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A158
Cofy LIT T DEO
John Carter Broton. --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 ---
TRAITÉ GÉNÉRAL
DU
COMMERCE
DE LAMERIQUE.
LHISTOIRE, DES DECOUVERTES
CONTENANT dans cette Partie du Monde 2 fon étendue, fes
des Européens
produétions.
& le commerce des Côtes de Guinée, de Malaguete ;
LA d'Ivoire, defcription d'Or, de la Barre de Juda, des Royaumes d'Andra, Benin,
Angola, la Caffrerie, Cap de Bonne-E(pérance, &c.
Loanga 2 Congo,
LES Moeurs des Negres & des Efclaves; l'état des Marchandifes des propres
les précautions à prendre dans l'achat Eiclaves,
à ce commerce; de les conduire en fanté en Amérique.
avec les moyens
UN Traité fur le commerce des Grains du Royaume & de l'Etranger:
Ertous les Edits, Déclarations, 5 Lettres Patentes & Réglemens conçernant
les différentes branches de Commerce.
OUFRAGE utile aux Négocians 9 Jurifconfultes 2 Gens
d'afaire , & autres.
ORNÉ DE FIGURES ET CARTES GEOGRAPHIQUES,
PAR M. C**. Ancien Receveur des Fermes du Roi.
TOM E S ECO N D.
*
203 IREN
2AN
A AMSTERDAM,
Chez MARC-MICHEL REY, Libraire:
ET SE TROU VJ E:
A Marfeille, chez JEAN MossY, Imprimeur & Libraire, au coin du Parc.
M. DCC. LXXXIIL
confultes 2 Gens
d'afaire , & autres.
ORNÉ DE FIGURES ET CARTES GEOGRAPHIQUES,
PAR M. C**. Ancien Receveur des Fermes du Roi.
TOM E S ECO N D.
*
203 IREN
2AN
A AMSTERDAM,
Chez MARC-MICHEL REY, Libraire:
ET SE TROU VJ E:
A Marfeille, chez JEAN MossY, Imprimeur & Libraire, au coin du Parc.
M. DCC. LXXXIIL --- Page 6 --- --- Page 7 ---
AVERTIS S EM IENT.
I traite deux queftions dans ce fecond Tome, qui paroiffent au precoup d'oeil étrangeres au but
me
JEn
que je fuis propofé,
ce
d'expliquer qui peut contribuer à faire connoître le commerce de l'Amérique.
La premiere queftion 2 eft fur l'origine des hommes ; favoir, fi tous
ceux qui habitent les différentes Contrées de la terre 2 viennent d'un
feul homme, ou-s'ils ont été créés dans les diverfes régions oi ils fe
trouvent. J'avoue que cette queftion eft fi puérile, qu'elle ne mérite
d'être examinée féricufement, & que le plus fimple des Chrétiens pas eft
en état auffi bien que moi de répondre aux futiles difficultés qu'une
ridicule incrédulité ne ceffe de répéter : quelles difficultés! j'ai honte
d'en parler. En effet, peut-on conferver un refte de raifon, & demander, fi les hommes ne fe trouvent pas répandus dans T'univers, de la
même maniere que la mouffe, Jes mouches, les limaçons, &c.? Pourroit-on s'empêcher de rire d'une fi finguliere demande 2 fi une pareille
extravagance ne devoit affliger notre Religion, & exciter notre compaffion fur les égaremens de nos freres? Je fuis tout confus quand je
vois l'oracle des nouveaux Philofophes faire des ouvrages dignes de
l'immortalité, & montrer en même temps fi peu de jugement. Quoi! me
fuis-je dit cent fois 2. c'eft ce fameux Voltaire
publie ces abfurdités P Qu'eft-ce que l'homme livré à lui-même ? Rer ofe contefter la
varication du chef du genre humain , & il eft la preuye des miferes pré.
qui en font la fuite.
Je n'ai parcourir les Côtes de Guinée, fans faire quelques obfervations R T'étrange commerce d'hommes que les Chrétiens y vont
faire ; je fuis perfuadé cependant que c'eft un grand bonheur pour tous
ces peuples, que la néceffité de cultiver nos terres en Amérique nous
aye fait entreprendre ce commerce, fans lequel la lumiere de PEvangile ne luiroit point encore fur eux. Leur couleur, fi oppofée à la notre, & fi confamment la même, a humilié jufqu'ici la curiofité de tous
les Philofophes : que de fyftêmes inventés, fans avoir fait un pas vers
la vérité. ! De tous ces fyftêmes, le plus Anti-Chrétien eft, fans contredit,
celui de Mr. de Voltaire, & qui a féduit le plus de monde, non pas
parce qu'il eft plus raifonnable que les autres ; non, il eft infoutenable de quelque côté qu'on veuille l'examiner: ; il n'eft fondé
fir
des contes à faire rire, & il n'eft établi que par un tas de fophifmes. que
Si quelqu'autre que Mr. de Voltaire avoit ofé le publier, le mépris &
l'oubli auroient prévenu la réfutation 3 mais prôné par un fi grand
plus de monde, non pas
parce qu'il eft plus raifonnable que les autres ; non, il eft infoutenable de quelque côté qu'on veuille l'examiner: ; il n'eft fondé
fir
des contes à faire rire, & il n'eft établi que par un tas de fophifmes. que
Si quelqu'autre que Mr. de Voltaire avoit ofé le publier, le mépris &
l'oubli auroient prévenu la réfutation 3 mais prôné par un fi grand --- Page 8 ---
Philofophe, il a fait impreffion, & l'eftime qu'on a pour le pere, fait
recevoir l'enfant avec complaifance; c'eft auffi parce qu'il eft le Benjamin de l'oracle des nouveaux Philofophes 2
je l'ai réfuté avec une
certaine étendue: : peut-être que la honte que Rr partifans en auront, fera
falutaire. Quejem'etlimerois heureux,frj'en étois la caufe, & fi je pouvois dire avec Terence, Erubuit, falva res ef2.
La feconde queftion eft fur l'exportation à l'étranger des bleds originaires da Royaume : il eft certain que fi nos récoltes font affez abondantes pour fournir plus de grains que le Royaume n'en a befoin pour
fa confommation, il y a nécelfité d'exporter l'excédant à l'étranger :
voilà le feul cas oii l'exportation des grains doive être permife & favorifée. Ce principe pofé, j'ai dit en parlant du commerce de la Louifiane, (page 88) que nous nc pouvions encourager la culture de nos
terres, qu'autant que nous ferions payer a Tétranger la valeur de nos
récoltes ; rien n'eft plus vrai, pouryu que ce foit notre fuperfu : car
fi nos grains nous font néceflaires, nous ferions plus qu'imprudens de
nous en dépouiller : l'exportation donc de nos grains à l'étranger ne
nous être utile, fi elle n'eft pas néceffaire; & fi elle n'eft pas néceffaire, peut elle eft ruineufe pour la Nation. J'ai eru devoir faire une addition à cet article pour expliquer mon fentiment qui ne fera jamais
l'exportation illimitée, & fans connoitre 1 véritable fituation
pour
relativement aux grains dont il a befoin. Je travaillois
du Royaume addition, 2
la nouvelle d'une famine dans le Royaume
à cette
lorfque à Marfeille une révolution extraordinaire dans le
de Naples 5 des a caufé ; il nous en venoit de tous côtés, & nous étions
commerce à la veille d'une grains difette, fi l'autorité n'avoit mis un frein à l'avidité
des Marchands ; le haut prix aétuel du pain eft la preuve du danger
;ce font ces circonftances qui m'ont fait donner une
qui certaine nous étendue menaçoit; à ladite addition, dans la vue de prévenir un pareil
malheur.
9 H --- Page 9 ---
BAYE DE BAPTINS
AMERIQUE
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SEPTENTHONALE.
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CI HAPITRE S.
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Origine du cotoi.
Culture du coton.
Ufage du cotoit.
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Propriétés du coton.
Commerce du coton.
Obfervativas far le cotoit.
Tranfit du cotoi, à autres marchandifes aa Levant, 53
Origine du canefice.
S5
Caiture de canefice.
Lfige à proprietés du canefice.
Commerce de canefice.
Reftexions fur le commerce.
Comamerce de la Louifiane..
Sr
Régienens posr le coramerce du Canada 8 de la Louifanc,
Otfervation fur le commerce de la Louifiane.
Commerce des caftors.
Erabifersens dans lai Louifiane.
Obfervations fur lefdits Erablifemens.
Commerce de Guinée.
Defeription de la Gainde.
2 ISG
Core de Malngners,
S 167 --- Page 12 ---
C 157
Cote des Dents ou d'Ivoire. Côte d'Or. Barre de Juda. Royaume d'Ardra.
2 159
Royaume de Benin.
S 169
2 161
Royauie de Loanga.
J 171
2 161
Royaure de Congo.
S 171
Royaure d'Angala.
J 19
La Cafrerie.
8 164
18r
Moeurs des Négres.
Sierra-Liona, ou Montagnes de la Lionne.
Des Satyres.
Des Syrenes.
Cap de Bowue-E/pérance.
Côte d'Or. Barre de Juda. Royaume d'Ardra.
2 159
Royaume de Benin.
S 169
2 161
Royauie de Loanga.
J 171
2 161
Royaure de Congo.
S 171
Royaure d'Angala.
J 19
La Cafrerie.
8 164
18r
Moeurs des Négres.
Sierra-Liona, ou Montagnes de la Lionne.
Des Satyres.
Des Syrenes.
Cap de Bowue-E/pérance. De P'Efelavage.
de
Réglemens pour les Efclaves dans les Ifles Françoifes
PAmérique.
De la couleur des Négres.
Obfervations fur la couleur des Négres.
Table des mélanges pour de blanc devenir noir, ou de noir
devenir blanc.
Reglemens pour le comierce de Guinée.
- --- Page 13 ---
Lettres-Patentes pour la liberté du commerce de Guinée. 314
Traite des Noirs.
Etat des marchandifes pour la cargaifon d'un Navire nigrier
deftiné pour Angola.
38r
Anabafes.
Armes.
Cannetes.
a
Contrebrodé d Corail.
Coris.
Cuivre jaune s draps, eau-de-vie.
Etoffes de foye.
Indiennes.
Merceries, bijouteries d quincailleries,
Platilles.
Poudre à canon.
Raffades, Sucre.
Précautions 2 prendre dans Pachat des Efelaves.
Coutumes.
Queftion fur la traite des Efelaves.
La police qu'il faut faire obferver fur 0172 Navire chargs
d'Efclaves.
4:6
Honnéteté.
Sureté.
Santé, Neteté.
Renouvellement d'air.
Le lavage.
Le fer.
Soufiers dpompes.
Les venroufes, la manche.
Ufage des fouflers e dès pompes.
Les viures nécefaires pour 1a nourriture dos Eflaves Négren
Provifons pour 1272 Navire rigrier cn rade.
Provifions IOT 1472 Navire negricr ailane de Gainée aux Les
de PAmerique.
Les hoirres de Mr. de Poitaire, 51 Poracle des poutentc
Philafophes contre l'mcienne crajunice de la ordation :
Phonme
--- Page 14 ---
Des digérentes efpéces d'hommes.
Extraits de Pouurage de Mr. de Voltaire
Remarques far le fifléme de Mr. de Voltaire.
De Pexportation à P'étranger des bleds originaires da Royaume.
Efai fur la police générale des grains.
Premiere obfervation fur la police des grains.
5oo
Seconde obfervation, idem.
Réglement de Charles IX pour le commerce des graius. 5o9
Troifieme obfervation far la potice des grains.
Quatrieme obfervation, 2 idem.
Cinquieme obfervation 2 idem.
Sixieme obfervation > idem.
Septieme obfervation 2 idem.
Droits d'entrée fur les grains étrangers.
S4E
Droits de fortie fur les grains du Royaume.
Obferuationsfur les droitsd'entrée d de fortie fuar lesgrains. 549
Huitieme obfervation fur la police des grains.
Commerce des grains à Marfeille.
2 23
RD
2X
)
LE
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Cinquieme obfervation 2 idem.
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Droits de fortie fur les grains du Royaume.
Obferuationsfur les droitsd'entrée d de fortie fuar lesgrains. 549
Huitieme obfervation fur la police des grains.
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LE --- Page 15 ---
SE
Ch
an
TRAITÉ GÉNÉRAL
DU CO M M E RCE
D E
L' A M É RIQU E.
n'ai pu comprendre dans le premier Tome les articles
Ji coton & du canéfice, qu'il importe à nos Négocians
de l'Amérique de connoitre, puilqu'ils font des branches principales du Commerce de nos Colonies. Je fuivrai la même
méthode dont je me fuis fervi pour expliquer les articles du
café, du fucre &c. Il m'a paru
le Public en étoit fatisfait. Je ne puis que le remercier 2 fon indulgence pour un
Auteur qui n'a confenti à prendre ce titre, qu'en vue de l'utilité que fes Concitoyens devoient en retirer. Ma joie fera
entiere 2 fi les effets me prouvent que j'ai rempli mon plan.
Quelques amis m'ont fait obferver que j'aurois abrégé confidérablement mon Ouvrage, fi au lieu de rapporter les Edits,
Déclarations 2 Arrêts, &cc. je m'étois contenté de les citer,
our d'en faire l'extrait. Je les prie de confidérer que d'autres
amis m'avoient prié de leur faire connoitre tous ces RégleTome Il.
A --- Page 16 ---
COMMERCE DE LAMERIQUE
mens, & que des extraits ne fatisfont jamais comme les pieces
originales. D'ailleurs, ce n'eft point fur mon fentiment qu'ils
doivent établir la regle de leur Commerce ; mais fur les loix
le permettent ou le défendent , le limitent ou le favoene J'ai cru que je ne pouvois être véritablement utile,
à
tous ces Réglemens, comme la preuve
plaçant tout ce que EE avancé, Je les ai fait imprimer en petit caraôtere pour ne point multiplier les volumes, & afin que
ceux qui ne voudront les lire, ne foient point arrêtés dans
la leêture qu'ils feront R cet Ouvrage, quoique la chofe me
paroiffe plus que difficile, parce que fouvent je ne parle
les mettre fous les
du Leéteur. J'cftime
la
de
pour
yeux
que
nion de tous ces Réglemens fera plaifir au plus grand nombre,
qui, quand même ils auroient deffein de ie les procurer. 9. ne
lc pourroient que bien difficilement, & en faifant une grande
dépenfe. Mais je m'apperçois que je fais une Préface, & je
n'en veux point.
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parce que fouvent je ne parle
les mettre fous les
du Leéteur. J'cftime
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yeux
que
nion de tous ces Réglemens fera plaifir au plus grand nombre,
qui, quand même ils auroient deffein de ie les procurer. 9. ne
lc pourroient que bien difficilement, & en faifant une grande
dépenfe. Mais je m'apperçois que je fais une Préface, & je
n'en veux point.
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CoTCN.
COTO N.
ORIGINE DU COTON
R ES Ethymologiftes ont fait devaines recherches pour trou-
: ver dans les langues étrangeres quelque mot qui fut la
L
racine de celui de Xylon fous lequel cctte cfpéce de laine
ou de duvet que nous appellons coton s eft connue. Leur
pénétration n'a pas été plus heureufe pour deviner pourquoi
le nom françois a fi peu de rapport avec celui de Xylon ; car de s'imaginer que Xylon vient du mot grec Xuo qui figmine, je nafe, parce
qu'on fépare le coton de la plante 1 8c que coton eft à peu près comme
fi on difoit cilon, c'eft faire defcendre Equms, d'Alphana.
Le coton eft cependant une plante fort commune, & qui doit avoir
reçu un nom dans chaque pays où les habitans l'ont cultivée, foit que
la fantaifie ou les propriétés qu'on lui reconnnt, ayent été la caufe
de fa nomenclature. Qnoiqu'il en foit les Grecs la nommerent Xulinon
& le fruit Xulon, d'oà les Latins Tont appellé Niinum & Aylon,
quelques fois Goffipion, & enfiite d'un mot vulgaire Cotonum. Je ne
fçais pas pourquoi, de Cotonum, fes François en ont fait coton.
La Providence qui a pourvi fi abondamment à tous les befoins de
Thomme, a répandu une varieté admirable dans toutes les productions
de la terre qui fervent à fa nourriture & à fon vétement. Une diverAté infinie dans la forme, dans la couleur & dans le gout, foit des
animaux, des fruits & des herbes, le forcent par des attraits féduifans, à en ufer pour fa confervation & la réparation de fes forces.
Une pareille variété dans les laines & les poils des animaux, dans
leurs peaux, dans l'écorce d'un grand nombre de plantes, dans la filature de certains vers & dans le duvet des coques de coton, fait éclazer les progrès de fou induftrie par les préparations les mélanges &
la contexture de toutes ces différentes matières, d'ou cette multitude
iunombrable de draps, de toiics, d'étoties & de moultelines prend
naiflance, & qui fervent à cacher fa nudité, à le faire paroitre avec
décence, à entretenir la propreté & à le garantir des incommodités
du froid & du chaud fuivant le climnat qu'il habite.
La plus abondante de toutes ÇCs matières, la plus facile à recueila
parations les mélanges &
la contexture de toutes ces différentes matières, d'ou cette multitude
iunombrable de draps, de toiics, d'étoties & de moultelines prend
naiflance, & qui fervent à cacher fa nudité, à le faire paroitre avec
décence, à entretenir la propreté & à le garantir des incommodités
du froid & du chaud fuivant le climnat qu'il habite.
La plus abondante de toutes ÇCs matières, la plus facile à recueila --- Page 18 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
COTON. ir, & d'un travail moins pénible 1 eft fans contredit le coton. L'arbrè
ou T'arbriffeau qui le produit 3 croit fans culture & fc trouve répandu
dans prefque toutes les parties de I'Univers; car à l'exception des Lones
glaciales & de prefque lc quart des Zones temperées oùi la chaleur
fe fait moins fentir, il vient par-tout ailleurs fans qu'on puilfe déterminer aucun tems, où la tranfplantation dudit coton ait été faite d'un
pays dans un autre. Les cotouiers font communs dans les Indes orientales & occideutales, dans le Levant, dans les Iles de la Méditerranée, dans la Pouille, > dans la Sicile 8 daus les Ifles Antilles 8rc.
D'oit il faut conclurre que la main libérale du Créateur les a placés
cil vie de leur grande ucilicé par-iout oùt noils les trouvons, & que
leur origine dans tous CCS lieus, eft auffi ancienne que lc monde
quoique peut-être lcs prémiers habitans de ces contrées en ayent ignoré
les principales propriétés que des expériences pofterieures auront fait
connoitre & qui les auront fait employer f utilement. Les deferiptions
que les voyageurs nous ont données du cotonier font fi différentes les
unes. des autres, qu'on eft embarraffé avec raifon pour décider laquelle
mérite la préférence pour en avoir une véritable connoiffance. Toutes
ces. contradictions cefferont de paroitre telles, & n'en feront plus, fi
O11. fait réflexion qu'il y a pluficurs efpéces de cotoniers, & que chaque efpéce varie fuivant le climat & la qualité du terrein qui le produit. II n'eft donc pas furprenant qu'un voyageur dans lcs Indes., nous
faffe la defcription du cotonier qui croît dans cctte partie du monde 7
bicn différente de celle que nouis fera un voyageur dans nos Ifles Antilles, & que cette derniere differe encore dcs Colonies, de Malthe 8c
de la Sicile, ou de cenx que la curiofité nous fait élever dans nos
jardins. Dès que les efpéces font didérentes, il faut bien auffi que les
defcriptions différent entr'elles. Je réduirai toutes ces efpéces à trois,
que- j'appellerai la grande, la moyenne & la petite.
Le cotonier de la grande efpéce croît dans les Indes Orientales 8
Occidentales. Sa hauteur eft ordinairement de quinze à vingt pieds. IL
s'en trouve quelque fois d'auffi gros que nos grands chénes. Les branches font entrelaffées, les feuilles découpées en trois parties arrondies en fe terminant cn pointes, à peu près comme celles du tilleul,
fans. cependant être velues ainfi que ces dernieres. Les gouffes plus
groffes, & le coton en général plus groffier que celui des Amilles.
Le coton du Levant approche de cette efpéce, 8 c'eft uniquement la
qualité qu'il nous importe d'en connoître pcur le progrès de notre
Commerce. Il n'en eft pas de même dc celui des Antilles; fa culture
nous eft propre, & il nous importe par conféquent d'en avoir une,
connoiffance plus particulière. croit dans les Iles Antilles, & fait un des prinL'elpéce moyenne établiffemens dans ces Ifles. Sa hauteur eft d'encipaux revenus de nos moins
on le laiffe vieillir; ce
viron dix pieds, plutôr
que plus quand
connoître pcur le progrès de notre
Commerce. Il n'en eft pas de même dc celui des Antilles; fa culture
nous eft propre, & il nous importe par conféquent d'en avoir une,
connoiffance plus particulière. croit dans les Iles Antilles, & fait un des prinL'elpéce moyenne établiffemens dans ces Ifles. Sa hauteur eft d'encipaux revenus de nos moins
on le laiffe vieillir; ce
viron dix pieds, plutôr
que plus quand --- Page 19 ---
PAI R M A RSEIL LE.
qui arrive rarcment à ceux qu'on cultive, ) parce qu'on eft perfuadé que ECorox
le bois donne d'autant plus de fruit qu'il cft plus nouveau 5 ce qui fait
qu'on coupe les arbriffeaux par le pied de deux en deux ans. Le bois
en eft blanchâtre, tendre & fpongieux, & l'écorce cf mince & grifatre. Les branches fout prefque droites, chargées de fenilles, qui Oilt
quelque reflemblance avec celles de nos vignes, étant également dirifées en trois 5 mais clies font plus tendres & p'us petites, d'un verd
gai quard T'arbriffeau eft jeune. Les fleurs ont cin feuilles renverfées
de couleur jaune, rayées par dedans de filets parpurins, & le calice
eft foutenu par cinq feuilles vertes, 1 dures & pointues. Le piftil forme
unl bouton qui fe termine en pointe 3 & devient auffi gros qu'un auf
de pigeon, & fouvent qu'un petit ceuf dc poule. Ce bouton eft verd
daus lc comumenca-ment 7 il devient bazané en croiffanit, & noir en
muriffant. Il renferme CC duvet que nous appellons coton.
La troifième ou petite efpéce, croit dans lIlle de Malthe, en Sicile
8cc. C'eft UnI petit arbufte de la hauteur de deux à trois pieds dont
le bois eft couvert d'une écorce rougeâtre & vclue ; les feuilles affez
reffemblantes à celles de la vigne; mais veloutées & attachées à des
longues queues garnies de poils. Les fleurs ne différent du cotonier de
la moyenne efpéce, qu'en ce que la couleur eft mélée de jaune & de
pourpre, ce les rend très-agréables. Le fruit fc forme de la même
snanière, & E duvet qui envelope les graines 3 lorfqu'il cft parvenu à
fa maturité, cft ce que nous appellons coton. Les femences ne font
guères plus groffes que des pois, ui peu oblongaes & raboteufes, de
couleur blanc-fale 9 renfermant chacune une petite amande oléagincufe.
Toutes les autres efpéces de coton 2 peuvent étre raprochées de ces
trois, à l'exception de l'arbre connu fous le nom de coton fromager. 2
qui cft un des plus grands arbres des Antilles s dont le duvet eft de
couleur brune, f court, que les plus habiles fileufes n'ont pû encore
T'employer à cet ufage; car pour le coton de Siam, ainfi nommé parce
que les graines ont été tirées de CC Royaume, quoique l'arbriffeau qui
le produit foit de moitié plus petit que ceux des Antilles, tant celui à
graine noire, qu'à graine verte, & dont le poil cft fi fin, fi long & fi
doux au toucher, Onl le cultive dans nos Ifles & ily vient de la même
manière que celui dorit je viens de faire la defcription dans la moyenne
efpéce. Il y en a de deux fortes, du roux & du blanc 3 & c'eft la feule
qualité, avec le coton fromager, qui ne foit point blanc. C'eft une
efpéce particulicre, puifqu'en quelque pays que la graine foit femée,
T'arbriffeau qui en provient produit des gouffes dont le duvet cft tau
jours dc la méie coulcur.
même
manière que celui dorit je viens de faire la defcription dans la moyenne
efpéce. Il y en a de deux fortes, du roux & du blanc 3 & c'eft la feule
qualité, avec le coton fromager, qui ne foit point blanc. C'eft une
efpéce particulicre, puifqu'en quelque pays que la graine foit femée,
T'arbriffeau qui en provient produit des gouffes dont le duvet cft tau
jours dc la méie coulcur. --- Page 20 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COTON,
CULTURE DU.COTO N.
Je ne parlerai que de l'efpéce moyenne qui croit naturellement dans
nos Colonies, & dont la culture intéreffe par confèquent nos Négocians, qui ont ou peuvent acquerir des habitations en Amérique. Il eft
néceffaire , quand on veut planter une cotoniere, d'enfemencer une
petite planche qu'on arrofe & qu'on farcle foigneufement, jufqu'à ce
que les jeunes plants (plançons ) ayent environ demi pied de hauteur;
car quoiqu'on trouvat facilement un aflez grand nombre d'arbriffeaux
épars dans la campagne pour en faire une plantation. 3 elle feroit toujours défedtucufe par T'irrégularité des fujets & par la difficulté que
tous s'enracinallent également Lien. Il vaut mieux choifir de plançons
du même âge qui croîtront uniformement 9 & qui en fatisfaifant le
coup d'ceil, donneront une recolte plus abondante. Les graines levent
facilement. J'en ai femé ici à Marfeille qui font forties de terre dans
dix jours, 8 dont le progrès m'auroit encore mieux inftruit, fi j'avois
cu une expofition affez heureufe pour les garantir du froid, leur ennemi mortel. J'ai femé aufli des graines de coton du Levant en pleine
terre. Elles ont très-bien pouffé jufqu'à la hauteur d'un pied & demi
& les plantes ont feché à Tapproche de la faifon de l'automue. Je
ne penfois plus à faire des effais dans mon jardin fur la culture du
coton, lorfqu'un ami me fit préfent en 1762 de quelques graines de
coton de Siam. Ces graines étoient noires, luifantes, & aflez reffemblantes à des pepins de poire. Ma curiofité me détermina à faire encore cctte épreuve. Je les ai femées dans un vafe, afin de pouvoir les
foigner plus exaétement. Toutes les graines ont levé, & lorfque les
plantes out eu trois quarts de pied de hauteur, j'en ai tranfplanté douze
chacune dans un vafe. Elles ont grofi à me faire efpérer de recueillir du fruit. Daus moins de trois mois la tige plus groffe qu'un doigt de
s'eft élevée à trois pieds de hauteur. Lcs fleurs étoient far lc point
paroitre ; mais le tems s'étant rafraichi, quoique j'euffe placé CCS vafes
les
ont demeuré dans Ie même
daus une ferre espofée au midi, plantes
Les feuilles ref
état, &ceommenserenti fc faner ( en Janvicr 1763-)
&
fembleut à celles de nos haricots blancs 2 trois fois plus grandes,
plus Je me épaiffes. déterminai dans le mois d'Avril de placer fix de ces cotoniers
terre afin
une nourriture plus abonen pleine
qu'ils puffent prendre
dante & porrer du fruit à la fin de léré. Ils ont grofli effeêtivement la
& ont pouils des branches de la grofleur du doigt, 8 fe font élevés sàl
hauteur de quatrepieds, fans cependant dourer du fruit ainfi quejel'avois
elperé; ils foat encore vigoureux au mois de Novembre , & je vais les
faire couvrir avec. foin pour ellayer s'ils refifteront à la rigueur de l'hiver
.
puffent prendre
dante & porrer du fruit à la fin de léré. Ils ont grofli effeêtivement la
& ont pouils des branches de la grofleur du doigt, 8 fe font élevés sàl
hauteur de quatrepieds, fans cependant dourer du fruit ainfi quejel'avois
elperé; ils foat encore vigoureux au mois de Novembre , & je vais les
faire couvrir avec. foin pour ellayer s'ils refifteront à la rigueur de l'hiver
. --- Page 21 ---
PAR NARSEILLE
& f enl 1764 ils ne contenteront pas ma curiofité, en portant le fruit Coro:e
que j'attens depuis deux années.
Dès que la planche eft femée, il faut faire préparer le champ dont
on veut faire une cotoniere, le faire bécher profondement 1 brifer les
motes, &c bien applanir le terrein 7 marquer avec un cordeau, ainfi
que jelai dit pour les cafféyers & pour lcs cacaoyers 2 & faire faire
des trous à la diftance de huit pieds en tout fens, en obfervant de
planter en quinconce. Les jeunes plans étant encore tendres 8 délicats, il faut que la terre ait été arrofée le jour précédent, ou qu'il
aye plà & rendre la terre bien meuble, afin que les petites racines
en foient tout-à-fait envelopées fans qu'ily refte aucun vuide. Une fois
que la plante à pris racine 2 il n'eft befoin que d'enlever les mauvaifes herbes & de ne point fe laffer de farcler jufqu'à cc que P'arbrif
fcau ne rifque plus d'étre étouffé. Cette culture eft d'autant plus avantageufe au propriétaire > que la plante ne demande point une terre
graffe & humide, & qu'eile vient parfaitement bien dans un terzein
fec, leger & fabloneux. Le coton en eft même plus beau & plus fin,
quand l'arbriffeau n'eft point arrofé régulierement. Iln'a befoin de pluye,
que quand on le plante ou quand on le coupe. Le tems fec & chaud
lui eft autrement plus favorable 9 ce qui eft une reffource bien lucrative
pour Thabitant, parce que par ce moyen il employe le bon terrein à
cultiver les plantes qui en ont abfolument befoin, comme les cannes
de fucre, &c. Le cotonier donne deux récoltes par an, qui manquent
rarement 1 à moins que la continuité des pluyes, lorfque lcs gouffes
approchent de leur mânurité, n'y foit un obftacle. La première récolte,
lorfque la plantation eft nouvelle, n'eft faite ordinairement que le huitième mois, ce qui arrive auffi quand on a coupé les cotoniers. Car
il faut fçavoir que les Infulaires, , dans la perfuafion où ils font que le
vieux bois ne donne que de mauvais coton & en petite quantité ne
manquent jamais de couper les arbriffeaux la feconde ou la troifième
année pour le plus tard. Il ya lieu de croire que cette méthode eft
fondée fur l'expérience 7 & jufqu'à ce que des expériences contraires
faffent voir qu'ils fe trompent, Onl auroit tort de les blâmer. Quand
on coupe les cotoniers, on doit choifir un tems de pluye j'en ai
donné les raifons ailleurs , & ne les couper qu'à demi pied ae terre.
Ils pouffent quantité de rejettons, dont on choifit cinq ou fix des mieux
difpofés & des plus vigoureux, qu'on laiffe croître en retranchant
tous les autres. Ces rejettons ne tardent pas à fe couvrir de fleurs
& à donner des fruits eu abondance, qu'on recueille le feptième ou
le huitième mois; & fix mois après la feconde récolte eft préte. Les
boutons, les fruits ou les gouffes, comme on voudra les appeller 2
font verds dans le commencement, ils bruniffent à mefure qu'ils avancent vers leur mâturité, & deviennent tout-à-fait foncés, fecs & caffans, quand ils y font parvenus. Pour lors la chaleur faifant fermente:
fruits eu abondance, qu'on recueille le feptième ou
le huitième mois; & fix mois après la feconde récolte eft préte. Les
boutons, les fruits ou les gouffes, comme on voudra les appeller 2
font verds dans le commencement, ils bruniffent à mefure qu'ils avancent vers leur mâturité, & deviennent tout-à-fait foncés, fecs & caffans, quand ils y font parvenus. Pour lors la chaleur faifant fermente: --- Page 22 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
CoroN. le duvet renfermé dans la coquc, le dilate & la fait créver avec éclat?
C'eft un amufement affez divertiffant 7 que de fe promener dans une
cotoniere au tems de la mâturité des gouffes , c'eft un petit bruit de
tous côtés qui fe renouvelle & redonble de tems en tems, fuivant que
la pellicule des coques eft dure & que l'air eft trop dilaté. Dès que
les coques commencent à fe fendre, il faut, fans perdre un moment,
en faire faire la cueillete. Pour cet effet, on parcourt toutes les rangées des cotoniers 3 un panier à la main, & on arrache toutes les gouffes
qui out la marque de mâturité. Le mêine travail fc renouvelle le lendemain & ne finit qu'avec toute la recolte qui dure une quinzaine de
jours , plus ou moins 9 fiivant que la chaleur a été forte & que les
fruits ont été expofés à l'ardeur du foleil. La négligence dans cette
cueillete eft raineufe pour le propriétaire, parce que les gouffes fe trouvant trop mures, s'ouvrent entièrement & le duvet ne tenant à rien
par le retirement de la feve, fe dilate par l'élafticité qui lui eft nazurelle, & tombe par terrc. Le moindre petit vent le pouffe bien loin
de tous côtés, 8 fruftre le cultivateur de fes efpérances. Je veux bien
fuppofer qu'un tems calie permette d'en ramafler une partie. La perte
eft toujours bien confidérable, par le travail extraordinaire qu'exige
cette opération & par la mauvaife qualité du coton 7 qui eft fale &
mélé avec des corps étrangers 5 ce qui le rend d'un prix inférieur, ne
pouvant plus être employé à T'ufage ordinaire.
Nos Négocians obfervent que le coton qui vient de la Guadeloupe
eft d'une grande beauté ; que celui de Cayenne eft aufli fort beau.
Quelle augmentation dans cette branche de Commerce, fi nous fçavions
tirer des vaftes terres de la Guiane, un meilleur parti que nous ne faifons,
les
des cotoniers qui y, viennent f bien, &
en multipliant demandent plantatioss aucun foin, & font d'une culture fi facile 2
qui Avant ne de fnir cet prefque article , je dois dire un mot de T'herbe à la houate 2
antrement Appocin, dont Lemery dans fon Traité univerfel des Drogues
rapporte des propriétés merveilleufes. Cette plante croit en Egypte
en
8 daus les lieux humides, varie fivant fol & le climat.
& Syrie
droites à la hauteur d'environ trois
Elle pouffe plufieurs tiges
pieds;
longues, épalfes & blanches 1 remles feuilies fout alternes, 2 larges
la thitimale. Les fleurs
plies d'une efpéce de lait âcre s amer comme
naiffent aux fommites des branches eu forme de cloches découpées 8c
chacune ue queue deliée 5 ellcs font affez nompurpurines 7 ayant
11 fuccéde à ces fleurs des fruits gros
breufes pour faire un borqeer
attacomme le poingt, oblongs comme de groffes guenes qui pendent
chés deux à deux à une groile queue dure & courbée. ils font converts de deux écorces dont celle de deffus eft verte & membraneufe,
Tintérieur extrèmement poli, de couleur de faffran. Toute la capacité
du fruit, eft remplie d'une cfpéce de coton très-fin, très-molet., &
très-blanc appelléhouate, qui fert à faire des matelats &à mettre entre
deux
le poingt, oblongs comme de groffes guenes qui pendent
chés deux à deux à une groile queue dure & courbée. ils font converts de deux écorces dont celle de deffus eft verte & membraneufe,
Tintérieur extrèmement poli, de couleur de faffran. Toute la capacité
du fruit, eft remplie d'une cfpéce de coton très-fin, très-molet., &
très-blanc appelléhouate, qui fert à faire des matelats &à mettre entre
deux --- Page 23 ---
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Pl-vm. a
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PAR MARSEILLL
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deux éroffes pour les rendre plas chaudes , d'ou eft veill le terme Core
d'houater lcs habits. Catte plante fe divite en piuticurs eipéces qui différent peu entr'elles, & qui toutes ont des femences faites comme celles
des coarges mais la moirié plus petices, rougeirres, remplics d'une
pulpe blaachire & d'un gour ainer. Le fus de cette plante, clt un
dépilatoire infaillible & un reméde contre la galle & toutes les maladies
cutanées. Pris intérieurement 7 c'eft un violent poifon qui caufe des
purgations & des dillenteries mortelles. Les feuilles pilées & appliquées en cataplafmne, font eftimécs trés-réfolutives. Jufques ici je ne
parle que par l'organe d'un célébre auteur. Qu'il me foit permis de
rapporter la defcription d'un arbriffeau que je cultive depuis plus de
quinze années, & qui paroit être un efpéce d' Appocin, putifquil produit
de coton, mais dont le fruit n'eft pas cependant le même que celui
éont je viens de parler. C'eft un arbriffeau qui s'éléve jufqu'à dix pieds de hauteur, quand
la terre eft bonne. J'en ai và un dont la tige avoit près de fix pouces
de circonférence, & dont les branches ne prenoient naiffance qu'à cinq
pieds de fa hatteur. Les miens nc font pas venus fi beaux, ni firéguliers. Les branches n'ont pas monté plus de fept pieds & fortent du
bas de la tige, peut-être parce que voulant les garantir du froid, je
les avois plantés à un abri dont le foi étoit fec & fabloneux. J'avois
femé les graines dans un vafe, & elles avoient levé le dixième jour. J'avois enfuite tranfplanté les plançons quand ils furent parvenus à environ un pied de hauteur. Les feurs viennent par bouquets à peu
près comme celles de l'Appocin, mais blanches, fillonées de pourpre. Les feuilles font longues, d'un verd naifant , épailfes mais etroites,
& les gouffes pas plus groffes que de belles noix, pointues par lc
bout, qui pendent deux à deux & quelques fois trois à trois 7 attachées à une quene allez femblasle à celle des cerifes, nizis Cures &
recourbées par le poids des gouffes qui font vertes jufqu'à CC qu'elles
commencent à murir. Pour lors clles jauniflent, & s'ouvrent en faifent
Dn petit bruit comme celles de coton. J'ai expérimenté fouvent qu'en
les preffant avec deus doigts, quand elles approchent de leur maturiré,
elles s'ouvrent en faifant le même bruit. Si on les laille trop murir,
l'écorce de la gouffe s'ouvre en trois ou en quatre, & fe recourbant
fur elle-méme laiffe envoler le duvet qu'elle renfermoit.
uniflent, & s'ouvrent en faifent
Dn petit bruit comme celles de coton. J'ai expérimenté fouvent qu'en
les preffant avec deus doigts, quand elles approchent de leur maturiré,
elles s'ouvrent en faifant le même bruit. Si on les laille trop murir,
l'écorce de la gouffe s'ouvre en trois ou en quatre, & fe recourbant
fur elle-méme laiffe envoler le duvet qu'elle renfermoit. Il eft fi fin,
que la plus belle foye dont il a le luftre, ne. fçauroit lui être coinparée, & il eft entierement perdu, fi les gonffes ne font pas cueillies
quand elles commencent à s'ouvrir. Les graines font noires, un peu
plus petites que lcs pepins de raifins & entourées d'un duvet quis'eléve en égrertes. Cn paut aroir ohfervé la mneme chole dons les graines
de laurier rofe &x dans quantité d'autres graines qui peuvent par Çe
moycn être focilement emportées par le vent & a0 reprodaire à ue
grandé diftance da lica oùr cf la plante fins que les bommes y 000Tom.
graines font noires, un peu
plus petites que lcs pepins de raifins & entourées d'un duvet quis'eléve en égrertes. Cn paut aroir ohfervé la mneme chole dons les graines
de laurier rofe &x dans quantité d'autres graines qui peuvent par Çe
moycn être focilement emportées par le vent & a0 reprodaire à ue
grandé diftance da lica oùr cf la plante fins que les bommes y 000Tom. Il. E --- Page 26 ---
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COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
CoroN. tribuent en rien. Ce duvet eft court, & n'eft employé que pour houater 3 cependant on cn file quand O11 a de l'adreffe & de la patience,
& la foie en eft de toute beauté. Les branches & les feuilles font
remplies d'un fuc laiteux & fi abondant 3 qu'en coupant une feuille it
en fort tout de fuite une goute de lait. Nous appellons cet arbriffeau
le foyer des Indes. Ne feroit-ce pas la plante que le fieur Rouviere
Marchand Bonnetier à Paris, a voulu nommer la foyeufe 7 & qu'il employe fi utilement, que le Roi lui a accordé le privilége d'en faire des
étoffes ? Si c'eft la même plante , comine il y a apparence 1 quoique
nous la counoilions avant lui, que nous en. ayions fait de petites recoltes, & que nos Chapeliers en faflent de très - beaux chapeaux en
mélant ce duvet avec les poils de caftor, , il ne mérite pas moins 110tre. reconnoiflance, puifqu'il a réufi à en faire un fi bon ufage : cette
plante devient commnune > chacun s'amufe aujourd'hui à la cultiver, &
la peine n'eit certainement pas grande.
USAGE DU COTO N.
Perfonne n'ignorc de quelle utilité cft le coton pour foulager les
befoins de Thomme, & combien d'étoffes précieufes font admirer l'induftrienfe adreffe des Indiens. Le coton en laine, quoique moins élaftique que la laine, fert à faire de bons matelats, & à doubler des habits
& des couvertures pour garautir du froid & procurer an corps une
douce chaleur; mais étant filé, quelle varieté prodigieufe dans les ouvrages qui en réfultent. Du fil de coton groffier,. onl en fait toutes ford'efcamites , de demites. de bas,. de bonets ) de cotonines, du bafin,
tes, 8c. & du coton filé fin, des lifats des guinées, des bourres d'antioches, Bec. & mélé avec la foye , le Gl ou la laine > autant d'étoffes que le goût & la fantaific de toutes les Nations en penvent défirer,
toutes utiles & d'une grande beauté,. de forte qu'il feroit difficile de
décider lequel du befoin de l'homme ou de fa vanité y trouve mieux
fon compte. Dc tant: d'ouvrages différens, celui qui doit fans contredit.
piquer le plus notre curiofité, eft lc travail des mouffelines, dont quel-.
qu'unes font fi fines & fi belles & quelquefois brodées fur le métier
avec tant de perfeétion >. que nous avons crû pendant long tems Une heu- que:
l'induftrie Européenne ne pourroit jamais en imiter le travail.
reufe expérience vient nous guérir du préjugé oir nous étions, qu'il n'y
de réuffir dans des
avoit que des mains indienues qui fuffent capables
fecondé
ouvrages fi délicats; mais que ne peut point le génic françois, Cc feroit
de Tapplication & de la patience 2 Rien ne lui eft impoflible.
ici le lieu de faire l'éloge des illuftres patriotes qui ont ofé tenter de:
pareils érabliffemens, &c qui en fecondant le goit de la Nation, peuvent empécher la fortie de richeffes imunenfes, nécefaires pour l'achat
ienues qui fuffent capables
fecondé
ouvrages fi délicats; mais que ne peut point le génic françois, Cc feroit
de Tapplication & de la patience 2 Rien ne lui eft impoflible.
ici le lieu de faire l'éloge des illuftres patriotes qui ont ofé tenter de:
pareils érabliffemens, &c qui en fecondant le goit de la Nation, peuvent empécher la fortie de richeffes imunenfes, nécefaires pour l'achat --- Page 27 ---
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Pl-ix. L --- Page 28 ---
RDe --- Page 29 ---
PAI R MARSEILLE
des mouffelines étrangeres. Votre nom, illuftre JORE,paffera daus la pof Coren
térité la plus reculee, & nc fera prononce qulavec joie & recouncif
fance, parce que nos defcendans jouiront > comme nous, du Suit de
vos recherches. Vous avez conficré vos talens 1 votre tems 8: votre
bien à perfectionner Ia filature cu coton, & les moufelines lcs plus
belles font le fruit & la récompenfe de vos généreux travaux. Vics
bienfaits s'étendent jufques dans le nouveau monde, par la valeur que
vous avez donnée à la culture du coton de nos Colonies, dont vous
avez prouvé la préférence à celui des Indes & du Levant. Que des
mains font occupées, qui languiroient dans l'oifiveté! & que! fecours
n'avez-vous pas procuré à une multitude de families qui et faifant le
bien de PEtat trouvent une honnête fubfiftance. Vous êtes au-deffuus des
Conquérans ; ceux-ci portent le ravage, & la défolation de toutes parts
pour immortalifer leurs noms, & vous, en occupant vos compatriotes,
vous les rendez joyeux & fatisfaits. Vous n'étes pas le feul qui méritez tout mon refpeét & ma reconnoiffance. Je voudrois nommer ici tous
ceux qui comme vous ont rendu de femblables fervices à la patrie, &
quoique ma foible voix I1C puiffe rien ajouter à l'éclat de lours noms,
elle leur feroit un témoignage & à la poftérité de mon fiucere attachemeut pour tous ceux qui travaillent à foulager les pauvres, & de
mon zele pour le bien public ; mais les bornes que je me fiuis prefcrites dans cet ouvrage ne m'empéchent pas de fuivre les mouvemens
de mon ceeur. Je reviens à T'ufage du coton dont l'emploi commence à
être très-étendu dans le Royaume 7 par le grand nombre de manufactures de mouffelines, de mouchoirs, & d'autres étoffes qui s'y établif
fent, & qui par les faveurs & la proteâtion que le gouvernement leur
accorde, mettront bientôt la France en état de fe paffer de l'étranger
pour cette fourniture. Nous avons à Marfeille l'Hopital de la charité, oû environ huit cens
perfonnes font nourries & entretenues, dont plus de cinqg cens font de
l'âge de dix à vingt ans. Le local eft vafte & commode > & jamais
fabrique de flature de coton ne pourroit être mienx placée que dans
cette maifon de charité. Il eft méme furprenant que tant de Redteurs
éclairés, touts enfans du Commerce, n'ayent point encore entrepris un
pareil établiffement qui réufiroit infailliblement, s'il étoit conduit comme il fant. Ce feroit mêmc fuivre l'efprit de TEuvre & la rendre vé
ritablement utile a en occupant cette miférable jeuneffe, tirée dela claffe
des artifans, que le manque de travail a forcés de placer dans cet azile
de charicé.
prenant que tant de Redteurs
éclairés, touts enfans du Commerce, n'ayent point encore entrepris un
pareil établiffement qui réufiroit infailliblement, s'il étoit conduit comme il fant. Ce feroit mêmc fuivre l'efprit de TEuvre & la rendre vé
ritablement utile a en occupant cette miférable jeuneffe, tirée dela claffe
des artifans, que le manque de travail a forcés de placer dans cet azile
de charicé. Les commiencemens feront dificiles & produiront pen: mais
l'établiffement uee fois bien regls, THopital re nourrira pies des gens
oififs; tous fercient occupés, depsis Tenfant de huit ans juiqu 311 Veptuagenaire, & I'Euvre feroit cn état de recevoir & de fecourir le
double de ces infortunes citoyens, fans faire la moitis dela dépenfe 2
znelle. Je pric les perlonnes en place de protéger u31 1i faluraire pro
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I2
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
Corox. jet, fi quelque ame généreufe fe préfente pour l'exécuter. J'admire le
zle avec lequel On travaille dans cette maifon d'humanité à adoucir la
mifere pablique; mais pour c: faire une ceuvre vraiment chréticune, il
faut qtic Taumone qu'cile repaad fi libéraiemcnt foit infeparabic de l'obligation d'un honnête travail. Je fçais que depuis quelque tems on ya
levé une fabrique de bonnets, & que cette fabrication occupe quelques
jeunes gens, c'eft toujours un bien ; mais il eft infuffifant. La plupart
des Ouvriers néceffaircs à cette fabrique, font des étrangers mcrcenaires; ce n'eft donc pas l'occupation qu'on s'eft propofce dans cet
établifement. Le foul appas da gain en a été ic motif, , comme f an
proft encore plus confdérable pouvoit étre comparé à Tudlité d'un
travail univerfel & reparti propottionaeclement à Tage d'un chacun. La
flature du coton n'cte ni peaible, ni nuifible à la fanté. Je ne penfe
pas cependant que celle de la laine foit aufi pernicicufe que quelques
Redteurs l'ont crû, & que dans cette croyance, O11 puitfe difpenfer
les filles de cette. Quvre pieufe, de cC dernier travail, puifque par la
mêne raifon il faudroit le défendre à tous les habitans du Royaume. %
ce qui affurement n'arrivera pas,, quand même une parcille idée prévaadroir autre part que dans certe maifoa de charité. Je combais un
nag vicieux, fondé far une faulle compalfion, dont Tespotition publique fera peut-étre plus d'imprefion far lcs adminiftrateurs de cet
Hopital 7 que n'ont fait les raifons que. j'ai données en particulier à
quelques-uns pour corriger cet abus. Ils m'ont déclaré franchement qu'ils
préfércroient toujours de faire filer les laines par des femmes étrangeres plurôt que de rifquer de ruiner la fanté des filles de la maifon,
ETE occupant à uu travail qui attaque la poitrino. Il eft vrai qu'ils
ont ajouté que la flature faite hors de ladite. Maifon faifoit partie des
obligations de T'Euvre par l'entretion qu'elle fourniffoit par ce moyen
à ctes vatvres familles. Je convions que le travail difribué à ceux qui
font dans lindigance, mérite des éloges & fait honneur à Thumanité. Ja principale obligation de cette. Maifon de charité confifte à entretcnir pour la Religion & pour P'Etat, prémicrement ceux qui.
ajouté que la flature faite hors de ladite. Maifon faifoit partie des
obligations de T'Euvre par l'entretion qu'elle fourniffoit par ce moyen
à ctes vatvres familles. Je convions que le travail difribué à ceux qui
font dans lindigance, mérite des éloges & fait honneur à Thumanité. Ja principale obligation de cette. Maifon de charité confifte à entretcnir pour la Religion & pour P'Etat, prémicrement ceux qui. compofent
fa Anilie dont elle ef chargée fpésiclement > 8 cafiite de fecourir
les étrangers. Or je penle que la Religion 8c TEtat s'accordent à bannir l'oifiveté, & à faire du travail manuel la bafe de l'éducation qu'on
doit donner dans cette maifon. Toute autre occupation cft contraire au
but des Foudateurs. J'obierverai encore qic THépitel de la Charité n'a été établi qua
pour les pauvres Artifans & leurs enfans, qui par état font deftinés au
travail.
fecourir
les étrangers. Or je penle que la Religion 8c TEtat s'accordent à bannir l'oifiveté, & à faire du travail manuel la bafe de l'éducation qu'on
doit donner dans cette maifon. Toute autre occupation cft contraire au
but des Foudateurs. J'obierverai encore qic THépitel de la Charité n'a été établi qua
pour les pauvres Artifans & leurs enfans, qui par état font deftinés au
travail. Car quoique tout homne foit né pour travailler, ceux-ciy font
obligés, & par leur naiffance & par un ordre exprèsde la Providence; i
d'ou jc conclus que quand la filature de laine ( ce quejen'avoue point )
cauferoit quelques légères incommodités 1 il feroit jufte que ceux que
la Charité nourrit, les fipportailent plutôt que d'autres citoyens qui nle:
a --- Page 31 ---
PAR MARSEILLE
I3
vivent point aux dépens de TCuvre. Je me fisis un peu étendu furun CorON.
mal que je défire changer en bien. Mon zéle pcur la patrie & mon
amour pour mes concitoyens & pour tout cc qui peut leur étreaantageux doivent m'excufer.
Nous avons devant les yeux un exemple bien fesisfoilnt pour cncourager Tétabliffement que je propofe 1 & qui réfout toutes les difficultés qu'on pourroit frire à ce fujet. Ceux qui font inftruits de ce
qui fe palle à Brue ( hé qui dans Marfeille n'en a pas entendu parler?)
me prévionnent pour nommer Mr. le Marqais de Roux. Cui, c'efde
ce refpectable citoyen, & de ce véritable patriote dont je veux parler. Les marveilles qu'il opére dans ue Vile qu'il créc, cilpensle,
qu'il embelit &c quil enrichit par les manufaétures qu'il y établit &
qr'il y entre:ient par fa protection, fes foins & fès récomp onfes, imortalifest Dn nomn; & fa mémoire qui nous ell chare, la fera aufii
à nos defcondans. On pourra oublier dans la fite eila habité u
Palais, & que le Roi l'a honoré de plufieurs marques diftinétives; mais
le pays ftérile qu'il a changé en des lieux d'abondance, & les arrières
petits enfans de ceux qu'il a retirés de la mifere, publieront à jamais
les lounnges, & le nom de Marquis de Roux deviendra un éloge. Ce
n'eft point par flatteric que je parle ainfi ; je penfe qu'il marche dans
le véritable chemin de la gloire, & n'ayant point eu encore l'occafion
de lui en marquer ma reconnoiffance, 3 je me crois obligé de le faire:
ici. Jc dis donc que fi Brue qui étoit un lieu défert & abandonné, eft
devenu u fajour agrénble 8 commode Far lindufrie de fcs Habitans
quil a faila y attirer de tous côtés par Teipoir des récompenfes , à
combien plus forte raifon fera-t-il facile de réuffir dans la Maifon de
la Charité, remplie d'Artifans ou de leurs enfans - fur-tout Mrs. les Diredteurs étant tous Négocians, & zèlés peur le bien public.
Avant d'employer le coton en mouflelines ou en autres étoffes, it
ya plufieurs travaux préliminaires dont il eft indifpenfable de dire un
mo: des priacipauxToutes les gouffes cueillies & la récolte finie 9 Ia prémière opér2tion à faire, confifle à féparer le coton de fes envelopes, en obfervant
de mettre à part toutes les coques ou fruits qui ne feront point entr'ouverts Out qui fe trouveront gâtés 7 pour lcs trier en particulier, &c
ne point méler ce coton défeétueux avec le beau qui perdroit par là
beaucoup de fon prix. Le travail achevé, il faut commencer par nétoye: le coton, ou fivant le langage des Iles par Téplechor, ) cn le
débarraffant des graines que le duvet envelope, cusnuelles il ef
adhérant par fa racine; car il ne femble être formé que pour leur confervation, & les aider à croître en leur communiquant une douce cha-.
leur ou peut-être à les faire voltiger de tous côtés 7 jufqu'à ce que:
tombant fur quelque terrein qui leur foit propre, elles puifTent fe reproduire pias fn.iloment. Cc feroit perdre fon tems &c fa peine CuE
le
débarraffant des graines que le duvet envelope, cusnuelles il ef
adhérant par fa racine; car il ne femble être formé que pour leur confervation, & les aider à croître en leur communiquant une douce cha-.
leur ou peut-être à les faire voltiger de tous côtés 7 jufqu'à ce que:
tombant fur quelque terrein qui leur foit propre, elles puifTent fe reproduire pias fn.iloment. Cc feroit perdre fon tems &c fa peine CuE --- Page 32 ---
COMMERCE DE LAMERIQUE
COrON. de vouloir par un travail le plus affidu, enlever les graines avec Ics
doigts & les débarraffer de leur duvet. Ce travail feroit trop loug &
trop difpendieux, & fi Tinvention des moulins à coton n'avoit abrége
les mouilelines & les autres toiles & étoffes qui font
cette opération 1
deviendroient trop cheres, & par une confédevenues fi communes 1
en fait le plus
quence néceffaire peu profitables au petit peuple qui
d'ufage. Je n'entends point parler de ces mouffelines admirables, , dont la fneffe paroit au deffus de l'induftrie humaine. Il eft d'ufage dans l'Inde
de nétoyer les graines avec les doigts & de ranger les filamens du COles filer dans la proportion & T'égalité néceflaires à
ton pour pouvoir
de tels ouvrages.
le méchanifme de ces moulins. Ce font
Rien de plus fimple que horifontalement, qui tournent en fens
deux rouleaux cannelés, pofès
des
contraires par le moyen de deux roues mifes en mouvement par
cordes qui les entourent de la même manière que le pratiquent les
Tourneurs & les Fileufes au rouet 7 de forte que l'ouvrier étant aflis 3
peut avec le pied communiquer ce mouvement , tandis qu'avec les mains
il préfente lc coton aux rouleaux qui le pincent, le faififfent, l'entraînent & le laiflent tomber dans des facs attachés aux côtés oppofés fous le chaflis après que les graiues en ont été débarraffées, ce
qui ne
être autrement, parce que T'efpace qui eft entre les rouleaux Fata moindre que la groffeur defdites graines, qui tombent par
terre en laiffant pailer le duvet dont elles étoient envelopées. Ces moulins font d'une petite dépenfe, & n'occupent pas grand efpace, Toutes
les piéces qui les compoient, font de bois de T'Amérique dont perfonne
n'ignore la dureté. II eft préférable an fer, qui par la rouille qu'il
contraête, imprimeroit des tâches inéfaçables au coton & en diminueroit la valeur. Chaque ouvrier doit nétoyer ou mouliner une foixantaine de livres de coton par jour. Les graines qui font tombées par fervir terre
devant les travailleurs, foat amoncelécs dans un coin pour s'en
comme je le dirai en parlant des propriétés du coton. le
& voici
Cette opération finie, on travaille à emballer coton fineffe
les précautions qu'on preud pour parvenir, , à caufe de ia
de la légéreté 8 de Télafticité de % matière qu'il eft difficile de comprimer pour la réduireà un petit volume. Je ne parle que de ce qu'onpratidans nos Ifles oà les balles de coton font d'environ 3001 livres plus ou
que mnoins fuivant quelouvrier a réufli à le fouler; car dans dans le Levant &
Malthe, les balles font
du double ce qui facilite l'embalà
bien de prefque la toile. On commence par mouiller l'intélage, rieur du & épargne fac dont la longueur eft de trois aunes, d'une largeur procette humidité arrête & colle à la toile le duvet qui fans
portionnée; cela remonteroit à mefure qu'on le prefferoit; on remplit le fac qu'on
attache arec de fortes cordes finfpendues à des poulies attachées aiz
A
les balles font
du double ce qui facilite l'embalà
bien de prefque la toile. On commence par mouiller l'intélage, rieur du & épargne fac dont la longueur eft de trois aunes, d'une largeur procette humidité arrête & colle à la toile le duvet qui fans
portionnée; cela remonteroit à mefure qu'on le prefferoit; on remplit le fac qu'on
attache arec de fortes cordes finfpendues à des poulies attachées aiz
A --- Page 33 ---
PAR MARSEILLE.
I5
plancher pour le hauffer ou le baiffer fclon le befoin ; un ouvrier cni- COTON
tre dedans , ayant avec lui une maffe & des pinces, il foule avec les
pieds le coton, le bat avec Ia maffe & le range avec lefdites pinces, & continuant ainfi jufqu'au plus haut du fac, en foulant le coton
qui lui eft fourni par d'autres ouvriers 3 & en fe tenant avec les mains
aux cordes qui tiennent le fac fufpendu. Pourf faciliter ce travail, on mouille
extérieurement le fac par intervalle, & quand il eft tout-à-fait rempli,
on l'abaiffe au moyen des poulies, & on en cout la gueule avec de forte
ficelle. ( Sile mot de gueule choque quelqu'un > quil y fubftitue celni
de bouche ou d'ouverture.) Le mouillage de la toile qui a été jugé
néceffaire pour cette opération > étant devenu abufif par la fraude
dont il a été la caufe 9 a occafionné un Artêt du Confeil que je rapporterai en parlant du Commerce du coton. Les balles ainfi faites font
chargées pour lc Royaume, & c'eft ce que nous appellons coton en
laine 1 pour le diftiuguer du coton en pierre & du coton filé. Nous ne
recevons mêmc aujourd'hui de nos Iflcs que de cette qualité de coton 7la filature revenant trop chcre dans nos Colonies par le défaut de population 3 & celui en pierre qui n'eft autre chofe que le coton mélé
avec les graines, tel qu'il eft tiré des goulles, n'ayant pu prendre
faveur en France, 1 fans doute à caufe du déchet qu'il fipporteroit pour
être nétoyé, comme fi le plus bas prix n'en étoit pas la compenfation.
L'Etat a intérêt de tirer de nos Colonies le coton plutôt en pierre
qu'en laine 3 pour trois raifons toutes trois effentielles: 1". Les habitans des Iles ne feront point diftraits de la culture des terres par une
occupation qui n'y a aucun rapport 2 & qui peut-être empéche que
de nouvelles terres ne foient defrichées. 20. Le coton en pierre étant
nétoyé en France, fourniroit un travail honnête à quantité de pauvres:
familles, & peut-être que ce prémier travail feroit un encouragement
pour faire paffer plufieurs ouvriers à des opérations plus difficiles. Le
bénéfice demeureroit dans le Royaume & contribueroit à l'acquit des
charges de l'Etat. 3°.Le coton en pierre étant plus volumineux que le
coton en laine occuperoit plus de navires pour le tranfport, objet qu'on
nc doit jamais perdre dc vuc, fi O11 veut relever roire navigation.
L'Angloterre nous en a donné l'exemple , & quoique notre eunemie
( qu'on me palle cette expreflion quoique la paix 1.CU5 ait reconciliés, il y aura toujours une jaloufic de Commerce qui doit lui faire:
trouver grace ) elle mérite d'étre imitée en ce point.
Il conviendroit peut être encore mieux de faire venir le coton de
nos Colonies dans les gouiles, non-feulement parles raifons que je viens
de rapporter qui font de fortifier notre navigation 1 d'augmenter le
nombre de nos navires, & de favorifer notre indufrie 2 mais ercore
afn de pouvoirréniir à faire des mouleli: es atill tines que calles qui
nous vienuent des Iudes. Car les Indiens qui travaillent aux moulleliues 3 doat la Encife nous paroit inimitable 3. Ie graiicicuepoat notrel
, non-feulement parles raifons que je viens
de rapporter qui font de fortifier notre navigation 1 d'augmenter le
nombre de nos navires, & de favorifer notre indufrie 2 mais ercore
afn de pouvoirréniir à faire des mouleli: es atill tines que calles qui
nous vienuent des Iudes. Car les Indiens qui travaillent aux moulleliues 3 doat la Encife nous paroit inimitable 3. Ie graiicicuepoat notrel --- Page 34 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COTOX, mothode de nétoyer le coton de fos graines par le moyen d'un mou
lin Onl de quelque mackice qui abrege ie travail. Ils ont la parience
d'ouvrir les gouffes pour en tirer les graines avec les deigts en obfervent de ne pas dera sar les flmens cu duvet qu'ils laiffent dans leurs
dircétious natrelles, at cetie précauion, le fii quicn cft fo:méa de
la conftanc:, el nni également , & ett d'une finefle extréme; ce
quine froit plus poaible, ii les poils du duvet avcient été brouiiés
& mélés enfemnble par l'adtion du moulinage. La chole fe conçoit facilement , & Texample du tirage de nos ibyes & de la filature de nCS
lins, en font des exemples convainquans. Quand on tire la foye, On
prend le nombre de fils qu'on juge à propos pour donner plus ou
moins de force à l foye qullonfs propoie de fuire; de même quand
on file le lin, O11 joint deux ou trois poils dans leur longueur. Car fi
les cocois & le lin étcient réduits en étoupe 1 tout le monde frait
combien le fil en feroit groflier. Il eft vrai qual l'égard du coton 7 pour
remédier au mal que le moulinage a caufé , on employe utilement le
peigne pour redreffer les poils, & Ios rétablir dans leur prémier état 5
mais comme il faut néceffairement fe fervir de cardes 3 quelque adreffe
& quelque habileté qu'ayent les ouvriers pour éviter de rompre les
filamens, de les plier & de les tourmenter par des faux mouvemens,
le mal n'eft jamais gue:i qu'à demi, & le fil qui provient du coton
peigné eft néceffairement mouffeux & peu propre à des mouffelines furfines; & quoique le mot de monffeline n'aye d'autre origine que cette
moulle ou duvet qui paroit fur les toiles de coton ) les belles mouf
felines doivent être exemptes de ce défaut. Auli prend-t on la précaution, pour pouvoir réufir, de choifir le coton peigné qui paroit le
moins mélé, d'cn faire de petits flocons 3 gros comme une allumette,
d'étendre les filamens daus toute leur longueur, 2 & afin de leur faire
perlre la courbure qu'ils ont prifes par la preffion de l'embalage &
que la carde n'a pu réparcr entièrement, 2 on tord ces petits flocons
dans toute leur longueur avec les doigts, comme fi on en vouloit faire
me meche de chandallo. En les ditordant 7 on tronvera que les flamens fe fout alongés, & qu'ils auront pris le luflre de la foye. En
répotoa: hmime opiriion, aords avoir un peu écharpi les flocons,
oales rendia encore plosbaouse Les fiocons cinf préparés, fout mis
légérement far les quenouilles, qui nc doivent point être furchargées. "Tour le rete dapend de Tadrefe des Gleufes pour avoir du SI d'ue
fine ftrpremne, égalemmentwni 8 fort.
alongés, & qu'ils auront pris le luflre de la foye. En
répotoa: hmime opiriion, aords avoir un peu écharpi les flocons,
oales rendia encore plosbaouse Les fiocons cinf préparés, fout mis
légérement far les quenouilles, qui nc doivent point être furchargées. "Tour le rete dapend de Tadrefe des Gleufes pour avoir du SI d'ue
fine ftrpremne, égalemmentwni 8 fort. Je n'entre poiut dans le dé. tail de Tenploi 2ue 1es Ricufes font du rouet. La prasique fous UI
bon conduéteur en enfeignera plus que les Mémoires les mieux raifonnés. Qu'il me foit permis cependant de faire connoitre au pablic les
avanrages que la Elaure farine procarera à je ic foais combien de
perfonnes qu'un parcil travail occuperoit, & qui font fouvent d'une
naillauce à ne pouvoir ( par une honte fauffe, f Ton veut, maais gdnér.iement
-
* --- Page 35 ---
P A R M ARSEILLE,
méralement établie ) fe foumettre à tout autre travail. Il eft vrai que COTON
toutes ces occupations font longues, coutcufcs, & ne contentent guéres
T'eeil, puifque dans une femaine une fileufe pourra à peine perfectionner une demi livre de beau fil, ce qui paroit d'abord 1l11 tems perdu
ou payé trop cherement. Je ne trouve ni l'un ni l'autre, & je penfe
que c'eft le travail le plus utile à T'Etat, parce qu'il occupe un plus
grand nombre de fujets 1 & que proportionnellement à la filature du
coton pour les toiles commnunes ou groffieres 1 il donne un bénéfice
bien plus confidérable. C'eft une affaire de calcul qui n'eft pas difficile.
Je fuppofe donc qu'une habile fileufe ne puiffe perfectionner daus une
femaine que demi livre de CC beau fil; ce fera 26 livres dans une
année. Je le reduis à 25 livres ; ce n'eft donc que 25 livres de matiere prémière 7 dont l'achat coutera à 30 f la liv. 37 liv. IO f Je
fippofe aufli que la fileufe gagne par jour 20 f lcs 25 liv. couteront
300 liv. Voilà déja
337 liv. Iof
Je veux paffer pour perte fur lc déchet du coton
4liv. I0
342 liv.
Somme totale 342 liv. Cc quifait revenir le coton à 13 liv. 13 £7 d.
la livre pefant poids de marc. Bieu loiu que ce prix m'épouvante s
j'accorde le double , & j'admets que le cotoi filé au point de perfection que je requiers, coutera 27 liv. 7 f2 d. la livre pefant. Je m'imagine que ma propofition contentera les plus difficiles, , qui peut-être font
déja en peine comment je pourrai prouver Tutilité d'une filature fi difpendieufe. Il ne faut pas de grands raifonnemens pour cela. Une livre
de ce fil furfin, fuffit pour faire une piéce de mouffeline de 16 aunes
ou dix paires de bas. L'Ouvrier en mouffeline en gagnant 120 liv. pour
chaque piéce ou 7 liv. IO f par aune, a une fortune affurée 9 & le
Fabriquant de bas en gagnant dix livres pour chaque paire, fera au
comble de fés fouhaits, c'eft donc IOO liv. pour les dix paires.
Je récapitule.
Achat du coton ou flature potir 25 liv.
Fraix de la fabrication de la mouffeline à I20 liv. la livre
pefant, ci. e
eline en gagnant 120 liv. pour
chaque piéce ou 7 liv. IO f par aune, a une fortune affurée 9 & le
Fabriquant de bas en gagnant dix livres pour chaque paire, fera au
comble de fés fouhaits, c'eft donc IOO liv. pour les dix paires.
Je récapitule.
Achat du coton ou flature potir 25 liv.
Fraix de la fabrication de la mouffeline à I20 liv. la livre
pefant, ci. e On conviendra avec moi que j'ai plutôt recompenfé que payé les
Ouvriers. Cependant le bénéfice eft encore immenfe. L'aune d'une feinblable mouffeline vaudra au mcins 2C livres 1 il y aura 2.5 piéces de
16 aunes; 51 partant 400 auces, qui à 20 liv.f font ci.
8coo
Surquoi deduit tous les frais de dépenfe.
Refte net pour les entreprencurs,
Tom. II.
C --- Page 36 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
CoroN On dit que les fleurs du coton font vulnéraires ) & que T'huile des
graines eft un bon cofinetique ; que les feuilles & les fleurs cuites
enfemble fous la braife rendent une huile rouffe & vifqueufe trèsfalutaire pouir la guérifon des ulcères. Les graines bouillies font une
ptifane bonne pour la toux & pour foulager l'afthme & toutes les maladies de poitrine. Quelques Médecins l'emploient dans la diffenterie
& le crachement de fang. Si ce n'eft pas une preuve qu'on en foit
toujours guéri, c'en eft du moins une qu'ils ont crà qu'elle avoit une
vertu pour opérer cet effet. On convient généralement que le coton
échauffe & defféche. L'expérience confirme l'un & l'autre, & quoique
dans les pays chauds on en employe la toile pour faire des chemifes,
les Européens préférent la toile de chanvre comme la plus faine &
moins incommode 1 en ce qu'elle ne caufe point ces légères démangeaifons & ces chatouillemens que le duvet du coton occafionne fur
une peau délicate 5 & onl la juge plus faine, parce que la fueur du
corps n'y féjourne pas fi long-tems & eft plutôt diflipée dans les toiles
de chanvre que dans les toiles de coton. On a encore reconnu que la
toile de coton appliquée fur une playe, l'enflame & l'envenime, foit que
lc duvet s'infinuant dans les pores de la chair empéche la végétation
des humeurs & irrite par cet obitacle la partie nerveufe, foit que fuivant les recherches de Leuvenoeck, les fibres du coton ayent deux.
côtés plats, tranchans par leur extrêmité, qui divifent les moléculcs de
chair & occafionuent Tinflammation.
C a O M M E R CE DU COTO N.
L'utilité du coton & même fa néceffité dans plufieurs vaftes contrées:
ayant été reconue, > il devint bientôt l'objet d'un grand commerce. L'induftrie Européenne a fçu, heureufement pour nous, T le mettre à profit. On jugera mieux de limportance de cette branche de Commerce
à Marfeille, par les quantités qui y font importées & qui en font enfuite exportées à l'étranger. Je conviens que des états généraux pour
toute la France feroient d'une grande utilité pour connoître combien
cette branche de Commerce intérefle tout le Royaume ; mais ils feroient étrangers au Commerce de cette piace. J'ai obfervé dans un autre endroit que le coton de nos. Colonies, ne venoit point à Marfeille 2
non pas qu'il ne frt très permis d'en faire venir 1 mais parce qu'on as
cru que celui du Levant s'y trouvant très-abondant & à un moindre
prix, il n'éroit point de l'intérêt de nos Négocians d'y en faire venir;.
cependant depuis la paix avec l'Angleterre, il en eft arrivé queiques
balles far les Navires expédiés dans Piile St. Domingue. C'eft fans doute
un effai que nos Commerçans ont trop tardé de faire. Il faut efperer
qu'ils n'en demeureront pas là, & qu'ils en feront venir des quantités
-
très-abondant & à un moindre
prix, il n'éroit point de l'intérêt de nos Négocians d'y en faire venir;.
cependant depuis la paix avec l'Angleterre, il en eft arrivé queiques
balles far les Navires expédiés dans Piile St. Domingue. C'eft fans doute
un effai que nos Commerçans ont trop tardé de faire. Il faut efperer
qu'ils n'en demeureront pas là, & qu'ils en feront venir des quantités
- --- Page 37 ---
P AR MARSEILLE
plus confidérables 1 fi ce n'eft pas pour nous > qui gagnerions beaucoup COTON
à l'employer 3 ce fera du moins pour T'Allemagne & la Suiffe qui
eommencent à nous en demander avec empreffement,
COTON EN LAINE
Il eft arrivé du Levant à Marfeille pendant le cours d'une année
fuivant le dépouillement des manifeftes.
Coton en laine , ci.
3831620 livres
II eft forti de Marfeille pour l'étranger fuivant les
manifeftes remis à la fortie.
SCAVOIR.
En Iralie.
3812I0 liv.
En Efpagne.
En Portugal.
En Hollande.
En Angleterre.
Dans le Nord.
863376 livc?
II a été expédié en tranfit à Geneve en
vertu de l'Arrêt du I5 Octobre 1704, ci, - 650000
Refte d'employé dans le Royaume
2328244 livres
COTON FILÉ
Il eft arrivé à Marfeille de coton filé pendant ladite année fuivant
lefdits manifeftes.
SGAv OI R.
Dn Levant.
2014978 Livy
D'Italie.
&
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COMMERCE DE LAMÉRIQUE
COTON.
Il eft forti de Marfeille pour T'Etranger fuivant lefdits manifeftes:
SCAVOIR
Pour TItalic.
LElpagne.
Le Portugal.
La Hollande.
L'Angleterre.
Le Nord.
liv. 522457
Il a été expédié ei traufit à Geneve fuivant
liv.
Comaor
ledit Arrêt du I5 OEtobre 1704 ci. .
160000 S
Refte d'cmployé dans le Royaume.
1332521 liv.
Un fimple regard ftr cet état, fait connoître combien le Commerce
de coton intereife Marfeille. Le grand nombre de Navires qu'il employe, & les bénéficès qu'il doit procurer à la Nation par les nouvelles
valeurs qu'il acquiert par la flature ou la fabrication de tant de toiles
ou étoffes, dont l'énumération auroit de quoi fitrprendre. Si cependant
cette grande quantité de coton étoit toute confommée dans le Royaume,
fes Habicans y *trouveroient véritablement un foulagement aux befoins
de la vie, & quelques-uns même une occafion de s'enrichir: mais l'Etat
s'apauvriroit par Tachat d'une fi grande quantite de marchandifes, fi
elle n'étoit le payement de nos draps du Languedoc. Heureufement que
notre fabrication des étoffes de coton regarde autant les befoins de
l'étranger que les notres, & que nous ne pouvons que gagner en l'exportant hors du Royaume.
L'importance du Commerce du coton relativement à nos manufactures & à la plus grande valeur qu'il peut recevoir par notre induftrie,
a occafionné divers Réglemens pour le payement des droits impofés à
T'entrée du Royaune jufqu'en 1749, que par Arrêt du Confeil du IZ
Novembre, les cotons en laine, tant de nos Colonies qu'étrangers, ont
été déclarés exempts & francs de tous droits en entrant dans le Royaume ou en paflant d'une Province à une autre. Avant d'entrer dans
le'd détail de ces Réglemens, , il eft à propos d'en rapporter deux que les
fraudes reconnues dans ceux qui nous font importés en laine de nos
Colonies ou filés en Levant, ont fuit rendre pour da sureté du Commerce.
avolr
dc facilitéà emballes le coton de nos
On a vu que pour l'intérieur plus de la toile des emballages, & qu'on
Colonies > on mouilloit
ume ou en paflant d'une Province à une autre. Avant d'entrer dans
le'd détail de ces Réglemens, , il eft à propos d'en rapporter deux que les
fraudes reconnues dans ceux qui nous font importés en laine de nos
Colonies ou filés en Levant, ont fuit rendre pour da sureté du Commerce.
avolr
dc facilitéà emballes le coton de nos
On a vu que pour l'intérieur plus de la toile des emballages, & qu'on
Colonies > on mouilloit --- Page 39 ---
PAR MARSEILLE
afperfoit même légerement l'extérieur de la balle, afin qu'au moyen COrON
de cette humidité, le duvet du coton s'attacha à la toile, & ne remonta pas le long de fes parois à mefure qu'il étoit foulé & battu
avec la maffe. Cette précaution utile dans fon principe, ayant dégénéré en abus par la friponnerie de quelques infulaires ) qui fous ce
prétexte mouilloient tout le coton pour le rendre plus pefant 1 & lui
procuroient par-là une fermentation qui énervoit les filamens du duvet,
& les faifoit quelquefois pourrir dans la traverfée. Pour remédicr à un
abus fi contraire à la bonne foi du Commerce 3 & fi pernicieux par
fes fuites à la réputation de nos manufactures , le Roi toujours attentif
à tout ce qui intéreffe le Commerce de fon peuple - rendit un Arrêt
le 20 Décembre 1729, portant Réglement pour le Commerce des COtons qui s'envoyent des iflcs Françoifes de l"Amérique dans les Ports
de France. Je le joins ici, parce les difpofitions doivent être connues de tous les Armateurs & fe tous les Marchands qui commercent aux Illes de T'Amérique.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Portant Réglement pour le Commerce des cotons qui s'envoyent des Ifles
Françoijes de PAmérique dans les Ports de France.
Du 20 Décembre 1729.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
L EF Roi étant informé qa'il fe commet aux Ifles Françoifes de TAmirique um
abus tres-préjudiciable au Commerce des cotons 2 en ce que les Négocians de
ces Hles font dans T'ufage de les mouiller lorfqu'ils les embal'ent, à l'etiet de s'en
procurer un plus grand poids, que les cotons ainfi mouillés s'échauffent dans la
traverfée, & fouvent fe pourriffent > ce qui donne lieu à différens procès entre
les acheteurs & Ies vendeurs > &à des recours de garantie contre les habitans des
Ifles qui ont fait l'envoi defdits cotens : & Sa Majefté voulant arrêter le cours de cet
abus capable de faire abandonner le Commerce des cotons aux Négc cians du
Royaume, au préjudice defdites Colonies & de fes Manufa@tures. Và les repréfentations faites à ce fujet par les Syndics de la Chambre du Commerce établie à
Rouen > enfemble l'avis des Députés du Commerce. Oui le Rapport du Sieur le
Pelletier Confeiller d'Etat ordinaire & au Confeil Royal, Controleur Général dess
tinances. Le Koi étanten ion Confeil, a ordonné & ordonne ce qui fit:
oyaume, au préjudice defdites Colonies & de fes Manufa@tures. Và les repréfentations faites à ce fujet par les Syndics de la Chambre du Commerce établie à
Rouen > enfemble l'avis des Députés du Commerce. Oui le Rapport du Sieur le
Pelletier Confeiller d'Etat ordinaire & au Confeil Royal, Controleur Général dess
tinances. Le Koi étanten ion Confeil, a ordonné & ordonne ce qui fit: --- Page 40 ---
DE LAMÉRIQUE
COMMERCE
COTON.
ARTICLE PRÉMIE) R.
Les habitans des Ifles Françoifes del'Amérique feront tenus , à commencer un mois
opris le jour de la publication du préfent Arrêtaufdites Ifles, d'emballer ou Fran- faire
emballer à fec & fans les mouiller, les cotons deftinés pour etre envoyés en
ce, à peine de cent livres d'amende pour chaque balle de coton qui ie trouvera
en contravention.
II.
Lefdits habitans feront tenus de mettre leur marque aux deux bouts de chaque
balle de coton, & à un pied de diftance de chacun defdits bouts, laquelle marfera empreinte à huile, contiendra leur nom & celui de leur quartier ou
demeure que 2 & ce fous pareille peine de cent livres d'amende pour chaque balle qui
fe trouvera non marquée.
III.
Fait Sa Majefé tres-expreffes inhibitions & défenfes à tous commifionnaires &
autres habitans defdites Illes, de recevoir aucuns cotons de la Guadeloupe ou autres Colonies 2 fi les balles qui les contiendront ne fe fous trouvent marquées de confifcation confor- de
mément à la difpolition du précédent Article, & ce > peine
la balle non marquée.
IV.
Défend pareillement Sa Majefté aux Capitaines & Commandans des Bâtimens qu'ils aucondoiront aufdites illes, de recevoir avant leur départ pour revenir conformément en France
cunes balles de coton dans leurs Navires, fi elles ne font marquées à
aufli de cent
àce qui eft preferit T'Article II leur du préfent & Réglement privé nom > 2 peine à leur arrivée dans
livres d'amende, & E répondre en propre &
qui auront été caufés par le
les Ports du Royaume 7. de toutes pertes dommages
mouillage des cotons aufdites Ifles lors de leur emballage.
V.
les balles marquées conformément à l'Article II du préfent Réglement s
Si dans lors de leur arrivée en France que les cotons qu'elles contiendront foient
il fe trouve & pourris pour avoir été mouillés contre la difpofition portée TArendommagés
verbal du vice & de la
copourriture MLRITT
ticle prémier > il fera dreffé procès
ou qui feront nommés d'office par les Jutons & Confiuls par experts du lieu dont de on l'arrivée conviendra , ou > s'il n'y a point de Jurifdiation Confulaire,
ges
de celle qui. fera la plus prochaine, & le dernier vendeur en fera
par les Officiers
fauf fon recours far celui de qui il les aura achetés >
envers l'acheteur 2
prémier vendeur, lequel fera condamné aux domE ainfi fucceffivement jufqu'au &
des Parties, & en outre en l'amende de cent
mages & intérêts, frais dépens
livres pour chaque balle.
VI.
dont les balles n'auront point été marquées dans le délai porté par
Si les cotons
TArticle
N
par les Officiers
fauf fon recours far celui de qui il les aura achetés >
envers l'acheteur 2
prémier vendeur, lequel fera condamné aux domE ainfi fucceffivement jufqu'au &
des Parties, & en outre en l'amende de cent
mages & intérêts, frais dépens
livres pour chaque balle.
VI.
dont les balles n'auront point été marquées dans le délai porté par
Si les cotons
TArticle
N --- Page 41 ---
PAR MARSEILLE
Article prémier du prodant Reglement, Dit qulils (uiene oncore aufitos If Coros. en secee, eu qu'ils ibient arrivés ert Iivance, ie tiouvoat cndommzes porr weor
ert mesilités lors de leur embaline-mti@ne.iliry celui quillesioura vendus fora deronvor Tnchereur aux condatmnations posties par le précédient Article, iut le secours
y expagee,
VIL
Ordonne Se Majefté aux 2s S Contils du Roysume, & a2 SicurIntendant
acs Ies & Colonies Frençoites de T'Amérique, de pranoncer fans mucwn retordeanent les peives encourtes par las contrevenans 2 entemble far Jus demandes enfe
dommagement qui feront portées devant eux pour raifon des cotons les acheEeurs ju:tiferont par procès verbal d'experts, en la' forme prefcrité, TEe viciés &
pne la fuit du premier vendeur; 3 a Perer de Gi Sa Tijete a arrlbve
Em attribue toute Cour & Jurifdiaion audit Sieur Intendant & aufdits Juges-Confuls, & icelle interdit à toutes fes autres Cours & Juges. Enjoint Sa Majettéandit
Siaur Intendon: dotente lamain à l'exécation de pruiene Amet 3 qui Serall, publie & atiehl par tout ou beibin fert d exécuté nonoblunt tous empicihameni.cu
orpocitions quelcougues. Fai: all Contell d'Eitat da Roi, Sa Cinjedé y érant, tonu
à Maily le vingiitaie jour de Decerabre mil fept cens vingt-neuf. Signi, PHELYPEAUK. L OUIS parlog grace de Diea Roi de France & de Neverre: A notre amé &
Teal Conteiller an nos Conteils, le Sieur Intendan: &: Cominisaire départi peur
T'exccution de nos Orares des Iiles & Ccionies Frangeifes de Tameriqee 2 Saiur. Nous vous mandons & enjoignons par ces préfentes fignées de Nous, de tenir
la main à l'exécution de l'Arrét ci-attaché fous le contre-icel de notre Chancellerie,
ce jourdhui donné en notre Confeil d'Etat, Nous y étant, pour les caufesycontenues. Commandons au prémier notre iluiler ou Sergent iur ce requis, de tignificr ledit Arrêt à tous qu'il appartiendra, à ce que perfonne n'en ignore, & de
fire pour fon entiere exécution tous adtes & exploits néceiiires, fans autre pormilion. Car tel e:: notre plahir. Donné à Marig ie vingtième jour de Dicertue
l'an de grace mil fept cens vingt-neuf, & de notre régne le quinzième, Signi,
LOUIS; E:pls bes, par le Roi, Sigui, TEELYFEAUX. L'inexécution des difpolitions contenues dans TArrét ci-delits occafionna de nourciles piaintes. Les cotous des ilies, cai arrivant en L rance
paleut fouvent par plucieurs mains avant d'etre vendus aux Fabricans, ce cui étoit cauie quiil étoit dificile d'ctablir fila fraude provenoit des Infulaires ou des Marchands François. Il pourcit d'ailleurs
arriver qu'un trop long féjour dans un magafiu humide, en eut alreré
la qualité.
itions contenues dans TArrét ci-delits occafionna de nourciles piaintes. Les cotous des ilies, cai arrivant en L rance
paleut fouvent par plucieurs mains avant d'etre vendus aux Fabricans, ce cui étoit cauie quiil étoit dificile d'ctablir fila fraude provenoit des Infulaires ou des Marchands François. Il pourcit d'ailleurs
arriver qu'un trop long féjour dans un magafiu humide, en eut alreré
la qualité. Pour prévenir toute conteftation fur le recours qu'il auroit
falla avoir des derniers venceurs aux prémiers 1 le Foi rendit un d
cond Arret le 16 Docembre 1738, porlequel en confrmont tO1tC cC
qri cf régld par celui du 20 Decembre 1729. il ef ardemné ciiome
tre que les balles de Co:on vocant des Ios de ramerique Gatis les
Porte de Frauce ieront vues & wilndes à leur arrivee per les Commis
des Fermes, pour vérifier fi elles font marquées aux deux bouts, &
0 Las de contravention de les iilr,pour la confuication cn étrepar
Iom. IL
D --- Page 42 ---
DE LAMÉRIQUE
CONMERCE
Sieurs Intendans & Commillaires départif
COTON. eux pourfuivie pardevant les
du
avec la condamnation
dans les Provinces & Généralités Royaume,
des amendes portées par ledit Arrêt, &c. II vaut mieux lire toutes ces
difpofitions dans ledit Arrêt que d'en faire un plus long extrait. A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui renouvelle les difpofitions de PArrêt du Confeil duzo Décembre 1729;
Réglement pour les cotons qui s'envoyent des Ifles Françoifes
portant de PAmérique dans les Ports de France : 8 qui ordonne que lest balles
defdits cotons feront vifitées à leur arrivée dans lefdits Ports par les
Commis des Fermes.
it Arrêt que d'en faire un plus long extrait. A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui renouvelle les difpofitions de PArrêt du Confeil duzo Décembre 1729;
Réglement pour les cotons qui s'envoyent des Ifles Françoifes
portant de PAmérique dans les Ports de France : 8 qui ordonne que lest balles
defdits cotons feront vifitées à leur arrivée dans lefdits Ports par les
Commis des Fermes. Du 16 Décembre 1738Extrait des Régifires du Confeil d'Etat. E Roi étant informé que les habitans des Illes Françoifes de T'Amérique de
con: &
L tinuoient de mouiller les cotons qu'ils envoyent dans les Ports France,
négligeoient fur-tout de mettre leur marque aux deux bouts des balles; comme aufli,
les Capitaines commandant les bâtimens les Iiles continuoient pareillement
T recevoir dans leurs navires lefdites balles ReTS coton 2 fans III être & marquées; IV de TArrêt &ces du
nonobftant les difpolitions portées par les Articles I, il, les cotons qui s'enConfeil d'Etat du zo Décembre de 1729, portant dans Réglement les Ports France: & SaMajens
des Iiles
PAmérique
CE
voyent voulant affiurer par Françoifes des précautions qu'Elle a jugé néceffaires, T'exécution celles de ce
Réglement, & contenir oirosycosieedient,) par des peines plus févères des que qui aur
lont
Va ledit Arrêt du Conieil, , enfembie l'avis Députés
Confeil y prononcées: du Commerce : Oui le rapport du Sieur Orry, Confeiller d'Etat &x ordinaire au Confeil Royal, Contrôleur Général des Finances; le Roi étant en fort
Conieil, a ordonné & ordonné que ledit Arrêt du Conteil du 20 Décembre les défentes 1729x
fera exécuté fuivant fa formne & teneur; & en confequence; des Ifles > a réitéré de T'Améfaites par l'Article prémier dudit Arrêt aux habitans
& fans Françoifes mcuiller les cotons
rique 2 d'emballer ol faire emballer autrement ordonne qu'a fec, conformément à la
deftinés pour être envoyés en France : leur
aux deux bouts difpofition. de chaque
de P'Article II du même Arrêt, de mettre leur marque defdits
laquelle marque
balle de coton 2 & àun pied de diftance de chacun celui de bouts; leur
ou defera empreinte en huile, & contiendra leur nom & l'Article III, du même quartier Arrêt 2 *
meure: réitére pareillement les défenfes faites par
de recevoir aucuns cotons
tous Commillionnaires & autres habitans defdires balles Ifles,. contiendront ne fe troude la Guadeloupe ou autres Colonies, fi les ci-deffis quiles : comme aufli fait itératives
vent marquées conformément & Commandans à la difpofition des bâtimens qu'ils conduiront auxdites Ifles
défenfes aux avant Capitaines leur départ
revenir en France 3 auçunes balles de coton dans
de recevoir
pour
--- Page 43 ---
PAR M ARSEILLE
Ieurs navires, fi elles ne font marnites conformément à ce qui eft preferitparla difpo- CorOX.
ou autres Colonies, fi les ci-deffis quiles : comme aufli fait itératives
vent marquées conformément & Commandans à la difpofition des bâtimens qu'ils conduiront auxdites Ifles
défenfes aux avant Capitaines leur départ
revenir en France 3 auçunes balles de coton dans
de recevoir
pour
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PAR M ARSEILLE
Ieurs navires, fi elles ne font marnites conformément à ce qui eft preferitparla difpo- CorOX. fition dudit Article II dudit Arret du Conteil; & ce, fous ies peines portées parledit Arrêt: ordonne cil outre Sa Majefté > qte les balles de coton venant deflites
Illes de l'Amérique dans ies Ports de France, feront vues & viitées à leurarivee
par les Commis des Fermes, pour vérifier fi letdites balles de coton font marcuées
aux deux bouts d'icclles, & encas de contravention, ordonne Sa Majefté qu'elles
feront par eux fhilles & arretdes, & que la confication en iera par eux pountivie
parievant les Sieurs Intendans & Commifires dépaitis dans les Provinces & Géndralités du Royauze, dans les Ports deiquelles lefdites balles de coton arriveront
avec la condamnation aux amendes portées ledit Arrêt 7 tant contre les habizans defdites Illes que contre les Capitaines R Commandans des bâtimens fur leffe trouveront chargées.lefd. balles de coton: enjoint auxdits Sieurs Intendans
grea Commiffaires départis pour l'exécution des ordres de Sa Majeité , dans lefd. Provinces & Généralités du Royaume de tenir la main chacun en droit foi, à T'exécution
da préfent Arrêt, qui fera lu; 7 publie & affiché par-tout oii befoin fera, & exécuté
nonobftant oppolitions ou autres empèchemens quelconques, pour letquels ne fera
diffiré, & dont ii aucuns interviennent: > Sa Majefté s'en eft réfervé, à Elle & à fon
Confeil, la connnoilfance, icelle interdifant à toutes fes antres Cours & Juges. Fait
au Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles le feizitme jour de
Décembre mil fept cens trentc-huit. Signé, PHELYPEAUX. En" confèquence dudit Arrêt, les Employés des Feries Grent des faiSies de toutes les balles de coton en laine qu'ils trouverent en contravention, 1 & en pourfuivirent la confifcation avec amende, tant contre
les Propriétaires defdits cotons,
contre les Capitaines & ceux qui
les avoient vendus à l'Amérique.
failles le feizitme jour de
Décembre mil fept cens trentc-huit. Signé, PHELYPEAUX. En" confèquence dudit Arrêt, les Employés des Feries Grent des faiSies de toutes les balles de coton en laine qu'ils trouverent en contravention, 1 & en pourfuivirent la confifcation avec amende, tant contre
les Propriétaires defdits cotons,
contre les Capitaines & ceux qui
les avoient vendus à l'Amérique. # fuffifoit que les balles nc fuffent
pas marquées, conformément à l'Article II dudit Arrêt du 20 Décembre 1729, pour qu'elles fuffent arrêtées, quand même par la vérification , le coton n'auroit eù aucun vice intérieur. Ces vilites fufpendirent
l'aétivité de cette branche de Commerce, & donnerent lieu à pluficurs
procès de la part des François contre les Infulaires > & à de nouvelles repréfentations des Armateurs, ) pour demander que les balles de
coton en laine ne fuffent plus faifies par les Employés des Fermes
& que la vérification en fut refervée aux Fabricans, pour pourfuivre
la confifcation defdites balles, avec amende contre les contrev enans 9
dans les cas feulement que le coton fe trouveroit gâté ou pourri; ce
qui leur fut accordé par décifion du Confeil du 13 Mars 1739, Par
laquelle Fexécution de l'Arrêt du I6 Décembre 1738 fut fnfpendue,
& celui du 20 Décembre 1729 fut confirmé pour être exccuéfelonfa
forme & teneur. L'autre Réglement regarde le coton filé venant des Echelles du Levant à Marfeille 7 & il n'eft pas moins eflentiel au foutien de nes manafadtures. Ona vu la quantité confidérable de coton ilé qut arrive
du Levant pour être employé dans le Royaume à dinérens onvrages
que l'induftrie Françoife perfeétionne tous les jours. La frande qui
cherche à s'infinucr dans toutes les branches de Commerce 1 & qai
Jes détruiroit immanquablement, fi elle n'étoit réprimée dans fa noit
Dij
'eft pas moins eflentiel au foutien de nes manafadtures. Ona vu la quantité confidérable de coton ilé qut arrive
du Levant pour être employé dans le Royaume à dinérens onvrages
que l'induftrie Françoife perfeétionne tous les jours. La frande qui
cherche à s'infinucr dans toutes les branches de Commerce 1 & qai
Jes détruiroit immanquablement, fi elle n'étoit réprimée dans fa noit
Dij --- Page 44 ---
COMMERCE DE PANÉRIQUE
fance, étoit f manifefte dans l'affortiment des balles de coton filé venant
Coros. dudit Levant, que très-fouvent une balle ne. renfermoit pas le quart
de coton de la qualité déclarée, & pour laquelle elle avoit été vendue, les trois autres quarts fe trouvoient, en vérifiant les balles, d'une
qualité fi inférieure & d'un fi bas prix, que les Fabricans , outre la
perte qu'ils faifoient, n'en pouvoient plus faire T'ufage pour lequel ils
avoient fait acheter cette qualité de coton. Pour rémedier à cette fourberie, le Roi par Arrêt du 26 Septembre 1733, ordonne ce qu'il veut
être pratiqué dans les envois que les Négocians réfidans dans les Echelles du Levant feront à Marfeille. On connoitra mieux lcs fages
difpofitions de ce Réglement en le lifant.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Portan: Réglement pour les cotons filés qui viennent des Echelles du Levant
à MarfeilleDu 26 Septembre 1733Extrait des Régifires du Confeil d'Etat.
qui aété repréfenté au Roi , étant en fon Confeil, par l'entretien les Marchande de leurs
SERE de fil & coton de la Généralité de Lyon, des que cotons pour
tout
mantfattures 2 ils font obligés de tirer de Marfeille, étoient quiviennent anciennement de
filés des Echelles du Levant 5 mais que ces cotons quelque qui tems défeftueux & mêbonne. qualité & bien affortis > fe trouvent depuis il trouve de différentes qualités.
langés 2 en forte que dans une même balle toute s'en foit vendue au même prix,
inférieures les unes aux autres contidérable: > quoique & laballe Sa Majefté voulanry pourvoir. Và
ce qui leur caufe un préjudice
les Echevins & Députés de la Chambre du
la Délibération de Marleille prife à ce le fujet 18 Juin par dernier : enfemble T'avis du Sieur Lebret,
Commerce
Intendant &c Commitiaire départi en Provence, & celui des DéConfeiller au Bureau d'Etat, de Commerce > Oui le rapport du Sieur Orry, Confeiller d'Etatx
putés
Contrôleur Général des Finances. Le Roi étant en:
&: ordinaire ail Confell Royal,
fon Confeil, a ordonné & ordonne ce fuit:
ARTICLE PRÉMIER
Les Négocians réfidans dans les Echelles de Syrie 2 centinueront, comme ils ont
fait jufquici, de marquer fur chaque balle des cotons fités du qn'ils Marchand expédieront à PORE
contiendra > le nom
qui
Marfeille 2 la qualité du coton la qu'elle marque qu'ils font dans l'ufage d'y mettre 2 PoUE
fera adrelite; & au lieu.de
a
2 2R -
ordonne ce fuit:
ARTICLE PRÉMIER
Les Négocians réfidans dans les Echelles de Syrie 2 centinueront, comme ils ont
fait jufquici, de marquer fur chaque balle des cotons fités du qn'ils Marchand expédieront à PORE
contiendra > le nom
qui
Marfeille 2 la qualité du coton la qu'elle marque qu'ils font dans l'ufage d'y mettre 2 PoUE
fera adrelite; & au lieu.de
a
2 2R - --- Page 45 ---
PAR M ARSEILLE
déligner celui qui en fait l'envoi, que l'on appelle contre-marque. > leidits Négo- COTOT
cians feront tenus d'y mettre à l'avenir 3 & à commencer du premier Janvier
prochain > outre leur numero 2 leur nom en toutes lettres & fans abréviation, le
tout à peine de cent livres d'amende pour chaque balle 3 qui ne fe trouvera Fes
marquée en conformité du préfent Article.
II.
Lors des ventes qui feront faites des cotons à Marfeille, les acheteurs feront
tenus de les faire vifiter en préfence du vendeur, par un Courtier juré,. qui, lorf
que les cotons des balles qu'il aura vifitées > fe trouveront de la qualité marquée
fur chacune defdites balles > en donnera fon Certificat qui fera pareillement figné
par le vendeur 2 entre les mains duquel il fera remis.
IIL
Les balles oùt il y 2ura des cotons d'une qualité inférieure à celle qui fe trouvera
marquée fur chaque balle, feront faifies & arrêtées parle Courtier juré qui en aura
fai: la vifte & il en iera par lui dieffe procèsverbal qu'il remettra zux Echevins
& Députés àe la Chambre du Commerce de Marfeille 2 pour étre par eux nommé
des Experts, à l'effet de proceder a une nouvelle vérifcation des balles qui auront
éte faities.
IV.
Veut Sa Majefté que G le procès verbal fe trouve confrmé par le rapport des
Experts, les balles failies foient confitquées, & le vendeur condamné en cent livres d'amende pour chaque balle 3 applicable au profit de Sa Majefté; 3 fauf néanmoins fon recours, tant pour la conhication. 3 que pour l'amende 2 contre le Négociant qui aura fait Penvoi defdites balles, lequel > en cas de récidive, fera en
outre condamné à repaffer en France.
V.
Le tiers des cotons qui feront confiqués à Marfeille 3 eppartiendra cu Court:ez
furé çui cn aura fait laiaitie 3 & les denx autres tiers aux Hopitaux de FHOtelDieu & de la Charité de ladite Ville.
FI.
Yeut Sa Majette qu'zu cas que ies Commillionnairer, ou autres qui acheteront
des cotons à Marfeille pour les faire paffer en d'autres villes de l'intéricur du Royaume, 7 négligent lors de P'achat d'en faire faire la vifite en la forme prefcrite par
T'Article I du préfent Arrêt, & que par Ia vifite qui pourra en être faite enfuite dans
Ie lieu de Ia deftination > il s'en trouve quelques balles oùt il y ait des cotons
de diftivenres qualites, lefdits Commidionns.res foient tenus de faire raifon dudommage refultant du mélange 2 a ceux à qui ils les auront envoyées, ians néanmoins:
qu'ils puiffent exercer aucun recours contre les vendeurs de Marleille, ni contre
les Negocians GHi en awroat sai; Tenvol GvS Echelles du Levans
e lieu de Ia deftination > il s'en trouve quelques balles oùt il y ait des cotons
de diftivenres qualites, lefdits Commidionns.res foient tenus de faire raifon dudommage refultant du mélange 2 a ceux à qui ils les auront envoyées, ians néanmoins:
qu'ils puiffent exercer aucun recours contre les vendeurs de Marleille, ni contre
les Negocians GHi en awroat sai; Tenvol GvS Echelles du Levans --- Page 46 ---
COMMERCE DE LAMERIQUE. COTON
VII. Les Marchands & Fabricans des Villes de l'intérieur du Royaume 2 qui recevret
de Marfeille des balles malangées de coro:s de différentes qualités > feront tenus
dans les tzcis jours de Parrivée deflites balles, de préfenter requête au Juge du
lieu, à l'etfet de faire par lui nommer deux Experts pour conflaterle mélange > &
eftimer le dommage qui pourra en réfulter. Veut Sa Majefté, que fur le rapport
deidits deux Experts par eux affirmne véritable > la déclaration faite fous ferment par
le Négociant ouFabriquaat auquel leflites balles auroat été adreflées, portant qu'il
les a reçues dans le même état où elles auront été trouvées lors de la vifite
defdits Experts 2 enfemble fur l'attache du Juge jointe audit rapport & à la déclaration 7. le Négociant de Marfellle quiaura faitl'envoi defdites balles mélangées, faite
foit tenu de dédommuger cclai à qui il les aura envoydes, fuivant T'eftimation Courpar le rapport defdlits denx Experts 5 fauf néanmoins fon vifite recours des contre mêmes le
tier juré de Marfeille 2 qui auroit précédemmment fait la
Intendans balles,
& qui en auroit donné fon Certificat. Enjoint Sa Généralités Majefté du aux Royaume, Sieurs & aux
& Commiffaires départis dela dans Chambre les Provinces du Commerce & à Marfeille, de tenir chacun en
Echevins droit foi, & la Députés main à l'exécution du préfent Arrêt, qui fera là,, publié & affiché
par tout où befoin fera. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant, tenu
à Verfailles 1 lc vingt-fixième jour de Septembre mil fept cens trente-trois. Signé, PHELYPEAUX. OUIS par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre, Dauphin de
L Viennois, Comte de Valenginois 2 Dyois, Provence 2 Forcalquier Sieurs & Terresad- Intendans
jacentes: A nos amés & feaux Confeillers en nos Ordres Confeils dans ,. les les Provinces & Gé-
& Commiliaires départis pour l'exécution de nos
de la Chambre du Comnéralités de notre Royaume, & aux Echevins & Députés
merceà Marfeille ; SALUT.Nous vous mandons & enjoignons l'exécution par ces de préfentes T'Arrêt ci-atta- fignées
de Nous, de tenir chacun en droit foi, la main à
donné en notre Confeil
ché fous le contre-feel de notre Chancelerie, cejourdhui
au
notre
d'Etat 2 Nousy étant, pour les caufes y contenves; commandons prémier
Huilier ou Sergent fur ce requis de Ggnificr ledit Arrêt à tous qu'il appartiendra,
ce que perionne n'en ignore, & de faire enl outre pour fon entiere nonobftant exécution cla- 3
tous Aêtes & Exploits requis & néceffaires, fans autre permifion, Voulons
comeur de Hlaro, Charre formande & Lettres à ce contraires.
d'Etat 2 Nousy étant, pour les caufes y contenves; commandons prémier
Huilier ou Sergent fur ce requis de Ggnificr ledit Arrêt à tous qu'il appartiendra,
ce que perionne n'en ignore, & de faire enl outre pour fon entiere nonobftant exécution cla- 3
tous Aêtes & Exploits requis & néceffaires, fans autre permifion, Voulons
comeur de Hlaro, Charre formande & Lettres à ce contraires. qu'aux
pies dadit Arrêt & des Préfentes > collationnies par T'un de nos Car amés tel eft & féaux notre
Coofilenesceretincs. 2 foi foit cjoutée comme aux originaux de
mil
plair. Donné à Verfailles le vingt-lixieme jour de Septembre, Iun LOUIS: grace bas, fept
ceas trente-trois, & de notre regne le dix-neavilme. PHELYPEAUX. Signé,
Et fcellé. Erplus
Par le Roi Dauphin, Comte de Provence. Signé,
Il femble que lcs cotons en laine ayant été affranchis de tous droits
entrées du Royaume
Arrét du I2 Novembre 1749, il eft fiaux
par
avant ledit Arrêt. Cette conperflu de parler des droits qu'ils payoient
dans les
noiflance eft véritablement inutile & n'influe en rien
expéditions que les Marchands peuvent en faire aujourd'hui; mais cette franchife pouvant avoir un terme & les droits être rétablis, il eft toujours
bon de fçavoir comment en ufoient nos peres 1 & dans quelle vie le
Gouvernement a diminue ou augmenté ies droits fur cette marchandifc.
ft fiaux
par
avant ledit Arrêt. Cette conperflu de parler des droits qu'ils payoient
dans les
noiflance eft véritablement inutile & n'influe en rien
expéditions que les Marchands peuvent en faire aujourd'hui; mais cette franchife pouvant avoir un terme & les droits être rétablis, il eft toujours
bon de fçavoir comment en ufoient nos peres 1 & dans quelle vie le
Gouvernement a diminue ou augmenté ies droits fur cette marchandifc. a --- Page 47 ---
P. AR MARSEILLE
Par le tarif de 1664, les cotons en laine ou en graine. 1 furent im- COTOS
pofés à l'entrée des cinq groffes Fermes à 3 livres lc cent pefant.
On ne diftinguoit pas encore le coton netoyé de fes graines, de
celui qui ne l'étoit pas ; cc dernier n'eft connu anjourd'hui que par
coton en pierre.
Par le tarif de la douane de Lyon, Iedit coton ne doit que
ci.
90 9d. 2
I liv.
Et pour la repréciation.
IO 3
Ces droits furent changés par Arrêt du II Décembre 1691, & firent fixés fur les cotons en laine des Colonies françoifes, à I livre
IO fols du cent pefant; ce qui a été confirmé par les Lettres-Patentes
de 1717 & 1719, en obfervant que par celles de 1719 l'entrepôt ent
a été ordonné à fon arrivée à Marfeille, afin qu'il De put pas être
confondu avec celui du Levant fi abondant dans cette Ville.
Le droit fur le même coton provenant de la traite dcs Noirs, cft
réduit à la moitié , c'eft-à-dire à I5 f du cent pcfant par Ies LettresPatentes du mois de Janvier 1716.
Cette modération des droits fur le coton en laine de nos Ifles, fit
connoitre par les progrès de la flature du coton en France 3 & par
l'augmentation & la perfection de nos manufaétures, qu'une exemption
totale des droits, tant à l'entrée du Royaume, qu'au paffage d'une
Province dans une autre, a feroit encore plus avantageufe; ce qui détermina le Roi à rendre l'Arrêt du IZ Novembre 1749 2 par lequel à
commencer du prémier Oétobre 1750, les cotons en laine 8c. font
exemptés de tous droits d'entrée & locaux 2 dépendans des cing groffes
Fermes, foit qu'ils viennent de T'Etranger dans le Royaume, ou qu'ils
pallent d'une Province dans une autre. Le fuccès que le Commerce
devoit attendre d'un Réglenient fi favorable, n'a point été douteux. IL
a répandu une nouvelle activité fir l'induftric françoife, & l'époque de
cette exemption totale fur les cotons en laine & autres matieres prémieres, cft celle du nouveau luftre qui fait rechercher aujourd'hui par
T'étrauger les ouvrages de nos manufaétures. Voici cet Arrêt qu'aucun
Commerçant ne doit ignorer. La générofité & le zèle patriotique de
Mrs. les Fermiers Généraux, méritent de trouver ici une place à la
reconnoiffance que leur doit le Commerce, > pour avoir demandé qu'une
exemption fi favorable fut anticipée de neuf mois, & qu'elle commença
le prémier de Janvier au lieu du prémier O@tobre, fans prétendre aucune indemnité pour raifon de la diminution des droits; ce qui fut
accordé par Arrêt du 9 Décembre 1749.
nksy
é & le zèle patriotique de
Mrs. les Fermiers Généraux, méritent de trouver ici une place à la
reconnoiffance que leur doit le Commerce, > pour avoir demandé qu'une
exemption fi favorable fut anticipée de neuf mois, & qu'elle commença
le prémier de Janvier au lieu du prémier O@tobre, fans prétendre aucune indemnité pour raifon de la diminution des droits; ce qui fut
accordé par Arrêt du 9 Décembre 1749.
nksy --- Page 48 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
COTON.
at
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Portant exemption de tous droits d'entrées 8 locaux, dépendans des
cing groffes Fermes, > fiur les laines non filées, les cotons en laine,
les chanvres, 8 lins en mafe & non apprètis, les poils de chameau
& chevreau 3 8 les poils de chévre,filés 8 non Ailés, venant de
Pemanger dans le Royaume, ou qui pajeront d'une Province dans une
autre, a commencer du prémier Janvier 1750.
Du I2 Novembre & 9 Décembre 1749.
Extrait des Rigifres du Confeil d'Etat.
E Roi s'étant fait repréfenter les Arrêts de fon Confeil des13 815 OStobre
LE 19 Novembre 1743, par lefquels les marchandifes des fabriques du & manufaStures qui y font fpécitiées, ont été exemptées des droits de fortie direétement Royaume, à
& autres droits des cinq groffes Fermes, lefquelles feront envoyées a tout le fuccès
Tétranger; 5 & Sa Majefts étant informée quc cette exemption eu
cette
l'on devoit en attecdre, mais qu'il feroit encore un moyen surde porter
que branch: de Commeice à un plus haut point, en favorifant la abfolument main d'auvre néceffaires par
l'exemption de tous droits far certaines & dont matières les prémières,. du Roi font obligés de tirer
pour alimenter les manufactures, Que cette nouvelle grace Sujets feroit un avantage d'autant plus
tne partic de T'étranger: mettroit à portée d'avoir abondamment celles defdites matières prégrand, mibres, qu'elle dontle Royaume ne produit pas une quantité proportionnée à l'induftrie des
Sujets de Sa Majelié, jufqu'à ce que leur émulation les mette en état de difpofée s'en pro- à
curer par eux-mames la plus grande abendance. Sa Majefté 2 toujours d'une portion
favorifer le Commerce & lindufirie de fes Sujets, mnême aux dépens de
de fes revenus, s'eft déterminée à leur donner cette nouvelle preuve ôter les moyens protedion, d'en
en prenant en même tens ies précautions Oui le raport nécefaires, du fieur pour de Machault , Confeiller
abuler; à quoi voulant pourvoir. Conrrôleur Général des Finances, LE ROI étant en
ordinaire au Confeil ordonne royal, & ordonne ce qui fuit.
fon Confeil, a
ARTICLE PRÉMIER R.
Les laines ncn filées, cotons en laine , chanvres & lins en maffe, & non apretés;
poils de chameau & chevreau, 8x poilsde chevre, filés & non filés, qui viendront
à Pavenir, à compter du prémier O8obre 1750, des pays du étrangers, de foit tous par droits mer,
foit par terre, feront exempts à toutes les entrées Fermes, Royaume, dépendans de la
généralemnent quelconques, tant des cinq groffes
qu'autres
kerne générale.
II.
SAX R
non apretés;
poils de chameau & chevreau, 8x poilsde chevre, filés & non filés, qui viendront
à Pavenir, à compter du prémier O8obre 1750, des pays du étrangers, de foit tous par droits mer,
foit par terre, feront exempts à toutes les entrées Fermes, Royaume, dépendans de la
généralemnent quelconques, tant des cinq groffes
qu'autres
kerne générale.
II.
SAX R --- Page 49 ---
P A R MARSEILLE
COTON.
II.
Leflites marchandifes 3 enfemble celles de même efpéce du crà da Royaume
qui feront tranfportées des Provinces réputées étrangeres, dans celles dis cinq
grolles Fermes, ou de celles des cinq groffes Fermes, dans les Provinces réputées
étrangeres, jouiront pareillement de l'exemption de tous droits, tant d'entrée & de
fortie defdites Provinces; qu'autres locaux, fous quelque dénomination que ce puiffe
atre, dépendans de la Ferme générale.
III
Pour éviter les abus qui pourroient naitre des exemptions ci-deffus accordées, &
Xes embarras dans les vifites & la régie des Fermes , fait Sa Majefté, très-expreffes
inhibitions & défenfes que lefdites marchandifes exemptes foient mêlées avec celles
fujettes aux droits 2 fous peine d'être déchues de ladite exemption 3 & d'acquitter
ies droits auxquels elles font impofées > quand même les marchandifes fujettes aux
droits ne feroient qu'en très-petite quantité 2 & que les unes & les autres auroient
été déclarées en. détail, par quantités & qualités.
IV.
La déclaration defdires marchandifes fera faite 2 ainfi que la vifite, de même que
pour celles fujettes aux droits; & fi lors de cette vifite il fe trouve dans les ballots; >
cailfes ou tonneaux, des marchandifes fujettes aux droits 3 non déclarées, mélées
parmi celles auxquelles l'exemption eft accordée par le préfent Arrêt, en quelque
petite quantité que ce puilfe être , les unes & les autres 2 tant celles fujettes aux
droits que celles qui auroient dû en être exemptes fans cette contravention > feront
faifies & confilquées > enfemble toutes celles comprifes dans la même déclaration >
lettres de voiture ou connoiffemens, avec amende de trois mille liyres & interdiction de Commerce.
V.
Celles defdites marchandifes qui feront envoyées du Royaume à Petranger, foit
qu'elles foient du crà du Royaume > foit qu'elles foient venues de l'étranger. 2 payeront à toutes les forties du Royaume 2 même à celle de Bayonne, > fçavoir les laines
non filées, vingt-cinq livres du cent pefant, fuivant PArrêt du Confeil à 7 Septembre 1728; les cotons en laine 2 vingt-quatre livres du cent pefant > & les poils
de chevre non filés, quatre-vingt-dix livres, aufli du cent pelant.
VI.
Pour ce qui eft defdites efpéces de ma:chandifes défignées dans le préfent Arrêt
qui feront tirées du Reyaume pour les manuf: Eures qui font aétuellement établies
ou qui pourroient l'être dens l2 fuite à Marfeille, vent & entend Sa Mujete,quil
foit drefé tous les ans par la Chambre du Commerce de ladite Ville, un état
vité par le fieur Commiffaire dèparti, des quantités qui feront jugées néceffaires &
fuffiantes pour l'aliment defdites manufa@ures > & que lefdites marchandifes ne
ruilfent y. être tranfportées que fur les certificats de ladite Chambre répréfentés aux
Comiis de PAdjudicataire des Fermes générales 3 à défut defquels certificats leffites marchandifes feront traitees comne fi eiles étoient deftinées pour l'étranger.
Tom. II.
E
quantités qui feront jugées néceffaires &
fuffiantes pour l'aliment defdites manufa@ures > & que lefdites marchandifes ne
ruilfent y. être tranfportées que fur les certificats de ladite Chambre répréfentés aux
Comiis de PAdjudicataire des Fermes générales 3 à défut defquels certificats leffites marchandifes feront traitees comne fi eiles étoient deftinées pour l'étranger.
Tom. II.
E --- Page 50 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COTON. VII
Ordonne au furplus, Sa Majefté, que les Tarifs, Arrêts & Réglemens le feront
exécutés felon leur forme & teneur, en ce qui n'y eft point dérogé à par préfent
Arrêt. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y. étant, tenu Fontainebleau:
le douze Novembre mil fept cens quarante - neuf. Signé, M. P. DE VOYER
D'ARGENSON. Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat. UR la Requète préfentée au Roi en fon Confeil, par les Fermiers contenant généraux *
S cautions de Thibault Larue, Adjudicatzire des Fermes exemption générales, de tous droits que de
fur PArrét du Confeil du 13 Oftobre & manufactures 1743, portant qui y font fpécifiées 2 à commenfortie > en faveur O8obre des fabriques les Fermiers généraux 2. cautions de Jacques Forcecer du repréfenterent prémier
qu'il 1744, étoit à craindre que julqu'a cette époque Texemption
ville,
de Sa Majefté,
ne fit un effet contraire aux vues & aux fages difpofitions pourroity
LR
une finfpenfion de Commerce qui, quoique iis momentanée, que les Fabriquans PER Kégocians
dérangement : Que pour T'éviter, tôt penfoient d'une grace auffi intéreffante pour le
8 Royaune ne pouvoient jouir trop &
continuer à donner des marques de leur
Commerce: Que dans cette Sa vue,
pour le bien public, ils confentoient que
le fervice de Majefté
STe
zile pour
eut lieu dès le prémier Novembre 1745,. fans en demander aucette exemption
offres furent agréées par Sa Majefté, par Arrêt du IS
cuie indemnité 7 lefquelles
Sa Miajefté, défirant donner au Commerce &
Oftobre 1743 : Qu'aujouird'hui, de nouveaux que
témoignages de faveur & de proteâtion >
à Pinduftrie de fes Sujets, mois de Novembre dernier, d'accorder aux matieres
vient par fon Arrêt du 12 du de tous droits d'entrée,, à commencer du préprémières y énoncées > l'exemption de
du bail aôtuel, il eft pareillement à
mier OStobre 1750. 3 terme l'expiration n'occafionne dans. le Commerce une
craindre que jufqu'à cette époque > l'exemption Que dans ces circonftances, & pour
interruption qui lui feroit tres-préjudiciable: lefdites cautions de Thibault Larue, animées du même
éviter cet incenvénient de >
Forceville 7, confentent que l'exemption de tous
zèle que les cautions accordée Jacques l'Arrét du 12 du mois de Novembre dernier, aux
droits d'entrée
par ait lieu dès_le prémier Janvier prochain fans eit
matieres prémieres indemnité y énoncées, à quoi Sa Majefté voulant pourvoir.
lui feroit tres-préjudiciable: lefdites cautions de Thibault Larue, animées du même
éviter cet incenvénient de >
Forceville 7, confentent que l'exemption de tous
zèle que les cautions accordée Jacques l'Arrét du 12 du mois de Novembre dernier, aux
droits d'entrée
par ait lieu dès_le prémier Janvier prochain fans eit
matieres prémieres indemnité y énoncées, à quoi Sa Majefté voulant pourvoir. Oui k rapport
demander aucune Confeiller ordinaire au Confeil Reyal, Controleur général
du fieur de Machault, LE ROI en fon Confeil en agréant les offres & corfentement des
des Finances, cautions du bail de Thibault Larue, a ordonné & ordonne de Novem- que
Yermiert-Généraux
l'Arrêt du Confeil du 12 du mois
l'exemption de tons droits portée par cotons en laine, chanvres & lins en maffe &
bre dernier, fur les laines non filées,
chevre filés & non filés,quiviennon aprètez, poilsde chameau &x chevreau, poilsdec du prémier Janvier prochain 2
dront à l'avenir de l'étranger, aura lieua cemmencer à cet égard iculement,
au lieu du prémicr Câobre 1750, Sa Majefté dérogeant, exécuté felon 1a forme & teneur.
chanvres & lins en maffe &
bre dernier, fur les laines non filées,
chevre filés & non filés,quiviennon aprètez, poilsde chameau &x chevreau, poilsdec du prémier Janvier prochain 2
dront à l'avenir de l'étranger, aura lieua cemmencer à cet égard iculement,
au lieu du prémicr Câobre 1750, Sa Majefté dérogeant, exécuté felon 1a forme & teneur. à la difpolition dudit Arrêt, lequel fera au fiurplus Verlailles le Lécembre mil fept cens
Fait au Confeil d'Etat du Roi, tenu à
quarante-neuf. Collationné, Signi, EYNARD. Cullatienné aux Originaux par Nous France Ecuyer & Confiller-Seretairs Finances,
dul Rei,hieifon, Couronne de
dejes
a
L
A 2 a 3 a N --- Page 51 ---
PAR MARSEILLE,
COrON
OB S E R VATIO N S.
Plus T'exemption totale des droits far les cotons en laine eft favorable au Commerce 1 & plus les. Marchands doivent être vigilaus à
remplir les conditions aufquelles elle a été accordée. Par T'Article III
il eft abfolument défendu de méler avec ledit coton d'autres marchandifes fujettes aux droits, fous quelque prétexte que ce puilfe être.
La Déclaration qui pourroit en être faite ne difculperoit point le Marchand, qui par-là perdroit le droit d'exemption des droits fur lefdits
cotons 1 & fi par la vérification ( fuivant l'Article IV) qui fera faite
defdites balles &c.il fe trouvoit d'autres marchandifes fujettes aux droits
qui n'euffent pas été déclarées, les unes & les autres feront failies &
confifquées, & toutes celles comprifes dans la même facture, lettres
de voitures ou connoiffemens, avec amende de 3000 liv. & interdiction de Commerce. Quelque rigourcufe que paroiffe cette peine, elle
eft proportionnée au tort qu'une pareille fraude cauferoit au Commerce
de coton en laine, par les vifites fréquentes qu'elle occafionneroit, &
par une fnite néceflaire, un retard & des dommages qui en refulteroient
pour les bons Négocians.
Cette exemption de tous droits à l'entrée du Royaume, a été jugée
fi néceffaire pour les progrès de nos manufactures > que fur Ia queftion agitée comment il falloit traiter les cotons en laine des Ifes
Françoifes de T'Amérique , qui, par la prife qu'en auroient fait les
Anglois deviennent marchandifes d'Angleterre 7 il fut décidé par le
Confeil ie 18 Mai 1762, que tous les cotons en laine venant des pays
étrangers continueroient à jouir de l'exemption entiere des droits d'entréc dans le Royaume 7 fans diftinétion de coton de TAmérique, du
Levant ou des indes, pourvu qu'il foit importé en France fur quelques
Navires que ce foient, autres que d'Angleterre i car venant fur des
Navires Anglois l'entrée en cft prohibée.
Par T'Article V. les cotons en laine une fois entrés dans le Royaume en franchife de tous droits 3 ne pourront plus être envoyés à T'étranger qu'en payant 24 livres du cent pefant. Cette difpofition a été
changéc, ainfi que je: vais le rapporter après avoir dit un mot de
l'Article VI, par lequel les Fabriques de Marfeille foit adtuelles 3 foit
à venir font diftinguées des étrangeres, & peuvent tirer lefdits cotons
en laine & autres matières qui font néceffaires pour les alimenter >
quand mêies elles feroient entrées dans le Royaume en franchife des
droits. Efedtivement les Marfeillois feroient bien à plaindre , fi à caufe
de la franchife de leur port ils ne pouvoient point faire valoir leur
iuduftrie 1 reconnue fi utile à toute la Provence, & aux autres Provinces du Royaume, tandis qu'ils font foumis à tous les Réglemens
renaus pour les manujactures nationales, & qu'ils contrib:ent aux imEij
>
quand mêies elles feroient entrées dans le Royaume en franchife des
droits. Efedtivement les Marfeillois feroient bien à plaindre , fi à caufe
de la franchife de leur port ils ne pouvoient point faire valoir leur
iuduftrie 1 reconnue fi utile à toute la Provence, & aux autres Provinces du Royaume, tandis qu'ils font foumis à tous les Réglemens
renaus pour les manujactures nationales, & qu'ils contrib:ent aux imEij --- Page 52 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
fur linduftrie Françoife. Mais pour prévenir les abus
COTON pofitions reparties
commettre en fe prévalant du befoin des
que les fraudeurs pourroient
que la Chambre de
Fabriques de Marfeille y il eft fagement reglé
des
Commerce de ladite Ville dreffera toutes les années un état
quantités des matières prémières néceffaires pour l'aliment Commiffaire des Manufactu- déres de ladite Ville, qu'elle fera vifer par le Sieur
les
parti, & qu'elle délivrera des Certificats pour les quantités que feront
Fabricans voudront tirer du Royaume, 8 que ces Certificats Générales fans
repréfentés ajix Commis de TAdjudicataire des Fermes envoyées du
quoi les cotons en laine & autres matières prémières T'Article V,
Royaume à Marfeille 7 payeront les droits portés par
comme fi elles palloient à l'étranger. de l'Article V qui fixe les droits de fortie
J'ai dit que la fur difpofition les cotons en laine à 24 livres du cent pefant 1
pour l'étranger
les Réglemens rendus à ce
avoit été changée, & que je rapporterois
fijet. Par Arrêt du 22 Décembre 1750 7 le Roi voulant accorder une
des cotons foit du Levant 7 foit de nos
entière liberté au Commerce
eft
néceffaire par la
Colonies, dont la fortie à l'étranger quelquefois fe trouvent furchargés $
trop grande quantité dont les Manufa@uriers
7 & rétabli
a dérogé à l'Article V de T'Arrêt du I2 Novembre 1749 ledit Arrêt
les droits de fortie qui fe percevoient fur le coton avant
de cet.
de 1749. Il eft elfentiel de connoitre toutes les difpofitions
Arrêt.
EE
liberté au Commerce
eft
néceffaire par la
Colonies, dont la fortie à l'étranger quelquefois fe trouvent furchargés $
trop grande quantité dont les Manufa@uriers
7 & rétabli
a dérogé à l'Article V de T'Arrêt du I2 Novembre 1749 ledit Arrêt
les droits de fortie qui fe percevoient fur le coton avant
de cet.
de 1749. Il eft elfentiel de connoitre toutes les difpofitions
Arrêt.
EE --- Page 53 ---
P A R M A RSEILLE
COTON
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui continue la perception du droit de vingt pour cent , à toutes les
entrées du Roycume, far les marchandifes du Levant, mâme fur celles
dinommées d.ins LArticle prémier de PArêt du I2 Novembre 1749,3
8c, far le pied de l'évaluation portée par les états joints du pidfent Arrêt.
Exempte du droit de trois pour cent du Domaine d'Occident, les cotons
venant des Colonies Françoifes de PAmérique 2 pour la confommation
du Royaume 1 & les alfujettit aux mêmes droits de fortie qu'ils payoiens
avant PArrêt du I2 Novembre 1749.
Ordonne que le droit de trois pour cent du Domaine d'Occident 7 continuera d'être perçu fitr le coton des Colonies Françoifes qui paffera à
l'étranger 3 & que le droit de demi pour cent, établi par la Déclaration du IO Novembre 1727, continuera auffi d'être perçu fiur le cotort
defdites Colonies, de la même manière qu'il Je perçoit fur les autres
marchandifes qui en viennent.
Du 22 Décembre 1750.
Extrait des Régifires du Confeil d'Etat.
qui a été repréfenté au Roi, étant en fon Confeil, que les Arréts des
SEE Novembre & 9 Décembre 1749 7. portant exemption de tous droits, tant
des cinq groffes Fermes, qu'autres dépendant de la Ferme générale > fur les lainess
cotons 3 chanvres, lins & poils de chevre 3 chameau & chevreau, pourroient OCcafionner des dificultés en ce que d'une part, ceux qui apporteroient en France
de pareilles marchandifes des pays de la domination du Grand Seigneur, 2 du Rot
de Perfe & des Côtes de Barbarie, prétendroient peut-être qu'elles devroient être
exemptes du droit de vingt pour cent, érabli par d'anciens Réglemens fur celles
qui viennent defdits pays fous prétexte que ce droit eft dépendant de la Ferme
générale 3 quoiqu'en Pétablifant on ait. eu principalement pour objet, de fixer par
Marfeille 2 l'entrée defdites marchandifes, afin d'éviter 2 par les précautions que:
J'on y prend., les malheurs de la contagion : Que d'autre part on pourroit aufli
mettre en doute fi le droit de trois pour cent du Domaine d'Occident, qui fe
perçoit fur les marchandifes venant des Colonies Françoifes de T'Amérique 3 doit
ceffer d'être perçu fur les cotons deidites Colonies, vit que ce droit 2 quoique
réuni aétuellement à la Ferme générale, tire fon origine defdites Colonies ou ilfe:
gerceyoit autrefois, &ax poiat chingt de DASHIC, malgré la percvption quis'es
roit aufli
mettre en doute fi le droit de trois pour cent du Domaine d'Occident, qui fe
perçoit fur les marchandifes venant des Colonies Françoifes de T'Amérique 3 doit
ceffer d'être perçu fur les cotons deidites Colonies, vit que ce droit 2 quoique
réuni aétuellement à la Ferme générale, tire fon origine defdites Colonies ou ilfe:
gerceyoit autrefois, &ax poiat chingt de DASHIC, malgré la percvption quis'es --- Page 54 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
fait dans le Royaume pour la facilité du Commerce & de la régic des Fermes?
COTON Que l'on pourroir anti former le même doute fur le demi pour cent ajouté au droiz
du Domaine d'Occident, par la Déclaration du IO Novembre 1727 & prorogé
par différens Arrêts du Confeil 2 attendu qu'il fe perçoit en méme teis & de la
mêie maniere que celui de trois pour cent du Domaine d'Occident, quoique ledit
demi pour cent n'ait jamais été réuni à la Ferme générale : Qu'enfin le droit de
vingt-quatre livres du cent pefant, établi à la fortie du Royaume fur les cotons,
par Tairticle V dudit Arrét du 12 Novembre 1749 gêneroit la liberté du ommerce des cotons du Levant, & de ceux des Colonies Françoifes de l'Amérique >
& Sa Majefté, voulant d'un côté prévenir les conteftations qui pourroient naitre
fur l'exemption ou la perception de ces différens droits, & de l'autre, reêtifier,
par une nouvelle évaluation des marchandites du Levant > les changemens furvenus
à leur valeur depais celles qui furent faites en 1703,, & en 1700 & conferver au
Commerce des cotons la liberté dont il a toujours joui: Ouile rapport > LE ROI
érmt en fon Confeil, en in:erpretant 2 en tant que de befoin eft ou feroit les
Arreis de fon Conieil des 12 Novembre & neuf Décembre 1749, a crdonné 6
ordonne ce qui fuit.
ARTICI E PRÉNIER R.
Le droit de vingt pour cent continuera d'être perçu de la méme maniere qu'il l'a
été jufqu'à préfent, fur toutes les marchandifes qui viennent des Etats du Grand
Seigneur 2 de ceux du Roi de Perfe, & des Côtes de Barbarie, 2 en conféquence
de l'Edit du mois de Mars 1660 & autres Réglemens poftérieurs., même fur celles
dénommées dans P'Article prémier de PArrêt du I2 Novembre 1749. Voulant Sa
Majeié que la perception s'cn faffe à Tavenir, tant à Marfeille & au Pont-de Beauvoifin, que dans les autres Bureaux d'entrée du Royaume 2 fur le pied de la nouvelle évaluation portée par les deux Etats annexés au préfent Arrêt.
II.
Les cotons qui viendront des Colonies Françoifes de P'Amérique, pour la cortfommation du Royaume feulement, feront exempts du droit de trois pour cent du
Domaine d'Occident, fans toutefois qu'à raifon de cette exemption > on puiffe prétendre que ledit droit ait chanigé de nature pour les autres marchandifes qui y fons
fujettes.
III.
Les cotons, foit du Levant, foit des Colonies Ftançoifes de l'Amérique pourront fortir da Royaume fans payer d'autres droits que ceux qui fe percevoient avant
TArret du 12 Novembre 1749 2 Sa Majefté dérogeant, àcet égard feulement, à T'Article V dudit Arrêt.
IV.
Sa
le droit de trois pour cent du Comaine d'Occident, 2
Ertend , Majent:, aforcinaire que
fr les cotons des Colonies Françoifes de l'Amécontinue d'être perçu
rigue, q"L feront envoy-s dans les pay's éurgers.
S22 - S
d'autres droits que ceux qui fe percevoient avant
TArret du 12 Novembre 1749 2 Sa Majefté dérogeant, àcet égard feulement, à T'Article V dudit Arrêt.
IV.
Sa
le droit de trois pour cent du Comaine d'Occident, 2
Ertend , Majent:, aforcinaire que
fr les cotons des Colonies Françoifes de l'Amécontinue d'être perçu
rigue, q"L feront envoy-s dans les pay's éurgers.
S22 - S --- Page 55 ---
PAR MARSEILLE.
V.
COrON
Veut pareillement Sa Majefté, que le droit de demi pour cent, établi par la
Déclaration du IO Novembre 1727 & prorogé par des Arrits poitérieurs 2 notamment par celui du 13 Novembre 1748, continue d'être perçu fur les cotons des
Colonies, ainfi & de la même maniere que fur toutes les autres marchandifes qui
en viennent. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant > tenu pour les
Finances, à Verfailles le vingt-deux Décembre mmil fep: cens cinquante.
Signé, M. P. DE VOYER D'ARGENSON.
R E M ARQUES
Trois difpofitions différentes. 3 & toutes trois ayant un rapport direet
à la matiere que je me fiuis propofé d'éclaircir, font renfermés dans
l'Arrêt ci-deffus.
PREMIERE E M E N T.
Par l'Article prémicr de l'Arrêt du 12 Novembre 1749, les cotons
en laine 9 les laines non filées, chanvres & lins en maffc 2 poil de
chameau & chevreau, & poil de chevre filés & non filés, venant de
l'étranger 3 foit par mer, foit par terre, font déclarés exempts à toutes les entrées du Royaume 1 tant des droits des cing groffes Fermes,
que de tous autres droits dépendans de la Ferme générale. Cette cxemption illimitée, fembloit comprendre aufli le droit de vingt pour cent
impofé fur lcs marchandifes du Levant qui n'en viennent pas en droiture fir des Vaiffeaux françois, d'autant mieux que ledit droit appartient à la Ferme générale, (Marfeille & le Pont de Beauvoifin exceptés ) oh il eft payé au profit de la Chambre du Commerce de ladite Ville
de Marfeille.
Notre Commerce en Levant auroit fouffert un dommage trop préjudiciable, 3 fi la faveur accordéc au Commerce du coton en laine venu
de l'étranger avoit été applicable audit droit de 20 pour cent, &c les
étrangers qui ne contribuent point aux charges impolées fr les marchandifes provenant dudit Commerce du Levant 2 le feroient avec plus
d'avantage
les François. Pour prévenir un abus fi contraire aux intentions de e: Majefté, elle déclare par P'Article prémier que le droit
de 20 pour cent continuera d'être perçu de la mêine manière qu'illa
été fur toutes les marchandifes qui viennent des Etats du Grand Seigneur, de ceux du Roi de Perfe 8c des Côtes de Barbarie conformement à TEdit du mois de Mars 1669 & aux autres Réglemens pof
térieurs; &x afin que l'exemption accordée fur les marchandifes dénommées dans T'Arrêt du I2 Novembre 1749 : ne puiile plus étre une
occafion de préjudicier à notre Commerce du Levant en droiture, elle
declare que iedit droit de 20 pour ceut fera payé fur leitites mar
Seigneur, de ceux du Roi de Perfe 8c des Côtes de Barbarie conformement à TEdit du mois de Mars 1669 & aux autres Réglemens pof
térieurs; &x afin que l'exemption accordée fur les marchandifes dénommées dans T'Arrêt du I2 Novembre 1749 : ne puiile plus étre une
occafion de préjudicier à notre Commerce du Levant en droiture, elle
declare que iedit droit de 20 pour ceut fera payé fur leitites mar --- Page 56 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
COTON. chandifes, tant à Marfeille & au Pont de Beauvoifin, que dans les auBureaux du
fur le pied de la nouvelle évaluation portres zée dans les deux Royaume, états annexés au préfent Arrêt. J'ai fupprimé ces
deux Etats qui font étrangers à mon fujet, 1 avec d'autant plus de raifon, que Je rapporte dans un autre ouvrage tout ce qui appartient au
droit de 20 pour cent. (4)
SECONDEMENT
Les cotons en Iaine provenant de nos Colonies 8 deftinés pour du la
confommation du Royaume, font déclarés par l'Article II exempts
droit de pour cent du Domaine d'Occident., impofe, comme il a
été 31 dit, fur toutes les marchandifes du crû de nos Ifles, fans que
déja
puiffe être prétendue fur aucune autre marchandife
cette exemption defdites Ifles, ni qu'elle puiffe être applicable au droit de
ou denrées
continuera d'être levé, fuivant T'Article V fur lefdits
: pour cent qui ainfi
fur toutes les autres marchandifes de l'Amécotons en laine, à que la Déclaration du IO Novembre 1727 & Arrêts
rique, conformément Cette exemption du droit de 3. pour cent du Domaine d'Ocpoltérieurs.
les cotons en laine de T'Amérique, deflinés
cident, confommation nc regarde que du Royaume , & non ceux qui feroient envoyés
pour la
ledit droit de pour cent continuera d'être
à l'étranger , fur lefquels fuivant PArticle IV. d a befoin de quelques éclairperçu à T'ordinaire, trouvera dans la remarque qui fiuit.
cilfemens, qu'on
TROISIENEMENT
les cotons en laine, foit du Levant, foit des CoPar T'Article III,
font
du
du droit
Ionies Françoifes de T'Amérique, 7
déchargés T'Article V de payement TArrêt du I2 Node 24 liv. du cent pefant impofé de par nouveau aux droits de fortie qu'ils
vembre 1749 1 & font affujettis Le
de ces anciens droits n'auroit
payoient avant ledit Arrêt. énoncés payement clairement dans le tarif de 1664,
fait aucune dificulté, étant
les
réputées étrangeres
& dans les autres tarifs d'ufage la pour provinces du droit de 3 pour cent
aux cinq groffes Fermes; mais perception nos Colohies, devint le fujet
du Domaine d'Occident fur les cotons de
lefdits cotons
l'embarras de diftinguer
de grandes conteftations 1 par Levant, l'entrepôt du prémicr ayant été
de nos Colonies de ceux du de la libre entrée dans le Royaume des
fipprimé tacitement, au moyen de tous droits 7 fuivant T'Arrêt du IZ
cotons étrangers en éxemption Commis du Fermier prétendoient que les cotons
Novembre 1749. Les
étoient de TAmérique, & devoient
en laine qui fortoient du Royaume,
(a) Cet ouvrage n'eft pas encore imprimé.
en
entrepôt du prémicr ayant été
de nos Colonies de ceux du de la libre entrée dans le Royaume des
fipprimé tacitement, au moyen de tous droits 7 fuivant T'Arrêt du IZ
cotons étrangers en éxemption Commis du Fermier prétendoient que les cotons
Novembre 1749. Les
étoient de TAmérique, & devoient
en laine qui fortoient du Royaume,
(a) Cet ouvrage n'eft pas encore imprimé.
en --- Page 57 ---
PAR MARSEIL) L E.
4r
en cette qualiré le droit de 3 pour cent du Domaine d'Occident. Les COTON
Marchands au contraire foutenoient que lefdits cotons provenoient du
Commerce du Levant, fur lefquels le droit de 3 pour cent ne devoit
pas être perçu. Il éfoit difficile de concilier deux intérêts fi oppofés.
C'eft cependant ce que les Juges des Traites du Havre fe hazarderent
de faire par une interprétation affez finguliere. Ils jugerent que les
cotons des Ifles Françoifes devoient payer le droit de 3 pour cent du
Domaine d'Occident, & les autres cotons étrangers, le droit de fortie
du Royaume; mais que lefdits cotons, foit des Iles, foit étrangers,
ne devoient point payer les deux droits en même tems, & ils confirmerent ce jugement par Sentence du 27 Mars 1751. L'Adjudicataire
général des Fermes fe pourvit contre une Sentence fi extraordinaire
& fi contraire à ce qui avoit été ordonné par Sa Majefté 1 par fes
Arrêts des I2 Novembre 1749 & 22 Décembre 1750. Én conféquence
intervint Arrêt du 17 Août 1751, qui caffe la Sentence des Juges du
Havre, ordonne le payement des droits de fortie fur le coton en laine
de l'Amérique allant à l'étranger, & par nouveau Réglement, ordoune
que le droit de demi pour cent continuera d'être perçu fir les cotons
en laine des Colonies Françoifes, à leur arrivée en France, & qu'il
fera payé, à la fortie du Royaume 3 un droit uniforme par quelques
Bureaux que les cotons fortent, foit qu'ils proviennent de l'Amérique
on de l'Etranger, tant pour le droit de 3 pour cent du Domaine d'oc
cident, que pour ceux de fortic.
Sgav OIR:
Les cotons en laine.
8 liv.
le cent pefant.
Les cotons filés.
IO
Ainfi qu'il eft porté par l'Arrêt çi-après, qui fert de régle aujours
d'hui.
tne - Sa
1e
Tom. II.
r --- Page 58 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
4>
COTON. A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI;
fixe à huit livres du cent pefant les droits de fortie du Royaume *
Qui fur les cotons en laine venant des Ifles, 8 à dix livres auffi du cent
pefant fur le coton filé, tant pour les droits des cing
Fermes, *
Domaine d'Occident: 8 ordonne que. droit de
ceux du
ET
que pour
du Domaine d'Occident, continuera d'êtra
demi pour cent d'augmentation
les cotons venant des Ifles
perçu aux. entrées du Royaume >: fur
Du 17 Août 1751Extrait des Regifires du Confeil d'Etat.. préfentée au Roi en fon Confeil, par Jean-Baptifte Bocquillon. 7
a UR la Requête Girardin, Adjudicataire des Fermes de Sa Majefté, contenant:
fubrogé à Jean fieur
de Meaux, négociant au Havre,, de payer les
que fur le refus du
Begouin Fermes, d'une balle de coton >.
>: fur
Du 17 Août 1751Extrait des Regifires du Confeil d'Etat.. préfentée au Roi en fon Confeil, par Jean-Baptifte Bocquillon. 7
a UR la Requête Girardin, Adjudicataire des Fermes de Sa Majefté, contenant:
fubrogé à Jean fieur
de Meaux, négociant au Havre,, de payer les
que fur le refus du
Begouin Fermes, d'une balle de coton >. pefant trois cent
droits de fortie des cing groties de Saint Domingue par le Navire le Dejars
fix livres, venue le 8 Mars à dernier, 3 il lui fut donné le 20 dudit mois, afli-
& qu'il a déclaré les envoyer des Traites Amfterdam du Havre : Que contre toute attente, ces Juges
gnation devant Sentence Juges du 17 du même mois, ont déclaré fufifantes les offres faites
par leur Négociant de
feulement les droits du Domaine d'Occident; ordonné
par ce
néceffaires payer pour la fortie de ladite balle de coton feroient déque les expéditions condamné le Fermier aux dépens : Que quoique cette Sentence foit conlivrées, &
rendus fur les cotons 7 il a cependant été délivré au fieur de
traire aux Réglemens
le tranfport de fa balle de coton à létranger, fous les
Meaux des expéditions pour convenables; & qu'il en a été ufé de la même maniere
referves & proteflations de cotons des Iles, que d'autres Négocians du Havre ont depour d'autres parties à
Que la queflion cependant n'eft fiufceptible. d'aucune
puis fait paffer & T'étranger: en juger il ne faut fe préfenter : Qu'en effet le troifième
difficulté, de l'Arrêt que Cenfeil du 22 OeELOEE 1750, porte que les cotons > foit
Article
RO"EE
du Levant, foit des Colonies Françoifes de PAmérique > pourront avant l'Arrêt fortir du du 12 Royaume Novemfans payer d'autres droits que ceux qui fe percevoient les cotons en laine, tels que
bre 1749 : Qu'avant PArrêt devoient du I2 à Novembre la fortie du 1749, Havre, quatre livres du cent pefant,
font ceux dont il s'agit,
ce droit eft inconteftablement dû
fuivant le Tarif du 18 Septembre 16643, indépendamment qu'ainfi
de ceux du Domaine d'Ocfur les cotons qui paffent al'étranger, du fieur Begouin de Meaux pourroit être fondée 2 fi
cident: Que des la cotons prétention des Ifles eût continué fur le même pied qu'il avoit été établi
l'entrepôt les Lettres-Patentes du mois d'Avril 17175 mais le droit de vingt-quatre. par
TArrêt du 12 Novembre 1749, fur : cotons de toutes eipéces
livres , impofé par
l'étranger, a abrogé de droit l'entrepôt des cotons des
fortant du Royaume
fans retablir T'entrepôt,. a feulement:
Mles; & que PArrêt. EL 22 Décembre 17502
a --- Page 59 ---
PAF R M A RSEILL E. rduit le.lit droit de vingt-quatre livres, aux droits de fortie orlinaires 7 lefqeels COTON
foat maintenant repréfentatifs dudit droit de vingt-quatre livres: Que c conféquence de cet Arrêt, que le droit de quatre livres du cent pefant a été demandé
au lieur Begouin de Meaux, fur la balie de coton par.
PArrêt. EL 22 Décembre 17502
a --- Page 59 ---
PAF R M A RSEILL E. rduit le.lit droit de vingt-quatre livres, aux droits de fortie orlinaires 7 lefqeels COTON
foat maintenant repréfentatifs dudit droit de vingt-quatre livres: Que c conféquence de cet Arrêt, que le droit de quatre livres du cent pefant a été demandé
au lieur Begouin de Meaux, fur la balie de coton par. lui envoyée à Amfterdam,
& qu'il ne fçauroit ètre difpenfé d'acquitter ce droit > indépendamment de ccux du
Domaine d'Occident; qu'ainli la Sentence des Juges des Traites. du Havre du 27
Mars dernier, cft évidemment contraire à tous les Réglemens rendus fur les cotons,
& que i cils n'étoit au plutôt reformée, il s'enfuivroit des conteltitions dont il eit
important d'arrêter le cours. A CES CAUSES, requeroit ledit Bocquillon, qu'il plut
à Sa Majefté caffer & annuller la Sentence des Juges des Traites du Havre , du
27 Mars dernier ; & faifant droit fur les demandes du Suppliant > ordonner que
l'Arrêt da 21 Décembre 1750, fera exécuté felon fn forme & teneur; en conféquénce, condamner le feur Begouin de Meaux à payer, outre le droit du Domaine
d'Occident, celui de quatre livres du cent pefant fur la balle de coton par lui envoyée à Amfterdam, & aux dépens, & ordonner que lefdits droits feront payés
tous les Négocians qui fc trouveront dans le même cas. Vi ladite Requéte,
FAnet du Confeil du 12 Novembre 1749, celui du 22 Décembre 1750, la Sentence
des Juges des Traites du Havre, du 27 Mara dernier, &x autres piéces énoncées
en ladite Requête 2 & juftificatives du contenu en icelle : Et Sa Majefté étant d'ailleurs informée des difficultés aufquelles eft fujette la perception du droit du Domaine
d'Occident dans plufieurs Bureaux des Fermes, > à quoi il lui a paru néceffaire de
pourvoir > en établiflant à toutes les forties du Royaume des droits uniformes, tant
fur les cotons en laine > que. fur les cotons filés pour tenir lieu des droits de
fortie ordinaires, & de celui du Domaine d'Occident ; Oui le rapport, LE ROI
en fon Confeil; 2 ayant égard à la Requête de Jean-Baptifte Bocquillon, a ordonné
& ordonne que PArrêt du 22 Décembre 1750, fera exécuté felon fa forme & tencur;
en conféquence > faifant droit fur les demandes dudit Bocquillon, & fans avoir
égard à la Sentence des Juges des Traites du Havre, du 27 Mars dernier > que Sa
Majefté a caffée & annullée 3 a condamné & condamne ledit Begouin de Meaux à
payer, outre le droit du Domaine d'Occident 2 celui de fortie de quatre livres du
cent pefant, fur la balle de coton en laine des Ifles, qu'il a fait paffer à Amfterdam, & en tous les dépens.
udit Bocquillon, & fans avoir
égard à la Sentence des Juges des Traites du Havre, du 27 Mars dernier > que Sa
Majefté a caffée & annullée 3 a condamné & condamne ledit Begouin de Meaux à
payer, outre le droit du Domaine d'Occident 2 celui de fortie de quatre livres du
cent pefant, fur la balle de coton en laine des Ifles, qu'il a fait paffer à Amfterdam, & en tous les dépens. Et pour établir à l'avenir à toutes les forties du Royaume des droits uniformes fur les cotons 5 tant en laine que filés, qui pafferont
à l'étranger 2 ordonne, Sa Majefté, que du jour de la publication du préfent Arrêt
il foit perçu dans tous les Bureaux des Fermes, pour tenir lieu du droit du Domaine d'Occident & des droits de fortie ordinaires, fçavoir, huit livres par quintal
de coton en laine, 3 & dix livres par quintal de coton filé: Entend, Sa Majefté 3
qu'indépendamment defdits droits, celui de demi pour cent continuera d'être perçu
à l'arrivée des cotons qui viennent des Ifles, conformément au cinquième Article de
l'Arrêt du 22 Décembre 1750, qui fera au furplus exécuté felon fa forme & teneur. Fait au Confeil d'Etat du Roi, tenu pour les Finances, à Verfailles le dix-fept
Aoit mil fept cens cinquante-un. Collationné. Signé DEVOUGNY. Collationné à lOriginal par Nous Ecuyer Confeiller Sécretaire du Roi,
Maijon 2 Couronne de France & defis Finances. Le droit de demi pour cent impofé fur toutes lcs marchandifes
venant des Iles & Colonies Françoifes del l'Amérique, regarde le coton,
quoiqu'il ait été exempté du droit de 3 pour cent; & ledit droit de
demi pour cent qui ne fc percevoit qu'en vertu d'Arrêts rendus pour
Fij
DEVOUGNY. Collationné à lOriginal par Nous Ecuyer Confeiller Sécretaire du Roi,
Maijon 2 Couronne de France & defis Finances. Le droit de demi pour cent impofé fur toutes lcs marchandifes
venant des Iles & Colonies Françoifes del l'Amérique, regarde le coton,
quoiqu'il ait été exempté du droit de 3 pour cent; & ledit droit de
demi pour cent qui ne fc percevoit qu'en vertu d'Arrêts rendus pour
Fij --- Page 60 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
COTON. en continuer la perception de trois en trois ans, fe perçoit depuis le
16 Août 1757, jufqu'à ce qu'il en foit autrement ordonné, ainfi que
je Tai rapporté dans T'explication des Lettres-Patentes du mois de
Février 1719.
COTON FILI E'.
Par le tarif de 1664 le coton filé eft impofé pour droit d'entrée
dans le Royaume à
IO liv. du cent pefant.
Et par le Tarif de la douane de Lyon 7 le coton
filé ordinaire.
I liv. I f 2
2 liv. 12 £
Pour la repréciation.
I II
Le coton filé de Limoges à a
liv. I5f6d. 2
6d.
2 liv.
Pour la repréciation.
Dans tous les Réglemens poftérieurs, il n'eft plus fait mention de
ce coton filé de Limoges, qui n'eft autre chofe que de coton en laine:
étranger, filé dans ladite Ville.
Le coton filé fin à.
I liv. IO f 2
5 liv.
Pour la repréciation.
. 3 IO
Tels font les droits qui ont été perçus aux entrées du Royaume fir
Ie coton filé jufqu'en 1691, que dans la vie de favorifer en France
la filature dudit coton, , les droits furent changés & fixés par Arrêt du
II Décembre 1691 > à 20 liv. du cent pefant fur toutes fortes de coton
filés, foit étrangers, foit de nos Colonies; mais cette augmentation de
droit ayant nui à nos manufaétures, parce que le coton filé ordinaire
du Levant ne pouvoit pas fipporter une f forte impofition, > & que la
filature de la même qualité revenoit trop chere en France; fir les repréfentations des Fabriquans de Lyon, par Arrêt du 2I Septembre
1700, les anciens droits mentionnés ci-deffus par les Tarifs de 1664
& de la douane de Lyon, furent retablis fur le coton filé à toutes les
entrées du Royaume.
Ce qui avoit déterminé à revoquer T'Arrêt du II Décembre 1691,
fut ha fauffe croyance oii on étoit pour lors que. l'induftrie françoife
ne pourroit jamais réuffir à filer le coton néceffaire à nos manufactuIes, tel qu'il nous eft apporté du Levant. Nos peres trouvoient ce
-
& de la douane de Lyon, furent retablis fur le coton filé à toutes les
entrées du Royaume.
Ce qui avoit déterminé à revoquer T'Arrêt du II Décembre 1691,
fut ha fauffe croyance oii on étoit pour lors que. l'induftrie françoife
ne pourroit jamais réuffir à filer le coton néceffaire à nos manufactuIes, tel qu'il nous eft apporté du Levant. Nos peres trouvoient ce
- --- Page 61 ---
P A R MARSEILLE
eoton filé fi beau & fi fin, qu'ils ne prévoyoient pas que nous puf- COTON
fions, je ne dis pas furpaffer la filature turque 3 mais T'égaler. Lestens
font bien changés.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui ordonne que les droits d'entrie des cotonsfilés, venant tant du Levant
que des Ifles Françoifes de P'Amérique & autres , feront levés à D'entrée des cing grofies Fermes, & aux entrées de la douane de Lyon,
comme avant FArrét du Confeil du II Décembre 1691.
Dw 21 Septembre 17cc.
Extrait des Regifres du Confeil d'Etat.
au Confeil d'Etat du Roi, la Requite préfentée en icelui par les Echevins
VE la Vile de Lyon, contennt que Sa Nizjerté, dons la vue de procurer à
fes Sujets quelqu'avantage par le filage du coton, auroit Arrêt de fon Confeil
du II Décembre 15)1 augmenté 2. juiqu'zvingt livres 2 Rer droits d'entrées fur le
coton filé > qui n'étoient qu'à dix livres > fuivant le Tarif de 1664 par cent pefant, & auroit diminué de la moitié les droits d'entrées du coton en laine & non
filé, qui étoient à trois livres; mais l'expérience a fait connoitre que le coton
du Lewant, qsi eit le feai qui foit propre aux ManaisQures du Lyonnois, note
peut pas iler en I'rance 2 aufi beau & ouli fin qu'il fo tile far Jos lienx oi l'on
ie trouve, & avant que d'être taniporté, écc. Le Roi en fon Conteil 2 dilnr
droit fur lefdites Requétes, a ordonné & ordonne que les droits d'entrée des
cotons filés 2 venant tant di Levant que des Ifles Françoifes de l'Amérique &
autres , feron: à l'avenir comme avant ledit Arrét du Comeil du II Décembre
1601, fçavoir ; à l'entrée des cing groffes Fermnes, dix livres par cent pefant, &
2ux entries de la douane de Lynn, cinI livres Par cent peiant ce coton REa,
deux livres douze fols par cen: pelant de co:on Rle commin; 8c gue ledit Arrit
du Confil da 1I Décembre 1601, iera au fnsplus exécuté felon fa forme & teneur. Fait Sa Majefté défenfes zudit Thomas Templier, fes Procureurs & Commis
de percevoir autres & plus grands droits frr lefdits cotons filés, que ceux ci-deffus
marqués, à peine de reftirution & de trois mille.livres d'amende. Enjoint Sa Majeite aux Sieurs Intendans Sc Commifiires departis dans les Provinces pour U
cution de fes Onlres 2 de tenir ia main à l'exécation da présant Arret, qai fera
lu & pable por-tout o: betein fers, à caqe perionne n'en iznore. Faitan Cat
feil d'itat du Roi, ic32 à Vericllles ie vingt-unime joar de septambre mil fayt
cens.
Signis RANCHIN.
Ics divers encouragemens que le Gourersemert n'a ceflé de donner depuis ce temsia pour nous approprier la filature dudit coton.e
de tenir ia main à l'exécation da présant Arret, qai fera
lu & pable por-tout o: betein fers, à caqe perionne n'en iznore. Faitan Cat
feil d'itat du Roi, ic32 à Vericllles ie vingt-unime joar de septambre mil fayt
cens.
Signis RANCHIN.
Ics divers encouragemens que le Gourersemert n'a ceflé de donner depuis ce temsia pour nous approprier la filature dudit coton.e --- Page 62 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
les progrès que les habitans du Royaume, qui n'aroient point des
Corox.
ont fait, ont déterminé le Confeil à retablir! le droit
terres à cultiver y
fur tout coton filé entrant dans le Royaumé.
de 20 liv. du cent bas pefant T'Arrêt du 12 Mai 1761, qui n'eft que le reJe rapporterai plus
nouvellement de celui du II Décembre 1691.
L'impofition de 20 liv. par cent pefant far le coton filé, foit du
Levant, foit de T'Amérique , en entrant dans le Royaume n'a rien
dans Texécution des difpofitions de T'Arrèt du Confeil du 17
changé Mai
par lefquelles les cotons filés une fois entrés en France,
1757, circuler dans toutes les Provinces du Royaume en exemption
peuvent
L'intention de Sa
en impofant le droit de 20
de tous droits.
filature Majefté, de coton 3 fans nuire à nos maliv., a été de favorifer notre
fi la circulation dans le
nufaétures, & on leur nuiroit certainement ,
Royaume dudit coton filé n'étoit pas libre.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui exempte de tous droits les cotons_filés qui circuleront dans le Royaume.
Du 17 Mai 1757.
Extrait des Régifres du Confeil d'Etat.
ce qui a été repréfenté au Roi 7 étant en fon Confeil > & &c. à Sa Majefté da
SEAS en fon Confeil, a ordonné & ordonne qu'à T'avenir tant 2 blancs compter teints,
jour de la publication du préfent Arrêt > les Provinces cotons du filés, Royaume 2 foit que des cinq
qui feront traniportés dans les étrangères, différentes feront & demeureront exempts de tous
grolles Fermes 2 foit tant reputées d'entrée & de fortie > qu'autres locaux > établis dans lefDroits des Traites, ainfi le font les cotons en laine par PArrêt du 9 Décembre
dites Provinces, N'entend Sa Majefté que comprendre, dans cette exemption , les cotons filés ve1749. nant de l'étranger, ni ceux quip pourroienty être envoyés,, font lefquels par demeureront les Tarifs ft- &
jets aux droits d'entrée & de fortie auxquels Sa ils
impolés étant, tenu à Verfailles
Réglemens. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Majeltey
ie dix-fept Mai mil fept cens cinguante-fept.
Signé, PHELYPEAUX.
Le coton filé teint en rouge dont nos manufaôtures néceflités ne peuvent de Fem- fe
pafler, nous étoit apporté du Levant, & nous étions
à tout autre, étant le feul qui fut véritablement
ployer par préféreace
étant, tenu à Verfailles
Réglemens. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Majeltey
ie dix-fept Mai mil fept cens cinguante-fept.
Signé, PHELYPEAUX.
Le coton filé teint en rouge dont nos manufaôtures néceflités ne peuvent de Fem- fe
pafler, nous étoit apporté du Levant, & nous étions
à tout autre, étant le feul qui fut véritablement
ployer par préféreace --- Page 63 ---
PAI R M ARSEILLE
teint en beau rouge, & qui ne changeat pas de cculeur, foit que lcs COTON
Turcs euffent quelque fecret ou que les eaux en fuffent la caufe. Quoiqu'il en foit, on a multiplié les expériences en Europe pour imiter la
teinture faite en Levant.
Les Hollandois ont été les prémiers qui ont réuffi à teindre ledit COton filé en rouge, dans le même point de beauté qu'il nous venoit du
Levant. Nos manufadtures mirent à profit cette découverte en choififfant ou en Hollande 3 ou en Levant le coton filé teint en rouge qui
leur convenoit le mieux, ou qui étoit à un moindre prix. La concurrence des vendeurs fera toujours avantageufe à l'acheteur. Nous efpérâmes
dès-lors de n'être pas moins heurcux que nOS voifins, & que puifque les
Hollandois avoient réuffi, l'induftrie françoife ne tarderoit pasà avoir le
même fuccès. Ce fut pour favorifer l'entrée en France du coton filé
teint en rouge en Hollande que par décifion du Confeil du 27 Janvier 1744, les droits en furent fisés à 5 pour cent de la valeur en
juftifiant par des certificats en forme qu'il avoit été teint cn Hollande ;
mais comme il nous importoit de continuer à en tirer du Levant,
pour maintenir l'abondauce & avoir de quoi choifir, par ladite décifion celui teint cil Hollande 1 fut impofe au droi: de 20 pour cent,
ainfi que toutes les autres marchandifes du Levant qui n'en viennent
point en droiture à Marfeille. La perception dudit droit de 20 pour
cent fe faifoit fur l'évaluation qui varioit de tems en tems & qui fut
enfin fixée par Arrêt du 22 Décembre 1750, fuivant l'état annexé
audit Arrêt pour toutes les marchandifes du Levant. La réuffite des
Hollandois nous ft redoubler nos efforts, & après bien des épreuves,
le fieur Goudar qui depuis dix ans s'occupoit à cette découverte, crut
enfin n'avoir point travaillé en vain. Il expofa fa méthode à l'Académie
des feiences, qui nomma le feur Hellot pour en faire l'examen. Le
rapport de T'Académicien fut fi favorable à l'invention dudit feur Goudar, & fon coton filé teint en rouge fut trouvé fi bien imiter celui dur
Levant, que le Roi pour en recompenfer T'Auteur, lui accorda, en
1745, le privilége d'établir une teinturerie royale pourle coton filér rouge.
C'eft fans doute dans la vic de favorifer ce nouvel établiffement,
que par Arrét du Confeil du I3 Mars 1751, T'éraluation du coton filé
rouge a été fixéc à 600 liv. le cent pefant poids de marc, pour le
payement du droit de 20 pour cent 3 dans le cas où il feroit di 5 car
fi ledit coton arrivoit en droiture à Marfeille 3 il n'y eft pas fajet. Par
ce moyen notre Commerce du Levant eft favorifé, ou plutôt nos fabriques du Languedoc le font 1 puifque le coton filé rouge eft un desi
retraits pour nos draps londrins. Nos manufaétures du Royaume ne feront point privées de l'abondance d'une matiere nécellaire, & la nouvelle teinturerie vendra toujours avec avantage fon coton filé rouge A
par préférence à celui de Hollande ou de toute autre fabrique & Commerce étrangers.
et. Par
ce moyen notre Commerce du Levant eft favorifé, ou plutôt nos fabriques du Languedoc le font 1 puifque le coton filé rouge eft un desi
retraits pour nos draps londrins. Nos manufaétures du Royaume ne feront point privées de l'abondance d'une matiere nécellaire, & la nouvelle teinturerie vendra toujours avec avantage fon coton filé rouge A
par préférence à celui de Hollande ou de toute autre fabrique & Commerce étrangers. --- Page 64 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
COTON. a vt'a
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui ordonne que, dans les cas oit les cotons du Levant teints en rouge,
feront fujets au droit de vingt pour cent 3 ce droit fera perçu à toutes
les entrécs du
autres que le Pont-de-Beanvoifin,, fur Pévaluation de rin fiz francs livre > tr de marc brut; & Jur Pévaluation de cent fols la livre 1 poids de table net, lorfqu'ils entreront pax
Marfeille ou par le Pont-de-Boauyoijfin. Du 13 Mars 1751. Extrait des Regifres du Confeil d'Etat. qui a été repréfenté au Roi, étant en fon Confeil, que dans dernier, les Etats de
SHEE des Marchandifes du Levant, arrêtés le 22 Décembre
méme qne dans ceux arrêtés en 1703 & en 1706 2 on a obmis d'évaluer en particulier les cotons filés, teints en rouge,, d'oh il réfulte confidérable un inconvénient les fenfible, cotons
en ce que ces cotons, quoique d'une valeur bien plus
que fur la même
qui viennent du Levant 7. fans être teints, n'acquittent établi fr les cependant que du Levant, 3
évaluation le droit de vingt pour à cent ? Sa Majefté voulant marchandifes pourvoir. Oui le
dans les eas où ils y font fon fujetss. quoi a ordonné & ordonne
dans les cas r3s
port; le Roi étant en Confeil,
que,
les cotons du Levant, teints en rouge, feront fujets an droit de vingt pour cent,
ce droit fera perçu fur lefdits cotons 2 à toutes les entrées livre du Royaume de autres marc
le Pont-de-Beauvoifin 3 fur l'évalution de fix francs la 3 poids
que brut; & fur l'évaluation de cent fols la livre,, poids de table net, d'Etat lorfqu'ils du entreront par Marfeille ou par le Pont-de-Beauvoilin, à Verfailles Fait au Confeil le treizième Mars Roi, mil
Sa Majelté y étant, teni pour les Finances,
fept cent cinquante-un. Signé, M. P. DE VOYER D'ARGENSON. J'ai obfervé que les cotons dont le Commerce eft devenn fi confidérable à Marfeille, ne venoit que du Levant, & que ceux de nos
Colonies dout le prix eft plus haut, étoient envoyés dans les autres
Ports du Royaume 5 j'en ai donné la raifon. Heureufement pour nous, 3 nous commençons ( un peu tard à la vé:
rité ) à connoitre combien il nous importe d'employer les cotons de
Colonies
à ceux du Levant; T'expérience achevera
nos
par préférence nous étions dans l'erreur fir la différence des
de nous convaiucre que
un tiers cher
prix, & que le coton de nos Iles, quoiqu'acheté à
plus
que
--- Page 65 ---
P A R M ARSEILLE
que celui dur Levant eft beaucoup meilleur marché, parce qu'il donne COTON
proportionnellement à fa valeur un plus grand bénéfice.
importe d'employer les cotons de
Colonies
à ceux du Levant; T'expérience achevera
nos
par préférence nous étions dans l'erreur fir la différence des
de nous convaiucre que
un tiers cher
prix, & que le coton de nos Iles, quoiqu'acheté à
plus
que
--- Page 65 ---
P A R M ARSEILLE
que celui dur Levant eft beaucoup meilleur marché, parce qu'il donne COTON
proportionnellement à fa valeur un plus grand bénéfice. Mais je n'ai point fait connoitre affez particulièrement le progrès
de cette branche de Commerce & les différences des prix des diverfes qualités de coton, fuivant l'eftimation faite ilya environ foixante
& dix ans, avec les prix courans. ( Quand je dis prix courans, je n'entends pas parler de cette anuée ; j'ai choili un tems de paix où le
Commerce jouiffoit d'une entière liberté.)
Je penfe que Ia comparaifon que je vais expofer fous les yeux des
Négocians curieux, leur fera plaifir. Je me fervirai pour cet effet
d'un état qui fut dreffé en 1688, 3 de tous les cotons qui étoient arrivés
pendant cette année dans la ville de Marfeille & du prix qu'ils valoient alors; & pour les prix courans , j'ai choifi l'annéc 1750. On a vû qu'il étoit venu à Marfeille dans une année. Coton en laine. 3831620 liv. Coton filé. 5846598 liv. Et fuivant l'état de 1688, il n'en étoit arrivé quc,
SCAVOIR. Coton cn laine. 1900000 liv. Coton filé. Lc Commerce de coton a donc augmenté de 3946598 liv. Surquoi il n'eft pas inutile de remarquer que Taugmentation eft beaucoup plus confidérable fur le coton en Iaine , que fur le coton filé,
puiqu'elle n'eft fur CC dernier que de
Et qu'elle eft fur le coton en lainc de . 3946598 liv. Ce qui prouve que l'induftrie françoife a fçu mettre à profit la filature du coton, & qu'eile eft en raifon de 7 à I de ce qu'elle étoit
en 1688.
Surquoi il n'eft pas inutile de remarquer que Taugmentation eft beaucoup plus confidérable fur le coton en Iaine , que fur le coton filé,
puiqu'elle n'eft fur CC dernier que de
Et qu'elle eft fur le coton en lainc de . 3946598 liv. Ce qui prouve que l'induftrie françoife a fçu mettre à profit la filature du coton, & qu'eile eft en raifon de 7 à I de ce qu'elle étoit
en 1688. Ce prémier bénéSce eft d'autant plus profitable pour l'Etat,
qu'il eft comme l'apanage de certaines familles 7 qui ne peuvent fubfifter quc du travail de leurs mains ) & à qui tout autre travail feroit
impratiquable. Toute déduciion faite, il confte par ce qui a été dit
Tom. I1. G --- Page 66 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
so
Corox: ci-devant, qu'il s'employe de coton dans le Royaume année commund
2328244 liv.
ci,
livre de coton coute de flature I live
Or ci fappofaut que chaque
le
&
le fin, cela fait la
s6, en nC faifant qu'en prix pour gros pour
d'exageration
fomme de 2,910,255 liv. IO T Iln'ya sûrement point
dans cette tixation , qui eft beaucoup au-deffous de fa véritable valeur.
de l'Etat de la récomC'eft dans la vie de ne point priver les' Sujets
penfe due à leur induftrie, que la filature du coton ne peut manquer n'eft
de leur procurer, que TArrêt du 12 Mai 176I a été rendu & qui
le renouvellemment de celui du II Décembre 1691, par lequel tout
que coton filé venant de l'étranger, même de T'Amérique 3 payera 20 live
du cent pefant à l'entrée du Royaume.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui ordonne que les cotons filés venant de l'étranger, même des Ifles &
Colonies Françoifes de P'Amérique, payeront vingt livres par quintak
de droits d'entrée dans le Royaume.
Du I2 Mai 1761.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
Roi s'étant fait repréfenter les Arrêts rendus en fon Confeil, lesI Décem
LEM 1691 & 21 Septembre 1700 5 le premier 2 par lequel Sa Majefté droit de > pour
favorifer la flature du coton dans le Royaume, auroit fur impolé le
un filé venant de vinge T'élivres par quintal à toutes les entrées du Royaume 7 des Villes coton de Lyon & de Paris,
tranger; le fecond par lequel,. fur les repréfentations entrées des
FerElle auroit fupprimé ledit droit de vingt livres aux
cinq groffes entrées
mes & de la douane de Lyoa feulement, > & rétabli par rapport avoient auxdites
des cinq grolles Fermes & douane de Lyon, & les douane droits
: & Sa précédem- Majefté
ment
fuivant les Tarifs de 1664 de la
Ljet
étant lieu, informée que les filatures qui s'augmentent de jour en jour feroient urz
progrès rapide fans la concurrence des cotons filés qui viennent de l'étrangers: Confeiller
à quoi El Majefté voulant polurvoir: Oui Général le rapport du Finances fieur ; Bertin, le Roi étant en
ordinaire au Conteil Royal ordonne Contrôleur l'avenir des 2 & à
du jour de ls
fon Confeil', a ordonné 8
qu'à filés viendront compter de tous les étranpublication du préfent Arrêt, les cotons
qui
toutes
des
& Colonies
de T'Amérique 2
IT
> même Ifles
livres Françoifes
Sa
aux Seurs Inentrées du Royaume, vingt
par quintal. Enjoint
E"
alm
a
étant en
ordinaire au Conteil Royal ordonne Contrôleur l'avenir des 2 & à
du jour de ls
fon Confeil', a ordonné 8
qu'à filés viendront compter de tous les étranpublication du préfent Arrêt, les cotons
qui
toutes
des
& Colonies
de T'Amérique 2
IT
> même Ifles
livres Françoifes
Sa
aux Seurs Inentrées du Royaume, vingt
par quintal. Enjoint
E"
alm
a --- Page 67 ---
PAR MARSEILLE
tendans & Commiffaires départis dans les Provinces & Généralités du Rorsume, COTOx
de tenir la main à l'exécution du préteat Arrit, qai fera li, publie 6x affiche parzout oûr befoin fera. Fair au Conteil d'Etat du Roi, Sa Majetté y étant, teru à
Vertailles le douze Mai mil fept ioixante-un.
Signé 7 PEELYFEAUX.
A l'égard de la différence du prix du coton en 1688, avec le prix
aétucl, elle eft furprenante. Qu'on n'oublie pas que jene parle que du
coton du Levant 3 Marfeille n'ayant fait jufqu'aujourd'hui prefque aucun
Commerce de celui de nos Colonies.
Pour prévenir toute chicane qu'on pourroit me faire fur le pris courant des cotons fuivant leur crû & leur qualité, je copierai l'eftime qui
a été faite en 1750, pour le payement du droit de 20 pour cent,
enfuite de l'Arrêt du 22 Décembre de ladite année. Quoique cette eftime ne comprenne pas toutes les efpéces de coton qui arrivent à
Marfeille 9 on peut rapprocher tous les autres de ces qualités. Je ne doute
pas que l'eftime n'en paroitfe baffe, puifque celle du fin d'once n'eit
portée qu'à ci.
170 liv.
SCAYOIR
Coton en laine de Smirne le cent pefant.
85 liv.
Idem.
de Salonique. .
idem.
de Seide & Acre.
idem.
de Adenos.
iiem.
de Chipres.
idem.
de Rifi.
9o
idem.
d'Amanouzi.
Coton Caragach. :
IOO
ldem. Montaffen.
IGO
idem. Fin d'once de Seide.
idem. Bazat prémiere forte.
idem. Fin Jerufalem.
12O
idem. Efcar Jerufalem.
IIO
Il eft d'ufage dans le Commerce à Marfeille de ne point vendre le
coton à livre, fols & deniers, çomme les autres marchandifes, mais à
écus dont chacun eft compofé de 64 fols Tournois ; ainfi fi une balle
de coton eft vendue 40 écus le quintal, au lieu de valoir 120 liv. il
vaudra 128. Cet ufagen'a lieu aujourd'hui, que pour le coton filé.
Voici les prix du coton fixés dans,létat de 1688.
Coton en laine de toute forte 9 ecus de 64 fols le cent ci. 28 liv.166
Gij
andifes, mais à
écus dont chacun eft compofé de 64 fols Tournois ; ainfi fi une balle
de coton eft vendue 40 écus le quintal, au lieu de valoir 120 liv. il
vaudra 128. Cet ufagen'a lieu aujourd'hui, que pour le coton filé.
Voici les prix du coton fixés dans,létat de 1688.
Coton en laine de toute forte 9 ecus de 64 fols le cent ci. 28 liv.166
Gij --- Page 68 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
CQTON.
COTON FILE.
Once de Smirne. - 25 Ecus de 64 fle cent 80
Caragach.
23 idem.
73.12
Montaffen.
2I idem.
67 4
SMIRNE. Gioze lazard.
18 idem.
57 IZ
Echelle neuve.
16 idem.
5I 4
Genegine.
14 idem.
44 16
Baquiers.
13 idem..
41 IZ
Once de Satalie.
27 idem.
86 8
SATALIE, Fin dudit.
22 idem.
70 8
Moyen dudit.
16 idem.
51 4
Once de Seide.
29 idem.
92 IG
Efcar d'once dudit. 24 idem.
76 IS
Jerufalem. .
20 idem.
Efcar dudit. .
18 idem.
57 Izi
SEIDE.
Fin de Rame.
17 idem.
54 &
Moyen dudit.
I2 idem.
38 8
Napouloufe.
II idem.
35 4
Bafats.
20 idem.
Moyen de bafats. 16 idem.
SI 4.
"Once d'Alep.
26. idem.
83 +
Efcar d'once.
23 idem.
73 I2.
Beledin.
20 idem.
ALEP. < Moyen dudit.
18: idem.
57 I2
Gonzadelet. -
17 idem.
54 8
Payas.
T6 idem.
51 4
Marine. -
IS idem.
Turqui mani.
16 idem.
51 4;
Alexandrie.
ALEXANDRIE) Coffaire.
IS idem.
-
48:
d'Egypte.
Vilant.
Sochs,
.
ARCHIPEL. Archipcl. : 2
16 idem.
- : : 5I 4
MALTH F.
Malthe, 3 I 14 idem.
* $ a 44.16
Gonzadelet. -
17 idem.
54 8
Payas.
T6 idem.
51 4
Marine. -
IS idem.
Turqui mani.
16 idem.
51 4;
Alexandrie.
ALEXANDRIE) Coffaire.
IS idem.
-
48:
d'Egypte.
Vilant.
Sochs,
.
ARCHIPEL. Archipcl. : 2
16 idem.
- : : 5I 4
MALTH F.
Malthe, 3 I 14 idem.
* $ a 44.16 --- Page 69 ---
PAR MARSEILL E.
Ort voit par cct état que le coton filé n'a point augmenté à pro- COTOM
portion du coton en laine. L'eftimation de ce dernier , Tun dans l'autre, a été portée à 70 liv. le cent, & il ne valoit en 1688 que 28
liv. 16 fols, tandis que le coton filé Caragach, fe vendoit la même
année 73 liv. I2 fols & qu'il n'eft eftimé préfentement que IOO liv.,
& ainfi des autres cotons filés. La raifon de cette diférence vient de
ce que notre pareffe laiffoit dormir notre induftrie pour la flature du
coton, & plus l'adtivité françoife s'occupera de ce travail, plus le prix
des cotons en laine augmentera 7 parce qu'il deviendra plus nécellaire,
& que la demande & la confommation CII feront plus grandes. Le rehauflement du prix dudit coton cn laine, eft d'un fi petit objet rélativement aux avantages de la filature, qu'il ne doit point décourager
dans une entreprife dout le commencement cft fi falutaire, & dont
le progrès peut faire le bonheur de la France.
Le coton du Levant 4 foit en laine, foit filé, jouit du tranfit à travers le Royaume 1 accordé par l'Arrêt du I5 Oatobre 1704, à un
certain nombre de marchandifes du Levant. Je parle au long de ce
tranfit dans un autre ouvrage. J'obferverai feulement ici que ce tranfit
n'opére qu'uné modération de droits & non l'exemption totale, & que
les feuls Bureaux de Seiffel & Colonges étoient défignés dans ledit
Arrêt pour la fortie defdites marchandifes ; mais que par décifion du
20 Juin 1761, il a été permis de fortir du Royaume par d'autres Bureaux compris dans l'avis fuivant.
T R A 2e N SIT
DES MARCHANDISES DU LEVANT.
A V I S.
les Négocians font avertis que le Confeil par fa Décilion dir
MESSIEURS Juin dernier a permis aux marchandifes du Levant mentionnées dans TArrét du Confeil du 15 Oétobre 1704, d'aller de eette ville en tranfit en Piémont 2
Savoye, Suiffe, Lorraine 2 Allemagne & autres Pays étrangers. Elles pourront en
vertu de cette Décifion fortir du Royaume par les Bureaux du Pont-de-Beauvoifin, de Chapparillan, de Jouques 3 d'Héricourt, de St. Dizicr, de Ste Menchould,
de Strasbourg, de St, Louis & de Bourgfelden,
15 Oétobre 1704, d'aller de eette ville en tranfit en Piémont 2
Savoye, Suiffe, Lorraine 2 Allemagne & autres Pays étrangers. Elles pourront en
vertu de cette Décifion fortir du Royaume par les Bureaux du Pont-de-Beauvoifin, de Chapparillan, de Jouques 3 d'Héricourt, de St. Dizicr, de Ste Menchould,
de Strasbourg, de St, Louis & de Bourgfelden, --- Page 70 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
CorOx. Le tout en obfervant les mêmes formalités 2 & en payant les mêmes droits qui
ont eû lieu jufqu'à préfent, conformément audit Arrêt 2 pour la deftination de
Geneve.
Les laines feules jouiront de cette faculté fans payer aucuns droits, fuivant PArrêt
du Confeil du I5 Août 1758.
Toutes lefdites marchandifes du Levant pourront être tranfportées de cette Ville
en Alface en tranfit > comme fi elles alloient auxdits Pays étrangers, & elles ne
payeront de plus que les droits dûs dans ladite Province qui ne font pas. confidérables > à l'exception néanmoins du cuir tanné & du caffé ; ces deux efpéces de
amarchandifes auront feulement la liberté de traverfer PAlface pour aller de-là hors
du Royaume & en fortir par tel Bureau qui fera déligné fur l'acquit à caution par
le Direêteur des Fermes de Strasbourg.
A Marfeille le 27 Aoit 1761.
payeront de plus que les droits dûs dans ladite Province qui ne font pas. confidérables > à l'exception néanmoins du cuir tanné & du caffé ; ces deux efpéces de
amarchandifes auront feulement la liberté de traverfer PAlface pour aller de-là hors
du Royaume & en fortir par tel Bureau qui fera déligné fur l'acquit à caution par
le Direêteur des Fermes de Strasbourg.
A Marfeille le 27 Aoit 1761. a
A - A --- Page 71 ---
CANEFICE
CASSE
OU
CANEFICE.
ORIGINE DU CANEFICE
R 'ARBRE qui produit la caffe 1 vient naturellement
dans les pays chauds fans foins & fans culture. On ei
L
trouve dans diverfes contrées des Indes 1 dans la TerreFerme de l'Amérique 7 dans les Ies Antilies 3 dans le
Esi Levant & particulieremeut en Egypte. On le nomme caffer, & plus communément caneficier 1 à caufe de la reffemblance de
fon fruit avec les cannes. Anciennement le mot de canefice ne figuifioit
que la caffe confite 5 & les filiques que produit l'arbre n'étoient connus
que par bâtons de caffe, ou caffe en bâtons. Aujourd'hui on ne fait
plus cette différence 7 & par le mot de canefice, on entend le fruit
du caffier. On croit que l'arbre a été ainfi nommé, parce qu'il a été
regardé comme une efpéce d'Acacia, & effeétivement le caflier de Provence, dont les fleurs, couleur de fafran, en forme de houpe parfaitement arondie, compofée de filamens auffi fins que le duvet du coton s
de la groffeur d'une petite balle de fufil, rendent une odeur fi agréable &
fi utile aux parfumeurs pour leurs effences & leurs pomades à la caffie 2
eft rangé dans la claffe des Acacias, d'ou l'on peut conclurre, que le
caflier ou caneficier dont il eft ici queftion n'a été ainfi nommé 3 que
parce qu'il a été regardé comme une efpéce d'Acacia. Quoiqu'il ent
foit de la caufe qui lui a fait donner ce nom > & pourquoi celui de
canefice qui ne fignifioit que le fruit confit 2 a prévalu fur celui de
caffe , d'ou le nom de cancficier a été confervé à l'arbre préférablement à celui de caflier, je ne m'amuferai pas plus long-tems à cette
recherche.
J'ai défigné le caffier que nous cultivons avec complaifance dans nos
baftides, par le mot de Provence, 1 pour le diftinguer d'un caffier CII
efpéce de groffelier noir très commun dans la Province d'Anjou, dont
les feuilles reflemblent à celles de la vigne, larges, velues on deffous
diue odeur feride ainfi que fes fleurs, qui nainfent en forine de grapes comme celles du grofelier blanc épineux. Scs bayes font oblongues,
noircs, acides & d'une faveur defagréable, foit qu'clles foieat vorvesy
'un caffier CII
efpéce de groffelier noir très commun dans la Province d'Anjou, dont
les feuilles reflemblent à celles de la vigne, larges, velues on deffous
diue odeur feride ainfi que fes fleurs, qui nainfent en forine de grapes comme celles du grofelier blanc épineux. Scs bayes font oblongues,
noircs, acides & d'une faveur defagréable, foit qu'clles foieat vorvesy --- Page 72 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
CANEFICE. ou mâres. C'eft de l'infufion des feuilles & de leur fuc, , dont 011 a
compofé tant de remédes fi vantés par quelques Médecins, , & dont on
a publié de tems en tems des propriérés admirables fous Ie noin de
caflier ou caflis & qu'on renouvelle aujourd'hui avec trop d'enthoufiafine.
Le caneficier (c'eft le feul nom que je lui donnerai) n'a point
été tranfplanté en Amérique. La main libérale du Créateur l'y a placé
dès le commencement, & fa Providence l'a confervé & fait multiplier
fans que les homines y ayent contribué par leurs foins. Il feroit inutile de faire des recherches, pour découvrir fi les prémiers hommes
qui ont paffé dans le nouveau monde , n'auroient point porté avec eux
la femence d'un arbre dont les propriétés leur auroient été connues.
Notre ignorance fur la maniere dont l'Amérique a pà être habitée &
les conjeétures que nous fommes forcés d'en faire pour fatisfaire notre
curiofité far ce point, démontrent combien ces recherches feroient infrudtueufes.
Le caneficier croit dans les Indes, à T'Amérique & dans le Levant ;
mais dans tous les pays où il croit, le climat eft chaud, fans que la
plus légère gélée s'y foit jamais faite fentir; preuve certaine que le
froid eft oppofe & même mortel au caneficier : & qu'on ne doit lui
donner d'autre origine que les mêmes pays où il vient préfentement,
& ou il eft toujours venu. Avant la découverte de l'Amérique 7 les caneficiers étoient communs dans les Indes & dans le Levant. Ce n'eft
les
les ont
point une raifon fuffifante pour fuppofer que
E(pagnols
tranfplantés dans les pays du Nouveau Monde qu'ils ont découvert,
puifque les autres Nations ont trouvé des caneficiers dans des contrées
inconnues auxdits Efpagnols. C'eft donc une prétention qui n'a aucun
fondement même vailfemblable, que de vouloir faire honneur à TEC
pagne d'une tranfplantation qu'eile n'a point faite récllement, & qu'il
étoit très-inutile qu'elle fit.
CULTURE DU CANEFICIER.
Le canéficier eft ordinairement un grand arbre à peu près comme
nos noyers , à moins que le terrein trop maigre ne lui fourniffe pas
affez de fics pour fa nourriture. On conçoit facilement qu'il faut des
champs bien vaftes pour en faire une plantation. Il faut au moins fix
toifes en tout fens de diftance d'un arbre à l'autre; ce qui ne tourne
pas à compte à nos Infulaires, qui préférent d'autres récoltes plus
profitables.. Aufi ne font-ils cn ufage d'en planter que le long des rives & à
l'extrémité des champs cultivés, ou dans les lieux trop éloignés des habitations pour pouvoir en tirer quelqu'autre utilité. Ona une attention particuliere de choifir les lieux les moins expofés au vent, qui eft très-nuifible à
cette
'un arbre à l'autre; ce qui ne tourne
pas à compte à nos Infulaires, qui préférent d'autres récoltes plus
profitables.. Aufi ne font-ils cn ufage d'en planter que le long des rives & à
l'extrémité des champs cultivés, ou dans les lieux trop éloignés des habitations pour pouvoir en tirer quelqu'autre utilité. Ona une attention particuliere de choifir les lieux les moins expofés au vent, qui eft très-nuifible à
cette --- Page 73 ---
P A R MARS EILLE. eocte efpéce de récolte. Lebois de l'arbre eft blanshatre,molale & coriafe. Caxcr:CL. Je ne içais pas pourquoi le Pcre Pluinier, dans la defeription qu'il
en fait, dit qu'ii eft noirâtre & dur. Il faut quc CC Sçavant ait été
trompé par ceux qu'il aura chargé de lui apporter quelque branche
de ce bois; car il eft exadt dans fes defcriptions. L'écorce eft grifatre
& raboteufe, comme celle de nos chênes quand ils font un peu vieux;
les feuilles font longues, 7 étroites, & d'un verd pâle, plus unies en
deffus qu'en deflous , ayant la bafe arrondie, avec plufieurs conjugaifons de feuilles, ce qui n'empéche pas qu'elles ne foient terminécs en
pointes, à peu près comme le fer d'un lance. De l'endroit où lefdites
feuilles prennent naiffance 1 il en fort trois ou quatre pédicules chargés de fleurs. Ces pédicules font plus longs que les feuilles, , quiordinairement n'ont qu'un tiers de pied de longueur fur deux pouces de
large. Les fleurs font jaunes, affez odoriférentes, 9 & viennent par bouquets. Chaque fleur à fon calice concave 3 compofé de cinq feuilles ovales d'un
verd jaunâtre 1 pas plus graudes que l'ongle du petit doigt. Cing petales placés en rond , fortent de chaque calice arrondis > d'un beau
jaune & creufés en cuillier 3 dont deux débordent les trois autres. Il
s'éleve dudit calice dix étamines d'un jaune pâle 1 inégales 3 dont fept
droites & trois recourbées; ; c'eft au milieu que paroit le piftil, verdatre & recourbé en crochet qui fe change en gouffe cilindrique de la
forme d'une canne dont lal moelle eft ce que nous appellous pulpe
de caffe. Cette moelle eft adhérente à des cloifons minces 2 qui forment des cellules dans tout le long du fruit 3 noire & d'une douceur
approchante de celle du fucre 1 mais fade. Chaque cellule renferme
une graine life, jaunâtre 7 & non pas noire 1 comme les difent quelVoyagenrs, applatic 3 de la groffeur d'un pois, attachée par un
Ta délié à la cloifon qui la reaferme. Ces fruits ou filiques parviennent dans leur mâturité jufqu'à deux pieds de lougueur, & ne grof
fiffent guères plus que le pouce. L'écorce des filiques, fe durcit comme du bois, & les deux côtés qui les compofent, s'attachent fi forte.ment cufemble 3 qu'on nc peut plas los féparer qu'en les brifaut;
le gout en cft âpre.
