritie punisCe remède est facile; mordez-lui le nombril,
(1)
avec des efforts qui feront
il criera sur-le-champ
dénouer ses intestins!!! --- Page 211 ---
D'UN NATURALISTE,
sable de ces sages-femmes. Je fus appelé par
M. AodondIyodame-l-nbioie , habitant
del DardeciwisoaDoniapes et mon parent,
pour porter des secours à Mlle Laurette, sa
ménagère, venant de faire une fausse-couche de
deux garçons qui n'eurent que le tems d'être
ondoyés. La mère entre les mains de deux
mégéres, étoitaccahléeparles. souffrances qu'occasionna la sortie, à la fois, des deux enfans
renfermés dans le même arrière-faix. Cet accouchement contre. nature désorganisa les parties
génitales, et fit prendre à cess sages-femmes ignorantes, le cou de la matrice sortie de position,
pourles second arrière-faix, en sorte que ces deux
empiriques tirailloient dessus avec force, et
s'étonnoient que, malgré leurs efforts, cette
partie sensible résistâtà leurs fréquentes onglées.
Le siége de la pudeur aussi maliraité, meurtri
et tout contus s'enflammoit, menaçoit de gangrène, et étoit gonflé au point de ne pouvoir
rentrer, lorsque j'arrivai trouvant la malade sur
ses deux enfans morts, et n'étant point encore
délivrée : état déplorable, triste effet d'une
dangereuse ignorance - :
Il arriva une troisième sage-femme qui se
disoit plus habile que les autres, parce qu'elle
avoit vécu dix-sept ans avec un chirurgien du
pays,cen'étoit pas faire son éloge, caré étantréputé
N 4
point de ne pouvoir
rentrer, lorsque j'arrivai trouvant la malade sur
ses deux enfans morts, et n'étant point encore
délivrée : état déplorable, triste effet d'une
dangereuse ignorance - :
Il arriva une troisième sage-femme qui se
disoit plus habile que les autres, parce qu'elle
avoit vécu dix-sept ans avec un chirurgien du
pays,cen'étoit pas faire son éloge, caré étantréputé
N 4 --- Page 212 ---
2 -
VOYAGES
clierche à oublier son nom, et
sans talens, on
la mort de l'avoir eulevéà la
T'on doit remercier
plus dancolonie. Cette troisième empirique
encore que les deux précédentes, se
gereuse
ensuite sur la nature de l'accident,
mépremant d'introduire ma main dans l'intéme proposa
rienr du vagin;cé que je regjaaidesuite,voulat
caluner, par des émolliens, cette partie déjà
irritée, pour la faire rentrer dans son état
trop naturel dès qu'il en seroit tems. Cependant
ce.edernière sage-femme revint à la charge, et
sollicita de permettre et d'ordonner une
me
qu'elle tenoit de ce chirurgien, son
injection
dans
Hippocrate : c'étoit du fort vinaigre
lequel
debat nn
d'oeuf. Je reculai d'horreur 9
On
janne
el la priai de discontinuer ses soins pernicieux,
de soiguer moi-même la malade,
me réservant calma bien vite dès qu'elle eut pris un
qui se
bain de mauves.
firent
J'oubliois de rappeler les tourmens que
lesdeux
empiriques à la malendurer
prenières
Voyant de la
henrense victime de leurimpéritie.
elles voulurent
lenteur dans T'acconchement,
introduiredansla: gorgedela malade, une spatule
de bois qui sert en ce pays à remuer les ragoûts,
ce moyen, et en lui assenant
sous le prétexte par
le
de lui faire
des coups de poing sur
dos,
salutaires:
faire des elforts qu'olles prétendoient --- Page 213 ---
D'UN NATURALISTE
heureusement ces pratiques barbares furent
relusées 3 mais pour y suppléer, elles firent
avaler à la malade, pendant une courte absence
quej je fis, des plumes roussies réduites en ponssière, des toiles d'araignées, et des infusions de
calebasse, en si grande abondance qne le gonflement de la vessie par la suppression de
l'urine la mettoit en risrjue de se déchirer. Mais
jem'arrête pour plenrer sur le sort des femmes
del la colonie, cent fois moins cruel si on laissoit
agir la Nature.
M'étant assuré, par la glace et l'alcali volatil,
de la mort certaine des innocens jumeaux, on
les fit enterrer dans la chambre de la mère,
au dessous d'un coffre, ainsi qu'il est d'usage
pour les fansses-couches dans certains quartiers
de la colonie.
Les négresses créoles aiment beancoup leurs
enfans, et les allaitent des années entières si
elles ne deviennent pas enceintes. Rien de plus
gôté par la mère qu'un négrillon, tant qu'il n'a
point atleint T'age de raison ; tout ce qu'ily a de
bon est pour lui, et le père et la mère sont de
nouveaux esclavesdesa volonté etde ses caprices.
Mais tout change bientôt; son bon tems est
passé, et la transition subite d'une pleine et
entière liberté dans ses actions, à la sévérité
d'une nouvelle conduite qu'on exige subitement
Rien de plus
gôté par la mère qu'un négrillon, tant qu'il n'a
point atleint T'age de raison ; tout ce qu'ily a de
bon est pour lui, et le père et la mère sont de
nouveaux esclavesdesa volonté etde ses caprices.
Mais tout change bientôt; son bon tems est
passé, et la transition subite d'une pleine et
entière liberté dans ses actions, à la sévérité
d'une nouvelle conduite qu'on exige subitement --- Page 214 ---
-
VOYAGES
excitant en son ame des mouvemens de
de lui,
réprimés par de
rebellion, ils sont sur-le-champ mériteroient plutôt le
violentes corrections que
père etla mère, assez injustes pourne paspréparer exigradnellement leurs enfans au service qu'ils
tolePmEr
un
FEEA
tandis que, par une soudaine réflexion, jong les
de fer est levé au dessus d'eux, et qu'on
leur faire perdre les mauvaises
assomme pour
laissé contracter.
habitudes qu'on leur a
Je pris plaisir à voir la correction d'un petit
d'un estropié. Sa mère
nègre qui se moquoit
des siennes,
lui tenoit les deux mains dans une
lui
et lui fit faire ainsi le tour des cases en
instant la nullité de ses
rappelant à chaque
sa rebras pour se défendre, et assaisonnant
cet
de
coups de courroie :
montrance quelques
enfant tout honteux demandoit la grace que
accorda
plus de deux
celle-ci ne lui
qu'après
heures de ce châtiment.
Un mot sur e l'indolence des jeunes nègres:
me suivre à la chasse et
j'avois choisi, pour
le plus rusé et
porter mon gibier, le négrillon
marchoit-il
le plus leste de Phabitation; encore
le tems
sidoucementque le gibiterbleudtaursitenke
de reprendre ses forces et réparer ses blessures
avant d'être pris. Il étoit si gourmand qu'il --- Page 215 ---
D'UN NATURALISTE
mangeoit sans cesse avec avidité des oranges,
ou des goyaves, des melons d'eau à moitié
murs, sans en être jamais rassasié; si peu soigneux que mes bottes, que lon neltoie dans le
pays avec des feuilles de palma-christi chauffées,
des oranges aigres et du noir de fumée pour les
rendre luisantes, il me les apportoit couvertes
de pepins et de plaques de noir non broyé.
Il est enjoint aux enfans, par leur mère, de
porter respect aux gens plus agés qu'eux; d'appeler par exemple les nègres en âge viril,
n'oncle, et les négresses, maman ou tante.
Il est de l'honneur des postillons nègres de
conduire les cabriolets, seules voitures en usage
daps le pays, au grand galop, et de chercher
souvent les chemins les plus difficiles, de traverser des buissons, pour éprouver la valeur de
leur attelage, et relever leurs talens aux yeux de
ceux qu'ils conduisent. Je voyageois à mon arrivée dans la colonie pour me rendre à un repas
de corps, et j'avois choisi le postillon le plus
adroit de Phabitation; mais il surpassa l'envie
quej'avoisdene; rendre epromptement à ma destination, et fatigua en moins d'une heure son
premier relai de trois mulets vigoureux.
Ces postillons se regardent très-humiliés de
voir rebouqués (r) les animaux qu'il condui-
(1) Terme du pays,quiveut dire harassés.
la colonie pour me rendre à un repas
de corps, et j'avois choisi le postillon le plus
adroit de Phabitation; mais il surpassa l'envie
quej'avoisdene; rendre epromptement à ma destination, et fatigua en moins d'une heure son
premier relai de trois mulets vigoureux.
Ces postillons se regardent très-humiliés de
voir rebouqués (r) les animaux qu'il condui-
(1) Terme du pays,quiveut dire harassés. --- Page 216 ---
- 2 -
VOYAGES
aussi le mien agissant de ses bras, de ses
sent;
jambes, frappant les insensibles quadropèdes;
étoit-il sur le point de se livrer à sa douleur
l'heureuse rencontre du second relai.
sans
oubliant
Pour ne point déroger à son caractère,
sa courbature, il remet son nouvel attelage en
haleine, et pour le réduire au même état de
Jassitude que le premier, ce qui selon lui
indiquoit la supériorité de sa force sur les
animaux, il traversa les bois au lieu de suivre
les chemins 2 me faisant craindre pour mes
yeux le cinglement des rameaux épineux du
bayaonde et de Pacacia; enfin calculant une
direction en ligne droite, et voulant se frayer
une route nouvelle à travers les bois, les
cardasses et les raquettes, il s'égara au point
de ne plus se reconnoitre dans des savannes
aussi immenses que celles qui sont appelées
savannes PHopital et Desdunes, prèsle bourg
desGonaives. Oarmbnwmakanarkea
et de détours, au cri des pintades domestiques,
un côté
au chemin
nous arrivâmes par
opposé
unehatte apparque nous eussionsda prendre,à
reconnfmes
tenant à M. Deslone-laclicone,et
étonnement les personnes et les lieux:
avec
pointceloider mon rendezmaiscetendroitr'eoit
efrais
voussjechangeside postillon, et un attelage
m'y conduisit pour cette fois par les grands
chemins. --- Page 217 ---
D'UN NATURALISTE
Très-adroits dans tous les exercices du corps,
les nègres créoles sont moins lourds et moins
rustres que leurs aieux africains; mais ils sont
déchus de cette simplicité naturelle, propre aux
derniers, etquiest remplacée dans les créoles par
un esprit fin, menteur, vain et turbulent. Soigneux de profiter des ressources que leur offre
la Nature, on voit les nègres créoles dont les
besoins se sont multipliés, peigner l'aloës
pitt (1),et en tirer une filasse d'un blanc éblouissant dont ils font toute espèce de cordages; plus
loin, le père africain et son fils créole revenir
courbés sous un faisceau de joncs, le déposer
sous le bananier qui ombrage leur case, en
tirer les brins les plus droits, les plus fins et
les plus flexibles, les tresser, et en former de
jolies nattes destinées au service de table, ou à
reposer leur corps indolent; plus loin, d'autres
portant des calebasses de toute grandeur
leur servir de vaisselle. Les plus adroits pour ont
tous les ustensiles de leur ménage ciselés de
diverses figures; ils - gravent souvent sur les
couïs qui leur servent de gobelets, des dessins
pleins de goût et de proportion. 2 sans l'aide de
règle ni de compas.
() Ou chanvre des Indiens; aloe disticha, appelé
cabouille à Saint-Domingue.
plus loin, d'autres
portant des calebasses de toute grandeur
leur servir de vaisselle. Les plus adroits pour ont
tous les ustensiles de leur ménage ciselés de
diverses figures; ils - gravent souvent sur les
couïs qui leur servent de gobelets, des dessins
pleins de goût et de proportion. 2 sans l'aide de
règle ni de compas.
() Ou chanvre des Indiens; aloe disticha, appelé
cabouille à Saint-Domingue. --- Page 218 ---
-
- AB
VOYAGES
Hardis plongenrs, même entourés de reptiles
les caimans, ils croient à la
voraces, > tels que
le
le plus
prédestioation, et bravent
danger
imminent. L'eau semble être leur élément
favori, et dès l'age le plus tendreils se jouent sur
l'onde, et semblent défier les poissons par la
vélocité de leurs mouvemens.
sûrs
D'autres, passionnés pour la chasse et
du point de mire, sont chargés, dans certains
giboyeux, de faire la provision de la
quartiers
bien comptés:
semaine avec sept compsdepoudre
aussi ne la tirent-ils point aux moineaux.
Ils chassent en se trainant sur le ventre (1) dans
des lagons, portent le fusil
l'eau peu profonde
sur leur tête, et tuent d'un seul coup plusieurs
oiseaux toujours réunis et vivant en société 2
dorés, canards de diverses
tels que pluviers
raespèces, pintades marronnes et pigeons
miers.
Notre chasseur me disoit un jour, après
l'explosion de mon fasil,plus foible que celle du
vous capab' faire z'avec
sien : ( Maitre , qui ça
arriver jou'qua
> pettards layo, qui pas pouvé
canards
à dire, ( que voulez-vous
)
layon?e'esti de
de fusil, ils ne
> faire avec vOS pétards coups
atteindré ces canards > ? Ces
) pourront jamais
() Ce qu'ils appellent aller à chatons. --- Page 219 ---
D'UN NATURALISTE.
chasseurs trouvent leur coup manqué, s'ils ne
saignent point de la bouche par la répercussion
terrible de leur arme, oùt ils mettent jusqu'à dix
doigts de charge. Ils ne qualifient de bon chasseur que celui qui a assez de courage pour
supporter un tel coup.
Moins bruyant dans les fonctions de sonministère, le pécheur d'un ceil avide et attentif
parcourt le rivage, décide du lieu oùt il doit
tendre ses filets tissus de fibres de l'aloès pitt ou
de l'ananas; cet amas de pontéderia (que les
nègres appellent volet) donne retraite à un
hodeau, à un tétard; cette vase recèle une
anguille; dans le courant, sous les racines
nombreuses de ce mangle, doivent se trouverdes
écrevisses et des tortues; vite, le projet n'est
plutôt conçu qu'il est exécuté, et le pécheur pas
assuré du succès de ses conjectures, ne revient
jamais à vide à Ia case qu'il approvisionne
journellement.
Ilrègne chez les noirs, contre les blancs, une
jalousie envieuse qui les porte sans cesse à faire
du tort à leurs maîtres, et inocule en eux cet
esprit désorganisateur qui est la base de leur
caractère anti-social. Par exemple, une plante
parasite,appelée vulgairement corde d violon (1),
() Espèce de cuscute.
du succès de ses conjectures, ne revient
jamais à vide à Ia case qu'il approvisionne
journellement.
Ilrègne chez les noirs, contre les blancs, une
jalousie envieuse qui les porte sans cesse à faire
du tort à leurs maîtres, et inocule en eux cet
esprit désorganisateur qui est la base de leur
caractère anti-social. Par exemple, une plante
parasite,appelée vulgairement corde d violon (1),
() Espèce de cuscute. --- Page 220 ---
-
VOYAGES
qu'elle a véritablement cette forme, 3
parce s'étant fixée sur une baie de citronniers ou
d'autres arbres fruitiers, cause la mort de tout
duquel elle prend son
arbre, aux dépens
tortueux, et
existence, 7 par son enlacement
des
circulaire autour
tiges,
par sa complexion le mouvement de la séve;
dont elle intercepte
connue
n'étoit encore
cette plante préjudiciable
du
dans la partie
nord,
et répandue que
se:, manifeslorsque tout à coup ses ravages
l'auteur
térent dans celle du sud : on reconnut
avoua sa faute, et la cause
de ce maléfice, qui
de son projet désastreux.
les
Tous les nègres, tant les Guinéens que
créoles, croient à la prédestination.1 Nous avions
péchieur un excellent plongeur qui pourpour suivoit les tortues au milieu des caïmans qui en
et s'exposoil ainsi à la nage,
sont très-friands,
les combattant même quelquelois
les narguant,
bien persuadé qu'il ne
pour enlever Jeur proie,
heure.
périroit point, si ce n'éloit point son
Péndant la guerre du sud, qui inspiroit aux
bravoure
nègres, mêmeaux pluis posillanimes,lal ll leur étoit dit
etl'audace? la prédestination.
tous ceux qui étoient tués au combat, se
que trouvoient à l'instant transportés en Guinée.
Dans la guerre des révoltés, les nègres officiers prenoient le nom de leurs anciens maîtres
blancs, --- Page 221 ---
D'UN NATURALISTE
blancs, pour avoir plus de droits de commander
à leurs semblables. Les officiers tués et ramassés
surle champ de bataille, étoient enterrés
leurs armes,
avec
Une sécheresse générale désolant le
de T'Artibonite, surtout les cotonneries quartier
ne peut submerger à volonté
qu'on
par cause de
T'aloignement de canaux ou rivières, il
eut
en 1803 une disette complète de vivres de y
espèce, resourcejournalière pour le cultivateur. toute
A celte disette éloit nécessairement attachée
hausse considérable aux marchés des villes voi- une
sines, dans le prix des légumes ou racines
alimentaires. Les prêtres des idolâtres de notre
babitation entourée d'eau, et toujours féconde
en ces denrées comestibles,
servir de leur
imaginérent de se
caractère, et de profiter de leur
influence pour en imposer aux idolâtres de leur
secte,et exiger d'eux une partie de leur
bien décidés à en tirer parti en leur faveur récolte, ils
annoncèrent aux trop crédules
:
que leur grand dieu, qui combattoit superstitieux,
pour leur
prospérité et leur liberté, étoit allé à la
et que, par un excès de sa
guerre,
avoit été
valeurintrépide, il y
blessé; qu'il leur interdisoit donc
jusqu'à nouvel ordre, l'usage du calalou, de
toute espèce de feuilles et fruits du
mon, etc., destinant toutes ces plantes vulné- girauToME III,
O
dules
:
que leur grand dieu, qui combattoit superstitieux,
pour leur
prospérité et leur liberté, étoit allé à la
et que, par un excès de sa
guerre,
avoit été
valeurintrépide, il y
blessé; qu'il leur interdisoit donc
jusqu'à nouvel ordre, l'usage du calalou, de
toute espèce de feuilles et fruits du
mon, etc., destinant toutes ces plantes vulné- girauToME III,
O --- Page 222 ---
- 2
VOYAGES
raires, résolutives et maturatives au pansement
blessures! Les pauvres
de ses larges et profondes tous les fruitsde leurs
croyans d'apporter àl'envi bienheureux de ponjardins, et de se regarder faveur de leur divivoir faire quelque chose en
et
de se réjouir
nité; et les prêtres trompeurs, de
tous les
de vendre furtivement, ou
manger à leur
topiques, et autres remèdes consacrés
dieu imaginaire. victimes du fanatisme le plus réUne de ces
tirai de cette erreur grosvoltant () que je
etje
me conduisit à leur rassemblement,
sière,
devant un gros mapou creusé par
vis adorer,
résidence,
le tems, une couleuvre quiyfisoitsa des prières, on
dans l'intervalle
et à laquelle,
quoi se nourrir, en viande,poisson,
apportoitde
et surtout du lait pour se démoussa, calalon,
les prêtres avoient soin
saltérer, provisions que
au
premier momentd'abwence
de faire disparoitre
à T'excès, les nègres croient à
(1) Superstitieux de certains jours, ets'imaginent
Tinlluencemlheurees
avenir, oû ils augurent
pressentir souvent un fâcheux s'il est offert par la main
mal du don qu'on leur fait,
se troubler en ce cas,
gauche. On a vu de ces fanatiques terminer par la mort leur
tomber malades, et enfin
les idolâtres portent
existence inquiète. Cest pourquoi gardes-corps, et qui les
des fétiches qu'ils appellent de tout sortilége.
préservent, disent-ils,
Tinlluencemlheurees
avenir, oû ils augurent
pressentir souvent un fâcheux s'il est offert par la main
mal du don qu'on leur fait,
se troubler en ce cas,
gauche. On a vu de ces fanatiques terminer par la mort leur
tomber malades, et enfin
les idolâtres portent
existence inquiète. Cest pourquoi gardes-corps, et qui les
des fétiches qu'ils appellent de tout sortilége.
préservent, disent-ils, --- Page 223 ---
D'UN NATURALISTE.
des sectateurs,
annonçant ces offrandes consommées en leur présence, ete exigeant lenr
ment par d'autres. Un mouvement remplaced'indignation
m'ayant saisi, j'eus la
la nullité
lanlieuedelenrantemes
des pouvoirs de leur fétiche, en les
persnadant qu'un dieu dépendant de la volonté
et de la puissance de l'homme, n'éloit
dieu. Murmures! mais,
plus un
les
comme à cette époque
nègres étoient plus politiquement soumis aux
blancs par des ordres de
j'osai achever
Torsaint-Lonerture,
ma tentative, et en Jeur criant:
Voyez quel est votredieu, et combien jesuis
puissant que lui! J'ajustai aussitôt la couleuvre plus
Cris reployée sur elle-même, et mon coup la cribla.
affreux !!! désolation universelle! Il
un silence après lequel le chefme dit
se fit
) vous va voir, fusil à
: ( Maître,
> nioun'
vous pas capab' tuié,
pièce gibier z'encor' >! Ce qui veut
dire : ( Maitre, qu'avez-vous fait, le dieu
) vous punir de votre audace;
va
> fanssé,età à l'avenir
votre fasil est
vous ne pourrez plus tuer
) avec, une seule pièce de gibier ) !Je ris de
cette superstition, et pour mieux leur
leur erreur, 5 je tuai devant eux la prouver
tourterelle qui me passa à portée. Je vis première tous ces
idolâtres intrigués, mais je ne sais quel effet aura
produit sur leur morale cet événement bien fait
pour les convaincre de leur erreur.
--- Page 224 ---
- J 2
VOYAGES
de la superstition des
On peut encore juger
J'avois chassé
nègres par ce trait caractéristique. du Port-detoute une matinée dans les mornes
en même tems pour ajouPaix, oàj jherborisois
des
et
ter à ma collection des oiseaux,
plantes,
concerne un choix de ce genre.
tout ce qui
dans ma course incertaine,
Un noir me.guidoit
devoit être
de tout ce qui
rapet se chargeoit Nous étions au mois d'août, et
porté à la case.
se conanimales ne pouvant
les productions
au- plus
les dessinois pour préparer
server, je
oiseaux. Mon conducteur ne
vite la peau des
le fis
m'avoit point encore vu à l'ouvrage; je
faire reconnoitre les oiseaux que
venir pourlui matin devant lui. Quelle fut sa
j'avois tué le
attitude vivante, et
surprise, de voir dans une
n'existoient
des
des oiseaux qui
sur
papiers,
en s'écriant tout
plus 1 il recula de frayeur,
dieu!!!
enroué : ( Ah! bon dieu!!! bon
même! queu
blanc france ci lalà li diab'
> bagage! comme' li coucher en haut papier
)) Guetté
Ah! bon dieu!!! bon
) toute' bagage layo!
que de voir
> dieu >! Rien de moins surprenant
d'un
étonné, à la vue
un homme de ce genre,
mais de le voir entravail qu'il ne peut définir,
et
boire
suite refuser de prendre mon. verre, d'y
un nègre se feroit fouetter;
du tafia pour lequel
mon attente.
c'est ce qui surpassa
! comme' li coucher en haut papier
)) Guetté
Ah! bon dieu!!! bon
) toute' bagage layo!
que de voir
> dieu >! Rien de moins surprenant
d'un
étonné, à la vue
un homme de ce genre,
mais de le voir entravail qu'il ne peut définir,
et
boire
suite refuser de prendre mon. verre, d'y
un nègre se feroit fouetter;
du tafia pour lequel
mon attente.
c'est ce qui surpassa --- Page 225 ---
D'UN NATURALISTE
Le relivenentdeisluette, de la brisquette (1),
et quelques chandelles de suif de France, sont
les seuls consolateurs des mourans, parmi les
noirs non policés. Un homme à l'agonie se dit
soulagé de quelque maladie qu'il ait, si on l'enlève parles cheveux pour la chute de la luette; et
c'est pour cette raison qu'en se les faisant
les nègres en réservent une toufle au dessus couper, de
la fontanelle; si donc on frappe le
redoublés sur
maladed.comps
l'estomac pour la
si
on
lui fait cadeaud'une chandelle brisquette;
s'oindre le
pour sucer ou
corps, ou avaler dans les infusions
dont ils font usage pour toutes les affections de
poitrine, il se dit guéri.
On ne peut rendre la vénération qu'ont les
nègres pour le suif France, auquel ils attribuent
des verttis toutes particulières, etqu'ils regardent
comme leur panacée universelle. L'un de nos
sujets, un vieux hattier appelé Louis, me vantoit
un jour toutes les qualités du suifFrance. Il me
(1) Les nègres sont fort sujets à la
mais ils prétendent que ce mal
cardialgie,
du dérangement du
insupportable provient
pellent brisquette. Les cartilage xiphoide qu'ils apdevienneut voraces nègres, ordinairement sobres,
leur
lorsqu'ils tombent malades; d'après
tuié cor systéme, à de de beaucoup manger pour ne pas
de faim. yo grand goit. De grand goit veut dire
0 3
. Il me
(1) Les nègres sont fort sujets à la
mais ils prétendent que ce mal
cardialgie,
du dérangement du
insupportable provient
pellent brisquette. Les cartilage xiphoide qu'ils apdevienneut voraces nègres, ordinairement sobres,
leur
lorsqu'ils tombent malades; d'après
tuié cor systéme, à de de beaucoup manger pour ne pas
de faim. yo grand goit. De grand goit veut dire
0 3 --- Page 226 ---
-
wu - -
VOYAGES
à une caisse de chanfaisoit sa cour par rapport Comme elle étoit
delles qu'il voyoit déballer:
de ne ponvoir la faire"tenir
molle au point
droite,ile en exaltoit la supériorité sur unebougie
je lui montrois, et que je lui offrois'au lieu
quej chandelle. 1 la repoussa; en me disant :
d'une
bien connoi' souif France myore passé
( Moi,
layo, qui vini couyounin moun'
)) ciliz'Anglis
sentir pièce, et
)) de avec vié sonifà yo qui pas
dire :
dour semblé baton )). Cequi veut
) qui
bien
ce n'est pas du suif de
( Je connois
que
celui des
) France.; il est bien meillenr que
viennent tromperle monde avec
)) Anglais, qui
n'a aucune odeur, et qui
)). lenr vieux suif qui
> est dur comme un bâton ).
Ce même battier, desséché par l'étisie 2
refnsa de bous alimens que nons lui faisions
demandant en place un morceau
administrer,
même de suifcoulé. Il prétende chandelle, on
de vives exclamadoit, appnyant son dire fondre par dans de la soupe,
tious, qu'en le faisant
soutenoit
ou du sirop de batterie, cette panacée ses foimerveilleusement son estomac contre
de raconter
blesses. Eufin on ne finiroit pas
lès
que feroit un nègre pour
toutes extravagances
un morcean de suif.
de
On fait à Saint-Domingue un grand usage acide
de citron dans les alimens, comme
jus
exclamadoit, appnyant son dire fondre par dans de la soupe,
tious, qu'en le faisant
soutenoit
ou du sirop de batterie, cette panacée ses foimerveilleusement son estomac contre
de raconter
blesses. Eufin on ne finiroit pas
lès
que feroit un nègre pour
toutes extravagances
un morcean de suif.
de
On fait à Saint-Domingue un grand usage acide
de citron dans les alimens, comme
jus --- Page 227 ---
D'UN NATURALISTE,
anti-putride, antiscorbutique et rafraichissant.
Un mulâtre m'en voyant mettre dans tous les
mels à mon arrivée, me dit qu'avec ce régime
jaurois beaucoup de bile. Il basoit son systême
absurde sur la couleur jaune du jus de citron.
L'empire des noirs ayantexpulsidela colonie,
pendant la révolution, une grande partie des
blancs qui n'y éloient plus en sûreté, puisqu'on
ne pouvoit réclamer Papplication des lois qui
leure étoient favorables, on fut obligé de confierà
des nègres la santé des malades de chaque habitation. Je voyois sans cesse un chirurgien noir,
à qui nous payions un abonnement pour tous
nos sujets, venir faire ses visites. In'ymanquoit
jamais toutes les fois que lon tuoit un porc
dont on fait grand usage dans ce pays, lorsqu'il est bouilli avec des bananes mires ou non
mûres. Il semble que de sa case il entendoit les
derniers cris de la victime. On lui avoit donné
le nom de chirurgien drasoir, parce qu'affublé
de sa trousse dans une ceinture de maréchal
ferrant, ayant, au lieu de bistouris, de mauvais
rasoirs, il s'étoit présenté pour ouvrir le ventre
à nne femme lente à accoucher. ( Qui ça,
) disoit-il, tiembéfemme çilalà, quitté moi baye ça,
) faire, moi va ba-lisortiz'enfant cilalà ). Il étoit
pressé, et vouloit, par cette voie meurtrière, hâter
l'accouchement de cette malheureuse négresse
0 4 --- Page 228 ---
VOYAGES
dont j'ens le bonheur de sauver la vie, ayant
renvoyéTempirique pour la délivrer moi-même.
très-expressifs dansle
Il estquelques proverbes
langageo créole;en voici un quiest de ce nombre.
Pour désigner un parleur; et lui reprocher ses
verbiages, on lui dit : ( Bouche à toi pas gagné
) dimanches. Dimanche en ce cas équivaut 'au
mol repos. fainéant vent-il répondre en mêie
Un nègre voix secrète de son indolence, et à
tens à la
il
celle plus criarde encore de sa gourmandise,
sert du
suivant: : (( Moussa gont';
se
mal proverbe )). Oul bien: ( Quele moussa est bon!
)) piler
est facheux d'être obligéd'en pilerle
) maisqu'il
) mais )).
s'il est le
Lorsqu'nn nègre en veut à un antre,
plus hardi, il va trouver son ennemi; et pour
linjurier. el le défier, il fait claquer ses doigts
signe de rixe, semblant dire : aJe me
pour
toi>. Unedes grandes menaces qu'on
) moquede
l'iniciler encore, c'est celle ci; lorsque
peut
murmures
mitié est ponsséei à sonI période,queles
commencent, que les mouvemens impatiens
angmentent, et que la fureur échauffe, embrase
naturellement exaltés, l'agresseur
ces cerveaux
le
crie à son adversaire comme pour provoquer
moué n'a pas taqué
alaluite : ( N'a pas taqué
à toué, si toué capon, prends
(I mon z'affaire
ci; lorsque
peut
murmures
mitié est ponsséei à sonI période,queles
commencent, que les mouvemens impatiens
angmentent, et que la fureur échauffe, embrase
naturellement exaltés, l'agresseur
ces cerveaux
le
crie à son adversaire comme pour provoquer
moué n'a pas taqué
alaluite : ( N'a pas taqué
à toué, si toué capon, prends
(I mon z'affaire --- Page 229 ---
D'UN NATURALISTE
D garde! moné Va casser boudin toué )). Ce qui
veut dire : ( Ne m'échauffe point, ne m'attaque
) point, et si tu es capon, tremble! prends garde
)) de m'irriter davantige, on je te crève le
ventre )).
Je voyageois de Saint-Marc au Portan-Prince
avec le gérant de Thabitation, qni y éloit demandé pour des questions relatives à notre levée
de séquestre, et pendant les trente lienes de distance on aperçoit toujours, en côtoyant le rivage
de la mer, la montagne de la Gonave qui se
trouve et forme une ile au milieu du canal du
Port-au-Prince. ( Jean-Louis, lui disois-je,
) aimerois-tu vivre à la Gonave? tu y aurois
) du gibier, du poisson en quantité, et tu serois
) maître absolu dans cet endroit inhabité.
5 Paix boucheà vous, me répond-il, moué
> v'lé allé là : qui çà mon capab' faire? qui? pas
) Gonave ci là? Gonave ci lalà bagage après
) suiv' moun' d' layo marchant sus l'ean tant
) com' monde ). Il croyoit que la montagne
changeoit de place comme nous!
Lorsqu'un nègre créole veut parler de la
femelle du cog, il l'appelle maman poule :
( Vla n'ioun' maman poule.
I
Ou
qui grasse oui ) :
( Voilà une poule bien grasse ) !Le mâle de
la truie, papa cochon : ( Papa cochon ci Talà
) li bon pour yo "saigné li ). Ou ( Il est tems --- Page 230 ---
- 7
VOYAGES
boeuf,
)) de tuer ce cochon ). On ditaussi: Papa
maman boeuf, maman seringue, etc.
Al@poquedetsnanelaed oàles blanesn'avoient
aticune autorité, et où leur plus pure intention
étoit souvent même mal interprétée, il s'éleva
entre deux de nos nègres au sujet
une dispute
lun d'eux. Ils vinrent
d'un cheval volé par
réclamer justice auprès de nous; mais, nous
bien d'émettre notre opinion, 2 nous
gardant chercher le capitaine de gendarmerie
envoyâmes
sur-le-champ
qui, nègre comme eux, prononça
en faveur de celui qui pouvoit le récompenser
de son zèle.
maltraité,
Le pauvre condamné fut aussitôt
être conduit
lié et garrotté sur un cheval, pour
de rire
en prison; ; mais je ne pus m'empécher
du dialogue suivant entre le gendarme et Aza,
nègre jugé coupable ; le voici :
si fort
AzA. Ah çà frère, n'a pas'marrer moué
donc !
LE GENDARME. Si frère (1).
Aza. Mon pas voleur pourtant.
LE GENDARME. Si frère.
sabre tienn'
AzA. Mon pas capab' marchésans
à moué.
() On sait que les nègres sappellent frères et sceurs autant
lorsqu'ils ont) la même marraine, qu'ils révèrent
que leur mère.
le voici :
si fort
AzA. Ah çà frère, n'a pas'marrer moué
donc !
LE GENDARME. Si frère (1).
Aza. Mon pas voleur pourtant.
LE GENDARME. Si frère.
sabre tienn'
AzA. Mon pas capab' marchésans
à moué.
() On sait que les nègres sappellent frères et sceurs autant
lorsqu'ils ont) la même marraine, qu'ils révèrent
que leur mère. --- Page 231 ---
DUN NATURALISTE
21g
Le GENDARME. Si frère.
AzA. Mon pas capab' monté en haut cheval ci
lala.
LE GENDARME. Si frère.
AzA. (Frappant du pied, pleurant et s'arrachant les cheveux.) Moué pas capab' m'y
tiembé.
LE GENDARME. Si frère.
AzA. (Plus résolu.) Et jupe à commère à
moué, baye moué li pour couvrir moué... hai!..
haî hai! vous 'marrez trop fort.
Du courage, Toquaille, lui crioit le gérant
Jean-Louis Aza, qui portoit le même nom.
On monta le pauvre patient sur le cheval, et on
lui lia les pieds pardessousle ventre de l'animal;
mais il paroît qu'il étoit maitre fripon, et exercé
dans la jonglerie, puisque, malgré les entraves,
nous apprimes qu'il s'dchappa.
Une négresse agée, infirme, ayant le corps
couvert de pians (r), alloit la tête nue, vêtue seulement d'un tanga en lambeaux, chercherdansle
jardin un peu d'herbe pour en faire un calalou,la
seule nourriture que ses facultéslui permettoient
de prendre, lorsqu'on vint lui annoncerF'arrivce
de son fils, gnide de Tonssint-Lonverture, et
resté au service depuis plusieurs années. Marie
() Ulcères vénériens. --- Page 232 ---
VOYAGES
Noël sentant ses forces se ranimer au nom.du
seul enfant qui lui restoit, hâtoit ses pas chancelans, dansl'espoir de retrouver un soutien dont
l'absence étoit Funique cause de sa détresse;
quelle fut sa surprise quand ce fils dénaturé
environné de tous les nègres de T'habitation qui
étoient joyeux de le revoir, apercevant sa mère
de
et dans l'état de
nue ou couverte lambeaux,
la
misère le plus complet, feignit de ne plus
reconnoitre, et la repoussa avec horreur, en
disantque cette vieille zombie vouloitle tromper,
qu'il n'avoit jamais été son fils, qu'il rougiroit
de lui appartenir ; qu'à son départ il avoit àla
vérité, laissé sa mère infirme, mais qu'elle
possédoit un mobilier auquel il n'étoit point
disposé à renoncer! Qu'on se peigne l'état
désesperé de cette pauvre mère, répudiée par
son fils, avec menaces, coups et invectives ; se
roulant, mordant la terre oû elle vouloit entrer.;
elle appeloit la mort à son scours,lorsquenous
l'aperçhmes, et la fimes venir à la case. Dès ce
jour elle fut mise sous notre protection spéciale,
et nourrie des restes de la table. Elle étoit
tellement décharnée qu'on eût pu peindre son
squelette d'après nature. Le procédé du fils
m'ayant donné la plus mauvaise opinion de ses
principes,j'en écrivis à Tonsetnttonerureoqe
rappela ce fils ingrat à son corps, etle fit punir.
l'aperçhmes, et la fimes venir à la case. Dès ce
jour elle fut mise sous notre protection spéciale,
et nourrie des restes de la table. Elle étoit
tellement décharnée qu'on eût pu peindre son
squelette d'après nature. Le procédé du fils
m'ayant donné la plus mauvaise opinion de ses
principes,j'en écrivis à Tonsetnttonerureoqe
rappela ce fils ingrat à son corps, etle fit punir. --- Page 233 ---
D'UN NATURALISTE,
Je frémis au souvenir des imprécations qu'un
mulâtre guide de Toussaint, appelé Mazulime,
prononça surla fosse desa mère, en la menaçant
de jeter au vent ses dépouilles mortelles, si sous
peu il n'avoit point d'enfant.
Victimes de l'anarchie, comme tous les
blancs, nos contrariétés se renouveloient chaque jour sur notre propre babitation, au point
que nos cultivateurs, jaloux de nous voir tranquilles, déhouaclèrent (1) le parc où l'on
meltoit jetner nos veaux,afin de leur fournir les
moyens de rejoindre eleurs méres,e et det teterl le lait
sur lequel nous comptions pour notre existence.
Une autre fois, afin d'exciter la vengeance des
têtes déjà
trop exaltées, 2 quelques mal-intentionnés coupèrent les licous des mulets liés à un
poteau, et destinés à charrier le coton. Ce projet
tendoit à les laisser égarer dans les jardins des
cultivateurs,afin qu'ils en mangeassent les productions. Enfin, sur notre propriété, nous
étions moins maîtres que le dernier des esclaves
dopt nous ne pouvions retirer ni services, ni
vivres.
Un nègre maquignon, ne pouvant dompter
un cheval peautre, avoit attaché à sa queue son
chien fidèle qui voltigeoit impitoyablement au
() Terme du pays, qui veut dire démembrer. --- Page 234 ---
VOYAGES
gré de la course irrégulière du quadrupède,
lui lançant des ruades dont le chien fut tout
écloppé. La course finie, ce nègre cruel détacha
dontla première démarche fut de se
son chien,
de son maître
y chercher
traîner aux pieds
pour
encore sa main caressante, oubliant soni injustice
yenoient de le livrer à un si
et sa cruauté qui
affreux supplice!
créoles,
Enfin on voyoit parmi les nègres
dont limmoralité est ponssée au dernier point,
et dont les principes sont incomparablement
que ceux des Africains ; on
plus corrompus
leurs filles
voyoit, dis-je, des pères prostituer
très-modique, et leurs mères
pour une somme
trafiquer de leur virginité.
Un mulâtre de la même habitation, qui se
vantoit d'avoir versé le sang des blancs avec
de
et de sang-froid que celui des
autant plaisir
animaux, prit, afin de se retracer ses forfaits,
brebis
ouvrit, ou plutôt qu'il déchira
une
qu'il
les viscères
vivante, pour en arracher en riant
palpitans!l!
d'un beau verger de ThaJe revenois un soir
de
bitation, où sur le bord de la rivière limpide
PEster je m'étois assis à l'ombre d'épais baméplucher, peler et savourer
bous, pour y
la
et le corrosol
Yorange, la goyave, sapotille Jorsque je
qui enrichissent cette plantation,
ou plutôt qu'il déchira
une
qu'il
les viscères
vivante, pour en arracher en riant
palpitans!l!
d'un beau verger de ThaJe revenois un soir
de
bitation, où sur le bord de la rivière limpide
PEster je m'étois assis à l'ombre d'épais baméplucher, peler et savourer
bous, pour y
la
et le corrosol
Yorange, la goyave, sapotille Jorsque je
qui enrichissent cette plantation, --- Page 235 ---
D'UN NATURALISTE.
surpris deux négrillons se livrant en cachette à
leur odieuse méchanceté, L'un d'eux,après avoir
cassé la patte d'un chien qu'il avoit pris à
l'éperlin, l'avoit amarré afin de mieux le battre
à son aise, en l'écrasant entre deux planches.
L'autre,non moins cruel, retiroit par. la jambe
un chevreau du tetin de sa mère, afin de le
faire languir et crier. Quelle dépravation de
moeurs! quelle perspective pour leur vie future!
Je les fis marcher devant moi touslesdeux,
etje
les conduisis à leur mère qui, après les représentations convenables, 2 leurinfligea la plus dure
punition, en les privant du moussa et du tumtum (mélange de bananes mûres et de patates
bouillies et pilées au mortier) qu'elle distribua
devant les fautifs à ses autres enfans.
La nourrice de ma belle-mère, étant sur
le point de mourir, demanda dans son agonie
lente et douloureuse une goutte de tafia
rincer sa bouche; ses enfans lui refusèrent pour
en
Pacobantdinjaresrelle mourutunebeureaprés
Aussitôt, pour satisfaire aux coutumes du
ces mémes enfioss'arrachoient) les
pays,
cheveux, pleuroient avec sanglots, tellement qu'au bout de
six heures de cette douleur feinte, ils étoient
enroués. Voici la coutume satisfaite. Maintenant
il fallut préparer la dernière demeure à ce
déjà putréfié ; aucun des parens ne voulut corps --- Page 236 ---
VOYAGES
pourvoir aux préparatifs, et sans linceul, sans
Sraeiaemeratass esademeure,
lorsque nous l'envoyâmes ensevelir, et porter
nègres de la grande case, dans un
en terre parles
cercueil qui lui fut préparé. On rassembla,
comme il est d'usage, quelques enfans pour
précéder le corps, et dont Pund'eux portoit une
croix del bois faite surle-champavec une branche
d'arbre quelconque. Les parens immoraux et
dénaturés, qui d'abord s'étoient retirés, 9 repatous
le festin du calenda et la danse
rurent
pour
funéraire. Nous fames forcés de tolérer ce rassemblement, dont le composé nous révolta; ; les
n'ayant plus de
blancs à cetle époque (1802)
pouvoir sur leurs nègres, nous nous condannâmes au silence.
Les Guinéens s'entre-aident dans T'infortune,
mais les nègres créoles sont plus égoistes, et
la plupart sans charité. Un de nos sujets,
nommé Léon, lépreux depuis long-tems (ne
être retenu à l'infirmerie, puisque
pouvant des noirs les avoit abolies sur. les
l'empire
vivoit avant notre arrivée, à la
habitations)
merçi de tous les cultivateurs de Phabitation,
lorsque tous ses bienfaiteurs, d'un commun
accord, le chassèrent ignominieusemient toutes
les fois qu'il venoit réclamer de quoi alimenter
Il maigrissoit à vue d'ail,
son corps impotent.
faute
(ne
être retenu à l'infirmerie, puisque
pouvant des noirs les avoit abolies sur. les
l'empire
vivoit avant notre arrivée, à la
habitations)
merçi de tous les cultivateurs de Phabitation,
lorsque tous ses bienfaiteurs, d'un commun
accord, le chassèrent ignominieusemient toutes
les fois qu'il venoit réclamer de quoi alimenter
Il maigrissoit à vue d'ail,
son corps impotent.
faute --- Page 237 ---
D'UN NATURALISTE
faute de secours, et eût infailliblement succombé
às sa misère sans notre arrivée.
La reconnoissance d'un Dieu, voilà la base
des vertus sociales ; un athée, s'il
exister, est-il un être moral?!! Sans peut en
m'étendre
sur un sujet si délicat à traiter, je rapporterai
seulement que l'impiété qui existe parmi les
nègres depuis la révolution, a été la cause
de désordres,de malheurs réitérés, et de forfaits
inouis. Tonssint-Lonventure,
croyant devoir
rappeler les nègres à leur devoir, avoit ordonné
sur chaque habitation une prière du soir. C'est
à cette époque que nos nègres divisés par les
opinions élevèrent un scbisme entr'eux. Ils
rioient les uns des autres dans les cérémonies
pieuses,. jusque-là que de mauvaises mères
disoient à leurs enfans de ne pas prier Dieu,
puisqu'il ne les empêchoit pas de mourir!
Chaque habitation dans les colonies renfèrme
un local destiné à recevoirles nègres défunts. Le
cimetière de l'Étable étoit loin du tumulte de
notre peuplade. Dans une enceinte protégée
des cardasses, raquettes, pingoins, divers aloès par
et autres plantes épineuses qui en interdisent
l'entrée aux animaux; dans ce lieu paisible,
témoin seulement des plaintifs accens de l'ortolan, poursuivant toujours sa compagne, ou
du rouconlement mélancolique du tourtereau
TouE III,
P
défunts. Le
cimetière de l'Étable étoit loin du tumulte de
notre peuplade. Dans une enceinte protégée
des cardasses, raquettes, pingoins, divers aloès par
et autres plantes épineuses qui en interdisent
l'entrée aux animaux; dans ce lieu paisible,
témoin seulement des plaintifs accens de l'ortolan, poursuivant toujours sa compagne, ou
du rouconlement mélancolique du tourtereau
TouE III,
P --- Page 238 ---
VOYAGES
,reposoient
rappelant près de lui sa tendre moitié, Rarement
de tous ces malbeureux.
les dépouilles alloit pleurer sur l'auteur de ses
un bon fils y
vit avec horreur un
jours : plus souvent on y
guide de ToussintLotverture,
être barbare,
morte pendant
insulter aux manes de sa mère,
blasphémer contr'elle, de ce qu'il
son absence;
lui à son
n'avoit trouvé aucun argent pour
par mépris négresse gros'
retour ; l'appeler
de Guinée,
parce qu'elle étoit originaire
peau,
moins délicate que lui, qui
et par conséquent
tous les nègres créoles,le
se donnoit, ainsi qu'à
et
De là une division,
nom de nègres peaufin.
Ce fils pervers poussa
des rixes sur Phabitation. déterrer sa mère avec
T'infamie jusqu'à vouloir
à la
sabre pour abandonner ses dépouilles
son
caîmans qui avoient près de là leur
voracité des
volontiers de
repaire 2 et qui se nourrissent
chair corrompue.
avec mon doJe côtoyois un jour ce cimetière
espèce
un petit scops,
sigme.liongseistesee près d'une fosse, sur le bord
dechat-huant,placé) lui-même, et oà il avoit
d'un trou creusé par
pointdele prendre
établisa demeure. Familieraup mettois à même de P'ajouter
à la main, je me
couchois mon fusil en
à ma collection. Déjà je
s'écria : cHail
joue, lorsque Nicolas mon nègre faire? oiseau
> maitr' à moi,.qui ça vous va
iongseistesee près d'une fosse, sur le bord
dechat-huant,placé) lui-même, et oà il avoit
d'un trou creusé par
pointdele prendre
établisa demeure. Familieraup mettois à même de P'ajouter
à la main, je me
couchois mon fusil en
à ma collection. Déjà je
s'écria : cHail
joue, lorsque Nicolas mon nègre faire? oiseau
> maitr' à moi,.qui ça vous va --- Page 239 ---
D'UN NATURALISTE
> ci làlà n'a pas gagné malice piece, li gardé
) toutes camarade' à nous: ; guettéz
li
D faire à vous coucout ) ! Ce qui comm'.ça veut dire
( Ah! mon maître, qu'allez-vous faire ? :
) oiseau n'est pas méchant, il veille auprès cet de
) tous nos frères; voyez comme il l'vous fait la
) révérencep! En effet, dès que l'on
deces oiseaux
passe auprès
qu'on trouve toujours au guet aux
deux flancs de leur trou, ils
cri en faisant à
fois poussent un petit
chaque
une révérence, et se
tournant à mesure que l'objet animé
d'eux ; mais cette révérence qu'on attribue s'éloigne
bon accueil de ces oiseaux, est un mouvementdd au
à l'inqniétude qu'ils ont de voir
autour d'eux. La passion des calendas quelqu'étranger
est siimpérieuse parmiles nègres que les parens del'agonisant, dans l'impatience de se livrer à la danse
dès qu'il expire, lui disent tous ordinairement:
( Papalqui ça ça?
:
pourquoi vous pas
) pour l'aut moun'de,
partir
)) Boun' Dieu, bezouin quoi ça vous tendez ?
vous; faut pas boucher
)) cheminàz'autres, partez pour mettre tambour
) déhors ). Ce qui veut dire : (J Papa! comment
) cela ? pourquoi ne vous
))
décidez-vous
à mourir, qu'attendez-vons donc? le bon pas
> Dieu a besoin devous ; en restant sur
) vous empêchez à un enfant de
terre, 2
naitre; mourez
P 2 --- Page 240 ---
- :
VOYAGES
)) donc bien vite, afinque nouspuissions mettre
) le tambour dehors )).
Selonles nègres, dit] N.MereandeSintMéy,
Dieu fitlhomme, et le fit blanc : le diable qui
l'épioit, fit un être tout pareil; mais le diable
le trouva noir 8. lorsqu'il fut achevé, par un châtiment de Dieu qui ne vouloit pas que son
ouvrage fit confondu avec celui de l'esprit
malin. Celui-ci fut tellementi irrité de cette différence, qu'il donna un soufllet à la, copie, et la
fit tomber sur la face, ce qui lui aplatit le nez et
lui fit gonfler les lèvres. D'autres nègres moins
modestes, disent que le premier homme sortit
noir des mains du Créateur, et que lel blanc n'est
qu'un nègre dont la couleur est dégénérée.
Selon M: Moreau de St.-Méry, on reconnoit
parmi les nègres d'Afrique qu'on débarque à
Saint-Domingue, 2
Des Angouas;
Des Créoles;
Aoussas;
De la côte des Dents;
Aradas;
De la côte des Esclaves;
Bambaras;
Des Graines ou de
Bissagots;
Malaguette;
Blancs ou Albinos; De la côte d'Or;
Bouriquis;
De Madagascar;
Cangas 5
Du Benin;
Caplaous;
Cap Vert;
Congos;
Galbar;
Cotocolis;
Monomotapa;
rique qu'on débarque à
Saint-Domingue, 2
Des Angouas;
Des Créoles;
Aoussas;
De la côte des Dents;
Aradas;
De la côte des Esclaves;
Bambaras;
Des Graines ou de
Bissagots;
Malaguette;
Blancs ou Albinos; De la côte d'Or;
Bouriquis;
De Madagascar;
Cangas 5
Du Benin;
Caplaous;
Cap Vert;
Congos;
Galbar;
Cotocolis;
Monomotapa; --- Page 241 ---
D'UN NATURALISTE.
Des Fantins;
Des Mokos 5
Foëdas; ;
Mondongues;
Fonds;
Mousambès;
Foules, 3 Poules ou
Mozambiques :
Poulardes;
Nagos;
Ibos;
Ouaires;
Mais;
Popos;
Mandingues; ;
Quiambas;
Mayombès;
Sénégalais;
Mines 5
Socos 5
Misérables;
Yoloffes.
Je crois pouvoir intéresser le lecteur en lui
faisant aussi connoitre, d'après le même auteur,
le résultat de toutes les nuances produites par
les diverses combinaisons du mélange des blancs
avec les nègres, et des nègres avec les caraibes,
ou sauvages ou indiens occidentaux, et avec les
indiens orientaux.
I.
Combinaisons du Blanc.
D'un blanc et d'une négresse vient un mulâtre.
mulâtresse,
quarteron.
quarteronnée,
métis.
métisse,
mamelouck.
mamelouque, quarteronné,
quarteronnée,
sang mélé.
sang mélé,
sang méléqui approche du blanc.
maraboue,
quarteron.
griffonne, 2
idem.
sacatra. 3
idem.
P 3 --- Page 242 ---
-
VOYAGES
II.
Combinaisons du nègre.
D'un nègre et d'une blanchevient un mulâtre.
sang mélé,
idem.
quarteronnée, idem.
mamelouque, idem.
métisse, 9
idem.
quarteronnée, marabou,
mulâtresse,
griffe.
maraboue,
idem.
griffonne,
sacatra.
sacatra,
idem.
III.
Combinaisons du mulâtre.
D'un mulâtre et d'une blanche vient
un quarteron.
sang mélé,
idem.
quarteronnée,
idem.
mamelouque,
idem.
D'un mulâtre et d'une métisse,
idem.
quarteronnée,
idem.
maraboue,
mulâtre.
griffonne,
marabou.
sacatra, 2
idem.
négresse,
griffe.
IV.
Combinaisons du quarteron.
D'un quarteron et d'une blanche vient un métis.
sang mélé,
idem.
quarteronnée,
idem.
mamelouque,
idem.
métisse,
idem.
mulâtresse, 2
quarleron.
maraboue,
idem. --- Page 243 ---
D'UN NATURALISTE.
D'un quarteron et d'une griffonne vient un mulâtre.
sacatra,
idem.
négresse,
marabou.
V.
Combinaisons du métis.
D'un métis et d'une blanche vient un mamelouck.
sang mélé,
idem.
quarteronnée,
idem.
mamelouque,
idem.
quarteronnée,
métis.
mulâtresse, >
quarteron.
maraboue. ,
idem.
griffonne,
idem.
sacatra,
mulàtre.
négresse,
idem.
VI.
Combinaisons du mamelouck.
D'un mamelouck etd'une blanche vient un quarteronné.
sang mélé,
idem.
quarteronnée, idem.
D'un: mamelouck et d'une métisse vient un mamelouck.
quarteronnée,, métis.
mulâtresse, 3
quarteron.
maraboue,
idem.
griffonne,
idem.
sacatra,
mulâtre.
négresse,
idem,
VII.
Combinaisons du quarteronné.
D'un quarteronnéetd'uneblanche vient ul sang mélé.
sang mélé,
idem.
mamelouque, quarteronné.
P 4
sang mélé,
idem.
quarteronnée, idem.
D'un: mamelouck et d'une métisse vient un mamelouck.
quarteronnée,, métis.
mulâtresse, 3
quarteron.
maraboue,
idem.
griffonne,
idem.
sacatra,
mulâtre.
négresse,
idem,
VII.
Combinaisons du quarteronné.
D'un quarteronnéetd'uneblanche vient ul sang mélé.
sang mélé,
idem.
mamelouque, quarteronné.
P 4 --- Page 244 ---
a
NA
VOYAGES
D'un quarteronnéetd'unemétisse vient un mamelouck,
quarteronnée, métis.
mulâtresse,
quarteron.
maraboue,
idem.
griffonne,
idem.
sacatra,
mulâtre.
négresse,
idem.
VIII
Combinaisons du sang mélé.
D'un sang mélé et d'une blanche vient un sang mélé.
quarteronnée, idem.
mamelouque, quarteronné.
métisse,
mamelouck.
quarteronnée, métis.
mulâtresse, quarteron.
maraboue,
idem.
griffonne,
idem.
sacatra,
idem.
négresse,
mulâtre.
IX.
Combinaisons du sacatra.
D'un sacatra et d'une blanche vient
un quarteron.
sang mélé,
idem.
quarteronnée,
mulâtre.
mamelouque,
idem.
métisse,
idem.
quarteronnée,
idem.
mulâtresse,
marabou.
maraboue 9
griffe.
griffonne,
idem.
négresse,
sacatra. --- Page 245 ---
D'UN NATURALISTE,
X.
Combinaisons du griffe.
D'un griffe et d'une blanche vient
un quarteron.
sang mélé,
idem.
quarteronnée,
idem.
mamelouque,
idem.
métisse,
idem.
quarteronnée,
mulâtre.
mulâtresse,
marabou.
maraboue,
idem.
sacatra,
griffe.
négresse,
sacatra.
XI.
Combinaisons du marabou.
D'un marabou et d'une blanche vient un quarteron.
sang mélé,
idem.
quarteronnée,
idem.
mamelouque,
idem.
mélisse,
idem.
quarteronnée,
idem.
mulâtresse,
mulâtre.
griffonne,
marabou.
sacatra, 9
griffe.
négresse,
idem.
XII
Combinaison des sauvages et caraibes de VAmérique ;
ou indiens occidentauz.
Comme leur nuance est celle du mulâtre,leurs combinaisons ont exactement les mêmes résultats, excepté
que les cheveux sont moins crépus dans les combinaisons qui approchent du nègre, à partir du mulâtre,
idem.
quarteronnée,
idem.
mulâtresse,
mulâtre.
griffonne,
marabou.
sacatra, 9
griffe.
négresse,
idem.
XII
Combinaison des sauvages et caraibes de VAmérique ;
ou indiens occidentauz.
Comme leur nuance est celle du mulâtre,leurs combinaisons ont exactement les mêmes résultats, excepté
que les cheveux sont moins crépus dans les combinaisons qui approchent du nègre, à partir du mulâtre, --- Page 246 ---
VOYAGES, etc.
longs et plus droits dans les comet qu'ils sont plus
du mulâtre pour aller vers le
binaisons qui partent
blanc.
XIIL
Combinaisons des indiens orientaux.
Leur nuance étant celle du griffe, les combinairésultent de leur mélange peuvent être comsons qui à celles du sacatra. Mais les cheveux de ces
parées Indiens étant longs et plats, tant que ce caractère
des cheveux est remarquable dans les combinaisons,
indistinctement zingres; et quand
on les appelle deviennent laineux, ils sont confondus
les cheveux
avec les autres combinaisons du griffe, auxquelles
ils ressemblent le plus.
