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Jabu Carfer Sroion
Lihraru
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- The John Carter Brown Library *
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Brown University
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Colonis
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TRE S-H U M B LES
ET T
TRÈS-RESPECTUEUSES
REPRESENTATIONS
ADRESSEES A MESSIEURS
DU COMITÉ COLONIAL
RÉSIDANT A PARIS,
SUR leur ARRÉTÉ du 30 Odobre 1788,
Par leur très-humble & très- dévoué Serviteur
CANIGONET, Négociant à S-Domingue,
- - --- Page 8 --- --- Page 9 ---
PRÉFACE
JE n'ai jamais douté quc les Habitans de
S.-Domingue, & les autres François d'Outremer n'euffent le droit d'affifter, par repréfentans 3 comme leurs Compatriotes
d'Europe, à lAfembléc générale des Francois, &c que cC droit ne dût êtrc indifpenfablement exercé.. fi. dans l'Affembléc géCama Daiganhiputher ueftion d'impofer les
ami Or 6asyhen
à leur égard, quelntiels: : c'eft un prinbsx
univerfellement reconnu aujoura nui qu aucun François ne peut
être impofé que de fon confentement, & certainement les Colons François ne doivent
point être exceptés de la régle générale.
Je ne puis donc qu'applaudir
> comme
François & comme Colon, aux éloquentcs
differtations que quelques Seigneurs François, propriétaires d'Habitations, ont honorées de leur fignature, qui prouvent qu'en
cffet les Colonies ont lc droit de députer
aux Etats-Généraux, & qu'on nc peut les
en priver fans les plus graves inconvénients.
A --- Page 10 ---
Colouies --- Page 11 ---
P RÉFACE
Je n'ai jamais douté que les Habitans de
S.-Dominguc, & les autres François d'Outremer n'euffent le droit d'affifter, par rcpréfentans , comme leurs Compatriotes
d'Europe, à FAffemblée générale des Francois, &c que CC droit ne dât être indifpenfablement exercé, fi, dans T'Affembléc genérale , il devoit être queftion d'impofer les
Colonies ou dc faire, à leur égard, 2 - quelques changemens effenticls : c'eft un principe inconteftable & univerfellement reconnu aujourd'hui qu'aucun François ne peut
être impofé que de fon confentement, & certainement les Colons François ne doivent
point être exceptés de la régle générale.
Je ne puis donc qu'applaudir > comme
François & comme Colon, aux éloquentes
differtations que quclques Scigneurs François, proprictaires d'Habitations, ont honorées dc leur fignature, qui prouvent qu'en
cffet les Colonies ont le droit de députer
aux Etats-Généraux, & qu'on nc pcut les
en priver fans les plus graves inconvénients.
A
de fon confentement, & certainement les Colons François ne doivent
point être exceptés de la régle générale.
Je ne puis donc qu'applaudir > comme
François & comme Colon, aux éloquentes
differtations que quclques Scigneurs François, proprictaires d'Habitations, ont honorées dc leur fignature, qui prouvent qu'en
cffet les Colonies ont le droit de députer
aux Etats-Généraux, & qu'on nc pcut les
en priver fans les plus graves inconvénients.
A --- Page 12 ---
De toutes les brochures qui ont paru à ce
fujet, celle qui ma paru mériter le plus d'attention 2e , eft intitulée : Mémoire inftructif
adreffé aux Notables, fur le régime G Pimportance de la Colonie de S.-Domingue.
Onylit quelquespaffages, relatifs au commerce des Colonics, qui pronvent, d'une
manièrc évidente, quc cle Gouvernemenr ne
fauroit accorder une protcâtion trop efficace
à Thonorable profefion que j'exerce.
Page II. S.-Dominguc a payé jufqu'ici,
à la Métropole, en échange dc la protcétion
qu'elle en a reçue, le tribut dcs richcs produétions que lc fol dcs Antilles fait éclore
exclu@vement. De CCS échanges continuels a
réfulté, pour toutes deux, une prodigicufe
augmentation de forces & de richefles. La
Colonic a confommé le fuperfu des denrées
de la Métropole. La Métropole a accaparé
toutcs les denrécs de la Colonie, & a ouvert, dans fes Ports, un Marché abondant,
où TEurope, l'Afrique & T'Afe viennent
s'approvifionner fans ccffe. La France ne peut
recevoir lc prix de CCS marchandifès 3 fans
en faire refluer quelques parties vers la Colonie. La Colonic en profite pour augmen- --- Page 13 ---
ter fa culture, & par confequent lcs bénéficcs
de la Mère-patric. C'efl de ce flux G reflux
continuel de rapports entre la France G ellemême, , qu'eft réfultée cette profpérité commerciale qui lui donne, dans la balance de
LEurope , une prépondérance à laquelle nulle
Nation ne peut atteindre. Quel accroiffement
de profpérité nc réfulteroit-il pas d'une
union plus intime entre les Colonics & le
Continent 3 union que doit cimenter naturellement la grande Affemblée qui fc préparc.
Page If. C'eft ainfi que les Deux-Siciles,
I'Illirie, la Trace, T'Affyrie, la Gréce, TArchipel > lcs Gaules, T'Afrique & Carthage
elle-même, qui n'étoicnt pourtant que des
Conquêtes & dcs Colonies Romaines, devinrent les remparts de IEmpirc, les parties
intégrantes de la République 5 & en favorifant Jon Commerce, 2 en augmentant fes richeffes du produit de leurs tréfors, lui donnèrent la force de conquérir le refte de PU
nivers. Quel exemple pour la France, qui
n'a point, il cft vrai, bcfoin de Conquêtçs,
mais qui a befoin de Commerce.
Page 16. Depuis près dc dcux fiécles que
des intérêts combinés ont réuni Ics deux
A-ij
intégrantes de la République 5 & en favorifant Jon Commerce, 2 en augmentant fes richeffes du produit de leurs tréfors, lui donnèrent la force de conquérir le refte de PU
nivers. Quel exemple pour la France, qui
n'a point, il cft vrai, bcfoin de Conquêtçs,
mais qui a befoin de Commerce.
Page 16. Depuis près dc dcux fiécles que
des intérêts combinés ont réuni Ics deux
A-ij --- Page 14 ---
Mondes, les productions exotiques de PA
mérique font devenues, par les relations du
Commerce > comme indigenes dans les Ports
Européens. Lc fucre: l'indigo, lc café, le
coton garniflent nos Marchés, commc la
garance, lc mais & le lin.
Page 17. S-Dominguc, & le Commerce
dont elle eft Tâme, font devenus la pépinière
des Matelots; fi.lon rctranche cette Colonie du Corps National, clle perd fa vigueur,
fa prépondérance, fa culture,/oz Commerce,
fon exiftence entière. Abandonnée, délaiffée
au moment oùl l'on pouvoit doubler & fa
valeur & fes richeffes qu'elle procure à la
Métropole, ellc devient nulle pourla France;
le Commerce tombe au même inftant ; le
numéraire s'échappe de toutes parts; car les
befoins reftent; la Marine Sanéantit, nos
voifins S'enrichiffent de nos dépouilles, de
notre argent, de notrc foibleffe.