, attachée par un
Ta délié à la cloifon qui la reaferme. Ces fruits ou filiques parviennent dans leur mâturité jufqu'à deux pieds de lougueur, & ne grof
fiffent guères plus que le pouce. L'écorce des filiques, fe durcit comme du bois, & les deux côtés qui les compofent, s'attachent fi forte.ment cufemble 3 qu'on nc peut plas los féparer qu'en les brifaut;
le gout en cft âpre. Ces filiques qui pendent par bouquets quelquefois au nombre de vingt 9 font vertes dans leur naiffance, 3 brunif
fent en croiffant & noirciffent en miriffant. Ce n'eft qu'à leur noirceur
qu'on connoit que les filiques font dans leur parfaite mâturité. Ceux
craignent le bruit doivent éviter de planter des canéficiers auprès
leurs
car au moindre
l'écorce
habitations;
vent les filiques, lorfque
ef durcie, fe heurtant par cette agisation les unes contre les autres,
fout lHI carrillon infuppor:able pour les cervaux trop délicats.
noirciffent en miriffant. Ce n'eft qu'à leur noirceur
qu'on connoit que les filiques font dans leur parfaite mâturité. Ceux
craignent le bruit doivent éviter de planter des canéficiers auprès
leurs
car au moindre
l'écorce
habitations;
vent les filiques, lorfque
ef durcie, fe heurtant par cette agisation les unes contre les autres,
fout lHI carrillon infuppor:able pour les cervaux trop délicats. On peut femer les graines renfermées dans les cellules des filiques 2
clles levent fort bien. J'en ai femé ici dans une terre préparée &
jai eu le plaifir de les voir fortir dans quinze jours. Ces tendres plantes viurent a la hauteur de demi pled, & fe flecrirent cafier Sans
Tom. II. H --- Page 74 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
CANEFICE. doute que le degré de chaleur ne fut pas affez fort pour leur tem: nuipérament, ou peut-étre que le trop de foins que j'en prenois leur
fit. Je conçois cependant qu'on pourroit en cultiver du côté d'Hieres 3
eft T'expofition la plusheureufe de toute la France pour toutes les planqui
qui craignent le froid. Le caroubier qui eft une efpéce de
tes canéficier étrangeres vient à merveilles ; d'oi j'infere que ce dernier pourroit
être cultivé, y du moins par curiofité. Quoique cet arbre vienne par
L femence des graines, comme il vient aufli par bouture 1 011 préfére
derniere méthode comme plus facile, moins couteufe & d'un plus
cette
Efedivement , il faut plufieurs années avant que les
prompt rapport. fait une tige d'une certaine groffeur ; c'eft à peu près
graines ayent
viennent de femence > mais que perfonne ne
comme nos vignes qui
eft plus avantageux de planter
fait venir ce moyen 2 parce qu'il fruit
à la
des cepts se" vigne, qui donnent du
quelquefois
prémière
année. Le canéficier croît fort vite , & on eft furpris du progrès qu'il &
fait chaque année. A la quatrième,il commence à porter du fruit,
les filiques en font plus belles, furtout fi le terà mefure qu'ilvieillit, bon. On fait deux recoltes chaque année, ce qui n'eft
rein fe trouve
;
tous les arbres de T'Amérique
point particulier au canéficier ainfi prefque je l'ai déja fait obferver. Quand l'éont la même propriété, entierement que noire , fi le tems eft au fec, on
corce des filiques paroit
laiffe
pendant 24 heures au grand
en fait la cueillette ; on les
expofées
enfermer. Voilà touair, & avant que la rofée les humeête, on les fait
conferver ce
eft néceffaire de prendre pour
tes les précautions qu'il
voit
ce feroit un
fruit. La peine, comme on
7 n'eft pas grande , qui
puiffant encouragement pour les cultivateurs, fi le canéficier n'occupoit la
un trop grand efpace de terre qu'il appauvrit extraordinairement par fi
quantité de fucs qui font néceflaires à fon entretien 3 & la
grande du
de cette recolte s'en faifoit facilement. Mais il arrive
vente produit des
confiderables de canéfice 3 demeurent invenfouvent que le
parties d'acheteurs ou par la difficulté qu'il y a de l'emdues, par manque
relativement à fon volume, ce
barquer à caufe de fon peu de poids 1
de canéfice >
qui rend le fret plus cher; de forte que les propriétaires non-feulement
s'ils ne le vendent quand il eft encore nouveau, perdent ils rifquent encore
en le laiffant vieillir une partie de fon prix 7 mais
les fraix
s'en défaire, & d'ajouter à cette perte
de ne pouvoir plus
fe défféchent
de magafin 5 car les filiques qu'on a gardé trop long-tems
fe
la moelie ou pulpe qui eft adhérente aux cloifons 7
tellement > que
de
dont on ne peut plus faire ufage.
réduit en une efpéce parchemin font
en confitures 5
Les filiques encore jeunes & tendres,
employées
mais ce n'eft pas ici le lieu d'en parler.
- va -
& d'ajouter à cette perte
de ne pouvoir plus
fe défféchent
de magafin 5 car les filiques qu'on a gardé trop long-tems
fe
la moelie ou pulpe qui eft adhérente aux cloifons 7
tellement > que
de
dont on ne peut plus faire ufage.
réduit en une efpéce parchemin font
en confitures 5
Les filiques encore jeunes & tendres,
employées
mais ce n'eft pas ici le lieu d'en parler.
- va - --- Page 75 ---
PAR MARSEILLE
CANErICr.
USAGE ET PROPRIETÉS DU CANEFICE,
Je joins ici ces deux articles qui m'ont paru inféparables 3 T'ufage du
canéfice n'ayant prévalu dans la Médecine qu'à caufe de fa qualité purgative. L'expérience fit connoitre que lcs perfonnes qui en avoient
mangé, avoient bien-tôt après le ventre libre; auffi les Naturels des
Ifles l'employoient-ils par préférence à toute autre drogue pour fe purger. Son aétion eft douce & ne fatigue point le corps par des tranchées, ni par aucune irritation dangereufe. La moelle eft fouveraine
contre les humeurs bilieufes; mais fa fubftance vifqueufe remplie d'huile
& de fel effentiel, a de la peine quelquefois à couler dans les vifcères,
& par fon féjour excite des vapeurs & des vents très-incommodes.
Pour remédier à cet inconvénient, , il faut la faire bouillir pendant deux
minutes 3 dans la quantité d'eau qu'on fe propofe de prendre & la
paffer à travers un linge. Par cette préparation les parties cn font di-
&
la vifcolité n'eft
à
vifées 1 atténuées, raréfiées par conféquent
plus
craindre. J'ai vu des Apoticaires qui concaffoient les filiques de canéfice, faifoient bouillir le tout, & l'exprimoient enfuite dans un linge.
Ils prétendoient que la vertu purgative réide autant dans l'écorce que dans
la pulpe ; ce qui eft abfolument faux 3 puifque le canéfice qui eft defféché
ne conferve plus rien de fa propriété laxative, & eft rejetté avec raifon
comme inutile. Le canéfice ne doit être employé qu'après avoir été nétoyé,
c'eft-à-dire, après avoir extrait la moelle ou pulpe de l'écorce qui la renferme , & c'eft ce qu'on appelle fleur de calle, moelle de caffe ou pulpe
de cafle. On Tappelle également caffe mondée non pas qu'on la palle
dans un tamis, ce qui ne feroit point praticable, à moins que les filiques ouvertes dans toute leur longueur ne laiffaffent tomber les cloifous à demi féches ; mais parce qu'on les fépare des brins d'écorce
que la vifcofité tient comme colés. (Mondée ou nétoyée figuifie la même
chofe.) La dofe qu'on employe de fleur de calle pour une médecine 3
doit être proportionnée au tempérament dec perfonnes. L'expérience a
fait connoître qu'il en falloit depuis demi once jufqu'à une once & demi, fuivant la volonté & la décifion de Mrs. les Médecins pour le
plus ou le moins; mais la régle qu'ils fuivent qu'un quarteron de canéfice en bâton donne une once de pulpe 7 n'eft pas exaôte, y ayant
des filiques, qui quoique de la qualité requife 1 au licu de donner de
quatre un, n'en rendent pas la moitié. Le plus affuré eft de nétoyerla
moelle 7 d'en féparer l'écorce, & de la pefer,, on ne court plus par-là
le rifque de fe tromper. La caffe purge fort bien toute feule, furtout
fi on l'atténue avec le fel végetal i mais on a heureufement découvert
que mélée avec la manne, elle produifoit infalliblement fon effet.
On fait bonillir une once de pulpe de caffe dans un grand verre d'eau
dans laquelle O1l fait fondre trois onces de manne, cette cfpéce de
Hij
'écorce, & de la pefer,, on ne court plus par-là
le rifque de fe tromper. La caffe purge fort bien toute feule, furtout
fi on l'atténue avec le fel végetal i mais on a heureufement découvert
que mélée avec la manne, elle produifoit infalliblement fon effet.
On fait bonillir une once de pulpe de caffe dans un grand verre d'eau
dans laquelle O1l fait fondre trois onces de manne, cette cfpéce de
Hij --- Page 76 ---
6c
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
CANEFICE. médecine dont on a fait pendant long-tems un grand myftere dans nos
Colonies, y a guéri le plus grand nombre de maladies furtout parmi
les Négres, & a fait la fortune de fes auteurs. Le reméde depuis qu'il
eft connu, ne doit point avoir perdu par-là de fon efficacité. Le public en eft informé; c'eft à lui à en faire ufage, s'il le croit falutaire.
Il me refte à dire un mot du choix qu'on doit faire du canéfice. & de fou
Commerce.
C 0 M M E RCE DU CANEFICE
Avant la découverte du Nouveau Monde, la Ville de Marfeille faifoit feule le Commerce de la cafle par la voye du Levant, celle des
Indes Orientales n'étant point apportée en France, foit parce qu'elle
auroit été trop chere, foit peut-étre aufli parce qu'elle n'auroit pû fe
conferver pendant une fi longue navigation. On ne la connoifoit que
par caffe en canon, fiftule de caffe ou caffe d'Alexandrie, parce que
celle de toute T'Egypte étoit tranfportée dans cette Ville. On a crût
pendant long-teims, 3. & peut-étre le croit-on encore, que la caffe d'Alexandrie eft bien fupérieure à la caffe d'Egypte , quoiqu'elle foit la
même, & que la ville d'Alexandrie foir placée en Egypte & en fafe
un des plus beaux ornemens. De tous les pays où croit le canefice,
le Levant eft renommé encore chez le plus grand nombre de nos
Médecins pour produire le meilleur, & celui d'Alexandrie tient le prémier rang. On commence cependant aujourd'hui à fecouer l'ancien préjuge, 2 & à reconnoitre que le canefice de nos Ifles a les mêmes propriétés, qu'il eft fouvent plus beau & même plus efficace que celui du
Levant; auffi la différence du prix n'eft plus la méme qu'elle étoit en
1688. Je trouve que le canefice de TAmérique ne. fe vendit cette même
année que 8 liv. le cent pefant tandis que celui du Levant valoit
30 liv., c'eft-à-dire, quatre fois plus; fir 500 quintaux qu'il en arriva
pendant cette année à Marfeille, ily en avoit 380 quintaux du Levant, & feulement I20 quintaux de Hos Colonies, encore ce dernier
ne pouvoit -il fe vendre qu'en trompant le public, & en le faifant
pafler pour du Levant dans les ventes en détail. Les chofes ont bien
changé: la caffe d'Alexandrie, n'eft prefque plus connue que dans les
livres, celle de F'Amérique a pris le deffus, & je ne voudrois pas af
furer que dans la fuite nous n'en fiffions pas des envois confidérables
dans le Levant même, non-feulement à caufe qu'elle eft moins chere
mais encore parce que fa qualité en fera jugée meilleure. Voici l'état:
du canefice arrivé à Marfeille dans une année, 8 qui en eft forti pour
l'étranger:
a
- > A -
les
livres, celle de F'Amérique a pris le deffus, & je ne voudrois pas af
furer que dans la fuite nous n'en fiffions pas des envois confidérables
dans le Levant même, non-feulement à caufe qu'elle eft moins chere
mais encore parce que fa qualité en fera jugée meilleure. Voici l'état:
du canefice arrivé à Marfeille dans une année, 8 qui en eft forti pour
l'étranger:
a
- > A - --- Page 77 ---
P AR M ARSEILLE
6,
E V T R
-
CANErICsi
De l'Amérique.
1632II liv.
Du Levant.
néant.
S O R T I E.
Pour TItalie. .
99723 liv.
L'Efpagne.
IIO
La Hollande.
112898 liv.
Le Nord.
Rette pour la confomination dc Marfeille ou
des Provinces voilines.
50313 liv.
Cette quantité devroit paroitre modique , fi elle étoit deftinée pour
fournir tout le Royaume ; mais il en arrive dans tous les Ports déGignés pour faire le Commerce des Ifles françoifes plus qu'il n'en eft
néceffaire pour la confommation des autres Provinces.
Le canefice du Levant, s'il n'eft apporté en droiture à Marfeille
fur des Navires francois, appartenans & commandés par des François
doit 20 pour cent de fa valeur à la Chambre de Commerce de ladite
Ville, furl'eftimation de 57 liv. le cent, & la caffe confite doit le même
droit fur celle de 370 liv. Il en vient rarement du Levant, c'eft de
T'Amérique d'ou nous tirons cette confiture purgative. On cueille les
filiques de canefice encore tendres & verds, de la longueur de demi
pied, on les fait bouillir dans l'eau de firop 2 ou dans un firop clair,
On les retire pour les faire égouter, & pendant cet intervalle 9 on prépare & clarifie le firop qu'on veut employer. Quand il eft aux trois
quarts de fa cuiffon on remet les filiques dans le poelon 1 jufqu'à ce
que le tout foit réduit au tiers. On remplir enfuite les pots ou les barils qu'on laiffe entierement refroidir, avant de les couvrir. Cette confiture fe couferve belle, 9 & produit un effet admirable pour tenir le
ventre libre. Je crois même qu'elle fuffiroit pour purger dans toutes les
réglés de la facuité de médecine, , en en mangeant jufqu'à demi livre.
On confit auffi les fleurs du canefice & elles font à peu près le mêmc
effet. Rien de plus facile que de réuffir; il ne faut les mettre dans
le poclon que lorfque le firop eft prefque parfait 3 les laiffer bouillir
légérement pendant fept à huit minutcs, & fuivre la même méthode
pour le verfer dans les pots, que pour la confiture de canefice.
Les vertus du canefice réfident daus cette efpéce de maune noire : --- Page 78 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
adhérente aux cloifons renfermées dans les filiques. Il eft donc effenCANEFICE. tiel de les cueillir dans leur véritable maturité. Trop verds ou trop murs,
n'eft
ni fi abondante ni fi bonne. Si nous avious les
cette manne
plus &
la recolte dépendit de notre volonté,
caneficiers fous nos yeux; que le
convenable mais le canefice
nous pourrions choifir le tems plus
& fouvent
nous eft apporté tel qu'il a été recueilli, bon ou mauvais,
il n'eft embarqué qu'après qu'il a fejourné dans le pays.
Trop verds ou trop murs,
n'eft
ni fi abondante ni fi bonne. Si nous avious les
cette manne
plus &
la recolte dépendit de notre volonté,
caneficiers fous nos yeux; que le
convenable mais le canefice
nous pourrions choifir le tems plus
& fouvent
nous eft apporté tel qu'il a été recueilli, bon ou mauvais,
il n'eft embarqué qu'après qu'il a fejourné dans le pays. Il faut donc
n'être
trompé, & examiner fi les bâtons
le vérifier avec foin pour fi en pas les fecouant, les graines & les cloifont entiers 7 pefans & unis; fi l'écorce eft bien obfcure & luifante, & fi
fons ne fonnent point i abfolument néceflaire, au moins de quelquesenles caffant, ce qui eft eft d'un beau
de la confiftance d'un
uns 7 la moelle ou pulpe, elle eft
on feche noir, , ce feroit la marque dans
firop épaifli ; car fi
liquide n'ont
été cueillis dans le véritale prémicr cas, que les filiques
point
de
ble point de maturité, & qu'il leur manquoit quelques dégrés perfeétion ; & dans le fecond cas, que les filiques ont été cueillies fentir trop &
tard ou qu'elles-ont. été gardées
long-tems. Il faut enfin
la moelle pour reconnoitre E ellc n'auroit point contraêté une
goûter
La bonne pulpe doit avoir l'odeur
odeur de moifi ou quelque aigreur. dans
douce & le goit agréable & fucré. Elle entre
plufieurs compofitions. On en fait aufli un extrait, en diffolvant la pulpe dans la quanle fuc puiffe paffer à travers un tamis ;
tité d'eau néceffaire pour que
avec la fleur d'orange, ou telle. autre odeur qu'on veut
on T'aromatife donuer on le (ucre, & on le fait évaporer 3 jufqu'à ce qu'il ait
lui la confiftance 7
de bol. La prife de cet extrait eft_ordinairement
acquis
de Les dix droits gros. d'entrée dans le Royaume font aujourd'hui uniformes &
les Lettres-Patentes de 1717 & de 1719, à I liv. du
ont été fixés par &
de la Traite des noirs à la moitié, c'eft-àcent pefant, provenant
dire, IO fols. le canefice
fuivant le Tarif de
Avant lefdites Lettres-Patentes, , Il auroit payoit dû payer fur l'eftimation,
1664 ci... . 3 liv. du cent pefant. méridionales, n'étant point compris dans
en entrant de par la les douane Provinces de Lyon ; mais par un Tarif d'ufage dont on
le Tarif
le canefice
ci. . - I liv. IO fols
ignore le commencement, , confite. payoir
. . 2 liv. IO fols
du cent pefant ; & la cafle Levant devoit aufi, comme elle doit enen obfervant que la caffe du
core, T'impofition de la droguerie. de caffe, qui ne vient que dans le Bréfil,
Ily a une autre efpéce L'arbre eft d'une grande beauté, le tronc eft
8qui en porte le nom. loin ; les feuilles font d'un verd
droit, & lcs branches s'étendent à celles au de nos capriers, & les fruits à peu
clair, les fleurs femblables caneficier, mais
gros, plus courts,
près comme les filiques du
del les
plus fans marteau.
ition de la droguerie. de caffe, qui ne vient que dans le Bréfil,
Ily a une autre efpéce L'arbre eft d'une grande beauté, le tronc eft
8qui en porte le nom. loin ; les feuilles font d'un verd
droit, & lcs branches s'étendent à celles au de nos capriers, & les fruits à peu
clair, les fleurs femblables caneficier, mais
gros, plus courts,
près comme les filiques du
del les
plus fans marteau. L'écorce
aplatis &kfidurs, qu'il eft difficile
rompre 5a --- Page 79 ---
PAR MARSEILLE
de cette caffe du Bréfil, eft brune en dehors, mal unie , & blanche CANEFICET
en dedans, l'intérieur eft divifé par des cloifons qui renferment les graines bien différentes de celles du canefice. Elles font de la groffeur &
de la figure d'une amande 3 luifantes , dures & d'un blanc jaunatre.
Chaque cloifon eft envelopée d'une pulpe gluante & brune, qui eft
d'une amertume dégoutante, mais très-purgative. On n'en fait point
ufage en France. Ily a anffi la caffe en bois, qui n'eft autre chofe
qu'une écorce roulée en tuyau, comme la canelle dont elle a la couleur,
Todeur & le goût, mais beaucoup plus foible, & la caffe giroflée qui
cit égelement roulée comme la canclie , d'une oceur & dun gout fi
fort de girofle, qu'en la mâchant on croit avoir du girofle dans la
bouche. Toutes ces efpéces de caffe ne croiffant point dans nos Colonies françoifes de l'Amérique, font étrangeres à mon fujet.
Pour remplir T'objet que je me fuis propofé, eft de faire connoitre en quoi confifte le Commerce qui fe fait l Marfeille aux Colonies Françoifes de T'Amérique, il me refte à parler de nos établiffemens daus la Louifiane. Le Canada faifoit aufli partie de mon plan; ;
mais la France l'ayant cedé pour le bien de la paix 1 il nous importe
peu aujourd'hui de fçavoir s'ii nous feroit profitable. Je n'en parlerai
même qu'autant que les Réglemens qui font communs pour la Louifiane
& le Canada, ne me permettront pas de faire autrement.
Ily a une autre branche de Commerce que je ne puis paffer fous
filence : c'eft le Commerce de Guinée. Il eft tellement lié avec celui
de nos établiffemens en Amérique , à caufe de la Traite des Noirs qui
nous fournit les Efclaves néceflaires pour la culture de nos terres &
T'exploitation de nos raffineries dans nos Colonies 2 qu'il me paroit indifpenfable à nos Négocians de fçavoir à quoi s'en tenir dans cette
efpéce de négoce & de pouvoir même T'entreprendre fi leurs intérêts
T'exigent. Le Gouvernement a regardé la Traite des Noirs fi importante pour toute la Nation, qu'il l'a encouragée par les faveurs les
plus diftiftinguées & qui font même plus confidérables que celles dont
jouit notre Commerce de T'Amérique. Mais avant de parler de notre
Commerce dans la Louiffane & de celui de Ia côte de Guinée je
ferai quelques réflexions fur les productions de l'Amérique, fur Ia maniere dont clle a été habitée 1 & comment les animaux que nous y
avons trouvé ont pu y palfer, &c.
importante pour toute la Nation, qu'il l'a encouragée par les faveurs les
plus diftiftinguées & qui font même plus confidérables que celles dont
jouit notre Commerce de T'Amérique. Mais avant de parler de notre
Commerce dans la Louiffane & de celui de Ia côte de Guinée je
ferai quelques réflexions fur les productions de l'Amérique, fur Ia maniere dont clle a été habitée 1 & comment les animaux que nous y
avons trouvé ont pu y palfer, &c. --- Page 80 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
REFLEXION S.
PRENIEREMEXT.
La Providence qui a étalé avec une magnificence admirable les dons
de fa libéralité daas les produétions de la terre qu'il a variées à l'infini,
lesa difpolbes de maniere que chaque pays, fuizant fon climat & la
qualité de fon fol, eut des arbres & des plantes qii lui uTent particuliers & G naturels, 1 qu'ils ne pulleut ni croitre, ni fe reproduire
dans d'autres contrées à moins qu'à force de foins & de précautions
furmonte obftacles
du fol 8 du climat. Qui
on ne
les
qui proviennent
fi merveilleux
ne reconnoîtra les vues du Créateur dans un arrangement
pour faire du monde entier une fociété dont les membres repandus
d'un pole à l'autre, devoient fe communiquer leurs richeffes 3 Il n'a formé
la terre, il ne l'a ornée & il ne l'a embelie fi majeflueufement, que
qu'il l'a deftinée à être le féjour de celui qui a été le véritable
parce objet de fa complaifance, & le terme de tout ce qu'il a créé pendant
fix jours. Il a tout fait pour T'homme qu'il a formé de fa main, &fe afin
reconnoilfance, T'homme rapporta tout à fon Créateur,
confacràt que par tout entier à l'Auteur de fon exiftance - qui l'avoit difingué
fi glorieufement de fes autres ouvrages, & l'avoit comblé de tant de
T'homme le maitre & le dominateur de
biénfaits. Mais embelit eu établiflant & vivifie notre globe , il n'a pas voulu que ce
tout ce qui defcendans du prémier homme , à l'exclnfion de leurs
fuffent quelques qui faffent les feuls poffeffeurs de ces richeffes innomautres brables. Freres, Celtalhomme & à f poftérité qu'il en a fait le don, & qu'il
le cultivateur & Tuffraitier de tout ce que renferme TUnia conftitué dont il s'eft refervé le fouverain domaine, comme étant la feule
vers, caufe & le feul vrai priucipe de toutes chofes, à qui la gloire en appartient toute entiere, & qui doit remonter continuellement vers lui
les. facrifices, les hommages & les aétions de graces de T'homme.
par L'Etre fuprême n'a créé qu'an homme pour peupler la terre, afin
fes enfans en fe multipliant & en fe difperfant de tous côtés,
que
& ie fscouruffent mutuellement comme freres, iffus du
s'aidaffent & devant
également à Théritage de leur pere
même fang,
participer combien l'imagination dérèglée de quelques
commun. (Je n'iguore pas inveaté de frftèmes pour contredire cette
préraadus beauk ginies, a
des
zélés défenfeurs de
vérité. Mr. de Voltaire s'eft montré un
plus ici le lieu de lereT'exiftance de plufieurs efpéces d'hommes. Cen'eft mantère pas à le convaincre lxi,
farer; je me propo.e de le faire d'une
d'abfurdiré
& cenx qu'il a faduits par fes foshifines, quily a nombreufe autant
foit
daas ce nouveau frieme.) Quelque
que
que d'implétd
la
de
vérité. Mr. de Voltaire s'eft montré un
plus ici le lieu de lereT'exiftance de plufieurs efpéces d'hommes. Cen'eft mantère pas à le convaincre lxi,
farer; je me propo.e de le faire d'une
d'abfurdiré
& cenx qu'il a faduits par fes foshifines, quily a nombreufe autant
foit
daas ce nouveau frieme.) Quelque
que
que d'implétd
la --- Page 81 ---
P A R MARSEILLE.
la race de cC prémicr ho:me, & quoiqu'elle doive égaler le nombre
de grains de fable de la mer, fuivant la bénédiétion de celui qui elt vrai
dans fes promeffes 7 ce n'eft cependant que la même famille que la
charité 1 l'union & la paix doivent lier & entretenir dans une amitié
parfaite. Cette amitié parfaite 3 n'eft point incompatible avec la poffef
fion & la propriété particuliere de quelques portions de terre 2 elle
la fuppofe. La communauté des biens ne ferviroit qu'à anéantir toute
induftrie 1 à favorifer la pareffe & l'indolence, 3 & à fomenter les jaloufies & les haines. Elle ne peut être admife que pour de petites fociétés célibataires & féparées par état du Commerce & de la fociété
générale des hommes. C'eft une exception à la régle.
Que les hommes feroient heureux, fi le fouvenir de leur origine
avoit affez de force pour les rappeller aux devoirs d'humanité qui font
inféparables de leur naiffance. Le flambeau de la guerre feroit éteint;
les haines & les violences difparoitroient ; & fi les hommes fe difputoient, ce ne feroit que pour fe prévenir dans Thofpitalité & dans les fecours que l'état foible de l'enfance les infirmités de la vieilleffe, &
les maladies ( fruits amers de la défobéiffance du chef ) qu'ils opt droit
d'attendre de leurs femblables. Les paffions déréglées qui ont pris la
place des vertus effentielles à la fociété 1 pour laquelle les hommes ont
été faits, prouvent qu'il y aun grand changement depuis le jour de
la création du prémier homme ; mais ne fçauroient les légitimer. Le
plan de la Divine Providence n'a point varié; lhomme a été fait pour la
fociété 1 & la fociété n'cft autre chofe que les hommes repandus fir toute
la face de laterre. Ils fe doivent mutuellement des fecoursréciproques pour
s'encourager à la pratique de la vertu, & fe foulager dans leurs beloins
& dans leurs infirmités.
C'eft dans cette vue & pour cet effet, que les produétions de Ia
terre ont été fidiverfifiées, & que ce qui croît dans un pays, ne fçauroit
venir dans une autre 3 afin que lcs hommes ne pouvant fe paffer
les uns des autres > fe communiquafent les fruits & les richeiles qui
leur font particulieres, fuivant les portions de terre qu'ils habitent.
SECOXDEMEXT
S'il y avoit une contrée où tous les tréfors de la terre fuffent raffemblés, oùt tous les arbres, toutes les plantes & toutes les herbes vinffent
également bien, & où tous les animaux puffent fe nourrir & multiplier le
peuple qui habiteroit ce fortuné pays, fe croiroit difpenfé de communiquer avec les autres peuples qui ne pourroient lui être d'aucune utilité. Tous fes foins n'auroient pour objet que de fe féparer par des
barrieres affurées de tout le refte du genre humain. Les autres hommes
lui feroient entièrement étrangers 2 & peut être qu'une folle imagina.
tion > lui feroit croire qu'ils ne font pas de la même race & qu'ils
Tom. II.
I
uple qui habiteroit ce fortuné pays, fe croiroit difpenfé de communiquer avec les autres peuples qui ne pourroient lui être d'aucune utilité. Tous fes foins n'auroient pour objet que de fe féparer par des
barrieres affurées de tout le refte du genre humain. Les autres hommes
lui feroient entièrement étrangers 2 & peut être qu'une folle imagina.
tion > lui feroit croire qu'ils ne font pas de la même race & qu'ils
Tom. II.
I --- Page 82 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
ont une autre origine. Quand nous lifons certaines relations de nos
freres fauvages ou de ceux quc la nature > pour humilier notre orgueilleufe curiofité, fait naitre d'une autre couleur, quelle eft la prémiere réflexion que nous faifons, 2 Ne penfons-nous pas qu'ils font d'une
efpéce différente 1 & qu'ils nous font inférieurs à tous égards? Que feroit-ce donc de cc peuple ifolé de tous les autres. qui fc fuffiroit à
lui-r même lans avoir befoin d'emprunter aucun fecours étranger 2 La
Sageffe Divine qui a voulu que tous les hommes s'aidaffent mutuellemnent , & fe regardaffent comme membres d'une même famille repandue dans toutes les parties de l'univers > n'a pas permis l'exiftence
d'une telle contrée. Les Chinois ont conftruit envain une muraille de
500 licues de longueur 1 les Japonois out aufli placé envain des fentinelles autour de leur Ifle, pour empécher toute communication avec
les étrangers. De pareilles précautions. ne font que l'effet de la peur
ou de la tyrannic, & font de foiblcs barrieres pour arrêter des peuples nombreux & puiffans. Il y a même une efpéce d'injuftice de priver d'autres hommes 3 nos femblables, de ce qui nous eft fiuperflu
& qui peut fervir par des échanges utiles à nous procurer les richef.
fes dont nous manquons, > à mnoins que des raifons de prudence & de
fageffe, ne faffent interdire toute communication avec un peuple dont
les mceurs corrompues pourroient pervertir ceux qui n'en feroient point
feparés. C'eft par ce motif qu'il fut défendu aux Ifraëlites, de s'allier
avec les Nations idolâtres qui les environnoient , & même de les fréquenter. Que la vie de lhomme feroit miférable, s'il ne pouvoit faire
ufage que de ce que fournit fon village. Il ne pourroit manger que
quelques fruits groffiers 1 encore en manqueroirille plus fouvent. Ilne
pourroit point labourer la terre, ni faire aucune des opérations néceffaires à l'agriculture. Combien de piéces pour faire une charrue. Le
bois fe trouve peut être dans le pays 5 mais les cordes & le fer ne.
viennent pas par-tout. La Suede nous fournit lc fer; la Ruflie le chanvre, (je dis la Suede & la Ruflie comme tout autre lieu. ) Je tiavaille actuellement avec une lampe 3 le fer. vient d'Allemagne le coton:
du Levant, & T'huile de Provence. De quoi me ferviroit l'huile fans
mêche ? Et ma lampe qui eft très-commode me fait profiter avec agrément de T'huile & du coton, , qui fans fon fecours ne m'auroient rendu
qu'un fervice médiocre. Qu'on parcoure. tout ce qui entre dans T'ufage:
de la vie, on fera fiurpris de trouver dcs produétions des quatre parties du monde 1 pour une fomme fi modique, qu'on ne pourroit point
envoyer chercher dans la ville. la plus voiline la denrée la plus com
mune pour le même prix.
TROISIEI ME M E. NT.
L'Amérique nous a été inconnue jufqu'à Chriftophle Colomb. Tous
SZTAN a
a
médiocre. Qu'on parcoure. tout ce qui entre dans T'ufage:
de la vie, on fera fiurpris de trouver dcs produétions des quatre parties du monde 1 pour une fomme fi modique, qu'on ne pourroit point
envoyer chercher dans la ville. la plus voiline la denrée la plus com
mune pour le même prix.
TROISIEI ME M E. NT.
L'Amérique nous a été inconnue jufqu'à Chriftophle Colomb. Tous
SZTAN a
a --- Page 83 ---
PAR MARSEILLE
Xes tréfors & Ics fruits précieux de ce nouveau monde 1 nous ont été
par conféquent inutiles pendant une longue fuite de fiécles, & réciproquement nous n'avons été d'aucun fecours aux habitans de nos Anzipodes. Pourquoi, dira-t-on 7 fi tous les pays de la terre dcive t fe
communiquer le fuperflu de leur récolte 2 & fe fourrir les unsles autres de ce qui croit particulièrement à chaque contrée, la Providence
qui veut que les habitans du monde entier ne fallent qu'une feule fociété, a-t-elle laiffé ignorer pendant fi long-tems la route de cette
quatrième partie du monde ? La reponfe n'eft pas difficile. Dieu en
créant l'homme & en le mettant en poffeffion de toutes les produéions
de la terre, ne lui a poiat donné la fcience infufe aétuclle de toutes
les propriétés des plantes, des fruits, des animaux, des minéraux,
& même de la portion de terre qu'il cultive.; il ne lui a Point non
plus tracé les routes les plus courtes pour faire le tour du globe ni
fourni des inftrumens pour mefiurer & calculer la grandeur & la courfe
des aftres qu'il a placés dans le firmament. Mais il la rendu capable
de faire toutes ces chofes, en le rendant raifonnable ; & c'eft en quoi
la puiffance de fa grandeur éclate avec magnificence. II a uni intimement au corps de T'homme une fubftance fpirituelle immortelle, reffemblante en quelque manière à l'image de la Divinité, capable de
concevoir. , de raifonner, &c. de connoitre & de choifir, d'extraire &
de joindre les propriétés de plufieurs êtres pour en faire un tout utile
& falutaire à la confervation de l'efpéce humaine. Que d'expériences
faites depuis la naiffance du monde pour parvenir aux merveilleufes
découvertes dont nos peres n'ont fait que nous frayer le cheinin ! La
raifon de I'homme eft le prémier don de fon Créateur, & le bon ufage
qu'il en fait eft un nouveau don qu'il n'accorde qu'à la reflexion & au
travail , parce l'ame étant une puiffance adtive, doit continucllement
être exercée & fe nourrir 1 pour ainfi dire, du raifonnement. Combien de plantes que nous méprifons & que nous foulons journellement
fous nous pieds qu'une étude plus confiante & plus ferieufe nous feroit eftimer & cultiver avec jaloufie 2 fi lcs propriétés nous en étcient
connues ? Cette reflexion fi fenfible aux plus petits génies me meneroit
trop loin. Je reviens à T'Amérique, & je fiis plus que furpris que les
fruits & les richeffes de cette quatrième partie du monde, ayent été
pendant tant de fiécles, relativement à nos befoins 7 comme s'ils n'avoient jamais exifté, fur-tout depuis que les hommes s'étant multipliés,
avoient inventé & perfedtionné les Arts, & que la découverte de la
Bouffole avoit donné de la hardieffe à notre navigation. Par cette invention notre marine étoit fortie de l'enfance, & rien ne l'empéchoit
de faire le tour du globe. Elle ne rifquoit plus de s'égarer dans lés
voyages les plus lointains. La Bouffole fut un flambeau lumineux qui
éclairoit tous fes pas ) & la rafiuroit contre tous les dangers. Comment
donc a-t-ii pa fe faire qu'aucun navire n'ait déteaminé la courfe vers
Iij
hardieffe à notre navigation. Par cette invention notre marine étoit fortie de l'enfance, & rien ne l'empéchoit
de faire le tour du globe. Elle ne rifquoit plus de s'égarer dans lés
voyages les plus lointains. La Bouffole fut un flambeau lumineux qui
éclairoit tous fes pas ) & la rafiuroit contre tous les dangers. Comment
donc a-t-ii pa fe faire qu'aucun navire n'ait déteaminé la courfe vers
Iij --- Page 84 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
cette partie du nouveau monde, dont les côtes font fi étendues ? Il paroit incroyable qu'un préjugé que le raifonnement auroit dû démontrer
ridicule, f une idée fauffe de religion ne l'avoit fait refpeéter > ait pu
durer fi long-tems, & que des perfonnes qui ont le bon fens en partage 2 fe foient accordées à penfer que la terre qu'ils. voyoient ronde
& qui ne pouvoit même avoir d'autre figure fut plate, & que paffé
un certain cfpace de mer, ce n'étoit qu'a 'abimes autant impénétrables
qu'inconcevables; d'ailleurs ce préjugé fi abfurde & qui a été pendant
la fite de pluficurs fiécles un obftacle invincible à ja communication.
qu'il doit y avoir entre l'ancien & le nouveau continent, ne pouvoit
faire impreffion que fur les Chrétieus, pourquoi donc les autres Nations qui ignoroient le motif de notre inaction,n'ont - elles pas pouffé.
leur navigation jufques fur les côtes de l'Amérique 2 Je ne puis en donner aucune raifon. Des réflexions plus religieufes pourroient trouver
ici leur place far les deffeins incompréhenlibles de l'Etre fupréme 7qui a laiffé fubfifter un préjugé fi funefte à tant de peuples qui ont
peri fans la connoiffance du Sauveur des hommes. Je laiffe à la piété-
& à la religion, a fuppléer à mon filencc,
QVATRIEMES M E NT.
Je prévois qu'on ne manquera pas de m'objeéter qu'avant la décon-.
verte de l'Amérique nous ne manquions de rien de ce qui étoit ab--
folument néceffaire à la vie; 5 par conféquent qu'il n'y avoit point de
néceflité de pénétrer dans ces régions éloiguées pour en rapporter les,
produétions qui n'ont fervi qu'à augmenter notre luxe & notre vanité..
Ce raifonnement eft faux. I'homme eft fait pour jouir des biens de
la terre, & fa raifon doit T'empécher d'en. abufer. Oui, Thomme vivoit
& pouvoit mener uue vie heureufe & tranquiile lans la potelon du Mexique, du Perou, des Antilles, &c. mais il trouvera dans cette pofleffion de nouveaux adouciffemens à fes mifercs & de nouvcaux motifs.
d'aétions de graces envers le Souverain Diipenfateur de tous biens. Je:
fçais que pour vivre, un homme n'a pas befoin de mettre à contribution tout iUnivers; mais la fociété ne fçauroit s'en paffer; les goûts
& lcs befoins varient à l'infiui, & ce qui fait bien à Tun, feroit trèsnuifible à l'autre; il n'y a que l'excès & le défir immoderé dans Tufage
des alimecs & des vétemens, qui loient vicicux, & à mcins quune
defenfe Jégitime 112 Caprende 2 dreit que Thomme a de s'en farrir,
le titre d'ufafmilor de tous rUs blens de la terre, lui affure la lierté
du choix detout ce quitl pirel le plus utile & le pias cenvenaale.
L'homne peut non : noi uer des prodeéticns doat la ter.e recompenie fos tresaur : mais El peut e.core : Far foa ind.firic, 14s
amclioror & les PL cofectionnor. Laimiion, quile difinge das animnc
qui lui four 4 nte rieurs, lala été donnée pour cet ciet. Il culuvei
la terre, lui affure la lierté
du choix detout ce quitl pirel le plus utile & le pias cenvenaale.
L'homne peut non : noi uer des prodeéticns doat la ter.e recompenie fos tresaur : mais El peut e.core : Far foa ind.firic, 14s
amclioror & les PL cofectionnor. Laimiion, quile difinge das animnc
qui lui four 4 nte rieurs, lala été donnée pour cet ciet. Il culuvei --- Page 85 ---
P AR MARSEILLE,
terre, 1 & pour y réuffir il a inveuté les outils néceffaires à cette opération. Il ieme, , & après avoir recueilli lc bled, il le fait convertir en
farine, le paitrit, & fait cuire la pâte pour avoir le pain dont il fe
nourrit. Si on confidére toutes les opérations qu'il a fallu faire pour
parvenir à avoir cette prémière nourriture 3 fi fimple & fi effentielle à
la vie de l'homme, combien d'inftrumens & d'outils n'a-t-il pas fallu
imaginer & effeétuer 2 pour ne point travailler envain ? Les étoffes les
plus communes 3 font la fuite d'un grand nombre d'autres opérations 3
& plus ces étoffes font commodes & précieufes, plus la fageffe de TOuvrier excite notre admiration & nos louanges > & doit ranimer notre
reconnoilfance envers notre Créateur, qui nous a rendus capables d'employer fi utilement les talens qu'il nous a donnés. Il eft évident que
l'iutention & le but de l'Etre Souverain, n'ont pas été, en nous foumettant la terre, que nous nous contentaffions d'en recueillir les fruits pour
nous en nourrir, & que nous nous couvriflions de peaux des animaux
fans aucune préparation 3 il a voulu que notre raifon nous fit difcerner
ce qui deroit étre plus utile pour la nourriture & les vétemens &
que notre induftrie fçut en difpofer pour le plus grand avantage de la
fociété; il a voulu quic les habitans d'un pays qui ne produiroit que
du bled, pulfent en fournir à ceux d'un autre pays qui IC feroit bon
qu'à faire croitre le chanvre , & que par des échanges ils s'aidaffent 8
fe fecouruffent muruellement. Par le bled & le chanvre, il faut entendre toutes les produétions de la terre dont quelques - unes font naturelles à une coatree placo: quà t.ie autre. Ccs échanges ne iont autre chofe que le Commerce dont l'origine eft auffi ancienne que les
prémiars érablitfemens qu'ont fait les enfans ddan 7 quil eit dans
l'ordre de da providence 1 qu'il eft aufi jufte qu'il eft nécefiaire, &
fans lui les fociétés ne peuvent ni fe former 2 ni fe conferver. Le Rcame
merce eft donc d'iuftitution divine, puifqu'il entre dans le plan de la
Providence 5 qu'il doit fervir de lien entre tous les membres de la focie:d, & que ce n'eft que par foa moyen que les homnes trouvent
les fecours dont ils ne peuvent fc paffer pour mncner une vie plus douce
& plus exempre des miferes dont ils feroient accablés, s'ils devoient
fe fuffire à eux-mémes, & n'ufer que de ce que chacun auroit recueilli.
dans fon propre territoire fans aucune préparation de leur part pour
l'améliorer.
Je n'ignore pas qu'on pourra objeéter que Thomme inaoceut avoit:
le droit inconteftable de jouir de toutes les productions de la terre 5
mir qlenir f preserication, il s'olt rend:i indigne-de cette jouifhnce,
101 : toute fa potisire, Cetie objefon nu PE exacte: la repon.e
ef facile. Dans Tétar d'innocence, la terre auroit produit d'elle-méme
fans culture & fans travail de la part des hommes, tout ce qui auroit
ete seoaifuire a lenr tubitunce & à leur
tlon; Clici. Taparage
de fos cxiltence. Depuis la chite du chef, 2 terre uc groduit 2a
rend:i indigne-de cette jouifhnce,
101 : toute fa potisire, Cetie objefon nu PE exacte: la repon.e
ef facile. Dans Tétar d'innocence, la terre auroit produit d'elle-méme
fans culture & fans travail de la part des hommes, tout ce qui auroit
ete seoaifuire a lenr tubitunce & à leur
tlon; Clici. Taparage
de fos cxiltence. Depuis la chite du chef, 2 terre uc groduit 2a --- Page 86 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
qu'à force de foins & de labours. Le pain que Thomme auroit trouvé
fous fa main ne lai et plas accordé qu'a la fucur dei fon viage; mais
il lui eft accordé, il a donc droit d'en ufer. Ce n'eit plus,jen conviens,
par juftice, c'eft par miféricorde, ce qui doit exciter en lui de coutinuelles actions de graces, & le teuir en crainte pour ue J m.is cn
abuier.
CINQUIENENES N T.
Les prémiers hommes ont été commerçans fans faire du commerce
une profeffion particuliere. Les befoins attachés à la confervation de la
vie 7 les ont réunis par troupes dans les campagues les plus fertiles.
Là logés prémièrement dans des cabanes, chacun a fait valoir fon induftric. Le Laboureur a emprunté le fecours du Forgeron & du Charron, & a compenfé par une portion de fa recolte, le prix de ce qu'il
avoit reçu; le Berger a échangé la laine de fes troupeaux avec les denrées dout il ne pouvoit fe paffer, & mutuellement tous les habitans fe
font aidés & fecourus chacun en faifant ufage de fes talens, & en fuivant l'inclination qui le portoit plutôt pour un travail 3 que pour un
autre. J'eftime que cette maniere de vivre, étoit un commerce contimel qui a changé dans la fuite des tems dans la forme, mais qui fera
toujours infeparable de la condition des homnes réunis dans un lieu
quelconque pour y vivre enfemble 5 car aujourd'hui ceux qui par des
préjugés aufi funcftes que ridicules, fc font imaginés qu'ily avoit de la
honte à commercer, font malgré la condamnation qu'ils en font, commerçans de la derniere claffe. Le commerce réfide effentiellement dans
la vente & dans l'achat des denrées & autres marchandifes devenues
néceffaires par ufage aux mceurs de chaque fiécle. Or depuis le Prince
jufqu'au foldat, tous vendent & achetent. Ils vendent les fruits de leurs
terres, s'ils les font valoir par eux-mêmes Oll s'ils afferment leurs
Domaines, & du produit ils en achetent ou font acheter ce qui leur
eft néceffaire pour. fe procurer les commodités de la vie. Ils ont beau
protefter qu'ils n'entteprendront jamais aucune efpéce de commerce,
leurs actions démentent leurs prétentions; 5 ils font con.merçans dès qu'ils
vendent & qu'ils achetent - & le commerce qu'ils méprifent fi publiquement avec un dedaia affeété, eft inféparable de la condition de tout
homme dans quelque état de diguité qu'il foit élevé. Bien plus: le
Gentilhomme chafleur & qui ne vit que de fon adreffe dans cet exercice, n'ef qu'un marchand de gibier. Je ne firis entré dans ce détail,
que pour relever le Commerce de l'aviliffement dans lequel l'ignorance
& la vanité de quelques Nations barbares ont voulu l'enfevelir, cn
faire counoitre T'importance & la proteétion qu'il mérite fi juftement,
puifp'il cf exercé méme par ceux qui le condamnent, & qu'il peut
feul conferver les fociétés, rendre la vie douce & agréable, & vivifier
Jes aétions de tous les hommes.
é dans ce détail,
que pour relever le Commerce de l'aviliffement dans lequel l'ignorance
& la vanité de quelques Nations barbares ont voulu l'enfevelir, cn
faire counoitre T'importance & la proteétion qu'il mérite fi juftement,
puifp'il cf exercé méme par ceux qui le condamnent, & qu'il peut
feul conferver les fociétés, rendre la vie douce & agréable, & vivifier
Jes aétions de tous les hommes. --- Page 87 ---
PAR MARSI EILLE.
7L
SIXIEMEMENT
A mefure que les hommes fe multiplierent, & que Ie nombre des
fociétés augmenta, les arts & les métiers fe perfedionnerent , & par
confequent le Commerce devint plus étendu. Plufieurs focietés réunies
formerent les Villes, plufieurs villes les Provinces 9 & plufieurs Provinces les Royaumes. Si l'efprit de domination & de conquête n'avoit
point fait oublier les fentimens d'union & d'amitié qui doivent lier tous
les hommes 1 plus les fociétés auroient été nombreufes, plus elles auroient trouvé dans leur réunion les fecours que chacun doit attendre
de fon femblable; & au lieu de porter le ravage & la défolation dans
les campagnes, répandre inhumainement le fang de leurs propres freres, les hommes ne fe feroient occupés qu'à perfeêtionner les moyens
de foulager leurs miferes, & à vivre heureux dans une paix parfaite.
Mais la cupidité & l'injuftice ayant pris la place des vertus de nos prémiers parens, la nécelité de veiller à fa propre confervation & de défendre fes héritages > a armé les citoyens de l'Univers les uns contre
les autres. La fureur inventa l'art funefte de la guerre, & les focietés
les plus belliqueufes & les plus cruelles fubjuguerent ou détruifirent les
plus foibles. L'efclavage fut le partage des vaincus, & cet état fi humiliant pour Thumanité, devint fi commun, qu'il ne parut plus extraordinaire. Les plus vaftes Empires ne doivent leurs établiflemens qu'à des
brigandages, & fe font enfuite détruits les uns par les autres. C'eft
ainfi que l'Arbitre Souverain de toutes chofes, a jugé jufte de les punir
de leurs injuites paflions, 3 pour avoir abandonné les voyes de la juftice
& de la charité, dans lefquelles il aveit créé le prémier homme. On
conçoit que dans les horreurs de ces guerres cruelles, le Commerce
perdit beaucoup de fa liberté & que les écha: ges pouvoient à peine
fe faire dans les lieux voilins. Ce ne fut que dans le calme de la paix
que le tranfport des denrées & des marchandifes ne trourant plus d'obf.
tacles, facilita les échanges des deux extrémités d'un Empire.
SEPTIENEMEMENT.
Les échanges étoient fujetsà trop d'inconveniens, pour que Ie Commerce pu: ja.mnais derenir foriffant, tant que lesentraves rqui Tonchainoient tne feroient point brifées. On imagina d'établir une mefitre commune de toutes iortes de richeties. On choilit à cet effer les métaux,
en Axont uite raleur intriniecue d caacun, fuivane ên dogre de boré
& L rarete. L'or, Targent, le cuivee.e fer, 8c. furert ies équisalens
de toures fortes de denrées & de marchandifes. Dès-lors on ne fut plus
néceffité de fe charger que des quantités de chaque efpéce de denrées
dont on avoit befoin, au lieu qu'auparavant a falloit nécellairement en
Axont uite raleur intriniecue d caacun, fuivane ên dogre de boré
& L rarete. L'or, Targent, le cuivee.e fer, 8c. furert ies équisalens
de toures fortes de denrées & de marchandifes. Dès-lors on ne fut plus
néceffité de fe charger que des quantités de chaque efpéce de denrées
dont on avoit befoin, au lieu qu'auparavant a falloit nécellairement en --- Page 88 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
à la valeur de T'échange propofé. Le culrecevoir proportionsellement le fruit de fes recoltes, & T'artifan les ouvrages de fou
tivateur vendit
& ces métaux métamorphofés par le Cominduftrie argent comptant,
voulut. Cette invention trouvée, le
merce, devinrent tout ce enfance, qu'on & les befoins de Thomme furent
Commerce fortit de fon
des Nations changea de forme, & la
foulagés fans obftacles. La police confidérables avec de lor ou de l'argent,
facilité de faire des achats dans les Provinces les plus éloignées pour faire
fit faire des entreprifes étoient trop abondantes dans d'autres pays où
paffer les denrées qui y
& d'un prix bien fupérieur à celui du
la difette les rendoit précieufes s'eftimerent heureux de trouver à leur
prémier achat. Les particuliers
avoir auparavant qu'à force
volonté les marchandifes qu'ils exhorbitantes. ne pouvoient Chacun y trouva fon avantage i
de foins & de dépenfes bénéfice
ce Commerce lui procuroit, &
TEntrepreneur, par le
de fe que pourvoir à bon marché de ce qui
l'Acheteur par la fatisfaétion de fa famille. C'eft ainfi que l'état de
lui paroiffoit néceffaire à T'ufage
étoit primitivement, fut reCommerçant, de commun & général qu'il qui en firent leur unique Ocduit à un certain nombre de perfonnes
cupation.
HUITIENEMEXT
état, animés par l'appas du gain, porterent
Ces Commerçans par dans toutes les branches d'induftrie qui pourroient
leurs vûes intéreffées
Rien ne fut négligé; toutes les productions
leur rapporter du benéfice.
& les arts & les manufactures encoude la terre, furent recherchées, aflirée 1 fe multiplierent & fe perfedtionragés par une confommation fille du Commerce, parut avec majefté d'un pole
nerent. L'induftrie,
fçut par fes foins & fon application 1 faire
à l'autre, & le Commerçant de la terre, des denrées & des richefles faites
venir des extrémités dont la connoiffance ne feroit point parvenue
pour Tufage de Thomme fecours du Commerce. Bien loin donc que l'état
jufqu'à nous, fans le
de mépris & de honte dans ces fiécles
du Commergant fut un objet
encore entierement correculés oû T'innocence des moeurs n'étoit ancienne pas des Hiftoires, dont la
nous
par la plus
Commerçans
rompue 1
apprenons inconteftable que les Rois étoient
vérité fera à jamais
de foulager la mifere de leurs peuples.
eux-mmes, pour avoir le moyen l'achat & la diftribution des bleds de TEgypte 7
Perfonne n'ignore que dans
cet éclat qui méritera Tadmiration &
la Sageffe de JoSEPH brilla avec Le Commerce devint en peu de tems fi
les louanges des races futures. du monde, que les Souverains le reconfidérable dans toutes les parties
& une des caufes principagarderent comme la bafe du gouvernement, Dans
de vie, , & pour donner la
les de la félicité des peuples. denrées ce point nationales, chaque Royaume fit
préférence à Tinduftrie & aux
des
cet éclat qui méritera Tadmiration &
la Sageffe de JoSEPH brilla avec Le Commerce devint en peu de tems fi
les louanges des races futures. du monde, que les Souverains le reconfidérable dans toutes les parties
& une des caufes principagarderent comme la bafe du gouvernement, Dans
de vie, , & pour donner la
les de la félicité des peuples. denrées ce point nationales, chaque Royaume fit
préférence à Tinduftrie & aux
des --- Page 89 ---
PAI R M A RSEILLE
Pes Réglemens de Commerce, principalement pour celui Tu'on peut
faire avec l'étranger, > & de là font venues l'impoftion fur lcs danrees
& marchandifes venant des pays étrangers ou y allant, la prohibition
de quelques-unes 1 & la franchife accordée à quelques autres, fuivant
l'intérêt particulier qui en refultoit pour la Nation qui faifoit ces Réglemens.
NEUVIEN E M E N T.
Les frais de tranfport par terre dans des tems où les routes n'étoient
point encore bien établies & où les conduéteurs des marchandifes ne
trouvoient que rarement des aziles pour fe remifer pendant la nuit,
rendoient les denrées des régions trop éloignées extrémement cheres;
& quoique ce fut un bien d'en avoir la jouiffance méme à un haut
prix, & que les drogues far-tout fi néceffaires pour la guérifou des
malades ne puiffent être achetées trop cher, quand elles font véritables
& proprcs à T'ufage auquel le Créateur les a deftinées, la multitude
étoit dans l'impoflibilité de partager tous ces avantages qui ne fembloient
être refervés que pour les riches. I'humanité toujours ingénieufe, quand
il s'agit d'adoucir les miferes, trouva dans la navigation le reméde à
tous les obitacles inféparables de la voiture. Chemin abregé, les marchandifes confervées fans altération, & la dépenfe fi diminuée, que le
tranfport d'un cent pefant coutoit moins pour 500 licues de trajet par
mer 1 que pour 20 lieues par terrc. De fi grands avantages détermirerent un grand nombre de fociétés à fe raffembler le long des rivieres
& fur le bord de la mer, & d'y bâtir des Villes. L'émulation concourut avec l'induftrie pour inventer des Navires pour toutes fortes de
voyages. La marine prit une nouvelle forme, & à force d'expériences,
elle a acquis la perfeétion qui nous ravit d'étonnement, quand noys
examinons attentivement la conftruction > la folidité, les mats & les
cordages du plus petit Navire ; c'eft encore un fruit du Commerce;
c'eft lui qui a enfanté la marine, & par reconnoiffance la marine doit
protéger & défendre le Commerce. Les prémiers voyages fur une mer
courroucée firent fremir les plus intrépides. L'invention de la Bouffole
a raffuré les plus timides, & la navigation eft devenue une occuparion
& un amufement pour prefque tous les habitans des côtes maritimes.
DIXIENE: M E N T.
L'utilité de la navigation fut reconnue fi intéreffante pour tout Etat
dont les terres font baiguées des eaux de la mer, foit par la péche
qui en eft une fuite, foit par les autres richefles dont elle dépouille
les peuples qu'elle met à contribution pour les frais de tranfport des
denrées & des marchandifes qu'ils recoivent, foit cnfin par lc courage
Jom. Il.
K
habitans des côtes maritimes.
DIXIENE: M E N T.
L'utilité de la navigation fut reconnue fi intéreffante pour tout Etat
dont les terres font baiguées des eaux de la mer, foit par la péche
qui en eft une fuite, foit par les autres richefles dont elle dépouille
les peuples qu'elle met à contribution pour les frais de tranfport des
denrées & des marchandifes qu'ils recoivent, foit cnfin par lc courage
Jom. Il.
K --- Page 90 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
qu'elle infpire à ceux qui s'en occupent & par la vigueur qu'ils acquies
rent dans cet exercice, que la feule navigation a formé des puiffances
redoutables. C'eft par elle que Tyr &. Sydon fe font emparées de lz.
domination de la mer, que Carthage a difputé à Rome T'Empire du
monde &c. que Venife, les Provinces - Unies & les Ifles Britanniques-,
ont étalé avec tant de fafte leurs projets d'ambition & de conquêtes.
Les Empires les plus puiffans 7 dont les armées formidables tenoient
dans la crainte les Nations les plus aguerries, furent obligées de tourner leurs vies du côté de la navigation, non-feulement par de Tutilité leur
qui en étoit tonjours le fruit , mais encore par la nécefité
défenfe, pour empécher O1l repoufler les hoftilités & les ravapropre de l'ennemi dans leurs Provinces maritimes.. Ainfi la navigation qui
ges dans fon origine, n'avoit été inventée que pour procurer plus facilement
fecours
doivent attendre les uns des autres,eft
aux hommes les
deftruêtion. qu'ils
a même aujourd'hui une nécefdevenue une caufe de
Ily, bien
d'avoir une marine
fité indifpenfable à tout gouvernement
policé, il
avoir des dif
proportionnée à celle des Royaumes avec lefquels peut Cette marine doit
cuflions & contre lefquels il doit fe tenir en garde.
du Comêtre uniquement deftinée pour la défenfe & pour la protedion aétuelle &
merce qui a fà marine marchande > qui feule dans la pofition
de la maniere dont toutes les focietés de TUnivers font adminiftrées,
faire fleurir. l'induftrie, procurer T'abondance & caufer la félicité:
peut
des peuples..
ONZIEME: ME NT..
La hardieffe de quelques Navigateurs > & peut-être l'effet d'une tems.
pête, déterminerent la courfe de quelques Navires vers des terres inconnues. Les relations merveilleufes qui en furent publiées, parurent des
hiftoires faites à plaifir pour amufer & divertir. On a vû au commen
cement de cet Ouvrage, l'ufage que Chriftophle Colomb & Vefpuce- déAmeric en fçurent faire, & les fuites heureufes de leurs prémieres
couvertes. Ce fut l'époque de la naiffance de cet immenfe Commerce
la communication réciproque de l'ancien 8 du nouveau Monde a
que répandu dans tout TUnivers. Chaque Gouvernement fit des efforts pour
fe mettre en poffeflion de ces nouvelles terres - comme d'un terrein
qu'il fuffifoit d'avoir và pour en avoir le titre de propriété.
vaquant J'en ai affez dit ailleurs: je ne me repeterai point. On a vû les con#
de
quêtes de T'Efpagne, du Portugal, de la France 5 de l'Angleterre,
la Hoilande, 8c. & les prétentions refpectives des uns contre les autres. Tout eft reglé aujourd'hui, & le droit de poffefion a été confirmé
& cimenté par des traités autentiques. Il ne refte qu'à examiner fi ces
nouvelles poffellions nous font véritablement utiles 7 & fi les avantages
que nous nous fommes propofés d'en retiter fout réels & ue pourroient
M
agne, du Portugal, de la France 5 de l'Angleterre,
la Hoilande, 8c. & les prétentions refpectives des uns contre les autres. Tout eft reglé aujourd'hui, & le droit de poffefion a été confirmé
& cimenté par des traités autentiques. Il ne refte qu'à examiner fi ces
nouvelles poffellions nous font véritablement utiles 7 & fi les avantages
que nous nous fommes propofés d'en retiter fout réels & ue pourroient
M --- Page 91 ---
PAR M ARSEILLE
point Stre augmentés. J'écris ponr ma patrie & particulièrement pour
mes concitoyens. Dans cette vec, je IC parlerai que des productions
de noS Colonics.
DOUZIE M F M E NT.
Une Colonie pour étre véritablement ntile à la Métropole qui l'a
fondée, > doit en être entierement dépendante, 8 n'agir que par fes
ordres, relativement à fes befoins. il faut que les denrées, ou les
marchandifes qui feront envoyées à la Colonie 1 ne foient que le fuperflu de cellcs que la Métropole ne pourra point confommer, 8 que
les denrées ou les marchandifes que ladite Colonie pourra fournir à
la Métropole, ne puiffent en aucune maniere nuire à la culture de
fes terres & à l'induftrie de fes habitans. Heureufement les établiffemens que la France a faits dans les Autilles, n'ont aucun des vices qui
les rendroient dangercux, & les denrées ou les marchandifes qui en proviennent, ne peuvent point croître en France. La dépendance fait la
gloire des Colons, & les loix du Royaume font refpectées à un point
tout
revolte feroit
atroce
que
foupçon de
l'injure M plus
qu'on pourroit
faire contre ces Infulaires. Le fol des Ifles Antilles, d'une fécondité
admirable, femble créé pour produire tout avec abondance, à T'exception de ce qui croit dans les terres de France; de forte que fi nous
avions eu lc pouvoir de créer des Ifles pour y envoyer des Celonies,
nous n'aurions pas pà les faire d'une nature différente, fi nous avions
eu cn vûe un Commerce reciproque 1 & que l'avantage des échanges
fut pour nous. Nos Colonies confomment le fuperflu de nos denrées &
des ouvrages de notre induftrie dans tous les genres. Nos Laboureurs, 3
nos Viguerons & nos Artifans ne travaillent plus en vain depuis que
le Commerce des Ifles fleurit dans toutcs les Provinces du Royaume;
ils font aflurés de les employer eux-mémes, fi elles ne font pas abondantes & s'ils font affez heureux pour avoir de bonnes recoltes, le
reftant eft embarqué pour nos Colonies. De l'autre côté, ce qui nous
vient des Ifles Françoifes de P'Amérique, ou fert à nos manufaétures,
comme l'indigo, 7 le rocou, le coton, le carret 8 les bois de teinture,
ou à la médecine, comme le canefice & les autres drogueries, ou à
la nourriture comme le fucre, le cacao, le caffé, le gingembre, &c.
Nous recevons en abondance & à un prix médiocre toutes ceS denrées
& CCS marchandifes, en échange du produit de nOS recoltes ou de nos
manufactures tandis qu'avant nos établiffemens dans lefdites Mles, il
falloit faire fortir du Royause des fommes confidérables pour en faire
venir quelques unes des Indes Orientales ; mais ce qui cft encore bien
plus avantageus pour la France, c'cit T'emploi que nous en faifons dans
les pays étrangers.
Kij
abondance & à un prix médiocre toutes ceS denrées
& CCS marchandifes, en échange du produit de nOS recoltes ou de nos
manufactures tandis qu'avant nos établiffemens dans lefdites Mles, il
falloit faire fortir du Royause des fommes confidérables pour en faire
venir quelques unes des Indes Orientales ; mais ce qui cft encore bien
plus avantageus pour la France, c'cit T'emploi que nous en faifons dans
les pays étrangers.
Kij --- Page 92 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
TREIZIEMEMEMENT
Ce que nous confommons en France nous eft utile par le nouveax
luftre qu'en reçoirent nos manufactures, & par les commodités & les
agrémens que notre maniere de vivre y trouve.. Cette utilité cependant
feroit bien bornée , fi fes effets ne s'étendoient pas plus loin. Comnbien
d'avantages plus elfentiels pour toute la Nation découlent d'une fource:
fi feconde ? Je n'ai rien. négligé pour en faire fentir l'importance dans
le cours de cet ouvrage ; mais les principaux avantages font, felon moi,
l'entretien d'une marine confidérable l'aétivité dans toutes les profefr
fions du Royaume & un bénéfice. afluré avec T'étranger.
QUATORZIENEN MENI.
Les Ifles Antilles font fi éloignées du Royaume de France, que C3"
grand éloignement exige nécellairement un grand nombre de Navires
pour le tranfport des denrées qui font indipenfables pour la fublif
tance des habitans. Ces Navires doivent étre aticz gros pour réfifter à
une navigation fi longue & contenir une plus grande quantité de marchandifes; & quoique cinq mois puiffent fuffire abfolument pour ua
voyage 1 il eft rare qu'un Navire foit de retour avant le dixième mois,
à caufe du féjour qu'il faut faire dans le pays, pour. la vente de la
cargaifon ; de forte qu'en ajoutant le tems néceffaire pour préparer eu
France lefdits Navires ou. pour les charger, une année fuflit à peine
pour chaque voyage : d'oi il eft naturel de conclurre 7 pour peu que
nos- Colonies foient peuplées, à caufe de leur entiere dépendance de
la France pour la fubfiftance * que le nombre de Navires eft très-confidérable. Tant de Navires conftruits dans le- Royaume font la caufe
d'une prémière richeffe repartie parmi les Sujets de TEtat. Emploi du
bois, du fer, du chanvre; induftrie récompenfée. pour la fabrication de
toutes ces matieres prémières ;. le. Forgeron, le Conftructeur, le Pour
lieur, ,. le Calfat, le Tifferan, le Peintre. &c. y trouvent une occupa--
tion louable & le falaire de leur travail.. Nouvel avantage : Emploi des
hommes néceffaires pour la manceuvre. defdits. Navires, gens domiciliés
le long des côtes & peu propres à un autre genre d'induftrie. Cette
occupation eft d'autant plus profitable à toute la fociété, que les Matelots, outre qu'ils fout T'ame de la. Navigation 7 deviennent pécheurs
par état, & perfonne n'ignore que le poilfon cft néceffaire pour la vie
de Phomme , principalement dans la Religion Catholique. Cette nour-.
riture, outre qu'elle fupplée à la chair des animaux, eft plus falutaire-
& plus agréable à un grand nombre. La population, fource ineftimable de la véritable. puiffance de toute fociété, eft une fuite infaillible de:
l'occupation 7 les hommes fe multipliant en proportion de leurs. moyens:
de fubliftance..
n'ignore que le poilfon cft néceffaire pour la vie
de Phomme , principalement dans la Religion Catholique. Cette nour-.
riture, outre qu'elle fupplée à la chair des animaux, eft plus falutaire-
& plus agréable à un grand nombre. La population, fource ineftimable de la véritable. puiffance de toute fociété, eft une fuite infaillible de:
l'occupation 7 les hommes fe multipliant en proportion de leurs. moyens:
de fubliftance.. --- Page 93 ---
PAR MARSEILLE
QVINTIENENEXT
Les befoius que nos Colonies ont de la Métropole pour mener une
rie aifee, varient à l'infini & font un eucouragement pour la cultare des
terres & pour linduftrie de tous les arts & métiers. On a vu par les
états des cargaifons, 3 la quantité étonnante de toutes fortes de marchandifes 8 de denrées qui font chargées pour la confommation des habitans de nos Colonies. Cette nouvelle valeur que l'induftrie ajoute aux
matières qui fortent de fes mains, fera à jamais la plus folide desricheites. Ceit une eipéce de création qui honnore & recompenfe fon
auteur. Nos Iiles, fertiles d'une maniere prodigieue > re içauroien:
produire les chofes les plus communes à T'ufage de la vie, telle que
nous la menons en France. Les habitans defdites Ifles font des François; d'ou il fuit qu'ils fe pafferont dificilement de nOS denrées. Ainfi
tant que les fages Réglemens qui prohibent le Commerce des étrangers
dans nos Colonies fubfifteront 7 nous fommes affurés de la confommation de notre fuperflu; d'ou il réfulte encore que ladite confommation
croitra à proportion de la population dans lefdites Ifles. Il eft donc
effentiel au bonheur de la France de favorifer les établiffemens dans
lefdites Colonies , d'encourager par toutes fortes de moyens l'exportation de notre fuperflu, & dc ne permettre jamais qu'il - s'y établiffe des
manufactures, pour entretenir leur dépendance à la Métropole.
SEIZIEMENT E N T.
Si la France confommoit toutes les denrées & les marchandifes qui
nous font apportées des Colonies Françoifes l'avantage feroit bien petit. Nous aurions échangé des denrées avec d'autres denrées. La circulation auroit été plus active & plus générale, 8 par cette circulation,
un plus grand. nombre d'hommes auroit trouvé des moyens pour fubifter; mais voilà tout. Le Gouvernement a des vues plus importantes. Il
fçait que. toute fociété qui commercc avec létranger, doit augmenter
la maile de fes richeffes, & que ce n'eft qu'en vendant plus de marchandifes à T'étranger qu'on n'y en achete, qu'on peut parvenir à le
conftituer débiteur & à le rendre tributaire. Si donc nous confommious
tout le produit de nos Colonies, ce Commerce nous feroit inutile relativement anx pays étrangers. On a déja vu par les états d'entrée &c
de fortie les quantités de marchandifes de T'Amériqne qui étoient confommées daas le Royaume ou qui palloient à l'étranger telles qu'eiles
étoient apportées en France, & combien l'objet en étoit confidérable.
Mais f oi examine avec des yeus patriotiques la quantité de celles
demeurées en France, & qui n'y ont, pour ainti dire, fjourné q"C
pour recevoir une nouvelle valeur & étre enfuite exportees à Tétrans
fortie les quantités de marchandifes de T'Amériqne qui étoient confommées daas le Royaume ou qui palloient à l'étranger telles qu'eiles
étoient apportées en France, & combien l'objet en étoit confidérable.
Mais f oi examine avec des yeus patriotiques la quantité de celles
demeurées en France, & qui n'y ont, pour ainti dire, fjourné q"C
pour recevoir une nouvelle valeur & étre enfuite exportees à Tétrans --- Page 94 ---
COMMERCE DE L'ANERIQUE
ger, on ne feaurol: trop apprécier la poflon de DOS Colonics. TI clt
cerraia que Tlralle TE yue , le Levant, &cc. qui contommt.: nos
ftoros, n0s call:, 1OS indigos, , 8cc. font par-ll meine 1os trisuel.3,
& payont 1o3 Emie de 1005 armemous pour los Iiles. Dens le vii,
ces diferentes Nations confomment le fuperflu de nos vins, de notre
huile 8 de tontes les produétions de notre induftrie. Ils entretiennent
no3 Matelots, & foudoyent notre Marine murchande.puifprciley payent
l: valeur dt adui: de L0uS CCS efbis, C'eit donc pour le Levant,
TICE , 11
2, 8c, q42 110115 compofons lasi curgailons deftinées
For a0S I MelAeneriine, & de qui ett encore bien plus avantageur, cien. ue de bandsce ie maliplte dars la route. Lc Laboureur,
intan, Nthltire, PArmareur, le Norigmant, &cc. tous y gagnent
& troit 112. 47 mbyea do anfance, & par-là peuvent contribuer,
chnoua E ::5 4oi travail, outri impolitions du Reyaume: d'oà Je conclus que le Commerce de nos Colonies Frauçoifes, vaut plus à France,
10s mi.es du Féroa qai s'epritent, tandis que notre abtivits feule
Aa poar mattigller nos rickeles.
DIS-SEPTIFT MEMI ENT.
Oa conçoit le gain que nous faifons avec Técranger , en lui faifant
confommer les retraits de nos Ifles, & combien la maffe de nos richeffes groffira chaque année, fi nous fçavons nous paffer des productions érrangeres > 01 di moins a limnportation que nous en ferons eft
inferieure à notre exportation 3 afin que nous reftions toujours créanciers. Ce guin dépend du progrès de notre Commerce aux Ifles de PAmérique, & de la faveur qui fera accordée à T'esportation de nos marchandifes. Il peut même devenir plus confidérable, & s'accroître en
raifon de notre indufric. Nous gagnons dans la vente que nous faifons
de nos cotons en laine & de nos fucres terrés dans les pays étrangers; mais qualle aroi mentation dans notre bénéfce, fau lieu de faire
confommer par l'étranger nos cotons en laine 8 nos ficres terrés,
nous pouvions parvenir à exporter les mêmes quantités de toiles &
d'étofies de cotoa & de fiicre rafiné ? La main d'ceuvre Françoife,
ajouteroit bénéfice fur bénéfice, & le calcul des profits n'auroit plus
de terme. Les fages Réglemens qui ont été faits pour l'entrée des COtons en laine & pour la fortie des toiles de cotons > concourent pour
la réufite d'une entreprife fi falutaire à toute la Nation. Nos raffinerics
de fucre ont aufli reçu des encouragemens & des faveurs particulières.
J'ai démontré par le détail dans lequel je fitis entré,que le Gouvernement ne néglige aucun moyen de les augmenter, & j'efpere que
branche de notre induftrie, recevra
PVER
de nouvelles faveurs, cette
Il cft cercroiffement qu'on cherche à lui procurer depuis long-tems.
tain que fi nous reccvions une plus graude quantité de fucre brut, la
ics
de fucre ont aufli reçu des encouragemens & des faveurs particulières.
J'ai démontré par le détail dans lequel je fitis entré,que le Gouvernement ne néglige aucun moyen de les augmenter, & j'efpere que
branche de notre induftrie, recevra
PVER
de nouvelles faveurs, cette
Il cft cercroiffement qu'on cherche à lui procurer depuis long-tems.
tain que fi nous reccvions une plus graude quantité de fucre brut, la --- Page 95 ---
PA R M ARSEILLE
diminution du travail qu'il faut faire dans lcs Ifles pour le terrer,
contribucroit au defrichement & à la culture de nonvelles terres, qu'il
faudroit un plus grand nombre de Navires pour l'importer, en France,
& que nos raffineries fe multipliant, ,à caufe de T'abondance de la matiere prémiere, les Ouvriers augmenteroient e: proportion. On fent la
conféquence de ce raifonnement que T'Angleterre a fçu mettre à profit.
Serions-nous moins fages que 1105 anciens ennemis, 8 rougitions-mous
de les imiter 2 lorique leur exersple nOuS paroura evantageux pour le
progrès de notre Commerce & de notre induiriet
DIX-HEITIE M E ME NT.
On vient de voir qu'ne focié:d re peut angmenter la maffe de
fes richeiles, qu'autant que deus fon Commerce aved Tétranger. ele
fora conlommer par ce même étranger plus de fes donréos & de 1s
marchaadiles, qu'oile n'en confommera de celles dudit crarger: C
que toute la ience dens les opérations du Cammerce , entto à
étre créantier & jamais debiteur. T! ef donc cilentiel d'examine: 13rieufement qu'elles font les denrées & les marchandifes que nous tirons
de lésrunger, & que ros ufages nous crt rendues néccilaires; cerdo
prohiber un.e denrée que Thabitude nous fait cherir & que ncus :e
pouvons point remplacer par notre culture, ce feroit faire des coup2bles ou leur rendre la vie dure. Or les épiceries & les drogueries des
Indes Orientales font dans cette claffe. Elles nous fontiderenues indifpenieblemen: nccellaires, 8: tous les pius beaus raifornemens ne fercit
jamais un reméde à ce mal, qui ne peut être guéri que par d'autres
épiceries & d'autres drogueries. On peut en moderer Tufege par de
fortes impofitions encore eft-il à craindre que la fraude ne s'cppofe au
bien qu'on aura voulu établir, 1 & ne le détruife même par les malheurs
qui en font la fuite inféparable. L'exemple de nos plantations du caffé
dans nos établiffemens des Iles Antilles lc progrès de cette culture,
les richelles provenues d'une A hardie & f heureufe enreprife re
devroit-il pas nous encourager à faire de nouvelles tentatives?
DIX-NEUVIE M E MEXI
Les Ifles Françoifes de T'Amérique, font fituées dans un climat égal
à la prefqu'lle de IInde vers le Cap de Comorin, & notre ide
de la Guadeloupe n'eft pas plus éloignée de FEquateur, que l'Ile de
Ceilan dans iautre homiplere du globe, Nous fpavons per expd.tonce
que la fertilité de nos terres eft merveilleufe 7 & que fans beaucoupde foins chaque année fournit deux récoltes abondantes. Que rifquet-cn donc d'eslayer i la canclle. le giroile & les autres cpisesiesdes
qu'lle de IInde vers le Cap de Comorin, & notre ide
de la Guadeloupe n'eft pas plus éloignée de FEquateur, que l'Ile de
Ceilan dans iautre homiplere du globe, Nous fpavons per expd.tonce
que la fertilité de nos terres eft merveilleufe 7 & que fans beaucoupde foins chaque année fournit deux récoltes abondantes. Que rifquet-cn donc d'eslayer i la canclle. le giroile & les autres cpisesiesdes --- Page 96 ---
Bo
COMMERCE DE L'ANÉRIQUE
Indes Orientales, ne pourroient pas y réullir auffi bien que le caffé
La Hollande ne fçauroit nous empécher de fatisfeire noue curiofité,
& quand elte mettroit une fentinelle à chaque plante, une recompenfe
proportionnée à l'envie d'avoir de graines & même de plantes ) nous
en procurera autant que nous en aurons befoin. Je connois des curieux
ont fait venir de la terre de T'Amérique pour éprouen jardinage qui les
du Nouveau Monde ne réufliroient point
ver fi par ce moyen plantes
quelque zelé
auen Frauce 5 pourquoi ne fe trouvera-t-il pas de
patriote, confacre
jourd'hui que tant de François fe font gloire l'être, qui
fes foins & le fuperflu de fes richeffes, pour tenter une culture dont
la réuffite, en faifant jouir fa Nation d'un tréfor intariffable, le combleroit d'honneur & de gloire? Je ne puis qu'exhorter pour une entreprife fi importante. Je le fais du meilleur de mon coeur, & je défirerois d'être en état d'exécuter ce que je recommande. Quelques de relations des produétions de la Martinique, font mention d'un arbre canelle. Je ne fçaurois affez faire connoitre combien je fouhaite que ce fait
fe trouve véritable. Quand il feroit faux, on ne Ta pas cri impoffible,
puifqu'on l'a rapporté, & cette poffibilité me fait plailir.
VINGTIENE M E N T.
Je m'apperçois que ces Reflexions me menent plus loin que je ne
Je m'arrête , afin de laiffer à mes Leéteurs le plailir de
me propolois. des obfervations qui n'échaperont pas à leurs connoif
fances, faire eux-mêmes à leur amour de la patrie & à leur fentimens de Religion.
Je me tais: je cherche à être utile, & je ferois faché d'ennuyer.
COMMERCE --- Page 97 --- --- Page 98 ---
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CARTE
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LOTISIANNES
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8I
LOUISIANE.
CO M M E RC 2 E
DE LA
LOUISIA N E.
R ES priviléges & les encouragemens accordés au Commerce
4 de la Louiliane 1 font pour la plupart renfermés dans les
L
Réglemens que le Commerce du Canada a occafionnés ;
de forte qu'il eft difficile de les rappeller ici, fans renou-
* veller Ic fouvenir de la ceffion que la France en a fait à
T'Angleterre dans les Articles préliminaires fignés à Fontainebleau le
3 Novembre 1762, ratifiés lc 22 & confirmés par le Traité de Paix
entre la France, l'Angleterre & le Portugal 3 du IO Février 1763.
Cette ceflion me fait fapprimer les obfervations que j'avois fait fur
T'accroiffement du Commerce de Canada, dans la vûe d'encourager mnes
concitoyens pour former des établiffemens qui ne pouvoient que leur
être avantageux. Ces obfervations nous feroient aujourd'hui inutiles, &
ne ferviroient qu'à augmenter nos regrets; il fembleroit même que je
veux donner un nouveau prix à ce que l'amour de la paix nous a fait
ceder : mais confidérant que je ne fçaurois expliquer le Commerce de
la Louifiane, faus rapporter les Reglemens faits pour le Canada 2 j'ai
cri qu'il étoit convenable dans cette néceffité de prévenir mes Lecteurs, qu'ils ne devoient en faire l'application qu'au Commerce de la
Louifiane & non pas à celui du Canada qui ne nous appartient plus.
Confidérant encore que quelques-uns de ces Réglemens fuppofent la
connoiffance des Colonics pour lefquelles ils ont été rendus, & que la
Lonifiane nous eft devenue d'autant plus précieufe 2 que c'eft lc feul
refte de nos amples poffeffions dans ces vaftes contrées, j'ai cru aufi
qu'il nous importoit de ne point ignorer comment nous avions réuffi
dans nos prémiers établiffemens. Il m'eft cependant impollible de parler
de la Louifiane, fans faire une hiftoire abregée de nos découvertes
dans le Canada, le Commerce dans ces deux pays ayant été regardé
le même 3 & ayant joui des mêmes faveurs. Les réglemens concerTom. IL.
L
nos amples poffeffions dans ces vaftes contrées, j'ai cru aufi
qu'il nous importoit de ne point ignorer comment nous avions réuffi
dans nos prémiers établiffemens. Il m'eft cependant impollible de parler
de la Louifiane, fans faire une hiftoire abregée de nos découvertes
dans le Canada, le Commerce dans ces deux pays ayant été regardé
le même 3 & ayant joui des mêmes faveurs. Les réglemens concerTom. IL.
L --- Page 100 ---
DE LAMÉRIQUE
COMMERCE
le Canada, malgré la ceffion qui en a été faite, ont confervé
LCUISIANE. nant leur force pour la Louifiane ; il y a donc néceffité d'en faire
toute ici mention. Je ne rapporterai que les Réglemens qui m'ont paru intéreffer notre Commerce de la Louifiane ; car pour tous ceux qui n'au- fe
une liaifon effentielle avec ce dernier commerce, , ils ne
ront pas même cités. Si. donc je parle du Canada 7 je n'en dirai que
ront pas
introduire mes Leéteurs dans la Louifiane. C'eft le
ce qu'il faut pour
but que je me propofe. autrement la nouvelle France, a plus de 900 lieues
Le Canada du 1 Sud Oueft au Nord Eft. Il eft fitué entre les 267 &
d'étendue, dégrès de longitude, & entre les 25 & 53 de latitude feptentrio330 nale. Le nom de Canada qui appartenoit à un petit pays le long T'Amé- du
Fleuve St. Laurens, a été donné à toute cette vafte contrée de
eux par
rique feptentrionale & leshabitans, quoique diftingués parmi celui de
des noms très oppofés > ne font connus en France que par du Nouveau
Canadiens. J'ai rapporté, en parlant de la découverte d'une af
Monde, comment des Pécheurs François 1 ayant été affaillis
freufe tempête, furent déroutés & jettés fur ces terres inconnues juf le
qu'alors. Les progrès des nouvelles découvertes qu'y fit en Jean 1508 VerCapitaine Thomas Aubert dc Dieppe, & la poffellion que du Roi de
razzan Fiorentin, prit de tout ce pays eil 1525, au nom le Nord
France. FRANÇOIS I. qui l'avoit envoyé chercher un paffage & par
de
dans la mer du Sud, font des faits inconteftables aborda que les peu
perfonnes ignorent. Les vivres lui ayant manqué, il
prémièreconnoitre, & la Providence que le vulgaire igres terres qu'il hazard, put
le conduifit au Canada. Il en prit de nouveau
norant appelle & lui donna le nom de Nouvelie France , nom qui Iui a
polfeilion, été confervé, & dont la feule prononciation manifelte à qui
zoujours
La férocité des habitans nous enleva
la véritable poffeflion appartenoit. devint la nourriture de ces Antropophagesce grand homme, St. qui Malo, fut nommé pour le remplacer, & fit
Jacques établiffemens Cartier de dans le pays en 1539. Tous ces établiflemens redivers
une véritable confidération
nouvellés de tems en tems > n'acquirent
à notre Commerce du
qu'en 1604. Cette année doit fervir d'époque été employées à la déCanada, les années qui l'ont précédée fortifier. ayant Ce n'a été que dans la
couverte d'un pays 6 étendu & à s'y
Barbares, & à
fiite qu'on parvint à apprivoifer ces Nations
échanger Vo.
leurs marchandifes avec les notres. Vers l'année 1660, quelques
curicux avancerent vers la partie occidentale, pour S 'illufrer
yageurs
nouvelle découverte. Les diflicultés qu'ils rencontrerent,
par quelque fortes
leur zèle. Ce ne fut qu'en 1673 > que Jolliet,
furent plus fes que devanciers, pénétra dans la riviere de Mififlipi, en
plus hardi que celle des Ouifcoefing, & découvrit une partie du pays
defcendant par
Trois ans après, Robert Cavalier de
qui fut nommé enfuite Lonifiane.
identale, pour S 'illufrer
yageurs
nouvelle découverte. Les diflicultés qu'ils rencontrerent,
par quelque fortes
leur zèle. Ce ne fut qu'en 1673 > que Jolliet,
furent plus fes que devanciers, pénétra dans la riviere de Mififlipi, en
plus hardi que celle des Ouifcoefing, & découvrit une partie du pays
defcendant par
Trois ans après, Robert Cavalier de
qui fut nommé enfuite Lonifiane. --- Page 101 ---
PAR MARSEILLE,
8;
T Salle, gouverneur du Fort de Frontenac, encouragé par la relation LOUISIANE.
que Jollict avoit donnée de fon voyage 2 voulut s'illuftrer CIl faifant
quelque établiffement utile à fa patric dans un pays inconnu. Pour cet
effet, il prit la réfolution de voyager; il pouvoit le faire plus facilement qu'un autre, & fe procurer les fecours néccliaires pour réuffir
dans fon entreprife. En qualité de Gouverneur, il difpofoit de tout
ce qui étoit dans fon Fort. II fit armer un Navire de 40 tonneaux , le
chargea de toutes fortes de provifions, emmena avec lui des Ouvriers
de toute efpéce & un bon nombre de Soldats, & mit à la voile le
18 Novembre 1678. Le voyage fut heureux. Il découvrit plufieurs pays
& arriva après 45 jours de navigation, > à Niagara fur le lac Erié > habité
par la Nation des Iroquois. Ily paffa près d'une annéc, fit alliance avec
les Nations du pays, & pour plus grande sûreté y batit un fort. Il ne
difcontinua point pendant huit années confécutives fes voyages & fes
découvertes, en revenant par intervalles à Frontenac, pour remplacer
les hommes qu'il avoit laillés dans les divers établiffemens qu'il formoit.
Le Fort de Creve-Coeur à 400 lieues de fon Gouvernement 1 fut une
des marques de fes travaux. Il s'avança jufqu'à près de 500 licues dans
le Nord, , chez la Nation des Iflatis & parcourut le Fleuve de Miffiffipi.
H laifla dans tous les lieux par où il avait paflé, des fignes de la pof
feflion qu'il en avoit prife au nom du Roi dc France, en plantant des
poteaux avec des infcriptions. Ce titre de poflefiion ne lui paroiffant
pas alfez affuré pour le rendre inconteftable , il le cimenta par les alliances qu'il fit avec un nombre prodigieux de différentes Nations dont
le pays eft peuplé, , & dont le détail eft étranger à mon projet. En
conféquence des ceflions qu'on lui fit, il fit bâtir de petits Forts qu'il
approvifionna & qu'il laiffa à la garde de quelques hommes. Un des
plus remarquables, cft lc Fort Prud-homme 3 bien avant dans la riviere de Mififlipi. Après taut de courfes & de travaux entrepris pour
fa patrie, 1 il revint en France eu 1684 recevoir les éloges que fon
zèle méritoit. La Cour le gracioufa banucoup, & pour feconder fes
vèes & protéger les établiffemens qu'il avcit fai: chez les Sauvages - 1
elle ft armer une Flotte de 4 Vaiffeaux pour tranfporter des Ouvriers
8 tout ce qui étoit néceffaire pour l'entretien des nouvelles Colonies.
L'Efcadre partit le 24 Juillet 1684. De 4 Vaiffeaux dont elle étoit
compofée, trois perirent dans.une tempéte qu'elle cfuya à la côte de
St. Domingue ; heureufement que les hommes furent fauvés, & partie
des provifions. Avec ce fecours, le Gouverneur de Frontenac fortifia
fes établiffemens, , & il eu auroit fait de nouveaux, fi deux miférables
François fes Compagnons de voyage, dans la recherche qu'il faifoit
de T'embouchure du Fienve de Minimpi, nc s'étoient revoltés contre
hui, & ne lavoient tué d'un coup de fufil dans la tête. La découverte de cette embouchure ne fut faite qu'en 1699 par titi Gentilhomme Cana-tien nomme dybaveile. Flle fe trouve sul 29 dégré.
Lij
& il eu auroit fait de nouveaux, fi deux miférables
François fes Compagnons de voyage, dans la recherche qu'il faifoit
de T'embouchure du Fienve de Minimpi, nc s'étoient revoltés contre
hui, & ne lavoient tué d'un coup de fufil dans la tête. La découverte de cette embouchure ne fut faite qu'en 1699 par titi Gentilhomme Cana-tien nomme dybaveile. Flle fe trouve sul 29 dégré.
Lij --- Page 102 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
d'un ComLOUISIANE. La Frarice ne négligea point les heureux commencemens & des caftors, fi néceffaimerce fi utile par l'abondance des fucceffivement pelleteries nombre de gens choires à fes fabriques ; elle envoya naillantes & pour les protéger confis, pour perfectionner ces voifins. Colonies Une foule de pieux Miflionnaires contre finconftance de leurs adoucir les mceurs de quelques Nations féroces,
facrerent leurs talens faintes à vérités de la
Bientôt le nom Fran-
& à les inftruire des
d'amour & Religion. de reconnoiffance. En quelque
çois fut un titre de refpect,
ils furent les maîtres
endroit qu'ils vouluffent faire des établiffemens, naturels du
C'eft ainfi
de difpofer du terrein & du travail des
de pays. fauvages, qui
la puiffance françoife s'accrut dans ces régions
que le font cependant bien moius que tant de relations ne nous les extérieur repréfentent. Leurs meeurs différent des notres; mais malgré notre ne fcde politeffe & d'humanité, peut-être Canadiens qu'un parallelle vivent approfondi de la chaffe &
roit pas tout à notre avantage. Les de vivre
feule peut foutenir
de la péche, & c'eft cette maniere
de Commerce qui
particuliere à
la branche
nos établiffemens 7. parce que des animaux fauvages. Si le peuple
ce pays confifte dans les culture peaux des terres, de quel fecours nous fcn'étoit occupé que de la continuellement dans les bois les plus déroit-il? au lieu que chaffant des bêtes qu'ils ont tuées ; ils mangent
ferts nous profitons des peaux les
Is avoient autrefois
la chair & viennent nous vendre l'arc pelleteries. & des féches; mais aujourbeaucoup d'adreffe, en fe fervant de à feu ils ne tirent jamais uu coup
d'hui qu'ils font ufage des armes endurcis 1 à la fatigue & ardens à
en vain. Ils font patiens 1 fobres la > caufe commune de la Nation, dont
prodiguer leur vie pour venger
fur les motifs parl'intérêt les touche vivenient 8 l'emporte aiment toujours la
& cherchent
ticuliers de haine & de vengeance. Ils
gloire
que par
à l'acquerir par des aétions de valeur & de prudence plutôt font
le fafte & la parure. Bons amis & ennemis cruels inhumanités. ; leurs guerres Ils croyent
meurtrieres ) & un affemblage des plus s'ils affreufes font exercés contre l'ennemi.
légitimes les plus affreux flpplices, chevelures, fait frémir Phumanité. Ils ne
Leur coutume d'enlever les dans leurs vietoires; ies vaincus fouffrent
connoiffent point la compaffion fans murmurer & dans un profond filence.
avec une phtience heroique ,
leur
ridicule. Ils ne conçoivent
Notre méthode de faire la guerre
paroit lui
& méme
avoir vaincu l'ennemi, on puille pardonner le
pas qu'après les bleffés. Nos hiftoires des duels, fouvent pour plaifaire paufer
des gens fans prudence & fans
fir de fe baitre. , nous fait paffer pour viens de
font mélées pour Torprobité. Les bonnes qualités dont je
parler faineans à l'excès,
dinaire avecles vices les plus grofiliers. Ils font volages, dans leur domefvindicatifs & brutaux
ingrats, foupçonneux, l'exiftence > traitres, d'un Etre fuprême 3 mais leur raifon ne
tique. Ils croient
font les fuites néceffaires de ceue
fçair pas tirer les confequences, qui
viens de
font mélées pour Torprobité. Les bonnes qualités dont je
parler faineans à l'excès,
dinaire avecles vices les plus grofiliers. Ils font volages, dans leur domefvindicatifs & brutaux
ingrats, foupçonneux, l'exiftence > traitres, d'un Etre fuprême 3 mais leur raifon ne
tique. Ils croient
font les fuites néceffaires de ceue
fçair pas tirer les confequences, qui --- Page 103 ---
P A R MARSEIL L E.
prémiere vérité, & quoiqu'en dife le Baron de la Hontan , ils n'ont LOUISIANBI
pas à beaucoup près le génie & le raifonnement qu'il leur prête fi gratuitement. Il nous a donné la relation des difputes qu'il avoit eues avec
les Canadiens fur la Religion & fur nos maurs. Il eft vifible qu'il a
fait les demandes & les reponfes, & qu'il a voulu, par cette tournure, >
repandre en plaifantant, quelques nuages fur les vérités les plus inconteltables. Notre Siécle fourmille de femblables Philofophes qui s'imaginent qu'il eft du bel efprit de jetter des doutes fur la croyance publique 3 & que la fcience confifte à étaler des difficultés toujours repetées & mille fois confondues. Le Citoyen de Geneve eft un bien trifte
exemple d'une pareille folie. Que ne puis-je enlever de cette lifte le
nom du trop fameux Mr. de Voltaire.
Les Canadiens ne font conaus en France, que par le terme de fauvages, ce qui fait penfer au vulgaire , qu'ils vivent dans les bois comme les bêtes, qu'ils font couverts de poils, & qu'ils n'ont repris la forme
humaine, que depuis que lcs Européens fe font établis parmi eux ;
idée faulle & injufte. Les Sauvages ou Canadiens naiffent blancs,
comme les François. Ils font plus grands & mieux taillés que nous. Leur
corps n'a pas plus de poil que le notre, & Icur couleur bazanée ne
provient que de l'huile colorée dont ils fc grailfent continuellement, &c
que l'ardeur du foleil imprime dans la peau. Ils ont leurs fociétés, leurs
loix & une police qu'ils eftiment bien plus fage que la notre. Tant de
livres & dc relations font répandus dans le public pour nous inftruire
de l'étendue de la Nouvelle France & de la Louifiane 3 c'eft-à-dire,
terre de Louis, en lhonneur de Louts le Grand, des moeurs des
habitans, des propriétés de ces vaftes contrées 1 des productions naturelles, & des plantes qu'on pourroit y cultiver , des Villes, des Forts
& des principaux établiflemens que la France y a, que je me borne
à ne parler que de cC qui appartient effentiellement au Commerce.
Le Canada ou Nouvelle France & la Louifiane, font contigus &
doivent n'être confiderés que comme le même pays. Cependant Tufage
a prévalu dans le Commerce de diftinguer le Canada, de la Louifiane.
Dans les expéditions des Navires 1 on dit tel armement eft pour le
Canada, & tel autre pour la Louifiane. Pour me conformer à cet ufage
reçu, je diftinguerai ces deux pays, & je rapporterai les Réglemens
concernant Tun & T'autre, en commençant par le Canada autant qu'il
me fera pofible * car il arrivera quelquefois que je ferai obligé de
parler de tous les deux en même rems.
Ily a trois Villes dans lc Canada, Quebec, les Trois Rivieres, &
Mont-real ou Ville-Marie.
Quebec eft la Capitale, ainfi appellée d'un mot Canadien. 3 qui fignifie retrecilfament, parce que lc fleuve St. Laurens fur le bord duquel la Ville eft bâtie à 20 licues de la mer, & qui depuis fon embouchare conferve plufieurs lieues de largeur, n'a pas demi licue en
obligé de
parler de tous les deux en même rems.
Ily a trois Villes dans lc Canada, Quebec, les Trois Rivieres, &
Mont-real ou Ville-Marie.
Quebec eft la Capitale, ainfi appellée d'un mot Canadien. 3 qui fignifie retrecilfament, parce que lc fleuve St. Laurens fur le bord duquel la Ville eft bâtie à 20 licues de la mer, & qui depuis fon embouchare conferve plufieurs lieues de largeur, n'a pas demi licue en --- Page 104 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
cet endroit là. Elle eft fituée au 46 dégré 57 minates de latitude
LOUIStAxE. nord, au confluent de la riviere de St. Charles 1 & du Ficuve St.
Laurens, à l'abri du vent du Sud-Cueft par le Cap aux Diamans,
ainfi nommé parce qu'etfedtivement on y en trouve, mais d'une qualité très inférieure. Sa Rade eit belle & fpacieufe, & peut contenir
un grand nombre de Vailleaux qui y viennent facilement en remontant le fleuve. L'Ile d'Orieans la garantit des vents dEf& de NordEf. Da refte, la Ville n'a rien de remarquable; eile eft divifée en
haute & baile, médiocrement grande & afiez mal batie; fes fortifications font affez bonnes, mais elles n'ont pas empêché que les Anglois le fine s'en foient rendus maitres en (1 1760 )- J'aime mieux garder
lence que de dévoiler la honte de quelques François qui ont préferé
lor d'Angleterre, à T'honneur qui devoit les animer. Ils l'avoient prife
une autre fois cn 1629 & la reftituerent en 1632. de la Cour de Rome,
La Ville de Quebec a un Evêque dépendant le Canada & la Louifiane; ce
& dont la Juriftiction s'étend dans vafte tout la moitié de T'Europe. Le
qui fait un terriroire prefque aufli
que
ne devroit l'être
eft estrêmement froid & beaucoup plus qu'il
relativement pays
à fon climat. Je laifle aux Phyficiens à en expliquer la
caufe. Le bled y vient fort bien, & les arbres fruitiers qu'on y. Le a
plantés ont réuffi à merveille & ont donné des fruits excellens.
gibier eft abondant, & la pêche fi facile dans les mers voifines, qu'il
femble
la fecondité des poillons y foit au centuple des autres parque
vient naturellement, & fi les habitans fçaties du monde. La vigne y s'en donner la peine, ils n'auroient plus
voient la cultiver & vouloient
Pour abreger ce détail, à
befoin de nos vins & de nos eaux-de-vie. de nos
& de nos
l'exception de nos toilles, de nos étoffes 1
liqueurs
eft
merceries dont un François ne peut gueres fe paffer 1 tout ce qui
néceffaire à la vie s'y trouve en abondance & à fi bon marché, de qu'il fes
riche
bien, faffe fortune du produit
eft rare qu'un
d'abord poffedant ces Colonies, pouvant vivre fans le ferecoltes. il femble
que
le
la
la Métropole, puifque les terres produifent bled, vigne
cours de fortes de fruits, ne peuvent que lui devenir onereufes, par
& toutes
des familles dont on veut les peupler,
lcs fraix néceffaires au tranfport defdites familles dont on dépeuple la France.
& par l'enlevement véritable, même fi les mêmes denrées qui croiffent en France,
La chofe feroit
dans le Canada & la Louifiane, & que nous re
croiffoient également faire venir fans nuire à la confommation des nationnales;
pullions en
nous eft commun avec le Canada & la Louifiane,
mais outre ce qui
de toutes
nous trouvons dans ce vafte pays une quantité prodigieufe Nous y faifons
des caftors.
fortes de helles pelleteries ) principalement marins , des Morues & Thuile des
Ia pêche des Baleines, des Loups mérite toute l'attention du Compoillons qu'on en retire. Mais ce qui
les denrées
merce, & qui me paroit d'un prix bien plus important que
nous eft commun avec le Canada & la Louifiane,
mais outre ce qui
de toutes
nous trouvons dans ce vafte pays une quantité prodigieufe Nous y faifons
des caftors.
fortes de helles pelleteries ) principalement marins , des Morues & Thuile des
Ia pêche des Baleines, des Loups mérite toute l'attention du Compoillons qu'on en retire. Mais ce qui
les denrées
merce, & qui me paroit d'un prix bien plus important que --- Page 105 ---
PA A R M ARSEILLE
& les marchandifes que nous retirons de nos autres Colonies, eft l'en- LOUISIANE
couragement qu'y trouvera notre marine & les matieres néceflaires à
la conftruation des Navires. Le pays eft couvert de bois, & ces bois
font de toute beauté & bonté. Qui nous empéche de les importer en
France 21 Pour folder l'achat de toutes ces pelleteries & de ces bois,
nous envoyons dans le Canada de l'argent, du vin, des liqueurs, des
eaux-de-vie, des huiles d'olive, des étoffes, des toilles, des merceries,
des quincailleries ) des armes, de la poudre, &c. il n'y a que T'argent
qui nous apauvriroit infenfiblement 3 fi notre Commerce avec l'E/pagne
ne nous donnoit pas les moyens de fournir aux envois que nous en
faifons. Tout le reite provient de notre crû ou de Lotre indufirie 5 &x
dès que lcs marchandites que nous en tirons nous viennent de Tétranger, il vaut encore mieux en payer la valeur à nos Colonies qu'à nos
antagoniftes ou à leurs alliés. Les mêmes avantages & même de plus
confidérables 7 peuvent nous être procurés avec bien plus de facilité
par notre Commerce de la Louifiane. Ce dernicr pays eft encore plus
fertile que le Cauada ; les bois y font plus beaux & il eft plus coupé
de rivieres pour la facilité de la communication d'un pays à Tautre,
& le tranfport des marchandifes.
La Louifiane eft contigue au Mexique du côté de TOueft du Canada
par le Nord. Ce vafte pays ne nous eft connu qu'en partie. Nous içavons qu'il a plus de 200 lieues du Nord au Sud, & plus de 400 de
TER à lOueft; mais fes bornes au Nord Oueft 3 nous font encore inconnues. Outre les productions du Canada qui lui font communes, la
quantité de fleuves, de rivières & de ruiffeaux qui le traverfent de
tous côtés, la douceur du climat & la fertilité de la terre, le rendent le plus beau pays du monde. Tout y croit avec vigueur prefque
fans foins, & les recoltes y font fi abondantes, que faute de confommation, , les meilleures terres reftent fans culture. On voulut remédier
àce mal & peupler un fi bon pays, en ramaflant les vagabonds 2 les
criminels 8 les femmes de mauvaife vie pour les traniporter dans ce pays
fortuné & en faire les chefs de nouvelles familles; mais quelle reffource
pour peupler & policer des Colonies ! C'étoit réunir les vices de
lame & du corps 2 & choifir les fujets les plus incapables de l'effet
qu'on fe propofoit. D'ailleurs quelle poftérité en pouvcit-on attendre 3
Aufi cette tranfinigration fit interrompue fur les repréfentations de la
Compagnie des Indes Occidentales 1 & par Arrêt du Confeil dug Mai
1720, 2 il fut défendu de continuer de pareils embarquemens. Le bled
& toutes fortes de légumes y viennent en abondance. La foye le
coton, l'indigo 2 le tabac 1 &cc. y font de toute bonté & beauté. Les
mines de plomb dout nous manquons en France 3 font copieules, &
je ne doute pas que le pays n'en renferme d'or & d'argent très-abondantcs. Ce ne font pas les richeffes que j'eftime le plus; je préfere les
productions de la terre & les marchandies propres à nourrir notre
y viennent en abondance. La foye le
coton, l'indigo 2 le tabac 1 &cc. y font de toute bonté & beauté. Les
mines de plomb dout nous manquons en France 3 font copieules, &
je ne doute pas que le pays n'en renferme d'or & d'argent très-abondantcs. Ce ne font pas les richeffes que j'eftime le plus; je préfere les
productions de la terre & les marchandies propres à nourrir notre --- Page 106 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOVISIANE. induftric. Pour affurer nos évabliffemens dans la Louiliane , lc Roi en
accorda le privilége exclufif à Mr. Crozat pour feize années 3 par
Lettres Patentes du 14 Septembre 1712, - il ne la garda quc cinq ans 9
& la remit entre les mains de Sa Majefté, qui en gratifia la Compagnic d'Occident par Lettres Patentes en forme d'Edit du mois d'Août 1717Nous envoyons de France à la Louifiane les mêmes denrées & les memes marchandifes que j'ai fpécifiées pour le Canada. Il eft queftion
maintenant d'examiner fi ce Commerce eft profitable à la France, &
fi la Nation entiere y gagne. Oui certainement, , ce Commerce eft profitable , & peut devenir la fource d'immenfes richeffes 7 puifqu'il eft
plus avantageux que celui du Canada, qui dans (a médiocrité étoit
foncicrement d'une grande importance. La foye, l'indigo & le coton
font néceffaires à nos fabriques. Plus donc ces matières feront abondantes, plus l'induftrie Françoife fera exercée 7 & plus nous pourrons
exporter de nos ouvrages à l'étranger. La plus grande partie de foyes,
nous viennent du Levant, d'Italie & d'Efpagne. Plus donc nous en
acheterons de nous-mêmes 7 plus nous épargnerons, 3 & plus notre fabrication aura des avantages fur l'étrangere. On a déja vu les quantités d'indigo & de coton que nous tirons de nos Colohies dans les Ifles
Antilles , le coton quc nous recevons du Levant & l'indigo de Guatimale qui arrive à Marfeille ; fi donc nous pouvons parvenir à diminucr nos achats à l'étranger de ces marchandifes, notre bénéfice en
augmentera proportionellement, Lep plomb eft devenu matière néceffaire;
nous en avons trop peu dans le Royaume, & nous fommes forcés d'é-
'tre les tributaires de l'Angleterre pour cette marchandife. Envain nous
nous imaginons gener cette branche de Commerce par une forte impofition ; elle ne retombe que fur le François qui eft le confommateur,
car le plomb d'Angleterre eft néceffaire à la France, ou non. S'iln'eft
pas nécelfaire, il faut en prohiber rigoureufement l'entrée ; mais fi la
France ne peut s'en paffer, il ne faut le charger d'impofitions, qu'autant que par ce moyen nous favoriferons l'exploitation de nos mines;
autrement la gene & l'impofition rctombent fàr le feul François. Nos
mines de plomb de la Louiffane font abondantes ; il faut donc les faire
valoir, & quand nous acheterions notre plomb un quart plus cher que
celui d'Angleterre 7 il nous convient de n'employer que le nôtre , parce
que nous nous le payons à nous-mémes, & que nous gagnons fur les
marchandifes que nous envoyons pour en faire le payement. Le bled
y vient en dépit de la négligence du laboureur 5 autre reffource pour
la France en cas de manque de récolte 5 car autrement je ne ferai jamais du feutiment d'en faire venir 1 fi ce n'eft pour T'exporter à F'étrauger, nos terres étant plus que fuffifantes pour fournir une aple
fublitance à tous les habitans du Royaume. Je penfe bien diféremment
du grand nombre fur la police des grains 1 & je penfe vrai. Je crois
donc que Tagricultare n'a befoin que d'être foulagée & encouragée.
Elic
manque de récolte 5 car autrement je ne ferai jamais du feutiment d'en faire venir 1 fi ce n'eft pour T'exporter à F'étrauger, nos terres étant plus que fuffifantes pour fournir une aple
fublitance à tous les habitans du Royaume. Je penfe bien diféremment
du grand nombre fur la police des grains 1 & je penfe vrai. Je crois
donc que Tagricultare n'a befoin que d'être foulagée & encouragée.
Elic --- Page 107 ---
PAR MARSEILL E.
Elle ne peut étre foulagée, que par la proportion de limpôt à la fer- LOUISIANE.
tilité des terres, & elle ne peut être encouragée 3 que par la préference qu'on donnera à la vente de nos denrécs fur les étrangeres
pour.la confommation qui s'en fait dans le Royaume. Or fichnos récoltes font abondantes, - les cultivateurs feront ruinés par l'arrivée des
mêmes denrées de l'étranger en franchifc des droits d'entrée. Il n'y a
pour lors qu'une libre exportation qui puiffe maintenir leur valeur à un
prix proportionné aux fraix de culture. Bien loin donc d'en permettre
l'importation fous prétexte d'une plus grande abondance la protedtion
que mérite notre agriculture, femble exiger que les denrées étrangeres, , fi elles ne font pas prohibées à l'entrée du Royaume foient
du moius impofces à un drcit qui faffe donner la préférence aux nationales ; que fi au contraire les récoltes font mauvaifes, le cultivateur
ne peut foutenir les fraix de culture > qu'autant que les denrées augmenteront en raifon de leur moindre quantité. On ne peut donc eu
faire venir de l'étranger 9 fans diminuer la valeur des nationales; il eft
donc pernicieux d'en faire venir dans le tems d'abondance 1 puifque
nous en avons plus qu'il nous en faut , & il eft ruineux pour les propriétaires des terres & pour les cultivateurs qui feront dans l'impoffibilité de payer le prix de leurs Fermes fi on en introduit dans un
tems de difette, à moins que par une impofition aux entrées du Royaume 1 on ne conferve la valeur que la rareté donne naturcllement
auxdites denrées. L'agriculture , eft la grande fabrique du Royaume 2
les fruits de la terre font les ouvrages qui en proviennent. Pourquoi
donc dans les autres efpéces de fabrique 3 empêche-t-on l'entrée des
ouvrages étrangers crainte de nuire à leur aétivité & à la confommation, & que dans la culture des terres on fuit une méthode oppofce 3
fondéc uniquement fur un vieux préjugé & une fauffe compaflion ? On
veut que les denrées de prémicre néceflité, foient à un bas prix; rien
de plus jufte 1 pourvu que tout ce qui eft nécefaire à la vie 7 fuive
proportionnellement la valeur du bled ; car de vouloir que le cultivateur vende bon marché la recompenfe de fon intelligence; de fes
foins & de fa fueur, & qu'il achete cherement tout le refte, la juftice
eft violée, il ne pourra plus ni travailler, ni vivre, il abandonnera
une profeflion fi ingrate 3 & nos terrcs demeureront en friche ; malheur à apréhender, & qu'une trifte expérience rend trop comman dans
quelques Provinces. Je prie mes Leêtcurs de me pardonner cette londigreflion. Mon zéle pour ma patrie mérite indulgénce; ce n'eft pas
E le lieu de m'étendre d'avantage ;j'en tirc la confequence, que iabondance du bled de la Louifiane, ne doit point contribuer au découragement de la culture de nos terres , mais qu'elle doit être un fapplement à nos mauvaifes récolies, & rempiacer la grande quantité de
grains que la mauvaife adminiftration de nos terres nous force de tirer
du Lotaut, du Nord, de litalie & trés-ionveat de T'Angle:crre qui
Tom.Il.
M
de m'étendre d'avantage ;j'en tirc la confequence, que iabondance du bled de la Louifiane, ne doit point contribuer au découragement de la culture de nos terres , mais qu'elle doit être un fapplement à nos mauvaifes récolies, & rempiacer la grande quantité de
grains que la mauvaife adminiftration de nos terres nous force de tirer
du Lotaut, du Nord, de litalie & trés-ionveat de T'Angle:crre qui
Tom.Il.
M --- Page 108 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOUISIANE. autrefois nourrie du fuperfu de nos recoltes, a trouvé le moyen de
nous rendre tributaires de fon zéle pour le labourage. Le bled donc
de la Louifiane 1 nous feroit d'un puiffant fecours 1 jufqu'au retabliffement de notre agriculture, & cet heureux tems arrivé, il feroit pour
la Nation une importante branche de Commerce > qui embraffe preftous les pays du monde. Nos Colonies des Ifles Antilles, fi ferque tiles en fucre, coton 3 caffé, 8c. ne fçauroient produire de bled. C'eft
nouveau motif
Ia France de favorifer la culture des terres par
un la fureté qu'elle a pour de cette nouvelle confommation. C'eft la Métropole,
comme je l'ai dit ailleurs, qui doit fournir à fes Colonies les moyens
de fubfiftauce dont clles ont befoin, & elle doit foigneufement empè- fous
cher qu'elles fe les procurent d'autre part fans fa permifion,
quelque prétexte que ce foit.. Car la raifon qu'on allégue de la diminution des fraix de traniport, en faifant paffer de farines du Canada
aux Antilles Françoifes, ne doit pcint prévaloir fur la dépendance
de toute Colonie envers fa Métropole fans laquelle elle lui deviendroit bien-tôt inutile. Il eft vrai que la farine reviendra un peu plus
chere; mais peu importe. > puifque le bénéfice ne paffe point à Fétranger, & que cette augmentation de valeur fera toujours en proportion onereufe,
avec. le prix. courant en France,. fans quoi l'importation feroit de nos
& c'eft ce prix qui doit être la bafe & la régle du Commerce eft
Ifles. Le Gouvernement protége le Commerce ; celui de la Louifiane
favorifé plus qu'a 'aucun autre; fi donc par quelque prétention arbitraire
les. Capitaines de Navires étoient obligés de payer à la Louifiane une
impolition exhorbitante pour la fortie du bled, des juftes repréfentations feront toujours écoutées, & juftice fera bientôt rendue. Je dis ceci
fr le rapport qui m'a été fait d'une pareille prétention à ce fujet, que
j'ai cependant de la peine à croire.
Ily a plus de fix ans que cet écrit eft fait, & avant qu'il aye paru
j'ai le bonheur de voir que quantité de bons patriotes penfent comme à
moi. Ils ont démontré par. d'excellens Mémoires combien il importoit
&
En con3
la France de protéger encourager recompenfer T'agriculture. de fes
& de
féquence le Roi , toujours occupé du foulagement
Sujets
tout ce qui peut les rendre heureux, a établi dans les principales la culProvinces de fon Royaume des fociétés d'agriculture, afin que
ture: des terres reprit fon ancienne vigueur, & qu'elle devint honora- bleds:
ble & profitable à ceux qui s'y employeront. L'exportation des
du Languedoc par le Port d'Agde, ranima l'efpérance des Laboureurs dans
& la circulation des grains que. Sa Majefté vient de permettre
toute l'étendue de fon Royaume par fa Déclaration du 25 Mai 1763
fait affez connoître. de quelle utilité font pour la Nation ces. fociétés.
d'agriculture. La circulation des grains dans le Royaume eft certaine-.
bien
toute la Nation. La libre exportation
ment un. très-grand
pour fera encore bien plus avantageufe, & une.
defdits grains à l'étranger
oureurs dans
& la circulation des grains que. Sa Majefté vient de permettre
toute l'étendue de fon Royaume par fa Déclaration du 25 Mai 1763
fait affez connoître. de quelle utilité font pour la Nation ces. fociétés.
d'agriculture. La circulation des grains dans le Royaume eft certaine-.
bien
toute la Nation. La libre exportation
ment un. très-grand
pour fera encore bien plus avantageufe, & une.
defdits grains à l'étranger --- Page 109 ---
PA R M A R S E ILLE.
SI
impofition proportionnée à l'importation des grains étrangers, fera le LOUISIANE.
comble des faveurs que recevra la culture de nos terres. Puiffe bientôt uue heureufe expérience convaincre de cette importante vérité.
DECLARATION DU ROI,
Du 25 Mai 1763.
OUIS par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre ; A tous ceux
L qui ces préfentes Lettres verront. SALUT.
La culture &x le Commerce des denrées néceifaires à la vie ,fayant toujours été
regardés comme l'objet le plus important pour le bien des peuples, les Rois nos
prédéceffeurs ont donné une attention particulière aux moyens d'en procurer l'abondance, en ménageant également les intérêts des Cultivateurs & ceux des Confommateurs. Ils ont regardé la liberté de la circilation dans l'intérieur comme néceffaire à maintenir ; mais les précautions qu'ils ont crà devoir prendre pour empécher les abus ont fouvent donné quelque atteinte à cette liberté. Animésdu même
efprit & perfuadés que rien n'eft plus propre à arrêter les inconvéniens du monopole, qu'une concurrence libre & entiere dans le Commerce des denrées > nous
avons crû devoir reftreindre la rigueur des Réglemens précédemment rendus, pour
encourager les Cultivateurs dans leurs travaux, & donner à cette portion précicufe
de nos Sujets 2 des marques particulières du foin que nous prenens de fes
intéréts.
A CES CAUSES, & autres à ce nous mouvans, de l'avis de notre Confeil &
de notrecertaine fcience, pleine puillance & autorité Royale, nous avons ces préfentes fignéesde notre main, dit, , déclaré & ordonné > difons, déclarons ordonnons,
PE
voulous & nous plait ce qui fuit.
ARTICLE PREMIE R.
Permettons à tous nos Sujets 2 de quelque qualité & condition qu'ils foient $
même les Nobles & privilégiés, de faire ainfi que bon leur femblera, dans l'intérieur du Royaume 2 le Commerce des grains 2 d'en vendre & d'en acheter, mâme
den faire des magafins, lans quie pour raifon de ce Commerce ils puilfent être inquiétés, ni aitreints à aucunes formalités.
IL
Permettons pareillement à tous nos Sujets de tranfperter librement d'une Province du Royaume dans une autre, toutes eipéces de grains & denrées, fans être
obligés de faire aucune déclaration, ni prendre aucun congé ou permiflion. Faifons très-exprefles inhibitions & défenfes à tous nos Officiers & à ceux des Seigneurs, d'exiger aucunes formalités, fous quel prétexte que ce puiffe Stre.
III.
Défendons parcillement à tous nos Sujets quij jouillent des droits de peage, paffage
Mij
librement d'une Province du Royaume dans une autre, toutes eipéces de grains & denrées, fans être
obligés de faire aucune déclaration, ni prendre aucun congé ou permiflion. Faifons très-exprefles inhibitions & défenfes à tous nos Officiers & à ceux des Seigneurs, d'exiger aucunes formalités, fous quel prétexte que ce puiffe Stre.
III.
Défendons parcillement à tous nos Sujets quij jouillent des droits de peage, paffage
Mij --- Page 110 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
pontenage ou travers, à titre de propriété, engagement ou à quelqu'autre titre que
LOUISIANE. ce foit, d'exiger aucuns defdits droits fur les grains 2 farines ou legumes qui
circuleront dans le Royaume 2 fans préjudice néanmoins des droits de hallage,
muiage & autres droits de marchés, 2 qui continueront à être perçus en la maniere
accoutumée.
IV.
Dérogeons pas ces préfentes à tous les précédens Edits & Reglemens, en ce qui
pourroit Si donnons y être en contiaire. mandement à nos amés & feaux les gens tenans notre Cour de
Parlement & Aydes Unies de Bretagne à Rennes 7 que ces préfentes ils ayent felon à
faire lire, publier & enregiftrer, & le contenu en icelles garder & exécuter
leur. forme & teneur: Gar tel eft notre plaifir. En témoin de quoi nous avons fait
mettre notre fcel à cefdites préfentes. Mai, de:
& de notre
Données à Verfailles le 25 jour de l'an grace 1763, PHELYPEAUX. régne
le quarante-huitiàme. Signé, LOUIS i Et plus bas > par. le Roi,
Vi au Confeil, BERTIN.
Cette Déclaration a été enregiftrée avec joye dans plufieurs Parlemens du Royaume. Celui de Paris n'a point donné l'exemple dans
la crainte que cette grande Ville ne rifquat d'être privée de l'abondance qui lui eft néceffaire pour la fubfiftance de la multitude prefque
innombrable de fes habitans. Son zèle pour le bien public a fufpendu
la décifion de ce Corps refpe@table,. & ce même zèle le déterminera
à faire exécuter ladite Déclaration; voyez T'éloge de Mr. de Sully par
Mr. Thomas, & le difcours dc: Mr. Caradeuc de la Chalotais Procureur Général au Parlement de Bretagne. On ne peut rien ajouter à ce
hommes difent fur Tutilité & la néceflité du libre
que ces deux grands
dans le moment que le Parlément
Commerce des grains. J'apprends
de Paris a enregiftré ladite Déclaration, le 22 Décembre 1763.
Pour abreger les réflexions que je pourrois faire fur l'utilité du Com-.
merce de la Louifiane , je ne ferai que rappeller ce que jaid dit dans
l'article. du tabac far la. culture que nous pourrions en faire dans la
Louifiane. Nos eflais, dans les prémières plantations 1 ont été f heureux, pourquoi donc les avoir: abandounées ? Le tabac étoit de fi bonne
qualité, & notre navigation y trouvoit une occupation & un accroiffement fi utiles, qu'il eft furprenant
pour quelques légers défauts
l'expérience auroit corrigés on 2 foit déterminé à donner à T'Anque gleterre le profit de cette fourniture. Je le repete, la Louifiane & nos
Ifles Antilles (fi on ne veut point faire des plantations en France ) font
plus que fuffifantes pour nous fournir la quantité qui eft néceffaire à
notre confommation; & quand ce tabac reviendroit plus cher. que celui
nous achetons de TAngleterre, il eft de Tintérêt de la France de
I'employer, que
parce que nous le payons à nous-mémes, & que cette plus
value eft toujours relative au prix de nos denrées & de nos marchandifes. Nous avons une. hifoire de la Louifiane par Mr. le Page de Pratz,
uffifantes pour nous fournir la quantité qui eft néceffaire à
notre confommation; & quand ce tabac reviendroit plus cher. que celui
nous achetons de TAngleterre, il eft de Tintérêt de la France de
I'employer, que
parce que nous le payons à nous-mémes, & que cette plus
value eft toujours relative au prix de nos denrées & de nos marchandifes. Nous avons une. hifoire de la Louifiane par Mr. le Page de Pratz, --- Page 111 ---
PAR M ARSEILL E.
imprimée à Paris en 1758, en 3 vol. in-I2, d'une exaétitude &c d'une LOUISIANE,
étendue à contenter les curieux. J'en, confeille la leéture à nos Commerçans qui auront quelque rélation dans la Louilianc. Je n'en exclus
point les autres qui voudront s'inftruire & s'amufer en mêie tems.
REGLE M E N S
POUR LE CANADA
ET LALOUISIAN E.
Uoique le Canada & la Louifiane faffent partie de T'Amérique ,
& que par conféquent les priviléges accordés au Commerce que
nous faifons dans cette nouvelle partie du monde femblent devoir naturellement être appliqués à toutes les Colonies Françoifes dans le
Nouveau Monde; cependant par un ufage dont on ignore la caufe , on
n'cn faifoit jouir que la partie méridionale, ce qui a donné lieu à plufieurs nouveaux Réglemens. En expliquant les Lettres-Patentes du mois
de Février de 1719, j'ai eu occafion de rappeller l'Arrêt du Confeil
du 25 Novembre 1671, pour faire connoître les prérogatives accordées
au Commerce des ifles avant lefdites Lettres-Patentes. Il fut néceffaire
à caufe du préjugé pour la partic occidentale de T'Amérique dont je
viens de parler, que le Roi manifefta de nouveau fes intentions, ce
qu'il fit par Arrêt du IO Mai 1677.
entes du mois
de Février de 1719, j'ai eu occafion de rappeller l'Arrêt du Confeil
du 25 Novembre 1671, pour faire connoître les prérogatives accordées
au Commerce des ifles avant lefdites Lettres-Patentes. Il fut néceffaire
à caufe du préjugé pour la partic occidentale de T'Amérique dont je
viens de parler, que le Roi manifefta de nouveau fes intentions, ce
qu'il fit par Arrêt du IO Mai 1677. --- Page 112 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
LOUISTANE.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui cxempte de tous droiis, les marehandifes deftinées pour lc Canada.
Du IO Mai 1677.
Extrait des Rigiftres du Confeil d'Etat.
E ROI s'étant fait repréfenter FArrêt rendu en fon Confcil, le 25 Novembre
L! 1671, par lequel Sa Majefté auroit ordonné que toutes les marchandites qui
feroient chargées en France 7 pour être portées dans les Iles de lAmérique de fortie occupées par les Sujets de Sa Majefté 2, feroient exemptes les de Marchands tous droits donneroient
& autres généralement quelconques, dans 2 fix à la mois, charge à compter que de la date d'icelles > un
leurs foumifions de rapporier,
étant
certificat de leur décharge dans lefdites Iiles; &Sa Majeflé
informée, qu'au
préjudice dudit Arrêt, Mic. Nicolas Saunier, Fermier Général des cinq de groifes laiffer
Fermes, convoi & comptablie de Bordeaux & fes Commis , refufent le
de Cafortir les vins & autres marchandifes > qui font déclarées voulant pour pays Oui le
nada, qu'en
les droits > à quoi Sa Majelté Contrôleur pourvoir. Général des
port du Sieur P2atEAe 2 Confeiller au Confeil Royal, & ordonne ledit Arrêt du
nances; Sa Majeflé, en fon Confeil, a ordonné
& que
Novembre 1071, fera exécuté fclon fa forme & teneur; en conféquence être que
i vins & autres marchandifes > qui feront chargés dans le Royaume 2 pour
portés audit pays de Canada, feront exempts de tous droits de fortie les & autres feront
généralement quelconques ; à la charge par les Marchands & autres à qui de la date
fortir, de faire leur founiffion de rapporter dans de fix Canada, mois 3 du compter Sieur du Chefd'icelle 3 un certificat de leur décharge & Finances audit pays audit
> ou de cclui qui fera
nezu 2. Intendant de Juftice, Police Saunier de pays 2 ni percevoir aucuns
par. lui commis. Fait défenfes marchandifes, cudit à 2 d'être prendre contraint à la reftitution.
droits fur leidits vins &
peine
,le dixième jour de
Fait au Confeil d'Etat du Roi, tenu à Saint Germain-en-Laye; COQUILLE.
Mai inil fix cens foixante-dix-fept.
Signé
Le Commerce de l'Amérique devenant de jour en jour plus important pour toute la Nation, reçut une nouvelle forme par les LettresPatentes du mois d'Avril dc 1717, dont celles de 1719 ne font qu'une
à quelques changemens près que la franchife du Port de Marcopie,
La
année le Roi donna dcs Lettres-Patentes en
feille a exigés.
même
établiffement d'une Comforme d'Edit du mois d'Août 1717, portant
d'Occident. Cet Edit
pagnie de Commerce, fous le nom de Compagnie
Ic
eft
intéreffant pour le Commerce de la Louifiane, pour ne pas
joindre trop ici, & quoique tous les articles n'ayent pas un rapport direét au
faire
nos bons Négocians
Commerce que nous pouvons y
aujourd'hui,
ne feront pas fachés de le lire en entier.
établiffement d'une Comforme d'Edit du mois d'Août 1717, portant
d'Occident. Cet Edit
pagnie de Commerce, fous le nom de Compagnie
Ic
eft
intéreffant pour le Commerce de la Louifiane, pour ne pas
joindre trop ici, & quoique tous les articles n'ayent pas un rapport direét au
faire
nos bons Négocians
Commerce que nous pouvons y
aujourd'hui,
ne feront pas fachés de le lire en entier. --- Page 113 ---
PAP R M ARSEILLE
LOUISIANE,
LETTRES PATENTES
EN FOR M E D'ÉDIT,
Portant établifement d'une Compagnie de Commerce 1 fous le nom de
Compagnic d'Occident.
Données à Paris au mois d'Août 1717.
Régiftrées en Parlement.
OUIS par la grace de Dieu Roi de France & de Navarre : A tous préfens
LRT: venir, SALUT. Nous avons depuis notre avenement à la Couronne travaillé
utilement à rétablir le bon ordre dans nos Finances 2 & à. reformer les abus que
les longues guerres avoient donné occalion d'y introduire; & nous n'avons pas eû
moins d'attention au rétabliffement du Commerce de nos Sujets > qui contribue autant à leur bonheur, que la bonne adminiftration de nos Finances. Mais par la
connoiffance que Nous avons pris de l'état de nos Colonies fituées dans la partie
feptentrionale de T'Amérique 3 Nous avons reconnu qu'elles avoient d'autant plus befoin de notre proteftion que le Sieur Antoine Crozat auquel le feu Roi notre trèshonoré Seigneur & Bifayeul avoit accordé par fes Lettres Patentes du mois de Septembre de l'année 1712 2 le privilége du Commerce exclufif dans notre Gouvernement de la Louifiane , Nous a tres-humblement fait fapplier de trouver bon qu'il
Nous le remit, ce que Nous lui avons accordé par P'Arrêt de notre Confeil du 23
du préfent mois d'Août, & que le Traité fait avec les Sieurs Aubert, Neret &
Cayot le 10 Mai 1706 pour la Traite du Caftor de Canada 2 doit expirer à la fn
de la préfente année. Nous avons jugé qu'il étoit néceffaire pour le bien de notre
fervice & l'avantage de ces deux: Colonies 2 d'établir une Compagnie en état d'en
foutenir le Commerce, & de faire travailler aux différentes cultures & plantations
qui s'y peuvent faire. A CES CAUSES & autres à ce Nous mouvans,' de l'avis de nctre très-cher & très-amé Oncle le Duc d'Orléans Régent, Petit-fls de France,de
notre très-cher &x très-amé Coufin le Duc de Bourbon., de notre très-cher & trèsamé Coufin le Prince de Conty, Princes de notre Sang, de notre très-cher &.
très-amé Oncle le Duc du Maine de notre tris-cher & très-amé Onclele Comte
de Touloufe, Princes légitimés, & autres Fairs de France, Grands & NotablesPerfonnages de notre Royaume 2. & de notre certaine fcience, pline puiflance & autorité Royale, Nous avons dit, fatué & ordonné, difons > fatuons &x ordonnons,
Vaulons & Nous piait.
ARTICLE PRÉMIER R.
Qu'il foit formé, enl verti des préfentes 7 une Compagnic de Cominercc > fous
le nom de Compagnie d'Occident > dans laquelle il fera permis à tous nos Sujets, de
quelque rang & qualité qu'ils puiffent être, même aux auties Compagnies formées
ou à former,. & aux Corps & Communautés de prendre intérét pour telle fomme
> fatuons &x ordonnons,
Vaulons & Nous piait.
ARTICLE PRÉMIER R.
Qu'il foit formé, enl verti des préfentes 7 une Compagnic de Cominercc > fous
le nom de Compagnie d'Occident > dans laquelle il fera permis à tous nos Sujets, de
quelque rang & qualité qu'ils puiffent être, même aux auties Compagnies formées
ou à former,. & aux Corps & Communautés de prendre intérét pour telle fomme --- Page 114 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOUISIANE. qu'ils jugeront à propos , fans que pour raifon defdits engagemens ils puifent étre
reputés avoir dérogé à leurs Titres, Qualités & Nobleffe 5 notre intention étant
gs'ils jouiffent du béréfice porté aux Edits des mois de Mai & Août 1564 > Aoit
136y & Décembre 1701 que Nous voulons etre exécutés fuivant leur forme & teneur.
II.
Accordons à ladite Compagnie le droit de faire feule pendant l'efpace de vingt-cing
anndes, à commencer du jour de T'enrégifremant des Préfentes, la Commerce dans
notre Province & Gouvernement de la Louifiane > & le Privilége de recevoir. > à
l'excluilion de tous autres, dans notre Colonie de Canada 3 à commencer du prémier Janvier 1718, jufques & compris le dernier Décembre 1742, tous les Cafiors
grs & facs qe les Habitans de ladite Coioric auront traité 7 Nous réiervant de
régler, fur les Mémoires qui Nous feront envoyés dudit pays, les quantités des
diférentes efpéces de Caftors que la Compagnie fera tenue de recevoir chaque année
deldits Hacitans de Canada, & les pris auiquels cile fera tenue deles leur payer.
III.
Faifons difenfes à tous nos autres Sujets, de faire aucun Comnmerce dans T'éténdue
du Gouvernement de la Louifiane 3 pendant le tems du privilége de' la Compagnie d'Occident 7 à peine de confifcation des marchandifes & des Vaiffeaux : n'encendons
cependant par ces défenfes interdire aux habitans le Commerce qu'ils peuvent faire
dans ladite Colonic, foit entre eux, foit avec les Sauvages.
IV.
Défendons pareillement à tous nos Sujets, d'acheter aucun Caftor dans l'étendue
du Gouvermement du Canada, pour le tranfporter dans notre Royaume à peine
de conhication dudit caftor au profit de la Compagnie > même des Vaiffeaux fur
lefquels il fe trouvera embarqué 5 le Commerce de caflor reftera néanmoins libre
dans l'intérieur de la Colonie entie les Négocians & les Habitans 1 qui pourront
contiauer à vendre & acheter en caitor cou.me ils ont toujosis fait.
v.
Pour donner moyen à 1.dite Compagnia d'Occident de faire un établifement folide > & la mettre en état d'exécuter toutes les entreprifes qu'elle pourra former,
Nous lui avons donné > oStroyé & concedé 3 donnons , o@troyons & concedons
par ces Préfentes à perpétuité toutes les Terres, Côtes Ports Havres & ifcs
gai compofent notre Province de la Louifane, ainli & dans à même étendae
que Nous l'avions accordé au Sieur Crozat par nos Lettres Patentes du 14 Septembre 1712 pour en jouir en toute Propriété, - Seigneurie & Juftice, ne nous refervant autres droits ni devoirs que la feule foi & hommage lige, que ladite Compagnie fera tene de nous rendre & à nos fucceffeurs Rois à chaque muration de
Roi, avec une Couroane d'Or du poids de trente Marcs.
VI.
Pourra ladite Compagnie dans ledit pays de fa conceflion, traiter & faire alliance en notre nom avec toutes les Nations du pays > autres que celles dépendantes des autres Puilances de l'Europe, & conveair avecelles des conditions qu'elle
jugera
ni devoirs que la feule foi & hommage lige, que ladite Compagnie fera tene de nous rendre & à nos fucceffeurs Rois à chaque muration de
Roi, avec une Couroane d'Or du poids de trente Marcs.
VI.
Pourra ladite Compagnie dans ledit pays de fa conceflion, traiter & faire alliance en notre nom avec toutes les Nations du pays > autres que celles dépendantes des autres Puilances de l'Europe, & conveair avecelles des conditions qu'elle
jugera --- Page 115 ---
p A R MARSEIL 2 L E.
tgera à propos pour s'y établir, & faire fon Commerce de gre à gré; & en LOVISIANE.
cas d'infulte 7 elle pourra leur déclarer la Guerre, les attaquer ou le défendre
par la voye des armes, & traiter de Paix & de Treve avec elles.
VIL
La propriété des mines & minieres que ladite Compagnie fera ouvrir pendant le
tems de fon privilége 3 lui appartiendra incommutablement 1 fans être tenue de
Nous payer pendant ledit tems 7 pour raifon defdites mines & minieres, aucuns
droits de fouveraineté, deiquels Nous lui avons fait & faifons don par ces Préientes.
VIIL
Pourra ladite Compagnie vendre & aliéner les terres de fa conceflion, à tels
cens & rentes qu'elle jugera à propos, même les accorder en franc-aleu fans Jufrice ni Seigneurie : N'entendons néanmoins qu'elle puiffe dépofféder ceux de nos
Sujets qui font déja établis dans le pays de fa concellion 3 des terres qui leur ont
été concedées, ou de celles que fans concellion ils auront commencé à mettre en
valeur. Voulons que ceux d'entre eux qui n'ont point de Brevets ou Lettres de
Nous , foient tenus de prendre des conceflions de la Compagnie > pour s'affurer de
la propriété des terres dont ils jouiffent, lefquelles conceflions leur feront données gratuitement.
IX.
Pourra ladite Compagnie faire conftruire tels Forts, Châteaux & Places qu'elle
jogera néceffaires pour la défente des Pays que Nous lai concedons > y mettre des
Garnifons & lever des Gens de Guerze dans notre Royaume 2 en prenant nos
permifions en la forme ordinaire ô accoutuméc.
X.
Ladite Compagnie pourra auffi établir les Gouverneurs, Ofciers Majors, & autres pour commander les Troupes qu'elle jugera à propos 2 lefquels Gouverneurs &
Officiers Majors Nous feront préfentés par les Directeurs de la Compagnie 2 pour
leur être expédié nos provifions ; & pourra ladite Compagnie. les deftituer toutesfois & quantes que bon lui femblera, & en éteblir d'autres en leur place auiquels
nous ferons pareillement expédier nos Lettres fans aucune dificulté, en attendant
l'expédition defquelles, lefdits Officiers pourront commander pendant le tems de fix
mois 7 ou un an au plus 2 far les commilions des Diredteurs, & feront teaus les
Gouverneurs & Officiers Majors de Nous préter ferment de fidélité.
XI.
Permettons à ceux de nos OmkciemsXitinsins.quifontpnéfanterent dans notre Gouvernement de la Louiliane & qui voudront y demeurer, de même qu'à ceux quivoudroat y paffer fous notre bon plaifir pour fervir en qualité ce Capitaines ou de
Subalternes, d'y fervir fur les commitlions 3 la Compagnie 2 fans que pour raifon
de ce fervice ils perdent les rangs & grades qu'ils peuvent avoir agtuellement > tant
dans notre Marine gua dins ros Troupes de Terre, voulant fur les permilions
que Nous leur en accorderons, ils foient cenfés & reputés Tte toujours à notre
fervice, & Nous leur ticndrons compte de ceux qu'ilsrendront à ladite Compagnie,
comme s'ils Nous les rendoient à sous-memes.
Tom. Il.
N
ions 3 la Compagnie 2 fans que pour raifon
de ce fervice ils perdent les rangs & grades qu'ils peuvent avoir agtuellement > tant
dans notre Marine gua dins ros Troupes de Terre, voulant fur les permilions
que Nous leur en accorderons, ils foient cenfés & reputés Tte toujours à notre
fervice, & Nous leur ticndrons compte de ceux qu'ilsrendront à ladite Compagnie,
comme s'ils Nous les rendoient à sous-memes.
Tom. Il.
N --- Page 116 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOUISIANE.
XII.
Pourra auffi ladite Compagnie armer & équiper en Guerre autant de Vaiffeaus
qu'elle jugera néceffaires pour l'augmentation & ia fureté de fon Commerce > fur
lefquels elle pourra mettre tel nombre de canons que bon lui femblera, & arboser le pavillon fur Parriere & au beaupré, & non fur aucun des autres mâts , &
elle pourra aufli faire fondre des canons à nos armes, au deffous defquelles elle.
mettra celles que Nous lui accorderons ci-après.
XIIL
Pourra ladite Compagnie 2 comme Seigneurs Hauts-Jufticiers, des de fa conceffion > y établir des Juges & Officiers par-tout oit befoin fera &h où elle trouvera à propos 2. les dépofer & deftituer quand bon lui femblera > civiles lefquels connoi- critront de toutes les affaires de Juftice Police & Commercc, tant les
que dont
minelles ; & où il fera befoin d'établir des Confeils Souverains, DireSteurs Officiers Généraur
ils feront compofés nous feront nommés & préfentés par les
de ladite Compagnie > & fur lefdites nominations les Provifions leur feront expédiées.
XIV.
Les Juges de T'Amirauté qui feront établis dans ledit pays de la Louifiane 3 auront
les mâmes fonSions rendront la Juftice dans la même forme > & connoitront des
même affaires dont l connoiffance leur eft attribuée tant dans notre Royaume que
dans les autres Pays foumnis à notre obéiffance > & feront par Nous pourvàs fur
la nomination de T'amiral de France.
XV.
Seront les Juges établis en tous lefdits lieux, tenus de juger fuivant les Loix ô
Ordonnances du Royaume 3 & defe conforer àla coutume de la Prévôté & Vicomté
de Paris, fuivant laquelle les habitans pourront contraéter, fans que T'on y puiffe
introduire aucune autre coutume > pour éviter la diverfité.
X VI.
Tous procès qui
naitre en France entre la Compagnie & les Particuliers" pour raifons EUET affaires d'icelle, feront terminés & jugés par les Juges-Confuls I Paris > dont les Sentences s'exécuteront en dernier reffort jufqu'à la fomme
de cent cinquante livres 2 & au-deffus par provifion fauf l'appel en notre Cour
de Parlement à Paris; & quant aux matieres criminelles dans leiquelles la Compagnie fera partie 2 foit en demandant, foit en défendant 3 elles feront jugées par
les Juges ordinaires, fans que le criminel puiffe altérer le civil, lequel fera juge
comme il eft dit ci-deffis.
XVIL
Ne fera par Nous accordé aucune Lettre d'Etat ni de Repi, Evocation, ni
Surféance à ceux qui auront acheté des effets de la Compagnice 2. leiquels feront contraints au payement de çe qu'ils devront > par les voyes & ainfi qu'ils y feront obligés.
elles feront jugées par
les Juges ordinaires, fans que le criminel puiffe altérer le civil, lequel fera juge
comme il eft dit ci-deffis.
XVIL
Ne fera par Nous accordé aucune Lettre d'Etat ni de Repi, Evocation, ni
Surféance à ceux qui auront acheté des effets de la Compagnice 2. leiquels feront contraints au payement de çe qu'ils devront > par les voyes & ainfi qu'ils y feront obligés. --- Page 117 ---
PAR MARSEILLE:
5p
LOUISIANE'
XVIIL
Nous promettons à ladite Compagnie de la protéger & défendre , & d'employer
fa force de nos armes s'il eft beloin, 2
la maintenir dans la liberté entiere
de fon Commerce & Navigation > & de ToTt faire faire raifon de toutes injures &
mauvais traitemens, en cas que quelque Nation voulut entreprendre contr'elle,
XIX.
Si aueuns des Direéteurs, Capitaines des Vaiffeaux, Officiers 2 Commis ou Emétoient
les
ployés 9 aêtuellement occupés aux affaires de la Compagnie 2
pris par Nouc
Sujets des Princes & Etats avec lefquels Nous pourrions être en Guerre,
promettons de les faire retirer ou échanger.
XX.
Ne pourra ladite Compagnie fe fervir pour fon Commerce d'autres Vaiffeaux que de
ceux à elle appartenans ou à nos Sujets 2 armés dans les Ports de notre Royaume d'équipages François 7 oli ils feront tenus de faire leurs retours ni faire par- ditir lefdits Vaiffeaux des pays de fa conceffion pour aller à la côte de Guinée
reêtement fous peine d'être déchus du préfent privilége 2 avec confifcation des
Vaiffeaux & des marchandifes dont ils feront chargés.
XXI
Permettons aux Vaiffeaux de ladite Compagnie même à ceux de nos Sujets qui
auront permiffion d'Elle ou de fes Direéteurs 3 de courir fur les Vaiffeaux de nos
Sujets qui viendront traiter dans les pays à Elle concedés 2 en contravention de ce qui cit
porté par les préfentes & les priles feront jugées conformément au Réglement que
Nous ferons à ce fujet.
XXII
Tous les effets 3 marchandifes, vivres, & munitions qui fe trouveront embarqués fur les Vaiffeaux de la Compagnie 3 feront cenfés & reputés lui appartenir > à
mnoins qu'il ne paroiffe par des connoiffemens en bonne forme 3 qu'ils ont été chargés à fret par les ordres de la Compagnie, 3 fes Diredteurs ou Prépofes.
XXIIL
Voulons que ceux de nos Sujets qui pafferont dans les pays concedés à ladite
Compagnie 3 jouiffent des mêmes libertés & franchifes que s'ils étoient demeurans
dans notre Royaume 1 & que ceux qui y naitront des habitans François dudit pays,
& même des étrangers Européens faifant profellion de la Religion Catholique
Apoftolique & Romaine 3 qui pourront s'y établir, foient cenfés & reputés Regni- difcoles, & comme tels capables de toutes fucceflions 3 dons 2 legs, & autres
politions > fans être obligés d'obtenir aucunes Lettres de naturalité,
Nij
ans
dans notre Royaume 1 & que ceux qui y naitront des habitans François dudit pays,
& même des étrangers Européens faifant profellion de la Religion Catholique
Apoftolique & Romaine 3 qui pourront s'y établir, foient cenfés & reputés Regni- difcoles, & comme tels capables de toutes fucceflions 3 dons 2 legs, & autres
politions > fans être obligés d'obtenir aucunes Lettres de naturalité,
Nij --- Page 118 ---
10O
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
LOUISIANE.
XXIV.
Et pour favorifer ceux de nos Sujets qui s'établiront dans lefdits
Nous Ies
durera
i
& déclarons
tant
le
CompaT
avons déclarés
Exempts 2
que
privilége
tant
> de tous droits > fubfides & impofitions, tels qu'ils puilfent être, fur
E perfonnes & Efclaves, que fur les marchandifes.
XXV.
Les denrées & marchandifes que ladite Compagnie aura deftiné pour les pays de &t
fa conceilion 3 & celles dont elle aura befoin pour la conftruétion > armement
avituaillement de fes Vaiffeaux > feront exemptes de tous droits, tant à Nous apnos Villes, tels qu'ils puiffent être,mis & à mettre > tant à l'entrée partenans, qu'à la > qu'à fortie , & encore qu'elles fortifent de l'étendue d'une de nos Fermes pour
entrer dans une autre, ou d'un de nos Ports
être tranfportées donneront dans une antre leurs
oû fe fera l'armément, à la charge que fes Comntr & Prépofès
foumiflions de rapporter dans dix-huit mois 2 à compter du jour d'icelles 2 Cer- à
tificat de la décharge dans les pays pour lefquels elles auront été Nous deftinées refervant >
peine, en cas de contravention, de payer le quadruple des droits, Nous
de lui donner un plus long délai dans les cas & occurrences que
jugerons
à propos.
XXVI
Déclarons pareillement ladite Compagnie exempte des droits de péage 2 travers. *
paffages & autres impofitions qui fe perçoivent à notre profit ès Rivières de Seine & de
Loire fur les futailles vuides, bois marin & bois à bâtir Vaiffeaux & autres marchandifes appartenant à ladite Compagnie 2 en rapportant par les Voituriers & Conduéteurs des Certificats de deux de fes Direôteurs.
XXVIL
En cas que ladite Compagnie foit obligée pour le bien de fon Commerce de timarchandifes
les tranporter dans le pays de fa
rer des pays étrangers quelques
pour
conceflion, elles feront exemptes de tous droits d'entrée & de fortie, ala charge ladite
qu'elles feront dépofées dans les magafins de nos douanes, ou dans ceux de
dont les Commis des Fermiers Généraux de nos Fermes, & ceux de
Compagnie ladite Compagnie 2 auront chacun une clef, jufqu'à ce qu'elles foient chargées dans
les Vaiffeaux de la Compagnie 2 qui fera tenue de donner fa foumiffion certificats de de rappor- leur déter dans dix-huit mois; , à compter du jour de la fignature d'icelles,
de
charge efdits pays de fa conceflion, à peine en cas de contravention 2 befoin payer de
le quadruple des droits ; Nous refervant 2 lorfque la Compagnic aura être
tirer defdits pays étrangers, quelques marchandifes dont l'entrée pourroit fur les pro- états
hibte, de lui en accorderl la permiflion > fi nous le jugeons à propos,
qu'elle Noas en préfentera.
XXVIIL
Les marchandifes que ladite Compagnie fera apporter dans les Ports de notte
Royaume pour fon compte des pays de fa concellion 7 ne payeront pendant les dix
prémières années de foa privilége que la moitié des droits que de pareilles mary
pays étrangers, quelques marchandifes dont l'entrée pourroit fur les pro- états
hibte, de lui en accorderl la permiflion > fi nous le jugeons à propos,
qu'elle Noas en préfentera.
XXVIIL
Les marchandifes que ladite Compagnie fera apporter dans les Ports de notte
Royaume pour fon compte des pays de fa concellion 7 ne payeront pendant les dix
prémières années de foa privilége que la moitié des droits que de pareilles mary --- Page 119 ---
PA R M ARSEILLE,
IOI
chandifes venant des Ifles & Colonies Françoifes de PAmérique doivent payer, fui- LOUISIANEI
vant notre Réglement du mois d'Avril dernier; & fi ladite Comprgnie fit venir
defdits Pays de fa conceflion d'autres marchandifes que celles qui viennent des Iiles
& Colonies Françoifes de l'Amérique 2 comprifes dans notredit Réglement, elles
ne payeront que la moitié des droits que payeroient d'autres marchandifes de même
elpéce & qualité venant des Pays étrangers, foit que lefdits droits nous appartiennent', ou ayent été par nous alienés à des particuliers; & pour le plomb, le cuivre
& les autres métaux, Nous avons accordé &x accordons à ladite Compagnie l'exemption entiere de tous droits mis & à mettre fur iceux: mais fi ladite Compagnic
prend des marchandifes à fret fur fes Vaiffeaux, elle fera terue d'en faire faire la
déclaration aux Bureaux de nos Fermes par les Capitaines dans la forme ordinaire >
& letdites marchandifes payeront les droits en entier. A l'égard des marchandifes
que ladite Compagnie fera apporter dans les Ports de notre Royaume, dénommés
en T'Article XV. du Réglement du mois d'Avril dernier, ou dans ceux de Nantes,
Brei, Moilaix & Saint Malo, pour fon compte, tant des Pays de fa concefEon,
des Iiles Françoites de PAmérique 2 provenant de la vente des marchandifes
8 crà de la Louitiane , deftinées à être portées dans les Pays étrangers, elles feront mies en dépôt dans les magafins des douanes des Forts oli elles arriveront,
ou dans ceux de la Compagnie, 2 en la forme ci-deffus preferite > jufqu'à ce qu'elles
foient enlevées; & lorfque les Commis de ladite Compagnic voudront les envoyer
dans les pays étrangers, par mer ou par terre par tranfit > ce qui ne fe pourra
que par les Bureaux délignés par notredit Réglement du mois dernier 2 ils feront
tenus de prendre des acquits à caution > portant foumiflion de rapporter dans un
certain tems certificat du dernier Bureau de fortie, qu'elles y auront paffé, & un
autre de leur décharge dans les Pays étrangers.
XXIX.
Si la Compagnie fait conftruire des Vaiffeaux dans les Pays de fa conceflion 3
nous voulons bien, lorfqu'ils arriveront dans les Ports de notre Royaume pour la
prémière fois, lui faire payer forme de gratification fur notre tréfor Royal fix
livres par tonneau, pour les Ertaone du port de deux cens tonneaux & au-deffus, & neuf livres aufli par tonneau pour ceux de deux cens cinquante tonneaux
& au-deffins, & ce en rapportant des certificats des Direéteurs de la Compagnie
auxdits Pays, comme lefdits Navires y auront éte conftruits.
XX X.
Permettons à ladite Compagnie de donner des permiflious particulieres à des
Vaiffeaux de nos Sujets, pour aller traiter dans les pays de fa concellion à telles
conditions qu'elle jugera à propos 5 & voulons que lefdits Vailfeaux, munis des
permiflions de ladite Compagnie > jouiffent des mêmes droits, Priviléges & éxemptions que ceux de la Compagnie, tant fur les vivres, marchandifes & effets qui
feront charges fiur iceux, que fur les marchandifes & effcts qu'ils rapporteront.
XXXI
Nous ferons délivrer de nos magafins à ladite Compagnie > tous les ans pendene
le tems de fon privilége, quarante milliers de poudre à fulil > qu'elle nows payera
au pris qu'elle nous aura couté,
jouiffent des mêmes droits, Priviléges & éxemptions que ceux de la Compagnie, tant fur les vivres, marchandifes & effets qui
feront charges fiur iceux, que fur les marchandifes & effcts qu'ils rapporteront.
XXXI
Nous ferons délivrer de nos magafins à ladite Compagnie > tous les ans pendene
le tems de fon privilége, quarante milliers de poudre à fulil > qu'elle nows payera
au pris qu'elle nous aura couté, --- Page 120 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
I02
LOUISIANE.
XXXIL
Notre intention étant de faire participer au Commerce de cette Compagnie &
aux avantages que Nous lui accordons > le plus grand nombre de nos Sujets que
faire fe pourra > & que toutes fortes de perfonnes puiffent s'y intéreffer fuivant
voulons que les fonds de cette Compagnie foient partagés en
leurs facultés 7 Nous
dont la valeur fera fournie en billets de PEattions de cinq cens livres feront chacune dûs depuis le prémier jour du mois de Janvier de la
tat, defquels les intérêts &
Nous fera reprefenté par les Direéteurs de ladite Compréfente année ; été loriqu'il délivré des aêtions
faire un fonds fuffant, Nous fepagnic, qu'il aura
pour
rons fermer les livres de la Compagnie.
XXXIIL
Les billets defdites a&tions feront payables au porteur > fignés le Caiflier de la
& vifés lun des Direéteurs; il en fera délivré Ra deux fortes 3 fçaCompagnie voir, des billets d'une par action > & des billets de dix actions.
XXXIV.
Ceux qui voudront envoyer les billets defdites aêtions dans les Provinces ou dans
les endoffer pour plus grande fureté, fans que les enles doffemens pays étrangers les obligent 7 pourront à la garantie de l'action.
XXXV.
Pourront tous les étrangers acquérir tel nombre d'aftions qu'ils jugeront à promême ils ne feroient pas réfidens dans notre Royaume 2 & nous avors
pos 7 quand
les aêtions
aufdits étrangers non fujettes au droit
déclaré & déclarons
appaftenantes pour caufe de guerre ou autrement, voulant
d'aubeine 2. ni à aucune confifeation
qu'ils jouiffent defdites aftions comme nos fujets.
XXXVL
Et d'autant
les profits & pertes dans les Compagnies de Commerce n'ont
les adtions de ladite Compagnie ne peuvent être regardées que
rien de fixe > & que
à tous nos Sujets & aux étrangers, en
comme marchandifes, Nous permettons
de les acheter > vendre & commerCompagnie ou pour leur compte particulier,
cer > ainfi que bon leur femblera.
XXXVIL
aationnaire
de cinquante aétions aura voix délibérative aux affemTout
eft porteur de cent aétions il aura deux voix 2 & ainfi par augmenblées 2 & s'il porteur
tation de cinquante en cinquante.
XXXVIIL
les fonds des aftions > feront convertis en rentes au
Les billets" de l'Etat reçis pour
à commencer du prémier Janvier de la prédenier vingt-cing dont les intérêts coureront
aationnaire
de cinquante aétions aura voix délibérative aux affemTout
eft porteur de cent aétions il aura deux voix 2 & ainfi par augmenblées 2 & s'il porteur
tation de cinquante en cinquante.
XXXVIIL
les fonds des aftions > feront convertis en rentes au
Les billets" de l'Etat reçis pour
à commencer du prémier Janvier de la prédenier vingt-cing dont les intérêts coureront --- Page 121 ---
PAR MARSEILLE.
To3
fente année fur notre Ferme de contrôle des A8tes des Notaires, du petit Sceau & LOUISTANE
Infinuations Laiques, que nous avons hypotequé & affeêté > hypotequons & affectons (pécialement au payement defdites rentes ; en conféquence il fera paffé en notre nom au profit de ladite Compagnie > par les Commiffaires de notre Confeil que
Nous aurons nommés à cet effet, des contrats de quarante mille livies de rentes
perpétuelles & héréditaires 3 chacun faifant la rente d'un million au denier vingtcing, fur les quittances de Finance qui en feront délivrées par le garde de notre
tréfor Royal en exercice la préfente année 2 qui recevra de ladite Compagnie pour
un million de billets de l'Etat à chaque payement 3 & ce jufqu'à concurrence des
fonds qui feront partés pour former les actions de ladite Compagnie.
XXXIX.
Les arrérages defdites rentes feront payés, fçavoir, ceux de la préfente année
dans les quatre derniers mois d'icelle i & ceux des années fuivantes en quatre payemens égaux de trois en trois mois, 3 par notre Fermier du contrôle des A8tes des
Notaires, petits Sceaux & Infinuations Laiques 3 au Caiflier de ladite Compagnie
fur fes quittances vifées de trois des Direéteurs, qni lui fourniront copie coliationnée des prélentes & de leur nomination, pour la prémiere fois feulement.
X L.
Les Direéteurs employeront au Commerce de la Compagnie les arrérages dûs de
la préfente année des contrats qui feront expédiés au proft de la Compagnie ; leur
défendons tres-expreffément d'y employer aucune partie des intérêts des années fuivantes 2 ni de contraêter aucun engagement fur icelles ; voulons que les altionnzires
foient regulierement payés des intérêts de leurs aétions , à raifon de quatre pour cent
année 2 à commencer du prémier du mois de Janvier de l'année prochaine, dont
E prémier payement pour fix mois fe fera au prémier Juillet prochain 2 & ainfi
fuccellivement.
XLI
Comme il eft néceffaire qu'aufi-tôr après l'enrégifrement des préfentes 2 il y ait
des perfonnes qui prennent la régie de tout ce qu'il conviendra faire pour Parrangement des Livres & les autres détails qui doivent former les commencemens de
ladite Compagnie, 2 ce qui ne peur fouffrir aucun retardement 2 Nous nommerons pour
cette prémière fois feulement les Direéteurs que Nous aurons choifis à cet effet, lefquels auront pouvoir de regir & adminiftrer les affaires de ladite Compagnie 2 laquelle pourra daus une affemblee générale > après deux années revolues, nommer
trois nouveaux Direéteurs, ou les continuer pour trois ans > fi elle le juge à propos, & ainfi fucceflivement de trois ans en trois ans > lefquels Dircéteurs ne pourront être choifis que François & Regnicoles.
XIII.
Les Direêteurs arrêteront tous les ans 2 à la fin du mois de Décembre 2 le bilan
général des affaires de la Compagnie 7 après quoi ils convoqueront par une affiche
publique l'affemblée générale de ladite Compagnie > dans laquelle les repartitions
des profits de ladite Compagnie feront refolues & arrêtées.
de trois ans en trois ans > lefquels Dircéteurs ne pourront être choifis que François & Regnicoles.
XIII.
Les Direêteurs arrêteront tous les ans 2 à la fin du mois de Décembre 2 le bilan
général des affaires de la Compagnie 7 après quoi ils convoqueront par une affiche
publique l'affemblée générale de ladite Compagnie > dans laquelle les repartitions
des profits de ladite Compagnie feront refolues & arrêtées. --- Page 122 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUP
LOUISIANE.
XLIIL
Attendu le grand nombre d'aâions dont ladite Compagnie fera compofée, Nous
jugeons néceffaire pour la commodité de nos Sujets, d'établir un tel ordre d'aêtion dans
les payemens, > tant des intérêts des repartitions., que chaque porteur fans remife
puiffe fçavoir le jour qu'il pourra E préfenter à la cailfe pour recevoir
ni délai ce qui lui fera dà : pour cet effet voulons que les rentes defdites aétions >
enfemble les repartitions des profits provenans du commerce 2 foient payées fuivant
les numeros defdites aations en commençant le prémier 2 fans que la à Compagnie puiffe rien changer à cet ordre > & que Rer Direéteurs falfent afficher les numeros la porte
du Bureau de ladite Compagnie > & inférer dans les gazettes publiques
qni devront être payés dans la femaine fuivante.
XLIV
Les aêtions de la Compagnie ni les cffets d'icelle s enfemble les appointemens
des Direêteurs > Officiers & Employés de ladite Compagnie ne être pourront même être
failis par aucune perfonne & fous quelque prétexte que ce des puiffe aftionnaires 2 pas, à faire
pour nos propres deniers & mains affaires, du Cailier fauf aux Général, créanciers & teneur des Livres de lafaifir & arrêter entre les
revenir aufdits acionnaires par les comptes qui fedite Compagnie ce qui pourra
les créanciers feront tenus de fe rapporter
ront arrêtés la Direêteurs Compagnie foient > aufquels obligés de leur faire voir l'état des effets de la
fans que iedis de leur rendre aucun compte > ni pareillement que lefdits créanciers
Compagnie établir 2 ni des Commiffaires ou gardiens aufdits effets, déclarant nul tout ce qui
puiffent
pourroit être fait à ce préjudice.
XLV.
Voulons que les billets de P'Etat qui feront remis au Garde de notre tréfor Royal
ladite Compagnie d'Occident, foient lui portés à T'Hôtel de notre bonne
pour
en préfence du
Bignon Confeiller d'Etat ordinaire,
>
Eitutt
Ville de Paris auquel Marchands lieu du Sieur Trudaine Confeiller d'Etat Prévôt des
ancien: Prévôt des des Sieurs 2 de Serre > le Virloys, Harlan & Boucot qui ont
Marchands en, charge,
des Officiers
dudit Hôtel de
figné les billets. de TEtat avec. eux, &
lefdits municipaux billets de PEtat feront
Ville, qui s'y troyeront ou voudront T'expédition s'y trouver, de chaque contrat, après en avoir
brûlés publiquement incontinentaprès
& fommes, en avoir fait
dreffé procès verbal, contenant les regifires > numero
procès verbal fera
mention fur lefdits regifres., & les en avoir déchargé dénommés > lequel au préfent Article.
figné defdits Sieurs Prévôt des Marchands & autres
XLVI
Les Direéteurs auront à la pluralité des voix la nomination de tous les autli-bien emplois,
& des Capitaines & Officiers fervans fur les Vaiffeaux feront de la Compagnie dans > les pays
des Officiers Militaires 2 de Juftice & autres lorfqu'ils qui le employés à propos ; & lel8 fa conceflion 2 & pourront les Officiers revoquer & Employés feront jugeront fignées au moins de
dites nominations de tous lefdits
oblervé pour les révocations.
trois des Diredteurs, ce qui fera pareillement
XLVIL
lois,
& des Capitaines & Officiers fervans fur les Vaiffeaux feront de la Compagnie dans > les pays
des Officiers Militaires 2 de Juftice & autres lorfqu'ils qui le employés à propos ; & lel8 fa conceflion 2 & pourront les Officiers revoquer & Employés feront jugeront fignées au moins de
dites nominations de tous lefdits
oblervé pour les révocations.
trois des Diredteurs, ce qui fera pareillement
XLVIL --- Page 123 ---
P A R MARSEILLE
LOUISIANE.
XLVIL
Ne pourront lefdits Dircêteurs être inquietés ni contraints en leurs perfonnes &
biens pour les aftaires de la Compagnie.
XLVIIL
Ils arrêteront tous les comptes 7 tant des Commis & Employés en France 2 que
dans les pays de la conceflion de la Compagnic & des correipondans, 2 lefqueis comptes feront iignés aul moins de trois defdits Dire@teurs.
XLIX,
Il fera tenu de bons S fideles journaux de caiffe, d'achats de ventes, d'envois
& de raifon en parties doubles 2 tant dans la Direétion générale de Paris > que par
les Commis & Commillionnaires de la Compagnie dans les Provinces & dans les
pays de fa conceflion > qui feront cotés & paraphés par les Direéteurs aufquels fera
ajouté foi en juftice.
L.
Nous faifons don à ladite Compagnie 2 des Forts 2 magafins, maifons, canons >
armes, > poudres 2 brigantins > bâteaux 2 pirogues & autres effets & uftanciles que
Nous avons préfentement à la Louifiane, dont elle fera mife en poffellion fur nos
ordres, qui y feront envoyés par notre Confeil de Marine.
LI.
Nous faifons pareillement don à ladite Compagnie 2 des Vaiffeaux marchandifes
& effets que le Sieur Crozat Nous a remis , ainfi qu'il eft expliqué par l'Arrêt de
notre Confeil du 23 jour du préfent mois > de quelque nature qu'ils puifent être 2
& à quelques fommes qu'ils puillent monter > à condition de tranfporter fix mille
Blancs, & trois mille Noirs au moins > dans les pays de fa conceflion, pendant
la durée de fon privilége,
LII
Si après que les vingt-cinq années du privilége que nous accordons à ladite Compagnie d'Occident feront expirées, Nous ne jugeons à propos de lui en accorder la continuation 7 toutes les Iles & Terres ate aura habitées ou fait habiter, avec les droits utiles, > cens & rentes qui feront dûs les habitans, lui demeureront à perpétuité en toute propriété, pour en faire K" dilpofer ainfi que bon
lui femblera > comme de fon propre hérirage 2 fans que Nous puiffions retirer lefdites Terres ou Illes, pour quelque caufe, occafion ou prétexte que ce foit > à
quoi Nous avons renoncé dès-a-préfent 2 à condition que ladite Compagnie ne
pourra vendre lefdites Terres à d'autres qu'à nos Sujets ; & à l'égard des Forts,
armes ô munitions, ils Nous feront remis par lacite Compagnie 2 a laquelle Nous
en payerons la valeur, fuivant la jase ellimation qui en iera faite.
Tom. II,
ites Terres ou Illes, pour quelque caufe, occafion ou prétexte que ce foit > à
quoi Nous avons renoncé dès-a-préfent 2 à condition que ladite Compagnie ne
pourra vendre lefdites Terres à d'autres qu'à nos Sujets ; & à l'égard des Forts,
armes ô munitions, ils Nous feront remis par lacite Compagnie 2 a laquelle Nous
en payerons la valeur, fuivant la jase ellimation qui en iera faite.
Tom. II, --- Page 124 ---
IC6
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOUISIANE.
LIII
Comme dans l'établiffement des pays concedés à ladite Compagnie par ces préfentes Nous regardens particulierement la gloire de Dieu, en procurant le falut
des Habitans Indiens, > Sauvages & Négres, quie nous défirons être inftruits dans la
vraie Religion ladite Compagnie fera obligée de bâtir à fes dépens des Eglifes
dans les lieux de fes habitations 2. comme aufli d'y entretenir le nombre d'Eccléfiaftiques approuvés qui fera néceffaire > foit en qualité de Curés cu tels autres qui
fera convenable, > pour y précher le Saint Evangile > faire le Service divin, > &y
2dminiftrer les Sacremens, le tout fous l'autorité de lEvèque de Quebec, ladite
Colonie demeurant dans fon Diocèfe ainfi que par le paffe & feront les Curés
& autres Eccléfiaftiques > que ladite Compagnie entretiendra à fa nomination
& patronage.
LIV.
Pourra ladite Compagnie prendre
fes armes un écuflon de Anople à Ia
pointe ondée d'argent, fur laquelle Roar couché un fleuve au naturel > appuyé
fur une corne d'abondance d'or 7. au chef d'azur femé de fleurs-de-lys d'or, foutenu d'une face en devife aufli d'or, ayant deux Sauvages pour fupports,, & une
couronne trefflée, lefquelles armes Nous lui accordons pour s'en fervir dans fes
fceaux & cachets, & que Nous lui perimettons de faire mettre & appofer à fes
édifices, > vaiffeaux, canons 2 & par tout ailieurs oû elle jugera à propos.
LV.
Permettons à ladite Compagnie, de dreffer & arrêter tels Statuts & Réglemens
qu'il appartiendra pour la conduite & direétion de fes affaires & de fon commerce, tant en Europe que dans les Pays à Elle concedés, lefquels Statuts & Réglemens Nous confirmerons par Lettres Patentes s afin que les intéreffés dans ladite
Compagnie foient obligés de les exécuter felon leur forme & teneur.
LVL
Comme notre intention n'eft point que la proteftion particuliere que Nous aceordons à ladite Compagnie 2 puiffe porter aucun préjudice à nos autres Colonies,
que Nons voulons également favorifer ; défendons à ladite Compagnic de prendre ou
recevoir > fous quelque prétexte que ce foit 2 aucun habitant établi dans nos CoJonies pour les traniporter à la Louifiane , fans ena avoir obtenu la permiflion par
écrit d nos Gouverneurs Généraux aufdites Colonies, 3 vifée des Intendans ou Commiffaires Ordonnateurs.
Si donnons er mandement à nos amés & féaux Confeillers les Gens tenans notre
Cour de Parlement,, Chambre des Comptes & Cour des Aydes à Paris > que ces
préfentes ils ayent à faire lire 3 publier & regiftrer, & le contenu en icelles
garder 2 obferver & exécuter felon leur forme & teneur, nonobftant tous Edits >
Déclarations 7 Réglemens 2 Arrêts ou autres choies à ce contraires, auxquels Nous avons
dérogé & dérogeons par ces préfentes, aux copies deRuellscolltionntes par Pun de nos
amés & féaux Confellen-Secetinc:, Voulons que foi foit ajoutée comme à l'original, Car tel eft notre plaifir ; & afin que ce foit chofe ferme & ftable à toujours, Nous avons fait mettre notre fcel à cefdites Préfentes. Donné à Paris au
mois d'Août l'an de grace mil fept cens dix-fept, & de notre regne le deuzieme.
geons par ces préfentes, aux copies deRuellscolltionntes par Pun de nos
amés & féaux Confellen-Secetinc:, Voulons que foi foit ajoutée comme à l'original, Car tel eft notre plaifir ; & afin que ce foit chofe ferme & ftable à toujours, Nous avons fait mettre notre fcel à cefdites Préfentes. Donné à Paris au
mois d'Août l'an de grace mil fept cens dix-fept, & de notre regne le deuzieme. --- Page 125 ---
P A R M A RSEILLE.
Signi LOUIS. Et plus bas, par le Roi, le Duc D'ORLFANS Regent préient. LOUISIANE.
PABLYTEAUN. Fija DAGUESSLAt. Vu au Conieil VILLEROI. Et icellé du grand
Sceau de cire verte.
Rigiinie, cui, Sce reguerantle Procureur Général du Roi 2. Four étre exératéer
felon leur forme S tenzsr , Janz neanmoins gse les Statuts gui feront ci-apres drefès
par lz Compegnie d'O:ident pwillont aroir exdcution 2 gulapety avoir éré confemes
par Lettres Patentes du Roir regifrées en la Cour. & copies collationnées des Préfenres
envoyées aux Bailliages 6 Sénéchaufees da Refort >
y être lues publiées &
régijtrées: enjoint aux Subflituts du Procureur Général EOR Roi d'y tenir " main, &
d'en certifier la Cour dans un mois. A Paris en Parlement le fix Septembre mil Jept
cuns dix-jept.
Signé GILBERT.
OBSERVATIO N S.
SUR LI E S LETTRES - P 4 T E V T E S
Du mois d'Août 1717.
Par T'Article prémier 7 Ia Nobleffe peut s'intéreffer dans Iadite Compagnie , fans déroger à fa qualité. Le Commerce en gros jouit de la
même prérogative, & il me paroit inutile de rapporter ici les Edits
donnés à cet effet; ils font connus de tout le monde.
Par l'Article II, le privilége exclufif eft accordé à ladite Compagnie
pour 25 ans. Et par l'Article V, la poffeffion de la Louifiane lui eft
donnée à perpétuité. L'un & l'autre ont été annullés par Arrêt du
Confeil du 23 Janvier 1731 rapporté ci-après. Les défenfes portécs
par les Articles II III & IV, regardent le Commerce des caftors 3
dont ladite Compagnie jouit encore du privilége exclufif, & fir lequel je ferai une obfervation particulière.
Par l'Article XXII, les enfans qui naitront dans le Canada (la
Louiliane y eit comprife ) de pere & mere étrangers y domicilies,
jouiront du droit de naturalité par le feul titre de leur naillance,
pourvà que lefdits rétrangers foient Européens, & profellent la Religion
Catholique, Apoftolique & Romaine 1 de forte qu'un Aliatique 1 ou un
Africain, & méme un Anglois O11 Hollandois d'un autre Religion, font
exclus de cette faveur, qui n'a été accordee qu'en vue d'attirer des
nouveaux Habitans dans ces Colonies occidentales, 8 de lesyattacher
par la jouiffance de tous les priviléges inféparables de Tétat de François. C'eft ainfi que pour peupler la Ville de Marfeille, & y attirer
des Marchauds de toutes les parties du monde, le Roi, par Edit de
1669, voulut que les étrangers qai Thobiteroient pour y faire le Cemmerce, & qui rempliroient les conditions énoncées dans ledit Edit,
feroient réputes citadins & natureis Mareilois, & jouiroient de touOij
iffance de tous les priviléges inféparables de Tétat de François. C'eft ainfi que pour peupler la Ville de Marfeille, & y attirer
des Marchauds de toutes les parties du monde, le Roi, par Edit de
1669, voulut que les étrangers qai Thobiteroient pour y faire le Cemmerce, & qui rempliroient les conditions énoncées dans ledit Edit,
feroient réputes citadins & natureis Mareilois, & jouiroient de touOij --- Page 126 ---
DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE
dont jouiffent les véritables François, fans qu'ifs
LOUISIANE. tes les befoin prérogatives d'obtenir des lettres de naturalité. Ce privilége eft lecal,
& ayent n'a lieu que pour la Ville de Marfeille & fon territoire ; de forte
fi un étranger donicilié à Marfeille pour le fait de Commerce,
& que jouiffant du citadinage, en vertu de TEdit fufnommé, vouloit faire fa
réfidence dans un autre lieu du Royaume, il auroit befoin de fe faire
naturalifer François, s'il ne vouloit point être traité en étranger, parce Marle privilége de citadin de Marfeille n'a de valeur que pour
Reme même & fon territoire.
totale auxdits Habitans de
L'Article XXIV accorde une exemption la durée dudit privilége.
toutes fortes de fubfides & d'impôts pendant Ies denrées & Ies marOn doit fe rappeller la faveur dont jouiffent
de T'Améchandifes du Royaume deftinées pour les Colonies Françoifes Patentes
rique, en remplillant les formalités preferites par les Lettres Cette faveur a
du mois d'Avril 1717 & du mois de Février 1719. de la Noureçu encore une plus grande extenfion pour le Commerce
les
velle France ou de la Louifiane. Par l'Article XXV. non-feulement de la
denrées & marchandifes deftinées pour les pays de la conceffion
Compagnie, jouiront d'une exemption entiere des droits 7 mais encore
néceffaire
la confruation, l'armement & l'avitout ce qui fera
pour
au moyen des foumiftuaillement des Navires de ladite Compagnie
ne
fions énoncées dans ledit Article, les peages les plus privilégiés; XXVL
pourront être exigés pour raifon dudit Commerce, , fuivant TArticle
Bien plus: par l'Article XXVII les marchandifes que ladite Compagnie
tirera des pays étrangers ( pourvi qu'elles ne foient point prohibées, ) ne
dont le Roi fe referve de donner des permiflions particulieres circulation d'une
aucuns droits d'entrée, ni de fortie, ni de
payeront
les
à leur arrivée, & en juftiProvince à une autre, en entrepofant de fes concelfions. A Tégard
fiant de leur débarquement dans les pays
en France, elles
des marchandifes qui de la Louifiane feront envoyées méridionale, &
font plus privilégiées que celles venant de PAmérique elles ne font impendant les dix prémieres années dudit privilége les Lettres 7 Patentes du mois
pofées qu'à la moitié des droits fixés par marchandifes qui ne font pas
d'Avril 17175 & à l'égard des autres
à la moitié des droits ordénommées dans lefdites Lettres Patentes,
des
dinaires à T'exception du plomb & du cuivre 5 dont T'exemption les Navir
droits fera entiere > & des marchandifes chargées à fret fur
de ladite
dont les droits feront payés fans modération.
res
Compagnie,
dudit Commerce de la Louifiane.
Toutes les marchandifes provenant feront entrepofées à leur arrivée
qui feront deftinées pour T'étranger,
des acquits à caution
& expédiées enfuite par terre ou par mer, eft par
pour ces fortes
qui feront rapportés déchargés, fuivant qu'il Voilà reglé le
de l'Ard'expéditions 1 ainfi que je Tai dit ailleurs.
précis
ticle XXVIII.
modération.
res
Compagnie,
dudit Commerce de la Louifiane.
Toutes les marchandifes provenant feront entrepofées à leur arrivée
qui feront deftinées pour T'étranger,
des acquits à caution
& expédiées enfuite par terre ou par mer, eft par
pour ces fortes
qui feront rapportés déchargés, fuivant qu'il Voilà reglé le
de l'Ard'expéditions 1 ainfi que je Tai dit ailleurs.
précis
ticle XXVIII. --- Page 127 ---
P A R M A R S E IL 2 L E.
ICO
Le Canada & la Louifiane produifant des bois propres àt la conf- LCUISIANE
truétion des Navires, pour encourager ladite Compagnie à augmenter
notre induftrie dans un travail fi profitable à toute la Nation, le Roi
lui accorde, par T'Article XXIX, une gratification de 6 liv. par tonneau
pour les Vaifleaux de 200 tonneaux & au-deffus s & de 2 liv. pour
chaque tonneau pour lcs Navires de 250 tonneaux & au-deffus. Il feroit
à fouhaiter que le Gouvernement augmentat encore cette gratification,
(je fupplie qu'on me pardonne la liberté que je prends de parler ainfi;
c'eft zèle pour l'intérêt public ), & qu'il l'étendit non - feulement fur
les Navires qui feroient amenés en France après avoir été conftruits
dans la Louifiane, mais encore fur les bois qui nous feroient apportés pour être employés dans nos arcenaux fuivant leur valeur. Nous
manquons de bois en France, ou du moins il revient trop cher par
la longueur du chemin & lcs difficultés du charroi. Il y auroit donc
de l'économic à le tirer de la Louifianc. L'éloignement par mer, 3 bien
loin d'être un obftacle à cette branche de Commerce, renferme pluficurs avantages pour le Royaume. La traverfée étant plus Iongue , il
faudra un plus grand nombre de Navires pour le tranfport ; la conftruction par conféquent fera plus active ; les autres matieres que Ia
France produit feront employées ; l'induftrie en fera vivifiée , & une
multitude de Matelots fera exercée & fera la force de la marine du
Roi. Rien n'eft à négliger dans cette partie devenuc aujourd'hui fi
intéreffante. L'Angleterre nous en donne un exemple bien fenfible. Londres manque de bois pour T'ufage de fes habitans. On a trouvé le moyen d'y fuppléer par le charbon de pierre 2 dont les mines font abondantes dans les environs de cette Capitale de la Grande Bretagne. Cc
n'eft pas pourtant de ces mines, dont la Ville tire fes aprovifionnemens.
Le Gouvernement a préferé de le faire venir d'une vingtaine de lieues
par la Tamife, en employant près de 600 Bateaux pour cet effet.
C'eft-là la prémiere école oà les Matelots fe forment ; c'eft une pepiniere pour entretenir Ia marine Angloife.
Non-feulement ladite Compagnie peut exploiter par elle-même fou
privilége, mais par l'Article XXX, elle a le pouvoir de donner des
permifions pour aller traiter dans les pays de fes concefions aux conditions qu'elle jugera convenables, & les Navires ainfi expédiés enfemble leur chargement 3 jouiront des mêmes prérogatives. Cette derniere
faveur, ne laiffe rien à défirer pour l'affirance de ce Commerce qui
fembloit avoir réuni tous les priviléges & qui auroit pû préjudicier à
celui de nos Colonies dans l'Amérique méridionale fi par TArticle LVI,
il n'avoit été défendu à ladite Compagnie de tranfporter à la Louifiane
aucun habitant des autres Colonies, fans en avoir auparavant obtenu la
permiflion par écrit. Les autres Articles du préfent Edit font étrangers
à la partie du Commerce que je traite 2 & je les obmets à defein.
Les difpolitions qu'on vient de voir fout d'une clarté & d'une précilion
à
celui de nos Colonies dans l'Amérique méridionale fi par TArticle LVI,
il n'avoit été défendu à ladite Compagnie de tranfporter à la Louifiane
aucun habitant des autres Colonies, fans en avoir auparavant obtenu la
permiflion par écrit. Les autres Articles du préfent Edit font étrangers
à la partie du Commerce que je traite 2 & je les obmets à defein.
Les difpolitions qu'on vient de voir fout d'une clarté & d'une précilion --- Page 128 ---
DE LAMÉRIQUE
IIO
COMMERCE
LOUISIANE. à nc fouffrir aucune dificulté dans leur interprétation. Cependant les
Marchands de la Ville de la Rochelle, préfenterent dans le même tems
Requête au Confeil, pour demander que les Lettres Patentes du mois
d'Avril 1717, qui ne faifoient aucune mention du Canada & de la
Louilianc leur fuffent communes, & que l'exemption du droit de 3
pour cent fut accordée aux marchandifes qui en proviendroient. Sans
doute que ces Marchands ignoroient la teneur des Lettres Patentes en
forme d'Edit du mois d'Août de ladite année 1717 , & que les marchandifes de TAmérique fepteutrionale n'avoient jamais payé le droit
de 3 pour cent. Quoiqu'il en foit, leur demande fut écoutée favorablement, , & par Arrêt du Confeil du II Décembre 1717, lcs Lettres
Patentes du mois d'Avril même année, furent déclarées communes au
Commerce du Canada & de la Louifiane, avec exemption du droit de
3 pour cent.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui ordonne que les Lettres-Patentes du mois d'Avril dernier, feront
communes pour le Commerce de Canada.
Du II Décembre 1717.
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
au Confeil du Roi, la Requéte préfentée en icelui, par les Négocians de la
Ve de la Rochelle, contenant que Sa Majefté ayant accordé au mois d'Avril
dernier, des Lettres-Patentes en forme d'Edit, portant Réglement pour le Nouvelle Commnerce des Colonies Françoifes > dans lefquelles le pays du Canada, > ou forte
France, n'eft point nommé, & que cette Colonie ayant befoin fon d'une commerce plus & fa
protedion encore que les autres, attendu la diminution de
Sa
pauvreté naturelle, lefilits Négocians ont crà pouvoir du mois fupplier d'Avril tres-humblement dernier >. feront
Majené, d'ordonner que lefdites du Lettres Patentes & les marchandifes & denrées qui
ceimunes pour le Commerce Canada, que
&
y feront envoyées du Royaune, jouiront de toutes lcs exemptions franchifes,
deut jouiffent celles vont aux Ifles de T'Amérique, & que celles qui provierdront &
da cri & fabrique 2 laNouvelle France jouiront de tous les entrepots tranfits accordés zux marchandifes du crà & fabrique des Iiles de TAmérique 3 que lef- du
dites denrées & marchandifes venant dudit pays de Canada, feront exemptes êx
der de trois pour cent > appartenant à la Ferme du Domaine Novembre d'occident, que
du Canida jouiront, à commencer du I
dernier,, des
ies Vaideaus attnchds arrivés audit Commerce de lAmériques ladite Requite commnsniquée à
Ailiges
tranfits accordés zux marchandifes du crà & fabrique des Iiles de TAmérique 3 que lef- du
dites denrées & marchandifes venant dudit pays de Canada, feront exemptes êx
der de trois pour cent > appartenant à la Ferme du Domaine Novembre d'occident, que
du Canida jouiront, à commencer du I
dernier,, des
ies Vaideaus attnchds arrivés audit Commerce de lAmériques ladite Requite commnsniquée à
Ailiges --- Page 129 ---
PAR M A R SEILLE
II:
Me. Paul Manis, Adjudicataire général des Fermes du Roi & au Fermier du Do- LOUISTANE:
maine d'Cccident. Vi la Reqnête des Négocians de la Rochelle 3 les répontes defdits Fermiers > les Lettres-l'atentes en forme d'Edit, du mcis d'Avril Cerciers
portant réglement pour le Commerce des Colonies Françoifes, & l'avis des DépuIcs au Confeil de Commerce 2 tout confideré: LE ROI étent en fon Corfeil, de
l'avis de Monfieur le Duc d'Orléans Régent, ayant égard à ladite Requête des
Négocians de la Ville de la Rochelle 2 a ordonné & ordonne, que le Réglement
porté par les Lettres Patentes du mois d'Avril dernier, pour le Commerce des
C olonies Françoifes , fera exécuté en faveur de la Colonie du Canada
ou Nouvelle France 2 & en conféquence que toutes les marchandifes & denrées du crû & fabrique du Royaume & les étrangeres, dont la confommation eft
permife dans lefdites Illes & Colonies & qui feront deftinées pour ledit Canzda,
jouiront des exemptions portées par les Articles III IV V X XI & XIII defdites
Lettres Patentes; & pour prévenir l'abus qui pourroit en être fait, elles feront fujettes à toutes les formalités preferites les Articles V VI VII VIII IX & X defdites Lettres Patentes. Ordonne aufli S Majefté, que toutes les marchandifes &
denrées du crà & fabrique du Canada > pourront, à leur arrivée en France, être
entrepolées & jouir du. bénéfice du tranfit, conformément aux Articles XV XVI
XVII & XVIII des mêmes Lettres Patentes & fous les peines y contenues, en cas
de fraude. Veut Sa Majefté que lefdites marchandifes & denrées 2 provenant du
Canada 3 payent à l'avenir, pour ce qui entrera dans le Royaume > les droits fixés
le Tarif de 1664 dans les Provinces où il a cours, & les droits locaux dans
E Provinces réputées étrangeres, tels qu'ils font perçus à préfent. Ordonne Sa
Majefté, que toutes lefdites marchandifes & denrées, venant de ladite Colonie du
Canada, demeureront exemptes, 2 comme par le pafe, du droit de trois pour cent,
appartenant au Fermier du Domaine d'Occident. Permet Sa Majefté > aux Propriétaires des Navires partis du Canada, depuis le I Oétobre dernier, d'entrepofer les
marchandifes & denrées qu'ils ont reçues du Canada & de les faire fortir du Royaume > même par tranfit, avec exemption de droits 2 conformément auxdites Lettres Patentes. Enjoint Sa Majefté, aux fieurs Intendans & Commiffaires départis dans
les Provinces, de tenir la main à l'exécution du préfent Arrêt, lequel fera lû &
publié par-tout oùt befoin fera. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y
étant > tenu à Paris, le onzième jour de Décembre mil fept cens dix-fept.
Signé 2 PHELYPEAUX.