Je vivois tranquille à Saint-Domingue, et
je m'y livrois à mes goûts constans sur PHistoire
naturelle, lorsqu'un autre orage politique vint
gronder, et embraser de nouveau les quatre
parties de la colonie. Les événemens que cette
insurrection funeste fit développer, sont trop
en soustraire la relation que j'ai
majeurs pour
du méd'ailleurs promise. La première partie
moiresuivant est destinée à servird'iantroduction
aux deux autres, dans lesquelles le politique
à juger une couleur en
impartial apprendra
faveur de laquelle une foible pitié fit long-tems
balancer l'incertitude d'un jugement qui ne doit
plus être équivoque. --- Page 247 ---
DÉTAILS DE MA CAPTIVITÉ
PAR QUARANTE MILLE NÈGRES,
Contenant des Anecdotes secrètes sur les règnes
DE
TOUSSAINT-LOUVERTURE ET DESSALINES,
Chefs des Nègres révoltés à Saint-Domingue;
Pour servir à l'histoire de la révolution de ce pays. --- Page 248 --- --- Page 249 ---
AVANT-PROPOS
Am! ne me reportez plus sur une scène
sanglante, ai-je dit bien des fois aux
amis qui m'ont sollicité de publier les
détails de ma captivité !!! Ne me retracez plus des horreurs monstrueuses
dont le souvenir est affligeant autant
qu'il est pénible? Le public, à qui ce
précis est comme annoncé par les
journaux des 22 et 23 fructidor an X,
vous en saura gré, m'ont-ils
C'est donc dans l'intention de répondu. lui être
agréable que j'ai broyé des couleurs
sombres pour nuer mon tableau de son
véritable coloris.
J'ai circonstancié dans la première
partie,lesprincipaux événemens de lavie
d-Totnssint-t.ouventares et del Dessalines
pendant les six années de mon
à Saint Domingue, puisque, plus séjour
sonne, j'étois à même d'observer que perdeux principaux chefs, par le caractère ces
indépendant attaché à mes fonctions de
voyageur naturaliste.
Dans la seconde partic,Pairetracé des
scènes atroces dont j'ai été le témoin
forcé.
la première
partie,lesprincipaux événemens de lavie
d-Totnssint-t.ouventares et del Dessalines
pendant les six années de mon
à Saint Domingue, puisque, plus séjour
sonne, j'étois à même d'observer que perdeux principaux chefs, par le caractère ces
indépendant attaché à mes fonctions de
voyageur naturaliste.
Dans la seconde partic,Pairetracé des
scènes atroces dont j'ai été le témoin
forcé. --- Page 250 ---
- 7
AVANT-PROPOS
Enfin dans la troisième, qui est trèsprécise, je m'écarte de ce théâtre sanglant, pour exposer quelques particularités qu'on ne me saura peut-être pas
mauvais gré d'avoir développées.
Ces faits marqués au coin d'une vérité
donneront à connoitre le génic
pure, actuel des noirs, et la ténacité de leur
principes pour une indépendance entière
et absolue.
Et toi, 6 mon père, quel coeur est plus
digne que le tien de lire avec attendrissement au livre de ma vie ILe sentiment
de la Nature que tu possèdes dans toute
sa pureté, m'est un sûr garant qu'en pensant aux dangers quej j'ai courus, ton ame
sensible s'élevera vers ce Dieu tout-puissant qui, en me copservantTexiatence, au
milieu d'assassins inexorables, a su faire
triompher du crime, etlamour paternel
et la piété filiale. Que de graces à rendre
invisible de mesjours malau Protecteur
sans sa main tutélaire,
heurenx,puisque, tu n'aurois plus de fils, et que) j'ai encore
un père --- Page 251 ---
EMPIRE ARBITRAIRE
DES NOIRS,
Avant l'arrivée du Capitaine - Général
LECLERC.
PREMIÈRE PARTIE,
Pounovor n'avoir point à peindre un climat
fortuné dont les innocens et paisibles habitans
concourent mutuellement à leur bonheur commun Pourquoi n'avoir point à décrire des
sites embellis par les dons prodigues et sans cesse
renaissans de l'infatigable Nature Pourquoi
ne rencontrer que des monceaux de cendres,
ou des ossemens dispersés Pourquoi ne
signaler que des fronts ridés ou noircis de
famée, des yeux ou ruisselans de larmes, ou
étincelans de rage et de désespoir Pourquoi
enfin heurter en tous lieux le crime, et le voir
régner impitoyablement au milieu de ses
cohortes sanguinaires et tumultueuses Pourquoi L'ile de Saint-Domingue sourdement
consumée parun volcan assoupi, prétà vomirde
nouveau la désolation et la mort, étoit à mon
arrivée en l'an VII (1798) l'espoir de tous ses
elans de larmes, ou
étincelans de rage et de désespoir Pourquoi
enfin heurter en tous lieux le crime, et le voir
régner impitoyablement au milieu de ses
cohortes sanguinaires et tumultueuses Pourquoi L'ile de Saint-Domingue sourdement
consumée parun volcan assoupi, prétà vomirde
nouveau la désolation et la mort, étoit à mon
arrivée en l'an VII (1798) l'espoir de tous ses --- Page 252 ---
VOYAGES
les abeilles, arrivoient de
habitans qui, comme
toutes parts pour concourir au rétablissement
d'une colonie naguères si florissante.
Towwsint-Lonverture y régnoit alors en
dominateur. A deux mille lienes de la
souverain
étoit
comme il le dit cent fois, illoi
métropole, doute fort facile de donner des lois, de les
sans
d'absourdre; d'être
révoquer; de condamner,
ou de réprousoumis ou révolté, d'approuver Aussi c'est
ver, de punir ou de pardonner.
de sa
rassasié de ces pensées flatteuses, , jaloux
comptant sur une souveraineté à
suprématie,
fort mal
jamais récusable, qu'il me reçut
pour
de Jettres de recommandation des
être porteur
Elles servirent,
principales autorités d'Europe.
mon malbeur, je l'éprouvai trop
comme pour
en lui de jaloux souplong-tems! ! à développer
tard un ressentiment
çons, à concentrer plus
enfin à déclarer un coup de foudre que
injuste,
détourner en m'enlevant à ses
le Ciel seul a pu
coupables projets.
me ditil alors, de ces
( Qu'ai-je besoin,
> lettres en votre faveur; la France pent-elle
voir d'oà elle est, ce queje fais ici? Ne suis-je
>
libre
> point maître de mon antorité?..
de ma protection Allez..
) dispensateur
parlerai pour
) allez...
à TAribonite, je
) vous à M.Roume ).
Interdit --- Page 253 ---
D'UN NATURALISTE
Interdit parcette première réception
devoir
9 je crus
sur-le-champ en donner avis à l'agent
du gouvernement, M. Roume, qui venoit de
remplacer le général
Hédouville, avec lequel
m'étois croisé à la hauteur de Madère.
je
M. Roume me reçut convenablement
dispositions de mes
aux
diner à
dépéches, et m'invita à
son gouvernement, C'est à ce repas
qu'après s'êtrel long-tems entretenu avec moi des
arts et de l'histoire naturelle, il
m'engagea à
remplir une tâche qu'une société n'avoit
poursuivre, à travailler à la description
pu
mique du caïman de
anatoSaint-Domingue,
demandoit de France. Honoré de la
qu'on
confiance
gu'il me témoigna, 7 je lui promis de
avec vérité et scrupuleuse exactitude les remplir
tions dont il vouloit bien me revétir.
foncsatisfaction de lui tenir
Jai eu la
parole.
Cette entrevue choqua le jaloux et envieux
Towsainc-Lonverture, qui, me rencontrant le
lendemain au sortir de
vivement de n'être
T'agence, me reprocha
point parti pour T'Artibonite,
commej j'avois paru en avoir le projet; et suspendant sa visite, il me ramena à son
nement oùt cette fois il me combla de gouverfeintes
preuves
d'allection, me retint à diner, et me
orça d'accepter de sa main une nouvelle
muission, en me disant que la signature du comToxE III,
papa
Q
rencontrant le
lendemain au sortir de
vivement de n'être
T'agence, me reprocha
point parti pour T'Artibonite,
commej j'avois paru en avoir le projet; et suspendant sa visite, il me ramena à son
nement oùt cette fois il me combla de gouverfeintes
preuves
d'allection, me retint à diner, et me
orça d'accepter de sa main une nouvelle
muission, en me disant que la signature du comToxE III,
papa
Q --- Page 254 ---
VOYAGES
et que je
Toussaint étoit connue par-tout,
voyagerois avec plus de sareéapluudtagrément
ne faisoitquerivaliser
Suomelcedlefamhaiene Roume; mais voulant
le pouvoir de T'agent
et faire plus granprévaloir sur ce dernier, m'autorisa à disposer de
dement les choses, il
dragons toutes les fois que jen
quatre guides
L'ordre à ce
aurois besoin pour mes voyages. commandans milisujet fut envoyé à tous les
de ma
ingénieux de s'assurer
taires : moyen
religion.
encore arrivé à T'Artibonite,
Je n'étois point
m'y
courrier de Toussint-Louverture
qu'un
indisposer sourdement
avoit devancé, pour
contre moile commandant de Farrondissement, innommé Titus d'Hanache 3 nègre
un
qui date dans les annales
trigant et scélérat,
de- mon séjour à Saint-Domingue. des ordres de son tyran,
Fidèle observateur
Titus s'en rendit avec délices le scrupuleux
C'est pourquoi ilétablit sur nous un
exécuteur.
despotique dont les effets oppresseurs
pouvoir
décourager. Envieux du
tendoient à nous
il nous prêta des
fermage de nos habitations,
d'aprés
contre Tousminelonventare,
propos
il espéroit au moins produire
Texamen desquels
notre déportation.
restitution les aniTitus nous fit voler sans --- Page 255 ---
D'UN NATURALISTE.
maux de nos haras, échappés aux précédentes
dévastations par leur invalidité passagère, il
nous fitvexer par nos propres sujets, tourmenter ;
par des esclaves qui refusoient hautement de
nous obéir, jusque-la que possesseurs encore
de sept cent cinquante-trois
nègres, nous étions
obligés de nous servir nous-mêmes, tandis
qu'impunément, et contre notre gré,cec chefaudacieux
en disposoit habituellement.
Toussint-Louerture indisposa
contre nous les administrateurs des également domaines
qui, sous des prélextes avantageux
le
gouvernement, retenoient le prix des fermages pour
qui nous étoient accordés, et usurpant
droits nous asservissoient à
nos
besoins. C'est ainsi qu'on violoit d'impérieux
foi
en ces lieux la
promise aux propriétaires et aux propriétés.
Les gendarmes noirs chargés de l'exécution
de ces dispositions favorables, refusoient de
sévir contre leurs amis ou ceux de leurs connoissances, à plus forte raison contre leurs
parens ou
compères, par un engagement sacré qui les unit
inséparablement. C'est pourquoi lors d'un délit,
la patrouille s'esquivoit et protégeoit
cette
tolérance une dangereuse
par
impunité. Il falloit
souffrir sans se plaindre, à cette époque où les
blancs considéroient peu les sacrifices qu'ils
Q 2
positions favorables, refusoient de
sévir contre leurs amis ou ceux de leurs connoissances, à plus forte raison contre leurs
parens ou
compères, par un engagement sacré qui les unit
inséparablement. C'est pourquoi lors d'un délit,
la patrouille s'esquivoit et protégeoit
cette
tolérance une dangereuse
par
impunité. Il falloit
souffrir sans se plaindre, à cette époque où les
blancs considéroient peu les sacrifices qu'ils
Q 2 --- Page 256 ---
VOYAGES
de faire pour mettre leur vie en
étoient obligés
sûreté.
fortsdelappuide" Titus, rioient
Lescultivateurs
affectoient de nous voler,
de notre impuissance, dérober à nos regards; et
sans chercher à se
des chels
accontumés dans ce vice, enhardis par
la flamme , le fer et le poison
perturbateurs,
tentés pour nous exclure
étoient successivement
de la scène du Monde.
disMaîtres de nos biens, sans en pouvoir
etle meilleur terrain ayant été divisé aux
poser,
insolens et ingrats, nous essuyions
cultivateurs
sur lesd'eux le refus de plantes légumineuses
avions tout droit de prétendre,
quelles nous
Nos ressources
mais dont Tinjustice nous privoit.
ne
les fondés de pouvoirs
étoient modiques,
s'étoit
touchoient rien, et le gouvernement à la
réservé le droit de palper les revenus,
charge de faire passer en Europe, aux propriétaires, des mandats de pareilles sommes perçues. à un
étoient poussées
Enfin nos persécutions
notre asile fut
tel point sur Phabitation, que
être obligé
souvent violé pendant la nuit,jusqu'à
de faire feu de la chambre même de mon repos;
torches furent mises plusicurs foisà notre
que les
de
fut chaviré par des
case; que le canot passage attenter à ma vie;
plongeurs soudoyés furent pour postées, et que y'en
que des embuscades --- Page 257 ---
-
D'UN NATURALISTE
j'essuyai sansaccident le feu à plusieurs reprises;
que nos vaches laitières, destinées à l'approvisionnement de Ia maison, furent tuées et enlevées
à force ouverte; queles parcs furent démembrés,
nos voitures et cabriolets dérobés
par autorité
supérieure; que nos chevaux furent lâchés dans
les jardins de réserve accordés aux
afin de les exciter contre
cultivateurs,
nous, et de pouvoir
nous imputer lesdommages; involontaires 1
causés
à leurs fourrages; ; persécutions dans
nous eûmes la douleur de voir
lesquelles
nos fidèles sujets
maltraités, etleurs ennemis triomphans;
chevaux de selle furent ou
quenos
estropiés dans les
savannes, ou empoisonnés à la maison; que nos
vergers furent pillés, les arbres fracassés, et les
fruits nous en furent refusés;
calendas furentaffectés
que d'indécens
lorsde nos maladies occasionnées par le poison de nos nègres ; enfin
nous fimes souillés par la bouche calomnieuse que
de l'imposteur Titus.
Je fis un second voyage au
oit
casion d'étudier
Cap,
j'eus OCplus à mon aise le caractère
bien politique du vieux Africain, ainsi
pénétration littéraire. Je lui vis en peu de que mots sa
exposer verbalementles sommaired de ses adresses,
rétorquer les phrases mal conçues, mal
faire face à plusieurs secrétaires
saisies;
qui alternativement présentoient leur rédaction; en faire reQ 3
de l'imposteur Titus.
Je fis un second voyage au
oit
casion d'étudier
Cap,
j'eus OCplus à mon aise le caractère
bien politique du vieux Africain, ainsi
pénétration littéraire. Je lui vis en peu de que mots sa
exposer verbalementles sommaired de ses adresses,
rétorquer les phrases mal conçues, mal
faire face à plusieurs secrétaires
saisies;
qui alternativement présentoient leur rédaction; en faire reQ 3 --- Page 258 ---
VOYAGES
trancher les périodes sans effets; transposer des
membres pour les mieux placer ; enfin se
rendre digne du génie naturel annoncé par
Rainal,dontils Innneahelmesmil-es
Le buste de cet auteur
comme son précurseur. conservé dans chacun
étoit respectuensement
diverses
des cabinets particuliers attachés aux
résidences de cet Africain présomptueux:
Tonsaint-Lotwerture
Quant à sa vie privée,
il buvoit
étoit sobre, peut-être par méfiance : ne
fontaines escarpées, dans une feuille de
qu'aux
lui seul coupoit de la tige; ou
bananier que
de
affidées
bien à la ville, des mains personnes
répondoient sur leur tête du moindre déranqui
et de la plus légère
gement de son estomac,
de croire OCcolique qu'il n'eût pas manqué
L'eau
casionnée par un breuvage empoisonné.
boisson;
aucune liqueur
étoit sa seule
jamais
enivrante n'altéra sa raison. C'est pourquoi,
ordinairement, il choisissoit pour sa
le plus
nourriture des mets entiers, non susceptibles
d'étredrogués, comme fruits, ceufs, bananes sans
II étoit singulier, lors de grands
être épluchées.
service
de le voir au premier
peler
repas, 2
et très-rare de le voir
une orange ou un avocat,
en mantransgresser la rigidité de son régime,
une demi-douzaine de biscuits encaissés,
geant de macarons faits sous ses yeux., ou par! les
ou femmes revêtues de sa rare confiance.
, non susceptibles
d'étredrogués, comme fruits, ceufs, bananes sans
II étoit singulier, lors de grands
être épluchées.
service
de le voir au premier
peler
repas, 2
et très-rare de le voir
une orange ou un avocat,
en mantransgresser la rigidité de son régime,
une demi-douzaine de biscuits encaissés,
geant de macarons faits sous ses yeux., ou par! les
ou femmes revêtues de sa rare confiance. --- Page 259 ---
D'UN NATURALISTE
La cour de
lante : il gardoit TousesincLouverture à
étoit brill'égard de ses semblables,
adjudans-généraux et généraux, la retenue altière, le silence imposant, dus à
du caractère qu'il représentoit.
Fimportance
Nul employé n'étoit introduit sans être
de son uniforme. Il falloit lui
décoré
mission,et
parler avec sousnrtoutbeancoupdee
Maisile existoitp parmilesofliciers, circonspection.
caricatures
noirsquelques
pour parure affectée et maintien
emprunté, J'ai vu, dans ce:
voyage, l'original
Gingenbr-Trg-Fort, homme de basse stature, mais de beaucoup de
un colosse de
prétention : c'étoit
quatre pieds huit pouces de
teur, qui pourtant se croyoit
hautable. Son sabre,
intrépide et redoularge comme la moitié de son
corps, étoiti insoulevable, et faisoit plus de bruit
que d'exploits : son chapeau avoit de rebord la
moitié de sa taille.
On le montoit à cheval Icomme un
Ses bottes étoient armées
mannequin.
flèches étoient si
d'éperons dont les
servir de juchoir à longues, qu'elles eussent pu
lant le
plusieurs poules. Barbouilfrançais, cet homme épris de l'art
taire étoit toujours habillé
milide distinction, Ses deux
avec des marques
lui descendoientj
chaînes de montres qui
dans
jusqu'aux genoux,
sa marche, et servoient à lui voltigeoient chasser
les
Q4 --- Page 260 ---
VOYAGES
mouches. Ses boucles d'oreilles, par leur masse
avoient entièrement défiguré
et leur pesanteur, selles de velours à franges d'or
cette partie: Les
lui, il avoit
n'étant point assez moëlleuses pour
quoique montant un cheval d'alT'impudence,
oreiller. Voila
lure, d'être assis sur un gros
pourle haut parage.
de
D'autres officiers, ayant le cou embarrassé
à
ne laissoient à découvert
cravates écrouelles,
saillans.
del leur figure écraséeque deux gros yeux
Poudrés à blanc par derrière, 2 et sans poudre par
évitcient parlàl les contrastes dans lesdevant,ils
pas brillé.
quelsla teinte mistedeleurpeanr'ent
Tous leurs doigts surchargés de bagues madéfaut de circulatérielles, étoient gonflés par
éclairés et
tion. Les simples officiers, moins
danslegrand monde, poussoient
moinsr répandus
des boucles
plus loin le ridicule: : ils portoient
d'oreilles à femme.
Fobscurité
redoutoitl
Si Tonssin.Lonverture
le
il avoit soin aussi, par
d'un appartement,
même esprit de méfiance, de ne point se trouver
d'une lumière pour donner prise à quelprès
toujours
qu'ennemi du dehors, qu'il croyoit
à faire feu sur lui : c'est pourquoi il se
prêt continuellement dans le coin le moins
tenoit
de la
des fenêtres ou des
éclairé, et hors
portée
portes.
Fobscurité
redoutoitl
Si Tonssin.Lonverture
le
il avoit soin aussi, par
d'un appartement,
même esprit de méfiance, de ne point se trouver
d'une lumière pour donner prise à quelprès
toujours
qu'ennemi du dehors, qu'il croyoit
à faire feu sur lui : c'est pourquoi il se
prêt continuellement dans le coin le moins
tenoit
de la
des fenêtres ou des
éclairé, et hors
portée
portes. --- Page 261 ---
D'UN NATURALISTE
Il manquoit rarement d'assister
s'occupoit, dans
à la messe, et
détails
chaque endroit, des plus petits
sacristie, préparatoires. Il alloit lui-méme à la
faisoit
questionnoit tous les oflicians,
une courte morale, puis il
leur
sur son siége d'honneur.
retournoit
favoris, chanteurs
Là, ses aides de
de cantiques pour lni camp
plaire, enlevoient ses armes
comson monchoir de tête,
pesantes, lui ôtoient
qu'il ne découvroit
l'église ou pourdes cérémonies
qu'à
et lui
extraordinaires,
présentoient un livre dont il
poit la lecture
n'interromachevé.
que lorsque le sacrifice étoit
Souvent
doce, il commentoit s'immisçant aux fonctions du sacerguoit le
le sermon du curé, haranpeuple et ses soldats. Il
morale qu'il étoit bien
préchoit une
tonnoit contre les
éloigné de suivre, Il
célibataires qui vivent en
concubinage 3 comme il est d'usage dans le
pays; ordonnoit le mariage, et
punitions exemplaires les violateurs menaçoit de
mens' sacrés.
de ces serCependant, autant en emportoit le
puisqu'à la fin de chaque office il
vent,
particulier ses audiences de faveur donnoit en
les portes fermées et tête à tête. J'ai aux dames,
mari, M. G
connu un
etlab
3 qui poussoit la complaisance
bonhomiejusqu'a faire sentinelle à la
porte, --- Page 262 ---
VOYAGES
la conférence de sa femme dont it
pendant T'exposé, qui duroit quelquefois trèsignoroit Mais Mr G*xx, bien éloigné d'aucun
long-tems.
soupgon,d'apreslat morale hypoeritequilvenoit
d'entendre, blâmoit les personnes qui se permettoient les moindres plaisanteriesà cet égard.
Toujours en voyage s et porteur de ses
ordres; plutôt courrier que potentat,
propres chef africain poussoit l'exigeance jusqu'à
notre
prétendre être reçu au passage de chaque ville,
le plus souvent avec le dais, et toujours avec des
présens, des palmes et du canon. A la sompdevenoient onétuosité de ces déférences qui
étoit
reuses par leur fréquente répétition,
attaché le regard favorable, ou de vengeance
qu'illançoit à sa réception. Aussi se plaignoitil
toujours du Cap , quoiqu'il y ait été couronné
plusieurs fois, tandis qu'il faisoit l'éloge des
autres endroits , Saint-Marc 2 le Port-auPrince, etc., où rien n'étoit épargné pour lui
prodiguer les honneurs enviés par son ambition
démesurée.
en société
Plusieurs dames marquantes, qui
faisoient dédain, n'ont pas rougi de poser
en
luiavoient étéjetées,
sur leur sein des fleurs.qui
d'entretenir avec. lui de galantes correspondances, de lui faire des déclarations outrées, en
un mot de Thabillerde pied en cap, en poussant
2 le Port-auPrince, etc., où rien n'étoit épargné pour lui
prodiguer les honneurs enviés par son ambition
démesurée.
en société
Plusieurs dames marquantes, qui
faisoient dédain, n'ont pas rougi de poser
en
luiavoient étéjetées,
sur leur sein des fleurs.qui
d'entretenir avec. lui de galantes correspondances, de lui faire des déclarations outrées, en
un mot de Thabillerde pied en cap, en poussant --- Page 263 ---
D'UN NATURALISTE
le ridicule jusqu'à lui broder par le bas des chemises de batiste.
Toussaint - Louverture avoit la mauvaise
habitude de faire venir quelquefois de très-loin
un habitant, avec promesse de l'écouter; puis,
après l'avoir fait introduire dans son
tement, de s'échapper sans mot dire apparune porte dérobée, de monter en
par
de ne plus reparoître,
voiture, et
en laissant le
dans le plus cruel embarras. Il se jouoit suppliant de
sortes d'aventures.
ces
Je fus un jour très-mal écouté pour avoir
voulu lui parler le patois du pays, car il ne s'en
servoit que pour haranguer les ateliers ou ses
soldats, au secours de ces comparaisons
énergiques, presque toujours bien conçues et
bien appliquées.
Environné par sa propre splendeur, appesantissant la verge de sa direction oppressive
sur leshommes quilui témoignoient de l'indifférence, il ne pardonnoit jamais. Dés qu'il s'étoit
prononcé, ses décrets étoient irrévocables.
Doué d'une mémoire locale toute particulière,
i reconnoissoit après plusieurs années un
individu quelconque, que souvent il n'avoit vu
qu'en passant et dans la foule; ou bien s'il
avoit eu avec cet étranger quelque rapport, il
lui citoit son affaire en le nommant. Jamais, --- Page 264 ---
- VOYAGES
il n'exista de plus parfait phyen un mot,
sionomiste.
et sans grace, mais inéEcuyer sans principe
Jo-sNcasrhad
à monter les coursiers rétifs, et les
se plaisoit
de bonnes habitudes.
ramenoit pourl'ordinsireà
Possesseur de chevaux les plus beaux, les plus
ardens les
fougueux, il exigeoit que ses
plus
guides le suivissent dans ses voyages
dragons et de longue haleine ; aussi toujours
précipités
au milieu de
plusieurs chevaux périssoient-ils
ses courses inconsidérées.
dans les repas
Tonswint-Louverture singeoit
de
la magnificence des autorités francorps
d'importance a
çaises, et attachoit beaucoup
de service,
faire faire par ses officiers-généraux
leshonneurs de son gouvernement, surtout pour
la réception d'étrangers, 2 tels que Suédois,
Américains de la Nouvelle-Angleterre, 2 Danois,
et autres capitaines de bâtimens en
Anglais,
avec la colonie, visant à
relation de commerce
dont il
en soutirer secrétement, des poudres
7 jusqu'à encomsut toujours approvisionner
dans
brement, ses magasins de réserve placés
construits
des endroits escarpés, quelquefois
dans les creux de rochers inabordables.
Toussint-Louverture exigeoit, ainsi que
Dessalines, la visite journalière de toutes per-
,
et autres capitaines de bâtimens en
Anglais,
avec la colonie, visant à
relation de commerce
dont il
en soutirer secrétement, des poudres
7 jusqu'à encomsut toujours approvisionner
dans
brement, ses magasins de réserve placés
construits
des endroits escarpés, quelquefois
dans les creux de rochers inabordables.
Toussint-Louverture exigeoit, ainsi que
Dessalines, la visite journalière de toutes per- --- Page 265 ---
D'UN NATURALISTE.
sonnes marquantes, sous peine d'être
suspectes 2 disgraciées, et
déclarées
molestées soit sur les
par contre - coup
propriétaire, soit
habitations, si c'étoit un
c'en étoit 2
pour les corvées de ville, si
un habitant,
Les dîners priés des deux chefs étoient
par une musique bruyante. Celle de
animés
Louverture étoit
Toussainttant blancs qu'hommes Roratergenmeiahituts de
Dessalines
couleur ; celle de
comprenoit le même nombre de musiciens, mais presque tous noirs. 1l1 est bon d'observer que ces deux généraux, jaloux lun de
l'autre, payoient à l'enviles maîtres de ces
ou plutôt leur faisoient de belles
corps,
favoriser les progrès des élèves. promesses Les
pour
eurent souvent des
deux chefs
assauts de
dans lesquels Dessalines, le soumis prépondérance
cédoit le pas, 2 pour mieux caresser la Dessalines
dominante de son chef suprême,
passion
étoit annoncée
Chaque santé
par une fanfare de soixante tambours et autant de fifres aigus, dont le
quoique retentissant, étoit étouffé
les bruit,
continuelles d'une artillerie
par
salves
Tous les soirs
bien servie.
également, musique aux deux
gouvernemens : malheur aux acteurs
rencontroient sur le passage de Dessalines, qui se
qu'il étoit de mauvaise humenr;
lorsloin de l'adoucir,
carPharmonie,
fatiguant ses oreilles mal
ante tambours et autant de fifres aigus, dont le
quoique retentissant, étoit étouffé
les bruit,
continuelles d'une artillerie
par
salves
Tous les soirs
bien servie.
également, musique aux deux
gouvernemens : malheur aux acteurs
rencontroient sur le passage de Dessalines, qui se
qu'il étoit de mauvaise humenr;
lorsloin de l'adoucir,
carPharmonie,
fatiguant ses oreilles mal --- Page 266 ---
VOYAGES
organisées, il arrivoit plein de fureur, et dispersoit à coups de bàton la troupe effrayée.
Moins politique que
mais
ouvert
TonsaincLosvenure,
plus
et plus prononcé dans sa tyrannie, Dessalines étoit cruel, irrascible et faronche;il iln'écoutoitaucune réclamation.Quedefis
une seule observation coûta la vie à P'homme
qui eut l'audace de lui parler sans son ordre!
Semblable au farouche Assuérus, malheur à
celui qui le trouva hors de sa rare clémence:
malheur aussi à celui pour qui la fatale tabatière
étoit ouverle (1)!
(1)Le conseil des makendala(magiciens du pays)qu'il
Sastsairaiatp-is-rae adereconnoitre
la perfidie et le ressentiment concentrés contre lui dans
lecceur de l'individu qu'il avoitinterpellé, Ilcherchoità
lire dans l'électre ou miroirinterne desa tabatière,
le tabac humide annonçoit des principes de
que
tion de la part du dénoncé, 2 et que le sec demandoit résigna- du
sang! Ainsi sa superstition lui faisoit au hasard décider
du sort d'un innoçent! ainsi le paisible habitant
de lui rendre visite, étoit souvent condamnésansétre obligé
entendu, sous la simple dénonciation d'un soldat à qui
peut-étre on avoit tefusé des générosités que les circonstances malheureuses ne permettoient plus de faire.
C Grenadier layo, disoit-il, vous voir n'homme ci
> làlà.. Conduis li pissers !Le mot pisserindiquoit
l'effusion du sang par la mort à la baionnette, Ace
signal affreux, les grenadiers d'antichambre avoient
ordre de ses saisir de celui contre lequel la fatale tabatière avoit élé roulée dans les mains.
on avoit tefusé des générosités que les circonstances malheureuses ne permettoient plus de faire.
C Grenadier layo, disoit-il, vous voir n'homme ci
> làlà.. Conduis li pissers !Le mot pisserindiquoit
l'effusion du sang par la mort à la baionnette, Ace
signal affreux, les grenadiers d'antichambre avoient
ordre de ses saisir de celui contre lequel la fatale tabatière avoit élé roulée dans les mains. --- Page 267 ---
-
D'UN NATURALISTE,
La classe qui toujours eut le plus à souffrirde
la vengeance deDessalinest fut celle deshommesde
couleur, en quiilreconnoissoit un esprit de prépondérance, de domination, qui altéroit, troubloitdanss ssonimagination craintive et méfiantela
toute-puissance de son règne destructeur. Que
de fois sa femme, bonne et compatissante, fut
maltraitée pour avoir demandé la grace de l'un
d'eux ! Ce monstre oubliant les liens qui ilunissoient à elle, bravant ses pleurs, insensible à ses
supplications, tourmenté de la voir à ses genoux
implorer sa pitié pour une classe contre
il conservoit une haine
laquelle
inextinguible, la renversoit de ses pieds, eti il étoit pour lors inexorable.
J'ai vu cette trop sensible femme, par un sentiment bien louable, le suivre en se traînant, se
déparer en s'attachant à ses habits, revenir à la
charge, et après avoir essuyé toute sorte d'humiliations, obtenir enfin, par importunité, la
faveur qui lui étoit si précieuse. Alors oubliant
son humiliation, séchant les larmes de l'incertitude,ellevoloitaux, prisons, délivroit les captifs
tremblans et agités de crainte et d'inquiétude.
Que d'exemples on auroit à citer de ces traits
généreux pendant la guerre du département du
Sud, oit tous les prisonniers étoient ordinairement punis de mort, quelquefcis après avoir
enduré trois ou quatre mois d'affronts, d'humi- --- Page 268 ---
VOYAGES
dans l'intérieur des
Jiations et d'ignominie,
les noirs qui énervoient ainsi avec
terres, par
délices leur envie jalouse et dénaturée!
Soixante-douze mulâtres relégués aux Gonaïves où ils se rendoient utiles par leurs talens
manuels, et ou, par leur bonne conduite, ils
concilié l'estime et la
s'étoient en général
fructueuse compassion de ceux qui les emdonnèrent des soupçons à Dessalines
ployoient,
confiance accordée à leur
qui, jaloux de cette
utilité, se les fit dénoncer secrétement comme
des conspirateurs contre sa personnel Leur boucherie fut ordonnée! Ces victimes sans appui,
sansdéfense, furent.conduites: au licudusupplice,
au milieu d'un peuple immensed'amis ou parens
pleurant sur leur sort, mais n'osant s'opposer à
cetarrêti irrévocable. C'est dans la savanne aride
sur le bord de la grande
du morne PHôpital,
avec ordre de les
route, qu'ils furent massacrés,
priver de la sépulture, 2 pour donner à connoitre
à leurs partisans le sort qui les attendoit.
faisois tous les deux
Comme à cette époque je
le chemin de notre habitation aux Gojours
reculant d'horreur,
naives, mon cheval effrayé,
heurtoit malgré moi ces cadavres infects et gonflés. Je fus prévenu à la ville de passer outre,
sans faire des remarques qui n'étoient pas de
saison.
I
qu'ils furent massacrés,
priver de la sépulture, 2 pour donner à connoitre
à leurs partisans le sort qui les attendoit.
faisois tous les deux
Comme à cette époque je
le chemin de notre habitation aux Gojours
reculant d'horreur,
naives, mon cheval effrayé,
heurtoit malgré moi ces cadavres infects et gonflés. Je fus prévenu à la ville de passer outre,
sans faire des remarques qui n'étoient pas de
saison.
I --- Page 269 ---
D'UN NATURALISTE
Ilen est qui ne furent pas aussi heureux
moi, ou plutôt en qui des sentimens naturels que
parlérent avec tant de force que, courant à leur
perte,ils bravèrent une mort assurée.
Des mères, des épouses et leurs enfans, côtoyant ce chemin arrosé du sang de tout ce
leur éloit
qui
cher,s'avançoient avec confiance pour
reconnoître les morts, pleurer sur leurs tristes
restes, et leur donner la sépulture qui leur
avoitété refusée Mais... 6 excès de barbarie!!!
à peine se livroient-ils aux derniers devoirs,
que leurs corps frappés rouloient eux-mêmes sur
ceux qu'ils venoient inhumer De farouches
soldats placés par ordre dans des buissons
voisins, faisoient feu sur tous ceux qui,
humanité, se eoaes-aiplnaitean par
Une mère entr'autres fut tuée sur les lieux
pour s'être glissée, à la faveur de la lune, sur ce
théâtre de sang, dans l'intention d'y réunir et
d'arroser de larmes les cadavres de son mari
sexagénaire, ede son fils père de sept enfans
Les corps de ces victimes à peine décomposés
furent en partie déchirés parles caïmans habitans
les roseaux de ces parages, par des chiens aussi,
qui se disputoient entr'eux ces lambeaux livides
et putréfiés. Quelques-uns cependant restèrent
deux mois,leurs ossemens étant à demi-calcinés
par l'action réverbérante du soleil.
TOME III.
R --- Page 270 ---
-
VOYAGES
toujours altéré de sang et jamais
Dessalines,
nouvelle exécution. Huit
rassasié, ordonna une
dansla partie
prisonniers
Donmesdeconleriaiteg
condamnés à être
du sud, sont impitoyablement des Gonaives, sur la
canonnés devant l'église
Pour cette fois,
place vague qui isy rencontre.
ses yeux des
TousaincLonverure veut repaitre
Un officier est le precharmes de la vengeance.
lui
((. A bas les épaulettes,
mier qui se présente. bas! s'écrie Pofficier de
) dit Toussaint? A
suis battu pour les
à bas! je me
> conleur,
battrai et mourrai pour les
> gagner, je me
si on l'os .!
qu'on approche
) défendre
interdit par cette ferme
Son juge sanguinairé,
lui ordonne encore
réponse, forcé de T'admirer, devant le canon,
plus despotiquement.de faire passer attacher. ( Fais ta
mais veut en vain l'y
Tonssint-Louverlui crie le tartuffe
) prière,
répond le condamné, je prie
) ture ? Oui,
). Puis d'un ton plus
> Dieu de me pardonner toil : toi Toussaint!
ferme : ( Mais toil..
tout le sang que
) prie le Ciel qu'il te pardonne )). Toussaint
) tu as fait verser injustement
mot,
tremblant de rage, ne répondit que parle et
L/homme n'est plus, il est dépecé,
feu.
le pleuroient avant ce
disparoit aux yeux qui
coup fatal.
au coeur
Que fit devenu le général Vernet,
Puis d'un ton plus
> Dieu de me pardonner toil : toi Toussaint!
ferme : ( Mais toil..
tout le sang que
) prie le Ciel qu'il te pardonne )). Toussaint
) tu as fait verser injustement
mot,
tremblant de rage, ne répondit que parle et
L/homme n'est plus, il est dépecé,
feu.
le pleuroient avant ce
disparoit aux yeux qui
coup fatal.
au coeur
Que fit devenu le général Vernet, --- Page 271 ---
A
D'UN NATURALISTE
bon et compatissant,
grace de l'un
pour avoir demandé la
d'eux, si Henri Dumirail et
Jean-Baptiste Louverture, officiers et favoris de
Toussaint, n'eussent détourné les deux
déjà braqués sur lui par le tyran africain. pistolets La
pitié proscrite étoit condamnée
quelle est la cause
; et pourtant
fendre? celle
que Vernet cherchoit à déd'individus de sa
lors voués à la
couleur, pour
France, et qui n'eurent d'autre
accusation que celle d'avoir bu à la
de Rigaud qu'ils
santé
commander des croyoient en faveur, et devoir
forces qu'on attendoit
pour réduire les factions, et ne
d'Europe
la colonie qu'un seul et même conserver dans
Un autre prisonnier fat renversé esprit..
par le coup de canon les
seulement
choient
cordes qui l'attarompues; ; et n'étant point
de cette percussion, il
incommodé
de l'église des
s'élança vers la porte
Gonaives, comme asile sacré et
inviolable, 2 et se précipita vers l'autel
embrassoit, pour y étre à l'abri d'une nouvelle qu'il
persécution !..
Mais... 6 excès de
des soldats le suivirent,
barbarie!
pénétrérent dans le sancquaire, et oubliant qu'il doit être
rapportérentla victime au boutde six inviolable, ils
qui la
de
baionnettes
transperçoient toutes parts 1e Le curé
interrompt son office, 9 va crier vengeance à
Winexorable Toussaint qui, confus, veut d'abord
R 2 --- Page 272 ---
VOYAGES
s'excuser, mais finit par dire au curé : ( Blanc
coeur, oui >! Voulant par là lui
) là gagné gros
reprocher l'intérêt trop vif qu'il prenoit à son
ennemi.
Le troisième fut un nommé Pierrette, qui
fut attaché devant le canon, en croix. de SaintAndré. Le coup partant, les cordes sontcoupées,
le malheureux enlevé en Fair, et blessé seulement par six mitrailles dont il guérit après
avoir obtenu sa grace, pour avoir crié, Dieu
est juste!
fut emporté et disséminé, sans
Le quatrième
qu'il restât vestige de son malheureux corps.
Le cinquième nommé Fermont, ivrogne de
profession et facétieux à l'excès, en marchantà
la mort, cherchoit par son monologuel burlesque
à adoucir la sévérité de son arrêt inique. Il s'avançoit vers le canon à pas lents, et en faisantsa
prière, il se retourna vers Toussaint, et lui dit
naivement : ( Comment ça, général, songez
) boun* Dieu, donc ça pas bèn pièce ça
) vous fais là ai, maman moûé qui fait
vous
mouri' canon-
) moué
capabl' quitter
) nier à vous du morne Blanc > Puis allant
à genoux vers Toussaint : ( Vous pas songé,
moité tiré vous d'nioun' z'embus-
) général,
relevant
)) caden. Et sans attendre la réponse,ser
brusquement : ( Non, dit-il d'un ton résolu,
songez
) boun* Dieu, donc ça pas bèn pièce ça
) vous fais là ai, maman moûé qui fait
vous
mouri' canon-
) moué
capabl' quitter
) nier à vous du morne Blanc > Puis allant
à genoux vers Toussaint : ( Vous pas songé,
moité tiré vous d'nioun' z'embus-
) général,
relevant
)) caden. Et sans attendre la réponse,ser
brusquement : ( Non, dit-il d'un ton résolu, --- Page 273 ---
D'UN NATURALISTE.
D moûé pas vlé mouri' jour d'i làs. Vernet
obtint sa grace, et le pauvre diable- oubliant
déjà que les portes du trépas lui avoient élé
entr'ouvertes, s'avançant vers son bienfaiteur
avec familiarité, il lui frappe le ventre en lui
disant "avec gaieté : ( Eh bèn, général Vernet,
) vous songé case là Crôte-à-Pierrot.
Vous
) gai encore passé mouté quand
D aller. Ventr'à vous caba net' li yo quitté vous
plat plat
) semblé crapaud qui sec )).
Les trois autres ne furent pas aussi heureux,
etsubirent la mort.
Enfin l'ordre de destruction des hommes de
couleur étant donné dans tous les quartiers,
mais Toussaint voulant feindre et semblant
s'humaniser, passoit à P'Arcahaye, et demandoit
au commandantde cet arrondissement des nouvelles de tels ou tels qu'il savoit morts dl'après
ses ordres : Ils n'existent plus, répond le commandant. Ici Phypocrite jouant le public,
pant des pieds et paroissant étonné, dit frap- d'unton pitoyeux eti lamentable : ( Ail ail ai...
)) monde layo mauvais oui!!! moié di' yo ba-
) liser yo dessoucher même ). Donnant
là à entendre qu'il avoit bien ordonné de par
les coupables, de les reconnoitre, de châtier punir
Cette classe, mais point d'en détruire
Sur quoi lui répondit le
l'espèce.
commandant, en éluR 3 --- Page 274 ---
VOYAGES
diant cette feinte. ( Ça vous vlé, général, qband
tout ça qui déhors mouillé ).
) la pluie tombé,
tant de
Ce qui veut dire: ( Comment parmi
d'inreconnoitre un petit nombre
) coupables
) nocens >?
à ce
Deux hommes de couleur échappés
me racontoient; ayant quitté leurs
carnage
à l'arrivée de l'armée française,
antres sauvages
de la proscription, ils se
que, fuyant le couteau
;
réfugierent au sommet du morne PHôpital
de là, dominant sur la plaine, ils furent
que
deleurs frères;
témoins 1 impuissans des massacres
vécurent "pendant sept mois de racines
qu'ils y jusqu'à ce que la culture de quelques
sauvages,
avoient emportés avec eux, ait
grains qu'ils
plus alimentaire.
pu leur fournir une nourriture
famiLa chasse aux piéges leur étoit également
ce
me dirent-ils, qu'ils
lière, et c'est par moyen,
des
apprivoisérent et se rendirent profitables
chèvres laitières.
des adultes pour asCe n'étoit point assez
de Toussouvir la rage despotique et envenimée d'enfans
saint ; il ordonna une levée générale d'une
d'hommes de couleur, sous le prétexte
école martiale, et les fitjeter tous dans un grand
puits qu'il fit ensuite combler, sans s'adoucir
aux cris des mourans 11 Le général Christophes
anjourd'hui encore chefdes révoltés, commanda
se rendirent profitables
chèvres laitières.
des adultes pour asCe n'étoit point assez
de Toussouvir la rage despotique et envenimée d'enfans
saint ; il ordonna une levée générale d'une
d'hommes de couleur, sous le prétexte
école martiale, et les fitjeter tous dans un grand
puits qu'il fit ensuite combler, sans s'adoucir
aux cris des mourans 11 Le général Christophes
anjourd'hui encore chefdes révoltés, commanda --- Page 275 ---
D'UN NATURALISTE
l'exéention de la partie du nord. Ces
eurent lieu à l'époque du
événemens
Toussaint étoit
siége de Jacmal, où
furieux d'épronver de la résistance; occurrence en laquelle Dessalines
ses troupes à être valeureuses,
forçoit
de canon derrière les
ayant des piéces
bataillons
sur les
pour faire feu
fayards, ou même les
en un mot, dont la bravoure étoit indécis; ceux,
et point à T'épreuve,
chancelante
Au reste, , pendant le règne des
prépondérance étoit du côté des
noirs, la
blancs peu considérés,
Africains. Les
cieusement
pour ne pas dire audaméprisés, étoient hors d'état,
l'infériorité de leur nombre, de
par
libre. Depuis l'arrivée des
prendre l'équieurent Tavantage
Français, ces derniers
quelque tems;
et l'autre cas, les hommes
mais, dans Pun
de couleur servoient
toujours de point d'appui pivotant à la balance
toujours active des deux classes
aussi furent-ils de tout tems le
précédentes:
cipale victime des
jouet et la prinnoirs., dont ils
volontiers par le caractère de fierté s'écartoient
Presque toujours eu en
qu'ils ont
Il - est un autre
partage.
lequel
supplice plus secret par
Dessalines, à l'époque de la même
guerre, fit périr les hommes de couleur les
wdistingués. Il ayoit fait construire
plus
la
sous terre, à
Crétea-Pierrot, des casemates de six pieds
R 4 --- Page 276 --- - VOYAGES
carrés oit on laissoit mourir ces malheureux
prisonniers, asphyxiés par les vapeurs souterraines, aussi bien que par la raréfaction de
l'air.
Revenons à la vie privée de Dessalines.
Sous l'apparence de la générosité, il contentoitson avarice. Jelev vis souvent refuser de payer
des créances de trois âns, non susceptibles
d'une plns haute valeur, disant que pour
Dessalines ce n'étoit rien que cela. (( Ça d'liau
) pour case Dessalines )). Il laissoitainsi mourir
de faim son maître de musique, à qui il devoit
égalent six mille
cent cinquante portngaises qui
francs, lequel n'avoit pas même le droit de
lui demander un à-compte sous peine d'être
disgracié, et peut - être fusillé si ce tyran
n'étoit pas de bonne humeur. Le pauvre jeune
homme, dont l'état d'instituteur devenoit fatiréduire lincapacité grossière de
gant pour
quarante élèves noirs qu'il conduisoit au bâton,
méritoit bien d'être payé, mais il perdit son
salaire par la trahison de Dessalines.
Il entroit dans les vastes projets de ToussaintLouverture de flatter quelques momens les
blancs, pour les préparer à l'indépendance qu'il
mais
fut sans effet, ses
avoit projetée,
qui
Il eut
menées sourdes ayant été découvertes.
besoin de l'activité de Dessalines pour se con-
noirs qu'il conduisoit au bâton,
méritoit bien d'être payé, mais il perdit son
salaire par la trahison de Dessalines.
Il entroit dans les vastes projets de ToussaintLouverture de flatter quelques momens les
blancs, pour les préparer à l'indépendance qu'il
mais
fut sans effet, ses
avoit projetée,
qui
Il eut
menées sourdes ayant été découvertes.
besoin de l'activité de Dessalines pour se con- --- Page 277 ---
D'UN NATURALISTE.
cilier l'estime de ses censeurs; il projeta donc un
grand changement dans le pays, la restauration
de la culture trop long-tems délaissée, ou
mieux dire, encore active, mais en faveur pour
seulement des nègres propriétaires, et ceux des
jardins, desquels le malheureux habitant,
spolié de sa fortune, privé de tout, étoit à
l'époque antérieure obligé d'attendre une existence tirée et usurpée de ses propres terres qui
avoient passé en d'autres mains,
Nos fermiers, , par exemple, poussèrent
l'audacieuse impudence avant notre mise en
possession,jusqu'a resnodoendi@nmergpel.
ques paquets d'herbe pour quelques haquenées
échappées par leur maigreur à la dilapidation
générale de nos immenses haras. Ils nous refu:
soient de l'herbe dans une savanne vague et
élendue non entourée, et remplie d'animaux
voisins et étrangers. Le fourrage est si bon en ce
terrain fertile, que le voyageur se * détourne
volontiers de la route à l'aspect de cette verdure
riante, et est invité à faire reprendre vigueur à
son cheval fatigué; les cabrouets y sont dételés,
et jamais aucun reproche, qui n'est vraiment
pas faisable, n'a été fait aux étrangers de la
du fermier dont l'envie et l'inimitié ne pesérent part
jamais que sur le propriétaire,
Que de fois, à cette époque infortunée, --- Page 278 ---
VOYAGES
de cinq lieues de pays et de sept
possesseurs
noirs, nous nous servimes nouscent cinquante
à nos demandes
mêmes ! que de fois on futsourd
suppliantes de mauvaises racines de patates jetées
les cochons. Nous
dans
au
rebut pour
gémissions
les bois, de l'inactivité des lois, et de l'insolence
intolérable et criminelle des hommes chargés
de faire mettre à exécution celle qui étoil si
favorable pour assurer le respect aux propriétaires et aux propriétés.
L'éperlin à la main, nous courions aussi
nous-mêmes, dans les savannes brôlantes, lacer
les chevaux dont nous avions besoin pour faire
cent démarches importunes et infructueuses
des administrations alors avides et
auprès
affaire
de
vénales. Ce n'étoit point une petite
que
joindre à la course, des chevaux qui, quoiépronvoient encore le souvenir de
qu'exténués,
leurancienne vigueur, à la digestion du fourrage
succulent dontils faisoient leur pâture.
Qui pouvoit en sûreté rester sur les habitations oi on avoit à craindre, comme nous
l'avons épronvé,1 le feu, le fer et le poison? On
saitque sur la plupartdes habitations, les cases 3
depnis les premiers incendies, sont provisoireà
en ouaclées ou éclisses.
ment construites jour
C'est dans ces retraites peu solides que nous
avions à affronter nuit et jour la fureur de
ils faisoient leur pâture.
Qui pouvoit en sûreté rester sur les habitations oi on avoit à craindre, comme nous
l'avons épronvé,1 le feu, le fer et le poison? On
saitque sur la plupartdes habitations, les cases 3
depnis les premiers incendies, sont provisoireà
en ouaclées ou éclisses.
ment construites jour
C'est dans ces retraites peu solides que nous
avions à affronter nuit et jour la fureur de --- Page 279 ---
D'UN NATURALISTE
mauvais sujets toujours
les
aigris et insurgés contre
propriétaires.
Toutes les nuits, vers. minuit, dix d'entre
cux, guides de Tonssaint, et porteurs de
sabres, venoient avec fracas
grands
dans le cruel
daguer leurs lames,
la hauteur espoir de rencontrer mon
à
du lit dont ils connoissoient corps
tion ; puis ils frappoient
la posiquoient, enfin
aux portes, me provone cessèrent ce manége
lorsqu'en favenr du caractère
que
je les eus fait punir. Le curé dontj'étois revétu
pour un baptème, fut contraint deSaint-Marc venu
tems de coucher
par le mauvais
malade de
sur Thabitations ily tomba
nuit de
peur, ayant été témoin une seule
ces scènes d'horreur et de
se renouveloient
vexation qui
cations différentes. chaque jour sous des modifiDessalines gontoit alors en paix le fruit de ses'
crimes, et jouissoit de notre malheur. Il faisoit
embellir, à Saint-Marc, la maison Lucas
Plasheureux que cet
(1).
habitant, nous
au même sort après avoir heurté échappimes la
fierté du
(1) Os souvenir
propriélaire de ce afreuxllongetems nom
lui
il fit attendre le
cette
pour
payer le montant de
général acquisition : ce ne fut que la veille du massacre
qu'il lui qu'il lui compta les cinq cents
reprit en le faisant
portugaises
de tous à larrivée des
assassiner le premier
Français, --- Page 280 ---
VOYAGES
africain, en refusant de lui vendre une de
tigre habitations dont il étoit envieux, et qu'il
nos
prétendoit avoir à un prix de beancoup inférieur
à celui d'un autre acquérenr qui, se sachant
avec un rival si dangerenx et si
en concurrence
passionné, se retira, en sorte que T'habitation
ne fut pas vendue : ce refus nous brouilla longtems. C'est dans les salons à carreaux de marbre et
bien lambrissés de M. Lucas, que Dessalines
donnoit ses fêtes et sa musique. Celui de réception étoit orné des portraits de divers généraux
français, célèbres par leurs victoires; mais il
eut soin de laisser un vaste emplacement au
milieu du
oùt il se fit peindre à
pan principal,
milieu d'un
Phuile, de grandenr naturelle, au
de noirs, comme voulant effacer ses voicamp sins
la hauteur de sa stature, et le réhaut du
par
coloris.
Résolu de travailler à sa réputation, et sentant
de ne plus laisser dans l'activité et la
l'urgence réflexion les noirs qui eussent bien pu retourner
leur
antérieur
sur leurs pas, et préférer
régime
d'un
de fer
il usa
au
régime
qu'illeur imposoit,
les troubler et
stimulant tout particulier pour
les frapper de terreur. 1l accrut sa sévérité et
la nouvelle
devint inabordable tellement, qu'à
de son arrivée dans un quartier, tout le monde
ne plus laisser dans l'activité et la
l'urgence réflexion les noirs qui eussent bien pu retourner
leur
antérieur
sur leurs pas, et préférer
régime
d'un
de fer
il usa
au
régime
qu'illeur imposoit,
les troubler et
stimulant tout particulier pour
les frapper de terreur. 1l accrut sa sévérité et
la nouvelle
devint inabordable tellement, qu'à
de son arrivée dans un quartier, tout le monde --- Page 281 ---
-
D'UN NATURALISTE,
trembloit, et que les cultivateurs passoient les
nuils au jardin, dans la crainte d'être surpris en
flagrant délit, et pour éviter une mort assurée,
en outre-passant la tâche qu'illeur avoit donnée
quelques jours auparavant.
En cas de mécontentement il n'épargnoit
personne, et cédoit arbitrairement à la réaction de
vengeance d'un petit chef qui quelquefois avoit
du fiel contre celui qu'il dénonçoit. Il fit ainsi
mourir sous le bâton plusieurs blancs du
Mont-Roii et de T'Artibonite,
ayant été mis vivans dans des étuves 2 quelques-uns chauffées
par la bagace (1). Au reste, l'énumération des
supplices les plus affreux réjouissoit ce coeur
sanguinaire qui se complaisoit à faire reparoître
sur la scène toutes les victimes de sa despotique
barbarie. Ces récits l'égayoient t!!!
Dessalines, vu l'importance de notre grande
place (2) la plus considérable du quartier de
PArtibonite, s'y étoit attaché particulièrement
six mois avant l'arrivée des Français ; aussi
la fit-il changer subitement de face : ce n'étoit
() La bagace est un amas de cannes à sucre passées
par le moulin, dont on a exprimé le sucre, et
dans les équipages sert à chauffer vivement les four- qui
neaux.
(2) Le mot place dansce cas équivaut à celui d'habitation. --- Page 282 ---
VOYAGES
plus un vaste terrain oisif, et
fécondité, Il préta ses
regrettant sa
cette année
trésors, et enfanta dès
n'etmes
une récolte immense, dont nous
que la flatteuse espérance,
en prit donc les rênes
Dessalines
tion, asseoir
pour raffermir sa réputaplus sûrement son nom, et le faire
planerimpérietsement dans toute la colonie.
Il donnoit une tâche, et le
sa perfection, il arrivoit à jour indiqué pour
quarante guides et son
T'improviste avec
cents cases étoient
état-major. Les deux
qu'il fat heure de cernées, visitées, et au cas
trouvés dans
travail, tous ceux qui étoient
l'intérieur étoient
la. bastonnade. Ainsi le
condamnés à
vigilant malgré
plus paresseux devenoit
lui, par ces mesures violentes.
Notre gérant ou conducteur
jour trouvé endormi à
principal fut un
du matin;
sa case sur les six heures
Dessalines le fit
et conduire pas à
prendre, amarrer,
travail (1),le faisant pas jusqu'a l'endroit du
alternativement
ses vingt satellites qui lui crioient frapper par
) vous papa >! Le
: ( Zaflaire à
éviter un seul
pauvre malhéureux ne put
Dessalines
coup, malgré nos instances
nous somma de cesser
que
parce qu'elles
(1)Ce terrain à cultiver étoit à T'extrémité
jardin d'une lieue de longueur
du grand
qu'il falloit traverser.
faisant pas jusqu'a l'endroit du
alternativement
ses vingt satellites qui lui crioient frapper par
) vous papa >! Le
: ( Zaflaire à
éviter un seul
pauvre malhéureux ne put
Dessalines
coup, malgré nos instances
nous somma de cesser
que
parce qu'elles
(1)Ce terrain à cultiver étoit à T'extrémité
jardin d'une lieue de longueur
du grand
qu'il falloit traverser. --- Page 283 ---
D'UN NATURALISTE
nuisoient, disoit-il, à l'intérêt de la culture. Le
patient arriva perclus et mutilé, après plusieurs
relàches dans le chemin, et il fut rapporté à
demi-mort dans son lit où il enfla et resta six
mois malade etimpotent. Ces scènes révoltantes
se réitéroient souvent.
Unjour que Dessalines étoitdel bonne humeur,
il m'emmena avec lui dans la tournée du jardin,
au grand mécontentement de Titus commandant
notre arrondissement, et notre oppresseur
lorsque nous fames arrivés, et que tous les ;
cultivateurs, par crainte autant que par habitude, eurent crié avec exclamation, grands
gestes et extravagance : (
à
) nous ) ! Dessalines les fit Bonjour, père
ranger, puis leur dit
en me montrant : ((. Vous autr' voir p'tit blanc
) cilalà, c'est z'ami moiié; li pas méchant
) ainsi vous autr' prenn' garde li
pièce;
pas arriver à
) nien D. Titus écumoit de rage. Je profitai de
cemomentfivorable pour porter contre l'auteur
de tous nos maux 2 et du désordre de nos
ateliers, dix-sept chelsd'aceusation qu'ilécoutoit
en grondant à voix basse et frappant des pieds,
étonné de ma hardiesse; voulant
Dessalines le lui
répondre, et
défendantparson, hun
et souvent répété avec vivacité.
farouche,
Après tous mes reproches fondés, après le
dire de mes témoins, Dessalines lui fit d'abord --- Page 284 ---
VOYAGES
272 morale de
le dégrada ensuite
une
comparaison,
en lui arrachant ses épaulettes, et par chaque
chef d'accusation que Titus ne put démentir,
le général Jui fit essuyer sur le dos le roulement
de
Ensnite il nous fit
de sa garde
discipline.
à Titus de ne conaccoler, en recommandant
de ressentiment,
server en son caurancunlevaine
d'oude ne plus faire parler de lui; puis à moi,
blier tout le passé. Dessalines, après avoir luidonner l'exemple, revint
inême sarclé, pour
diner à la case avec ses officiers.