Page 20. Il eft important de confidérer à
quel point Pintégrité du Commerce eft effentielle au maintiende laprofpérité du Royaume.
Or plus de Commerce en grand > fans Colonics, & fur-tout fans S-Domingue, qu'on
pourroit appeller la Capitale des Colonies.
Ce n'ef gu'en vendant pour 220 ou 230 --- Page 15 ---
millions de Marchandifes, ouL manufadurées
ou apportées des Colonies > que la Franc:
abtient une balaneede Commerce defoixancedix millions. Ce réfultat cft immenfe, &
l'on. ne doit jamais le perdre de vue , afin
de ne point s'endormir fiir une proipérité
dont On nc connoitroit pas lcs-fondemens, 9
& qu'on ne Içauroit entretenir. avec trop
de foin.
Page 22. La France 7 malgré tous fcs
foins, ne pourroit jamais réparer le préjudice immenfe que porteroit à fa richeffe &
à fa population, la perte qu'elle éprouveroit,
f fon double Commerce d'exportation venoit
à défaillir, OU à diminuer confidérablement.
Page 24. Tout l'avantage de la France
dans les échanges, repofe fur le Commerce
extérieur defes Manufacures 6 des denrées
d'Amérique, le Commerce de: CeS denrées
compofe les trois-quarts des exportations du
Royaume.
Page 27. Le Royaume pourroit atfolument
fe palfer quelques inflans de Commerce ECtérieur: Mais, , dans les Colonies, dares les
Antilles,la culture principale n'a tci7 rapport à la fubfiftance G prefque point du rouz
à la confummation du dedans. Tout CC. qui
A iij
érieur defes Manufacures 6 des denrées
d'Amérique, le Commerce de: CeS denrées
compofe les trois-quarts des exportations du
Royaume.
Page 27. Le Royaume pourroit atfolument
fe palfer quelques inflans de Commerce ECtérieur: Mais, , dans les Colonies, dares les
Antilles,la culture principale n'a tci7 rapport à la fubfiftance G prefque point du rouz
à la confummation du dedans. Tout CC. qui
A iij --- Page 16 ---
fe fabrique eft deftiné, par fa nature, à être
exporté,
Page 28. L'Impôt dans les Colonies, doit
fuivre en tout la marche du Commerce Marime. Cc Commerce confifte à exporter &
à importer fan's ceffe; : ainfi les droits fur
les forties, fur Jes entrées, feront les feules.
taxes admiffibics. Mais l'exportation varie en
raifon de la culturc , & l'exportation cn raifon de T'opulence & des befoins ; d'où réfilte quc le produit des droits variera er
raifon de la profpérité du Commerce ou de fa
décadence.
Js dévorois l'Ouvrage oût ces fuperbes maximes étoient encadrécs, & je. mc hâtois
d'arriver à la Conclufion, perfuadé quel'Autcur poferoit en principe quc lcs intérêts des
Habitans de S.-Domingue ne pourroient être
valablement difcutés aux Etats-Généraux que
par dcs Députés tirés, pour la plus grande
partic, du corps du Commerce. Quelle a été
ma furprife dc voir quc le but de l'ouvrage
étoit, au contraire, de priver les Négocians
de S-Domingue du droit de féance dans
lcs Afemblécs Nationales de la Colonic,.
& de celui dc voter aux Etats-( Généraux, --- Page 17 ---
foit commc élus, foit même comme élccteurs.
On trouve cn effet, page 36, de la Brochure, un Chapitre intitulé:
Plan d'une Convocation corftintionnelle
des Propriétaires - Planteurs de la Colonie
de S.-Domingue, pour procéder à l'éledtion
de leurs Députés aux Etats - Généraux du
Royaume.
EXTRAIT DES REGISTRES des Délibérations du CoMiri COLONIAL DE S.-DoMINGUE, réfidant à Paris (1),du 30 Octobre 1788.
La forme dans laquelle CC Chapitre eft
conçu, répond à la majefté du titre.
Un des Membres du Comité A DIT Mef
fieurs le Roi veut, &c. La matière MISE. EN
&
DÉLIBÉRATION, Meffieurs les Commiffaires
CONSIDÉRANT, &c. ONT RÉSOLU, &c.
ArticleP Premier, &C.ARRÉTÉEN COMITE,8c.
A Paris, le 30: Octobre 1788.
(1) Des Gens, , mal intentionnés, ont fait courir le bruir
le bruit que le Comité Colonial n'étcit autre chofe qu'un
Club, compofé de Proprigtaires d'Habitations ; que ce Club.
n'avoit reçu aucune miflion des Colons de S.-Domingue,
& que cette raifon avoit empéché les Notables de s'occuper
de fes Précentions.
A iv
COMITE,8c.
A Paris, le 30: Octobre 1788.
(1) Des Gens, , mal intentionnés, ont fait courir le bruir
le bruit que le Comité Colonial n'étcit autre chofe qu'un
Club, compofé de Proprigtaires d'Habitations ; que ce Club.
n'avoit reçu aucune miflion des Colons de S.-Domingue,
& que cette raifon avoit empéché les Notables de s'occuper
de fes Précentions.
A iv --- Page 18 ---
II y a trente ans que j'habite S.-Dominguc > & j'avois ignoré jufqu'ici qu'il
exiftâtà Paris un Comité Colonial qui fit des
arrêtés, qui les confignât fur fes regiftres, &
qui fit, au befoin, imprimer & publier les
extraits de fes Arrêtés.
J'ignore encore aujourd'hui quel eft le
dégré de puiffance de CC tribunal, & fi ma
qualité d'Habitant de S..Domingue ne me
rend pas fon jufticiable; ; mais
I
j'ai penfé que
dans tous les cas, il me feroit permis d'éclairer fa religion, & de tenter > près de
lui, la voie refpeducufe dcs repréfentations. --- Page 19 ---
TRÈS-H U M B LES
E T
TRES-RESPECTUEUSES
REPRESENTATIONS
ADRESSÉES A MESSIEURS
DU COMITÉ COLONIAL
RÉSIDANT A PARIS,
SUR leur ARRÂTÉ du 30 Odobre 1788.,
Par leur très-humble & très- dévoué Serviteur
CANIGONET, Négociant à S.-Domingue.