La Compagnie 1 dans la vue de perfedtionner promptement les établiffemens qu'elle faifoit dans la Louifiane 2 fe détermina d'y envoyer
des Ouvriers entendus dans la culture des terres & des Artifans, moyenant un prix convenu. Il arriva que ceux qui avoient déja reçu des
avances pour s'embarquer 7 ne fe rendoient plus au lieu défigné pour
l'armement des Vaiffeaux. Cc fut pour reformer cet abus frauduleux,
que le Roi rendit fon Arrêt du 8 Novembre 1718.
K3
tabliffemens qu'elle faifoit dans la Louifiane 2 fe détermina d'y envoyer
des Ouvriers entendus dans la culture des terres & des Artifans, moyenant un prix convenu. Il arriva que ceux qui avoient déja reçu des
avances pour s'embarquer 7 ne fe rendoient plus au lieu défigné pour
l'armement des Vaiffeaux. Cc fut pour reformer cet abus frauduleux,
que le Roi rendit fon Arrêt du 8 Novembre 1718.
K3 --- Page 130 ---
II2
COMMERCE DE L'AMERIQUE
LOUISIANE.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Concernant les Soldats 2 Ouvriers & autres gens engagés au fervice de
la Compagnie d'Occident & des Habitans qui pafent à la Louifiane
pour sy établir.
Du 8 Novembre 1718.
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
E ROI s'étant fait repréfenter en fon Confeil, les Lettres-Patentes en forme
L d'Edit du mois d'Août 1717, portant établiffement de la Compagnie d'Occident, Sa Majefté a été informée
pour garder & peupler la Province de la
Louiliane, pays de la conceflion oler à ladite Compagnie > & pour le défrichement & la culture des terres, elle y fait paffer journellement des Soldats, des Engagés & des Habitans qui emmenent avec eux des Ouvriers & d'autres gens pour
être employés au déffichement & à la culture des terres & à d'autres travaux;
& que lefdits Soldats & Engagés > au préjudice des conditions & engagemens faits
entr'eux & ladite Compagnie ,ne fe rendent point fur les Ports qui leur font indiqués, ou qu'après être arrivés, ils s'ablentent pour ne fe point embarquer fur
les Vaiffeaux deftinés % lcs tranfporter en ladite Province de la Louifiane 2 ce qui
caufe à ladite Compagnie & auxdits Habitans un préjudice confidérable & retarde
les progrès de l'établiffement de ladite Colonie; a quoi défirant pourvoir. Oui le
rapport, Sa Majefté étant en fon Confeil, de l'avis de Monfieur le Duc d'Orleans,
a ordonné & ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PRI ÉMI I E R.
Les Soldats, Ouvriers & tous autres qui feront engagés avec ladite Compagnie,
foit par aéte palfé pardevant Notaire 2 ou fous fignature privée, pour aller fervir de
dans ladite Province de la Louifiane > feront tenus de fe rendre 2 aux termes
leurs engagemens, > dans les Ports qui leur auront été indiqués > & de s'embarquer
far les Vailfezux deftinés à leur palliage & à leur tranfport , à peine d'être arrêtés
& conduits en ladite Province de la Louifiane, pour y fervir ladite Compagnie &
V travailler fans aucuns gages, ni autres retributions. > aux ouvrages auxquels de les les
Direêteurs de ladite Compagnie, dans ladite Province 2 jugeront à propos
eraployer, & ce pendant le double du tems porté par leurs engagemens.
II.
a
quer
far les Vailfezux deftinés à leur palliage & à leur tranfport , à peine d'être arrêtés
& conduits en ladite Province de la Louifiane, pour y fervir ladite Compagnie &
V travailler fans aucuns gages, ni autres retributions. > aux ouvrages auxquels de les les
Direêteurs de ladite Compagnie, dans ladite Province 2 jugeront à propos
eraployer, & ce pendant le double du tems porté par leurs engagemens.
II.
a --- Page 131 ---
P A R M A R S E I L L E,
7I3
LOUISIANE. II. Les Ouvriers, Domeltiques & tous autres qui fe feront engagés par aSte pardevant Notaire, avec les habitans de ladite Province, ou avec ceux qui veulent aller
s'y habituer, feront aufi tenus de fe rendre, aux termes de leurs engagemens,
dans les Ports qui leur auront été indiqués & de s'embarquer furl les Vailfenux dettinés à leur traniport > à peine d'être arrêtés & conduits dans ladite Province de
la Louifiane s pour y fervir & travailler fans aucuns gages ni autres retributions 3
aux ouvrages auxquels jugeront à propos de les employer ceux avec lefquels ils fe
feront engages; & ce pendant le tems porté par leurs engagemens. III. Fte en cas qu'il furvienne quelques conteftations pour l'exécution du préfent Arrét
Sa Majefté en a attribué & attribue toute connoiffance & jurifdiation aux fieurs
Intendans & Commiffaires départis dans les Provinces, & Généralités de fon Royaume, & en Cas d'abience, à leurs Subdélegués. Veut que les Ordoanances qui
feront par eux rendues 7 fur & à l'occafion du préfent Arrêt >. foient exécutées
nonobftant oppolitions & appellations quelconques, dont fi aucunes interviennent,
Sa Majefté s'ett refervée la connoiffance & à icelle interdite à toutes fes Cours &
autres Juges. Eajoint Sa Majeité aux Gouverneurs & Lieutenans Géréraax fervant
dans fes Provinces > Intendans & tous autres qu'il appartiendra, d'y tenir lamain,
chacun en droit foi, & même de prêter main forte 2 enl cas de befoin, 2 pourlexécution du préfent Arrêt. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Sa Niajefté y écant, tenu
à Paris le huitieme jour de Novembre mil fept cens dix-huit. Signe, PHELYPLAUX,
OUIS per la grace de Dieu > Roi de France &c de Navarre, Daughin de
L Vienneis, Comte de Valentinois 2 Dysis, Provence, Forsalguterde'Tsserade
jacentes: A nos ames & feaux Conteiliers en nos Conieils,, les Sicurs Intendans
& Commiffaires départis pour l'exécution de nos Ordres dans les Provinces & Généralités de notra Hoyaumne, SALUT. Par l'Arret ci-attaché fous le contre-feel de
notre Chancelorie, cejourthui donné en notre Coatild'Esat Nousy acant, partant Réglement au fujet des Soldats', Ouvriérs 7 Domeftiques & tous autres qui fe
font engagés avec la Compagnie d'Occident, établie nos Lettres Patentes eil
forme d'Edit, du mois d'Aout 1717, ou avec ceux E nos Sujets qui font établis
dans la Province de la Louifiane 7 ou qui voudront s'y aller établir > Nous vous
avons attribué, G: en cas d'abfence, à vos Subdelegués, la conaoifance & jwtt
diStion des conteftations qui poreroient firvenir à l'exécution d'icelui, & voulant
que ledit Arrêt forte fon plein & enticr effet.
'Edit, du mois d'Aout 1717, ou avec ceux E nos Sujets qui font établis
dans la Province de la Louifiane 7 ou qui voudront s'y aller établir > Nous vous
avons attribué, G: en cas d'abfence, à vos Subdelegués, la conaoifance & jwtt
diStion des conteftations qui poreroient firvenir à l'exécution d'icelui, & voulant
que ledit Arrêt forte fon plein & enticr effet. A CES CALSIS, de Tavis de notre trbs-cher & tres-ame Oacle le Due d'etenns
Regen:, Nous vors avons comis 7 erdonnés & émablis, pir cas prefences Eones
de notre main, conimisitons, ordennons & étalliffons potr jeger tous les diturens
& contefations qui peuvent fuvenir pear l'exécution dedi Arit, & cn votrelabfence, avons coris & établi vos Sabtilegnds, pour jngertngonidlufirers cconteltutions 5 attiibusnt à cet E:, tant 3 vous qu' vos Suhoslegues, e: votre abience, toate Cour , Jerdicton & corsoilfance > icelle interdifan: à toutes nos
Cours & autres Fages. Voulons que les Ordonnances qu teront Tar vous vendnesg
Tom. 11. P --- Page 132 ---
II4
COMMERCE DE LAMERIQUE
LOVISIANE. ou en votre abfence, par vos Subdélegués, far & à l'occafion dudit Arrêt, foient
exicutées,, nonobient oppelitions & appellations quelconques 2 dont fi aucuns interviennent, Nous nous fommes refervés la connoiffance 2 & icelle interdifons à toutes nos Cours & autres Juges. Enjoignons aux Gouverneurs & nos LieutenansGénéraux, fervant dans lefdites Provinces de notre Royaume,, Intendans & tous
autres qu'il appartiendra, de tenir la main., chacun en droit foi, & même de prêter
main forte, en cas de befoin,
l'exécution dudit Arrêt. Commandons au prémier notre Huiflier ou Sergent Ro cc requis de fignifier ledit Arrêt à tous qu'il
appartiendra, à ce que perfonne n'en ignore 3 ê de faire en outre pour fon entiere
exécution, tous Aêtes & Exploits requis & néceffaires, fans autre permillion, nonobiiaat
clameur de Haro > Chartre Normande &x Lettres à ce contraires. Voulons qu'aux COpies dudit Arrêt & des Préfentes 2 collationnées par l'un de. nos amés & féaux
Conf@ilern-Sceretaines 2 foi foit ajoutée comme aux originaux ; Car tel eft notre
plailir. Donné à Paris, le huitième jour de Novembre, l'an de grace mil fept cens
dix-huit, & de notre regne le quatrième. Signé, LOUIS: : Et plus bas > Par le Roi.
Dauphin,. Comte de. Provence,. le Duc. d'Orleans Régent préient.
Signé, PHELYPEAUX.
Les fecours que nos Colonies dans les Iles Antilles, recevoient des
Efclaves Noirs dans la culture des terres & dans la préparation des
ficres indigo &c. fit juger que le tranfport defdits Eiclaves dans
la Louifiane n'y feroit pas moins utile. En conféquence on y tranfporta
des Négres, dont l'état & la difcipline ont été reglés par FEdit du:
mois de Mars de 1724.
.
Signé, PHELYPEAUX.
Les fecours que nos Colonies dans les Iles Antilles, recevoient des
Efclaves Noirs dans la culture des terres & dans la préparation des
ficres indigo &c. fit juger que le tranfport defdits Eiclaves dans
la Louifiane n'y feroit pas moins utile. En conféquence on y tranfporta
des Négres, dont l'état & la difcipline ont été reglés par FEdit du:
mois de Mars de 1724. --- Page 133 ---
PAR MARSEILLE
I15
LOUISIANE.
EDIT DU ROI,
Touchant Pétat d la difcipline des Efclaves Negres de la
Louifiane.
Donné à Verfailles au mois de Mars 1724.
OUIS par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre : A tous préfens
L2U venir, SALUT. Les Dircéteurs de Ia Compagnie des Indes nous ayant
repréfenté que la Province & Colonie de la Louiliane eft confidérabilement érablie
par un grand nombre de nos Sujets, lefquels fe fervent d'Efclaves Negres pour la
culture des terres 2 Nous avons jugé qu'ii étoit de notre autorité & de notrejuftice, pour la confervation de cette Colonie, d'y établir une Loi & des régles certaines pour y maintenir la difcipline de l'Eglife Cathalique 3 Apoftolique Ficlaves & dans Romaine & pour ordonner de ce qui concerne l'état & la qualité des
font
letdites Ifless, & défirant y pourvoir & faire connoitre à nos Sujets qui X
habitués & qui s'y érabliront à l'avenir, qu'encore qu'ils habitent des climats ininiment éloignés, Nous leur fommes toujours préfens par l'étendue de notre puitfance, & par notre application à les fecourir. A CES CAUSES, & autres à. ce
nous imouvant, de Pavis de notre Confcil & de notre cortaine feience, pleine puif- &
fance & autorité Royale 2 Nous avons dit, ftatué & ordonné, difons, ftatuons
ordonnons, Voulons & Nous plait ce qui fit.
ARTICLE PRÉNIER
L'Edit du feu Roi Louis XIII de glorioufe mimoire, du23 Avril 1615, fera
exécuté dans notre Province & Colonie de la Louifiane : ce fefant, enjoignens aux
Direéteurs Généraux de ladite Compagnie, & à tous nos Oifliciers, de chefferdudit
pays tous les Juifs qui peuvent y avoir établi leur réfidence 2 auxquels, comme aux
ennemis déclarés du nom Chrétien, 3 nous commandons d'en fortir dans trois mois,
à compter du jour de la publication des préfentes, à peine de conffcation de corps
& de biens.
II.
Tous les Eiclaves qui feront dans notredite Province 2 feront intruits dans Habi- la
Religion Catholique, Apoftolique & Romaine, & baptifés. Ordonnons aux & baptans qui achcteront des Negres nourallement arrivés, de les faire inftruire
zifer dans le tems convenable, > à peine d'amende arbitraire. Enjoignons aux exaltenient Directours Généraux de ladite Compaguic & à tous nos Officiers, d'y tenir
la main.
Pij
iclaves qui feront dans notredite Province 2 feront intruits dans Habi- la
Religion Catholique, Apoftolique & Romaine, & baptifés. Ordonnons aux & baptans qui achcteront des Negres nourallement arrivés, de les faire inftruire
zifer dans le tems convenable, > à peine d'amende arbitraire. Enjoignons aux exaltenient Directours Généraux de ladite Compaguic & à tous nos Officiers, d'y tenir
la main.
Pij --- Page 134 ---
II6
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOUISTANT.
IIL
Interdifons tous exercices d'autre Religion que de la Catholique, > Apoflolique &
Romaine: : Voulons que les contrevenans foient punis comme rebelles & défobéilans
à nos commandemens: Défendons toutes affemblées pour cet effet, lefquelles nous
déclarons conventicules, illicites & féditieufes, fujettes à la même peine 3 qui aura
Iieu môme contre les Maitres qui les permettront, ou fouffriront à T'égard de leurs
Efclaves.
IV.
Ne feront prépofés aucuns Commandeurs à la direéion des Negres, qu'ils ns
faffent profellion de la Reiigion Catholique > Apoftolique & Romaine ; a peine de
confifcation defdits Negres, contre les Maitres qui les auront prépofés & de punition arbitraire contre. les Commandeurs qui auront accepté ladite direêtion.
V.
Enjoignons à tous nos Sujets > de quelque qualité & condition qu'ils foient, d'obferver régulierement les jours de Dimanches & de Fêtes: leur défendons de travailler, 2 ni de faire travailler leurs Eiclaves aufdits jours, depuis l'heure de minuic
jufqu'à l'autre minuit, à la cuiture de la terre & à tous autres ouvrages, à peine
d'amende & de punition arbitraire contre les Maitres, & de confifcation des Efclaves qui feront furpris par nos Officiers dans le travail: pourront néanmoins enyoyer
leurs Efclaves aux marchés.
VI.
Défendons à nos Snjets blancs de lun & de l'autre fexe 2 de contraêter mariage
avec les Noirs, à peine de punition & d'amende arbitraire ; & à tous Curés
Prâtres, ou Miflionnaires féculiers ou réguliers, & même aux Aumoniers des Vaiffeaux, de les marier. Défendons auffi à nofdits Sujets Blancs, méme aux Noirs af--
franchis, ou nez libres, de vivre en concubinage avec des Efclaves. Voulons que.
eeux qui auront eu un, ou pluficurs enfans d'une pareille conjonêtion, enfemble
les Maîtres qui les auront foufferts, > foient condamnés chacun en une amende de
trois cens livres; & s'ils font Maitres de l'Efclave de laquelle ils auront eu Iefdits enfans, voulons qu'outre l'amende, ils foient privés tant de PEfclave que des
enfans, & qu'ils foient adjugés à T'Hôpital des lieux, fans pouvoir jamais être affranchis. N'entendons toutesfois le préfent Article avoir. lieu, lorfque T'homme Noirs
affranchi ou libre, qui n'étoit point marié durant fon concubinage avec fon Efclave.,.
époufera dans les formes preferites par T'Eglife, ladite Efclave, qui fera affranchie:
par ce moyen, & les enfans rendus libres & légitimes.
VII
Les folemnités preferites par l'Ordonnance de Blois, & la Déclaration de
1639, pour les mariages, feront obfervées. 3 tant à l'égard RR perfonnes libres 2
que des efclaves a fans néanmoins que le confentement du pere & de la mere. de
"Efclave y foit néceffaire, mais celui du Maitre feulement..
era affranchie:
par ce moyen, & les enfans rendus libres & légitimes.
VII
Les folemnités preferites par l'Ordonnance de Blois, & la Déclaration de
1639, pour les mariages, feront obfervées. 3 tant à l'égard RR perfonnes libres 2
que des efclaves a fans néanmoins que le confentement du pere & de la mere. de
"Efclave y foit néceffaire, mais celui du Maitre feulement.. --- Page 135 ---
PAR MARSEILLE
LOUISIANE.
VIII
Défendons très - expreffement aux Curés, de procéder aux mariages des Efclaves, s'ils ne font apparoir du contentement de leurs Maitres. Détendons auli aus
Maitres d'ufer d'auçune contrainte iur leurs Eiclaves, pour les marier contre
leur gré.
IX.
Les enfans qui naitront des mariages entre les Efclaves, feront Efclaves, & appartiend-ont aux Maitres des femmes Eiciaves, & non a ceux de leurs maris; > li
les maris & les femmes ont des Maitres différens.
X.
Voulons 2 f le mari Efelave a époufé une femme libre 2 que les enfans > tant
miles que illes, fnvent la condition de leur mere & foient libres comme clle
nonobfant la fervitude de leur pere ; & que fileur pere eft libre & la mere Efclave,
les enians foient Liclaves pareillement.
XI
Les Maitres feront tenus de faire enterrer en terre fainte 2 dans les cimétieres
deftinés à cet effet, leurs Eiclaves beptifés; & à l'égard de ceux qui mourront
fans avoir reçu le Baptême, ils feront enterrés la nuit > dans quelque champ voilin
du lieu ol ils feront décédés.
XII
Défendons aux Ffclaves de porter aucunes armes offenfives, ni de gros bâtons,
à peine du fouet & de confiication des armes > au profit de celui qui les en trouvera failis; à l'exception feulement de ceux qui feront envoyés à la chafle par
leurs Maitres & qui feront porteurs de leurs Billets, oil marques connues.
XIII
Defendons pareillement aux Efclaves appartenant à différens Maitres, de s'attretper le jour ou la nuit, fous prétexte de nôces ou autrement, foit chez l'ua de
leurs Maitres ou ailleurs, & encore moins dans les grands chcmins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle, qui Ee pourra être moins que du fouet & de
la fleur-de-lys; & en cas de fréquentes récidives & 2utres circonfiances aggravantes
pourront être punis de mort; i ce que nous laiffons à l'arbitrage des Juges. Enjoignons
à tous nos Sujets de courre fus aux contrevenans, & de les arrêter & conduire
en prioa, bien qu'ils ne foient OiEciers & qu'il n'y ait encore conte leilits cor-
=evenens, aucun decret.
XIV.
Les Maitres qui feront convaincus d'avoir permis ou toleré de pareilles affemblées:
compotees d'autres Liclaves que de Cehx gui lear appartiennent 2 feront condamsés
'arbitrage des Juges. Enjoignons
à tous nos Sujets de courre fus aux contrevenans, & de les arrêter & conduire
en prioa, bien qu'ils ne foient OiEciers & qu'il n'y ait encore conte leilits cor-
=evenens, aucun decret.
XIV.
Les Maitres qui feront convaincus d'avoir permis ou toleré de pareilles affemblées:
compotees d'autres Liclaves que de Cehx gui lear appartiennent 2 feront condamsés --- Page 136 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOUISIANE. en leur propre & privé nom: 2 de réparer tout le dommage qui aura été fità leurs
voifins, à l'occafion deldites affembiées, & en trente livres d'amende pour la prémicre fois, & all double, en cas de recidive.
XV.
Défendons aux Efclaves d'expofer en vente au marché, ni de porter dans les
maifons particulieres > pour vendre, aucune forte de denrées, même des fruits 2
légumes, bois à briler, berbes ou fourages, pour la nourriture des beftiaux, ni
aucune cfpéce de graius, ou autres marchandifes 2 hardes, ou nipes, faus permitlion
expreife de leurs Alaitres Far un billet, ou par des marques connues, à peinc de
revendication des chofes ainfi vendues, fans reftitution de prix par les Maitres, &
de fix livres d'amende à leur profit contre les acheteurs 2 par rapport aux fruits,
légumes 2. bois à briler, herbes, fourages, & grains 5 Voulons, que par rapport
aux marchaadifes, hardes oul nipes, les contrevenans achetetrs foient condamnés à
quinze cens livres d'amende, aux dépens, dommages & intérêts, & qu'ils foient
pourluivis extraordinairement comme voleurs & receleurs.
XVL
Vouions à cet cffet, que deux perfonnes foient prépofées dans chaque marché,
par les Officiers du Confeil fupérieur, ou des Juftices inférieures, pour examiner
ies denrées & marchandifes qui y feront apportées par les Efclaves, enfemble Jes
billets & marques de leurs Naitres dont ils feront porteurs.
XVII.
Permettons à tous nos Sujets habitans du pays, de fe faifir de toutes les chofes
dont ils trouveront lefdits Efclaves chargés, lorfqu'ils n'auront point de billets de
leurs Maitres > ni de marques conaues 2 pour étre rendues inceffamment à leurs
Maîtres > fi leur habitation eft voiline du lieu où les Efclaves auront été furpris en
délit, finon elles feront inceffàmment envoyées au magalin de la Compaguie le plus
proche, pour y être en dépôt, jufqu'a ce que les Maitres en ayent été avertis.
XVIIL
Voulons que les Officiers de notre Confeil fupérieur de la Louifiane, envoyent
leurs avis fur la quantité de vivres & la qualité de Thabillement, qu'il convient que
les Maîtres fourniffent à leurs Efclaves; leiquels vivres doivent leur être fournis par
chacune femaine, & l'habillement par chacune année > pour y être ftatué par Nous; ;
& cependant permettons auxdits Officiers de régler par provifion lefdits vivres &
ledit habillement: : Défendons aux Maitres defdits Eiclaves de leur donner aucune
forte d'eau-de-vic > pour tenir lieu de ladite fubliftance & habillement.
XIX.
Leur défendons pareillement de fe décharger de la nourriture & fubfitance de leurs
Ffelaves, en lcur permettant de trayailler certain jour de la femaine, pour leur
compte particulier.
ependant permettons auxdits Officiers de régler par provifion lefdits vivres &
ledit habillement: : Défendons aux Maitres defdits Eiclaves de leur donner aucune
forte d'eau-de-vic > pour tenir lieu de ladite fubliftance & habillement.
XIX.
Leur défendons pareillement de fe décharger de la nourriture & fubfitance de leurs
Ffelaves, en lcur permettant de trayailler certain jour de la femaine, pour leur
compte particulier. --- Page 137 ---
P A R MARSEILLE
I19
LOUISIANE.
XX.
Les Efclaves qui ne feront point nourris, vétus & entretenus par leurs Maitres,
pourront en donner avis au Procureur Gécéral dudit Confeil, ou aux Cficieredes
Juftices inféricures, & mettre leurs mémoircs entre leurs mains, fur letqsels &
même d'office, fi les avis leur viennent d'ailleurs 7 les Maitres feront pourluivis à
la Requête dudit Procureur Géneral & fans frais, ce que nous voulons étre obfervé
les crimes & les traitemens barbares &e inhumains des Mlaitres envers leurs
Eainet
XXI.
Les Efclaves infirmes par vieillefe 2 maladie, on autrement > foit que la malidie
foit incurable ou non > feront nourris & entretenus par leurs Maitres ; &-en cas
qu'ils les euffent abandonnés, 2 lefdits Efclaves feront adjugés à Thôpital le plus
proche, cuguel les Maitres 1eront condamnés de payer kuit tols par chacun jour,
pour la nourriture & entretien de chacun Efclave i pour le payement de laquelle
fomme > ledit Hopital aura privilége fur les habitations des Miaitres, en quelques
mains qu'elles paffent.
XXII
Déclarons les Efclaves ne pouvoir rien avoir qui ne foit à leurs Maitres, & tout
ce qui leur vient par leur induftrie, ou par la libéralité d'autres perfonnes, ou autrement, à quelque titre que ce foit, être acquis en pleine propriété à leurs Maitres, fans que les Enfans des Efclaves > leurs peres &k meres leurs parens & tous
autres, libres ou efclaves, 2 y puilfent rien prétendre fuccellions, dilpofitions entre-vifs, ou à caufe de mort; lefquelles dilpofitions RE.f déclarons nulies, enfemble toutes les promeffes & obligations qu'ils auroient faites s comme étant faites
par gers incapables de diipofer & contraéter de leur chef.
XXIII
Voulons néanmoins que les Maitres foient tenus de ce que leurs Efclaves anront
fait par leur commandement 7 enfemble de ce qu'ils auront geré & négocié dans
leurs boutiques & pour l'efpéce particuliere de commerce à laquelle leurs Maîtres
les auront prépofés ; & en cas que leurs Maitres n'ayent donné aucun ordre & ne
les ayent point prépofés > ils feront tenus feulement jufqu'à la concurrence de ce
qui aura tourné à leur profit; & fi rien n'a tourné au profit des Maitres, le pécule defdits Eiclaves, que les Maitres leur auront permis d'avoir, en fera tenils
après que leurs Maitres en auront déduit par préférence ce qui pourra leur en être:
dû, finon que le pécule confiftat en tout ou partie, en marchandifes dont les. Efclaves auroient permiflion de faire trafic à part, fur lefquelles leurs Maitres vien--
dront feulement par contribution au fol la livre avec les autres créanciers.
XXIV,
Ne pourront les Efclaves, 2 être pourvis d'Offices, ni de commillions ayant quei--
qite fonction publique 3 ni être conititués Agens, par autres que par ieurs Maiiress
leur en être:
dû, finon que le pécule confiftat en tout ou partie, en marchandifes dont les. Efclaves auroient permiflion de faire trafic à part, fur lefquelles leurs Maitres vien--
dront feulement par contribution au fol la livre avec les autres créanciers.
XXIV,
Ne pourront les Efclaves, 2 être pourvis d'Offices, ni de commillions ayant quei--
qite fonction publique 3 ni être conititués Agens, par autres que par ieurs Maiiress --- Page 138 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
LOUISIANE. pour gércr & adminifirer aucur négoce, ni être Arbitres ou Experts; ne pourront aufi étre témoins, tant en matiere civile que criminelle, à moins qu'ils ne
foient témoins néccilaires, & ieulement à défaut de Blancs ; mais dans aucun cas
ils ne pourzont fervir ae temons pour ou contre leurs Mlaitres.
XXV.
Ne pourroat auffi les Efclaves étre parties, ni être en jugement en matiere civile, tant en demandant qu'en défendant, ni étre parties civiles en matière criminelle, fauf à leurs Maitres d'agir & défendre en matiere civile, & de pourfuivr2, ci matiere c:iminelle, la reparation des outrages & excès qui auront été
commis coatre leuis Liclaves.
XXVI.
Pourront les Efclaves, étre pourfuivis criminellement, fans qu'il foit befoin de :
rendre leurs Maitres parties, fi ce n'eft en cas de complicité ; & feront les Efclaves accuits, juges en premiere inftance par les Juges ordinaires > s'il y en a, ô
appel, au Confeil, far la mômc inttruction & avec les mêmes formalirés que
L, perfonnes libres, aux esceptions ci-apres.
XXVIL
L'Efclave qui aura frapé fon Maitre, fa Maitreffe, le mari de fa Maîtreffe. 3 ou
leurs enfans 2 avec contafion cu effufion de fang, ou an vifage > fera puni
de mort.
XXVIIL
Et quant aux excés & voies de fait, qui feront commis par les Efclaves contre
ies perionnes libres, voulons qu'ils foient feverement punis, même de mort, s'il
y échoit.
XXIX.
Les vols qualifés, meme ceux de chevaux, cavales, mulets, boeufs, ol vaches
qui auront été faits par les Efclaves 2 ou par les affranchis > feront punis de peine
amictive, méme de mort, fi le cas le requiert.
XXX.
Les vols de moitons 2 chevres, cochons rolailles, grains, fourage, bois > fives
ou autres légumes & denréos, faits par les Lttlaves, ferent punis felon la quaSité du vol par les Jug:s quipourrent, s'ily échoit, les condamner diétre battus de
verges per l'exécutear de la haute-judice & marques d'une Hieur-de-lys.
XXXI
Seront tenus les Maitres, en cas de vol ou d'autre dommage caufé par Jetrs Ficlaves,
, cochons rolailles, grains, fourage, bois > fives
ou autres légumes & denréos, faits par les Lttlaves, ferent punis felon la quaSité du vol par les Jug:s quipourrent, s'ily échoit, les condamner diétre battus de
verges per l'exécutear de la haute-judice & marques d'une Hieur-de-lys.
XXXI
Seront tenus les Maitres, en cas de vol ou d'autre dommage caufé par Jetrs Ficlaves, --- Page 139 ---
PAR MARSEILLE
IZI
'elaves, outre la peine corporelle des Ffclaves, de reparer le tort en leur nom,
s'ils n'aiment mieux abandonner l'eiclave à celui auquel le tort aura été fait; ce LOUISIANE:
qu'ils feront tenus d'opter dans trois jours, à compter de celui de condamaation,
autrement ils en feront déchus
XXXII
L'Ficlave fugitif qui aura été en fuite "pendant un mois, à compter du jour que
fon Maitre T'aura dénoncé à la Juftice, aura les oreilles coupées, & fera marqué
d'une feur-de-lys fur une épaule : & s'il récidive, pendant un autre mois, à compter pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jaret coupé, & il fera marqué d'une fleur-de-lys fur l'autre épaule j & la troifième fois il fera puni de mort
XXXIIL
Voulons que les Efclaves qui auront encour les peines du fouet 3 de la fleurde-lys & des orcilles coupées, foient jugés en dernier reffort par les Juges ordinaires & exécutés, fans qu'il foit néceffaire que tels jugemens foient confirmés par
le Confeil fupérieur, nonobftant le contenu en T'Article XXVI des préfentes, qui
n'aura lieu que pour les jugemens portant condamnation de mort, ou du jarer
coupé,
XXXIV.
Les affranchis ou Negres libres qui auront donné retraite dans leurs mnaifons aux
Efclaves fugitifs, > feront condamnés par corps envers le Maitre en une amende de
trente livres par chacun jour de retention ; & les autres perfonnes libres qui leur
auront donné pareille retraite en dix livres d'amende , aufli par chacun jour de
retention 3 & faute lefdits Negres affranchis ou libres, de pouvoir payer l'amende,
ils feront reduits à mr condition d'efclaves & vendus; & fi le prix de la vente paffe
l'amende, > le furplus fera délivré à l'Hopital.
XXXV.
Permettons à nos Sujets dudit pays qui auront des Ffclaves firgitifs, en quelque
lieu que ce foit, d'en faire la recherche par telles perfonnes & à telles conditions
qu'ils jugeront à propos 2 ou de la faire eux-mnêmes, ainfi que bon leur femblera.
XXXVL
L'Efclave condamné à mort fur la dénonciation de fon Maitre > lequel ne fera
point complice du crime, fera eftimé avant l'exécution 3 par deux des principaux
Habitans, qui feront nommés d'office par le Juge > & le prix de l'eftimation en.
fera payé; pour à quoi fatisfaire, H fera impofé par notre Confeil fupérieur, fur
chaque tête de Negre, la fomme'portée par l'eftination 2 laquelle fera régléc far
chacun defdits Négres, & levée par ceux qui feront commis à cet efiet.
XXXVIL
Défendons à tous Officiers de notredit Confeil, & cutres Offciers de Juftice
Tom. II.
Q
de l'eftimation en.
fera payé; pour à quoi fatisfaire, H fera impofé par notre Confeil fupérieur, fur
chaque tête de Negre, la fomme'portée par l'eftination 2 laquelle fera régléc far
chacun defdits Négres, & levée par ceux qui feront commis à cet efiet.
XXXVIL
Défendons à tous Officiers de notredit Confeil, & cutres Offciers de Juftice
Tom. II.
Q --- Page 140 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
LOUISIANE. établis audit pays,, de prendre aucune taxe dans les procès criminels, contre les
Eiclaves, à peine de concullion. XXXVIIL
Défendons auffi à tous nos Sujets defdits pays, de quelque qualité & condition
qu'ils foient, de donner ou faire donner de leur autorité privée la queftion ou
torture à leurs Efclaves, fous quelque prétexte que ce foit, ni de leur faire 2 OLL
faire faire aueune mutilation de membres, à peine de confifcation des Efclaves &
d'être procedé contr'eux extraordinairement: : leur permettons feulement. 2 loriqu'ils
croiront leurs Efclaves l'auront mérité, de les faire enchainer & battre de verges, ou 2 cordes. XXXIX. Eujoignons aux Off.ciers de Juftice établis dans ledit pays, de procéder criminellement contre les Maîtres & les Commandeurs qui auront tué leurs Efclaves, ou
leur auront mutilé les meinbres, étant fous leur pulffance ou fous leur dircêion, 7
& de punir le meurtre felon l'atrocité des circonfiances; & en cas qu'ily ait lieu
à l'abfolution , leur permeitons de reavoyer, tant les Maitres que les Commandeurs,
fans qu'ils ayent betoin d'obtenir de nous des Lettrcs de grace. XL. Voulons que les Efclaves foient réputés meubles, & comme tels, qu'ils entrent
dans la communauté 2 qu'il n'y ait point de fuite par hypotéque fur eux, qu'ils fe
partagent également entre les cohéritiers 7. fans préciput &k droit d'aineffe 2 & qu'ils
ne foient point fujets au douaire coutumier, au retrait lignager ou féodal , aux
droits féodaux & feigneuriaux, aux formalités des Déciets, ni au. retranchement des
quatre quints, en cas de difpolition à caufe de mort ou teltamentaire. X LI. N'entendons toutefois priver nos Sujets de la faculté de Jes ftipuler propres à
leurs perfonnes 2 & aux Jeurs de leur cêté & ligne, ainfi qu'il fe pratique. pour les
fommes de deniers & autres chofes mobiliaires. XLII
J.es formalités preferites par nos Ordonnances & par Ia coutume de Paris 2
les faifies des chofes mobiliaires, feront obfervées dans les faifies des E fclaves. Rour
Jons que les denicrs en provenans > foient diftribués par ordre des failies; & en
cas de déconfiture, au fol la livre s après que les dettes privilégiées auront été payées; & généralement, que la condition des kfclaves foit reglée en toutes affaires
camme celles des autres chofes mobiliaires. XLIII
Voulons néanmoins que le mari, fa femme & leurs enfans impubéres 2 ne puif. --- Page 141 ---
PAR MARSEILL E:
ient être faifis & vendus féparement 2 s'ils font tous fous la puiffance d'un même LOUISIANE.
au fol la livre s après que les dettes privilégiées auront été payées; & généralement, que la condition des kfclaves foit reglée en toutes affaires
camme celles des autres chofes mobiliaires. XLIII
Voulons néanmoins que le mari, fa femme & leurs enfans impubéres 2 ne puif. --- Page 141 ---
PAR MARSEILL E:
ient être faifis & vendus féparement 2 s'ils font tous fous la puiffance d'un même LOUISIANE. Maitre : Déclarons nulles les faifies & ventes féparées qui pourroient en être faites,
ce que nous voulons aulli avo:r lieu dans les ventes volontaires. > à peine contre
ceux qui ferout lefdites ventes, d'être privés de celui ou de ceux qu'ils auront
gardés, qui feront adjugés aux acquercurs, fans qu'ils foient tenus de faire aucun
fuplément de prix. XLIV. Voulons aufli les Efclaves âgés de quatorze ans & au-deffus > jufqu'à foixante
ans, attachés à %: fonds ou habitations > & y travaillant actuellement 7 ne puif
fent être faifis pour autres dettes que pour ce qui fera dà du prix de leur achat,
à moins que les fonds ou habitations ne fuffent faifis récllement : auquel cas nous
enjoignons de les comprendre dans la failie réelle 5 &x défendon's > à peine de nullité, de procéder par faifie réelle 1 & adjudication par décret fur les fonds ou habitations > fans y comprendre les Efclaves de l'âge fufdit, y travaillant aêtuellement. XL V. Le Fermier judiciaire des fonds ou habirations failies réellement a conjointement
avec les Efclaves fera tenu de payer le prix de fon bail, fans qu'il puilfe compter
parmi les fruits qu'il perçoit, les enfans qui feront nés des Eiclaves pendant iondit bail. XLVI. Voulons, nonobftant toutes conventions contraires, que nous déclarons nulles,
que lefdits enfans appartiennent à la partie faifie > fi les créanciers font fatisfaits
d'ailleurs, ou à l'Adjudicataire; s'il intervient un décret 5 & à cet effet il fera fait
mention dans la derniere affiche de l'interpofition dudit décret, des enfans nés des
Efclaves depuis la faifie réelle, comme aulli des Efclaves décédés depuis ladite faifie
zéelle 2 dans laquelle ils étoient compris. XLVII
Pour éviter les fraix & les longueurs das procédures, voulons que la diftribution du prix entier de l'adjudication conjointe des fonds & des Efclaves, & de ce
qui proviendra du prix des baux judiciaires 2 foit faite entre les créanciers, felon
l'ordre de leurs priviléges & hypotèques, fans diftinguer ce qui eft pour le prix des
Efclaves, & néanmoins les droits féodaux & feigneuriaux ne feront payés qu'à prom
portion des fonds. XLVIIL
Ne feront reçus les Lignagers & les Seigneurs féodaux, à retirer les fonds décrétés, licités, ou vendus volontairement, s'ils ne retirent auffi les Efclaves vendus
conjointement avec les fonds oir ils travailloient a&tucllement 2 n l'adjudicataire ou
Facquereur, à retenir les Efclaves fans les fonds. XLIX,
Enjoignons anx Gardiens Nobles & Bourgeois 2 Ufufruitiers > Amodiateurs &
Qij
reçus les Lignagers & les Seigneurs féodaux, à retirer les fonds décrétés, licités, ou vendus volontairement, s'ils ne retirent auffi les Efclaves vendus
conjointement avec les fonds oir ils travailloient a&tucllement 2 n l'adjudicataire ou
Facquereur, à retenir les Efclaves fans les fonds. XLIX,
Enjoignons anx Gardiens Nobles & Bourgeois 2 Ufufruitiers > Amodiateurs &
Qij --- Page 142 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
LOUISIANE. autres jouiffant des fonds, > aufquels font attachés des Ffclaves qui ytravaillent, de
gouverner lefdits Efclaves en bons peres de famille; au moyen de quoi ils ne
ieront pas tenus, après leur adminiftration finie, de rendre le prix de ceux qui
feront décédés, ou diminués par. maladie, vicilleffe ou autrement, fans leur faute :
& aufli ils ne pourront pas retenir comme fruits à leur profit, les enfans nés
defdits Efclaves durant leur adminiftration. 3 lefquels Nous voulons être confervés &
rendus à ceux qui en font les maitres & les proprictaires. L. Les Maitres agés de vingt-cing ans pourront affranchir leurs Efclrves par tous
aftes entre-vifs, ou à caufe de mort; & cependant comme il fe peut trouver des
Maitres affez mercenaires pour mettve la liberté de leurs Efclaves à prix, ce qui
porte lefdits Efclaves. au vol & brigandage ; défendons à toutes perfonnes, de quelque qualité & condition qu'elles foient, d'affrunchir leurs Efclaves, fans en avoir
obienu la permiflion par Arrêt de notredit Confeil fupérieur > laqueile permiflion
fera accordée fans fraix 5 lorique les motifs, qui auront été expofés par les Maîtres,
paroitront légitimes. Voulons que les affranchiffemens qui feront faits à l'avenir fans
ces permiflions > foient nuls, & que les affranchis n'en puiffent jouir, ni être reconnus pour tels. Ordonnons au contraire qu'ils foient tenus cenfés & réputés
efclaves, que les Maitres en foient privés, & qu'ils foient confifqués an profir de
la Compagnie des Indes. LI. Voulons néanoins que les Efclaves qui auront été nommés par leurs Maitres ;
Tuteurs de leurs enfans > foient tenus & réputés, comme nous les tenons & réputons pour affranchis. LII
Déclarons les affranchiffemens faits dans les formes ci-devant prefcrites, tenir lieu
de naifance dans notredite Province de la Louifiane, 2 & les affranchis n'avoir befoin de nos Lettres de Naturalité, pour jouir des avantages de nos Sujete naturels
dans notre Royaume, terres & pays de notre obéiffance, encore qu'ils foient nés
dans les pays étrangers : Déclarons cependant lefdits affranchis > enfemble les Negres
libres, incapables de recevoir des Blancs aucune donation entre-vifs, à caufe de
mort, ou autremedt.
Province de la Louifiane, 2 & les affranchis n'avoir befoin de nos Lettres de Naturalité, pour jouir des avantages de nos Sujete naturels
dans notre Royaume, terres & pays de notre obéiffance, encore qu'ils foient nés
dans les pays étrangers : Déclarons cependant lefdits affranchis > enfemble les Negres
libres, incapables de recevoir des Blancs aucune donation entre-vifs, à caufe de
mort, ou autremedt. Voulons qu'en cas qu'il leur en foit fait aucune, elle demeure nulle à Jeur égard, & foit appliquée au profit de T'Hopital le plus prochain. LIII
Commandons aux affranchis de porter un refpelt fingulier à leurs anciens Maitres,
à leurs Veuves & à leurs enfans; en forte que l'injure qu'ils leur auront faite > foit
punie plus griévemement que fi elle étoit faite à une autre perfonne 7 les déclarons
toutefois francs & quittes envers eux de toutes autres charges, fervices & droits
utiles que leurs anciens Maitres vondroient prétendre tant fur lcurs perfonnes > que
fur leurs biens & fucceffions > en qualiré de Patrons. LIV. O@troyons aux affranchis les mémes droits > priviléges & immunités dont jouiffens
--- Page 143 ---
PAR MARSEILLE,
les perfonnes nées libres : Voulons que le mérite d'une liberté acquife produife en LOUISIANE:
eux, tant pour leurs perfonnes que pour leurs biens 3 les mémes effets que le bonheur de la liberté naturelle caufe à nos autres Sujets, le tout cependant aux eXceptions portées par l'Article LII des préfentes. I.V. Déclarons les confifcations & les amendes qui n'ont point de deftination particuliere ces préfentes > appartenir à ladite Compagnie des Indes, pour être
payées P ceux qui font prépofés à la recette de fes droits & revenus: Voulons
néanmoins que diftraétion foit faite du tiers defdites confifcations & amendes au profit de Piiopital le plus proche du lieu où elles auront été adjugées. St DOXNONS EN MANDEMENT à nos amés Sc féaux les Gens tenant notre Confeil fupérieur de la Louifiane, que ces préfentes ils ayent à faire lire >
&
régitrer, & le contenu en icelles garder & obferver felon leur forine EPtNL teneur,
nonobftant tous Edits, Déclarations 2 Arrêts, Réglemens & ufages à ce contraires, anfquels nous avons dérogé & dérogeons par ces préfentes. Car tel eft notre
plailir. Et afin que ce foit chofe ferme & ftable à toujours, nous y avons fait mettre notre Scel. Donné à Verlailles, au mois de Mars, l'an de grace mil fept cens
vingt-quatre > & de notre régne le neuvieme. Signé, LOUIS; & plus bas Par le
Roi, Signé, PHELYPIAUX. Pia,FLEURIAU. Vu au Confeil,Donus. Lt icellé du
grand Sceau de cire verte 2 en lacs de foye rouge & verte.
foit chofe ferme & ftable à toujours, nous y avons fait mettre notre Scel. Donné à Verlailles, au mois de Mars, l'an de grace mil fept cens
vingt-quatre > & de notre régne le neuvieme. Signé, LOUIS; & plus bas Par le
Roi, Signé, PHELYPIAUX. Pia,FLEURIAU. Vu au Confeil,Donus. Lt icellé du
grand Sceau de cire verte 2 en lacs de foye rouge & verte. On aura obfervé que les priviléges énoncés dans l'Edit de 1717,
ont été reftraints par l'Arrêt ci-deflus du II Décembre 2 qui en accordant l'exemption pour les marchandifes & denrées nationales 7 &c
la faculté à celles du Canada & de la Louifiane d'être entrepofées
pour être envoyées à l'étranger 3 en rempliffant les formalités prefcrites par les Lettres Patentes du mois d'Avril 1717, ordonne que ces
dernieres payeront pour droits d'entrée dans le Royaume pour les cing
groffes Fermes, ceux portés dans le Tarif de 1664, & pour les autres Provinces 7 les droits locaux qui y font établis. L'exemption du droit de trois pour cent fur les marchandifes venant
du Canada & de la Louifiane qui avoit été continuée par ufage eft
ici déclarée formellement. L'augmentation de demi pour cent fur les
marchandifes des lles, donna dans la fuite occafion à quelques difficultés. Quelques Commis des Fermes prétendirent que l'exemption ne
regardoit que le droit de trois pour cent ; les Marchands au contraire
foutenoient qu'elle avoit lieu également pour le demi pour cent. La
difpute étant portée au Confeil, elle fut terminée par Décifion du 6
Juillet 1733; qui déclare que le droit de demi pour cent fur les denrées & marchandifes provenant de la nouvelle Frauce, ( il faut toujours y comprendre la Louifiane ) lie feroit point payé. Le tranfit qui
eft accordé pour toutes Ies marchandifes venues du Canada , même
des pelleteries donna lieu à des repréfentations de la part des Fabriquans du Royaume qui travailloient lcs peaux & les poils des caftors 2
afn que ces dernicres fulffent exceptées du tranfit accordé aux pelle-
de demi pour cent fur les denrées & marchandifes provenant de la nouvelle Frauce, ( il faut toujours y comprendre la Louifiane ) lie feroit point payé. Le tranfit qui
eft accordé pour toutes Ies marchandifes venues du Canada , même
des pelleteries donna lieu à des repréfentations de la part des Fabriquans du Royaume qui travailloient lcs peaux & les poils des caftors 2
afn que ces dernicres fulffent exceptées du tranfit accordé aux pelle- --- Page 144 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOUISIANE, tcries du Canada ; ce qui leur fut accordé par Arrêt du Confeil du
21 Mai 1731, par lequel le tranfit mentionné dans l'Arrêt du II Décembre 1717,eit confirmé même pour les pelleteries du Canada , à l'exception des peaux des caftors, en obfervant les formalités prefcrites pour
le tranfit des marchandifes de T'Amérique.
En parlant de notre Commerce dans les Colonies Françoifes de T'Amérique méridionaie, , j'ai rapporté quelques Articles de l'Ordonnance
de 1687 1 dout l'exécution y eft ordonnée. La même Ordonnance doit
avoir lieu dans la nouvelle France & la Louifiane, ainfi qu'il eft porté
par l'Arrêt du Confeil du 9 Juin 1722 que je joins ici, afin qu'on
en connoiffe micux les difpolitions.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Portant que lOrdonnance de 1687, fervant de Réglement pour les cinq
grofes Fermes, fera exécutée dans les Ifles Françoifes de PAmérique
& en Cunada, pour la Régie du Domaine d'Occident.
Du 2 Juin 1722.
Extrait des Régifires du Confeil d'Etat.
qui a été repréfenté au Roi en fon Confeil par Maitre Charles Cordier s
de la Régie générale des Fermes de Sa Majefté, que l'Ordonnance des
Loi
StrS
Fermes du mois de Février 1637, a toujours été regardée comme la fondamentale établie non-feulement pour la confervation des droits dûs à Tentrée ouà
la fortic de l'étendue de la Ferme 2 foit en France ou dans les Iles & Ferres l'exéfermes de l'Amérique 2 unies au Domaine du Roi, mais encore pour affurer de
cution des Réglemens qui ont été rendus fur le fait des marchandifes contre- de
bande & de differentes fortes de commerces 2 que Sa Majefté a jugé à propos
défendre à fes Sujets dans toutes les Terres & Pays de fon obéiffance 5 gu'une les
des dipofitions les plus effentielles de cette Ordornance 2 eft d'affurer dans
Ports , la decliration Sc la vifite des marchandires qui s'y embarquent, ouy né- arrivent i gre ceite régle qui s'obferve exaftement en France, n'eft Domaine pas moins d'Occiceffire dans lesifcs & Colonies Francoifes 7 oà la Régie du
Luc
dent elt établie 2 &c. Le Roi en fon Confeil, de l'avis de des Monfieur Fermes le du mois d'Or- de
léans Régent, a ordonné & ordonne 2 que fuivic 'Ordonnance & exécutée dans toute l'étendue
de Février la Régie mil Ax du cens Domaine eyatre-singr-Rent. d'Occident aux fera Iles Françeites de PAmérique & en Canada , & à cet effet enrégiArée par-tout oû befoia fera, fi faitn'a été; en CCr- Barféquence 2 ordonne Sa Niajefté que tous Capitaines & Niaitres Canada, deNavires feront ou tenus
ques qui aborderont dans leidites Colonics aux Iiies & eil
AR
ue
de Février la Régie mil Ax du cens Domaine eyatre-singr-Rent. d'Occident aux fera Iles Françeites de PAmérique & en Canada , & à cet effet enrégiArée par-tout oû befoia fera, fi faitn'a été; en CCr- Barféquence 2 ordonne Sa Niajefté que tous Capitaines & Niaitres Canada, deNavires feront ou tenus
ques qui aborderont dans leidites Colonics aux Iiies & eil
AR --- Page 145 ---
PAR MARSEILLE
Ze faire 211 Burcau du Domaine dans les vingt-quatre heures de leur arrivle, une LOUISIANE.
déclaration des marchandifes de leur chargement, & d'y repréfenter leurs comnoilfemens & ncquits des Ports de France. Fait Sa Majetté deienies à tous Capitaines & Maitres 2 de partir detdites liles S du Canada, qu'spris aveir fuit a Bureau dudit Domaine 7 une déclaration générale de toutes les marchandifes de leur
chargement & les acquits nécefaires, comme autii à tous négocians Sautres particuliers, IEL faire charger dans les Vaiffeaux & Barques, oud d'en faire décharger aucunes marchandifes > qu'après avoir pris un congé au Bureau du Domaine >
&y avoir fait leur déclaration particuliere 5 toutes leiquelles déclarations > tant
des Maitres que des Négocians & autres, icront faites pour toutes fortes de marchandiies exemptes ou non exemptes, dans la forme prefcrite par le Titre II de
ladite Ordonnance des Fermes de mil fix cens quatre-vingt-fept 2 & fous les peines y coutensies. Ordonne Sa Majefté que leftires déclaracions feront vérifiées par
les Commis du Domaine 2 & les coatrevenans pourtivis aux termes du mme
Titre de la mome Ordonnance; à Peffet de quoi Sa Niajefté veut qu'il foir fait
par letits Commis > toutes vitites & Ferquilitions ncccfiires dans les Vaifferax &
Barques. Entendau farplus SaMajefé 2 que les Lettres Patentes du mois d'Avrilmil
feptcens dix-fept, portant Réglement pour le commerce des Ifles & Colonies Françoiles > & retces communes pour le Canzda 2 par Arrêt du Conteil du 11 Décembre fuivant * enfemble tous les Réglemens faits contre le commerce étranger 2
& contre le commerce & ufage des marchandifes de contrebande ou prohibées >
foient exécutés fclon leur forme & teneur,. dans toute l'étendue defdites Colcnies aux Iles & en Canada, & fous les peines y contenues en cas de contraVention. Enjoint Sa Majete aux Sieurs Gouverncurs Géné:cux & particuliers,, &
aux Sieurs Intendans auxdites ifles & en Canada , de tenir la main à l'exécution
du préfent Arrêt, qui fera là, publié & affiché par-tout ol befoin fera 7 &icront pour l'exécution d'icelui toutes Lettres néceffaires expédices. Fait au Confeil
d'itai du Roi, tenu à Paris, lc neuvième jour de Juin mil icpt cens vingt-deux.
Signé, DEVOUGNY.
COMMERCE DES CASTORS.
Le Commerce des caftors avoit été accordé par un privilége excluff à la Compagnie d'Occident 3 par Lettres Patentes en forme
d'Edit du mois d'Août de 1717, comme on vient de voir ; mais en
1720, par Arrêt du 16 Mai, ledit Commerce fut rendu libre à tous
les Sujets du Royaume, en payant pour droit d'entrée.
SGAVOIF R:
Caftors gras.
45 liv. le cent pefant.
Caftors fecs. .
30 idem.
Cette liberté de Commerce des peaux de caftors, ayant paru contraire à l'abondance néceffaire aux Fabriques , le privilége exclufff fut
rendu à ladite Compagnie d'Occident par Arrét du 30 Mai 1721,
confiriné par celui du 28 Janvier 1722. Depuis ce tems, ladite Compaguie jouit dudit privilége 2 & nc paye auçun droit des caitors qu'elle
.
Caftors fecs. .
30 idem.
Cette liberté de Commerce des peaux de caftors, ayant paru contraire à l'abondance néceffaire aux Fabriques , le privilége exclufff fut
rendu à ladite Compagnie d'Occident par Arrét du 30 Mai 1721,
confiriné par celui du 28 Janvier 1722. Depuis ce tems, ladite Compaguie jouit dudit privilége 2 & nc paye auçun droit des caitors qu'elle --- Page 146 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOUISIANE. fait venir en France $ taut à l'entréc du Royaume 1 qu'au paffage
d'une Province à l'autre, quand même elle feroit reputée étrangere,
en vertu de l'Arrêt du II Juillet 1718.
L'interruption du Commerce occafionnée par la préfente guerre s
ayant empéché les Vaiffeaux de la Compagnie des Indes d'apporter
en France la quantité de peaux & poils de caftors néceffaire pour
alimenter les Fabriques de chapeaux de la Ville & Fauxbourg de Paris,
la Communauté des Marchands Chapelliers préfenta Requéte le I2
Janvier 1760, pour obtenir la permifion de faire venir de l'étranger
en exemption de tous droits pendant la durée de la guerre 1 la quantité de peaus & poils de caftors dont les Fabriquans auroient befoin
pour Tufage & le foutien de leurs Manufactures > fans quoi cette branche de l'induftrie Françoife rifqueroit de paffer dans le pays étranger.
Leur demande fut favorablement reçue 1 & par Arrêt du I2 Février
1760, Sa Majelté ordonne que les peaux & poils de caftors entrerout librement daus le Royaume en exemption de tous droits.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui ordonne que 1 jufqua ce qu'il en foit autrement ordonné 9 les peaux
& poils dé caffors entreront librement dans le Royaume en exemption de tous droits.
Du 12 Février 1760.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
la Requete préfen:ée au Roi, étant en fon Confeil, les Jurés & MaiSERL de la Communauté des Marchands Chapelliers de la Ritel & Fauxbourg de
Paris ; contenint que la Compagnie des Indes 2 qui jouit da privilége exclufif du
commerce du caftor > n'en ayant plus dans fes magafins 2 les Suplians ne peuvent fe difpenfer de repréfenter tres-humblement à Sa Majefté , que fi elle n'avoit
pasia honté de leur accorder la permillon de tirer cette marchandife des pays
étrangers pendant 1: durée de la guerre, ils craiadroient non-feulemert que leurs
ouvriers ne palftont à Tétranger, mais encore de perdre cette branche de CORmerce 2 par le défant de pouvoir entretenir leurs correfpondances avec les Négocians étrangers qui tirent des chaperux de caitors dest cbriques des Suplinas, dont
la plus grande partie manque déja de cette matiere prémière 5 ils ont d'autantplus
lieui d'eipérer cette grace de Sa Majefté >. qu'elle ne peut apporter aucun préjedice
à la Régie de fes Fermes générales, qui ne perçoit aucun droit fur le caftor >
attendu l'exempsien qui en a été accordéca la Compagnie des Indes, A CLS CAUSES
requeroient les Suplians qu'il plut à Sa Majefté leur accorder la permiflion de faire
venir
déja de cette matiere prémière 5 ils ont d'autantplus
lieui d'eipérer cette grace de Sa Majefté >. qu'elle ne peut apporter aucun préjedice
à la Régie de fes Fermes générales, qui ne perçoit aucun droit fur le caftor >
attendu l'exempsien qui en a été accordéca la Compagnie des Indes, A CLS CAUSES
requeroient les Suplians qu'il plut à Sa Majefté leur accorder la permiflion de faire
venir --- Page 147 ---
PAR MARSEILL E.
senir de Tétranger > pendant la durée de la guerre en exemption de tous deoits, LOUISIANE.
Je cator dontils pourront avoir betoin pour T'ufage & le foutien de laurs Manfrttures. Va ladice Requete 7 enfemble la celibération de la Compranie des Indes
gi en e cammusication du 21 Janvier 1760, par liquelie ledite Compagnie
confent gail foit accosdé à la Commanauté des Maitres Chapailiers de Prris 2
la permillion de tirer de l'étranger 2 pendant un an la quantité de caftor dont
Jadite Communauté pourra avoir befoin pour l'entretien de fa Manufa@ture. Oui
le rapport du Sieur Bertin > Confeiller ordinaire au Confeil Royal, Controleur
général des Finances: LE ROI étant en fon Confeil, ordonne qu'à compter du
jour du préfent Arrêt, & jufqu'à ce que par Sa Majefté, il en foit autrement ordonné, les peaux & poils de caftor entreront librement dans le Royaumeen exemppion de tous droits. Fait au Conicil d'htet du Roi, Sa Majefé y csant, tenu a
Yeriailles le 12 Février 1-6c.
Signe, PHELYPEAUS.
Nos Marchands n'ont pas befoin d'en fçavoir d'arantage fir le commerce des caftors qu'ils ne peuvent faire par eux-mémes, qu'autant
que l'Arrèt ci-deffis mentionné aura fon exécution 7 c'eft-à-dire, en
zems de gucrre.
On aura du obferver, que les Réglemens que je viens de rapporter 2 ne font point particuliers au Canada ou à la Louiliane; mais
qu'ils regardent toutes les poffeffions de la France dans T'Amérique
feptentrionale, 20 & que par conféquent la ceffion du Canada en faveur
de T'Angleterre ne change rien dans les priviléges dont jouiffent les
pays que la France conferve. Il n'en eft pas de même des Réglemens
dont il me refte à rendre compte. Ils fout propres au commerce de
la Louifiane 2 & par ce titre méritent toute l'attention de nos Armateurs , qui ont trop gégligé cette branche de notre commerce.Je fuis affuré
de leur zéle > & je ne doute pas que connoiffant mieux à l'avenir tous
les avantages que ce commerce leur procurcra infailliblement , ils ne
s'empreffent d'armer des Navires pour en recueillir les fruits.
ÉTABLISSEMENS DANS LA LOUISIANE,
Les établiffemens François dans la Louifiane parurent d'une fi grande
inportance pour l'Etat, que pour les rendre encore plus confidérables,
lc Roi jugea à propos d'accepter la rétroceflion que lui fit la Compagnie d'Occident de la conceflion de la Louifiane & du pays des Sauvages Illinois, pour être réunis & incorporés à fon Domaine. Cette
rétrocellion fut faite au commencement de l'annéc de 1731, qui eft
Tépoque de la liberté & des progrès du commerce de la Louifiane.
Les intentions de Sa Majefté feront mieux connues par leéture del'Arrèt qui fut publié à cct cffet.
Tom. II.
R
que lui fit la Compagnie d'Occident de la conceflion de la Louifiane & du pays des Sauvages Illinois, pour être réunis & incorporés à fon Domaine. Cette
rétrocellion fut faite au commencement de l'annéc de 1731, qui eft
Tépoque de la liberté & des progrès du commerce de la Louifiane.
Les intentions de Sa Majefté feront mieux connues par leéture del'Arrèt qui fut publié à cct cffet.
Tom. II.
R --- Page 148 ---
CO MMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOUISIANE.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Concernant la rétroceffion faite à Sa Majefté > par la Compagnie des
Indes de la conceffion de la Louifiane 8 du Pays des Illinois.
Du 23 Janvier 1731.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
la Requêre préfentée au Roi 1 par les Direfteurs & Syndics de la ComSERM des indes 2 à ce duement autoriits par délibération de ladite Compagnic
du 22 Janvier dernier 7 tendante à ce qu'il plut à Sa Majefté, accepter la rétroceflion de la conceflion de la Province de la Louifiane & du pays des Sauvages Illinois, pour être réunis & incorporés à fon Domaine 2 enfemble la rétrocetlion du
privilege exclufif du commerce de ladite Colonie, en le déclarant libre à tous fes
Sujets à quoi défirant pourvoir. Oui le rapport du Sieur Orry, Confeiller
d'Etat & ordinaire au Confeil Royal 2 Contrôleur Général des Finances, Sa Majefté étant en fon Confeil 2 a accepté & accepte la rétroceflion à elle faite par
les Syndics & Direéteurs de la Compagnie des Indes, pour & au nom de ladite
Compagnie 2 de la Propriété, Seigneuric & Juftice de la Province dela Louifiane
& de toutes fes dépendances 2 entemble du
des Sauvages Hinois > laqueile
concellion lui avoit été accordée à tems ou PPe perpétuité 7 par les Edits & Airêts
des mois d'Août & Septembre 1717, Miai 1719, Juillet 1720 & Juin 1725 pour
étre ladite Province réunie au Domaine de Sa Majefté 2 enfemble de toutes les
Places, Forts, Bâtimens, Artillerie, Armemens & i1 roupes qui y font agtuellement. Accepte pareillement la rétroceflion du privilége du commerce exclufif que
ladite Compagnie faifoit dans cette concellion 3 au moyen de quoi Sa Majefté déclare le comnerce de la Louifiane libre à tous fes Sujets 2 fans que la Compagnie en puide être chargée à l'avenir 2 fous quelque prétexte que ce foit. Niaintient Sa Majefté ladite Compagnie > dans les droits qu'elle a contre fes débiteurs
de ladite Province > qu'elle lui permet d'exercer, quand & comme elle jugera à
propos. Et feront pour l'exécution du préfent Arrêt, toutes Lettres néceffzires ex- le
pédiées. Fait au Confeil d'itat du Roi, Sa Majefté y étant, tenu à Marly,
vingt-troifième Janvier mil fept cent trente-un.
PHELYPEAUX.
Signé,
La liberté accordée à tous les Sujets du Roi de faire le commerce
de la Louifiane. n'a rien changé aux priviléges dont jouifloit la Compagnie d'Occident. Les prérogatives & les faveurs regardoient le commerce en lui-même 2 & non pas ceux qui avoient obtenu le privilége
de le faire 5 & fi le Roi avoir jugé nécellaire de mettre quelques reftriétions aux exemptions dont il a voulu favorifer ledit commcrce, il
AUX.
Signé,
La liberté accordée à tous les Sujets du Roi de faire le commerce
de la Louifiane. n'a rien changé aux priviléges dont jouifloit la Compagnie d'Occident. Les prérogatives & les faveurs regardoient le commerce en lui-même 2 & non pas ceux qui avoient obtenu le privilége
de le faire 5 & fi le Roi avoir jugé nécellaire de mettre quelques reftriétions aux exemptions dont il a voulu favorifer ledit commcrce, il --- Page 149 ---
PAR MARSEILLE:
auroit manifefté fa volonté dans l'Arrêt rapporté ci-deffus par lequel LOUISIANE;
il le déclare libre à tous fes Sujets. Cette reftriétion auroit même
été contraire aux vues que Sa Majefté s'étoit propofées pour l'encourager & l'accroitre. Quelques difficultés qui furvinrent donnerent lieu
à T'Arrêt du 30 Septembre 1732, qui en rappellant les anciens priviléges 2 établit, par nouvcau Réglement, ce qui fera obfervé à l'avenir.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Portant exemption des droits d'entrée & de fortie, fuir les denrées &
marchandijes que les Négocians François feront tran/porter dans les
Colonies de la Louifiane ; & exemption pendant dix ans 5 de tous
droits d'entrée far les marchandifes & denrées du crii & du commerce
de Ladite Colonic.
Du 30 Septembre 1732.
Extrait des Régifires du Confeil d'Etat.
F ROI ayant Arrêt de fon Confeil du 23 Janvier 1731 accepté la rétroL ceflion faite à K Majefté > par les Syndics & Direêteurs de la Compagnie
des Indes pour & aur nom de iadite Compagnie, de la Propriété 2 Seigneurie &
Juftice de ia Province de la Louifiane en Amérique, & de' toutes fes dépendances,
enfemble du pays des Sauvages Illinois ; laquelle conceflion lui avoit été accordée 2 à tems ou à perpétuité, par les Lettres Patentes en forme d'Edit du mois
d'Août 1717, Arrêts & Réglemens poftérieurs > pour étre ladite Province réunie au
Domaire de Sa Majefté; comme auffi la rétroceflion du privilège du commerce exclufiff que ladite Compagnie faifoit dans cette conceffion au moyen de quoi Sa
Majefté, 7 par ledit Arrêt,, a déclaré le commerce de la Louifiane libre à tous fes
Sujets : & fon intention étant de favorifer ce commerce. Oui le rapport du Sieur
Orry Confeiller d'Etat > & ordinaire au Confeil Royal 2 Contrôleur général des
Finances, Sa Majefté étant en fon Confeil, a ordonné & ordonne ce qui fuit :
A RT ICL E PR É M I E R.
Les denrées & marchandifes que les Sujets de Sa Majefté auront deftinées pour
1a Louifiane , &c celles dont ils auront beloin pour la conftrudtion , armement &
avituzillement de Jeurs Vailfeaux, foront exemptes de tous droits appartenens à Sa
Majefté 2 ou aux Villes 7 tels qu'ils puiffent étre 2 mis & à mettre, 2 tant à l'entrée Sa
gu'a la fortie > & encore qu'elles fortiflentde l'étendue d'une des Fermes de
Rij
ajefté auront deftinées pour
1a Louifiane , &c celles dont ils auront beloin pour la conftrudtion , armement &
avituzillement de Jeurs Vailfeaux, foront exemptes de tous droits appartenens à Sa
Majefté 2 ou aux Villes 7 tels qu'ils puiffent étre 2 mis & à mettre, 2 tant à l'entrée Sa
gu'a la fortie > & encore qu'elles fortiflentde l'étendue d'une des Fermes de
Rij --- Page 150 ---
COMMERCE DE LAMERIQUE
LOUISIANE. Majoté ,. pour entrer dans une autre oùt fe fera T'armement, à l'exception dee:
droits imis & dépendans de la Ferme générale des Aydes & Domaines ;ala d'obferver charge
cenx qui feront ce commerce 2 leurs V, commifionn-ires VI, VII & VIII & Lettres Patentes
formalités prefcrites par les Articles
ETOBA
E
du mois d'Avril 1717 pour le traniport & l'embarquement defdites marcha ndifes &
denrées, 2 & fous les peines portées auidits Articles; ; comme aufli de donner auz
Burean. des Fermes du Port de T'embarquement 7 leurs. foumiflions de rapporter dans
dans dix-huit mois > à compter du jour d'icelles > certificat de la décharge
les Ports de la Province de: la Louifiane 2, pour lefquels elles auront été deitinéess
lequel certificat de décharge fera figné par les Gouverneurs & Intendans, leurs ou
dans les Ports, ou en
lA
les Corimandans & des CommifEirei-sibidégats & ce à
en cas de contravention 2 de
ce, par les Juges lieux; fe refervant peine, Sa Majefté de leur donner un plus long AFR
le quadruple des droits 3
qu'Elle le
à propos. lai dans les cas & occurrences
jugera
II
Seront pareillement lefdits Sujers de Sa Majefté 3 exempts des droits de péages;
travers paffages & autres impofitions qui fe perçoivent au profit de Sa Majeité,
ès Rivières > de Seine & de Loire, fur les furailles vuides >: bois merin. & bois à
bâtir vaiffeaux & autres marchandifes à eux appartenantes > en rapportant les envois par def les
voituriers & conducteurs, les. Lettres de voiture de ceux qui feront
dits effets. IIL
En cas que les Sujets de Sa Majefté , qui entreprendront le commierce des étran- de la
Louiliane > foient obligés, pour le bien dudit commerce, de tirer elles feront pays exemp--
quelques marchandifes
les tranfporter à la Louifiane,
gers res de tous droits d'entrée E fortie (à l'exception des. foiries & autres marchan- dans
difes d'Avignon & du Comtat Venaiflin 2 & des toiles de Suiffe, mentionnées à la
les Articles XIII & XIV des Lettres Patentes du mois d'Avril 1717) ou dans charge ceux
qu'elles feront dépofées dans les magafins des Eureaux des Fermes lefdits 2
le Commis des Fermiers Généraux, &
particuliers
defdits particuliers > dont
ce
foient. chargées. dans leurs Vaiffeaux 3
auront chacun une clef, jufqu'à qu'elles de
dans dix-huit mois > à
& à la charge de donner leurs d'icelles, foumillions certificats rapporter: de leur décharge à la Louifiane,
compter du jour de la lignature T'Article prémier du préfent Réglement ;: & ce à
en la forme prefcrite par de
le
des droits 3 fe reférvant ESE: Sa.l
en cas de contravention payer quadruple .de tirer defdits étrangers queljefté > lorique lefdits particuliers, auront betoin être.
-huit mois > à
& à la charge de donner leurs d'icelles, foumillions certificats rapporter: de leur décharge à la Louifiane,
compter du jour de la lignature T'Article prémier du préfent Réglement ;: & ce à
en la forme prefcrite par de
le
des droits 3 fe reférvant ESE: Sa.l
en cas de contravention payer quadruple .de tirer defdits étrangers queljefté > lorique lefdits particuliers, auront betoin être. prohibée, de leur pays en accorder la
ques marchandifes 2 dont" l'entrée pourroit
permillion fi Elle juge à propos. IV. Toutes les denrées & marchandifes qui feront apportées de la Louifiane dans
les Ports du Royaunte oit il eft permis d'armer pour le commerce des Ifles Fran- du
çoifes de P'Amérique ?. tant celles du crû de la Colonie 2 que d'entrée celles provenant dix
commerce de fès habitans 7 feront exemptes de tous droits & à pendant des marannées, à commencer du: jour & date du préfent Arrêt; ;
l'égard elles feront
chaudifes qui feront- deftinées à être: envoyées dans les pays étrangers, fe
pour
à leur arrivée > mifes en entrepôt, de la même maniere ordonné qu'il pratique les Lettres
les marchandifes venant des Iiles-, & fiivant qu'il eit
par
entrée celles provenant dix
commerce de fès habitans 7 feront exemptes de tous droits & à pendant des marannées, à commencer du: jour & date du préfent Arrêt; ;
l'égard elles feront
chaudifes qui feront- deftinées à être: envoyées dans les pays étrangers, fe
pour
à leur arrivée > mifes en entrepôt, de la même maniere ordonné qu'il pratique les Lettres
les marchandifes venant des Iiles-, & fiivant qu'il eit
par --- Page 151 ---
PAR MARSEILLE
Patentes du mois d'Avril 1-17, & lorfque les particuliers à qui elles appartien- LOUISIANES
éront veudient les tirer de l'entrepét pour les envoyer à T'étranger, foit pormers
foi: per terre ils feront tenus de fe conformer à ce qui ett preterit per les Articles XVI& XVII defdites Lettres Patentes > qui feront au furplus exécutées felon
leur forme & teneur, en ce qui ne fera pas contraire au préfent Arrêt. Enjoint
Sa Majefté aux Sieurs Intendans & Commiffzires départis dans les Provinces, &c
aux Maitres des Ports & Juges des Traites 2 de tenir Ia main à Texécution du
préfent Arrêt, qui fera là & publié par tout ou befoin fera, & fur icclui expédié toutes Lettres néceffaires. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant
tenu à Fontainebleau le trentième jour de Septembre mil fept cens trente-deux.
Signé, PHELYPEAUX,
PoUR LE Roi S Collationné à rOriginal par Nous Eesyer Corfailler-Sesresire du:
2 Roi, Majus-Cvurvane de France S de Jr Finances.
I B 5 E R VA TI
N S,
On reconnoit le but du Gouvernement dans les difpofitions COItenues dans ledit Arrêt. Même faveur 1 méme encouragement & me
mes formalités à obferver pour les marchandifes deftinées pour la
Louifiane ou qui en viennent, que Cc qui avoit été ordonné par les
Lettres Patentes en forme d'Edit du mois d'Août 1717 & Arrêts rendus en interprétation. On a refondu ces divers Réglemens * on les a
fimplifiés & réunis en quatre Articles 7 en les rapprochant des difpolitions des Lettres Patentes du mois d'Avril 1717, ou ce qui eft la même chofe, , de celles du mois de Février 1719 qui nous font propres & nous fervent de regle dans le Port de Marfeille. Par l'Article
premier, non - feulement les denrées & les marchandifes deftinées pour
la Louifiane jouiront de l'exemption de tous droits 1 à l'exception de
ceux unis & dépendans de la Ferme des Aydes & Domaine 7 mais
encore tout ce qui fera néceffaire pour la conftruétion 3 armement &
avituaillement des Navires expédiés pour ledit commerce. Le délai de
T'entrepôt eft fixé à dis-huit mois 1 & les formalités prefcrites dans
les Lettres Patentes du mois de Février 1719, doivent être obfervées pour le commerce de la Louifiane 5 ce qui me dilpenfe d'entrer dans un plus grand détail, ayant rapporté dans la prémière partie de cet outrage 3 tout ce qu'il impor:e à nos Marchands de fçavoir fur la régie des Burezux des Ferines pour les marchandifes ex--
pédises pour l'Amérique.
Far TArticle II, les denrées & marchandifes font déclarées exemptes de tous péages travers 2 paffages & autres impofitions. I: a été
nécellaire de rappeller ici cette exemption 1 à caufe des préteations
des propriétaires defdits droits fir les rivières de Seine & de Loire:
qui le croyoieat plus privilegies que le reite du Royaume. Jufqu'ici
Burezux des Ferines pour les marchandifes ex--
pédises pour l'Amérique.
Far TArticle II, les denrées & marchandifes font déclarées exemptes de tous péages travers 2 paffages & autres impofitions. I: a été
nécellaire de rappeller ici cette exemption 1 à caufe des préteations
des propriétaires defdits droits fir les rivières de Seine & de Loire:
qui le croyoieat plus privilegies que le reite du Royaume. Jufqu'ici --- Page 152 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOUISIANE. les faveurs font à peu près égales pour les marchandifes deftinées
pour nos Colonies de l'Amérique méridionale ou occidentale ; mais
l'Article III cette parité ne fubfifte plus , & tout l'avantage eft pour
L" commerce de la Louifiane 1 dont laccroiffement a été juge fi effentiel qu'on a paffé par deffus toutes les régles établies pour rendre le
commerce des Colonies Françoifes véritablement utile à la Nation.
C'eft ici une exception néceffaire dans un commencement 3 mais qui
deviendroit pernicieufe 2 fi elle devoit être continuée après que nos
établiffemens dans la Louifiane auront acquis le degré de confiftance
que nous voulons leur procurer. On a vu par les Lettres Patentes du
mois d'Avril 1717 & du mois de Février 1719, que les marchandifes étrangeres deftinées pour T'Amérique ) ne peuvent être chargées
pour cette deftination, qu'autant qu'elles ne feront point prohibées &
qu'elles auront payéles droits d'entrée danslel Royaume, afin de faciliter la
confommation des nationales 3 & leur donner la préférence fur les étrangeres, & que les Colonies ne puiffent fubfifter dans l'indépendance de la
Métropole. Ici comme il s'agit d'une Colonie naiffante dans un pays
dont les produétions ne font pas fi recherchées à caufe qu'elles ne
donner
modique bénéfice, dans la vue d'approvifionner
peuvent
qu'un
il a paru
d'établir que les
ces nouveaux établilfemens,
indifpenfable dans la Louifiane tiremarchandifes étrangeres que les Commerçans
la
des Navires qu'ils
ront des pays étrangers pour compofer cargaifon de T'exemption des
y envoyeront 1 jouiroient, comme les nationales la
7 de les entrepofer à
droits , tant d'entrée, , que de fortie, à charge
leur arrivée en France 1 & de remplir les formalités preferites par fi
lefdites Lettres Patentes de 1717 & de 1719. Cette difpofition
le Gouvernement ne ceffe de doncontraire à l'encouragement & à notre que induftrie 7 a été reformée par Arner à notre agriculture du Novembre 1751. Ce commerce n'avoit plus berêt du Confeil 30
foin de cet encouragement. dont
les toiles de Suiffe 1 & la modération
Les priviléges
jouiffent
du Comtat Venaiffin
des droits fur les foiries & autres marchandifes
encore
en entrant en France, font affez confidérables fans y ajouter crainles faveurs accordées au commerce de la Louifiane. Il feroit à
dre
la fabrication defdites toiles e1l Suiffe & defdites foiries dans
le Comtat que Venaiflin, ne portat un préjudice trop notable aux mêmes raifon
Fabriques du Royaume s'il en étoit ufé autrement. Voilà la franpourquoi elles font exceptées de la permiflion de faire venir en doichife des droits, des marchandifes de l'étranger. Ces marchandifes
vent être du nombre de celles dont l'entrée eft permife dans le Royau- font
Armateurs d'en
de celles qui
me., 1 & s'il convenoit aux
obtenir envoyer la permiflion de Sa Maprohibées, ils doivent auparavant en
à
l'accroiffejelté 1 qui l'accordera fuivant qu'elle le jugera inutile propos d'en pour dire d'avanment de ce çonimerce. Jc penfe qu'il feroit
tranger. Ces marchandifes
vent être du nombre de celles dont l'entrée eft permife dans le Royau- font
Armateurs d'en
de celles qui
me., 1 & s'il convenoit aux
obtenir envoyer la permiflion de Sa Maprohibées, ils doivent auparavant en
à
l'accroiffejelté 1 qui l'accordera fuivant qu'elle le jugera inutile propos d'en pour dire d'avanment de ce çonimerce. Jc penfe qu'il feroit --- Page 153 ---
PAR M ARSEILLE,
tage fur les prérogatives accordées aux denrées & marchandifes def- LOUISIANE.
tinées pour la Louifiane. Il ne me refte plus qu'à expliquer en quoi
confifte la faveur dont jouiflent celles qui font apportées de la Louifiane dans les Ports du Royaume. Il n'eft plus queftion ni de modération des droits fur quelques efpéces de marchandifes 3 ni de réduction à la moitié pour les autres. La grace ne fçauroit être plus grande, puifque l'exemption eft entiere, foit que les denrées & marchandifes ioient du crû de la Colonie, foient qu'clles proviennent du commerce de fès habitans, foit auffi qu'elles foient definées pour la confommation du Royaume, ou qu'elles doivent paffer en tranfit à l'é:
tranger. Les prémières entrent librement fans qu'il foit befoin d'aucune formalité, & les dernieres ne font foumifes qu'à l'entrepôt 3
ainfi qu'il fe pratique pour celles qui ont le tranfit à travers le Royaume par les Lettres Patentes de 1717 & de 1719. Ce font les dif
pofitions de l'Article IV , par lequel ladite exemption n'eft accordée
que pour dix ans. Précaution très-fage 3 parce qu'il pourroit arriver
que la Colonie de la Louifiane devint fi puiffante 1 que la continuation d'une pareille exemption préjudicieroit à nos autres Colonies
de I'Amérique. Cet heureux moment n'eft point encore arrivé 3 auffi
par Arrêt du I3 O@tobre 1741, les mémes priviléges furent proregés
pour dix années 3 & la prolongation pour dix autres années fut ordonnée à compter du prémier Novembre 1751. Cependant ce commerce qui prenoit chaque année de nouvelles forces 3 ne paroiffant plus
exiger une fi grande faveur, par Arrêt du 30 Novembre de la même
annéc, quelques changemens dans les difpofitions des Réglemens précédens qui font énoncés dans Iedit Arrêt 9 m'obligent de le joindre ici.
<
éges furent proregés
pour dix années 3 & la prolongation pour dix autres années fut ordonnée à compter du prémier Novembre 1751. Cependant ce commerce qui prenoit chaque année de nouvelles forces 3 ne paroiffant plus
exiger une fi grande faveur, par Arrêt du 30 Novembre de la même
annéc, quelques changemens dans les difpofitions des Réglemens précédens qui font énoncés dans Iedit Arrêt 9 m'obligent de le joindre ici.
< --- Page 154 ---
COMMERCE DE PAMERIQUE
LOUISIANE.
A R R E S I
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui proroge rour dix ans l'exemption des droits d'entrée & de fortic fur
les denrées 8 marchandifes que les Négocians François feront tranfporter dans les Colonies del la Louifiane; & P'exemption, 2 pendant leméme
tems, de tous droits d'entrée fiur les marchandifes & denrées du cri
8 du Commerce de Ladite Colonie.
Du 30 Novembre 1751.
Extrait des Régiflres du Confeil d'Etat.
E Roi s'itant fait reprefenter TArrit de fon Confeil du 30 Septembre 1731,
L leque! Sa Majefié auroit accordé différentes faveurs à ceux de fes Sujets
qui Robate tranfporter des marchandifes dans les Colonies de la Louifiane 2 & qu'ils
en rapporteroient 5 & entr'autres, par l'Article IV,, l'exemption pendant dix ans
de tous droits d'entrée fur les marchandifes & denrées, tant du crû de la Colonie
que du Commerce de fes habitans, qui feroient rapportées dans les Ports dans lefguels il eft permis d'armer pourles. Colonies ; laquelle exemption a été depuis prorogic pour dix autres années, per Arrêt du 31 Ottobre 1741, lefquelles doivent
expirer à pareil jour 31 Oltobre 1751 : Et Sa Majefté étant informée quel'avantage
de cette Colonie exige encore une nouvelle prorogation de la même exemption,
elle auroit jugé à propos d'expliquer en même tems fes intentions fur la nature des
droits dont lefdites marchandifes & denrées doivent être exemptes lors de leur entrée dans le Royaume 2. afin de prévenir toute conteftation à cet égard; comme aufli
de déterminer quelles font les marchandifes & denrées que ceux qui arment pour
lefdites Colonies peuvent tirer du
étranger en exemption des droits; à quoi
voulant pourvoir S Oui le rapport, E2 ROI étant en fon Confeil, a prorogé &
proroge pour dix années, à compter du prémier Novembre 1751, l'exemption de
tous les droits qui fe perçoivent à l'entrée du Royaume, en faveur des marchandifes feront apportées de la Louifiane dans les Ports du Royaume > dans lefquels T' eft permis d'armer pour le Commerce des Colonies Françoifes de l'Amérique 7. même des droits de trcis & demi pour cent, appellés droits du Domaine
d'Occident. Veut Sa Majefté, que conformément à l'Article prémier de PArrêt du
30 Septembre 17322, les denrées & marchandifes que fes Sujets deftinent pour la
Louiliane, > & dont ils auront befoin pour la conftruêtion 2 armement & avituaillement des Vaiffeaux qu'ilsy y enverront, foient exemptes de tous droits dus à Sa Majefté ou aux villes, tant à l'entrée qu'à la fortie, aux claufes & conditions portées par ledit Arrêt, fans néanmoins qu'il puiffe être tiré des pays étrangers pour
le Commerce de Jadite Colonie en exemption des droits d'entréc, que des bauls,
lards & beurres falés, des fuifs & des épiceries 3 & à l'égard de toutes les autres
elpéces de denrées Oil marchandifes permnites que les Négocians da Royaume Youdroient
aux villes, tant à l'entrée qu'à la fortie, aux claufes & conditions portées par ledit Arrêt, fans néanmoins qu'il puiffe être tiré des pays étrangers pour
le Commerce de Jadite Colonie en exemption des droits d'entréc, que des bauls,
lards & beurres falés, des fuifs & des épiceries 3 & à l'égard de toutes les autres
elpéces de denrées Oil marchandifes permnites que les Négocians da Royaume Youdroient --- Page 155 ---
PAR MARSEILLE.
droient tirer de l'étranger pour la deftination de ladite Colonie > elles feront fujet- LOUISIANE.
tes aux droits des Tarifs qui ont lieu dans les Ports du Royaume par lefquels
clles entreront. Enjoint Sa Majefté 7 aux fieurs Intendans & Commiaires departis
dans les Provinces, & aux Maitres des Ports & Juges des Traites, de tenir la
main à l'exécution du préfent Arrêt, qui fera li, publié & affiché par-tout ou befoin fera, ice que perfonne n'en ignorc. Fait au Confeil d'Etat du Roi : Sa Majelté y étant, tenu pour les Finances à Verfailles, le 30 Novembre mil fept cens
cinquante-un.
Signé, ROUILLE.
Collationné à lOriginal par Nous Ecuyer Confeiller Sécretaire du Roi
Maifon, Couronne de France G defes Finances.
Tous les anciens priviléges font continués aux marchandifes deftinées
au Commerce de la Louifiane ou qui en proviennent > ainfi que l'exemption du droit de trois & demi pour cent connu fous le nom de droit
du Domaine d'Occident; ; mais l'exemption des droits d'entrée & de
fortie pour les marchandifes étrangeres ) eft abrogée & elles payeront
à l'avenir les droits d'entrée fuivant les Tarifs qui ont lieu dans les
Ports du Royaume par lefquels ellcs entreront 2 à l'exception des boeufs,
lards & beurres falés, des fuifs & des épiceries qui continueront de
jouir d'une exemption entiere. Toutes les autres marchandifes qui ne
font pas prohibées à l'entrée du Royaume 1 feront traitées comme fi
elles étoient deftinées pour nos Colonies des Ifles Antilles. On a vû
les explications que j'ai données à ce fujet 3 CC qui me difpenfe d'en
dire d'avantage. Le peu que je viens de rapporter fur le Commerce
de la Louifiane, doit fuffire à nos Négocians qui font dans le deffein
d'entreprendre ledit Commerce.
Il femble que ce feroit ici le lieu de parler de notre péche de la
morue, qui fe fait, je ne dis pas à TIle du Cap Breton 3 autrement
IIe Royale, mais aux Bancs de Terre-neuve, &c. qui font des dépendances du Canada & de la Louifiane. Rien de plus naturel, fi j'avois
entrepris de faire un traité complet de notre Commerce dans cette
partie occidentale de T'Amérique. La pêche certainement tiendroit le
prémier rang, elle le mérite par trop de titres, par l'accroiflement de
notre Marine, l'occupation de nos Matelots & l'abondance d'une denrée fi néceffaire à la fubfiftance des habitans du Royaume. Mais mon
plan, comme je l'ai déclaré pluficurs fois, n'a été que de faire connoitre les priviléges & les Réglemens
ont un rapport direét au
Commerce de l'Amérique par le Port E Marfeille. La péche de la
morue, quelque importante qu'elle foit pour la France ne regarde
point cette Ville. Ce font lcs Armateurs du Ponent qui ie font appropriés cette utile branche de Commerce, & ils font dignes par leur zèle,
leur activité 1 leur habilcté & leurs foins infatigables 3 d'être protegés
dans leurs entreprifes. Marfeille ne çonçourt au progrès de ladite
Tom. Il.
S
ét au
Commerce de l'Amérique par le Port E Marfeille. La péche de la
morue, quelque importante qu'elle foit pour la France ne regarde
point cette Ville. Ce font lcs Armateurs du Ponent qui ie font appropriés cette utile branche de Commerce, & ils font dignes par leur zèle,
leur activité 1 leur habilcté & leurs foins infatigables 3 d'être protegés
dans leurs entreprifes. Marfeille ne çonçourt au progrès de ladite
Tom. Il.
S --- Page 156 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
fournit à la morue feche qui eni
LOUISIANE. pêche 1 que par l'eutrepôt enfuite qu'elle
dans le Royaume, en Italie &
provient, d'ou elle eft
envoyée
&
en Efpagne. C'eft dans cette vue que le Port de Marfeille, franc
libre par l'Edit de 1669, pour les marchandifes étrangeres qui y. arrivent, ne peut, admettre des morues feches de pêche étrangere 3 dont
T'entrée eft permife dans tous les autres Ports du Royaume. C'eft une
condition expreffe de fa franchife, formellement déclarée par l'Arrêt
de 1703, rendu en interprétation de l'Edit d'affranchiffement de 1669.
Les morues vertes n'ont jamais été comprifes dans cette prohibition.
Elles entroient dans le Port de Marfeille fans payer aucun droit , à
caufe de fa franchife; mais depuis la paix les encouragemens qu'on a
voulu douner à la péche françoife, 9 ont exigé de nouveaux Réglemens
à ce fujet, ainfi qu'on] le voit par I'Arrêt du Confeil du 6 Juin 1763A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui rétablit les droits fur le Poiffon de pêche étrangere , fuivant les an:
ciens Réglemens.
Du 6 Juin 1763Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
E Roi s'étant fait repréfenter en fon Confeil, l'Arrêt rendu en icelui le T
L Janvier 1671 7 qui auroit établi un droit de quarante livres par leth Maritimes de douze
barils de harengs blancs & faurs dans toute T'étendue des Côtes & Ports lefquels
du Royaume > les Arrêts des 14 Septembre 1687, & 5 Janvier 1691, par ni faire enil auroit été défendu, tant aux François qu'aux étrangers, & paflfages d'apporter du
trer par mer ni par terre, dans aucuns Ports, lieux du hareng autrement qu'en Royaume, vrac
même dans les Ports de Marfeille & Dunkerque,. dudit
Navires, Bar-
& falé de fel de Brouage, fous peine de confifcation & hareng, de
cens livres
ques, Bâtimens, charrettes, chevaux & autres voitures, il auroit été quinze ordonné que les
d'amende: : L'Arrêt du 4 Oatobre 1691 2. par lequel
&
morues vertes, féches 2 merluches, cabillauds, ftokfixs 2 faumons maquercaux mer & par
de la pèche des étrangers, payeroient à l'entrée du Royaume, & par fçavoirs
terre, même par la Brétagne & par les Ports de Marfeille les morues Dunkerque; féches, merles morues vertes & cabillauds, douze livres par quintal;
livres
luches & ftokfixs 2 quatre livres du quintal; les maquereaux, livres les vingt-quatre fix hambourgs oli
le leth de douze barils ; & les faumons falés 7 quinze
le Commerce
huit barils : L'Arrêt da 6 Septembre 1701, fervant de Réglement pour les droits des
avec l'Angleterre, qui auroit fixé à toutes les entrées du Royauine ceux de la morue. feharengs faurs, à quatre-vingt livres le leth de douze barils;
liy. les fix hamche à huit liyres par qnintal, & ceux des faumons falés à quarante
barils ; & les faumons falés 7 quinze
le Commerce
huit barils : L'Arrêt da 6 Septembre 1701, fervant de Réglement pour les droits des
avec l'Angleterre, qui auroit fixé à toutes les entrées du Royauine ceux de la morue. feharengs faurs, à quatre-vingt livres le leth de douze barils;
liy. les fix hamche à huit liyres par qnintal, & ceux des faumons falés à quarante --- Page 157 ---
PAR M ARSEILLE
bourgs ou huit barils, venant d'Angleterre 9 Ecoffe & Irlande : L'Arrêt du IO Sep- LOUISIANE. tembre 1746 par lequel il auroit été ordonné que les harengs faurs & les morues
feches apportés de Hollande , & déclarés provenir de pêche Hollandoife, ne pourroient être confidérés que comme provénant de pêche Angloife 2. & qu'en cette
qualité il feroit perçu dans tous les Ports & Bureaux des Fermes, pour droits
d'entrée, quatre-vingt-livres par leth de douze barils fur lefdits harengs, & huit
liv. du quintal fur lefdites morues, conformément audit Arrêt de 1701. Et Sa Majefté étant informée que les exceptions qu'Elle a bien voulu faire à ces Réglemens
des ordres particuliers, ont ouvert une route à l'Angleterre pour l'introduétion
3 fa pêche ; ces Réglemens, par un ufage abufif, n'ont point leur exécution
dans les Ports T Dunkerque, Marfeille & Bayonne, où lefdites efpéees de
fons viennent librement & fans
les droits auxquels ils font impofés; à
RelE
payer
ception feulement des morues féches qui, dans les Ports de Marfeille & Bayonne,
font foumifes à la prohibition ou au payement defdits droits : Qu'il arrive fouvent
des conteftations dans la plupart des Burcaux des Fermes fur la grandeur & contenance des barils : Qu'il conviendroit de faire l'évaluation de ces barils au poids,
& d'en fixer le droit au quintal 5 afin que l'uniformité qui doit régner par-tout,
ft difparoitre les ufages qui fe font formés dans ces différens Bureaux. A quoi
défirant pourvoir & remettre en vigueur l'exécution des précédens Réglemens 2 &
en les interprétant, fixer au quintal le montant des droits, eu: égard à l'elprit defdits Réglemens & à la valéur a&tuelle de la marchandife : Oui le rapport du feur
Bertin, Confeiller ordinaire au Confeil Royal, Contrôleur général des Finances;
LE ROI étant en fon Confeil, a ordonné & ordonne que les Arréts des 7 Janvier 1671, 14 Septembre 1687, 5 Janvier & 4 OEtobre 1691, 6 Septembre. 1701,
& IO Septembre 1746 7 feront exécutés fuivant leur forme & teneur i enl conféquence. 3 & en les interprétant 3 que les harengs blancs venant de quelque pays
étranger que ce foit, ne pourront entrer ni par terre ni par mer dans aucuns
Ports 3 lieux & paffages du Royaume, ni même dans ceux de Marfeille, Bayonne
& Dunkerque > autrement qu'en vrac & falés de fel de Brouage ; & que lefdits
harengs blancs > les harengs faurs, morues vertes & cabillauds, morues feches &
merluches, ftokfixs, faumons falés & maquereaux falés, venant pareillement de
tous pays étrangers.
er ni par terre ni par mer dans aucuns
Ports 3 lieux & paffages du Royaume, ni même dans ceux de Marfeille, Bayonne
& Dunkerque > autrement qu'en vrac & falés de fel de Brouage ; & que lefdits
harengs blancs > les harengs faurs, morues vertes & cabillauds, morues feches &
merluches, ftokfixs, faumons falés & maquereaux falés, venant pareillement de
tous pays étrangers. 2 payeront à toutes les entrées du Royaume > tant par terre
que par mer., même à celles de Marfeille , Bayonne & Dunkerque fçavoir 3 les
harengs blanes, dix pour cent de leur valeur, dont le droit fera fixé i vingt-quatre
fols par quintal; les harengs faurs, 2 quatre. livres par quintal; les morues vertes &
cabillauds, 2 douze livres par quintal ; les morues féches & merluches,, huit livres
par quintal : le ftokfixs 2 quatre livres par quintal; les maquercaux falés, dix pour
cent de leur valeur, dont le droit fera reglé à vingt fols par quintal; les faumons
lalés, dix pour cent de leur valeur > dont le droit fera pareillement fixé à vingt
fols quintal, à l'exception de ceux d'Angleterre 2 Ecoffe & Irlande, pour letquels P droit fera à raifon de trente-lix fols par quintal : dérogeant Sa Majefté à tous Arrêts P.tuite 7
Permiflions 7 décifions particulieres, & ufages à ce
-contraires. N'entend Sa Majefté permettre l'entrée dans le Royaume de celles defdites efpéces des poiffons venant d'Angleterre, qui ne font nommément permifes par, T'Arrêt du 6 Septembre 1701. Et fera le préfént R.S exécuté nonobfant
rontes oppolitions ou appellations quelconques 2 dont fi aucunes interviennent > Sa
Majefté s'en referve & à fon Confeil, la connoiffance. Fait au Confeil d'Etat du
Roi, Sa Majefté y étant tenu à Verfailles le fix Juin mil fept cens foixante-trois.
ne font nommément permifes par, T'Arrêt du 6 Septembre 1701. Et fera le préfént R.S exécuté nonobfant
rontes oppolitions ou appellations quelconques 2 dont fi aucunes interviennent > Sa
Majefté s'en referve & à fon Confeil, la connoiffance. Fait au Confeil d'Etat du
Roi, Sa Majefté y étant tenu à Verfailles le fix Juin mil fept cens foixante-trois. Signé, PHELYPEAUX. L'impofition de ce droit d'entrée dans le Port de Marfeille, quoique franc, a allarmé queiques citadins qui ont cru que cette percep:
Sij --- Page 158 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
LOUISIANE. tion donnoit atteinte à la franchife accordée par l'Edit de 1669, ind
terpretée par l'Arrêt du IO Juillet 1703. Leur crainte me paroit mal
fondée, & je penfe que la prohibition d'une marchandife quelconque >
eft plus contradictoire à une franchife générale 1 que l'admiffion de
ladite marchandife moyenant un certain droit; d'ailleurs ils doivent confidérer que les franchifes accordées aux Ports de Marfeille 3 Dunkerque & Bayonne ne l'ont été qu'en faveur du Commmerce de tout le
Royaume. Si donc le bien dudit Commerce, dont la péche fait une
branche des plus intéreffantes, exige ces nouvelles impofitions, > bien
loin que la franchife de Marfeille en doive fouffrir, elles contribueront
à l'augmentation de fon Commerce.
Il n'importe donc aux Marfeillois que de connoître les derniers Réglemens concernant les droits dûs à l'entrée du Royaume de ladite
morue feche ou des huiles en provenant. Je ne parlerai point des droits
fixés par le tarif de 1664 pour les Provinces des cinq groffes Fermes,
ni de celui de confommation; ; ils ne peuvent point regarder nos Marfeillois, & cette varieté de droits,. relative aux priviléges dont pluficurs
Villes jouiffent, n'opéreroit que de la confulion 3 ou du moins une
grande inutilité. Les morues feches de la pêche françoife ne font envoyées de Marfeille dans le Royaume 2 que
la confommation des
Provinces du Languedoc Auvergne 5
Dauphiné , & Lions
Neuter
nois, où les droits du Tarif de la Douane de Lyon font perçus.
SCAVOIR.
Morue feche ou merluche le cent. . 4 fols.
2 4 fols 5 d.
I
2 fols pour livre. . - 5 den.
Huile de morue le cent.
I2 fols 6 d. 2
2 £ pour livre.
- I 3
3liwv.rgfgd.
Nouveaux droits.
2 liv. IO
Voyez l'obfervation ci-après fur lefdits nouveaux droits. Perfonne n'ignore que les nouvelles, augmentations, font toujours enfus defdits droits,
& que la table de mer eft die pour tout ce qui entre dans la Provence par Marfeille, fi les Citadins de ladite Ville ne. juftifient avoir
reçu & envoyé les marchandifes pour leur propre conipte 5 ce qui ne
peut que rarement avoir lieu pour les morues feches & les huiles qui
en proviennent & qui arrivent prefque toujours à Marfeille pour le
compte des Armateurs Ponentois.
fonne n'ignore que les nouvelles, augmentations, font toujours enfus defdits droits,
& que la table de mer eft die pour tout ce qui entre dans la Provence par Marfeille, fi les Citadins de ladite Ville ne. juftifient avoir
reçu & envoyé les marchandifes pour leur propre conipte 5 ce qui ne
peut que rarement avoir lieu pour les morues feches & les huiles qui
en proviennent & qui arrivent prefque toujours à Marfeille pour le
compte des Armateurs Ponentois. --- Page 159 ---
P AR M ARSEILLE
LOUISIANA
TABLE DE M E R.
Morue feche ou Merluche le cent pefant. .
rf3d
Huile de Morue.
idem.
2. 6
Le débit de ce poiffon dans Marfeille paroit inconcevable. Ily a des
années où il eft arrivé 40 Navires chargés, qui à 4000 quintaux l'un
dans l'autre, font 160000 quintaux, 3 dont le prix commun à IS liv.
le cent, produit. . -
e .
. 2,400,000 liv.
Chaque Navire porte également, l'un dans l'autre,
25 barriques d'huile de Morue de 500 liv. pefant. Total
IOOO bariques à I20 liv. piéce ci. .
120,000
Somme totale , ci.
2,5 520, 000 liv.
La pêche de PIle Royale, dit Cap - Breton 3 avoit reçu beaucoup plus
de faveurs que celle faite aux Bancs de Terre-Neuve; la morue, foit
verte ) foit feche, ainfi que l'huile qui en provenoit, ne payoient aucuns
droits d'entrée dans le Royaume en vertu des Arrêts du Confeil rendus
à cet effet; le dernier eft du 2 Avril 1754 pour dix années; mais pourquoi
rappeller les titres d'un bien que nous avons donné 2
O B S E R V A T I O N.
Les huiles de poiffon ainfi que les morues feches de la péche franles droits Tarif de la Douane de
fufmentionnés 5
çoife, payent
da
Lyon
mais les huiles qui proviennent defdites morues font exemptes des nouveaux droits, étant deftinées pour la confommation du Royaume. Cette
exemption a été accordée fuccelivement par divers Arrêts de dix en dix
années, jufqu'au prémier O8tobre 1756, que par Arrêt du 18 Oétobre
1757, elle eft continuée jufqu'à ce qu'il en foit autrement ordonné.
Les mêmes huiles deftinées pour l'étranger en traverfant le Royaume 2
ne jouiffent point de ladite exemption.
KS
ant deftinées pour la confommation du Royaume. Cette
exemption a été accordée fuccelivement par divers Arrêts de dix en dix
années, jufqu'au prémier O8tobre 1756, que par Arrêt du 18 Oétobre
1757, elle eft continuée jufqu'à ce qu'il en foit autrement ordonné.
Les mêmes huiles deftinées pour l'étranger en traverfant le Royaume 2
ne jouiffent point de ladite exemption.
KS --- Page 160 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQU E
LOUISIANE.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
"Qui
T'exemption des droits établis par LEdit du mois d'Odobre
17T0, TE la Déclaration du 21 Mars 1716, fur les huiles de Baleine,
Morue & autres Poiffons provenant de la péche des Sujets du Roi,juf
qu'ace que par Sa Majefté il en Joit autrement ordonné.
Du 18 Oétobre 1757.
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
ER Roi s'étant fait repréfenter P'Arrêt de fon Confeil du 18 Mai 1751, par
L lequel Sa Majefté auroit ordonné que les huiles provenant des baleines: 2 morues & autres poilfons pêchés par fes Sujets, & apportées dans les différens Ports
de France fur des Vaiffeaux François, > & déclarées pour être confommées dans Bail de le
Royaume 2 feroient & demeureroient déchargées pendant les fix années du d'O&tobre
Jean-Baptifte Bocquillon 7 des droits ordonnés par les Edits des mois
1710 & Août 1714, & par la Déclaration du 21 Mars 1716, en obfervant les
formalités
par ledit Arrêt : Et Sa Majefté étant informée qu'il importe à
l'avantage ETR à l'eneouragement de la pêche de fes Sujets., de continuer encore ladite exemption 3 qui a ceffé d'avoir lieu au prémier O8tobre 1756, à quoi Mémoire voulant
pourvoir: Và fur ce les repréfentations des Négocians de la Rochelle ; le
en réponfe des Fermiers - Généraux, cautions de Pierre Henriet. 2 Adjudicataire des
Fermes Générales unies, enfemble l'avis des Députés du Commerce : Ouile rapport Génédu fieur de Boullongne, Confeiller ordinaire au Confeil Royal, Contrôleur
ral des Finances : LE Roi étant en fon Confeil, a ordonné & ordonne l'Arrêt qu'à du compter du prémier O8obre 1756,T'exemption des droits ordonnée par & autres Confeil du r8 Mai 1751 fur les huiles provenant des baleines, dans morues les différens Ports poif- de
fons pêchés les Sujets de Sa Majefté, déclarées & apportées être confommées dans le RoFrance fur W Vaiffeaux François, &
pour Sa Majefté il en foit autrement Oryaume 3 continuera d'avoir lieu jutqu'à ce que par ledit Arrêt du 18 Mai 1751.
donné, & en obfervant les formalités prefcrites Commiffaires par
dans les ProvinEnjoint Sa Majefté, aux fieurs Intendans de tenir & la main à l'exécution départis du préfent Arrêt,
ces & Généralités du & affiché Royaume par-tout 1 où befoin fera. Fait au Confeil d'Etat du
quiferz là,publié étant tenu à Verfailles le dix-huit O8tobre mil fept cens cinRoi, Sa Majefté y
quante-fept.
Signé 2 PHELYPEAUX.
Enjoint Sa Majefté, aux fieurs Intendans de tenir & la main à l'exécution départis du préfent Arrêt,
ces & Généralités du & affiché Royaume par-tout 1 où befoin fera. Fait au Confeil d'Etat du
quiferz là,publié étant tenu à Verfailles le dix-huit O8tobre mil fept cens cinRoi, Sa Majefté y
quante-fept.
Signé 2 PHELYPEAUX. --- Page 161 ---
PAR MARSEILLE
t43
Je termine cet Article de la Louifiane par le rapport d'un Arrêt LOUISIANES
du Confeil du 24 de Juin 1743, concernant le Commerce réciproque des Iles Françoifes de T'Amérique, de llfle Royale & du Canada,
jufqu'au prémier Janvier 1737. Jignore s'il y a eu quelque prorogation à ce fujet. J'ai déja fait remarquer que la Louifiane jonit des faveurs accordées au Canada ; par conféquent ledit Arrêt appartient à
ion Commerce.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Concernan: le Commerce reciproque des Ifles Françoifes de PAmérique ;
de rIfle Royale & du Canada.
Du 24 de Juin 1743.
Extrait des Regifires du Confeil d'Etat.
L E ROI s'étant fait repréfenter les Arrêts de fon Confeil des 31 Décembre
17:6 & 2 Avril 1737, par le prémier defquels 3 rendu fur la Requête des
Négocians & Armateurs des Iiles du Vent, Sa Majefté, pour lier un plus grand
Commerce entre le Canada 2, lIfle Royale & les Ifles du Vent de T'Amérique,
a ordonné
les marchandifes du crà defdites Ifles du Vent, qui feroient
deftinées à tt tranfportées à TIle Royale, feroient & demeureroient déchargées
du droit de poids d'un pour cent 2 & ce pendant le tems de dix années, à
commencer du prémier Janvier 1727 3 que celles du crà defdites Iifles deftinées
tant pour ladite Ifle Royale 2 que pour le Canada 2 feroient & demeureroient
décbargées du droit de trois pour cent du Domaine d'Occident 2 qui fe perçoit
fur les denrées & marchandifes du crû des Colonies > enfemble du droit de
quarante fols par quintal fur les fucres qui y feroient envoyés defdites Illes ;
& par le fecond defdits Arrêts, Sa Majeft a continué jefdites exemptions
pendant dix autres années à commencer du prémier Janvier 17373 & Sa
Majené jugeant néceffaire 2. pour l'avantage du Commerce des Ifles Françoifes
de l'Amérique & celui des habitans des Colonies du Canada & de PIfe
Royale 2 de rendre les dilpofirions defdits Arrêts communes pour lefdites
Illes Françoifes de TAmérique jà quoi voulant pourvoir, và fur ce le confentement des Fermiers - Généraux. Oui le rapport du Sieur Orry 3 Confuiller d'Etat ordinaire, & au Confeil Royal 2 Controleur Général des Fi-
'avantage du Commerce des Ifles Françoifes
de l'Amérique & celui des habitans des Colonies du Canada & de PIfe
Royale 2 de rendre les dilpofirions defdits Arrêts communes pour lefdites
Illes Françoifes de TAmérique jà quoi voulant pourvoir, và fur ce le confentement des Fermiers - Généraux. Oui le rapport du Sieur Orry 3 Confuiller d'Etat ordinaire, & au Confeil Royal 2 Controleur Général des Fi- --- Page 162 ---
T44
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LOUISIANE. nances >. LE ROI étant en fon Confeil 7, a ordonné & ordonne que fed
marchandifes du crû des Iles Francoifes de l'Amérique 2 qui feront deftinées pour être tranfportées à IIfle Royale ? feront & demeureront déchargées jufqu'au prémier Janvier 1747, du droit de poids d'un pour cent 5 que
celles du crà defdites Ifles > deftinées tant pour ladite Ifle Royale, que pour
le Canada 2 feront & demeureront déchargées pendant ledit tems 2 du droit de
trois pour cent du Domaine d'Occident 3 qui fe perçoit fur les denrées êc
marchandifes du crû des Colonies 2 enfemble du droit de quarante fols par
quintal fur les fucres qui y feront envoyés defdites Ifles. Fait au Confeil
d'Etat du Roi, Sa Majefté Y étant, tenu à Verfailles le vingt-quatre Juin mil
fept cent quarante - trois.
Signé, PHELYPEAUX,
- COMMERCE --- Page 163 --- --- Page 164 ---
Lu 3 76
RME DE
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GUINÉE.
CO M M E RCE
D E
G U I N É E.
- E commerce de Guinée feroit entierement étranger au
but que j'ai en vue qui eft de faire connoitre à nos
L
Armateurs de Marfeille pour les Iiles Françoifes de FA-
< mérique > en quoi confifte cette branche de
-
commerce
& les conditions que le Roi y a attachdes 1 qu'aucun
Commerçant ne doit ignorer, fi Ia néceffité de fournir à nos Colonies naiffantes un nombre fuffifant d'hommes vigoureux & capables
de travailler au défrichement des terrcs , n'avoit comme légitimé parmi nous l'ufage reçu chez d'autres peuples d'acheter des Efclaves cn
Afrique. L'expérience des grands avantages qui réfultent d'un commerce fi fingulier & fi affligeant pour l'humanité > a fait oublier infenfiblement lcs motifs qui le faifoient excufer dans fon principe & les
habitans de l'Amérique fe font fi bien accoutumés à fe faire fervir par
des Efclaves 1 que le feul doute, fi l'efclavage peut être admis dans
le Chriftianifine, & s'il ne repugne point à la juftice & à la liberté
que l'homme ticnt de Dieu , leur paroit d'uu ridicule outré. Je ne
déciderai point uue queftion fi intéreffante & fi conteftée. Mon jugement d'ailleurs ne compteroit pour rien dans une fi grande affaire.
Je me contenterai d'être fidéle Hiftorien & exaét Rapporteur de ce
qu'ont dit & penfé divers Grands Hommes à ce fujet 7 lorfque je
ferai obligé d'en parler. Ce font lcs Réglemens relatifs à la Traite des
Noirs 2 (c'eft ce qu'on entend aujourd'hui par commerce de Guinée)
je dois faire connoitre > & non pas fi cc commerce eft fondé
a la juftice. Avant d'en parler 3 j'eftime qu'il eft raifonnable de faire
une briéve defcription du pays qui eft le centre de cette branche de
commerce 3 & de donner une idée des meeurs & des coutumes de
fes habitans. Ce font des préliminares néceffaires pour parler de leur
Tom. II.
T
irs 2 (c'eft ce qu'on entend aujourd'hui par commerce de Guinée)
je dois faire connoitre > & non pas fi cc commerce eft fondé
a la juftice. Avant d'en parler 3 j'eftime qu'il eft raifonnable de faire
une briéve defcription du pays qui eft le centre de cette branche de
commerce 3 & de donner une idée des meeurs & des coutumes de
fes habitans. Ce font des préliminares néceffaires pour parler de leur
Tom. II.
T --- Page 166 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. commerce. Il faut connoitre le local, qui eft le terme de nos voya:
ges & les ufages de ceux avec qui on doit traiter pour agir avec prudence & n'être point dupe d'un peuple qui paroit ignorer jufqu'au nom
de juftice. Voici la méthode que je fuivrai : 1°. Defcription de la Guinée. 2°, Moeurs & Coutumes de habitans de la Guinée. 39. Commerce
de la Guinée.
DESCRIPTION DE L A GUINÉE
L'Afrique moins vafte que l'Afie mais plus étendue que T'Europe;
contient un grand nombre de Royaumes * dont à peine nous
connoiffons les noms de la plapart de ceux qui font éloignés des côtes. C'eft une grande prefqu' Ifle environnée de TOcéam, de la Méditerranée & de la Mer rouge, qui ne tient à TAfie que par une langue de terre de 25 lieues, nommée l'Ithme de Suez. Les Grecs n'en
ont connu que les côtes de la méditerranée & la moindre partie fous des
terres qui font dans l'intérieur & qu'ils appelloient Lybie. Sa polition
T'Equateur, avoit fait imaginer qu'elle étoit inhabitable & que ni les
ni les
ne
vivre & croitre dans une terre
animaux 7
plantes fçauroient les ardeurs d'un foleil brilant. Ce précalcinée fit à fans interruption le même par effct pour fixer la curiofité des anciens
jugé
peu près
de
des Antipodes pour
Geographes, que notre croyance Timpoflibilité Monde. Les Latins ont
retarder nos voyages dans le Nouveau
appellé YEucette troifième partie de l'ancien Continent, Afrique, & toute
fans
en donner une
rope ne la connoît que parce nom,
qu'on puiffe
raifon plaufible. Car de vouloir avec THiftorien Jofeph 7 qu'Afer petitfils d'Abraham, ou Afer fils d'Hercule , fuivant quelques Mythologilles,
foient les fondateurs des peuples Africains , qui par reconnoillance ont
confervé leur nom, 1 ce font des imaginations infoutenables 1 puifque
8c. la connoillent
les Turcs , les Arabes, les Indiens > les Grecs 2
TAfous d'autres noms, & que tous ces peuples ayant plus fréquenté de fon
frique que nous, devoient par conféquent mieux fçavoir l'origue
nom. Quoiqu'il en foit, je laiffe aux Sçavans ces fortes de difputes,
des différentes Nations de ce vafle
& fans cntrer dans le détailimmenfe
font étapays, ni dans l'examen des bizarres Gouvernemens qui y multiblis, des produétions naturelles à chaque Coutrée & de cette
tade innombrable d'animaux finguliers & de monftres , qui femblent
s'étre réunis dans ies déferts de TAfrique & ont fait furnommer eft le monf- feul
tueufe cette partic du monde : je pallerai à la Guinée qui
pays qu'il importe à nos Marchauds de connoitre relativemen: au
cormerce de la poudre d'or & à la Traite des Noirs que Je me
PrOl ote d'expliquer. Mais auparurant je ferai quelques obfervations fur
ta qantice prodigieufe de toutes fortes d'animaux extraordinaircs que
rAfrique nourrit,, qui étonne lesuns & fait murmurer les autres.
feul
tueufe cette partic du monde : je pallerai à la Guinée qui
pays qu'il importe à nos Marchauds de connoitre relativemen: au
cormerce de la poudre d'or & à la Traite des Noirs que Je me
PrOl ote d'expliquer. Mais auparurant je ferai quelques obfervations fur
ta qantice prodigieufe de toutes fortes d'animaux extraordinaircs que
rAfrique nourrit,, qui étonne lesuns & fait murmurer les autres. --- Page 167 ---
PAR MARSEILL) E,
Notre ignorance nous fait fouvent trouver merveilleux, ce qui n'eft que GUINÉE.
T'effet néceffaire de fimples caufes. La bénédiation donnéc à l'homme
& aux animaux de remplir la furface de la terre en fe multipliant
chacun felon fon efpéce s'effedtuera jufqu'à la confommation des fiécles, parce que la parole de Dieu eft efficace. En conféquence tout ce
qui a vie, fe reproduira par la vertu continuée de la puiffance Créatrice
fans que la raifon humaine puiffe jamais pénétrer dans ces opérations
inéfables , dont elle ne connoît que le groffier méchanifmne. Je fais cette
refléxion 1 pour humilier l'orgueil de quelques faux Sçavans 1 qui s'éJevent contre tout ce que leur foible intelligence ne peut comprendre.
eux qui ne peuvent point concevoir l'inexplicable génération du plus
chetif infeête 7 & qui font forcés de garder un morne filence dans la
reprodudtion admirable du plus petit arbriffeau, dont Ie moindre bourgeon renferme réellement plus de plantes 7 que n'en pourroient contenir cent millions de terres cent millions de fois plus grandes que Ia
nôtre. Que devient leur folle prefomption vis-à-vis T'herbe la plus méprifable qu'ils foulent aux pieds 2 Et cependant ils ofent élever la voix 1
pour demander de quelle utilité peut être la grande variété des bêtes
féroces repandues dans T'Afrique 1 comme fi leur ignorance pouvoit leur
donner le droit de quereller les ceuvres du Très-Haut , & que la fupréme fagefle eut befoin de juftifier fes deffeins dans la création de YU.
nivers , en le foumettant à l'approbation de la créature. Elle s'eft jouée,
pour ainfi dire, en animant le néant , & en donnant l'exiftance à une
multitude indéfinie d'êtres 3 qui tous en leur langage 1 béniffent leur
Créateur & manifeftent fa gloire.
Il eft vrai que l'homme fera toujours un être inconcevable pour
tous ces nouveaux Philofophes qui fermeront les yeux à la lumière de
la révélation, & s'obftineront à faire de ridicules objeétions fur l'origine
de notre prémier Perc. Un refle de grandeur qui fe manifefte à travers l'abime de nos miferes, fait aflez connoitre que nous ne fommes pas tels que nous avons été crées, & qu'il faut qu'il y ait une
caufe d'un chaagement fi furprenant. Le prémier homme a été créé
dans T'innocence. Admettre, le contraire 1 cft une impic abfurdité, &
c'eft une auffi grande abfurdité que de fuppofer qu'il ait été livré aux
çalamités qui l'environnent & l'accablent 3 pour ainfi dire 1 fans qu'il
ait mérité de perdre les prérogatives de fon prémier état. Ainfi quelque inconcevable que paroilfe la chute de nos prémiers parens, fans cette
chute nous ferions encore beaucoup plus inconcevables. La prévarication
de ce prémier homme 2 eft la fatale époque de la malédiétion donnée
à la terre, dont les effets font auffi étonans 2 qu'humilians. L'homme
jufte & innocent n'auroit point connu les infirmnités , ni toutes les miferes auxquelles il eft fujet, & la terre n'auroit produit que ce qui
auroit pû lui être utile & agréable 5 mais devenu par fon crime indigue mêine de la vic, Dicu dans fa mifericorde ne la lui a Jaifiée pour
T ij
diétion donnée
à la terre, dont les effets font auffi étonans 2 qu'humilians. L'homme
jufte & innocent n'auroit point connu les infirmnités , ni toutes les miferes auxquelles il eft fujet, & la terre n'auroit produit que ce qui
auroit pû lui être utile & agréable 5 mais devenu par fon crime indigue mêine de la vic, Dicu dans fa mifericorde ne la lui a Jaifiée pour
T ij --- Page 168 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. un tems 1 qu'afin que par l'exercice de la vertu , il puiffe mériter de
rentrer dans fes prémiers droits. Dans l'état d'innocence, l'Univers étoit, & auroit continué d'être
un jardin délicieux : mais dès que T'homme eft coupable 3 Ia même
parole qui avoit appellé la terre du fond du néant, la couverte de
ronces & d'épines 7 & de toute forte d'infeêtes. Sa fécondité a été
comme firfpenduc & les animaux ont ceffé d'être foumis à Phomme
& ont fui fa préfence. Heureux encore Thomme, s'il fçait connoitre
le prix de cette punition 3 qui en lui procurant un exercice continuel, lui
fournit les moyens de s'humilicr & d'implorer les bontés du Cicl par
la médiation de celui qui a bien voulu fc faire homme pour fanétilier
T'homme. Tout paroit incompréhenfible dans ce prémier crime, l'énormité de fa malice, fes fuites funeftes, & les deffeins d'un Dieu vengeur & miféricordieux en même-tems dans la reparation qu'il exiges
Une réflexion bien confolante, & qui doit animer notre reconnoiffance, c'eft que quelque ingrate que foit la terre 1 quelques importuns
que foient les infeétes & quelques révoltés que foient les animaux
nous pouvons par notre travail & nos réflexions, faire un ufage utile
de toutes ces chofes, & convertir les plus pernicieules en remédes falutaires. L'expérience fait découvrir chaque jour dans les chofes les plus viles
de merveilleufes propriétés pour guérir ou foulager les miferes de
T'homme, 8x l'étude de la nature en découvrira de nouvelles. La vipere fi redoutable, eft encore plus utile que dangereufe 2 & les poifons les plus fubtils 2 ont été changés en de falutaires remédes, à
mefure que la connoiffance: s'en eft dévelopée. Qu'on ceffe donc de murmurer & de prendre fon ignorance pour la régle de fes jugemens ; qu'on
écoute fa raifon, qu'on Ia fuive, elle ne s'égarera jamais, tant qu'elle
fera dans la dépendance de la raifon fouveraine qui l'éclaire. Oui
T'Afrique fourmille de toutes fortes de bétes féroces, & cela doit être
ainfi, tout, ce qui a vie fc multipliant en raifon de la fécondité accordée à chaque clpéce. Les homines, 7 après le déluge univerfel fc choifirent les habitations
lcs plus convenables à la culture des terres & à la nourriture des
troupeaux, & à mnefure que les familles augmentoient, de nouvelles
Colonies formoient d'autres établiffemens plus éloignés, & infenfiblement par progreffion de tems * toute TAle fe trouva peuplée; & de
TAfc , de nouvelles Colonies pafferent cn Europe & en Afrique.
ce. Les homines, 7 après le déluge univerfel fc choifirent les habitations
lcs plus convenables à la culture des terres & à la nourriture des
troupeaux, & à mnefure que les familles augmentoient, de nouvelles
Colonies formoient d'autres établiffemens plus éloignés, & infenfiblement par progreffion de tems * toute TAle fe trouva peuplée; & de
TAfc , de nouvelles Colonies pafferent cn Europe & en Afrique. Les
bêtes fanvages s'étoient auffi multipliées 7 & s'étoient difperfées de
tous côtés. Il fallut leur déclarer la guerre pour leur faire abandonner
des demeures dont clles avoient pris poffefion fans trouver aucun obftacle. Cette guerre déclarée aux animaux nuilibles à la fociété, forma les prémiers Héros dc T'Antiquité, & une folle réconnoiffance cn:
ft des demi Dienx. Ils auroient véritablement mérité de jufles louan-. --- Page 169 ---
PA AR M A R SEILLE
ges, fi le courage .l'intrepidité & l'adrefle à dompter des animaux GUINÉE. dangereux, ne leur avoient infpiré la furcur de fubjuguer & reduire
en fervitude leurs concitoyens & leurs freres. Les animaux , ainfi pourfuivis & chaffés des lieux nouvellement habités par les hommes,
fuyoient & fe refugioient dans les déferts les plus reculés, d'ou pourfuivis de noureau 1 ou périffoient de la main des vaisiqueurs 2 oil fe
précipitoient dans les flots pour éviter la mort. C'eft ainfi que les
ifles de T'Amérique ont fervi d'afile à certaines efpéces d'animaux qu'on
y trouve avec abondance 1 & qui n'auroient pû y arriver par tout
autre voye, fi Ie nouveau continent a été toujours féparé de l'ancien. On doir donc concevoir maintenant 2 que la famille de Noé ayant
habité TAfe 3 cette partie du monde a été la prémiere peuplée, que
par confequent les bêtes fauvages ont été contraintes de paffer ailleurs,
& que de-là elles fe fout repandues en Europe & en Afrique. Nous
voyons préientement que Ic Nord de T'Europe, malgré le froid exceffif
qui y regne, eft rempli de bêtes féroces, parce que les hommes n'ont
pas voulu s'établir dans un climat fi rigoureux; & s'il fc trouve quelques familles refugiées dans ces déferts, c'eft une force majeure qui
les y a contraintes ; d'ou il eft aifé de conclurre que T'Afrique dont
la chaleur favorite la multiplication , ayant été efimée inhabitable
après avoir reçu partie des animaux chailés de l'Afie, en doit être
remplie extraordinairement. Aujourd'hui même que l'ancien préjugé
n'empéche plus de voyager dans la Zone-Torride & de foriner des
établiffemens fous la Ligne 3 on trouve encore des efpaces de plus de cent:
lieues entierement déferts, oùr toutes fortes d'animaux vivent & multiplient fans aucun obftacle. Voilà la raifon pourquoi ils font fi communs en Afrique & continueront de l'être jufqu'à ce que cette partie
du monde foit aufii peuplée que les autres.
que l'ancien préjugé
n'empéche plus de voyager dans la Zone-Torride & de foriner des
établiffemens fous la Ligne 3 on trouve encore des efpaces de plus de cent:
lieues entierement déferts, oùr toutes fortes d'animaux vivent & multiplient fans aucun obftacle. Voilà la raifon pourquoi ils font fi communs en Afrique & continueront de l'être jufqu'à ce que cette partie
du monde foit aufii peuplée que les autres. Ceux qui étudient la nature 3 remarquent avec quelque furprife que
FAfrique & PAmérique nourriffent certaines efpéces d'animaux qu'on
ne trouve point en Afie ni en Europe 9 & que les efpéces que ces
deux dernieres partics renferment, & qui fe trouvent dans les deux
prémieres, 2 différent en groffeur & en couleur 3 ce qui pourroit faire
penfer que ce ne font pas les mêmes cfpéces. Je pourrois leur repondre que les efpéces qui ont péri dans une partie du monde ont été
confervées dans une autre 3 & qu'il n'y a jamais cu néceffité que la
méme elpéce fe repandit dans les quatre parties du monde 3 qu'il n'y
a rien là que de naturel, & qu'il fuffit, 2 pour que la parole du Créateur aye fon effet, 2 que les efpéces fe perpétuent, n'importe en quelle
partie du monde.
. Je pourrois leur repondre que les efpéces qui ont péri dans une partie du monde ont été
confervées dans une autre 3 & qu'il n'y a jamais cu néceffité que la
méme elpéce fe repandit dans les quatre parties du monde 3 qu'il n'y
a rien là que de naturel, & qu'il fuffit, 2 pour que la parole du Créateur aye fon effet, 2 que les efpéces fe perpétuent, n'importe en quelle
partie du monde. Mais qu'à l'égard des différences qu'on croit obferver entre certaines efpéces de l'Amérique & de T'Afrique ou de l'Europe & de T'Afie , je prie mes Leéteurs de confidérer que l'expérience
feule fufft 2 pour apprendre aux plus ignorans que les plantes d'une
mome efpéce qui croillent dans lc môme territoire 1 varient felon le --- Page 170 ---
15O
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. fol ou T'expofition. Deux arbres fruitiers plantés vis-à-vis au Nord otr
au Midi, donnent des fruits de différente groffeur 7 de différente couleur & d'un goûr & d'une qualité diftérentes. Il ne doit donc pas paroitre bien inerveilieux que lesmémes eipéces d'animaux qui fe fontrepandus fur toute la terre , ne fe reffemblent pas tous parfaitement. Nous
venons d'en voir la raifon, & ce feroit leur retiemblance en tous
points qui devroit nous furprendre. Mr. de Buffon dans fon Hiftoire
Naturelle affure, 1°. que les animaux du Nouveau Monde font moins
gros, moins aétifs & moins variés, que dans les autres parties de l'an-.
cien Continent.
force.
Je fuis fâché de contredire ce Philofophe ; mais l'évidence m'y.
Toutes les rélations que nous avons de nos poffeffions dans T'Amérique,
nous difent le contraire. Nous voyons plufieurs efpéces d'animaux plus
gros 2 plus forts & plus variés que par tout ailleurs ; ily en a auffi
qui font plus petits, & la chofe doit être ainfi, la nourriture & le climat n'étant pas les mêmes dans cette vafte étendue de pays.
29. Que les hommes y font plus petits & moins vigoureux 9 &
que la population y eft moindre par uI manque de vertu & de force
dans les organes, &cc.
Je
Autre erreur: le contraire a fait fouvent rougir nos voyayeurs.
n'ai point fait l'examen inutile que je fuppofe qu'a fait Mr. de Buffon;
on n'en pourroit rien conclurre. La petiteffe qu'il a imaginée dans les
organes ( car je ne fçaurois croire qu'il en ait vu un grand nombre )
ne fçauroit influer dans la décifion de la préfente queftion. On pourroit en conclurre le contraire. Je m'en tiens aux rélations 9 &
je vois que les Américains font plus forts & plus vigoureux que nous;
je vois aufli que le Mexique étoit ue pepiniere d'hommes, & fi d'autres, Contrées n'ont pas été également peuplées 1 j'en trouve Ia caufe
dans la pareffe des habitans à cultiverla terre ) ou dans leur maniere de
vivre dans leur paffion pour la chaffe, & dans leur fureur de fe
combattre , & de fe détruire les uns les autres.
3": Que la plipart des animaux qui vivent dans la Zone - Torride
d'Afrique, ne fe trouvent point dans la Zone-Torride de l'Amérique.
Hé bien ! cette efpéce d'animaux n'ya pas paffé : car veut-on conclurre que le climat, fuivant qu'il eft chaud ou froid, produit certaines efpéces d'animaux ? Il n'y a qu'un Telliamed qui puilfe avancer de
fi abfurdes reveries, fuppofé que ce n'aye point été un badinage de fa
part. Il feroit à fouhaiter que le ferieux de Mr. de Voltaire à nous
débiter un fyftême fi oppofé à la Philofophie , n'eut à effuyer qu'un
femblable reproche 5 il y revient trop fouvent y* pour être paffé fous
filence 5 j'en parlerai ailieurs. Le climat ne fçauroit rien engendrer, il
n'eft propre qu'à procurer une fermentation > & à faciliter le dévelopement & T'accroillement.
les animaux
4. Que les Américains n'avoient point fçu apprivoifer
débiter un fyftême fi oppofé à la Philofophie , n'eut à effuyer qu'un
femblable reproche 5 il y revient trop fouvent y* pour être paffé fous
filence 5 j'en parlerai ailieurs. Le climat ne fçauroit rien engendrer, il
n'eft propre qu'à procurer une fermentation > & à faciliter le dévelopement & T'accroillement.
les animaux
4. Que les Américains n'avoient point fçu apprivoifer --- Page 171 ---
PAR M A RSEILLE
ISI
les plus doux avant que les Européens fiffent des établiffemens dans le GUINÉE.
Nouveau Monde, & que c'eft une preuve qu'il n'y avoit point parmi eux de fociétés.
On ne difpute pas des faits ; or nous fçavons que les Américains
avoient non-feulementTart & la pstienced'spprvoiferkes animaux que nous
appellons doux , mais encore des ferpens monftrueux. Nous fçavons qu'il
regnoit dans le Mexique une police & un ordre qui ne fçauroient fe
trouver que dans une fociété. En voilà affez pour éclaircir ces petites
dificultés, qui n'en font plus dès qu'on fait partir tout ce qui a été
créé du point oùt Dieu l'a placé dans la formation du monde, ainfi
qu'il a bien voulu nous en inftruire par fa divine parole.
La Guinée renferme plufieurs Etats dans le milicu de T'Afrique, &
elle fe divife en feptentrionale & méridionale. La Guinée feptentrionnale, contient les Royaumes d'Onale, des Foules 3 de Galam, &c. &
la Guinée méridionale 7 renferme les Royaumes ou Républiques de
Malaguete 1 de Benin, de Juda, Dardre & la Guinée propre.
Notre commerce ne fe fait que le long des Côtes ; & par commerce de Guinée nous n'entendons pas feulement le Royaume de ce
nom : mais tout l'efpace des Côtes de la mer qui fe trouvent depuis
la riviere de Sierra Liona ou Leona , comme nous prononçons en François, jufqu'au Cap de Bonne-Efpérance.
Sierra Liona ou montagnes de la Lionne, ainfi appellécs parce que
les vagues de la mer qui fe brifent fur les écueils qui font auprès
imitent le rugiffement des Lions. C'eft le nom auffi d'une riviere qui
fe jette dans la mer au même endroit, & d'un Royaume confine
la Guinée depuis le Cap de Verga 1 jufqu'au Cap Tagrin. ces mon8
tagnes avoient été connues des Grecs ou des Latins ) elles auroient
certainement reçu le nom d'Olimpe, comme le féjour le plus convenable à leur Jupiter foudroyant, caufe de la continuité des éclairs
dont leur fommet ue ceffe d'être enflammé 2 & des effrayans tonnerres qui retentiffent bien avant dans la mer. Il eft furprenant que les
Phyficiens n'ayent pas encore cflayé d'en expliquer la caufe. Les terres
fituées au bas de ces montagnes, font d'une fertilité qui tient du prodige. Les figuiers, les orangers, les vignes les palmiers, le coton,
le bois roage guon peut empioyer fx fois de fhe pour la teinture,
le poivre orcinaire le poirre iong, fapérieur à celui des Indes, &c.
y viennent fans culture 5 la cire eit commune 2 & l'ambre gris ny
ell pas rare. Lintérieur Ca peys fournit de belles dents d'eléphans
de riches mines d'or & de ier. & CC qu'on a peine à croire, c'eit
nne grande roche de criftal dans la montagne de Machamala , dont
nombre de Colonnes que la feule nature a formées & qui font fuf
pendues de haut en bas, raifonnent comme des cloches en les frappant feulement du doigt. Le pays eft abondant en finges de différen1cs cipéces, & que les habitans du pays employent à divers ouvra:
éphans
de riches mines d'or & de ier. & CC qu'on a peine à croire, c'eit
nne grande roche de criftal dans la montagne de Machamala , dont
nombre de Colonnes que la feule nature a formées & qui font fuf
pendues de haut en bas, raifonnent comme des cloches en les frappant feulement du doigt. Le pays eft abondant en finges de différen1cs cipéces, & que les habitans du pays employent à divers ouvra: --- Page 172 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. ges, paroilfant avoir plus de docilité & de conception que les autres;
& ne marchant que far les pieds de derrierc. On rapporte que T'huile
de palmier méléc avec le marc du vin, fait du favon de toute beauté
& bonté, & quie notre favon de Marfeille ne fçauroit lui être comparé. C'eft une expérience que quelque curieux ne tardera pas de
faire 3 & que fçait-on f notre huile d'olive, mélée avec le marc de
vin ne
former une nouvelle efpéce de favon, , plus
notre , pourroit pas
&
ne feroit
fi cher ?
utile que celui qie nous confommons, qui
la riviere pas de Sierra
Les Anglois avoient bâti un Fort daus une Ille de
Liona 5 les Hollandois les en chafferent en 1664.
Le Cap de Bonne-E(pérance 1 le plus long & le plus dangereux
qu'on connoille, fitué dans le pays des Cafres fur l'Océan Ethyopien,
longitude 37, 45: latitude méridionale 34, 40, eft un promontoire du côté
du Midi de T'Afrique, entre le Cap de Ste. Luce & le Cap des Eguilles. La mer eft fi orageufe en cet endroit 9 que les pilotes jufqu'en
1487 croyoient qu'ils feroient infailliblement naufrage s'ils ne s'éloignoient d'un endroit fi dangereus. Barthelemi Diaz Portugais découvrit ce Cap la même année; mais défefpérant de le pouvoir doubler, Poril le nomma le Cap des Tourmentes. Vafquez de Gama 1 autre &
tugais, ofa en 1498, malgré la fureur des vagues 7 paffer outre Indes
le doubler. Il ouvrit par-là un chemin par mer pour aller aux
lui - même jufqu'à Calicut. Ce fut à caufe
Orientales 1 où il pénétra
Roi de Portugal , le
de la réuffite de ce voyage, qW'EMMANUEL 1 le doublant Onl pouvoit
nomma Cap de Bonne-E(perance Les , parce chaleurs qu'en feroient fort
fi
arriver facilement aux Indes.
y
grandes, de foufelles n'étoient tempérées par un vent frais quine manque pas
fler chaque jour, ce qui rend le climat aflez doux. Le Printems commence en Octobre, par conféquent lEté en Janvier 1 l'Automne en
Avril, & THiver au mois de Juillet. Le pays eft fertile , & tout ce qui
eft néceffaire à la vie, même le bled 1 y croît avec abondance. doLes Hollandois ont un Fort à cinq baftions fur ia pointe qui.
mine la mer. Il leur fert pour faire payer un tribut , en forme de
à tous les Navires qui paffent devant. Outre ce Fort, ils ont
péage, divers établiffemens dans la plaine ; mais ce qui merite notre admiration & qui devroit été imité pour Tavantage de T'humanité chez toutes Holles puiffances bien policées, eft le grand jardin de la Compagnic
Jando: e, daus lequel tous les plus curieux arbres & les plantes les plus
de
fe trouvent réunies. Il eft divifé comme la terre,
rares Tunivers,
&
& toutes
en quacre parties, en Afic, Europe 1 Afrique Amérique', du monde
les plantes curieufes & naturelles à chacune de ces parties
font cultivées. Si tous les climats ne peuvent poiut feconder une
y pratique fi utile , l'art & les foins peuvent y fappléer quelquefois. Nous de
dans la culture du cafféyer du jardin Royal
en avons un exemple le froid lui eft fi contraire, on a içu Ten garantir
Paris. Malgré
qui
&
&
& toutes
en quacre parties, en Afic, Europe 1 Afrique Amérique', du monde
les plantes curieufes & naturelles à chacune de ces parties
font cultivées. Si tous les climats ne peuvent poiut feconder une
y pratique fi utile , l'art & les foins peuvent y fappléer quelquefois. Nous de
dans la culture du cafféyer du jardin Royal
en avons un exemple le froid lui eft fi contraire, on a içu Ten garantir
Paris. Malgré
qui
& --- Page 173 ---
PAR M ARSEILLI E.
R lui faire produire du fruic 9 qui a fervi à enrichir nos Colo- GUINÉE.
nies dans les Antilles d'une nouvelle culture dont le commerce monte
à des fommes ii confidérables, qu'il feroit dif.cile de les calculer. Il
eft certain que plufieurs jardins dans differents climats $ comme celui
du Cap de Bonne-Eipérance, faciliteroient la communication de quantité de fruits & de plantes qui nous font encore inconnus.. J'ai unc idée
que je veax developer pour T'avantage de la fociété. Iln me fuffit d'être
homme, pour rechercher avec empreilement tout ce qui intéreffe Thumanité. Dieu a créé l'homme & les animaux dans un lieu déterminé de
T'Afie. Le climat differoit néceflairemeut de ceux qui approchoient de
l'équateur & des poles; cependust les hommes & lcs animaux fe font
repandus par toute la terre, & vivent à peu près également, 3 quoidans des climats fi oppofés. I femble donc qu'il devroit en arriver
T même pour les plantes dont cependant certaines périffent tranportées dans un pays trop chaud, &c d'autres ne peuvent réfifier à un
trop grand froid. D'on vient cette différence? Eft elle effentielle à la
nature de la végétation de certaines plantes 2 Je penfe que c'eft un
bouheur pour la fociété 7 que chaque pays aye fes productions naturelles & particulieres, & que la Providence a établi ce moyen pour
lier enfemble tous les peuples de la terre 9 en les rendant dépendans
les uns des autres, & en lcs obligeant à fe fecourir mutuellement par des
échanges reciproques; ; mais je penfe aufli qu'un très-grand nombre de
plantes refiiteroit au changement de climat , fi la tranfimig-ation fe
faifoit de proche en proche pour les accoutumer inferfiblement à une
autre nourriture & à un autre air , & qu'il n'y a pas plus d'inconvéniens à craindre de cultiver les plantes de T'Afic fous T'équateur & dans
la Zone Glaciale, que d'y faire vivre les hommes & les animaux, & que
fi aujourd'hui on tranfportoit des Lapons dans T'Ethycpie 3 ou des Ethyopiens dans la Laponie, les uns & les autres ne relifteroient pas plus
à cette tranfimigration, que les plantes des pays fi oppofés. D'ou je
conclus que le changement des hommes & des animaux, n'a point
été fabit, qu'il s'eft fait infenfiblement 9 & que s'il en étoit ufé de
même pour les plantes 9 on ne feroit plus étonné de cueillir dans nos
jardins les précieufes épiceries des Indes. Les hommes ne fe fout éloisués de leur prémiere demeure 1 qu'autant que le nombre s'étant
accru, il fallut cultiver de nouvelles terres. Cet éloignement n'a pas
été d'abord confidérable 9 & par conféquent la différence du climat a
été preique impercepsible ; lc tempérament s'y eft fait, & à mefure
que les animaux ou les hommes fe font approchés peu à peu ou des
poles ou de l'équateur > ils ont été comme accoutumés par leur naiffance à habiter ces pays. Si donc on traniplantoit les arbriffeaux qui
croiffent fous la ligne au IO degré de latitude, & qu'après qu'ils auroient été comme naturalifés dans ce climat moins chaud', on en cultiva au 15 degré, dans la fuite du tems nos defcendans en orneroieut
Tom. II.
V
animaux ou les hommes fe font approchés peu à peu ou des
poles ou de l'équateur > ils ont été comme accoutumés par leur naiffance à habiter ces pays. Si donc on traniplantoit les arbriffeaux qui
croiffent fous la ligne au IO degré de latitude, & qu'après qu'ils auroient été comme naturalifés dans ce climat moins chaud', on en cultiva au 15 degré, dans la fuite du tems nos defcendans en orneroieut
Tom. II.
V --- Page 174 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
enfans les
cultiver
GUINÉE. leurs jardins, 2 & leurs arrieres fruits petits varieroit fuivant pourroient les
de chaud
dans le Nord. La qualité des
degrés C'eft
ou de froid; mais l'efpéce fc trouveroit par tout la même.
ici
8 dont la réuffite dépend de l'écoulement de
une opération longue,
Cette vérité
plufieurs fiécles. Toute terre ne peut pas tout produire.
a paffé en proverbe. Les fels néceffaires à la nourriture de quelques
plantes > n'ont été placés par la main bienfaifante du Créateur 1 que
dans certaines Contrées. Envain les chercheroit-on ailleurs. Ce que je
veux dire, ne regarde que le changement de. climat, pouvant fe trouver les mêmes fels dans les terres polaires, que fous l'équateur 1 & ce
n'eft que par T'expérience que nous connoîtrons les propriétés de chaterrein. Nous réfiftons au froid de notre Hyver & à la chaleur
g notre Eté, parce que nous. paffons infenfiblement d'une faifon à
T'autre. Ufons-en de même pour les plantes. On éprouve chaque jour
qu'un homme trempé de fueur, qui feroit placé dans une glaciere 1
périroit dans l'inftant > parce le changement auroit été fubit. Les monde Paramos près T l'Orénoque dans la Zone-Torride >. font
toujours tagnes couvertes de neige à caufe de leur hauteur extraordinaire. Le
froid eft fi vif & fi pénétrant fir leur fommet - que les hommes &
les animaux y expirent fubitement 1 & que leurs corps reftent fans
mouvement & ne fouffrent même aucune altération. La chofe ne
doit pas furprendre : le paffage eft trop prompt d'uu air très-chaud à
un froid exceflif. Ce qui doit furprendre , eft le raifonnement de PAuteur de l'Hiftoire de T'Orénoque (le Pere Jofeph Gumilla Miflionnaire )
lorfqu'il raconte férieufement que les montagnes de Paramos fe tronvant
beaucoup plus élevées que notre athmofphere, les nuées qui font parfont
d'un vent froid, & les vapeurs converties en neideffus 3 s'il frappées
avoir des nuées au-deffus de l'athmofphere.
comme pouvoit y
de
ffa fflit d'avoir rapporté ce. fentiment, pour en montrer le peu
folidité. Etabliffons. donc dans divers climats foit de T'Afie, foit del'Afrique
foit de Europe, des jardins comme celui de la Compagnie Hollandoife au Cap de Bonne-Eipérance; faifons paffer les arbres & les plantes ficcefivement par ces différens entrepôts > & nous. ne ferons plus
furpris de pofféder cc que nous n'aurons jamais fans ces précautions. Je ne
prétends point faire entendre par ce raifonnement que toutes les plantes & tous les arbres pourront réfifter à cette tranfinigration. Je crois
qu'il y ena à qui le froid on le chaud feront toujours mortels 5 mais
je crois auffi qu'un grand nombre que nous. ne connoiffons que de nom,
nous recomipenferoir de nos peines & de nos foins.
Jo reviens à la Guinée ou platôt aux côtes comprifes entre la riwiere de Sierra-Liona & le Cap de Bonne Efpérance le long def
quelles les Portugais, les Hollandois, les Anglois, les Danois & les
Krandebourgeois, 8cc. ont dirers établifiemens. Notre Compagni: de
5 mais
je crois auffi qu'un grand nombre que nous. ne connoiffons que de nom,
nous recomipenferoir de nos peines & de nos foins.
Jo reviens à la Guinée ou platôt aux côtes comprifes entre la riwiere de Sierra-Liona & le Cap de Bonne Efpérance le long def
quelles les Portugais, les Hollandois, les Anglois, les Danois & les
Krandebourgeois, 8cc. ont dirers établifiemens. Notre Compagni: de --- Page 175 ---
PAR M ARSEILLI E.
Senegal, ou plutôt Senega, avoit des poffeilions dans ce Royaume & GUINÉE.
le long da Fleave dudit nom - contigues de Sierra Liona dont je ne
parlerai pas ici, non plus que de Tlile Mafearegae, connue aujourd'hui par TIle de Bourbon. La Compagnie Royale pour le Commerce
d'Afrique, ne regarde pas la branche de Commerce que je traite ici;
elle auroit dû être nommée compagnie pour Ic Commerce de la côte
de Barbarie, encore n'en comprend-elle qu'une petite partic, le CapNegre, le Baftion de France & les lieux en dépendants. Le privilége
exclufif de ce Commerce, a appartenu pendant long-tems à la Compaguie des Indes > jufqu'an mois de Janvier 1731 1 qu'il fut cedé à
une focie:é de Negocians de Marfeille. Poxplimue dans un autre ouvrage
en quoi confifte ce privilége exclufif, s'il eft avantageux à TEtat, &
quelles font les marchandites que la Compagnie y envoie & qu'elle fait
venir en France. Je ne me repeterai pas. ( a
C'eft une opinion généralement reçue parmi nous, que la Guinée a
été entierement inconnue de nios anciens. Sa pofition dans la Zone
Torride, précifement fous la ligne, la faifoit regarder comme inhabitable, & la crainte de n'être reduit en charbon, fut une bariere
impénétrable pour les plus curieux voyageurs. Du côté de la mer,
d'autres obftacles en empécherent la découverte. Les vagues y font
continuellement couroucées avec une fureur incroyable, & le Pilote le
plus hardi au feul bruit de leur mugiffement, reculoit épouvanté. D'ailleurs l'ancienne navigation, avaut la découverte de la Bouffole, 3 n'ofoit
entreprendre des voyages de long cours ; fa timidité lui permettoit rarement de perdre les côtes de vie. Cependant fi nos anciens avoient
voulu raifouner 3 ils auroient fecoué un préjugé que leur propre expérience contredifoit, puifqu'ils voyoient journellement des Ethyopiens qui
habitent ou dans la Zone Torride, ou aux environs , d'où ils auroient
dû conclurre que l'ardeur du foleil pouvoit faire devenir noir; mais que
les hommes y vivoieut comme ailleurs. Il étoit même naturel de défirer de connoître particulierement un pays fi fingulier 3 pour s'affurer
fi la chaleur faifoit une pareille impreffion fur les animaux, les arbres
& les plantes. Leur pareffe leur a fervi d'excufe, 7 & le préjugé a étouflé
le raifonnement. Ce ne fut qu'en 1346, que quelques Normands 7
(c'eft à eux à qui nous fommes redevables de nos prémicres découvertes dans l'ancien & le nouveau monde ) oferent furmonter T'impétuofité des flots qui fe brifent fur les côtes de la Guinée. Ils traiterent
avec les naturels du pays, & continuerent leur Commerce pendant
plus de 60 ans avec un avantage qui les dédommageoit bien amplement des dangers qu'ils avoient fçu furmonter, puilque pour les plus
chetives quincailles, iis recevoient en échange de la poudre d'or, des
(). Cet Ouwrage n'eit pas encore imprimé, Il y aura bien des choles à luppiiner à cauie de la cetlion du Senegal.
Vij
la Guinée. Ils traiterent
avec les naturels du pays, & continuerent leur Commerce pendant
plus de 60 ans avec un avantage qui les dédommageoit bien amplement des dangers qu'ils avoient fçu furmonter, puilque pour les plus
chetives quincailles, iis recevoient en échange de la poudre d'or, des
(). Cet Ouwrage n'eit pas encore imprimé, Il y aura bien des choles à luppiiner à cauie de la cetlion du Senegal.
Vij --- Page 176 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. dents d'Elephant, 2 des Epiceries 3 du coton , du ris, 8c. Ces Normands
devoient être Dieppois. Le nom de petit Dieppe qu'ils donnerent en 1364
à la côte des Greves, qu'elle conferve encore aujourd'hui, en eft une:
preuve parlante. C'eft à ce prémier Commerce que la Ville de Dieppe
doit partie de fon luftre. Perfonne n'ignore que l'abondance des dents
d'Elephans, excita l'induftrie de fes habitans à travailler l'yvoire, &
que c'eft depuis cette époque, qu'on trouve chez elle toutes fortes d'affortimens d'ouvrages en yvoire aufli propres que curieux. Les guerres
intérieures" & civiles fous les regnes de Charles VI & VII, interrompirent notre navigation 2 & laifferent profiter aux Portugais de tous les
avantages de nos découvertes. Ces derniers y envoyerent des vaiffeaux
en 1410 & s'emparcrent des débris du Commerce François. En 1481
Dicgo de Azambuja bâtit le Fort St. Georges, qui ne refta que 23 ans'
au Royaume de Portugal. En 1604 les Hollandois en challerent les
Portugais, 1 & les forcerent de s'enfermer dans les terres, & de leur
abandonner toute la partie maritime. Les Anglois s'y établirent peu
après, & c'eft de l'or qu'ils trouverent dans le pays > qu'ils firent fabriquer en Angleterre une monnoie qui fut appellée Guinée, & qui
n'a plus changé de nom. Elle vaut 21 fchelings.
Pour éviter la confufion dans ce que je me propofe de dire des
côtes de la Guinée, c'eft-à-dire chaudes ou ftériles, le mot de Guinée:
fignifiant l'un & Fautre 2 je fuivrai le même chemin que feroit UIx
Navire François qui iroit de la riviere de Sierra - Lionna, au Cap de
Bonne Efperance ; il toucheroit d'abord à la côte de Malaguete, appellée par lcs François côte des Greves.
COTE DE MALAGUETE,0U MANIGUETE.
Elle comprend un efpace d'environ 60 lieues de France, depuis Rio:
Sanguin, jufqu'au Cap des Palmes. Les lieux les plus fréquentés 2
font Tomba fur la riviere de Sierra - Lionna 3 Geftra- Crou, SefiraBatou, Grand-Seftre, Petit-Seftre Gayan 1, &c. J'ai
Crou, rapporté Wapo plus haut 1' l'établiffement du Petit Dieppe, & la caufe pourquoi les François n'avoient pû continuer leurs voyages. Cette côte eft
nommée Malaguete, Maliguete, ou Maniguete, de Malega ancienne
Ville auprès de laquelle on recueilloit une grande quantité de Maniguete, en françois graine dc Paradis ou poivre de Guinée 5 c'eft une
efpéce de cardamome. Le véritable vient de Comagene, d'Armenie >
du Bofphore, de l'Inde & de l'Arabie. Le grand cardamome ou graine
de Paradis croit dans des gouffes prefque fphériques produites par
un arbriffeau qui ne s'éléve pas à plus de trois pieds de hauteur. Ces
gouffes renferment des graines quarrées , angulaires, blanches en dedans, rougeâtres en dehors, d'une odeur aromatique & d'un goiit mor,
agene, d'Armenie >
du Bofphore, de l'Inde & de l'Arabie. Le grand cardamome ou graine
de Paradis croit dans des gouffes prefque fphériques produites par
un arbriffeau qui ne s'éléve pas à plus de trois pieds de hauteur. Ces
gouffes renferment des graines quarrées , angulaires, blanches en dedans, rougeâtres en dehors, d'une odeur aromatique & d'un goiit mor, --- Page 177 ---
PAI R MARSEILLE,
dicant 1 de la groffeur de la graine de chenevis. Ses propriétés font GUINÉEà peu près les n.êmes que celles du poivre. Le pays eft arrofé par
un grand nombre de ruiffeaux, qui rendent les bafles terres très-fertiles; mais en même tems mal fain. Les arbres y viennent gros, &
entretiennent une humidité fi malfaifante, qu'il eft rare que les natutels du pays paffent cinquante ans dans les endroits qui en font couverts. Le reméde eft bien fimple; il n'y auroit qu'à abattre une partie
de ces arbres pour faciliter la circulation de l'air. Le principal Commerce eft en Efclaves, & depuis le Cap de Sierra-Lionna appartenant
aux Anglois, jufqu'au Cap de Bonne Efpérance qui eft à la Hollande,
le principal négoce & le terme des voyages des Chrétiens de TEurope 3 confiftent dans l'achat de ces miférables peuples, pour les tranf
porter dans les Colonies de l'Amérique. Les Efclaves les moins eftimés
font ceux de la côte de Malaguete.
COTE DES DENTS OU D'YVOIRE,
II n'eft pas befoin d'expliquer pourquoi la côte qui fuit celle de
Malaguete , eft appellée des dents. Le Commerce qu'on y fait de
dents d'Elephans, le fait connoître. L'intérieur du pays en fournit une
grande quantité 3 foit que la chaffe des Elephans foit plus du gout des
habitans , foit que cet animal y multiplic d'avantage & aille mourir
dans les bois, oit les dents fe trouvent en abondance. (Voyez T'hiftoire des
voyages. ) Les Ports les plus fréquentés font Tabo, Berby, Grand-Drouin,
Petit-Drouin, Tao, &c. La riviere de Swera-d'Acofia fur laquelle fe:
trouve la Ville de Jamo, fepare la côte des dents de la côte Dor.
COTE D OR.
Les Portugais ayant trouvé des mines d'or dans ce pays 3 l'appellerent Côte d'Or. Ces mines font peu abondantes 2 & ne font pas éloignécs de Ia mer. L'efpérance de trouver de plus riches mines , détermina Jean II Roi de Portugal, à bâtir au Port le plus prochain un
Fort nommé de la Mine, & que fa dévotion à St. George fit furnommer le Fort de St. George. Les Hollandois Font enlevé aux Portugais, je l'ai déja dit. Les Anglois y ont la Fortereffe de Capo-Corfo,
& les Danois celle de Chriftiansburg. Les autres Ports fréquentés des
Européens, font Axime, près du Cap des Sept-Pointes, > Cormentin *
Mourée, 8xc. Les Hollandois ont auffi un Fort dans le Royaume de
Fetu, qui mériteroit plutôt le titre de Jardin, à caufe de fa fertilité
& de fa periteifs. Ce Royaume n'a qu'environ quinze lieues de tour..
II ef vrai qu'il n'y a point de terrein inculte & quc les recoltes Y
Les autres Ports fréquentés des
Européens, font Axime, près du Cap des Sept-Pointes, > Cormentin *
Mourée, 8xc. Les Hollandois ont auffi un Fort dans le Royaume de
Fetu, qui mériteroit plutôt le titre de Jardin, à caufe de fa fertilité
& de fa periteifs. Ce Royaume n'a qu'environ quinze lieues de tour..
II ef vrai qu'il n'y a point de terrein inculte & quc les recoltes Y --- Page 178 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
Gurér. font abondantes; ; mais ce qui lc rend plus remarquable & doit lui faire
troaver une place ici, c'eit la Ville du méme nom du Royaume, allez
grande 8 bien peuplée, qui fert de marché public pour la vente des
Efclaves de preique toute la Côte. L'emprellement eit réciproque des
Chrétiens à les acheter, & des Puififans du pays à vendre leurs compatriotes, trop foibles pour réfifter à leur violence.
BARRE DI E JUD. A.
C'eft ainfi qu'on appelle la côte d'un petit Royaume que les Frannomment Juda, les Anglois Juida, & les Hollandois Fida, de la
çois
lieues. Ce nom de Barre lui a été donné
longueur tout au plus de I5
trois
de lieue des
à caufe d'un banc de fable qui s'y trouve à
quarts
rend
terres. Ily régne un vent continuel & extrémement violent qui d'eau
la navigation d'autant plus daugereuie, qu'il n'y a pas fix pieds
dans toute l'étendue de la Barre. Auffi i eft rare que les canots traverfent cette efpace fans faire capot, tant les vagues font irritées. Les du
Navires fe tiennent au large & attendent le fecours des Naturels
Pays pour faire ce trajet. eft toujours en raifon de fa fertilité ou de
T'induftrie La population de fes habitans d'un pays : d'ou il faut conclurre que le petit Royaume
de Juda, qui n'a que I5 lieues de côtes & environ dix lieues en avant
dans les terres, doit être un terrein exceffivement fertile facilement puifqu'il
multitude d'hommes, que le Roi léve
nourrit fes une Sujets f grande une armée de 200 000, , & que toute leur induftrie
parmi eft bornée à la vente des Efclaves; nouvelle preuve de fa fécondité.
Car s'ils font du Royaume de Juda, il faut que la multiplication ennemis du en
foit prodigicufe, & s'ils font des prifonniers enlevés anx à leur tour.
voifinage, ces Nations voifines doivent faire des prifonniers
fi
foient ces Efclaves, 3 dès que la vente dure depuis
Ainfi quels que certaine de la fertilité du pays. La Capitale, qui
long-tems preuve du Roi & de la Cour, n'eft qu'à trois lieues & demi
eft la réfidence
Sabie, n'ofe
Tappeller Ville 3 elle
de la mer. On la nomme
je amas pas de cabanes plutôt que
ne mérite pas ce nom. Ce n'eft qu'un
C'eft
fans
de rues & fans commodités.
pourde maifons
alignement tiennent leurs comptoirs & entrepofent les
tant là oùr les Européens Les feuls François & Anglois ont un Fort dans
Efclaves qu'ils achetent.
il faur pafler pour aller de la mer
le Village de Gregoué, par lequel
à Sabie, & qui en eft à demi chemin.
la nomme
je amas pas de cabanes plutôt que
ne mérite pas ce nom. Ce n'eft qu'un
C'eft
fans
de rues & fans commodités.
pourde maifons
alignement tiennent leurs comptoirs & entrepofent les
tant là oùr les Européens Les feuls François & Anglois ont un Fort dans
Efclaves qu'ils achetent.
il faur pafler pour aller de la mer
le Village de Gregoué, par lequel
à Sabie, & qui en eft à demi chemin. --- Page 179 ---
PA R MARSEILL E.
GUINÉE,
ROYAU ME D'ARD RA.
En quittant la Barre de Jnda, on entre dans le Royaume d'Ardra
beaucoup plas étendu que le précédent 5 mais qui s'evangant dans les
terres, n'a prefque point de côtes, ce quil la fait regarder par nombre de Voyageurs comme une Province de celui de Benin, dont je
parlerai bientôt. La Capitale porte le même nom, diflante de la mer
d'environ douze lieues. C'eft une Ville bâtie dans toutes les régles, &
quoique les murailles ne foient faites qu'avec de la terre, elles font
aufi folides que celles de pierre; 3 ce
ne doit point furprendre,
parce que le grain de cette terre, plus E que notre argile 1 eft changé
en brique Par la cuiffon qu'en fait le foleil lorfqu'elle a été détrempée, ce qui forme des murailles d'une feule pierre. Les arbres y font
élevés, & par leur verdure continuelle, rendent les promenades trèsgraciauies. Meme Commerce d'Eflaves; car il fomble que la cculerr
noire eft un titre à la couleur blauche pour en faire le principel cbjet de fon trafic. Ceux d'Ardra font très- eftimés, parce qu'ils font
plus actifs, plus intelligens, mieux faits, & plus robuftes que dansles
pays dont je viens de parler. Le Roi du
qui s'imagine être le plus
pailfant Mouarque du monde, à caue IPES de
pouvoir abfalu fir fes
Sajeis, & de leur profonde foumiiion, ravi d'admiration des merveilles qu'il entendit raconter du glorieux régne de Louis le Grand, crut
que l'alliance d'un fi grand Roi lui feroit honorable. En conféquence il
choifit Matheo Lopez qu'il enroya en 1670 au Roi de France, en
qualité d'Amballadeur, pour lui demander fon amitié & lui donner
des affitrances de la proteétion qu'il accordoit au Commerce des
François, qu'il avoit affranchi des impolirions accoutumées. Cet Ambaffadeur aveit ave: lui trcis de fes enians, trois de fes femmes & plutieurs Eiciaves. Un fpedtacle i nouvezu a la Cour de France, divertit
beauconp dans le commencement par fa fingularité ; mais on ne tarda.
pas à eire couraineu que les Noirs ne diterent des Blancs que par Ia
couleur, qu'ils font des hommes comme nous, & que T'efprit ne leur
manque pas. Les Navires expadids pour Ardra, mouilient duns ue cnfe
nommee la Preye, oil ils iont à labaid des vents & ou les Ellnves toue
amenes pour ctre embarques.
ROYAU: M E DE B E NI I.
Queique vole que foit ce Rayamme, le plus grond da touue lo
Guinée paitiqu renferme nombre da aouras pouite inoyormen oui Gup
eibtiraires du Roi de Benin, &c quoigue de golle St Dmmai, is
adids pour Ardra, mouilient duns ue cnfe
nommee la Preye, oil ils iont à labaid des vents & ou les Ellnves toue
amenes pour ctre embarques.
ROYAU: M E DE B E NI I.
Queique vole que foit ce Rayamme, le plus grond da touue lo
Guinée paitiqu renferme nombre da aouras pouite inoyormen oui Gup
eibtiraires du Roi de Benin, &c quoigue de golle St Dmmai, is --- Page 180 ---
1GO
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE, partie de fes côtes, cependant les Européens n'y font qu'un médiocre
Comierce , qui eft abandonné aux Hollandois. Les Beninois mieux
civilifés que les autres Nations de la Guinée, ne fe contenteroient pas
de nos petites merceries. Ils cultivent eux-mêmes les arts, & connoiffent le prix de nos ouvrages. Le mai ne feroit pas grand, fi les échanges étoient d'une valeur proportionnée ; mais les deux chofes que nous
ambitionnons le plus, ne s'y trouvent pas, les Efclaves & l'or. Le
n'a point de mines , & il n'eft pas permis de vendre les hompays mes pour l'efclavage. Il eft vrai que les femmes ne font pas comprifes dans cette défenfe; fans doute qu'elles y font trop nombreufes,
à caufe qu'elles ne font point choifies parmi les viétimes humaines qui
font facrifiées à la mort d'un Grand du pays. Aufli quand on a befoin
de femmes pour peupler quelque Colonie, c'eft à Benin qu'on va en
faire l'emplette. Elles font bien faites & d'une humeur douce. On ne
les vend, comme je viens de dire, que parce qu'il y en a trop. Les
du
font des étoffes de coton, de T'yvoire, du
autres marchandifes des pays de Leopard, &c. Ils eftiment l'écarlate
jafpe, du corail, les foiries, peaux les ouvrages de cuivre & de fer, 8xc. La
les Capitale bijouteries a donné fon nom au Royaume. Elle eft fituée auprès de la
riviere Formofa long. 26. lat. 7,, 40. C'eft une grande Ville, bien
policée 5 les rues y font droites, larges, & les maifons bâties régulierement. Les habitans font d'une propreté excefive. Ils lavent & frottent fi fouvent leurs maifons, que les murailles brillent comme des
glaces. Tous les pays que nous avons parcourus jufques ici, font partie de
la Guinée, quoique fous des noms différens. Le Congo même eft aples Portugais, Bafle Guinée. En ce fens 1 la Guinée comprendroir pellé par toutes les côtes, depuis Sierra-Liona jufqu'à la Cafrerie, contigue au Cap de Boane Efperance. Le Congo avoit autrefois plufieurs
Royaumes fous fa dépendance, qui après bien des révolutions fe font
affranchis de tout tribut. Nous ne connoilions encore ce vafte pays qu'imparfaitement. Il y a fi peu de profit à retirer, , & trop de rifques à
courir, pour que notre curiofité foit excitée à entreprendre des voyages
dans les diférentes Provinces ou Royaumes, fi on veut les appeller
ainfi, qui font éloignées de la mer. Les moeurs font fi différentes des
notres, que fuivant les apparences 1 il faudra bien du tems pour en
avoir une exaéte carte topographique. Son étendue du côté de la mer
A plus de 500 lieues, & plus de 750 en s'avançant dans les terres,
ayant l'équateur prefque au milieu. La population eft prodigicufe,
d'ou on doit inférer combien eft grand le nombre 3 Royaumes , Républiques & autres petits Gouvernemens qui compofoient l'Empire de
Congo. Tout détail eft étranger à mon plan ; il n'y a que les côtes
intéreffés à connoitre, relativement au Commerce des
que Efclaves nous foyons nous y faifons. Je me borne même aux lieux principaux
que
que
ant l'équateur prefque au milieu. La population eft prodigicufe,
d'ou on doit inférer combien eft grand le nombre 3 Royaumes , Républiques & autres petits Gouvernemens qui compofoient l'Empire de
Congo. Tout détail eft étranger à mon plan ; il n'y a que les côtes
intéreffés à connoitre, relativement au Commerce des
que Efclaves nous foyons nous y faifons. Je me borne même aux lieux principaux
que
que --- Page 181 ---
PAR MARSEILLE,
I61
que nous fréquentons, 1 & qui font les entrepôts de cette finguliere mar- GUINÉE.
chandife. En fuivant toujours la côte, on entre dans le Royaume de
Loanga, & en traverfant celui de Congo, on arrive au Royaume
d'Angola.
ROYAUME DE LOANGA OU LOVANGO.
Il y a un grand nombre de petits Ports & d'anfes fur la côte de
Loanga, & oùr les Navires peuvent fe réfugier dans un tems de temAndonidy , Bodi, Moniba, Corefco, Cap-Lopez & Majamba,
plus renommés. Tous ces lieux ont de gros Villages
Eu
très-peuplés,
qui peuvent fournir les vivres néceffaires, c'eft-à-dire, les vivres dont
ufent les naturels du pays, bien differens des notres, mais que la néceflité fait trouver bons. Les Capitaines des Navires ne, doivent point
s'y arrêter pour acheter des Efclaves, ils en trouveroient peu. Ce n'eft
qu'aux lieux que fréquentent les Européens, où ils doivent efpérer de
faire leur chargement. L'affurance de les vendre avanrageufement, les
y fait conduire de tous côtés. Le Port de Majamba eft ailez bon, à
une lieue & demi de Buri ou Loango 3 Capitale du Royaume, & la
réfidence du Roi, long. 29, I5 latit. 5. Les Negres y fout vigoureux
& d'une belle taille. Ils fe piquent extrèmement de parure, 3 & quelques
uns ont confervé un refte de Chriftianifine 3 dont ils fe glorifient encore, quoiqu'ils menent une vie qui lui eft fi oppoféc. Malenba autre
Capitale du petit Royaume de Cacongo, fur la riviere de Zaire, fournit avec abondance toutes lcs marchandifes du pays. Les habitans ne
s'occupent que du Commerce. Ils ramafient toutes les marchandifes
dans des magafins 1 pour enl fournir les Navires qui arrivent d'Europe,
qui peuvent par ce moyen choifir celles qui leur conviennent.
ROYA U M E DE CONGO
La rivicre de Zaire 1 fert aujourd'hui de limitcs au Royaume de
Congo. La prémiere Ville maritime qui fe préfente > porte le nom
d'une grande Province appellée Angot; ; elle a auffi des magafins d'EC
claves. On paffc devant Puida, 3 pour arriver à Sogno, petite ville mal
bâtie, & dont la population repond à la ftérilité d'un terrein fec &
fabloneux. Cette côte feroit déferte, fi la quantité de fel qui fe forme
naturellement dans 111 grand nombre de petits lacs qui s'y trouvent
n'attiroit les habitans du reftant de la Province de Sogno 2 pour en
faire les provifions qu'ils vont vendre dans les Royaumes voifins. Entre
Sogno & Bamba, la riviere de Dauda fe jette dans la mer. Cette riviere eft large & profonde ; les bords font couverts de verdure. Lz
X
Cette côte feroit déferte, fi la quantité de fel qui fe forme
naturellement dans 111 grand nombre de petits lacs qui s'y trouvent
n'attiroit les habitans du reftant de la Province de Sogno 2 pour en
faire les provifions qu'ils vont vendre dans les Royaumes voifins. Entre
Sogno & Bamba, la riviere de Dauda fe jette dans la mer. Cette riviere eft large & profonde ; les bords font couverts de verdure. Lz
X --- Page 182 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
pêche qui y eft très-abondante , a fait former plufieurs villages à une &
GUINÉE. certaine diftance , & fi la crainte des crocodilles, des hipopotames fur les
monftres marins, n'empéchoit les habitans. de s'établir
autres
amas de maifons. Bamba eft une ville conbords, 1 ce ne feroit qu'un
villes du
trèsfidérable, mieux bâtie que les autres
Congo, non-feulement grande; de
peuplée, & l'entrepôt de toutes les marchandifes, Provinces voifines. Le Comla Province de Bamba, , mais encore des
font
merce y fait la principale occupation des habitans > qui acheter. ne
Da
moins induftrieux que laborieux. Ily a peu. d'Efclaves à y
eft la
n'en fera pas furpris,, quand on fçaura. que le Chriftianifimne y
dominante, ainfi que dans tout le Congo. C'eft aux Portugais
Religion
font redevables de la connoiffance de T'Evangile. tous ces peuples Jean II, Roi de Portugal, envoya Diego CaE fur cn 1484, que
les reconnoitre & y faire quelmarriva fur les côtes d'Afrique, pour
l'embouchure de la
établiffemens. II fit bâtir un Fort auprès de
riviere ques de Zaire, d'ou faifant paffer dans les terres des. Prédicateurs
zèlés
annoncer à ces barbares la Loi de JESUS-CHRIST, la pluabandonncrent pour
leurs fuperftitions & reçurent le baptéme. Dieu
part. fucceffeurs de ces: pieux Miffionnaires, & la Loi de TEvanbenit s'étendit les de tous. côtés. Le Roi & un grand nombre de fes Sujets,
gile
& la genérofité des Portugais,
crurent également en JESUS-CHRIST; reftoit d'incrédules. On raconte que queiques
acheva de vaincre ce feroit qui. difficile d'en trouver d'autres dans ces conNations barbares réuni (il leurs forces. contre le Roi de Congo, elles étoient
trées ). ayant dans fes Etats, & qu'après les avoir ravagés 7 l'avoient conentrées lui-même de s'expatrier & de fe réfugier dans une Ile déferte. traint
ce Roi infortuné envoya demander du fecours
Dans cette extrêmité 7
qui fit
tout de fuite François Gorea
à Sebaftien Roi de Portugal,, d'Artillerie. partir Le bruit du canon & fes teravec un Regiment & un train fi fort cette armée de bandits , qu'ils n'oferibles effets, épouvanterent fc défendre. Ceux qui eurent encore aflez de force
rent pas méme
la fuite ; les autrcs fe rendirent a difcrétion. marcher 7 prirent
fut retablie dans le Royanme de Congo,. EEch ainfi que la tranquillité d'Alvarez, remonta fur fon trône.. Pé-
& que le Roi, qui prit le.
& fes teravec un Regiment & un train fi fort cette armée de bandits , qu'ils n'oferibles effets, épouvanterent fc défendre. Ceux qui eurent encore aflez de force
rent pas méme
la fuite ; les autrcs fe rendirent a difcrétion. marcher 7 prirent
fut retablie dans le Royanme de Congo,. EEch ainfi que la tranquillité d'Alvarez, remonta fur fon trône.. Pé-
& que le Roi, qui prit le. nom offrit fon Royaume au Roi de Pornétré d'une vive reconnoiffance vaffal. 7 La. il réponfe du Roi de Portugal (qu'en
tugal, & fe déclara fon
être mieux emploqualité de frere & d'ami, fes armées ne fçauroient
fe devcient un
yées. qu'à fa défenfe, que tous les Rois de la terre rendu
fécours. mutuel, que le petit fervice qu'il lui avoit
luiétoittrèshonorable,.
Royaume au Roi de Pornétré d'une vive reconnoiffance vaffal. 7 La. il réponfe du Roi de Portugal (qu'en
tugal, & fe déclara fon
être mieux emploqualité de frere & d'ami, fes armées ne fçauroient
fe devcient un
yées. qu'à fa défenfe, que tous les Rois de la terre rendu
fécours. mutuel, que le petit fervice qu'il lui avoit
luiétoittrèshonorable,. & que s'il avoit pâ par-là mériter fon amitié 5 il en étoit
le cceur du Roi & de tous fes. bien dignement recompenfé A lui gagna d'autorité dans le RoyaumeSujets.. Des-lors les Portngais curent les plus
Ils frent tous les:
de Congo, que. s'ils en avoient été poffeffeurs. néceffaires à leur Corterbliffemens qu'ils voulurent, & qu'ils. jugerent --- Page 183 ---
PAR MARSEILLE,
merce. Ils découvrirent de nouveaux pays dans la Cafrerie > & firent GUINÉE.
connoitre le Chriftianifme à des peuples dont les moeurs paroiffoient y
être un obftacle invincible tant la Religion de J. C. d'efficace pour
changer lcs coeurs les plus pervertis. lly a encore dans la Ville de
Congo * connue audi fous le nom de Saint Salvador, réfidence du Roi,
un Evéque Portugais 7 fuffragant de Lisbonne. La force des armes
fubjugue & fait garder le filence pour un tems La terreur diflipée les
prémicres paflions reprennent leur empire, & chacun fuit fon penchant.
Il faut des exemples comme celui de Sebaftien 3 pour perfitader &
étre perpétué dans la mémoire des hommes. On gagne les coeurs par
les bienfaits; c'eft la véritable maniere de perfuader.
ROYA U M E D'ANGOLA
La Capitale d'Angola, eft Loanda, dit St. Paul, long. 3; latitude
8, 45, dans une petite Ifle du même nom appartenant au Portugal,
Ville grande, bien peuplée, dont la moitié occupée par les Blancs, a
des maifons régulicres, bâties à lEuropéenne avec des murailles de
pierre à chaux & à fable. La citadelle cft des mieux fortifiées, le
Port y eft vafte & à Tabri des vents, & le Commerce y eft florif
fànt en denrées & marchandifes des Royaumes circonvoifins, & particulierement en Efclaves Angolois & Cafres, prefque tous idolâtres; ces
derniers d'une pareffe inconcevable. Les Navires Européens n'ont pas
befoin d'y faire un long féjour pour parfaire leur chargement. Qu'on
juge de la quantité prodigicufe qu'il doit y en avoir dans la Ville 7 par
le nombre que les Jefiuites, qui y faifoient les fonétions de Curé, en
avoient à leur fervice & qui paffoit 2000. Je voudrois pouvoir affurer
qu'ils n'en ramaffoient tant, que pour les convertir 5 car des Religieux
qui doivent être plus parfaits que le commun des Chrétiens 2 rougiroient de vendre des hommes 1 eux à qui tout autre Commerce eft
interdit. L'Evéque d'Angola 1 fuffragant de Lisbonne > fait fa réfidence à Loanda. Les palmiers donnent des dattes excellentes. Les féves
le millet, les oranges & toutes fortes d'arbres fruitiers 2 y viennent pref
que fans culture ; mais l'eau y eft faumatre 1 & les étrangers 1 qui ne
fçauroient s'y accoutumer, font obligés d'en faire venir d'affez loin. En
avançant le long de la côte 9 On1 trouve le Port de Coanza 7 qui
n'eft pas éloigné de T'embouchure de la rivicre du même nom.
Les Jagos habirent la côte depuis Coanza jufqu'à Cabul, peuples méchans, vivant fans police & fans loix, & que Texemple de
leurs voifins n'a pû eucore aprivoifer. Cabul eft un petit Port de mer
dans uue anie out les Vailleanx trouvent un azile dans la tempéte. Peutêtre lui a-t-on donné ce nom, à caufe de quelque reffemblance dans
fa pofition avec un autre Cabul, Capitale du Cabalittan en Afie.
Xij
ôte depuis Coanza jufqu'à Cabul, peuples méchans, vivant fans police & fans loix, & que Texemple de
leurs voifins n'a pû eucore aprivoifer. Cabul eft un petit Port de mer
dans uue anie out les Vailleanx trouvent un azile dans la tempéte. Peutêtre lui a-t-on donné ce nom, à caufe de quelque reffemblance dans
fa pofition avec un autre Cabul, Capitale du Cabalittan en Afie.
Xij --- Page 184 ---
COMMERCE DE LAMERIQUE
GUINÉE.
ROYAUME DE BENGUALA,
Les Portugais ont confervé le titre de Royaume 3 au pays de Benguala, qui eft une petite Province dépendante d'Angola, & qui auroit du
étre abandonnée à caufe de fa ftérilité du mauvais air & de fes mauvaifes eaux, fila gloire de pofléder des Royaumes éloignés, fe mefiuroit fur l'utilité qui en revient. La Ville de St. Philippe ou de Benguala 7 merite tout au plus le nom de Village. Les maifons n'y font
bâties qu'avec de la boue, mélée avec de la paille, & quoiqu'il'y aye
un Fort, & que les montagnes fourniffent quelques mines d'argent,
les Portugais ne doivent pas beaucoup la regretter depuis que les Hollandois la leur ont enlevéc, les mines étant d'un fi médiocre revenu, 2
que les fraix de l'exploitation abforbent le produit & le Portugal
trouvera facilement dans les vaftes poffeffions qui lui appartiennent quelque lieu affez défert pour y envoyer les malfaiteurs & les criminels
que l'on veut châtier en leur confervant la vie ; car la Ville de Benguala ne fervoit qu'à cet ufage. En avançant vers la Cafrerie, on trouve:
Bahia-Farfa, Cap Negre & Vichbay.
L. A CAFRERIE.
Les Européens n'ont point encore ofé pénétrer dans cette vafte région 7 dont les côtes ont près de I200 lieues de long, depuis Vichbay
jufqu'à la riviere de Cuama, dont l'embouchure eft dans le golfe de
Sofala, vis-à-vis PIfle de Madagafcar. Pour peu qu'on connoiffe la carte 2
on doit fçavoir que le Cap de Bonne-Efpérance occupe le milieu de
ces côtes * dont la moitié envifage la mer des Indes, & l'autre moitié la mer de Guinée, fi on confent à donner ce nom à la partic de
l'Océan qui baigne les terres comprifes entre le Cap de Sierra-Liona
& le Cap de Bonne-Efpérance. Les déferts affreux, les montagnes efcarpées & le grand nombre de bêtes féroces dont le pays eft rempli,
font une preuve qu'il n'eft pas encore bien peuplé. L'idée que les habitans font antropophages 7 éloignera à jamais les voyageurs de cette
çontrée. Les côtes qui font dans la mer des Indes, font la plapart
connues & fréquentées par les Européens qui y font un commerce
avantageux. 5 mais celles de la mer de Guinée 7 n'étant fuceptibles
d'ancuue efpéce de commerce - font regardées comme dangereufes, &
les Navires les évitent avec foin, foit qu'effedivement les Capitaines y
trouvent du rifque, foit que les Navires foient entrainés au-delà par
les courans des eaux. Les relations des voyageurs nous repréfentent ces
cites comme défertes 1 & à l'exception de quelques Nations peu nom-
5 mais celles de la mer de Guinée 7 n'étant fuceptibles
d'ancuue efpéce de commerce - font regardées comme dangereufes, &
les Navires les évitent avec foin, foit qu'effedivement les Capitaines y
trouvent du rifque, foit que les Navires foient entrainés au-delà par
les courans des eaux. Les relations des voyageurs nous repréfentent ces
cites comme défertes 1 & à l'exception de quelques Nations peu nom- --- Page 185 ---
PAR M ARSEILLE.
breufes, qui fe détruifent muttellement 7 & qui vivent en Sauvages, 9 GUINÉE.
elles ne renferment aucune particularité qui puiffe influer au progrès
de notre commerce. Les principales de ces Nations, a en continuant la
route que nous tenons, font les Cimbehais les Namguas, les Griguigas & les Hotentots. Les lieux les plus connus de toutes ces côtes,
font Golfo-Frio $ Port St. Ambroife les Montagnes pointues 3
de Ilheos, Roftro da Pieda, 3 Angra Pequina 1 Ilheos
Baye
Secos, ARe
Heleine, Baye de Saldagne, Baye de la Table. A tous. CCS noms, il
eft facile de connoître que ce font les Portugais qui les ont mis. Angra
eft la capitale de l'Ifle Tercere, & Ilheos eft dans le Bréfil; la répétition de ce nom en fait connoître les Auteurs. Quelques étendues que
foient ces côtes, elles nous font trop inconnues pour m'y arrêter d'avantage 1 8 puifque nous ne pouvons y faire aucun commerce 9 une
plus longue defcription feroit infructucufe, & devient étrangere à mon
fujet.
M CE URS DES NEGRES
Je fuivrai le même chemin que j'ai tenu dans le peu que je me propofe de dire fur les ufages & les moeurs des Négres, en commençant
par le Cap de Sierra- Liona. En général les Affricains font plus corrompus que les hommes des autres parties du monde. La perfidic 2 la
cruauré limpudence 7 l'irréligion & Tintempérance y femblent avoir
étouifé chez eux tous les principes de la Loi naturelle & les remords
de la confcience; exemple terrible de la corruption de l'homme laiflé
à lui - méne. Mais de tant de Nations barbares qui font répandues dans
cette prefqu'lfle, les Noirs fans contredit font la plus vicieufe. Leurs
ufages font fi extravagans & fi déraifonnables, que leur conduite jointe
à leur couleur, a fait douter pendant un tems 1 s'ils étoient véritablement des hommes iffus du prémier homme comme nous 3 tant leur
férocité & leur animalité, (qu'on me paffe ce terme ) les faifoient ref
fembler aux bétes les plus fauvages 1 & même les mettoient au-def
fous; 3 car les lions & les tigres, par une impreflion qui leur eft naturelle 1 éparguent leurs femblables & n'en font jamais leur nourriture 5
au lieu qu'on a vu de ces infortunés peuples > fe nourrir de leurs freres & dévorer leurs propres enfans. La couleur des Noirs ou des Négres, a fait enfanter nombre de fyftêmes qui fe font évanouis avec
leurs inventeurs. Le Philofophe dans fes curieufes recherches a fait preuve de la foibleffe de fes lumieres, & quoique le monde ait été livré
à fes difputes, , fa raifon bornée ne concevra que bien peu des véritables caufes des chofes les plus communes qui font dans le monde *
& dont il ufe journellement ; il n'en connoîtra fouvent que le méchanifme le plus groflier, & toute fa pénétration n'aboutira qu'à former
dcs conjectures. C'eft CC qui eft arrivé à légard de la couleur des
ibleffe de fes lumieres, & quoique le monde ait été livré
à fes difputes, , fa raifon bornée ne concevra que bien peu des véritables caufes des chofes les plus communes qui font dans le monde *
& dont il ufe journellement ; il n'en connoîtra fouvent que le méchanifme le plus groflier, & toute fa pénétration n'aboutira qu'à former
dcs conjectures. C'eft CC qui eft arrivé à légard de la couleur des --- Page 186 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. Négres : on en a beaucoup difputé, fans que perfonne aye pu en donner entcore des raifons fatisfaifantes. Je ferai quelques obfervations à ce fujet
fans prétendre décider la queftion. Je connois ma foiblefle 1 & je n'ipas quily a de la témérité à vouloir paroitre pius fage qu'il ne
E Mr. de Voltaire a voulu aufli donner fa décifion, il s'eft égaré
comme les autres; mais ce n'eft pas ici le lieu de démontrer la fauffeté de fon fyltême de l'exiftence de plufieurs efpéces d'hommes.
Les Négres primitivement. étoient les peuples qui habitoient les deux
côtés du fleuve Niger, entre la Zaara & la Guinée. Leur couleur
noire, a fait donner le même nom aux Noirs des contrées voifines &
& infenfiblement à tous les Noirs 3 de forte qu'aujourd'hui Négre
Noir fout fynonimes. L'ufage des peuples Négres de fe vendre les uns
les autres, , & le commerce qu'en font prefque toutes les Nations de Eu- la
les
ropéennes, ne choque point aujourd'hui, parce que préjugés inconnu à
naiffance & de l'éducation 3 nous accoutument à ce négoce
nos Peres. La queftion eft cependant difficile ; je ne prétends point
la réfoudre. Jc me contenterai de faire quelques obfervations fur ce
qu'on penfe aujourd'hui de l'efclavage des Noirs, & fi le commerce
que toute I'Europe fait d'Efclaves, ne repugne point au Chriftianifme, des
après que j'aurai dit un mot des ufages & des mceurs
Négres
des différens pays que nous venons de parcourir. Cette connoiffance
fervira aux Capitaines qui feront néceflités de traiter avec eux.
SIERRA LION A.
Les habitans de Sierra Liona ne font pas véritablement Noirs. Il pade l'alliance d'un Blanc & d'une Négrelie
roit du moins qu'ils leur proviennent couleur bazanée le fait penfer 7 puifqu'ils ne différent
d'un homine iffu d'un tel mélange. Ils vont nuds, & cet ufage
en elt I rien commun dans toute la côte de Guinée, que je ne ferai mention que
habillemens , comme une exception
de ceux qui employent quelques
ceinture plutôt pour orà T'ufage commun. Ceux-ci ne portent qu'une
fout à la guerre &
nement que pour fe couvrir. Les Efclaves prifonniers vendent qu'ils : Ils ont paffé aules malfaiteurs, font les feuls
qu'ils
&
trefois pour antropophages. Les Montagnards font encore farouches fans culcruels, vivans de la chaffe & des fruits que la terre produit
ture. Ceux du plat
font foumis à une police 3 qui, Le toute Roi grof eft
fiere qu'elle eft, a ERETA de force pour maintenir T'ordre. l'aider à
le chef de la Juflice. Ilfe choifit quelques Confeillers pour
juger les différens qui farviennent parmi fes Sujets, qui plaident Confu- euxfaifons dans nos Jurifdictions
mêmes leurs caufes 2 comme nous
favorifer les partics 2
laires; mais afin que les Juges ne puiffent point
lgs plaideurs font obligés de fe préfenter avec un mafque au vifage.
TA de force pour maintenir T'ordre. l'aider à
le chef de la Juflice. Ilfe choifit quelques Confeillers pour
juger les différens qui farviennent parmi fes Sujets, qui plaident Confu- euxfaifons dans nos Jurifdictions
mêmes leurs caufes 2 comme nous
favorifer les partics 2
laires; mais afin que les Juges ne puiffent point
lgs plaideurs font obligés de fe préfenter avec un mafque au vifage. --- Page 187 ---
Rov gue rend lajnstice
Pl:x
L --- Page 188 --- --- Page 189 ---
PAR MARSEILL E.