Titus conserva deux ans cette rancune : six
mois après cette aventure,ily me fit écrire une
lettre par son secrétaire, mais une lettre trèslaquelle, je ne
amicale quoiqu'insidieuse, par
sais à quel propos et par quel hasard, il m'invitoit à venir passer une journée chez lui, sous
prétexte de pêche et de chasse dans un canot
volage et versatile, sur la rivière tourbillonnante
de PArtibonite infestée de calimans,etde requins
égarés dans leur poursuite véloce et acharnée.
J'éludai cette proposition en prétexiant un
aux Gonaives, que je fus obligé de faire
voyage besoin
éviter les rapports fidèles de
sans
pour
choisis dans nos propres
ses vigilans espions
sujets.
Sot, mais méchant, Titus attendit mon retour,
le mode de la
et ce fut
et changea
proposition;
pour
de PArtibonite infestée de calimans,etde requins
égarés dans leur poursuite véloce et acharnée.
J'éludai cette proposition en prétexiant un
aux Gonaives, que je fus obligé de faire
voyage besoin
éviter les rapports fidèles de
sans
pour
choisis dans nos propres
ses vigilans espions
sujets.
Sot, mais méchant, Titus attendit mon retour,
le mode de la
et ce fut
et changea
proposition;
pour --- Page 285 ---
D'UN NATURALISTE
pour m'offrir n'importe quelle somme afin de le
peindre. En vain lui représentai-je que le genre
de l'Histoire naturelle n'étoit pas celui du
trait, il fallut céder, et promettre, mais à por- cette
condition, qu'il viendroit prendre ses séances
sur notre habitation. Ce n'étoit plus la même
chose pour lui, et son but étant manqué, il
garda un silence que j'eus soin de ne point
troubler.
Trois semaines après, je revenois de SaintMarc; un de mes dragons m'ayant
les préparatifs du bac dont Titus étoit devaneépour le
celui-ci
péager,
apprit mon arrivée; et sans paroître, il
me fit préparer un rafraichissement soporifique
qu'on vintm'ollrirdesa part, à mon passage sur
lel bord de la grande route. Cette ruse grossière,
cette prévenance accoutumée fit naître en moi
de justes soupçons, et quoiqu'il fit très-chaud,
e remerciai, disant qu'en route, et entre lés
repas surtout, j'avois pour habitude de ne rien
prendre.
A l'arrivée de l'expédition française lorsque
e croyois n'avoir plus rien à craindre, surtout
alsant route avec le chef de la troisième légion
le gendarmerie, mon ami, lequel étoit en
ournée; ; Titus profita d'un grain de pluie dont
ous fmessurpris,afin denousengagera prendre
ToME III.
S --- Page 286 ---
VOYAGES
274 chez lui pour la nuit. Ne pouvant faire
gilca
Il se ditindisposé
autrement, nous acceptâmes. seuls. Une heure après, le
et nous laissa souper
saisis
etde
colonel et moi, nous fames
decoliques le tems de
vomissemens répétés, n'ayant que
bruit ni boute-selle pour éviter de
partir sans malleurs. Malgré certaines précau
plus grands.
une habitation voisine, nous
tions prises sur
tous deux de coliques
fàmes cinc mois attaqués
de fièvres nerveuses. Le colonel qui mangea
et
fut empoisonné d'une si cruelle
plus que moi,
conserva plus d'un an des
manière qu'il en
Titus devin
reliquats douloureux et inquiétans.
le lendemain, sans que nous ayon
marron en entendre parler depuis.
jamais pu
c'étoitcomm
Si Dessalinesaimoit ses troupes,
de sa
soutiens de son pouvoir, et exécuteurs
contre les crimes politique
volonté. Employant le
les noyades, il ne pu
la baionnette, poison, le fusil ou les verges
nissoit ses soldats que par
ses prépa
dernier
étoit effrayant par
ce
supplice
Less soldats faisoien
ratils funèbres et inhumains.
: il y avoi
de ce jour un jour de réjouissance du défant. Tout er
calenda (1) en Phonneur
(1) Le calenda est une danse nègre consacrée et for
célébrer les funérailles : elle est extravagante
indécente.
, le fusil ou les verges
nissoit ses soldats que par
ses prépa
dernier
étoit effrayant par
ce
supplice
Less soldats faisoien
ratils funèbres et inhumains.
: il y avoi
de ce jour un jour de réjouissance du défant. Tout er
calenda (1) en Phonneur
(1) Le calenda est une danse nègre consacrée et for
célébrer les funérailles : elle est extravagante
indécente. --- Page 287 ---
D'UN NATURALASTE
préparant les banzas et le bamboula
acéroit les épines des branches
(1), on
d'acacia
servent à cet affreux supplice. Le
qui
chant pas à pas, selon l'ordre de patient marmilieu des deux
guerre, au
rangs d'exécuteurs, étoit impitoyablement frappé, déchiré, au bruit
fanfare gaie de fifres et tambours
d'une
bloient d'ardeur
qui redoupour étouffer les cris de l'écorché,p perçant toujours par
que ses genoux venant à intervalles,jusqu'a plier, il
ce
Pendant
expirat enfin.
ce tems, Dessalines nageant dans la
joie, monté sur un banc en raison de sa petite
taille, pesoit tous les coups, excitoit les moins
cruels par des menaces
tue-tête
inhumaines, en criant à
: ( Ça a n'ien, ba li toujours ) ! Eh bien!
plus esclaves que jamais, ces nègres le servoient
en criant vive la libertél!! Enfin Dessalines
traçoit à ses imitateurslesentier des forfaits dans
lequel il ne marchoit qu'avec trop d'assurance.
En sei faisantregarder fixement
paruns soldat,il
l'absolvoit ou le condamnoit sans entrer en matière, et sans qu'il fut accusé. N'homme lai
bon 3 n'annonçoit rien de bon en
pas
effet; car
() Les banzas et bamboulas sont deux
le premier à cinqg cordes, se pince comme instrumens;
le second est un tambour élevé qu'on fait rouler la guitare;
doigts.
avec les
S 2 --- Page 288 ---
VOYAGES
tôt ou tard on ressentoit les funestes suites de
cette interprétation Tatale.
Il régnoit une grande subordination dans ces
troupes mal-propres et toujours mal tenues,
contraste parfait avec le faste éblouissant de tous
les généraux nègres. A l'exception des gardes
d'honneur, l'infanterie marchoit pieds nus, sans
bas, et avec des culottes courtes et déchirées;
primitivement la jambe en Pair comme des
pantins, 2 mais d'une manière plus régulière
depuis l'arrivée des soldats français en la
colonie.
Le systême acoustique des nègres est si matériellement combiné, si inébranlablement construit, qu'il leur faut double charge dans les
fusils, pour qu'ils soient satisfaits. lls n'appellent
que pétards les simples cartouches. C'est ainsi
que les chasseurs d'habitations calculent lorsqu'ils vont à la poursuite de bandes innombrables de canards qui obscurcissent Fair. Ne
pouvant tirer qu'un, ou au plus deux et trois
coups par. jour, ils vont à eux en se trainant
dans l'eau peu profonde des lagons; et pour que
l'abondance puisse suppléer à la privation de
ponvoir tirer souvent, ils mettent deux cartouches et deux poignées de plomb qui s'écarte
ettueimmanguablement, Aussi se moquoientils
e de mes charges; mais au moins je revenois tou-
de canards qui obscurcissent Fair. Ne
pouvant tirer qu'un, ou au plus deux et trois
coups par. jour, ils vont à eux en se trainant
dans l'eau peu profonde des lagons; et pour que
l'abondance puisse suppléer à la privation de
ponvoir tirer souvent, ils mettent deux cartouches et deux poignées de plomb qui s'écarte
ettueimmanguablement, Aussi se moquoientils
e de mes charges; mais au moins je revenois tou- --- Page 289 ---
D'UN NATURALISTET
jours sain et saufà la case, tandis
qu'eux ne
croyoient pointavoir chassés'ils ner
un sac de gibier, oubliant la douleur rapportoient d'une
joue contuse, ou saignante quelquefois comme
je lai vu, une clavicule cassée, ou l'omoplate
foulée par la répercussion.
Les militaires valeureux n'ontancune récompense,, et leurs actions d'éclat restent dans
l'oubli.
Lesinvaliles,prives d'unej juste retraite,
sont réduits à traîner honteusement leur triste
existence, et à demander-avec larmes le pain de
la misère. Eh bien! le génie militaire les maitrise au point qu'ils aiment mieux être estropiés
sans moyens, et être honorés du nom de soldat,
dédaignant celui servile de nègre de houe
qu'ils donnent aux
cultivatenrs, au dessus désquels ils se croient de beancoup élevés. Ils n'ont
pas de plus grande jouissance quand ils rencontrent des cultivateurs, que de faire blanc
de leur épée, de grands mouvemens, du
des simulacres de
tapage,
décharge d'artillerie;
etl
ces gens moins rusés ont l'imagination lorsque
ils se font valoir à leurs yeux fascinés frappée,
(I).
() <Eh que vous connoi'
)) diabl', vous baussales queuqchose, Vous
vous pauv'
)) connoi à rien..
Nous
nègr' jardin pas younn' connoi' batt' la
guerre. nousz Z'aut'..c'est çà queuq' chose que d'balt' la
guerre >!.
S 3 --- Page 290 ---
VOYAGES
278 La ville du Cap comme la plus considérable
de lile, étoitle théâtre des événemens politiques
aussi) bien que le foyer des conjectures révolutionnaires. C'est là que Tousesint.Louverture
c'est là
plus d'une
y tramoit ses complots;
de que la France, en
fois il voulut secouer le joug
ménageant dans l'esprit du peuple les avantages
c'est là qu'on flatta son desde Tindépendance; ; de vils courtisans lui persuapotisme; c'estlàque
dérentque esa puissance asitceapalledereprenmer
attenter à la plénitude de son
tout ce qui oseroit
conseil
autorité ; c'est là enfin qu'un dangereux
le décida à devenir ingrat envers la mère-patric.
à la tête d'un'
a Le général Moyse étant au Cap
considérable, et fidèle au Gouvernement
parti
s'étant prononcé trop ouvertement
français,
de Toussaintcontre un décret sanguinaire
il lui étoit
Louverture son oncle, par lequel
le
enjoint à une certaine époque d'ordonner
des blancs de la partie du nord qu'il
massacre
d'infidélité à sa
commandoit, fut soupconné
couleur; et pour prévenir un coup de parti,,
fit devancer la fatale
Tonssint-Lonverture
exécution à
journée, en en confiant la coupable
et
d'autres commandans moins scrupuleux 9
l'astucieuse politique jusqu'à imputer
poussant
crime dont lui seul étoit
au général Moyse ce
Il le
T'auteur, et ce dernier dégagé et innocent.
'il
massacre
d'infidélité à sa
commandoit, fut soupconné
couleur; et pour prévenir un coup de parti,,
fit devancer la fatale
Tonssint-Lonverture
exécution à
journée, en en confiant la coupable
et
d'autres commandans moins scrupuleux 9
l'astucieuse politique jusqu'à imputer
poussant
crime dont lui seul étoit
au général Moyse ce
Il le
T'auteur, et ce dernier dégagé et innocent. --- Page 291 ---
D'UN NATURALISTE.
traita donc d'assassin, et se prévalant hautement du sacrifice qu'il faisoit de son propre
neveu pour l'intérêt du sang français, il fit
marcher contre Moyse, comme, rebelle à son
autorité, le général Dessalines à la tête d'une
petite armée. Moyse s'élant rendu à discrétion,
fut trompé dans sa bonne foi, condamné et puni
de mort, emportant avec lui, par cette mesure
atroce 2 le secret du grand conspirateur.
Dessalines émit quelque tems après des
espions pour sonder les projets de la métropole,
et avoir des détails de l'expédition du général
Leclerc. Il en eut de certains, et intercepta toute
correspondance alors en activité; il fit circuler
l'ordre, vu l'apparence d'une riche récolte, de
se tenir préts à bien recevoir nos frères qui
alloient arriver. Etoit-ce pourne pas nous donner
à soupçonner les supplices préparés à notre a
crédulité? jele crois. Ainsi dans le même tems
il fit un crime de correspondre avec notre mèrepatrie, tout en paroissant nous disposer en sa
faveur.
Voici quelque chose de plus fort. J'étois au
bourg de la Petite-Rivière, un certain jour oùt
Dessalines y avoit rassemblé le canton et les
ateliers; il donna à ses troupes, en présence des
blancs, les instructions que voici: ( Soldats,
) v'là blanc' france qui après veni; si yo tranS 4 --- Page 292 ---
VOYAGES
) quil, ça bèn... vous va quitté yo tranquil';
5) mais si moué va connoi' qu'yo veni
pour
) chicaner v'zaut', prenn' garde, soldats!..
)) prenn' garde.. attention... hun quand
) moué va dir' vous hun'l... vous va cerner
> camarade' à yo vous va coller yo vous
)) va ramasser yo tant comme moutons... vous
> va parque yo... après ça z'affaire à Dessa-
)) lines )). Cette harangue mit en effervescence
la tête des' noirs toujours disposés à la rebellion, les rendit audacieux, énerva leur frein, et
nous remplit tous de consternation, puisque
notre oairar
devenant ôtages de nos propres bourreaux.
C'est immédiatement après que parut imprimée la fatale adresse de Tousaint-Louverture, qui servit à notre condamnation, et qui
finissoit par ces mots: ( Les Frongsisn'arriveront
) à moi, s'ils sont traitres, qu'après avoir
) marché sur les débris des propriétaires et des
)) propriétés )). Elle électrisa tellement la tête
des nègres, que par-tout on en rencontroit seuls,
armés, et se parlant à eux-mêmes; jusqu'an
vieux hattier, conducteur de nos troupeaux,
que je surpris adossé à un palmiste, le cachimbeau à la bouche, et le grand fouet sur l'épaule,
tenant à la main un long bâton' ferré d'une
baïonnette toute rouillée, 1l eut un monologue
des
)) propriétés )). Elle électrisa tellement la tête
des nègres, que par-tout on en rencontroit seuls,
armés, et se parlant à eux-mêmes; jusqu'an
vieux hattier, conducteur de nos troupeaux,
que je surpris adossé à un palmiste, le cachimbeau à la bouche, et le grand fouet sur l'épaule,
tenant à la main un long bâton' ferré d'une
baïonnette toute rouillée, 1l eut un monologue --- Page 293 ---
-
D'UN NATURALISTE
original que je lui laissai défiler tout au long,
ayant peine à retenir mon rire, et n'éclatant que
pour lui faire tant de peur, , qu'ayant lâché mes
deux coups de fusil en l'air, le vieux boiteux
quin'étoit point aguerri, tomba le ventre contre
terre en criant : ( Ail. ail..ai!.. vieu' Louis
DI mouri là caba jour d'i là ). En vain je le
secouois, iln'osoit croire encore à son existence.
Cependant Dessalines, commençant à se
noncer ouvertement contre l'armée
naire, évitoit,
Emnpenie
détestoit jusqu'à leur idiome;
c'est pourquoi il reprit très-sévérement le fils
d'un propriétaire des Gonaives, qui, créole de
Saint-Domingue, s'avisa de lui parler bon
français : Tiembé langue d vous, lui dit-il en
le toisant avec dédain, pourquoi chercher
tienn' les autr'?
C'est également ainsi qu'il parloit en voulant
désigner des blancs anciens' dans le
habitués à ses moeurs et usages, et qu'on pour- pays,
roit, disoit-il avec faveur, épargner au besoin.
( Blanc qui savémanger calalou, li pour nous )).
C'est à semblable époque que ce général divisionnaire disoitaux conducteurs des habitations,
pour les tranquilliser au sujet de quelques noirs
qu'il faisoit politiquement fusiller pour capter la
confiance des blancs : (( Moué après baye chat'
)1 rat' pour mignonner li mais serré toujours, --- Page 294 ---
VOYAGES
) nioun' fusil dans quiou bananier ). Ce qui
veut dire: ( Je donne au chat un rat pour la-
)- muser... mais soyez toujours sur vos gardes,
) et cachez un fusil dans les bananiers pour vous
) en servir au besoin ).
Enfin Dessalines avoit pour lui un jargon
persuasif. (( Grand vent p'tite pluie >, disoit-il
à ses soldats, en leur annonçant que les Français
nouvellement arrivés ne pourroient résister à
leur marche forcée, et que le climat les mettroit
bientôt hors de défense.
De même Toussaint appeloit le colonel
GingenbreTrop-Fort, le porteur de ses ordres
verbaux, Parole dans bouche
3 expression
forte et significative. Avare de sa confiance, il ne
la prétoit momentanément
que par l'extrême
urgence où il étoit quelquefois de faire parvenir
ses ordres en même tems dans plusieurs endroits
différens; ce qui lui faisoit dire : Miré vaut
mieux passé tendé. ( Il vaut mieux voir que
) d'entendre, ou il ne faut croire quece quel'on
> a vu >.
( Cest pas moi, disoit-il aussi à des pro-
) priétaires des Gonaives, qui va malheureux,
) moi va b'entôt mouri'; mais Français layo
) veni pour chicaner vouz' autr' : tendé bèn
> ça moi di vous; boeuf mouri, quitté malheur
) pour cuir )).
mieux passé tendé. ( Il vaut mieux voir que
) d'entendre, ou il ne faut croire quece quel'on
> a vu >.
( Cest pas moi, disoit-il aussi à des pro-
) priétaires des Gonaives, qui va malheureux,
) moi va b'entôt mouri'; mais Français layo
) veni pour chicaner vouz' autr' : tendé bèn
> ça moi di vous; boeuf mouri, quitté malheur
) pour cuir )). --- Page 295 ---
D'UN NATURALISTE
Un officier noir de
ses affidés étant
d'après les ordres de Toussaint
parti
lever la partie
pour aller souMichaël,
espagnole, se rendit à Saintil
où par un esprit contraire à celui dont
étoit Tinterprète et qu'il venoit
il fat tué comme chef d'une
inspirer,
allumée.
sédition "déjà
Tosssint-Lonveruure fit
de lui le maire de cet
venirauprés
traité
endroit, et après l'avoir
relles avec douceur, un jour que de Coche-
(r) il se rendoit âvec ce fonctionnaire
public au bourg des Gonaives
messe, et qu'il côtoyoit
poury ye entendre la
Thabitation
tout en égayant la
Desrouville,
habituels,
promenade de ses proverbes
tout en caressant
la victime innocente
traltreusement
qu'il alloit
se voyant entre deux haies à faireimmoler, l'abri
regards, et pour seuls témoins de
de tous
initiés dans sa
son crime les
des
scélératesse, Toussaint condamne
yeux A ce signe compris, le
est assailli par quatre cavaliers
magistrat
mutilent en un
armés qui le
sans
moment, et le laissent sans vie et
sépulture. Mme Dex,
que par horreur d'un tel 9 parhumanité autant
général Vernet que le
spectacle, obtint du
Tel
corps soit enterré.
futledébutdes massacres qui
T'arrivée des Français, contre
préoédérent
lesquels Toussaint
fixé (1) Habitation sur laquelle il avoit
son gouvernement des Gonaives, secondairement
ent en un
armés qui le
sans
moment, et le laissent sans vie et
sépulture. Mme Dex,
que par horreur d'un tel 9 parhumanité autant
général Vernet que le
spectacle, obtint du
Tel
corps soit enterré.
futledébutdes massacres qui
T'arrivée des Français, contre
préoédérent
lesquels Toussaint
fixé (1) Habitation sur laquelle il avoit
son gouvernement des Gonaives, secondairement --- Page 296 ---
VOYAGES
s'étoit si impérieusement élevé.
contrarié la mission des
Ayant toujours
agens français
canons et des baionnettes, il
par des
entièrement le
osa enfin lever
manifestant masque, et parut à découvert en
plus sàrement son projet d'indépendauce. Afin de
militaires de indisposer les noirs contre les
formelle, l'expédition, et par une
mettre à l'abri ses immenses opposition
priétés, et conserver inviolable
prosignala l'étendard, de la
sa suprématie, il
ses fidèles
rebellion, s'entoura de
conjurés, et eût opposé une
bien
plus meurtrière sans les
digue
de son vainqueur.
prudentes dispositions
( La France est ingrate, leur
)) de reconnoître
disoit-il, et loin
mes services, loin
) ma conduite, elle envoie des forces d'approuver
) remettre dans
pour nous
l'esclavage; mais
)) dats, de ne jamais
jurons, sol-
)) nous
plier sous sa loi. Ils venlent
tromper; soyons ingrats. Ils
)) nous ravir une liberté dont ils
viennent
)) assuré la durée;
nous avoient
)) périssons
rassemblons nos forces, et
tous, s'il le fant, mais
)) soient libres
que nos frères
Dessalines de son côté, pour mieux capter le
suffragedesnoirs en leur
le
de
lisantespérer retour
Tanesige-Lomenure, leur annonçoit aussi
que les Français de cette expédition
que des émigrés qui vouloient
n'étoient
queles vrais
usurper le pays;
Français viendroient ensuite. --- Page 297 ---
D'UN NATURALISTE
TYRANNIE DES NOIRS
A L'ARRIVÉE
DES FRANÇAIS
SECONDE PARTIE,
parjure à son
Tonuectareasts
pays, trahissant T'Espagne, disimulant
sa rebellion, violant les
encore
des équipages
traités, en laisantégorger
dans les ports, anglo-américains qu'il a reçus
dance;
comme y ayant apporté l'abonnoirs contre Toussaint, animant plus que jamais ses
mie et
une expédition qu'il déclare ennecomposée de faux Français, arme l'assassin, et est plus cruel que lui. Ces
phagesunispars
anthropopar unanimité de
Aersanadgnisn
vengeance, se cherobent... se
groupent, et enfantent des projets de crime et de
destruction! Leur voeu n'est pas émis qu'ils sont
déjà armés pour l'accomplir. Leurs yeux avides
cherchent par-tout des victimes!..
elles sont
immolées..
et si la nuit cache une partie de
leurs forfaits,i ilkemprontentféchtde)
pour se repaitre à l'aise de sang et de flambeaux
carnage.
anadgnisn
vengeance, se cherobent... se
groupent, et enfantent des projets de crime et de
destruction! Leur voeu n'est pas émis qu'ils sont
déjà armés pour l'accomplir. Leurs yeux avides
cherchent par-tout des victimes!..
elles sont
immolées..
et si la nuit cache une partie de
leurs forfaits,i ilkemprontentféchtde)
pour se repaitre à l'aise de sang et de flambeaux
carnage. --- Page 298 ---
VOYAGES
librementaud dessusdeses victimes
La mort plane
expirantes, elle jouit de son triomphe, et applaudit à sa victoire!
Porté naturellement à obliger, pouvois-je
devoit aussi peser sur
croire que l'ingratitude
moi?Tranquille, environnéd'orages, rappelant
rele passé et mes dispositions présentes, je
jusqu'à P'idée du malheur et de la
poussois trahison : les couteaux étoient levés, nos bourreaux se disputoient nos dépouilles. Que nous
étions loin de soupçonner Phorreur de ces assassinats! Cependant le récit de scènes sanglantes
vint troubler la douceur de notre sérénité.
Le Cap est incendié, se disoit-on tout bas;
fait surveiller les blancs; on se dispose à
on
la force par la force..
La nouvelle
repousser
Gonaives!..
Soudain
arrive à l'instant aux
règne par-tout un morne silence, et notre couleur indiquée déjà de tous côtés par des yeux
est le but de tous les
sournois et farouches,
regards homicides.
Marchant confusément dans les rues sans oser
lever les yeux, notre pâleur annonçoit à nos
assassins enhardis que nous étions tremblans
défense. Le lâche est insolent, et le
et sans
peuple commença à nousi invectiver.
des bastingages à établir au bord de la
Ayant
mer, tout en se riant de notre impuissance pour --- Page 299 ---
D'UN NATURALISTE
un travail aussi rude,
sur nos
on spécula cruellement
travaux, et nous fûmes
un rafinement de
condamnés, par
d'un tuf
barbarie, à élever ces digues
qu'il fallut encore aller réclamer
arracherdes entrailles
et
et gercée. Enfin on voulut bralantesd'une terrearide
ques services, avant de
retirer de nous quelLa
nous livrer à la mort,
garnison fut doublée, et les insultes
augmentérent en raison de
nuelle de nouveaux
l'afluence contidu matin, la
individus. A sept heures
pela à F'administration générale battit. On m'apme
des domaines où
rendis, et où lon vint
je
blancs, de la part du
signifier à tous les
Louverture, d'avoir à gouverneur ToussaintA peine
se réunir sur la place.
arrivés, nous fimes cernés
taillon de noirs, et
par un badans
après un discours
lequel Toussaint finit
orageux,
qu'on en vouloit à sa
par dire que puisà lui qu'en foulant
vie, on ne parviendroit
les cendres des
et des
propriétés
propriétaires, on s'élança sur nous
nous désarmer. Tous les blancs de
pour
furent dès ce moment arrêtés
marque
Un nommé Noël
et consignés.
atroce, ennemi des Rainal, homme dur et
conduire
blancs, fut chargé de nous
par les bois à la
les bois !..
Noël Rainal!. Petite-Riviére. Par
notre
C'est fait de
existence, nous dimes-nous l'un à l'autre,
propriétés
propriétaires, on s'élança sur nous
nous désarmer. Tous les blancs de
pour
furent dès ce moment arrêtés
marque
Un nommé Noël
et consignés.
atroce, ennemi des Rainal, homme dur et
conduire
blancs, fut chargé de nous
par les bois à la
les bois !..
Noël Rainal!. Petite-Riviére. Par
notre
C'est fait de
existence, nous dimes-nous l'un à l'autre, --- Page 300 ---
qc
VOYAGES
Ainsi demain, peut-être à cette heure, nos
cadavres seront gissans à P'Artibonite, privés
de la sépuluure! Beaucoup d'autres conjectures
venoient obscurcir encore ler noir horizon de nos
pensées. Cependant on nous déposa à P'Arsenal, oà
l'on distribua devant nous à nos satellites, des
cartouches et des baionnettes. Noirs pressentimens! que vous aviez d'empire alors sur nos
coeurs glacés! Des refus, des bourrades envers
ceux de notre connoissance qui venoient s'informer de nos dernières volontés, présageoient
une mort certaine, sans une protection privilégiée de PArbitre des destins.
Le tyran vint repaitre sa cruauté et repasser
en revue ses viclimes, en grondant à voix basse,
et roulant avec horreur et férocité ses yeux
étincelans; il ordonna tout bas à Rainal, notre
départ pour le bourg de la Petite-Rivière.
Nous marchions deux à deux en captifs,
coudoyés fréquemment par de durs satellites,
déjà murmurant notre arrêt. La tête baissée,
traversâmes le bourg devant tout un
nous peuple confus, à qui il étoit sûrement encore
sentimendhumanité.3 Plusieurs comblés
restéun denosbienfaits, laissèrent échapper sur nos traces
quelques larmes de regret et de reconnoissance.
Nos farouches conducteurs, incapables de pitié,
pressoient --- Page 301 ---
D'UN
NATURALISTE a 289
pressoient vivement les tardifs, du nombre
desquels étoit un vieillard de
ans (r), qui demandoit la mort quatre-vingt-un à
accablé déjà par le poids de son
chaque pas,
par la frayeur.
âge, autant que
A peine avions-nous fait un quart de
qu'on cria, halte d la téte!l Les malheureux lieue,
toujours de l'espoir, et c'est le seul bien ont
nous restoit dans ces cruels
qui
aimions à croire à un ordre
momens, Nous
persuadions déjà
nouveau; nous nous
étoit enfin
que Toussaint - Louverture
touché de repentir. Des cavaliers
paroissent, enveloppés d'un tourbillon de
sière ; nous pensons qu'ils viennent pousdonner la liberté. 0 méprise affreuse!
nous
ces vampires affamés de
c'étoit de
sang et de
accourus pour se disputer nos brigandage,
parlent à notre conducteur
dépouilles! Ils
roidement
qui leur annonce
qu'il a ordre de nous transférer
a
à
Petite-Riviére, sans qu'aucun accident
rrive. Déçus dans leur barbare
nous
ruels tournent
attente, les
bride, et nous quittent en muraurant.
Arrivésilhabitnations del M. Grammont, celui-ci
oulut répondre au mouvement spontané de
pouse, qui s'élançoit vers lui
lui son
pour
dire
() M. Javin, ancien
procureur.
TOME III,
T
ordre de nous transférer
a
à
Petite-Riviére, sans qu'aucun accident
rrive. Déçus dans leur barbare
nous
ruels tournent
attente, les
bride, et nous quittent en muraurant.
Arrivésilhabitnations del M. Grammont, celui-ci
oulut répondre au mouvement spontané de
pouse, qui s'élançoit vers lui
lui son
pour
dire
() M. Javin, ancien
procureur.
TOME III,
T --- Page 302 ---
VOYAGES
adieu... mais des baionnettes se
un dernier
farouches soldats, insensibles
croisent, et nos
tiennent ainsi en suspens
aux.larmes des époux, du malheureux couple.
Tépanchements simultané
enfin
s'avance aussi il estreponssél
Un enfant
d'effroi, portent vers
les deux époux, glacés
se
humide, et n'osent plus
la terre un regard Mme Grammont, et nous
regarder. Onéloigne
souffris en ce
poursuivons notre route. Que je
chanceloient sous mon
moment! mes jambes
corps presqu'inaninsé. pendant la forte chaAprès avoir traversé,
torride de PHôpital (1),après
leur, la savanne
des regards amers sur nos habitations
avoir jeté
avoir examiné
qui se trouvent à la droite, après où naguères
des lieux paisibles
avec sensibilité
mard'une pleine et entière liberté;
je jouissois
humant la poussière, accablés
chant en silence,
arrivâmes au bac de
de faim et de soif, nous
de M. DesdunesPEster, oùt les enfans naturels
donner des
Lachicotte ne voulurent point me
nouvelles de leur père (2). Les soleil se couchoit
Cette savanne immense et déserte est flanquée les
(r)
tHôpital, ainsi nommé parce que
par le morne avoient formé un asile pour leurs malades.
flibustiersy
refugié dansdes mangles
CoNr.Dedhasetaliesed dont il connoissoit les issues, en sa qualité
inabordables chasseur, y avoit passé dans son çanot
d'excellent
voulurent point me
nouvelles de leur père (2). Les soleil se couchoit
Cette savanne immense et déserte est flanquée les
(r)
tHôpital, ainsi nommé parce que
par le morne avoient formé un asile pour leurs malades.
flibustiersy
refugié dansdes mangles
CoNr.Dedhasetaliesed dont il connoissoit les issues, en sa qualité
inabordables chasseur, y avoit passé dans son çanot
d'excellent --- Page 303 ---
D'UN NATURALISTE
alors, et sembloit, en fuyant, refuser 291
témoin de notre douloureuse
d'être
agonie.
tous les plus grands dangers; mais trahi
naturels, il fut livré par eux après leur par ses enfans
foiblesse, la reconnoissance d'une
avoir fait, par
Ce méme Lachicotte, doué de partie de sa fortune.
toutes les
coeur, ne fitjamais que des ingrats. Dans qualités le
du
affreux du débordement de la rivière de
désastre
au mois de septembre 1800,
I'Artibonite
à porler des secours à tous
continuellement occupé
lesafiligés, ce brave
aperçut non loin de chez lui, des mouchoirsen homme
sigue de détresse. Il reconnut des étres
lair en
sur des arbres de l'autre côté de la rivière animés exposés
impraticable par la quantité de bois qu'elle delEster,
et par le craquement du pont qui se
charrioit,
instant, et devoit entraîner
disloquoit à chaque
infailliblement
en approchoit. Rien ne peut intimider Mr tout ce qui
Il est père, et veut sauver une famille Lachicotte..
famille a déjà voulu
entière. Cette
Il oublie tout; il n'a plusieurs fois T'empoisonner..
plus d'ennemis dès
d'obliger; et il ne pense
qu'il s'agit
courir. Il emprunte
plus aux risques qu'il a à
vingt gourdes, et
canot il appelle à son secours des
déjà dans son
de payer généreusement.
aides qu'il promet
Déjà l'onde frémit, et cède aux efforts redoublés
rameurs, avançant
des
pouissés. Ils
quelquefois, et plus souvent reaperçoivent un chevron
en menacant leur versatile
énorme qui flotte
se dévétissent
embarcation. Soudain ils
leur précaution pour pouvoir nager au besoin, mais
devient heureusement
contre-flot fait dévier la pièce de bois inutile, un
qui les
T2
aides qu'il promet
Déjà l'onde frémit, et cède aux efforts redoublés
rameurs, avançant
des
pouissés. Ils
quelquefois, et plus souvent reaperçoivent un chevron
en menacant leur versatile
énorme qui flotte
se dévétissent
embarcation. Soudain ils
leur précaution pour pouvoir nager au besoin, mais
devient heureusement
contre-flot fait dévier la pièce de bois inutile, un
qui les
T2 --- Page 304 ---
VOYAGES
pas
On fit charger les ame,etaprisquelquer fit arrêter, et
dans une route de traverse,on nous
et
Tous se regardent,
disposerquatre par quatre.
a nous faire les derniers adieux 3
commençant
la horde leurs
donnent au chefde
les plus pressés
Ces féroces gardiens
montres et de l'argent.
et nous
provisoirement les effets,
acceptent
marche. La lune se levoit, et vint,
remettent en
à notre sombre mépar sa pâle clarté, ajouter
mais
lancolie. Chacun se rassure un moment,
on nous cerne en resbientôt même mancenvre:
demande tout ce
serrant les rangs, et on nous
à
rester" d'armes. On me prit
qui . a pu nous
les heurter. Ce danger passé, un plus
côtoie sans
Lachicotte impatient de sauver
grand les attend : Mr
d'un
qui, pour mieux préteràtilusion
ces malheureux
dans les
se balançoient
prochain engloutissement, croyoit sur le point de se
branches de ces arbres il qu'on leur tend les bras. : Un piége
déraciner, approche, là même où aux dépens de sa vie il
lui étoit tendu,
de générosité. Les padonnoit le plus bel exemple
de
villons de détresses sont jetés à l'eau, et une décharge
de fusil vient repousser un service si franchement
coups
Lachicotte veut parler, une seconde dérendu! Mr
Dieu
les coups.. percharge est faite..
dirigeoit troisième et succesivement
sonne n'est atteint Unet
rédoublé d'acd'autresjusqu'à ce que les rameurs, ayant embusqués,
tivité et émus d'horreur contre les scélérats beau trait.
aient reporté à terre lauteur d'un si
'eau, et une décharge
de fusil vient repousser un service si franchement
coups
Lachicotte veut parler, une seconde dérendu! Mr
Dieu
les coups.. percharge est faite..
dirigeoit troisième et succesivement
sonne n'est atteint Unet
rédoublé d'acd'autresjusqu'à ce que les rameurs, ayant embusqués,
tivité et émus d'horreur contre les scélérats beau trait.
aient reporté à terre lauteur d'un si --- Page 305 ---
-
D'UN NATURALISTE
moi une canne de jonc
que j'avois à la main,
quoiqu'elle ne fat pas redoutable autant
étoita
qu'elle
attrayante par sa garnitare en or.
On reprit encore la marche dans ce
silence qui la rendoit plus sinistre. Je morne
une halte à la plus prochaine
proposai
pour le repos
habitation, tant
nourriture.
que pour prendre un peu de
Au mot de nourriture nos gardes
acceptent, persuadés qu'ils mangeront de meilleur. appétit que nous. Dès ce moment cette
austerité qui les rendoitr redontables,
ils devinrent tous moins
s'émoussa;
farouches,et
même la prévenance
poussérent
jusqu'à nous ollrir, presqu'arrivés à notré halte, une eau battue
dégottante, renfermée dans leur bidon et
qu'ils se passoient à la ronde
(1)
chaleur du
pendant Ia forte
jour sans nous en offrir.
Un des négocians de notre malheureuse
société fit la dépense; mais personne de
put manger, tant la terreur avoit
nous ne
besoins.
engourdi nos
Quant aux gardes, ils oublièrent
bientôt leurs prisonniers à la vue d'un cabrit
les (1) Le bidon est un vase destiné à fournir d'eau
soldat pendant sa route. Ceux de nos gardes étoient
simplement pilt,
une calebasse emmaillée de ficelle de
espèce d'aloès dont on retire une sorte de filasse.
T 3 --- Page 306 ---
VOYAGES
de volailles
disparurent en un instant. Le
et
qui tellement
la sentinelle même
tafia les enivra
que
étoit profondément assoupie.
la clef des
Nous avions 2 comme on dit,
d'enchamps; mais où fuir, étant environnés
nemis de toutes parts. La couleur blanche
il étoit ordonné
proscrite et déjà condamnée,
aux ateliers de faire feu sur tout blanc qui ne
poir.
seroit pas escorté : au moins d'un militaire
Oà trouver des partisans2. Se séparer, ç'eit
étoit donc
été se trahir et se perdre. L'entreprise fut-elle
impraticable. Aussi notre alternative
D'ailleursla malheuune Sangstacinmpportable
reuse confiance qu'on avoit en Toussaint-Louverture ne nous faisoitr regarder cette mesure que
notre propre sûreté, et nous mettre, sous
pour
de la force armée, à labri de
la protection
toute sédition populaire.
Sortisdeleurivresse; nos gardes se réveillérent
en sursaut et de mauvaise humeur, semblables
au moindre bruit. Après
à des tigres rngissans
la marche.
nous avoir compté tous, on reprit
besoins
affoiblis ressentirent alors des
Nos corps
mais les refus quenous essuyâmes
de nourriture,
nous
dans les habitations où nous passâmes bois
obligérent de nous contenter de graines de
d'orme qu'on donne aux pourceaux.
de
Arrivés au bourg de la Petite-Rivière
humeur, semblables
au moindre bruit. Après
à des tigres rngissans
la marche.
nous avoir compté tous, on reprit
besoins
affoiblis ressentirent alors des
Nos corps
mais les refus quenous essuyâmes
de nourriture,
nous
dans les habitations où nous passâmes bois
obligérent de nous contenter de graines de
d'orme qu'on donne aux pourceaux.
de
Arrivés au bourg de la Petite-Rivière --- Page 307 ---
a -
D'UN NATURALISTE
TArtibonite (1) lieu de notre
nous fait faire halte sur la
destination, on
Lafortune
place, et là, le féroce
commandant vient nous
revue, en grondant comme
passer en
victimes
un tigre à la vue des
qu'il va immoler.
Voyant autour de nous des
fortune en
compagnons d'inliberté, nous espérions la même
faveur; mais bientôt on nous fit
d'uner prison infecte.
prendre la route
qu'an très-petit
Nayant pour nous enfermer
desle
local, on nous ôtoit encore l'air
concher du soleil. Ce
étoit affreux et accablant. supplice de fournaise
Un blanc de
l'état-major de
me réclamer, et offrir
Dessalines vint
mais
sa caution pour mon
dlargissement,
on nela trouva
Un homme de couleur
pas suffisante.
pas eut plus de succès; que je ne connoissois
par Mme Desfontaines, prévenu en ma faveur
il usa de procédés
habitante des Gonaives,
délicats et officieux
quels je lui conserve, ainsi
pour lesla plus vive reconnoissance. qu'à ma libératrice,
Que de louanges à donner
bourg de la Petite-Rivière
aux habitans du
pour leur
dévouement à la cause des
généreux
prisonniers! Leurs
(s) Suivant M.
tire son nom de MoremdeSiMéry, la
T'Artibonite
Hatibonico des naturels prononciation du
vicieuse du mot
pays.
T. 4 --- Page 308 ---
29G
VOYAGES
libéralités envers nous, suivoient le cours périodique de notre infortune : que de bénédictions
ils reçurent I Nous visitant en
prison, tous
apportoient, trois fois le jour, des mets én
abondance. Les onze douzièmes étoient hommes
et femmes de couleur, qui se conduisirent
bien de la générosité dans cette
avec
catastrophe
épineuse.
Le curé se signala d'une manière admirable, par sa charité bienfaisante. Le nom de
l'abbé
ration
vénéMet-asearmaderias
et des larmes de reconnoissance. Accompagné de ses deux enfans de choeur, et décoré
de son costume sacerdotal pour se ménager de
fréquens accès dans la prison, il réitéroit ses
visites, et offroit d'une manière noble une
surabondance généreuse. Tous avoient droit à
ses bienfaits, plus encore les malheureux
de
privés
protections et de connoissances; le même
ordinaire leur étoit réservé, et ses meilleurs
amis n'étoient pas mieux partagés que ces indigens abandonnés.
D'autres nous faisoient des vêtemens, ceux-ci
blanchissoient notre linge, ceux-là alloient
affronter les humiliations chez lej jugeinexorable
Lafortune.
Enfin la ville nous fut accordée pour prison,
mais après la plus affreuse des nuits, passée dans
ux
de
privés
protections et de connoissances; le même
ordinaire leur étoit réservé, et ses meilleurs
amis n'étoient pas mieux partagés que ces indigens abandonnés.
D'autres nous faisoient des vêtemens, ceux-ci
blanchissoient notre linge, ceux-là alloient
affronter les humiliations chez lej jugeinexorable
Lafortune.
Enfin la ville nous fut accordée pour prison,
mais après la plus affreuse des nuits, passée dans --- Page 309 ---
-
D'UN NATURALISTE
des angoisses mortelles. Les vents
notre imagination craintive; le moindre inqniétoient
vement de nos gardiens
mouimprimoit en nos ames
agitées, cette terreur suffocante que l'esprit de
T'homme désarmé ne peut s'empécher de redouter.
Les soupirs de nos compagnons d'infortune,
leurs moindres plaintes nous tiroient de notre
assoupissement si désirable, retraçoient Phorreur de notre position, et nous faisoient
sumer
prél'approche de nos bourreaux comme,
très-prochaine: : aussi le sommeil difficile, combattu par de fausses visions, ne vint-il jamais'
surprendre nos veilles dans cet état d'angoisse et
de perplexité; le sommeil, le sommeil méme
ce divin soulagement dans les maux
qu'on endure, ne pouvoit appesantir nos paupières
convulsives à qui l'effroi donnoit un battement
involontaire. Des réveils en sursaut, soit par le
tambourdesr marches nocturnes, soit par l'entrée
imprévue de l'impitoyable geolier qui venoit
s'assurer de notre docilité, harceloient notre.
corps tremblant et abattu. Que de fois couchés
sur une terre humide, et n'ayant pour oreiller
qu'une grosse pierre brute, il nous sembla
la mort s'avançoit vers nous à pas
que
nous paroître plus terrible
l'idée lents, pour
par
des supplices qui nous attendoient! --- Page 310 ---
VOYAGES
je fus recu
Elargi le matin sous caution,
dont
habitant du bourg,
chez M. Péraudin
mois nous assistoit
Tépouse enceinte de sept
légers besoins,
de même, et pourvoyoità nosp plus
des
nous reçàmes des étrangers,
En général
que nous refusérent
secours et des consolations
ces événeendurcis encore par
des parens qui,
d'opprobre et
se couvrirent
mens malheureux, la veille du trépas qui leur étoit
d'égoisme à
destiné.
soir et matin à un
Obligés de comparoître étions à la merci des
appel rigoureux, nous
faire attendre et
de nous
chefs qui jouissoient
prenoient bien à laise,
désirer un repas, qu'eux Rentrant sans défense
et à nos propres dépens. railleries amères, nous les
au milieu de leurs
affectation en nous
entendions se demander avec
coup
voyant passer : A quand le grand adoucit nos bourL'espoir de pacification
momentanéleur fit concentrer
reaux, ou plutôt leur haine inextinguilble au
ment et avec effort,
toujours ulcéré; ce
fond de leur coeur pour n'eurent jamais de
humanité, ils
n'est point
crainte des phalanges françaises
pitié! mais la
sanguinaires,
les retint dans leurs transports
accorder la ville pour prison.
jusqu'à nous
la fauvette épouvantée par
Semblables à luia fait sentir sa supérioTépervier, qui déjà
leur fit concentrer
reaux, ou plutôt leur haine inextinguilble au
ment et avec effort,
toujours ulcéré; ce
fond de leur coeur pour n'eurent jamais de
humanité, ils
n'est point
crainte des phalanges françaises
pitié! mais la
sanguinaires,
les retint dans leurs transports
accorder la ville pour prison.
jusqu'à nous
la fauvette épouvantée par
Semblables à luia fait sentir sa supérioTépervier, qui déjà --- Page 311 ---
-
D'UN NATURALISTE.
rité en la déchirant de ses serres
elle, foibles et sans défense, aigues; comme
faire un pas hors des
nous n'osions
d'être
bornes, dans la crainte
repris de nouveau : l'oiseau de proie la
caresse, la joue, lui fait éprouver mille
comme nos juges inexorables en
morts,
successivement de la vie
nous balançant
Aussi
au trépas.
blanches passions - nous également les nuits
chez M. Pérandin, dont la maison
toujours cernée éloit à chaque
être mise à feu et à
instant prête à
nous louer de la valeur sang. Nous etmes bien à
nommé Jbar,
intrépide d'un griffe (r)
guide de
mais voué aux blancs : Tonssiat-Lonvenure, il couchoit
hangar, et repoussa
dans notre
hordes mutinées
plusieurs fois lui seul les
le coutelas de qui, la torche d'une main et
l'autre, cherchoient à
notre foible porte, en la frappant à
enfoncer
blés. Quelle position ! sans
coups redouet en butte à toute la fureur armes, sans soutien,
des assaillans!
Cependant notre existence, la vie de
mille trois cents et quelques
quatre
au succès
prisonniers tenoient
Louverture d'onedenarclequer fit faire ToussaintNous
auprès du général en chef Leclerc.
ignorames quelles étoient les clauses;mais
() Homme de couleur
mulitre avec une négresse. provenant du mélange d'un --- Page 312 ---
300:
VOYAGES
les courriers n'ayant rien rapporté de favorable,
les fronts se ridèrent, l'animosité s'enflamma,et
l'ardeur de la persécution devint plus terrible
dans cet état de désespoir.
On prétexta des propos de sédition, et aussitôt
l'accusation portée, s'étant assuré de notre
présence par lappel général, nous vimes sortir
de tous les coins des rues des peletons d'infanterie qui s'emparérent de toutes les issues. On
nous fit rassembler en un corps à cinq pas de
l'artillerie, et les canonniers à leur poste, la
mèche allumée, disposant des seaux pour
rafraichir les pièces, se regardant les uns les
autres en silence, braquèrent -
sur nous les canons,
puis les pointèrent. Linfanterieappréta les armes
probablement pour achever ceux qui auroient
échappé aux premières décharges. Enfin la
mort nous environnant de toutes parts, j'avoue
que, pâlissant de frayeur à la vue de notre supplice, nos coeurs se fondirent, et que déjà notre
existence étoit oubliée de notre imagination
paralysée. Plusieurs, pour éviter les souffrances
d'un assassinat, se plaçoient les premiers afin
que les mitrailles ne laissassent aucun vestige
de leur corps.
Lafortune parut, et son regard farouche
sembloit être lesignal de notre trépas:ils'avance
vers nous en grondant; relit le chef de nos
âlissant de frayeur à la vue de notre supplice, nos coeurs se fondirent, et que déjà notre
existence étoit oubliée de notre imagination
paralysée. Plusieurs, pour éviter les souffrances
d'un assassinat, se plaçoient les premiers afin
que les mitrailles ne laissassent aucun vestige
de leur corps.
Lafortune parut, et son regard farouche
sembloit être lesignal de notre trépas:ils'avance
vers nous en grondant; relit le chef de nos --- Page 313 ---
D'UN NATURALISTE.
accusations arbitraires, et se contente de nous
ôter la liberté; mais, hélas ! le fatal moment
n'étoit retardé que de vingt-quatre heures.
L'époque est donc fixée ! des flots de
vont couler ! les bourreaux déjà prêts
sang
d'impatience. Deux heures avant le rugissent
massacre
général, un noir pressentiment du funeste événement qui nous étoit réservé, obscurcissoit
pensées jusqu'alors rassurées
nos
bruit sourd
sur notre sort : le
et confus de groupes environnant
notre enceinte; un mouvement continuel d'allans et venans sur la place; le' sourcillement
amer des gardes de Tintérieur; l'insolence du
geolier qui n'avoit plus aucune considération à
garder; toutes ces remarques
ame d'amertume.
remplirent notre
Ces ris sardoniens, expression forcée d'une
joie contrainte, ces tristes effets produits à
dans une angoisse inétouffable et sans regret
cesse renaissantes ces ris enfin, mille fois plus cruels
que des pleurs, cessérent pour faire
à
morne silence. Chacun marchoit la tête place un
craignant de heurter l'ami qui naguères baissée,
sa consolation. On étoitavare de
faisoit
questions,etpar
conséquent très-réservé dans les conjectures.
Cependant la porte s'ouvre en criant sur ses
gonds : deux blancs sont poussés du dehors; --- Page 314 ---
VOYAGES
referme soudain : tous les deux mes
elle se
habitant de
parens, lun Rossignol-Dotreuil
et l'autre M. Bréard habitant
cette commune,
Ils n'avoient d'autre
près le pont de l'Ester.
accusation que celle d'avoir reçu de France
des lettres antérieures annonçant l'expédition, lesquelles interceptées par ordres suétoient gardées en secret depuis leur
périeurs
nous confirarrivée. Ces nouveaux prisonniers
mérent nos tristes pressentimens, en nous annonla ville étoit cernée par un triple
çant que de troupes et de cultivateurs armés ;
cordon
pièces de canon chargées à mitraille placées
sept
issue du bourg, en cas de résistance
à chaque
le
de
lors du massacre des prisons;
transport
l'arsenal et des munitions de guerre, bombes,
obus et boulets vers le haut des mornes, une
de torches destinées à incendier le
quantité des cordes amoncelées à la porte des
bourg, enfin l'arrêt de mort prononcé contre
prisons, blancs ! Ils se taisent; nos coeurs sont
tous les
glaeésuncsucurf froide se répand sur notre corps.
Ils finissoient à peine leur récit qu'on frappe
de nouveau avec vivacité. Nous sommes perdus,
s'écrièrent plusieurs de nous quatre greenfin
nadiers s'avancent... nous frémissons...
M. Say chiparoit tout à coup mon libérateur,
où il a
rurgien en chef, arrivant de Saint-Marc
contre
prisons, blancs ! Ils se taisent; nos coeurs sont
tous les
glaeésuncsucurf froide se répand sur notre corps.
Ils finissoient à peine leur récit qu'on frappe
de nouveau avec vivacité. Nous sommes perdus,
s'écrièrent plusieurs de nous quatre greenfin
nadiers s'avancent... nous frémissons...
M. Say chiparoit tout à coup mon libérateur,
où il a
rurgien en chef, arrivant de Saint-Marc --- Page 315 ---
D'UN NATURALISTE
connu mes ouvrages sur la médecine.
DI M. Descourtilz,
(( Où est,
) l'instant; le général s'écrie-t-il, qu'il vienne à
Tour à tour agité de Dessalines le demande > !
sais si je dois répondre: crainte et d'espoir, je ne
il s'élance
enfin on me fait
vers moi, me prend
place;
mne tire hors de la
par le bras, et
voix entrecoupée prison, en me disant d'une
dans
que le massacre va
une demi-heurel.! Ce
commencer
cependantil falloit
coup m'atterra;
ble, qui néanmoins ipediecdwmejnendes ne m'attendoit
n'ayant pu obtenir ma
pas. M. Say
nos possessions,
grace, vu P'immensité de
son influence avoit pris sur lui, en faveur de
envoyé
auprès des soldats, de se dire
par Dessalines qu'il vouloit
par ma présence imprévue. Je
intéresser
coup les yeux étincelans du
parois : tout à
Desdunes
tigre altéré du
(1) se dirigent vers
sang
tressaillir Il se trouble moi, et me font
gronde Je suis
Je pâlis Il
deux canons de
condamné A peine les
poitrine
ses pistolets sont braqués sur ma
d'obéir 2 qu'il a déjà fait signe à sa
à son atroce volonté. Ils m'ont garde
saisildéjal'onr
bientôt
m'entrainoit,lame presqu'éteinte,
(1) Rossignol - Desdunes, famille nombreuse
respectable du quartier de
et
suis allié.
TArtibonite, à laquelle je --- Page 316 ---
VOYAGES
absorbé autant par l'incertitude que par-la douleur.Jemarchois au supplice lorsque son épouse
tremblante et alarmée embrasse ses pieds
lui demander ma grace. M. Say de son côté, pour lui
observe avec fermeté que je lui ai sauvé la vie
dans une fièvre inflammatoire; qu'il y a de la
cruauté, de lingratitude à me traiter ainsi. Ces
mouvemens de pitié en ma faveur le fatiguent,
irritent encore son courroux, et toujours inexorable, il s'écrie d'une voix plus forte et en-.
rouée : ( (1). N'oncl' à li-mouri... li va mouri
) tou' jour di là. Soldats, fai' Ça moué di vous...
)) oté li douvant g'yeux à moué : conduis li
) pisser où ti vous connoi (2). Non, s'écrie
) Mme Dessalinespe en embrassant de nou-
)). veau son époux furieux qui la repoussoit
) toujours; -non... iln'ira paso! Elle pleure...
Le tigre est en suspens Un mouvement
divin qu'il ne connoît pas achève d'émousser
pour l'instant les traits de son ressentiment. Il devient, pour la première fois de's sa
() Ses oncles sont morts, il périra aussi. Soldats,
obéissez..
qu'il sorte de devant mes yeux ; menezle dehors où vous savez.
(2)Le mot pisser étoitle signal de la mort à la baionnette; il exprime dans cet idiome le ruissellement
impétueux d'un sang forcément épanché.
vie,
ne connoît pas achève d'émousser
pour l'instant les traits de son ressentiment. Il devient, pour la première fois de's sa
() Ses oncles sont morts, il périra aussi. Soldats,
obéissez..
qu'il sorte de devant mes yeux ; menezle dehors où vous savez.
(2)Le mot pisser étoitle signal de la mort à la baionnette; il exprime dans cet idiome le ruissellement
impétueux d'un sang forcément épanché.
vie, --- Page 317 ---
D'UN NATURALISTE.
vie, pitoyable, et s'écrie : ( Soldats, quitté
blanc-là >IPuis à moi. ( Sorti devant g'yeux à
) moué >! Soné épouse étonnée de ce moment de
douceur, me fait signe en ouvrant une porte
dérobée de me cacher sous le lit. Bientôt ce
nouveau Néron rentre dans sa chambre, et
s'attable avec plusieurs officiers généraux de
son état-major. Ils stimulent, à l'aide de boissons
enivrantes et de recits de cruautés commises
par certains propriétaires blancs, leur ardent
désir de se venger des insignes vexations exercées envers leurs semblables au tems de
leur esclavage. Ils plaignent plusieurs individus qui seront victimes innocentes : une
seconde rasade interrompt ce mouvement de
pitié; les traîtres ne parlent plus que de
mort! Mon histoire est racontée (1). Ils ne me
croyoient pas si près d'eux, lorsque Dessalines
se levant aperçoit une de mes jambes, et me
dit : ( Ça vous faire là p'tit blanc ) ? Glacé dé
frayeur,je ne pouvois remuer; il me tira par le
(i) c Blancs France layo, disoit Dessalines,
3 malice, oui!.. - : Yo connoi tout
gagné
a
queuq'chose.
Miré Descourtilz, li connoi musique passé qui!
a li connoi traité mounde qui malade!li connoi toute
a béte layo qui après couri' dans l'eau, comme dans
terre! li après pinturé yo semblé si yo vivans, li bon
a garçon, mais li assez : ça domage tuiél lin.
TOME III,
V.
& --- Page 318 ---
VOYAGES
pied, et après s'être plaint de mon indiscrétion,
il me renvoya à sa femme. M. Seguinard, qui
avoit trouvé le moyen de se cacher sous le
mémelit,ne fut pas aussi heureux que moi; car
le commsabontlabortunelsysatansittugere
ils s'armèrent tous de leurs sabres, et malgré les
efforts de ses mains suppliantes, l'infortuné
fut écharpé sur Ia place.
Toute la Nature gémissoit de cet acte de
cruauté, les animaux eux-mêmes; d'un côté,
les oiseaux interrompoient le silence par des
chants plaintifs; et ailleurs les quadrupèdes,
par des beuglemens sourds et entrecoupés 9
sembloient prendre part à un événement aussi
funeste. Des troupeaux immenses de moutons,
cabrits, bêtes à cormes,appartensntàl Dessalines,
du
habitations de PAr
ou provenant pillagedes
tibonite,qu'il faisoit conduire dans les cahos, sa
retraite éloignée du théâtre de la guerre, six
boeufs se détachèrent de la tête, mugissant
d'une manière remarquable, et s'avançant à
regret vers un terrain qui alloit être imbibé
de sang; ils côtoyèrent la prison, fouillérent
avec précipitation une fosse énorme (1) qui
sembloit indiquer le lieu d'une sépulture. Elle
(1) Cefaitsurprenant est connu de tous ceux qui,en
ce bourg, ont échappé aux horreurs du massacre.
erre, six
boeufs se détachèrent de la tête, mugissant
d'une manière remarquable, et s'avançant à
regret vers un terrain qui alloit être imbibé
de sang; ils côtoyèrent la prison, fouillérent
avec précipitation une fosse énorme (1) qui
sembloit indiquer le lieu d'une sépulture. Elle
(1) Cefaitsurprenant est connu de tous ceux qui,en
ce bourg, ont échappé aux horreurs du massacre. --- Page 319 ---
VA a -
D'UN NATURALISTE
servit à quelques malheureux
tués des
coups de feu, sans que beancoup aient premiers fait
remarque qui ne m'a point échappée.
cette
A sept heures du soir, une heure
passage, la tête des noirs étant échauffée après ce
le tafia, on ordonna l'incendie
par
tourbillons enflammés
qui de ses
précéda immédiatement
le massacre. J'ai conservéjnsqu'a
venir du son
présent le souaigre et funèbre de la
exécutée par quarante tambours et autant générale, de
fifres criards, perçant l'air de leurs sifllemens
obstrués par le souflle impétueux et forcé de
leur rage impatiente.