M E - S 1 SIEURS,
JEnai pas l'honneur d'être Propriétaire Planteur, mais j'ai celui d'être Propristaire de plufieurs vaftes Magafins, que j'ai foin d'entretenir
toujours pleins de farines, de vins, d'eau-de-vie,
de favon, d'huile, de camelots, de toiles, de
chapeaux, de bas, de fouliers, Cil un mot de
tout ce qui peut fervir à vous procurer > dans
n0S climats brâlans, la nourriture, ,.'habillement,
& toutes les autres commodités de la vic. J'cu:
pristaire de plufieurs vaftes Magafins, que j'ai foin d'entretenir
toujours pleins de farines, de vins, d'eau-de-vie,
de favon, d'huile, de camelots, de toiles, de
chapeaux, de bas, de fouliers, Cil un mot de
tout ce qui peut fervir à vous procurer > dans
n0S climats brâlans, la nourriture, ,.'habillement,
& toutes les autres commodités de la vic. J'cu: --- Page 20 ---
IO
tretiens s dans: tous les Ports de France > ute.
correfpondance perpéruclle, qui m'apprend quels
font ceux où l'on doit s'adrefler pour vous donner au plus bas prix pollible les marchandifes qui
vous font néceffaires. Lorfqu'au loin, dans vos
habitations > vous ignorez fi vos Compatriotes
d'Europe ont befoin ou non. de VoS récoltes 5
c'eft moi qui prend le foin de vous en inftruire s-
& qui vous indique le moment où vous pouvez,
avec avantage 3 faire paffer en France VOS fucres,.
VOS cafés, ves indigots, 2 & le port que vous devez.
préferer. Si la guerre vous menace des horreurs
de la famine, je veille pour vous en ptéferver.
Les ordres que je donne à mes correfpondans. - >-
dans les ports neutres, font ponétuellement exécutés ; & lorfque, mollement bercés dans vos.
hamacs, vous goutez :. au foin de l'abondance >
les douceurs de la paix, j'éprouve feul les inquiétudes & les dangers. de la guerre.
Meflieurs, me prévaloir
Je ne prétends point,
des avantages de ma profeflion pour P'élever audeffus de l'état de Propriétaire - Planteur. Nous.
fommes (pour me fervir de vos expreflions) tOILS
tous
Qu'il me foit
égaux, tous Soldats,
Oficiers.
feulement permis de vous demander par quelle
fatalité nous avons encouru votre difgrice. Ne
fommes-nous pas, comme vous, membre de la. --- Page 21 ---
II
grande famille ; &, lorfque vous revendiquez les
droits attachés à la qualité de Colons François,
par quelle inconféquence voulez-vous nous en
priver, nous, les pèrcs nourriciers de la Colonie ;
nous qui, par nos travaux 2. &c ceux de nos
Correfpondans, procurons à la France, > comme
vous l'avez très-bien obfervé 2 une balance de
70 millions.
Vous allez plus loin, Meffieurs; vouS voulcz
nous ôter le droit d'être appellés aux Affemblées
Nationales de la. Colonie, & vous nous enviez
jufqu'i la foible influence que nous pouvons avoir
dans ces Affemblées.
Je vais, Meffieurs, fous votre bon plaifir,
parcourir votré Arrêté, & vous préfenter refpectueufement les obfervations que fa leéture m'a
fait naître.
Je trouve d'abord, page 37, dans le difcours
prononcé par lun de Melfieurs, à l'ouverture dc
votre féance, le raifonnement fuivant:
CC Le Roi veut que les anciens ufages Joiene
>> refpectés dans touses les difpofitions conformes
95 a la raifor, 6 aux voeux légitimes de la plus
93 grande partie de la Nation.
>> Donc le Roi veut que nos Ropréfentans ne
>> foient autres que des Propriétaires-Planteurs,
P choilis librement par tous les Propriétaircs
lun de Melfieurs, à l'ouverture dc
votre féance, le raifonnement fuivant:
CC Le Roi veut que les anciens ufages Joiene
>> refpectés dans touses les difpofitions conformes
95 a la raifor, 6 aux voeux légitimes de la plus
93 grande partie de la Nation.
>> Donc le Roi veut que nos Ropréfentans ne
>> foient autres que des Propriétaires-Planteurs,
P choilis librement par tous les Propriétaircs --- Page 22 ---
5 Planteurs, leurs Pairs & leurs Compatriores, ;
3 comme c'étoit l'ufage il y a cent ans. Donc
57 la forme aétuelle, qui n'eft en vigueur que
3> depuis 1764, fera abrogée comme contrarre
s aux anciens ufages 3OBSERYATIONS.
L'ufage qui excluroit les Négocians d'une ptovince du droit de concourir, foit comme Electeurs, foit comme Elus,ilarepnéfenmation de cette
province, loin d'être conforme à la raifon & aux
vaeux légitimes de la plus grande partie de la
Nation feroit au contraire > aux yeux de tout
autre 2 qu'un Propiétaire - Planteur (r),le plus
abfurde des ufages.
Je conviens, Meflieurs, qu'avant 1764, les Négocians n'étoient pas admis dans les Affemblécs
de la Colonie; mais > à cette époque, une loi
fage, enregiftrée dans les deux Tribunaux fipérieurs de S. Domingue, a donné aux Négociants
de cette ife le droit de Séance qu'on leur avoit
(1) Je fuis loin d'attribuer, à tous les Propriétaires d'Habitations, la façon de penfer de MM. du Comité Colonial.
M. le Comte de Bouillé, ancien Gouverneur de la Martinique, & l'un des Notables, eft Propriétaire d'Habitations;
& cependant le Commerce conaoit aflez fa droiture & fés
lumières 2 pour ne pas douter de fon fuffrage. --- Page 23 ---
sefufejufqu'alors. Cette nouvelle forme d'Adminiftration, que la raifon & l'intérêt de la 'Colonie follicitoient depuis long-temps, a été reçue
comme un bienfait; elle a eu lieu, fans réclamation pendant vingt-cinq années. Avez vous pu
vous flatter , Meflieurs , qu'elle feroit révoquée
par une loi nouvelle qui confacreroit à jamais
labus criant auquel elle avoit remédié.
Jc vais, au furplus , rapporter ce quia été fait
en 1764, & peut-êrre conviendrez-vous que les
Négocians feuls auroient le droit de fe plaindre
de n'avoir pas été fuffifamment repréfentés à
l'Affemblée générale de la Colonie.
L'infuffifarce de l'ancienne forme de Repréfentation avoit été apperçue depus long-temps
les Commiffaires du Roi, à S.-Domingue. Des par 1
délibérations prifes dans une affemblée de Propriétaires-Planteurs 2 où les Négocians n'étoient
point admis, étoient fouvent contraires aux droirs
& aux intérêts de ces derniers qui, ne fe croyant
"pas liés par des actes qui leur étoient érrangers,
fe trouvoient fouvent dans le cas de repréfenter
aux Commiffaires du Roi les bévues de l'Affemblée; de là naiffoient des difficultés fans nombre,
- qui nuifoient néceffairement au fervice du Roi,
& à la profpérité de la Colonie.