Le jugement eft exécuté fur le champ, & le Roi lui-même tranche la GUINÉE.
tête aux criminels, s'ils font condamnés à mort. La mauiere dont fe
font les mariages 1 mérite d'être rapportée je ne préviendrai point le
jugement de mes leéteurs. Dès que les filles font nubiles, elles font
reçues dans un efpéce de Collége, ou elles font inftruites & élevées
pendant un an aux dépens de TÉtat; l'entretien eft modique 1 la parure
ne coute rien, & la frugalité épargne bien des fraix. Des femmes expérimentées préfident à cette éducation. L'année révolue s toutes ces
jeunes filles paroiffent en public dans une place deftinée à les faire
danfer au fon des inftrumens, & où les jeunes gens du lieu ne manquent pas de fe trouver avec leurs peres & ceux des héroines de la
féte. Là chacun fait parade de fon adreffe, & étale fes graces. Si quelque jeune homme fe détermine à en choifir une., 3 il va la prendre par
la main. Alors les deux peres s'en approchent, donnent leur confentement, & la nouvelle mariée eft conduite dans la maifon de fon mari
au fon des inftrumens. Le mari auroit tort de fe plaindre; fon choix
a été bien volontaire 3 & certainement on n'a point ufé de furprife à
fon égard. Le pays eft fertile & ne demande preique point de culture,
ce qui rend fes habitans indolens & pareifeus. Les Efclaves de cette
contrée, 9 font ennemis du travail & incapables d'être employés à la
culture des terres. On les diftinguera facilement des autres Négres à
leur couleur bazanée & aux marques ridicules qu'ils s'impriment fur le
vifage & fur tout le. corps. avec des fers chauds. Ils aiment les quincailleries, les. braffelets, les pendants d'oreilles, le corail & les miroirs, & ils achetent volontiers l'eau-de-vic, les liqueurs fortes, les
infirumens de fer & les armes. Ils donnent en échange de la cire, des
dents d'Elephans 1 du poivre de. Guinée, du coton, du bois rouge, de
T'ambre gris & des Efclaves. Leur grande parure confifte à porter une.
grande quantité de bijoux aux narines & aux oreilles. Ils ont une ceinture propre dont les deux bouts pendent. Ils font prefque tous idolâtres, & quoique les Rois ayent reçu le baptéme daus diférentes OCcafions, toutes les marques de chriftianifine. qu'ils ont donné, n'ont confilté que dans cet acte de religion..
MALAGLETE, COTE D'IVOIRE ET COTE D'OR.
Les habirans de ces côtes, font affez laborieux, & les Efciaves qui
en provieument, réuiiitent dans nos Colonies : mais ceux de linréricur
des terres font d'une parefTe inconcevable. Ils ont de la peine à s'accoutuner à fe couvrir le corps & la tute. 11 citrare que les plus dis
tingués fe fervent de pagnes. Ils font véritablement noirs, avec les
cheveux crepés, ou plutôt ils ne font qu'une laine frifée, & ce qu'il:
S a de plus tingulier, elt que les montons n'ont que da poil. lIs res
dans nos Colonies : mais ceux de linréricur
des terres font d'une parefTe inconcevable. Ils ont de la peine à s'accoutuner à fe couvrir le corps & la tute. 11 citrare que les plus dis
tingués fe fervent de pagnes. Ils font véritablement noirs, avec les
cheveux crepés, ou plutôt ils ne font qu'une laine frifée, & ce qu'il:
S a de plus tingulier, elt que les montons n'ont que da poil. lIs res --- Page 190 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. fifent aux plus grandes chaleurs, qui font infupportables & mortelles
aux étrangers. Leur religion ne confifte que dans l'adoration de petites
idoles ou fetiches, auxquelles leurs Prétres les plus ignorans des
hommes, attachent des vertus extravagantes. Leurs coutumes ne doivent point trouver ici de place ; elles ne refpirent que l'impudicité &
la diffolution. La mal-p propreté l'ivroguerie & la trahifon, font leur
caraétere dominant. Les mots d'équité & de compallion, leur font inconnus, & fijamais l'efpéce humaice s'eft dégradée & rendue inferieure
aux animaux, ces miférables peuples en fourniffent un trifte exemple.
Leur Commerce eft borné à bien peu d'articles. Quelques fruits du
pays le poivre de Guinée ou Malaguete, les dents d'E Elephans, la
poudre d'or ( car le pays a quelques mines d'un très-petit produit ) &
les Efclaves, fout les plus importans & feront toujours des attraits bien
puiflans pour faire fréquenter ces côtes aux Européens. Ils recherchent
avec empreflement nos quincailleries, notre' corail, nos armes & nos
eaux- de-vie on les liqueurs qui en proviennent. Leur parure n'eft autre
chofe que des cercles de toutes fortes de métaux, dont ils chargent
leurs bras & leurs jambes & diverfes peintures dont ils fe défigurent
le vifage. Leur yvrognerie cft fi affreufe, qne pour quelques liqueurs,
un pere eft affez barbare pour vendre fes enfans. Ces Efclaves font
dangereux & capables de tout entreprendre. Ils ne voient que le préfent, fans fe foucier de l'avenir. Les Capitaines ne fçauroient trop fe
précautionner contre cette race infenfible au bien, & fi encline au mal.
L'hamanité & les bons traitemens, peuvent feuls calmer leur feroce
mélancolie.
BARRE DE JUDA ET ARDRA.
Même Commerce que dans les côtes précédentes mais les moeurs
des habitans font moins fauvages. Ceux de Juda refpeétent l'amitié &
la fidélité, peut-être même que fi les Européens difcontinuoient de leur
acheter des Efclaves, feroient-ils moins injuftes dans leurs guerres , qu'ils
n'entreprennent très-fouvent que pour avoir de cette marchandife à vendre. Ces Efclaves font moins méchans & plus propres aux divers travaux de nos Colonies, que les Efclaves dont j'ai déja parlé, La honte
fait impreflion fur eux, & ils n'ont aucune répugnance à fc conformer
à notre façon de vivre. Ceux d'Ardra font encore mieux policés. Leur
vénération & leur refpeêt pour l'autorité Royale ( car ils ont un Roi
dont le pouvoir eft ablolu ) n'ont point de bornes. L'Ambaffadeur qui
arriva à Paris en 1670, fit affez connoitre le génie de la Nazion.
BENIN.
déja parlé, La honte
fait impreflion fur eux, & ils n'ont aucune répugnance à fc conformer
à notre façon de vivre. Ceux d'Ardra font encore mieux policés. Leur
vénération & leur refpeêt pour l'autorité Royale ( car ils ont un Roi
dont le pouvoir eft ablolu ) n'ont point de bornes. L'Ambaffadeur qui
arriva à Paris en 1670, fit affez connoitre le génie de la Nazion.
BENIN. --- Page 191 ---
PAR MARSEILL E.
GUINÉE.
B E N I N.
Le Prince des ténébres exerce un empire fi abfolu fur le miferable
peuple dont je viens de parler, que fi des rélations fidéles ne nous
affuroient de la maniere cruelle dont il s'en joue 3 nous ne pourrions
jamais croire les extravagances qu'il lui fuggere. Ces infortunés habitans
du Benin ont confervé affez de raifon pour reconnoitre un Etre fuprême, auteur de toutes chofes. Leur police & l'adminiftration de la
jultice, lés diftinguent des autres Negres dont ils font éloignés d'imiter la brutalité, la perfidie & Tintempérance. L'honnéteté 8 l'affabilité
qu'ils font paroitre doivent exciter notre compaffion, en voyant le
mauvais ufage qu'ils font de leur refte de raifon. Ils croyent une Divinité bienfatiante, principe de tous les biens qui arrivent aux hommes;
mais qu'il eft inutile d'invoquer parce qu'elle ne fçauroit nuire ) au lieu
que les démons 3 qui font des puiffances inférieures & portées au mal,
ne fçauroient être trop adoucies par toutes fortes de moyens pour arrêter l'effet de leur malignité. Auffi tous les facrifices leur font-ils adref
fés, & ce qui doit paroitre incroyable, ce font des victimes humaines
qu'on égorge en leur honneur. Une cruauté fi revoltante 3 à force d'être
renouvelléc., paffe non-feulement pour un aéte de Religion, 1 mais encore, par la plus extravavante des folies, pour un figne de rejouiflance.
C'eft pour cette raifon, que quand le Roi paroit en public, ( ce qui
eft rare heureufement pour ce miferable peuple ) on ne manque pas
de tuer tn certain nombre d'hommes en fon honneur. Qui des deux
eft-il le plus infenfé, ou de celui qui égorge de fens froid fon femblable,
ou de celui qui s'offre volontairement pour être la viétime d'un fi abominable facrifice ? A la mort du Roi, fes principaux Officiers & un grand
nombre de fes Sujets, fe dévouent à la mort pour l'accompagner &
le fervir dans le tombeau. Les Grands ont auffi leurs dévoués, de
forte que la mort d'un notable eft toujours fuivie de celle de plufieurs,
ce qui rend le nombre de femmes beaucoup plus grand que celui dcs
hommes, & eft la véritable caufe qu'on trouve rarement des Efclaves
males à acheter, & que ce commerce ne regarde à Benin prefque que
les feinmes. Malgré un carnage fi deftruéteur, , la population y. eft prodigicufe, & le Roi léve facilement une armée de cent mille hommes.
Les Efclaves de Benin n'ont aucune repugnance à porter des habillemens 1 & peut-être qu'ils n'iroient point nuds dans leur pays, s'il leur
étoit permis de fe couvrir; mais il ny a que ceux à quile Roi envoye
un habit, qui ayent cette prérogative. Les femmes portent de pagnes
en forme de petits japons qui defcendent jufqu'au genoux. Ce refte de
pudeur manifelte que la corruption n'a pas encore entierement étouffé
la voix de la nature; aufli de tous les Efclaves, ceux de Benin font
Tom. Il.
Y
ient point nuds dans leur pays, s'il leur
étoit permis de fe couvrir; mais il ny a que ceux à quile Roi envoye
un habit, qui ayent cette prérogative. Les femmes portent de pagnes
en forme de petits japons qui defcendent jufqu'au genoux. Ce refte de
pudeur manifelte que la corruption n'a pas encore entierement étouffé
la voix de la nature; aufli de tous les Efclaves, ceux de Benin font
Tom. Il.
Y --- Page 192 ---
COMMERCE DE LAMERIQUE
fans
de peine aux devoirs de la loi naturelle, &
GUINÉE. rappellés les vérités de la beaucoup Religion Chrêtienne font plus d'impreffiou fur eux que
fir les autres. Je fais cette obfervation, afin que les maîtres puiffent
profiter de ces heureufes difpofitions & les faffent inftruire par préférence ; leur propre intérêt même l'exige 7. parce. qu'ils pourront nécef- les
employer plus utilement, & que leur fecours pourra leur être &
faire pour civilifer les plus fauvages, & veiller fur leur conduite.
fur leurs travaux.
ROYAUME DE LOVANGO OU LOANGA.
C'eftici un peuple de guerriers, dont la valeur fe fait redouter dans
tous les états voifins.. Le Roi eft puiffant & fçait fc faire refpedter 2
tant par les grands de la nation qu'iio oblige devivre auprès de fa de perfon- fa vO=
ne, que par le peuple qu'il tient dans une entiere nombreufe dépendance fur
La
lonté, , & pour cet effet il a toujours une armée
pied.
police & le bon ordre qui font en vigueur dans. ce grand Royaume *
dénotent fon ancienneté. Les habitans font bien faits, d'un beau noir,
robuftes & courageux, du moins ils veulent paffer pour tels, & pour.
le mieux prouver ). ils ne marchent qu'avec. un long fabre au côté, à les un
arc & des fléches. Les exercices militaires contribuent beaucoup
rendre ainfi forts & robuftes. Ils méprifent toutes les autres occupations., & abandonnent le foin de la culture des terres & les travaux
domeftiques. à leurs femmes, qu'ils ne regardent que comme. de viles.
efclaves, créées uniquement pour les amufer, les fervir & leur obéir. Le
refpedt & la dépendance des femmes pour leurs maris,, font fi exceffifs, qu'elles. n'ofent les regarder, & ne. leur parlent qu'à genoux. Un. de.
état fi penible & fi humiliant * ne. les. aflige point. Le préjugé de certains.
Téducation les. perfiade., s'il faut en croire les relations
de.
voyageurs,. qu'il. eft naturel, & leur joie éclate par des. batemens
mains à l'arrivée. de leurs maîtres impérieux % auxquels elles font fi attachées, qu'elles ne craignent rien tant., que de ne point paroitre di-.
gnes de leur tendrefle ; anfli eft-il rare qu'on aye befoin fervitude. d'emprunter. Je doute.
le fecours des loix. > pour les maintenir dans. cette leurs maris, fi leur
fort. de ce prétendu attachement des femmes pour l'amour &
T'au-.
empire eft i abfolu, L'amour fuppofe & exige.
2- jamais
torité n'a commandé à la tendrefle. Ce font deux chofes incompatibles,
&
les admettre il faut ignorer la nature de T'amour & ce. qui
pour le caufer & le. nourrir. Les animaux les plus farouches & les plus
peut çruels deviennent doux & complaifans auprès de leurs femelles. Ny auroit-il les Loangois qui fuffent exceptés. de la loi générale 2 Leurs.
femmes que feroient encore plus extraordinaires. Il faut donc fiuppofer que:
S les. maris. ont un commandement fi abfolu fur leurs femmes, & que.
faut ignorer la nature de T'amour & ce. qui
pour le caufer & le. nourrir. Les animaux les plus farouches & les plus
peut çruels deviennent doux & complaifans auprès de leurs femelles. Ny auroit-il les Loangois qui fuffent exceptés. de la loi générale 2 Leurs.
femmes que feroient encore plus extraordinaires. Il faut donc fiuppofer que:
S les. maris. ont un commandement fi abfolu fur leurs femmes, & que. --- Page 193 ---
P A R M A R SEILLE
17I
shalgré un traitement fi contradictoire à l'affcétion ) elles leur font at- GUINÉE.
tachecs, ce commandement n'eit qu'extérieur & de purc cérémonie
nationale, & qu'elles doivent en étrc bicn dédommagées dans l'intérieur
de leurs menages ; autrement c'eft une abfurdité. Les femmes font couvertes & leurs robes defcendent jufqu'aux genoux. Les hommes ne font
nuds que de la ceinture en haut 2 afin de conferver au corps toute fon
agilité dans les exercices militaires. C'eft la profeffion des armes qui eft
le métier de tous les hommes, & à T'exception de la plus petite partie
qui s'occupe de la pêche ou des. arts néceffaires, comme de Tifferands
de Forgerons, de Maçous, de Menuifiers, tout le refte fitit fon penchant pour la guerre. il n'eft point libre aux étrangers d'aller commercer dans le pays > fi le Roi u'en a accordé la periniflion , qu'on n'obtient qga'après l'avoir demandée & méritéc par des préfens confidérables. On trouve dans le pays beancoup d'ivoire, de cuivre, d'étaim,
& même de l'or. On n'y vend pour l'eiclavage que les malfaiteurs &
les prifonniers. Mais les guerres continuelles qu'ils font à leurs voilins,
en fourniffent un aflez grand nombre, qu'on fait conduire à Buri, capitale de tout le Royaume. Ils ne font pas grand cas de nos liqueurs,
auxquelles ils préférent leur vin de palmier; mais ils eftimcnt nos belles étoffes 3 nos écarlates 1 notre corail & nos bijouteries 1 dont ils fe
parent pour paroitre daus leurs afiemblées. Les parens en ligne direête
n'héritent point ; cc font les collateraux qui font héritiers , & les Rois
fout foumis à cette loi. Dès que T'ufage eft général, il ne trouble point
l'Etat; mais certainement il n'a point été établi ainfi fans quelque puiffante raifon. Jc laiffe aux Legiftes le foin de la trouver. Il fuflit à nos
Armateurs de fçavoir que les Efclaves font vigoureux & endurcis à la
fatigue & que pour pouvoir en faire la traite, il ne faut pas manquer de commencer par faire de préfens au Roi, & que les marchandifes deftinoes pour ce Royaume, doivent être riches & de goût.
ROYAUME DE CACONGO ET DE CONGO.
Les habitans de ces deux Royaumes, font d'un beau noir, bien proportionnés 3 & d'un efprit vif & ardent. Ils fe piquent de bravoure 1 &
font grand cas du métier de la guerre 3 préferant cette occupation à
toutes les autres ; mais dans le vrai, il y a plus d'oftentation de valeur
dans les démouftrations qu'ils ne ceffent d'en donner 1 que de réalité;
car quoique aujourd'hui ils faffent ufage de nos armes à feu, qui les
épouvantoient fi fort autrefois, mille de leurs combattans nc fçauroient
réfifter à cinquante Soldats Européens. Il faut cependant reconnoitre
que leur vanité doit être fatisfaite de la terreur qu'ils infpirent aux puif
fances voifines, & de la haute réputation qu'ils fe font acquife bien loin
dans les terres. Ils ne fe défigurent point le vifage comme les autres
Yij
ils faffent ufage de nos armes à feu, qui les
épouvantoient fi fort autrefois, mille de leurs combattans nc fçauroient
réfifter à cinquante Soldats Européens. Il faut cependant reconnoitre
que leur vanité doit être fatisfaite de la terreur qu'ils infpirent aux puif
fances voifines, & de la haute réputation qu'ils fe font acquife bien loin
dans les terres. Ils ne fe défigurent point le vifage comme les autres
Yij --- Page 194 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE, noirs , par des peintures extravagantes, & ils ne paroiffent
muds
en public. Il n'y a que les guerriers & les travailleurs ne point font
couverts de la ceinture en haut; mais les femmes font qui vêtues décem- poiut
ment. C'eft une des obligations qu'ils ont aux Portugais *
eft
ane fite de la connoiffance de T'Evangile qui leur fut annoncé en qui
& qui par une fpéciale miféricorde du Cicl, fit des progrès admirables 1484,
chez des peuples fi fauvages & fi corrompus. Les Souverains du
fe foumirent au joug de JESUS-CHRIST, & reçurent le baptême avec pays
la plus grande partie de leurs Sujets. Depuis ce tems , la Foi Catholique s'y eft maintenue malgré les differens orages qui fe font élevés par
intervalles contre elle; car ce peuple groffier & farouche, dès qu'il n'a
plus été foutenu par le zèle de pieux Mifionnaires, eft retombé dans
fon ancienne idolatrie > qu'il a abandonnée avec la même facilité'à l'arrivée de nouveaux Prédicateurs. (preuve certaine qu'ils n'étoient ni affez
inftruits, ni bien perfuadés ) Le Roi envoya en 1608 des Ambafladeurs
au Pape PAUL V, pour fe foumettre à T'Eglife Romaine 1 & depuis
1648, les Peres Capucins ont plufieurs Maifons dans les Provinces de
ces deux Royaumes. C'eft par leurs foins & leurs travaux continuels
qu'ils perpétuent la pratique de quelques vertus évangeliques; car de
s'imaginer que la morale chrétienne y foit obfervée dans toute fa pureté, & qu'elle foit la régle de la conduite du plus grand nombre ce
feroit prendre le change. C'eft un mélange de Chriftianifine & de Paganifme, qui tout contradictoire qu'il eft, n'en exifte pas moins. Il
faut avouer cependant que quelques imparfaits que foient ces Chrétiens,
ils font plus raifonnables que les autres peuples de ces contrées, &
que la décence & Thonnêteté qui ont remplacé leur brutale rufticité,
n'ont d'autre origine que l'établiffement du Chriftianifme. Ce n'eft même
que parce qu'ils font Chrétiens, qu'ils ne fe vendent pas les uns les
autres, & fi la guerre ne fourniffoit des prifonniers 7 le commerce des
Efclaves y feroit d'un bien petit objet. La couronne eft héréditaire aux
mâles feulement. Cependant nous avons un exemple recent du contraire. Le Capitaine Granot de Marfeille, homme- grand, de bonne mine
& bien proportionné dans tout fon corps 2 commandoit un Navire expédié par Mr. Aillaud ( Négociant auffi diftingué par létendue de fon
Commerce, que par fon zéle patriotique ) pour aller charger des Noirs
en Guinée. Ce Capitaine alla à St. Salvador pour y vendre fes marchandifes, & du produit en acheter des Efclaves. La Reine le vit ; Granot
lui plut, & fa paffion pour lui devint fi violente, que pour fe l'attacher fans referve, elle fe détermina à partager avec lui fon trône & fa
couche en l'époufant. L'éclat d'une. couronne $ l'idée de la puiffance
fouveraine, & la pofleffion de grandes richeffes, 3 éblouirent notre Capitaine 5 peut.être que la reconnoiffance pour fes Armateurs y influa auffi.
Granot époufa la Reine, & tout blanc qu'il étoit; il devint Roi d'un
peuple tout noir. Que de projets de fortune fondés fur fon élévation!
& fa
couche en l'époufant. L'éclat d'une. couronne $ l'idée de la puiffance
fouveraine, & la pofleffion de grandes richeffes, 3 éblouirent notre Capitaine 5 peut.être que la reconnoiffance pour fes Armateurs y influa auffi.
Granot époufa la Reine, & tout blanc qu'il étoit; il devint Roi d'un
peuple tout noir. Que de projets de fortune fondés fur fon élévation! --- Page 195 ---
PAR MARSEILLE
Efedtivement s'il eut regué paifiblement 1 les Navires de Marfeille ai- GUINÉEA
roient trouvé une grande protection dans le fingulier commerce que celui de nos Colonies nous oblige de faire aux côtes de Guinée; mais foit
jaloufie des grands, foit dégout de la part de la Reine s bientôt après
le Roi Granot fut trouvé affaffiné. Cette petite hiftoire prouve les
femmes ont droit de fucceder à la couronne. Le commerce des que Efclaves fe fait avantageufement fur cette côte, & pour en avoir fuffifamment pour fournir les Navires qui vont en acheter, la guerre ne dif
continue point avec les puiffances voilines; car comme je l'ai déja obfervé, ce ne font que les prifonniers qu'on vend pour
les
autres
denrées & marchandifes du pays ne font pas recherchées. T'efclavage, Nous
n'en avons pas befoin.
ANGOLA
C'eft fir cette côte que le cominerce des Efclaves fe fait avec le
de fuccès. On en enleve chaque aunée une fi grande quantité,
plus faut
qué la fécondité y foit prodigieufe pour remplacer tant de monde. qu'il On
eftime que les feuls Portugais en faifoient paffer annuellement à l'Amérique 15000. Il eft vrai qu'étant puiffans dans le
de vaftes Domaines > ilsy font ce commerce
pays, y poffédant
Nations Européennes. Les Négres Angolois font par d'une préférence belle taille, aux autres
buftes & propres aux plus rudes travaux de nos Ies ; ils font auffi rotres-recherchés. Ils fe piquent de bravoure, en quoi ils ont
tort.
Ils font traitres & cruels; mais pour le courage ils ne le connoiffent grand
pas. Les Portugais devroient les avoir guéris de cette ridicule vanité,
puifqu'avec 500 hommes de troupes réglées, ils ont défait: ou fait
prifonniers des armées de 50000 Angolois. Iln'y ent
fille aînée du Roi Sovas
qu'Anne Zinga
Angola 7 furnommé Ineve,
fe
vée de fa Couronne, fçut faire la guerre & fe défendre qui voyant pritugais qui avoient placé fon coufin fr le trône. Peu de contre les Forrent T'hiftoire de cette Princeffe fameufe par fes exploits perfonnes fes ignofes débauches 7 fes déteftables
&
> par afireuverfion 8 fa mort édifiante. Il fisperftitions y a
7 plus encore par fa conprincipalement dans les lienx foumis quelques Chrétiens dans le pays
le Paganifme le plus extravagant eft aux la Portugais ; mais en général
mes prennent autant de fenimes y
religion dominante. Les hommesy font très-fécondes voilà qu'ils en peuvent nourrir, , & les femlation. Je
;
fans doute la caufe de cette grande
foppofe que la naiffance des deux fexes y foit dans la popuportion qu'on obferve dans toutes les autres partics du monde. pro- Des
que l'enlevement de ce grand nombre d'hommes:, ne laiffe
femmes fans établiflemens le
point les
peres mêmes font intéreflés à avoir remplacement en eft bientôt fait. Les
beaucoup d'enfans, 2 ayant le drois
, , & les femlation. Je
;
fans doute la caufe de cette grande
foppofe que la naiffance des deux fexes y foit dans la popuportion qu'on obferve dans toutes les autres partics du monde. pro- Des
que l'enlevement de ce grand nombre d'hommes:, ne laiffe
femmes fans établiflemens le
point les
peres mêmes font intéreflés à avoir remplacement en eft bientôt fait. Les
beaucoup d'enfans, 2 ayant le drois --- Page 196 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. de les vendre 3 s'ils en font mécontens ) ou s'ils leur font à charge,
La coutume cit barbare fclon nous, mais eile leur eft profitable, &
c'eft ce que je voulois établir comme la caufe de cette grande populatiou. Quelle dépravation plus horrible! avoir des enfans, les élever
pour les vendre au prémier venu. Cette idée feule révolte, & fait
frémir P'humanité. Les marchandifes- dont il faut compofer. la cargaifon des Navires deftinés pour Angola, doivent confifter principalement
en draps rouges ou étoffes à fleurs. - en toiles peintes 7 en corail ou-
& eaux-de-vie, en épiceries en dentelles en
-vré; en vins , liqueurs
fur-tout
plumes, en fucre, en quincailleries & merceries ,
en épingles,
éguilles, hameçons, Conterie 3 8c. Avec de telles marchandifes on fera
affuré de ne pas faire uu long féjour pour choifir les Efclaves qu'on
fe propofera d'acheter. Le pays & la côte produifent des plantes &
des animaux extraordinaires 1 qu'on ne trouve point ailleurs. C'eft avec
regret que je n'en parle pas', par lâ raifon quils n'ont animaux aucnn rapport fi finavec le commerce des Efclaves. II y a cependant deux
guliers, & dont les noms nous font trop connus pour les paffer fous filence :
les Satyres & les Sirenes. Je penfe que la curiofité de mes Lecteurs
fera fatisfaite du peu que j'en dirai.
DES SATYRES
Les Voyageurs qui ont parcouru le Royaume d'Angola nous racontent qu'on trouve dans les montagnes de la Province d'Ilamba un
animal à figure humaine , qui eft vraifemblablement le Satyre dont les
Poëtes nous font des defcriptions fi pompeufes & qu'ils mettent dans
la claffe des demi-Dieux. Pan, le Dieu Pan, n'étoit autre chofe qu'un
Satyre
la fage Egypte, la plus fuperftitieufe des Nations $ adora
fous la foat d'une chevre , & que T'Arcadie reconnut pour le plus
puiffant des Dieux, fupérieur à Jupiter même. Tant de merveilles puréuniffoit dans fa forme l'homme &
bliées fur cette race finguliere qui
leur
la bête ; la proteétion des fruits de la terre qu'on
attribuoit
la
la frugalité & les talens fupéricurs dont on lui fail'agilité , force, la chérir des habitans de la campagne. La perfuafion
foit honneur , it
l'exiftence des
eft toujours inféparable de ce qui plait. On crut donc n'avoit été
&
auroit ofé la nier, auroit été fifflé,s'il
pas
Satyres 9 qui
Pline fait mention des
comme ayant
regardé comme un impie. la ceinture en hant, Satyres, convert de poils, avec
un corps d'homme depuis & la
inférieure de chevre, , fe tenant de
des cornes à la tête 1
partie
Chrétiens connoiffoient
bout & marchant comme nous. Les prémiers
qui
parfaitement l'origine de l'homme 1 ne pouvoient admettre cette efpéce
de monftres, & ils l'auroient jugée fabuleufe, , fi les fréquentes apparitions qu'on en publioit, ne leur avoient paru indubitables. Ils crurent
d'homme depuis & la
inférieure de chevre, , fe tenant de
des cornes à la tête 1
partie
Chrétiens connoiffoient
bout & marchant comme nous. Les prémiers
qui
parfaitement l'origine de l'homme 1 ne pouvoient admettre cette efpéce
de monftres, & ils l'auroient jugée fabuleufe, , fi les fréquentes apparitions qu'on en publioit, ne leur avoient paru indubitables. Ils crurent --- Page 197 ---
PAR MARSEILLE
donc les faits publics ; mais ils les attribuerent à la malice des Demons, GUINÉEI
qui par des illufions & des preftiges féduifoient un peuple qui étoit
encore fous leur puiffance. (ii me paroit fort indifférent que le Demon
fafcinat les yeux pour faire voir des Satyres, dès qu'il en perfiadoit
l'exiftence ou qu'il en fit paroitre véritablement , & que lui-même prit
cette forme. Par quel moyen le peuple féduit auroit-il pu s'empécher
de croire ce qu'il voyoit de fes propres yeux, & dont la vifion fe renouvelloit pluficurs fois. ) N'eft-il pas plus naturel de penfer, que quoila puilfance des Deinons ait operé dans tous les tems des proTre étonnans 1 la feule imagination de l'homme a fuffi pour perpétuer
une femblable erreur?
La croyance de Fexiftence des Satyres & de leur multiplication une
fois établis (& pourquoi en auroit - on douté , dès qu'on étoit affez
imbecille pour croire que les fleuves & les montagnes enfantoient ) il
ne doit point du tout paroitre furprenant que des gens fi fottement crédules, en voyant de loin dans les bois 7 à travers les brouiffailles, des.
chevres fauvages brouter la cime de quelques arbriffeaux ) ne les ayent
prifes pour des Satyres 2 & quoique cette efpece de demi-Dieux ne.
paffe pas pour malfaifante, que la frayeur ne leur ait fait pouffer des
cris 5 qu'à ce bruit ces chevres étonnécs, n'ayent dreffé la tête pour
examiner , & que dans cette attitude elles n'ayent fait voir diftinétement leurs cornes 1 leur poil & peut-être leurs pieds. En voilà plus
qu'il n'en faut pour publier l'apparition du Dieu Pan ou de quelque
Satyre de fa race. L'épouvante & la vanité ajouterent des circonftances
particulieres au récit qu'on en fit, & l'effet d'une terreur panique ( can
ces fortes d'apparitions ont confacré ce terme) fervit de matiere aux.
Philofophes pour interpréter les propriétés d'un être de raifon. Ce qui
me confirme dans cette idéc 3- eft le furnom d'Incubes qu'on a donné
aux Satyres * à caufe de leur inclination lafcive, & de leur convoitife
pour les femmes. Or le bouc paffe pourle fymbole de la lafciveté 3 d'ois
je concluds que les Satyres ne font autre chofe. Car avec le penchant
qu'on leur attribuoit pour fe perpétuer la vie frugale qu'ils menoient 2
& les honneurs. qu'on leur rendoit, il étoit du dernier ridicule. d'en
fuppofer le nombre fi petit T qu'à peine dans le courant d'un fiécle OIL
en voyoit un; encore aucun Hiftorien d'une certaine reputation * n'en
fait mention pour avoir vu, mais toujours par des eui dlire.
Saint Jerôme qui fait entendre en plus d'un endroit que les, Satyres:
font des monfres réels en donne pour prenve qu'on en avoit vu un ers
vie dans Alexandrie. Remarquez quil ajoute qu'il y a cent ans que cet
évenement eft arrive ; car pour celui que l'on fuppofe que Saint Anzoine rencontra dans le défert, & à qui il fit plulieurs demandes; ; les
reponfes qu'on lui. fait faire, démontrent précifémentle contraire. Sains
Antoine Tinterroge, & il repond > Je vis dans le défert éloigné de la
fociété des hommes. Si ç'eut. été un Satyre, comment auroit-il pu coir
quil ajoute qu'il y a cent ans que cet
évenement eft arrive ; car pour celui que l'on fuppofe que Saint Anzoine rencontra dans le défert, & à qui il fit plulieurs demandes; ; les
reponfes qu'on lui. fait faire, démontrent précifémentle contraire. Sains
Antoine Tinterroge, & il repond > Je vis dans le défert éloigné de la
fociété des hommes. Si ç'eut. été un Satyre, comment auroit-il pu coir --- Page 198 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. prandre le langage du Saint , & lui repondre dans la même langue :.
Et s'il n'avoit pas été un homme pénitent 3, qui pénétré des vertus
qu'avoit pratiquées Saint Jean-Baptifte qu'il avoit choifi pour le modéle
de la vie qu'il vouloit mener 1 auroit-il ajouté qu'il vivoit dans le défert éloigné du commerce. des hommes. Baronius qui fentoit cette difficulté, crut en: donner la folution, , en renverfant l'ordre de la nature par un miracle aufli éclatant que celui qui ouvrit la bouche de
l'aneffe de Balaam, & la fit parler avec le Prophête. Mais quel feroit
le terme de ce miracle ? Un menfonge ridicule. Le monftre auroit
confulté le ferviteur de Dieu: >- pour s'animer dans l'efpérance des
biens éternels & coufirmer les fidéles dans la véritable Religion. Ne
vaut-il pas inieux fnivré notre explication qui eft aufli naturelle que
véritable? Jc nc nie. pas que l'affemblage de quelques efpéces différentes 3 ne puifle produire des monftres', & que la corruption de T'homme ne fe foit manifeftée par les déréglemens lcs plus abominables.
Heureufement pour l'humanité , que les fruits de ces monftrueufes alliances ne font que paroitre 1 & périffent fans pouvoir fe perpétuer.
La Providence eft admirable dans fes opérations & dans la confervation des créatures dont elle a rempli & orné l'Univers, & qui fubfifteront jufqu'à la confommation des fiécles 3 chacune fuivant fon
efpéce. Marje TEgyptienne auroit pu paffer pour un Satyre , fi quelque
crédule Payen l'avoit rencontrée dans les bois. Combien lHiftoire ne
rapporte-t elle pas d'exemples, I & nons en avons de très- recens )
de gens, qui égarés ou abandonnés dans les forêts défertes, ont réfifté à tous les dangers qui menaçoient leur vie, , & fe font accoutumés à
vivre de la nourriture des plus vils animanx 3 Leur corps s'eft couvert
de poils, les trais du vifage fe font effacés par lcs fatigues & la rigueur des faifons. Quelques-uns ont oublié leur propre langage, à force
de garder le filence, & d'autres font devenus tout-à-fait fauvages. Si
quelque devot au Dieu Pan, eut vu courir un de fes hommes dans
les bois, il auroit juré fur fa vie qu'il avoit vu de fes propres yeux
le grand Pan. Son imaginaticn effrayée lui auroit fait appercevoir les
cornes & les pieds de chevre dont on ne manque pas de l'orner. Les anciennes fables que rapportent Plutarque & Diodore de Sicile, bien loin
de prouver l'exiftence des Satyres, en détruifent la croyance. Effeétivement , fi cette race s'étoit multipliée dans les forêts . pourquoi aucun de ces Hiftoriens n'a pH, pendant le cours de fa vie, en voir un
par lui-même, & qu'ils n'en parlent que fuivant le préjugé du vulgairc? font
Nos enfans font perfuadés qu'il y a des ogres , & nos payfans des courfes
tranfis de peur au fimple récit des efpiegleries des lutins , de ville
des lougarous & des affemblées du fabat. Il n'y a point
qui fe
habitant d'une imagination affez folle pour
ne nourriffe quelque
intime avec les efprits infernaux, &
perfuader qu'il a un commerce
qui
parlent que fuivant le préjugé du vulgairc? font
Nos enfans font perfuadés qu'il y a des ogres , & nos payfans des courfes
tranfis de peur au fimple récit des efpiegleries des lutins , de ville
des lougarous & des affemblées du fabat. Il n'y a point
qui fe
habitant d'une imagination affez folle pour
ne nourriffe quelque
intime avec les efprits infernaux, &
perfuader qu'il a un commerce
qui --- Page 199 ---
PAR M ARSEILLE
qui ne publie Ies particularités les plus circonflanciées des conférences GUINÉE.
qu'il a avec eux. Le monde eft rempli de relations de pareilles extravagances, & n'exifta-t-il que le gros volume de Delrio, la poftérité
lira avec étonnement T'hiftoire incroyable de nos reveries. Ce que je
veux conclurre de tout ceci, n'eft pas difficile à deviner. Peu de perfonnes fe font vantées d'avoir vu des Satires, & aucun de ceux qui
difent en avoir vû, ne nous l'a certifié lui-même, tandis qu'un nombre
prodigieux de cervelles mal timbrées, nous affurent avoir affifté au
fabat, & nous font la defcription de ces affemblées chimeriques d'une
maniere fi naive & fi affirmative. qu'on feroit tenté de les croire,
fi l'abfurde fauffeté n'en étoit démontrée; or, nous nc penfons pas
que la multiplicité des témoignages en faveur de l'exiftence des lougarous,
du fabat, &c. puiffe raifonnablement nous déterminer à y ajouter foi.
Pourquoi donc croirions-nous l'apparition des fatyres, puifque les motifs
de crédibilité font encore plus foibles & moins coucluans ? Laiffons donc
la grofliere antiquité payenne fe former des monftres pour en faire des
Dieux, ou la fuperftition judaique inaginer ridiculement que Dicu, en
formant des créatures humaines, fut furpris, avant d'avoir fini l'ouvrage,
par le jour du Sabbat & les laiffa imparfaites ; d'où font venus les fazires & les faunes, &c. impertinence impie 1 qui ne peut fortir que du
cerveau creux d'un Rabin, & fi méprifable que ce feroit en faire trop
de cas que d'en relever l'abfurdité. Je reviens aux montagues d'Angola
fur lefquelles nous avons laiffé des fatires 1 dont il faut faire une courte
defcription. Ces animaux vivent dans les forêts & fe produifent rarement dans les lieux habités. Les Portugais les nomment falvages (fauvages).
Ils ont la tête plus groffe que celle de Thomme, le vilage de figure
humaine, 1 avec le nez applati & retrouffé. Le corps a toutes les proportions du notre 1 fi ce n'eft que les pieds & les mains reffemblent à ceux
du finge. Ils marchent debout fans pourtant perdre Thabitude de courir
à quatre pates. Le mâle & la femelle ont le dos couvert de poils noirs
& le devant nud, c'eft-à-dire 3 qu'ils n'ont qu'une peau rude de couleur
bazanée. Le ventre de la femelle ne differe pas de celui d'une femme
ayant les mamelles placées de la même maniere, & alaitant fes petits
comme fout nos nourrices. Leur force & leur agilité font remarquables.
On rapporte qu'un feul de ces falvages, peut fe défendre contre fix
noirs, & fe reconnoilfant plus foible il évite leur pourfuite par
une fuite TT prompte, que le levrier le plus délié ne pourroit pas le
joindre. On dit auffi que les mâles font paflionnés pour les femmes >
& qu'il eft bien difficile qu'elles échappent à leurs pourfuites & à leurs
importunités, fi elles ne font fecourues à tems. Voila quels font les
animaux qu'il plait à nos voyageurs d'appeller fatires, & que les Portugais regardent comme des hommes fauvages, devenus enticrement farouches l'habitude qu'ils ont contraétée de vivre dans des déferts,
remplis & bêtes feroces. L'exiftence de ces animaux n'eft pas douteufe;
Tom. II.
Z.
'elles échappent à leurs pourfuites & à leurs
importunités, fi elles ne font fecourues à tems. Voila quels font les
animaux qu'il plait à nos voyageurs d'appeller fatires, & que les Portugais regardent comme des hommes fauvages, devenus enticrement farouches l'habitude qu'ils ont contraétée de vivre dans des déferts,
remplis & bêtes feroces. L'exiftence de ces animaux n'eft pas douteufe;
Tom. II.
Z. --- Page 200 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE, ils ne font point Teffet d'une imagination déréglée. On nous en apporte
quelquefois ( en Europe ) du moins des jeunes; car pour les grands
outre qu'il eft difficile d'en prendre 3 le dépit & la rage de fe voir
vaincus ne les laiffent pas vivre long-tems. On en a élevé une jeune femelle en > Hollande. Elle mangeoit, agifloit & dormoit dans un lit comme un petit enfant ; inais jamais on ne pût lui faire prononcer une fillabe
articulée, ni décider fi elle concevoit ce qu'on lui diloit. Elle mourut d'ennui. Il eft étonnant que nos Voyageurs qui paroiffent mieux inftruits
qu'on ne l'étoit autrefois fur les caufes naturelles de plufieurs évenemens 7 qu'une ancienne ignorance attribuoit toujours aux caprices de
quelque divinité imaginaire, n'ayent pas vu que leurs prétendus. Satyres
font une efpéce de finges qui n'eft point particuliere aux montagues
d'Angola. Il eft vrai que la différence des climats & de la nourriture 7
ou la néceffité de fe défendre contre la voracité d'autres animaux carnaciers 7 peuvent caufer quelques legers changemens dans leur poil 7
leur couleur & leur forme extérieure 7 & les rendre plus robuftes &
plus agiles. L'expérience de tous les tems, nous fait obferver la même
chofe à l'égard des hommes. Un Montagnard différe par l'air & quelquefois par la figure 2 des habitans des plaines. Il ne doit donc pas
paroitre fi extraordinaire de remarquer certaines différences entre les
animaux d'une mêmc efpéce qui habitent dans différens climats. La
configuration de nos nouveaux Satyres, n'eft point relative à celle des
anciens. Ces derniers étoient moitié chevres x depuis la ceinture en bas,
avec des cornes à la tête; ils paffoient pour avoir l'ufage de la parole; & les prémiers, en les examinant dans toutes leurs parties ne
font que des finges 7 que l'eloignement nous a repréfentés comme des
monftres nouvellement découverts. Il me refte à faire connoitre les Sirenes
qui n'ont d'exiftence que dans le privilége que s'attribuent les Voyageurs
dans des pays lointains > de raconter des chimeres merveilleufes.
SIRENE S.
Les mêmes Voyageurs rapportent que parmi les monftres qu'on
trouve dans le fleuve Quanfa, & dans les vaftes lacs de Quihaite &
d'Angolone les plus dignes de curiofité font les Sirenes. Perfonne n'ignore les fables que nos Poëtes ont débitées fur ces monftres imaginaires, qu'ils nous ont repréfentés tantôt moitié oifeaux ou moitié femmes, & l'autre moitié poiffons ayant depuis la ceinture en bas une
double
rendre la
plus merqueue de Dauphin 3. quelquefois
pour
figure
veilleufe & tout le refte du corps, depuis la ceinture en haut, comme un oifeau ou de forme humaine, avec toutes les graces qu'on peut
imaginer dans une femme aimable. Pour rendre le portrait plus achevé,
on leur attribuoit une voix mélodieufe plus puiffante qne la Lire d'Or-
moitié femmes, & l'autre moitié poiffons ayant depuis la ceinture en bas une
double
rendre la
plus merqueue de Dauphin 3. quelquefois
pour
figure
veilleufe & tout le refte du corps, depuis la ceinture en haut, comme un oifeau ou de forme humaine, avec toutes les graces qu'on peut
imaginer dans une femme aimable. Pour rendre le portrait plus achevé,
on leur attribuoit une voix mélodieufe plus puiffante qne la Lire d'Or- --- Page 201 ---
PAR MARSEILLE
phée ; pour charmer tous ceux qui étoient à portée de l'entendre. GUINÉE.
Nos petits enfans connoiffent la rufe qu'employa Ulifle, pour fe garantir avec fon équipage de leurs voix enchantereffes; car on étoit perfuadé
par un charme inféparable de leurs chanfons, on étoit contraint de les aller trouver 7 comme la bellete eft néceffitée à la vue du
crapaud de s'aller jetter dans fa bouche. On avoit publié que la mer
de Sicile nourriffoit cette efpéce de monftres qui en réduifant les
chofes à leur jufte valeur, n'étoient que des Courtifanes, qui par les
charmes de leur beauté & leurs chanfons lubriques 3 retenoient dans Ics
chaînes d'une volupté grofliere les imprudens qui ne fçavoient pas éviter leurs piéges. Sirene eft un mot Phénicien 3 qui fignific chanteufe.
C'eft à Pilluftre Bochart que nous devons cette découverte. Homere
ayant entendu parler de ces Courtifanes de Sicile, & de la vie débauchée qu'elles menoient 7 crut, en inventant cette fable 1 donner à fes
compatriotes une leçon fuffifante pour leur infpirer Thorreur que tout
honnête homme doit concevoir -pour ces peftes publiques. Les Poëtcs
qui font venus après lui, ont ajouté de nouvelles couleurs 8 de nouveaux traits à la peinture qu'il nous avoit fait de ces monftres. Puiffe
quelque digne fucceffeur d'Homere, décrire & perfuader à mes Concitoyens les malheurs qui font une fuite néceffaire de cette efpéce de
avoir
de la
mais endébauche, 3 qui femble
paffé nou-feulement
Sicile,
core de toutes les Provinces du Royaume, dans cette floriflante Ville,
pour obfeurcir fon luftre par un luxe déplacé énerver & corrompre
notre jeuneffe. Je retourne vers le fleuve Quanfa 1 pour examiner fi les
Sirenes qu'on y trouve méritent ce nom. Ce font des animaux d'environ douze pans de long far cin de largeur 5 deforte que la circonférence du corps dans toute fa groffeur, peut avoir treize pans, parce que
l'épaiffeur n'eft pas d'une égale largeur. La
eft brune & le corps
fe termine en queue de Marfouin. La tête la partie la plus remarquable. Elle eft oblongue, ayant le front élevé 7 le nez écrafé, la bouche grande, fans menton, les yeux ovales & point d'oreilles. Du devant de l'eftomac il en fort deux pates en forme de bras très-courts 7
comme ceux de nos lezards, dont l'extrémité a la figure d'une main,
avec, des doigts longs, qui fervent de nageoires. Nos Voyageurs ne difent point fi ces animaux font ovipares ou vivipares. Cette obfervation
n'auroit pas dû pourtant leur échaper. Ils fe contentent d'ajouter, qu'ils
font peureux & fuyent tous les lieux quc les hommes fréquentent; ce
qui fait qu'il eft difficile d'en prendre. La chair eft fort recherchée 5 on
trouve qu'elle a le goit du pourçeau, > & que par cette raifon on leur tend
toute forte de piéges. Ils fe tiennent éloignés du rivage pendant le jour, &
s'ils'en approchent, ce n'eft que de nuit. Pour en prendre quelqu'un, il faut
ufer de rufe, & fi on parvient à les faire donner dans le paneau, on accourt
tout de fuite, on les perce à coup S de dard ou à coups de fufil ; car
on n'ofe pas les approcher qu'ils ne foient morts. Dès qu'ils fe fentent
Zij
toute forte de piéges. Ils fe tiennent éloignés du rivage pendant le jour, &
s'ils'en approchent, ce n'eft que de nuit. Pour en prendre quelqu'un, il faut
ufer de rufe, & fi on parvient à les faire donner dans le paneau, on accourt
tout de fuite, on les perce à coup S de dard ou à coups de fufil ; car
on n'ofe pas les approcher qu'ils ne foient morts. Dès qu'ils fe fentent
Zij --- Page 202 ---
C OMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. pris ou percés, ils pouffent des cris perçans, un peu reffemblans à la
voix humaine, mais fans articulation. Je ne difputerai point à nos Voyageurs le nom de Sirene qu'ils ont donné à cette efpéce de poiffons,
pourvi qu'ils conviennent qu'ils n'entendent point par cette dénomination nous faire penfer que ce font les monftres que l'imagination d'Homere a créés fur les côtes de Sicile. Quelle différence ! Ces derniers
avoient un corps élégant & paitri de charmes & une voix enchantereffe
qui raviffoit les paflans ; & les prémiers font des poiffons affez communs (à peu de différence près ) dans les fleuves & les mers d'Afrique. Cent relations de l'appartion d'hommes marins étonnent plus
qu'elles n'inftruifent. Si cependant les faits étoient difcutés avec. un fincere amour de la vérité, il y auroit bien des corrections à faire, &
le nombre de toutes ces hiftoires furprenantes 7 feroit reduit à fa
jufte valeur. Je ne doute pas que ces monftres marins 9 examinés avec
des yeux clairvoyans & défintéreffés, ne fuffent bien différens d'eux-mêmes 3 que les fept Tritons & les neufs Sirenes 9 que le Pere Henri
Henriquez, dit avoir và dans la mer des Indes pris dans un coup de filet,
ne fuffent que de jeunes lamentins ou quelques autres poiffons d'une
forme approchante. Sans doute que fi notre climat leur convenoit autant que celui oit la Providence les a placés, nous ne tarderions pas à
en voir arriver par bandes 3 & comme nos yeux ne font pas accoutumés à voir des chimeres, nous ne verrions que les animaux qui fe
prélenteroient à notre vue, tels qu'ils feroient réellement. La conclufion que je tire de ce raifonnement ( peut-être troplong) I eft que Thiftoire de nos Sirenes n'a d'autre fondement que l'imagination des Poëtes y
qui ont voulu inftruire les hommes en les amufant, & que les Sirenes
du fleuve Quanfa, n'ont que le nom de Sirenes que des François leur
ont donné trop légerement: Je m'apperçois que j'aurois dû être plus.
court; en effet qu'importe au commerce qu'il y ait des Satyres & des
Sirenes 2 Ce ne fera jamais un objet de fpéculation pour nos Négocians. Je l'avoue; mais connoiffant Jeur curiofité pour tout ce qui appartient à l'hiftoire natnrelle, 3 je me fuis imaginé que cet petit écart, ne
leur déplairoit pas. Pour ceux qui défireront en fçavoir d'avantage,je
les renvoye au Théâtre critique du Pere Feijoo, Bénédiétin, Tome VI;
&à la Traduétion qu'en a faite Mr. Cheri, inferée dans le Mercure
de France mois de Décembre 1761, pag. 92. fous ce titrè: Sur les Satyres , les. Iritons & les Nereides.. Ils liront auffi avec fatisfaction les:
ingénieufes lettres que le public connoit fous le titre de Caprices d'i
magination. Le Perc Feijoo 9 Efpagnol 3 mérite d'occuper une place dans
nos Bibliothéques. C'eft Taffaire de nos Théologiens de fe concilier
avec lui, & de le redreffer ). s'ils ne jugent pas à propos de penfer
coinme cet Ecrivain.
res , les. Iritons & les Nereides.. Ils liront auffi avec fatisfaction les:
ingénieufes lettres que le public connoit fous le titre de Caprices d'i
magination. Le Perc Feijoo 9 Efpagnol 3 mérite d'occuper une place dans
nos Bibliothéques. C'eft Taffaire de nos Théologiens de fe concilier
avec lui, & de le redreffer ). s'ils ne jugent pas à propos de penfer
coinme cet Ecrivain. --- Page 203 ---
PAR MARSEILLE
GUINÉE:
BENGUELE
le nombre de Royaumes dont ils font
Les Portugais, pour groffir
n'eft
Promaitres, ont donné ce nom à Benguele 1 qui
qu'une petite
vince dépendante du Royaume d'Angola. Les macurs des habitans font
les mêmes. Je ne ferai que deux remarques. La premicre, que le voifinage de la Nation des Yagas * en empêche la population parles courics
continuelles que ces cruels voilins ne ceffent de faire dans le pays 7 pour
dévafter les campagnes & en enlever les habitans & les animaux. Ils
y ne vivent & ne s'enrichiffent que par leurs brigandages. La feconde, que
le défaut de culture des terres, joint à la fituation du pays, le rend
mal fain & fi défert, que le Portugal ne faifoit fervir la petite ville de
Benguele ou de St. Philippe, avant que les Hollandois s'en emparaffent,
recevoir les
d'Etat. D'ou on doit inferer combien
que cette pour côte eft peu favorable prifonniers au Commercc. Auffi je n'en dis plus rien.
CAFRERIE.
Les relations que nous avons de ce vafte pays, dont Ies côtes ont
plus de I200 lieues, & qui renferme plufieurs grands Royaumes, inf
pirent encore plus d'horreur que de compaflion pour ces miférables
peuples, dont le nom en arabe fignifie fans Religion. C'eft ici le tableau de T'efpéce humaine corrompue & avilie autant que la plus vive
imagination puiffe la repréfenter. Tous les crimes femblent s'être réunis
pour faire un corps de méchanceté, 1 d'extravagances & d'impiété 9 8c
démontrer à tout TUnivers combien la prévarication du prémier homme
a été énorme, par les effets funeftes qui en font la fiuite- Les côtes
de la mer, en ailant au Cap de Bonue-lifpérance , font bordées de
rochers efcarpés & impraticables, à l'exception de quelques anfes où
les Hollandois ont de bien médiocres établiffemens. Ils ont un Fort
près la Baye de la table, & celui d'Hellenboek un peu avant dans' les
terres. Les habitans de ces côtes font noirs & en très-petit nombre à
caufe de la férilité du terrein, & ce qui fait frémir Thumanité par la
barbarie de ces malheureux peuples qui fe pourfaivent fans relache lea
uns les autres, pour fe dévorer impitoyablement. J'ai dit que les habitans étoient noirs ) pour les diftinguer des autres Cafres qui font établis fur l'ocean, , après avoir doublé le Cap de Bonne-Efpérance, dont
la couleur tient le milieu entre le bazané & le noir, & dont les moeurs
font bien différentes. Nous en avions une opinion > bien peu conforme
à la vérité, avant que Mr. T'Abbé de: la Caille, ce fçavant auffi modefte
que judicieux, nous eut fait connoitre la police & les coutuines de ces
noirs ) pour les diftinguer des autres Cafres qui font établis fur l'ocean, , après avoir doublé le Cap de Bonne-Efpérance, dont
la couleur tient le milieu entre le bazané & le noir, & dont les moeurs
font bien différentes. Nous en avions une opinion > bien peu conforme
à la vérité, avant que Mr. T'Abbé de: la Caille, ce fçavant auffi modefte
que judicieux, nous eut fait connoitre la police & les coutuines de ces --- Page 204 ---
IS2
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
OUISÉE. derniers, fur lefquelles il y auroit bien des chofes curieufes à rapporter;
ainfi que fur quelques branches de Commerce que les Portugais font
& qui eft fufeeptible d'un grand accroilfement. Mais mon plan % travail m'interdit ces recherches,, quelques utiles & quelques amufantes
qn'elles puiffent être. Nos Capitaines doivent éviter les côtes de la Cafrerie que baigne la mer de Guinée, non-feulement parce qu'elles font
dangereufes, mais encore à caufe de l'inutilité qu'il y auroit à les fréquenter. Les équipages rifqueroient beaucoup des s'avancer dans les terres,
& les échanges qu'ils pourroient faire ne les dédommageroient jamais
de la perte du tems qu'il faudroit y employer. Laiffons donc aux voyageurs curieux la gloire de vaincre tant d'obftacles pour s'iuftruire des
coutumes de ces Nations fauvages, afin d'avoir le plaifir de nous en
donner des relations qui leur paroitront à eux-mémes incroyables tant
les faits qu'elles contiendront feront abfurdes, & oppofés à la raifon.
Je ne trouve
la patience, que ces hommes plus cruels que les Lions
font obligés Tdor 7 pour élever ces animaux feroces & les dreffer à
leur fervir de garde, qui foit digne de remarque. Ils s'en font accompagner, les menent à la guerre & s'en fervent avantageufement à peu
près comme nous faifons de nos chiens. Foible refte de la fispériorité
des defcendans d'Adam far lcs animaux les plus fauvages, 3 qui malgré
leur ferociré, devrojent les faire rentrer en eux-mémes & leur rappeller la dignité de leur origine. IIs devroient mourir de honte en voyant
lesilions relpectent les lions 2 & qu'ils préfereroient plutôt de périr
T faim, que de fe nourrir de leurs femblables. L'homme feul, doué
de la raifon, fera-t-il plus cruel & plus infenfible que les bétes brutes 3
& fon empire fur elles ne lui fervira-t-il que pour être plus barbare
& plus déraifounable 2 Concevons combien la chite de notre premier
pere a été énorme, par les fuites affreufes qu'elle caufe.
CAP DE BONNE-ESPERANCE
Voici le terme que je me fuis propofé dans la courte nôtion que je
venx donner des mceurs des habitans des côtes de Guinée. Il me tarde
de finir pour parler de quelque chofe de plus fatisfaifant & de plus
conforme à ma façon de penfer. On a déja vu que les Portugais découvrirent en 1487 ce fameux promontoire de T'Afrique, qu'ils nommerent. le Cap des Tourmens, qui reçut enfuite le nom de lion de la mer,
& qu'Emmanuel appella Cap de Bonne-Efperance, parce qu'en le doublaut on va en droiture aux Indes. Les Hollandois y ont bâti IIn Fort
qui leur fert paur mettre à contribution tous ceux qui font obligés d'emprunter ce pallage. lls y ont fait plufieurs établiflemens aux enyirons
d'oi ils fe répandent dans le pays pour commercer avec les naturels
qu'ils out un peu aprivoifes, & qui peuvent leur fournir quantité de
de la mer,
& qu'Emmanuel appella Cap de Bonne-Efperance, parce qu'en le doublaut on va en droiture aux Indes. Les Hollandois y ont bâti IIn Fort
qui leur fert paur mettre à contribution tous ceux qui font obligés d'emprunter ce pallage. lls y ont fait plufieurs établiflemens aux enyirons
d'oi ils fe répandent dans le pays pour commercer avec les naturels
qu'ils out un peu aprivoifes, & qui peuvent leur fournir quantité de --- Page 205 ---
PAR M ARSEILLE.
18;
belles peaux de toutes fortes d'animaus fauvages, dont les montagnes GUINÉE,
font remplies, des dents d'élephant & de la poudre d'or. On remarque
que la plupart des Nations qui habitent les environs du Cap, font les
unes blanches & les autres noires; mais que le noir leur plait d'avantage,
&
pour corriger la défeétuofité qu'on trouve dans la blancheur,
on 2 fert d'onguents & d'huiles qui reparent bientôt cette imperfection. Nous trouvons cet ufage ridicule, & nous le blamons avec jufte
raifon, fi la couleur blanche doit être préferée à la noire 1 comme je
le penfe. Mais on ne difpute pas des goûts, & puifque la couleur noire
plait G fort à tous ces peuples, nous n'avons pas plus de droit de le
trouver mauvais, qu'eux n'en ont de plaifanter fur notre couleur.J'avouc
même qu'ils font moins ridicules que nous , lorfque nous nous barbouillons de blanc & de rouge, & qu'une Songuas (hottentote ) en voyant
les vifages plâtrés de nos Commedienes (je voudrois bien ne pas dire
nos femmes 3 & même nos hommes ) doit rire de bon coeur. Quoi,
diroit-elle , la couleur de ces gens-là doit être bien choquante 7 puifqu'ils
prennent tant de foin d'en effacer le naturel. Pour nous 3 nous fommes
noires, & nous fuivons l'imprefion de la nature en reparant les défauts
qu'une fi belle couleur peut avoir pour paroître plus aimables & charmer nos maris, qui nous font d'autant plus attachés que nous fommes
plus noires. On connoit un fort petit nombre de ces Nations. Les plus
voifines du Cap, font moins fauvages que ces malheureux Cafres dont
je viens de parler. (Si je ne craignois de choquer mes compatriotes
j'ajouterois qu'elles ont des ufages qui condamnent la plupart de nos
actions.) Les hommes y font mieux faits & les vertus d'humanité &
d'hopnéteré, fi elles ne brillent pas dans toute leur intégrité, laiffent
du moins entrevoir à travers les nuages des paflions déreglées qui les
obfeurcilfent, qu'elles ne font pas entierement effacées de leur coeur.
C'eft avec bien du plaifir que je leur rends ce témoignage , & que je
rapporte à notre confufion que l'adultere, le meurtre & le larcin fait
avec violence , y font punis de mort. Leur raifon toute foible qu'elle
eft, leur fait comprendre que la focieré ne fçauroit fe maintenir que
fous la proteéion de ces loix. La nudité leur paroit honteufe, dès qu'on
peut fe procurer des vêtemens. Les leurs confiftent principalement en
peaux de montcns 1 de leopards, de tigres, de lions, de chevreaux,
& d'ânes fauvages 8c. Ces dernieres font de toute beauté par la varieté de leurs couleurs. La nation la plus connuc & la plus fréquentéc
des Hollandois, eft celle des Songuas 1 que nous appellons Hottentots.
Ils font braves , agiles, hardis, robuftes & bien faits. Les exercices de la
guerre foot leur unique occupation. Ils en font fi pailionnés, qu'ils traitent avec lcs Nations voilines pour s'obliger à les défendre. Ce font les
Suiffes de l'Afrique. Ceux de I'Europe, fe battent pour de F'argent. La
gloire fuffit à ceux-ci. Je dois dire à leur louange qu'ils font préveuans,
doux & bons amis; mais vindicatifs quant ils fc croyent olienies, &
& bien faits. Les exercices de la
guerre foot leur unique occupation. Ils en font fi pailionnés, qu'ils traitent avec lcs Nations voilines pour s'obliger à les défendre. Ce font les
Suiffes de l'Afrique. Ceux de I'Europe, fe battent pour de F'argent. La
gloire fuffit à ceux-ci. Je dois dire à leur louange qu'ils font préveuans,
doux & bons amis; mais vindicatifs quant ils fc croyent olienies, & --- Page 206 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. inexorables quand ils s'imaginent qu'on veut changer leurs coutumes
qu'ils regardent comme la bafe de toute juftice. Les troupeaux font leur
principale richeffe, & ces troupeaux appartiennent au public. On les
garde à tour de rôle , & la diftribution pour l'ufage en eft faitc fi
équitablement, qu'elle prévient toutes plaintes. Leurs guerres font implacables & ne fe terminent que par la deftruétion entiere de l'ennemi.
Les honneurs & les diftinétions appartiennent à ceux qui, dans la garde
des troupeaux ont combattu ou tué un plus grand nombre de bêtes
féroces. Le feul bien public les rend recommandables. Les femmes y
fout fages 1 modeftes laborieufes & attachées à leurs maris. Ces derniers font affurés de leur fidélité, & vivent fans inquiétude à cet égard;
elles ne fc parent que pour eux, & ne négligent rien de ce qui peut
embellir & relever leurs charmes. Qu'on ne s'imagine pas que les précieufes étoffes de nos manufactures font employées à cet effet. Leur
méthode eft plus fimple & plus conforme à leurs moeurs. J'ai déja dit
que les troupeaux faifoient leur principale richeffe, & la chaffe la plus
importante de leurs occupations ; c'eft aufli dans quelques colliers de
perles & dans les peaux de moutons & des animaux fauvages, 3 qu'elles
trouvent toute leur parure. Elles préparent ces peaux avec la laine &
le poil qu'elles laiffent tenir. , & les placent fi à propos que leurs corps
en acquiert de nouvelles graces. E.lles s'oignent avec la graiffe de mouton dans les eudroits que T'ufage veut qu'on laiffe découverts 3 cc qui
rend le noir plus beau & luifant 3 comme un vernis de Martin.
Jc nc doute pas que plufieurs de mes Leéteurs ne faffent des éclats de
rire fur cette finguliere parure. Quoi fc graiffer le corps & lc couvrir
de peaux de moutons 1 oh la jolie mafcarade ! Ceux qui ont voyagé
dans ce pays, ne penfent pas ainfi, 8 je m'imagine que gens qui ont
và, font plus en état de décider que ceux qui ne parlent que par préjugé. Après tout les peaux des animaux ne font point un ornement fi
ridicule. Les Turcs foutiendroient le contraire. Nos Dames en ornent
leurs manteaux, , en portent au col, & nos Eccléfiaftiques s'en pareut
comme d'une marque de dignité qu'ils ne quittent pas même au pied
de nos Autels.
Le climat quoiqu'au 35e. degré de latitude y eft temperé, & le pays
produit abondamment le bled & les légumes d'Europe. La vigne &
nos arbres fruitiers y viennent fort bien ; mais les habitans méprifent
fi fort le travail qu'ils ne s'appliquent à la culture d'aucune de ces
denrées. Ils ne vivent que du lait, de la chair de leurs troupeaux, &
de la chaffe qui eft le métier de tous ceux qui ont affez de force pour
manier les armes qui ne font que la zazaye, l'arc & les fleches. Les
femmes & les enfans, mangent par délices une racine qui eft commune, & qui a le goût de noifette; c'eft le pain du pays. A l'égard du
poiffon, il ne fe donnent pas la peine de le pécher ; ils fe contentent
de ramaffer celui que les vagucs jettent fur le rivage 3 tant la mer eft
poiffonneufe.
affez de force pour
manier les armes qui ne font que la zazaye, l'arc & les fleches. Les
femmes & les enfans, mangent par délices une racine qui eft commune, & qui a le goût de noifette; c'eft le pain du pays. A l'égard du
poiffon, il ne fe donnent pas la peine de le pécher ; ils fe contentent
de ramaffer celui que les vagucs jettent fur le rivage 3 tant la mer eft
poiffonneufe. --- Page 207 ---
P AR MARSEILLE
poifionneufe. Qui croiroit que les Hottentots, dont les ufages font fi GUINÉE.
groilers, ) & dont l'induftric cft fi bornéc qu'à peine ils peuvent fatisfaire tres-imparfaitement aux prémieres néceflités de la vic, regardaffent
les Européens comme de vils Efclaves, dignes de toute leur compaffion. Il faut, difent-ils publiquement, , qu'ils foient bien miférables, &
que la terre qu'ils habitent foit bien ingrate pour être reduits à traverfer un fi grand efpace de mer 1 affronter les tempêtes & rifquer
leur vie 1 pour aller cultiver quelques portions de terre dans des régions
éloignées, pour acheter des peaux & des dents d'élephans qu'ils devroient fe procurer par le plaifir de la chaffe , s'ils étoicnt courageux
& laborieux. Ce raifonnement, tout ridicule qu'il nous paroit 2 renferme cependant quelque chofe de vrai; car il eft certain que finos befoins ne
s'étoient multipliés prefque à Tinfini, combien de marchandiles que
nous tirons du bout du monde, nous feroient inutiles. Laiffons le monde
comme il eft 3 ce n'eft point à nous à le reformer. Le peu que je
viens de dire des moeurs des habitans du Cap de Bonne-Efpérance > n'a
point un rapport direêt à notre commerce de Guinée ; mais quand il
y auroit quelque rapport, les Hollandois ne permettroient pas à d'autres Européens, de partager ayec eux Ic fruit de leurs établiffemens
fur cette côte. C'eft la curiofité de mes Leéteurs que j'ai voulu contenter, & je crois en avoir dit affez.
J'ai promis de faire quelques obfervations 3 fiur l'efclavage des Noirs
& fur leur couleur 5 deux queftions difficiles à réfoudre 1 dont onl ne ceffe
de parler & que je n'ai point la témérité de décider. Je ne ferai que
la Tonétion d'Hiftorien. en abregeant le plus qu'il mc fera pofible ce
que divers célébres Auteurs en ont penfé. C'eft à mes Leéteurs à faire
ufage de leur jugement > quc je ne veux point prevenir.
Tom. 11.
A: 2
& fur leur couleur 5 deux queftions difficiles à réfoudre 1 dont onl ne ceffe
de parler & que je n'ai point la témérité de décider. Je ne ferai que
la Tonétion d'Hiftorien. en abregeant le plus qu'il mc fera pofible ce
que divers célébres Auteurs en ont penfé. C'eft à mes Leéteurs à faire
ufage de leur jugement > quc je ne veux point prevenir.
Tom. 11.
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GUINÉE.
delejelavags.
DE LESCLAVAGE,
A 'Auteur de l'effai politique fur le commerce, 3 raifonne
ainfi : l'ufage dos Efclaves eft autorifé dans nos Colonies;
L
donc il n'eft point contre la Religion & contre la Morale
d'avoir des Efclaves. I1 nous fait beaucoup d'honneur : mais
A KA ce raifonnement n'éclaircit pas beaucoup la queftion : car
on pourroit lui répondre la Religion & la morale condamnent l'ufage
d'avoir des Efclaves; donc il n'eft pas permis d'en avoir dans nos Colonies. Il faut remonter plus haut, & fuivre, pour ainfi dire, d'age
en age l'hiftoire de l'efclavage, pour en avoir une notion capable de
déterminer notre jugement pour ou contre. L'illuftre Montefquieu traite
de cette matiere dans le fecond tome de l'Efprit des Loix. Son jugement eft d'un grand poids 5 mais quelque forte que foit l'exprellion
de fon pinçeau philofophique 5 je tiendrai ma parole 1 & je ne ferai qu'Hif
torien. Les plus grands Philofophes de T'antiquité fe font égarés dans Ieurs
longues & infruétueufes recherches fur les prérogatives de T'humanité,
& fur les droits attachés à la nature de l'homme 2 qui en font comme:
l'appanage & qui en conftituent fon être, dont ils paroiffent inféparables. Is ont établi de faux principes S les conféquences ne pouvoient
donc être juftes & concluantes. Ils ont parlé de l'homme fans le connoitre ; ils ont ignoré la dignité de fon origine & le terme glorieux
oir doivent tendre tous fes travaux. Cette ignorance leur a fait prendre
le change fur les véritables rapports qui doivent fe trouver entre des
étres femblables & égaux par nature : de leurs devoirs envers la fociété, & des devoirs de la fociété envers chacun de fes membres. Ils
ont fuppofé ce qui étoit en queftion ; & au lieu de remonter à l'origine
des
de toutes chofes 3 ils ont pris, dans leurs raifonnemens pour
principes inconteflables 7 les ufages établis dans les pays oi is vivoient.
De-là vient que les fages de la Grece > ne s'accordent point avec les
fages de Rome 1 & que ces derniers différent de ceux de IInde ou de
FAfrique. L'inégalité qu'ils ont trouvée dans les conditions 7 & qui eft
effentielle àt toutes les fociétés > telles qu'elles exiftoient de leur tems, leur a
fait penfer que cc qui étoit une fuite de plufieurs évenemens, étoit un effet
de la nature. Les Grecs & les Romains 3 regardoient d'un deil mépri-
avec les
fages de Rome 1 & que ces derniers différent de ceux de IInde ou de
FAfrique. L'inégalité qu'ils ont trouvée dans les conditions 7 & qui eft
effentielle àt toutes les fociétés > telles qu'elles exiftoient de leur tems, leur a
fait penfer que cc qui étoit une fuite de plufieurs évenemens, étoit un effet
de la nature. Les Grecs & les Romains 3 regardoient d'un deil mépri- --- Page 209 ---
PAR MARSEILLE,
fant tous les autres peuples de l'univers ) parce que leurs coutumes GUINÉE.
& leurs Loix étoient différentes de celles des autres peuples ; comme del'efelavages
fi la raifon & la prudence 1 n'avoient été accordées qu'aux feuls Grecs
& aux feuls Romains. Cette idée extravagante les rendoit fi vains 3
que les Rois méme des autres Nations ne paffoient chez eux que pour
des Barbares & des Efclaves qu'ils avoient droit d'employer aux plus
viles fonétions. Avec des préjugés fi déraifonnables 1 ilne leur étoit plus
poffible de tenir la balance, pour pefer les droits de l'humanité. Toutes leurs loix ne font fages 3 qu'autant qu'elles ont pour objet le peuple Romain. Celles pour les Efclaves, 1 (je pourrois dire contre ) font
d'une dureté & d'une cruauté exceffives & fi injuftes : qu'à moins de
ne les croire d'une autre efpéce elles ne pourront jamais être juftifiées. Auffi pour colorer cette fapériorité qu'ils s'attribuoient principalement dans le tems de leur grande profpérité fiur tous les autres hommes imaginerent-ils une race de demi-Dieux 7 dont ils fe vantoient
d'être les defcendans ; titre ridicule & impertinent, qui auroit do les
rendre plus compatiffans & moins injuftes. Leur orgueil a été humilié
par. ceux qu'ils avoient le plus méprifés. Laiffons ces fages extravagâns; ce n'eft point chez eux que nous découvrirons la vérité.
Pour nous, inftruits par la voix du Créateur de toutes chofes - 3 nous
ne nous égarerons pas dans les routes de la fiperftition. Le flambeau de la
vérité éclaire nos pas, 3 & le plus fimple des Chrétiens en fçait plus
fur la création de l'homme fa dignité 7 fes prérogatives & fes obligations 7 que tous les Philofophes de l'univers réunis enfemble. Je n'en
excepte pas nos prétendus Philofophes modernes, dont les fyftêmes abfurdes fur l'origine des hommes, les couvriront à jamais de confufion.
Nous fçavons que le monde ayant été tiré du néant par la feule volonté de celui qui peut tout, T'homme & la femme furent créés pour
peupler la terre & la dominer. C'eft de cette prémiere tige, , que tous
les hommes viennent; ; par conféquent par droit de nature & d'hérédité,
ils font tous égaux. Tous font freres, iffus du même fang, déchus de
la même gloire par la prévarication de leur prémier pere 1 doués des
mêmes fens, refpirans le méme air, fujets aux mêmes paflions 3 les
images vivantes de la divinité. Obligés à faire un bon ufage d'unc vie
courte, pour en mériter une meilleure, voilà ce que font les eufaus
de ce prémier homme par leur inftitution primitive, que nous appcllons le droit de nature. Si les miferes ( finites funeftes d'un crime inéfable ) n'étoient les compagnes inféparables de I'homme depuis le moment de fa naiffance, 9 julqu'à fon entrée dans le tombeau, ) les fociétés
auroient été volontaires. Car T'homme eft fait pour la fociété 5 en vain
un nouveau Philofophe déclame contre elle : fes fophifines ne féduiront perfonne. II fe contredit lui-même en fe glorifiant du titre de Citoyen. Oui, fi les hommes euffent confervé les heureufes prérogatives
de l'innocence dans laquciic leur pere avoit été créé, les fociétés fe
Aa ij
tombeau, ) les fociétés
auroient été volontaires. Car T'homme eft fait pour la fociété 5 en vain
un nouveau Philofophe déclame contre elle : fes fophifines ne féduiront perfonne. II fe contredit lui-même en fe glorifiant du titre de Citoyen. Oui, fi les hommes euffent confervé les heureufes prérogatives
de l'innocence dans laquciic leur pere avoit été créé, les fociétés fe
Aa ij --- Page 210 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
Gurvir. feroient formées par le feul défir de jouir d'un bonheur réciproque, &
deletintage. la néceffité de fe défendre & de fe garantir des injuftices & des violences 1 n'auroit jamais raffemblé des peuples entiers dans une enceinte
de hautes murailles. On croit que les prémieres fociétés fe font formées de la poftérité d'un feul chef, &
mefure que la population
a étendu fes rameaux, les familles fe
difperfees & ont. cherché
E
de nouvelles terres pour les cultiver, & qu'ainfi fucceflivement toute
la furface de la terre a été habitée. Ce fentiment paroit fort raifonnable 5 je voudrois cependant y joindre une autre caufe. J'ai dit ailleurs
que les animaux s'étant multipliés, chacun. felon fon efpéce, s'étoient
établis dans les lieux oi ils trouvoient fans oppofition une abondante
nourriture. Les plaines & les valons les plus fertiles, furent bientôt
occupés par des bétes féroces. Il fallut pour les en éloigner, lorfque
les hommes voulurent en prendre poffeflion 1 Jeur déclarer une meurtriere guerre 9: inventer des armes & s'en fervir avec. adreffe, 2 pour
waincre des ennemis. fi courageux. Cette raifon me paroit fuffifante
pour avoir contribué à la formation de certaines fociétés parmi lefquelles les plus vaillans,. ou étoient choifis, ou s'offroient d'eux-mêmes pour
défendre la Colonie contre les cntreprifes des animaux carnaciers,
& garantir les terres cultivées de leurs dépradations. La tranquillité
publique fut le fruit des aétions valeureufes de ces généreux guerriers,
que la reconnoiffance & T'eftime diftinguerent par des honneurs particuliers." Quoique les hommes. naiffent égaux par Ie droit de nature, il
ne s'enfuit pas qu'étant nés pour la fociété ils puiffent & daivent conferver toujours cette. égalité. Le même droit naturel y eft contraire &
exige que le nouvean venu aye de la déférence pour le plus ancien r
que l'enfant reconnoiffe le droit que le pere a fur lui, & que ceux
qui font les plus utiles, foient les plus confidérés. La nature & la raifon s'accordent en tout ceci., & reconnoiffent ce principe pour vrai
& inconteftable. Toute fociété n'eft que la réunion de plufieurs 9 pour
s'aider mutuellement & fe procurer des adouciffemens aux miferes communes. Le bien public doit étre le terme des mouvemens de tous les
membres, & l'ordre doit les diriger, pour que la paix &la joic fe perpétuent dans le fein des familles. Cet ordre ne fçauroit fublifter fans chef.
., & reconnoiffent ce principe pour vrai
& inconteftable. Toute fociété n'eft que la réunion de plufieurs 9 pour
s'aider mutuellement & fe procurer des adouciffemens aux miferes communes. Le bien public doit étre le terme des mouvemens de tous les
membres, & l'ordre doit les diriger, pour que la paix &la joic fe perpétuent dans le fein des familles. Cet ordre ne fçauroit fublifter fans chef. L'obéiffance &. la fubordination >: ne font donc pas contraires au droit. naturel,. puifqu'elles font la bafe. & l'ame de toute fociété. 3 fans lefquelles il n'y auroit que. trouble & confution. Le chef, par toutes
fortes de titres 7 doit avoir été primitivement le Patriarche de la Colouies fon héritier a dà. le. remplacer 3 8 lcs plus anciens 1- comme plus. expérimentés 7: devoient l'aider de leurs confeils.
: ne font donc pas contraires au droit. naturel,. puifqu'elles font la bafe. & l'ame de toute fociété. 3 fans lefquelles il n'y auroit que. trouble & confution. Le chef, par toutes
fortes de titres 7 doit avoir été primitivement le Patriarche de la Colouies fon héritier a dà. le. remplacer 3 8 lcs plus anciens 1- comme plus. expérimentés 7: devoient l'aider de leurs confeils. Voilà la forme des
prémicrs. gouvernemens de nos Peres. La fimplicité dans les moeurs &
la sûreté publique confituoient toute. la Jurifprudence de ces tems fortunés. Peu de befoins, point d'ambition, ne demandoient pas beaucoup. de Loix: : mais les fervices rendus à chaque fociété par ces guerriers. --- Page 211 ---
PAI R MARSEILLE
chaffeurs, qui au rifque de leur vie, affuroient la poffeffion des biens GUINEE.
de la campague à leurs compatriotes, détermincrent le grand nombre del'lejelavageà confier partie de la principale autorité à celui de fes defenfeurs, qui
par quelque action éclatante de valeur & de prudence, avoit mérité
tous les fuffrages. On l'affocia au gouvernement de la fociété ; la reconnoiffance publique ne pouvoit mieux le recompenfer. L'autorité fe trouva
aini partagée entre la fageffe 8 la valeur. Le fage vieillard préfida à
la police domeftique & adminiftra la juftice, & le vaillant guerrier fut
chargé de procurer la sureté des biens de la campagne. Les honneurs
& les louanges 3 qui accompagnent toujours une entreprife hardie &c
dangereufe, animerent la jeunetfe à fe fignaler par quelque aétion d'éclat.
Le nombre des chaffeurs augmenta, & après avoir délivré le-pays des
animaux qui ravageoient la campagne, les plus valeureux nourris & accoutumés à combattre contiauellement 1 allerent offrir leurs bras vengeurs
à des fociétés voifines; la gloire étoit le terme de leur ambition : heureux, fi après avoir dompté des bêtes féroces, ils étoient retournés couverts de laurier dans le fein de leurs familles. Mais oubliant les liens
qui les devoient attacher aux autres fociétés, ils ne les confidererent
plus que comme des objets beaucoup plus dignes de leur courage, que
Temploi qu'ils en avoient fait. Il les attaquerent & les fubjuguerent;
roilà le commencement des Empires. Nemrod fut le maître d'un grand
peuple, &c Nemrod n'étoit qu'un puiffant chaffeur ( fiivant Thebreu deprédateur.) Dès lors chaque fociété ne fe crut plus en sûreté'à la campagne, elle bâtit des villes & les entoura de hautes murailles. Bientôt
les feuls hommes robuftes & courageux > furent les plus confiderés :
toute l'autorité paffa en leurs mains, afin qu'ils fuffent en état de repouffer la violence & de s'oppofer aux courfes de leurs injuftes & ambitieux voifins. L'exercice des armes changea les mceurs ; la cruauté &
l'effufion du fang humain firent difparoitre l'ancienne fimplicité & la fitbordination filiale de tous les membres pour le chef. Il fallut employer
Ia force pour fe faire obéir dans fon propre pays, & le pouvoir fouverain devint arbitraire & defpotique. Ce n'eft point encore ici le tems
de T'efclavage, mais il ne tardera pas d'arriver. Les diverfes fociétés OCcupées de leur défenfe, ne travailloient qu'à fe fubjuguer les unes les
autres. Les plus foibles furent contraintes de céder aux viétorieufes &c
de fubir la loi qui leurfut impofée. Les grands Empires fe formerent,
& les Nations qui n'en faifoient pas partie furent jugées ennemies.
Toute communication fut interrompuc, , & la haine redoubla la fureur
des armes. La folie du titre de Conquerant, ft porter le ravage de
tous cotés - & Ia victoire enchaina à fon char les peuples vaincus. L'injuftice eft toujours la fource d'une nouvelle injuftice. L'ambition d'étendre fa domination avoit fait violer le droit des gens y en portant le trouble & la défolation chez des Nations pacifiques, qui bien loin d'avoir
caufe aucun dommage, vivoient peut-ètre dans l'ignorance s'il Y avoit
des armes. La folie du titre de Conquerant, ft porter le ravage de
tous cotés - & Ia victoire enchaina à fon char les peuples vaincus. L'injuftice eft toujours la fource d'une nouvelle injuftice. L'ambition d'étendre fa domination avoit fait violer le droit des gens y en portant le trouble & la défolation chez des Nations pacifiques, qui bien loin d'avoir
caufe aucun dommage, vivoient peut-ètre dans l'ignorance s'il Y avoit --- Page 212 ---
COMMERCE D E L'AMERIQUE
de GUINÉE. d'injuftes guerriers dans le monde. Les maux qu'elles avoient foufferts ;
l'efelavage, ne les rendoient point criminelles. Cependant par un effet d'une premicre
violcace commife , fans même aucun prétexte de juftice 1 les
firent des loix pour s'approprier un domaine abfolu fur leurs ufurpateurs conquêtes. La force les diéta, & contre lcs notions les plus fimples dc Téquité,
les plus foibles devinrent la proie de leurs raviffeurs, & furent arrachés du fein de leur patrie. La vie ne leur fut confervée que par une
efpéce d'aête de générofité & de clémence de la part des Vainqueurs. Ces innocentes victimes de l'audace orgucilleufe de leurs femblables,
leur furent alfervics & s'eftimerent heureufes de vivre aux dépens de
leur. liberté. Voilà les prémiers Efclaves dont lc fouvenir afflige encore
l'humanité. La crainte de perdre un bien fi mal acquis, ft employer
les voies les plus rigourcufes pour contenir ces infortunés dans une
foumiffion abfolue. Les travaux les plus rudes leur furent deftinés. Leur
vie même ne fut comptée pour rien, dès qu'il s'agiffoit de contenter
les défirs du Maitre. ( Quintus Flaminius, Sénatcur Romain, > fit tuer
un de fes Efclaves pour fatisfaire la curiofité d'un de fes favoris qui lui
avoit demandé comment on faifoit pour tuer un homme. ) L'indolence
& la moleffc trouverent dans les fervices des Efclaves , une douceur trop
flatteufe pour négliger de s'en procurer; chacun voulut en avoir. On
entreprit de nouvelles guerres dans cette fcule vie. Des peuples paifibles & timides, s'offrirent volontairement dans la crainte de perdre leur
liberté prefque expirante pour remplir les obligations qu'on leur impoferoit; de là font venues les fervitudes. Enfin T'ufage des Efclaves parut
4i néceffaire 7 qu'il fe répandit de tous côtés. On en fit des marchés
publics, & il fe trouva des geus affez dénaturés pour en faire négoce. La multitude des Efclaves, devint un corps féparé du refte des hommes, foumis à des loix particulieres & fi barbares pour la plupart, que
de les rapporter, c'eft les condamner. Elles varierent fnivant les climats
& les mceurs des peuples qui les drefferent. Celles d'Athenes refpiroient l'humanité, & celles de Lacedemone repondoient à la férocité
du gouvernement. Tout détail feroit fuperflu. Il ne s'agit point de faire ici
T'hiftoire circonftanciée de T'efclavage; il fuffit de faire connoitre fon origine,
& fic'eft un état naturelà T'homme & fondé fur la juftice.
les climats
& les mceurs des peuples qui les drefferent. Celles d'Athenes refpiroient l'humanité, & celles de Lacedemone repondoient à la férocité
du gouvernement. Tout détail feroit fuperflu. Il ne s'agit point de faire ici
T'hiftoire circonftanciée de T'efclavage; il fuffit de faire connoitre fon origine,
& fic'eft un état naturelà T'homme & fondé fur la juftice. D'autres auteurs
affurent que l'efclavage étoit établi avant que l'ambition eut fait des
Conquerans & avant la naiffance des premiers Empires. Ils prétendent
que toute fociété, étant compofée de plufieurs familles, d'une capacité
& d'une induftric fupérieure les unes aux autres, les gens à talens &
d'un génie adtif, inventerent les outils & les inachines pour faciliter la
culture de la terre & fe procurer les commodités de la vie.
affurent que l'efclavage étoit établi avant que l'ambition eut fait des
Conquerans & avant la naiffance des premiers Empires. Ils prétendent
que toute fociété, étant compofée de plufieurs familles, d'une capacité
& d'une induftric fupérieure les unes aux autres, les gens à talens &
d'un génie adtif, inventerent les outils & les inachines pour faciliter la
culture de la terre & fe procurer les commodités de la vie. Par ce
moyen ils recueilloient des reçoltes abondantes 9 tandis que les parcf
feux ou fans prévoyance pour l'avenir, languifioient dans la mifere. Ils
ajoutent que dans ces prémiers tems toutes les terres étoient communes, jufqu'à ce que l'induftrie les mit en valeur; mais qu'une fois qu'un --- Page 213 ---
PAR MARSEILLE
T9I
homme par fes travaux en avoit defriché une portion il en devenoit GUINÉE.
le légitime poffeffeur & il en étoit le maitre particulier. D'ou il s'en- de
fuivit que les plus laborieux & les plus induftrieux 1 s'appropricrent de l'efelavage:
vaftes domaines. La profpérité les rendit recommandables, & les moyens
de fubfiftance qu'ils fourniffoient au plus grand nombre 2 dcterminerent
les indigens à rechercher leur protection pour travailler fous leurs ordres; & c'eft de-là qu'eft venu la fervitude réelle. Les enfans de ces
ferviteurs 7 nés dans la dépendance & la foumiffion, 1 & qui préfererent
le féjour des villes à celui de la campagne 3 entrerent au fervice de
leurs patrons; d'oi eft venue auffi la fervitude perfonnelle, toutes deuxdouces & fiupportables dans leur établiffement. C'eft ainfi que nos gros
poffedans biens emploient des journaliers moyenant falaire, aux travaux
de la terre, que nos riches bourgeois fe font fervir par des domeftiques
à gages. ( Jai honte de dire nos Artifans, tant le luxe a énervé nos
maeurs)
Nos loix diétées par le Chriftianifine qui eft la perfeation de la loi
naturelle , favoriferont toujours la liberté contre les abus d'une violente
autorité ; mais il n'en eft pas ainfi des loix des autres Nations. L'orgueil , le mépris & les autres paflions déréglées, firent oublier que les
ferviteurs étoient des hommes. On ne vit que leur état d'humiliation &
l'autorité qu'on avoit fur eux ; l'exemple barbare des conquerans fur les
peuples vaincus 3 aggrava la fervitude. On ne fit plus de diftinétion de
ceux qui vendoient leurs fervices, d'avec ceux que la violence avoit
affujettis. Tout fut également Efclave & toutes les Nations s'accorderent pour en déclarer la poffeffion légitime 3 voilà ce que penfent ces
Auteurs. Je ne les fuivrai point dans l'examen qu'ils font des divers efclavages, des loix faites pour l'adoucir ou pour en rendre la condition
plus dure; cela me meneroit trop loin. Je n'en
me paroitra abfolument néceffaire à mon fujet. rapporterai Je le que ce qui
fuis qu'Hiftorien. On diftingue deux fortes
repete, je ne
fonnel. Le
d'efclavages : le réel & le perréel, eft une obligation de cultiver les terres & de contribuer à tous les travaux de la campagne ou publics ; & le perfonnel fe
rapporte à la perfonne du maitre pour le fervir dans fa maifon & obéir
à fa volonté. L'efclavage réel n'a rien de contraire à la liberté naturelle de Phomme 9 c'eft proprement un tribut qu'on s'oblige de
pour vivre tranquille fous la proteétion d'nn plus
& fe payer fouf
traire aux caprices de la tyrannie. Il n'en eft pas puiffant, de même du
fonnel : la honte & l'aviliffement en font inféparables. Rien de perde méprifable 1 qui ne fafle partie de fes fonétions. Aufli ce dernier bas état 8x
a toujours été
le
jugé plus humiliant, 3 & c'eft peut être par le remplacement que les valets de chambre ont fait des Efclaves perfonnels,
que leur condition a été plus avilie que celles des autres
L'efclavage le
domeftiques.
founalité
plus rigoureux 3 eft celui qui réunit Ia réalité & la
> & malheureufement pour Thumanité, quantité de peuples per-
partie de fes fonétions. Aufli ce dernier bas état 8x
a toujours été
le
jugé plus humiliant, 3 & c'eft peut être par le remplacement que les valets de chambre ont fait des Efclaves perfonnels,
que leur condition a été plus avilie que celles des autres
L'efclavage le
domeftiques.
founalité
plus rigoureux 3 eft celui qui réunit Ia réalité & la
> & malheureufement pour Thumanité, quantité de peuples per- --- Page 214 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. ont ignoré cette diftinétion. C Voyez TEfprit des Loix & la Differtation
del'efelavage. fur TEfclavage par Mr. le Chevalier de Jaucourt. ) D'autres Auteurs
foutiennent, que de quelque caufe que l'efclavage procede', & quelque
univerfel qu'en ait été Tufage, il repugne à la raifon & contredit la
loi naturelle. Si l'efclavage eftl'effet de la violence, il eft injufte ; s'il
eft volontaire , c'eft une preuve de folie. La nature rend tous les hommes égaux, leur liberté eft inaliénable 1 & fi la forme de quelques fociétés donne le droit de difpofer des talens & des travaux de ceux qui
la compofent , cette tâche remplie, 1 qui éft dans l'ordre civil & politique 3 lhomme rentre dans les droits de fa liberté, dont it n'a pà fe
dépouiller > parçe qu'elle lui eft effentielle. L'efclavage même le plus
dur, n'exige que des fervices. Le maitre peut prefcrire des travaux
proportionnés à la force de fes Efclaves, mais leur vie & leur vertu
ne dépendent pas de lui;ilne fçauroit ôter 2. cequ'il n'a pu donner. Rome
a beau' faire des loix meurtrieres contre les Efclaves, 2 elles ne iontrent que la foibleffe de fon droit & fa férocité. La loi naturelle dit
à tout homme : voudrois-tu fubir le fort des Efclaves , & approuvestu l'enlevement de ces familles innocentes, 7 tranfportées dans d'autres
climats pour être vendues comme des bêtes dans des marchés publics ? Non fans doute : un refte de probité que la corruption la plus invétéréc laiffe fubfifter dans le fond du cceur,, fera toujours reclamer
contre de pareilles injuftices. Mais objedtera-t-on : Ne fuit-il pas de cC
principe que la libérté ne dépendant pas de Thomme, les loix que les
hommes ont faites ne peuvent la lui ravir fans injuftice? Non: : le méchant, au milieu des fupplices 2 ne peut point appeller à fon fecours
la voix de la nature. Les loix qui l'ont condamné étoient faites pour
fa confervation - & fon fupplice n'a point d'excufe 3 puifqu'il a cherché volontairement à renverfer la fureté publique. Ce même méchant
n'auroit pas voulu que le crime qu'ila commis, en attentant à la vie
de fon frere ou en lui raviffant fon bien, eut été exécuté contre lui. H le condamne donc, & la loi qui le punit, eft par-là même juftifiée.
ont condamné étoient faites pour
fa confervation - & fon fupplice n'a point d'excufe 3 puifqu'il a cherché volontairement à renverfer la fureté publique. Ce même méchant
n'auroit pas voulu que le crime qu'ila commis, en attentant à la vie
de fon frere ou en lui raviffant fon bien, eut été exécuté contre lui. H le condamne donc, & la loi qui le punit, eft par-là même juftifiée. C'eft ainfi que raifonnent ces Auteurs. ils penfent que la liberté étant
de l'effence de l'homme 3 aucune créature n'eft en droit de l'en priver,
& que l'homme créé à l'image de Dieu , ne peut point appartenir font à
un autre homme par droit de propriéié. Les peres à qui les enfans
redevables de leur exiftence , de leur nourriture & de leur éducation,
n'ont pas pour cela le pouvoir de les détruire ; leur autorité eft grande,
fans être arbitraire ; ils ne font que les inftrumens de la Providence
& les Adminiftrateurs des loix naturelles; or il n'eft aucun être raide la nature 7 ne defire & ne travaille
fonnable > qui par Les l'impreffion ont fenti dans leur enfance que la vie leur
à fa confervation. peres
la leur ravir fans injuftice; ils ne
étoit fi propre, qu'on ne pouvoit n'auroient voulu qu'on leur fit. Les
peuvent donc pas faire ce qu'ils
pas
de tuer leurs
loix donc de ces Légillateurs qui ont permis aux peres
enfans --- Page 215 ---
P A R MARSEILLE
enfans, font injuftes & extravagantes. C'eft cC défir de conferver fa vie, GUINÉE. qui prouve qu'elle nc dépend que de cclui feul qui la donne. L'ufage del'efelavage. cn a été laiffé à l'homme ; le feul Créateur a le droit d'en difpofer &
fi les loix condamnent à mort, elles font juftes, parce qu'elles font établies pour la confervation de T'homme & de la fociété , & par-là même
elles font la voix & la manifeftation de la volonté de Dieu, qui pour
l'avantage de T'humanité, fait périr les méchans, qui par des crimes,
troublent l'ordre fans lequel les fociétés ne pourroient point fubfifter. Toute loi donc qui condamne à mort fans que celui qui eft condamné
en aye pu retirer de l'utilité relativement à fa confervation & à cclle
de la fociété, eft une loi barbare, fondée fur des intérêts arbitraires
& particuliers. Les loix donc Romaines qui condamnoient à mort (le
Senatus Confulte Syllanien ) tous les Efclaves qui habitoient aux environs de la maifon dans laquelle un Citoyen Romain auroit été tué 9
étoient auii injuftes que cruelles. Une foule d'innocens étoient immolés
aux caprices & à l'intérêt de quelques particuliers. Voilà où conduit
l'ufurpation d'une autorité illégitime. Ces mêmes Auteurs avouent, que
quoique la liberté foit naturelle à Thomme & qu'elle en faffe la plns
ellentielle partie s il peut cependant en être dépouillé avec juftice >
lorfque par des actions criminelles il a infulté aux loix fondamentales
de la fociété.
innocens étoient immolés
aux caprices & à l'intérêt de quelques particuliers. Voilà où conduit
l'ufurpation d'une autorité illégitime. Ces mêmes Auteurs avouent, que
quoique la liberté foit naturelle à Thomme & qu'elle en faffe la plns
ellentielle partie s il peut cependant en être dépouillé avec juftice >
lorfque par des actions criminelles il a infulté aux loix fondamentales
de la fociété. Ces loix pouvoient lui faire perdre la vie. La peine a été
changée en efclavage ; elles ne font donc pas injuftes 7 & la perte de la liberté dans ces occafions , bien loin de repuguer à la loi naturelle eft
l'effet d'une grace accordée en faveur de Phumanité. Il faut donc diftinguer deux fortes d'Efclaves : ceux qui en punition de quelque crime
ont mérité de perdre leur liberté 1 & ceux qui trop foibles pour réfifter à la violence, font devenus les victimes de l'oppreflion 1 ou qui
accablés fous le poids de la mifere, fe font refugiés dans les bras de
T'opulence. Le prémier efclavage eft daus l'ordre de la loi de nature. >
& eft un frein néceffaire contre T'injuftice pour maintenir la paix de
toute fociété. Le Chriftianifine qui eft la perfedtion de la loi naturelle,
en reconnoit la légitimité & les effets falutaires 7 pour contenir & reprimer l'audacieufe perverfité des méchans. Le fecond, de quelque côté qu'on le confidére, n'a d'autres fondemens que l'ufurpation tyrannique d'un pouvoir arbitraire injuricux au
Créateur & à la créature-(Je pric mes Leétcurs de bien pefer ces dernicres raifons ; elles me paroifient de la derniere importance 7 pour ne
point s'égarer dans le jugement qu'ils porteront de T'efclavage. ) L'hommne naît avec un penchant pour l'injuftice & fes paflions T'aveuglent
dans la pratique des devoirs impofés par ia loi de nature S ce qui a
obligé chaque fociété de faire des loix pour la fiureté des particuliers
& la paifible poffeffion de leurs biens. Par une fuite nécelfaire 1 il a
fallu infliger des peines aux perturbateurs du repos public ; & il fera
toujours dans l'ordre de la juftice, que celui qui a voulu éter la vie
Tom.
es paflions T'aveuglent
dans la pratique des devoirs impofés par ia loi de nature S ce qui a
obligé chaque fociété de faire des loix pour la fiureté des particuliers
& la paifible poffeffion de leurs biens. Par une fuite nécelfaire 1 il a
fallu infliger des peines aux perturbateurs du repos public ; & il fera
toujours dans l'ordre de la juftice, que celui qui a voulu éter la vie
Tom. Il. Bb --- Page 216 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. Ou la liberté à fon femblable , reçoive un châtiment équivalent, à fes
del'efelavege. forfaits. Que deviendroit la vertu fans la protedtion des loix 3 Un torrent d'iniquités inonderoit la terre, & les méchans qui ne fubfiften:
que pour éprouver les bons, exerceroient fur eux une tyrannic infupportable. On comprend donc que la perte de la liberté , lorfqu'elle eft
i'effet de quelque crime, eft une aéte de juftice que la faine politique
& le Chriftianifine même autorifent. En France, la condition de nos
forçats eft un véritable efclavage > & il eft jufte; mais il ne confiftè
que dans la perte de la liberté & des droits de tout Citoyen à la participation aux avantages de la fociété. Car il ne s'enfuit point qu'en
vertu de cet efclavage on puiffe livrer à la mort ceux qui ont ainfi perdu
la liberté , ni que leur génération foit envelopée dans leur difgrace
à moins qu'un nouveau crime n'exige une nouvelle punition contre les
coupables ; ce qui met cn évidence l'atrocité de certaines loix Romaines , qui donnoient aux maîtres un pouvoir arbitraire fir des Efclaves
qui n'étoient coupables d'aucune mauvaife action. Ces infortunés ne gemifloient dans un état fi humiliant > que parce que par une loi contre
nature 3 des brigands armés avoient décidé que les ufurpations qu'ils
pouvoient faire fur des peuples qui ne les connoiffoient pas 9 leur appartenoient à titre de conquête 3 ou parce qu'ayant recherché la proteétion & le fecours de quelque puillant propriétaire de terres, ils
avoient confenti à acheter les moyens de fubfiftance pour le prix de
leur travaux. La loi du plus fort, fi elle n'eft pas la meilleure, n'en
eft pourtant que la plus rigoureufement exécutée. La violence qui la
établie, lui donne une extenfion auffi injufte dans fes conféquences s
que dans fon principe. Après avoir ravi la liberté & avoir ufurpé un
droit de vie & de mort fir des fociétés entieres, par de nouvelles
loix en explication de la prémiere, le pouvoir arbitraire & defpotique far les Efclaves, 2 a pailé fur leurs defcendans, fuivant cette maxime du droit Romain, que la condition des enfans eft toujours celle
de Ja mere, 1 partus Jequitur vertrem. Cette maxime eft vraie à pluficurs
égards; mais faufle & contraire à la juftice par rapport à T'efclavage.
Elle eft fanffe 1 parce que le domaine du maître far la femme Efclave
n'eft que relatif aux fervices qu'il a droit d'en exiger. Ce n'eft point un
droit de propriété, tel que nous l'avons furleschofes quinous appartiennent
en propre, qui font tellement nôtres, que nous pouvons en difpofer & les détruire fans contrevenir aux loix de la fociété. L'homme
eft fon maitre jufqu'à un certain point : mais fcs actions doivent être
fubordonnées à la loi de nature & aux autres loix fagement intervenues pour le bien de la fociété. Ila T'ulage de la vie fans pouvoir en
difpofer à C fantaific. Elle apparcient au Créateur & à la fociété. Si
donc nous ne pouvons attenter fur notre vie & fur celle de nos enlfans par notre droit de proprieré comment ce droit pourra-t-il être
junice fur les Efclaves & leurs enfans 2 Eri ficelui qui fe tuc eft puri
ubordonnées à la loi de nature & aux autres loix fagement intervenues pour le bien de la fociété. Ila T'ulage de la vie fans pouvoir en
difpofer à C fantaific. Elle apparcient au Créateur & à la fociété. Si
donc nous ne pouvons attenter fur notre vie & fur celle de nos enlfans par notre droit de proprieré comment ce droit pourra-t-il être
junice fur les Efclaves & leurs enfans 2 Eri ficelui qui fe tuc eft puri --- Page 217 ---
P A R MARSEILLE
comme fuicide, (oublions la folie de nos voifins , elle eft inexcufable) GUINEE.
pourquoi celui qui tue fon Efclave ne fera-t-il pas véritablement ho- del'efelavagei
micide & digne de la peine infligée par la loi?
Elle eft contraire à la juftice, & repugne à la raifon. Un refte d'humanité dans les fociétés les plus barbares ) a empéché d'imputer aux
enfans les égaremens de leurs meres . & toutes les loix s'accordent,
dans la punition d'une femme criminelle, lorfqu'elle eft reconnue groile,
pour attendre qu'elle foit delivrée de fon fruit, avant de lui faire fubir la rigueur de la juftice. Si l'enfant fuivoit la condition de la mere,
on lui feroit partager le même fupplice. La puuition de la mere coupable & la confervation de P'enfant innocent, condamnent l'application
de cette maxime à la naiflance de l'enfant d'une Efclave. C'eft
toujours par une fuite de l'abus du pouvoir arbitraire 7 que les
maitres s'imaginerent follement que le droit de propriété qu'ils avoient
fur leurs Efclaves s'étendoit à tout 1 qu'ils voulurent faire fervir à leurs
débauches les filles Efclaves. L'oppofition des Chrétiennes qui préférerent la perte de la vie à celle de leur honneur & de leur vertu, (elles
qui feront à jamais un exemple mémorable d'obéiffance en tout ce qui
n'étoit point injufte ) prouve la tyrannie des maîtres 1 & combien leur
prétention étoit contre la raifon. Si donc le maître n'a aucun pouvoir
pour abufer de fon Efclave, quel titre légitime pourra-t-il faire valoir
pour s'approprier le droit de defpotime fur l'effet, tandis qu'il n'a aucune aétion fixr la caufe ? II n'y a qu'une jurifprudence corrompue &
intéreffée à faire valoir un droit fi bizarre & fi oppofé à la raifon, qui
aye pu faire des loix pour en légitimer la poffeffion. Ce font Ics tyrans
qui décident que ia plus cruelle tyrannie eft innocente. On eft étonné
en lifant la multitude des loix 1 fouvent contradictoires & prefque toujours injuftes 1 que l'efclavage a occafionnées dans T'Empire Romain.
Leur variation 7 tautôt mitigées & tantôt cruelles à l'excès, dénote
l'embarras des Légiflateurs & l'incertitude de leur prétendu droit de propriété: Laiffons ces loix dont l'humanité eft indignée. Ne parlons pas
non plus des noms qu'on donnoit aux Efclaves relativement à leurs
fonétions. Ils furent fi multipliés, qu'il faut une étude particuliere pour
en connoître: le détail. Onj prefcrivit des régles pour les alifranchilfemens,
& les Jurifconfultes travaillerent pendant long-tems à rediger & réunir
toutes ces loix 1 pour en former un code de jurifprudence.
J'ai promis d'être l'Hiftorien des divers fentimens fir T'efclavage 3 il eft
par conféquent de mon devoir > après avoir fait mention de ceux qui
le condamnent, lorfqu'il n'eft point le châtiment du crime, d'expofer
les raifons de fes défenfeurs.
Avant de rapporter le fentiment de ces derniers 3 je dois faire connoître à mes Leéteurs que cette maxime du droit Romain 3 partus fequitur ventrem , bien loin d'être faufie & contraire à la juftice, eft trèséquitable & abfolument néceffaire au maintien de l'ordre > fans lequelles
Bbij
condamnent, lorfqu'il n'eft point le châtiment du crime, d'expofer
les raifons de fes défenfeurs.
Avant de rapporter le fentiment de ces derniers 3 je dois faire connoître à mes Leéteurs que cette maxime du droit Romain 3 partus fequitur ventrem , bien loin d'être faufie & contraire à la juftice, eft trèséquitable & abfolument néceffaire au maintien de l'ordre > fans lequelles
Bbij --- Page 218 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
CuiNér. fociétés ne fçauroient fubfifter. Elle feroit effedivement injufte, f les
delgilavugs enfans innocens du crimc de la mere, étoient envelopés, à caufe de leur
naidance, dans le inême châtiment. La maxime feroit affreufe, fi On
pouvoit l'entendre dans ce fens : mais il cft évident qu'elle n'eft établie que pour régler les diverfes conditions des homnes qui compofent
une fociété 1 dans la fippofition que les unes font libres, & les autres
efclaves. Or ces. conditions ne peuvent être diftinguées & reconnues plus
exaétement que par la naiffance; 5 d'oi il fuit que fi les enfans ne fuivoient pas la condition de la mcre, chaque enfant qui naitroit, deviendroit un procès interminable. La maxime eft donc fage, puifqu'elle
fuffit pour baunir Ia chicane, & qu'elle ne favorife en aucune manicre
le pouvoir arbitraire. que toutes nos loix condamnent fi exprefiément. La religion & l'humanité cn font admirer la fageffe; elles ont affez
de force pour contenir les Efclaves, & de douceur pour les faire regarder come de véritables domeftiques avec cette feule différence y
qu'ils font à vie, & qu'on n'eft point obligé de leur payer des gages. Je reviens anx défenfeurs de l'eiclavage. Ils. penfent qu'il n'eft point un état naturel à T'homme 7 mais qu'il eft
nne fuite des miferes de la condition humaine ; car quoique par la naiffance nous foyons tous égaux & deftinés à former une même fociété,
cette égalité 1 dans l'état préfent des chofes, eft un être de raifon *
puifque la fociété eft la réunion de plufieurs pour s'aider mutuellement
& s'entrefecourir les uns les autres ; qu'il eft par conféquent néceffaire
que les fonctions foient partagées ; que parmi ces fonctions, il s'en,
trouve de viles 7 qui ne font pas moins néceffaires que les plus diftinguées, & que confequemment, une portion de Ia fociété, doit en faire
fon occupation. Ils, difent que l'ordre & la paix, font la bafe & le terme
de toute fociété ; que l'ordre ne peut être refpeété quc par l'autorité,
& que la paix ne peut réguer que par l'obéiffance de tous aux loix
établies pour recompenfer la vertu & punir le crime. D'oû il fuit encore que pour l'exécution de toutes ces chofes effentielles au bien de
la fociété, le commandement & l'adminiftration de la juftice 9 doivent
appartenir au plus petit nombre ; que par conféquent l'égalité que donne
la naiffance 3 eft incomparible avec l'exiftence d'une fociété.
ne peut réguer que par l'obéiffance de tous aux loix
établies pour recompenfer la vertu & punir le crime. D'oû il fuit encore que pour l'exécution de toutes ces chofes effentielles au bien de
la fociété, le commandement & l'adminiftration de la juftice 9 doivent
appartenir au plus petit nombre ; que par conféquent l'égalité que donne
la naiffance 3 eft incomparible avec l'exiftence d'une fociété. lisajoutent
que la paflion dérégiée des hommes s leur faifant oublier les obligations
impofées par la loi naturcile, il eft abfolument néceffaire de contenir
les méchants par la crainte 5 qu'il faut donc que l'autorité foit armée
& fe montre avec un éclat impofant, pour intimider la difcorde 7 &
fubjuguer la rehellion. A mefure que les fociétés font devenues plus
nombreufes, l'ambition & la vanité ont fait difparoitre infenfiblement
Pacienne fimplicité des mceurs, & la puiffance légilative a et befoin
d'employer une plus grande force pour prevenir ou punir lc défordre. H a fallu pour conferver la paix parmi les Citoyens, veiller non-ieulement fur leurs aétions, inais encore fur lcs demarches des fociétés --- Page 219 ---
P A R MARSEILLE
voifines, pour s'oppofer aux incurfions & à l'enlevement des beftiaux GUINÉE:
8 des fruits de la campague, qui dans ces premiers tems compofoient del'efclavage
toute la richeffe des habitans. L'ambition de dominer & le défir de
s'aggrandir 7 fi naturels à T'homme, firent des brigands , & accréditerent
la violence & l'ufurpation. Ce ne fut
par des aétes d'hoftilité, que
chaque fociété put fe conferver dans 1 jufte poffefion de fes biens. L'exercice des armes, devint dond une profeffion nécellaire & l'occupation de tous ceux qui avoient quelque part dans le Gouvernement. La tranquillité & la paix en dépendirent. (Le motif de venger la patrie, en réprimant T'injuftice, étoit certainement louable, & unc guerre
entreprife dans cette vue * mérite des éloges ; mais qu'il eft rare 8c
difficile qu'un guerrier fe renferme dans les bornes d'une jufte défenfe.)
Le reffenriment & la haine fuivent prelque toujours les armées, & le
prétexte daffoiblir T'ennemi, entraine après lui la deftruétion & le carnage. ( Les miferes dans lefquelles T'humanité fe trouve envelopée 3 ne
font-elles pas affez multipliées fans que les malheurs de la guerre lcs
rendent plus affreufes?) On maffacra un ennemi, qu'on jugea digne de
mort 2 parce qu'il pouvoit nuire. Le recit des anciennes guerres 9 fait
encore frémir la compallion ; les vainqueurs s'emparerent, à titre de
conquête, des pays qu'ils avoient fubjugués, & il fe forma de grands
Empires dont la puillance effraya les fociétés trop foibles pour leur
refifter.
la guerre lcs
rendent plus affreufes?) On maffacra un ennemi, qu'on jugea digne de
mort 2 parce qu'il pouvoit nuire. Le recit des anciennes guerres 9 fait
encore frémir la compallion ; les vainqueurs s'emparerent, à titre de
conquête, des pays qu'ils avoient fubjugués, & il fe forma de grands
Empires dont la puillance effraya les fociétés trop foibles pour leur
refifter. Elles fe liguerent pour défendre leur liberté 1 & formerent à
leur tour d'autres Empires affez forts pour balancer la victoire. C'eft
à cette époque qu'il faut fixer l'origine de l'efclavage. Les Grands de
ces Empires, accoutumés à fe faire craindre & à fe faire obéir : imaginerent que des prifonniers de guerre, qui ne jouiroient de Ia vie que
par miféricorde, leur feroient entierement dévoués & tâcheroient par
routes fortes de fervices de témoigner leur reconnoiflance. (La pitié eut
moins de part à ces aétes d'huuanité 7 que T'orgucil & la moleffe. )
L'effufion du fang humain 1 fut ainfi commuée en fervitude, c'eft-à-dire >
en perfonnes fauvécs du carnage pour fervir leurs libérateurs. La méthode fut trouvée bonne & commode; les Efclaves furent employés
aux plus rudes travaux. L'ufage en parut fi utile, qu'il devint bien-tôt:
général. D'autres peuples, intimidés par le traitement fait à leurs voifins, fe foumirent volontairement à une autorité qui les auroit écrafis,
dans l'efpérance d'avoir un fort plus doux ( ainfi qu'on voit aujourd' 'hui
dans FInde oi les Gouvernemens fout arbitraires, des familles riches. fe déclarer Efclaves d'un grand Seigneur pour vivre fous fa proteétion
& fe garantir d'une plus grande oppreffion. ) Efectivement ils prirent. le bon parti. Ils refterent polleileurs de leurs biens, moyennant quelques tributs, 8c leur fervitude fut compenfée avec la proteétion qu'ils. retiroieut de leurs nouveaux maitres. Ils furent en quelque maniere mort
taillables Ou feris attachés à la gicbe 1 coime ncus en avois ertcore:
dans plufcurs Etats de l'Europe. Ou il faut condamucr la guerre & ju: --- Page 220 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
Gurxer, ger fi les motifs qui l'ont occafionnée, font juftes & légitimes, ou rei
delefclavage, connoître que T'efelavage qui a en été la fuite eft dans l'ordre des
chofes. Il eft contre la raifon que le Soldat veuille avant de combattre
être inftruit des projets de fon Général, & qu'un particulier fafle dépendre de fon confentement la validité des loix. L'un & l'autre doivent
obéir à l'autorité publique 3 fans quoi la plus petite fociété ne fçauroit
fabfifter. L'efclavage a été autorifé par la puiffance légillative des Nations les mieux policées 1 & fi quelques loix permettent de tucr les
Efclaves, il ne faut confidérer que Ia fureté qu'elles ont eu en vue,
& non pas une adtion qui paroit cruelle au prémier coup d'ail.
validité des loix. L'un & l'autre doivent
obéir à l'autorité publique 3 fans quoi la plus petite fociété ne fçauroit
fabfifter. L'efclavage a été autorifé par la puiffance légillative des Nations les mieux policées 1 & fi quelques loix permettent de tucr les
Efclaves, il ne faut confidérer que Ia fureté qu'elles ont eu en vue,
& non pas une adtion qui paroit cruelle au prémier coup d'ail. Le
Légillateur fçavoit d'un côté
l'intérêt du maitre ne le porteroit jamais à perdre volontairement e: Efclave 3 non plus qu'un cheval de
prix qu'il employeroir utilement 5 & de l'autre que l'efclavage étant un
état de contrainte 8c de violence, il étoit néceffaire que la crainte de
la mort rendit les Efclaves entierement obéiffans. Ces loix ne font donc
pas mauvaifes, puifqu'elles n'ont été faites que pour maintenir l'ordre. Mais quand elles le feroient, il ne s'enfuivroit pas que la poffelion des
Efclaves fut illégitime étant fondée fur le droit public. S'ile eft permis
d'avoir des Efclaves $ il ne doit pas paroitre étrange qu'il y ait des
Marchands qui en faffent commerce, ni qu'on les expofe dans des marchés publics. La boune police n'eft pas contraire à tous ces ufages. Tout ce qu'on doit recommander aux maitres, - eft de ne point abufer
de leur pouvoir, & que s'ils reconnoiffoient de la fraude dans la vente
qui leur auroit faite d'unc perfonne libre, de recourir à l'autorité des
loix pour lui rendre fa liberté. Je n'ai rien négligé pour repréfenter ce fyftême dans tout fon jour;
c'eft au Leéteur à décider de quel côté eft la vérité. Il paroit un Livre imprimé à Lyon chez Pierre Duplain (1764)
intitulé : des Corps politiques, 8 de leurs Gouvernemens 2 dans lequel
l'Auteur traite la queftion, s'il convient d'admettre T'efclavege. Cette
queftion a trop de rapport à mon fujet pour la paffer fous filence. Je continuerai à faire les fonétions d'Hiftorien, fans qu'aucune reflexion
de ma
puiffe faire connoitre, fi j'approuve ou fi je blâme cet
Auteur. " dit donc Tome I. pag. IOO. >Les Efclaves font, 9 ou naturels, procréés d'uu mere efclave, ou pris
>à la guerre, connus fous le nom de captifs ou rendus tels par le
>crime : on nomme ces dernicrs, efclaves de la peine. >Le débiteur infolvable devenoit efclave. du créancier par la lci des
ndouze tables. S'il avoit plufieurs créanciers, le malheureux étoit démem-
>bré & partagéentr'enx. Jc ne crois pas que cette partie fi horrible de
>la loi, ait jamais été exécutée ; je nc fçaurois regarder cctte attrocité
> que comme uu moyen imaginé pour obliger le débiteur au payement
> par la terreur > ou pour porter le citoyen à ufer de fes facultés avec
>6 économie, 9 & obvier à la légéreté des emprunts.
créanciers, le malheureux étoit démem-
>bré & partagéentr'enx. Jc ne crois pas que cette partie fi horrible de
>la loi, ait jamais été exécutée ; je nc fçaurois regarder cctte attrocité
> que comme uu moyen imaginé pour obliger le débiteur au payement
> par la terreur > ou pour porter le citoyen à ufer de fes facultés avec
>6 économie, 9 & obvier à la légéreté des emprunts. Je ne penferai jamais
>que les légiflateurs ayent voulu fon exécution. --- Page 221 ---
PAR MARSEILL E.
>L'efclavage occafionné par les dettes 3 ne dura pas long-tems; le GUINEE:
rt tribun Perilien le ft abroger : la perfonne du debiteur devint libre; il de l'efelavage:
>pouvoit infulter à fon créancier, cn fe montrant impunément àfes yeux;
>c'étoit tomber d'un excés daus un autre : le droit de faire enfermer le
ndébiteur dans des prifons publiques 1 eft un milieu plus raifonnable.
>On doit ajouter à ces caufes de l'efclavage, la vente que Thorme
slibre pouvoit faire de fa perfonne. Il mc femble qu'on ne doit point
> dire,quil n'efl pas vrai qu'un homme libre puifefe vendre, * encore moins
>en dommerpour raifon, que tous fes biens entrant denslaproprics du Maitre,
>le Maitre nu donneroitrien, & FEfelave ne recerroit rien. Cette reflexion
>ne prévoit que le cas où l'Efclave garderoit dans fa main le prix de fa
wliberté: mais fi l'homme libre fe vend pour payer une dette, ou pour
>faire un capital à fes enfans déja nés, la maxime eft fauffe, comme
>celle qu'un prifonnier fairala guerre $ ne peut être reduit en fervitude. **
>On pourroit aufli ne pas accorder que la liberté du citoyen appar-
>tienne au corps politique 5 la perfonne du citoyen lui appartient : mais
sfil'efclavage eft un état néceffaire dans la confitution, 1 il eft indifférent
>à la République que tel homme lui foit utile, comme efclave, ou
>comme libre.
>Les Efclaves avoient la tête nue & rafée, comme la plupart de nos
>Moines , efclaves facrés de la Religion 5 les nouveaux affranchis portoient
>un bonnet, jufqu'à ce que leurs cheveux fuffent revenus 5 c'eft par-là
>qu'il devint un fimbole de la liberté. Brutus, > après sle meurtre de Céfar,
>fit frapper de la monnoie avec l'empreinte du bonnet, comme ayant
naffranchil le Peuple Romain. A la mort de Neron, le peuple prit des
>bonnets, pour témoigner qu'il fe croyoit libre dès ce moment.
>L'Eflave dépendoit entierement de fon Maitre, qui poavoit à fon
"gré, changer fon état, & le délivrer de la fervitude; mais l'affranchif
piement ne procuroit pas une liberté abfolue. L'expreflion de Juftinien
>ne doit point être prife au pied de la lettre : Perfonne n'a jamais rénvoqué en doute quel l'affranchi ne demeurât dans une certaine dépenodance de fon ancien Maitre. On fubftituoit à ce dernier titre 3 celui de
sPatron 5 Faffranchi étoit fous fa protedtion ; illui devoit des corvées, un
ntribut annucl: a étoit taxé pour contribuer à la dot de fa fille, & pour
wletirer decaptitite.
>Si l'affranchi étoit coupable d'ingratitude il perdoit la liberté qu'il
savoit reçue 3 il étoit obligé de nommer le Patron dans fon teftament,
>& de luilaiffer un legs 5 fa fucceflion lui appartenoit lorfqu'il mouroit
>lans enfans. Si ou excepte le teul article du legs dans le teftament,
>on trouvera mot pour mot, dans la condicion de Tufranchi, celle du
sceslitaire, telle quielle étoit par-tout autreicis, & telle gu'on la rcFiprit des Loix, liv. 15- L 20
LC
toit obligé de nommer le Patron dans fon teftament,
>& de luilaiffer un legs 5 fa fucceflion lui appartenoit lorfqu'il mouroit
>lans enfans. Si ou excepte le teul article du legs dans le teftament,
>on trouvera mot pour mot, dans la condicion de Tufranchi, celle du
sceslitaire, telle quielle étoit par-tout autreicis, & telle gu'on la rcFiprit des Loix, liv. 15- L 20
LC --- Page 222 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GCINKE. >trouve encore aujourd'hui dans plufieurs Seigneuries : il n'eft pas pcflible
delgfileruge. nden'être poiut frappé d'une conformité aufi exacte.
>On connoiffoit encore une autre efpéce d'efclaves mitigés, appellés
>parlesRomains : Afjeripeitit glebie, & parmi nous, ferfs Ol efclaves de
>la glebe. Leurs devoirs devinrent peu-à-peu femblables à ceux des af-
>franchis ; mais il y avoit entr'eux une différence bien effentielle : l'af-
>franchi n'étoit oblige que durant fa vie ; fes enfans étoient ingenus,
pentierement libres. L'efclave de la glebe l'étoit à perpétuité. Cette forte
>d'efclavage s'eft évanouie en France; il n'en refte que la mémoire &
>quelques droits feigneuriaux que l'on a refervés : ceci fournira ailleurs
>plus de détail, & quelques réflexions. *
>La matiere de ce chapitre préfente trois chofes à examiner : 1°.L'ef
>clavage eft-il naturel, ou contraire à la nature ? 2°. Quelle doit étre
>la puilfance du Seigneur fur l'Efclave ? 3°. Doit-on admettre des efclaoves dans une République 2
Ariftote eft d'avis que la fervitude eft conforme à Ia nature. Nous
>01J015, dit-il, que des hommes femblent faits pour fervir & obéir,
>8 d'autres pour commander. Telle eft fa preuve qui ne conclut
prien pourlefclavage , & ne vaut pas la peine d'être refutée. La nature
pa donné à Phomme une volonté : une faculté de choifir,. qui ne dépend
>quc de lui-même ; dès-lors la nature l'a fait libre. Cette propolition n'a
>pas befoin d'étre appuyée.
>D'autres prétendent que l'efelavage ayant été de tous les tems, que
>fubliftant encore dans la plus grande partie de T'Univers, que tous les
>peuples l'ayant approuvé il n'eft pas à préfumer que ce quia été auffi
>généralement reçu,& dont.la durée n'a aucuu terme, puiffe être contre
>les loix dela nature.
) Cette raifon ne me toucheroit pas. Lorfqu'on raifonne ainfi, on ne
>connoit pas jufqu'oi vala dépravation de Tefprit humain : il n'y a rien
ode f abfurde, de fi oppofé aux fentimens naturels, 1 qu'il ne foit capapble d'adopter. Son aveuglement va jufqu'à couvrir du voile de la Reli-
>gion, cc qu'ily a de plus, facrilége : tels font les facrifices du fang
>humain, qui ont été en ufage dans toutes les parties du monde. Les
>Thraces tuoient par charité leurs peres & meres vieux & infirmes; ils
>les mangeoient par piété; ; il étoit horrible qu'il fuilent mangés par les
>vers: cct ufage fublifte encore parmi quelques peuples fauvages. De
>pareils exemples doivent bien humilier Thomme, & décrier l'autorité
ode l'opinion commune.
>Mais la queftion ceffe d'être la méme 7 lorfqu'on esamine filefclavage
>eft conforme ou contraire à un droit des, gens appuyé far la raifon.
pL'origine de l'efclavage fe perd dans les tems les plus reculés. Je ne
bigaurois penfer > avec Puffendorf, qu'ila commencé; parle confentement
Chape 16.
de
doivent bien humilier Thomme, & décrier l'autorité
ode l'opinion commune.
>Mais la queftion ceffe d'être la méme 7 lorfqu'on esamine filefclavage
>eft conforme ou contraire à un droit des, gens appuyé far la raifon.
pL'origine de l'efclavage fe perd dans les tems les plus reculés. Je ne
bigaurois penfer > avec Puffendorf, qu'ila commencé; parle confentement
Chape 16.
de --- Page 223 ---
PAR M ARSEILLE.
nde cous qti fe font donnés volontairement à une famille. La nécef- GUINÉE.
>fité n'a pi y obliger celui qui avoit des bras pour cultiver la terre : delujelavag:
>li f parcile Teloignoit de s'en fervir pour lui-méme, il ne les aura
>pas offert à d'autres pour les employer à un travail arbitraire, & fe
>loumettre à l'empire cruel du Maitre fur Tefclave.
>On ne peut fc refufer à croire que T'efelavage a pris naiffance dans
>les premieres guerres des hommes ; le vaincu a appartenu au vain-
>queur. Sans recourir au fiftême métaphylique de Hobbes 3 qui veut que
>l'état de nature foit un état de guerre de chacun contre tous, on peut
>affurer que les querelles ont commencé, entre les hommes, pour les
>beloins de la vie. Il y avoit des efclaves avant qu'on j fit lege de
>la fimplicité des prémiers fécles, & que l'on fiit occupé a chercher tous
>les jours: de. nouvelles commodités.
sOn a dit que les politiques ont tiré le droit de réduire en fervitunde, du droit des tuer, dans: la:i conquéte. * Il faut. diftinguer la con-
>quête du combat : il eft naturel daus l'un, d'ôter la vie; ce droit fewroit trop barbare dans l'autre : on en a. le pouvoir, on n'en a pas le
>droit.
>Si la confervation eft le feul objet légitime de la conquéte 1 compme le même Auteur Tétablit, comment, lorqu'il a cherché les rai-
>fons de l'efelavage, ne les a-t-il point apperçues dans ce même droit
>de confervation ? Il eft permis d'ôter à celui qu'on a vaincu ) le moyen
nd'être encore. ennemi., & de derenir vainqueur à fon tour. Ileft dans
>la nature de la chofe ) que la fervitude dure autant que la confervaption l'exige, & qu'elle foit éternelie s'ille faut.
>On a pu priver de la liberté, puifqu'il a été un moment dans lenquel on a pu ôter la vie. Le droit des gens ne fçauroit être choqué
nlorfqu'on doune le toit, le vêtement & la nourriture à celui que l'on
wa pu maflacrer. On pourroit abfolument attribuer l'efclavage à un prin-
>cipe d'humanité.
>Pourroit-il n'être pas permis d'exiger du vaincu les fervices qui
>n'excedent pas fes forces & fes talens : l'ufage des prifonniers de
>guerre, n'eft que l'humanité portée à un plus haut degré de doupceur.
>On devroit, dans la difcuffion 9 oublier les préjugés. Nous connoif-
>fons à peine l'efclavage dans la plus grande partie de I'Europe &c
>nous y avons attaché une idée de cruauté que nous ne féparons pas
ode la chofe même : nous ne refléchiffons pas que la dureté oula dou-
>ceur de l'efclavage dépendent uniquement du caraétere du maitre de
>l'efclave; il l'employe, il eft vrai, à des ouvrages pénibles, pour
pleiquels fouvent il n'étoit pas né: aincra-t-on mieux qu'il lui curoré
>la vie?
* Eipri: des Loix > liy. IO ch, 3.
Iom. II.
Cc
ofe même : nous ne refléchiffons pas que la dureté oula dou-
>ceur de l'efclavage dépendent uniquement du caraétere du maitre de
>l'efclave; il l'employe, il eft vrai, à des ouvrages pénibles, pour
pleiquels fouvent il n'étoit pas né: aincra-t-on mieux qu'il lui curoré
>la vie?
* Eipri: des Loix > liy. IO ch, 3.
Iom. II.
Cc --- Page 224 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
Les raifons que l'on cite ordinairement contre l'efclavage 7 fe prendel l'efelavage. >nent des traitemens barbares exercés fiar ceux qui font tombés dans
>cette malheureufe condition ; ils ne prouvent rien : une inftitution peut
>être permife, & même bonne, & l'abus que l'on en fait, pernicieux.
>Que l'on faffe périr fon femblable dans les fupplices, pour avoir caffé
>un verre i qu'il foit miartyrife fous les coups de fouet 3 pour avoir
>oublié de fermer la porte d'une antichambre : ces traitemens révoltent
>l'humanité; je les reconnois contraires au droit des gens ; mais ceci
pregarde le droit que l'on doit permettre au Maitre fur l'Efclave, &
>non l'efclavage lui-même.
>De quelque nature que foit le titre qui donne FEfclave au Seigneur,
>le droit de vie & de mort ne doit pas être toléré. Le droit des gens
> permet d'ôter la vie à l'ennemi , dans le moment de fa réfiftance ;
wmais après qu'on la luia accordée, & lorfque, par ce don, le vaincu
pa ceflé d'être ennemi, l'équité du droit des gens nc permet plus de
> donner la mort, que pour un nouveau crimc qui l'auroit méritée. La
>loi d'un état bien policé n'en laiffera jamais le jugement à un. parti-
>culier.
>Le châtiment outré qui va jufqu'au fupplice, doit être regardé du
>même ceil: la mort n'eft pas fi affreufe que ces châtimens exceififs
>& réitérés. Les bornes d'un pouvoir légitime doivent être réduites
paux régles de la juftice & de la raifon ; on pourroit laiffer des EC
claves à ceux qui fongeroient qu'ils pourroient cux-mémes le devenir
oun jour.
>Un détail très fuccinét fuffit pour mettre en état de décider fi l'on
>doit admettre des Efclaves dans les corps politiques: : la barbarie exer-
>cée. contre cux, en a toujours fait les ennemis de leurs Maitres &
>de l'Etat. Perfonne n'ignore lcs guerres que les Romains eurent à fou-
>tenir contre les Efclaves révoltés & réunis.
>Je penferois que ces époques rendirent les afiranchiffemens plus
>communs : on s'apperçut de l'inconvénient du trop grand nombre
>d'hommes nés libres 1 que l'on enchaînoit; on s'attacha par recon-
>noiifance & par intérêt 1 ceux auxquels on donnoit la liberté; on en
>faifoit un rempart entre le maitre & les autres Efclaves; c'étoit au-
>tant des gens qui veilloient fur eux.
>On a vu dans le refte de l'Europe 8 ailleurs, lcs mêmes exemples
nque fournit l'Italie ; ce furent les Efclaves qui établirent le trône des
a Califfes & des Sultans: : la liberté que leur promit Omar, un des Ca-
>pitaines de Mahomet en attira un affez grand nombre pour con-
>querir l'Orient. Le bruit de leurs fuccès encouragea ceux de l'Europe :
sils. prirent les armes d'abord en Efpagne, enfiite en France : Lothaire, a
cyaprès avoir perdu deux batailles contre fes freres, appella les Efcla-
>ves >. qui,. fe voyant armés, donnerent la chaffe à leurs Maitres : l'emScafement s'étendit, le feu paffa en Allemagne, oii il mit en. danger
nombre pour con-
>querir l'Orient. Le bruit de leurs fuccès encouragea ceux de l'Europe :
sils. prirent les armes d'abord en Efpagne, enfiite en France : Lothaire, a
cyaprès avoir perdu deux batailles contre fes freres, appella les Efcla-
>ves >. qui,. fe voyant armés, donnerent la chaffe à leurs Maitres : l'emScafement s'étendit, le feu paffa en Allemagne, oii il mit en. danger --- Page 225 ---
PAR M ARSEILLE
nles Princes 8x TEtat: l'Empereur Louis fut obligé d'affembler toutes GUINEE.
wacs forces pour éteindre la rebellion. Teis iont les inconvéniens de de l'ejclavages
nl'elclavage: voyons à quoi fes avantages fe réduifoient.
>On employoit les Elclaves aux arts & métiers, dont ils rapporstoient le profit à leurs maitres ; cette utilité étoit-elle bien graude :
>Etoit-ce le deffein de multiplier les divers genres de richelles qui
>les avoit deftinés à cet emploi? Ce n'étoit pas fervir les arts. Quelle
neft l'efpéce de l'attention & de l'émulation que l'on doit efpérer de
>l'ouvrier qui ne travaille pas pour lui-même, , & qui agit forcé. Si
>la crainte l'eugage à faire bien, c'eft beaucoup : jamais il n'occu-
>pera fon efprit, & ne redoublera fes foins pour chercher le mieux.
>Les Romains furent obligés d'affranchir en quelque forte leurs labou-
>reurs 1 & de les intérefler dans la récolte.
>Cet arrangement n'étoit aufli qu'un expédient mis en ufage par
>Lycurgue & Numa, pour donner de l'occupation aux Efclaves, em-
>pécher que l'oifiveté, en les réuniflant, ne les portât à des complots
wfuneftes. L'expérieuce ft voir dans les fuites , que ce reméde politique
>ne guériffoit pas le défordre que l'on avoit apprehendé.
>Les Efclaves comme tels ) n'étoient d'aucune reffource dans les cas
>preflans: les faire fervir comme foldats 9 c'étoit leur donner la li-
>berté de la fuite, on étoit obligé de les affranchir avant de les en-.
wrôler. N'avoit-on pas à craindre alors que le fentiment de haine &de
>vengeance ne fut plus fort en eux, que le défir de fervir des maintres, qui les avoient traités avec cruauté, & qui ne les délivroient
>de ieurs fers que pour les expofer au danger?
>Les Efclaves 1 il eft vrai, plus obéiffans, plus foumis par état,
srempliffoient plus exactement leurs devoirs, que ne le font les fervi-
>teurs de condition libre ; mais fi T'efclavage ne procuroit que le foi-
>ble avantage d'un fervice domeftique plus affidu, il étoit trop acheté
>par la feule peine de tenir des captifs à la chaine, & de veiller fans
>ceffe, dans la crainte de leur évafion ou de leurs mauvais deffeins.
Aucune utilité ne peut balancer le danger continuel qui menace le
>repos des familles & de la république ) lorfque tout eft plein de gens
D que leur état malheureux & forcé, entretient dans le défefpoir. On
> peut donc décider que les vrais Efclaves ne conviennent pas au corps
>politique.
>Nous lifons cependant que les Parthes fe fervoient de leurs EC
>claves à la guerre, & que l'armée qui flétrit la gloire de Marc-An-
>toine & celle du nom Romain 3 n'étoit compofée que d'Efclaves. Mais
>nous lifons en même-tems, que les Parthes traitoient les Efclaves com-
>me leurs enfans : ce n'eft donc pas 1 comme je T'ai dit plus haut, Tef-
>clavage en lui-même 3 qui eft pernicieux 1 c'eft l'empire abuff que
>l'on exerce fur les Efclaves. Mais comment fe pourroit-il que la na-
>ture perverfe ne porte le général des hommes à pouffer à l'excès les
Ccij
ée que d'Efclaves. Mais
>nous lifons en même-tems, que les Parthes traitoient les Efclaves com-
>me leurs enfans : ce n'eft donc pas 1 comme je T'ai dit plus haut, Tef-
>clavage en lui-même 3 qui eft pernicieux 1 c'eft l'empire abuff que
>l'on exerce fur les Efclaves. Mais comment fe pourroit-il que la na-
>ture perverfe ne porte le général des hommes à pouffer à l'excès les
Ccij --- Page 226 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. >droits d'autorité qui font dans leurs mains ? Si on ne doit pas cfpérer
selefelavage. >qu'ils fe corrigent, il faut proferire l'efclavage.
>On doit cependant excepter le cas d'une néceffité abfolue lorfque par
>exemple, la terre demeureroit fans culture fans le fecours des EC
>claves, 3 comme dans les Colonies de P'Amérique ; fi néanmoins les fau-
>vages de ces Ifles avoient pû s'apprivoifer; fi, comme mercenaires, Ou
>comme attachés à la glebe, ils avoient voulu la cultiver, les nou-
>veaux habitans y auroient trouvé de grands avantages. Ce projet étoit
>praticable ; mais le caraétere impétucux de la Nation. ne s'accommode
>pas de ce qui demande du tems &.de la patience.
>Je ne dirai qu'un mot fir l'avantage prétendu que l'établiffement
ndes Efclaves négres produiroit en France. On n'a pas calculé que l'achat,
la nourriture , le vêtement 1 le logement, les maladies 2 la perte coû-
>teroient aux agriculteurs & aux. manufacturiers, le double au moins
ode ce que leur coûtent les hommes libres habitués.
>Les révoltes fréquentes dont j'ai déja parlé, & plus encore la dou-
>ccur de la Religion Chrétienne 7 firent relâcher de la rigueur de Tef
>clavage , & bornerent les pouvoirs fur les Efclaves 3 à ceux qui font
>compatibles avec I'Evangile. Dans la fuite, les Miniftres de TEglife
>n'éparguerent rien pour procurer la liberté aux Efclaves qui fe faifoient:
> Chrétiens 3 moyen bien louable pour attirer les hommes..: à la vraie:
>Religion 7 en leur faifant du bien.
wPaulin, Evèque de Nole, fc diftingua : après avoir vendu fes biens:
>pour racheter des. Efclaves, il fe vendit lui-même aux Vandales; ; tant:
>il eft vrai que le zéle le plus faint > lorfqu'il eft trop ardent, porte:
>à des excès que blâme la faine raifon.
>On verra dans la fuite de cet ouvrage 1 que les grands changemens
pne doivent jamais fe faire tout-à-coup ;1 un trop. grand nombre d'affran-
> chiffemens, dans un court efpace de tems, devint l'occafion de quel-
> ques déréglemens. Sous Conflantin le Grand, ies Villes fe trouverent
>furchargées. d'une quantité prodigienfe d'afiranchis, fans pain & fans méntier : cet Empereur fit des Ordonnances pour aider les pauvres man-
>dians : de là prirent nailfance. les hôpitaux, , monumens dignes de Phuomanité, & dont T'honneur eft di à la Religion Chrétienne.
>Les Réglemens ne furent pas fufifans pour remédier aux inconvés
>f niens de l'excès : les enfans furent abandonnés par ceux qui pouvoient
sà peino fe nourrir eux-mêmes ; les bois furent remplis d'affaffins.
>Gratien ordonna que l'enfant expofé feroit Efclave de celui qui l'auproit nourri & élevé; & T'Empereur V'alens permit à chacun de fe fai-
>fir des vagabonds, & d'en faire des Efclaves: il fit dcs défenfes d'hawbiter les. bois comme hermite; il, fit périr la plupart de ces. gens, que:
ole feul appas de la liberté avoit fait Chrétiens, & qui oublioient aufli-.
ntot dans, les forêts, qu'ils l'éroient devenus: pen-a-peu l'ordre fe ré-.
asablig.
ur V'alens permit à chacun de fe fai-
>fir des vagabonds, & d'en faire des Efclaves: il fit dcs défenfes d'hawbiter les. bois comme hermite; il, fit périr la plupart de ces. gens, que:
ole feul appas de la liberté avoit fait Chrétiens, & qui oublioient aufli-.
ntot dans, les forêts, qu'ils l'éroient devenus: pen-a-peu l'ordre fe ré-.
asablig. --- Page 227 ---
P AR M A RSEILLE
>L'efclavage continua toujours à perdre à proportion de T'accroiffe- GUINÉE
>mcut du Chriftianiline : par-tout où il s'établit, on affranchiffoit les de l'efelavage;
>Efclaves à l'envi. Charlemagne en un jour, affranchit tous les Saxons,
>à caufc qu'ils s'étoient fait baptifer ; de forte que vers l'an 1250,
>ne fe trouva plus de vrais Efclaves dans toute la Chrétienté.
>On doit en excepter quelques cantons de T'Allemagne 3 &c fur-tout
>la Pologne , où les fujets-cenfiers > qu'ils appellent kmctos, font fou-
>mis , au point, que les Seigneurs péuvent tuer les leurs impunément,
>& ceux des autres, pour une modique fomme. On a encore confervé
>par-tout l'efclavage, comme peine du crime qui" ne mérite pas la
>mort.
>Dans le tems de cette picufe manie, la France fc diftingua entre
>les autres Nations ; elle rejetta les efclavages de la glebe 3 que des
>peuples plus fages ont retenu. Il faut ne pas connoître fa nature pour
pie recrier à ce propos, qu'il fuit de cet afferviflement, qu'tine poignée
nde gens regorge de Fuperfiuités, tan.dis qite la multitude affaméz manque
>du nécefaire. Dans les lieux où T'efclavage de la glebe n'eft plus, cette
winégalité fur laquelle on s'attendrit, eft plus extrême que jamais.
>Ces Efclaves étoient lcs cultivatcurs ordinaires qui partageoient les
nfruits. Libres dans le détail de leurs actions, ils acquéroient, & plu-
>fieurs rachetoient ce qui manquoit à leur liberté, avec lcs bieus qu'ils
>gagucient dans cette demi-fervitude.
Pourquoi penferoit-on que la nature humaine étoit avilie dans la plid-
>part de Jes individus ? On fe fera une idée plus jufte de cette condi-
>tion , fi on fe figure des colons perpétuels, 3 auxquels on ôte une am-
>bition inquiéte, pour leur permettre l'aifance & le bonheur. Felices
nfiua f bona norint agricola. L'efclavage de la glebe étoit aufli étendu
oque l'Empire Romain, lorfque Virgile s'exprimoit ainfi : Vous ne * pourprier dijinguer le maitre de LEjelave, > par la douccur de la vie.
>Ce méme Royaume a encore. voulu depuis, que tout homme qui
nmettroit le pied fir fes terres, a fut libre dès ce. moment 1 fans faire
pattention qu'il eft contre le droit des gens, d'enlever à l'étranger
>paffant & maître de lEfclave un bien qui lui apartient.
>Les façons de penfer font de mode chez les François, comme les
>ajuftemens : lorfqu'une opinion faifit les efprits, elle. en. devient l'idole,
pon lui facrifie toute autre confidération. On n'a pu y fouffrir l'ombre
>même de Teiclavage; cependant on ne fçauroit nier fes avantages, fi,
>en retranchant ce qu'ily avoit d'exhorbitant dans le' pouvoir, on eut
>confervé ce qu'il en falloit pour empécher la liberté de dégénérer en
>licence.
>L'homme libre ne peut s'obliger, 7 faus une peine - dc (ervir un.
* Tacit. de mor. ger. Comment eft-ce que le Critique n'a point apperçu cette tole
*e V'iprit des Loix.
on ne fçauroit nier fes avantages, fi,
>en retranchant ce qu'ily avoit d'exhorbitant dans le' pouvoir, on eut
>confervé ce qu'il en falloit pour empécher la liberté de dégénérer en
>licence.
>L'homme libre ne peut s'obliger, 7 faus une peine - dc (ervir un.
* Tacit. de mor. ger. Comment eft-ce que le Critique n'a point apperçu cette tole
*e V'iprit des Loix. --- Page 228 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. >maître pendant un certain nombre d'années convenu 3 foit pour l'afoit
l'intérieur de la maifon. Les Parlemens ont redel'efclavage. ogriculture 1
pour
feroit merveilpprouvé Ces fortes d'engagemens : leur ufage cependant
>leux. Il eft reçu en Angleterre & en Ecoffe , que l'on nomme par
pexcellence, pays de liberté.
>L'efclavage étoit une extrêmité; on en eft forti pour tomber dans
>une autre. C'eft la faute la plus commune des hommes, 9 parce qu'ils
pagiffent par fentiment plutôt
par réflexion. On n'a pas même
sapperçu que l'ou refufoit pour T laboureur, pour le domeftique, ce
>que l'on approuve pour le foldat.
chofe de
>L'autorité du maitre fur le fimple domeftique a quelque
>plus étendu que celle du locateur fur le mercenaire à la journée. Le
pprémier doit plus d'attachement & d'obéiffance, en ce qu'il fait partie
>de la famille ; on a le droit de le corriger avec modération & dif-
>cernement. >Une douceur de meeurs mal entendue 1 a détruit dans la pratique
>ces régles domeftiques : cette claffe d'hommes eft fans fentimens &
sfans éducation ; la corredtion verbale eft pour eux comme le bruit qui
>frappe P'air 1 & qui fe perd fans y laiffer d'impreffion. Etrange effet s'ils
>de la fauffe opinion ! Nombre de perfonnes croiroient s'avilir > dosufoient d'une correétion plus fenfible : que dis-je ? On qualifie les
>meftiques du moindre rang, du terme d'honneur confacré pour les
>maitres. Ces ridiculités 3 j'ofe employer cette expreffion, leur donnent
ame bafle
elle paffe d'abord
pde l'audace & lorfqu'une
s'énorgueillit,
>à l'infolence.
avoir de
conféquences;
>La fubordination négligée ne peut
légeres
ples exemples en font familiers, & dès-lors qu'on a befoin d'employer
arrêter les défordres quels qu'ils foient, il
>l'autorité publique $ pour
nferoit mietx d'en avoir prévenu la caufe.
L'attachement du Labourenr à la glebe, l'engagement du domeftique
>envers fon Maître pour un certain nombre d'années, fous une peine
pretabliroient le bon ordre, & le domeftique y trouveroit une reffource
>affurée qui peut lui manquer dans les maladies.
bien
>Quiconque voudra réflechir, conviendra qu'une république
gou-
>vernée devroit du moins tolerer cet ufage; l'expérience l'obéiffance, apprendroit &
>s'il feroit bon d'en faire une loi. Elle feroit revivre
>donneroit au Maître une autorité convenable, quoique bien éloignée
>de celle que le droit des gens donnoit fur les Efclaves. Ce feroit une
elle n'auroit rien d'atroce, elle
>fervitude réelle a & point perfonnelle; feroit fondée fur le choix libre
si feroit conforme à la raifon, parce qu'elle Maitre.
squ'un homme, pour fon utilité, fe fait d'un les
du monde,
Le Chriftianifme s'étant répandu dans toutes parties
* Efprit des Loix liv. 15 ch. 6.
ée
>de celle que le droit des gens donnoit fur les Efclaves. Ce feroit une
elle n'auroit rien d'atroce, elle
>fervitude réelle a & point perfonnelle; feroit fondée fur le choix libre
si feroit conforme à la raifon, parce qu'elle Maitre.
squ'un homme, pour fon utilité, fe fait d'un les
du monde,
Le Chriftianifme s'étant répandu dans toutes parties
* Efprit des Loix liv. 15 ch. 6. --- Page 229 ---
P A R M TARSEILLE
ébranla les fondémens de l'efclavage ; mais ne le détruifit pas tout de GUINÉE. fuite. Les prémiers Chrétiens n'avoient pas aflez d'autorité pour changer del'efclavage,
les loix. Ceux qui vinrent après, quoique perfnadés de la pureté de
la dureté de
la Morale Evangelique & de fon oppolition à
l'efclavage,
étoient intéreffés à conferver
n'oferent pas le condamner + parce qu'ils domai.e abfolu, & dont ils reles Efclaves fur lefquels ils avoient un
tiroient toutes fortes de fervices. Ils chercherent des raifons pour concilier T'efclavage avec la Religion qui leur paroiffoit le proferire. Cette
recherche, dans une queftion fi claire, ne pouvoit manquer de produire
décifion conforme aux penchans de leur ceeur. Quand la loi eft
précife, une elle n'a pas befoin d'interprétations. On eft toujours trompé
quand on défire de lêtre, ou qu'on cherche des excufes. La France, pour ne point parler des pays du Nord oi l'efclavage régne
à affranchir les Serfs. Ce fut Louis
encore, ne commença qu'en II35
d'humanité , &
cette
le Gros qui donna le prémier cet exemple
par les droits
action généreufe, fit relpeéter, par une foule de petits tyrans 2
de Thumanité. Quelques Auteurs ont prétendu que ce fut le Pape Alexandre III + qui le prémier a vengé la liberté de Phomme de l'opprefion fous laquelle elle gémilloit, en fupprimant la fervitude. C'eft
le fentiment de Mr. de Voltaire. Il n'y a qu'à faire attention aux dates,
pour être convaincu du contraire. Alexandre III ne fut Pape qu'en II59. Louis VIII continua à extirper la tyrannie en I223. Nous penfons
nujourd'hui bien diféremment de nos Peres 7 & nous avons peine à
ajouter foi aux aêtes les plus autentiques de notre hiftoire fur la fingnlarité & l'infamie de certains droits que les Seigneurs féculiers &
eccléfiaftiques exerçoient fur leurs ferfs, que. la tyrannie des Maitres
failoit regarder comme de véritables Efclaves. Le Chriftianiline qu'ils
profefloient n'apportoit aucun adoucifiement aux miferes de leur étati
Ce fut même dans l'efpérance d'être traités avec moins d'inhumanité p
qu'ils prirent la détermination de fe donner au Roi, en fe déclarant
fes Efclaves dont le fervice étoit beancoup moins dur. Demarche inutile, tant la tyrannie avoit pouffé de profondes racines, & les loix étoient
foibles & méprifées.
iline qu'ils
profefloient n'apportoit aucun adoucifiement aux miferes de leur étati
Ce fut même dans l'efpérance d'être traités avec moins d'inhumanité p
qu'ils prirent la détermination de fe donner au Roi, en fe déclarant
fes Efclaves dont le fervice étoit beancoup moins dur. Demarche inutile, tant la tyrannie avoit pouffé de profondes racines, & les loix étoient
foibles & méprifées. On fçait que nos Rois prefererent de laiffer cesi
miferables dans l'état d'oppreflion oii ils vivoient, aux horreurs d'une:
guerre civile. L'autorité des Maitres fur leurs ferfs étoit illimitée, &
s'étendoit jufqu'àanéantir le mariage 3 cet aéte fi folemnel & fi néceffaire
pour la sûreté & la tranquillité publique. Le mariage ceffoit d'être tel,
quoique confommé en conféquence des loix de l'Etat & de TEglife >)
lorfque le caprice ou la fantailie d'un Seigneur particulier jugecit à propos de le diffoudre.
ile. L'autorité des Maitres fur leurs ferfs étoit illimitée, &
s'étendoit jufqu'àanéantir le mariage 3 cet aéte fi folemnel & fi néceffaire
pour la sûreté & la tranquillité publique. Le mariage ceffoit d'être tel,
quoique confommé en conféquence des loix de l'Etat & de TEglife >)
lorfque le caprice ou la fantailie d'un Seigneur particulier jugecit à propos de le diffoudre. L'hiftoire de Charlemagne fait mention de cette:
ryrannie ). qui eft véritable 3 quoiqu'elle paroilfe incroyable. Louis X, dit le Huttin 1 abolit entierement l'efclavage par fon Edit
de Juillet de 1315 7 en déclarant que par le droit de nature, tcut
homme devant étre franc, il donnoit frauchife à tous fes fujets,. ordou- --- Page 230 ---
COMNERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. naut aux Seignenrs d'affranchir tous hommes de corps > afin que Ie
dei'gjeiayags. Royaume des Francs le fut de fait, comme de nom. Depuis cet heureux moment, 3 la France ne connoit plus que de nom l'efclavage, &
il fuffit qu'un Efclave entre dans le Royaume de France, pour devenir libre; ce qui doit s'entendre de l'efclavage tel que les loix Romaines l'avoient établi ou qu'il étoit en France avant l'Edit de liberté
de Louis X, puifque les Turcs que la France achete pour le fervice
de fes galeres, vivert fur fes terres, & n'en font pas moins efclaves.
Nos Forçats le font aufli ; mais ce dernier efclavage, tout different de
T'ancien, ne mérite point proprement ce nom, les Turcs & les Forçats
ne devant être confiderés que comme des prifonniers & non comme
des Efclaves. Les Turcs fontachetés de ceux qui ont droit de les vendre 1 & la vente qu'on nous en fait ne nous donne point le droit de
vie & de mort. Bien plus: s'ils étoient mariés, leurs enfans feroient
tibres, preuve certaine qu'ils ne font point efclaves, & que c'eft improprement que nous leur donnons ce nom. Il en eft de mênie de nos
Forçats. Leurs femmnes & leurs enfans demeurent libres , & jouiffent
de toutes les prérogatives des citoyens. Il n'y a que les coupabies condamnés par les loix qui perdent leur liberté en punition de quelque
crime ; mais la fentence une fois prononcée 7: leur vie eft en sûreté. Je
fais cette remarque 3 pour faire voir. que la maxime généralement reçue
qu'il fuffit de toucher la terre de France pour être réellement libre 1
eft véritable, relativement à l'ancien efclavage.
Il n'y a que nos Colonies dans les Iiles Françoifes de l'Amérique 9
qui, quoique dépendantes de la France dont elles font partie qui foient
ine exception à cette loi fi conftamment & fi univerfellement obfervée.
Les mêmes raifons d'humanité jointes aux motifs de la Religion & du
bien public, ont fait autorifer en Amérique l'efclavage des Noirs ; ef
clavage cependant mitigé & adouci autant que la confitution d'un pareil
état Ta pu permettre.
étoit
Louis XIII, qui a f bien mérité le nom de Jufte 2
perfuadé
que la loi naturelle & le Chriftianifine condamnoient également le pouvoir arbitraire que les hommes avoient exercé fur leurs femblables, &
que les loix qui avoient autorifé une ufirpation fi criminelle, avoient
été didtées Tinjuftice & la violence. Avec de tels fentimens , il n'étoit
facile der le faire confentir à autorifer l'efclavage dans nos établif
pas femens des Iles; mais outre les grands avantages qu'on ne ceffa de
publier pour le déterminer, o1l intéreffa fa piété & fa Religion. On lui
fit voir que c'étoit le feul moyen de dompter la férocité de ces Nations barbares, dont les ufages & les moeurs différoient encore plus des
notres, que leur couleur 1 & qu'après les avoir civilifés, on pourroit
les amener à la connoiffance de 3.C., bien, qui devoit faire paffer
par-dellius les apparences de dureté dont leur condition ne pouvoit être
exempte; que d'ailleurs O11 ne leur raviffoit pas leur liberté qu'ils vivoient
toit le feul moyen de dompter la férocité de ces Nations barbares, dont les ufages & les moeurs différoient encore plus des
notres, que leur couleur 1 & qu'après les avoir civilifés, on pourroit
les amener à la connoiffance de 3.C., bien, qui devoit faire paffer
par-dellius les apparences de dureté dont leur condition ne pouvoit être
exempte; que d'ailleurs O11 ne leur raviffoit pas leur liberté qu'ils vivoient --- Page 231 ---
PAR MARSEILLE
voient & étoient nés dans un cruel efclavage 9 & qu'en les achetant
on adouciffoit leur fort ; enfin que cette efpéce d'efclavage pouvoit être de GUINÉE:
mitigé par des loix fages & chrétiennes, 1 & qu'il ne pouvoit pas in- l'efclavag?s
fluer fur la liberté des autres peuples 1 par le caraÉtere inefaçable
la nature avoit gravé fur leurs corps pour en faire une nation diftinéte que
& féparée de tous les autres habitans de la terre. Ces raifons déciderent Sa Majefté : l'efclavage fut permis en Amérique, & la Traite des
Noirs fut autorifée. Il n'eft pas encore tems de parler des loix qui font
de T'efclavage de nos Ifles un état mixte 1 affez foumis pour feconder
les vûes du Gouvernement 3 & affez libre pour ne point agir par les
feuls motifs de crainte.
Nos établiffemens dans les Ifles Antilles n'ont pû fe faire qu'à force
de travaux. Il a fallu défricher des terres, les enfemencer ou les planter , les cultiver & faire les recoltes. Pour cet effet, les bras de l'homme
ont été néceflaires ; mais quels hommes la France pouvoit-elle envoyer
dans un climat fi chaud 3 que des François ? Les prémiers effais de ces
tranfmnigrations furent funeftes. Des maladies épidemiques enleverent ces
nouveaux Colons, & autant qu'on en débarquoit, autant il en périffoit,
le temperament françois ne pouvant s'accoutumer à l'air & aux alimens
du pays. Dans cette extrémité ou il falloit renoncer à la poffeffion
des Iles, ou y tranfporter des hommes nés dans un femblable
& affez robuftes pour réfifter aux fatigues inféparables d'un défriche- climat,
ment de terres. L'exemple des Elpagnols qui employoient utilement
les Negres de la côte de Guinée à de pareilles opérations, fit penfer
qu'on pouvoit s'en fervir auffi avantageufement. Efeétivement les
miers Negres qui furent tranfportés dans nos Ifles, réuflirent fi bien dans préleurs travaux 9 que le ficcès répondit à l'efpérance qu'on en avoit
conçue. Le Gouvernement, 7 que la Religion avoit déterminé à autorifer
ce trafic, l'encouragea par toutes. fortes de faveurs.
Iln'eft pas hors de propos de faire connoitre icil'origine des Efclaves
noirs dans T'Amérique Efpagnole (en I516 ).
La conquête du Nouveau monde fuivit de près fa découverte. On a
déja vu de quelle maniere les Européens fe font emparés de cette
quatrième partie du monde, & par quel droit le plus petit
a cru pouvoir fe mettre en poffeflion du pays dans lequel il avoit voyageur
fi quelqu'autre Européen n'en avoit pas encore fait la découverte; abordé, ; mais
tous les Américains ne fe foumirent point à une domination
fans avoir fait les plus grands efforts pour conferver leur liberté. étrangere, L'HE
torien de la conquête du Mexique, entre dans un détail curieux de la
guerre continuelle que TE(pagne a faite à ce peuple, & de
des naturels du pays à reconnoitre fa fouveraineté. Cette l'oppofition fournit des traits incroyables d'une cruauté excelive envers ces guerre infortunés
habitans. Les Vainqueurs s'imaginerent que leur puiffance ne
être affermie que par la rigueur; en confequence ils employerent pouvoit les
Tom. II.
Dd
conquête du Mexique, entre dans un détail curieux de la
guerre continuelle que TE(pagne a faite à ce peuple, & de
des naturels du pays à reconnoitre fa fouveraineté. Cette l'oppofition fournit des traits incroyables d'une cruauté excelive envers ces guerre infortunés
habitans. Les Vainqueurs s'imaginerent que leur puiffance ne
être affermie que par la rigueur; en confequence ils employerent pouvoit les
Tom. II.
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COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE. plus rudes traitemens pour lcs détruire ou achever de les fubjuguer. Tls
del'ejclavage. ne les regardoient que comme des bêtes indignes de la vie & par
des travaux au-deffus de leurs forces & incompatibles avec leur temperament, ils les faifoient mourir de faim * de mifere , ou dans l'exploitation des mines. Quel affreux fiftême! corquerir un Empire pour en exterminer lcs habitans 3 quelle politique ! comme fi un défert pouvoit
mériter le titre de conquête, & fi le Royaume le plus ftérile, mais
bien peuplé, ne méritoit pas la préférence fur les Campagnes les plus
fertiles fans cultivateurs. La force d'un Etat quelconque réide dans le
nombre d'hommes qui le compofent, & un Roi n'eft puiffant que par
la multitude de fes Sujets. La population fera toujours la prémiere &
principale fource des richefles. Plus donc elle fera encouragée, & plus
l'induftrie fe manifeftera, & les commodités pour mener une vie heureufe fe multiplieront. Ces confidérations & les feutimens d'une jufte
compaflion exciterent le zèle de quelques bons patriotes. Ils furent affez
heureux pour furmonter tous les obftacles & faire parvenir leurs plaintes jufqu'au Confeil de Caftille. La forprife d'une conduite f inhumaine 3
fut faivie de l'indignation. On tacha de remedier à un mal qui n'étoit
déja plus reparable, tant le defpotifme avoit immolé de vietimes à l'ambition, à la vengeance & à l'avarice de quelques particuliers. A force
d'exiger des travaux trop pénibles 1 on détruifit les travailleurs. Lcs
mines refterent fans exploitation, & les terres fans culture. Ce fut dans
ces triftes circonftances. , que Chieves, en vue de conferver lc miferable refte des habitans du Mexique & pour en favorifer la multiplication,
penfa qu'il falloit choifir dans T'Afrique des hommes plus robuftes, en
état de réfifter aux travaux des mines, & capables de fupporter les
plus grandes fatigues. Les Negres de Guinée fur lefquels on auroit un
pouvoir abfolu, , lui parurent les plus propres à fon deffein. Pour cet
effet il en fit acheter 500 7 avec pareil nombre de Negreffes, qu'il ft
tranfporter à St. Domingue ( en I516): Ximenés ne put s'empécher
de blamer hautement l'aétion de Chieves. Ce grand Politique penfoit
qu'il étoit dangereux d'introduire parmi les Américains, naturellement
doux, foumis & humains, une Nation aufli vicieufe 3 auffi traitre & auffi
portée à la revolte que les Negres Africains. Il préferoit tout autre
moyen, & il auroit voulu qu'on cût commencé par menager les naturels du Pays &x les accoutumer infenfiblement aux travaux cftimés néceflaires, plutôt que de les méler avec des gens fi corrompus, & d'un
fi pernicieux exemple. Les fentimens de Ximenés font l'expreffion d'une
ame chrétienne , & je nc fçaurois approuver ceux qui ont infinué que
Xinenés n'avoit témoigné tant d'humanité que par jaloufie contre Chieves.
Tout ce que j'aurois fouhaité, pour la gloire de ce grand Miniftre, 9
auroit été qu'il eut fait entrevoir que T'efelavage dans lequel T'efpéce
noire eft reduite, avoit befoin de grands adouciffemens, pour pouvoir
étre juftifié par les Loix du Chriftianifne, & que les Negres ) tous
ué que
Xinenés n'avoit témoigné tant d'humanité que par jaloufie contre Chieves.
Tout ce que j'aurois fouhaité, pour la gloire de ce grand Miniftre, 9
auroit été qu'il eut fait entrevoir que T'efelavage dans lequel T'efpéce
noire eft reduite, avoit befoin de grands adouciffemens, pour pouvoir
étre juftifié par les Loix du Chriftianifne, & que les Negres ) tous --- Page 233 ---
PAR MARSEILLE
21I
negres qu'ils font, font des hommes comme nous, nos véritables freres, GUINÉE.
iffus du même pere & deftinés au même héritage. Je fuis fitrpris que del'ejtiavage,
Ximenés, qui devoit être inftruit des loix des divers peuples d'Europe,
ait ignoré que T'Allemagne, par une loi très ancienne 9 avoit proferit l'ef
clavage en déclarant que (C quiconque voudroit reduire fes Vaffaux ou
> fes Sujets à l'efclavage, feroir puni de mort. )) La rigueur de la loi
prouve combien ce peuple eftimoit la liberté de Thomme, & combien
il croyoit criminel tout acte qui tendroit à la luiravir.Je reviens à mon
fujet.
A mefure que les terres furent remuées, l'air devint plus fain, & à
T'exception de quelques contrées, qui font encore dangereufes pour les
François, 3 la fanté n'y court plus aucun rifque. On va aujourd'hui à
l'Amérique, on en revient pour y retourner 1 comme on voyage d'une
Province de France dans une autre. Ces Negres, inutiles dans leur pays,
devinrent un fonds d'une richeffe incftimable dans le notre, & pour
en fournir abondamment nos Colonies 1 deux Compagnies furent privilégiées pour en faire le Commerce > l'une du Sénégal & l'autre de
Guinée. Je dirai dans la fuite un mot de ces deux Compagnies & de
la liberté dont jouiffent préfentement tous les Commerçans du Royaume,
de faire le même Commerce, qu'on peut regarder comme la caufe principale du revenu immenfe que la France retire de F'Amérique.
Il n'eft
befoin de repeter ici quels font les meilleurs Efclaves
des côtes E' Guinée. Je l'ai fait remarquer en parcourant les divers
Royaumes qui fe trouvent depuis Sierra-Lionna, julqu'au Cap de BonneEfpérance. J'obferve feulement que les Efclaves du Cap-Verd & du
Sénégal, ne font pas fi vigoureux que ceux de la Côte de Guinée, &
périlient bien-tôt, s'ils font employés aux rudes travaux de la terre.
Leur temperament eft trop délicat, & s'aecommode mieux du fervice
de la maifon ou des ouvrages méchaniques pour lefquels ils ont de
bonnes difpofitions. Mais il n'eft plus queftion aujourd'hui du Commerce
du Sénégal.
Les Eiclaves que nous achetons en Guinée font :
PRE EMI E R E M E N T.
Les malfaiteurs 1 qui par les loix & les ufages du Pays, méritent la
mort, & peu de gens ignorent que dans les Etats defpotiques il ne
faut pas commettre de grands crimes pour être puni fi rigoureufement.
Les Rois retirant un gros revenu de la vente des criminels, commuent
prelque toutes les peines en celles du banniffement perpétuel. L'appas
du gain, qui provient de la vente des Efclaves, rend la juftice extrémement prompte & févère.
Dd ij
loix & les ufages du Pays, méritent la
mort, & peu de gens ignorent que dans les Etats defpotiques il ne
faut pas commettre de grands crimes pour être puni fi rigoureufement.
Les Rois retirant un gros revenu de la vente des criminels, commuent
prelque toutes les peines en celles du banniffement perpétuel. L'appas
du gain, qui provient de la vente des Efclaves, rend la juftice extrémement prompte & févère.
Dd ij --- Page 234 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE,
de l'efelavage.
SECONDENENT
Les prifonniers de guerre : le même motif de vendre avantagen:
fement des Efclaves, eft un obftacle invincible à la paix. Ce ne font
que rufes & embuches entre les Nations voifines, pour fe furprendre
& s'enlever Jes uns les autres, jamais de bataille décilive ; la
guerre leur tourne micux à compte, je puis ajouter en ne confidérant petite
que l'intérêt de nos Ifles, & à nous aufli.
TROISIEMEN ME NT.
Les Efclaves attachés au fervice des Princes, qui font ordinaire:
ment des prifonniers de guerre, ou leurs enfans & qui fuivant la
fantaifie & le caprice des maitres ou pour le moindre mécontentement,
font vendus impitoyablement. Peut-étre que l'avarice en eft fouvent la
caufe ; j'aurois pu retrancher ce peut-être.
QUATRIEMEN M ENT.
Ceux qui font enlevés par la violence des brigands, qui certains
de trouver des Marchands peu fcrupuleux vivent du profit de cette
cfpéce de commerce. Ces enlevemens font très-fréquens lorfqu'il arrive
de nos Vaiffeaux pour faire la Traite. Ona vu des enfans vendre leur
pere, & des Capitaines qui fe difent Chrétiens 2 affez inhumains pour
favorifer des aétions fi barbares. Il arrive même fouvent que les Princes ayant pris des engagemens pour fournir un certain nombre d'Ef
claves, ne peuvent les remplir par le manque de prifonniers & de malfaiteurs, pour lors ils font enlever de nuit & conduire dans les Vaif
feaux, 3 fans diftinétion de fexe 1 tout CC qui peut tomber entre les
mains de leurs émiffaires. Si les habitans de ces infortunées contrées
fout criminels pour fe vendre les uns les autres :. quel nom devonsnous donner à des Capitaines, 1 qui élevés dans les maxiines de la véritable Religion, la trahiffent fi inhumainement 3 Les prémieres impreflions de la loi naturelle dans le ceeur de Thomme, 3 lui font fentir
qu'il n'eft pas permis de ravir le bien d'autrui, & que de tous les larcins, celui de la liberté de T'homme, eft le plus attroce, & qu'on eft
à peu près également coupable en confeillant & protégeant Ic crime
F'exécutant; d'ou il fuit que celui qui recompenfe le voleur, eft
complice, & que c'eft le
Er
recompenfer que de s'approprier la chofe
volée en lui en payant Ia valeur.
Mr. de Voltaire, qui décide fi légerement les queftions les plus difficiles, a voulu auffi décider celle-ci. On nous reproche, dit-il, (page
339,tom. 5. de fon Effai fur I'Hiftoire 3 ) le commerce des Noirs. >> Un
ou il fuit que celui qui recompenfe le voleur, eft
complice, & que c'eft le
Er
recompenfer que de s'approprier la chofe
volée en lui en payant Ia valeur.
Mr. de Voltaire, qui décide fi légerement les queftions les plus difficiles, a voulu auffi décider celle-ci. On nous reproche, dit-il, (page
339,tom. 5. de fon Effai fur I'Hiftoire 3 ) le commerce des Noirs. >> Un --- Page 235 ---
P AR MARSEILLE.
ipeuple qui trafique de fes enfans, eft encore plus condamnable 7 que GUINÉE.
>l'acheteur ; ce négoce démontre notre fupériorité. Celui qui fe donne del'efelavagei
>un maître étoit né pour en avoir. >) Il eft évident que lui, qui eft mieux
inftruit qu'un Négre , feroit beaucoup plus coupable s'il commettoit la
même faute. Ces miférables peuples font certainement criminels d'enlever leurs femblables pour les vendre $ mais des Chrétiens 9 favorifés
de tant de graces, & inftruits dans la loi du Scigneur : le font beaucoup plus, malgré cette décifion prononcée fi aflirmativement. Iln'eft
pas heureux dans fes décilions; on a beau lui dire qu'il faut plus que
d'efprit pour décider, & que le jugement eft beaucoup plus néceffaire,
il va toujours fon train.
La queftion donc agitée dans nos Colonies, fi les Infiulaires peuvent
en confcience acheter des Efclaves qu'ils fçavent avoir été volés, n'avoit pas befoin d'étre envoyée en Sorbonne pour être décidée ? Le fens
commun fuffifoit pour la réfoudre ; cependant on propofa à cette Faculté les deux cas fuivans.
PREMIER: E M E NT.
Les Capitaines & Commis des Comptoirs de Guinée, peuvent-ils ache:
ter des Eiclaves qu'ils fçavent avoir été dérobés?
SECONDEMENT.
Les habitans de nos Colonics peuvent-ils acheter des Efclaves, fans
s'informer des Capitaincs, fi la prémiere vente en a été légitime?
La reponfe fut qu'il n'étoit pas permis & qu'il falloit remettre en
liberté ceux qui avoient été enlevés contre le droit des gens. On fe moqua de cette décifion en Amérique : les Capitaines prétendirent que les
ufages autorifés dans chaque Nation 2 conftituent fon droit public, &
que fi l'on vouloit examiner la chofe trop frupuleufement, il ne feroit
pas plus permis d'acheter les prifonniers de guerre 2 que ceux qui font
enlevés le plus fouvent par ordre du Roi. Nos Vaiffeaux & nos Comptoirs, difoient-ils, font des marchés publics 5 c'eft à la vigilance des
Officiers de police du pays, d'empécher la vente des perfonnes libres
comme Efclaves 3 & de punir ce brigandage, fi leurs loix le condamneut. Toute marchandife vendue publiquement 2 fous les yeux & du
confentement du Prince de la Nation, pcut être achetée fans héfiter.
Le crime ne pourroit donc être imputé aux Capitaines, qu'autant que
par quelque manceuvre ils contribucroient à l'enlevement de ces miférables. Les habitans de I'Amérique repondirent de leur côté qu'ils achetoient leurs Efclaves des perfonnes autorifées à les leur vendre, & qu'il
feroit inoui & contre. la tranquillité de la fociété. 2 d'exiger d'un particulier qui achete quelque marchandife d'une perfonne établie pour lai
.
Le crime ne pourroit donc être imputé aux Capitaines, qu'autant que
par quelque manceuvre ils contribucroient à l'enlevement de ces miférables. Les habitans de I'Amérique repondirent de leur côté qu'ils achetoient leurs Efclaves des perfonnes autorifées à les leur vendre, & qu'il
feroit inoui & contre. la tranquillité de la fociété. 2 d'exiger d'un particulier qui achete quelque marchandife d'une perfonne établie pour lai --- Page 236 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. vendre, de s'informer auparavant d'oi elle provient, que ces fecherd
del l'efelavage. ches injurieufes ancantiroient toute efpéce de commerce &n n'aboutiroient
à rien; d'ou ils concluoient que tant pis pour les Capitaines, s'ils vendoient des Efclaves qui ne le fuffent pas. II y a apparénce que ces raifons firent une plus forte impreflion que la décifion de Sorbonne, puif
qu'on a continué d'acheter & de vendre des Efclaves, fans s'embarraffer fi les Capirainés avoient pu les acheter, & fans que les confciences en ayent été allarmées. Je tiens parole : j'ai rapporté les
divers fentimens fr l'efclavage , fans me décider ; ce n'eft pas que je
fois indifférent fur une queftion fi intéreffante pour l'humaniré. J'ai cru
qu'expofer l'origine de l'efclavage 1 les maximes qui l'autorifent & les
loix dures & humiliantes qui ont accablé la condition des Efclaves ) &
qui ne femblent avoir été faites que par la tyrannie, c'étoit faire connoître ma penfée & l'éloiguement de mon coeur $ non-feulement pour
l'injuftice 1- mais encore pour tout ce qui en porte le caraétere. Je dois
faire remarquer ici, à la louange de ma patrie, que le Parlement de
Touloufe a été le prémier qui fit un Arrêt pour déclarer que tout Ef
clave qui fe trouveroit fur les terres de France devenoit libre.
Nous avons cependant des Efclaves dans nos Colonies qui font par.
tie de la Francc. J'ai dit un mot de leur admiflion, & j'ai ajouté
que la piété de nos Rois & la douceur du Gouvernement François 1
avoient temperé les rigueurs de la fervitude par des Réglemens diêtés
par T'humanité & le Chriftianifme. On a déja vu celui rendu pour la
Louifiane, & quoiqu'il renferme à peu près les mêmes difpofitions que
ceux que je vais joindre ici, j'ai penfé que je ferois plaifir au Lecteur de lui donner cette fatisfaétion. Il fera convaincu que l'efclavage
dans nos Ifles, n'eft point fi dur que celui des Anciens 9 comme Fa
avançé le Marquis de St. Aubin, dans fon Traité de l'Opinion,
me. On a déja vu celui rendu pour la
Louifiane, & quoiqu'il renferme à peu près les mêmes difpofitions que
ceux que je vais joindre ici, j'ai penfé que je ferois plaifir au Lecteur de lui donner cette fatisfaétion. Il fera convaincu que l'efclavage
dans nos Ifles, n'eft point fi dur que celui des Anciens 9 comme Fa
avançé le Marquis de St. Aubin, dans fon Traité de l'Opinion, --- Page 237 ---
PAR MARSEILLE.
GUINÉE.
delefelayuges
EDIT DU ROI,
Touchant l'état & la difcipline des Efelaves Négres des Iflcs de PAmérique Françoife.
Donné à Verfailles au mois de Mars 1685.
OUIS par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre, à tous préfens
SALUT.
L
& à venir
Comme nous devons également nos foins à tous les peuples
que la Divine Providence a mis fous notre obéiffance 3 Nous avons bien voulu faire
examiner en notre préfence les mémoires qui nous ont été envoyés par nos Offciers
de nos Iles de l'Amérique 2 par lefquels ayant été informés du befoin qu'ils ont de
notre autorité & de notre juftice 2 pour y maintenir la difcipline de rEglife Catholique, Apoftolique & Romaine , & pour y, regler ce qui concerne l'Etat, & la qualité des Efclaves dans nofdites Ifles, & défirant y pourvoir, > & leur faire connoitre
qu'encore qu'ils habitent des climats infiniment éloignés de notre féjour ordinaire,
nous leur fommes toujours préfens > non-feulement par l'étendue de notre puiffance,
iais encore par la promptitude de notre application à les fecourir dans leurs néceflités. A CES CAUSES, de l'avis de notre Confeil, & de notre certaine fcience,
pleine puilance & autorité royale, nous avons dit, ftatué & ordonné, difons 7 ftatuons & ordonnons, > voulons & nous plait ce qui en fuit :
ARTICLE PR É M I E R.
Voulons & entendons que l'Edit du feu Roi de glorieufe mémoire 3 notre trèshonoré Seigneur & Pere 3 du 23 Avril IOIS, foit exécuté dans nos Ifles; ce faifant
enjoignons à tous nOS Officiers de chaffer hors de nos Ifles tous les Juifs qui y ont
établi leur réfidence, aufquels, , comme aux ennemis déclarés du nom Chrétien, nous
commandons d'en fortir dans trois mois > à compter du jour de la publication des
Préfentes, à peine de confifcation de corps & de biens.
II.
Tous les Efclaves qui feront dans nos Ifles, feront baptifés & inftruits dans la
Religion Catholique, Apoftolique & Romaine. Enjoignons aux habitans qui acheteront des Negres nouvellement arrivés, d'en avertir les Gouverneur & Intendant defdites Ifles dans huitaine au plus tard, à peine d'amende arbitraire, lefquels donneront les ordres néceffaires pour les faire inftruire & baptifer dans le tems convenable.
III.
Interdiions tout exercice public d'autre Religion que de la Catholique > Apoftolique & Romaine; voulons que les contrevenans foient punis comme rebelles, &
délobéilens à nos commandemens. > défendons toutes affemblées pour cet effet,. lec
quelles nous déclarons conventicules. 3 illicites & féditieufes. > fujettes à la même peine,
quiaura lient, mame contreles maitres qui les permettront, Ou les fouffriront à légard
de leurs Eiclaves.
Religion que de la Catholique > Apoftolique & Romaine; voulons que les contrevenans foient punis comme rebelles, &
délobéilens à nos commandemens. > défendons toutes affemblées pour cet effet,. lec
quelles nous déclarons conventicules. 3 illicites & féditieufes. > fujettes à la même peine,
quiaura lient, mame contreles maitres qui les permettront, Ou les fouffriront à légard
de leurs Eiclaves. --- Page 238 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE.
IV.
del'efelavage.
Ne feront prépofés aucuns Commandeurs à la direétion des Negres > qui ne faffent profelion de la Religion Catholique 2 Apoftolique & Romaine > à peine de confifcation defdits Negres > contre les Maîtres qui les auront prépofés 3 & de punition
arbitraire contre les Commandeurs qui auront accepté ladite direêtion,
V.
Défendons à nos Sujets de la R. P. R. d'apporter aucun trouble > ni empéchement à nos autres Sujets, même à leurs Efclaves, dans le libre exercice de la Religion Catholique, Apoftolique & Romaine 2 à peine de punition exemplaire.
VI.
Enjoignons à tous nos Sujets, de quelque qualité & condition qu'ils foient, 7 d'obferver les jours de Dimanches & Fêtes qui font gardées par nos Sujets de Ia Religion Catholique > Apoftolique & Romaine. Leur défendons de travailler, ni faire
travailler leurs Efclaves efdits jours 2 depuis l'heure de minuit 2 jufqu'à l'autre minuit,
foit à la culture de la terre, à la manufaéture des fucres, & à tous autres ouvrages,
à peire d'amende & de punition arbitraire contre les Maîtres > & de confifcation tant
des fucres, que defdits Efclaves, qui feront furpris par nos Officiers dans leur
travail.
VIL
Leur défendons pareillement de tenir le marché des Negres & tous autres marchés lefdits jours fur pareilles peines > & de confifcation des marchandifes qui fe
trouveront alors au marché, & d'amende arbitraire contre les Marchands.
VIII
Déclarons nos Sujets qui ne font pas de la Religion Catholique, Apoftolique &
Romaine , incapables de contraéter à l'avenir aucun mariage valable. Déclarons bâtards les enfans qui naîtront de telles conjonêtions 2 que nous voulons être tenues &
reputées, tenons & reputons pour vrais concubinages.
IX.
F Les hommes libres, qui auront un > ou plufieurs enfans de leur concubinage avec
leurs Efclaves 2 enfemble les Maîtres qui l'auront fouffert, feront chacun condamnés en une amende de deux mille livres de fucre; & s'ils font les Maîtres de
l'Efclave de laquelle ils auront eu lefdits enfans 2 voulons qu'outre l'amende > ils
feront privés de l'Efclave) & des enfans, & qu'elle & cux foient confifqués au profit
de P'Hôpital fans jamais pouvoir être affranchis. N'entendons toutefois le préfent
Article avoir licu,, lorique T'homme, qui n'étoit point marié à une autre perfonne
durant fon concubinage avec fon Efclave, époufera dans les formes obfervées par
I'Eglife, fadite Efclave, qui fera affranchie par ce moyen > & les enfans rendus
libres & légitimes.
X.
ux foient confifqués au profit
de P'Hôpital fans jamais pouvoir être affranchis. N'entendons toutefois le préfent
Article avoir licu,, lorique T'homme, qui n'étoit point marié à une autre perfonne
durant fon concubinage avec fon Efclave, époufera dans les formes obfervées par
I'Eglife, fadite Efclave, qui fera affranchie par ce moyen > & les enfans rendus
libres & légitimes.
X. --- Page 239 ---
P A R M ARSEILLE
X.
GUINÉE.
del'efelavagei
Lefdites folemnités preferites par l'Ordonnance de Blois > Articles XL XLI XLII,
& par la Déclaration da mois de Novembre 1639, pour les mariages, feront obfervées, tant à l'égard des perfonnes libres 3 que des eiclaves, fans néanmoins
que le confentement du pere & de la mere de l'Efclave y foit nécelaire, mais
celui du Maitre feulement.
XI.
Défendons aux Curés, de procéder aux mariages des Efclaves, s'ils ne font apparoir du confentement de leurs Maitres. Défendons aufli aux Maitres d'ufer d'aucune contrainte lur leurs Efclaves, pour les marier contre leur gré.
XII.
Les enfans qui naitront de mariage entre Efclaves, feront Efclaves, & appartiendront aux Maitres des femmes Ffclaves, & non à ceux de leurs maris, f le
mari & la femme ont des Maitres différens.
XIII.
Voulons que 7 fi le mari Efclave a époufé une femme libre > les enfans 2 tant
mâles que filles, fuivent la condition de leur mere & foient libres comme clle,
nonobftant la fervitude de leur pere; & quefileur pere eft libre & la mere Efclave,
les enfans foient Eiclaves pareillement.
XIV.
Les Maitres feront tenus de faire mettre en terre fainte 2 dans les cimétieres
deftinés à cet cffet, leurs Eiclaves baptifés; & à l'égard de ceux qui mourront
fans avoir reçu le Baptème, ils feront enterrés la nuit 2 dans quelque champ voilin
du lieu ou ils feront décédés.
XV.
Defendons aux Eiclaves de porter aucunes armes offenfives, ni de gros bâtons,
à pelne du fouet & de confifcation des armes, au profit de celui qui les en trouvera failis; à l'exception feulement de ceux qui feront envoyés à la chaffe par
leurs Maîtres & qui feront porteurs de leurs Billets, ou marques connues.
XVI
Défendons parcillement aux Efclaves appartenant à différens Maitres, de s'attroufoit le jour ou la nuit, fous prétexte de nôces ou autrement, foit chez l'un de
pere Maltres ou ailleurs, 3 & encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle, > qui ne pourra être moindre que du fouet & de
la Aeur-de-lys; & en cas de fréquentes récidives & autres circonftances aggravantes,
pourront être punis de mort; ce que nous laiffons à l'arbitrage des Juges. Enjoignons
à tous nos Sujets de courir fur les contrevenans. > & de les arrêter & condaire
Tom. Il.
Ee
encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle, > qui ne pourra être moindre que du fouet & de
la Aeur-de-lys; & en cas de fréquentes récidives & autres circonftances aggravantes,
pourront être punis de mort; ce que nous laiffons à l'arbitrage des Juges. Enjoignons
à tous nos Sujets de courir fur les contrevenans. > & de les arrêter & condaire
Tom. Il.
Ee --- Page 240 ---
COMMERCE DE L'AMÉRI QUE
GUINÉE. en prifon, bien qu'ils ne foient Officiers & qu'il n'y ait contre eux encore aucun
del'efclavage. décret.
XVIL
Les Maitres qui feront convaincus d'avoir permis ou toleré de pareilles affemblées
compofées d'autres Efclaves que de ceux qui leur appartiennent, feront condamnés
en leur propre & privé nom; 2 de reparer tout le dommage qui aura été fait à fes
voifins 2 à l'occalion defdites affemiblées, & en dix éçus d'amende pour la premiere
fois, & au double au cas de récidive.
XVIIL
Défendons aux Efclaves de vendre des cannes de fucre 9 pour quelque caufe, on
occafion que ce foit, inême avec la permiflion de leur Maitre, à peine du fouet
contre les Efclaves, & de dix livres tournois contre leurs Maîtres qui l'auront per-,
mis > & de parcille amende contre. l'acheteur.
XIX.
Leur défendons auffi d'expofer en vente au marché, ni de porter dans Ics mai:
fons particulieres pour vendre aucune forte de denrées, même des fruits, légumes,
bois à brûler, heibes pour leur nourriture 2 & des beftiaux à leurs manufaétures,
fans permiflion expreffe de leurs: Maitres par un. billet, ou des marques connues, a peine de revendication: des chofes ainfi: vendues, Et reftitution du prix
par lears Maitres, & de fix livres tournois d'amende à leur profit contre les
acheteurs..
XX..
Voulons à cet effet que deux perfonnes foient prépofées par nos Officiers dans
chacun marché, pour examiner les denrées & marchandifes qui feront apportées
par les Efclaves, enfemble les billets & marques de leurs Maitres..
XXI
Permettons à tous nos Sujets habitans des Iles, de fe failir de toutes les chofes
dont ils trouveront les Efclaves chargés, lorfqu'ils n'auront point de billets de leure
Maitres, ni de marques connues, pour être reudues inceffamment à leurs Maitres >
fi les habitations font voifines. du lieu oà les Eiclaves auront ete furpris en délit 5
finon elles feront inceffaminent envoyées à T'Hôpital, pour y être en dépôt, > jufqu'à.
ce, que les Maitres en. ayent été avertis..
XXII
Seront tenus les Maitres de fournir par chaque femaine à leurs Efclaves agés de
dix ans & au-deffits pour leur nourriture, deux pots & demi mefure du pays, de
farine de Magnoe, ou trois caffaves pefant deux livres & demi chacun au moins 21
o4 choles équivalentes, avec deux livres de bocuf falé,. ou trois livres de poiffon 3:
'à.
ce, que les Maitres en. ayent été avertis..
XXII
Seront tenus les Maitres de fournir par chaque femaine à leurs Efclaves agés de
dix ans & au-deffits pour leur nourriture, deux pots & demi mefure du pays, de
farine de Magnoe, ou trois caffaves pefant deux livres & demi chacun au moins 21
o4 choles équivalentes, avec deux livres de bocuf falé,. ou trois livres de poiffon 3: --- Page 241 ---
PAR MARSEILLE
bti autre chofe à proportion ; & aux enfans depuis qu'ils font févrés, jufqu'à l'âge GUINÉE:
de dix ans, la moitié des vivres ci-deffus.
del'efelavagei
XXIIL
Leur défendons de donner aux Efclaves de l'eau-de-vie de canne guildent 2 pour
tenir lieu de la fubfiftance mentionnée aul précédent Article.
