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Jabu Carier Brown
filny
Brmnt Anitersity
KNOWLTON 1965
- --- Page 3 --- --- Page 4 ---
D8 --- Page 5 ---
VOYAGES
D'UN
NATURALISTE. --- Page 6 ---
a
wrox
a
à
crau SEAFA
-
do
A
I
I
de
I --- Page 7 ---
VOYAGES
D'UN
NATURALISTE,
ET SES OBSERVATIONS
FAITES sur les trois règnes de la Nature, dans
plusieurs ports de mer français, en Espagne, au
continent de l'Amérique septentrionale, à SaintYago de Cuba; et à St.-I Domingue, ou l'Auteur
devenu le prisonnier de 40,000 Noirs révoltés,
et par suite mis en liberté par une colonne de
l'armée française, donne des détails circonstanciés
surl'expédition du général Leclerc;
DEDIES à S. Ex. Mgr. le Comte DE LACÉPEDE,
Grand Chancelier de la Légion d'Honneur, membre du Sénat,
de PInstitut, etc.
PAR M. E. DESCOURTILZ,
Ex - Médecin Naturaliste du Gouvernement, et Fondateur
du Lycée Colonial à St.-Domingue.
Multa latent in majestate Naturce!
PLINE, Hist. nat. Prem.
TOME SECOND.
PARIS.
DUFART, PÈRE, LIBRAIRE-EDITEUR.
A
1809. --- Page 8 ---
--- Page 9 ---
VOYAGES
D'UN
NATURALISTE.
Lxs avril 1799, nous entrâmes d'assez bon
matin au Port-au-Prince; et en me réjouissant
d'avoir le pied à terre, j'admirai la beauté des
papillons qui voltigeoient autour de moi. Je vis
surlesol, aul lieu de gazon, une plante rampante,
appelée ici capre, qui est garnie d'épines; en
raison de quoi les animaux n'en mangent que
faute d'une meilleure nourriture. Elle porte une
fleur jaune presque semblable pour la forme à
celle de la renoncule bassinet (1).
Nous arrivâmes escortés, après avoir traversé
Ja ville, chez le commandant de la place, pour
le visa de nos passe-ports. M. Huin, adjudantgénéral, c'étoitle nom de ce commandant, étoit
l'ami particulier de la famille R. D. 11 nous reçut
avec tous les égards possibles, avança à Mme, R.
l'argent dont elle pouvoit avoir besoin, et en
refusa la reconnoissance. Il nous apprit que
(i) Ranunculus pratensis, repens. Linn. 779; et
hirsutus, C.B.Pin. 175.
ToME II.
A
passe-ports. M. Huin, adjudantgénéral, c'étoitle nom de ce commandant, étoit
l'ami particulier de la famille R. D. 11 nous reçut
avec tous les égards possibles, avança à Mme, R.
l'argent dont elle pouvoit avoir besoin, et en
refusa la reconnoissance. Il nous apprit que
(i) Ranunculus pratensis, repens. Linn. 779; et
hirsutus, C.B.Pin. 175.
ToME II.
A --- Page 10 ---
A 5 Ne
VOYAGES
MM. D. P. CtD.L., qui logeoient chez lui
dant leur séjour en cette ville, venoient pen- d'en
repartir, lun pour le quartier de
et l'autre
TArtibonite,
pour Jérémie.
Il eut la bonté de me procurer une occasion
d'écrire en France, en me promettant de recommander la lettre au capitaine. Il me présenta
ensuite, comme naturaliste, à son secrétaire,
homme curieux et très-bon botaniste, qui m'engagea à aller visiter son jardin des plantes, aut
retour d'un bainqu'on me conseilla, autant
me débarrasser des sucs salins qu'avoit laissésur pour
moi l'eau de la mer , que pour prévenir
ce régime salutaire la maladie des
par
nouveaux
arrivés.
Fidèle au rendes-vons, j'allai admirer des
productions en partie nouvelles pour
reçus de ce démonstrateur des instructions moi,etje dont
j'éprouvai par la suite les bons effets. Je remarquai dans ce jardin divers palmiers, le hura
crepiteus, 2 le tabernomontama lactescens, les
différentes espèces demimosa, enfin tantd'autres
plantes qu'il seroit inutile de détailler ici, et
pour la connoissance desquelles je renvoie le
lectenrch-oprésàr mon Traitédes plantes usuelles.
M. B*** me donna des détails sur la statistique du quartier. Il m'apprit que la ville du
Port-au-Prince, bâtie en 1750, est située au --- Page 11 ---
D'UN NATURALISTE
fond du grand golle occidental de la colonie,
entre la côte de Léogane et celle du Cul-de-Sac;
qu'elle a; , d'après une juste estimation, 2 douze
cent quarante toises de longueur, sur cinq cents
de largeur; qu'elle compte à peu près six cent
huit maisons disposées par flets; que la rade est
divisée en deux ports, 2 l'un militaire, et l'autre
pour le commerce; que le premier peut recevoir
de quarante à cinquante bâtimens, mais que
tous les jours son fond s'encombre du débris
des Avalasses (1); qu'il est situé au midi de
l'ilet à Flaque-d'Eau; que les vaisseauxy y sont
mouillés par huit brasses de profondeur; que ce
port est borné au midi par plusieurs ilets qui le
distinguent d'un troisième bassin, nommé le
Port-Salé. On y remarque trois forts servant à
protéger la ville, savoir; le fort l'Islet, le fort
Saint-Joseph, situé à l'extrémité septentrionale
de la ville, sur la pointe à Fortin, et l'autre
appelé le fort Sainte-Claire, vis-à-vis le grand
port,
(r) Terme du pays quiindique une quantité de terres
et d'immondices que les pluies charrient à la mer. Le
terme d'Avalasses diffère de celui d'Avalanges ou
Avalanches, en ce que ce dernier n'indique que
l'éboulement des neiges détachées des montagnes : il
équivaut à celui d' Alluvions de notre langue.
A2
à Fortin, et l'autre
appelé le fort Sainte-Claire, vis-à-vis le grand
port,
(r) Terme du pays quiindique une quantité de terres
et d'immondices que les pluies charrient à la mer. Le
terme d'Avalasses diffère de celui d'Avalanges ou
Avalanches, en ce que ce dernier n'indique que
l'éboulement des neiges détachées des montagnes : il
équivaut à celui d' Alluvions de notre langue.
A2 --- Page 12 ---
a a
:
VOYAGES
et Tintendance y sont danis
Le gouvernement
L'art a su appeler à
une position agréable.
en gerbes,
T'intendance des eaux qui s'y jouent
utiles
la forme de fontaines d'autant plus
ou sous
est sec et point arrosé. L'air
que le terrain y
blanc éblouisbrôlant qu'y réverbère un tufd'un
meurfait souvent régner des épidémies
sant, y
néanmoins cèdent à un
trières qni toujours
délayant. Les rues n'en sont pointpavécs.
régime
sont vioLes brises d'est qui y sont fréquentes, le séjour
en rendroient
lentes et désagréables,cte
très-douce, n'en
fatigant, si la vie qui y est
marchés
faisoit oublier les inconvéniens. Les
s'y
tiennent tous lés jours, et on y trouve en abondance viande de boucherie, , volaille, gibier,
d'eau douce et de mer,légumes, fruits,
poissons tousles comestibles indigènes qu'on
en un mot,
peut y désirer.
comprend, outre ses déLe Port-an-Prince
située sur
pendances, la plaine du Cul-de-Sac,
de la grande rivière; le Troula rive gauche
rocailleux, est trèsBordet, dont le sol,quoique
et maréfertile; le Lamentin, terrain aquatique derrière la
le Fond-Ferrier, situé
precageux;
des
et arrosé par la
mière chaîne
montagnes, rivière de Léogane.
rivière Froide et la grande
Ce pays est cultivé en caféteries.
utile avec
Je m'entretenois d'une manière --- Page 13 ---
D'UN NATURALISTE.
M. B lorsqu'on vint m'avertir que M. D.
Poincyvenoit de débarquer. Hlarrivadel@rémie,
tout exprès pour faire avec nous le voyage de
l'Artibonite. Bon parent, il ne pouvoit en croire
ses yeux attendris, à la vue de sa soeur qu'il
revoyoit après une absence de onze années.
A des moeurs douces, à des principes religieux
il joint un caractère humble et affable, qui lui
ont de tout tems concilié l'estime générale:
Je dinai chezM. B 2 où je vis et dessinai
le sablier (r) ou hura. On sait que la maturité
de son fruit s'annonce par une explosion spontanée, produite par un desséchement subit ct
parfait de ses parties constituantes, Lors de
l'explosion semblable à celle d'un coup de pistolet, la semence plate est lancée de son enveloppe, et va porter au loin le germe de la reproduction. Cette graine qui a la forme d'un disque,
est un purgatif violent, qui est loin de convenir
à tous les tempéramens. Les nègres les plus
robustes seulement en font usage, et leur dose
adoptée est depuis une jusqu'à trois graines.
Nous partimes le 7 avril 1799, de bon matin,
(1) Hura, arbor fructu crepitans. Arbrisseau exotique naturalisé en Amérique, où il a été transporté
des Indes. Voyez son article, Traité des plantes
usuelles, ci-après.
A 3
un purgatif violent, qui est loin de convenir
à tous les tempéramens. Les nègres les plus
robustes seulement en font usage, et leur dose
adoptée est depuis une jusqu'à trois graines.
Nous partimes le 7 avril 1799, de bon matin,
(1) Hura, arbor fructu crepitans. Arbrisseau exotique naturalisé en Amérique, où il a été transporté
des Indes. Voyez son article, Traité des plantes
usuelles, ci-après.
A 3 --- Page 14 ---
VOYAGES
mais toujours en déclinant
du Port-an-Prince,
car ce n'étoit
pour la sûreté de T'embarcation;
plus qu'une pirogue non pontée, susceptible
d'être engloutie sous la première lame, comme
il arrive souvent dans le canal de la Gonave,
théâtre des plus horribles tempêtes.
Nous avions pour directeur de la chaloupe
à Saint-Marc, un original trèsqui nous portoit
paroles et gestes; ce
lent dans ses mouvemens,
précipitation qu'exigent
qui est tres-contrairoilap
lesquels on
des coups de ventinateadus,conre)
scule ressource des manceuvres
a souvent pour
les frais de son
accélérées. Afin d'épargner
avoit
tout équipage
voyage, notre pilote
pour
lesdeux nègres, on ne peut moins intelligens,
n'ayant jamais navigué, étoient obligésde
quels,
et démontrer
le commandement,
se faire répéter
très-mal choisi leur
les manceuvres. Ils avoient
suivre leur cours de navigation,
tems pour
et connoitre les cordages.
apprendre les termes,
Il étoit plaisant de voir notre pilote phlegmatique deux
de prendre par les sentimens les
essayer
étourdies encore du mal de mer;
pauvres tétes, nullité à bord étoit telle, que les flots
et leur
étant furieux, et la mer grosse ne nous permettant point d'atterrer sur le rivage notre frêle
lutter contre des lames conbarque, ne pouvant
on me mit le
traires qui nous eussent engloutis, --- Page 15 ---
D'UN NATURALISTE.
gouvernail à la main, tandis que le capitaiue
seul, persistant dans sa harangue sentimentale,
redoublant de procédés, et à la fin courroucé
de l'apathie des deux moribonds, les laissa en
proie à leur mal-aise, et exécuta seul, tant bien
que mal, les manceuvres les plus indispensables
à notre sûreté. La lenteur inexprimable de ses
actions nous occasionna un roulis et des tangages on ne peut plus désagréables.
Au milieu de cette inexpérience, nous aperçûmes à notre poursuite un croiseur anglais qui
tira sur nous 9 et nous força de mouiller à
T'Arcahaye, petit embarcadère au milieu de la
plaine de ce nom, cultivée en sucre.
Le vent ayant cessé à la nuit, nous profitâmes
de la brise, qui bientôt nous quitta une seconde
fois. En vain le capitaine muni de son lambis (1),
souffloit dedans à tne-téte,jusju'asel fairer rompre
quelque vaisseau, prétendant par ce moyen
appeler le vent, qu'il encourageoit superstitieusement par ces paroles naives : (( Vent, petit
(1) Rocher ou murex, coquillage à aile épaisse, et
à bouche couleur de rose. Cette coquille est revêlue
d'un drap mince de couleur fauve. Elle sert de cor de
chasse ou trompe, aux nègres pécheurs, lorsqu'à leur
retour ils veulent annoncer qu'ils ont du poisson à
vendre. Ily a de ces coquilles qui pèsent jusqu'à dix et
douze livres.
A 4
: (( Vent, petit
(1) Rocher ou murex, coquillage à aile épaisse, et
à bouche couleur de rose. Cette coquille est revêlue
d'un drap mince de couleur fauve. Elle sert de cor de
chasse ou trompe, aux nègres pécheurs, lorsqu'à leur
retour ils veulent annoncer qu'ils ont du poisson à
vendre. Ily a de ces coquilles qui pèsent jusqu'à dix et
douze livres.
A 4 --- Page 16 --- VOYAGES
bon petit vent; brise, petite brise, venez 9
vent, tout doux ) ! Mais la brise, rebelle et
venez
à de si aflec
inconstante, ne répondant point ealme
à
invitations, nous laissa en
plat
tueuses
vis-à-vis d'un
quelques Jieues de P'Arcahaye 2 la nuit dans le
embarcadère où nous passâmes
étoile,
exposés sans distinction à la belle
canot,
au serein si dangereux en ces
et par conséquent
climats.
étoit
de dormir en
Comme il nous
impossible
pilote à profiterd'un
cet état, nous engageimesler
mettre à la
vent qui s'éleva vers minuit, pour
voile. Nous arrivâmes de bonr amatiniSaint.Marce,
La ville est située
dont la façade est régulière.
la
fond d'une baie cernée par des mornes 1
au
cultivés en café. Le monillage, qui n'y
plupart
terre
est pour les navires qu'à une oncahlurede brasses de
par les quarante a quarante-cinq et les razs de
profondeur, n'est point sûr,
marée (1) le rendent d'autant plus redoutable,
vaisseaux sont exposés à dérader et à
que les
y
La ville, qui est dans
chasser sur leurs ancres.
séjour très-agréable;
une position riante,estd'un
sont uniformes et sablées, toujours
les rues y
Flux de mer contre nalure, et qui souvent
occasionne (2)
les plus grands dégâts par des débordemens
excessifs. --- Page 17 ---
D'UN NATURALISTE.
ornées de trottoirs en galerie, sous
propres, 2
lesquels on marche à couvert du soleil et de la
pluic. Plusieurs sont garnies de Jongues allées
d'ormes touffus, dont J'ombrage est précieux
sous un ciel aussi brûlant.
Les environs de Saint-Marc sont délicieux et
d'une nature pittoresque. L'airy est pur et sain;
les eaux, belles et bonnes, sont fourniespar deux
ruisseaux quitraversent la ville. Ce quartier, plus
fertile dans ses montagnes que dans la plaine un
peu aride, est borné au nord par les Gonaives;
à l'est, par la petite rivière et les Vérettes ; au
sberfaraloseaferest par. la rade.
Après avoir diné chez M. Renaud, 1 négociant
de la ville, qui nous reçut à coucher, je me
promenai le soir sur le bord de la mer.
Le lendemain de grand matin,je m'acheminai
à pied (I)avec M. D. Poincy, vers la plaine de
T'Artibonite, oùt sont situées vOS habitations,
continuois-je à M. Desdunes-lachicotit, pour y
concerter avec vous sur les moyens d'y conduire
Mme R., votre soeur.
Tout contribuoit à nous rendre la route
agréable : la diversité des points de vue, lin-
(1) Qui croira que des propriétaires millionnaires,
et possesseurs de haras immenses, ont été réduits à
cette pénible extrémité pendant le règne des Noirs?
ibonite, oùt sont situées vOS habitations,
continuois-je à M. Desdunes-lachicotit, pour y
concerter avec vous sur les moyens d'y conduire
Mme R., votre soeur.
Tout contribuoit à nous rendre la route
agréable : la diversité des points de vue, lin-
(1) Qui croira que des propriétaires millionnaires,
et possesseurs de haras immenses, ont été réduits à
cette pénible extrémité pendant le règne des Noirs? --- Page 18 ---
-
VOYAGES
IO
térêt despaysages excitèrent maj ajusteadmiration.
on commencela route
En sortantdeSaint-Mliare,
au pied de ces masses imposantes de rochers
taillés
la nature, toujours étonnante par la
par
je voyois d'une corne
variété de ses productions;i
à Pautre du rocher, nué de couleurs martiales,
de convolvulus, balancées parl le
des guirlandes
contraster avec le vert glauque, ou jaunisvent,
à fruits d'un rouge de
sant des raquettes (4)
à
implantées ainsi que les cardasses (2)
sang,
et les karatas (3) à bouquets
pommes jaunes, vif, dans des gerces arides oi
d'un jaune aurore
leur nature est de se plaire.
Les oiseaux etle vent laissent tomber sur ces
rochers qui leur sont propices, des semences
croiroit devoir périr faute de sels végétaux.
qu'on
inaccessibles aux hommes, servent
Ces rochers
de repaires aux oiseaux de nuit, et de remparts
abeilles dans leurs travaux utiles, qui ne
aux
troublés
par la friandise
peuvent être
de que colibris, ou de mode quelques espèces
queurs (4)-
() Cactus opuntia, Linn.; opuntia vulgo herbariorum, Bauh. hist. I, pag. 154, Tourn. 259; usuelles. vulgairement figuier d'Inde. Voyez ci-après Plantes
(2) Ou cierge épineux des Antilles.
(5) Voyez ci-après Plantes usuelles.
Brisson,
(4) Merle cendré de Saint-Domingue,
pl. enl. 558, fig- I. --- Page 19 ---
D'UN NATURALISTE.
II
Pénétrant entre deux gorges de montagnes
richement parées d'arbres de toute espèce, nous
arrivâmes au ruisseau des Guépes, grossissant
lors d'une averseau point de ne pouvoir plus le
traverser à gué, et de devenir même impraticable. Nous nous y désaltérâmes, et je contemplai avec envie les différentes espèces de
papillons que sa fraicheur attiroit.
Le parfum de l'acacia (1), du campêche (2),
des citronniers (3),dont les enclos sont formés 3
et du frangipanier (4); ; ces parfums, saluant
amoureusement l'aurore naissante 7 encourageoient, aidoient pour ainsi dire notre marche.
Chaque canton fournissant ses végétaux - 2 , je
remarquois qu'à la pente de la montagne, les
bois étoient peuplés de tendre acajou (5), arbre
utile pour la construction; de bois blanc; tandis
que les rives offroient à la vue des buissons
déliés et élégans degrad-gale (6).
(i) Mimosa olens.
(2) Hoematoxylon campechianum, Linn.; famille
des légumineuses.
(3) A fcuilles très-petites, et au fruit globulaire et
très-petit.
(4) Pluméria.
(5) Un des plus beaux arbres de Saint-Domingue.
(6) Ou Grat-gal, randia, Linn. (Pentandrie, monogynie, de la famille des rubiacées.
déliés et élégans degrad-gale (6).
(i) Mimosa olens.
(2) Hoematoxylon campechianum, Linn.; famille
des légumineuses.
(3) A fcuilles très-petites, et au fruit globulaire et
très-petit.
(4) Pluméria.
(5) Un des plus beaux arbres de Saint-Domingue.
(6) Ou Grat-gal, randia, Linn. (Pentandrie, monogynie, de la famille des rubiacées. --- Page 20 ---
-AA -
G
VOYAGES
Après avoir passé le bac de l'Artibonite
rivière rapide et fameuse
par ses débordemens
limoneux, nous déjeûnâmes chez M.
beau-père de mon
Daquin,
commissaire de la compagnon de voyage, et
qui, ainsi
marine et des guerres, mais
que nous, en sa qualité de blanc
propriétaire, étoit privé de sa
ainsi que la nôtre, à la
fortune, alors,
de son
disposition du fermier
habitation, son ancien esclave, et
accordoit, comme
quilni
propriété.
graceinsigne, un asile sur sa
M. Daquin naguères opulent, humilié
propres sujets, en but àleurs refus
par ses
outrageans, eut peine à nous
continuels et
un verre de lait qui lui fut procurer à chacun
trois chétives
d'abord refusé, et
patates. Il s'excusa
nous recevoir de cette
beaucoup de
le sort actuel des
manière, en gémissant sur
trop malheureux colons.
Nouslequitimesy pour
et après avoir
reprendre notre route;
côtoyé T'habitation Pothenot
haletant de sueur et de fatigue,
une partie de la plaine
ayant traversé
ture, des épines du hérissée, depuis l'inculbayaonde (1), raquettes et
(1) Ou baies à ondes, arbre à fleurs
qui a le coeur composé de zones
légumineuses,
épines sont meurtrières,
ondulées, et dont les
mes Plantes usuelles,
C'est le Mimosa urens de --- Page 21 ---
D'UN NATURALISTE,
cardasses, nous arrivâmes enfin à votre hatte (1),
oi je me félicite tous les jours d'avoir fait votre
connoissance.
Maintenant, Monsieur, dis-je à mon hôte,
qu'il me soit permis de réclamer de vous des
instructions sur le pays, et les usages anciens et
modernes.M. Desdunes-Lachicoteaprtaquelques
momens de réflexion, récapitulant ce qu'il avoit
pu lire à cet égard dans plusieurs ouvrages qu'il
me cita, commença ainsi:
Cef fut Christophe Colomb, jeune piloteitalien,
né en 1442, d'un cardeur de laine, qui tenta des
découvertes à l'occident, à l'exemple de celles
faites en orient, d'après le fameux périple de
l'infant don Henri, comte deVisco,grand maitre
de l'ordre du Christ, etc quatrième fils dejean Ier,
roi de Portugal, pour trouver un passage par
mer aux Indes orientales, en faisant le tour de
l'Afrique.
Colomb, dont le génie actif étoit sans cesse
préocupé, en examinant la forme d'une sphère,
soupçonna et conclut après de plus amples
conjectures, et d'après la rotation des astres, que
(1) Le mot de hatte est dérivé de celui de l'espagnol, qui signifie haras. C'est un endroit où lon
élève des bestiaux. On appelle corail, le lieu uniquement destiné à élever et à engraisser des cochons.
'Afrique.
Colomb, dont le génie actif étoit sans cesse
préocupé, en examinant la forme d'une sphère,
soupçonna et conclut après de plus amples
conjectures, et d'après la rotation des astres, que
(1) Le mot de hatte est dérivé de celui de l'espagnol, qui signifie haras. C'est un endroit où lon
élève des bestiaux. On appelle corail, le lieu uniquement destiné à élever et à engraisser des cochons. --- Page 22 ---
VOYAGES
la moitié du globe étoit encore inconnue (1)-
Quel nouveau jour de lumière pour un homme
ambitieux de se faire un nom! Il offrit d'abord
services à Don Juan,roi del Portugal, qui les
ses refusa, et qui fut même conseillé par ses courtisans, de faire assassiner Christophe Colomb au
retour de son expédition. Livré à ses propres
notre hardi navigateur vouloit entremoyens,
à ses risques, périls et fortune.
prendrele voyage
Lorsqu'ily futautorisé par Ferdinand et Isabelle,
qui lui délivrèrentdes patentes honorables, avec
le titre de vice-roi,et amiral des pays nouveaux
Colomb s'associa à cet
qu'il alloit conquérir,
cflet de braves Castillans, sans aveu à la vérité,
d'une entreprise aussi
mais dignes compagnons
périlleuse.
ses
Sa conjecture coindeplectestemnilegmadis
compatriotes, jaloux de lui, ne lui attribuoient
d'autre mérite qu'une destinée heureuse, et un
de hardiesse. Ce qui leur fit proposer parle
peu
la parabole que voici : Il prit
navigateur Génois 9
un ceuf, et demanda à ses antagonistes comment
Christophe Colomb fut d'autant plus raffermi
(r)
savoit qu'après des coups de
dans sa résolution qu'il
des
des
vent d'ouest, on trouvoit sur les côtes Açores, des
Canaries et de Madère, des fruits inconnus,
arbres entiers étrangers, déracinés par les ouragans et
entrainés par les flots. --- Page 23 ---
D'UN NATURALISTE.
il étoit possible de le faire tenir debout sans
soutien' ? Cela est impossible, dirent-ils alors. Eh
bien, le voilà, répliqua Christophe Colomb, en
cassant un peu sa pointe. De nouveaux murmures
tournèrenten dérision ce stratagême, queColomb
alors leur reprocha de n'avoir pas trouvé avant
lni.
Il s'embarqua donc pour tenter des découvertes (1), et pénétra dans l'archipel occidental
formé de cinqg grandes iles, et d'une quantité de
petites, aujourd'hui connues sous le nom des
Antilles.
Il navigua fort heureusement, et ce fut à dix
heures du soir, à la lueur d'une lumière dans
ane cabane de pècheurs, qu'il aperçut, un dimanche en 1492, l'ile la plus riche, la plus vaste,
nommée par les habitans Haiti (2). Il reconnut
qu'elle formoit un continent de près de cent
soixante lieues de l'est à l'ouest, de trente-deux
lieues du nord au sud, et de six cents de circon-
(1) Son équipage, las de naviguer, murmura hautement. Colomb employa alternativement les caresses
et les menaces. Enfin, forcé de céder à une révolte
générale, il promit de se livrer à leur discrétion, si
dans trois jours ils ne voyoient pas la terre, que
l'usage fréquent de la sonde lui avoit annoncé trèsprochaine.
(2) En caraibe, terre montagneuse,
lieues du nord au sud, et de six cents de circon-
(1) Son équipage, las de naviguer, murmura hautement. Colomb employa alternativement les caresses
et les menaces. Enfin, forcé de céder à une révolte
générale, il promit de se livrer à leur discrétion, si
dans trois jours ils ne voyoient pas la terre, que
l'usage fréquent de la sonde lui avoit annoncé trèsprochaine.
(2) En caraibe, terre montagneuse, --- Page 24 ---
- - -
VOYAGES
les circuits des anses.
férence, en y comprenant
Christophe Colomb lui donna le nom d'Hispaniola, auquel les Français ont substitué celui
de Saint-Domingue (1).
Plut à Dieu, pour les paisibles insulaires, que
été découvèrte! On ne se
cette ile n'eàt jamais
qu'avec horreur les atrocités quiy ont
rappelle
les
qui au lieu,
été commises par
Espagnols, connoitre les
esprit de commerce, d'y faire
par
les besoins, n'y ont apporté,
arts et multiplier
et la mort.
hélas! que la désolation,1 T'esclavage
ambitionner la gloire d'un Cortez
Qui peut
millions d'Indiens à ces
qui a coûté vingt
On doit dire avec le
malheureuses contrées!
Montesquieu (2) : (( Quels biens les
sage
ils pas faire aux
) Espagnols ne pouvoient
Mexicains 1 lls avoient à leur donner une
))
douce >* ils leur apportèrent une
)) religion
furieuse; ils auroient pu rendre
) superstition
esclaves les
) libres les esclaves, et ils rendirent
hommes libres; ils
les éclairer sur
>
pouvoient
l'abus des sacrifices humains, au lieu de cela
)
(1) Il remarqua alternativement plusieurs iles, qu'il
nomma San-Salvador, la Conception, Fernandine,
parvint à Cuba dont il prit poset Isabelle, puis
session, enfin à Saint-Domingue.
(2) De lEsprit des Lois, livre I0, chap. 4.
) ils --- Page 25 ---
D'UN NATURALISTE.
> ils les exterminérent, Jen'aurois jamais fini,
> si je voulois raconter tous les biens qu'ils ne
)) firent pas, et tous les maux qu'ils firent )).
Car qu'étoient, avant l'arrivée des Espagnols,
ces peuples indiens? bons et heureux dans leur
simplicité. L'ile recéloit alors environ deux
millions de ces Caraibes, bons, francs et hospitaliers; au teint basane, aux cheveux longs et
noirs; sobres, mais insoucians; vivant entr'eux
sans ambition et avec intelligence, préférant les
douceurs du repos, aux soucis cuisans de l'avarice, et aux soins d'exploiter une, mine d'or
qu'ils fouloient aux pieds, en regardant son
contenu comme inutile au bonheur de l'existence.
Leurs plaisirs (1) étoient les danses au son
d'un tambour, la pêche, la chasse; leur occu-
() Ils étoient si oisifs que leurs débauches étoient
poussées à l'excès. C'est par eux que se communiqua
cette maladie honteuse qui ne punit que trop souvent
les coupables favoris de l'amour. Ainsi cette maladie
étoit propre à Saint-Domingue, comme la peste et
la petite-vérole sont originaires de Numidie. Elle
s'inoculoit aussi plus facilement dans le principe,
puisqu'il suffisoit à un amant de palper sa maitresse, de cueillir un baiser sur ses lèvres amoureuses,
de boire à la méme coupe pour pomper, avec le nectar
de l'amour, des plaisirs empoisonnés.
ToME II.
B
de l'amour. Ainsi cette maladie
étoit propre à Saint-Domingue, comme la peste et
la petite-vérole sont originaires de Numidie. Elle
s'inoculoit aussi plus facilement dans le principe,
puisqu'il suffisoit à un amant de palper sa maitresse, de cueillir un baiser sur ses lèvres amoureuses,
de boire à la méme coupe pour pomper, avec le nectar
de l'amour, des plaisirs empoisonnés.
ToME II.
B --- Page 26 ---
-
VOYAGES
simple et facile du maïs (1).
pation, la culture
envie, à la porte
lls mangeoient en paix et sans
un maïs rôti ou un poisson
de leurs cabanes,
du calme de leur inboucané, en jonissant
nocence.
jugeoient les
Leurs caciques ou souverains
de
survenoient entr'eux au sujet
différends qui
le seul motifde leurs alterla péche; car c'étoit n'étoit point apaisce; les
cations. Si la litige
leurs
réunissoient leurs parens,
deux partis
de javelots et de
amis; et armés de massues, tres-adroitement, ils se
flèches qu'ils lançoient tla victoire décidoit du
mettoient en présence, et
de mort, et
droit des gens. Le vol étoit puni
àl'ordre
comme le vice le plus contraire
regardé
social.
adoroient leurs
Ces Indiens tris-superstitieux
divinités dans plusienrs grottes
monstrueuses éclairées du sommet pour y laisser
naturelles,
rayons du soleil, et compénétrer les premiers Parmi ces grottes, on
mencer leur adoration.
située sur Tharemarque encore celle Dubeda,
celle de
les Gonaives;
bitation de ce nom, près voisine du Port-aula montagne de la Selle,
cultivoient la terre, ou plutôt Ia
(:) Les Indiens
avec des bâtons
remuoient, avant de Tensemencer,
brûlés par le bout, pour les durcir. --- Page 27 ---
D'UN NATURALISTE,
Prince; enfin celle du quartier du Dondon,
non éloignée du cap Français. L'intérieur de ces
voûtes naturelles est tapissé de Zémès (1) gravés
etincrustés dans le roc,s sous des formes bizarres
et grotesques, 2 dont les caciques ont souvent
su interpréter en leur faveur les muettes intentions, en abusant le peuple, comme en tant
d'autres pays, par la louange, ou la terreur,
suivant le cas (2).
Je puis vous offrir pour ajouter à votre collection, me dit, M. Desdune-Lachicotte, une
suite de ces antiquités que je me félicite d'avoir
conservées, paisqu'elles me procurentlocasion
de vous être agréable: : tout à coup il alla chercher une caisse renfermant ces fétiches, parmi
lesquelles sC trouvoient (pl. Iere, fig. ière) un
crapaud ayant une tête à chaque extrémité des
pattes. Ce fétiche étoit de pierre ollaire verdâtre;
Une tortue (pl. idem, fig. II) représentant sur
sa carapace un soleil, ayantà ses côtés une étoile,
et une lune à son premier croissant; la tête de
cette tortue surmontée de protubérances globulaires. Le sujet de ce Zémès étoit en jade d'un
vert pâle olivâtre;
(1) Figures de leurs Dieux.
(2) Ces idolâtres s'imprimoient aussi sur leur corps,
à laide de leurs ongles qu'ils ne coupoient jamais, 2
l'image de leurs Zémès.
B 2
sa carapace un soleil, ayantà ses côtés une étoile,
et une lune à son premier croissant; la tête de
cette tortue surmontée de protubérances globulaires. Le sujet de ce Zémès étoit en jade d'un
vert pâle olivâtre;
(1) Figures de leurs Dieux.
(2) Ces idolâtres s'imprimoient aussi sur leur corps,
à laide de leurs ongles qu'ils ne coupoient jamais, 2
l'image de leurs Zémès.
B 2 --- Page 28 ---
a
VOYAGES
monstrueuse en hasalte, repréUne figure
la comsentant une tête, avec les parties qui
deux
au bas de laquelle se trouvent
posent,
le
recourbé se diminuant en
mamelles ;
corps
un bouton
cône, et terminé à son extrémité par
(Pl. idem, fig. III.)
sphérique;
formée d'une staUne autre figure humaine,
rubanée ; (Pl. idem, fig. Iv.)
lactite gypseuse idem, fig. v) une hache propre
Enfin (pl.
aux sacrifices. l'examen des Zémès, mon hôte reprit
Après
ainsi son recit:
des insulaires consir:oit en
Le culte solennel
le cacique. La
une fête générale indiquée par
oùt
cérémonie commencoit par une procession
hommes et les femmes, parés de leurs plus
les
marchoient à côté des filles,
beaux ornemens,
du pays, le cortège
toutes nues 2 selon Tusage
du cacique du lieu, qui dirigeoit
étant précédé
la marche, le tambour à la mainOn arrivoit ainsi à la grotte, où les prétres
occupés à servir les divinités monsétoient dont le temple étoit rempli; et à un
trueuses
présens étoient offerts, au milieu
certain signalles
de chants en Phonneur
de danses accompagnées
des Zémès et des anciens caciques.
d'offrandes éoient ensuite romLes gâteaux
distribués
par les oflicians, et les morceaux
pus --- Page 29 ---
D'UN NATURALISTE.
aux chefs des principales familles. Ces présens
étoient religieusement conservés d'une année
à l'autre, comme préservatifs contrelest maladies
provenant de maléfices.
Ces prêtres indiens, ou Butios, remplissoient
alternativement les fonctions de devins et médecins; et quand leurs prédictions ne se trouvoient point ponctuellement accomplies , ils
éludoient adroitement les questions par d'autres
oracles imposteurs, capables d'intimider le
peuple fanatisé. Ils interprétoient la volonté des
Dieux, contrelaquelle, disoient-ils, iln'est point
de réplique. Le questionnant crédule et confus
se retiroit désespéré, en s'accusant d'avoir pu
commettre une semblable indiscrétion.
Il n'en étoit point de même, lorsque les
Butios vaquoient aux délicates fonctions de
médecin. Sile malade venoit à mourir, on consultoit son ame au moment oà elle quitte le
corps; et en cas de silence,.ou Sl dans l'intérieur
on ne remarquoit point quelque signe particulier, comme un chien ou autre animal, symbole de la fidélité, on en concluoit que le Butios
étoit l'auteur de la mort du malade; ets s'ili n'étoit
pas bien famé dans le pays,on le livroit à la vengeance de la famille. Les soupçons étoient confirmés,quand pour augure on apercevoit au loin
dans la campagne un animal rampant.
B 3
et en cas de silence,.ou Sl dans l'intérieur
on ne remarquoit point quelque signe particulier, comme un chien ou autre animal, symbole de la fidélité, on en concluoit que le Butios
étoit l'auteur de la mort du malade; ets s'ili n'étoit
pas bien famé dans le pays,on le livroit à la vengeance de la famille. Les soupçons étoient confirmés,quand pour augure on apercevoit au loin
dans la campagne un animal rampant.
B 3 --- Page 30 ---
VOYAGES
traitoient leurs maCes médecins empiriques
lades avec Ies plantes du pays; et si le succès ne
point aux soins qu'ils prenoient, le
répondoit
la cure de la maladie
Butios annonçoit que
un ennemi du malade (1),
étoit contrariée par
de
mais que ses talens le mettoient au dessus
Alors faisant mille simagrées,
cette puissance.
du malade,
et usant de jonglerie, ils'approchoit
dans
établissoit, par la succion, une ventouse
lendroitsoulfant; puis, aprèsde grands efforts,
il montroit aux assistans une épine qu'il avoit
cachée sous sa langue avant Paction, et qu'il
annonçoit être sortie par T'ouverture qu'il avoit
soin de faire avec sa dent. Ensorte que si le mapoint la santé incontinent,
lade ne recouvroit
et
on n'en accusoit qu'une cause surnaturelle,
le Butios étoit comblé de présens.
L'ile d'Haiti, à T'arrivée des Espagnols (2),
Le premier,
étoit divisée en cinq gouvernemens.1
(I) On verra ci-après, dans mon Essai sur les moeurs
des Guinéens à Saint-Domingue, à quel point cette
accréditée.
superstition est encore aujourd'hui
D'abord effrayés de lapproche des Espagnols
(2) débarquèrent Tépée nue et l'étendard déployé, les
qui
et apportèrent des lames
Indiens se familiariserent,
et de sonnettes qui
d'or en échange de verroteries,
surtout paroissoient emporter la préférence. --- Page 31 ---
D'UN NATURALISTE.
nommé Magua ou royaume de la Plaine,
comprenoit la plaine immense de Viga-Réa; il
avoit près de ses dépendances les riches mines
de Cibao, et.les rivières qui, dans leurs cours,
rouloientloravec le sable deleurlit.Le Cacique
résidoit dans l'emplacement où les Espagnols
ont depuis bàti la ville de la Conception de la
Véga.
Marien. Il
Le second royaume s'appeloit
comprenoit toute la partie de la côte du Nord,
depuis le cap Saint-Nicolas jusqu'à la rivière
appelée aujourd'hui Mont-Christ, et toute la
plaine du cap Français, oùt le Cacique de ce
royaume a fait fixer sa résidence.
Le troisième étoit celui de Maguana, le plus
puissant de l'ile qui renfermoit tla riche province
de Cibao, et presque tout le cours de la rivière
de T'Artibonite, quiy prend sa source. La résidence du Cacique étoit au bourg de Maguana.
Les Espagnols y établirent une ville que les
tems ont détruite. C'est ce quartier qu'onappelle
actuellement savanne San-Ouan.
Xaragua formoit le quatrième royaume, et
comprenoit une grande partie des côtes occidentales et méridionales de Pile. C'étoit le plus
Sa
étoit
peuplé et le plus spacieux.
capitale
située oùt se trouve le bourg du Cul-de-Sac.
Les habitans de ce royaume illustré par la préB 4
établirent une ville que les
tems ont détruite. C'est ce quartier qu'onappelle
actuellement savanne San-Ouan.
Xaragua formoit le quatrième royaume, et
comprenoit une grande partie des côtes occidentales et méridionales de Pile. C'étoit le plus
Sa
étoit
peuplé et le plus spacieux.
capitale
située oùt se trouve le bourg du Cul-de-Sac.
Les habitans de ce royaume illustré par la préB 4 --- Page 32 ---
- VOYAGES
sence
dAnscoana, soeur de Belechio, éloient
plus policés, et avoient des manières
Enfin le cinquième
aimables.
nom d' Hyguer,
royaume, connu sous le
tale de l'ile,
contenoit toute la partie orienla rivière ayant pour limites à la côte du Nord
d'Yague, et à celle du Sud le fleuve
Ozama, Les peuples de ce canton
pousserles Caraibes
ayant à revoisins, dansl
féroces, étoient plus
leursincursions
de combat.
aguerris, et toujours en état
D'après le rapport unanime des historien's
originaux d'Haiti, il résulte une anecdote fort
extraordinaire que je crois devoir vous
Des Indiens, dignes de foi, racontèrent exposer. à
ChrissopheColombquelep père du Cacique
voulant pénétrer dans
Quarrionex.
tinée de l'ile
l'avenir, et savoir la desaprès sa mort, consulta les Zémés
après un jeine préparatoire. L'oracle
à son grand
répondit,
)) verroit aborder étonnement, ( que dans peu on
des hommes
)) ayant de grands
nouyeaux, qui
poils au
>) le corps revêtu des pieds à menton, la
auroient
)) arrivée, les
tête; qu'à leur
Zémès, mis en
)) leur culte
pièces, verroient
aboli;que ces guerriers
) porteroient à leur ceinture de formidables
)) de fer, avec lesquelles,
longues armes
) en deux, ils
fendant un homme
dépeupleroient le
2 ançiens habitans ),
pays de ses --- Page 33 ---
D'UN NATURALISTE
(( On ajoute, disent les auteurs historiqques,
)) que cette prédiction frappa de terreur tous les
)) assistans, et fut bientôt publique et univer-
)) selle. C'étoit la nouvelle du jour, et elle faisoit
) le sujet de chansons religieuses, chantéesdans
) les jours de deuil, et dans les cérémonies
) lugubres ).
Christophe Colomb fit successivement plusieurs voyages en Fspagne auprès du roi et de
la reine, desquels il obtint de nouvelles faveurs,
et la confirmation du titre de vice-roi et amiral
des pays qu'il pourroit conquérir. Il passa par
les iles Canaries, et les reconnut en retournant
à Haiti; et c'est de là qu'il transporta tous les
animaux domestiques de l'Europe, en oiseaux
et quadrupèdes, lesquels multipliérent depuis
avec succès à Haiti (r).
Je ne m'attacherai point à vous donner des
détails que vous pouvez par la suite vous procurer, poursuivitM. Desdunes; je ne chercherai
qu'à relater les principaux événemens, comme
(1) Après le premier voyage, c'étoit à qui participeroit à l'honneur de suivre Christophe Colomb dans
ses glorieux travaux. Iltrouva Saint-Domingue, à son
retour d'Espagne, dans un élat déplorable; ses forts
renversés, leurs soutiens tués : cependant il soumit
une seconde fois toute lile, et lui imposa pour tribut
une certaine quantité d'or et de coton.
qu'à relater les principaux événemens, comme
(1) Après le premier voyage, c'étoit à qui participeroit à l'honneur de suivre Christophe Colomb dans
ses glorieux travaux. Iltrouva Saint-Domingue, à son
retour d'Espagne, dans un élat déplorable; ses forts
renversés, leurs soutiens tués : cependant il soumit
une seconde fois toute lile, et lui imposa pour tribut
une certaine quantité d'or et de coton. --- Page 34 ---
-
-
-
VOYAGES
indispensables à ceux qui arrivent en cette ile,
avec Tintention d'en connoitre Phistoire.
Colomb fut rappelé en Espagne, où il entra
On lui donna des successeurs, un
en défaveur.
barbares qui après
Bovadilla, et autres tyrans
exercées contre les Indiens
des cruautés inouies,
ses ordres, les soumit au plus dur esclavage
par
au travail pénible de Pextracen les condamnant
se
tion des mines. Ce fut sous son règne que
découvrit le fameux grain d'or natif pesant trois
mille six cents écus, lequel fut englouti par les
au milieu d'une tempête qui fit
vagues en 1502,
d'or.
périr vingt et un navires chargés
à son tour
Le cruel Bovadilla fut rappelé
et il fut remplacé par Don Nicolas
en Espagne, commandeur de lordre d'Alcantara,
Ovando,
de
et arriva
qui partit d'Espagne en esprit paix,
le 15 avril 1501 à San-Domingo.
Colomb, au retour de son quatrième voyage,
le
apprit la mort d'Isabelle, sa protectrice,avec! fidélité la
pouvoient] luiinspirer la
désespoir que
: et le doux
plus éprouvée pour sa souveraine,
ellet
devoir de la reconnoissance. Il reconnut en
Isabelle il avoit perdu rang, honneur et
qu'avec
le conseil refusa d'exécuter
fortune, puisque reine de le rétablir dans sa charge
T'ordre de la
de vice-roi. Ce contre-tems fit tant d'impression
le chagrin le fit mourir
sur ses organes que
] luiinspirer la
désespoir que
: et le doux
plus éprouvée pour sa souveraine,
ellet
devoir de la reconnoissance. Il reconnut en
Isabelle il avoit perdu rang, honneur et
qu'avec
le conseil refusa d'exécuter
fortune, puisque reine de le rétablir dans sa charge
T'ordre de la
de vice-roi. Ce contre-tems fit tant d'impression
le chagrin le fit mourir
sur ses organes que --- Page 35 ---
D'UN NATURALISTE.
à Valladolid,le 20 du mois de mai 1506, emportant l'estime de tous les gens de bien. Il fut
d'abord enterré dans l'église des Chartreux de
Séville (1), puis ensuite transporté dans la
grande église deSan-Domingo, d'après son voeu
émis par son testament.
Jusques là les Indiens avoient joui en quelque
sorte du bonheur de l'indépendance, et ce n'est
qu'à dater de la mort de Colomb qu'on leur
imposa le plus dur esclavage, et, qu'ils furent
prosorits, ayant perdu leur unique défenseur.
Ovando, le féroce Ovando (2) oubliant l'esprit pacifique des instructions de la cour qu'il
() Christophe Colomb n'eut d'autre récompense de
ses longs et infatigables services, qu'un mausolée que
le roi d'Espagne lui fit élever.
(2) Après la mort de la reine Isabelle, les naturels
d'Haiti furent abandonnés à leur malheureuse destinée : il fut proposé par le gouverneur de les réduire
à l'esclavage, et on exerça à cet égard contr'eux des
traitemens affreux, et des supplices infernaux pour
Texécution desquels la perfidie souvent suppléa à la
force. Qui ne se rappelle pas du festin dans lequel la
trop malheureuse reine Anacoana, trahie par les perfides Espagnols, mourut assassinée, victime de sa bonne
foi et de ses bontés? Tous ces crimes furent commis
par un criminel fanatisme. Bientôt à cette cruauté
inouie succéda le signal du massacre général des
ludiens. Iln'étoit plus de frein à opposer à la frénésie --- Page 36 --- VOYAGES
avoit emportées avec lui, plongea ces Indiens
dans les mines, et à la moindre plainte les
faisoit massacrer. La cour 2 ne pouvant le
des faits, le félicitoit sur la bonne
juger que par
et sur les
police établie dans l'ile par ses soins, 2
richesses immenses qu'il envoyoit en Espagne.
fontes d'or tous les ans ;
11 se faisoitalors quatre
les
deux dans la ville de Buena-Ventura pour
vieilles et nouvelles mines de Saint-Christophe,
et deux à la Conception ou la Véga, pour les
mines de Cibao. Ces quatre fontes étoient évaluées à quatre cent soixante mille marcs.
Le roi Ferdinand, alors en guerre avec le
de Naples, tout en encourageant
royaume
comblant
une admiOvando, et en
d'éloges
nistration qui rapportoit tant à l'Etat, cassa
néanmoins l'ordonnance du gouverneur, par
laquelle il affermoit la pêche, la chasse et les
salines naturelles du pays; il substitua à cette
ordonnance inique et contre le droit des noud'hommes sans moeurs et sans foi. Le bon Barthelemi
de Las-Casas fit le voyage d'Espagne pour plaider la
cause des Indiens; mais il trouva à la cour , pour
antagoniste, le puissant évèque de Darien, homme
fourbe, ambitieux, qui laissa en suspens la décision
de Charles-Quint, faute de laquelle on immola le
reste des insulaires.
naturelles du pays; il substitua à cette
ordonnance inique et contre le droit des noud'hommes sans moeurs et sans foi. Le bon Barthelemi
de Las-Casas fit le voyage d'Espagne pour plaider la
cause des Indiens; mais il trouva à la cour , pour
antagoniste, le puissant évèque de Darien, homme
fourbe, ambitieux, qui laissa en suspens la décision
de Charles-Quint, faute de laquelle on immola le
reste des insulaires. --- Page 37 ---
D'UN NATURALISTE
veaux colons, une autre plus encourageante et
relative à la culture des cannes à sucre, dont
Pierre d'Atenca avoit apporté des Canaries les
premiers plants à San-Domingo. C'est Gonzalez
de Velosa qui y fit bàtir le premier moulin
à sucre.
Ovando que la soif de l'or dévoroit, et insatiable de concessions., obtint de Ferdinand la
transmigration de quarante mille insulaires des
iles Lucayes, sous le prétexte de les convertir
à la foi; et pour mieux les engager, il leur
faisoit entrevoir que ce changement n'étoit que
pour leur faire rejoindre leurs parens morts pour
leur pays, mais habitant une terre plus heureuse. Les trop confians insulaires, séduits par
mais
ces promesses flatteuses, s'embarquérent ;
en arrivant, ils furent condamnés à un éternel
esclavage. Lorsqu'ils se virent aussi indignement
abusés, le chagrin qui s'empara d'eux, en fit
mourir une grande partie.
Les mauvais traitemens qu'on faisoit éprouver
à ces Indiens, en diminuoient chaque jour le
nombre; on fit de nouvelles incursions dans les
fles voisines; mais, comme par-tout, on trouva
dela résistance, on se décida d'avoir recours aux
nègres d'Afrique; et c'est de cette époque que
date leur transmigration dans l'ile d'Haiti.
On se félicita d'autant plus de cette nouvelle --- Page 38 ---
VOYAGES
qu'un nègre y travailloit comme six
recrue,
Indiens.
En 1511, le conseil de Ferdinand, ,ayant pris
considération les plaintes portées contre les
en
exercées envers les malheureux insuvexations
Jaires, déclara que les Indiens seroient réputés
libres, et traités comme tels ; avec défense
de leur faire porter à l'avenir des farexpresse deaux comme anx bêtes de somme qui s'étoient
dans File,-qu'on pouvoit les
tant multipliées
Il fut en outre ordonné
employer à cet usage.
contr'eux
désarmais
qu'on ne se serviroit plus
les
du baton.ou du fouet pour les punir, que
femmes enceintes ne seroient plus assnjéties à
mercenaire, qu'on leur assigheroit
un travail
enfin que leurs plaintes
des jours de repos ,
hélas! cette voix étoit
seroient écoutées; mais,
criedansledésert, etle bon Las-Casas,
cellequi
le titre de visiteur-général et de
envoyé ayec
la faire entendre
protecteur des Indiens, ne put
les
souillées par tous
à des ames corrompues,
de Y'ambition la
vices, et eselaves elles-mêmes
plus démesurée.
détermina à se rendre
Bientôt Las-Casas se
du trône la
en Espagne, pour y plaider au pied Junte étoit
cause des insulaires opprimés. Le
Charles, nouveau roi d'Espagne,
présidée par d'être nommé empereur d'Alleet sur le point
Indiens, ne put
les
souillées par tous
à des ames corrompues,
de Y'ambition la
vices, et eselaves elles-mêmes
plus démesurée.
détermina à se rendre
Bientôt Las-Casas se
du trône la
en Espagne, pour y plaider au pied Junte étoit
cause des insulaires opprimés. Le
Charles, nouveau roi d'Espagne,
présidée par d'être nommé empereur d'Alleet sur le point --- Page 39 ---
D'UN NATURALISTE.
magne, qui fut presque insensible au récit touchantde. Las-Casas,àl la fin duquel on remarque
ce morceau pathétique que Phistoire à juste titre
a transmis à la postérité.
( Eh! dans quel pays du Monde, Sire, les
) apôtres et les hommes apostoliques ont-ils
)) jamais cru avoir droit sur la vie, sur les
)) biens et sur la liberté des infidèles? Quelle
)) étrange manière de précher TEvangile, cette
)) loi de grace et de sainteté, qui d'esclaves du
) Démon nous fait passer à la liberté des vrais
)) enfans de Dieu, que de réduire en captivité
)) ceux qui sont nés libres, que de déchirer à
> coups de fouet des innocens, 2 dont tout le
) crime, par rapport à nous, est de ne pouvoir
) supporter les travaux dont nousles accablons;
)). d'inonder leur pays d'un déluge de sang; de
) leur enlever jusqu'au nécessaire, et de les
) scandaliser par les plus honteux excès!Voila,
)). Sire, ce qu'on cache à Votre Majesté; voilà ce
) quejfai vu, et sur quoi je ne crains pas d'être
) démenti.Jugez à présent la cause des Indiens,
> selon votre sagesse, votre équité, votre reli-
) gion; et je suis assuré qu'ils souscriront sans
)) peine à votre arrêt ).
En 1519, lesinsulaires, échappés au massacre
géuéral, se réunirent en un corps commandé
par un chef digue d'être à leur tête; et après --- Page 40 ---
VOYAGES -
avoir secoué le joug d'Espagnols qui nagnères
faisoient trembler un bien plus grand nombre,
en ils firent faceaux Castillans, qui furent contraints
de traiter avec ces révoltés, et de leur accorder
T'indépendance.
Indiens exhortés par Barrio - Nuevo à
Ces bas les armes 2 et à se soumettre au
mettre
éspagnol, avec promesse de cette
Gouvernement
déterminèrent
indépendance tant désirée, ne sy
l'arrivée de Las-Casas, qui détruisit en
qu'à
rendoitincertains.
eux le reste de défiance quiles
Henri, chefdu parti des Insulaires, fut déclaré,
du
héréditaire, exempt de
au nom
roi, prince
tribut, obligé au seul hommage à l'empereur
toutes les fois qu'il en seroit
et à ses successeurs,
mille
requis. 11 se retira donc avec ses quatre
Indiens à quinze lieues environ de la capitale,
prit le titre de Cacique de l'ile d'Haiti.
ety
ans que lile
Il y avoit à peu près quarante
jouissoit d'une douce paix, lorsque
espagnole
aventuriers, partis de
desAnglais et des Français
habitée par les Caraibes,
Tile Saint-Christophe,
de la côte du
vinrent s'emparer d'une partie
les EsNord, qu'ils croyoient abandonnée par
Cette association connue d'abord sous
pagnols.
qu'après leur
le nom de Boucaniers, parce
faire sécher
boucanerou
chasse ilss'occupoientà
à
it d'une douce paix, lorsque
espagnole
aventuriers, partis de
desAnglais et des Français
habitée par les Caraibes,
Tile Saint-Christophe,
de la côte du
vinrent s'emparer d'une partie
les EsNord, qu'ils croyoient abandonnée par
Cette association connue d'abord sous
pagnols.
qu'après leur
le nom de Boucaniers, parce
faire sécher
boucanerou
chasse ilss'occupoientà
à --- Page 41 ---
D'UN NATURALISTE
à la fumée la chair des boeufs qu'ils avoient
tués, furent nommés aussi Flibustiers, du mot
anglais Free-Booter ou Forban, c'est à dire
tout homme qui ne fait la guerre que
pour
piller (1).
(t) Ces aventuriers informés de l'inerlie et de l'insouciance des Castillans, paisibles au milieu de leurs
conquêtes, résolurent d'aller placer T'empire de leur
puissance sur les débris des Castillans. Ces pirates
vinrent donc s'établir sur les côtes septentrionales de
lile Espagnole, où ils furent bientôt visités
des
vaisseaux français, transportant des blancs sans par aveu
qui leur étoient vendus pour trois ans, sous le titre
d'engagés, lesquels travailloient à la culture ou à la
guerre, 2 et souvent rachetoient leur rançon avant le
tems.
Parmi ces flibustiers, les uns destinés au service
de terre, se livroient à l'agriculture et à la chasse
ceux-ci logeoient dans leurs boucans, d'oà leur vient :
le nom de boucaniers. Leurs boucans n'étoient autre
chose qu'un terrain inculte, plat, à portée du rivage,
oû se trouvoient des claies pour y boucaner la viande;
et un mauvais ajoupa où ils se contentoient d'un cuir
pour y reposer, et être à T'abri des intempéries de l'air
et de la saison.
D'autres portoient la désolation sur mer. Ils vivoient
tous en célibataires, et habitoient deux par deux. Les
biens, en cas de mort de lun ou de l'autre, restoient au
dernier survivant.. Ils agissoient sans gêne et avec franchise, puisque toul leur éloit commun, Leur véteTOME II,
C
ajoupa où ils se contentoient d'un cuir
pour y reposer, et être à T'abri des intempéries de l'air
et de la saison.
D'autres portoient la désolation sur mer. Ils vivoient
tous en célibataires, et habitoient deux par deux. Les
biens, en cas de mort de lun ou de l'autre, restoient au
dernier survivant.. Ils agissoient sans gêne et avec franchise, puisque toul leur éloit commun, Leur véteTOME II,
C --- Page 42 ---
YOYAGES
s'instalèrent partie à la grande
Ces (ibustiers
etils s'occupoient
TiledelaTortue,
terre, particàl chasser les boeufs et cochons
journellemcnt à
des premiers aux
marrons, vendant les peaux
de-qui ils recevoient en échangedes
Hollandais,
d'exercice, trop pacifique
provisions. Ce genre valeureux, ne leur plut pas
pour des êtres aussi
à
les plus intrépides se décidèrent
long-tems;
aller attaquer sur mer
armer en course, pour
les enrichir.
tous les bâtimens qui pourroient
chemise teinte du
ment n'étoit autre chose de qu'une leurs chasses ; un caleçon
sang des animaux, fruits
leur servant de ceinture,
mal-propre, et une courroie
renfermé dans sa
à laquelle étoit attaché un flottoient coutelas à Tabandon ; ils
gaine. Leurs chapeaux nues, et n'avoient, pour se
marchoient les jambes
qu'une paire de sandales
soustraire au sol bràlant,
Ils avoient pour arme
de peau de cochon marron. cetle arme qu'ils atlaquoient
une carabine : c'est avec
de chiens muets dressés
les boeufs sauvages, au chiens moyen de la meute éventant la
à cet exercice. Un des
alors à un signal
hête, cherchoit à la surprendre; Tarrêtoient, en aboyant
tous les autres accouroient, le tireur fût arrivé.
autour d'elle, jusqu'à ce que sur-le-champ, et le
L'animal tué, on le dépouilloit le plus gros OS qu'il
chasseur quil lavoit tué, prenoit la moëlle, abandonfaisoit boucaner pour en sucer le faisant rôlir, le
nant le reste aux engagés qui, et du jus d'orange.
mangeoient avec du piment
re; Tarrêtoient, en aboyant
tous les autres accouroient, le tireur fût arrivé.
autour d'elle, jusqu'à ce que sur-le-champ, et le
L'animal tué, on le dépouilloit le plus gros OS qu'il
chasseur quil lavoit tué, prenoit la moëlle, abandonfaisoit boucaner pour en sucer le faisant rôlir, le
nant le reste aux engagés qui, et du jus d'orange.
mangeoient avec du piment --- Page 43 ---
D'UN NATURALISTE
Ils se choisirent donc des chefs redoutables et
invincibles, qui savoient braver tous les dangers, et se mesurer avec avantage contre des
forces de beaucoup supérieures.
Lorsqu'ils apercevoient un bâtiment quelconque, sans réfléchir qu'une bordée pouvoit
couler bas leur fréle embarcation, on commandoit l'abordage, et de suite on arrivoit au
vaisseau en tiraillant pour inquiéter les canonniers. Une fois montés à l'assaut, le vaisseau étoit
à eux; car rien ne pouvoit leur résister.
Leur courage intrépide leur fit faire de tels
prodiges de valeur, que les Espagnols, qui les
appeloient Démoniaques , restoient interdits,
sans pouvoir se battre lorsqu'ils étoient en présence de ces invincibles, qui, pour mettre leur
prise en sûreté, commençoient à jeter à la mer
tous les soldats qui pouvoient la rendre douteuse.
Le lieu de réunion des flibustiers étoit l'ile
dela Tortue,oi se trouvoit un port commode,
et non point inaccessible comme la côte du
Nord, où dans beaucoupd'eodroits les chaloupes
même nej peuventaborder. D'ailleurs, ils y trouvoient une péche plus facile, des vivres du pays,
des fruits, du tabac, de très-belles cannes à
sucre, et des cochons devenus marrons depuis
que cette ile étoit abandonnée.
C2 --- Page 44 ---
VOYAGES
firent une descente; mais
Les Espagnols y
mirent
les Français, qui y
T'ile fut reprise par
contre les
snccessivement, pour le protéger chels de
le Vasseur et Rausset,
Espagnols,
établirent des forts et des re--
flibustiers, quiy Enfin la France envoya en 1665
tranchemens.
- sieur de la Bouére 2
Bertrand d'Ogeron ,
au
angevin et ancien capitaine
gentilliomme
être le fondateur
régiment de la Marine, pour
de cette colonie française. d'événemens sous le
Il se passa beaucoup
et souvent les
de M. d'Ogeron ;
gouvernement
possessions
Espagnols,
en
oivonsksdontiegunennet
furent repoussés et taillés
pièces
françises,
glorieux que ce soin leur ait
par les flibustiers, battoient comme des lions,et
été confié. Ils se
aux pricomme ils ne faisoient aucun quartier de
trembloient
guersonniers, les Espagaols
les villes et
royer avec eux; et abandonnoient
fortifiées lorsqu'ils se présentoient.
places
flibustiers se croyant tout
Cependant ces
même des
et devenant les désolateurs
permis, framcaises,n'ayant plus à piller autre
possessions
d'obéir aux lois et réglemens de
part, refusant
leurs goûts, devinrent
police qui contrarioient
heurter,
colonie. On craignoitdeles'
le fléaudela
de s'opposer à leur vengeance,
el le seul moyen
deleur voir
étoit de les éloiguer, sous le prétexte
ant tout
Cependant ces
même des
et devenant les désolateurs
permis, framcaises,n'ayant plus à piller autre
possessions
d'obéir aux lois et réglemens de
part, refusant
leurs goûts, devinrent
police qui contrarioient
heurter,
colonie. On craignoitdeles'
le fléaudela
de s'opposer à leur vengeance,
el le seul moyen
deleur voir
étoit de les éloiguer, sous le prétexte --- Page 45 ---
D'UN NATURALISTE.
acquérir plus de gloire. M. Ducasse, successeur
de M. de Cussy au gouvernement de SaintDomingie,apresyavoire été autorisé par la cour
de France, leur proposa une expédition dans la
mer du Sud, qui fut acceptée par la valeureuse
milice avec des cris d'enthousiasme. Bientôt ils
se rendirent maîtres de Guayaguil, dans la
petite ile Sainte-Claire, oùt ils firent un batin
considérable 9 quoique beaucoup d'habitans
l'eussent déjà désertée avec leur fortune à l'approche des pirates. Les soir, le gouverneur convint
de donner, pour sa rançon et celle de sa ville,de
l'artillerie et des navires, un million de piastres
de huit en or, et quatre cents paquets de farine.
Malgré tous ces succès, les flibustiers furent
en partie détruits dans une affaire, près du Cap
oit M. de Cussy, prédécesseur de M. Ducasse,
fat tué aussi par des lanciers espagnols.
Ce fut en 1695 que M. Ducasse reçut à SaintDomingue les colons de Sainte-Croix. Il lui fut
depuis ordonné d'aller assiéger Carthagène avec
des forces envoyées de France à sa discrétion,
et,les flibustiers qui lui restoient après la reddition de la ville; les flibustiers n'ayant point eu
part au partage, résolurento d'aller chercher euxmêmes une seconde capture dans Carthagene,
qu'ils firent capituler après avoir renfermé les
habitans dans une grande église, et où leur
C3 --- Page 46 ---
-
VOYAGES
cupidité retenant une rançon qu'on
d'eux, les flibustiers se livrèrent à des exigeoit
sur Jesquelles T'histoire a
cruautés
impénétrable.
jeté un voile discret et
Philippe V, petit fils de Louis XIV,
monté sur le trône d'Espagne, etla
étant
ligence ayant été rétablie
bonne intelentre les deax
sances, les hostilités entre les'
puisFrançais cessèrent à
Espagnols et les
profita donc de cet Saint-Domingue. accord
La cour
cuper de la
unanime pour s'occolonie, et en asseoir
nementa
le-gouvertadministratifsure des basesi
M. Deslandes y fut
inébranlables.
missaire
envoyé en qualité de comfonctions ordonnateur, faisant en même tems les
d'intendant. M. Deslandes, ancien
directeur de la compagnie des Indes,
par-tout d'une considération
jouissant
lev3 février 1705 à
méritée, débarqua
Léogane, où il étoit attendu
avec la plus vive impatience.
M. Deslandes, de concert avec M.
successeur de M.
Auger, 3
Ducasse, nommé chef d'escadre, rétablit la colonie sur un pied
tous deux firent le bonbeur des imposant:
assurèrent au
babitans, et
Les
pays une tranquillité
colons jouissoient
parfaite.
de ces
paisiblement des bienfaits
enlever administrateurs, lorsque la mort vint les
tous deux. Les larmes qui ont été versées
sur leurs tombeaux, font d'eux Péloge le
flatteur,
plus
Ducasse, nommé chef d'escadre, rétablit la colonie sur un pied
tous deux firent le bonbeur des imposant:
assurèrent au
babitans, et
Les
pays une tranquillité
colons jouissoient
parfaite.
de ces
paisiblement des bienfaits
enlever administrateurs, lorsque la mort vint les
tous deux. Les larmes qui ont été versées
sur leurs tombeaux, font d'eux Péloge le
flatteur,
plus --- Page 47 ---
D'UN NATURALISTE.
M. le comte de Choisenil-Beaupré, nommé
gouverneur de Saint-Domingue en 1707, bien
persuadé que le rétablissement des flibustiers
étoit nécessaire à la prospérité du commerce, les
rappela, et se les atlacha par des faveurs. Il se
proposoit de rétablirla course, lorsqu'en passant
en France, il essuya un combat naval de la part
des Anglais, dans lequel il reçut une blessure
dontilmourutalal Havanne,aur moisdemair7tr.
C'est à cette époque que les flibustiers se voyant
sans appui, renoncèrent à leur ancien genre de
vie, et se firent tous habitans cultivateurs. Ainsi
finit l'association de cette milice intrépide.
C'est assez vous entretenir de Phistoire de
notreile, dit M. Desduneslachicote; je vais terminer mon récit en vous observant qu'en 1776
onr établit des limites aux possessions françaises
et espagnoles, et qu'elles furent annullées parle
traité entre la République française et le roi
d'Espagne, en date du 24 juillet 1795, qui cède
pour toujours à la France toute la partie espagnole de Saint-Domingue.
Après avoir remercié mon hôte, je réclamai
delui, pour nouvelle complaisance, de me faire
connoitre la colouie dans son état actuel, et de
m'éclairer sur les moeurs de ceux qui l'habitent.
Il remit au lendemain ces renseignemens, et je
lc quittai pour faire le tour de ses possessions.
C 4
agne, en date du 24 juillet 1795, qui cède
pour toujours à la France toute la partie espagnole de Saint-Domingue.
Après avoir remercié mon hôte, je réclamai
delui, pour nouvelle complaisance, de me faire
connoitre la colouie dans son état actuel, et de
m'éclairer sur les moeurs de ceux qui l'habitent.
Il remit au lendemain ces renseignemens, et je
lc quittai pour faire le tour de ses possessions.
C 4 --- Page 48 ---
VOYAGES
On croira peut-être
domaine
que je vais décrire le
passa son somptueux enfânce. et enchanteur où mon hôte
Triste victime des événemens
révolutionnaires, il s'est relégué dans
inaccessible, dénué de
un lieu
sujets, tandis qu'à
tout; abandonné par ses
ses riches
cinq cents pas de là, il voit
propriétés dans les mains
son ancien esclave,qui
d'un fermier
mépris; mais bon et
wdleajunafinattenve
Voici donc le lieu sensible, il se tait et gémit.
et qui fut aussi
d'exil de ce colon infortuné,
Au milieu d'un pendant long-tems ma retraite.j
-désolé
désert aride et
par les épines
silencieux,
bayaonde
dangereuses du fréle
(1), qui en fait toute la
un terrain gercé ou bourbeux,
verdure dans
on y voit. quelques cases
suivant la saison,
hôte occupoit la
démembrés, dont mon
nombreuse famille plus grande en raison de sa
de vieux
: près de la, sont les débris
parcs à bêtes. Jamais
l'aurore ne salua les hôtes de parfum aulever de
fontaine n'en récréa la
ce réduit, jamais
mélodieux n'en fit
vue, et jamais oiseau
morne silence.
oublier par ses chants le
ou frésaies, ces tyrans
errmete
ces enceintes solitaires, désolateurs, qui visitent
"dacieuse de
dans leur poursuite auleurdonner, d'aller pigeons obligés, faute de grains à
chercheranloin leur pâture,
(1) Minosa urens, (Planche II).
>
fontaine n'en récréa la
ce réduit, jamais
mélodieux n'en fit
vue, et jamais oiseau
morne silence.
oublier par ses chants le
ou frésaies, ces tyrans
errmete
ces enceintes solitaires, désolateurs, qui visitent
"dacieuse de
dans leur poursuite auleurdonner, d'aller pigeons obligés, faute de grains à
chercheranloin leur pâture,
(1) Minosa urens, (Planche II).
> --- Page 49 ---
.
Pyye U
%
Le Baie-a-ondes, Arbrepernicienx dans les Hattes. --- Page 50 --- --- Page 51 ---
D'UN NATURALISTE.
Aupiedd'un mome,Biaqiegielgies vapeurs
descendues le couvrent à mi-côte, on ressent en
cet endroit inhabitable une chaleur excessive et
difficile à supporter ; et, lorsque condensées,
elles se transforment en pluie, ce n'est jamais
sans quelqu'arrivée subite d'un ouragan qui
souvent y enlève des cloisons ou une partie de
la couverture de chaume.
L'écho, trop fidèle de ces montagnes, répête
d'une manière effrayante les coups de tonnerre,
et en grossit les éclats. Les éclairs ne pouvant
s'éteindre, se confondre à un horizon lointain,
sont réfléchis sur ces masses ténébreuses, et y
cWouisentlong.tems, par le trop vif éclat de leur
Jumière.
Dans le temps des secs (1),c'est une poussière
toujours agitée qui, spiralement enlevée par le
vent, forme des tourbillons en entonnoir qui deviennent souvent formidables. Ces bourrasques
forment en quelque sorte une trombe de terre.
J'examinai seulement en ce lieu avec plaisir
les troupeaux qui en font l'ornement : le saut
des cabrites (2) qui y distraient le solitaire; les
() L'année à Saint-Domingue est divisée en deux
saisons réglées, celle des secs depuis le mois de
novembre jusqu'à la fin de mai, et celle des pluies
le reste du tems : cette température est invariable,
(2) Chèvres du pays. (Planc. III).
en quelque sorte une trombe de terre.
J'examinai seulement en ce lieu avec plaisir
les troupeaux qui en font l'ornement : le saut
des cabrites (2) qui y distraient le solitaire; les
() L'année à Saint-Domingue est divisée en deux
saisons réglées, celle des secs depuis le mois de
novembre jusqu'à la fin de mai, et celle des pluies
le reste du tems : cette température est invariable,
(2) Chèvres du pays. (Planc. III). --- Page 52 ---
VOYAGES
pintades qui en enrichissent le revenu, ainsi que
les béliers, vaches et gazelles, dont le nombre,
de beaucoup inférieur à celui d'autrequoique
fois, ne laisse pas d'être considérable.
dans
Promenant mes rèveries, et m'enfonçant
les halliers, je vis à cent pas environ la nature
changer entièrement d'aspect : elle n'est plus stérile, mais laborieuse et animée. C'est le lagon
Peinier, ou cirque des Bambous, où se réunissentj journellement les troupeaux de gazelles (1),
moutons et chèvres qui y prospèrent, y vont se
désaltérer, et en brouter la verdure toujours
enthousiasme on
fraiche et renaissante. Quel
éprouveàla vue de ces gras pâturages'Cone: sont
des gramens à tige desséchée par l'ardeur du
pas soleil du climat bràlant de la hatte voisine; les
animaux,dans ce cantonheureus,00t) peineà promenerdans leur marche lente la graissequ'ils ont
acquise au moyen de cette nourriture succulente.
Ce lagon est le domicile des sarcelles (2),
gingeons (3) et autres oiseaux aquatiques: On y
(r) Ou génisses.
de Saint-
(2) La sarcelle rousse à longue queue
Domingue (Anas dominica, Lath. pl. enl. no. 968)
le
sarcelle de la nouvelle Espagne de
est chilcanauhtli,
colcanauhtli.
Fernandez, qui appelle la femelle Lath. pl. enl. de
(3) Ou vingeon (Anas Penelope
et genre du
Buffon, no. 825) ordre des palmipèdes
canard, ou canard siffleur, et non pas téle-rouge.
le rousse à longue queue
Domingue (Anas dominica, Lath. pl. enl. no. 968)
le
sarcelle de la nouvelle Espagne de
est chilcanauhtli,
colcanauhtli.
Fernandez, qui appelle la femelle Lath. pl. enl. de
(3) Ou vingeon (Anas Penelope
et genre du
Buffon, no. 825) ordre des palmipèdes
canard, ou canard siffleur, et non pas téle-rouge. --- Page 53 ---
D'UN NATURALISTE.
voit, à Phorizon du centredel la prairie, s'élever
avec grace le vert bambou (1) qui réfléchit ses
panaches déliés et tremblans sur le cristal de
cette eau peu courante; plus loin, le sombre
ormeau réjouir l'air par sa couleur variante. Ici,
l'acacia, étouffé sous des campêches touffus,
décèle sa présence par son parfum subtil et pénétrant; là, des touffes de grenadilles (2) et de
poincillades (3): y bigarrent la verdure par leurs
nuances opposées : je m'étois approché d'un
chenal ombragé par deux rangées de toufles
épaisses de bambous qui se prolongent à l'infini,
pour y chercher des caîmans qui reposent en silence sous ces sombres voûtes, lorsqu'en m'asseyant sur le bord de cette onde paisible, je vis
près de moi, burinés sur la tache d'un bambou,
ces vers soupirés par quelqu'amant malheureux: :
Privé du seul bien de mon coeur,
J'aurai le sort de l'hirondelle
Qui de faim, d'ennui, de douleur
Meurt sans sa compagne fidelle.
Chaque minute, et chaque jour
Serez comptés par des larmes d'amour!
Emu d'un sort qu'on peut éprouver, je relus
() Bambusa, graminée du genre des roseaux.
(2) Ou fleur de la Passion, Passi flora, Linn.
(Gyandrie pentandrie).
(5) Ou fleur de Paon, fleur de Paradis; Poinciana
pulcherrima, Linn. Décandrie monogynie.
de douleur
Meurt sans sa compagne fidelle.
Chaque minute, et chaque jour
Serez comptés par des larmes d'amour!
Emu d'un sort qu'on peut éprouver, je relus
() Bambusa, graminée du genre des roseaux.
(2) Ou fleur de la Passion, Passi flora, Linn.
(Gyandrie pentandrie).
(5) Ou fleur de Paon, fleur de Paradis; Poinciana
pulcherrima, Linn. Décandrie monogynie. --- Page 54 ---
VOYAGES
et j'étois
avec sensibilité ces paroles touchantes,
absorbé dans mes itinisemnlimngeielgrre des
qu'il étoit tard. Le soleil dorant les pitons
montagnes du couchant, me fit reconnoitre que
j'avois commis une imprudence en m'engageant
dans des chemins que je ne connoissois pas.
l'autre, lorsque je
J'avois pris un morne pour
m'aperçus quej'étoise égaré. Mais quelques coups
amenèrent bientôt
de fusil tirés précipitamment,
à ma recherche M. Desdunes-lachicotte, qui,
rejoint, me dit qu'il étoit tems de crier
m'ayant
dans des déserts
au secours, car je m'enfonçois
inhabités.
des débris d'une case inIl me fit passer près
oùt tout être
cendiée (pl. IV) depuis trois jours,
les
sensible doit verser des larmes, et honorer
manes d'un père victime de son amour pour ses
enfans. Il étoit à quelques pas, occupé à la culune famée d'oi
ture du coton, lorsqu'il aperçut
partoient des cris de douleur; ; le sentiment paternel parle en lui. Le malheureux nègre vole
il entre, en bravantles dangers de ces
au bruit,
ses
flammes dévorantes, et ne peut distinguer
deux enfans au milieu d'un embrasement universel. Il en aperçoit un cependant, qu'il jette
dehors à moitié bralé; l'autre se
promptement
derniers
Ce bon
fit reconnoitre par ses
soupirs.
père veut les aller recueillir; mais un tourbillon --- Page 55 ---
D'UN NATURALISTE.
le consuma à peu près, puisqu'il n'eut que le
tems d'aller expirer à quelques pas de sa case,
près de son autre enfant qui lui tendoit en vain
les bras.
Nous rentrâmes à la hatte, oùl, après m'avoir
offert pour souper un verre de lait écumeux,
traitdevant nous, et une patate, mon hôte reprit
son récit à la lueur du bois chandelle (1), luminaire auquel il étoit réduit.
Je vous ai donné, me ditil, 1 quelques notions
sur l'état primitif de l'ile de Saint-Domingue;
maintenant je vais vous développer encore progressivement les moeurs d'un tems plus rapproché, c'est à dire, des premiers habitans de cette
colonie.
L'Américain autrefois paisible, et profitant
des dons de la nature, sans la violenter dans
ses libéralieés,jouisoity àl'ombredes ses vergers,
de la contemplation de cette belle nature qu'on
n'y connoit plus aujourd'hui. Il cultivoit sans
ambitionl les productions indigènes pour en tirer,
par le commerce ou Téchange, l'argent indispensable à ses besoins modestes, et à ceux de
ses travailleurs qu'il rendoit alors heureux.
(i) Cest le Taouya ou Alacolay des Caraibes; celui
deliledel France est le Dragonnier à feuillesréfléchics,
Draceenar reflexa, Linn.
redes ses vergers,
de la contemplation de cette belle nature qu'on
n'y connoit plus aujourd'hui. Il cultivoit sans
ambitionl les productions indigènes pour en tirer,
par le commerce ou Téchange, l'argent indispensable à ses besoins modestes, et à ceux de
ses travailleurs qu'il rendoit alors heureux.
(i) Cest le Taouya ou Alacolay des Caraibes; celui
deliledel France est le Dragonnier à feuillesréfléchics,
Draceenar reflexa, Linn. --- Page 56 ---
VOYAGES
Ce labeur n'excédoit
justice étant ên leur point leurs forces, et la
pour le
cceur, ils faisoient tout
mieux; c'est pourquoi, sans
l'apreté d'un sol aussi
heurter
leurs travaux à
brolant, ils quittoient
du
l'époque de la plus forte chaleur
jour, pour se reposer et
et tranquille
jouir d'une molle
caractère
indolence, qui les reportoit à leur
naturel. Leur état de
leurs besoins, ils vivoient
repos apaisant
contentoientdel fruits, de
frugalement, et se
Il leur suffisoit de
légumes et de poissons.
et de le
mettre leur corps à convert,
parer des injures du tems dans un
ajoupa, leur seule
voyoit construire. ambition, et qu'un instant
ils vivoient
Dociles à la voix de la nature,
entr'eux dans la plus
intimité, et sembloient tous être dela parlaite
S'ils ne cultivoient
même famille.
pas les arts qui leur étoient
inconnus,ilsavoient moins de besoins, n'étoient
point envieux, et les
point encore
Européens ne les avoient
corrompus.
Enterré sous l'ombrage de son
dérober à l'ardeur du,
verger pour se
alloit y établir
soleil, ce colon
sa salle de festins. Il pacifique
l'un après l'autre les divers
y repassoit
fruits
son pays. Pour oublier la
communs à
tamarin,
pointe acidule du
banane de par exemple, il détachoit une
son
figue
régime (1); et tout en admirant
() La figue banane s'appelle aussit bacove.
(PI. VI)
de son
dérober à l'ardeur du,
verger pour se
alloit y établir
soleil, ce colon
sa salle de festins. Il pacifique
l'un après l'autre les divers
y repassoit
fruits
son pays. Pour oublier la
communs à
tamarin,
pointe acidule du
banane de par exemple, il détachoit une
son
figue
régime (1); et tout en admirant
() La figue banane s'appelle aussit bacove.
(PI. VI) --- Page 57 ---
%. J. Pave $6.
M
à
Patte de Figues bananes surlorégime terminé par la Popotte. - --- Page 58 --- --- Page 59 ---
D'UN NATURALISTE,
les pommes dorées du jardin des Hespérides,
que le soleil éclairoit d'un nouvel éclat, il en
éprouvoit aussi l'agréable saveur. Voyez-le
essayant les sapotilles (1) qui, comme vous le
savez, ne sont pas toutes de même qualité;
ct s'il en rencontre d'insipides, pour oublier
ce mépris, suivez-le gravissant avec enthousiasme au sommet du rocher recéleur de ses
ananas (2). Comme il se délecte de Jeur jus
d'ambroisie! Cependantla raison lui reprochant
un excès, rappelle son imprudence, et il va
trouver dans le corrossol (3) le palliatif de ce
froid acide.
Toujours ainsi cet homme simple et heureux
savoit diversifier ses goûts. Une autre fois il
mettoit à contribution le bananier au fruit
substantiel (4),l'avocatierau fruit savonneux (5),
(1) Achras Linn.; sapola, Plum. (Hexandrie monogynie) de Ja famille des hylospermes. (PI. VII).
(2) Bromelia, Xexandrie, Monogynie, de la famille des Narcissoides. (PI. V).
(5) Anona, Polyandrie polygynie, de la famille
des Lyptospermes. (PI. VIII).4
(4) Musa, Polygamie, Monoécie, de la famille des
Scitaminées.
(5) Laurier avocat, Laurus Persea, Linn. (Ennéandrie monogynie ) de la famille des Laurinées.
(PI, IX).
. VII).
(2) Bromelia, Xexandrie, Monogynie, de la famille des Narcissoides. (PI. V).
(5) Anona, Polyandrie polygynie, de la famille
des Lyptospermes. (PI. VIII).4
(4) Musa, Polygamie, Monoécie, de la famille des
Scitaminées.
(5) Laurier avocat, Laurus Persea, Linn. (Ennéandrie monogynie ) de la famille des Laurinées.
(PI, IX). --- Page 60 ---
Te
a
VOYAGES
et le manguier
(1) au fruit dépuratif Lés
pommes-roses (2) par leur
celui de la reine des
parfum, copie de
rouelles (3), celles du Hleurs; les prunes cimonbin
non plus dédsignées.
(4) n'étoient pas
Si la faim le pressoit, il s'en
bananes
tenoità
prises sur les lieux, à des quelques
sortir du verger, ou bien il rentroit patates au
boucaner un morceau de
à sa case y
la cendre d'un feu fait à chou-palmiste sous
avoit soif, il
l'instant. Lorsqu'il
puisoitdequoi
l'eau cristalline du
pouvoir l'étancher à
petit ruisseau
ses bananiers, ou au lait d'un nourricier de
tempéroit la vertu
COCO dont il
dedans le jus de
réfrigérante, en exprimant
quelques noeuds
sucre, En un mot, des
d'une canne à
roseaux recouvroient
(1) Mangifera findica, Linn.
gynie) de la famille des Thérébintacées. (Pentandrie mono-
(2) Cest le Jambosier à feuilles
(Pl, VII).
Jambos, Linn.,
longues, Eugenia $
vulgairement la
Pommier-rose. (Icosandrie,
Jamrosade, ou le
des Myrtoydes, (PI. VII). Monogynie) del la famille
(5) Ou Cyroyer, dont on
10, celui à fruits
distingue trois
fruits violets; Rheedia verts; 20. à fruits jaunes ; espèces; 30, et à
folio subrotundo, lateri flora, Linn.; Van Rheedia
(4) Fruits du Trichilier fructu luteo, Plum. (Pl. VII).
bâtard, genre de plantes à spondioider, fleurs
ou Monbin
décandrie monogynie, (PI.
polypétalées, de la
VII).
leurs
on
10, celui à fruits
distingue trois
fruits violets; Rheedia verts; 20. à fruits jaunes ; espèces; 30, et à
folio subrotundo, lateri flora, Linn.; Van Rheedia
(4) Fruits du Trichilier fructu luteo, Plum. (Pl. VII).
bâtard, genre de plantes à spondioider, fleurs
ou Monbin
décandrie monogynie, (PI.
polypétalées, de la
VII).
leurs --- Page 61 ---
a
D
A bad
@
d
0-0- 0C
a.Sapotille.b.! leMango. C. Cirouelles.d. Pomme rose. . e. Fruitdu.Mombin. --- Page 62 --- --- Page 63 ---
D'UN NATURALISTE.
leurs cabanes, 2 doublement abritées par les
arbres des forêts imposantes et antiques, dont
alors ce sol étoit couvert.
Que ce tems est loin de nous ! et combien
aujourd'hui l'ambition inexorable a changé la
face de cette terre!I D'immenses forêts ont tracé
dans les airs le souvenir de leur existence (1);
des montagnes silencieuses ont leur front sourcilleux découvert, et jusques dans les précipices
qui les environnent de toutes parts, tout y voit
végéter les productions qui font l'objet de la
plusardentes spéculation; des villes se sontélevées
sur les débris d'anciennes bourgades, sur des
dépouilles humaines ; mais aussi des plantes
précieuses, telles que le cacaoyer (2), ont fui la
sécheresse aride de ce sol brûlé, et ne s'y
trouvent plus en abondance comme autrefois.
Tel petit ruisseau entretenu par la fraîcheur
et l'ombrage d'arbres respectés par les tems,
s'est desséché dès que l'ambition, portant ses
pas sous ces voûtes silencieuses, projéta une
(1) Tout le monde sait qu'à Saint-Domingue, lorsqu'on veut défricher un terrain ou bois debout, ony
met le feu. Les cendres qui en sont le résultat, sont le
seul engrais qu'il puisse attendre àl'avenir de la cupidité des hommes.
(2) Theobroma, Linn. (Polyadelphie pentandrie,
de la famille des Malvacées.
TOME II.
D
'ambition, portant ses
pas sous ces voûtes silencieuses, projéta une
(1) Tout le monde sait qu'à Saint-Domingue, lorsqu'on veut défricher un terrain ou bois debout, ony
met le feu. Les cendres qui en sont le résultat, sont le
seul engrais qu'il puisse attendre àl'avenir de la cupidité des hommes.
(2) Theobroma, Linn. (Polyadelphie pentandrie,
de la famille des Malvacées.
TOME II.
D --- Page 64 ---
VOYAGES
ni T'anticulture mercenaire. Elle ne respecta
pi la beauté de ces arbres, tout fut sacrifié
quité
de
tellement que des plaines
au désir
Tor,
aussi torride ne peuvent
entières dans un pays
offrir un arbre pour le repos. don de la nature en
Les fruits, le plus riche
puissans du désordredu
ce pays, ces réparateurs
acidule, lecorrossol
sang,le tamarin par sa pointe
ne s'y
sa vertu balsamique, et tant d'autres,
et
par
guères que dans les marchés;
xencontrent
actuellement est si dépeuplé
Saint-Domingue
voisines,
d'arbres fruitiers, - qu'on apporte desiles
de la
espagnole, des cocos, ananas,
ou
partie fruits. Le colon, parcourant
oranges et autres voit plus s'élever ces proses domaines, n'y
C'est le
ductions autant utiles qu'agréables.
les
et le caffier qui
duvet du coton, Vindigo
exclusive.
remplacent avec une préférence trop
PEtre
Ainsi, au milieu d'un sol fertile anquel
infiniavoit départi tant de bienlaits, on ne peut
voir remplacer sa soif
dans les promenades
bràlante encore,
ardente que par une autre plus la vue des riches
celle de Por que fait éprouver
et
récoltes. Alors le premier besoin est oublié,
l'ambitieux, tout en happant sa langue desséchée,
l'ivresse de ses spéculations, OsC
trompé par
devancer T'avenir!
douces jouissances que
Pourtant, quelles plus --- Page 65 ---
D'UN NATURALISTE.
5I
celles goutées au sein de la nature; et quel plus
grand bonheur que d'avoir tous les jours à
remercier l'Auteur de ces libéralités
de ces mêmes productions
par l'usage
qu'il semble avoir
affecté aux besoins journaliers de l'homme !
Mais quittons cette digression pénible pour vous
tracerl'esquisse denos mecunavecinparialié
Le créole de Saint - Domingue
apporte en
naissant, avec des dispositions morales peut-être
trop précoces, une taille presque toujours avantageuse, et qui, n'étant point contrariée dans
son accroissement par les liens du maillot, se
développe avec grace et souplesse. Ilp paroît, dès
sa plus tendre enfance, dispos et propre à tous
les exercices gymnastiques. Il a rarement de
l'embonpoint, et cet état demaigreur estla cause
dépendante d'un tempérament lascifet bralant.
Dès qu'il a vu le jour, on l'arrache à sa mère
pour le confier à des mains étrangères, à une
négresse toujours libertine, qui sait
la surveillance la
tromper
plus exacte, et n'arrive jamais
au terme du sevrage sans avoir rompu les lois
dela continence, donne ensuite à l'enfant un lait
corrompu, et, avec cette boisson
le germe de ses impudiques désirs. pernicieuse, 0 mères
dénaturées! que de reproches vous avez à vous
faire! N'accusez donc plus VOS enfans de leurs
honteux déréglemens ; c'est vous-mêmes qui
D2
la surveillance la
tromper
plus exacte, et n'arrive jamais
au terme du sevrage sans avoir rompu les lois
dela continence, donne ensuite à l'enfant un lait
corrompu, et, avec cette boisson
le germe de ses impudiques désirs. pernicieuse, 0 mères
dénaturées! que de reproches vous avez à vous
faire! N'accusez donc plus VOS enfans de leurs
honteux déréglemens ; c'est vous-mêmes qui
D2 --- Page 66 ---
- a -
VOYAGES
Ne les accusez plus d'un.
les avez provoqués.
avenir qui est votre ouvrage.
créoles naissent francs, bons, hospitaliers,
Les
ils semblent pressentir qu'ils
mais orgueilleux;
à des esclaves:
doivent commander un jour
à
derniers seroient bien moins plaindre
que ces
des hommes, leurs maîtres consi, devenus
primitives ; mais,
servoient leurs dispositions s'altèrent, et il en
hélas! toujours ces vertus
nous en qui ces principes
est bien peu parmi
absolu de
point. 0 pouvoir
ne dégénèrent d'une éducation convenable
Téducation, mais
vous, d'abus
enfans des colonies, que, par
aux
réformés! Que devient un moral abanseroient
et sans lois répressives?
donné aux passions ,
féroce, égoiste
Il acquiert un instinct sauvage, mot à sacrifier.
d > prêt en un
et dominateur,
absolu.
à son empire
tout ce qui s'oppose Par une. suite conséquente
Etqui le croiroit?
raison brute et inculte,
del'imperfection de cette
comme
fait trembler ses esclaves
le créole, qui
dessous de lui, et
des êtres infiniment au honte de le comparer,
auxquels on lui feroit Pabandon où il est livré,
dans
ne rougit plus,
d'égalité par une intimité
d'établir des rapports
de ces négresses,
, en s'associant
de
méprisablé machines animées, et instrumens
esclaves, 7
de rendre,
qu'il a Timpudeur
la brutalité, --- Page 67 ---
D'UN NATURALISTE,
dépositaires de ses plusintimes affections; affectionsdont il refuse Pépanchement au coeurd'une
épouse tendre et aimante, qu'il couvre, par cette
préférence outrageante, de l'affront le plus sensible et le plus humiliant. Il insulte à des
charmes réels, à une sympathie que lui a
indiquée la nature, pour obéir à un penchant
libidineux. que son organisation plus élevée
condamne, et dont la nature elle-même, par
le cachet de sa démarcation, semble lui proscrire l'espèce. C'est le papillon qui néglige la
rose pour s'attacher au chardon!
L'âne répondra, dit un auteur, Pamour
égale tout ! L'amour!!! C'est avilir un aussi
beau sentiment; c'est abrutir des sensations
délicates qui ne peuvent supporter ce parallele.
Dans un pareil oubli de soi-mème, dans ces
instans du délire enivrant, oùt la raison ne
peut commander aux sens, c'est l'instinct qui
agit, et l'ame n'y est pour rien 5 les obstacles
irritant lès désirs.
Mais. bientôt l'indifférence, leur premier
penchant naturel , vient mollir cette passion
éphémère, qui cesse par la possession de ce
qu'on a désiré. L/âge n'éteint pourtant point
leurs désirs libidineux ; et à celte époque de
la vie, oùr ils n'ont plus à triompher des belles,
D 3
c'est l'instinct qui
agit, et l'ame n'y est pour rien 5 les obstacles
irritant lès désirs.
Mais. bientôt l'indifférence, leur premier
penchant naturel , vient mollir cette passion
éphémère, qui cesse par la possession de ce
qu'on a désiré. L/âge n'éteint pourtant point
leurs désirs libidineux ; et à celte époque de
la vie, oùr ils n'ont plus à triompher des belles,
D 3 --- Page 68 ---
a a
VOYAGES
ils deviennent despotes et jaloux, furieux même
lorsqu'ils soupçonnent une infidélité. Vonsaurez
à faire sur le caractère
tant d'observations
plus
des créoles, que je ne m'étendrai pas
long-tems sur leur moralité.
Le sexe est bien loin d'essuyer les mêmes
reproches. Il sait se respecter; et lhonneur 7
la décence vondroient céder à des passions
violentes, que l'orgueil des comparaisons sauroit vaincre la matière pour établir des barrières
insurmontables. Aussi voit-on rarement en ce
des femmes blanches oublier leur origine ;
pays
aussi
et les hommes y sont comparativement Leur
licentieux, que les femmes réservées.
n'est point celle d'un jour, et si
conquête
la
délaissée par un époux qui
une créole,
méprise, et qui se fatigue de ses caresses qu'il
évite, cherche le coeur d'un ami dans lequel
elle puisse verser le torrent de ses afflictions,
il faut qu'elle ait bien étudié son choix qui,
Pordinaire, est immuable. Comment ne
pour aimer un coeur qui hait le partage,
point
et qui le bannit de son empire?
Les créoles sont langoureuses 7 par fois indifférentes; mais cette apathie tient à leur caractère, et s'il en est de peu démonstratives, 9
doit ce silence à la sécurité du moment;
on --- Page 69 ---
D'UN NATURALISTE.
car sur leur teint pâle on voit souvent, lorsqu'elles sont émues, la rose y laisser de ses
traces (r).
Leur voluptueuse nonchalance les retient
une grande partie du jour sur des sophas où
des esclaves sont occupées à appeler autour
d'elles les douceurs de Morphée, et à verser
ses pavots en agitant légérement un ventilateur qui, comme un autre zéphyr badin,
rafraichit l'air qu'elles respirent, et apaise
l'agitation de leurs sens.
Si le sommeil indocile ne détend point leur
imagination active, elles sont maussades, querellent, accusent leurs esclaves de leurinsomnie,
ordonnent un bain, où les parfums de l'oranger
ct du frangipanier Ninsntonlosserkerceps
d'albâtre. Ce moyen est sûr pour rappeler leur
bonne humeur; il semble qu'elles laissent dans
cette eau tiédie de leurs feux, la cause du
brasier qui les dévoroit.
(1): Leur état d'indolence fait place à l'énergie, lorsqu'elles ont formé un désir, que leur caractère impérieux veut toujours voir accompli, s'il s'élève quelqu'obstacle; mais lorsqu'elles n'ont qu'à vouloir, elles
retombent dans leur insouciance, en refusant souvent
ce qu'elles avoient d'abord demandé,
D 4
ette eau tiédie de leurs feux, la cause du
brasier qui les dévoroit.
(1): Leur état d'indolence fait place à l'énergie, lorsqu'elles ont formé un désir, que leur caractère impérieux veut toujours voir accompli, s'il s'élève quelqu'obstacle; mais lorsqu'elles n'ont qu'à vouloir, elles
retombent dans leur insouciance, en refusant souvent
ce qu'elles avoient d'abord demandé,
D 4 --- Page 70 ---
-
VOYAGES
Leurs regards quelquefois,
attendris d'un doux
par étude, sont
voluptuense mélancolie abattement; souvent une
se peint dans leurs
mourans et enchanteurs; mais, femmes char- yeux
mantes! n'est ce point là votre secret? n'est-ce
pas ce talisman puissant et irrésistible
par un aimant amoureux, attire tousles
qui,
La taille des créoles est svelte,
coeurs?
démarche aisée est
souple, et leur
croiroit-on
gracieuse et élégante. Mais
ques souvent, au miliend'uedonceur
enfantine, d'une émotion pure et
on les voit à l'instant
sentimentale,
convulsifs de la
passer aux mouvemens
moindre
colère, si elles éprouvent la
contradiction:je puis, comme créole,
juger avec impartialité, et être esclave
vérité
d'une
que je ne veux point trahir.
se peut-il aussi
Comment
que naturellement bonnes et
compatissantes, elles ordonnent de
sans rémission, et
sang froid
sensibilité
voyent exécuter avec incris du une punition inhumaine, malgré les
victimes repentir, et l'effusion du sang de ces
sans défense ?
l'honneur de mon
Heureusement, il
pour
il en a existé, et il pays, en est peu; mais
en existe encore.