: En 1764, M. le Comte d'Eftaing, aujourd'hui
intérêts de ces derniers qui, ne fe croyant
"pas liés par des actes qui leur étoient érrangers,
fe trouvoient fouvent dans le cas de repréfenter
aux Commiffaires du Roi les bévues de l'Affemblée; de là naiffoient des difficultés fans nombre,
- qui nuifoient néceffairement au fervice du Roi,
& à la profpérité de la Colonie.
: En 1764, M. le Comte d'Eftaing, aujourd'hui --- Page 24 ---
-Tun, des Notables, & alors Goavemenr-Général
été
T'Adde S.-Domaingue > ayant
chargé, par
miniftration 2 de propofer à la Colonie l'établiffement d'un nouvel impôt, les efprits fe trouvèrent encore pluts divifés que jamais fur la
queftion de favoir comment il feroit réparti.
M. le Comte d'Efaing fentit que le feul moyen
de les concilier étoit de compofer l'Affemblée
d'un nombre égal de Négocians & de Propriétaires. Il paroit qu'il écrivit à cet effet en cour,
& qu'il en obtint un pouvoir illimité, relativement à la formation de l'Affemblée qui prit,
à cette époque, le nom d'Alfemblée Nationale
On conçoit que cette innovation dut déplaire"
ils intriguèrent près de M. le
aux Propriétaires;
Comte d'Efaing, & firent fi bien que l'égalité
réelle, qui devoit régner dans l'influence refpective des Négocians & des Propriétaires fut convertie en une égalité apparente 2 que laiffoit aux
Propriétaires la faculté d'opprimer les Négocians
avec une ombre de jultice, puifque deformais
il n'étoit plus permis à ces derniers de critiquer
des réfolutions prifes dans une Affemblée compofée en partie de leurs Repréfentans.
J'ai en ce moment fous les yeux > (*) le
(1) Procès-verbal de T'Afemblée du Confeil-Supétieur
ie en une égalité apparente 2 que laiffoit aux
Propriétaires la faculté d'opprimer les Négocians
avec une ombre de jultice, puifque deformais
il n'étoit plus permis à ces derniers de critiquer
des réfolutions prifes dans une Affemblée compofée en partie de leurs Repréfentans.
J'ai en ce moment fous les yeux > (*) le
(1) Procès-verbal de T'Afemblée du Confeil-Supétieur --- Page 25 ---
:5
Procès - Verbal de l'Affemblée Générale du Diftrict du Confeil Supérieur du Cap, tenue au
Cap,en 1764, & jy vois en effet qu'elle étoit
compofée de fcize Négociants, & de dix-fept
du Cap. Et des divers ordres de fon Reffort, compofant
l'Affemblée Nationale tenue au Cap en 1764-)
Du Lundi II Juin, au matin.
Ce jour, MM. les Officiers du Confcil-Supérieur du
Cap, fur l'indication à eux faite de la préfente Affemblée
éxtraordinaire , par M. le Gouvermeur-Généal aux Séances
des 21 Mai dernier, > & 4 du préfent mois 5 &, les
divers ordres de ce Reffort, convoqués pareillement par 0
lettres de M. le Gouvemeur-Général, communiquées à
M. lIntendant, fe font rendus dans la grande falle de
la maifon des ci-devant foi-difans Jéfuites, fervant aujourd'hui de Gouvernement s oi ils ont pris Séance dans
l'ordre ci-après 3 à droite & à gauche de M. le Gouverneur-Général, & de M. lIntendant, > affis l'un vis-àvis de l'autre s aux deux angles oppofés d'une table
formant un quarré autour de ladite falle.
Ordre de Séance.
M. le Comte d'Eftaing > nommé & admis Chevalier
des ordres du Roi, Gouverneur-Général de cette Colonie,
repréfentant la perfonne de Sa Majefté;
A fa droite : M. le Marquis de Chaftenoye > ancien
Lieutenant au Gonvemenen-Ganéral, habitant au Quartier
Morin 5 M. de la Caze, ancien Gouverneur Honoraire,
habitant au même Quartier; 3 M. le Comte de Choifeul,
Chevalier de S.-Louis, ancien Lieutenant de Roi du Fort
-
res du Roi, Gouverneur-Général de cette Colonie,
repréfentant la perfonne de Sa Majefté;
A fa droite : M. le Marquis de Chaftenoye > ancien
Lieutenant au Gonvemenen-Ganéral, habitant au Quartier
Morin 5 M. de la Caze, ancien Gouverneur Honoraire,
habitant au même Quartier; 3 M. le Comte de Choifeul,
Chevalier de S.-Louis, ancien Lieutenant de Roi du Fort
- --- Page 26 ---
Propriétaires ; ce qui forme une égalité apparente; maisje vois en outre, parmi les Membres
douze
Syndics des difféopinans >
Propriétaires,
rents quartiers > & onze Membres du Confeil
Dauphin > aufli habitant au Quartier Morin ; M. Clapiou,
Chevalier de S.-Louis, ancien Lieutenanc-de-Roi, habitant
à Jaquezi; M. le Comte d'Héricourt, Chevalier de S.-
Louis, ancien Capitaine d'Infanterie , habitant au MorneRouge 5 M. de la Vitte , Chevalier de S.-Louis, ancien
Commandant des quatre Quartiers, habitant au Quartier
Morin ; M. le Comte d'Ofnond, habitant à Maribaroux;
M. de S.-Michel, Ecuyer , ancien Officier des troupes
à la
Anfe; M. de Raunay,
de la Colonie 9 habitant
petite
ancien Capitaine des troupes de la Colonie, habitant au
Caps M. de la Tafte , Chevalier de S.-Louis s ancien
Commandant de Milice, habitant au Quartier de Maribaroux 5 M. Millot , ancien Commandant de Milice,
habitant au Quartier de la Petite Anfe 5 M. de Munère,
ancien Commandant de Milice, habitant au Quartier de
la grande Rivière ; M. Bouchaud, ancien Commandant de
Milice, habitant au Quartier de Limonade 5 M. de Mon-,
diou, aucien Commandant de Milice, habitant au Quartier
du Limbé; M. de Brémont s habitant au Bois de l'Ame 5
M. Clérine > habitant au Cap 5 M. le Roux, habitant
à Rocou > Quartier du Trou.
A fa gauche : MM. Cairon, Dupleffis , Papillon 3 CouLambert, Robiner s de Ruffi, Raby, Bouder,
dougnan, ,
Mefnier 2 Bérard , Blanchardon > Tardivi > Fouache,"
Aubert, Gaujet, Négociants au Cap.
M. Magon, Intendant de cette Colonie.
A fa droite : M. Juchereau de S,-Denys, Doyen du'
Supérieur
Roux, habitant
à Rocou > Quartier du Trou.
A fa gauche : MM. Cairon, Dupleffis , Papillon 3 CouLambert, Robiner s de Ruffi, Raby, Bouder,
dougnan, ,
Mefnier 2 Bérard , Blanchardon > Tardivi > Fouache,"
Aubert, Gaujet, Négociants au Cap.