XXIV.
Leur défendons pareillement de fe décharger de la nourriture & fubfiftance de
jeurs Efclaves en leur permettant de travailler certain jour de la femaine 2 pour
leur compte particulier.
XXV.
Seront tenus les Maitres de fournir à chacun Ffclave par chacun an 2 deux habits
de toile, ou quatre aulnes de toile au gré defdits Maîtres.
XXVL
Les Efclaves qui ne feront point nourris, vêtus & entretenus par leurs Maitres, à
felon que nous l'avons ordonné par ces préfentes 2, pourront en donner & même avis d'office, notre
Procureur 7 & mettre leurs mémoires entre fes mains 3 fur lefquels à fa
&
fi les avis lui en viennent d'ailleurs 7 les Maitres feront pourtuivis & traitemens requête barfans frais, ce que nous voulons être obfervé pour les crimes
bares & inhumains des Maitres envers leurs Efclaves.
XXVIL
Les Efclaves infirmes par vieilleffe 2 maladie ou autrement, foit que la maladie
foit incurable ou non, feront nourris & entretenus par leurs Maitres, & en cas
qu'ils les euffent abandonnés, lefdits Efclaves ieront adjugés à l'Hôpital 2 auquel
les Maitres feront condamnés de payer fix fols, par chacun jour 2 pour la nourriture & entretien de chacun Efclave.
XXVIIL
Déclarons les Efclaves ne pouvoir rien avoir qui ne foit à leur Maitre, & tout
ce qui leur vient par induftrie 2 ou par la libéralité d'autres perfonnes, ou autrement > à quelque titre que ce foit, être acquis en pleine propriété à leur Maitre,
fans que les enfans des Efclaves s leur pere & mere 3 leurs parens 3 & tous autres
libres ou efclaves, puiffent rien prétendre par fucceflion , difpolition entre-vifs, , ou les
à caufe de mort, leiquelles difpolitions nous déclarons nulles 7. enfemble toutes
promelfos & obligations qu'ils auroient faites 7 comme étant faites par gens incapables ple difpofer & contraéter de leur chef.
XXIX.
Voulons néanmoins que les Maitres foient tenus de ce que les Efclaves auront
Ecij
tous autres
libres ou efclaves, puiffent rien prétendre par fucceflion , difpolition entre-vifs, , ou les
à caufe de mort, leiquelles difpolitions nous déclarons nulles 7. enfemble toutes
promelfos & obligations qu'ils auroient faites 7 comme étant faites par gens incapables ple difpofer & contraéter de leur chef.
XXIX.
Voulons néanmoins que les Maitres foient tenus de ce que les Efclaves auront
Ecij --- Page 242 ---
22C
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. Giit par leur ordre & commandement, enfemble de ce qu'ils auront géré &
delejelavage. cié dans la boutique 7 & pour l'efpéce particuliere du Commerce >. à laquelle néga: les
Maitres les auront prepofts, & en cas que leurs Maitres n'ayent donné aucun
ordre, 2 & ile les ayent point prépofés, ils feront tenus feulement jufqu'à concurrence dece qui aura tourné à leur profit; & fi rien n'a tourné au profit des Maitres.
le pécule detdits Efclaves, qiie leurs Maitres leur auront permis > eil fera tenu >
après que leurs Maîtres en auront déduit par préférence ce qui pourra leur en être:
di, fnon que le pécule confiftât en tout ou partie en. marchandifes, dont les
Eiclaves auront permifiion de faire trafic à part, fur lefquelles leurs Maitres vicndront feulement par contribution au fol la. livre avec les autres créanciers,
X X X.
Ne- pourront les Efclaves, être pourvus d'Offices ni de Commiffions. 2 ayant quefques fonétions publiques, ni être conftitués agens par autres que leurs. Maitres, pour
ngir & adminiftrer aucun négoce > ni être arbitres > experts ou- témoins 2 tant en:
matiere civile que criminelle, & en oas qu'ils foient ouis en témoignage ,, leurs dépofitions ne ferviront que de mémoires pour aider les Juges à s'éclaircir d'ailleurs >
fans que lon en. puiffe tirer aicune préfomption ni conjeéture > ni adminicule de
preuve.
XXXL
Ne pourront auffi les Efclaves être parties, ni être en jugement en matiere civile, tant en demandant qu'en défendant, 3 ni être parties civiles en matière criminelle, fauf à leurs Maitres d'agir & défendre en matiere civile, & de pourfuivre, en matiere criminelle 2 la reparation des outrages. &. excès qui auront été
commis contre les Efclaves.
XXXIL.
Pourront les Efclaves, être pourfuivis criminellement, fans qu'il foit befoin de
rendre leurs Maitres parties > finon en cas de complicité ; & feront lefdits Efclaves accufés, jugés en prémicre inftance par les Juges ordinaires, &. par appel,
au Confeil Souverain, > fur la même inftruétion aveç les mêmes formalités que les
perfonnes libres.
XXXIIL.
L'Efclave qui aura frapé fon Maitre, ou la femme de fon Maître. 2 fa Maitreffe., >
ou jeurs enfans, avec contufion de fang, ou au vifage > fera puni de mort.
XXXIV.
Et quaitt aux excés & voies de fait, qui feront commis par les Efclaves contre
les perfonnes libres, >. voulons qu'ils. foient feveremént punis >. même de mort,. s'il:
Y échoit..
XXXV.
Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, boeufs, ou vaches
reffe., >
ou jeurs enfans, avec contufion de fang, ou au vifage > fera puni de mort.
XXXIV.
Et quaitt aux excés & voies de fait, qui feront commis par les Efclaves contre
les perfonnes libres, >. voulons qu'ils. foient feveremént punis >. même de mort,. s'il:
Y échoit..
XXXV.
Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, boeufs, ou vaches --- Page 243 ---
PAR M A RSEILLE
qui auront été faits par les Hiclaves, ou parceux affranchis 2 feront punis de peine GUINÉE.
atiétive, méme de mort, li le cas le requiert.
del'efelavageXXXVI
Les vols de moutons 7 chevres, cochors, volailles, cannes de fucre 7 pois, magnoe, ou autres légumes faits par les Efclaves 2 feront punis felon la qualité du
vol par les Juges pourront 2 s'ily échoit, les condamner à être battus de verges
par l'exécuteur de E haute-juftice & marqués à l'épaule d'une feur-de-lys.
XXXVIL
Seront tenus Ies Maitres,, en cas de vot ol autrement, des dommages caufés par
leurs Efclaves, outre la peine corporelle des Efclaves, reparer les torts en leur
nom 2 s'ils n'aiment mieux abandonner l'Efclave à celui auquel le tort a été fait,
ce qu'ils feront ténus d'opter dans trois jours > à compter du jour de la condamnation, autrement ils en feront déchûs.
XXXVIIL
L'Efclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que
fon Maître l'aura dénoncé à la Juftice 3 aura les oreilles coupées, & fera marqué
d'une fleur-de-lys fur une épaule ; & s'il récidive un autre mois 2. à compter pareillement du jour de la dénonciation, il aura : jaret coupé, & il fera marqué d'une feur-de-lys fur l'autre épaule 3 & Ia troifième fois il-fera puni de morto
XXXIX.
Les affranchis qui auront donné retraite dans leurs maifons aux Efclaves fugitifs. T
feront condamnés par corps envers leurs Maitres en l'amende de trois cens livres de
iicre; 2 par chacun jour de retention.
XL.
L'efclave puni de mort fur Ia dénonciation de fon Maître, non complice du crime
pour lequel il aura été condamné, fera eftimé avant l'exécution , par deux des prin-.
cipaux Habitans de lIfle qui feront nommés d'office. par le Juge > & le prix .de
l'eltimation fera payé au Maitre 3 pour à quoi fatisfaire il fera impofé par l'Inten--
dant fur chacune tête de Negre payant droit, la fomme portée par l'eftimation., a
laquelle fera réglée fur chacun defdits Négres,. & levée par le Fermier du Domaine:
Royal d'Occident pour éviter à frais.
XLI.
Défendons aux Juges à nos Procureurs & aux Greffiers, de prendre aucune Taxe
dans les procès criminels contre les Eiçlaves, à peine de concufion,
era impofé par l'Inten--
dant fur chacune tête de Negre payant droit, la fomme portée par l'eftimation., a
laquelle fera réglée fur chacun defdits Négres,. & levée par le Fermier du Domaine:
Royal d'Occident pour éviter à frais.
XLI.
Défendons aux Juges à nos Procureurs & aux Greffiers, de prendre aucune Taxe
dans les procès criminels contre les Eiçlaves, à peine de concufion, --- Page 244 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
Rclefelavage.
XLIL
Pourront pareillement les Maitres 2. lorfqu'ils croiront que leurs Efclaves l'auront
mérité, les faire enchainer & les faire battre de verges, ou de cordes, leur défendant de leur donner la torture 2 ni de leur faire aucune mutilation de membre,
à peine de confication des Eiclaves, & d'être procedé contre les Maitres extraordinairement.
XLIIL
Enjoignons à nos Officiers de pourfuivre criminellement les Maîtres, ou les Commandeurs qui auront tué un Efclave fous leur puiffance ou fous leur direêtion > &
de punir le Maître felon l'atrocité des circonflances; & en cas qu'il y ait lieu à
l'abiolution, permnettons à nos Officiers de renvoyer tant les Maitres que les Commandeurs, abfous, fans qu'ils ayent befoin de nos graces.
XLIV.
Déclarons les Efclaves être meubles 2 & comme tels entrer en la Communauté. 3
n'avoir poiat de fuite par hypotéque 2 & fe partager également entre les cohéritiers
fans préciput, ni droit d'aineffe, n'être fujets au douaire coutumier, au retrait féodal & lignager > aux droits féodaux & feigneuriaux 7 aux formalités des décrets, ni
aux retranchemens des quatre quints 7 en cas de difpofition à caufe de mort, ou
re.tamentaire.
XLV.
N'entendons toutefois priver nos Sujets de la faculté de les ftipuler propres à leur
perfonnes & anx leurs de leur côté & ligne, ainfi qu'il fe pratique pour les fommes de deniers & autres chofes mobiliaires.
XLVL
Dans les faifics des Efclaves, feront obfervées les formalités prefcrites par nos
Ordonnances, &k, par la coutume de Paris pour les faifies des chofes mobiliaires.
Voulons que les deniers en provenant foient diftribués par ordre des faifies; ; & en
cas de déconfiture > au folla livre 2 après que les dettes privilégiées auront été payées;
& généralement que la condition des Efclaves foit réglée en toutes affaires, comme
celles des autres chofes mobiliaires, aux exceptions fuivantes.
XLVII
Ne pourront être faifis & vendus féparement, le mari & la femme & leurs enfans impubères', s'ils font tous fous la puiffance du même Maitre, déclarons nulles les faifies & ventes qui en feront faites, ce que nous voulons avoir lieu dans
les aliénations volontaires > fous peine contre les aliénateurs, d'être privés de celui
ou de ceux qu'ils auront gardés, qui feront adjugés aux acquereurs, fans qu'ils foient
tenus de faire aucun fupplénent du prix.
vendus féparement, le mari & la femme & leurs enfans impubères', s'ils font tous fous la puiffance du même Maitre, déclarons nulles les faifies & ventes qui en feront faites, ce que nous voulons avoir lieu dans
les aliénations volontaires > fous peine contre les aliénateurs, d'être privés de celui
ou de ceux qu'ils auront gardés, qui feront adjugés aux acquereurs, fans qu'ils foient
tenus de faire aucun fupplénent du prix. --- Page 245 ---
P A R MARSEILLE
GUINÉE.
XLVIIL
del'efclavage,
Ne pourront auffi les Efclaves, travaillant aduellement dans les fucreries, indigoteries 3 & habitations 2 àgés de 14 ans & au-deffis, jufqu'à foixante ans, étre la
failis
dettes, finon pour ce qui fera d du prix de leur achat, ou que
ELE ou indigoterie, ou habitation dans laquelle ils travailient, foient faifies réellement ; défendons à peine de nullité,, de procéder par faifie véelle & adjudication les
par décret fur les fucreries > indigoteries 2 ni habitations 2 fans y comprendre
Efclaves de l'ige fuldit, & y travaillant adtuellement.
XLIX.
Les Fermiers judiciaires des fucreries > indigoteries, > ou habitations failies réellet
ment , conjointement avec les Efclaves, feront tenus de payer le prix entier deleur
bail, fans qu'ils puiffent compter parmi les fruits & droi:s de leur bail qu'ils percevront; 2 les enfans qui feront nes des Eiclaves, pendant lc cours d'icclui, quin'y
entrent point.
L.
Voulons, nonobftant toutes conventions contraires, que nous déclarons nulles,
que leidits enfans appartiennent à la partie faifie fi les créanciers font fatisfaits
d'ailleurs, ou à P'Adjudicataire. 2 s'il intervient un décret; & qu'a cet effet mention
foit faite dans la derniere affiche, avant l'inrerpofition du décret, des enfans nés
des Efclaves depuis la faifie réclle; que dans la même affiche il foit fait mentioni
des Efclaves décédés, depuis la failie réelle dans laquelle ils auront été compris.
LL
Voulons, pour éviter aux frais & aux longueurs des procedures, que Ia diftribution-du prix entier de l'adjudication conjointe des fonds & des Efclaves, & de ce
proviendra du prix des baux judiciaires, foit faite entre les créanciers, felon
EU de leurs priviléges & hypotéques, fans diftinguer ce qui. eft provenu du pris:
des fonds, d'avec ce qui elt procédant du prix des Efclaves.
LII.
Et néanmoins les droits féodaux & feigneuriaux ne feront payés qu'à proportion
du. prix des fonds.
LIIL
Ne feront reçus les Lignagers & les Seigneurs féodaux à retirer les fonds dé
eretés, s'ils ne retirent les Ficlaves vendus conjointement avec les fonds, ni les
adjudicataires à retenir les Efclaves fans les fonds..
LIV.
Enjoignons aux gardiens nobles & bourgeois ufafruitiers, admodiateurs & autres
jouiffant des fonds 7, auiquels font attachés des Liclaves qui y travaillent, de gosa-
IL
Ne feront reçus les Lignagers & les Seigneurs féodaux à retirer les fonds dé
eretés, s'ils ne retirent les Ficlaves vendus conjointement avec les fonds, ni les
adjudicataires à retenir les Efclaves fans les fonds..
LIV.
Enjoignons aux gardiens nobles & bourgeois ufafruitiers, admodiateurs & autres
jouiffant des fonds 7, auiquels font attachés des Liclaves qui y travaillent, de gosa- --- Page 246 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. verner lefdits Efclaves comme bons. peres de famille, fans qu'ils foient terus,
delejlavage. après leur adminiftration > de rendre le prix de ceux qai feront décédés, ou diminués par maladie, vieilleffe ou autrement, fans leur faute,, & fans qu'ils puiffent
aufli retenir, comme fruits à leur proft, les enfans nés deidits Efclaves durant
leur adminiftration, leiquels Nous voulons être confervés & rendus à ceux qui enl
font les maitres & les propriétaires.
LV.
Les Maitres âgés de vingt ans pourront affranchir leurs Efclrves par tous
aêtes entre-vifs ou à caufe de mort, fans qu'ils foient tenus de rendre raifon
de leur affranchiffement, ni qu'ils ayent befoin d'avis de parens, encore qu'ils foient
miaeurs de vingt-cing ans.
LVI
Les Efclaves qui auront été faits légataires univerfels par leurs Maitres, ou nommés exécuteurs de leurs teftamens, 2 ou Tuteurs de leurs enfans, feront tenus &
réputés, comme nous les tenons & réputons pour affranchis.
LVIL
Déclarons les affranchiffemens faits dans nos Ifles, leur tenir lieu de naiffance
dans nos Illes, & les Efclaves affranchis n'avoir befoin de nos Lettres de Naturalité, pour jouir des avantages de nos Sujets naturels dans notre Royaume s terres
& pays de notre obéiffance, encore qu'ils foient nés dans les pays étrangers.
LVIIL
Commandons aux affranchis de porter un refpeêt fingulier à leurs anciens Maitres,
a leurs Veuves & à leurs enfans ; en forte que linjure qu'ils leur auront faite 2 foit
punic plus griévemement que fi elle étoit faite à une autre perfonne 2 les déclarons
toutefois francs & quittes envers enx de toutes autres charges, fervices & droits
utiles que leurs anciens Maîtres voudroient prétendre > tant fur leurs perfonnes, que
fir leurs biens & faccellions 2 en qualité de. Patrons.
LIX.
O8royons aux affranchis les mêmes droits, priviléges & immunités dont jouiffent
les perfonnes nées libres : voulons que le mérite d'une liberté acquife produife en
eux, tant pour leurs perfonnes que pour leurs biens, les mêmes effets que le bonheur d'une liberté naturelle caufe à nos autres fujets.
LX.
Déclarons les confifcations & les amendes qui n'ont point de deftination particuliere par ces préfentes, nous appartenir pour être payées à ceux qui font prépofés à la recette de nos revenus : Voulons néanmoins que diftraaion foit faite
du tiers defdites confifcations & amendes au profit de I'Hopital > établi dans Pille
oi elles auront été adjugées.
Si DONNONS EN MANDEMENT à nos amés & féaux les Gens tenant notre Confeil fouverain établi à la Martinique, Guadeloupe, Saint Chriftofle > que ces préfentes
appartenir pour être payées à ceux qui font prépofés à la recette de nos revenus : Voulons néanmoins que diftraaion foit faite
du tiers defdites confifcations & amendes au profit de I'Hopital > établi dans Pille
oi elles auront été adjugées.
Si DONNONS EN MANDEMENT à nos amés & féaux les Gens tenant notre Confeil fouverain établi à la Martinique, Guadeloupe, Saint Chriftofle > que ces préfentes --- Page 247 ---
PAR MARSEILLE
fentes ils ayent à faire lire , publier & enrégiftrer, & le contenu en icelles, garder GUINÉE.
& obferver de point en point felon leur forme & teneur 2 fans y contrevenir ni del l'efclavagei
permettre qu'il y foit contrevenu en quelque forte & maniere que ce foit, nonobllant tous Edits, Déclarations, Arrêts, & Ufages à ce contraires, aufquels nous
avons dérogé & dérogeons par cefdites préfentes. Car tel eft notre plaifir; & afin que
ce foit chofe ferme &c (table à toujours, 3 nous y avons fait mettre notre fcel.
Donné à Verfailles, au mois de Mars, l'an de grace mil fix cens quatre - vingtcinq, & de notre régne le quarante-deuxiàme. Signé > LOUIS ; & plus bas > Par
le Roi, COLBERT. Vija LETELLIER. Et icellé du giand Sceau de cire verte en lacs
de foie verte & rouge.
La, publié & enregifré le préfent Edit, out & ce requerant le Procureur Général du Roi,
être exécuté felon fa forme & teneur, &
fera à la diligence dudit Piearusr Général, envoyé copies d'icelui aux Siéges
refortifant du Confeil,
y être pareillement la, publié & enregif
tré. Fait & donné au Eaei Souverain de la Côte St. Domingue, tenu
au petit Gouave, le 6 Mai 1687.
Signé, MORICEAU.
A
C
T
E
DE NOTORIETE
Donné par Monfieur le Lieutenant Civil du Chatelet 1 qui décide qu'en
Amérique les Négres font meubles.
la Requéte judiciairement faite par Me. Foflier, Procureur de Me. Marin
SEM Bullet, Procureur au Mans 3 & Madelaine Yvon fa femme > héritiers de défunt Jacques Yvon, fieur Deflandes, Lieutenant de Roi en l'Ifle de St. Domingue >
en Amérique 2 qui a dit que ledit défant étoit propriétaire des habitations de la
grande Riviere & de la Frelatte en cette Ille, & pour exploiter les habitations >
il avoit acheté cinquante à foixante Negres, qui les cultivoient; qu'il mourut avant
Demoifelle Marie Ciret fa femme, qui s'empara de tous fes biens, croyant que
les Supplians n'auroient
connoiffance de fa mort; ils ont demandé contre les
héritiers de ladite Ciret, E reftitution defdites habitations avec les Negres 9 comme
faifant partic des habitations, & étant réputés immeubles, fuivant la difpofition tacite
de la coutume de Paris, qui eft fuivie dans FIfle de Saint Domingue & qui a des
difpofitions en pareils cas, comme les pigeons des colombiers & les poiffons des
étangs, qui font réputés immeubles fuivant l'Article LCI. Les héritiers de ladite
Ciret veulent bien abandonner la propriété des habitations : mais ils prétendent que
les Neres font meubles, & refufeat de les rendre, requerant qu'il nous plit leur
donner Aêe de Notorieté 2 que les Efclaves Négres, fervans dans lefdites habitations
font immeubles. Nous 2 après avoir pris l'avis des anciens Avocats & Procureurs,
communiqus auix Gens du Roi, & conferé aveç les Confeillers du Siége, difons,
Tom. II.
Ff
des habitations : mais ils prétendent que
les Neres font meubles, & refufeat de les rendre, requerant qu'il nous plit leur
donner Aêe de Notorieté 2 que les Efclaves Négres, fervans dans lefdites habitations
font immeubles. Nous 2 après avoir pris l'avis des anciens Avocats & Procureurs,
communiqus auix Gens du Roi, & conferé aveç les Confeillers du Siége, difons,
Tom. II.
Ff --- Page 248 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. que fvivant l'ufage de la coutume de Paris, les beftiaux qui font dans les Fermes
& métairics, ne font point partic d'icelles : mais fe vendent féparement 2, & dans. delefelavage. les fucceflions > appartiennent aux héritiers des meubles > & les créanciers de la fucceffion les diftribuent entr'eux & Je prix par contribution au fol la livre de leur dû; &
comme dans PIfle de St. Domingue: l'on fuit la coutume de Paris, les Negres dans cette
Ifle ne font pas partie du fond : mais fe vendent, ou fe partagent comme meubles, ce
que nous atteftons véritable; laquelle difpofition n'eft pas conforme à ce qui fe:
pratique dans le Pays de Droit Ecrit, mais en une Loi Municipale 2 qui eft toujours obfervée dans les lieux qui fe régiffent par la coutume de Paris. Ce fut fait
& donné, &c. le 13 Novembre 1705. y Mneingatehe a A Boes a XANT 4
EDIT
DU
ROI,
Concernant les Efclaves Negres des Colonies 2 qui ferone
amenés ou envoyés en France. Donné à Paris au mois d'Octobre 1716. OUIS par la grace de Dieu. 2 Roi de. France & Navarre : A tous préfens:
L2 à venir 3 SALUT. Depuis notre avenement à la Couronne > nos prémiers
foins ont été empioyés à
les pertes caufées à nos Sujets, 7 la guerre que:
notre très-honoré Scigneur "'Hie Bifayeul de glorieufe mémoire: 3 a aa forcé de foutenir, & nous nous fommes appliqués en même tems à chercher les moyens de leur
faire goûter les fruits de la paix. Nos Colonies, quoiqu'éloignées de Nous, ne méritant pas moins de reffentir les effets de notre attention 2 Nous avons fait examiner l'état ou elles fe trouvent 5 & par les différens Mémoires qui nous ont été
préfentés >, Nous avons connu la néceffité qu'il a d'y foutenir l'exécution de PEdit
du mois de Mars 1685, qui, en maintenant M difcipline. de l'Eglife Catholique >
Apoflolique & Romaine, pourvoit à ce qui concerne l'état & la qualité des Efclaves Negres, qu'on entretient dans lefdites Colonies, pour la culture des terres 2
& comme nous avons été informés qae pluficurs habitans de nos Ifles de. T'Amérique défirent envoyer en. France quelques-uns de leurs Efclaves 2 pour les confirmer dans les Inftructions & dans les Exercices de notre Religion., & pour leur
faire. apprendre en même tems quelque art- & métier.,. dont les Colonies recevroient
beaucoup d'utilité par. le retour de ccs Efclaves 3 mais que ccs habitans craignent:
que les Efclaves ne prétendent être libres en. arrivant en France,. ce qui pourroit
caufer auxdits.
Amérique défirent envoyer en. France quelques-uns de leurs Efclaves 2 pour les confirmer dans les Inftructions & dans les Exercices de notre Religion., & pour leur
faire. apprendre en même tems quelque art- & métier.,. dont les Colonies recevroient
beaucoup d'utilité par. le retour de ccs Efclaves 3 mais que ccs habitans craignent:
que les Efclaves ne prétendent être libres en. arrivant en France,. ce qui pourroit
caufer auxdits. habitans une perte confidérable 2 & les détourner d'un objet aufli
pieux & auffi utile. Nous avons réfolu de faire connoitre nos intentions fur ce
fnjet. A CES CAUSES, & autres à cc nous mouvans, de. l'avis de notre très-cher &
très-amé Oncle le Duc d'Orleans, Régent, de notre très-cher & très-amé Coufin:
le Duc de Bourbon, de notre très-cher & très-amé Oncle le Duc du Maine, de. notre trés-cher & très amé Oncle le Comte de Touloufe , & autres Pairs de France,
Grands & Notables Perfonnages de notre Royaume, & de notre certaine fience,-
pleine puiffance & autorité Koyale, Nous avons par le préfent Edit perpétuel &
irrévocable, > dit, fatué & ordonné, difons, ftatuons & ordonnons, voulons &
nous glait ce qui fuit :
très-amé Oncle le Duc du Maine, de. notre trés-cher & très amé Oncle le Comte de Touloufe , & autres Pairs de France,
Grands & Notables Perfonnages de notre Royaume, & de notre certaine fience,-
pleine puiffance & autorité Koyale, Nous avons par le préfent Edit perpétuel &
irrévocable, > dit, fatué & ordonné, difons, ftatuons & ordonnons, voulons &
nous glait ce qui fuit : --- Page 249 ---
PAR MARSEILLE,
GUINÉE.
ARTICLE PRÉMIER
de l'efelavage.
L'Edit du mois de Mars 168; & les Arrêts rendus en exécution 9 ou en interprétation > feront éxécutés felon leur forme & teneur dans nos Colonies; & en couféquence les Efclaves Négres qui y font entretenus pour la culture des terres, continueront d'être élevés & inftruits avec toute l'attention poflible dans les principes & dans l'exercice de la Religion Catholique > Apoftolique & Romaine.
II,
Si quelques-uns des Habitans de nos Colonies, > ou Officiers Employés fur l'Etat
defdites Colonies, veulent amener en France avec eux des Efclaves Negres, de
l'un & de l'aurre fexe , en qualité de domeftiques > ou autrement, 2 pour les fortifier
davantage dans notre Religion 2 tant par les inftruétions qu'ils recevront, que par
T'exemple de nos autres Sujets, & pour leur faire apprendre en même tems quelque art & métier, dont les Colonies puiffent retirer de l'utilité 3 par le retour de
ces Efclaves, lefdits propriétaires feront tenus d'en obtenir la permiflion des Gouverneurs Généraux ou Commandans dans chaque Ile, laquelle permiflion contiendra le nom du Propriétaire 3 celui des Efclaves, leur âge & leur lignalement.
III.
Les Propriétaires defdits Efclaves, feront pareillement obligés de faire enregiftrer
ladite permiflion au Greffe de la Jurifdiéion du lieu de leur réfidence, avant leur
départ, & en celui de l'Amirauté du lieu du débarquement, dans huitaine après
leur arrivée en France.
IV.
Lorfque les Maitres defdits Efclaves voudront les envoyer en France 2 ceux qui
feront chargés de leur conduite > obferveront ce qui eft ordonaé à l'égard des Maitres, & le nom de ceux qui en feront auffi chargés 2 fera inferé dans la permiflion
des Gouverneurs Généraux, ou Commandans > & dans les Déclarations & enregiftremens, aux Greffes ci-deffus ordonnés.
V.
Les Efclaves Negres de lun & de l'autre fexe, qui feront conduits en France
par leurs Maitres, ou qui y feront par eux envoyés, ne pourront prétendre avoir
acquis leur liberté, fous prétexte de leur arrivée dans le Royaume 2 & feront tenus
de retourner dans nos Colonics, quand leurs Maitres le jugeront à propos : mais
faute par les Maîtres des Efclaves d'obferver les formalités prefcrites par les précédens Articles, lefdits Efclaves feront libres & ne pourront être reclamés.
VI.
Faifons défenfes à toutes perfonnes d'enlever 2 ni fouftraire en France les Efclaves Negres de la puiffance de leurs Maitres, fous peine de répondre de la valeur
deidits Efclaves, par rapport à leur àge, à leur force & à leur induftrie, fuivant
Ffij
Maîtres des Efclaves d'obferver les formalités prefcrites par les précédens Articles, lefdits Efclaves feront libres & ne pourront être reclamés.
VI.
Faifons défenfes à toutes perfonnes d'enlever 2 ni fouftraire en France les Efclaves Negres de la puiffance de leurs Maitres, fous peine de répondre de la valeur
deidits Efclaves, par rapport à leur àge, à leur force & à leur induftrie, fuivant
Ffij --- Page 250 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE, la liquiiation qui en fera faite par les Officiers des Amirautés, auxquels nous en:
de l'efclavage. avons attribué c attribuons la connoiffance en prémicre inftance, & en cas d'appel:
à nos Cours de Parlemens & Confeils Supérieurs : Voulons en outre que les contrevenans foient condamnés pour chaque contravention 2 en mille livres d'amende, applicable un tiers à Nous, un tiers à T'Amiral, & l'autre tiers au Maitre defdits
Efclaves, lorfqu'clle fera prononcée par les Officiers des Siéges Généraux des Tables
de marbre; 1 ou moitié à T'Amiral, & l'autre moitié au Maître defdits Efclaves,
lorfque l'amende fera prononcée par les Officiers des Siéges particuliers de l'Amiraute, fans que lefdites amendes puiffent être moderées, fous queique prétexte que
ce puide être.
VIL.
Les Efclaves Negres de l'un & de l'autre fexe, qui auront été amenés, ou envoyés en France par leurs Maîtres,. ne pourront s'y marier, fans le confentement
de' leurs Maitres ; & en cas qu'ils y confentent, lefdits Efclaves. feront &. demeureront libres en vertu dudit confentement.
VIIL
Voulons que pendant le féjour defdits Efclaves en France, tout ce qu'ils pourront acquerir par leur induftrie ou par leur profeffion, en attendant qu'ils foient
renvoyés dans n0S Colonies, appartienne à leurs Maitres, à la charge par lefdits
Maitres de les. nourrir & entretenir.
IX.
Si aucun des Maîtres qui auront amené ou envoyé des Efclaves Negres- en France
vient à mourir, Iefdits Efclaves refteronr fous la puiffance des héritiers du Maitre:
décédé 3 lefquels feront obligés de renvoyer lefdits Efclaves dans nos Colonies D:
pour y, être partagés avec les autres biens de la fucceflion, conformément à lEdit
du mois de Mars 1685, a moins que le Maître décédé ne leur eut accordé la. lin
berté par teftament ott autrement, 3 auquel cas lefdits Efclaves feront libres.
X.
Les Efclaves Négres venant à mourir en France 2 leur pecule, fi aucun f trouye 2.
appartiendra. aux Maîtres defdits Efclaves.
XI.
Les Maîtres defdits Efclaves ne pourront les vendre ni échanger en France > &
feront obligés de les renvoyer dans nos Colonies 2 pour y être négociés & employés.
fiivant PEdit du inois de. Mars 1685.
XII
Les Efclaves Negres étant fous la puiffance de leurs Maitres en France 2 ne pour--
vont efter en jugement en matiere civile . autrement que fous l'autorité de leurs.
Maitres,
dits Efclaves.
XI.
Les Maîtres defdits Efclaves ne pourront les vendre ni échanger en France > &
feront obligés de les renvoyer dans nos Colonies 2 pour y être négociés & employés.
fiivant PEdit du inois de. Mars 1685.
XII
Les Efclaves Negres étant fous la puiffance de leurs Maitres en France 2 ne pour--
vont efter en jugement en matiere civile . autrement que fous l'autorité de leurs.
Maitres, --- Page 251 ---
P A R MARSEILLE
GUINÉE.
XIIL
del'ejclavege.
Faifons défenfes aux Créanciers des Maitres des Efclaves Negres, de faire faifir
Teldits Efclaves en France , pour le payement de leur du fouf auxdits créanciers
à les faire failr dans nos Colonies, dans la forme preferite par IEdit du mois de
Mars 1685.
XIV.
En cas que quelques Efclaves Negres quittent nos Colonics, fans la permiffion de
leurs Maitres, d qu'ils ie retirent en France, ils ne pourront prétendre avoir acquis. leur liberté : Permettons aux Maitres defdits Efclaves, de les reclamer par-tout
où ils pourront s'être retirés, & de les renvoyer dans nos Colonies. Enjoignons à
cet effet aux Oficiers des Amirautés, aux Comniffaires de Marine & à tous autres
Oficiers qu'il appartiendra, de donner main forte auxdits Maitres & Propriétaires
pour faire arrêter leidits Eiclaves.
X v.
Les habitans de nos Colonies, qui, après être venus en France > voudront s'y
établir & vendre les habitations qu'ils poffedent dans lefdites Colonies, feront tenus.
dansah an, à compter du jour qu'ils les auront vendues & auront ceffé d'être
Colons, de renvoyer dans nos Colonies les Efclaves Negres de l'un & de l'autre
iexe, qu'ils auront amenés ou envoyés dans notre Royaume. Les Officiers qui ne
feront plus employés dans les Etats de nos Colonies, feront pareillement obligés dans
un an, à compter du jour qu'ils auront ceffé d'être employés dans Jefdits Etats >
de renvoyer dans les Colonies les Efclaves qu'ils auront amenés Ou envoyés en
France; & faute par lefdits Habitans & Officiers de les renvoyer dans ledit terme,
lefdits Efclaves feront libres.
Si donnons en mandement à nos amés & féaux les gens tenant notre Cour de
Parlement à Dijon, que notre préfent Edit ils ayent à faire lire 3 publier & enregiftrer, & le contenu en icelui garder, obferver & exécuter felon fa forme & teneur, non-obftant tous Edits, Ordonnances 7 Déclarations 2 Arrêts, Réglemens &
Ufages à. ce contraires, auxquels nous avons dérogé & dérogeons par le. préfent
Edit. Car tel eft notre plailir 3 & afin que ce foit chofe ferme & ftable à toujours, 3
nous y avons. fait mettre notre fcel: Donné à Paris, au mois d'Oaobre, l'an de
mil iept cens feize & de notre regne le fecond. Sigré, LOUIS. Etplus bas j
Eri le Roi, le Duc d'Orléans Régent préfent. PHELYPEAUX. Vija, Voisix.
Régijire, oui, ce requerant le Procureur Général du Roi > à la diligence duguel.
sopier defdites Lettres & du préfent Arrêt feront envoyées deis tous les Bailliages &
Sieges de ce Reffort, pour y étre lus > publiés 6 exécutés felon leur forme &
tenear : enjoint aux Subftituts dudit Procureur Généra! du Roi d'y tenir la main 2
sertifier la Cour de leur diligence dans quinge jours prochains. Fait en Parlement 2 les
Chambres afemblées à Dijon 7 le Jeptième Décembre mil fept cens feite; & ont étélefdites Lettres lues, publiées à LAudience de ladite Cour, le Jeudi dix du même moise
Signe, GUYTON.
Regifiré cufi CHx Parlemens de Rouen G de Rennes, le. 3 & 24 de. Dicembre-17:6.
sertifier la Cour de leur diligence dans quinge jours prochains. Fait en Parlement 2 les
Chambres afemblées à Dijon 7 le Jeptième Décembre mil fept cens feite; & ont étélefdites Lettres lues, publiées à LAudience de ladite Cour, le Jeudi dix du même moise
Signe, GUYTON.
Regifiré cufi CHx Parlemens de Rouen G de Rennes, le. 3 & 24 de. Dicembre-17:6. --- Page 252 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQU U E
GUINÉE.
del l'efelavage.
ORDONNANCE DU ROI,
QUI DÉFEND
Aux Capitaines des Vaiffeaux qui apporteront des Négres
aux ifes, de defcendre à terre s ni d'y envoyer leurs
équipages , fans en avoir obtenu la permiffion des Gouverneurs.
Du 3 Avril 1718.
DE PAR LE ROI
S A Majefté étant informée que les Capitaines des Vaiffeaux, , qui portent des Noirs
dans les Iles de T'Amérique > ont communication avec les Habitans deidites Colonies , & fouffrent que les équipages de leurs Vaiffeaux defcendent à terre, quoique
les Negres qu'ils amenent, & même partie defdits équipages ayent des maladies contagieules 3 ce qu'il eft de conféquence d'empècher > afin que > par cette fréquentation, lefdites maladies contagieufes ne fe communiquent point aux Habitans défdites
Iles. Sa Majefté > de l'avis de Monficur le Duc d'Orléans Régent, fait défenfes à
tous Capitaines des Vaiffeaux qui porteront des Noirs dans lefdites Ifles, de defcendre à terre, ni de permettre a leurs équipages d'y aller, comme auffi d'avoir allcune fréquentation avec les Habitans 2 tant par eux, que par les perfonnes de leurs
équipages. 2. qu'ils n'en ayent auparavant obtenu la permiflion de celui qui commandera dans l'endroit oû ils arriveront, laquelle periniflion leur fera accordée, s'iln'y
a point de maladies contagieufes dans leur bord; & en cas qu'il y en ait, il leur
fera indiqué un endroit oùt ils pourront mettre les malades à terre 2 pour les y
faire traiter, fans que pendant le tems que lefdites maladies dureront, ils puiffent
avoir communication avec lefdits Habitans. Mande & ordonne Sa Majefté à Mr. le
Comte de Touloufe, Amiral de France 2 aux Gouverneurs & fes Lieutenans Généraux en l'Amérique méridionale > Gouverneurs Particuliers & autres fes Officiers
qu'il appartiendra > de tenir chacun en droit foi, la main à l'exécution de la préfente Ordonnance, qui fera lie, publiée & affichée par-tout oùr befoin fera, à
ce que perfonne n'en ignore. Fait à Paris, le troifième jour d'Avril mil fept cens
dix-huit. Signé, LOUIS; Et plus bas, PHELYPEAUX,
-
érique méridionale > Gouverneurs Particuliers & autres fes Officiers
qu'il appartiendra > de tenir chacun en droit foi, la main à l'exécution de la préfente Ordonnance, qui fera lie, publiée & affichée par-tout oùr befoin fera, à
ce que perfonne n'en ignore. Fait à Paris, le troifième jour d'Avril mil fept cens
dix-huit. Signé, LOUIS; Et plus bas, PHELYPEAUX,
- --- Page 253 ---
PAR MARSEILLE,
GUINÉE.
del'efelavager
DECLARATION DU ROI,
QUI REG L E
La maniere d'élire des Tuteurs d des Curateurs aux Enfans
dont les Peres polfedoient des biens, tant dans le Royaume
que dans les Colonies,, é qui défend à ceux qui feront
émancipés de difpofer de leurs Negres,
Donnée à Paris, le I5 Décembre 1721.
OUIS par la grace de Dieu > Roi de France & de Navarre : A tous ceux qui
Lor préfentes Lettres verront, SALUT. Depuis l'établiffement des Colonies Françoifes dans PAmérique > plufieurs de nos Sujets y, ont tranfporté une partie de leur
fortune & de leur famille, foit qu'ils y ayent établi un véritable domicile, foit
qu'ils fe foient contentés d'y paffer un tems confidérable pour faire valoir les habitations qu'ils Ly ont acquiles : mais, comme il arrive fouvent que la fucceflion des
peres de famille, qui ont fait ces fortes d'établiffemens, eft compofée en partie
de biens fitués dans notre Royaume: 2 & en partie de biens qu'ils poffedoient dans
nOS Colonies, les Tutelles ou Curatelles, les émancipations & les mariages de leurs
enfans mineurs qu'ils laiffent, ou en France, ou en Amérique > font naitre un doute
confidérable fur la Jurifdiéion du Tribunal, auquel il appartient d'y pourvoir > les
Juges de France fe croyant bien fondés à en connoître, même par rapport aux
biens fitués en Amérique > lorfqu'il eft certain que le pere des mineurs avoit confervé fon ancien domicile au-dedans de notre Royaume, & les Officiers que nous
avons établis dans nos Colonies, foutenant par la même raifon, que c'eft à eux d'y
pourvoir, même par rapport aux biens fitués en France lorfque le domicile du pere
a été véritablement transferé dans une des parties de T'Amérique qui font foumifes
à notre domination. Mais quoique cette diftinétion paroiffe jufte en elle-même &
conforme aux principes généraux de la Jurifprudence, l'expérience nous a faitvoir
qu'elle peut être fujette à de grands inconvéniens, foit parce qu'elle donne lieu à
plufieurs conteflations far le véritable domicile du pere des mineurs, qu'il eft affez
fouvent diEcile de Ceterminer dans les diitérentes circonftances de chaque affaive
particuliere 7 foit parce qu'il eft prefque impollible qu'un tuteur établi en Franice 2 puiffe
veiller exa@tement à l'adminitration des biens que les mineurs ont dans PAmérique, &
réciproquement qu'un Tuteur établi dans nos Colonies >
gérer la 1 utelle avec:
une attention fuffifante, rapport aux biens qui font
en France 5 en forte
Ett
qu'il arrive fouvent que Rane oul'autre partie du patrimoine des mineurs eft négligée
ou confte par le Tuteur à des mains peu sures qui abufent de fon ablence
pour dilliper un bien dont il eft fort difficile au Tuteur de fe faire rendre un compte
fidéle. Nous avons cru qu'à l'exemple des Legiflateurs Romains, > qui avoient introduit Tufage de donner des Tuteurs differens aux mincurs, par rapport aux biens
qu'ils pofledoient dans des pays fort éloignés les uns des autres, Nous devions aufli
partager l'adminiftration des biens qui appartiennent aux mêmes mineurs en France
& en Amérique, en forte que ces différens patrimoines foient régis à l'avenir past
faire rendre un compte
fidéle. Nous avons cru qu'à l'exemple des Legiflateurs Romains, > qui avoient introduit Tufage de donner des Tuteurs differens aux mincurs, par rapport aux biens
qu'ils pofledoient dans des pays fort éloignés les uns des autres, Nous devions aufli
partager l'adminiftration des biens qui appartiennent aux mêmes mineurs en France
& en Amérique, en forte que ces différens patrimoines foient régis à l'avenir past --- Page 254 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. des Tuteurs différens > en confiant néanmoins le foin de l'éducation des mineurs
& la préférence à l'égard de lear mariage au Tuteur du lieu, 2 ou le pere defdits
del'efelavage. mineurs avoit fon domicile a qui eft toujours regardé comme celui des mineurs, fuivant
les régles établies par les Ordonnances que les Rois nos prédéceffeurs ont faites fur
cette matiere. Enfin comme nous avons. été informés que les Negres employés à la
culture des terres 2 étant regardés dans nos Colonies comme des effets mobiliers,
fuivant les Loix quiy font établies, les mineurs abufent fouvent du droit que l'émancipation leur donne de difpofer de leurs Negres, &. en ruinant par-là les habitations qui
leur font propres font encore un préjudice confidérable à nos Colonies, dont la principale utilité dépend du travail des Negres qui font valoir les terres, Nous avons
à propos de leur en interdire la difpolition 2 jufqu'à ce qu'ils atteint l'âge de
L
cinq ans, & nous nous portons d'autant plus volontiers à AIAPL une Loi novvelle fur
ces différentes matières, qu'elle fera en même tems un effet de la proteftion que nous
dennons à ceux de nos Sujets, à qui la foibleffe de leur âge la rend encore plus néceffaire qu'aux autres & une preuve de l'attention que nous aurons toujours pour
ce qui peut favorifer le Commerce des Colonies Françoifes & le rendre utile à tout
notre Royaume > dont l'abondance & le bonheur font le principal objet de nos foins
& ACES de nos CAUSES, voeux. & autres à ce Nous mouvans, de l'avis de notre très-cher & trèsamé Oncle le Duc d'Orléans Petit-fils de France 2 Régent, de notre très-cher &
très-amé Oncle le Duc de Chartres, prémier Prince de notre Sang, de notre trèscher & très-amé Coufin. le Duc de Bourbon 3 de notre très-cher & très-amé Coufin
le Comte de Charollois 2 de notre très-cher & très-amé Coulin le Prince de Conty,
Princes de notre Sang, de notre très-cher & & très-amé Oncle le Comte de Touloufe 7.
le le Duc d'Orléans Petit-fils de France 2 Régent, de notre très-cher &
très-amé Oncle le Duc de Chartres, prémier Prince de notre Sang, de notre trèscher & très-amé Coufin. le Duc de Bourbon 3 de notre très-cher & très-amé Coufin
le Comte de Charollois 2 de notre très-cher & très-amé Coulin le Prince de Conty,
Princes de notre Sang, de notre très-cher & & très-amé Oncle le Comte de Touloufe 7. Prince légitimé, & autres Pairs de France , Grands & Notables Perfonnages de notre Royaume, & de notre certaine fcience, pleine puiffance & autorité Royale, > & par ces préfentes fignées de notre main, Voulons & Nous plaît ce qui fuit:
ARTICLI E PRA ÉMIE E R. Lorfque nos Sujets mineurs, auxquels il doit être pourvi du Tuteur, ou du Curateur
auront des biens fitués en France & d'autres fitués dans les Colonies Françoifes, il leur
fera nominé des Tuteurs dans Tun &x dans l'autre Pays ; fçavoir en France par les
Juges de cc Royaume,, aufquels la connoiffance en appartient 2 & ce de l'avis des
parens ou amis defdits mineurs qui feront en France, pour avoir par lefdits Tuteuts ou
Curateurs, l'adminiftration des biens de France feulement, même des obligations, contrats de rentes & autres droits & aétions à exercer fur des perfonnes domiciliées en
France & fur les biens quiy font fitués; & dans les Colonies 2 par les Juges qui y font
établis, auffi de l'avis des parens & amis qu'ilsy auront, lefquels Tuteurs ou Curateurs,
élus dans les Colonies n'auront pareillement l'adminiftration que des biens quis'y trouveront appartenant auxdits mineurs, enfemble des obligations, contrats de rentes & autres droits & aftions à exercer fur des perfonnes domiciliées dans les Colonies & fur les
biens quiy y font fitués : & feront lefdits Tuteurs ou Curateurs de France & ceux des
Colonies Françoifes, indépendans les uns des autres, fans être refponfables que de la
geftion & adminiftration des biens du pays dans lequel ils auront été elûs, de laquelle ils
ne feront tenus de rendre compte que devant les Juges qui les auront nommés. II. L'éducation des mineurs fera déférée au Tuteur qui aura été élà dans le Paysoile
foit tous les
enfans du
RRE
avoit fon domicile > dans le tems de fon décès, que
mineurs,
France
me pere, faffent leur demeure dansle méme Pays, ou que les uns demeurent defdits en
&lesautres aux Colonies, le tout à moins que fur l'avis des parens & amis
mineurs,il n'en foit autrement ordonné par le Juge du lieu oh le pere avoit fon domicile
au jour de fon décès.
élà dans le Paysoile
foit tous les
enfans du
RRE
avoit fon domicile > dans le tems de fon décès, que
mineurs,
France
me pere, faffent leur demeure dansle méme Pays, ou que les uns demeurent defdits en
&lesautres aux Colonies, le tout à moins que fur l'avis des parens & amis
mineurs,il n'en foit autrement ordonné par le Juge du lieu oh le pere avoit fon domicile
au jour de fon décès. III. --- Page 255 ---
P A R M 1ARSEILLE
GUINÉE.
IIL
del'efclavage.
Les Lettres d'émancipation que lefdits mineurs obtiendront , feront enterinées >
kant dans les Tribunaux de France, que dans ceux des Colonies dans lefquels la 110mination de leurs Tuteurs aura été faite 2 fans que lefdites Lettres d'émancipation puiffeat avoir aucun effet que dans celui des deux Pays oùt elles auront été entérinées.
IV.
Les mineurs 2. quoiqu'émancipés, ne pourront difpofer des Negres qui fervent à exploiter leurs habitations, jufqu's ce qu'ils ayent atteint l'âge de vingt-cinq ans accomplis , fans néanmoins que lefdits Negres ceffent d'être réputés meubles, par rapport à
tous autres effets.
V.
Les mineurs qui voudront contraéter mariage foit en France, foit dans les Colonies
Françoifes, ne. pourront le faire fans l'avis & le confentement par écrit du Tuteur nommé dans le pays oû le pere avoit fon domicile au jour de fon décès, fans néanmoins qu'il efpuiffe donner ledit confentement. > que fur l'avis des
qui feront affemblés à cet
fet, pardevant le Juge qui l'aura nommé Tuteur; Rreme fauf audit Juge > avant que d'homologuer leur avis, d'ordonner que l'autre Tuteur qui aura été établi en France ou dans
les Colonies, enfemble les parens les mineurs auront dans lun ou dans l'autre pays 2
feront pareillement entendus dans : délai compétant pardevant le Juge qui aura nommé
ledit Tuteur 2 pour, leur avis rapporté, être ftatué, ainfi qu'il appartiendra fur le mariage
pour lefdits mineurs; ce que nous ne voulons néanmoins être ordonné que
pour EpEk grandes confidérations. 2 dont le Juge fera tenu de faire mention dans la Sentence
qui Si fera donnons par lui en rendue. mandement, à nos amés & féaux Confeillers, les Gens tenant notre
Cour de Parlement à Paris, que ces Préfentes ils ayent à faire regiftrer, & le contenu en
icelles garder & obferver felon fa forme & teneur, ceffant & faifant ceffert tous troubles
& empéchemens, nonobftant tous Edits, Déclarations. 3 Ordonnances, Réglemens,
Arrêts, Us & Coutumes à ce contraires 2 auxquels nous avons dérogé & dérogeons
par cefdites préfentes. Car tel eft notre plaifir; En témoin de quoi Nous avons
Fait mettre notre fcel à cefdites Préfentes. Donné à Paris le quinzième jour du mois
de Décembre, l'an de grace mil fept cens vingt-un 2 & de notre régne le feptième.
Signé LOUIS. Et plus bas, par le Roi, le Duc D'ORLEANS Regent préfent.
Signé, FLEURIAU. Et Scellé du graid Sceau de cire jaune.
Regifréer, oui & ce requérant le Procureur Général du Roi, pour être exécutées felon
leur forme e teneur 2 & copies collationnées envoyées aux Bailliages & Sénéchaufees du
Refort, poury être ldes, > publides cogesijirées ; enjoint aux Subflituts du Procureur Général du Roi 2 d'y tenir la main & d'en certifier la Cour dans un mois, fuivant PArrêt
A de ce jour. A Paris, en Parlement le quatorge Février mil fept cens vingt-deux.
Signé > GILBERT.
Regiftrée auffi aux Parlemens de Touloufe, de Rouen > de Rennes 2 de Bordeaux, de
Grenobles d'Aix, de Dijon, de Befançon > de Mett & aux Confeils Souverains d'Alface
& de Rouffillon.
Tom. II.
Gg
d'en certifier la Cour dans un mois, fuivant PArrêt
A de ce jour. A Paris, en Parlement le quatorge Février mil fept cens vingt-deux.
Signé > GILBERT.
Regiftrée auffi aux Parlemens de Touloufe, de Rouen > de Rennes 2 de Bordeaux, de
Grenobles d'Aix, de Dijon, de Befançon > de Mett & aux Confeils Souverains d'Alface
& de Rouffillon.
Tom. II.
Gg --- Page 256 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. de P'efclavage,
ORDONNANCE DU ROI,
CONCERN A N T
Les Agranchifemens d les Baptémes des Efclaves Negress
Du I5 de Juin 1736. DE PAR LE ROI
Majefté s'étant fait repréfenter l'Ordonnance du 24. O&obre 1713, par la
SA quelle & pour les motifs y contenus, il auroit été défendu à toutes fortes de
perfonnes établies aux Ifles Françoifes de l'Amérique 2 d'affranchir leurs Efclavesa Intenfans en avoir auparayant obtenu la permiflion par écrit, des Gouverneurs & feroient
dans ou CommifinpOndepmmtunt 3 & ordonné que les affranchiffemens qui
faits fans ces permicions feroient nuls > & que les Efclaves ainfi affranchis, feroient
vendus au profit de Sa Majefté: Etant informés qu'au préjudice de cette Ordonnance
il fet trouve des Maîtres qui affranchilfent leurs Efclaves fans en avoir obtenu la des permif enfans
fion 5, & que d'ailleurs il y en a d'autres qui font baptifer comme libres, voulant
dont les meres font Efclaves, & qui ce moyen font répurés & affranchis; l'Ordonnance 5 &
faire cefferdes abus aufli dangereux, E Majeftéa a ordonné ordonne que les Illes
du 24 O8tobre 1713 fera exécutée felon fa forme & teneur, T dans toutes
Françoifes de l'Amérique, veut en conféquence, qu'aucunes perfonnes, de quelque qualité
& condition qu'elies foient, ne puiffent affranchir leurs Efelaves, fans en avoir auparaécrit du Gouverneur Général & de PIntendant, cequi
vant obtenu les Ifles la permillion du Vent & par de St. Domingue, & des Gonemeur-pariculier 8rEe Commiffire-Ordonnateur regarde
de Cayenne, pour ce qui regarde ladite Ife Sk la Province du Cayenne;
& que tous les affranchiffemens qui feront faits fans ces permiflions, foient nuls, & que
les Efclaves ainfi affranchis, n'en. puifent jouir, qu'ils foient tenus 2 cenfés & répurés
Efclaves, que les. Maîtres en foient privés, qu'ils foient vendus au profit de Sa Majefté,
& que les Maitres foient en outre condamnés à une amende, qui inhibitions ne pourra & étre défenfes moindre à
que la valeur defdits Efclaves. Fait Sa Majefté auxdites 2 tres-exprelles de
comme libres,
tous Prêtres & Religieux deffervant les Cures
Iiles, baptifer
aucuns enfans, à moins que laffranchifement des meres ne leur Gouverneurs foit prouvé & auparavant Intendans
pard des aêtes de liberté, révetus de la permiflion écrit, des de faire mention fur les
ou Commifin-onboepus 2 delquels aêtes Te feront tenus feront
comme
Regiftres de Baptême.
prelles de
comme libres,
tous Prêtres & Religieux deffervant les Cures
Iiles, baptifer
aucuns enfans, à moins que laffranchifement des meres ne leur Gouverneurs foit prouvé & auparavant Intendans
pard des aêtes de liberté, révetus de la permiflion écrit, des de faire mention fur les
ou Commifin-onboepus 2 delquels aêtes Te feront tenus feront
comme
Regiftres de Baptême. Ordonne Sa Majefté, 2 que les enfans qui Efclaves, baptifés leurs
libres, quoique leurs meres foient Efclaves > foient toujours de Sa réputés & les que Maitres
Maitres en foient privés, qu'ils foient vendus au proft être moindre Majefté quel la valeur deffoient en outre condamnés à une amende qui ne pourra
& fes que Lieutenans-Génedits Efclaves. Mande & ordonne SaMajefté aux Gouverneurs
Iaux & Intendans des Ifles & autres fes.
, baptifés leurs
libres, quoique leurs meres foient Efclaves > foient toujours de Sa réputés & les que Maitres
Maitres en foient privés, qu'ils foient vendus au proft être moindre Majefté quel la valeur deffoient en outre condamnés à une amende qui ne pourra
& fes que Lieutenans-Génedits Efclaves. Mande & ordonne SaMajefté aux Gouverneurs
Iaux & Intendans des Ifles & autres fes. Officiers qu'il appartiendra 2 de tenir la publiée main
chacun en droit foi, àl'exécution de la préfente Ordonnance qui fera regiftrée, cens
&caffichée par-tout oibefoin fera. Fait à Verfailles le quinze Juin mil fept trente-fs. Signt, LOUIS. Et plus bas; Signé, PHELYPEAUX, --- Page 257 ---
PAR MARSEILLE.
Guisin.
del'efelavage,
DECLARATIQN DU ROI,
CONCERI NA1 N T
Les Efclaves Negres des Colonies 2 qui interprôte PEdit du
mois d'Octobre 1716.
Donnée à Verfailles le I5 Décembre 1738.
T OUIS par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre, Comte de Provence, Forcalquier & terres adjacentes. A tous ceux qui ces préfentes Lettres
verront ; SALUT. Le compte que nous nous fimes rendre après notre avenement &
à la Couronne, de l'Etat de nos Colonies nous ayant fait connoitre la fageffe d'Edit,
la néceflité des difpofitions contènues dans les Lettres-Patentes > en forme l'exédu mois de Mars 1685,, concernant les Efclaves Negres, Nous en ordonnâmes
cution par l'Article prémier de notre Edit du mois d'O&tobre 1716. Et nous ayant
été repréfenté en même tems > que plufieurs habitans de nos Ifles de l'Amérique 2
défiroient envoyer en France quelques-uns de leurs Efclaves, pour les confirmer dans
les inftrustions & dans les exercices de la Religion & pour leur faire apprendre quelque
art ou métier : mais qu'ils craignoient que les Elclaves ne prétendiflent être libres en arrivant en France, Nous expliquâmes nos intentions à ce fujet, par les Articles de cet Edit
& nous reglâmes les formalités qui nous parurent devoir être obfervées de la part
des Maîtres qui ameneroient ou envoyeroient des Efclaves. en France. Nous fommes
informés que depuis ce tems-là on y. en a fait pafler un grand nombre, s'établir que les
habitans qui ont pris le parti de quitter les Colonies & qui font venus
dans le Royaume, gardent des Eiclaves Negres, au préjudice de ce qui eft porté
PArticle X 2 même Edit ; que la plupart des Negres y contraêtent des
EibalAns & un efprit d'indépendance > qui pourroient avoir des fuites facheufes $
que d'ailleurs, leurs Maitres négligent de leur faire apprendre quelque métier utile >
enforte que de tous ceux qui lont amenés ou envoyés en France 2 il y, en a trèspeu qui foient renvoyés dans les Colonies, & que dans ce dernier nombre, il s'en
trouve le plus fouvent d'inutiles, & même de dangereux. L'attention que nous donnons au maiutien & à l'augmentation de nos Colonies, ne nous permet pas de laiffer fubfifter des abus qui y font G contraires; & c'eft pour les faire ceffer que
nous avons réfolu de changer quelques difpofitions à notre Edit du mois d'Oêtobre
1716, & d'y en ajouter d'autres qui nous ont paru néceffaires.
A CES CAUSES, & autres à ce nous mouvans 1 de notre certaine fcience, pleine
puiffance & autorité Royale, Nous avons dit, déclaré & ordonné, & par ces préientes fignées de notre main, difons 2 déclarous, ordonnons, voulons & nous plaît
ce qui fuit.
Ggi)
ous avons réfolu de changer quelques difpofitions à notre Edit du mois d'Oêtobre
1716, & d'y en ajouter d'autres qui nous ont paru néceffaires.
A CES CAUSES, & autres à ce nous mouvans 1 de notre certaine fcience, pleine
puiffance & autorité Royale, Nous avons dit, déclaré & ordonné, & par ces préientes fignées de notre main, difons 2 déclarous, ordonnons, voulons & nous plaît
ce qui fuit.
Ggi) --- Page 258 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
del P'efelavage.
ARTICLE PREMIER R.
Les Habitans & Officiers de nos Colonies, qui voudront amener our envoyer eR
France des Efclaves Negres de l'un & de Pautre fexe, pour les fortifier davantage
dans la Religion 2 tant par les infruations qu'ils y recevront 2 que par l'exemple de
nos autres Sujets & pour leur faire apprendre en même tems quelque métier utile
pour les Colonics > feront tenus d'en obtenir la permiflion des Gouverneurs généraux ou Commandans dans chaque Ille, laquelle permiflion contiendra le nom du
Propriétaire qui amenera lefdits Efclaves, ou de celui en fera chargé, celuf
des Efclaves même, avec leur & leur lignalement 5 les
defdits
e
âge
Propriétaires
Efclaves & ceux qui feront chargés de leur conduite 2 feront tenus de faire enregiftrer ladite permiflion, tant au Greffe de la Jurifdiction ordinaire 3 ou de PAmirauté de leur réfidence, 1 avant leur départ, qu'en celui de l'Amirauté du lieu de
leur débarquement, dans huitaine après leur arrivée : le tout ainfi qu'il eft porté par
les Articles II, III & IV de notredit Edit du mois d'Oétobre 1716.
II.
-
Dans les enregiftremens qui feront faits defdites permillions, aux Greffes des Amirautés des Ports de France 3 il fera fait mention du jour de l'arrivée des Efclaves
dans les Ports.
III.
Lefdites permiflions feront encore enregiftrées au Greffe du Siège de Ia Table
de marbre du Palais à Paris,, pour les Efclaves qui feront amenés en notredite
Ville; & aux Greffes des Amirautés, ou des Intendances des autres lieux de notre
Royaume, > où il en fera aiené pour y réfidér : & il fera fait mention dans lefdits enregiftremens, du métier que lefdits Efclaves devront apprendre, & du Maitre
qui fera chargé de les inftruire.
IV.
Les Ffclaves Negres de Fun & de Pautre fexe,, qui feront conduits en France
par leurs Maitres, ou qui y feront par eux envoyés, ne pourront prétendre avoir
acquis leur liberté, fous prétexte de leur arrivée dans le Royaume & feront tenus
de retourner dans nos Colonies, quand leurs Maîtres jugerontà propos : mais faute
par les Maitres d'obferver les formalités prefcrites par les précédens Articles > lef
dits Efclaves feront confifqués à notre profit, pour être renvoyés dans nos Colonies
& y être employés aux travaux par Nous ordonnés.
V.
Les Officiers employés fur nos Etats des Colonies qui pafferont en France Par
songé, ne pourront y retenir les Efclaves qu'ils y, auront amenés 2 pour leur fervir
de domeftiques, qu'autant de tems que dureront les congés qui leur feront accordés; paffe lequel tems, les Efclaves qui ne feront point renvoyés, feront confifqués à notre profit, pour être employés à nos trayaux dans nos Coloniss.
travaux par Nous ordonnés.
V.
Les Officiers employés fur nos Etats des Colonies qui pafferont en France Par
songé, ne pourront y retenir les Efclaves qu'ils y, auront amenés 2 pour leur fervir
de domeftiques, qu'autant de tems que dureront les congés qui leur feront accordés; paffe lequel tems, les Efclaves qui ne feront point renvoyés, feront confifqués à notre profit, pour être employés à nos trayaux dans nos Coloniss. --- Page 259 ---
P AR MARSEILLE
GUINÉE.
VI.
de lejclavagt;
Les Habitans qui ameneront ou envoyeront des Efclaves Negres en France 2 pour
leur faire apprendre quelque métier 3 ne pourront les y retenir que trois les Efclaves ans,
compter du jour de leur débarquement dans le Port; pafe lequel tems, être
qui ne feront poirt renvoyés, feront confifqués à notre profit, > pour employés
à nos travaux dans nos Colonies.
VII.
Les Habitans de nos Colonies qui voudront s'établir dans notre Royaume, ne pourront y garder dans leurs maifons aucuns Efclaves de Pun ni de l'autre fexe 7 quand
bien mnême ils n'auroient pas vendu leurs habitations dans les Colonies; & les Efclaves qu'ils y garderont, , feront confifqués pour être employés à nos travaux dans les
Colonies. Pourront néanmoins faire palfer en France > en obfervant les formalités
ci-deffus preferites, quelques-uns des Negres attachés aux habitations > dont ils feront reftés Propriétaires en quittant les Colonies 3 pour leur faire apprendre & quel- dans
que métier qui les rende plus utiles par leur retour dans lefdites Aiticles Colonies, fous
ce cas, ils fe conformeront à ce qui eft prefcrit par les
précédens,
les peines y portées.
VIII
Tous ceux qui ameneront ou envoyeront en Franee des Efclaves Negres, & qui
Re les renvoyeront pas aux Colonies > dans les délais prefcrits par les trois Articles
précédens, feront tenus, outre la perte de leurs Efclaves, de
pour chacun de
ceux
n'auront
> la fomme de mille livres entre mains des ComRr
qu'ils
pas renvoyés
mis des Tréforiers Généraux de la Marine aux Colonies 2 pour être ladite fomme.,
doivent obtenir des Gouemployée aux travaux publics; & les permillions qu'ils
verneurs Généraux & Commandans 2 ne pourront leur étre accordées qu'après qu'ils
auront fait, entre les mains defdits Commis des Tréforiers Généraux de la Marine 2
leur foumiflion de payer ladite fomme; de laquelle foumifficn > il fera fait mention
dans leidites permitions.
IX.
Ceux qui ont actuellement en France des Efclaves Negres, de T'un ou de l'autre
fexe, feront tenus dans trois mois > à compter da jour de la publication des préfentes, d'en faire a déclaration au Siége de lAmirauté le plus prochain du lieu de
leur féjour, en faifant en même tems leur foumiffion de renvoyer dans un an 3 à compter
du jour de la datte d'icelle 3 lefdits Negres dans lefdites Colonies ; & faute par eux de
faire ladite déclaration, ou de fatisfaire à Iadite foumiffion dans Ies délais prefcrits 2
lefdits Efclaves feront confifqués à notre profit, pour étre employés à nos travaux dans
les Colonies.
X.
LesEfclaves Negres qui auronté été emenés, ou envoyés en France, ne pourront s'y
marier, méme du confentement de leurs Maitres, non-chfant ce qui eft porté par
T'Article yl de Lotre Edit du mois d'O8obre 1716 auguel nous dérogeons quan: à ce
Ies délais prefcrits 2
lefdits Efclaves feront confifqués à notre profit, pour étre employés à nos travaux dans
les Colonies.
X.
LesEfclaves Negres qui auronté été emenés, ou envoyés en France, ne pourront s'y
marier, méme du confentement de leurs Maitres, non-chfant ce qui eft porté par
T'Article yl de Lotre Edit du mois d'O8obre 1716 auguel nous dérogeons quan: à ce --- Page 260 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
XI
del'efelavage.
Dans ancun cas, ni fons quelque prétexte que ce puiffe être 7 les Maitres qui atiront amené en France des Efclaves de l'un ou de l'autre fexe 2 ne pourront les y
affranchir autrement que parteltament; & les affranchiffemens ainfi faits ne pourront
avoir lieu, qu'autant que le Teftateur décédera avant l'expiration des délais 2 dans
lefquels les Éfclaves amenés en France doivent être renvoyés dans les Colonies.
XII
Enjoignons à tous ceux qui auront amené des Efclaves dans le Royaume, ainfi
qu'à ceux qui feront chargés de leur apprendre quelque métier de donner leurs foins
à ce qu'ils foient élevés & inftruits dans les principes & dans l'exercice de la Religion
Catholique, Apoftolique & Romaine.
XIIL
Notre Edit du mois d'O8tobre 1716 > fera au furplus exécuté fuivant fa forme &
teneur, en ce qui n'y eft dérogé par les préfentes.
Si donnons en mandement à nos amés & féaux Confeillers les Gens tenans notre
Cour de Parlement à Aix., que ces préfentes ils ayent à faire lire > publier &
enregiftrer, & le contenu en icelles garder, obferver & exécuter felon leur forme
& teneur, nonobftant tous Edits, , Ordonnances, Déclarations > Arrêts, Réglemens
& ufages A ce contraires, auxquels Nous avons dérogé & dérogeons par cefdites préfentes; aux copies defquelles collationnées par l'un de nos amés & féaux Confeillers-Sécretaires, > voulons que foi foit ajoutée comme à l'original, Car tel eft notre
plaifir. En témoin de
Nous avons fait mettre notre fcel à cefdites préfentes.
Données à Verfailles, SE quinzième jour de Décembre, l'an de grace mil fept
LOUIS.
cens trente - huit, & de notre régne le vingt-quatrième. Signé,
Etplus bas;
Par le Roi Comte de Provence , Signé 7 PHELYPEAUX.
Liie, publice & regifrée, préfent & ce requérant le Procureur Général
du Roi, pour être exécurée fuivant fa forme & teneur, , & copies de ladite Diclaration envoyées aux "Amirautés du Relfort , pour être lie,
&
Enjoint aux Subftituts du Procureur
d'y
dantri
publiée enregifrée
la Cour dans le
fuivant VArrêt du
tenir la main 8 i certifier
mois,
douge Février mil Jept cens trente-neuf.
Signé, DÉREGINA.
Regifrées auffi aux Parlemens de Paris, de Rouen 2 de Rennes, de
Dijon, de Grenoble, de Touloufe de Pau, de Bordeaux, de Befançon,
de Mett, de Flandres, aux Confeils Souvérains dAlface & de Roufillon,
& aux Confeiis Supérieurs des Ifles & Colonies Françoifes de PAmériqus.
ifier
mois,
douge Février mil Jept cens trente-neuf.
Signé, DÉREGINA.
Regifrées auffi aux Parlemens de Paris, de Rouen 2 de Rennes, de
Dijon, de Grenoble, de Touloufe de Pau, de Bordeaux, de Befançon,
de Mett, de Flandres, aux Confeils Souvérains dAlface & de Roufillon,
& aux Confeiis Supérieurs des Ifles & Colonies Françoifes de PAmériqus. --- Page 261 ---
PAR M ARSEILLE
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi du 16 Avril 1762, concernant la GUINÉEI
légiflation des Colonies. Il eft ordonné par cet Arrêt > que dans les del'efclavags
aflaires contenticufes, civiles ou criminelles des habitans des Colonies,
les parties fe pourvoiront pardevant les Juges dcs lieux qui ont droit
d'en connoitre en prémicre inftance 3 avec défenfes de s'adreffer à
d'autres Juges : à peine de 2000 liv. d'amende dont moitié appartiendra au Roi, & l'autre moitié à I'Hopital du lieu de la réfidence
du contrevenant. Il y eft fait en même-tems injonétion à tous Gouverneurs, Commandans & autres Officiers de T'Etat-Major , de préter mainforte à tous. Décrets, Sentences, Jugemens 2 &xc. pour l'exécution defquels ils feront requis 1 fans que fous quelque prétexte que ce puiffe
être,, ils puiffent en leurs qualités s'entremettre pour accommoder ou
juger lefdites affaires, &c.
J'ai reuni les principaux Réglemens que la Religion de nos Rois a
jugé néceffaires au maintien de la police & de la tranquillité publique
relativement aux nombreufes troupes de Négres qu'on importe journellement dans nos Ifles. Tout a été prévu. La fagelfe du Légillateur fe fait également admirer, foit pour contenir dans la dépendance ces peuples à demi
fauvages 1 & nourris dans T'efprit de la révolte, foit pour reprimer le
pouvoir arbitraire qui marche rarement fans être fuivi de la violence
& de la tyrannie. J'eftime que la leéture de ces Réglemens eft préférable à des obfervations particulieres tant leur clarté & leur précifion , font au-deffus de toute explication.
Je ne puis m'empêcher de marquer mon étonnement fur Ia quantité
prodigieufe de Négres que nous ne ceffons de tranfporter dans nos Mles.
Je ne ferois plus furpris, fi la Traite que nous faifons en Guinée 3 ne
regardoit que les hommes; mais confidérant que nous y achetons auffi
des femmes, & que nous permettons le mariage de nos Efclaves 7 que
les Négreffes font très-fécondes. , & les Noirs très-attachés à leurs femmes, je ne comprends pas pourquoi ils ne multiplient pas dans l'Amérique . en raifon de la population de l'Afrique. Lc Gouvernement a intérêt de découvrir la caufe d'une pareille ftérilité, & d'y apporter HC
prompt rcmede.
PREMIERE E M ENT.
Chaque Noir vaut une fomme confidérable, par conféquent plus le
nombre augmentera & plus nos richeffes croîtront.
SECONDEMENT
Les Noirs qui naîtront en Amérique feront élevés relativement aux
travaux du pays au lieu. que ceux qui arrivent de Guinée, font fouvent incapables des emplois auxquels on eft forcé de les deftiner. II
ille ftérilité, & d'y apporter HC
prompt rcmede.
PREMIERE E M ENT.
Chaque Noir vaut une fomme confidérable, par conféquent plus le
nombre augmentera & plus nos richeffes croîtront.
SECONDEMENT
Les Noirs qui naîtront en Amérique feront élevés relativement aux
travaux du pays au lieu. que ceux qui arrivent de Guinée, font fouvent incapables des emplois auxquels on eft forcé de les deftiner. II --- Page 262 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE. faut même un tems confidérable pour les accoutumer & les guérif
del'efilavage. d'une efpéce de fantailie de retourner en Afrique, qui en fait périr
un grand nombre.
TROISIE) M E MI E NT.
Si les vues de faire connoître à ces hommes infortunés la Religion
Chrétienne, autorifent nos colons à dominer fi abfolument fur l'efpéce
feroit
facile d'affujettir des enfans aux faintes
noire 3 il femble qu'il
plus
maximes de l'Evangile 7 que des gens qui ont vieilli dans la corruption
de l'idolatrie & dans une groffiere fuperftition. Toutes ces confidérations
me font conclurre, 3 que fi la population des Noirs en Amérique étoit
nous n'aurions bientôt plus befoin du fecours de la
encouragée Guinée. Les 1 Réglemens que j'ai rapportés ont adouci le fort de ces
malheureux 2 & le pouvoir des maitres a été limité par de fages loix ;
mais ces loix & ces Réglemens font-ils exécutés fidélement? Je voudrois
bien n'en point douter; mais la trop fréquente fuite des Négres 1 &
les accouchemens des Négreffes avant le terme 7 femblent infinuer qu'ils
font traités trop durement. Un peu plus de complaifance préviendroit
bien des maux. Les hommes défefpérés de ne pouvoir plus jamais recouvrer leur liberté, & de ne pouvoir difpofer de rien, préferent de
mener une vie errante dans les forêts & d'y vivre de fruits fauvages,
à la trifte vie qu'ils menent dans les habitations. Il eft certain que la
plapart ne doivent prendre le parti de la fuite, que dans l'efpérance
de rendre leur fort plus heureux. Il faudroit donc tâcher de les ramener par les voyes de la douceur; c'eft le feul moyen d'apprivoifer
les animaux les plus farouches. Pourquoi les hommes y feroient - ils
infenfibles ? La méthode qu'on pratique, me paroit bien humiliante
pour T'humanité , - & ne fert qu'à rendre ces fugitifs très-dangereux à
la fociété. On les appelle dans nos Ifles marons, ) & on fait des parties
de plaifir pour les aller chaffer, comme nous faifons les loups, & les
fangliers. La chaffe eft bonne : quand on en a tué un grand nombre.
Cette idée de chaffe fait frémir Phumanité. Ces Négres marons *qui fe
voyent pourfuivis de tous côtés ) cherchent à fe réunir plufieurs pour
fe défendre contre leurs oppreffeurs ou vendre cherement leur vie.
Une fois qu'ils ont perdu toute honte, ils portent le ravage de tous
côtés. Mais pourquoi, & de quel droit les pourfuit-on pour les tuer. 3
Que n'en ufe-t-on à l'égard de ces miférables , comme nous en ufons
en France contre les voleurs & les homicides ? La juftice les fait pourfuivre ; tous les particuliers font obligés de lui préter main-forte. Mais
il n'eft point permis à ces particuliers de tuer qui que ce foit de fon
autorité privée. Le droit de vie' & de mort n'appartient qu'au Souverain, 8à ceux qui rendent la juftice en fon nom. Ia
de leur
Les femmes Efclaves, 2 gémiffant nuit & jour fur perte
libérté
en France contre les voleurs & les homicides ? La juftice les fait pourfuivre ; tous les particuliers font obligés de lui préter main-forte. Mais
il n'eft point permis à ces particuliers de tuer qui que ce foit de fon
autorité privée. Le droit de vie' & de mort n'appartient qu'au Souverain, 8à ceux qui rendent la juftice en fon nom. Ia
de leur
Les femmes Efclaves, 2 gémiffant nuit & jour fur perte
libérté --- Page 263 ---
PAR MARSEILLE
Kiberté & ne trouvant aucun adouciffement à leurs miferes, préferent GUINÉE.
dans leurs groffefles de faire périr leur fruit, plutôt que de mettre au del'efelavage.
monde des enfans qui partageroient leurs calamités 1 s'ils ne les augmentoient pas par les foins qu'elles feroient obligées d'en prendre pendant leur enfance, pour en être enfuite privées quand il plairoit aux
maitres. La mnort leur paroit plus douce & même un grand bien;
pour cet effet elles employent certaines herbes, comme la flcur ou la
créte du paon qui les fait avorter, & les délivre d'un fardeau qui fait
la joye des autres mercs.
Én parcourant les côtes de Guinée , j'ai fait une legere peinture des
moeurs de fes habitans. Leurs ufages nous révoltent 3 & nous avons
raifon en bien des chofes de les condamner. Peut-être n'ont-ils pas tort
de fe moquer à leur tour de quelques-unes de nos coutumes, dont le
ridicule ne nous choque pas, parcequ'elles nous appartiennent, , & que
les préjugés de l'éducation nous empéchent de les examiner aveç les
yeux du fage. Je conviens que les Négres font plus corrompus que nous.
Nous avons tant de motifs de l'être moins. La Religion 3 la fcience &
l'éducation, font des fecours qui influent dans les aétions, > & qui leur
manquent. En général ils font tous méchans, & ceux qui le font parmi nous > le font doublement 3 par le mépris qu'ils font de la vertu
qu'ils ne peuvent méconnoitre.
La couleur noire nous choque fi fort 1 que nons ne pouvons guèrcs
croire qu'un Négre foit capable d'une bonne aétion, & notre préjugé
va fi loin, 3 que nous avons imaginé que pour bien repréfenter le Diable,
il falloit le faire noir. II ne doit donc pas paroître furprenant 3 que
nos Voyageurs, élevés dans ces idées nous ayent donné des relations
fi chargées de la méchanceté & dc l'extravagance des Négres 3 qu'ils ont
regardé comme une cfpéce d'hommes inférieure à la nôtre, & que
quelquefois ils n'ont pas diftingué- de la bête brute. Je refute dans un
autre endroit le ridicule fyftême de Mr. de Voltaire à ce fujet ; ce n'eft
pas ici le lieu d'en dire davantage. L'expérience nous apprend cependant qu'ils font capables de la vertu , & notre orgueil devroit en être
humilié, puifque connoiffant mieux qu'eux les obligations de T'homme,
nous fommes fi peu exaôts à les remplir. Nous devrions faire reflexion
que ce font nos freres, que les ténébres de l'ignorance & la contagion
du vice livrent aux paflions déréglées, & leur font oublier entierement
leur prémiere dignité. Que leurs affreufes miferes excitent donc notre
compaffion. Notre indignation eft déplacée ; nous avons plus reçu qu'eux.
Que notre reconnoiflance anime notre humanité, & par notre bonne
conduite 1 forçons l'impiété à reconnoitre la fainteté de la véritable
Religion.
Oui : les Négres font fourbes, traitres 1 féditieux, violens, yvrognes, pareffeux, impudiques, magiciens 3 voleurs, &c. Nos peres n'étoient pas meilleurs, & fi nous ne leur reflemblons pas, c'eft un effet
Tom. II.
Hh
ux.
Que notre reconnoiflance anime notre humanité, & par notre bonne
conduite 1 forçons l'impiété à reconnoitre la fainteté de la véritable
Religion.
Oui : les Négres font fourbes, traitres 1 féditieux, violens, yvrognes, pareffeux, impudiques, magiciens 3 voleurs, &c. Nos peres n'étoient pas meilleurs, & fi nous ne leur reflemblons pas, c'eft un effet
Tom. II.
Hh --- Page 264 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. de la mifericorde de Dieu fur nous 3 qui peut faire luire fa lumiere fr
del'efelavage. lcs Nations les plus corrompues & les plus criminelles, quand fa COlere fera appaifée. Mais parmi nous, qui fommes fi inftruits 7 combien
de pareils vices font gémir la piété 2 & ont befoin de toute la févérité de la jultice, pour conferver la tranquillité publique ? Plus donc
les égaremens des Négres font montés à leur comble plus nous devons nous appliquer à les en retirer. Je n'en dis pas d'avantage; chacun fent par lui-mémc combien ils font à plaindre. A en croire le
Pere Labat, > le Négre le plus groffier & le plus ignorant, a des relations fi intimes avec l'enfer 2 qu'il peut opérer des prodiges dont le
merveilleux a dequoi étonner P'univers. Il en rapporte quelques-uns de
fi extraordinaires, 9 que fon éloquence 9' jointe aux circonftances dont
il a accompagné fes récits, n'a perfuadé que trop de perfonnes. Il a
grand tort 5 car quoiqu'on ne doute point de la poflibilité de certains
évenemens, il ne s'enfuit pas de-là que toutes les hiftoires qu'une imagination dérangée a inventécs 3 foient véritables. Le Pere Labat
devoit être plus refervé, ne rapporter que ce qu'il avoit và lui-même 1
& ne point fe fier legerement à des récits fabuleux, qui ne font fouvent faits que pour égayer la converfation. Les loix dc la nature font
conftantes , & il y a de la témérité à bouleverfer l'ordre établi par la
fageffe fupréme, pour produire des riens. C'eft jetter le trouble dans les
confciences & faire douter des miracles éclatans & inconteftables, en
débitant des prodiges qui ne fignifient rien > & ne peuvent rien fignifier, & dont la vérité s'éclipfe à la prémiere information juridique. En cormençant l'article de Tefclavage 1 j'ai rapporté que l'Auteur
de PEfai Politique le juftifioit > par la feule raifon que nous avions
des Efclaves dans nos Ifles. Son argument fait certainement beaucoup
d'honneur à la France , puifqu'il fuppofe qu'elle ne fçauroit autorifer
un état qui feroit établi fr T'injuftice, mais la conféquence qu'il en
tire n'eft pas exaéte, jel'ai obfervé. Je n'examine point la fingularité
du fentiment du même Auteur fur les perfcétions de l'univers, qui font
felon lui toujours accompagnées de quelque mal phyfique, ni cette opération générale d'un Légiflateur 9 qui ne doit point être arrêtée par le
dommage qui en réfulte pour quelques particuliers.
un état qui feroit établi fr T'injuftice, mais la conféquence qu'il en
tire n'eft pas exaéte, jel'ai obfervé. Je n'examine point la fingularité
du fentiment du même Auteur fur les perfcétions de l'univers, qui font
felon lui toujours accompagnées de quelque mal phyfique, ni cette opération générale d'un Légiflateur 9 qui ne doit point être arrêtée par le
dommage qui en réfulte pour quelques particuliers. Vrais Sophilmes >
dont la fauffeté eft facile à démontrer. Mais ce n'eft pas ici lc lieu, ,
il s'agit de l'efclavage. Cct Auteur blâme la maxime 2 que pour juger
fainement de la fervitude 1 il ne faut pas confulter les fculs maîtres. Il fe fait illufion , c'eft la loi naturelle qui doit décider 7 & elle appartient autant à l'Efelave qu'au Maitre. Il confond la fiubordination
avec T'efclavage, & il cn fait dépendre la tranquillité publique.
n'eft pas ici lc lieu, ,
il s'agit de l'efclavage. Cct Auteur blâme la maxime 2 que pour juger
fainement de la fervitude 1 il ne faut pas confulter les fculs maîtres. Il fe fait illufion , c'eft la loi naturelle qui doit décider 7 & elle appartient autant à l'Efelave qu'au Maitre. Il confond la fiubordination
avec T'efclavage, & il cn fait dépendre la tranquillité publique. Un peu
moins d'efprit & un peu plus de folidité dans le raifonnement, 2 lui
auroit fait connoître que la fubordination eft véritablement la force &
le licn de la fociété, fans lefquels lcs plus fages loix foient vaines ;
mais quc cette fubordination eft libre dans l'ordre de tout Gouverneient --- Page 265 ---
PAR MARSEILL E.
policé, & que l'efelavage n'eft que l'abus d'un pouvoir arbitraire que GUINÉE.
la fubordination ne donnera jamais. En effet les Efclaves ne font plus del'efclavage.
partie de la fociété. La perte de leur liberté les en exclut & les ravalle à la condition des bêtes. J'avoue que c'eft un projet chimérique
que de vouloir établir une parfaite égalité entre tous les membres d'une
fociété, & qu'il faut néceffairement qu'il y aye des chefs pour maintenir la paix & contenir chacun dans fon devoir. Je ne penfe pas comme
l'Auteur de l'Efai Politique, que le defpotifmne foit effentiel pour
former & conferver une fociété ; je ne reconnois
la néceffité de
fages loix pour affurer à un chacun la poffeflion 8 fon bien, & emnpécher que les; violens ne nuifent & n'infultent aux foibles. C'eft de
T'exécution des loix que le bonheur public doit découler , & cette
exécution ne peut être véritablement effeétuée > qu'autant qu'elle fera
confiée à un petit nombre de gens choifis par un feul chef. Voilà fans
contredit la meilleure forme de Gouvernement 3 que nous appellons
monarchique. Le chef eft le principe & le point de réunion de tous
Ies mouvemens du corps, toujours relatifs aux loix & au feul interpréte
des loix, qui a le pouvoir de les renouveller, de les changer & d'en
faire de nouvelles, pour le bien même de la fociété. Je dis la meilleure
forme de Gouvernement, parce qu'il y en a de plufieurs fortes dont lEurope nous fournit des exemples. Chaque Nation préfere la fienne, &
ceux qui ne penferont pas comme moi, ne manqueront pas de regarder ma décifion comme l'effet des préjugés de l'éducation. Je puis les
affurer du contraire , & que dans T'examen que j'ai fait des différentes
formes de Gouvernement 1 je me fuis confidéré comme un homme
fans patric > & qui ne veut fe décider que pour celle qui fera la plus
favorable à Ia tranquillité & au bonheur de tous. Le fruit de mes recherches a été le choix du Gouvernement monarchique. Il m'a paru
le plus fage & Ic plus conforme à T'humanité ; & de tous les Gouvernemens monarchiques , celui de la France doit mériter la préférence.
J'ai eu un véritable plaifir en lifant les Inftitutions Politiques du Baron
de Bielfield, de le voir porter le même jugement. Son fentiment fera
d'autant plus d'impreflion 3 que c'eft un étranger 2 élevé dans d'autres
principes & accoutumé à d'autres ufages. II n'y a qu'une entiere conviétion qui l'ait détermiué à penfer,comme moi fur ce point important.
Mais quelle que foit la forme du Gouvernement de chaque fociété,
Ia fubordination & l'obéiffance aux loix & à ceux qui en font les dépofitaires, font abfolument néceffaires, fans quoi ce ne feroit que confufion & injuftices. Cette obéiffance fuppofe Ia liberté & l'amour de la
patrie, d'ou toutes Ies vertus fociales doivent fortir comme d'une fource
féconde. 'Otez la liberté, vous aurez d'un côté une eipire tyrannique,
étayé par Ia violence & maintenu par des loix de fang, & de l'autre T'abattement & le défefpoir d'un peuple accablé par la crainte &
Hhij
eroit que confufion & injuftices. Cette obéiffance fuppofe Ia liberté & l'amour de la
patrie, d'ou toutes Ies vertus fociales doivent fortir comme d'une fource
féconde. 'Otez la liberté, vous aurez d'un côté une eipire tyrannique,
étayé par Ia violence & maintenu par des loix de fang, & de l'autre T'abattement & le défefpoir d'un peuple accablé par la crainte &
Hhij --- Page 266 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. toujours porté à la révolte. Je n'ai confideré jufqu'ici que la fociété cidel'efclavage. vile, > compofée d'hommes charnels 7 uniquement occupés du foin de fe
procurer la pailible jouiffance des biens terreftres. Mais fi j'appelle la
Religion à mon fecours 1 & que je remonte à la création de T'homme
& à fa véritable. deftination , quelle foule de raifons invincibles contre
le fyftême de l'Auteur de TEfai Politique. Il feint d'ignorer fon origine 3 (car je ne puis l'excufer que par cette fuppolition , ) & faifant
de toute la race d'Adam deux corps féparés par les richeffes ou par la
pauvreté 7 il deftine le dernier pour fervir au luxe & aux paflions du
prémier. Son amour propre & fa préfomption ne font pas fatisfaits de
l'état humilié des domeftiques * tant qu'un foible refte de liberté pourra
les fouftraire aux caprices de fon pouvoir. Il voudroit des Efclaves, &
par de faux raifonnemens il implore l'autorité politique pour faire
des loix, afin que les ferviteurs foient dans une dépendance abfolue.;
comme fi fon opulence lui donnoit un droit inconteftable fir des hommes libres, qui n'ont d'autres fujets d'infériorité, que le manque de
richefles, & qui, préférant la fimplicité de' nos prémiers peres aiment
mieux travailler de leurs mains & louer leur induftrie >. que de rifquer
de perdre leur vertu dans quelque entreprife dangereufe. > Par le moyen
>de l'efclavage, p continue T'Auteur, les domeftiques en feroient plus heupreux , leur vieilleffe ne feroit plus languiflante & fouvent abandonnée. >La crainte de leurs mariages 2 ne troubleroit point les maitres, & les
>changemens de condition, n'étant plus fi fréquens 2 la police domefwtique feroit beaucoup mieux obfervée. >) Ne femble-t-il pas fuivant l'Auteur > que la claffe des hommes riches, eft tirée d'un limon plus précieux, que celle de ceux qui ont eu l'indigence en partage, & que leurs
ames ont été, privilégiées par des dons plus excellens 7 Sans. cette
croyance auroit il pu imaginer l'étrange fyftême d'aggraver la condition
des domeftiques 1 en la réduifant à Fefclavage. II faut être injufte &c
orgueilleux 1 pour ofer manifefter une telle penfée; injufte 7 par l'appropriation d'un bien qui peut ne nous appartenir par aucun titre légitime :
orgueilleux 1 en voulant faire fervir nos femblables à contenter nos paffions > & à porter feuls la honte des miferes qu'une naiffance commune
doit nous faire partager avec eux.
condition
des domeftiques 1 en la réduifant à Fefclavage. II faut être injufte &c
orgueilleux 1 pour ofer manifefter une telle penfée; injufte 7 par l'appropriation d'un bien qui peut ne nous appartenir par aucun titre légitime :
orgueilleux 1 en voulant faire fervir nos femblables à contenter nos paffions > & à porter feuls la honte des miferes qu'une naiffance commune
doit nous faire partager avec eux. J'infifte peut-étre un peu trop pour
montrer le ridicule du fentiment de l'Auteur de TEfai Politique : mais
cet Auteur raifonne fi bien far tant d'autres chofes 7 qu'il eft à craindre qu'il ne féduife dans un point fi contraire aux droits de Thumanité. Je fuis homme, 2. & je dois prendre la défenfe de T'homme, qu'il
foit noir ou blanc, la couleur n'y fait rien; fes intérêts mc feront
toujours chers : Homo fum,, humani à me nihil alienum puto.. Je conviens que les ferviteurs & les maitres font dans l'ordre des fociétés,
& qu'il feroit plus convenable à la bonne police, qu'un domeftique
une fois qu'il s'eit loué vonlontairement, ne pût quitter fon maître qu'après que le tems de fon engagement feroit rempli, Le bon ordre. & --- Page 267 ---
PAR MARSEILLE.
la foi publique , exigent que les domeftiques tiennent leurs promeffes GUINÉE.
même verbales i mais il ne s'enfuit pas de-là, qu'il faille les dépouiller del'efclavage.
de leur liberté. Il fuffiroit de les lier par un contrat. C'eft ainfi que les
foldats entrent dans le fervice militaire & que le terme de T'engagement expiré leur prémiere liberté leur eft rendue. A l'égard des mariages des domeftiques 2 c'eft l'avarice & l'injuftice des maitres qui y
forment des obftacles, & la honte d'abandonner de vieux domeftiques
qui ont employé leur jeuneffe au fervice des riches, doit faire craindre un traitement plus rigoureux 1 s'ils devenoient un jour Efclaves.
Que le Ciel écarte de nous un fi grand malheur. Le luxe n'eft déja
que trop recherché & trop répandu. Pourquoi défirer de le voir à fon
comble ? Le luxe a perdu Rome & perdra tous ceux qu'il ennyvrera
de fon faux éclat.
-
S
f a
RY
etib
A
domeftiques
qui ont employé leur jeuneffe au fervice des riches, doit faire craindre un traitement plus rigoureux 1 s'ils devenoient un jour Efclaves.
Que le Ciel écarte de nous un fi grand malheur. Le luxe n'eft déja
que trop recherché & trop répandu. Pourquoi défirer de le voir à fon
comble ? Le luxe a perdu Rome & perdra tous ceux qu'il ennyvrera
de fon faux éclat.
-
S
f a
RY
etib
A --- Page 268 ---
GUINÉE. X
des Négres. 7a
S
DE LA COULEUR
DES NEGRE S.
1 I la Religion ne nous rendoit certains fur l'origine des
hommes, & de la maniere dont le prémier fut formé,
S
la couleur des Négres n'auroit plus dequoi tant nous étonner.
&
Mais convaincus que toutes lcs Nations dc la terre ont un même pere, & que les genres des animaux & des
plantes font indeftruétibles & fe perpétuent dans le même état qu'ils
ont été créés, nous devons être très-embarraffés pour trouver la raifon pourquoi les hommes ne fe reffemblent pas tous 7 & pourquoi les
uns font blancs, tandis que les autres font noirs. Cette queftion a paru
fi difficile à refoudre ( non pas à Mr. de Voltaire, qui la décidéc
trop légerement ) que pour en donner la folution 3 on a inventé des
fyftêmes infoutenables, , & quelques-uns même bien peu raifonfables.
Jai déjà déclaré que je n'étois pas affez préfomptueux , pour prétendre expliquer clairement cc que les Philofophes les plus eftimés n'ont
pu développer 5 ne ferai que les fonétions d'Hiftorien, & je laifferai
à mes Lecteurs E plaifir de choifir les conjeétures qui leur paroitront
le plus approcher de la vérité. J'y joindrai quelques expériences fur
les couleurs > dans la vue de repandre quelque lumiere fur lc changement que des caufes phyfiques peuvent opérer dans la couleur des
hommes.
Si le nombre des homies noirs, égaloit celui des blancs, & que
les prémiers fuffent également difperfés par toute la terre, aucune raifon ne pourroit nous déterminer à juger de laquelle des deux couleurs
étoit le pere du genre humain ; mais les hommes blancs (c'eft ainfi
que pour m'accommoder à T'ufage reçu, je nommerai notre couleur 2
qui n'eft rien moins que blanche ) occupant les quatre parties du monde, à l'exception d'une partie de T'Afrique, & l'Afe qui eft le berçeau de l'enfance des prémiers hommes, n'étant habitée que par des
Blancs (je n'ignore pas qu'il y a aujourd'hui des Noirs, comme partout ailleurs 3 mais nous fçavons d'oi il viennent ) il eft naturel de
penfer que la couleur noire des Africains 7 eft une exception à la ré-
eft rien moins que blanche ) occupant les quatre parties du monde, à l'exception d'une partie de T'Afrique, & l'Afe qui eft le berçeau de l'enfance des prémiers hommes, n'étant habitée que par des
Blancs (je n'ignore pas qu'il y a aujourd'hui des Noirs, comme partout ailleurs 3 mais nous fçavons d'oi il viennent ) il eft naturel de
penfer que la couleur noire des Africains 7 eft une exception à la ré- --- Page 269 ---
PA R M A R S EILL E.
gle, & que quclque caufe particuliere a occafionné un changement Gurxrr.
de couleur fi contradictoire avec la notre & fi confante à fc perpé- des Negres
tuer. C'ett cette caufe 7 jufqu'aujourdhui inconnue, 3 que les philofophes
cherhent à découvrir 3 à quoi ils n'ont pà encore parvenir. Je paffe fous
filence les fyftêmes de ceux, qui, malheurcufement envelopés dans les
ténébres du paganifine ont ignoré le vrai Dieu, la vraye Religion 9
& par conféquent les divines écritures qui nous manifeflent la véritable
origine de Thomme. Ils ont imaginé des atomes blancs & des atoines
noirs, 3 & fuivant que la nature du fol- produifoit les uns ou les autres,
ils ont fait fortir ihomme & les animaux de leur réunion fortuite 5
fyftéme extravagant 7 qui doit couvrir de confufion fes Auteurs, &
qui eft le comble de l'ignorance & de la folie. D'autres 1 pour fe fingularifer (carje ne fçaurois penfer que Maillet aye écrit féricufement ) fuppofent que tout ce qui a vie 1 a été créé dans les eaux &c que
par des fermentations qui font fouvent l'opération de pluficurs fiécles,
quelques efpéces de poillons ont été changécs en hommes & en animaux. Il ne feroit pas farprenant dans toutes ces fingulieres fuppofitions, qu'il s'en trouva des Blancs & des Noirs. Bien loin de-là, je
ferois furpris qu'il n'y en eut point d'un million de couleurs différentes. Qu'un Matérialifte, livré à la corruption de fon cceur 1 veuille juf
tifier fes égaremens par des extravagances dignes de lui, c'eft la peine
de fon impiété & un exemple terrible de la colere de Dieu 3 pour
punir l'orgueil des hommes qui s'imaginent follement pouvoir fe fuffire
à eux-mêmes. Mais vous Maillet, nourri dans nos faintes vérités, où
vous êtcs le plus grand des ignorans, ou plus criminel que les Philofophes payens, d'avoir ofé avancer les ridicules impiétés que vous débitez dans votre Telliamed. Nous vous avons connu 7 vous nous avez
même édifiés à l'article de la mort 1 par votre empreffément à demander les Sacremens de l'Eglife 5 je nc puis cependant ne pas vous
juger coupable après le fcandale que vous avez donné, &le picge
dans lequel vous ferez tomber tant d'efprits foibles 1 qui fans vous
n'auroient point abandonné la vérité ; mais je penfe que votre caeur
n'a point participé aux égaremens de votre cfprit, & que vos larmes
auront reparé votre faute.
Le fyftême de Mr. de Voltaire, n'eft guères moins abfurde. Cc trop
fameux Philofophe 7 débite fort férieufement, dans fes mélanges, qu'un
nombre prodigieux d'Ecrivains s'eft efforcé de prouver que les Américains étoient une Colonie de l'ancien monde. Si Mr. de Voltaire n'avoit pas voulu fe fingularifer en ceci comme en taut d'autres chofes,
iln'auroit pas fait faire des efforts à ce nombre prodigieux d'Ecrivains,
pour prouver ce que perfonune n'avoit encore mis en probléme avant
lui & quelques autres nouveaux Philofophes. Il auroit dit précifément
le contraire ; & s'il avoit voulu faire ufage du beau génie qu'il a reçu
du Ciel, il auroit confoudu l'impie extravagance de ces Vifionnaires,
lu fe fingularifer en ceci comme en taut d'autres chofes,
iln'auroit pas fait faire des efforts à ce nombre prodigieux d'Ecrivains,
pour prouver ce que perfonune n'avoit encore mis en probléme avant
lui & quelques autres nouveaux Philofophes. Il auroit dit précifément
le contraire ; & s'il avoit voulu faire ufage du beau génie qu'il a reçu
du Ciel, il auroit confoudu l'impie extravagance de ces Vifionnaires, --- Page 270 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. qu'il appelle des Métaphyficiens modeftes , qui
des Négres, pouvoir qui a fait croitre l'herbe dans les prétendent que le même
campagnes de
a pu mettre auffi des hommes; mais que ce fyftéme nud T'Amérique &
n'a y
pas été écouté. Voilà un véritable verbiage qui ne fignifie rien fimple puifqu'aucune perfonne raifonnable ne s'eft encore avifée de douter du
pouvoir de Dieu, & que tous les Chrétiens croyent que fi fa volonté
eut été de créer pluficurs efpéces d'hommes, à fa parole ils auroient
exifté. Nous fommes de plus perfnadés, que s'il avoit voulu
ces hommes euffent cu plus de talens qu'il n'en a donné à Mr. que de Vol- tous
taire, & que ce dernier eut été contraint de les admirer & de les
louer, la chofe feroit ainfi; car jamais la créature ne pourra
des bornes à la puiffance du Créateur. Mais Mr. de
prefcrire
vouloir montrer trop d'efprit, s'égare, en méprifant de Voltaire marcher 3 pour dans
les routes connues. La queftion n'eft pas de raifonner fur ce que Dieu
a pu faire; il ne s'agit que de connoître ce qu'il a fait. Comment Mr. de Voltaire 3 qui a tant là, lui qui a voulu prouver à l'univers
n'ignoroit rien de tout ce qui a été écrit, a-t-il pû oublier, ou qu'il
en faire le femblant, que le même Dieu qui a tiré les créatures plutôt du
néant, bien voulu nous faire connoitre de quelle maniere il avoit effedtué
cette grande merveille ? Non : cet oubli n'eft point inivolontaire de fa
part. Mr. de Voltaire n'eft point un ignorant de cette
il connoit nos faintes écritures ; mais malheurcufement il ne les efpéce; lit dans
la vue de chercher des difficultés pour en affoiblir l'autorité. que Je fuis
fâché de choquer fou amour propre, & plut à Dieu que cette honte
le falle rentrer en lui-même. Il aime la fingularité, & fà vaine philofophie lui fait trouver du ridicule à penfer & à croire comme le refte
des hommes, j'entends des homies qui penfent, & qui marchent à la
lumiere du flambeau de la révélation. Mr. de Voltaire a craint
dant de parler en fou nom ( tant la majefté de la Religion déconcerte cepen-
& intimide Fincrédulité la plus obitinée & la plus hardie ) Il fuppofe
donc quelques Métaphyficiens modeftes. Je ne vois pas qu'il y aye de
l'immodeftie à penfer autrement que ces Métaphyficiens ). II leur fait dire
ce qu'il n'a pas ofé dire lui-même, & je ne doute pas qu'il n'aye fenti
les affreufes confèquences qui font la fuite néceffaire d'un pareil
qui contredit ouvertement I'Hiftoire Sacrée.
ité la plus obitinée & la plus hardie ) Il fuppofe
donc quelques Métaphyficiens modeftes. Je ne vois pas qu'il y aye de
l'immodeftie à penfer autrement que ces Métaphyficiens ). II leur fait dire
ce qu'il n'a pas ofé dire lui-même, & je ne doute pas qu'il n'aye fenti
les affreufes confèquences qui font la fuite néceffaire d'un pareil
qui contredit ouvertement I'Hiftoire Sacrée. La haine
l'a fiféme,
vanté. Il s'eft entortillé le mieux qu'il a pi, pour paroitre publique moins à décou- épouvert ; mais qu'il auroit été mortifié 1 fi fes Leéteurs ne l'avoient pas
compris. Il a trop d'efprit pour écrire & ne vouloir pas être entendu; i
le peuchant de fon coeur le dévoile. II prétend que les Ecrivains
ont voulu prouver que les Américains étoient une Colonie de l'ancien qui
monde , ont fait des efforts pour appuyer ce fentiment; ; au lieu que le
fiftême des Métaphyficiens modeftes, eft nud & fimple.
es Leéteurs ne l'avoient pas
compris. Il a trop d'efprit pour écrire & ne vouloir pas être entendu; i
le peuchant de fon coeur le dévoile. II prétend que les Ecrivains
ont voulu prouver que les Américains étoient une Colonie de l'ancien qui
monde , ont fait des efforts pour appuyer ce fentiment; ; au lieu que le
fiftême des Métaphyficiens modeftes, eft nud & fimple. Ce langage n'eft
point équivoque 3 & plit-à-Dieu qu'il n'y eut que fon efprit qui fut dans
l'égarement.. Je ne lui citerai point nos divines Ecritures; il ne les refpeête
pas --- Page 271 ---
P A R MARSEILLE,
pas affez. Je lui demanderai feulement, s'il croit que Ies hommes, les Gurxer.
animaux - les arbres & les herbes viennent par hazard, ou fi, Philo- des Nigres.
fophe comme il fait gloire de le paroitre, il ne croit pas avec tous les
Phyficiens ( car il faut qu'il dife oui ou non ) que la terre en produi.
faut les arbres & les herbes., ne les crée pas, niais ne fait que dévedopper les germes que la Puiffance Créatrice a placés dans les lieux où
elle a voulu qu'ils priflent de T'accroiffement. Ceft un ancien proverbe
que toute terre ne produit pas tout 3 & aujourd'hui que T'agriculture
a fait de fi grands progrès, nous manquons encore de pluffeurs plantes
naturelles à notre climat, par la raifon qu'il fant quelque chofe de plus
que de la terre pour les produire. Il faut la femence de ces mêmes
plantes, & ce n'eft que depuis que nous avons femé du caffé dans les
ifles Antilles, que T'Amérique connoit l'arbriffeau qui porte ce fruit,
qui a fi fort augmenté les richefles de notre Commerce. Mr. de Voltaire
auroit raifon de croire qu'on veut l'infulter, fi on entroit dans un plus
grand détail avec lui fur de pareilles opérations phyliques; mais je lui
demande s'il croit bonnement que les hommes viennent comme les
champignons, ce qui donneroit lieu à une autre queftion que je ne veux
lui faire avant qu'il m'aye répondu; & f ceux de T'Amérique & de
Eo Guinée n'ont point une origine, Oul fi le climat fuffit pour les produire? Lui qui trouve fon fiftême fi fimple, il ne fera pas de grauds
efforts pour me fatisfaire ; car fi Dieu a créé des hommes particuliers
à cette contrée, & fans doute dans toutes les Ilcs qui font préfentement peuplées 7 il cft à préfimer que Mr. de Voltaire ne voudra pas
que les hommes, , nos femblables 3 expofent témerairement leur vie fur
de freles bâteaux pour y aller. Qu'il nous dife, lui qui fçait fi bien
T'hiftoire & quila reforme fi joliment au gré dc fon imagination, quand,
comment, & à quel propos cette nouvelle création a été faite. S'il l'ipourquoi en parle-t-il, & pourquoi quitte-t-il le certain pour puBere des chimères, qu'il ne croit pas lui-même 1 quoiqu'il étale toutes
les richeffes de fon éloquence pour en perfiader les autres 2 Il n'ignore
pas qu'il faut proceder du connu à l'inconnu 1 pour ne point s'égarer.
C'eft une vérité inconteftable que tous les êtres fe renouvellent, chacun
felon fon efpéce, par la vertu de fécondité que la puiffance qui lesa tirés
du néant leur a communiquée & leur conferve encore. La raifon &
l'expérience font d'accord fur ce point. Nous n'avons point d'élephans
eu France, & nous n'en aurons jamais s'il ne nous en vient de TAfie,
& fi nous ne réuffiffous eufuite à les faire multiplier en France. Nos
Jardiniers cultiverout envain les herbes propres à leur nourriture. Il
faut des élephans pour en produire d'autres; ; il faut aufli des hommes
pour produire leurs femblables. Or nous avons trouvé l'Amérique peuplée, 7 quand nous en avons fait la découverte ; donc, devons-nous conclurre, ou ces hommes y ont paffé dans les tems lcs plus reculés, &
puifque nous avons pénétré dans Çes contrées, il n'y a point d'impof
Tom. II.
Ii
ain les herbes propres à leur nourriture. Il
faut des élephans pour en produire d'autres; ; il faut aufli des hommes
pour produire leurs femblables. Or nous avons trouvé l'Amérique peuplée, 7 quand nous en avons fait la découverte ; donc, devons-nous conclurre, ou ces hommes y ont paffé dans les tems lcs plus reculés, &
puifque nous avons pénétré dans Çes contrées, il n'y a point d'impof
Tom. II.
Ii --- Page 272 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. fibilité qu'ils y foient allés les prémiers , (j'en ai déja indiqué differente les moyens). de
des Négres. ou il faut fiuppofer que Dieu a créé une race d'hommes
la notre pour ia placer dans cette partie du monde, ou plutôt qu'il difaye créé plufieurs hommes ) foit de la même efpéce ,. foit d'efpéces
férentes
les
dans différentes parties de la terre 7
épargner 1 & qu'il les frais aye de placés voyage qu'il auroit fallu faire pour peupler
pour des contrées fi éloignées les unes des autres. La prémiere fuppofition
eft conforme aux Livres Saints & à la faine raifon qui ne multiplie point
les caufes inutilement 7 & toute perfonne qui a le fens commun 1 en
conçoit la poffibilité & la réalité. La feconde n'eft qu'imaginaire, fauffe, *. abfurde & impie dans toutes fes conféquences; trifte fruit d'une fole
&
terrible de la vanité des fciences qui ne font
philofophie fondées 1 fur exemple la Religion dans la recherche des ceuvres du Très-haut. pas Suivant le fiftéme de Mir. de Voltaire ou de ces Métaphyficiens modeftes, par l'organe defquels il nous le préfente * la noirceur des Negres
n'auroit plus de quoi nous furprendre. Dieu auroit créé des hommes
dans les quatre parties du monde, blancs, gris, rouges & noirs en AfriqueCe filtême lui paroit fimple, & il le feroit effectivement. Mais eftil
affez fimple lui-même, pour en être. convaincu 2. Otez-lui fa fingularité
& que les. hommes s'accordent à le croire vrai, Mr. de. Voltaire > qui. trouve de la honte à penfer comme le plus grand nombre, fera les. derniers efforts pour prouver qu'il penfe le contraire. Je me fuis peut-être trop étendu à refuter une. imagination dont la
fauffeté & le ridicule fautent aux yeux des moins clair-voyans 7 mais. Mr. de Voltaire n'eft point un homme. ordinaire, nous n'en avons que
trop de preuves; j'ai crà donc. qu'il étoit néceffaire de convaincre mes
Lecteurs, peut-étre trop enthoufiafmés des écrits féduifans de ce nouveau Philofophe, combien il manquoit de jugement en faifant parade:
de beaucoup d'efprit. Je le compare à une terre très-fertile 9: qui auroit. fait. la richeffe de fes habitans par l'abondante recolte de fes fruits, fiune. main ennemie nc l'avoit enfemencée & plantée de mauvaifes herbes 8. d'arbres pernicieux. Puiffent des circonftances plus heureufes, farcler &
arracher tant de plantes dangereufes; puiflions-nous avoir la confolation
de voir les talens de cet homme fameux, fanétifiés par les bénédictions. du Ciel. Il vient de donner au public un effai far T'Hiftoire générale, 2 dans lequel il étale avec profufion les erreurs les plus abfurdes. Il ne begaye. plus; : la honte ne fait plus d'impreffion fr lui.
pernicieux. Puiffent des circonftances plus heureufes, farcler &
arracher tant de plantes dangereufes; puiflions-nous avoir la confolation
de voir les talens de cet homme fameux, fanétifiés par les bénédictions. du Ciel. Il vient de donner au public un effai far T'Hiftoire générale, 2 dans lequel il étale avec profufion les erreurs les plus abfurdes. Il ne begaye. plus; : la honte ne fait plus d'impreffion fr lui. Il dit ce qu'il penfe
& par. malheur il penfe de travers. Je ne doute pas que quelque zèlé. Citoyen ne travaille pour. le. ramener dans le chemin d'ou il s'eft égaré.. Son. fiftéme de Ia création de plufieurs hommes y eft renouvellé, 8
reparoit fi fouvent fur la fcene 2 qu'il faut qu'il lui tienne bien à coeur
Je pourrois lc refuter ici.:. mais je préfére- de traiter cette importante:
quefion dans.
& par. malheur il penfe de travers. Je ne doute pas que quelque zèlé. Citoyen ne travaille pour. le. ramener dans le chemin d'ou il s'eft égaré.. Son. fiftéme de Ia création de plufieurs hommes y eft renouvellé, 8
reparoit fi fouvent fur la fcene 2 qu'il faut qu'il lui tienne bien à coeur
Je pourrois lc refuter ici.:. mais je préfére- de traiter cette importante:
quefion dans. un. article particulier. fous. ce titre :. Les hommes > felon. Mr.. de Voltaires. --- Page 273 ---
PAR MARSEILL E.
25X
Voici d'autres fiflémes, qui, quoiqr'infoutenables, refpe@tent du moins GUINÉE.
11 Keligion & ont à la premiere vûe une lueur de raifon.
des Négres
PREMI I E R E M E N T.
Un fçavant curieux quis'étoit épuifé en recherches fur la caufe de la
noirceur des Africains ne trouvant aucune raifon fatisfaifante dans les
Caufes phyfiques, a prétendu que la nature ne pouvoit point operer un
tel effet, & qu'il falloit recourir à la Puiffance Créatrice pour l'expliquer. Il fuppofe qu'après que Cain eut maffacré le jufte Abel, le défefpoir dont ce fratricide fut agité, lui infpira une fi graude crainte de
la mort, qu'il concevoit avoir méritée pour un ctime fi nouveau & fi
abominable, que fuyant la préfence de fa famille 1 11 ne crut trouver
u azile que dans les déferts de quelque pays lointain , & que Dieu
pour lui donner le tems de faire pénitence, ou peut-être pour commencerà punir dans ce monde une aétion ficriminelle, le laiffa vivre, afin
que, tourmenté par le fouvenir de fon injuftice le châtiment fut proportionné à l'énormité du crime, & que pour le raffurer, Dieu mit un figne fur
Cain, afin que ccux quile trouveroient ne le tuaffent point, & que ce figue
n'eft autre chofe que la couleur noire. Il ajoute que Lamech un des defcendaus de Cain, ayant auffi tué un jeune homme 1 le Seigneur ufa
de la mêmc miféricorde envers lui, en défendant aux parens du mort
de le tuer, & que pour le préferver de leur vengeance * comme le
crime n'étoit pas fi atroce, la couleur fut aufli différente 1 & ne fut
que bafanée. Ce fyftéme eft ridicule 7 & c'eft envain que pour l'étayer
on reclame la vérité des faintes Ecritures. Cain reçut un figne qui fut
une efpéce de fauve-garde pour le garantir de l'indignation de toutc
fa famille. Mais de prétendre qu'il fut changé en Noir, c'eft vouloir
prouver le contraire de ce que ce figne devoit opérer. Un homme changé
tout-à-coup en Noir, après l'effafion du fang d'Abel, auroit paru un
miracle éclatant dc la vengeance Divine fur un coupable dont il auroit
fallu purger la terre. Perfonne n'auroit pà le méconnoitre 3 & par-tout
oùr le fratricide Cain fe feroit montré , il auroit été évité ou pourfuivi
comme un monftre. Ce figne devoit avoir rapport aux vertus fociales, s
dont fon défefpoir le rendoit incapable, & que le Seigneur calma pour
le rapprocher de la fociété des autres hommes. La couleur noire pouvoitelle produire cet cffet 2 Elle auroit plutôt contribué à le défefpérer
tout-à-fait. J'ignore la nature de ce figne, Je mn'en tiens à ce qui eit
écrit, & je ne veux pas être plus fage qu'il ne faut. Si cc figne avoit
été la couleur noire 1 cette circonftance auroit été marquée. Elie eft
trop importante, pour n'être pas tranfinife à la poftérité. J'accorde
pour un infant que Cain devint un Négre d'Angola, il ne s'enfuivroit
pas que fa poftérité fut noire. L'expérience démontre le contraire. Il
auroit fallu que fa femme, qui n'avoit poiut de part à fon crime ) eut
Ii 1j
été la couleur noire 1 cette circonftance auroit été marquée. Elie eft
trop importante, pour n'être pas tranfinife à la poftérité. J'accorde
pour un infant que Cain devint un Négre d'Angola, il ne s'enfuivroit
pas que fa poftérité fut noire. L'expérience démontre le contraire. Il
auroit fallu que fa femme, qui n'avoit poiut de part à fon crime ) eut
Ii 1j --- Page 274 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE, aufli été changée en Négreffe, & que les hommes ou les filles que
des Négres. les enfans de Cain épouferent euffent perdu leur prémicre couleur avant
de fe marier. Que de fuppofitions pour étayer un fyftéme infoutenable 5
car les enfans de Cain 7 tout Noir qu'il eut été, auroient été Mulatres 7 & l'alliance de ces Mulatres avec des Blancs, n'auroit produit
que des Bafanés 7 8zc. Une objection plus forte & fans replique, fe
préfente ici. Toute chair s'étant corrompuc elle a été détruite par
le déluge, à T'exception de Noé & de fa famille , que Dieu avoit choifi
pour repeupler la terre. Voilà donc toute la race des Noirs fubmergée,
& Tinterprétation du figne de Cain pour la couleur noire, inventé inutilement. La difficulté fublifte toujours, à moins que le faifeur de fyftêmes, ne nie l'aniverfalité du déluge. Il ne fçauroit faire autrement :
auffi a-t-il la témérité d'avancer 1 pour conferver l'efpéce noire, que
Je déluge a été particulier, & que les feuls cnfans de Seth, ant été enfévelis dans les eaux. Mais quand les divines Ecritures ne feroient point
formelles & précifes, pour conftater un déluge univerfel, le bon fens
ne doit - il pas fuffire pour rejetter un fentiment fi oppofé à ce que
nous enfeigue THiltoire-Sainte? Les enfans des hommes (c'eft-à-dire de
Cain ) avoient abandonné le culte du vrai Dieu 7 pour fc livrer à l'impiété & aux paffions les plus criminelles: Les enfans de Dieu,. ( c'eftà-dire de Seth ). avoient invoqué le nom du Seigneur. Il eft vrai qu'ayant
contraété des alliances avecles filles des prémiers, ils s'étoient détournés.
du fentier de la juftice, & marchoient dans les: voyes. de T'iniquité. ( Remarquez en paffant qu'il 11e devoit pas manquer de Mulatres. ) Or,.
pourquoi les moins coupables auroient-ils été fubmergés dans les eaux
du déluge, qui n'avoient inondé la terre que pour punir le crime 3
dès les plus criminels reftoient impunis? Il auroit été plus raifonnable penfer que la race de Cain devoit être exterminée la prémiere 9
comme ayant perverti. par. fes. déréglemens les enfans de Seth ; mais
ils étoient tqus coupables . & la colere célefte les jugea tous digne de
mort 7. à. l'exception de Noé & de fa famille. Autre raifon : Si les Né
gres ont échappé au déluge leur nombre. devroit furpaffer fans mefure.
celui des Blancs. On fçait par expérience que les Noirs multiplient plus
que les' Blancs 2. & que. la couleur brune parmi ces derniers, eft une marque de fécondité. Comment donc. feroit-il arrivé qne la race des Noirs
qui fubfiftoit dans fon entier 1. quand celle des Blancs a recommencé à
fe: reproduire , eut demeuré confinée dans un coin d'une des quatre
parties du monde , tandis que l'autre. 3 a couvert toute la face de la
terre elle qui. en proportion, ne devoit pas être d'un à cent millions ?
Jen ai affez dit, pour détruire un fyftéme infoutenable de quelque côté:
qu'on le confidére.
SECONDENENT
Lamech, tua un jeune homme par qui il avoit été maltraité. Il en:
Blancs a recommencé à
fe: reproduire , eut demeuré confinée dans un coin d'une des quatre
parties du monde , tandis que l'autre. 3 a couvert toute la face de la
terre elle qui. en proportion, ne devoit pas être d'un à cent millions ?
Jen ai affez dit, pour détruire un fyftéme infoutenable de quelque côté:
qu'on le confidére.
SECONDENENT
Lamech, tua un jeune homme par qui il avoit été maltraité. Il en: --- Page 275 ---
P A R M ARSEILLE
fit confidence à fes deux femmes, car il fut le prémier bigame depuis GUMÉE. la création du monde 3 c'eft-à-dire, qui époufa deux femmes en même des Négres. tems. On n'avoit pas encore imaginé qu'il fut plus néceffaire à un homme
d'avoir plufieurs femmes, qu'à une femme d'avoir plufieurs maris. Il
leur fit ce raifonnement : Le Scigneur défendit févèrement de tuer Cain
qui avoit commis par envie un horrible fratricide, & quiconque auroit
ofé verfer fon fang, pour fatisfaire fa vengeance auroit mérité une
punition fept fois plus grande. ( c'eft-à-dire beaucoup. ) Moi donc qui
fuis innocent, en comparaifon de Cain, 2 puifque fi je fiuis homicide, ce
n'a été qu'à mon corps défendant & en repouffant la violence qu'on me
faifoit, je ne dois point craindre qu'on attente à ma vie 5 car celui qui
voudroit venger cette mort par la mienne, mériteroit une punition feptante fois fept fois plus grande beaucoup plus ). Il raffura par ce dic
cours fcs deux femmes allarmées.lin'eft point queftion de figne mis fur lui;
& le quatrième Chapitre de la Genefe 3 ne nous dit rien de plus. Je
demande f le faifeur de fiftême, 3 eft fondé à tirer la conféquence de ce
que le Seigneur mit un figne fur le fratricide Cain, que Lamech en a
reçu un femblable, pour avoir tué un étranger, & fi quand Cain auroit
été changé en noir, il s'enfuivroit que Lamech fut devenu bazané. Les
imaginations nc font propofables qu'autant qu'elles ont un air de vraifemblance. Pour celle-ci elle eft abfurde. Remarquez 9 je vous prie, que
Lamcch eft un des defcendans de Cain. Il étoit donc noir, fuivant
l'Auteur. La pifition auroit donc eu un effet favorable, puifqu'elle auroit
rapproché le coupable de Ia couleur des iunocens; mais encore, fes deux
femmes furent donc auffi enveloppées dans fa métamorphofe, autrement
fa race auroit été d'une autre couleur. Quelle bigarure dans l'efpéce
humaine, fi les homicides perdoient leur couleur naturelle. Peut-être cette
crainte rendroit les hommes plus humains 7 & nous trouverions moins de
coupables dans le fein du Chriftianifine. J'en ai affez dit contre ce fiftéme.. L'univerfalité du déluge ne pouvant s'accorder avec le fiftême imaginaire que le figne mis fur Cain avoit été fa tranfmutation en noir 3
il a fallu pour ceux qui vouloient trouver. l'origine des Negres dans la
punition de quelque crime, en chercher un dans la famile de Noë.
crainte rendroit les hommes plus humains 7 & nous trouverions moins de
coupables dans le fein du Chriftianifine. J'en ai affez dit contre ce fiftéme.. L'univerfalité du déluge ne pouvant s'accorder avec le fiftême imaginaire que le figne mis fur Cain avoit été fa tranfmutation en noir 3
il a fallu pour ceux qui vouloient trouver. l'origine des Negres dans la
punition de quelque crime, en chercher un dans la famile de Noë. Les
fuites de l'yvrefle de ce Patriarche du monde renouvellé, en a fonrni
l'occafion. Perfonne n'ignore que les trois Enfans de Noë, Sem, Cham
& Japhet, furent fauvés du déluge avec chacun fa femme; que Noë
s'appliqua à la culture de la terre, & qu'il planta la vigne; qu'ayant
exprimé le jus du raifin, foit qu'iln'en conmut pas encore Ia force, ou
plutôt que tout fatigué & afoibli par le travail, ou que la feve fetrosva plus fpiritucufe que le vin qu'il étoit en ufage de boire ( car il
n'eft pas naturel de penfer que les hommes qui n'avoient d'autre nour
riture que les fruits de la terre, euffent paffe près de dix-fept fiécles 35
fans fçavoir que le raifin étoit non-feulement bon à manger 3 mais encore à faire une. liqueur aufli agréable que: falutaire ), il fut étourdi par --- Page 276 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
CUINÉE. lcs
du vinl, & s'endormit dans fa tente dans une pofture à faire
des Nigres. rougir e2E pudeur. Cham, le fecond de fes fils, l'ayant trouvé dans cet
état, au lieu de cacher la nudité de fon pere, fortit en riant pour
conter cette avanture à fes deux freres. Sem & Japhet, furent indignés
du manque de refpect de leur frere, & lui en frent de reproches. Ils
prirent un manteau & couvrirent leur pere, fans ofer le regarder. Noë s'étant éveillé après que l'affoupillement caufé par le vin eut pafle,
aprit comment fes enfans en avoient ufé à fon égard. L'aétion de Cham
l'affligea; ; mais fe rappellant la bénédiétion que Dieu lui avoit donnée
après le déluge, & voyant que Chanaan, quatrième fils de Cham, dont il le
les mceurs étoient déréglécs, furpaffoit fon pere en méchanceté, de
maudit
être l'efclave des efclaves de fes freres. La poftérité
Cham, dans pour la confulion des langues arrivée lors de la conftruétion de
la Tour de Babel, eut T'Afrique en partage. Voilà T'hiftoire que nous
daus les Livres Saints, & qui fert de prétexte pour imaginer
apprenons des Negres comme une fuite de la malediétion donnée par Noë
à l'origine Chanaan fon petit fils. Ce fiftéme elt contradiétoire avecle. trait d'hiftoire qui lui fert de fondement. II auroit fallu 1 pour raifonner conféquemment, que Chanaan & fa poftérité envelopée dans la malediction,
eut habité les régions oi les Negres ont pris nailfance. Poiut du tout. Nous fcavons que Chanaan donna fon nom aux pays des Chananéens,
& que Sidon, Hetheus, Jebufeus, Amorheus, Gergeus, Heveus, Araceus,
Sineus, &c. fes enfans furent les peres d'autant de peuples.
it fallu 1 pour raifonner conféquemment, que Chanaan & fa poftérité envelopée dans la malediction,
eut habité les régions oi les Negres ont pris nailfance. Poiut du tout. Nous fcavons que Chanaan donna fon nom aux pays des Chananéens,
& que Sidon, Hetheus, Jebufeus, Amorheus, Gergeus, Heveus, Araceus,
Sineus, &c. fes enfans furent les peres d'autant de peuples. Or aucun Mif
de ces peuples n'a été noir. Les trois autres fils de Cham, Chus,
rain & Phuth, n'ont point été maudits. Chus prit poffeffion de T'Arabie, Chus
Mifrain, de l'Egypte , & Phuth, de la Lybic. ilya apparence que étaut
quelque Colonie en Ethyopie. Le mot Chus en Hebreu,
le envoya même qu'@thiops en grec & fignifiant l'un & l'autre brûlé ou
le foleil. donc,il la noirceur a été le figne de la
noirci par
Pourquoi contre Chanaan, la poftérité de Chus a été mémalediction prononcée & la coupable n'a pas changé de couleur? Ce
tamorphofée en negres 1 de
& même de vraifemblance, croule
nouveau fiftême, dénué preuves
fortune
le
par la fimple expofition. Il ne fera pas plus
que s'eft précédent. Le Pere Jofeph Gumilla, dont j'aurai occafion de parler,
imaginé fes
les defcendans de Chanaan ont peuplé T'Amérique. Il fait tous
que efforts
le perfuader. Il nous auroit rendu un grand fervice, s'il nous
pour
éclairciffement fatisfaifant fur leur paffage dans le
avoit donné quelque
de contenter notre curiofité
Nouveau Monde. Il n'a pas jugé à propos
autres
fur un point fi intéreffant; fans doute qu'il a crà que les felon preuves lui la
qu'il faifoit valoir 1 feroient fans replique. Efeltivement 1 qu'en Amémalediation fulminée fur Chanaan, n'a fon accompliffement
les
la
dans le refpeét & T'attachement que
rique.
fur leur paffage dans le
avoit donné quelque
de contenter notre curiofité
Nouveau Monde. Il n'a pas jugé à propos
autres
fur un point fi intéreffant; fans doute qu'il a crà que les felon preuves lui la
qu'il faifoit valoir 1 feroient fans replique. Efeltivement 1 qu'en Amémalediation fulminée fur Chanaan, n'a fon accompliffement
les
la
dans le refpeét & T'attachement que
rique. Il en trouve preuve les
efclaves, auxquels ils rendent une
Américains ont pour tous à des Negres à qui le commandement apparentiere obéiffance, comme
gens --- Page 277 ---
PAR MARSEILLE
tient par droit de naiffance. Ils s'efforcent de leur reffembler en toutes GUINÉE.
chofes, 3 jufques dans leur couleur qu'ils imitent en fe frottant continuel- des Négres.
Iement le corps d'huiles mélées de drogues qui noirciffent. Cette preuve
lui paroit convaincante. II en donne cependant quelques autres, qu'il
tire de l'yvrognerie des habitans naturels de T'Amérique, 9 de leurs mceurs
corrompues, de leur entêtement à préferer la nudité à quelque efpéce
d'habillement que ce foit, de leurs trahifons & de leurs inclinations au
menfonge y à la fourberie & au larcin ; preuves convaincantes felon lui,
mais qui ne prouvent pas beaucoup, que les Américains defcendent plutôt de Chanaan, que de tout autre enfant de Noë, puifque les Africains & toutes les autres Nations de la terre 3 fe font livrés aux mémes vices & aux mêmes paflions 1 à l'exception de la nudité qui ne
s'eft perpétuée que dans les climats chauds. La poligamie n'eft pas non
plus une preuve décifive, & fon ironie contre les Synagogues Juives 9.
eft auffi platte, que déplacée. Tous ces fiftémes, pour expliquer l'origine des Noirs, 3 font infoutenables, & manquent même de vraiflemblance.
Je penfe qu'il vaut mieux avouer fon ignorance, 1 que d'étaler tant d'érudition pour débiter des abfurdités qui renferment beaucoup plus de
difficultés, que celles qu'on vouloit éclaircir. Voici des fiftêmes mieux.
raifonnés.
Un homme de génie que j'eftime & que je confidere véritablement,
prétend l'aétion du foleil , eft la caufe primitive & principale de la.
couleur es hommes Noirs, quoique d'autres caufes accidentelles puiffent concourir pour produire le même effet. Il foutient que l'expérience
de tous les fiécles, confirme fon fentiment. Les peuples du Nord font
les plus blancs, & infenfiblement à mefure que lcs terres font plus près
de ia ligne équinoxiale, & qu'elles reçoivent les rayons du foleil plus
perpendiculairement 1 la couleur des hommes prend une nuance denoir,
& fi ces mêmcs hommes noircis par l'action du foleil , vont habiter dans
le Nord, ils blanchiffent peu-à-peu 2 & perdent leur: couleur brôlée. Il
eft vrai cependant que certains lieux plus éloignés de la Zone-Torride,
noirciffent plus promptement que d'autres placés fous la ligne; ce qui
provient dans les prémiers, ou des vapeurs qui voltigent dans l'air, ou
de la reverbération d'un fol fabloneux 3. ou d'un cahne qui lailfe aux
rayons du foleil toute leur adiviré; au lieu que dans les. derniers, les:
montagnes 7 la verdure & les vents, tempérent la chaleur. Toutes ces
raifons lui paroiffent concluantes, pour expliquer Ia diverfité de la couleur des hommes > qui n'eft que locale, s'il eft permis d'employer ce:
terme 1 puifqu'en changeant de pays, une nouvelle couleur remplace
la prémiere. Je lui fis obferver que les Négres font invariablement Négres dans quelque partie da monde qu'ils foient treufportés; leurs enfans
reffemblent aux peres, & que fi une Négreffe accouche dans la ZoneGlaciale, elle ne fera qu'un Négrillon. On ne peut donc attribuer au
foleil certe noirceur, puifque T'expérience qu'on reciame pour la prou-
1 puifqu'en changeant de pays, une nouvelle couleur remplace
la prémiere. Je lui fis obferver que les Négres font invariablement Négres dans quelque partie da monde qu'ils foient treufportés; leurs enfans
reffemblent aux peres, & que fi une Négreffe accouche dans la ZoneGlaciale, elle ne fera qu'un Négrillon. On ne peut donc attribuer au
foleil certe noirceur, puifque T'expérience qu'on reciame pour la prou- --- Page 278 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
CUINÉE. ver, eft ici contraire. Les Européens qui vont s'établir dans le Royaume
Vea Nigres. d'Angola, bruniffent à la vérité, mais ne deviennent point Noirs, &
leurs enfans naiffeut de la même couleur, que s'ils étoient nés en Europe ; au lieu que les Noirs demeurent toujours Noirs, & font des enfans quileur reffemblent, quand mêmeils feroient élevés dans les lieux impénétrables aux rayons du foleil. Il faut donc chercher une autre caufe
de cette noirceur. Je croyois que cette refléxion fuffiroit pour perfiader un homme qui joint à une belle imagination, un jugement folide.
Je fus furpris en le voyant fourire. Non, me repliqua-t-il, je ne penfe
pas que Faétion du foleil, telle que nous Téprouvons aujourdhui ait
affez de force pour changer un Blanc en Noir. Je foutiens cependant,
que puifque les Négres ont une origine 3 il faut en chercher la caufe
dans la nature, & ne vois que Tardeur du foleil qui puiffe produire
uil fi étrange effet. E fçais, ajouta-t-il, que les loix du mouvement,
font conflantes & uniformes, & que les globes fufpendus dans l'efpace
immenfe de l'air, fiivent la route qui leur eft preferite 3 & obéiffent
à la prémiere impreffion qui leur a été communiquée. Cela n'empéche
ne
avoir quelque variation dans leur marche. Je fuppas qu'il donc puilley la terre emportée dans le tourbillon du foleil, fe troupofe vant preffée que par le cours de quelque comete, aura été contrainte de fe
rapprocher du centre de fon tourbillon , & que Textrêmiré de T'Afrique, aura été la feule partie du monde qui aye fouffert quelque altération pendant ce fubit rapprochement vers le foleil. La chaleur aura
été exceffive, & les plantes & les animaux, aurout été prefque tous
détruits
l'action brulante du foleil. Les hommes. auront eu le même
fort, & par le petit nombre qui aura échappé à une fermentation fi violente 1 aura fouffert une grande altération non-feulement dans les auffi parties externes ) mais encore internes de tout le corps. Je fuppofe vie
que les triftes reftes des hommes de cette contrée auront mené une
languiffante, jufqu'à cc que leur nouveau tempérament, affoibli par
cette violente éfervefcence du fang, ait été affermi, & que c'eft par
révolution
la couleur ordinaire à T'homme a été chancette fubite
> que
calcinés
dans la racine, font
gée en Noir, & que les cheveux ,
jufques
une courte
devenus comme rabougris, & n'ont végété que pour pouffer
croifa dénaturé, pour ainfi dire ,la
laine. La même fermentation 9 qui
aufli étonnant fir les
fance des cheveux, a caufé à-peu-près un effet
moutons, qui depuis cet embrafement général, ne font plus couverts
le
de
de poils au lieu de laine. Ma convers Cap Bonne-Efpérance que non-feulement fur la vraifemblance,
jeéture, continua-t-il , eft fondée
des
du feu.
mais encore fur la connoillance que nous avons propriétés ont été brilées,
On voit tous les jours que les parties du corps qui
&
les cheveux n'y croiffent plus s que
font d'une autre couleur 7 que
Il
fuivant le degré de brulure 1 la couleur varie proportionaellement.
eft vrai que la partic brilée ne devient point noire > & que fouvent elle
a
-feulement fur la vraifemblance,
jeéture, continua-t-il , eft fondée
des
du feu.
mais encore fur la connoillance que nous avons propriétés ont été brilées,
On voit tous les jours que les parties du corps qui
&
les cheveux n'y croiffent plus s que
font d'une autre couleur 7 que
Il
fuivant le degré de brulure 1 la couleur varie proportionaellement.
eft vrai que la partic brilée ne devient point noire > & que fouvent elle
a --- Page 279 ---
PAR MARSEILLE
clle paroit plus blanche; mais je ne dis pas auffi que la fermentation GUINÉE.
caufée à la maffe du fang par Faction ardente du foleil, foit la méme des Nigres.
qu'une légere brûlure qui n'affecte qu'une partie extérieure du corps.
Il me fufht de prouver que la couleur de la peau foit changée; car il
n'y a pas plus de difficulté d'admettre le changement en Noir qu'en
Blanc; Tun & l'autre font également oppofés à la couleur naturelle de
l'homine. Combien de perfonnes font défigurées & décolorées ( qu'on
me paffe ce terme ) par les maladies cutances. L'exemple feul de la
petite vérole, démontre cruellement dans un grand nombre 3 que le
plus beau teint & les couleurs les plus vives, peuvent difparoitre par
la fermentation des humeurs i or fi l'ardeur d'une fievre de quelques
jours, caufe un changement fi fubit dans la couleur de la peau, que
les plus blancs deviennent rouges ou bafanés, pourra-t-on juger incroyable l'effet d'un embrafement général, tel que je le fuppofe 3 Je
trouve même qu'on ne peut expliquer que par ce moyen, 3 comment
parmi tant d'efpéces de Négres qui habitent cette grande partie de TAfrique & qui ne font pas tous également Noirs, il fe trouve des hommes d'un blanc fade, qui eft aufli éloigné de notre couleur naturelle que
le noir. Si l'ardeur des rayons brûlans du foleil, a pu noircir ceux qui
ont eu affez de vigueur pour y réfifter 7 d'oà vient cette blancheur
dans quelques-uns; la voici, & prenez garde que c'eft une fuite néceffaire de ma conjeêture. Ces hommes Blancs qu'on nomme Albinois,
ont une propriété affez finguliere que je ne dois pas omettre. Ils y
voyent mieux la nuit que le jour ; d'ou je conclus, que la terre fe
trouvant comme embrafée par fon rapprochement du centre du tourbillon dans lequel elle eft fufpendue, ( Defcartes T'explique d'une façon, & Newton d'un autre ) les hommes qui habitoient vers le Cap
de Bonne-Eipérance, emporterent avec eux les vivres qu'ils purent ramaffer 1 & fe refugierent dans les cavités les plus profondes des mon
tagues; là ils menerent une vie languiliante & tremblante dans une
nuit continuelle, jufqu'à ce que contraints de fe procurer de nouveaux
alimens 7 ils oferent fortir de leurs tanieres; mais de quelle eftrayante
furprife ne furent-ils pas frappés 2 en voyant les triftes débris des villes
les plus peuplées 3 & la couleur noire qui avoit abforbé l'ancienne couleur
des hommes. Dans cet étonnemeut, ils ne penferent plus à quitter le
lieu de leur retraite ; ils firent de plus amples provifions, & dans l'appréhention d'une nouvelle révolution, ils rentrerent dans leurs fombres
cavernes. Les enfans qui nâquirent & grandirent dans ces lieux ténébreux, privés de la lumiere & accoutumés à refpirer un air humide 1
& par conféquent en moindre quantité, devinrent exceilivement Blancs 1
d'un blanc fade, fans aucun mélange de cet incarnat, qui le rend fi
agréable & fi piquant. L'effet eft naturel, & nous n'en douterions plus
aujourd'hui, fi nous faifions la même expérience. Quand à la vue affoiblie par le défaut de lumiere, l'obfcurité lui fut plus proportionnée
Tom. Il.
KE
à refpirer un air humide 1
& par conféquent en moindre quantité, devinrent exceilivement Blancs 1
d'un blanc fade, fans aucun mélange de cet incarnat, qui le rend fi
agréable & fi piquant. L'effet eft naturel, & nous n'en douterions plus
aujourd'hui, fi nous faifions la même expérience. Quand à la vue affoiblie par le défaut de lumiere, l'obfcurité lui fut plus proportionnée
Tom. Il.
KE --- Page 280 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
le
jour, dont l'éclat éblouiffant ne lui auroit pas permis de
dcs Négres. que diftinguer grand les objets. C'eft ainfi qu'un prifonnier 1 privé quelque tems
de la lumiere , n'ouvre les yeux qu'avec peine devant un flambeau qu'on
lui préfente. Ces Albinois exiftent encore précifement dans des pays
montagueux vers le Cap de Bonne-Elperance 1 & fi le nombre n'égale
celui des Noirs, c'eft que les derniers les ont -dévorés inhumainepas
Il fuffit qu'il en refte, pour en
ment ou maffacrés impitoyablement. donner d'autre caufe de leur
connoitre l'efpéce, & qu'on ne fur puiffe leur fade blancheur & fur la noirorigine pour que ma conjedture doive être admife , du moins comme pofficeur des autres habitans, ) du
& une invention raifonnée dans ce
ble. II y a certainement
génie
foule
infurmontafiftême 7 contre lequel on peut faire une
d'objections
bles, qui anéantiffent fa poffibilité.
PREMIE) R E MJ ENT.
Si l'aétion du Soleil a calciné les animaux & les plantes 3 il ne fera
de noirceur leur deftruétion aura été néceffaire ; & fi
plus T'aétion queftion n'a été affez forte pour les faire perir, la noirceur n'aura
pas
& la poftérité-de ces hommes brûlés, en chandà être que paffagere 7 dû
fa
couleur ; les OS & le
geant de climat, aura reprendre prémiere
ni lun ni
blanc de l'oeil, auroient dû noircir également 5 cependant
de
l'autre n'eft arrivé. Il ne faut donc pas attribuer à T'embrafement Tous les
cette partie de T'Afrique l'origine de la couleur des Negres. la même
animaux & tous les oifeaux 7 auroient dà deyenir noirs par
raifon, tandis qu'ils font d'une admirable varieté de couleurs.
SECONDENENT
IIne fuffit pas de dire que la terre peut avoir quitté le cercle qu'elle
fe
du Soleil. Il auroit fallu prouver la poffibidécrit, pour rapprocher loix du mouvement, contredifent uue femblable
lité de cet écart : Les
dans un fluide immenfe, , dehypothèfe; ; car la terre étant fufpendue fluides dont elle eft environnée, & la
meure en équilibre en raifon cercle des
décrit font d'une néceffité abplace qu'elle occupe & le
qu'elle dans l'état aétuel de toutes chofes >
folue 5 de forte que fi par impoflible
caufe
n'auroit pû emelle s'étoit rapprochée du foleil, aucune
phyfique ce qu'elle eût été
pécher qu'elle ne continuât d'en approcher enflammé. julqu'à Elle auroit été
engloutie dans l'immenfité de ce fluide
y
même néceflitée par les loix du mouvement.
e
occupe & le
qu'elle dans l'état aétuel de toutes chofes >
folue 5 de forte que fi par impoflible
caufe
n'auroit pû emelle s'étoit rapprochée du foleil, aucune
phyfique ce qu'elle eût été
pécher qu'elle ne continuât d'en approcher enflammé. julqu'à Elle auroit été
engloutie dans l'immenfité de ce fluide
y
même néceflitée par les loix du mouvement.
e --- Page 281 ---
PAR MARSEILLE
GUINÉE.
TROISIENENENT
des Négres.
On convient que des hommes nés & élevés dans des cavernes , doivent blanchir, & être moins robuftes; mais ces mêmes hommes rendus à la fociété & vivans au grand air, leurs enfans du moins doivent
reprendre leurs primitives couleurs & changer de tempérament. La blancheur caufée gar la privation de la lumiere, doit être natnrelle & fatns
altération 1 comme nous l'obfervons dans nos montagnards, qui, enfevelis pendant fix mois fous des monceaux de neige, , acquierent un teint
fleuri. Ils blanchiffent cn,ce fens 1 qu'ils paroiflent plus blancs ; mais
cette blancheur n'eft point une nouvelle couleur acquife; c'eft la couleur naturelle à T'homme garantie de l'altération caufée par les rayons
du Soleil & Tagitation de l'air, & la même que nous avons tous naturellement, ou plutôt que nous aurions, s'il n'y avoit dans le monde
que le feul climat dans.lequel le prémier homme a été créé.
QUATRIFNENEXT
Ni la chaleur du Soleil ou l'obfcurité des lieux impénétrables à la
lumiere, ne noirciffent ni ne blanchiffent point par leur nature toute
forte de corps, ce font les fouphres, les fels 8 les autres parties effentielles à chaque corps, qui caufent cette varicté de couleurs ; & fi toutes ces matieres réunies ont été créées pour être blanches, l'aétion du
feu le plus ardent ne changera point leur effence. L'argent, par exemple, eft compofé de fouphre, de fel & de parties métalliques, dont
Ia blancheur eft une des propriétés naturelles, par la réflexion que les
plus petites parties font de toutes les couleurs jufqu'à un certain point.
L'action du feu contribuera à le blanchir, ou plutôt à le faire paroitre
tel qu'il eft, par la féparation qu'il fera des matieres étraugeres qui
s'y étoient attachées, & plus le feu fera violent, & plutôt il fera blanchi.
Les fleurs naturellement blanches, ne noirciffent point par l'aétion du
foleil. Les Teinturiers 8 les Blanchiffeufes, donneroient des certificats
qu'un foleil ardent n'a jamais noirci leurs étoffes & leur linge. La chaux
ne devient blanche, que par la calcination que le feu fait des pierres.
Le Soleil donc ne noircit point par fa nature lcs corps fur lefquels il agit;
& s'ils noirciffent, ce n'eft qu'accidentellement & rclativement aux parties dont ils font compofés. Les rayons du Soleil échauffent la pomme
& la font meurir; elle demeure & devient même plus blanche par cette
adtion, &-les pepins placés au centre noirciffent. Si donc la noirceur
étoit un effet naturel de l'aétivité du feu du Soleil, & la blancheur de
fon abfence 1 le contraire auroit dà arriver; d'oi il faut conclurre 1
qu'à moins que les parties qui compofent T'homme, ne foient créées
pour être noires ou blanches, ni l'aétion du feu, ni l'obfcurité des
cavernes, ne changeront point totalement fa couleur naturelle.
Kkij
centre noirciffent. Si donc la noirceur
étoit un effet naturel de l'aétivité du feu du Soleil, & la blancheur de
fon abfence 1 le contraire auroit dà arriver; d'oi il faut conclurre 1
qu'à moins que les parties qui compofent T'homme, ne foient créées
pour être noires ou blanches, ni l'aétion du feu, ni l'obfcurité des
cavernes, ne changeront point totalement fa couleur naturelle.
Kkij --- Page 282 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE.
des Négres.
CINQUIEMES M. E N T.
Il eft certain que I'homme étant compofé de parties nitreufes, falines, ;
fulphureufes, huileufes, &c. & ces parties devant être mélangées dans la
proportion néceffaire pour conftituer la forme de fon exiftence dans une
cergaine couleur , par Taugmentation, ou par la privation de quelquesunes defdites parties, ou par l'agitation & l'altération de quelques autres, fa couleur extérieure doit varier & fuivre graduelement toutes
ces variations. C'eft aufli ce qui arrive régulierement dans les mouvemens de colere, de crainte & de furprife, ou dans les maladies qui
attaquent la maffe des fluides; mais la caufe ôtée l'effet difparoit, &c
Ies hommes continuent à fe perpétuer dans leur forme primitive. On
obferve que le fang des Negres, que la limphe * que le chile, & les
autres humeurs dont le corps abonde, n'ont pas une couleur différente
des notres; cependant ils font régulierement & conftamment noirs, fans
qu'on puiffe déterminer qu'il leur manque aucune des parties interncs
qui conftituent la maffe des fluides du corps des Blancs, ni qu'il y
foit furvenu quelque altération 7 qui foit du moins apparente. Si les
hommes avoient été brûlés par l'aétion violente du Soleil rapproché 2
le corps auroit été couvert d'ulcères, les humeurs auroient changé de
figure & de couleur,. tant que la maladic auroit duré ; mais la guérifon arrivée l'homme auroit été remis dans fon prémier état. L'épiderme auroit été en effet totalement enlevé, mais pour paroitre de
nouveau après la guérifon. La moindre brûlure nous en fournit l'expérience i cette toile merveilleufe qui couvre & enveloppe toute la peau 3
fe reproduit continuellement & toujours dans fa coulcur naturelle. Elle
auroit donc dû reparoitre à la guérifon de ces hommes qu'on a fuppofés brûlés & guéris, telle qu'elle étoit avant la brûlure 2 puifqu'il ne
refte plus aucune trace de la maladie.
SIXIEMEX ME E NT.
Ily a une grande différence entre être noir & devenir halé ou bruni
par le Soleil. La caufe du prémier nous eft iuconnue & notre curiofité n'a pu encore, dans toutes les recherches qu'elle fait depuis fi longtems, fe fatisfaire. Le fecond ne fouffre aucune difficulté. Nous concevons clairement, que plus le climat eft chaud, & plus la tranfpiration
eft abondante. 1l ne faut point avoir étudié Toricelly & Pafcal, pour
juger que la chaleur fait fuer. Cette fueur eft un compofé de fouphres,
de fels & d'eau, qui, réunis enfemble 3 font homogénes à la couleur
de l'épiderme : pais qui féparés, varient en couleur. Le Soleil ou le
feu (car. c'eft à peu près la même chofe ) agiffant fortement fir la
peau trempée de fucur, fait évaporer les parties aqueufes & cole les
icelly & Pafcal, pour
juger que la chaleur fait fuer. Cette fueur eft un compofé de fouphres,
de fels & d'eau, qui, réunis enfemble 3 font homogénes à la couleur
de l'épiderme : pais qui féparés, varient en couleur. Le Soleil ou le
feu (car. c'eft à peu près la même chofe ) agiffant fortement fir la
peau trempée de fucur, fait évaporer les parties aqueufes & cole les --- Page 283 ---
PAR M ARSEILI L E.
fels & les fouphres dans les pores de cette quantité de mamelors in- GUINÉE.
nombrables dont la peau eft compoiée. Cela eft f vrai, que les per- des Négres.
fonnes ainfi brûlées, parviennent à la longue 9 à recouvrer leur prémiere
couleur 1 en fe faifant des onctions qui détachent & enlevent infenfiblement les fels dont les pores étoient pénétrés. Il fe peut faire que
les exhalaifons répandues dans l'air 3 contribuent à brunir par leur adhérence avec les fueurs ; & voilà pourquoi certains peuples font plus
hâlés que d'autres, quoique plus éloignés de l'équateur. Sur ce principe
il faut éviter de s'expofer au Soleil après s'être lavé le vifage 7 fi on
veut conferver fon teint, parce qu'il refte toujours quelques fels inhérens aux pores, qui bruniffent par leur defféchement; mais quelque brun
& hâlé que foit un homme fes enfans naiffent blancs, & s'ils font
tranfportés dans un autre clinfat, ils confervent leur blancheur; d'où
je conclus toujours, ) que fi la noirceur des Negres pouvoir avoir été
caufée par l'action du Soleil, leur poftérité ne devroit pas pour cela
être noire.
Le Pere Tournemine a cru expliquer l'origine des Négres, en réuniffant plufieurs caufes (je dis le Pere Tournemine 3 un des principaux
Auteurs des Mémoires de Trévoux ,) je pourrois dire fimplement l'Auteur 7 fi je ne craignois de fâcher fes Confreres > ( voyez le mois de
Juin de 1738.) Il prétend que l'aétion d'un foleil brôlant la qualité
des alimens, la nudité, les fatigues d'un travail trop pénible & les vapeurs vitrioliques repandues dans T'air, peuvent par leur réunion avoir
changé en Noir la couleur naturelle à Fhomme. Il a raifonné comme
le vulgaire, & il s'eft décidé fur quelques apparences trompeufes. Il
voyoit que la conftitution intérieure du corps de T'homme. fc manifeftoit extérieurement par unc altération dans le teint & par un changement dans la couleur, & que par la feule infpeétion de la couleur du
vifage, les Médecins jugeoient de la fanté ou de la maladie de la
foibleffe ou de Ia force des hommes. Il voyoit auffi que les gens de
travail, ou qui habitoient la Zone-Torride 3 avoient un teint brilé &
noirâtre, d'ou il a conclu qu'en réuniffant toutes CCS caufes 3 la folution idéfirée fur la queftion de l'origine des Noirs étoit trouvée. Il eft
furprenant qu'étant habile Philofophe > ou du moins ayant acquis Ia réputation de Têtre, il n'aye pas mieux approfondi cette queftion, &
qu'il n'aye pas reconnu la foibleffe de fon raifonnement. Je penfe que
pour bien connoître fon fentiment 7 il faut l'entendre lui-même. Il dit
donc >) que l'air eft rempli de corpufcules infenfibles 3 qui s'exhalent
>fans cefe des entrailles de la terre, & qui font dans un mouvement
>continuel & rapide. Sans compter ce que nous en avalons à chaque
prefpiration > ils nous percent 1 nous pénétrent & fe mélent dans notre
>fang & dans nos humeurs 5 or ces corpufcules font ou nitreux ou ful-
>phureux ou métalliques 1 fuivant la nature des lieux : de-là doit naitre
>une grande variété dans T'habitude interne des corps, & par confé-
>fans cefe des entrailles de la terre, & qui font dans un mouvement
>continuel & rapide. Sans compter ce que nous en avalons à chaque
prefpiration > ils nous percent 1 nous pénétrent & fe mélent dans notre
>fang & dans nos humeurs 5 or ces corpufcules font ou nitreux ou ful-
>phureux ou métalliques 1 fuivant la nature des lieux : de-là doit naitre
>une grande variété dans T'habitude interne des corps, & par confé- --- Page 284 ---
C OMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. >quent une grande diverfité de coloris. J'ai obfervé fouvent cette différence
des Négres. pen France & en Amérique 3 par exemple dans le Nivernois-qui eft un
>pays plein de mines de fer , les perfonnes qui demeurent aux environs
de Ces mines, ont toutes un teint brun tirant fur le rouge S dans les
> Colonies Françoifes de l'Amérique les habitans qui demeurent aux
Srenvirons des fouphreries 9 ont un teint jaune qui les diftingue des
phabitans d'un autre quartier 1 dont fouvent ils ne font pas cloignés
>d'une demi-licue. La même raifon cft pour les eaux qui circulent dans
>le fein de la terre & fe chargent dans leur circulation des parties
>les plus legeres des terres par où elles paffent. Dc-là viennent les
>différentes qualités des eaux qui font ou falines ou férugineufes, fui-
>vant la nature des lits qu'elles parcourent ; or ces eaux mélées aux
>alimens 1 doivent influer beaucoup dans T'habitude interne du corps, ,
>& par conféquent dans le coloris. Ne voit-on pas que la teinture
>elle-même 9 dépend infininent de la qualité des eaux, l'on trem-
>pe les laines, les fils 1 les foyes ? Les Négres 1 dit-on, ne doivent
>point Ieur couleur aux pays méridionaux, 3 ni aux climats brûlans de
>l'Afrique ; car fi cela étoit, tous les autres peuples du climat aux enSovirons des mêmes dégrés de l'équateur > devroient pareillement être
>Noirs 5 or ils nc le font pas. Par exemple 1 dans l'Amérique ils font
prouges ou brun cuivrés ; d'ailleurs ilya des peuples Noirs 1 habitans
>d'autres pays que T'Afrique ; car il y en a dans T'Afie en quelques
>Ifles. Donc ce n'eft ni le climat, ni la chaleur qui font les Négres.
>Ceux qui forment cette difficulté, font-ils attention que je n'ai point
pprétendu que le climat feul ou Ia fcule chaleur 1 fut caufe de la
>noirceur des Négres 2 Il eft vrai que je la regarde comme une caufe
>très-cfficace, & même principale; mais non pas unique, puifque iy
>joins tant d'autres circonftances, de T'air, des alimens, des eaux 7 de
>l'éducation même & des cxercices.
Ce fyftême eft infoutenable dès qu'on l'examine férieufement ; il n'eft
qu'éblouilfant. On accordera au Pere Tournemine, que la diverfité du
coloris 2 dépendra de l'air qu'on refpire 1 des alimens, de la qualité
de l'eau, & même des exercices du corps & de la nudité. In'y aura
point de difpute à ce fujet, & il n'eft pas néceffaire d'enfermer des
hommes dans des mines 1 pour être convaincu de l'influence de l'air
fur le tempérament. Nous éprouvons journellement que dans la même
ville l'air qu'on refpire dans un quartier > rétablit la fanté, ruinée dans
un autre. Souvent le changement d'appartement 1 contribue à la guérifon. La raifon en eft fenfible. L'intérieur de l'homme étant un compofé de divers fels & de divers fouphres 1 fi la maladie provient de
l'abondance de quelques s-uns ou du manque de quelques autres, le
lieu qui en fournira ou en manquera, fuivant le befoin de l'un de
deux > fera le feul favorable pour la guérifon. Mais le Pere Tournemine fera obligé de convenir d'un principe univerfellement admis 3 que
on en eft fenfible. L'intérieur de l'homme étant un compofé de divers fels & de divers fouphres 1 fi la maladie provient de
l'abondance de quelques s-uns ou du manque de quelques autres, le
lieu qui en fournira ou en manquera, fuivant le befoin de l'un de
deux > fera le feul favorable pour la guérifon. Mais le Pere Tournemine fera obligé de convenir d'un principe univerfellement admis 3 que --- Page 285 ---
PA R MARSEILLE
la caufe ôtéc, T'effet doit difparoitre. Si donc T'air, la chaleur les GUINÉE. 1
alimens,
la nudité & la fatigue, font véritablement la caufe de des Negrese
3 lean,
ces mêmes
tranfportés dans d'autres
la noirceur des Negres 3
Negres , même
les Euroclimats, doivent changer de couleur, & par la
raifon,
péens qui s'établiffent en Guinée, doivent devenir noirs. Nilun ni l'autre n'arrivent ; fon raifonnement eft donc faux. Si l'air, les alimens, &c.
ont la proprieté de rendre noir pourquoi le blanc des yeux des Negres
& les dents, n'ont-ils pas perdu leur blancheur 3 Je ne repete point ce
quia été déja dit, & qui fert également à refuter le fiftéme Tourneminien. Je demande feulement, fi les Albinois n'ont pas refpiré le même
air, ufé des mêmes alimens, bû la même eau, &c. & pourquoi cette
noirceur d'un côté, & cette blancheur fade de l'autre? Car la citation
des homines rouges & bruns cuivrés en Amérique 3 ne mérite pas
une férieufe réfutation. (II, n'ya qu'un Philofophe moderne qui regarde
ces fornetes comme des vérités, & qui aye bien voulu prendre la peine
de les enfeigner publiquement )- Le Pere Tournemine auroit pû faire
une longue éhumération des peuples diverfement colorés 3 même des
Noirs, fi la noirceur eft une véritable couleur ; ( car quoiqu'en difent
les Phyficiens 3 il faut bien pour fe faire entendre_lui donner ce nom ).
Mais il auroit dû faire obferver que la couleur rouge 3 brun cuivré,
noir, 8xc. à l'exception des Noirs originaires d'Afrique 1 eft artificielle,
& qu'aux nuances près qui font varier, fuivant les climats, la couleur
naturelle de l'homme, , toutes les autres couleurs font un effet de l'art
& des huiles ou drogues dont ces habitans colorés s'oignent & fe
frotent le corps. Les Caraibes font rouges, les Orenoquois noirs, &x
nous le ferions comme eux, fi nous nous barbouillions continuellement
avec du rocou, ou des matieres noirâtres. Nos Garbeleurs, d'autres diront Grabeleurs, de vermillon, de cochenille & dindigo, font rouges
& bleu, & nos forgerons font noirs. Il ne s'enfuit pas de là que leurs
enfans leur reffemblent 7 parce que ces couleurs ne font que fuperficielles, & que la caufe ccffant, l'effet difparoit. A l'égard des Negres
qui font établis dans quelques Iles de l'Afie, s'ils font véritablement
tels", ils n'ont d'autre origine que l'Afrique 3 qui, en fuyant les pourfiuites d'uu ennemi impitoyable 3 fe font livrés aux flots de la mer >
pour aborder où ils pourroient, où ils ont été tranfportés dans ces Mles
comme nous en tranfportons en Amérique 3 & dans toutes les autres
parties du monde. Ils y ont multiplié & multiplieroient en France, fi
notre police ne craignoit les fuites du mélange de l'efpéce noire avec
la blanche.
Les Indiens fitués dans la Zone-Torride, ne font point noirs (j'entens les Indiens indigenes ) ils font bazanés, & ils doivent l'étre. J'en
ai donné la raifon. Il eft donc évident que les Negres qui fe trouvent
dans quelques Ifles, ont une autre origine 1 qui ne fçauroit étre que
l'Afrique. Ainfi le Pere Tournemine ) bien loin d'avoir indiqué la caufe
péce noire avec
la blanche.
Les Indiens fitués dans la Zone-Torride, ne font point noirs (j'entens les Indiens indigenes ) ils font bazanés, & ils doivent l'étre. J'en
ai donné la raifon. Il eft donc évident que les Negres qui fe trouvent
dans quelques Ifles, ont une autre origine 1 qui ne fçauroit étre que
l'Afrique. Ainfi le Pere Tournemine ) bien loin d'avoir indiqué la caufe --- Page 286 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. de la couleur des Negres , a obfcurci la queftion par la fauffeté des faits
des Négres. dont il a orné fon recit. à
Ifaac Voffius, prétend que l'habitude & la coutume tournent la
longue en nature; il fe fonde fur l'autorité d'Hypocrate. Ce principe
pole, il parcourt les ufages des principales Nations de la terre, il en
fait voir la bizarrerie & le ridicule. Chacun cependant trouve les fiens
les meilleurs & les plus raifonnables, parce qu'ils font plus conformes
à fon goût. Nous difputons, & nous ne parviendrons jamais à donner des
régles certaines pour fixer en quoi confifte la beauté de T'homme. Oui,
un vifage fera le plus régulier & le micux proportionné, , fans qu'il me
plaife. Mon goût cherche quelqu'autre chofe. Mais, me dira-t-on, vous
avez mauvais goût, je n'en conviens point 1 puifque je fuis fatisfait de e
ce qui peut-être vous choque : & que de mon attachement, dépend le
bonheur de ma vie: cette varieté des goûts, contribue à la tranquillité
du genre humain, & perpétue les alliances; car que deviendrions-nou, malheufi le même objet faifoit fur tous la même impreffion 2 Que de
reux concurrens & que de défordres fuivroient du contentement d'un
feul. Je n'aime point les perdreaux, on a beau les vanter 1 je préfére
toute autre nourriture. Qu'on me blâme, qu'on me tourne en ridicule,
je ne les aime point, & on ne difpute point des goûts. Chacin fuit fon
penchant, & dès qu'il n'eft point contraire aux, Joix & à la Religion
il fait bien. Ces goûts différens 3 fondés très-fouvent fur le caprice, ont
fait imaginer des graces dans des chofes qui nous revoltent. Des, Nations,
par un goût fi on veut dépravé 9 ont aimé les oreilles longues, les
yeux petits, le nez écrafé, le front applati, Ia bouche grande, les pieds
petits, la tête pointue 1. &c. en conféquence on a mis tout en ufage inftrumens pour
procurer. cette efpèce de beauté aux enfans. On a fait des
allonger les oreilles, écrafer le nez , applatir le front, &c. Les fempour fuivant Voffius, défireufes d'avoir de beaux enfans ( toujours fuimes, , beau
a choifi) & les modéles dont leur vie étoit frapvant le
qu'on fortement fur leur imagination 2 elles en ont fait de fempée, blables, agiffant fans qu'il fut néceffaire de recourir à l'artifice. Qui empéche
de penfer que la couleur noire ait été eftimnée unc beauté dans l'Ethyo: le
pie, puifque tant de peuples la regardent encore aujourd'hui comme ?
es d'avoir de beaux enfans ( toujours fuimes, , beau
a choifi) & les modéles dont leur vie étoit frapvant le
qu'on fortement fur leur imagination 2 elles en ont fait de fempée, blables, agiffant fans qu'il fut néceffaire de recourir à l'artifice. Qui empéche
de penfer que la couleur noire ait été eftimnée unc beauté dans l'Ethyo: le
pie, puifque tant de peuples la regardent encore aujourd'hui comme ? Les
plus bel ornement & la parure la plus convenable à T'homme
Indiens fe peignent ie corps, , les Ecoffois ne furent nommés Pictes, qu'à
caufe d'un femblable ufage. Nos Aétrices fe rocouent le vifage, comme
des Caraibes, & bien de Dames qui me liront, rougiront peut-étre d'un
reproche que j'ai la politeffe cependant de ne pas leur faire. L'imagination n'aura pas eu moins d'aétivité poûr faire des Noirs que pour produire des fronts applatis, des nez écrafés, &c.
les Ecoffois ne furent nommés Pictes, qu'à
caufe d'un femblable ufage. Nos Aétrices fe rocouent le vifage, comme
des Caraibes, & bien de Dames qui me liront, rougiront peut-étre d'un
reproche que j'ai la politeffe cependant de ne pas leur faire. L'imagination n'aura pas eu moins d'aétivité poûr faire des Noirs que pour produire des fronts applatis, des nez écrafés, &c. & fuivant que l'imagination aura été vive, & l'envie forte, la couleur aura été plus noire. C'eft l'imagination quia épargné les fraix de la teinture. Obfervez qu'on
n'a jamais pu noircir le blanc des yeux, & quoique les Chinois fe faf . fent --- Page 287 ---
PAF R M A RSEILLE
fent une férieufe occupation de fe noircir les dents 1 l'emploi continuel GUINÉE.
qu'on eft obligé d'en faire rend ce travail inutile; & voilà pourquoi des Négres
le bland des yeux & les dents des Negres, ne font pas noirs. Ce Gc
zème n'eft donc qu'ébiouiffant. Celui qui fuit eft à peu près le même.
La réfutation que j'en ferai fervira à tous les deux.
Le Pere Jofeph Gumilla, Miflionnaire de l'Orenoque, étale beaucoup
d'érudition pour prouver que l'imagination des femmes , eft la feule
caufe de la couleur des Negres. Il cite le facré & le prophane ) pour
perfuader fes Leéteurs. Il paroit plus que fatisfait de fa maniere d'argumenter, & la chaleur avec laquelle il foutient fon fentimeut 3 fait
aflez connoitre que ce fiftême lui tient fort à coeur. S'il lc regarde coinme une. heureufe invention de fa part 1 il faut le renvoyer à Voffius. II
fait l'apologie de la couleur noire : il appelle les Poëtes à fon fecours,
& iln'a pas oublié la beauté de l'Epoufc du Cantique des Cantiques. Il
eft de bonne foi; il penfe que c'étoit une Negreffe, & il le dit. Il a
beau prendre le ton férieux, qui pourra s'empécher de rire de la nouveauté de cette idée ? Nous fçavons que la fille du Roi d'Egypte, ne devoit
pas être d'un grand blond mais une belle Brune. 11 ne falloit pas
moins que le goût décidé da bon Pere Gumilla pour l'efpéce noire 3
pour en faire une angoloife. Il a beau nous citer des exemples d'Européens qui fe font paflionnés pour des Negreffes, & celui d'unc Blanche,
qui pour réuffir à époufer un Noir 1 fc noircit tout le corps. Nous autres
François, nous aimons un peu le blanc; les Brunes nous plaifent quelquefois; mais les Negreffes, malgré leur peau douce, n'ont pas pour
nous les mêmes charmes. On ne difpute pas des goûts, le Pere Gumilla
auroit donné la pomme à une Negrelfe, s'il eut eu à choifir. L'expérience
que fit Jacob de jerter des bâtons de diverfes couleurs dans les abreuvoirs pour avoir des agneaux tachetés & qui lui réuffit fi bien, eft
rapportée avec emphafe & une efpéce de complaifance par le Pere
Gumilla. On croiroit à l'entendre, que cet exemple fuffit pour décider
la queftion. Effedtivement, comment fe refufer à la conviction de fon
raifonnement? L'imagination des brebis, frappée de la varieté des couleurs des bâtons jettés dans les auges, imprima la même diverlité à leurs
foetus encore tendres, & fufceptibles des plus légères impreffions ;
or l'imagination des femmes étant plus vive que celle des animaux 7
elle a dû caufer le même effet au fruit nouvellement conçu dans
leur fein. Le Pere Gumilla fuppofe les jeunes femmes peintes cn noir,
ou da moins que leurs maris qu'elles chériffoient , ne leur plaifoient
que de cette couleur; (il parle fuivant fon goût 3 il eft décidé pour le
noir ) pourquoi donc leur imagination auroit-elle été moins eflicace,
que celle des brebis de Jacob?11 n'y a donc rien que de natnrel dans
Taccouchement qu'elles auront fait de petits Negrillons; & pour ôter
tout doute à ce fujet, il raconte Phiftoire d'une fille dont la peau étoit
toute marquetée de taches noires & blanches, & dont la caufe proTom. II.
LI
ivant fon goût 3 il eft décidé pour le
noir ) pourquoi donc leur imagination auroit-elle été moins eflicace,
que celle des brebis de Jacob?11 n'y a donc rien que de natnrel dans
Taccouchement qu'elles auront fait de petits Negrillons; & pour ôter
tout doute à ce fujet, il raconte Phiftoire d'une fille dont la peau étoit
toute marquetée de taches noires & blanches, & dont la caufe proTom. II.
LI --- Page 288 ---
COM MERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. cedoit de l'imagination de la mere, qui pendant fa groffeffe, n'avoit
des Négres. point ceffé de careffer fur fes genoux une chienne tachetée des mêmes
couleurs. Cette fille avoit environ neuf ans, & clle parut fi néceffaire
au Pere Jofeph Gumilla 1 pour confirmer la vérité de fon fiftême 1 qu'il
défendit très-ferieufement de la laiffer voir, de peur que quelqu'un ne
la fafcinat par quelque regard malin 7 & ne lui causât Ia mort. (Quelle
perte pour le Pere Gumilla, fi cette fille, fi joliment tachetée n'avoit
pà être produite en preuve de fon admirable fiftême)? L'apréhenfion
du Miflionnaire fera peut-étre rire ; en tout cas ce n'eft pas ma faute. C'eft lui qui rapporte fort dévotement le motif de fa crainte. Sa fuperftition eft inexcufable 1 du moins je ne fçai comment le juftifier. Il croit
fermement que la vie de cette précieufe enfant mouchetée, dépendoit
d'un regard malin, & fes allarmes font la preuve de fa perfualion. Quelle
mortalité n'arriveroit point daus lc monde, fi de pareilles fafcinations
étoient véritables ? Lui-même & les autres Miffionnaires fes Compagnons, 2
auroient été les prémières viétimes du malcfice; ; car la Religion qu'ils
annonçoient combattoit & démontroit le ridicule de cette puerile fperftition, ou ils ne T'annonçoient pas telle qu'elle eft. Pourquoi donc
ces criminels enchanteurs, , auroient-ils oublié de faire ufage de leur pouvoir,
faire
un feul regard les deftruéteurs de leur culte? Ce raifonnemeut 3 pour
périr paroit par fans réplique, & fi le Pere Gumilla répondoit
que le démon n'a point de puiffaifce contre les Chrétiens, il fe condamneroit par fa propre bouche, puifque la jeune fille étoit baptifée. J'aime
mieux penfer que les préjugés d'une mauvaife éducation, l'empéchoient
de faire ufage de fes connoiffances, que de lui imputer des fentimens
f contraires à la fainteté de la Religion. Il n'eft pas le feul à qui fon
confrere Delrio aye perfuadé ia fauffe réalité de fes hiftoires du fabat,
des lougarous, &c. Je reviens à l'imagination des femmcs, & aux effets
dont elle eft la caufe. Si le Pere Gumilla avoit là le Traité du Pere
Malebranche fur l'Imagination, il auroit pa nous rapporter des faits bien
plus merveilleux de T'impreffion que reçoivent lcs icetus dans le fein des
meres 3 fans cependant être mieux fondé à nous donner fon fiftême imaginaire, comme la véritable explication de l'origine de la couleur noire
de quelques peuples d'Afrique.
agination des femmcs, & aux effets
dont elle eft la caufe. Si le Pere Gumilla avoit là le Traité du Pere
Malebranche fur l'Imagination, il auroit pa nous rapporter des faits bien
plus merveilleux de T'impreffion que reçoivent lcs icetus dans le fein des
meres 3 fans cependant être mieux fondé à nous donner fon fiftême imaginaire, comme la véritable explication de l'origine de la couleur noire
de quelques peuples d'Afrique. Un peu de réfexion l'auroit rendu plus
refcrvé. Mais le Pere Malebranche étoit de T'Oratoire; il ne l'aura pas là. On remarque taut de varieté dans tous les pays du monde fur lcs caufes des envies, & de l'imagination des femmes groffes, & les effets cn
font i finguliers, fi extraordinaires, je pourrois dire, fi fréquens, qu'il
fembie que perfonne ne devroit plus douter de la vérité d'un fait aufli
public.
l'auroit rendu plus
refcrvé. Mais le Pere Malebranche étoit de T'Oratoire; il ne l'aura pas là. On remarque taut de varieté dans tous les pays du monde fur lcs caufes des envies, & de l'imagination des femmes groffes, & les effets cn
font i finguliers, fi extraordinaires, je pourrois dire, fi fréquens, qu'il
fembie que perfonne ne devroit plus douter de la vérité d'un fait aufli
public. Oui, l'imagination des meres peut & doit caufer des produations
monfirueufes; il ne s'enfitit pas de-là qu'elle puiffe être la caufe de
l'origine des Noirs. Ces productions monftrneufes prouvent le pouvoir
de limagination ; mais ne ie perpétuent point conftgmient dans la --- Page 289 ---
PAR M A RSEILL E.
même difformité; cependant Mr. Planque décide dans fa Bibliothéque GUINÉE.
de médecine 7 que c'eft une vieille opinion que l'imagination des meres des Négres.
influe fur le fruit qu'elles portent dans leur fein; ( c'eft du bel air de
penfer ainfi aujourd'hui). je ne vois pas pourquoi une expérience de
tous les tems, de tous les pays, & qui fe renouvelle prefque chaque
jour fous nos yeux, n'a pas eu la force de le diffitader d'un fentiment
fi particulier. Voici comment il raifonne : Toutes les femmes ont de l'imagination : (je pourrois lui demander l'explication de ce qu'ilveut dire,
j'aime mieux ne pas l'interrompre ); pendant les neuf mois de la grof
feffe il doit fe-préfenter mille objets capables de faire impreffion 5 d'ou
il fuivroit qu'il ne viendroit aucun enfant au monde qui fut exempt
des marques que cauferoit l'imagination. La conféquence ne me paroit
jufte, parce que toute imagination n'cft pas propre à produire de
E'e étranges effets, & que fur mille femmes groffes, ilfe trouvera quelquefois à peine une imagination aflez vive pour faire impreffion fur le
fatus, & produire les effets qui furprennent fi fort Mr. Planque : quand
nous ferions aufli farpris que lui, notre furprife ne nous paroitroit pas
un motif fuffifant pour nier ce que nous ne fçaurions autrement expliquer facilement :. ou pour l'attribuer à toute autre caufe que nous
connoîtrions encore moins que l'imagination. Le Pere Malebranche auroit
du faire quelque impreflion fir Mr. Planque $ qui aura de la peine à
perfuader quiconque aura examiné avec attention , & avec des yeux
Philofophés, la caufe & les effets de ces étranges accouchemens : les
raifons qu'il allégue pour accréditer fa nouvelle opinion 3 ou ne difent
rien, ou la détruifent; je dis fa nouvelle opinion, dont il n'eft pas cependant l'inventeur ; avant lui, Jacques Blondel, Médecin Anglois, a
fait une longue differtation pour prouver que l'imagination des femmes
enceintes ne peut point agir fur le foetus. Il croit avoir démontré fa
prétention par certaines hiftoires ridicules de quelques accouchemens finguliers attribués trop légèrement à Timagination des mercs. Le Pere
Malebranche y eft traité plus que cavalierement 3 mais les plaifanteries
ne fout
des raifons 3 & quoiqu'il femble à un Anglois qu'il lui eft
permis 2". tout penfer & de tout dire, il devoit avoir quelques égards
pour ce grand Philofophe. Qu'auroit dit ce Jacques Blondel contre Mr.
Schiavo ce Phyficien fi éclairé 3 & fi digne d'être propofé pour modéle
aux écrivains qui font obligés d'expliquer certains faits extraordinaires 3
Certainement Jacques Blondel l'auroit traité de vifionnaire; il ne mérite
cependant pas ce titre, fon difcernement & fa fcience font trop bien
connus. Voici comment il raconte la naiffance d'un monftre auffi hideux
qu'effrayant qu'il a vû lui-même : Il dit donc, qu'un Religieux nommé
Lantin 1 préfidant à une Retraite de Dames (qu'il appelle exercices
fpirituels ), pour mieux perfuader fon auditoire des tourmens de l'enfer, ft paroitre tout d'un coup l'horrible figure d'un damné; une jeune
Dame qui étoit groffe, fut fi vivement frappée de cette épouvantable
Llij
'un monftre auffi hideux
qu'effrayant qu'il a vû lui-même : Il dit donc, qu'un Religieux nommé
Lantin 1 préfidant à une Retraite de Dames (qu'il appelle exercices
fpirituels ), pour mieux perfuader fon auditoire des tourmens de l'enfer, ft paroitre tout d'un coup l'horrible figure d'un damné; une jeune
Dame qui étoit groffe, fut fi vivement frappée de cette épouvantable
Llij --- Page 290 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE. apparition qu'clle en devint prefque folle, & accoucha quelques mois
des Négres. après du monftre en queftion 1 & dont je ne fais point une plus ample
defcription, par ménagement pour mes Leéteurs, parmi lefquels fe pourroit trouver quelque jeune Dame, qui en feroit effrayée; car les' femmes d'anjourd'hui s'occupent volontiers de la lecture; je penfe même
qu'elles la préféreroient à l'étude d'une frivole parure fi les hommes
devenoient capables d'approuver cette préférance. Je le repete,je ne
penfe pas que Timagination des meres foit la feule caufe de toutes les
irrégularités qu'on remarque avec furprife dans les enfans de naiffance ;
mais tant de faits inconteftables démontrent la force de l'imagination
d'une mere fr fon foetus, que je ne puis comprendre pourquoi on
s'obftine aujourd'hui à ne vouloir plus penfer comme tous les Phyliciens
qui nous ont précédé. On fe contente de nous dire, cela n'eft pas 2 cela
ne peut pas étre; mais on ne difpute pas des faits, & puifque les faits
exiftent & qu'ils ne peuvent être expliqués qu'en reconnoillant.que l'imagination des meres en eft la caufe, je ne fais aucune difficulté de l'admettre; je prie nos nouveaux Phyficiens d'expliquer un phénomene que
les papiers publics annoncent comme véritable. On dit qu'une femme
de Buch près Verfailles, a l'iris divifé en douze parties, repréfentant
les heures d'un cadran en chifres romains ; qu'clle eft née avec cet
iris, & que fa vie n'en a jamais été alterée ; furquoi l'Auteur des
Afiches fait cette réflexion. attribuoit tant de merveilles, tant de force à
>) Dans le tems qu'on
>l'imagination des meres, ou des femmes enceintes, on auroit expliqué
>fans peine l'origine de ce cadran; il faut aujourd'hui chercher d'autres
>canfes, ou admirer en filence les jeux 1 les varietés de la nature. >
Qu'il me foit permis de lui demander quelle eft la néceffité qui nous
détermine à chercher d'autres caufes ? Nous ferons toujours obligés de
garder le filence fur les effets de l'imagination des meres, ainfi que fur
lesj jeux & les Varietés de la nature, puifque cette imagination n'eft autre
chofe que la nature 2 & que nous ne pourrons jamais expliquer en
fuppofant l'aétion de ladite imagination fur le fetus, tous les effets extraordinaires qui en font la fitite. Je fuis perfuadé qu'il ne prendra pas
cette remarque en mauvaife part. Je demande encore comment nos nouveanx Phyficiens expliqueront cet autre fait, que je copie fcrupuleufemnent de la lettre de Mr. Elliod à Mr. Pierre Collinfon, tirée du Gentlemans-Magarine. cJe fus appellé pour voir un enfant nouveau-né, qui
sà ce qu'on dit, étoit enflé; la tumeur fe; faifoit fentir en dehors du
>peritoine, 3 & s'étendoit fur tout l'abdomen; fa plus grande élévation
nétoit vers le milieu, & reffembloit au dos d'une tortue,, les parens
>croyoient que c'étoit une hydropifie. Je vis bien qu'ils fe trompoient 7
>mais je pris cette tumeur pour une fquirrhe: j'employai en conféquence &
pextérieurement & intérieurement les remédes convenables 5 les uns
>les autres furent fans fuccès : on foupçonna que ccla pouvoit bien
l'abdomen; fa plus grande élévation
nétoit vers le milieu, & reffembloit au dos d'une tortue,, les parens
>croyoient que c'étoit une hydropifie. Je vis bien qu'ils fe trompoient 7
>mais je pris cette tumeur pour une fquirrhe: j'employai en conféquence &
pextérieurement & intérieurement les remédes convenables 5 les uns
>les autres furent fans fuccès : on foupçonna que ccla pouvoit bien --- Page 291 ---
PAR MARSEILL E.
>être une marque qui provenoit de l'imagination de la mere pendant GUINÉE.
>qu'elle étoit groffe de cet enfant : en effet fon mari ayant apporté des Négresi
ochez lui une grande tortue pour la manger, il la renferma dans une
>chambre, où ily avoit un tas d'étoupes dans lequel elle s'étoit cawchée. La femme enceinte alla dans cet endroit pour y chercher une
>braffée d'étoupes 3 & prit en méme-tems la tortue fans le fçavoir:
>ayaut ferré ces étoupes contre le ventre , cet animal commença à fe
>débattre, ce qui effraya tellement cette femme, qu'elle laiffa tomber
>le tout à terre; elle fut vivement frappée en voyant la tortue 2 & iit
>cet cnfant au monde avec une marque au même endroit Qu cette
>tortue avoit appuyé contre le ventre de la mere: cette marqueavoit
>augmenté jufqu'à un certain point ; mais enfuite elle a diminué infen-
>fiblement, & à préfent que cette fille à1sà I6 ans , elle a totale-
>ment difparu. Journal Enciclopedique Novembre 1763 reg. 133.
La naifance des monftres, prouvera à jamais le dérangement & Ia
force dc l'imagination. Je ne crois pas cependant qu'elle feule opere
toutes les irrégularités que nous remarquons contre l'ordre de la nature
dans la reproduction des êtres, chacun fuivant fon efpéce. J'ai obfervé
plufieurs fois des fruits monftrueux dans la forme la couleur & le
gout. Combien de plantes & de fleurs font adinirées à caufe de leurs
irrégularités ? L'imagination certainement n'ya point de part. Une trop
grande abondance de fucs ) une végétation trop précipitée ou le manque
de quelques fels & de quelques fouphres, un air trop chaud, ou trop
froid, & cent autres caufes naturelles, doivent caufer néceffairement
ce qui nous furprend quelquefois fi fort. Les mémes caufes agiffent
dans le corps de Thomme & de Ia femme ; & fans qu'il foit befoin
de faire jouer l'imagination > une femme peut fort naturellement faire
1l11 enfant contre l'ordre conftant de la nature ; mais il ne s'enfiit pas
de-là que ces efpéces irrégulieres, puiffent fc perpétuer ; l'expérience
contredit une fi fauffe fuppofition. Une mere a une envie 5 l'enfant eft
marqué ; peut-étre l'imagination a caufé l'effet, pent-être auffi c'eft
une fuite d'une végétation particuliere. Quoiqu'il en foit 1 lcs cnfans
ainfi marqués, ne font point une autre efpéce d'hommes, leurs enfans
ne portent plus les mêmes marques. Si donc les Africaines avoient, par
la force de leur imagination 7 imprimé à leurs foetus la couleur noire,
ces enfans demeureroient Noirs; mais leurs enfans ne leur reffembleroient pas toujours, parce que la nature eft uniforme & conftante dans
fes opérations. Un cheval fera toujours cheval, & quand le monde dureroit cent mille ans , il fera' toujours cheval; parce que le germe d'un
cheval ne peut être changé dans le germe d'un autre animal. Je fçais
que les alliances monftrueufes produifent des monftres; mais je fçais
aufi que cesmonfres n'ont point de germes 9 & ne peuvent plus fe reproduire 3 fans quoi la confulion regneroit dans lunivers, 1 & chaque jour
verroit paroitre des cipéccs nouvelles, qui variant fans ceffe 3 feroicnt
, il fera' toujours cheval; parce que le germe d'un
cheval ne peut être changé dans le germe d'un autre animal. Je fçais
que les alliances monftrueufes produifent des monftres; mais je fçais
aufi que cesmonfres n'ont point de germes 9 & ne peuvent plus fe reproduire 3 fans quoi la confulion regneroit dans lunivers, 1 & chaque jour
verroit paroitre des cipéccs nouvelles, qui variant fans ceffe 3 feroicnt --- Page 292 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. perdre le fouvenir des efpéces primitives , & fembleroient plutôt l'ous
des
vrage du hazard 1 que T'exécution permanente de l'ordre du Créateur.