Bientôt le signal du massacre général fut
donné! Le ciel cacha cette scène
la lune se levoit, mais sa
dhorreur;
transparence fut troublée : de tous côtés le bruit d'armes à feu réveilloit la douleur assoupie. Chacun
prétoit
Toreille; c'étoit pour entendre les derniers cris
plaintifs de victimes expirantes sous les
redoublés des assassins, soit à la baionnette, coups soit
ala crosse de fusil La mort de l'arme à
feu, - trop douce pour assouvir la cruelle rage de
ces cannibales, ils ne s'en servoient
ceux qui étoient recommandés. Les blancs que pour
du
tanton, libres sur parole, furent bientôt
puivis et ramassés de toutes parts. Leur pourcerV 1 2 --- Page 320 ---
VOYAGES
alloit s'attacher
velle, jaillissant de tous côtés,
aux murailles ensanglantées. meurtrier siffle de tous
Bientôt le plomb
côtés, la balle perfide va frapperindisinctement
le vieillard et. Penfant; elle ne respecte personne.
Dessalines aloeil hagard et étincelant,
Le tyran
front ridé l'empreinte de la
portoit sur son scélératesse. Il
d'un
cruauté et de la
appeloit
exécuteurs atroces de sa volonté sanguigesteles
les excitoit, et les harcenaire, les rassembloit,
loit en les agaçant par des souvenirs d'esclavage.
les cadavres
Par-tout les cendres éparpillées,
frémissans décéloient le passage des assassins,
leur marche sanglante. Les victimes, saisies
et
vouloient en vain
par leurs bras vigonreux, d'Hercules fortifiés enlutter contre un groupe
s'évacore par une rage frénétiqne. Le courage
nonissoit bientôt chez notre classe impuissante,
douloureux d'une
pour faire place au sentiment
frissonnante frayeur 1
étoientj
de cadavres; et vouLes rues
jonchées
chirurgien de
lant me cacher chez M. Massicot,
l'ambulance Lucas, dont la maison étoit gardée
pourla sûreté des officiers de samté,jechancelois, de
assurée , à la vue
dans ma marche peu
d'amis
dans des tortures
parens ou
expirans de meurtrir ces
affreuses, obligé de fouler,
me rendre à ma desti-:
chères dépouilles pour
cadavres; et vouLes rues
jonchées
chirurgien de
lant me cacher chez M. Massicot,
l'ambulance Lucas, dont la maison étoit gardée
pourla sûreté des officiers de samté,jechancelois, de
assurée , à la vue
dans ma marche peu
d'amis
dans des tortures
parens ou
expirans de meurtrir ces
affreuses, obligé de fouler,
me rendre à ma desti-:
chères dépouilles pour --- Page 321 ---
/4
A a -
D'UN NATURALISTE
nation, toujours à la veille d'être frappé moiméme, et de grossir les monceaux de ces
palpitans! !
corps
J'entrai chez M. Massicot; mais quelle sûreté
devois-je attendre dans une maison à claire-voie,
gardée par une sentinelle déjà ivre, qui
être culbutée par un peloton de ces assassins pouvoit
effrénés, cherchant à violer notre asile
J piller le tafia et l'or qu'on savoit y être. pour Le
vieux Massicot, dans cet état oul l'avaricedevient
plus que jamais méprisable, avoit peine à se
décider à retirer de fonds sablés une bouteille de
vin vieux; il ne nous offroit que de l'eau. Il
perdit plus tard, par l'incendie, le fruit honteux
de sa fausse économie, sans exciter nos
Plus occupé de son porc à l'engrais regrets.
propre vie, il ouvroit
que de sa
continuellement sa porte,
qui toujours eut dà être fermée pour éviter des
méprises dangereuses. Et pourquoi ces précautions? pour demander d'une voix tremblante et
eassée, sifanfan étoit toujours là. Fanfan étoit
le nom de son cochon.
Ces scènes burlesques, qui dans tout autre
cas eussent été récréatives, nous.fatiguoient
leur ridicule. Plusieurs de nos
par
chirurgiens, se
croyant en sûreté, soupèrent
tranquillement :
pour moi, semblable au jeune agneau qui
attaché au fatal poteau y attend son sort, je
V 3
d'une voix tremblante et
eassée, sifanfan étoit toujours là. Fanfan étoit
le nom de son cochon.
Ces scènes burlesques, qui dans tout autre
cas eussent été récréatives, nous.fatiguoient
leur ridicule. Plusieurs de nos
par
chirurgiens, se
croyant en sûreté, soupèrent
tranquillement :
pour moi, semblable au jeune agneau qui
attaché au fatal poteau y attend son sort, je
V 3 --- Page 322 ---
VOYAGES
3r0
ni dorheures sans manger
restai quarante-leit
enfinà tout sentiment. 0 mon épouse!
mir,mort fils! ô mon père! et vons tous mes
toi mon
m'étoit
amis! que le somenrdsotesiperatie criois adieu
alors douloureux... Je vous
hélas! des
mais vous ne pouviez l'entendre;
mers immenses nous séparoient. générale, je
Pendant cette consternation
instant dans le jardin, mais. : 6
sortis un
ne connoissois
Bonté divine! un nègre que je
chargé de mon exécution,
pas, et que je croyois
le bras, et m'entraina
vint me prendre par
dans laquelle il me
d'abord vers une masure
dit de me mettre à genoux.
Je crus que
faitde moi; mais lui-méme se jetant à mes
c'étoit
comme malade guéri de ma
pieds, il se nomma
rien à craindre.
main, et m'assura que jen'avois
Observant ensuite que cet endroit étoit tropàdé
de
M. Massicot,
couvert et trop près Fimportun
ce bon
qui venoit d'y arriver avec son fanfan,
la
fit
parmi des épines sous
nègre me
ramper
touffue d'une haie de campêches jusque
voûte
d'un ruisseau. C'est là qu'il m'y fit
vers le bord
ramés, dont il
cacher sous des pois de France
m'enveloppa la tête pour me laisser respirer,et
veillant sans cesse aux environs, il ne me quitta
d'un seul instant. Malgré ses vigilantes
pas
il fut aperçu par des maraudeurs.
précautions,
mi des épines sous
nègre me
ramper
touffue d'une haie de campêches jusque
voûte
d'un ruisseau. C'est là qu'il m'y fit
vers le bord
ramés, dont il
cacher sous des pois de France
m'enveloppa la tête pour me laisser respirer,et
veillant sans cesse aux environs, il ne me quitta
d'un seul instant. Malgré ses vigilantes
pas
il fut aperçu par des maraudeurs.
précautions, --- Page 323 ---
1 A
D'UN NATURALISTE
On tira sur lui; la balle vint sifler
ma tête. Il se
au dessus de
jeta sur moi en contrefaisant
l'ivrogne, etne quittant point ce caractère
ingésienementinaginé,11 balbutia qu'il n'étoit
blanc, qu'il étoit nègre Congo, mais
pas
pouvoit les suivre. Moué) fini net'
qu'il ne
d'une langue épaisse; moué
caba, disoit-il
place la; moué sou caba. pas capab bougé
suis ivre mort.
Cequi veut dire:. Je
Avidesd de pillage, etanimés eux-mêmes
tafia et le vin, ces assassins
par. le
rateur sur sa
crurent mon libéparole, et tournèrent
vers de nouveaux crimes. Ainsi
leurs pas
confinée dans sa dernière
donc la vie
encore aux portes mêmes du retraite, je la resaisis
tombeau,
sous le poids de ce nègre bienfaisant J'étoullois
cette ruse, ôtoit tout soupçon de
qui, par
qu'un aussi près de lui. Il se
trouver queljoie de m'avoir sauvé, Il
releva, et pleura de
lendemain
me garda
matin, non sans crainte, ainsijusqu'an mais
menté par une juste
tourau milieu du théâtre frayeur, en nous trouvant
renaissant.
d'un carnage toujours
Pendant ce tems, l'asile divin fut
l'autel teint du sang d'un jeune homme souillé;
ans, , qui, les cheveux
de seize
épars, venoit à
implorer la protection de la
genoux
et la bouche
Divinité; les mains
dégoûtans de sang, nus, malgré
V 4
inte, ainsijusqu'an mais
menté par une juste
tourau milieu du théâtre frayeur, en nous trouvant
renaissant.
d'un carnage toujours
Pendant ce tems, l'asile divin fut
l'autel teint du sang d'un jeune homme souillé;
ans, , qui, les cheveux
de seize
épars, venoit à
implorer la protection de la
genoux
et la bouche
Divinité; les mains
dégoûtans de sang, nus, malgré
V 4 --- Page 324 ---
VOYAGES
la sainteté du lieu, les cannibales achevérent
cette victime innocente qui avoit résisté à plus
de quarante coups de baionnette!
Bientôt la garde meurtrière fonce Ia porte de
la prison où l'on avoit eu soin de concentrer
dans chaque chambrée les malheureux prisonniers pour n'éprouver aucune résistance. Les
premiers numéros sont appelés deux à deux,
attachés par les bras l'un à l'autre, dépouillés
de leur argent, de leurs vêtemens, puis lardés à
coups de baionneite. Déjà le tas des expirans
commence à grossir, que ces bourreaux se plaignent de la lenteur de l'exécution : lassés également de plonger et replonger l'acier émoussé
dans ces chairs repoussantes, ils fusillent au
passage. Les prisonniers sortent en foule pour
hâter une mort prématurée; le feu devient plus
vif. C'est par ma chambrée que l'on commença;
aucun des quatrevingt-sept n'échappa à cet
horrible carnage!
Des disputes s'élèvent parmi les soldats qui
décident de composer avec chaque prisonnier
sur le genre desupplice : les uns étoient exécutés
à l'arme à feu, ceux-là à l'arme blanche, d'après
l'argent donné aux sous-officiers porteurs de
fusils, ou aux soldats munis de coutelas et de
baionnettes. On ralentit donc de sang-froid ces
momens de carnage, afind'éviterla confusion
Quelle barbariel..! --- Page 325 ---
D'UN NATURALISTE
Des cris percent la foule; bientôt
l'obscurité le ministre
paroît dans
apostolique revêtu de ses
le nom
dont je
Lemeniina.
avec vénération : consolateur de répête
momens d'anxiété, il ne s'étoit
nos
de nourrir avec abondance la
point contenté
prisonniers,
majeure partie des
pour lesquels il fit des sacrifices
énormes; il falloit encore sauver la vie de
ques-uns. 9 en exposant visiblement la
quelest méconnu
sienne : il
repoussé,
par ces démons enivrés; il est
frappé; des balles effleurent ses vêteles mens, rien ne l'étonne; il coupe de tous côtés
liens qui unissent les
un grand
victimes, et en sauve
nombreque les soldats laissent
croyant qu'il a des ordres, et d'ailleurs passer,
par delor qu'il
apaisés
prodigua avec libéralité.
Maintenant à Angoulême, il
avec plaisir, que justice lui est rendue verra, je crois
ceux qu'il a si généreusement
par un de
s'efforce de lui
obligé, et qui
Il eût élé à souhaiter prouver toute sa reconnoissance,
les
que dans chaque division
ecclésiastiques se fussent conduits de
Enfin il est obligé de sortir,
même.
soldats dont l'avidité
repoussé par les
plus à profiter des
insatiable ne trouvoit
le
dépouilles. Il fuit en heurtant
crime, et trébuchant sur les cadavres1...
absence rallume une
Son
Les têtes volent de rage légérement assoupie.
nouveau sous le. coutelas
toute sa reconnoissance,
les
que dans chaque division
ecclésiastiques se fussent conduits de
Enfin il est obligé de sortir,
même.
soldats dont l'avidité
repoussé par les
plus à profiter des
insatiable ne trouvoit
le
dépouilles. Il fuit en heurtant
crime, et trébuchant sur les cadavres1...
absence rallume une
Son
Les têtes volent de rage légérement assoupie.
nouveau sous le. coutelas --- Page 326 ---
VOYAGES
homicide; le sang coule à grands flots; les bourreaux sont baignés, abreuvés, rassasiés d'un
sang qu'ils ont depuis si long-tems demandé!
Une autre chambre est ouverte: quelle est leur
surprise d'éprouver un retard, de n'en voir
sorlir personne, de ne plus trouver en ce cachot
qu'un seul prisonnier! l'affreux suicide avoit
exercé son criminel empire, et devancé le terme
de la carrière de ses compagnons : les uns
étranglés avec leurs cravates, 2 d'autres empoisonnés par les narcotiques du pays, ou l'opium;
ceux-ci percés de leurs propres mains; un seul
n'avoit pas craint d'affronter la cruauté de ces
bourreaux, dans le vain espoir d'adoucir
quelques momens leur frénétique
pour
fureur, ou
au moins d'en suspendre les effets. M. Lapointe,
âgé de trente ans et père de deux enfans,
demandoit un retard de deux heures pour les
embrasser encore une fois avant de mourir:
vaine tentative ! la pitié n'existe plus dans des
coeurs avides de forfaits et gorgés d'attentats
On lui fait un crime de sa demande, et] pourFen
punir, on exerce sur lui mille cruautés ! il est
dévirilisé! on lui rompt les doigts à la renverse,
puis tour à tour il est transpercé et mutilé, on
le met en pièces. L'un d'eux qui le savoit mop
parent et mon ami, propose de m'envoyer chercher, pour savoir si avec tout mon art je --- Page 327 ---
D'UN NATURALISTE
pourrai rassembler les
l'existence. Du
lambeaux, et leur rendre
sentiment !'I les cruels ! Ils ne
purent me trouver. Tremblant au fond de
fosse, je m'entendis bien
ma
sicot; mais
appeler chez M. Masje me serois bien
Un autre officier de santé
gardé d'en sortir.
fut
et maltraité,
emmené, bafoué
Dix-sept noirs furent tués sur la
chacun pour avoir
place,
vol d'une ceinture soupçonné son voisin du
cents
contenant environ trois
francs. portugaises s qui font douze mille
Elle apparteneit à M.
sous-chef'de
Giraudeau,
l'administration des
or passa firrtivement de main
Gonaives, Cet
dix-septième, qui
en main jusqu'au
officier noir
lui-méme fut tué par un
homme
qui s'en empara et s'enfuit: cet
immoral se plaisoit, dans les
répéter ces actes d'atrocité.
camps, à
Dans ces ténèbres éclairés à
pâle et ensanglantée,
regret par la lune
sous le ciel
avare de son Aambeau,
obscurci où elle s'éclipsoit à
chaque instant, soustraite par l'amas
des vapeurs du sang humain
condensé
bares
répandu; ces baranthropophages animés dans leur
naturelle
férocité
par une liqueur enivrante dans
laquelle ils baignoient des membres
un sexagénaire paisible (1),
palpitans,
ayant près de lui
() M. Flacquet, demeurant à Saint-Marc,
ciel
avare de son Aambeau,
obscurci où elle s'éclipsoit à
chaque instant, soustraite par l'amas
des vapeurs du sang humain
condensé
bares
répandu; ces baranthropophages animés dans leur
naturelle
férocité
par une liqueur enivrante dans
laquelle ils baignoient des membres
un sexagénaire paisible (1),
palpitans,
ayant près de lui
() M. Flacquet, demeurant à Saint-Marc, --- Page 328 ---
VOYAGES
toute sa fortune, un fils doux et bien aimant,
s'avançoit à pas tremblans, conduit par le jeune
homme vers des campêches touffus, avec l'espoir d'échapper une seconde fois à la mort. Il
heurte dans cette marche chancelante un
ayant encore vie, qui laissa échapper une corps
au renonvellement de ses blessures
plainte
il est entendu d'une embuscade
engourdies!
prochaine dont
les soldats fondent, avec l'impétuosité de tigres
altérés de sang, sur les trois malheureux sans
défense !
Pleins de fureur, grinçantlesdents, écumantde
la rage du ressentiment, ils frappent bientôt
les trois troncs sont confondus dags un
sang qui
jaillit de toutes parts. Le père ést décapité; et
le fils - : contraint, malgré ses débats et
l'horreur d'une pareille monstruosité, à recevoir
dans sa bouche resserrée la cervelle fumante
de l'auteur de ses jours qu'on lui a fait poignarder Je reconnus ces trois cadavres le
Jendemain, au sortir de la fosse où l'on m'avoit
fait passer la nuit, et jer ne pus éviter ce spectacle
atroce sans la certitude, au moindre regard de
pitié, de voir le même terrain abreuvé de mon
sang par ces bourreaux à moitié endormis autour de leurs victimes !
Les tumultueux effets de cette barbare effervescence n'avoient point encore incendié de leur --- Page 329 ---
D'UN NATURALISTE.
feu rongeur les habitations reculées de PArtibonite, où les habitans, paisibles encore et
pleins de confiance en l'amélioration annoncée,
attendoient, dans un espoir flatteur, ce jour tant
désiré. M. Dubuisson, octogénaire et privé de
la vue, se livroit dans le silence de la méditation
à de riantes conjectures
lorsqu'entendant du
bruit, et tranquille encore à la veille d'une
mort violente, il en appelle les auteurs, croyant
appeler ses domestiques; mais le
brille dans leurs mains homicides! la poignard fureur
retenue s'annonce par des cris étouffés.
M. Dubuisson seul étoit tranquille !.. : les
assassins se disputent le premier coup!..
Porté par des ingrats, il est mortel
et
des flots de sang se mélent aux reproches
de l'octogénaire qui expire en pardonnant à
ses bourreaux!
Les habitans du Gros-Morne, bourg de la
dépendance des Gonaïves, furent de tous les
prisonniers les plus misérablement tourmentés.
Le commandant Guibert, d'abord
mais ex-aide-de-camp de confiance de Toussaint- humain,
Louverture, en développa les principes sanguinaires, 2 long-tems alimentés dans son sein, dès
que livré à sa propre volonté, il s'éloigna de
son général. Docile aux leçons de son maître,
il mità exécution, avec une scélérate exactitude
Gonaïves, furent de tous les
prisonniers les plus misérablement tourmentés.
Le commandant Guibert, d'abord
mais ex-aide-de-camp de confiance de Toussaint- humain,
Louverture, en développa les principes sanguinaires, 2 long-tems alimentés dans son sein, dès
que livré à sa propre volonté, il s'éloigna de
son général. Docile aux leçons de son maître,
il mità exécution, avec une scélérate exactitude --- Page 330 ---
VOYAGES
un
zélé du crime et du
qui annonce
partisan
brigandage, des ordres destructeurs qu'il Ipouvoit
soustraire.
Toujours bien accueilli des propriétaires 9
Guibert fut insensible à leurs bontés au point
de les trahir. Au milieu d'un repas communal
auquel les habitans du Gros-Morne assistèrent
de
Guibert, sous le voile
avec trop
confiance,
fit saisir ces
mensonger d'une feinte cordialité,
étroitement garrottés, il les fit
habitans, puis
garder à vue, malgré les sages représentations
de Mrs Paul, Prompt et autres propriétaires
de couleur, vrais amis du bon ordre, et touarmés pour- le rétablissement du pays.
jours Il les fit conduire au milieu de terres sauvages
de la partie espagnole, en les harcelant dans
leur marche pénible et raboteuse, pour ensuite
et de là les
les faire revenir au Gros-Morne,
pousser comme des agneaux aux Gonaives,
ou, leur refusant toute autre nourriture que
celle de baies de bois d'orme, après une route
forcée de plus de vingt-quatre lieues, dans
laquelle leurs bras crevèrent par la contusion et
l'expansion d'un sang extravasé, ils arrivérent
près du bourg de la Petite-Rivière où ils furent
tous massacrés !
Souvenirs affreux, enveloppez-vous de vos couleurs lugubres! Génie de l'amitié, venezl honorer --- Page 331 ---
D'UN
les
NATURALISTE
manes de malleureuses victimes.
monde, frémis du haut de
Auteur du
Rends-toi
ton séjour céleste!
protecteur de victimes
sacrifiées, et dénonce à ta
innocemment
criminelles de ces assassins justice les hordes
bientôt punis de leur atroce effrénés! Parlel. et
expier 3 dans de violens scélératesse, ils vont
misère la plus affreuse, la remords et dans la
iniquités.
somme totale de leurs
leurs
Commande, et bientôt
corps grossiront les monceaux de confondus,
times pour rleurannoncer
leurs vicsont punis. Leurs
que toujours les crimes
un pardon secourable spectres odieux iront implorer
ceux qu'ils ont
des cendres mêmes de
égorgés,
Ah! Martini, Cressac,
et vous tous, mes amis, dont Pelletier, il
Imbeau, etc.
que le souvenir des
ne me reste plus
sontsi douxà à
vertus, dont les noms me
prononcer, du séjour
que vous habitez sans doute,
bienheureux
méprisables ennemis,
pardonnez à vOs
reaux de l'innocence.. aux délateurs, aux bourVotre
Que
poussière
disje.pardonnesl.
encore,
s'agite.. je me tais. Je vous vois
ribles trop malheureux amis, dans les horsupplices d'une douloureuse
lambeaux se révoltant sous le
agonie, VOS
vOs lâches
couteau brut de
mille
assassins... Et toi Marsant.. mort
fois; toi, dont le corps tout
trente heures de convulsions
déchiré après
cruelles, se tourna
aux bourVotre
Que
poussière
disje.pardonnesl.
encore,
s'agite.. je me tais. Je vous vois
ribles trop malheureux amis, dans les horsupplices d'une douloureuse
lambeaux se révoltant sous le
agonie, VOS
vOs lâches
couteau brut de
mille
assassins... Et toi Marsant.. mort
fois; toi, dont le corps tout
trente heures de convulsions
déchiré après
cruelles, se tourna --- Page 332 ---
VOYAGES
encore vers ton ami pour lui désigner d'une
main sans force le lieu prochain de ta sépulture,
terre abreuvée de ton sang! Toi qui as
une, l'innovation sanguinaire et lente d'enfans
épuisé
qui se jouoient de tes souffrances, en plongeant
leur. criminel acier dans tes bleset replongeant
Toi
des
sures profondes et innombrables!
que
soldats impitoyables n'ont pas voulu me laisser
l'expression de ma tristesse et de
secourir, reçois
mes regrets !
c'est
Après le repos de cette nuit désastreuse,
de sang froid que les assassins veulent porter
de nouveaux coups. Le commandant Laforaux moribonds
tune annonce impudemment
échappés an carnage, que de nouveaux meurtres
n'a point assez coulé de
sont nécessaires; qu'il
sang,ppisqu'ilexisiee encoredes blancs. Unpiquet
est donc de suite commandé pour faire de
nouvelles perquisitions dans les masures à demide
tous les
brolées; : Pordre est donné
garrotter
fugitifs, et de s'en défaire. La patrouille meurtrière. de: retour chez Lafortune, raconte ses
exploits. On fait une nouvelle recherche dans la
maison même du commandant, et douze blancs
malgréleurs supplians
retrouvés sont martyrisés,
de
gémissemens. Les uns, lardés de piquans
sous les aisselles et les cuisses, furent
raquette
extinction de leurs
forcés de courir jusqu'à
forces. --- Page 333 ---
D'UN NATURALISTE
forces. Des femmes enceintes furent
d'autres eurent les yeux crevés
des empalées 2
et des enfans furent
par
épingles,
dévirilisés avec de mauvais
ciseaux.
Qnantà moi, craignant toujoursle
de
ces bêtes féroces, je m'étois caché caprice
visite dans un salon du commandant pendant la
derrière M. Péraudin, domicilié du Lafortunc,
malade d'un ulcère à la jambe. A bourg, et
chaque fois
que quelque soldat vouloit approcher de
il
crioit de manière à faire croire qu'on lui lui,
froissé sa plaie; ce qui écartoit l'importun. avoit
Je fus cependant envoyé, pour la dernière
visite, à l'ambulance Lucas, dont Phabitation
trouve à une portée de fusil du
se
bourg; et
mes
malgré
représentations, on me contraignità y aller
seul. Comme il étoit à craindre
du dehors, ou même dans les qu'au poste
rues
on ne me prit pour un fugiuif,j'eusla désertes,
de tenir d'une main une trousse et un précaution
de l'autre, des bandages
lancetier;
largement
et un pot de digestif,
déployés,
douter
pour qu'on n'ait point à
que mes services étoient utiles. Bien m'en
prit, puisqu'au détour d'une haie hérissée de
baionnettes, un peloton m'ajuste et alloit
sans mon empressement à crier
tirer, 2.
decin de
que je suis méT'armée, et à en déployer les preuves
aux yeux des assistans. Cependant on m'arrête,
TOME III,
X
digestif,
déployés,
douter
pour qu'on n'ait point à
que mes services étoient utiles. Bien m'en
prit, puisqu'au détour d'une haie hérissée de
baionnettes, un peloton m'ajuste et alloit
sans mon empressement à crier
tirer, 2.
decin de
que je suis méT'armée, et à en déployer les preuves
aux yeux des assistans. Cependant on m'arrête,
TOME III,
X --- Page 334 ---
VOYAGES
32z
malgré mes sermens, je ne
on m'examine, et, fait de moi sans l'arrivée de
sais ce qu'on auroit
de Saint-Març, qui
M. Conain, ancien praticien moi, à la même
me suivoit, et alloit, comme
ambulance.
de blancs
Ce peloton environnoit un groupe de chiens
ramassés dans les bois, au secours
fit
avoit mis à leur quête. On nous
qu'on
ne pas les reconsigne de nous éloigner, pour
mes deux
noitre, mais j'avois d'abord aperçu
malheureux oncles, M. Rosignol-Deslaneet son
Poincy, père de famille sexagénaire, dont
frère Lachicotte, ce brave et digne homme
parlé M. Alain notre négociant, et
j'ai déjà
avoit pour valet de
(1) M. Desdunes-Iachicotte Lubin, qui fut son
chambre de confiance un nommé
maitre
énnemi le plus prononcé. Déjà son généreux surtout
Favoit arraché des bras de la mort, un jour
quil sans
fut condamné pour avoir bralé trois cartouches déy
atteindre M. Lachicotte. Ce féroce favori,
pouvoir de naturel et de reconnoissance, se voyant enfin
pouryu
d'assouvir sa rage, refusa quelques pièces
au moment maitre, qui le conjuroit par ce dernier
d'or de son lui donner au moins une prompte mort.
présent, de
des souffrances affreuses
Lubin préféroit se repaitre à coups de baionnelte.
de son maitre, qu'il transperça d'ua ami bon, sincère
Telle fut la fin malheureuse
donnerai toujouss
et généreux, au souvenir duquelje
quelques larmes!
ouvir sa rage, refusa quelques pièces
au moment maitre, qui le conjuroit par ce dernier
d'or de son lui donner au moins une prompte mort.
présent, de
des souffrances affreuses
Lubin préféroit se repaitre à coups de baionnelte.
de son maitre, qu'il transperça d'ua ami bon, sincère
Telle fut la fin malheureuse
donnerai toujouss
et généreux, au souvenir duquelje
quelques larmes! --- Page 335 ---
D'UN NATURALISTE.
plusieurs autres. Un marchand
par exemple,
des Gonaives
basque, pelit, mais
ayant été dépouillé de ses habits
trésalerte,
gnardé, sans
pour être poiperle d'eflets, eut la présence
prit d'étourdir ses deux
d'esde souflets, puis d'un élan gardiens par une paire
par dessus la
de sauter tout nu
haie, et de courir
dans les sillons de cannes à
précipitamment
cher un salut qu'il
sucre, pour y chery trouva,
essuyé à son départ un feu assez quoiqu'ayant vif
entendimes. Il restoit le
que nous
et marchoit la nuit à la jour sous le feuillage,
faveur des
jusqu'à ce qu'il ait eu le bonheur de ténèbres,
une colonne de l'armée
rejoindre
le raconta. Son
française, ainsi qu'il me
camarade, M. Rospitt,
dant de la garde nationale des
commanGonaives,
aussi, mais plus grand et moins exercé basque
gymnastique, ne fut
si
dans la
pas heureux; car
manqué son saut, et étant retombé au milieu ayant des
épines de la haie, il y fat brûlé vif!
J'arrivai tremblant à l'ambulance
pour comble de
Lucas; et
contrariétés, on m'ordonna
d'amputer un chef des
mutilé
au
méprise
milieu du feu assascins, de la
par
sais comment il
prison. Je ne
put survivre à ses
ce n'est que le lendemain matin
blessures;
seul à Phôpital. La
qu'il se traina
rougi du
vue d'un pareil monstre
sang de mes parens,de mes amis, d'un
X 2
pour comble de
Lucas; et
contrariétés, on m'ordonna
d'amputer un chef des
mutilé
au
méprise
milieu du feu assascins, de la
par
sais comment il
prison. Je ne
put survivre à ses
ce n'est que le lendemain matin
blessures;
seul à Phôpital. La
qu'il se traina
rougi du
vue d'un pareil monstre
sang de mes parens,de mes amis, d'un
X 2 --- Page 336 ---
VOYAGES
confondu à celui de la scélésang innocent
m'évanouis. Cette
ratesse, troubla ma raison ; je
sensibilité pensa m'être funeste; on m'ibvectiva,
et les propos ne se calmèrent que quand besoin j'eus
dit que cette défaillance provenoit d'un
de prendre quelqu'aliment. ordre de transférer les amEnfin, ayant reçu
Miraut), nous
bulances au Calvaire (habitation fumantes du bourg de la
quittâmes les cendres
acheminer vers notre
Petite-Rivière, pour nous
J'abandonnai,le coeur bien contrit,
destination.
de tantd'objets
ce terrain enanglanté,depoiaitred les
mes
chéris, et je tournai vers
montagnes des
pleins d'amertume. Aux cadavres
regards étoient joints ceux des animaux domeshommes
dans livresse féroce de ces
tiques sacrifiés
tué une quanbarbares, qui avoient également les mettre à
tité immense de volailles 9 sans
cruauté
Ceshommes féroces poussèrent la
profit. enlever aux boeufs un côté de la cuisse,
jusqu'à
puis après ils
pour en faire une grillade,
laissoient aller l'animal !.
Le sac sur le dos, je suivois en tremblant
cabrouets des malades, car à chaque
les
blessés,
étoient tous armés 2
cahot, les
2 qui
lorsqu'un
devenoient furieux, et me menaçoient
soudain. C'étoit un nègre 7
infirmier apparut
mais c'étoit un brave homme qui se déclara --- Page 337 ---
- a
VA
D'UN NATURALISTE.
mon défenseur. ( Si zautr' vlé tuid li, tuié
nioun' fois papa vous (1)>! leur crie le brave
Pompée, en les ajustant de son long pistolet. Sa
vieillesse et son étatle firent
.moment il ne me
respecter, et dès ce
quitta plus.
Après avoir ainsi long-tems combattu la
fatigue et respiré une poussière
nous arrivâmes au haut d'un morne désagréable,
lataniers
couvert de
auxquels on venoit de mettre le feu,
pour prévenir les embuscades. N'ayant bu ni
mangé depuis deux jours, et rencontrant
cabrouet chargé de provisions
un
je tendis la main à une femme pour de Dessalines 2
couleur qui,
après m'avoir reconnu, me plaignit
et m'ayant fait désaltérer, me donna beancoup,
alimens que je dévorai sans discontinuer quelques
marche. Enfin, Honorine
notre
(c'étoit le nom de cette
jeune mulâtresse) ranima mes forces avec un
dutafia qu'elle portoitdans un COCO aux
coup
elle me fit aussi le cadeau
officiers;
d'une morue
en
salée,
m'assurantqu'elle ne pouvoitfaire mieux pour
moi jusqu'au lendemain. A
de vue, 3 que cédant à ma peincT'ousjeperdue faim insatiable,
mordis dans la morue sans la faire
je
et j'allois y faire une grande brèche si le cuire; bon
Pompée > par intérêt pour ma santé autant que
() Ma vie tient à la sienne,
X3
le cadeau
officiers;
d'une morue
en
salée,
m'assurantqu'elle ne pouvoitfaire mieux pour
moi jusqu'au lendemain. A
de vue, 3 que cédant à ma peincT'ousjeperdue faim insatiable,
mordis dans la morue sans la faire
je
et j'allois y faire une grande brèche si le cuire; bon
Pompée > par intérêt pour ma santé autant que
() Ma vie tient à la sienne,
X3 --- Page 338 ---
VOYAGES
par la certitude que ce poisson nous feroit honneur à notre arrivée dans un camp dénué de
tout, ne me l'eût demandé; il la donna à sa
femme qui le suivoit avec deux ânes porteurs de
son petit équipage.
Honorine tint parole, et ayant parlé de moi à
Mme Dessalines, je reçus un peu d'argent et du
porc salé, ainsi que des légumes secs 2 avec
recommandation expresse de garder le silence à
l'égard d'un bienfait qui ne devoit point être
connu. Le bon Pompée me trouvant trop généreux dans une circonstance si perplexe, m'ôta
la disposition de toutes ces provisions, et les
remità sa fomme; il employa l'argent à acheter
des andouilles de tabac, pour les revendre en
détail aux soldats : c'est ainsi qu'il faisoit valoir
mon argent qui devenoit l'objet de sa spéculation. Ce petit commerce nous procuroit le
café trois fois le jour, du sucre, des cigares
auxquels je fus obligé de m'accoutumer pour
raison, c'est à dire,afin de n'être point suspecté
de hauteur dans les entretiens que nous avions
auprès du feu avec les blessés arrivant de la
grande armée. Tous les soirs et les matins
pendant que le bon Pompée me préparoit avant
lej jour le piremier café, et le soir la petite goutte
de croc (tafia), j'éludois, en fumant mon cigare,
une série de qjuestions insidieuses de la part de --- Page 339 ---
-
IG
D'UN NATURALISTE
soldats toujours
à
3ay
de quelqu'indiscrétion, empressés me rendre conpable
Pompée avoit
tout, et répondoit
l'oreille à
lorsque le cas étoit pour moi avec fermeté
Réduit dans
épineux et délicat,
ces mornes frais à
terre imbibée de
coucher sur la
rosée, ne possédant
pour m'envelopper, ce brave homme plus rien
avec moi sa
partageoit
tout fat
couverture, et vouloit enfin
commun entre nous, Tous les
que
respectoient à cause de son age,
nègres le
papa, expression honorable du etl'appeloient
mettoit plus à méme de m'être pays qui le
ses désirs. Les repas étoient
favorable selon
queje m'en
toujours réglés sans
mes gouts occupasse, le
et les mnets conformes à
Les
que vieux couple étudioit.
pillards élant arrivés au
si commun
camp, l'oryétoit
noissant pas que le beaucoup d'entr'eux n'en condont les pièces prix, aimoient mieux F'argent
17 rondins (14G0 étoient plus larges. On m'offrit
mais craignant liv.) pour 17 gourdes (85fr.);
et d'ailleurs
que cette offre ne fat un piége,
le crime, répugnant à cet échange souillé
je refusai ces
par
M. Sajus
propositions.
lièrement négociant à Saint-Marc, et
connu de moi, s'étoit sauvé particu- de
prison, à la faveur de deux
la
(8000 fr.) au commencement cents portugaises
ratifs du meurtre et du
des sourds prépacarnage. Homme robuste
X 4
d'ailleurs
que cette offre ne fat un piége,
le crime, répugnant à cet échange souillé
je refusai ces
par
M. Sajus
propositions.
lièrement négociant à Saint-Marc, et
connu de moi, s'étoit sauvé particu- de
prison, à la faveur de deux
la
(8000 fr.) au commencement cents portugaises
ratifs du meurtre et du
des sourds prépacarnage. Homme robuste
X 4 --- Page 340 ---
VOYAGES
il avoit culbuté à son passage la
et courageux,
escaladé une
sentinellea assoupie, et promptement
muraille. Le péril le plus évident étoit passé,
puisqu'au. moyen de cotonniers épais et plians
leurs nombreux flocons, il avoit attendu
sous dans le silence l'issue de cette catastrophe. Je le
revis quelques jours après dans les bois de
Thabitation du calvaire Miraut, exténué de
fatigue, déchiré par les piquans et les épines
dont les bois qu'ilavoit traversé étoient hérissés.
Haletant de soif, accablé par la faim, il étoit
méconnoissable. L'épreuve de tant de calamités
avoit altéré sa raison; le souvenir effrayant des
passés, et l'entrevue de ceux à venir le
dangers
suffoquoient, et Vohesmtieledegmeabe
dans ses yeux éteints par une juste frayeur. Je
tentai de calmer ses esprits, de ranimer son
courage,etjele pressai de reprendre ce naturel
que je lui connoissois. ( Je ne suis plus
stoique homme
dit-il avec langueur); ces mêmes
>
(me
en moi! je ne suis plus
) facultés ne sont plus
Voici... voici...
tremblant
)) qu'un agneau
ils vont
)) les voilà_ces bouchers sanguinaires,
fondre sur moil... défendez mes jours ou
>
enouveaux tourmens,
) pashpoarnsepangperden Ieur fureur dans mes dé-
)) qu'ils assouvissent de trouble et d'effroi ) ! A cette
) pouilles agitées
naturelle, ,je
déclamation qui lui étoit pourtant
en moi! je ne suis plus
) facultés ne sont plus
Voici... voici...
tremblant
)) qu'un agneau
ils vont
)) les voilà_ces bouchers sanguinaires,
fondre sur moil... défendez mes jours ou
>
enouveaux tourmens,
) pashpoarnsepangperden Ieur fureur dans mes dé-
)) qu'ils assouvissent de trouble et d'effroi ) ! A cette
) pouilles agitées
naturelle, ,je
déclamation qui lui étoit pourtant --- Page 341 ---
D'UN NATURALISTE
reconnus qu'il étoit
fit frémir. En vain frappé; cette certitude me
je voulus lui faire entrevoir
l'espoir de son salut, en
garder à mes côtés,
prenant sur moi de le
comme
embrassa d'abord
infirmier; parti . qu'il
qu'il rejeta
avec des transports outrés, et
se maintenir ensuite,dansla à la
crainte de ne pouvoir
vue de cannibales dont la
présence eût rendu son existence
plus terrible que la mort, Il
cent fois
dans l'espoir de
préféra vivre errant,
un sûr asile trouver près de là, me disoit-il,
qui est devenu son
ayant été
tombeau. Y
découvert, la chaumière fut
et incendiée; le malheureux
cernée
échappé aux flammes
prisonnier d'abord
et
qui l'avoient déjà noirci,
enveloppé d'un tourbillon de fumée
T'étourdit et le sulloque,
qui
assailli par la horde
tombe, et bientôt
vingt
criminelle, il a déjà reçu
de coups qui ne sont pas mortels.
se voir seul
Furieux
réunit
pour veiller à sa
toute son énergie,
défense, il
d'un de ces
arrache le coutelas
meurtriers, mais il devient
en ses mains; un d'eux lui
inutile
jurrets, il tombe
ayant coupé les
alors
et reste sans défense. C'est
que se déployérent tous les
plus révoltans
supplices les
naturelle, Ces pour punir une résistance si
allreux
assasins, après des hurlemens
qui annonçoient un trépas cruel et
chain,T'attaclicut d'un bras et d'une
projambe à un
le coutelas
meurtriers, mais il devient
en ses mains; un d'eux lui
inutile
jurrets, il tombe
ayant coupé les
alors
et reste sans défense. C'est
que se déployérent tous les
plus révoltans
supplices les
naturelle, Ces pour punir une résistance si
allreux
assasins, après des hurlemens
qui annonçoient un trépas cruel et
chain,T'attaclicut d'un bras et d'une
projambe à un --- Page 342 ---
VOYAGES
gayac,puisàl'autre; flanc ces monstres infernaux
s'attélent, en grondant de joie, pour arracher,
disloquer les membres palpitans de leur victime
malbeureuse! Sajus est déchirél..! Un
dans ses transports de rage,a oublié de punir d'eux, les
regards fiers de Sajus; il vole à la tête
de son tronc, et lui arrache les yeux avec séparée le tirebourre de son fusil! Un autre, jaloux d'une
réputation parmi ses égaux, va lui rôtir les
poignets quise sonti inutilement armés du coutelas! Ainsi se termina la vie du malheureux
Sajus, qui ne prit même pas part aux horreurs
des deux derniers supplices. Cette scène se
à cinquante pas de mon ambulance sans passa
j'aie pu le sécourir, étant obligé d'étoufler que
jusqu'à mes soupirs au milien de démons
étonnés de ne pas me voir sourire (r).
Mes succès dans les cures des blessés,
traitois par les plantes du pays d'après la que com- je
bustion des pharmacies, me donnèrent auprès
des autorités noires un relief qui me rendit
bientôt un important personnage, non point du
côtédela puissance, puisque sans cesse et par-tout
accompagné de quatre dragons, je ne ponvois
seul faire un pas, car on étoit persuadé qu'il
me tardoit de rejoindre la colonne française.
(1) Dent pas coeur, m'appeloient-ils alors, disant
par là que je riois du bout des lèvres.
des pharmacies, me donnèrent auprès
des autorités noires un relief qui me rendit
bientôt un important personnage, non point du
côtédela puissance, puisque sans cesse et par-tout
accompagné de quatre dragons, je ne ponvois
seul faire un pas, car on étoit persuadé qu'il
me tardoit de rejoindre la colonne française.
(1) Dent pas coeur, m'appeloient-ils alors, disant
par là que je riois du bout des lèvres. --- Page 343 ---
- -
DUN NATERALISTE
Anssi ces quatre cavaliers,
33r
mes protecteurs etnommés considérés comme
neur, avoient
pour ma garded'honfusiller
par dessous main l'ordre de me
au moindre projet de désertion. Comme
j'avois soin d'eux, et
le tabac ni le tafia,
que je n'épargnois ni
au point
je captai leur confiance,
consigne qu'ils me dévoilèrent sans artifice la
qui leur étoit donnée. Ils me
noient également de complots
prévejeunes infirmiers, depuis
ourdis par mes
quej'avois été élevé au
Rcsenaredrihns
plots tendoient à me faire
lesquels comdevenant inutile,
mettre à mort comme
disoient en état puisque ces jeunes nègres se
plus faux. C'est d'opérer; maisiln'yavoit rien de
mes
tournées le pourgeifenmesidans une de
du détail des généraldebrigade Vernet chargé
hôpitaux, et
sur ses dispositions à
après l'avoir sondé
le sujet de
mon égard, je lui racontai
mes justes inquiétudes. Plein
fureur, il voulut de suite faire
de
pable, mais c'ent été
fusiller le couprofitai au contraire de gater mon affaire ; je
prouver aux malades des cette occurrence pour
j'avois à visiter,
différentes salles que
danger
Tincapacité de ces élèves, et le
pour eux de laisser opérer ces
sans que je les aidasse de mes conseils. ignorans
Les nègres qui, lorsqu'ils sont
de leur médeciu leur
malades, font
divinité, crièrent tous, --- Page 344 ---
VOYAGES
quoique prévenus contre moi, qu'ils n'en
vouloient point d'autre quep'tit médecin blanc.
Ainsi leur coeur se changa en un instant. C'est
alors que mettant à profit ce voeu
j'ordonnai aux deux plus mutins élèves général de faire 2
l'amputation de Phumerus gauche; mais, tremblant de ne point réussir, ils annoncèrent
cette juste méfiance leur véritable
par
pour la plus légère opération. Ils tournoient incapacité
gauchementles instrumens dans leurs mains vacillantes, et dans leur confusion les Jaissant tomber,ils Issejugérent eux-mémes. LegénéralVernet
lesdisgracia palbliquement,retrancia leur ration,
et tleur fit prendre le mousquet à poste fixe
mieux surveiller leur conduite
pour
équivoque.
Le nommé Sans - Souci, le plus intrigant
des deux, reçut la bastonnade en convenant de
son propos atroce et perturbateur que voici :
( Blancs yo va toujours blancs : yo bons pour
) tuié, pour corcher tant comm' camarade à
> yo ). L'impudent s'attendoit tellement àme
remplacer, qu'il s'étoit déjà fait broder l'uniforme de mon grade. Nous ne pûmes jamais
savoir par qui, et comment,
Saisissant les instrumens devant les condamnés, je fis l'opération; je dus à mes succès
la célébrité progressive de ma réputation, etla
bonne intention des malades qui se plaignoient
blancs : yo bons pour
) tuié, pour corcher tant comm' camarade à
> yo ). L'impudent s'attendoit tellement àme
remplacer, qu'il s'étoit déjà fait broder l'uniforme de mon grade. Nous ne pûmes jamais
savoir par qui, et comment,
Saisissant les instrumens devant les condamnés, je fis l'opération; je dus à mes succès
la célébrité progressive de ma réputation, etla
bonne intention des malades qui se plaignoient --- Page 345 ---
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-
DUN NATURALISTE
amérement quand je ne présidois pas au moins
anx pansemens.
Il ne faut pas croire que Dessalines m'ait
jamais offert de traitement ni de gratification.
Il me regardoit très-heureux d'avoir été
épargné
pour soigner ses malades, et: insultoit sans cesse
à ma position. Sachant aussi
que je voyageois
ordinairement avec célérité, il chercha à me
mortifier en me donnant des chevaux boiteux,
ou, quand ils étoient valides, la selle en étoit
dessanglée, de peur que je ne me laissasse emporter par mon désir vers le camp des Français
qui étoit de l'autre bord de P'Artibonite.
Camp de Plasac.
Comment étancher leur soifinsatiable? comment adoucir des fanatiques révoltés? comment
détourner de leur proie les yeux étincelans
de ces vautours affamés? comment apaiser leur
furie dévastatrice? comment les empêcher de se
repaître avec sang-froid de ces scènes de désolation?
A Plasac, ,. huitjours après le grand
carnage
qui commençoit à se ralentir, Tonssaint-Louverture voyant les succès de l'armée française,
et craignant de trouver en quatre cents Espa- 2
gnols forcés de se battre sous ses drapeaux, des
sentimens opposés aux siens, résolut de s'en --- Page 346 ---
VOYAGES
défaire, pour ne point avoir à redouter dans
cette troupe disciplinée, un obstacle à ses vastes
projets; il les fait désarmer la nuit, et de suite
l'ordre de mort, pendant le méme sommeil,
est annoncé par le son fatal de la trompette : il
étoit minuit. Je fus éveillé en sursaut par un
peloton élancé vers mon ajoupa; voulant en
vain échapper à une mort inévitable, c'est
inutilement qu'ils cherchoient à fuir. Oà
leurs pas la lueur funèbre de torches diriger allumées les décéloit par-tout. Ma porte mal fermée
fut bientôt ouverte sous leurs coups redoublés;
les premiers sont sacrifiés par ma sentinelle
même, et leurs corps dans leur chute viennent
rouler à mes pieds, en laissant échapper les
dernières plaintes de la Nature! Mon asile est
méconnu, violé, et devient un lieu de
les balles sifllent de toutes parts, je n'ai carnage; le
tems de m'élancer par une fenêtre étroite, que
n'être point confondu, et ne point grossir pour
l'amas de ces sanglantes victimes! Le dehors
n'étoit pas plus str: à mes côtés la mort planoit,
et je fus obligé de monter sur le chaume
me soustraire aux feux croisés. Ne trouvant pour
dans lefusil une arme convenableanr raflinement pas
de leur cruauté, les nègres en viennent à la
baionnette, et repaissent plus lentement leur rage
frénétique; ils plongent et replongent leur cruel
point grossir pour
l'amas de ces sanglantes victimes! Le dehors
n'étoit pas plus str: à mes côtés la mort planoit,
et je fus obligé de monter sur le chaume
me soustraire aux feux croisés. Ne trouvant pour
dans lefusil une arme convenableanr raflinement pas
de leur cruauté, les nègres en viennent à la
baionnette, et repaissent plus lentement leur rage
frénétique; ils plongent et replongent leur cruel --- Page 347 ---
D'UN NATURALISTE
acier dans le corps des innocens soldats
pour satisfaire leurs yeux et leurs espagnols oreilles.
Enfin les femmes qui avoient suivi leurs
éprouvérent le même supplice!
époux
Quelques-uns de ces Espagnols, sans avoir
échappé à la mort, avoient trouvé
leur
malheur les moyens d'en retarder le pour
fatal : cachés dans des boucauts
moment
et dans des
arbres creux, ils furent découverts!.. La soif
ardente de s'entretenir dans le crime fournit à la
troupe de eannibales l'idée monstrueuse de ces
tourmens.
L'un eut le corps scarifié profondément,
afin d'y pouvoir ranger des cartouches qu'on
allumoit. Non content de ces déchiremens dou- y
Jonrenx, on lui mit dans la bouche un énorme
nuarron d'artifice poar lui faire sauter la tête: ce
fut la fin du supplice!
Un autre eut les membres désossés, et son
corps fut abandonné privé de son soutien
Un troisième fut écartelé par des arbres forcément arqués qui lui prirent chaque pied,
lesquels en se redressant déchirèrent le patient!
Un quatrième... quel génie peutinventer un
tel supplice eut les paupières arrachées, les
oreilles coupées; ; il fut saigné aux quatre veines
par un digne complice de ce Sans-Souci dont il
a été déjà parlé, et chassé du camp à coups de --- Page 348 ---
VOYAGES
fouet, en lui disant d'aller porter cette nouvelle
aux autres ! Il ne fit pas un long trajet!..
L'ordre arrivé d'évacuer les ambulances
les établir dans les mornes des Cahaux, il fallut pour
travailler aux dispositions préparatoires. Il me
tardoit dequitter un champinoudéd'un nouveau
sanginnocent, parl'espoir aû moins de trouver
le repos et la paix dans la concentration de ces
doubles montagnes; ; mais la valeur française qui
ne connoissoit point d'obstacles, franchissoit les
endroits les plus escarpés, les plus périlleux,
enfin pénétroit au milieu de retraites inconnues,
en nous forçant plus d'une fois de nous
déplacer.
L'inhumain Dessalines poussoit l'injustice au
point de me rendre responsable corps pour corps
de la mort d'un de ses soldats blessés; et à cette
époque, - d'après les états fournis, j'en comptois,
le jour de cette menace, trois mille sept cent
vingt-deux, provenant des deux colonnes en
marche. Comme parmi ces malades il y en
avoit d'aigrefins 2 j'avois soin de me les
attacher par quelques préférences, car leur
témoignage étoit d'une grande influence auprés
du tyran farouche et cruel, de ce Dessalines,
qui souvent dans ses tournées générales fit
fusiller des infirmiers pour des bandages mal
appliqués, en lançant toujours quelques propos
contre,
vingt-deux, provenant des deux colonnes en
marche. Comme parmi ces malades il y en
avoit d'aigrefins 2 j'avois soin de me les
attacher par quelques préférences, car leur
témoignage étoit d'une grande influence auprés
du tyran farouche et cruel, de ce Dessalines,
qui souvent dans ses tournées générales fit
fusiller des infirmiers pour des bandages mal
appliqués, en lançant toujours quelques propos
contre, --- Page 349 ---
D'UN NATURALISTE
contre
Pinspecteur; mes partisans soutenoient
alors ma cause, et apaisoient le
jours croissant de l'inexorable courroux touJe
Dessalines.
comptois parmi ces partisans
colonels, dont Fun surtout
plusieurs
soit les bauts cris aux
trés-douillet, pousmorte qui n'avoit excité pansemens d'une balle
tusion. J'avois bien
qu'une légère conpenser, de P'entretenir soin, comme on peut le
dans sa pusillanimité. Au
reste, je savois à propos ternir les plaies de
êtres méchans
ces
qui, trop tôt guéris, n'eussent
plus fait cas de moi; et pour ne
de m'avoir
point rougir
bien
quelqu'obligation, eussent fort
pu se déclarer mes
antagonistes : car leur
confiance, tant ils sont méfians, est
accordée et retirée
souvent
événemens
plusieurs fois le jour. Deux
la vie.
furent sur le point de me coûter
La colonne
des noirs
française, au grand étonnement
qui croyoient cette marche
ticable, étoit de beaucoup
impraplus élevée dans les
montagnesdes Grands-Cahaux
lance principale alors
que notre ambuCorail-Miraut
fixée, à mi - côte, au
(1). Le soleil n'étoit
encore levé que je m'occupois déjà de
point
ramasser
() Ça pas z'hommes qui après
là haut, disoient les nègres,
grimpé Jà haut,
ça diab' méme.
TomE III,
Y --- Page 350 ---
VOYAGES
les plantes nécessaires aux pansemens du
matin. Mon coeur semblant s'élancer vers des
hommes de ma couleur,j'avois trouvéle moyen,
de cafier en cafier, d'approcher d'eux. Je fus
aperçu, et tout à coup cerné par les brigands;
maisje ne me déconcertai pas, etjeleur exposai
le besoin d'une plante qui ne se rèncontre qu'au
haut des mornes. On me ramena à l'ambulance,
à
d'abord
non sans murmurer; quant
moi,
confus, je repris mon sang-froid, et rentrai avec
un air d'importance, en grondant mes infirmiers
de ne m'avoir pas suivi.
Une autre fois on m'amena un dragon blessé
dangerensement parl'explosion d'une poudrière
dont il lui avoit été ordonnéd'allumer la mèche.
Cet homme inepte avoit eu la bonhomie de
rester auprès à fumer sa pipe. L'explosion ayant
eu lieu, il fut jeté à vingt-cinq pas de sa place,
eut les deux jambes cassées, la tête brilée, un
ceil crevé, la poitrine ouverte, une clavicule
luxée ; enfin, en arrivant à l'ambulance, il
n'avoit plus forme humaine. Il avoit pour père
cuisinier de M. Coursin,
un nommé Jarnak,
habitant de l'Artibonite. Ce Jarnak, maître
assassin, qui conduisoit son fils, me le recommanda avec menaces. Je frémissois au souvenir
de ma terrible responsabilité; cependant il falloit
répondre avec assurance, et ne point hésiter.
une clavicule
luxée ; enfin, en arrivant à l'ambulance, il
n'avoit plus forme humaine. Il avoit pour père
cuisinier de M. Coursin,
un nommé Jarnak,
habitant de l'Artibonite. Ce Jarnak, maître
assassin, qui conduisoit son fils, me le recommanda avec menaces. Je frémissois au souvenir
de ma terrible responsabilité; cependant il falloit
répondre avec assurance, et ne point hésiter. --- Page 351 ---
D'UN NATURALISTE.
Aurenouvellemendu premier
vant toutes choses en bon
appareil, trouétat, les bralures
guéries (1),je consolai son père qui,
à mes pieds, devint mon
pleurant
cuisinier. Il est bon de pourvoyeur et mon
avoir brulé nos habitations, remarqner qu'après
plis
nos magasins remdecoton,dix-sept caisses
recueillies dans mes
d'histoirensturelle,
voyages, et contenant les
préparations anatomiques du caiman;
de
deux mille cent planches de mes
plus
net; qu'après m'avoir
ouvrages misau
dois, ils ne
pris tout ce que je posséme donnoient point même de traitement. Sans ration ni gratification, vivois
dons de mes malades,
je
des
qui
de quoi nourrir une vingtaine parjoursn'spportioient de
attachées à ma suite, parmi lesquelles personnes
bonheur de
j'avois le
dans les bois compter où ils quinze blancs ramassés
vivoient errans,
au massacre, et que j'avois nommé échappés
firmiers.
mes inTout se passoit bien lorsqu'une fusillade
chaine fitleverfambulance.
proOnyl laissa pourtant
ceux qui étoient hors d'étatd'être transportés. Le
père du brilé,Jarnak, craignant les
souvenir de leur
Français,au
sang qu'il a versé et qui crie
() Voyez son traitement par les plantes du
dans mon Manuelindicateur des plantes des Antilles. pays,
Y 2 --- Page 352 ---
VOYAGES
vengeance, fait disposer un hamac pour son fils.
En vain jelui représente que ce moyen est totalement inconvenable, que les fractures vont se
rétablir, que son fils mourra; il ne veut rien
entendre. On l'emporte malgré moi, en disant
qu'il m'étoit facile de parler ainsi, puisque
c'étoient mes camarades, etqu'eux au contraire,
comme ennemis des blancs, alloient être traités
sans quartier. Enfin ils montèrent le malheureux
blessé par des ravines si dangereuses à escalader,
qu'ils le renversérent dans une falaise profonde,
oùt il disparut bientôt à nos yeux sans que ses
derniers cris aient pa se faire entendre. L'armée
française n'ayant pas paru, on jeta sur moi la
faute, etj'en devenois peut-être la victime, sans
la ronde du général Vernet.
Les brigands passèrent Ja nuit dans des inquiétudes mortelles, et rassemblés autour de
leurs boucans, ils interrompirent souvent mon
sommeil par leurs qui vive immodérés. Assoupi vers le matin, j'ouvrois à peine mes paupières, couché depuis un mois à la belle étoile,
sur une terre humide, en pente et rocailleuse,
exposé d'ailleurs à une température froide, au
pied d'un oranger, n'ayant pour oreiller qu'une
grosse pierre brute, qu'un nouveauj piége m'étoit
ourdi,
des
Le commandant Léandre, propriétaire
mon
sommeil par leurs qui vive immodérés. Assoupi vers le matin, j'ouvrois à peine mes paupières, couché depuis un mois à la belle étoile,
sur une terre humide, en pente et rocailleuse,
exposé d'ailleurs à une température froide, au
pied d'un oranger, n'ayant pour oreiller qu'une
grosse pierre brute, qu'un nouveauj piége m'étoit
ourdi,
des
Le commandant Léandre, propriétaire --- Page 353 ---
-
D'UN NATURALISTE
salines, et assassin de toute la famille
341Desdunes à laquelle
Rossiguoldans les Cahaux il j'appartenois, existoit
sachant que
rejetons,
encore un dé ses
venir
quitta ses camps, ses
assouvir une autre fois pillages, pour
n'osoit exécuter
sa cruauté. Il
son crime
craignoit Dessalines, Ia
publiquement; il
malades, et plus
surveillance de mes
Pompée,
encore la vigilance du vieux
qui nuit et jour, aux dépens de
repos, haranguoit en ma faveur les
son
montoit la garde autour de
blessés, et
long pistolet. Voici donc
moi, armé de son
le
par la plus noire
stratagéme inventé
perfidie. Léandre
quatre dragons et un cheval de
m'envoya
bien barnaché,
monture sellé et
avec invitation de
cours de sa femme qui venoit
venir au seenfant mort, et étoit dans le d'accoucher d'un
Mon heure strement
plus grand danger.