M. Magon, Intendant de cette Colonie.
A fa droite : M. Juchereau de S,-Denys, Doyen du'
Supérieur --- Page 27 ---
Supérieur, la plupart, Propriéraires d'Habitations;
interreffés à ce titre à faire prévaloir le vacu des
Propriétaires, fur celui des Négociants.
Il eft donc évident que, dans l'Affemblée de
Confeil; M. Duperrier > Sous-Doyen 5 MM. le Gras,
le Gris, Loifeau, Confeillers 5 M. du Hameau, Confeiller-Honoraire 5 MM. de la Forgue, Guillodeu , Lory,
Confeillers ; MM. Delaye s Baujan, Confeillers Affeffeurs.
A fa gauche : M. Chapdu, Syndic du Cap ; M. Brulé
de Banbert, Syndic de la petite Anfe ; M. de Grandpré,
Syndic du Quartier Morin ; M. Chailleau l'aîné > Syndic
du Quartier de Plaifance ; M. Cailler, 9 Syndic du Quarzier de Limonade; ; M. Milfcent, Syndic du Quartier de
la grande Rivière ; M. Blanc, Syndic du Quartier du Dandon ; M. Frémont , Syndic du Quartier du Limbé;
M, des Fontaines > Syndic du Quartier de la plaine du
Nord; M, Minière > Syndic du Fort Dauphin 5 M. Marie
de Liévreville , Syndic des Terrières Rouges 5 M. de
Court, Syndic du Quartier du Trou.
A une Table au centre de Affemblée.
M. Lohier de la Charmeraye, Procureur-général du
Roi, aflis en face de M. le Gouverneur-Général ; à fa
gauche, M. Ruotte, s premier Subftitut 5 M. Fournier de
Bellevue, fecond Subftitut.
M, d'Efpallières > Greffier en chef du Confeil, aflis
à la même Table en face de M. l'Intendant.
Me Baudu, Audiencier, fur un fiége détaché, derrière
M. l'Intendant 5 & moi Ferrier s Commis Greffier du
Confeil 3 tenant la plume, 9 affis à gauche du Greffier
en chef,
B
1o
Subftitut 5 M. Fournier de
Bellevue, fecond Subftitut.
M, d'Efpallières > Greffier en chef du Confeil, aflis
à la même Table en face de M. l'Intendant.
Me Baudu, Audiencier, fur un fiége détaché, derrière
M. l'Intendant 5 & moi Ferrier s Commis Greffier du
Confeil 3 tenant la plume, 9 affis à gauche du Greffier
en chef,
B
1o --- Page 28 ---
1764, Pinfluence des Négociants à été moindre
de moitié de ce qu'ellé devoit être, & conféles Négociants font fondés à
quemment que
demander le redreffement de ce Grief.
Vous -vous plaignez Meflieurs, page 38, que
le Gouvernement a altéré les droits Coloniaux,
en fubftituant à des Confeillers, Colons Planteurs des Magiftrats étrangers & gagés par lui,
& vous ajoutez, page fuivante, que ces Confeillers
appointés par le Gouvernement ne peuvent & ne
la Colonie.
doivent fous aucun rapport repréfenter
Ne concevant pas trop comment les gages
payés aux Magiftrats de S.-Domingue > par le
(1) Le reproche que je crois pouvoir faire à M. le
Comte d'Eftaing d'avoir, , dans cette circonftance 2 partagé
en partie les préjugés des Propristaires s ne me rend
point injufte envers lui. Je conviens que la Nation en
général, & le Commerce en particulier lui ont de grandes
obligations 5 il auroit du, fans doute, nous accorder une
influence dans T'Affemblée de la Colonie :
plus grande
mais c'eft à lui que nous devons notre admifion légale
dans cette Affemblée 5 il nous a rendu juftice dans plus
d'une occafion, &, dans toutes, il a du moins écouté,
fans impatience & fans hauteur, nos plaintes & celles de
Toutes les fois qu'il a commandé les
nos Armées Cariraines. du Roi, le Commerce s'eft reffenti de lIa confiance qu'il infpiroit par la baifle fubite des afftrances,
Les Négociants François n'oublieront jamais que M. Ie
Comte d'Eftaing a diminué les rations de fon Armée,
ice dans plus
d'une occafion, &, dans toutes, il a du moins écouté,
fans impatience & fans hauteur, nos plaintes & celles de
Toutes les fois qu'il a commandé les
nos Armées Cariraines. du Roi, le Commerce s'eft reffenti de lIa confiance qu'il infpiroit par la baifle fubite des afftrances,
Les Négociants François n'oublieront jamais que M. Ie
Comte d'Eftaing a diminué les rations de fon Armée, --- Page 29 ---
Gonvernement, Pouvoient opérer à VOS yeux un
motif légitime d'exclufion, j'ai eu recours aux
Brochures multipliées > qui ont paru fous votre
nom, efpérant que; dans quelques-unes d'entr'-
elles, vous vous feriez expliqués d'une manière
plus intelligible.
J'ai trouvé en effet page de votre Mémoire
à confulter, la phrafe
qui eft, on ne
RELdh
peutp pas plus claire :
On' imagina en 1764,0 pour détacherles Mem-
>> bres du Confeil de la Caufe commune 6 les
5) attacher davantage aux vues du Miniflère, de
5, folliciter pour eux des appointement particupour fournir des vivres à la Flotte Marchande qu'il efcortoit, & que le Conquérant de la Grenade avoit impofé
aux vaincus , pour première condition, celle de fouffrir
la liberté du Commerce. La Chambre de Bordeaux a
été affez heureufe pour donner à M. le Comte d'Efaing
une foible marque de fa reconnoiffance & de fa confiance,
en lui prétant, fans intérêt, une fomme confidérable
s
pour êtte employée aux dépenfes de l'Armée Navale
raffembiée à Cadix, & en lui donnant, , en pur don, une
fommne de 40,000 liv. pour être diftribuée, , à titre de
gracification, aux Matelots qui fe diftingueroient, Je crois
connoitre affez les Négociants de
S.-Domingue., 3 pour
être convaincu que quelque juftes que foient leurs gricfs
contre Adminiftration de M. le Comre d'Efaing, ce
Grand-homme eut trouvé , parmi eux, les mémesf-cou:s
avee le même définrércfement,
Bij
--- Page 30 ---
liers. La Colonie ne vit pas le piege quon
9 lui tendoit, & s'y laiffa prendre 220
BSERFATIO NS.