Jusqu'à neuf et même dix ans, les
des deux sexes sont le plus
enfans
dépouillent eux-mémes
souvent nus, et se
qui les
du plus léger vêtement
contraric, jusqu'au beau moment enfin --- Page 71 ---
D'UN NATURALISTE
oà la voix de Ia pudeur se fait entendre à
ces enfans de la nature. Quant au costume
négligé des dames créoles, il est voluptueux
et élégant : un jupon d'une mousseline claire
et très-fine ; un peignoir de la même étoffe, 9
flottant au gré du zéphir et s'entr'ouvrant
au plus léger mouvement, laisse apercevoir
les trésors de la beauté, ou, dans le maintien le plus sévère, dessine des formes presque
toujours ravissantes. Aussi les créoles saventelles bien que ce costume plait généralement,
et qu'il leur est très-favorable; c'est pourquoi
ce n'est que dans une circonstance indispensable qu'elles font une toilette plus recherchée;
mais le blanc est toujours sleur couleuradoptive,
et surtout des toiles et étoffes de première
qualité. On fait peu raccommoder leurs, ellets,
qui sont abandonnés à leurs négresses dès qu'ils
ont été portés quelque tems.
Les créoles livrées à elles-mêmes dans leur
intérieur, sont ou couchées sur un sopha
ou chinnta, c'est à dire assises sur des nattes
à la manière orientale, ou elles se font chatouiller les pieds par leurs négresses, et président
à la couture d'autres esclaves qui les environnent. Cette oisiveté plaide en faveur de
l'influence du climat qui, au secours de ce
vice, combat puissamment la vertu des créoles.
és quelque tems.
Les créoles livrées à elles-mêmes dans leur
intérieur, sont ou couchées sur un sopha
ou chinnta, c'est à dire assises sur des nattes
à la manière orientale, ou elles se font chatouiller les pieds par leurs négresses, et président
à la couture d'autres esclaves qui les environnent. Cette oisiveté plaide en faveur de
l'influence du climat qui, au secours de ce
vice, combat puissamment la vertu des créoles. --- Page 72 ---
VOYAGES
Cette vie sédentaire excite
aflections
nécessairement des
modifier voluptueuses que ces dames savent
au suprême degré (1).
Un reproche à faire à leur
pour leurs
amour aveugle
enfans, c'est d'en autoriser les
caprices et les injustices. Un désir
sans motif, est un ordre
extravagant
on sacrifie tout. Aucune
impérieux auquel
considération
ne peut en détourner l'eflet. C'est humaine
l'enfant, bercé dans cet
ainsi que
devient par fois
esprit d'arrogance,
des sociétés
insupportable, et le fardeau
ridicules.
européennes qui méprisent les
Quant aux mulâtres et aux
apprendrez à les connoître
nègres 9 vous
et à les apprécier;
(r) Les créoles, naturellément
sont pourtant généralement
portées à l'amour,
mantes. Cependant,
plus amoureuses qu'aielles étudient tous les lorsqu'elles ont fait un choix,
dont la perte
moyens de se conserver un coeur
elles ont tout sacrifié, humilieroit un attachement pour lequel
Elles sont donc jalouses, malgré
leurindiftérence; mais aussi légères
et inconstantes
que le papillon,
jusqu'au
comme lui, elles se fixent seulement
jour où leur amour épuisé a besoin de varier
pour renaitre, à l'aide d'un nouveau désir! Idolâtrer
aujourd'hui; demain
a
la veille, telle
presser sans émotion l'amant de
est, hélas! la passion
créoles. Bonnes, douces et sensibles, éphémère des
elles constantes!
que ne sont-
- --- Page 73 ---
D'UN NATURALISTE
je ne me permettrai donc point d'émettre mon
opinion à leur égard.
Voilà, Monsieur, les instructions que j'ai
cru devoir vous donner avant de vous lancer
dans ce nouveau monde : heureux, si j'ai pu
vous satisfaire. Je remerciai mon hôte, et me
proposai de chercher à en tirer avantage.
Le lendemain matin, une légère lueur sortant
de l'orient des montagnes, rompoit à peine la
pause du silence de la nuit; les oiseaux à demi
endormis commençoient à gazouiller, et à
saluer le Créateur par leur premier chant; les
poules descendoient tour à tour de leur juchoir;
les pigeons fuyantl'obscurité de la case, retrouvoient avec plaisir la pente inclinée de notre
chaumière, pour y poursuivre en roucoulant
leur femelle, revoir la lumière, et respirer un
air plus par, lorsque moi-même je m'éveillai.
J'accusois mes yeux encore appesantis de me
peindre au loin, dans le clair des bayaondes,
quelqu'un qui venoit nous voir; mais bientôt
les traits se rapprochérent, et je reconnus la
bonne Finette, nourrice -ntéressante des enfans
de Mme, R 2 qui, ayant appris l'arrivée de sa
maitresse, venoit se jeter à ses pieds, etl lui offrir
une charge de belles patates qu'elle portoit
sur sa tête depuis deux lieues. Après avoir
esantis de me
peindre au loin, dans le clair des bayaondes,
quelqu'un qui venoit nous voir; mais bientôt
les traits se rapprochérent, et je reconnus la
bonne Finette, nourrice -ntéressante des enfans
de Mme, R 2 qui, ayant appris l'arrivée de sa
maitresse, venoit se jeter à ses pieds, etl lui offrir
une charge de belles patates qu'elle portoit
sur sa tête depuis deux lieues. Après avoir --- Page 74 ---
VOYAGES
témoigné à sa marraine (I) toutle plaisir qu'elle
ressentoit dans cette entrevue , après s'être
longuement informée de tous ceux quilintéressoient dans notre famille, elle nous raconta
les malheurs et les vexations que sa fidélité
envers les blancs lui avoit fait éprouver de'la
part des nègres révoltés.
offert
Un diner frugal nous attendoit; mais,
T'amitié,il nous devint plus cher que celui
par
M. Deshabituel de notre ancienne opulence.
dunes-Lachicotte tant de fois pillé et de son
mobilier, et de ses récoltes et de ses animaux
anciens, avoit su se former un nouveau troupeau,fruitdep rincmataegrelie
au milieu de son indigence, de la plus parfaite
mais il souffroit de nous voir
résignation;
point satisfait
souvent lever de table, n'ayant
lui-même au repas il se
notre appétit, quoique
alimens les plus
soit privé discrétement des
indispensables pour les laisser à notre usage.
Ce tems étoit si déplorable, que nous étions
réduits à manger, sans autres vivres, des herbes
cuites
broutoient sur pied les bêtes de ses
que
de nous, chez les
troupeaux, tandis que près
T'abonfermiers de nos habitations, réguoit
dance.
(1) Titre sacré pour les nègres. --- Page 75 ---
D'UN NATURALISTE.
Notre vaisselle consistoit en quelques calebasses cassées ou entières qu'on se procure
gratuitement dans les bois; ; le linge de table
étoit une natte d'un jonc très-fin qui remplaçoit
une nappe; au lieu de chaises, nous nous servions
de petits barils dans lesquels on alloit chercher
l'eau à la rivière; enfin pour tasse à café,boisson
qui n'est pas de luxe en ce pays, une soucoupe
écornée qu'on se passoit à la ronde. L'indigence
provenant de l'inconduite est méprisable; mais
elle devient respectable, lorsqu'elle est l'effet
d'une désorganisation sociale. Une famille, la
plus riche du canton de l'Artibonite, digne de
disputer aux rois par sa splendeur ancienne, fut
déchue simultanément de sa somptuosité pàr un
éclat imprévu de la foudre révolutionnaire.
Nous rassuràmes donc notre hôte du chagrin
qu'il éprouvoit de nous recevoir ainsi, en lui
observant qu'il se trouvoit des hommes encore
plus malheureux que nous.
Les mornes paroissant comme rapprochés,
leur verdure plus distincte, et une chaleur accablante firent engager la bonne Finette à partir
avant la chute du jour, pour ne point se laisser
surprendre par le grain de pluie que ces pronostics annonçoient très - prochain. Quant à
moi, sans expérience encore sous ce climat,
en yoyant l'air pur, le ciel sans nuages, je ne
lui
observant qu'il se trouvoit des hommes encore
plus malheureux que nous.
Les mornes paroissant comme rapprochés,
leur verdure plus distincte, et une chaleur accablante firent engager la bonne Finette à partir
avant la chute du jour, pour ne point se laisser
surprendre par le grain de pluie que ces pronostics annonçoient très - prochain. Quant à
moi, sans expérience encore sous ce climat,
en yoyant l'air pur, le ciel sans nuages, je ne --- Page 76 ---
VOYAGES
G2
qu'en un instant Phorizon
pouvois m'imaginer
de former inconpàt être obscurci au point
furieux.
tinent un ouragan
vers le lagon Peinier,
Je portai donc mes pas
observations. A
oi je voulois continuer mes innombrables
peine arrivo; je vis en troupes les buttes de
des tourterelles (1) s'y disputer ruisseau oit
au milieu d'un petit
terre placées
éteindre le feu
elles venoient en roucoulant
s'élevant
dévorant de la soif. Bientôt des vapeurs de moi
tracérentaudessusd
de terre confusément,
Elles se
des formes arrondies et irrégulières.
loin
le tonnerre au
condensoient avec célérité,
faire
les aigrettes (2)
commençoit à se
entendre,
sont nommés par Brisson tourte-
(1) Ces oiseaux
(PI. eul. 174). Ils sont de la
relles de la Jamaique. biset, ont le bec rouge à sa base,
grosseur du pigeon
les pieds rouges, la tête'
et plombé à son extrémité; de collier, de quelques
bleuâtre; le cou orné, en transversalement guise
de blanc; le
plumes noires rayées d'une bande blanche, et le reste
dessous de Toeil orné
vineux; la queue longue et
du plumage d'un fauve
étagée.
de ces oiseaux et des crabiers qui
(2) Le vol inquiet
annonce un prochain
vont et reviennent dans lespace, oiseaux erratiques du
ouragan. Les premiers de ces
leurs plumes'
du héron, sont recherchés pour
genre
qui, dans la petite espèce, valent jusqu'àx
scapulaires
ires rayées d'une bande blanche, et le reste
dessous de Toeil orné
vineux; la queue longue et
du plumage d'un fauve
étagée.
de ces oiseaux et des crabiers qui
(2) Le vol inquiet
annonce un prochain
vont et reviennent dans lespace, oiseaux erratiques du
ouragan. Les premiers de ces
leurs plumes'
du héron, sont recherchés pour
genre
qui, dans la petite espèce, valent jusqu'àx
scapulaires --- Page 77 ---
D'UN NATURALISTE.
voloient de toute part; ; mais je voulus voir la
fin de mes conjectures qui se trouvèrent fausses,
puisque je n'eus que le tems d'entrer sous un
ajoupa abandonné par sa vétusté, pour y éviter
l'ondée dont la chute rapide, ayant démembré
une partie de la couverture, me laissa voir cette
nouvelle élégie probablement du même auteur
que la première, et qu'il paroit avoir tracé sur
un des poteaux dans une pareille circonstance
que celle que j'éprouvois. Voici mot pour mot
cent francslonce, et qui servent à parer les turbans ou
bonuets de nos élégantes. Ce prix en est excessif,
parce qu'il faut saisir le moment de la mue où ces
oiseaux les quittent souvent dans des endroits inabordables. Les plumes des aigrettes de la grande espèce
sont moitié moins estimées. On les trouve toutes les
deux à Saint-Domingue, La petite aigrette (v. pl,
enl. 901) en latin, ardea alba minor, Aldrov. Egretta
C'est Fagroti, garzecta, garzabianca des Italiens. Cet
oiseau a dix-huit pouces du bout du bec à celui de la
queue, 2 et son envergure est de deux pieds dix pouces.
Tout son corps est d'un beau blanc; ilas auprès des yeux,
à la base du bec, un espace de nuée de plumes, etd'un
jaune verdâtre. Son bec, long de quatre pouces, est
d'un bleu tirant sur le noir. Ses pattes verdâtres sont
recouvertes de doubles écailles noiresqui s'en détachent
facilement. Leurs plumes scapulaires sont fines, déliées,
et composées de filets très-fréles, aussi doux que la
soie. --- Page 78 ---
- a
VOYAGES
la seconde n'ayant point
la première strophe;
été terminée :
Vit-on jamais pendant lorage,
Dans le milieu de nos forêts,
L'oiseau becqueter son plumage
Pour avoir de nouveaux attraits?
Il est alors dans la tristesse,
Toujours soupirant ses amours,
Et jurant plus vive tendresse
Au retour des prochains beaux jours.
En proie à ma douleur amère,
et la pluie étant apaisée
Le reste manquant,
asile
regagnai notre
à pas
pour un instant, je
corlatmoplrenucbales promettoit
précipités,
une autre ondée.
avions
Notre hôte seconda les désirs que nous
de nous rendre au Cap pour la levée des séquestous ses moyens, il trouva
tres; et rassemblant
de
satisfaire
encore avec bien de la peine
quoi
frais de la route; mais il nous Poffrit de bon
aux
lui-même dansles savannesalla prendre
coeur, et
devenoient néà T'éperlin les chevaux qui nous
cessaires, au refus des petits nègres qui le serIl
et sans subordination.
voient capricieusement
l'intention de
revint le soir, tout harassé, avec
le lendemain avant le jour.
nous mettre en route
avec la
Le 16avril 1799, au lever de la lune,
douce fraicheur de l'aurore, notre cavalcade
prit
aux
lui-même dansles savannesalla prendre
coeur, et
devenoient néà T'éperlin les chevaux qui nous
cessaires, au refus des petits nègres qui le serIl
et sans subordination.
voient capricieusement
l'intention de
revint le soir, tout harassé, avec
le lendemain avant le jour.
nous mettre en route
avec la
Le 16avril 1799, au lever de la lune,
douce fraicheur de l'aurore, notre cavalcade
prit --- Page 79 ---
D'UN NATURALISTE.
prit le chemin du pont de l'Ester, dontj'admirai
la position intéressante pour un observateur de
la belle nature, Ce ne sont plus des tiges grêles
d'arbrisseaux épineux quien infestent les bords;
tous arbres à port noble, à verdure fraiche et
riante en ombragent les écores. Onyv voitl l'épais
ormeau du pays étendre et marier ses rameaux
avecle campêche, et le ben odorant
(1),le monbin, le cirouellier et le sucrin (2) enchaînés
par des guirlandes de convolvulus, ou lianes de
différentes espèces. L'eau tranquille de ce fleuve
est transparente et limpide, jusqu'à y voir à
vingt pieds de profondeur, les poissons
et
s'yjouer
se poursuivre dans les herbes aquatiques qui
en tapissent le fond.
Ami de Teayet des plantes flottantes, on
y
remarque. avec surprise lejakana (3) briller de ses
() Ben oleifer, guilandina moringa, Linn.; ; plante
de la Décandrie monogynie 2 et de la famille des
légumineuses, du genre hypéranthère.
(2) Pois sucrin, ou Acacie à fruits sucrés, mimosa
Inga, plante de la famille des légumineuses, de la
polygamie monoécie. Ses feuilles ont cinq paires de
folioles; le pétiole en est marginé et articulé,
(5) Chevalier mordoré armé, ou chirurgien
ainsi appelé à cause del l'éperon du pli de l'aile que brun, l'on
compare à une lancette. C'est le Parra jacana, Lath.,
pl. enl., no, 322 de I'Hist. nat. de Buffon.
TOME II.
E
famille des légumineuses, de la
polygamie monoécie. Ses feuilles ont cinq paires de
folioles; le pétiole en est marginé et articulé,
(5) Chevalier mordoré armé, ou chirurgien
ainsi appelé à cause del l'éperon du pli de l'aile que brun, l'on
compare à une lancette. C'est le Parra jacana, Lath.,
pl. enl., no, 322 de I'Hist. nat. de Buffon.
TOME II.
E --- Page 80 ---
VOYAGES
la
éclatantes, troubler de ses pas légers
couleurs
l'Ester
les mouniforme de
tranquille;
glace
et les râles (3), lui
relles (*) ou les judelles (2) du vol où il est
faire des défis dans la vitesse
silenvictorieux. Le petit crabier (4)
toujours
sans
cieux, les yeux fixés sur Yeau, y guetter
le
dont il fait sa nourriture, , qu'il
bruit poisson
célérité
difstirement, et avec une
qui
becquête
attitude endormie.
fère bien de son
les colombes
Ony voit les oiseaux del'amour, rafraichir
de toute espèce, venir en roncoulant
bruit
le feu de leur union; le caîman filer sans
s'élancer brusquement
entre deux eaux, puis
d'un de
lorsqu'il est à portée ou d'unetortuc, ou
mexicana"Tath.) oiseau de
(1) Ou foulque (fulica
l'ordre des finnatipèdes.
(2) Oiseau d'eau de même classe.
(Rallus jamaicensis, Lath.) fig.
(5) Ou Bidi-Bidi oiseau du genre des râles, et de
Edwards, pl. 278;
Tordre des échasses. (SONNINI).
valet du
(4) Appelé à Saint-Domingue racrac ou annonce
caiman, parce que les nègres prétendent qu'il
au reptile amphibie,
par son cri une nouvelle proie les autres oiseaux.
dont il ne se méfie point comme du héron 2 ou ardea
Cest un échssier du genre
Latham. 11 est très-commun à St-Domingue,
cracra,
arbres bordent les rivières, et
ovil se perche sur les
qui
de préférence sur les pieux d'entourages.
elé à Saint-Domingue racrac ou annonce
caiman, parce que les nègres prétendent qu'il
au reptile amphibie,
par son cri une nouvelle proie les autres oiseaux.
dont il ne se méfie point comme du héron 2 ou ardea
Cest un échssier du genre
Latham. 11 est très-commun à St-Domingue,
cracra,
arbres bordent les rivières, et
ovil se perche sur les
qui
de préférence sur les pieux d'entourages. --- Page 81 ---
D'UN NATURALISTE,
ces oiseaux qui souvent se laissent surprendre
par cet enremi implacable.
La chaleur nous atteignit au milieu de notre
route; mais PEtre tout-puissant, qui a prévu les
besoins de l'homme, nous fournit dans une savanne aride les moyens de rafraichir nosbouches
desséchées avec le fruit rouge de la raquette,
qu'il est pourtant utilededégarnir de ses piquans
imperceptibles, sous les risques d'être étranglé.
Après avoir traversé cette plaine déserte et
sans ombrage, appelée la savanne PIlopital;
côtoyé son morne pierreux et sans verdure, nous
en escaladâmes un autre composé d'énormes
rochers, et au sommet duquel nous découvrimes
avecjoie et surprise une nature pompeuse,riante
etbien plus richement décorée. Nous traversâmes
un ruisseau appelé Laguinte, à cause de ses
d.bordemenedisaareux dans le tems des pluies,
époque à laquelle ses eaux refoulées et. grossies
le rendent alors impraticable, Nous côtoyâmes
deux belles habitations bien cultivées,
appartenant à Mme Descahaux,notre parente, et l'autre
à son gendre M. Rowignol-Grammont. Cette
dernière est entourée de palmistes à cinç pas de
distance l'un de l'autre, et implantés au milieu
d'une haie touffue de citronniers qui, à la fraicheur du soir et du matin, saluent le voyageur
du plus doux parfum. Cette colonnade naturelle
E 2 --- Page 82 ---
VOYAGES
les panaches, touest majestueuse et imposante;1 balancent sur leurs rajours agités par le vent,
espèce de troupiale
déliésle merle siflleur,
meaux
(2) et d'autres oiseaux; tandis
noir (1),Tesclave
surmonte
la flèche droite et immobile, qui
que
à un paratonnerre (3).
cet arbre, est semblable
de bec redouLe beau charpentier (4), coups
sa dule tronc qui pourtant, par
blés, en perce
haches.
fait rebrousser les meilleures
reté,
habitation est bordée de palmaL'autre
dans leTraité
christi (5), dont jedonnelhisaoire
usuelles des Antilles.
des plantes
arrivâmes au bourg des GoEnfin, nous
appelé par les créoles merle-
(1) Oriolus niger,
diable.
dominica, Lath-, pl. imprimées en
(2) Tangara de IHist. nat. des oiseaux de l'Amérique
couleur,
ordre des passereaux, genre du tangara,
septentrionale, Ce nom lui vient, parce qu'eslave de ses
par Viellot.
a choisi, et qu'il
habitudes, il est fidèle au séjour qu'il naître.
jamais le palmier quifa vu
ne quitte
et aigué les fait souvent
(5) Cette tige cylindrique ce
le fluide électrique
foudroyer lors des orages, en conducteur, que
est obligé de
se servant de ce mauvais l'arbre pour se rendre plus
labourer et pulvériser
promptement au réservoir commun.
(4) Epeiche doré de Saint-Domingue.
(5) Ou ricin.
qu'il
habitudes, il est fidèle au séjour qu'il naître.
jamais le palmier quifa vu
ne quitte
et aigué les fait souvent
(5) Cette tige cylindrique ce
le fluide électrique
foudroyer lors des orages, en conducteur, que
est obligé de
se servant de ce mauvais l'arbre pour se rendre plus
labourer et pulvériser
promptement au réservoir commun.
(4) Epeiche doré de Saint-Domingue.
(5) Ou ricin. --- Page 83 ---
D'UN NATURALISTE.
naîves (1), et nous descendimes chez Mme Descahaux, la plus respectable, la plus aimable des
femmes, une bonne parente, une amie sincère
enfin, et digne de ce beau nom. Honorable de
faitetp par caractère, elle n'étoit point entièrement
dépouilléede son immense fortune, et elle vivoit
encore trés-somptueusement pour des tems aussi
(1) Le bourg des Gonaives, situé sur le bord de la
mer, dans le département de l'Ouest, se trouve entre
le Gros-Morne, Plaisance et Saint-Marc. Plusieurs
foisincendié pendant la révolution, ses maisons étoient
construites en bois, etles galeries tournantesdes maisons
garnies de troncs bruts de lataniers, communs dans les
environs. Ea un mot, cette réunion de cases, la plupart
recouvertes en taches de palmiers, ressembloit plutôt
à une bourgade de pécheurs qu'à un entrepôt trèscommerçant des denrées de la colonie. Le sol en est
uni, poudreux, aride, et rarement ily pleut. L'eau
sy trouve à cinq pouces du niveau de la terre. Cependant, malgré les signes extérieurs de stérilité, la terre,
féconde par veines, 2 y trompe avantageusement le
spéculateur. Le sucre, le café dans les mornes des
environs,1 lindigo, et surtout le coton, sy récoltent avec
fruit. L'acajou et les bois de teinture y prospèrent également. Un des principaux avantages de cet embarcadère, et ce qui le fait préférer aux autres pour le
mouillage des bâtimens de cabotage, c'est sa baie qui
est vaste, bien exposée, et sûre contre les vents du
nord dont elle est abritée.
E 3 --- Page 84 ---
VOYAGES
mais modeste en tous
peuj propices aux habitans;
ses goits, ses vieux jours étoient tous comptés
par des bienfaits.
chez elle renoncé aux
Comme on n'avoit point
usages du pays, je vis avec surprise ce que je
n'avois
remarquer sous notre chaume indipendant pu
le repas et autour de la table, de
gent; nègres placés de distance en distance, OCpetits à chasser les mouches avec de longs plu-,
cupés
de
de paon. Cette coutume
maceaux
plumes
molesse des
s'accorde bien avec la voluptueuse
créoles de nos iles.
à aller
L'après-midi, nous nous disposàmes
Mme Descahaux
coucher sur Phabitation que
vendit pour sa stireté à Tonsaint-Louverture,
alors général en chef de l'armée de Saint-Domingue. C'estlà que nous espérions avoir une
conférence avec lui à son arrivée du Cap,
d'où il étoit attendu le soir même. Nous le
rencontràmes en effet, et il nous conseilla de
retourner avec lui aux Gonaives. Je l'accompagnai, ainsi que les guides de son escorte,
à toute course de nos chevaux (1); et chemin
surla France,
faisant, il me fit diversesquestions
plus lentement, et il se
(1) II ne voyageoit jamais faire
dans ses courses
déplaçoit rarement sans
périr,
forcées, plusieurs chevaux de ses guides.
toit attendu le soir même. Nous le
rencontràmes en effet, et il nous conseilla de
retourner avec lui aux Gonaives. Je l'accompagnai, ainsi que les guides de son escorte,
à toute course de nos chevaux (1); et chemin
surla France,
faisant, il me fit diversesquestions
plus lentement, et il se
(1) II ne voyageoit jamais faire
dans ses courses
déplaçoit rarement sans
périr,
forcées, plusieurs chevaux de ses guides. --- Page 85 ---
D'UN NATURALISTE
et eut soin de me demander si ses enfans
feroient des hommes, disant que lui n'avoit
que de la bonne volonté, mais point de grands
talens. A peine fimes-nous arrivés aux Gonaïves,
pays qu'il aimoit de prédilection, qu'il y fat
reçu avec les honneurs dus à son grade ; en
sorte que nous ne le vimes qu'un instant pour
l'embrasser au nom de ses enfans alors à
Paris, au collége de la Marche, et lui remettre
les lettres dont ils nous avoient chargés à notre
départ de France. Comme il étoit pressé de
se rendre à son quartier général, il remit
son entretien au lendemain.
Mme Descahaux, cette bonne maîtresse,
chérie de tous ses esclaves, me rapporta divers
traits en faveur des nègres; mais ne devoitelle pas faire exception, elle et ses enfans.
Elle m'assuroit que jamais, depuis l'insubordination des esclaves, elle n'avoit éprouvé
de désagrémens de la part des siens qui la
nourrissoient, les uns apportant des patates,
d'autres des poules 2 ceux -ci des légumes 2
ceux-lad'autres objets relatifs à la consommation
de chaque jour.
M. Grammont me dit également que, voyant
le séquestre apposé sur ses biens, il annonça
à son domestique, agé d'à peu près vingt-cin
ans, qu'il ne pouvoit plus le garder. Ce fidèle
E 4 --- Page 86 ---
VOYACES
se
à ses
serviteur, réduit au désespoir,
jetoit
qu'il arrosoit de ses larmes, en le suppieds de le garder sans salaire, et ne lui
pliant demandant que de quoi ne pas mourir de
faim.
D'autres apprenant le départ de M. DxY, 2
leur maître, pour un pays anglais, opposé par
principes delalibertédes nègres,
conséquentaux
de cent,
cerle suivirent au nombre
quoique
tains de prendre de nouveaux fers; et dans
leur excès de fidélité, ils s'accrochoient aux
cordages du bâtiment, en protestant, par ces
démonstrations,quils ne le quitteroient jamais.
Le général en chef arriva de son quartier
vers les sept heures du matin, et nous
général chez Mme Descahaux, une audience
accorda,
si longue, qu'elle étonna ses aides-de-camp. du
1l dispensa Mmo R*** de faire le voyage
Cap, lui promettant de plaider lui-même notre
de l'agent français M. Roume, et
cause auprès faire terminer. Il fut donc arrêté que je
de tout
serois seul chargé des démarches.
Và la lenteur commune à toute la famille,
midi, au lieu de trois
nous ne partimes qu'à
le projet en avoit
heures du matin, ainsi que
aussi eûmes-nous à supporter une
été conçu 5
à la réverchaleur si violente que nos yeux,
Cap, lui promettant de plaider lui-même notre
de l'agent français M. Roume, et
cause auprès faire terminer. Il fut donc arrêté que je
de tout
serois seul chargé des démarches.
Và la lenteur commune à toute la famille,
midi, au lieu de trois
nous ne partimes qu'à
le projet en avoit
heures du matin, ainsi que
aussi eûmes-nous à supporter une
été conçu 5
à la réverchaleur si violente que nos yeux, --- Page 87 ---
D'UN NATURALISTE.
bération du tufblanc de la coupe-à-l'inde, en
éprouvèrent une cuisson insupportable. Pour
comble de malheur, nous ne trouvions point
d'ombrage dans ces plaines arides et hérissées
de cactes d'espèces variées; mais tout à coup le
paysage change,et, arrivant au pied des mornes
boisés et silencieux, nous y goûtâmes la température fraiche qui en fait désirer le séjour.
Jamais je ne vis de bois aussi touffus, aussi
sombres et aussi agréables. Les arbres ou futaies
antiques qui en font l'ornement y sont monstrueux, et annoncent un pays bien fertile. Placés
près de rochers inaccessibles, ils s'enchaînent
avec des lianes de divers feuillages qui, sortant
des pierres mêmes les plus dures, forment à leur
départ ou de hautes colonnes bien régulières,
ou des arcs de triomphe, ou bien encore
des massifs imposans qu'on diroit impénétrables.
L'Auteur de la nature, qui a prévu les voyages
de l'homme en ces climats, a semé par-tout au
milieu de cette nature primitive, particulièrement vers le bord des grandes routes, des arbres
fruitiers destinés sûrement aux besoins du voyageur fatigué. Les citronniers et orangers, surtout
placés près de ruisseaux limpides 2 semblent
inviter à faire promptement des limonades pour
réparer le désordre d'une trop grande chaleur.
qu'on diroit impénétrables.
L'Auteur de la nature, qui a prévu les voyages
de l'homme en ces climats, a semé par-tout au
milieu de cette nature primitive, particulièrement vers le bord des grandes routes, des arbres
fruitiers destinés sûrement aux besoins du voyageur fatigué. Les citronniers et orangers, surtout
placés près de ruisseaux limpides 2 semblent
inviter à faire promptement des limonades pour
réparer le désordre d'une trop grande chaleur. --- Page 88 ---
-
VOYAGES
Le corrossolier (1),le caîmitier
d'acajou (3), le
(2), le pommier
papayer (4), le cachiment (5),
(1) Le corrossol à fruit hérissé (Anona
Linn.; Guanabus fructu è viridi lutescente, muricata,
aculeato, Plumier) provient d'un arbre à fleurs molliter
pétalées, qui a du rapport avec les
polyfruit (pl. VIII) qui est une baie en magnoliers : ce
pointe un peu récourbée; son
coeur oblong, a la
nâtre, est rude,
écorce, d'un vert jauépaisse, et divisée
écussons, au milieu de chacun
par figures en
plautée une pointe noire et desquels se trouve imfruit est filandreuse,
recourbée. La pulpe du
et d'une sa yeur aromatique, sucaulente, de couleur blanche,
Ces fruits pèsent de cinc jusqu'a quoique huit légérement acide.
renferme des graines noires
livres. La pulpe
émulsions. (Foyez 5e vol., Traité qu'on recherche pour les
ci-après).
des plantes usuelles
(2) Chrysophillam cainito,
de plantes à fleurs
Linn., Plum., genre
sapotilles (pl. VIII). monopétalées, Les feuilles
de la famille des
luisant en dessus, sont en dessous de cet arbre d'un vert
fin soyeux, d'une couleur
couvértes d'un duvet
pomiforme est d'un rose mélé d'or-bronze, de
et son fruit
ou pourpré, ou
vert et de jaune,
gélatineuse. gluante, violet-bleuâtre. Il contient une pulpe
odeur puruleute.
laiteuse, d'un goût fade et d'une
tome III).
(Voyez sa description et ses usages,
(5) Cajuyera; acaja iba, Marcg.
dentale, Herm, Cajou,
Anacardium occinifera indica, Ray,
Pison; Pomifera, seu PruCassuvium, Rumph, Kapamava,
--- Page 89 ---
D'UN NATURALISTE.
le coeur de boeuf (1), le goyavier (a),s'y rencontrent abondamment, ainsi que le pommierrose (3), dont le fruit aqueux a le parfam de
la reine des fleurs. Et pour qui tous ces dons de
la nature? Pour l'homme, qui à peine en veut
reconnoître l'auteur !
Les ruisseaux qu'on passe en certains tems
à pieds secs grossissent quelquefois si promptement, que le voyageur est retenu danslesh bois;
mais le Créateur, comme je l'ai remarqué, a
prévu tous ses besoins. La crue dure quelquefois
vingt-quatre heures, et le çours est si rapide
Hort. Malab. Ce fruit (pl. VIII) qui mûrit en décembre et janvier, est d'abord vert, puis jaunâtre,
et enfin rouge : il en est dont la peau est blanchâtre.
(Voyez son histoire, vol. III).
(4) Papaya, Hort. Mal. Pinoguacu. Carica, Ababaye des Caraibes (pl. IX). Arbre dont on distingue
deux espèces, savoir, le mâle et la femelle. (Voyes
ce mot, vol. III ).
(5) Fruit du genre du corrossol, appelé aussi cachiman ouj pomme cannelle (pl. VIII). Guanabus fructu
aureo et molliter aculeato, Plum. (Voyes vol. III).
(1) Fruit réticulé du genre du corrossol. Anona sylvestris reticulata, Linn. (Pl. VIII; voy. tome III).
(2) Ou guyayavier, ou poirier des Indes (pl. IX).
Guyayava, Goiava, Clus.; Psidium, Linn, (vol. III).
(5) Ou jamboisier (pl. VII).
elle (pl. VIII). Guanabus fructu
aureo et molliter aculeato, Plum. (Voyes vol. III).
(1) Fruit réticulé du genre du corrossol. Anona sylvestris reticulata, Linn. (Pl. VIII; voy. tome III).
(2) Ou guyayavier, ou poirier des Indes (pl. IX).
Guyayava, Goiava, Clus.; Psidium, Linn, (vol. III).
(5) Ou jamboisier (pl. VII). --- Page 90 ---
Ar A -
VOYAGES
déracine les arbres, et entraine les rochers.
qu'il
dont le tronc
On y voit le gros mapou (1),
colossal sert à faire des canots d'une seule pièce;
le bois trompette (2), ainsi nommé, parce que
ses branches nues sont creuses et sonores, 2 ne
de
feuilles qu'au
portent un bouquet
larges
sommet de chaque branche,qui, disposées assez
régulièrement, forment un couronnemeut bien
agréableàla vue; l'arbre au coton (3) qui fournit
(1) Ou fromager, ou bois épineux blanc des AnCest le Gossampius de
tilles, ou cotonnier mapou. caudice aculeato. Tourn.
Pline; Ceiba, viticis foliis,
Plum. Barr. 55; Zamaouna, Pis; Xilon, filo, brevi,
comaka; Bombax, Linn.; Gossypium, Sloan; Eriophorus, Rumph; Ponja, Hort. Malab. Arbre de
et s'élève en
Fordre des mauves qui croit promptement,
de tems à des hauteurs prodigieuses. (V. vol. III).
peu Cest l'ambaiba de Marcgrave, ou bois à canon,
(2)
Urakuseba Bras. Laruma Oviedi,
bois Sloan. trompette; La moëlle du sommet de cet arbre sapplique
sur les blessures. (V. tome III). Cest aussi le oulekin
ombiliqué; Cecropia peltata, Linn. Ambaiba, amplissimo folio digitato, caudice et ramis excavatis,
Barr. Franc. Equin. 10. Ficus Dactyloides major (et
minor) folio subtus argenteo. Plum.
(5) Ou cotonnier flos; cotonnier de fléau, ou bois
de flot; cotonnier sifleux; c'est le cotonnier de mahot
à grandes feuilles. Liége ou boisde liége des iles. Xilon
siliquâ longua; Ketmia amplissimo folio çordiformi,
digitato, caudice et ramis excavatis,
Barr. Franc. Equin. 10. Ficus Dactyloides major (et
minor) folio subtus argenteo. Plum.
(5) Ou cotonnier flos; cotonnier de fléau, ou bois
de flot; cotonnier sifleux; c'est le cotonnier de mahot
à grandes feuilles. Liége ou boisde liége des iles. Xilon
siliquâ longua; Ketmia amplissimo folio çordiformi, --- Page 91 ---
D'UN NATURALISTE.
des gousses en abondance d'un duvet roux 9
et dont on fait des chapeaux. Dans les arbrisseaux, c'est] le bois corail (1) qui frappe la vue.
Il est ainsi nommé à cause de ses bouquets d'un
rouge éclatant. Les plantes de toute espèce
offrent des variétés à linfini, et les couleurs les
plus belles.
On rencontre à chaque instant des cascades
naturelles formées par de vieux rochers, placées
par étages, et creusés par la main du tems.
L'onde cristalline d'abord bouillonne autour de
ces masses de pierre, et apaise tout à coup sa
violence pour: aller murmureriquelques pas] plus
lentement, et cacher sa beauté sous le vert
feuillage qui se répête avec vérité sur sa glace
tranquille.
Le chemin dans certains endroits est parsemé
de Cos, orné de très-belles dendrites. Nous arriflore vario, Plum. Cest T'ouagneu des Caraibes; et le
mahot franc de la Guiane. (V. tome III).
() Bois immortel, Erythrine, ou arbre de corail
des Antilles; Corallodendron triphyllum americanum,
spinosum, flore ruberrimo, Tour. 661. Siliqua sylvestris spinosa , arbor indica, Bauh. Plin. Hor.;
Coral arbor americana, Clus., Comm., Barr., p. 41;
cest, dit Bomare, l'Ahiphi, Tuinanti-Iba des
Caraibes. --- Page 92 ---
VOYAGES
vâmes aux cafeyères, dont
et la culture. Les cafiers
j'examinai le soin
partimens ou
sont disposés par comfameuse
quinconces. Enfin, au pied de la
fondrières montagne des Escaliers, entourée de
et précipices
làmes nos forces et notre affreux, nous rappeces rochers glissans,
courage pour franchir
d'un escalier
taillés parla nature en forme
de trois lienes. circulaire qui se prolonge l'espace
à courir
Que de risques et de
en fréquentant ces
dangers
hérissés de cailloux
passages bruts et
rend plus
pointus que leur mobilité
dangereux.
pouvoit nous coûter la Cependant un faux pas
vie, les sentiers étoient
étroits, et l'abime redoutable.
L/échelle des cascades
des aromates nous
naturelles, ctleparfum
nos
délommageoient : bien de
fatigues, et dissipoient nos
contemplation et le plaisir
frayeurs par la
roient. La température
qu'ils nous procuà plusieurs plantes
fraicheydonne naissance
phillata et la
d'Earope; iy vis le caryovéronique. C'est dans ces
riches en épiceries
contrées
pleurer son indolence indigènes, que le créole doit
quelques pieds de en trouvant sous ses pas
poivrier,
giroflier, de muscadier,
cannellier, vanille
doit se repentir de ne
grimpante, dont il
pas protéger la
puisqu'il est obligé de se
culture,
objets avec des frais énormes, procurer tous ces
d'Earope; iy vis le caryovéronique. C'est dans ces
riches en épiceries
contrées
pleurer son indolence indigènes, que le créole doit
quelques pieds de en trouvant sous ses pas
poivrier,
giroflier, de muscadier,
cannellier, vanille
doit se repentir de ne
grimpante, dont il
pas protéger la
puisqu'il est obligé de se
culture,
objets avec des frais énormes, procurer tous ces --- Page 93 ---
D'UN NATURALISTE.
Avant d'arriver à Plaisance (1), ce quartier
si'a agréable et si florissant, nous aperçûmes au
milieu des branchages touffus du mapou, deux
pintades sauvages qui se laissèrent approcher
à portée de pistolet. Nous entrâmes au bourg,
et descendimes chez le commandant, ami de
M. Lachicotte. Nous passâmes la nuit chez lui,
moitié sur une natte de latanier, moitié étendus
sur les selles de nos chevaux, qui fourrageoient
devant nous.
Voulant profiter de la fraicheur de la nuit
pour continuer notre route plus agréablement,
nous partimes au lever de la lune, qui nous
donna le signal. Nous descendimes la moitié des
galeries circulaires des montagnes en spirale,
dont le noyau n'étoit que précipices, entendant
encore gazouiller les cascades qui se développent
au sommet des monts les plus élevés, et qui
jaillissent pour répandre autour la fécondité et
la fraicheur.
Nous passâmes à gué beaucoup de ruisseaux,
et la rivière du Limbet, terrible lors de ses débordemens, etquinefournit, dans son état ordinaire,
(1) Ce quartier, qui est séparé du Haut-Limbé par
des montagnes d'un accès difficile, est très-fertile; on y
récolte calfé et indigo. Ie sol en est gras, fécond et
d'une couleur rougeâtre. --- Page 94 ---
VOYAGES
que six à sept pouces d'eau capable
de laver les cailloux quilui
seulement
rident,parleur
servent de lit, et qui
vis sur ses bords rassemblement, des
sa superficie. Je
héleux (r) s'y désaltérer de
son onde fugitive : leur rareté et. la délicatesse
leur chair me fit bien regretter de
de
mon fusil.
ne point avoir
Après avoir côtoyé les débris d'habitations
incendiées, nous primes plaisir à voir le rétablissement naissant de la culture; et la plaine du
Cap, moins riche qu'autrefois, offroit
encore de
l'espérance aux spéculateurs.
Nous entrâmes dans la ville du
versâmes
Cap, et la trapour arriver à notrelogement qui étoit
Sestrémiéopposée Les colons,
quitté leur ile, osent
quin'ont point
Paris; mais ces deux cités comparer cette capitale à
parallèle. Les bâtimens ne souffrent point de
époque,
du Cap étoient, à cette
construits sans goit, les rues étroites et
'(1) C'est le coq des bois de
plumage de cet oiseau silencieux TAmérique. Le
roussâtre, rayé
est d'un brunlignes noires. La transversalement et confusément de
volonté de l'oiseau. huppe se redresse, dit Bomare, à
près du
Ily a de chaque côté de la
cou, un faisceau de,
téte,
seul ces appendices,
cinq plumes. Le mâle a
ému, Les plumes qu'il ne relève que quand il est
ainsi que les doigts. qui couvrent les pieds sont jaunâtres,
horriblement
tre, rayé
est d'un brunlignes noires. La transversalement et confusément de
volonté de l'oiseau. huppe se redresse, dit Bomare, à
près du
Ily a de chaque côté de la
cou, un faisceau de,
téte,
seul ces appendices,
cinq plumes. Le mâle a
ému, Les plumes qu'il ne relève que quand il est
ainsi que les doigts. qui couvrent les pieds sont jaunâtres,
horriblement --- Page 95 ---
D'UN NATURALISTE,
8r
horriblement pavées. Cependant cette ville,quoiqu'encore ensevelie sous les débris du pillage et
de la dévastation, est encore le Paris de SaintDomingue pour les ressources en tout genre
qu'on y rencontre, et les ouvriers qui - y sont,
comme ailleurs, aux volontésdel'opulent. Limpudique Vénus y reçoit publiquement des sacrifices, et c'est peut-être la seule ville de la colonie
où ces scènes scandaleuses sont tolérées.
On me parla de la montagne du PortMargo (1),au sommet de laquelle on remarque
avec surprise un bassin ou lac de cinq pieds
carrés, dontl'eau ests salée, et assujétie aux flux
et reflux, produits sûrement par l'influence des
marées, puisque c'est aux équinoxes, et principalement à ceux du printems, que l'eauy y croit
dayantage, et que sa raréfaction occasionne des
tremblemens de terre.
Ayant remis le matin du 26 avril, à la comsincendadaninmymeyppiemsmeppievrbinabinne
denos séquestres, le rapporteur, M. Guittet, me
prit en amitié à la suite d'une longue conférence
(1) Quartier situé près le Bas-Limbé, et à peu de
distance de la mer. Son terrain est arrosé par une
rivière rapide, sujette aux débordemens; 5 ce qui le
rend très-aquatique, et par cela méme plus propre à
Tindigo et au café qu'au sucre.
TOME II,
F --- Page 96 ---
*
VOYAGES
c'est pourquoi il traque nous etmes ensemble; de la nuit à notre aflaire, en
vailla une partie
à mon réveil.
sortequ'elle fut prête le lendemain
de
Nayant plus besoin que de la signature m'adresM. Roume, agent du gonvernement,je
en
prierdsccomplires
saiaug général chef,pourler
mal reçu d'un
promesse. Il étoit malade, etjefus
commandant, ennemide ma acouleur,aujourd'hui
chef des révoltés, à qui Toussaint.
Christophe,
lui.
donna ordre de me laisser parvenir jusqu'à
gouvernement,
Je me pecdemnaichesagendas
dont
lui remettre les recommandations
pour
11 me traita avec déférence; et,
jétois porteur.
après sm'avoir fait partde sa sollicitidépateradile et les
protéger dans la colonie les sciences
pour beaux arts, je saisis son opinion à cet égard pour
mes collections d'Histoire naturelle,
lui parlerde
moment de son audont le récit dura jusqu'au conseilla donc, en me
dience publique. Il me
de revoir la commission des domaines,
quittant,
toutes les pièces à l'appui du
et de lui rapporter
rapport. Je restois avec cet espoir, lorsqu'on m'apprit
M. Lachicotte, mon compagnon de voyage,
que
FAribonite, et que, par méétoit reparti pour
valise. Décidé à le
garde, il avoit emporté ma
sur les
suivre par défaut d'argent, je me reposai et je
de T'agent et du général en chef,
promesses
domaines,
quittant,
toutes les pièces à l'appui du
et de lui rapporter
rapport. Je restois avec cet espoir, lorsqu'on m'apprit
M. Lachicotte, mon compagnon de voyage,
que
FAribonite, et que, par méétoit reparti pour
valise. Décidé à le
garde, il avoit emporté ma
sur les
suivre par défaut d'argent, je me reposai et je
de T'agent et du général en chef,
promesses --- Page 97 ---
D'UN NATURALISTE
rejoignis mon hôte pour continuer ma route
avec lui.
Les falaises des montagnes que nous avions à
escalader, sont éclairées par des mouches à feu (1)
qui permettent de les distinguer, et au secours
desquelles notre route fat moins ténébreuse. Le
soir, fante d'espèces, nous passâmes la nuit dans
un pré, couchés près de nos chevaux; mais,
avantde nous retirer dans ce vaste appartement,
quoique notre grand appétit nous fit convoiter
le souper de T'auberge auprès de laquelle nous
nous étions arrêtés, nous fames réduits à nous
contenter d'un verre de limonade au sucrebrut,
excellente en vérité quand il fait chaud, mais
point du tout faite pour suppléer à un repas.
Nous nous assoupimes avec une colique d'entrailles qui se calma dans le sommeil, et nous
partimes de bon matin du camp le Cog, dans
l'espoir au moins de diner en route si nous trouvions quelque case, parce que M. Lachicotte
avoit trouvé à placer un cheval de renvoi entre
les mains d'un officier qui nous défraya tous. Je
ramassai dans mon chemin beaucoup de graines
de coucourout (2), qui, étant évidées de leur
(1) Ou coucouie, du mot espagnol cucuios ou
euyeros.
(2) Mimosa scandens.
F2 --- Page 98 ---
ad - 2
VOYAGES
une
amande, font des bourses, en y ajontant
dans lesquelles on conserve la petite
charnière,
monnoie du pays (1).
d'un
au milieudes) bois, près
Nous déjetnâmes Tondée du matin que nous
ruisseau grossi par
dechez un vieux nègre, qui
avions essuyée,
pour deux
manda à notre étranger onze gourdes bananes. Cette
poulets, une omelette et quelques
nous
celle de Saint-Marc, qui
usure me rappela
d'aller acheter
obligea tantde fois,famted'argent,
marché une pâtede bananes et un pain,
en plein
prendre notre repas sur
pouraller, en soupirant,
à Thorizon nos
le bord de la mer 2 en voyant
étoient
possessions squi,dans ces temsd'anarchie,
mains. Que de fois le peuple
passées en d'autres
considérer,
autour de nous, pour nous
se rangea
et souvent nous plaindre!
fatiNous arrivâmes au bourg des Gonajves,
de la lourde chaleur qui se concentre et se
gués
dans ce pays sec et
réverbère encore davantage
toute verdure, on ne voitle plus
aride, oû, pour
des
chargés
souvent que des cactes et
bayaondes
de poussière ou de boue.
On sait qu'on ne fait point usage de monnoie mo- de
() dans les Colonies, et que la pièce la plus
cuivre de
sous et demi, ou trente-sept centimes
dique est sept monnoie actuelle.
et plus de notre
gués
dans ce pays sec et
réverbère encore davantage
toute verdure, on ne voitle plus
aride, oû, pour
des
chargés
souvent que des cactes et
bayaondes
de poussière ou de boue.
On sait qu'on ne fait point usage de monnoie mo- de
() dans les Colonies, et que la pièce la plus
cuivre de
sous et demi, ou trente-sept centimes
dique est sept monnoie actuelle.
et plus de notre --- Page 99 ---
D'UN NATURALISTE
Je trouvai Mme R*** très-mal d'une fièvre
bilieuse inflammatoire, avec un transport complet. Comme je connoissois son tempérament,
je partis de suite pour l'Artibonite, afin d'en
rapporter les remèdes nécessaires à son état.
J'arrivai à la hatte de M. Lachicotte, charmant
par les préludes harmonieux de sa harpe, ses
soucis et ses longs malheurs; j'eusse volontiers
oublié, au milieu des accords de ce digne élève
de Pétrini, le but de ma mission, si la nature ne
m'eût rappelé que la maladie grave n'étoit point
qu'éphémère, et qu'elle exigeoit de prompts
secours. Nouveau désespoirde mon hôte, dontles
chevaux étoient touslâchés dansles sat vannes (I)!
D'ailleurs, fatigués de notre longue route, il fut
obligé de m'en donner un qui fut fameux coursier, mais qui, depuis ces tems reculés, est devenu rossede première classe. Cetanimal, après
deux tems de galop, s'arrêtoit tout court, et
barroit le chemin en travers, sans qu'une grèle
de coups d'éperons pût le tirer de sa lourde
(1) On ne conserve au poteau pour les nourrir, que
les chevaux dont on a besoin sur Theure; autrement on
les abandonne à leurs propres soins dans des savannes
closes, où on va les prendre à l'éperlin lorsqu'il en est
nécessaire. L/'éperlin est une longue corde à noeud
coulant, qu'on lance à la tête des chevaux pour les
retenir dans leur course fugitive.
F 3
d'éperons pût le tirer de sa lourde
(1) On ne conserve au poteau pour les nourrir, que
les chevaux dont on a besoin sur Theure; autrement on
les abandonne à leurs propres soins dans des savannes
closes, où on va les prendre à l'éperlin lorsqu'il en est
nécessaire. L/'éperlin est une longue corde à noeud
coulant, qu'on lance à la tête des chevaux pour les
retenir dans leur course fugitive.
F 3 --- Page 100 ---
Na
VOYAGES
inertie. Enfin, il éprouvoit le triste état
appelle à Saint-Domingue,
qu'on
J'arrivai
bougué net' caba.
au soleil couchant, ayant mis
heures à faire
cinq
cing lieues; et accablé de
dans tous les membres, je trouvaila douleurs
du délire et dans un état moins
malade hors
Mme Descahaux,
inquiétant.
qui sait toujours surprendre
agréablement, m'avoit fait
ment des meilleurs fruits préparer un assortide
pour me les faire apprécier à Saint-Domingue, leur
Elle me présenta d'abord
juste valeur.
ressemble
un abricot (1), qui ne
en rien à ceux de France: il a la
rude, à peu près de la couleur de la
peau
sa chair, qui a le parfum du
sapotille;
coin, est d'un
rougeâtre : elle est coriace et indigeste, jaune
quoique
arès-balsamique. Ce fruit est gros comme la
dans toute sa perfection, et contient
tête
deux gros noyaux
quelquefois
amandes
9 lesquels renferment des
qui, à leur section, offrent une
liqueur
glutineuse jaune sur les bords, et qui se
à l'instant qu'elle reçoit
coagule
l'impression de l'air.
blement (1) Labricotier a un port majestueux, et élève noses rameaux touffus et garnis de
épaisses et luisantes, d'un vert foncé. Sa
feuilles
lière lui donne le coup d'oeil le plus
forme régusemble au peuplier
imposant. Il ressombre est aussi plus dItalie, mais son feuillage plos
mnoins élancé
garni; ce qui le fait paroitre
que larbre européen. (V. pl. X).
ment (1) Labricotier a un port majestueux, et élève noses rameaux touffus et garnis de
épaisses et luisantes, d'un vert foncé. Sa
feuilles
lière lui donne le coup d'oeil le plus
forme régusemble au peuplier
imposant. Il ressombre est aussi plus dItalie, mais son feuillage plos
mnoins élancé
garni; ce qui le fait paroitre
que larbre européen. (V. pl. X). --- Page 101 ---
1. Ppm 80.
a
b
a. le Citroruer des Haies. b 1e Fruit de lAbricotier. --- Page 102 --- --- Page 103 ---
D'UN NATURALISTE.
On me donna ensuite des sapotilles choisies,
parmi lesquelles cependant il ne s'en trouva
qu'une exquise, : elles étoient oblongues, de l'espèce, en un mot, de celles qui, douées de cette
supériorité, réunissent les parfums du jasmin et
de la fleur d'orange. On m'o observa que la résine
blanche, quise trouve sur les paroisdel la graine,
est tres-recherchée, et qu'elle se vend très-cher à
Curaçao. Ce fruit savoureux a une chair spongieuse et légérement garnie de petits filamens;
mais produisant une assez grande quantité de suc
dont la saveur douceâtre est insipide dans les espèces communes, si elle n'est point relevée par
le bouquet qui rendoit si agréable celle qu'on
me présenta. Comme il est très-rare de manger
d'excellentes sapotilles, je préfère pour mon
usage de bonnes figues bananes, dont le parfum
ne dégénère point si l'on a saisi le régime à son
point de maturité.
Ilest,q quelque distance du bourg en côtoyant
la mer, un endroit solitaire assez agréable, et
qu'on peut avec raison appeler le jardin des
Gonaives. Ce bocage est remarqué, au milieu
de ces savannes brulées et sans verdure, comme
en Europe une remise de chênes oudebouleaux,
entourée de tristes guérets. Ce local offre une
tannerie située à portée d'une rivière poissonneuse et étroite, où l'on a su réunir l'utile et
F 4
côtoyant
la mer, un endroit solitaire assez agréable, et
qu'on peut avec raison appeler le jardin des
Gonaives. Ce bocage est remarqué, au milieu
de ces savannes brulées et sans verdure, comme
en Europe une remise de chênes oudebouleaux,
entourée de tristes guérets. Ce local offre une
tannerie située à portée d'une rivière poissonneuse et étroite, où l'on a su réunir l'utile et
F 4 --- Page 104 ---
VOYAGES
l'agréable. Les travailleurs
l'ombre de verts
y sont abrités sous
abricotiers, 9 de chênes du
pays (r) et de mangliers, tandis
le
qui cerne ce domaine est
que cordon
vement de
parsemé alternatidattiers
cocotiers, palmistes, lataniers et
qui peignent leurs rameaux
dans le cristal de cette petite
bruissans
murmure m'attira. Les
rivière, dent le
cabrits, moutons,
zelles et taureaux animent ce
gaet les canards,
séjour; les poules
y. trouvant aussi une
l'aridité des environs leur
pâture que
aussi constamment
refuseroit, y restent
que des poussins
leur mère protectrice.
auprès de
Après avoir
avec admiration les riches
contemplé
teur, dans les
ressources du Créaproductions convenables à
climat, j'admirai le tissu merveilleux de la chaque dentelle, quoique grossière, du dattier dont
réserve de parler à son article
je me
Je retournois à la
(tome III).
un tourbillon de case, 2 lorsque je vis de loin
poussière, puis bientôt
une cavalerie nombreuse et un
après,
amnonçantlarrivée. du général en chefToussaint- trompette >
Louverture, qui les suivoit. Il vint descendre
chez Mme Descabaux, et nous
avoit fait terminer nos
annonça qu'il
s'étoit rendu à
aflaires, et que lui-même
cet effet à la commission des
() Bignonia quercus. --- Page 105 ---
D'UN NATURALISTE
8g
domaines; mais, par un monopole inextricable,
on ne nous remit que la levée de séquestre, pour
laquelle M. D. P. avoit donné huit portugaises
au chefde rédaction.
Le soir en prenant le thé, après avoir mangé
du melon d'eau (I) qui, en ce pays, estagréable
et tres-rafraichissant, M. Grammont me rapporta un trait merveilleux de la fidélité d'un
chien, et que je dois raconter ici en ma qualité
d'observateur. Son maitre, tué au siége de SaintChristophe, fut enterré au bas des remparts. Cet
animal ne quitta pendant vingt et un jours la
fosse de son maître, que pour aller de tems à
autre chercher assez de nourriture pour avoir
le tems de payer le tribut de sa douleur; car il
expira, au bout de quelques jours, de maigreur
et de besoin.
Je partis le lendemain chercher à l'Artibonite
des effets qui me devenoient nécessaires, et j'eus
l'imprudence de me mettre en route dansl l'aprèsmidi, où il est bien rare de ne point essuyer
quelqu'ondée. A la douleur d'avoir vu mes colJections d'Histoire naturelle endommagées par
(1) Anguria, citrullus dicta, C. Bauh. Pin. 512;
Tourn. 106. Epèce de courge à fleurs laciniées, C'est
le pastèque des Provençaux. Voyez son article.
(Vol. III).
'eus
l'imprudence de me mettre en route dansl l'aprèsmidi, où il est bien rare de ne point essuyer
quelqu'ondée. A la douleur d'avoir vu mes colJections d'Histoire naturelle endommagées par
(1) Anguria, citrullus dicta, C. Bauh. Pin. 512;
Tourn. 106. Epèce de courge à fleurs laciniées, C'est
le pastèque des Provençaux. Voyez son article.
(Vol. III). --- Page 106 ---
a
VOYAGES
désolent et
les insectes de toute espèce, qui
rendentinhabsitables certains quartiers, fut joint
d'être traversé jusqu'aux os, la
le désagrément
pluie n'ayant cessé de m'accompagner pendant
de
lieues. Les éclats du tonnerre
cette route cinq échos des hauts mornes, au pied
répétés par les
imprimoient un saint
desquels je cheminois,
soutenant
les nuages s'abaissant, et se
respect ;
comme une ombre
au milieu des montagnes
se déchargeoient sur moi;
légère et vaporeuse,
souvent il détournoit
le vent étoit si fort, que
trois nuées
mon cheval de sa route ; enfin,
dessus
vinrent à réunir leurs feux bruyans au
la croupe du morne
de ma de,longmejequinoial
le chemin de
gravir les rochers, et prendre
pour
Grammont, environnée de palmistes
Thabitation
dont les flèches attirent la foudre. Cependant
j'arrivai sain et sauf au Gonaives. la maison
doucement habitués à
Quoique
Descahaux, des affaires de famillenous rappclant
il fallut nous disposer à quitter
à PArtibonite,
pourroit peindre le
nos hôtes bienfaisans. Qui Les. vives instances
regret de ces bons parens? ?
notre
réitéroient d'établir chez eux
qu'ils nous
peu
domicile, de ne plus les quitter pendantle
nous avions à rester dans la colonie;
de tems que
furent d'autant plus
ces preuves d'amitié nous
ainsique
sensibles, que nos bons parens étoient,
disposer à quitter
à PArtibonite,
pourroit peindre le
nos hôtes bienfaisans. Qui Les. vives instances
regret de ces bons parens? ?
notre
réitéroient d'établir chez eux
qu'ils nous
peu
domicile, de ne plus les quitter pendantle
nous avions à rester dans la colonie;
de tems que
furent d'autant plus
ces preuves d'amitié nous
ainsique
sensibles, que nos bons parens étoient, --- Page 107 ---
D'UN NATURALISTE
nous, dépouillés d'une partie de leur fortune. 91
Cependant ils pourvurent à nos besoins les
pressans, et nous firent conduire à P'Artibonite plus
dans une voiture pour laquelle ils ordonnèrent
deux relais.
Notre voyage avoit pour but d'aller
possession de Phabitation de M.
prendre
Desdunes, le père, appelée
Rossignolnous venions
PEtable, dont enfin
d'obtenir la levée du
Nous nous rendîmes à cette
séquestre.
fermier
grande place oùt le
Philippe, bâtard de M.
dissimula l'envie de
Desdunes,
conserver la ferme de cette
habitation, dont les clauses lui étoient
tageuses; c'est pourquoi il nous
avanserment que s'il en eût été le
protesta avec
mis
maître, il nous ett
déjà
en son lieu et
mais des
viteurs affidés
place;
serqui connoissoient les replis de son
coeur, nous conseillèrent de nous méfier de
promesses, 3 et d'agir avec lui avec
ses
béancoup de
politique et de circonspetion.
Que de réflexions je fis à la vue d'une habitation autrefois si
délabrée
brillante, et aujourd'hui
par l'inconduite de son
La grande
usurpateur !
la
case,privée des ornemens qui naguères
rendoient agréable à habiter, n'offroit
qu'une vaste
plus
grange sans meubles, et tombant
en ruine ! Ce n'étoit plus la demeure
d'un
millionnaire, où le faste et l'opulence avoient --- Page 108 ---
a
VOYAGES
affichés. Tous ces lieux déserts
été si.long-tems
sembloient redemander des maitresquiyavoient
exercé tant de fois les beaux sentimens de
Thospitalité.
Tandis que ce fermier ingrat se repaissoit
honte à nos dépens du fruit de ses dilapisans
tandis qu'il étoit dans T'abondance,
dations, Lachicotte et moi, étions contraints, pour
M.
nous-mêmes à la provision, et de
vivre, d'aller
laisse un mulet de charge
conduire chacun en
d'aller nous
les nègres refusoient même
que
dans les savannes ! De douze cent
chercher
bêtes domptées il ne restoit plus
cinquante-cing
douzaine de bêtes cavalines
à mon hôte qu'une
échappées à la main
épuisées, et qui n'étoient
raison de leur maigreur
du désordre, qu'en
et de leur invalidité.
affamés
A notre retourdu marché,noschevaux:
sentant leurs pâturages, reprirent vigueur, et
le moment oùt nous avions mis pied
saisissant
et gagnèrent à
à terre, ils nous échappérent,
Il étoit
toute bride la plus prochaine savanne. à les
nuit, nous eûimes beaucoup de peine
nous remettre en route, et
rejoindre, pour
nous rendre à la hatte, lieu de notredestination.
Le mulet de charge surtout, que je tenois par
m'arrachoit
le licou, étant un peu récalcitrant, rencontroit
les bras par autant de secousses qu'il
saisissant
et gagnèrent à
à terre, ils nous échappérent,
Il étoit
toute bride la plus prochaine savanne. à les
nuit, nous eûimes beaucoup de peine
nous remettre en route, et
rejoindre, pour
nous rendre à la hatte, lieu de notredestination.
Le mulet de charge surtout, que je tenois par
m'arrachoit
le licou, étant un peu récalcitrant, rencontroit
les bras par autant de secousses qu'il --- Page 109 ---
D'UN NATURALISTE
d'arbres dont il avoit
dans
peur. Combien de
ces tems d'exil et de douleur,
fois,
fait mon entrée glorieuse dans les n'ai-je villes point
colonie, modestement monté
de la
sur un mulet rétif
qui,ayant peur de la sentinelle, n'osoit
si bien que les passans tomboient dessus avancer, à
de houssine
coups
2 correction qui souvent m'étoit
défavorable, et emportoit P'animal
où je ne voulois pas aller. Une autre indomptable fois
modestement monté,
plus
longues oreilles
j'entrois, sur l'animal à
qui bientôt regrettant son
et. ne le retrouvant plus dans des lieux sip logis,
se mettoità braire, età forcerl'entrée peuplés,
de
case, malgré mes efforts pour'le retenir. quelque
Ayant appris que le fermier de Phabitation
PEtable avoit deux termes à payer à l'administration, et la levée de nos
donnant droit de
séquestres nous
le voir
reprise, nous résolàmes d'aller
après le diner; et pour cet effet, nous
traversâmes une partie de ces immenses
sessions. Le lagon Peinier qui,
posdéjà observé, sertde
comme je lai
pâtureaux vaches, gazelles,
chevaux, moutons et cabrits, est traversé
un bras de I'Ester, où ils vont étancher leur soif par
sous les verts bambous qui bordent ce canal
d'un côté, tandis que de l'autre il reçoit l'ombrage de campêches et de gayac, deux bois
intéressans pour le commerce, le premier
par --- Page 110 ---
VOYAGES
la
la teinture qu'il procure, et l'autre par
gomme qu'il produit.
des cases
Nous arrivâmes au cantonnement
Cette réunion ressemble à un village
à nègres.
considérable d'établissemens
par le nombre
les
n'osérent
qu'on y rencontre. Tous
nègres
point venir au devant de nous; ilsse rappeloient
pouravoirdonné des preuves d'attachement
que, à leurs anciens maîtres, il y a quatre mois que
le fermier, envienx de cet hommage, et dépositaire d'une autorité, en avoit abusé pour
serviteurs fidèles de leur dévonement:
punir-ces
sous le prétexte que leur petit
c'est pourquoi,
ainsi - qu'ils appeloient M. Lachimaitre (c'est
les endoctriner en sa faveur,
cotte) étoit venu
en
Philippe l'avoit fait arrêter et mettre prison
de ses plus zélés esavec quatre-vingt-quatre
claves. Cependant, malgré cette nouvellecrainte,
les plus fidèles vinrent à notre rencontre, et
à côtoyer les cases afin d'ennous engagérent
émurent
tendre des voeux qui nous
jusqu'aux
larmes. avoir examiné la partie habitée, nous
entendinies Après la cloche du travail, et nous suivimesles cultivateurs dansla cotonnerie. Cestlà
qu'ils avoient tous disque nous remarquâmes
moins considérable
posé d'une étendue plus ou
leur
auquel ils donde terrain pour
jardinage
rencontre, et
à côtoyer les cases afin d'ennous engagérent
émurent
tendre des voeux qui nous
jusqu'aux
larmes. avoir examiné la partie habitée, nous
entendinies Après la cloche du travail, et nous suivimesles cultivateurs dansla cotonnerie. Cestlà
qu'ils avoient tous disque nous remarquâmes
moins considérable
posé d'une étendue plus ou
leur
auquel ils donde terrain pour
jardinage --- Page 111 ---
D'UN NATURALISTE
noient toutleur tems, malgréles défenses faites à
ce sujet par les réglemens précis du général
en dlefTouwinelemeture.
Je vis çà et là, dans la plaine immense qu'on
appelle jardin, quelques cultivateurs et des
animaux éparpillés,les uns travaillant à la houe,
les derniers broutant la mauvaise herbe que le
défaut de culture, a laissé enraciner dans un
terrain primitivement si bien aménagé. La
cotonnerie Hosignol-Deslunesduns,renommee dans
tous les ports de mer français par la qualité
supérieure de cette denrée coloniale dont elle
enrichissoit les manufactures, et dont le quintal
se payoit toujours une gourde au dessus du
cours, en raison de la beauté du coton, cette
cotonnerie négligée n'offre plus, aul lieu d'arbres
féconds et vivaces, que de petites plantes gréles
auxquelles pendent quelques gousses isolées.
Lesi nègres sensés ontaussi fait cette remarque,
qu'ily a un état complet de détérioration et de
dépérissement, depuis le règne de l'anarchie,
dans les productions coloniales; jusques là,
autrelois,disentils unanimement,) les comestibles
en général avoient toute autre saveur, tout
autre volume, puisque des patates de trente
livres n'étoient point une chose introuvable, et
qu'à présent celles de deux onces seulement
sont filandreuses 2 et qu'elles n'ont plus le --- Page 112 ---
VOYAGES
farineux des premières : de sorte qu'on
mange
actuellement, en se les disputant, celles
donnoit autrefois aux
qu'on
de
porcs, et qu'on dédaignoit
ramasser.
Quels torts les nègres anarchistes ne se sont-ils
pas faits en détruisant par envie de belles
bananeries qui leur eussent été si utiles
la disette, ainsi que des
pendant
les
vergers et potagers oit
semences, à peine confiées à la terre, y
toient comme
végébien
par enchantement. L'homme de
doit gémir de voir la nature triste ellemême de n'avoir plus à satisfaire sa libéralité,
qu'on a rendu impuissante par la dévastation.
Les ruisseaux qui partagent les carreaux
et fertilisent le sol, se remplissent
(1)
et leur lit semble s'être
chaque jour,
de
agrandi depuis l'absence
vingt mille animaux qui continuellement
venoient boire à leur courant
bitation
argentin; et tl'haRowsignol-Deslunes,
mieux cultivées de
naguères une des
milliers
l'ile, au lieu de quatre cent
de coton qu'elle rapportoit annuellement, donne à peine cinquante milliers. Les,
cultivateurs à la houe, au nombre de neufcent
quatre-vingts, sont réduits à cent vingt de bonne
(1) Le carreau est une mesure
contient
viron cent pas de trois pieds et demi qui
en122,500 pieds de superficie.
en carré, ou
volonté,
-
lunes,
mieux cultivées de
naguères une des
milliers
l'ile, au lieu de quatre cent
de coton qu'elle rapportoit annuellement, donne à peine cinquante milliers. Les,
cultivateurs à la houe, au nombre de neufcent
quatre-vingts, sont réduits à cent vingt de bonne
(1) Le carreau est une mesure
contient
viron cent pas de trois pieds et demi qui
en122,500 pieds de superficie.
en carré, ou
volonté,
- --- Page 113 ---
D'UN NATURALISTE,
volonté, quoique le même nombre à peu près
existe aux dépens de Thabitation 3 que les trois
cent mille francs que donnoit par an la vente des
jeunes mulets, sont réduits à zéro; que le
jardin en bonne valeur est presqu'en friche; 5
quele produit annuel des élèves, de vingt mille
animauxà cornes et à laine, n'est plusque songe;
et qu'enfin les propriétaires d'une aussi belle
fortune en sont frustrés jusqu'au moment heureux de la restauration de cette riche colonie;
car,àquoi sert à la famille Desdunes de posséder
une partie du vaste canton de P'Artibonite,
>
puisqu'elle n'a plus les moyens de faire valoir
ces immenses propriétés ? Vivant autrefois sur
cette place dans une opulente abondance, les
membres de cette famille respectable se trouvent
heureux de se nourrir de patates 2 que leur
refusent même bien souvent les possesseurs
actuels de leurs biens. Ils ne peuvent que gémir
de l'inexécution des ordres sages du gouvernement, et appeler à leur secours une muette
résignation.
Commeà cette Kpgsipianll.lorepigria
aux administrations faisoient un trafic de leur
place, nous nous reconnoissions hors d'état de
pouvoir réussir dans une démarche où il s'agissoit d'obtenir del F'administration des domaines,
le versement en nos mains des termes échus
TOME II,
G --- Page 114 ---
VOYAGES
Cette
par le fermier, qui en devenoit comptable.
étoit d'autant mieux fondée, qu'il
réclamation
dans notre levée de séquestre, qu'6étoit stipulé
nous n'avions
tant restés fidèles à notre patrie,
cessé d'être les propriétaires de nos habitapas
les
tions (1). Etayé de cette pièce anthentique,
Desdunes m'expédièrent à Saint-Marc,
héritiers
auprès de
en me priant de les représenter chef des biens
M. Floret, administrateur en
le
nationaux. On me fit prendre à l'éperlin
cheval de réserve de M. Lachicotte, d'autant
qu'abandonné à Jui-même dans
plus fouguenx, il servoit les
il avoit conles haras oit
jumens,
vivacité
servé cette démarche altière, et cette
rendoit dangereux à monter; cepenrétive quile
dant je me mis en route.
Léger (c'est le nom de ce coursier) ardent
moindres démarches, est fierde sa force
dans ses
Malheur à l'indiscret qui, douet de sa valeur.
d'être
tant de sa vigueur, oseroit le soupçonner
il
las
et la cravache lui déplaisent;
: l'éperon
Cen'est point tant sous le rapport personnel que
()
faire connoître au
je donne ces détails, que pour où se trouvoient à plus
lecteur J'état les d'impuissance fondés de pouvoir à qui, de France
forte raison
reproches de ne point
même, on faisoit d'injustes
envoyer de fonds!
douet de sa valeur.
d'être
tant de sa vigueur, oseroit le soupçonner
il
las
et la cravache lui déplaisent;
: l'éperon
Cen'est point tant sous le rapport personnel que
()
faire connoître au
je donne ces détails, que pour où se trouvoient à plus
lecteur J'état les d'impuissance fondés de pouvoir à qui, de France
forte raison
reproches de ne point
même, on faisoit d'injustes
envoyer de fonds! --- Page 115 ---
D'UN NATURALISTE.
ne peut les voir, moins encore les sentir, sans
reculer d'indignation et de mépris, et, dans son
transport violent, menacer son cavalier de punir
sa méprise, en l'éprouvant lui-même par quelques sauts dangereux.
En public, Légers sait, en piaffant, rassembler
toutes ses graces, et panache avec élégance sa
queue flottante, tandis que, d'un coup d'oeil
assuré et orgueilleux, il passe en revue tous ses
spectateurs.
Veut-on l'abandonner à ses désirs, et se
rendre complaisamment à l'impatience qu'il
démontre en frappant du pied le sol qu'il pulvérise ; la bride à peine lâchée, il disparoît
avec la rapidité de l'éclair du premier but de la
course, se fait sans peine un passage au travers
de la colonne d'air qu'il rompt avec sifflement.
Plus son élan est rapide, et plus la course est
dangereuse pour celui qui le monte, s'il n'est
hardi écuyer; car les premiers flots d'écume
qui viennent à blanchir son mors ets ses naseaux,
le font entrer en fureur. Ses yeux étincellent à
mesure qu'il accélère sa course bientôt à la
dernière période de rapidité, Enfin, il s'emporte
en secouant la tête et agitant sa crinière; rien
alors ne peutl'arréter. Il Jance à cinquante pas,
derrière son pied vigoureux, les pierres qu'il a
pulvérisées; c'est dans cet état de vélocité que,
G 2
ets ses naseaux,
le font entrer en fureur. Ses yeux étincellent à
mesure qu'il accélère sa course bientôt à la
dernière période de rapidité, Enfin, il s'emporte
en secouant la tête et agitant sa crinière; rien
alors ne peutl'arréter. Il Jance à cinquante pas,
derrière son pied vigoureux, les pierres qu'il a
pulvérisées; c'est dans cet état de vélocité que,
G 2 --- Page 116 ---
VOYAGES
ardeur,je lui laissai escalader
pouréprouver son
des mornes à pic.
ne doit point
L'homme prudent, cependant,
de
le laisser échauffer sans courir beaucoup bouche
risque, à cause du seul mors dont sa
incontinent
est munie, qui ne peut dompter
:: c'est pourcettef
fougue incdeetiexprinuales deux chemins qui s'ofquoi, à F'approche de
monincertitude,
froientà ma vue,balangantdans
il
voulus T'arrêter..
mais en vain.
je
et épiavoit déjà traversé un bayaonde épais tandis
l'avoit fait éclater par le pied,
neux,
de la mollette, et croisant mes
que, le pressant
je n'eus que le tems d'éviter
bras sur mon visage,
tàPAuen me recommandant
une mortoertaine,
égratignures,
teurdela itderesqueqoalgtea
récit de cette aventure, et tàlexamen
tandisqu'au fracassé, tout le monde convint que
du buisson
les longues épines dont
je devois être retenu par
est armé, et dont
cet arbrisseau trop dangereux planche 11, tome II)
les piqûres funestes (vayez cécité et le tétanos. Enfin,
causent si souvènt la
liemes de sauts
arrivé à Saint-Marc, après cinq
dans la
Léger caracoloit encore
périodiques, 2
de le maintenir au petit
ville, mais je fus obligé à marcher en flanc.
pas, ce quil le contraignit
la masse
Le soir, à mon retour àlArtibonite, lassésde
des cultivateurs de la grande habitation, --- Page 117 ---
D'UN NATURALISTE
TOI
la domination du fermier qui les laissoit mourir
de faim, en inondant leurs vivres pour la prospérité de ses cotonniers, et impatiens de nous
voir rentrer dans nos droits, ces nègres vinrent,
malgré la pluie, nous trouver à la hatte oùt nous
étions déjà au milieu de notre premier sommeil,
et eurent la générosité de nous offrir deux cents
portugaises pour nous mettre dans le cas de racheter la ferme des mains du cruel Philippe.
Mais, hélas ! faut-il avoir éprouvé par la suite
cette démarche feinte cachoit la plus noire
que
Phitrahison ! Des dénonciateurs gagnés par
lippe, et placés dans ce groupe nombreux,n'attendoient que le moment de notre acceptation
s'emparer de nos personnes, et Jes livrer à
pour
un tribunal inflexible où nous eussions été condamnés comme séducteurs et pertubateurs de
la société.
Le lendemain matin, réveillé au chant du
coq, et ne pouvant plus dormir à cause du babil
continuel d'un groupe de négrillons qui m'environnoient, je sautai au bas de mon lit; et, ayant
pris mon fusil, je m'avançai la boussoleà la main
dans une routeinconnue, versle pont de P'Ester,
oi je tuai un caïman : psiomiiuntrenbectdas
le bois, malgré les maringouins dont j'étois assailli, je courus à la recherche de pintades marronnes juchées en silence sur des campêches;
G 3
'un groupe de négrillons qui m'environnoient, je sautai au bas de mon lit; et, ayant
pris mon fusil, je m'avançai la boussoleà la main
dans une routeinconnue, versle pont de P'Ester,
oi je tuai un caïman : psiomiiuntrenbectdas
le bois, malgré les maringouins dont j'étois assailli, je courus à la recherche de pintades marronnes juchées en silence sur des campêches;
G 3 --- Page 118 ---
a
VOYAGES
mais je n'eus pasl la satisfaction de les tirer
fines que moi, je les levai
: plus
côtés, ainsi
des
plusieurs fois à mes
des branches que
héleux; mais l'enlacement
de
touffues de ces arbres
leur
m'empêcha
envoyer mon plomb.
Le soir, éclairé au dehors
le
la lune, et au dedans
des par croissant de
cardasses,
par
tiges desséchées de
de
gens, qui
Inminairedespanvrere
peu clarté et beaucoup de fumée, fournit
que cette incommodité avoit
j'admirois
d'éloignerles sanguinaires
pour avantage
M,
maringouins, : lorsque
Desdunes-Poiney, un de nos
d'infortune, me rapporta le trait compagnons
de la
suivant au sujet
prédestination. Un crime avoit été
aux environs des
commis
table
Gonaives, nous dit ce respecvicillard; et deux hommes furent
comme auteurs del'assassinat.]
désignés
condamné à perdre la
L'uninnocent, fut
lire en son
vie, puisqu'on ne pouvoit
coeur, et attaché à l'embouchure d'un
canon; mais, par un effet seul
de nos destinées, le
possibleàlAutenr
coup ne fit que rouler dansla
poussière el'innocenti injustement condamné,
qu'il ressentit aucun
tandis
sans
cide quiy fut mis mal;
que de l'homitige; etles
ensuite, il ne resta aucun veshommes demandent des miracles
(x)!
(1) Ce fait n'est point apocryphe et
aux Gonaives ce journalier
j'ai vu depuis
d'être un des auteurs de Tassassinat. injustement sourconné
le
possibleàlAutenr
coup ne fit que rouler dansla
poussière el'innocenti injustement condamné,
qu'il ressentit aucun
tandis
sans
cide quiy fut mis mal;
que de l'homitige; etles
ensuite, il ne resta aucun veshommes demandent des miracles
(x)!
(1) Ce fait n'est point apocryphe et
aux Gonaives ce journalier
j'ai vu depuis
d'être un des auteurs de Tassassinat. injustement sourconné --- Page 119 ---
D'UN NATURALISTE.
Cependant notre hôte gémissoit de nous recevoir aussi mal, et de ne pouvoir nous prodiles douceurs auxquelles et sa loyauté et sa
guer
d'oser
c'est
fortune lui permettoient
prétendre;
pourquoinousley voyionstoujours triste etréveur,
ainsi dire, de la fatalité du sort
s'accusant, pour
et des circonstances. Il ne mangeoit pas; et si
échappoient de sa
des plaintes quelquefois
bouche, c'étoit pour déplorer le chagrin qu'il
éprouvoità la vue de nos continuelles privations.
Que de générosités dans cet être par excellence !
Falloitil Idoncqu'une morta affreuse et prématurée
l'enlevât à ses amis, à ses parens? ?
Dès le matin avant le jour (r), cet hôte, généreux se levoit pour se mettre à la poursuite de
jeunes négresses paresseuses qui, pour la préparation de notre déjeàner frugal, se battoient
entr'elles à qui iroit chercher de l'eau au canal
très-prochain du lagon Peinier, ou bien qui nettoyeroitles chaudières et allumeroit lef feu, selon
la coutume, au milieu de la chambre.
Les nègres mâles, chargés spécialement du
(1) Je ne sus qu'en le quittant, que, pendant les six
mois de mon séjour chez lui, il avoit couché sans
matelas sur une table, exposé aux maringouins, afin
de me laisser son lit! O céleste hospitalité! combien
tu élèves leshommes au dessus d'eux-mémes!
G 4
chaudières et allumeroit lef feu, selon
la coutume, au milieu de la chambre.
Les nègres mâles, chargés spécialement du
(1) Je ne sus qu'en le quittant, que, pendant les six
mois de mon séjour chez lui, il avoit couché sans
matelas sur une table, exposé aux maringouins, afin
de me laisser son lit! O céleste hospitalité! combien
tu élèves leshommes au dessus d'eux-mémes!
G 4 --- Page 120 ---
VOYAGES
soin des bétes à cornes, les tétoient
et lorsqu'on les
en cachette;
nécessaire
appeloit afin de traire le
au déjetmer, ils s'enfuyoient
lait
ment, la panse pleine, et on ne les
impunéque le soir.
revoyoit plus
Des calalous
quelques
d'herbages de toute
crabes,
espèce 2
très-rarement des
quelquefois du
volailles,
habituelle,
gibier ; voilà notre nourriture
souvent brulée par
trefois trop pimentée
la négligence, d'audolence de ces
par méchanceté et l'injeunes négresses
en cuisinant, et oublioient
qui folâtroient
part dans ces mets dont elles que nous avions notre
toujours la moitié. Une
déroboient presque
boisson
eau mal-propre étoit la
que leur nonchalance nous
du café, à peine mis au feu, édulcoré préparoits
sirop noir et
avec un
également empireumatique, elles
nous étoit offert
par
après que l'eau
en avoit
de vaisselle
engraissé toute la
de porcelaine, devenue superficie. Une tasse
événemens
précieuse par tous les
auxquels elle avoit
passée à la ronde.
échappé, étoit
Les uns assis sur des
de petits quartauts,
tonneaux, d'autres sur
Jantes, ceux-là
ceux-ci sur des chaises vacildebout; nous
une pelite table
entourions tous
les bouts
posée sur de grands trétaux dont
siéges.
qui débordoient servoient aussi de
Quelques cuillers de
calebasses, des couis --- Page 121 ---
D'UN NATURALISTE.
pour boire, et de plus grands pour contenir les
patates, bananes et ignames, faisoient la décoration de cette tablerustique. On voit que, pour
cettevaisselle, les fourmeauxdesorf@vres ne furent
point soufflés. Étoit-ce un mal ? Ce tems a été
pour moi une épreuve nécessaire, à la faveur de
laquelle je me suis souvent livré à des réflexions
utiles, et dont peut-être un jour je n'aurai point
à me repentir. Quoi qu'il en soit, jamais mon
appétit ne fut plus constant, et ma santé plus
robuste; je dormois en paix, et m'éveillois avec
l'heureuse sécurité de l'ame qui n'a rien à se
reprocher.
J'eus beaucoup de peine à me familiariser
avec les mets du pays; ligname savonneuse, le
gombo ghuant,legsiongtion( (1) noirs et fétides,
tous ces mets ne captoient point par leur coup
d'ceil. Ce fut bien pis lorsque je vis préparer les
tourlouroux ou crabes, que j'avois surpris quelques heures auparavant occupées à des fonctions
dégottantes. Il falloit oublier que ces horribles
crustacées ne se nourrissent en partie que de
charognes putréficesyqu'elles savourent plusieurs
jours de suite les ossemens disjoints de chevaux
morts; ; qu'elles logent dans des trous profonds
pour cacher leur infàme laideur, et qu'clles n'en
(1) Espèce de champignons.
, que j'avois surpris quelques heures auparavant occupées à des fonctions
dégottantes. Il falloit oublier que ces horribles
crustacées ne se nourrissent en partie que de
charognes putréficesyqu'elles savourent plusieurs
jours de suite les ossemens disjoints de chevaux
morts; ; qu'elles logent dans des trous profonds
pour cacher leur infàme laideur, et qu'clles n'en
(1) Espèce de champignons. --- Page 122 ---
a
I06
VOYAGES
sortent que la nuit afin de n'avoir
deleursale voracité que les hiboux pour témoins
souris.
etles chauvesQuant aux murailles de notre retraite, elles
étoient formées de palissades à
voic; et comme les chambres jour et à clairaux autres ne sont
contiguès les unes
le moindre
point plafonnées, on entendoit
àl'autre.
mouvement d'un bout de la case
Avantdenouslaisera alleraux
du sommeil, nous avions à combattre douceurs
mures (1) et les cris des
les murétendus
de
négrites et négrillons
près nous sur des cuirs de
surdes nattes, en se disputant la meilleure beeuf, ou
tandis que d'autres écrasoient
place,
milliers de ces insectes
sur leur corps des
Jaissent
buveurs de sang qui ne
prendre en cet état qu'un sommeil
imparfait,et
sans
Lombonamniediass
mousticaire (2) dans les
vouloir se
colonies, 2 c'est
dej
préparer une insomnie, et des visites
puces, punaises, ravets, grillons, couleuvres,
araignées crabes 2 scorpions
chauves-souris, et tant d'autres 9 scolopendres, 7
animaux incom-
(1) Donner ces détails, c'est faire
usages du pays.
connoître les
line (2) La mousticaire est un pavillon carré en
insectes ou toile légère, sous lequel on se met à Tabri mousse- des
nuisibles. --- Page 123 ---
D'UN NATURALISTE.
modes, dont les cases sont garnies dès que la
nuit approche. Baissez-vous la mousticaire pour
éviter un inconvénient, il s'en présente une
autre, et la chaleur vous anéantit. Ce ne sont
plus de ces belles nuits d'Europe, où dèsqu'on a
froid on se couvre, ou quand la chaleur fatigue,
on ouvre les croisées, etl'on reste à l'air sur un
lit qui n'est jamais visité par les maringouins.
Nous éprouvions une chaleur insupportable
depuis que la nuit avoit étendu sur la nature son
voile lugubre et assoupissant, lorsque M. Lachicotte, croyant entendre près de la case le rappel
des pintades marronnes, vintprèsde moi chercher
son fusil, et me pria de l'accompagner. Tous
deux protégés par les ombres de la nuit, nous
nous glissàmes secrétement et sans bruit vers
l'endroit où il croyoit le gibier, étant convenu
de tirer ensemble. Bientôt son oeil exercé lui
découvrit la proiejilm'accoude pour mer montrer
quelque chose de noir dans le feuillage. Au mot
de feus nos deux coups qui n'en firent qu'un,
laissérent une victime sur la place; mais elle
nous coûta bien des regrets. Nous reconnûmes
en elle une des pintades couveuses de la case;
qui s'étoit probablement éloignée de ses ceufs,
soit par peur, soit pour une autre cause. Nous
allâmes nous confirmer, à son nid, dans cette
fatale conjecture.
oude pour mer montrer
quelque chose de noir dans le feuillage. Au mot
de feus nos deux coups qui n'en firent qu'un,
laissérent une victime sur la place; mais elle
nous coûta bien des regrets. Nous reconnûmes
en elle une des pintades couveuses de la case;
qui s'étoit probablement éloignée de ses ceufs,
soit par peur, soit pour une autre cause. Nous
allâmes nous confirmer, à son nid, dans cette
fatale conjecture. --- Page 124 ---
EN
Io8
VOYAGES
Le lendemain matin M.
Lachicotte,
empressé de me procurer
toujours
quelque
veau, me proposa une partie de
plaisir noudu Grand-lslet, où il faisoit chasse au verger
et où surtout il établissoit beaucoup d'élèves,
produit duquel il fondoit un corail (t) sur le
rances. Il
une partie de ses
-
me fit remarquer les délices de espéséjour fertile pour un ami de la retraite
ce
silence. Bordé à son extrémité
et du
eirconscrit dans les trois
par la mer, il est
par un bras de la rivière autres quarts du cercle
de l'Ester, qui, indépendamment de ce lit, se subdivise en
ramifications qui
plusieurs
arrosent et
se plaisent les élèves des
fécondent ce sol où
animaux
Lhermite qui
domestiques.
taine courtine y fixeroit son séjour sous cerde verdure dont il faut connoître
l'issue, muni d'ailleurs d'un
procurer sans aucuns frais du canot, peut s'y
des
poisson de mer et
coquillages. Est-il dégoûté de
peut tourner ses
celui-ci, il
abondamment pas vers l'Ester, qui lui fournit
des poissons d'ean
écrevisses
douce, et des
qui y sont
du gibier
très-communes. Veut-il
d'eau, il va
les canards de toute steperdasleurdoniais
espèce qui y résident toute
(1) Le mot corail
destiné à élever des désigne un lieu spécialement
une prodigieuse
cochons dont on fait dans l'ile
consommation. --- Page 125 ---
D'UN NATURALISTE.
l'année, et fourmillent en cet endroit propice.
S'il veut du gibier de terre, il peut y chasser
avec succès dans les cardasses le cochon marron
et la pintade. Je ne parle point des poules d'eau
et plongeons, dont les couvées innombrables
pourroient seules alimenter une colonie naissante.
Dans la partie fertile du terrain, loin de la
terre salée, contraire à la végétation, se sontfixés
des chasseurs et pécheurs qui dans la paix y
vivent du fruit deleurindustrie. D'autres habiles
dans l'art de corder l'aloës-pitte (1), y filent des
licous, y tressent des éperlins,. y font des filets,
ceux-ci des nattes de jonc ou de latanier, des
macoutes (2): à bras, et pour les bêtes de somme;
tandis qu'on y voit ceux-là y ciseler la calebasse
pour en faire des couis propres à retirerleaudes
jarres de grès oùt on la met rafraichir. Ils en
travaillent de plus grands pourla préparation du
laitage, et qui peuvent servir à divers autres
usages domestiques.
C'est en visitant ces cases, habitées par des
() Chanvre des Indiens. Aloe disticha. Appelé
par les nègres de Saint-Domingue cabouille; cest le
coulaoua des Caraibes 3 espèce d'aloes, ou agaye
fétide.
(2) Paniers de feuilles de latanier.
la met rafraichir. Ils en
travaillent de plus grands pourla préparation du
laitage, et qui peuvent servir à divers autres
usages domestiques.
C'est en visitant ces cases, habitées par des
() Chanvre des Indiens. Aloe disticha. Appelé
par les nègres de Saint-Domingue cabouille; cest le
coulaoua des Caraibes 3 espèce d'aloes, ou agaye
fétide.
(2) Paniers de feuilles de latanier. --- Page 126 ---
IIO
VOYAGES
familles de nègres aflranchis,à
les loue, oit dans l'une on nous quiM.Lachicotts offrit
de melon d'eau, dans l'autre
une tranche
que
une figue banane,
j'aperçus au loin un site charmant. Je
rendis de suite pour le décrire
m'y
Un fossé d'eau vive
avec exactitude.
et limpide isole ce domaine, et n'en permet l'accès qu'à
ceux
présentent en canot. Une seule case
quis'y
chaume, et pour les animaux
couverte en
vert en taches de palmistes, un ajoupa recoucouleurs éteintes
contrastent par leurs
sur ce sol verdoyant tapissé de
câpriers, où l'on voit endormis
zelles, cabrits, moutons,
quelques gapaisible
toute la fortune de ce
possesseur.
Derrière la case coule l'Ester, dont les
fertiles sont garnis d'une
bords
bananiers, dej pimens
plantation touffue de
destinée
caraibes, et cannesàs
au seul usage de la maison. Le sucre,
et le cirouellier, le
monbin
pommier-rose et le cocotier,
T'avocatier, le tamarinier, enrichissent
domaine. Le rouge de la
ce petit
vert sombre du corrossol pomme d'acajon, et le
jaune terreux de la
s'y confondent avec le
du cachiment.
sapotille, et le vert glauque
Enfin on a réuni dans ce
tous les arbres utiles aux besoins les
verger
de T'homme. On peut du seuil de la plus urgens
l'épervier dans le fossé
porte jeter
tation servoit de
poissonneux. Cette habiretraite à un ouvrier occupé à
-
vert sombre du corrossol pomme d'acajon, et le
jaune terreux de la
s'y confondent avec le
du cachiment.
sapotille, et le vert glauque
Enfin on a réuni dans ce
tous les arbres utiles aux besoins les
verger
de T'homme. On peut du seuil de la plus urgens
l'épervier dans le fossé
porte jeter
tation servoit de
poissonneux. Cette habiretraite à un ouvrier occupé à
- --- Page 127 ---
D'UN NATURALISTE.
III
faire des canots, et à creuser des gamelles que
lui procuroit le mapou, tandis que sa femme
s'occupoit. à filer du coton, en visitant de tems à
autre la rangée de poissons qu'elle faisoit sécher
au soleil (1). Les insulaires préférent le poisson
salé au poisson frais, et cela, parce que dans un
pays où tout tend au relichement,1 les stiptiques
semblent aiguiser l'appétit. Je me laissai doucementa tallerà cettel habitude, au pointde trouver
insipide tout mets qui n'étoit point accompagné de quelque salaison, de calalou-gombo,
de riz et d'une banane mûre. Enfin, pour rendre
ce mélange encore plus appétissant, jyj joignois
un jus de citron et force piment; et j'avoue que
je ne mangeois rien avec autant d'appétit, que
cette sorte de macédoine.
Je visitois les environs de cette case lorsque je
vis avec étonnement les enfans de tout àge et de
tout sexes ssejouerdansl'ecau, commeles poissons,
y plonger 7 disparoitre, malgré les fréquentes
visites des caimans. Je fis partde mon inquiétude
à une vieille négresse, aïeule de ces marmousets,
() Les créoles aiment tant le poisson salé, que tous
ceux qui se trouvent à portée des rivières, l'ouvrent
après lavoir péché, le salent, et le frottent d'uu jus
de citron; après quoi, ils le font dessécher lentement
au soleil pour s'en servir au besoin. --- Page 128 ---
I12
VOYAGES
occupée à tresser des paniers de l'écorce
bambou,quiles
du
appela en sanglotant, et
sortant du sommeil de l'indifférence comme
avoit empéché
qui lui
jusqu'alors de voir le
auquel son défaut de
danger
ses enfans.
prévoyance avoit exposé
Je me promenai long-tems
verdure formés
sous les cintres de
par la réunion des bananiers
disposés en allées, et iy
respirai une fraîcheur
agréable et d'une nature
éprouve
particulière qu'on y
de la création. toujours, en songeant aux merveilles
J'admirai le beau pourpre des
popottes (1) du bananier, dont le
oflre la
développement
régénération la plus
vain je me tournois
éonnante; mais en
reux
pour découvrir à quel heuchasardjedevoislep parfam dela
j'aperçus un de ces arbrisseaux à moitié rose,lorsque
à nos regards, et
dérobé
séches du
presqu'étouffa par des feuilles
bananier; je débarrassai le
prisonnier de ses' liens, et bientôt il
pauvre
tout son éclat.
reparut avec
Invité par le murmure de l'eau à me désaltérer, le bon Isidore,
alla d'abord
propriétaire de ce
me cueillir quelques
verger,
qu'il me donna à mâcher
pommes-roses
par un rafinement de
(I) C'est ainsi qu'à
fleur du bananier. Saint-Domingue on appelle la
sensualité,
a
arrassai le
prisonnier de ses' liens, et bientôt il
pauvre
tout son éclat.
reparut avec
Invité par le murmure de l'eau à me désaltérer, le bon Isidore,
alla d'abord
propriétaire de ce
me cueillir quelques
verger,
qu'il me donna à mâcher
pommes-roses
par un rafinement de
(I) C'est ainsi qu'à
fleur du bananier. Saint-Domingue on appelle la
sensualité,
a --- Page 129 ---
D'UN NATURALISTE.
sensualité, puis il m'offrit bientôt un verre de
limonade composé sur les lieux. Pour ce, il
alla détacher quelques citrons, et arracher les
cannes les plus mûres; puis les tordant, il en
exprima le jus qu'il méla à l'acide dans un des
pétales de la fleur du bananier, qu'il présenta à
la superficie de la rivière pour y puiser de son
eau limpide, et le mélange fut fait. Il m'offrit
cette boisson agréable dans toute sa fraicheur ;
elle avoit acquis, par sa pause dansle pétale, une
saveur balsamique.