Négres. Chaque germe à fes propriétés particulieres. Sa forme eft conftante, , &
fa ftructure invariable. C'eft une vérité inconteftable qu'une efpéce ne
peut produire que la même efpéce. Dans ce fens les monftres ne font
donc pas des efpéces, puilqu'ils ne peuvent pas fe perpétuer: Il s'enfuit de ce principe, que Thomme,foit Noir ou Blanc, eft toujours la même
efpéce, puifque l'alliance de ces deux couleurs, n'empéche pas leur
reproduction. C'eft précifement la certitude que nous avons, que de quelque couleur que foient les hommes ils font de la même efpéce, qui
fait que nous ne pouvons pas concevoir pourquoi les uns font aujourd'hui conftamment Blancs, & les autres conftamment Noirs parce que
nous fommes certains également que l'efpéce n'eft autre chofe que la
fucceffion invariable d'individus femblables qui fe reproduifent. Ainfi
reffemblance qu'ayent deux animaux, fi leur alliance eft infructueufe, quelque ils ne font pas de la même efpéce, & quelque différence extérieure que nous y trouvions , s'ils fe renouvellent le germe eft le
même. Le grand nombre de claffes dans certaines efpéces, fert d'ornement à l'univers. Ce n'eft que par la fécondité 3 qu'on reconnoit que
toutes ces différentes claffes font de la même efpéce. La reffemblance
extérieure entre quelques individus, ne conftitue point l'identité des
il a les
comme je l'ai, déja dit, qui puiffent
efpéces 1 n'y que germes, la vertu de reprodudtion, que nous
les caractérifer 1 & ce n'eft que par
& un exales connoiffons. Mr. de Buffon 1 par une étude conftante, par
des
de la nature, cru avoir reuffi à découvrir
men profond opérations dans les caufes du renouvellement des individus. Il
quelques propriétés le fecret impénetrable de la reproduction des efa ellayé & d'expliquer cet effet il a publié le fyftême des molécules orpéces > pour
à
un invention admirable & un chefganiques, qui a paru quelques-uns Il n'eft
cependant l'inventeur de cet
d'ceuvre de la railon humaine.
pas
& fe
en
inconcevable fyftême, il n'a fait que le déveloper
l'approprier mais la fcienquelque maniere en le préfentant de nouveau au public;
ce de T'homme ne lui eft point donnée pour comprendre ce que le Créade tenir caché, & les plus grands Philofophes,
teur a jugé recherches à propos les
curieufes fur la régénération des êtres,
après les
conjeéture. plus Le défir & le travail de Mr. de Buffon
n'en parleront que par
feroient affurement bien louables, fi la cudans toutes fes recherches, franchir les bornes que la Divine Providence lui
riofité humaine pouvoit
a prefcrites. eftime
conferve pour Mr. de Buffon, & quelque
Quelque
que méritent je toutes fes recherches, je ne fçaurois apreconnoilfauce fon fiftême que des molecules; je le crois très-éloigné de la vérité;
prouver la génération des êtres chacun felon fon efpéce fera toujours un myf
fubtils.
de fiftémes inventés
tère impénétrable aux génies les plus
Que
aine pouvoit
a prefcrites. eftime
conferve pour Mr. de Buffon, & quelque
Quelque
que méritent je toutes fes recherches, je ne fçaurois apreconnoilfauce fon fiftême que des molecules; je le crois très-éloigné de la vérité;
prouver la génération des êtres chacun felon fon efpéce fera toujours un myf
fubtils.
de fiftémes inventés
tère impénétrable aux génies les plus
Que --- Page 293 ---
PAR MARSEILLE
pour dévoiler ce myfére dont la connoilfance importe peu à notre bon- GUINÉE.
heur 2 Que de fecrets dans la nature, qui demeureront toujours impé- des Negres.
nétrables à l'homme, & que Thomme ne fe laffera point de vouloir
découvrir 3 Je demande de quelle utilité pourroit être la découverte du
fecret de la génération des êtres 3 & à quoi aboutiroit une pareille connoiffance 2 Notre orgueil cherche à s'éblouir par de vaines recherches,
tandis que la plante la plus vile fuffiroit pour l'humilier. Nous voulons
connoitre la caufe de la génération, & notre foible raifon n'a pu encore découvrir, 3 comment fe fait l'accroillement des corps que nos yeux
peuvent examiner 3 car la connoiffance que nous avons de cette opération eft fi grolliere 1 qu'elle ne mérite pas véritablement le nom de connoillance. Nous n'avons befoin de connoître que ce qui peut nous rendrè meilleurs , ou nous être de quelque ufage ; le fecret de la génération a donné lieu à plufieurs fiftêmes. Siftême des animalcules & des
cufs, fiftéme des molecules, &c. Tous ces fiftémes ont ébloui pendant
un petit efpace de tems 3 & ont plurôt contenté l'imagination > que convaincu T'entendement; ; en effet, depuis l'invention de ces fiftémes, avonsnous acquis quelque certitude fur les prémieres opérations de la nature
dans le renouvellement des individus? Avouons franchement notre ignorance 3 cette fincèrité nous fera honncur. Nous avons beaucoup raifonné,
nous avous multiplié les écrits, 3 & le réfultat de toutes nos recherches
n'a abouti qu'à developer peut-étre un peu mieux que n'avoient fait nos
ancieus, le groflier méchanifme de la génération. Le principe demeure
toujours inconnu 3 le fiftême des molecules fuppofe ce qui eft en queftion; il renferme, à le bien examiner, encore plus de difficultés que
les autres fiftémes 1 qui tous s'écroulent d'eux-mémes par la naiffance
d'un feul mouftre. L'ancien fiftéme des formes plafiques que nous
méprifons comme rifible & inconcèvable 3 a fait place au fiftéme des
ceufs, & des animalcules découverts fià propos pour les feconder 8i lcs
vivifier; vient eufuite le fiftéme des molecules organiqucs renouvellé par
Mr. de Buffon ; car quoiqu'en difent nos Ecritains modernes, 9 ce fiftéme
eft d'invention angloife, & la preuve en eft confignée dans le livre publié fcus le titre de Traité de la Providence. Enfin le fifléme des germes
préexittans, frempli de dificultés accablantes, & çui cependant paroitroit, en fuivant les opérations du geure végétal 3 le plus conforme à
l'expérience & le plus fatisfaifant pour notre foible raifon. Il eft inconteftable que la race des hommes blancs, & la race des hommes noirs
ne font pas deux efpéces diffèrentes 7 puilque le fruit de leurs alliances
conferve la vertu reprodudriceje ne fçaurois trop repeter cette vérité
qui fait toute la difficulté de la queftion que j'examine. Oui, le principe de la génération me paroit au-deffius de toutes nos recherches; &
le fage ne fe flatera jamais de pénétrer dans ce fecret; cependant ccmme
la raifon nous a été donnée pour eu faire ufage fur ce qui fe manifefte
à nos yeux, & que la dincrencc de couleur chez les hommes qui nols
vertu reprodudriceje ne fçaurois trop repeter cette vérité
qui fait toute la difficulté de la queftion que j'examine. Oui, le principe de la génération me paroit au-deffius de toutes nos recherches; &
le fage ne fe flatera jamais de pénétrer dans ce fecret; cependant ccmme
la raifon nous a été donnée pour eu faire ufage fur ce qui fe manifefte
à nos yeux, & que la dincrencc de couleur chez les hommes qui nols --- Page 294 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. choque tant dans quelques régions 9 doit avoir eu un commencementi
des Négres. puifque nous fommes certains que tous les hommes qui exiftent dans
P'Univers de quelque couleur qu'ils foient, viennent de la même tige.
Il me paroit qu'il eft permis à l'homme de vouloir être inftruit pourquoi fes freres n'ont pas la même couleur que lui, & de conjecturer
ce qui lui femblera le plus approcher de la vérité. S'il ne peut pas
découvrir comment les prémiers noirs ont pi devenir tels, il pourra
du moins connoître la caufe de la couleur des autres hommes fuivant
les dégrès d'alliance des Blancs avec les Noirs, ou de ces' derniers avec
les prémiers. A ce fujet, un Botanifte me difoit : la variété des couleurs
qu'on remarque chez plufieurs peuples, n'eft-elle pas un effet de l'alliance
d'une Nation avec une autre 3 provenant de quelque mélange avec la
race des Noirs; c'eft une efpéce de greffe; il faudroit donc examiner
ce qui refulte de la greffe des plantes, 1 peutêtre que l'opération feroit
la même. Il me difoit donc , je puis faire quelques obfervations fur ce
que l'expérience m'a appris de la végétation de quelques arbres ; je ne
tire aucune conféquence, je raifonne feulement fans prétendre qu'on
doive conclurre que la mêmechofe doive arriver tant dans les hommes que
dans les plantes. Je vois qu'en greffant une branche d'abricotier ou de
prunier fur un amandier, le fruit qui en provient, foit abricot, foit
prune, n'a aucun rapport avec l'amande, quoique le fuc que les racines
pompent, & que la chaleur fait monter dans le tronc de l'amandier
dût différer de celui qui fert de nourriture à l'abricotier, & au prunier;
tandis que le fuc qui monte dans le tronc d'un prunier fur lequel on a
greffé une branche de pefcher participe à la qualité des deux arbres,
& communique au fruit qui en provient, les propriétés de la prune 7 &
de la pefche. Cette différence me furprend; ; car pourquoi le fuc qui
paffe de la branche de l'amandier 9 dans celles du prunier ou de l'abricotier, perd toutes les propriétés qui confituent le fruit du prémier
pour ne conferver que celles qui font propres à la branche qui a fervi
pour greffer, & que le"fic qui paffe de la branche du prunier dans
celle du pefcher, participe aux propriétés des deux arbres ? La fleur du
jafmia d'Arabic réunit l'odeur de la fleur' d'orange & du jafmin, & fa
forme eft un compofé des deux fleurs., quoique les feuilles de la
plante n'ayent rapport qu'aux feuilles de l'oranger; je ne doute pas que
ceux qui s'amufent du jardinage, & pratiquent la greffe ne remarquent
une graude variété dans les produétions du mélange de deux différentes
efpéces de fruit. Peut-être pourroit-on découvrir un jour quelle eft la
caufe qui fait qu'une plante greffée fur une autre plante , acquiert
plus ou moins des qualités de la plante fir laquelle elle a été greffée, &
par d'exaêtes obfervations on en tireroit quelque induction pour
que éclaircir comment quelques peuples ont ute couleur comme naturelle
foit par quelque alliance 2 foit par la qualité des fucs des plantes dont
ils fe feront nourris, foit par quelque maladie extraordinaire qui aura
caufc
pourroit-on découvrir un jour quelle eft la
caufe qui fait qu'une plante greffée fur une autre plante , acquiert
plus ou moins des qualités de la plante fir laquelle elle a été greffée, &
par d'exaêtes obfervations on en tireroit quelque induction pour
que éclaircir comment quelques peuples ont ute couleur comme naturelle
foit par quelque alliance 2 foit par la qualité des fucs des plantes dont
ils fe feront nourris, foit par quelque maladie extraordinaire qui aura
caufc --- Page 295 ---
P A R MARSEILLE.
emufé un changement fubit dans la maffe des fluides du corps, & y GUINÉE.
aura enfuite laiflé fubfifter l'humeur qui conftitue cette couleur ; fi on des Nigres.
parvient à découvrir que les fucs des alimens ou quelque maladie ont
pu influer à un pareil changement de couleur , l'origine des peuples
Noirs ne paroitra plus impoflibleà deviner. Cette variété eft encore
plus finguliere 1 ajouta-t-il, , dans le produit des animaux s'ily a mélange
de deux efpéces ; tantôt c'eft l'efpéce du mâle qui domine, & tantôt
c'eft l'efpéce de la femelle. Les Naturaliftes devroient examiner foigneufement laquelle des deux efpéces conferve plus de fes propriétés ; je
ne rapporterai qu'un exemple de ces fortes de mélanges 1 & je choifirai le mulet, qui eft un animal commun parmi nous. Perfonne n'ignore
que le mulet eft véritablement un monftre puifqu'il eft le produit de
I'alliance de deux efpéces; ce nom eft même devenu prefque général,
pour fignifier les produétions monftrueufes. Le mulet provient d'un âne
& d'une jument- : fon allure fa forme, fes iuclinations ( qu'on me paffe
ce terme ) & fes autres qualités tiennent plus du pere que de la mere ;
on obferve également que de l'alliance d'un cheval avec une âneffe,
il en provient aufli une efpéce de mulet bien différente de la prémiere.
Ces derniers mulets font petits, mais de tout le refte participent beaucoup plus aux qualités du cheval, que de l'âne i d'ou il femble qu'il
faudroit conclure que dans le mélange de deux efpéces, le mâle communique plus de ce qui le conftitue que la femelle; je fais cette obfervation qui peut devenir intéreffante pour former quelque nouvelle
conjeéture, non pas fr la caufe de la couleur des Noirs puifqu'il faudroit toujours établir que les mâles ou les femelles Noirs exiftoient
déja ; mais fur les autres peuples plus ou.moins bafanés, fuppofé
par l'examen qu'on pourra faire des alliances des Blancs avec les ReE
greffes , ou des Noirs avec les Blanches on reconnut que le mâle foit
Blanc ou Noir communique plus de ce qui lui cft propre que la fcmelle ; je
laiffe cette queftion à examiner aux Naturaliftes ; les loix femblent la décider en faveur des peres, 3 puifque dans tous les pays du monde elles fe
réuniffent pour leur accorder une plus grande autorité fir les enfans.
Ceux qui voudront connoitre plus particulierement tous les fyftémes
qu'une curiofité jufqu'ici vaine 1 pour ne pas dire déplacée, a*enfanté
pour découvrir le fecret de la génération des êtres 3 trouveront dans
l'ouvrage que Mr. Bonnet a publié fous le titre de confidérations fur
les corps organifés où on traite de leur origine, de leur dévelopement
de leur reproduction, &c. de quoi fe convaincre par les reveries, les
abfurdités & les extravagances qu'on a débitées à CC fujet, combien on cft
ençore éloigné de la vérité; cet ouvrage eft écrit avec fageffe 3 & doit
avoir couté un grand travail à fon Auteur par lcs recherches qu'il lui a
fallu faire pour expofer fidélement tant de fyftémes, qu'il refute trèsjudicieufement ; il a été imprimé à Amfterdam en 1762 en deux vol.
in-8°. chez Marc-Michel Rey.
Tom. II.
M m
ances qu'on a débitées à CC fujet, combien on cft
ençore éloigné de la vérité; cet ouvrage eft écrit avec fageffe 3 & doit
avoir couté un grand travail à fon Auteur par lcs recherches qu'il lui a
fallu faire pour expofer fidélement tant de fyftémes, qu'il refute trèsjudicieufement ; il a été imprimé à Amfterdam en 1762 en deux vol.
in-8°. chez Marc-Michel Rey.
Tom. II.
M m --- Page 296 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
II eft ridicule de vouloir décider de ce qu'on ne connoit point; le
des Negres. fage admire les ouvrages du Seigneur; mais fon admiration & fa reconnoilfance ne dépendent pas de l'examen qu'il en fait." Il fçait que
le Créateur dans la formation de l'univers a créé tout ce qui exifte
& que les générations qui fe fuccederont les unes aux autres ne font
qu'un dévelopement des prémiers germes; il philofophera fur la maniere dont ce dévelopement fe fait, & fur les variétés que le concours
de différentes caufes operera; mais il ne perdra pas fon tems dans la
recherche auffi vaine qu'imutile, pour découvrir comment ce germe qui
eft invifible à fes yeux, ( car s'il ya des germes apparens, les autres
germes renfermés dans ceux là font invifibles ) peut contenir d'autres
germes à l'infini ; il cefleroit dès-lors d'être fage. Il adorera la puiffance
de Dieu qui a fait de fi grandes merveilles 3 & qui eft infiniment
grand dans tout ce qu'il a fait, 8t gardera un filence refpectueux. hazard Que
l'impie reconnoiffe fa folie lorfqu'il feint d'attribuer à un aveugle
ce que l'intelligence de tous les hommes réunis enfemble ne peut pas
même comprendre.
L'alliance des Blancs avec les Noirs, & des Noirs avec les Blancs, 2
produit des individus femblables, à la couleur près. Donc les germes
font analogues & conftituent la même efpéce malgré la différence des
couleurs. Le barbet & le levrier ont moins de reffemblance entr'eux, 9
qu'il n'en paroit entre le cheval & Tàne. Les prémiers cependant 1 ne
font qu'une même efpéce, puifqu'ils produifent enfemble des individus
peuvent eux-mêmes en produire d'autres, au lieu que le cheval &
REJ font certainement de différentes efpéces, dont la reffemblance n'eft
qu'exterieure , puifqu'ils ne produifent enfemble que des individus viciés
& inféconds 7 & par conféquent monftrueux. Je conclus de ce raifonnement, que fi nous ne fçavions de toute certitude qu'il n'y a cu de qu'un diffeul homme de créé pour peupler. l'univers, ,iln'y auroit point
fculté à expliquer la noirceur des Negres , en fuppofant que Dieu,
voulant varier l'efpéce humaine, créa un homme Blanc & un homme
Noir, comme il créa un barbet & un levrier de la même efpéce ; mais
cette fippolition étant notoirement fauffe > (elle plairoit beaucoup à
Mr. de Volraire ) la difficulté de trouver la caufe de T'origine des Noirs,
& dans quel tems les hommes ont commencé à devenir negres, refte
dans fon entier.
L'imagination des femmes, au moment de la conception ou pendant
la grofifelle 2 quoique la caufe de grandes difformités dans la naiffance
des enfans , me paroit infuffifante, 3 pour refoudre la préfente queftion ;
& les exemples qu'on allégue pour établir la vérité de ce fentiment, 7
ne prouvent rien. Les monftres, enfans d'une imagination déréglée > ne
font point particuliers à l'efpéce humaine. Toutes les efpéces des anileurs
monftrueufes, & les
fans le femaux,
végetaux,
3 de ont
produdtions ont aufli des monftres : mais toutes ces pro:
cours l'imagination,
la préfente queftion ;
& les exemples qu'on allégue pour établir la vérité de ce fentiment, 7
ne prouvent rien. Les monftres, enfans d'une imagination déréglée > ne
font point particuliers à l'efpéce humaine. Toutes les efpéces des anileurs
monftrueufes, & les
fans le femaux,
végetaux,
3 de ont
produdtions ont aufli des monftres : mais toutes ces pro:
cours l'imagination, --- Page 297 ---
PAI R MARS EILLE.
dudtions irrégulieres, ne font que momentanées ; elles s'éclipfent fans GINfE.
fe perpétuer, parce que la vertu de fécondité, qui fetle peut repro- des Négresduire les efpéces, n'a été donnée que pour les reproduire telles qu'elles
ont été créées. En accordant donc que T'imagination des femmes ait été
la caufe de la noirceur de quelques Négres, , il ne s'enfuivroit pas que
cette couleur puiffe fe perpétuer & fe tranfimettre fans variation dans
tous les climats du monde. L'imagination des femmes 1 eft aufi vive
aujourd'hui qu'elle étoit autrefois. La différence de l'imagination de celles du Nord ou du Midy , eft peu fenfible. Pourquoi donc n'arriveroitil plus de changement dans la couleur ) femblable à celuiqu'on fuppofe
avoir pris naiflance en Afrique ? Les femmes Caraibes n'étoient OCcupées qu'à rocouer leurs maris, & toute leur ambition fe bornoit*à
réuflir pour rendre leurs corps parfaitement rouges. La même caufe
auroit dû produire le même effet, & le foetus d'une femme Caraibe
auroit dû recevoir la nêmne impreflion qui avoit métamorphofé en Ethyopie le blanc en noir. Les Indiens fe noirciffent le corps & fe peignent
de diverfes couleurs i les enfans cependant ne portent point toutes ces
marques en naiffant, & fi l'art ne perpétuoit une couleur inventéc par
des motifs de fanté & de commodité, tous les habitans de IInde conferveroient la couleur naturelle à tous les hommes. Je conviens, fi l'on
veut, pour éviter toute difpute, que par la fcule force de l'imagination
quelque Caraibe ou quelque Indienne pourra accoucher d'un enfant de
la couleur qui l'affeéte fi puilfamment. La rareté du fait, & le rétabliffement de la couleur primitive dans le renouvellement de T'efpéce, - tout
prouve contre le Pere Gumilla. Mais pourquoi chercher dans des pays
éloignés ce que notre propre expérience nous fait connoitre 2 Les femmes Européennes, 3 les Françoifes fur tout, ne manquent pas d'imagination. Les exemples que le Pere Malebranche & Mr. Schiavo rapportent, démontrent les effets funeftes dont elle eft quelquefois la caufe;
& quand ccs Philofophes n'en auroient pas parlé, il n'y a point de
ville qui n'en fourniffe annuellement quelque preuve convaincante.
L'imprellion de l'imagination de la mere fiur fon foetus 1 n'a point
encore opéré de changement de couleur 1 & quelque paflionnée qu'une
mere ait été pour la parure 3 O1l ne voit point naître des enfans frifés,
mouchetés & fardés. Si l'imagination produifoit naturellement de fi bizarres effets 7 les modes les plus ridicales fe perpétueroient, & les
parures les plus grotefques de l'antiquité ne feroient plus un fujet de
difpute pour nos Sçavans. Combien de Dames folles d'un petit chien
ou d'un chat , fans que leurs enfans s'approprient la conleur de ces
animaux chéris. Si la couleur devoit affeéter régulierement, les meres
Chinoifes ne feroient que des enfans jaunes. Chaque peuple à une couleur favorite qui excite la joie, & une couleur pour marquer la trif
teffe. Nous avous choifi le noir pour exprimer P'affliétion & le denil;
les Chinois 5 les Japonois & les Tartares lc font fervir dans leurs re,
Mmij
, fans que leurs enfans s'approprient la conleur de ces
animaux chéris. Si la couleur devoit affeéter régulierement, les meres
Chinoifes ne feroient que des enfans jaunes. Chaque peuple à une couleur favorite qui excite la joie, & une couleur pour marquer la trif
teffe. Nous avous choifi le noir pour exprimer P'affliétion & le denil;
les Chinois 5 les Japonois & les Tartares lc font fervir dans leurs re,
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C OMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. jouiffances, & le blanc qui marque chez nous la joye, eft employé
des Négres. dans leur deuil"Le jaune fi refpectéà la Chine 7 fert de deuil au Pegu, *
& lc bleu que nous trouvons rejouiffant, eft le figne de l'affliétion dans
le Royaume de Maroc. Cette bizarrerie dans le choix des couleurs
doit avoir quelque caufe naturelle 9 dont la recherche eft étrangere à
mon fujet. La conféquence que j'en tire eft que les femmes patlionnées pour la couleur particuliere à leur Nation 3 devroient l'imprimer
à leurs foetus > fi les Ethyopiennes, charmées de la couleur noire 3 ont
pu par la force de limagination Ia tranimettre à leurs enfans. Je le
repete : le germe de chaque individu, ne peut produire qu'un individu
femblable 1 & fi quelquefois une caufe accidentelle paroît influer à changer fa forme extéricure 3 la caufe ôtée 1 l'effet ne fubfiftera plus. Si
donc l'inagination avoit pu faire des Négres leur noirceur auroit péri
avec eux, fans fe communiquer à leurs defcendans, ) parce que le
germe qui confitue l'efpéce de T'homme n'à point été créé pour être
de la couleur noire. C'eft ainfi que nous voyons tous les jours des meres boiteufes 9 borgnes, manchotes, &c. faire des enfans qui n'ont aucune de ces imperfeétions. 3 & que nous voyons des meres brunes, 3
enfanter des bionds, & des meres blondes avoir des enfans bruns.
Le blond & le brun 3 étant des nuances ajoutées accidentellement à la
couleur naturelle de l'homme, 3 s'effacent par d'autres caufes accidentelles, , n'y ayant que la couleur inhérente au germe de chaque individu qui puiffe fc perpétuer. Ce n'eft donc point dans l'imagination des
femmes qu'il faut chercher l'origine de la couleur des Négres 1 puif
que les effets de cette imagination fiuppofée , n'ont point une fucceflion
conftante * & que les individus d'une même efpéce reprenent leur
forme naturelle en fe renouvellant. Je ne crois pas non plus que la phifionomie finguliere de certains peuples les gros nés, les larges fronts, les
longues orcilles, les petits yeux, 1 8ec. puiffent être plutôt imputés à l'imagination des femmes, que les Gouetres qui défigurent les habitans des
Alpes & des Pyrenées, & on ne me perfuadera jamais, 7. que les imaginations de toutes les femmes d'un vafte Royaume 1 feréuniffent pour
défirer la même chofe & l'imprimer regulicrement à tous leurs fetus.
Il ne faudroit point connoitre les opérations humaines 9 pour frppofer
une unanimité fi merveilleufe & fi contraire à T'expérience de tous les
fiécles & de tous lcs pays. Les femmes Samoyedes & Lapones, ne dif
férent foit par la couleur foit par la figure, des autres femmes Européennes , que par une particularité affez curieufe. F.lles ont toutes le bout
des mammelles, mammelons ) noir comme du charbon. Cette noirceur
ne commence à paroitre, que lorfque la gorge fe forme, & pour lors
elle ne s'efface plus. Il faut que l'imagination de toutes ces femmes,
fans en excepter une 7 foit bien décidée pour les mammclons noirs , fi
le Pere Gumilla s'obitine à vouloir que cette fingularité ne puiffe avoir
d'autre canfe. La preuve que le climat, Tair, les çaux & les alimens
des mammelles, mammelons ) noir comme du charbon. Cette noirceur
ne commence à paroitre, que lorfque la gorge fe forme, & pour lors
elle ne s'efface plus. Il faut que l'imagination de toutes ces femmes,
fans en excepter une 7 foit bien décidée pour les mammclons noirs , fi
le Pere Gumilla s'obitine à vouloir que cette fingularité ne puiffe avoir
d'autre canfe. La preuve que le climat, Tair, les çaux & les alimens --- Page 299 ---
P A R MARSEILLE
fuffifent pour opérer cette noirceur, eft que les filles des Samoyedes GUINÉE:
& des Lapones élevées dans un autre clinat en font exemptes. Ifaac des Négres
Voflius 3 & après lui le Pere Gumilla, fe font donc trompés en attribuant la petiteffe des yeux Chinois à T'imagination des femmes de la
Chine 5 elles ne font pas moins paflionnées pour les petits pieds. Que
de tortures épargnées aux vidtimes d'une mode ridicule & capricieufe,
fi l'imagination des femmes avoit le pouvoir de jouer le 1ôle qu'on lui
attribue fi gratuitement. Si les petits yeux fi conftamment petits à la
fi
femblables dans les
Chine, 3 & les Gouetres regulicrement
Alpes
avoient été une fouftraétion ou une addition à la forme de l'efpéce humaine, Tun & l'autre fe perpétueroient, dans quelques pays que les
Chinoifes & les Alpinoifes fe tranfplantatfent; or nous fçavons & nous
le voyons, que les femmes des Alpes qui vivent parmi nous, ne tranfmettent plus leurs gouêtres à leurs eufans ) d'oii je conclus que fi les
Chinoifes habitoient un autre pays que la Chine , les yeux de leurs
enfans deviendroient aufli gfands que ceux des autres homines. Ilya
du ridicule à prétendre que les diverfes modifications dont la forme
humaine eft fufceptible, & qui font particulieres à quelques contrées,
doivent être imputées à l'imagination des femmes, tandis que nous ne
pouvons ignorer la caufe phyfique de quelques-unes. J'aimerois autant
admettre une imagination dans les fruits & dans les plantes, pour expliquer la diverfité que nous remarquons dans les mêmnes efpéces, foit
pour la figure, foit pour le goût, foit pour la groffeur 3 fuivant le climat, le Tol & l'expofition. Il eft vifible que les animaux & les végetaux, recevaut leur accroiffement, les prémiers des fucs des plantes >
& les derniers des alimens 1 & que ces fucs n'étant pas les mêmes ni
en égale quantité dans les plantes & dans les alimens, le manque ou
l'abondance de certains fels ou de certains fouphres analogues à former
un fruit ou à nourrir le corps humain 3 cauferont néceffairement une
végétation différente dans leurs parties. Notrei ignorance dans les opérations de la nature > doit nous faire proceder du connu à T'inconnu.
Nous n'avons eucere pu découvrir la caufe efficiente de la digeftion &
del la féparation des fics dans T'eftomach desanimaux.Noust n'en parlons que
parl les effets, & ce n'eft que parles effets que nous pouvons faire des conjectures fur lcs caufes. Nous iguorons çomment les fucs de la terre forment un
fruit; comm ent ils agiffent pour lui donner telle configuration & tel goût; ;
mais nous fçavons quelles terres & quelles expofitionslsifont favorables ou
nuifibles, & qu'en approchant certains fels & certains fouphres des racines de la plante, le fruit devient plus gros & meilleur. De-là nous
coacluons avec raifon, que les fels & les fouphres que nous avons employés, entrent dans la compofition dudit fruit. Si nous cosnoiflions également les efprits vitaux analogues à la nourriture de chaque partie du
corps humain, & que nous connûffions vérizablement dans quels fucs
rélident leidits efprits vitaux, nous pourrions pour lors expliquer claire:
res des racines de la plante, le fruit devient plus gros & meilleur. De-là nous
coacluons avec raifon, que les fels & les fouphres que nous avons employés, entrent dans la compofition dudit fruit. Si nous cosnoiflions également les efprits vitaux analogues à la nourriture de chaque partie du
corps humain, & que nous connûffions vérizablement dans quels fucs
rélident leidits efprits vitaux, nous pourrions pour lors expliquer claire: --- Page 300 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. ment pourquoi les Chinois ont les yeux petits. Je ferois curieux de voir
des Négres. (je n'en doute pas, mais je fouhaiterois en avoir la confirmation ) fi des
Européennes quia accoucheroient à la Chine, ne fairoiert point des enfans
reffemblans à ceux des Chinois 3 comme nous voyons les étrangers établis dans les Alpes, faire non-feulement des enfans. fujets au gouetre
mais encore n'en être pas exempts cux - mémes après un long féjour
dans le pays. On ne peut point attribuer à l'imagination de la mere cette
tumeur qui furvient à un homme fait ; auffi en attribue-t-on la caufe
à la qualité de l'cau naturellement froide , n'étant que de la neige fondue, & qui épaiffit les fucs limphatiques. Il n'importe pas d'examiner
ici l'origine de cette endemie ; il fuffit de tirer la conféquence que fi
les gouètres ne font pas l'cffet de l'imagination des femmes, les petits
yeux, les longs nez, &c. doivent avoir leur caufe dans l'ufage des alimens & des boiffons; du moins c'eft la feule raifon vraifemblable qu'on
en puiffe donner. Je ne nierai pas cependant que quelques petits yeux
& quelques gouetres des mieux conditiounés ne puiffent être l'effet de
quelque imagination déréglée, la chofe eft très-poffible 3 & après avoir
vû naître un enfant avec une initre de chair fir la téte, parce que la
mere avoit admiré avec trop d'attention le portrait d'un St. Evêque
mitré, iln'y a point de difficulté à adinettre quèlques exemples de petits
yeux, de gros nez, de gouëtres > &c; mais toutes ces irrégularités ne
feroient que paffageres, fans fe perpétuer. Les efpéces des individus reprendroient leur prémiere forme, à moins que quelque caufe phyfique n'y
apportât obftacle. Jc dirai encore un mot du pouvoir que le Pere Gumilla reconnoit dans l'imagination des femmes , & que notre propre
expérience contredit formellement. Combien parmi nous de tendres
meres paffionnées pour allaiter leurs enfans ? La nature leur a danné
les mémes organes qu'à toutes les meres nourrices ; elles ont une forte
envie de plus que bien d'autres. Le laît ne leur vient -pas pour cela
& fouvent leur fein ne reçoit pas même les marques qui font la fuite
ordinaire de T'accouchement. Si l'imagination avoit un fi grand empire
pour changer la forme naturelle des efpéces 2 à plus forte raifon pourroit-elle feconder les opérations naturelles à chaque individu. Le contraire arrive cependant ; d'oi il faut conclurre que le pouvoir eft imaginaire, & qu'il faut chercher la capfe de toutes les irrégularités dont
Jai parlé, dans les fucs nourifliers, dans les fels & les fouphres qui
abondent ou qui manquent, & dans la confguration des glandes qui
fervent à filtrer les efprits vitaux, qui font néceffaires à l'accroiffement
des parties qui compofent le corps humain.
* Je me fitis peut-être trop étendu dans la refutation du fentiment du
Pere Gumilla. Je n'ai cependant pas tout dit ; il faudroit pour traiter cette
queftion à fonds, faire connoitre ce que c'eft, & ce qu'on entend par
imagination, les caufes & la maniere dont ces caufes agiffent pour former cette imagination . & les effets de fes opérations. Tont ccla mc-
à l'accroiffement
des parties qui compofent le corps humain.
* Je me fitis peut-être trop étendu dans la refutation du fentiment du
Pere Gumilla. Je n'ai cependant pas tout dit ; il faudroit pour traiter cette
queftion à fonds, faire connoitre ce que c'eft, & ce qu'on entend par
imagination, les caufes & la maniere dont ces caufes agiffent pour former cette imagination . & les effets de fes opérations. Tont ccla mc- --- Page 301 ---
PA R M A R S E II LLE.
neroit trop loin. Je penfe cependant que mes Le@teurs feront fatisfaits GUINÉE:
du peu que j'ai dit, & qu'ils feront convaincus que l'imagination n'eft des Negres.
point la caufe originelle de la couleur des Négres. Je prévois qu'on
ne manquera pas de me demander d'ou je veux donc que vienne cette
noirceur 1 dès que tous les fiftêmes inventés pour en expliquer l'origine, , me paroiffent infuffifans ; car enfin, felon moi, le prémier homme a été créé Blanc ) & tous les individus de la même efpéce doivent
lui reffembler 1 par conféquent la race des Noirs fera une exception à
la regle générale, & cette exception a commencé quelque part. Quelles
peuvent donc être les caufes d'une fi étrange métamorphole, dont le
renouvellement durera, fuivant toutes les apparences 1 autant que le
monde 2 J'avoue de bonne foi que quoique je ne puiffe approuver aucun des fiftémes que je viens de rapporter 1 je n'ai pas la préfomption
de vouloir décider une queftion que je regarde au-deffus de mes forces. L'aveu de mon ignorance 1 prouve ma fincérité. Je n'ai pas des
connoiffances afez vaftes , pour découvrir encore la vérité; mais j'ai eu
aflez de lumiere pour ne pas prendre le change, &je préfére de laiffer
Ia queftion indécife 3 plutôt que de foufcrire & d'applaudir à de faux
raifonnemens, fondés fur, des apparences trompeufes. J'ai promis de
laiffer mes Lecteurs libres; je leur tiens parole 1 & pour les mettre
à même de porter un jugement 1 s'ils ne veulent point demeurer indécis, je ferai quelques obfervations générales fur la couleur des Négres,, fur leurs alliances avec des Blancs, & fur quelques mélanges des
prémieres couleurs ; ce qui me donnera occafion de parler de quelques
nouveaux fiftêmes, & de celui imprimé dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences (1702).
OBSERVATIO N - S
Sur la couleur des Négres.
P R E M I E R E M E N T.
En parlant de la couleur de T'homme, j'ai dit que la blanche lui
étoit naturelle, 8 que la noire n'étoit qu'accidentelle. J'ai employé les
termes de couleurs 1 pour me faire entendre, & il n'eft pas pofible
de s'exprimer autrement 3 parce qu'il ne s'agit pas de décider fi le blanc
& le noir font de véritables couleurs 3 mais de faire connoitre la perception des corps blancs ou noirs, occalionnée par la fenfation que la
vue communique à l'ame. Les Philofophes ne conviennent point encore
de la nature des couleurs, & quoique le célébre Newton 7 par les plus
heureufes expériences, 1 paroiffe être parvenu à féparer les rayons de la
lumiere & à les manier 3 pour ainfi dire > un à,un > pour en mieux
le noir font de véritables couleurs 3 mais de faire connoitre la perception des corps blancs ou noirs, occalionnée par la fenfation que la
vue communique à l'ame. Les Philofophes ne conviennent point encore
de la nature des couleurs, & quoique le célébre Newton 7 par les plus
heureufes expériences, 1 paroiffe être parvenu à féparer les rayons de la
lumiere & à les manier 3 pour ainfi dire > un à,un > pour en mieux --- Page 302 ---
COMMERCE DE.LAMERIQUE
GUINÉE. examiner toutes les' propriétés ,.0n ne peut pas affurer cependant qu'il
des Négres. aye pleinement contenté notre curiofité. Les prifimes dont il a fait ufage,
font d'une matiere fi groffiere 3 relativement à celle de la lumiere,
que la refrangibilité des rayons, traverfant les pores du verre peut
nous induire à erreur. C'eft toujours beaucoup, dans une queftion fi
difficile 1 d'avoir établi un fiftême dont l'expérience femble confirmer
la verité, & quand Newton n'auroit pas fait d'autres découvertes dans
l'étude de la nature, il mériteroit toujours nos éloges, & notre reconnoiffance. Je n'examine point ici phyfiquement les propriétés des
rayous de la lumiere, ni fi les couleurs n'exiftent que dans les perceptions dc notre ame. Je n'ai en vue que. les corps colorés, & Timpref
fion couftante qu'ils font fur nos yeux ; en effet, peu nous importe de
fçavoir fi la couleur refide dans les corps ou dans notre ame 1 dès que
nous convenons unaniment que. tel ou tel corps paroit fans variation à
tous lesyeux des hommes répandus dans P'univers, de telle ou telle couleur
& que telle ou telle couleur 1 mélées enfemble, dounent une autre des
couleur dont la fenfation eft reconnue par-tout la même. La couleur
Négres me paroit noire, & tous les peuples de la terre la voyent comme
moi, ou du moins s'accordent à T'appeller noire ; car de quelque maniere
que les feus foient affectés, en voyant des Négres, & quoique peutêtre tous les yeux n'apperçoivent pas un même objet de la même maniere , il fuffit que leur vifion foit toujours la méme & que tous les
hommes foient d'accord , & fe faffent comprendre dans l'idée qu'ils
ont d'un corps coloré d'une façon quelconque. Je ne veux difputer avec
perfonne. Je conviendrai que le blanc, eft la réunion de toutes les couleurs, & que fi toutes Ics couleurs primitives font par égales parties,
le blanc fera parfait, & qu'il déclinera vers l'une des fept principales
à celle fera en plus
quantité.
couleurs 3 proportionnellemient
qui
grande
de
Je conviendrai aufli que le noir n'eft autre chofe que la privation
toutes les couleurs 3 & que fi le vuide pouvoit avoir quelque propriété, le blanc
le noir lui feroit effentiel. On peut conclure. de mon aveu, 1 que
eftla couleur univerfelle 1 puifqu'illes renferme toutes ; mais que le noir
parfait, n'eft point véritablement une couleur, puifqu'il les exclud toutes, & que fi quelqu'une entroit dans fa compolition, il cefferoit d'être
noir. Je ne difcontinuerai point cependant de T'appeller couleur noire,
parce que je ne parle que pour être entendu 1 & que je ferois trèsembarralle à caraétérifer la couleur des Négres, fij'étois obligé de ne
point la nommer couleur noire. D'ailleurs quoique le noir foit réellement la privation des couleurs primitives, originaires & fimples, je le
trouve qu'il fert à former dés couleurs compolées, 3 par exemple,
beau gris n'eft que le blanc & le noir mélés enfemble. Ainfi quoique
les Phyliciens puiffent me blâmer de parler improprement, je ne changerai pas de langage.
SECONDEMENT.
couleur des Négres, fij'étois obligé de ne
point la nommer couleur noire. D'ailleurs quoique le noir foit réellement la privation des couleurs primitives, originaires & fimples, je le
trouve qu'il fert à former dés couleurs compolées, 3 par exemple,
beau gris n'eft que le blanc & le noir mélés enfemble. Ainfi quoique
les Phyliciens puiffent me blâmer de parler improprement, je ne changerai pas de langage.
SECONDEMENT. --- Page 303 ---
PAR MARSEILLE,
28r
GUINÉE.
SECONDEMENT.
des Nigres.
Tous les corps font compofés d'une quantité indéfinie de parties 3 &
la plus petite de ces parties, peut fe divifer à l'infiui. Ma raifon le
conçoit, & quoique la chofe foit impraticable matériellemeut 2 Lelle n'eft
pas moins vraie : parce que la divifion ne fçauroit anéantir la partie
divifée, & que Tanéantiflement & la création, exigeut la même puiffance. Toutes ces parties font poreufes ou perfillées, & peuvent admettre d'autres parties encore plus petites 1 & ces dernieres encore
d'autres, &c. Ma conception ne trouve point de repugnance à le croire 3
dès qu'il eft démontré que toute matiere eft divifible à l'infini. Ce principe pofé, il n'y a point de corps dans la nature parfaitement dur, &
je ne conçois pas de quelle utilité il pourroit être, toutes les créatures
devant fe perpétuer ou fervir au renouvellement les unes des autres
par la fermentation dont elles fout fufceptibles. Les Phyficiens difputent
eutr'eux fur la configuration defdites parties; ils compofent certains corps
de parties longues, pointues 2 rondes 3 crochues, &c. fuivant qu'ils les
eftiment plus convenables au fiftême qu'ils ont adopté. Newton prétend
que toutes les parties qui compofent les corps, ne font que de petites
lames , adaptées à d'autres petites lames > qui fuivant leur configuration & leur porofité, reflechiffent ou abforbent les rayons de lumiere
dans lefquels réfident les fept couleurs primitives; d'oi il fuit que tout
corps quelconque dont les' petites lames reflechiront toutes les
couleurs; fera blanc, & s'il ne reflechit que les rayons rouges du foleil,
il doit paroitre rouge 3 8xc. & s'il abforbe les rayons de toutes les
couleurs, il fera noir. Si donc les petites lames de tout corps quelconque, par une fermentation intérieure 2 changent de configuration, 3
leur couleur changera ainfi ) & voilà pourquoi certains fruits commencent par être blancs, verts , gris 2 &c. & deviennent enfuite jaunes 1
rouges , noirs, &xc. Les rayous'des couleurs n'ont pas changé de nature;
mais leur reflexion ne trouvant point le même arrangement dans lefd.
lamcs, caufe cette variété. Je m'apperçois que je philofophe un peu
zrop. Je m'arrête de peur de manquer de parole. Je m'en tiens à ce
que nous voyons de nos yeux 3 & que T'ufage de tous les tems & de
tous les pays, reconnoit dans les opérations continuelles du renouvellement de tous les corps, & que des expériences fenfibles, ont regulierement manifefté & manifefteront jufqu'à la confommation des fiécles.
Le pepin d'une pomme fait un pommier qui produit des pommes de
T'efpéce du pepin enfemencé. Je connois par expérience cette vérité 3
&je m'embarraffe fort peu de fçavoir la forme & la marche des fics
qui ont fervi à faire grofir le pommier & à nourrir fes fruits. Cequ'il
m'importeroit de fçavoir 3 feroit de connoître quelle eft la qualité des
fels néceffaires pour changer un fruit blanc en noir. Quand je dis qu'ij
Tom. II.
Nn
'efpéce du pepin enfemencé. Je connois par expérience cette vérité 3
&je m'embarraffe fort peu de fçavoir la forme & la marche des fics
qui ont fervi à faire grofir le pommier & à nourrir fes fruits. Cequ'il
m'importeroit de fçavoir 3 feroit de connoître quelle eft la qualité des
fels néceffaires pour changer un fruit blanc en noir. Quand je dis qu'ij
Tom. II.
Nn --- Page 304 ---
28z
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. pisponesis,fispenae eft petite ; mais ma curiofité feroit plus fatisdes Négres. faite.
TROISIEM: E M E N T.
Tous les hommes naiffent blancs 3 c'elt-à-dire, de cette efpéce de
blanc que nous appellons couleur de chair animée 1 -& que nous fommes convenus de nommer blanche 7 pour la diftinguer de la couleur
noire ou bafanée bien différente de la couleur fade des Albinois, &
de celle de la neige, qui toute feule fans mélange d'aucune autre couleur, ne feroit pas fort attrayante. Cette couleur de chair, eft toujours mélée de rouge au moment de la naiffance des enfans, quand
l'accouchement eft naturel. Les Négres, les Indiens, les Bafanés, &c.
tous naiffent de la méme couleur, & ce n'eft que vers le huitieme jour,
que les enfans des Négres changent de couleur. Leur peau commence
par brunir, & devient enfin noire. Il y a cependant au momeit de la
naiffance des enfans une marque certaine pour décider fi l'enfant fera
Noir ou Blanc. Nos Sages-femmes à Tinfpedtion d'un enfant de naiffance, décident furement s'il fera Blond ou Brun; ici la régle eft infaillible. Les Négrillons, nouveaux nés, reffemblent en tout aux Blancs
à l'exception d'un filet noir qui borde l'extrêmité des ongles, 3 & d'une
petite tâche. ou quelquefois dans certains pays, d'une couleur foncée
qui ne paroit qu'aux partics naturelles. Cette derniere marque eft équivoque, fe trouvant quelquefois aux Blancs, & manquant quelquefois
aux Noirs; je n'entends parler que de la couleur obfcure; car Ia tâche
noire. & le cercle noir inherent à tous les ongles, font un figne infaillible que l'enfant fera Noir, & Jes peres Négres qui fufpeétent la fidélité de leurs femies , n'ont pas befoin d'autres preuves pour abandonner les enfans, comme ne leur appartenant pas, dès qu'il naiffent fans
cette marque noire. Si la Négreffe s'eft alliée avec um Blanc, T'enfant
qui en provient fera mixte, que nous appellons Mulatre, & les ongles,
au lieu du filet noir, font d'un rouge pâle. C'eft ici où Téloquence du
Pere Gumilla feroit bien employée, pour convaincre ces Négres obftinés à condamner leur fidéles époufes, qui frappées pendant leur grof
feile de la couleur de quelque Blanc, 2 l'ont imprimée, fans le fçavoir,
à leur foetus encore tendre, 8 que leur imagination fait tort à leur
vertu. Cette phylique n'eft point du goût des Negres; ils ont l'expérience
confante du renouvellement de chaque individu dans la même forme
& daus la méme couleur > 8 les plus beaux raifonnemens ne les per:
fuaderont pas que ce qu'ils voyent de leurs yeux, & que leurs peres ont
vu comme eux 7 puille changer par d'autres caufes que par celles natureliement établics pour opérer ces changemens. Ils voyent qu'un Blanc
fait un Blanc, & uu Noir fon femblable 5 que de l'alliance des deus
viennent les Mulatres; ils n'en veulent pas fçavoir d'avantage. Bien des
geus n'oferont les blàmer. Le Pere Gumilla certifie que les Indiens
fuaderont pas que ce qu'ils voyent de leurs yeux, & que leurs peres ont
vu comme eux 7 puille changer par d'autres caufes que par celles natureliement établics pour opérer ces changemens. Ils voyent qu'un Blanc
fait un Blanc, & uu Noir fon femblable 5 que de l'alliance des deus
viennent les Mulatres; ils n'en veulent pas fçavoir d'avantage. Bien des
geus n'oferont les blàmer. Le Pere Gumilla certifie que les Indiens --- Page 305 ---
PAR M ARSEILLE
naiffent avec une tâche grife de la grandeur d'un écu de fix francs, pla- GUINÉF.
cée à l'extrémité du dos 1 un peu au-deflus de l'anus. On ne dilpute des Nagres.
pas des faits ; il dit l'avoir vu & je le crois ; mais comme il n'en a
pas vu beaucoup 1 & qu'il a donné des preuves d'une trop grand crédulité , il feroit à défirer que fon rémoignage fut confirmé par celui
de gens moinsterédules, pour fçavoir fi cette tâche grife ne regarde
que les Négres des Indes , fi elle eft conftamment la même dans tous
les Négrillons Indiens ou fi elle eft particuliere à tous les habitans de
TInde , foit Blancs, foit Noirs. Si elle ne paroit que fur les Négrillons
Indiens 3 c'eft une fingularité qui forme une nouvelle difficulté fur la
race noire 3 car nous Içavons que tous les Négres font originaires de
l'Afrique, d'où ils fe font repandus & ont multiplié dans les autres parties du monde 5 & nous fçavons aufli, que les enfans des Négres Africains , naiffent tous avec un filet noir autour des ongles & la tâche
noire dont j'ai fait mention, ce qui eft la marque caraétériftique qui
les diftingue des enfans des Blancs; car la couleur obfcure que quelques-uns ont obfervé fur la peau des parties naturelles de quelques Négrillons de naiffance 3 devroit être uniforme dans tous les enfans; mais
outre qu'elle n'eft pas générale & que plufieurs Négrillons ont cette
peau de la même couleur que les Blancs, fi la caufe de la noirceur
réfidoit dans cette obfcurité, elle devroit être commune à tous les Négrillons. Pourquoi donc ce figne noir 1 placé à l'extrémité des ongles
de tous les Négrillons 1 aura-t-il été changé dans l'Inde en un tâche
placée à l'extrémité du dos 2 J'avoue que je ne devine pas la caufe
pareil changement.
grue
QUATRIEMEMENT
Il eft certain que les Negrillons naiffent avec une tache noire & un
flet noir à l'extrémité des ongles, & que c'eft la feule marque qui les
diftingue des blancs & je fuppofe que les Indiens nailfent avec leur
tâche grife; car je fais forcé d'en convenir 3 ou de donner un démenti
au Pere Gumilla, ce que je n'ai garde de faire. Je demande donc à
tous les Phyficieus fi le noir a un germe, & s'il eft renfermé dans ces
deux fignes, d'oi il s'étend fur toute la furface de la peau 2 ou pourquoi
les enfans Négres ne font pas noirs dans le fein de leur mere, fi T'imagination avoit pà imprimer cette noirceur aux foetus ? Et comment il
peut fe faire que le flet noir & la tâche noire ou grife fourniffent
une quantité de noir affez fuffifante pour noircir avec tant de régularité
& d'uniformité tout le corps 1 d'une maniere fi inhérente 3 que les oignemens les plus onétueux & les plus pénétrans n'ont fervi dc rien
pour faire difparoitre cette noirceur? Et pourquoi ce fuc noirâtre ne
s'eft pas répandu daus le blanc des yeus ? Le corps des Negrillons, 1
blanc les huit prémiers jours 3 ne fe change point en noir par miracle;
Nnij
ante pour noircir avec tant de régularité
& d'uniformité tout le corps 1 d'une maniere fi inhérente 3 que les oignemens les plus onétueux & les plus pénétrans n'ont fervi dc rien
pour faire difparoitre cette noirceur? Et pourquoi ce fuc noirâtre ne
s'eft pas répandu daus le blanc des yeus ? Le corps des Negrillons, 1
blanc les huit prémiers jours 3 ne fe change point en noir par miracle;
Nnij --- Page 306 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. il faut de toute néceffité qu'il ait une caufe phylique , foit que ce
des Negres. levain de noir réfide dans la mafle du fang, ou dans lcs autres fluides
qui coopérent à la végétation animale. Envain onl conjecturera que la
noirceur réfide dans Tépiderme, ce n'eft rien dire; car l'épiderme n'eft
autre chofe qu'une pellicule fine 7 traniparente & infenfible, qui couvre toute la peau, & qui fe reproduit continuellement ; or cette pellicule, tranfparente par fa nature, eft de coulcur blanche, & elle eft
formée, fuivant Winllow; par l'humeur qui fuinte des mamelons de la
peau. Pourquoi donc ce fuintement, de blanc qu'il étoit, fe change-t-il
en noir après les huit prémiers jours ? Mais encore quelle eft la caufe
de cette humeur noire ? Quelques-uns ont crà qu'elle provenoit du fang,
Si cela étoit, l'épiderme auroit une nuance de rouge, le fang de tous
les animaux étant rouge. Celui des Négres ne différe point du fang des
Blancs, l'un & l'autre font rouges naturellement, & ce n'eft qu'accidentellement qu'il change de couleur. On a cxaminé T'épiderme des Négres,
on Ta trouvé blanc ; mais d'un blanc un peu jaunâtre. On en a enlevé
quelques portions * pour voir fi la liqueur qui fuinte par les mamelons
de la peau, & qui s'échappe plus abondamment quand l'épiderme ne
retrécit plus les vaiffeaux cutanés dont il envelope les extrémités. La
liqueur qui a coulé n'avoit aucune nuance de noir; elle tiroit un peu
fur le jaune. Voilà toute la différence qu'on a pû remarquer entre l'épiderme des hommes noirs > & des hommes blancs; mais Malpighi, ce célébre Phylicien, a obfervé que le refeau des hommes noirs étoit plus
fort chez tous les Africains de la côte de Guinée, 3 que chez les autres
hommes, foit d'Afrique, foit des autres parties du monde. Pour comprendre ce qu'on entend par refeau, il faut fçavoir que les Anatomiftes
trouvent que la peau eft compofée de quatre parties 1 du cuir, , du
papillaire 3 du corps muqueux ou réticulaire & de l'épiderme
R expliquent ainfi :
PREMIE R E M E N T.
Lc cuir eft la partie intérieure de la peau; ; c'eft un tiffir de nerfs &
de tendons, mélés avec les vaiffeaux fanguins & lymphatiques.
SECONDEMEN NT.
Le corps papillaire placé par-deffus le cuir 1 eft compofé d'éminences de différentes figures 3 formées par l'extrémité des nerfs. Ces éminences s'appellent mamelons, perfonne n'en iguore Tufage, ou bien or
n'a jamais fué.
ir eft la partie intérieure de la peau; ; c'eft un tiffir de nerfs &
de tendons, mélés avec les vaiffeaux fanguins & lymphatiques.
SECONDEMEN NT.
Le corps papillaire placé par-deffus le cuir 1 eft compofé d'éminences de différentes figures 3 formées par l'extrémité des nerfs. Ces éminences s'appellent mamelons, perfonne n'en iguore Tufage, ou bien or
n'a jamais fué. --- Page 307 ---
PA R MARSEILLE
GUINÉE.
TROISIENE M ENT.
des Nigres,
Le corps muqueux ou reticulaire, , n'eft que le deffous de l'épiderme, 1
dont il eit inféparable, du moins on l'avoit crû jufqu'ici: cependant fi
quelques Anatomiftes ont réuili à le féparer de l'épiderme 9 il n'y a
plus de doute qu'il ne faut plus le confidérer comme la partie intérieure
dudit épiderme 5 c'eft ce qu'on appelle corps muqueux, reticulaire,
refeau.
QUATRIE M E M E N T.
L'épiderme eft une membrane tran(parente qui couvre toute la furface de la peau, & fe reproduit continuellement.
Je puis parler préfentement de reticulaire & de refeau à mes Lecteurs, ils en fçavent autant que moi. Je reviens à l'obfervation du célébre Malpighi. II affure que dans tous lcs pays où ce refeau fe trouv e
fi fort, la circoncifion y eft en ufage, & que les Chrétiens de TAbiC
fynie la pratiquent très-exactement, fans en difpenfer même les filles.
Il feroit à fouhaiter que quelque habile obfervateur eut découv rert la
caufe de cette pratique, a c'eft pour prévenir quelque maladie particuliere aux Noirs, ou fi ce n'eft qu'une vaine cérémonie. J'aiparlé,
au fujet de la naiffance des Negrillons , d'une petite tâche noire, &
je vois la circoncifion établie chez les Noirs; il faut donc que l'expérience leur aye fait connoitre qu'elle étoit néceffaire; mais je ne fuis
poiut en état de développer les idées quime viennent au fujet de cette
pratique. Le même Malpighi a cru que la couleur noire qui eft inhéreute à la membrane reticulaire des habitans de la Guinéc, provenoit
d'un fuc épais & glutineux qu'elle contenoit. Effectivemeut fi ce refeau
eft noir, il faut bien qu'il yait une caufe de cette noirceur 5 cependant
Mr. Littre, qui a fait diverfes expériences pour découvrir la vérité de
ce fait, n'a pû parvenir à connoitre aucune trace de ce fiac glutineux.
Il parut à ce fujet un Mémoire, qui a été imprimé en 1702. ( Voyez
T'Hifoire de l'Acadéinie Royale des Sciences page 30, article I3 ). Ce
Memoire eft court, & ne traite que de la couleur des Noirs; ce qui
me détermine à le joindre ici.
>La peau eft compofée de trois parties différentes. La plus interne
>eft la peau proprement dite. A la furface interne fout des grains glan-
>duleux de figure ronde ou ovale, & les racines des poils. A la furface
>externe 3 font les conduits excrétoires de ces grains glanduleux, c'cft-à-
>dire, les tuyaux de la fueur, les poils, & une infinité de petits mna-
>melons, gros comme les têtes des plus petites épingles, & qui paf-
>fent pour les organes du toucher. Sur la peau proprement dite, cft
>étendue la membrane réticulaire, percée comme un rets d'une infinité
>de petits trous, au travers deiquels pailent les conduits excrétcires
excrétoires de ces grains glanduleux, c'cft-à-
>dire, les tuyaux de la fueur, les poils, & une infinité de petits mna-
>melons, gros comme les têtes des plus petites épingles, & qui paf-
>fent pour les organes du toucher. Sur la peau proprement dite, cft
>étendue la membrane réticulaire, percée comme un rets d'une infinité
>de petits trous, au travers deiquels pailent les conduits excrétcires --- Page 308 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE. >des grains glanduleux, les poils & les mamelons du corps de la peau:
des Négres. >La membrane reticulaire eft encore couverte de l'épiderme ou de la
>furpeau; dont la furface extérieure eft liffe & unie ; mais l'intérieure
>pleine d'inégalirés, qui forment quantité de petites loges, oùt font re-
>çus les bouts des mamelons. Cette ftruéture fappolée 1 quand on a
>cherché la caufe de la noirceur des noirs, on a trouvé que le corps
>de leur peau & leur épiderme, étoient auffi blancs que dans les au-
>tres hommes, & qu'il n'y avoit que leur membrane reticulaire qui fut
>noire, &. que c'étoit cette couleur qui paroiffoit au travers de l'épi-
>derme, qui eft fort déliée & tranfparente.
>Le fameux Mr. Malpighi a cru que la noirceur de la membrane
>reticulaire , venoit d'un fuc épais & glutineux qu'elle contenoit, & qui
>étoit noir. Mr. Littre ayant eu occafion de diffequer un More, vou-
>lut éprouver fi la fuppolition de Mr. Malpighi étoit vraie. Il fit infufer
>pendant fept jours un morceau de la peau du More dans de l'eau tiéde, >
>& un autre dans de l'efprit de vin, & nilun ni l'autre de ces deux
>puiffans diffolvans, ne peut tirer ce fuc noir, ni en prendre aucune
>teinture. On voit par-là combien cette couleur noire eft propre &
>adhérente à la membrane reticulaire, puifqu'elle ne change nullement.
>De plus,Mr. Littre mit un morceau de pcau dans de l'eau bouillante,
>& peu de tems après il s'éleva fur la fuperficie extérieure de cette peau,
>quantité de bouteilles groffes comme de petits grains de chenevi, qui
>toutes étoient pleines d'une liqueur très-claire & très-liquide. Cette
sliqueur refroidie formoit une efpéce de gélée fort tranfparente. Il n'y
>a rien à tout cela qui reffemble au fic noir & glutineux > ni qui en
>donne le moindre indice.
>Mr. Littre a donc cru qu'il falloit rapporter Ia noirceur, en partie
>au tiffr particulier de la membrane reticulaire, & cn partic à l'aétion
>d'uu air très-échauffe. Cette derniere caufe peut être prouvée, parce
>que les enfans des Mores naiffent blancs, & ce quile prouve encore
>peut-étre micux, c'eft que Mr. Littre fit obferver que le bout du gland
>qui n'étoit pas couvert du prépuce étoit noir comme toute la peau,
>& quc le refte qui étoit couvert étoit blanc. On peut oppofer à cela
>que quand les enfans mâles viennent au monde , ils ont au bout du
>gland une petite tâche noire qui s'étend enfuite fur la partie décon-
>verte , & même fur tout le corps, & s'étend même fi l'on veut, , par
>l'action de l'air; mais du moins n'en a pas été l'effet dans fon pré-
>mier commencement. Nous remarquerons en paflant, qu'outre cette
>petite tâche qui n'appartient qu'aux mâles, tous les enfans Mores ont
pen naiffant l'extrêmité des ongles noire.
>Mr. Littre fit encore voir à la Compagnie que la membrane retien elle-même étoit noire comme du charbon de bois, ne
>culaire 1 qui
>paroifloit que comme de la fuie étant vie au travers de lépiderme.
Ce Mémoire ne fçauroit fatisfaire notre curiofité fir l'origine de la
ite tâche qui n'appartient qu'aux mâles, tous les enfans Mores ont
pen naiffant l'extrêmité des ongles noire.
>Mr. Littre fit encore voir à la Compagnie que la membrane retien elle-même étoit noire comme du charbon de bois, ne
>culaire 1 qui
>paroifloit que comme de la fuie étant vie au travers de lépiderme.
Ce Mémoire ne fçauroit fatisfaire notre curiofité fir l'origine de la --- Page 309 ---
PAR M A RSEILLE.
couleur noire de quelques peuples d'Afrique ; il établit feulement que GUINÉE.
les noirs font de cette couleur , parce qu'ils ont la membrane reticulaire des Négres,
noire, ce qui laifle fubfifter la difficulté. Il auroit fallu découvrir en quel
tems & dans quelle contrée cette membrane eft devenue plus forte &
noire en même tems, & qu'elle en eft la caufe efficiente. Pour ce qui
eft de la conjeéture de Mr. Littre qu'un air échauffé doit contribuer à
cette finguliere métamorphofe, elle ne fera pas beaucoup d'impreflion,
quand on voudra confidérer que d'autres peuples habitent dans des lieux
où l'air eft auffi échauffé qu'en Guinée, fans qu'ils deviennent noirs pour
cela; que les Européens qui naiffent en Ethyopie y font blancs, & que
les Ethyopiens qui naiffent en Europe continnent d'étre no.rs. Ce Mémoire demanderoit de ma part quelques remarques qui me paroiffent
néceffaires; je les fiupprime à delfein , parce que je répéterois bien des
chofes que j'ai déja dites, & que le refte trouvera fa place dans ce que
je me propofe de dire encore.
C'eft donc mal à propos que le plus grand nombre de Phyficiens fait
réfider la- couleur noire des Ethyopiens dans l'épiderme 9 puifque T'épiderme des Noirs n'eft pas noir lui-même. Ce fera dans le refeau qui
eft placé au-deffous ; c'eft le fentiment du Traduéteur du Pere Gumilla
( Eidoux ) qui dit dans une note que l'opinion la plus reçue, eft que la
couleur des Negres ne vient que d'une matiere noirâtre qui eft dans le
corps réticulaire , fans qu'on fache fon origine, & c'eft cette origine
qui fait toute la difficulté de la queftion ; car perfonne ne doute que
la peau des Negres ne foit noire. Mr. de Voltaire admet aufli le refeau
de Malpighi; il n'ya pas certainement du mal en cela, & s'il ne raifonnoit que comme cet habile Phyficien, le public n'auroit point de
reproches à lui faire.Il faut qu'il fe fingularife & il ne réuffit que trop
à penfer autremeut que tout le monde. Il pofe pour principe 3 que
puifque ce refeau exifte, il eft néceffairement une fuite de la création
de T'efpéce noire 2 qui eft une efpéce d'hommes véritablement différente de T'efpéce des hommes blancs. Je ferois furpris, connoiffant fa
manie de ne vouloir être jamais de l'avis des autres 1 qu'il n'eut pas
hazardé quelque fiftême fingulier 3 pour décider Ia queftion fur l'origine des Noirs. Il lui éft permis de tout dire, après avoir ofé avancer
que les hommes qui font repaudus dans les quatre parties du monde,
s'y trouvent de la méme manicre que T'herbe qui couvre la furface de
la terre 1 & que les irrégularités que quelques Voyageurs fe font imaginés appercevoir chez quelques Nations lointaines,font moins des irrégularités de notre efpéce, que des preuves que tous ces hommes font
de differentes cfpéces. J'avoue franchement que f la Rcligion ne nous
apprenoit pas* quil n'y a qu'une efpéce d'hommes 3 un pareil fiftéme
me divertiroit, & que je m'amuferois en lifant Mr. de Voltaire 2 commne
je m'amufe en lifant Guliver. Je trouve cependant une grande difiérence
entre ces deux Auteurs. Guliver fait rire & rit avec fes Leéteurs, au
tous ces hommes font
de differentes cfpéces. J'avoue franchement que f la Rcligion ne nous
apprenoit pas* quil n'y a qu'une efpéce d'hommes 3 un pareil fiftéme
me divertiroit, & que je m'amuferois en lifant Mr. de Voltaire 2 commne
je m'amufe en lifant Guliver. Je trouve cependant une grande difiérence
entre ces deux Auteurs. Guliver fait rire & rit avec fes Leéteurs, au --- Page 310 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. lieu que Mr. de Voltaire débite fes fornetes avec un férieux à glacer! des Négres. II débite avec gravité les plus plaifantes imaginations 1 & il veut qu'on
l'écoute avec docilité, & qui plus eft qu'on le croye fur fa parole. Malheur à quiconque feroit affez hardi que d'ofer trouver à redire à
ce que Mr. de Voltaire prend la peine d'enfeigner aux humains. Eft-il
poflible que cet homme qui ne celle de proner les droits & les prérogatives de la liberté & de la raifon humaine, oublie à chaque inftant que
lui, Mr. de Voltaire 1 n'a pas plus de privilége d'anéantir l'ancienne
croyance 1 pour lui en fubftituer une nouvelle que les autres hommes d'examiner fi ce qu'il propofe eft raifonnable, & de s'élever contre fes décilions 3 lorfqu'elles leur paroiffent contradictoires à la vérité
& au fens commun. Il veut être cru fur fa parole ! Mais de bonnefoi fa volonté n'eft-elle pas injufte, quand pour établir qu'il y a d'autres efpéces d'hommes que la nôtre , il apporte en preuve l'efpéce
d'hommes qui marchent fur les mains, comme nous faifons fur nos pieds,
8c. Rifum teneatis amici. Mr. de Voltaire vous défend de rire 1 mais
le moyen de s'en empêcher! Je fupprime la réfutation que je faifois ici
de ce trop fingulier fiftême, non pas parce que j'en méprife l'Auteur; ;
je lui ai déja déclaré que- je l'eftimois, & que je le regardois comme
un beau génie, & un grand maitre dans l'art poëtique 3 mais parce
que je deftine un article à ce fujet, & que je ne veux pas mc repeter. Tour ce qui fort de la plume de ce fameux Ecrivain, peut faire impreffion 1 par la feulc raifon qu'il T'a écrit : c'eft un nouvcau motif
pour moi de ne plus garder. le filence, pour defabufer mes Concitoyens
qui ont été féduits par les preftiges de fon éloquence. Oui: la peau eft noire, , & je voudrois qn'elle fut blanche, pour
m'épargner la peine d'en trouver la raifon que toutes mes recherches
ne découvriront pas. Si tous les hommes avoient la peau noire, j'en
conclurois que l'efpéce humaine a été crééc pour être de cette couleur, & que la contexture de la peau de I'hommc eft compofée de
fucs , dont les petites lames abforbent tous les' rayons des couleurs;
mais voyant que T'univerfalité" des hommes a la peau blanche 3 8 que
tous les individus de la même cfpéce fe renouvellent avec une peau
de la méme couleur 1 fuis fondé à penfer que la végétation qui fe
fait dans les individus : l'efpéce humaine doit perpétuer la même
couleur fuivant l'ordre conftant des opérations de la nature.
les petites lames abforbent tous les' rayons des couleurs;
mais voyant que T'univerfalité" des hommes a la peau blanche 3 8 que
tous les individus de la même cfpéce fe renouvellent avec une peau
de la méme couleur 1 fuis fondé à penfer que la végétation qui fe
fait dans les individus : l'efpéce humaine doit perpétuer la même
couleur fuivant l'ordre conftant des opérations de la nature. La Couleur des Négres fera donc une exception à la regle générale, & cette
exception doit avoir une caufe naturelle , que notre curiofité cherche
fans avoir pu encore être fatisfaite. L'intérieur des Négres reffemble à
celui des Blancs, même couleur dans les vifceres, dans, les OS; dans
la chair, dans le fang, dans la limphe 1 dans le lait des nourrices, 8cc. Nous voyons même des Négreffes alaiter des Blancs, fans que cette
nourriture produife aucune nuance de noir dans la couleur de leurs
nourriffous.
caufe naturelle , que notre curiofité cherche
fans avoir pu encore être fatisfaite. L'intérieur des Négres reffemble à
celui des Blancs, même couleur dans les vifceres, dans, les OS; dans
la chair, dans le fang, dans la limphe 1 dans le lait des nourrices, 8cc. Nous voyons même des Négreffes alaiter des Blancs, fans que cette
nourriture produife aucune nuance de noir dans la couleur de leurs
nourriffous. Nous obfervons auffi que les Négres qui font employés à
des --- Page 311 ---
PAR M A R S E I L L E.
dles travaux manucls ont la paume des mains de la couleur de 110S GUINÉE.
mains, foit que cette blancheur provicnne du frottement réitére, foit des Nigres.
que la fueur ait opéré ce changement. Cette blancheur fe conferve
quand même ces Négres cefferoient de travailler ; mais leurs enfans
ne viennent point au monde avec la même blancheur dans les paumes
des mains 1 ce fait eft inconteftable 3 fir quoi on pourroit raifonner
ainfi; fi-la noirceur étoit placée dans l'épiderme 9 cette pellicule fe
renouvellant continuellement 7 reparoitroit toujours dans fa couleur naturelle 3 & fi la noirceur réfidoit dans la peau > les fucs qui l'ont formée
par leurs paffages à travers les manfelons dont la peau n'eft qu'un
tillis," remplaçant le fluide qui s'écoule par la tranfpiration & les fueurs,
cauferoient la même couleur. C'eft un fait certain que l'intérieur des
mains des Négres blanchit. J'ai vu une Négreffe parfaitement noire avec
la paume des mains plus blanche que la mienne. Quelque Phyficien
pourra expliquer ce changement par l'introduction des fels imperceptides
bles mélés avec la fiueur, 1 qui rentrant par le frottement continuel
mains, auront bouché les pores des petites lames qui forment les mamelons, & qui par-là doivent réflechir les rayons delumiere qui étoient
abforbés auparavant. Il eft arrivé quelquefois que l'ardeur de la fievre
a changé dans quelques Négres la couleur noire en bazanée 5 mais la
fievre calmant, la couleur noire eft revenue. Je puis raconter à ce fujet
un fait dont j'ai été témoin. Un de mnes freres en revenant des Indes,
avoit amené avec lui un jeune Négre âgé de douze ans; je l'avois chez
moi, & pendant fon féjour nous découvrimes que ce petit fripon avoit
fait un vol confidérable. Il fut en conféquence enfermé dans une chambre pour être châtié comme il méritoit; mais le drole fut affez adroit
pour s'échapper, & il profita d'une groffe pluye qu'il faifoit pour lors
pour prendre la fuite dont je averti fir le champ. Je courus après,
&je fus informé de la maifon * laquelle il s'étoit refugié, & où je
le trouvai caché. Ma préfencé fit une fi forte impreflion fur mnon déferteur, que fa couleur changea tout-à-coup, & dc noir de fon vifage me
parut d'un blanc fale & l'étoit effeétivement. Je fis de mon mieux pour
calmer le trouble dans lequel je le voyois, & je vis la couleur noire rcparoitre. Un fait plus furprenant, eft la rélation d'une Negreffe changée en blanc, fans qu'aucune caufe femble avoir contribué à ce changeinent. Cette Negreffe, nommée Franque étoit cuifiniere du Colonel
Barnés à Maryland ) elle avoit vingt-cinq ans 1 lorfqu'elle s'apperçut
qu'elle devenoit blanche. Cette métamorphofe commença par les ongles,
& s'étendit infenfiblement fur tout le corps , fi bien qu'à quarante ans,
c'eft-à-dire, après quinze ans de métamorphofe, elle a ceffé d'être noire.
Ce fait fingulier eft certifié dans une lettre écrite par Jean Batés Chirurgien, à Mr. Wiliamfon, que Mr. Alexandre Ruffel a cominuniquée à
la Société Royale. On a oMfervé que le dos , le long des vertebres &
le col, font les feules parties qui ont confervé ane teinte de noir.
Tom. Il.
0o
ante ans,
c'eft-à-dire, après quinze ans de métamorphofe, elle a ceffé d'être noire.
Ce fait fingulier eft certifié dans une lettre écrite par Jean Batés Chirurgien, à Mr. Wiliamfon, que Mr. Alexandre Ruffel a cominuniquée à
la Société Royale. On a oMfervé que le dos , le long des vertebres &
le col, font les feules parties qui ont confervé ane teinte de noir.
Tom. Il.
0o --- Page 312 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. Mr. Lemeri fils (Hiftoire de l'Académie Royale des
eles Négres, page 29 ) fait T'hiftoire d'un homme d'Orléans,
d'environ Sciences, 1702
cinq ans, 7 d'un tempérament affez robufte , d'un âgé poil noir, & quarante, fort velu
par-tout blette le corps 1 qui ayant pris pour quelque incommodité une tay
vomitive de celles deftinées pour les pauvres du Canada , en fut
purgé fi violemment & fouffrit une telle altération dans fon tempérament, que le poil lui tomba au bout de queiques mois, & qu'enfuite
de noir qu'il étoit auparavant , il devint blond; fa barbe & fes cheveux
n'étoient plus fi épais & étoient devenus fins.
Mr. Caffini rapporte un fait plus extraordinaire : Il dit qu'il avoit va
un Aumônier du Cardinal Caraffe , âgé de cinquante-cinq ans, qui de
blanc étoit devenu noir.
Nos Hiftoriens font mention d'une quantité prodigieufe de femblables
emétamorphofes, les unes plus furprenantes que les autres. Je ne prétens
pas faire entendre par ce que je dis ici, qu'elles font toutes véritables,
je fuis perfuadé que non 5 mais il fuffit qu'il y en aye quelques-unes de
réelles, pour embarraffer les plus habiles Phyficiens. De nos jours ( en
1764) fi on en croit les papiers publics > une pareille métamorphofe
de blanc en noir 9 & de noir en blanc, fe renouvelle annuellement.
On affure qu'une Dame fort aimable, d'un beau teint, & d'une
fort blanche, dès qu'elle eft enceinte commence à brunir, & à mefire peau
qu'elle avance dans fa groffeffe, fa couleur noire fe renforce & elle devient à la fin une véritable Negreffe. Après les couches, - la couleur
noire fc difipe peu-à peu 3 & fa prémiere blancheur lui revient, fon
fruit n'a aucun teinte de noir. J'avoue que je trouve ce
auffi difficile à expliquer que l'origine des Négres. Si l'enfant phénomene étoit né
noir, on pourroit conjeéturer qu'elle peut être la caufe de ce changement de couleur en examinant le tempérament de la Dame, fa maniere de fe nourrir 8xc.; mais l'enfant Blanc, & la mere qui reprend
fa prémiere couleur, me préfentent une nouvelle difficulté, bien loin
d'éclaircir celle que j'examine.
Toutes. ces confidérations, ) ont fait penfer à un homme d'efprit de ma
connoiffance, que la couleur des Négres n'eft autre chofe qu'une humeur
vitriolique, repandue dans la limphe, trop foible dans le moment de la
naiffance des enfans pour fe manifefter ; mais qui recevant par l'impref
fion de l'air & par la digeftion du laît alimentaire, la fermentation requife pour lui donner toute fa confiftance, s'amalgame & s'arrête dans
les canaux des mamelons de la peau. Il croit que fa conjeéture eft d'autant plus fatisfaifante, que l'expérience femble en confirmer la verité.
On a obfervé que l'épiderme des Négres, étoit d'un blanc
preuve certaine que le corps muqueux fitué fous T'épiderme , jaunâtre eft 9
tré de cette humeur. vitriolique * dont les parties font trop groffieres périépour s'échapper à travers les pores, & qu'elle communique à l'épiderme
parle fuintemept de la tranfpiration, cette çouleur jaunâtre. On a ob-
irmer la verité.
On a obfervé que l'épiderme des Négres, étoit d'un blanc
preuve certaine que le corps muqueux fitué fous T'épiderme , jaunâtre eft 9
tré de cette humeur. vitriolique * dont les parties font trop groffieres périépour s'échapper à travers les pores, & qu'elle communique à l'épiderme
parle fuintemept de la tranfpiration, cette çouleur jaunâtre. On a ob- --- Page 313 ---
PAR MARSEILLE
fervé aufi, que le fuc renfermé dans l'écorce de la noix & de la gre- GUINÉE. nade vertes, &c. paroit jaunâtre par l'expreflion qu'on en fait, & des Négres. noircit bientôt après tous les corps qu'il touche; cepéndant ni la grenade,
ni la noix, &cc. dont perfonne ne niera la tranfpiration, ou pour parler
moins improprement, 1 l'évaporation ) pe laiffent point paffer*ce fic à
travers les pores de la peau, , "il eft trop groflier ; il en eft de même
de la limphe des Négres, & il ne doute pas que fi on en pouvoit ramaffer pour faire des expériences, le même effet ne s'enfuivit. J'ai
vi, ajouta-t-il 1 qu'en exprimant le fic d'une poire, la couleur en
étoit jaunâtre 1 qu'en oignant de ce fuc une lame de couteau, elle
devenoit noire à linftant, , & qu'en l'effuyant fir un linge 7 la noirceur
étoit prefque ineffaçable. J'ai éprouvé la même chofe en coupant des
artichaux, &c. d'our je concluds que tous ces fucs renferment de
ties vitrioliques ) dont la nature eft de noircir dès qu'elles fe mélent paravec cerrains fels & certains fouphres. Je laiffe aux Phyficiens le foin
d'expliquer le comment. Le vitriol lui-mémé n'eft pas noir, & cependant
une très-petite quantité fuffit pour noircir ine grande quantité de liquide. Je trouve même qu'en admettant cette humeur vitriolique dans les
Négres, leurs cheveux doivent être noirs, courts & crépus, en proportion du plus ou du moins des parties vitrioliques, parce que cette
humeur que je fappofe ne pouvoir finter à travers les mamelons de la
peau, s'infinue dans les pores de la racine bulbuleufe des cheveux, &
eft inferée dans les papilles piramidales qui font plus profondes. Si jamais
La plica des Polonois, ) gagnoit la chevelure des Négres 3 leurs cheveux
dégouteroient une teinture comine de l'encre au lieu de fang. Les cheveux donc des Négres, recevant leur nutrition & leur accroilfement
du fluide qui les remplir & les dilate, & ce fluide renfermant quantité de parties vitrioliques, dont la nature n'eft rien moins que
tive, il faut, par une finite nécellaire, que relativement aux fucs vegeta- dont
ils font alimentés, ils foient noirs, courts & crépus, & les autres
poils dont quelquefois la moitié du vifage de T'homme que &
du
corps font couverts 3 ou ne croiffent point du tout, ou ne croiffent partie qu'en
très-petite quantité, ce qu'on peut remarquer dans le corps des
Par le frottement réiteré & la fueur continuelle qui font inféparables Négres.
, par une finite nécellaire, que relativement aux fucs vegeta- dont
ils font alimentés, ils foient noirs, courts & crépus, & les autres
poils dont quelquefois la moitié du vifage de T'homme que &
du
corps font couverts 3 ou ne croiffent point du tout, ou ne croiffent partie qu'en
très-petite quantité, ce qu'on peut remarquer dans le corps des
Par le frottement réiteré & la fueur continuelle qui font inféparables Négres. du travail ) les pores des mamelons de la peau s'élargiffent &slaiffent
fuinter T'humeur vitriolique qui eft bientôt remplacée par d'autres fels. J'explique facilement par ce moyen pourquoi le blanc des yeux des
Négres conferve fa blancheur, & pourquoi l'intérieur de leurs mains
fa noirceur. J'ai fuppofé que Thumeur vitriolique ne pouvoit fuinter perd à
travers les pores des Mamelons de la peau, & que c'étoit par cette
raifon que l'épiderme & la afueur des Négres n'étoient point noirs.
olique qui eft bientôt remplacée par d'autres fels. J'explique facilement par ce moyen pourquoi le blanc des yeux des
Négres conferve fa blancheur, & pourquoi l'intérieur de leurs mains
fa noirceur. J'ai fuppofé que Thumeur vitriolique ne pouvoit fuinter perd à
travers les pores des Mamelons de la peau, & que c'étoit par cette
raifon que l'épiderme & la afueur des Négres n'étoient point noirs. Si
donc les glandes deftinées à filtrer les fucs néceffaires pour former &
entretenir le blanc des yeux, ont des pores encore plus fins, il ne
pourra y avoir ni admiffion, ni pallage de ladite humeur vitriolique;
Ooij --- Page 314 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE, ce qui arrive effedlivement. A T'égard des mains des Négres, les mamedes Nigres. lons de la peau, dont Ja baie intérieure a la forme d'un entonnoir,
étant comprimés par un froctement continuel, changent de figure, &
les pores intérieurs fe retréciffent ail point que Thumeur vitriolique eft
forcée de prendre un autre cours. Ce changement ne s'opére que Jentement, 8 toujours proporticsaellement au travail mamicl; auffi obferve-t-on que l'intérieur des mains blanchit infenliblement, & que la
blancheur a des mances différentes dans les mains de plufieurs NégresOn pourroit ajouter qu'il eft démontré en chimie, que l'acide vitrioliqite concentre, enléve & abforbe tous les autres acides, & qu'il eft
le. feul qui ait un rapport & une connexité avec l'eau qui fe manifcftent par des effets reconnus publiquement par tous les Chimiftes. C'eft
ainfi que cet homme ingénieux m'a expliqué fa conjeêture. J'avoue que
quand ce fiftéme feroit phyfiquement vrai ( ce que je ne puis encore
accorder, ne concevant pas la nature de cette hnmeur vitriolique placée
précifément fous la peau ) l'origine de la couleur des Négres, >. n'en feroit pâs mieux connue 3 car on demandera pourquoi, comment & en
quel tems une portion des individus de T'efpéce humaine a pu recevoir
le principe de cette humeur étrangere à tous les autres individus. Nous
fçavons que les germes de toutes les efpéces, fe renouvellent avec les
mêmes organes & les mêmes fonétions qui confituent l'être de chaque
efpéce, Les germes renfermés dans d'autres germes, ont en petit tout
ce qui compofe un germe dévelopé; c'eft une vérité conftante que les
yeux ne verront jamais; mais que l'efprit conçoit 3. & qui démontre la
puilfance infinie de TEtre fuprême dans la réprodudtion de tous les êtres.
Si donc le prémier germe de*T'efpéce humaine ne renfermoit point l'huquel bouleverfement des loix naturelles
meur vitriolique fappofée, par
de ce
a-t-elle pû s'introduire dans quelques germes provenns
prémier,
& fe perpétuer invariablement ? Je conviens qu'un individu peut par quelque caufe accidentelle, naître & croitre avec des organes défeétueux ou
difformes; on n'en voit que trop malheureufement; mais la défcêtuofité
& la difformité ne procédant point d'une caufe inhérente au germe, difparoiffent dans le renouvellement de l'efpéce. Si donc par Teffet ou
d'une imagination déréglée, ou de quelque nourriture dont nous. ne
connoiffons plus les propriétés, la peau de quelques hommes étoit devenue noire, T'imprelfion de noirceur n'auroit été effeétuée que fur les
foetus, fans que les germes renfermés dans d'autres germes qui font
inaltérables dans leur fimplicité, puifient recevoir une addition ou une
fouftraction à ce qui conftitue l'effence de leur être. Les germes dévelopés par la fermentation de la nutrition, participent à la' qualité des
fics qui les font végeter; de-là, viennent certaines maladies particulieres dans quelques contrées & dans quelqués familles. La caufe n'en eft"
pas inconnue ; aufli les prévient-on. On les guérit, ou en changeant de
climat, ou en ufant d'alimens contraires; preuve certaine que le vice
ou une
fouftraction à ce qui conftitue l'effence de leur être. Les germes dévelopés par la fermentation de la nutrition, participent à la' qualité des
fics qui les font végeter; de-là, viennent certaines maladies particulieres dans quelques contrées & dans quelqués familles. La caufe n'en eft"
pas inconnue ; aufli les prévient-on. On les guérit, ou en changeant de
climat, ou en ufant d'alimens contraires; preuve certaine que le vice --- Page 315 ---
PAR MARSEILL E.
elt etranger au germe qui eft toujours invariablement le méme. Aucun Guixir.
remede, aucune nourriture & aucun oignement > n'ont pu encore opérer des Nigres,
aucun changement dans la couleur des Noirs, dont le renouvellement eft
le méme dans tous les climats du monde.
Je n'ignore point la découverte qu'on avoit jugée à Berlin, fuffifante
pour indiquer la caufe de la couleur des Négres. Cette découverte ne
méritoit pas d'être publiée avec tant d'éclat. Voici le fait : Dans la dic
fection du un Négre, la fubftance médullaire du cerveau fe trouva bleuàtre, & beaucoup plus épaifle que la fubftance corticale, d'où on infera
que cette différence de couleur, étoit la caufe caraétériftique de la couleur des Noirs. Quand on accorderoit cette conféquence, la difficulté
fublifteroit" eneore toujours; car OIl demandera, quand & pourquoi la
fabitance medullaire des Negres a commencé à diierer de la fubitance
médullaire des hommes Blancs; mais l'expérience faite fur un cadavre,
expérience unique , qui a fa caufe dans quelque maladie, peut-elle former une décifion fatisfaifante 2 Je ne le penfe pas, & je crois que dans
la diffection de plufieurs hommes Blancs morts de différentes maladies,
on pourroit trouver des fingularités plus remarquables que dans le Négre
de Berlin.
CINQUIEMEMEN, I,
Toutes les efpéces 7 en vertu de la bénédiétion du Créateur, fe
renouvellent dans la forme qui conftitueleur être, & tant que le monde
durera, elles fe reproduiront les mémes, parce que les germes des
individus renfermés dans le prémier germe ne fçauroient fe déveloper.que dans une parfaite reffemblance 3 étant veritablement les mêmes. Ils ne different que par la petiteife, qui diminue à Tindefini. Clefl
par cette raifon , que le mélange de deux efpéces différentes, ne produit que des monftres fans fécondité, dont le peu de durée marque
lirregularite. le reriens à Teipéce hunaine dont la claffe des Negics
fait partie 1 puifqu'elle fe renouvelle & fe perpétuera dans la même
forme jufqu'a la fin des fiécles.. Leurs alliances avec lcs Blancs, n'eit
point un obfacle à leur régroduction 5 preuve certaine, que les deux
couleurs ne font que la même efpéce, & non pas deux efpéces différentes. Mais une obfervation que nous ne devons pas paffer legerement,
& qui femble jetter beaucoup de clarté fir la couleur naturellement
propre & particuliere aux Blancs &cux Noirs,ef GLe du melange des
Noirs & des Blancs, il en provient des indiridus d'une couleur mixte
qui tient des deux. Ces deux couleurs ayant le méme degré de force
pour fe détruire mutuellement 8z s'abforber,je m'explique, deux Noirs
ne font que des Noirs 1 & deux Blancs. ne font que des Blancs; mais
un Blanc & une Négreffe, ou un Négre & une Bianche , font des
Mistes, qu'on appelle tres-improprement Mulatres, dont la couieur EIS
s, il en provient des indiridus d'une couleur mixte
qui tient des deux. Ces deux couleurs ayant le méme degré de force
pour fe détruire mutuellement 8z s'abforber,je m'explique, deux Noirs
ne font que des Noirs 1 & deux Blancs. ne font que des Blancs; mais
un Blanc & une Négreffe, ou un Négre & une Bianche , font des
Mistes, qu'on appelle tres-improprement Mulatres, dont la couieur EIS --- Page 316 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE. un mélange de Blanc & de Noir par parties égales. Si une Mulatre
des Nigres, époufe un Blanc, les enfans feront un quart noir & trois quarts blancs,
& c'eft à caufe du quart de la couleur noire qu'ils confervent, 2 qu'ils
font appellés Quarterons 3 &"du mariage d'une Quarterone avec un
Blanc, il cn proviendra des Ochavons, c'eft-à-dire, de couleur un huitieme de noir, & fept huitiemes de blanc ; enfin de l'alliance d'une
Ochavone avec un Blanc, il n'y a plus de mélange de couleurs, les
enfans font véritablement Blancs, il en fera de même du mariage d'une Mixte ou Mulatre avec un Négre 7 la couleur noire dominera dans
la même progreflion. On comprend que la nuance des couleurs peut
varier prodigicufement par le grand nombre de mélanges poflibles.
TABLE DES MEL AN G E S
Pour devenir Blanc.
Un Blanc avec une Négreffe )
I
moitié blanc & moitié
noir.
produit.
Mulatre.
Un Blanc avec une Mulatre ) trois
quarts blanc & un
produit.
Quarteron.
quart noir.
Un Blanc avec une Quarte- 2 fept huitiemes blanc &
un huitieme noir.
rone produit. . Ochavon.
(Un Blanc avec une Ochavone
tout blanc.
produit.
Blanc.
TABLE DES MELA ANGES
Pour devenir Noir.
Un Négre avec une Blanche. 2 moitié noir & moitié
I
blanc.
produit. .
Mulatre. )
Un Négre avec une Mulatre 2 trois quarts noir & un
quart blanc.
produit. : . Quarteron.
art noir.
Un Blanc avec une Quarte- 2 fept huitiemes blanc &
un huitieme noir.
rone produit. . Ochavon.
(Un Blanc avec une Ochavone
tout blanc.
produit.
Blanc.
TABLE DES MELA ANGES
Pour devenir Noir.
Un Négre avec une Blanche. 2 moitié noir & moitié
I
blanc.
produit. .
Mulatre. )
Un Négre avec une Mulatre 2 trois quarts noir & un
quart blanc.
produit. : . Quarteron. --- Page 317 ---
PAR MARSEILLE
Un Négre avec une Quartenoir &
GUINÉE.
2 fepthuitiemes
un des Négres.
huitieme blanc.
rone produit. . Ochavon.
Un Négre avec une Ochavone )
(
tout Noir.
produit
Noir.
Les mélanges d'un Mulatre avec une Quarterone ou avec une Ochavone, produiront d'autres couleurs qui approcheront du blanc ou du
noir en proportion de la progreflion ci-detlus établie. Un plus grand
détail feroit fuperflu.
Je me propofois de donner quelques éclairciffemens fir certaines
maladies épidemiques qui paroiffent avoir un germe pour fe reproduire.
Il eft inconteftable que lhomme a été créé exempt de maladies & d'infirmités, & qu'elles font la fuite & la punition de fa prémiere prévarication 3 mais ces maladies, principalement quelques unes qui fe
communiquent fi regulierement & fi conftamment 1 & dont fuivant la
décifion d'habiles Médecins 3 perfonne dans le cours d'une lougue vie
n'eft à l'abri (je n'en crois rien ) ont-elles un germe? Comment expliquer autrement, difent-ils cette régularité & cette uniformité qui nous
furprenent fi fort? Quand & comment ce germe a-t-il commencé? La
lépre, la pefte, la petite vérole & les maladies véneriennes fe perpétuent dans tous les pays du monde de la même manicre ; les fymptomes & les effets font les mêmes 9 & les obfervations auxquelles
toutes ces mileres ont donné lieu 2 femblent nous avoir fait connoître que
ces quatre maladies ont pris naiffance dans les pays chauds, d'ou clles
fe font repandues par communication fur toute la terre, & qu'elle tirent leur origine de la brutalité, de T'intempérance 1 de la mal-propreté
& du peu de referve de ces peuples dans leurs alliances. En voilà affez
pour me faire entendre. La connoifance de l'origine de ces maladies,
a fait penfer à quelques Phyficiens que la couleur des Noirs pouvoit
avoir une femblable caufe 3 & que f nous ne fommes pas encore parvenus à guérir la maladie noire (il faut bien lui donner un nom )
comme nous guériffons les autres > c'eft qu'on a négligé jufqu'ici de
travailler à trouver des remedes à cette maladie qu'on n'a point connue, ni confidérée comme telle. J'avoue que fi je voyois que par la
vertu de quelques remedes la peau des Noirs perdoit fa couleur, &
acqueroit la nôtre, je ne pourrois m'empécher de regarder cette découverte comme la véritable folution de la queftion que j'examine ;
mais jufqu'à ce que l'expérience me décide 1 je ne fçaurois approuver ce fentiment. Je ne laiffe pas d'être furpris de quelques maladies
qui n'affedtent qne l'efpéce noire, principalement les enfans de naif
quelques remedes la peau des Noirs perdoit fa couleur, &
acqueroit la nôtre, je ne pourrois m'empécher de regarder cette découverte comme la véritable folution de la queftion que j'examine ;
mais jufqu'à ce que l'expérience me décide 1 je ne fçaurois approuver ce fentiment. Je ne laiffe pas d'être furpris de quelques maladies
qui n'affedtent qne l'efpéce noire, principalement les enfans de naif --- Page 318 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. fance ; mais dont les vieillards ne font pas toujours" exempts 3 c'eft a
des Nigres. peu préstcomme ce que nous appellons goutete 5 les enfans rordent les
bras, grincent les deuts, & périfient dans trois jours. Ma furprife ne
m'éclaire pas. Je fuis perfiadé qu'il n'y a aucun rapport entre le renouvellement defdites maladies avec le renouvellement de la couleur
des Négres. Mais je m'apperçois que je me fuis peut-étre trop étendu; je finirai par le récit de quelques expériences fur les couleurs 1
puifque je l'ai promis.
SIXIEMENLE: N I.
J'ai admis, en parlant des couleurs le fiftême le plus généralement
reçu, & dont la vérité femble confirmée par une multitude d'expériences. Je n'entre point dans les dilputes des Philofophes modernes fur
l'origine & la caufe des couleurs qui font ou qui paroiffent fi diverfement dans tous les corps 7 fi la matiere a été créé diveriement cOlorée, ou fi le mouvement des globules de la lumiere opere tous les
changemens dont l'aeil eft frappé, je fçais 8 tous les hommes fçavent
avec moi, qu'un corps coloré de rouge, paroit & doit paroitre conftamment rouge, & foit que la furface de ce corps ne reflechitle que
les rayons de luiniere rouges, foit que la contexture de fes parties 1
ue préfente que les particules rouges qui y dominent, je le vois toujours rouge 1 & les autres hommes le voyent de la méme couleur.
Mes fens ne me trompent point, & peu m'importe pour jouir de la beauté
des couleurs , mc les approprier & admirer la variété infinie dont la
la main libérale du Créateur a orné l'univers, de découvrir la caufe
fecrete qui les conftitue telles. Mes yeux les voyent, J'en fais ufage 1
& le choix que j'en fais contente mes défirs, & doit fuffire pour exciter ma reconnoiffance, On s'accorde aujourd'hui a reconnoitre fept
couleurs primitives originaires & fimples dans l'ordre qui fuit.
No, I.
Rouge.
2.
Orangé,
3.
Jaune.
4.
Vert.
5.
Bleu.
6.
Indigo.
7.
Violet.
On pourroit en admettre un plus graud nombre eu fuivant le GC
tême Newtonien, puifque par les expériences réitérées du priline on
diftingue plufieurs rayons colorés de chacune des fept couleurs primitives, qui par la différence des nuances, peuvent varier à l'infini. Du
mélauge defdites couleurs, naillent toutes les autres dont l'énumération
n'eft
3.
Jaune.
4.
Vert.
5.
Bleu.
6.
Indigo.
7.
Violet.
On pourroit en admettre un plus graud nombre eu fuivant le GC
tême Newtonien, puifque par les expériences réitérées du priline on
diftingue plufieurs rayons colorés de chacune des fept couleurs primitives, qui par la différence des nuances, peuvent varier à l'infini. Du
mélauge defdites couleurs, naillent toutes les autres dont l'énumération
n'eft --- Page 319 ---
PAR MARSEILLE
h'eft pas pofible. Le blanc & le noir, comme je l'ai déja obfervé, ne GUINÉE.
font point des couleurs proprement dites. Le blanc eftla réunion de des Nigres
toutes les couleurs 9 ou une lumière fimple fans aucune modification i
& le noir n'eft que la privation de la lumière, ou un manque de réflexion des rayons colorés qui font abforbés dans les pores du corps qui
paroit noir. Mr. Nolet prétend qu'il faut fouftraire trois des fept couleurs primitives, & changer le jaune en citron; il n'admet que,
No, I.
Rouge.
2.
Citron.
3.
Bleu.
4.
Violet.
pour couleurs originaires, d'oùr toutes les autres dérivent. D'autres
Phyficiens penfent que cette multitude de couleurs originaires, n'exifte
que dans la vûe des obfervateurs qui ont pris des couleurs fecondaires
& leur refrangibilité pour des couleurs primitives. Ils ne reconnoifient
que deux véritables couleurs entierement fimples, le rouge & le violet,
& que les autres couleurs que Newton a cru découvrir par le prifme,
découlent de leur mélange. Le jaune. 3 par exemple 3 eft un rouge diminué, & le bleu un violet affoibli. Le verd, n'eft qu'un mélange du
jaune & du bleu; la couleur de feu & l'orangé procédent du rouge
& du jaune ; le pourpre, du rouge & du bleu, &c. & qu'en mélant
ainfi les deux couleurs prémieres avec les fecondaires, on aura la nuance
de toutes les couleurs poflibles. Quoi qu'il en foit,de toutcs les opinions
que l'origine des couleurs a occalionhées, je n'en dirai pas davantage.
SEPTIEM! E MENT.
La conleur des hommes blancs & des hommes noirs 1 n'eft point
véritablement blanche, ni véritablement noire, c'eft un mélange de plufcurs couleurs dans les uns & dans les autres. La main d'un Blanc
comparée à de la neige 1 n'eft plus blanche, & celle d'un Noir comparée a de T'encre, ne paroit plus fi noire. Il faut cependant que les
Blancs & les Noirs foient dans un dégré égal de blancheur & de noirceur,
puifque par l'alliance des deux, la méme progreilion s'y trouve en paf
fant du noir au blanc, ou du blanc au noir. 1l paroit même à la prémiere vue que la couleur des Blancs & des Noirs eft également mélée
de rouge 1 & quoique le noir foit la privation de toutes les couleurs,
celui des Negres, dans ce fens, ne devroit pas être appellé noir, mais
une couleur noirâtre & fecondaire de la noire, & quoique le blanc
ne foit que la réunion des couleurs primitives, celle des hommes Blancs
ne devroit point également, dans le même fens, être appellée blanche
a'étant que fosondaire, & ue nuance de blanc, > qui par fa nature elt
Tom. II.
Pp
ée
de rouge 1 & quoique le noir foit la privation de toutes les couleurs,
celui des Negres, dans ce fens, ne devroit pas être appellé noir, mais
une couleur noirâtre & fecondaire de la noire, & quoique le blanc
ne foit que la réunion des couleurs primitives, celle des hommes Blancs
ne devroit point également, dans le même fens, être appellée blanche
a'étant que fosondaire, & ue nuance de blanc, > qui par fa nature elt
Tom. II.
Pp --- Page 320 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. véritablement ure lumiere éclatante & éblouiffante. C'eft dans cette
des Négres. blancheur que reffufciteront les corps glorieux, telle qu'elle parut fur
le Tabor le jour de la Transfiguration. Ces préliminaires m'ont couleurs. paru
néceffaires avant de rapporter l'effet de quelques mélanges des
&
Ce font les parties folides des corps qui réflechiffent les couleurs,
les
les abforbent. Ces pores qui paroillent quelquefois à nos
pores qui font
vifibles; les plus petites parties des corps
yeux, ne
pas font toujours remplis & leur
eft régulierement la
les plus folides en
matiere. 2
II quantité n'exifte aucun corps palpaméme dans chaque cipéce de
les
infenfibles
ble dans la nature qui ne foit poreux, quoique parties
qui compofent les plus durs, doivent Récellairement être parfaitement
folides, fans quoi il n'exifteroit aucun corps vilible 1 puifque les pores
font un vuide dans ledit corps. Il ne faut pas pour cela admettre un
vàide réel, parce que l'efpace de ces pores eft rempli d'une matiera
fubtile que nous ne fçaurions voir par l'ufage même d'aucun inftrument; s'imamais que nous concevons très-bien. Les nouveaux Philofophes doivent avouer qui ici
ginent que la nature n'a rien de caché pour fubftances eux, materielles renleur impuiffance , & reconnoître que fi les
fpirituelles doivent en
ferment des fecrets impénétrables, les fubftances
devons
renfermer de bien plus grands. Notre efprit eft borné, nous ne des
avoir honte d'en faire l'aveu. Nous jugeons par la pefanteur
pas de leur folidité ; mais quelle feroit la furprife de mes Leéteurs,
fije corps les , affurois que l'or, que nous trouvons le plus pefant des métaux, étoit
la millieme partie de l'efpace qu'il occupe, s'il
ne rempliroit dur, pas & fi les plus petites lames qui conftituent fa nature
parfaitement
de
invifibles? J'ai fait cette obferd'or, n'étoient toutes remplies pores
de réflevation pour faire mieux comprendre la multitude prodigieufe doivent
xions, & conféquemment de couleurs qne tant de furfaces
pro- de
duire, & quelle doit être la fermentation que ce grand nombre donner ici
doit occafionner. J'obferve encore que je ne prétends
pores raifon de la contexture des fels des fruits, des fleurs, 3 &c. & pouraucune leurs couleurs varient continuellement, ni pourquoi le mélange de
quoi fels, donne des couleurs diamétralement oppofées à celle qu'ils
plufieurs
fimplement les faits, & je
avoient chacun en particulier. je d'en rapporte découvrir les caufes Phyfiques.
laifle à mes Le@teurs le plaiir
T'eau-de vie
deux
Faites infufer des rofes rouges avec de,
deffus pendant la millieme
coufervera fa couleur ; verfez
heures > l'eau-de-vie
de
ou d'eau forte, 8xc. Pinfupartie d'efprit de vitriol, Ou fouphre d'un beau
couleur de rofe;
fion blanche deviendra tout de fnite
rouge
verfez far ce rouge, * couleur de rofe, une petite quantité de fcl alkali 2
de potafle our de fel armoniac, après l'avoir diffous dans l'eau, infufion vous de
aurez un beau verd. Que fi au contraire dans la prémière noire comme de
rofes, vous verfez du vitriol diffous, elle deviendra
l'encre,
, Ou fouphre d'un beau
couleur de rofe;
fion blanche deviendra tout de fnite
rouge
verfez far ce rouge, * couleur de rofe, une petite quantité de fcl alkali 2
de potafle our de fel armoniac, après l'avoir diffous dans l'eau, infufion vous de
aurez un beau verd. Que fi au contraire dans la prémière noire comme de
rofes, vous verfez du vitriol diffous, elle deviendra
l'encre, --- Page 321 ---
P AR MARSEILLE
Perfonne n'ignore que l'encre fe fait avec du vin ou de l'eau, dans GUINER.
Iefquels on a fait infufer des noix de galle concaffées 1 en y mélant une des Nigres.
vingtieme partie de couperofe ou de vitriol calciné $ verfez fur cette
encre quelques goutes d'huile de vitriol ou d'eau forte 3 la couleur
noire difparoitra ; verfez de nouveau dans la liqueur quelques goutes
de leflive de potaffe, la couleur noire reviendra & s'effacera encore par
le moyen d'un peu efprit acide. Si vous écrivez fur du papier bleu avec
le jus du limon, le bleu eft changé en jaune S & fi vous mêlez d'acide
dans du firop violat, vous aurez une couleur rouge, & fi vous y mélez
de l'alkali, vous aurez une couleur verte ; mélez enfuite ces deux liqueurs 3 fi l'acide & l'alkali font d'une quantité égale, ce mélange donnera de bleu ; remettez un peu d'alkali ou d'acide, 3 vous aurez encore
du verd ou du rouge.
Faites diffoudre très-peu de vitriol bleu dans une affez grande quanzité d'eau, de maniere que fa couleur naturelle ne foit point changée,
ajoutez-y un peu d'efprit de fel armoniac, toute l'eau acquérera une belle
couleur bleue ; verfez-y enfuite quelques goutes d'eau forte, cette belle couleur bleue difparoitra &il ne reftera que de l'eau claire qu'on boiroit fans
peine. La Chimie nous a fait connoitre des effets fifurprenans dans le changement des couleurs, foit en diffolvant les métaux, foit en faifant fermenter
enfemble des fels & des fouphres qui ne paroiffent avoir aucuni rapport aux
couleurs qui en proviennent, que fi la couleur des hommes & des animaux
ne fe renouvelloit invariablement dans tous les individus de chaque efpéce, nous pourrions attribuer cette diverfité aux fels & aux fouphres
qui differentient les alimens & qui fuivant lcs climats & les fucs particuliers à chaque fol, cauferoient d'inégales fermentations; car il n'ya pas
plus de difficulté à admettre la même végetation dans Ic corps humain, que
dans les plantes, dont le même fuc fait des fleurs, des fruits, 8cc. tantôt
blancs, 2 tantôt verds 3 jaunes & noirs, & fouvent toutes ces couleurs'fe ficcedent dans le même fruit en très-peu de tems. C'eft même à l'abondance
ou au manque de certains fels qu'il faut attribuer la diverfité des couleurs
qui paroiffent dans les cheveux, & qui nous furprendroit beaucoup, fi elle
failoit le même effet far la peau.
Je pourrois rapporter un grand nombre d'exemples de diverfes couleurs
occafionnées par le mélange & la fermentation des acides & des alkalis;
mais notre corps n'eft-il pas une preuve parlante de tout ce que je pourrois
direà ce firjet ? Les alimens par la fermentation des diffolvans, divifent les
fucs, qui, fe filtrant à travers je ne fçais combien de glandes, ont chacun
leur couleur particuliere. Le chile eft blanc,le fang eft rouge, & la limphe
eft tranfparente ; ces couleurs font les mêmes chez tous les hommes. Si donc
les alimens, par la feule fermentation qui fe fait dans l'eftomac, changent
de couleur 3 & ceux qui étoient rouges deviennent blancs, & ceux qui
étoient blancs deviénnent rouges, il femble qu'on en pourroit conclurre
la caufe de la couleur des
étre attribuée à la
des
Négres pourroit
qualité
Ppij
ft rouge, & la limphe
eft tranfparente ; ces couleurs font les mêmes chez tous les hommes. Si donc
les alimens, par la feule fermentation qui fe fait dans l'eftomac, changent
de couleur 3 & ceux qui étoient rouges deviennent blancs, & ceux qui
étoient blancs deviénnent rouges, il femble qu'on en pourroit conclurre
la caufe de la couleur des
étre attribuée à la
des
Négres pourroit
qualité
Ppij --- Page 322 ---
3ce
COMMERCE DE L'AMÉRIQ U E
GUINÉF. fucs alimentaires, en fuppofant que les organes du corps ont fouffert quel:
des Negres. que altération 3 & que les dilfolvans, 2 agilfant différemment, l'effet de la
filtration doit avoir fait changer de couleur à la peau. C'eft au Leéteur à
faire ufage de fa raifon & à fe décider s'il trouve quelques lueurs de
vérité dans quelqu'un de ces fiftémes. Pour moi, je penfe que les individus
de chaque efpéce fe renouvelleront jufqu'à la fin du monde dans la même
forme & avec. les mêmes organes du prémier individu; & quoique Ja colleur de chaque individu fafle partie de fa forme, & fe renouvelle conftamment la même, elle n'eft point cependant effentielle pour conftituer l'efpéce,
mille caufes pouvant concourir pour changer & altérer les couleurs de chaque individu. Les poils des animaux & les cheveux de T'homme en forment
journellement des exemples. La difficulté feroit bien moindre pour éxpliquer la couleur conftante des Blancs & des Noirs daus leur renouvellement,
files Noirs, en paffant en Europe ou les Blancs en paffant en Afrique,
produifoient des Blancs dans la prémicre fuppofition, & des Noirs dans la
feconde. Quand même ce renouvellement ne feroit point conftamment
uniforme, , on pourroit confidérer le climat & les fels propres à chacune
de ces régions comme la caufe efficiente de ces diverfes couleurs ; mais le
contraire étant manifeftement coanu, m'empéche de regarder les fucs nourriciers, quoiqu'ils puiflent opérer des changemens évidens dans les corps
colorés, comme la véritable caufe de la noirceur desAfricains. J'aurois une
véritable obligation à celui qui, 3 par de nouvelles recherches fur l'origine
de la couleur des Négres, pourroit refoudre les difficultés qui enveloppent
une queftion fi difficile, & que Dieu, qui a livré le monde à la difpute
des Philofophes, femble leur en avoir fait un fecrct impénétrable,
iqu'ils puiflent opérer des changemens évidens dans les corps
colorés, comme la véritable caufe de la noirceur desAfricains. J'aurois une
véritable obligation à celui qui, 3 par de nouvelles recherches fur l'origine
de la couleur des Négres, pourroit refoudre les difficultés qui enveloppent
une queftion fi difficile, & que Dieu, qui a livré le monde à la difpute
des Philofophes, femble leur en avoir fait un fecrct impénétrable, --- Page 323 ---
Gurvir
TraitedesNeirt.
REGLE MENS
POUR LE COMMERCE DE GUINÉE
V : A A méthode que j'ai employéc pour expliquer les condi7
tions impofées au commerce des Ifles Françoifes de PAL
mérique > en rapprochant tous les Réglemens des difpoa
fitions contenues dans Ies Lettres - Patentes du mois de
R - - Février de 1719, qui font la bafe de ce commerce par
Marfeille, m'a paru claire, & à la portéc de tous lcs Commerçans.
Ils en paroiffent même fatisfaits. Je fuivrai la même route dans le peu
que je me propofe de dire fur le commerce que nos Négocians peuvent entreprendre aux Côtes de Guinée 3 & pour cet efet, je rapporterai les Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716, & je rappellerai les Réglemens rendus du depuis dans l'explication que je tâcherai
d'en faire. Ce n'eft qu'en 1716, que cette branche de commerce a
reçu une formne conftante & un encouragement proportionné aux rifques & aux pénibles foins que la Traite des Noirs entraine avec elle.
Depuis long-tems ce commerce jouiffoit de plufieurs priviléges 3 qui,
par les divers changemens qui furvenoient , le rendoient incertain. La
France, comme Onl a déja vû, a été la prémiere des Nations Européennes qui aye formé des établiffemens fur les Côtes de Guinée. Les
malheurs de nos divifions domeftiques > interrompirent l'expédition de
nos Navires > & donnerent lieu à nos voifins de profiter de nos découvertes & d'en faire de nouvelles, qu'ils confervent encore. On fixe
l'époque de nos établiffemens à la Côte des Greves en 1364; & par
intervalles, les François n'ont pas difcontinué d'entretenir une correfpondance avec le petit Diepe jufqu'en l'année 1621, qu'une Compagnie, fous le nom des Indes Occidentales en Guinée, entreprit de faire
ce commerce.
Quarante-trois ans après, une feconde Compagnic, fous le méme
nom, , fe chargea de continuer ledit commerce; elle entra en poffeffion
de fon privilége en 1664, & en jouit jufqu'en 1675. Les Compagnies
n'ont été établies pour faire le commerce dans des pays éloignés 2
qu'afin de lui donner la force & la proreétion dout il a befoin. fur:
Guinée, entreprit de faire
ce commerce.
Quarante-trois ans après, une feconde Compagnic, fous le méme
nom, , fe chargea de continuer ledit commerce; elle entra en poffeffion
de fon privilége en 1664, & en jouit jufqu'en 1675. Les Compagnies
n'ont été établies pour faire le commerce dans des pays éloignés 2
qu'afin de lui donner la force & la proreétion dout il a befoin. fur: --- Page 324 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. tout dans fes commencemens, Les intéreffés dans cette feconde Com:
Traitede Noirs, pagnie 1 penferent plutôt à tirer du' bénéfice de leur privilége, qu'à
le faire fervir à Taccroilfement de notre navigation vers les Côtes d'Afrique. Ils impoferent un droit de cing pour cens fur les Négres & fur
les autres marchandifes qu'on iroit y charger. Peu curieux de faire
eux-mêmes ces voyages, ils fe contenterent d'en donner la permillion
à tous les François qui voulurent faire des armemens pour les Côtes
de Guinée 3 cette impofition de cing pour cens rencheriffoit la vente
des Négres dans nos Illes , elle excita des plaintes que le Confeil
Arrêt du 26 Août 1670, les Négres furent
trouva juftes, puifque par les mémoires
avoient
déchargés de cette impofition :
que les Négocians
envoyé au fujet de l'exaétion dudit droit repréfentoient avec force la
néceilité qu'il y. avoit de favorifer la Traite des Noirs dont le fecours
étoit indifpenfable à nos Colonies naiffantes, foit pour le défrichement
des terres, foit pour les travaux les plus rudes des raffineries de furaifons
décifives, & cette branche. de comcre. Les
alléguées parurent
le commérce des Colonies
merce ne parut pas moins importante que fe foutenir & augmenter
Françoifes en Amérique 1 qui ne pouvoit
,
ce moyen, à caufe de la rareté des habitans & de la mortalité
que- moiffonnoit par
les nouveaux débarqués. On a vu les difpofitions de
qui PArrêt du 4 Juin 1671, par lefquélles le droit de cinq pour cent immarchandifes de l'Amérique fut réduit à trois pour cent, &
pofé T'exemption aux totale des droits de fortie fut accordée aux marchandifes
8 aux denrées de France embarquées pour les Colonies Françoifes:
le même motif qui avoit occafioné ledit Arrêt fit juger qu'une pareille
faveur étoit néceffaire au commerce de Guinée. En conféquence, par
Arrêt du Confeil du 18 Septembre 1671, les marchandifes deftinées
les Côtes de Guinée furent déchargées de tous les droits impofés
àla pour fortie du Royaume, à la charge de juftifier du déchargement defd.
marchandifes en Guinée, en rapportant des Certificats fignés des Commis de la Compagnie des Indes Occidentales, & de ramener les vaiffeaux dans les Ports d'où ils avoient été expédiés, à peine de 3000
liv. d'amende, & d'être déchus de ladite exemption.
nke,
tes de Guinée furent déchargées de tous les droits impofés
àla pour fortie du Royaume, à la charge de juftifier du déchargement defd.
marchandifes en Guinée, en rapportant des Certificats fignés des Commis de la Compagnie des Indes Occidentales, & de ramener les vaiffeaux dans les Ports d'où ils avoient été expédiés, à peine de 3000
liv. d'amende, & d'être déchus de ladite exemption.
nke, --- Page 325 ---
P A R M A R SEILL E.
Ce.Nde.
T.
:
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui excmpte de tous droits de fortic 3 toutes les marchan.lifes qui frons
portées aux Cbtes de Guinée.
Du 18 de Septembre 1671.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
E ROI s'étant fit repréfenter en fon Conieil FArret rende en icelei le ?
L Juin dernier, portant entre autres chotes, qu'à cenmuncer duprémier Jufler
faivant, les marchandares qui feront chargées dans les Ports de France, pour otre
portées aux lles de TAmerique, occupées par les sajets de Sa Majenté, feront
exemptes de tous dreits de fortie, & autres généralemen: quelcençucs: E: Sa
Majerte delirant que les Vaidenux, tant de la Compegnie ces indes Occidentsles,
que des zutres particuliers François, qui feront lors chargés dans lefdits Ports de
France, pour négocier aux Côtes de Guinée, & Traite des Négres, pour leidites
Ides,jouitlen: de la meme exemption, Oui le rapport du Sieur Colbert, Coniciller d'Etat, &z ordinaire au Confeil Royal, Contrôleur général des Finances, Sa
Mojerte etant en ton Conteil, interprétan: en tent que befoin feroit, ledit Arit
du + Juin cernier, a ordonné & orconne que routes les marchandifes qri faron:
chargées dans les Vaiffeaux de la Compagnie des Indes Occidentales & des autres
Sujets de Sa Miajcité dans les Ports de ce Royaume, pour étre portées aus Coris
de Guinée, jouiront de l'exemption des droits de fortie portée par ledit Arret, à
la charge par les Marchands, Maitres, Capitaines & Propriétaires des Navires, de
faire leurs foumiffions aux Commis des Bureaux des Fermes - Unies des Ports oiz
ils chargeront: > d'y faire leur retour, & de rapporter Certificat de leur décharge
en Goince, des Commis de ie Compagnie des Indes Occidentales, à peine d'etre
déches de ladite exemption & de 3000 liv. d'amende, applicable moitié à Sa Majesté & Tautre moitie a Theyital des lieux. Fait aa Confeil d'Etat da Roi, Sa
Majese T érant, tenu a Paris, le dix-huitième jour de Septembre mil fx cers
foixante & onze.
Signe, RANCHIX.
Une heureufe expérience ayant fait connoitre combien Ics travaux
des Négres contribuoient à affermir nos établiffemens dans les Antilles,
& combien le commerce des Efclaves procuroit d'avantages à toute
la Narion. fans parier de ia converfion d'un grand nombre de Negres
au Chriftianifine, pour encourager les armemens deftinés à la Traite
des Noirs, le Poi accorda une gratification de dix livres, payables aus
ante & onze.
Signe, RANCHIX.
Une heureufe expérience ayant fait connoitre combien Ics travaux
des Négres contribuoient à affermir nos établiffemens dans les Antilles,
& combien le commerce des Efclaves procuroit d'avantages à toute
la Narion. fans parier de ia converfion d'un grand nombre de Negres
au Chriftianifine, pour encourager les armemens deftinés à la Traite
des Noirs, le Poi accorda une gratification de dix livres, payables aus --- Page 326 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. Armateurs , pour chaque Négre qui feroit débarqué aux Ifles FrançoiTraireda:Noins. fes de l'Amérique, & une gratification de trois livres que la Compagnie payeroit au Capitaine, également pour chaque Négre. L'appas
étoit feduifant, & produifit l'effet qu'on en attendoit. Chacun voulut
armer, 1 & arma efeétivement en vue de la recompenfe. L'Etat dépenfa une fomme confidérable, qui fruétifia bientôt & fut une femence
de richeffes pour toutes les conditions du Royaume. Il n'y eut
la
Compagnic des Indes Occidentales qui fe trouva fruftrée dans E efpérances de profit, par les gratifications qu'elle fut obligée de payer
à tous les Capitaines qui allerent en Guinée acheter des Efclaves. La
Traite des Noirs devint l'affaire du jour. Il y avoit gros à gagner 1 &
chacun voulut y prendre iutérêt. Il fe préfenta plutieurs Compagnies
pour fe charger , exclufivement à tout autre, de cette branche de
commerce. L'ancienne Compagnie qui n'avoit point gagné fc retira
à la fin de fou bail, & il fut fait, en 1673, un nouveau Traité pour
quinze années avec une nouvelle Compagnie fous le nom de Sénégal, en Guinée , à la charge d'envoyer chaque année deux mille Négres aux Ifles Antilles Françoifes. Cette claufe n'étant pas remplie
exactement, Ondiete, Fermier du Domaine d'Occident, , fut choifi pour
faire cette fournirure, qu'il ne put pas remplir à fon tour à caufe de
divers accidens iqu'il feroit fuperflu de rapporter ici. Sur les plaintes
des habitans de nos Colonies 3 il fut enjoint à la Compagnie du Sénégal de remplir fes engagemens 7 à quoi ne pouvant refufer de fatisfaire, elle fe détermina de fousfermer fon privilége pour la Traite
des Négres , aux mêmes claufes & conditions. Ce fut en 1679 qu'elle
en fit la ceffion pour les huit années reftantes de fon bail. Les nouyeaux Sous-Fermiers ne furent pas plus fidéles à remplir leurs engagemens que leurs Ceffionnaires. Ils n'envoyerent point aux Ifles le
nombre de Négres convenu, & dans l'efpérance de vendre leurs Efclaves plus avantageufement 1 iis empécherent rigoureufement les autres Commerçans de faire ce qu'ils ne firent point eux-mêmes. II eft
bon de remarquer ici, que cette Compagnie embraffoit une étendue
de Côtes prodigieufe, depuis le Cap Blanc, jufqu'à Sierra-Liona, &
depuis Sierra- Liona, jufqu'au Cap de Bonne-Efpérance. Cette remarque
eft nécelfaire, parce qu'il va paroitre une nouvelle Compagnie de
Guinée, diftinéte & féparée de la Compagnie du Sénégal. Cette derniere pouroit commercer depuis Ic Cap Blanc, jufqu'à la riviere de
Sierra-Liona, & la prémiere depuis Sierra- -Liona 7 jufqu'au Cap de
Bonne-E/pérance. Ces deux Compagnies furent également privilégiées
à faire la Traite des Négres : méme encouragement & mêmes récompenfes pour toutes les deux. On crut par cette divifion augmenter
T'importation des Efclaves noirs en Amérique, & on ne fut pas trompé
dans l'efpérance qu'on en avoit conçue , la Compagnie du Sénégal ne
pouvant point parcourir les côtes du Cap-Verd & de Guinée en même
tems.
Ces deux Compagnies furent également privilégiées
à faire la Traite des Négres : méme encouragement & mêmes récompenfes pour toutes les deux. On crut par cette divifion augmenter
T'importation des Efclaves noirs en Amérique, & on ne fut pas trompé
dans l'efpérance qu'on en avoit conçue , la Compagnie du Sénégal ne
pouvant point parcourir les côtes du Cap-Verd & de Guinée en même
tems. --- Page 327 ---
P A R MARSEILLE
ems. 1.3 commerce chez ces dernieres Nations 7 avoit été fi négligé GUINÉE.
pil paroi.loit abandonné. Il reprit faveur & lémulation réciproque des TraitederNwrn
deux Compagnies, produilit l'effet qu'on en attendoit. Je ne parlerai plus
que de Ia Compagnic de Guinée 1 & je ne dirai précifement que ce
qu'il faut, pour faire connoitre les principaux Réglemens qui ont précedé les Lettres- Patentes du mois de Janvier 1716. Quel intérêt aurions-nous préfentement de parler du Sénegal? Nous F'avons cedé.
La Compagnie de Guinée dont je rappelle ici l'établiffement, fut
créée pour vingt années par Edit du mois de Janvier 1685 , par lequel
toutes les marchandifes du crû ou de fabrique de France peuvent étrc
embarquées fur les Navires expédiés pour la Traite des Négres en
exemption, non-feulement de tous les droits de fortie & de pallage
d'une Province dans une autre 1 mais encore de tous péages > pailages,
8c. octrois & droits de Ville; & que ladite Compaguie pourra faire
venir de l'étranger, : entrepofer, & charger fur fes Navires, en franchife
de tous droits 3 tant d'entrée , que de fortie , toutes fortes de munizions de guerre & de bouche, bois, chanvre, toiles à voiles 3 goudron,
8cc. 8 généralement tout ce qui peut fervir à la couftruction, armement,
avituaillement, & radoub defdits Navires.
A l'égard des marchandifes de la côte de Guinée, ou même de T'Amérique 2 chargées fur les Vaiffeaus de la Compagnie & qui proviendront
de la vente des Efclaves noirs, elles ne devoient payer que la moitié
des droits d'entrée dans le Royaume 5 & pour encourager de plus en
plus la Traite des Négres & fournir nos Colonies d'une quantité fuffifante d'Efclaves, le Roi accorde une gratification de treize livres pour
chaque Négre qui aura été débarqué aux Illcs, 3 & vingt livres pour chaque
marc de poudre d'or qui fera apportée en France 2 avec obligation, de
Ia part de ladite Compagnie, de tranfporter auxdites Ifles de l'Amérique, mille Négres chaque annéc, & d'importer en France douze cens
marcs de poudre d'or, à l'exception des deux prémieres années qu'elle
aura la liberté de n'en apporter que mille marcs, laquelle gratification
lui fera payée furle, Certificat de TIntendant ou du Gouverneur de T'Amérique 3 vifé du Direéteur des Domaines, faifant foi de Ia quantité de Négres qui y auront été débarqués. Ce Réglement eft trop effentiel, pour
ne point trouver place ici. Il vaut mieux le lire en entier, que d'en
faire un plus long extrait. L'Edit que je cite ) eft une Déclaration ; mais
tous les Réglemens poftérieurs n'en parlant que fous la dénomination
d'Edit, je me fuis conformé à cet ufage.
K -
Tom.II,
Qg
des Domaines, faifant foi de Ia quantité de Négres qui y auront été débarqués. Ce Réglement eft trop effentiel, pour
ne point trouver place ici. Il vaut mieux le lire en entier, que d'en
faire un plus long extrait. L'Edit que je cite ) eft une Déclaration ; mais
tous les Réglemens poftérieurs n'en parlant que fous la dénomination
d'Edit, je me fuis conformé à cet ufage.
K -
Tom.II,
Qg --- Page 328 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE. Traite des Noirs. DECLARATION DU ROI,
Pour l'établiffement d'une Compagnic de Guinée, qui fera feule le Commerce des Négres, > de la poudre d'or, & de toutes autres marchandifes
qu'elle pourra traiter aux Cotes d'Afrique. Du mois de Janvier 1685par la grace de Dieu Roi de France & de Navarre : A & tous de préfens différen- &
LOU venir, SALUT. Après avoir heureufement fini tant vifiblement de longues & fait profpérer
tes guerres 7 pendant le cours defquelles Dieu à a beni le repos à nos peuples, par
nos armes, Nous Nous de fomnes Tréve appliqués avons procurer faits avec les Princes & Etats nos
les Traités de Paix &
que Nous dont
à préfent notre Royaume, > rien
Voifins. Et comme dans la introduire tranquillité l'abondance jouit que le commerce: Nous avons rene folu peut d'en fi procurer naturellement par toutes fortes de voyes l'augmentation 2 notamment de du celui Séqui fe fait dans les pays éloignés. Et ayant été informés que la Compagnie étendre fa connégal jouit d'une trop grande étendue de. pays, & qu'elle prétend
cellion depuis le Cap-Blanc jufques au Cap de Bonne-Eipérance; ce qui en comprend confeplus de quinze cens lieues de Côtes dans lefquelles cette Compagnic, le commerce 8x
quence de fes priviléges 2 exclut nos Sujets du morfl, de faire, de la non-feulement cire & autres marchandifes
la traite des cuirs, de du la gomme 2 Riviere de Gambie & Gorée, majs même celle
dans les lieux & & de pays la Poudre Sénégal, d'Or dans la côte de Guinée, quoiqu'elle ne foit point
des état Négres
ni
de porter aux Iles Françoiles de TAmérique 2
en. d'y aller, -par conféquent les plantations & les cultures qui font fuble nombre de Négres néceffaires ni pour de traiter la quantité de Poudre d'Or qu'on peut
fifter nos Sujets defdites Iflef,
faire entrer dans notre
: Nous aurions. aifément tirer de cette côte pour la
Royaume
par P'Arrêt rendu en notre Confeil, Nous y étant, le 12 Septembre du dernier,ré- en exévoqus les priviléges accordés aux intéreffés de faire en feuls la le Compagnie commerce des Sénégal, côtes de Guinée,
cution du Contratdu 21 Mars 1679,
de
& enfuite par
depuis la Riviere de Gambie jufqties au Cap Bonne-Efpérance; avoir entenduautre Arrêt aufli rendu en notre Confeil le 6 Janvier faculté 1685 de après faire le commerce.
y étant, le 12 Septembre du dernier,ré- en exévoqus les priviléges accordés aux intéreffés de faire en feuls la le Compagnie commerce des Sénégal, côtes de Guinée,
cution du Contratdu 21 Mars 1679,
de
& enfuite par
depuis la Riviere de Gambie jufqties au Cap Bonne-Efpérance; avoir entenduautre Arrêt aufli rendu en notre Confeil le 6 Janvier faculté 1685 de après faire le commerce. leflits intéreffés > Nous les aurions maintenus en la le Cap-Blanc jufques à la
à l'exclafion de tous autres., ès côtes d'Afrique, de celle depuis de Gambie
le prériviere de Serralionne exclufivement 2 au lien
portée nos par
cédent Arrêt.. En conféquence delquels Arréts ayant invité ceux de Sujets que
& les
à ces fortes de chofes 3
Nous avons cru les plus capables deidites côtes plus de Guinée, intelligens & voyant les difpofitions des. d'entreprendre le commerce faire. une, Compagnie felon notre intention : Nous avons:
Particuliers qui pourroient
& les
réfola de faire pour ce expédier nos Lettres-Patentes former ladite pour létabliffement, A CES CAUSES,
conditions fous lefquelles Nous voulons mouvans compagnie. avoir fait mettre cette
& pour au:r:s confidérations à ce Nous & en conféquence 7, après de la revocation faite
affaire en délibération en notre Confeil,
1684., ci-attaché fousle contrepar ledit Arrêt de notre Confeil du 12 Septembre voulons d'abondant être exécuté, fous la
"icel de notre Chancellerie, iequel ledit Nous Arrêt du 6 Janvier 1685, parcillement attamoditication toutefois portée par --- Page 329 ---
PAR MARSEILLE
ché fous ledit contre-feel, Nous avons de notre certaine fcience > pleine puiffince GUINÉE. & autorité Royale , établi & établiffons par ces préfentes une compagnie fous le Traite des Noirsi
titre de la Compagnie de Guinée, qui fera compofée de celx de nos Sujets que
Nous choifirons à cet effet pour par les intéreffés en icelle , faire feuls à l'ixclufion de tous autres nos Sujets > le commerce des Negres, de la Poudre d'Or & de
toutes autres marchandifes qu'ils pourront traiter aux côges d'Afiique 2 depuis la riviere de Serralionne inclutivement julqu'au Cap de Bonne-Eipérance > foit que lefdites côtes ayent été ci-devant occupées par nos Sujets ou que ladite corFagnie
s'y établiffe en quelque maniere que ce foit, fans préjudice néanmoins des traités
d'alliance 2 & de commerce que Nous avons faits avec les Princes & ktats de l'Europe 7 qui demeureront en leur force & vertu. Pourra ladite compagnie tranfporter
feule 3 à l'exclufion de tous autres, des Négres aux lfes Françoites de T'Amérique
à la referve toutefois de la compagnie du Sénégal 2 à laquelle Nous permettons
d'y faire traniporter ceux qu'elle traitera dans l'étendue du Sénégal 7. Cap-Verd &x
lieux circonvoilins, jufques à la riviere de Serralionne exclufivement. Jouira ladite
compagnie de l'effet du privilége, à elle ci-deffus accordé
le tems & efpace de vingt années confécutives, à commencer du jour Fa date des congés.
toutefois de la compagnie du Sénégal 2 à laquelle Nous permettons
d'y faire traniporter ceux qu'elle traitera dans l'étendue du Sénégal 7. Cap-Verd &x
lieux circonvoilins, jufques à la riviere de Serralionne exclufivement. Jouira ladite
compagnie de l'effet du privilége, à elle ci-deffus accordé
le tems & efpace de vingt années confécutives, à commencer du jour Fa date des congés. qui
feront expédiés pour le depart des prémiers Vaiffeaux qu'elle envoyera faire ledit
Comunerce 3 fans que 3 fous quelque pretexte que ce foit > ladite compagnie de Guinée,
foit tenue d'aucun dédemmagement & indemnité envers ceux aufquels Nous avons
ci-! levant accordé des priviléges pour traiter ès lieux de la préfente conceffion 3 dont
en tant que de befoin, Nous avons dès à préfent, 3 comme dès-lors, déchargé ladi:e compagnie de Guinée: : Faifant défenfes à tous autres nos Sujets d'y négocier
ni de traniporter aucuns. Négres defdits pays aux Illes, à peine de tous dépens 2
dommages & intérêts, confiication des Vaiffeaux, Négres & marchandifes au profit de ladite compagnie 2 & trois mille livres d'amende > applicable moitié aux Hépitaux des Ifles, & l'autre moitié à la compagnie. Pourront les intéreffés en la compagnie prendre entre eux en leurs Affemblées telles délibérations > & faire tels
rétultats qu'ils aviferont pour le fait de leur commerce > & direStion d'icelui en général & en particulier fuivant le contraét & fociété qu'ils feront entre eux. Ne
pourront les effets de ladite compagnie ni le fond des intéreffés en icelle > tant
en principal que: profits, être faifis pour nos deniers & affaires, ni fous quelque
autre prétexte que ce foit; & en ças de faifies & arrêts qui pourroient être faits a
la Requête des créanciers particuliers d'aucuns des intéreffés 3 elles tiendront entre
les mains da Caiffier Général de ladite compagnie qui fera délivrance jufques à
concurrence des caufes de la faifie 7 & à proportion des répartitions qui devront
être faites entre les Affociés fuivant les réfultats de lAffemblée, &x les comptes qui
y feront arrêtés > auxquels les faififfans feront tenus de ferapporter > fans que fous
quelque prétexte que ce foit le Caiflier Général ou particulier > & les Commis prépoiés & Direéteurs de la compagnie foient tenus d'en rendre compte, ni faire déclaration en contéquence defdites faifies > defquelles ils feront déchargés en repréfentant les comptes arrètés par la compagnie, qui leur ferviront de décharge, en
payant néanmoins le reliquat à qui il fera dû,"h aucun-y a. Appartiendront à ladite compagnie en pleine propriété > les terres qu'elle pourra occuper ès lieux 2 &
pendant le tems de fa conceflion > efquels Nous lui permettons de faire tels établiffemens que bon lui femblera 3 conftruire des Forts pour fa fureté 3 y faire
tranfporter des armes & canons > & y établir des Commandans > & nombre d'Officiers & Soldats néceffaires
affurer fon commerce, tant contre les étrangers
les naturels : auquel LfetrN Nous permettons à ladite compagnie de faire avec
R Rois Négres tels traités de commerce qu'elle avifera.
ion > efquels Nous lui permettons de faire tels établiffemens que bon lui femblera 3 conftruire des Forts pour fa fureté 3 y faire
tranfporter des armes & canons > & y établir des Commandans > & nombre d'Officiers & Soldats néceffaires
affurer fon commerce, tant contre les étrangers
les naturels : auquel LfetrN Nous permettons à ladite compagnie de faire avec
R Rois Négres tels traités de commerce qu'elle avifera. Et après l'expiration du
privilége Nous préfentement accordé, voulons que ladite compagnic puiffe difpofer de Rer habitations, 2 armes, munitions, > ainfi que de fes autres cffets, meubles,
uftenciles, a marchandifes & vailfeaux, comme de chofes à elle appartenantes en
toute propriété. Ne pourra ladite corhpagnic employer, ni donner auçunes comQqij --- Page 330 ---
COMMERCE DE L'A AMÉRIQUE
GUINÉE. milions qu'à des gens de la Religion Catholique, Apoftolique & Romaine ; & et
Traiedes Neirs. c2s que ladite compagrie fafe quelgues établiffemens dans les pays de la préiente
cors-hom,ele.A,i ciliglede fairepefer le nobre de Prêtres ca Mifionnaires néceffaires pour linitusion & exercice de ladite Religion 2 & deaner les fecours
fpirituels à ceux qui suront eté envoyes. Ne pourra ladite compagnie fe fervir
pour lca commerce d'autres Vaifezux que de ceux à elle appartenans 2 ol à nos
Sujets 2 armés & équipés dans nos Ports, peine de déchéance de la préfente Conceffion, & de coniiication des, Navires& des marchandifes deut ils ie trouveront
chargés. Les priies 2 fi aucunes font faires par la compagnie des Navires qui
viencront traiter is pays qu'elle aura cecupes, ou qui contre à prohibition portée par ccs prétentes traniporteront RN ifles & Colonies Francoiles de lAmérique des Negres de Cuinée feront jugées; içavoir, celles quiferont faites au-deffus,
ouà l baurear des Canaries allant cn Guinée, ou venant de Guinte aux Ifles
les Intendans des Ifles Françoifes de l'Amérique > avec eux appellé le nombre
R fix Confeillers des Confeils Souverains defdites Iles : & pour toutes les autres,
par les Officiers de nos Amirautés des Havres & Ports de France, où les Vaiffeaux
qui auront fait lefdites priles feront leur retour, le tout en la forme & ainfi
qu'il eft porté par notre Ordonnance du mois d'Août 1681. Età l'égard des conteftations qui pourroient naitre entre ladite compagnie de Guinée & autres compagnies 3 elles ne pourront être jugées qu'en notre Confeil. Les marchandites de
toutes fartes que ia compagnie fera apporter pour fon compte des pays de fa conceffion > ou des Ifles de TAmérique feront exemptes > conformément à l'Arrêt
de notre Confeil du 30 Mai 1664, de la moitié des droits à Nous 2 ouà nos
Fermiers appartenans, 2 mis ou à mettre aux Entrées, Forts & Havres de notre
Royaume:.
ée & autres compagnies 3 elles ne pourront être jugées qu'en notre Confeil. Les marchandites de
toutes fartes que ia compagnie fera apporter pour fon compte des pays de fa conceffion > ou des Ifles de TAmérique feront exemptes > conformément à l'Arrêt
de notre Confeil du 30 Mai 1664, de la moitié des droits à Nous 2 ouà nos
Fermiers appartenans, 2 mis ou à mettre aux Entrées, Forts & Havres de notre
Royaume:. Faifons défenfès à noidits Fermiers > leurs Coinmis & tous autres > d'en
exiger au-delà cill contenu aux préfentes à peine de concullion > & de reftitution
du quadruple. Faifons défenfes, conformément à T'Arrêt de notre Confeil du IZ
Février 1665 > aux Maires, Echevins > Confuls 2 Jurats, Syndics & Habitans des. Villes > d'exiger de ladite compagnie aucuins droits d'oStrois > de quelque natûre
qu'ils foient, fur les denrées & marchandifes qu'elle fera tranfporter dans fes magafins & Ports de mer pour les charger dans fes Vaiffeaux 5 defquels droits Nous
avons déchargé ladite compagnie & feldites denrées & marchandites, 2 nonobftant
toutes Lettres > Arrêts & claufes contraires. Déclarons parcillement > conformément
à T'Arrêt de notre Confeil du IO Mars 1665 2 ladite compagnie exempte de tous
droits de péages, travers paffage & autres impofitions, 2 qui fe perçoivent ès rivieres de Loire a de Seine. & autres, > fur les futailles vuides bois merrain 2 & bois à
bâtir vaiffeaux appartenans à ladite compagnte. Comme aufli jouira > fuivant les Arrêts de. notre Confeil des 24 Avril & 26 Août 1665, de Fexemption & immunité
de tous les droits. d'entrée & de fortie, & du bénéfice de Pentrepôt > des mnunitions
de guerre & de bouche 2 bois, chanvre,. toiles à faire voiles, cordages, goudron,
canons de fer & de fonte, poudre boulets, armes & autres chofes généralement
quelconques de cette qualité que ladite compagnie fera venir pour fon compte
tant des pays étrangers que de ceux de notre obéillance >. foit que lefdites choies
foienz deftinées pour l'avituaillement 2 armement, radoib, équipement ou conftruction des vaiffeaux qu'elle équipera ou fera conftruire dans nos Ports 2 foit qu'elles
doivent étre tranfportées ès lieux de fa conçefion. Et quant aux marchandifes de
ladite compagnie deftinées pour lefdits lieux, & pour les Ifes & Colonies Françoifes de T'Amérique 7. clles jouiront de l'exemption des droits de fortie conformément aux Arrêts de notre, Confeil des 18 Septembre 1671, & 25 Novembre audit
an, même en cas qu'elies fortent par le Bureau d'Ingrande, encore qu'il ne foit
exprimé dans lefdits Arrêts. Jouira en outre ladite compagnie de toutes autres exemptions, franchifes 2 décharges & immunités que Nous avonsaccordies à ladite compagnie des Indes Occidentales, & à la compagnie du Sénégal, par notre Edit du
mois de Mai 1664) & par les Arrêts de notre Confeil donués ea faveur de l'uns
embre audit
an, même en cas qu'elies fortent par le Bureau d'Ingrande, encore qu'il ne foit
exprimé dans lefdits Arrêts. Jouira en outre ladite compagnie de toutes autres exemptions, franchifes 2 décharges & immunités que Nous avonsaccordies à ladite compagnie des Indes Occidentales, & à la compagnie du Sénégal, par notre Edit du
mois de Mai 1664) & par les Arrêts de notre Confeil donués ea faveur de l'uns --- Page 331 ---
P A R MARSEILLE
& l'autre compagnie, que Nous voulons être exécutés 2 comme s'ils avoient été GUINEr. accordés au nC:. deli compagnie de Guinee. Ceux qui feront par Nous choisis pour Traite derNoiest
compofer ladite compagnie de Guinée, fourniront à notre Secretaire d'Etat, ayant
le depaitemen: de 1 marine & cu conmerce, leur foumifion de faire portertur
leurs vaiffeaux par chacun an, durant le tems porté par ces préfentes, dans nos
l:les & Colonicce Lemériquela quantité de mille Négres de Guinée > que la
compagnie ou ics con..iS 2 pourra néanmoins traiter de gidà gré eldites Iles &
Cclomes ; &de fare pesdant le meme tems porter de 1a cc:e de Guinée dans
notre Royaume 7 içavoir, chacune des deux préinieres années, la quantité de mille
marcs de Foudre d'Or: & celle de douze cens marcs pour chacune des années
ftisten it pour donner mgenà ladite compagnie ce foutenir ion entreri.2,
Nowe vaclons que centormementa ce qi s'eit pratique juiques a préfint >
le rrle Tt avc Nie. Jean Cudictte le 16 Oétobre 1675 il foit paye à lite
compagnie la fomme de treize livres par forme de gratification pour chaque
téte de Négre de Guinée qu'elle aura porté dans nos Ifles & Colenies de PAmérique > furle prix delaFerme de notre Domaine d'Occident en la maniere accooutumée,
en contequence des certificats de l'Inteadant des Ifles 2 ou des Gouverneurs en fon
aofence, vifes parles Lirecteurs dudit domaine. Et a l'égud de la Poudre dr
qu'eile rapportera des paysde fa conceffion 2 Nous voulons auffi & ordonnons étre
paye à ledite comipigrie pir forme de gratitication en la maniere que delits > la
fomme de vingt livresapour chaque marc de Poudre d'Or, en rapportant les certincarions du izire & du Gorde du Eureau de la Monsoye de Paris, vifes Far
les Direéteurs du Domaine d'Occident. Ne feront par Nous accordées aucunes Lettres d'itat 2 de Répi, Surféance, ou Evocation aux Débiteurs de la Compagnie;
& fi aucunes étoient obtenues de Nous > ou de nos Juges, Nous les avons dès à
préfent comme dès - lors déclarées nulles & de nulle valeur, faifant défenfes à nos
Juges d'y avoir agard. Si donnons en mandement à nos amés & féaux Confeillers
les Gens tenans nos Cours de Parlement & des Aydes à Paris, que ces préfentes
ils fafent lire > publier & enregiftrer, & le contenit en icelles garder & obferver felon fa forme & teneur, fans fouffrir qu'il y foit contrevenu en aucune forte
& maniere que ce foit : Cartel eft notre plaifir.
ifant défenfes à nos
Juges d'y avoir agard. Si donnons en mandement à nos amés & féaux Confeillers
les Gens tenans nos Cours de Parlement & des Aydes à Paris, que ces préfentes
ils fafent lire > publier & enregiftrer, & le contenit en icelles garder & obferver felon fa forme & teneur, fans fouffrir qu'il y foit contrevenu en aucune forte
& maniere que ce foit : Cartel eft notre plaifir. Er afin que ce foit chofe ferme
& ftable à toujours, Nous avons fait mettre notre fcel à cefdites préfentes, fauf
en autre chofe notre droit 2 & P'autrui en toutes. Donné à Verfailles au mois de
Janvier, l'an de grace mil fix cens quatre-vingt-cing, & de notre regne le quarinte-deuxiime. Signé, LOCIS. Et pius bas ; par le Roi, COLBERT. Erasis
Ta LE IELLILR. Les difrofitions de l'Edit du meis de Janvier de 1685, telles quon
vient de ies lire 3- furent exécutées fans oppolition jufqu'en 1688, que
Jean Fauconnet, Fermier du Domaine d'Occident, prétendit que les
exemptions de la moitié des droits d'entrée accordées à la Compagnie
de Guinee far les marchandifes promenant de fon Commerce, ie regar. doient que lcs droits des cinq groffes Fermes, & ne pouvoient étre appliquées à celui du Demaine d'Occident qui en étoit indépendart, &
étcit detine aux fortifcations & à la sureie des Colonies Frangoiles. Ce droit eft different de celui de 3 pour cent pour lequel il n'y a point
d'autre franchife que celle nouvellement accordée pour les cotons en
Jaine. 1 Ipréfenta Requete au Confeil & apporta plufieurs raifons pour
obtenir l'effet de fa demande.
& ne pouvoient étre appliquées à celui du Demaine d'Occident qui en étoit indépendart, &
étcit detine aux fortifcations & à la sureie des Colonies Frangoiles. Ce droit eft different de celui de 3 pour cent pour lequel il n'y a point
d'autre franchife que celle nouvellement accordée pour les cotons en
Jaine. 1 Ipréfenta Requete au Confeil & apporta plufieurs raifons pour
obtenir l'effet de fa demande. La Compagnie de Gninée donna fes défcnfes, & Tailaire exainée an Confeil du Roi, les méines mo:ifs qui --- Page 332 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE. avoient donné lieu à l'Edit de Janvier de 1685, en firent confirmer teu:
TraisedeNoirs. tes les difpofitions, par Arrêt du 9 Mars 1688 qu'il m'a paru néceffaire
de joindre ici.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Concernant l'exemption de la moitié des droits, accordé à la Compagnic
de Guinée : Jur les marchandifes provenant de Jon commerce.
Du 9 Mars 1688.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
les Requètes refpeStivement préfentées au Roi en fon Confeil, l'une par
SINM Fanconnet, Fermier du Domaine d'Occident & attres Fermes-Unies,
& l'autre par les Intéreffes en la Compagnie de Guinée ; celle dudit Fauconnet
conténant que, bien que par le bail qui lui a été fait dudit Domaine d'Occident,
il doive & foit en poffellion de jouir des droits de quarante fols pour chaque cent
pefant de fucres & mofcoiades venant des Ifles Françoifes de l'Amérique, & de
trois pour cent de l'efination des maichandites venant deidites Iiles, tout ainfi
qu'en a bien &x duement joui Me.. Jean Oudiette, précédent Fermier dudit Domaine,
fans aucune exemption en faveur de qui que ce ioit, néanmoins les' Intéreffés en ladite Compagaie de Guinée, prétendent ne devoir puyer que la moitie defdits droits,
fous prétexte d'un article quils ont fait inferer dans leurs priviléges 2 encore qu'il
ne confifte qu'en l'exemmption de la moitié des droits des cinq groffes Fermes feuJement 2 tout-à-fait différens de ceux compris au hail dudit Domaine d'Occident,
dont lefdits Intéreffés en ladite Compagaie de Guinée refufent le payement, à laquelle prétention le Suppliant eft d'autant phus obligé de s'oppofer 7 que fi elle avoit
lieu > la Compagnie du Sénégal feroit en droit de prétendre la méme exemption,
de laquelle, non, plus que les Intéreffés en ladite Compagnie de Guinée, elle n'a
jamais joui, & que le Suppliant feroit dans Pimpollibilité de foutenir fa Ferme, à
moins d'une indemnité proportionnée au préjudice & à la perte qu'il fouffriroit; requérant à ces caufes, qu'ii plur à Sa Majeité fur ce lui pourvoir, ce faifant 2 conformément 2tl réfiltat du Conieii, qui a adjugé au Suppliant la Ferme dadit Dcmaine d'Occident, du T Avril 1635 3 lequel fera exécuté ielon fa forme & teneur,
ordonner que lefdits Intéreffés en ladite Compagnie de Guinée, feront tenus de payer
au Suppliant, les droits de quarante fols pour chaque cent pefant de fucre &
mofcouades, venant defdites Iles de' TAmérique, 3 & de trois pour cent, de l'eftimation des marchandiles venant defdites Illes, fefant défenfes aufdits intéreffés &
tous autres de
le Suppliant en la jouiffance deflits droits, à peine de toys
dépens, dominages AEEF intérets, & de telle amende qu'il plaira à Sa Majefté, Et
celie des Intérasies en la Compagnie de Guinée, centenant que Sa: Majede a defiré
' TAmérique, 3 & de trois pour cent, de l'eftimation des marchandiles venant defdites Illes, fefant défenfes aufdits intéreffés &
tous autres de
le Suppliant en la jouiffance deflits droits, à peine de toys
dépens, dominages AEEF intérets, & de telle amende qu'il plaira à Sa Majefté, Et
celie des Intérasies en la Compagnie de Guinée, centenant que Sa: Majede a defiré --- Page 333 ---
PAR MARSEILLE
3II
l'urebliffement de la Compagnie de Guinee par pluficurs raiions : prémierement, GUINÉE. parce qu'il lui a paru quil etoit nécetizire il le confervation du Commerce & des Traite des Noirt,
Colonies Françoiles des-Itles de TAmérique 2 qui ne peavent faire leur culture qu'avec
le lecours des Nagres que les Supplians leur fournifent : & en fecond lieu, parce
qu'il ett avantageux à l'Etat par le Commerce de la poudre d'ors que les Vaiffeaux
de la Compugnie traitent en cchange des merceries & autres monufattures de France
de peu de vileur, en quoi la Compagnie ett d'autant
favorcble. Quant à fon
il e:t fondé fur un Edit
2ul Parlement en la Cour des
Ert
Aydess
droit,
enrégitré
plusieurs mois avant que la Compagnie fat, & aui uvent que lauconne: eut lebel
du Domaine da ccident Dans cet Edit, Sa Majete s'eit expliquée li nettement,
pour taire comoitre gu'elle vouloit que les marchandites que :: Compannie rpporTersicer Miancepour iancompte 5 iuries Vaioaux, fifent exemptes de la moiddes
dreits mis, cu a mettre 3 aux entrées, Ports & Havres du Reyrume, sutya
lea de s'stonner comment Fouconnet oic intiter aucontraire, 6. dire que catune
cla.e que aete glilse per les Intérefis. Il faffiroit en deux mote de repliquer.gue
c'eit une condition integee dans un titre public d'un Edit, dous la foi daquel les
Supslians ie iont chargés de lentreprife du commercede la cète de Guinee, cendtiou -:: sote gue louconnet n'a pà ianorer loriqu'il a pris fon bail, palliquicile
avoi: ete puilise par Temregttrement qui en avoit cté fait dans le mcis de Jonvier
precedent, trois mois aventle bail de Fouconnet, quide coitimpusera iui-méme 2 de
ce qulen preasnt fon bail, il n'a pas mieux pris fes précoutions pour le fit cune
exemption accordée à un tiers avant l'adjudication à lui faite. L'Article de PEditéft
cong en ces termes: Les manchondijes de toutes forcers que iz Compagnis fere 4ror pewr A campre, des 105 de Ja cencefion, o des fles de ramerignesferant
evemepre > dongosromemmen: a 1A itde notre cogelidu 37 Ni 10, dela mcine des
duiti : naus agpemtusati, a 4 nes Fomieni, mis 0: a mestres Lt eureei, Porz: 6
Hmer de netne Reyaume, pailont deferies : nos Hermierss icars Commi & tenrontany d'an exigor au-deia da contrent dax Fnclener, C peine de cenction & de neftitution du quadruple.
re > dongosromemmen: a 1A itde notre cogelidu 37 Ni 10, dela mcine des
duiti : naus agpemtusati, a 4 nes Fomieni, mis 0: a mestres Lt eureei, Porz: 6
Hmer de netne Reyaume, pailont deferies : nos Hermierss icars Commi & tenrontany d'an exigor au-deia da contrent dax Fnclener, C peine de cenction & de neftitution du quadruple. Que cette énonciation & les peines portées par ledit Article
fon: voir manifeitement qu'il a eté mis en connoilince ce caufe Que Tarrét du
Conteil du 3P. Mai 1664, énonce audit Article, donne précifement ala Compagnie
des Indes Occidentales 7 la moitié des droits des Fermes 7 far toutes les marchandifes qu'elle fera venir, dont Sa "Majefté lui fait don, an lieu de 40 liv. par torneau, le Roi avoit accordé à ladite Compagnie : Que cette exemption de la
moitié E droits, équipolloit juftement auxdits 40 liv.: par tonneau 7 parce que les
droits furles lucres ctoient aux entrees de + lis. par cuintai, ce qui monieii
liv. Par tonnent, dont la meitié der: on donnoit Tesemptien, revenoit jaltement
audites 4- lw. Que s'i a pie depnisce ten.s à Sa Majelte de Céclorger les uroits
d'entude de Irnnce de 40 1. & de les poste: a is Ferme da Dozaine d'Cecifent,
colain'ancl rion d. changer aux pelvlegerde la Compnanie des Indes Cecidentales, elie avout ien, qui étoit cette meme cxomptinn ce 401 i par qaintal,
dons :0 dols ounalent ete pris iarita ieume des ciag profs Hermes, &:0 1. fur
celle dur Homine d'Cecidon:: Quls ne frutpoin: tiner de cotgmonce, Eé toms
du bal dliees les Inceretes ar la Comgegaie de Cainee n'en: pes joui dudit
privilege,, polia'ils n'ent print cte ca dtet Ulen pouvole jowir 21 neminaioa de
leurs perioan: poer compoier Indite (ougngnic, nigant sre fllte 4'e mois de
Nai 1AS, 6c fous premuers Nowires nlenant pautin ae Trance une depis le mels
de Duiller de l mome antee, que Fouconne: u ont.e ae iigce de Canive. rerme
du Bosine Wleoilentsqat 1es Ietaredue en In..u: (y prie n: inie > n'ent
arconté lu shenntiun qui a éte itne de jeure Tentonmes d tr la der Je ludite
Jecleration a de privilige: : connonne Gulle de dun: .. - die grotis avnces
& Aat enoore Rror se: ordre de Sa ajente, de delde ce bouvelux eoblinemseegmurl,-trste-e le puudte ur, ce a Kraiunsebislamsat contrnins: dabondumucr, s'ils étoient prives d cotte exemgtion x de Mgrece qal a pa SaNi-
itne de jeure Tentonmes d tr la der Je ludite
Jecleration a de privilige: : connonne Gulle de dun: .. - die grotis avnces
& Aat enoore Rror se: ordre de Sa ajente, de delde ce bouvelux eoblinemseegmurl,-trste-e le puudte ur, ce a Kraiunsebislamsat contrnins: dabondumucr, s'ils étoient prives d cotte exemgtion x de Mgrece qal a pa SaNi- --- Page 334 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. jefté de leur accorder; que T'exemple de la Compagnie du Sénégal, ne peut point
Traiteder Noirs. être tiré à contéquence contre les Supplians; 3 car outre qu'ipourroit étre quepar
les lettres de fon étebliffement elle n'eutpas un privilége aufii formel que celuide
la Compagnie de Cuinte, il est sûr d'silleurs qu'elle n'a pas tant de raifons dele
demander, poilqu'elle n'eit pas engagte en de fi longs & de fi périlieux voyages,
& par confequont en de G grandes dépenfes, la concellion do la Compagnie de
Guinée commencant àl la rivierede Sierra-i iona jufqu'au Cap de Ponns-lipsrasce,
au lieu que celle du Sénégal ne va que jutqu'à la riviere de Sierra-Liona, joint
que ladite Cempagnie du Sénègal, n'ayant pû foutenir les dépenfes de ce com- dé
mérce, les Iles en fouffrant confidérablement, Sa Majefté s'eft trouvée obligée
révoquer fon privilége & de choifir de nouveaux Sujets pour former une nouvelle
Compaguie, à laquelfe elle a bien voulu donner quelque exemption particuliere,
lui donner lieu de pouvoir foutenir ce commerce requérant à ces canfes 2
Et Intéreffés à la Compagnie de Guinée > qu'il plàt à sa Majefté > fans s'arréterà
a Requête de Fauconnet, dont il fera débouté, ordonner que l'Edit d'établiffement
de la Compagnie de Guinée, du mois de Janvier 1685, fera exécuté felon fa forme
& teneur, ce fefant & conformément à icelui, les Supplians maintenus en la jouif- ledit
fance de tous droits, priviléges 2 immunités & exemptions à elle accordés par
Edit, & en confequence que les marchandifes de toutes fortes, qu'elle fera demeu- apporter pour fon compte des pays de fa conceffion & Mai desIfles de de l'Amérique, la moitié de tous
reront exemptes, conformément à l'Arrêt du 30 1664 ,
droits appartenant à fadite Majefté, ou à fes Fermiers > mis & à mettre aux entrées, Ports & Havres du Royaume, défenfes audit Fauconnet & à tous autres &
Fermiers du Domaine d'Occident, d'en exiger davantage, à peine de concuflion
de reftitution du quadruple, & Fauconnet condamné aux dommages & intérêts des
Supplians, pour la contravention par lui apportée à l'exécution dudit Edit du mois
de Janyier 168s. Va lelilites Requêtes, comme aufli celle de Pierre Domergue, >
Fermier des Domaines de Canada & autres Fermes-Unies, tendant à même fin que la
Requête dudit Fauconnet, enfemble ledit Edit d'établiûlemente del la Compagnie de Guinée
du mois de Janvier 1685, T'Arrêt de nomination faite par Sa Majefté, des perfonnes qui
compofent ladite Compagnie > du 12 Mai 168; > T'Arrêt du Confeil du 30 Mai 1664,
le Réfultat du Confeil du7.
ier des Domaines de Canada & autres Fermes-Unies, tendant à même fin que la
Requête dudit Fauconnet, enfemble ledit Edit d'établiûlemente del la Compagnie de Guinée
du mois de Janvier 1685, T'Arrêt de nomination faite par Sa Majefté, des perfonnes qui
compofent ladite Compagnie > du 12 Mai 168; > T'Arrêt du Confeil du 30 Mai 1664,
le Réfultat du Confeil du7. Avril1685, quia adjuge à Fauconnet la Ferme du Domaine
d'Occident, & tout confideré, oui le rapport du fieur le Pelletier, Confeiller ordiau Confeil Royal, Contrôleur général des Finances, le Roi, en fon Confeil fefant
droit fur lefdites Requétes relpectives ayant aucunement égard à celles des IntérefTés
en la Compagnie de Guinée's a ordonné & ordonne,: confermément aux lettres d'éta- fera
bliffement de ladite Compagnie, que les marchandifes de toutes fortes de qu'elle la moitié
apporter pour fon compte des pays de fa conceflion, feront exemptes
des droits
à Sa Majeité, ou à fes Fermiers mis & à mettre aux entrées, Ports Eat Havres du Royaume, & à l'égard des fucres & autres marchandifes
des Iles de l'Amérique, que ladite Compagnie pourra en rapporter provenant des côtes de de
la vente des Négres & autres marchandifes qu'elle 1 aura la moitié tranfportées defdits droits,,
Guinée, qu'elle jouira pareillement de l'exemption
des jufqu'à ta concurrence feulement de ce qui lui aura été donné en payement lefdites Négres
& marchandifes qu'elle aura fait tran(porter des côtes de Guinée dans
Ifles, fes
fuivant les Certificats qui en feront délivrés l'Intendant auxdites Ifles, oy le
Subdélegués en fon abfence. Fait au Confeil FLtT du Roi, tenu à Verfailles,
neuvicme jour de Mars mil fix cens guatre-vingt-huit. Signe, ROUILLET. La Compagnie de Guinée devoit exercer fon privilége par ello-méme, pour jouir des exemptions qui y font atjachées. La celiionoa les
perntifions --- Page 335 ---
PAR MARSEILLE
permifions qu'elle accordoit à des Armateurs particuliers, n'opéroient GUINÉE. point le même effet; c'eft ce qui fut décidé par Arrêt du Confeil du 2 Traite des Noirs.,
Août 1701, contre Srs. Chambellaitf, Saupin & Compagnie, qui avoient
armé trois Vaiffeaux, le prémier au Havre, le fecond au Port de la
Rochelle, & le troifième à St. Malo, en vertu des permiflions qu'ils
en avoient obtenues. Ils avoient fait venir diverfes marchandifes d'Hollande & des Provinces du Royaume 1 pour compofer Ies cargaifons
defdits Navires.
.,
Août 1701, contre Srs. Chambellaitf, Saupin & Compagnie, qui avoient
armé trois Vaiffeaux, le prémier au Havre, le fecond au Port de la
Rochelle, & le troifième à St. Malo, en vertu des permiflions qu'ils
en avoient obtenues. Ils avoient fait venir diverfes marchandifes d'Hollande & des Provinces du Royaume 1 pour compofer Ies cargaifons
defdits Navires. Ils furent condamnés à payer les dreits, comme fi lefdites marchandifes n'avoient point étê deftinées pour la Guinée. Le bail de la Compagnie de Guinée ne devoit finir qu'en 1705,
étant pour vingt années; mais la guerre qui furvint à l'occafion de la
fucceilion au Thrône d'Efpagne, dont T'Angleterre vouloit exclurre Philippe V, ayant fait cefTer la fourniture d'Eiclaves noirs que les Anglois
failoient aux Efpagnols, & dont les Indes Efpagnoles nc peuvent fe
paffer, ladite Compagnie de Guinée fouferivit, avec l'agrément du Roi,
au Traité qui fut palle le 27 Août 1702, par le Miniftre de Sa Majefté Catholique au nom du Roi d'Efpagne, & par Mr. Ducaffe, Chef
d'Efcadre, au nom de ladite Compagnie de Guinée, pour dix années
à commencer le prémier Septembre 1702, & finir à pareil jour de l'année 1712. Ce fut à caufe de ce Traité que ladite Compagnie prit le
nom d'Afliente, qui en Efpagnol fignific Ferme, & clle s'engagea à
fournir pendant la guerre 38000 Négres, & en tems de paix 48000,
en payant pour le droit du Roi d'Efpagne 33 piaftres & un tiers pour
chaque Négre, piéce d'Inde , fans pouvoir porter fur fes Vaiffeaux que
des Efclaves Noirs & les vivres néceffaires pour leur nourriture. Cette
derniere claufe fut jugée fi importante, 3 que par Arrêt du 9 Juin 1703,
le Roi fit des défenfes très-rigourcufes à tous fes Sujets qui feroient
employés par la Compagnie d'Alliente, d'y contrevenir. je ne rappelle point ici ces deux Arrêts ni quelques Décifions particulieres que les circonftances de la guerre avoient occafionnées. La
connoiffance ne m'en paroit pas néceflaire. Par la Paix d'Utrech ) le
calme fut rendu à T'Europe, & les Anglois réntrerent dans la fourniture des Négres pour les Indes Efpagnoles > que la guerre avoit interrompue. Le Traité de la Compagnie d'Afliente , fe trouvoit confommé;
ce qui occalionna plufieurs Mémoires de la part des Négocians du Royaume, pour demander la liberté du Commerce de Guinée, 9 comme
devant contribuer à l'augmentation de celui de nos Colonics * dont les
progrès étoient reconnus fi avantageux pour tout le Royaume. Le Roi,
perfuadé que le Commerce de nos Colonies en Amérique 1 nc pouvoit
être trop favorifé, ne voulut point écouter les propolitions que firent
différentes Compagnics pour obtenir la continuation du privilége exclufif pour la Traite des Négres. Il préfera T'utilité publique, au bénéfice
particulier qu'il en auroit retiré ; en conféquence il fut libre à tout Armateur 2 en prenant un paffe-port, d'expédier fcs Navires pour les
Tom.
Commerce de nos Colonies en Amérique 1 nc pouvoit
être trop favorifé, ne voulut point écouter les propolitions que firent
différentes Compagnics pour obtenir la continuation du privilége exclufif pour la Traite des Négres. Il préfera T'utilité publique, au bénéfice
particulier qu'il en auroit retiré ; en conféquence il fut libre à tout Armateur 2 en prenant un paffe-port, d'expédier fcs Navires pour les
Tom. Il. Rr --- Page 336 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
côtes de Guinée, d'y vendre fes marchandifes, & d'y acheter des EC
fraite GUINÉE. des Noirs. claves pour les tranfporter dans nos Ifles. Ces palfe-ports étoient délivrés
fur la foumiffion de payer 30 liv. pour chaque Négre introduit au Cap,
&15 liv. pour chaque Négre introduit aux Iles du Vent. Le payement
des fommes dûes en vertu defdites foumiffions, fut moderé aux deux
tiers, , à caufe de la mortalité qui avoit enlevé une partie defdits
Négres. Les anciens Réglemens concernant le Commerce de Guinée, avec les
claufes, reftriétions ou augmentations des priviléges que les circonftances Sa
du tems rendirent néceffaires, furent exécutés jufqu'en 1716, que audit
nouveau Réglement 7 donna une forme conftante
Majefté Commerce. 1 par Ce font les Lettres-Patentes du mois de Janvier de 1716
dont je veux parler, & que je joins ici avec T'Arrêt du 30 Septembre
1741, qu'il ne faur pas en feparer.
LETTRES PATENTES
DU ROI,
Pour la liberté du Commerce fur les Côtes de Guinée d
d'Afrique.
Données à Paris au mois de Janvier 1716.
OUIS la grace. de Dieu Roi de France & de Navarre : A tous
L préfens par & à venir, , SALUT. Par les Lettres-Patentes du feu Roi
très-honoré Seigneur & Bifayeul, du mois de Janvier 1685,
notre il auroit été établi une Compagnie fous le titre de Compagnie de Guinée s
faire pendant T'efpace de vingt années, à l'exclufion de tous aupour
des
de la Poudre d'Or 2 & de toutes les
tres, le commerce Négres, pourroiz traiter ès Côtes d'Afrique, depuis
autres marchandifes qu'elle inclufivement
Cap de Bonnela Riviere de Sierra - Lyona
1 jufqu'au
priEfpérance ; & il auroit été attribué à cette Compagnie des droits pluficurs d'entrée
wiléges & exemptions & entr'autres celle de la moitié
de
fur les marchandifes de toute forte qu'elle feroit apporter des pays
fa conceffion, & des Ifles de l'Amérique pour fon compte : Roi quoique notre
le terme fixé par ces Lettres-Patentes fut expiré 9 le feu
oit
très-honoré Seigneur, auroit trouvé bon, à çaufe des engagemens
; & il auroit été attribué à cette Compagnie des droits pluficurs d'entrée
wiléges & exemptions & entr'autres celle de la moitié
de
fur les marchandifes de toute forte qu'elle feroit apporter des pays
fa conceffion, & des Ifles de l'Amérique pour fon compte : Roi quoique notre
le terme fixé par ces Lettres-Patentes fut expiré 9 le feu
oit
très-honoré Seigneur, auroit trouvé bon, à çaufe des engagemens --- Page 337 ---
PAR MARSEILLE
bette Compagnie étoit pour la fourniture des Négres aux Indes Efpa- GUINÉE,
gnoles, qu'elle continuât de jouir des mêmes priviléges & exemptions, Traite des Noirt;
fous le nom du Traité de l'Afiente, , jufqu'au mois de Novembre 1713Et les Négocians de notre Royaume ayant alors"repréfenté, qu'il convenoit au bien du commerce en général, & en particulier à l'augmentation des Iles Françoifes de TAmérique, 1 que le commerce de la Côte
de "Guinée fut libre 1 le feu Roi ne jugea pas à propos de former une
nouvelle Compagnie 3 quoique plufieurs perfonnes fc fullent offertes pour
la compofer. Et comme nous voulons affurer la liberté à ce commerce,
& traiter favorablement les Négocians & Marchands qui l'entreprendront : pour leur donner moyen de le rendre plus confidérable qu'il
n'a été par le paffé, & procurer par-là à nos Sujets des Ifles Françoifes de l'Amérique - le nombre de Négres néceffaires pour entretenir & augmenter la culture de leurs terres: A CES CAUSES & autres
à ce Nous mouvans 3 de l'avis de notre très-cher & tiès-amé Oncle
le Duc d'Orléans Regent, notre très-cher & très-amé Coufin le Duc
de Bourbon, de notre très-cher & très-amné Oncle le Duc dn Maine, 9
de notre très-cher & très-amé Oncle le Comte de Touloufe, & autres Pairs de France grands & notables Perfonnages de notre Royaume, & de notre certaine fcience, pleine puiffance & autorité Royale,
Nous avons dit, ftatué & ordonné , difons 1 ftatuons & ordortnons 2
voulons & Nous plaît ce qui enfuit.
ARTICLE PRENIER
Nous avons permis & permettons à tous les Négocians de notre
Royaume 1 de faire librement à l'avenir le commerce des Négres > de
la Poudre d'Or & de toutes les autres marchandifes qu'ils pourront
tirer des Côtes d'Afrique 1 depuis la Riviere de Sierra-Lyona inclufivement 3 jufqu'au Cap de Bonne-E(perance, à condition qu'ils ne pourront armer ni équiper leurs Vaiffeaux que dans les Ports de Rouen D
la Rochelle > Bordeaux & Nantes.
I I.
Les Maitres & Capitaines des Vaiffeaux, qui voudront faire le Commerce de la côte de Guinée 1 feront tenus d'en faire la déclaration au
Greffe de l'Amirauté, établi dans le lieu de leur départ 7 & de donner
au Bureau des Fermes une foumiffion, par Jaquelle ils s'obligeront de
faire leur retour dans lun des Ports de Rouen, la Rochelle , Bordeaux
& Nantes, fans néanmoins que les Vaiffeaux qui feront partis de
Rouen, la Rochelle & Bordeaux, puiffent faire leur retour à Nantes
& Saint Malo.
Rrij
inée 1 feront tenus d'en faire la déclaration au
Greffe de l'Amirauté, établi dans le lieu de leur départ 7 & de donner
au Bureau des Fermes une foumiffion, par Jaquelle ils s'obligeront de
faire leur retour dans lun des Ports de Rouen, la Rochelle , Bordeaux
& Nantes, fans néanmoins que les Vaiffeaux qui feront partis de
Rouen, la Rochelle & Bordeaux, puiffent faire leur retour à Nantes
& Saint Malo.
Rrij --- Page 338 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉF.
Fraite desNoirs.
IIL
Les Négocians dont lcs Vaiffeaux tranfporteront aux Ifles Françoifes
de P'Amérique des Négres provenans de la Traite qu'ils auront faite
à la côte de Guinée , fcront tenus de payer après le retour dc leurs
Vaiffeaux dans l'un des Ports de Rouen, la Rochelle, Bordeaux &
Nantes, entre les mains du Tréforier général de la Marine en exercice.,
la fomme de vingt livres par chaque Négre qui aura été débarqué auxdites Ifles, dont ils donneront leurs foumiflions au Greffe de TAmirauté,
en prenant les congés de notre très-cher & très-amé Oncle Louis-Alexandre de Bourbon, 3 Comte de Touloufe, Amiral de France. Et à l'égard
des Négocians dont les Vaiffeaux feront feulement la Traite de la poudre
d'or, & d'autres marchandifes à ladite côte, ils feront auffi tenus après
ler retour de leirs Vaiffeaux dans l'un defdits Ports, de payer entre les
mains du Tréforier de la Marine la fomme de trois livres pour chaque tonneau du Port de leurs Vaiffeaux, pour être le produit defdites
vingt liv. & trois liv. employé par les ordres du Confeil de la Marine.
à l'entretien des Forts & Comptoirs qui font ou feront établis far ladite
côte de Guinée 3. de laquelle dépenfe nous demeurerons chargés à
l'avenir.
IV.
Exomptons néanmoins du payement dudit droit de trois livres par
tonneau pendant les trois années prochaines & confécutives , à compter du jour & date de l'enregiftrement des Préfentes, ceux de nos
Sujetsedont les Vaiffeaux ne feront à ladite côte de Guinée 5 que la
feule Traite de lor & marchandifes autres que des Négres.
V.
Voulons que les marchandifes de tontes fortes qui feront apportées
des côtes de Guinée par nos Sujets à droiture dans les Ports de Rouen,
ja Rochelie, Bordeaux & Nantes, foient exemptes de la moitié de tous
droits d'entréc, tans de nos Fermes que locaux, mis & à mettre. Vou
lons auffi que les Sucres & autres cfpéces de marchandifes que nofdits
Sujets apporteront des Ifles Françoifes de l'Amérique provenantes de la
vente & du troc des Négres 7 jouiffent de la même exemption en
juftifiant par un certificat du fieur Intendant aux Ifles., ou d'un Commifise-Crdonnateur, ou du Commis du Domaine d'Occident 7 que les
marchandifes embarquées. auxdites Ifles proviennent de la vente & du
troc des Négres quc lefiits Vaiffeaux y auront déchargé, lefquels Cer-
les Françoifes de l'Amérique provenantes de la
vente & du troc des Négres 7 jouiffent de la même exemption en
juftifiant par un certificat du fieur Intendant aux Ifles., ou d'un Commifise-Crdonnateur, ou du Commis du Domaine d'Occident 7 que les
marchandifes embarquées. auxdites Ifles proviennent de la vente & du
troc des Négres quc lefiits Vaiffeaux y auront déchargé, lefquels Cer- --- Page 339 ---
PAR MARSEILLE
tificats feront mention du nom des Vaiffeaux & du nombre de Négres GUINÉE.
qui auront été débarqués auxdites Iles, & demeureront au Bureau de Traite des Noitr.
nos Fermes, dont les Receveurs donneront une ampliation fans fraix
aux Capitaines ou Armateurs, pour fervir ainfi qu'il appartiendra. Faifons défenfes à nos Fermiers, leurs Procureurs ou Commis, de percevoir autres ni plus grands droits, à peine du quadruple.
V I.
Les toiles de toutes fortes, la quincaillerie, la mercerie ) la veroterie 1 tant fimple que contre. - brodéc 3 les barres de fer plat, les
fufils 3 les fabres & autres armes 3 & les pierres à fufil , le tout
des fabriques de notre Royaume 7 enfemble le corail, jouiront de
T'exemption de tous droits de fortie dûs à nos Fermes 2 tant dans les
Bureaux de leur paffage, que dans ceux du Port de leur embarquement, à la charge qu'elles feront déclarées pour le Commerce de Guinée,
au.prémier Bureau de nos cinq groffes Fermes, & qu'ily fera pris nu
acquit à caution en la maniere accoutumée, pour en affurer l'embarquement dans l'un defdits quatre Ports, jufques auquel tems lefdites
marchandifes feront mifes dans le magafin d'entrepôr, fous deux clefs
différentes, dont l'une fera gardée par le Commis de T'Adjudicataire
de nos Fermes 3 & l'autre par celui qui fera prépofé par lcs Négocians,
le tout à leurs frais. Et à T'égard des vins d'Anjou & autres crûs des
côtes de la riviere de Loire deftinés pour la Guinée il en fera ufé
comme à l'égard de ceux deftinés pour les Ifles Françoifes de l'Amérique, fitivant PArrêt de notre Confeil du 23 Septembre 1710. Et pour
ce qui concerne les vins de Bordeaux 2 Nous voulons pareillement qu'il
en foit ufé de la même maniere qu'il fe pratique à T'égard de ceux qui
y font embarqués pour les Ifles Françoifes de T'Amérique 9 en y prenant le chargement defdits vins, & y faifant les foumiflions accoutumées.
VIL
Permettons auxdits Négocians d'entrepofer dans Ies Ports de Rouen, *
la Rochelle, Bordeaux & Nantes les marchandifes appellées cauris P
les toiles de coron des Iudes, blanches, bleues & rayées, les toiles
peintes, les criftaux en graius, les petits miroirs d'Allemagne, Ie vieux
linge & les pipes à fumer , qu'ils tireront de Hollande & du Nord,
par mer feulement pour le Coumerce de Guinée. Voulons aufi qu'ils
jouiffent du même entrepôt pendant T'efpace de deux années feulement,
à compter du jour & date de l'enregiirement des Préfentes, pour les
couteaux Flamands, les chaudieres & toutes fortes de battcries de cuivre; lc tout à condition quc lefdites marchandifes étrangeres feront
déclarécs à leur arrivée aux Commis des Bureaux de nos Fermes, &
du Nord,
par mer feulement pour le Coumerce de Guinée. Voulons aufi qu'ils
jouiffent du même entrepôt pendant T'efpace de deux années feulement,
à compter du jour & date de l'enregiirement des Préfentes, pour les
couteaux Flamands, les chaudieres & toutes fortes de battcries de cuivre; lc tout à condition quc lefdites marchandifes étrangeres feront
déclarécs à leur arrivée aux Commis des Bureaux de nos Fermes, & --- Page 340 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. enfiite dépofées dans un magafin qui fera choifi pour cet effet, &
Traite desNoirs. fermé à deux clefs, dont l'une reftcra ès mains du Commis des Fermes, & l'autre fera remife à celui que les Négocians prépoferont, le
tout à leurs frais.
VIIL
Les Commis de l'Adjudicataire de nos Fermes en chacun defdits
Ports, tiendront un regiftre qui fera cotté & paraphé par le Direéteur
de nos Fermes, dans lequel ledit Commis enregiftrera par quantité 2
les marchandifes fpécifiées dans les deux Articles précédens, à fur & à
mefure qu'elles feront dépofées dans les magalins d'entrepôts. Défendons
auxdits Commis de n'en certifier la defcente fir les acquits'à caution
qui auront été pris dans les prémiers Bureaux, 3 qu'après que la vérification, l'enregiftrement & la décharge en auront été faits dans lefdits
magafins d'entrepôt, 3 d'ou elles ne pourront être tirées que pour être
embarquées dans les Vaiffeaux qui partiront pour les côtes de Guinée.
& lors de T'embarquement defdites marchandifes, tant étrangeres, qu'originaires du Royaume pour lefdites côtes de Guinée. Voulons qu'il en
foit fait mention en marge du Regiftre, à côté de chaque Article
d'arrivée, avec dénomination du noi du Vaiffeau dans lequel elles
auront été embarquées, & que cette mention foit fignée, 2 tant par
Ie Commis des Fermes, que par le Prépofé des Négocians, même par
le Capitaine du Vaiffeau qui les aura reçues pour les embarquer, ou
par fon Armateur.
IX.
Permettons néagmoins aux Marchands & Négocians de Ia Ville de
St. Malo d'armer & d'équiper dans leur Port des Vaiffeaux pour la
côte de Guinée & pour lcs Hlcs Françoifes de T'Amérique ) & de faire
leur retour dans ledit Port, aux claufes 7 charges, 7 conditions &
exemptions portées par les précédens Articles, en nous payant pour
les marchandifes qui proviendront de la côte de Guinée, & des Ifles
Françoifes de l'Amérique tels & femblables droits qui fe perçoivent à
notre profit dans la ville de Nantes , outre'& par-deffis ceux qui fe
lévent , fuivant T'ufage accoutumé dans ledit Port de St. Malo 3 au
profit de notre très-cher & très-amé Oncle Louis - Alexandre de Bourbon, Comte de Touloufe, Duc de Penthievre, Amiral de France, &
Gouverneur de Brétagne.
Si DONNONS EN MANDEMENT, à nos amés & féaux Confeillers les
Geus tenant notre Cour de Parlement, Chambre des Comptes & Cour
dles Aydes à Paris, que ces Préfentes ils ayent à faire lire, publier
accoutumé dans ledit Port de St. Malo 3 au
profit de notre très-cher & très-amé Oncle Louis - Alexandre de Bourbon, Comte de Touloufe, Duc de Penthievre, Amiral de France, &
Gouverneur de Brétagne.
Si DONNONS EN MANDEMENT, à nos amés & féaux Confeillers les
Geus tenant notre Cour de Parlement, Chambre des Comptes & Cour
dles Aydes à Paris, que ces Préfentes ils ayent à faire lire, publier --- Page 341 ---
PAR MARSEILLE
& régiftrer, & le contenu en icelles exécuter felon leur forme & te- GUINÉE.
neur: Car tel eft notre plaifir. Et afin que ce foit chofé ferme & fta- Traite des Noirti
ble à toujours, Nous avons fait mettre notre Scel à cefdites Préfentes.
DONNE' à Paris au mois de Janvier, l'an de grace mil fept cens
feize & de notre régne le prémier. Signé LOUIS; Et plus bas 9
Par le Roi, LE Duc D'ORLEANS, Régent, 9 préfent. PHELYPEAUX. Vifa,
VOYSIN. Va au Confeil, VILLEROY. Et fcellées du grand fceai de cire
verte, en lacs de foye rouge & verte.
Régiftrée, oui, & ce requérant le Procureur Général du Roi, pour être
exicutées Jelon leur forme & teneur, & copies collationnées, envoyées aux
Bailliages & Sénéchauffees du Relfort, pour y être lies, publiées & régiftrées ; Enjoint aux Subftituts du Procureur Général du Roi d'y tenir la
main, & d'en certifier la Cour dans un mois 9 fuivant LArrêt de ce jour.
4 Paris en Parlement l'ongième Mars mil Jept cens feige.
Signé, DONGOIS.
Collationné ) aux Originaux par Nous Ecuyer;
Confeiller-Sécretaire du Roi, Maifon-Couronne
de France & de fes Finançes.
, pour y être lies, publiées & régiftrées ; Enjoint aux Subftituts du Procureur Général du Roi d'y tenir la
main, & d'en certifier la Cour dans un mois 9 fuivant LArrêt de ce jour.
4 Paris en Parlement l'ongième Mars mil Jept cens feige.
Signé, DONGOIS.
Collationné ) aux Originaux par Nous Ecuyer;
Confeiller-Sécretaire du Roi, Maifon-Couronne
de France & de fes Finançes. --- Page 342 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE.
Traitedes Noirs.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui permet aux Négocians & Armateurs des Ports autorifés à faire le
commerce des Colonies de PAmérique 9 d'armer & équiper leurs vaiffeaux pour la Côte de Guinée, , en fe conformant aux Arrêts & Réglemens concernant le commerce de ladite Côte.
Du 30 Septembre 1741.
Extrait des Regiftres du Confeil d'État.
L E ROI s'étant fait repréfenter la déclaration du mois de Janvier 1685, portant établiffement d'une compagnie pour faire exclufivement le commerce à la
côte de Guinée, , les Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716 2 qui accordent à
tous les Marchands du Royaume, > la liberté du commerce de la côte de Guinée > à
condition néanmoins qu'ils ne pourront armer ni équiper leurs vaiffeaux, que dans
les Ports de Rouen > la Rochelle 7 Bordeaux & Nantes, & pareillement aux Négocians de Saint Malo, en payant pour les marchandifes qui proviendront de la
côte de Guinée & des Iles Françoifes de P'Amérique > tels & femblables droits qui
fe perçoivent dans la ville de Nantes : les Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717, 3
portant Réglement pour le commerce des Colonies Françoifes, par le prémier article defquelles les armemens deftinés pour lefdites Ifles pourront feulement fe faire
dans les Ports de Calais 2 Dieppe, le Havre, Rouen 2 Honfeur > Saint Malo 2
Morlaix, Breft, Nantes, la Rochelle, Bordeaux, Bayonne & Cette : autres Lettres-Patentes des mois de Février 1719 & 8 oétobre 1721, données en faveur de
Marfeille & de Dunkerque- : T'Arrêt du Confeil du 21 Décembre 1718, rendu en
faveur de Vannes, par lefquelles Lettres-Patentes & Arrêt > il eft permis de faire
dans lefdits Porrts, les armemens pour les Iiles & Colonies , ainfi que dans ceux
délignés par les Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717. Les Lettres-Patentes du
mois de Janvier 1719, portant permiflion aux Négocians de Languedoc de faire
le commerce de Guinée: L'Arrêt du Confeil du 27 Septembre 1720 qui accorde &
réunit à la compagnic des Indes le privilége & le commerce exclufif de la côte
d'Afrique, Va aufh le Mémoire des Fermiers Généraux & l'avis des Députés au
Bureau de commerce : & Sa Majefté étant informée que plufieurs Armateurs des
Ports non dénommés dans les L.ettres-Patentes du mois de Janvier 1716 font 111certains s'ils peuvent armer pour ladite côte > en obtenant des permiflions de la
compagnie des Indes; > ainfi que ceux des Ports qui y font dénommés; à quoi étant
néceffaire de pourvoir. Oui le rapport du fieur Orry Confeiller d'Etat, & ordinaire
au Confeil Royal, Contrôleur Général des Finances, Sa Majefté étant en fon Confeil, a permis & permet > tant aux Négocians & Armateurs des Ports dénommés
par P'article prémier des Lettres - Patentes du mois d'Avril 1717 qu'à ceux des
autres Ports auxquels il a aufli été permis depuis de faire le commerce des Colonies de l'Amérique, d'armer & équiper leurs vaiffeaux pour la côte de Guinée > tout
ainfi
Confeil Royal, Contrôleur Général des Finances, Sa Majefté étant en fon Confeil, a permis & permet > tant aux Négocians & Armateurs des Ports dénommés
par P'article prémier des Lettres - Patentes du mois d'Avril 1717 qu'à ceux des
autres Ports auxquels il a aufli été permis depuis de faire le commerce des Colonies de l'Amérique, d'armer & équiper leurs vaiffeaux pour la côte de Guinée > tout
ainfi --- Page 343 ---
PAR MARSEILLE:
kifi qu'il avoit ded accordé aux Négocians & Armateurs des Ports défignés par les GUINÉE. Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716 pour ledit commerce d'Afrique ; & ce après Traite des Noirs. sue tous leidits Négocians & Armateurs en auront obtenu la permilion de la compagnie des Indes, & enfe conformant aux Arrêts > Réglemens concernant ledit
commerce de Guinée. Enjoint Sa Majefté aux ficurs Intendans & Commiffaires départis pour l'exécution de fes ordres dans les Ports & Havres du Royaume, de
tenir la main à l'exécution du préfent Arrêt,, qui fera lû, publié & affiché par-tout
où befoin fera,, & fur lequel feront toutes lettres néceffaires expédiées. Fait au
Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles le trentième jour
de Septembre mil fept cens quarante-un. Signé > PHELYPEAUX. € OUIS par la grace de Dieu 7 Roi de France & de Navarre 3 Comte de
Provence, Forcalquier & Terres adjacentes : A nos amés & feaux Confeillers
en nos Confeils, 2 les Sieurs Intendans & Commiffaires départis pour l'exécution
de nos Ordres dans les Ports & Havres de notre Royaume 2 SALUT, Nous vous
mandons & enjoignons par ces préfentes fignées de-Nous, de tenir, chacun ent
droit foi > la main à l'exécution de l'Arrêt dont extrait eft ci-attaché fous le colltre-fcel de notre Chancellerie, cejourd'hui rendu en notre Confeil d'Etat 2 Nous
y étant, les caufes y contenues : commandons au prémier notre Huillier ou
Sergent drur ce requis 2 de fignifier ledit Arrêt à tous qu'il appartiendra, à ce que
perionne n'en ignore ; & de faire en outre pour fon entiere exécution, tous aétes
& exploits requis & néceffaires > fans autre permiflion : Car tel eft notre plaifir. Donné à Verfnilles, le trentième jour de Septembre, l'an de grace mil fept cens
quarante-un > &c de notre regne le vingt-feptième. Signé LOUIS. Et plus bas,
le Rc:, Comte de Provence. Signé, PHELYPEAUX, Et Scellé du grand Sceau
: cire jaune. Collationné aux Originaux par Nous Ecuyer Confiller-Secretaire
du Roi, Maifon, Couronne de France & dejes Finances. Ny ayant aucun Port de la Province du Languedoc dénommé dans
les Lettres.Patentes du mois de Janvier 1716 3 pour faire le Commerce de Guinée, les Etats firent des repréfentations, & fapplierent
Sa Majefté de rendre cette faveur commune au Port de Cette.
é du grand Sceau
: cire jaune. Collationné aux Originaux par Nous Ecuyer Confiller-Secretaire
du Roi, Maifon, Couronne de France & dejes Finances. Ny ayant aucun Port de la Province du Languedoc dénommé dans
les Lettres.Patentes du mois de Janvier 1716 3 pour faire le Commerce de Guinée, les Etats firent des repréfentations, & fapplierent
Sa Majefté de rendre cette faveur commune au Port de Cette. Leur
demande fut écoutée favorablemeut; & par Lettres-Patentes du mois
de Jaarier 1719, la liberté du Commerce de Guinée fut accordée audit Port de Cette. Je ne rapporterai point ces dernieres Lettres-Patentes, qui font les mêmes dans le fond & dans la forme que celles
de 1716, à quelques petits changemens près, occafionnés par quelques décifions rendues en interprétation defdites Lettres - Patentes de
1716 & qu'il fulfit de faire connoître. Par T'Article prémier le Port
de Cette eft dénommé au lieu de ceux mentionnés dans celles de
1716. Par l'Article II les Navires doivent faire leur retour au Port de
Cette. L'Article IV n'exempte que pour une année du payement de
trois liv. par tonneau, dont les autres Ports avoient été affranchis pour
trois années,
la raifon qu'il y en avoit deux années d'écoulécs. Par P'Article V les Négocians du Languedoc font fubftitués aux mots, 3
Tum.
nommé au lieu de ceux mentionnés dans celles de
1716. Par l'Article II les Navires doivent faire leur retour au Port de
Cette. L'Article IV n'exempte que pour une année du payement de
trois liv. par tonneau, dont les autres Ports avoient été affranchis pour
trois années,
la raifon qu'il y en avoit deux années d'écoulécs. Par P'Article V les Négocians du Languedoc font fubftitués aux mots, 3
Tum. Il. Ss --- Page 344 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. nos Sujets, quoique dans le vrai ils n'en puiffent pas être difinguéss
Traire des Noirs. faifant voir le même zèle & lc même attachement au bien public.