Ainfi, Meffieurs, vous ne craignez pas d'ac-.
cufer l'Adminiftration, de n'avoir donné des gages aux Magiftrats de S.-Domingue, que dans
la vue de les corrompre & d'acheter leur fuffrage ; fi cette imputation étoit fondée, quelle
affreufe idée ne devroit-on pas avoir, &c du
Miniftre qui auroit conçu ce projet,-& du Gouverneneur qui l'auroit mis a exécution.I L'époque
à laquelle vous fixez cette prérendue confpiration
n'eft pas propre à la rendre vraifemblable; en
1764, le Miniftère de la Marine, étoit rempli
fcû M. le Duc de Choifeul, & le Gouverpar
de
par M. le Comte
nement
S.-Domingue,
d'Eftaing; l'un & l'autre, tenant aux anciens principes de la conftirution Françoife, dans un temps
devant l'Autorité,
où tout ployoit aveuglément
eurent le courage de renouveller à S.-Domingue,
l'image des anciennes Affemblées Nationales;
M. le Comte d'Eftang ne crut point avilirl'autorité en
à la difcuffion libre de
propofant
P'Affemblée Coloniale. 2 une foule d'objets que
fes prédeceffeurs étoient dans l'ufage de décider
arbitrairement; la répartition de lImpôr de quatre
,
où tout ployoit aveuglément
eurent le courage de renouveller à S.-Domingue,
l'image des anciennes Affemblées Nationales;
M. le Comte d'Eftang ne crut point avilirl'autorité en
à la difcuffion libre de
propofant
P'Affemblée Coloniale. 2 une foule d'objets que
fes prédeceffeurs étoient dans l'ufage de décider
arbitrairement; la répartition de lImpôr de quatre --- Page 31 ---
millions ne fitt pas l'unique réfultat de cette AC
femblée ; 011 y adopta l'établiffement des Milices,
& celui d'une Chambre d'Agriculture; on y agita
enfin la queftion de fçavoir s'il convenoit de folliciter des gages pour lcs Magiftrats, & l'affirmative
paffa à l'unanimité. (1) Ainfi c'eft à la prière
des Colons de S.-Domingue > que le Gouvernements'eft décidé à accorder des Appointements
auxMagiftrats, & certainementces Appointements
modiques, eû égard à la cherté de la vie à S.-
Domingue, > n'étoient pas dans le cas de déterminer des Magiftrats de Cour Souveraine (2) a crahir
à-la-fois leur honneur & leur pays.
Poftérieurement à cette époque, le Gonvernement a décidé qu'à l'avenir, il faudroir etrc
gradué pour pouvoir remplir une place. de Juge
à S.-Domingue 5 vous n'avez VLL > Meflieurs s
(x) J'allois citer M. le Comte de... alors Major
de S.-Domingue, , comme témoin oculaire de ces faits fi
étrangement défigurés dans les Mémoires publics au nom
du Comité Colonial ; mais je vois fon nom infcrit parmi
celui dès autres figraraires , & j'en conclus > ou qu'il n'a
pas lu ce qu'il a ligné, ou que fa mémoire la mal fervi:
(2) La plupart de ces Magiftrats étoicnt Propriétaires
Planteurs , & jouiffoient de pius de 100,000 liv. da
rente 5. on peut juger fi l'efpoir d'obtenir annuellemeng
7 à 8,000 liv. pouvoit influer fur leurs fufrages,
Bij --- Page 32 ---
dans cctte précaution qu'une innovation dange:
rcufe, dont le but étoit de remplir les Tribunaux de S.-Domingue : _de Magiltrats étrangers
dévoués d'avance aux volontés de Miniftres.
J'avoue, Meffieurs, que je vois les chofes d'un
gil bien différent. Tant que S.-Domingue a été
la retraite des Fiibuftiers &de leurs defcendans,
les anciens de la Colonie avoient affez de lumières pour décider le petit nombre des différends qui pouvoient furvenir entre les Habitans ;
mais, depuis que S.-Domingue a été défriché au
point de contenir foixante Villes ou Bourgs, &
une foule d'Habitations, ce mélange de propriétés importantes a du faire naître des difcuffions affez férieufes pour ne pas être laiffées à
la décifion de gens ignares 6 n0n lettrés. Si les
Propriétaires Planteurs voyent avec peine les places
de Magiftrature poffedées par d'autres que par
des Créoles, rien ne les empèche d'envoyer leurs
enfans €n France, étudier, prendre des grades,
fuivre le Barreau, en un mot fe rendre dignes
du rang qu'ils veulent occuper.
Je continue ma leéture, & je trouve page 39
les expreflions fuivantes.
cc CONSIDÉRANT qu'il n'y a point de Clergé à
52 S:Domingue, puifque les Religieux mifion-
> naires qui deffervent lcs Cures, & le Préfet
oles, rien ne les empèche d'envoyer leurs
enfans €n France, étudier, prendre des grades,
fuivre le Barreau, en un mot fe rendre dignes
du rang qu'ils veulent occuper.
Je continue ma leéture, & je trouve page 39
les expreflions fuivantes.
cc CONSIDÉRANT qu'il n'y a point de Clergé à
52 S:Domingue, puifque les Religieux mifion-
> naires qui deffervent lcs Cures, & le Préfet --- Page 33 ---
9 Apoftolique 2 qui les furveille, > n'ont point
2 de propriétés;
>> Qu'iln'y apoint de Tiers-Etat, puifqu'iln'y
9 a point de Peuple libre 2 les Efclaves remplagant
92 cette Clafe laboricufe;
>> Qu'enfin iln'ya qu'urfeul ordre de Citoyenss
> celui des Propriétaires Planteurs, qui font fous.
22 ce rapport tous égaux, tous Soldats, tous Offi-
>2 ciers, & tous apres par conféquent à jouir du
>> privilége de la Nobleffe >).
Je vous demande pardon d'avance, Meffieurs,
de la dureté de l'expreflion; maisje ne puis m'empêcher de vous dire que vos trois CONSIDÉRANT
me paroiffent le comble de la déraifon.
Il vous plaît de faire confifter le Tiers-Etat dans
la Claffe laborieufe du Peuple, qu'cn' Amérique
les Efclaves remplacent & repréfentent. Cette affertion inévencicufe cft un outrage à la Nation Françoife, eflentiellement repréfentée par le 'T'iersEtat, (1) tandis que l'ordre du Clergé, & celui de
la Noblefle, ne repréfentent que des Privilégiés,
(1) Le Tiers-Etat eft le Corps le plus refpectable de
tous, & celui ou réfide réellement la toute-puitlince.
Mémoire fur les Es-Gendruux,pur M.le Comte d'int
Page 93. 4
Biv --- Page 34 ---
qui, demain, rentreroient dans le Tiers - Etat
dontilsfoncfortis, s'iln n'importoit pas à la Nation,
que leurs priviléges fuffent confcrvés.
L'impropriété du mot Tiers - Etat paroit ;
Meffieurs, avoir égaré votre jugement; j'ofe efpérer queladigrellion, àlaquelle jevais me livrer,
vous raménera aux véritables principes.