Onze mois seulement s'étoient écoulés depuis
la plantation de cette bananerie, 2 et libérale
envers les mains qui en avoient embelli la nature, elle donnoit déjà à son maître plusieurs
régimes. Ce fut cet Isidore qui, en me parlant
de la culture de cet arbuste précieux (1),m'apprit qu'à mesure que l'on coupoit un
ilfalloit,
régime, 2
pourl'intérêt du pieddel bananier,
le jet de la saison qui s'étoit épuisé dans saper cette
fructification. A défaut de cette indispensable
précaution, la tige se pourrit, et endommage les
caïeux qui n'en repoussent au contraire qu'avec
plus de vigueur, sil'on a eu soin d'en extirperla
(1) Voyez T'éloge complet qu'en fait M. Tussac,
colon de Saint-Domingue, dans son précieux ouvrage
de la Flore des Antilles.
TOME II.
H --- Page 130 ---
VOYAGES
On voit qu'avec de
desséchée et inutile.
pousse
le bananier répond généreusement
légers soins,
de lui, et que ses laraux peines qu'on a pris
amplement de sa culture.
gesses dédommagent
le bon
Au milieu de l'éloge de sa demeure,
épizootie surleschevanx
Isidore se plaignitdune dans l'eau bourbeuse
fourragent
et mulets qui
survient
toutl le corps, me
des étangs. Il leur
par
en s'uldes excroissances charnues qui,
dit-il, les font bientôt périr en langueur. Je
cérant,
influe pour beaucrois que le virus scorbutique
l'eau
dans cette désorganisation, puisque
coup
au milieu de laquelle ils
croupie et saumâtre,
une des causes occapâturent, et qui en est
de sel en satusionnelles, contient beaucoup
dans cet
ration. Lorsqu'on saigne ces animaux
étatdéplorable, on n'obtient pour résultatqu'une
martial, ou bien une
eau rousse sans principe
entière dissosanie virulente qui dénote une
de
lution. Je quittai Isidore, en lui promettant dans
venir le voir souvent, et je m'embarquai milieu
le canot qui me passa à Pantre bord, au
de caîmans qui en vouloient à mon
d'une troupe
nous suivoit à la nage, ainsi
cheval qui, désellé,
qu'il est d'usage dans le pays.
M. DesJe partis le vendredi 31 mai, avec
de
me rendre dans les bas
danes-Poincy, pour
chez M. Rossignol, notre parent,
PArtibonite,
lui promettant dans
venir le voir souvent, et je m'embarquai milieu
le canot qui me passa à Pantre bord, au
de caîmans qui en vouloient à mon
d'une troupe
nous suivoit à la nage, ainsi
cheval qui, désellé,
qu'il est d'usage dans le pays.
M. DesJe partis le vendredi 31 mai, avec
de
me rendre dans les bas
danes-Poincy, pour
chez M. Rossignol, notre parent,
PArtibonite, --- Page 131 ---
D'UN NATURALISTE
dont le verger, situé sur le bord de la
I19
est renommé par l'antiquité de
rivière,
beanté des
ses futaies, la
arbres, et l'abondance du fruit
procure. Je ne vis par-tout, chez ce nouvel qu'il
que les vestiges d'une ancienne
hôte,
des carreaux de marbre, étoit splendeur : sur
mala lassujettie,
placée une table
garnie de couverts incomplets,de
quelquespatates,etd tdecaféausirop,
A mon étonnement de ne point voir fautedesucre. de fruits
milieu d'un aussi beau verger, le
au
m'observa, en soupirant, qu'on les propriétaire lui
tous
voloit
leur impunément en plein jour, et même avant
maturité. Ainsile possesseur de cette habitation, qui a senti le besoin de travailler
alléger son infortune, et faire écouler pour
manière insensible les
d'une
tude toujours
longues heures d'une solivenirs; M. empoisonnée par de cuisans souRossignol qui, au milieu de ses
vers, a appris sà cultiver ses arbres de
remains, réclamer de leur sein les
ses propres
trésors de
végétation, est frustré
leur
du fruit de ses
par ses négres parasites
constans travaux. Au
cent cultivateurs
milieu de
seul dans
qui lui restent, il est
ses chambres à lambris
toujours
de se servir lui-méme.
dorés, et obligé
Nous allâmes visiter le verger clos
haies de
par des
et
unabri
seironnicn,etpreenote
sombre
impénétrable aux rayons du soleil. Je fus
H 2 --- Page 132 ---
VOYAGES
émerveilléetdu site, et de la fraicheur
tient la verdure condensée de
qu'entreet énormes. On
ces arbres touffus
y remarque dans Fintérieur,
orangers, sapotillers, manguiers, cocotiers, caimitiers, palmistes, jamboisiers,
-
cachimentiers,
Tarhrespsin,lejaeg(0),1 le
et tant d'autres arbres si nécessaires smonbin,leGirouelier, à la
je m'étonne toujours
vie, que
que chaque habitation n'ait
pas un semblable avantage. Sur le bord de
on voyoit des bananiers
l'eau,
médiocre hauteur
contrastant par leur
et leur tendre verdure, avec
Ies autres arbres fruitiers respectés
le
qui trembla d'y mettrela
par crime,
coignée. Ah! pourquoi
Saint-Domingue tilité
fait, par son climat, par la ferde son sol, par la beauté de ses sites,
être un pays enchanteur, n'est-il habité
pour
des amisdel'or, et non par ceux de la naturé que par
Après un long entretien, nous
l'eau,
médiocre hauteur
contrastant par leur
et leur tendre verdure, avec
Ies autres arbres fruitiers respectés
le
qui trembla d'y mettrela
par crime,
coignée. Ah! pourquoi
Saint-Domingue tilité
fait, par son climat, par la ferde son sol, par la beauté de ses sites,
être un pays enchanteur, n'est-il habité
pour
des amisdel'or, et non par ceux de la naturé que par
Après un long entretien, nous la case. On y parla de remèdes
rentrâmes à
créoles aiment à
efficaces, car les
pratiquer l'art
ou au moins à faire part de leurs mélicamentaire, avis dansl
casion. M. Rossignol nous
locmerveilleuses
rapporta des cures
opérées à la faveur d'un
formé par la combinaison des extraits de onguent feuilles
de gayac, de jus
feuilles de
d'oranges sures, et de celui des
karatas. M. Poincy,
payé pour se
(1) Artotarpus jacca. --- Page 133 ---
D'UN NATURALISTE,
12I
repentir de ses expériences en ce genre,ne disoit
mot, lorsqu'un des auditeurs lui rappela un.
essaiquiluia été funeste. I1 avoit entendu vanter
lespropriétés de l'antimoine;et, commei il voyoit
tout en grand, il crut qu'une plus forte dose que
celle d'usage, devoit nécessairement produire
un effet plus marquant. Il passa donc à ce reméde, d'après sa mesure, douze jumens, qui
moururent toutes dans la même journée.
J'apprisi à mon retour à la hatte, que le général
en chef ToussincLonverture avoit donné des.
ordres pour que dans toute la colonie on célébrât
avec pompe le jour solennel de la Fête-Dieu;
maisla partie du Nord, gouvernée par des athées
et des matérialistes, fut la seule rebelle à cet
ordre suprême. Au son d'une musique guerrière et au bruit des salves d'artillerie, tout être
vivant eut ordre de se tenir sur pied, et le général en cheflui-méme, à la tête des troupes et
de son état-major, rendit hommage à l'Auteur
de ses succès.
Cependant nos ressources s'épuisoient, et il
falloit vivre avec la plus stricte économie. Il fut
donc décidé parle conseil dela hatte, que M. Lachicotte et moi, nous partirions avec des chevaux
de charge pour le bourg de la Petite-Rivière,
distant de huit lieues de notre paisible retraite.
Chemin faisant, après avoir traversé des pays
H 3
es et
de son état-major, rendit hommage à l'Auteur
de ses succès.
Cependant nos ressources s'épuisoient, et il
falloit vivre avec la plus stricte économie. Il fut
donc décidé parle conseil dela hatte, que M. Lachicotte et moi, nous partirions avec des chevaux
de charge pour le bourg de la Petite-Rivière,
distant de huit lieues de notre paisible retraite.
Chemin faisant, après avoir traversé des pays
H 3 --- Page 134 ---
a
VOYAGES
arides, hérissés de cardasses et de
nous passâmes devant T'habitation
raquettes,
tenantà mon
Gayot, apparbeau-père: nous côtoyâmes ensuite
Thabitation Robuste, 2 dont la position est charmante, L'immense bananerie qui la décore, lui
donne un fort joli coup d'oeil, et cache aux regards des passans les démolitions, tristes effets des
crises révolutionnaires qui ont désolé ce séjour.
Cej jardin étoit mieux cultivéqueceluide
confié aux soins peu vigilans d'un
Gayot,
de dix-huit
jeune fermien
ans, qui n'en faisoit emblaver
quelques carreaux, laissant le reste en friche que et
à l'abandon. Je voyois ces abus, et ne
m'en plaindre.
pouvois
Au milieu d'un concours immense de
deurs, nous arrivâmes au bourg de la Petite- venRivière (1), aprés avoir passé le pont de la Marécageuse, ruisseau qui borde la ville en deçà.
N'ayant point de maison à notre service
nous y mettre à l'ombre, il fallut
pour
grande chaleur du
supporter la
jour, et manger à la hâte un
(1) Ce bourg tire son nom d'une petite rivière
après T'avoir arrosé, va se confondre aux eaux qui,
neuses de la grande rivière de I'Artibonite. Le limode la Petite-Rivière a onze lieues de
canton
environ de largeur. On cultive dans la longueur, sur cinç
du coton et de Tindigo; et dans les plaine dus sucre, 9
remarque de belles cafeyères.
montagnes on y --- Page 135 ---
D'UN NATURALISTE.
melon d'eau, nos facultés ne nous permettant
point de prétendre à un déjeiner plus splendide.
Ce marché, ordinairement muni de fruits en
tout genre, n'avoit aucune provision ce jourla; c'est pourquoi nous repartimes pour la hatte,
aprésavoir tenté vainementla vented'une portion
d'héritage qui venoit de nous échoir.
De retour à la case, M. Lachicotte, toujours
humain, ayant trouvé une femme qui demandoit
Thospitalité, ne voyant en elle que le malheur,
de la lui donner, il conet sans moyenslui-même
sentit à souffrir Timportunité des maringonins,
et lui céda la peau de boeuf sur laquello il couchoit, pour passer la nuit sans dormir, sur trois
panneaux de jonc.
Le lendemain, M. Desdunes-Poincy me proposa, après le diner, une promenade au milieu
de laquelle nous allâmes quéter, la macoute au
bras, du sirop et des citrons aux noirs de la
grande habitation. Je reconnus dans cet état de
détresse oi je ne m'étois jamais trouvé, qu'il est
utile à Phomme de léprouver, et qu'alors il doit
apprécier l'existence.
Le soir, à la fumée de tiges de cardasses allumées pourchasser les maringouins, on me donna
des détails sur la mort d'un colon, nommé
Combret, paisible habitant des montagnes, et
victime de la fureur frénétique des premiers
H 4
connus dans cet état de
détresse oi je ne m'étois jamais trouvé, qu'il est
utile à Phomme de léprouver, et qu'alors il doit
apprécier l'existence.
Le soir, à la fumée de tiges de cardasses allumées pourchasser les maringouins, on me donna
des détails sur la mort d'un colon, nommé
Combret, paisible habitant des montagnes, et
victime de la fureur frénétique des premiers
H 4 --- Page 136 ---
a
VOYAGES
de sécurité.
donna
Eaetmemtmniaue
Un soir on vint
trop
et il alla ouvrir, dans le
frapper à sa porte,
saisit delui, et on le négligéde la nuit : on se
de faire sa
garrotta, Ildemanda le tems
prière, après quoi il
avec la plus parfaite
reçut la mort
étonnante qui fut résignation. Une remarque
l'espace de deux faite, c'est que son corps resta
ans dans la place où il avoit
tué, sans se dénaturer, malgré
été
climat qui tend naturellement l'influence du
Ce fut à cette
à la corruption.
époque que sa
voir cette habitation
femme, retournant
isolée, retrouva le
son malheureux époux aussi
corps de
que s'ilr n'eût point
frais, aussi vermeil
subi la mort.
Quelquefois obligés de chasser
nous allions à la hatte du Grand-Islet. pour vivre,
renced'un beau tems nous fit
L'appade canards; mais un
projeter une partie
à peine
orage terrible nous surprit,
étoit si embarqués sur notre canot, et le vent
fort, que nous fimes obligés de rester en
panne, ne pouvant plus diriger notre
L/'eau tranquille du Lagon étoit
pirogue.
aujourd'hui
comparable aux flots de la mer; la
pendue dans sa chute, souflée
pluie suslons, se
par des tourbildissipoit en vapeurs. Les éclats du
nerre étoient si bruyans
tonmigraine affreuse. Pour qu'ils me donnèrent une
milicu de cette
comble de malheur, au
funeste tempête, n'ayant
pu --- Page 137 ---
D'UN NATURALISTE.
garantir nos fusils et nos munitions, nous revinmes sans gibier.
Il me restoit à connoitre l'enchainement miraculeux par lequel M. Lachicotte fut conservé
à ses amis au milieu des secousses révolutionnairessaprésavoir refusé son histoire pour cacher
les crimes de ses persécuteurs, il céda à nos
vivesinstances, en nous recommandantle: . secret,
et développa ainsi à nos yeux admirateurs les
moyens divins qui l'avoient soustrait à une injuste vengeance.
( Mes malheurs, ia,datmd.oswdiggt
) Tranquille encore sur mon habitation près le
) pont del'Ester, par le repos de ma conscience,
) ma tante Descahaux, se rendant à Saint-Marc
) pour fuir le couteau des assassins, voulut
> ébranler ma résolution, en me disant que
) bientôt Panarchie alloit être à son comble, et
) me conseillant fortement de la suivre. Je la
) remerciaides - sesavis, maisjela priai de trouver
) bon que je n'abandonnasse point mes enfans,
) et Laurette enceinte de huit mois.
) Le brnitdes meurtres et du pillage étant par-
) venujusqu'à mes oreilles,je résolus d'aller ca-
> dorumeieconodaweduel-Snlidomaneibuxkfmibsmangle
) du bord de la mer. Je quittai donc tout mon
) mobilier, etje ne me fis suivre quedeLaurene,
sesavis, maisjela priai de trouver
) bon que je n'abandonnasse point mes enfans,
) et Laurette enceinte de huit mois.
) Le brnitdes meurtres et du pillage étant par-
) venujusqu'à mes oreilles,je résolus d'aller ca-
> dorumeieconodaweduel-Snlidomaneibuxkfmibsmangle
) du bord de la mer. Je quittai donc tout mon
) mobilier, etje ne me fis suivre quedeLaurene, --- Page 138 ---
VOYAGES
) de mes enfans, et de ce qui étoit
) à notre existence
indispensable
commune,
) Commentvous
) à la vue de
dépeindre ma triste situation
pauvres enfans
> reposant, ainsi
manquant de tout,
)
que nous, sur de la vase
fonçoit sous la moindre
qui
)) mandes naturelles
pression? A leurs de-
> répondre, la
auxquelles je ne pouvois
nature ébranloit mon
> des torrens de larmes couloient
coeur, et
> mes yeux paternels.
à l'instant de
) Nuit et jour, en proie à des essaims
) brables
innomsdemoustiques, vareux et
> redoutant à chaque instant maringonins;
5) monde (1), l'incursion
pour les petit-
) affamés
soudaine des caïmans
qui nous
) tirer un coup de fusil environnoient, dans la
et n'osant
) tendus, déconverts
crainte d'être en-
) rissions à vued'ceil et sacrifiés, nous dépopar la diète
) mauvais
austère, parles
alimens, et l'eau saumâtre
) étions obligés de boire,
que nous
) Contraints aussi de déplacer de
)) notre ajoupa
temsàa autre
)) beux, les
par l'insolidité du terrain bourplus jeunes étoient
)) planches, tandis
juchés sur des
) que mal à la
que je travaillois tant bien
reconstruction de notre cahutte.
() A
petits enfans. Saint-Domingue on donne ce nom aux --- Page 139 ---
D'UN NATURALISTE.
) Le canon et les fusillades dont les mornes
) répétoient le bruit sourd et lugubre, nous for-
)) çoient à faire une retraite silencieuse, et nous
) défendoient toute communication avec le
) dehors. Cependant, manquant de vivres, jef fus
)) indécis si j'irois risquer ma vie pour en cher-
) cher, ou bien si je hasarderois de chasser le
) gibier, commun dans ces parages. Je penchai
) pour cette dernière résolution, en songeant
) quelebruit des armes à feu, par-tout répandu,
) me mettoit en sûreté, et dans l'impossibilité
) d'être soupconné (1).
deux mois de cet état
) J'alimentai, pendant
) déplorable, une nombreuse famille; mais les
) munitions commençant à s'épuiser, je voulus
) conserver le reste en cas de surprise par les
)) révoltés, de manière à repousser leur attaque,
) ou du moins à vendre chèrement ma vie et
)) celle de mes pauvres enfans.
)) Une escarmouche qui eut lieu assez près de
) notre humble ajoupa, et les cris des malheu-
(:) On me demandera peut-être pourquoi je cherche
à intéresser mon lecteur au sort qu'a éprouvé un colon
qu'il ne connoit point; mais je devois ces relations
comme dépendantes de l'histoire politique de la révolution de Saint-Domingue, etj'ai préféréchoisir pour
sujet un historien fidèle, qui ne m'a transmis que des
détails très-exacts.
)) Une escarmouche qui eut lieu assez près de
) notre humble ajoupa, et les cris des malheu-
(:) On me demandera peut-être pourquoi je cherche
à intéresser mon lecteur au sort qu'a éprouvé un colon
qu'il ne connoit point; mais je devois ces relations
comme dépendantes de l'histoire politique de la révolution de Saint-Domingue, etj'ai préféréchoisir pour
sujet un historien fidèle, qui ne m'a transmis que des
détails très-exacts. --- Page 140 ---
-
VOYAGES
) reuses victimes qui avoient en vain
> salut dans la fuite,
cherché un
m'ayant fait
> notre asile ne fat violé
craindre que
) je résolus, dans
au premier moment,
) poir, de
ma crainte et dans mon déses-
)
l'abandonner pour aller au milieu du
carnage demander asile dans les
> commandant Vernet, Cet
Gonaives, au
)) mei reçut avec
homme de couleur
> la famine sensibilité, puis me représentant
générale, et la
)
de
perplexité bientôt
inséparable nos dernières
> conseilla d'oser aller
ressources, il me
> rie, où les hommes, m'installer sur ma sucre-
))
toujours traités humainement, ne s'étoient point encore
2 me fitdonc espérer leur
révoltés; il
) à la patience, il
pitié; et, m'engageant
> avant
m'y fit escorter, et me remit
mon départ quelques
) pour les premiers besoins provisions sèches
) éprouver.
que nous devions
) L'atelier de cette habitation,
)) tranquille, écoutant la voix de la jusqu'alors
> voulant sacrifier à la couleur
barbarie,
)). mienne, attira le feu de la
ennemie de la
)). malfaiteurs
discorde, que les
étrangers, ces
)) teurs, aux
vampires désolayeux envieux et
de
)) vinrent allumer. J'eus le bonheur pleins rage, y
> assez tôt pouréviterla
de m'évader
mort affreuse
) préparée. Ballotté
le
qui m'étoit
) jours père, je
par sort, mais-étant touretournai dans les
mangles en
ira le feu de la
ennemie de la
)). malfaiteurs
discorde, que les
étrangers, ces
)) teurs, aux
vampires désolayeux envieux et
de
)) vinrent allumer. J'eus le bonheur pleins rage, y
> assez tôt pouréviterla
de m'évader
mort affreuse
) préparée. Ballotté
le
qui m'étoit
) jours père, je
par sort, mais-étant touretournai dans les
mangles en --- Page 141 ---
D'UN NATURALISTE.
) implorant la miséricorde du Dieu maitre des
)) destinées; c'est là que je reçus de mon frère
) Desdunes-Leclerc, pour lors à Saint-Marc,
> ville' occupée par les Anglais, un fatal billet
> dans lequel il m'annonçoit la mort de notre
) pauvre mère. Ce billet, qu'on interpréta dans
) un sens tout opposé à celui dans lequel ila avoit
)) été écrit, étoit conçu en ces termes : Yous
) n'ignorez point, mon frères la perte que
) nous venons de faire, etc. Cet écrit tomba
)) dans les mains des chefs, qui crurent recon-
) noître quej'avois une correspondance établie
) avec le parti des Anglais, qui me déploroient
) par là une victoire remportée sur eux par les
) rebelles. Mais Dieu, le protecteur puissant de
) Finnocence, me couvroit de son égide, et
) adoucit dans les coeurs effrénés de mes dénon-
)) ciateurs le fiel du ressentiment et de l'envie,
) si bien que je ne reçus aucun mauvais effet de
D cette fausse interprétation. Cependant, ayant
)) éédéconvertdansles mangles, je crus prudent
) demermprocierdales habités, etjechoisis,
) pour ma nouvelle retraite, l'ajonpa d'un vieux
> nègre libre, ému de compassion, et qui s'in-
) téresseroit surtout au sort de mes enfans, s'ils
) étoient privés de leur père. Cet être bienfaisant
) me recéla donc chez lui, m'y nourrit; puis
) un soir, ayant vu cerner sa maison, il voulut
édéconvertdansles mangles, je crus prudent
) demermprocierdales habités, etjechoisis,
) pour ma nouvelle retraite, l'ajonpa d'un vieux
> nègre libre, ému de compassion, et qui s'in-
) téresseroit surtout au sort de mes enfans, s'ils
) étoient privés de leur père. Cet être bienfaisant
) me recéla donc chez lui, m'y nourrit; puis
) un soir, ayant vu cerner sa maison, il voulut --- Page 142 ---
A -
VOYAGES
> connoitre les motifs de cette mesurealarmante.
>A la faveur de son teint qui lui servoit
D sauve-garde, ilalla de
de
groupe en
> l'opinion des assiégeans. Il fut groupesonder anéanti
) prendre, comme secret, que la nouvelles'étoit d'ap-
) répandue qu'un blanc de la race Desdunes
) étoit dans ces quartiers, et
) point le laisser
qu'on ne vouloit
échapper. Ils
D donc que la chute du
n'attendoient
>
jour pour foncer la
maison, et m'assassiner!
)) Sans mot dire, mon hôte
) fila avec tant d'adresse
généreux se fau-
) leur,
parmi ceux de sa couqu'il vint m'avertir que le coucher du
) soleil étoit le signal de ma mort; mais d'une
2 main me dévoilant un avenir sinistre, il
) ploya l'autre à me frayer un chemin
em-
) même de mes assassins
au milieu
)) facilita les
: c'est pourquoi il me
moyens de m'évader
) en attirant d'un autre côté la secrétement, horde
) nelle. Je me rendis au
crimi-
)
plutôt sur les bords de
l'Ester, oùt il m'avoit fait
> qui me servit à
à préparer un canot
passer l'autre hord
3) m'y cacher.
pour
> Les tigres humains, affamés de mon
> se présentérent au soleil
sang 5
> cèrent
couchant, et annonl'assaut et l'incendie de la case de mon
) bienfaiteur parunedécharge de
mousqueterie, --- Page 143 ---
D'UN NATURALISTE,
13r
)) Deux jours après on m'apprit que le chef de
) cette couspiration avoit été fusillé.
) Philippe, bâtard de mon père, ce fermier
) inexorable, mon ennemi juré, étoit furieux
) de me savoir encore existant, et il avoit résolu
) de faire les plus grands sacrifices pour devenir
) l'unique héritier de nos immenses propriétés.
) Je le voyois passer et repasser devant ma
) cachette, en répétant à haute voix les ordres
) de m'assassiner, et blâmant ses soldats deleurs
) fausses recherches. Je pouvois le tuer; mais,,
) méprisant la bassesse de ses sentimens, et
) jusqu'à l'idée d'une aussi lâche vengeance, je
) ne tirai point sur lui, quoiquej'aiee eu souvent
) l'occasion de le trouver seul et sans témoins.
) L'Auteur de la vie me destinoit à lui rendre le
) bien pour le mal! Il fut blessé par une balle
) égarée, et baignant dans son sang, appelant
) en vain à son secours dans ce désert, je sortis
) de ma hutte, et Ie portai sur mes épaules
) pendantl'espace d'une lieue et demie environ,
) en labourant une vase épaisse et pénible, jus-
> qu'à ce qu'enfin j'aie pu rencontrer une case
) où je le déposai, en le recommandant au
)) vieillard quil'habitoit.
)) Laurette accoucha le 27 . : . ; mais l'effer-
) vescence étant devenue terrible et contagieuse,
>je fus obligé de trainer, le 31... dans les man-
, et Ie portai sur mes épaules
) pendantl'espace d'une lieue et demie environ,
) en labourant une vase épaisse et pénible, jus-
> qu'à ce qu'enfin j'aie pu rencontrer une case
) où je le déposai, en le recommandant au
)) vieillard quil'habitoit.
)) Laurette accoucha le 27 . : . ; mais l'effer-
) vescence étant devenue terrible et contagieuse,
>je fus obligé de trainer, le 31... dans les man- --- Page 144 ---
a
VOYAGES
) gles, la nouvelleaccouchée : la première
)) fut la nôtre. L'eau pouvoit à peine s'y boire. place
)) L'ajoupa, pendant la nuit, enfonçoit
) la couverture dans cette vase, où étant jusqu'à debout
) on entroitjusqu'aux genoux. Nous
) de
changions
campement une fois par vingt -
) heures. Quelles souffrances
quatre
)) tendre
éprouvoit cette
mère, sans cesse exposée à se voir, ainsi
) que son nouveau né, au pouvoir des assassins!
) et que de larmes amères mes yeux ont versé
) sur notre cruelle existence!
)) Les vapeurs de cette eau croupie rendant
) ce séjour dangereux à
) chez mon frère
habiter, je me rendis
Rossignol, près le Grand-Islet.
) Les cases étoient abandonnées; mais
)) affidé ayant ouï dire qu'on m'y savoit un noir
)) vint me confier quel les brigands n'en vouloient réfugié,
) qu'à moi seul, que je pouvois y laisser Lau-
)) rette et més enfans; mais qu'il étoit
de
) traverser promptement de l'autre urgent bord de
) FEster. J'avois depuis deux
) aigue; cependant il
jours une fièvre
ne falloit point balancer.
)) Ce brave nègre ne m'avoit point
) A sept heures du soir, quarante hommes trompé.
)) passèrent l'Ester, les uns en canot, les armés autres
) sur des portes; ceux-ci à la nage,les sabre à la
2 bouche, et fumant encore entre leurs dents
) agacées. Ne m'ayant point trouvé, ils mirent le
feu
'avois depuis deux
) aigue; cependant il
jours une fièvre
ne falloit point balancer.
)) Ce brave nègre ne m'avoit point
) A sept heures du soir, quarante hommes trompé.
)) passèrent l'Ester, les uns en canot, les armés autres
) sur des portes; ceux-ci à la nage,les sabre à la
2 bouche, et fumant encore entre leurs dents
) agacées. Ne m'ayant point trouvé, ils mirent le
feu --- Page 145 ---
D'UN NATURALISTE
) feu à trois cases, et se vengérentainsi du 129
5) qu'ils éprouvoient dans leur
retard
ressentiment.
)) Onze blancs, et mes frères
) Poincy, nous nous
Rossignol et
) nier. Nous
réfugiames chez ce dery véctmes pendant dix-huit
) assez en paix, quoique tous les
jours
) point d'en venir aux mains
jours sur le
) de traîneurs
avec une poignée
qui, sentant leur
al-
) lérent nous
infériorité,
dénoncerà une bande plus
)) dérable. Nous étions tous bien armés consi-
) résolus de nous défendre
et bien
jusqu'à la
) pour l'ordre de la
mort; et,
riposte, on m'avoit confié
) la direction des mouvemens de
)) Le31
ce petit fort.
juillet, à onze heures du
on
) A P'assaut ! Un jeune
soir, crie:
) douze
nègre, àgé au plus de
ans, nommé Thomas, dit avec
) Yo la dans (1). Aussitôt
fureur :
)
nous entendôns
Philippe, en parcourant les rangs sur son che-
) val, crier dans les
de
) joie : N'a
transports
sa furieuse
pas tuié petite,
) Aussitôt la première fusillade nifemme (2) !
) case, commence
dirigée sur la
: je plaçai nos forces
) sives, et je les mis dans le cas de
défen-
) besoin. Je ne sais
riposter au
par quel miracle le feu dis-
) continua
pendantquelques minutes. Le silence
(t) (2) Ce Expression créole qui veut dire : Ils sont là.
qui signifie : Ne tuez ni enfans ni femmes,
ToME II,
I
sa furieuse
pas tuié petite,
) Aussitôt la première fusillade nifemme (2) !
) case, commence
dirigée sur la
: je plaçai nos forces
) sives, et je les mis dans le cas de
défen-
) besoin. Je ne sais
riposter au
par quel miracle le feu dis-
) continua
pendantquelques minutes. Le silence
(t) (2) Ce Expression créole qui veut dire : Ils sont là.
qui signifie : Ne tuez ni enfans ni femmes,
ToME II,
I --- Page 146 ---
VOYAGES
les
donna lieu de conjecturer que
) qui réguoit
éloignés, c'est] pourquoi tous
) brigands s'étoient m'abandonnérent : mais ces
)) mes compagnons
charger de nouveau
étoient occupésà
) assaillans
ils environnentle
> leurs armes. Je veux sortir;
J'entr'ouvrelap porte; ilss s'apprôtent
)) perron.. feu Alors d'un élan je suis au milieu
)) à faire
leur échappe à la faveur
w'd'eux, et pourtant je
élan
vingt
)) de la nuit. Cest pendant cet
que et criballes sifflèrent autour de mes oreilles,
)
je venois d'entr'ouvrir. Je
) blèrent la porte que
où ces assas5 dirigeai mes pas vers la rivière,
leur feu
en continuant
)) sins me reconduisirent bonheur d'échapper.
j'eus le
) roulant, auquel
sur les bords de
à mes feintes,
) Parvenu, grace jetai à la nage, au risque d'y
D TEster, je m'y
et bientôt, sans
D être dévoré par les caîmans;
trouvai à
aucun danger,je me
) avoir éprouvé
D l'autre bord.
Pendant
nous ripostions aux premières
>
que Philippe disoit : Mes amis 3
> décharges 2
encore tiré, car
) M. Lachicotte n'a point
n'avons
de mort.
> nous
personne assassins, lorsque je fus sorti,
) Ces làches
et voulant,
que je leur étois échappé,
) ignorant entrerdansl la maison dontlesportes
) pour piller,
s'avançoient en tremblant,
)) étoient ouvertes,
des femmes à dessein
devant eux
D et présentant
>
que Philippe disoit : Mes amis 3
> décharges 2
encore tiré, car
) M. Lachicotte n'a point
n'avons
de mort.
> nous
personne assassins, lorsque je fus sorti,
) Ces làches
et voulant,
que je leur étois échappé,
) ignorant entrerdansl la maison dontlesportes
) pour piller,
s'avançoient en tremblant,
)) étoient ouvertes,
des femmes à dessein
devant eux
D et présentant --- Page 147 ---
D'UN NATURALISTE.
13r
)) de parer les balles. Ils pillérent tous nos effets
) que j'avois été forcé d'abandonner.
) Philippe, qui avoit eu un enfant de la mère
) de Laurette, étoit attaché à cette famille; et
) n'en voulant qu'à moi, il proposa de la faire
) passer à la hatte Lacroix, afin de les mettre
) en sûreté; mais jugeant ma perte certaine, s'ils
) venoient à m'abandonner, je retins auprès de
) moi les enfans et Laurette.
) Nous nous rendimes à la Saline où devoit
> s'embarquer pour Saint-Marc une partie de
D ma famille. Ces parens voulurent m'entraîner
) avec eux, et me poussèrent même de force vers
) le batiment; maisje refusai avec persévérance,
D et ils partirent en pleurant sur mon sort.
) De retour sur Phabitation Grand, notre
) cousin, près le beau verger Rossignol,je fus
) rencontré par une compagnie de quarante
) traineurs, quine vouloientp point faire partie de
D l'attaque de Saint-Marc, par l'espoir d'un pil-
) lageplus oxspmaarasalmeanieie
) der risques. On découvritmon asile, etl la troupe
)) acharnée à ma poursuite, voyant quejene
) vois leur échapper, me cerna de toutes pou-
) Le
parts.
capitaine, pour me narguer et insulter à
)) l'extrémité où j'étois réduit, me demanda un
) escalin (r) pour boire le tafia; je m'empressai
() Pièce de monnoie d'environ douze sous.
I 2
ie
) der risques. On découvritmon asile, etl la troupe
)) acharnée à ma poursuite, voyant quejene
) vois leur échapper, me cerna de toutes pou-
) Le
parts.
capitaine, pour me narguer et insulter à
)) l'extrémité où j'étois réduit, me demanda un
) escalin (r) pour boire le tafia; je m'empressai
() Pièce de monnoie d'environ douze sous.
I 2 --- Page 148 ---
X
VOYAGES
) de le luidonner. Cette faveur excita la
) de ses complices; ils voalurent me
jalousie
> qu'ils me sompçonnoient d'avoir de tuer, parce
) Une distribution de douze
l'argent.
pains qui me res-
> toient apaisa leur furie, jusqu'au moment oû
) deux nègres qui m'étoient inconnus,
) parle Ciel pour notre délivrance,
envoyés
feignirent de
> me reconnoître pour un dragon volontaire du
> général en
defTaminelomnerure J'étois
)) bien éloigné de les contredire sur ce
)) se contenta donc de m'enfermer
point; on
) blanc, et on remit le soin de notre avec un autre
)) deux braves
garde à ces
nègres. Que de réflexions nous
) fimes en pareille occurrence ! Nos bourreaux
>y qui nous pardonnoient en ce moment,
) voient après un coup de tafia,et dans pou-
) d'une bonne
l'espoir
capture, nous immoler à leur
)) atroce ressentiment. Nous nous
)) cet état déplorable à deux
comparions en
moutons attachés
)) au fatal poteau, tandis que le boucher,
) sant de sang-froid l'instrument de la aigui-
) repait déjà de sa victime.
mort, se
> Un hommé Pierre Michel, homme de
> couleur, dontj'avois sauvé deux fois la mère,
>) ne s'en déclara que plus ouvertement
> ennemi. Il me confia à la garde de deux fusil- mon
) liers qui lui étoient affidés, qui me firent mar-
) cher devant eux au milieu des bois, à travers
- --- Page 149 ---
D'UN NATURALISTE.
> les épines, et en me pointant le dos de leurs
) baionnettes,1 lorsquej je n'allois point assez vite.
) Ils me firent côtoyerl'Ester pendant une demi-
) lieue, croyant cet abime devoir être le lieu de
) ma sépulture. Troublé par ces idées alar-
) mantes, et protégé dans mon dessein de fuir
) par le branchage épais d'un sucrin qui me
> déroboit aux yeux de mes surveillans,f'allois
D me lancer à l'eau, lorsque me rappelant à
>, combien de périlsj'avois déja échappé,je re-
> connus qu'il y avoit dans mon sort quelque
) chose de surnaturel; ce qui me fit prendre la
) résolution de voir la fin des projets de mes
) coupables ennemis.
) PierreMichel, en raison de son grade de chef
> de bataillon, ayant facilement accès auprès du
) général en chefToussaint-Louverture, alors à
) la tête de son armée, me devança pour me
) calomnier; mais Dieu, quidisposeà son gré du
)) coeur des hommes, rendit Toussaint incré-
) duleà toutes les attestations de Pierre Michel,
) qu'il reconnut être inventées par animosité.
) On me fait comparoitre, et l'on m'interroge :
) Général, m'écriai-je avec énergie et sans me
) troubler, poursuivi par des assassins,Jai
) sauvé ma vie dans la fuite, etje me suis
)) réfugié quelques momens sur le terrain en-
>1 nemi; mais fidèle d mon devoir,j'ai repris
I 3
aint incré-
) duleà toutes les attestations de Pierre Michel,
) qu'il reconnut être inventées par animosité.
) On me fait comparoitre, et l'on m'interroge :
) Général, m'écriai-je avec énergie et sans me
) troubler, poursuivi par des assassins,Jai
) sauvé ma vie dans la fuite, etje me suis
)) réfugié quelques momens sur le terrain en-
>1 nemi; mais fidèle d mon devoir,j'ai repris
I 3 --- Page 150 ---
VOYAGES
) mes habitudes premières,
> ter une seconde
etj'ai SZL affronfois la mort, en
) dans vos dragons ! A ces mots
servant
) avec chaleur, le général
développés
>avec mépris Pierre
s'écria, en toisant
Michel : Mon
) aurois fait tout autant
ami,jen
-
) est
que vous ; et s'il
-
beau d'exposer sa vie pour la
) il n'y a pas de gloire à
patrie,
) siner / Aussitôt le
se laisser assas-
)) permis bien
général me donna un
cimenté,ala faveur
> vois m'installer
duquel jepousur Phabitation de mon
) ainé. Pierre
frère
Michel, confus de
> emporté sur moi dans
nel'avoir point
l'esprit de
) vengea de cette faveur
Toussaint, se
en me faisant
) par d'autres imposteurs,
accuser
qui n'ont
) moins parvenir à l'exécution
pu néande leurs
>y criminels.
projets
) Je restai quelque tems sur cette
) puis j'allai chercher la solitude habitation,
y bois déserts de
au milieu des
ma hatte à laquelle vous
)) voyez attaché, parce
me
qu'elle a été
)) une école utile oùt j'ai
pour moi
) ambitieux.
appris à ne plus être
Cestlàg que, privé de tout
)) je fus réduit à piler moi-méme
secours,
) faisoit ma
le mais qui
nourriture, à laver avee des
) de gayac, faute de
feuilles
savon, la seule
) queje possédois, à
chemise
)) l'eau
transporter sur ma tête de
pour notre boisson, à chasser enfin
pour --- Page 151 ---
D'UN NATURALISTE.
) exister, et acheter de quoi repeupler ma basse-
) cour. C'est là que deux bons nègres m'ont
) nourri pendant deux ans du fruit de leurs
) travaux, les fermiers de mes biens me refusant
) des racines que ma terre leur rapportoit avec
) abondance.
) Je jouissois, au milieu de ma misère, d'un
) repos de conscience cher à mon cceur, et qui
) me faisoit éprouver encore quelques douceurs
) dans cet datpeniblesuqeljacis peuhabitué,
)) tant il est doux pour un père d'être entouré
) de ses enfans. C'est pourquoi ije travaillois avec
) courage, m'occapant avec plaisir du soin de
)) leur rendre l'existence moins amère.
) Enfin l'orage politique ayant apaisé son
)) courroux, et Peffervescence révolutionnaire
)) comprimée par la sagesse du général en chef,
)) Philippe, toujours occupé à me nuire, m'ar-
) racha du sein de ma retraite paisible, et me
) commanda, comme dragon, pour aller à une
)) attaque du gros morne de Saint-I Marc. Je
) suis plus que vous, me disoit-il avec un ton
)) de supériorité;je ne suis plus votre hattier,
>je parlerai aussi haut que vous, et méme
> plus, fort. En effet, qu'aves-vous à présent
) dans les biens Desdunes ? Rien, et votre
) règne est passé. Ainsi parla Philippe.
)) Philippe me donna l'ordre de partir sur-leI 4
me
) commanda, comme dragon, pour aller à une
)) attaque du gros morne de Saint-I Marc. Je
) suis plus que vous, me disoit-il avec un ton
)) de supériorité;je ne suis plus votre hattier,
>je parlerai aussi haut que vous, et méme
> plus, fort. En effet, qu'aves-vous à présent
) dans les biens Desdunes ? Rien, et votre
) règne est passé. Ainsi parla Philippe.
)) Philippe me donna l'ordre de partir sur-leI 4 --- Page 152 ---
N -
VOYAGES
)) champ pour
Saint-Marc, sous la
) de quatre dragons à qui il avoit surveillance
) de m'expédier en chemin.
recommandé
) leurs armes ratèrent
Plusieurs fois même
en
) qu'un braye noir,
m'ajustant; c'est alors
nommé
)) qui commandoit la
Claude Jambon,
) voyant une trahison patrouille, prit sur. lui, en
aussi
> renvoyer chez moi, sous le formelle, de me
)) sion particulière.
prétexte d'une mis-
)) à ma destination, Comme, avantde me rendre
j'avois à
)) d'ennemis
passer au milien
)) saufet bien désespérés de me voir retourner
portant, la
) demander du
prudence m'obligea de
secours à SaintLouis
)) bâtard d'un de mes
Ce
Rossignol,
) tieux
parens.
mulâtre ambiayant épousé le parti des
) refasant toute
révoltés, et me
)) la valeur du fameux assistance, je m'abandonnai à
>
toute
Léger, qu'un escadron à
course ne put
En
) mutins effrénés
rejoindré.
vain ces
)) bonheur de n'être tirailloient sur moi, j'eus le
)) assez à tems
point atteint, et d'arriver
) bonite à la pour passer la rivière de l'Arti-
) à la faveur nage, et m'enfoncer dans les bois
)
desquels je gagnai ma hatte. Mais;
)
exposés !
Atalgwemmairenyectons
nuits affreuses jy
Quelles
) chaque minute à
passai en m'attendant à
me voir investi et sacrifié
) Saint-Louis
!
> taille de
Rossignol, de retour de la baSaint.Mare, vint
mesurprendre, et me
) bonite à la pour passer la rivière de l'Arti-
) à la faveur nage, et m'enfoncer dans les bois
)
desquels je gagnai ma hatte. Mais;
)
exposés !
Atalgwemmairenyectons
nuits affreuses jy
Quelles
) chaque minute à
passai en m'attendant à
me voir investi et sacrifié
) Saint-Louis
!
> taille de
Rossignol, de retour de la baSaint.Mare, vint
mesurprendre, et me --- Page 153 ---
D'UN NATURALISTE.
mettre au cachot chez lui, dans l'espoir de
> fit faire mourir de faim. C'est là que, pour a
) m'y
insolemment; il faisoit tuer
) me narguer plus
des bêtes à cornes qui m'ap-
) sous mes yeux
et dont il me refusoit jusqu'ala
> partenoient, donnoit à ses soldats. Je ne fus
)) ration qu'il
dura
> donc nourri pendant les cinq jours que
) ma détention, que par de jeunes négrillons
pour moi, me jetoient
)) qui, par compassion mûres. Je m'échappai
) des goyaves à moitié des mains dece Saint-
> encoreminaeulewement
) Louis, mes fers ayant étébrisés parcellesdel'inje dus mon salut à trois jeunes
) nocence; oui,
à ouvrir un crochet
) nègres, qui parvinrent
) qui me tenoit enfermé.
long-tems à tant
) Je ne pus résister plus
fus sur le point de succomber
) d'assauts, etje
la
Je fis
à la crainte et à fatigue.
)) au chagrin,
été con-
)) une maladie dans laquelle ayant les plus
)) damné, je voyois ceux que je croyois
moi, se
mes dépouilles.
)
attachésà
partagerddja
témoin
leurs
j'étois
)) J'entendois
propositions, extrême foi-
) de leurs débats; mais, dans mon
ne
articuler un son.
) blesse, je pouvois
font frémir Phuma-
) Ces tableaux horribles
ter-
) nité, je ne vous les ai tracés qu'à regret,
mina M. Lachicotte; mais vous m'y avez con-
))
traînois ma misérableexistence
> traint:enfin,je
à
partagerddja
témoin
leurs
j'étois
)) J'entendois
propositions, extrême foi-
) de leurs débats; mais, dans mon
ne
articuler un son.
) blesse, je pouvois
font frémir Phuma-
) Ces tableaux horribles
ter-
) nité, je ne vous les ai tracés qu'à regret,
mina M. Lachicotte; mais vous m'y avez con-
))
traînois ma misérableexistence
> traint:enfin,je --- Page 154 ---
SN
VOYAGES
) dans T'oppression la plus
) votre arrivée m'a rendu humiliante, lorsque
Je remerciai
un tout autre sort ).
allâmes
mon hôte de son récit, et nous
nous livrer aux douceurs du
Le lendemain,
sommeil,
menades
toujours fidèle dans mes
solitaires du lagon
proy repaitre ma vue des beautés Peinier, tant pour
riante, que pour délasser
d'une nature
refus constans de
mon imagination des
mauve, le
nos droits; tout en foulant la
pourpier et la sensitive
contemplant les mouches
(1); tout en
leurs
guépes et frelons dans
larcins, les aigrettes blanches et bleues
jouer de l'onde à la
se
suce-fleurs
verdure; les colibris ou
se disputer en voligeant le
qui fait l'objet de leurs
nectar
sous un sucrin
recherches, je m'assis
(2), et les pieds au bord de
l'Ester, je me livrois à mes réflexions
détournant la téte, je vis
lorsqu'en
quatrain
gravé sur l'arbre le
javois suivant, du même troubadour dont
déjà recueilli quelques élégies. Il
que favorisé par le silence et
paroit
comme moi sous ces cintres de T'ombrage, assis
lageoit son
verdure, il soucoeur, en se livrant au doux souvenir
(*) Cette plante commune à
funeste aux bestiaux qui en ont mangé. Saint-Dorhingne, est
(2) C'est le pois sucré de Ia
longissimis : arbor siliquosa
Guyane 5 Inga siliquis
des
brasiliensis, Sloan,
Péruviens, et le guavas des Espagnols.
Pacay
moi sous ces cintres de T'ombrage, assis
lageoit son
verdure, il soucoeur, en se livrant au doux souvenir
(*) Cette plante commune à
funeste aux bestiaux qui en ont mangé. Saint-Dorhingne, est
(2) C'est le pois sucré de Ia
longissimis : arbor siliquosa
Guyane 5 Inga siliquis
des
brasiliensis, Sloan,
Péruviens, et le guavas des Espagnols.
Pacay --- Page 155 ---
D'UN NATURALISTE
d'une amante
adorée, et rendant confidens
son secret les arbres
de
ce
quilenvironnoients voici
qu'il grava sur le sucrin :
Ah! loin de toi comment être
Et partager un trop juste retour volage, ?
Dans les ruisseaux je crois'voir ton
Et la colombe me peint ton amour (1). image,
Qu'il dut être à plaindre avec cette
qu'on ne sait plus apprécier!
constance
tout il
Par-tout, dans
voyoit son amie; et ces continuels
venirs charmoient les
sourigueurs de l'absence à
laquelle il étoit condamné. Heureux
si loin de lui cette fidelle
au moins,
mêmes
amante formoit les
voeux pour son retour!
En rentrant à la case, je reçus des lettres
m'obligérent de partir lelendemain
qui
Morne,
pourle Grosnouveau quartier que je n'avois
encore parcouru. Mme R. fut du
point
me présenta àl MM. de
voyage; elle
Boisbuscailles, ses
qui nous accueillirent avec la franchise parens,
pure et loyale amitié, Le nom de M.
d'une
ancien ami d'enfance,
R., leur
qu'ils prononcèrent: tavec
attendrissement, prouve combien ce digne
(1) Il paroit que ce malheureux jeune
depuis victime de la fureur des
homme a été
a trouvé une cassette
nègres; car un hattier
fort intéressante, renfermant une .correspondance
qu'il n'auroit sûrement
donnée sans un événement majeur.
point aban- --- Page 156 ---
a
VOYAGES
homme méritoit d'être aimé. Ils
tems malheureux de n'être
accusérent les
voir.
plus à même de le
Vétus, suivant l'usage du pays, d'un
pantalon et d'un gilet de basin, la tête
loppée d'un madras, ils.n'avoient
enverieur de nos
point l'extépetits-maîtres du
mais
un autre coeur.
jour,
bien
Mes nouveaux parens me
les environs charmans de leur promenérent dans
bon air, à
bourg (r) situé en
une température modérée, et à la
portée d'une rivière Dasse dans les
limpide, et coulantsurdu
secs 3 mais
dement des
gravier. Dans ledéborpluies, elle devient par sa rapidité
tres-dangereuse à traverser. On a conservé
ce pays de montagnes la
dans
de
simplicité des naturels
lile, et la franchise du bon vieux
champs
tems. Les
qui y sont boisés, donnent du
de T'omhrage. On
frais et
y cultive une partie des
légumes de France. Les fruits du
point négligés, et rassasient
pays n'y sont
par leur
non seulement les
abondance
animaux.
hommes, mais même les
(r) Le bourg du Gros-Morne tire son
montagne très-élevée, au sommet de nom d'une
bâti, Son sol fertile est arrosé
des laquelle il est
tarissent jamais, et dont le fond par
rivières qui ne
cultive le café et
est de cailloux. Ony
port de Paix et les l'indigo. Ce canton est situé entre le
Gonaives,
ays n'y sont
par leur
non seulement les
abondance
animaux.
hommes, mais même les
(r) Le bourg du Gros-Morne tire son
montagne très-élevée, au sommet de nom d'une
bâti, Son sol fertile est arrosé
des laquelle il est
tarissent jamais, et dont le fond par
rivières qui ne
cultive le café et
est de cailloux. Ony
port de Paix et les l'indigo. Ce canton est situé entre le
Gonaives, --- Page 157 ---
D'UN NATURALISTE
On n'y vend point avec usure, comme dans
les villes de la plaine; les habitans y sont simples
On est délivré, sous cette tempéraet officieux.
semblable à celle du printems
ture modérée,
incomde PEurope, de ces insectes sanguinaires
troublent le repos dans le séjour
modes, qui
qui
de la plaine, ainsi que de ceux mal-faisans,
rendentla résidence insupportable et doulouen Les nuits y sont fraiches, au point de s'y
reuse.
sans avoir besoin
couvrir comme en Europe, d'aucune utilité.
d'une mousticaire, qui n'y est
On distingue à Saint-1 Domingue un habitant
des mornes de celui de la plaine. Le premier,
teint frais et vermeil, porte sur son visage
au
le second, au
enjoué le sourire et la prospérité ;
contraire, à tige foible, à figure pâle et livide,
cernés et au teint basané, y promène
aux yeux
une toute autre existence.
à la
Ces bons parens me sachant appliqué
des beautés de la nature, et precontemplation
les
me voir
productions
nant plaisir à
peindre
son sol
de leur canton, me procurérent ce que le fruit du
fournissoit de particulier, tels que
le cafier à fleurs de jasmin, et baies
cacaoier,
le gras-de-gale
d'un rouge de cerises d'Europe,
le larbois noir,
de taches jaunes; 5
au
parsemé
dentelle naturelle
gette ou bois qui fournit une
hommes n'a
ni le métier, ni la main des
que --- Page 158 ---
*
VOYAGES
tissue, mais qui est renfermée dans
de la semence de cet arbre
l'embryon
Enfin
merveilleux.
9 remettant à un autre
observations, parce que le
voyage mes
conduisoit, nègre
postillon qui nous
vouloit
impérieux, nous signifia
partir, nous fimes nos adieux à MMr, qu'il de
Boisbuscailles, qui encombrérent notre
de provisions de toute
voiture
d'usage parmi les familles espèce, de
ainsi qu'il est
Comme à
ce pays.
de
l'approche de tout être vivant, ou
quelque bourgade, les cochers
lant faire voir que leurs chevaux nègres voufringants, les
sont toujours
des bornes et mènent au grand galop, en dépit
ou évitent
traversent
adesenebiedarhreoqeike
avec autantde bonheur
ce petit amour
que d'adresse;
delà des Gonaïves. propre nous coûta un essieu au
la voiture
Que faire pour le
étoit à
remplacer?
comment lui
Philippe; et nous ne savions
annoncer cette facheuse nouvelle,
lorsqu'il nous observa qu'elle faisoit
meubles de
partie des
la
Thabitation, et qu'il n'en avoit
jouissance. Il consentit donc à la laisser que
reposer, et eut égard cette fois à notre triste.
situation.
Ila avoit reçu l'ordre de nous
maux existans sur la
remettre Ies anide Thabitation;
place, lorsqu'ilprit] tla ferme
foin'ent
mais cet homme de mauvaise
pas honte de nous offrir une
jument,
faisoit
meubles de
partie des
la
Thabitation, et qu'il n'en avoit
jouissance. Il consentit donc à la laisser que
reposer, et eut égard cette fois à notre triste.
situation.
Ila avoit reçu l'ordre de nous
maux existans sur la
remettre Ies anide Thabitation;
place, lorsqu'ilprit] tla ferme
foin'ent
mais cet homme de mauvaise
pas honte de nous offrir une
jument, --- Page 159 ---
D'UN NATURALISTE
avec sa suite, triste reste de six milles
avoit trouvées lors de
bêtes qu'il
sa mise en
Comme il falloit céder au plus
possession.
réclamation eût été
fort, et que toute
nâmes
inutile, nous nous condamT'Etable au silence, Ainsi, cette habitation de
autrefois si florissante, et dont les
ductions abondantes et d'une qualité
pronourrissoient une partie de
supérieure
voitsansvivresparlar
PArtibonite, se troupour jouer
aux
eechencaidentrstorgd
l'Ester dans pièce
cultivateurs, mit l'eau de
les jardins pourtant suffisamment
arrosés, et inonda, par cette mesure
tous les comestibles, qui
barbare,
Le malheureux fat
pourrirent sous l'eau.
action
puni par. les résultats de cette
infame, car la pénurie
sujets de cette
qu'épronvérent les
donner
habitation, les obligea d'abanl'atelier pour chercher dans les
de quoi se nourrir. 11 est à
environs
terrain de cette
remarquer que le
place est si fécond,
voit, outre les cannes à
qu'on y
quatre à cinq pieds de
sucre ordinaires de
torze et quinze
roseau, d'autres de quapieds, que des négocians du
y vinrent voir par curiosité,
Cap
Ayant tous les jours l'occasion de faire des
observations sur les chasses du
de
pays, j'imaginai
composer un recueil des moyens
ployois, et que je vis mettre en
quej'emmon séjour à
usage pendant
Saint-Domingue par les nègres --- Page 160 ---
D
VOYACES
qu'on destine à cette occupation
les résultats fournissent de
lucrative, dont
les habitations d'où
grandes douceurs sur
ces sujets dépendent. La
chasse plait à tant de monde,
qu'on ne me saura
peut-être pas mauvais' gré de mes soins à cet
égard.
En effet, on aime à suivre le chasseur, à le
voir rivaliser d'adresse et de ruses avec les anisodesbndipatlonmtent sont nécessaires
à son existence, et utiles aux besoins
formés. L'homme
qu'il s'est
emploie souvent tout son
courage, toute sa supériorité, toute son intelligence, toutes ses combinaisons, pour heurter
ayec avantage les animaux féroces, et les vaincre
par son opiniâtre résistance, ou pour les amener
sans méfiance dans le piége qu'il lleur a
Soit qu'il veuille mettre à mort les animaux préparé.
qu'il poursuit, ou faire esclaves ceux
cherche, iln'est
qu'il repas
sur ces
epersseanddobiremten
animaux, qui employent contre lui tout
l'instinct que la nature leur a départi,
Je ne décrirai que ceux dont la capture offre
un but d'utilité, soit pour la vie
tiennent, soit pour les arts qu'ils qu'ils sousoit enfin pour la paix que leur mort enrichissent, assure
hommes et aux
leur
aux
troupeaux, que
naturel
portoit à désoler. Nous les considérerons donc
dans leur vie privée, dans leur instinct, dans les
moyens
iremten
animaux, qui employent contre lui tout
l'instinct que la nature leur a départi,
Je ne décrirai que ceux dont la capture offre
un but d'utilité, soit pour la vie
tiennent, soit pour les arts qu'ils qu'ils sousoit enfin pour la paix que leur mort enrichissent, assure
hommes et aux
leur
aux
troupeaux, que
naturel
portoit à désoler. Nous les considérerons donc
dans leur vie privée, dans leur instinct, dans les
moyens --- Page 161 ---
D'UN NATURALISTE
moyens qu'on peut employer pour s'en rendre
maitre, et dans ceux à la faveur desquels ils
trompent le chasseur par une prévoyance inattendue, dont la subtilité approche du génie
humain.
La chasse à Saint-Domingue est ouverte dans
toutes les saisons, et je puis dire que c'està cet
exercice, quoique souvent immodéré, que j'ai
dala santé robuste qui m'a préservédela maladie
du pays, inévitable pour les nouveaux débarqués. Ces promenades salutaires provoquant une
précieuse transpiration, je m'acclimatois, pour
ainsi dire, en renouvelant par là mon
dont les boissons toniques et rafraichissantes sang,
réprimoient l'inflammation: sans cesse renaissante.
J'ai souvent éprouvé, dans les premiers jours de
ces courses forcées, où un soleil brilant agitoit
tout mon ére,desdourdieemens, des palpitations
suivies de syncopes, à la suitedesquelles, recouvrant ma raison, je me sentois comme déchargé
d'un fardeau insmpportable, etje respiroisàl l'aise
l'air embaumé de ce climat.
Quoiqu'on chasse en tout tems à Saint-Domingue, 2 on ne rencontre point, à certaines
époques, le gibier erratique ou de passage, qui,
ainsi qu'en Europe, fixe son séjour où sa pâture
se renouvelle; c'est pourquoi, la récolte des
baies ou herbages dans la plaine étant finie, il
ToME II.
K --- Page 162 ---
-
-
VOYAGES
oû les mêmes ressources,
retourne à la montagne
de nouveau.
mais plus tardives, T'appellent plus encore qu'en
Il faut à Saint-1 Domingue,
résister
vigoureux pour
France, un tempérament de la chasse. L'apreté
aux fatigues excessives
chaleur du climat,
continuelle de ce séjourela des monts hérissés
malgré laquelle il faut gravir
ou dans les marais, se trouver
et impraticables, entières au milieu de l'eau,et
pendant des heures
oil l'on
lutter avec eflort contre une vase épaisse, souyent lon
enfonce jusqu'à la ceinture, et d'où contre lesvoit sortir des monstres amphibies,
dangeon doit se mesurer, ou des poissons
quels
bécunes, etc. Tous ces inconreux, - tels que
l'usage. aux Sybavéniens doivent en interdire mêmes qui n'ont reçu.
rites elléminés, à ceux constitution, au lieu
de la nature qu'une débile
que ces
à toute épreuve,
d'un tempérament
fatigues exigent. Buffon, estle seulamusement
( La chasse, dit
le seul
fasse diversion entière aux aflaires,
) qui
le seul qui donne
) délassement sans molesse,
et
sans mélange
> un plaisir vif sans langueur,
de la pêche,
satiété. Le gont de la chasse,
) sans
est donc un goit naturel à
) de T'agriculture,
à l'ame énervée
) tous les hommes; et malheur
> qui oseroit en douter )). la saison la plus favol"'hiver est
Si en Europe
en raison de
rable pour chasser avec avantage,
qui
le seul qui donne
) délassement sans molesse,
et
sans mélange
> un plaisir vif sans langueur,
de la pêche,
satiété. Le gont de la chasse,
) sans
est donc un goit naturel à
) de T'agriculture,
à l'ame énervée
) tous les hommes; et malheur
> qui oseroit en douter )). la saison la plus favol"'hiver est
Si en Europe
en raison de
rable pour chasser avec avantage, --- Page 163 ---
D'UN NATURALISTE
la multiplication des familles, et au moyen des
piéges qu'on peut leur tendre à la faveur des
neiges et de la glace; Saint-Domingue a aussi
despriviléges attachés à son sol et à son climat;
le gibier d'eauy y étant en bien plus grande quantitéqu'en tout autre, c'estd dansla saison des pluies
qu'on en fait des abatis prodigieux.
Après une ondée, par exemple, on voit des
bécassines de toute espèce se réunir dans les
lieux aquatiques, et becqueter les vers que l'humidité fait remonter à la superficie de la terre;
autre part, au milieu des savannes, on y surprend
les pluviers dorés et ceux à colliers, et dans les
endroits plus marécageux de ces prairies naturelles, des gingeons suivant, à la file les uns des
autres, les rigoles où ils barbotent sansi méfiance;
plus loin sur l'eau, la sarcelle farouche, et les
divers canards qui se trouvent en ce pays
giboyeux.
La chasse des montagnes offre des douceurs;
et si P'on a à combattre la fatigue des rochers
qu'il faut escalader, et des bois debout dont
l'asile n'a point encore été violé, et où il faut se
pratiquer un passagea l'aide d'une machette
on
(r),
n'a point le désagrément de marcher au
milieu de l'eau, et l'inconvénient plus grand
(r) Coutelas qui en cette circonstance remplace le
couteau de chasse, et sert à baliser.
K 2 --- Page 164 ---
VOYAGES
souvent en danger dans ces
encore de se trouver
redontables.
lagunes,au milieu d'ennemis
sert
de chiens à Saint-Domingue;
On se
peu
utiles, sont les bassetsseroient
et ceux qui y
pour lancer au
grilions, ou chiens courans, le boeuf et le
milieu des cardasses épineuses dans leur bauge
cabrit marron, our attaquer
distraits du
fangeuse les cochons marrons qui,
aquaau milieu des mangles
corail, se plaisent
chiens d'arrêt y convientiques. Les braques ou de France, et les pindroient pour la bécassine
d'un
seutades marrones qui, à la vue
choupille voisin;
dans T'arbrele plus
lement, se branchent
du chien dressé à
et inquiétées par Taboiement seule, attendent
cet exercice, ou par sa présence
la redouter,
Tapproche du chasseur sans paroitre
de lui une mort qu'elles n'ont point
et reçoivent
cherché à éviter.
de
matin,
doit observer de chasser grand
On
dans les
heures de Taprès-midi,
et vers quatre
comme aussi d'attendre
endroits marécageux; si Y'on veut se procurer
le soir pour la rentrée, tourterelles dont les daubes
des ramiers et des
sont renommées à juste titre.
depuis dix
On peut tuer à Taffàt le caîman, de Paprèsheures du matin jusqu'à quatre tient endormi au
midi, époque du jour où il se
plus matin
soleil, la gueule ouverte; tandis dans que leau pour
et plus tard, il se promène
endroits marécageux; si Y'on veut se procurer
le soir pour la rentrée, tourterelles dont les daubes
des ramiers et des
sont renommées à juste titre.
depuis dix
On peut tuer à Taffàt le caîman, de Paprèsheures du matin jusqu'à quatre tient endormi au
midi, époque du jour où il se
plus matin
soleil, la gueule ouverte; tandis dans que leau pour
et plus tard, il se promène --- Page 165 ---
D'UN NATURALISTE
chercher quelque proie. On choisira, au contraire, l'instant de midi à deux heures pour tirer
le lamantin; carj'ai remarqué bien des fois, et
desnègres praticiens me l'avoientanssi annoncé,
qu'alors cet amphibie sort de l'eau pour aller
près du rivage paitre l'herbe d'Ecosse ou de
Guinée, et le bois patate, dont ce doux et sensible animal fait sa nourriture habituelle.
A cette diflérence des saisons et de l'air près,
kde-eri.SaunDioniger observera,c comme
principe fondamental, que, pendant la grande
chaleur du jour, il trouvera le gibier dans les
endroitsfrais et humides, où son instinct naturel
leconduit, de même que dansleslagunes ou marais où il y a peu d'eau et beaucoup de grandes
herbes, sur les bords des rivières; et que de
grand matin, ou le soir ou la nuit, il se tient
dans des emplacemens plus secs, le long des
haies, au milieu des cotonniers (1), ou dans les
champs de mais et de patates.
(1)Jeparleainsi de la chasse de F'Artibonite, comme
de la plus agréable de toute l'ile. Qu'on se figure la
position de Thabitation de l'Etable où jai résidé
long-tems, et qui est environnée de deux rivières et
de la mer; ce qui en tout tems faisoit refluer, dans nos
riz et dans les autres jardins, du gibier de tout genre. 7
et à toute heure du jour. Comme j'aimois soir et matin
à tirer de ma chambre les guugeons et autres canards à
leur passage, je ne pouvois suffire à charger mes
fusils, etje fus obligé d'employer des cartouches pour
table où jai résidé
long-tems, et qui est environnée de deux rivières et
de la mer; ce qui en tout tems faisoit refluer, dans nos
riz et dans les autres jardins, du gibier de tout genre. 7
et à toute heure du jour. Comme j'aimois soir et matin
à tirer de ma chambre les guugeons et autres canards à
leur passage, je ne pouvois suffire à charger mes
fusils, etje fus obligé d'employer des cartouches pour --- Page 166 ---
a
VOYAGES
La chasse du matin, après que la rosée est
dissipée, est toujours la meilleure et la
productive. Alors le gibier n'a
plus
point encore été
ellrayé, ou par le chant des nègres,
ou par les
hattiers, qui ne se sont pas encore répandus dans
les jardins et dans les savannes, de
T'épouvanter.
manière à
On ne peut point à
Saint-Domingue avoir
égard au vent, car souvent on est barré
rivière, ou par des marais
par une
point au chasseur de faire qui ne permettent
mais on
à
un grand circuit;
supplée cette indispensable
en se trainant sur le ventre : c'est précaution
pelle dans le pays aller d chatons. ce qu'on apn'est point désagréable,
Cette mesure
de
lorsqu'il ne s'agit
ramper sur un terrain sec; mais
que
veut approcher des canards
lorsqu'on
d'une
placés au milieu
flaque d'eau,et qu'on est
de marcher à
également forcé
le
quatre pattes, on se mouille tout
corps; car on observe de tenir son fusil
dessus de sa tête, par le moyen de
au
afin qu'il ne
l'équilibre,
dans
reçoive aucune humidité; mais
cette marche incommode,
2 on rencontre
doubler le plaisir de grossir le tas de mes
Ces canards de grand matin quittoient la victimes.
se rendre dans le riz, d'oà ils se retiroient mer pour
jour; puis revenoient une seconde fois le soir avant le
s'en aller qu'au milieu de la nuit retrouver les pour ne
du bord de la mer.
mangles --- Page 167 ---
D'UN NATURALISTE.
15I
souvent des trous qui obligent à plonger, et
voilà le fusil hors d'état de servir.
La chasse de Saint-Domingue est donc plutôt
un affut, ou l'art de surprendre le gibier, puisqu'on se sert rarement de chiens, si ce n'est de
ceux de hattes, pour lever dans les fourrées impraticables aux hommes, soit les boeufs, les
cochons ou cabrits marrons.
Celui qui se livre à cet exercice, n'a point
l'élégante tenue de nos chasseurs d'Europe; il
est modestement vétu d'un long pantalon et
d'une vareuse, espèce de camisole large, mais
d'une étoffe légère. Les armes, non polies à perfection, en raison de l'air salin et corrodant du
pays, sont au contraire brunies, et, par ce
moyen, hors de l'atteinte de la rouille. En
revanche, on n'emploie que les fusils de nos
meilleurs armuriers d'Europe. On n'est point
non plus dans l'usage de se charger d'une carnassière. On porte au bras gauche, ou, comme
je le pratiquois, lon donne à son petit nègre,
qui aime naturellement à faireles fonctionsamnsantes de chien couchant, un petit sac contenant
pierres à fusil, monte-ressort, tournevis, épinglette et autres instrumens propres à réparer les
désordres des événemens imprévus; puis, deux
petites calebacites contenant, Pune la poudre, et
l'autre le plomb.
Mon petit nègre, pour qui mes projets de
, comme
je le pratiquois, lon donne à son petit nègre,
qui aime naturellement à faireles fonctionsamnsantes de chien couchant, un petit sac contenant
pierres à fusil, monte-ressort, tournevis, épinglette et autres instrumens propres à réparer les
désordres des événemens imprévus; puis, deux
petites calebacites contenant, Pune la poudre, et
l'autre le plomb.
Mon petit nègre, pour qui mes projets de --- Page 168 ---
-
- S
VOYAGES
chasse étoient une fête, sachant qu'en raison de
son intelligence, j'avois des bontés
me prioit souvent de vouloir bien lui pour lui,
associer
son frère plus âgé, et alors porteur d'un second
fusil, quand je chassois au canard; mais j'évitois, le plus possible, de confier une arme aussi
dangereuse à des mains toujours bralant de
s'exercer sur les gachettes.
Mon départ étoit annoncé par des sauts de
de Claude et
joie
Jean-Lonis, mes deux négrillons,
qui folâtroient et se bousculoient devant moi,
jusqu'à ce que trouvant un goyavier, chacun
cueillât sa part, et se séparât
la
faisantdes nouvelles
pour manger en
gentillesses. Ils sejetoientà la
nage, à l'envi lun de l'autre, et me rapportoient
legibier qui tomboit souvent au dessus d'endroits
tropprofonds,p pourallerlechercheri pied. Aleur
retour, jel les récompensois en leur permettant de
partagerlerepasdes gens del'officejaussila friandise étant chez le négre une passion dominante,
c'étoit le soir, lorsque je rédigeois mes notes de
la journée, à qui éloigneroit le mieux de moi
les marigouins dont on est importuné en cette
partie du jour : lun se tenoit accroupi sous ma
table pour garantir les pieds, tandis que le plus
grandagitoitsonv aeuilaicuratenrdemoe
Mais c'est assez parler des détails
corps.
naires de cette chasse, et il me reste à indiquer prélimisuccinctementlet tableau de cet amusementutile. --- Page 169 ---
D'UN NATURALISTE.
(chienscasques,] race
indigènes, ou crabes, éteinte.
agoutis,
quadrupèdes
exotiques rboeuf cabrit marron, 1 1 race
naturalisés, U cochon idem, idem, existante.
terrestres, 2 le gros lézard cornu.
reptiles .
amphibies,. le caiman.
terrestre.
la pintade,leramier, la
tourte, la tourterelle, Eae coterrestres, cotzin : perdrix rouge 9. et
et
héleux, perroquets,
courlis orn'al terre, les cogs de
bois ou butors, etc.
oiseaux
les pluviers de terre, 3 et dorés,
les bécassines, le flamant, la
spatule les aigrettes, les crabiers, les
les alouettes
de rivage, 9 de mer, Erica bécasses de mer, J
les clin-clins tuituis, les maringouins 2, les pècheux, le
coq-d'eau, le grand-gosier, le
pélican, les foux, etc.
oiseaux d'eau oies sauvages, gingeons, sarcelles,
proprement dits) canards sauvages poules d'eau, Je,
sucet, le courbe, le plongeon, etc.
aquatique,
caimans.
reptiles,
tortues.
grenouilles.
amphibies,
lamantins.
L
clin-clins tuituis, les maringouins 2, les pècheux, le
coq-d'eau, le grand-gosier, le
pélican, les foux, etc.
oiseaux d'eau oies sauvages, gingeons, sarcelles,
proprement dits) canards sauvages poules d'eau, Je,
sucet, le courbe, le plongeon, etc.
aquatique,
caimans.
reptiles,
tortues.
grenouilles.
amphibies,
lamantins.
L --- Page 170 ---
- -
VOYAGES
QUADRUPÈDES INDIGÈNES.
Casques,ou Chiens sauvages de PAmérique.
On connoissoit
ans, à
encore,ily a au plus quinze
Saint-Domingue, des animaux féroces et
non susceptibles d'être apprivoisés,
anciens colons donnérent le
auxquels ces
nom de
jusqu'à l'extinction de leur
casques,
plus. On en tua un sur l'habitation race qui n'existe
de
qui poursuivit un soir M. Desdunes T'Etable,
trant à cheval, seul et sans
père, renconfondre
armes. Il ne faut
cet animal
pas
chi de
sanguinaire avec le téchiFernandès, le xoloizteuintli, les
canens ou T'alco, ou encore le chien michuala Guiane, qui,
crabier de
quoique farouche,
facilement. D'après le récit des habitudes s'apprivoise
casque, et la description
du
par M.
qui m'en a été donnée
il est Desdones-Lachicotte, qui tua celui dont
question, il appartiendroit
à la
sième espèce du genre deux des férines plutôt
troiferae), de l'ordre troisième de
(feroces,
tême de la Nature, de
T'Abrégé du sysmédecin, édition
Linné; par. J.-E. Gilibert,
1802. En effet, le chien du
Mexique, Canis
à
courbée, basse, mexicanus, queue un péu relisse, à corps cendré,
par des taches
bigarré
loup du
fauves, ou bandes brunes, ce
Mexique, de Buffon, tom,
habite les pays chauds de
xv,pag. 149,
T'Amérique et la
T'Abrégé du sysmédecin, édition
Linné; par. J.-E. Gilibert,
1802. En effet, le chien du
Mexique, Canis
à
courbée, basse, mexicanus, queue un péu relisse, à corps cendré,
par des taches
bigarré
loup du
fauves, ou bandes brunes, ce
Mexique, de Buffon, tom,
habite les pays chauds de
xv,pag. 149,
T'Amérique et la --- Page 171 ---
D'UN NATURALISTE.
NouvelleEspagne. Son corps est cendré à bandes
brunes; ; il a des taches fauves au front, au cou,
sur la poitrine, sur le ventre et. la queue.
( Ce loup, continue M. Gilibert, a la même
figure, les mêmes appétits et les mêmes habitudes que le loup d'Europe. Il a cinq doigts aux
pieds de devant, quatre à ceux de derrière; les
oreilles longues, droites ; les yeux étincelans;
mais il a la tête un peu plus grosse, le cou plus
épais, la queue moins velue : c'est le plus beau
des loups; sa fourrure est recherchée, yu la
variété de ses couleurs. Cependant on trouve
des individus de couleur uniforme, et même de
tout blancs. Buffon pensoit que cette prétendue
espèce n'est qu'une variété produite par l'influence du climat, comme les loups noirs du
Nord, de l'Europe et de P'Amérique ).
D'après le rapport de MM. Desdunes, dont
l'enfance fit inquiétée par les hurlemens de ces
animaux à la chute du jour, et par les récits
exagérés des nègres qui en augmentoient les
alarmes, j'ai su que les yeux des casques brilloienit au milieu de la nuit, et que les animaux
laissoient à leur passage une odeur de musc que
les chiens, dont ils étoient friands, redoutoient
en refusant de suivre leur piste. Quoi qu'il en
soit, ces terriblesanimaux marchoienten troupe,
et devenoient le fléau des hattes dont ils atta- --- Page 172 ---
N
-
VOYAGES
quoient les bestiaux pour en repaitre leur' ardente voracité : chevaux, bétesà
cornes, cabrits,
porcs, moutons devenoient les victimes de leurs
dents meurtrières.
Ils étoient
tres-méfians, et donnoient rarement dans les piéges qu'on leur tendoit,
-
peu qu'ils fussent apparens. Les
pour
l'onie, de la vue et de l'odorat organes de
étoient chez
eux parfaits.
On les appâtoit pour les
viandes à moitié
détruire, avec des
du
corrompues, imbibées du suc
québec ou du mancenillier.
Souvent ils se réunissoient
jeune
pour attaquer un
caiman,lorsqu'ils pouvoient le
à terre; mais jamais on ne les vit surprendre
victoire sur le redoutable
remporter de
amphibie.
On trouva dans l'estomac de celui
M.Lachicotte, des fragmens dela
que tua
tortue, des patates à moitié carapaced'une
racines d'arbres
digérées, et des
faim
avalées dans un moment de
excessive.
Les casques ne portent point, à l'exemple du
loup, leur proie sur le dos, mais la traînent
à terre; ce fait, plusieurs fois vérifié, m'a été
attesté par le fils cadet de M.
en
Desdunes,
sa qualité de
qui,
chasseur, eut souventl'occasion
d'en rencontrer.
Le tems de leur rut est l'époque où ils
apaced'une
racines d'arbres
digérées, et des
faim
avalées dans un moment de
excessive.
Les casques ne portent point, à l'exemple du
loup, leur proie sur le dos, mais la traînent
à terre; ce fait, plusieurs fois vérifié, m'a été
attesté par le fils cadet de M.
en
Desdunes,
sa qualité de
qui,
chasseur, eut souventl'occasion
d'en rencontrer.
Le tems de leur rut est l'époque où ils --- Page 173 ---
D'UN NATURALISTE.
hurlent, de manière à épouvanter : jaloux à outrance, un mâle n'en veut point souffrir d'autre
auprès de la femelle qu'il a adoptée; c'est pourquoi il se bat, déchire les flancs de son rival,
etlui-même reçoit de larges blessures, sans désemparer du lieu d'ou il fixe malgré sa fureur,
et reconnoit présente la femelle, qui réserve ses
faveurs au plus courageux, lequel devient aussi
le plus aimé. Le tems de la gestation est d'environ trois mois et demi.
Si ces animaux existoient encore, ils seroient
bons à détruire, tant pour l'intérêt des hattes
que pour l'utilité de leurs peaux 2 sur. lesquelles
les négrillons peuvent se coucher plus mollement
que sur les cuirs de boeufs.
LAgouti, cavia aguti, à queue ; le corps
roux, brun, le ventre jaunâtre.
Aguti vel acuti Brasiliensibus, > Jonst. quad.
t. 63.
L/Agouti de Buffon, vol. VIII, pag. 375,
t. 50.
Rat sauvage d'Amérique, de la grandeur
d'un lapin, à voix et poils d'un cochon d'Inde;
Rai, quad. pag. 226.
Petit animal intermédiaire entre le rat et
le lapin, deuxième espèce du genre, deuxième
des cavias (cavia), de l'ordre quatrième des
mammaires (mammalia), classe des rongeurs, --- Page 174 --- VOYAGES
Glires de l'abrégé du
de Linné,
systême de la Nature,
par J.-E. Gilibert, pag. 337.
L'agouti indigene des parties chaudes
ridionales de
et ménium
P'Amérique, est le Cuniculus omle Cuniculus valgatisimus, aguti vulgo de Barrère;
caudatus,
et fusco mixtis vestitus auritus, pilis ex rufo
de Brisson. Ce
péde est tétradactyle
quadrutyle postérieurement antéricurement, et tridacsa mâchoire
: ses pieds sont palmés,
supérieure est
est fendue.
saillante, et sa lèvre
L'agouti habite rarement la
le voyoit encore, il
plaine; mais on
tagnes du
y a dix ans, dans les monsance, Gros-Morne, et dans celles de Plaietc., à Saint-Domingue.
Là, il vivoit
paisiblement au milieu de ces bois
de racines ou de fruits tombés
silencieux,
qu'il
des arbres, et
emmagasinoit dans de vieux
ou sous quelque rocher
troncs creux,
retraite. Doué d'un
qu'il choisissoit pour
n'évitoit point le
caractère peu méfiant, il
voyageur; et continuoit
repas, en le laissant
son
inquiet à son
passer outre, sans paroître
aspect. M:
tua beaucoup au
Lachicotte, qui en
Gros-Morne,
l'exemple des écureuilsd
remarqua qu'à
de leurs pieds
d'Europe, ils se servoient
bouche la
antérieurs pour porter à leur
nourriture, qu'ils
dépeçoient avec
vitoit point le
caractère peu méfiant, il
voyageur; et continuoit
repas, en le laissant
son
inquiet à son
passer outre, sans paroître
aspect. M:
tua beaucoup au
Lachicotte, qui en
Gros-Morne,
l'exemple des écureuilsd
remarqua qu'à
de leurs pieds
d'Europe, ils se servoient
bouche la
antérieurs pour porter à leur
nourriture, qu'ils
dépeçoient avec --- Page 175 ---
D'UN NATURALISTE
infiniment
d'adresse, en se tenant assis sur leurs
pattes de derrière.
L'agouti est de la grosseur du
il a l'agilité à la course. Ses
liévre, dont
il est
poils sont
et
gourmand,
rudes;
Quoique
grogne comme le cochon.
l'on
s'apprivoisant facilement, il mord
veut le
si
prendre, ou lui enlever ce
mange. Il annonce alors sa colère
qu'il
son poil, et frappantla terre, ainsi en hérissant
de ses pieds de derriére. Il est
queleslapins,
quoi,1 lorsqu'il a suffisamment sobre; c'est pourle
de
mangé, il enterre
superflu
sa nourriture pour la
au besoin.
retrouver
L'agouti fait quatre portées
an, de
à trois petits. M. Lachicotte, par
deux
collet une femelle
qui avoit pris au
satisfaction
prête à mettre bas, eut la
de lui voir préparer en
son petit manoir; ; Car elle se familiarisa domesticité
moins de huit jours. Comme il
en
cet animal, vivant en
ignoroit que
trou circulaire
liberté, se creusoit un
qu'il garnissoit de feuilles sèches
pour y déposer ses petits, il avoit seulement
disposé à cet effet un panier et de la
la mère, trouvant
paille que
trop entière, hacha
ses dents; ce qui indiqua à son
avec
de lui fournir des matériaux
pourvoyeur
mit à sa portée du
plus délicats. On
coton et de la
elle profita
laine, dont
pour assurer à ses petits une couche
se creusoit un
qu'il garnissoit de feuilles sèches
pour y déposer ses petits, il avoit seulement
disposé à cet effet un panier et de la
la mère, trouvant
paille que
trop entière, hacha
ses dents; ce qui indiqua à son
avec
de lui fournir des matériaux
pourvoyeur
mit à sa portée du
plus délicats. On
coton et de la
elle profita
laine, dont
pour assurer à ses petits une couche --- Page 176 ---
VOYAGES
plus moilleuse; la femelle les allaita
tems, On nourrissoit la mère
assez longbananes et autres fruits
avec des patates, 3
(1).
Lorsqu'on le chasse avec des chiens,
bondit ainsi que le
et
l'agonti
lapin, saute les sentiers
plutôt que de les traverser ; c'est
nègres, peu exercés à tirer à la
pourquoi les
pour le faire arrêter. Il
course, le sifflent
chasseur
s'assied alors, et le
profite de cet instant de
lui envoyer son coup de fusil.
repos pour
On chasse encore l'agouti à
tend divers
l'affat, et on lui
piéges; car sa chair étoit tellement
recherchée des anciens colons,
pas même de
qu'il n'en reste
quoi perpétuer l'espèce.
L'agouti se pratique, à
du
un
terrier, mais
l'exemple
lapin,
qui a une seule
là qu'il se retire une
issue; c'est
partie du jour
dormir, et éviter la
pour y
trop grande chaleur.
(1) Les deux petits de sa portée se privèrent aisément; mais, libres de leurs actions, ils
jour sans qu'on ait pu découvrir le lieu de disparurent leur
un
retraite. Comme, non loin de la grande nouvelle
situé, à portée de l'eau de
case, éloit
on a lieu de présumer T'Ester, un très-beau verger,
auront attirés, mais
que Tappât de ces fruits les y
rencontre d'un
qu'ils auront fait la trop funeste
sonnable et
caiman, ou plutôt d'un ennemi railes
bipède, d'un nègre
sera appropriés.
probablement qui se
Sa --- Page 177 ---
D'UN NATURALISTE
16t
Sa chair est estimée relativement aux lieux
qu'il habite, et à la nourriture que lui fournissent certains parages; ; mais, en général, elle
conserve toujours, malgré son immersion dans
l'eau bouillante, un famet, un goût de venaison
qui ne plait pas à tout le monde : elle est.
d'ailleurs blanche comme celle du lapin, sèche
et sans graisse. En général, on préfère ceux
des bords de la mer, soit que ces animaux
s'y nourrissent d'une manière particulière, soit
qu'en pacageant l'herbe salée, leur chair acquiert une qualité supérieure.
QUADRUPÈDES EXOTIQUES NATURALISÉS.
Le Boeuf marron, Bos ferus (I).
Animal bisulce du genre huitième, de l'ordre
cinquième des pécores (pecora), de l'Abrégé
du systême de la Nature, de Linné; ruminant,
à cornes simples et creuses, sans incisives supérieures, à huit inférieures; qui sont toutes
renouvelées à l'age de trois ans.
() Ce n'est point le boeuf d'Amérique, Bos americanus, à cornes très-écartées, à crinière très-longue,
à dos bossus ou Taurus mexicanus, Hernandez mexic.
p. 587. Taurus quivirensis et tauri novi orbis Nieremb.
Syst. nat. p. 181, 182. Bison ex Florida allatus, Ray,
quad. P. 71. Bison d'Amérique, Buffon, vol, XI,
P. 505.
TOME II.
L
trois ans.
() Ce n'est point le boeuf d'Amérique, Bos americanus, à cornes très-écartées, à crinière très-longue,
à dos bossus ou Taurus mexicanus, Hernandez mexic.
p. 587. Taurus quivirensis et tauri novi orbis Nieremb.
Syst. nat. p. 181, 182. Bison ex Florida allatus, Ray,
quad. P. 71. Bison d'Amérique, Buffon, vol, XI,
P. 505.
TOME II.
L --- Page 178 ---
SAR -
VOYAGES
Le boeuf marron n'est autre chose qu'un
domestique, devenu sauvage en quittaureau
la hatte qui la vu naître.
1ant pour jamais Tinfluence de la liberté et de
Il acquiert, sous
irrascible, et même antila solitude, un naturel
hardi, plus
des hommes. Devenu plus
pathique
il traverse avec agilité les rivières
entreprenant,
à la première alerte.
à
Très-ardent en amour, il se rapproche
des troupeaux de bètesà cornes,
certaine époque
s'égarent au loin; et, devenant agresseur,
qui
le taureau paisible,
il attaque avec supériorité
le force même
à qui leur garde est confiée;
deleremquelquefois à s'éloigner, dans l'espoir
espoir presque toujours vain, puisque
placer;
d'un choc aussi meurles vaches, épouvantées
lasile
trier, fuyent et regagnent promptement la
elles rentrent immédiatement sous prooit
tection de Thomme.
Quoique le boeuf marron déserte quelquefois
il cesse bientôt toute commuen compagnie,
de sa fuite ; il
nication avec les compagnons Jui convient, et
cherche seul le pâturage qui
alors
une fierté primitive qui se peint
acquiert
et surtout dans son
dans toutes ses démarches,
eil étincelant.
il semble
Il ne mugit plus aussi fréquemment;i redouter d'être
son instinct le porte à
que --- Page 179 ---
D'UN NATURALISTE
découvert dans sa
si l'on fait la nuit retrsite;ilalydéele, cependant,
l'endroit oit
un feu brillant auprès de
bientôt
on le soupçonne. Cette vue le fait
entrer en fareur; il fuit, ou
il cherche à s'élancer
quelquefois
sur l'andacieux
venu troubler son
qui est
La chair du boeuf repos.
marron est infiniment
préférable à celle du boeuf
avec les entre-côtes des
domestique. On fait
aiguillettes
par. les gourmets, 2 et qu'on
recherchées
des épices, après les avoir prépare avec du sel,
citron. On les
imbibées de jus de
soumet ensuite à la fumée de
plantes aromatiques mouillées, comme feuilles
d'oranger, de citronnier, de
M. Lachicotte,
goyavier, etc.
velle
toujours aux aguets de nouproie, blessa un jour
boeuf marron qui inquiétoit trés-grièvement un
dont la plaie se guérit. Un ses troupeaux, 2 et
matin
une nouvelle visite,
qu'il faisoit
pistolets, dont
n'ayant pour armes que des
P'habitant de Saint-I
devroit être toujours muni, le
Domingue
cevant, le reconnut aussitôt. Il boeuf, en l'aperdu pied, écume,
frappe à linstant
mugit, s'élance, et est
en présence de son ancien
bientôt
adroit et intrépide chasseur n'a agresseur. Notre
saisir des armes
que le tems de
qui dans ses mains sont l'instrument de la mort; il
ajuste son ennemi furicux, et lui casse l'omoplate. Le boeuf
morL: 2
, le reconnut aussitôt. Il boeuf, en l'aperdu pied, écume,
frappe à linstant
mugit, s'élance, et est
en présence de son ancien
bientôt
adroit et intrépide chasseur n'a agresseur. Notre
saisir des armes
que le tems de
qui dans ses mains sont l'instrument de la mort; il
ajuste son ennemi furicux, et lui casse l'omoplate. Le boeuf
morL: 2 --- Page 180 ---
*
VOYAGES
tellement atteint, vomit son sang avec rage,
s'éloigne, accompagne sa retraite des derniers
accens du désespoir, et va plus sloin tomber sans
vie dans les mangles, où nous le retrouvâmes
le lendemain à la trace de son sang, dont la
terre étoit
.
imbibée.
Ces boeufs marrons font de grands dégâts
dans les rizières, dans les champs de millet;
de maïs et de
patates, 3 oùt ils fourragent à l'abandon. Ils ne pullulent point dans leur état
de liberté, mais comptent toujours
de nouveaux solitaires
parmi eux
qui ont secoué le.
de la domesticité.
joug
Indépendamment de la chasse qu'on leur fait
aux chiens courans, pour l'utile profit
relire de leur chair et de leur
qu'on
tend aussi des
peau, on leur
piéges et des
- de fosses
appâts au dessus
profondes pratiquées au milieu des
pâturages qu'ils fréquentent. Les nègres, qui
connoissent et redoutent P'habitude
de s'élancer sur Jeur
qu'ils ont
agresseur, les attendent
à l'affit, perchés dans des arbres, d'oit ils les
tirent. C'est ordinairement à portée d'un abreuvoirqu'ils parviennent à les surprendre.
dant il est prudent de ne point s'en Cepenau premier repos de leur chute; c'est une rapporter feinte
qui deviendroit fatale à celui qui voudroit s'as-.
surer si vraiment ils sont morts, état qu'ils --- Page 181 ---
D'UN NATURALISTE.
feignent en conservant un espoir de vengeance.
Par une merveilleuse prévoyance de la Nature,
qui veille sans cesse à la conservation de l'espéce
humaine, la vue du boeuf marron s'éteint,
vivant en liberté, au point de pouvoir esquiver
par des feintes, l'attaque de l'animal qui, par
illusion d'optique, s'élance: . avec la même ardeur
vers un arbre ou une masse quelconque:
Le Cabrit marron. (Pl. 1I1, vol. II).
C'est une espèce de chèvre à cornes droites;
recourbées en arrière au sommet, et à poil ras;
sans touffe sous le menton; ayant la tête du
chevreuil, et qui n'est autre chose que le chamois d'Europe, dégénéré et devenu plus petit
aux Antilles, où il est commun. On reconnoût
dans cette espèce des individus mâles et femelles,
et dont le pelage offre souvent les plus jolies
nuances par son étonnante variété dans les sujets
de la même famille. La femelle qui a quatre
mamelles, porte ordinairement deux petits.
Ces animaux en domesticité se réunissent en
troupeaux ; mais, ayant franchi les barrières
de l'esclavage, ils vivent isolés, choisissent les
lieux les plus desene,laplasineulie, pour exercer leur agilité, et s'élancer souvent de la corniche d'un rocher à l'autre, sans paroitre redouter les abimes affreux qui les séparent.
L 3
de la même famille. La femelle qui a quatre
mamelles, porte ordinairement deux petits.
Ces animaux en domesticité se réunissent en
troupeaux ; mais, ayant franchi les barrières
de l'esclavage, ils vivent isolés, choisissent les
lieux les plus desene,laplasineulie, pour exercer leur agilité, et s'élancer souvent de la corniche d'un rocher à l'autre, sans paroitre redouter les abimes affreux qui les séparent.
L 3 --- Page 182 ---
VOYAGES
D'autres fois ils se balancent au dessus de
ces
fondrières, sur un arbre ployant, d'oà ils s'6lèvent avec grace sur leurs pieds
pour brouter des guirlandes de postérieurs,
qui folâtrent au gré des vents, convolvulus
, et dont ils se
jouent en les saisissant avec adresse.
-
Le cabrit marron primitivement timide, devient farouche, le moindre bruit
il annonce son
Tinquiète; et
épouvante en soufllant du nez
avec force, effort qui, par son effet de révulsion
sur les glandes du sphincter, lui fait exhaler
odeur de musc désagréable.
une
Il aime à se jouer au travers des
à s'exercer en sautant par dessus les halliers,
à feindre une poursuite
buissons,
d'accélérer
pour avoir occasion
sa course, jusqu'au pointdela rendre
impétueuse; à s'arrêter tout court
une oreille attentive
pour préter
au moindre bruit,
au plusléger soupçon, s'élancerc
puis
au travers des bois où il aime à comme un éclair
resteri ignoré.
Le cabrit marron aime, ainsi que celui domestique, à entretenir sa robe dans un état de
propreté; c'est pourquoi au milieu du
lorsqu'il se réveille, il fait une nouvelle jour,
se lèche le corps, se
toilette,
de derrière
gratte avec lun des pieds
la partie que ne peut atteindre sa
langue, et dont le poil a besoin d'être lustré. --- Page 183 ---
D'UN NATURALISTE.
Ce quadrupède, après avoir évité le jong
de T'homme, prend un caractère irrascible, et
attaque les chiens qui naguères lui donnoient
la chasse;i il sait même les intimider,et parvient
à les faire désemparer par l'usage des cornes
dont la nature l'a pourvu. Il paroit que les
cabrits en général, éprouvent une vive démangeaison dans celte partie de la téte; car en
liberté on les voit fréquemment se frotter contre
les arbres, tandis qu'en domesticité ils aiment
à entrelacer ces partics, afin de parvenir au
même but, en détruisant un prurit qui leur
est incommode.
Le cabrit marron voit, dans l'état sauvage,
un motif puissant d'une continence qu'il ne peut
dompter; c'est pourquoi, obéissant toujours à
cette loiimpérieuse de la Nature, il se mêle par
fois aux troupeaux, qu'il abandonne ensuite
quand cette lubricité commence à se faire moins
sentir. Il conserve toujours néanmoins son Caractère rusé qui le rend capricieux, vagabond et
Jascif.
Nous fàmes témoins d'un accident qui
prouve combien ces animaux sont reconnoissans
des soins qui leur ont été donnés. Sobre par
caractère, se nourrissant des herbes les plus
communes, un jeune mâle en broutant, après
une pluie, le feuillage alors dangereux des
L4
quand cette lubricité commence à se faire moins
sentir. Il conserve toujours néanmoins son Caractère rusé qui le rend capricieux, vagabond et
Jascif.
Nous fàmes témoins d'un accident qui
prouve combien ces animaux sont reconnoissans
des soins qui leur ont été donnés. Sobre par
caractère, se nourrissant des herbes les plus
communes, un jeune mâle en broutant, après
une pluie, le feuillage alors dangereux des
L4 --- Page 184 ---
- 5
VOYAGES
bapaoiedeyenfhs,oublint, soni
son ancien maitre, accablé ingratitudeenvers la
quitta les lieux
par souffrance, il
déserts, et se traina auprès des
troupeaux, en semblant implorer de nouveaux
secours. Le vieux hattier le
pressa de lui
reconnut, et s'emprodiguer des soins qui n'étoient
pointétrangers poureelui-ci,
en témoignant quelques
quilesreçut même
tier
caresses. Le vieux hatappelle; on accourt à la voix, et le déserteur
conyerti n'est plus eflarouché de l'affnence
a déjà conçu de nouveaux
: il
effet,
projets de fidélité, En
quelques lavemens de casse le
et depuis il a su constamment
rétablissent;
noissance en restant
prouver sa reconpour toujours au milieu des
troupeaux,
On recherche le cabrit
ment pour la qualité
marron, particulièresupérieure de sa chair,
indépendamment que sa peau et son suif sont
également plus estimés que dans l'état de
ticité, On les
domesnoeud
chasse au fusil, et on en prend au
coulant dans les brisées qui
aux abreuvoirs qu'ils fréquentent. conduisent
CocHoN MARR ON.