Je me sentis de la
n'étoit point encore venue!
che; de son côté répugnance à faire cette démarla
Pompée, saisissant]
goutte aux quatre
letafia, offre
de suite monte la tête dragons, les fait jaser, puis
des
me laissent
malades, afin qu'ilsne
pas partir, en disant que jeleur suis
spécialement destiné, et que le
seroit offensé de la moindre général Dessalines
de la vérité de
absence, Convaincus
Pompée,
cette assertion par le vieux
ces envoyés se lèvent en
pellent un autre officier de
masse, apsanté, M. Conain,
Y 3 --- Page 354 ---
VOYAGES
respectable praticien de
monter à
Saint-Marc, le font
cheval, et m'entourent en me
sant, Un génie bienfaisant veilloit
caressur mes jours, puisqu'à l'arrivée de M. assurément
le commandant Léandre
Conain,
le renvoya
se voyant confondn,
brusquement sans lui offrir de ràfraichissemens, contre l'usage du
et
cria de loin qu'il n'avoit
pays,
lui
ministère.
plus besoin de son
Les. cultivatenrs, moins féroces et
trompés, sont les plus à plaindre.
toujours
lement vexés par le premier
Continuelroient le jong s'ils
soldat, ils secouel'osoient, mais le systême de
terreur qui pèse sur cette classe
affoiblit leurs
opprimée 3
sentimens; et cette terreur
nique a tant d'empire, que même entr'eux pacraignent de se raconter leurs
ils
peines. Je vais,en
passant, fournir un exemple de cette
inconcevable.
tyrannie
Lorsque je fus conduit pour la dernière
sur T'habitation
fois
Rowsignol-Desdunes, la
tenue et la plus riche en bras de mieux
plainede PArtibonite, dont enfin la
toute la
ne fut qu'imaginaire
restauration
par son triomphe éphémére,T'y trouvai quatre bataillons de nègres
l'avoient cernée, et qui faisoient
qui
armes aux nombreux
mettre bas les
s'éloit
cultivateursdont une partie
réfugiée dans les marais des mangles,
fois
Rowsignol-Desdunes, la
tenue et la plus riche en bras de mieux
plainede PArtibonite, dont enfin la
toute la
ne fut qu'imaginaire
restauration
par son triomphe éphémére,T'y trouvai quatre bataillons de nègres
l'avoient cernée, et qui faisoient
qui
armes aux nombreux
mettre bas les
s'éloit
cultivateursdont une partie
réfugiée dans les marais des mangles, --- Page 355 ---
V
D'UN NATURALISTE
pour échapper à leurs
de leurs volontés. recherches, et être libres
moi
On ne se contenta
présent, d'y bruler tout ce
pas 9
sédois; le coton
que i'y posle commandant ensdidendsmmanianer peine,
Garçon, chef d'escadron
guides
des
juré, en
et notre
setsnmstbetomenue,e
faisoit hâter l'incendie
ennemi
avec des torches
goudronnées, des paquets de cardasses
chées, et des coups de feu réitérés.
desséaussi tous les
On pilloit
maux
cultivateurs, on tuoit leurs anidomestiques, 9 et tout ren maltraitant
malheureux, on les forçoit
ces
eux-mêmes ces
encore de porter
cela sans aucune provisions pour la troupe, et
loient éteindre le feu rétribution. En vain ils voumis à leurs
repoussoient
grains, , on les
marcher
impitoyablement, en les forçant de
promptement, et fusillant les
pour inspirer aux autres une terrible traîneurs
Arrivés aux
frayeur.
montagnes des
après dix-huit lieues de
Grands-Calaux,
poser leurs fardeaux marche, on leur fit déénormes de viande à
gitée, en leur prescrivant de
moitié
du
ne point s'écarter
camp, sous peine de mort. Ainsi
quarante mille cultivateurs de
près de
tels
divers
que Plaisance,
quartiers,
Limonade, le Pilate, 2 le
Gros-Morne, les Gonaives, la Désolée,
bonite, le Cabeuil, la
P'ArtiMarc, le
Petite-Rtivière, SaintMont-Roti, etc... n'étoient maintenus
Y 4 --- Page 356 ---
VOYAGES
dans cette discipline rigide et inhumaine que
cordon de troupes, à la vérité
par un simple
à ces esclaves
inexorables. Il n'étoit point permis
cultivateurs d'aller au loin chercher une nourriture dont on les avoit frustrés; on poussa la
Hnsancatatrt eration
dans ces parages dépourvus de ressources,jusqu'à
leur refuser la permission d'aller ramasser une
partie de leurs bestiaux inutilement égorgés
et sans profit pour personne.
Un d'eux, à mon ambulance du CorailMiraut, mourant de faim, fut trouvé occupé
à couper à l'arbre un régime de bananes, par
Laurette homme de couleur, aide de camp de
Dessalines, qui lui traversa le crâne d'une balle
précisément dans l'oeil où ille visoit.
quipénétra
Je ne sais si c'étoit pour essayer son adresse,
ainsi que tous ces soldats noirsl'exerçoient: sur les
prisonniers, mais, au coup de pistolet,
pauvres mis des soldats à la découverte, je vis
ayant
son pisarriver Laurette en riant, puis essuyant
tolet, il me cria de loin : ( Moué pas manqué
) li, c'est ça bèn tiré
les
ont droit de vie et de
Au reste, capitaines
sans avoir besoin d'apmort sur leurs soldats,
leur
peler un conseil militaire, ce qui limiteroit
autorité despotique. C'est pourquoi les nègres
mais, au coup de pistolet,
pauvres mis des soldats à la découverte, je vis
ayant
son pisarriver Laurette en riant, puis essuyant
tolet, il me cria de loin : ( Moué pas manqué
) li, c'est ça bèn tiré
les
ont droit de vie et de
Au reste, capitaines
sans avoir besoin d'apmort sur leurs soldats,
leur
peler un conseil militaire, ce qui limiteroit
autorité despotique. C'est pourquoi les nègres --- Page 357 ---
D'UN NATURALISTE
enltivateurs, révoltés
suprématie injuste,
intérieurement de cette
vondroient
et les militaires noirs
trouver entr'eux
diaire
une puissance interméqui pàt les protéger. C'est bien
craignoit Dessalines, qui avoit soin de ce que
.des villes, de peur d'une
les écarter
pouvoir des chefs actuels désertion en masse.Le
rien, et le moyen le
des révoltés ne tient à
seroit de diviser
plus sûr de les subjuguer
leurs cohortes, et de les convagabonde n'en est
EETER
terme à tout; ce qu'ils plus une, et qu'il est un
plus facilement qu'ils sont comprendroient las de
d'autant
en proie au
voir sans cesse
brigandage leurs animanx
tiques, les produits de leurs
domesregrettent bautement les
jardins, et qu'ils
voient au tems des habitations douceurs qu'ils rece-.
Les malades
bien disciplinées.
périr faute de surtout, qu'on laisse à présent
ardens
secours, font les voeux les
pour le rétablissement des
plus
infirmeries, où tous les soins leur anciennes
digués; et les jeunes mères
étoient propelant les cadeaux
soupirent en se rapleurs
que Pon faisoit à chacun de
nouveaux nés, et dont il ne reste
que lagréable souvenir.
plus
Leur
rapprochement des
trières rendirent cruels les
phalanges meurde leurs
cultivateurs témoins
abominations, en les électrisantdu même --- Page 358 ---
VOYAGES
feu de vengeance, et si leur
triste mérite de
stupeur leur ôtoit le
Finnovation, ils étoient
teurs. Toutefois,
exécublancs
9 sans pitié pour les soldats
qui perdus dans les bois et accablés de
fatigue, croyoient, en mettant bas les
trouver protection et vie, ils les
armes,
auxo chefsde la horde en les frappant conduisoient
C'est aux Cahaux
des
cruellement.
leur furent
que
supplices atroces
préparés. Par exemple, après avoir
coupé aux uns les extrémités, attaché
membres, on les suspendoit à huit
leurs
dessus de terre, accrochés
pieds au
rieure à un piquet de bois parla mâchoire inféy abandonnoit,
trés-aigu, et on les
tourmenter
remettant au tems seul de les
plus lentement. Ainsi exposés le
àl'ardeur d'un soleil bralant
jour
soir et la nuit à l'incommodité etinsupportable, le
légions sans nombre de
inexprimable de
maringoins attirés
le vareux 9 moustiques et
étoient
par sang dont ces victimes
frottées, ils ne passoient
de trente à quarante heures dans jamais plus
inouie !
cette torture
Tantôt, quand il se trouvoit un baril de
farine vide, on y enfermoit le malheureux
prisonnier, et il étoit précipité du haut d'un
rocher dans une falaise rocailleuse
par les épines et les éclats de
, lardé
introduisoit avec lui! Ce
verre qu'on y
supplice excitoit de la
ces victimes
frottées, ils ne passoient
de trente à quarante heures dans jamais plus
inouie !
cette torture
Tantôt, quand il se trouvoit un baril de
farine vide, on y enfermoit le malheureux
prisonnier, et il étoit précipité du haut d'un
rocher dans une falaise rocailleuse
par les épines et les éclats de
, lardé
introduisoit avec lui! Ce
verre qu'on y
supplice excitoit de la --- Page 359 ---
D'UN NATURALISTE
part de ces cannibales, des
modérés.
éclats de rire imUne autre fois! je le vois
sa douleur un officier encore courbé sons
Sans égard
français fat
pour son âge, il est mis nu et pris.
teusement fouetté de
honverges
préparer au supplice le
épineuses pour le
enlève la plante des
plus affreux. On lui
il est mis
pieds avec un rasoir ébréché;
le force à debout, les nerfs à découvert, et on
coups de fouet de courir
épines semées exprès
sur des
frances! Linfortuné pour augmenter ses souf.
pas... on le relève Français tombe à quelques
douloureuse
avec brutalitét... Sa sueur
le harcèle; inondoit son visage abattu On
on le force encore à courir
pas : il est atteint du tétanos,
quelques
noissance, et meurt
tombe sans conabandonné
lapidé. La cohorte l'avoit
enfans revinrent sans sépulture 5 et deux
à la charge, et lui
jeunes
dents à coups de pierres. Le
cassèrent les
déjà plusi!!
malheureux n'étoit
Nous eûmes l'ordre de
des
reporter l'ambulance
montagnes au Calvaire : c'est
route pénible que nous trouvâmes dans cette
fameux Aignan, l'assassin
le corps du
entouré de
le plus cruel de
Ce
quatre corps blancs bien
tous, 2
tigre fut reconnu avec
conservés.
main droite déchirée, étonnement, ayant la
pourric, et tons les OS
!!
malheureux n'étoit
Nous eûmes l'ordre de
des
reporter l'ambulance
montagnes au Calvaire : c'est
route pénible que nous trouvâmes dans cette
fameux Aignan, l'assassin
le corps du
entouré de
le plus cruel de
Ce
quatre corps blancs bien
tous, 2
tigre fut reconnu avec
conservés.
main droite déchirée, étonnement, ayant la
pourric, et tons les OS --- Page 360 ---
VOYAGES
disloqués. Ce monstre renouvela
barbare de la chasse aux hommes, l'invention
mettoit, àla quête des
C'est lui qui
chiens
réfugiés dans les bois, des
qu'il agaçoit pour les exciter à la découverte, satisfaire son avidité
ses membres d'un
inhumaine, et rougir
sang innocent.
L'aide de camp Diaquoi, qui plus d'une fois
m'avoit donné des preuves manifèstes de
sincère dévouement à la classe
son
tendit un jour à l'ambulance de opprimée, la
m'atgrande
Miraut, au bas du fort de la
place
Je le trouvai, au retour de Créte-d-Pierrot.
assis, prés dela
ma ronde générale,
d'un
rivière, sous les panaches flottans
épais bambou. Ilavoit la tête
ses. mains, et les yeux fixés
appuyée sur
songeoit à moi, ainsi
vers la terre. Il
que me le confirmérent sa
surprise et quelques larmes versées sur le sort
qu'on me préparoit.
Ce bon noir, après m'avoir considéré
silence, s'élança vers moi, s'écriant
en
>) vous ne périrez point )) ! Puis il
: (( Non,
sujet d'une conférence
me détailla le
m'avoit
dans laquelle Dessalines
d'évacuer condamné à mort, se voyant à la veille
voulant ses postes, perdant tout espoir, et
m'ôter la consolation de rejoindre les
Français. Il m'apprit les noires calomnies des
chefs contre lesquels je m'étois formellement
prononcé; me dévoila leurs
stratagémes ma-
uis il
: (( Non,
sujet d'une conférence
me détailla le
m'avoit
dans laquelle Dessalines
d'évacuer condamné à mort, se voyant à la veille
voulant ses postes, perdant tout espoir, et
m'ôter la consolation de rejoindre les
Français. Il m'apprit les noires calomnies des
chefs contre lesquels je m'étois formellement
prononcé; me dévoila leurs
stratagémes ma- --- Page 361 ---
- a
D'UN NATURALISTE
chinés par leur esprit de
lumés au feu de leur
prépondérance, alnoire perfidie enfantée ambition jalouse; ; leur
lice et du
dans l'ombre de la mamensonge; leurs faux
que fit déclarerla soifardentede témoignages
sang si long-tems désiré,
mon sang, d'un
( Ces propos, me dit le bravel
) tatoires à votre sûreté
Diaquoi, atten-
) dans les
personnelle et tramés
camps, se sont
) sous les couleurs les
développés ce matin
plus sinistres
) que vous aviez rejeté
: l'infirmier
) a vomi contre
pour cause d'incapacité
vous, devant le
) lines, tout ce que la calomnie général Dessa-
) de plus atroce et de plus
peut inventer
) point qu'il osa vous traiter impudent, d'
jusqu'an
) nègres. Eh ! où sont donc empoisonneurde
)
VOS victimes
SmpolonneuriNéerial
D il périra. A ces mots Desalinesenfurer.. suivis
) silence, tremblant de
d'un : morne
) sur qui il pàt assouvir ne trouver personne
) la fit
sa rage dévorante, il
rejaillir sur moi qu'il sait
) dévoné; jen m'évadai
vous être
)
secrétement du conseil de
discipline, et je me glissai
)) des campéches
jusqu'ici à l'aide
touffuset des
) poursuivit
cotonniers; mais,
Diaquoi, vous
)) moment à perdre; Dessalines n'avez pas un
). résolutions,
est actifdans ses
D a-t-il mis des peut-être déjà même le général
émissaires dehors, travaillons --- Page 362 ---
VOYAGES
) donc sur-le-champ à assurer notre
la
)
fuite;
colonne française est sur l'autre bord del P'Ar-
) tibonite guéable au petit passage, 9 il ne s'agit
) que de tromper la surveillance de quatre sen-
) tinelles, pour exécuter notre projet cette nuit
) au lever de la lune.
) Tromper la vigilance des quatre sentinelles
) n'est pas chose impossible, lui répondis-je,
) ceci est mon affaire; ; ne pensons plus qu'à
5 réunir un noyau respectable de personnes du
) même sentimient, à bien nous armer, et à ne
)) point commettre d'indiscrétion; enfin dissi-
) mulons notre joie )).
Nous allâmes trouver Mrs Say, chirurgien
en chef, Clemenceau, Bouilli père et fils, et
après être convenus denos faits, chacun s'occupa
de préparer ses armes; plusieurs hommes de
couleur se réunirent à nous pour grossir notre
peloton. Il fut donc arrêté que le soir du même
jour, Diaquoi, en se promenant, toussant,
ruminant, enfin tout en jasant avec les sentinelles qui ne le savoient point disgracié, leur
feroit désirer un coup de tafia dont ils étoient
frustrés depuis si long-tems, qu'il feroit valoir
son artifice, et vanteroit sa générosité, que la
bouteille seroit ouverte, 2 puis rebonchée,
qu'enfin il en seroit donné une rasade à la
dérobée, et sous condition expresse d'une exacte
promenant, toussant,
ruminant, enfin tout en jasant avec les sentinelles qui ne le savoient point disgracié, leur
feroit désirer un coup de tafia dont ils étoient
frustrés depuis si long-tems, qu'il feroit valoir
son artifice, et vanteroit sa générosité, que la
bouteille seroit ouverte, 2 puis rebonchée,
qu'enfin il en seroit donné une rasade à la
dérobée, et sous condition expresse d'une exacte --- Page 363 ---
D'UN NATURALISTE.
surveillance. Belle promesse letafia contenant
de l'opium devoit les. mettre hors d'état de
service.
L'espoir adoucissoit nos maux, et calmés
cette flatteuse illusion, nous étions
par
de
déjà au milieu
nos frères, et leur racontions en pensée nos
aventures, lorsqu'une joie trop prématurée fit
échouer tous nos projets. Notre escouade
nombre de quatorze, fat
les
au
de l'ambulance
aperçue par
blessés
qui toujours nous surveilloient
de fort près : cet amas d'armes qu'on
n'y voyoit
pas ordinairement, un mouvement trop
des ris involontaires naissant et
confus,
disparoissant
soudain, des signaux de silence, des ceillades,
quelques confidences encore plus mal-adroites
faites à voix basse, décidérent de suite des
attronpemens, 2 des murmures, enfin un député
vers Dessalines pour l'instruire de ce qui se
passoit.
Bientôt arrivent à toute course huit dragons
porteurs d'un ordre de Dessalines, de me conduire au fort, ainsi que M. Say. Nos satellites
ayant été sommés de ne pas répondre à nos
questions, leur silence farouche nous glaça
d'effroi. Les compagnons d'infortune dont nous
étions séparés, pressentant notre mort
chaine, se retiroient de nous en cachant pro- leur
douleur
pour dissiper nos alarmes, et par là --- Page 364 ---
VOYAGES
tourmens. Nous montâmes la
retarder nos
dans un état taciturne et
croupe du morne
langourenx,s souvent baignés d'une sueurfroide,
présage avant - coureur d'une mort violente;
heurtant à chaque pas, dans cette obscurité profonde, les cadavresi infects età demi-démembrés,
victimes de l'attaque de la surveille. Nous nous
des blancs, vallée de
figurions ce tombeau devoir être aussi le lieu de
larmes à répandre,
être
Il nous sembloit déjà
notre sépulture.
Enfin
assaillis, abattus; percés, 3 expirans..
frappéone parvint à s'éclaircir
notre imagination
avancées
qu'au premier qui vive des sentinelles
du fort redoutable.
Créte-d-Piorrot.
Le brouhaha du camp, la retraite qu'on y
battoit,la transition subite du silence à cette vie
bruyante, nous fit conjecturer qu'écartés et
des monceaux de corps morts, élevés
qu'éloignés
nous faisoient
au dessus des précipices qui
sans être enhorreur,,nous. ne péririons pas,
tendus.
Le pont-levis fut baissé, et la première perfut Dessalines,
sonne que nous y aperçâmes, fatale tabatière : il
roulant dans ses mains la
mais se possède
s'avance vers nous, gronde,
sa vengeance, et nous dit,
assez pour concentrer
d'un
aux de corps morts, élevés
qu'éloignés
nous faisoient
au dessus des précipices qui
sans être enhorreur,,nous. ne péririons pas,
tendus.
Le pont-levis fut baissé, et la première perfut Dessalines,
sonne que nous y aperçâmes, fatale tabatière : il
roulant dans ses mains la
mais se possède
s'avance vers nous, gronde,
sa vengeance, et nous dit,
assez pour concentrer
d'un --- Page 365 ---
D'UN NATURALISTE
d'un ton aussi dissimulé
) pion' tien' à moué
qu'impérieux : ( Zes-
(1) veni là
) moué comm'
jourdi; yo di
ça, qu'yzautr' vlé
) moué pas cré'
quitté moué;
)) moué
ça pièce. Ça pas fait à rien: : -
connoi tout' blanc france,
)) danda layo après veni doumain
moutons
) matin à z'assaut.Si
grand bon
yo entré, vous va
) Si yo poussé là bas, vous va
mourir...
> camarad' à moué qui blessés... panser moué et
> condui blancs là coucher >?
Grénadiers,
Quelle réception ! que de réflexions à
à la veille de la décision de
faire
souhait former
notre sort! quel
en pareil cas -
discours de
Après ce
Dessalines, on nous conduisit
silence sous un hangar où nous
en
Duit douloureuse, dévorés
passâmes une
plus cruelles
la
d'angoisses mille fois
que mort.
Dessalines avoit été bien instruit : la diane
avoit été
du fort interrompue par un coup de canon tiré
sur un peloton qu'on
apercevoit au bas
(1) Mes espions sont venus me trouver
ils m'ont dit que vous vouliez
aujourd'huis
lec crois point. Au surplus, je sais ralabandoner; aussi
je ne
se proposent, demain de grand matin, que de les Français
àl lassaut. S'ils sont victorieux..
venir monter
S'ilssont repoussés,
vous êtes morts..
je vous lnisserai vivre
panser, ainsi que les autres
pour me
soldats, en cas de blessure.
TOME III,
Z --- Page 366 ---
VOYAGES
de la montagne. Dessalines sans repos, sans
sommeil, éloit déjà, la lunette à la main, 9
occupé à donner des ordres préparatoires contre
bien combiné, à diriger son artilun assaut
d'un triple rang
lerie, à garnir les bastinguages
à la
de mousqueterie, à faire enfin des signaux
Martinière, commandant la redoute placée près
du fort.
Dessalines vint à
Tout étant ainsi disposé,
nous , et nous dit: ( (1) Na pas quitté chambr'
songé malades layo assez..
) à vous jourd'ilà;
Dessalines après
) Tiembé vous tranquilles,
> batt pour vou'z'autr' )).
Les colonnes s'étant d'abord avancées, mais
été remise à quelques
l'attaque en fascines ayant
plus tard, iln'y eut de part et d'autre que
jours
blessés. On nous fit panser ceux du
quelques mais la garnison sortit pour aller exercer
fort;
de bataille, des
sur les blessés restés surlechamp
hurlemens
de
cruautés inouies, accompaguées
horribles!
une vive canonnade de six heures sur
Après
la horde révoltée sortit de
les troupes françaises,
de votre chambre, et
() Vous ne sortirez point blessés..
Soyez
vous ne vous occuperez que de vos
vous.
tranquilles, Dessalines va se battre pour
ques mais la garnison sortit pour aller exercer
fort;
de bataille, des
sur les blessés restés surlechamp
hurlemens
de
cruautés inouies, accompaguées
horribles!
une vive canonnade de six heures sur
Après
la horde révoltée sortit de
les troupes françaises,
de votre chambre, et
() Vous ne sortirez point blessés..
Soyez
vous ne vous occuperez que de vos
vous.
tranquilles, Dessalines va se battre pour --- Page 367 ---
-
D'UN NATURALISTE.
son fort redoutable, pour se repaître à son aise
de la vue des blessés qui, partie dans les fossés,
partiedéjà élancée versl les
pu être ramassés parleurs hatingngea,s'avoient
RereadarmeslCeali
que, violant les droits sacrés de la
martyrisérent six soldats
guerre, ils
quième
intrépides de la cindont le récit demi-brigade seul
légère, par des tourmens
fait horreur. Ces
étoient français, voilà tout leur crime! prisonniers Et moi
français, j'étois témoin de ces
cesse
supplices, et sans
exposé, au moindre signe de pitié, à
éprouver le même sort, en attirant sur
la coupable indignation des nègres
moi
noient captif!
qui me reteLes femmes, plus féroces encore,
la tête de cette légion
sortirent à
marche étoit annoncée démoniaque, dont la
confus. Le
par des Cris affreux et
jetérent étoit premier Français sur lequel ils se
jeune; il est dépouillé,
a le coeur arraché,rôti,:
éventré,
mangé;tous
au ruisselement de ses artères s'abreuvent
plus !
Il n'est
Le second fat dévirilisé, eutles intestins
chés, enfin fut rôti!
sarraLe troisième plus âgé, se plaignant de leur
dureté inhumaine, eut les membres
fut dépecé comme un animal, Ils cassés, et
insultoient
Z 2 --- Page 368 ---
VOYAGES
aux lambeaux dispersés, aux ossemens
encore de cette victime innocente!
rompus
et le cinquième eurent le corps
Le quatrième
déchiré pour y couler des balles fondues, puis
attachés ensemble, et jetés dans une casemate
carrés, où on les laissa expirer lun
de six pieds
après l'autre de faim et de douleur.
Le sixième eut les yeux crevés et arrachés;
crâne scié, dans lequel les
les ongles extirpés,le
fumant; ses
noirs burent, ,àla ronde, de son sang
mis sur un petit feu, autour
restes ensanglantés
duquel ces barbares dansoient en confondant
leurs hurlemens aux plaintes à demi étouffées
dans des tourmens
des mourans qui expiroient
I
affreux!
demiUn officier de la soisante-diz-menviàmer
fut également amené au fort, Dessalines
brigade
anthropophages qui l'avoient
Tayantarrachéaux:
On eût bien voulu
déjà cerné pour le supplicier.
sans
le faire parler, mais ce brave militaire,
de la barbarie de ses bourreaux,
s'épouvanter
de le
garda le silence. On ne me permettoit, beaule dernier de tous, et j'avois
panser de que peine à lui faire passer une nourriture
coup
lui refusoient. Il fut délivré
que les barbares
le jour de Tévacuation.
Dessalines, en commandant
Pendant l'action 2
la
les feux, tomba sur un piquet, et se meurtrit
aire,
de la barbarie de ses bourreaux,
s'épouvanter
de le
garda le silence. On ne me permettoit, beaule dernier de tous, et j'avois
panser de que peine à lui faire passer une nourriture
coup
lui refusoient. Il fut délivré
que les barbares
le jour de Tévacuation.
Dessalines, en commandant
Pendant l'action 2
la
les feux, tomba sur un piquet, et se meurtrit --- Page 369 ---
D'UN NATURALISTE
poitrine. La douleur qu'il en ressentoit le lendemain l'obligea à m'appeler pour lui préparer un
breuvage capable de le soulager, et de
les accidens de la contusion.
prévenir
ses dragons à la montagne, à l'effet Penvoyai un de
des feuilles et de l'écorce du
d'y chercher
le sucrier (1); mais la potion précieux étant vulnéraire,
refusa de la
préparée, il
prendre, en me soupçonnant de
quelque mauvaise intention à son égard. Sa
haine se ralluma injustement contre
quoique quelques momens
moi, et
auparavant il m'eut
parlé sans apparence de ressentiment, il
d'horribles projets qu'il couva dans son conçut sein,
pour les développer plus tard avéc ce sang-froid
politique, cette joie feinte qui caractérisent si
bien P'homme cruel et vindicatif,
Concentré dans ses noirs desseins, isolé dans
ses fatales réflexions, séquestré de son étatmajor,il passoit dans un petit pavillon des jours
d'inquiéuudes et d'alarmes. Ce n'étoit plus Dessalines revêtu de ses riches broderies, de
ceinture magnifiquement
sa
frangée; il ne montoit
plus un coursier fougueux, accablé sous
de ses harnois d'or massif, lni-méme lepoids
du même métal. Sa tête naguères éperonné
parée d'un
(1) Voyez mon Manuel indicateur des
usuelles des Antilles,
plantes
Z 3 --- Page 370 ---
VOYAGES
chapean brodé, garni de son panache flottant,
n'étoit plus décorée de ce fameux peigne à diaseul eût fait la fortune d'un malheumans, qui
reux! Dessalines n'étoit plusle même; ce n'étoit
plus le conquérant de la partie du sud,il avoit
des Français à combattre..
L'ocil morne et
troublé, la bouche grinçant de rage, vêtu grossièrement d'un gilet gris à manches, d'un de
dessous écarlate, les bottes mal-propres, des
éperons de fer, un chapeau rond percé, sans
peigne qui ne lui servoit d'ailleurs que d'ornepuisqu'il portoit une queue; son cheval
ment, fougueux, pour fuir au besoin, étoit
toujours
recouvert d'une peau de
très - simplement
avoit l'oreille trèsmouton. Enfin Dessalines
de
basse, et il ne la redressoit qu'à la prise
prisonniers français, sur lesquels il
quelques le feu dévorant de ses caprices et de
éteignoit
son inimitié.
mouroit de faim ; lui-même,
Son état-major
contentoit de deux
sans table particulière, se
m'ofbananes boucanées sous la cendre. Il ne
acheter, ni de permis
froit ni d'argent pour
demander
pour aller en maraude: : ne pouvant
réduit à attendre du souvenir
à personne,Tétois
et du
mets grossiers,
de mes malades, quelques
de me nourrir.
mais grillé dont je fus obligé
tout
Mais bientôt, sous le rapport de la table,
; lui-même,
Son état-major
contentoit de deux
sans table particulière, se
m'ofbananes boucanées sous la cendre. Il ne
acheter, ni de permis
froit ni d'argent pour
demander
pour aller en maraude: : ne pouvant
réduit à attendre du souvenir
à personne,Tétois
et du
mets grossiers,
de mes malades, quelques
de me nourrir.
mais grillé dont je fus obligé
tout
Mais bientôt, sous le rapport de la table, --- Page 371 ---
D'UN NATURALISTE.
changea de face, M. Say ayant fait venir
nous deux des
de
pour
I
provisions
sa hatte de la
Savanne-Brilies située de l'autre côté du fort.
Quelquefois dans ses momens d'espoir, voici
quel étoitle calcul de Dessalines, etquel discours
il tenoit à ses officiers: ( (I) Vouz' antr' tiembé
)) coeur..
tiembécceur, moi dis vous : blancs
)) france layo pas capab' tenir contr' bonhomme
> Saint-Domingue;) yo va
aller, aller,
) puis va
aller,
rester; yo va malades, yo va mouri
) comme mouches. Coutez bèn : si Dessalines
) rendre cent fois, li va trahi cent fois. Ainsi va
() a. Prenez courage..
prenez
> disje, les Français ne pourront courage, 9 vous
> tems à
ils
pas résister longSt.-Domingue;il marcheront bien
w mais bientôt ils seront retenus
d'abord,
> ront comme des mouches. Ecoutez malades, et mour3). lines se rend cent fois à
bien: si Dessaeux, il les trahira
S fois. Ainsi, je vous le
-
cent
> vous verrez
répète, 2 prenez courage, et
que quand les Français seront
>> nombre, nous les
en petit
inquiéterons, nous les
3) rons, nous brûlerons leurs récoltes,
bataille-
>) sauverons dans nos mornes inabordables. puis nous nous
> pourront pas garder le pays, et seront
Ils ne
> le quitter. Alors je vous rendrai
forcés de
>) ne faut plus de blancs parmi
indépendans. Il
>) assez pour. fabriquer des
nous; nous sommes
pirogues, et aller
> à l'abordage tous les bâtimens de
prendre
s nous trouverons dans nos croisières commerce >.
que
Z 4
bataille-
>) sauverons dans nos mornes inabordables. puis nous nous
> pourront pas garder le pays, et seront
Ils ne
> le quitter. Alors je vous rendrai
forcés de
>) ne faut plus de blancs parmi
indépendans. Il
>) assez pour. fabriquer des
nous; nous sommes
pirogues, et aller
> à l'abordage tous les bâtimens de
prendre
s nous trouverons dans nos croisières commerce >.
que
Z 4 --- Page 372 ---
VOYAGES
D moi di von z'autr' tiembé
) voir quand
coeur, et pis vous va
yo va p'tit, p'tit, nous va
) yo, nous va batt' yo, nous va brûlé chicaner
D récoltes layo; puis nous va caché dans toutes
>à nous. Eh,que yo capab'
mornes
> Après, Dessalines
tenir; yo va aller..
va rend' vou z'autr'
> Blancs caba parmi
libres.
> nous..
nous 5 blancs caba outi
Nouzautr assez
> rogues, et aller prend' toutt' pour gagner pi-
> qui après filer dans mer
bâtimens layo
)).
Dessalines, après avoir ainsi harangué la
nison, sut par ses espions que les
garproposoient de bombarder le fort. Il Français fit
se
possible pour les inquiéter dans
tout son
dont les suites devoient être
leurs travaux
mal assurée. La
funestes à sa retraite
d'aucune
forteresse n'offroit le secours
provision de bouehe; on n'y avoit
muntandesygpeoige3hy portée d'une
et par dessus tous ces
rivière;
à redouter dans le
inconvéniens, on avoit
roches
bombardement, les éclats des
énormes dont le fort étoit
et
tout hérissé ; ce qui assuroit le pavé mortel pardes bombes qui
effet
réfléchi
devoienty tomber. Après avoir
sérieusement aux dangers qu'il avoit à
courir, en restant présent à cette attaque, Dessalines résolut le soir de la veille de
de sortir sans tambour ni
l'attaque
pagné seulement de
trompette, accomses secrétaires et de ses
les éclats des
énormes dont le fort étoit
et
tout hérissé ; ce qui assuroit le pavé mortel pardes bombes qui
effet
réfléchi
devoienty tomber. Après avoir
sérieusement aux dangers qu'il avoit à
courir, en restant présent à cette attaque, Dessalines résolut le soir de la veille de
de sortir sans tambour ni
l'attaque
pagné seulement de
trompette, accomses secrétaires et de ses --- Page 373 ---
- - C
o AR
D'UN NATURALISTE.
aides de camp. Lorsque je le vis ainsi
je lui demandai la
disposé,
jugeant
permission de le
ne
pas ma présence nécessaire suivre,
oi il ne m'avoit fait
dans le fort
Tiembé
appeler que pour lui.
Quelle coeur, me dit-il, ça bentot caba (1).
profonde scélératesse ! d'une
serroitla mienne en
main il
donnoit derrière lui Arenbendelaure.tcosime
l'ordre de me faire
au chef d'artillerie (2), 2
cas d'évacuation. sauter avec la poudrière en
Je fus bien
trahison qui m'étoit
prévenu de la
que j'avois guéri réservée, par cet officier
autrefois d'une
dangereuse ; mais quel parti
ophtalmie
pouvois prévenir les malheurs prendre ? je ne
préparés. Ainsi l'idée d'une
qui m'étoient
inévitable nourrissoit de
mort prochaine et
d'une mélancolie noire nouveau ma douleur
et
me rappelai un
accablante, lorsquej je
songe que j'avois eu quelques
Serrasanibs.iee les événemens
1 toujours
me pronvèrent
frappés
pressentiment. Je me vis en rêve que c'étoit un
Lombardement de ce même fort au milieu du
noissois pas à cette
que je ne conépoque. Les bombes et
() Prends
finir.
courage, me dit-il, cela va bientôt
(2) M,
Macé,capitine artilleur des Gonaives. --- Page 374 ---
VOYAGES
obus éclatant à mes côtés, je les voyois
renverser les soldats, les mutiler, jeter par-tout
l'épouvante,et: ne me faire aucun mal.
Le lendemain le bombardement
dura trois jours et trois nuits pendant commença,
lesquels
on ne put prendre aucun repos. Les feux se
croisant de deux parties opoaces,nouslangient
sans interruption ou des bombes, ou des obus,
ou des boulets ramés dont le
passage rapide
entraînoit la chute des charpentes fracassées.
Le feu ayant été mis par l'explosion des bombes
près des tentes construites en feuillage de latanier, on fut obligé de les démembrer, et de les
jeter dans les fossés.
Occupés à veiller continuellement à la chute
des bombes, nous les évitions quand leur
explosion n'étoit pas trop soudaine; on voyoit
néanmoins à chaque instant des membres
des troncs ensanglantés de malheureux épars,
quin'avoient pu se soustraire à ces terribles effets!
Un canonnier ayantaperçu une bombe tomber
prés de son ami malade, regardant son sommeil
comme précieux, ne voulut pas le réveiller.
Il s'élança sur la bombe, coupa la méche
allumée, et délivra par cette intrépidité son Camarade dont la mort paroissoit inévitable.
à chaque instant des membres
des troncs ensanglantés de malheureux épars,
quin'avoient pu se soustraire à ces terribles effets!
Un canonnier ayantaperçu une bombe tomber
prés de son ami malade, regardant son sommeil
comme précieux, ne voulut pas le réveiller.
Il s'élança sur la bombe, coupa la méche
allumée, et délivra par cette intrépidité son Camarade dont la mort paroissoit inévitable. --- Page 375 ---
Vete
D'UN NATURALISTE
Un
de
grenadier ne fut pas aussi heureux. lvre
sommeil dont nous étions privés
jours, ets'ly abandonnant
depuis trois
malgré l'éminence du
danger, un obus tomba près de
cria de s'en
lui; on lui
garantir en se jetant le ventre
terre; mais encore appesanti, à
par
frotté les paupières
peine s'étoit-il
qu'il disparut à nos yeux.
Un morne silence régnoit
mieux préterl'oreille à
par-tout, afin de
française
T'explosion de la batterie
qui nous indiquoit d'avance
de ces produits destructeurs.
le passage
sillon de
A la vue de leur
lumière, un cri général éloit
puis jugeant de la direction de la poussé;
aux mots unanimes de gare d la parabole,
longues files de soldats tombés
bombe, de
autres vouloient forcer
les uns sur les
ma chambre où ils se
croyoient plus en sûreté, Enfin
ces êtres
l'embarras que
pusillanimes nous causoient dans la
préparation de nos bandages étoit si
je fus contraint
grand, que
pour cette raison, autant
pour ménager nos vivres et notre
que
à la porte de mon réduit deux eau, de mettre
d'espingoles.
sentinelles armées
Les cris des blessés s'élevoient dans
On
les airs.
blasphémoit contre le nom
malades mêmes
français, et les
leurs
que je pansois m'insultoient
outrages. On me retira lesinfirmiers par
blancs
étoit si
je fus contraint
grand, que
pour cette raison, autant
pour ménager nos vivres et notre
que
à la porte de mon réduit deux eau, de mettre
d'espingoles.
sentinelles armées
Les cris des blessés s'élevoient dans
On
les airs.
blasphémoit contre le nom
malades mêmes
français, et les
leurs
que je pansois m'insultoient
outrages. On me retira lesinfirmiers par
blancs --- Page 376 ---
VOYAGES
dont je m'étois entouré (1), pour les forcer de
faire des cartouches, et fondre les balles
destinoit à leurs compatriotes.
qu'on
Les troupes privées d'eau et de pourriture
avec cette chaleur accablante, obligées de mâcher
des balles de plomb dans l'espoir d'étancher leur
soifinsupportable, provoquoient par cette trituration une salive bourbeuse qu'ils trouvoient
(1) De ce nombre éloit M.
Tadministration
Vauthier, 2 préposé de
des domaines aux Gonaives,
j'eus le bonheur d'arracher deux fois des mains que des
brigands, mais qui finit par être supplicié en
ses fonctions de préposé Jors du rétablissement exerçant
parent de l'ordre. M. Vauthier fut remplacé ap- le
15 prairial an X par. M, Mason-Durondon,
suis lié dès la plus tendre enfance par les droits auquel de je la
nature et de l'amitié, Actuellement
des eaux et forêts à Boiscommun, cet sous-inspecteur agent honore
ladministration qui le possède, par ses talens, son
activité,etlo-sncrifice constant de sesi intérêts personnels
pour ceux de la partie qu'il a embrassée. Le Gouvernement ne sauroit trop tôt reconnoitre les services
de ce zélé forestier par un avancement qui ne seroit
point tunei faveur. M. Mawon-Derondonquip possède'une
pépinière intéressante, et une collection rare de bois
indigènes et exotiques, travaille depuis trois ans avec
moi à deux ouvrages didactiques sur les eaux et foréts,
que des expériences multipliées ne nous ont point
permis de poblierjusqu'à ce jour, mais que nous nous
proposons de livrer incessamment à l'impression.
zélé forestier par un avancement qui ne seroit
point tunei faveur. M. Mawon-Derondonquip possède'une
pépinière intéressante, et une collection rare de bois
indigènes et exotiques, travaille depuis trois ans avec
moi à deux ouvrages didactiques sur les eaux et foréts,
que des expériences multipliées ne nous ont point
permis de poblierjusqu'à ce jour, mais que nous nous
proposons de livrer incessamment à l'impression. --- Page 377 ---
-
D'UN NATURALISTE
encore délicieuse à avaler. Ils
se plaindre, par l'espérance de souffroient sans
guissans de faim, agités
la se venger. Lanpromenoient ces deux par peur, ces soldats
lenr figure moribonde, sensations opposées sur
Pendant cette affreuse
sans salaire, privé, ainsi calamité, travaillant
va égorger, d'une nourriture que l'agneau que lon
inutile, un Dieu veilloit qui me devenoit
besoins, etsans les secoursdes néanmoins à mes
établi, j'avois de
chefs quim'avoient
l'eau, du pain, du
tafia, et autres provisions
vin, du
bien désiré de posséder, qu'eux-mémes eussent
possible de manger de quoiqu'il ne fut guères
autour de
sang-froid, ayant
soila mort
-
par-tout
Cent cinq soldats présente -
des effets meurtriers avoient déjà été victimes
sant le
des bouches à feu, vomistrépas et la
me voir
désolation, gue jaloux de
chambre voisine tranquille, et point inquiet dans ma
de la poudrière
quin'étant point à l'abri de la peu solide, et
ma place plus
bombe, rendoit
barie jusqu'à périlleuse, ils poussèrent la barenlevés
m'envoyer visiter des soldats
aux souffrances de la vie! C'est déjà
que les chefs cruels
ainsi
sort, en me forçant d'assister m'exposoient au même
dans l'endroit qui
aux pansemens
magé par les
paroissoit le plus endombogabes et les boulets. Il tomba --- Page 378 ---
366 -
VOYAGES
près de moi des bombes avec un horrible
fracas, je fus même souvent interrompu dans
mes fonctions. Pansant un soldat dont les deux
cuisses avoient été emportées, mon plumaçeau
disparut de mes mains tremblantes, et de mes
deux infirmiers porteurs de l'appareil des bandages, l'un fut exterminé à mes pieds, tandis
que l'autre, ainsi que moi, nous fûmes jetés à
trois pas plus loin, et couverts de poussière
parla répercussion de la colonne d'air
avec vibration.
rompue
Une autre fois je fus également renversé
par un éclat, mais seulement
engourdi, et
point du tout blessé, tandis que le même éclat
coupa la tête de celui qu'on m'avoit
envoyé
panser. Enfin cette protection à qui j'ai di
cent fois la vie pendant ces désastres, m'arracha visiblement des bras de la mort impuissante, travaillant par-tout en vain à ma
destruction.
Les dangers augmentant en raison de la
vivacité des feux, je refusai bientôt d'aller aux
pansemens, s qui ne pouvoient plus se faire faute
d'eau et de linge. C'est alors que les murmures
s'élevèrent, et que les malades demandèrent à
haute voix la mort ou Pévacuation du fort. Je
penchai pour le dernier parti, dans l'espoir de
saisir un instant favorable
pour m'échapper, et
out en vain à ma
destruction.
Les dangers augmentant en raison de la
vivacité des feux, je refusai bientôt d'aller aux
pansemens, s qui ne pouvoient plus se faire faute
d'eau et de linge. C'est alors que les murmures
s'élevèrent, et que les malades demandèrent à
haute voix la mort ou Pévacuation du fort. Je
penchai pour le dernier parti, dans l'espoir de
saisir un instant favorable
pour m'échapper, et --- Page 379 ---
-
-
a
D'UN NATURALISTE
me soustraire au trépas qu'on me réservoit. Car,
quoique je susse que le moment du départ étoit
celui de mon supplice, je
de mes anxiétés
préférois encore sortir
et de mes doutes cruels,eta avoir
une prompte solution de vie ou de mort.
Les officiers commandans vinrent à
troublés par la crainte de tomber
moi, et
au pouvoir des
Français qu'ils avoient si maltraités, ils résolurent tous de
s'empoisonner , et de fuir à
l'aventure. C'est pourquoi ils s'emparèrent de
mon opium dont ils prirent tous, après m'avoir
demandé la dose nécessaire
pour provoquer le
sommeil, et qu'ils angmentérent en raison de
leurs projets de suicide. Ils venoient à tous
mens me faire part de leur crainte de n'en avoir mopoint assez pris, tant ils en trouvoient les effets
tardifs (1). Les uns éprouvant déjà les
funestes du narcotique, faisoient
progrès
en faveur de
et de
Fmarrn
sanglots; d'autres plus audacieux, sentant
les avant-coureurs dela mort, harceloientencore
() Je leur donnai lopium en voyant
mèche du magasin à poudre où l'on devoit préparer la
fermer. C'est le commandant du fort
m'endévoiler ce secret, me dit de le suivre vers qui, le pour me.
Inquiet, absorbé d'une froide
magasin.
autour de moi, croyant étre saisi langueur,) et
je regardois
caveau.
précipité dans le --- Page 380 ---
VOYAGES
leurs soldats, réveilloient en eux leur rage
assoupie dans cet état d'anéantissement. Enfin
il fallut songer plus sérieusement à l'évacuation,
combiner la retraite, prévoir les surprises, calculer les fausses attaques, et convenir de la
partie la plus foible de la colonne qu'on attaqueroit pour se frayer un passage vers les montagnes des Grands-Cahaux. Les chefs étant hors
d'état de donner des ordres pour le transport
des malades, exigèrent de moi ce nouveau service, le dernier qu'ils pensoient
leur rendre. Ces détails
que je pusse
contrarièrent mon
projet de fnite, par l'attention qu'il me falloit
porter aux mille questions à faire en pareille
occurrence.
Tout se-disposoit à tenter, à la chute du
jour, ce départ tant désiré. Déjà les tambours,
suivis de la musique, étoient distingués des
autres corps encore confondus; ; déjà les sapeurs et les grenadiers venoient à la suite,
que. le ceeur palpitant, je désespérois de mon
salut, lorsqu'une fusillade se fit entendre de
la redoute la Martinière 2 et que. les sentinelles des. remparts crièrent,
2 aux armes 1
Une terreur panique s'empare de la garnison,
les soldats courent éperdus, se heurtant les uns
et les autres, cherchant en désordre, sans pouvoir les trouver, leurs armes éparpillées : enfin,
voulant
à la suite,
que. le ceeur palpitant, je désespérois de mon
salut, lorsqu'une fusillade se fit entendre de
la redoute la Martinière 2 et que. les sentinelles des. remparts crièrent,
2 aux armes 1
Une terreur panique s'empare de la garnison,
les soldats courent éperdus, se heurtant les uns
et les autres, cherchant en désordre, sans pouvoir les trouver, leurs armes éparpillées : enfin,
voulant --- Page 381 ---
D'UN NATURALISTE
vonlant à l'aventure
profitent de
risquer une incursion 2 ils
ce que les forces
autre point. Le pont-levis est
attaquoient un
abattu, ils se
cipitent en foule
prédehors, 2 et sont bientôt rencontrés par la garnison la Martinière
nent pour des Français; ceux-ci dans qu'ils la prenméprise commencent, à bout
même
suivi qui oblige la
portant, un feu
garnison du fort à battre en
retraite. Les deux corps oppposés rentrent
le fort qu'ils ne se sont
dans
pas aperçus de Ieur
erreur; pourtant on la reconnoit
enfin, en criant
tonjours en vain : Na pas français..
tiré (1)! Mais la
na pas
d'autre
rage qui anime de part et
ces révoltés les pousse à faire un feu
long. Ils n'écoutent aucun ordre
plus
qu'ils n'aient
employéjusqu'a la dernière
ne se soient mutuellement cartouche, et qu'ils
à
écharpés en se tirant
quatre pas. Quantàmoi, me trouvant entre les
deux feux,j je me jetai à plat ventre, et marchant
surles pieds et les mains, je m'éloignai dela scène
pourjoindre un lanioguge:Tymontois,)
retenu par le pan de mon
lorsque
Oi
habit, on me crie :
allez-vous ? J'examine ,
répondis-je aveç
empressement, que le quatrième régiment (2)
(1) Ce ne sont pas les Français, ne tirez
(2) Le régiment de Dessalines.
pas.
TOME III,
Aa --- Page 382 ---
VOYAGES
a l'avantage. On le croit, et pendant qu'ils
courent s'assurer de cette fausse nouvelle,
9 je me
précipite dans un fossé de douze pieds de profondeur. On fit feu de peloton sur moi; mais
mon corps dans sa chute étant à l'abri par les
bastinguages, iln'y eut que les basques de mon
habit qui, plus légères et faisant drapeau, 2 furent
criblées: je fus également atteint d'un léger coup
de baionnette qui, lors de mon élancement,
me fut porté par un soldat se trouvant près
de moi.
Ma chute fut terrible, et M. Say qui m'avoit
suivi, l'aggrava en tombant sur moi; je me crus
quelque membre brisé : cependant les circonstances étant impérieuses, je me trainai, comme
je le pus, jusque dans la ravine, afin d'y concerter plus à l'aise et avec plus de sécurité, sur
les mesures à prendre pour'd diriger notre course
incertaine vers le feu du canon français qui
perçoit au travers de cette obscurité profonde,
en l'éclairant par intervalles. Nous avions a
passer devant la redoute la Martinière pour nous
rendreaux batteries desFrançais les plus voisines
du fort, et nous craignions de rencontrer des
sentinelles perdues; ainsi le coeur agité de mille
idées contraires, nous rampions en silence, 3 sans
respirer 2 lorsque nous reconnûmes avec joie gue
la redoute étoit évacuée, et que le feu y avoit
travers de cette obscurité profonde,
en l'éclairant par intervalles. Nous avions a
passer devant la redoute la Martinière pour nous
rendreaux batteries desFrançais les plus voisines
du fort, et nous craignions de rencontrer des
sentinelles perdues; ainsi le coeur agité de mille
idées contraires, nous rampions en silence, 3 sans
respirer 2 lorsque nous reconnûmes avec joie gue
la redoute étoit évacuée, et que le feu y avoit --- Page 383 ---
A
D'UN NATURALISTE.
été mis. Bientôt à la lueur des
37t
assurâmes
pièces nous nous
que nous étions près d'un poste où
nous désirions depuis si long-tems de nous
rendre, et nous en fimes certains aux mots
français : ( Halte là, au large ) ! C'étoit
sentinelle avancée qui avoit ordre de faire une feu
sur les fogitifs échappés à la poursuite des révoltés par les colonnes françaises réunies.
Après nous être nommés, la sentinelle, s'étant
mise en règle, nous fit conduire au camp. Notre
groupe avoit grossi; M. Moilet notaire de
Saint-Marc, et M. Alain marchand de la
même ville, devenus mes infirmiers
nance, et un homme de couleur par convenous avoient
rejoints, après s'être laissé glisser dans les
et s'être déchiré le
falaises,
des
corps en remontant au travers
épines dont elles sont hérissées.
On nous présenta au copisineginénlleclere
qui, après beancoup de questions
me félicita personnellement devant particulières,
l'adjudantgénéral Huin, l'ordonnateur
missaire des
Colbert, etl le comguerres Leclerc, tous amis alarmés
sur mon sort, d'avoir pu effectuer ma
puisque le lendemain le fort devoit être fuite,
à la fascine, et indubitablement
attaqué
qu'alors l'ordre étoit donné
pris d'assant;
d'y passer au fil de
l'épée toute la garnison qui avoiteu l'impudence
Aa 2 --- Page 384 ---
VOYAGES
d'arborer aux quatre coins le pavillon sans
quartier (t).
Mes amis me voyant l'esprit plus tranquille,
m'emmenèrent prendre quelque nourriture
dontj j'avois le plus grand besoin. On envoya un
de nos camaradesavec un détachement, s'assurer
si, comme nous l'avions annoncé, le fort de
la Crête-à-Pierrot étoit évacué, s'il y avoit un
officier blanc quej j'y avois laissé blessé, et vingtcing milliers de poudre dans une soute que
nous avions indiquée, et à laquelle on n'avoit
sûrement pas eu le tems de mettre la mèche.
On trouva toutes choses conformes à notre
rapport, et de plus les musiciens blancs de
Tousin-Lousenure, qui attendoient l'instant
favorablede pouvoir se sauver sans danger. Quoiqu'on sût bien qu'ils y étoient retenus par force,
on les fit néanmoins prisonniers, pour la forme,
qu'ils avoient joué les fanfares de ça ira,
parce lors de la retraite des Français. Les pauvres
malheureux y étoient bien forcés,j'en ai étéle
témoin, car j'ai vu un d'eux, basson, recevoir
(1) Drapeau rouge, pour annoncer qu'ils ne se rendroient jamais, et qu'ils furent pourtant obligés d'amener. Ce signe de rébellion fit quadrupler l'activité
du bombardement.
prisonniers, pour la forme,
qu'ils avoient joué les fanfares de ça ira,
parce lors de la retraite des Français. Les pauvres
malheureux y étoient bien forcés,j'en ai étéle
témoin, car j'ai vu un d'eux, basson, recevoir
(1) Drapeau rouge, pour annoncer qu'ils ne se rendroient jamais, et qu'ils furent pourtant obligés d'amener. Ce signe de rébellion fit quadrupler l'activité
du bombardement. --- Page 385 ---
DUN NATURALISTE.
3,3
une grêle de coups de bâton, parce qu'il avoit
quitté un instant son instrument pendant la
fanfare.
L'heure du repos approchant, chacun se
retira sous sa tente, Que ce sommeil fut doux
pour moi! Il étoit depuis si long-tems écarté de
ma paupière que. la nuit ne me parut qu'un
songe, surtout au réveil od, au lieu de voir
autour de moi des assassins, je ne vis que des
frères armés pour ma défense.
Aa 3 --- Page 386 ---
VOYAGES
NOUVELLES TRAMES DES NOIRS
DEPUIS L'ARRIVÉE
DES FRANÇAIS
TROISIÈME PARTIE,
J.
reposois encore, lorsque les troupes impatientes avoient déjà été mises en marche pour rassembler les garnisons du fortde la Crête-à-Pierrot
et de la redoute la Martinière disséminées
dans
l'épaisseur des halliers et le creux des rochers
où ils cachoient leur honte et leur confusion.
Mais l'oeil pénétrant des Français sut bientôt les
y découvrir; el ces lâches bourreaux nej pouvant
soutenir l'intrépidité des manceuvres de nos
troupes légères, cherchèrent dans la fuite un
salut qui leur fut refusé
7 puisque par-tout
poursuivis, ils eurent à essuyer le donble feu du
cordon concentrique vers lequel ils se portérent
tous à dessein de le rompre, et de s'enfoncer
dans les bois des montagnes voisines.
Nos troapes en firent un carnage complet, et
leur inspirèrent une telle terreur que plusieurs
se tuèrent de leurs propres armes, dans la crainte
de tomber au pouvoir de leurs ennemis. --- Page 387 ---
AV
-
D'UN NATURALISTE.
Le
camp français ayant changé
ment, je visitai les ruines du bourg de d'emplace- la PetiteRivière, etj'y pleurai encore sur
mens épars et à demi consumés quelques ossepar l'action
d'unincendie aussi considérable.
Je partis du bourg pour me rendre au Portau-Prince, où je fus présenté au général
chef de Téat-major-géndral.
Dugua,
miné mes manuscrits
Après avoir exarestés en dépôt en cette
ville, et les seuls que j'avois
Aammes; après m'avoir félicité de échappés aux
m'avoir chargé d'une nouvelle
mon travail,
me mettoit dans le cas d'avoir organisation qui
Phonneur de
correspondre avec PInstitut national, dont
quérois par cela même le titre demembre j'achonoraire, ce général me témoigna l'intérêt
le Premier Consul
que
prenoit aux beaux arts, et
m'offrit, au nom dugénéral Leclerc, la décoration
particulière d'une ceinture noire, ou cordon de
mérite, comme fondateur du lycée
iljoignita à cette
colonial, et
marque honorable un traitement
annuel de six mille six cents francs, à dater
du jour de mon arrivée dans la colonie,
comme
médecin-naturaliste du Gouvernement, à l'effet
d'y continuer mes observations, et de recevoir
par là un dédommagement à mes
menses.
pertes imCependant, pour me distraire sur une série de
Aa 4
ou cordon de
mérite, comme fondateur du lycée
iljoignita à cette
colonial, et
marque honorable un traitement
annuel de six mille six cents francs, à dater
du jour de mon arrivée dans la colonie,
comme
médecin-naturaliste du Gouvernement, à l'effet
d'y continuer mes observations, et de recevoir
par là un dédommagement à mes
menses.
pertes imCependant, pour me distraire sur une série de
Aa 4 --- Page 388 ---
VOYAGES
réflexions tristes, sans cesse renaissantes le
général Dugua exigea quejem'abstinsse pendant 2
quinze jours de tout travail de cabinet. C'est
pourquoi il me procura des promenades en
rade, et me fit entendre au gouvernement
sieurs fois le jour de la musique d'harmonie, plupar l'espoir d'adoucir l'apreté de mon systême
nerveux sans cesse. crispé. Ceg général mourut; et
des événemens postérieurs n'ont plus permis le
développement d'un établissement utile, duquel
jeluiavois présenté le projet d'après son autorisation. Cétoitlelycée colonial, dontles membres
ont tous été depuis dispersés, ou victimes
de nouvelles insurrections. Mais je joins ici
un des tableaux que je présentai alors, et
qui échappa au désastre (r).
Je me promenois un jour avec ce général, au
retour d'une course botanique, que, tout en
foulant aux pieds et examinant deux espèces de
sensitives 5 mimosa pudica 3 dont les bords du
cimetière du Port-au-Prince sont garnis et
touffus, nous fûmes conduis par un petit sentier
(1) Je crois devoir y joindre ceux des plantes
usuelles de la colonie, dont je ne puis ici donner
T'histoire. Elle contient seule un fort volume que je
me réserve de publier plus tard, avec mes tableaux
symptômatiques des maladies des Antilles.
pieds et examinant deux espèces de
sensitives 5 mimosa pudica 3 dont les bords du
cimetière du Port-au-Prince sont garnis et
touffus, nous fûmes conduis par un petit sentier
(1) Je crois devoir y joindre ceux des plantes
usuelles de la colonie, dont je ne puis ici donner
T'histoire. Elle contient seule un fort volume que je
me réserve de publier plus tard, avec mes tableaux
symptômatiques des maladies des Antilles. --- Page 389 --- --- Page 390 --- --- Page 391 ---
Rumelil,page 3-6,n.
TRAITE des Plantes usuelles d'ene partie des Antilles, principalemsont de
St-bmgn et de Cala de epaguole
par M. I. Desorne, Malesn-Sanueslioe du
Gomsenemmess a
Damme
Lrurs prupr.ercs Ler wit.on. ts uneurs
Non
Pimnba
Eimetiques
Par
vomiwemept.
>pn cudig Jucs
Furgatives.