Toutes les fois que deux individus ou deux
corps fe trouvent dans la même Affemblée, il
faut que l'un des deux ait le pas fur l'autre. Cette
préféance fe décide ordinairement, non pasd'après
l'importancei : intrinféquedes corpsou desi individus,
mais d'après le degré d'illuftration qui les dif
tingue.
La diftinction des trois ordres étoit inconnue
dans les premiers fiécles de la Monarchie. Les
dignités perfonnelles y régloient les préféances
dans les Afemblées générales de la Nation.
Lorfque la France affervie ett courbé, fous
latyrannie féodale, une tête mortaillable à volonté;
la Nation ne confifta plus que dans les nobles
Clercs ou Laics; tout lei refte, étant ferf, dut être
compté pour rien (1).
Pendant cette longue écliple de la Raifon & de
(1) Servi nec Gentem nec Familiam habente
nelles y régloient les préféances
dans les Afemblées générales de la Nation.
Lorfque la France affervie ett courbé, fous
latyrannie féodale, une tête mortaillable à volonté;
la Nation ne confifta plus que dans les nobles
Clercs ou Laics; tout lei refte, étant ferf, dut être
compté pour rien (1).
Pendant cette longue écliple de la Raifon & de
(1) Servi nec Gentem nec Familiam habente --- Page 35 ---
la liberté, les tyrans Clercs & Laîcs, dont la
Nation étoit compofée, fe trouvèrent divifésd'intérêt. Les Clers participoient, il eft vrai, à toutes
les prérogatives ufurpécs par les Laics; mais une
partie des prérogatives, ufurpées par le Clergé,
étoit interdite aux Laics, il fallut donc qu'ils fe
divifaffent en deux ordres, celui des Nobles qui
repréfentoit l'Etat, & celui du Clergé qui repréfentoit une Claffe privilégiée dans lEtat : la Raifon
vouloit que la préféance fut accordée à la Claffe
privilégiée; elle le fut en effet, & le Clergé précéda la Nobleffe.
Mais, lorfqu'enfin lespalmes de laLiberté commencèrent à verdir fur les débris de l'Anarchie;
le Peuple, affranchi d'un efclavage honteux, re-.
ptit fa place dans les Affemblées Nationales. La
Nobleffe dérrônée, mais luttant encore contre
l'Autorité légitime &c la Liberté publique pour
conferver une partie des droits ufurpés fur elles,
devint dès-lors, dans l'Erat, un ordre particulier.
Avant l'affranchiflement des Communes, la Nation réfidoit dans laNobleffe; mais, depuis cette
époque mémorable, la Nation réfida dans les
Communes, & la Nobleffe ne fut plus, dans
l'Etat, qu'un corps privilégié qui obtint la préféance fur lcs Communes par la même raifon qui
avoit fait donner au Clergé la préféance fur la
Nobleffe. --- Page 36 ---
Ceux qui ne jugent que far Ies apparences ;
dans les Affemblées Nationales, les dévoyant >
putés du Clergé au premier rang, ceux de Ia Nobleffe au fecond, & ceux des Communes alF
troifiéme, en conclurent mal-i-propos qu'il y
avoit, dans Ja Nation Françoife, trois Etats; le
Etat; la Nobleffe, fecond Etat;
Clergé s premier
& les Laics non nobles, troifiéme ou Tiers-Etat.
Cette erreur populaire, dans l'origine, cft devenue
celle des gens inftruits, qui, adoptent fouvenz
l'idiome & les idécs du peuple; & qui, fe copiant les uns les autres, forment, à la longue, un
rempart affez fort pour réfifter, > long-temps, aux
attaques de la Raifon & de la Vérité.
Mais, commele moment eftalafin venu où Ion
ne redoute plus ni la voix de l'une ni la préfence
de l'autre, je crois être en droit d'inviter mes.
Concitoyens de tous les Ordres à abjurer une doctrine aufli erronée dans fon principe que funefte
par fes conféquences.
Iln'exifte, en France, qu'un feul Etat improprement nommé Tiers - Etat, compofé de tous
les François, Clercs ou Laics, Nobles Ou non
Nobles. Dans cet Etat il y a deux ordres privilégiés; le Clergé cft le premier, la Nobleffe eft
le fecond. Le Prêtre & le Noble font, en leur
qualité de François, Membres del'Erar ou Tiers-
fon principe que funefte
par fes conféquences.
Iln'exifte, en France, qu'un feul Etat improprement nommé Tiers - Etat, compofé de tous
les François, Clercs ou Laics, Nobles Ou non
Nobles. Dans cet Etat il y a deux ordres privilégiés; le Clergé cft le premier, la Nobleffe eft
le fecond. Le Prêtre & le Noble font, en leur
qualité de François, Membres del'Erar ou Tiers- --- Page 37 ---
Etar; &, comme tels, ils ont pu, dans tous-les
temps, être chargés de fes pouvoirs dans les Af
femblées générales; maisilsont en ourrc, comme
Prêtres & comme Nobles, des prérogatives qui
les claffent dans un Ordre particulier; prérogar
tives que l'Etat ou Tiers- Etat, peut modérer,
réformer, même abroger en totalité; & il feroir
auffi ridicule à un Gentilhomme de fe croire
fupérieur au Tiers-Etat, à caufe de la préfance
accordéeauxI Députés de la Nobleffe, qu'ille feroit
à un Francifcain de fe croire fupérieur à la Nobleffe à caufe de la préféance accordée aux Députés du Clergé,
Jc conviens avec vous, Mellicurs,que lc TiersEtat comprend, dans fa vafte fphère, des Laboureurs, des Artifans, des gens Grofiiers, qui n'ont,
pourtitre, que leur qualitedeFrangois, d'hommes
libres & de Ciroyens utiles; mais il y renferme
aufli des Citoyens d'un Ordre plus difingué.
Voyez-y, Meflieurs, cette foule de Magiftrats
vénérables dont la Vertu décore les Tribunaux
inférieurs; & ces corps manicipaux compofés de
l'élite des Bourgeois des Villes; & ces êtres précieux devenus, par leur favoir, des Dieux Lienfaifans, dont la Providence veille fur la fanté
des hommes; & ccsi fpéculateurs hardis, Citoyens
de l'Univers, dont la voix appelle l'abondance &
le luxe des extrémités du monde. --- Page 38 ---
Voyez-y fur-tout cet Ordre (1) courageux, l'ap
pui des opprimés & l'épouvantail dcs hommes injuftes; l'interpréte & le gardien des Loix; dernier
refuge de l'Eloquence & de la Liberté, dans les
temps calamiteux.
Voyez-y enfin tous ceux qui, fatisfaitsdu Titre
de François > ont employé leur Or à faire fleurir
l'Agriculure, le Commerce & les Arts.
Vous prétendez, MM., qu'il n'y a point de
Clergé à S.-Domingue, parce que les Eccléliaftiques qui deffervent les Cures, n'y ont pas de
Propriétés.