Cet animal fangeux, ayant renoncé
tudes de la société, habite des
aux habimilieu des cardasses
pays arides, au
de la
ou des mangles du bord
mer, L'étendue immense de la hatte de --- Page 185 ---
D'UN NATURALISTE.
M. Lachicotte, oùt de touttems il exista un corail
donnant lieu à la désertion de ces animaux, je
me livrois avec plaisir à cette chasse, à la pointe
du jour, avant celle du caiman qu'on ne cherche
guères que vers neufheures du matin.
Un mercredi 15 novembre, ayant projeté une
de ces chasses, je me rendisau Grand-Islet, avec
mon compagnon d'armes. Là, au milieu de
cardasses fourrées et de raquettes épineuses, de
pingouins, de bayaondes et autres arbrisseaux
dangereux, en cherchant les boutis (1), la
souille (2), la bauge (3) et les laissées (4) d'un
cochon marron, nous aperçûmes sur un sable
mouvant l'empreinte récente de traces (5) de
jeunes marcassins, et quelques patates à moitié
rongées qu'ils avoient abandonnées.
Obligés de marcher à pied pour mieux suivre
leurs traces ,nous les examinions, etl les perdions
à chaque instant dans ces forts épineux, où nous
ne pouvions pénétrer qu'en balisant tout ce qui
se trouvoit rendre notre marche difficultueuse;
(r) Endroits ou, à l'exemple du sanglier d'Europe,
le cochon marron fait des creux avec son boutoir.
(2) La souille est un lieu fangeux où se vautre aussi
le cochon marron.
(5) Place où couchent ces animaux.
(4) Ou fientes de cet animal.
(5) Pied du cochon marron.
ces forts épineux, où nous
ne pouvions pénétrer qu'en balisant tout ce qui
se trouvoit rendre notre marche difficultueuse;
(r) Endroits ou, à l'exemple du sanglier d'Europe,
le cochon marron fait des creux avec son boutoir.
(2) La souille est un lieu fangeux où se vautre aussi
le cochon marron.
(5) Place où couchent ces animaux.
(4) Ou fientes de cet animal.
(5) Pied du cochon marron. --- Page 186 ---
A - - a
VOYAGES
etla machette à la
main, nous nous frayions un
passage au travers des halliers
Les traces nous conduisirent impraticables. à des
taires, abandonnées
cases solilâtres,
depuis la défaveur des musous le règne de
Nous reconnûmes ces Totssin-lonverture
de joie,
cases avec d'autant plus
que nous étions égarés dans
de torches et cardasses
ces forêts
primes notre
trés-élevées. Nous reroute, et nous
avec de grands projets
repassâmes P'Ester,
L'étoile du
pour le lendemain.
matin commençoit à peine à
roitre, que nous marchions
paIslet,
déjà vers le Grandportant au pommeaudenotre selle, suivant
l'usage des chasseurs du pays, la fine
contenant provisions de bouche et munitions macoute
chasse. Unnegre,
de
quoique trés-pen
nous servoit de piqueur, dont il expérimenté,
lumentles délicates fonctions
ignoroit absole point
en pareil cas; mais
que nous lui avions recommandé
avec
les chiens
cesse
Harbecaim
que nous nous étions procuré de
etd'autre, mais qui n'étoient nullement
part
à cette chasse,
exercés
Au
quoique pourtant très-vantés.
premier lancé, deux jeunes petits
sins vivant ordinairement dans le
marcasaccoutumés à des cris
silence, et peu
levèrent en
vraiment ellrayans, se
A la faveur sursaut, et se précipitérent vers nous.
de leur désordre, il nous en passa à --- Page 187 ---
D'UN NATURALISTE
etnousles tuâmes trop
chacun un à demi-portée,
de notre
tôt pour notre plaisir et la réputation
leur honneur? Et nous
meute. Que dis-je, pour
perdirent
eussions dà nous en tenir la, puisqu'ils
instant les traces d'un gros de compagnie,
en un
revoir depuis cette époque, quoique je ne pus
de nouvelles tentatives,
qu'ayant fait beaucoup
devenoientinusans chiens, il est vrai, quinous
mais en nous tenant à T'affit, à la portée
tiles;
de champs qu'ils endommageoient.
le
Comme je n'ai jamais chassé en règle
la plume du
cochon marron > j'emprunterai
observateur M. Bloreau-de-St-Maty,
constant
depuis cette rédaction, me
qui a bien voulu,
moi
pour
un
échange antanthonorable
proposer
de nos ouvrages
qu'ilest tavantagenc,edsienin
respectifs. Voici ce qu'en dit cet auteur justeestimé : ( Le tems de la chasse du cochon
ment
de Saint-
) marron dans la partie espagnole
est celui oùt une espèce de palmiste
> Domingue,
qui sont en grappes, et
) donne ses graines
friand. Un
)) dont l'animal est extrêmement d'une lance,
s'il est seul, va armé
> Espaguol,
machette setd'un contean,danslapanies
) d'une
contiennent les palmistes, avec
) du bois qui
le cochon
chiens qui, en voyant
) quelques réunissent autour de lui, et l'oc-
) marron, se
ce que le chasseur
) cupent en aboyant, jusqu'à
qui sont en grappes, et
) donne ses graines
friand. Un
)) dont l'animal est extrêmement d'une lance,
s'il est seul, va armé
> Espaguol,
machette setd'un contean,danslapanies
) d'une
contiennent les palmistes, avec
) du bois qui
le cochon
chiens qui, en voyant
) quelques réunissent autour de lui, et l'oc-
) marron, se
ce que le chasseur
) cupent en aboyant, jusqu'à --- Page 188 ---
VOYAGES
) vienne le tuer avec sa lance. La bêteest
) et vidée, on jette sa tête et ses
ouverte
) chasseur se
pieds, et le
charge du corps,
)) quelquefois
qu'il coupe
pour en faciliter le
) Si, au contraire,
transport.
ily a
)) ensemble, ils choisissent plusieurs chasseurs
)
la
un lieu où ils
que chasse sera
croyent
) une petite
aloudate,daycmwraionr
baraque ou
)) ou de feuilles de ajoupa,couvertder taches
)
palmistes, et ils disposent
plosieursfourches, avecdes
) et faire sécher les moitiés de traverses,poursaler
)) ou pourles
cochon marron,
) Assez souvent entasserlorsqu'elles. les
sont préparées.
) du moins s'ils
transports se font par mer, 3
s'agitd'unechasse
considérable )):
REPTILES
Le gros Lézard cornu.
(Pl. XI, tom. II).
Oni, M. Sonnini
(1),je ne me lasserai
d'étudier les belles et savantes
point
mon illustre
productions de
de
patron, M. le comte de
cet éloquent écrivain, dont le
Lacépède,
pandre des charmes
style a su résent le moins
sur les sujets qui en paroistracer à
susceptibles. Qu'il m'est doux de
mes lecteurs Phistoire naturelle du
gros
(r) Yoyez l'extrait du premier volume de
Voyages dans le No, 14 du
mes
1809, par C. S. Sonnini: Moniteur, du 14 janvier --- Page 189 ---
D'UN NATURALISTE.
lézard de Saint-Domingue, d'après l'ouvrage
précieux du successeur du Pline de la France,
que j'étudie avec délices depuis l'instant qu'ila
daigné me l'accorder, et me l'offrir de sa main
encourageante! Aussi le doux souvenir de ce
jour mémorable est-il à jamais gravé dans mon
coeur.
( Ce lézard qui se trouve à Saint-Domingue,
dit M. le comte de Lacépède, dans son Histoire
naturelledes Serpens, tome Iv,page 333, édition
in-12, a les plus grands rapports avec. l'iguane;
il lui ressemble par la grandeur, par les proportions du corps, des pattes et de la queue, parla
forme des écailles, par celle des grandes pièces
écailleuses, qui forment sur son dos et sur la
partie supérieure de sa queue, une crête semblable à celle de liguane. Sa tête est conformée
comme celle de ce dernier lézard; elle montre
également sur les côtés des tubercules très-gros,
très-saillans, et finissent en pointe. Les dents ont
leurs bords divisés en plusieurs petites pointes,
comme celles des iguanes un peu gros. Mais le
lézard cornu diffère de liguane-, en ce qu'il
n'a pas sous la gorge une grande poche garnie
d'une membrane et d'une sorle de crête écailleuse. D'ailleurs la partie supérieure de sa tête
présente, entre les narines et les yeux, quatre tubercules de nature écailleuse, assez gros, et placés
illans, et finissent en pointe. Les dents ont
leurs bords divisés en plusieurs petites pointes,
comme celles des iguanes un peu gros. Mais le
lézard cornu diffère de liguane-, en ce qu'il
n'a pas sous la gorge une grande poche garnie
d'une membrane et d'une sorle de crête écailleuse. D'ailleurs la partie supérieure de sa tête
présente, entre les narines et les yeux, quatre tubercules de nature écailleuse, assez gros, et placés --- Page 190 ---
VOYACES
au devant d'une corne
revêtue d'une écaille d'une osseuse, conique > et
M. le comte de
seule pièce ),
del'article,
Lacépède annonçant à la fin
queM. l'abbé Bonnaterre
de donner la figure et la
seproposoit
dans
description de ce lézard
PEncyclopédie, par ordre de
cru devoir, par intérêt
la matieres,Jai
fronter nos
pour
science, conavoit été fait dessins, en raison de ce que le mien
surles lieux, d'après un sujet vivant
que iy avois apprivoisé. C'est
sulte de ma
pourquoi il rédes
au premier conirontation, abord,
caractères qui,
dont je donne
sembleroient faire de celui
T'histoire, une variété du lézard
cornu; car, si les dessins qu'a fourni M. l'abbé
Bonnaterre sontexacts, ,le lézard cornu de
clopédie, parordre de matières, diffère l'Ency.
lement deliguaneqwiyest
essentielégalement
1°. par la conformation
représenté,
tête du
convexe et arquée de la
premier,arméede
du
callosités, ct l'absence
goëtre; 2°, par une langue
et
au lieu d'une déliée et
épaisse obtuse,
l'iguane de
bifarquée qu'on donne à
-
melleuse T'Encyclopédie; 30. par une crête la-
-
l'iguane distincte, et non confuse comme dans
cité; 4°. par un cinquième
pieds postérieurs que je n'ai
doigt aux
talon, et séparé des autres dans point trouvé au
décrite avec soin; 5°,
l'espèce que j'ai
tères,
enfin, par tant de caracqu'il n'est plus possible de confondre
ces
ifarquée qu'on donne à
-
melleuse T'Encyclopédie; 30. par une crête la-
-
l'iguane distincte, et non confuse comme dans
cité; 4°. par un cinquième
pieds postérieurs que je n'ai
doigt aux
talon, et séparé des autres dans point trouvé au
décrite avec soin; 5°,
l'espèce que j'ai
tères,
enfin, par tant de caracqu'il n'est plus possible de confondre
ces --- Page 191 ---
D'UN NATURALISTE
siles figures de M. l'abbé Bonnadeuxi individus,
terre sont exactes.
de son lézard cornu sont
Tous les caractères
du
conformes à ceux du mien, à T'exception
calcaneum. Comme j'ai conservé
doigt placé au
Tindividu
pendant deux ans, 2 en ma possession,
des nègres chasseurs m'avoient
dontj je parle,que
occasion de
apporté tout jeune, j'ai eu
l'appride le rendre même intéressant.
voiser, au point
à sonder les
J'aimois 1 tout en travaillant,
c'est
moeurs des compagnons de ma solitude;
lorsque j'eus le malheur de perdre ce
pourquoi, milieu d'un incendie où le trouble
lézard au
dans lequel jeta cet événement, ne permit point
d'aller le déchainer, , je m'attachai par la suite un
lézard, un charmant Sputateur
autre plus gentil
Phistoire touzébré, dont je donnerai ci-après
chante.
le lézard
On recherche à Saint-Domingue
sa chair que je trouve fade; on le
cornu, pour chiens courans, et il est si timide
chasse aux
qu'il se laisse volontiers
lorsqu'on l'a débusqué,
prendre à l'éperlin. Il est très-sensible aux coups
qu'il reçoit sur le nez, et la moindre percussion
fait souvent mourir.
en cet endroitsnscepiblele'
lorsJ'étois un jour disposé à en poursuivre,
approchant du morne PHopital, près les
qu'en
je renconGonaives, où ils sont très-communs,
, pour chiens courans, et il est si timide
chasse aux
qu'il se laisse volontiers
lorsqu'on l'a débusqué,
prendre à l'éperlin. Il est très-sensible aux coups
qu'il reçoit sur le nez, et la moindre percussion
fait souvent mourir.
en cet endroitsnscepiblele'
lorsJ'étois un jour disposé à en poursuivre,
approchant du morne PHopital, près les
qu'en
je renconGonaives, où ils sont très-communs, --- Page 192 ---
e CA
VOYAGES
trai des nègres déjà placés sous des
graines, al'aflittdes
mangles à
le
ramiers, le fusil d'uner main,
chasse-mouche ou époustoir sur
et qu'ils agitoient de tems en tems
l'épaule 9
autour
pour en écarter les maringouins
d'eux,
incommodes.Jo
mn'avançai au milieu des rochers, ,oit j'en
un qui tout à coup se déroba à mes
surpris
s'enfonça dans une espèce de terrier regards, et
le roc. Je résolus de l'attendre
creusé sous.
persuadé
reparoitre, bien
qu'il ne resteroit pas long-tems ainsi
caché.llparat en effet, en se glissant
hors de sa retraite; puis, dès
légérement
qu'il
ilmanifesta sa craintee et son trouble m'aperçut,
isochrone, dont j'ai découvert
par un souffle
depuis
fait
usage en pareil cas; mais déjà le
qu'il
éloit ajusté, et ne pouvant éviter pauvre reptile
meurtrier, je le laissai sur la place. mon plomb
Ce lézard cornu est par fois intrépide, et s'expose à l'époque du rut, en courant vers le
chasseur. On en voit même d'assez audacieux
pour gronder à l'approche du caiman, mais
point d'assez courageux pour aller se
contre un animal féroce
mesurer
qui ne leur feroit aucun
quartier, et d'un coup de dent les mettroit
bientôt à mort.
J'ai remarqué, en étudiant les mceurs de celui
quej'avois privé, qu'au bruit de la vibration de
son Jarynx, sa langue s'élevoit au dessus du
niveau --- Page 193 ---
D'UN NATURALISTE.
niveau de sa mâchoire inférieure, ainsi qu'on le
voit (pl. XI). Cependant cet animal, quoique
prompt à se mettre en colère, n'est nullement
méchant, et l'on peut sans crainte se livrer ayec
luià des jeux de mains qu'il provoque.
Lesi nègres, inlipealbmmendefwoge qu'ils
font de sa chair, emploient sa peau à faire des
sandales, qu'ils regardent propres à guérir les
douleurs de jointures dont ils-se plaignent,
lorsqu'ils ne veulent pas travailler.
OISEAUX TERRESTRES.
LA PINTADE MARRONNE.
Elle ne diffère de la domestique que par sa
taille d'un tiers plus petite, et par ses pattes
noires au lieu de rouges. Elle n'a point quitté
ce caractère querelleur qui la rend la terreur
des basse-cours; elle est toujours vive, inquiète
et turbulente; éprouvant plusieurs fois le jour
des crises pendant lesquelles elle jacasse 9 et
courtinvolontairement avec une vitesse extrême,
sans s'aider de ses ailes. Mais ce cri aigu et
perçant la décèle souvent aux chasseurs, qui
n'attendent que ce signal pour la surprendre
avec avantage au milieu d'arbres touffus, à la
ToME II.
M
querelleur qui la rend la terreur
des basse-cours; elle est toujours vive, inquiète
et turbulente; éprouvant plusieurs fois le jour
des crises pendant lesquelles elle jacasse 9 et
courtinvolontairement avec une vitesse extrême,
sans s'aider de ses ailes. Mais ce cri aigu et
perçant la décèle souvent aux chasseurs, qui
n'attendent que ce signal pour la surprendre
avec avantage au milieu d'arbres touffus, à la
ToME II.
M --- Page 194 ---
- AR
VOYAGES
faveur desquels elle seroit en sûrcté sans cette
fatale inconséquence.
C'est cette mémeimprudence qui fait souvent
découvrir sa couvée, lorsque le mâle, à grands
cris,las supplie de le laisser participeràl P'honneur
del'incubation; carau moindre refus, un combat
opiniâtre s'engage, la fureur étincelle dans les
yeux des combattans, tout le voisinage est importuné de leurs cris aigus et perçans; et
souvent, hélas ! c'est un dangereux coup de trop bec
qui décide de la victoire. Le
alors
met en attitude; mais en
vainqueur
se
caquétant, il annonce
encore long-tems tout son ressentiment.
C'estàt tort qu'on dit que la pintade en liberté
pullule moins qu'en domesticité,
vent j'ai rencontré des bandes de puisque sousoixante
vingt, trente,
pintadeaux de plusieurs ages, conduits
par un couple de pintades plus agées, Leurs
ceufs cependant changent de couleur, et n'ont
plus, comme en domesticité, la teinte unie de
café au lait; mais ils sont ponctués de blanc et
de bistre, ainsi que ceux de la perdrix
d'Europe.
rouge
Les pintades marronnes se réunissent en
bandes nombreuses, , et cherchent à l'envi
leur nourriture parmi les gramens des lieux --- Page 195 ---
D'UN NATURALISTE
solitaires, qu'elles fréquentent le plus habituellement. Le mâle, à T'exemple du chef des gallinacées, avertit les femelles de sa récente découverte; toutes alorsd'accourirà cette voix chérie,
et de se disputer un butin qui devient leur
tage. Elles volent à rez-terre en cette circons- partance, plutôt qu'elles ne courent. Leur vol est
peu soutenu, en raison de la conformation de
leurs ailes très-courtes, et qui ne leur permettent
volontiers que de s'élancer d'une distance à une
autre, plutôt que de planer dans l'espace.
La chair des pintades acquiert en liberté un
goût exquis, dà au choix de leur nourriture.
Les vieilles sont très-estimées à la daube, tandis
que les pintadeaux plus délicats se servent rôtis,
entourés par un raffinement de gastromanie,
de fenilles de goyavier ou de citronnier. Les
pintades se nourrissent de grains, de vers
d'insectes et d'herbages. J'ai remarqué
que ces
oiseaux, quoiqu'abandonnés à eux - mêmes, 2
multiplioient peu dans les endroits aquatiques,
tandis qu'ils produisent étonnamment sur un
sol aride et ohaud.
Ces oiseaux pulvérateurs aiment, ainsi
les gallinacées, à gratter le sable ou la terre que
séche, et à s'y rouler. Les appendices du mâle
pintade se gonflent dans la saison des amours,
M 2
que ces
oiseaux, quoiqu'abandonnés à eux - mêmes, 2
multiplioient peu dans les endroits aquatiques,
tandis qu'ils produisent étonnamment sur un
sol aride et ohaud.
Ces oiseaux pulvérateurs aiment, ainsi
les gallinacées, à gratter le sable ou la terre que
séche, et à s'y rouler. Les appendices du mâle
pintade se gonflent dans la saison des amours,
M 2 --- Page 196 ---
E
VOYAGES
ainsi que le coq dont il a les
car il est ardent, couleurs en deviennent plus
habitudes, et les
animées et plus éclatantes.
à fréquenter
Quoique les pintades se plaisent certain de les
secs et arides, on est
les endroits
ruisseaux ou des lagunes, à
rencontrer près des
chaleur réverbérée proFheure du jour oùt la
à
elles une soif ardente, et les oblige
voque en
Pautre partic
chercher un ombrage pourypasserl choisissent les arbres les
de la journée. Là, elles
et y dormir en
plus touffus pour s'y percher sommeil est interpaix; mais que de fois ce de croasser, au
rompu ! Il suffit au corbeau
que la
de voligerautourdalle, pour
moqueur
avertisse, par le cri prosentinelle aux aguets
assoupie, du danger
longé d'alarme, la troupe
prend
Alors la bande ellirayée,
qui la menace.
au hasard, et va se placer
le vol qu'elle dirige la faveur de ces fréquens déplus loin. C'est à
de chiens
placemens, souvent opérés au moyen
à
le chasseur parvient
exercés à cet effet, que
età les disau milieu du feuillage,
les dépeindre
faire feu avecl'assurance du
tinguer assez pour
soit adroit. Celles qui
succès, pour peu qu'il vol de deux ou trois cents
ont écliappé font un
en se posant,
tréssrapide et très-bas; puis,
Si
pas, très-vite, afin d'éviter toute recherche.
courent
elles fontquelques pas,avant
elles sont surprises, --- Page 197 ---
D'UN NATURALISTE
de pouvoir s'élever dans
ailes
l'air, à cause deleurs
courtes.
Les pintades marronnes ont tellement le
de la liberté et de T'indépendance,
goit
du milieu de leurs déserts elles que souvent
chant bruyant des mêmes
accourent au
oiscaux domestiles ques,se confondent avec eux, mais peu à
éloignent en les engageant dans des peu
rages inconnus, où le même génie
pâtudance les retient. C'est
d'indépenrare à Saint -
pourquoi il n'est pas
Domingue de voir sensiblement
diminuer le nombre de sa basse-cour, si
habite au milieu des
l'on
Les
savannes ou des bois.
pintadeaux marrons pris au plus bas
age, ne peuvent s'accontumer à la
la captivité leur est
domesticité;
pour s'en délivrer odieuse, et ils font tout
promptement. On les voit
inquiets, s'ils sont renfermés; s'agiter,
vers les murs de leur
s'élancer
riture qui leur
prison, négliger la nourles
est présentée, et chercher tous
moyens de s'échapper, sans vouloir reconnoitre les bienfaits de la main qui les
La pintade, quoiqne
soigne.
les
fine, tombe dans tous
piéges qui lui sont tendus; c'est
on en prend aux filets, à des
pourquoi
de vers ou d'intestins de
bameçons appâtés
avalent sans
volailles, et qu'elles
suspendues. pouvoir rompre le fil qui les tient
M 3
nourles
est présentée, et chercher tous
moyens de s'échapper, sans vouloir reconnoitre les bienfaits de la main qui les
La pintade, quoiqne
soigne.
les
fine, tombe dans tous
piéges qui lui sont tendus; c'est
on en prend aux filets, à des
pourquoi
de vers ou d'intestins de
bameçons appâtés
avalent sans
volailles, et qu'elles
suspendues. pouvoir rompre le fil qui les tient
M 3 --- Page 198 ---
18z
VOYAGES
Le chasseur industrieux approche
des bandes de pintades
pourtant
faisant l'homme
marronnes en contreivre, afin d'exciter leur curiosité, ou plus sûrement en se servant d'une
vache artificielle, ou d'un cheval,
à
ce genre de surprise.
propres
J'essayai de m'en procurer à l'aide d'une
ehanterelle domestiqne. Les
pintadeaux marrons, trompés par cette illusion toujours chère,
venoient autour de la femelle captive, chercher
à la délivrer; puis se la
ils
vroient des combats
disputant,
se lisanglans jusqu'à ce que
mon coupde fusil vint les terminer. J'ai éprouvé
également que, pour exciter la chanterelle à
donner de la voix, il falloit lui jeter du
afin de l'engager à
grain,
appeler ses compagnes pour
partager cette nouvelle nourriture.
Le RAMIER commun de
le bizet de Brisson. Columba Saint-Domingue est
cinereo - coerulescens, taenià duplici transversi nigrà in alio,
parte dorsi inferiore albâ.. : Columba Livia.
Ramier. Dutertre, Histoire des Antilles, tome
a
page 256.
II,
Les RAMIERS à
Saint-Domingne sont oiseaux de
ainsi que je l'ai déjà observé dans mon
à la chasse de cette ile.
EtE
C'est pourquoi on les trouve en une saison dans les
tandis que plus tard ils se
mornes,
transportent vers les --- Page 199 ---
D'UN NATURALISTE.
doivent leur fournir une nourriplaines, 7 qui
ture commençant à devenir rare dans des lieux
plus élevés.
Hors les heures de leurs repas, les ramiers
cherchent un abri sombre pour y soupirer en
paix leurs amours. C'est ce roucoulement mélancolique qui souvent les trahit, les décèle et
les met au pouvoir du chasseur. Bientôt la femelle, inquiète, eflarouchée, revient près du
meurtrier de son époux ; perchée sur des
branches sèches, emblèmes de sa douleur, elle
y redouble ses gémissemens, reproche au chasseur sa crnauté, et n'ayant plus rien à perdre,
elle expose ainsi une vie qui ne peut plus avoir
de charmes pour elle.
C'est pourquoi, après le coup de fusil, l'on
doit recharger promptement et sans bruit, parce
qu'aprés quelque tems la bande de ramiers revient au même endroit pour examiner la victime qu'on a dà laisser à terre. Alors nouvelles
manceuvres et nouvelles victimes,jusqu'a ce que
la troupe effrayée aille porter au loin et ses
plaintes et sa douleur.
La pluic qui semble attrister la nature, suspend aussi les roucoulemens du ramier. Perché
près de sa compagne, sous l'abri de quelque
feuillage, il la becquète 3 puis tour à tour, lissant leur plumage, ils se caressent et se parlent
M 4
victime qu'on a dà laisser à terre. Alors nouvelles
manceuvres et nouvelles victimes,jusqu'a ce que
la troupe effrayée aille porter au loin et ses
plaintes et sa douleur.
La pluic qui semble attrister la nature, suspend aussi les roucoulemens du ramier. Perché
près de sa compagne, sous l'abri de quelque
feuillage, il la becquète 3 puis tour à tour, lissant leur plumage, ils se caressent et se parlent
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VOYAGES
avec intelligence, enfin cédent, dans l'ivresse de
leur plaisir, au doux sommeil qui vient les
surprendre, 2 et auquel ils se livrent en paix,
qu'ils sont près Fun de l'autre.
parce
sonti
Séparés, ils
a
inquiets, le repos n'est plus fait
ils ne le retrouvent qu'en
pour eux ;
à
leurs constantes
revoyant l'objet de
amours, Quelle existence
et aimable ! quelle union fortunée
douce
! Heureux
oiseaux, que votre sort est digne d'envie ! Sans
Thomme, votre ennemi le
dont vous ne vous méfiez plus puissant, et
couleriez des jours
point assez, que vous
tranquilles! Ah !
ce tyran de tout ce qui respire;
fuyez-le,
pire, allez au sein des forêts fuyez son emcélébrer en paix les douceurs d'une impénétrables y
fait votre bonheur.
union qui
la
Contentez-vous des alimens
que Nature prévoyante rassemble
vous 3 et, pour satisfaire un désir autour de
n'allez point chercher la mort
inconstant,
banes de VOS
auprès des cadéfians
meurtriers, ou du moins
et prévenez toute surprise.
soyez
On chasse au
fusil,leramier, de
ou le soir à la rentrée. On
grand matin
en approche assez
vers eux
"atrtn
que pendant qu'ils roucoulent, et de
s'arrêter avec leur voix.
La chair du ramereau ou jeune
très-délicate; celle des vieux mis ramier, est
en daube n'a --- Page 201 ---
D'UN NATURALISTE
moindre
Il est pourtant une
pas une
oû qualité. leur chair contracte un goût
certaine saison
des fruits du manglier
d'amertume, provenant
Une
dont ils se nourrissent, et sont très-friands. les
particularité digne de remarque, est que
point d'accident à manger
ramiers n'éprouvent
des baies de Tazédarac, qui sont un poison
Phomme, qui lui-même n'est aucunement
pour incommodé de la chair du ramier qui s'en est
nourri. On attire les bandes de ramiers par le moyen
de
ou ramiers privés, qu'on attache au
appeanx
tirer les fuyards avec
sommet d'un arbre, pour
autre luiplus d'avantage. Trompé par un
voitle ramier, d'abordinquiet, planer
même,on
revenir bientôt avec la
au dessus du captif,
croit de
bande, s'abattre auprès de celui qu'il
Il reconnoit trop tard son erreur ; et
sa famille.
fatale
un
voulant fuir l'objet de sa
méprise,
mortel Patteint, il tombe en lançant un
plomb
de la bande
dernier regard aux compagnons
nombreuse qu'il ne doit plus revoir. Indépendamment de la chasse qu'on leur fait au fusil,
aux lacets, à la glu;
on en prend également
car les
mais ce ne sont que les Européens ;
colons et les nègres tiennent à leurs habitudes,
lesinnovations. C'est pourquoi
etn'aiment point
on refusa d'abord d'employer le moyen que
éprise,
mortel Patteint, il tombe en lançant un
plomb
de la bande
dernier regard aux compagnons
nombreuse qu'il ne doit plus revoir. Indépendamment de la chasse qu'on leur fait au fusil,
aux lacets, à la glu;
on en prend également
car les
mais ce ne sont que les Européens ;
colons et les nègres tiennent à leurs habitudes,
lesinnovations. C'est pourquoi
etn'aiment point
on refusa d'abord d'employer le moyen que --- Page 202 ---
-
VOYAGES
j'indiquois, et pratiqué dans nos provinces méridionales; mais les succès que. Fon me vit
décidérent les plus
à
obtenir,
opposés ma
Pour cet effet, on remarque les proposition. endroits
plus fréquentés par les
les
fonce en terre de
ramiers, et l'on y encouvre d'un
longues perches, qu'on red'ane
filet, qu'au moyen d'une corde et
poulie, on peut élever ou laisser tomber
précipitamment à volonté, Il faut être au moins
deux à cette chasse; et pendant
lun
placé auprès du filet, à l'abri de que
est
fait le tour de l'enceinte où
ramées, l'autre
sont rassemblés les
ramiers, et tâche de les faire
centre, Dès que leur vol se
rapprocher du
il lance de son
dirige vers le filet,
arc plusieurs flèches
ou recouvertes de plumes d'oiseau empennées, de
que les ramiers effrayés,
proie, et
lui-mème,
prenant pour l'oiseau
cherchentàé éviter, trouble à la fàveur
duquel ils vont se jeter dans le filet qu'on laisse
tomber, s'il s'en trouve une quantité
nable.
conveIlyaà Saint-Domingue plusieurs espèces de
ramiers, parmi lesquels on distingue le
de roche de la
Pigeon
Jamaique, ou Pigeon à couronne
blanche; Columba exfusco cinereo coerulescens; remigibius, rectricibusque fuscis
tice albo Columba saxatilis
; verJamaicensis.
Brisson, tom. rer, pag. 137. Cet oiseau qui mulE --- Page 203 ---
D'UN NATURALISTE.
tiplie beaucoup, fait son nid dans les rochers
oû il n'a à redouter que certains lézards trèsjouant de
friands de ses ceufs; c'est pourquoi,
ruse, il a soin de les déposer dans un endroit
inaccessible, et c'est là qu'il élève en paix le
fruit de ses amours. Voltigeant sans cesse autour
de ce lieu escarpé, il semble vouloir, par sa
diminuerfennuidesal femelle occupée
présence,
à couver; il prend aussi sa place, et participe
égalementaux soins de l'incubation. Lorsqueles
petits sont éclos, on aperçoitle mâle etla femelle
T'honneur de leur
la première
se disputer
porter
becquée, se heurter, se culbuter avant de pouvoir se cramponner en un endroit aussi incommode; puis, lorsque ces jeunes élèves ont pris
de l'accroissement, on voit le père et la mère
les soutenir sur leur dos en planant, afin de les
les
à leur reexercer au vol; puis
transporter
traite, lorsque la leçon est prise, et que la fatigue de membres aussi peu exercés a dû la
terminer.
Certains nègres chassent à Saint-Domingue
les ramiers aux flambeaux ; mais j'ai peu vu
réussir cette chasse. Ils font d'abord beaucoup
de bruit, dès qu'ils ont reconnu le juchoir de
ces oiseaux qu'ilsintimident, et forcentà se raser
sur la branche oût ils sont perchés; puis il s'agit
de les découvrir 2 ce qui n'est pas facile. Cet
, et que la fatigue de membres aussi peu exercés a dû la
terminer.
Certains nègres chassent à Saint-Domingue
les ramiers aux flambeaux ; mais j'ai peu vu
réussir cette chasse. Ils font d'abord beaucoup
de bruit, dès qu'ils ont reconnu le juchoir de
ces oiseaux qu'ilsintimident, et forcentà se raser
sur la branche oût ils sont perchés; puis il s'agit
de les découvrir 2 ce qui n'est pas facile. Cet --- Page 204 ---
VOYAGES
expédient est d'autant plus désagréable,
premier coup de feu les ramiers
qu'au
poste reconnu,
quittent ce
TOURTERELLES.
On en connoît de trois
espèces à Saint-Domingue : Io. La tourte qui est la
dont la queues s'étend
plus grosse, et
vineuse à
peu au delà des ailes; 20, la
queue étagée, ou pigeon à
queue d'Edwards; et 3°,la
longue
de la Caroline de
brune,ou tourterelle
Brisson, tome
fig. rre,
rer, pl. VIII,
Ces trois espèces diffèrent de
bitudes;j je vais successivement moeurs et d'havations
relater les obserque j'ai été à même de faire
ment sur ces oiseaux.
journelleLa TOURTE,Ou Grosse
manières aimables des deux Tourterelle,n'a pasles
vit isolément et dans la
autres espéces; elle
assiduités du mâle
solitude, ne tolérant les
lement de
qu'à l'approche du renouvelses amours. C'est
contre le plus souvent
pourquoi on la renindifférence le cercle de la seule, parcourant avec
nourriture
vie, et cherchant une
qu'elle ramasse même sans l'avidité
communeaux oiseaux de cette
de leur
espèce, en raison
tempérament lascif. Elle
silence les sentiers les moins
fréquente en
ment l'air retentit des
pratiqués, et raresons amoureux de son --- Page 205 ---
D'UN NATURALISTE.
roucoulement mélancolique. 1l est d'ailleurs
moins prolongé que celui des deux autres espèces, par une suite de cette apathiequila caractérise, et qui ne peut la faire regarder comme
le modèle de nouvelles amours.
La Tourte a le vol du pigeon, et sa chair est,
par rapport aux deux autres espèces de tourterelles, ce que le bartavelle est auprès de la
perdrix grise.
On rencontre la Tourte plutôtd dans les savannes
désertes que dans les bois; j'ai remarqué qu'elles
se plaisent à l'ombre du calebassier marron, à
chercher et dépecer diverses graines transportées
par les vents; et au moindre bruit, elles s'envolent pour cacher sous les campèches les plus
épais leur timidité craintive, et s'y dérober aux
regards de Phomme, qu'elles redoutent particulièrement, On la rencontre aussi sur le bord des
ruisseaux.
On en prend aux lacets près de l'eau, ou'dans
des champs de riz nouvellement ensemencés. On
les chasse au fasil.
La Tourterelle Fineus se à queue étagée, ou
pigeon à longue queue d'Edwards, tome ier, 9
pag. et pl. XV, remarquable par une tache noire
veloutée et fuyante qu'clle a de chaque côté du
cou, est si commune en certains quartiers de
l'ile, qu'elle devient la désolation des champs
On en prend aux lacets près de l'eau, ou'dans
des champs de riz nouvellement ensemencés. On
les chasse au fasil.
La Tourterelle Fineus se à queue étagée, ou
pigeon à longue queue d'Edwards, tome ier, 9
pag. et pl. XV, remarquable par une tache noire
veloutée et fuyante qu'clle a de chaque côté du
cou, est si commune en certains quartiers de
l'ile, qu'elle devient la désolation des champs --- Page 206 ---
IgO
VOYAGES
cultivés en grains qu'ellea adopté. Elle vole
troupes innombrables; et ces bandes
par
annuellement d'antant plus
grossissent
leur chair, naturellement sèche prodigieusement que
de leur ardent
d'aprés la qualité
tempérament, est
ce n'est quelquefois à la
peu estimée, si
tems de la
daube, mais hors le
ponte.
Cetoiseau
jamais
Nmamonkemalenses
perché au delà du tems
son repos, salue le jour dès la pointe indispensable de
à
par ses tendres accens. Le mâle, alors l'aurore
galant, sans consulter les
toujours
rend ses
époques de l'année,
hommagesàs sa
l'empire qu'elle a sur
manane,etliespsind
lui par des salutations
outrées, et des inflexions de gosier
sentiment d'amour donne
auquel le
et des modulations
un velouté particulier
plus voluptueuses. La femelle
coquette, semblant d'abord prendre
à ces nouvelles
peu de part
protestations,
de
ou s'y laisse tomber
change branche,
avec une nonchalance accompagnée d'un son doux, d'un tendre
qu'elle laisse échapper, d'un
soupir
enfin qui annonce
demi-roncoulement
Mais, voulant
déjà sa naissante émotion.
transports de feindre encore, elle regarde les
son amant sans manifèster une
qu'elle ne peut pourtant concentrer
joie
tems. Alors,
plus longréciproque développantavee grace le sentiment
qui l'anime et la consume, elle lui
P --- Page 207 ---
I9I
D'UN NATURALISTE.
des baisers, et cherche à éteindre le feu
présente
délicat,
qui la dévore dans un rapprochement
dans des caresses voluptueuses et légères, que
l'enlacement de leur bec dérobe aux regards indiscrets. Le plaisir les retient quelque tems en
et la femelle tardive à le déclarer
cette attitude,
les charmes de ces can'a que mieux apprécié
mille
cherche à perpétuer par
resses , qu'elle
amoureuses.
feintes piquantes, mille agaceries
Elle fuit le mâle, pour P'exciter plus puissamEtvous,femmes
oendasdeemenerrntd
Mais
charmantes, n'est-ce point là votre secret?
fait de mal à
que souvent cet art mensonger le motif! Il se
l'être sensible et pur qui en est
désespère, il gémit de n'avoir plus un autel pur
oi il puisse à l'avenir se consacrer tout entier à
mais ne peuthaîr. Lhila beauté qu'ilvoudroit,
oiseaux dont
rondelle, plus constante que ces
Pemblème est trompeur, aime mieux, ne trouble
coquetterie le bonheur de celui qu'elle
point par
la voit mourir de douleur si
a choisi; mais on
au conelle vient à le perdre. Les tourterelles,
leur amour par leurs ardentes
traire, épuisent
c'est un feu qui
démonstrations; et au résultat,
à
s'éteint, puisqu'un de ces oiseaux, venant
Pautre, cherche ailleurs de nouvelles
perdre
les cite
amours. C'est donc à tort qu'on
pour
modèles de la fidélité.
ur de celui qu'elle
point par
la voit mourir de douleur si
a choisi; mais on
au conelle vient à le perdre. Les tourterelles,
leur amour par leurs ardentes
traire, épuisent
c'est un feu qui
démonstrations; et au résultat,
à
s'éteint, puisqu'un de ces oiseaux, venant
Pautre, cherche ailleurs de nouvelles
perdre
les cite
amours. C'est donc à tort qu'on
pour
modèles de la fidélité. --- Page 208 ---
VOYAGES
Les tourterelles sontnéanmoins
qu'elles ont fait leur
aimanteslors.
choix; et les soins
partagent pour la construction du nid qu'elles
recevoir le fruit de leurs
qui doit
ligente
caresses, 9 leur intelprécaution de s'y
de s'y coucher afin d'en rapprocher ensemble,
tour à leurs petits,
préparer le condifficulté que leur
trop léger ne pourroit
corps
de leur naturel.
aplanir, font l'éloge
C'est dans la
plaire de ces deux
position exempelle, par les
amans, quel'un deux rapplus tendres
plaisirs
gémissemens, 9 leurs
désir passés, et cherche à en renouveler le
par mille caresses qui
jouissance première, etla
provoquent cette
la ponte, , époque à laquelle multiplient jusqu'aprés
attendent.
d'autres soins les
Le vol de la tourterelle
pagné d'un bruissement vineuse est accomloin; il est haut,
qui l'annonce de trèsJeles
soutenu et rapide.
attendois sur le bord des
les tirer au vol à leur
ruisseaux pour
la rentrée,
passage, ou bien le soir à
sous des campêches touffus
un aqueduc, où elles alloient
bordant
pour la nuit, et
chercher un abri
oij'en tuois
de
sans changer de
plusieurs
suite
place, ne chargeant
mon fusil, afin de les moins
qu'à demi
dès que le
elfrayer. En effet,
jour a disparu, ces oiseaux sont
tingides, et la chute de leurs semblables
paroit
augmenter --- Page 209 ---
D'UN NATURALISTE
augmenter leur effroi. On les rencontre encore
sur les bords de la mer, où elles vont
le sel.
picorer
La TOURTERELLE BRUNE,0u Tourterelle de la
Caroline de Brisson, tome Ier, planche VIII-,
figure Ire, est plus petite que la précédente, et 2
non moins nombreuse dans,les plaines de SaintDomingue. Elle fréquente rarement les montagnes, et c'est toujours le matin à huit heures,
lorsqu'elle a quitté l'arbre où elle a passé la
nuit, qu'on la rencontre dans les cotonniers,
occupée à chercher de petites larves, ou à
rompre l'épi de l'herbe à pintade, de P'herbe
à panache, de l'herbe à blé, et autres
dont elle fait sa nourriture. On la trouve gramens,
encore vers la même heure dans les rizières nouvellement ensemencées, ou sur le point d'ètre
récoltées, dans les champs de petit mil, de
mais, d'ooli, où elle fait des larcins convenables
à son genre de nourriture.
La tourterelle brune vole par bandes innombrables,ainsi quel l'espèce précédente;c'esty
pourquoi vers midi, on les trouve rassemblées sur
le bord de l'eau, s'y disputant une place quelquefois obstruée, et où elles se désaltèrerit. Vers
le soir, lorsque le soleil commence à se réfléchir sur Thorizon, alors que tout ce qui
respire est fatigué de la chaleur du jour, que
TOME II.
N
à son genre de nourriture.
La tourterelle brune vole par bandes innombrables,ainsi quel l'espèce précédente;c'esty
pourquoi vers midi, on les trouve rassemblées sur
le bord de l'eau, s'y disputant une place quelquefois obstruée, et où elles se désaltèrerit. Vers
le soir, lorsque le soleil commence à se réfléchir sur Thorizon, alors que tout ce qui
respire est fatigué de la chaleur du jour, que
TOME II.
N --- Page 210 ---
VOYAGES
un calme imposant, on renla nature éprouve tourterelles dans les vercontre souvent ces
tombées
entamantles goyaves, ou figues
gers, y
les a vu naître et mûrir, et
de T'arbre qui
et nombecquetant les graines multipliées leur sein, et
breuses que ces fruits recèlent en
Cest assez indiquer
dont elles sont très-friandes.
chasseur les lieux où il pourra surprendre
au
dont les habitudes d'ailleurs sont
ces oiseaux, à celles de la tourterelle vineuse,
conformes
usuelles à peu près équivaet les propriétés chasse
leur fait soit
lentes. Quoique la
qu'on
c'est à leur occasion que j'ai
aussi la même,
nouvellement enseintroduit sur les rizières
causent les plus
mencécs, où ces granivores
filets
dommages, l'usage des longs
qui
grands
l'autre, à la volonté du
se rabattent lun sur
de les épier; et au
chasseur qui est à portée
fait la base de ce
moyen d'un tourniquet qui on en détruit en
piége qu'on nomme nappes, -
quantité. CocoT-ZIN est la plus petite espèce des
Le
connues ; il n'est guère plus gros
tourterelles
plus ramassé et plus
qu'une alouette, quoique
arrondi dans ses formes.
mêmes haA cela près, même caractère, les
dont il a et graces
bitudes que la tourterelle, d'oiseau plus lascif,
et l'amour. Il n'est point --- Page 211 ---
D'UN NATURALISTE
mais aussi de femelle plus coquette.
Elle a
promis cent fois d'être fidelle, et cent fois elle
tente de fausser son serment. On pourroit lui
dire, ainsi que J.-J.P Rousseau dans son Héloise:
( Quand vous aimiez, vous évitiez le monde,
) à présent que vous n'aimez plus, vous le
) cherchez ), En effet, tour à tour fidelle et inconstante 2 elle voltige d'un amant à l'autre,
pour enfin se fixer et rendre heureux celui
qu'elle a trouvé digue de ses affections. Alors,
quand même il s'éloigneroit, seule avec sa
pensée, la solitude lui seroit chère. Elle l'attend avec impatience, si quelque mésaventure
lesaséparés, et elle sait le retrouveraveddlies.
Le choix de la femelle du cocot-zin est-il
fait; elle devient aussi jalouse qu'elle avoit été
coquette. Elle ne permet plus aucune absence
à l'objet chéride ses uniques affections. Lei mâle,
sensible à ces preuves d'intérêt et d'attachement, ne la quitte plus. On les voit tout le jour
près l'un de l'autre, et lorsque le chemin est
trop étroit, dans les sentiers par exemple, on
trouvel'un sur les traces de l'autre, et répétant
ses moindres mouvemens, les moindres sinuosités de sa marche timide.
A l'exemple de la tourterelle, le cocot-zin
supplie les faveurs de sa femelle par un petit
cri plaintif et langoureux, mais non tremblant
N 2
plus. On les voit tout le jour
près l'un de l'autre, et lorsque le chemin est
trop étroit, dans les sentiers par exemple, on
trouvel'un sur les traces de l'autre, et répétant
ses moindres mouvemens, les moindres sinuosités de sa marche timide.
A l'exemple de la tourterelle, le cocot-zin
supplie les faveurs de sa femelle par un petit
cri plaintif et langoureux, mais non tremblant
N 2 --- Page 212 ---
AA
u
19G
VOYAGES
et prolongé comme dans la grande espèce. Un
cou... au ré du diapason
italien, répété trois
fois au plus, avec intervalle, exprime son désir
et son amour.
Que de graces dans ce petit diseau, qui réunit
à
à la perfection des
formes, 2 l'élégance du plumage!
On lui tend des lacets, car son
n'est qu'une pelote de
corps qui
graisse, est très-estimé.
Le cocot-zin est granivore.
La PERDRIX GRISE n'est autre chose que la
tourterelle appelée par Brisson, Pigeon de la
Martinique. Columba supernè fuscor rufescens, infernè dilute fulvo-vinacon, torque violaceo-aureo, maculis in utrâque alà
rectricibus lateralibus taenià transversa nigris;
nigrà
donatis,apice albis.. Columba martinicana.
Je ne sais pourquoi à Saint-]
a donné le nom de Perdrix à ce Domingue on
pigeon, qui - n'a
aucun caractère propre aux gallinacées. Doux
et simple comme les
habitudes
colombes, 2 il en a les
et les manières.
La PERDRIX ROUGE ou Pigeon violetde la Martinique. Columba
eastaneo-violacca; ventre rilfescente; remigibus interins rufis Columba
violacea martinicana. Brisson, tome Ier, page
129. Perdrix rousse; Dutertre, Histoire des
Antilles, tome II, page 254. --- Page 213 ---
D'UN NATURALISTE.
Ces denx oiseaux de la même classe et du
habitent les mornes les plus SOmême ordre, 2
litaires, et leur chasse est d'autant plus pénible, que leur silence est profond, et que rien
les décèle au milieu de ces futaies à pic oii
ne
ils
ils passent tout le jour, et sous lesquelles
trouver leur nourriture. Des baies, les
savent
d'oranges sauvages et de caipepins surtout
de leurs recherches. Heureux
mites, sont l'objet
des
dans leur sobriété, ils n'empruntent point,
voisins, des alimens que le lieu de leur
parages leur fournit. Onles trouve donc rarenaissance
ment écartés de leur asile charije'estpourqasion
d'aller violer leur retraite. Cette chasse
est obligé
dans les bois debout dont ces
est pénible, car sonthérissés,il faut d'une main
mornes escarpés
s'accrocher d'arbre en arbre pour pouvoir gravir
avecsuccès; sans cette précantion indispensable,
à chaque instant le fruit de ses peines,
on perd
malgré soi, et glissant d'une maen rétrogradant en raison de l'arme qu'on
nière dangereuse main. Je
le bon porti; un
tient de l'autre
pris
désespérois d'arriverau somcerlain jour que je
demie
en
met, depuis deux heures et
que) j'étois
marche, et que je luttois avec les petits rochers
s'ébouloient sous mes pas,) je me tins à miqui
placé sous un
côte, etje fus heureux, car,m'étant
tuai deux perdrix de chaque espèce.
oranger, , je
N 3
le bon porti; un
tient de l'autre
pris
désespérois d'arriverau somcerlain jour que je
demie
en
met, depuis deux heures et
que) j'étois
marche, et que je luttois avec les petits rochers
s'ébouloient sous mes pas,) je me tins à miqui
placé sous un
côte, etje fus heureux, car,m'étant
tuai deux perdrix de chaque espèce.
oranger, , je
N 3 --- Page 214 ---
-
1g8
VOYACES
Leur chair estincompsrablement
que celle des tourterelles
plus délicate
Le Héleux; c'estl'Onorédes communes.
Heureux dans sa solitude; Soint-Domingue.
core si elle n'étoit
plus heureux ensilencieux
point troublée, cet oiseau
ne quitteroit jamais les voutes romantiques de verdure qui l'ont vu
y guetteroit pendant tout le
naitre, et
la proie dont il se nourrit. jour, en sileuce,
Etablissant son
jour sur le bord des rivières
séde là qu'il épie les
dormantes, c'est
nant souvent
poissons confians,qni, vese jouer à fleur d'eau dès
soleil éclaire cette
que le
soudain la victime de plage humide, deviennent
cet ennemi d'autant
adroit qu'il a projeté.
plus
fondre esur sa proie, la Guetter, reconnoitre,
saisir, et
sec sur lequel il étoit perché, regagnerl'arbre c'est
héleux le même moment. Il est
pour le
une démarche à faux.
rare qu'il fasse
Quelquefois il se méle, au milien des
d'un marais voisin, aux
joncs
grettes quile
hérons, crabiers et aifréquentent, ety recherchent dans
une vase soulevée les vers dont le hélenx
au besoin sa nourriture; ; mais c'est
fait
avoir inutilement attendu à
lorsqu'aprés
faire
l'affat, il n'a
aucune capture, il se rend alors dans les pu
lieux oit, en tout tems, 2 son bec adroit
lui déterrer pâture.
peut
Toutefois, on le trouve
- --- Page 215 ---
D'UN NATURALISTE.
doigné de ces oiseaux moins timides, et qui
aiment à vivre en société.
Le chasseur qui la blessé ne doit s'en saisir
qu'avec précaution, car il aime à se venger.
Si le coup de fusil ne lui a point ôté la vie,
il faut, à l'aide de la crosse, maintenir son
cou, puis l'étouffer de l'antre main en lui comprimant les poumons, ainsi qu'on le pratique
à l'égard des pigeons.
La chair du héleux est très - estimée à la
broche, 2 surtout lorsque la rôtie qui se trouve
imbue de sa graisse, s a été pénétrée d'un jus
d'orange sure, ou de citron, et qu'elle a été
saupoudrée de sel et de muscade.
Poule sultane, ou Angoli, et par corruption,
Poule-djoli.
Le caractère et les habitudes sde lapoule-d-joli
ont beaucoup d'analogie avec ceux du héleux,
excepté pourtant qu'on ne rencontre jamais la
première dans les marais fangeux, ni près de rivières dormantes, mais sur le bord de ruisseaux
gazonillans sur des cailloux qui en forment
le lit. La poule-à-joli, qui se nourrit à la
manière des gallinacées, n'a pas plutôt saisi la
"nenp-letremtmgpuetmpseatoailer
mecter dans ces eaux limpides, où ellesaisitquelqgedoin.dufosidepeismomeanileposwomnemunihséperk, courant.
N 4
angeux, ni près de rivières dormantes, mais sur le bord de ruisseaux
gazonillans sur des cailloux qui en forment
le lit. La poule-à-joli, qui se nourrit à la
manière des gallinacées, n'a pas plutôt saisi la
"nenp-letremtmgpuetmpseatoailer
mecter dans ces eaux limpides, où ellesaisitquelqgedoin.dufosidepeismomeanileposwomnemunihséperk, courant.
N 4 --- Page 216 ---
A
VOYAGES
Souvent on rencontre ces
oiseaux se
rellant, en poussant d'aborddes cris
queétouffés, et
aigus, puis
disparoissant tour à tour sous le
fenillage, au milieu duquel ils se
ils sont envieux des
jouent; car
pècent: : un
petites proies qu'ils déver, un scarabée est un
de dispute; et souvent, dans leur fuite la sujet
étoit l'objet de leur discussion
cause qui
chapper de leurs
venant à s'écolère
pattes mal armées, voilà la
apaisée et la bonne
: Je rencontrai
intelligence rétablie.
le bord de la
un jour, en allant t'au Cap, sur
rivière du Limbé, dont le
est à
fond
le mâle découvert, un couple de poules - à-joli;
s'envola à mon aspect, mais la femelle
quelesentiment de maternité
ne cessa point de
rendoitp plus hardie,
dépecer un anolis
tribua devant moi à
qu'elle disbecquée
quatre petits, qui à chaque
vière. buvoient aux premières eaux de la riJ'avouerai peut-être une foiblesse;
dis-je? l'intérêt que m'inspiroit la
que
fiant pour ses
mère, se sacripropres enfans, cette considération
m'empécha de T'ajuster; et comme si elle
été sensible à ma
elle
eût
l'examiner à loisir, retenue,
me permit de
continua sa
puis donna
à
distribution,
première
l'exemple ses petits 2 et alla la
se percher sur un Mapou.
On prend les poules-à-joli au
le bord de
hameçon sur
l'eau, ou au lacet; mais on les --- Page 217 ---
D'UN NATURALISTE.
fort
chasse plus volontiers au fusil, quoique
Leur chair est très-estidifficiles à surprendre:
l'aveu unanime des colons,
mée, et c'est,d'après
le gibier le plus exquis de l'ile.
PERROQUETS.
Parmi ceux de Saint-Domingue, on distingue
PAmazone d téte jaune, 3 ou perroquet du
Brésil, très-commun dans la partie espagnole;
PAmazone (petit) d téte blanche, quih habiteles
et le Papegai à
mornes de la partie française,
bandeau rouge.
soumises à de paCes trois espèces, quoique
reilles habitudes, n'ont point les mêmes moeurs;
ctlamazone d tête jaune, plus gros de corps,
est plus lentdans ses manières, et plus silencieux
les deux autres, dont le babil est continuel.
que Ils habitent tous trois les montagnes élevées de
l'ile; et c'est, en se rendant de l'une à l'autre,
dernières espèces annoncent, par un
quelesdeux continuel, leur vol qui est très-élevé.
caquetage voit dans la
que par hasard, et
On ne les
plaine
certains
seulement lorsqu'il s'agit d'aller picorer
fruits dont ils sont friands, et qu'ils recherchent
usage. C'est alors que leur voix criarde
pourleur
et interrompt
se fait entendre avec importunité,
Ils se
le silence des bois qu'ils parcourent.
à
de bec; et c'est à la
disputent, sC battent coups
vol qui est très-élevé.
caquetage voit dans la
que par hasard, et
On ne les
plaine
certains
seulement lorsqu'il s'agit d'aller picorer
fruits dont ils sont friands, et qu'ils recherchent
usage. C'est alors que leur voix criarde
pourleur
et interrompt
se fait entendre avec importunité,
Ils se
le silence des bois qu'ils parcourent.
à
de bec; et c'est à la
disputent, sC battent coups --- Page 218 ---
-
VOYAGES
faveur de cette mélée,
leur criaillerie
que souvent, attiré par
aigué, j'en ai tué
suite. Il faut les
plusieurs de
prendre avec précaution, lorsqu'ils ne sont que blessés; car ils se
outrance, et leur bec est
vengent à
J'ai observé
puissant.
qu'on ne les voyoit en
vers sept heures du
plaine que
du jour;il
matin, ou le soir à la chute
la chaleur paroit que ces oiseaux craignent assez
pour éviter de s'y exposer. C'est
quoi, regagnant promptement leur frais pourils passent la majeure
asile,
mornes, oùt ils dorment partie du jour dans les
sombre d'arbres
sous la feuillée la plus
touffus, et la plus
aux rayons du soleil.
impénétrable
Ce qui fait donner la chasse
ce n'est pas tant leur chair
aux perroquets,
la
qui n'est bonne
daube, et leur langue à la
qu'à
dégât que ces oiseaux font dans poulette, les
que le
souventleurs
cafeyères où
pour
Ch-hwararohanteme
manger la pulpe delenrs fruits; ce
alors la graine inutile,
quirend
assezmûre. On en prend puisqu'elle n'est point
les lieux
anssi en répandant dans
du tafia qu'ils fréquentent, du maïs infusé dans
qui les enivre, et les fait tomber de
l'arbre sur lequel ils sont perchés.
Le Courlis de terre, ou
Courre-Fite, ou bien
Grand-Plavier.
Ect oiseau fréquenteles landes et non les lieux --- Page 219 ---
D'UN NATURALISTE
comme celui d'Europe. Il court
aqnatiques, vitesse extrême, et ressemble au grand
d'une
lieu d'une raie large de
pluvier; excepté qu'au dessine le sourcil de celui
plumes blanches qui
se
allant
Bacter
au dessus de l'oeil, et en
prolongeant, blanche,
à l'occiput. La gorge est
se terminer
d'un jaune pâle; le bec a sa
l'oeil et les pattes
brun-noiràtre, et la manpartie supérieure d'un
et bronzée à
dibule inférienre jaunâtre à sa base,
son extrémité.
Ce courlis stupide est si craintif, que le plus
montreroit de la résistance le
petit oiseau quilui
bayaondes,
feroitfnir. Hopgroclegnedgesbiade
seroit
bas
il trouve des insectes qu'il
au
desquels
lorsque le Pipirit, espèce de
disposé à ramasser,
vientlesluidisputers avec courage.
gobe-mouche,
et le trèsLa vicloire ne reste point incertaine, salut dans la
peureux courlis croit trouver son
fuite; mais le hardi pipirit le poursuit long-tems
donnant des coups de bec, et plongeant à
en lui
à l'instar d'un oiseau de proie;
cet eflet sur lui,
de
accens.
ce qui fait pousser au courlis plaintifs
Le courlis vit également d'herbes et de grains;
j'en ai tué plusicurs fois, et j'ai trouvé dans leur
estomac, du riz, du millet, et des épis ou sommités de verveine très-commune dans cerlains
i pipirit le poursuit long-tems
donnant des coups de bec, et plongeant à
en lui
à l'instar d'un oiseau de proie;
cet eflet sur lui,
de
accens.
ce qui fait pousser au courlis plaintifs
Le courlis vit également d'herbes et de grains;
j'en ai tué plusicurs fois, et j'ai trouvé dans leur
estomac, du riz, du millet, et des épis ou sommités de verveine très-commune dans cerlains --- Page 220 ---
VA
VOYAGES
quartiers de
ces oiseaux. SaintDomingue, et recherchée par
Leur chair, qui est assez
d'huileux comme celle
estimée, n'a rien
aussi
des oiseaux de rivage;
mange-t-on ordinairement le
broche et en salmis.
courlis à la
On le chasse au fusil, et il donne
dans tous les piéges.
facilement
La Grivelette de
de la Guiane. Saint-Domingue, PI. enl.
ou Grive
398, fig. II.
Cette espèce, qui n'est pas plus
l'alouette commune
grosse que
ture de la tête d'un d'Europe, a toute la couverd'un
beau jaune orangé, le dos
d'unl vert-olivâtre, le dessous du cou etles
blanc assez pur, et le ventre d'un fond joues
grivelé de marques indéterminées
blanc
verdâtre : le becest
d'un brunbruns.
noirâtre, et ses pieds presque
La grivelette de
caractère et les SaintDomingue a conservéle
c'est
usages de la grive
pourquoi on ne la voit
d'Enrope;
dans les mêmes
point en tout tems
cela
quartiers, et elle est réputée, par
les méme,oiseau de passage. On la rencontresur
Sucrins, les
Pommes-lianes, les Grenadilles,
occupéeà entamer leurs fruits
la pulpe etdes graines. Elle pour s'emparerde
Corrossols, les Bananes attaque au besoin les
et Figues Bananes, les --- Page 221 ---
D'UN NATURALISTE,
Caimites,les Cachimens, les Cirouelles; mais elle
donne toujours la préférence aux deux premiers
fruits. Ellese nourrit encore de vers etd'insectes.
La grivelette étant un mets estimé, les nègres
chasseursdes habitations où se trouvent des gourmets, ont ordre d'en procurer. C'est pourquoi,
comme en ce pays on est très-économe de poudre
envers les nègres, ils lui tendent des piéges. On
prendla; grivelette au lacet arqué, ,ou branchette:
pour cet effet, à l'aide d'une branche élastique,
et forcément pliée, on entoure ces fruits de
doubles noeuds coulans, le plus éloigné étant
retenu par un peu de pulpe, ou par une baie
quelconque qu'il renferme; lorsque la grivelette
veut becqueter cet aliment qu'elle convoite,
elle s'avance, mais se trouve enveloppée, sans le
voir, du premier noeud coulant qui est trèslâche. Le coup de bec est pour elle le coup de
la mort; car aussitôt qu'il est porté, la branche
arquée se redresse, et les deux noeuds coulans
se resserrant, la grivelette se trouve étranglée par
le cou, et doublement comprimée par le milieu
du corps.
Ayant trouvé un nid de grivelette, dont les
ceufssontl bleuâtres, et tachetés, à leur gros bout,
de brun-rougeatre, je conçus le projet de m'en
former une collection pour la décrire un jours
je possédois déjà la réunion des couvées de la
arquée se redresse, et les deux noeuds coulans
se resserrant, la grivelette se trouve étranglée par
le cou, et doublement comprimée par le milieu
du corps.
Ayant trouvé un nid de grivelette, dont les
ceufssontl bleuâtres, et tachetés, à leur gros bout,
de brun-rougeatre, je conçus le projet de m'en
former une collection pour la décrire un jours
je possédois déjà la réunion des couvées de la --- Page 222 ---
-
VOYAGES
majeure partie des individus qu'on
trouve à
SaintDomingue; mais elle me fut
P nègres, avec d'autres caisses
brûlée par les
d'histoire
contenant des objets non moins
naturelle,
précieux.
Esclave (P), ou Tangara de
Briss., 2 tome III, page 37, Saint-Domingue. pl.
1I, fig. IV.
Cet oiseau, qui n'est recherché
comestible,est
que comme
négligé sous le
du
et du
rapport
chant
plumage; sa voix est celle du
franc d'Europe, et son
moineau
plumage n'offre rien de
remarquable. Quant à ses habitudes,
sans être farouche, n'est
l'esclave,
pas très-familier;
quoiqu'il vive à portée des lieux
et,
sipeu attaché au lieu
habités, il est
quila vu naître, qu'il s'en
éloigne, et y revient indifferemment. On
trouve jamais dans les
ne le
souvent dans les cotonneries savannes humides, mais
de
et dans les champs
petit mil, oùt on le prend au lacet. Il est
granivore.
OISEAU PALMISTE, Palmiste d téte noire.
tom. II,p. 303,pl.XXIX, fig.
Briss.,
II, genre XXII.
Cet oiseau, qui ressemble au merle, mais
beaucoup plus petit, tient son nom de ne plus
quitterle palmier sur lequel il est éclos; d'oà
venu le proverbe : CLiaimer tant coum'
est
> pa'miste ). En cflet, ces charmans z'oiseau
oiseaux --- Page 223 ---
D'UN NATURALISTE.
vivent entr'enx d'une union exemplaire 3 et
souvent becquetant à la mêmne grappe, c'est sans
une nouirriture qu'ils savent partager.
se disputer
plusicurs à la file l'un de
Quelquefois perchés
T'autre sur la tige qui sarmonte le palmiste,
d'attracteur du fluide électrique, ils
en guise
faire balancer par le vent : alors le
aiment à s'y
de l'arbre
voyageur, qui vient à passer au pied
de leur retraite, semble les effrayer; mais ils ne
prennentle vol que pour aller s'obattresurlepalmiste le plus voisin, d'où bientôt ils reviennent
sur celui qui est Pobjet de leur prédilection.
La chair de cet oiseau, lorsqu'il est bien gras,
vaut celle de notre grive; mais on doit se priver
paletuvierssonta graines,
d'en mangerlorsqueles
dans
époque à laquelle la digestion de ces baies
T'estomac de P'oiseau palmiste lui font contracter
un goit amer.
à la
et au lacet; ou
On prend ces oiseaux
glu
d'un filet long et étroit que Pon
bien au moyen d'un sentier de même dimensuspend au dessus
les oiseaux
sion, où l'on a semé des graines que
recherchent. Le chasseur quiles épie
palmistes
avec le filet au moyen d'un
et communique le laisse tomber dès qu'il en voit un
cordeau,
certain nombre de réunis.
er
un goit amer.
à la
et au lacet; ou
On prend ces oiseaux
glu
d'un filet long et étroit que Pon
bien au moyen d'un sentier de même dimensuspend au dessus
les oiseaux
sion, où l'on a semé des graines que
recherchent. Le chasseur quiles épie
palmistes
avec le filet au moyen d'un
et communique le laisse tomber dès qu'il en voit un
cordeau,
certain nombre de réunis. --- Page 224 ---
VOYACES
OISEAUX DE RIVAGE,
Le VANNEAU armé de Saint -
Briss., tome V, page 118, genre Domingue. LxX.
Cet oiseau est ainsi appelé,
de son aile est armé d'un
parce que le pli
trois
ergot, long d'environ
lignes et demie, et trésaigu à sa
Le casque membraneux
pointe.
qui orne le devant de la
tête, est jaune.
Le vannean, comme oiseau de
rencontre,suivant les
passage, se
Tantôt
saisons, en dillérens lieux.
quittant les marais, ses endroits
légiés, ils s'égare dans la plaine
priviet va y chercher le ver dont il après fait une ondée,
nourriture; mais, réglant
sa principale
ses habitudes
ses besoins, il quitte la plaine, devenue d'après
poudreuse après quelques
aride et
rayons de soleil,
retourner dans les lieux
où
pour
tems il trouve de
aquatiques
en tout
quoi se rassasier. Son vol étant
facile et léger, il a bientôt parcouru les
il se joue des trajets.
distances;
Tirant parti des ruses dont cette
douée,
espèce est
lorsqu'il ne trouve pas de vers à la
ficie de la terre, il frappe du
supersecte
pied, et oblige l'ininquiet à sortir du trou qu'il s'est formé.
A peine paroit-il, qu'il est déjà au pouvoir du
vanneai armé, Je me suis plu cent fois, à la
chasse, à considérer cet ingénieux
manége.
Comme --- Page 225 ---
D'UN NATURALISTE,
Comme ils vivent en société, ils dépeuplent
bientôt leur terrain, et sontobligés de tenter une
nouvelle station un peu plus loin. La mère, à la
tête de ses quatre pétits, paroit fière de ce
honorable; elle ne les quitte pas, les appelle honc
qu'elle: a découvert curée, et la leur dépèce
même avec beancoup d'égalité.
La chair de ces oiseaux n'est recherchée
hors du tems des amours'e et de l'incubation, que
époque à laquelle ils sont trés-maigres.
Lorsqu'on parvient à approcher d'une bande
de vanneaux armés, et.qu'on en a tué un, il faut
bien se garder d'aller le ramasser, car la bande
s'éléve, tourne et s'abat près du défunt, en sorte
qu'on peut en tuer plusieurs de suite.
On les attend à l'affat sur le bord des ruisseaux, on leur tend des lacets, et on les prend
aussi au filet.
PLUVIER DORÉ. Brisson, tome V, page 48,
planche VI, figure Ire,
Ils'en faut bien que le pluvier doré de SaintDomingue soit d'un naturel aussi farouche
celui d'Europe: :il est même d'une confiance que
réfléchie, puisqu'il se laisse approcher à peu
ou cing pas par. le chasseur qu'il regarde niaise- quatre
ment en le saluant à plusieurs
En
rivant de France, émerveillé de reprises.
arcette facilité de
TOME II,
I
, tome V, page 48,
planche VI, figure Ire,
Ils'en faut bien que le pluvier doré de SaintDomingue soit d'un naturel aussi farouche
celui d'Europe: :il est même d'une confiance que
réfléchie, puisqu'il se laisse approcher à peu
ou cing pas par. le chasseur qu'il regarde niaise- quatre
ment en le saluant à plusieurs
En
rivant de France, émerveillé de reprises.
arcette facilité de
TOME II,
I --- Page 226 ---
VOYAGES
plusieurs fois l'occhasser avec avantage,Tsien
de fusil sur
casion de tirer quatre et cinq coups de plus de
la même bande, sans la faire éloigner
quinze à vingt pas.
les
de
Ces oiseaux se plaisent sur
champs pa- est
Larrosis,etdontl Phumidité
tates nouvellement de nourriture. Le pluvier
à leur genre
propice
très-gras, est un manger
doré, qui est toujours
celnid'Europe.
exquis, eti tinfiniment préférableà la nuit, sont séLes pluviers dorés, pendant dès le jour, ils se
parés Fun de F'autre; mais, aussitôtqu'on en a
rapprochent : c'estpourquoi, assuré de voir bientôt le
découvert un, on est
tantôt coureste de la bande, tantôtimmobile,
sentien cas d'inquiétude,
rant unanimement
par un cri aigu et
ment que.lun d'eux exprime la
le
qui donne à toute compaguie
de défiance,
confond souvent avec des
signaldu départ. .Onles
ils se placent tet
mottes de terre, à alabridesquelles
au regard
tournent doucenient pour se soustraire assez fins
du chasseur quiles guette; mais, point
accroupir, on les voit, après quelques
pour s'y
avoir assez fait pour
instans de repos, croyant
et impatiens
mettre en sûreté leur existence;
regard, une reconnoissance
de s'assurer par.un
ils découvrent
s'ils n'ont plus rien à craindre, servir de but.
leur énorme tête, qui senle peut
à Saint-Domingue
On chasse tout simplement --- Page 227 ---
D'UN NATURALISTE
21I
les pluviers dorés au fusil et aux collets. J'en
ai pris quelques-uns au filet; mais je n'ai pas
eu l'occasion de mettre en pratique les procédés
dont on fait usage en Europe pour cette chasse
amusante, et dans laquelle on emploie des appelans, des entes et des appeaux ou sifflets.
Le COLLIER, Pluvier d Collier de Virginie.
Brisson, tome V, page 68, genre LXIX,
Pluvier Criard. Catesb., tome jer 2 page et
pl. 71,u Kildir.
I n'est point de robe plus élégante, de plumage plus agréablement varié que celui de cet
oiseau. Doué d'une taille svelte, il marche avec
grace, ou plutôt il court avec finesse; il franchit même en un clin d'oeil des distances considérables, puis il s'arrête; car cet élan n'est
pas de longue durée: : il tourne avec mignardise
son corps à la manière du chardonneret, en
poussant un cri aigu; puis il recommence à
courir, ou à faire une petite volée, car il est
toujours en mouvement.
Il n'est point de naturel plus aimable, et
moins querelleur que celui du collier. Il abandonne souvent au hargneux pipirit un butin
qu'il commençoit à dépecer, et cela parce qu'il
n'est
pas guerroyeur, 2 et qu'il hait les disputes.
u fuit seulement lorsqu'il est ainsi altaqué,en
0 2
poussant un cri aigu; puis il recommence à
courir, ou à faire une petite volée, car il est
toujours en mouvement.
Il n'est point de naturel plus aimable, et
moins querelleur que celui du collier. Il abandonne souvent au hargneux pipirit un butin
qu'il commençoit à dépecer, et cela parce qu'il
n'est
pas guerroyeur, 2 et qu'il hait les disputes.
u fuit seulement lorsqu'il est ainsi altaqué,en
0 2 --- Page 228 ---
VOYACES
poussant son cri d'habitude, mais revient bientôt, sans la moindre rancune 7 au dessous de
l'arbre, où il aperçoit le pipirit perché.
Quoiqu'on rencontre le collier, c'est ainsi
qu'on l'appelle à Saint-Domingue, au milieu
de friches arides, c'est toujours à portée d'un
terrain humide. Il se plait particulièrement au
bord des ruisseaux, où il cherche dans la vase
sa pâture quotidienne.
En mon particulier, je ferois grace ati collier,
en considération de ses manières gentilles et
aimables, et vu le peu de valeur de sa chair
peu estimée, si ce criard insigne ne causoit le
plus grand tort à la chasse, en avertissant le
gibier, par son criimportun, dela présenced'un
être animé qui n'est pas de leur espèce, et qu'il
aperçoit de plus loin. Aussi son cri, qui jette
Talarme, le fait-il bien souvent maudire.
Comme cet oiseau n'est passablequ'en salmis,
ou plutôt qu'il acquiert ainsi de la qualité du
gibier auquel on l'a réuni, on lui fait peu h
chasse; je n'ai point vu également lui tendre
de piéges, puisqu'il ne cause aucun dégât.
BÉCASSE DES SAVANNES.
Ces oiseaux, assez communs à Saint-Domingue, dans les cotonniers où l'on a misl'eau,
sont beaucoup plus petits que la bécasse d'Eu-
udire.
Comme cet oiseau n'est passablequ'en salmis,
ou plutôt qu'il acquiert ainsi de la qualité du
gibier auquel on l'a réuni, on lui fait peu h
chasse; je n'ai point vu également lui tendre
de piéges, puisqu'il ne cause aucun dégât.
BÉCASSE DES SAVANNES.
Ces oiseaux, assez communs à Saint-Domingue, dans les cotonniers où l'on a misl'eau,
sont beaucoup plus petits que la bécasse d'Eu- --- Page 229 ---
D'UN NATURALISTE
rope, dont ils ont le plumage. Ils
s'engraissent
facilement, et deviennent alors un mets savoureux et délicat.
Les bécasses de savannes ne sont point amies
de la solitude; elles ne vont point à l'abri de
bois silencieux, y respirer la
chercher pâture : c'est
fraicheur, et y
toujours dans les
vannes à portée de
saterrains
ruisseaux, ou sur des
humides et arrosés, qu'on les rencontre
seules, ou deux ou trois au plus.
Lorsque la saison des pluies inonde les
rages qu'elles fréquentent, elles suivent l'élé- pavation de l'eau qui croftjosrnellement,
elles redescendent aussi à
comme
mesure que l'eau
décroit et se retire.
On trouve souvent la bécasse des
savannes
endormie, et maintenue dans son attitude
son bec entré
par
profondément en terre ; c'est dans
cette position qu'elle passe la majeure
du jour. Quelle prévoyance!
partie
le sol est réverbéré
Comme, lorsque
par les rayons d'un soleil
brôlant, tous les vers et insectes qui sont à
la superficie de la terre, rentrent dans
son sein
pour y chercher de la fraicheur, et n'y point
niourir, il semble que cet oiseau, d'ailleurs
peu industrienx, 2 reconnoisse pourtant
pendant certaine partie du
que, 2
seroient
jour, ses recherches
infructueuses: ; mais il n'en est plus
--- Page 230 ---
VOYACES
de même pendant la nuit, et cette
rente, cette torpeur combinée se apathie appavigilance
changent en une
bécasse active, au moyen de laquelle cette
se repait abondamment des vers et
autres insectes dont, pendant la
est recouverte.
nuit, la terre
L'amateur la chasse au fusil, car son
offre les difficiles ricochets de la bécasse départ
rope, dont elle a le vol; mais on lui tend d'Eudes collets avec beaucoup
aussi
Ja prendre
d'avantage. On peut
également au traîineau.
Le BÉCASSEAU, ordinairement
appelé CulBlanc, est un oiseau de rivage. Il se tient
le bord de l'eau
sur
même il s'avance poury guetter sa proie; souvent
dans les premiers flots pour
l'y découvrir, succès qu'il annonce ordinairement par un balancementde
sa réussite. Cet
queue, quii indique
les
oiseau, vif et léger, a
habitudes du pluvier à collier, ci-dessus presque décrit, dont il diffère
pourtant en ce qu'il
proche jamais des lieux
n'aphabités, et qu'il mène
constamment une vie retirée et solitaire.
Il aime les plages
ment
découvertes, ets s'abat raresur les rivages garnis de
se méfie 5 il aime à voir
halliers, dont il
Décasseaux
autour de lui. Les
Ont la vue
insectes qui les
trés-pénétrante, et les
environnent, ne font point un
mouvement qu'ils n'en soient ponctuellement
jamais des lieux
n'aphabités, et qu'il mène
constamment une vie retirée et solitaire.
Il aime les plages
ment
découvertes, ets s'abat raresur les rivages garnis de
se méfie 5 il aime à voir
halliers, dont il
Décasseaux
autour de lui. Les
Ont la vue
insectes qui les
trés-pénétrante, et les
environnent, ne font point un
mouvement qu'ils n'en soient ponctuellement --- Page 231 ---
D'UN NATURALISTE
avertis; alors de fondre précipitamment sur
leur proie, et d'en tirer avantage.
Ils sont jaloux lun de l'autre; et quand un
bécasseau a découvert curée, les autres voltigent, accourent de toute part pour lui disputer
son butin.
les plaines
Le bécasseau ne fréquente que
arrosées naturellement, ou par irrigation; on
rencontre
dans les mornes, trop
ne le
jamais
aussi méfiant.
boisés d'ailleurs pour un être
Un jour que je chassois le gibier d'cau,jen
de
sautillant autour d'un
aperçus un
très-loin, ni distinguer ni déobjet que je ne pouvois
cri
peindre, et manifestant sa joie par un
particulier que je n'avois point encore entendu.
intimidé le bécasseau, il
Ma présence ayant
lui, il me
s'envola; et malleureusement pour
à portée, je le tuai. Après avoir ramassé
passa victime encore
et qui se décette
palpitante,
rendis
battoit vainement contre la mort, je me
de suite au lieu oùt je l'avois aperçue. ; quel fut
trouver un ceofà sec sur le
mon regret d'y
trace d'un nid destiné à
sable, sans aucune
la suite que
T'y déposer! Je me confirmai par de nid. Cette
ces oiseaux ne construisent point
femelle en avoit un second dans Toviductus;
il paroit que., par ces sauts et cette joie trop
0 4 --- Page 232 ---
VOYAGES
prématurés, cette jeune mère annonçoit ainsile
fruit de ses premières amours.
Le bécasseau est un mets aussi délicat que la
bécassine. On lui tend des collets sur le bord
des rivages, et on le chasse au fusil.
La BÉCASSINE DES SAVANNES, appelée Bécassine
de France.
Cette bécassine ressemble effectivement à
celle d'Europe; mais elle est un peu plus
A cela près, mêmes habitudes, même
petite.
même vol, et même cri au départ.
caractère,
On les rencontre rarement plusieurs ensemble, si ce n'est après une forte pluie. Elles
nes'envolent point d'aussi loin que celles d'Europe, et se laissent facilement surprendre à Ia
faveur de buttes de terre
elles aiment à
9 auprès desquelles
se placer. Lorsqu'on a Ia précaution, à leur départ, de leur laisser faire le
crochet d'habitude, elles deviennent aussi faciles à tirer que la caille; mais, sans ce soin,
que de plomb on envoie infructueusenent dans
T'espace!
Les bécassines de savannes qui sont tréscommunes à Saint-Domingue dans la saison
des pluies, sont très-rares dans celle des secs.
Je les ai trouvées plusieurs fois à cette
en chassant les caimans, dans deslagons époque, éloignés
à leur départ, de leur laisser faire le
crochet d'habitude, elles deviennent aussi faciles à tirer que la caille; mais, sans ce soin,
que de plomb on envoie infructueusenent dans
T'espace!
Les bécassines de savannes qui sont tréscommunes à Saint-Domingue dans la saison
des pluies, sont très-rares dans celle des secs.
Je les ai trouvées plusieurs fois à cette
en chassant les caimans, dans deslagons époque, éloignés --- Page 233 ---
D'UN NATURALISTE.
des bords de la
des habitations, et situés près
mer. Mais, soit que ce séjour nuise et s'oppose
soit
n'y trouvent
à leur embonpoint,
qu'elles les bécassines ne
point leur nourriture favorite,
aussi
et leur chair n'a plus
sont plus
grasses,
le même fumet, la même qualité.
communément les bécassines au
On prend
d'une
rejet. Le rejet est un piége 2 composé
branche flexible qu'on ploie forcément, etqu'on
maintient courbée, au moyen d'un lacet : pour
l'oiseau, qui va becqueter au travers,
peu que
mouvement, le noeud du lacet
fasse le moindre
glisse, et étrangle l'animal, en faisant reprendre
à la branche sa première position.
ou Flambant.
Le FLANANT, Phénicoptère,
XLVII,
Brisson, tome VI, page 532, pl.
fig. 1, genre CXIII.
Ces noms font assez connoitre que cette étyvient de la couleur rouge de feu de
mologie
extrêmement communs à Saintces oiseaux,
et déDomingue, dans les savannes spacieuses
sertes qui avoisinent la mer, et particulièrement
près les Gonaives.
dans celle appelée PHopital,
La couleur de ces oiseaux a donné lieu à une
méprise fort singulière à l'époque où les Anglais
tentoient des descentes dans lile. Un nègre
à deux
pusillanime et visionnaire ayant aperçu, --- Page 234 ---
- a a
VOYAGES
lieues environ de lui et proche de la
quantité prodigieuse de flamans
mer, une
on le sait, par bataillons, rangés, comme
marche, et
distinguant leur
voyant reluire leur
tribua cette réfraction
plumage, atDe suite il
au mouvement des fasils.
accourt aux Gonaives,h hors
en criant dans les rues : (
d'haleine,
) veni, yo en pile dans Z'Anglais, yo après
Après un
savanne THôpital ) !
témoignage qui paroissoit aussi anthentique, et un événement
possible en pareille
circonstance, le commandant de la place fait
battre la générale, double les
à la découverte. Le
postes, et envoie
détachement, chargé de la
reconnoissance, voit en effet des cohortes
breuses habillées de
nomd'une
rouge; mais, à la faveur
lunette, on distingue les flamans dont les
longs cous paroissoient comme autant de fusils.
Alors, de rire et de rentrer aux
tambour battant.
Gonaives,
Il est curieux de voir la femelle dans l'état
dimeuhation; car, en raison de la
de ses longues
conformation
pattes, 3 elle se construit un
tertre concave à son sommet, où elle petit
deux oeufs un peu plus gros, mais
dépose
à ceux de T'oie; il est assez élevé semblables
puisse s'y asseoir pendant le tems pour qu'elle
qu'elle
ses pieds posent à terre; et comme cette attitude couve:
est latigaute, le mâle partage ses soins,
quoique
at
dimeuhation; car, en raison de la
de ses longues
conformation
pattes, 3 elle se construit un
tertre concave à son sommet, où elle petit
deux oeufs un peu plus gros, mais
dépose
à ceux de T'oie; il est assez élevé semblables
puisse s'y asseoir pendant le tems pour qu'elle
qu'elle
ses pieds posent à terre; et comme cette attitude couve:
est latigaute, le mâle partage ses soins,
quoique --- Page 235 ---
D'UN NATURALISTE
rarement, et lorsqu'il ne
céder à ses cris
peut se dispenser de
importuns.
C'est avec raison que Mauduit
cri d'alarme de ces oiseaux
compare le
trompette.
au son d'une
Le flamant s'apprivoise
aisément, et il intéresse, quoique d'un naturel
par son
sérienx, autant
plumage que par la souplesse de son
con, qui se dessine de mille manières.
nègres font, avec les OS de leurs
Les
flûtes de Pan.
jambes, des
Sa chair est huileuse, et les
timent que sa langue à la gourmets n'espoulette.
daube, ou à la
J'en
dois le apprivoisois lézard
un à T'époque où je possécornu dont j'ai parlé
mais le caractère de ce dernier, plus haut;
ses
plus ferme en
la résoletions, ayant toujours T'avantage sur
poltronnerie du flamant, il alloit souvent lui
enlever la nourriture que je lui avois
non point par gourmandise ni
donnée,
qu'il n'en profitoit
mais par envie, puissa trop grande docilité, pas,
pour se jouer de
J'arrivois
assez à
quelquefois
tems, pour que ma présence
mon lézard; alors le
interdit
noissance de
pauvre Alamant, en reconmes soins généreux, venoit à
en levant
moi,
gauchement ses longues pattes,
porter la portion de nourriture
m'apqu'il retenoit --- Page 236 ---
VOYAGES
bec, à la faveur de sa dentelure. Il
dans son
manifestoit même de la joie à me reconnoitre
déposoit dans mes mains
pour son protecteur,
triompher lorsque je
cette bouchée, 7 semblant
Alors, par un
la lui représentois de nouveau.
en
cri grave, il annonçoit cette préférence,
aliment
sembloit avoir acquis
triturant un
qui
nouvelle
Jamais ces deux animaux,
une
qualité.
n'ont
d'une espèce et d'un caractère. opposés, les
d'autres différends. Souvent je
eu entr'eux
près de l'autre.
trouvois étendus au soleil,Tun
Le flamant aime à barbotter; c'est pourquoi
souvent son bec dans l'eau, lorsqu'il
il plonge
les insectes dont il se
triture le poisson ou
nourrit.
chasse le flamant qu'au fusil, et
On ne
cherche point à le détruire, puisqu'il
on ne
d'aucune utilité. Les nègres se
semble n'être
en guise de caservent des OS de ses jambes
lumets.
La SPATULE. Brisson, tome V, page 352.
Cet oiseau, ainsi nommé par la conformation
n'est point aussi commun à Saintde son bec,
le renDomingue que le flamant, puisqu'on
très-rarement et toujours seul. La spatule
contre
sur les bords de la mer, ou
vit communément
elle épie sa proic en
de rivières poissonneuses;
ègres se
semble n'être
en guise de caservent des OS de ses jambes
lumets.
La SPATULE. Brisson, tome V, page 352.
Cet oiseau, ainsi nommé par la conformation
n'est point aussi commun à Saintde son bec,
le renDomingue que le flamant, puisqu'on
très-rarement et toujours seul. La spatule
contre
sur les bords de la mer, ou
vit communément
elle épie sa proic en
de rivières poissonneuses; --- Page 237 ---
D'UN NATURALISTE.
silence, étant perchée surdes arbres secs ou des
pieux délaissés : elle se nourrit d'insectes, de
poissons, et pâture au besoin les herbes aquatiques.
Sa chair, qui est huilense,n'est point recherchée, si ce n'est pour les salmis, mais après
qu'elle a été dégraissée. La spatule ne se chasse
qu'au fusil, en raison de son peu de valeur.
LA GRUE BLANCHE D'AMÉRIQUE.
t
On ne la rencontre que dans les marais salans,
l'esencore y est-elle très-rare, puisque, pendant
pace de cinq années d'observations sur les chasses
de Tile, je n'ai eu occasion d'en tirer
quatre
dans la saison des pluies, n'en ayant
repeae
marqué dans celle des secs.
Quoique ces oiseaux observent dans leur vol
élevé un ordre admirable, et paroissent, d'après
cette intelligence, vivre en société, cependant,
lorsqu'ils ont mis pied à terre, ce ne sont plus
les mêmes usages, et ils cherchent leur pâture
éloignés les uns des autres; mais exacts au cri
du rappel, ils se rassemblent dans le même lieu;
et après avoir couru quelques pas (précaution
sans laquelle ils ne pourroient prendre leur vol),
ils s'élèvent dans les airs, observent le même
ordre de marche sous la forme d'un triangle
plus ou moins ouvert, d'après la température de --- Page 238 ---
a
VOYACES
P'atmosphère, contre lequel ils ont à
se rapprochant, une plus ou moins opposer, en
tance.
grande résisLes grues blanches se nourrissent de même
que les autres oiseaux de
elles
mets recherché,
rivage;
offrent un
quoique, selon moi, d'un
marécageux : on en approche diflficilement gout
fusil, mais on Jeur tend des collets.
au
La CIGOGNE (vulgairement
appelée Grande
Aigrette blanche.)
Elle se trouve dans les lagons où elle fait
résidence; elle y est
sa
pas redouter la
trés-familière, et semble ne
présence de
n'évite point : elle cherche, dans Phomme, qu'elle
noyées, le
les savannes
d'eau ou les poisson qu'y ont transporté les crues
débordemens. Son ceil est si
trant, qu'elle aperçoit facilement les
pénénager entre deux eaux; ; puis
poissons
culant les distances etla célérité tout-à-coup, calelle
du mouvement,
déploie son cou, et darde soudain son
vers sa proie, qui ne lui
bec
Le vol des
échappe jamais.
cigognes est
tenu et très-élevé; elles pesant, quoique souen avant, puis les
portent la tête et le cou
ainsi
les
jambés étendues en arrière,
d'ailleurs que
cigognes d'Europe, dont elles ont
les babitudes. Il existe à Saint-Domingue des savannes humides toute
l'année, et
déploie son cou, et darde soudain son
vers sa proie, qui ne lui
bec
Le vol des
échappe jamais.
cigognes est
tenu et très-élevé; elles pesant, quoique souen avant, puis les
portent la tête et le cou
ainsi
les
jambés étendues en arrière,
d'ailleurs que
cigognes d'Europe, dont elles ont
les babitudes. Il existe à Saint-Domingue des savannes humides toute
l'année, et --- Page 239 ---
D'UN NATURALISTE.
que les cigognes n'abandonnent
rapport elles ne
point. Sous ce
pourroient être
comme oiseaux de passage. On les considérées
ment sur le bord de la
trouve raredes plantes dont elles mer, quin'offre aucune
poissons, d'insectes se nourrissent, à défaut de
ou de reptiles.
Les cigognes d'Amérique,
lières, n'établissent
quoique très-famides
point leurs nids au dessus
cheminés, puisqu'on en
ment sur les
rencontre raredes
habitations; mais elles choisissent
mangles tres-toullus, à la sommité
elles lesplacent surle bord d'une rivière. desquels
et la femelle couvent tour-à-tour.
Lemâle
Un merveilleux instinct avertit
vent qu'ils ont à choisir et
ces oiseaux du
pour changer de
qui leur convient
climat; un
et brûlant rendroit leurs
atmosphère serein
raison de la
voyages pénibles, en
pesanteur de leur vol; ils
nent donc leur départ
détermilorsqu'un vent du nord
souffle, et peut venir à l'aide du
leurs ailes.
mouvement de
Quoique la chair des cigognes de
mingue soit estimée en salmis,
Saint-Dolui accorderois
j'avoue que je ne
aucune qualité qui sera
contre-balancée
toujours
goût de
par une saveur huileuse et un
poisson désagréables.
On chasse peu ces oiseaux, en raison de
utilité et du peu de dégât qu'ils font
leur
sur les pro- --- Page 240 ---
- 2
VOYAGES
priétés, où ils déclarent au contraire
ouverte à tous les reptiles et autres animaux guerre
nuisibles.
Les Anciens et même les Modernes, dit Mauduyt, ont attribué à la cigogne les vertus morales
les plus
estimables, 2 la fidélité conjugale, l'aflection paternelle, la piété filiale, la reconnoissance
etmême la compassion pour la vieillesse, et l'instinct de la secourir. Les Grecs lui firent honneurdelaloi qui obligeoit de nourrir ses
et. la nommérent de son nom : les Egyptiens parens, lui
rendoient un culte; quelques
sa mort par la perte de la vie peuples du
punirent
meurtrier; et
presque toutes les nations se sont accordées à ne
point attenter à la vie de cet animal paisible,
qui est utile à l'homme sans lui causer
préjudice. Il jouit encore, dans la plupart aucun des
pays oi il se fixe, de cette heureuse
qu'il doit à la simplicité de ses
tranquillité
moeurs, etiln'est
persécuté que dans ceux oû, ne faisant
passer, il est moins connu.
que
Le HÉRON. Métis de
-
Saint-Domingue.
Il paroit que cet oiseau est le produit de P'accouplement de deux espèces différentes, le crabier bleu et l'aigrette blanche. J'ai fait à cet
égard tant d'observations,
qu'il ne m'est, en
quelque sorte, plus permis de douter de cette'
assertion
ses
tranquillité
moeurs, etiln'est
persécuté que dans ceux oû, ne faisant
passer, il est moins connu.
que
Le HÉRON. Métis de
-
Saint-Domingue.
Il paroit que cet oiseau est le produit de P'accouplement de deux espèces différentes, le crabier bleu et l'aigrette blanche. J'ai fait à cet
égard tant d'observations,
qu'il ne m'est, en
quelque sorte, plus permis de douter de cette'
assertion --- Page 241 ---
D'UN NATURALISTE.
assertion. En effet, j'eusse, pour ainsi dire, dénombré la quantité de crabiers et d'aigrettes
constamment fixés sur un tertre couvert
dans un petit lagon où je chassois tous les d'eau,
et oi je retrouvois sans cesse,
jours,
de fusil, les mêmes oiseaux de malgré mes coups
cisémentdans) les mêmes lieux. marque, et prédes amours eut fait
Lorsque la saison
placeà celle del Tindifférence,
je voyois chaque espèce s'accoupler, et toujours
deux à deux; puis, des mâles ou
femelles, vacans par disette de la même espéce, se
cher, se rechercher, éprouver l'un pour rappro- l'autre
la même ardeur; enfin, en donner des
nonéquivoques par des caresses préliminaires preuves de
l'accouplement.
Il résulta bientôt de ce mélange des petits
recouverts d'un duvet d'abord bleuâtre, qui fut
ensuite remplacé par un plumage également bariolé de bleu et de blanc, mais d'une manière
distincte et non pointillée.
Les hérons, qui cherchent séparément leur
nourriture, sont silencieux et solitaires. Lorsqu'ils se sont rassasié des animaux
dont ils font leur principale
aquatiques
se percher rsur l'arbre le
nourriture, ils vont
la majeure
plus voisin pour yI passer
partie du jour, sans changerdep
ni faire aucun mouvement
place,
loin
: on les aperçoit de
contraster avec le vert du bambou.
Toxell,
P --- Page 242 ---
VOYAGES
22G
découvrent point une
Lorsque les hérons ne foulent la vase de leurs
ils
nourriture apparente, d'inquiéter les grenouilles
pieds, ,dans l'intention
recèle. Ce mouvement
ou autres animaux qu'elle à la soulever pour
perturbatear les obligeant
ils n'ont
de T'ennemi qui les attaque,
s'assurer
le héron a dardé le coup
pas plutôt paru, que
de bec fatal.
on voit les hérons
Lors d'un débordement,
climat
ont choisi, inquiets,
habitués au
qu'ils cri
et lugubre,
déplorer leur sort par un
grave de voir au
circulairement, dans l'espoir
voltiger instant les eaux se retirer; puis, en permême
s'éloigner avec regret pour
dant T'espérance,
bientôt revenir.
le mâle
La femelle du héron couveseule,maisl besoins. lls paprévenant pourvoit à tous ses
à la perte
roissent Pun et l'autre très-sensibles ai vu un
leur enlève; et j'en
des petits qu'on s'élancer vers moi et me lancer
assez hardi pour
de bec, avec Vassurance
de suite plusieurs coups vivant en domesticité.
oiseau
etla familiaritéd'an
s'apprivoisent
Les hérons étant pris jeunes,
avec
aisément, et vivent en bonne intelligence : ils
les canards et autres oiseaux aquatiques destérité étonbecquétent les mouches avec une
nante et curieuse à remarquer. huileuse et de peu
La chair de ces oiseaux est
élancer vers moi et me lancer
assez hardi pour
de bec, avec Vassurance
de suite plusieurs coups vivant en domesticité.
oiseau
etla familiaritéd'an
s'apprivoisent
Les hérons étant pris jeunes,
avec
aisément, et vivent en bonne intelligence : ils
les canards et autres oiseaux aquatiques destérité étonbecquétent les mouches avec une
nante et curieuse à remarquer. huileuse et de peu
La chair de ces oiseaux est --- Page 243 ---
D'UN NATURALISTE
de renommée; on les prend aux appâts, et on les
chasse au fusil.
L'AIGRETTA (Pl. enl. 901, Ardea alba
minor, Aldr. Egretta.