Catartiques. Purderntior Inbressetarn Hemor
Orde
alvines.
lechces.
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La poitrine
B.adoucinantrs.
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Tour, avtlimne,
Béchiques.
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Premicre partie.
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Men ievrit. tablies
Iillets sens:bles.
Emmônegorues Far voin
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du sexe.
Hystériques.
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Afectione
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liurenx
Evacustion de la matrice.
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Pantes
nane 10, He-b
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Lrs froides par parlagitahva degurgees.
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Sudorifiques.
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Cerbiales
a avine I' Cordisles
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Le
d.
b Tu astion
es - 1 --- Page 392 ---
Xa,
Leur action. Iue
Parties
Maladies de Canaur transport. Non ulgai ires des Plotes
Leurspropriétés. des humeurs. soulagers,
dassipee
Par expansion La tete les
Apoplesie. La Louche. Thym,
Sa ge
Aromatiques. d'un sang trop lubes du
Lenez. d'lnde Tuscade
engourdi. Epilepsie.
cleastetes
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Le
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Xa,
Leur action. Iue
Parties
Maladies de Canaur transport. Non ulgai ires des Plotes
Leurspropriétés. des humeurs. soulagers,
dassipee
Par expansion La tete les
Apoplesie. La Louche. Thym,
Sa ge
Aromatiques. d'un sang trop lubes du
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engourdi. Epilepsie. S11
ade
fruits de glaud
ois
Alibousier
il lle
Céphaliques. oie
rier
licu
Convulsions,
Tissu nerveux,
apacement
Les
Plantes rapportis dans d'aut at Bois
ranimé ou
tation douleurs,
d'aloes feustles cucurbit. en
Antisparmodiques. détendu,
transps tivo et du slayeul; aile trcn
.0
picoteou
V seinen
diques. relaché. tiraillemeus. Plantain, no. 1. Mombain, Chilitoines
(Par dépuration
Cscéruscules
feuilles dacanthe
Verveiae Lazei
des paupicies. ux yrux, epece de bryone 3. Détersives, neutralisation
Lesyeus. feuille, h. 6. Chevre. Ophtalmiques. rafraichissantes. des sels acres, Les yeux. et sérosités
Inlammation
Plantes rapportées dlans d'aurres classes, L'qCurrodantes. des yeux. rine, et sauge fumée pour ophtalmies streusea,
Absinthe no Baume
Cafr
Cacao, n anille
oucuu
de bois, n. Poi de montago Sau
arbrissea
E Grémi
Indigestions. ue lle
En stimulant
lo
Amers,
donnant du
Voies hautes Mel amp le Mold
[. Stomachiques. : aux libres L'estomac. et bassr S Poivrier 22. Andira ou angela apage
Acides. po. les lumeurs regenerer
Badamie: du Mal.ber,
Is
croupies par
Vers
n. 25. Balatas ou sapotillier marron, 28 fo
leur staguation. et corrupt lion. pour cette dernièro, la XXI Ime classe. Seconde partie. Idem Orange citrornelle he:
tier Co:a1
orl ba i
muscade ct
sugere Su
Ffrts
nioins seusibles. Quinquina, :o Acaria, n. 2. Centanrir
Plantesalcrantrs
par
Var
duj picmier urdre
transpis on
tuviers,
hen
Ine
et uc plus
Orifie
pine Ie
Citron
super icur 9. Bois laiteux n 10. Cacte Casvarille
A la suite des tor ques n L'estomac. Fièrres. voies n. Bois de Cassie 3. Locales
Fébrifuges. premiers acces de P
par
urinaires
adiopethiques. tièvre. utr
exeremen- Idem. Les purgatifs ci-dessus conriennent
excrétic ons la
tielles, cas de vre dont ils expulsent le levain
sabure
poincillade, cafe et citron, verreine en laveaens,
mort rbilque. coucourout. Premiere re
di
Par la partie
Aigremoine no. Eupatoire, ScoloHuide
Le [sie par Maladice du foie
pendre D. 3. ougère
Pelyp
bile qui culore les hépatiques. ct de la rate. Porosité Cerfeul
nd
la les uines. Enfure,obstructs tions de la peau Mahot
L jane brilante
r
En assurant
inaires Centaurée o Hy ydrocotile
Hépatiques.
courout. Premiere re
di
Par la partie
Aigremoine no. Eupatoire, ScoloHuide
Le [sie par Maladice du foie
pendre D. 3. ougère
Pelyp
bile qui culore les hépatiques. ct de la rate. Porosité Cerfeul
nd
la les uines. Enfure,obstructs tions de la peau Mahot
L jane brilante
r
En assurant
inaires Centaurée o Hy ydrocotile
Hépatiques. pariaite secrétion Par la partie
de ce Vise er voiecuri ct etcremen- violon, r. 12
la bile. limonr ise La rate pa h poc tion
tielles. dela b.le qui les spleniques ideur ondriaque
Idem. Absythe, frène, vervoine. colore
les excrémens. Anis, no. Poirrier de montagee,
Courbauil ou gon 111 animce, n.3. Fn ditisant
Par
matieres crues, ciépitation L'estomac. Suin tement
Orifices
Carminatives. vise uruseset ou musmes
de
saper reuis Idem. Zestes d'orange et de ciurstiefa
gluantes, goulees d'exhalaisons Les intestins. ichureuses. ct iulerieurs. embre absinthe menthe, cafe chaudes
par des vents, putrides. pontédéria en lavemens pour coliques
cau de caca en lavemens. Creston, no, Menianthe,
Patiner
atu
JI !c
Parses sels ieres,
uelle lu à
-016
oit fixcs soit
ofler
la
urcan a
volatil ]u 'il rst En, purifant
Pur Cocotier
Bois auisr ette, u y Litaur
Antiscorbutiques bon de soderer
Sal-g depure
Scoilut. ecrutis
10. avec les acides du et augment ut
divenes
citrou et de
sou action. Ilem. Oseille patier aurage, talar
loseille. tarde our
tODIICE ct Jenviloa
rinces la he --- Page 393 ---
V
Mlintes
iter otee
rdre.
loine
parales
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un.
a1 5
En nettoyant Chute
:ri
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ie 111 iriel
cuse
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Ostenetine
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Calni te
Par ur
Par
Rees, estomac
sponuises
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marque.
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-
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11. e Verve
en
ur
a
Troisème partie Emollientes.
: u 'a
P.
leur l
-
es J.
Tfete
Du
bles.
Toarpa
Plantes
lteras antes du
deuv ieme et
diivn
troisiemie ordres.
or
Résolutire
Par
transpir.
Iloines
ta
uinultaptes.
Idem. Hr a
Drutime
lecrwous
Asoup ssantrs.
une
Trore ordr
vve
Rate man
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Rate man --- Page 394 --- --- Page 395 ---
-
- a
D'UN NATURALISTE
à un ajoupa caché sous l'épais
chênes du
feuillage de deux
tion de pays, bignonia quercus. La construcoriginal cette chaumière, autant que son site
près d'un endroit dont on s'éloigne
naturellement le plus qu'il est possible, excitérent notre curiosité; d'ailleurs
pittoresque la rendoit
son ensemble
dessiner.
une jolie fabrique à faire
Quelle fut notre surprise d'y voir, après avoir
respirélongatems un air
contagieux, un
occupéà nettoyer et faires sccherdesintestins, nègreâgé,
pour en faire des
gâtés
ché de la place. ondouillegedlvenboitanl Ce vieux
marscélérat se
en flagrant délit à la vue du
trouvant
général, se troubla,
lalbleinystenditdslondl beaucoup
ne lui en avions demandé, Il convint plusquenous
ressource, dans un âge aussi
que sans
malheur de
avancé, ayant eu le
perdre son cochon et sa
s'étoit déterminé à déterrer
vache, il
corps des morts
à mesure tous les
leurs intestins récemment inhumés; qu'avec
il avoit entrepris un
merce qui le faisoit vivre. Le
petit com à
ces mots, entra dans
général Dugua à
l'ayant livré à lun de une grande fureur, et
ses guides, cet homme
dangerenx fut conduit dans les
oùt il
étéjngé.
prisons,
a
Ainsi, tous les jours on s'étonnoit, non
seulement de voir des Européens atteints
la maladie du
de
pays, mais même des habitans
il avoit entrepris un
merce qui le faisoit vivre. Le
petit com à
ces mots, entra dans
général Dugua à
l'ayant livré à lun de une grande fureur, et
ses guides, cet homme
dangerenx fut conduit dans les
oùt il
étéjngé.
prisons,
a
Ainsi, tous les jours on s'étonnoit, non
seulement de voir des Européens atteints
la maladie du
de
pays, mais même des habitans --- Page 396 ---
VOYAGES
acclimatés, et de plus des naturels noirs
couleur, dans qui le germe de la
ou de
corruption étant inoculé
peste et de la
par cet abus
nisateur, en devenoient aussi les victimes! désorgacalamité fit d'autant
Cette
volontiers
plus de ravage qu'on est
dans l'habitude de
divers repas, des andouilles,
manger aux
ners à la
surtout aux déjetfourchette, et que la
en est si grande chez les habitués consommation
du
qui en employent dans leurs
pays
dans leurs marchés l'air est
calalous; , que
de ces
infectédela puanteur
préparations; c'est à ce degré de fétidité
que les andouilles,
réputées
2 parmi les créoles, sont
exquises.
Qui sait si dans toutes les villes, le même
tême de destruction n'avoit
sysDessalines, ainsi
point été établi par
ses
qu'il l'avoit annoncé un jour à
soldats, en leurj jurant qu'il
les moyens connus et occultes employeroit tous
d'autant plus sàrement
pour concourir
à la destruction
et plus promptement
classe
et à l'anéantissement de la
des blancs, pour la réduire à ce
nombre qu'ils pourroient alors
petit
peine ? Cette
subjuguer sans
conjecture paroit d'autant plus
fondée,qu'un jour à Saint-Marc, faisant la visite
de Phôpital pour le médecin mon ami
étoit
alors malade,
qui
je me crus obligé, en homme
d'honneur, de dénoncer à la justice du gouver- --- Page 397 ---
- v
,
1 V
D'UN NATURALISTE
nement, deux infirmiers nègres, qui non-seulement négligeoient leurs salles, mais
rendoient
qui se
coupables de plus grands crimes, en
donnant des potions échauflantes dans les maladies
inllammatoires, au lieu de celles
étoient
qui
indiquées, etc Conduite atroce
ne réprima que trop tard, faute de s'en qu'on être
aperçu , et que Dessalines, par ses
faisoit
espions,
encourager sous l'espoir d'une prochaine
récompense.
Un nouveau hasard me mit à même de ne
plus douter des intentions perfides du brigand,
chef des révoltés. Je me
matins à
promenois tous les
Saint-Marc, 9 dans la convalescence de
mon second empoisonnement; mais notre
nison inquiétée alors par des embuscades garmies placées dans les halliers des environs enne- des
fossés, je ne pouvois m'écarter, et suivois à
cheval les contours des bastions sous la protection des forts et des pièces de remparts. Un jour
qu'après avoir ramassé à la marée basse des
coquilles 2 fongipores 7 et autres productions
marines que je voulois dessiner, je rentrois, en
côtoyant le nouveau cimetière 2 par la porte de A
PArcahaye, lorsque j'entendis la conversation
suivanté, entre un infirmier et un fossoyeur.
LINFIRMIER. Pour quiça toutes fosses
LE FOSSOYEUR. Eh! pour blancs layo donc? layo?
qu'après avoir ramassé à la marée basse des
coquilles 2 fongipores 7 et autres productions
marines que je voulois dessiner, je rentrois, en
côtoyant le nouveau cimetière 2 par la porte de A
PArcahaye, lorsque j'entendis la conversation
suivanté, entre un infirmier et un fossoyeur.
LINFIRMIER. Pour quiça toutes fosses
LE FOSSOYEUR. Eh! pour blancs layo donc? layo? --- Page 398 ---
VOYAGES
L'INFIRMIER. Blancs layo, mouton' france?
LE FOSSOYEUR. Oui, yo va bèntôt caba, et
nous va matri' asteur. Mouquieu Dessalines li
connoi toute quet' chose va, quitté li faire, li va
béntôt vinir.
L'INFIRMIER (à voix basse). Moué connoi ça
pi'que Lucas li vini jourdi là même, li di moué
comme ça, toujours bèn droguer malades layo;
que général Dessalines li content d'moué en
pile...
Ici mon cheval ayant henni, ces nègres cessérent leur conversation, mais c'étoit plus qu'il
ne m'en falloit pour me convaincre que mes
soupçons étoient fondés;j'en avertis le médecin
et le chirurgien en chef: les infirmiers furent
chassés, et on interdit l'entrée de Phopital à
tout étranger nègre; alors la mortalité cessa, et
les deux coupables qui s'évadèrent aussitôt,
rejoignirent Dessalines: Que d'hommes valeureux ont été traîtreusement sacrifiés ainsi par les
ordres de ce lâche brigand 3
Que ne fit-il pas pour garder fidèlement
son serment de trabir cent fois, s'il se rendoit
cent fois! A l'époque de sa première reddition
il fut nommé inspecteur de la culture; ; le
commandant Huin ayant été envoyé sur les décombres des Gonaïves pour restaurer le quartier --- Page 399 ---
-
D'UN: NATURALISTE.
38r
de P'Artihonite et les quartiers
désarmer les
environnans, 9
cultivateurs, et assurer
aux
protection
propriétaires, ce brave et franc militaire à
la tête seulement de vingt hommes de
convalescentes de la cinquième
troupes
demi-brigade
légère, et de quelques propriétaires de couleur,
respectables par leur dévouement à la cause des
Français, s'y étoit rendu formidable
aux brigands; il avoit, par ses veilles etf
l'attente de tout le monde, fatigues,snrpassé
lorsque Dessalines
vint lui faire perdre le fruit de toutes
citudes.
ses solliInquiété du désarmement des cultivateurs dont il réservoit la masse à quelque
de parti, il les réarma
dessous
coup
par
main des
mêmes armes dont il étoit autorisé à disposer
pour le rétablissement de l'ordre, et créer,
disoit-il, ses colonnes de discipline: dès qu'il fut
parvenu à ses fins, qu'il eut fait enfouir ses
poudres et autres munitions, il déserta de nouveau et emmena dans sa fuite tous ceux de
son parti.
Nousignorions encore cette nouvelle trahison,
quandlecommandant Huin étoit partien tournée
pour PArtibonite. Ilm'avoit emmené, ainsi
deux de mes parens, pour visiter une première que
fois nos habitations depuis leur funeste dévastation. Trop confiant en son courage, n'ayant
emmené que deux dragons avec nous, nous
ut fait enfouir ses
poudres et autres munitions, il déserta de nouveau et emmena dans sa fuite tous ceux de
son parti.
Nousignorions encore cette nouvelle trahison,
quandlecommandant Huin étoit partien tournée
pour PArtibonite. Ilm'avoit emmené, ainsi
deux de mes parens, pour visiter une première que
fois nos habitations depuis leur funeste dévastation. Trop confiant en son courage, n'ayant
emmené que deux dragons avec nous, nous --- Page 400 ---
VOYAGES
pensâmes être victimes de sa sécurité. Arrivés
sur l'habitation Desdunes père (grande place),
on fit sonner la cloche; un brouhaha s'élève,
personne ne paroit. Nous étions à cinq lieues des
Gonaives, six hommes seulement au milieu d'un
essaim que le commandant venoit de faire désarmer. On sonne de nouveau avec menaces, 3
les vieillards sont les seuls qui paroissent. Un
d'eux fort heureusement vint nous avertir de ne
point visiter les jardins; que près de trois cents
cultivateurs armés et embusqués dans les cotons
nousyattendoient. Nous n'eûmes que le tems de
le remercier 2 de remonter promptement à
cheval, et de nous enfoncer à tout hasard dans
le quartier de l'Artibonite, avec l'espoir de rencontrer le renfort de quelque patrouille.
Entre deux rivières trés-hautes, plus de, pont
sur l'Ester, plus de bac sur l'Artibonite; il nous
falloit le secours de quelques nègres et un canot
pour repasser la rivière, et affronter le chemin
des Gonaîves déjà investi par les brigands réinsurgés d'après les ordres de Dessalines.
Une ondée de pluie nous obligea à demander
un asile, à qui A ce Titus dont il est parlé
dans la première partie de ces Mémoires, et qui
ce jour-là nous empoisonna, ainsi que le commandantHuin. Nous retournâmes heureusement --- Page 401 ---
-
D'UN NATURALISTE
aux Gonaives sans
coliques convulsives. coup férir, mais attaqués de
Pendant la convalescence de cet
ment, étant retournés
empoisonnechemin de terre
par mer à Saint-Marc, le
n'étant plus praticable
blanes, nous avions
pour les
fidèles de Thabitation fréquemment des nègres
qui venoient
mentnous porterleurs plaintes,et clandestinequand les Français auroient le tnousdemander
nonçant que tousl les cultivateurs dessus, nous annous
voudroient bien
revoir, 2 que les soldats de
pillent et les désolent,
Dessalines les
jardins; enfin,
ravagent en un mot leurs
bonne foi, ils pour mieux nous prouver leur
position alors nous dévoilèrent les secrets de la
dernière
inconnue, du camp
retraite de
Marchand,
sevelir, lui et les Dessalines, oit il devoit s'ensouterrains
siens, sous les décombres de
la perte de minésqui tous les eussententraîné également
avouèrent aussi
assiégeans français. Ils nous
Guinéens
que les nègres Congos et autres
étoient
par les discours de illementirappésdes leur
lesuperstition
étoit parvenu à leur faire général, croire que Dessalines
par les Français, devenoit que mourir, tués
enx,
un bonheur pour
puisqu'aussitot ils étoient
Guinée, ou ils reverroient
transportés en
les y attendoit
papa Toussaint qui
destine à
pour compléter son armée qu'il
reconquérir St-Domingue. Ce systême
ient
par les discours de illementirappésdes leur
lesuperstition
étoit parvenu à leur faire général, croire que Dessalines
par les Français, devenoit que mourir, tués
enx,
un bonheur pour
puisqu'aussitot ils étoient
Guinée, ou ils reverroient
transportés en
les y attendoit
papa Toussaint qui
destine à
pour compléter son armée qu'il
reconquérir St-Domingue. Ce systême --- Page 402 ---
VOYAGES
absurde lui a tellement réussi, disoientils, que
surnaturelle,
tous vont au feu avec intrépidité
chantant des airs guinéens, comme déjà épris
en
de bientôt revoir leurs anciennes
de l'espoir
connoissances. donner à ces nègres aucune sONe pouvant
lution, ils retournoient à Thabitation, impatiens
leurs désirs accomplis. Que leur dire au
de voir
étoit intermoment où toute communication
où mourant de faim dans les villes, on
ceptée,
sortir qu'à force de baionnettes et
ne pouvoit destinés à protéger le butin que les
de fusils
enlever dans les habitations les
aflamés alloient
plus voisines?
avoit donné ordre de
Le vigilant Dessalines
tracasser, inquiéter les marandeurs,afin
ne plus
facilement dans le piége
de les engager plus
su par les
affreux qu'il leur tendoit. Ayant
qu'à la suitedel'édification des nouveaux
espions
de la ville de Saint-Marc, une
forts et remparts
il fit passer
nouvelle maraude étoit promise,
des
considérables pour
nuit et jour
troupes
cerner le lieu seul abondant en vivres, pour
laquelle on la destinoit.
les
Nos gens enhardis par leurs succès sur
dans des courses déjà
noirs, se rappelant que
environs de Saint-Marc, une petite
faites aux
avoit mis en déroute des
partie des assiégés
phalanges --- Page 403 ---
D'UN NATURALISTE
phalanges entières d'ennemis
cidérentà être de la maraude, embusqués, se déavec trop de sécurité,
mais ils y allèrent
Dédaignant le terrain circonscrit
ville, qui fournissoit
près de la
grande
encore des vivres en assez
quantité, on voulut
dans le pays ennemi.
s'éloigner, et foncer
que le 12 mars 1803,les Dessalines avoit déjà prévu
viendroient,
assiégés de Saint.Mare
par leur trop grande
chercher un carnage assuré dans confianco,
Fon étoit hors de tout
une ravine où
secours par la distance
chemin, et la difficulté de
du
ville à cause de T'embuscade communiquer avec la
savoient placéed depuis
que quelques-uns y
ils ne voulurent
plusieursj jours, mais dont
pas parler, dans la crainte d'être
soupçonnés salines.
d'intelligence avec le parti de DesUn intérêt sordide porta donc la
maraudeurs à sortir sans munitions plupart des
tant la perspective leur étoit
de guerre,
coup cependant avoient
attrayante. Beauun noir
qu'ils chassèrent loin d'eux
pressentiment
contrariés.
pour n'être point
M. M*xx, un de mes amis, fat commandé
commedragon: : son ami; mon beau-frère
ne vouloit pas le laisser aller
R*xx, 2
s'étant promis
seul, tous deux
mutuellement de se secourir
cas d'attaque ou de blessure, Bon,
en
TOME III,
paisible,
Bb
coup cependant avoient
attrayante. Beauun noir
qu'ils chassèrent loin d'eux
pressentiment
contrariés.
pour n'être point
M. M*xx, un de mes amis, fat commandé
commedragon: : son ami; mon beau-frère
ne vouloit pas le laisser aller
R*xx, 2
s'étant promis
seul, tous deux
mutuellement de se secourir
cas d'attaque ou de blessure, Bon,
en
TOME III,
paisible,
Bb --- Page 404 ---
VOYAGES
et ennemi de la turbulence, M. MY** avoit été
déjà plaisanté lors de récits journaliers de différentes escarmouches qu'on eut à essuyer. Mais
celuiqui n'a pas mis la force de l'homme dans
donné à celui-ci une
son propre courage,avoit
foi inflexible au milieu du danger.
R*x*, an caractère belliqueux, fut au contraire troublé en voyant pour la première fois,
autonr de lui, la mort planer de toutes parts.
Déjà nos malheureux concitoyens, engagés
dans une embuscade, étoient la victime d'un
feu nourri et continuel. Déjà leurs corps percés
par plusieurs feux croisés et obliques tomboient
avec le feuillagecriblé de balles. Déjà les cris des
femmes et des enfans écrasés par la cavalerie,
apitoyoient sur leur sort leurs protecteurs impuissans par la pénurie de munitions. Lépouvante, au front pâle, les saisit; ils perdent
l'espoir en perdant leur force, la déroute s'emd'eux, ils veulent fuir et éviter le trépas qui
pare les poursuit, mais ils ne peuyent se faire jour:
les ennemis qui ont prévu leur chute et leur
défaite, ont barré le chemin par des embuscades
placées dans toutes les positions.
Lassés de la fumée fulminante, on en vient à
l'arme blanche: c'est alors que péle-méle on
voyoit les bras voler, et les crânes ouverts en- --- Page 405 ---
-
( -
D'UN NATURALISTE
trainer avec eux le néant de
mortelle.
cette machine
L'avantage des embusqués redoubla
et dans leur fureur ils crioient:
leurage,
) gout jourdi là,
: (( Nous grand
nous vlé saccagé toutt'
) et mulatr'layo de Saint-Marc >!
blanc
rant protection aux femmes, ils Quoiqu'assn- les
dans les pièces de cannes oùt elles
bralérent
et d'ou le feu les
se cachoient,
obligeant de
demi consumées, elles
s'échapper à
dire, recevoir
venoient, pour ainsi
une nouvelle mort des satellites
posés tout autour, qui les tirailloient
desbètes fauves sortant d'un bois touffu! comme
colère la plus enflammée
Mais la
du Dieu des
perd son effet à la voix
batailles. Il rend nulles à son
toutes poursuites; il se plaît à secourir
gré
dans leur détresse, et à leur
ses élus
manifester sa haute
puissance, en les éprouvant par les
dangers et les angoisses les plus
plus grands
Un nègre
poignantes.
échappé au carnage, vient à la ville
appeler au secours, et chercher un repos à
agitation convulsive. On le voit
son
pâle des couleurs de
passer égaré, et
encore plus livides le l'agonie que rendoit
tems sombre qui
sageoit ce malbeureux événement,
préTous les habitans de Saint-Marc
et d'un même accord
se réunirent,
ricordedu
nous implorâmes la misés
grand Maitre des destinées
pour tous,
Bb 2
la ville
appeler au secours, et chercher un repos à
agitation convulsive. On le voit
son
pâle des couleurs de
passer égaré, et
encore plus livides le l'agonie que rendoit
tems sombre qui
sageoit ce malbeureux événement,
préTous les habitans de Saint-Marc
et d'un même accord
se réunirent,
ricordedu
nous implorâmes la misés
grand Maitre des destinées
pour tous,
Bb 2 --- Page 406 ---
VOYACES
et chacun pour ceux qui les intéressoient plus
particulierement; etau versetdel David, cl L'ange
) de l'Eternel campe autour de ceux qui le
)) craignent, et il les garantit ), nous fames
consolés, et conçàmes une juste espérance.
C'est alors que l'ange de ténèbres, à tête hérissée', au flambeau discordant, soufflant de
tout son pouvoir le meurtre et le trépas, fit son
dernier effort, mais il fut impuissant. L'éternel
Dieu vivant, fidèle à ses promesses, le culbuta
avec. ses vaines espérances.
Déjà M. M dans sa bonne foi, avoit fait
halte à la voix d'un dragon ennemi qui, profitant de sa méprise, lui assena un coup de sabre,
mais il l'esquiva par une feinte soudaine. Deux
coups de pistolet lui sont tirés à bout portant,
mais les balles déviées par une trop forte explosion, ne purent l'atteindre.
R*** de son côté, ayantà essuyerl les horreurs
du désespoir de trois chefs qui le harceloient,
entend siffler six balles à ses oreilles, et est
noirci par. les amorces. Il se trouble..
tombe
à la renverse..
Les cavaliers,au comble de
leurs voeux, mettent pied à terre, mais ils sont
bientôt forcés de reprendre selle par l'arrivée
de deux de nos gendarmes, au moment où
R*** d'une voix étouffée crioit, je me rends!
Il fut donc, par cette rencontre heureuse et --- Page 407 ---
, 4 -4 A A
D'UN NATURALISTE.
inattendue, enlevé au fer tranchant de
sécuteurs.
ses perIls se traînoit avec peine, abattu
tremblant par l'idée de la
par l'effroi, et
d'éviter! Soudain il
mort qu'il venoit
aperçoit M**, 2 et
ses forces, il oublie la perte de
ranimant
monte en
son cheval, et
croupe sur celui de son ami. A peine
pouvoit-il embrasser son corps de ses mains
débiles et tremblantes; à peine avoit-il trouvé
l'aplomb sur sa selle vacillante, que le coursier
vole plutôt que de marcher,
les deux amis soient hors de jusqu'à ce que
embuscades semées
l'atteinte des
sur le chemin; et ce
a d'étonnant, c'est que le cheval de R qu'ily
étoit mon coursier favori,
9 qui
tout équipé et sortant du reparoît devant eux
bois, sans avoir
se laisser prendre
voulu
paraucun étranger. Ils avoient
en croupe chacun leur petit nègre
dant crier
qui, entens tiembé chapeau gance dor,
demandérent en grace de les laisser
se
descendre,
regardant plus en sûreté à terre.
Mes deux amis rencontrèrent
de sentiersdétournés,
un praticien
qui les guidérent dans des
chemins raboteux et
impraticables, au milieu
desquels tous les chevaux rebouquèrent
excepté les deux miens. Mes deux amis évitérent (1),
() Terme du pays, qui veut dire harasse.
Bb 3
, entens tiembé chapeau gance dor,
demandérent en grace de les laisser
se
descendre,
regardant plus en sûreté à terre.
Mes deux amis rencontrèrent
de sentiersdétournés,
un praticien
qui les guidérent dans des
chemins raboteux et
impraticables, au milieu
desquels tous les chevaux rebouquèrent
excepté les deux miens. Mes deux amis évitérent (1),
() Terme du pays, qui veut dire harasse.
Bb 3 --- Page 408 ---
VOYAGES
3go
T'embuscade du
encore au bas du morne 2
retour qui venoit d'être relevée, et se rendirent
enfin à nos désirs.
avoient
d'infortune qui
Leurs compagnons
se traiéchappé au carnage et à la désolation,
de tous les coins des bois.
noientet paroissoient étoit navré de voir le lendemain, à
Le coeur
de petits enfans lever au
la rentrée des fugitifs,
du
ciel leurs bras ouverts, et courirvers eux plus
loin qu'ils les apercevoient, pour y retrouver
une mère en lambeaux, que beaueoup,hdasine
purent rencontrer.
troupe
Un capitaine de la cinquième légère,
arriva transpercé de balles et de
si redoutable,
la fille du goubaionnettes : il avoit pour épouse
l'avoit
verneur de Cadix, jeune espagnole qui
de spectacle aussi attensuivi. Je ne vis jamais
Le
drissant que la réunion de ces deux époux.
s'étant sauvé à travers des monceaux de
mari
vêtemens arrachés,
cadavres, 2 les mains liées,les
chemise,
n'ayant enfin sur lui qu'une partie des sa
la
s'évanouit de joie et de fatigue en abordant
de la ville oùr l'atendoit sa vertueuse
porte
la crainte de ne plus
épouse, déjà éplorée par
le revoir. Je fus édifié des soins assidus qu'ello
lui prodigua, des veilles qu'elle supporta 2
délicate, pour protéger le sommeil
quoique
léventant ou lui chassant les
du blessé en --- Page 409 ---
. -
4 a
A - -
D'UN NATURALISTE
bigailles (r) attirées
39r
blessures.
par ses intombrables
Un homme de couleur
percé de douze balles.
revint également
Trois blancs et deux hommes
s'étant jetés dans les bois,
de coulenr
la mer, 3 et furent
gagnérent le bord de"
alla les chercher. aperçus par un pêcheur qui
Enfin nos ennemis,
tage par la supériorité quoiqu'ayant du
eu l'avantellement maltraités,
nombre, furent
blérent deux
que le lendemain ils comcabrouets de
sur le champ de bataille les blessés, ayant laissé
à quelques victimes de
morts coufondus
dire à Dessalines
notre parti; ce qui fit
: (( Si toutes les
) coûtent autant
victoires me
) remporter
que celle-ci, il ne faut pas en
souvent ).
Pendant toute Tallaire,on vit dansune
Dessalines et son
réserve
ment vétus, lesl bottes état-major 2 à pied, tous richeluisantes,
éperonnées ;1 poudrésà
magnifiquement
uniformes à
blanc, et portant tous des
nation, mouillé l'anglaise ; puis un brick de cette
la
à peu de distance du
mer, et qui fut sirement leur
rivage de
car il étoit en rade
pourvoyeur;
des tentes de l'armée ennemie, à portée de pistolet
noire.
() Essaims de
modes pour les malades, moustiques et maringoins fort tincomBb 4
éperonnées ;1 poudrésà
magnifiquement
uniformes à
blanc, et portant tous des
nation, mouillé l'anglaise ; puis un brick de cette
la
à peu de distance du
mer, et qui fut sirement leur
rivage de
car il étoit en rade
pourvoyeur;
des tentes de l'armée ennemie, à portée de pistolet
noire.
() Essaims de
modes pour les malades, moustiques et maringoins fort tincomBb 4 --- Page 410 ---
VOYAGES
Ma santé étant rétablie, je fus appelé au Portau-Prince, pour y être présenté au général
Thouvenot, successeur du général Dugua. Ce
premier, également.ami et protecteur des arts,
confirma non-seulementl l'emploi qui m'avoit été
décerné; mais ayant eu des détails sur ma position critique,après m'avoir annoncé que dans ce
moment la pénurie des caisses ne permettoit
de me faire compter mes cinq années de traite- pas
ment, il ajouta que le gouvernement néanmoins
ayant égard à mon zèle et à mon dévouement,
m'accordoit provisoirement une gratification de
mille livres que je reçus d'après les soins également recommandables de M. Daure, préfet
colonial de l'ile de Saint-Domingue.
Le général Thouvenot, juste appréciateur des
sciences que lui-même cultive, m'offrit aussi
un local à l'état-major pour y travailler à la
mise au net de mes mannuscrits; mais ces offres
me devinrent infructueuses, puisque le jour
même, on apprit de nouveaux troubles qui décidèrent mon départ pour la France, ma présence
devenant inutile dans un pays oùt les arts suivoient les phases de la révolution.
Ah! Dessalines, tu n'as que trop prouvé la
ténacité de ton caractère, et la stabilité de tes
promesses. Français layo, dit-il bien des fois
en ma présence,Jo va bouguer,yo va aller --- Page 411 ---
A
D'UN NATURALISTE
dans
pays de'autres, et nous va
et francs (1). Pourtant les bases maitr'astor,
solides de cette indépendance
encore peu
ébranlées :
pourroient être
Io. En intéressant à l'expédition d'une
velle conquête de l'ile, les
nouqui le doivent
la
puissa nces maritimes,
pour sûreté de leurs colonies;
2°. En divisant les chefs noirs;
30, En s'emparant d'abord des villes et des
magasins, ainsi que des arsenaux
4o. En faisant garder
côtes;
scrupuleusement les
50, En établissant des colonnes
l'effet de ravager dans les
mobiles, à
éloignées les denrées, montagnes voisines et
forcer les
les vivres, > et par là
cultivateurs, qui sont les seuls bien
disposés, à se rapprocher des villes d'où on les
protégeroitjusqu'ale défaite des militaires noirs;
6°. En s'assurant de tous chefs militaires
supérieurs ou inférieurs qui ijamais, non
ne plieront leur tête altière sous la rigide jamais discipline de la culture. Que dire de
ne
fut sous Tonasint-Louverture Dessalines, qui
de sa souveraine
que le levier
autorité, forcé, comme subor-
(1) Les Français vont se lasser de leurs foibles avantages, ils retourneront dans leur pays, et alors
seront libres et indépendans.
nous
°. En s'assurant de tous chefs militaires
supérieurs ou inférieurs qui ijamais, non
ne plieront leur tête altière sous la rigide jamais discipline de la culture. Que dire de
ne
fut sous Tonasint-Louverture Dessalines, qui
de sa souveraine
que le levier
autorité, forcé, comme subor-
(1) Les Français vont se lasser de leurs foibles avantages, ils retourneront dans leur pays, et alors
seront libres et indépendans.
nous --- Page 412 ---
VOYAGES
de mettre à exécution des projets
donné (t), combinés dans une intime réserve,
homicides activité seule pouvoit faire éclater,
et que son
de son
moudepuis qu'il a régi
propre
puisque,
ses
vement, il a cessé ses exécutions, apaisé
les
vengeances, fait des prisonniers pour grossir
peuplades, eta reçu des blancs qu'ila rangés sous
? Mais, hélas! quels blancs?.Le
ses drapeaux' de la Nature! Sa mort est donc un pas
rebut
du
et le chef qui
assuré vers la conquête
pays,
s'il étoit
moins de moyens,
l'a remplacé ayant
insassuré de sa grace, deviendroit un précieux
trument de la restauration dela colonie par son
et renonceroit au vaste
extrême influence 2
ébranlé
la diviprojet d'indépendance déjà
par
intestine des trois départemens, à ce projet
sion
lui laissa le plan,
dont Toussin.Lonverture
angloconcu et favorisé par des correspondances
ureismnees-dgatrs
manesquin'onto
onvertement dans les
surtout se manifestent
le commerce
ports évacués par les Français,oi
avec les
américaines usurpase fait
puissances
trices de nos propres dépouilles.
exécutions,
Dessalines fatignédes sessanglantes
enfin un repos qu'il ne pouvoit
et désirant
le crime; accusé par ses
trouver en pratiquant
() Valetpas maitre, disoit-il pour sexcuser. --- Page 413 ---
- M
-
D'UN NATURALISTE.
remords, cherchantà détourner de quatre-vingts
individus le glaive menaçant dont ToussaintLouverture l'avoit armé, s'étoit rendu clément
envers Mrs Carrerre, etc... du
sur le sort desquels l'oracle de destruction Port-au-Prince,
déjà prononcé.
avoit
Détenus en radeàbord d'un brick
américain, et y attendant dans des transes mortelles l'issue de leur prison, ils reçurent enfin de
Dessalines l'ordre de leur élargissement.
Carrerre et ses
leur liberté à compagnons ayant cru devoir
l'arrivée soudaine de ToussaintLouverture,allirentle, remercier; mais cet
par un effet rétroactif de sa volonté
tyran,
suspendue,
frémit, se troubla... et gronda sourdement de
n'avoir point été obéi. Il renvoya tremblantes
ces quatre-vingts victimes, surla vie
il
se hâta de
desquelles
prononcer une seconde fois, et
lant Dessalines : Prenn' gard', lui dit-il appel'accent dela fureur, dimain moué
avec
monde layo(t).Pourcettel fois
tendéparlé,
son habitude, revint
Dessalines, contre
dant la nuit
sur ses pas, fit arrêter penet massacrer les quatre-vingts blancs
qui révèrent seulement leur bonheur.
Que dire aussi d'un Maurepas,
mandant
général comau Port-de-Paix, qui, par respect pour
de ()Prenez garde que demain j'entende encore
ces prisonniers,
parler
fureur, dimain moué
avec
monde layo(t).Pourcettel fois
tendéparlé,
son habitude, revint
Dessalines, contre
dant la nuit
sur ses pas, fit arrêter penet massacrer les quatre-vingts blancs
qui révèrent seulement leur bonheur.
Que dire aussi d'un Maurepas,
mandant
général comau Port-de-Paix, qui, par respect pour
de ()Prenez garde que demain j'entende encore
ces prisonniers,
parler --- Page 414 ---
VOYAGES
son ancien maître mort de maladie, lui fit
rendreavec pompe les honneurs de la sépulture,
et se rappelant son premier age, quitta ses habits
somptneux pour creuser lui-méme la fossequ'on
avoit négligemment préparée?
Quant à Touwint-Lonvenure, outre ses
crimes politiques, tantôt protecteur, tantôt violateur des temples consacrés à P'Eternel, il mit au
jour sa monstrneuse hypocrisie en blasphémant
à la nouvelle que les Français avoient sur lui
l'avantage. Il ditau curé des Gonaïves, en tenant
un crucifix à la main : ( Je ne veux plus servir
> ce Dieu >! Puis l'écrasant sous ses pieds, luimême, de son bras sacrilége il commença à
incendier l'église!
Après beaucoup d'autres événemens, je repartis par ordre du chef d'état-major-général
Thouvenot, qui, parintérêt pour les arts, me fit
sauver mes manuscrits, voyant que tout espoir
de restauration étoit vain jusqu'à nouvel ordre. --- Page 415 ---
A
D'UN NATURALISTE
DÉPART DE
SAINT-DONINGUE
POUR LA FRANCE,
Lwonzos
politique
plus, et son tonnerre s'obscurcissant de plus en
ment, plusieurs officiers grondant déjà sourdeàs sauver mes mannscrits généraux m'engngérent
espérance. Le
qui devenoient ma seule
major, approuva ginéralThouvenot, chef de l'étatprotecteur des mon départ avec l'intérêt d'un
du
arts; c'est pourquoi il m'obtint
capitsine-général
cation 3 et un passage Rochambeau, à bord de la une gratifitorchie, qui partoit le soir méme corvette LaCe départ précipité du
pour lal France.
laisser une partie de mes Port-au-Prince effets
me fit
m'estimant heureux de
à Saint-Marc,
nage inévitable, et
me soustraire à un carutile pendant la traversée trouvant l'occasion d'être
dant-général
aux dames de
Huin, mon ami,
TadjuLe canon du départ s'étant fait
nous embarquimes à six heures entendre, nous
4 prairial an XI, et relàchâmes
du soir, le
prendre le général de division au Cap, pour y
pagué de quelques officiers de Quantin, accomtraversée fut heureuse
sa suite. Notre
sous les rapports de la
vitable, et
me soustraire à un carutile pendant la traversée trouvant l'occasion d'être
dant-général
aux dames de
Huin, mon ami,
TadjuLe canon du départ s'étant fait
nous embarquimes à six heures entendre, nous
4 prairial an XI, et relàchâmes
du soir, le
prendre le général de division au Cap, pour y
pagué de quelques officiers de Quantin, accomtraversée fut heureuse
sa suite. Notre
sous les rapports de la --- Page 416 ---
VOYAGES
navigation, mais désagréable par la désunion
qui régna parmi les passagers. J'en essuyai peu
les contrariétés, ayant lié particulièrement connoissance avec un colonel doué de talens et
d'amabilité, M. Dalvimart, en qui les jeunes
années s'annoncent par quelques perfections ou
découvertes en peinture et littérature ; et
M. Bazin, enseigne de vaisseau, qui, à des
moeurs douces et sociales, joint des talens supérieurs en mathématiques, dessin et
navigation, 2
qui lui ont fait des envieux.
Nous mouillâmes le 8 fructidor an XI, à sept
heures du matin, dans la baie de Cadix, au lieu
de celle de Toulon notre destination, après
avoir été vainement chassé par une frégate
anglaise qui vint jeter l'ancre auprès de notre
corvette; cependant nous n'eûmes rien à redouter de son voisinage, étant sous la protection des forts d'une puissance neutre.
Nos deux vaisseaux saluèrent ensemble la ville,
et on répondit alternativement à nos deux salves
d'artillerie.
La ville de Cadix, bâtie sur un terrain peu
élevé, ne se voit que de cing à six lieues en mer;
mais les montagnes de. Medina-Sidonia, situées
à l'est de Cadix, se découvrent de douze lieues
au large. La partie la plus apparente de Cadix
est de la plus grande élégance et d'une blancheur --- Page 417 ---
tof
a
D'UN NATERALISTE
éllonissante. La
sont d'une architecture régularité de ses batimens qui
lement. Les maisons moderne, plait généraen haut par des tourelles sont élevées, et terminées
du firmament des
qui tracent sur l'azur
délicats,
dessins d'autant plus variés et
Sur le bord que leur forme n'est point
de la mer se trouve
constante.
publique, appelée la Meda, une promenade
les soirs par les habitans fréquentée tous
étrangerss elle est éclairée
de Cadix et les
des fanaux, qui de la rade d'arbre en arbre par
eflet.
font le plus joli
On ne nous laissa
point de vue aussi pas jouir long-tems d'un
des colonies fut bientôt enchanteur, et notre arrivée
membres du comité de suivie de la visite. des
cher de notre bord, santé,qui, sans s'approquestions
déclarérent, après quelques
rantaine. Cette d'usage, que nous subirions la
mesure est d'autant
quaque la peste de Malaga venoit
plus sage,
niquée par des balles de
d'être commuAntilles,et
coton venant des iles
quiy avoient été déballées
caution ; et pour mieux nous faire
sans préreurd'un tel
sentir l'horles habitans fléau, on nous apprit qu'à
d'une maison entière dans Malaga
s'étoient développés les
laquelle
avoient cessé de
germes de la peste,
soit,
communiquer avec qui que ce
etque, par mesure de sûreté
publique, on
iquée par des balles de
d'être commuAntilles,et
coton venant des iles
quiy avoient été déballées
caution ; et pour mieux nous faire
sans préreurd'un tel
sentir l'horles habitans fléau, on nous apprit qu'à
d'une maison entière dans Malaga
s'étoient développés les
laquelle
avoient cessé de
germes de la peste,
soit,
communiquer avec qui que ce
etque, par mesure de sûreté
publique, on --- Page 418 ---
VOYAGES
avoit maçonné toutes les ouvertures de cette
maison dont ceux qui l'habitent étoient condamnés à périr, faute de secours, au milieu des
horreurs de la famine!
Cependant un, vil intérêt engagea des marchands de toute espèce à s'approcher de nous
pour recevoir nos commissions, et le prix de
leurs achats, abus d'autant plus blâmable, quela
sévérité du réglement de police est nulle à la
vue de l'or. En effet, on trempe d'une main
tous les écrits dans le vinaigre, comme
pour
neutraliser les miasmes méphytiques, et on
reçoit de l'autre l'argent et divers objets qui
n'ont point été assujettis à cette formalité de
précaution. On nous apporta des provisions et
des fruits qui nous furent vendus à un prix
exorbitant. Le vin de Pakaret, justement
estimé, eut la préférence sur tous ceux de
dessert que l'on nous fit goûter.
D'après le rapport fait par les membres du
comité de santé, on vint nous signifier l'ordre
d'aller en quarantaine à l'extrémité de l'ile de
Léon, près dela terre ferme, et à deux lieues de
Cadix, dans un couvent abandonné, situé sur
le bord de la mer. Nous débarquâmes en cet
endroit silencieux, et quoique solitaire, 3 nous le
préférâmes sous tous les rapports au séjour de
otre vaisseau.
Les --- Page 419 ---
S
D'UN NATURALISTE
Les yeux s'y repaissoient
verdure des palmiers,
avec avidité de la
biers, dont les
dattiers, oliviers et jujuLes mouettes jardins en friche étoient ornés.
vol
et les goélands venoient dans
raser les plates-formes de
leur
nous témoigner par leurs cris notre retraite, 2 et
étonnement de voir habiter des importuns leur
tems déserts. N'ayant
lieux si longcapable de
autour de nous
nous donner des
personue
létat de l'endroit
renseignemens sur
ayant, notre
que nous devions habiter, et
arrivée, trouvé toutes les
ouvertes, nous parcourions les
portes
du couvent, pénétrés de réflexions longs corridors
chacun y choisit son appartement singulières;
avec un matelas du bord.
qu'on meubla
Nous étions gardés au dehors
espagnols ayant ordre de
par des soldats
avec nous, et ne nous ne point communiquer
La barrière
parlant que de très-loin.
qui nous séparoit du
n'étoit qu'une simple corde
corps-de-garde
franchir sans les
qu'on ne pouvoit
de fusil. Cet ordre risques de recevoir un coup
sévère fat pourtant
grace à de légères gratifications
enfreint,
mirent d'aller, pendant la nuit, qui nous perincertains au milieu des
porter nos pas
environnoient. Il résulta de campagnes qui nous
nous découvrimes la véritable ces excursions que
lieu d'exil. Le couvent
situation de notre
TOnR III.
que nous occupions est
Cc
ir sans les
qu'on ne pouvoit
de fusil. Cet ordre risques de recevoir un coup
sévère fat pourtant
grace à de légères gratifications
enfreint,
mirent d'aller, pendant la nuit, qui nous perincertains au milieu des
porter nos pas
environnoient. Il résulta de campagnes qui nous
nous découvrimes la véritable ces excursions que
lieu d'exil. Le couvent
situation de notre
TOnR III.
que nous occupions est
Cc --- Page 420 ---
VOYAGES
séparé du bourg; c'est là que fut transférée
depuis 1769,la résidence de la marine du roi
d'Espagne. L'ile communique avec la Caraque
par un canal large et profond qui peut porter
des vaisseaux de guerre.
Nous eûmes un soir d'assez vives inquiétudes
sur le sort de notre vaisseau, qu'un brilot
anglais, abandonné à la dérive, fatsur le point
d'incendier. On savoit que notre bâtiment avoit
à son bord beaucoup de poudre; d'après le
calcul des vents et des courans, le brulot en
étant déjà près, le capitaine en fit couper les
cables, pour s'éloigner d'un danger si imminent. Un instant avoit vu embraser le vaisseau
incendiaire, un autre fut témoin de ses flammes
perfides, mais bientôt sa carcasse désunie emporta avec elle, au fond des eaux 3 l'espoir
trompé et la honte des agens de la cour britannique.
Notre quarantaine étant finie sous les plus
heureux auspices (t), nous fimes voile vers
Cadix, et nous y descendimes à la posade des
(1) Si au milieu de la quarantaine quelqu'un des
passagers tombe malade, la quarantaine recommence,
à moins d'avoir quelque crédit auprès du comité de
santé, qui seul peut décider si la maladie survenue
n'est point d'une nature épidémique. --- Page 421 ---
-
-
D'UN NATURALISTE
deux Palombes, chez un
Espagnole de
Français marié à une
modestes
laquelle il avoit deux
et d'une figure
filles
Maria et Dona Técla,
angélique. Dona
la plus haute estime
qui me parurent avoir
pour les
blérent, à notre arrivée, de soin Français, redouaflectérent, pendant notre
et d'activité, et
parure recherchée,
séjour à Cadix, une
voile noir qui contrastoit propre à flatter nos sens. Le
sante avec leur buste
d'une manière séduitaffetas noirornée de trois d'albâtre, leur robe de
et coupée par un bas de rangedebasquines soie
(1),
sure élégante, une étude enfin 9 une chausannoncèrent
dans le
nos
que
jeunes
maintien,
choient à nous intéresser,
Espagnoles cherdirent qu'à notre estime, mais elles ne prétenLa ville de Cadix est bâtie
de terre, à l'extrémité
sur une langue
dentale d'une ile appelée septentrionale et occiles plus
ile de Léon. Ses rues
commerçantes sont étroites et
propres. Ce séjour est
malpoint de réunion du gai en ce que c'est le
nations. On y voitle commerce de toutes les
silencieux
confiant Français, l'adroit
Anglais, le trop
reux Musulman,
Algérien, le généTingénieux Italien, et le fier
() Cesont des franges torses de méme
couleur,
Cc 2
ile appelée septentrionale et occiles plus
ile de Léon. Ses rues
commerçantes sont étroites et
propres. Ce séjour est
malpoint de réunion du gai en ce que c'est le
nations. On y voitle commerce de toutes les
silencieux
confiant Français, l'adroit
Anglais, le trop
reux Musulman,
Algérien, le généTingénieux Italien, et le fier
() Cesont des franges torses de méme
couleur,
Cc 2 --- Page 422 ---
VOYAGES
Espagnol concevoir des projets d'une fortune qui
leur est constante ; un trafic somptueux est
ouvert, un commerce universel et une utile
consommation y sont entretenus par les marins
revenus de croisière, pour semer l'or, et le
prodigueraux spéculateursavides del'amasser.
La température brulante de ce climat provoquantles mémesbesoinsqw'à às SaintDomingue,
on y vend, dans les marchés, une partie des
fruits et des légumes de celte colonie; on y
trouve entr'autres des charretées de pastèques
et de cantaloups, des tomates, des pimens
d'une espèce particulière, des poissons que la
rade fournit en abondance, et parmi lesquels
on distingue une prodigieuse quantité de raies
d'une espèce peu connue, des soles, 2 etc.
Je fus indigné d'un abus fanatique dont je fus
témoin tous les jours. Les marchés sont remplis
de mendians; des padres parasites les suivent,
et aux noms de pro Sanctà Trinitate 2 pro
Sanct Marid, exigent des pauvres mêmes
qui n'osent. refuser, la restitution de l'aumône
ces malheureux reçoivent d'une main, 3
que. la verser de l'autre dans la bourse d'hypour pocrites qui, après une quéte fructueuse et
forcée, vont s'installer chez des marchandes
de modes, pour y faire des cadeaux à leurs mai- --- Page 423 ---
-
D'UN NATURALISTE
tresses, qu'ils y conduisent elfrontément. C'est
pourquoi les pauvres, dans la crainte de faire
desdemandeseng présence des quéteurs,
les plus grandes
prennent
précautions, afin de retirer
quelque fruit des aumônes qui leur sont faites.
On construit à Cadix une cathédrale del'ordre
Corinthien, dont tout l'intérieur est en marbres
blanc. Il se trouve à l'extrémité de la ville
hopital oùt l'on
un
remarque une assez belle
bibliothèque, et une suite de pièces d'anatomie
exécutées en cire.
Je ne sais quel auteur prétend
les
gnols, peu faits pour
que
Espani
Tharmonie,n'ont ni oreille
mesure, Je ne connois point au contraire de
pays où les musiques militaires et les chants
guerriers des régimens soient mieux exécutés
qu'à Cadix, où les musiciens d'instrumens à
vent y soient d'une forcesupérienre pourla
lité du son, ety exécutent des morceaux de qua- la
dernière difficulté, Je crois deviner la raison
pour laquelle l'auteur inconnu ne reconnoit
dans les Espagnols, ni mesure ni oreille : e'est
que le soir, au moment de la retraite, les exécuteurs de cette harmonie imitative sont placés
par groupès, et, séparés les uns. des autres;
jouent des airs sous des mesures
ce qui en effet produit à l'oreille différentes;
des faux tems
peu exercée,
que l'action des tambourins fait
Cc 3
ière difficulté, Je crois deviner la raison
pour laquelle l'auteur inconnu ne reconnoit
dans les Espagnols, ni mesure ni oreille : e'est
que le soir, au moment de la retraite, les exécuteurs de cette harmonie imitative sont placés
par groupès, et, séparés les uns. des autres;
jouent des airs sous des mesures
ce qui en effet produit à l'oreille différentes;
des faux tems
peu exercée,
que l'action des tambourins fait
Cc 3 --- Page 424 ---
VOYAGES
prendre pour des contre-mesures; mais si l'ori
entend séparément chaque groupe, on doit
porter un tout autre jugement. Cette cohorte est
précédée de fanaux d'une forme originale, et de
sectaires du rosaire quiaiment à s'immiscer dans
toutes les cérémonies.
C'est après cette retraite que l'on se rend aux
promenades, dans les cafés pour y prendre des
glaces, et oi, pour le dire en passant, un de
mes amis reçut un coup de stylet qui m'étoit
destiné, en raison,jecrois, de mon haut plumet,
et du costume étranger dont j'étois revêtu. Cet
seiwtaibnlesrermesgesl lebras traversé.
On remarque à Cadix deux portes de ville,
celle de terre, et celle de mer. Il y en a bien
deux autres, ou espèces de poternes, dontl'une
sert pour aller sur le môle de la pointe de
Sainte Croix, et la seconde, voisine de la nouvelle douane, qui donne passage sur un petit
môle où l'on embarque et débarque les marchandises que les vaisseaux de transport doivent
charger pour les Indes occidentales, ou qu'ils en
rapportent à leur retour.
La porte du port est double; on entre dans Ja
ville d'un côté, et on en sort par l'autre, afin de
rendre plus difficile l'introdnction des marchandises de contrebande, et de faciliter les visites
qui se font exactement tant à l'entrée qu'à la --- Page 425 ---
D'UN NATURALISTE
sortie. La porte de terre est
4j07
langue de terre
resserrée par une
cations redoutables. étroite, et elle offre des fortifiCadix est une des villes les
de l'Univers; c'est
plus commerçantes
colonies
l'entrepôt du commerce des
espagnoles. Il y entre,
commune pour
dit-on, année
quinze millions soixante-douze de livres
ou soixanteen argent, tant monnoyés tournois en or et
ou lingots, et pour
squetravaillésen barres
de denrées coloniales. vingt-cing à trente millions
Les visites à la porte du
I". d'empécher le trafic port ont deux buts:
de s'opposer à la sorlie du tabac rapé, et
de l'argent. Il est défendu franduleuse de l'or et
royaume d'autre tabac
d'introduire dans le
les lois les plus sévères que celui d'Espagne, et
qui sont condamnés atteignent les délinquans
20.
au travail des mines.
L'oretl'argent importés
ainsi que ceux qu'on
doivent un droit,
dernier est de
exporte, Le droit pour le
de
quatre pour cent. Les
guerre n'étant point
vaisseaux
assujettis à la
tégeoient ce transport illégitime.
visite, profrandeurs en ce
On appelle les
Ilyal à Cadix deux genre, picaros.
dont les acteurs
salles de spectacles, mais
pasle droit
sans jeu et sans costumes n'ont
de France, dinéreneronlalitond Je vis
de la Capitale
néanmoins ayec intérêt deux
Cc 4
de
quatre pour cent. Les
guerre n'étant point
vaisseaux
assujettis à la
tégeoient ce transport illégitime.
visite, profrandeurs en ce
On appelle les
Ilyal à Cadix deux genre, picaros.
dont les acteurs
salles de spectacles, mais
pasle droit
sans jeu et sans costumes n'ont
de France, dinéreneronlalitond Je vis
de la Capitale
néanmoins ayec intérêt deux
Cc 4 --- Page 426 ---
VOYAGES
enfans des deux sexes y danser avec grace un
pas de caractère en agitant leurs castagnettes,
au son d'un solo de flâte mélancolique
je sus distinguer au milieu d'un nombreux que
orchestre. C'est dans ces lieux publics que l'on
voit les marquis aux vêtemens
bigarrés sarts
élégance, ayant la tête couverte d'une résille et
ornée d'un énorme catogan, On yvoit encore
les grands d'Espagne sans costume distinctif,
les chevaliers de SaintJacques, ceux de Calatrava, ceux de Saint-Charles, ceux d'Alcantara,
et ceux deMontesa (1) se confondreaux groupes
de la populace dont ils savent peu communément se faire respecter. Ils gardent même souvent un maintien peu décent : j'ai vu un
chambellan négligemment vêtu, quoique porteur du bijou qui le fait reconnoître, se
vautrer sur les bancs devant les spectateurs
accoutumés probablement à cette honteuse familiarité, et y manger avec voracité des gâteaux,
ou provoquer publiquement par des gestes non
équivoques les Yénus de moyenne vertu dont
ces assemblées sont en grande partie composées.
Dona Thecla, notre charmante posadera, me
donna beaucoup de renseignemens particuliers
sur les moeurs des habitans de Cadix, mais qui
(1) Les cinq ordres reconnus en Espague. --- Page 427 ---
-
D'UN NATURALISTE
ont tant de rapports avec les coutumes de la
ville de Saint-Yago, ile de Cubes,
décrites à la fin de mon premier
que j'ai
volume,
me crois dispensé de les répéter ici.
quej je
On paie un droit à Ia douane pour sortir de
Cadix la poudre à tirer quiy est d'une qualité
supérieure, et la cire d'Espagne.
On mange en Espagne beaucomp de
comme le mets le
friture,
a
plus simple à préparer; mais
on se sert à cet effet d'ane huile
infecte,
épaisse et
qui a d'autant plus de réputation
son odeur est plus forte. Je crois
que
mauvaise qualité provient d'un défaut que de sa
paration dans son extraction des olives si prémunes en Espagne.
comLes porte-faix de Cadix se font
le dos les ballots les
charger sur
seulement
plus pesans; ils y sont
retenus sur uné natte de paille qui
prend naissance sur leur front en guise de bandeau, et se prolonge au long de l'épine dorsale.