Ainfi, MM., 2 d'après vous > ce ne feroit pas
la Conféeration > ce feroit le Bénéfice qui claffe-.
roit' un Citoyen dans l'Ordre du Clerzé!
Et, d'après cet étrange Principe, vous voulez
priver le Clergé de S.-Domingue, du droit d'ètre
repréfenté aux Erats-Généraux, comme fi ile défaut de.Propriété pouvoit l'empècher de propofer
fes doléances fur ce qui concerne le bien de la
Religion, la décence des Cérémonies 2 l'entretien des Eglifes : 2 les Priviléges de fes Miniftres,
(1) S'il eft un Corps refpectable en France, c'eft celui
des Avocats. Mémoire fiur les Erats-Généraux >. par. la
Comte d'Ant. Page 160.
ux, comme fi ile défaut de.Propriété pouvoit l'empècher de propofer
fes doléances fur ce qui concerne le bien de la
Religion, la décence des Cérémonies 2 l'entretien des Eglifes : 2 les Priviléges de fes Miniftres,
(1) S'il eft un Corps refpectable en France, c'eft celui
des Avocats. Mémoire fiur les Erats-Généraux >. par. la
Comte d'Ant. Page 160. --- Page 39 ---
1 les moyens de pourvoir à leur fabliftance ; la
manière dont les Efclaves (1) participent aux
Sacremens, , &c. &c. &c.
Vous prétendez qu'il n'ya, à S.-Domingue ,
qu'ur Jeul ordre de Cioyens , cclui des Propriétaires Planteurs. Vous avez fans doute oublié, MM., qu'il y avoit aufli, à S.-Domingue, de Magifrats 2 des Avocats, des Procureurs,
des Notaires, des Eccléfiafiques, des Négocians,
dcs Artifans, des Bourgeois > des Affrancisis.
Vous motivez 2 il eft vrai , l'exclufion que
vous donnez aux Magifrats; mais, comme vous
ne vous expliquez pas fur le compre des autres
Claffes d'Hommes à qui vous refufez le Titre de
Citoyens , permettez-moi de vous demander quel
rang vous leur allignez.
Vous prétendez enfin que les PropriétairesPlanteurs, , feul ordre de Citoyens qui exifte à S.-
Domingue 2 font tous égaux, tous Soldats, , tous
Officiers, > & vous en tirez la conféquence qu'ils
doivent être placés dans l'Ordre de la Noblelle.
(1) Les Curés dépofitaires naturels de leurs chagrins
pourroient donner, , àl la Nation , des renfeignemens défintéreffés fur la manière dont les Négres font traités dans
nos Colories 3 &, à ce titre feul , il feroit peut-être
intéreffant de les entendre. --- Page 40 ---
4 fe crois, MM., pouvoir tirer s de votre raifonnement, une conféquence abfolument oppofée.
Carsilny a, à S.-Domingue , ni difindtion > ni
Privilége > mais un feul Ordre de Citoyens égaux;
dès-lors, il faut en conclure que les Habitans de
S.-Domningue doivent être rangés dans la Claffe
du Tiers-Etat. En cffet > vos Députés n'ayant
à s'occuper que des intérêts de la chofe publique, &c non pas de la confervation de certaines diftinétions & de certains Priviléges > ils
doivent naturellement prendre leur place avec les
Députés du Tiers-Etat, dont les fonétions font /
Ics mêmes.
A légard de YOrdonnance, , en dix articles ; .
que vous avez publiée fous le titre modefte de
Plan 3 lorfque vous aurez bien voulu y faire les
changements dont je crois avoir indiqué la néceffité, ce fera un chef-d'auvre de Légiflation.
Il me rcfte , MM., à vous féliciter fur la
pompe des images, & la magnificence des exprcdions que vous avez déployées dans le protocole de Procuration 2 annexéà votre Ordonnance.
Le Atyle de ces fortes d'Aétes, ordinairement fec
& rebutant , avoit toujours été inacceflible aux
Métaphores. Un Praticien fe fcroit contenté de
dire bonnement. Avons donné pouvoir à
de TCuS repréfenter aux Erats-Geniraux : à ces
, MM., à vous féliciter fur la
pompe des images, & la magnificence des exprcdions que vous avez déployées dans le protocole de Procuration 2 annexéà votre Ordonnance.
Le Atyle de ces fortes d'Aétes, ordinairement fec
& rebutant , avoit toujours été inacceflible aux
Métaphores. Un Praticien fe fcroit contenté de
dire bonnement. Avons donné pouvoir à
de TCuS repréfenter aux Erats-Geniraux : à ces --- Page 41 ---
5T
exprcllions triviales, vous avez fublitaé celles-ci:
de prendre place, en qualicé de nos Reprefentans
dans PAlemblée Genérale de la GRANDE FAMIELE,Jous LES YEUX DU PÈRE COMMUN.
Quelle douce émotion ne porte pas, dans l'âme
du Lcéteur > cette fuperbe amplification P Les
Orateurs ordinatres, avares d'un feu que la Nature ne leur a pas donné avec prodigalité,nc mcttent de l'efprit & de la chaleur > que dans les
chofes qui en paroiffent fufcepribles. Mais vous, 2
MM., vous avez fait faire à l'Eloquence un pas
de plus. Placer du pathétique dans un Protocole,
c'eft, fans contredit, le chef-d'cuvre de l'Art. -
Au moment où j'allois terminer une Differtation qui, peut-étre, vous a paru longue & fatigante > il vient de tomber entre mes mains
tin Pamphler intitulé : Un mot à Poreille. L'Auteur de ce petir Libelle > paffiblement féditieux,
mais plus extravagant encore , s'eft avifé de co1trefaire le ton fententieux de votre Arrêté. Je
crois, MM., vous donner une nouvelle marque
de mon refpeet, en dénonçant cet Anonyme à
votre Tribunal, comme ayant porté atteinte aux
droits qui vous appartiennent incontsftablement,
de ftipuler feuls les intérêts des Habitans de S.-
Domingue. Je vous le dénonce encore comme
ayant abufé de VOS principes 5 pour en tirer des --- Page 42 ---
69-442
conféquences que, , certainement 1 5 vous défavouez.
Je me flate que M. le Comnifuris-Rayponesr s
voudra bien 5 à la prochaine Séance du ComitéColonial, vous rendre compte > MM., tant de
ma Dénonciation s que de mes très-humbles
Repréfentations fur votre Arrêté du 30 Oétobre
1788.
Ce font ;
MESSIEURS;
Les très-humbles & très-refpectucufes Repréfentations
De votre très-humble &
très-dévoué Serviteur,
CANIGONET. --- Page 43 ---
RECLAMATIONS
POUR
LES COLONIES
DES
ANTILLES;
ADRESSÉES
AU ROI ET A LA NATION.
Non fumptuosà blandior hostià;
Mollirit aversos Penates
Farre pio, et faliente micà:
HoR. Lib, III, carm. 23. --- Page 44 ---