Cet oiseau très-commun à Saint-Domingue,
habitelessavamnes' humides,et a toutes les habitudes des oiseaux erratiques. 11 n'est pbint de
jour quejen'en tuasse cinq ou six, à l'époque où
je pouvoisen arracher les plumes si recherchées,
et qui se vendent au poids de l'or. Il existe
pourtant une différence à cet égard, entre le spéculateur et moi, puisque ce fruit de mes peines ne
devoit point être offert sur l'autel de Plutus,
mais bien sur celui de Vénus.
Ces oiseaux, ditl'éloquent Buffon, tirent leur
nom de l'usage qu'on fait d'une partie de leurs
plumes scapulaires pour en former des aigrettes
quiembellissent etr treléventlacoiftaredes femmes,
le casque des guerriers et le turban des sultans.
Ces belles plumes étoient recherchées en France
dès le tems de nos preux chevaliers, quis'en faisoient des panaches. Aujourd'hui, par un usage
plus doux, elles servent à orner la tête et à
rehausserl la taille de nos belles.
L'aigrette préfère aux savannes, quoique marécageuses de l'intérieur des terres, celles salines
des bords de la mer; cependant on la rencontre
P 2 --- Page 244 ---
-
VOYAGES
fois dans le jour au milieu des piéces
plusieurs
oût elle déterre les vers dont elle
de riz arrosées,
est friande.
,à T'exemple des crabiers,
Cet oiseau erratique,
oiseaux de ce genre, semble,
hérons et autres
cris
anoncer
un vol inquiet et des
répétés,
par
Aussi les colons ne se trompentils
les onragans.
cerlains; età la faveur
point sur ces pronostics
interprètes 5 se
du conseil de ces intéressans les suites, si
mettent-ils en devoir d'en prévenir
souvent funestes. oiseaux étant de nulle valeur,
La chair de ces
leurs plumes scaon ne les recherche que pour est-il celui de TEuropulaires; ; encore ce soin
industrieux, ,caril est dédaigué par
péen actif el
colon. On prendbeiu.
l'indifférence edelopulent
d'aigrettes aux collets.
coup
La
les
sont moitié moins
Et
est un héron dont plumes
les savaunes
estiméesgelle est triscommunedanst les autres oiseaux
humides, oit elle vit avec
erratiques.
Héron bleuatre d ventre
La DEmI-AIGRETTE,
blanc.
oiseau est ainsi appelé, parce que ses
Cet
sont de moitié moins longues
plumes scapulaires
blanche, dont il diflère
que celles de Taigrette
aussi par une teinte bleuâtre.
é moins
Et
est un héron dont plumes
les savaunes
estiméesgelle est triscommunedanst les autres oiseaux
humides, oit elle vit avec
erratiques.
Héron bleuatre d ventre
La DEmI-AIGRETTE,
blanc.
oiseau est ainsi appelé, parce que ses
Cet
sont de moitié moins longues
plumes scapulaires
blanche, dont il diflère
que celles de Taigrette
aussi par une teinte bleuâtre. --- Page 245 ---
D'UN NATURALISTE
A cela près, mêmes
tudes.
caractéres, mêmes habiLe CRABIER BLEU, ou Héron bleu de
Cancro
Catesly,
espèce de phagus, héron 9 ou Mangeur de crabes, est une
de moyenne taille. Ces
ne se contentent point de faire la
oiseaux
bitans de T'oude, ils
gnerre aux hadestructear
exercent aussi leur empire
envers les crabes qu'ils
avec avidité, et qu'ils poursuivent recherchent
persévérance.
avec succès et
Cette petite guerre, déclarée
le soir et le matin, alors
principalement
bralant et la terre
que le soleil est moins
plus
plus fraiche, offre l'intérêt le
piquant. L'observateur aime à
à admirer ces assauts de ruse
contempler,
etd'adresse, à voir
déployer, par ces animaux ennemis l'un de
l'autre, les moyens dont la nature a
instinct. On suit la victime
pourvu leur
traite, on
jusque dans sa revoyant
partage ses alarmes; et bientôt la
reparoître au bord de son
on
plore le défaut de
trou,
démet au pouvoir prévoyance de
qui, en ce cas, la
son
saisir cette occasion favorable. agresseur, prompt à
la carapace est divisée,
D'un coup de bec
fin des observations. elle disparoit; et voilà la
Ces crabiers aiment à se percher
grande chaleur
pendant la
auprès des rivières, sous
brage des bambous, du sucrin
l'omou autres arbres;
P 3 --- Page 246 ---
1 -
VOYAGES
ilsy restent immobiles
velle proie
jusqu'à ce qu'une nouface de
paroisse à leur portée, soit à la surt
l'eau qu'ils effleurent légérement,
qu'en se précipitant vers elle, soit à quoioùt plus sûrement encore elle devient terre,
victime.
leur
Le corps de cet oiseau, comme celui de
les hérons, est si petit, si maigre, si
tous
mineux,
peu volucomparativement à leurs longues ailes,
qu'on néglige sa chasse, autant par son peu de
valeur, que parce qu'il récrée et embellit les
lieux qu'il a adopté,
Le CRABIER, Cracra, ou Palet de Caiman.
Il n'est point d'oiseau qui paroisse aussi
pide, et dontle vol pesant ait aussi
de stuon croità chaque instant
peu grace: :
qu'il ne
se soutenir dans
pourra point
de
l'espace; aussi ne vole-t-il Iqu'à
très-petites distances,
raugue et désagréable, s'annonçant par un cri
rendre
que l'on ne peut mieux
que parle mot, cra-cra.
Triste et silencieux, il passe des
tières au bord de l'eau, perché,
journées enpieux
accroupi sur des
d'entourage ou des vieux troncs,
la
tête et son long cou confondus entre ayant
épaules. Cette attitude
ses deux
lui
gauche et peu gracieuse,
donne un air stupide et niais, qui fait porter
hientôt un jagement plus favorable,
lorsqu'un
-
rendre
que l'on ne peut mieux
que parle mot, cra-cra.
Triste et silencieux, il passe des
tières au bord de l'eau, perché,
journées enpieux
accroupi sur des
d'entourage ou des vieux troncs,
la
tête et son long cou confondus entre ayant
épaules. Cette attitude
ses deux
lui
gauche et peu gracieuse,
donne un air stupide et niais, qui fait porter
hientôt un jagement plus favorable,
lorsqu'un
- --- Page 247 ---
D'UN NATERALISTE
23r
sentiment d'inquiétude l'agite; car, anssitôt développant son long cou, se relevant sur ses
pattes, il prend une forme svelte,
fait flotter avec avantage le beau
élégante, et
tête est ornée. Mais,
panache dont sa
comme jelai déjà observé,
pour perpétuer dans l'esprit de l'observateur
l'impression agréable de ce port fier et
ne fant plus qu'il retombe dans
noble, il
qu'il
ses réveries, ou
prenne son vol, car bientôt un sentiment
opposé succède à celui de l'admiration.
Ce crabier est inquiet, hardi et
onl'appelle valet de caiman,
conrageux; ;
parce qu'il avertit
par un cri le monstre amphibic de
d'un chasseur, ou de tout être vivant T'approcho
soupçonne quelque
en qui il
projet hostile.
Souvent ce crabier, plus guilleret, attaque la
crécerelle du pays, et lui assène de violens
coups de bec,sans paroitre redouter les
puissantes de cet oiseau de proie
serres
l'éviter.
qui semble
Lorsque par dépit on a tué un de ces oiseaux,
qui servent plutôtà l'ornement de la nature
son dépérissement, on lej prépare en
qu'à
il offre un mets bien peu délicat. salmis;mais
LE CRABIER DES MANGLES.
J'ai cru devoir donner ce nom à cet oiseau
qu'on ne rencontre qu'au milieu des paletuviers,
P 4
les
puissantes de cet oiseau de proie
serres
l'éviter.
qui semble
Lorsque par dépit on a tué un de ces oiseaux,
qui servent plutôtà l'ornement de la nature
son dépérissement, on lej prépare en
qu'à
il offre un mets bien peu délicat. salmis;mais
LE CRABIER DES MANGLES.
J'ai cru devoir donner ce nom à cet oiseau
qu'on ne rencontre qu'au milieu des paletuviers,
P 4 --- Page 248 ---
-
VOYAGES
dans les endroits les plus
déserts, et d'oi l'on
n'aperçoit que le ciel, l'eau et des arbres submergés. Ceté élégant crabier, qui n'a pas le
plus gros que celui d'un
corps
merle, a néanmoins le
long cou des individus de son
-Pail le coloris le
genre, et offre à
contrastes les
plus richement nuancé, et les
plus variés.
Le crabier des
mangles a quinze pouces de
longueur; son bec, jaune et noir vers sa
qui est fort
pointe
acérée, est long et très-étroit. Le
sommetdesa tête est ornéd'unet touffe de
d'unz noirvelouté, prenant à la naissance plumes
et se
dul bec,
T'oeil prolongeant en dessinant la courbure de
jusqu'à l'occiput; le devant du cou
vatte est d'un blanc éblouissant,
ou craparties latérales en sont fauve-clair tandis que les
partie postérieure d'un
ondulé, et la
T'oiljaune; la
marron-pouepre très-vif;
peau, dénuée de
toure et continue
plumes, quil'enjusqu'à la base du bec, d'un
jaune-verdâtre; les plumes qui terminent
et se prolongent en sautoir vis-à-vis
le cou
sont étroites,
le sternum,
alongées, variées de noir, marronpourpre et fauve; ; le dos et le
mieux dire, le
croupion, ou pour
manteau, est d'un noirdevelours
brillant; les couvertures des ailes sont au sommet, marron, au milien, de couleur
plus bas, marron obscur, tandis
fauve, et
que les grandes
pennes sont noires; la poitrine et le dessous du
à-vis
le cou
sont étroites,
le sternum,
alongées, variées de noir, marronpourpre et fauve; ; le dos et le
mieux dire, le
croupion, ou pour
manteau, est d'un noirdevelours
brillant; les couvertures des ailes sont au sommet, marron, au milien, de couleur
plus bas, marron obscur, tandis
fauve, et
que les grandes
pennes sont noires; la poitrine et le dessous du --- Page 249 ---
D'UN NATURALISTE
corps sont d'un blanc de neige, les pieds d'un
jaune-verdâtre.
Il n'est rien de plus
élégant pour les formes
eleplumage, que ce crabier qui,
solitaire, se laissoit approcher
quoique
plus familier. Le
comme l'oiseau le
sans
panvre animal me regardoit
méfiance, et je
née que je tenois entre m'apitoyois sur sa desticrainte den'en
mes mains, lorsque la
crire
plus revoir, et le besoin de le dépour l'intérêt de la science, me
noncer au premier projet de lui
firent reJe l'ajustai, et cet être
conserver la vie.
fleur que la faux a
foible, semblable à la
moindre
moissonnée, tomba sans le
mouvement.
Jeme félicitai parla suite de ne lui
fait grace, puisque,
avoir point
pendant tout mon séjour à
Saint-Domingue, de
2 je ne trouvai plus
pouvoir en tirer.
l'occasion
L'Inis VERT CHATOYANT, appelé à SaintDominguele Pécheur, ou,
car vu de près, il paroit d'un je crois, TIbis noir;
de pourpre.
bleu-verdâtre mélé
C'est une espèce de courlis vertà reflets
et au bec long, tranchant,
irisés,
vit seul dans les
grèle et arqué, qui
cherche sa
savannes submergées, où il
oiseau
pâture au moyen de sonl long bec. Cet
taciturne est plus souvent perché
qu'à --- Page 250 ---
VOYAGES
terre; il vit de reptiles, de
poissons et d'insectes;
avantages qui ont mérité un culte chez les
tiens aux oiseaux de ce nom, mais d'une Egypdifférente.
espèce
On sait que les Egyptiens, en
des services que les ibis blancs rendoient reconnoissance
à
pays en le purgeant des insectes et
leur
reptiles
fourmillent, et que. les fréquens
quiy
font renaître à linfini, leur avoient débordemens y
culte
consacré un
particulier, et leur reudoient,
leur
mort naturelle, les mêmes devoirs après
mes. Il étoit délendu d'en
qu'aux hommort; et lorsqu'un
tuer, sous peine de
vie, il étoit
Egyptien en trouvoit un sans
examiné, embaumé, renfermé
de trés-gros pots de terre, et
dans
plaine de
transporté dans la
Saccara, où on descendoit la momie
dans un puits creusé à cet effet. Cette cérémonie
étoit accompagnée de deuil et de
sur la perte que la grande famille gémissemens, des
venoit d'éprouver. On
Egyptiens
détails
peut voir, à cet égard,les
curieux ctintéressansde. cette
à l'article Ibis
superstition,
del'ornithologie de M. de Buffon.
Quoiqu'ilen soit, le pécheur n'est point aussi
respecté à Ssint-Domingue, où l'oni
éet oiseau, dont la chair est
recherche
de ce
estimée, en raison
qu'elle est privée de cette odeur marécageuse, communeà ceux déce genre. Comme les
pécheurs sont peu communs à Saint.Domingue,
curieux ctintéressansde. cette
à l'article Ibis
superstition,
del'ornithologie de M. de Buffon.
Quoiqu'ilen soit, le pécheur n'est point aussi
respecté à Ssint-Domingue, où l'oni
éet oiseau, dont la chair est
recherche
de ce
estimée, en raison
qu'elle est privée de cette odeur marécageuse, communeà ceux déce genre. Comme les
pécheurs sont peu communs à Saint.Domingue, --- Page 251 ---
D'UN NATURALISTE
on a rarement l'occasion de s'en
n'emploie contr'eux que le fusil, procurer; à la
on
duquel ils se laissent
portée
Pline et
ditisilenentapprectes
Gallien prétendent
doit
ibis l'invention du
qu'on
aux
souvent ces oiseaux clystère. En effet, on voit
leurlong bec à
pomper de l'eansalée, porter
puis, par un bruit
Lenitaesrentoe
noncer
qu'on entend de loin, anl'injection de l'eau. Aussitôt, comme s'ils
éprouvoient un soulagement subit, ils
leurs plumes, les redressent
agitent
ment
et les laissent lentereprendre leur position.
L'ECHASSE, ou Pet-Pet. Briss.
genre LXVII, Echasse
2 tom. V, P. 36,
du Mexique.
La conformation de l'échasse
preuves incontestables
nous donne des
que la Nature, dans son
organisation des êtres, a
à
les. facultés qui lui
approprié chacun
appartiennent. Cette mère
prévoyante et admirable jusque dans les
petits détails de la
plus
pente des êtres
création, a modifié la charbesoins
animés d'après le genre de leurs
l'échasse journaliers. Elle n'eàt point
à
un
départi
long bec, un long cou, de
jambes, si cet oisean eût été destiné à longues
sa pâture sur un terrain sec et aride; chercher
cas,ilyedt eu
cardans ce
le Génie créateur déaurdedimensions: du
: mais comme
monde ne fait rien d'impar.
création, a modifié la charbesoins
animés d'après le genre de leurs
l'échasse journaliers. Elle n'eàt point
à
un
départi
long bec, un long cou, de
jambes, si cet oisean eût été destiné à longues
sa pâture sur un terrain sec et aride; chercher
cas,ilyedt eu
cardans ce
le Génie créateur déaurdedimensions: du
: mais comme
monde ne fait rien d'impar. --- Page 252 ---
-
E
VOYAGES
fait, et que ses ceuvres qui nous
moins dignes de notre
paroissent le
moins des
admiration, sont néanmerveilles, il a su modifier
ture de l'échasse
la strucréservé. En
d'après l'instinct qui lui étoit
effet, l'échasse ne se contente
seulement. des terrains humides, elle
point
préférablement
recherche
encore au dessus ceux du submergés, , et se trouve
de
niveau de l'eau, à la faveur
ses longues jambes, qu'elle
à Tair;elle tire également
expose rarement
de son cou et de
parti de la longueur
l'autre
son bec en plongeant Pun et
sous l'eau, afin d'en retirer les vers
autres insectes aquatiques
et
superficie de la
qui se trouvent à la
vase.
L'échasse ne fréquentant que les terrains sinondés, elle mourroit de faim
tudes innées, si elle n'étoit
d'après ses habibresqui,loin d'être
pourvue de ces memà l'athée que rien n'est disproportionnés, dà
annoncent
puissance motrice de
au hasard, et que la
brasse tout,
P'Univers a vu, voit et emL'échasse est également douée d'un caractère
inquiet qui ne permet point de la
c'est un moyen de salut que la Nature surprendre; lui
cordé,car elle
a acprend son vol avec tant de
que pour arracher ses pieds de l'eau, elle peine, fait
beancoup d'efforts, et que le
en
de ce défaut de
chasseur, raison
mouvement, auroit sur elle tout --- Page 253 ---
D'UN NATURALISTE
l'avantage de la surprise, si sa
mettoit à l'abri.
vigilance ne l'en
Mais ce cri importun, sans cesse
fait le plus grand tort aux chasseurs renouvelé,
certains momens de
qui, dans
contrariété,
voir la race éteinte; car
voudroient en
ces oiseaux
se méler aux bandes de
aimant à
bien à l'avance du
canards, les avertissent
leur donnent
danger qui les menace, et
l'exemple de la fuite. On ne doit
point s'attendre, telles précautions qu'on veuille
prendre, pouvoir tirer de canards, si
il se trouve des échasses
parmi
départ par le cri unanime qui annoncent leur
leur vient le
de pet-pet! d'oix
nom vulgaire qu'on leur
dans le pays.
conserve
Les ceufs que l'échasse
deux à
pond au nombre de
quatre, sont pareils à ceux de la perdrix
rouge d'Europe, soit pour la grosseur, soit
pour la forme et le coloris. Cet oisean
les dépose
indolent
élevé, à négligemment la
sur un tertre un peu
manière des flamans dont
pratique à cet égard les habitudes, s
il
L'échasse est indifférente
quoique nouvellement
pour ses petits,
point,
éclos. On ne la voit
comme les autres mères, sensible
délices de la maternité; elle ne
aux
leurs
prévient point
besoins, 2 ne leur
si doux qui font le prodigue pas ces soins
bonheur d'une mère, et
à négligemment la
sur un tertre un peu
manière des flamans dont
pratique à cet égard les habitudes, s
il
L'échasse est indifférente
quoique nouvellement
pour ses petits,
point,
éclos. On ne la voit
comme les autres mères, sensible
délices de la maternité; elle ne
aux
leurs
prévient point
besoins, 2 ne leur
si doux qui font le prodigue pas ces soins
bonheur d'une mère, et --- Page 254 ---
A - a
VOYACES
multiplient ses vrais plaisirs. Ses
besoin d'alimens
petits, que le
inquiète, sont
ce sentiment impérieux, de
contraints, par
Timportuner, oui,
l'importuner; car souvent cette marâtre
leurs assiduités de
punit
Quelles sont donc quelques coups de bec.
ses jouissances?. .
Li'échasse, comme mets, est peu
cependant on en mange rôtie, imbibée estimée; du
d'un citron. On la chasse au fusil.
jus
Le
Cog-p'EAU, ou Butor brun-rayé.
Il est de la grosseur du
plumage est rayé de
cog, et tout son
lignes brunes, noires,
rousseâtres; le demi-bec
supérieur d'un brunverdâtre, et l'inférieur jaune ; les
de
conleur de corne, et les ongles
pieds
Le coq-d'eau paroit être
gris.
il aime à se brancher
stupide et méfiant;
touffu des arbres
isolément dans le plus
s'y cache de
qui bordent les rivières. Il
manière à n'être
et ne descend à terre
point aperçu,
que lorsque la faim le
presse,ctleforcea Il
quitter sa silencieuse retraite.
annonce alors son
de voix grave,
déplacement par un son
deux
que l'on peut rendre par ces
monosyllabes cog, cog- Il s'abat
ment sur le rivage, oà il doit chercher pesamriture, qui consiste en
sa nouret insectes
grenouilles, petits crabes
aquatiques. Il fourrage également --- Page 255 ---
D'UN NATURALISTE
Therbe et le riz, dont il est
va marauder
très-friand, et qu'il
pendant la nuit.
Il est méchant et
pâture, il ne souffre courageux 9 et lorsqu'il
autour de lui aucun autré
oiseau, pas même de ses semblables; si ceux-ci
résistentàs sa volonté,il
alors
engage
un combat
opiniâtre; ; et s'il trouve dans un autre
de ses pareils la même
mâle
à se
de
résistance, il cherche
venger
son
sur ceux des
autres
désvantage,
oiseaux qui l'environnent, et quilui sont
inférieurs pour la force et
Il s'élance vers eux avec fureur, T'intrépidité. les
rage, leur assène de si violens attaque avec
que souvent il les
coups de bec;
la fuite;
blesse, 9 et les oblige à prendre
il les quelquefois même, s'il est bien irrité,
poursuit jusque dans leur
maltraite même
vol, et les
au milieu des airs.
Le coq-d'ean est un manger exquis; c'est
pourquoi on lui fait une chasse
bord des eaux douces
assidue sur le
qu'il fréquente; et indépendamment du fusil qu'on y emploie à cet
eflet, on lui tend des collets, ou bien
pâte au moyen de hameçons
on laprivage.
répandus sur le
Le
Gosier.
Grand:
cernnamelie.n-ed
Brisson,tom. VI, pag. 511, pl. XLV.
Le cormoran est un oiseau pécheur
détruit beaucomp de poissons. Tout le monde qui
sait
assidue sur le
qu'il fréquente; et indépendamment du fusil qu'on y emploie à cet
eflet, on lui tend des collets, ou bien
pâte au moyen de hameçons
on laprivage.
répandus sur le
Le
Gosier.
Grand:
cernnamelie.n-ed
Brisson,tom. VI, pag. 511, pl. XLV.
Le cormoran est un oiseau pécheur
détruit beaucomp de poissons. Tout le monde qui
sait --- Page 256 ---
VOYAGES
que, lorsqu'il aperçoit sa
dessus de
proie en planant au
suit sous l'ean avec
pouritoneneben
voloit dans les
autant de vitesse que s'il
il
airs; et lorsqu'il s'en est
reparoit à fleur d'eau,
emparé,
et le reçoit
la
jette en l'air le poisson,
par tête afin de n'être
par les arêtes dorsales.
point blessé
Quel merveilleux
tinct, et que de modifications
insaccordées aux animaux!
dans les ruses
Je n'ai point eu occasion de faire des
marques particulières sur les
requ'ils soient très-communs cormorans, quoiarrosées par la
dans les savannes
mer.
Les pécheurs en prennent souvent dans leurs
nasses, où la faim les a fait précipiter.
Le nom de
par les nègres grand-gosier leur a été donné
qui font usage de la poche membraneuse, qui se trouve sous la mandibule
rieure de leur bec,
inféà famer,
pour y renfermer leur tabac
prétendant
qu'ily acquiert une qualité
supérieure, et qu'il s'y maintient frais
cette prétendue souplesse
; mais
adipeuse dont les
provientde lap propriété
parois de cette
sont
imbues, et non d'une propriété
peau
seroit ridicule de reconnoître particulière qu'il
huileuse.
à cette membrane
Les nègres qui aiment le gibier
et en général tous les
marécageux,
corps gras, sont les seuls
à --- Page 257 ---
D'UN NATURALISTE
à Saint-Domingue qui tirent parti de cet
24t
dont la chair est pénétrée d'une odeur oiseau,
désagréable; c'est pourquoi ils le préparent à la
daube, après lui avoir enlevé la peau; et
au citron et au piment, cet aliment, d'ailleurs grace
dénaturé par un mélange de calalou et de
son salé, devient plus supportable.
poisLe PÉLICAN, appelé par les nègres Blagued-Diable. Brisson, 2 tome VI, 2 page 519,
genre CXII.
Cetoisean esttrès-commun: à
surtout
Saint-Domingue,
dans la partie espagnole de l'ile, moins
habitée, et oùt il trouve à satisfaire ses
pour la retraite et le silence,
gotts
On l'y voit du rivage planer
dessus des mers,
légérement au
pour y découvrir sa proie. Sitôt
qu'il T'aperçoit, par une ruse qui lui est
sonnelle, il se précipite vers elle avec la célé- perrité de l'éclair, agite avec impétuosité les flots
de sesl longues ailes et de ses
le poisson
pieds, pour étourdir
qu'il convoite, l'engager dans un
tourbillon, et lui ôter la possibilité de se soustraire à sa voracité,
D'autre fois les pélicans, par un
non moins
stratagême"
étonnant, se réunissent en bandes
nombreuses, et forment en nageant un cercle
TOME II.
Q
errité de l'éclair, agite avec impétuosité les flots
de sesl longues ailes et de ses
le poisson
pieds, pour étourdir
qu'il convoite, l'engager dans un
tourbillon, et lui ôter la possibilité de se soustraire à sa voracité,
D'autre fois les pélicans, par un
non moins
stratagême"
étonnant, se réunissent en bandes
nombreuses, et forment en nageant un cercle
TOME II.
Q --- Page 258 ---
VOYAGES
de
immense, en se
les
inpernedantswmablemeli
manière à réunir au centre les poissons qui
Lorsque la concentration est suffisante,
évitent.
signal, tous frappent en même
à un certain
et à la faveur de
tems l'eau de leurs ailes,
leur proie,
plongent et saisissent
ce désordre,
dans une poche immense
qu'ils laissent reposer
inférieure du bec,
placée sous la mandibule
à celle du coret si vaste comparativement
blague-dles nègres T'appellent
moran, que instinct merveilleux !
diable. Quel
ont lieu le soir et le matin,
Ces manceuvres oà les poissons se présentent
époques du jour
à la surface de leau.
du pélican servent de blagues
Les poches
et de sacs à plomb aux
à tabac aux nègres,
des chaussons imperchasseurs.D'autres en font
queleur crédulité fait regarder comme
méables, infaillible contre les douleurs arthriun remède les mères en taillent des béguins,
tiques : enfin,
à prévenir les convulqu'elles croyent propres
mal de
sions de leurs enfans, et le trop perfide
dont Jindique la véritable cause au
mâchoire,
troisième volume de ces Voyages.
de Toisean, lorsqu'on en a
Quant au corps membraneuse, il n'est guères
extrait la poche
tant la
les nègres qui osent en manger,
que --- Page 259 ---
D'UN NATURALISTE
chair a une odeur rance et
marécageuse; ils la
préparent comme celle du cormoran.
Je n'ai vu chasser le pélican qu'au fusil.
LE 2 FOU.
Je ne sais pourquoi on a donné le nom de
fou à ces oiseaux, qui n'ont ni la pétulance ni
l'extravagance attachées à cet état
et qui ont un caractère absolument déplorable,
cette fougueuse inclination.
opposé à
Les fous, ou
sots, sont au contraire si indolens, si plutôt
qu'ils se laissent approcher et
stupides
assommer sur
place, sans paroitre vouloir fuir, ni faire aucune
tentative pour éviter la mort. Ce sont de tous
les oiseaux ceux dont les
matériels. Leurs
organes sont les plus
yeux cependant n'annoncent
rien moins que de l'inertie, étant fins,
placés en avant de la tête, à la base et petits, et
du bec
au milieu
supérieur ; cette conformation au contraire sembleroit indiquer de la subtilité, de Ia
pénétration. Mais que les apparences sont souvent trompeuses!
Ces oiseaux palmipèdes, d'une structure forte
et avantageuse, négligent tous les
la Nature leur a donné
moyens que
fendre. A
d'attaquer et de se dépeine, lorsqu'ils sont tourmentés
la faim, daignent-ils faire des recherches par
pour
Q 2
au milieu
supérieur ; cette conformation au contraire sembleroit indiquer de la subtilité, de Ia
pénétration. Mais que les apparences sont souvent trompeuses!
Ces oiseaux palmipèdes, d'une structure forte
et avantageuse, négligent tous les
la Nature leur a donné
moyens que
fendre. A
d'attaquer et de se dépeine, lorsqu'ils sont tourmentés
la faim, daignent-ils faire des recherches par
pour
Q 2 --- Page 260 ---
N
VOYAGES
alimenter un corps qui semble leur être à
charge.
Souvent on les rencontre en haute mer, et
on les voit aborder sur les vergues du vaisseau;
ils s'y laissent prendre, ou paroissent insensibles
au massacre deleurs semblables, qu'on assomme
à côté d'eux, sans prévoir que le même sort les
attend, Ils n'ont pas la moindre prudence, et la
méfiance qui caractérise en général tous les
oiseaux d'eau.
Les fous, quoique palmipèdes, se perchent
facilement; ils sont aussi très-bons
volent avec légéreté, enfin sont en état, nageurs,
tous les
sous
rapports, d'éviter ou de se soustraire au
danger qui les menace; mais, soit
sécurité
apathie ou
inconsidérée, ils ne redoutent point
T'homme, malgré les exemples fréquens de ses
cruautés, et ne se troublent point à la vue même
de ses nouveaux projets de destruction.
Jen'en tuai que deux pendant mon séjour à
Saint-Domingue, mais de si près, que mon
fit balle. Les deux autres cependant
coup
vol
prirent le
au bruit de l'explosion; ce qui dénote en
faveur de cette classe trop confiante, qu'il existe
des exceptions.
On mange sans répugnance la chair du fou,
lorsqu'on a eu la précaution de le dépouiller.
On le prépare alors à la daube ou en salmis. --- Page 261 ---
D'UN NATURALISTE
Le RALE BrI-BmDi. Rale de la
Brisson, tome IV, supp.
Jamaique.
LXXVI.
page 140, genre
Ce râle est très-petit, et le surnom
exprime bien son cri au moment du bidi-bidi
est fin, alerte,
départ. Il
méfiant, et assez vigilant
rarement se laisser
Il
pour
bord des eaux claires surprendre.
se plait au
d'agilitéavec
et dormantes, où ilj joûte
le jakana (ou chirurgien). Il
ainsi que ce dernier, à se
aime,
feuilles du
poser sur les larges
faveur de pontédéria, et à s'y balancer à la
ses longues tiges. Il court dans l'eau
plutôt qu'il ne nage, et lorsqu'il se voit atteint
par quelque persécuteur, il pousse de toutes ses
forces les cris répétés de bidi, bidi!
Ce râle svelte, et dont le
agréablement
plumage lustré est
nuancé, est presque toujours en
mouvement et rarement en repos. Il
lorsqu'il n'est point
provoque
attaqué, ou bien il
vers les libellules (ou demoiselles)
s'élance
se jouer au travers des
qui aiment à
roseaux, et à
fixer
après un certain vol. Une autre fois, à la s'y
frai du poisson que le courant d'ean
vue du
au milieu des herbes
abandonne
cri de joie, qui semble aquatiques, il pousse un
venir
inviter ses semblables à
partager son butin. L'approche soudaine
d'un caïman nageant entre deux eaux si molleQ 3
ou demoiselles)
s'élance
se jouer au travers des
qui aiment à
roseaux, et à
fixer
après un certain vol. Une autre fois, à la s'y
frai du poisson que le courant d'ean
vue du
au milieu des herbes
abandonne
cri de joie, qui semble aquatiques, il pousse un
venir
inviter ses semblables à
partager son butin. L'approche soudaine
d'un caïman nageant entre deux eaux si molleQ 3 --- Page 262 ---
W A
246.
VOYAGES
ment, que souventilsurprende dec ces oiseaux,leur
faitanssitanto de frayeur qu'àl leur
tous les râles des environs
erid'épouvante
vont aussitôt se
prennent leur vol, et
percher sur les arbres voisins du
rivage, jusqu'à ce que le danger soit
que le monstre
passé, et
bien fondée.
emporte avec lui leur crainte
Les râles d'eau à
Saint-Domingue sont sédentaires, et non de passage comme en
la température n'est
Europe,oh
pas toujours la même, et
change avec les saisons. Leur élan est
ils volent les jambes
court, et
qu'on les
pendantes, si lentement
les tirer ajuste sans peine, et qu'il est rare de
sans succès. Leur chair est
et a un fumet exquis
trés-estimée,
qui ne tient rien da
marécage.
On les prend aux
fossette.
nappes, aux collets et à la
Le CLIN-CLIN ou Tur-Tur (c'est la
Guignette).
Brisson, tome V, page 183, pl. XVI, fig II,
genre LXXV. Petite Alouette de
enl. 850.
mer, pl.
Cet oiseau est si commun à
dans les savannes humides, Saint-Domingue
douzaine, à l'aide d'un
qu'on le prend par
ainsi
miroir et d'un filet,
que les alouettes en Europe. Il est si familier, 2 lorsque la bande s'est abattue
pour --- Page 263 ---
DUN NATURALISTE
picorer les vers que contient la vase, que les
de fusil ne les effrayent point, et que
coups
de
un peu de la
souvent on est obligé s'éloigner
d'arassemblée, pour en tirer avec plus
troupe
vantage. d'une forme svelte et élégante; il a des
Il est
manières fines : etjolics, une démarche gracieuse,
et le son de la voix très-doux.
le clin-clin
Sans être oiseau de passage,
à
quitte les savannes lorsqu'il peut trouver
dans les champs de riz inondés, ou
pâturer
nouvellement arrosés, et
dans ceux de patates
des larves ou
ohilsait trouver des vermisseaux,
autres insectes.
destiné le clin-clin à vivre
La Nature ayant
de V'année, l'a
dans l'eau une grande partie
de pattes grèles et longues, comparatipourvu à la
de son corps, qui ne sont
vement
grosseur de manièreà être tenues ployées;
pas conformées deleur hauteur, ,mais formant
cepuidiminueroit
droit
avec la cuisse un jambage sans courbure, admirables
Que de varietés
et perpendieulaire des êtres animés!
dans la modification
Lorsquele cri des pet-pets leur inspire quelque
méiance, la bande s'élève, voltige circulairorevient s'abattre à la même place
ment, et
au bout de quelques instans.
les clins-clins ont adopté un terrain,
Lorsque
Q 4
leur hauteur, ,mais formant
cepuidiminueroit
droit
avec la cuisse un jambage sans courbure, admirables
Que de varietés
et perpendieulaire des êtres animés!
dans la modification
Lorsquele cri des pet-pets leur inspire quelque
méiance, la bande s'élève, voltige circulairorevient s'abattre à la même place
ment, et
au bout de quelques instans.
les clins-clins ont adopté un terrain,
Lorsque
Q 4 --- Page 264 ---
VOYAGES
on les y retrouve toujours jusquà
des insectes, qui constituent
l'épuisement
nourriture.
leur principale
On prend ces oiseaux aux
tirasse. On leur fait
nappes et à la
de la
une chasse exacte, en raison
supériorité de leur chair sur celle des
autres oiseaux d'eau. Cette
multipliée, ainsi
espèce est tellement
que celle des deux genres
suivans,qu'il est presqu'impossible d'en
la race. On en tue
éleindre
chaque
quelquefois des douzaines par
coup de fusil.
ALOUETTES DE MER.
Cesa alouettes trés-communes: à
fréquentent les mêmes endroits SaintDomingue,
habitudes
et ont les mêmes
que les clins-clins, avec
ils
vivent en société et en bonne
lesquels
qu'ona tué un deces
intelligence. Lorsoiseaux,1 les autres
autour du défunt, ét donnent lieu voltigent
de faire un abattis
au chasseur
même le
plus considérable; c'est
procédé qu'on emploie
oiseaux épars tardent à se rassembler. lorsque ces
Comme les alouettes de mer aiment à
les rigoles desséchées oùt elles
suivre
peine une nourriture
trouvent sans
marque à
plus abondante, on reT'impression que laissent leurs
sur la vase, celles les plus
pieds
tend en travers, à
fréquentées, et l'on y
plusieurs distances, une petite --- Page 265 ---
D'UN NATURALISTE
corde soutenue au moyen d'un
piquet à
extrémité, et pourvue dans toute sa
chaque
noeuds coulans ou lacets. On
longueur de
de cette manière.
en prend beaucoup
1I est un autre procédé plus
qu'il faut plus d'apprèts,
difficile, en ce
plus de soins, et
toujours n'a pas le même succès; c'est de
qui
des gluaux sur les champs
tendre
submergés qu'elles
fréquentent. Pour peu que les alouettes
les bâtons enduits de
frottent
glu et
en terre, elles se trouvent dans légérement piqués
reprendreleur
l'impossibilité de
vol; et plus elles se
elles s'enduisent de cette
débattent, plus
nuls tous leurs
glu fatale qui rend
efforts.
On prend aussi ces oiseaux aux nappes, à la
tirasse et à la fossette, au moyen d'un
chiflre, en les
quatre-defiche
appâtant avec des vers
au fond de la fosse avec des
qu'on
On
épingles.
compose avec les alouettes de mer, des
pâtés très-délicats, et elles ont le fumet des
mauvietles tant renommées de Pithiviers. C'est
même Ia seule manière d'en tirer
chair est un peu sèche, et elle parti; carleur
qualité
n'acquiert de la
de lard. que lorsqu'elle est enveloppée de bardes
Le
MANINGOUIN, ou très-petite Alouette demer.
Cette espèce est tellement répandue à Saint-
alouettes de mer, des
pâtés très-délicats, et elles ont le fumet des
mauvietles tant renommées de Pithiviers. C'est
même Ia seule manière d'en tirer
chair est un peu sèche, et elle parti; carleur
qualité
n'acquiert de la
de lard. que lorsqu'elle est enveloppée de bardes
Le
MANINGOUIN, ou très-petite Alouette demer.
Cette espèce est tellement répandue à Saint- --- Page 266 ---
VOYAGES
Doningue dans les savannes
une inondation,
humides, après
à terre, il semble que, lorsque leur bande se pose
habitans
voir une fourmilière dont les
inquiétés se
la cause de lenr développent pour connoître
silencienx,
rumeur. Ces oiseanx doux et
et qui sont au plus de la
notre troglodyte, volent
grosseur de
que de mes deux
en masse si rapprochée,
j'en tnai cent
coupsde fusil chargésà cendrée
vingt, et voici comment.
Des nuées innombrables de
rivage à bec effilé, et
ces oiseaux de
vers
qui se nourrissent de
qu'ils vont déterrerdans la
petits
à s'abattre. Ces êtres infortunés vase, cherchoient
bien de leur vie,d'une
privés du seul
par la stagnation des sourdureiadispenable, eaux
quartier de
qui inondoient le
P'Artibonite, leur
les voyant
refiuge habituel,
partiellement retirées, vinrent se
poser près de moi, sur une
mise à
Parmi eux se trouvoient des plage
sec.
taille, mais je m'attachai
oiseaux de toute
troupe de maringonins. particulièrement à la
rideau
Comme elle tiroit le
pour se poser à terre, je lui
premier coup. Que de victimes je envoyai vis
mon
mes pieds! ! Le second
rouler à
étonnée chercha à
coup, lorsque la bande
meurtrier,
se relever, ne fut pas moins
à
puisqu'avec ces deux coups chargés
cendrée, je puis certifier avec
tué cent vingt
vérité avoir
maringouins > que mes petits --- Page 267 ---
D'UN NATURALISTE
nègres ramassèrent. Enfin le tas en étoit si
qu'ils furent obligés d'aller chercher
gros,
case. Il paroit
un sac à la
que tous les grains à peu
avoient porté.
près
Ces oiseaux doux de caractère,
néanmoins indifférens et
paroissent
la
peu industrieux; ils ont
tecontinuellementent
du colibri
smonvemen,al'esempls
leur
lorsqu'il est en repos; ce qui me ft
soupçonner de l'analogie dans la conformation des lobes du cerveau, En effet, ils. ont
très-pen de cervelle.
On prend facilement aux nappes des bandes
entières de ces oiseaux, ayant soin de
sur le terrain où ces filets sont tendus, répandre des
ou des fourmis.
vers
OISEAUX D'EAU, proprement dit.
L'oie sanvage de
même
celle
Saint-Domingue est la
la
que
d'Europe; elle aime, ainsi
première, à s'abattre dans les
que
d'y paitre l'herbe qui lui
savannes, afin
champs
convient; et dans les
ensemencés de riz, pour en broyer les
épis. Elles volent aussi très-haut surdeux
formant un V. Bien différentes des
ligues,
ne prennent leur nourriture
canards, elles
tiennent
que le jour, et se
pendant la nuit perchées au milieu des
marais les moins accessibles. On
au moyen d'une vache
en approche
artificielle, ou bien on
'y paitre l'herbe qui lui
savannes, afin
champs
convient; et dans les
ensemencés de riz, pour en broyer les
épis. Elles volent aussi très-haut surdeux
formant un V. Bien différentes des
ligues,
ne prennent leur nourriture
canards, elles
tiennent
que le jour, et se
pendant la nuit perchées au milieu des
marais les moins accessibles. On
au moyen d'une vache
en approche
artificielle, ou bien on --- Page 268 ---
VOYACES
Jeur tend des filets autour des marais qu'elles
fréquentent, et dans lesquels des appelans les
obligent de se laisser surprendre. On les tire
aussi à l'affnt, vers le coucher du soleil, époque
du jour à laquelle la bande tournoie
chercher un gite.
pour
GINGEON ou VINGEON, Canard siffleur de la
Jamaique. Brisson, tome VI, page 403,
genre CVII.
Ce canard percheur au long cou, est le plus
estiméde tous ceux gul.bhetS-n.Dominose
Sa chair très-délicate, n'a point le goût huileux
commun aux oiseaux de son genre. C'est à tort
que Salerne, dans son Ornithologie, le compare
à Ja grue, avec laquelle il n'a aucun rapport. La
description que donne Valmont-Bomare, du
canard sifflenr, ne peut également appartenir au
gingeon de Saint-Domingue, puisque ses ailes
n'offrent ni bandesd'un noir de velours, nid'un
vert-doré, que le bec n'est point cendré-bleu,
mais noir.
Le gingeon n'est ni fin, ni méfiant; c'est
pourquoi il décèle par-tout sa présence, en
sifflant avec importunité : s'il aperçoit quelqu'objet qu'il n'a point habitude de voir, il s'en
approche stupidement, voltige autour en éten- --- Page 269 ---
D'UN NATURALISTE,
dant son
long cou, et redouble ses
sans manifester aucune crainte.
siflemens,
Ilest
sipoltronyques souvent les
(pipirits) ) quil'attaquent,
gobemouches
direction de sa route.
l'obligentà changer la
On le trouve rarement en plein
à chercher sa
jour occupé
le
nourriture, si ce n'est
long des rigoles où il aime à quelquefois
paitre l'herbea
barboter, et à
aquatique; mais le plus
mentil se tient perché pendant
communéne faireses recherches que la nuit. Htoutlejour,pour
Parcourant habituellement
solitaires et sombres de
en canot les rives
l'Ester, - j'en
toujours dans leur sommeil; à
surprenois
les décidoit-elle à
peine ma présence
laissoient
prendre le vol : souvent ils me
cendoient passer sans plus s'émouvoir, ou desde l'arbre sur lequel ils étoient
perchés, dans des champs de riz à portée de la
rivière, où je les abandonnois à leur heureuse
sécurité, m'attachant
suite des
particuliérementàla pourcaîmans, et mon fusil d'ailleurs
cette chasse étant chargé à balles.
pour
autre que moi, ne venoit les
Personne
ces endroits inaccessibles
importuner dans
aux piétons.
Silencieux pendant le jour au sein de leurs
paisibles retraites, les gingeons
l'approche de la nuit
s'appellent à
picorer dans les
pour se réunir, et aller
champs ensemencés: : on les voit
particuliérementàla pourcaîmans, et mon fusil d'ailleurs
cette chasse étant chargé à balles.
pour
autre que moi, ne venoit les
Personne
ces endroits inaccessibles
importuner dans
aux piétons.
Silencieux pendant le jour au sein de leurs
paisibles retraites, les gingeons
l'approche de la nuit
s'appellent à
picorer dans les
pour se réunir, et aller
champs ensemencés: : on les voit --- Page 270 ---
VOYAGES
arriver de tous les
points, en continuant
cris, se rassembler, puis aller
leurs
leur descente. Comme
en masse opérer
ces oiseaux volent trèsbas, et que leur vol est
tirer à leur
très-lent, on aime à les
passage avec d'autant plus de
qu'ils suivent la direction
plaisir
-
des
sur la rive, on les
ruisseaux. Placé
tourner de leur
y attend, et loin de se dé
route, ils fixent le chasseur
chercher à l'éviter, et recoivent de lui
sans
que leur défaut de prévoyance
une mort
D'autres les attendent à l'affit leur a méritée.
près des champs
ensemencés, et les tirent lorsqu'ils s'abattent.
Les coups de fusil n'épouvantent
eti il m'est arrivé d'en tuer
pointla bande,
plusieurs de suite. Le
gingeon est le gibier le plus estimé de SaintDomingue. On le prend au long des
tramail, aux lacets et aux hameçons. rigoles, au
LE CROUBE,
Cette sarcelle dont la robe est
n'est pas plus grosse que l'arcanette trés-élégante,
Le dessus de sa tête est d'un beau d'Europe. noir
velours, la moitié de sa
de
gorge est blanche; le
cou,la poitrine et toute la couverture
est d'un
supérieure
Iraseageisenepopre fouetté de
guillemets noirs; le ventre est d'ane couleur
moins foncée, et tirant sur le
tillé également; les ailes et la jaune-roux poinqueue sont noires, --- Page 271 ---
D'UN NATURALISTE
cette dernière
partie a la forme
éventail développé. Les
élégante d'un
bec d'un bleu tendre
pieds sont noirs, et le
et éclatant.
Cette espèce ne va pas par bandes
autres sarcelles
comme les
2 mais on la trouve
toujours par couple, et
presque
dont le cours
nageant sur les riviéres
sont
n'estpoint très-rapide. Les croubes
soliaires, et évitant l'éclat du
cherchent de préférence les
jour, ils
des arbres
eaux ombragées par
antiques et touffus.
Les croubes ont un vol
soutenu; aussi les voit-on bas, court et peu
rarement
airs,si ce n'spourchangerde traverser les
sont trop inquiétés dans le lieu climat lorsqu'ils
choisi. Cet oiseau
qu'ils avoient
entendre sa
silencieux ne fait jamais
voix, et il faut l'oeil
chasseur pourledécouvriran:
perçant du
où il se tient
milieu des roseaux
jouant point dans tranquille au moindre bruit, ne se
Cet
l'eau, ainsi que les canards,
oiscau, qui vit d'herbes et de
poissons, nedonne dans aucun
petits
aisé à
piége; mais il est
surprendre, en raison de son
de
fiance. Il est toujours
peu méles gourmets.
trés-gras, et recherché par
C'est ordinairement dans les laiches
ou sur quelque touffe de
des marais
les croubes établissent leurs roseaux flottans, que
dans des lieux
nids, mais toujours
inabordables. C'est là que les
d'herbes et de
poissons, nedonne dans aucun
petits
aisé à
piége; mais il est
surprendre, en raison de son
de
fiance. Il est toujours
peu méles gourmets.
trés-gras, et recherché par
C'est ordinairement dans les laiches
ou sur quelque touffe de
des marais
les croubes établissent leurs roseaux flottans, que
dans des lieux
nids, mais toujours
inabordables. C'est là que les --- Page 272 ---
VOYAGES
croubes pondent des ceufs blancs, d'une
disproportionnée, relativement à la grossenr
de ces oiseaux.
petite taille
La sarcelle commune de
ressemble point à la sarcelle Saint-Domingue ne
rousse à longue
queue, que M. Brisson confond avec
cette ile. Comme il étoit
de
celle de
tuasse dans la saison des peu jours quej jen'en
la description
pluies, je vais en donner
exacte.
La sarcelle commune de
dix pouces de
Saint-Domingue a
longueur; ses ailes
point tout-à-fait le bout de sa
n'atteignent
de
queue. La partie
supérieure son bec est noire, l'inférieure
jaune sali, l'oeil noir très-petit, le
ocre
tête couleur bistre, la
sommet de la
de
gorge blanche ponctuée
guillemets bistres, le derrière du cou et la
couverture dorsale garnis de plumes
dont le bord est fauve; celles du
brunes,
des reflets
croupion ont
verdâtres, mais également
de fauve; la poitrine café
frangées
au lait, fouettée
Jargement de taches indéterminées de couleur
marron et bistre; la couverture antérieure des
ailes d'un beau bleu de ciel; au milieu se
une tache transversale d'un blanc
trouve
et sans tache; puis au dessus, le puréblouissant long du
une plaqued'un vert brillant;les
dos,
des ailes, noires, et les
grandes plumes
pattes jaunes.
Cet oiseau farouche ne reste point long-tems
en
ettée
Jargement de taches indéterminées de couleur
marron et bistre; la couverture antérieure des
ailes d'un beau bleu de ciel; au milieu se
une tache transversale d'un blanc
trouve
et sans tache; puis au dessus, le puréblouissant long du
une plaqued'un vert brillant;les
dos,
des ailes, noires, et les
grandes plumes
pattes jaunes.
Cet oiseau farouche ne reste point long-tems
en --- Page 273 ---
DUN NATURALISTE
en place; à peine est-il abordé sur T'eau,
faut s'empresser de l'ajuster, si l'on
qu'il
portée. On le rencontre at vec
de en est à
les champs de riz où l'on plus succès dans
a mis l'eau, parce
qu'on peut en approcher à la faveur de l'éléva
tion de ce gramen. La sarcelle ne plonge
et pour peu qu'elle soit inquiétée, elle pas,
son vol, pour ne plus reparoitre de la prend
Elle cherche d'autres
où
journée.
soit
parages
sa méfiance ne
point alarméegeependant, si le local qu'elle
a quitté a de T'avantage sur le nouveau
vient de
qu'elle
C'est reconnoitre,elleyr revient sans rancune,
pourquoi j'étudiois les endroits les plus
fréquentés par ces oiseaux, pour y établir mon
affit qui consistoit en un bocage artificiel,
lequel je les attendois depuis la pointe du sous
jusque vers sept heures du matin, époque de jour la
journée oùt cette chasse est terminée.
La sarcelle offre un mets aussi estimé
celui du gingeon : on la chasse de même. que
CANARDS SAUVAGES.
Les chasseurs reconnoissent. à
dix espèces de canards
Saint-Domingue
donner] les
sauvages; dont je vais
noms vulgaires; I°, le gingeon;2o.la
sarcelle; 30, le croube; 4°. le sucet; 5°. le
canard paresseux; 6°, le canard musqué; 7°. le
canard jolie-téte; 8°. le canard à poitrail blanc;
ToME II.
R --- Page 274 ---
VOYAGES
90. le canard pintade; 10o, le canard grossestripes.
La quantité de canards qui se rendoient journellement dans les jardins de l'habitation de
l'Etable, où je demeurois à l'époque de mes
observations sur les chasses du pays, étoit
souvent si considérable que l'air en étoit
obscurci, et le silence interrompu. Ce n'est
point exagération, puisque nous possédions le
gibier de tout le'quartier, qui ne trouvoit nulle
part un site aussi favorableà ses habitudes. C'est
au point, que notre chasseur en fournissoit
secrétementaux habitations voisines, etquei nous
en faisions des envois jusqu'au Gros-Morne,
bourg distant à quinze lieues de cette habitation.
Qu'on se figure une lagune ou flaque d'eau
près d'une rizière, oût se rendoient de toutes
parts les oiseaux aquatiques, et où ils y
étoient si rapprochés l'un de l'autre qu'à peine
l'espace pouvoit les contenir, si bien qu'ils s'y
disputoient la place avec tant de rumeur, quede
ma chambre j'entendois leur gazouillement. Je
fus forcé de prendre le parti de faire tirer tous
les soirs un coupdel fusil, dans l'espoir d'éloigner
ces oiseaux importuns, et afin de n'être plus
troublé dans mon sommeil; mais ce fut en vain.
Ils revenoient passer la nuit, et retournoient, à
ine
l'espace pouvoit les contenir, si bien qu'ils s'y
disputoient la place avec tant de rumeur, quede
ma chambre j'entendois leur gazouillement. Je
fus forcé de prendre le parti de faire tirer tous
les soirs un coupdel fusil, dans l'espoir d'éloigner
ces oiseaux importuns, et afin de n'être plus
troublé dans mon sommeil; mais ce fut en vain.
Ils revenoient passer la nuit, et retournoient, à --- Page 275 ---
D'UN NATURALISTE.
la pointe du jour, digérer leurs alimens
dans les
mangles du rivage de la mer.
La quantité de canards de toute espèce, de
sarcelles, de croubes (r) y étoit en si grande
abondance, que le nègre chasseur n'y alloit
jamais sans porter un sac avec lui, quoiqu'il
n'eût qu'un seul coup de fusil à tirer
par jour;
car, après T'explosion, tous ces oiseaux s'6Joignent pour ne revenir qu'au bout de vingtquatre heures. Lors donc qu'il vouloit faire
chasse, il s'approchoit du vivier, autant à la
faveur d'arbres dont il étoit entouré à dessein,
que du bruit continuel que faisoient les canards;
puis, en se traînant à plat-ventre jusqu'à la
portée du fusil, il frappoit dans ses mains; alors
tous les oiseaux étonnés et inquiets, levoient
simultanément la tête pour préter l'oreille. Le
chasseur lâchoit son coup de fusil à la direction
des têtes de ces oiseaux; car un seul grain de
plomb en cette partie,suffit pour tuer un
et Dieu sait combien ces
de canard;
coups
fusil
contenoient deg grains de plomb! carles chasseurs
africains ne le ménagent point en pareil cas,
puisqu'ils en mettent tous une poignée sur deux 2
coups de poudre environ pour chaque charge.
(1) Les autres oiseaux aquatiques n'y picoroient
que pendant le jour.
R 2 --- Page 276 ---
VOYAGES
Unjour de clair de lune, au milieu du souper,
Ali vint me demanderla permission de prendre
mon fusil pour éloigner les perturbateurs de
mon sommeil; à peine fut-il sorti, que nous
entendimes deux coups, et bientôt après appeler
au secours. Les deux petits nègres qui me
suivoient ordinairement à la chasse, coururent
au bruit, et aidèrent Ali à ramasser" cinquante
et un canards tant tués que blessés, et le lendemain ils en trouvèrent encore sept dans les halliers; ce qui fait cinquante - huit.
Ceux qui ne connoissent point la chasse de
cette partie de l'ile, auront peine à croire à
une moisson si abondante ; mais je puis
leur attester ce fait, comme témoin oculaire, et
leur assurer qu'en France même, voulant
faire détruire un colombier, notre garde en tua
trente- deux d'un seul coup, tantle toit en étoit
garni; et qu'un paysan de notre village ayant
pratiqué, pendant les neiges, une rigole près
d'un buisson où il avoit répandu du grain, tua
dix-huit perdrix d'un seul coup; et pourtant le
nombre de ces oiseaux ne pouvoit être comparé
aux nuées innombrables des oiseaux aquatiques
qui voyagent jour et nuit à Saint-Domingne.
On chasse les canards sauvages par surprise,
à l'affat, au moyen d'appelans, entourés de
filets ou nappes qu'on tend en pleine mer à cet
pendant les neiges, une rigole près
d'un buisson où il avoit répandu du grain, tua
dix-huit perdrix d'un seul coup; et pourtant le
nombre de ces oiseaux ne pouvoit être comparé
aux nuées innombrables des oiseaux aquatiques
qui voyagent jour et nuit à Saint-Domingne.
On chasse les canards sauvages par surprise,
à l'affat, au moyen d'appelans, entourés de
filets ou nappes qu'on tend en pleine mer à cet --- Page 277 ---
D'UN NATURALISTE
ellet; la barque du péchenr doit
26r
de feuillage, ou cachée dans
être entourée
POULES D'EAU.
une anse.
le dessus de la tête L'espèce d'un
la plus commune a
poitrail d'un
bleu foncé, le cou etle
violet-évéque; le dos d'un brunpourpre, avec des reflets verts; les ailes
beed'un rouge vif, etles pattes d'uny vertes,le
On en distingue de
vert-glauque.
plusieurs autres espèces à
Sinconinguen devoir décrire
mais que je ne crois pas
: il me suffira de dire un
Jeurs moeurs et de leurs chasses.
mot de
Les poules d'eau de cette ile,
est d'un coloris brillant,
dontleplumage
aiment à flotter sur
Tonde, et à se jouer entre les
pontédéria du bord des
roseaux ou le
pourquoi on les trouve rivitresdormantesse c'est
sur l'Ester, et
fréquemment nageant
famille,
promenant à lenr suite leur petite
tandis que sur des rivières
et
plus rapides
limoneuses, sur celle de T'Artibonite,
exemple, on ne les rencontre point. Elles
par
à glisser en paix sur le cristal
aiment
sources limpides. Elles
tranquille de ces
jukanas, les
y folâtrent avec les
martins-pécheurs du pays, et se
dlisputent, en volant, les larges feuilles du
déria, pour y reposer au dessus du niveau pontérivière. Elles sont souvent
de la
caiman qui,
surprises par let traître
nageant sans bruit entre deux
canx,s'avance jusque vers elles
sanséireaperpi,
R 3 --- Page 278 ---
-
VOYAGES
vers sa proie dès qu'il peut y préêt s'élance
tendre.
d'eau sont si communes à SaintLes poules
les laiches des marais en sont
Domingue, que
de la ponte,
remplies; c'est pourquoi,Alépoque
mettent le feu, afin de s'emparer
les nègres y immenses d'oeufs que ces marais
des quantités
Souvent même la
recèlent à cette époque.
si
combustion de ces herbes sèches est rapide,
les couvenses fidelles à leur devoir, n'osant
que
retardent leur faite, et
croire à leur malbeur,
car
deviennent la victime de leur devouement;
tourbillon les enveloppe et les embràse en un
un
C'est après cet incendie que les nègres
moment.
et qu'ils trouvent
vont faire leurs recherches,
rôties,
d'eau à moitié
des ceufs, et des poules
dont ils font leur profit.
ne sont
Les poules d'eau de Saint-Domingue mais
aussi sauvages que celles d'Europe,
point nourriture est la même. Le plumage des
leur
est aussi bien différent :
deux espèces communes
Yoyez cion les chasse comme les foulques.
après.
de Saint-I Domingue diffèrent
Les foulques
je crois devoir
tant de celles d'Europe, que
Sa tête et son
décrire l'espèce propreà ce climat.
d'un
noirâtres; le reste du plumage
cou sont
le dessous de la queue d'un blano
gris-ardoise,
Europe,
point nourriture est la même. Le plumage des
leur
est aussi bien différent :
deux espèces communes
Yoyez cion les chasse comme les foulques.
après.
de Saint-I Domingue diffèrent
Les foulques
je crois devoir
tant de celles d'Europe, que
Sa tête et son
décrire l'espèce propreà ce climat.
d'un
noirâtres; le reste du plumage
cou sont
le dessous de la queue d'un blano
gris-ardoise, --- Page 279 ---
D'UN NATURALISTE
éblonissant, l'oeil d'un rouge vif; le bec fort
pointu, d'un blanc lilas, taché,
mité de chaqque mandibule, presqu'à l'extréde deux
brunes, tandis que la pointe est d'un plaques bleu de
turquoise : au dessus du bec, c'est à dire à
sa base, s'élève unep plaqueblanche
et dénuée de plumes, qui lui
cartilngineuse
et forme une
recouvre le front,
petite éminence. Le bas de la
cuisse, à sa jonction avec la
d'une zone membraneuse
jambe, est ceint
rouge-vermillon. Les
jambes sont verdâtres, et les pieds gris, munis
de longs doigts, séparés et garnis latéralement
d'une membrane festonnée.
Les foulques se laissent approcher difficilement; elles évitent même les
se tenir au milieu de l'eau : c'est rivages, pour
lorsqu'on veut les tirer avec
pourquoi,
être au moins
succès, il faut
quatre, armés de plusieurs fusils.
Deux se tiennent de chaque bord de la
et les deux autres sont chacun dans
rivière,
et obligent les foulques à
un bateau,
où elles se
quitter les roseaux
réfugient au moindre
d'où elles s'envolent
bruit, et
chasseurs.
pour passer au dessus des
On les tire aussi la nuit au clair de
au moyen d'une
lune,
chanterelle:on1 leur tend
sous l'eau des
encore
nappes ou autres filets, et on
emploie avec avantage, pour leur chasse, le
R 4 --- Page 280 ---
a
VOXAGES
tramail et les halliers. Cette
moins
espèce est bien
répandue dans l'ile que celle des
d'eau. Leur chair n'est
poules
ce
pas très-estimée, en
qu'elle a un goàt marécageux.
LE PLONGEON,
Ces oiseaux sont assez communs sur
mais on les recherche
à
l'Ester,
peu,
raison de la
médiocrité de leur chair qui a un goût à
marécageux. Je ne m'en procurois
j'étois content de mes petits
que lorsque
je leur abandonnois
nègres, parce que
pour récompense. Ceite
capture fut un jour sur le point de me rendre
témoin d'un événement bien
venois de tuer un de ces
déplorable. Je
l'un de mes négrillons, plongeons, lorsque
jeta à la
nommé Claude, se
nage pour l'aller chercher : il arriva
en même tems
y
qu'un très - gros caïman
venoit lui disputer cette proie. Je n'eus qui
le tems de lui crier de
que
plonger et d'abandonner
T'oiseau; en effet, soumis à mon ordre, il
aborda le rivage, désolé de ce que je le frustrois de ce butin; ; mais il me remercia
en
apercevant le gros amphibie qui, venant à
fleur d'eau, s'empara du gibier, et
disparut en
T'emportant avec lui.
Comme on connoit les habitudes du
geon, je ne m'étendrai pas davantage à plon- leur
sujet.
et d'abandonner
T'oiseau; en effet, soumis à mon ordre, il
aborda le rivage, désolé de ce que je le frustrois de ce butin; ; mais il me remercia
en
apercevant le gros amphibie qui, venant à
fleur d'eau, s'empara du gibier, et
disparut en
T'emportant avec lui.
Comme on connoit les habitudes du
geon, je ne m'étendrai pas davantage à plon- leur
sujet. --- Page 281 ---
D'UN NATURALISTE
LE CASTAGNEUX DE SAINT-I DOMINGUE.
Cet oiseau y est si peu commun
n'ai eu F'occasion d'en tuer
, que je
mon séjour dans la colonie. qu'un seul pendant
n'est point
Sa chair huileuse
recherché estimée, et l'oiseau ne doit être
que pour la plaque pectorale de
plumes dont on fait une fourrure
Le
tres-précieuse.
castagneux se plait sur l'eau douce
sur l'eau salée, et il se joue entre deux comme
avec une agilité bien
lames
autres oiseaux
sopérieure à celle des
aquatiques. Aussi
sur
triomphant
il T'onde, que stupide lorsqu'il est à terre
quitte rarement son élément
s:
n'est pour aller paitre, dans favori, si ce
nible et
sa marche péganche, 2 l'herbe ou les
il fait sa nourriture, à défautde
algues dont
petits poissons.
REPTILES
CROCODILE DE Sasz-Dowisovz,
appelé
Caiman.
Commej je décris,avec les plus grands
T'histoire de ce monstre
détails,
sième volume de
amphibie dans le troices Voyages, il est inutile
me répéter ici.
de
TORTUE DE L'ESTER
Les
(Fay. pl. XI).
de
caractères extérieurs de cette tortue
terre, qui se pêche communément dans --- Page 282 ---
VOYAGES
la rivière de l'Ester, sont, d'après mes observations :
1o,Une carapaced'un brun-bistre, composée à
son disque de treize plaques, et circulairement
de vingt-cing;
20, Les pieds non réunis par une membrane,
mais dont la peau est pelissée ;
30. Les pieds de devant et ceux de derrière,
ayant cinq doigts pourvus d'ongles noirs; ;
4°. La peau du corps bleuâtre, pelissée et
traversée de raies d'un jaune - jonquille, et
formant des figures symétriques; ;
50, Le museau pointu et retroussé, la tête
relevée dans son état naturel;
60. La pupille traversée diamétralement par
une raie noire ;
7°. Une queue apparente, que l'animal retire
ou développe à volonté.
Cette tortue est, je crois, l'hécate des Espagnols.
Cette espèce, ainsi que les autres, semble
être privée des ressources industrieuscs dont
la Nature a pourvu les animaux. 11 paroît,
d'après l'illustre comte de Lacépède (1)., qu'en
général, à l'exception de la vue, tous les sens
(1) Histoire naturelle des quadrupèdes ovipares,
tome Ier, p. 14, éd. in-12.
est, je crois, l'hécate des Espagnols.
Cette espèce, ainsi que les autres, semble
être privée des ressources industrieuscs dont
la Nature a pourvu les animaux. 11 paroît,
d'après l'illustre comte de Lacépède (1)., qu'en
général, à l'exception de la vue, tous les sens
(1) Histoire naturelle des quadrupèdes ovipares,
tome Ier, p. 14, éd. in-12. --- Page 283 ---
D'UN NATURALISTE
des
paraison qadrupilesovipares de
sont si foibles, en comceux des
qu'ils
recevoir un bien plus vivipares,
doivent
tions,
petit nombre de sensacommuniquer moins souvent et moins
parfaitement avec les objets
intérieurement émus
extérieurs, être
avec moins de force et de
fréquence; et c'est ce qui produit cette froideur
d'affections, cette espèce
confus, ces intentions d'apathie, cet instinct
remarque
peu décidées, que l'on
souvent dans plusieurs de ces
maux.
aniLes tortues del'Ester vivent ensemble
telligence, et aiment à se trouver réunies. avec insurprend rarement à terre, si ce n'est de Onles
matin, ou lorsque les femelles
grand
terre leurs ceufs,
vont confier à la
qu'elles ne couvent point.
D'après leurs habitudes, qui les
sans cesse des
rapprochent
classer
rivières, on seroit tenté de les
au rang des tortues d'eau douce, si la
conformation de leurs pattes ne les en
En effet, cette tortue
éloignoit.
difficulté, et ne
rampe sur terre avec
qu'elle tient
peut se dresser sur ses pattes,
mouvement recourbées; elle ne parvient à un
ongles
vermiculaire, qu'à l'aide de ses
trés-aigus, et du centre de gravité
imprime à son plastron,
qu'elle
usé parle frottement
qu'on trouve toujours
Ces
qui lui est habituel.
tortues se nourrissent d'herbes, de
pa- --- Page 284 ---
N
VOYAGES
tates, 9 de fruits, et par fois de petits
poissons,
lorsqu'elles sont assez heureuses
prendre, Elles
pour en surhors de
nagent facilement , et. la tête
l'eau ; mais elles plongent aussitôt
qu'elles aperçoivent un ennemi.
Les tortues de l'Ester ne
long du
pondent point au
rivage; on les rencontre
à une demi-lieue de la
quelquefois
rivière, dans des cardasses, sur un terrain sableux et aride qui
paroit leur convenir : elles font alors d'assez
longues absences.
Les nègres pécheurs (par le bénéfice
en retirent) sont continuellement
qu'ils
la péche de ces
occupés à
tortues, dans les lieux qu'elles
fréquentent. Lorsqu'ils en aperçoivent
sur l'eau et endormies, ils dirigent
flottant
leur canot vers elles, et, à l'aide d'une mollement fouine
ou d'un noeud conlant, ils tâchent de la
prendre; mais, si la tortue éveillée cherche sur- à
se soustraire à une mort cerlaine en
roissant sous l'eau, un des nègres chasseurs dispaplonge à l'instant, et ne tarde point à l'atteindre, Il reparoît bientôt, tenant d'une main
sa proie, et nageant de l'autre, il rejoint le
canot. Mais que de dangers ces
à courir dans la rivière, de l'Ester plongeurs Ont
infestée de caïmans très-firiands de surtout,
qui sont sans cesse à leur
tortues, et
poursuite'L.lhonme
aine en
roissant sous l'eau, un des nègres chasseurs dispaplonge à l'instant, et ne tarde point à l'atteindre, Il reparoît bientôt, tenant d'une main
sa proie, et nageant de l'autre, il rejoint le
canot. Mais que de dangers ces
à courir dans la rivière, de l'Ester plongeurs Ont
infestée de caïmans très-firiands de surtout,
qui sont sans cesse à leur
tortues, et
poursuite'L.lhonme --- Page 285 ---
D'UN NATURALISTE
ne peut entrer en lutte avec d'aussi dangereux
rivaux, si ce n'est un nègre d'ailleurs pusillanime, mais, dans cette circonstance,
et méme
intrépide
audacieux, par sa foi
en la prédestination. Persuadé superstitieuse
sont comptés, il n'attend
que ses jours
point le danger qui
peut en détruire le cours, il le
provoque avec
courage, et sait souvent avec fierté braver
une mort certaine. Je donne
de
plusieurs
ces
exemples dans le troisième volume de ces
Voyages.
Lorsque les nègres plongeurs aperçoivent
plusieurs tortues endormies, ils nagent doucement vers elles, 2 les retournent sur le
et dans cette position leur ôtent la
dos,
leur
possibilité de
échapper, jusqu'à ce qu'ils aient été chercher un sac dans leur canot.
La chair des tortues de PEster est très-recherchée, quoiqu'on ait de la peine à s'y habituer
les premiers jours; leurs ceufs qui sont
meleux, même étant cuits, sont très-délicats. gruOn prépare les tortues de diverses manières,
et celle favorite des chasseurs est de procéder
ainsi qu'il suit : après leur avoir coupé la
tête, on leur cerne le plastron, que lon détache de la carapace
supéricure, qui sert de
plat pour les faire cuire. On assaisonne la chair
de ces tortues après les avoir démembrées et --- Page 286 ---
VOYAGES
préparées, avec sel, épices, force
de citron.
piment et jus
On pêche en mer beaucoup d'autres
appeléescarets, dontla chair est
tortues, ;
excellent antiscorbutique.
estimée,comme
maique, dans
On offre à la Jatous les hôtels, du
des potages
bouillon qu
Ces
préparés avec cette tortue de mer.
grosses tortues se prennent
les retournant, lorsqu'on
également en
pour les surprendre,
est assez heureux
ou bien au secours
varre, instrument de fer,
d'une
qu'on leur
espèce de
cette
lance;
dernière
harpon,
tique la nuit : on les chasse chasse se praespèce de filet, Les
aussi à lafolle,
l'Ester vendent
nègres des environs de
chés, des sacs avantageusement dans les mardans
pleins de tortues qu'ils ont
cette rivière; tandis
prises
les bords de la
que ceux qui habitent
vendent tau
mer, salent les carets, et les
peuple, à bas prix.
On conserve
tres-long-tems des tortues de
TEster, sans qu'il soit besoin de leur
à manger, J'en ai gardé
donner
cet état. Toujours
une dix-huit jours en
pendant
assoupie, elle s'éveilloit ceau moindre bruit, et faisoit
une espèce de siflement
entendre
colère. Une tortue
pour manifester sa
privée de sa
encore quelques
tête, donne
torze heures. mouvemens au bout de qua-
conserve
tres-long-tems des tortues de
TEster, sans qu'il soit besoin de leur
à manger, J'en ai gardé
donner
cet état. Toujours
une dix-huit jours en
pendant
assoupie, elle s'éveilloit ceau moindre bruit, et faisoit
une espèce de siflement
entendre
colère. Une tortue
pour manifester sa
privée de sa
encore quelques
tête, donne
torze heures. mouvemens au bout de qua- --- Page 287 ---
D'UN NATURALISTE
Dans les infirmeries consacrées
sement de la santé des
au rétablisde tortue étoient
nègres, les bouillons
ordonnés avec succès à ceux
attaqués de pians ou ulcères vénériens
scorbut et d'affections
9 de
cutanées : c'est un remède
dépuratif et adoucissant. La quantité de
que produit la tortue, se garde
graisse
rancir, et dans beaucoup de
long-tems sans
place le beurre
colonies, elle remde bonne
qu'on s'y procure difficilement
qualité.
Les bouillons de tortue
restaurans et béchiques,aux conviennent, comme
de fièvres
personnes attaquées
étiques, ou menacées de
par une
consomption,
maigreur, 9 qui bientôt est
par un embonpoint dà à l'usage de remplacée
boratif.
ce corroLe sang encore chaud des tortues
extéricurement avec avantage dans les s'applique affections
cutanées 3 ayant soin d'ordonner à
des boissons
Pintérieur
dépuratives et sudorifiques, telles
que l'infusion de salsepareille, de
de gayac.
squine et
On doit se méfier du bec de la
elle cherche à se
tortue, 2 car
puissantes
venger 2 et ses mâchoires
doigt.
sont assez aiguisées pour couper un
Dans les tems anciens, 2 dit M. le comte de
Lacépède, à l'article de la tortue franche,
--- Page 288 ---
VOYAGES
lors de l'enfance des sociétés, ces grandes
carapaces d'une substance trés-compacte, et
d'un diamètre de plusieurs pieds , éloient les
boucliers de peuples qui n'avoient point encore
découvert l'art funeste : d'armer leurs fléches
d'un acier trempé, plus dur que ces enveloppes
osseuses; et les hordes, à demi sauvages, qui
habitent de nos jours certaines contrées équatoriales, tant de l'ancien que. du nouveau
Monde, n'ont pas imaginé de défenses plus
solides.
GRENOUILLES (1).
C'est un grand malheur qu'une grande ressemblance avec des êtres ignobles, dit M. de
Lacépede, dans son Histoire naturelle des
quadrupèdes ovipares. En effet, nous verrions
la grenouille comme un animal utile, dont nous
n'avons rienà craindre, dontl'instinct est épuré,
et qui,joignant à une forme svelte des membres
déliés et souples, est parée des couleurs qui
plaisent le plus à la.vue, et présente des nuances
(1) Lrespèce la moins répandue à Saint-Domingue,
est la mugissanté. Voy. IHistoire naturelle des qua
drupèdes ovipares de M. de Lacépède, pag. 500,
tom, II, 2 édit. in-12. Elle est d'une taille énorme,
et ne se mange point, en raison de ses habitudes
meurtrières.
d'autant
és et souples, est parée des couleurs qui
plaisent le plus à la.vue, et présente des nuances
(1) Lrespèce la moins répandue à Saint-Domingue,
est la mugissanté. Voy. IHistoire naturelle des qua
drupèdes ovipares de M. de Lacépède, pag. 500,
tom, II, 2 édit. in-12. Elle est d'une taille énorme,
et ne se mange point, en raison de ses habitudes
meurtrières.
d'autant --- Page 289 ---
D'UN NATURALISTE
d'autant plus vives, qu'une humeur
enduit sa peau, et lui sert de vernis. visqueuse
Néanmoins qui le croiroit? Des nègres qui
spontanément osent affronter la puissance du
reptile meurtrier de
contre le dangereux Saint-Domingue, en luttant
d'une
caiman, pâlissent à la vue
quelle grenouille ils
equileur fait horreur, et pour laont une répugnance invincible.
Les grenouilles étant très-communes à SaintDomingue dans les endroits
jamais pu parvenir à détruire submergés, dans
je n'ai
negres, un préjugé aussi injuste qu'il l'esprit leur des
désavantageux. Lorsqu'au milieu d'une
est
je parlois de la terminer
chasse,
grenouilles, tous
par une péche aux
unanime d'une mes nègres,p par un mouvement
répugnance involontaire, frisson-.
noient, en accompagnant leur signe de dédain
d'une grimade horrible. Enfin ils ne pouvoient
plus long-tems conserver leur contrainte lorsqu'ils me voyoient les dépouiller, et surtout
Jes manger. (( Comment! s'écrioient-ils,
) blanc ci là là, li manger. diable même petit
Ce qu'il y a de plus étonnant dans cette anti- )) !
pathie confirmée, c'est qu'ils mangent sans
difficulté de la chair du caiman, dont l'odeur
seule est nauséabonde.
ToME I.
S --- Page 290 ---
VOYAGES
Je donnois la chasse aux grenouilles de plusieurs manières, soit au hameçon appâté de
vers, d'intestins de volaille, ou simplement d'un
morceau de drap écarlate, ou en suivant sans
bruit le bord des ruisseaux,oh les grenouilles
rassemblées aiment à respirer un air nouvean :
pour cet effet, je les enfilois l'une après l'autre,
au moyen d'une flèche de gros fil de fer,
lancée et maintenue à la crosse d'une longue
arbalète.
D'autre fois, par un tems calme et sombre,
je me faisois escorter d'un porte-flambean, etje
les prenois à la main; mais il falloit observer le
silence le plus profond. La chasse la plus sûre et
la plus avantageuse est celle des nappes ou filets,
au milieu desquels on fait tenir des appelans.
AMPHIBIE BIMANE.
LE LAMANTIN.
Ce bimane se rencontre quelquefois dans
les rivières de l'Ester et de l'Artibonite, mais
plus particulièrement dans la première. Il se
nourrit d'herbe qu'il va paitrele long du rivage,
lorsque tout paroit tranquille autour de lui.
C'est pourquoi les chasseurs qui veulent le
surprendre, doivent se placer à l'affht vers onze
beures du matin. Si l'on observe le plus grand
ir des appelans.
AMPHIBIE BIMANE.
LE LAMANTIN.
Ce bimane se rencontre quelquefois dans
les rivières de l'Ester et de l'Artibonite, mais
plus particulièrement dans la première. Il se
nourrit d'herbe qu'il va paitrele long du rivage,
lorsque tout paroit tranquille autour de lui.
C'est pourquoi les chasseurs qui veulent le
surprendre, doivent se placer à l'affht vers onze
beures du matin. Si l'on observe le plus grand --- Page 291 ---
D'UN NATURALISTE
silence, on doit s'attendre vers midi,
jour, où les nègres de houe
époque du
ou font la
prennent leur repas
méridienne, à voir sortir
de l'eau le
lentement
lamantin, pour se rendre dans les
champs de patates ou de maïs les
du
plus voisins
rivage : il y reste pour brouter,
l'espace de deux heures environ.
pendant
marqué plusieurs fois
J'en ai reaux conditions
sans avoir pu en tirer.
prescrites,
Le lamantin préfère les eaux douces
salées, et il nage avec une extrême aux eaux
l'aide de ses deux seuls
facilité, à
moignons ou
en
Comme, raison de sa constitution nageoires.
il est naturellement
adipeuse,
porté au dessus de l'eau, on
l'aperçoit toujours à la surface, ayant besoin de
quelques efforts
la vue des
pour plonger et se soustraire à
curieux quil'observent.
Les lamantins ont des moeurs douces
sociales, et gémissent
et
leurs
lorsqu'ils sont éloignés de
petits, que la mère, pourvue de deux
seins, allaite avec tendresse. Ils
sibles et intelligens; ils
paroissent senpleurent lorsqu'ils sont
pris, sans même avoir encore éprouvé
mauvais traitement, mais ils semblent aucun
ceux de leur espèce
regretter
revoir.
qu'ils ne doivent plus
Quoique souvent ils paroissent éviter
Thomme, ils le regardent quelquefois
avec cette
S 2 --- Page 292 ---
VOYAGES
confiance intime qui senble implorer sa pitié.
Les petits ne quittent pointleur mère dej plusieurs
années, et, partageant ses. dangers, souvent ils
deviennentla victime de leurdévouement filial.
La chair du lamantin étant fort estimée, et
son lard ne rancissant jamais, les nègres emploient plusieurs moyens de les détruire, soit au
secours de filets dans les lieux où ils vont
pâturer, soit en canot, en les tirant au fusil; ou
plus souvent en les harponnant, lorsqu'ils peuvent en approcher; mais comme lP'animal,
quoique grièvement blessé, ne périt pas sur
l'heure, on laisse filer de la corde, afin de ne pas
perdre une proie aussi précieuse qu'assurée, et
qu'on voit reparoitre au dessus del l'eau au bout
de deux heures, noyée et sans vie.
PÈCHES DE SAINT-DOMINGUE
La pêche est un amusement utile qui fait,
ainsi que la chasse, des prosélites passionnés.
D'ailleurs cet exercice salutaire remplit, sans
fatiguer, le but d'une promenade, en récréant
limagination de peintures riantes et d'idées
agréables (1). On chasse souvent dans des lieux
(1) x Sur les mers, dit M. le comte de Lacépède
dans son discours sur la nature des poissons, grandeur; puissance, beauté sublime, tout annonce la
utile qui fait,
ainsi que la chasse, des prosélites passionnés.
D'ailleurs cet exercice salutaire remplit, sans
fatiguer, le but d'une promenade, en récréant
limagination de peintures riantes et d'idées
agréables (1). On chasse souvent dans des lieux
(1) x Sur les mers, dit M. le comte de Lacépède
dans son discours sur la nature des poissons, grandeur; puissance, beauté sublime, tout annonce la --- Page 293 ---
D'UN NATURALISTE
déserts et arides,
des
2 privés , pour ainsi
graces de la
dire,
qu'au sein d'une veredure, et l'on ne pêche
chanteurs, de nature animée, de sites ende roseaux
bocages frais et touffus, ou
à verdoyans que l'eau vivifie.
joigne ces agrémens
Qu'on
retire de la
reconnus l'utilité qu'on
de
pêche, relativement aux besoins
T'existence, et cette
autant
passion, 2 loin d'être
réprimandée, sera au moins
puisqu'elle n'occupe qu'une
tolérée,
parle seulement de la
partie du jour. Je
péche à la ligne ou à
l'épervier ; car la pêche,
art et métier
considérée comme
journaliers
3 ne regarde qu'une classe de
qui s'y consacrent
spéculation.
par objet de
Nature créatrice; tout la montre
et sa
manifestant sa
lacs et magnificence des
: SuF les bords enchanteurs gloire des
rivières, la Nature
avec sés charmes les plus
créée se fait sentir
pérance Téchauffe, le souvenir doux; l'ame s'émeut; l'esregrets, 3 et Ja livre à celte Tanime par de tendres
toujours si favorable aux heureuses affection si touchante,
de graces dans ce récit, et
inspirationss. Que
cher à copier un aussi beau comment ne pas cherj'ai rendu ma narration modèle!Ah! si jusqu'ici
illustre patron qu'en
intéressante, c'est à mon
l'étude de ses écrits appartient la gloire : c'est dans
quérir le talent de
immortels que j'aurai pu aclimiter, en captivant mes! lecteurs,
S 3 --- Page 294 ---
VOYAGES
amis de l'eau, sont plutôt pêLes nègres,
leurs
cheurs que chasseurs ; tous emploient
se procurer un aliment auquel
moyens pour
sur tout autre 2 lorsils donnent la préférence
qui
lui ont fait subir les préparations
qu'ils
la salaison et l'enle leur rendent précieux,
fumage.
de Putilité démontrée que
Indépendamment de la
ce métier industrieux
l'on retire
pêche, les enhardit. Deux
fait les bons marins, , et
il fant dix et
années forment un soldat, et
il
ans pour faire un marin ; car
même quinze
à l'influence
doit soumettre son tempérament dès le plus bas
de la mer , et s'y accontumer
les dangers
Il se familiarise à la longue avec
âge.
et finit par affronter
qu'il court habituellement, horribles tempêtes, en
de sang-froid les plus
milieu des flots en
conservant le calme au
calme précieux en pareille occurcourroux ;
son salut!
et d'oit souvent dépend
rence 9
à la mer doit connoitre
Un bon pécheur
même la
savoir éviter les brisans,
sa rade,
le secours de la sonde,
nuit; distinguer, sans
de galet, de
les fonds qui sont de iroche, de vase etc. 5
sable, de gravier, d'argile 2
la 7 fréconnoître les espèces de poissons qui
et où ils se tiennent le plus comquentent, 2
connoissances - Jocales sont
munément : ces
mer doit connoitre
Un bon pécheur
même la
savoir éviter les brisans,
sa rade,
le secours de la sonde,
nuit; distinguer, sans
de galet, de
les fonds qui sont de iroche, de vase etc. 5
sable, de gravier, d'argile 2
la 7 fréconnoître les espèces de poissons qui
et où ils se tiennent le plus comquentent, 2
connoissances - Jocales sont
munément : ces --- Page 295 ---
D'UN NATURALISTE
ou deviennent le résultat
d'observations mul-
"iplites;carceux-ciser reposent au milieu d'herbes
Hotlantes, ceux-là se. tiennent enfoncés
la vase; les uns se cachent dans les
dans
d'autres dans le sable 5 enfin
rochers,
ment en pleine
plusieurs dordes racines
eau, sous les écores et près
d'arbres qui les ombragent;
une eau tranquille et troublée,
aiment
d'autres cherchent des
tandis que
leur
courans pourlutter contre
rapidité 2 ou braver les brisans de la
marée.
Indépendamment des avantages
pour la vie de l'homme le
qu'offrent
le commerce en retire aussi poisson frais, p
préparations
par les diverses
qu'on lui fait subir; c'est
quoi on le marine, on le
poursale, on le dessèche,
ou bien on l'enfume.
Pour livrer avec plus
à mort aux habitans de d'avantage une guerre
contre ruse, le génie inventeur T'onde, opposer ruse
de
a dà prévoir les difficultés, vaincre l'homme
l'incertitude, et surmonter les obstacles. On
voit,
dans,l'excellent Traité des pêches de Dubamel,
jusqu'à quel point cet art a été
sa perfection; je dis vers sa perfection, poussé vers
tous les jours encore on invente de puisque
nouveaux
S 4 --- Page 296 ---
VOYAGES
tous plus ingénieux les uns que les
moyens,
autres.
Notre tâche étant limitée, nous ne pourrons
entrer à ce sujet dans d'autres détails que
nécessaires à faire connoître les modificeux
de
, seul
cations des pêches
Saint-Domingue
d'atteindre. Nous
but que nous nous proposons
casupprimerons également nos descriptions
d'après nature, des individus dont
ractéristiques
nous avions destinées à
nous parlerons , que
mais
l'édition de ces Voyages en six volumes,
le nouvel encadrement ne nous permet
que d'exposer au lecteur, qui sera amplement
plus
dédommagé de cette retenue, en consultant
le Code universel des poissons de M. de
devoir
Lacépède. Nous avons cru pareillement
supprimer nos observations anatomiques en
faveur de celles ichtyologiques des savans
Buffon, de Lacépède, de Haller, Daubenton,
Broussonnet, Réaumur, Morand,Le Marchant,
Camper, Mauduyt, Stenon, Bloch et
Pallas,
Mais revenons aux ressources inSpallanzani.
dustrieuses de Phomme.
Les nègres pécheurs en pleine mer, font
particulièrement usage de seines, de nasses
de diverses formes, de filets flottans, de paniers,
ichtyologiques des savans
Buffon, de Lacépède, de Haller, Daubenton,
Broussonnet, Réaumur, Morand,Le Marchant,
Camper, Mauduyt, Stenon, Bloch et
Pallas,
Mais revenons aux ressources inSpallanzani.
dustrieuses de Phomme.
Les nègres pécheurs en pleine mer, font
particulièrement usage de seines, de nasses
de diverses formes, de filets flottans, de paniers, --- Page 297 ---
D'UN NATURALISTE
de caziers, de folles et de
28r
ou cordes garnies de
verveux, de bauffes
hains, avec un
delaiton, de différens leurres
empilage
de
enveloppés autour
hameçons : ils péchent aussi à corde flottante, ou à baufles lestées.
Quant aux appâts dont ils se
voici : ils emploient le
servent, les
Hollande,
vieux fromage de
3 le foie d'animaux, les
maocas ou larves du
vers, les
papillons,
hanneton, les moiches,
fond des trubles grenouilles ; dans d'autres cas, au
frottées
sence de
d'assa-faetida, ou d'estérébenthine, des petits
pisquets, appelés titiri. Ils
poissons ou
succès pour la pêche des
se servent avec
et autres crustacées de écrevisses, 3 homards
de chair frite de
mer ou d'eau douce,
la supériorité
caîman. Ils distinguent aussi
tacées
des pholades sur les autres tespour la péche à la mer tandis
pour celle en eau douce, ils
que
de terre, et autres insectes préferent les vers
on doit approprier
aquatiques 3 dont
divers
l'emploi aux habitudes des
poissons qu'on recherche.
Voici à peu près le tableau des
plus universellement
péches les
pratiquées à Saint - Domingue, par les praticiens du
pays.
ité
caîman. Ils distinguent aussi
tacées
des pholades sur les autres tespour la péche à la mer tandis
pour celle en eau douce, ils
que
de terre, et autres insectes préferent les vers
on doit approprier
aquatiques 3 dont
divers
l'emploi aux habitudes des
poissons qu'on recherche.
Voici à peu près le tableau des
plus universellement
péches les
pratiquées à Saint - Domingue, par les praticiens du
pays. --- Page 298 ---
VOYAGES
grande
Le mule-rouget, le surmulet, la
marée,
sarde rouge, la sarde grise, le boou poissons dianvivanet.leareies,) les merlans,
recherchés, la sardine des Antilles, le cailleu,
le cailleu tassard, etc.
Le coryphène
l'ostracion à deux piquans, RRIMT hareng,
le congre, la limande, la sole, la
petite
morue, le brochet, le baliste amémarée,
ricain, le maquereau, la brème de
péches ou poissons mer; le nègre noir, le nègre afrià la
d'un prix cain ou epinéphelus, le scomber
modique, carangue le mombain, le mamer,
bouya 7 ie colas, l'évesque, la
bécune le spare cardinal, le
balaou-bécasse, etc.
Les homards épineux, les crabes,
crustacées, 2 les cancres, les sériques, les langoustes s les salicoques.
Huitres de fond, huitres de
testacées, rochers, huitres de mangles, palourdes, argonautes, conque de
Vénus, murex, éperons, etc.
Savalles 9 ou chevannes; brèmes, aloses,
eaux
poissons 1 gobiésoces s testards,
dormantes
haut-dos, 2 ou bossus;
de l'Ester,
(anguilles.
crustacées, 1 Ecrevisses, chevrettes.
pèches
gobiésoce, ,
à la
Testard,
rivière,
eaux
poissons, , haut-dos 9 meuniers anguilles. s
limoneuses
muge-mulet,
de
Ecrevisses de PArtiPArtibonite, crustacées, , bonite, sériques.
Eaux
Carpes, brochets, mulets, pisdes vives mornes, quet ou titiri truites.
crustacées, 1 Ecrevisses, chevrettes.
pèches
gobiésoce, ,
à la
Testard,
rivière,
eaux
poissons, , haut-dos 9 meuniers anguilles. s
limoneuses
muge-mulet,
de
Ecrevisses de PArtiPArtibonite, crustacées, , bonite, sériques.
Eaux
Carpes, brochets, mulets, pisdes vives mornes, quet ou titiri truites. --- Page 299 ---
D'UN NATURALISTE
GRANDE MARÉE,
Le Muuis-RovOrT (r). M. de
Hist. nat. des Poissons, tome
Lacépède,
in-12. (On lit
VI, pag.8 81, édition
plaisir
y
toujours avec un nouveau
T'histoire du
rouget).
Ce poisson se trouve communément
rade de
dans la
Saint-Marc et du
il est plus rare dans celle du Port-au-Prince;
en prennent dans leurs
Cap. Les pécheurs
nasses ou verveux
caziers 2 dans leurs
leurs seines. Le
3 quelquefois même dans
rouget est trés-estimé par les
gourmets ; mais, comme je suis moins
tronome qu'observateue, je
gasles diverses manières de n'indiquerai point
consulter à cet égard les l'appréter. On peut
relatifs.
ouvrages qui y sont
(r) Mes manuscrits de lédition
volumes des Voyages d'un
projetée en six
beaucoup de détails,
Naturaliste, contenoient
blige à
que mon plan de réduction m'opoissons supprimer.Jy intéressans peignois les moeurs de plusieurs
teur n'aura plus à par, leurs habitudes; mais le lecl'Histoire naturelle regrelter mes récits, s'il consulte
des Poissons
Lacépède, qui offre à
3 par M. de
si fidèles, si séduisans, de chaque page des tableaux
mon pinceau timide n'oseroit ces habitans de l'onde, que
uu écrivain aussi éloquent, plus en esquisser après --- Page 300 ---
VOXAGES
de Lacépède, tome VI,
Le SURMULET (M.
psg.03),ulpirenent Barbarin.
fréquente à ma
La chair de ce poisson, qui
de
connoissance les rades du Port-de-Paix,
Saint-Marc, des Gonaives et du Port-au-Prince,
estimée que celle du mulleest encore plus
feuilletée et d'un
rouget ; elle est blanche,
de noisette. Ces deux poissons se nourgoit
rissent de petits coquillages.
le surmulet avec des folles, des
On pêche
cordes
de
caziers, et des bauffes ou
garnies
leurs hains.
LA SARDE ROUGE.
Toute la surface du corps de ce poisson est
d'un beau rouge vermillon 3 plus ou moins
éteint d'après l'age. On pêche la sarde au moyen
de seines et de paniers. Ce poisson, qui frétous les rivages de l'ile, y est trèsquente
commun et fort estimé.
La SARDE GRISE est comparable pour les
formes extérieures à la sarde rouge ; mais elle
en diffère par ses couleursd d'un gris-salo-argente. il
Ce poisson est plus estimé que le premier;
de la même manière. : il est moins
se pêche
la sarde rouge, et est par concommun que
cher. On prend aussi
séquent beaucoup plus
et de paniers. Ce poisson, qui frétous les rivages de l'ile, y est trèsquente
commun et fort estimé.
La SARDE GRISE est comparable pour les
formes extérieures à la sarde rouge ; mais elle
en diffère par ses couleursd d'un gris-salo-argente. il
Ce poisson est plus estimé que le premier;
de la même manière. : il est moins
se pêche
la sarde rouge, et est par concommun que
cher. On prend aussi
séquent beaucoup plus --- Page 301 --- --- Page 302 ---
Poisson de Mer.
En Rage 285.
Perogu
à bec et à deux piquans. 2. Coxyphine
1YOstracion? Cardinal. k. Bodian Vivano.
3. Spare --- Page 303 ---
D'UN NATURALISTÉ
les sardes grises au grand couple : ce sont
noeuds coulans réunis à des aplets,
plusieurs les
sont pourvus de corcerons
et dont
empiles
de liége.
Ls VIvANO. (Bodian Vivanet. M. de Lacép.,
tome VII, page 291.)
Ce poisson svelte (tome II, planche XII) tire
nom de son extrême agilité. 1l s'échappe
son
des mains des pêcheurs, lorsqu'ils ne
souvent
assez de précaution pour l'y
prennent point
de son corps
retenir. Tonte la partie supérieure
d'un violet tendre, et traversée dans sa lonest
raies d'un
d'or, sali de bistre
gueur de
jaune est d'un rouge vif, ainsi
près de la caudale, qui
son ceil : son ventre est d'un blanc argenté.
que Ce poisson, qui nage avec une extrême agilité,
à la
espèce de flet en forme de
se pêche
drague,
de
quoique
chausse, et lesté au moyen pierres,
retenu sur l'eau par le liége, et ne s'enfonçant
On péche aussi
qu'à une certaine profondeur:
de
des
le vivano à lépervier, sil'on a soin jeter
lorsqu'on en aperçoit une troupe autour
appâts
dans lcs
du canot : on en trouve quelquefois
ou
Ce
est excellent en friture,
nasses.
poisson mulâtre. On fume et on sale le
au bouillon
on le vend alors en
vivano pour le conserver;
recherché
dans les marchés, oùi il est
cet état,
le mélent à leurs calalous.
par les nègres, qui
lépervier, sil'on a soin jeter
lorsqu'on en aperçoit une troupe autour
appâts
dans lcs
du canot : on en trouve quelquefois
ou
Ce
est excellent en friture,
nasses.
poisson mulâtre. On fume et on sale le
au bouillon
on le vend alors en
vivano pour le conserver;
recherché
dans les marchés, oùi il est
cet état,
le mélent à leurs calalous.
par les nègres, qui --- Page 304 ---
VOYAGES
Les RAIES. On en péche de plusieurs espèces,
surles côtes de l'ile; et pour cet effet, on emploie
les seines, les folles et les cordes flottantes,
Le MERLAN. Celui de
Saint-Domingue est
beaucoup plus gros que celui d'Europe. On
péche ce gade avec des folles, ou plutôt des
cordes flottantes garnies de leurs hameçons, Les
nègres en prennent, à certaine époque de l'année, une si grande quantité que, ne
tout vendre, ils fument ou marinent ce pouvant qui leur
reste ; et voici comment ils procèdent à ces
deux opérations : après les avoir vidés, ils les
étendent sur des claies, où ils restent, pendant
douze heures environ, exposés à la fumée de
feuilles d'oranger, de goyavier et de citronnier.