Cegrossier paillasson n'étant pointglissant, maintient les paguets par ses aspérités. Ces
ont d'ailleurs Phabitude de se servir d'une hommes corde
destinée seulement à conserver l'équilibre. Les
porteurs d'eau ont des vases immenses. On voit
a Cadix beancoup de négocians de la
revêtus d'un manteau brun dont le Catalogne, dessous
de couleur rose, Ils ont la tète couverte d'une est
pine dorsale.
Cegrossier paillasson n'étant pointglissant, maintient les paguets par ses aspérités. Ces
ont d'ailleurs Phabitude de se servir d'une hommes corde
destinée seulement à conserver l'équilibre. Les
porteurs d'eau ont des vases immenses. On voit
a Cadix beancoup de négocians de la
revêtus d'un manteau brun dont le Catalogne, dessous
de couleur rose, Ils ont la tète couverte d'une est --- Page 428 ---
41o
VOYAGES
résille, qui ne diffère de celles qui furent si
long-tems de mode à Paris qu'en ce que le culde-sac se prolonge davantage, et est terminé par
une rosette descendant jusqu'au bas des reins.
Par une singulière bizarrerie les décorations
milltairess'accordent en Espagne, et se modifient
en sens inverse relativement à notre pays. C'est
pourquoi les officiers supérieurs n'ont leur uniforme relevé que d'un simple liseré galonné,
tandis que les capitaines ont les épaulettes de
sous-lieutenant, ceux-ci et les lieutenans, des
épaulettes de capitaine et de chef de bataillon,
enfin les bas-officiers portent celles de colonel.
Par un semblable contraste, lorsqu'un factionnaire porte les armes à un officier, il lui tourne
le dos pour exécuter sa manceuvre.
Les dames espagnoles ont beaucoupde graces
souslecurscostumes; souventc'est ungrosbouquet
placé sur un large chapeau qui fait leur seule
parure; ; une autre fois le même bouquet se
retrouve, et se joue sous un voile élégamment
drapé qui, docile à l'haleine officieuse d'un
zéphir badin, 2 laisse admirer une gorge d'albâtre
oit brillent les diamans, ou a dont de simples
perles font souvent le plus bel ornement. Leurs
bras nus sont également chargés, à diverses
distances, de bracelets des mêmes bijoux.
Parmi les fruits qui acquiérent sous ce climat --- Page 429 ---
-
( a 4
D'UN NATURALISTE
favorable une qualité
les raisins des environs supérieure, on distingue
espèces les
de Malaga, et dont les
guindas. In'est plus vantées sont le lagrima et le
du poids de
pas rare d'en voir des grappes
douze livres, dont
est de la grosseur d'une
chaque grain
de ce fruit par excellence prune moyenne. C'est
cuits délicieux de
qu'on obtient les vins
de
Malaga, Ximenés, de
Rancio, de Xérès, et tant d'autres Rota,
acquis une juste célébrité. On voit
qui ont
trées privilégicos le
en ces conl'olivier et le cocotier pommier auprès du dattier,
péens
près d'autres arbres
qui ne prospéreroient
euromats plus chauds.I Les
point en des cliet on en récolte
figues y sont excellentes,
en telle abondance
fournissent au commerce, par. leur
qu'elles
une branche importante
exportation,
préparées. On m'assura lorsqu'elles ont été
P'Andalousie fournissent que la Catalogne et
belles figues, tandis
en Espagne les plus
ses belles olives. que Séville est réputée pour
Enfin le climat tempéré de la
nale
partie méridiola réunion d'Espagne, abrité du vent du nord
de montagnes qui forment
par
cercle rapproché des côtes de
un demià la
T'Est, est si propice
très-bien à Valence, ainsi
toaemta
auteur. Cette
qne le remarque un
précieuse prodnction, ditil, fut
en Espagne les plus
ses belles olives. que Séville est réputée pour
Enfin le climat tempéré de la
nale
partie méridiola réunion d'Espagne, abrité du vent du nord
de montagnes qui forment
par
cercle rapproché des côtes de
un demià la
T'Est, est si propice
très-bien à Valence, ainsi
toaemta
auteur. Cette
qne le remarque un
précieuse prodnction, ditil, fut --- Page 430 ---
VOYAGES
apportée del'Inde en Egypte; sa culture s'introduisit en Sicile, et les Maures la
lcs côtes de Grenade.
portèrent sur
Lorsqu'ils en furentchassés
en 1483, on y trouva quatorze plantations,
grandes et petites, et deux moulins à sucre.
Les Espagnols ayant découvert l'Amérique,
yI portèrent cette plante, dontla culture s'étendit
bientôt jusqu'au golfe du Mexique. Depuis ce
tems elle a été négligée par la mére-patrie, mais
on en trouve encore assez pour fournir à une
fabrication considérable.
On remarque aux débouquemens de Cadix
deux prismes appelés colonnes d'Hercule, et
par les Espagnols, Saint-Pierre et Saint-Paul.
Elles servent à diriger les marins dans leur
navigation.
Nous repartimes de Cadix, dans l'intention
de traverser l'Espagne dans sa plus grande
étendue, pour nous rendre à Bayonne; c'est
peurgaoi,sprisaroirfintu tmes adieux à M. Leroi,
commisaire-g@méral français des relations commerciales à Cadix, je m'embarquai avec le
général de division Quantin et son état-major,
pour le port de Sainte-Marie, qui est situé près
le port Réal, et à trois lieues par mer de Cadix.
Notre réunion devenoit d'autant plus utile que
les routes d'Espagne sont peu sàres; aussi
donna -t t- on une garde d'honneur à notre
général. --- Page 431 ---
-
- - a
D'UN NATURALISTE
Non loin de Sainte-Maric
milieu des champs
on rencontre au
peu cultivés
peaux épars, et le long des
quelques troucroix qui
grands chemins, des
indiquent le lieu de la
voyageurs assassinés. On
sépalture de
d'oliviers, dont les
y remarque beaucoup
plantations
disposées en
régulières sont
lage
échiquiers. Ces arbres ont le feuilcée argentin qui contraste avec la verdure fond'alentour, etils fournissentles
d'Andalousie, renommées
grosses olives
leur saveur. On
pour leur volume et
y côtoie la
rivière ombragée par la Guadalite, petite
saule
longue chevelure du
pleureur, sur les bords de
Rodrigue, en perdant un
laquelle
ronne, fut tué et son armée sceptre et une coucent mille Maures.
défaite par deux
La plupart des possessions rurales
tourées d'aloès pitt,
y sont enappelé pingoin, que ses
inabordables. On remarque dans
EESTAES
semis considérables de
Fintérieur, des
cyprès.
pins, de mélèzes et de
Nous fames importunés
pousitreimpalpable
vers midi par une
rendit
qu'une nuée de
encore plus incommode.
moustiques
ces insectes sous
Je ne vis jamais
nombrable.
une multiplication aussi inconsoler de Bientôt une nature riante vint nous
cette contrariété
passagère, et la
, que ses
inabordables. On remarque dans
EESTAES
semis considérables de
Fintérieur, des
cyprès.
pins, de mélèzes et de
Nous fames importunés
pousitreimpalpable
vers midi par une
rendit
qu'une nuée de
encore plus incommode.
moustiques
ces insectes sous
Je ne vis jamais
nombrable.
une multiplication aussi inconsoler de Bientôt une nature riante vint nous
cette contrariété
passagère, et la --- Page 432 ---
VOYAGES
vue de nouveaux plants d'oliviers
végétant sur
une terre rougeâtre, de chaumières
cachées sous un lierre touffu qui en fait agrestes le
bel ornement, d'Espagnols cultivateurs
plus
au milieu de landes embaumées
le campant
le myrte, le thym et le
par. romarin,
serpolet, au milieu
desquels ils prenoient un repas frugal, fut
nous une surprise antantagréable que délassante. pour
Nous foulâmes aux pieds le talcite et le granit,
si communs en ces lieux qu'on en construit des
bornes et des ponts.
Nous arrivâmes à Xérès de la Frontéra, village situé près la rivière de Guadalète,
par la bataille de 1713, dont je viens de 2 fameuse
parler,
et non par la tenue des ses powades.puisquapris
une route fatigante on ne nous servit que des
tomates 2 de l'ooille, des feuilles de chou frites
dans de l'huile puante , un pain plat et sans levain, enfin pour boisson, du vin de Xérès
nous
fut offert dans un alkarasas
qui
de carafe
(1), espèce
flanquée d'un tube recourbé, et que
lon passe à la ronde. Xérès de la Frontéra est à
neuflienes de Cadix, c'est à dire à six lieues du
port Sainte-Marie.
Nous avançàmes dans l'Andalousie, et traversâmes successivementla YentadeSsintc-Antenio;
() Appelé en Egypte bardac; selon M. Sonnini. --- Page 433 ---
-
-
A - .
D'UN NATURALISTE
Virera, Mayréna, Carmona
arriver à Ecija, ville
et Rio-Frio, pour
daGusdaliquninyetin d'Espagne, située non loin
Nayant point fait trente-denx lieues de Cadix.
remarques dignes d'être pendant cette route aride des
observai de particulier citées, , puisque je n'y
conservep
que des citernes où lon
son,ce qui préciensementfeaa annonce
de pluie pour boisentretenir mon lectenr un pays pen fertilisé,je vais
L'extérieur des maisons d'Ecija.
et fait honneur au
d'Ecija flatte la vue,
qui a imaginé de premier peintre-décorateur
décorations théatrales, représenter sur les murs des
pittoresques, tandis
ou d'antres paysages
mens, 2 sans luxe et sans que l'intérieur des apparteà l'oeil que quatre murailles ornement, ne présente
réguliers, d'autres cintrées, blanchies à pans
qui rendent ces
formant des voûtes
appartemens
éeuriesyo ont particulièrement tres-sonores. Les
plutôt la curiosité recherchée fixél'ambition Ou
elles sont dans la ville et
de l'architecte ;
aux
somptuosité et d'une
environs, d'une
et le voyageur est étonné propreté remarquables;
mieux logés que les hommes d'y voir les chevaux
liers multipliés de ces utiles 2 puisque les picemens sont formés
des et spacieux emplaou tout au moins de par
colonnes de granit,
arrondies.
pierres irésregulirement
ôt la curiosité recherchée fixél'ambition Ou
elles sont dans la ville et
de l'architecte ;
aux
somptuosité et d'une
environs, d'une
et le voyageur est étonné propreté remarquables;
mieux logés que les hommes d'y voir les chevaux
liers multipliés de ces utiles 2 puisque les picemens sont formés
des et spacieux emplaou tout au moins de par
colonnes de granit,
arrondies.
pierres irésregulirement --- Page 434 ---
VOYAGES
Les chevaux de choix y sont tenus les pieds
attachésà des anneaux fixés en terre, ce qui rend
leur position pénible et fatigante : on leur prodigue le fourrage, on veille sans cesse à leur entretien 9 et ces soins sont en quelque sorte une
somptuosité de la part de celuià qui ces chevaux
appartiennent.
Les Espagnols d'Ecija font un usage immodéré de gros piment doux et de tomates qu'on
méleà tous les ragoûts et au mets favoridu
pays,
quiest une réunion de lard rance, de pois ronds
avec leurs gousses 7 de courges 3 et de feuilles
tendres de melon.
D'Ecija, nous fimes route pour Cordoue, qui
est à quarante lieues de Cadix, et où nous arrivâmés en passant par la Carlote, pays peu digne
de remarque,si ce n'est parl l'usage de ses puits
à chaînes garnies de godets destinés à puiser
l'eau.
Nous entrâmes dans Cordoue, grande ville
qui est placée au bord du Guadalquivir.
La grande place est spacieuse et entourée de
maisons garnies de portiques réguliers et imposans : c'étoit l'arène destiné aux tournois des
Maures, et c'est dans cet espace que se donnent
maintenant les combats des taureaux. La ville,
peu habitée, offre des quartiers déserts, beaucoup
d'églises et beaucoup de cloîtres. Cordoue est
dominée --- Page 435 ---
AY a C -
D'UN NATURALISTE
doninéoparlselatoed des
Morena, 2 couverte de la montagnes dela Sierraoù les citronniers, les plus riche verdure, et
des arbres fruitiers de orangers, les oliviers et
faveur d'an printems toute espèce annonçent la
et les frimats
perpétuel. Aussi les
ne viennent-ils
neiges
endroits enchanteurs,
pas attrister ces
d'oà jaillissent des milliers soigneusement cultivés, et
entretiennent la verdure. de fontaines qui en
On arrive à la cathédrale de
un quinconce
Cordone sous
s'unissant à
d'orangers 9 dont les
ceux de l'Arabie
parfums
Divinité, entretiennent
que l'on offreà la
atmosphère embaumée. autour du lieu saint une
dix-sept entrées dont les Liéglise, irisvagte, a
d'arabesques : ce fut une portes sont couvertes
Abderameanl huitième
mosquée bâtie par
en 1236, consacra siècle, et que. Ferdinand,
au culte
remarque trois cent soixante-c catholique. On y
granit et de jaspe,
cinq piliers de
nefs de l'intérieur. composant Le
les vingt-n neuf
autel est d'une richesse tabernacle du maître
briller les pierres
inconcevable : on y voit
précieuses, etles
rares, diversement colorés,
jospeslesplus
excitent T'étonnement.
, y flattent la vue et
On montre aux étrangers
saint, une colonne de
qui visitent ce lieu
erucifix fut gravé
marbre sur laquelle un
TouE III,
par l'ongle d'un esclave chré-.
Dd
-n neuf
autel est d'une richesse tabernacle du maître
briller les pierres
inconcevable : on y voit
précieuses, etles
rares, diversement colorés,
jospeslesplus
excitent T'étonnement.
, y flattent la vue et
On montre aux étrangers
saint, une colonne de
qui visitent ce lieu
erucifix fut gravé
marbre sur laquelle un
TouE III,
par l'ongle d'un esclave chré-.
Dd --- Page 436 ---
VOYAGES
tien quiy étoit enchainé, et qu'on vouluten vain
convertir à la religion mahométane.
On fait voir également la petite chapelle où le
Coran étoit renfermé; elle est d'une architecture
originale. De la, on nous introduisit dans une
chapelle dorée oit se trouve la statue équestre de
Saint Louis, roi de France. Le trésor de la cathédrale offre des richessesimmenses qu'on eut peine
à nous découvrir : des vases sacrés, des croix 9
des encensoirs et des expositions y sont en or
massif, et incrustés de pierres précieuses colorées dont la Nature est si avare, et qu'on ne
découvre que dans ses réservoirs secrets.
Cordoue, sousler règne du sultan Alkehem II,
fut le berceau des sciences et des arts : il y existoit alors une bibliothèque immense, des écoles
de médecine, de géométrie, d'astronomie, de
chimieetdemusique, oùt se formèrent de grands
talens. Ce futla patrie des Sénèque, desl Lucain, a
des Gonzalve Fernandez.
Les environs de Cordoue fournissent une
quantité prodigieuse de mûriers qui alimentent
des vers à soie, du produit desquels on fait un
grand commerce. Ce terrain fécond y protége
également la culture du quercus ilex, espèce de
chêne, sur lequel se plait le kermès, insecte
précieux, 2 duquellon tire Ia couleur incarnate,
et des plantes aromatiques de tous genres, dont --- Page 437 ---
D'UN
le
NATURALISTE
suo bonifie la chair des
ou domestiques
animaux sanvages
riches climats qui en font leur pâture. Ces
la Nouvelle- Castille recèlent anssi, de même que
le cèdre
cotonnier et T'odorant
altier, 2 lutile
L'amateur de chevaux poivrier.
de ceux del'Andalousie. attend que je lui parle
d'exagéré; beauté de formes, Leurreputation n'a rien
celant, naseaux
regard fier et étincouverts d'écume,
souplesse dans les mouvemens, voilà vigueur et
caractères
les précienx
andalous auxquels on reconnoit les étalons
qui font la folie de leurs
On a pour ces animaux des soins cavaliers.
leur exportation, ou
outrés, et
l'introduction de
étrangers sur le territoire
chevaux
lement interdite sous des espagnol y est égaIl existe à Cordoue
peines très-g graves.
de
un haras royal digne de ceux
l'Arabie, et il est comparable à celui
juez prés de Madrid. Les chevaux
d'Aranplus beatix, mais moins
andalous sont
royaume des Asturies. vigoureux que ceux du
On voit dans les rues de
la porte d'entrée des
Cordone, auprès de
enfoncées en
maisons, de grandes tonnes
terre et oùt chaque
conserve le produit de ses oliviers. propriétaire Cette
quiexposée au soleil, n'y acquiert taucune huile
agréable, y reste jusqu'à la récolte
odeur
époque à laquelle elle peut facilement suivante,
être conDd2
royaume des Asturies. vigoureux que ceux du
On voit dans les rues de
la porte d'entrée des
Cordone, auprès de
enfoncées en
maisons, de grandes tonnes
terre et oùt chaque
conserve le produit de ses oliviers. propriétaire Cette
quiexposée au soleil, n'y acquiert taucune huile
agréable, y reste jusqu'à la récolte
odeur
époque à laquelle elle peut facilement suivante,
être conDd2 --- Page 438 ---
VOYAGES
sommée,tant les Espagnols en font un usageimmodéré:cettehuileremplacelebeurreeilagraisse.
Les posaderas n'y sont point actives comme
dans le reste de l'Europe, et un aubergiste voit
de sang-froid arriver un voyageur: sanss'informer
de ce dont il peut avoir besoin; les domestiques
même fainéans à l'excès, regardent les arrivans
les bras croisés, et se contentent de leur
montrer du doigt dans la basse - cour la
volaille qu'on est souvent obligé de plumer et de
faire cuire soi-mème, ainsi que nous l'avons
éprouvé tant de fois. Il est vrai que voyageant
avec des militaires français dontla vue intimide
les Espagnols, nous ne pûmes étudier facilement
leur caractère; car,. dès qu'ils nous apercevoient, ils se mettoient à crier : Carnèro 3
carnèro, signor francèse ! et disparoissoient
subitement en nous laissant dans le plus grand
embarras,et dansla nécessitéde rassembler,aprés
beaucoupde recherches, tous les ustensiles nécessaires pour la préparation de nos mets. Ils
se rapprochoient cependant, et devenoient plus
familiers lorsqu'ils voyoient que nous étions à
la fin de notre repas ; alors, ne craignant
point de nous regarder face à face, ils exigeoient
de nous une récompense pour des soins qu'ils
n'avoient point pris.
Les soldats de notre escorte étoient fort doux --- Page 439 ---
Y
-
D'UN
et trés-sobres. NATURALISTE
Leur costume
42r
veste légére, un
consistoit en une
déposent leurs chapeau à haute forme où ils
Ils avoient
cigares, et un léger
tous des
havre-sac.
des cordons
guétres lâches,
au lieu d'être
retenues par.
chaussure des sandales. boutonnées, et pour
Onc
de sculinebeucnupd d'aneth
Cordoue, et
dansleseavirons
cette plante
l'instrument qui sert à scier
cilles de aromatique est semblable
nos herbières
aux faumulets y sont tondus, d'Europe, Tous les
pas favorable, et qui usage qui ne leur est
la vue.
déplaît singuliérement à
Les
Espagnols ne connoissant
sances, d'autre bonheur
d'autres jouisne respirent
que dans T'amour, ils
passion est que pour aimer. Leur
moins celle des
véritable
l'ame. Une Espagnole
sens que celle de
de son amant, elle
opprend-elle l'infidelité
ferme
en est inconsolable, dans
persnasion de ne pouvoir le
la
suprême délicatesse,
remplacer. 0
honorée par les
que n'étes-vons de même
Françaises! Mais abusant
empire sur nos coeurs et de leur
de leur
causent souvent plus de
amabilité, elles
font d'heurenx.
tourmens qu'elles ne
telle est, hélas! leur Changer fatale pour mieux jouir,
engageante, mais
deviseydevise d'abord
une opinion
qui tôt ou tard donne d'elles
pénible. Les amans
espagnols,
Dd 3
0
honorée par les
que n'étes-vons de même
Françaises! Mais abusant
empire sur nos coeurs et de leur
de leur
causent souvent plus de
amabilité, elles
font d'heurenx.
tourmens qu'elles ne
telle est, hélas! leur Changer fatale pour mieux jouir,
engageante, mais
deviseydevise d'abord
une opinion
qui tôt ou tard donne d'elles
pénible. Les amans
espagnols,
Dd 3 --- Page 440 ---
VOYAGES
trouvant rarement l'occasion de pouvoir se rapprocher, vivent de désirs, de privations qui
alimentent leur flamme pure. Un amant se
trouve heureux lorsqu'il a seulement entendu la
voix de sa maîtresse approuvant les sons timides
de sa langoureuse guitare, ou lorsqu'il saisit
dans l'air avec transport un bouguet qui lui est
jeté, et qui, déjà placé sur le sein des son amante,
y a acquis un prix inappréciable; soumis aux
volontés de sa maîtresse,il s'éloigne én couvrant
de baisers le gage précienx qui doit faire sa
consolation et son unique espérance. Sicen'est
un bouquet, c'est un ruban, un billet que son
haleine brûlante ou décolore ou eflace. Que de
fois je vis de ces couples heureux se parler au
moyen de l'alphabet digital, et rapprocher les
distances en rendant leurs doigts dociles l'interprète de leur coeur, et le messager de leurs
amours !
On aime à Cordoue à côtoyer le Guadalquivir, dont les eaux nonrrissent le calamus
arundo que les habitans emploient pour leurs
voitures couvertes, en guise de cerceaux.
Les rejets de lataniers qui s'élèvent dans la
plainedes environsde Cordoue,s sont quelquefois
entre-mélés de futaies d'yeuse ou chêne vert, et
de buissons d'une autre espèce de chêne à
fonilles de houx. Le gland du premier est in- --- Page 441 ---
D'UN NATURALISTE
comparablement plus alongé
second qui est
que celui du
Nous
raccourci, et presque sphéroide.
repartimes de Cordone pour la
del-Carpios, et comme nos voitures
Ventalentement, je me déterminai à alloient fort
plutôt à chasser le long de la
marcher, ou
un superbe et excellent chien route pour essayer
coronello, provenant des chenils braque nonmé
cantons que nous eûmes à
du roi. Les
giboyeux; aussi les Espagnols parcourir sont trèscontrées ont-ils chacun
qui habitent ces
chiens conchans. Les fusils plusieurs de
lévriers et
étant beaucoup plus matériels chasse en Espagne
détente que les
et plus durs à la
moins
nôtres, sont par cela même
d'affat commodes, et plutôt propres à la
qu'à celle du vol. Nous
chasse
Yens-do.Carpioe et
traversâmes la
rendre à Anduxar, Aldea-del-Rio pour nous
éloignée de Cadix
s ville de
de cinquanté TAndalousie, 2
La ville
lieues.
On rencontre dAndusarn'oller à
rien de particnlier.
grès servant de quelque distance des rochers de
infestent
repaire aux
ces parages, et à la
mallaiteurs qui
de longues plantations
gauche du chemin,
quels on voit se poursuivre d'oliviers, au milien desde geai bleu,
et se jouer l'espèce
appelélejaseur de
trouvâmes à la droite de la
Bohéme. Nous
laquelle pendoit le bras route, une potence à
desséché d'un chef de
Dd 4
de quelque distance des rochers de
infestent
repaire aux
ces parages, et à la
mallaiteurs qui
de longues plantations
gauche du chemin,
quels on voit se poursuivre d'oliviers, au milien desde geai bleu,
et se jouer l'espèce
appelélejaseur de
trouvâmes à la droite de la
Bohéme. Nous
laquelle pendoit le bras route, une potence à
desséché d'un chef de
Dd 4 --- Page 442 ---
VOYAGES
voleurs, qui venoit d'être supplicié par ordre da
roi d'Espagne. Cet exemple est bien fait pour
intimiderle crime, et le détournerde ses projets.
Comme ces pays sont peu habités, et qu'on y
voyage d'autant moins sûrement que les voleurs
y sont de connivence avec les habitans qui
servent leurs desseins criminels, on a soin de
se munir d'armes, et de ne marcher qu'en
nombreuse compagnie. Les voyageurs portent
des outres renfermant le vin nécessaire pour les
repas, ou pour les haltes. On y vend à bon
compte des melons de diverses espèces venus en
pleine terre. On trouve dans les montagnes des
ostracites unies à des pholades.
On remarque aussi dans les villages que lon
traverse, les tristes effets du désceuvrement. Le
jour, ce sont des familles entières étendues nonchalamment au soleil, et occupées à se chercher
les poux, ou à des soins mal-propres;1 le soir, ces
mêmes gens passent leur tems avec leur guitare,
tandis que d'autres,animés par des passions plus
déréglées, profitent del'obscurité pour attendre,
un poignard à la main, le voyageur fatigué et
trop confiant.
Nous pénétrâmes, 2 en quittant Anduxar,
dans un pays agréable, qu'une culture naissante commence à embellir, et qu'elle enrichit
déjà par ses bienfaits. La première posade où --- Page 443 ---
D'UN NATURALISTE
4a5
l'on nous donna asile fut à Baileu, d'oà
nous rendimes à
nous
plus
Guarda-Dorman, à six lieues
loinqu'Anduxar. Nous reconnimes
la Carolina, cheflien de ces
ensuite
sur les bords du Xenil,
cantons, quiest situé
et récompensant le
pays également fertile,
laboureur au delà de ses
espérances. On remarque auprès de cette
ville une longue avenue
petite
quels végète l'aloès.
d'ormes, au pied desOn fait usage
dans toutes ces provinces,,et d'outres d'alkarazas
voyages.
pour les
Lelendemain, en nous rendant à Sainte-Hélène,
pays montueux 2 nouvellement habité et défriché, nous traversâmes un
au milieu de mornes
passage dangereux
escarpés, dont les'
ou pics ont les parois couvertes de soufre aiguilles
blimé, de terre martiale et
sud'efllorescences
vitrioliques. On y remarque également de beau
schist, du mica, du schorl en masse et en
prismes, et de Thorn-blende. Les
tenues ou filtrant dans les cavités de eaux consont très-amères et
ces rochers,
empreintes de sels métalliques. Elles sont pour la
oxidées
ferruginenses;
plupart
et
quelques-uns de ces rochers sont
couverts de lycopodium.
Nous rencontrâmes deux moines
chassoient le chevreuil
qui
au milieu de ces bois
giboyeux 2 et qui nous firent
apercevoir une
en masse et en
prismes, et de Thorn-blende. Les
tenues ou filtrant dans les cavités de eaux consont très-amères et
ces rochers,
empreintes de sels métalliques. Elles sont pour la
oxidées
ferruginenses;
plupart
et
quelques-uns de ces rochers sont
couverts de lycopodium.
Nous rencontrâmes deux moines
chassoient le chevreuil
qui
au milieu de ces bois
giboyeux 2 et qui nous firent
apercevoir une --- Page 444 ---
VOYAGES
troupe d'environ trente voleurs, dont ils nous
conseillèrent d'éviter la rencontre, Nous fimes
halte au pied de ces montagnes, pour nous
désaltérer chez un. Espagnol assis sur le devantde
sa porte, et occupé à empailler des siéges avec
des tresses formées des feuilles du latanier.
Bientôt nous foulâmes les montagnes fertiles
et enchanteresses de la Sierra-Morena, qui fournissent uniquement l'espèce d'orange appelée
damasquinas. Ce fruit, d'une forme oblongue
et d'un goût délicieux, a choisi pour sa patrie
ces imposantes futaies parmi lesquelles il n'est
pas rare de le rencontrer. Ce canton jadis
cultivé par les Maures, et dont les bois furent
long-temsa après le repaire des bêtes féroces, est à
soixante-trois lieues de Cadix.
Après avoir traversé la Venta-deCardenas et
la Venta-del-Judeo, nous arrivâmes à SantaCrux, première posade de la Manche, cantondu
bon vin, et où ma qualité de médecin me valut,
grace à mes consultations latines, des présens,
des attentions extraordinaires en ces pays
peu policés ;rce qui nous fit voyager plus
agréablement.
Nous passâmes successivement à Pal-dePénas, à Menzanarez et à Filla-Harta. Nous
reconnûmes ensuite un beau pays fameux parles
exploits de Don Quichotte, et où il fit ses mer- --- Page 445 ---
-
C
D'UN NATURALISTE
veilles. Nous
habitans
remarquâmes dans les vêtemens des
de Port-la-Piz, et surtout de ceux de
Tremblaque, une bizarre coutume,
à tacher çà et là leurs vêtemens
qui consiste
du plâtre dissous dans de
rembranis avec
prendre les hommes
l'eau; ce qui fait
et les femmes
de goujats. On n'y voit
pour autant
s'élever au dessus des
point de cheminées
maisons.
La Guardia, ville distante de 87 lieues de
Cadix, est un pays situé au milien de
rocailleuses,
croupes
un
se trouve
danafinetaurdagelin
antique et modeste tombeau du roi des
Maures, 2 indiqué par un bloc de
et surmonté de trois croix, Si
pierre, carré
en ce
notre vue se récréa
pays, bientôt notre estomac
nous annonça qu'il étoit tems de languissant
notre
suspendre
faire enthousissme;n mais nous ne pûmes satispromptement notre fain excessive. La
posade étoit dénuée de
avoit point
tout; et comme il n'y
lâches
d'Espagnols malades en ce lien, les
les volailles domestiques nous ayant montré de loin
qu'on nous destinoit, se
selon leur
retirèrent
de
coutume, et nous laissérent la peine
poursuivre ces gallinacées si souvent effarouchés, enfin de les plumer
les
nous-mémes. On
pour
préparer
nous servit
de grandes
seulement, après
d'ean
supplications, du chocolat, espèce
grasse aussi dégottante à l'ocil
qu'insipido
iques nous ayant montré de loin
qu'on nous destinoit, se
selon leur
retirèrent
de
coutume, et nous laissérent la peine
poursuivre ces gallinacées si souvent effarouchés, enfin de les plumer
les
nous-mémes. On
pour
préparer
nous servit
de grandes
seulement, après
d'ean
supplications, du chocolat, espèce
grasse aussi dégottante à l'ocil
qu'insipido --- Page 446 ---
VOYAGES
au goût; un pain sans levain happant au palais;
et pour bidon, une outre garnie de son robinet.
On remarque à la Guardia d'anciennes fortifications, des casemates à moitié démolies, et
qui ne laissent plus que le souvenir des fléaux
meurtriers dont les anciennes guerres ont désolé
ces campagnes.
Nous nous rendimes avant notre départ à
l'église, pour y être témoins d'une cérémonie
funéraire. Au cortége nombreux que nous observâmes, et à la musique funèbre que nous
entendimes, nous reçonnimes que l'on célébroit
les obsèques de quelqu'un de qualité. Curieux
comme des voyageurs qui cherchent à s'instruire,
nous écartâmes la foule, et nous aperçimes au
milieu de la principale nef, une famille éplorée,
vêtue de velours noir, posant unanimement
leurs chapelets, en priant sur le corps nu et à
moitié découvert d'un enfant couronnéet couvert
de fleurs, ,symbole de la flicitéincontestable
que
cet être pur éprouvoit déjà dansle ciel devenu sa
patrie.
Nous marchions vers Ocana, lorsqu'une
patrouille d'alguazils que nous rencontrâmes,
nous prévint de nous tenir sur nos gardes contre
une troupe d'assassins dont la tête étoit à prix,
et que, pour le malheur des voyageurs, certains
Espagnols tarés dans l'opinion publique recé- --- Page 447 ---
- -
E
D'UN NATURALISTE.
loient chez eux. Nous avancions
bois sombres
au milieu de
et silencieux, lorsque le général
qui commandoit notre escouade nous
à faire un feu de file,
engagea
ces forêts
comptant sur l'écho de
pour avertir les malveillans
étions en état de défense.
que nous
Nous arrivâmes à une posade
l'on nous reçut mêtne de
suspecte, oùt
Croyant déméler des intentions mauvaise grace.
part des Espagnols
perfides de la
chions à
qui l'occupoient, nous cheréloigner ces soupçons peut-être
mais quelle fut notre surprise,
injustes;
aperçumes cachés dans les
lorsque nous
greniers, les assassins
qui nous attendoient dans l'espoir d'une bonne
capture! Il fut décidé
que nous
auprès de
camperions
seroit destinée Nos-TirosLargos,et que toute la nuit
à la plus exacte surveillance.
En vain Morphée
commençoit-il à appesantir les
paupières de certains de nous accablés def
il fallut
fatigue,
éloigner ce dieu trompeur, et lui
cher josqu'àla douceur de ses bienfaits. Le reprod'ordre fut
mot
tendoit
donné, 3 et les qui vive qu'on enau moindre mouvement annoncèrent
la troupe intimidée
à
vendre
que nous étions déterminésà
chèrement notre vie. Confondus dans
Jeurs projets, nous aperçàmes ces trente briz
gands s'évader par des fenêtres au milieu
la
de
nuit, pour aller C cacher, sous la double obscu-
la douceur de ses bienfaits. Le reprod'ordre fut
mot
tendoit
donné, 3 et les qui vive qu'on enau moindre mouvement annoncèrent
la troupe intimidée
à
vendre
que nous étions déterminésà
chèrement notre vie. Confondus dans
Jeurs projets, nous aperçàmes ces trente briz
gands s'évader par des fenêtres au milieu
la
de
nuit, pour aller C cacher, sous la double obscu- --- Page 448 ---
VOYAGES
rité des forêts,1 leur honte et leur lâcheté. J'oubliois de dire que nos dames avoient été forcées
de camper auprés de nous, ayant reconnu dans
la chambre qui leur étoitdestinée, des Ouvertures
communiquant avec les caveaux de la posade,
dans lesquels on précipitoit probablement les
victimes dès qu'elles étoient immolées. Ce qui
me fit horreur, c'est qu'en allant m'assurer des
lieux et de la propreté des draps,et que m'étant
avisé de soulever celui de dessus, je trouvai
l'autre encoreimbu du sangd'un malheureux tué
le jour même, et qui avoit laissé en se débattant
l'empreinte de ses dents sur le linge, et par-tout
dés traces de son désespoir. Nous repartimes de
cette posade sans témoigner notres surprise, mais
avec l'intention de faire notre rapport en arrivant à Madrid.
Arrivés à Aranjuez, l'une des maisons de
plaisance du roi d'Espagne, nous remarquâmes
beaucoup de logis peints à fresque. Celui du
maître de poste offre les vues les plus pittoresques. Les murs du château sont baignés par le
Tage, qui y roule ses eaux limoneuses et tourbillonnantes. On sait que le Tage est le fleuve le
plus grand qui existe en Espagne, et celui dont
le cours est le plus prolongé; ; il arrose cent vingt
lieues de terrain, depuis sa source jusqu'à --- Page 449 ---
D'UN NATURALISTE
Lisbonne, ou il confond
43r
mer:lesabled du
ses eaux douces à la
cipalement du côté de
prinaraemehete
auriferes, mais en si Tolede, des particules
récolte ne délommageroit petite quantité que sa
pourroit y employer.
point du tems qu'on
L'Espagne est encore
dont les eaux d'un
fertilisée par le Tinto,
et propres à
jaune topaze sontl lapidifiques,
Duero, la Tinerustation; par le Mino, le
le
Gaadiana, le
Xucar, la
Guadslquivir, l'Ebre,
ruisseaux Sagura, et beaucoup d'autres
qui ne suffisent point
petits
entretenir sur ce sol brilant encore pour
bienfaisante souvent
une fraicheur
arides, ou une poussière remplacée par des crevasses
Castilles éprouvent
incommode. Les deux
sécheresses, les Espagnols particualièrement de grandes
plus des avantages
indolens ne profitant
gation; ce qui rend que pourroit leur offrir lirrimoins abondantes
leurs récolies beaucoup
Romains et les qu'elles ne l'étoient sous les
en Espagne dans Maures, l'état
où Tagriculure étoit
le plus florissant,
D'Aranjuez, distant de
lieues de
Cadix, nous nous quaire-vingt-scise
moro, , puis à Madrid,
rendimes à ValdeLa ville de Madrid capitale de F'Espagne.
lieues de Cadix, Ses
est située à cent trois
enyirons, qui étoient autre-
oins abondantes
leurs récolies beaucoup
Romains et les qu'elles ne l'étoient sous les
en Espagne dans Maures, l'état
où Tagriculure étoit
le plus florissant,
D'Aranjuez, distant de
lieues de
Cadix, nous nous quaire-vingt-scise
moro, , puis à Madrid,
rendimes à ValdeLa ville de Madrid capitale de F'Espagne.
lieues de Cadix, Ses
est située à cent trois
enyirons, qui étoient autre- --- Page 450 ---
VOYAGES
fois couverts de forêts, sont maintenant sans
verdure et d'une aridité désolante (r).
Les rues de Madrid sont larges et alignées.
Les promenades publiques,décorées de fontaines
d'une parlitearchitecture,s sontt très-fréquentées.
On se réunit aussi sur lesbords du Manzanarès,
au Prado, a à la porte d'Atoches.
(t) <Une chose digne de remarque, parce qu'elle
iuflue sur. la température de lEspagne, dit un auteur
moderne, c'est la singulière hauteur de ce pays au
dessus du niveau de la mer. Le plateau occupé par
l'intérieur de ce royaume est leplus élevé de tous ceux
de l'Europe qui occupent une cerlaine étendue. La
hauteur du mercure dans le baromètre, observée à
Madrid, est de vingt-six pouces deux lignes; elle est
moindre par conséquent de deux pouces que la hauteur
moyenne observée sur les bords de l'Océan. Cette différence donne à la capitale de TEspagne.une élévation
de deux cent neuf toises au dessus de la mer. Ainsi
Madrid est quinze fois plus élevée que Paris, trois
fois plus que le mont Valérien, un tiers plus que
Genève. Cettehauteur
influenécesairement sur latempérature. On est étonné de ne pas trouver d'orangers en
plein air sous le quarantième degré de latitude; mais
Ia température moyenne de Madrid n'est que de deux
degrés : plus élevée que celle de Paris, et moindre
d'un degré que celle de Toulon. Les montagnes de
IEspagne renferment unei immense quantité de grottes,
de cavernes et de souterrains >.
Les
que
Genève. Cettehauteur
influenécesairement sur latempérature. On est étonné de ne pas trouver d'orangers en
plein air sous le quarantième degré de latitude; mais
Ia température moyenne de Madrid n'est que de deux
degrés : plus élevée que celle de Paris, et moindre
d'un degré que celle de Toulon. Les montagnes de
IEspagne renferment unei immense quantité de grottes,
de cavernes et de souterrains >.
Les --- Page 451 ---
D'UN
Les maisons de NATURALISTE
Retiro, la
plaisance du roi sont, BuenPardo, bàti Grange, 2 le Palais-Neuf,
par le roi Charles Ier Aranjuez, le
à
; l'Escurial,
de
anetrmmpleae
demi-pente dela
Guadaramay ce dernier lieu
Cordilière
sépulure des rois
est consacré à la
point davantage d'Espagne. Je ne
sur des objets
m'étendrai
augmenter inutilement le
connus, ce seroit
et m'écarter de la tâche contenu de ce volume,
Le climat de Madrid quej je me suis prescrite.
point mal-sain. La ville est humide, mais il n'est
geur plusieurs établissemens offre au curieux voyapalais du roi renferme
remarquables. Le
de tableaux des
une collection précieuse
écoles; auprès de premiers peintres de
d'armes et d'armures ce palais se trouve un plusieurs colisée
à Madrid un riche antiques. On admire aussi
mais dont la collection cabinet d'histoire naturelle,
méthode. La classe des immense est rangée sans
la réunion la plus
minéraux offre surtout
on pourroit
complète en ce genre; mais
empaillés de appliquer, à l'égard des
cette
animaux
art et sans goût, cette collection, préparés sans
M.
phrase remarquable de
de la
dans
Rewdindibamefere
Nature : ( Ou la Nature
ses Etudes
) l'art est animé ).
est morte, ou
Les rues de Madrid
maisons y sont à
sont longues, et les
TOME III, quatre, cinq et sept étages; les
Ee --- Page 452 ---
VOYAGES
fenêtres sont garnies de balcons
plus ou moins
somptueux. Je fus parfaitement accueilli
l'ambassadeur Beurnonville, chez
par
invité plusieurs
lequel je fus
fois, et où je vis avec bien du
plaisir de superbes tableanx de chasse.
Nous étions logés à Phôtel de la
oàlhôte français,M.
Providence,
Picard, nous servitsouvent
des cannes-pétraces, fort communes dans les
environs de Madrid; çe qui-n'est point faire
l'éloge du terrain,
puisqu'on saitque ces oiseaux
se plaisent de préférence dans les friches
les grouettes.
ou sur
N'ayant rien de mieux à faire, j'allois fort
souvent au spectacle, où je vis avec intérêt
exécuter une danse de caractère par deux enfans
de six ans, agitant avec grace leurs
au son flatteur d'un solo de flute, castagnettes
fois
qui toutes les
me porta à la mélancolie.
Il me reste à parler d'un autre spectacle
les Espagnols aiment avec
que
férent à tout
passion, et qu'ils préautre; c'est le combat du taureau.
Le cirque choisi à cet effet à
Madrid, a trois
cents pieds de diamètre, et l'arène seule a
de deux cents pieds.
plus
L'amphithétre destiné au
public peut contenir environ de douze à quinze
mille spectateurs.
Un magistrat chargé de la police se trouve
présent à chaque combat, et accompagué de
'un autre spectacle
les Espagnols aiment avec
que
férent à tout
passion, et qu'ils préautre; c'est le combat du taureau.
Le cirque choisi à cet effet à
Madrid, a trois
cents pieds de diamètre, et l'arène seule a
de deux cents pieds.
plus
L'amphithétre destiné au
public peut contenir environ de douze à quinze
mille spectateurs.
Un magistrat chargé de la police se trouve
présent à chaque combat, et accompagué de --- Page 453 ---
D'UN
deux
NATURALISTE
alguazils ou
le bon ordre.
exempts, destinés à maintenir
Bientôt le magistrat,
que le combat
par un signal, annonce
porte est
peut commencer. Aussitôt
étable
ouverte, et lon voit
une
un taureau inquiet,
du fond d'une
lentement, puis enfin fondre d'abord s'avancer
dans l'arène. I1 semble
avec
et
impétnosité
les clameurs d'un interdit par T'alluence
s'arrête, promène en
peuple nombreux; 5 il
de lui, semblant silence ses regards autour
Osé le
défier le téméraire
provoquer au combat; un
qui a
prolongé et étouffé semble
beuglement
geance prochaine le
menacer d'une venroit à cheval à l'autre piquier (picador) qui pad'une
extrémité
lance, et
opposée, armé
antagonistes, s'avançant vers lui. Ces deux
feintes, font un ménageant leur marche et leurs
combinent
pas, puis
leurs mouvemens Avandenbracateas
retenue, Cet état
avec lenteur et
intéresse le
d'incertitude et d'irrésolution
jectures. Alors spectateur le
qui déjà forme des condevoir plus long-tems taurean, 2 qui croit ne
la téte, et réunissant contenir sa fureur, baisse pas
avec
toutes ses forces,
impétuosité sur le
fond
au premier
picador. Cet
mouvement
adversaire,
su juger, s'est mis en du taureau, qu'il a
lance en arrêt, il en
défense, et tenant sa
dirige le fer vers l'animal
Ees --- Page 454 ---
VOYAGES
furieux, qui par une feinte souvent en rend
l'effet impuissant, en la faisant voler par éclats.
C'est dans ce moment que le picador est en
danger,et que,pour le délivrer, paroissent deux
chulos, jeunes Espagnols agiles qui viennent
agacer le taureau avec des petits manteaux ou
draperies rouges; ce qui lui fait oublier son
premier ennemi, qui profite de ce moment
favorable pour se remettre en selle s'il a été
culbuté, et pour se réarmer. Les chulos étant
à pied, ne peuvent tenir long-tems en présence
du taureau animé; c'est pourquoi à la première
menace ils battent en retraite, et s'élancent dans
une double enceinte où ils sont hors de danger,
et d'où ils narguent le taureau furieux d'avoir
laissé échapper ses victimes.
Il apercoit bientôt derrière lui le picador,
et soudain il fond sur lui, dans l'espoir de
limmoler à son ressentiment. Souvent il ne fait
que le renverser, et dans sa méprise il perce les
flancs du cheval qu'il fait sauter en Pair d'un
coup de ses cornes. Je vis un de ces chevaux
tellement éventré, que tous ses intestinst traçoient,
dans sa course forcée,l'arène ensanglantée; mais
loin d'éloigner le cheval pour lui donner quelques soins, le picador ne peut en descendre
qu'au moment où épuisé de fatigue et ayant
perdu tout son sang, l'animal, malgré sa valeur,
, et dans sa méprise il perce les
flancs du cheval qu'il fait sauter en Pair d'un
coup de ses cornes. Je vis un de ces chevaux
tellement éventré, que tous ses intestinst traçoient,
dans sa course forcée,l'arène ensanglantée; mais
loin d'éloigner le cheval pour lui donner quelques soins, le picador ne peut en descendre
qu'au moment où épuisé de fatigue et ayant
perdu tout son sang, l'animal, malgré sa valeur, --- Page 455 ---
a *Y
D'UN
tombe et
NATURALISTE
expire. Le taureau,
toire, s'avance vers le
satisfait de sa vicpieds en signe de
cheval, et le foule aux
triomphe.
Lorqueletaurear a
contre le picador reconnu sonimptisance
immobile et se refuse qui sut l'éviter s il reste
ses trousses les banderillos au combat; alors on met à
huitjeunes Espagnols
ou chulos. Ce sont
une poignée de
tenant chacun à la main
qu'ils doivent lancer petites flèches ou banderillas
l'irriter.
au taureau pour
la
Isl'excitent, et
F'agacer et
tête en fermant
lorsque l'animal baisse
nouveaux
T'oil, pour fondre sur ces
de ce
importuns, les banderillos
moment favorable
profitent
Rèches. L'animal est
pour lancer leurs
banderillas
atteint, et le
aux moindres
cliquetis des
quiétant, il devient
mouvemens l'inson pied, la
fiurieux, frappe la terre de
creuse, et fait voler la
écumant de rage; il cherche
poussière en
ils ont disparu. Souvent
ses ennemis, mais
ne cherche
le taureau,déja
pointà s'approcher des
latigué,
lorsqu'ils paroissent; alors
banderillos
recours à lamoleta ou
ces derniers ont
late qu'ils portent à la écharpe de couleur écar.
agitent devant le
main gauche, et qu'ils
pour le
taureau en passant près de
narguer et l'exciter
lui,
geance, Quelquefois,
davantage à la vencourse, il en est qui malgré la rapidité de la
sont fortement pressés
Ee 3
par --- Page 456 ---
VOYAGES
le taureau; slomsilkleislandonent, en s'échappant, la moleta, sur laquelle le taureau assouvit
sa rage, en la déchirant en pièces après l'avoir
flairée. Sir malgrécette ruse. , quel'animal souvent
dédaigne, ils n'ont pu sauter au dessus de la
barrière qui doit les mettre à l'abri de tout
danger, alors les autres banderillos s'avancent et
attaquent le taureau pour laisser échapper leurs
camarades.
Quand le taureau a suffisamment combattu,
on le condamne à mort. Alors un Espagnol qui
n'a point encore paru, et qu'on appelle matador (1), se présente, tenant d'une main la
fatale épée, et agitant del l'autre la moleta. Ce
matador a du, pendant le combat, examiner
le taureau, et étudier son caractère. C'est pourquoi il a dû distinguer s'il est claro, c'est à dire,
fougueux et sans ruse; alors il peut s'en appro-
(r) Les matadors ordinaires sont des torrères du
combat, ou bouchers de profession, qui doivent être
doués de courage et de sang-froid. Le matador est
souvent un preux chevalier ou amant espagnol, qui
aime à remporter cette victoire aux yeux de sa belle.
Je vis un de ces malheureux devenir la victime de son
courage imprudent, et, par je ne sais quel sentiment,les
spectateurs crier brava! et applaudir à outrance, tandis
que le jeune homme en perdant son sang rendoit le
dernier soupir.
, ou bouchers de profession, qui doivent être
doués de courage et de sang-froid. Le matador est
souvent un preux chevalier ou amant espagnol, qui
aime à remporter cette victoire aux yeux de sa belle.
Je vis un de ces malheureux devenir la victime de son
courage imprudent, et, par je ne sais quel sentiment,les
spectateurs crier brava! et applaudir à outrance, tandis
que le jeune homme en perdant son sang rendoit le
dernier soupir. --- Page 457 ---
-
-
D'UN NATURALISTE
cher sans
déiance, et être assuré de sa
Mais si l'animal est
victoire.
froid, réfléchi
obscuro, c'est à dire rusé, 3
etlent dans ses
le matador
résolutions, alors
prend plus de précautions. Il s'en
approche, le regarde en
contre
silence, alors ruse
ruse, l'attaque ou se
trouve toujours le
défend, mais il
où l'animal
moyen de profiter du moment
baisse la tête pour
enfonce sans peine le
frapper, et lui
cervicales. Le
glaive entre les vertèbres
taureau en beuglantionbeansitie
tramsperoéaurlarène, sans la
des
car il meurt par la section de rougir la moëlle sonsang,
Lorsque le taureau tombe
épinière.
matador, la
aux pieds du
trois mulles trompette sonne, et on voit entrer
coutumées à richement harnachées, et qui, acce manége, entraînent le
au
grand galop. On tue plusieurs
corps
taureaux
combat, et ce spectacle est tantsuivien.
par
que le pauvre mnême y sacrifie tout Espagne,
pour ne laisser
son avoir
sentation
passer que rarement une représans y aller. Il y a toujours un
prét à administrer les sacremens
prêtre
blessés à mort.
aux combattans
On critique cet usage sanguinaire chez les
Espagnols 2 sans réfléchir que nous avons le
jeu de l'oie, dont] les détails sont d'avtant
révoltans et l'attaque
plus
oiseau est sans délense peu généreuse 3 que cet
2 et que souventle cou
Ee 4 --- Page 458 ---
VOYAGES
aux trois quarts tranché, on le laisse
cet état des heures entières !!!
languir en
Enquitant.Madrid, on rencontre des
des maisons
hameaux,
éparses et rares ; par-tout des mains
oisives, , des visages basanés, maigres et
des baillons, de la vermine,
blémes;
de la misère etde la
apanages dégoûtans
mières
pauvreté; par-tout des chauen ruine, où les hommes, les
les eufans et les animaux sont
femmes,
tinction.
groupés sans disCe qui contribua le plus à rendre
agréable, fut la société du célèbre ma route
qui fait en ce moment les délices de Crescentini,
connoissance
Paris, etla
que je fis aussi de M.
artisté
Libon,
distingué, qui, à des moeurs
joint un talent
douces,
deux
supérieur sur le violon, Ces
virtuoses retournoient à Paris, et à chaque
posade, pour oublier les fatigues du
les désagrémens de la route ils voyage et
avec des morceaux de
s'exerçoient
musique qu'ils avoient
composés pour les concerts de Paris, J'entendis
avec ravissement la scène des Horaces, de la
composition mélodieuse de
beaux concerto de violon
Crescentini, et de
le plus bel
de
parM. Libon, quifont
éloge sa composition.
Non loin de Madrid à
Saint-Sébastien, le
semblant consterné
sol,
billon
d'être aussi près du tourdes
villes, 2 laisse suinter les pleurs de
ient
musique qu'ils avoient
composés pour les concerts de Paris, J'entendis
avec ravissement la scène des Horaces, de la
composition mélodieuse de
beaux concerto de violon
Crescentini, et de
le plus bel
de
parM. Libon, quifont
éloge sa composition.
Non loin de Madrid à
Saint-Sébastien, le
semblant consterné
sol,
billon
d'être aussi près du tourdes
villes, 2 laisse suinter les pleurs de --- Page 459 ---
-
-
D'UN
cette
NATURALISTE
nature désolée. Le
mais triste, et on
pays est maréeageux,
terrain nu, dénué n'aperçoit autour de soi qu'un
le tableau
d'arbres et de verdure, enfin
ditlessens. monotone d'une aridité qui
Les
engourconsent en silence femmies,acrieusese et
sur: un traversin, tacitumes,y
par-devant d'une poche destinée
pourvues
peloton de fil. On
à recevoir le
sons où le roi remarque aux bornes des maide servir de mauvais descend, des chaînes qui, au lieu
sont dégagées de toute augure, annonçent qu'elles
Nous quittâmes
espèce d'impôts.
jour, et nous marchâmes Saint-Schastien à la pointe du
au milieu d'une
vers la
nature
Yento-Molaris,
resques et
riche, et de sites pittomamelonnécs, romantiques. Au centre de
micacé
formées par des blocs gorges
et de
de quartz
un doux murmure mareassites, d'oà s'échappe avec
coulant sur un lit
une eau claire et limpide
bitans vétus de tortueux, on aperçoit des haet les lièvres
cuir, poursuivre le chevreuil
maux
communs en ces cantons. Ces aniet vont se désaltérer en
au
SESERCE
blocs de granit, oui ils paix
milieu de ces'
suite, à reposer. leur trouvent, après leur pourdu hêtre touffu
corps fatigué
ou du chêne ésousliombrage
Le lendemain,
antique,
nous fimes route
trago, 2 la Suelta et la
vers BouYenta-de-Coronilla: : nous
cuir, poursuivre le chevreuil
maux
communs en ces cantons. Ces aniet vont se désaltérer en
au
SESERCE
blocs de granit, oui ils paix
milieu de ces'
suite, à reposer. leur trouvent, après leur pourdu hêtre touffu
corps fatigué
ou du chêne ésousliombrage
Le lendemain,
antique,
nous fimes route
trago, 2 la Suelta et la
vers BouYenta-de-Coronilla: : nous --- Page 460 ---
VOYAGES
passâmes la nuit dans ce dernier endroit. Nous
avions admiré pendant la journée ces pays richement boisés, et ces montagnes fécondes où les
hêtres et les pins s'élèvent au milieu mêmed'immenses rochers qui vomissent à gros bouillons
des torrens d'eau et d'écume. Une belle rivière
coule dans ces campagnes, sur des rochers
escarpés, de granit noir.
Nous couchâmes lejour suivant à la Frezmillode-la-Favente, et nous dûmes notre bonne
réception, en la pausade, à une consultation en
latin que je donnai au posadero, qui avoit trois
enfans en basà age attaqués depuis quinze mois de
fièvres quartes. La joie vive que ressentit ce bon
père, par l'espérance de revoir bientôt ses enfans
rendus à la santé, le fit nous prodiguer ses
provisions; il poussa la délicatesse et la générosité
jusqu'à ne vouloir accepter aucune rétribntion,
quej je distribuai aux valets d'écurie.
Nous cheminâmes vers Aranda
2 pays trèsgiboyeux et richement boisé. Les troupeanx (1)
(1) L/Espagne, dit l'auteur de l'ouvrage intitulé :
Campagnes des Armées françaises en Espagne et en
Portugal, a été de tous tems le pays des troupeaux.
Les laines de la Baltique et du pays des Cantabres
éloient très-estimées à Rome. Les belles races dégénérèrent sous les Maures; mais les Arabes d'Afrique
qui leur succédèrent, renouvelèrent les espèces, et
troupeanx (1)
(1) L/Espagne, dit l'auteur de l'ouvrage intitulé :
Campagnes des Armées françaises en Espagne et en
Portugal, a été de tous tems le pays des troupeaux.
Les laines de la Baltique et du pays des Cantabres
éloient très-estimées à Rome. Les belles races dégénérèrent sous les Maures; mais les Arabes d'Afrique
qui leur succédèrent, renouvelèrent les espèces, et --- Page 461 ---
D'UN NATURALISTE
y paissent au milieu de hautes
nevriers, de mélezes, de
fougères, de geserpolet et d'autres
thuia et de pins, de
herbes aromatiques
communiquent à leur chair un
qni
y tire l'eau des puits à l'aide goût exquis : on
mis en équilibre vers leur
de grands leviers
milieu sur une
perpendiculaire, et dont le
poutre
alors il suffit de peser à
sommet est aigu;
celle où est attaché le l'extrémité opposée à
grosse pierre
seau, ou de soulever la
quiy y est
ou retirer le seau du enchainée, pour plonger
puits. Cette
mécanique est
améliorèrent les laines. Don Pedro IV
grande quantité de béliers
fit venir une
troupeaux entiers de brebis. d'Afrique, En
et méme des
de Henri III, Catherine,
1594, sur la demande
lui apporta en dot plusieurs fille du ducde Laucnstre,
choisies. Ces animaux
milliers de bêtes à laines
dans les deux Castilles. s'acclimatèrent
Le croisement parfaitement
d'Afrique et d'Angleterre
des espèces
donna à celle-ci la qualité avec la race espagnole,
On compte en
supérieure qui la
les
Espagne deux
distingue.
unes voyagent tous les
espèces de bétes à laine;
les autres restent dans ans, on les appelle
les nuits dans leurs
leur pays, et rentrent mérinos; toutes
millions les moutons bergeries. On estime environ à huit
les moutons voyageurs. promeneurs, et à cinq millious
On évalue à cinq cent mille
del laines fournies annuellement quintaux la quantité
pague. Ces laines sont
par les troupeaux d'Esgénéralement longues, soyeuses
voyagent tous les
espèces de bétes à laine;
les autres restent dans ans, on les appelle
les nuits dans leurs
leur pays, et rentrent mérinos; toutes
millions les moutons bergeries. On estime environ à huit
les moutons voyageurs. promeneurs, et à cinq millious
On évalue à cinq cent mille
del laines fournies annuellement quintaux la quantité
pague. Ces laines sont
par les troupeaux d'Esgénéralement longues, soyeuses --- Page 462 ---
VOYAGES
bien différente de la chaîne hydraulique dont on
fait usage dans certains endroits près de là. Cette
chaîne, composée de godets ou potiches de
terre 9 fabriqués à Jandouka
dans
9 est plongée
l'eau, et les godets s'emplissent
ensuite verser le liquide,
pour
par un mouvement
circulaire, dans une rigole qui la transporte
dans un vase quelconque.