Dans l'Article VI, Sa Majefté a ajouté aux marchandifes exemptes des
droits, les vins & eaux-de-vie du crû du Languedoc, &a fupprimé,
par une fnite néceffaire, ce qui avoit été ordonné à l'égard des vins
d'Anjou & autres du crû des côtes de la riviere de L oire. Le Port de
Cette tient la place des autres Ports dénommés. Par T'Article VII,
les platilles ont été ajoutées comme néceffaires au Commerce de Guinée.
Même obfervation pour nommer, au lieu de nos Sujets, les Négocians
de notre Province du Languedoc. L'Article VIII, après avoir parlé du
Bureau des Fermes, ajoute du Port de Cette, & à lafin dudit Article
ce qui fuit: Voulons au furplus que nofdites Lettres-Patentes du mois
de Janvier 1716 & Avril 1717 > foient exécutées fuivant leur forme
& teneur. L'Article IX, n'a point d'application au Port de Cette. Ajouté
àta fin, non-obftant tous Edits, Réglemens, Déclarations , Arrêts 8xc.
Il n'y a point d'autres remarques à faire fur les Lettres-Patentes du
mois de Janvier 1719, pour permettre aux Négocians du Languedocde
faire le Commerce de Guinée par le Port de Cette, tout le refte
étant conforme à celles de 1716. Les obfervations que j'ai promis de
faire, ferviront également pour toutes les deux, II y eut quelques conteftations au fujet de l'exemption de la moitié des droits d'entrée fur
lcs marchandifes venues fur des Navires expédiés avant la publication
des Lettres-Parentes du mois de Janvier 1716, & qui n'arriverent
qu'après ladite publication. Le Confeil par Arrêt du II Août de ladite
année, confirma ladite modération des droits, & déclara que les dif
pofitions defdites Lettres-Patentes feroient exécutées felon leur forme
& teneur.
ARTICLE PREMI E R.
Nous avons permis & permettons à tous les Négocians de notre Roypume 2 de faire librement à Pavenir le Commerce des Négres, de la Poudre d'Or & de toutes les autres marchandifes qu'ils pourront tirer des
Côtes d'Afrique, depuis la Riviere de Sierra-Lyona inclufivement, jufqu'au
Cap de Bonne-E/pérance, à condition qu'ils ne pourront armer ni équiper
leurs Vaifeaux que dans les Ports de Rouen, la Rochelle 3 Bordeaux
& Nantes.
On a vu en quoi confiftent les côtes de Guinée en partant de SierraLyona, pour aller au Cap de Bonne-E(pérance; 3 je ne le repeterai pas.
Il n'y a que quatre Ports, Rouen, la Rochelle, Bordeaux & Nantes,
ou les Vaiffeaux puiffent être armés & équipés pour la Guinée, auxquels il faut joindre le Port de Saint Malo, fuivant la di(pofition de
FArticte IX, celui de Cette; en vertu des Lettres-Patentes de Janvier
en quoi confiftent les côtes de Guinée en partant de SierraLyona, pour aller au Cap de Bonne-E(pérance; 3 je ne le repeterai pas.
Il n'y a que quatre Ports, Rouen, la Rochelle, Bordeaux & Nantes,
ou les Vaiffeaux puiffent être armés & équipés pour la Guinée, auxquels il faut joindre le Port de Saint Malo, fuivant la di(pofition de
FArticte IX, celui de Cette; en vertu des Lettres-Patentes de Janvier --- Page 345 ---
P A R M A RSEILLE
1719, & tous les autres Ports où il eft permis de faire des armemens TraitederNuirsi GUIN#E.
pour Jes Ilcs Françoites de I'Amérique , en conféquence de T'Arrêt du
30 Septembre 1741. En parlant des Ports défignés pour faire ledit
Commerce de T'Amérique, j'ai rapporté les titres par lefquels différens
Ports ont été rendus participans de la permiflion accordée par les Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717.
ARTICLE II.
Les Maitres & Capitaines des Vaiffeaux 3 qui voudront faire le Commerce de la côte de Guinée, feront tenus d'en faire la déclaration au
Greffe de PAmirauté, établi dans le lieu de leur départ, & de donner
au Bureau des Fermes une foumiffion 2
laquelle ils s'obligeront de
fuire leur retour dans P'un des Ports de Kotutes la Rochelle, Bordeaux
6 Nantes, fans néanmoins que les Vaiffeaux qui feront partis de Rouen,
la Rochelle & Bordeaux 3 puifent faire leur retour à Nantes & Saint
Malo.
La même obligation de faire revenir les Navires dans le Port du
départ, avoit été impofée par l'Article II des Lettres-Patentes de 1717
& 1719. Les changemens furvenus dans cette difpofition dont j'ai fait
mention, font communs au préfent Article. Les quatre Ports qui font
P'Arrêt du
ici déuommés, 3 n'ont plus.un privilége particulier depuis
30 Septembre 1741 qui permet le Commerce de Guinée par tous les
Ports défignés pour le Commerce des Ifles Françoifes de l'Amérique.
Je ne répéte point ici ce que j'ai obfervé én expliquant P'Article II des
Lettres-Patentes de 1719, fur les foumilions que les Capitaines &
les Armateurs doivent pafler aux Burcaux des Fermes du Roi. ( Voyez
toine I page 61 & fuivantes. ) Je crois avoir expliqué affez clairement
ce qu'il falloit entendre à Marfeille, 7 par Bureau des Fermes du Roi,
& que depuis la réunion des droits du Domaine d'Occident à la Fcime
générale de tous les autres droits 3 il fuffifoit de paffer ces foumiflions
au Bureau du Domaine d'Occident 3 puifqu'il appartient aux mêmes
Fermiers que celui du Poids & Caffe, qui tient lieu à Marfeille de
Bureau des Traites. Il doit cn être ufé de mêmc pour-les foumiffions
des Navires deftinés pour la côte de Guinée, lorfque de là ils doivent
tranfporter les Efclaves de leur Traite dans nos Colonies. Le terme
defdits Navires n'eft point la Guinée; ce font nos établiffemens dans
les Iles qui doivent terminer le voyage. Il faut donc, lorfqu'on a obtenu une permifion de la Compaguie des Indes pour armer un Navire
pour la Traite des Négres, préfenter ladite permiffion au Bureau du
Domaine d'Occident, & y paiier la foumifion qu'on y auroit paffic,
filedit Navire avoit été definé pour T'Amérique en droiture, en faifant
mention de la côte de Guinée, oit On fe propofe de relàcher pour y
Ssij
. Il faut donc, lorfqu'on a obtenu une permifion de la Compaguie des Indes pour armer un Navire
pour la Traite des Négres, préfenter ladite permiffion au Bureau du
Domaine d'Occident, & y paiier la foumifion qu'on y auroit paffic,
filedit Navire avoit été definé pour T'Amérique en droiture, en faifant
mention de la côte de Guinée, oit On fe propofe de relàcher pour y
Ssij --- Page 346 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. faire la Traite des Efclaves. Du refte il faut fe conformer à tous Ied
Traite des Noirs. Réglemens rendus fur le fait de ladite Traite. Autrefois on faifoit des
armemens pour la feule côte de Guinée 3 dans la vûe d'y charger des
dents d'élephans, de poudre d'or, de maniguete & autres marchandifes de cette partic de T'Afrique pour les apporter en France. Dans ce
cas les foumifions à paffer par les Capitaines ne regarderoient pas le
Bureau du Domaine d'Occident. Mais depuis long-tems nous n'envoyons
nos Navires en Guinée, que pour y acheter des hommes, & ces hommes ne font une marchandife commerçable que dans nos établiffemens
de l'Amérique. Mrs. les Fermiers-Genéraux donnerent le 24 Mars 1717,
une inftruétion à leur Directeur de Nantes en interprétation de la pré;
fente difpofition. La voici :
INSTRUCTIO N
DE MRS. LES FERMIERS GENERAUX.
S. UR la queftion des Vaiffeaux venant des Ifles, qui ont fait leur retour à la
Rochelle ou à Bordeaux, au lieu de le faire au Port de Nantes, d'ou ils font
partis; > nous eftimons, qu'en vous juftifiant que les droits ont été payés à Bordeaux ou à la Rochelle fur les marchandifes chargées fur lefdits
vous Pré- ne
devez pas demander aux Marchands de payer, outre lefdits droits, ceux la
Reti.
vôté de Nantes, & que dans ces deux cas, on doit fe contenter qu'ils payent le
plus Voyez fort les de ces obfervations deux droits. fur l'art. II des Lettres-Patentes du mois de Février 1719, 3
page 61 du Tome prémier.
ARTICLE IIL
Les Négocians dont les Vaiffeaux tran/porteront aux Ifles Françoifes
de PAmérique, des Négres provenant de la Traite quils auront faite
à la côte de Guinée feront tenus de payer après le retour de leurs
Vaiffeaux dans lun des Ports de Rouen, la Rochelle, Bordeaux & Nantes, entre les mains du Tréforier général de la Marine en exercice la
fomme de vingt livres par chaque Negre qui aura été débarqué auxdites
Ifes, dont ils donneront leurs foumilfions au Greffe de PAmirauté, en
prenant les congés de notre très-cher & très-amé Oncle Louis Alexandre
de Bourbon, Comte de Touloufe, Amiral de France. Er à Pégard des
Négocians dont les Vaifftaux feront feulement la Traite de la Poudre
dor, 8 d'autres marchandifes à ladite côse, ils feront aufi tenus après
par chaque Negre qui aura été débarqué auxdites
Ifes, dont ils donneront leurs foumilfions au Greffe de PAmirauté, en
prenant les congés de notre très-cher & très-amé Oncle Louis Alexandre
de Bourbon, Comte de Touloufe, Amiral de France. Er à Pégard des
Négocians dont les Vaifftaux feront feulement la Traite de la Poudre
dor, 8 d'autres marchandifes à ladite côse, ils feront aufi tenus après --- Page 347 ---
PAR MARSEILLE
le retour de leurs Taiffeaux dans lun defilits Ports, 1 de payer crtre les GUINÉE.
mains du Tréforier de la Marine, la fomme de trois livres pour chaque Traite des Noirs.
tonneau du port de leurs Vaifteaux, pour être le produit defidites vingt
livres & trois livres, employé par les ordres du Confeil de la Marine, S
à l'entretien des Forts 8 Comptoirs qui font ou feront établis fur ladite
côte de Guinée, de Laquelle dépenfe nous demeurerons chargés à Pavenir.
Il eft néceffaire d'obferver que la liberté du Commerce de Guinée
accordée en 1713 à tous les Négocians du Royaume exigeoit des palleports pour pouvoir armer des Navires à cette deftination, & que pour
recevoir lefdits paile-ports, il falloit faire une foumiflion de payer au
Trélorier général de la Marine en exercice, pour chaque Négre tranfporté aux Illes Françoifes de l'Amérique la fomme de 30 liv. pour
ceux iutroduits à TIde St. Domingue, & de IS liv. pour ceux débarqués aux Ifles du Vent. Par le préfent Article il n'y a plus de diftinction à faire, foit que les Négres foient deftinés pour lIile de St. Domingue, ou pour les Ifles du Vent. Le droit eft unique, & eft fixé à
20 liv. pour chaque tête de Noir. La Loi eft précife. Les enfans &
les femmes 3 quoique achetés & revendus à des prix bien inférieurs à
celui des hommes, 1 étoient impofés à la même taxe; ce qui occafionna
des repréfentations de la part des Négocians qui faifoient ce Commerce.
Elles furent écoutées favorablement, & par Déclaration du 14 Décembre 1716, chaque Negrillon fut réduit au tiers dudit droit & chaque
Negritte à la moitié. --- Page 348 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. Traite des Noirs. DECLARATION DU ROI,
PORTA N T
Que les droits de trois Négrillons ne feront payés que fur le pid de deux
Négres, & de deux Négrittes pour un Négre. Donnée à Paris le 14 Décembre 1716. par la grace de Dieu Roi de France & de Navarre: A tous ceux qui
préfentes Lettres Lettres verront, SALUT. Le feu Roinotre très-honoré SeiNovembre
aux
LONIA
& Bityeul, ayant permis depuis le mois de
1713 Négocians
SeriRe Royaume d'aller en vertu des Palleports qui leur ont été délivrés, faire la Traite
des Noirs à la côte de Guinée, & les trantporter enfuite aux Ifles de l'Amérique, Dominà condition de payer, pour chacun de ceux qui feroient introduits Saint en
gue trente livres, & quinze livres pour ceux qui le feroient aux Illes du Vent, au
conformité dequoi ils donnerent leurs foumiffions.
de
1713 Négocians
SeriRe Royaume d'aller en vertu des Palleports qui leur ont été délivrés, faire la Traite
des Noirs à la côte de Guinée, & les trantporter enfuite aux Ifles de l'Amérique, Dominà condition de payer, pour chacun de ceux qui feroient introduits Saint en
gue trente livres, & quinze livres pour ceux qui le feroient aux Illes du Vent, au
conformité dequoi ils donnerent leurs foumiffions. Nous avons jugé à propos, la liberté
mois de Janvier de la préfente année d'affurer par nos Lettres-Patentes exclufivement >
du commerce de cette côte 3 dont la compagnie de Guinée avoit joui
jufqu'audit mois de Novembre 1713,, & en confequence, Nous avons permis leurs par
leldites Lettres-Patentes, aux Négocians de notre Royaume, 2 aufdites d'y envoyer
Vaiffeaux, faire la Traite des Négres & les tranfporter enfuite
Iles, pour
chacun defquels qui y feront débarqués, Nous aurions ordonné qu'ils payeroient
entre les mains du iréforier Général de la Marine en exercice vingt livres; Nous
aurions aufli ordonné par Arrêt du 28 dudit mois de Janvier de la préfente année,
que les Négocians qui ont pris des Paffeports,. depuis le mois de Novembre 1713,
payeront entre les mains dudit Tréforier Général les fommes portées par leurs
foumiflions & conformément à icelles: mais les Negetibe Nous ayant repréfenté
qu'il leur étoit demandé des droits auffi forts pour les Négrillons Guinée & Négrittes deux que
pour les Négres, quoique trois Négrillons ne coutent pas plus en
que
Négres, & ne fe vendent que dans cette proportion aux Ifles, & qu'il en eft de
même pour deux Négrittes > qui ne s'achetent & ne fe vendent pas plus qu'un &
Négre, fur quoi nous avons réfolu d'expliguer nos intentions. & très-amé A CÉS Oncle CAUSES, le Duc
autresa ce Nous mouvans > de l'avis de & notre très-amé très-cher Coufin le Duc de Bourbon, de
d'Orléans très-cher Régent, & très-amé de notre Oncle très-cher le Duc du Maine 2 de notre très-cher & très-amé
notre Oncle le Comte de Touloufe > & autres Pairs de France, Grands & Notables Perfonnages de notre Royaume, > Nous avons ces préfentes fignées de & notre Nous main,
dit, déclaré & ordonné, difons, déclarons AS ordonnons leurs 2 Navires voulons à la côte de plait, Guique les Négocians qui ont & envoyé, les ou envoyeront enfuite aux Ifles de PAmérique 2 ne
née y traiter des Noirs ,
tranfporter de l'âge de douze ans & au-deffous >
foient tenus de payer pour chaque aufdites Négrillon Ifles, par les Navires porteurs des Paffequi aura du été, feu Roi, ou fera débarqué les deux tiers des droits, à quoi ils fe font affujettis pour
chaque ports tête de Négre, que par leurs foumiflions, & pour chaque Négritte du même
Agsde douze ans & au-deffous, la moitié defdits droits, & pour chaque Négrilloa
ge de douze ans & au-deffous >
foient tenus de payer pour chaque aufdites Négrillon Ifles, par les Navires porteurs des Paffequi aura du été, feu Roi, ou fera débarqué les deux tiers des droits, à quoi ils fe font affujettis pour
chaque ports tête de Négre, que par leurs foumiflions, & pour chaque Négritte du même
Agsde douze ans & au-deffous, la moitié defdits droits, & pour chaque Négrilloa --- Page 349 ---
PAR MARSEILL E. du même âge qui aura été, ou fera débarqué auidites Ifles, en vertu defdites Let- GUINÉE. tres-Patentes, les deux tiers des droits réglés icelles pour chaque téte de Né- Trite des Noirss
gre, & pour chaque Négritte du mêmc àge, E moitié defdits droits 5 voulonsau
furplus > que 7 conformément audit Arrêt, les Négocians payent les fommes portées en leurs foumiflions & conformément à icelles, au moyen duquel valablement payement délefdites foumiffions leur feront rendues 2 & ils en feront bien &
chargés, & que lefdites Lettres-Patentes du mois de Janvier de la préfente année,
foient cxécatées felon leur forme & teneur, en ce qui n'yell pas dérogé par ces préfentes. Si donnons en mandement > à nos amés & féaux Confeillers, les Gens tenant
notre Cour de Parlement & Chambre des Comptes à Paris, que ces Préfentesils ayent leur
à faire lire, publier & regiftrer, & le contenu en icelles garder & obferver felon
forme & teneur, nonobitant tous Edits, Déclarations; Réglemens, Arrêts & autres ehofes à ce contraires 2 auxquels nous avons dérogé & dérogeons par ces préfentes. Car tel eft notre plaifir; En témoin de quoi Nous avons fait mettre notre fcel à cefdites Préfeutes. Donné à Paris le quatorze Décembre, l'an de grace
mil fept cens feize > & de notre règne le fecond. Signé, LOUIS. Etplus bar;Par le
Roi le Duc d'Orléans Régent, Signé, PHELYPEAUX. Et fcellé du grand Sceau de
cire jaune. Regifirées, oui 8ce: requérant le Procureur Général du Roi, pour étre exécutées felon
leur forme & teneur 2 & copies collationnées envoyées aux Siéges des Amirautés da
Refort, poury être ldes, publiées & regifirées ; enjoint aux Subftituts du Procureur PArrêt Genéral du Roi, d'y tenir la main & d'en certifier la Cour dans un mois, fuivant
de ce jour.. A Paris, en Parlement le neusième Janvier mil feptcens dix-fept. Signé, DONGOIS. Regifrées auffi aux Parlemens de Rennes & de Rouen, les 18 & 21 Janvierfain
vans. Les Négocians de Nantes ayant effuyé de grandes pertes dans leurs armemens pour la Traite des Négres, par les maladies épidemiques qui enleverent un grand nombre de Noirs, & par les pirateries des fourbans qui s'emparerent de pluficurs de leurs Navires, ils fe virent hors
d'état de payer les fommes portées dans les foumiflions qu'ils avoient
paffées depuis 1713 jufqu'en 1716, ou comprifes depuis 1716 dans les
états des Commis des Domaines, fuivant le nombre de Négres débarqués à l'Amérique.
, par les maladies épidemiques qui enleverent un grand nombre de Noirs, & par les pirateries des fourbans qui s'emparerent de pluficurs de leurs Navires, ils fe virent hors
d'état de payer les fommes portées dans les foumiflions qu'ils avoient
paffées depuis 1713 jufqu'en 1716, ou comprifes depuis 1716 dans les
états des Commis des Domaines, fuivant le nombre de Négres débarqués à l'Amérique. Ils furent attaqués & pourftivis pardevant les Juges
de l'Amirauté de Nantes, pour être contraints au payement defdites
fommes. Dans cette preffante extrémité, ils s'adrefferent au Roi pour
lui expofer leur trifte fituation, & implorer fa générofité. Sa Majefté
ayant égard à leur fituation, & voulant mettre ces Négocians en état
de continuer leur Commerce, après avoir fatisfait à leurs engagemens
modera, par fa Déclaration du II Novembre 1722 les droits qu'ils
devoient, en reduifant la taxe pour chaque Négre introduit depuis 1713
à 1716 dans Tile de St.
ils s'adrefferent au Roi pour
lui expofer leur trifte fituation, & implorer fa générofité. Sa Majefté
ayant égard à leur fituation, & voulant mettre ces Négocians en état
de continuer leur Commerce, après avoir fatisfait à leurs engagemens
modera, par fa Déclaration du II Novembre 1722 les droits qu'ils
devoient, en reduifant la taxe pour chaque Négre introduit depuis 1713
à 1716 dans Tile de St. Domingue 3 de 30 liv. à 21 liv. & la fomme
de 15 liv. pour chaque téte de Noirs introduits aux Iles du Vent, à IO
liv. IO f & pour chaque Négre dont le droit eft fixé à 20 liv. par
les Lettres-Patentes de Janvicr 1716, la modération eft de 6 liv, c'eft- --- Page 350 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. à-dire, qu'il ne fera payé que 14 liv. en ne comptant une Negrite que
Traite des Noirs. pour la moitié, & un Negrillon pour deux tiers, conformément à l'Arrêt
du 14 Décembre 1716, à la condition cependant que la moitié des
fommes dûes feront payées le II Mars 1723, & l'autre moitié reftante le II OCobre fuivant, & que les droits des Negres fur les Vaif
feaux aétuellement en mer, feront acquittés trois mois après l'arrivée
defdits Vaiffeaux, faute de quoi ils feront contraints au payement des
fommes entieres, fans pouvoir prétendre aucune modération. On connoitra mieux ces difpofitions en lifant ladite Déclaration.
DECLARATION DU ROI,
QUI MODERE
Les droits dds à SaMajefé par les Négocians de Nantes, 1 pour les Négres introduits dans les Ifles de PAmérique.
Donuée à Verfailles le II Novembre 1722.
par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre : A tous ceux
ces préfentes Lettres verront, SALUT. Le feu Roi notre très-honoré Seià différens
de notre Royaume 2 depuis
LA
& Bifayeul, auroit accordé
Négocians
la
FE mois de Novembre 1713 des Pafleports pour aller, avec leurs Mfles Françoifes Vaileaux, faire de PATraite des Noirs à la côte de Guinée > & enfuite les porter aux à effet , de
mérique 2 à condition & fuivant les foumiflions qu'ils feroient cet livres
mains Tréforier Général de la Marine en exercice, 30
par
PRE
de entre Noirs les qu'ils introduiroient du
à TIe de Saint Domingue > & 15 livres pour ceux
qui feroient introduits aux Iiles du Vent; Nous aurions par nos Lettres-Patentes de notre
en forme d'Edit du mois de Janvier 1716 accordé à tous les Négocians
Royaume 2 la liberté du commerce de ladite côte de Guinée & ordonné que ceux
quii introduiroient des Négres aux Iles Françoifes de l'Amérique, en vertu defdites aufdiLettres-Patentes, payeroient par chaque tête de Négres qu'ils introduiroient Général la Mates Iles., la fomme de 20 livres entre les mains du Tréforier
de
rine en exercice, dont ils donneroient leurs foumiflions au Greffe de P'Amirauté .
Nous aurions aufli par notre Déclaration du 14 Décembre 1716 ordonné que lefdits Négocians ne payeroient pour chaque Négrillon de douze ans & au-deffous du 3
que les deux tiers des droits dûs pour chaque Négre, & pour chacune Négritte les efforts
méme âge, que la moitié defdits droits. Nous avons và avec fatisfaction
gue les Négocians de la Ville de Nantes ont fait pour étendre ce commerce, & autant qu'il a été pollible > ce qui a procuré Vabondance des Négres mais aux Ifles de a
misles Habitans en état, non-feulement de foutenir leurs cultures > même les
augmenter. Nous fommes informés que ces Négocians ne fe font point rebutés
confidérables qu'ils ont fouffertes par la mortalité des Noirs 2 dans trame
pertes vorite de la côté de Guinée aux Hles, que dans les Ports defdites Ines, jefqul
la
ant qu'il a été pollible > ce qui a procuré Vabondance des Négres mais aux Ifles de a
misles Habitans en état, non-feulement de foutenir leurs cultures > même les
augmenter. Nous fommes informés que ces Négocians ne fe font point rebutés
confidérables qu'ils ont fouffertes par la mortalité des Noirs 2 dans trame
pertes vorite de la côté de Guinée aux Hles, que dans les Ports defdites Ines, jefqul
la --- Page 351 ---
PAR MARSEILLE
Ta vente, ni par la prite & le pillage de leurs Navires par les Forb:ns. Toutes Gurvir. ces contidérations Nous engagent àleur procurer quelque foulagement dons lcurs per- Traite 4N.i. tes, en modérant les droits qu'ils Nous doivent pour raifon de l'introduéion def. dits Noirs autdites Itles 2 pourvi qu'ils payent les fommes à quci monteront lefttes modérations, entre les mains du Tréforier Général de la Marine en exercice,
dans le tems & en la maniere qui fera ci-après expliquée. A CES CAUSES, del'avis
de notre tres-cher & très-amé Oncle le Duc d'Orleans, petit-fils de France, Régent, de notre tres-cher & très-amé Oncle le Duc de Chartres prémier Princede
notre Sang, de notre très-cher & très-amé Coufin le Duc de Bourbon, de notre
trés-cher & très amé Coufin le Comte de Charollois 3 de notre très-cher & très-amé
Coufin le Prince de Conty, Princes de notre Sang > de notre très-cher & très-amé
Oncle le Comte de Touloute Prince légitimé & autres Grands & Notables Perfoanages de notre Royaume, Nous avons par ces préfentes lignées de notre main,
modéré & modérons le droit de 30 livres par tête de Noirs, qui nous eft dû par
les Négocians de Nantes, qui ont introduit des Négres > en vertu des Paffeports
du feu Roi, dans l'Ile de Saint Domingue, à la fomme de 21 livres; celui de
I5 livres par tête de Noirs 3 qui nous elt dà par ceux qui ont introduit des Négres, en vertu de pareils Palféports, aux Ifles du Vent, à la fomme de 1O livres
I fols; & le droit de z0 livres par tête de Noirs, qui nous ett de par ccax.quiont
introduit des Négres, tant à TIle de Saint Domingue qu'aux Ifles du Vent, en
vertu deldites Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716, & qui pourront en
introduire par leurs.
dà par ceux qui ont introduit des Négres, en vertu de pareils Palféports, aux Ifles du Vent, à la fomme de 1O livres
I fols; & le droit de z0 livres par tête de Noirs, qui nous ett de par ccax.quiont
introduit des Négres, tant à TIle de Saint Domingue qu'aux Ifles du Vent, en
vertu deldites Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716, & qui pourront en
introduire par leurs. Vaiffeaux qui font agtuellement: à la mer, à la fomme & 14
livres; toutes leiquelles modérations auront auffi lieu pour les Négrillons & Négrittes, par rapport aux Ifles & au tems qu'ils auront été, ou feront introduits,
fuivant les dilpolitions portées par ces préfentes & par notre Déclaration du 14
Décembre 1716. Voulons que pour jouir defdites modérations > leidits Négocians
de Nantes payent la moitié % ce qu'ils fe trouveront devoir, pour les Négres
introduits aufdites Iflcs dans 4 mois du jour de la date des préfentes, & l'autre
moitié > 7 mois après la date defdites préfentes, & qu'ils payent aulli ce qu'ils fe
trouveront devoir 7 pour les Négres qui feront introduits aufdites Ifles par leurs
Vaiffeaux qui font actuellement à la Mer, trois mois après l'arrivée defdits Vaiffeaux, & feront les fommes dues, liquidées par ceux de nos Officiers que nous
commettrons à cet effet & lefdits payemens faits par les Débiteurs 3 entre les
mains du Tréforier Général de la Marine en exercice, pour en faire recette a notre profit > dans les états au vrai & compte qu'ilrendra dudit exercice ; & à l'effet
de ce que deffus, nous avons dérogé & dérogeons aux claufes portées par les
Paffeports du feu Roi, par nofdites Lettres-Patentes en forme d'Edit du mois de
Janvier 1716; 2 & par notredite Déclaration du 14 Décembre de la même année,
lefquelles feront au furplus exécutées felon leur forme & teneur ; & faute parlefdits Négocians de faire lefdits payemens dans les tems ci-deffus marqués > voulons
qu'ils foient déchus des modérations que nous leur accordons par cefdites préfentes, qu'ils payent lefdits droits en entier, & qu'à cet effet les procédures commencées contr'eux 2 pardevant les Officiers de l'Amirauté de Nantes, foient continuées
& jugées, & lefdits Négocians contraints au payement comme pour nos propres
deniers & affaires. Si donnons en mandement à nos amés & féaux, les Gens tenant
notre Cour de Parlement à Rennes 2 que ces préfentes ils ayent à faire regiftrer
& le contenu en icelles garder & obferver felon fa forme & teneur > nonobftant
toutes chofes à ce contraires. Car tel eft notreaplaifir; en témoin dequoi Nous
avons fait mettre notre fcel à cefdites préfentes. Donné à Verfailles > le onzième
jour du mois de Novembre, T'an de grace mil fept cens vingt-deux, & de notre
regne le haitième.
2 que ces préfentes ils ayent à faire regiftrer
& le contenu en icelles garder & obferver felon fa forme & teneur > nonobftant
toutes chofes à ce contraires. Car tel eft notreaplaifir; en témoin dequoi Nous
avons fait mettre notre fcel à cefdites préfentes. Donné à Verfailles > le onzième
jour du mois de Novembre, T'an de grace mil fept cens vingt-deux, & de notre
regne le haitième. Signé, LOUIS. Et pinsbas : Par le Roi, le Duc d'Orléans Régent préfent. Sgn,FIEURIAL. Tom. II. T: --- Page 352 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. Lue,, publeée à l'Audience publique de la Cour, & enregifrée au Greffe d'icelles
Traite des Noirs. oui & le requerant le Procureur Général du Roi; ordonne qu'a fa diligence 2 copies
de ladite Déclaration feront envoyées aux Sièges, Préfidiaux e Royaux de ce Refort,
à la diligence de fes Subjituts auxdits Siéges, y, être pareillement lue, publiée
ELA enregifrée à ce que perfonne n'en ignore, & du devoir qu'ils en auront fait >
feront tenus d'en certifier la Cour dans le mois. Fait en Parlement à Rennes le 9
Décembre 1722.
Signé, J. M. CLAVIER.
Il n'y a aucune obfervation à faire fur lc droit de tonnelage à raifon de trois livres pour chaque tonneau, fnivant la jauge à morte charge
des Vaiffeaux, qui ne font point deftinés à la Traite des Négres, & qui
chargent de la poudre d'or & d'autres marchandifes à la côte de
Guinée, non plus que fur l'emploi defdites fommes payées au Tréforier de la Marine , dont Sa Majefté demeure chargée pour fervir à
l'entretien des Forts & Comptoirs qu'elle jugera convenable d'établir
à ladite côte de Guinée. Je remarquerai feulement que par les prémiers Réglemens, les Armateurs qui envoyoient des Navires pour faire
la Traite des Négres, recevoient une gratification pour chaque Négre
qu'ils tranfportoient aux Colonies Françoifes, & pour chaque marc de
poudre d'or qu'ils apportoient dans le Royaume, & que maintenant
lefdits Armateurs fout obligés de payer 20 liv. pour chaque Négre &
trois liv. pour chaque tonneau 7 fur la continence des Vaiffeaux chargés en Guinée avec d'autres marchandifes que d'Efclaves. La raifon
de cette diférence provient de la néceffité qu'il y. a d'encourager 1InI
Commerce naiffant par de fortes gratifications; mais de nouvelles franchifes & de nouveaux priviléges ayant été accordés au Commerce de
Guinée, ces gratifications ne parurent plus néceffaires, cc commerce
devant avoir affez de force pour fe foutenir par lui-même & fournir
aux frais qu'il occafionneroit, les droits de 20 liv. pour chaque Négre
& de trois liv. par tonneau n'étant impofés que pour l'entretien des
Forts & Comptoirs établis en Guinée. Cette raifon ne fublifteroit plus,
fi une Compagnie obtenoit le privilége exclufif dudit Commerce, 1 &
qu'elle fut chargée de tous les frais, elle s'impoferoit alors à elle-même
fans aucune utilité. Aufi la Compagaie des Indes ayant été nommée
pour jouir, exclufivement à tout autre, de la faculté de commercer aux
côtes de Guinée, par Arrêt du 27 Septembre 1720, ellc fut déchargie, par l'Article VIII, du payement defdirs droits de 20 liv. pour
chaque Negre & de trois liv. par tonneau. Je rapporterai ledit Arrêt
enl expliquant l'Article fuivaneARTICLE V.
Youlons que les marchandifes de toutes fortes qui feront apportées des
côtes de Guinée par nos Sujets à droiture dans les Ports de Rouen,la Ro-
côtes de Guinée, par Arrêt du 27 Septembre 1720, ellc fut déchargie, par l'Article VIII, du payement defdirs droits de 20 liv. pour
chaque Negre & de trois liv. par tonneau. Je rapporterai ledit Arrêt
enl expliquant l'Article fuivaneARTICLE V.
Youlons que les marchandifes de toutes fortes qui feront apportées des
côtes de Guinée par nos Sujets à droiture dans les Ports de Rouen,la Ro- --- Page 353 ---
PAR MARSEILLE
chelle, Borleaux & Nantes, foient exemptes de la moitié de tous droits GUINÉE.
duncrée, tant de nos Fermes que locaux, mis & à mettre. Voulons auffi Traite des Noiri
que les fiucres & autres efpéces de marchandifes que nofdits Sujets
teront des Ifles Françoijes de PAmérique, provenantes de la vente du
n
troc des Nigres, jouifent de la méme exemption en jullifiant par un
Certificat du fieur Intendant aux Iftes, ou d'un Gommific-Ordorsetur,
ou du Commis du Domaine d'Occident, que les marchandifes embarquées
auxdltes Ifles proviennent de la vente & du troc des Négres que lefidits
Vaifeaux y auront déchargé, lefquels Certificats feront mention du nom
des Vaiffeaux 8 du nombre des Négres qni auront été débarqués auxdites
Ifles, & demeureront au Bureau de nos, Fermes, dont les Receveurs donneront une ampliation fans frais aux Capitaines Ou Armateurs, pour fervir ainfi qu'il appartiendra. Faifons défenfes à nos Fermiers, leurs Procureurs ou Commis, de percevoir autres ni plus grands droits à peine du
quadruple.
Il ne s'agit plus des feuls Ports de Rouen, , la Rochelle, 2 Bordeaux
& Nantes. J'ai déja fait obferver que tous ceux défignés pour faire le
Commerce des Colonies Françoifes, ont le même droit depuis T'Arrêt
du 30 Septembre 1741. L'exemption de la moitié des droits d'entrée,
tant des Fermes, que locaux, fir les marchandifes venant en droiture
des côtes de Guinée, n'a pas fouffert de difficulté dans fon exécution.
Il n'en a pas été de même des fucres 8 autres marchandifes de l'Amérique procédant de la vente & du troc des Négres auxquelles la méme exemption eft accordée & qui ont occafionné de nouveaux Réglemens à caufe des abus que l'avidité du gain introduifoit. J'ai dit plus
haut que la modération des droits d'entrée à la moitié, n'étoit point
applicable au droit de 3 pour cent qui doit être payé en entier fur les
marchandifes de T'Amérique, quoique provenant du produit de la Traite
des Négres, en conformité de P'Arrêt du 22 de Novembre 1718 & de
celui du 26 Mars 1722 que j'ai rapporté dans mes obfervations fur
l'Article XV des Lettres-Patentes du mois de Février 1719. Le caffé
n'eft point non plus corpris dans cette modération de moitié des droits
d'entrée dans le Royaume. Voyet Tome prémier
179.
La prémiere queftion qui s'éleva au fujet de modération de la
moitié des droits fur les marchandifes venues de l'Aniérique 3 provenant
du produit de la vente des Négres, fut occafionnée par l'arrivée de
quelques Vaiffcaux partis avant la publication des Lettres-Patentes du
mois de Janvier 1716, en vertu des Paffe-ports que le Roi accordoit
depuis 1713 pour ces fortes d'armemens. On crut que les difpofitions
deldites Lettres-Patentes de 1716, ne devoient point avoir un effet
retroa@tif, & qu'il falloit que les Vaiffeaux euffent été expédiés depuis
la publication defdites Lettres Patentes 1 pour jouir des franchifes y
coatenues. Les Négocians intérefits dans les Armemens faits pour
Tt ij
des Paffe-ports que le Roi accordoit
depuis 1713 pour ces fortes d'armemens. On crut que les difpofitions
deldites Lettres-Patentes de 1716, ne devoient point avoir un effet
retroa@tif, & qu'il falloit que les Vaiffeaux euffent été expédiés depuis
la publication defdites Lettres Patentes 1 pour jouir des franchifes y
coatenues. Les Négocians intérefits dans les Armemens faits pour
Tt ij --- Page 354 ---
COMMERCE. DE L'AMERIQUE
GUINÉF. la Guinée avant la publication defdites Lettres - Patentes, préfenterent
TraitedeNoirs. Requête au Confeil pour être maintenus dans le privilége accordé par
TEdit de 1685, dont les Lettres.Patentes de 1716 ne font qu'un renouvellement. La queftion fut décidée par Arrêt du Coufeil du 25 Janvier 1716.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI;
Qui ordonne que les Négocians 3 qui ont envoyé des Navires en Guinée,;
depuis le mois de Novèmbre 1713, jouiront de l'exemption de la
moitié des droits.
Du 25 Janvier 1716.
Extrait des Regifires du Confeil d'Etat.
SERe qui a été repréfenté au Roi étant en fon Confeil les Négocians de
fon Royaume > qu'ils avoient envoyé, en vertu des Paffeports K'e feu Roi, plufieurs
Vaifeaux à la côte de Guinée, pour y traiter des Noirs & les porter enfuite aux Ifles
Françoifes de P'Amérique, fous l'efpérance de jouir de l'exemption de la moitié des
droits tant des cinq grofles Fermes que locaux, furr les marchandifes de la côte de
Guinée 3 & de celles des Ifles Françoifes de PAmérique qui proviendroient de la
vente & troc des Négres faits auxdites Ifles, conformément aux priviléges accordés
à la Compagnie de Guinée par les Lettres-Patentes du prémier Janvier 1685, laquelle exemption vient d'être renouvellée en faveur defdits Négocians par les Lettres-Patentes de Sa Majelté du préfent mois, > données pour la liberté du com*
merce de ladite côte de Guinée 5 & d'autant que les Commis des Fermes pourroient faire diffculté de laiffer jouir lefdits Négocians de l'exemption defdits droits 2
fous prétexte que les Vaiffeaux feroient partis 2 ou arrivés avant lefdites dernieres
Lettres-Patenter, A CES CAUSES, requeroient qu'il plàt à Sa Majefté fur ce leur
pourvoir. Et Sa Majefté voulant traiter favorablement lefdits Négocians. Oui le
rapport, LE ROI étant en fon Confeil: > de l'avis de Monfieur le Duc d'Orléans
fon Oncle, Régent, a ordonné & ordonne que les Négocians du Royaume 2 qui
ont pris des paffeports deputis le mois de Novembre 1713 pour envoyer leurs
Vaiffeaux à la côte de Guinée faire la Traite des Noirs > & qui les ont tranfportés aux Ifles Françoifes de T'Amérique 2 jouiront conformément aux LettresPatentes du préfent mois > de l'exemption de la moitié des droits, tant des Fermes
que locaux, fur toutes les marchandifes provenant de la Traite par eux faite à la
cête de Guinée > comme auffi fur toutes les marchandifes provenant de la vente
defdits Noirs; le tout aux charges, claufes & conditions portées par Tefdites Lettres-Patentes. Fait au Confeil d'État du Roi, Sa Majefté y étant > tenu à Paris y
le vingt-cinquième jour de Janvier inil fept cens feize.
Signé, PHELYPEAVK,
fur toutes les marchandifes provenant de la Traite par eux faite à la
cête de Guinée > comme auffi fur toutes les marchandifes provenant de la vente
defdits Noirs; le tout aux charges, claufes & conditions portées par Tefdites Lettres-Patentes. Fait au Confeil d'État du Roi, Sa Majefté y étant > tenu à Paris y
le vingt-cinquième jour de Janvier inil fept cens feize.
Signé, PHELYPEAVK, --- Page 355 ---
PA R M ARSEILLE
GUINÉE.
par la grace de Dieu Roi de France & de Navarre, au prémier no- Traile des Noie!
LONA tre Huiller ou Sergent fur ce requis, Nous te commandons & ordonnons par
ces préfentes 3 fignées de notre main 2 de l'avis de notre très-cher & très-amé Oncle ie Luc d'Orléans, > Régent, que T'Arrêt, dont l'Extrait eft ci-attaché fous le
contre-fcel de notre Chancélerie > cejourd'hui rendu en notre Confeil d'Etat, Nous
étant 2 tu à fignifier à qui il appartiendra 2 & de faire en conféquence duBi Arrêt & 3e préfentes, fans qu'il foit befoin d'autre permiflion 2 tous Exploits,
Commandemens & autres Aêes 2, dont tu feras requis pour fon entiere exécution.
Car tel eft notre plaifir. Donné à Paris, le vingt-cinquième jour de Janvier, l'an
de
mil fept cens feize, & de notre regne le prémier. Signé LOUIS. Et plus bas :
Par Pr Roi, le Duc d'Orléans 2 Régent > préfent.
Signé, PHELYPEAUX.
L'Arrêt ci-deffus ne laiffoit plus fubfifter de difficulté pour l'exemption de la moitié des droits fur les marchandifes des Navires qui avoient
rempli les conditions prefcrites par les Lettres-) Patentes de 1716; mais
l'arrivée du Vaiffeau le St. Jean d'Afrique , commandé par le Capitaine
Chauvel dans le Port du Havre de Grace, qui n'eft point dénommé
dans lefdites Lettres-Patentes de 1716, donna lieu à une nouvelle queftion. Les Commis des Fermes > perçurent les droits à plein ; les Négocians firent des proteflations 2 prétendant que le Havre & Honfleur
étoient une dépendance du Port de Rouen, qui feroit exclus du Commerce de Guinée, fi les Navires armés pour cette deftination, ne pouvoient être expédiés au Havre & à Honfleur, niy faire leur retour, 3
parce que les Vaiffeaux convenables audit Commerce, font trop gros
pour remonter la riviere jufques au Port de Rouen. Cette dernicre
raifon fut jugée fi concluante, que le Roi, par Arrêt du II Août 1716,
déchargea de la moitié des droits d'entrée les marchandifes dudit Vaiffeau le St. Jean d'Afrique arrivé au Havre de Grace, & ordonna que
les Ports du Havre & de Houfleur jouiroient à l'avenir de l'exemption portée par les Lettres-l Patentes du mois de Janvier 1716.
riviere jufques au Port de Rouen. Cette dernicre
raifon fut jugée fi concluante, que le Roi, par Arrêt du II Août 1716,
déchargea de la moitié des droits d'entrée les marchandifes dudit Vaiffeau le St. Jean d'Afrique arrivé au Havre de Grace, & ordonna que
les Ports du Havre & de Houfleur jouiroient à l'avenir de l'exemption portée par les Lettres-l Patentes du mois de Janvier 1716. --- Page 356 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
Traite des Noirs.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui ordonne que les marchandifes qui feront apportées de Guinée, OiE
des Ifles Françoifes de PAmérique 1 provenant de la vente & du troc
des Négres, feront exemptes de la moitié des droits d'entrée dans les
Ports du Havre de grace & de Honfleur.
Du II Août 1716.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
S. URceg quia été repréfenté au Roi en fon Confeil, le fieur Affelin Négociant à
Rouen, & le fieur Feray Négociant au Havre 2 RArE mois de Décembre 1714, ils
ont fait partir du Havre de Grace 5 lc Vaiffeau le St. Jean d'Afrique, commandé par
le Capitaine Chauvel, avec paffeport du Roi, pour aller faire laTraite des Négres
fir la côte d'Afrique & les porter à Saint Domingue , pour les y vendre & en
rapporter les retours en denrées des Ifles de P'Amérique; ; ce qui a été exécuté, le
Vaiffeau étant revenu au Havre de Grace chargé de fucre > indigo, cuirs > bois de
campêche > morfil & caret : mais quoique Sa Majefté par les Lettres-Patentes açcordées au mois de Janvier 1716 ait ordonné les fucres & autres efpéces de
marchandifes, que fes fujets apporteroient des Tt. de l'Amérique, provenant de
la vente & du troc des Négres, jouiroient, commne celles qui feroient apportées
à droiture des côtes de Guinée 3 dans les Ports de Rouen, la Rochelle 2 Bordeaux
& Nantes, de l'exemption de la moitié de tous droits d'entrée > tant des Fermes
que locaux, mis & à mettre & que par Arrêt du 25 dudit mois de Janvier 1716,
Sa Majefté ait ordonné 2 que les Négocians du Royaume > qui ont pris des paffeports, > depuis le mois de Novembre 1713, pour envoyer leurs Vaiffeaux à la côte
de Guinée faire la Traite des Noirs, &x qui les ont tranfportés aux Ifles Françoifes de l'Amérique 7 jouiroient > conformément aufdites Lettres - Patentes, de
l'exemption de la moitié des droits ", fur toutes les marchandifes provenant de la
Traite par eux faite à la côte de Guinée 2 ot de la vente defdits Noirs, néanmoins
les Commis du Bureau du Havre 3 exigent des fiupplians le payement des droits en
entier 2, pour les marchandifes du chargement dudit Navire le' St. Jean d'Afrique 2
fous prétexte que les Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716, ne nomment que
les Ports de Rouen, la Rochelle 2. Bordeaux & Nantes, & que celui du Havre
n'y, eft point compris. Surquoi les fupplians repréfentent très-humblement à Sa Majeité, que les Ports du Havre & de Iionfleur 2. ont toujours été réputés dépendans
de Rouen, & les feuls 2 oùt les Négocians de ladite Ville de Rouen puillent faire
leurs armemens & la décharge de leurs marchandifes 7 ne pouvant monter à Rouen
des Navires de la force convenable pour le commerce de Guinée, ni pour celui de
l'Amérique 2 & que, fi cela avoit lieu 2 le privilége accordé par Sa Majefté leur
deviendroit entierement inutile. Requeroient 2 à ces caufes, les Supplians > qu'il
plit à Sa Majerté fur ce leur pourvoir & ordonner que le Fermier des cin groifes
armemens & la décharge de leurs marchandifes 7 ne pouvant monter à Rouen
des Navires de la force convenable pour le commerce de Guinée, ni pour celui de
l'Amérique 2 & que, fi cela avoit lieu 2 le privilége accordé par Sa Majefté leur
deviendroit entierement inutile. Requeroient 2 à ces caufes, les Supplians > qu'il
plit à Sa Majerté fur ce leur pourvoir & ordonner que le Fermier des cin groifes --- Page 357 ---
PAR MARSEILLE E. Fermes, ne percevra que la moitié des droits, fur les marchandifes du chargement GUINÉE. du Navire le St. Jean d'Afrique 2 & qu'à l'avenir les marchandites qui feront ap- Traite des Noirt
par les Sujets de Sa Majefté > foit des côtes de Guinée à droiture, ou des
E rrançoites de l'Amérique, provenant de la vente & du troc des Négres dans
le Port du Havre de Grace & de Honfeur 7 jouiront de l'exemption portée
les Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716 & T'Arrêt du 25 du mâme mois. RE
ladite Requéte > les Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716 & l'Arrêt du 25
dudit mois. Oui le rapport 2 LE ROI en fon Confeil, a ordonné & ordonne que
le Fermier des cing groffes Fermes 2, ne percevra la moitié des droits d'entrée,
fur les marchandifes du chargement du Navire le S Jean d'Afrique 2 venant de St. Domingue,, & provenant de la vente des Négres 2 qui ont été tranfportés de la
côte de Guinée fur ledit Navire. Ordonne Sa Majefté que les marchandifes qui
feront apportées à l'avenir 2 par les fujets de Sa Majefté, foit des côtes de Guinée
à droiture, ou des Ifles Françoifes de l'Amérique 2 provenant de la vente & du
troc des Négres, dans les Portsdu Havre de Grace & de Honfleur, jouiront de
l'exemption portée par les Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716 & par l'Arrêt
du 25, du méme mois. Fait au Confeil d'Etat du Roi > tenu à Paris > le onzième
jour d'Août mil fept cent feize. Signé 2 RANCHIN. Plufieurs années s'écoulerent, fans qu'il paroiffe que la franchife accordée aux marchandifes de Guinée ou qui proviennent de la vente
des Négres, ait occafionné des difficultés. Mais en 1725, fur les repréfentations de T'Adjudicataire général des Fermes, le Roi rendit un
Arrêt le 14 Août de ladite année par lequel les fucres & autres
marchandifes des Iles & Colonies Françoifes, qui arriveront pour le
compte des Négocians du Royaume, quoiqu'il foit juftifié qu'elles proviennent de la vente des Négres, feront affujetties à la totalité des
droits portés par les Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717,, & en cntrant dans le Royaume par Marfeille, fuivant celles du mois de Février 1719. Le motif de cet Arrêt, exige de ma part une obfervation
qui trouve naturellement ici fa place. Les Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716 & de 1719, avoient
rendu le Commerce de Guinée libre à tous les Négocians du Royaume,
dans la vûe de favorifer la Traite des Négres, & de faire paffer dans nos
Colonies un plus grand nombre d'Efclaves, l'expérience ayant fait connoitre que le fecours de cette efpéce d'hommes, étoit abfolument néceffaire pour augmenter les plantations.
lement ici fa place. Les Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716 & de 1719, avoient
rendu le Commerce de Guinée libre à tous les Négocians du Royaume,
dans la vûe de favorifer la Traite des Négres, & de faire paffer dans nos
Colonies un plus grand nombre d'Efclaves, l'expérience ayant fait connoitre que le fecours de cette efpéce d'hommes, étoit abfolument néceffaire pour augmenter les plantations. Les prémiers voyages de nos
Capitaines, procurerent l'effet qu'on en attendoit, & on fe réjouiffoit
déja de la réuflite 3 mais le grand nombre de Navires expédiés pour la
côte de Guinée 1 bien loin de favoriier la vente des Eflaves,y fut un
empéchement, 7 par l'empreffement defdits Capitaines à vendre leurs
marchandifes, & accelerer leurs cargaifons pour abreger leur féjour
dans un pays qui manquoit de vivres à l'ufage des François.
qu'on en attendoit, & on fe réjouiffoit
déja de la réuflite 3 mais le grand nombre de Navires expédiés pour la
côte de Guinée 1 bien loin de favoriier la vente des Eflaves,y fut un
empéchement, 7 par l'empreffement defdits Capitaines à vendre leurs
marchandifes, & accelerer leurs cargaifons pour abreger leur féjour
dans un pays qui manquoit de vivres à l'ufage des François. Il arrivoit
de-là que les marchandifes de France ; étant vendues à un bas prix, --- Page 358 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE. & les Efclaves étant furpayés >. le Commerce de la Traite derenoit
Tiaite des Noirs, ruineux; & au licu des anciens bénéfices, il ne donnoit plus que de
perte; çar tous les hommes ont de T'efprit, dès qu'il s'agit de l'intérêt, & les peuples les plus groffiers font fouvent les plus intéreilés.
L'abondance des marchandifes en fait baiffer le prix, & la demande
lc fait hauffer. Les Noirs profitoient de l'empreffement des Capitaines,
pour méprifer les marchandifes d'Europe, & fe rendoient difficiles dans
la vente des Efclaves, fçachant bien qu'ils s'en deferoient avantageufement tant qu'ily auroit plufieurs Navires Négriers en charge. Toutes ces
confidérations firent penfer qu'une Compagnie privilégiée ne feroit point
expofée aux mêmes inconvéniens ; que n'ayant point de concurrens 1 clle
feroit cn état de faire la loi, au lieu de la recevoir. En conféquence
par Arrêt du Confeil du 27 Septembre 1720, les difpofitions des Lettres-Patentes de 1716 & de 1719, furent revoquées, quand à la liberté générale de faire le Commerce de Guinée, & le privilége exclufif en fut accordé à perpéruité à la nouvelle Compagnie des Indes
qui s'obligea de faire tranfporter dans nos Colonies au moins 3000 Négres chaque année. Les autres difpofitions defdites Lettres-Patentes de
1716 & 1719, ont fubfifté, & ont continué de fervir de régle pour
Iedit Commerce.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui accorde & réunit à perpétuité à la Compagnie des Indes, le privilége exclufif, pour le commerce de la côte de Guinée.
Du 27 Septembre 1720.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
L E ROI s'étant fait repréfenter en fon Confeil fes Lettres-Patentes du mois de
Janvier 1716, letquelles Sa Majefte auroit permis à tous les Négocians de
fon Royaume, > de Be librement le commerce des Négres, de la poudre d'or &
de toutes les autres marchandifes 7. qu'ils pourroient tirer des côtes d'Afrique, depuis la riviere de Sierra-Liona. inclufivement > jufqu'au Cap de Bonne-Eipérance,
& Sa Majefté étant informée qu'au lieu des avantages qu'on attendoit de cet.e
liberté générale, il en réfulte de très-grands inconvéniens > le concours de diffsrens particuliers qui vont commercer fur cette côte & leur emprefément à accélérer leurs cargaifons 2 pour éviter les frais du féjour 7 étant caufe que les naturels
du pays. font fi excellivement baiffer le prix des narchandiies qu'on leur porte &
tellement furacheter les Négres, la poudre d'or & les autres marchandifes qu'ony
va
attendoit de cet.e
liberté générale, il en réfulte de très-grands inconvéniens > le concours de diffsrens particuliers qui vont commercer fur cette côte & leur emprefément à accélérer leurs cargaifons 2 pour éviter les frais du féjour 7 étant caufe que les naturels
du pays. font fi excellivement baiffer le prix des narchandiies qu'on leur porte &
tellement furacheter les Négres, la poudre d'or & les autres marchandifes qu'ony
va --- Page 359 ---
PAR MARSEILLE
ta chercher, que le commerce y devient ruineux & impraticabfe, Sa Majefté a GUINÉE.
réfolu d'y pourvoir > en acceptant les offres de la Compagnie des Indes, de faire Traite des Noirs:
traniporter chacun an > jufqu'a trois mille Négres au moins, aufdites Ifles
Françoifes 2 T'Amérique 9 au lieu du nombre de mille Négres porté par les Lettres-Patentes de 168; > s'il plait à Sa Majelté de rétablir en faveur de ladite Compagnie des Indes > le privilége exclufif pour le commerce de ladite côte de Guinée,
lequel fera d'autant plus facile à ladite Compagnie & d'autant plus avantageux à
lEtat, que ladite Compagnie fe trouvant en fituation de porter 5 tant des Indes
que du Royaume > toutes les marchandifes néceffaires pour le commerce de ces côzes & d'y faire des établiffemens par le moyen defquels les Vaiffeaux qu'elle y
envoyera trouveront > à leur arrivée des cargaifons prétes pour leur retour > elle
pouria non-feulement fournir aux Colonies Françoifes de fAmérique, > à un prix
raifonnable 3 le nombre de Négres néceffaires pour l'entretien & l'augmentation de
la culture de leurs terres 3 mais encore faire entrer dans le Royaume 3 une quanzité confidérable de poudre & matieres d'or & d'autres marchandifes propres pour
le commerce. Surquoi voulant Sa Majefté, rendre fes intentions publiques. Oui le
rapport 2 Sa Majelté étant en fon Confeil, de l'avis de Monfieur le Duc d'Orleans > Régent, a ordonné & ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PRÉMIE R.
Sa Majelté a revoqué & revoque la liberté accordée par fes Lettres-Patentes du
mois de Janvier 1716 pour le commerce de la côte de Guinée & a accordé & réuni,
accorde & réunit à la Compagnie des Indes > le privilége à perpétuité de la Traite
des Négres, de la poudre d'or & autres marchandifes qui fe tirent des côtes d'Afrique 7 depuis la riviere de Sierra-Liona inclufivement, jufqu'au Cap de Bonne-Efpérance > à la charge par ladite Compagnie, de faire traniporter, fuivant fes offres 3 par chacun an, la quantité de trois mille Négres, au moias aux Illes
Françoiles de l'Amérique.
II.
Fait Sa Majefté très-expreffes inhibitions & défenfes, à tous fes fujets, de faire
la navigation & commerce defdits pays, foit en partant des Ports du Royaume >
foit en partant des Ports étrangers > pour quelque caufe & fous quelque prétexte
que ce foit; comme aufli de tranfporter des Négres de quelque pays que ce puiffe
être, aux Ifles Françoifes de T'Amérique > le tout à peine de confication des" Vaiffeaux, armes > munitions & marchandifes au profit de ladite Compagnie des Indes.
III
Appartiendront à ladite Compagnic des Indes > en pleine propriété, les terres
qu'eile pourra occuper dans létendue de la préfente conceffion >
y faire tels
établiffemens que bon lui femblera 7 y coaftruire des Forts pour C"tir fureté, y. faire
tranfporter des armes & canons , y, établir des Commandans & le nombre d'Offciers & de Soldats qu'elle jugera néceffaires pour affitrer fon commerce, tant contre les étrangers 2 que contre les naturels du pays; à l'effet dequoi Sa Majefté
met à ladite Compagnie des Indes > de faire avec les Rois Négres tels traités peravifera.
qu'elle
Tome II.
Vv
Forts pour C"tir fureté, y. faire
tranfporter des armes & canons , y, établir des Commandans & le nombre d'Offciers & de Soldats qu'elle jugera néceffaires pour affitrer fon commerce, tant contre les étrangers 2 que contre les naturels du pays; à l'effet dequoi Sa Majefté
met à ladite Compagnie des Indes > de faire avec les Rois Négres tels traités peravifera.
qu'elle
Tome II.
Vv --- Page 360 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUL
GUINÉE.
IV.
Iraite des Noirs.
Les prifes 7 f aucunes font faites par ladite Compagnie, des Navires qui viendront traiter dans les pays qu'elle aura occupés, ou qui au préjudice de fon privilége exclufif, tranfporteroient des Négres aux Ifles & Colonies Françoifes de l'Amérique feront initruites & jugées en la forme portée par les Ordonnances &
Réglemens de Sa Majelté.
V.
Jouira ladite Compagnie de l'exemption de tous droits de fortie fur les marchan:
diles deftinées pour les lieux de la fufdite concellion, & pour les Iiles & Colonies trançoites de TAmérique 7 mème en cas qu'elles fortent par le Bureau d'Ingraade.
V I.
A Pégard des marchandifes de toutes fortes 1 que ladite Compagnie fera apporter
pour fon compte, des pays de ladite conceflion 3 elles feront exemptes de la moitié des droits appartenant à Sa Majefté ou aux Fermiers, mis, ou à mettre 2 aux
entrées des Ports & Havres du Royaume 3 faifant Sa Majefté, défenfes à fefdits
Fermiers, leurs Commis & tous autres d'en exiger davantage, 7 à peine de concuffion & de reftitution du quadruple. Veut Sa Majelté, que les fucres & autres efpéces de marchandifes que ladite Compagnie apportera des Ies Françoifes de l'Amérique, provenant de la vente & du troc des Negres, jouiffent de la même exemption 2 en juftifant par un certificat du Sieur Intendant aufdites Iles, ou d'un Commiffaire ordonnateur, 3 ou du Commis du Domaine d'Occident 2 que lefdites marchandifes embarquées aufdites Ifles, proviennent de la vente & du troc des Négresa
que lefdits Vaiffeaux y auront déchargés; lefquels certificats feront mention du nom
des Vaiffeaux & du nombre de Négres, qui auront été débarquées aufdites Ifles,
& demeureront au Bureau des Fermes de Sa Majefté, 3 dont les Receveurs donneront une ampliation 2 fans frais, aux Capitaines CI Armateurs,
VII
Faiz pareillement Sa Majefté défenfes aux Maires, Echevins 7 Confuls > Jurats 2
Syndics & habitans des Villes, d'exiger de ladite Compagnie aucuns droits d'o@troi,
de quelque nature qu'ils foient > fur les denrées & marchaudifes qu'elle fera tranfporrer dans fes magalins & Ports de Mer, pour les charger dans fes vaiffeaux,
Sa Nlute déchargeant lidite Compagnie defdits droits, nonobfant toutes Lettres,
Arrets & clauies contraires.
VIIL
S: Majefté décharge ladite Compagnie des Indes, des droits de 20 lia. par chaguc
Négre, & de 3, liv. par tonneau du port des vaiffeaux, impofés par Particle III
deidites Lettres-Patentes du mois de Janvier 1-16, fur les Négocians qui iroicnt
commercer à ladite côte de Guinée > & lui fait en outre don de tous les Forts &
Comptoirs, conftruits & établis en ladite côte pour appartenir à ladite Compagniea perpétuité en toute propriété. Au moyen àe quoi Sa Majefté demeurera pour
Payenir, déchargéc de touie la dépenie néceffaire pour T'entretien, tant deidits Forts
vier 1-16, fur les Négocians qui iroicnt
commercer à ladite côte de Guinée > & lui fait en outre don de tous les Forts &
Comptoirs, conftruits & établis en ladite côte pour appartenir à ladite Compagniea perpétuité en toute propriété. Au moyen àe quoi Sa Majefté demeurera pour
Payenir, déchargéc de touie la dépenie néceffaire pour T'entretien, tant deidits Forts --- Page 361 ---
P AR MARSEILL de E.
& Comptoirs, que pour les payemens des garniions & des appointemens des Di- GUINÉE.
reêteurs > Commis & autres Employés.
Traiederlins
IX.
Veut Sa Majefté que, par forme de gratification , il foit payé à ladite Comp.
gnie, fur les revenus du Domaine d'Occident, 13 liv. par chque Nigre quiutle
juitinera avoir porte dans les Iiles & Colonies de P'Amérique, p2r un cettilont
de T'Intendaat des I.les 2 oi des Goavernears en fon abfence 2 & 20 lix. Put
chacun marc de poudre d'or > qu'elle jullifiera avoir apporté dans le Royaume,
par des certincats des Diredteurs de la Monnoie de Paris.
X.
Outre les droits, > priviléges & affranchiffemens ci-deffus > jouira ladite Compagnic
fon commerce à ladite côte de Guinée 2 de tous ceux dont elle a droit de
peur de fon commerce dans la Province de la Louifiane, en conféquence des Lettres-Patentes du mois d'Août 1717, enfemble de tous ceux dont a joui, ou da
jouir, en conféquence des Lettres-Patentes du feu Roi, du mois de Janvier 1685,
l'ancienne Compagnie de Guinée 2 qui avoit été établie par lefdites Lettres-Patentes, encore que quelques-uns defdits droits > priviléges 3 & affranchifemens ne foient
expreffement déclarés par le préient Arrêt, fur lequel toutes Lettres néceffaires feront expédiées. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant > tenu à Paris,
le vingt-feptième jour de Septembre mil fept cens vingt.
S-gné, FLECRIAC.
On roit par T'Article II, que défenfes très-expreffes font faites à toutee fortes de perionnes d'envoyer des Vaiffeaux cn Guinee, foit qu'ils
partent de France ou des pays étrangers, ni d'apporter des Efclaves
dans nos Colonies, fous quelque prétexte que ce foit, à peine de confifcation des Vaiffeaux & de leur chargement au profit de la Compagnie des Indes ; & par les Articles VIII & IX, que non-feulement ladite Compagnie demeure déchargée du payement de 20 liv. pour chaque Négre & de 3. liv. par tonneau, mais encore qu'il lui eft accordé
par forme de gratification 1 fur les revenus du Domaine d'Occident,
liv. pour chaque Négre qu'elle jultifiera avoir fait débarquer aux
HLN Françoifes de l'Amérique & 20 liv. pour chaque marc de poudre d'or importée dans le Royaume & conduite dans la ville de Paris,
en repréfentant les Certificats des Intendans des Iiles, ou des Gouverneurs en leur abfence 2 & des Directeurs de la monnoye de Paris.
Cette obfervation ett abfolameut néceffaire pour enterdre les plain
tas adreffees au Confeil en 1725. Il y avoit déja quatre ans que la
Compagnie des Indes jouiffoit exclufivement à tous autres, des privilégeslattachés à la Traite des Negres, que quelques Navires venant de
nos Iles portcrent une grande quantité de marchandites accompagnues
de Certifients, comme prorenant du predsit de ladite Treite: ce qui
fit conjeêturer que les Armateurs proftoient de Ia facilité qu'ils avoient
Vr :
reffees au Confeil en 1725. Il y avoit déja quatre ans que la
Compagnie des Indes jouiffoit exclufivement à tous autres, des privilégeslattachés à la Traite des Negres, que quelques Navires venant de
nos Iles portcrent une grande quantité de marchandites accompagnues
de Certifients, comme prorenant du predsit de ladite Treite: ce qui
fit conjeêturer que les Armateurs proftoient de Ia facilité qu'ils avoient
Vr : --- Page 362 ---
COMMERCE DE PAMÉRIQUE
GUINÉE, d'obtenir leidits Certificats, pour ne payer que la moitié des droits
Traite des Noirs. d'entrée dans le Royaume , & qu'ils pouvoient prétexter que leurs
Navires, ayant fait le Commerce de la Traite depuis 1716 jufqu'en
1720, il leur reftoit encore des fonds confidérables pour employer en
marchandifes des Iles, ce qui feroit devenu très-abufif. Auffi par Arrêt
du 14 Août 1725, tous ces Certificats doivent être regardés comme
auls, & de nul effet.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui ordonne
les fucres & autres marchandifes qui feront déclarées
provenir de T Traite des Négres, pour le compte des Négocians qui
ontfait le Commerce de Guinée, en vertu des Lettres-Patentes du mois
de Janvier 1716, payeront dans les Ports défignés par les Réglemens
& au Bureau d'Ingrande, la totalité des droits portés par les LettresPatentes du mois d'Avril 1717, lorfque lefdites marchandifes ferons
deflinées pour être confommées dans le Royaume.
Du 14 Aout 1725.
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
étant informé que plufieurs Négocians font entrer dans le Royaume
LESO dans T'étendue des cing groffes Fermes, & notamment par le Bureau d'Ingrande, des fucres & autres marchandifes des Ifles & Colonies Françoifes > dont
ils ne payent que la moitié des droits portés par les Lettres-Patentes du mois d'Avrif
17172 ala faveur des Certificats qu'ils ont Ia facilité de fe faire expédier aux de
Ifles firr leur fimple déclaration portant que ces marchandifes font Commerce provenues de
la Traite des Négres dans k tems qu'ils avoient la liberté du
Guinée qui leur avoit ée accordée par, les Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716;
& Sa Majefté confidérant que depuis T'Arrêt du 27 Septembre 1710, qui la Traite a accordé des
à la Compagnie des Indes le privilége exclufif du Commerce de
Négres- à la côte de Guinée s les Négocians du Royaume ont eu un tems plus de que la
fiffifant pour retirer les fonds qu'ils pouvoient avoir aux Ifles 2 provenant
Traite des Négres, en forte que ces Certificats ne peuvent plus être regardés
de
& un abus
à la régie : à quoi
A
ei comme néceffaire un moyen de pourvoir. fraude, Oui le rapport du tres-préjudiciable fieur Dodun, Confeiler ordinaire au
Confeil Royal, Contréleur Général des Finances. LE ROI étant en fon Confeil,
2 ordonné & ordonne que les fucres & autres marchandifes des Hles & Colonies
Françoifes qui feront déclarées provenir de la Traite des Négres ou pour le compte
des Négocians qui ont fait le Commerce à la côte de Guinée, en vertu des Lettres-
pourvoir. fraude, Oui le rapport du tres-préjudiciable fieur Dodun, Confeiler ordinaire au
Confeil Royal, Contréleur Général des Finances. LE ROI étant en fon Confeil,
2 ordonné & ordonne que les fucres & autres marchandifes des Hles & Colonies
Françoifes qui feront déclarées provenir de la Traite des Négres ou pour le compte
des Négocians qui ont fait le Commerce à la côte de Guinée, en vertu des Lettres- --- Page 363 ---
PAR MARSEIL . L E.
Patentes du mois de Janvier 1716, payeront pour la confommation du Royaume dan? GUINÉE.
les Ports délignés par les Réglemens, & au Bureau d'Ingrande, la totalité des TraitedeNoits,
droits portés fur lefd. marchandifes, par les Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717,
fans égard aux Certificats que lefdits Négocians pourroient rapporter qu'elles font
provenues de la Traite des Négres, lefquels Certificats demeureront l'avenir de
nul effet. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles le
quatorzième jour d'Août mil fept cens vingt-cinq.
Signé, PHELYPEAUX.
II eft certain qu'aux termes de l'Arrét du 27 Septembre 1720 ,les
Négocians qui avoient envoyé de leur propre mouvement des Navires
en Guinée, 3 avoient contrevenu à l'Article II, & ne pouvoient point
reclamer en leur faveur les franchifes portées par les Lettres- Patentes
du mois de Janvier 1716. La peine méme du payement du droit en
entier, ordonné par l'Arrêt du 14 Août 1725, n'étoit pas fuffifante
fi la contravention eut été prouvée. Il auroit fallu faire confifquer Vaiffeaux & cargaifons ; la loi étoit précife ; mais ces Négocians ayant juftifié qu'ils n'avoient fait des armemens pour la côte de Guinéc, qu'en
vertu des permifions qu'ils avoient obtenues de la Compagnie des Indes,
il s'en fuivoit que leurs Navires devoient être confidérés comme appartenans à ladite Compagaie & jouir des mêmes priviléges. Le Confeil
trouva ces raifons fi juftes, que par Arrêt du 20 Novembre 1725, en
interprétant en tant que de befoin celui du 14 Août précédent 3 il ordonna que les Navires expédiés en vertu des permifions données par
ladite Compagnie des Indes, jouiroient des mêmes priviléges dont elle a
droit de jouir.
és comme appartenans à ladite Compagaie & jouir des mêmes priviléges. Le Confeil
trouva ces raifons fi juftes, que par Arrêt du 20 Novembre 1725, en
interprétant en tant que de befoin celui du 14 Août précédent 3 il ordonna que les Navires expédiés en vertu des permifions données par
ladite Compagnie des Indes, jouiroient des mêmes priviléges dont elle a
droit de jouir. --- Page 364 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQ U E
GUINÉE.
Traite des Noirs.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui ordonne que les Sucres & autres marchandifes des Ifles & Colonies
de la Traite des Négres, faite par les
Françoifes > qui proviendront
Nigocians du Royaume ) en vertu des permiffions qui ont été ou qui
feront ci-après données par la Compagnic des Indes, jouiront de l'exemption de la moitié des droits portés par les Lettres - Patentes du mois
d'Avril 1717, conformément à PArticle XIX des Lettres-Patentes du
mois de Mars 1696.
Du 20 Novembre 1725.
Extrait des Régifres du Confeil d'Etat.
UR la Requête préfentée au Roi en fon Confeil par les Négocians de la Ville
S de Nantes; contenant > que par PArrêt du 14 Aoit de la préfente année, ila
pli à Sa Majeité affijettir les fucres & autres marchandifes des Ifles & Colonies
Françoifes qui feront déclarées provenir de la Traite des Négres pour le compte des
des Négocians qui ont fait le Commerce à la côte de Guinée, à la totalité
droits portés par les Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717 fans égard auix certificats que lefdits Négocians pourroient rapporter pour juftifier qu'eiles font provenues de la Traite des Négres, lefquels certificats demeureront à l'avenir de nul effet:
Sur quoi lefdits Négocians prennent la liberté de repréfenter à Sa Majefté que la
Compagnie des Indes a délivré plufieurs permiffions depuis qu'elle a eu le privilége
exclulif de ce commerce, & notamment depuis l'année mil fept cens vingt-un, juf
qu'en Pannée mil fept cens vingt-quatre, & qu'il n'eft pas poflible que les Négocians à qui ces permillions ont été accordées,, ayent encore eu tous les retours que
leur doivent produire ces permillions, ce qui dérangera infiniment leur commerce. Va ladite
A CES CAUSES, requéroient qu'il plit à Sa Majefté fur ce leur pourvoir.
Requête & PArrêt du quatorze Août mil fept cens vingt-cinq. Contrôleur Oui Général le rapport des Fi- du
Sieur Dodun, Confeiller ordinaire au Confeil Royal, tant de befoin PArrêt
nances. LE ROI en fon Confeil 2 en interprêtant déclaré en & déclare que n'avoir entendu
du Confeil du 14 Août de la préfente année > a
des & Ccaffujettir à la totalité des droits, les fucres & autres marchandifes Ifles
lonies Françoifes qui proviendront de la Traite des Négres faite par les Négocirns
du Royaume > en vertu des permillions qui ont été O4I qui feront ci-après données
la Compagnie des Indes. Veut Sa Majefté, que lefdits fucres & autres marpar chandifes jouiffent de Pexemption de la moitié des droits portés par les Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717, couformément à T'Article XIX des ledit Lettres-Patentes Arrét du 14
du mois de mars 10p5; entendant au furplus Sa Majelté, que
> en vertu des permillions qui ont été O4I qui feront ci-après données
la Compagnie des Indes. Veut Sa Majefté, que lefdits fucres & autres marpar chandifes jouiffent de Pexemption de la moitié des droits portés par les Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717, couformément à T'Article XIX des ledit Lettres-Patentes Arrét du 14
du mois de mars 10p5; entendant au furplus Sa Majelté, que --- Page 365 ---
P A R MARSEILL E.
Août de la préfente année > foit exécuté felon fa forme & teneur. Fait au Conteil GUINÉE.
d'Etat du Roi, tenu à Fontainebleau le vingtième jour de Novembre mil fept cens Traite des Nvirt
vingt-cinq.
Collationné. Signé, DE LAISTRE,
Collationné à rOriginal par Nous Ecuyer Confeiller Sécretaire du Roi,
Maifon 3 Couronne de France & defes Finances.
L'exécution de l'Article XIX des Lettres-Patentes du mois de Mars
1696, eft rappellé dans ledit Arrêt. Je le joins ici afin quc le Leéteur en
counoifle les difpofitions.
ARTICLE XIX.
Des Lettres-Patentes du mois de Mars 1696.
Toutes les marchandifes qui viendront pour le compte de ladite Compagnic tant du Sénegal & côtes d'Afrique > que des Ifles & Colonies
Françoifes de PAmérique, feront exemptes, 3 confornément à P'Arrêt de
notre Confeil du 30 Mai 1664, de la moitié de tous droits d'entrée en
France, à nous ou à nos Fermiers appartenans 3 Joit qu'ils cufent été
impolzs lors dudit Arrêt, ou qu'ils layent été depuis, même de ceux qui
le pourroient être à Pavenir, encore que les exempts & privilégiésy ju
fen: afujettis; faifant défenfes à nofdits Fermiers, leur Commis & tous
autres, d'en cxiger au-delà du contenu aux préfentes, à peine de concuf
fion & de reflitution du quadruple ; 8 pour l'exécution du préfent Article, mâm:
prévenir les conteflations qui pourroient naître entre ladite
Compagnic T Sénégal OuL les Direéteurs, & PAdjudicataire de nos Fermes, Jcs Commis 8 prépofes, ordonnons à ladite Compagnie de donner
à LAdjudicataire de nos Fermes, aux Bureaux par lefquels entreront lefdites marchandifes, des déclarations certifiées d'eux ou de leurs Directeurs,
lefquelles enfiuite pourront être pefées, 3 vies, vifitées & expédiées par les
Commis de TAdjudicataire de nos Fermes, fans toutefois ladite Compagnie foir afiujettie à faire vifiter ni pefer la poudre E matieres d'or
qu'clle fera entrer dans notre Koyaume, que nous déclarons par ces préfentes, exemptes de toutes vifites 8 de tous droits , à la charge toutefois
de les repréfenter au Bureau de la Monnoye de Paris.
Il femble qu'il ne devoit plus avoir de plaintes après que le Roi
avoit fai: coanoitre f clairement & volonté fur les permiflions accordées par la Compagnie des Indes pour faire le Commerce de la Traite
des Négres. Cependant il y eut encore de nouvelles conteftations en
1748, & fur les Requéres refpectives des Parties, & les Mémoires qui
furent préfentés au Confeil, il intervint Arrèt qui ordonne que les Na-
de Paris.
Il femble qu'il ne devoit plus avoir de plaintes après que le Roi
avoit fai: coanoitre f clairement & volonté fur les permiflions accordées par la Compagnie des Indes pour faire le Commerce de la Traite
des Négres. Cependant il y eut encore de nouvelles conteftations en
1748, & fur les Requéres refpectives des Parties, & les Mémoires qui
furent préfentés au Confeil, il intervint Arrèt qui ordonne que les Na- --- Page 366 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. vires expédiés pour le Commerce de Guinée, s'ils font munis de per'
Traite des Noirs. millions de la Compagnie des Indes, jouiront des priviléges portés par
l'Arrêt du 27 Septembre 1720.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui ordonne P'exécution de celui du 27 Septembre 1720, & en conft.
quence, que les Vaiffeaux des Négocians, 7 munis de Permiffions de la
Compagnie des Indes pour le Commerce de Guinée, jouiront des mémes priviléges & exemptions dont elle jouit.
Du 3 de Décembre 1748.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
au Confeil d'Etat du Roi les Requêtes & Mémoires refpeftivement préfentés
V: en icelui par les Sieurs Lemefle & Ifambert 2 Négocians de Rouen , prenant
fait & caufe pour les Sieurs Martin Frache & Jacques le Gueroult de la Place, leurs
correfpondans au Havre de Grace , d'une part, & les Fermiers- Généraux de Sa
Majefté, d'autre part : & par les Syndics & Direéteurs des Chambres les de commerce & Dide Normandie & de Guyenne 2 les Juges-Confuls de Nantes, & Syndics
reéteurs de la Compagnie des Indes 2 Parties intervenantes, &c. LE ROI en fon
Confeil > faifant droit fur les demandes refpedtives defdites Parties > & fans avoir
égard à celles des Fermiers-Généraux dont Sa Majefté les a déboutés 2 a ordonné
& ordonne que l'Arrêt du 27 Septembre 1720 fera exécuté fuivant fa forme &
teneur 7 en conféquence 7 que les Vaiffeaux des Négocians à qui la Compagnie côte des
Indes pourra accorder à l'avenir des permiflions pour faire le commerce à la
de Guinée > continueront de jouir, en vertu defdites permiflions, fur les vivres,
marchandifes & effets qui feront chargés fur lefdits vaiffeaux, des mêmes droits, priviléges & exemptions que ceux de ladite Compagnie. Veut auffi Sa Majefté que lefdites contraintes decernées par le Receveur des Fermes au Havre > contre lefdits
Frache & le Gueroult , & la foumiflion dudit Flock, demeurent nulles 2 & que la
fomme confignée par ledit le Gueroult de la Place, lui foit rendue & reftituée; à
ce faire le dépofitaire de ladite fomme, > contraint par toutes voies dûes Verfailles & raifon- le
nables; quoi faifant déchargé. Fait au Confeil d'Etat du Roi, tenu à
troifième jour du mois de Décembre mil fept cens quarante-huit.
Signé > EYNARD.
Voici une copie des Permiflions que la Compagnie des Indes donne
aux Armateurs qui veulent deftiner leurs Navires pour la Traite des
Noirs. J'y joins l'Arrêt du 26 Février 1726.
COMPAGNIE
es Verfailles & raifon- le
nables; quoi faifant déchargé. Fait au Confeil d'Etat du Roi, tenu à
troifième jour du mois de Décembre mil fept cens quarante-huit.
Signé > EYNARD.
Voici une copie des Permiflions que la Compagnie des Indes donne
aux Armateurs qui veulent deftiner leurs Navires pour la Traite des
Noirs. J'y joins l'Arrêt du 26 Février 1726.
COMPAGNIE --- Page 367 ---
P A R M A R S EILLE,
GUINÉE.
Traite des Noirs.
COMPAGNIE DES INDES.
s T A Compagnic des Indes permet à M
.
>) Armateur du Navire . .
du Port d'environ
>
.
cominandé par .
. . .
de faire partir
> ledit Navire de
: - pour aller à la côte d'Afrique, denpuis la riviere de Cambie, exclufivement jufqu'au Cap de Bonne-Ef-
>perance 9 faire dans cette étendue de côtes, la Traite des Négres,
> Poudre d'Or & autres marchandifes du crû du Pays; la Compagnie
> permettant à cet effet que l'Armateur ufe & jouiffe des priviléges &
>exemptions qui lui ont été accordés par Lettres - Patentes, Édits,
>I Déclarations & Arrêts rendus en fa faveur pour le Commerce de
>Guinée; fe refervant toutefois la gratification de treize livres que le
> Roi lui a accordéc, & lui fait payer pour chaque tête de Noirs &
>Negreffes introduits dans les Colonies Françoifes de T'Amérique, &
>aux autres claufes & conditions portées ci-après.
PREMI E R E M E N T.
>Il eft expreffement défendu audit Armateur & Capitaine 3 fous peine
>de la confifcation du Navire & de fa cargaifon, & de l'amende por-
>tée par l'Arrêt du Confeil d'Etat du Roi, du 26 Février 1726, dont
>il a été remis un exemplaire audit Armateur, de faire aucune efcale
>ni aucune traite à la mner 9 ou à terre dans l'étendue de la côte
>d'Afrique comprife depuis le Cap Blanc, jufqu'à la riviere de Gam-
>bie inclufivément , laquelle renferme une partie de la conceffion dont
>la Compagnie n'entend point communiquer lc privilége & le Com-
>merce 1 lefquels au contraire elle fe referve exclufivement à tous au-
>tres; & fous les peines de droit.
SECONDEMENT.
>La même défenfe a lieu,. & fous les mêmes peines, pour les Ports,
>Havres, Rades, côtes ou lfles, occupés par les Naturels du pays ou
>par des étrangers, ou méine qui ne font pas occupés dans ladite
>étendue de mer & de côtes, tout Commerce étant abfolument inter-
>dit auxdits Ariateurs & Capitaines avec qui que ce foit dans toute
xla partie du Nord de la côte d'Afrique 1 depuis le Cap Blanc , jufques
w& compris la fuflite rivicre de Gambic.
Tom. Ii.
Xx
, Rades, côtes ou lfles, occupés par les Naturels du pays ou
>par des étrangers, ou méine qui ne font pas occupés dans ladite
>étendue de mer & de côtes, tout Commerce étant abfolument inter-
>dit auxdits Ariateurs & Capitaines avec qui que ce foit dans toute
xla partie du Nord de la côte d'Afrique 1 depuis le Cap Blanc , jufques
w& compris la fuflite rivicre de Gambic.
Tom. Ii.
Xx --- Page 368 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
Traite des Noirs.
TROISIEMEI M E N T.
>I Dans le cas que le Navire foit obligé 7 par un événement forcé, ,
>de relâcher dans l'étendue de la fifdite côte de la conceflion de la
> Compagnie, occupée par elle ou par d'autres, ou inême non occuppée, & par elle refervée, il lui eft également défendu > fous lcs
omémes peines ci-deffus, d'y faire aucune traite ou Commmerce de
>quelque nature que ce puiffe étre.
QUATRIENEMEMENT.
>Dans ledit cas de relâche 3. il fera permis aux Employés de la
S Compagnie à ladite côte, de vifiter ledit Navire toutes les fois qu'ils
plé jugeront à propos.
CINQUIEMEMENT
>Si le Capitaine refufe la vifite la confifcation ci-deffus fera encou:
prue, fon refus établiffant pour lors la preuve complete de fa con-
>travention.
SIXIEMENENT
>Le Capitaine fera obligé de porter fes Noirs dans les Colonies
>Françoifes de l'Amérique, & non ailleurs.
SEPTIEMI E MENT.
>L'Armateur fera obligé de payer à ladite Compagnie 9 entre les
pmains de fon Caiffier à Paris, ou au Porteur de fes ordres, dix liv.
>par chacune tête de Négre, Negreffe, Negrillon & Negritte vivans,
nque ledit Navire aura introduits dans les Ifles & Colonies Françoifes
nde l'Amérique , & ce,. fix mois après qu'elle aura eu avis de l'arrivée
>) dudit Navire dans lefdites Illes & Colonies.
HUITIEME M E N T.
>Le Capitaine fera tenu de lever des certificats par duplicata &
>triplicata du nombre de Négres 2 Negreffes, Negrillons & Negrittes.
) que ledit Navire aura débarqués & introduits dans lefdites Iles &
>) Colonies 3 lefdits certificats vifés de Mr. le Gouverneur & de Mr..
>lIntendant, ou en leur abfence, 2 de Mrs. les Officiers & Commiffai:
pres ou autres qui les repréfenteront.
>Le Capitaine fera tenu de lever des certificats par duplicata &
>triplicata du nombre de Négres 2 Negreffes, Negrillons & Negrittes.
) que ledit Navire aura débarqués & introduits dans lefdites Iles &
>) Colonies 3 lefdits certificats vifés de Mr. le Gouverneur & de Mr..
>lIntendant, ou en leur abfence, 2 de Mrs. les Officiers & Commiffai:
pres ou autres qui les repréfenteront. --- Page 369 ---
P A R MARSEILLE
GUINÉE.
NEUVIEMES M E NT.
Traitedes Nigy
>Deux des certificats feront remis par le Capitaine du Navire entre
bles mains du Commifionnaire de la Compagnie, 2 établi dans le Port
soû le Navire fera fa vente, s'ily en a un > finon à celui établi dans
>le Port le plus voifin, & le troifième certificat fera remis par TArpmateur, un mois après le retour de fon Navire en France, à la dipreation de ladite Compagnie à Paris.
DIXIEME: MEN T.
>Faute par lefdits Capitaines & Armateurs de remettre dans les faf
>dits délais lefdits certificats cn bonne & due forme 7 pour affurer à
>la Compagnie la perception de fon droit de dix livres par tête de
>Noirs & Negreffes, grands & petits, ledits Capitaine & Armateur feront
>tenus folidairement de payer à la Compagnic le fufdit droit de dix
>livres par tête de Noirs & Negreffes, fur le pied du plus grand nom-
>bre d'Efclaves qu'il foit poffible de porter à un Navire de même gran-
>deur, fi mieux n'aime la Compagnie 7 faire juftifier par enquétes ou
>autrement 1 & toujours aux frais de l'Armateur 1 du nombre récl
d'Efclaves que ledit Navire aura introduits.
ONZIEMENEN NT.
>La Compagnie fe referve fon recours contre TArmateur 9 dans le cas
nque faute par fon Capitaine 1 ou par lui, d'avoir remis à ladite Com-
>pagnie lefdits certificats d'introduétion en dàe forme, elle ne fut pas
pen état de fe faire payer par le Roi de la gratification de treize liv.
ppar tête de Noirs & Negreffes referés ci-deilus.
DOUZIEMENT ENT.
>L'Armateur fera tenu & refponfable, en fon propre & privé nom
envers la Compagnie, de tous les faits de fon Capitaine qui l'intéprefferont en France, à la côte d'Afrique & dans les Colonies Frannçoifes, notamment pour la défenfe & interdiation de toutes Efcales
>& Traites dans l'éterdue de la côte d'Afrique , comprife depuis le
> Cap-Blanc, jufques & compris la riviere de Gambie, pour T'aflujetrif
>fement à la vifite des Employés de Ia Compagnie le long de ladite
ncôte pour le tranfport des Noirs aux Colonies Françoifes & non
wailleurs, & pour la remife dans les Colonies, 1 & en France des ceratificats d'introduction des Xoirs; le tout fous les peines & amendes
Xxij
de la côte d'Afrique , comprife depuis le
> Cap-Blanc, jufques & compris la riviere de Gambie, pour T'aflujetrif
>fement à la vifite des Employés de Ia Compagnie le long de ladite
ncôte pour le tranfport des Noirs aux Colonies Françoifes & non
wailleurs, & pour la remife dans les Colonies, 1 & en France des ceratificats d'introduction des Xoirs; le tout fous les peines & amendes
Xxij --- Page 370 ---
C OMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. >exprimées dans les articles précédens 7 & il en fera fa foumiffion au
Traite desNoirs. >pied d'une copie de la préfente permiflion.
TREIZIEMI E M E N T.
>Moyenant les fufdites claufes & conditions 1 la Compagnie con-
>fent que T'Armateur dudit Navire jouiffe des priviléges & exemptions
>des droits dont elle-même a droit de jouir pour fon commerce de
>Guinée 3 en vertu de la conceffion qui lui en a été faite par le Roi
>en différens tems ; fauf & refervé feulement par la Compagnie & à
>fon profit, fon droit de dix livres par tête de Noirs & Negreffes &
>la gratification de treize livres auffi par tête de Noirs & Negreffes qui
>lui eft accordée & payée par Sa Majefté.
>La préfente Permiflion fera nulle, fi le Vaiffeau ne part pas d'un
>Port de France dans l'efpace de fix mois, à compter du jour de
>la date de la préfente Permiflion.
>Et fera tenu le Capitaine, s'il va à Juda, à fon arrivée à ladite
>Rade, de préfenter fa Permiflion au Direéteur dudit lieu prépofe par
pla Compagnie, & de la faire vifer de lui.
A Paris, le
Les Sindics & Diredteurs de Ia Compagnic des IndesPar la Compagnie 2
d'un
>Port de France dans l'efpace de fix mois, à compter du jour de
>la date de la préfente Permiflion.
>Et fera tenu le Capitaine, s'il va à Juda, à fon arrivée à ladite
>Rade, de préfenter fa Permiflion au Direéteur dudit lieu prépofe par
pla Compagnie, & de la faire vifer de lui.
A Paris, le
Les Sindics & Diredteurs de Ia Compagnic des IndesPar la Compagnie 2 --- Page 371 ---
P A R M A R S E I L L E.
GUINÉE.
TraitaderNserm
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Corcernant les défenfes faites aux Particuliers d'envoyer des Vaiffeaux &
faire Commerce dans les Pays de la Concelfion de la Compagnie
des Indes.
Du 26 Février 1726.
Extrait des Rigifires du Confeil d'État.
E ROI étant inforiné qu'au préjudice du privilége exclufifaccordé à la ComipaL gnie des Indes pour le commerce de fes conceflions 7 les Edits 2 Declarations > Arréts & Lettres-Patentes des mois d'Août 1664 2 Euler 168: & 1085,
Mars 1696, Novembre IT1:, Août 1717, Mai 1719 & Juin 1725, quelquesparticuliers n'ont pas laife d'envoyer des Vai.Teaux dans les pays des conceffions del:-
dite Compagnie > foit en les faifant partir des Ports de France avec des congés
des Amirautés pourdes navigations permifes, foit en les faifant partir despaysétrangers;
que même quelques-uns d'entre eux, pour mieux cacher leur
ont obtenu,
fous des noms fuppofés des paffeports des Souverains des lieux ils failoient
fmtas
faire les armemens de leurs Vaiffeaux, & fe font flattés que loriqu'ils auroient
pû éviter d'être découverts., pris ou arrêtés dans les endroits prohibés > ils ne feroient pas fujets à leur retour aux peines qu'ils ont encourues par leur contravention. Quoique de pareilles entreprifes foient manifeftement contraires aux Ordonnances & Réglemens faits pour le commerce maritime, & aux Edits,, Déciarazions , Arrêts & Lettres-Patentes rendus en faveur de la Compagnie des Indes, qui
font tres-expreffes inhibitions & défentes à tous les fujets de Sa Majefté d'entreprendre fur le commerce de ladite Compagnie, à peine de confifcation de leurs Vaiffeaux & marchandifes > & de trois mille livres d'amende Sa Majefté a crû que
pour foutenir les Loix générales & particulieres de fon Royaume fur le fait du
commerce, & pour l'intérêt d'une Compagnie dont Elle voit avec fatisfaâtion les
différens établiffemens qu'elle a fermés > fe perfe@tionner de jour en jour, & le
commerce s'augmenter confidérablement, > il étoit important d'expliquer plus particulierement fes incentions à cet égard: Surquoi our le rapport du feur Dodun Confeiller ordinaire au Confeil Royal, Contrôleur Général des Finances. LE ROI étant
fon Confeil, a ordonné & ordonne ce qui fuit.
ARTICIE PRÉMI E R.
Les Ordonnances & Reglemens rendus fur le fait du commerce maritime > enfemble les Edits > Déclarations & Lettres-Patentes rendus pour le commerce de la
Compagnie des Indes 3 feront exécutés felon leur forme & teneur: : & en conféquence fait Sa Majefté très-expreffes & itératives défenfes à tous fes Sujets > de
quelque qualité & condition qu'ils puiffent être, d'envoyer leurs Vaiffeaux dans les
pays de la conceflion de ladite Compagnic, 2 en prenant des palleports de Sa Ma
enfemble les Edits > Déclarations & Lettres-Patentes rendus pour le commerce de la
Compagnie des Indes 3 feront exécutés felon leur forme & teneur: : & en conféquence fait Sa Majefté très-expreffes & itératives défenfes à tous fes Sujets > de
quelque qualité & condition qu'ils puiffent être, d'envoyer leurs Vaiffeaux dans les
pays de la conceflion de ladite Compagnic, 2 en prenant des palleports de Sa Ma --- Page 372 ---
COMMERCEI DE L'AMÉRIQUE
GerNir. Jefé ou des congés des Amirautés pour des navigations permifes, à peine de Col!-
TaiedaNs. fifcation defdits Vaiffeaux & marchandifes de leur chargemnent > les deux tiers aHl
proit de ladite Compagnie 7 & l'autre tiers au proft du dénonciateur 2 & en 04tre de trois mille livres d'amende 2 applicable à PHopital de l'Orient.
II.
Veut Sa Miajefté que les faifies qui ont été, o feront ci-après faites des Vaiffeaux des particuliers qui auront été envoyés dans les conceflions de ladite Compagnic, au préjudice de fondit privilége 2 foit
lefdites faifies foient faites dans
Jes lieux prohibés > foit après le retour defdits Vameniou dans les Ports du Royaume,
ou dais ceux des Colonies, > on autres oùt ils pourront être faifis, foient inceffamment jugées, & les confifcations & amendes portées par les Edits & Réglemens
prononcées par les Juges qui en doivent connoître.
III.
Au cas que lefdits Vaiffeaux fallent leur retour dans les
étrangers 2 pour
éviter les
les Edits Déclarations,, Arrêts Réglemens > orP
donne Sa Majefté peines portées que pour par raifon de ladite contravention > il fera procédé contre
Ics Propriétaires & Arinateurs defdits Vaiffeaux.
IV.
Et que dans les cas oit les Vaiffeaux & chargemens appartenans aux Sujets de Sa
Majefté qui auront entrepris fur le commerce de ladite Compagnie, enfemble les
intérêts & bénéfices qu'ils auront dans les armemens faits dans les pays étrangers
pour fes concellions 7 pe pourroient être faifis & arretés,il foit outre ladite amende
det trois mille livres prononcé contre lefdits Sujets contrevenans: 3 une condamnation
d'une fomme équipolente 2 tant à ln valeur deidits Vaiffeaux & chargemnens > qu'à
celle defdits intérêts & bénéfices 7 pour tenir lieu de ladite confifcation. Ordonne
Sa Majelté que le préfent Arrêt fera là publié & affiché par-tout où befoin fera
ann que perionne n'en ignore. Fait au Lonett d'Etat du Roi, Sa Majefté ye étant,
tenu à Marly le vingt-fixiame jour de Février mil iept cers vingt-fix.
Signi, PHELYPEAUX.
Collationné aux Originaux par Nous 2 Fnoe-tociolis:Siresie
du Rei > Mujon-Couronne de France,6de Jes Finances.
P. MARTIN.
Le défant de mention ( dans lcs certificats ) du nombre de Négres
divers abus
la facilité
débarqués à TAmérique 2 occafionna
par
que
trouvoient les Marchands qui n'avoient aucun droit de jouir des modératious accordées aux feules marchandifes provenant du commerce de
Guinée de faire délivrer des certificats pour celles qui n'éroient point
achetées du produit de la vente des Négres, & par ce moyen frauder la moitié des droits d'entrée; ce qui non-feulemént caufoit un préjadice notable aux revenus du Roi, mais découragcoit encore les Ar-
na
par
que
trouvoient les Marchands qui n'avoient aucun droit de jouir des modératious accordées aux feules marchandifes provenant du commerce de
Guinée de faire délivrer des certificats pour celles qui n'éroient point
achetées du produit de la vente des Négres, & par ce moyen frauder la moitié des droits d'entrée; ce qui non-feulemént caufoit un préjadice notable aux revenus du Roi, mais découragcoit encore les Ar- --- Page 373 ---
PAR MARSEILLE
mateurs pour la Guinée, en les fruftrant du bénéfice que l'exemption GUINÉE.
de moitié des droits d'entrée dans le Royaume leur procuroit, & dont Traite des Noirss.
ils ne reffentoient plus l'effet par la concurrence des autres marchandifes des Iles, qui par cette fraude pouvoient être vendues au même
prix. Pour remédier à un mal dont les fuites auroient été dangereufes,
le Roi par fon Ordonnance du 6 Juillet 1734, régle la forme des
certificats de la Traite des Négres, pour que les marchandifes qui en
proviennent, puiffent jouir de la modération de moitié des droits, en
entrant dans le Royaume. Cette Ordonnance cft d'une clarté à n'exiger
aucune remarque de ma part.
ORDONNANCE DU ROI,
Qui regle la forme des Certificats de la Traite des Nigres aux Tples
Frangoifes de L'Amériqss.
Du 6 Juiilet 1734.
DE PAR LE ROL
Majefté s'étant fait repréfenter les Lectres-Patentes du mois de Janvier ITIS,
SA portant Réglement pourl le commerce de Guinée, par l'Article V. defquelles il
eft ordonné que les fucres & autres efpéces de marchandifes que les Sujets de Sa
Majcite apporteront des Ifles Françoifes de T'Amérique 2 provenant de la vente &
du troc des Négres, jouiront de l'exemption de moitié de tous droits d'entrée, en
juftifiant par un certificat du Sieur Intendant aux Ifles, ou d'un Commillaire ordonnateur, ou du Commis du Domaine d'Occident, que les marchandifes embarquées auidites I:les provieanent de la vente ou du troc des Négres qhe leidits
Vaiffeaux y auront déchargé, lefquels certificats feront mention du nom des Vaiffeaux,
& du nombre de Négres auront été débarqués aufdites Ifles > & demeureront
au Bureau des Fermes : & U Majefté étant informée qu'il fe pratique plufieurs abus
à P'occalion de cette exemption de moitié des droits ; que nonobfant la difpofition ci-deffis des Letres-Patentes de 1716, il n'eft point fait mention dans les
certificats qui font rapportés du nombre de Négres débarqués aux Illes, quoique
ce foit une des conditions, fous lefquelles ce privilége eft accordé; des Négocians 7 autres que les Armatcurs des Vaiffeaux 7 qui ont fait fe Traite des
Negres, & leurs Agens trouvent le moyen de te tire expédier des certificats
pour des marchandifes qui ne proviennent point de la vente & du troc des Négres, > par la faculté que les Commis aux illes ont de délivrer de ces certificats;
Ge qui préjudicie non-feulement aux Fermes de Sà Majefté 2 mais aufli aux Négocians qui font la Traite des Négres, en ce que la plus grande partie des fucres
& autres marchandifes des Iles, qui proviennent de la vente ou du troc des m2rchandifes quiy, font portées direêtement du. Royaume > viennent accompagnées de
certificats,, & jouiffent frauduleufement de l'exemption de moitié des droits 3 &
que s'il n'étoit expédié des certificats que pour les marchandifes qui proviennent
réellement du produit de la vente & du troc des Négres, les Négocians qui en.
font ja Traite profiteroient ieuls de la faveur que Sa Majefté a entendu accordera
2rchandifes quiy, font portées direêtement du. Royaume > viennent accompagnées de
certificats,, & jouiffent frauduleufement de l'exemption de moitié des droits 3 &
que s'il n'étoit expédié des certificats que pour les marchandifes qui proviennent
réellement du produit de la vente & du troc des Négres, les Négocians qui en.
font ja Traite profiteroient ieuls de la faveur que Sa Majefté a entendu accordera --- Page 374 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINLE. ce commerce ; à quoi étant néceffaire de pourvoir, Sa Majefté a ordonné & orTraite des Noirs. donne. ARTICLE PRÉMIER R. Qu'à l'avenir > & à commencer du jour de la publication de la préfente certificats Ordonnance 2 il ne fera délivré aux Ifles Françoifes de de l'Amérique la vente 2 ou des du troc des
pour les marchandifes qui proviendront du les produit Sieurs Intendans ou Commiffaires
Négres qui y auront été apportés, ou leur que abfence par & dans les Ports où il n'ya point
ordonnateurs aufdites Ifles, en des
> qui feront à cet effet comde Commiffaires ordonnateurs, par Subdélégués
mis par lefdits Sieurs Intendans. II
Ces certificats feront mis au pied de la faéture des marchandifes, & enfuite d'un
bordereau qui contiendra le produit de la vente des Négres, & le prix des marchandifes qui auront déjà été expédiées à compte, fi aucunes ont été embarquées; &
dans les factures feront difinguées les quantités & qualités des mention marchandifes, du Navire
les différentes efpéces de fucres terrés; & feront les certificats du prix- de la vente
qui aura déchargé les Négres , de la quantité de feront Négres embarquées, du nom du
defdits Négres 2 de celui des marchandifes devront qui y,
du nom du Capitaine, >
Vaiffeau fur lequel elles feront ou il fera deftiné être chargées, 5 le tout conformement au mo-
& du Port de France pour lequel
déle ci-attaché. IIL. Veut Sa Majefté que ces certificats ne puiffent être délivrés qu'aux Armateurs
des Vaiffeaux qui auront fait la Traite des Négres > ou qu'à la leurs Capitaines defdits >
Agens, ou autres chargés de pouvoirs par écrit, pour gérer des o8trois cargaifon aufdites
Navires; & que les Commis du Domaine d'Occident, ou
dans la facture. Ifles,
mettent au pied leur vu embarquer des marchandifes contenues
IV. marchandifes defdites Ifles qui feront apportées fur des Bâtimens qui en feLes
la
de la préfente Ordonnance 2 pour lefquelles il ne
ront partis après des publiecation certificats des Sieurs Intendans 7 Commiffaires ordonnateurs
fera pas rapporté commis lefdits Sieurs Intendans: 2 ainfi & dans la forme qu'il eft
ou Subdélégués & par des và embarquer des Commis aux Iflles, ne jouiront
ci-deffus de prefcrit, la modération > revètus de moitié des droits > lefquels feront payés en entier. point
V. les certificats qui auront été rapportés dans les différens Ports du
Lorfque
de la vente oul du troc des Négres fe trouvera abforbé, s'il
Royaume 2 E produit d'autres,, les Commis des Fermes n'y, auront aucun égard; &
en eft encore rapporté
defdits certificats, les marchandifes feront faifies & conau cas de fraude ou fauffeté
les
ou autres qui feront atteints du
fifquées au profit du Fermier, > & Capitaines fuivant la
des Ordonnances.
différens Ports du
Lorfque
de la vente oul du troc des Négres fe trouvera abforbé, s'il
Royaume 2 E produit d'autres,, les Commis des Fermes n'y, auront aucun égard; &
en eft encore rapporté
defdits certificats, les marchandifes feront faifies & conau cas de fraude ou fauffeté
les
ou autres qui feront atteints du
fifquées au profit du Fermier, > & Capitaines fuivant la
des Ordonnances. Enfaux, feront pourfuivis extraordinaiement 2
rigueur Officiers
joint Sa Majelté aux Sieurs Intendans des Iles, 2 & autres la main a fon qu'il exécution. appartiendra Et
de fe conformer à la préfente Ordonnance & 2 & affichée de tenir tout oû befoin fera.Fait à
fera la préfente Ordonnance lde, publiée
par
LOUIS: Et
Verfaillesle fixime jour de Juillet mil fept cens trente-quatre.Signt,
plus bas, PHELYPEAUX. MODELLE --- Page 375 ---
PAR MARSEILLE
No, 2026, MODELLE de Facture, de Bordereau du produit de lavente des Negres & GUINÉE.
des marchandifes expédiées à compte 3 & du Certificat, qui doivent être Traite des Noirs.
expédiés aux Ifles, en conformité des Articles I. 8II. de l'Ordonnance
du Roi du 6 Juiilet 1734F A C T U R E.
de 12 barriques de fucre, & deux balles de Coton,
à bord
FACTURE
chargées
du Navire (rel) Capitaine (tel), deftiné pour (telendroir), par (rel) Capitaine, > ou chargé de la régie & recouvrement de
la cargaifon du Navire (tel) provenant de partie de la vente des Négres de
ladite cagaifon , arrivé en ce Portle (tel jour), pour le compte & rifques
SL des Intérelfés audirNavire, marqués comme en marge, & pelant comme
il luit.
SEA V o I R :
Sucre terré blanc.
No, Ier. : 815 liv.ort. 52. 1. tare.
2.
812.
48.
ort. 1627. 1OO. 1. tare.
à déduire 130.
30. trait & droit à deux pour cent.
Refte. *
1497 1. net à 5o liv. le cent pefant. .
748L10f
Sucre terré commun.
3.
809.
50.
4.
80s.
55.
5.
795. . 45.
ort. 2409. - xgo.1. tare.
à déduire 195.
45. trait & droit à deux pour cent.
Refte.. 2214 1. net à 35-1.le cent pefant. -
774 18.
Sucre, tefle de forme.
6. a
792.
43.
7.
787.
52.
8..
877.
47.
ort. . 2456.
142. tare.
à déduire 188.
46. 1. trait & droit à deux pour cent.
Refte.. : - 2:681.netà 251 Lle cent pefant.
Sucre brut.
9.
770.
49.
IO.
768.
42,
II.
807.
60.
12.
901. : 59.
ort.. 3147.
210,
déduire 270.
60.1.trait & droit à deux pour cent.
Refte.. 29771.net a 201.1 le cent pefant, .
595. 8
2683. 10.
Tom. II.
Yy
188.
46. 1. trait & droit à deux pour cent.
Refte.. : - 2:681.netà 251 Lle cent pefant.
Sucre brut.
9.
770.
49.
IO.
768.
42,
II.
807.
60.
12.
901. : 59.
ort.. 3147.
210,
déduire 270.
60.1.trait & droit à deux pour cent.
Refte.. 29771.net a 201.1 le cent pefant, .
595. 8
2683. 10.
Tom. II.
Yy --- Page 376 ---
COMMERCE DI E LAMERIQUE
GUINÉE.
De l'autre part.
268; 1. 16%
Traite des Noirs.
Deux balles de Coton.
No, ier.
340.
2.
310.
6s0.
I3. liv. trait & droit à deux pour cerrt,
Refte. . - 637. net à 80 liv. le cent peiant. e
5op. I1.
3195. 8.
Capitaine dudit Navire (tel)
la
fouligné (tel)
ou
ECerifel
JE
chargé du recouvrement de la cargaifon du Marire(tel),
préfente facture véritable. A
le
B J R D E R E A V.
Li E produit de la vente de (tant de ) Negres apportés par le Navire (rel) Capi- liv.
Nota. Ox nepeut taine (tel) arrivé en ce Port le (rel jour) monte à.
faire ce Bordereau
Sur laquelle fomme il a ci-devant été expédié des marchandifes, pour
que ete expedie lori CH des mar- dcia quarante mille livres.
chan Lifes fier le produi de la 7 1re des
Negr rft n7
aporne de Bordere C 11
SEAVOI I R.
4 faire pour fa premicrepasiie de mar
ehandifesgai sexpedie,
a Par Certificat du fur le Navire (tel) Capitaine (tel) pour Nantes. . . I2000 1. 7
Par autre du fur le Navire (tel) Capitaine (tel) pour St. Malo. . . 9000. 4000
Par autre du fur le Navire (rel) Capitaine (rel) pour la Rochelle. 7500.
Par autre du fur le Navire (rel) Capitaine (tel) pour Nantes. . : 11500.
Refte.
C E R T I F I C A T.
Nous
Certifions que les douge barriques de fucre, & deux balles de coton mentionnées en la préJensefacture, montant i la fomme de trois mille cent quatre-vingt quinge livres huit fols >
Nantes
*
Nota. Alapriou
ont
miere expeditian,an chargées dans le Navire (tel) Capitaine (tel), definées pour
1e1 dr merrreila
L autres lieux
cidevant eté exdes
de la vente de (tant de ) Negres, apportés le
podie, Scc. ierere été achetées fonds provenant
a
la
de
i n'a encore ete Navire
en ce Port le
laquelle venta produit
TRLEL
(tel), Capitaine (tel).
espedie aucunes deux cens mille livres *
d ci-devant été expédié des marchandifes pour la fomme
snerchandiles contenites que de
milie
furquolal la note ci-deffus 5 Enj foi de quoi nous avons délivré le précelies
quarante livres, >jiuivant
notre
enla fadure CI. fent Certificat, à icelui fait appofèr le cachet de nos armes, 8 contre-figner par Secredellus.
tire, pour fervir & valoir ceq que de raifon. Fait a
le
é des marchandifes pour la fomme
snerchandiles contenites que de
milie
furquolal la note ci-deffus 5 Enj foi de quoi nous avons délivré le précelies
quarante livres, >jiuivant
notre
enla fadure CI. fent Certificat, à icelui fait appofèr le cachet de nos armes, 8 contre-figner par Secredellus.
tire, pour fervir & valoir ceq que de raifon. Fait a
le --- Page 377 ---
PAR MARSEILLE
Malgré un Réglement fi précis, les fraudeurs réuffirent encore à GUINÉE.
fromper la vigilance des furveillans 1 en ne failant point une exaéte Traite des Noirs.
mention des marchandifes expédiées par des certificats précédeus. Pour
détruire radicalement cet abus, le Roi rendit l'Ordonnance fuivante.
ORDONNANCE DU ROI,
Concernant T'exemption accordée aux marchandifes provenant de la Traite
des Négres aux Ifles Françoifes de PAmérique.
Du 31 Mars 1742.
DE PAR LE ROI
Majefté s'étant fait repréfenter lOrdonnance qu'Elle a rendue le 6 Juillet
SA 1734, qui régle la forme des certificats de la Traite des Négres aux Ifles & Colonies Françoifes de l'Amerique & Sa Majefté étant informée que > nonobftant les
difpofitions qu'elle renferme 1 à fe pratique encore dans lefdits Ifles une fraude
préjudiciable tant aux Négocians qui font le commerce direêt aufdites Ifles, &
à ceux qui font de bonne foi la Traite des Négres , qu'aux intérêts des Ferines
de Sa Majefté > par l'abus que font quelques Agens aufdites Iiles 3 prépofés à la
cargaifon de Négres qui y font introduits > des certificats expédiés par les Sieurs
Intendans > Commiffaires ordonnateurs, ou leurs Subdélégués, pour les marchandifes
provenant du troc defdits Négres, 2 en les appliquant à des marchandifes qui ne proviennent point de ce commerce 5 & que pour y, parvenir > ils préfentent aufdits
Sieurs Intendans ou autres Officiers qui en font les fonêtions, 2 des borderaux 2 dans
lefquels en obmettant plufieurs parties de marchandifes préalablement expédiées à
compte àc leurs Traites, ils furprennent des certificats > au moyen defquels illeur
et aifé de fe procurer l'exemption de moitié des droits qui fe payent en France,
fur des quantités de marchandifes beaucoup plus confidérables celles qui doivent jouir de l'exemption 9 à
étant nécefiaire de pourvoir: : Majefté, en ex-
:
pliquant. > en tant que de befoin, quoi ladite Ordonnance; > & y ajoutant > a ordonné &
ordonne.
ARTIC I. E P R E M I E R.
Qu'à l'avenir, & à commencer du jour de la publication du préfent Réglement,
les Capitaines des Vaiffeaux qui tranfportent des Négres dans les Iles & Colonies,
feront tenus d'y, faire à leur arrivée > leur déclaration fommaire & certifiée d'eux,
du nombre de Négres qu'ils introduiront 2 fur un régiftre qui demeurera dépofé ail
Greffe des Sieurs Intendans, Commiffaires ordonnateurs., ou Subdélégués par eux
commis à cet effet; & que lefdits Capitaines, Commiflionnaires ou Agens chargés
de la vente & du recouvrement defdits Négres, feront tenus de faire de même
fur ledit regiftre une déclaration iommaire & certifiée d'eux, du prix total defilits
Yyij
gres qu'ils introduiront 2 fur un régiftre qui demeurera dépofé ail
Greffe des Sieurs Intendans, Commiffaires ordonnateurs., ou Subdélégués par eux
commis à cet effet; & que lefdits Capitaines, Commiflionnaires ou Agens chargés
de la vente & du recouvrement defdits Négres, feront tenus de faire de même
fur ledit regiftre une déclaration iommaire & certifiée d'eux, du prix total defilits
Yyij --- Page 378 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. Négres, 2ufli-tôt qu'ils auront été vendus, lefquelles déclarations feront Navire mention NéTraite
du jour de l'arrivée defits Nigres, & feront tranterites pour chaque
des Noirs. grier, au haut d'un feuillet > dont le reite demeurera en blanc, pour y écrire
les notes 1 extrait > des certificats qui feront par la fuite expédiés audit Greffe,
pour les marchandifes provenant du prix de chaque cargaifon de Négres. II. Loriqae les Capitnines 2. Commilionszices cu Agens chargés du recoivrement du
pris d'une cargaiten de Négres, voudront faire un envoi de marchandifes enprovenant, ils feront obligés d'apporter au Greffe defdits Sieurs Intendans > la faéture
deflites marchendifes, & au bis de lidite falture le bordereau du montant de celles
précédemment expédices à compte de ladite cargaifon > dans la forme des modéles preferits par l'Ordonnance du 6 Juillet 1734,, lequel borderezu contiendra par
articles > la date de chaque envoi, le nom duNavire fur lequel il aura été chargé,
& fon prix, enfuite le montant total deidits envois > la comparaifon de ce à total deavec celui du prix des Négres, & ce qui fe trouvera refter dudit prix,, déclarer ou,
faut de marchandifes précédeminent expédiées > ils' feront tenus de
lefdits qu'il
n'en eft point encore parti: lefquelles factures, bordereaux ou être déclarations véritables & les
Capitaines, Commiflionnaires ou Agens certifieront par écrit
marchandifes y énoncées ne provenir que de la vente & du troc defdits bordereaux Négres S;
fous peine 2 en cas de fraude Ou de faux expofé dans lefdites factures, fa@ures, bordereaux
ou déclarations, de cinq cens livres d'amende : & feront lefdites
à la fuite des
ou déclarations, > enrégilirés, ainfi qu'il eft dit en P'article précédent,
déclarations qui y font preferites, fur le blanc du feuillet refté à cet effet, afin
que par ledit enrégiftrement lefdits fieurs Intendans, Commiffaires ordonnateurs, de Négres, &ne ou
leurs Subdélégués, puiffent connoitre l'état de chaque cargaifon
donnent qu'en connoifiance > leurs certificats au bas defdites factures 2 bordereaux
oll declarations, ainli certifiés. IIL
Sa Majefté défend aufdits Capitaines, Commilionnaires ou Agens,. de feurs s'ingérer Ind'écrire de leur main les certificats qui doivent être donnés par lefdits
tendans ou autres Officiers fuivant leurs fonétions. 2 pour les marchandifes provenant de la vente des Négres; lefquels certificats ne pourront être écrits que & con- par
eux, leurs Sécretaires, ou autres perfonnes eux prépofées à cet effet, le tout
tiendront les quantités de marchandifes, & Ee fommes en toutes lettres,
à peine de nullité.
'ingérer Ind'écrire de leur main les certificats qui doivent être donnés par lefdits
tendans ou autres Officiers fuivant leurs fonétions. 2 pour les marchandifes provenant de la vente des Négres; lefquels certificats ne pourront être écrits que & con- par
eux, leurs Sécretaires, ou autres perfonnes eux prépofées à cet effet, le tout
tiendront les quantités de marchandifes, & Ee fommes en toutes lettres,
à peine de nullité. IV. Veut Sa Majefté que les Armateurs faifant le commerce de Guinée dans 2 préfen--
Ordonnance aux Iles,
Bureaux
El
teront 2 apris la publication de la préfente
de la Traite des Néde fes Fermes en France, pour des marchandifes provenant Officiers
les dongres., des certificats des Sieurs Intendans ou autres
prépofés poar à d'ener,. ne puiffent Ies rapporter que dans la forme ci-deffus des droits preicrite, des marchandifes peine
fre déchus du privilége de la modération de moitié & lefdits certificats, enfemqui fe trouveront accompagnées à Pavenir defdits certilicats; aux Iles avant que ladite publication 2 ne puifble ceux qui feront expédies
auront été certifiés véritables
fent être admis dans leidits Bureaux, qu'après & qu'ils cas de fraude ou de faux exca tout leur çontenu par lefdits Armateurss ga'en --- Page 379 ---
P A R MARSEILLE. pofe dans les faStures, bordercaux 01! déclerations , lefdits Armateurs foiont can- GUINÉE. damnés en la contication des marchanastes pour leiquelles lefdits certifcats atiront Triteda. :. eté expediés, & cil cing cens livres d'amende 1 & pourfisivis cxisoniinciremens. 2
en cas de fux, contorimemient a lOrdonnance du 6 Juiller 1554. v. Les cerideate n'auront point d'effet pour l'exemption de la moirié des droits,
qu'après qu'ils auront été vérifiés par les Fermiers Généraux, qui feront tenus de
donner leurs ordres fans retardement; à l'effet de quoi ces certificats leur feront
rcrei.s a Thezel des iermes à Paris, par les Diredieurs cu Receveurs des Fernes dans lus Forts alinis au commerce de Guinéc. Et fera au furplus ladite Ordonnance du 6 Juillet 1734, cxécutée felon fa forme
& teneur, en ce qui n'y eft point dérogé par la préfente. Enjoint Sa Majefté aux
Sieurs Intendans des Illes, ou autres Officiers qu'il appartiendra 2 de fe conformer à la préfente Ordonnance & de tenir la main à fon exécution. Et fera la
préfente Ordonnance lie > publié & affichée par-tout où befoin fera. Fait à Verfnilles le trente-un Mars mil fept cens quarante-deux Signé LOUIS : Et
- FHELYIEALS,
plusbar
Collatiunné . lO-iginal Far Nous Fopu-fogoleo-Soxdsis
du Roi > Magon-Couromne de France, dejesfinansen
L'obligation impofée par l'article F, d'envoyer à T'Hôtel des Fermcs
à Paris les certificats délivrés aux Ifles pour les marchandifes envoyées
en France , détermina Mrs. les Fermiers Généraux, à écrire à tous
les Direéteurs des Fermes la lettre fuivante. --- Page 380 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
-Soxdsis
du Roi > Magon-Couromne de France, dejesfinansen
L'obligation impofée par l'article F, d'envoyer à T'Hôtel des Fermcs
à Paris les certificats délivrés aux Ifles pour les marchandifes envoyées
en France , détermina Mrs. les Fermiers Généraux, à écrire à tous
les Direéteurs des Fermes la lettre fuivante. --- Page 380 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. Traite desNeirs,
LETTRE
DE MRS. LES FERMIERS GENERAUX
au Direéteur des Fermes à Marfeille. à Paris le 19 Novembre 1742. PArticle V de 1'Ordonnance du 31 Mars 1742, Monfieur, les certificats
PAR rapportés pour les marchandifes provenant de la Traite des Négres, doivent
nous être adreffés à P'Hêtel des Fermes pour être vérifiés ; & il elt du bon ordre dedes comptes ouverts pour chaque cargaifon de Négres 2 que ces certificats y
meurent pour fervir de piéces juftificatives defdits comptes 3 c'eft pour cela que de
nous vous avons précéden:ment marqué d'enjoindre aux Receveurs des defdits Ports
votre département où ce commerce eft permis de prendre des copies
cer- oritificats pour y' avoir recours en cas de befoin 1 leur Bureau > pour que les
ginaux puiffent reiter à Paris; cependant comme il arrive fouvent que les Négo- lorfcians qui ont remis ces certificats dans les Bureaux, nous les redemandent
qu'ils n'ont point été adinis, fous prétexte qu'il leur font alors néceffaires pour les
opérations de leur commerce, & qu'il eft indifpenfable qu'ils reftent ici joints
oF
aufdits comptes > pour pouvoir prouver en cas de befainlaconfomation des cargaifons
des Négres, nous avons décidé que dans les cas où la Compagnie aura rejetté quelques certificats de Traite > le Receveur auquel il auront été remis , donnera aux
Kégacinns qui demenlin: ces ceitificats, la copic conforme à l'original qui du nous refus
aura été envoyé > en marge de laguelle copie il fera mention des leur raitons
fit par la Compagnie de les adincttre ; c'eft pourquoi vous
recommanderez cette
d'etre attentiis à retenir une copic exafte de chacun des certificats de
eipice
qui Jeur ieront rapportés > afin d'être en état C11 cas de befoin de la remetire aufdits Négocians > cette copic devenant inutile à leur Lureai, puiique les ordinaire marchan- des
difes y, contenues fe trouvent dans le cours de celle du commerce
donner
Ifles, lorique lefdits certificats ne font point admis. Nous vous prions de
auitits Receveurs vos ordrès en conformité de la préfente > &c. Signés, HoCQLART, THOYNARD, DEPIN,LALIVE, ROLLAND,
HIATTE ET DE BEAUMONT. OBSERVATIO N S. Les Négocians de Marfeille doivent à Tarrivée de leurs Navires dans
le Port 5 fur lefquels il y a des marchandifes provenant de la vente
des Negres, faire une corie du certificat qui les accompagne & la
remettre avec Torigiaal au Bureau du Poids & Caffe.
de la préfente > &c. Signés, HoCQLART, THOYNARD, DEPIN,LALIVE, ROLLAND,
HIATTE ET DE BEAUMONT. OBSERVATIO N S. Les Négocians de Marfeille doivent à Tarrivée de leurs Navires dans
le Port 5 fur lefquels il y a des marchandifes provenant de la vente
des Negres, faire une corie du certificat qui les accompagne & la
remettre avec Torigiaal au Bureau du Poids & Caffe. Le moindre. délai ei fufifont pour caufer une nullité, & empécher l'admitlion dudit
cas de refus de la part de la Compagnic 1 à caufe
certiicat, 2 8 dansle
T'Ordonnance du 6 Juillet
du manque de quelque formalité preferite par --- Page 381 ---
PAR M IARSEILLE
1734 & T'Arrêt du 31 Mars 1742 1 & qui fera jugée néceffaire, la GuINEE.
copie dépofce au Bureau du Poids & Cafle fera remife auxdits Négo- Traite des Nuirsa
cians, & fi les certificats font admis 3 elle fervira pour noter les expéditions (à mefure qu'ils en feront ) des envois dans le Royaume en
prenant un paffavant juftificatif audit Bureau du Poids & Caffe, comme
icfdites marchandifes proviennent de la Traite des Négres.
Meffieurs les Juges & Confuls de la ville de Nautes, pour faciliter
T'expédition des marchandifes des Ifles, provenant du produit de la
Traite 3 drefferent des formules pour les certificats que les Capitaines
doivent fe faire délivrer, & les propoferent à Meflieurs les Fermicrs Généraux, qui après les avoir examinées les trouverent bien; en conféquence lefdits fieurs Juges-Confuls les firent imprimer, & en donnerent avis aux Chambres de Commerce du Royaume par la lettre
fuivante.
COPIE
D'U N E
LETTR E
Ecrite par Meffieurs les Fermiers - Généraux à Monfeur
Bouchaud Député de Nantes pour le Commerce.
A Paris le 30 Janvier 1744.
ouS avons examiné 2 Monfieur 2 les deux Imprimés des Certificats çue vous
N. nous avez remis pour s'en fervir pour les retours des marchandifes des Iles
provenant de lavente & du troc des Negres, l'un prepre pour un prémier envei à
compte du prodait de la vente des Negres d'un Vaitanu qui a fait la Irite, &
Tautre pour lesenvois fubfequens, qui doit contenir le Bordereau des envois pricédens. Ges Imprimnes nous ont paru cenformes aux dipoiitions des Ordensances de
1734 S 134, à l'exception de la cer:ification de la vérité de la FaSture dur le
Certitica: des envois fubteguens, qui elt en Suite de ladite Fa8ure , & que nous
eftimons devoir être mife en fuite du Bordereau 3 l'un & l'autre devant être également certines veritables par, 12 perfonne chargée du recouvrement du produi: de la
vente des Négres, conformémert à PArticle II de T'Ordonmance de 1n.t: > coçuil
comient de reftisar, moyensnt gunila Compagnie conien: Mertieer, qu'on folere
de ces imprimés aux Iles, &x nous donnerons nos ordres dans les Ports permiseu
Royaume pour qu'on les reçoive 3 à condition que les Liancs ferout remplis conler
mement aux diipotitions deidites Ordonnonces, & que ceux cu Certincat qui wcit
être donné au bas par Metlieurs les Intendans ou leurs Scodelegnés, ierent iorits
de leur main, > ou par leur Sécretare, ainti qu'il e.t ordosne par l'Article Ili de
aux Iles, &x nous donnerons nos ordres dans les Ports permiseu
Royaume pour qu'on les reçoive 3 à condition que les Liancs ferout remplis conler
mement aux diipotitions deidites Ordonnonces, & que ceux cu Certincat qui wcit
être donné au bas par Metlieurs les Intendans ou leurs Scodelegnés, ierent iorits
de leur main, > ou par leur Sécretare, ainti qu'il e.t ordosne par l'Article Ili de --- Page 382 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. Pordonnance de 1742, aprés ivérifcation faite du Bordereau fur le Regifre qui doit
TaitederNoirs. être ten à fIntendance, fhivant P'Aridepremier de ladite Ordonnance.
Ces certificats continteront de nous être adreffes comme il eft porté en PArticle
Vo de ladite Ordonaance, lficilité a lagaclle nous confentons de fe fervir des certificats imprimés ne devant difpenfer d'aucune des formalités prefcrites par les Ordonnances dontl l'exécution doit également être fuivie exaétement.
Nous avocs Thomneur d'étie ts-patfàitement, Mloniieur, vos très-humbles &
très-obeifans Serviccurs.
Signis, DE EFAUMONT, DE LA CHABRERIE, LA BORDE, LALIVE, DE
NANTOUILLET, BRISSART.
COPIE
D'U N E
LETT RE
Ecrite par Mofeurs les Juges & Confuls de Nantes aux
Chambres de Commerce de Bordeaux, la Rochelle,c.
A Nantes le 4 Mars 1744.
avons l'honneur de vous faire fçavoir que Meffieurs les Fermiers-GénéNous ont adopté nos Formules imprimées pour les Fa@tures, Bordereaux &
Certificats des marchandifes provenant de la vente des Négres, en y faifant un
léger changement.
Nous avons en conféquence & de conformité à leur obfervation, fait imprimer
de nouvelles Formules, & nous avons obfervé de placer la certification du chargeur
des marchandifes après le Bordereau.
Nous avons aufli" obfervé de laiffer dans ces nouveaux imprimés de plus grands
efpaces de blancs pour y placer la facture & le Bordereau 3 mais fi dans quelques
occalions, quoiqu'affez rares, le blanc deftiné à recevoir le détail des marchandifes
dans la prémiere page 2 foit de la faaure prémiere, ou de la fubféquente 2 ne fuffifoit pas, il feroit plus facile de porter la fuite de ce détail aux pages 3 & 4.
Nous vous envoyons inclus. un de ces nouveaux imprimés, & nous y joignons une
copie imprimée, & de nous certifiée de la lettre par laquelle Meflieurs les Fermiers
Généraux approuvent nos Formules imprimées. Nous y ayons fait mettre en caraétères
italiques P'endroit de cette lettre oùt Melieurs les F'ermiers Généraux avertiffent de
vérifier & bien conformer les Bordereaux au Regiftre tenu à I'Intendance.
Nous eftimons qilelts@es-comsmnable que Mellieurs Jes Armateurs faffent coudre
un exemplaire imprimé tant de ladite lettre que des Ordonnances de 1734 & 1742
entre la couverture & le prémier feuillet du livre de Traite qu'ils mettent en maia
"du Capitaine de chaque Navire Negrier. Il conviendra également d'inférer dans les
ordres qu'ils donneront à ces Capitaines & aux Agens qu'ils chargeront d'envoyer
les retours en France, de fe conformer exactement a ces Ordonnances & aux Formules
ateurs faffent coudre
un exemplaire imprimé tant de ladite lettre que des Ordonnances de 1734 & 1742
entre la couverture & le prémier feuillet du livre de Traite qu'ils mettent en maia
"du Capitaine de chaque Navire Negrier. Il conviendra également d'inférer dans les
ordres qu'ils donneront à ces Capitaines & aux Agens qu'ils chargeront d'envoyer
les retours en France, de fe conformer exactement a ces Ordonnances & aux Formules --- Page 383 ---
P AI R M A RSFILLE
mules imprimées à la fuite d'icelles, & enfin, conformément à la lettre de Meflieurs GUINÉS.
les Fermiers Généraux, d'avoir une attention finguliere à ne point laiffor remplirle Traite de: Neirs.
cer.ifeasds.Monfieur l'intendant qu'après avoir collarionné & vérine avec toutel'exactirade po'Eible le Bordereau des e.aveis précédens fur le livre de lIntendence 2 &
apris avoir fait ajouter fur ledit Regiftre l'envoi aêtuel.
Nous fouhaitons très-fortement, Meflieurs, l'idée que nous avons cue, en
imaginant ces Formules & en faifant imprimer E Lettre de Meflieurs les Fermiers
Généraux, foit utile à Meffieurs vO5 Armateurs & aux notres pour prévenir du moins
une grande partie de difcultés qu'on leur fait depuis quelques années, beaucoup
plus fur la forme que fur le fond.
Nous avons l'honneur d'être tres-parfaitement, Meflieurs, vos très-humbles &
tres-obéiffans Serviteurs.
Signés N. MERCIER, EERNIER DE LA RICHARDIERE, LOUIs GROL,
FR. DE LA VILLE.
A V 1e I S
A MESSIEURS LES AR MATEURS
POUR LA GUIN ÉE,
Sur la maniere de rectifier les défauts qui fe pourront trouver dans les
Factures, Bordereaux & Certificats qui accompagnent chaque envoi des
retours, en forte que ces défauts ne puifent étre un obfiacie à jouir de
Texemption de la moicié des droits d'entrée du Royaums.
la lettre que nous avons écrite le 4 Mars 1744 aux chambres de Commerce
PARA dans les Villes Maritimes, & dont nous avons fait diftribuer.des copies
imprimées à Meffieurs les Armateurs de Nantes > nous avons détaillé toutes les précautions que nous avons jugé néceffaires pour mettre les Capitaines Négriers, &
les Prépofés au recouvrement & remife des fonds provenant de ce commerce., en
état de dreffer les Faaures & Bordereaux > & fait dreffer les Cercificats par les
Officiers du Roi, nommés pour les donner, d'une maniere tellement conforme à
T'Ordonnance de 1742,que Mellieurs les Fermiers-Généraux ne puiflent refufer de
les admettre.
Depuis ce tems-là nous avons fait réflexion que malgré toutes ces précautions
il pourroit venir des Ifles de cCs fortes de piéces, oû il fe trouveroit des manqui fufiroient pour faire naître de grandes difficultés, s'il n'y étoit pourvi
Tmik reméde à l'avance. C'eft pourquoi nous avons imaginé un moyen propre à prévenir toutes ces difficultés, & à faire retirer de ces Certificats, toute l'utilité qu'on
s'en étoit légitimement promife. Voici ce mayen.
Il eft néceffaire que l'Armateur établiffe chez-lui, > fur un livre de fa&ture ou autre
un compte des marchandifes qui feront chargées à PAmérique 7 foit à fon adreffe,
foit à ceile de quelque Négociant d'une autre Ville 2 provenant de la vente des
Noirs,u nombre de tant introduits dans Mi tel Pert, detelle Ie, sre! jeur,par
Tom.Il.
Lz
s'en étoit légitimement promife. Voici ce mayen.
Il eft néceffaire que l'Armateur établiffe chez-lui, > fur un livre de fa&ture ou autre
un compte des marchandifes qui feront chargées à PAmérique 7 foit à fon adreffe,
foit à ceile de quelque Négociant d'une autre Ville 2 provenant de la vente des
Noirs,u nombre de tant introduits dans Mi tel Pert, detelle Ie, sre! jeur,par
Tom.Il.
Lz --- Page 384 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
Navire Capitaine tel, & dont la vente a monté à la fomme de tant s pré-. GUINÉE. un
tel,
Traite des Noirs. mier L'Armateur voyage. établira feparement un pareil compte pour le fecond voyage, & un
autre femblable pour le troifième voyage, 7 & &c. la forme établie dans nos formulaires
Il écrira fur ce compte 2 dans des l'ordre envois, le montant monnoie des Ifles, de
imprimés 2 pour les recevra, Bordercaux & ce, incontinent après lavoir reçue. chaque Falture qu'il de
certificat, T'Armateur en vérifiera exadtement la
Lors de la reception chaque feroit
gliffe quelques erreurs de fait ou
Fadure, pour connoitre s'il ne s'y de cet point envoi, à la fuite du dernier article
de calcul, après quoi il fera écriture
du fufdit compte établi fur fon livre. du Bordereau, & il examinera s'ils font conIl conferera aufi tous les articles
formes à ceux de fondit compte. S C A V O I R:
du Navire a fait la
jufqu'audit jour a été bien calculé. 1". Le nom
qui
13°. Si la comparaifon de ce total avec:
Traite. le total du prix des Négres a été bien
2°. Le nom de fon Capitaine. faite. jour de fon arrivéeaux Ifles, fuiSi la fomme à monte le refte
3".Lej vant la déclaration dudit Capitaine. - 14°. des effets à venir 7 quoi eft exaêtement
4". Le nom de lifle, & celui du Port
y
de ladite Ifle oùt il eft arrivé. 15°. exprimée. Si le Certificat y eft écrit de la
s:: Le nombre de. Négres introduits. main de l'Officier prépofé à cette
6".Le prix total de la vente des Négres. fonêtion. 7°. La date du Certificat de chaque. 16°. Si_les fommes exprimées dans ce
envoi des retours en France. chacertificat font juftes, & fi elles font
8°. Le nom du Navire fur lequel
écrites en toutes lettres. que envoi du a été chargé, de chacun des
Nota. S'ila étéfait parun mémeNavire
s. Le nom Capitaine defdits envois. deux différens envois, pour chacun defNavires porteurs Ville de France oit
quels on a pris un certificat féparé, il. 10°. Le nom de la
faudra toujours que ces deux envois
chaque envoi a été fait. foient exprimés féparement en deux ar11°, 1.'expreflion (en chifres feulement)
ticles dans tous les Bordereaux fubdu montant de chaque envoi.
ire
s. Le nom Capitaine defdits envois. deux différens envois, pour chacun defNavires porteurs Ville de France oit
quels on a pris un certificat féparé, il. 10°. Le nom de la
faudra toujours que ces deux envois
chaque envoi a été fait. foient exprimés féparement en deux ar11°, 1.'expreflion (en chifres feulement)
ticles dans tous les Bordereaux fubdu montant de chaque envoi. 1°. Si le montant total des envois faits
féquens. l'Armateur trouve que toutes ces formalités ont été bien obfervées, 2
Au cas que état d'affirmer véritables > les contenus auxdites Faêtures, Bordereaux,
alors il fera en
& Certificats. erreur dans la Fa@ture, quelque erreur ou omif--
Mais fi I'Armateur trouve quelque
dans le Certificat de T'Officier du
fion dans le Bordereau > ou quelque manquement dans la certification qu'il eft tenu de:
Roi, il fera néceffaire dans tous ces cas, que ledit Armateur déclare l'omiflion,
mettre à la fuite du Certificat de l'Intendant, & tout de fuite il le reâtifiera fans jamais
l'erreur ou le défaut qu'il aura trouvé, & fans mettre aucune interligne. rien effacer 2. biffer, racler ni raturer, &
de la main de. TArmteun,Terreur
Par cette déclaration & reaification faite fignée couvert, & le Certificat fera impugnif-. T'omiflion, ou tout autre défaut fe trouvera
de la moitié des droits. fable & en état de produire fon effet > pour l'exemption --- Page 385 ---
PAR MARSEILLE
GUINÉE.
MODELE DES RECTIFICATIONS Traire der Nuirss
QUE PArmateur a droit de faire dans fa certification 9 des
erreurs de calcul, doubles cmplois, fouffes corations d
omiflions qui fe peuvent trouver dans les Factures, Bordereaux o Certificats venus de PAmérique 9 pour procurer
l'exemaption de la moitié des droits des marchandifes provenant de la vente des Noirs.
foulligné un tel, Armateur du Navire tels, déclare que dans l'examen
J que j'ai fait de la faéture des autres parts, j'ai reconnu dans ladite Facture une erreur de calcul dans la ligne > en marge de laquelle j'ai écrit ce
15200 mot Nota > & qu'au lieu de douze mille cing cens livres, à quoi a été tirée
12500 en lignes la valeur de cinq futailles d'indigo 2 cette même valeur monte à
-quinze mille deux cens livres, ce qui opere dans ladite Faeture > dans le
2700 Bordereau & dans le Certificat, une erreur de deux mille fept cens livres,
qu'il faut ajouter à cette valeur totale, au moyen de laquelle re@tification,
je déclare qu'il ne refte plus véritablement à venir des Ifles de T'Amérique,
que la fomme de trente-fept mille cinq cens livres; après laquelle reétification faite, > je certifie véritable le furplus de ladite Falure, du Bordereau
& du Certificat des autres parts, 3 & je déclare comme dit eft, qu'il ne
refte plus à venir en France 3 que pour trente-fept mille cinq cens livres de
marchandifésprovenant de la cargaifon duditNavire. Fait à
le
f
Zzij
érique,
que la fomme de trente-fept mille cinq cens livres; après laquelle reétification faite, > je certifie véritable le furplus de ladite Falure, du Bordereau
& du Certificat des autres parts, 3 & je déclare comme dit eft, qu'il ne
refte plus à venir en France 3 que pour trente-fept mille cinq cens livres de
marchandifésprovenant de la cargaifon duditNavire. Fait à
le
f
Zzij --- Page 386 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE,
Traite des Noirs.
FACTURE SUBSEQUENT E.
Falture de
chargé à bord du Navire
Capitaine
deftiné pour la Ville de
par moi
en qualité de
& chargé de la régie & recou--
vrement de la cargaifon du Navire le .
Capitaine
lefdites marchandites provenant de la vente des Négres de ladite cargaifon 7 arrivée
en ce Port de
le
pour le compte & rifques des Intéreffés audit Navire, marquées comme. en marge.
& pefant comme fuit; ;
SCAv 0 I R:
Je fouffigné
chargé du recouvrement de la cargailor
du Navire nommé le
certifie la. préfente. Faéture véritable. Fait à
Vi embarquer dans le fufdit Navire les marchandifes exprimées ci-deffis. A --- Page 387 ---
PAR MARSEILLE.
B
R D E R E A U.
GUINÉE.
Traite des Noits.
Le produit de la vente de
Négres apportés
par le Navire le
Capitaine
arrivé à
le
monte à Ia fomme de
ci
fur laquelle fomme il a ci-devant été expédié des marchandifes pour
la fomme de
S $ A V o I R :
Par Certificat du
fiur le Navire
Capitaine
pour le Port de
chargé en tout ci-devant pour
& ce) jour fuivant la Facture enl'autre part, & le
Certificat ci-defous
refte pour
CE R T 1 i
A T.
NOUS
cortifions que les
mentionnies en la facture de Pautre part, montant à la femme de
il a ci-devant été expédié des marchandifes pour
la fomme de
S $ A V o I R :
Par Certificat du
fiur le Navire
Capitaine
pour le Port de
chargé en tout ci-devant pour
& ce) jour fuivant la Facture enl'autre part, & le
Certificat ci-defous
refte pour
CE R T 1 i
A T.
NOUS
cortifions que les
mentionnies en la facture de Pautre part, montant à la femme de --- Page 388 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. chargées dans le Navire
Capitaine
Traite des Noirs. deftinées pour le Port de
ont été achetées des fonds
provenant de la vente du nombre de
Negres
apportés par le Navire
Capitaine la
de
en ce Port, le
laquelle vente a produit fomme
far laquelle fomme il a ci-devant été expédié des marchandifes pour la
fomme de
les
portées dans la facture de l'autre part, le
Et ce jour marchandifes en de
nous avons délivré le
tout fuivant la note ci-defius: foi quoi
prefent Certificat, à icelui fait appofer le cachet de nos armes 3 & contreligner par notre Sécretaire 3 pour fervir & valoir ce que de raifon.
Fait à
DROITS DES M A R C H ANDISES
Mentionnées dans les Lettres-Patentes du mois de Février 1719,réduits
à la moitié.
Mafcavades ou fucre brut le cent pefant
rliv.s
dont 16 f 8 d. appartiennent au Fermier du Domaine
d'Occident, & 8 f 4 d. au Fermier général des cinq
groffes Ferines.
liv.
Sucres terrés ou caffonnades le cent pefant
dont I liv. au Fermier du Domaine d'Occident, &
3. liv. au Fermier des cinq groffes Fermes.
L'indigo le cent pefant, ci. . .
2 liv. IO £
réduit à la moitié par Arrêt du I5 Mai 1760, à commencer du prémier Oétobre 1762. ci
zliv.sf
Le gingembre idem. .
7 6
Le coton en laine idem.
IS
Nota. Il ne paye plus le droit d'entrée par Arrêt du 12
Novembre 1749.
I1 liv. 5 f
Rocou 1 idem.
2 IO
Les confitures, idem,
IO
La caffe ou canefice.
Le cacao, , idem, .
2 6
Les cuirs fecs & en poil, la piéce. .
Le carret ou écailles de tortues, le cent.
.
3 I5
Le caffé ne jouit d'aucune modération des droits d'entrée.
Nota. Il ne paye plus le droit d'entrée par Arrêt du 12
Novembre 1749.
I1 liv. 5 f
Rocou 1 idem.
2 IO
Les confitures, idem,
IO
La caffe ou canefice.
Le cacao, , idem, .
2 6
Les cuirs fecs & en poil, la piéce. .
Le carret ou écailles de tortues, le cent.
.
3 I5
Le caffé ne jouit d'aucune modération des droits d'entrée. --- Page 389 ---
PAR MARSEILLE.
ARTICLE VI
GUINÉE.
Traite des Noirs..
Les toiles de toutes fortes 1 la quincaillerie 1 la mercerie > la veroterie, tant fimple que contre-brodée , les barres de fer plat 7. les fufls,
les fabres & autres armes & les pierres à fiufil, le tout des fabriques
de notre Royaume enfemble le corail ) jouiront de l'exemption de tous
droits de fortie adl à nos Fermes tant dans les Bureaux de leur palfage, que dans ceux du Port de leur embarquement ,à la charge qu'elles
feront déclarées pour le Commerce de Guinée , au prémier Bureau de nos
cing groffes Fermes, & qu'il y fera pris un acquit à caution en la maniere accoutumée 1 pour en afturer l'embarquement dans lun defdits
tre Ports, , jufques auquel tems lefdites marchandifes feront mifes dans Aiz
magafin d'entrepôt fous deux clefs différentes, dont Pune fera gardée
le Commis de PAdjudicataire de nos Fermes 1 & l'autre par celui
fera prépofe les Négocians 7 le tout à leurs frais. Et à Pégard
E
vins dAnjou re autres cris des côtes de la riviere de Loire, deflinés pour
la Guinés, il en fera ufe comme à Tégard de ceux deftinés
les Iples
Françoifes de P'Amérique > fuivant LArrêt de notre Confeil Fo 23 Septembre I710. Et pour ce concerne les vins de Bordeaux, Nous voulons parcillement qu'il en E ufé de la méme maniere qu'il fe pratique
à Tégard de ceux qui y font embarqués pour les Ifles Françoifes de lAmérique en y prenant le chargement defilits vins 7 & y faifant les foumiffions accoutumées.
Dans les Lettres-Patentes du mois de Janvier de 1719, les vins &
eaux de-vie de la Province de Languedoc ont été ajoutés aux marchandifes & denrées dénommées dans le préfent article ; cependant:
comme les Lettres-Patentes n'avoient été données que pour lc Languedoc 1 on continua à Bordeaux la perception des droits fur les: vins:
& eaux-de-vie, comme il paroit par la décifion fuivante.
les foumiffions accoutumées.
Dans les Lettres-Patentes du mois de Janvier de 1719, les vins &
eaux de-vie de la Province de Languedoc ont été ajoutés aux marchandifes & denrées dénommées dans le préfent article ; cependant:
comme les Lettres-Patentes n'avoient été données que pour lc Languedoc 1 on continua à Bordeaux la perception des droits fur les: vins:
& eaux-de-vie, comme il paroit par la décifion fuivante. --- Page 390 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQU E
GUINÉE.
Traite des Noirs.
R 1e D R E
DUCONSEIL DE CO M M E R C E,
CONCER N A N T
Les Eaux - de - Vie deftinées pour le commerce de Guinée.
Du 15 Février 1720.
UR le rapport qui a été fait au Confeil de commerce 2 d'une requête du feur
Doumeret Négociant de Bordeaux, par laquelle il demande l'exemption des droits
fur les eaux-de-vie qu'il fait charger pour la côte de Guinée, prétendant qu'étant
la bafe du commerce de Guinée, c'eft par omiflion qu'elles ne fe trouvent point
comprifes dans les Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716: le Confeil avant que la
de fatuer fur le fond 2 a ordorné que les Commis fe contenteront Les de prendre
foumiflion du Marchand de
les droits, s'il eft ainfi ordonné. Directeurs
de la Compagnie des Indes EES. conformeront à l'ordre ci-deffus. Fait au Conteil,
tenu à Paris, le 15 Février 2720.
Signé, ROUJAULT.
L.es vins & eaux-de-vie du crû du Royaume, deftinés pour les Mles
Françoifes de T'Amérique, 3 jouiffent de l'exemption des droits, conformément aux Lettres-Patentes de 1717 & 1719. Il paroit donc qu'il
doit en être ufé de même fuivant la difpofition du préfent article,
pour lefdits vins, quoiqu'ils n'y foient pas dénommés. La queftion fi
les vins de Provence & du Languedoc doivent jouir de cette exemp.
tion eft donc toute décidée; car il auroit fallu que quelque nouveau
Réglement eut annullé cette difpofition, pour que la perception du
droit fut légitime. Je fuppofe qu'il vint une défenfe de laiffer fortir
des eaux de-vie du Royaume. Si la défenfe ne comprenoit point nommément lefdites eaux-de-vie deftinées pour la Guinée 3 elles continueroient d'y être envoyées librement 3 c'eft ce qui arriva au fujet du
fer non ouvré, dont la fortie du Royaume fut prohibée à caufe de la
rareté du bois qui étoit néceffaire pour les forges ; ce qui fit que le
fer en barres commençoit à manquer. Cette défenfe fut une occafion
de faire difficulté aux Bureaux de fortie de le laiffer embarquer pour
la Guinée; mais par décifion du Confeil du 27 Juin 1720,Tordre fut
donné de n'y apporter aucun obftacle.
L'entrepôt
é, dont la fortie du Royaume fut prohibée à caufe de la
rareté du bois qui étoit néceffaire pour les forges ; ce qui fit que le
fer en barres commençoit à manquer. Cette défenfe fut une occafion
de faire difficulté aux Bureaux de fortie de le laiffer embarquer pour
la Guinée; mais par décifion du Confeil du 27 Juin 1720,Tordre fut
donné de n'y apporter aucun obftacle.
L'entrepôt --- Page 391 ---
P A R M ARSEILLE
L'entrepôt dont il eft parlé dans le préfent article, eft fujet aux GUINfE.
mêmes Réglemens que ceux qui ont été rendus pour les marchandi- TraitedeNoirs.
fes du crû ou de fabrique du Royaume ) deftinées pour les Ifles de
P'Amérique. J'en ai parlé en ion lieu; ce feroit une répétition inutile.
ARTICLE VII
Permettons auxdits Négocians d'entrepofer dans les Ports de Rouèn, 3
la Rochelle, Bordeaux 8 Nantes les marchandifes appellées cauris 1
les toiles de coton des Indes, blanches bleues & rayées, les toiles peintes, les crifaux en grains 3 les petits miroirs d'Allemagne, le vieux linge
8les pipes à fumer qu'ils tireront de Hollande & du Nord par mer
feulemement s pour le commerce de Guinée. Voulons auffi qu'ils jouifent
du même entrepôt pendant l'efpace de deux années feulement 7 à compter du
jour & date de l'enrégiftrement des Préfentes, pour les couteaux Flamands,
les chaudieres & toutes fortes de batteries de cuivre ; le tout à condition
que lefdites marchandifes étrangeres feront déclarées à leur arrivée aux
Commis des Bureaux de nos Fermes , & enfiuite dépofées dans un magalin qui fera choifi pour cet effet > & fermé à deux clefs, dont lune
reftera ès mains du Commis des Fermes, 8 l'autre fera remife à celui
que les Négocians prépoferont,le tout à leurs frais.
L'entrepôt ordonné pour les Ports de Rouen, la Rochelle Bordeaux & Nantes auxquels St. Malo a été ajouté par l'article IX,
regarde aujourd'hui tous les Ports qui ont obtenu la permiflion de
faire des armemens pourlAmérique, conformément à l'Arrêt du 30 Septembre 1741. Il n'y a ici aucun délai fixé pour le tems dudit entrepôt; ce qui a occafionné pluficurs conteftations, qui bien loin d'être
terminées par l'Arrêt du 7 Septembre 1728, qui régle par l'article
III que les marchandifes entrepofces pour Ia côte de Guinée feront
envoyées dans fix mois au plns tard à leur deftination, à peine de
confifcation defdites marchandifes, & de mille livres d'amende, en
devinrent plus vives par l'impofibilité de remplir cette condition, qui
cependant fut confirmée par les articles IV & V de l'Arrêt du Confeil du 19 Mai 1734.
Sr
Iom. II.
Aza
par l'article
III que les marchandifes entrepofces pour Ia côte de Guinée feront
envoyées dans fix mois au plns tard à leur deftination, à peine de
confifcation defdites marchandifes, & de mille livres d'amende, en
devinrent plus vives par l'impofibilité de remplir cette condition, qui
cependant fut confirmée par les articles IV & V de l'Arrêt du Confeil du 19 Mai 1734.
Sr
Iom. II.
Aza --- Page 392 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE.
Traite des Noirs.
d
E XT R AIT
DE LARRET DU CONSEIL,
CONCER N A N T
Les priviléges de la Compagnie des Indes.
Du 19 Mai 1734.
ARTICLE PREMIER
A Compagnie des Indes jouira ail Port de l'Orient & à Nantes > des mêmes
L priviléges & exemptions dont elle jouit a@uellement à Nantes 7 & en conféquence toutes les marchandifes provenant de fon commerce, qui feront envoyées
de l'Orient à Nantes ladite Compagnie, 2 fes Agens ou Prépofés > avant ou après
même
feront envoyées de Nantes à POrient par elle, , ou
les
qui
eater
ventes, &
feront exemptes des droits de la Prévôté de Nantes,
fes Agens droits dûs Prépofés, fur les marchandifes venant par mer à Nantes 2 de même que
&". autres
ladite
aura dans fes magalins au Port de l'Orient,
toutes celles que
Compagnie de Guinée,
feront envoyées à Nantes, à conpropres à T'ufage du commerce
feront qui
des certificats de ladite
dition que toutes lefdites marchandifes
accompagnées les
ou MaiCompagnie des Indes, ou de fes Agens ou Prépofés 2 que des Fermes Capitaines 2 à leur artres de Barques feront obligés de repréfenter aux Commis terre leurs lettres de voiture, le
rivée 2 leurs connoiffemens 2 & les de voituriers la par
des Indes, & vifé par le
tout figné l'Agent ou Prépofé TOrient & Compagnie les uns & les autres feront leurs
Direêteur Li la Compagnie à
7 que les Commis du Fermier étre.
déclarations en la maniere ordinaire marchandifes : & pourront & à la remife qui s'en fera dans
préfens au déchargement defdites
conftater feulement le nombre de caiffes, >
Jes magalins de ladite Compagnie > pour voiture connoiffemens & certificats.
balles & ballots contenus dans les lettres de
II.
des marchandifes provenant des ventes de la Compagnie des
Les Adjudicataires
jouiront auffi de l'exemption des droits de la Prévôté
Indes & leurs ceflionnaires
feront venir de lOrient à Nantes par
de Nantes, fur lefdites marchandifes qu'ils
mer 2 en obfervant les formalités preferites ci-après.
de ladite Compagnie > pour voiture connoiffemens & certificats.
balles & ballots contenus dans les lettres de
II.
des marchandifes provenant des ventes de la Compagnie des
Les Adjudicataires
jouiront auffi de l'exemption des droits de la Prévôté
Indes & leurs ceflionnaires
feront venir de lOrient à Nantes par
de Nantes, fur lefdites marchandifes qu'ils
mer 2 en obfervant les formalités preferites ci-après. --- Page 393 ---
PAR MARSEILLE,
GUINfE.
III
Traite dus Nuire.
Les Adjudicataires ou leurs ceffionnaires, qui deftineront pour Nantes des marchandifes dont l'ufage eft permis dans le Royaume 7, provenant des ventes qui feront faites à t'Orient, feront tenus d'en faire leurs déclarations au Bureau qui fera
établi à l'Orient pendant le rems deidites ventes, & à celui du Port-Louis dans
les autres tems 3 du nombre de caifles 3 balles & ballots 7 de les faire plomber
du plomb des Fermes, & enfuite pefer & de prendre des acquits à caution qui
feront repréfentés au Bureau de la Prévôté de Nantes 7 pour la vérification des
plombs y être faite 3 ainfi que du nombre & du poids des caiffes, balles & ballots,
déclarés & compris dans leldits acquits à caution ; lefquels ne
être déchargés qu'après que l'ouverture & vifite defdites cailfes, balles ballots auront
SIOT
été faites > & les marchandies trouvées conformes en qualités & en poids.
I V.
Les Adjudicataires ou leurs ceffionnaires qui envoyeront à Nantes des marchandifes dont Tulage eft défendu dans le Royaume, foit pour être envoyées de-là à l'étranger, foit pour le commerce de Guinée, feront de même leurs déclarations au Bureau de
#'Jrient ou du Port-Louis, 5 y repréfenteront les caiffes balles & ballots, y être
plombées du
des Fermes, &
des
à caution &
leurs
Kcon2
plomb
prendront acquits
foumillions de remettre les mêmes caiffes 7 balles & ballots bien plombés, dans
les magalins de l'entrepôt à Nantes & fous les clefs du Fermier; & feront lefdits
acquits à caution déchargés après la vérification des plombs & la remife defdites
marchandifes dans lefdits magalins, d'our elles ne pourront fortir pour leurs deftinations qu'en obfervant les formalités prefcrites par les Réglemens pour les marchandues dont l'ulage eft défendu dans le Royaume.
V.
La Compagnie des Indes jouira > tant à Nantes qu'à TOrient 2. du bénéfice d'entrepôt fur les marchandifes à elle appartenant, jutqu'à la vente d'icelles ; & quant
aux marchandifes provenant de fes ventes, les Adjudicataires ou leurs ceflionnaires
jouiront auffi dudit entrepôt pendant fix mois.
VI.
Les marchandifes dont l'ufage eft permis dans le Royaume 2 qui feront deftinées
dès l'Orient ou fe feront les ventes 7 pour les Provinces des cinq giolles Fermes,
paffant par Nantes ou par d'autres Eureaux, acquiteront les droits des cinq groffes
Fermes aux Bureaux de l'Orient ou du Port-Louis, 2 & les acquits de payement
feront repréieatés à Nantes & aux autres Bureaux de la route, conformement à
PArrér du 21 Juillet 1733.
VIL
Les marchandifes permites dans le Royaume ou prohibées > que la Compagnic
des Indes, fes Adjadicataires ou.cetiannaires, feront paler dans la riviere de Nato
tès pour être chargées fur des Vailfeaux François ou étrangers pour les pays étrangers , pourront être verises de bord à bord fur les Vailleaux qui (e troaveront
Aaaij
Nantes & aux autres Bureaux de la route, conformement à
PArrér du 21 Juillet 1733.
VIL
Les marchandifes permites dans le Royaume ou prohibées > que la Compagnic
des Indes, fes Adjadicataires ou.cetiannaires, feront paler dans la riviere de Nato
tès pour être chargées fur des Vailfeaux François ou étrangers pour les pays étrangers , pourront être verises de bord à bord fur les Vailleaux qui (e troaveront
Aaaij --- Page 394 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GuINÉE. en charge à Paimbeuf pour l'étranger > en préfence des Commis du Fermier ;
ThaitedeNbis. eprès toutefois que la déclaration en aura été faite à l'Orient ou au Port-Louis >
que les caiffes, balles & ballots y auront été plombés & qu'il aura été pris des
acquits à caution : leiquels feront repréfentés aux Commis dir Bureau de Paimbeuf
la vérification des plombs y étre faite 2. ainfi que du nombre des caiffes,
& ballots contenus daus lefdits
Eobt
acquits à caution, & ne pourront lefdits acquits à caution être déchargés que fur les certificats d'embarquement des Commis
de Paimbeuf, & en outre à l'égard des marchandifes prohibées, fur celui de
defcente dans les pays étrangers; permet Sa Majefté aux Commis des Fermes à
Paimbeuf, d'y faire l'ouverture des caiffes 2 balles ou ballots 3 dans les cas oit
les plombs fe trouverotent rompus ou altérés 2 de faire la vifite des marchandifes
qui s'y trouveront 2 en préfence des Capitaines & Maîtres des Vaiffeaux où dueinent appellés, dont il fera dreffé procès-verbal : & au cas de fraude > les marchandifes feront faifies & confitquées fuivant les Réglemens.
VIII
Les marchandifes permifes qui auront été tranfportées de l'Orient à Nantes;
pour y jouir de l'entrepôt 2 & qui feront enfuite deftinées pour les Provinces des
cinq groffes Fermes, acquitteront au Bureau de la Prévôté de Nantes les droits
des cinq groffes Fermes > & les acquits feront préfentés aux Cominis des Bureaux
de la route,
IX.
Les marchandifes permifes, deftinées pour paffer de l'Orient ou de Nantes #
l'étranger par terre, continueront de jouir du bénénice de tranfit au travers du Royaume, 3
& celles deftinées pour les Provinces réputées étrangeres 2 continueront auffi de
jouir du bénéfice de tranfit au travers de Pétendue des cing groffes Fermes, & fea
ront feulement affujetties aux droits locaux defdites Provinces réputées étrangeres,
s'ily en a d'établis ; à l'exception néanmoins du thé > dont les droits de fix
livres du cent pélant feront payés dans les lieux oi fe fera la vente, ainfi qu'ils
ont été réglés par P'Arrêt du 8 Juillet 1732 3 foit que ledit thé foit deftiné pour la confommation des cinq groffes Fermes ou pour les Provinces reputées étrangeres 2
& fans qu'il foit tenu d'aucun autre droit fur la route 3 conformément audit Arrêt, & feront les marchandifes déclarées en tranfit affujetties aux formalités prefs
crites par les Réglemens rendus fur le fait du tranfit.
X.
Ordonne Sa Majefté que fes diférens Arrêts & Réglemens concernant le commeree
de la Compagnie des Indes & fes priviléges 2. foient exécutés felon leur forme &
teneur, en ce qui ne s'y trouve point contraire au préfent Arrêt. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant > tenu à Verfailles 2 le dix-neuvième jour
dle Mai mil fept cens trente-quatre.
Signé > PHELYPEAUX.
Les Négocians du Royaume firent de nouvelles
repréfentations 2
pour demander un plus long délai, n'étant pas pofible que les mar-
leur forme &
teneur, en ce qui ne s'y trouve point contraire au préfent Arrêt. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant > tenu à Verfailles 2 le dix-neuvième jour
dle Mai mil fept cens trente-quatre.
Signé > PHELYPEAUX.
Les Négocians du Royaume firent de nouvelles
repréfentations 2
pour demander un plus long délai, n'étant pas pofible que les mar- --- Page 395 ---
PAR M ARSEILLE
chandifes qu'on fait venir d'Hollande & du Nord, arrivent précife- GUINÉR:
ment dans lc tems que les Navires font en charge pour la Guinée ; Traite des Noir
d'ailleurs les ventes de la Compagnie des Indes fe faifant dans un tems
marqué, il faudroit que toutes les expéditions pour Ia Guinée, fe ff
fent à la fois pour pouvoir profiter de l'entrepôt des fix mois qui fivent lefdites ventes. Pour remédier à cet inconvénient, le Roi accorda
par Arrêt du 2 Octobre 1742, quatre années pour l'entrepôt des
marchandifes étrangeres ( qu'on n'oublie pas CC mot étraugeres) deftinées pour la Guinée 5 ce qui n'a point été changé du depuis.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui fixce à quatre années 1 l'entrepôt des marchandifes, propres pour le
commerce de Guinée.
Du 2 Octobre. 1742.
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
qui a été repréfenté au Roi, en fon Confeil, par les Négocians des
SEM du Royaume, oit il eft permis d'armer pour la côte Guinée 2 que par Arrêt du Septembre 17:8, il n'a été accordé qu'an terme de fix mois 2. pour faire
charger 3 la deftination de Guinée, les toiles qu'il eft permis de tirer de Hollande & du Nord, pour le commerce de Iadite côtej que autre Arrêt du 19 Mai
1734, il a été ordonné que les marchandifes provenant a ventes de la Compagnie
des Indes, jouiroient de l'entrepôt pendant fix mois, mais que ce terme n'eft pas
à beaucoup près > fuffifant les opérations des Armateurs ; qu'en effet, par rapportaux marchandifes que Rcard tire de Hollande > ou du Nord, il arrive fouvent
des cas imprévis, qui rendent impoflible l'exécution de ce qui eft preferit par ledit Arrêt du Septembre 1728, & qu'à l'égard des marchandifes qui proviensent
de la vente dl la Compagnic des Indes, propres au commerce de Guinée, ileft
fenfible que fi Pentrepôt dont elle jouiffent 2 étoit borné à un terme de fix mois, les
armemens pour Guinée, ne pourroient fe faire que dans les fix prémiers mois, qui
firivent immédiatement chaque vente de ladite Compagnie 2 ce qui rendroit ces armemens très-difficiles & expoferoit les Armateurs a une concurrence fâcheufe,
non-feulement par la néceflité de travailler dans le même tems à leurs expéditions: :
mais encore par le rifque prefque infaillible que plufieurs Navires fe trouvaffent
tous à la fois à traiter fur la méme côte 3 que d'ailleurs, les ventes du prohibé
propre pour Guinée > fe feroient avec plus de facilité par la Compagnie des Indes
& avec plus d'avantage pour elle, fi les Négocians ne craignoient pas d'être trop
preffés pour les expéditions auiquelles ils les deftinent 3 que par ces raifons il ferok
rifque prefque infaillible que plufieurs Navires fe trouvaffent
tous à la fois à traiter fur la méme côte 3 que d'ailleurs, les ventes du prohibé
propre pour Guinée > fe feroient avec plus de facilité par la Compagnie des Indes
& avec plus d'avantage pour elle, fi les Négocians ne craignoient pas d'être trop
preffés pour les expéditions auiquelles ils les deftinent 3 que par ces raifons il ferok --- Page 396 ---
COMMERCE D E LAMÉRIQUE
GUINÉE. nécefhire de ne limiter aucun terme, pour l'entrepôt defdites marchan-difes,. & eft qu'on de
Traite des Noirs. ne doit pas craindre que cette facilité entraine des abus, d'autant plus qu'il
l'intérêt des Négocians, de fe défaire de ces marchandifes le plus promptement qu'il
lear eit pollible. Vule mémoire des rermiers Généraux 2 contenint quils n'ont aucun
intérêt à s'oppoier à la demande defdits Négocians qu'ils croient feulement devoir
faire à ce fitjet deux obfervations 2 dans la vie de prévenir les abus qui pour:oient
réiulter de cette demande; qu'en prémier lieu, un entrepôt illimité convient paroiffint d'en conr fixer
traire aux régles & fujet à des inconvéniens, ils penfent qu'il
furvele terme 1 qu'en fecond lieu, pour éviter les conteftations étoit qui pourroient de la
nir entre les Négocians & le Fermier, fi le Fermier
feul chargé à garde leurs
delidites marchandites, il paroiffoit néceffaire qu'elles fuffent entrepofées Commis
rifques >. dans un magafin à deux clefs, dont lune feroit confiée à un
à
du Fermier > & l'autre à celui qui feroit à cet effet prépofs par les Négocians,
leurs frais. Va l'avis des Députés du commerce, oui le rapport du fieur Orry 2
Confeiller d'Etat ordinaire & au Confeil Royal, Contrôleur Général des Finances,
LE. KOI, étant en fon Confeil, a ordonné & ordonne qu'à l'avenir & à commencer du jour de la publication du préfent Arrêt, l'entrepôt des toiles & auties
marchandifes, propres pour le commerce de Guinée feulement, tant de celles provenantes des ventes de la Compagnie des Indes, que de celles qui feront tirées
de Hollande & du Nord, fera & demeurera fixéà quatre années > à la charge dans par
les Négocians des Ports, oit il eft permis d'armer pour Guinée 2 de Commis fournir aufli
chacun defdits Ports > un magafin à leurs frais, & d'y commettre un
à leurs frais > à l'effet d'être chargé 2 conjointement avec le dans Commis ledit magalin du Fermier, à deux
de la garde defdites marchandifes, qui feront entrepofées & l'autre au Commis
clefs, dont lune fera remife au Commis defdits Négocians & fortie defdites mardu Fermier: > lefquels Commis tiendront regiltre de l'entrée
chandites & en demeureront folidairement refponfables.
à leurs frais > à l'effet d'être chargé 2 conjointement avec le dans Commis ledit magalin du Fermier, à deux
de la garde defdites marchandifes, qui feront entrepofées & l'autre au Commis
clefs, dont lune fera remife au Commis defdits Négocians & fortie defdites mardu Fermier: > lefquels Commis tiendront regiltre de l'entrée
chandites & en demeureront folidairement refponfables. Veut au furplus Sa Majefté du
que les Lettres-Patentes du mois de Janvier 1716, l'Arrêt & Lettres-Patentes felon leur forme &
7 Septembre 1728 & PArrêt du 19 Mai 1734 foient exécutés
fera là ,
teneur, en tout ce qui n'y eft point dérogé par le Confeil préfent d'Etat Arrêt du > Roi, qui Sa Mapublié & affiché par tout ot beioin fera. Fait au
jelté y étant > tenu à Verfailles, le deux O8tobre mil fept cens quarante-deux. Signé > PHELYPEAUX. Les toiles platilles furent ajoutées dans les Lettres-Patentes pour le
Languedoc du mois de Janvier 1719 1 & l'entrée en fut permife dans les
autres Ports délignés pour le commerce de Guinée par décifion du Confeil
du 20 Mars 1721 pour deux années feulement. Ladite décifion ayant mentionné que lefdites toiles platilles étoient d'Hambourg, on crut qu'il
falloit que pour pouvoir être admifes à T'entrepôt, elles vinffent en droiture dudit Hambourg, & fur le refus de laiffer entrepofer I 1700 piéces
qu'un Armateur de Nantes avoit reçues par voie de Hollande, le Confeil ordonna le 27 Novembre 1721, qu'on les laifferoit jouir de l'entrepôt, fans tirer à conféquence ; mais par décifion du 8 Janvier 1722,
l'entrée defdites platilles & l'entrepôt furent permis, 3 foit qu'elles viennent d'Hambourg ou de Hollande.
ourg, & fur le refus de laiffer entrepofer I 1700 piéces
qu'un Armateur de Nantes avoit reçues par voie de Hollande, le Confeil ordonna le 27 Novembre 1721, qu'on les laifferoit jouir de l'entrepôt, fans tirer à conféquence ; mais par décifion du 8 Janvier 1722,
l'entrée defdites platilles & l'entrepôt furent permis, 3 foit qu'elles viennent d'Hambourg ou de Hollande. Par ladite décifion du 20 Mars 1721,
les plats d'étaim étrangers, furent également permis comme un article
néceflaire dans la compofition des cargaifons & qui manquoit en France;
les Ajamis peints en indienne à Marfeille, furent aufi permis par dé- --- Page 397 ---
PAR MARSEILLE
cifion du 8 Mars 1749 1 en traverfant le Royaume & C11 prenant les GUINÉE.
Précautions convenables pour en affurer la deftination. Pour cet effet, Traite des Noiraa
les Ajamis indiennes devoient être repréfentés au Bureau du Poids 8x
Caffe, les balles y être vérifiées & plombées 3 & accompagnées d'un
acquit à caution pour aller à travers lc Royaume 3 en paffant par
le canal du Languedoc. Depuis la libre fabrication des indiennes en
France, toutes celles du Royaume peuvent être envoyées à l'étranger
en exemption des droits, à plus forte raifon pour la Guinée. Il paroitroit convenable aujourd'hui à l'intérêt des fabriques d'indienne établies
dans le Royaume, que les indiennes étrangeres ne jouiffent plus de la
faveur qui leur étoit accordée , afin que notre induftrie nous fut profitable; car quand on a permis de faire venir des indiennes de Tétranger pour le commerce de Guinée. la fabrication en étoit prohibée en
France. Ces raifons ne fubfiftent plus, & les François ont affez de génie
pour fabriquer Ics Indiennes. eftimées néceffaires pour les côtes de
Guinée. Par décifion du Confeil des I3 Novembre 1750, & 3 Mars
1754, les cannetes ou cannavetes de Grés peuvent être tirées de
T'étranger pour ledit Commerce. La prémiere décifion fut pour deux
ans, & la feconde pour trois, le Roi s'étant refervé de continuer la
permiffion fuivant le befoin. De toutes les marchandifes qui nous viennent par le Commerce des Indes, les toiles blanches, bleues, rayées
& peintes furent eftimées néceffaires; mais à la faveur de cette permiffion, on introduifit dans le Royaume des étoffes de foie & d'autres
toiles qui ne font point propres au Commerce de Guinée. Pour remédier à cet abus, le Roi expliqua le préfent article par l'Arrêt du 7
Septembre 1728 qu'il eft néceffaire de rapporter.
par le Commerce des Indes, les toiles blanches, bleues, rayées
& peintes furent eftimées néceffaires; mais à la faveur de cette permiffion, on introduifit dans le Royaume des étoffes de foie & d'autres
toiles qui ne font point propres au Commerce de Guinée. Pour remédier à cet abus, le Roi expliqua le préfent article par l'Arrêt du 7
Septembre 1728 qu'il eft néceffaire de rapporter. --- Page 398 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE.
Traite des Noirs.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Portant Riglement pour les marchandifes 1 qui feront tirées de Hollande
& du Nord, pour le Commerce de Guinée.
Du 7 Septembre 1728.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
E ROI s'étant fait repréfenter les Lettres-Patentes données au mois de JanLEM 1716 > pour la liberté du commerce fur les côtes d'Aftique 2
l'article
VII defquelles, iia été permis à tous Négocians > d'entrepofer dans TT Ports y
marchandifes, les toiles de coton des Indes blanches > bleues,
& défignés rayées 2 & entr'autres les toiles peintes qu'ils tireroient de Hollande & du Nord, par mer
le cominerce de. Guinée. Et Sa Majefté étant informée, qu'à la
feulement faveur de > cette pour permillion, on introduit dans le Royaume, au préjudice des manufa&ures qui y font établies 2 des toiles de coton des Indes, d'une qualiré Supérieure à celles que l'on doit faire venir pour ce commerce 5 à quoi défirant pourvoir, và l'avis des Députés du commerce > oui le rapport du Sieur le Pelletier, 2
Confeiller d'Etat ordinaire & au Confeil Royal 2 Controleur Général des Finances,
LE ROI étant en: fon Confeil, a ordonné & ordonne ce qui fuit.
ARTIC L E PREMIET R.
Fait Sa Majefté très-expreffes inhibitions & défenfes à tous Armateurs pour le
commerce de Guinée, ou autre efpéce de commerce, de faire venir de Hollande 2
ou autre pays du Nord dans le Royaume 2 à commencer du jour de blanches la publication des Indu préfent Arrêt, même fous prétexte d'entrepôt, aucunes toiles étoffes de foie
des > caladaris 2 toiles peintes aux Indes appellées chittes, marchandifes ou & de 3000 pure livres
& mélées de foie, à peine de confifcation Jeldites
d'amende.
II.
Permet néanmoins Sa Majefté, à tous Marchands & Négocians 3 de faire venir de
Hollande & du Nord, toutes autres fortes de toiles, 2 ou étoffes 2 propres pour le
commerce de Guinée 2 autres que celles comprifes dans l'article précédent, à condition qu'ils feront préalablement, au Greffe de l'Amirauté du lieu de leur refidence,
leurs diclarations des vaifeaux qu'ils mettront en armenent 2. & au Eureau des
Hermes, des quantités ê qualités des toiles & étoifes qu'ils défireront faire venir
seffits pays étrangers.
III.
tes de toiles, 2 ou étoffes 2 propres pour le
commerce de Guinée 2 autres que celles comprifes dans l'article précédent, à condition qu'ils feront préalablement, au Greffe de l'Amirauté du lieu de leur refidence,
leurs diclarations des vaifeaux qu'ils mettront en armenent 2. & au Eureau des
Hermes, des quantités ê qualités des toiles & étoifes qu'ils défireront faire venir
seffits pays étrangers.
III. --- Page 399 ---
P A R MARSEILLE
IIL
GUINÉE.
Traite desNoirt.
L'Armateur qui, en confequence defdites déclarations, 3 aura fait venir des marchandites propres pour le commerce de Guinée & permites par P'article ci-deffus 2
fera renu de les faire charger fur le Navire par lui mis en armement & de l'envoyer, dans fix mois au plus tard, a la côte de Guinée, à peine de connfcation
deidites marchandifes & de mille liv. d'amende.
IV.
Si néanmoins PArmateur fe trouvolt, par quelque cas imprévu, obligé de changer la deftination du Navire qu'il auroit déclaré mettre en armement 2 pour la côte
de Guinée 2 il pourra dans l'efpace de fix mois, en fubftituer un autre 2 fur lequel il fera tenu de charger lefdites marchandifes, & ledit tems paffé > à compter du jour qu'elles auront été entrepofées, elles demeureront confiquées, & P'Armateur fera condamné en mille liv. d'amende.
V.
Le propriétaire des marchandifes ordonnées en Hollande > ou autres pays du
Nord 2 fera tenu de faire joindre par fon commiffionnaire aux connoiffemens dont
le Capitaine du Navire fera porteur, la faeture defdites marchandiles contenant en
détail leurs qualités & quantités 3 & les ballots > cailles & futailles, dans lefquelles elles feront enfermées.
VI
En cas que lefdites fabtures ne fe trouvent pas conformes aux déclarations qui
auront été précédemment faites, veur & ordonne Sa Majefté, que les marchandifes
fpécifiées dans ces faltures,. foient faifies & qu'elles foient confifquées, avec condamnation de pareille amende de mille liv. contre l'Armateur.
VIL
Défend Sa Majefté aufdits Armateurs, de faire aucunes déclarations fous les termes vagues de marchandifes inconnues, & aux Commis des Fermes d'en recevoir 2
à peine de confifcation defdites marchandifes & de deftitution des Commis des
Fermes > qui recevront de femblables déclarations.
V1II
Veut au furplus Sa Majefté > que lefdites Lettres-Patentes du mois de Janvier
1716, foient exécutées felon leur forme & teneur en ce qui n'y eft point dérogé
le préfent Arrêt 3 qui fera là, publié & affiché par tout oit befoin fera &
E lequel feront toujours Lettres néceffuires expédiées. Fait au Confeil d'Etat du
Roi, Sa Maje:te y étant, tenu a rontalnebleau, le feptième jour de Septembre
mil fept cens vingt-huit.
Signé, PHELYPEAUX.
Les efpéces de mnarchandifes étrangeres qui doivent jouir de l'exemption des droits lorfqu'clies font deftinées pour le Commerce de Guinée,
Iom. Il.
Bbb
lequel feront toujours Lettres néceffuires expédiées. Fait au Confeil d'Etat du
Roi, Sa Maje:te y étant, tenu a rontalnebleau, le feptième jour de Septembre
mil fept cens vingt-huit.
Signé, PHELYPEAUX.
Les efpéces de mnarchandifes étrangeres qui doivent jouir de l'exemption des droits lorfqu'clies font deftinées pour le Commerce de Guinée,
Iom. Il.
Bbb --- Page 400 ---
COMMERCE DE LAMÉR RIQ UE
GUINÉE. fe trouvant nommément défignées, par une conféquence naturelle, ott
Traite des Noirs. jugea que toutes les autres devoient acquitter les droits; le Confeil en
autorifa la perception par Arrêt du 27 O8tobre 1750. Mais par décifions du Confeil des 5 Février 1755 & 31 Mars 1756, il fut permis aux Armateurs pour lcs côtes de Guinée, de faire venir en exemption des' droits 5 toutés fortes de marchandifes des pays étrangers,
pourvà que l'entrée n'en fut pas prohibée dans le Royaume ; ce qui
n'a point été changé depuis. Les marchandifes prifes à Dunkerque. *
dès qu'il eft juftifié qu'elles ne proviennent point du Commerce d'Angleterre, doivent jouir de la même faveur accordée aux marchandifes
étrangéres non probibées.
ARTICLE VIIL
Le Commis de PAdjudicataire de nos Fermes en chacun defdits Ports;
ziendront un regifre qui fera cotté & paraphé par le Dircéleur de nos
Fermes, dans lequel ledit Commis enregijrera par
les marchandifes fpécifices dans les deux Articles précdens, à 8 à mefure
TEt
qu'elles feront dépofées dans les magafins d'entrepôt. Défendons auxdits
Commis de n'er certifier. la defcente fier les acquits à caution qui auront
été pris dans lesprémiers Bureaux, qu'après la vérification, , F'enregifrement & la décharge en auront été faits Reei lefdlits magalins d'entrepôt, doi elles ne pourront étre tirées que
être embarquées dans les
Vailfeaux qui partiront pour les côtes de "o.linue & lors de Pembarquement defdites marchandifes, tant étrangeres, qu'originaires du Royaume
lefdites côtes dz Guinée. Voulons qu'ilen Joit fait mention en marge
ECPRO Regiftre, à côté de chaque Article darrivée, avec dénomination du
nom du Vaiffeau dans lequel elles auront été embarquées, & que cette
mention foit fignée, tant par le Commis des Fermes, que par le Prépofe
des Négocians, même par le Capitaine du Vaiffeau qui les aura reçues
pour les embarquer, ou par fon Armateur.
Les précautions ordonnées dans le préfent Article, doivent étre obfervées ferupuleufement, & on ne fçauroit trop vciller à leur exécution. Nos manufactures & nos fabriques ont un intérêt cffentiel qu'il ne
s'introduife aucan abus dans cette régic.
ARTICLE IX.
Permettons néanmoins aux Marchands & Négocians de la Ville de St.
Malo d'ariner 8
dans leur Port des Vaiffeaux pour la côte
de Guinée 3 8
les déquiper Ifles Françoifes de PAmérique 3 & de faire leur
retour dans .IrT Port, aux claufes, charges, conditions & exemptions
portées par les précédens Articles, en nous payant pour les marchandifes
ne
s'introduife aucan abus dans cette régic.
ARTICLE IX.
Permettons néanmoins aux Marchands & Négocians de la Ville de St.
Malo d'ariner 8
dans leur Port des Vaiffeaux pour la côte
de Guinée 3 8
les déquiper Ifles Françoifes de PAmérique 3 & de faire leur
retour dans .IrT Port, aux claufes, charges, conditions & exemptions
portées par les précédens Articles, en nous payant pour les marchandifes --- Page 401 ---
PAR MARSEILLE
qui proviendrons de la côte de Guinée, & des Ifles Françoifes de VAmé- GUINÉE.
tels 8 femblables droits qui fe perçoivent à notre profit dans la Traite des Noirs.
rique Ville , de Nantes , outre & par-defus ceux qui fe levent , jitivant lufage
accoutumé dans ledit Port de St. Malo au profit de notre très-cher &
très-amé oncle Louis-Alexandré de Bourbon , Comte de Touloufe, Duc
de Penthiévre, Amiral de France, & Gouverneur de Brétagne.
L'Arrêt du 30 Septembre 1741, a rendu le privilége d'expédier des
Vaiffeaux pour la côte de Guiuée commun à tous les Ports défignés
le Commerce des Iiles Françoifes de l'Amérique. Il n'y a donc
rien pour à obferver en particulier pour la Ville de St. Malo, que le droit
de Monfeigneur le Duc de Penthievre, ainfi qu'il cft énoncé dans ledit
Article.
Il me refte à faire connoitre comment fe fait la Traite des Négres,
& de quelle maniere nos Capitaines doivent fe conduire pour la faire
avantageufement. J'abrégerai le plus que je pourrai, mon inclination
ne me fecondant point dans la nécelité our je me trouve reduit de parler
d'un fi étrange Commerce.
-
R
-
Dno
Bbb ij --- Page 402 ---
38c
GUINÉE. crnet
Traite derNoirs, €
> 2
- Y S Y rVT
-
TRAITE
DE 1 S
N O IR S.
'ESTIME que les Réglemens que j'ai rapporté fur le Commerce de Guinée 1 doivent fuffire pour que nos Négocians
qui voudront l'entreprendre puiffent profiter des faveurs
qui y font attachées, & ne tombent dans aucune contravention. Il me refte à faire quelques obfervations fur
la maniere dont fe doivent conduire les Capitaines qui vont faire la
Traite des Noirs.
Je les réduits à quatre, 1°. Quelles font lcs marchandifes dont une
cargaifon doit être compofée.
2°, Les précautions qu'il faut prendre dans l'achat des Efclaves.
3° La police qu'il faut faire obferver fur les Navires chargés d'Ef
claves.
4°. Les vivres néceffaires pour la nourriture des Négres cmbarqués.
P REMIERE OBSERVATIO N.
Quelles font les marchandifes dont une cargaifon doit être compofeet
Avant d'entrer dans le détail de Ia cargaifon d'un Négrier, c'eft ainfi
qu'on appelle un Navire expédié pour la Traite des Noirs, il eft néceffaire d'avertir mes Leéteurs que lcs côtes de Guinée ayant plus
de I500 lieucs de longueur, les mêmes marchandiles ne conviennent
point également à tous les habitans defdites côtes. Les meeurs & les
ufages font fi différens, qu'une cargaifon qui n'auroit aucune vente dans
un endroit, feroit d'un grand produit dans un autre. Il ne m'eft pas
poflible de faire ici l'énumération de toutes les Nations avec lefquelles
on peut faire la Traite, fans paffer les bornes que je me fuis prefcrites. Je puis affiirer cependant que toutes les marchandifes dont je
conviennent
point également à tous les habitans defdites côtes. Les meeurs & les
ufages font fi différens, qu'une cargaifon qui n'auroit aucune vente dans
un endroit, feroit d'un grand produit dans un autre. Il ne m'eft pas
poflible de faire ici l'énumération de toutes les Nations avec lefquelles
on peut faire la Traite, fans paffer les bornes que je me fuis prefcrites. Je puis affiirer cependant que toutes les marchandifes dont je --- Page 403 ---
PAR MARSEILLE
38r
compofe une cargaifon, font de bonne vente dans les principaux lieux GeINén.
fréquentés par les Européens pour l'achat des Efclaves, & qu'elles y Traite Noinse
ont toujours été vendues avec un grand bénéfice Un feul exemple me
paroir fuffifant pour guider nos Armateurs dans une expédition deftinée
pour la Guinée. Je choilis la côte d'Angola, oir toutes les Nations ont
ia liberté de commercer, préférablement à celle de Juda. On pourra
me demander pourquoi je préfere Angola à Juda, qui eft plus fréquenté
par les François : c'eft précifement par cette raifon que j'ai crû qu'il
importoit à nos Négocians de les inftruire fur le Commerce d'Angola,
parce que la côte de Juda nous eft beaucoup plus connue à caufe des
établiliemens que nous avons dans ce Royaume, & dont nous avons
plufieurs rélations tres-circonflancices - tant en François qu'en Anglois.
La deruiere a été imprimée à Londres (en l'année 1761 ) fous ce
titre : Meurs ) coutumes, Religion, 8c. du Royaume de Juda fur la cbte
des Efclaves. J'ai obfervé plus haut que la Barre eft la côte du Royaume que nous appellons Juda, les Anglois Juida, & les Hollandois
Fida.
ÉTAT DES M A RCH A NDISES
Qi doivent compofer la cargaifon d'un Navire deftiné pour
la Traite des Négres aux cites d'dngola.
Les feize principaux articles font:
SGAYOIR:
I Anabaffes.
9. Eau-de-vie.
2. Armes.
IO. Etoffes de foie.
3. Cannetes.
II. Indiennes.
4. Contre brodé.
12. Merceries Bijouteries & Quincailleries.
5. Corail.
13- Platilles.
6. Coris.
14. Poudre à canon7. Cuivre jaune.
IS. Raffades.
8. Draps.
16. Sucre.
Le détail qui fuit fera connoître quelles font les marchandiles auxquelles on doit donner la préference, & quelles font les quantités néceflaires pour faire une Traite avantageufe.
Dans la lifte des marchandiles que je viens de donner, je ne parle
que des principales, dont le débit eft affuré; ce qui n'empéche pas
qu'on ne puife y oindre divers arricles d'ouvrages de mode & autres
.
IS. Raffades.
8. Draps.
16. Sucre.
Le détail qui fuit fera connoître quelles font les marchandiles auxquelles on doit donner la préference, & quelles font les quantités néceflaires pour faire une Traite avantageufe.