Pour les mariner 2 ils les vident, les recouvrent
de sel pendant quelques heures, les
les font sécher au soleil, puislesarrosent retirent,
enfin les grillent légérement; ensuite d'huile,
on les étend
dans un baril, sur des feuilles de laurier, de
citronnier, et sur des tranches de citron saupoudrées d'épices.
La chair du merlan de
Saint-Domingue est
plus ferme que celle de celui d'Europe; mais
néanmoins on ne les sert que rôtis ou frits,
et jamais bouillis : cet aliment léger convient
aux convalescens, --- Page 305 ---
D'UN NATURALISTE.
SARDINE DES ANTILLES. (PI. XIII, tome II.)
Cette clupée a la mâchoire inférieure courbée
vers le haut, et terminée par une pointe qui
s'emboite dans une cavité de la mâchoire supérieure. Elle est très-commune: à Saint-Domingue, elle
depuis le mois de mars jusqu'en août; alors
est si grasse et si délicate, qu'à peine besoin exposée de
au feu, on la dérobe, sans avoir
Técailler. La sardine des Antilles n'est point aussi
effilée que celle d'Europe, mais beaucoup plus
ventrue. Il est une époque de l'année où il faut
se garder d'en manger, parçe qu'elle fréquente
les fonds cuivrés de certaines rades, et qu'elle
avec elle l'impression funeste d'un poison
porte subtil; mais alors les couleurs de sa robe élésont altérées, etl'on ne peut plus douter
gante
influence, si on la met bouillir,
de sa mauvaise
laisse
épreuve, dans de T'eau, et qu'on l'y
pour
d'argent, qu'elle noircit.
avec un couvert
friands
Avec quelle joie les nègres, qui sont
de çette clupée, attendent son arrivéelavec quels
d'avidité ils reconnoissent leur troupe
yeux nombreuse, et convoitent cette nouvelle proie
pour la joindre à leurs calalous! C'est pourquoi dans les
à cette époque, il est curieux de voir
rades de la colonie, une infinité de petits canots
de T'eau, et qu'on l'y
pour
d'argent, qu'elle noircit.
avec un couvert
friands
Avec quelle joie les nègres, qui sont
de çette clupée, attendent son arrivéelavec quels
d'avidité ils reconnoissent leur troupe
yeux nombreuse, et convoitent cette nouvelle proie
pour la joindre à leurs calalous! C'est pourquoi dans les
à cette époque, il est curieux de voir
rades de la colonie, une infinité de petits canots --- Page 306 ---
VOYAGES
à voiles en ciseaux faire preuve d'agilité, et
jeter à l'envi l'épervier, ou tendre les verveux,
dans lesquels souvent les sardines s'engagent,
pour éviter la poursuite des squales ou autres
poissons voraces.
On peut manger la sardine des Antilles, sans
qu'il soit besoin de la vider, car elle ne contient
point de vésicule du fiel. Lorsqu'on veut en
conserver pour la saison pendant laquelle on
ne peut s'en procurer de fraiches, on les fume,
on les sale, ou bien encore on se contente,
après cette seconde opération, de les laisser
sécher au soleil, sans les paquer, et de les renfermer dans des barils. Cette dernière pratique
est usitée par les nègres, qui aiment Podeur
alcalescente que les sardines contractent en
pareil cas.
Le CAILLEU est une sardine de l'espèce de la
première, mais beaucoup plus petite : il se
prend avec des aplets.
Le GAILEU-TASSART (tomen, planche XIII)
(et M. de Lacépède - 3 tome X, page 249)
est moins commun à Saint-Domingue que la
sardine. Ce clupanodon quoique n'ayant point
les mâchoires munies de dents, ainsi que les
clupées, n'en a pas moins les habitudes sanguinaires; il poursuit avec fureur les poissons
qui --- Page 307 ---
D'UN NATURALISTE
qui lui sont inférieurs en
nourriture : il se plait dans force, et en fait sa
fraye dans les fleuves. La
l'eau salée, mais
lueur phosphorique
quilflensiromne,led la
décèle aux
mer est calme, et leur
pécheurs lorsque
la place où ils peuvent à indique positivement
vier. On les prend aussi coup sûr jeter léperlaisse à la
avec la pantière,
dérive, et on les
qu'on
au feu avec des trubles. Le péche quelquefois
aussi délicat que la sardine cailleu-tassard des
est
présente les mêmes qualités
Anilles, et
a résidé au dessous des fonds funestes lorsqu'il
cuivrés.
PETITE MARÉE
Le CORYPHÈNE BLEU, (Planche
(M. de
XII, tome II).
Lacépède, tom. V, pag. 258).
Ce coryphène, 2 appelé
roquet, d'après la conformation vulgairement perest nué des plus belles couleurs. de son bec,
Celle
universellement, est d'un beau bleu répandue
rine, laissant apercevoir des taches ad'aigue-mabrun qui distinguent les écailles. d'un rougedorsales et pectorales
Les nageoires
tandis que celle caudale sont d'un rose tendre,
rouge vif.Une
intermédiaire est d'un
chaque
plaque noire se fait
de
côté, à l'ouverture des remarquer
mâchoire inférieure est
branchies. LaToME II.
circulairement traversée
T
u répandue
rine, laissant apercevoir des taches ad'aigue-mabrun qui distinguent les écailles. d'un rougedorsales et pectorales
Les nageoires
tandis que celle caudale sont d'un rose tendre,
rouge vif.Une
intermédiaire est d'un
chaque
plaque noire se fait
de
côté, à l'ouverture des remarquer
mâchoire inférieure est
branchies. LaToME II.
circulairement traversée
T --- Page 308 ---
VOYKGES
2g0
raie ou mentonnière d'un rongepar une. large
brun.
est comimnn; mais
Le coryphàne-perroquet estimée, on ne le
sa chair coriace élant peu,
souvent au
nègres. On le prend
vend qu'aux
les poissons ssatile,lorsquil
crochet,ainsiquel
que lui, qui cherpoursuit ceux plus petits
dans les rochers.
chent à T'éviter, en se cachant
au flambeau, avec un truble,
Ou le péche-aussi
de ces
ou à la fouine. On trouve également dans les
dans les chausses et
coryphènes
verveux.
COFFRE A DEUX PIQUANS.
L'OSTRACION, ou XII)., M. de Lacépède,
(Tome II, planche
tome II, page 326).
au
Ce coffre à bec, des Antilles, se dontla pêche mer
truble, dans les trous remplis d'eau estimée, et
s'est retirée : sa chair n'est point
fade. On fait cuire ce, poisson
elle est d'un goit
à T'exemple de la
dans son enveloppe osseuse, l'assaisonner. Lorstortue, ayant soin de bien
leur
ils témoignent
qu'on prend ces collires,
qui
crainte et leur regret par un grognengent,
mérité le nom de cochons de mer.
leur a
(M. de Lacépède, tome IIl,
Le CONGRE.
page 347)-
apode et anguilliforme, 5 du' genre
Ce poisson, --- Page 309 ---
D'UN NATURALISTE
de la murène, est
proie avec acharnement trés-vorace, et poursuit sa
ou bien dans les
jusque dans la vase,
Je chassois
rochers, oùt souvent il échoue.
un jour à
l'eau d'un lagon
Saint-Domingue, ayant
jusqu'à la
je me vis entouré d'un
ceinture, lorsque
congre et d'une
que mon nègre, par intérét
bécune,
conseilla fort
pour moi, me
des
d'éviter, et qui firent
tentatives
long-tems
la bécune
pour m'attaquer. Nous
au barpon, et le
primes
présenté à la surface de
congre s'étant
coup de fusil. Mon
l'eau, je le tuai d'un
coup du cadeau
négre me remercia beaupoissons
que je lni fis de Ces deux
On peu estimés,etq qu'ilsep proposa des saler.
prend le congre à la
pêche en mer. 2 au
de fouine, ou on le
moyen
cordes
garnies de
flottantes
hameçons : on lui tend aussi
verveux.
des
La LIMANDE. (M. de
Lacépède, tome VIII,
page 310).
Ce poisson plat, du genre du
est très-délicat à
pleuronecte,
cement de la saison Saint-Domingue, des
au commenavec des filets,
pluies. On l'y pêche
appelés
9 appelés carrelets, ou ceux,
chaudières, au fond desquels on
pour appât, des débris de
met,
titiris un peu fétides.
crustacdes, ou des
T 2
. (M. de
Lacépède, tome VIII,
page 310).
Ce poisson plat, du genre du
est très-délicat à
pleuronecte,
cement de la saison Saint-Domingue, des
au commenavec des filets,
pluies. On l'y pêche
appelés
9 appelés carrelets, ou ceux,
chaudières, au fond desquels on
pour appât, des débris de
met,
titiris un peu fétides.
crustacdes, ou des
T 2 --- Page 310 ---
VOYAGES
La SOLE. (M. de Lacépède > tome VIIt 3
page 313).
Ce pleuronecte long et étroit, se prend aux
hameçons dormans. On doit avoir soin, par
un tems de pluie, d'attacher des cailloux aux
bauffes, afin de les faire plonger entre deux
eaux : c'est ce qu'on appelle pécher parfond.
Lorsque l'eau de la mer est claire et tranquille,
ets'il fait un beau soleil, on voit les soles venir
quelquefois à fleur d'eau; alors on peut les
harponner. Souvent elles s'enfoncent dans le
sable du rivage; c'est pourquoi on les prend
lorsque la mer est retirée. Les
sans difficulté,
pécheurs en trouvent souvent dans leurs nasses
ou paniers.
La chair de la sole est très-délicate, surtout
à la friture; elle se conserve plusieurs jours,
sans se corrompre.
MORUE. (Gade-Morue. M. de Lacépède,
tome IV, page 121).
Ce poisson est si connu, qu'il me suffira
d'indiquer au lecteur l'article gade-morue, et
le Traité des pêches de M. Duhamel, pour connoitre les diverses préparations qu'on fait subir
à ce précieux habitant de l'onde salée.
Le BROCHET DE MER. Cette espèce de
morue est le merlu grand,gadus merlucius;
Linn., etc. --- Page 311 ---
D'UN NATURALISTÉ
Ce gade a tant de
rapport avec le brochet
d'Europe, dont il a la chair ferme
que > pour le dessécher
et épaisse
nègres la coupent
parfaitement ; les
et
par compartimens carrés
joignent au sel dont ils la
,
jus de plusieurs citrons. Sans saupoudrent,le
sable
cette indispenprécattion, cette chair
l'ardeur du soleil,
conservant, malgré
une humidité
corromperoit tôt ou tard.
interne, se
Le brochet de mer est un mets
recherché,
lorsga'aprésavoir été préparé comme
on le fait cuire dans
ci-dessus,
et force
l'ean, avec un jus de citron
piment. On le pêche aux
l'épervier et à la ligne dormante.
nasses, à
Le BALISTE ANÉRICAIN.
(M. de Lacépède,
tome II, page 209).
Ce poisson n'est acheté
les pécheurs en
que par les nègres :
prennent dans leurs seines.
SCOMBRE MAQUEREAU.
(Fayes son intéressant
article, M. de Lacépède, tome
V, page3 30).
Les
maquereaux sont très - goulus ; c'est
pourquoi ils se précipitent
tous les appâts qu'on leur inconsidérément sur
de hameçons attachés à des présente, au moyen
On les prend
cordes flottantes.
surtout la
encore aux filets, aux manets,
nuit, ou par des tems orageux.
T 3
MAQUEREAU.
(Fayes son intéressant
article, M. de Lacépède, tome
V, page3 30).
Les
maquereaux sont très - goulus ; c'est
pourquoi ils se précipitent
tous les appâts qu'on leur inconsidérément sur
de hameçons attachés à des présente, au moyen
On les prend
cordes flottantes.
surtout la
encore aux filets, aux manets,
nuit, ou par des tems orageux.
T 3 --- Page 312 ---
VOYAGES
inutile de m'étendre sur les qualités
11 est
tout lei monde
essentielles du maquereau, que
connoit.
La BRÈME DE MER (M. de Lacépède, tome VII,
page 56).
détruit beaucoup de frai de poisCe spare est molle et d'une qualité trèssa chair
-
sons :
les tems d'orage
médiocre. On le prend,dans
oit il quitte les bas-fonds, aux lignes flottantes,
à l'épervier, ou à la chausse.
niger) et le NEGRE
Le NEGRE NOIR (Scomber
Epinephelus) sont trés-recherchés,
AFRICAIN(OU
les
comme les
estimés; on
prépare
et justement
un beau nègre
morues. On a à Saint-Domingue
On les prend aux hains,
e pour deux gourdins. la seine et à la chausse.
à corde Bottante,à
et CARANXONORE
Le SCOMBRE CARANGUE, estimés qu'on les vend
PLUMIÉRIEN, sont si peu
au plus vil prix.
Le MOMBIN (some II, planche XIII) a beauavec le gade lubb de
coup de rapport
planche III,
M. de Lacépède (tome XI, couleurs de
161), Sl ce n'est pour les
page
éclatante. Toute la partie supérieure
sa robe
cerise, et Pinféde son corps est d'un rouge
d'or très-brillant : ce poisson
rieure d'unej jaune --- Page 313 ---
D'UN NATURALISTE.
2g5
des écailles imperceptibles. On ne le
n'a que
friture; 3 il se prend à l'épervier
mange qu'en
très- petit,
et dans les nasses, oh, quoique
Le
d'aller entamer les appàts.
il a-le courage
été donné
nom de mombin lui a probablement
dans le
à cause de la couleur de la prune
pays, dont il a exactement la teinte.
de ce nom,
Le MABOUYA (tome II, planche XIII), que
je crois, rapporter pour les cal'on pourroit,
de l'ésoce, est ainsi
ractères extérieurs au genre
la conformité
appelé à Saint - Domingue par
Quoide sa tête avec celle du lézard-mabouya,
funeste est si dangerenx
qu'il en soit, ce poisson
les pécheurs ne le ramassent pas,
à manger, que
Il se nourrit sur los
même pour servir d'appât.
émétique,
fonds cuivrés, d'oi lui vient sa vertu
parvient, si la dose est petite, à nenqu'on
du beurre de cacao, pris intérieutraliser avec
rement.
XIII). C'est
Le COLAS. (Tome II, planche
d'or de M, de Lacépède,
le spare queue illustre auteur 2 a reçu dans
qui, dit cet
funeste.
un présent
sa propriété phosphorique de facilité que s'il
On le pêche avec bien plus
en éloit privé. La lumière qu'il produit,quelque
être, le trahit,
douce ou foible qu'elle puisse
dans la
lors même que son instinct Pentraine
T 4
XIII). C'est
Le COLAS. (Tome II, planche
d'or de M, de Lacépède,
le spare queue illustre auteur 2 a reçu dans
qui, dit cet
funeste.
un présent
sa propriété phosphorique de facilité que s'il
On le pêche avec bien plus
en éloit privé. La lumière qu'il produit,quelque
être, le trahit,
douce ou foible qu'elle puisse
dans la
lors même que son instinct Pentraine
T 4 --- Page 314 ---
VOYAGES
comme dans un
mer à quelque profondeur,
asile assuré; et on le cherche d'autant plus,
qu'il réunit à une. chair des plus délicates et
des plus agréables une grandeur considérable.
On péche-le colas avec les cordes flottantes
baufles
de leurs hameçons, avec des
ou
garnies des folles, des dragues et
seines, des caziers,
des verveux. Les nègres font dessécher ou salent
qu'on achète à très-bon compte
ce poisson,
dans les marchés.
L'EVESQUE. (Tome II, planche XIII.) Toute
de ce poisson est de couleur
la partie supérieure d'oà lui vient son nom ; le
violet évéque 2
ventre est rougeâtre;l la caudale est d'un pourpre
éclatant.
L'évesque se tient à une certaine profondeur;
on le péche à la drague. Sa chair
c'est pourquoi
les nègres mêmes ne
est SI peu estimée que
point la peine de le saler.
prennent
Bécune. M. de
La BÉCUNE. ( Sphyrène
Lacépede, tomie X, page 60).
svelte a l'agilité du serpent, et
Çe poisson
autant de vitesse. Sa
il poursuit sa proie avec
à l'azur et au
robe réunit des reflets argentins
bleu foncé qui la décorent. Ces poissons voraces attaquent tous les êtres créésqw'ilspeuvent --- Page 315 ---
D'UN NATERALISTE.
poursuivre, et capables d'assouvir leur
j'en ai donné un exemple à l'article
faim;
Comme ce poisson n'est point d'une congre.
délicate, on néglige de lui tendre des saveur
mais il ne s'en prend
piéges 5
ou dans les
que trop dans les folles
verveux, puisque les
oubliant leur captivité,, dévorent bécunes, 3
renfermés avec elles.
les poissons
Le SPARE CARDINAL (tome II, planche
est ainsi appelé,
XII)
parce que sa partie
est d'un rouge cinabre, tandis
supérieure la
inférieure est d'un
que
partie
rouge clair, séparé du
foncé, d'une manière
rouge
marquante,
Le spare cardinal, quoique se vendant à bas
prix, est d'un goût très-délicat. On le
on le fume, on le dessèche
sale,
offre dans le
avec soin, car il
pays une branche de commerce
assez importante.
Le spare cardinal n'est point vorace 3 c'est
pourquoi il n'entre ni dans les nasses ni dans
les verveux; ; mais on le prend avec les seines
ou le trémail.
LeBAtaov-Becasse (M. del Lacépède, tome III,
page 123; voyez Centrisque Bécasse),
Ce poisson, > très - commun dans toutes les
rades de la colonie, est assez bon à
manger.
avec soin, car il
pays une branche de commerce
assez importante.
Le spare cardinal n'est point vorace 3 c'est
pourquoi il n'entre ni dans les nasses ni dans
les verveux; ; mais on le prend avec les seines
ou le trémail.
LeBAtaov-Becasse (M. del Lacépède, tome III,
page 123; voyez Centrisque Bécasse),
Ce poisson, > très - commun dans toutes les
rades de la colonie, est assez bon à
manger. --- Page 316 ---
VOYAGES
à
au flambeau,
On le prend particulièrement
l'aide de fouines, d'un épervier , ou d'un
truble.
CRUSTACÉES
à des animaux
On donne ce nom génériqae dure
les
recouverts d'une enveloppe moins
que
des testacées. Als n'ont ni sang ni OS; 2
écailles
c'est à dire
quoique parfaitement organisés 2
d'une tête, d'un corps et d'un estomac,
pourvus de pieds, de bras, d'intestins et d'antennes.
changent de peau tous
Les crustacées, qui
les mêmes
les ans, ont à peu près entr'eux
les rivages,
habitudes : les uns fréquentent
des rid'autres se tiennent à T'embouchure dans la
aiment à s'enfoncer
vières ; ceux-ci cenx-là l'évitent et se cachent
vase, tandis que
des arbres qui
en eaux vives, sous les racines
de
bordent les écores, , et oit ils sont à l'abri
leurs ennemis; d'autres enfin, qui se plaisent
des rochers mis à sec à la marée
dans l'interstice
à butiner, à livrer
basse, et où ils trouvent
dont la
redontable aux insectes,
une guerre
nourriture. Mais, dans
plupart font leur unique
le danger
ce dernier cas, 2 ils n'ont pas prévu
des
avoir triomphé
qui les attend, poisqu'aprés
ils doivent
plus foibles, assouvi leur voracité,
induseux-mêmes devenir la proie de Phomme --- Page 317 ---
D'UN NATURALISTE
trieux, sans cesse à leur poursuite. C'est donc 299
la marée basse que les
à
pêcheurs vont
au milieu des rochers, les crustacées ramasser,
y: a laissés; mais,
que la mer
à
comme souvent ils cherchent
se défendre, et à opposer une résistance d'oà
quelquefois dépend leur salut, on
pour les retirer des trous
employe,
ils se sont réfugiés, des
remplis d'eau oùt
trubles, ou des crochets
propres à cette pêche. Lorsqu'on en veut
en haute mer, on leur tend des
obtenir
tenant des appâts, tels
nasses conque chair putréfiée,
poisson pourri, etc.; c'est ainsi que se
les homards, langoustes,
péchent
aux crabes et
chevrettes, etc. Quant
cancres, on les pêche le plus
communément aux flambeaux, ou le
Ja marée basse,en
jour à
crochet, la
bouleversant,au moyen d'un
vase ou le sable des
où
ces crustacées aiment à s'ensevelir. Les rivages,
attirent en rade les crabes dans leurs pécheurs
des intestins de volaille et des
nasses, avec
qui servent de faux leurre.
pierres blanches,
Le HOMARD DES ANTILLES n'a point de
dans, mais seulement deux grands
morou bras garnis de poils noirs
barbillons,
rudes. Il est d'un bleu
très-courts et fort
rondes de couleur
d'azur, marqué de taches
Ce homard n'est pourpreaurore et ronge-pàle.
point aussi délicat qrre celui
cheurs
des intestins de volaille et des
nasses, avec
qui servent de faux leurre.
pierres blanches,
Le HOMARD DES ANTILLES n'a point de
dans, mais seulement deux grands
morou bras garnis de poils noirs
barbillons,
rudes. Il est d'un bleu
très-courts et fort
rondes de couleur
d'azur, marqué de taches
Ce homard n'est pourpreaurore et ronge-pàle.
point aussi délicat qrre celui --- Page 318 ---
VOYAGES
d'Europe : sa chair est coriace et filamenteuse.
On le sert rarement sur les bonnes tables, à
moins qu'il ne soit trés-jeune. Il parvient à une
taille énorme, et alors il n'est plus possible d'en
tirer aucun parti avantageux. On le prend en
haute mer 2 dans des nasses garnies d'appâts,
et sur le rivage lorsque la mer s'est retirée.
Pourles surprendre,ilfauty: arriver en silence,
à la faveur de la lune ou d'un flambeau,
que la nuit rend les homards moins timides, parce
puisque tout repose autour d'eux; mais au plus
léger bruit ils reprennent leur poste, et s'y
tapissent; il faut, dans ce cas, suivre des
leur direction, et les aller percer de la fouine yeux
au sein, même de leur quartier de réserve :
c'est Tastacus gammarus marinus.
La LANCOUSTE (Locusta) est plus grosse
d'un tiers que celle d'Europe, et vit également
dans les lieux pierreux, sous les galets, qu'elle
déplace pour s'ensevelir dans le' sable jusqu'à
la nouvelle marée. Les pécheurs qui connoissent ces ruses, sont à la piste du déplacement des galets, pour s'emparer d'une proie
qui ne peut leur échapper. Dans les grandes
chaleurs, on ne les trouve jamais sur les côtes,
mais en plein fond. La langouste des Antilles
est moins estimée que le homard. --- Page 319 ---
D'UN NATURALISTE
La CHEVRETTE
3or
seur du
ou SALICOQUE, est del la grosbouguet d'Europe; elle est aussi délicate, et nage sur le flanc. On prend les
au truble et au fagot. On
chevrettes
employe
pour cette pèche le filet appelé
quelquefois
est placé sur une croix de chaudière, qui
bois, et au fond
duquel on met une pierre pour le faire
Les nègres font sécher au soleil les
caller.
pour l'usage de leurs calalous
chevrettes
chevrette est
: la chair de la
pectorale et fortifiante.
CRABE, ( Cancer oblongus ). On
des crabes de
de
distingue
lls
terre,
mer et d'eau douce.
diffèrent des cancres par un corps
que haut. Leur
plus large
à
quene rabattue en dessous est
La compartimens, 3 et appliquée sur le ventre.
femelle a cette queue plus large que le
Ils se servent avec adresse de leurs
mâle.
qu'on appelle aussi forces,
serres >
ou tenailles, et qui font les fonctions pinces, mordans
Ils marchent plutôt de côté
de mains.
à l'aide de leurs dix
qu'en avant, et
Le crabe se
pattes.
tapit au moindre bruit,
est hors de l'eau ou de son trou.
lorsqu'il
Les crabes de vase ou de
recherchés par les
paletuviers, si
par les
Créoles, et souvent aussi
Européens, sont d'un bleu-terne ou
rousseâtres; ; ils marchent en
égratignant la
ces, mordans
Ils marchent plutôt de côté
de mains.
à l'aide de leurs dix
qu'en avant, et
Le crabe se
pattes.
tapit au moindre bruit,
est hors de l'eau ou de son trou.
lorsqu'il
Les crabes de vase ou de
recherchés par les
paletuviers, si
par les
Créoles, et souvent aussi
Européens, sont d'un bleu-terne ou
rousseâtres; ; ils marchent en
égratignant la --- Page 320 ---
a
VOYAGES
terre, et aiment à grimper le long des
pour se mettre à l'abri de la pluie murailles,
mergé leurs trous : ils
qui a subl'une contre
frappent leurs tenailles
l'autre, comme pour intimider
l'objet de leur propre
ils
entr'eux
frayeur;
se battent
avec acharnement, et laissent
sur le champ de bataille un de leurs souvent
qui quelques jours après est
membres,
autre. Les crabes se servent de remplacé leurs par un
mordans
pour couper les racines ou les
ils font en partie leur nourriture. plantes, dont
totijours
Il n'est pas
prudent de les
épronvé leur salubrité manger 2 sans avoir
de s'en
: il est deux manières
assurer; la première, à l'ouverture du
corps, , d'examiner le
jaune Ou
taumalain, 9 substance
verdâtre, qui se trouve sous
ou dos. S'il est de la couleur
l'écaille
est sain; mais que si au contraire, indiquée, l'animal
cette
adipeuse est noire, le crustacée
partie
sible. Pour plus de
peut être nuisûreté, on joint aux
lorsqu'on les fait cuire, une cuillère crabes,
si elle noircit, il faut
d'argent;
deviendroit
renoncer à un mets qui
funeste. L/nsage des pommes du
mancenillier, ou des baies de
Cause cet inconvénient. Il est
l'azédarack,
carieux de
après une ondée, tous les crabes sortir de voir, la
terre, qui bientôt en est couverte, tant leur
espèce est multipliée dans les quartiers qui ayoi- --- Page 321 ---
D'UN NATURALISTE
sinent les bords de la mer, des rivières ou des
paletuviers. Les crabes de terre ou tourlouroux
et leur écaille mince est tasont moins gros,
l'une et l'autre
chetée. Les nègres attaquent
destiné à les
espèce avec un baton fourchu,
et à les préserver du pouvoir
tenir en respect,
Les espèces les
de leurs pinces dangereuses.
sont, Io. les crabes blancs,
moins répandues
et les salines;
qui habitent les lieux marécageux
les crabes honteux, ainsi nommés, parce
20,
dérober à tous regards en
qu'ils croyent se
leurs
3°. les
couvrant leurs yeux de
pinces;
autrefois si communs, et maincrabes violets, J'aiindiqué le moyen dé pêcher
tenant si rares. Fintroduction à l'article crusles crabes, dans
devoir
tacées ; c'est pourquoi je crois ne point
me répéter ici.
Les crabes de ravine de Dalmarie sont réles meilleurs de tout Saint-Domingue.
putés
vont faire leur ponte à la mer, 2
Ces crustacées
premières pluies
ety dhanerdieile.psinpses les terres en nombre
du printems, regagnent
tous les cheiofini : alors toutes les maisons,
avoisinent le rivage en sont remplis;
mins qui
sans nombre, dit
et, malgré des précautions
jusque
Morenu-dessin-3Nay, ils y pénètrent
dans les lits. Lextérieur des murs ou des
vont faire leur ponte à la mer, 2
Ces crustacées
premières pluies
ety dhanerdieile.psinpses les terres en nombre
du printems, regagnent
tous les cheiofini : alors toutes les maisons,
avoisinent le rivage en sont remplis;
mins qui
sans nombre, dit
et, malgré des précautions
jusque
Morenu-dessin-3Nay, ils y pénètrent
dans les lits. Lextérieur des murs ou des --- Page 322 ---
VOYACES
cloisons en est tapissé, les toits
rues jonchées (1).
couverts, les
Les CANCRES s'attachent
s'y
sur les rochers, et
cramponnent si fortement
de peine à les en
qu'on a beaucoup
verbe : Les
arracher, d'oi vient le prouns se trouvent dans les
les autres vivent dans la
rochers,
à rester ensevelis
vase; ceux-ci aiment
dans le sable; ceux-là,
petits, se repaissent parmi les
plus
les coquilles. Les
algues ou. dans
ronde
cancres sont d'une forme
ou cordiforme, et non point
comme celle des crabes.
évasée, 3
Le cancre, araignée de mer, est. peu
mais le pagurus ou tourteau est très-estimé. délicat;
Les petits cancres coureurs,
contre sur les
que l'on renplages, vivent
terre êt dans la mer, Ils
également sur la
s'occupent hors de l'eau
(1) Il est certains quartiers où la
ces crabes devient funeste, Leur têle multiplicité de
parl le dégât qu'ils font sur les
est mise à prix
les cannes ou leurs
sucreries, dont ilscoupent
Cette
racines, à l'aide de leurs mordaus.
s'ils ordonnance de police réjouiroit les amateurs,
pouvoient profiter de ces crabes; mais le mancenillier, dont ils transmeltent la vertu
pour cela en être eux - mémes
funeste, sans
qu'on les jelte au loin comme incommodés, fait
les exhalaisons fétides
inutiles, et pour éviter
position.
qui résultent de leur décomà
ou leurs
sucreries, dont ilscoupent
Cette
racines, à l'aide de leurs mordaus.
s'ils ordonnance de police réjouiroit les amateurs,
pouvoient profiter de ces crabes; mais le mancenillier, dont ils transmeltent la vertu
pour cela en être eux - mémes
funeste, sans
qu'on les jelte au loin comme incommodés, fait
les exhalaisons fétides
inutiles, et pour éviter
position.
qui résultent de leur décomà --- Page 323 ---
D'UN
a
NATURALISTE
à fouiller dans la
insectes,
vase, et à en extraire les
dont ils fontleur nourriture.
petits
CÉRIQUES. Ces crabes, d'une
et svelte, sont la
forme élégante :
bordés d'un liseret plupart de
d'un bleu d'azur, et
jaune d'or, ou d'un
pourpre, 2 avec le liseret bleu. Les
brun-"
mer et de rivière sont également cériques de
manger. Je crois devoir donner très-bonnes à
d'un maia-glabra,
ici la figure
qui m'a été
parM. Tussac, si avantagensement communiquée
les savans, par la Flore précieuse connu parmi
à laquelle il travaille
des Antilles,
plusieurs livraisons en ce moment, et dont
Cette
ont déjà été publiées.
de
cérique n'a pas les couleurs
celles que j'ai citées plus
éclatantes
offre une particularité
haut; mais elle
surmontée d'un
remarquable, Sa tête est
oculée, appelée polypier rameux, ou éponge
implantée
fite de Pan, qui se trouve
sur T'enveloppe de ce
subsiste ainsi, sans nuire à l'animal. crustacée, et
planche XV.)
(Tome II,
Cemaia-giabra est, ainsi que
jaune terre de Sienne. Je suis T'éponge,d'un
voir rendre
charmé de pouM.
hommage en cette
à
Tussac, et de le remercier circonstance
des bontés qu'il a eues
publiquement
séjour à
pour moi, pendant mon
avec lui Saint-Domingue, dans des
oij je"me suis instruit
courses d'Histoire
TOME II,
naturelle,
V --- Page 324 ---
VOYAGES
ce savant, un téCe souvenir doit être, pour
de ma haute estime et de ma plus
moignage
vive reconnoissance.
TESTACÉES.
diffèrent
des crusLes testacées
plysiquement calcaire est
tacées, en ce que leur euveloppe
dure, et au moral, en ce que
infiniment plus
des animaux sans
cette classe ne contient que
à la vue
défense, sans industrie, et n'offrant Parmi
informe et non organisé.
qu'un corps
d'après leurs habitudes,
les testacées on peut,
arénacées êt les naudistinguerles saxatiles, les
fixer aux
tiles. Les saxatiles, qui aiment à se
les huîtres, etc. ; lés
rochers, comprennent comme les moules,
arénacées sont ceux qui,
enfin,
aiment à ramper sur le sable et la vase;
dc
ceux qui, à la faveur
les nautiles indiquent
se meuventdans
Tinspiration ou del'expiration,
surface. On
ou s'élèvent à sa
l'eau, plongent
à la drague, au
pêche les testacées au râteau,
filet, à la main, ou en plongeant.
HUÔTRES DE FOND ET DE ROCHERS SOUMARIXS.
offre aux plongeurs des dangers,
Cette pêche
à perdre
milieu
ils sont exposés
au
desquels
ils n'atteignent au banc
la vie, puisque souvent
de cinq ou six
des huitres, qu'à la profondeur
vent à sa
l'eau, plongent
à la drague, au
pêche les testacées au râteau,
filet, à la main, ou en plongeant.
HUÔTRES DE FOND ET DE ROCHERS SOUMARIXS.
offre aux plongeurs des dangers,
Cette pêche
à perdre
milieu
ils sont exposés
au
desquels
ils n'atteignent au banc
la vie, puisque souvent
de cinq ou six
des huitres, qu'à la profondeur --- Page 325 ---
D'UN NATURALISTE
brasses, 2 et qu'ils ont à peine le
détacher
tems d'en
leurs
quelques-unes, 2 et de les jeter dans
paniers, pour remonter
dessus de l'eau, et
promptement au
pendant lequel ils y respirer ; mouvément
dent meurtrière
ont souvent à redouter la
des squales.
Cette récolte est beaucoup moins à
lorsque les bancs se trouvent à
craindre,
on se contente alors de les
fleur d'eau;
de
daguer, à l'aide
l'étiquette 3 espèce de couteau
chant, qui sert à détacher
sans tranEnfin, le
l'huitre du rocher.
à la basse pécheur ne court plus aucuns
mer, qui découvre
risques
chers qui en sont
souvent des roà pied sec.
garnis, et qu'il va ramasser
HUiTRES DE MANGLES. Celte
niment plus
espèce est infiles
petite, > et d'un tout autre
que
premières. On en trouve
goût
ensemble, au moyen d'une
souvent collées
répandent à cet effet
glu tenace, qu'elles
, et au milieu
groupe on admire une branche de
duquel
dont elles ont moulé le
paletuvier,
contour. Il suffit
couper une de ces branches
de
une provision 5 on la sert
pour en avoir
membrer. Ces huitres
souvent sans la dédire
sont difformes, c'est à
qu'elles n'ont point de forme
en raison des
régulière,
angles ou pourtours auxquels
V2 --- Page 326 ---
VOYAGES
elles assujettissent leur coquille, lors de sa formation. On trouve souvent, parmi les huîtres
de mangles, l'espèce appelée selle
qui est toute plate, et qui a une pêtite polonaise,
de poils au milieu de sa charnière mais houppe
est
et ne
;
elle
àcre,
peut se manger. Elle ne s'implante point sur l'arbre, à l'exemple de la
mière; elle y est seulement retenue
prebyssus. Les huitres en
par son
général, ne sont
saines lorsqu'elles
point
frayent, et elles causent à
ceux a qui en mangent alors, des maladies
tives. Leur frai, qui est une matière érupde forme lenticulaire . s'attache
laiteuse,
à tous les
corps qu'il rencontre 2 et s'y fixe pour son
développement.
MOULES. On en trouve de plusieurs
sur le rivage, principalement
espèces
après les ratsde-marée, et parmi lesquels on distingue celle
appelée vulgairement le
mais
en néglige la cueillette, jambonneau;
on
plupart des créoles
par l'antipathie que la
ressentent à leur vue. Les
moules, ces intéressans hermaphrodites,
été dispersées par de gros tems ou des ayant
impétueux, profitent du calme
orages
pour se
procher et se réunir en monceaux; de là, rap- les
bancs de ces coquillages. Les moules naviguent, au secours d'une membrane
quiprotège
néglige la cueillette, jambonneau;
on
plupart des créoles
par l'antipathie que la
ressentent à leur vue. Les
moules, ces intéressans hermaphrodites,
été dispersées par de gros tems ou des ayant
impétueux, profitent du calme
orages
pour se
procher et se réunir en monceaux; de là, rap- les
bancs de ces coquillages. Les moules naviguent, au secours d'une membrane
quiprotège --- Page 327 ---
D'UN NATURALISTE
leur natation, et
30g
des valves.
qui se déploie à T'ouverture
Cette membrane charnue fait
elles les fonctions d'un
chez
bras, que les moules
assujettissent à leurs besoins.
Les moules sont très-souvent
occasionnent diverses
venimeuses, et
maladies, telles que la
cardialgie, des hémorragies, des acides dans les
premières voies, des fièvres
ne sont pourtant malfaisantes éruptives, etc. Elles
mois de mai, juin,
que pendant les
juillet et août,
pendant lesquelles les moules
époques
d'elles le frai des étoiles de ramassent autour
poison est du vinaigre,
mer. Le contreou, dans le
verre d'émulsion de la graine de
pays, un
dens, saturée jusqu'à
mimosa scanagréable astriction d'acide
sulfurique.
Les symptômes de cet
alarmans : le malade est empoisonnement sont
attaqué d'une fièvre
ardente, et d'une enflure douloureuse
levres, au palais, à la langue et à
aux
ses yeux s'animent; il ne peut articuler l'ossophage;
son; une éruption scarlatine se manifeste, aucun
un prurit insupportable. Enfin
avec
devient difficile,
sa respiration
gênée; il esti inquiet, au désespoir, pleure, et meurt en soupirant, si l'on
n'a promptement fait usage des acides.
La PALOURDE, espèce de came
à manger, habite les fonds
très-bonne
vaseux; mais c'est
V 3 --- Page 328 ---
-
VOYAGES
en vain qu'elle veut s'y soustraireanx
des pécheurs,
recherches
2 qui savent bien
l'aide de leurs crochets.
l'y déterrer à
Le BURGAU. On mange aussi les
les lambis : je ne parlerai
burgaus et
point des autres
coquillages que les côtes
ne
qu'ils
sont point d'un fournissent, parce
tels que
usage domestique,
Pargonaute ou nautilite
et la conque de énus
papiracé,
parages de
, communs dans les
Jérémie; les éperons, les murex, etc., disséminés dans les" diverses
de Cette ile, riche
rades
dépositaire d'une
quantité d'espèces de testacées.
grande
PÉCHES A LA RIVIÈRE.
EAUX DORMANTES,
POISSONS.
La SAVALLE ou CHEVANNE,
de M. de Lacépède,
Clupée Apalike
tome X, page 233. Alauda
argentea pinnula caudatà, vulgo savalle de
Plumier. C'est le meunier de la rivière de
l'Ester, dont la robe argentée éblouit
tion du soleil. Ce
par l'acque dans les
poisson plat ne se rencontre
le fond
eaux limpides, profondes, el dont
est tapissé de verdure, au milieu de
laquelle il aime à se jouer par un tems
tandis qu'il reparoît à la surface, à
lourd,
l'approche
entea pinnula caudatà, vulgo savalle de
Plumier. C'est le meunier de la rivière de
l'Ester, dont la robe argentée éblouit
tion du soleil. Ce
par l'acque dans les
poisson plat ne se rencontre
le fond
eaux limpides, profondes, el dont
est tapissé de verdure, au milieu de
laquelle il aime à se jouer par un tems
tandis qu'il reparoît à la surface, à
lourd,
l'approche --- Page 329 ---
4 D'UN NATURALISTE.
Il s'élève souvent au dessus de
d'un ouragan. poursuivi par le caiman; mais
Teau,lorsqu'ilestr
échapper à
il lui faut toute sa légéreté pour dans Pair
qui s'élance
ce dangereux reptile,
il a le
en même tems que la savalle, quand
bonheur d'en surprendre sous l'abri passager
de mousses flottantes, ou au milieu des roseaux,
dont les rives de IEster
ou des pontédéria,
est assez heureux
sont garnics. Si T'amphibie
saisir cette proie délicate, il s'empresse,
pour
dans l'eau (1), de la
ne pouvant s'en repaitre
lui avoir ôtéla vie
porter à son magasin, après
d'un coup de mâchoire.
aime à s'en- S
Ce poisson large et très-plat,
les
se cacher sous
- foncer dans la vase, ou à
racines des arbres. Il vit long-tems hors del'eau,
sa chair soit blanche et très-délicate
et quoique
l'estime mieux lorsqu'il est
étant fraiche, on
d'arêtes. Ces poissons
salé. Il renferme beaucoup
en compagnie; c'est pourse trouvent toujours
à la seine, aux
quoi on les pêche à Pépervier,
dans leslignes dormantes, et avec des verveux
appàt, du sang caillé,
quels on a mis, pour
J'indique dans l'anatomie comparée du caiman
()
au troisième volume de ces
de Saint-Domingue,
à cC que le repVoyages, les raisons qui sopposent
tile puisse avaler dans l'eau.
V 4 --- Page 330 ---
3r2
VOYAGES
ou du fromage. Le caiman est friand du frai
des savalles.
La BRÈME. (M. de Lacépède, tom. XI, P. 72.
Cyprin-Brème.) Ce poisson est, ainsi que la
savalle, aplati latéralement; il a beaucoup
d'arêtes, et sa couleur argentine a du rapport
avec celle de cet autre cyprin. La brème a les
mêmes habitudes que la savalle. On doit aussi
lui tendre les mêmes piéges aux embouchures
des rivières, ou dans les détroits. On pêche
dans l'Ester beaucoup de brèmes; mais on les
vend aprés les avoir salées, parce que leur chair
a
élant fraiche, a un goût insipide.
L'ALOSE (M. de Lacépède, tom. X, P. 218.
Clupée-Alose) est maigre, tant qu'elle n'a point
remonté dans les fleuves, oùt sa chair acquiert
une toute autre qualité qu'en eau salée. Elles
sont trés-communes dans I'Ester, et les nègres
les péchent à la seine, à la ligne dormante
et à l'épervier, pour ensuite les saler, et les
faire sécher au soleil. Ce poisson délicat seroit
bien plus estimé s'il contenoit moins d'arêtes.
Les aloses nagent avec une grande agilité, et
se plaisent à se montrer à la surface de l'eau.
Les aloses redoutent le fracas du tonnerre, dit
M. de Lacépéde; mais des sons ou des bruits
modérés ne leur déplaisent pas; ils leur sont
dormante
et à l'épervier, pour ensuite les saler, et les
faire sécher au soleil. Ce poisson délicat seroit
bien plus estimé s'il contenoit moins d'arêtes.
Les aloses nagent avec une grande agilité, et
se plaisent à se montrer à la surface de l'eau.
Les aloses redoutent le fracas du tonnerre, dit
M. de Lacépéde; mais des sons ou des bruits
modérés ne leur déplaisent pas; ils leur sont --- Page 331 --- --- Page 332 ---
Peye 313.
Poissons de Riviere.
A
*
a
1. Kyphose Hant-Dos, 2. Gobiésoce Testar
3. Mulet de VArtibonite, 4. Ecrevisse de l'Ester
5. Ecrévisse de VArGibonite. --- Page 333 ---
D'UN NATURALISTE
même
tres-agréables dans plusieurs
tances : c'est pourquoi, dans certaines circonsles pécheurs attachent à leurs filets rivières, des
de bois, garnis de clochettes, dont le
arcs
attire les aloses,
tintement
Le HAUT-Dos DE L'ESTER (tom.
qui a beaucoup de
II, pl. XIV),
Double-Bosse
rapport avec le Kyphosede M. de Lacépède, tome
page 149, a toute la partie supérieure de v,
leur verte tachetée de noir
coule ventre blanc. Ce
irrégulièrement, et
appeler
poisson que l'on pourroit
bossu, à cause de la
peuse qui se trouve sur son dos, proéminence à la
adide la tête, a les nageoires
naissance
et
pectorales pointues
tres-alongées 5 celle de
que la moitié de la dorsale, Tanus, qui n'égale
la longueur de la
dépasse un peu
dernière, le
queue, en formant, avec cette
croissant. Les thoracines et les
opercules sont de couleur fauve.
Le haut-dos est
très-estimé; sa bosse
qui est un corps graisseux, est d'une surtout,
extrême. Il a plus d'arêtes
le délicatesse
testar, quilui est préféré, On que gobiésoceavecl l'épervier, la seine
pêche le haut-dos
et les nasses. Les
après l'avoir imbibé de jus de citron nègres,
le font sécher au soleil
et salé,
mais il est d'un
pour leurs calalous ;
péché,
goût plus 2 agréable venant d'être
un corps graisseux, est d'une surtout,
extrême. Il a plus d'arêtes
le délicatesse
testar, quilui est préféré, On que gobiésoceavecl l'épervier, la seine
pêche le haut-dos
et les nasses. Les
après l'avoir imbibé de jus de citron nègres,
le font sécher au soleil
et salé,
mais il est d'un
pour leurs calalous ;
péché,
goût plus 2 agréable venant d'être --- Page 334 ---
VOYAGES
Le Gomésocs-TESTAn
(M. de Lacépède,
(tome II, pl. XIV)
coup de
tome IV, page 421) a beanrapport avec le cotte-chabot,
les
caractères extérieurs
pour
verte en diffère. C'est ; cependant sa couleur
major, vulgo
le céphalus fuviatilis
Testar, de Plumier. Les yeux trèsrapprochés sur le sommet de sa tête, sont
bleu de saphir; sa couleur
d'un
avec des reflets
générale est verte,
jaunâtres; il n'a point d'écailles
apparentes ; ses lèvres sont doubles et extensibles ; sa tête est grosse et
ventre est d'abord volumineux, comprimée; ; son
se rétrécit d'une manière
puis toutà coup
sensible. 11 n'a
nageoire dorsale de couleur
qu'une
et placée au dessus de la jaune, très-petite,
rondie. Les thoracines
caudale, qui est arsontj jaunes,
et ressemblent à une main ouverte. très-courtes,
Le gobiésoce-testar n'a point
est le plus délicat des
d'arêtes, et il
chair est fondante. Il diffère poissons de l'Ester; ; sa
bonite
du testar de l'Artien ce que ce dernier est d'une couleur
rousseâtré. Le testar se tient
pierres, aux racines ; c'est
cramponné aux
prend qu'avec le
pourquoi on ne le
secours des nasses où l'on
su l'attirer par des appâts.
a
Le testar nage avec rapidité, et il est trèsvorace; il donne la chasse aux
pelits que lui, et aux insectes poissons plus
aquatiques, ou
bonite
du testar de l'Artien ce que ce dernier est d'une couleur
rousseâtré. Le testar se tient
pierres, aux racines ; c'est
cramponné aux
prend qu'avec le
pourquoi on ne le
secours des nasses où l'on
su l'attirer par des appâts.
a
Le testar nage avec rapidité, et il est trèsvorace; il donne la chasse aux
pelits que lui, et aux insectes poissons plus
aquatiques, ou --- Page 335 ---
D'UN NATURALISTE
encore à leurs larves. Sa
qu'il échappe
peau est si visqueuse
très-souvent des
le retire des nasses.
mains, lorsqu'on
L'ANGUILLE DE L'ESTER. (Fayez l'élégante
description de la murène - anguille. M. de
Lacépède, tome III, page 290. ) Cette
dont la forme est déliée et les
murène,
faciles, joint à ces caractères circonvolations
instinct, une aflection
physiqnes un
toire de
qui ont fait écrire l'hiscette espèce par M. de
tous les charmes de
Lacépède, avec
personnelle. Cet
T'éloquence qui lui est
illustre auteur observe
raison que les nuances de la murène
avec
beaucoup de l'age de
dépendent
de l'eau au milieu l'animal, et de la qualité
de laquelle il vit
cette eau est
: lorsque
de la
limoneuse, le dessus du
murène est d'un beau
corps
d'un jaune
noir, et le dessous
plus ou moins pâle; mais si l'eau est
limpide, et qu'elle coule sur un fond de
les teintes gu'offre
sable,
et plus riantes
l'anguille, sont plus vives
: sa partie supérieure ést
vert nuancé, quelquefois même
d'un
qui le fait
rayé d'un brun
ressortir, et le blanc du
couleur
lait, ou la
rieure du dargent, brillent sur la partie infépoisson.
L'anguille vit assez long-tems hors de
et il n'est pas rare de la
l'eau,
trouver la nuit > --- Page 336 ---
VOYAGES
rampant sur le rivage, et cherchant à paitre
les jeunes bourgeons de patates. J'en ai surpris
deux fois étant sur les bords de l'Ester, à l'affat
des gingeons. Lorsqu'elle a pris suffisamment
de nourriture, elle retourne à son élément,
et s'y enfonce dans la vase, où elle digère avec
fruit les alimens qu'elle a su découvrir.
On prend les anguilles à lignes dormantes,
ou dans des nasses qu'on amorce avec des vers
de terre, On en péche aussi au moyen de seines
à mailles étroites et serrées. Les anguilles se
multiplient tellement dans TEster, qu'il n'est
point de jour que chaque nègre pécheur des
habitations circonvoisines n'en prenne sa provision. L'anguille descend quelquefois à la mer,
et souvent on s'en procure à la fouine. Les
nègres salent les anguilles pour corriger leur
viscosité.
CRUSTACÉES DE L'ESTER.
ECREVISSES DE-L'ESTER. (1°, Astacus fluviatilis major; 2°, Astacus fluviatilis minor). Cette
rivière en fournit deux espèces : la première
(planche XIV, tome 1I) plus grosse, dont le
corps est plus large et moins diaphane que celui
de la seconde espèce qui a tous les caractères
de la chevrette, est d'un vert-glauque surmonté
d'une tcinte longitudinale rousseâtre très-dis-:
ESTER.
ECREVISSES DE-L'ESTER. (1°, Astacus fluviatilis major; 2°, Astacus fluviatilis minor). Cette
rivière en fournit deux espèces : la première
(planche XIV, tome 1I) plus grosse, dont le
corps est plus large et moins diaphane que celui
de la seconde espèce qui a tous les caractères
de la chevrette, est d'un vert-glauque surmonté
d'une tcinte longitudinale rousseâtre très-dis-: --- Page 337 ---
D'UN NATURALISTE
tincte. Sesbras, dépourvus
longs, et
demordans, sont fort
sonthérissés comprennent dej
cing articnlations ; ils
poils rudes etnoirs dans leurétendue, etsont fourchus etdentelés à
Les écrevisses de l'Ester
leurextrémité.
et sont
croissent Ientement,
l'eau trés-voraces; elles sortent souvent de
pour s'attacher à des caïmans
étendus sur le rivage; elles
morts, et
proie infecte avec les crabes s'y disputent cette
avec juste
qu'elles redoutent
raison, et dont souvent elles deviennent les victimes. Leur chair estimée
nutritive, elle purifie le
est
et en favorisant
sang en le fouettant,
l'excrétion de ses parties hétérogénes : on l'emploie en médecine à divers
usages. On connoit la propriété absorbante
pierres d'écrevisses,
des
de l'estomac.
pour neutraliser les acides
Les écrevisses sont si communes dans
taines parties de l'Ester, et on les
cerpèche en telle
abondance, 2 qu'on n'en sert que les
comme la partie la plus délicate du queues 9
l'animal. On les prépare le plus
corps de
à la poulette, cette sauce étant communément
jus de citron et d'un
aiguisée d'un
piment.
On pêche les écrevisses de plusieurs
et leur voracité les conduit
manières,
dans tous les
inconsidérément
piéges qui leur sont tendus. On
peut au moyen des lignes
dormantes, floltant --- Page 338 ---
VOYAGES
à la surface de l'eau, les y attirer à l'aide d'appâts, puis profiter de l'instant où elles sont
fixées en quantité antour de la charogne qu'on
choisit à cet effet, pour glisser légérement sous
l'eau le truble qui doit les recevoir, On secoue
alors les lignes, et les écrevisses, en se détachant quoique difficilement de leur proie, se
laissent tomber dans le filet. On en prend encoré
avec beaucoup de succès en plaçant çà et là sur
le bord del'eau, des fagots d'épines qui recèlent
dans leur sein des appâts. Les écrevisses,
pour
4 y arriver, s'embarrassent au travers des branches, et se trouvent retenues, si l'on a soin de
relirer précipitamment le fagot. Le meilleur
appât, pour prendre les écrevisses, est la morue
salée qu'on a laissé rancir.
EAUX LIMONEUSES DE LARTIBONITE.
POISSONS.
Le TÉTARD DE L'ARTIONITE, qui n'est point
le même que cluidelEster, a, pour caractères
différens da premier, une taille plus svelte et
beaucoup plus considérable. La couleur universelle de son corps est roux-verdâtre, fouetté
irrégulièrement de taches bistres. 11 est aussi
plus délicat à manger, en ce qu'il ne sent point
la vase. On le pèche de même, mais il n'est pas
très-commun,
ISSONS.
Le TÉTARD DE L'ARTIONITE, qui n'est point
le même que cluidelEster, a, pour caractères
différens da premier, une taille plus svelte et
beaucoup plus considérable. La couleur universelle de son corps est roux-verdâtre, fouetté
irrégulièrement de taches bistres. 11 est aussi
plus délicat à manger, en ce qu'il ne sent point
la vase. On le pèche de même, mais il n'est pas
très-commun, --- Page 339 ---
D'UN NATURALISTE
Le
Hant-Dos de PArtibonite offre les
mêmes différences. J'ai
poissons de l'Ester
remarqué que tous les
moins
avoient une robe plus ou
verdâtre, tandis que ceux de
l'ont d'une.teinte
l'Artibonite
rousse ou grisâtre. Cette teinte
proviendroit - elle des herbes
FEster recèle en son
aguatiques que
font
sein, et dont les
en partie leur nourriture? Ce
poissons
teroit à le croire, c'est que le lit de qui me porqui est argileux, n'entretientan
l'Artibonite
troubles et
fond desese eaux
rongeitres, la végétation
sorte de plante.
d'aucune
Le MEUNIER DE 1'ARTIONITE
aussi au même
appartient bien
n'en diffère
genre que celui de l'Ester, et il
encore que parles couleurs
je crois, le résultat des
qui sont,
de soumettre aux naturalistes suppositions que je viens
éclairés.
Le MULET DORÉ, (Planche XIV,
(M. de Lacépède, tome
tome II.)
Plumierii;
X, page 139.) Mugil
Weitmmnd, par les Allemands
Atoulri, par les habitans de l'ile de
;
Vincent; Céphale
Saintde rivière;
d'Amérique, ou Mulet doré
; Gaulthier, Journal de
tome III, page 440, planche XII.
physique,
Ce poisson délicat habite les
il remonte le plus souvent
Antilles ; mais
il sait distinguer
dans les Beuves, et
particulierement les eaux de --- Page 340 ---
VOYAGES
T'Artibonite,
dans celles de puisqu'on ne le rencontre jamais
l'Ester. Son corps est long et
presque rond, son dos noirâtre à
et son ventre d'un blanc
reflets dorés,
argenté,
Le mulet nage avec une extrême agilité,
néanmoins il devient souvent la
mais
sons plus voraces
proie de poisque lui, qui ne se nourrit
d'herbages, et rarement d'insectes
que
On le pêche à la seine, à
aquatiques.
et lon
l'épervier, à la nasse 3
emploie tous les piéges
curer un aussi bon
Il qui peuvent prosalé,
poisson. se mange frais ou
L'ANGUILLE. Celles de la rivière de P'Artibonite ont les couleurs moins vives
de l'Ester, et leur chair est aussi
que celles
bien inférieure.
d'une qualité
CRUSTACÉES DES EAUX LIMONEUSES.
ECREVISSES DE 1'ARTIONITE.
planche XIV. ) Elles
(1 Tome II,
sont infiniment
grosses, plus délicates et plus fermes
plus
de TEster; et si les formes
que celles
mêmes, les couleurs
sont à peu près les
éclatantes,
des premières sont plus
etl'on voit sur leur
le
enveloppe briller
bleu-chatoyant et le jaune-aurore
l'éclat des franges. Les
qui relévent
soleil ces écrevisses
nègres font sécher au
pourjoindre eàleurs calalous.
CÉRIQUES
grosses, plus délicates et plus fermes
plus
de TEster; et si les formes
que celles
mêmes, les couleurs
sont à peu près les
éclatantes,
des premières sont plus
etl'on voit sur leur
le
enveloppe briller
bleu-chatoyant et le jaune-aurore
l'éclat des franges. Les
qui relévent
soleil ces écrevisses
nègres font sécher au
pourjoindre eàleurs calalous.
CÉRIQUES --- Page 341 ---
D'UN NATURALISTE
CÉRIQUES DE r'ARTHONITE,
32r
estimées que celles des autres Elles sont plus
rivières de l'ile.
EAUX VIVES DES
Les rivières des
MORNES,
mornes sont
pides; on les voit ici couler pures et limun doux murmure; là, elles sans pente avec
cades, ou des torrens
forment des caschaudes le
rapides. Leurs eanx sont
baigne
matin, et froides à midi, On
le lit, soleptueusement tandis
sur le galet qui en forme s'y
qu'un doux
mollement le
zéphyr qui balance
le transforment feuillage des arbres
en un
riverains '
Ces rivières, si
bienfaisant ventilateur.
en beaucoup peu profondes qu'elles montrent
renferment les d'endroits leur lit à découvert,
poissons ci-après
La CARPE,
dénommés.
qui a beancoup de
carpean (salmo cyprinoides;
rapport avec le
force contre les courans Linn.) ), nage avec
marche
qui
à
rapide, et brave
s'opposent sa
tance de l'eau qui la par sa légéreté la résisSaint-Doningue
contrarie. On la voit à
cascades. Elle s'y remonter les rivières et les
et d'herbes
nourrit de frai de poissons,
ferme et d'un aromatiques excellent qui rendent sa chair
quefois sur les
gout. Elle échone quelrapide; mais galets, au milien de sa
se plaçant sur le
marche
simultanément de la tête
côté, et frappant
ToxE II.
et de la queue, , elle
X --- Page 342 ---
U
VOYAGES
chercher le repos au milieu
reprend l'eau, et va
oùl elle se livre à un
d'un bassin tranquille
sommeil réparateur.
avec des nasses, 2 des
On prend ces carpes
trubles et des hameçons.
Sa chair ferme est estimée, et
Le BROCHET.
d'autant plus exacte qu'il
sa recherche doit être
etqu'il fait sa proie
est le requin de T'eaudouce, rencontre. On le
de tous les autres poissons qu'il
nasses, prinal'épervier, à la fouine, aux
prend
clair de lune et d'un flambeau,
cipalement au à fleur d'eau dans un bassin,
où lorsqu'il dort
communément ce
auprès du rivage. On sale
poisson.
des rivières des mornes
Le MULET BATARD
délicat que le
est infiniment plus petit et plus
mulet de PArtibonite : on en fait d'excellentes
à la
à l'épervier
fritures. Il se pêche
ligue;
lorsqu'il voyage en troupe, et au truble.
Ce beau poisson, dont les écailles
La TRUITE.
les plus vives et les
réfléchissent les nuances
se
couleurs primitives les mieux prononcées, rivières
dans les
rencontre assez communément
Plaisance, où elle se plaità
du Grog-Morne,del
franchir les obslutter contre les courans, et à
Elle s'y
tacles que lui oppose celte résistance. autres innourrit d'éphémères, de libellules et
troupe, et au truble.
Ce beau poisson, dont les écailles
La TRUITE.
les plus vives et les
réfléchissent les nuances
se
couleurs primitives les mieux prononcées, rivières
dans les
rencontre assez communément
Plaisance, où elle se plaità
du Grog-Morne,del
franchir les obslutter contre les courans, et à
Elle s'y
tacles que lui oppose celte résistance. autres innourrit d'éphémères, de libellules et --- Page 343 ---
D'UN
sectes
NATURALISTE
qu'elle surprend à fleur
s'empare avec une adroite d'eau, et dont elle
également le pisquet,
agilité. Elle poursuit
On pêche cette truite avec des
d'appats, ou avec des trubles.
nasses garnies
avec des lignes
On en prend aussi
soin de relever dormantes, mais qu'il fautavoir
vif, et souvent il souvent; car ce poisson est trèsaux hameçons échappe, aux risques de sa
qui l'ont altérée.
vie,
Le meilleur appât que lon
la truite dans les rivières
puisse présenter à
linge que l'on a fait frire oùt elle se plait, est un
caiman, dont elle
avec de la graisse de
paroit fort friande.
On sale, ou l'on marine la
encore mieux
truite, qui vaut
lorsqu'elle est mangée fraîche.
Le PISQET, TrTRI ou TITIRI.
est caraibe, et
Le mot titri
indique un
commun à certaines
trés-petit poisson
des mornes. Il y arrive époques dans les rivières
quantité que les
par bancs, et en si grande
souvent
eaux en sont noires, et
trop pressés dans leur marche
que
tune, il en échoue qui deviennent
imporcrabiers, ou autres oiseaux
la pâture des
sur. le bord des rivières.
placés à poste fixe
Le pisquet, qui n'a
long, est d'abord d'un pas plus d'un pouce de
parent au sortir de la blanc d'argent et transmer; mais, à mésure qu'il
X 2 --- Page 344 ---
VOYAGES
dans les fleuves, il devient, ou plutôt il
s'avance
est remparoit gris, parce que sa transparence son tube
le sable dont il remplit
placée par
intestinal.
ne s'écaille
Ce poisson très-délicat en friture,
le manger sans redouter ses
point, et on peut
de crin placé sur un
arêtes. Onle prend au tamis
manche, lors
cadre carré, et assujetti à un long
des bancs. Celte pêche réussit mieux
du passage
jour, oùt apercevant son
au flambeau, qu'au
au
ennemi, il cherche à P'éviter en plongeant
fond des eaux; mais c'est en vain qu'il veut se
ruses de Phomme, car il suffit
soustraire aux
voir remonter à la surd'agiter leau pour en
immense quantité. Les nègres qui
face une
ne salent point
aiment le poisson faisandé, 9 facilement; ils
celni-ci, quoiqu'il se corrompe
oà il
de le faire sécher au soleil,
se contentent odeur alcalescente qui leur plait: :
contracte une
ils en mettent dans leurs calalous.
dorLe GOBIOMORE DORMEUR - Gobiomorus
mitor, de M. de Lacépede, tome IV, page 413.)
de
n'est pas trèsI
Cephalus palustris, Plumier.) toujours en
commun. On le rencontre presque facilement
près des écores, où on le prend
repos
à
Sa chair n'est
avec un truble, et lépervier.
très-estimée; mais on le sale.
pas
ait: :
contracte une
ils en mettent dans leurs calalous.
dorLe GOBIOMORE DORMEUR - Gobiomorus
mitor, de M. de Lacépede, tome IV, page 413.)
de
n'est pas trèsI
Cephalus palustris, Plumier.) toujours en
commun. On le rencontre presque facilement
près des écores, où on le prend
repos
à
Sa chair n'est
avec un truble, et lépervier.
très-estimée; mais on le sale.
pas --- Page 345 ---
D'UN
NATURALISTE
Etant contraint par les bornes
prescrites, de ne point
que je me suis
m'étendre
ment sur les chasses et
plus longueje crois avoir
péches du pays, que
donner une idée suffisamment décrites pour en
le cours de
au lecteur, je vais reprendre
mes observations.
Le dimanche 2 juin 1799, je fus visiter Thabitation T.., oàj'eus le plaisir de
jeunes plantations du
remarquer de
muscadier,
cannellier, giroflier, et du
qui réussissent
jeunes plants de ces arbres
parfaitement. Les
portés de l'Inde dans des précieux furent transtroués par le bas, afin de noeuds de bambous,
superflue dont
laisser écouler l'eau
on les arrosoit
la
versée. Il est bien inconcevable pendant
traM. T.:. ne soit point imité quel'exemple de
nombre de colons,
par un plus grand
favorisent à
puisque le sol et le climat
si
Saint-Domingue une naturalisation
avantageuse pour notre commerce.
Qui croiroit que dans le
aussi hideux
scorpion, animal
par ses formes que
son caractère, on ait retrouvé des repoussant par
l'attachement
preuves de
T'autre?
remarquable d'un sexe pour
Lorsqu'un scorpion mâle ou femelle
périt misérablement, le second
tairement à une mort certaine s'expose volonsurvivre à son
pour ne point
compagnon. Je dois cette observation, que j'ai répétée depuis, à Mme RosX 3 --- Page 346 ---
VOYAGES
signol-Grammont, qui dans le bain fut piquée
douloureusementy par un de ces
eutle courage
insectes, qu'elle
d'écraser; le lendemain à
heure, on retrouva le second
pareille
baignoire
noyé dans Ia même
(1).
Ce fut sur la même
-
appréciai,
la
habitation que je vis et
pour première fois, les truffes du
pays. (Tome II, planche XV.) La truffe
de Saint-Domingue
blanche
(tubera
se trouve dans les terres où l'on candida, Plum.)
Elle est d'une forme
cultive l'indigo.
mamelons
irrégulière et composée de
de
blancs, tachetés çà et là de jaune et
gris. L'enveloppe est plus dure que la partie
intérieure, qui est molle et fondante. Cette
a au premier abord l'odeur d'un
truffe
mage de Brie affiné. Les
excellent froavec délices,
gourmets la mangent
simplement boucanée; mais elle
(1) C'est sous l'écorce du bois vermoulu
surpris quelques jours après, la femelle d'un que je
que j'avois pris la veille pour diverses scorpion
Furieuse de se voir entre les mains d'un expériences.
elle assouvit sa rage sur une
dominateur,
avec laquelle je la mis aux grosse araignée-crabe,
de son aiguillon et de ses prises, et par le moyen
.
fois avèc un mouvement pinces qu'elle dirigea à la
adversaire, et lui arracha convulsif, les
elle éventra son
elle-méme par les blessures de intestins, en mourant
cali volatil fluor est
son ennemie : l'all'antidote de ces deux venins.
mains d'un expériences.
elle assouvit sa rage sur une
dominateur,
avec laquelle je la mis aux grosse araignée-crabe,
de son aiguillon et de ses prises, et par le moyen
.
fois avèc un mouvement pinces qu'elle dirigea à la
adversaire, et lui arracha convulsif, les
elle éventra son
elle-méme par les blessures de intestins, en mourant
cali volatil fluor est
son ennemie : l'all'antidote de ces deux venins. --- Page 347 ---
D'UN NATURALISTE
est encore très-estimée dans les
facile ede reconnoître les
ragoûts, Il est
à
endroits qui la
un amas de terres soulevées
recélent,
insectes
par les crabes ou
qui en sont friands.
Le samedi 4 août, je me mis en route pour lo
Port-au-Prince, où j'avois à faire régulariser
près M. Vollée,
maines
adiminsatrateurginéral des donationaux du département de
la levée de nos séquestres. La
l'Ouest,
arrêta à la porte de Saint-Marc garde exacte, nous
pour voir nos
passe- ports 2 car il y avoit une insurrection
complète dans la plaine du
mais
comme nous
Boucasin;
étions parfaitement en règle, nous
passames outre.
Le chemin de Saint-Marc au bourg de PArcahaye, se prolonge sur le rivage de la mer
quoiqu'ombragé par des paletuviers, des raisi- 3
niers, et autres arbres sous lesquels on goûte la
fraicheur. Notre départ avoit été tellement
cipité, que mon nègre n'avoit pu se munir pré- de
provisions que les fatigues de la route commencoient à nous faire regretter. La soifardente
nous éprouvions nous ayant fait désirer la que
d'une rivière, j'arrétai un nègre qui portoit passe des
provisions à la ville de Saint-Marc, et
lesquelles je reconnus avec
parmi
d'eau
plaisir un melon
qui, sans apaiser notre faim, étancha
notre soif.
X 4 --- Page 348 ---
à -
VOYAGES
Plus loin nous rencontrâmes
anciens
deux nègres,
affranchis, assis sur le bord du
et occupés à démembrer
chemin,
engagérent à
un poulet qu'ils nous
époque
partager avec eux. Comme à cette
critique, le refus d'un blanc eût été
imputé à crime, j'acceptai leur
j'eus d'autant plus lieu de m'en proposition, et
eurent pour moi des
féliciter, qu'ils
pendirent leur
prévenances ontrées, susrepas jusqu'à la fin du
un sentiment de
mien par
ce dîner
respect, et me firent terminer
par un petit verre de croc ou
vouloir accepter la moindre
tafia, sans
mangérent les restes avec
gratification. Ils
Cette route
mon négre.
plusieurs
agréable et pittoresque me fournit
observations que je relaterai en tems
etlien, et au milieu desquelles fis
collection de
je une ample
laires,
madrépores, de fongipores celluappelés les tuyaux d'orgue, la coupe de
Neptune, son bonnet, et sa manchette.
Le soir nous arrivâmes, après
l'habitation
une ondée, sur
Pois-la-Ravine, où nous
nos compagnons de voyage,
quittâmes
Thospitalité. La nuit étant pour y demander
posoit, excepté les ouvriers avancée, tout y rede
sucre 3 qui nous ouvrirent la T'équipage à
priétaire de cette
grille. La proconchée,
habitation, qui n'étoit point
ayant été prévenue de notre
me reçut avec affabilité, donna
arrivée,
ses ordres pour
itation
une ondée, sur
Pois-la-Ravine, où nous
nos compagnons de voyage,
quittâmes
Thospitalité. La nuit étant pour y demander
posoit, excepté les ouvriers avancée, tout y rede
sucre 3 qui nous ouvrirent la T'équipage à
priétaire de cette
grille. La proconchée,
habitation, qui n'étoit point
ayant été prévenue de notre
me reçut avec affabilité, donna
arrivée,
ses ordres pour --- Page 349 ---
D'UN NATURALISTE
un souper, après m'avoir fait rafraichir 329
verre de sirop de baterie.
d'an
L'habitation Pois-la-Ravine
établissemens
comprend des
dans
immenses, d'une bonne tenue et
une position agréable : tout y annonce
l'opulence dont elle jouit. Les
de
à sucre y reçoivent,
jardins cannes
limpide que leur fournit par les irrigation, une eau
Le lundi 6
rivières voisines.
août, ayant pris congé de mon
estimablehôtesse, je coutinuois ma
nous rencontràmes un cavalier routelorsque
toute
qui se sauvoit à
bride, et qui nous conseilla de rebrousser
chemin, en disant que les révoltés venoient d'assassiner deux blancs sur le grand
présence. Nous repliâmes
chemin, en sa
donc sur le bourg de
T'Arkaye, dans T'espoir d'y trouver un
par mer pour le Port-au-Prince. Aucun passage
teur ne vouloit
caboentreprendre le
une nouvelle récente qui confirmoit voyage, d'après
le pillage de deux barges
la prise et
chefde la
par celles de Rigaud,
partie du Sud; cependant
en décider un qui se laissa séduire je parvins à
par une offre
avantageuse : nous mimes à la voile, mais
fimes obligés de rentrer au
à
nous
brise continue
port, cause d'une
qui s'éleva; contrariété
fat plus une,
quin'en
2 puisqu'une autre
partie du même port, fut prise embarcation, les
de la partie du Sud.
par mulâtres --- Page 350 ---
VOYAGES
Je trouvai le lendemain l'occasion
lette armée et bonne voilière,
d'une go6sur laquelle je
m'emborquai. Notre traversée- ne dura
quatre heures. Notre arrivée
que
heureuse
ne fut pas aussi
que l'avoit été notre
de vent nous ayant brisé
départ, un coup
un
-
avoir blessé
mât, sans pour cela
aucun des passagers.
Je fas reçu avec beaucomp d'amitié
M. Huin,
chez
mandant de adjudant-général la
de T'armée, et complace du
força
Port-au-Prince, qui me
d'accepter un logement chez lui. On
se mettre à table pour le diner,
alloit
tendit battre la
lorsqu'on enLe
générale, et crier, la trahison!
commandant Huin, cité pour son exacte
surveillance, monta bientôt à cheval, et visita les
postes. Des révoltés attaquoient celui des barrières du chemin de
enfermés à la
Léogane, et les mulâtres
des femmes geole, entendant les cris de
de couleur, voulurent
joie
dans la prison,
se révolter
une
contre la garde qui en fusilla
dans trentaine, et par ce moyen fit rentrer tout
l'ordre. Les ennemis furent aussi
bien loin hors des barrières.
repoussés
Mes affaires étant terminées, je voulois
partir, mais le commandant Huin
reà
me retint; et
m'engageant ne point commettre d'imprudence, il appuya ses instances d'une déclaration
que venoient de lui faire deux particuliers
pris
,
se révolter
une
contre la garde qui en fusilla
dans trentaine, et par ce moyen fit rentrer tout
l'ordre. Les ennemis furent aussi
bien loin hors des barrières.
repoussés
Mes affaires étant terminées, je voulois
partir, mais le commandant Huin
reà
me retint; et
m'engageant ne point commettre d'imprudence, il appuya ses instances d'une déclaration
que venoient de lui faire deux particuliers
pris --- Page 351 ---
D'UN NATURALISTE.
les barges de Rigand, et à qui on ne conpar
fut réclamée par
serva la vie que parce qu'elle
des femmes de leur connoissance, qui se trouvouloient boire le
voient parmi les insurgés, qui
de Tun, et mettre P'autre à la grillade!
sang
les insurgés de la partie du Sud
Cependant
mais sans le
firent de nouvelles tentatives 2
du
moindre succès. Ces mulâtres, que le peuple
Port-an-Prince appeloit mamelucks, eurent
toujours le désavantage, jusque-là que, dans
leur enthousiasme pour la cause commune, les
noires de la garnison ne voulurent pas
troupes les blancs les suivissent, en disant que la
que des mornes éloit trop fatigante, etqu'ils
guerre
tout le mérite de la victoire.
se réservoient
de Tousainctouverture
Una adjudantgénéral
les
vint, pendant le diner, nous apprendre que
avoient tenté d'assasrévoltés du Port-de-Paix
siner ce général en chef dans une embuscade,
qui étoit à côté de lui, fut
et que son médecin,
son cheval dans
tué. L'adjudant narrateur perdit
eut son
cette aflaire, et TonsaincLonverture
coupé à deux endroits différens par
panache
deux balles. le soir de faire de la musique; la
Je revenois
et ne l'avois
cloche de la retraite étoit sonnée, je
cheminois vers la demeure
point entendue : je
du commandant de la place, où je logeois, 9 lors- --- Page 352 ---
VOYAGES
qu'une sentinelle me cria : Qui vive ! .
Halte-la On vint me reconnoitre, mais
ne pouvant donner le mot d'ordre, je demandai
en vain qu'on me conduisit chez le commandant
Huin; on insista, et l'on me mena à la geole. Je
fus reçu gaiement par un capitaine de garde
nationale, détenu pour faute de service, et qui
avoit le droit de se promener librement dans
l'intérieur : dès qu'il me vit, il s'approeha de
moi pour me faire cent questions. Il est bon de
dire-que pour charmer ses ennuis, et attendre
plus patiemment le jour de sa détention, notre
prisonnier noyoit dans le tafia tous ses soucis.
Aussi cherchoit-il à trouver en moi un partisan
de ses orgies. Comme le commandant du poste
étoit occupé avec une partie de la garde, à
apaiser les mouvemens intestins de la prison
dont les captifs se révoltoient, il fallut endurer
tout au long l'insipidité de sa narration ennuyeuse.
-
Cet homme avoit un bon coeur, etilm'offrit
de partager une couverture de laine rousse et
dégolitante, que ma répugnance m'empécha
d'accepter. On alloit me faire rentrer avec les
autres prisonniers, pour coucher sur. de la
paille, lorsque j'aperçus, à la lueur de fanaux,
un groupe de soldats armés de sabres nus, et
revenant de leur expédition. Le geolier étoit à
-
Cet homme avoit un bon coeur, etilm'offrit
de partager une couverture de laine rousse et
dégolitante, que ma répugnance m'empécha
d'accepter. On alloit me faire rentrer avec les
autres prisonniers, pour coucher sur. de la
paille, lorsque j'aperçus, à la lueur de fanaux,
un groupe de soldats armés de sabres nus, et
revenant de leur expédition. Le geolier étoit à --- Page 353 ---
D'UN NATURALISTE.
leur tête, et il vint me demander d'une voix
n'étois point rentré avec les
rauque pourquoije lui racontai mon histoire.
autres prisonniers; je
sa
en reconnoissant
Il se radoucit sur-le-champ,
il fallut
méprise; et entrant dans sa chambre, m'obtrinquer à la santé du commandant. On
serva ensuite que, pour ne pas marquer trop de
préférence, il seroit bon que je restasse jusqu'à
l'arrivée du commandant, qui ne devoit pas
tarder à faire sa ronde. On me fit un lit oit je
quelques instans. Je fus
me jetai pour y reposer
de
bientôt réveillé par le concours prodigieux
venoient chercher du tafia, et par
militaires qui
amenoit pour les
le bruit de prisonniers qu'on
Bientôt le commandant
transporter au ponton. cavalerie formidable,
Huin arriva à la tête d'une
se réclamoit
et on lui annonça qu'un prisonnier
de lui; je fis alors le dormeur, mais j'intersilence
éclater de rire,
rompis mon
pour s'écria : ( C'est
lorsqu'en me reconnoissant,il
trouvebien là mon homme ! Comment se
de
t-il ici >? Je linstruisis de tout, et je pris
de lui, m'esquiyant en silence au
suite congé
milieu des troupes étonnées.
de la
Le mardi 21 août, le commandant
armés à bord
Rs
ayant mis des hommes
de cette occasion
barge, m'engagea à profiter
Je me transpour me rendre à ma destination. --- Page 354 ---
VOYAGES
portai à l'arsenal, afin d'y recevoir de la poudre
qui m'étoit accordée pour mes excursions ornithologiques. Quelle fut ma surprise d'y voir
construire des affats de canon en
bois si
acajou 2 ce
précieux en Europe, et qui sert dans les
colonies aux plus communs usages.
La barge armée n'altendoit que moi
donner le signal du départ. Nous essuyâmes pour
bientôt un coup de vent si violent, que nous
fàmes sur le point de faire capot à une lieue de
terre environ, par la chute imprévue d'une lame
qui remplit d'eau l'embarcation trop chargée.
Onn'ent que le tems de couper les cordages qui
amarroient la voilure, pour nous abandonner
entièrement au mouvement des flots. Les
passagers étoientauxa abois, etlecapitsiueluimome
avoit perdu le sang-froid qui constitue le bon
marin; cependant nous smrinamneifArcahays,
oùt nous apprimes que la veille une semblable
embarcation avoit péri. Cette rade est très-mauvaise, et les bâtimens n'y sontj jamais en sûreté.
Je fus fort bien reçu du commandant de la
place, à qui l'adjudant-général Huin m'avoit
recommandé,
Le mercredi 22 août, nous partimes de grand
matin pour Saint-Marc, et chemin faisant, nous
déjefnâmes au mont Roui, chez le commandant
de la gendarmerie, entièrement dévoué à la
barcation avoit péri. Cette rade est très-mauvaise, et les bâtimens n'y sontj jamais en sûreté.
Je fus fort bien reçu du commandant de la
place, à qui l'adjudant-général Huin m'avoit
recommandé,
Le mercredi 22 août, nous partimes de grand
matin pour Saint-Marc, et chemin faisant, nous
déjefnâmes au mont Roui, chez le commandant
de la gendarmerie, entièrement dévoué à la --- Page 355 ---
D'UN NATURALISTE.
famille R. D., et qui nous fit part des soins qu'il
le rétablissement du bon ordre
apportoit pour
jusque dans
et des propriétés, en poursuivant,
les mornes les plus inaccessibles, les perturbacherchent en vain à échapper à sa
teurs qui
constante vigilance.
à Saint-1 Marc, nous
Après avoir séjourné
retournâmes à P'Artibonite pour y prendre possession del Thabitation del'Etable, oi la verdure
et où l'Ester serpente et se recourbe
est riante,
cette
agréablement. Les nègres nous reçurent
des
d'une joie vive et bien
fois avec
expressions
à
sentie, et vinrent, en se prosternant, déposer
des volailles et des légumes 7 qu'ils
nos pieds
humblement de vouloir acnous supplièrent
cepter.
affidés nous témoiPendant que ces sujets
la joie de rentrer sous nos ordres, un
gnoient
partisan du fermier, soulevoit
ex-conducteur, de l'atelier, et portoit les esprits à
une partie
T'insurrection, en leur peignant nos projets
contraires à leur bonheur. Que faire
comme
instans, oùt nous devions agir
dans ces premiers
et où la destitution publique
avec clémence, d'autant
à craindre qu'il avoit
d'Adi étoit
plus
avoit refusé
beaucoup de prosélites, et qu'il
hautement de remettre à un autre les rènes de
l'atelier? Nous fames.assez heureux pour qu'il --- Page 356 ---
VOYAGES
renonçât lui-méme aux fonctions de sa
à l'époque d'une disette de vivres
place,
Ja barbarie du
provoquée par
fermier, et qui vint désoler Phabitation, au point que les vieillards,
leurs besoins, restoient, ainsi
pourapaiser
teurs, nuit et
que les cultivajour sous leur pavillon, en craignant de rappeler, par le moindre
une faim qu'ils ne pouvoient satisfaire exercice s .
rues des cases à nègres,
: aussiles
étoient toutes désertes. naguères si vivantes,
enfant de six
On nous apporta un
ans, victime malheureuse de cette
pénurie, qui dévora avec tant d'avidité la
riture qu'on lui présenta,
nourdébilité par l'effet d'une
que son estomac,
ne put la
trop longue abstinence,
nité, devoir supporter. Nous crâmes, par huma.
de deux
faire aux cultivateurs une avance
des
cents portugaises, à valoir sur le
revenus qui leur étoient accordés quart
nouvelle loi. Cetle faveur leur fut
par la
sensible que depuis
d'autant plus
cenaire avoit
quatre ans le fermier merétoit
retenu leurs bénéfices ; mais tel
l'asservissement du propriétaire
cette époque,
blanc à
faire
que nous fames obligés de laisser
cette distribution par le
de
commandant noir
T'arrondisement, à qui il revenoit une
rétribution.
Le lendemain de cette
vant libre
répartition, me troudereprendre mes
observations,je profitai
.
par la
sensible que depuis
d'autant plus
cenaire avoit
quatre ans le fermier merétoit
retenu leurs bénéfices ; mais tel
l'asservissement du propriétaire
cette époque,
blanc à
faire
que nous fames obligés de laisser
cette distribution par le
de
commandant noir
T'arrondisement, à qui il revenoit une
rétribution.
Le lendemain de cette
vant libre
répartition, me troudereprendre mes
observations,je profitai
. --- Page 357 ---
D'UN
fitai
NATURALISTE
de mon adjoursurlhabitation
pour m'y livrer à la
del'Etable (1)
pays. Tout,surcelocals connoissance des baras du
blissemens : la qualité spacieux, protége ces étalivrée de la Nature salineuse du sol, la verte
même dans la saison que la ferilitéy entretient,
appétissantes
des secs, les eaux pures ou
qui is'y trouvent
ces avantages
distribuées, tous
bitent, etqui in'ont plaisent aux animaux qui l'habrouter
pas besoin de barrières
constamment dans les
pour
ont vu naître, On ne prend paturages quiles
Europe, la précaution de diviser point, comme en
de réserver les plus
les pacages, et
qui allaitent leurs gras aux jumens pleines, ou
celles
poulains, et les
qui ont à peine
plus gréles à
servies, de peurde conçu, ou destinées à être
provoquer en elles un embon-
(r) Outre les cent
de coton soyeux
cinquante à deux cent milliers
appartenante à M. que Desdunes produisoit Thabitation de l'Etable
rapport de M.
père, sa hatte, d'après le
considérable de Momsedecsacatéy, toute la partie
étoit la plus
prenant toutes les espèces d'animaux, française $ et en commoutons, chèvres,
chevaux, mulets,
au propriétaire
cochons, etc., il est impossible
dique, qui a séjourné loioméme, rapporte cet auteur véritation, d'en dire
quelque tems sur cette habisais, c'est qu'il s'y exactement vendoit le nombre. Ce que je
mille francs de mulets
annuellement pour Cent
haras.
provenans de ses immenses
TOME II,
Y
èces d'animaux, française $ et en commoutons, chèvres,
chevaux, mulets,
au propriétaire
cochons, etc., il est impossible
dique, qui a séjourné loioméme, rapporte cet auteur véritation, d'en dire
quelque tems sur cette habisais, c'est qu'il s'y exactement vendoit le nombre. Ce que je
mille francs de mulets
annuellement pour Cent
haras.
provenans de ses immenses
TOME II,
Y --- Page 358 ---
VOYAGES
à ces animaux Pinstinct qui
Brtrhtee
le soin de départir
et cette
leur fait éviter ce qui leur est contraire,
confiance sage est une mesure dont on n'ajamais
Lespâturages secs sontles meilleurs
à se repentir.
de lEtable,
pour
Tlneemwatsees
d'ailleurs si favorable aux élèves, offre pourtant,
certains endroits près de la mer; 2 Vinconvéen:
recouvert d'une eau
nient d'un sol marécageux recherchent de préfcsaumâtre que les bestiaux des infirmités sporence, mais quilear prépare leurs cornes; cé qui
radiques, ou ramollissent
l'acheteur desnuit à la vente des mulets, que
transtineà gravirles monts rocailleux, pourles
du café et autres denrées coloniales.
ports
les habitations de la colonie on a
Comme sur
Pusage est de ne laisser
rarement des écuries, dont ôn peut avoir bele cheval
au poteau que
lui donner le soir la
soin dans'la journée, 7 pour
la
liberté d'aller choisir dans les savannes pâture
lui convient. A peine lui a-t-on enlevé le
qui
hennit fortement afin d'avertir le
licou ; qu'il
de son prochain
haras auquel il appartient, oreille attentive, et
retour. Il prête alors une
il déploie ses
bientôt, au signe de ralliement, doit le réunir
dans la course légère qui
graces vite à ceux de son espèce et de sa
au plus
société. --- Page 359 ---
D'UN NATURALISTE
Comme le climat d'Arabie
33g
conserve les races dans
est les seul où l'on
l'on évite de les croiser toute Ieur pureté, et où
on prend à
par des races étrangères,
de choisir Saint-Domingue la seule
un bel étalon,
précaution
dont on attend des
pour servirles jumens
(bour-équior)
chevaux, ou un bour,
Cette
(1), si l'on en veut des mulets.
distinction établit
bandes
naturellement deux
qui se séparent unanimement
qu'elles ont à leur tête leur
3 dès
devient leur soutien.
conducteur, qui
11 est donc important de faire choix
vigoureux, sains, bien
d'étalons
formes réunissent
constitués, et dont les
lités
l'élégance et les autres
extérieures; et qu'au
quaeux de la docilité et de moral, on trouve en
mettent leurs
l'ardeur; car ils transdescendans. qualités ou leurs défauts à leurs
On croise pourtant
les races espagnoles avec des étalons ordinairement
rique septentrionale,
de T'Améde renouveler un haras. lorsquils'agit Il
d'établir ou
lation,
résulte de cette copu-
,desmélisqu'on nomme batards
et qui sont très-estimés :
anglais,
haut prix. Ces
on les vend au plus
chevaux fins, qu'on dresse à
Les (1) Ou baudet, mot dérivé du mot espagnol
bours-équiors, destinés à servir
burro.
se vendent jusqu'à cent piastres
les jumens, 2
gourdes, et plus,
Y 2
d'établir ou
lation,
résulte de cette copu-
,desmélisqu'on nomme batards
et qui sont très-estimés :
anglais,
haut prix. Ces
on les vend au plus
chevaux fins, qu'on dresse à
Les (1) Ou baudet, mot dérivé du mot espagnol
bours-équiors, destinés à servir
burro.
se vendent jusqu'à cent piastres
les jumens, 2
gourdes, et plus,
Y 2 --- Page 360 ---
VOYAGES
cette
même en naissant,
Pallure (1), possèdent,
bien des fois en
marche qui me fit parcourir
huit heures de tems l'espace de trente lieues,
à
de Thabitation de TEtable au Cap.
c'est dire,
tous blonds,
Les batards anglais sont presque Ceux de
isabelle, alezans, ou alezans brôlés.
ont sur le milieu de leur dos, en
race primitive
vertébrale, la raie longitudisuivant la colonne
nale de l'âne. Leurs naseaux sont très-onverts,et fatileur crinière est nombreuse et touffue;ils se
tandis que les autres chevaux
guent rarement,
surtout de la pousse des
du pays, à l'époque
et tombent
herbes, sont indolens et paresseux,
état
au milieu d'une route,
même en défaillance
couleur
les colons appellent bouquénet.Lac
que
donc la couleur dominante des chefauve est
oùt l'on ne
de Saint-Domingue,
vaux indigènes
Espèce d'amble ou marche naturelle, au moyen
()
on fait en peu de tems un trajet considéde laquelle
Boston, ce cheval par excelrable sans être fatigué. fit
et dont par suite je
lence, dont on me présent, du général Toussaintrefusai cinquante portugaises à toutes les qualités supérieures
Louverture, joignoit naturel doux et aimable qui
d'un cheval, un
de mes mains
le portoit vers moi pour prendre
à mon
du pain, café au lait, et autres comestibles
Le
qu'il préféroit à toute autre nourriture.
usage, animal fut sacrifié lors d'une famine qu'épauvre la ville de Saint-Marc, en état de siége!
prouva
, dont on me présent, du général Toussaintrefusai cinquante portugaises à toutes les qualités supérieures
Louverture, joignoit naturel doux et aimable qui
d'un cheval, un
de mes mains
le portoit vers moi pour prendre
à mon
du pain, café au lait, et autres comestibles
Le
qu'il préféroit à toute autre nourriture.
usage, animal fut sacrifié lors d'une famine qu'épauvre la ville de Saint-Marc, en état de siége!
prouva --- Page 361 ---
D'UN NATURALISTE
voit point de chevaux noirs. On
chevauxp
se sert peu de
résistant pourlesattelages de voitures, les mulets
mieux à la fatigue et à la chaleur du
climat.
Les chevaux nés à
d'être domptés,
Saint-Domingue, avant
semblent
sont inquiets 2 méfians, 3 et
d'esclaves pressentir qu'ils sont destinés à servir
à Thomme, qu'ils ont soin
et qu'ils menacentder ruades
d'éviter, 9
d'eux sans précaution. Ils sont lorsqu'ils'approche
refusent long-tems le frein
tous sanvages, et
imposer. Les
qu'on cherche à leur
nègres et les hommes de
qui servent de maquignons,
couleur,
aiment
ment cet exercice
passionnéfatigant et dangereux,
parmi les créoles, leur donne
2 qui,
Ils semblent être nés
un certain renom.
cipes, où leur seul but pour ce manége sans prinet leur scule
est de tourmenter F'animal,
jouissance
qu'après l'avoir fait tomber qu'ils de ne réduisent
passion les domine à tel
fatigues. Cette
entrepris de dresser point que lorsqu'ils ont
l'exercent
un cheval marron, ils
même la nuit, afin d'éviter les
gards de leur censeur, et de mettre leur
repropre à couvert, en cas de chute. C'est amour- à
fausse éducation
cette
essentiels
qu'on doit attribuer les vices
qui rendent les chevaux de SaintDomingue
peureux, 3 quinteux et rétifs; à cela
près, et lorsqu'ils sont dressés
par un écuyer
Y 3
'exercent
un cheval marron, ils
même la nuit, afin d'éviter les
gards de leur censeur, et de mettre leur
repropre à couvert, en cas de chute. C'est amour- à
fausse éducation
cette
essentiels
qu'on doit attribuer les vices
qui rendent les chevaux de SaintDomingue
peureux, 3 quinteux et rétifs; à cela
près, et lorsqu'ils sont dressés
par un écuyer
Y 3 --- Page 362 ---
-
34z
VOYAGES
doux et intelligent, ils forment d'excellentes
montures, dont le pied sur peut conduire
risques au milieu des sentiers étroits sans
parcourt souvent, entourés de
qu'on
fondrières.
précipices et de
On dompte ordinairement ces
attachant à un
chevaux en les
poteau, et les faisant
le premier jour, d'un autre cheval approcher
selle : le second
garni de sa
jour, on tente de placer la selle
sur le pattre; il fait d'abord beaucoup de difficultés, mais ordinairement il cède aux tentatives réitérées de l'écuyer : le troisième jour, le
maquignon épie l'instant où il pourra se
en selle, à la faveur de l'autre cheval mettre
que monte un second nègre. Il n'est dompté
toujours bien accueilli, et il est souvent désar- point
çonné; maisilnes se rebute pas 3 et, quoiqu'ayant
éprouvé plusienrs chutes, il reprend la selleavec
courage, et ne la quitte que si l'animal
à se coucher. Si le paitre est
cherche
cherche à
trop rétif, et qu'il
ruer, on lui garrotte les deux
du même côté,
jambes
pour maitriser. ses
et le dompter plus
mouvemens,
maintenu
facilement; il est d'ailleurs
et assujetti par l'éperlin qui le retient
au poteau, et dont le noeud conlant le
d'autant plus qu'il cherche à s'en
serre
état d'asservissement
cloigner. Cet
lui fait
qu'il n'a jamais éprouvé,
probablement faire des
réllexions; car i
rotte les deux
du même côté,
jambes
pour maitriser. ses
et le dompter plus
mouvemens,
maintenu
facilement; il est d'ailleurs
et assujetti par l'éperlin qui le retient
au poteau, et dont le noeud conlant le
d'autant plus qu'il cherche à s'en
serre
état d'asservissement
cloigner. Cet
lui fait
qu'il n'a jamais éprouvé,
probablement faire des
réllexions; car i --- Page 363 ---
D'UN NATURALISTE
observe toujours un repos de quelques minutes,
succèdent des secousses et une agitation
auquel
Cependant l'écuyer le monte une
convulsive.
cheval,
autre fois, etl'abandonne à sa course:le
étonné du fardeau qu'il n'a point encore porté,
court, la tête entre
fait des sauts immodérés,
danles deux jambes, et, après ces préparatifs soin de
fait des culbutes que T'écuyer a
gereux,
en
à terre, sans
prévenir et d'éviter, s'élançant
Souvent
abandonner V'extrémité de l'éperlin.
n'est point assez fort pour résister aux
T'écuyer
lui donne le cheval; alors le paitre
secousses que
sa
de
s'échappe, et remet à un autre jour leçon
manége; mais tôt ou tard il lfinitparêtredompis le
cette méthode barbare,
On conçoit qu'avec
les
et la
cheval n'ést que réduit, et que
coups
qu'on lui a fait éprouver, sont les seuls
fatigue
obéissance; c'est pourmotifs de son apparente
les chevaux, ainsi éduqués, ont toujours
quoi
défauts dans le caractère.
.
quelques
à Saint-Domingue Y'opéSouvent on pratique mais combien cette meration de la castration;
fait
chevaux, lorsqu'elle
sure meurtrière périrde dirigée! Il en est de même,
n'est point sag agement
la
d'un cheval
lorsqu'on veut faire couper queue
la tournure
pour lui donner ce qu'on appelle
anglaise; si ces deux opérations sont faites par
ou
le cheval reçoive une
un tems humide,
que
--- Page 364 ---
VOYAGES
ondée, il est subitement atteint du
meurt presque toujours des suites de tétanos, et
tions, quin'ofirent pointles mêmes ces opéradans la saison des
inconvéniens
tenir le cheval
secs, ou si lon a le soin de
à couvert jusqu'à la
guérison de la plaie:
parfaite
Une des causes
des bêtes cavalines quicontrarient la propagation
à
défaut de soins
Saint-Domingue, c'est le
il
qu'on prend des haras.
se trouve plusieurs étalons
Souvent
femelles, si elles
qui fatiguent les
d'ailleurs
sont en nombre inférieur :
un étalon refusera de servir
liche à laquelle il a donné la
une pouperdue de vue
vie, s'il ne l'a
assez curieux, pendantquelque dit
tems. Ilestméme
M.
d'apprendre qu'en
Mremn-de-Ssiat3lery,
deux
général, dans la rencontre de
baudets, s'il en est un qui serve aux
jumens, il est presque toujours sacrifié
qui est resté fidèle aux
par celui
femelles de son espèce.