Nous nous rendîmes à la Venta-della-Prodle,
et douces; celles des troupeaux voyageurs paroissent
I'emporter sur les autres, Les mérinos, acclimatés en
France depuis douze ans, n'ont point dégénéré; les
agneaux qui en proviennent ont non seulement conservé la pureté de leur origine, mais ceux
a
obtenus par le croisement des races françaises qu'on fournissent dès la quatrième génération des laines aussi
belles que celles d'Espagne, pourvu qu'on n'allie les
femelles métisses qu'avec des béliers de race pure.
a aujourd'hui peu de départemens en France, où Ily ces
races espagnoles ne soient introduites.
Les plus belles laines d'Espagne sont celles des environs de Segovie, de Baytrago, de Léon, de
Il est probable que les moutons espagnols, actuellement PAragon.
acclimatés dans divers pays de lEurope, le seront
bientôt dans la presque totalité de sa surface, et alors
le commerce de laines que fait l'Espagne sera entièrement perdu. Le ministre d'Aranda disoit : C
>) m'eût consulté,
Si l'on
jamais un seul mouton
S fot entré en France, >.
espagnol ne
R --- Page 463 ---
D'UN
oi les
NATURALISTE
cheminées des cahuttes
constraites, ressemblent à
matériellement
Ces espèces de maisons une forme à sucre.
tuiles demi-cglinedriques, sont bâties avec des
ment, On voit
posées en recouvredouble
s'échapper du faite formé
cerceau surmontéd'ane
par un
une. fumée plus ou moins
coq en terre cuite,
de ville sont peintes à condensée. Les maisons
ce pays beaucoup de lin. l'extérieur. On récolte en
Nous voici dans la
de Lerma fut la
Vieille-Castille, et la ville
trâmes. Les maisons première que nous y renconterre, etles cabronets y sont bâties en briques de
pleines par des mulets sont traînés sur des roues
habitans ont
tondus et mutilés. Les
sont vêtus de pour coiffe une espèce de
On
cuir, et sanglés del la même capuchon,
nous conduisit à l'église
matière.
ment décorée. Elle
qui est
est ornée de mnagnifiquedeux beanx jeux
tribunes et de
superbe mausolée d'orgues. Au milieu s'élève le
du duc de
airain. L'église sitnéesurla Lerma; il est en
palais du duc par de vastes place, correspond au
Elle est bâtie sur
galeries tournantes.
quelle coule
une éminence au bas de laune trés-belle rivière.
La campagne enchanteresse
mes regards de tous les
qui s'offroit à
descendre sur le
côtés, m'engagea à
pont élégamment construit qui
orgues. Au milieu s'élève le
du duc de
airain. L'église sitnéesurla Lerma; il est en
palais du duc par de vastes place, correspond au
Elle est bâtie sur
galeries tournantes.
quelle coule
une éminence au bas de laune trés-belle rivière.
La campagne enchanteresse
mes regards de tous les
qui s'offroit à
descendre sur le
côtés, m'engagea à
pont élégamment construit qui --- Page 464 ---
VOYAGES
tonmptAr-m.dapiéeaihe charmant
point de vue que je vais décrire.
Au premier plan, sur la droite, s'élève avec
majesté l'église qui est construite avec une
élégance rare, décorée d'horloges,de mansardes
symétriques, d'un clocher quadrangulaire surmontéd'une croix à trident qui sert de girouette.
La couverture des bâtimens environnans est
formée par un assemblage de tuiles demi-cylindriques.
Sur la gauche se trouve un pont qui, dans sa
courbe, comprend six arches sous lesquelles
coule mollement la rivière limpide d'Artanzon.
Elle arrose dans son cours le tertre de l'église, et
va au loin fertiliser les campagnes. L'Artanzon
réfléchit sur son onde les longues chevelures
des saules pleureurs qui la bordent, mais elle
ralentit plus loin son cours, et se divise en
ramifications sinueuses qui arrosent la belle
prairie dont elle est environnée. On trouve çà et
là dej jolis ponts jetés sur les bras les plus larges,
et qui favorisent la tonte des prés et l'exploitation des foins qu'ils produisent. Au milieu de
cette riante prairie offrant à l'ocil le plus beau
tapis de verdure, on aperçoit une chapelle desservie par un hermite, laquelle est à moitié
dérobée aux regards du voyageur par un cirque
de châtaigniers, dont le saint homme fait, --- Page 465 ---
D'UN
dit-on, sa
NATURALISTE
principale nourriture,
marque une croix de
Auprès se regradin.
pierre élevée sur un
On voit sur ce sol fertile
la présence de quelques toujours animé par
naliers, les tiros qui
voyageurs ou de jourvoitures de poste, Ce remplacent sont des
en Espagne les
suspendnes trainées
six berlines assez mal
l'oflice de nos diligences. par
mules, et qui font
ducteurs sont appelés
Les voituriers consans fouet, et n'ont mayorauz. Ils marchent
recours qu'à leur voix
selerpechalbenmenitent
pour
seuses. La vue aime aussi à se
tières
sleesiescerier
vêtues
fixer sur des laiFurne de terre légérement, de
et Portant sur leur tête
qu'elles ont à vendre. Jandouka, qui contientle lait
On distinguea l'ombre des saules
occupés à tenter fortune;
les pécheurs
dans la plaine, ici
plusloin, des chasseurs
cabrouets tels
un groupe de padres, là des
lointain
que je les ai décrits.
offre des plantations
Enfin le
tandis que Thorizon
de
se
chatsigniers,
de forêts surmontées termine par un rideau
des Pyrénées
par les pics embrumés
occidentales.
Nous couchâmes le
des plus grandes villes lendemain à Burgos, une
On y arrive
de la
par une
Vieille-Castille.
quoigu'étroite. Elle route ferrée et superbe,
est garnie d'ormes dans
lointain
que je les ai décrits.
offre des plantations
Enfin le
tandis que Thorizon
de
se
chatsigniers,
de forêts surmontées termine par un rideau
des Pyrénées
par les pics embrumés
occidentales.
Nous couchâmes le
des plus grandes villes lendemain à Burgos, une
On y arrive
de la
par une
Vieille-Castille.
quoigu'étroite. Elle route ferrée et superbe,
est garnie d'ormes dans --- Page 466 ---
VOYAGES
toute sa longueur, à l'instar de celles de France.
La ville de Burgos est remarquable par sa
bonne tenue 2 par ses ponts, et la beauté de ses
promenades ornées de statues. On y voit une
très-belle place décorée de plusieurs fontaines.
Le pays est très-boisé; on y récolte du lin.
Nous reconnûmes ensuite Pradano, et à
deux lieues plus loin, Birbiesca. On voit à
Pradano des moulins à eau sans roues. On y
trouve beaucoup d'hyèbles, d'érysimum, de
marrube, de mille-pertuis, et dansles prairies,
communes en ce pays, beaucoup de presle ;
elles sont. ombragées par des peupliers qui
paroissent y prospérer d'une manière avantageuse. Les femmes y ont la tête nue, et divisent
parderrière leurs cheveux en plusieurs tresses.
De Birbiesca nous parvinmes à Pancorvo,
oà Crescentini, ce virtuose doux, complaisant
et modeste, voulut bien me chanter en particulier et dans la dernière perfection, sa magnifique scène des Horaces, dont la rare harmonie
sera toujours présente à mon souvenir. Ce
pays est adossé à des mornes; il est bien
arrosé, conséquemment fertile et bien cultivé.
Les femmes y portent des cheveux traînans,
sans être tressés; ce qui offre à l'oeil, en raison
de leur mal-propreté, le désordre le moins
flatteur.
Nous --- Page 467 ---
D'UN NATURALISTE
Nous arrivâmes à Miranda,
passe PEvro, belle rivière
petite ville oùt
luches en abondance,
qui fournit des merexcellentes si elles
que nous eussions trouvé
avec du
eussent été accommodées
beurre, au lieu de P'huile
pays.
puante du
Entre Miranda et Vitoria on
couvent bien heureusement
rencontre un
aussi désert.
situé dans un pays
Eloignés de toute
moines yjouissent d'une
habitation, les
tous les
paix délicieuse, et de
agrémens de la vie
chasse, la pêche,
champêtre. La
plaisirs doux
ne leur sont point interdites.
et innocens, 2
récréations par de hautes Protégé dans ses
rivière poissonneuse
futaies dont une
silencieux
entretient la fraicheur, le
l'écho qui pécheur n'y est distrait que
répète la voix des chiens
par
par le coup fatal qui suspend
courans, ou
devenant désormais inutile.
leur poursuite,
Poevela
Ce couvent de la
est, en un mot,
situé pour un ami de la Nature. trés-favorablement
pendant trois jours
On y donne
ets'il est
Phospitalité à tout voyageur,
des
mallieureux, ily trouve des
consolations.
secours et
Tout à coup le pays change de
prend sa stérilité qui fait
face, et redu couvent. Le terrain
regretter les bocages
sont raboteux, les
est inculte, les chemins
ToME III,
villages presqu'en ruine, et
Ff
situé pour un ami de la Nature. trés-favorablement
pendant trois jours
On y donne
ets'il est
Phospitalité à tout voyageur,
des
mallieureux, ily trouve des
consolations.
secours et
Tout à coup le pays change de
prend sa stérilité qui fait
face, et redu couvent. Le terrain
regretter les bocages
sont raboteux, les
est inculte, les chemins
ToME III,
villages presqu'en ruine, et
Ff --- Page 468 ---
VOYAGES
les habitans, 2 selon leur honteuse coutume 9
indolens et paresseux, passent la majeure partie
du jour au soleil.
Nous arrivâmes à Vitoria, ville principale
de la Biscaye, et entourée de très-belles promenades, au milieu desquelles on a pratiqué un
jeu de longue paume. C'est là que les Espagnols
oiseux passent une grande partie du jour à jouer
ou à regarder les acteurs du défi. Leur indolence est telle que souvent un voiturier y fait
arrêter ses chevaux, et qu'il oublie pendant une
demi-journée ses occupations, si la partie s'engage avec chaleur.
En passant à Salinas, on remarque au milieu de hautes montagnes une descente trèsrapide. On voit depuis le sommet jusque dans
les falaises, bouillonner et jaillir de belles cascades qui enrichissentla verdure des châtaigneraies et des fougères. On cultive dans les
environs, des champsde navets dontlesanimanx
se nourrissent. €
En faisant route pour Mondragon 2 nous
rencontrâmes sur les chemins de ces montagnes
escarpées, des groupes de muletiers transportant des marchandises. Les sons des longues
cloches (voy. planche XI.) attachées derrière les
ballots recouverts d'une toile rouge, interrompent le silence imposant de cette nature agreste, --- Page 469 ---
D'UN NATURALISTE
tandis que le costume
récrée la vue du
particulier des habitans y
un
voyageur. Les hommes ont
chapeau très - haut de
placé sur le sommet de la
forme, étroit et
pantalou d'un
téte; un gilet et un
manches de
drap grossier et brun : les
lacets relâchés. ces vestes sont réunies par des
Ils ont les jambes
d'uneétoffe de laine à barres brunes enveloppées
et retenne par un ruban
et blanches,
de la jambe en
qu'ils dirigent autour
femmes ont un corset serpentant (planche XI). Les
brun; elles marchent large et rouge, et le jupon
la tête nue, et
veux lisses sont tressés
leurs cheleur
par derrière dans toute
longueur, et pendans
taille. (Fayez
jusqu'au bas de la
planche XI)
Les enfans à Mondragon
portent les cheveux relevés parlent basque, et
On y voit pendant la
comme les Chinois.
sur la tombe de leur messe les veuves à genoux
mari défunt,
sur un drap qu'on brûle au bout de puis étendues
est le terme de leur deuil.
T'année, qui
Nous nous mimes en route le lendemain
Beurgara, où se trouve un
pour
avoir côtoyé les hautes
séminaire; et après
montées des
occidentales, nous cheminâmesvers Pyrénées
En nous rendantà
Villa-Real.
arrêtâmes à Villa-Real Filla-Franca, nous nous
pour la première fois
oùt l'on nous servit,
pendant la route, du vin
Ff2
étendues
est le terme de leur deuil.
T'année, qui
Nous nous mimes en route le lendemain
Beurgara, où se trouve un
pour
avoir côtoyé les hautes
séminaire; et après
montées des
occidentales, nous cheminâmesvers Pyrénées
En nous rendantà
Villa-Real.
arrêtâmes à Villa-Real Filla-Franca, nous nous
pour la première fois
oùt l'on nous servit,
pendant la route, du vin
Ff2 --- Page 470 ---
VOYAGES
de dessert. Ony y célébroit un mariage. Je pris
plaisir à voir les danses basques ou fandango,
quisont fort lubriques, Le nouvel époux, précédé d'un tambourin et d'une espèce de flageolet, marche à la tête de la colonne desjeunes
gens pour chercher, par une évolution tor1ueuse, son épouse que la colonne des jeunes
filles tente de dérober à sa vue et à ses embrassemens, 2 en la plaçant au centre. On la cache
ainsi dès que l'époux paroit, afin, il me semble,
de provoquer les désirs du marié; alors le but
étant rempli, le son du flageolet devient plus
vif,le tambourin redouble ses mouvemens, et
les évolutions circulaires s'engagent. De là une
mélée complète à la faveur de laquelle l'époux
estréuni à celle qu'ilpoursuit si ardemment. Une
exclamation unanime annonce sa victoire.
Nous arrivâmes ensuite à Tolosa, ville de la
Biscaye, assezi importante, où nous couchâmes.
On rencontre sur les routes des environs, des
habitans montés dos à dos sur les flancs d'un
mulet bien harnaché, et assis sur des chaises
(voyer planche XI), ce qu'on appelle aller en
cacolais ; d'autres transportant de la sanguine
et du fer; objet principal de spéculation que
fournissent les entrailles de ces hautes montagnes. Le costume des habitans de Tolosa
est à peu près celui des Vendéens.
aye, assezi importante, où nous couchâmes.
On rencontre sur les routes des environs, des
habitans montés dos à dos sur les flancs d'un
mulet bien harnaché, et assis sur des chaises
(voyer planche XI), ce qu'on appelle aller en
cacolais ; d'autres transportant de la sanguine
et du fer; objet principal de spéculation que
fournissent les entrailles de ces hautes montagnes. Le costume des habitans de Tolosa
est à peu près celui des Vendéens. --- Page 471 ---
d
de
E
A
-
a
o a
de
E
E --- Page 472 --- --- Page 473 ---
D'UN NATURALISTE
Après avoir reconnu
Andonin
Hervania
Joarson;
et
, nous passàmes à Jron, dernier
bourg que nous rencontrâmes en
Ce pays montagneux offre des sites Biscaye(1).
et dignes du plus célébre
imposans
resté deux heures
pinceau 3 iy suis
en extase devant des
cipices affreux, des falaises
préribles à la vue, mais
caverneuses, hor2
d'un riche ellet en
ture. Ces
peinmontagnes sont cultivées dans leur
(1)La Biscaye, dit un auteur
est
au nord parla mer Cantabrique, àl'est moderne,
bornée
à l'ouest et au sud par la Castille. On parla Guipuscoa,
ville, vingt bourgs; dix vallées,
y compte une
munes, et 112,571 habitans, dont la soixante-dix compersés dans les hameaux. Le
plupart sont disil abonde en carrières de
pays est très-montueux;
La terre est
marbre et en mines de fer.
argileuse, et en général de mauvaise
lité;mais les légumess sont excellens, et le raisin quaaussi bon que celui de Frontignan. Les
muscat
tivent avecsoin
Biscayens culpluseursarbresfraitiens
sont renommées; ils en fout de très-bon Leurspommes cidre.
marronniers produisent de beaux
Les
Hambourgeois exportent
les marrons que les
magne. Les poires doyennés, pour
vendre en Allebon-chrétien sont aussi
beurrés, bergamotes et
Les figuesy sont très-bonnes. savoureuses Le bois que communes.
et les Biscayens s'entendent fort bien à y est abondant;
desforéts. Ilya dans la Biscaye cent Taménagement
qui fournissent annuellement
quatre-vingts mines
taux de fer. Les mines de ce métal quatre-vingt les
mille quinplus renommées
Ff3
poires doyennés, pour
vendre en Allebon-chrétien sont aussi
beurrés, bergamotes et
Les figuesy sont très-bonnes. savoureuses Le bois que communes.
et les Biscayens s'entendent fort bien à y est abondant;
desforéts. Ilya dans la Biscaye cent Taménagement
qui fournissent annuellement
quatre-vingts mines
taux de fer. Les mines de ce métal quatre-vingt les
mille quinplus renommées
Ff3 --- Page 474 ---
VOYAGES
partie la moins abordable, et une riche fertilité s'y annonce par' les irrigations de ruisseaux limpides.
Les habitans y ont un beau sang, et sont
laborieux; ils parlent un patois, ou espapagnol corrompu, et font éclater dans leurs
moindres actions une gaieté vive que leur
inspire leur parfait état de liberté dans le
commerce, en raison de la modicité des impôts.
C'est aussile séjour favori des nobles peu fortunés, qui méprisent les Castillans comme
pauvres et toujours mélancoliques.
Nous traversâmes le lendemain le pont de
limites, jeté sur la Bidassea, rivière qui sépare
la France d'avec PEspagne, et sur les bords
de laquelle se plait le laurier-rose qui, y forme
des berceaux délicieux. Deux sentinelles de
nation différente occupent les extrémités du
pont. Désormais nouvelle vie, autre langage,
sont celles de Sorromestro. Les habitans de la côte
s'adonnent beaucoup à la péche, et le poisson de la
mer adjacente à cette province, est le meilleur del'Espagne. Les Biscayens sont gais et polis, mais d'un
entétement qui est passé en proverbe, Les femmes
aident les hommesdans leurs plus rudes travaux, et les
dames de ce pays grimpent aussi légérement que des
chèvres sur les rochers les plus escarpés. Le climat
quoiqu'humide est très-sain. --- Page 475 --- --- Page 476 ---
>
2 N - 2 to e e e etto e e e e
4 et em
4 t e # 5 5 5 e
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Co
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I
E
à
de
- --- Page 477 ---
D'UN NATURALISTE
nouveaux costumes. Nous aperçumes l'ile fameuse de la Conférence. Enfin, après avoir
traversé Orogna et
arrivâmes à
Saint-Jem-de-Lar, nous
Bayonne, 3 oùt nous séjournâmes
quelques jours. (Foyez le lableau itinéraire.)
Nous en repartimes pour arriver à SaintVincent, pays aquatique et mal-sain. Les habitans en étoient presque tous
leur
costume est à
fiévrenx;
peu près celui des Béarnais.
On rencontre de Bayonne à Saint-Vincent des
femmes allant à la récolte de la résine. Elles
sont vêtues d'un petit chapeau de
d'une camisole de
paille,
drap non ajustée à leur
taille, d'un jupon court rouge ou
de bas drapés bleus, et de
rayé,
portent à chacun de leurs gros sabots; elles
d'osier de forme
bras un panier
sphérique, ayant à son sommet une étroite ouverture, et à leurs mains la
racloire et le volin. Les hommes les suivent,
portant une badine en forme de crosse.
De Saint-Vincent, nous nous rendimes à
Majés, qui fournit de très-belles moules de
rivière servant d'aliment aux pauvres de cet
endroit. Ce pays de sable d'un jaune
est très-boisé en
pâle,
liéges, pins et sapins. On
passe près d'un étang qui fait un singulier
contraste par la blancheur de son onde tranFf4
racloire et le volin. Les hommes les suivent,
portant une badine en forme de crosse.
De Saint-Vincent, nous nous rendimes à
Majés, qui fournit de très-belles moules de
rivière servant d'aliment aux pauvres de cet
endroit. Ce pays de sable d'un jaune
est très-boisé en
pâle,
liéges, pins et sapins. On
passe près d'un étang qui fait un singulier
contraste par la blancheur de son onde tranFf4 --- Page 478 ---
VOYAGES
quille, avec le vert sombre des forêts de l'horizon. On y récolte du mais et du petit-mil
qui remplacent le blé; on rencontre trèssouvent dans les bruyères des environs de ces
forêts, beaucoup de lézards verts et de couleuvres, mais ces reptiles ne sont nullement
dangereux.
De Majés nous fimes route sur Castez, oùt
l'on remarque une pente escarpée, effrayante
pour le trajet des voitures, et fertilisée par
deux rivières. On rencontre dans les forêts
de pins de ces parages, les habitans, hommes
et femmes, munis de paniers propres à recevoir la résine, d'un goui ou volin pour
entailler. l'arbre et en enlever les lanières de
son écorce, puis d'une racloire pareille à celle
du ramoneur, mais assujettie à un Jong bâton
qu'on promène de haut en bas pour ramasser et détacher la résine, et la faire couler
dans des sacs ou paniers placés au bas de
l'arbre. Un pin taillé sur les quatre faces,
donne un revenu annuel d'environ dix sous.
Après quarante ou cinquante années de produit, on coupe sa quille, on fend les bàches
qu'on met dans un fourneau, ou bassine carrelée et trouée à son centre pour l'écoulement
du brai liquide : pour opérer cette distillation
per descensum, on recouvre le fourneau de --- Page 479 ---
D'UN
mottes
NATURALISTE
de
soit imperméable bruyère, de manière que ce dôme
feu étant mis
aux vapeurs ascendantes. Le
sous le
pin
fourneau, le bois du
s'échaufle, et la résine suinte
réservoir
dans un
Cette
pratiqué au dessous de la bassine.
opération, désagréable
entête ceux
au
odeur
qui ne sont pas habitués maniement, à
forte, mais elle
cette
épurée, si
procure de belle résine
goudrons nécessaires précieuse pour les brais et pour les
à la marine.
Après avoir passé à
et à Muret, à la
Harie, à la Bouerrgh
distance de Bordeaux de
lienes, nous arrivâmes à Belain
onze
arrose, disposés à en
que l'Aisne
les Landes.
repartir le lendemain pour
Nous traversâmes
ces
vastes plaines de sable Landes, qui sont de
et de
çà et là de forêts de
bruyère, parsemées
font le
pins, dont les produits
aussi de commerce principal du pays. On
ces contrées désertes les
tire
Joupes et autres
mâts de chapetits
ceux de hune et de
batimens, ainsi que
On y rencontre
perroquet.
ou yeuses, et l'arbre également des chênes verts
donne le liége.
dont la précieuse écorce
Ces Landes,
sinon
qui sont
par une peuplade différant presqu'inhabitées,
en tout des
font le
pins, dont les produits
aussi de commerce principal du pays. On
ces contrées désertes les
tire
Joupes et autres
mâts de chapetits
ceux de hune et de
batimens, ainsi que
On y rencontre
perroquet.
ou yeuses, et l'arbre également des chênes verts
donne le liége.
dont la précieuse écorce
Ces Landes,
sinon
qui sont
par une peuplade différant presqu'inhabitées,
en tout des --- Page 480 ---
VOYAGES
moeurs de nos pays, ont trente lieues d'étendue du midi au nord, et quinze dans la
largeur de l'est à l'ouest. La rivière d'Adour
les traverse dans leur partiemérilonale,POciom
les borne au couchant.
Les habitans de ces rustiques contrées sont
pauvres 2 et vêtus comme on représente la
Folie; ils n'ont pour retraite, dans leur isolement, que des cabanes mal construites, mais
très-élevées, dans l'intérieur desquelles ils sont
obligés de pénétrer, grimpés sur leurs échasses.
Beaucoup d'entr'eux, les bergers surtout,
n'ont pour se mettre à l'abri des injures de
l'air, que des tentes placées et déplacées 9
selon le pacage de leurs bestiaux; ils couchent
à terre sur des peaux de moutons, et toujours
habillés; ils se recouvrent, en guise de draps
d'autres peaux des mêmes animaux : jamais
le Jin blanc ne vient rafraîchir leur corps toujours investi de graisse 2 et exhalant une odeur
rance.
Les habitans des Landes sont presque tous
chasseurs : ils tendent des piéges aux lièvres
timides 2 communs en ces parages; à la perdrix
confiante qui vient trouver la" mort dans leurs
appâts, et aux cannes-pétraces qu'ils prennent
sur leurs nids. Ces ressources de la Nature
leur procurent toujours une nourriture déli- --- Page 481 ---
D'UN NATURALISTE
cate, mais dont ils tirent
45g
parti, par des
un très-mauvais
assaisonnemens
rendent ces mets
baroques qui
jours armés de leur dégontans. Ils marchent toude leur
fusil, et vendent
gibier dans les villes
lesuperflu
habitation.
voisines de leur
Les habitans des Landes de
font point de pain, et
Bordeaux ne
par
remplacent cet aliment
excellence, avec des
de pâte faite avec de la farine cruchades, espèce
millet;i ils trempent
de mais ou de
graisse de
ces cruchades dans de la
lard, et font ainsi leurs
jours de la semaine. Les
repas des
à leur rentrée des
travailleurs trouvent
par la maîtresse, champs leur part préparée
qui ne double
portion. Ils se nourrissent
jamais cette
ne boivent du vin
lété de fruits, et
les familles
que les jours de fête.
se
Alors
rassemblent, et célébrent
repos par une danse
leur
Dès l'age de dix
grotesque.
biter
ans 2 les enfans cessent
avec leur père; ils se
d'hamêmes des
construisent euxetv
cabanes, ce qui les rend
vigilans; ou bien ils
laborieux
sans
couchentdans les
jamais se déshabiller,
granges,
Ces habitans nourrissent
manière bien frugale
leurs boeufs d'une
douze
: chaque ration consiste en
ils
poignées de paille, au milieu de
mettent quelques pincées de sel et de laquelle
son.
ans cessent
avec leur père; ils se
d'hamêmes des
construisent euxetv
cabanes, ce qui les rend
vigilans; ou bien ils
laborieux
sans
couchentdans les
jamais se déshabiller,
granges,
Ces habitans nourrissent
manière bien frugale
leurs boeufs d'une
douze
: chaque ration consiste en
ils
poignées de paille, au milieu de
mettent quelques pincées de sel et de laquelle
son. --- Page 482 ---
VOYAGES
Les habitans des Landes s'éloignent de leurs
demeures, les uns pour laisser paitre à l'aventure leurs troupeaux dans ces plaines arides et
immenses; d'autres pour chercher des forêts et
y faire du charbon. Dans ces sortes d'émigrations,ils mènent une existence sobre et frugale.
Ils s'occupent pendant l'été de la fenaison, et
pendant l'hiver ils se rassemblent pour se consoler entr'enx, à la lueur d'un feu pétillant,
des horreurs de cette saison ennuyeuse. En vain
la neige et les frimats les environnent de toutes
parts, on ne cesse d'entendre leurs chants et
leurs cris d'alégresse.
Rien de plus comique que d'apercevoir de
loin à l'horizon de grands fantômes s'avancer
àg grands pasau moyen de leurs échasses, dévorer
les espaces, pour ainsi dire, et surveiller à la
fois les flancs et la tête de leurs énormes
troupeaux qu'ils enjambent, sans même les ellrayer.
C'est par ce moyen ingénieux qu'ils rassemblent
en un moment les moutons qui se sont trop
dloignés, et qui ont à redouter dans ces écarts
lointains la dent meurtrière des
si
loups, communs en ces déserts où ils sont attirés par ces
proies journalières. Un de ces bergers s'étant
approché de nous, nous remarquâmes avec plus
d'attention son costume original.
Au lieu d'un chapeau, ce berger (pl. XII.)
ellrayer.
C'est par ce moyen ingénieux qu'ils rassemblent
en un moment les moutons qui se sont trop
dloignés, et qui ont à redouter dans ces écarts
lointains la dent meurtrière des
si
loups, communs en ces déserts où ils sont attirés par ces
proies journalières. Un de ces bergers s'étant
approché de nous, nous remarquâmes avec plus
d'attention son costume original.
Au lieu d'un chapeau, ce berger (pl. XII.) --- Page 483 --- --- Page 484 ---
Tm. Favesb.
-
y
Sa
Cosfumes diyver et dEte des Bergers des Landes de Bordeaux --- Page 485 ---
D'UN NATURALISTE
portoit une barrette, à
46r
il avoit un gilet
l'exemple des Béarnais:
brun à manches,
doliman de peau de
surmonté d'un
parce qu'il faisoit mouton, 2 la laine en dessous,
mouton réunies froid; ; deux autres peaux de
par un bandage lui
bas,et se marioient
servoient de
sabots ; il avoit
aux fourrures de ses
par dessusi cet
gros
grand manteau gris, et sa tête accoutrement étoit
un
d'un capuchon
recouverte
telé vers tous dépendant de ce
ses bords
manteatt, dende drap de couleurs recouverts de' morceaux
cheval.
vives,et Ornés de crins de
La hauteur des échasses de
lère si
ces bergers accéprodigieusement leur
chevalau trot a peine à les suivre. marche, qu'un
ment usagel lorsqu'il
Ils en fontégaleet des fossés de
s'agit de franchir des marais
vingtà
Le bâton qui leur sert vingtcing à
pieds de largeur.
téger leur
cet effet et destiné à
équilibre, est surmonté
promette de six pouces environ de
d'une pomsert en arc-boutantà
diamétre, et qui
reposer. Ils restent dans appuyer leur siége et à les
entières, et considérent cette position dès heures
antant de sang-froid
leurs troupeaux avec
mollement
que d'autres
assis sur le gazon.
bergers plus
rieur de leurs
Qaand dans Pintéélevées n'ont cabanes, dont les portes fort
veulent
pas de barres ni de
quitter leurs échasses, ils traverses, ils
s'asseyent sur --- Page 486 ---
VOYAGES
des armoires, et y débouclent les montans de
cesjambes gigantesques. Si c'est en plein champ,
ils se placent sur un arbre, quand ils ont le
bonheur d'en rencontrer 3 ou bien ils le remplacent par leur bâton de support dont ils savent
alors se contenter.
Les brancards de notre voiture ayant essuyé
un échec dans la route,je fus charmé de profiter
de cet incident pour pénétrer dans l'intérieur
des habitations de ces bergers.
Les habitans des Landes sont très-hospitaliers, et ne refusent jamais aucun voyageur. Il
semble que la Providence dispose en leur faveur
les coeurs de ces braves gens en raison de la
nullité d'autres ressources à espérer dans ces
déserts spacieux.
Les femmes ont pour coiffure, les jours de
travail, une espèce de turban formé par la réunion de plusieurs serviettes. Les jours de fête,
c'est un bonnet blanc garni de dentelle rouge, qui
relève l'embonpoint des habitantes des Landes.
La piété est la première de leurs vertus, et
fidèles à la foi catholique, cette religion devient
leur plus puissante consolation dans les événemens pénibles de la vie : quand il tonne, la
femme la plus âgée arrose la chambre d'eau
bénite, et invoque hautement l'assistance du
Scigneur Dieu du tonnerre,
iettes. Les jours de fête,
c'est un bonnet blanc garni de dentelle rouge, qui
relève l'embonpoint des habitantes des Landes.
La piété est la première de leurs vertus, et
fidèles à la foi catholique, cette religion devient
leur plus puissante consolation dans les événemens pénibles de la vie : quand il tonne, la
femme la plus âgée arrose la chambre d'eau
bénite, et invoque hautement l'assistance du
Scigneur Dieu du tonnerre, --- Page 487 ---
D'UN NATURALISTE
Ces heureux pâtres ont pour le mariage des
coutumes: assez bizarres. Lorsqu'unj jenne - homme
veut se marier, il se présente avec deux cruches
de vin chez le père de la fille qu'il veut
et on lui ouvre la porte sans difficulté; épouser,
les membres de la famille
;alors tous
se lèvent,e et on fait une
omelette, Au dessert qui est le moment
si la proposition n'est
décisif,
pas acceptée. 9 alors la fille
apporte une assiette pleine de noix en signe de
refus : l'amant est obligé de
sortir, et de ne
jamais revenir en cette maison.
Les cérémonies funèbres se font avec
de respect pour les morts, et elles sont beaucoup
terminées
toujours
par un grand repas de famille, où l'on
rassemble également les amis du défunt.
Voila ce que j'ai pu apprendre des moeurs et
coutumes des habitans des Landes,
virent partir à regret.
qui nous
Arrivés à Bordeaux, nous y passâmes peu de
jours, car il me tardoit, après une aussi longue
alsence, de revoir un fils doublement
bon
chéri, un
père, 2 des parens et des amis, qui me reçurent avec transport dans les bras de la Nature et
de l'Amitié,
Fin du troisième et dernier Yolume.
DE L'INPRINERIE DE J.-L. CHANSON,
rue et Maison des Mathurins, - n IO. --- Page 488 ---
TABLE
Des matières du Tome troisième.
AvANT-PROFOS
Division de l'Ouvrage. Du Caiman.
Page 6 5
CHAPITRE Ier. Utilité
I'Histoire naturelle, de
donner une idée juste docr Crocodilede
afin d'éviter une confusion déjà trop SL-Domingue, grande dans
les nomenclatures. Tableau comparatif. Parallèle du
squelelleavec celui du Crocodiledu
au
Nil.Ilappartient
plutôt
Crocodile qu'au Caiman, décrit dans la
nouvelle Encyclopédie 5 mais c'est une espèce particulière, et qui n'atteint jamais la taille de celui du
Nil.
Tableau méthodique du genre et des espèces de Croco- II
diles, par M. Cuvier.
CHAPITRE II. Physiologie raisonnée du Caiman de
Saint-Domingue, Proportions du sujet décrit, ayant
quatre pieds huit pouces.
Crimrsill-Oaédesie da Caiman de St.-Domingue,
lesujet décritayant quatre pieds huit pouces.
CHAPITRE IV. Examen comparé de Myologie et
Névrographie,
idem.
CHAPITRE V. Splanchnologie, ou Examen du
de Tosophage, des poumons, des lobes du larynx,
de la rate, du coeur, du pancréas, et autres foie, viscères.
CHAPITRE VI. Examen des organes de la génération. 57
CHAPITRE VII. Préludes de sOn amour; détails sur 45
son accouplement; et indication de l'age auquel il
peut produire : assertions appuyées d'un tableau tracé
par. lexpérience.
id.
CHAPITRE VIIL. Conduite du Mâle et de la Femelle
avant et après la poute.
CHAPITRE IX. Naissance du Petit, et ses diverses
positions dans l'oeuf.
CHAPITRE
. Examen des organes de la génération. 57
CHAPITRE VII. Préludes de sOn amour; détails sur 45
son accouplement; et indication de l'age auquel il
peut produire : assertions appuyées d'un tableau tracé
par. lexpérience.
id.
CHAPITRE VIIL. Conduite du Mâle et de la Femelle
avant et après la poute.
CHAPITRE IX. Naissance du Petit, et ses diverses
positions dans l'oeuf.
CHAPITRE --- Page 489 ---
TABLE
CHAPITREX. Deses
des
et de la finesse de moeurs; son odorat. ruses. qu'il emploie,
Réfutation du
du voyageur Williams
Crocodile.
Bartram,surfanticie
CHAPITRE XI.De la chasse
les lagons et au bord de qu'on faita au Caiman dans
découvrir les nichées au Teaus frai de de la la manière de
CHAPITRE danger éminent de cette chasse. femelle, et du
CHAPITRE XII. XIII. De la chasse en canot.
Extrait du
De la chasse aux
8r
rapport fait à LInstitut de repaires.
Ouvrage manuscrit relatif au Crocodile France, sur un
Domingue.
de SaintExplication Anatomie de la planche III.
de la langue, du Splanchnologie. 105
artère.
larynx et de la trachéeEssais Explication sur les de la planche V. CEufs du Caiman.
à Sain-Domingue. moeurs et tcoutumes des habitans de Guinée, 108
Avant-propos
Introduction de lessai sur les moeurs des
T1I
CHAPITRE Ier, Nègres
Guinéens. 115
stature de ces peuples. Dunkos, et Aradas, Belle
femmes pour les
Attachement prononcé des
CHAPITRE II. Nègres hommes, de Fida. etc.
extrordinairement coquettes, mais Les femmes y sont
CHAPITRE E III. Coutumes
tatouées. 124
d'Essa.
funéraires des nègres
CHAPITRE IV. Cruautés des
conduite arbitraire en Cas d'un nègres d'Urba 5 leur
CHAPITRE Obsèques du corps assassiné, etc. meurtre commis.
V. Les nègres Aminas
sycose. Mère ayant sacrifié croient àla
Domingue,
les dérober ses enfans Métemp- à SaintCHAPITRE Vi. Rouir nègres Ibos à l'esclavage.
sermens d'amour, etc.
sont fidèles dans leurs
CHAPITRE VIL. Candeur des
Beurnon. Considération des jeunes négresses de
époux futurs. Soumission des prétendues pour leurs
maris, etc.
femmes envers leurs
TOME III,
Gg --- Page 490 ---
TABLE
CHAPITRE VIII. Les Mozambiques professent la
religion catholique, qui leur a été communiquée par
les Portugais, etc,
CHAPITREIX. Sépulture des rois de Dahomet. Leur
barbarie envers leurs prisonniers, etc. 15r
CHAPITREX, Les Akréens, Crépéens et Assianthéens
ont la peau et les cheveux diversement nuancés. Leur nourriture. Idée de ces peuples sur lexistence
de Dieu, etc. CHAPITREXI, Moeurs des Phylanis. Ils mènent une
vie errante. Lieux qu'ils choisissent pour y
eux et leurs troupeaux, etc. camper, 160
CHAPITRE XII. Les nègres de Diabon sacrifient les
étrangers à leurs dieux. Empire des prétres de Bodé;
leur criminelle autorité. Les étrangers immolés, et
l'assassinat toléré. Religion des nègres d'Ufé, bien
opposée à celle de Diabon et de Bodé,
CHAPITREXIIL Caractère des Congos.
vie errante. Lieux qu'ils choisissent pour y
eux et leurs troupeaux, etc. camper, 160
CHAPITRE XII. Les nègres de Diabon sacrifient les
étrangers à leurs dieux. Empire des prétres de Bodé;
leur criminelle autorité. Les étrangers immolés, et
l'assassinat toléré. Religion des nègres d'Ufé, bien
opposée à celle de Diabon et de Bodé,
CHAPITREXIIL Caractère des Congos. Ils n'ont aucune
considération pour les vieillards. Parure des
Ils aiment passionnément le tafia, et recherchent Congos. la chairmusquée du crocodile. CHAPITRE XIV. Idée des Vaudoux. Définition du
mot. Leurs opérations ridicules et emphatiques. Maladies qu'ils donnèrent à un habitant de la PetiteRivière, plaine delArtibonite, et à des nègres dont
ils étoient jaloux. Sortiléges prétendus. Prédiction
faite à Tatenunt-Lonverture, chef noir à SaintDomingue. Tours facétieux que Jes Vaudoux se
plaisent à faire dans les calendas. CHAPITRE XV. Caractère des nègres créoles à SaintDomingue. Intérieur de leur ajoupa, etc. etc. 188
Dénombrement de diverses peupladesg guinéennes. 228
Résultat des nuances produites par les combinaisons du
mélange des blancs ayec les nègres, etc. Détails de ma captivité. Avant-propos. Empire arbitraire des noirs, avant l'arrivée du Capitaine-Général Leclerc. --- Page 491 ---
TABLE
Règne de
pendance TosmaincLoscemnurer présumée
son projet d'indépar Thiérarchie déses pouvoirs. Réception que me fait M. Roume,
nement. agent du GouverIl me charge d'un travail sur l'anatomie du
Sain-Domingues
caïman de
Inquiétude de
id. conférence Romgint-louveture, avec M. Roume. au sujet de ma
Toussaint m'accorde une nouvelle
id. voyager dans l'intérieur de la Colonie autorisation de
guides, relle. pour protéger mes courses d'histoire avec quatre
natuVénalité des gendarmes nègres. id,
Vexations des propriétaires. Partage agraire en faveur des
id. Pénétration littéraire de
cultivateurs. id. Viej privée de
Tousminb-Lonverture. Etiquette de sa Tousain-Lauverture cour. -
246 245
Caricature ducolonel noir
Parure affectée des officiers Gimgembre noirs. Trop-Fort, id. Méfance de Toussaint -
rité. Louverture dans l'obscuTousaiat-Louverture s'immiscant aux
id,
sacerdoce, et honneurs qui lui étoient fonctions du
rendusà à léglise. Vie active de
Son goût pour Towenin-Loauvertue les honneurs. Abus d'autorité de la part de
id. Toussaint offensé dece que jel lui Toussaint. 25r
Qualité de sa prodigieuse
parlois créole. id. Sa passion pour les beaux mémoire. id. Sa représentation en
chevaux. des
Son exigeance pour présence les visites. étrangers. id. Rivalité des deux chefs pour leur
aux repas de corps. musique militaire
Caracière anti-harmionique de
id. Parallèle de Toussaint et de Dessalines.
'autorité de la part de
id. Toussaint offensé dece que jel lui Toussaint. 25r
Qualité de sa prodigieuse
parlois créole. id. Sa passion pour les beaux mémoire. id. Sa représentation en
chevaux. des
Son exigeance pour présence les visites. étrangers. id. Rivalité des deux chefs pour leur
aux repas de corps. musique militaire
Caracière anti-harmionique de
id. Parallèle de Toussaint et de Dessalines. Dessalines. id. Tyrannie superstitieuse de
sa fatale tabatière,
Dessalines, à l'ouverture de
id. Gg2 --- Page 492 ---
TA B L E.
Son inimitié pour les hommes de couleur.
Bonté généreuse de Mme Dessalines.
Page 255 id.
Massacre de prisonniers mulâtres aux Gonaives.
Horreurs exercées contre les parens qui venoient 256
donner la sépulture.
leur
Canonnade aux Gonaives, des hommes de couleur 257
prisonniers de la partie du Sud,
Vie privée de Dessalines.
Vexations envers les blancs sur leurs propriétés. 264 265
Tyrannie de Dessalines pour le paiement de ses
créanciers.
Punitions atroces qu'il infligea, comme
général de la culture.
inspecteurDessalines me recommande aux nègres.
271 id.
Projets homicides du commandant Titus.
Il persiste dans] lintention de m'empoisonner.
Titus exécute son projet criminel; suites de mon 273
empoisonnement.
Dessalines modifie d'une manière cruelle la
militaire.
discipline
Ce tyran condamne sans entendre et d'après son senti- 275
ment intime.
Tenue de ses soldats, et leurs coutumes.
276 id.
Ils se glorifient du nom de militaire.
Tousnint-Louverture colonie
projette au Cap de rendre 27
tous
indépendante, et ordonne le massacre de
ceux quilcroit devoirsopposer: à ses projets. 278
Ilsacrifieson neveu Moyse comme rebelle à la
mais plutôt parce qu'il s'éloit permis des réflexions France,
contre la possibilité de lindépendance.
Dessalines est instruit delexpédition française, 279
correspondance interceptée. Sa harangue au parune
de la Petite-Rivière.
bourg
Esprit et adresse de
id.
l'arrivée des Français, Tousint-Louverture aux Colonsà
Frayeur du vieux Louis, armé de pied en
280 281
Proverbes de Dessalines au sujet de la
dition.
loucoie
Assassinat du maire
CXTE
de Saint-Michaël, par ordre de
Il Tousaiat-Louyenture prévient ses soldats contre Texpédition
française. 284 --- Page 493 ---
A
TABLE
Tyrannie partie. des noirs à Tarrivée des
Incendie du Cap. Français. Seconde
Arrestation des blancs. Préparatifs de leur
Leur transport à la supplice. Trait héroique de M. Petie-Rivière
Angoisses qu'on fait éprouver Desne-Taticonte
Nous conduite à la Detic-Rivere aux blancs pendant ie
sens, apaisons la férocité de nos gardes
Procédésg généreux des
par des préla Petite-Rivière. habitans de couleur du
Dévouement
bourg de
des opprimés. exemplaire de l'abbé Vidaut à la 295
Nuits On nous accorde la ville
cause 296
On attente douloureuses à notre que nous pour eûmes prison. à passer. id. Kimprisonsement des vie. blancs,
M.Say lades vient de me délivrer, comme étant
299 50r
On metraduit l'armée. utile aux mapistolets. me
Il
dommtDeatineygis
me condamne à mort.
vouement
bourg de
des opprimés. exemplaire de l'abbé Vidaut à la 295
Nuits On nous accorde la ville
cause 296
On attente douloureuses à notre que nous pour eûmes prison. à passer. id. Kimprisonsement des vie. blancs,
M.Say lades vient de me délivrer, comme étant
299 50r
On metraduit l'armée. utile aux mapistolets. me
Il
dommtDeatineygis
me condamne à mort. manque deses
Dangers
Nuthorat-linn ausquelsjes suis exposé. et détails à ce massacre sujet, desl blancsàl la PetiteRiviere, 505
Unnègre nuit de quej'ai guéri devient mon
L'asile divin sang. est
libérateur en cette
cent,
souillé, et l'autel teint du
Courage et conduite louable
sang innosauva beancoup de blancs. de l'abbé Vidaut, 51r
Assasinats desp
qui
Les assassins prisons. son père qu'on forcent lui a un fait fils de boire dans le crâne 514 de
Martyre Morne. d'un vieillard poignarder. Tribut
octogénaire et des blancs du GrosNouveaux payéalamitié. premier, massacres des blancs qui ont
échappé au
--- Page 494 ---
TAB L E. Cruautés commises à l'égard de femmes enceinles et
Service d'enfans. rendu par M. Péraudin. Page 32r
Nouveaux dangers que je cours. en me rendant à Fam- id. bulance Lucas. id. Chiens mis à la poursuite des blancs échappés au masAssassinat sacre, de Mrs
Desdunes-Poincy, Desdunes-Lachicottéet Alain. id. Courage héroique. Présence d'esprit d'un basque pour
échapper à la mort. M. Rospitt n'est pointaussil heureux. id. Horreur ressentie à la vue d'un assassin blessé qu'on
m'ordonna d'amputer. id. Ordre de transférer les ambulances au Calvaire
tation Miraut). (habiCruauté des soldats, méme envers les animaux domes- 524
tiques,
id. Je suis menacé par les blessés, et sauvé par le
Pompée mon nègre infirmier. généreux id. Rencontre d'une suivante de Mme Dessalines au moment où j'allois expirer de besoin. Effets d'une faim dévorante. id. Conduite généreuse de Pompée à mon égard. Perplexité que j'éprouvois au milieu de nègres qui vouloient me trouver des torts. Abus du pillage. id. Rencontre de M.Sajus,en quiles dangers ont troublé
la raison. id. Détails sur. son assassinat.. Mes succès dans les cures des blessés m'acquièrent de 529 la
célébrité. Déclaration de ma garde d'honneur, qui avoit l'ordre
der me fusillers au moindre projet de désertion. 531
Complot formé contre moi Pariesiatinntersnegre id. Les malades jurent de me défendre. Punition infligée à Sans-Souci chef de la sédition, et
aspirant à ma place dinspecteur-général des ambulances.
. son assassinat.. Mes succès dans les cures des blessés m'acquièrent de 529 la
célébrité. Déclaration de ma garde d'honneur, qui avoit l'ordre
der me fusillers au moindre projet de désertion. 531
Complot formé contre moi Pariesiatinntersnegre id. Les malades jurent de me défendre. Punition infligée à Sans-Souci chef de la sédition, et
aspirant à ma place dinspecteur-général des ambulances. id. Dessalines, me croyant trop heureux d'avoir
a
la mort, ne me donne aucun traitement. échappéà 553 --- Page 495 ---
Massacre des soldats TABLE
espagnols au camp de Plasac.
Nouvenuss Dangers que je cours en cette nuit
qui avoient supplices exercés contre malheureuse. les soldats
id.
Plasac.
échappé au premier massacre espagnols de
Nouvel ordre de
les
Terrible mornes des Cahauz. transporter ambulances dans les
Marcheinunepide responsabilité de la qui m'est annoncée.
Mon désir dela
colonne française.
id.
Un assassin m'amène rejoindre, mes projets
d'un magasin à poudre. son fils blessé découverts. par
.558
Mort Une fausse du soldat attaque nous fait lever
lexplosion id.
Nouvelles bralé qu'on m'impute Tambulance. 559
mandant trames Léandre. conçues contre moi injustement. par le 540
Cullivateurs lassés de la
comeux ceux de leur
tyrannie qu'exercent 541
Les capitaines ont
couleur.
envers
subalterness anecdotes TParA à de vie et de mort sur 542
Les nègres del houe
ces sujet.
leurs
Nouveaux crimes des regrettent leurs anciens maîtres. 545 544
Ordre reçu de transporter nègres.
vaire.
nos ambulances au 546
Ont trouvele corps de l'assassin
Calchasse aux
Aignan,
Le nègre Diaquoi hommes au secours des chiens. rénovateurdeld
complot contre moi, vient me prévenir d'un nouveau 548
Nous Notre projet de fuite,
à-Pierrot. sommes découverts et conduits au fort de la Crête- 550
Notre Pierrot. réception Il me par Dessalines, au fort de la
doivent venir à menace l'assaut de la mort si les
Créte-àAttaque du fort, ordre sont victorieux. Français qui
Cruautés ne point paroitre. impérieux qui m'est donné 555 de
çaise. exercées envers les blessés de Tarmée 554
Deisalines
franlinquiète. éprouve Il me faitappeler. au milieu de lassaut une chute id.
S0d --- Page 496 ---
TABLE
Il refuse par méfiance une potion vulnéraire
m'avoit d'abord demandée. qu'il
Dessalines arrété dans ses victoires, devient Page réveur 557 et
Il n'est pusillanime. plus somptueux dans ses vétemens, et cherche id. à faire ignorer son titre sous des costumes étranIl gers. harangue ses soldats. Ilquitte le fort en désespéré, et loin de me
del le suivre,il ordonne au chef d'artillerie permettre de m'enfermer lors de lévacuation, dans le magasin à
poudre auquel on aura. eu soin de mettre une
mèche. En remettant cet ordré d'une main, il me tend l'autre 561
en souriant et en m'engageant à prendre courage. id. Effets désastreux du bombardement de la Créte-àPierrot. Pénurie absolue de vivres et d'eau. On me retire les infirmiers blancs pour les
à
faire descartouches et à fondre des balles. occuper id. Tribut d'amitié envers M. Masson-Durondon,
id.
in de mettre une
mèche. En remettant cet ordré d'une main, il me tend l'autre 561
en souriant et en m'engageant à prendre courage. id. Effets désastreux du bombardement de la Créte-àPierrot. Pénurie absolue de vivres et d'eau. On me retire les infirmiers blancs pour les
à
faire descartouches et à fondre des balles. occuper id. Tribut d'amitié envers M. Masson-Durondon,
id. La disette augmente, 2 et les assiégés demandent l'évacuation de la forteresse, ou la mort. La'garnison du fort est presqu'entièrement victime par
léclat des bombes. Effets singuliers des bombes. Les officiers noirs à la veille d'évacuer le fort perdent la
tête, et craignant de tomber entre les mains des Frangais,xemmpoisonnent avec mon opium. On se dispose à une excursion vers les mornes des
Grands-Cahaux. On fait une sortie du fort. Méprise des soldats de
et d'autre. part
Dangers que je cours en m'élançant du haut du bastinguage pour fuir etrejoindrel l'armée française. 570
Plusieurs autres blancs se réunissent à moi, et nous
sommes reconnus par la sentinelle des avant-postes,
et présentés au général Leclerc parl Tadjudant-général
Huin, fordonnateur Colbert, et le commissaire des
guerres Leclerc, tous les trois mes amis,
--- Page 497 ---
A -
TAB LE
Les Français s'emparent du fort de la
après son évacuation. Créte-à-Pierrot
Nouvelles trames des noirs
çais. depuisl'arrivée des FranAprès hararenevoniene quelques heures de repos je fais roule vers 574 le
chef de
présenté au général Dugua,
On me décerne, Téiai-maior-gencmal
le cordon noir de 2 d'après mérite, l'examen de mes manuscrits, 575
à dater du jour de mon arrivée et une pension de 6600 fr. La révolution que me fit
dans la colonie. id. rendit pensif; on s'opposa éprouver à une mes malheurs me
pouvoit me devenir funeste. application qui
Trames fait horribles de Dessalines contre les blancs
empoisonner. ag
Andouilles failes avec les intestins
id. la maladie du pays, vendues dans d'hommes les
morts de
ordre de Dessalites. marchés par
Nouvelles preuves dela trahison de
sation à ce sujet entre un infirmier Dessalines. Converfossoyeur de la méme couleur. nègre et un
Tournée avec le général Huin à
fûmes sur le point d'étre assassinés. l'Artibonite, oà nous
Nous sommes forcés en nous Slmppat.dedemander 58t
asleaucommandant'
sonne,
Titusd'Anache, quinousempoiDémarche denos nègres
nous
sur Thabitation de
engager à retourner
Suites
TIRROAE
Anecdoted funestes d'une maraude dans le pays ennemi.585 584
brigade econcernant légère. un officier de la cinquième demiLes révoltés déplorent leur fatal
Les Anglais protégent visiblement avantage. la
5y1
rection des nègres. funeste insurJesuis présenté aug général Thouvenot,
id. général Dugua. successeur du
Onm'accorde une gratification. Moyens de rétablirlordre à
id. Nouveaux massacres de blancs. Suint-Domingue. Sacrilége
sous
ses detomwaitclomertire pieds. qui fouler un crucilix
--- Page 498 ---
TAB L E.
lorent leur fatal
Les Anglais protégent visiblement avantage. la
5y1
rection des nègres. funeste insurJesuis présenté aug général Thouvenot,
id. général Dugua. successeur du
Onm'accorde une gratification. Moyens de rétablirlordre à
id. Nouveaux massacres de blancs. Suint-Domingue. Sacrilége
sous
ses detomwaitclomertire pieds. qui fouler un crucilix
--- Page 498 ---
TAB L E. Départ Latorche. de St-Domingue pour la France, surl lacorvette
Nous mettons à la voile le 4 prairial an Page
amitié avec
XI; je
7R2
remplis de talens. MM. Dalvimart et Bazin, tous deux
Nous mouillons dans la baie de Cadix, le 8
an XI, après avoir élé Vainement
fructidor
un vaisseau anglais. poursuivis EI
Description de l'extérieur de Cadix. Visite des membres du comité de santé. On nous condamne à faire la quarantaine. id. Nature du lieu de notre exil,
id. Détails sur notre quarantaine. Incendie d'un brôlot laucé par les Anglais. Débarquement à Cadix. Observations sur la ville. Les coutumes
et les droits d'importation et
espagnoles,
sur son commerce, et les deux d'exportation. salles de 405
tacle. specsur les décorations militaires, et sur la
dames espagnoles. parure des
sur les fruits. Remarques sur les deux colonnes d'Hercule, servant 411
auxi débouquemens,
Départ de Cadix pour Bayonne. terre; et arrivée au port de Sainte-Marie. Voyage
de
EE
Départ
Sainte - Marie, province de l'Andalousie. Observations de la route. 413 id. Nous foulons le talcite et le granit, avant d'arriver
à Xérès de la Frontéra, village situé près de la
rivière de Guadalète,
Nous traversons la Venta de Saint-Antonio, Vtrera, 414
Ecija, Mayréna, Carmona et Rio-Frio, pour arriver à
Détails sur cette ville.
ée au port de Sainte-Marie. Voyage
de
EE
Départ
Sainte - Marie, province de l'Andalousie. Observations de la route. 413 id. Nous foulons le talcite et le granit, avant d'arriver
à Xérès de la Frontéra, village situé près de la
rivière de Guadalète,
Nous traversons la Venta de Saint-Antonio, Vtrera, 414
Ecija, Mayréna, Carmona et Rio-Frio, pour arriver à
Détails sur cette ville. 415 id. Entrée dans Cordoue. Température agréable de cette ville; description 416 de
Des la cathédrale, et détails historiques sur Cordoue. 417
chevaux andalous. Tonnes servant à renfermer Thuile. 419 id. --- Page 499 ---
TABLE
Indolence des Espagnols.
Costume des soldats de notré escorte.
De la culture de l'aneth.
id.
Les Espagnols sont aimants.
Description des environs de Cordoue.
id.
Départ de Cordoue pour la Venta del
chasses de FEspagne.
Carpioz; des
Après duzar. Alded-del-Rio, nous nous rendons à An- 425
Détails sur la route.
id.
De Baileu, de Guarda-Dorman, de la
de Sainte-Hélène.
Carolina et
Des montagnes fertiles de la Sierra -. Morena, de 425 la
Lenta-d-Cardenas, de la
Santa-Crux, où je fis usage Venta-del-Judeo, de mes
de
en médecine, pour être mieux reçu connoissances dans
sades.
les poDe Val-de-Pénas, de
Harta.
Menzanares, et de VillaDu Port-la-Piz, de Tremblaque et de la
id.
où se trouve un antique tombeau du Guardia, roi
Maures.
des
Cérémonie funéraire pratiquée à la Guardia. id.
D'Ocana, et des dangers que nous fit
rencontre d'une troupe de voleurs.
craindre la
Arrivée à Aranjues,
Des principales rivières
Entrée dans Madrid. dEspagne.
45r
Description de la ville; nature de son climat.
id.
Combat du taureau,
Des environs de Madrid.
Rencontre agréable de MM. Crescentini
artistes célèbres.
et Libon,
Moeurs et coutumes des habitans de
id.
tien,
Saint-SebasDe la Venta-Molaris, de la Suelia, et de la Venta- 441
de-Coronilla.
De la Sreauda-doda-farmi
id,
D'Aranda, et des troupeaux
De la Venta-della-Prale. d'Espagne.
id.
--- Page 500 ---
TABLE
Description de la ville de Lerma, et de ses environs,
De Burgos.
De Pradano, de Birbiesca, et de Pancorvo.
De Miranda, Vitoria, et du site enchanteur du
couvent de la Poevela.
De Salinas et de Mondragon.
De Beurgara, Villa-Real, et de Villa-Franca. 45r
De Tolosa, où les habitans vontren cacolais. 452
De Joarson, Andonin, Hervania et Jron. Détails
sur la Biscaye.
D'Orogna et de Seint-Jean-de-Lus, de Saint-Vincent
et de Majès,
De Castez.
De Harie, de Bouerrgh, et de Muret.
Des Landes de Bordeaux.
id,
Moeurs et coutumes des habitans de ces Landes. 458
Arrivée à Bordeaux, et retour à Paris.
Fin de la Table du troisième et dernier Volume. --- Page 501 --- --- Page 502 --- --- Page 503 ---
F809
D446
V3 --- Page 504 ---