Lorsque les poulains ont acquis
à quinze
isl'agededonze
mois, on les étampe du nom du
priétaire, avec un fer rouge; mais telle pronature du climat de
est la
légère
ou
plus
SointDoniagneyquehay
écorchure, une simple escarre tendant
toujours àla suppuration, une espèce de
verte et luisante se fixe sur la
mouche
plaie,
déposer une larve qui
pour y
journée
produit un ver dans la
: ces pontes sont souvent si multiplices,
ze
mois, on les étampe du nom du
priétaire, avec un fer rouge; mais telle pronature du climat de
est la
légère
ou
plus
SointDoniagneyquehay
écorchure, une simple escarre tendant
toujours àla suppuration, une espèce de
verte et luisante se fixe sur la
mouche
plaie,
déposer une larve qui
pour y
journée
produit un ver dans la
: ces pontes sont souvent si multiplices, --- Page 365 ---
D'UN NATURALISTE
qu'en peu de tems l'animal est
les risques de perdre la
si rongé, et court
vie, le hattier
ne visite point de tems à autre les
attentif
a étampés; il prévient
poulains qu'il
ruption, et parvient à ordinairement la détruire
cette corplaie de suc d'aloës
en frottant la
terrains arides
cavalin, si commun dans les
de
avec du jus de citron Saint-Domingue, ou encore
pour plus de sûreté, Si ou d'orange amère, et
la plaie est large et
sanieuse, avec de la cévadille
sèche
réduite en poudre,
(r)
et
de
que lon répand sur la
Tanimal, et où on la fixe au
du plaie
glutineux de l'aloës.
moyen
suc
Un autre insecte cause les plus grands
parmi les animaux de hattes, c'est la ravages
est assez connue
tique, qui
pour ne point la
parler de son appétit
décrire, ni
prurit
sanguinaire. Elle excite un
l'animal presque toujours suivi de gale, surtout si
qui en est incommodé, pacage dans des
endroits saumâtres et salineux. La nature des
alimens que ce sol produit, donnant
au sang
(1) La Cévadille, Sibadille
nomme aussi Petite Orge
(Cevadilla) qu'on
aux pédiculaires
(Hordeolum ) appartiendroit
est de la classe du quant à ses propriétés, mais elle
vertu est
Delphinium et de fAconit. Sa
les chairs caustique; aussi T'emploie-t-on pour manger
baveuses, , et arréter les progrès de
grenne,
la gan-
alimens que ce sol produit, donnant
au sang
(1) La Cévadille, Sibadille
nomme aussi Petite Orge
(Cevadilla) qu'on
aux pédiculaires
(Hordeolum ) appartiendroit
est de la classe du quant à ses propriétés, mais elle
vertu est
Delphinium et de fAconit. Sa
les chairs caustique; aussi T'emploie-t-on pour manger
baveuses, , et arréter les progrès de
grenne,
la gan- --- Page 366 ---
VOYAGES
beaucoup d'âcreté, il en résulte des
cutanées qui empirent par
éruptions
l'animal
l'exaspération que
arbres provoque, en se frottant contre les
pour obtenir un soulagement précaire.
Lindolence commune aux habitans des COlonies, fait qu'on néglige aussi de détruire les
plantes des savannes 2 dont les vertus
causent si souvent la mort des bestiaux funestes
sont nourris. Parmi ces herbes
qui en
diquerai le québec (tome
vénéneuses,Tinfleur jasminée,
II, planche XVI)a
bord des
qui croît abondamment sur le
rivières, et qui contient un suc narcotique, coagulant en un momentle
maux qui en ont mangé; l'herbe à sang des anisitive, T'herbe à panaches,
blé, la senle
tant d'autres plantes
grand-cousin, et
connoître
contraires, que je fais
ciaprès au troisième volume,
Un étalon bien vigoureux peut servir environ
vingt jumens; ; c'est d'après cela qu'un hattier
intelligent pourroit établir'ses hattes,
la fureur des rivaux
pour éviter
chirent
qui se mordent et se déjournellement, lorsqu'ils
méme conquête. C'est
poursuivent la
de
pourquoi, suri les hattes
entier P'Artibonite, on a dans les haras un cheval
impuissant, qu'on nomme bout-en-train,
etdestinéie exciterle véritableétalon. Le
a eu le gland fendu, d'oà il résulte premier
émission de liqueur séminale
une fausse
quis'épanche sans --- Page 367 ---
D'UN NATURALISTE.
de là T'impuissance. Un étalon
être projetée,
fait servir avant l'âge de cinq
que l'on n'a point
ans, est encore propre à la génération jusqu'à
celui de vingt-cings et les jumens ne sont ordinairement fécondes que jusqu'à seize ou au plus
dix-huit ans.
à
Avant la concession de Ja partie espagnole
la France, on payoit un droit pour la permission
d'en exporter les élèves dans la partie française;
mpais depuis la réunion, la liberté de commerce
exister. Ce trafic est nécessaire pour l'étapeut
le renouvellement des
blissement des hattes,
le
des races de la partie
haras, et croisement
beaux étalons,
française, qui ne possède pointdel
une
obtiendroit plus sûrement encore
et qui
si elle recevoit d'Europe
belle génération
d'après la receux qui lui sont nécessaires, étalon d'un pays
marque souvent répétée,qu'un
en
froid, servant des jumens d'un pays chaud,
obtient une race noble et infiniment supérieure
des animaux du même
à celle produite par
climat. dirai rien de Péducation des poulains
Je ne
instinct, jusqu'au
quonabandonnesleury propre
mais
moment où il est question de les dompter ;
s'il est possible de leur faire
j'obsèrverai que
pour
éviter les lieux humides et marécageux
ils auront le pied plus ferme, et ne
paitre,
umens d'un pays chaud,
obtient une race noble et infiniment supérieure
des animaux du même
à celle produite par
climat. dirai rien de Péducation des poulains
Je ne
instinct, jusqu'au
quonabandonnesleury propre
mais
moment où il est question de les dompter ;
s'il est possible de leur faire
j'obsèrverai que
pour
éviter les lieux humides et marécageux
ils auront le pied plus ferme, et ne
paitre, --- Page 368 ---
VOYACES
seront pas sujets à la mue de
à la chute des sabots
cornes, c'est à dire
pâturages
: c'est surtout le séjour des
qui offre qui avoisinent les bords de la mer,
ces inconyéniens.
TOcéan, le reflux
L'évaporation de
des fleuves
immodéré, et le débordement
et donnent protègent cette humidité insalubre,
naissance à quantité de maladies
pourtant ont, dans la saison des
qui
ractère moins alarmant
pluies, un caoi
que dans celle des secs,
tiondu l'épaississement de la lymphe et l'inflammasang tendent
On voit,
naturellemental la putridité.
par ce qui vient d'être dit, qu'à
Saint-Domingue les chevaux
les
vivent errans dans
qui savannes, exerce la et que chaque troupe a un chef
police,etles conduit, à des heures
réglées, sur le bord des rivières,
térer. Ce chef,
pour s'y désalqui est l'étalon
mande les mouvemens de
principal, comsonhennissementd
sa troupe docile; et
diversementmodillé,
exprime ses volontés.
annonce,
rencontrent, le chef Lorsque deux haras se
se place sur le
et
indique aux jumens qu'il
flanc,
outre, sans chercher à conduit, de passer
étrangère.
se méler à la troupe
Les bours-équiors observent la même
envers les mulets et bêtes cavalines
règle
duisent, et s'avancent
qu'ils contalon, qui cherche à couragensement lui
vers Pédétourner quelques --- Page 369 ---
D'UN NATURALISTE.
jumens. 11 braitaul lieu de hennir; mais sa fureur
moins
et sa dent meurn'en est pas,
dangereuse, le rival qui a osé le
trière a souvent étranglé
méconnoitre.
plus
Les mulets de Saint-Domingue, quoique
ceux d'Europe, en ont toutes les quapetits que
reconnoissentleur. maitre,
litésye'est pourquoils
lui. Lhabiet ne sont souvent dociles que pour
tude oi lon est de s'en servir journellement,
détruit à la longue leurs défauts; ils deviennent
moins vicieux, moins rétifs, moins ombrageux;
ce qui les rend précieux pour les transports dans
souvent rocailleux, où leur pied
les mornes,
et marche avec assurance
sûr ne trébuche point,
à
milieu de
Comme on a besoin
au
précipices. d'animaux durs à la fatigue,
Saint-Domingue
de préférence aux
ces mulets sont employés
et
chevaux, dans les ateliers de sucrerie, pour
les attelages de voitures ou de cacomposer
difficiles à élever, mais
brouets. Ils sont plus
aussi ils se vendent plus cher que les chevaux
communs.
que lon destine à
Les ânes ou bours-équiors d'un
roux
saillir les jumens, doivent être
poil
et on doit les préférer à tous
tirant sur le noir,
égards à ceux d'un gris-cendré.
Les épizooties connues à SaintDomingue, 2
sont, 1°, la morve; 2°. une sorte de cardialgie,
brouets. Ils sont plus
aussi ils se vendent plus cher que les chevaux
communs.
que lon destine à
Les ânes ou bours-équiors d'un
roux
saillir les jumens, doivent être
poil
et on doit les préférer à tous
tirant sur le noir,
égards à ceux d'un gris-cendré.
Les épizooties connues à SaintDomingue, 2
sont, 1°, la morve; 2°. une sorte de cardialgie, --- Page 370 ---
VOYAGES
dans laquelle on doit administrer aux animaux
qui en sont atteints, des boissons rafraichissantes et acidulées, comme propres à les préserver d'une putridité qui deviendroit mortelle;
3°, le charbon; 4°. le mal des eaux, espèce de
farcin.
J'ai assez fait connoître les moeurs du cabrit
marron, pour passer légérement sur celles du
cabrit domestique, dont le premier ne diffère
que par sa vie sauvage et errante (I). Il me suffira de dire qu'à
Saint-Domingue ces troupeaux,
sans beaucoup de soins, prospérent, et enrichissent leur propriétaire. Cependant les hattiers
spéculateurs châtrent les jeunes, et bistournent
ceux' agés de sept ou huit ans, 3 pour les faire
engraisser; mais cette dernière précaution n'ôte
point à la chair de l'animal, le gout de musc
qu'elle a acquis pendant son état de lubricité.
Les cabrits sont, ainsi que les moutons d'Europe, sujets à la gale, à la clavée, à l'enflure,
à la morve, au vertige, et à d'autres maladies
qui deviennent contagieuses; c'est alors que les
hattiers doivent les éloigner du troupeau, etl les
(1) On ne peut élever des troupeaux dans lile,
qu'en les abandonnant sur des pâturages éloignés des
terres cultivées, et surtout des cafeyères où les cabrits
causent les plus grands dégâts. --- Page 371 ---
D'UN NATURALISTE.
relenir dans une infirmerie. On fait usage, suides
errhines, des sétons et
vant les cas,
poudres
des sudorifiques. cabrits mettent bas difficileSouvent aussiles
et il est à propos d'aider à leur acment,
et la mère
couchement, pour ne point perdre
sn'existent point,
et son produit. Cesinconvéniens
sont mieux portans lorsqu'ils
et les troupeaux
semble les
pâturent sur un sol salineux, qui
des maladies contagieuses ; leur chair
préserver
acquiert dans ce cas une qualité supérieure,
néanmoins qu'ils ne manquent point
pourvu
les
secs leur sont cond'enu; car
pâturages
traires.
La peau du cabrit n'offrant qu'un poil ras,
fournit
de toison, et n'est recherne
point
servir de coucher aux négrilchée que pour de sandales aux nègres; on en délons, 2 ou
aux moulins
coupe aussi des lanières propres
à coton. La toison des moutons est absolument
abandonnée.
qui se fait à SaintLa grande consommation fait qu'on a choisi
Domingue, de chairde porc,
de la
l'espèce la plus productive : le cochon
Chine, ou cochon de Siam (Sus Sinensis, dorso
caudâ
Linn. ) a eu la
anticè setoso,
pilosà;
soit
préférence. En effet, quoique cet animal
le verrat d'Europe, sa chair
plus petit que
oton. La toison des moutons est absolument
abandonnée.
qui se fait à SaintLa grande consommation fait qu'on a choisi
Domingue, de chairde porc,
de la
l'espèce la plus productive : le cochon
Chine, ou cochon de Siam (Sus Sinensis, dorso
caudâ
Linn. ) a eu la
anticè setoso,
pilosà;
soit
préférence. En effet, quoique cet animal
le verrat d'Europe, sa chair
plus petit que --- Page 372 ---
VOYAGES
est de meilleure qualité, et il pullale davantage; ses jambes sont courtes 7 et son ventre
pend jusqu'à terre : on le nomme
ment
vulgairetonguin; et la femelle très-féconde,
beaucoup de petits trés-estimés,
porte
lorsqu'on les
sert en cochon de lait.
Les tonquins sont friands de crabes et de
patates; ils purgent aussi le sol, des araignées,
crabes et autres insectes, et des reptiles
sans
qui,
être venimeux, ne sont point agréables
à rencontrer.
Quittons maintenant le séjour de la plaine
pour nous transportér au sommet des plus
hautes montagnes, ety contempler à nos
ces
pieds
vapeurs hétérogènes dont le choc terrible
produit les orages. Un silence dans la Nature,
une chaleur insupportable, un mal-aise chez
les étres animés, des nuées amoncelées, des
éclairs éteints aussitôt qu'ils sont enfantés, tous
ces avant-coureurs précèdent les éclats du tonnerre (1). Bientôt les
nuages s'agitent, se rapprochent, se rencontrent, se condensent, et produisent alors des gouttes d'eaug quitempérentl'air
brûlant de l'atmosphère. Mais malheuràla création, si les nuages se froissent à sec; car bientôt
(1) Les nègres appellent le tonnerre mari-barou.
De là, mari-barou li après cognd) veut dire, le
tonnerre gronde.
des
re (1). Bientôt les
nuages s'agitent, se rapprochent, se rencontrent, se condensent, et produisent alors des gouttes d'eaug quitempérentl'air
brûlant de l'atmosphère. Mais malheuràla création, si les nuages se froissent à sec; car bientôt
(1) Les nègres appellent le tonnerre mari-barou.
De là, mari-barou li après cognd) veut dire, le
tonnerre gronde.
des --- Page 373 ---
D'UN NATURALISTE
des éclats terribles et
l'écho des
répétés avec fracas par
montagnes, répandent
pouvante et la consternation. La par-tout l'éces momens
Nature, dans
alors
d'alarmes, , ne ressemble
qu'à un vaste tombeau. Soudain
plus
ciel s'annonce
le feu du
il
par un nouvel éclat
rompt la nue, brille, s'élance, formidables
sume, et disparoit. Ces scènes embrase, consont journellement
épouvantables
on les
répétées à
orages causent les plus grands SaincDosingue,
Bientôt un calme
dégâts.
fracas
assoupissant succède à ce
horrible, et l'on rencontre
traces d'une dévastation
par-tout les
pécher. Le tableau qu'on ne pouvoit emsinistre de cette Nature
bouleversée, offre aux regards de
pignons renversés, des cases
T'homme, des
demi-consumées, des toits démembrées ou à
altiers et majestueux
emportés, des arbres
leurs rameaux effeuillés foudroyés, dépouillés, et
pour y attendre la mort! semés au loin çà et là,
Ont voulu s'abriter
En vain les oiseaux
plus; frustrés dans d'un feuillage qui n'existe
soutenir l'effort d'une leur espoir, et n'ayant pu
versés de leur
pluie rapide, ils sont rengite, étendus,
ce qu'un repos bienfaisant leur palpitans, ait
jusqu'à
de Jeurs sens. Tout a
rendu l'usage
chaine
fui; et craignant une prodissolation, les reptiles se sont
un abri dans les entraillesdela
ouvert
TOME II,
terre, tandisque
Z
feuillage qui n'existe
soutenir l'effort d'une leur espoir, et n'ayant pu
versés de leur
pluie rapide, ils sont rengite, étendus,
ce qu'un repos bienfaisant leur palpitans, ait
jusqu'à
de Jeurs sens. Tout a
rendu l'usage
chaine
fui; et craignant une prodissolation, les reptiles se sont
un abri dans les entraillesdela
ouvert
TOME II,
terre, tandisque
Z --- Page 374 ---
VOYAGES
le crocodile s'est élancé lni-méme
des eaux,
vers le fond
effroi.
pour y cacher son trouble et son
Le vent, dans ces circonstances
souffle point
critiques, ne
uniformément; il s'affoiblit quelques instans, pour se déchaîner ensuite
plus de fureur, et siffler avec
avec
effroyable. La brise du
un braissement
tout empire à la brise dé large s'apaise, et cède
terre, qui
les
nuées, en déchire les flancs
agite
fait sortir la foudre etdes
étincelans, et en
la nuit, malgré
déluges. Il règne toute
retire dans les que l'orage ait. cessé, et ne se
antres des montagnes
point du jour, où l'autre brise lui succède, qu'au
la regrette alors, mais on la désire
On
appareil formidable qui la fait
sans cet
que dans son état naturel elle redouter, tandis
calme
cence du sang,
l'effervesprovoque un sommeil
rateur, et fortific le systéme
répachaleurs affoiblissent et relâchent nerveux que les
sensible.
d'une manière
Les tremblemens de terre
(1) qui se font sentir,
principalement en février et en mars, présentent
(1) Ces fléaux redoutables se font
éprouver dans le cul-de-sac de la principalement
et plus rarement dans celles du nord partie de l'ouest,
pourtant ils ne sont encore
et du sud, oû
que trop connus. --- Page 375 ---
D'UN
les mêmes
NATURALISTE
que peu de avant-coureurs; minutes
si ce n'est pourtant
sensiblement
avant la secousse, lair est
plus calme
est pur, de légères
qu'auparavant, le ciel
lancées dans un
vapeurs se promènent baatmosphère
terre semble s'ébranler
brûlant. Bientôt la
vacillant paroft être balancé graduellement, et le sol
sible; alors une secousse par une force inviàcette première
plus violente succède
le sol est comme commotion, l'équilibre se perd,
chent, tombent, Hlottant; les rochers se détades
roulent avec fracas du haut
montagnes, et donnent un libre
eaux souterraines qu'ils
cours à des
terre s'entr'ouvrant, retenoient captives. La
sein des arbres
semble repousser de son
respectés : il' n'est majestueux que les tems avoient
élastiques savent
que ceux dont les racines
qui
se plier à ce
puissent y résister, en
bouleversement,
leur masse, et se mesurant balançant forcément
retient.
sur le tertre qui iles
Les antres du bord de la
des montagnes font
mer, ou les cavernes
bruit
entendre de leur
sourd, et semblent
gouffre un
bres,il m'en souvient
mugir; ces sons lugul'homme consterné encore, glacent d'effroi et
Lhomme le
et les animaux éperdus !
plus religieux
pable, doublement
Irissonre, etle couest anéanti! Ici, la tourmenté par ses remords,
terre altérée, 2 s'abreuve à
Z 2
mer, ou les cavernes
bruit
entendre de leur
sourd, et semblent
gouffre un
bres,il m'en souvient
mugir; ces sons lugul'homme consterné encore, glacent d'effroi et
Lhomme le
et les animaux éperdus !
plus religieux
pable, doublement
Irissonre, etle couest anéanti! Ici, la tourmenté par ses remords,
terre altérée, 2 s'abreuve à
Z 2 --- Page 376 ---
VOYAGES
et fait
longs traits d'une source qu'elle épuise
la, elle vomit de son sein embrasé
disparoitre ;
contenir.
un torrent qu'elle ne peut plus cherche en vain
A Thorizon, locil inquiet
écroulées,
les pitons de montagnes qui se sont familles
sous leurs décombres des
et ont englouti
L'eau des lacs, celle des
et leurs demeures!
bouillonne avec
lagons, naguères si tranquille,
et subeffort, s'élève par un pouvoir inconnu, silence
l'entoure. Tout est
merge tout ce qui
frémit chez les êtres
dans la Nature,, tout
les élémens seuls en guerre se choquent
animés,
à Phomme son néant, et lui faire
pour montrer
contre un Dieu
reconnoître son impuissance
qui menace !
calme; on respire
Cependant tout paroit plus
enfin, on sort comme d'un songe effrayant
cherche à oublier ; on se promet la paix
qu'on
quand tout à coup une nouvelle
et le repos, avertir l'homme téméraire que
secousse vient
le Dieu des élémens n'a point encore prononcé.
funeste encore, détruit ce qui
Cette réaction plus
à cette scène
n'avoit été qu'ébrahlé, et donne
universelle.
le dernier ton d'une dégradation
désoHeureux, heureux au milien de cette
Thomme
lation, lorsqu'elle ne surprend pas descendroit
milieu d'un sommeil, d'oà il
au dans le tombeau sans avoir pu se reconnoiue, --- Page 377 ---
D'UN NATURALISTE.
trouvant soudain étouffé sous les décombres
se
de sa maison.
arrive pendant le
Lorsque cet événement
et de
jour, il est prudent de quitter les cases,
rester dehors tant que durent les secousses.
il périt, lors du trop
Malgré ces précantions,
de
tant
mémorable tremblement de terre
1770,
Port-au-Prince, près de trois
à Léogane qu'au
le tems de
cents personnes, qui n'eurent point
quitter leurs galeries, ou qui furent dévorées,
milieu même des rues ou des champs, par
au
s'entr'ouvrit sous leurs pas!
la terre qui
n'offrent point des résultats
Si les ouragans
moins la
aussi destructeurs,ils n'en attristent pas
Nature. Ils n'ont aucune époque fixe, et l'on en
dans tous les mois de Pannée. Ils sont
éprouve
d'une pluie contiassez généralement précédés
soufflent
nue, à la suite de laquelle les vents
violence. Les ouragans, dit un auteur
avec
du mot indien
anglais, tirent leur étymologie
veut dire diable. Il suffit à un
hurrica, qui
de rencontrer un vent
vent d'est ou de mer,
choc
d'ouest ou de terre pour produire un
violent qu'il n'est point évité. On
d'autant plus
violent,
doit donc s'attendre à un ouragan
du point d'est le vent fait le tour du
lorsque
d'heures. La mer servant de
compas en peu
Z 3
uteur
avec
du mot indien
anglais, tirent leur étymologie
veut dire diable. Il suffit à un
hurrica, qui
de rencontrer un vent
vent d'est ou de mer,
choc
d'ouest ou de terre pour produire un
violent qu'il n'est point évité. On
d'autant plus
violent,
doit donc s'attendre à un ouragan
du point d'est le vent fait le tour du
lorsque
d'heures. La mer servant de
compas en peu
Z 3 --- Page 378 ---
VOYAGES
pronostic, cette tempête affrense, devient
et unie; Tatmosphére'se
calme
densés et
charge de nuages consombres, du sein desquels brillent
toute part des éclairs éblouissans.
de
nerre menace la Nature
Bientôt le tonet
par des éclats fulminans
prolongés : alors, après plusieurs de ces
motions
comredoutables, un vent
et célébre son
fougueux s'élève,
destruction. Rien passage par T'épouvante et la
dévorantes de
ne peut résister aux spirales
ses tourbillons
hommes
puissans. Les
emportés, les maisons
arbres déracinés, les vaisseaux renversées, les
sur les rescifs de la
déradés et brisés
côte, sont les tristes
mens d'un souvenir douloureux.
monuJ'ai vu sur les habitations Pivert
situées auprès de la ville de
et Dussolier,
dis-je, à la suite d'un
Saint-Marc, j'aivu,
six heures, des abricotiers ouragan qui avoit duré
leur feuillage, des avocatiers dépouillés de tout
leur longueur, les colonnes fendus dans toute
à cause de la résistance
des palmiers brisées,
qu'avoit opposé au vent
Eiirtt
désolation, quels regrets, quel
Quelle
on éprouve après une semblable anéantissement calamité!
bocages, naguères rians et parés de fleurs Ces
fraiches et diversement
plus
des
colorées, n'offroient
2 que
troncs ou des rameaux
leur plus bel ornement, Cette
dégarnis de
parure, qui sem- --- Page 379 ---
D'UN NATURALISTE
bloit lese enorgueillir, étoit à leurs pieds mutilée,
sans éclat, et rentrée dans le néant!
Le ruisseau qui traverse la ville de SaintMarc, devenu torrent désastreux, charrioit des
arbres, des palissades, des couvertures de maisons, dont les eaux impétueuses alloient encombrer les pièces de cannes renversées. Je vis,
hélas! un nègre et son enfant attachés lun à
l'autre, et flottans confondus avec ces tristes
débris ! Ils étoient tous deux mutilés!
Et qui le diroit? L'ambition, la soif de'Tor
semblent applaudir à ces intempéries de la
Nature, qui leur promettent une plus grande
fécondité et de plus riches récoltes! On n'oublie
et la
que trop tôt ce qui n'est point personnel,
vne d'une plus actiye verdure, que ces engrais
chers et passagers ont provoquée, fait sourire
qui bientôt éloigne de son
J'égoiste spéculateur, déchirant de cette funeste
souvenir le tableau
catastrophe.
tonjours à
Les ouragans se déclarent presque
Saint.Domingue ou avant le lever du soleil, ou
après son' coucher. On doity regretter les abattis
de bois, dont Pélasticité s'opposeroit sans trop
de résistance à la fureur des vents.
On divise, dans les Antilles, l'année en deux
saisons elles sont moins sensibles dans les
montagnes. Malgré celle difféplainesquedansles
Z 4
souvenir le tableau
catastrophe.
tonjours à
Les ouragans se déclarent presque
Saint.Domingue ou avant le lever du soleil, ou
après son' coucher. On doity regretter les abattis
de bois, dont Pélasticité s'opposeroit sans trop
de résistance à la fureur des vents.
On divise, dans les Antilles, l'année en deux
saisons elles sont moins sensibles dans les
montagnes. Malgré celle difféplainesquedansles
Z 4 --- Page 380 ---
-
VOYAGES
rence de température,) la
la même, et la verdure végétation est toujours
riches
s'y montre sous les plus
nuances. Le jaune pâlissant du
n'y ahnonce que le deuil d'un arbre surle feuillage
de son existence ; car annuellement il déclin
dépouille jamais de tous ses vêtemens à la ne se
et toujours une nouvelle verdure
fois,
la chute du fenillage
dérobe jusqu'a
qui a cessé de
et trompe ainsi
végéter,
agréablement les regards du
contemplateur.
J'ai déjà assez fait connoître combien
férois le séjour des
je préde la
montagnes à celui des villes
plaine, pour ne point me répéter ici. En
effet, sous un climat aussi brûlant où lon
recherche la fraicheur, ne doit-on
la préférence à la
pas donner
le thermomètre température des mornes, où
18 à
ne s'élève jamais au dessus de
20°, tandis qu'en plaine il est à 300, J'ai
passé au Gros-Morne, des nuits si fraiches,
jy faisois toujours usage d'une
que
de feu soir et matin,
couverture, et
coucher du
avant le lever et après le
soleil. Enfin je m'y croyois au
printems de l'Europe,
fraiches, le thermomètre puisque, par ces nuits
A mon réveil,
n'étoit qu'à II et 130,
mon vêtement de basin n'étant
point assez chaud, j'endossois une
j'allois sur le bord des rivières
lévite, et
partie de l'ile
limpides de cette
y prendre un bain salubre, d'oi --- Page 381 ---
D'UN NATURALISTE
36r
revenois avec l'appétit ouvert, tant l'air est
je
enchanteur.
vife et apéritif sous ce ciel
SaintL'évaporation des eaux étant excessiveà
Domingue, les pluiesy sont proportionnellement
tres-abondantes; mais les saisons ne sont pas
réglées à la fois dans tous les quarégalement
le nord est souvent dans la saison
tiers, puisque
l'ouest est dans celle des
des pluies, tandis que
secs, et vice versd.
d'autant
abon-
-Ces pluies fécondes, et
plus dans
dantes que le sol est boisé, sont plus rares
que dans celle espagnole;
la partie française
des vents du
elles sont ordinairement précédées
Sud et de S.-0. Le Cap et ses environs essuyent le
au contraire des pluies réglées qu'annonce
vent du N.-0., et qu'on y nomme les Nords.
La chute prolongée de ces plnies y intercepte
pendant plusieursjours, toute commusouvent,
les autres
parce que les
nication avec
quartiers,
et débordées n'y sont plus guéarivières grossies
font
depuis
bles. Les nords du Cap se
éprouver
d'octobre
mars. Il ne faut pas
le mois
jusqu'en
avec l'ondée
confondre la pluie fine des nords,
tous les jours pendant la saison
des orages qui, tombe à la même heure en si grande
des pluies,
forme bientôt des torrens dont
quantité, qu'elle
la nuit.
la terre s'abreuve pendant
La chaleur brulante du matin, et T'humidité
depuis
bles. Les nords du Cap se
éprouver
d'octobre
mars. Il ne faut pas
le mois
jusqu'en
avec l'ondée
confondre la pluie fine des nords,
tous les jours pendant la saison
des orages qui, tombe à la même heure en si grande
des pluies,
forme bientôt des torrens dont
quantité, qu'elle
la nuit.
la terre s'abreuve pendant
La chaleur brulante du matin, et T'humidité --- Page 382 ---
a
VOYAGES
du soir, produit un serein pernicieux, et qui
punit souvent. l'imprudence de ceux qui veulent
dormir à la belle étoile. Les maladies qui résultent de cette incommodité, sont des ophtalmies, des gouttes-sercines, des maux de
ou esquinancies,
gorge
que produisent une transpiration
a
interceptée.
J'ai dépeint les désastres fréquens que causent
à Saint - Domingue lair, la terre et le feu,
lorsque ces élémens coalisés se concertent
répandre
pour
lépouvante et la dévastation ; ces
fléaux sont terribles, mais un autre dont on
ne se méfie point, et qui ravage en
et
silence,
surprend souvent l'homme au milieu d'un
sommeil trompeur, l'eau vagabonde sortie au
delà de ses digues pour tout submerger, voilà
le quatrième élément dont il me reste à parler.
Si je suivois ponctuellement l'ordre de mon
journal, comme je l'ai fait jusqu'ici, je remettrois à l'époque que je vais indiquer, les détails
d'un débordement désastreux dont j'ai été témoin, et dont les premiers flots me surprirent
le 20 fructidor an VII (septembre 1800); mais
ce seroit m'écarter du plan que j'ai conçu,
d'exposer au lecteur successivement les inconvéniens du séjour de Saint-Domingue, puisque
j'en dois peindre aussi tous les ayantages, --- Page 383 ---
D'UN NATCRALISTE,
Cet événement
sieurs
déplorable qui inonda
quartiers de lile, se fit
la pludans certains endroits, tandis éprouver nuit
àl T'Artibonite,
que dans d'antres,
à la
par exemple, oû je me trouvois
chasse, ce fut à huit heures du matin. Je
dégageois, du milieu de
deux gingeons
campêches touffus,
à leur
que je venois de tirer au
retour du matin dans les
passage,
j'entendis au lointain un morne mangles,lorsque
dontj'étois loin de
bruissement,
lec danger
soupçonnerla cause, Ignorant
les
que je courois, je persistois à balancer
campêches pour faire tomber mes
lorsque deux nègres fidèles de la gingeons,
vinrent à moi, hors d'haleine,
grande case
leurs yeux, et sans
l'effroi peint dans
levèrent de
pouvoir me parler; ils m'enterre, et me transportèrent
leurs épaules, partie à la
partie sur
que je trouvai déjà
nage, jusqu'à la case,
submergée.
Nous nous rappelâmes alors que le tems des
pluies ordinairement réglé à
avoit été interverti dans son ordre SaintcDomingue,
effet, une sécheresse
naturel. En
dans cette saison dure opiniâtre et rebelle,la terre
d'être imbibée
et raboteuse, au lieu
d'une humidité fertile, ses crevasses arides laissant échapper des vapeurs brûhauso,plesherbesjpnanio,1 les
les arbres perdant entièrement pituragesdeséchés,
les ruisseaux n'offrant
leur feuillage,
plus qu'une vase infecte,
été interverti dans son ordre SaintcDomingue,
effet, une sécheresse
naturel. En
dans cette saison dure opiniâtre et rebelle,la terre
d'être imbibée
et raboteuse, au lieu
d'une humidité fertile, ses crevasses arides laissant échapper des vapeurs brûhauso,plesherbesjpnanio,1 les
les arbres perdant entièrement pituragesdeséchés,
les ruisseaux n'offrant
leur feuillage,
plus qu'une vase infecte, --- Page 384 ---
VOYAGES
la rage désolant la société
(1), et
également sur les animaux
répandue
maladies jusqu'alors
domestiques; des
incurables, des
inconnues 3 des ulcères
pressentimens réels enfin
sagèrent cette sinistre adversité,
préBientôt des nuages épais ombrèrent cette
d'azur naguères si
voûte
condensées,
resplendissante; les vapeurs
sans se dissoudre, flottérent et se
balancérentà une moyenne
mant la colonne thermale région, en comprides vapeurs
Déjà les montagnes couvertes
terrestres.
poreuses, ne se déceloient
par ces gazes vapar les sillons de feu des que par intervalles et
deux jours de
éclairs réitérés, Enfin
pluie continuelle, un
sourd, une lugubre
tonnerre
cessive, un silence dans obscurité, la
une chaleur exévénement
Nature, présages d'un
majeur, furent les
débordement de 1800.
avant-coureurs du
Cependant l'eau croissant. d'une manière
sible, etl les cabanes
de
sencher soulevées
(2)
nos chambres à couet fottantes, nous décidérent à
() Nous avions à cette
crerie des Dunes de T'autre époque, bord sur la petite sunègres hydrophobes, dont l'un
de l'Ester, quatre
et qu'on trouva mort
disparut danst un accès,
le bonheur de
depuis dans une falaise. J'eus
guérir les trois autres,
(2) Cestainsi qu'on appelle les lits dans les colonies. --- Page 385 ---
D'UN NATURALISTE.
ailleurs. Mais oû aller? Les
choisir un refuge
violens del'Artibonite qui s'étoit réunie
courans
communiquent avec
à l'Ester et aux lagons qui
de salut. Nos
la mer, nous ôtoient tout espoir
les
hâtèrent d'étendre des portes sur
affidés se
construire
solives de notre case (r), et de nous y
oùt nous montâmes, avec nos papiers
un galetas,
attendre avec
et effets les plus précieux, pour y
résignation la fin de nos malheurs communs.
Les torrens furieux charrioient, en grondant,
des toufles entières de
des masses volumineuses;
dont les épines
campêches, et des bayaondes
les chemins
cruelles se fichant en terre,rendoient
impraticables. Les hommes et femmes armés de pioches 9
à la réparation de digues qui
couroient éperdus,
de
n'existoient déjà plus. Les vaches beuglant
veaux contrel'eau
toutes pen.latantaecieun renonçoient à la pitié materqui les entraînoit, les devoirs de la Nature, pour
nelle, oublioient salut dans les endroits les plus eschercher un
dans l'espoir
carpés. En vain leurs propriétaires, la voix de
de les rappeler, contrefaisoient-ils
() On sait que sur les habitations, la plupart n'ont
des cases sont couvertes en chaume, et qu'elles libre
de plancher, afin de laisser à Tair une
point
circulation.
itié materqui les entraînoit, les devoirs de la Nature, pour
nelle, oublioient salut dans les endroits les plus eschercher un
dans l'espoir
carpés. En vain leurs propriétaires, la voix de
de les rappeler, contrefaisoient-ils
() On sait que sur les habitations, la plupart n'ont
des cases sont couvertes en chaume, et qu'elles libre
de plancher, afin de laisser à Tair une
point
circulation. --- Page 386 ---
VOYAGES
leurs nourrissons; soit qu'ils ne pussent s'y méprendre, soit qu'ils ne pussent seconder leur
désir, 9 elles y paroissoient insensibles, et sembloient,ayantp pris terre sur des buttes, ne songer
qu'an bonheur du moment.
Les chiens, ces
wrsisamisdethomme,e oubliés
dans des momens aussi critiques, lui
choient, par des hurlemens
reproaffreux, son
titude pour des services si souvent rendas; ingra- tandis
que les chasseurs nocturnes, lés chats par leurs
miaulemens de fureur, type de leur caractère
traitre et cruel, complétoient cette criarde harmonie.
Les oiseaux effarés, ne voyant plus la terre
voltigeoient de toutes
et
douleur
parts 5 annonçoient leur
par des,cris répétés : d'autres plas familiarisés, quoique farouches en liberté, venoient
auprès de nous y cherchér un asile.
Des bouchées de giraumont ou de riz tomboient quelquefois de notre réduit sur des chaises
flottantes, où s'étoient rassemblées quelques
poules; mais elles étoient de suite
et comme elles étoient insuffisantes disséminées,
une faim de trente-six
pour assouvir
heures, ces gallinacées
s'épluchoient respectivement pour ne rienl laisser
perdre,
Boston, cheval dont j'ai déjà parlé, naguères
si délicatement nourri, aujourd'hui triste de se --- Page 387 ---
D'UN
voir
NATURALISTE
enlever de la case où il
à l'aise,
préféroit vivre mal
trompa son conducteur
à la nage sur une hauteur où il quil'emmenoit
pied sec, et
de
pouvoit être à
s'échappa ses mains
trouver sa galerie habituelle.
pour revenir
Les poules trompées par la
dans T'eau, y trouvoient
faim, descendant
une mort
accompagnée des hoquets du
certaine, 9
les insectes incommodes
désespoir. Tous
venoient
chassés de leurs
se réfugier sur nous, et
trous,
sur lesquels nous avions à redouter nos matelas
du scorpion et de Taraignce
les piqures
Taraignée à cul
e-crabe, celles de
fourmis
rouge, des flamans êt autres
piquantes ; les
des
mais
déjections venimeuses
ravets;
tous ces
ne nous étoient
légers inconvéniens
notre affreuse point sensibles au milieu de
perplexité.
Il est des moutons
leurs
qui se sacrifiérent
petits ; un d'eux,
pour
trait, devint la
après un aussi beau
chambre, d'un victime, dans notre propre
des
caiman quiy entra, à la
portes et fenêtres ouvertes
faveur
à outrance ce quadropède,
: en poursuivant
dre aucun
sans paroitre craindanger, je n'eus point le tems de
Cette scène
sa proie.
"donerrintl
d'horreur éloit
roulemens
accompagnée de
sourds, et entrecoupés d'un tonnerre
lointain; une pluie continuelle, et uneobscurité
ime, dans notre propre
des
caiman quiy entra, à la
portes et fenêtres ouvertes
faveur
à outrance ce quadropède,
: en poursuivant
dre aucun
sans paroitre craindanger, je n'eus point le tems de
Cette scène
sa proie.
"donerrintl
d'horreur éloit
roulemens
accompagnée de
sourds, et entrecoupés d'un tonnerre
lointain; une pluie continuelle, et uneobscurité --- Page 388 ---
VOYAGES
extraordinaire venoient, par intervalles, donner
le dernier coup de pinceau à ce tableau bien fait
pour porter l'ame à la tristesse.
On voyoit cà et là des cultivateurs traverser
les endroits les moins profonds,pour sauver sur
leur tête tous leurs effets précieux, et soutenus
par d'autres dans leur marche vacillante. Des
baignoires servoient de canots de transport sur
cette eau agitée.
Cependant le ciel nous sourit, et le surlendemain, un soleil éblouissant sembla vouloir tarir,
ou du moins ralentir le cours effréné de cette
eau vagabonde; mais cette apparencen'étoit
que
mensongére. Le désastre continuoit ses ravages,
et nous apprimes, par des voyageurs dignes de
foi, que nos quartiers n'étoient point les seuls
submergés, puisqu'ils venoient réclamer l'hospitalité, leurs Cases ayant été emportées par des
torrens. Le beau pont de l'Ester ne put résister
à l'effort du volume d'eau de son lit; il se démembra, et parsema çà et là, sur des terrains
étrangers, les matériaux qui le composoient.
M. Desdunes-Lachicotte, dont la santé nous
éloit chère, vint nous tranquilliser par sa présence. Il1 nous quitta bientôt pour aller dans ses
hates,F'assnrerdes] pertes qwlivenoitdépromer.
Il trouva, dans cette visite, beancoupde bestiaux
morts, suspendus aux,arbres, et un de mes
chevaux --- Page 389 ---
D'UN NATURALISTE.
chevaux de selle échappé
milieu de douze,qui
miraculeusement au
douleurs de la faim n'avoient ni la
pu supporter les
d'eau. Il
rapidité du courant
trouva sa grande hatte tellement dévastée, que dans un très-petit terrain,
cinq cent trente-deux
on compta
que tous les
tonquins noyés, ainsi
troupeaux de moutons et cabrits
qui avoient été cernés de toutes
un endroit où ils s'étoient
parts, dans
croyoient inaccessible.
réfingiés, et qu'ils
On
sort des bêtes cavalines
ignoroit encore le
Un
et de celles à cornes.
autre voyageur vint nous faire un
bien plus effrayant des endroits
récit
Mornes, du quartier de
voisins des
naïves. A minuit
P'Arcahaye et des Goenviron, le débordement s'y fit
ressentir, mais avec celte furie
capable d'en imposer aux criminels, extraordinaire, s'il
en eux le moindre sentiment de
existoit
Des torrens
retour au bien.
2 ruisselant avec bruit sur les
croupes des montagnes, descendoient
ment en serpentant leurs eaux écumantes. rapideguères doux à la vue par leur verdure
Naaujounofhuidéracinés
riante,
les arbres les
parla violence des torrens,
plus élevés entrainoient, dans leur
chute précipitée, des rochers énormes
éclat détachant d'autres
qui, avec
pant çà et.là
le
arbres, ou en coupar milieu, se jetoient en masse
sur des càses bientôt
ToME II.
ébranlées, et voguoieat au
Aa
x à la vue par leur verdure
Naaujounofhuidéracinés
riante,
les arbres les
parla violence des torrens,
plus élevés entrainoient, dans leur
chute précipitée, des rochers énormes
éclat détachant d'autres
qui, avec
pant çà et.là
le
arbres, ou en coupar milieu, se jetoient en masse
sur des càses bientôt
ToME II.
ébranlées, et voguoieat au
Aa --- Page 390 ---
VOYAGES
gré des eaux furibondes,avec toutleur
e'est pourquoi, hommes,
contenu;
rirent ainsi au milieu de leur femmes, enfans pésommeil. 11 n'est
que tropd'exemples de cette funeste
Les casess situéesa mi-côte étoient catastrophe!
avant d'arriver au bas, et vomissoient démembrées
bitans au fond des ravines
leurs haprès des nôtres, des
obscures. On trouva
mens de rocailles corps mutilés parles frotteaiguès et Timpétnosité des
vagues tourbillonnantes, et dont la
vulsive et relirée
figure conannonçoit les souffrances et le
désespoir.
Croira-t-on qu'au milieu de cette désolation
l'ambition pût tourmenter encore? Un
apercevant sur une case emportée par le nègre
trois poules encore
torrent,
s'en
vivantes, se jette à la
pour
emparer; mais ne pouvant
nage
sa proie, il revint en affrontant des
atteindre
pensérentlui conterla vie. Voyant dangers qui
seul n'avoit
qu'un homme
pu réussir, ses camarades se
sèrent et formérent le dessein d'arrêter coaliqui se présenteroit, et de
tout ce
butin. Une autre
partager entr'eux le
jeteràla
case parut; tous trois de se
nage, ét de l'aborder sur tous les
Ils foncèrent la
mais
points.
porte 3
se disputant les effets
qu'elle contenoit encore, ils se
Un autre trait émut
noyérent tous.
gresse d'un certain
ma sensibilité, Une néage, accroupie sur sa case
le dessein d'arrêter coaliqui se présenteroit, et de
tout ce
butin. Une autre
partager entr'eux le
jeteràla
case parut; tous trois de se
nage, ét de l'aborder sur tous les
Ils foncèrent la
mais
points.
porte 3
se disputant les effets
qu'elle contenoit encore, ils se
Un autre trait émut
noyérent tous.
gresse d'un certain
ma sensibilité, Une néage, accroupie sur sa case --- Page 391 ---
D'UN NATURALISTE
Rottante,
s'accrocha, en passant,à
présence de négres
unarbre, en
pécheurs, qu'elle
apitoyer sur son sort : elle les
espéroit
son secours; mais
appela donc à
lui criérent
eux, se jouant de sa détresse,
qu'ils iroient volontiers
portugaise. Celle-ci, suivant
pour une
fortune qu'elle venoit de
encore des yenx la
premier argent de son travail. perdre, leur promit le
tiables vouloient du
Ces monstres insabelle promesse, ils lui comptant; et plaisantant sa
L'eau déracina
refusérent tout secours,
l'arbre, et la
reuse fat engloutie sous
pauvre malheuLes pbysiciens
son énorme branchage.
blemens de
attribuent la cause des tremà la dilatation des feux
CREEEES
d'eau
souterrains. La
qui sort de l'abime est
quantité
groadequalesngmentes
quelquefois si
de la mer, etla fait monter senuiblenentlesolume de
au dessus du niveau des
plusieurs brasses
Alors elle inonde les
plus hautes marées.
affreux débordemens, pays voisins par les plus
les symptômes
Qu'on examine avec soin
précursenrs des deux
restres 3 et qu'on les compare
fléaux terou ouragans, et aux
aux orages secs
les mêmes
orages humides, on verra
rapports exister entr'eux.
Les débordemens aux colonies ont
cela d'utile, qu'ils purgent le sol,de pourtant
reptiles, de fourmis et autres
rats, de
animaux qui couAa 2 --- Page 392 ---
VOYAGES
pent les cannes à sucre, et nuisent en général à
la prospérité de la culture.
Mais quittons les élémens en courroux
faire le procès aux insectes et aux autres pour animaux nuisibles de cette ile. C'est
surles habitations à portée de la principalement mer ou des rivières, qu'on est sans cesse en butte à leur importunité.L'air, soir et matin,y est obscurci
les maringouins, les vareux et les
par
la terre semble aux mêmes
moustiques, ,et
son sein les
époques vomir de
scolopendres, les
celles à cul rouge, les
araignées-crabes,
les
scorpions, les
ou
tiques karapates, des essaims de chiques, fourmis
la piquantes, parmilesquelles on remarque surtout
plus grosse espèce appelée
dont
la pigire est si
famand 3
douloureuse; enfin, les
tans ravets, les von-vons, et tant d'autres dégonau milieu desquels se jouent
insectes
reptiles.
quelquefois des
C'est surtout lorsqu'on croit se
à
la fraichenr, qu'on est le plus tourmenté reposer
insectes égarés dans
par ces
conduits
l'obscurité, et néanmoins
et dirigés par leur odorat; ils arrivent
en foule,et fondentavec tant d'impétuosité
entrent dans la bouche, dans Jes oreilles, gu'ils
barrassent dans les
s'emchevenx, et annoncent leur
méprise par un bourdonnement
tandis que
désagréable,
d'autresplusavides de sang,lesucent
'on est le plus tourmenté reposer
insectes égarés dans
par ces
conduits
l'obscurité, et néanmoins
et dirigés par leur odorat; ils arrivent
en foule,et fondentavec tant d'impétuosité
entrent dans la bouche, dans Jes oreilles, gu'ils
barrassent dans les
s'emchevenx, et annoncent leur
méprise par un bourdonnement
tandis que
désagréable,
d'autresplusavides de sang,lesucent --- Page 393 ---
D'UN NATURALISTE
klongs traits, et ne se décèlent
sation
que par une sendoulourense; en'un mot,ilestp
possible de rester assis un moment presqu'imquelquefois,
en repos :
préludant sur mon violon en me
promenant, les
mouvement smaringonins,pens surpris isdemon
continuel, m'accabloient
de leur poursuite
toujours
pation
tenace; je changeois d'occupourécrire à la
enfin j'avois
lumière, 9 vaine tentative;
recours au souper, que souvent
j'expédiois en marchant, malgré l'assaut de
insectes importuns, dont une
ces
mes alimens. La
partie se méloità
le bruit seul
nuit, malgré la mousticaire,
de la bigaille troubloit
sommeil.
mon
On paie bien cher le bonheur de vivre
plaine, sous un aussi beau climat;
en
retenoit sur cette habitation
car, qui me
ce n'est la
alors dévastée ? si
pêche et la chasse, que je ne
trouver nulle part aussi abondantes pouvois
variées,
et aussi
pour continuer mes observations sur les
oiseaux, les reptiles et les poissons; il falloit
priver d'aller méditer sous les beaux
me
touffus des bords de l'Ester, à moins
arbres
en plein jour, où on éprouvoit
que ce fàt
de la chaleur, et où mes
l'inconvénient
plus utilement
momens pouvoient être
employés, ne fàt-ce
dessin
et à la rédaction des notes de
qu'au
Voila
mon journal.
pour les insectes ailés; maintenant
Aa 3
poissons; il falloit
priver d'aller méditer sous les beaux
me
touffus des bords de l'Ester, à moins
arbres
en plein jour, où on éprouvoit
que ce fàt
de la chaleur, et où mes
l'inconvénient
plus utilement
momens pouvoient être
employés, ne fàt-ce
dessin
et à la rédaction des notes de
qu'au
Voila
mon journal.
pour les insectes ailés; maintenant
Aa 3 --- Page 394 ---
VOYAGES
parlons de ceuxt terrestres,dont la
cause souvent de vives alarmes. piqure funeste
Le scorpion 2 qui se rencontre
par-tout au dehors et dans les
fréquemment
de répugner
le
maisons, a droit
par souvenir de son
méfiez-vous en
caractére;
plein champ de ces pieux d'entourage dont P'écorce est levée, de
bous vermoulus
ces bamqui forment communément les
barrières; ils servent l'un et l'autre d'asile à
vivipare irrascible et dangereux,
ce
même en
qui menace,
mourant, son ennemi, des
efforts de sa fureur. Dans les
derniers
les endroits
maisons, évitez
humides, le sol où repose la baignoire, la jarre (1) et les canaris
servent à maintenir l'eau fraiche
(a), qui
(3).
XVI, tome I).
(Planche
(1) Vases de terre conlenant environ
çonnée d'eau, et même plus.
une poin-
(2) Vases destinés au même usage, mais plus
(5) Jeserois tenté de croire
petits.
du scorpion n'est qu'une
que Taiguillon extérieur
dard, car ayant mis
gaine qui renferme le vrai
le cas de
plusieurs fois des scorpions dans
piquer un animal que je leur
sondoient dabord le
présentois, ils
terrain, sans.
aucune douleur au patient, tandis paroitre occasionner
Tinjection du virus étoient
que la pigûre et
l'enflure subite de la
annoncées par des Cris et
partie offensée,
avec falcalivolatil,
que je guérissois
pour l'empécher de se propager.
:
:
renferme le vrai
le cas de
plusieurs fois des scorpions dans
piquer un animal que je leur
sondoient dabord le
présentois, ils
terrain, sans.
aucune douleur au patient, tandis paroitre occasionner
Tinjection du virus étoient
que la pigûre et
l'enflure subite de la
annoncées par des Cris et
partie offensée,
avec falcalivolatil,
que je guérissois
pour l'empécher de se propager.
:
: --- Page 395 ---
-
- -
I iS
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3 E
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E --- Page 396 --- --- Page 397 ---
D'UN NATURALISTE
C'est également où il faut craindre de rencontrer T'araignée à cul rouge, espèce de tarentule (planche XVI, tome H), dont la piqure est
le venin qu'elle lance par dersouvent mortelle;
à du blanc d'cenf,
rière ressemble parfaitement
le seul conil se coagule et devient friable par
araitact de lair (1). Souvent on aperçoit cette
sortant de trous vermoulus, ou du milieu
goée des toiles d'autres araignées qu'elle s'est approemportant avec elle ses ceufs réunis dans
prices,
qu'elle abandonne aussi
un petit sac jaunâtre,
trouve souvent requelqutelois, puisqu'on en
du
tenus par un long Gl aux longues épines
On doit ordonner contre la piqure
bayaonde.
volatil, extérieurement
de cet araignée 2 l'alcali
etintéricurement, joint aux potionssudoriliques
cordiales et alexitères.
La rencontre de l'araignée-crabe a quelque
de
le volume de sa taille, 9
chose plus elfrayant;
longs et
témérité, les poils gris,
son andacieuse
soyeux dont elle senmrmbaigeemere
Une petite boule du venin de T'araiguée à cul
(1) triturée également avec de la cire jaune en parouge,
dans une dent gâtée, et offre
reille quantité, se pose
de lézard. Les nègres
les mêmes résultats que la poudre
de ce secret que jachetai,
font un grand mystère de tafia, d'un nègre qui
moyennant une bouteille
m'avoit certaines obligations.
Aa 4
senmrmbaigeemere
Une petite boule du venin de T'araiguée à cul
(1) triturée également avec de la cire jaune en parouge,
dans une dent gâtée, et offre
reille quantité, se pose
de lézard. Les nègres
les mêmes résultats que la poudre
de ce secret que jachetai,
font un grand mystère de tafia, d'un nègre qui
moyennant une bouteille
m'avoit certaines obligations.
Aa 4 --- Page 398 ---
3,6
VOYAGES
avec le beau pourpre de son corselet (1),les
serres longues et aigues dont sa mâchoire est
armée, et qu'elle se plait à aiguiser l'une contre
l'autre, tous ces dehors peu aimables sont
autant de motifs qui la font redouter: j'ai vu
de funesteseffets de sa blessure parmideshommes
et des animaux qui en moururent. J'en excepte
pourtant le porc qui s'en repaît impunément et
avec délices, sans en éprouver aucun inconvénient. On panse la plaie que fait cette araignée,
avec du suc d'ail ou de l'eau de luce, ayant soin
dordanserinurieurenent les sudorifiqués etles
alexitères.
Qu'on juge de la voracité et de la force de
cette araignée monstrueuse, par le trait suivant:
j'arrivois un jour de la chasse, et apercevant
dans le coin de la chambre un jeune pintadeau,
le croupion"en Tair, la tête dans un trou, et
restant immobile en cet état; je voulus connoitre la cause de cette étrange. position. Je
m'approchai pour le retirer, mais j'éprouvai
une forte résistance; j'insistai, mais infructueusement; je pris alors un bâton pour sonder,
et ensuite j'entraînai, avec le pintadeau, une
hideuse araignée-crabe qui ne lâchoit pas prise,
et qui m'apercevant 2 quitta sa proie pour
(1) Lesjeunes sont d'un gris-bleuatre, mais soyeuses, --- Page 399 ---
D'UN NATURALISTE.
s'élancer sur ma botte dont elle traversa Tempeigne, sans pourtant m'atteindre. furieuse de se
Celte énorme araignée étoit
dont elle avoit
voir frustrée de sa victime,
m'en
déjà mangé la tête entière. Cependant je
ajouter à ma collection : elle
emparai pour
d'une extrémité
avoit sept pouces dix lignes
à l'autre du corps. Quelques auteurs appellent
cette grosse araignée phalange.
non moins effrayant
Il est un autre insecte,
les pinces
abord, si lon aperçoit
au premier
tête est
mais dont
meurtrières dont sa
armée,
n'offre plus les mêmes résultats : je
la piqure de la grande bête à mille pieds,
veux parler
(planche XVI, tome n),
espèce de scolopendre seulement de Tinflamdont la pigûre cause
traite
mation accompagnée de fièvre, et qu'on
celle du scorpion. Cet insecte, dont
comme
nuée des couleurs les plus vives,
la robe est
avec
et fond sur sa proie
est très-irrascible, mais il évite Thomme, et n'ose
impétuosité; ;
employer contre lui, qu'à son corps défendant,
les armes que la Nature lui a départies. Qnoique
blessures de cette bête à mille pieds, qui
les
de longueur, ne soient
a dix et onze pouces
cependant il est
ordinairement point mortelles,
très-prudent d'observer un prompt traitement
d'un de nos hattiers
curatif, ayant eu T'exemple
proie
est très-irrascible, mais il évite Thomme, et n'ose
impétuosité; ;
employer contre lui, qu'à son corps défendant,
les armes que la Nature lui a départies. Qnoique
blessures de cette bête à mille pieds, qui
les
de longueur, ne soient
a dix et onze pouces
cependant il est
ordinairement point mortelles,
très-prudent d'observer un prompt traitement
d'un de nos hattiers
curatif, ayant eu T'exemple --- Page 400 ---
3,8
VOYAGES
qui en écrasa une sous son pied nu, en lançant l'éperlin à un cheval, et qui mourut par
suite de la dernière colère de cet insecte.
Viennent ensuite ceux que leurs taille et
facultés rendent beaucoup moins redoutables,
quoique d'ailleurs incommodes, et contre l'importunité desquels on doit prescrire la plus
grande propreté, et des bains de décoction de
tabac, La chique (1), qui se plaît dans les endroits secs, poudreux ou mal-propres, et qui
trouve les moyens, malgré les bottes ou chaussures, de pénétrer jusqu'aux
établir
pieds, 2 pour s'y
un domicile, s'introduit dans la chair,
à l'exemple des cirons, et choisit de préférence
les orteils, où elle grossit à leurs dépens, et
pullule si l'on n'a soin de l'extirper avec précaution. Quand par malheur, ce qui arrive
souvent, en raison de la ténacité de la màchoire de l'animal, on ne retire que son sac,
il se forme alors un ulçère plus ou moins
dangereux, selon la constitution de l'individu,
et selon que son sang est plus ou moins vicié.
() Ouj pou de Pharaon; Pulex penetrans,
cide corporis longitudine; Syst. nat., édit. probos- XIII.
p. I02I : Acarus fuscus, paboscide acutiori; Brow.
Jam. 418. Pique au Pérou; Nigua au Mexique,
etSeed-Tick à la Virginie, --- Page 401 ---
D'UN NATURALISTE.
La décoction du roucou, qui est encore préférable à celle du tabac, est l'antidote de la
des chiques. On les retire du pied avec
piqire ed'uneaiguille quelcs négressesmanient,
lay pointe
de dextérité. Les
dans ce cas, avec beaucoup
et c'est
chiques habitent rarement la plaine,
peut-être le seul inconvénient, en ce genre 9
qu'ofire le séjour des montagnes. La présence
de la chique s'annonce par un prurit insupalors elle ne paroit à T'ceil, en faveur
portable;
de la
que comme
de la transparence
peau,
qui, en augmentant
un pointnoir imperceptible
sa
de volume, accroit les dangers auxquels à
génération future expose. Si l'on parvient
retirer la chique entière, on remplit le trou
avec du cérumen de
avec du suif, ou plutôt
la guérison
l'oreille, qui termine promptement
déjà
si elle n'est point
de cette petite plaie,
ulcérée.
attaquent particuLes tiques ou karapates
elles
lièrement les volailles 2 parmi lesquelles avoir
la désolation etla mort, après les
portent
elles sont en si grande quanrendu étiques;
si elles ne trouvent
tité que sur une halitation,
leurs hapoint assez d'animaux pour exercer
bitudes sanguinaires, elles ataquentleshiommey
les mégrillons. (Planc. XVI,
et particulièrement)
tome 1).
de cette petite plaie,
ulcérée.
attaquent particuLes tiques ou karapates
elles
lièrement les volailles 2 parmi lesquelles avoir
la désolation etla mort, après les
portent
elles sont en si grande quanrendu étiques;
si elles ne trouvent
tité que sur une halitation,
leurs hapoint assez d'animaux pour exercer
bitudes sanguinaires, elles ataquentleshiommey
les mégrillons. (Planc. XVI,
et particulièrement)
tome 1). --- Page 402 ---
VOYAGES
Quant aux fourmis et autres insectes incommodes en apparence, la Nature, sage dans
ses ceuyres > a prévu leur utilité; ne nous
plaignons doric pas, et regrettons que notre
foible pénétration ne nous mette point dans
le cas de porter un autre jugement sur ceux
que nous avons peut-être trop tôt décriés.
L'ile nourrit beaucoup d'espèces de lézards,
dont la plupart très-familiers viennent jusque
dans l'intérieur des cases, réclamer la nourriture qui leur convient. Jamais
ils fuient
importuns 9
pour peu qu'on paroisse s'ennuyer
de les voir présens. D'autres moins hardis, font
le tour de la case; de ce nombre sont : le
sourd à collier noir; le goetreux aurore et
sanguin; le petit lézard vert, qui a toutes les
propriétés du caméléon (1); et une autre espèce dont la robe élégante est ponctuée transversalement de zones des plus vives couleurs,
parmi lesquelles on remarque des points san-
(1) Lorsqu'on veut faire mourir sur-le-champ cette
espèce de lézard, il suffit de lui introduire unep pincée
de tabac dans la bouche. Alors ses couleurs s'altèrent,
et prennent une
a
quantité de nuances
a
par le bistre
mais
qui se terminent
capucin;
on le rend de suite à la
vie, et on neutralise ce poison, en faisant avaler à
Tanimal du suc d'oseille. M. de T'ussac et moi, nous
avous souvent répété cette expérience. --- Page 403 ---
D'UN NATURALISTE.
sur des raies d'un jaune d'or au milieu
gnins d'un fond blanc de lait satiné; et plus loin,
à l'insertion des pattes 2 la vive couleur de
l'émeraude y réjouit l'oeil du curieux observateur. de
ont les anolis familiers dans
Que
graces démarches! On les voit dans
leurs moindres
soila saison des amours, se poursuivre, puis
gneusement s'éviter pour augmenter la volupté
des désirs, se caresser ensuite de leur langue
voluptueuse, en fermant les yeux dans l'accablement délicieux que leur ivresse leur proenfin disparoitre aux yeux des obsercure,
célébrer. des mystères plus
vateurs, pour
loin de nuire à
secrets. Ces charmans reptiles,
embellissent la Nature par leur préla société, tableaux intéressans et toujours nousence, de
veaux.
beaucoup de
On trouve à Saint-Domingue
l'on
couleuvres et de serpens, mais ceux que
rencontre le plus communément dans la plaine,
sont, 1°. la verte, qui se plait dans les haies
de citronniers; la pourpre, qui niche et sommeille dans les campèches; et le collier qu'on
observe toujours dans les indigoteries (1).
() On trouve aussi une espèce de daboie qui ne
l'annelée.
M. de
fnit aucun mal, non plus que
(Voyez
Lacépède, tome IV, Hist. Nat. des serpens.)
que
rencontre le plus communément dans la plaine,
sont, 1°. la verte, qui se plait dans les haies
de citronniers; la pourpre, qui niche et sommeille dans les campèches; et le collier qu'on
observe toujours dans les indigoteries (1).
() On trouve aussi une espèce de daboie qui ne
l'annelée.
M. de
fnit aucun mal, non plus que
(Voyez
Lacépède, tome IV, Hist. Nat. des serpens.) --- Page 404 ---
38x
VOYAGES
La blessure de la verte est seule un peu
venimeuse;mais, aimables créolesvous,qu'une
timidité naturelle fait regarder avec horreur
ces reptiles que vous rencontrez au sein de VOS
campagnes, entendez la voix de l'éloquent
Lacépède, et rassurez-vous.
(( Les couleuvres que nous avons à décrire,
) dit cet illustre écrivain, ne nous présenteront
> ni venin mortel, ni armes funestes ; elles
) ne nous montreront que des mouvemens
) agréables, des proportions légères, des cou-
)). leurs douces ou brillantes : à mesure
) nous nous familiariserons avec
que
elles, nous
) aimerons à les rencontrer dans nos
bois, 2
) dans nos champs, dans nos jardins; non
) seulement elles ne troubleront pas Ia paix
) de nos demeures champêtres : s ni la pureté
) de nos jours les plus sereins, mais elles
) menteront nos plaisirs en
augréjouissant nos
)) yeux par la beauté de leurs nuances et la
) vivacité de leurs évolutions. Nous les 7
verrons
) avec intérêt allier leurs mouvemens à ceux
) de divers animaux qui peuplent nos cam-
) pagnes, se retrouver sur les arbres jasqu'au
) milieu desjeux des oiseaux, et servirà animer,
> dans toutes ses parties, le vaste et magnifique
) théâtre de la nature printanière )). Mais,
faire des extraits d'une histoire scientifique aussi --- Page 405 ---
D'UN NATURALISTE
attachante, c'est donner à
de ne point connoître
mes lecteurs le regret
un composé de
tout T'ouvrage, qui est
Je ne m'attacherai graces et d'érudition.
point à décrire les
végétaux, si communs à
poisons
analyse est réservée
SaincDonuingue; cette
usuelles. Je
pour mon Traité des
me contenterai donc de les plantes
quer nominativement
indireux et ceux dont les : parmi les plus dangeeffets sont le
funestes, on distingue, le mancenillier plus
québec (2) qui se plait sur le bord des (1), le
et dont, par une merveille
rivières,
est le contre-poison;
étonnante, la racine
l'apocin corne cabrit l'apocin épineux (3), et
(4). Ces deux dernières
plantes sont des lianes
nissent un suc laiteux grimpantes, et fourbeaucoup d'autres
coagulant. Il en est
tard l'énumération. dont je me réserve plus
J'aimois à
beautés de la Saint-Domingue, à observer les
troublé dans Nature; et pour n'être point
ma contemplation, je fuyois les
hommes, 5 et je pénétrois, loin de la
sous l'enlacement confus de
case 9
rans qui bordoient un des campéches odoet formoient des
canaux de l'Ester,
teur de Paul
souterrains, ou, selon l'auverdure.
et Virginie, des courtines de
(1,2,3,4) Poyez tome II, planche XVI,
troublé dans Nature; et pour n'être point
ma contemplation, je fuyois les
hommes, 5 et je pénétrois, loin de la
sous l'enlacement confus de
case 9
rans qui bordoient un des campéches odoet formoient des
canaux de l'Ester,
teur de Paul
souterrains, ou, selon l'auverdure.
et Virginie, des courtines de
(1,2,3,4) Poyez tome II, planche XVI, --- Page 406 ---
VOYAGES
Je me plaisois à admirer la rusticité
relle de notre canal. Un tamarinier
natuet un jeune palmiste
étoitétouffé,
voir élever
y languissoit de ne pouson panache éclatant au
ces branches
dessus de
lacées
tortueuses, trop étroitement enpour le laisser dominer. Deux vieux
troncs de lataniers, rongés par le
jetés sans précaution, servoient de tems, et
là, qu'assis et fixant l'onde claire pont. C'est
sans murmure,
quiy couloit
je voyois les bombarils
les haut-dos se
(r) et
jouer sous des confervas qui y
surnageoient.
Je passois des heures entières dans le
le plus profond, à yadmirer
silence
Nature, qui s'animoit
avec émotion la
formes
autour de moi sous mille
différentes. Lorsque le soleil, aux trois
quarts de sa course, fournissoit à la terre
de. clarté que
plus
de
d'ardeur, je suivois le courant
l'Ester, pour m'enfoncerse encore
momens sous une bananerie mollement quelques
par le vent, y respirer l'air balsamique agitée
règne sous cette vottedéeliquetée;
qui
le soleil doroit de ses
et, lorsque
rayons fugitifs les nuages
() Espèce de tétards un peu plus gros
le
pisquet, et dont je n'ai point parlé à l'article que des
péches, les
parce que les nègres seuls les
font sécher pour leurs calalous.
recherchent, et
interposés --- Page 407 ---
D'UN NATURALISTE.
interposés dans sa divergence, j'aimois à voir
les troupeaux s'approcher de leur parc (1);
les négrillons ranimer leurs jeux suspendus par
une trop grande chaleur ; un doux zéphir y
dérober furtivement les parfums de T'acacia;
les abeilles rapporter à la ruche le fruit de
leurs travaux; les papillons diurnes se coller
sur les branches pour y passer la nuit; les
scarabées gagner à pas précipités leur retraite;
les oiseaux chercher un abri sous le feuillage;
les colombes, l'ayantdéjà trouvé, voltiger encore
la crainte d'être interrompues dans leur
par douce résnion 3 d'autres roucouler, en se félicitant. d'avoir pu se rejoindre.
mais il
J'admirois ce ravissant spectacle,
m'attendrissoit et me laissoit à désirer! Excité
le chant plaintif des oiseaux de T'Amour,je
par
me plaignois d'être seul à gémir.
Plein de ces pensées amères, que les nuits
étoient longues ! Dans ces lourdes chaleurs de
la canicule, oit la nature animée, à moitié
épuisée de foiblesse, est comme endormie, où
les passions secouent le sommeil et ôtent tout
de fois, cherchant à renouveler mon
repos, que brûlante
sortis de mon lit, ne pouhaleine
2 je
(1) Les vaches à lait nécessaires à la consommation,
et les cabrits.
Bb
TOME II.
ient longues ! Dans ces lourdes chaleurs de
la canicule, oit la nature animée, à moitié
épuisée de foiblesse, est comme endormie, où
les passions secouent le sommeil et ôtent tout
de fois, cherchant à renouveler mon
repos, que brûlante
sortis de mon lit, ne pouhaleine
2 je
(1) Les vaches à lait nécessaires à la consommation,
et les cabrits.
Bb
TOME II. --- Page 408 ---
VOYAGES
vant y dormir, pour exposer mon corps nu et
enflammé aux rayons rafraichissans de la lune!
Le léger bruit des feuilles du cocotier et du
palmiste, quoique rarement agitées,
geoit à pénétrer sous leur dôme
m'engapour chercher la fraicheur
majestueux,
tation de leurs
au milieu de l'agipanaches ; je m'y rendois lentement, et trop souvent entouré dans ma course
d'exhalaisons dévorantes qui me faisoient regretter mon entreprise : arrivé au pied de ces
colorines
sugata,lycherehois en vain ce doux
zéphir qui m'y avoit attiré, je ne respirois
qu'un air brilant et humide
plus
sous leur voûte
tranquille.
L'eau même qui couloit au dessus de leurs
racines étoit tiède, et attiroit dans cet état des
légions de maringouins que je
d'éviter. Je
m'empressois
dirigeois mes pas vers la
en
suivant le ruisseau qui gazouilloit case,
foiblement
par intervalles, lorsque des roches
et dépassant son niveau, offroient une interposées
à son - eau qui se
résistance
changeoit en cascade. Les
chèvres et les moutons haletant de
boucs infectant l'air de leur
chaleur, les
je regrettois les parfums
musc insupportable,
nier;
del'açacia et du citron-
; mais rentrant sous ma monsticaire, et ne
trouvant dans aucune position le sommeil
je cherchois, pensant
que
que seul, sans amis, sans --- Page 409 ---
D'UN NATURALISTE.
un coeur pouryd déposer mes peines, je ne pouvois
de mon état douloureux, je leque gémir
vois mes mains vers le seul consolatenr que
j'avois à implorer, et dont la grace suffisoit pour
rendre le repos à mon ame agitée; alors,
comme s'il eût été sensible à mes voeux, le
sommeil verroit appesantir mes paupières.
Le lendemain de ces tristes réflexions, cherchant à les écarter de ma mémoire, je reprenois
et
avec encore plus de
mes travaux, jf'admirois libéralités de PAureconnoissance les prodigues
teur de la Nature. Que de merveilles à citer, si
n'étoit
point connue ! mais éviune partic
déjà
de copier les
tant le plus qu'il m'est possible
ce qui leur apparauteurs, pour m'approprier
tient, je passerai légérement sur les ressources
naturellement, pourl'existence, la coqu'offre
lonie de Saint-Domingne.
J'ai déjà exposé au lecteur quelles ressources
les habitans de certains quartiers pouvoient tirer
de frais, de la
librement et sans beaucoup
chasse aux quadrupèdes marrons ou exotiques
naturalisés, au gibier de terre, à celui d'eau
lui ai
douce, de mer, et aux amphibies; je
indiqué le plus succinctement possible, tous les
également pour les besoins
avantages qu'offrent
de la vie, les pêches àla mer, des poissons 2 crustacées et testacées; celles aux rivières dormantes,
Bb 2
pouvoient tirer
de frais, de la
librement et sans beaucoup
chasse aux quadrupèdes marrons ou exotiques
naturalisés, au gibier de terre, à celui d'eau
lui ai
douce, de mer, et aux amphibies; je
indiqué le plus succinctement possible, tous les
également pour les besoins
avantages qu'offrent
de la vie, les pêches àla mer, des poissons 2 crustacées et testacées; celles aux rivières dormantes,
Bb 2 --- Page 410 ---
VOYAGES
limoneuses ou d'eau vive, qui recèlent de semblables habitans; ; je lui ai fait part dè
remarques sur les haras, sur l'éducation du mes
cieux tonquin et des
et
prénécessaire d'entrer cabrits; ne croyant point
l'étonnante
dans aucun détail sur
muliplication et l'excellence
culière à
partiSaint-Domingue, des dindes
reflets café anu lait, et des
gris à
transportés
autres gallinacées
d'Europe, je vais lui retracer
rement les richesses végétales
légéde l'ile
que le sol fécond
procure aux habitans.
On pourroit, à la grande rigueur,
l'usage du blé qu'on fait venir
remplacer
en farine, ou des
Etats-Unis, et de préférence de Moissac et de
Montauban, villes de
les
pays, tels
France, par
vivres du
qu'ignames, bananes,
cassave, riz, farine de mais ou de patates,
en cela, la Nature s'est
petit mil; et
nom de
montrée digne du beau
mére; mais les
préférent aux vivres, le Européens en général
aliment
pain qui est leur
primitif.
Les fruits et les
légumes y sont également
multipliés à proportion; on fait plus d'usage de
mantègue ou sain-doux, que de
fait venir salé de la
beurre, qu'on
de l'ile
Nouvelle-Angleterre, celui
dans qu'on se procure en agitant de la crême
une bouteille, n'étant jamais d'une consistance convenable
ettoujours un peu aigrelet,
res, le Européens en général
aliment
pain qui est leur
primitif.
Les fruits et les
légumes y sont également
multipliés à proportion; on fait plus d'usage de
mantègue ou sain-doux, que de
fait venir salé de la
beurre, qu'on
de l'ile
Nouvelle-Angleterre, celui
dans qu'on se procure en agitant de la crême
une bouteille, n'étant jamais d'une consistance convenable
ettoujours un peu aigrelet, --- Page 411 ---
D'UN NATURALISTE
Les légumes de France viennent excellens
dans les montagnes; les batates y sont particuJièrement estimées, surtout l'espèce appelée
de terre rouge. Quant au nègre, il est si
pomme
au besoin, d'un épi de
sobre, qu'il se contente,
mais à moitié mûr 7 et qu'il fait boucaner.
Parmi les légumes indigenes, on remarque
l'excellent chou palmiste, le gombo, le caia, la
morelle, le mirliton, le petit concombre saule concombre arada, et tant d'autres
vage,
valeur,
ne se trouve que les
de moindre
qu'il
considécréoles disposés à en faire l'éloge, par
ration pour leur pays. La végétation est si active
à Saint-Domingue, 7 qu'on y récolte les radis
vingt et un jours après les avoir semés.
de
Si les innovations, contraires à la force
l'habitude et à la nonchalance naturelle aux
ridiculisées
climats chauds 9 n'étoient point
par
la plupart des colons de Saint-Domingue, ,jel leur
suivrel l'exemple de MM. Hostein,
proposeroisdes
au milieu de
propriétaires à T'Arcahaye, qui,
la pénurie de bras que faisoit essuyer, dans cerrebelle de la partic du
tains quartiers, 2 la guerre
sud, éprouvérent les plus heureux résultats, en
de la culture des vivres et des denrées
plaine, coloniales
le moyen de charrues. En effet,
2 par
actifs et
Texpérience a prouvé à ces habitans
indastrieux, que la canne à sucre, objet de leur
Bh 3 --- Page 412 ---
3go
VOYAGES
constante spéculation, réussissoit
une terre
aussibien dans
sillonnée, que dans des trous
qués avec la houe; qu'alors il résultoit pratiprécieuse découverte,
de cette
une pratique plus facile et
heancoup moins dispendieuse,
d'une charrue,
puisque le sOC
l'avenir
sagement dirigé,
au travail d'une multitude équivaudroita
qu'on
de nègres
améliorer pourroit ou diminuer, ou
à
les
employer
quantité
habitations, ou restreindre à la
coltes, reconnue indispensable pour les ré-
, les sarclages et les manufactures.
Qui peut opposer un point de
à une pratique qui offre des contradiction
réels ? le commerce seul,
avantages aussi
thode, que la nature des En eflet, cette mécirconstances forcera
peut-être un jour d'adopter, diminuant
blementle nombre des
senside
nègres, la consommation
morues, viandes salées ét autres
dises sèches, fiteannuellementy
marchancinquante-cinq mille hommes pour quatre cent
couleur, se réduira à
environ de cette
Mais quels
unequantité bien inférieure.
la
avantages on retireroit en plaine, de
charrue, en l'appliquant
à
ture des tabacs, du
également la culdu
riz, du coton, de
mais, du petit mil et des
l'indigo,
les travaux seroient
patates; et combien
simplifiés avec la charrue
bayonnaise à trois coutres, dont MM. Hostein
sernsetadenaimemtnes celle d'Espagne,
cette
Mais quels
unequantité bien inférieure.
la
avantages on retireroit en plaine, de
charrue, en l'appliquant
à
ture des tabacs, du
également la culdu
riz, du coton, de
mais, du petit mil et des
l'indigo,
les travaux seroient
patates; et combien
simplifiés avec la charrue
bayonnaise à trois coutres, dont MM. Hostein
sernsetadenaimemtnes celle d'Espagne, --- Page 413 ---
D'UN NATURALISTE
39r
roues, dont ils préféroient l'usage pour les
sans
à trois pieds de
cannes placées en écliquier,
distance.
beancoup plus à cette
Le commerce perdroit
fait point autant
mesure 5 que la France, qui n'y
d'envois, mais en revanche, les multiplieroit
de tirer tout le fruit de la
alors, dans l'espoir
diminution des denrées 3 car incontestablement
elles deviendroient à bien meilleur compte.
Quelques habitans 9 partisans de l'ancien sysn'étant point dans le commerce,
tême, quoique directement intéressés au nouet par cela
néanmoins la difficulté de
veau, m'objectérent
des laboureurs. Qu'ils
trouver à SaintDomingue
de T'Empire
viennent au milieu des campagnes
français oi tout est énergie, ils y verront,
actuellement des enfans y tracer, en chantant,
et reconnoitront avec moi
de pénibles sillons, d'un
les nègres
que, sous la direction satisfaisante gérant, aux foncvaqueront d'une manière
qui n'exige
tions mécaniques du labourage, colonie seroit
qu'une simple habitude. Quelle
de
Saint-Domingue à ce genre
plus propre que la richesse de ses pâturages et
eulture, puisque
constatée par la
la fécondité de ses animaux,
des hattes, lui assurent un plein
prospérité
succès?
devoir m'étendre davantage
Je ne crois pas
Bb 4 --- Page 414 ---
3g2
VOYAGES
sur la culture des vivres indigènes et des denrées
coloniales, trop connue, pour qu'il soit besoin
d'en répéter les détails. Je passerai moins rapidement sur l'importance des manufactures
établies ou à établir à Saint-Domingue. Les
premieres sont, 1°, les sucreries, 20, les indigoteries, 30. les caféteries, 4°. les
50. les cacaoyères, 60, les
cotonneries, 9
guildiveries ou brileries de tafia, 7°. les briqueteries et tuileries,
80, les tanneries, 9°. les chaufourneries, IOo, les
poteries, etc. On pourroit, ainsi que le pense
Nicolson, ajouter, aux produits reconnus de
celte branche commerciale, l'exportation également avantageuse,10, de la cochenille,0. de
la soie, 3°, des épices, 4°. des laines entièrement négligées, 5°, enfin du miel et de la cire.
La cochenille (coccinella tinctoria), espèce
de progalle - insecte, dont lés mouvemens sont
peu sensibles, passe sa vie, collée, ainsi que
plusieurs auteurs l'ont observé avant moi, sur
les plantes un peu acides, telles que l'oranger,
le citronnier, l'orme, le frangipanier, Tananas,
et surtout sur la raquette. On en trouve d'indigénes à Saint-Domingue, particulièrement entre
la rivière de P'Artibonite et celle de
S
sur les opuntia et les cactes, qui bordent l'Ester, des
deux côtés la grande route qui conduit de SaintMarc aux Gonaives. Toutes les plantes indi-
avant moi, sur
les plantes un peu acides, telles que l'oranger,
le citronnier, l'orme, le frangipanier, Tananas,
et surtout sur la raquette. On en trouve d'indigénes à Saint-Domingue, particulièrement entre
la rivière de P'Artibonite et celle de
S
sur les opuntia et les cactes, qui bordent l'Ester, des
deux côtés la grande route qui conduit de SaintMarc aux Gonaives. Toutes les plantes indi- --- Page 415 ---
D'UN NATURALISTE
quées en sont tachées de marques grisâtres qui
ressemblent à de petits lichens ; et certes, à ses
convexes et cannelés de Textérieur,
tégumens cochenille seroit loin de faire soupçonner la
la
renferme.
couleur de feu que son enveloppe
On sait que cet insecte ovipare est prisé par
le commerce, en raison de ses hautes qualités
à la teinture. Onle recueille plusieurs
propres fois l'année, dans les pays oi on a su apprécier
Il s'y multipiie à lipfini sur les
son produit. préfère, et dont il suce en repos,
plantes qu'il
toute la -
et par un seul trou qu'il a pratiqué, les
substance qui lui convient. On laisse
plus
l'espèce, et les nagrosses pour en perpétuer font un riche comturels du Mexique, qui en
feuilles oi
détachent ces insectes des
merce,
d'une plume ou
ils se nourrissent, au moyen
d'un pinceau dont ils se servent avec légéreté,
d'écraser Tanimal. Les spéculateurs
de peur
tous leurs soins à cette précieuse
qui donnent
de
éducation, rentrent leurs nopals garnis
cochenilles, et les mettent à couvert dans la
les contrarient, et les
saison des pluies qui
empéchent de prospérer.
les cochenilles de plusieurs maOn prépare
de leurs teintes.
nières,d'oil dépend la différence
de
Celles que l'on met mourir sur des plaques --- Page 416 ---
- a -
VOYAGES
fer chaudes, étant trop subitement desséchées,
contractent une couleur noirâtre, aux dépens
de leur vermillon; celles au contraire que l'on
soumet à la chaleur d'un four ou d'une étuve,
conservent la partie grisâtre de leur enveloppe
extérieure, ce qui altère encore leur qualité;
enfin, celles que l'on fait mourir par une simple
immersion, en de l'eau chaude qui les dépouille
de leur poussière grisâtre, conservent par cela
même la supériorité de cette belle nuance
pourpre, écarlate ou cramoisi, avec laquelle,
par un mélange combiné, on compose ce carmin merveilleux qui renouvelle le printems
sur le teint de nos belles, en le recouvrant des
roses de sa primeur. Au reste, on peut consulter, pour de plus amples détails, les auteurs
qui ont écrit sur les propriétés et les avantages
de la cochenille, une plus longue digression
devenant contraire au plan que je me suis
tracé.
Le produit des vers à soie seroit à SaintDomingue d'un très-grand avantage, si les
innovations n'étoient point toujours condamnées dans ce pays oùt l'indolence souvent
a
présideà toutes les
-
actions, et où
elle s'oppose à de nouvelles
par conséquent
entreprises. Il suffiroit de réconnoitre le lieu, la nourriture
ages
de la cochenille, une plus longue digression
devenant contraire au plan que je me suis
tracé.
Le produit des vers à soie seroit à SaintDomingue d'un très-grand avantage, si les
innovations n'étoient point toujours condamnées dans ce pays oùt l'indolence souvent
a
présideà toutes les
-
actions, et où
elle s'oppose à de nouvelles
par conséquent
entreprises. Il suffiroit de réconnoitre le lieu, la nourriture --- Page 417 ---
D'UN NATURALISTE
indigéne (1) propre à ces merveilleux constructeurs, et de consacrer à ces naturels de la
Chine Péducation qui a été estimée la plus
voir toutes ces peincs couprofitable 2 pour heureux succès.
ronnées par les plus
Parmi les épices dont on pourroit enrichir
le sol fertile de Saint-Domingue et de la pludes Antilles, le règue végétal nous offre,
part
le
qu'on n'y muldans les racines, gingembre,
assez; dans les écorces, la cannelle,
tiplie point
naturalisée ; la cascarille ou
qu'on y a déjà
du Port-de-Paix, de Nicolson, qu'on
sauge abandonne aux seuls soins de la Nature, et
y
trouvée communément dans les saque j'ai
les bois, ceux
yannes du Port-à-Piment; parmi
d'anis et de rose; parmi les tiges, le calamus
aromaticus, etc.; ; parmiles feuilles, le thé, etc.;
parmi les fleurs, celles de l'oranger, du limodu bergamotier, et celles d'autres arbres
nier,
n'y
point la peine de
de ce genre, qu'on
prend
ramasser; parmi les fruits, les dattes, qu'on
la muscade et le girofle, qui ont
y néglige;
habitations de
très-bien prospéré sur plusicurs
(a) Ce fut une des questions que je colonial, proposai dans de
résoudre lors de la formation du lycée
le tableau quise trouve au 3e volume deces Voynges. --- Page 418 ---
W 2 VOYAGES
la partie du sud, et dont la culture devroit être
encouragée par le Gouvernement.
Quant au commerce des laines, quoiqu'elles
soient d'une qualité bien inférieure à celles des
mérinos, en intéressant un peu les hattiers
à la toison des moutons, et y consacrant les
nègres infirmes des habitations, on utiliseroit
au moins des instans que ces sujets parasites
passent dans l'inaction, soit, au soleil ou chinta,
c'est à dire, accroupis au milieu de leur case.
Enfin, cette opération par laquelle on assureroit plus de vigueur à l'animal, en le dégarnissant d'un vêtement
insupportable sous un
ciel aussi bralant, et dont son instinct le
à se débarrasser lui-même au milieu des épines porte.
dont il semble réclamer les soips
officieux, ne
produiroit-elle, sous le rapport commercial,
qu'un très-foible avantage, l'intérêt des troupeaux sembleroit l'exiger.
Pourquoi ne point assujettir à la domesticité
les abeilles qui prospèrent à Saint-Domingue,
et qui, devenues vagabondes, recèlent leurs
riches moissons au milieu des halliers impénétrables, ou dans les crevasses de rochers
inabordables, où des nègres audacieux peuvent
seuls, aux risques de leur vie, aller leur disputer le fruit de leurs communs larcins ? Quel
sol offre plus que celui de Saint-Domingue, à
bleroit l'exiger.
Pourquoi ne point assujettir à la domesticité
les abeilles qui prospèrent à Saint-Domingue,
et qui, devenues vagabondes, recèlent leurs
riches moissons au milieu des halliers impénétrables, ou dans les crevasses de rochers
inabordables, où des nègres audacieux peuvent
seuls, aux risques de leur vie, aller leur disputer le fruit de leurs communs larcins ? Quel
sol offre plus que celui de Saint-Domingue, à --- Page 419 ---
D'UN NATURALISTE
ouvriers, 2 des fleurs aromatisées
ces industrieux
leurs trésors? Les saoù ils aiment à puiser
arides du Portà-Piment, sèches même
vannes
suffisamment
au milieu des pluies, quoique
arrosées pour les besoins de ces laborieux journaliers, seroient bien propres à T'établissement
de ruches qui, en faveur du printems continuel
de lile, fourniroient plusieurs récoltes par an.
Ce fut à Sainte-Rose, bourg du département
du Nord, et distant de six lieues de la ville
la première
du Cap, que se naturalisèrent pour
fois,dans la partie française,des essaims venant
oi des habitans de la
de la partie espagnole,
enrichir leurs
Havanne les avoient envoyés pour
hattes. Le miel des abeilles nourries à SaintDomingue, est siropenx, et n'a point la apnsistance. de celui d'Europe, qui n'y arrive que
fermenté. On le vend dans les marchés, deux
trois
au plus la pinte; il est renou
gourdins
dans
fermé dans des couis ou calebasses, qui,
l'ile, remplacent les bouteilles.
le
de ces
Je m'étois proposé, d'après plan
Voyages en six volumes, d'entrer dans les plus
détails relatils aux propriétés des bois
grands de la colonie, tant de ceux propres aux consondé et
tructions, tels que Pacajou-meuble,
moucheté; le bois de fustet, le chêne-roble,
Pacoma, le bois enivré, le gaiac, le baumier --- Page 420 ---
V CA - -
VOYAGES
vert, Pébenier, le bois marbré, le pin, le
cèdre, P'épineux, 3 Pimmortel, la sabine, le
bois de fer, le noyer, etc.; que ceux
à la teinture, tels que le campêche, le propres mirier
ou boisjaune, etc. (I). Mais je renvoie le lecteur à mon Traité des plantes usuelles,
formera un autre
qui
ouvrage, 2 précédé de mes
tableaux symptomatiques des maladies des Antilles. Je n'indiquerai donc, dans le troisième
volume de ces Voyages, que la nomenclature
des plantes usuelles de
Saint-Domingue, classées
d'après leurs propriétés les plus évidentes, et
les plus généralement reconnues spécifiques
contre les maladies pour lesquelles elles ont été
ordonnées, et dans lesquellesj'ai eu maintes fois
occasion de les administrer. Je vais continuer
successivement et le récit de mes
et celui de mes
observations,
voyages minéralogiques aux
monts Cibao.
(1) Le bois cochon, le bois de soie et le bois blanc
yservent. à faire des essentes et du merrain. Le bois
damandier est employé au charronnage; les racines de
figuier maudit sont creusées pour faire des
on fait des planches avec le bois palmisté, et on gamelles,
pour les entourages le gris-gris; le mapou, le emploie
le bois trompette, le mombain, le
tavernon,
cotelette et le bambou
résineuz, le bois
: le mancenillier est recherché
pour les meubles.
faire des essentes et du merrain. Le bois
damandier est employé au charronnage; les racines de
figuier maudit sont creusées pour faire des
on fait des planches avec le bois palmisté, et on gamelles,
pour les entourages le gris-gris; le mapou, le emploie
le bois trompette, le mombain, le
tavernon,
cotelette et le bambou
résineuz, le bois
: le mancenillier est recherché
pour les meubles. --- Page 421 ---
D'UN NATURALISTE
En allant un après-midi visiter le yerger de
l'habitation de PEtable, dont tous les points de
bord d'une
vue emrmmrmufsonotnl
pièce de riz pour le voir cueillir. Les cultivateurs
détachent avec T'ongle l'épi de sa tige, et en
remplissent des paniers qu'ils ont à l'autre bras.
On laisse sécher les épis, après quoi on émonde
le riz de ses bâles en le pilant.
Je trouvai à mon retourM. M**x, ,un de mes
anciens amis, arrivant de la Nouvelle-Orléans,
environs on y cultive
et qui me rapporta qu'aux
les
la canne à sucre avec la charrue, malgré
froids violens et la constante intempérie des
saisons à la Louisiane Il m'observa égaledes forets privoit
ment que la coupeinconsidérée
cette colonie, ,ainsi que cellede Saint-Domingue,
brises
à maintenir le sang
des
régulières propres nécessaire à la santé. La
dans une élasticité
disoit-il, en
chute de ces futaies antiques,
de
Tinsalubrité deslieux, les a privés
provoquant de fontaines, et de ces rosées abondantes
pluies,
le
rafraichissoient l'air, en fertilisant sol;.
qui y
() On y fait usage d'un engrais convenable feuilles pour
les rejetons, qui consiste à remplir de paille ou
sèches des rigoles que Ton pratique dans Tentre-deux M. Moreaue
des rangs de canues, ainsi quel le remarque
de-Saint-Méry. --- Page 422 ---
VOYAGES
de là, la fièvre jaune, les lépres, les diarrhées
incurables; les maux de gorge, et tant d'autres
fléaux quiy désolent tour à tour la fréle humanité, D'ailleurs, mêmes usages qu'à SaintDomingue,etlesartsy ysont aussi peu encouragés.
Les menuisiers y travaillent sans gout; les serruriers se bornent à des ouvrages grossiers, la
coutellerie et la quincaillerie coûtant
moins
beaucoup
d'achat que de main-d'ceuvre lorsqu'il
s'agit de réparations. C'est pourquoi on met au
rebut une serrure, pour peu qu'elle soitdérangée.
On,voit aussi très-peu de maréchaux, car on ne
ferre que les chevaux de certaines villes pavées,
et les mulets destinés à transporter les produits
des mornes rocailleux : les forgerons chargés de
ce soin s'appellent machoquets.
Au départ de M. M*K*, qui me quitta avant
le coucher du soleil, je repris mes habitudes,
et me disposai à une nouvelle promenade d'observations. J'avois adopté un endroit solitaire
près du canal qui arrose les jardins, ouj'aimois,
sous les campêches et les citronniers, à contempler la poursuite acharnée des oiseaux-mouches
etdes colibrisquis'y disputoientle sucabondant
des nectaires de ces fleurs. D'autres oiseaux plus
sensibles, les colombes et les cocotzins, venoient
gémir avec moi. Mon imagination ytraçoit, sur
la glace de l'onde tranquille, des projets d'un
bonheur
rose les jardins, ouj'aimois,
sous les campêches et les citronniers, à contempler la poursuite acharnée des oiseaux-mouches
etdes colibrisquis'y disputoientle sucabondant
des nectaires de ces fleurs. D'autres oiseaux plus
sensibles, les colombes et les cocotzins, venoient
gémir avec moi. Mon imagination ytraçoit, sur
la glace de l'onde tranquille, des projets d'un
bonheur --- Page 423 ---
D'UN NATURALISTE
bonheur quelemoindre
4o1
Souvent,
vent se plaisoit à effacer.
croyant à la réalité du
m'clançois, à T'exemple de
prestige, je
disparu. La vue d'une
Zémire, et toutavoit
fenillage,
rose au milieu de son vert
pouvoit seule me
pourrois dépeindre les
consoler, et je ne
sensations
que cette fleur euchanterosse
volaptueuses
mon ame attendrie.
imprimoit alors à
Je me rendois à la case
lune éclairoit, et dont
par un lagon que la
geoit les bords;
l'herbe d'Ecosse ombraj'avois à me
au travers de ces
frayer un sentier
gramens
une chaleur
épais,qui concentrent
vase fomante insupportable, dont les
au moyen d'une
étoient humectées,
racines de ces plantes
cotte-Desdunes à lorsque je surpris M. Lachiépioit depuis
l'affat d'un gros caîman qu'il
meloffrir. plusieurs jours, dans l'intention de
Comme la
notre patient chasseur à
sonmelahjepgnt
autant par intérêt
suspendre son exercice,
du plaisir de
pour sa santé que pour jouir
entre nous une m'entretenir avec lui. Il s'éleva
lités du
nouvelle discussion sur les
gibier, et les plaisirs de la chasse quaà laquelle je
de l'ile,
Qu'il seroit m'empressai de répondre.
la délicatesse injuste, lui disois-je,de
du gibier
à comparer
oiseaux
d'Europe celle des
aquatiques de
n'offrent aux
SaintDomingue, qui
TOME II, gourmets qu'une sayeur huileuse
Cc
une m'entretenir avec lui. Il s'éleva
lités du
nouvelle discussion sur les
gibier, et les plaisirs de la chasse quaà laquelle je
de l'ile,
Qu'il seroit m'empressai de répondre.
la délicatesse injuste, lui disois-je,de
du gibier
à comparer
oiseaux
d'Europe celle des
aquatiques de
n'offrent aux
SaintDomingue, qui
TOME II, gourmets qu'une sayeur huileuse
Cc --- Page 424 ---
VOYAGES
et désagréallellln'est donc que les
les ramiers ou d'autres oiseaux
pintades,
j'ai fait connoitre, qu'on
trés-rares, que
parallèle : maintenant puisse faire entrer en
considérant la chasse
sous les rapports du plaisir qu'elle
est-ce un, que de ramper dans P'eau procure, en
parlespoir de
bonrbeuse,
surprendre une bandede
qui souvent trompe la plus attentive canards,
en s'envolant hors de
précantion
assassiner
portée, ou qui se laisse
sans chercher à éviter la
là cette théorie amusante
mort?Est-ce
que l'on
envers une compagnie de perdreaux emploie
qu'il fant aller reconnoître, relever débandés,
au milieu d'un vol
et arrêter
précipité?Est-ce aussi l'attaque industrieuse que lon fait dans une
ou dans un fort, à un cerf, chevreuil, remise
renard, lièvre ou lapin? Quel est le sanglier, chasseur
insensible à la vue d'une meute prête à
trer ou reconnoftre le pied de l'animal? renconest celui qui peut entendre,
et quel
sans émotion, 3 les
premiers sons de voix qui avertissent le chasseur
de redoubler de
surveillance, et, dans sa vive
impatience, de chercher à dépeindre sa proie du
poste qui lui a été assigné? Au milieu d'un
silence unanime, Panimal a-t-il passé outre?c'est
unenouvelle attaque, de nonvelles combinaisons
proportionnées au chemin qu'il a à parcourir, relatives aux issues par lesquelles il
re,
et quel
sans émotion, 3 les
premiers sons de voix qui avertissent le chasseur
de redoubler de
surveillance, et, dans sa vive
impatience, de chercher à dépeindre sa proie du
poste qui lui a été assigné? Au milieu d'un
silence unanime, Panimal a-t-il passé outre?c'est
unenouvelle attaque, de nonvelles combinaisons
proportionnées au chemin qu'il a à parcourir, relatives aux issues par lesquelles il --- Page 425 ---
DUN NATURALISTE
peut s'évader, et se
tireurs.
soustraire à Padresse des
A
la quantité Sun-Iyemingos de
seul et sans chiens,
chasseur
gibier favorise uniquement le
souvent peu adroit, tandis
Europe, c'est de son adresse
qu'en
succés. Ouyvoit, à
que dépendent ses
l'instinct merveilleux chaque arrêt, se développer
sous mille
d'un chien couchant,
tantôt, il attend modications, dans
toutes étonnantes ;
son maître qu'il a déjà l'impatience l'arrivée de
et de nouveau lui
prévenu par un regard,
indique des
fixe, en tremblant de le voir yeux l'objet qu'il
par un autre
s'échapper; tantôt,
chasseur
mouvement, il vient au secours du
l'herbe qui n'a pu encore découvrir
ou sous le chaume, la
sous
envie : enfin le gibier
proie qu'il
tué? on nes'en met
part, on le tire. Est-il
à le
plus en peine, c'est au
rapporter, ou à le
chien
blessé, épargnant à son poursuivre maître
s'il n'cst que
peut lui éviter. Il revient
des fatigues qu'il
sente à son amil'objet de triomphant, et préses recherches, en lui
témoignant il
par sa joie et ses
se regarde heureux de caresses, combien
utile, et le
pouvoir lui être
N'estil dédommager de ses peines.
point intéressant en
est suivi d'un chien
Europe, lorsqu'on
voir le braque
braque et d'un basset, de
reconnoitre ses
fonctions, et
Cc 2 --- Page 426 ---
VOYAGES
côtoyer les vignes,
devancer son maître pour
pénétrer dans
battre les chaumes, les sainfoins, derrière le
puis revenir
les petites remises,
de son emploi,
chasseur lorsqu'il s'est acquitté
faire remplacer par le basset que son
pour se
milieu des bois, afin d'y
instinct conduit au dernier trait détermina
exercer ses talens. Ce
aux
M. Desdunes à accorder la préférence fête
auxquelles il se fit une
chasses d'Europe,
retour en France où
d'assister avec moiyà mon
il devoit passer.
du 2 janvier 1800, fut
Le silence de la-nuit
troublé
le bruit effrayant de vagues qu'on
par
deux
entendoit mugir au lointain, quoiqu'à sourdelieues de la mer; nous en distinguions bientôt
ment les funestes effets. Nous apprimes fit de
nouvelle d'un rat-de-marée qui
la
dans la rade de Saint-Marc,
grands ravages
rend tumulla moindre variation périodique
que
tueuse. lever de l'aurore, nous partimes le merAu
nous faire mettre en
credi 3 janvier, pour
des habitations Gayot et Robuste,
possession
de la Petite-Rivière de PArtisituées commune deux affermées à des nègres. En
bonite, toutes
nous admirames
arrivant sur la ferme Robuste, bonne tenue de sa
la beauté de sa position, et la
riche bananerie, qui rapportoit plus queles
tumulla moindre variation périodique
que
tueuse. lever de l'aurore, nous partimes le merAu
nous faire mettre en
credi 3 janvier, pour
des habitations Gayot et Robuste,
possession
de la Petite-Rivière de PArtisituées commune deux affermées à des nègres. En
bonite, toutes
nous admirames
arrivant sur la ferme Robuste, bonne tenue de sa
la beauté de sa position, et la
riche bananerie, qui rapportoit plus queles --- Page 427 ---
D'UN NATURALISTE.
entièrement livrés au désordre. On vint
jardins
barrière
donner accès à notre
rompre une
pour
rencontrâmes
voiture ; c'est là que nous
de Tadministration, qui
M. Meurand, préposé
dont on
nous attendoit, avec M. Tussac,
m'avoit déjà vanté les talens décidés pour
T'Histoire naturelle et les découvertes en
chimie. Ce colon aimable et affable m'invita,
d'ancien ami de M. R**x, à venir
en sa qualité
manuscrits de la
examiner à Saint-Marc ses
il travailloit depuis
Flore des Antilles,à laquelle
ensuite à
dix ans. Nous nous transportâmes
où
Gayot, oùt n'ayant pas trouvé de case
nous fimes halte sous les
pouvoir reposer,
ombrageoient la
figuiers épais qui anciennement
les dégrande case, dont nous reconnimes hautes
combres. C'est là qu'environnés de
tristes effets d'un long abandon de
absinthes,
champêtre,
culture, nous primes un repas
le chant de plusieurs rossignols et
égayé par
au dessus de nos têtes, et
moqueurs, perchés
côtoyoit notre
embaumé par un jasmin qui
T'habitation
tertre. Nous repartimes le soir pour
delEtable.
des affaires m'ayant
Le samedi
janvier,
à Saint-Marc,j'y profitai de mon séjour
appelé renouveler à M. Tussac la promesse qu'il
pour m'avoit faite. Cet auteur distingué eut la comCc 3 --- Page 428 ---
VOXAGES
plaisance d'ouvrir pour moi, les boites contenant son ouvrage précieux, et par l'utilité
les arts et la médecine en
que
vérité des dessins
retireront, et par la
exécutés par M.
son
Chatainier,
ami. M. Tussac me donna les plus grands
détails sur le rat-de-marée de la surveille,
avoit enrichi sa collection de
qui
plusieurs espèces
d'éponges, d'oursius, de lépas, d'oscabrions et
d'huitres, qu'il avoit mis sécher au soleil, afin
d'en laisser évaporer l'humidité qui s'oppose à
leur conservation. Il m'annonça que le lendemain il viendroit déjeâner à PEtable,
de la continuer sa route vers le Cap oi je devois pour
T'accompagner.
Je vis, en effet, arriver M. Tussac à l'heure
indiquée; et en me félicitant de son exactitude,
je me plaignis de ce qu'il avoit fait
autre chemin à M.
prendre un
Chatainier, à qui il avoit
confié la garde de ses manuscrits in-folio,
par un mulet de charge.
portés
Il fallut renoncer à voyager
notre observateur
lestement, car
ne pressant point le pas de son
cheval, mettoit pied à terre toutes les fois qu'il
apercevoit une plante digne de remarque,
plaudis à son projet d'utiliser notre
J'apnous arrivâmes aux
route, et
Gonaïves, sans nous être
eonuyé de la longueur du trajet,
M. Chatainier nous y attendoit, dans un
olio,
par un mulet de charge.
portés
Il fallut renoncer à voyager
notre observateur
lestement, car
ne pressant point le pas de son
cheval, mettoit pied à terre toutes les fois qu'il
apercevoit une plante digne de remarque,
plaudis à son projet d'utiliser notre
J'apnous arrivâmes aux
route, et
Gonaïves, sans nous être
eonuyé de la longueur du trajet,
M. Chatainier nous y attendoit, dans un --- Page 429 ---
D'UN NATURALISTE,
dépit outré contre T'hôtesse : rien de
que la première entrevue de
pluscomique
talens avec P'hôtesse
notre homme à
vapeurs;i iln'étoit mignarde , et jouant les
servit du
jamais venu au bourg, et ilse
nom de M. Tussac
avoir
logement dans cette
pour
un
baraque. Cette femme se
croyant insultée d'être considérée
giste, et piquée,
commeauberje ne sais pourquoi, de ce
qu'en arrivant, M.
fatigue, lui avoit demandé Chatsinier, harassé de
retenir plus
à manger, ne put
cheval du long-tems sa colère, en voyant le
dessinateur satisfaire à un besoin
retenu. M. Chatainicr, phlegmatique
tère, et à saillies souvent
par caracson
picquantes, 9 toisant
agresseur, se contenta, en
de lui montrer du
fronçant lesourcil,
doigt les tas de fumier dont
son enceinte étoit
à
encombrée, en lui donnant
penser qu'elle devoit être accoutumée à
fétides exhalaisons. M. Tussac mit fin à ces
discussion, 2 en dirigeant notre
cette
soirvers le bord de la mer.
promenade du
Nouspoursuivimes notre
le
lundi 15
routepour Cap,le
janvier, et nous remarquâmes, chemin
faisant, l'amélie, vulgairement
corail, à cause de la couleur
appelée bois
P'uréne, du
rouge de ses fleurs;
,
genre des malvacées; le cdprier d
longues
siliques 9 ou bois sénégal ; le cacte
articulé, ou patte de tortue; le momordica
Cc 4 --- Page 430 ---
VOYAGES
operculata, liane dont le fruit dépouillé de sa
pelure est spongieux, et sert pour laver les
assiettes, propriété qui lui a fait dormer le nom
de torchon.
Au delà du premier morne, nous trouvâmes
plusieurs espèces d'Apocins (tome II, pl. XVI),
dont le suc laiteux renferme un poison plus
ou moins actif; le vénéneux Québec (tome II,
pl. XVI), dont le suc narcotique ôte
tement la vie.
prompNous arrivâmes à la fameuse montagne des
Escaliers, dont j'ai déjà parlé, comme célèbre
par ses rochers glissans, et les cailloux mobiles
qui la rendent difficile à franchir. L'abondante
rosée du matin ajouta à la difficulté de notre
marche; cependant nous parvinmes au sommet,
d'oà nous admirâmes la belle coupe du Limbé,
Les pommes d'or de l'oranger naturel, les bouquets éblouissans et de même couleurdu karatas
contrastent si majestueusement et avec tant
d'éclat sur le vert sombre et umiforme de ces
futaies antiques, qu'on traiteroit d'exagérateur
le paysagiste qui auroit imité cette nature enchanteresse. J'oubliois de parler des rochers
prêts à s'écrouler, d'oi jaillissent des sources
bruyantes d'une eau limpide qui, dans sa
chute profonde, va alimenter à plusieurs centaines de toises les rivières qui, à la hauteur
estueusement et avec tant
d'éclat sur le vert sombre et umiforme de ces
futaies antiques, qu'on traiteroit d'exagérateur
le paysagiste qui auroit imité cette nature enchanteresse. J'oubliois de parler des rochers
prêts à s'écrouler, d'oi jaillissent des sources
bruyantes d'une eau limpide qui, dans sa
chute profonde, va alimenter à plusieurs centaines de toises les rivières qui, à la hauteur --- Page 431 ---
D'UN NATURALISTE.
d'ou on les découvre, ne paroissent que des
ruisseaux imperceptibles 2 2 dont on n'entend
même pas le murmure.
Arrivés à Plaisance, nous mîmes pied à terre
médecin de ce quarchez M. Saint-Loubert,
ainsi que le
tier, original au dernier point,
entendu
le fait suivant. Nous avions
prouve
pendant la nuit, un bruit
à plusieurs reprises,
fimes
effrayant de chaînes agitées; nous
part
matin, de notre insomnie cruelle
le lendemain
demanda mille
à M. SaintLoubert, qui nous bords de la Gaexcuses. C'est un habitant des
comment il prit sa défense.
ronne; 5 et voilà
et comme
( On est bien voleur dans ce pays;
un tonquin, si gras déjà qu'à
) jengraisse
les nègres friands le
> peine il peut marcher,
nuit et
avec envie : il est guetté
) regardent
le
mais, afin de tromper P'espion 9 je
> jour;
fois la nuit : en
) change de place plusieurs
il faudroit
si on vouloit T'enlever,
) sorte que
car sa chaîne est
> le couper par morceaux, indissoluble. Les
) si matérielle qu'elle est
de mar-
) cris de ce tonquin, ou les coups
et même le criaillement d'une lime,
) teau,
aisément me retirer de mon léger
) pourroient
ne sais pas
et sandis, je
> assoupissement; ferois : voilà donc quelle est ma
) ce que je --- Page 432 ---
VOYAGES
) surveillance, jusqu'à ce que le
ani-
) mal me donne le
pauvre
Le mardi 16 profitquej'en attends )),
cheval de
janvier, nous montâmes à
grand matin, aprés avoir pris du
café, selon l'usage. Nouvelle admiration
la Nature encore plus
pour
à
lelet.ebowsisereosal
chaque plante qu'il n'avoit point encore décrite; le peintre frappant du
doigt sa tabatiére, et laissant à son cheval assoupi le soin
entier de le conduire en paix, s'émerveilloit
des sites, et me faisoit contempler la beauté
des masses.
Nous aperçimes la liane singulière du mimosa scandens, aisément reconnoissable
les longues gousses qu'elle produit. J'en cueillis par
une de quatre pieds deux pouces de
sur quatre pouces de largeur. Elles contiennent longueur,
ce qu'on appelle vulgairement le
fruit amandé aplati et circulaire, coucourout,
qu'on vide
pour en faire des bourses 2 en y
à la sommité une charnière de bois d'acajou. adaptant
Nous foulâmes le mimosa pudica (sensitive),
qui offre au contemplateur un merveilleux
nomène, dontl la cause est cachée parla Nature phéà ses plus constans scrutateurs. On sait
suffit de toucher l'extrémité des feuilles de qu'il
cette
plante, pour que toutes se ferment, et
les pétioles communs,
que
3 attachés à la tige,
ourses 2 en y
à la sommité une charnière de bois d'acajou. adaptant
Nous foulâmes le mimosa pudica (sensitive),
qui offre au contemplateur un merveilleux
nomène, dontl la cause est cachée parla Nature phéà ses plus constans scrutateurs. On sait
suffit de toucher l'extrémité des feuilles de qu'il
cette
plante, pour que toutes se ferment, et
les pétioles communs,
que
3 attachés à la tige, --- Page 433 ---
D'UN NATURALISTE
tombent comme privés de leurs
teurs. Il n'est
ressorts érecanimal
pas besoin même du contact
pour opérer cette
de la main suflit, tandis particularité,le souffle
ne
que celui d'un éventail
produit aucun effet. Le passage de
vaux laissoit long-tems
nos chede cette sensibilité,
après nous des traces
rougeâtres,
sous la forme de sillons
comme d'herbe brûlée,
Nous surprimes plus loin un couple de
queurs (1) dans les préludes de leurs
moils semblent danser
amours; ;
prochent lun de l'autre un menuet, et ne s'apsieurs
qu'après avoir fait
figures. Cette bizarrerie tient à l'instinct pluoriginal de cet individu, qui le
contrefaire le chant des
porte aussi à
lui vient le
autres oiseaux, d'oà
nom de moqueur.
Nous fimes arrêtés au haut du
garde qui avoit ordre de fouiller Cap, par la
tous les
sagers, 3 mais on ne nous tint
pasNous descendimes chez
pas rigneur.
Marie-Rose
pension à table d'hôte où logent
Bleigeat,
les capitaines des vaisseaux
ordinairement
Le mercredi
marchands.
fat de rendre 17 janvier, notre premier soin
visite au général Moyse (1), ainsi
() Ou merle cendré de
Saint-Domingue.
(2) Général noir, commandant
du nord de Saiat-Domingue.
en chef la partie --- Page 434 ---
4rs
VOYAGES
que nous l'avoit recommandé le
de la place, et il
commandant
férence. Il examina parut sensible à cette déplanches de
avec intérêt un volume de
l'ouvrage de M.
offrit ses services. Nous
Tussac, et nous
faveur pour lui demander profitâmes de cette rare
pour nous et nos
exemption de service
animaux, afin de n'être point
interrompus dans nos recherches.
Impatiens de voir le jardin de
T'hôpital, nous nous
botanique de
Nous
y rendimes en botanisant,
y reconnûmes une quantité
grenadilles 3 le pistachier
d'espèces de
F'artocarpe jacq, dont le
vert s le jujubier 3
fruit
rante livres, et qui contient pèse jusqu'à quarineuse;
une substance faTartocarpe arbre à
dont le fruit,
pain; l'anacardier
semble à celui quoiqu'infiniment du
plus petit, respommier
un suc astringent; le mûrier d'acajou, et fournit
papiracé,
palmistes, et l'imposant
plusieurs
feuillage, composé de
badamier, > dont le
de parasol,
palmes horizontales, sert
Le site de cet établissement
adossé à un morne recréatif est enchanteur;
diversement
par sa verdure
fraicheur nuancée, ce jardin entretient une
agréable : il est arrosé par des sources
détournées dans des dalles de
font
marbre, et
jouer un jet d'eau. On domine de qui
jardin, et mieux encore du beau bâtiment ce
qui
badamier, > dont le
de parasol,
palmes horizontales, sert
Le site de cet établissement
adossé à un morne recréatif est enchanteur;
diversement
par sa verdure
fraicheur nuancée, ce jardin entretient une
agréable : il est arrosé par des sources
détournées dans des dalles de
font
marbre, et
jouer un jet d'eau. On domine de qui
jardin, et mieux encore du beau bâtiment ce
qui --- Page 435 ---
D'UN NATURALISTE.
fait face, sur les maisons du bas de la côte, et
y
se trouve vis à vis. Enfin ce lieu
sur la mer qui
charmant, qui est un but de promenade pourles
habitans de la ville du Cap, n'en est éloigné que
d'un quart de lieue.
la beauté dela
Nous remarquâmes au retour,
rouge du pays, et la couleur tranpervenche
chante de la poineillade, au dessusdu martynia
d griffes de chat, qui s'y rencontre à chaque
Nous contemplions à une certaine distance,
pas. la verdure d'un pré qui, au premier coup d'ail,
être composé des mêmes espèces
nous paroissoit Europe; mais la variété innomde plantes qu'en
d'individus, nous
brable de formes, de genres,
sont les
démontra évidemment combien grandes
se manifeste à
ressources du génie créateur, qui
T'homme dans les quatre parties du Monde sous
modifications, toutes plus étonnantes
mille
que celles déjà admirées.
M. Tussac me fit
En descendant la côte,
dans le cours de notre promenade,
rappeler que
différens endroits, des
nous avions trouvé en de
brisées : (( Ces
amasde paniers percés et pelles
de ralliement pratiqués par les nègres,
) signes
quelqu'événement
) me dit-il, pronostiquent chose arriva au commen-
> facheux, car pareille
le
en
cement de la révolution : aussi général
>
le désordre, a-t-il infligé
> chef, pour prévenir --- Page 436 ---
VOYAGES
> une peine sévèré à ces
> étoient découverts. Il mal-intentionnés, s'il
a même défendu toute
) danse, ou rassemblement
) servent de
à
nocturne, qui
prétexte
ces
in-
> sinuans ).
conspirateurs
Je me présentai à l'agence du Gouvernement
où je fus retenu à diner par M,
commissaire francais. Il
Roume, alors
côté de
me fit placer à table à
lui, pour causer d'Histoire naturelle
de mes aflaires. Il me fit voir, après le
et
son laboratoirede chimie et sa collection d'His- repas,
toire naturelle, Il me présenta à Mrs Haugard,
botaniste, Advénier, dlévedel'écoledes)
Gonzalès, dessinateur et
mines, et
listes
zoologiste. Ces naturame montrèrent également les richesses
leurs courses dans l'intérieur de la colonie leur que
avoient procurées.
M. Roume me fit ensuite examiner la
lesse d'une civette quilui
gentilfutenvoyée
et qu'il étoit parvenu à rendre assez familière. d'Afrique, II
me remit une autorisation de
l'intérieur de la colonie,
voyager dans.
recherches
pour y continuer mes
sur l'Histoire naturelle; et afin de ne
point heurter l'esprit quiy régnoit alors, il
m'engagea à faire revêtir ce sauf-conduit, des
signatures de Tonssint-foauventure,
et Moyse, tous trois généraux
Dessalines,
grandeinfluence
noirs, ayant une
sur ceux de leur couleur.
ère. d'Afrique, II
me remit une autorisation de
l'intérieur de la colonie,
voyager dans.
recherches
pour y continuer mes
sur l'Histoire naturelle; et afin de ne
point heurter l'esprit quiy régnoit alors, il
m'engagea à faire revêtir ce sauf-conduit, des
signatures de Tonssint-foauventure,
et Moyse, tous trois généraux
Dessalines,
grandeinfluence
noirs, ayant une
sur ceux de leur couleur. --- Page 437 ---
D'UN NATURALISTE
M. Roume, dont les observations
naturelle sont
en Histoire
singulier arrifé connues, à
me raconta un fait fort
quelqu'un de sa
et qui paroit être le résultat d'une connoissance,
frappée.
imagination
Un riche Espagnol pourvu à la tête de deux
signes réprouvés des maris, avoitsoin de
sous une large perruque, cette bizarrerie cacher,
Natare.
de la
ce secret sous le
thateaorarmnae
chambre étoit voiledu mystère, et son valet de
seul instruit de cette difformité,
parce qu'il le coiffoit. Ce dernier vint à
Notre homme
mourir.
à
désolé, et n'osant montrer sa tête
personne, tomba malade de chagrin. Sur les
questions d'un médecin, il se décida à
foiblesse. Le médecin,
avouer sa
lui scia les deux
certain de sa guérison,
les oreilles.
cornes qui étoient rabattues sur
Elles sont, m'assura M.
conservées dans le cabinet d'Histoire Roume,
de Madrid.
naturelle
L'épouse de M. Roume, créole de la Martinique, me parla d'un mets bien
dont on est friand en son
Ce dégontant, et
vers de palmiste
pays.
sont de gros
jus de
qu'on met en digestion dans du
broche, citron, et qu'on fait cuire ensuite à la
Ce manger, estimé parmi
exquis, me dit cette dame : ( Pour les nous, est
niquais, lui
Martirépondis-je --- Page 438 ---
VOYAGES
Le samedi 20 janvier, on me présenta à
M. Luziès, pharmacien. Ce jeune homme fort
curieux de s'instruire, aimable par l'aménité de
son caractère, aprés nous avoir fait examiner sa
collection de gravures, et ses' productions en
miniature, et m'avoir donné plusieurs échantillons de minéraux trouvés à
me
Saint-Domingue,
conduisit à l'hôpital du Champ-de-Mars,
pour y voir le cabinet d'Histoire naturelle de
M. Daubertès, chirurgien en chef.
Ce dernier possédoit une riche collection de
coquilles parfaitement conservées, dont la plupart ont été trouvées dans les parages de l'ile:
aussi peut-on donner à cette réunion le nom de
coguillier de Saint-Domingue. La famille des
éperons y est remarquable, autant par sa délicatesse que par la quantité d'espèces qu'on
admire. Iln'est point aussi riche en
y
Il possède plusieurs nautilites
porcelaines.
papiracés, communs sur les côtes du Port-de-Paix et de
Jérémie. La suite des corbeilles est intéressante
par sa variété. J'y remarquai d'assez beaux
madrépores et des éponges articulées,
avoir fini la visite des
2 après
anatifères,
pholades, marrons, 9
oscabrions, moules, lépas, conquesde-Vénus, cornets, rouleaux, rochers, tonnes,
buccins et autres coquillages.
Le soir nous fimes aux environs du Cap, une
course
a -
érémie. La suite des corbeilles est intéressante
par sa variété. J'y remarquai d'assez beaux
madrépores et des éponges articulées,
avoir fini la visite des
2 après
anatifères,
pholades, marrons, 9
oscabrions, moules, lépas, conquesde-Vénus, cornets, rouleaux, rochers, tonnes,
buccins et autres coquillages.
Le soir nous fimes aux environs du Cap, une
course
a - --- Page 439 ---
D'UN
course
NATURALISTE
botanique, On
la ville par le
trouve 2 en sortant de
ChampdeMars, des
riantes, et des sites
positions
ladâmes les mornes des pittoresques. Nous escalimes le fruit
Vigies, où nous cueilsingulier de
vulgairement liane- -
Thyppocrate, appelé
herboriser
grise. Nous ne pimes
long-tems, ayant été surpris
aversequicontinun jusqu'à notre
par une
nous nous en
entrée en ville;
masser après consolions, dans l'espoir de ral'orage
marines que les flots quelques productions
à sec sur le
mettent ordinsirement
de nos
rivage, mais nous fames
espérances.
déçus
Le jeudi 25 janvier, les nords
empéchèrent de partir, à
du Cap nous
menacent le
cause du danger dont
rivières grossies voyageur les passages périlleux des
rendis une seconde par ces pluies intempérées; je
Tintention
visite à M. Daubertés, dans
de loisir. Ce d'examiner son coquillier avec
élevé dans le naturaliste me mena voir un olivier plus
jardin de THopital,
trésgros, n'a encore
qui, quoique
imparfait, et
rapporté qu'un seul fruit
avant d'être ayant été desséché sur sa
je conclus parvenu à l'état de maturité; d'oit tige
que le climat brôlant de
Domingue ne convient
Saintarbre, ou plutôt
point à la culture de cet
de son fruit.
qu'il s'oppose à la prospérité
ToxE II.
Dd --- Page 440 ---
VOYAGES
Je me rendis ensuite au gouvernement, pour
y revoir la précieuse collection d'insectes et
papillons, préparée par M. Gonzalès, que je
trouvai, suivant l'usage de son pays, se baJançant dans son hamac, et pinçant de la guitare. Cet espagnol, par un singulier raffinement
de coquetterie, laissoit croitre à volonté l'ongle
du pouce de la main droite, comme propre
à tirer de plus beaux sons de son instrument
monotone et somnifère.
L'agent Roume me retint à diner pour me
venoit d'enlire un précis ostéologique qu'il
voyer à l'institut de France, sur un animal
inconnu trouvé en Espagne, à quinze pieds de
profondeur (1), d'une taille gigantesque 5 et
dont les nomenclateurs ont fait un ordre particulier d'après les caractères distinctifs de ses
pieds, ongles et dents: Il profita de cet entretien pour me charger d'écrire P'histoire du
caïman de Saint-Domingue, et m'engagea de
m'occuper sans délai de son anatomie comparée (2).
(1) Un pareil individu de cette espèce, trouvé,
je crois, en Hollande, avoit déjà élé le fruit des
savantes recherches de M. Cuvier, qui la décrit avec
la pénétration et lexactitude qui I'ont toujours illustré.
(2) C'est ce travail compliqué que jai eu Thonneur
de présenter à I'Iustitut, qui a daigné y sourire et
ue, et m'engagea de
m'occuper sans délai de son anatomie comparée (2).
(1) Un pareil individu de cette espèce, trouvé,
je crois, en Hollande, avoit déjà élé le fruit des
savantes recherches de M. Cuvier, qui la décrit avec
la pénétration et lexactitude qui I'ont toujours illustré.
(2) C'est ce travail compliqué que jai eu Thonneur
de présenter à I'Iustitut, qui a daigné y sourire et --- Page 441 ---
D'UN
Il
NATURALISTE
se plaignit de la difliculté
procurer des coquilles bien
actuelle de se
que des coraux et
conservées, ainsi
madrépores,
pécheurs se refusent à
parce que les
de profit dans leur récolte draguer, tronvant plus
Mon départ étoit
ordinaire.
26, les pluies
arrêté; mais le vendredi
éboulées
continmoient, les montagnes
ruisseanx remplissoient les rues de la ville, de
gineuse empreints d'une terre rouge ferruque l'eau tenoit en
qu'à T'Artibonite
dissolution, tandis
y régner une sécheresse nous observions qu'il devoit
férence de
complète. Cette difineflable de température est une suite dela
P'Auteur de la
sagesse
la saison des pluies, dans Nature; ; en effet,
en coton
les cantons
3 dure seulement
cultivés
sement de cette plante
pendant Taccroisavant que le cotonnier qu'elle protège, et cesse
gonsses,quis
rapporte et entr'ouvre ses
iseroientdétérioréesp
Le dimanche 28 janvier parlhumidité.
chargea d'aller à cinq lieues ", M. Tussac me
du -Cap, au delà
me faire adresser un
par T'organe de MM, le témoignage comte
de sa satislaction,
et Tenon, dans leur
de Lacépède, Cuvier
du 15 juin 1807. Ce travail, rapport encourageant, en date
MM. Cuvier et Geoffroi de également annoncé par
les Annales du Muséum
Saint-I Hilaire, dans
des matières du troisième d'Histoire naturelle, fait partie
volume de mes Voyages.
Dd 2 --- Page 442 ---
VOYAGES
de la rivière Salée, sur l'habitation Talembert,
pour m'assurer si le cannellier qu'on disoit y
exister 2 étoit indigène, ou vraiment celui de
Ceylan. Muni du passe-port qui me faisoit resj'arrivai sur cette habitation, où je
pecter 2
de la dévastation des
trouvai cet-a arbre, victime
cultivateurs qui l'avoient fait mourir à force
de l'avoir écorcé pour leur usage. Je revins
au Cap, et me présentai au gouvernement,
où M. Roume me fit faire connoissance avec
M. Blanchard, secrétaire général de l'agence,
qui joint à une aménité peu commune, des
qualités serviables qui le font estimer,. et
M. Prampein, chimiste attaché à l'agence, qui
me conduisit dans son laboratoire, pour m'y
démontrerl'anslyse des racines de karatas, dont
les produits extraordinaires contiennent considérablement de parties ferrngineuses. Ensuite
je fis mes adieux à M. Roume, qui me réitéra
l'invitation de m'occuper sans délai de l'anatomie du crocodile de Saint-Domingue.
Nous partimes le premier février, et après
les passes ordinaires des rivières, nous trouvâmes au Bas-Limbé une assez bonne auberge.
Ce pays est riche par la fertilité de son sol,
qoitoujours donne ou reçoit. Cesrivières coulent
surde gros cailloux,. avec un murmure agréable
qui inviteroit au sommeil le voyageur fatigué,
itéra
l'invitation de m'occuper sans délai de l'anatomie du crocodile de Saint-Domingue.
Nous partimes le premier février, et après
les passes ordinaires des rivières, nous trouvâmes au Bas-Limbé une assez bonne auberge.
Ce pays est riche par la fertilité de son sol,
qoitoujours donne ou reçoit. Cesrivières coulent
surde gros cailloux,. avec un murmure agréable
qui inviteroit au sommeil le voyageur fatigué, --- Page 443 ---
D'UN NATURALISTE
s'il n'avoit à craindre
et la méchanceté des
hommes, etl l'ardeur du
des insectes nuisibles
climat, et la rencontre
Nous
dont le pays est couvert.
dans
voyagions par une forte
Tapres-midi, étant
chaleur, et
sions de ne point rencontrer altérés, nous gémisTun de nous
de source, lorsque
aperçut, au sommet de la montagne, une case portant une enseigne.
appelames, et l'écho
Nous
nous vimes
porta notre voix; bientôt
avoir
paroitre une femme qui sembloit
prévu nos désirs, et qui, en moins d'un
quart-d'henre, descendit du milien des
jusqu'à nous, 2 portant au bras
nuages
fait de feuilles de
un panier
chissemens.
latanier, rempli de rafraiCette nouvelle
quielle n'avoit
dryade nous apprit
point d'antre
celle d'être utile aux
occupation que
suivimes notre
voyageurs. Nous pourde ses
route, après avoir récompensé
peines notre active
Le vendredi 2
pourvoyeuse.
février, nous trouvâmes fréquemment des longues siliques du
scandens. Nous
mimosa
bord de la dernière primes un repas froid sur le
assimes les pieds
rivière, oùt nous nous
près de l'eau,
point de case
n'apercevant
de l'autre rive pour y demander asile. C'est
à la vue des sites que notre imagination s'attrista
des
subitement arides du canton
Gonaives, où la Nature semble
languisDd 3 --- Page 444 ---
VOYAGES
sante, et totalement dépourvue de ses
enchanteresses. Les mornes
graces
vions
que nous apercela
portoient en quelque sorte le deuil de
création aimable, puisque sur un tuf blanc
ou sableux on voyoit à peine ça et là s'élever
à regret des
raquettes 2 cardasses, quelques
bayaondes, ou gommiers dont le feuillage
jaunissant # sembloit déplorer une perte
chaine. Quel contraste avec la verdure de pro- la
coupe de Plaisance, toujours récréative dans ses
points de vueles moins digues d'être remarqués!
Nous arrivâmes aux Gonaives; mais j'y avois
été devancé par un courrier de M. Roume, qui
m'enjoignoit de retourner au Cap sur-le-champ,
pour effectuer un voyage dont il m'avoit destiné
la direction. Il s'agissoit de me rendreaux
Cibao, pour m'assurer de la position actuelle monts
de ces mines abandonnées. Il m'avoit associé -
toutes personnes capables de
protéger mes
observations, et de pouvoir m'être utiles
milieu d'opérations aussi délicates. Je me rendis au
donc auprès de cet agent du gouvernement
frangais,pour yi prendreles ordres relatifsà mon
départ, et à la mission que j'allois remplir.
Je me mis en route le lundi 5 février; mais
je ne crois pas devoir donner aucun détail
itinéraire après M. Moreau - de - Saint - Méry,
qui dans sa description de la partie espagnole de
-
observations, et de pouvoir m'être utiles
milieu d'opérations aussi délicates. Je me rendis au
donc auprès de cet agent du gouvernement
frangais,pour yi prendreles ordres relatifsà mon
départ, et à la mission que j'allois remplir.
Je me mis en route le lundi 5 février; mais
je ne crois pas devoir donner aucun détail
itinéraire après M. Moreau - de - Saint - Méry,
qui dans sa description de la partie espagnole de
- --- Page 445 ---
D'UN NATURALISTE
SntcDoningue, ne laisse rien à désirer: il
suffira derendre
me
compte au lecteur, de
observations que j'ai été à
quelques
remplacer les
portée de faire, . et de
descriptions purement
par un tableau
agréables,
minérales
méthodique des substances
qui se trouvent danslile.
Si j'avois à me fixer à
comme curieuxd'une belle SsincDosingne,
sans contredit,
nature, je choisirois,
2 la partie espagnole, qui
dans son état primitif, offre la
encore,
active, le sol le mieux
végétation la plus
plus
arrosé, et les sites les
pittoresrues. Les mornes et
sont si hautes, que souvent le
montagnes y
parvenu à leur
voyageur qui est
s'élevant
sommet, y foule les orages, en
communément au dessus des nuages
amoncelés, voyant sillonner sans crainte les
éclairs quibrillent au dessous de lui, et
en quelque sorte, les éclats
bravant,
linfini de
qui se répètent à
échos
morne en morne au secours des
fidèles. Oh! savant Clarles (1), dont les
leçons vewantadsdntlayeonalsean
templé avec vous ces
plusj'eusse conphénomènes qui vous sont
connus, et combien de fois vous m'eussiez fait
admirer, au milieu d'éclairs
passagers, des effets
() Un des premiers professeurs de
périmentale de Paris, membre de
physique exj'eus Tavantage de suivre
IIostitut, et dont
plusieurs cours.
Dd4 --- Page 446 ---
VOYAGES
électriques que mon ceil étonné trembloit d'y
reconnoître !
On esti eriaadtimmeriseen
dégarnis qui recèlentles minéraux, des massesde
verdure sans cesse rafraichiespardes rosées abondantes. Le botaniste, le minéralogiste y découvrent fréquemment, dans leurs courses pénibles,
les ananas à gerbe pourprée et divergente, des
fruitsde toute espéce,propres à tempérerleursoif.
D'ailleurs,les bords fertiles des rivièresdeces cantons heureux et paisibles,y sonte embellis dehauts
palmiers ou de cocotiers, dont l'ombrage frémissant agite les airs, et répand au loin une
douce fraicheur. Les bosquets y sont rians,,et
nos forêts d'Europe perdroient certainement à
la comparaison. On y voit des mapous dont
le tronc creusé sert de canot, et peut contenir
dessinaneiqustrevingny personnes. Lebambou,
quiorne si délicieusement le bord des ruisseaux
oi il se plait, s'y balance avec grace. Ses
noeuds, coupés dans le décours, ne sont plus
sujets à la piqure des insectes 7 et en ce cas
servent de réservoirs destinés à divers usages.
En laissant par exemple le noeud au milieu,
le chasseur y rencontre un fourniment naturel
où il trouve à placer sa poudre et son plomb.
En y rencontrant des karatas, un souvenir
aimable venoit occuper ma pensée; je me rap
bord des ruisseaux
oi il se plait, s'y balance avec grace. Ses
noeuds, coupés dans le décours, ne sont plus
sujets à la piqure des insectes 7 et en ce cas
servent de réservoirs destinés à divers usages.
En laissant par exemple le noeud au milieu,
le chasseur y rencontre un fourniment naturel
où il trouve à placer sa poudre et son plomb.
En y rencontrant des karatas, un souvenir
aimable venoit occuper ma pensée; je me rap --- Page 447 ---
D'UN NATORALISTE
pelois la demande
Paris, M. Sage que me fità mons départ de
(I), mon ancien
minéralogie, du
professeur de
plante précieuse, sirop et de l'analyse de cette
aussi
Ob, mon
un tribut de
maîtrelje vous dois
malheureuse de
reconnoissance ! victime
votre dévouement
progrès de la docimasie
trop zélé aux
riches mines de
(a), en parcourant les
Cibao, n'étoient-ce
anciennes leçons
point vOs
Mes découvertes que je mettois en pratique?
y ont donc été le
vôtres, et de vOS bontés
fruit des
Le centre du
pour moi!
se trouve, dit M. groupe des montagnes de Cibao
le point où se NMorean-deSsmtatiy, vers
dont l'une iroit rencontreroient deux
dans la direction de lignes,
l'ouest du cap Raphaël à
l'est à
dans la direction du Saint-Marc, et l'autre
de-Plate à la rivière nord au sud de Portles plus élevées
de Nizao. Ces masses sont
à plusieurs
de l'ile, et donnent naissance
rivières. Le mot
même historien, suivant
Cibao, continue le
Herréra, Charlevoix ct
(1) M. Sage, professeur de docimasie
méiallurgique 7 à l'école des
et de chimie
fondateur de l'école des
monnoies à Paris,
(2) Ce savant
mines, et membre de FInstitut.
qualités sociales professeur, 3 autant estimable par ses
perdit la vue à la suite que célèbre d'un par ses rares talens,
mais son coeur s'est conservé travail long el opinidtre;
qu'il a honoré de son amitié, le même pour ceux --- Page 448 ---
VOYAGES
autres, estdérivé de Ciba, qui veut dire roc ou
cailloux, et ce nom convient, dit Charlevoix,à
l'aspect affreux de l'entrée de ce canton. Suivant
l'étymologie celte, cette dénomination seroitencore plus curieuse, puisqu'en la décomposant,
on y trouveroit ké-i-bé-aour, qui signifie, les
montagnes ott ily a de l'or.
Cibao, SaintChristophe, Banique et autres
montagnes trop fameuses, dont l'humanité réprouva les richesses immenses 2 pourquoi, à
la voix du féroce Espagnol, avez-vous ouvert
Os entrailles, qu'il a souillées d'un sang
innocent? Ne pouvoient-ils point satisfaire leur
insatiable cupidité sans se gorger d'attentats !
Quid non mortalia pectora cogis, auri sacra
fames
Je dirai avec Valverde, que le court travail
qu'on a fait dans les mines de la partie espagnole de Saint-Dominguc, ne peut les avoir
épuisées, qu'il y en a un grand nombre qu'on
n'a pas même ouvertes 5 et que leur exploitation seroit aussi facile qu'autrefois ; d'oà je
conclus qu'on pourroit utiliser un jour la victoire des Français sur les nègres révoltés de
Saint-Domingue, en les employant avec humanité dans les mines, au lieu de les mettre
à mort; mais voici le tableau géologique que
j'ai promis au lecteur.
de la partie espagnole de Saint-Dominguc, ne peut les avoir
épuisées, qu'il y en a un grand nombre qu'on
n'a pas même ouvertes 5 et que leur exploitation seroit aussi facile qu'autrefois ; d'oà je
conclus qu'on pourroit utiliser un jour la victoire des Français sur les nègres révoltés de
Saint-Domingue, en les employant avec humanité dans les mines, au lieu de les mettre
à mort; mais voici le tableau géologique que
j'ai promis au lecteur. --- Page 449 ---
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0) soidurs no saunumos xneg
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*sagsodatos no sajesgugu xneH --- Page 450 ---
es
Terres calcaires:
Terres argileuses. --- Page 451 ---
Pierres
Pierres calcaires.
Pierres argileuses.
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sordurs
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sauaid (soquposaust --- Page 453 ---
"sjos
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sojuipuim nag : sarord no san115d --- Page 454 ---
Or
Métaur imparfaits ou ignobles,
S
Métaux difficiles à fondre.
Métaux mous et faciles à fondre.
Fer.
Etain.
Plomb =
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C
a
A
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-
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JC --- Page 456 ---
Bitumes et soufres.
Métaux nobles ou parfaits.
Suite des métaux imparfaits.
U --- Page 457 ---
a nctt
D'UN NATUR ALISTE.
La confection de ce tableau, fruit d'un long
travail, me fut facilitée par M. de Bermont, zélé
minéralogiste, quime procura quantité d'échantillons dont je viens de relater les espèces. Je fus
obligé de suspendre mes courses dans l'intérieur
des groupes de Cibao, par cause d'une insurrection de la partielespagnole, qui m'obligea de
je dois au lecteur
replier sur le Cap. Néanmoins
plusieurs obseryations relatives à PHistoire
naturelle de cette partie intéressante, et aux
moeurs des paisibles colons espagnols.
La baie de Samana, la rivière Verte prés
Saint-Yago, celle de PYaqui et du Macahon,
renferment tant d'or qu'elles le charrient avec
des
leur sable, et entretiennent journellement
orpailleurs uniquement occupés de cette récolte.
Un homme actif peut facilement extraire par
une
environ de
jour, de ce sable pour
gourde
paillettes ou grains d'or, dela forme età peu près
lentilles. Ces
de la grosseur de nos plus petites
ouvriers se tiennent les jambes dans l'eau, et
ramassent le sable au moyen d'une sébile de
bois, dont l'intérieur est cannelé ou formé de
rainures; ils agitent ce vaisseau en le tournant
lorsque le sable est mis à sec, et tout le sable,
comme plus léger, se sépare des parties métalliques. Souvent ils sont obligés de plonger dans
les endroits les plus profonds. Cet or natif res-
ur de nos plus petites
ouvriers se tiennent les jambes dans l'eau, et
ramassent le sable au moyen d'une sébile de
bois, dont l'intérieur est cannelé ou formé de
rainures; ils agitent ce vaisseau en le tournant
lorsque le sable est mis à sec, et tout le sable,
comme plus léger, se sépare des parties métalliques. Souvent ils sont obligés de plonger dans
les endroits les plus profonds. Cet or natif res- --- Page 458 ---
VOYAGES
semble quelquefois à des parcelles de mica 2
ou à de petites marcassites brunes grainues, ou
bien encore à de petits grenats rouges et transparens, auxquels on donne alors le nom de
grenats d'or. On réunit ces parties métalliques
pour les mettre en lingots, et si les parcelles
se trouvent interposées dans des pierres, , on
les soumet au lavage, au pilage, à l'amalgame
et à l'ignition. Si au contraire, elles-se trouvent unies à des métaux étrangers, on fait
usage des dissolvans et de la fusion.
Moins ambitieux, et plus paisibles dans leurs
habitudes, les colons espagnols négligent des
soins qu'il faudroit donner aux dépens de leur
repos et de leur douce oisiveté. Ils savent se
contenter de si peu, que l'abondancoleur; paroit
au moins inutile. Une vie frugale entretient en
eux une santé robuste qui les met au dessus
du dégoit de la vie. Des cases recouvertes des
taches du palmiste dans tous leurs sens, ont
pour base quatre pieux fichés en terre. Leurs
meubles consistent en un hamac, ou plus souvent un cuir de boeuf, une table
d'acajou 2
quelques chaudières, des gamelles, des. canaris
d'une poterie si mince, 7 que l'eau en transude, et du bois de chandelle qui sert à les
éclairer.
Heureux au milieu de cette vie simple et --- Page 459 ---
D'UN NATURALISTE
exempte de besoins, ils ne sont point contrariés par T'ambition, 9 ou par des désirs qu'ils
remplir; c'est pourquoi ils se
ne pourroient
laissent voluptneusement aller à leur penchant
naturel, à cette tranquille indolence qui les
du jour dans un
retient une grande partie
hamac suspendu à deux arbres, où ils se balancent, et jouissent de la vue de la verdure,
doublement leur sensuelle imagien récréant
nation par le son d'une guitare qui pourtant
finit par les endormir.
Leur frugale nourriture, que les hommes
séparément, se réduit à du poisson
prennent salé, à du tassau et de l'ooille; ces mets sont
fortement assaisonnés de piment, de thym et
de tomates. Les Espagnols boivent de l'eau qu'ils
aiguisent quelquefois avec un peu de tafia. Ils
remplacent le pain par les patates, les ignames,
le tailleau ou chou caraibe, la cassave et le
riz. Ils font usage de café au déjeûner, et de
chocolat à souper. Dans P'intervalle de ces repas
ils aiment à flatter leur palais avec des pistaches de terre (1) crues, ou plutôt torréfiées
le Traité de l'arachide ou pistache de
(1) Voyez
sur le sol français, par
terre, et sa naturalisation
C. S. Sonnini. Cet
le savant et utile observateur
de l'Euouvrage, dont M. le rédacteur du Courrier
au déjeûner, et de
chocolat à souper. Dans P'intervalle de ces repas
ils aiment à flatter leur palais avec des pistaches de terre (1) crues, ou plutôt torréfiées
le Traité de l'arachide ou pistache de
(1) Voyez
sur le sol français, par
terre, et sa naturalisation
C. S. Sonnini. Cet
le savant et utile observateur
de l'Euouvrage, dont M. le rédacteur du Courrier --- Page 460 ---
VOYAGES
sous la cendre chaude,. au milieu de leurs
enveloppes.
Cet esprit d'insouciance engage les Espagnols
à cultiver peu, si ce n'est quelques comestibles qui n'exigent pas beaucoup de soin, ou
du tabac avec lequel ils font des échanges. Ils
élèvent beaucoup de troupeaux, et ont de fort
beaux haras, donti ils vendent les produits dans
la partie française. Leurs chevaux qu'ils
appellent bayahondros, sont vigoureux et les plus
estimés. Leurs hattes, qui ont pour chef un
majoral, ont également des pionniers ou lanciers, qui veillent aux animaux, les rassemblent au besoin, et les soignent quand ils sont
malades, ou, à courses de cheval, les prennent
à l'éperlin lorsqu'il s'agit de les vendre. Cet
exercice très-fatigant, et par cela même paroissant incompatible avec le caractère indolent
de l'Espagnol,1 lui convientnéamoins, en raison
de l'indépendance qui en est la prérogative.
Les Espagnols tirent également parti des salines naturelles du pays; néanmoins elles sont
mieux exploitées dans la partie française. Il est
rope a rendu un compte favorable le 51 juillet 1808,
est un de ceux qui tendent à prouver combien les
sciences et l'agriculture ont d'obligation à ce zélé
naturaliste. --- Page 461 ---
a
D'UN NATURALISTE
curieux- de voir la blancheur éblouissante des
piles de sel contraster avec la verdure d'alenévaporatoires de la Nature
tour. Ces grands
l'action du soleil. On
sont mis en jeu par
dont le
choisit pour marais salans, ceux
terrain est toujours recouvert par les grandes
marées. On leur donne la forme d'un carré
creusé d'environ trois pieds, et dont on
long,
après Tavoir enduite de
aplanit la superficie
à y retenir l'eau de mer 2
terre glaise propre
à cet égard.
au moyen des écluses pratiquées
On laisse l'eau à la hauteur d'un demi-pied
environ, et l'on confie le soin de son évapoà Pair,et surtout tà T'influence
ration au soleil,
la direction dudu vent de nord-ouest, sous
on doit établir les marais salans. Après
quel
on trouve des
quelque tems d'évaporation,
amas de cristaux de sel marin qu'on sépare
si je puis le dire, pour en
et qu'on égraine,
Jaisse égoutter
former des tas ou piles qu'on
sel dans
sur la terre sèche. On transporte ce
troués
laissent filtrer l'eau qui
des paniers
qui
s'opposeroit à une parfaite siccité.
franLes salines remarquables de la partie
çaise sont : celles du Port-à-Piment, parmi celles
lesquelles on distingue particalirement et du
anciennes du Port-de-Paix, de la Tortue,
celles existantes de l'anse de CoryPort-à-lEcug
des tas ou piles qu'on
sel dans
sur la terre sèche. On transporte ce
troués
laissent filtrer l'eau qui
des paniers
qui
s'opposeroit à une parfaite siccité.
franLes salines remarquables de la partie
çaise sont : celles du Port-à-Piment, parmi celles
lesquelles on distingue particalirement et du
anciennes du Port-de-Paix, de la Tortue,
celles existantes de l'anse de CoryPort-à-lEcug --- Page 462 ---
VOYAGES
don, des Gonaives, de P'Artibonite, du GrandIlet,de la Grande-Saline, même quartier; et des
fles Turques, au débouquement de Saint-Domingue, où surtout les sauniers s'enrichissent
promptement. Ces établissemens produisent
beaucoup; ; et comme dans l'ile tout est spéculation, on estime qu'un nègre employé aux
salines 5 peut rapporter environ, de produit
net, cinquante portugaises par année à son
maître. Le sel de Saint.Domingue est plus
tiqueque celui
stypd'Europe, en raisondesa prompte
épuration; c'est pourquoi il racornit les viandes
et les poissons, pour la préparation desquels
on l'emploie; c'est par cette raison aussi qu'il
est âcre et amer au goiit,
tient du sel de
preuve qu'il conglauber et du sel marin à base
terreuse.
On trouve dans plusieurs endroits de la COIonie, outre les cavernes souterraines qui
servirent de refuge aux Indiens proscrits et
poursuivis par les Espagnols, des grottes minéralogiqués qui offrent en ce genre de grandes
richesses pour le naturaliste, et de beaux sujets
pour le religieux contemplateur. On
remarque
particulièrement aux environs des Gonaïves,
sur Phabitation de M. de
Ville-Blanche, une
grotte très-vaste, composée de plusieurs galeries
qui se communiquent, et dont les parois ont
éld --- Page 463 --- D'UN NATURALISTE.
les naturels du pays;son entrée
été sculptées par commode que celle de lhaest beaucoup plus
dont l'accès
bitation Dubéda, même quartier,
: on n'y peut pénétrer qu'en
est très-difficile
mais cette première diframpant sur le ventre;
admire des palais
ficulté étant vaincue, on y
stalactites
dont les colonnes ou
en albâtre,
offrent à l'oeil curieux les plus
souvent torses,
Cette visite intéressante ne
belles décorations.
des perdoit néanmoins être entreprise que par le vol
le sifflement des serpens, ou
sonnes que
chauves-souris ne peuvent
assoupismntdelarges souvent au milieu des remarques,
elfrayer; car,
volantes vient éteindre
l'aile de ces sangsues
les
et lon
le flambeau qui sert à diriger
pas; funeste
alors dans une perplexité,
se trouveroit
craintive et vaporeuse,
pour une imagination
muni de plusieurs flambeaux,
si l'on ne s'étoit
volatil fluor,
d'un briquet, d'étoupe et d'alcali
les
ou insectes venimeux qui
contre
reptiles lieux obscurs et humides
fourmillent dans ces
vivifians du
dérobés au jour, et que les rayons
soleil ne viennent jamais embellir.
continpatienencdenenies
Ilsuinteetdégoute
de principes
de ces cavernes, une eau chargée
et dont la réunion forme, par
lapidifiques ,
ces stalacces concrétions,
son évaporation, dont les cassures, brillantes
tites et stalagmites,
Ee
ToME II.
contre
reptiles lieux obscurs et humides
fourmillent dans ces
vivifians du
dérobés au jour, et que les rayons
soleil ne viennent jamais embellir.
continpatienencdenenies
Ilsuinteetdégoute
de principes
de ces cavernes, une eau chargée
et dont la réunion forme, par
lapidifiques ,
ces stalacces concrétions,
son évaporation, dont les cassures, brillantes
tites et stalagmites,
Ee
ToME II. --- Page 464 ---
VOYAGES
à la lumière, olfrent le plus bel éclat du
Il existe une autre grotte
verre.
la baie des Barradères, minéralogique dans
dont M. Moreau-deSaint-Méry a donné la description la plus élégante : elle contient aussi des concrétions
reuses et des albâtres.
pierLa caverne appelée grotte de la Mare-dSavon > d'oi émanent des exhalaisons sufloquantes; celle du Borgne, où l'on trouve
des ossemens humains, des fétiches
encore
teries
et des poanciennes; celle du nord de la
aux Coquillages, ile de la
pointe
l'anse du
Tortue; celle de
Cabaret, même lieu; celle très-curieuse de la voûte à Minguet, dans le
tonnement du Dondon, et qui servoit de canaux insulaires; toutes ces voûtes
temple
présentement désertes,
oubliées, et
portent involontairement
l'ame à la méditation sur la durée des
rappellent à T'homme son
étres,
réfléchie
néant; et leur étude
devroit servir de frein à l'ambition
démesurée quiy foule des cendres ou des OSsemens qui ont existé !
Les groupes de Cibao, et plusieurs autres
quartiers de la colonie, fournissent
da soufre qu'on extrait de leur sein également
férentes
sous difformes, telles que celui appelé
ou natif, qui est
vierge
couleurs
transparent, et souvent de
variées; d'autre en masses irrégulières
- --- Page 465 ---
D'UN NATURALISTE
et de couleur citrine: celui-ci se trouve groupé
sur du gypse ou de la terre calcaire; enfin,
certaines minières en fournissent des prismes
hiexagones, ou des géodes cristallisées intérienrement en aiguilles très-fines.
d'Histoire naturelle étant moMes courses
retournai à PArmentanément terminées 2 je
de l'admitibonite : 3 et je me rendis auprès obtenir un
nistrateur de Saint-Marc, pour
république
certificat des sommes perçues parla durée de nos
la
sur nos habitations, pendant faire rembourser
séquestres, afin de me les
ou en bons sur France, ou en acquits d'impoconcurrence de pareille somme;
sitions, jusqu'à
avoir éludé ma
mais ladministrateur., après
en remit la solution au lendemain,
proposition,
dire
avoit point de
et finit par me
qu'il n'y
registres exacts des procès-verbaux de séquestres
au
de la peapposés, et me renvoya
préposé la même
tite rivière de T'Artibonite, qui me fit
réponse
du
Je me trouvai avec M. Gx**, négociant
Port-au-Prince, qui me rapporta deux traits
faveur de la franche maçonnerie, 2 que je
en
personnel, afin de
(1) Je cite ce trait, quoique régnoit alors, et
donner à connoitre le monopole qui
qui frustra les propriétaires de leurs espérances.
Ee 2
préposé la même
tite rivière de T'Artibonite, qui me fit
réponse
du
Je me trouvai avec M. Gx**, négociant
Port-au-Prince, qui me rapporta deux traits
faveur de la franche maçonnerie, 2 que je
en
personnel, afin de
(1) Je cite ce trait, quoique régnoit alors, et
donner à connoitre le monopole qui
qui frustra les propriétaires de leurs espérances.
Ee 2 --- Page 466 ---
VOYAGES
ne dois pas cacher sous le silence. M. G***
venoit de charger à son compte une goélette
qu'il avoit expédiée pour le Cap. Il fut pris
par le Pélican, croiseur anglais, et conduit à
la Jamaique. Sur les attérages il s'aperçut, à un
geste, que le capitaine anglais étoit zélé francmaçon; il fit donc le signe de détresse. Alors
son vainqueur le traita avec bonté, lui servit
de caution à la Jamaique, et l'en fit repartir
avec une autre goélette chargée au compte de
ce zélé protecteur.
De retour au PortanPrince, M. G*** fut
mis en réquisition pour marcher contre Rigaud,
commandant alors la partie du Sud, soulevée
contre Tonssint-Lonverure; il fut blessé dans
une affaire, et tomba au pouvoir d'un détachement de mulâtres qui le conduisirent à Rigaud,
qu'autrefois il avoit reçu franc-maçon. Au moment d'être fusillé avec plusieurs autres blancs,
ainsi que lui prisonniers, il fit à Rigaud le
signe de détresse, qui lui sauva la vie.
Le mercredi 4a avril,je vis arriver sur Phabitation de l'Etable, un courrier qui m'annonça
T'adjudant-général Huin, qui venoit nous y
voir. Envoyé en France par Toussaint-Louverture, il venoit m'offrir une place à bord
de la frégate qui devoit le transporter. Il resta
deux jours avec nous, et m'emmena au Port- --- Page 467 ---
D'UN NATURALISTE.
au-Prince, sous le prétexte d'y aller faire mes
dépéches pour l'Europe. Nous partimes le vendredi 6 avril, après le diner, pour aller coucher
à Saint-Marc, oà, grace à l'autorité de mon
compagnon de voyage, on nous ouvrit les portes
de la ville, quoiqu'après la retraite battue; et
descendre chez le commandant de
nous allàmes
la place, à qui mon ami recommanda vivement
les réclamations que je pourrois lui faire concernant la police de notre habitation.
Le commandant Bernard nous fournit d'excellens attelages qui nous transportérent promptement àl'Arcahaye, non sans quelque danger;
car, en côtoyant la mer, une barge de Rigaud
qui nous avoit aperçus, dirigea son beaupré de
manière à mettre pied à terre avant notre passage. En effet, nous arrivâmes près d'elle à portée
distinctement les cris
de pierriers, et entendîmes
de rage des mulâtres, désespérés de nous voir
leur échapper.
M. Huin parla de moi avec assez d'avantage
à tous les propriétaires, pour que tous m'offrissent un asile et des attelages dans les courses
d'Histoire naturelle que je devois faire plus tard
dans cette partie-de la colonie. Un d'eux entr'autres, ayant su par mon ami quel doux ellet
produisoit la vue d'une rose sur mon imagination
la galanterie jusqu'à en faire
2 poussa
Ee 3
âtres, désespérés de nous voir
leur échapper.
M. Huin parla de moi avec assez d'avantage
à tous les propriétaires, pour que tous m'offrissent un asile et des attelages dans les courses
d'Histoire naturelle que je devois faire plus tard
dans cette partie-de la colonie. Un d'eux entr'autres, ayant su par mon ami quel doux ellet
produisoit la vue d'une rose sur mon imagination
la galanterie jusqu'à en faire
2 poussa
Ee 3 --- Page 468 ---
VOYAGES
déposer,à mon insçu, un superbe
ma mousticaire, , autant
bouquet sous
qui m'environnoit,
pour embaumer l'air
agréable surprise que pour me procurer une
dontjel fus trés-reconnoissant
Nousdéjeunimes le lundigavril, chezM.
médecin, d'oà la cavalcade,
Elie,
ment traversé le
après avoir rapidebourg de
prit les armes pour le
P'Arcahaye, oi lon
rendit
passage du député, se
pour diner sur Phabitation
me fit examiner les
Bonnet. On
sucreries de cet aimable
propriétaire, et la position favorable de
habitation située à
son
trouve un embarcadère proximité du rivage oùt se
crerie,
pour lutilité de la suNous reprimes notre route pour le Portau-
"Prince, et M. Bonnet, qui
cade, me sachant
grossit notre cavalde la
amateur passionné des beautés
Nature,m'engagea à nous laisser
et à mettre pied à terre toutes les fois devancer,
présenteroit l'occasion de faire des
qu'il se
Je fus sensible à cette
remarques.
priai de
complaisance, et je le
guider mes pas incertains. M. Bonnet;
aprés m'avoir fait observer de
sombrement
pures fontaines
de la
ombragées et placées sur le bord
route, comme pour y être utiles au
geur fatigué, me fit
voyafétides dont
apercevoir, aux exhalaisons
Tatmosphère étoit
nous n'étions qu'à un quart de lieue impregné, des
que
sources --- Page 469 ---
D'UN NATURALISTE.
puantes de la. Croix-des-Bouquets Ces sources
un sulfure alcalin ou
tiennent en dissolution combinaison de la chaux
hépar, produit par la
la voie chaude et humide.
avec le soufre, par
lacide
La décomposition de ce sulfure par
muriatique, produit un gaz hépatique sulfuré,
dont la présence se reconnoit à la couleur jaunâtre des bords de ces sources qui changent
de couleur à mesure qu'elles reçoivent l'action
de l'air; c'est pourquoi on les voit successivement passer d'une teinte verte aiguemarine, à
celle noirâtre qu'elles ont contractée en se réunissant à la mer. Cette combinaison avec une
matière calcaire recouvre la superficie de cette
et limpide, tantôt verte, tantôt
eau transparente
d'une croûte lamelleuse,
d'un bleu d'azur,
à celle
friable sous les doigts, et comparable
se forme au dessus de l'eau de chaux.
qui
Après cet examen analityque, nous nous
rendimes aa Port-au-Prince, d'oi nous repartimes le surlendemain pour le Cap, où la frégate
attendoit MM. Huin et d'Hébécourt, députés
du général en chef. Les jours qui précédérent
leur départ, furent marqués par des fêtes qui
moment où je vis enfler les
durèrent jusqu'àu
voiles de leur vaisseau.
Le 29 avril, le général en chef ToussaintEe 4
Après cet examen analityque, nous nous
rendimes aa Port-au-Prince, d'oi nous repartimes le surlendemain pour le Cap, où la frégate
attendoit MM. Huin et d'Hébécourt, députés
du général en chef. Les jours qui précédérent
leur départ, furent marqués par des fêtes qui
moment où je vis enfler les
durèrent jusqu'àu
voiles de leur vaisseau.
Le 29 avril, le général en chef ToussaintEe 4 --- Page 470 ---
VOYAGES
Louverture me fit appeler à son
ne
étatamajor,
pour
remettrel'ordre suivant :
Au Cap, le 20 flaréalan VIII.
( Le général en chef Toussint-Louvenure,
) Laissez librement voyager dans les
) mensdul Nord et dél l'Ouest des
départe-
>
SaintDomingue,
en y comprenant la partie espagnole
)) le citoyen Descourtilz, naturaliste, suivi conquise, d'un
) guide, faisant des courses d'Histoire naturelle.
) Enjoignons à tous les commandans, de lui
) prêter aide, secours et assistance au besoin,
) et de ne point souffrir qu'il lui soit apporté
) aucun empéchement quelconque, l'objet de
)) ses recherches ayant pour but de faire florir
) les sciences.
) Délivré au quartier-général du Cap, lesdits
)) jour, mois et an que dessus ).
Signé, le général en chef,
Tocsuxr-Lorvatar
Avant de retourner à I'Artibonite, je me
rendis chez M. Viaud, capitaine d'un brick
nantais armé, et qui étoit sur son départ pour
PEurope. Ce marin phlematique et encore en
convalescence, ayant eu confiance en mes
conseils,,avoit exactement suivi le régime que
je Jui avois prescrit dans la fièvre jaune, qui fut
sur le point de l'enlever à ses connoissances. --- Page 471 ---
D'UN NATURALISTE.
Comme il jonissoit d'une meilleure santé, il me
une promenade sug le bord de la mer,
proposa
deux traits
dans laquelle il me raconta
qui
caractérisent l'originalité des malelots. Ces
marins en général, me dit-il, arrivant d'un long
voyage, ,sont comparables à lenfant privé longdes
tems de ses joujous; car, ayant éprouvé
privations en tous genres pendant des traversées
ils cherchent à s'en
quelquefois fatigantes s'abandonnant 2
à tous les excès
dédommager, en
dure la somme de
de leur fantaisie, peudant que
leurs appointemens.
Un de mes matelots, continua M. Viaud,
facétieux et original, ayant débarqué avec une
garde-robe plus que modique, loua néanmoins
sur-le-champ un superbe cheval bien harnaché,
avoir le plaisir de se carrer dessus; et
pour comme un marin ne rêve qu'ancres et cordages,
le mien se mit en selle, tenant un grappin à la
deviner la cause d'une
main, sans qu'on pût
matelot fort
semblable prévoyance. Mais notre
mauvais cavalier, et se rendant justice à cet
égard, n'avoit osé affronter les sauts périlleux
d'ardeur, sans avoir avec
de son coursier plein
lui de quoi tempérer au moins une fougue qui
lui devenir funeste. Ilavoit eu la préponvoit
mettant le
à l'étrier, de faire
caution, en
pied
la
tenir par deux nègres, qu'il paya largement,
fort
semblable prévoyance. Mais notre
mauvais cavalier, et se rendant justice à cet
égard, n'avoit osé affronter les sauts périlleux
d'ardeur, sans avoir avec
de son coursier plein
lui de quoi tempérer au moins une fougue qui
lui devenir funeste. Ilavoit eu la préponvoit
mettant le
à l'étrier, de faire
caution, en
pied
la
tenir par deux nègres, qu'il paya largement, --- Page 472 ---
VOYAGES
bride de ce cheval fringant; mais
ldchez, le coursier est
au mot de,
franchit
déjà dans l'espace
avec la rapidité de
qu'il
mécontentement du
l'éclair, au grand
cherche
sujet de
en vain à mettre en
Neptune, qui
modérer l'ardeur de ce
panne, et ne peut
nouveau
par le siflement du. vent
Pégase. Etonné
T'épouvanta
qui sur l'onde ne
roulis
jamais, et ayant plutôt bravé
et le tangage que les
le
cipités qui lui faisoient
mouvemens prévoit d'autre
perdre l'équilibre, il ne
moyen d'éviter une mort
que de jeter son
certaine,
d'ordures
grappin au milieu d'un tas
qu'il rencontre fort
Bientôt il
beurensement.
fait
éprouve une secousse terrible qui le
la chanceler, puis une seconde qui fait
corde par l'animal ellirayé et devenu rompte
table. Enfin Técuyer troublé,
indompperd la carte, est
désarçonné, et tombe dans un autre tas.d'ordures, peu satisfait de son expérience.
Cette scène burlesque, continua M.
piqua d'amour propre le reste de
Viaud,
qui résolut de tenter un tout autre T'équipage, succès. Ils
louèrent un fiacre qu'ils affublèrent de
qu'ils ornèrent au debors, à la favenr voiles,et
portières, de rames ou
des
instrumens de
avirons, et d'autres
cédoient
navigation. Déjà les soupentes
sous le poids énorme d'un aussi
fardeau, autant que sous celui des matelots pesant
.
piqua d'amour propre le reste de
Viaud,
qui résolut de tenter un tout autre T'équipage, succès. Ils
louèrent un fiacre qu'ils affublèrent de
qu'ils ornèrent au debors, à la favenr voiles,et
portières, de rames ou
des
instrumens de
avirons, et d'autres
cédoient
navigation. Déjà les soupentes
sous le poids énorme d'un aussi
fardeau, autant que sous celui des matelots pesant --- Page 473 ---
-
D'UN NATURALISTE.
45t
dedans la voiture, et sur
placés sur l'impériale,
de lason train, lorsque ceux qui- servoient
à craindre
la réaction de
quais, et n'avoient
que
de leurs
la commotion, voulant rire aux dépens
camarades, s'avisérent de jeter en terre deux
oit les chevaux alloient le
grappins au moment
plus vite. La voiture fat brisée, démantibulée;
troubla les
de cette fête, deux
et, ce qui
plaisirs blessés
le démemmarins furent grièvement
par
brement de T'impériale. Cette digression paroitra
peut-être inutile, mais je devois ces anecdotes
comme fruits de mes observations
au lecteur,
différentes classes d'hommes
sur les moeurs des
le cours
que j'ai eu occasion d'étudier pendant
de mes voyages. m'en fournit deux autres que
Mon journal colons aiment les bons mots; les
voici. Les
est de s'y exercer avec lcs
saillies, etleur plaisir
arrivés. Un habitant avoit réuni une
nouveaux
Pavoit
nombreuse société, mais le repas qui
rassemblée, fut interrompu par une alarme
d'un
à café, auquel un
donnée au sujet
magasin
infidèle venoit de mettre le fou."Le pronègre
somptuosité et ostentation, ne
priétaire qui, par
la
vouloit point quitter si bonne place que
les nègres de
cloche ait préalablement appelé
lieu de
son atelier, se transporta néanmoins au
Pincendie, pour en arrêter les progrès. Tout --- Page 474 ---
VOYACES
étantapaisé après la perte presque générale de
cette denrée justement estimable, un de ses
amis, voulant rappeler à diner la gaicté précédente, proposa à P'hôte malheureux de composer ensemble pour ce qui avoit échappé à la
fureur des flammes. Surle dire du vendeur qui
prit fort bien la plaisanterie, l'acheteur se
récria beancoup, en observant qu'en conscience
il lui paieroit volontiers
plus cher, en raison de
sa première torréfaction qui le rendoit potable
sans aucun autre apprêt.
Un autre jour, après un diner oit Bacchus
avoit ceint le front des convives de son
pampre
assoupissant, on vinti à crier:. Au chien enragé!
Tous de courir aux armes, lorsqu'un d'eux se
rendant plus de justice, et se regardant hors
d'état d'ajuster P'animal avec succès, alla s'asseoir près de la rivière, dans le dessein de s'y
jeter à la première menace du chien, qui devenoit impuissante d'après son horreur pour
l'eau, dans cette horrible maladie. Cette prévoyance ne supposoit point une entière absence
de raisor.
On passe, comme on le voit, fort gaiement son
tems à Ssint-Doningae;maiil s'en faut bien
tous lesjours soient comptés pardes jouissances, que
souvent ou plutôt toujours troublées par la
crainte de succomber au poison dont les nègres
eter à la première menace du chien, qui devenoit impuissante d'après son horreur pour
l'eau, dans cette horrible maladie. Cette prévoyance ne supposoit point une entière absence
de raisor.
On passe, comme on le voit, fort gaiement son
tems à Ssint-Doningae;maiil s'en faut bien
tous lesjours soient comptés pardes jouissances, que
souvent ou plutôt toujours troublées par la
crainte de succomber au poison dont les nègres --- Page 475 ---
D'UN NATURALISTE,
font fréquemment usage. Il est cependant une
digne d'être citée; c'est que depuis
remarque
anarchistes ont secoué le joug de.
queles nègres ils font moins souvent usage du
T'esclavage,
leur vengeance envers les
poison pour exercer
toujours
blancs, contre Jesquels ils conserveront
attachée aux préune envieuse antipathic 2
rogatives dont jouissent les derniers, quoique
dans leur asservissement. Les nègres ontd'antres
et
les tristes
moyens de se venger,
emploient
CaCCE2CE
c'est pourquoi ils profitentdelcurg prépondérance Phuactuelle pour vexer la couleur blanche,
milier dans toutes les circonstances qui se
des actions d'éclat, des vols, ou
présentent, par
(( Toi puni
des injures qui restent impunies.
leur
moué puni toi astor > ! Tel est
)) moué,
cri unanime.
au Port-an-Prince;
Je fis un nouveau voyage
oi dinois,
et le propriétaire d'une habitation
je deux anicomme témoin oculaire, de
me parla,
leur instinct prodigieux,
maux intéressans par d'une fidélité hien peu
et me cita deux traits
confia à son
commune. M. G son ami,
le
chien danois un paquet d'argenterie pour
ce serviteur fidèle ne
porter à son habitation;
derrière, et fut
pouvant suivre la voiture, resta
malleureusement rencontré par un nègre- --- Page 476 ---
VOYAGES
marron qui, convoitant bientôt le dépôt du
messager intelligent 7 l'attaqua et lui assena
plusieurs coups de sabre, qui pourtant ne lui
firent point lâcher prise. Le danois se sentant
affoibli par la perte de son sang, et voulant être
utile à son maître jusqu'ai dernier
sa vie qu'il sentoit
moment de
traire
approcher, parvint à se sousaux mauvais traitemens du nègre qui,
d'ailleurs apercevant un voyageur, s'enfonça
promptement dans les halliers; ; mais le
animal n'eut que le tems d'arriver à Phabita- pauvre
tion, et d'aller déposer aux pieds de son maître
désolé le dépôt qui lui avoit été
mourir
confié, et de
sans se plaindre, témoignant
dernier regard combien il s'estimoit par son
d'avoir pu le payer de ses soins.
heureux
Un autre trait non moins
les exemples sont
surprenant, et dont
plus rares, c'est l'attachement
d'un haraspour son maître. Onsait qu'en
les perroquets montrent
général
peu d'affabilité, peu
d'intelligence, 2 rien de sémillant dans le caractère; mais lel haras dontjes veux parler, fait
tion àla règle commune, et mérite une excepdistinguée. Le maître de cet oiseau qui apothéose avoit été
également son père nourricier, tomba malade et
mourut en peu de jours. Le haras, dès le commencement de la maladie, ne quitta pas le lit de
son bienfaiteur, et refusant toute nourriture, il
u d'affabilité, peu
d'intelligence, 2 rien de sémillant dans le caractère; mais lel haras dontjes veux parler, fait
tion àla règle commune, et mérite une excepdistinguée. Le maître de cet oiseau qui apothéose avoit été
également son père nourricier, tomba malade et
mourut en peu de jours. Le haras, dès le commencement de la maladie, ne quitta pas le lit de
son bienfaiteur, et refusant toute nourriture, il --- Page 477 ---
D'UN NATURALISTE
perdit la vie en appelant
ment le maitre qu'il
jusqu'an dernier movoit remplacer.
regrettoit, et qu'il ne pouJe dois aussi quelques larmes
d'un beau trait de piété filiale,
au souvenir
ami, venoit de
M. D*K*, mon
perdre son père; ce
ne marchoit
sexagénaire
il fallut
point assez vîte vers son tombeau,
qu'un jeune homme
une allaire d'intérêt,
l'invectivât dans
duel dans leguel le pour qu'il en survint un
vieillard succomba,
par l'adresse de son adversaire,
autant
cision fatale d'armes à double que par la préqui voulut en vain se
détente. Le fils
battreà la
de
père, et égaliser les
place
son
obtenir cette
armes par l'age, ne put
faveur, mais il étoit
devint-il lorsqu'il vit tomber
présent. Que
jours, luttant en vain
l'auteur de ses
contre
sur l'arène
une mort prochaine. Ce ensanglantée
pousse qu'un cri,il se
digne fils ne
l'espoir de le
jette sur son père, et dans
rappeler à la vie, il
lèvres sur la plaie
applique-ses
détourner
pour en sucer le
et
un épanchement interne. En sang vain
luiditqu'il n'y avoit plus
on
sentirai son coeur battre, d'espoir. <Tant que je
s'écria M. D** en
sanglotant et la main
gauche de son père, je ferai appuyée sur le côté
hélas! soins
mon devoir >! Mais,
jeune
superflus ! on vit bientôt la main du
homme se retirer
lentement, et lui-méme
le
et
un épanchement interne. En sang vain
luiditqu'il n'y avoit plus
on
sentirai son coeur battre, d'espoir. <Tant que je
s'écria M. D** en
sanglotant et la main
gauche de son père, je ferai appuyée sur le côté
hélas! soins
mon devoir >! Mais,
jeune
superflus ! on vit bientôt la main du
homme se retirer
lentement, et lui-méme --- Page 478 ---
VOYAGES
tomber sans connoissance sur le corps de son
malheureux père.
Je terminerai ce volume par une notice sur
les eaux de Boynes, connues sous le nom de
sources chaudes du Port-d-Piment,
trais d'un Almanach
que j'eximprimé aul Port-au-Prince.
Les. eaux thermales du Port-à-Piment sont
salino-sulfareuses et chaudes au quarantedeuxième degré du thermomètre de Réaumur;
elles sont d'une limpidité
parfaite, sans gout,
etn'ont qu'une odeur supportable de foie de
soufre volatil, exactement semblable à celle
que répand un ceuf dur dont on ôte la
pendant qu'il est chaud.
coque
D'après une analyse
chimique faite avec soin, il est constant qu'elles
contiennent, Io. de l'alcali minéral ou natron;
2°, du soufre naturel; 30. du foie de soufre
volatil, ou vapeur hépatique; 4°. du sel marin à
base d'alcali minéral; 5°. du sel marin calcaire; 60, du sel de
glauber; 7°. une terre calcaire très-divisée; ; 80, une huile légère de la
nature du pétrole.
Cètte eau est douce au toucher, comme si
elle étoit chargée d'essence de savon; 5 elle blanchit et adoucit singulièrement la peau. Les eaux
du Port-à-Piment sont parfaitement en
avec
celles de
rapport
Barrège;elles ont sur ces dernières
T'avantage qu'on peut les prendre en tout tems.
Ccs
7°. une terre calcaire très-divisée; ; 80, une huile légère de la
nature du pétrole.
Cètte eau est douce au toucher, comme si
elle étoit chargée d'essence de savon; 5 elle blanchit et adoucit singulièrement la peau. Les eaux
du Port-à-Piment sont parfaitement en
avec
celles de
rapport
Barrège;elles ont sur ces dernières
T'avantage qu'on peut les prendre en tout tems.
Ccs --- Page 479 ---
L
D'UN
Ces eaux
NATURALISTE
minérales sont
tiques, toniques et vulnéraires. apéritives, diuréfiques contre les
Elles sont spéciet toute sorte rhumatismes, la fiévreinvetérée
la jannisse, T'eedème d'obstructions, Elles guérissent
les fleurs
général, les pâles
blanches, et rétablissent les couleurs,
supprimées. Elles
secrétions
leuses, les
dissipent les tumeurs écrouelexostoses, les
goutteux; ; attaquent la ankyloses, les dépôts
font rendre des
pierre dans la vessie, et
ulcères les plus rebelles graviers. Elles guérissent les
lesaflections
, la galle, les dartres
à
psoriques de toute
et
l'asage des
espèce. Associées
de tous les accidens iopiligne elles délivrent
eflets du mercure mal occasionnés par les mauvais
Os, en procurant
administré, les caries des
glandes, les ulcères Texfoliation, les tumeurs aux
et tous les
fistuleux et
la plus symptômes de la maladie carcinomatens,
confirmée. Mais ces mêmes syphilitique
contraires à ceux quisont
eaux seroient
pulmonie, de diarrhée dansledernierd degréde
et à tous ceux
scorbutique
mation
qui sont menacés d'une invétérée,
seroient prochiaine au foie ou à la
inflamnuisibles aussi dans la poitrine, Elles
hémorragies.
plupart des
Les
tion de établissemens M. Gauché, de ces eaux, 2 sous la direcsont
qui en est le
iriscommodes, dans une
propriétaire,
TOME II,
sinatinagreably
Ff --- Page 480 ---
VOYAGES, etc.
et ornés de la plus belle promenade edela colonie.
lls ne sont éloignésdu Port-i-Pimentquee dedeux
petites lienes, et l'on s'y rend par un beau
chemin de voiture.
Après toutes ces observations, je partis du
Port-au Prince pour l'Artibonite,ouj je me livrai
au travail sur l'anatomie comparée du crocodile
de Saint-Domingue, qui commence le troisième
volume de ces Voyages.
Fin du second Volume.
Page 480 ---
VOYAGES, etc.
et ornés de la plus belle promenade edela colonie.
lls ne sont éloignésdu Port-i-Pimentquee dedeux
petites lienes, et l'on s'y rend par un beau
chemin de voiture.
Après toutes ces observations, je partis du
Port-au Prince pour l'Artibonite,ouj je me livrai
au travail sur l'anatomie comparée du crocodile
de Saint-Domingue, qui commence le troisième
volume de ces Voyages.
Fin du second Volume. --- Page 481 ---
TABLE
Des matières du Tome second.
Disasouewesz à Saint-Domingue.
Visite à M. B naturaliste êt
Page I
mandant de la place du
secrétaire du comStatistique du quartier.
Port-au-Prince.
Détails sur la ville du Port-au-Prince.
idem.
Entrevue de M. Desdunes-Poincy.
Départ du Port-au-Prince
pour l'Artibonite.
Impéritie des matelots de notre chaloupe.
id.
Originalité du patron,
Arrivée à Saint-Marc,
description de la ville et
ses environs.
de
Voyage pittoresque à l'Artibonite.
Arrivée à la hatte de M.
de cet hôte; précis historique Dedune-Lachicote; de
récit
depuis sa découverte
Saint-Domingue,
Caractère des naturels du jusqu'à nos jours.
pays.
Leurs coutumes et leur culte superstitieux.
Description de leurs Zémès.
Des prêtres indiens ou Butios.
Division des gouvernemens indiens.
Prédiction singulière sur Haiti.
Détails historiques sur Christophe Colomb.
Bovadilla et Ovando lui succèdent.
Mort de Christophe Colomb.
Malheureuse destinée des Indiens à la mort de leur 27
protecteur.
Epoque de limportation de la canne à sucre à San- 28
Domingo, par Gonzalez de Velosa.
Ff2 --- Page 482 ---
TABLE
Transmigration de quarante mille insulaires des iles
Lucayes.
Décret du conseil de Ferdinand en faveur des Indiens
d'Haiti,
Suite du précis historique.
5r
Origine des boucaniers ou flibustiers.
Leurs moeurs et usages.
Projets des flibustiers en armant en course.
Suite de leur histoire.
Fin du précis historique sur Haiti.
Description dela hatte de M. Desdunes-Lachicote. 40
Promenade au lagon Peinier.
Découverte d'une stance érotique.
Dévouement paternel dans un ajoupa du lagon
Peinier.
Moeurs des premiers habitans de la colonie.
Description d'un verger.
Parallèle du colon primitif, et du colon ambitieux. 48
Caractère des créoles.
des dames créoles.
Coutumes à l'égard des enfans.
Réveil de la Nature; arrivée de Finette.
Pénurie des propriélaires.
Sécurité du ciel à la veille d'un ouragan.
6r
Nouvelle promenade au lagon Peinier.
Ondée imprévue, et ses suites.
Départ pour le Cap.
id.
Description pittoresque de la route.
Remarques sur les oiseaux du pays.
Ressources qu'offre la Nature au milieu des déserts. 67
Arrivée au ruisseau de Laquinte.
id.
Reconnoissance des habitations Grammont et Descahaux.
-
.
Pénurie des propriélaires.
Sécurité du ciel à la veille d'un ouragan.
6r
Nouvelle promenade au lagon Peinier.
Ondée imprévue, et ses suites.
Départ pour le Cap.
id.
Description pittoresque de la route.
Remarques sur les oiseaux du pays.
Ressources qu'offre la Nature au milieu des déserts. 67
Arrivée au ruisseau de Laquinte.
id.
Reconnoissance des habitations Grammont et Descahaux.
- --- Page 483 ---
TABLE
Arrivée aux Gonaives.
46t
Réception obligeante par madame
Coutumes du pays, rencontre de Descahaux. 70
ture.
Tousaint-LouverTraits de fidélité de serviteurs
id.
Conférence avec
nègres.
Départ des Gonaïves Tonsaint-Louvertre
Observations de la route, pour le Cap.
id.
Soins merveilleux de la Providence.
Remarques sur les fruits du
id.
Observations botaniques. pays.
Description des sites.
Montagne des Escaliers.
Arrivée au bourg de Plaisance,
Passage de la rivière du Limbet.
Entrée en la ville du Cap.
Bassin d'eau salée del la
id.
Démarches à la commission monlagne du Port-Margo. 8r
Visite à M. Roume,
des domaines.
id.
çais.
agent du gouvernement franDépartimpréru du
Retour aux Gonaives. Cap,observations de la route, 83
Voyage à FArtibonite, et retour
Observations sur les fruits de
aux Gonaives. 85
Description de la tannerie des Saint-Domingue. 86
Toussaint - Louverture
Gonaives.
séquestres,
nous remet notre levée de
Trait de fidélité d'un chien.
Surprise d'un orage.
Mise en possession delhabitation
Réflexions surl la position des
del'Etable.
Promenade à Thabitation de propriétaires d'alors. 92
l'Elable.
Ff3
FArtibonite, et retour
Observations sur les fruits de
aux Gonaives. 85
Description de la tannerie des Saint-Domingue. 86
Toussaint - Louverture
Gonaives.
séquestres,
nous remet notre levée de
Trait de fidélité d'un chien.
Surprise d'un orage.
Mise en possession delhabitation
Réflexions surl la position des
del'Etable.
Promenade à Thabitation de propriétaires d'alors. 92
l'Elable.
Ff3 --- Page 484 ---
TABLE
Eloge d'un cheval appelé Léger.
Offres perfides de nos nègres.
Départ pour la chasse.
id.
Effets de la prédestination.
Regrets de notre hôle sur sa position présente. 103
Détails sur notre vie frugale.
Incommoditédela plaine située près des rivières. 106
Partie de chasse au Grand-Islet.
Site pittoresque d'une fabrique coloniale.
IIO
Occupation des solitaires du Grand-Islet.
III
Rafraichisemens champêtres offerts par le bon
Isidore.
I12
Description de sa bananerie.
Epizootie de sa hatte.
Description du beau verger Rossignol.
Célébration solennelle de la Féte-Dieu.
12I
Voyage à la Petite-Rivière.
Beau trait d'hospitalitéde M. Desdunes-Lachicote. 125
Détails sur la mort d'un propriétaire nommé Combret.
Partie de chasse au Grand-Islet.
id.
Récit de mon hôte sur les dangers qu'il éprouva,
comme blanc, au milieu des noirs révoltés et ennemis de sa couleur.
Découverte d'une nouvelle inscription érotique. 159
Voyage au Gros-Morne, et observations.
id.
Parallèle du teint de lhabitant des mornes, et de
celui de la plaine.
Départ du Gros-Morne, événement de la route. 142
Réclamations faites au fermier de l'Etable.
id.
Essai sur les chasses de Saint-Domingue.
Tableau des chasses.
--- Page 485 ---
TABI L E.
Moeurs et chasses des casques ou chiens sauvages. P.154
de l'agouti.
-
du boeuf marron,
16r
- du cabrit marron,
- du cochon marron.
- du gros lézard cornu.
de la pintade marronne,
- des ramiers.
- du pigeon à couronne blanche.
de la tourte ou grosse tourterelle.
- de la tourterelle à queue étagée.
de la tourtérelle brune.
du cocot-zin.
de la perdrix grise.
de la perdrix rouge.
id.
du héleux.
de la poule-à-joli.
- des perroquets.
du courlis de terre,
- de la grivelette.
de l'esclave ou tangara.
de l'oiseau palmiste.
id.
- du vanneau armé,
- du pluvier doré de Saint-Domingue.
- du collier.
21I
de la bécasse des savannes.
- du bécasseau,
- de la bécassine des savannes,
du flamant,
- de la spatule.
- de la grue blanche d'Amérique.
- de la cigogne.
Ff4
-à-joli.
- des perroquets.
du courlis de terre,
- de la grivelette.
de l'esclave ou tangara.
de l'oiseau palmiste.
id.
- du vanneau armé,
- du pluvier doré de Saint-Domingue.
- du collier.
21I
de la bécasse des savannes.
- du bécasseau,
- de la bécassine des savannes,
du flamant,
- de la spatule.
- de la grue blanche d'Amérique.
- de la cigogne.
Ff4 --- Page 486 ---
TABLE
Moeurs et chasses du héron métis de Saint-Domingue.
de Taigrette.
de la demi-aigrette. - du crabier bleu.
du cra-cra ou valel-de-caiman.
229 230
- du crabier des mangles.
de l'ibis vert chatoyant.
de l'échasse ou pet-pet.
du cog d'eau, ou butor brun rayé,
du cormoran.
du pélican ou blague-à-diable.
du fou.
- du rale bidi-bidi.
du clin-clin ou tui-tui,
- de l'alouette de mer.
du maringouin.
de l'oie sauvage.
du gingeon.
du croube.
de la sarcelle.
des canards sauvages.
des poules d'eau.
26r
des foulques.
- du plongeon.
du castagneux.
du crocodile de Saint-Domingue.
id.
de la tortue de l'Ester.
id.
des grenouilles.
--du lamantin.
Essai sur les péches de Saint-Domingue.
Tableau des péches.
Habitudes du rouget.
--- Page 487 ---
TABLE
Habitudes du surmulet, ou barbarin,
Page
-
de la sarde rouge, et grise.
id.
du vivano.
- des raies.
I du merlan de Saint-Domingue.
id.
- de la sardine des Antilles.
- du cailleu.
- - du cailleu-tassart.
id.
- du coryphène bleu.
-
de l'ostracion ou coffre à deux piquans.
du congre.
id.
1 de la limande.
- de la sole. - du gade-morue.
id.
- du brochet de mer.
id.
- du baliste américain.
- - du scombre maquereau,
id,
de la brème de mer.
du nègre noir.
id.
- du scombre carangue.
id.
du mombin.
id.
- du mabouya.
du colas.
id.
- de l'évesque.
- de la bécune.
id.
du spare cardinal.
du balaou bécasse.
id.
des crustacées.
du homard des Antilles.
- de la langouste.
- de la chevrette ou salicoque.
3or
- des crabes.
id.
- des cancres.
a
quereau,
id,
de la brème de mer.
du nègre noir.
id.
- du scombre carangue.
id.
du mombin.
id.
- du mabouya.
du colas.
id.
- de l'évesque.
- de la bécune.
id.
du spare cardinal.
du balaou bécasse.
id.
des crustacées.
du homard des Antilles.
- de la langouste.
- de la chevrette ou salicoque.
3or
- des crabes.
id.
- des cancres.
a --- Page 488 ---
TABLE
Habitudes des cériques.
des testacées.
- des huitres de fond et de rochers soumarins.
id.
- des huitres de mangles.
des moules.
de la palourde.
- du burgau.
de la savalle.
id.
de la brème.
- de l'alose.
id.
- - du haut-dos de l'Ester.
- du gobiésoce-testar.
de l'anguille de l'Ester.
des écrevisses de I'Ester.
I du tétard de l'Artibonite.
- du haut-dos de I'Artibonite.
- du meunier de I'Artibonite.
id.
du mulet doré.
id.
des anguilles de l'Artibonite.
- des écrevisses de T'Artibonite.
id.
des cériques de l'Artibonite.
des carpes des eaux vives.
id.
du brochet.
du mulet bâtard.
id.
- de la truite.
id.
du pisquet ou titiri.
du gobiomore dormeur.
Culture des cannellier, giroflier et muscadier.
Observations sur le scorpion.
id.
De la truffe blanche de Saint-Domingue,
Voyage pittoresque du Port-au-Prince.
Note sur l'habitation Pois-la-Ravine.
Arrivée au Port-au-Prince.
--- Page 489 ---
R
TABI L E.
Détails sur la guerre du Sud.
Emprisonnement à la geole par méprise.
Départ du Port-au-Prince pour Saint-Marc.
Bon accueil sur l'habitation par nos nègres.
Mouvemens sur Thabitation.
Note sur les haras de Saint-Domingue.
Bours-équiors, chevaux d'allure.
Bâtards anglais.
Hattiers maquignons.
Education des chevaux pâutres.
Castration des poulains.
Précautions à prendre pour éviter le tétanos. 544
Herbes nuisibles des pâturages.
Observations sur la puissance fécondatrice des
id.
étalons.
Remarques sur la perfection des races.
Inconvéniens des pâturages humides pour les poulains.
Police des étalons envers leurs haras.
id.
Imitation de ces dispositions parles bours-équiors. id.
Des mulets de Saint-Domingue.
Nature des épizooties connues à Saint-Domingue. id.
Notes sur les cabrits domestiques.
Maladies auxquelles ils sont assujettis.
id.
Remèdes à leur opposer.
Utilité de ces animaux, qualité de leur chair. id.
id.
Du cochon appelé tonquin.
Remarques sur les orages.
sur les tremblemens de terre.
Des ouragans, et de leur étymologie.
Observations sur la division des saisons.
sur les débordemens.
Suite des débordemens,
--- Page 490 ---
TABLE
Opinion des physiciens sur les débordemens. Page57t
Observations sur les insectes nuisibles.
Inconvéniens du séjour de la plaine.
Remarques sur les scorpions.
sur l'araignée à cul rouge.
5,5
sur Taraignée-crabe.
id.
Remède contre sa piqure, et anecdote à son sujet. 576
Remarques sur les bêtes à mille pieds.
sur les chiques.
sur les tiques.
sur les lézards et anolis.
sur les couleuvres.
58r
- sur les poisons végélaux.
Promenade pittoresque.
id,
Chaleur insupportable des nuits'de Saint-Domingue.
Récit succinct des ressources qu'offre l'ile.
Des légumes exotiques naturalisés, et de ceux indigènes.
Sur les charrues qu'on pourroit adopter à la culture
de l'ile.
id.
Des manufactures établies ou à établir à SaintDomingue.
De la cochenille.
id.
Des vers à soie.
Des épices.
Des laines.
Des abeilles.
id.
Des bois de Saint-Domingue.
Récolte du riz à Saint-Domingue.
Culture de la canne à sucre à la Louisiane.
id.
Observations sur les usages de cette colonie,
Nouvelle promenade d'observations.
id.
igènes.
Sur les charrues qu'on pourroit adopter à la culture
de l'ile.
id.
Des manufactures établies ou à établir à SaintDomingue.
De la cochenille.
id.
Des vers à soie.
Des épices.
Des laines.
Des abeilles.
id.
Des bois de Saint-Domingue.
Récolte du riz à Saint-Domingue.
Culture de la canne à sucre à la Louisiane.
id.
Observations sur les usages de cette colonie,
Nouvelle promenade d'observations.
id. --- Page 491 ---
Le
TABLE
Parallèle des chasses et du gibier d'Europe, et de
celui des iles.
Page 40I
Détails sur un rat-de-marée.
Robuste.
id.
Voyage aux habitations Gayot et
Visite à M. Tussac.
Voyage au Cap, avec. M. Tussac etson dessinateur. 406
Aventure singulière aux Gonaives.
Observations sur plusieurs poisons végétaux.
Originalité de notre hôte à Plaisance.
Propriétés de la liane coucourout.
Observations sur la sensitive.
id.
Remarques sur les moqueurs.
id.
Arrivée au Cap; visite au général Moyse.
Course botanique aujardin de Thôpital des Pères. 412
Observations politiques.
Visile à M. Roume, agent du gouvernement. 414
Il me présente aux naturalistes de T'agence.
id.
Anecdote singulière concernant un Espagnol.
Goût des Martiniquais pour les vers de palmiste. id.
Coquillier de Saint-Domingue,' rassemblé par M. Dau416
bertès.
id.
Course aux environs du Cap.
Nords du Cap.
Observations sur la culture de l'olivier à Saint-Doid.
Visite mingue. à M. Gonzalez; examen d'un précis ostéo418
logique.
Différence des saisons.
Idée de l'analyse de l'agare ou karalas.
Départ du Cap, 2 description de la route.
id.
Arrivée aux Gonaives, où je trouve Tordre de me
rendre de suite aux monts Cibao.
Idée de la partie espagnole.
--- Page 492 --- TABLE
Elymologie du mot Cibao.
Remarques sur l'exploitation des mines à Saint-Domingue.
id.
Tableaux zéologiques de Saint-Domingue.
Hommage dema reconnoissance à M. de Bermont, 455
Recherches des orpailleurs.
Observations sur les moeurs et coutumes des colons
espagnols.
Des salines de la partie espagnole et de la partie
française.
Visite et description de plusieurs grottes de l'ile. 440
Des stalactites et stalagmites.
Idées sur les soufrières.
Retour à l'Artibonite 2 et exemple du monopole
existant alors dans les administrations.
Eloge de la franche maçonnerie.
id.
L'adjudant gén. Huin, député en France, vient prendre
mes dépéches.
II m'emmène au Port-au-Prince; agrémens de la
route.
Analyse des sources puantes de Ia Croix-des-Bouquets.
Voyage au Cap'; embarquement des députés. id.
Sauf-conduit accordé par TauRaint-Lourerture, pour
protéger mes courses d'Histoire naturelle.
Originalité de deux matelots.
Caractère des colons de Saint-Domingue.
Réflexions sur l'état actuel du pays.
Trait de fidélité d'un chien.
Trait d'attachement de la part d'un haras.
Exemple de piélé filiale.
Notice sur les eaux de Boines.
Fin de la Table. --- Page 493 --- --- Page 494 --- --- Page 495 ---
F809
D446
Vol.2
- --- Page 496 ---