Dans la lifte des marchandiles que je viens de donner, je ne parle
que des principales, dont le débit eft affuré; ce qui n'empéche pas
qu'on ne puife y oindre divers arricles d'ouvrages de mode & autres --- Page 404 ---
38:
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
Guixs. bagatelles de fantaille; mais un Armateur ne doit rien négliger pour
ThaixederNoirs avoir un affortiment des articles fafmentionnés , & faire enforte que
les quancités foient à pau près égales; car ce peuple eft bizarre, &
ne croiroic rien polleder, s'il n'cbrenoit que d'une qualité de marchandife
des Efclaves
préfente à vendre. La valeur de la
en échange
qu'il
d'Efclaves
fe
cargaifon doit être proportionnée au nombre
qu'on être pro- dic
pole d'acheter, relativement à la portée du Navire qui devrcit
pofé pour eu coutenir 400, pour être un véritable Négrier. On verra
T'évaluation des marchandifes, que quelqu'unes font d'un plus grand
par produit que les autres; mais cette raifon ne doit point faire changer
i'état ci-deffus, parce que la réuffite d'une bonne Traite, dépend d'un
pareil affortiment. On n'en doutera plus, 3 quand on fçaura que ce commerce fe fait par échanges, & que les Efclaves n'ont point une valeur réelle, comme nos marchandifes d'Europe, qu'on peut compenfer par une valeur numéraire, qui eft la mefure convenue parmi nous
de toute forte de biens. Les Angolois ne fe fervent point d'efpéces
courantes; ils ont imaginé une valeur idéale 3 fondée fur leurs plus de
prellans befoins. Ils l'ont établie fur le prix d'une petite piéce
attachent à la ceinture
toile 2 de la grandeur de nos mouchoirs 1 qu'ils
Heurcux refte
comme un tablier 3 pour paroitre fans honte en public.
n'ont
d'u fentiment de décence 1 que les mceurs les plus corrompues
pà effacer du cceur del'homme. Ces morceaux de toile font appellés pa-
& quatre compofent la piéce qui fert de mefure ou de prix
gnes,
Ainfi fi une de nos piéces de drap eft
de toutes nos marchandifes. c'eft la même chofe que fi on difoit quatre piéces
évaluée 18 pagnes 1
On couçoit aifément que la valeur réelle
& demi, & réciproquement. relativement à ce qu'elles ont coûté en France,
de nos marchandifes,
eftimeront quelquefois fix piéces,
dépend du caprice des Angolois 3 qui & eftimeront dix piéces un auun effet vendu en France 60 livres, livres. Le défir d'avoir queltre effet qui n'aura été âcheté que 30 Tutilité
croiront en retirer,
ques elpéces de nos marchandifes, ou
qu'ils comme ce compeuvent faire hauffer, ou baiffer leur prix. Cependant
faifoitl'umerce deviendroit arbitraire, fi la fantaifie des Angolois en
nique régle, & que le montant d'une cargaifon pour l'achat de 400
Négres, ne fuffiroit pas quelquefois pour 200, fi nous étions Tévalua. obligés
de nous conformer à leur caprice 9 il a-été néceffaire de leur fixer fexe & leur
tion, tant de nos marchandifes que des Efclaves, fermeté fuivant
maintenir
age. C'eft à Dos Capitaines à montrer de la
pour
le prix de leurs marchandifes.
ANABAS S S E S.
Toile de fil & de coton, bleu & blanc 3 d'un demi pauce d'intervalle
L
fois pour 200, fi nous étions Tévalua. obligés
de nous conformer à leur caprice 9 il a-été néceffaire de leur fixer fexe & leur
tion, tant de nos marchandifes que des Efclaves, fermeté fuivant
maintenir
age. C'eft à Dos Capitaines à montrer de la
pour
le prix de leurs marchandifes.
ANABAS S S E S.
Toile de fil & de coton, bleu & blanc 3 d'un demi pauce d'intervalle
L --- Page 405 ---
PA R M A R RSEILLE
entre chaque raye, de la largeur de trois quarts d'aulne, diviiee par GuiNfE.
longueurs de trois quarts d'aulue & demi. Chacune de ces longueurs Traite des Noirs.
fait une petite couverture ou pagne 2 d'une grande confommation à la
côte d'Angola. La Hollande nous fourniffoit autrefois les anabafles. On
en fabrique aujourd'hui à Rouen qui méritent la préférence, & G
Marfeille tournoit fes vues vers cette branche de commerce, O1l en
feroit dans cette ville avec beaucoup plus d'aifance que dans aucun
lieu du monde. Il faut ordinairement dix anabaffes, pour faire une
piéce du pays 3 mais en réduifant le nombre à huit, fi nos Capitaines montrent de la fermeté, fur ce dernier pied un anabaffe ne vaudroit qu'un demi pagne. Il eft rare que dans le payemeat d'un EC
clave, il ne faille point quelques anabaffes pour completer la fomme convenue 5 ces toiles font d'ailleurs d'un grand débit pour l'achat
des denrées du pays: un Navire doit en porter au moins 1500.
A R M E S.
L'exportation des armes eft défendue à la fortie du Royaume fous
de grolfes peines. Iny: a que la néceffité pour pouvoir faire la Traite
avec fruit, qui a déterminé le Gouvernement à en permettre T'exportation en Guinée. Les fufils & les fabres, font de toutes Ics armes
celles qui fe vendent le mieux.
Il faut des fulils particuliers pour ce commerce, & ne point fuivre
le goût François dans la fabrication. Nos fufils de chaffe, & même ceux
de munition feroient rebutés dans le Royaume d'Angola. Il faut des
fufils bien pefants 1 & plus longs de fix pouces que nos fufils ordinaires. Les Hollandois & les Anglois ont mieux réuffi que nous à cortenter le gout des Angolois. Il nous eft facile de lcs furpaffer en ce
point 1 comme dans tous les autres, dès que nous voudrons férieufement faire mieux qu'eux. Les fufils pour la Guinée, doivent être des
fufils boucaniers 5 le canon doit être fort & pefant, bien luifant 2 fans
qu'il parciffe aucune paille extérieurement. Le bois le plus pcfant eft
le plus eftiiné, fur-tout s'il eft jaune. La platine doit être attachée par
trois vis 3 cette précaution eft fi effentielle que toutes celles qui fe
trouveront avec deux vis feulement feront rebuter les fufils. Les Angolois fout fi attentifs à examiner les fufils que pour prévenir toute
conteftation à ce fujet 1 il eft expédient d'embarquer un bon Armurier,
capable de reparer fur le champ les défauts que les Angolois ne manquent guères d'y trouver. La chofe eft de conféquence, parce que les fufils
font un des principaux articies de la cargaifon. Un fufil vaut une piece;
il en faut environ fix cens, pour un Navire de 400 Efclaves.
Après les fufils, viennent les fabres. Le nombre de 2 à 300 fuffira.
Nos iaeres ordinaires font ceux qui convienzent au pays. il n'y a quc
de reparer fur le champ les défauts que les Angolois ne manquent guères d'y trouver. La chofe eft de conféquence, parce que les fufils
font un des principaux articies de la cargaifon. Un fufil vaut une piece;
il en faut environ fix cens, pour un Navire de 400 Efclaves.
Après les fufils, viennent les fabres. Le nombre de 2 à 300 fuffira.
Nos iaeres ordinaires font ceux qui convienzent au pays. il n'y a quc --- Page 406 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
Gurwd-, le fourrean qu'il faut toujours mettre rouge. Un fabre vaut deux paTiaine-derNoirs. gues, & deux fabres un fuiil ou une piéce; c'eft le prix ordinaire 9
quelquefois plus & jamais moins.
Je fuis perfuadé qu'en donnant les ordres pour la véritable proportion des fulils boucaniers, nes Fabricans du forêts feront bien-tôt tomber la fabrication de Hollande & d'Angleterre > & nous ne devons
point négliger cette branche de notre induftrie , comme nous avons
fait par le paffs, 7 pour faire gagner à nos compatriotes la retribution
que nous payons à l'induftrie étrangere.
- A N N E T 20 E 1 S.
C'eft le nom qu'il a pli aux Armateurs pour les côtes de Guinée
de donner à de petits pots-à-l'eau de la contenance d'environ une
bouteille; de forte que fi ces pots-à-l'eau font d'étaim 3 on les appelle
cannetes d'étaim 2 & cannetes de grés 3 s'ils font de terrc.
Les cannetes d'étaim doivent avoir leurs couvercles & être bienluifantes. Chaque cannete vaut un pagne 1 & quoique les canne:es d'étaim ne foient pas beaucoup recherchées, il en faut au moins deux
ou trois cens pour l'affortiment de la cargaifon.
Les cannetes de terre font d'un plus grand débit & abfolument néceffaires , parce qu'elles entrent non-feulement dans lc payement des
Efclaves 3 mais qu'elles fervent ençore pour acheter les dcarées du
pays. On eft dans T'ufage de porter les cannettes de terre ) toutes à
peu près de la même jauge. Il feroit très-avantageux d'en avoir de
différentes grandeurs, 3 & même d'y joindre de cannetes de fayance. Je
fuis perfuadé que ces dernieres cannetes 3 donneroient un gros bénéfice,
& tout le profit demeureroit dans le Royaume; car n'ayant point de
mines d'étaim, il faut que l'Angleterre nous fourniffe cette matiere,
ce qui eft toujours un mal, dès que nous avons dans nos mains de
quoi remplacer. 3 par nos fabriques de fayance, le produit des mines
de Cornonaille. Marfeille travaille admirablement bien la fayance, &
elle peut le difputer pour le goit & la délicateffe à toutes les villes
dumonde. C'eft une raifon de plus pour faire la tentative de fubftituer les
cannetes de fayance aux cannetes d'étaim. Nous encouragerons 10S Fayanciers, nous y gagnerons d'avantage, 7 & nous affoiblirons ROS concurrens.
Deux ou trois cannetes de terre, valent un pagne, fuivant l'abondance ou la difete qu'ily, en a dans le pays.
On porte aufli des plats d'étaim de deux livres pefants. Chaque
plat eft compté pour un pagne. Les écuelles d'étaim avec leurs couvercles font cllimées & recherchées, & valent uue piéce.
Jc ne doute pas que nos plats & nos écuelles de fayance, n'ayent
la préférence fir ceux d'étaim, & nous pouvons varier les affortimens
de
abondance ou la difete qu'ily, en a dans le pays.
On porte aufli des plats d'étaim de deux livres pefants. Chaque
plat eft compté pour un pagne. Les écuelles d'étaim avec leurs couvercles font cllimées & recherchées, & valent uue piéce.
Jc ne doute pas que nos plats & nos écuelles de fayance, n'ayent
la préférence fir ceux d'étaim, & nous pouvons varier les affortimens
de --- Page 407 ---
PAR MARSEILLE,
38;
da fayance de tant de forte de piéces, que cette nouvelle branche de GuINÉE.
notre induftrie, nc peut manquer de fructifier, & de rendre notre Traite des Noir,
Traite beaucoup plus facile.
C J NTRE BRODÉ
Le contre brodé n'eft autre chofe qu'une efpéce de raffades, dont
je ferai un article particulier au mot raffades.
CORAIL
Tous les Noirs font paflionnés pour le corail rouge. Ils le regardent commne la produétion la plus précieufe de la terre. (Les autres
couleurs font peu eftirnées.) Auffi l'ornement des Rois, de leurs femmes, des Fidalques & des principaux Officiers, confifte principalement
en colliers de corail. C'eft la meilleure de toutes les marchandifes qui
entrent dans la cargaifon d'un Négrier; mais comme il s'agit de fournir les puiffances du pays, il faut choifir le corail le plus fin & le
mieux travaillé 3 fi O11 veut le vendre avantageufement; & puifque les
principales fabriques de corail font établies à Marfeille ou aux environs 3 nos Armateurs doivent profiter de cette faveur pour acheter le
plus beau. Le prix ne doit point rebuter, c'eft une affaire de calcul,
& afn qu'on fçache à quoi s'en tenir 1 voici le prix courant fiur les
côtes d'Angola du corail rouge ouvré à Marfeille.
SCAV OIR:
Corail fin, gros comme le petit doigt de demi
pouce de long, la livre poids de Marfeille, vaut ci. 30 piéces.
Corail de la groffeur d'un tuyau de plune > la livre ci.
8 piéces,
Corail menu, la livre ci. .
3 piéces.
La rareté du corail peut caufer une augnientation dans chacune de
ces qualités 5 mais quelque abondance qu'il y en ait 1 il ne fe vend
guères moins. C'eft aux Négocians à examiner fi le prix d'achat eft pro.
portionné à la vente ci-deffus. Je n'ai pas befoin d'avertir que le corail
doit être encaiffé foigneufement avec du coton, ni que le corail eft
enfilé comme des chapelets 2 qu'on appelle fiilieres de corail, dont
douze font la maffe.
Tom. II.
Ccc
quelque abondance qu'il y en ait 1 il ne fe vend
guères moins. C'eft aux Négocians à examiner fi le prix d'achat eft pro.
portionné à la vente ci-deffus. Je n'ai pas befoin d'avertir que le corail
doit être encaiffé foigneufement avec du coton, ni que le corail eft
enfilé comme des chapelets 2 qu'on appelle fiilieres de corail, dont
douze font la maffe.
Tom. II.
Ccc --- Page 408 ---
C D1 MMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE.
CORIS.
Traite des Noirs.
F L'efime que font les hommes des métaux, eft relative à l'utilité qu'ils en retirent. Nous avons donc tort dc tourner en ridicule
l'ufage de prefque tous les peuples de Guinée , de faire fervir les cOris de monnoie courante. Il faut dans chaque pays une petite monnoie
pour l'échanger avec les denrées d'un bas prix , & l'utilité publique
exige que le détail de toutes ces denrées puiffe fe faire fans conteftations; ce qui fe trouve d'une exécution facile dans l'emploi des coris
- ou cauris ) pour monnoie courante. 1°. Les coris ne fe trouvent point
fur les côtes de Guinée , par conféquent la trop grande quantité ne
fçauroit préjudicier.
2°. Le goût de toutes les Nations noires, eft décidé à placer Teffentiel de la beauté dans une peau parfaitement noire. Tout ce qui contribue donc à relever cette noirceur leur devient par-là même trèseftimable ; or les coris par leur blancheur, produifent cet effet. II ne
doit donc plus paroitre furprenant que ces petites coquilles ) ayent
acquis un dégré de valeur relatif à l'utilité qu'ils en retirent.
3°, De toutes les monnoics, il ne paroit pas qu'il y en ait de plus
fimple que les coris. Il ne s'agit que de compter : la matiere & la
marque ne fçauroient être un fujet de conteftation ; & fi les graudes
quantités que les Hollandois ont importées dans quelques Royaumes
de Guinée, n'en avoient fait diminuer la valeur, peut-étre qu'on fe
ferviroit encore de cette monnoie pour la Traite des Efclaves, au lieu
qu'clle ne fert que pour l'achat des denrées les plus communes, ou
pour l'ornement des Négreffes d'une petite fortune 7 elles en font des
colliers dont elles fçavent fe parer avec graces.
Les Hollandois en ont des magafins bien fournis 7 pour en vendre
à toutes les Nations qui font le commerce de Guinée. Ils les tirent des
Philipines & des Maldives. Les prémieres font plus eftimécs par leur
blancheur & leur poli.
Ces coris font des petits coquillages oblongs 1 connus à Marfeille
fous le nom de porcelaine dont on fait une pommade pour les dartres, 7 en les failant diffoudre dans le vinaigre. Les.plus petits font les
plus eftimés, & quoiqu'il y en ait de plufieurs couleurs 9 les blancs
font les feuls qui conviennent à la côte de Guinée. On les achete
paffés dans des fils comme nos chapelets. Il en faut quelques caiffons
daus un affortiment de cargaifon 1 parce qu'ils font néceffaires pour
l'achat en détail de bien de petites chofes pour lefquelles il ne convient pas de donner d'autres marchandifes ; on peut les évaluer proportionnellement à l'argent de France à raifon de 3600 en nombre pour
une livre tournois.
font les feuls qui conviennent à la côte de Guinée. On les achete
paffés dans des fils comme nos chapelets. Il en faut quelques caiffons
daus un affortiment de cargaifon 1 parce qu'ils font néceffaires pour
l'achat en détail de bien de petites chofes pour lefquelles il ne convient pas de donner d'autres marchandifes ; on peut les évaluer proportionnellement à l'argent de France à raifon de 3600 en nombre pour
une livre tournois. --- Page 409 ---
PAR MARSEILLE
GUINÉE.
CUIVRE JAUNE
Traite des Noirz.
De tous les ouvrages de cuivre jaune qui font très-recherchés par
les Angolois il n'y en a point d'un plus grand débit, que ies plats
ou baffins. Ils ne font pas cependant d'un produit avantagcux 3 puic
que chaque plat ne vaut qu'un demi pagne; mais ils fout abfolument
néceffaires.
Ces plats ou baflins doivent être fans anfes, &x ne pefer tout au plus
qu'une livre & demi poids de Marfeille, fans quoi il y auroit trop
à perdre. Le peu de bénéfice que donne cet article 1 ne doit pas empécher d'en porter environ 500 1 parce que dans le payement qu'on
fait des Efclaves, ceux qui les vendent, exigent toujours que ce payement fe fafle avec toute forte de marchandifes de la cargaifon, &
qu'ils veulent quelquefois qu'il entre dans ce compte un baffin de cuivre & fouvent deux pour chaque Efclave. On peut auffi porter des
bougeoirs, des ferrures, & autres petits ouvrages de cuivre , & avoir
attention que le tout foit bien luifant; tout l'avantage de la vente /
dépend de cette circonitance.
DRAPS.
Les Angolois font grand cas de toutes nos draperies 3 mais nos
beaux draps, fur-tout en bleu 3 rouge & écariate 3 font les plus eftimés. Le rouge vif & l'écarlate fe débitent avantageufement , & par
préférence à toute autre couleur. La mefure en ufage à Angola pour
les draps & étoffes 7 ccrrefpond à nos denx pans, &x quatre de ces
mefures font à peu près notre cane. Chaque mefure vaut un pagne 3 &
notre cane une piéce. Nos ferges & autres petites étoffes, fe vendent
proportionnellement. Il doit entrer de ces fortes de draps dans l'affortiment d'une cargaifon ; mais comme les Normands en peuvent charger à meilleur marché que nous, , il faut en porter une petite quantité 3 8
leur laiffer cette branche de commerce > pour choifir les marchandifes des
Provinces méridionales qui font à notre portée & que nous pouvons
employer avec plus d'avantage que lcs autres Armateurs du Royaume,
EAU-DE-VIE.
La paflion démefurée des Noirs pour l'eau-de-vie & pour les liqueurs qui en font compofées, eft une grande reffource pour nos Armateurs, 9 car de toutes les eaux-de-vie qu'on porte en Guinée 1 foit
de grauns, foit de fucre fous les noms de roffoli & guildives, il n'y
Cccij
notre portée & que nous pouvons
employer avec plus d'avantage que lcs autres Armateurs du Royaume,
EAU-DE-VIE.
La paflion démefurée des Noirs pour l'eau-de-vie & pour les liqueurs qui en font compofées, eft une grande reffource pour nos Armateurs, 9 car de toutes les eaux-de-vie qu'on porte en Guinée 1 foit
de grauns, foit de fucre fous les noms de roffoli & guildives, il n'y
Cccij --- Page 410 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE, en a point de comparable à celle de France 3 & de toutes celles de
Traite des Noirs. France, il n'y en a point qui coûte moins que celle de Provence;
d'oir il eft facile de conclurre qu'on doit charger des eaux-de-vie par
préférence à toute autre marchandife, puifque d'un côté elle coute
moins 1 & que de T'autre clle fe vend mieux. Cette boillen eft préférée aux liqueurs que nos Liqueuriftes ont trouvé l'art d'adoncir, & O11
jugera de la quantité qu'il en faut à tant de gens fi grand buveurs 3
par la confommation que le Roi d'Aquambo qui eft uu très-petit Roi
en fait chaque année à fà table. On eftime cette confommation à la
valeur de plus de 2000 Efclaves.
On porte l'eau-de-vie en barriques, en petits barils qu'on appelle
ancres & en caves. Cette derniere méthode eft la plus avantageufe
pour la vente. Les caves font de petites caiffes de bois blanc avec
leurs couvercles & une ferrure. Chaque cave doit contenir huit bouteilles, contenant enfemble environ fix pots, 2 & fe vend une piéce;
mais il ne faut pas manquer de faire peindre ces caves en verd, cette
négligence nuiroit à la vente, tant cette Nation s'attache à des minuties.
On eft dans T'ufage de faire venir ces caves d'Hollande, comme fi nous
ne pouvions pas en faire d'auffi bonnes que les Hollandois; ufage quine doit plus étre toleré comme étant trespréjudiciable à notre induf
trie , & contraire à l'intérêt des Armateurs puifque les caves tirées
de Hollande viennent plus cher du donble ae ce qu'elles coûteroient
en les faifant faire dans les villages des environs de Marfeille. Je ne
puis m'empêcher de faire à ce fujet cette obfervation, que nous avons
fouvent chez nous en abondance & à vil prix, ce que nous faifons
veuir de bien loin 2 parce que nous avons trouvé que nos devanciers
l'ont aiafi pratiqué. Mais aujourd' hui que le Commerçant eft plus éclairé,
il doit rechercher cC qui lui eft plus profitable > en choififfant les moyens
les plus fimples de parvenir à fon but, & en préférant, à fraix égaux,
les marchandifes de notre cru 7 ou de notre induftrie aux étrangeres.
Nos eaux-de-vie, revenant à meilleur compte que les autres marchandifes de la cargaifon d'un Negrier, on ne rifque rien d'en embarquer par préférance, & fix cens caves feront toujours bien venduesOn peut auffi porter de l'eau-de-vie en barriques & en petits barils ;
il n'y a rien à rifquer. Ajoutez-y quelques caiffons de liqueurs fortes
& quelques barils de bon vin.
ETOFFES DE SOYE.
Nous avons une fauffe idée du commerce de Guinée. 1 fi nous nous
imaginons que les Noirs 3 parce qu'ils vivent d'une maniere fi oppofée
à la nôtre, manquent de goût pour nos belles étoffes. Ils les connoiffent > les eftiment, & fçavent fort bien faire la différence entre,
ils ;
il n'y a rien à rifquer. Ajoutez-y quelques caiffons de liqueurs fortes
& quelques barils de bon vin.
ETOFFES DE SOYE.
Nous avons une fauffe idée du commerce de Guinée. 1 fi nous nous
imaginons que les Noirs 3 parce qu'ils vivent d'une maniere fi oppofée
à la nôtre, manquent de goût pour nos belles étoffes. Ils les connoiffent > les eftiment, & fçavent fort bien faire la différence entre, --- Page 411 ---
PAR MARSEILLE
une étore plus ou moirs riche 1 bien ou mal travaillée. Lc beau fe GUINÉF.
vend toujours avantageufement, Le velours, le damas 7 les fatins 8 Traite des Noits.
autres étoRes toutes foye fe débitent bien. A l'égard des deffeins du
damas & fatins, il faut les choifir à grandes fleurs , & préférer les
couleursvives aux autres. La valeur du velours. 9 damas 5 8xc. eft la
même que celle des draps. La meire cft aufli la même > & quatre
mefures valent une piéce. Les étoffes inferieures, 2 diminuent proportionnellement en valeur. Même obfervation que fir les draps : en por.
ter peu, & feulement pour dire qu'on en a, parce que ces marchandifes ne donnent pas un bénéfice égal aux autres articles de la cargailon.
Je ne fçaurois affez recommander de porter de bonnes marchandifes, 3
fi on veut n'être point arrêté dans la vente. La bonne foi même exige
de ne vendre quoi que ce foit, que pour ce que la chofe vaut réellement. On peut réuffir une prémiere fois à tromper; mais la fraude
une fois découverte, retombe fur la Nation de ceux qui l'ont faite.
Il faut choitir les étoffes de foye bien travaillées, & que les couleurs
foient vraies. J'ai vû des affortimens envoyés de Lyon pour la Guinée 9
confiftant en papiers peints & dorés; tout revint invendu. Quelle idée
àvoit-on de ces peuples ? Et que vouloit-on leur donner à penfer des
François 3
INDIE NNE S,
De toutes les étoffes dont on fait ufage dans la Guinée, il n'en eft
aucune de plus recherchée que les toiles peintes. Une belle indieme
fe vendra toujours par préférence à une autre étoffe plus chere, foit
que la variété des couleurs, foit plus du goût des Négres, foit que
ia légéreté de Ia toile 7 foit plus convenable dans ces climats chauds,
foit enfin parce qu'on veut porter toute l'année les mêmes habillemens,
les laver & les garder tant qu'ils font en état de fervir, fans craindre
que les vers les rongent, comme nos étoffes de laine, ou qu'ils foient
piqués, comme celles de foye.
Cen'eft pas ici le lieu de parler de l'origine des indiennes & de
T'avantage ou du préjudice que leur fabrication, leur commerce & leur
ufage peuvent caufer à une Nation 1 qui, par fes produations 7 peut
fournir les vêtemens néceffaires & commodes à fes cultivateurs. Il fuffit
de fçavoir, pour le commerce de Guinée, que de quelque endroit que
viennent les indiennes, , il-en faut néceffairement pour affortir la cargaifon d'un Négrier.
Les franchifes accordées à la ville de Marfeille pour la fabrication
des toiles peintes, a toujours été une circonftance heureufe pour les
Armateurs pour la Guinée 3 parce qu'ils ont pà choifir eux-mémes les
quaites convenables à leur commerce, & les avoir à moins de fraisi
fçavoir, pour le commerce de Guinée, que de quelque endroit que
viennent les indiennes, , il-en faut néceffairement pour affortir la cargaifon d'un Négrier.
Les franchifes accordées à la ville de Marfeille pour la fabrication
des toiles peintes, a toujours été une circonftance heureufe pour les
Armateurs pour la Guinée 3 parce qu'ils ont pà choifir eux-mémes les
quaites convenables à leur commerce, & les avoir à moins de fraisi --- Page 412 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUL
GUINÉE. & même aujourd 'hui que la fabrication & l'ufage en font permis dans
Traite des Noirs. le Royaume s depuis le 5 Septembre 1759 1 les avantages font à
près les mêmes , par le grand nombre de fabriques qui y
ELP par les facilités qu'ont les Fabricans de travailler plus que ceux
de l'intérieur du Royaume, ne payant aucun droit d'entrée pour les
toiles de coton blanches étrangeres, & n'étant point obligés de les faire
marquer & plomber 7 & par l'abondance des indiennes étrangeres qui
arrivent à Marfeille à caufe de la franchife de fon Port, & dont l'eutrée n'eft plus défendue depuis le Réglement de 1759. Avant ce Réglement il n'y avoit que les indiennes du Levant, venues en droiture
qui y fuffent admifes, & dont le commerce fut permis.
Toutes fortes de toiles peintes, 2 font d'un bon débit en Guinée ;
mais comme il faut qu'une cargaifon foit variée, & que certaines qualités font plus d'ufage dans un pays que dans un autre, voici celles
qui conviennent le mieux pour le Royaume d'Angola.
Guinée, , piéces de toiles de coton de 13 à 14 aunes de long, fur
3. pieds & quart de large. La grande confommation qu'en fonr les
Négres eft la caufe de leur nom. Ceux qui fçavent de quelle maniere
fe font les ventes des toiles de coton dans les marchés de lInde,ne
font pas furpris de trouver dans une balle des piéces fines & grof
fieres. C'eft aux Marchands qui les reçoivent 3 pour les revendre en
blanc, d'en faire le triage pour fe dédommager par le prix des fines
du bon marché des groflieres.
II faut peu de fines pour la Guinée ; les groffieres tournent mieux
à compte 1 parce que le prix courant des unes & des autres eft de
trois piéces. Il faut recommander aux Fabricans de laiffer au bout de
chaque piéce une marque blanche, afin qu'elles parciffent avoir été
peintes dans lInde. Cette petite précaution en facilite la vente.
Salampouris. Méme obfervation que pour les guinées & même valeur.
Baffetas, toile plus grofliere que la guinée, & dont la piéce tire une
aune de moins > & a un pied de moins de large. Ceux de Surate font
les meilleurs & les plus eftimés. Les baffetas fe vendent autant que
les guinées 1 c'eft-à-dire 1 trois piéces ; ce qui donneroit un furcroi
de bénéfice aux Armateurs, s'ils étoient affez heureux pour que les
Navires fe trouvaffent feuls dans le pays lors de la vente ; car dès
qu'il y aura concurrence de quelque autre Vaiffeau, les guinées feront
toujours achetées par préférence. Il faut donc 7 en faifant la Traite, 2
dès qu'on a des baffetas & des guinées 1 n'expofer en vente que les
baffetas 1 & ne montrer les guinées qu'après la vente des prémieres.
Il faut encore obferver que toutes fortes de couleurs 7 ne plaifent point
aux Angolois. Le bleu foncé & le rouge, font d'un fi grand débit 3
qu'une mauvaife toile ainfi peinte , fe vend préférablement à une bonne
toile peinte de toute autre couleur.
de
fur deux
Tapfel & Nicannaés, toiles de 8 à 9 aunes
long,
que les
baffetas 1 & ne montrer les guinées qu'après la vente des prémieres.
Il faut encore obferver que toutes fortes de couleurs 7 ne plaifent point
aux Angolois. Le bleu foncé & le rouge, font d'un fi grand débit 3
qu'une mauvaife toile ainfi peinte , fe vend préférablement à une bonne
toile peinte de toute autre couleur.
de
fur deux
Tapfel & Nicannaés, toiles de 8 à 9 aunes
long, --- Page 413 ---
PAR MARSEILLE
pieds & quart de large. La piéce tant de l'un que de l'autre 9 vaut GUINÉE.
une piéce & demi, & quelquefois deux piéces. C'eft un fort bou ar- Traite des Noirs
ticle.
Aman, toile venant du Levant de dix aunes de long fur deux pieds
& demi de large. Il nous convient d'en introduire T'ufage en Guinée,
par la facilité que nous avons d'en trouver à Marfeille où ils viennent
en retrait de nos draperies. La piéce vaut deux piéces.
Ajami, toile venant auffi du Levant, & dont les Négres s'accommodent fort bien, de II à I2 aunes de long, fur deux pieds de large. Même obfervation que fur les amans, & même valeur. Les petits
bouquets bleus ou rouges en facilitent la vente.
Les toiles fil & coton à carreaux 3 font auffi d'un fort bon débit.
Les Capitaines 9 après un prémier voyage > doivent charger par préférence Jes toiles qu'ils auront vendues les plus avantageufement; &
comme le goût des Angolois peut changer, ils doivent obferver tous
ces changemens dans leurs parures, 2 & profiter de leur empreffement
pour l'elpéce de toiles qui donnera le plus de profit.
Il faut au moins environ fix cens piéces indiennes de diverfes qualités.
MERCERIES, BIJOUTERIES & QUINCAILLERIES,
L'induftrie Françoife a fçu donner tant de valeur, non-feulement à
tous les outils inftrumens & ornemens 3 qui peuvent contribuer aux
commodités & aux agrémens de la vie 3 mais encore à tout ce que
l'imagination peut inventer pour l'amufement & le badinage 7 qu'il feroit prefque impoflible de faire l'énumération de tous les articles compris fous la dénomination de merceries 3 bijouteries & quincailleries.
Perfonne n'ignore ce
nous entendons par-là. Les ufages des Angolois nous dilpenfent de l'embarras du choix des marchandifes qui con.
viennent pour la Traite. Les colliers de grenats fins, les bagues montées proprement avec des pierres fauffes, les chandelliers & bougeoirs
argentés 3 les cifeaux & rubans de toutes les façons 1 les épingles
éguilles, ameçons & plumes de perdrix 1 fe débitent avantageufement
pourvu qu'ily en ait peu dans la cargaifon. Iln'en eft pas de même des
couteaux,. miroirs, fonnetes & grelots; ces dernieres marchandifes font
abfolument néceffaires 7 & on n'en fçauroit trop avoir proportionnellement à la Traite propofée 3 parce qu'outre que ces articles entrent dans
le payement des Efclaves, ils fervent pour l'achat des denrées du
pays, & pour payer le falaire des Négres qu'on employe. C'eft une
monnoie courante 1 dont le manque feroit tres-préjudiciable, & dont
on fe défait toujours avec profit.
Couteaux. Ce font les couteaux Flamands qui ont le plus de débit.
'en fçauroit trop avoir proportionnellement à la Traite propofée 3 parce qu'outre que ces articles entrent dans
le payement des Efclaves, ils fervent pour l'achat des denrées du
pays, & pour payer le falaire des Négres qu'on employe. C'eft une
monnoie courante 1 dont le manque feroit tres-préjudiciable, & dont
on fe défait toujours avec profit.
Couteaux. Ce font les couteaux Flamands qui ont le plus de débit. --- Page 414 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. Quatre douzaines valent une piéce. Quoique le nom de ces couteaux
Traite des Noirs. femble indiquer qu'ils viennent de Flandres 1 nos fabriques nous en
fourniffent abondamment. Il faut en faire entrer mille douzaines au
moias dans l'affortiment de la cargaifon. Cependant fi un Capitaine remarquoit que le pays en fut fuififamment pourvu, c'eft à fa prudence
d'en diminuer le hombre dans un fecond voyage. Il faut partie de ces
couteaux fans gaines & l'autre partie avec leurs gaines. On peut aufli
porter quelqques grofles d'autres couteaux plus propres; mais jamais de
ceux qui font chers.
Miroirs, toute forte de miroirs fe vendent ; mais comme leur valeur
deviendroit arbitraire fuivant le caprice des Angolois, on préfére de
ne porter que de petits miroirs d'Allemagne à cadres noirs , & que
nous pouvons faire avec autant de facilité que les Allemands, & profiter d'un bénéfice que nous leur payons. La glace doit avoir deux
tiers de pans de haut, fir demi pans de large. Huit de ces miroirs valent une piéce.
Sonnetes, du poids de quatre onces. Les fix valent une piéce. Il fuf
fira d'en porter 7 à 800.
Grelots de cuivre. On ne fçauroit prendre trop de précaution dans
l'emballage pour conferver ce luifant qui a tant de charmes pour les Négres. Quarante-huit grelots valent une piéce. Il en faut au moins quinze
cens douzaines
PLATILLES,
Les platilles font des piéces de toile de lin, d'une grande blancheur
qui fe fabriquent en Silefie 9 & pliées fi artiftement, que nous n'avons
encore pû en France imiter parfaitement ce pliage, quoique la Province de Brétagne ait offert une recompenfe de 300 liv. à quiconque
réuffiroit ; il yena de fines & d'inférieures. Ilne s'agit que des dernieres pour le commerce de Guinée. Elles y font d'un ufage univerfellement repandu, & les platilles pliées, s'y débitent beaucoup mieux
que celles qui ne font quc roulées. Les Portugais en font une grande
vente. Ils les achetent des Hambourgeois qui fe font appropriés cette
branche de commerce. Les Tifferans de Brétagne ont eflayé de faire
tomber les platilles de Silefie, 3 en en fabriquant de femblables, mais
la différence du prix à fait recourir à la ville de Hambourg pour
s'y fournir par préférence des quantités qui font néceffaires. Peut-étre
nous ferons plus heureux dans la fuite par les encouragemens que le
Gouvernement ne ceffe de donner à notre induftrie. Il faut au moins
environ quatre cens piéces platilles pour une cargaifon 1 & chaque
platille vaut une piéce.
POUDRE
, 3 en en fabriquant de femblables, mais
la différence du prix à fait recourir à la ville de Hambourg pour
s'y fournir par préférence des quantités qui font néceffaires. Peut-étre
nous ferons plus heureux dans la fuite par les encouragemens que le
Gouvernement ne ceffe de donner à notre induftrie. Il faut au moins
environ quatre cens piéces platilles pour une cargaifon 1 & chaque
platille vaut une piéce.
POUDRE --- Page 415 ---
P AR MARSEILLE
GUINÉE.
POUDRE A CAN C ) N.
Traite des Noirs.
La poudre à canon , ainfi que je l'ai obfervé fur les armnes, ne peut
point fortir du Royaume. La feule néceflité d'en fournir les Négres
pour pouvoir faire la Traite des Efclaves, en a fait permettre l'exportation pour la Guinée.
On ne tranfporte la poudre que dans de petits barrils d'égale grandeur, dont chacun peut contenir neuf livres de poudre poids de Marfeille 3 & le barril vaut une piéce. Mille de ces barrils pour une cargaifon 1 ne feront pas une trop grande quantité, 1 parce que les denrées du pays s'achetent aufli avec ladite poudre.
Les Armateurs font dans un ufage que je rapporte fans prétendre
par-là le juftifier parce que je regarde la fincérité & la bonne foi
comme l'ame & le véritable fondement de tout commerce. Ils font
en ufage de faire faire le fond defdits barrils & les douelles fi épais
qu'on croiroit, à les voir , qu'ils renferment prefque le double de
poudre.
Il faut choifir la poudre à gros grains & la plus foible qu'on pourra trouver. En voici la raifon. Les Négres chargent leurs fufils fans
mefure, de forte que fi la poudre avoit toute la force que doit avoir
celle que eft de bonne qualité, il arriveroit néceffairement que la plipart des canons des fufils créveroient ; ce qui nuiroit à la vente de
cette marchandife fans qu'il y eut de la faute des Armateurs. Il ne
faut donc attribuer cette efpéce de fupercherie 2 qu'à la grofliereté du
peuple avec qui on cft obligé de traiter.
Quoique les perits barrils fufmentionnés foient les Vaiffeaux les plus convenables pourlet tranfport de la poudre & en faire la Traite, cependant comme dans l'achat des denrées foit moutons ) cabrits, cochons poules canards , &c.il n'eft pas toujours poflible de débiter aux vendeurs un barril
enticr de poudre, & qu'il ne tourneroit pas à compte de vuider ces
barrils pour fournir au détail, il eft à propos de faire entrer dans
l'affortimnent d'une cargaifon, une vingtaine de gros barrils d'environ un
quintal de poudre pour la détailler. A cet effet, il faut porter de
Marfeille des mefures de quatre livres, de deux livres, & d'une livre,
en obfervant que ce détail doit donner vingt pour cent de bénéfice fur
les ventes en gros.
Le plomb à giboyer & les balles, , font auffi un très-bon article ;
mais il faut que les balles foient du calibre des canons des fufils defti
nés à la Traite, & que le plomb à giboyer foit la plus groffe grenaille qu'on fafle à Marfeille, la challe des petits oifeaux ne faifant
point l'amufement des Angolois. Une vingtaine de quintaux, tant en
balles qu'en grenaille doit fuflire, & pour en faciliter la vente, il eft
bon de mettre lun & Fautre dans des facs de dix livres pelant.
Tome II.
Ddd
calibre des canons des fufils defti
nés à la Traite, & que le plomb à giboyer foit la plus groffe grenaille qu'on fafle à Marfeille, la challe des petits oifeaux ne faifant
point l'amufement des Angolois. Une vingtaine de quintaux, tant en
balles qu'en grenaille doit fuflire, & pour en faciliter la vente, il eft
bon de mettre lun & Fautre dans des facs de dix livres pelant.
Tome II.
Ddd --- Page 416 ---
CO OMMERCE J
DE LAMÉRIQUE
GUINÉE.
Traite des Noirs.
RASSADES.
La conterie la veroterie , le contre brodé & les raffades, nous
viennent de Venife, d'ou toutes les Nations les tirent, aucune n'ayant
pû encore travailler à la conterie 1 & la donner à fi bon marché
les Verriers Vénitiens. En effet, il eft furprenant que les raffades
fent fe vendre à un fi vil prix, la livre pcfant achetéc en gros à
E
feille ne coute que huit fols. Or cinq maffes ne pefent qu'une livre,
& chaque maffe eft compofde de douze branches de dix filets chacune,
c'eft-à-dire 1 que pour trois denicrs on a vingt filets de ces perles : eftil pofible de travailler à meilleur marché? Il faut fur ce prix déduire les
frais de barrique, de tranfport 1 de fret, de commiflion & le profit qu'y
font les Marchands de Marfeille. J'avoue que je nc puis pas comprendre, en calculant ainfi, de quelle utilité eft cette fabrication à Venife;
cependant dans le vrai le bénéfice eft confidérable. puifque les Fabricans de veroterie ne font pas les moins riches de Venife.
La conterie & Ia veroterie valent à Marfeille quarante livres le cent
pefant. Elles font paffécs dans des fils comme des chapelets 3 & plufieurs
filets du poids d'une livre, compofent la flote.
Les raffades font de plufieurs couleurs 5 le prix eft le même que
pour la conterie. La maffe 7 ainfi que je viens de dire, eft compofée
de douze branches & la branche de dix fils.
Les mafles en verd & jaune pefeat fix onces, & celles en blanc ;
noir & bleu, pefent trois onces. Les perles cependant paroiffent de la
même groffeur, & on attribue cette augmentation de poids , à la couleur qui entre dans la fabrication des prémieres.
Les raffades noires., blanches ou claires 1 font celles qui fe débitent
le mieux. On en forme des maffes d'environ quatre livres, & chacune
de ces maffes vaut une piéce. Il eft certain que f la Traite pouvoit
fe faire avec cette feule efpéce de marchandife, le profit feroit immenfe 5 mais, comme je T'ai déja obfervé, il faut qu'une cargaifon foit
variée, le payement de chaque Efclave fe faifant avec lc plus de différentes marchandifes qu'il eft poffible. C'eft aux Capitaines, dans un fecond
voyage, de changer l'affortinnent fur le gout aétuel des Angolois, &
l'abondance ou la rareté des marchandifes ci-deffus mentionnées.
SUCRE.
Quelques barriques de fucre raffiné de Marfeille 3 en obfervant de
choifir les pains depais une livre jufques à trois.
Il fera bon aufli de porter un petit affortiment d'épiceries 2 qui quel-
offible. C'eft aux Capitaines, dans un fecond
voyage, de changer l'affortinnent fur le gout aétuel des Angolois, &
l'abondance ou la rareté des marchandifes ci-deffus mentionnées.
SUCRE.
Quelques barriques de fucre raffiné de Marfeille 3 en obfervant de
choifir les pains depais une livre jufques à trois.
Il fera bon aufli de porter un petit affortiment d'épiceries 2 qui quel- --- Page 417 ---
PAR M ARSEILLE
quefois font préférées aux marchandifes les plus précieufes & qui a dé- GUINÉE.
faut de vente feront toujours débitées avantageufement dans nos Iiles Traite des Noir;
de l'Amérique.
SECONDE OBSERVATIO N.
Les précautions à prendre dans l'achat des Efclaves.
Je fuppofe le Navire Négrier arrivé dans l'Océan Occidental d'Ethyopie 1 fir les côtes d'Angola, fituées entre celles de Congo & des
Caffres. Je fuppofe aufli que pour faire une Traite avantageufe 3 ledit
Navire n'entrera point dans le Port de Loanda , quoique cette ville
foit la capitale du Royaume 3 & que les Efclaves s'y trouvent en abondance s parce que les Portugais, étant les maitres de ce commerce Ol
lefdits Efclaves feroient de rebut, ou le prix en feroit trop cher, il
faut choifir un autre Port ; & pour ne point trop m'éloigner, jem'arrête au Port de Cabende, dont la Baye eft fure.
Le Navire ancré dans le Port de Cabende 3 les habitans d'un petit
village qui eft tout près 3 ne manquent pas de fe préfenter pour offrir
leurs fervices. La charité y a moins de part que l'intérêt ; mais c'eft
encore beaucoup dans un pays d'Afrique d'engager au travail dans l'ef
pérance d'une recompenfe. C'eft dans la même vue d'intérêt > que la
plipart des Négres qui habitent le long de la côte s'appliquent à
apprendre la langue des différentes Nations qui font ie commerce de
Guinée. On en trouve qui parlent bien le Portugais 2 ce qui n'a rien
de furprenant ) à caufe de la liaifon des deux peuples ; mais encore
T'Anglois 9 I'Hollandois > le Frauçois, le Danois, &c.
Le prémier foin du Capitaine doit être le choix d'un interprête qui
entende le François 3 & à défaut, d'en choifir un qui parle une langue
que ledit Capitaine comprenne. Cette précaution eft effentielle. L'iuterpréte trouvé 1 le Capitaine fe préparera pour aller faluer le Roi,
lui faire les préfens d'ufage & convenir des coutumes reglées pour la
Traite des Efclaves. Si ledit Capitaine ne veut point quitter fon bord 2
il chargera de cette commiflion un Officier intelligent 1 qu'il fera accompagner au moins de deux autres perfonnes. Les relations que nous
avons du Royaume d'Angola, établiffent la réfidence du Roi au Château de Mapongo 3 lieu environné de rochers inaccefibles, à deux
lieues de diftance de la ville nomiée Mafinqua. Ce Château n'eft pas
le feul que le Roi habite. Il réfide auffi très - fouvent à Barré qui
n'eft qu'à fept lieues de Cabende. Ses Miniftres & les principaux de la
Couronne 1 ne le quittent jamais & partagent avec lui les préfens
d'ufage, & qu'on devroit appeller de néceffité, puifqu'aucun Capitaine
ne peut s'en difpenfer. Ces préfens confiftent 1 pour le Roi, en un
Ddd ij
pas
le feul que le Roi habite. Il réfide auffi très - fouvent à Barré qui
n'eft qu'à fept lieues de Cabende. Ses Miniftres & les principaux de la
Couronne 1 ne le quittent jamais & partagent avec lui les préfens
d'ufage, & qu'on devroit appeller de néceffité, puifqu'aucun Capitaine
ne peut s'en difpenfer. Ces préfens confiftent 1 pour le Roi, en un
Ddd ij --- Page 418 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. collier de corail, ou un miroir de moyenne grandeur 1 ou un manteaui
TraitedesNoirs. d'écarlate, ou ure robe de chambre de damas ou de fatin doublée
d'un taffetas à flammes 1 d'une couleur bizarre avec une cave de liqueurs ou d'eau-de-vie. Les préfens pour le Mafouque & le Manboug,
font une cave d'eau-de-vic, & en étoffes , la valeur de quatre à cinq
piéces pour chacun. Ces préfens peuvent valoir enfemble environ 35
piéces. Les préfens ainfi préparés, on charge T'interprête de louer les porteurs nécellaires pour le voyage. On ne connoit point T'ufage de nos
voitures dans ce pays; 3 on fe fait porter dans des hamacs, & fc font
& font tous les autres charrois. II faut
les Négres qui portent > hamac qui ; ainfi le nombre à prendre dépend de
quatre hommes pour. un
celui qui compofera cette petite ambaffade 1 en y ajoutant qua- la
tre autres Négres pour tranfporter les préfens, & les vivres pour font
route; car le
ne fournit ni pain, ni vin, & les eaux ni
bonnes tout RT long de la côte. Pour la viande on en trouve en
pas abondance : cependant comme on pourroit craindre le changement de
nourriture , & être embarraffé pour la préparation des viandes, il vaut.
mieux tout porter pour ce prémier voyage. L'interpréte & les autres de
Négres fe nourriffent eux-mêmes 1 moyenant quelques douzaines On leur
couteaux 1 ou quelques autres bagatelles qu'on leur diftribue. à chacune
donne le matin, à midi, & le foir un verre d'eau-de-vie
Cette liqueur eft le reffort principal qui met les Angolois en mouvement. Il ne faut que fept heures de marche pour arriver de Cabende
à Barré ; y étant arrivés on demande audience qui n'eft pas long-tems Ces
différée. On fait agréer les préfens, & on convient des coutnmes. d'encoutumes font de nouveaux préfens qui tiennent lieu des droits
trée & de fortie 1 & qui ne varient guères 1 à moins qu'il ne foit arxivé plufieurs Navires à la fois. Ce n'eft que dans ces circonftances 2
que Ies coutumes peuvent augmenter. Il y a encore un droit qu'on l'achat doit de
regarder comme domanial 7 & qui fe paye au Roi pour
chaque Efclave qu'il ne vend pas lui-même. J'aurai occafion de parler
dudit droit. Le choix d'un bon interpréte, fur la fidélité duquel on
puiffe fc repofer, eft de la derniere conféquence ; c'eft pourquoi quelait de fa probité 3 il ne faut pas héfiter à
que leger foupçon qu'on
défiréroit en recevoir
faire entendre par des fignes au Mafouque qu'on
& on:
an de fa main. Cette marque de confiance le flate beaucoup,
peut prendre les yeux fermés, celui qu'il préfentera.
droit. Le choix d'un bon interpréte, fur la fidélité duquel on
puiffe fc repofer, eft de la derniere conféquence ; c'eft pourquoi quelait de fa probité 3 il ne faut pas héfiter à
que leger foupçon qu'on
défiréroit en recevoir
faire entendre par des fignes au Mafouque qu'on
& on:
an de fa main. Cette marque de confiance le flate beaucoup,
peut prendre les yeux fermés, celui qu'il préfentera. --- Page 419 ---
P. A R MARSEILLE
GUINÉE:
RECAPITULATION.
Traite des Noirs
Au Roi environ ci.
I5 piéces.
Au Mafouque & Manbouq, environ. .
-
IO idem.
Préfens des caves d'eau-de-vie ou pour boire, environ.
.
.
. .
4 idem.
Pour le port du Capitaine ou Officiers pour le
voyage à la Cour.
2 idem.
Pour le port des préfens & des vivres, environ. . I idem.
Pour la nourriture de l'interpréte & des Négres,
environ.
3 idem.
35 piéces.
COUTUI M E S
Ou droits à payer au Roi, & à fes Fidalques , c'ef-a-dire > Oficiers.
Au Roi ci.
45 piéces.
Au Mafouque.
20 idem.
Au Manbouq.
20 idem.
Au Manibaux.
IO idem.
Au Manabel. .
IO idem.
Au Maquinbe.
IO idem.
Au Capitaine des Gardes.
IO idem.
Au Capitaine de l'eau.
IO idemn.
Au Secretaire du Roi.
IO idem.
A la Reine. *
IO idem.
A la femme du Mafouque.
5 idem.
A la femme du Manbouq.
5 idem.
165 piéces.
ci-deffus.
200 piéces:
Voilà des marchandifes employées pour la valeur de 200 picces :
fans qu'il foit poffible d'éviter cette dépenfe. C'eft un préliminaire néceffaire avant de pouvoir acheter aucun Efclave, ni même débarquer
aucune marchandife 5 car avant de commencer la Traite ) après avois
Reine. *
IO idem.
A la femme du Mafouque.
5 idem.
A la femme du Manbouq.
5 idem.
165 piéces.
ci-deffus.
200 piéces:
Voilà des marchandifes employées pour la valeur de 200 picces :
fans qu'il foit poffible d'éviter cette dépenfe. C'eft un préliminaire néceffaire avant de pouvoir acheter aucun Efclave, ni même débarquer
aucune marchandife 5 car avant de commencer la Traite ) après avois --- Page 420 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
les coutumes, le Roi nomme les ferviteurs
GUINÉE. fait les préfens 9 & payé
du Navire,
l'emTraite des Noirs. deftinés pour le déclargement des marchandifes
pour la
barquement des Efclaves, & pour les autres travaux qui en font
fuite. Ces ferviteurs font ordinairemment au nombre de vingt, y compris deux interprétes, & appartiennent au Roi & à fes principaux Fidalques. C'eft une récompente qu'on accorde à ceux qui par leur zéle
méritent
5 en effet, ils font
& leur bonne conduite 1
quelques égards le Navire eft en
traités tres-gracieufement pendant tout le tems que
charge, leurs falaires font pour chacun d'une piéce & demi par mois,
& de deux anabaffes ou de deux cannetes de terre par femaine, pour
fournir à leur nouriture : mais on fent bien, que quoiqu'ils foient obligés de fe nourrir, ils reçoivent bien des reftes de provifion qui leur
épargnent ordinairement cette dépenfe fans parier de l'eau-de-vie qu'on
toutes les fois
font
au travail, foit à
>
leur diftribue
charier quils de bois, employés faire de l'eau, & condécharger les marchandifes,
Ces ferviteurs fe rendent au
duire les Efclaves dans les Chaloupes.
reviencomptoir bon matin , y demeurent jufqu'à midi, vont diner, foir
nent à une heure, & y paffent le refte de la journée ils jufqu'au font obéifpour exécuter les ordres du Capitaine & de fes Officiers.
fans & prevenans dans la crainte d'être congédiés ; car fur la moindre
plainte, ils font remplacés tout de fuite.
à Cabende
trouTout étant ainfi reglé,, on arrête un comptoir
qu'on maître du
ve facilement moyenant une piéce & demi par mois. Le
comptoir, fournit un ferviteur pour le garder pendant le jour, aux
appointemens d'une piéce & demi aufli par mois, & ce ferviteur n'eft
connu que par ferviteur de la caze. fait méntion d'un droit domanial fur
En parlant des coutumes, - j'ai
la valeur d'une anabaffe
la vente des Efclaves. Ce droit confifte en
valeur d'une demi pour
chaque Efclave de la part de l'acheteur 3 & en la
anabaffe de la part du vendeur. Ce droit ne fçauroit nuire aux achecette valeur fe préleve fur le prix convenu. Il eft à
teurs obferver 7 parce que les Efclaves que) le Roi, le Mafouque & le Manbouqvenque
dudit
mais cette exemption eft plus préjudent 7 font exempts
droit; lefdits Efclaves, outre le prix réglé,
diciable qu'avantageufe, puifque
coûtent chacun une piéce en fus.
des
Ileft rare que le Roi & fes principaux Officiers qui ont reçu préfens, ne faffent pas préfent au Capitaine, chacun d'un Efclave 1 pour
lui témoigner combien fon arrivée leur eft agréable. anabaffe
Il eft encore à obferver que le droit domanial d'une
pour ledit
l'achat de chaque Efclave, ne fe paye à plein, qu'autant que les
Efclave eft piéce d'inde. Paur entendre ceci, il faut fçavoir que le
Négres qu'on achetoit pour être tranfportés aux choifis Indes, bien avant faits & que bien
Commerce de l'Amérique fût ouvert, 3 étoient
&
la
portans, de Tage depuis feize à trente ans, tous mâles, c'eft
domanial d'une
pour ledit
l'achat de chaque Efclave, ne fe paye à plein, qu'autant que les
Efclave eft piéce d'inde. Paur entendre ceci, il faut fçavoir que le
Négres qu'on achetoit pour être tranfportés aux choifis Indes, bien avant faits & que bien
Commerce de l'Amérique fût ouvert, 3 étoient
&
la
portans, de Tage depuis feize à trente ans, tous mâles, c'eft --- Page 421 ---
P AR MARSEILLE
raifon qni les a fait appeller piéces d'Inde 1 comme fi on difoit, Ef GUINÉE.
claves propres pour le Commerce des Indes. Aujourd'hui qu'on achete Traite des Noirss
des vieillards 1 des femmes & des enfans, il ne feroit pas jufte de
les payer tous comme s'ils étoient piéces d'Inde, puifque la valeur n'eft
pas la même. Voici la régle qui s'obferve, tant pour le prix de l'achat
que pour le payement du droit domanial.
Un Noir de I5 à 30 ans, fain,
msipe Piéce d'Inde.
bufte, bien fait, & qui a toutes fes dents.
Deux Negrillons ou Negrites de cinq)
un Négre. Piéce d'Inde.
à dix ans.
Trois Negreffes de I5 à 30 ans ) bicn a
deux Négres. Piéce d'Inde:
portantes.
Trois Negrillons ou Negrites de dix)
deux Négres. Piéce d'Inde:
à quinze ans.
Trois Négres d'environ cinquante 2
deux Négres. Piéce d'Inde.
ans.
A l'égard des Négres d'un âge plus avancé ou valetudinaires y ce
n'eft que par l'examen qu'on en fera, * qu'on jugera combien il en
faut pour faire un Négre piéce d'Inde.
Pour la sureté de ce droit domanial, le Roi établit un Serviteur à
la porte du comptoir, qui tient note des Efclaves achetés, & quoique la Traite ne foit pas finie s fi le Roi veut être payé fur le nombre de ceux qui ont été délivrés, on le fatisfera cn marchandifes fuivant
le prix cotrant.
L'Interprête a le droit d'un pagne fur chaque Négre 1 piéce d'Inde 2*
qu'il fait vendre & qu'on lui paye à la fin de la Traite. Ces fortes:
de gens n'agiffent qu'en vûe de P'intérêt. Il faut veiller fur leur conduite, & avoir quelque Négre affidé pour découvrir s'il n'a point d'intelligence avec les vendeurs ; car il arrive fort fouvent que lInterprète
convient d'un prix, & qu'il en fait payer un autre pour s'approprier
cette plus-value ou la partager avec les Vendeurs.
éce d'Inde 2*
qu'il fait vendre & qu'on lui paye à la fin de la Traite. Ces fortes:
de gens n'agiffent qu'en vûe de P'intérêt. Il faut veiller fur leur conduite, & avoir quelque Négre affidé pour découvrir s'il n'a point d'intelligence avec les vendeurs ; car il arrive fort fouvent que lInterprète
convient d'un prix, & qu'il en fait payer un autre pour s'approprier
cette plus-value ou la partager avec les Vendeurs. --- Page 422 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
L'effentiel de Ce Commerce confifte à faire valoir les marchandifes
Traitedes Noirs. de la cargaifon à fe defaire premierement de celles qui font en plus
grande quantité ou d'une moindre valeur, & à mettre un prix moderé
fur les premiers Négres - piéce d'Inde, qu'on achete, parce que ce
prémier pris fert de régle pour toute la Traite du Navire, à moins
que quelque incident imprévà ne les fit rehauffer, comme feroit l'arrivée de plufieurs Navires dans le tems de ladite Traite; car ce font
les Européens, , qui par jaloufie les uns contre les autres, fe font nuis
ont
aux Africains à fe prévaloir de la conmutuellement 1 & Nations appris & même de plufieurs Navires de la même,
currence de plufieurs n'agiffent
d'accord pour faire la Traite, en
lorique les Capitaines
pas
des
leur faifant payer le double de la valeur ordinaire
Négres.
On ne peut donc rien établir de ftable 3 tant fur le prix des marchandifes de la cargaifon, que fur la valeur d'un Négre, piéce d'Inde,
les circonftances pouvant caufer une augmentation ou une diminution
aux unes & aux autres. le
courant d'un Négre, piéce d'Inde, lorfqu'il
Voici cependant prix,
n'ya ancune concurrence d'Inde pour l'achat. acheté du Roi, du Mafouque & du
Un Négre, piéce
IO piéces.
Manboucq, ci.
Une Négre, piéce d'Inde, acheté de tonte autre perfonne
& le droit domanial en fus, ci. -
.
9 piéces.
On a vû ci-deffus quelle eft la valeur, en piéces du pays, des mar- varie
chandifes d'une cargailon ; mais il arrive fouvent que cette valeur
& la Traite ne fe fait pas toujours fur un fembiable pied. Quand au
prix des Négres, il eft de la derniere conféquence de ne point de prendre le change fur l'état des Efclaves
font préfentés & s'affurer
de leur age, de leur tempérament & t leur caraétere. Les François facifont fouvent dupe dans l'examen qu'ils en font. Ils fe fent trop
lement au rapport des Interprêtes, & leur inclination naturellement la bienfeance
compatiffante, s'oppofe à des perquifitions qui choquent des Portugais,
& font fouffrir Thumanité. Ils n'ignorent pas la conduite leurs Efclaves ; mais
des Anglois & des Hollandois dans l'examen de
mériter ce
ils manquent de courage ( fi une pareille conduite peut n'ai
de
nom ) pour en faire autant. Heureufe timidité dans que la je cruelle garde néceflité
blamer, elle fait trop' d'honneur à la Nation,
ou elle eft de faire un fi étrange Commerce ), &c. dans la vilite qu'ils
les Hollandois ,
Les Portugais 7 les Anglois, n'oublient aucune partie de leur corps, ni
font de leurs Efclaves 1
les remuent. avec violence
aucune attitude dont ils font fiufceptibles 5 ils
ils les font coudécouvrir fi l'intérieur repond à ce qui paroit ;
rir, pour fauter, crier 3 &c. Un feul trait fuffira pour prouver combien honte ils de
doivént être experts dans le choix des Négres. Ils n'ont le pas de la
c'abailfor jufqu'à leur lécher la peau pour découvrir par goit fineur
, ni
font de leurs Efclaves 1
les remuent. avec violence
aucune attitude dont ils font fiufceptibles 5 ils
ils les font coudécouvrir fi l'intérieur repond à ce qui paroit ;
rir, pour fauter, crier 3 &c. Un feul trait fuffira pour prouver combien honte ils de
doivént être experts dans le choix des Négres. Ils n'ont le pas de la
c'abailfor jufqu'à leur lécher la peau pour découvrir par goit fineur --- Page 423 ---
Marche Dadaro
P/ XI
a
--- Page 424 --- --- Page 425 ---
PAR MARSEILLE
fueur, s'ils n'ont point contraété certaines maladics, & fi le poil du GUINÉE.
mnenton n'elt pas d'une force à indiquer uu âge plus avancé que la dé- Traite des Noiri.
claration qu'on lour en a faite.
La rufe eft de tous les pays, & les peuples les plus groffiers n'en
manquent jamais dans l'occafion ; mais elle femble avoir établi fon
domicile en Guinée; auli il n'eft point de ftratagêmes qui ne foiertt
employés par les Négres, , pour faire paroître leurs Efclaves plus jeunes, plus gras & bien portans. Ils les frotent d'huile de palmier, &
les font boire & manger tant qu'ils veulent, 3 les jours qui précédent
la vente pour mieux tromper par ce moyen les acheteurs.
Puifque j'ai occafion de parler de la rufe des Négres, je dois informer nos Capitaines de celle qu'employent les habitans de la Guiane
dans la vente de leurs Efclaves. Les chefs du Carbet, ( village ) les
cachent foigneufement, & ne les préfentent qu'un à un, comme font
nos Colporteurs, quand ils ont quelques bijoux à vendre. Ils s'inaginent par-là en retirer une plus groffe fomme. Ils demandent quelles
font les marchandifes qui doivent fervir au paycment 3 & fi on a la
fimplicité de leur déclarer celles de la cargaifon, ils s'obftinent à ne
point vendre, s'ils n'ont un peu de tout, & quoiqu'un Efclave dans
la Guiane, ne vaille qu'aux environs de 40 liv. en marchandifes monnoie de France, ils ne feroient pas fatisfaits quand méme ils auroient
reçu pour la valeur de mille livres, s'il leur manquoit quelque marchandife de celles qu'ils auroient vues. Il IIC faut donc leur montrer
que ce qu'on veut leur donner, & ne point paroitre fe foucier de
T'Efclave qu'ils préfentent > quand même on auroit deffein de l'acheter.
C'eft le feul moyen de faire une Traite avantageufe. En louant l'humanité des François, je ne prétends pas blamer un examen prudent
& fage avant d'acheter les Efclaves. Bien loin de cela, j'exhorte fortement nos Capitaines à ne point fe laiffer furprendre, en fe chargeant
d'Efclaves mal fains, fur-tout fi les maladies font de nature à fe communiquer. Le fort de la cargaifon en dépend. Ils doivent de plus s'informer exaétemenat fi les Négres qu'ils achetent, ne font poiunt de la
claffe des malfaiteurs. L'expérience de tous les tems & de tous les
peuples, a fait affez connoître que les mêchans deviennent rarement
honnêtes gens, & la plupart des revoltes fur les Navires, ne font
fufcitées que par cette efpéce d'Efclaves. Pour bien entendre ceci, il
eft néceffaire de fe rappeiler ce qui a été dit dans la differtation fur l'efclavage 3 je ne me repeterai pas. Je dirai feulement qu'ilya à Augola
trois clafles d'Efclaves. 1°. Les Malfaireurs, que la certitude d'en purger le pays avec avantage a enlevés au glaive de la Juftice. 2°. Les
prifonniers de guerre. ;6 Les Efclaves naturels du pays. Tous les EC
claves ne font point enchainés ; Onl fe contente de Ieur paffer au bras
une efpéce de menote 2 à laquelle une piéce de bois eft attachée ;
c'eft la marque de l'efclavage & uue précaution fuffifante pour empé
Tom. II.
Eee
purger le pays avec avantage a enlevés au glaive de la Juftice. 2°. Les
prifonniers de guerre. ;6 Les Efclaves naturels du pays. Tous les EC
claves ne font point enchainés ; Onl fe contente de Ieur paffer au bras
une efpéce de menote 2 à laquelle une piéce de bois eft attachée ;
c'eft la marque de l'efclavage & uue précaution fuffifante pour empé
Tom. II.
Eee --- Page 426 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE. cher leur fuite 3 d'ailleurs ils font toujours gardés. Leur fort eft affez
Traite des Noirz. trifte, fans aggraver leur malheureufe condition par l'embarras & le
poids d'une chaine. Oublions , s'il eft poflible, la barbarie de ces impicoyables vainqueurs, qui poignardent inhumsine.ment les priforrie:s
malades, mutiies ou trop vieux, dans la crainte que les frais de couduite n'abforbent le prix de la vente. Ce ne font point des guerriers,
ce font des monftres, indignes de jouir des avantages de la fociété.
On eft dans l'erreur, fi on s'imagine que par les loix des Royanmes, qui font vers les côtes de Guinée, tous les Négres naiffent Ef
claves, & que le Souverain a le droit de les vendre quand bon lui
femble. Les chofes ne font point ainfi, & quoiqu'il n'arrive que trop
fouvent que des gens foient vendus pour T'efclavage par ceux qui ont
F'autorité en main, ii ne s'enfuit que tous ceux qui font ainfi vendus foient réellement Efclaves. ce très-fouvent par violence & contre toute juftice, que la liberté leur eft ravie; j'entends cette juftice
reconnue même fur les côtes d'Afrique, qui affure à un chacun fon état,
& la légitime poffeilion de fes biens. II y a des Efclaves, mais tous
ne le font pas.
autorité
Dans le Royaume d'Angola 1 le Roi eft Monarque d'une
prefque abfolue qui approche du defpotifimne > & qui le feroit véritablement, f elle n'étoit temperée par celle des Seigneurs appellés
Sovas & Sangas. Ces Seigneurs font autant de petits Souverains, fous
la dépendance de la puiffance Royale ayant chacun une petite Cour
particuliere compofée de la Nobleffe des environs. Le fecond ordre
dans FEtat, eft le corps des Nobles, les Mocatas ou Gentils-hommes,
dont T'occupation eft d'être au fervice & comme aux gages du Seigneur dans la Jurifdiétion duquel ils fe trouvent, & devant qui ils fe
profternent, lorfqu'ils veulent lui parler. Après les Nobles, viennent
les Marchands, les Artifans les Laboureurs & généralement tous ceux
qui font libres par le droit de la naiffance.
le
Il faut ajouter un quatrième ordre, qui eft un état moyen entre
libre & les Efclaves, & qui participe aux avantages de la liberté & à
la fujetion de la fervitude. Ceux de ce quatrieme Ordre, font appellés Quifiens. Ce font des Domeftiques à perpétuité. qui partagent le
bénéfice dé leur travail avec leurs Maitres, ou qui, moyenant T'entre-"
tien, font obligés d'exécuter ce qui leur eft ordonné pour les travaux
de la campagne. Leurs enfans fuivent leur condition & appartiennent
à celui qui les poffede ; mais ils ne peuvent être vendus pour l'efclavage tel que nous l'entendons. & qui fait le fujet du Commerce de
Guinée. Le Gouvernement de Pologne eft à peu près le méme. En
voilà affez, je penfe, fur une matiere que j'aurois voulu me difpenfer
de traiter, tant elle eft oppofée à ma façon de penfer. La feule néceflité de faire connoitre une branche de Commerce inféparable 7 dans
l'état actuel des chofes, du Commerce de nos Colonies, doit me faire
que nous l'entendons. & qui fait le fujet du Commerce de
Guinée. Le Gouvernement de Pologne eft à peu près le méme. En
voilà affez, je penfe, fur une matiere que j'aurois voulu me difpenfer
de traiter, tant elle eft oppofée à ma façon de penfer. La feule néceflité de faire connoitre une branche de Commerce inféparable 7 dans
l'état actuel des chofes, du Commerce de nos Colonies, doit me faire --- Page 427 ---
PAR M ARSEILLE,
mériter l'indulgence du Leéteur fur ce qu'il vient de voir, & fur le GUINÉE.
peut qs'il me refte à rapporter.
Traite des Noirs.
QUESTIO de N
SUR LA
TRAITE DES NOIRS.
N demande s'il eft plus avantageux d'avoir des établiffemens dans
le pays pour faire la Traite , que de parcourir les Côtes.
Je rapporterai les railons pour & contre. Ce fera au Leeteur à décider la queftion.
RAISONS POUR AVOIR DES ETABLISSEMENS.
P R E M I E R E M E N T.
Un établiffement dans le pays, mct à même de profiter du moment
favorable pour la vente de certaines marchandifes qui dans d'autres tems
n'auroient pas produit le quart de leur valeur.
SECONDENENT
N'étant pas prelffé pour l'achat des Efclaves, on choifit ceux que
lon reconnoit les meilleurs, on évite de fe charger de ceux de la claffe
des malfaiteurs, & on ne les prend qu'autant qu'ils font à un prix
médiocre.
TROISIENEMEN: T.
On a le tems de les exercer aux travaux auxquels on les deftine ;
on les apprivoife en quelque maniere à nos ufages, & on prévient par
ce moyen le défefpoir qui en fait perir un grand nombre.
Eeeij
claves, on choifit ceux que
lon reconnoit les meilleurs, on évite de fe charger de ceux de la claffe
des malfaiteurs, & on ne les prend qu'autant qu'ils font à un prix
médiocre.
TROISIENEMEN: T.
On a le tems de les exercer aux travaux auxquels on les deftine ;
on les apprivoife en quelque maniere à nos ufages, & on prévient par
ce moyen le défefpoir qui en fait perir un grand nombre.
Eeeij --- Page 428 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
Traite des Noirs,
QUATRIEN ME M ENT.
Si quelques Efclaves ont des maladies fecrettes, elles ne tarderont
pas à fe manifefter; & fi on les juge incurables, on s'en defait à quel,
que prix que ce foit , plutôt que de les embarquer.
CINQUIENE: MEI NT.
Les Efclaves arrivant quelquefois de plus de cent licues de diftance. *
font fi fatigués & fi exténués d'une fi longue marche, que la plupart
périffent s'ils font embarqués tout de fuite i au lieu qu'en les achetant
dans cet état pour les faire retablir par quelques mois de repos, &
une bonne nourriture on remédie à cet inconvénient.
RAISONS CONTRE CES ETABLISSEMENS.
Voilà bien des avantages que les établiflemens dans le pays femblent
procurer. D'un autre côté 3 un Navire qui fait la Traite fans le fecours
d'aucun établiffement,
PREMIE E R E M E N T.
Evite une dépenfe très-confidérable 9 qui eft Ia fuite néceffaire de
tout établiffemeut dans une contrée éloignée.
SECONDES MENT.
Les Efclaves achetés à un prix médiocre &x qu'il faut nourrir 82
entretenir jufqu'à l'arrivée de quelque Navire, reviennent plus cher que.
ceux qu'on traite pour embarquer tout de fuite.
TROISIEM! E M EN T.
Les Naturels du Pays, qni n'ignorent pas que les marchandifes qui
font envoyées à un établiffement, ne peuvent être confommées que dans
le même pays, fe prévalent de cette néceffité & n'offrent pas la moitié de leur valeur. Un inconvénient plus à craindre > eft la dévaftation
du pays dans lequel fe trouve ledit établiffement; malheur qui n'eft
que trop commun parmi des Nations qui fe déclarent la guerre par
le feul motif de faire des Efclaves. Dans ces circonftances, que deviendront les marchandifes & même les Marchands ? Au contraire, un.
Navire en Rade, s'il ne peut vendre dans un lieu, paffe dans un au-
pas la moitié de leur valeur. Un inconvénient plus à craindre > eft la dévaftation
du pays dans lequel fe trouve ledit établiffement; malheur qui n'eft
que trop commun parmi des Nations qui fe déclarent la guerre par
le feul motif de faire des Efclaves. Dans ces circonftances, que deviendront les marchandifes & même les Marchands ? Au contraire, un.
Navire en Rade, s'il ne peut vendre dans un lieu, paffe dans un au- --- Page 429 ---
P A R MARSEILLE
tre, 1 & s'arrête Ià où il voit jour pour faire une Traite avantageufe. GUINÉETraite des Noitsi.
QUATRIEMEMENT
Dès qu'un Navire paroit à la Rade, chacun s'empreffe d'emmener
fes Efclaves dans la crainte de manquer l'occafion de s'en defaire 8
de fe pourvoir des marchandifes de la cargaifon. Cette crainte favorife la Traite du Capitaine du Navire. Le même empreffement ne fçauroit regarder un établiffement y parce qu'on penfe que la vente des:
Efclaves fera toujours à un prix inférieur, & que d'ailleurs on fera:
toujours maitre de les vendre quand on voudra.
CINQUIENES ME N T.
Les Efclaves ramaffés dans un établiffement, tel que nous le fuppofons, peuvent à la vérité fe faire à nos manieres 3 fi nous réuffiffons
à les leur montrer aimables; mais l'expérience ne prouve-t-elle pas
que le traitement qu'on leur fait les alienera toujours de nos ufages?
Il faudroit bien plus de tems pour perfiader ces gens 1 & s'attirer la
confiance de ceux qui nous regardent comme les plus cruels des hommes, occupés d'un Commerce que l'humanité condamne. L'idée que
ces infortunés ont de nous & les hiftoires qu'on publie de nos cruautés,
font une occafion continuelle de revolte. 1 & ily a tout à craindre que
ces Efclaves réunis dans un établiffement , ne complotent entr'eux, &
ne prennent des mefures fi bien concertées 1 que la vigilance la plus
prudente ne puiffe remédier à une revolte prémeditée & foutenue par
le défefpoir. Un femblable malheur ne peut arriver que bien rarement,
iorfque les Efclaves font embarqués à mefure qu'on en fait la traite..
Ils ne fe connoiffent fouvent pas & même fouvent ne s'entendent pas,.
du moins le plus grand nombre 3 n'étant pas tous du même pays, &c
leur liaifon dans le bord ne pouvant être fecrette, parce qu'ils ont
des furveillans qui examinent nuit & jour toutes leurs demarches.
C'eft au Leêteur maintenant à prononcer. Je l'ai choifi pour juger:
la queftion.
Les ferviteurs dont j'ai déja parle, & qui font aux ordres du Capi--
taine & de fes Officiers ) font chargés de conduire les Efclaves dansi
les chaloupes du Vaiffeau. Ils en répondent jufqu'à ce qu'ils les ayent:
mis dans lefdites chaloupes 5 mais après la confignation qu'ils en ont:
faite, c'eft au Capitaine de les faire garder.
maintenant à prononcer. Je l'ai choifi pour juger:
la queftion.
Les ferviteurs dont j'ai déja parle, & qui font aux ordres du Capi--
taine & de fes Officiers ) font chargés de conduire les Efclaves dansi
les chaloupes du Vaiffeau. Ils en répondent jufqu'à ce qu'ils les ayent:
mis dans lefdites chaloupes 5 mais après la confignation qu'ils en ont:
faite, c'eft au Capitaine de les faire garder. --- Page 430 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
GUINÉE.
Traite des Noirs. TROISIEME OBSERVATIO N.
La police qu'ifiaus faire obferver dans un Navire chargé d'Efclaves.
Si les Communautés les plus régulieres doivent la joniffance de leur
tranquillité à T'exadte obfervation des régles quiy font établies, & fi
les plus nombreufes armées uous raviffent d'admiration par la fubordination & la prompte obéillance de tous les membres à la voix du
Chef, c'eft T'effet d'une police invariable. Sans police, il n'y auroit
que confufiou & défordre. C'eft par elle que les Sociétés fubfiftent,
& fe perpétueront pour le bien de l'humanité. Plus donc les hommes
font le jouet de leurs paffions par les mauvais exemples d'une éducation & d'une vie corrompue 7 plus il eft néceffaire de les contenir par
l'autorité des loix & par une conftante vigilance à les maintenir dans
leur vigueur. Si donc quelque Nation a befoin d'un frein pour être
contenue, c'eft fans contredit, celle des Négres 1 dont les vices font
fi atroces & fi multipliés, qu'il femble que la providence a voulu
nous convaincre par la corruption énorme de tant de peuples de quoi
cft capable le cceur de T'homme, depuis la prémiere prévarication. Je
réduis à trois chefs la police à établir dans un Navire negrier. Honnèteré, Streté, & Santé.
H O N N E TE T É.
Il n'eft poiat queltion ici de politeffe & d'égards dont les hommes
devroient fe prévenir les uns les autres. Les Négres n'en font guères
fufceptibles. il ne s'agit que des aétions qui choquent & font rougir
la pudeur la moins timide. Les feux de Ia concupifcence éclatent avec
tant de violence dans cette partie de T'Afrique y que les bêtes les plus
féroces manifeftent moins de brutalité. Tout femble contribuer à fomenter chez ces infortunés peuples, les déréglemens les plus groffiers,
la chaleur dur Pays, les alimens chauds, la nudité expofée continuellement à leurs regards & une éducation conforme à leurs paflions. Le
prémier foin dont un Capitaine doit s'occuper, eft d'empécher qu'aucun Efclave paroiffe devant hui fans être couvert d'un pagne 1 dc chatier ceux qui méprifent cet ordre, 8 de faire recompenfer par la dic
tribution de quelgse.rafpmichifemems, 3 ceux qui font les plus refervés.
Heureux fi par cette conduite il peut réuffir à infpirer plus de retenue.
Le fecoud, ( & qui eft d'une grande importance 1 & qui pour la
moindre négligence pcut devenir un mal irrémediable ) eft lorfqu'on
embarque des Efclaves des deux fexes, de féparer les mâles, & dc
ordre, 8 de faire recompenfer par la dic
tribution de quelgse.rafpmichifemems, 3 ceux qui font les plus refervés.
Heureux fi par cette conduite il peut réuffir à infpirer plus de retenue.
Le fecoud, ( & qui eft d'une grande importance 1 & qui pour la
moindre négligence pcut devenir un mal irrémediable ) eft lorfqu'on
embarque des Efclaves des deux fexes, de féparer les mâles, & dc --- Page 431 ---
P A R M ARSEILL E.
ne permettre jamais qu'ils puiffent communiquer enfemble avec les at- GUrNfs.
tres, fous quelque pretexte que ce puiffe étre 3 ceci n'a pas beloin Trairedeshoirs
d'explication.
Fasia 1 qaniquerees infortands Efciaves n'ayent pour la plupart aucene idee de la vériable Religion & da culte que le vrai Dieu exige
de tes craatures, il ne faut rien négliger pour leur inipirer le refpeét
du à TEtre fuprême. A cet etiet on ne mauquera point de faire trois
prieres pabliques chaque jour , l'une le matin, T'autre à midi 2 & la
troifieme le foir. C'eft par l'exemple qu'il faut perfiader. Les fentimons de dévouement, d'humiliation, de confiance & de reconuoilftuce,
fout un langage que les fourds & les muets comprenneut, & c'cft le
feul qui puilfe faire impreffion fur cette efpéce de gens.
SURE T É.
11 eft firprencat que dans cette partie de TAfique 3 où T'efclavage
eft fi commun 1 la perte de la liberté y foit regardée comme le plus
grand de tous les manx. Mais de tous les efclavages, le plus infipportable aux Négres, eft celui qui fait l'objer de notre commerce. Le
tranfport qu'on en fait dans des pays lointains, d'oir aucun ne revient,
les aflige exceflivement & les défelpére , aufi un grand nombre préférent-ils de fe donner la mort, plutôt que de furvivre à un malheur
fi: accablant. Encore fi on pouvoit leur faire entendre raifon, & les
guérir de leurs appréhenfions, 7 en converfànt avec eux, ce feroit un
adoucifement à leur douleur; mais leur préjugé contre notre tyrannie
& la différence de langage rendent cette reffource impraticable.
La douceur fait une grande imprefion fur leur ame troublée par des
imaginations extravagantes S on ne fçauroit trop leur témoigner de bonté;
Thumanité l'exige de nous ; c'eft même le feul moyen de calmer leurs
agitations. Cependant il ne faut point fe laiffer furprendre par les apparences de leurs foumifions. Les Négres font les plus rufés de tous
les hommes, & la tranquillité eft preique toujours T'avant-coureur de la
révolte. Qu'on fe tienne donc fr fes gardes 1 & qu'on ne confonde
point la douceur avecla foibleffe. Ce commerce demande de la fermeté s
& le plus perit relachement daas la difcipline peut caufer. la perte du
Navire. On fent de quelle conféquence il eft de ne laiffer ni couteaux
ni armes de quelque efpéce qu'elies foient : anx Efclaves embarqués *
& tant que le Navire fera fur la côte en vue des
tenir à la chaîne. Sans cette précaution il feroit terres J O11 doit les
que la plupart ne fe précipitaffent dans la mer pour impoffible fe fauver d'empêcher à la nâge.
Le danger de périr ne les arrête pas. I fuffit qu'ils voyent la terre 3 pour
efpérer d'y arriver. Après tout la mort leur caufe moins d'horreur,
que l'idée de leur efclavage. Une fois qu'on aura perdu la terre de
tenir à la chaîne. Sans cette précaution il feroit terres J O11 doit les
que la plupart ne fe précipitaffent dans la mer pour impoffible fe fauver d'empêcher à la nâge.
Le danger de périr ne les arrête pas. I fuffit qu'ils voyent la terre 3 pour
efpérer d'y arriver. Après tout la mort leur caufe moins d'horreur,
que l'idée de leur efclavage. Une fois qu'on aura perdu la terre de --- Page 432 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. vuc Otl peut adoucir leurs chaincs 9 & peu à peu leur accorder plus
TisitederNeirs. de liberté du moins à un certain nombre.
Le Capitaine doit avoir l'ceil ouvert fur tous les mouvemens de fes
Efclaves, & étouffer par un coup d'autorité les prémieres étincelles
d'un foulévement. La plus petite négligence deviendroit infailliblement
la canfe d'ua mal irrémédiable & la moindre complaifance en fait
de revolte, fera toujours funefte. La compaflion feroit déplacée dans
Çes circonftances, il n'y a que l'autorité qui puiffe retablir le calme.
SAN TE'.
Si T'efprit de fédition qui anime lcs Efclaves Négres :. dans T'efpérance de recouvrer la liberté, qu'ils confidérent dans leurs chaînes
comme l'unique bien, peut caufer la perte d'un Navire Negrier, pour
peu qu'on néglige de tenir ce çorps d'efclaves dans une dependance
abfolue, jufqu'à ce qu'on les aye, pour ainfi dire, apprivoilès & reconnus capables d'agir par fentiment & par reconnoitiance, les maladies épidemiques peuvent auffi caufer un femblable malheur. Trois chofes ferviront à préferver de cette infortune. Le choix des alimens, 1 la
neteté, & le renouvellement d'air. Quand aux alimens, j'en parlerai
dans la quatricme obfervation.
NETE.
Le corps de l'homme, créé pour l'immortalité, éprouve tant de mifercs depuis l'arrêt de mort prononcé contre lui; que tcutes les infirmités femblent aboutir à ce centre. Tout contribue à fa corruption par
des effets quelquefois horribles; 5 c'eft aufii avec bien de raifon que
Job, qui avoit été livré à plufieurs de ces miferes, fe reconnoît le Gls
dela pourriture. Que l'orgueil de l'homme difparoiffe à la vie de tant
de calamités inféparables de la condition humaine, & que la raifon,
qui le diftingue des autres êtres, lui faffe choifir les moyens que la
Providence a établis pour s'en préferver. Un de ces moyens que l'expérience n'a jamais dementi, eft la propreté. Sans elle toutes fortes
de vermine fort du corps de Thomme comme d'une pepiniere, & s'y
multiplie prodigieufement. De là naiflent lcs maladies cutanées, 1 fi hidoufes, les maladies contagieufes & taut d'autres dont l'énumération
eft alligeante & prefque accablante. Tous les corps des hommes repandus far la face de la terre, ne font pas fujets aux mêmes maladies.
Le climat, les alimens, les eshalaifons 7 T'humide ou le fec, caufent
des varietés étonnantes; mais de tous les corps celui des Négres eft le
plus prompt à manifefter cette corruption. il faut donc un redoublemeut
, les maladies contagieufes & taut d'autres dont l'énumération
eft alligeante & prefque accablante. Tous les corps des hommes repandus far la face de la terre, ne font pas fujets aux mêmes maladies.
Le climat, les alimens, les eshalaifons 7 T'humide ou le fec, caufent
des varietés étonnantes; mais de tous les corps celui des Négres eft le
plus prompt à manifefter cette corruption. il faut donc un redoublemeut --- Page 433 ---
PAR MARSEILLE
ment de foins : car la mortalité qui ravageroit les Efclaves de la cargaifon, fe comuniqueroit infaillibiement à tout le refte de
GUINÉE.
Le petit efpace qu'occupent les Efclaves, la néceffité de les Téquipage. tenir at- Traite des Noirs.
tachés, contribuent à une fermentation dont on préviendra les funeftes fuites, en failant paller ces Efclaves les uns après les autres fur
lc pont, pour lcs y faire laver avec l'eau de la mer. A cet cfet, il
faut entierement debarraffer le pont & l'entrepont, & les laiffer libres
pour cette opération. Il feroit même expédient de les faire couvrir de
briques 1 pour éviter la faleté que le goderon, en fe détachant, 3 ne peut
manquer de commnniquer aux Négres. A mefure que lefdits Efclaves
paffent fur le pont, il faut faire nettoyer & laver la place
viennent de quitter, & fi elle fe trouvoit fale, la faire frotter qu'ils avec du
fort vinaigre 1 pour enlever la caufe des mauvaifes odeurs. C'eft un travail qu'il faut repeter fans fe laffer ; le falut de l'équipage en dépend.
RENOUVELLI E M E N T D'AIR.
II y a des chofcs fi claires par elles-mémes,
les
du dernier ridicule. Le foleil échauffe & éclaire. que On preuves montreroit feroient
doigt qui s'occuperoit à en donner des démonftrations. Il en eft de au
même de la néceflité de l'air pour la confervation des
& méme des plantes. Elle eft fi évidemment reconnue animaux,
micux cette vérité
fa
) que chacun fent
par propre expérience, que par tous les raifonnemens qu'on peut faire à ce fujet. La vie dépend de la
& la refpiration ne fçauroit fe faire fans air; par
refpiration, l'air
eft le prémier aliment de la vie, & la prémiere caufe conféquent, de tous les
mouvemens des êtres animés ; mais l'air n'étant pas le même
c'eft-à-dire, 3 que quoique toujours le même par fa nature, par-tout, il varie
relativement aux corps qui l'environuent, ou plutôt
luiméme ) ainfi l'air qui remplit un vallon coupé de qu'ilenvironne pluficurs
differe de l'air qui fe trouve fur le fommet des
L'un canaux,
humide & l'autre eft fec; de forte que fuivant le montagnes. tempérament d'un eft
chacun, l'air qui convient aux 1ES, feroit très-nuifible aux autres. Cetté
humidité dont l'air eft pénétré, prouve combien il peut devenir dan.
gereux dans Ies lieux qui exhalent des parties arcenicales & vitrioliques, & qui s'infinuant dans les pores invifibles dont il eft
le rendent mortel. De tous les corps, l'air eft peut-étre (je parfemé pourrois >
l'affurer ) le plus poreux; fon élafticité, fa condenfation & fa rarefaction, en font une preuve manifefte. C'eft une vérité univerfellement
à-dire, reconnue le par l'expérience de tous les pays. 1 que l'air le plus pur, c'eftà la conftitution moins du chargé de corps étrangers 1 eft le plus falutaire
ticuliers
corps de Thomme ; quoique dans certains cas
un air humide lui convienne mieux, il eft
reconnu parTom. Il.
également
Fff
condenfation & fa rarefaction, en font une preuve manifefte. C'eft une vérité univerfellement
à-dire, reconnue le par l'expérience de tous les pays. 1 que l'air le plus pur, c'eftà la conftitution moins du chargé de corps étrangers 1 eft le plus falutaire
ticuliers
corps de Thomme ; quoique dans certains cas
un air humide lui convienne mieux, il eft
reconnu parTom. Il.
également
Fff --- Page 434 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. que l'air des lieux élevés > ou agité par le vent, eft le plus pur; d'ou
Traite des Noirs. il refule que T'habitation des montagnes ou des lieux expofés à des
vents fréquens, font préferables pour la fanté à tous autres 3 pourvà
d'autres caufes accidentelles ne détruifent point cette bonté que l'éléque vation ou l'agitation lui confervent naturellement; car fi le fol des
montagnes renferme des mines de cuivre, &c. l'air fera pernicieux ;
& fi le vent qui régne dans d'autres lieux paffe fir des eaux ftagnantes & corrompues., l'air portera un principe de corruption dans tous
les corps placés dans ces lieux élevés. Voyez à ce firjet le Traité que
Mr. Duhamel du Monceau a donné au public pour le bien de T'humanité fous le titre de Moyens de conferver la fanté aux équipages des
Vaifeaux. L'humidité qui pénétre l'air qui n'eft point agité par le vent, caufe
d'infeéter fubitement les corps les
une fermentation contagieufe, capable
fouvent à
plus robuftes 1 ce qu'on n'éprouve malheureufement oni que le trop même air a
T'ouverture de quelques puits , caves & fouterrains
nouvel air qui
féjourné trop long-tems fans mouvement. Il n'y a qu'un
le
puiffe corriger cette malignité, & purifier ces lieux corrompus par
défaut de circulation de Yair C - qui leur eft propre ) avec celui des environs. Un Navire n'eft point un féjour dangereux pour ceux qui y font
deffis, tandis qu'ils refpireront un air libre qui fe renouvelle à chaque
inftant par le changement de lieu, & par la continuité des vents qui le
ne ceffent guères de fouffler fur la mer; du moins il eft rare que
calme dure plufieurs jours, & quoique l'air de la mer foit ipregné
de parties falines qui entrent dans le corps par la refpiration 3 il: n'eft
point reconnu malfaifant, parce que ce fel eft en trop petite quantité
altérer la maffe des fluides d'oi dépendla fanté. Je n' ignore pas que
d'habiles pour Phyficiens foutiennent que le fel eft trop pefant pour s'élever
avec l'air, & que la pluie qui n'eft autre chofe que l'évaporation d'être de
T'eau de la mer 7 nous paroitroit falée, fi l'air étoit fufceptible la
n'eft
les
de fel. Jec conviens que l'eau de pluye
point pénétré falée par à rebuter particules celui qui la boit ; mais je nie qu'eile ne. foit point
falée du tout ; elle n'eft même potable, que parce qu'elle renferme une
portion de fel, fans lequel elle feroit f fade, que le ceeur en feroit
foulevé. Pourquoi le fel ne pourroit-il pas pénétrer l'air, dès que des
exhalaifons plus pefantes s'incorporent avec lui? J'ai éprouvé je ne
fçais combien de fois, en me promenant à plus d'un quart de lieue
de la mer > lorfque le vent paffoit fur les vagues, que je refpirois diftance un du
air falé. Les plantes & les fruits qui croiffent à une certaine d'un
de falure qui les rend
goit
zivage 9 reçoivent une de impreffion fel fortent doncdu fein des ondes, & font portées.
particulier. dans Ces parties terres. Elles ne peuvent être portées que par le
bien avant
les foit
le
ou qu'elles s'attachent à fa
vehicule de l'air,
qu'eiles pénétrent
pirois diftance un du
air falé. Les plantes & les fruits qui croiffent à une certaine d'un
de falure qui les rend
goit
zivage 9 reçoivent une de impreffion fel fortent doncdu fein des ondes, & font portées.
particulier. dans Ces parties terres. Elles ne peuvent être portées que par le
bien avant
les foit
le
ou qu'elles s'attachent à fa
vehicule de l'air,
qu'eiles pénétrent --- Page 435 ---
PAR MARSEILLE
furface. Nous fommes encore fi ignorans fur la contexture de l'air, GUINÉE. des Noirte
de propriétés qu'il Traite
quoique fes effets nous en coninoifions beaucoup les
falines
y auroit M la témérité à décider de quelle maniere parties
de quelque nature qu'elles foient s'incorporent avec l'air. Quoique de dif- nos
découvrit comment l'air peut fe charger
yeux ne puilfent poiut ne
douter 1 & nous fommes certains
férentes vapeurs 9 nous fels pouvons
de toutes
Ce tranfport
que les exhalaifons & les
voltigent
parts. autre chofe
zie fe fait que par l'entremife de T'air, &le vent n'eft affurer fans que
l'agitation d'an air condenfé Ot raréfié. On peut même même que il n'y
air, cette tranfiniflion n'auroit plus lieu 3 & que files peut-être fels font inhérans
auroit plus de vent. Peu importe donc de fçavoir
ou adhérans à Pair. Il fuffit que l'air nous Ies communique, pour ne plus
douter que T'air qui fluétue fur un Navire $ renferme plus de parties
falées
celui qui circule fur an terrein éloigné de la mer. Je penfe
même 7 qu'il que doit y avoir une proportion déterminée pour la falure d'un
air à un autre air, relativernent à fon élevation ou à fon éloignement
de la mer; car il ne faut pas croire que ces parties groffieres 1 que
nous appellons fel, foient celles qui nous font chariées par le moyen
le
ne les
de l'air. Elles font bien plus déliées 3 & le verre plus parfait
fera jamais découvrir. La matiere fe divife à l'infini, & riotre concepzion ne fronve que de la difficalté & non de Fimpofibilité s'élevent dans cetté dans
propofition ; d'ou je conclus que les glebules d'eau qui mefure
Fair, laiffent tomber les parties les plus pefantes 7 & qu'à continuel- que
Fair monte ou parcourt un plus grand efpace 3 il s'échape
& du
lement de nouvelles parties falées en raifon de leut pefanteur
dévelepement qui s'en fait par le frotement des rameaux de T'air, de
forte que l'air le plus voifin des eaua falées ou des terres minérales,
doit être plus chargé de parties falines ou métalliques qu'un air fupérieur. La même progrefion fe trouve dans les caux de la mer, qui
font plus falées dans le fond qne fur la furface. Je laiffe aux Phyficiens à ealculer les différences que le plus Ou le moins de profondeur fur
dans la mer doivent caufer daus la falure de l'eau. Je retourne
les Navires Négriers.
fe renouvelle continuelJe fuppofe que l'air qui remplit un Navire, de
à la fanté.
lement & ne renferme aucun vice capable préjudicier
Cette fuppofition n'eft point idéale 1 eile eft fondée fur l'expérience 3
inais Fair renfermé dans un Navire Négrier 7 fe trouvant gené dans
fa circulation, à caufe du locai qu'occupent les corps des Efclaves qui de
fout rangés les uns auprès des autres, & la tranfpiration de tant fi
perfonnes mélée aux fucurs & aux exhalaifons inféparables d'une
étroite habitation, ) commanique à cet air un principe de corruption qui
Se rend meurtrier, & dont il n'eft plus poffible de fe garantir, nnd
fois que la fermentation a été portée trop loin.
de corps
Je ne difcuterai point ici quelle eft la quantité précife
Fffij
Efclaves qui de
fout rangés les uns auprès des autres, & la tranfpiration de tant fi
perfonnes mélée aux fucurs & aux exhalaifons inféparables d'une
étroite habitation, ) commanique à cet air un principe de corruption qui
Se rend meurtrier, & dont il n'eft plus poffible de fe garantir, nnd
fois que la fermentation a été portée trop loin.
de corps
Je ne difcuterai point ici quelle eft la quantité précife
Fffij --- Page 436 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
Traite GUINÉE. des
étrangers, qui mélés avec l'air on dans l'air, le rendent
Noirs. le volume d'air néceffaire à chaque homme
pernicieux , ni
l'afpiration le mouvement effentiel à la vie. Mr. pour Hales donner au fang par
cette matiere avec tant de lumiere
a déja traité
mieux faire quc de confulter un fi habile que mes Maitre. Leéteurs ne fçauroient
Il nous fuffit de fçavoir préfentement
air
de corps étrangers, eft le plus falutaire, qu'un &
pur, 2 fans mélange
mélé avec d'autres
que plus l'air fe trouve
la vie. Deux
corps 3 plus il eft contraire à Ia confervation de
expériences feront connoitre la quantité de corps étrangers dont l'air fe trouvera chargé,
1°. La difficulté de refpirer ; les poulmons ne recevant plus la même
quantité d'air, ou plutôt l'air qui entre dans les poulmons
ration, ayant perdu partic de fon élafticité par l'admifion d'autres par Tafpidont fes rameaux font embarraffés, le méme volume de matiere corps
entrer véritablement dans les poulmons ; mais non pas le méme volume peut
d'air, & le peu qui y entre demeure fans force & fans aétion ; ce
qui caufe ces évanouiffemens très-fouvent mortels, fur-tout fi ces
étrangers fe font corrompus ou font mélés avec des fels arceni- corps
caux.
2°. En allumant une lampe ou une bougie, plus l'air eft pur OLr
dégagé &
de tout autre corps, plus la lumiere eft claire &
à mefure que l'air fe méle avec toute autre matiere, la lumiere brillante
de fa clarté & diminue infenfiblement jufqu'à s'éteindre.
perd
journaliere fait affez connoître tous ces faits. Une
L'expérience s'éteint fubitement au fonds d'un puits, * dans une petite cave bien lampe fermée, aux environs d'une cuve, lorfque le vin bout encore, , à l'ouverture d'un tonneau & de tout autre endroit rempli de fumée, de poudliere ou d'exhalaifons. L'impreffion que cet air ) furchargé de matieres
fait fur la lampe, * agit également fir le corps de T'homme, étrangeres, de forte
que f la lumiere ne fouffre qu'une légere altération, la refpiration n'eft
gênée qu'en proportion, & l'extinction de la lampe eft la mefure de
Févanouifement. Il eft donc de la derniere confequence, pour la confervation de la vie, de n'habiter que les lieux où l'air circule
& oà il conferve le volume qui lai eft naturel, & qu'il ne perd librement, qu'en
proportion des corps étrangers qui s'infinuent dans les parties rameufes
qui le confituent, ou par la rarefaétion ; car il peut fort bien arriver
qu'un air plus pur qu'un autre air, foit cependant d'un moindre volume
par la rarefaétion qu'une violente chaleur caufe nécefairement. Auffi
expérimente-t-on très-fouvent, que dans les plus grandes chaleurs de
TEté, on eft prefque faffoqué par la difficulté qu'on a de refpirer; c'eft
que pour lors le volume d'air rarefé qui entre dans les poulmons par
Fafpiration, fes
n'a qu'une plus grande étendue, fans force & fans altivités
refforts ne font plus propres à rafraîchir le fang, & c'eft
à cette unique caufe, qu'il faut attribuer la vie languiflante, peut-étre & pref
les plus grandes chaleurs de
TEté, on eft prefque faffoqué par la difficulté qu'on a de refpirer; c'eft
que pour lors le volume d'air rarefé qui entre dans les poulmons par
Fafpiration, fes
n'a qu'une plus grande étendue, fans force & fans altivités
refforts ne font plus propres à rafraîchir le fang, & c'eft
à cette unique caufe, qu'il faut attribuer la vie languiflante, peut-étre & pref --- Page 437 ---
PAR MARSEILL E.
que toujours courte qu'on mene dans les climats trop chauds ; au lieu
que dans les pays temperés, & même froids les hommes y font vi- Traite GUINÉE. desNoirse
goureux, bien portans jufqu'à la derniere vieilleffe. Je ne confidére ici
que l'aétion de l'air fur les corps > parce que mille autres accidens conduifent T'homme au terme que la fentence générale a prefcrit à fes
jours. Si donc on veut avoir une connoiffance certaine de l'air le plus
pur de deux lieux différens, il faut avoir deux bougies de même cire
& d'une mêche de groffeur égale, en placer une dans chaque lieu &
les allumer en même tems , celle placée daus le lieu oii l'air fera
moins mêlé de corps étrangers, indépendamment d'une plus belle clarté,
durera plus que Fautre, toujours en raifon des matieres étrangeres qui
furchargeront l'air le moins pur. Une plus grande quantité d'air, c'eftà-dire 3 un air plus pur ; car plus l'air eft pur 1 plus la quantité eft
grande & doit agir plus uniformement fur la mêche enflammée, & divifer plus parfaitement la partie de cire que la chaleur fait monter le
long de la mêche, à caufe de la rarefaétion caufée par la flamme; au
lieu que les corps étrangers dont l'air fe trouve furchargé dans l'autre
lieu, agillant en même tems que l'air fur la mêche, rendent la clarté
moins brillante, en proportion de leur quantité, & font couler la cire
qu'ils ne peuvent attenuer comme fait l'air pur; ces corps étrangers
palfant le long de la mêche, forment ces
ni
ni la cire feuls ne fçauroient former fans le champignons mélange d'autres que l'air, 2
Ces corps étrangers devenus ardens par l'aétion du feu, font la corps- caufe
d'une plus grande difipation de cire; car s'il y. avoit moins d'air * parce
qu'il feroit rarefié par la chaleur , la bougie dureroit
que fi
T'air étoit en plus grande quantité, à caufe du froid davantage qui l'auroit condeufé. Je n'ai pas befoin de faire obferver que T'expérience des deux
bougies fiuppofe qu'on les garantira toutes deux du vent. C'eft
la
même raifon que le bois brole mieux pendant T'Hyver que dans par
& que la flaume eft plus vive ; pour lors l'air eft
YEté,
conféquent il y en a une plus grande quantité qui plus remplit condenfé, le même ) par
efpace; d'oi j'infere encore que le tems froid eft plus falutaire
le tems chaud, puifque le premier fournit un air plus abondant pour que
alimenter les poulmons. Jc m'arrête, car je m'apperçois
d'un raifonnement à un autre, je m'écarte de mon
qu'en pallant
mes
fujet. Cependant f
écarts peuvent être de quelque utilité, * je n'en ai point de
Je ne ferai plus qu'une obfervation fur une queftion importante regret. &
me paroit liée avec le renouvellement de T'air.
qui
Quel eft l'air renfermé dans un Navire qui eft le plus ruifible à Ta
fanté? Eft-ce celui qui eft le plus bas,le plus hant, ou celui du milieu 3
Il femble d'abord que l'air doit être le méme 1 & qu'il ne. devroit
point y avoir de différence dans un fi petit efpace 3 cependant d'habiles Phyficiens affurent que fi dans une falle d'Hopital, remplic de
malades, on monte fur une échelle, on relpirera uul air f infeété,
ft le plus ruifible à Ta
fanté? Eft-ce celui qui eft le plus bas,le plus hant, ou celui du milieu 3
Il femble d'abord que l'air doit être le méme 1 & qu'il ne. devroit
point y avoir de différence dans un fi petit efpace 3 cependant d'habiles Phyficiens affurent que fi dans une falle d'Hopital, remplic de
malades, on monte fur une échelle, on relpirera uul air f infeété, --- Page 438 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. qu'on fera contraint de defcendre au plutét pour prévenir la défaillance
TraitedeNoirs. du coeur, & que dans les falles de Speétacles on refpire un air fmal
fain anx troifièmes loges, qu'on eft furpris, en defcendant au parterre,
de refpirer beaucoup plus librement malgré la foule qu'on y trouve;
d'ou ils concluent que l'air fapérieur 7 eit pluté: infeété que l'air inférieur, & que les corps étrangers qui corrompent l'air font à fon
égard comme T'huile eftà l'eau, & qu'ils furnagent de ia même maniere. Je pourrois convenir avec eux, que Tair d'une chambre peut être
moins fain vers la voute que fur le plancher, fans cependant admettre
que l'air fapérieur eft chargé d'une plus grande quantité de corps étrane
gers que T'air inférieur. Ceci a befoin d'explications. J'ai établi que
Tair le plus élevé, étoit plus pur que l'air qui remplit un lieu bas, &
je ne change point de fentiment, en admettant même que l'air qui La
fluétue au haut d'une chambre, eft le plus pernicieux à la fanté. grande fluidité de Tair, le tient dans un mouvement perpétuel, même
pendant le calme le plus profond. On peut s'en convaincre > en examinant la prodigieufe quantité de corpufcules qui voltigent en tout
fens à travers ces rayons du foleil qui percent dans un appartement 3 par
trou, ou
fente de fenêtre. On verra à la moindre
quelque
1 quelque diftinétement de différentes groffeurs les uns
agitation 1 ces corpufcules
fe
traverfer & courir vaguemonter rapidement, les autres précipiter
ment de tous côtés ; & fi vous foutflez fur le plancher, ou fi vous
agitez l'air en marchant, un nouveau nuage de corpufcules s'élevera
avec impétuofité à travers lefdits rayons du foleil, & en vous tenant
tranquille dans un coin de la chambre, vous verrez peu de tems après
les plus volumineux de tous ces corpufcules s'abattre fans fe relever de
nouveau i d'oir je concluds que les corps étrangers dont Fair inférieur
eft néceffairement chargé, ne s'élevent qu'autant que par une impref
fion quelconque ils font forcés par Ia réflesion de remonter & de s'éJoigner du centre de la terre vers lequel tous les corps 1 méme l'air
dans T'atmofphere terreftre, tendent. L'aétion du feu, Ia refcompris les fermentations 7 le vent & tous les mouvemens commupiration niqués à 1 la furface de la terre 2 pouffent en haut ane quantité inconcevable de corpufcules, qui s'incorparent 7 pour ainfi dire, avec l'air s
& font tranfportés dans un clin d'ceil dans des lieux fi éloignés 1
vérité,
BRe
fi F'odorat ne démoutroit cette
elle paroitroir incroyable.
ion du feu, Ia refcompris les fermentations 7 le vent & tous les mouvemens commupiration niqués à 1 la furface de la terre 2 pouffent en haut ane quantité inconcevable de corpufcules, qui s'incorparent 7 pour ainfi dire, avec l'air s
& font tranfportés dans un clin d'ceil dans des lieux fi éloignés 1
vérité,
BRe
fi F'odorat ne démoutroit cette
elle paroitroir incroyable. lampe allumée, chaffe en haut, par l'aétion de la flamme, 3 les parties
que le feu a divifées & fubtilifees, & taut qee la Iampe brile 1 on ne
fent aucune odeur, parce que toutes €es parties s'élevent en ligne droite. Eteignez la lampe, le feu n'agiffant plus 3 le refte de famée fe fait
fentir faux environs. Toutes ces caufes ceffant, les mémes corpufenles
retombent da moins en grande partie; ce qui rend lcs muits d'été fi
dangereules, fur tout dans les lieux abondants en ntines, fi le tems
Re caime. Les exhalaifons élevées pendant le jour 1 retombent & fe mé
-
a --- Page 439 ---
PAR M ARSEILL E. Ient avec l'air néceffaire à la refpiration. Perfonne n'ignore les fuites GUINÉE:
funeftes du ferein. Il n'eft donc pas furprenant que dans une falle de Truite derNoirte
Spectacle ou dans une falle d'Hopital, T'air furpérieur foit le plus nuifible à la fanté. Ces lieux font exaêtement fermés; ; tous les mouvemens
qui s'y paffent, agitent l'air de bas en haut, un foufile continuel le
remplit d'exhalaifons. Le feu ou les chandelles multipliées 1 élevent
toutes ces vapeurs ; la chofe ne fçauroit être autrement : aufi on éprouvera que dans une Eglife entierement remplie, fi on eft placé dans une
tribune on a de la peine à refpirer, & à mcfure que le monde fort,
on fent l'air fe rafraichir, & la refpiration redevenir aifée. La caufe
qui poulfoit toutes ces exhalaifons vers la voute ne fubfiftant plus , T'air
de la tribune devient plus fain que celui du fol furchargé ide corpuf
cules quelquefois corrompus par la quantité de cadavres 1 qu'une imprudente politique a permis de dépofer dans les Eglifes, contre le refpeét dà à la majefté du lieu & à la fanté publique. Jc conviens donc
que l'air fispérieur de tout lieu fermé & rempli de monde, fera moins
fain que l'inférieur. > quoiqu'à dire vrai ni lun ni l'autre ne vaille rien;. mais je foutiens que l'air d'un lieu élevé, fera toujours moins chargé
de corpufcules nuifibles à la fanté 9 que celui d'un vallon 7 d'un boisi
& de tout autre endroit où la circulation de l'air n'eft pas entierement
libre. Quand je dis que l'air d'un lieu élevé eft le plus fain , j'entends
une élévation telle que celle d'un côteau ou d'une moyenne montagne >
& de même quand j'ai avancé que le froid étoit plus falutaire que le
chaud , j'entends aufli un froid moderé ; car fi on vouloit en inferer delà que je penfe que les extrémités de la Laponie & le fommet du Pic
de Ténériffe font des habitations plus propres à prolonger la vie de
T'homme, que la Zone-Torride y je déclare que ce n'eft point mon fentiment.
d'un côteau ou d'une moyenne montagne >
& de même quand j'ai avancé que le froid étoit plus falutaire que le
chaud , j'entends aufli un froid moderé ; car fi on vouloit en inferer delà que je penfe que les extrémités de la Laponie & le fommet du Pic
de Ténériffe font des habitations plus propres à prolonger la vie de
T'homme, que la Zone-Torride y je déclare que ce n'eft point mon fentiment. La Laponie n'eft bonne qu'à former des glaces, & le fang al
befoin de chaleur pour circuler 5 le Pic de Ténériffe eft trop élevé
pour fournir un air affez pefant par fa condenfité , & capable par fon
reffort d'agir fur les poulmons & rafraichir le fang. Les hommes ont
été placés fur la furface de la terre 1 pour T'habiter & la cultiver. Les:
terres glaciales & les extrémités des plus hautes montagnes, ne fçauroient donc devenir fon féjour, puifqu' 'ils ne trouveroient aucuns moyens:
de fubfiftance dans de monçeaux de glaces, , ni fur ces hauteurs fupéricures aux nuages. Il y auroit mille raifons à rapporter ici, pour déveloper les diférentes propriétés de l'air, relativement à fon influence:
far le corps de T'homme. Ce n'eft point ici le lieu de traiter cette:
maticre , & il me fuflit d'avoir fait connoitre que la refpiration les:
fueurs, les urines, &c. d'un certain nombre d'hommes > renfermésdans un efpace étroit, peuvent caufer une corruption générale dans:
Tair, en le rempliffant de vapeurs contagieufes contre lelquelles on ne:
peut employer de reméde plus efficace > que l'introduéion d'un air
nouveau.
'homme. Ce n'eft point ici le lieu de traiter cette:
maticre , & il me fuflit d'avoir fait connoitre que la refpiration les:
fueurs, les urines, &c. d'un certain nombre d'hommes > renfermésdans un efpace étroit, peuvent caufer une corruption générale dans:
Tair, en le rempliffant de vapeurs contagieufes contre lelquelles on ne:
peut employer de reméde plus efficace > que l'introduéion d'un air
nouveau. Heureufement la chofe n'eft ni impoffibie ni difficile. Je laille: --- Page 440 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINés. à d'autres qui ont plus de loifir que moi, à établir & à prouver par
Traiteder Noirs. des expériences raifonnées, quel eft le poids de la colonne d'air analogue à la nature des poulmons 3 quelle eft la denfité ou la raréfaétion
qu'il doit avoir pour communiquer au fang l'activité néceffaire à fon en.
tretien ; fi le mélange d'autres corps détruit fon action; s'il eft plus
falutaire fec ou humide, & Gi fes refforts font affoiblis ou augnentés
la comprefion ou par la dilatation, 8xc. L'aétion de l'air eft fi pénétrante par , qu'ii paffe à travers les pores de la peau julqu'à un certain
point , & s'infinue jufques dans le fang ; aucune partie du corps n'eft
exempte de fon impreifion. Son extrême dilatation attaque les fluides,
& énerve les folides; fa chaleur affeête Feftomac 1 & fa trop grande
condeafité, caufée par le froid, affoiblit la poitrine; mais s'il eft chargé
de corps étrangers ou s'il eft trop humide ,il embarraffe la circulation
du fang, & devient la caufe de cette corruption qui eft le germe des
Je n'en dirai
&
le plus fain en génémaladies , 8cc.
plus rien, quoique s'accorde le mieux
ral foit le plus pur , chacun doit choifir celui qui
à fon tempérament ; car l'air hnmide convient à l'un 9 & le fec à
l'autre. L'un a befoin d'un air chaud, & le froid eft plus falutaire à
plufieurs. Peut-étre même que l'air qui eft chargé de corps étrangers,
fuivant la nature defdits corps 2 fera le feul capable de rétablir une
fanté délabrée. Il faut s'en tenir à l'expérience. Je retourne fur un
Navire Négrier pour travailler au renouveliement de l'air , que les exhalailons d'un fi grand nombre d'Efclaves - qui fe touchent pour la plàont putrefié au point de le rendre contagieux. On peut à cet
part, effet employer trois moyens , le lavage 1 le feu , les foufilets & les
pompes.
P R E M I E R E M E N T.
Le Lavage
La mal-propreté eft une fuite inévitable de Thabitation des hommes,
principalement s'il y en a des malades, s'il font en trop grand noibre, relativement à T'efpace qu'ils occupent, s'ils font enchainés, & fi
une
particuliere à certains peuples 3 ils ne fe génent
par groflieréré fatisfaire aux befoins naturels. Tous ces inconvéniens fe troupoint vent réunis pour fur un Navire Négrier ; ce qui occafionne une prompte corruption. Le prémier foin, doit être l'enlevement de toutes les immondices ; mais le reméde ne fuffit pas: le bois imbibé d'une matiere pourrie
exhale une odeur qui fait connoitre combien il en fort encore de corpufcules. C'eft un levain capable d'infecter tout ce qui en approche,
fi on ne lave exaétement tous les endroits où l'ordure a fejourné.
avec l'eau de la mer, on les fera frotter
Après un prémier lavage & bien fécher, crainte qu'un reite d'humidité ne
avec du fort vinaigre
cirdevienne le germe d'une nouvelle corruption. L'air par ce moyen
culera
fait connoitre combien il en fort encore de corpufcules. C'eft un levain capable d'infecter tout ce qui en approche,
fi on ne lave exaétement tous les endroits où l'ordure a fejourné.
avec l'eau de la mer, on les fera frotter
Après un prémier lavage & bien fécher, crainte qu'un reite d'humidité ne
avec du fort vinaigre
cirdevienne le germe d'une nouvelle corruption. L'air par ce moyen
culera --- Page 441 ---
PAR MARSEILLE.
culera plus librement 9 & c'eft en quelque maniere l'améliorer, que GUINÉE.
d'anéantir les caufes qui font le principe & l'aliment de fon infeétion. Traite desNoirs.
Le lavage n'eft point proprement un renouvellement d'air, dans le
feus qu'il ne challe pas celui qui eft vitié ) en lui en fubftituant un
autre ; mais dès qu'il produit le même effet , & que fans lui, les'deux
autres moyens feroient employés en pure perte ; il faut en faire ufage
le plus fouvent qu'il fera poflible.
SEC O N D E M E N T.
Le Feu.
Le feu eft le fecond
que je propofe pour renouveller T'air,
non pas de la maniere qu'on OPC pratique fur terre, le danger feroit tropà
craindre & le reméde feroit pire que le mal. Tout dans un Navire eft
combuftible ) & la plus legere étincelle pourroit devenir la caufe de
fa deftruction. Je ne confeillerai donc pas les poclles & les fourneaux.
Je ne penfe pas même que l'air en devint meilleur * parce que pour
quelques parties humides 9 qui par l'action du feu feroient divifées &
abforbées, la raréfaétion diminueroit la maffc de Fair, & le rendroit
plus fufceptible d'être impregné dc corpufcules infeétés qui fluctuent
dans le Navire. Ce nouveau dégré de chaleur 9 pourroit devenir une
nouvelle caufe de fermentation, fans produire l'effet défiré. Il faudroit
a11 feu violent & d'un plus grand volume impraticable dans un Navire. J'ai vi dans un tems de contagion 9 les habitans de la campagne
allumer de grands feux aux environs de leurs habitations 1 dans la vue
de purifier Tair & de fc garantir des impreflions de la maladie. Ces
bonnes gens s'imaginoient que les exhalaifons peftilentielles, en paffant
par les flammes 7 perdoient leur vertu communicative. Ils auroient mieux
fait de faire fervir ces feux à brûler tout ce qui avoit été à l'ufage
des peftiférés 5 car un air libre n'aura jamais la propriété de tranfmcttre le levain de la contagion. Des expériences fans. nombre, doivent
HOUS raffurer contre une pareille crainte. Ces feux ont cependant leur
utilité 1 puifque l'imagination eft fatisfaite 3 & que P'humidité eft
diffipée. D'ailleurs ils feront toujours un figne de joye & de contentement. On peut mettre à profit le feu du four ou de la cheminée que
la néceflité force d'avoir dans un Navire voici comment. Ileft certain
que l'air du fond de cale, peut moins fe renouveller que tout autre 3
& par conféquent il eft plus fujet à fe corrompre, & de-là coopérer
à l'infeétion de tout l'air du Navire ; O11 pourroit donc par sle moyen
d'un tuyau de tole 1 qui du fond de cale entreroit daus le four 3 pomper l'air. La raréfaction caufée par le feu, fera l'effet de la pompe 1
8 l'air du fond de cale fortiroit avec la fumée. Il ne paroit guères
poflible qu'une étinceile paile par ce tuyau 5 cependlant pour prévenir
Tom. Il.
Ggg
tout l'air du Navire ; O11 pourroit donc par sle moyen
d'un tuyau de tole 1 qui du fond de cale entreroit daus le four 3 pomper l'air. La raréfaction caufée par le feu, fera l'effet de la pompe 1
8 l'air du fond de cale fortiroit avec la fumée. Il ne paroit guères
poflible qu'une étinceile paile par ce tuyau 5 cependlant pour prévenir
Tom. Il.
Ggg --- Page 442 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. jufqu'a T'ombre du rifque, on aura la précaution que l'ouverture dudit
dans une jarre ou tel autre vafe de terre
Traite des Noirs. tuyau foit placée obliquement afin l'attraction foit plus forte, de faire
qu'on voudra, en obfervant forme , d'entonoir que
& celle qui entre dans le
Touverture d'en bas en
,
four d'une moindre circonférence que le corps du tuyau.
J'ai déjà fait cbferver que la difficulté de refpirer étoit la marque
caraéteriftique de la quantité de corps étrangers dont l'air étoit chargé a
fi donc la refpiration eft trop genée ou trop fréquente, T'air n'eft plus
libre 3 & fi la mauvaife odeur eft trop pénétrante, c'eft un avoir nouveau fait
figne que l'air a befoin d'être renouvellé. A cet effet, après faborts, il
fortir tous les Efclaves de l'entrepont & avoir ouvert les
divers
faut faire nne traînée de poudre à canon fur le plancher, chaffe en celui des
fens, & y mettre le feu. La furbite dilatation de l'air
& donne lieu à un nouvel air de le remenvirons avec impétuofité falines & filphureufes que Tinflammation a fait couplacer 5 les parties.
ou abforbent les exhalaifons malignes qui
rir de tous côtés 3 pénétrent & détruifent leur qualité nuifible. La marvoltigoient dans l'entrepont
l'air eft renouvellé, eft lorfque l'oque à laquelle on reconnoitra que
fentir. Cette nouvelle médeur de la poudre ne fe fera prefque plus
thode de renouveller l'air par le moyen du feu, : eft la feule praticable dans un Navire; çar les fumigations avec des herbes odoriférantes
peuvent corriger jufques à un certain
ou des gommes aromatiques, de l'air mais elles ne le renouvelleront jamais
point la malignité
qu'imparfaitement.
T R O S I E M E M E N T.
Souflets & Pompes.
La grande fluidité de T'air 2 lui fait recevoir avec une facilité plus
aifée à concevoir qu'à décrire 3 toutes les formes que la plus & legere le fait
impreffion le force de prendre ; le moindre fouffle l'agite
changer de place; 5 par conféquent fi on peut introduire dans le Nadu vent qui T'environne & le poulfe tantôt d'un
vire une tantôt petite de portion T'air qui y eft renfermé 1 fe trouvant preffé
côté &
l'autre,
n'eft autre chofe
air agipar l'impulfion de ce nouveau vent, qui moindre réfiftance. qu'un C'eft une
té, fuira vers l'endroit où il trouvera une
fur tous les
fuite néceffaire de la loi invariable du mouvement qui fluides. agit Pour donc
corps, & qui eft principalement fenfible far les inventé
réuflir à introduire de vent dans un Navire, on a
plufieurs
machines dont je ne ferai point ici la defcription 3 cela me meneroit foufloin. Je ne dirai qu'un mot des ventoufes, de la manche & des
trop fiets dont on peut voir le détail dans le livre de Mr. Duhamel du
Monçeau, que jai déjà cité, & qui fait tant d'honneur à T'humanité
corps, & qui eft principalement fenfible far les inventé
réuflir à introduire de vent dans un Navire, on a
plufieurs
machines dont je ne ferai point ici la defcription 3 cela me meneroit foufloin. Je ne dirai qu'un mot des ventoufes, de la manche & des
trop fiets dont on peut voir le détail dans le livre de Mr. Duhamel du
Monçeau, que jai déjà cité, & qui fait tant d'honneur à T'humanité --- Page 443 ---
Equre 2
Figure
a
NN W
CH
B
Figwe 4
Fig 3
K --- Page 444 ---
a --- Page 445 ---
PAR MARSEILLE
P RE EMIE R E M E. N T.
Traite GUINÉE. des Noirs.
Les Ventoufes.
Rien de plus fimple & de plus facile à exécuter pour renouveller
T'air de l'entrepont. Il ne s'agit que d'ouvrir les faborts du côté d'ou
vient le vent & les écoutilles. L'air renfermé étant plus rarefié, que l'air
extérieur qui le preffe par fon agitation s'échappe par les écoutilles
qui font le même effet qu'un tuyau de cheminée dans une chambre,
& fi on vouloit conduire hors le Navire l'air corrompu, & l'empécher
de fe méler avec l'air repandu dans les autres parties dudit Navire,
il n'y auroit qu'à mettre à l'ouverture des écoutilles une cage garnie
de toile, qu'on prolongeroit jufqu'au deffus dudit Navire, en oblervant
que l'ouverture placée (r lefdites écoutilles , foit plus grande d'un tiers
que l'autre ouverture 1 qu'on difpofera en oppolition du vent. Il faut
auli que l'ouverture des faborts foit la plus grande qu'il fera poflible ,
car fi elle étoit trop petite, l'air, quoique le fluide le
flexible
que nous connoiffions, n'entreroit ni en aflez grande quantité, plus ni avec
affez de force pour chaffer l'air intérieur. On a d'ailleurs des
ces fans nombre 1 que l'air pénétre difficilement par des ouvertures expérientrop étroites ) à moins qu'une forte impulfion ne le contraigne de
paffer, foit parce qu'il fe trouve en équilibre avec l'air intérieur, foit
parce qu'il eft adhérent aux ouvertures auxquelles il eft comme colé
par l'effet de la pefanteur de toute la maffe d'air fur la furface de la
terre. Il feroit donc expédient, pour accelerer l'entrée de l'air extérieur
dans le Navire , d'adapter à l'ouverture du fabort un cadre en forme
d'entonnoir. Cette précaution contribueroit beaucoup à renforcer l'action
du vent. La machine futivante confirmera cette vérité.
SECOND E M E N T.
La Manche.
Les ventoufes ont fait imaginer aux Danois la
n'eft
autre chofe qu'une ventoufe
Manche," qui
dans toutes les parties d'un ingénieufement Navire,
conçue, ) pour porter le vent
baffes que* le niveau de T'eau, & dans même dans celles qui font
roit entrer
lefquelles l'air extérieur ne
par aucune ouverture. La
E
figuré comme une chauffe à filtrer manche eft un tuyau de toile
arraché à la hune, & eft
1 ouverte par le bas. Le haut eft
ture dans ladite manche. placé de maniere que le vent entre en droiLa grande ouverture doit être au moins
Ggg ij
ue, ) pour porter le vent
baffes que* le niveau de T'eau, & dans même dans celles qui font
roit entrer
lefquelles l'air extérieur ne
par aucune ouverture. La
E
figuré comme une chauffe à filtrer manche eft un tuyau de toile
arraché à la hune, & eft
1 ouverte par le bas. Le haut eft
ture dans ladite manche. placé de maniere que le vent entre en droiLa grande ouverture doit être au moins
Ggg ij --- Page 446 ---
42C
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. quatre fois plus grande que celle d'en bas, & teutes deux, ainfi que
TraitederNoir. le refant dudit tuyau 1 doivent avoir des cercles proportionnés à fa
grandeur, pour laiffer un libre paflage au vent. Ona expérimenté que
le vent qui paffoit par la manche, ne produifoit point l'effet qu'on en
devoit attendre, & qu'au lieu de chaffer tout l'air renfermé, ii paffoit
à travers, ) comme on voit un torrent en tems d'orage traverfer un
étang fans méler fes eaux avec celle des côtes. Je n'examine point fi
ces expériences font véritables en tous points 1 les admets pour un
moment, & je penfe que dès que T'ufage de : manche n'a que cet
inconvénient. , il eft aifé d'y remédier. Il n'y a qu'à parcourir avec le
petit bout tout l'efpace du lieu dont on fe propofe de renouveller l'air,
il fera bientôt nettoyé & fi on veut s'en convaincre, on fera fatisfait
de Tépreuve qui fuit. Faites brûler du foin mouillé au milieu d'une
chambre, elle fera dans peu de tems fi remplie de fumée qu'elle deviendra inhabitable; ; ouvrez une fenétre, tout de fuite une portion de
la fumée fortira, & après quelque tems on en fera très- peu incommodé : mais fi vous introduifez une manche & que vous parcouriez la
chambre avec le petit bout, vous verrez que dans un inftant il ne reftera plus aucune trace de fumée. La même chofe arrivera fi vous ouvrez une fenêtre en oppofition d'une autre fenêtre ouverte, un nouvel
air chaffe celui qui étoit renfermé dans la chambre & le remplace. La
manche & la nouvelle fenêtre ouverte du côté où le vent fouffle x
produifent le même effet que de grands foulllets; l'aétion eft la même a
& plus le vent fera fort, & plus prompt fera le renouvellement d'air
dans un lieu quelconque.
TROISI E M E M E N T.
Souflets & Pompes.
Les Danois imaginerent la manche pour étendre T'effet des ventoufes
& porter un nouvel air jufqu'au fond de cale, & les Suedois fçurent
mettre à profit Tufage commun des foufflets, pour en fabriquer d'af-
& le
des tuyaux & des foupapes, pomper T'air
fez grands, 7 par moyen
du fond d'un Navire & y en introduire un nouveau. On ne fçauroit
trop louer le zèle de ceux qui ont confacré leurs ralens & leur loifir
à perfe@tionner ces foufflets f intéreffans pour la confervation des
hommes. H y en a de plufieurs efpéces & de plufieurs grandeurs, &
tous ne font qu'une répétition du jeu de la pompe afpirante & foulante, dont on a fait heureufement l'application à l'air. Quelques grands
hommes, ( & pourquoi ceux qui ne s'occupent qu'à foulager les' miferes
attachées à Thumanité, ne meriteroient pas ce titre glorieux 2 par pré:
ner ces foufflets f intéreffans pour la confervation des
hommes. H y en a de plufieurs efpéces & de plufieurs grandeurs, &
tous ne font qu'une répétition du jeu de la pompe afpirante & foulante, dont on a fait heureufement l'application à l'air. Quelques grands
hommes, ( & pourquoi ceux qui ne s'occupent qu'à foulager les' miferes
attachées à Thumanité, ne meriteroient pas ce titre glorieux 2 par pré: --- Page 447 ---
PAR MARSEILL E.
ference à tant d'autres ) ont par un travail affidu & des expériences GUINKE.
fmns nombre, cllayé de fimplifier ces foutilets & d'en augmenter l'ac- Traite desNoirs:
tion. Mr. Hales a réufi 1 & fon nom fe perpétuera autant de tems que
durera le mot de ventilateur 9 c'eft le nom des foufflets qu'il a imaginés, qui répondent à l'idée de perfeétion qu'on recherchoit. L'embarras des anciens foufflets par leur grandeur, la difficulté de les mettre en mouvement, les réparations continuelles pour les conferver en
état, ne fe trouvent plus dans les ventilatcurs. Ccs derniers font coinmodes 1 fimples & d'une petite dépenfe. Les peaux, fi difficiles à conferver & à garantir des rats dans un Navire , n'entrent point dans la
mécanique du ventilateur , dont la folidité ne laiffe plus rien à craindre de la maladrefle d'un équipage ordinairement groflier & peu Çapable de manier avec prudence les machines les plus faciles.
L'emploi que plufieurs Nations font journellement du Ventilateur de
Mr. Hales, eft le plus bel éloge qu'on en puiffe faire, par tous Jes
avantages qui en réfultent pour la fanté des équipages. Il eft à défirer
pour le bien de Ia navigation 8 pour le falut public, que le ventilateur foit regardé à l'avenir comme un meuble effentiel à tout Navire,
du moins à ceux armnés pour le commerce de Guinée. Mr. Hales en a
donné la defcription que Mr. Demarets à traduite en François. Mr.
Duhamel. dans fon Livre, Moyens de conferver la fanté des équipages,
en dit affez pour contenter les curieux & mettre les ouvriers en état
d'exécuter cette machine.
Mr. Defagulieres a inventé une roue centrifuge, dont lcs tranfactions
philofophiques font mention au n. 437 7 par le moyen de laquelle On
renouvelle l'air d'une chambre fervant d'infirmerie ; mais leffet n'eft
pas affez prompt ni fuffifant pour purger un Navire Négrier de l'infeétion caufée par la tranfpiration & par les exhalaifons des ordures
d'une troupe de 400 Efclaves refferrés dans un efpace trop étroit.
Le ventilateur eft néceflaire, non-feulement pour renouveller l'air des
lieux que fréquente l'équipage 1 & qui font fon habitation x mais encore
celui du fond de cale qui nc devient que trop fouvent 7 pour les provifions 3 les vivres & les deurées un principe de corruption. Ceci eft
d'une plus grande importance qu'on ne penfc, puifque la vie des Mar
telots eft attachée à la confervation des vijres & à leur bonté, & que
la fortune des Armateurs dans les expéditions peur les Ifles Françoifes 1 dépend d'une vente avantageufe des denrées nationales x en quoi
confifte la majeure partie de la cargaifon. On ne fçauroit donc trop
prendre de précautions pour purifier l'air du fond de cale, parcequ'il fe
repand de-là dans tout le Navire s & que les vivres ne peuvent fe conferver que par ce moyen.
On a fait des expériances pour renouveller Tair de la fentine, en fe
fervant du ventilateur s elles ont réuffi. L'odeur infeôte qui s'exhale de
ce lieu, fait affez connoitre la corruption de l'air qui y eft renfermé,
fçauroit donc trop
prendre de précautions pour purifier l'air du fond de cale, parcequ'il fe
repand de-là dans tout le Navire s & que les vivres ne peuvent fe conferver que par ce moyen.
On a fait des expériances pour renouveller Tair de la fentine, en fe
fervant du ventilateur s elles ont réuffi. L'odeur infeôte qui s'exhale de
ce lieu, fait affez connoitre la corruption de l'air qui y eft renfermé, --- Page 448 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. & combien il eft dangereux. Le ventilateur peut le renouveller, mais
Traite des Noirs, il ne détruira jamais le principe de corruption qui en eft inféparable.
Voici
facile & plus affuré : il faut établir au fond de
un moyen plus bronze,
l'eau de la mer dans la fentine 1
cale un robinet de
qui porte
enlevera
on en fera entrer une certaine quantité tous les jours qu'on
avec la pompe, & on renouvellera cette opération, jufqu'à ce qu'on ne
foit plus incommodé par la mauvaife odeur; on fera pour lors certain
qu'il n'y a plus de mauvais air dans la fentine.
QUATRIEME OBSERVATION,
Les vivres néceffaires pour la nourriture des Efclaves Négres embarqués.
Les vivres doivent être en proportion de l'équipage d'un Navire quelrelativement à la longueur du voyage. On fçait la quantité
conque, qu'il faut de bifcuit. de falaifons, de légumes 1 d'eau, de vin, d'eau- femde-vie, &xc. Je dis de vin, parce que la bierre 1 le cidre & autres les
blables boiffons, font peu connues à Marfeille, oh je fuppofe quc Maarmemens font faits. Tout Navigant, depuis le Capitaine jufqu'au
telot, eft fi bien inftruit fur la quantité de vivres néceffaires leur pour un
quelconque, que tout inftruétion à ce fujet pourroit
pavoyage ridicule.
établi fur l'expérience : a été leur maître
roitre
L'ufage
des malheurs dans
& la crainte de fe voir expofés au de plus grand le change & de fe
une longue traverfée, les a empêchés prendre Je fuis
tromper dans le calcul des rations pour un équipage.
perfuadé
fi jamais il y. a erreur fur la quantité > ce fera plutôt en plus
que moins. Ils font trop intéreffés à ne pas périr de faim pour fe
qu'en Je crois donc que tout Navire qui met à la voile , ne mantromper.
font même furabondans ; mais il ne fuffit
que point de vivres, , qu'ils
il faut encore qu'elle foit de bonne
pas d'avoir fait une ample fc provifion, conferver en bon état. C'eft à quoi un haqualité, & qu'elle puille L'avarice d'un Armateur 1 quelquefois la fabile Capitaine eft attentif. Marchands, lui fera préférer des denrées
veur qu'il accorde à quelques meilleures. Si le Capitaine fçait fon mévitiées à d'autres beaucomp recevoir à bord fans les avoir examinées
tier 1 il ne doit point les
très-fouvent de
auparavant; fon falut & celui de l'équipage dependent
la chaleur
cet examen ; car fi ces denrées commencent à fe corrompre cauferont 1 une noudu fond de cale &.le mauvais air joints enfemble, nutritive en deftruétive.
velle fermentation, qui changera leur avoir propriété négligé cet examen ! La morQue de braves gens périffent pour on eft étonné du ravage fubit d'une
talité fe repand dans le Navire : le
de climat. Non : vous
maladie épidemique ; on accufe changement
dans le
pourriez prévenir ce malheur en vons montrant plus rigide deftinés
choix des alimeus. C'eft eux qui vous font périr, eux qui étoient
.
velle fermentation, qui changera leur avoir propriété négligé cet examen ! La morQue de braves gens périffent pour on eft étonné du ravage fubit d'une
talité fe repand dans le Navire : le
de climat. Non : vous
maladie épidemique ; on accufe changement
dans le
pourriez prévenir ce malheur en vons montrant plus rigide deftinés
choix des alimeus. C'eft eux qui vous font périr, eux qui étoient --- Page 449 ---
PAR MARSEILLE.
à vous conferver la vie. Ils font devenus un principe de mort : iln'ett GUINÉE.
plus tems d'y remédier lorfque vous êtes en pleine mcr, & quc les Tieicdulois.
aliment fe font corrompus ; car quoique vousreconnoiffiez leur malignité,
vous êtes forcés de vous en nourrir & de perpétuer par-là la maladie
qu'ils out caufée. Terrible extrémité! On ne fçauroit donc trop donner
d'attention pour vérifier les denrées deftinées à la nourriture de léquipage, & O11 ne içauroit trop prendre de précautions pour les préferver
de la corruption. Qu'il mc foit permis de reprocher à nos Marins leur
négligence fur ce dernier article. Dès que les denrées font embarquées
ils croyent n'avoir plus rien à faire 3 comme fi la confervation de ces
mêmes denrées ne les intérefloit plus. Je fuis trop ami de Thumanité, ) pour craindre de les offenfer en blâmant leur conduite. Je penfe
qu'ils ont pcut- être imaginé que cette confervation étoit au-deffus de leurs
forces 2 en quoi ils fe font trompés ; car rien n'eft plus facile. La corruption des alimens provient d'une fermentation qui altere leurs parties, & cette fermentation eft occafiounée, on par Phumidité 3. ou par
la chaleur ) ou par l'infection de l'air & fouvent par cCs trois caufes réunies. Si donc on peut préferver les denrées qui doivent fervir
à la nourriture des équipages 7 de l'humidité > de la chaleur & dc Tinfeétion de l'air, on ne rifquera plus de les voir corrompre. Le principal reméde contre T'humidité dépend des précautions qu'on doit
avoir prifes lors de T'embarquement.
Il n'arrive malheurcufement que trop fouvent, que l'appas d'un
modique gain, détermine les marchands de légumes à les emmagaliner dans des lieux humides ou de les alperfer légèrement d'eau pour
en augmenter le poids & le volume, & effacer les rides dont la peau
eft couverte, loriqu'ils n'ont pas été cueillis au véritable point de maturité. Cette fraude 9 trop commune, eft le principe d'unc fermentation
dont la corruption eft la fuite. Il ne faut pas fe fier aux apparences
& au tadt; on y eft ordinairement trompé. Une fage sureté exige
d'expofer à un foleil ardent, le ris, les légumes & autres femblables
denrées 1 pour difliper toute T'humidité qui pourroit y être renfermée.
Je ne voudrois pas blâmer la précaution de ceux qui font tremper
les légumes dans l'eau bouillante, pour les faire fécher tout de fuite,
ou qui les font pafler au four avant de les embarquer.Je n'ignore pas
que les légumes perdent par ces opérations une partie du bon goit
qu'ils doivent avoir, & qu'ils fe cuifent plus dificilement; mais cette
méthode a de grands avantages, elle fait périr les ceufs collés fur ces
denrées, & qui par la naiffance des infeétes , font une feconde caufe
de deltruction. Les légumes embarqués après avoir pris cette précaution, n'ont plus befoin que d'être placés à une diftance convenable du
fond de cale, & féparés des autres denrées humides par elles-mémes,
comme font les barriques de falaifons. Il y a des Capitaines qui mettent les légumes dans des jarres, dans l'idée de les conferver plus
denrées, & qui par la naiffance des infeétes , font une feconde caufe
de deltruction. Les légumes embarqués après avoir pris cette précaution, n'ont plus befoin que d'être placés à une diftance convenable du
fond de cale, & féparés des autres denrées humides par elles-mémes,
comme font les barriques de falaifons. Il y a des Capitaines qui mettent les légumes dans des jarres, dans l'idée de les conferver plus --- Page 450 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
Gerwfr. fecs & de les mettre à Tabri de la corruption. Ils font dans l'erreur :
Taidetis les jarres renferment une humidité qui fe commusique promptement; S
la terre clt i porenfe, que les vapeurs fe filtrent à travers. Cette humidité eft fuffifante , par le défaut de circulation d'air 7 pour caufer
une moiliffure qui change la nature des légumes & les pourrit à la
fin. On remédiera à la chaleur en faifant ufage de la manche, &
encore mieux du ventilateur. On corrigera par le même moyen l'infection de Tair, ou plutôt on en empéchera les mauvais effets, en
cn anéanciffant l: caute.
Un Navire Négrier doit avoir pris à Marfeille les vivres les plus
néceffaires pour la nourriture des Efclaves que les Armateurs s'étcient
propoles d'acheter; mais on conçoit bien que la quantité de vivres
auroit occupé trop d'efpace & auroit été trop difpendicufe, fi on
n'avoit la reffource d'en acheter en Guinée pour menager cet approvifionnement. Les Efclaves s'en trouveront même mieux, rien n'étant
plas dangereus qu'un changement fubit de nourriture; car comme les
François font incommodés en mangeant des fruits dc Guinée, de même
les Angolois, on ne prennent qu'avec répugnance quelques uns de nos
alimens, oil ils deviennent pour cux une caufe de maladie, tant l'habitude a de ponvoir fur le tempérament qu'elle a formé.
Il ne fera donc pas hors de propos de marquer ici Tufage qu'on
peut faire des denrées & fruits de Guinée, foit pour la nourriture de
iéquipage françois foit pour maintenir les Efclaves en bonne fanté.
On a vû qu'un Navire qui va faire la traite, eft obligé de demeurer
un certain tems en rade pour attendre que la traite foit finie, c'eftà-dire, qu'il) y ait affez de marchandifes vendues pour avoir le nombre d'Efclaves que le Navire eft deftiné à embarquer, on qu'on ait
acheté une quantité de poudre d'or équivalente à la valeur de Ja cargaifon, & quoiqu'il foit à défirer qu'on ne faffe paffer les Efclaves fur
le Navire Négrier que lorfqu'on prévoit qu'il ne tardera pas à mettre
à la veile, à caufe des inconvéniens qui font à craindre, il eft rare
qu'uu Capitaine puilfe recevoir tous les Efclaves eu même tems, &
comme il lui en coute moins de les nourrir à bord, que de les faire
garder à terre, la raifon d'intérêt lui fait préferer de demeurer en
radc.
Ily a pour lors deux fortes de provifions à faire dans le pays; celles
dont on ufe journellement pendant le féjour du Navire, & celles qui
doivent fervir pendant le voyage.
Le pars abonde en beftiaux, en volailles & en frits d'un boa goût
& d'un prix tres modique. On a déja vu que Tufage d'une monncie
courante en or, argent & autres métaux, y étoit incomnu, & que
toutes lcs marchandiles, fuivant leur dégré de valeur, étoient cftimées
par piéces compofdes de quatre pagues, & le pagne d'une certaine
quantité de coris ou de menue quincaillerie.
Volci
abonde en beftiaux, en volailles & en frits d'un boa goût
& d'un prix tres modique. On a déja vu que Tufage d'une monncie
courante en or, argent & autres métaux, y étoit incomnu, & que
toutes lcs marchandiles, fuivant leur dégré de valeur, étoient cftimées
par piéces compofdes de quatre pagues, & le pagne d'une certaine
quantité de coris ou de menue quincaillerie.
Volci --- Page 451 ---
PAR MARSEI IL L E.
Voici le prix courant des denrées à la côte d'Angola.
GUINÉF.
Traite des Noirs.
Moutons couverts de poil au lieu de laine
dont les quatre quartiers pefent envirou.
: -
45 liv.
I
Cabrits les plus gras.
I tEe
Cochons pefant environ.
40 liv. 3
Biches. .
3 ToCneck
Poules ( elles font petites)les I2
I idem.
Perdrix les 25.
I idem.
Grives une corbeillc. -
I idem.
Ces viandes font une bonne nourriture, & lorfque les moutons >
cabrits ) 8c. fe trouvent petits 7 le prix en eft moindre.
La côte eft poiffonneufe, & les Angolois fout fort habiles à la pêche,
de forte qu'on peut tous les jours faire la provifion de poiffon frais.
Les pécheurs en portent au Navire la quantité qu'on leur demande, &
peu de chofe les contente. Quelques coutcaux 1 quelques fils de raffades ou quelques verres d'eau-de-vie, 8c. fuffifent pour payer IOO liv.
pefant de bons poiffons. Les canchets font un manger délicieux à Angola , il eft facile d'en regaler les Efclaves 7 1200 canchets ne coùtent qu'une piéce, & avec peu de veroterie on en a beaucoup. J'expliquerai ce que c'eft que les canchets.
Les herbes y font à grand marché. Le pourpier > le chou palmifte 3
les pois verds excellens & autres légumes 3 fe donnent plutôt qu'ils ne
fe vendent. Une clochete , une cannete de grès 3 quelques éguilles ou
autres bagatelles, font un équivalent reçu avec reconnoiffance par les
habitans du pays.
Les fruits ne font pas plus chers ; il ne coûtent prefque rien 5 avec
quelques menues quincailles 1 on fe pourvoit abondamment de figues
bananes 3 de goyaves 1 d'iguames, de patates, d'ananas, 3 de citrons &
d'oranges doux & aigres.
Le mais 1 le manioc, l'huile de palmier & les ceufs font à vil prix.
Il eft néceffaire de faire une provifion de ces quatre derniers articles 3
proportionnée au tems qu'on fe propofe de refter en rade, & au nombre d'Efclaves qui font embarqués. Les ceufs exigent une petite attention de la part de T'Officier prépofé aux vivres. Il doit pour les préferver de la corruption ou du deffechement, les faire frotter d'huile,
foit d'olive, foit de palmier; : c'eft une modique dépenfe. La coque de
l'oeuf en retenant très-peu, 3 & cependant foffifamment pour boucher
les pores 3 & empécher le fuintement de T'humide ou l'action de l'air
extérieur, qui canfe, par la fermentation, 3 une corruption dangercufe.
On conferve auffi les ceufs dans l'cau fraiche; mais cette derniere méthode eft impraticable fir un Navire; d'ailleurs elle n'eft boune que
Tome 1I,
Hhh
fe. La coque de
l'oeuf en retenant très-peu, 3 & cependant foffifamment pour boucher
les pores 3 & empécher le fuintement de T'humide ou l'action de l'air
extérieur, qui canfe, par la fermentation, 3 une corruption dangercufe.
On conferve auffi les ceufs dans l'cau fraiche; mais cette derniere méthode eft impraticable fir un Navire; d'ailleurs elle n'eft boune que
Tome 1I,
Hhh --- Page 452 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINÉE. pour deux Oil trois jours, & encore altére-t-elle les ceufs au point qu'ils
TraiseeaNoin. n'ont plus le méme goût.
& mal-faiLes eaux de la côte d'Angola, font en général jaunatres
bonne.
nes. Un Capitaine ne doit rien épargner pour s'en procurer de la
La dépenfe ne fera pas perdue , puifqu'il garantira fon équipage de la
diarhée que caufent les mauvaifes eaux. Pour la valeur de deux piéces 9
les Négres Angolois lui porteront à bord vingt barriques d' eau 3 & pour
Ia même valeur 7 ils lui fourniront une quantité équivalente de bois.
Je dois faire obferver ici, qu'il feroit dangereux pour l'équipage de
T'employer à T'aprovifionnement de l'eau & du bois , & qu'il ne faut
jamais laiffer coucher à terre les Matelots 7 lc climat étant pernicieux
le coucher du foleil , jufques à
aux étrangers, principalement depuis
trois heures
fon lever, & depuis neuf heures du matin 3. jufques à
après
midi, les exhalaifons qui tombent pendant la nuit, , étant mortelles pour
les Européens, de même que l'exceflive chaleur du jour. Cette chaleur
eft fi violente dans le mois de Décembre, que les poutres fe fendent
d'un bout à l'autre, & ne fe réuniffent que le mois fuivant. Une funefte expérience a fait connoître aux François qu'une feule nuit pailée
en plein air, laiffe rarement échaper les imprudens qui s'expofent à ce
danger. Un. Capitaine donc qui veut conferver fon équipage en fanté
n'envoyera fes Matelots à terre que dans un befoin preffant, & il
veillera attentivement afin qu'ils foient renfermés de bonne heure &
qu'ils. ne fortent point pendant la chaleur du jour. Les infeétes de plules crocodilles font aufli trèsfieurs efpéces, les lezards > les fcorpions,
fur fes
dangereux. Malheur à qui ceffe un inftant de fe tenir
gardes.
Les fourmis y font groffes, & en fi grande quantité dans certaines
années, qu'elles ravagent toute la campagne, couvrent tout le rivage.
& lorfque le vent de terre foufile avec violence, elles font emportées
dans. la mer & fe repandent fur la furface de l'eau. à plus de fix lieues
de la terre.
leur
différe du nôtre 9
Les Naturels du pays, foit que habitude tempérament les ait accoutumés à cet
foit que les alimens ou une longue
fans en reffentir les méétrange climat, vont de nuir comme de jour
Thumidité
mes effets. Ils craignent cependant d'être mouillés, &
qui
féjourne fur leur corps dans certaines faifons, leur caufe des maladies
très-douloureufes & vermiculaires 1 qui font encore. plus cruelles pour
les François. C'eft pour toutes ces raifons * qu'il eft de l'intérêt du Capitaine d'employer des Négres pour porter les provifions journalieres
& fournir le Navire de l'eau & du bois néceffaires.
VI
A
idité
mes effets. Ils craignent cependant d'être mouillés, &
qui
féjourne fur leur corps dans certaines faifons, leur caufe des maladies
très-douloureufes & vermiculaires 1 qui font encore. plus cruelles pour
les François. C'eft pour toutes ces raifons * qu'il eft de l'intérêt du Capitaine d'employer des Négres pour porter les provifions journalieres
& fournir le Navire de l'eau & du bois néceffaires.
VI
A --- Page 453 ---
P A R MARSEILLE
GurNir.
PROVISIO i NS
Traitedes Noirs.
A faire pour un Navire Négrier en Rade.
Il feroit dangereux, tandis que les Efclaves Négres font encore fur
leurs terres, de les fevrer de la nourriture à laquelle ils font accontumés dès la plus tendre enfance, & qu'ils préférent aux mets les plus
délicieux de toute autre pays ; car à l'exception de notre eau-de-vie
& de 110S liqueurs, pour lefquelles ils ont une paflion démefuréc, ils
méprifent nos viandes & nos ragouts. II eft facile de les conteuter; les
Armateurs y trouvent aufli un grand avantage par la modicité du prix
de toutes fortes de denrées, & qui véritablement font plus faines que
nos viandes falées nos féves ou nos autres légumes. Cette petite confolation calme l'ardeur de leur defefpoir, & les empêche d'être les victimes de cette cruelle mélancolie qui eu tue un grand nombre, dès
qu'ils perdent l'efpérance de retourner dans leur patrie ; or la vue de
leur pays 1 jointe aux alimens ordinaires dont ils ufoient, , leur laifle
encore un refte d'efpoir, qu'un habile Capitaine doit entretenir & augmenter par des maniercs douces & compatiffantes. Je penfe que le fon
de quelque inftrument feroit 1111 effet admirable pour bannir l'humeur
chagrine qui défole cette troupe infortunée. Un air gai infpire la joye
& chafle la triftefe 5 & de tous les inftrumens 7 nos tambourins me
paroiffent les plus propres à divertir un équipage. Nous voyons nos
habitans de la campagne tremouffer d'allegreffe au fon de cette mufique champêtre. Pourquoi donc les Négres n'en feroient-ils pas également affeétés 2 Un fecond avantage eft la facilité de trouver parmi les
Matelots Provençaux des gens en état de procurer ce divertiffement, fans
que la dépenfe en foit augmentée pour cela. C'eft une attention que
doit avoir un Capitaine en faifant fon équipage, > de choifir deux ou
trois Muficiens de cette efpéce & d'avoir quelques tambourins & flutets ou galobets de rechange. La chofe eft plus de conféquence qu'elle
ne paroit, & la confervation dcs Efclaves peut dépendre de cette précaution.
On nourrira donc les Efclaves tout le tems que le Navire reftera en rade,
avec de la viande 3 du poiffon 7 des fruits, des herbes & des légumes frais,
& à cet effet, on choifira parmi les Angolois 1 de bons pourvoyeurs
qui porteront les provifions fir le Navire, au moins de deux en dcux
jours.
Hhh ij
plus de conféquence qu'elle
ne paroit, & la confervation dcs Efclaves peut dépendre de cette précaution.
On nourrira donc les Efclaves tout le tems que le Navire reftera en rade,
avec de la viande 3 du poiffon 7 des fruits, des herbes & des légumes frais,
& à cet effet, on choifira parmi les Angolois 1 de bons pourvoyeurs
qui porteront les provifions fir le Navire, au moins de deux en dcux
jours.
Hhh ij --- Page 454 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE.
Traize des Noirs.
PROVISIO N S
Afaire pour la traverfée de Guinée aux Ifles Françoifes de PAmérique:
Poivre de Guinée ou maniguete. Les Négres en ufent dans tous leurs
ragouts 1 & l'expérience a fait connoitre que cet ufage leur eft falutaire.
Farine de mais. Cette nourriture eft fort bonne auffi pour l'équipa.
ge. Ce légume eft à grand marché ; on n'en fera pas furpris, quand
on fçaura qu'une terre médiocrement cultivée, produit non * feulement
le centuple 9. mais 300 pour un 9 de forte que fi les habitans de cette
Contrée ne méprifoient l'agriculture comme une occupation baffe &indigue d'un Négre bien élevé, le pays pourroit nourrir dix fois plus
d'habirans. La chaffe & la pêche font plus de leur goût. La fainéantifea pour eux. des charmes inconcevables.
De Jel. On l'a prefque pour rien. Il en faut une bonne provifion 5
car les Négres en mangent beaucoup, & s'imaginent qu'ils ne font malades, que parce que la nourriture n'a pas été affez falée 3 le fel étant
regardé comme le remede le plus. efficace & un. préfervatif fouverain:
contre les maladies.
L'habitude eft une feconde nature: ; T'ufage immoderé du fel, nous
eft pernicieux, & il ne leur fait point de mal. Combien de plantes
qui croiffent fur le rivage de la mer 7: qui périroient ou méme ne:
pourroient point venir dans un terrein qui en feroit éloigné. Les troupeaux. del moutons. ne. fe portent jamais micux 1. que dans des- pâtu-.
rages falés, & on cft obligé quelquefois de fupléer au défaut d'herbes falées par des poignées de fel qu'on. leur diftribue. Le tempérament des Négres 3 a fans doute befoin de fel, & nous aurions tort de:
vouloir que notre regime de vie leur fut plus falutaire. Ceci n'eft point
contradictoire avec ce que. je prefcris plus bas, qu'il feroit dangereux:
de trop faler les alimens. , loriqu'on leur fait changer de nourriture. 2
& qu'il eft à propos de modérer lufage du fel dans. certaines maladies..
L'expérience en a fait connoitre la néceffité.
De manioc. Les Négres l'aiment 1 & on auroit tort de les en priver, puifqu'il coûte moins que les vivres de France.
D'huile, de palmier. Cette. huile entre dans les affaifomnemens, & fert:
aux Négres pour s'oindre le corps. Cette. onétion leur eft falutaire, &.
il feroit dangereux pour leur. fanté de les en priver.
Les barrils qui ont fervi. à traniporter T'huile d'olive de Provence:
font bons. à contenir T'huile de palmier, & à défaut, il faut ramafler:
les. barrils. qui contenoient l'eau- de-vie..
Des. citrons. @ cranges, Il. faut. les choifir verds, afin qu'ils foient
'oindre le corps. Cette. onétion leur eft falutaire, &.
il feroit dangereux pour leur. fanté de les en priver.
Les barrils qui ont fervi. à traniporter T'huile d'olive de Provence:
font bons. à contenir T'huile de palmier, & à défaut, il faut ramafler:
les. barrils. qui contenoient l'eau- de-vie..
Des. citrons. @ cranges, Il. faut. les choifir verds, afin qu'ils foient --- Page 455 ---
PAR MARSEILLE
de garde ; mais comme les chaleurs font quelquefois fi exceffives qu'ils GUINÉE.
pourrillent bien-tôt il faut exprimer le jus laiffer tomber le marc 1 Traite des Noirss
& en remplir le nombre de barils qui ont fervi pour l'eau-de-vie. La
limonade eft une boiffon agréable, & un remede en même-tems pour
prefque toutes les maladies qui attaquent un équipage.
Un certain nombre de moutons, de cabrits & de biches > point de
cochons & peu de poules. Ces deux derniers caufent trop d'ordures.
Il eft facile de nourrir les moutons, les cabrits & les biches, & de
les entretenir proprement. Il n'en feroit pas de même des cochons &
des poules. Le peu que j'ai dit far la néceffité de refpirer un air fain
dans le Navire, doit faire écarter tout ce qui peut en augmenter la
corruption.
Il ne me refte plus qu'un mot à dire fir la maniere de nourrir les
Efclaves.
Il faut varier la nourriture le plus qu'il fera poffible 3 & ne jamais
donner de fuite deux fois la même foupe. Le changement leur plaît.
Un jour de féves, de mais > de ris, de patates,. d'ignames,. de gruau,
de canchets, 8c:
Les canchets font faits avec la farine de manioc pilé dans un mortier de bois avec quelques graines de maniguete qu'on reduit en pâte:
On fait enfuite avec ladite pâte de petits pains de la groffeur & de:
la forme d'un jeu de cartes qu'on enveloppe avec des feuilles de bananier, & qu'on laiffe bouillir trois à quatre bouillons. On peut les:
manger tout de fuite, & ces pains peuvent fe conferver huit jours 7:
fi on a la précaution de les placer dans un lieu fec & où l'air circule.
Six de ces pains fuffifent pour le repas d'un Efclave:
Qu'on n'oublie jamais d'affaifonner les légumes, le ris, &c. avec la
maniguete & Phuile de palmier, & quoique le goût des Négres foit
décidé pour le fel, il ne faut pas trop faler dans le commencement,
parce que la plupart font éprouvés par le cours de ventre que cette
nouvelle maniere de vivre & les inquiétudes qui les dévorent nuit 8.
jour occafionnent ordinairement, & qui fe changeroit en diflenterie.
Quand une fois les Efclaves font accoutumés à ce régime de vie, il:
ne faut plus tant menager le fel. On dit qu'on a heureufement expérimenté que l'eau ferrée étoit un bon reméde pour guérir la diffenterie. Le reméde eft fi facile > qu'un Capitaine feroit très-blamable s'ill
négligeoit d'en faire nfage. La ration d'eau eft d'une pinte par jour
pour chaque homme, bien entendu qu'il eft en fanté,. car les malades
font une exception à la régle.
A fix heures du matin on fera manger un morceau a tous lès Ef
claves ). & on leur donnera un verre d'eau-de-vie. -A la vie de cette:
liqueur , la joie paroit dans tous les yeux. Le Chirurgien doit pour:
lors faire fa vifite, en les faifant tous paffer en revûe devant lui,
pour découvrir s'il y en a. quelqu'an de malade, ce qu'il ignoreroit.
fanté,. car les malades
font une exception à la régle.
A fix heures du matin on fera manger un morceau a tous lès Ef
claves ). & on leur donnera un verre d'eau-de-vie. -A la vie de cette:
liqueur , la joie paroit dans tous les yeux. Le Chirurgien doit pour:
lors faire fa vifite, en les faifant tous paffer en revûe devant lui,
pour découvrir s'il y en a. quelqu'an de malade, ce qu'il ignoreroit. --- Page 456 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. autrement, la plupart ne fe plaignant jamais, & préferant plutôt de
TaiederNoirs. mourir que de faire connoitre qu'ils fouffrent. Les enfans, s'il y cn a
parmi les Efclaves, doivent être privés de T'ean-de-vie, elle leur fait
mal ; ils ue font pas affez robuftes pour une fi violente boiffon. Cependant, comme ce chagrin pourroit trop les affecter, on pourroit verfer un dixieme d'eau-de-vie dans l'eau qu'on leur deftineroit.
A neuf heures on diftribuera le premier repas, & à quatre heures
du foir le fecond. La fanté de cette troupe infortunée, intéreffe trop
le Capitaine pour la négliger. Il doit employer tous les moyens praticables pour l'entretenir, afin de ne perdre aucun Efclave dans la traverfée, , & rien ne contribuera micux à produire cet effet, qu'une bonne
nourriture & quelque regal extraordinaire de tems à autre. On pourroit
fixer ce regal à deux fois par femaine, anx jonrs deftinés à permettre
aux Efclaves de fe laver, fe rocouer, & s'oindre le corps d'huile de
palmier, 9 à nettoyer l'entrepont & en purifier l'air & le renouveller.
L'eau eft la provifion qui femble exiger le moins de foins, & qui
en a le plus befoin. Sans cau, toutes les autres provilions deviennent
inutiles, & dans le vrai l'eau eft la plus néceffaire pour la confervation
de la vie. Il ne feroit pas méme poflible de vivre long-tems fans le fecours de l'eau. C'eft une vérité que perfoune n'ignore : mais peu de
perfonnes fçavent comment s'y prendre pour la conferver. Il ne fuflit
pas de faire une abondante provifion d'eau pour une cargaifon, fi ou
néglige de la choifir de bonne qualité; car toute eau n'eft pas potable, & il s'en trouve qui font mortelles. Quelques obfervations fur un
fujet fi important pour la fanté des équipages, ne feront pas hors de
place. L'eau de la mer eft falée & amere ; on a réufi 3 après avoir
fait bien des éprenves, à la deffaler; mais on n'a pi réulfir à lui faire
perdre fon amertume, qui réfide dans le bitume dont elle eft imnpreguée, & dont on n'a pi encore la dépouiller. La chofe n'eft pas ccpendant abfolument impoflible, puifque l'eau de pluye, qui eft très-falutaire lorfqu'clle fert de boiffon, n'eft que l'eau de la mer élevée en
vapeurs, qui par leur réunion devenues trop pefantes, fe précipitent
& tombent en pluye. Si donc l'eau de la mer élevée en vapeurs perd
cette amertume en traverfant un certain efpace d'air, par le mélange
qui doit fc faire du bitume repandu dans cet eau avec divers fels &
divers fouphres qui voltigent dans l'air & qui corrigent le vice de cette
amertume infupportable 2 pourquoi ne pourra-t-on pas, 1 à force de multiplier les expériences 3 trouver le point néceffaire pour produire le
même effet? Je ne penfe pas comme un Philofophe très-eftimable 2 que
l'eau de la mer n'eft pas porable, peut-étre 7 pour mettre un frein
à la fureur & à la cupidité des hommes. Son peut-être eft CC que je
trouve de plus folide dans cette obfervation ; car je ne vois pas que le
fecret de deffaler l'eau de la mer rendit les hommes plus méchans
qu'ils ne font, ni qu'ils fiffent plus de voyages dans le nouveau moude.
effet? Je ne penfe pas comme un Philofophe très-eftimable 2 que
l'eau de la mer n'eft pas porable, peut-étre 7 pour mettre un frein
à la fureur & à la cupidité des hommes. Son peut-être eft CC que je
trouve de plus folide dans cette obfervation ; car je ne vois pas que le
fecret de deffaler l'eau de la mer rendit les hommes plus méchans
qu'ils ne font, ni qu'ils fiffent plus de voyages dans le nouveau moude. --- Page 457 ---
PAR MARSEILLE
Jeftine que ce feroit un grand bien pour T'humanité. En effet combien de miferables ont perdu la vie pour avoir manqué d'eau; cc nc Traite GUINÉE. des
fera jamais cependant la crainte de mourir de foif qui retiendra les CorNoirs.
faires de Barbarie tranquilles dans leurs ports. Si un fecret avoit dû être
caché aux hommes, c'eft l'invention de la poudre à canon 5 celui de
rendre l'eau de la mer potable, nc peut qu'être très-utile, &
qu'on le découvrira.
j'efpere
Des Anglois ont cri avoir fait cette heureufe découverte ; ils méritent notre reconnoiffance & nos éloges, pour s'être appliqués à
curer un fi grand bien à l'humanité ; mais les méthodes qu'ils nous proont données font preique impraticables fur un Navire. Il faut une abondante provifion de chaux, de craye, de diverfes efpéces de
de pierres infernales, &c. proportionner les quantités de toutes charbon, ces
drogues, les broyer fortement dans l'eau qu'il faut diftiler. On
droit cette peine & on ne murmureroit point contre la
pren- fi
l'eau en devenoit véritablement potable. Il eft difficile dépenfe, commie on
voir, d'avoir les matieres néceffaires pour réuffir & la réuflite même 9
outre qu'elle eft difpendieufe & embarraffante 7 ne pourroit
fournir la quantité d'eau dont l'équipage a befoin. Il faut clperer pas que les
amis de T'humanité, ne fe rebuteront pas, qu'ils continueront leurs louables travaux, pour réuflir à calmer l'inquiétude de nos marins. Cet
heureux moment puiffe-t-il arriver bientôt. Le célébre Do@teur Etienne
Halles 3 mort en 1761, âgé de 83 ans, 7 a cru avoir trouvé ce fecret
admirable, & T'Angleterre pour manifefter à tout IUnivers fa reconnoiffance pour un fi grand bienfait, lui a erigé à Weftminfter un
mofolée parmi les tombeaux de fes Rois. Son zèle pour
fuperbe les.
miferes de Thomme mérite cette' diftinétion honorable. Voici foulager fa
thode : Prenez une once de poudre à canon pulverifée, mélez-la dans méquatre pintes d'eau de mer & diftilez-la; les deux premieres
de cette eau, feront potables. Je fouhaiterois bien que la chofe fit pintes ainfi :
mais je plaindrois bien un Equipage qui feroit réduit à une pareille boiffon. Cette eau eft moins mauvaife qu'elle n'étoit; c'eft toujours beaucoup , jufqu'à ce qu'on en trouve de meilleure; mais elle n'eft pas encore potable. Si cependant il falloit ajouter foi à toutes les
qu'on ne ceffe de publier fur la réuffite du deffalement de l'eau rélations: de la
mer 5 ce feroit bien mal-à-propos que nos marins feroient encore en
peine. Je ne ferai que les fonétions d'Hiftorien d'une de ces rélations
inferée dans les Annonces de Marfeille (No. 9 1764.)
Ily a deux ou trois ans (x eft-il dit ) que le Pere Pegenas
d'Angleterre, la découverte f défirée de rendre P'eau de la mer reçut
Elle fiut faite par un Capitaine de Vaifeau Marchand. Se trouvant potable.
les hauteurs du Nord à une grande difance des
d'eau far
vint à manquer; il avoit la une brochure oit PAuteur cotes,fa provifion d'avoir
lz fecret de rendre l'eau de mer potable, &
Je Rauoir
qu'avec une buche il fcroit.
) que le Pere Pegenas
d'Angleterre, la découverte f défirée de rendre P'eau de la mer reçut
Elle fiut faite par un Capitaine de Vaifeau Marchand. Se trouvant potable.
les hauteurs du Nord à une grande difance des
d'eau far
vint à manquer; il avoit la une brochure oit PAuteur cotes,fa provifion d'avoir
lz fecret de rendre l'eau de mer potable, &
Je Rauoir
qu'avec une buche il fcroit. --- Page 458 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
GUINKE: remplacer! ! cette découvcrte eft trop belle. En en attendant la publicatious
Taiedenoin. je dirai cc qu'ils convient que nos Marins fçachent relativement à l'aprovifionnement d'eau d'un Navire.
Il n'y a que l'eau douce qui foit potable; mais toutes les eaux dou:
ces ne font pas également bonnes 1 parce que l'eau prend ordinairement le goût, l'odeur & la qualité du fol qu'elle lave, & fi ce fol renferine des partics arcenicales, vitrioliques, limoneufes, 8c. leau ac+
quiert par-là un vice très-pernicieux pour la fanté. Je. ne fçaurois trop blàmer l'indifférence de nos Marins dans le choix qu'ils font de leur cau.
Je me trompe en difant le choix, il n'en font aucun. Dès que l'eau
neleur paroit pas entierement mauvaife, fi elle eft plus à portée du Navire
qu'une autre eau meilleure qui feroit plus éloignéc on fait la provifion de la prémiere fans prévoir les triftes fuites de cette boiffon.
Un peu de reflexion les rendroit plus foigneux de leur fanté, qui dépend très-fouvent de T'ufage d'une eau bonne ou mauvaife.
L'eau la meilleure eft celle qui eft claire ) legere 2 fans odeur &
fans goût. Celles des rivieres eft préférable à celle des fontaines, & cette
derniere à celle des puits & des étangs bien entendu que les rivieres
rouleront leurs eaux fur un terrein fabloneux, ou qui n'a point de mauvaife qualité,
Nous blâmons avec raifon ceux qui négligent de choifir pour leur
boiffon une eau faine ; mais ce choix eft d'une bien plus grande conféquence dans T'aprovifionnement des Navires, parce que le plus leger
principe de corruption que renferme l'eau d'un Navire, croitra exceflivement par fon long féjour dans les barriques. On ne fçauroit donc
prendre trop de précautions pour embarquer une eau pure 3 car fi la
meilleure dans une longue traverféc, furtout pendant les chaleurs, 7 fermente & fe corrompt à un point d'être entierement remplie de petits
vers qui rendent cette boiffon fi dégoûtante 2 que l'homme tourmenté
de la foif la plus ardente hélite quelquefois s'il ne préférera pas la mort
à une boiffon fi rebutante & fi défagréable, à combien plus forte raifon une cau limoneufe & mal faine, fera-t-clle fujette à cette fermentation 2 Il eft à propos cependant de prévenir les Capitaines 3 que fi
l'eau qui a été embarquée étoit de bonne qualité, ils ne doivent point
craindre qu'elle ne foit plus potable 3 parce qu'elle aura fouffert cette
fermentation, je veux les tranquilifer : c'eft ordinairement fous la ligne
que P'eau la plus pure dont les Navires font aprovifionnés * éprouve
cette finguliere putrefaétion. L'eau commence par devenir rouffatre;
deux jours après elle eft toute verdâtre 5 & peu après, elle paroît
rouge, & repand une odeur foetide 8 infupportable. On ne tarde pas
à dillinguer une multitude prodigieufe de petits vers qui périffent dans
l'efpace de trois jours. II faut huit jours pour que cette pourriture fe
précipite au fonds des barriques 2 après lefquels l'eau redevient dans
fon prémier état 1 & ne conferve aucun mauvais goût, ni aucune mau-
ft toute verdâtre 5 & peu après, elle paroît
rouge, & repand une odeur foetide 8 infupportable. On ne tarde pas
à dillinguer une multitude prodigieufe de petits vers qui périffent dans
l'efpace de trois jours. II faut huit jours pour que cette pourriture fe
précipite au fonds des barriques 2 après lefquels l'eau redevient dans
fon prémier état 1 & ne conferve aucun mauvais goût, ni aucune mau- --- Page 459 ---
PAR M A R S - EILLE. vaife odeur. Si donc toute l'eau d'un Navire avoit fermenté dans le même GUINÉE. eut néceflité d'en faire boire à l'équipage, il faut la Traite des Noirsi
zems faire 1 bouillir, & qu'il & y la filtrer quand elle eft froide dans une chauffe d'une
toile ferrée, elle ne rebutera pas, &x fon goût ) quoique mauvais , fera
flsportable dans cette extrême nécefifité. Mr. Moreau croit avoir trouvé
le fecret de conferver l'eau dans les Navires. Il en a informé le public; mais à mon avis le meilleur des fecrets, eft de l'embarquer bonne
d'avoir des futailles propres & bien conditionnées, & d'avoir foin
qu'elles foient exactement remplies. de vers dont
Ily a un moyen fimple de faire périr cette multitude
la
eft néceflité d'en boire dans le tems de
l'eau eft remplie, 3 loriqu'on de feu
la faire bouillir. Il faut
fermentation , & qu'on manque
bouteilles pour de cette eau, & indans cette extrémité remplir quelques
bien remuer
troduire une livre de mercure dans chaque bouteille 1 les
en tout fens , & paffer enfuite l'eau dans une chauffe, ou la faire Gltrer à travers des éponges, ou fur du fable. Si elle n'eft pas encore
bien bonne, elle en fera du moins plus potable. J'ai dit que l'eau de
pluye étoit très-falutaire pour fervir de boiflon, j'entends celle quieft
recueillie dans des vafes propres 5 car pour celle qui tombe des toits *
elle doit recevoir une imprefion étrangere par les matieres qu'elle lave, )
capable d'altérer fa bonne qualité. Je ne fçaurois approuver le raifonnement de Mr: Ballexferd far l'eau de pluye. Ce digne Citoyen, je
ne dis pas de Geneve, mais de toute ville qui chérit Thumanité 7 avance
dans fon éducation phylique des enfans , >> que l'eau de pluye n'eft
une
leflive des
Ras
>strop bonne à boire , parce que c'eft
efpéce de
conftitue
>qui voltigent dans T'atmofphere. > C'eft précifement ce qui
fa bonté, 3 & qui la rend falutaire ; car l'eau qui manque de ces fels
effentiels pour la confervation de Phomme ne fçauroit être qu'une
boiffon nuifible. Il auroit fallu prouver que les fels de l'atmofphere font
un principe de mort pour Thomme 9 pour en conclurre que l'eau qui Je
feroit impregnée de pareils fels, devint par cela feul dangereufe. penfe bien autrement 1 & je crois que les fels dont il eft ici queftion 9
& dont ce célébre Auteur veut que la pluye foit la leflive, font les
principes de toute végétation 7 fans en excepter celle des corps humains
& que fi d'autres fels plus groffiers ne caufoient notre deftruétion 1
l'homme ignoreroit jufqu'au nom d'infirmité.
pareils fels, devint par cela feul dangereufe. penfe bien autrement 1 & je crois que les fels dont il eft ici queftion 9
& dont ce célébre Auteur veut que la pluye foit la leflive, font les
principes de toute végétation 7 fans en excepter celle des corps humains
& que fi d'autres fels plus groffiers ne caufoient notre deftruétion 1
l'homme ignoreroit jufqu'au nom d'infirmité. L'air par la même raifon
devroit être mauvais 1 cependant il n'eft falutaire & vivifiant, qu'autant que dégagé des fels terreftres, 3 il ne charie dans nos poumons
que les feuls fels de l'atmofphere. >> Bien loin donc que la pluye paf-
>fant par les pores de la terre 1 s'y filtre & fe débarraffe des corps
>héterogenes qu'elle contenoit, , & en devienne par là meilleure à boire,
>en paroiffant en forme de riviere ou de fontaine , elle ne peut en
lavant les terres que perdre de ce qui conftitue fa bonne qualité 7 &
s'impregner des fels terreftres dont les moins mauvais ne feront jamais
Iiiij --- Page 460 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
GUINÉE. bons. Je rapporte ici avec plaifir la méthode que le même Auteur prod
TaitederNoirs. pcfe pour reconnoitre quelle eft la meilleure de plufieurs caux. Détrempez de cendre de bois neuf dans un vafe, lailfez tomber le fedinient au fond, après quoi verfez une égale quantité de cette leflive
dans plufieurs verres que vous remplirez de différentes caux que vous
voulez éprouver; l'eau qui fera la plus troublée fera la plus mauvaife,
& elle fera d'autant meilleure qu'elle reftera plus claire: l'expérience
eft facile à faire. Je laifle aux Phyficiens la gloire d'en donner la
raifon.
Je finis par une obfervation fir une fingularité naturelle ; mais qui
pourroit effrayer ceux qui en ignorent la caufe. Il arrive quelquefois
que l'eau dans le fort de fa fermentation devient inflammable > comme
l'eau-de-vie. Cette inflammation eft occafionnée par T'huile qui furnage
dans l'inftant de la pourriture de tous ces petits vers > & l'inflammation ne peut arriver que fur la furface de leau, à caufe du peu d'abondance de cette huile qui ne tarde pas à être diffipée.
Je n'ajoute plus rien. J'ai fait de mon mieux pour être utile à mes
Concitoyens. Je m'étois propofé de faire quelques" obfervations fiur le
Commerce de l'Amérique & je m'apperçois que j'ai fait un Livre.
La Traite des Noirs a exigé que je parlaffe de l'efclavage de cette race
infortunée, que mon coeur voudroit rendre libre. Si mes Leéteurs font
fatisfaits , je le ferai auffi. C'eft leur fatisfaction que j'ai eu en vue,la
mienne y eft renfermée.
J'ai parlé à diverfes reprifes des fyftémes de Mr. de Voltaire &
j'ai promis de refuter celui de la pluralité d'efpéces d'hommes qu'il ne
ceffe de publier prefque dans tous fes écrits; je veux tenir parole.
-
ée, que mon coeur voudroit rendre libre. Si mes Leéteurs font
fatisfaits , je le ferai auffi. C'eft leur fatisfaction que j'ai eu en vue,la
mienne y eft renfermée.
J'ai parlé à diverfes reprifes des fyftémes de Mr. de Voltaire &
j'ai promis de refuter celui de la pluralité d'efpéces d'hommes qu'il ne
ceffe de publier prefque dans tous fes écrits; je veux tenir parole.
- --- Page 461 ---
- UNUALALAUALALALAS M . 4 N NLALAUNS L
N * Jt ei. WW I LFSHOMMES
deMdeFoituires
V a Y N
LES H O M MES
D E
M. DE VOLTAIRE,
0 U
L'Oracle des nouveaux Philofophes contre l'ancienne croyance
de la création de P'iomme.
SEX E fyftéme dc Mr. de Voltaire fur T'origine des hommes ;
C 7 n'a d'autre mérite que la célébrité de fon Auteur 3 & une
L
téméraire fingularité; il renférme tant dabfurdités contre
les véritables notions qu'une faine Phyfique ne laiffe ignorer à aucun de ceux qui examinent attentivement le renouvellement des êtres, chacun fuivant fon efpéce 1 que l'expofition
fimple d'un pareil fyftême, en cft la refutation. En eflet, que peut-on
repondre à un homme qui croit que les hommes fe trouvent par-tout
de la même maniere que les mouches & les autres infcêtes? Il faudroit
faire un éclat de rire pour toute reponfe ; mais fi on confulte la religion & le refpeét que les divines écritures impriment far toute ame
qui cherche la vérité & qui fçait refléchir, l'étonnement fe change en
indignation fur une fi ridicule abfiurdité. Mr. de Voltaire ne manquera
pas de jetter les hauts cris fur lc mot abfurdité, & accufera de fanatifine tous. ceux qui oferont parler de lui fi hardiment. Heureufement
que les injures qu'il ne veut pas qu'on lui dife 1 & qu'il repand trop
libéralement contre tous ceux qui ne peuvent pas penfer comme lui,
font aujourd'hui la appreciées à leur jufte valeur.Je déclare ici publiquement
que je ne cherche point à le tourner en ridicule ; je voudrois au contraire pouvoir fapprimer bien des termes qu'il employe mal-à-propos
& bien volontairement 7 & dont par cette feule raifon je ferai obligé,
malgré l'envic que j'ai de le menager, de faire ufage - quoique je ne --- Page 462 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
LESHOMMES puiffe pas fuppofer qu'il en ignore toute la force. Ce préambule parofdeM.deToitaire. troit plus que déplacé 1 fi je ne prévenois mes Lecteurs que Mr. de
Voltaire dit ce qu'il veut i que les injures qu'il dit font felon lui des vérités importantes, & néceffaires pour l'inftruétion du public, & que les
vérités qu'on veut lui dire deviennent des calomnies atroces. Il avance
des faits, , qu'il fait imprimer; & fi on lui en démoutre la fauffeté, il
s'imagine s'être juftifié pleiuement en donnant pour toute reponfe un
démenti formel; il faut qu'un Philofophe foit plus poli,qu'il reponde
aux demandes qu'on lui fait, & ne pas nier le foir 3 ce qu'il affirme
le matin. Je le pric encore une fois de ne point fc facher; car il faut
bien que je lui expofe les irrégularités de fa conduite, pour qu'ilpuiffe
fe corriger, ou que je le convainque à la face de l'univers qu'il eft
incorrigible, 3 s'il s'obitine à ne pas avouer fes torts.
plus poli,qu'il reponde
aux demandes qu'on lui fait, & ne pas nier le foir 3 ce qu'il affirme
le matin. Je le pric encore une fois de ne point fc facher; car il faut
bien que je lui expofe les irrégularités de fa conduite, pour qu'ilpuiffe
fe corriger, ou que je le convainque à la face de l'univers qu'il eft
incorrigible, 3 s'il s'obitine à ne pas avouer fes torts. Je le prie de
vouloir m'écouter un petit moment, & repondre aux queftions que je
me crois obligé de lui faire. C'eft pour la troifieme fois que j'ai Ihonneur de m'entretenir avec lui; il le trouvera peut-être étrange 3 ayant
pu lui dire une fois pour toutes tout ce qui me faifoit quelque peine
dans fes écrits 1 & que je fouhaiterois qu'il en rayât pour fa propre gloire & le bien de la fociété. Cettc reflexion feroit en place
fi ces fingularités étoient en petit nombre ; mais il eft peu de points
d'hiftoire ou de vérités de Ia religion, qu'il n'ait ou défigurés ou contredits, & même attaqués ouvertement. Il ne m'étoit donc pas poflible de lui dire en palfant tout ce qui me choque, & qu'il n'a publié
qu'après un travail de plufieurs années. Je laiffe à d'autres le foin de
venger la religion qu'il a fi maltraitée, 1 & de relever fes autres écarts. Je fais perfuadé qu'ils s'en acquitteront mieux que mes talens & mon
loifr ne me permnettent de fairc. Il a même déja paru quelques o1lvrages qui manifeitent fi évidemnent fa mauvaife foi, qu'il auroit dût
en confcience & en honneur y repondre mieux qu'il n'a fait ; car
quand on lui oppofe des raifons & des faits, 2 il y a plus que de la
préfomption dc s'imaginer qu'en criant au libelle, à la calomnic 1 à
lignorance, tout eft dit. Dc bonne foi, croit-il pouvoir duper ainfi
des hommes qui penfent 2 Non, il ne le croit pas. Il n'ignore pas qu'à
des raifons 1 il faut des raifons contraires > & qu'à des faits, il faut
aufi d'autres faits contraires. De plus, quand on s'eft trompé en rapportant un fait, ou qu'imprudemment on a avancé une fauffeté, ilne
fuffit pas de le nier 2 il eft plus fage de fc retraéter, parce qu'il eft vifible qu'on fera convaincu de nier ce qui eft évident, & pour lors, quelle
idée aura-t-on d'un tel Ecrivain, & de quel nom ne doit-il pas craindre qu'on TappellelJe n'examinerai avec Mr.
, quand on s'eft trompé en rapportant un fait, ou qu'imprudemment on a avancé une fauffeté, ilne
fuffit pas de le nier 2 il eft plus fage de fc retraéter, parce qu'il eft vifible qu'on fera convaincu de nier ce qui eft évident, & pour lors, quelle
idée aura-t-on d'un tel Ecrivain, & de quel nom ne doit-il pas craindre qu'on TappellelJe n'examinerai avec Mr. de Voltaire qu'tne feule
queftion, f tous les hommes viennent d'un feul, comme nous en fommes perfuadés & convaincus par la religion & par la raifon, oufi les
hommes femblables aux mouches & à la mouffe, fc trouvent naturellement dans differens climiets. La queftion eft curieufe & intéreffe elien- --- Page 463 ---
PA R- M ARSEILL E.
tiellement tout homme de bon fens, qui prife affez la dignité de fon LESHOMMES
exiftance, pour délirer de connoitre fes prémicrs ancêtres & quely pays deliidelcitaireils ont commencé d'habiter ; quel eft leur ancienneté > quels droits
ils lui ont tranfmis, & quels font fes devoirs envers tous les autres
hommes.
L'examen de toutes ces queftions, quelque néccffaire qu'il me paroifle, me meneroit trop loin. Je ne ferai que trop long, en expofant
fimplement fon fifême , anqucl je joindrai qualques obiervations. C'ett
l'unique raifon qui me force à l'importuner encore, & à le prier de
m'écouter une demi-heure. Mr. de Voltaire ne fçair pas qui lui demande cette audignce; il y auroit donc de l'impoliteffe à la lui refufer,
d'autant mieux que cet inconnu ne le méprife point, 3 qu'il ne fera jamais fon ennemi, & que rempli d'égards pour fa perfonne 3 il n'en
veut qu'à fes erreurs. Il ofe fe flatter qu'il ne fera jamais compris dans
fa plainte contre ceux qui n'approuvent pas fa doétrine lorfqu'il dit
page 453: ( Ce font des hommes qu'on ne pent regarder que comme
> les ennemis de la focieté 1 ils ont accufé le Peintre de cet immenfe
> tableau, d'avoir peint les crimes, & fur-tout les crimes de Religion,
> avec des couleurs trop fombres, d'avoir rendu le fanatifme execrable
5) & la fuperftition ridicule, 8xc. )) L'accufation qu'on vous fait, - permettez- moi dc vous adreffer la parole pour être plus court ) n'eft que
trop fondée, & la crainte que vous fuppofez dans vos accufateurs, eft
fans fondement, & par là ridicule. Vous continuez vos plaintes, & vous redoublez Vos menaces dans votre Lettre du 4 Févricr 1762 à Mr. Dalembert contre qui hefite à vous croire fir votre parole.
>) Il me femble que fi quelques pedans ont attaqué cn France la
)) philofophie, ils ne s'en font pas bien trouvés 1 &c. >)
C'eft-à-dire, que parce que je juge votre fiftême infoutenable & contraire à la vérité ' je deviendrai pedant & je m'en trouverai mal. Je
vous déclare que je détefte le pédantifme ; que j'ai une efpéce d'averfion pour les pedans 5 que je hais les difputes frivoles, 2 & que je ne
fuis partifan que de la vérité; que mes occupations font dûes au public,
& que ion unique ambition eft de pouvoir lui être utile. Je vous dirai
même en confidence- 3 que je penfe que fi javois le loifir de démontrer
le faux de cette philofophie telle que vous l'entendez & que vous exaltez f fort, je rendrois un grand fervice à ma patries Bien loin donc
de croire que je ferois pedant en renverfant vos fifèmes, auffi nouveaux quc finguliers 2 je voudrois par-là devenir votre ami. En effet,
oh eft le pédantifme > de vous repréfenter que voufétcs dans l'erreur
& de vous démontrer que vous l'avez enfeignée? Un pédant blâme ou
loue fans difcernement 3 & je ne ferai ni lun ni l'autre; je ne crains
donc point ce reproche de votre part. Je ne crains
non plus les
menaces foudroyantes de votre Apologifte de Mahis. E peine à croire
que vous foyiez fatisfait de votre éloge & je foupçonne que vous y trou-
enter que voufétcs dans l'erreur
& de vous démontrer que vous l'avez enfeignée? Un pédant blâme ou
loue fans difcernement 3 & je ne ferai ni lun ni l'autre; je ne crains
donc point ce reproche de votre part. Je ne crains
non plus les
menaces foudroyantes de votre Apologifte de Mahis. E peine à croire
que vous foyiez fatisfait de votre éloge & je foupçonne que vous y trou- --- Page 464 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LFSHOMMES verez le pédantifme que vous imputez injuftement à tous ceux qui imdeM.del'oltaire. prouvent & blâment votre façon de penfer. Je vous en fais juge.
Mais quel foufle empefi, quel fiunefte nuage,
S'efforce d'objeurcir cette brilante image?
Mille obliques ferpens fiflent dans les marais,
L'impure calomnic excite les allarmes,
Le crédule dévot prend auffi-tôt les armes 1
Et le Zoile abfeur éguije tous fes traits;
Rentret,filles d'enfer, haine, fureur, envie,
Dans les fombres cachots que creuferent vos mains,
Et ceft de ternir le mérite & la vic
De celui dont la voix enfeigne les humains.
Tous ces grands mots, montés fur des échaffes, ne m'épouvantent
pas. Je n'ai point de haine, je ne connois point la fureur 3 & je détefte l'envic. J'eftime votre mérite 1 je vous fouhaite une longue & heureufe vie, & avec tout cela, je ne vous crois pas la voix propre pour
T'enfeignement des humains. Ma franchife doit vous plaire & devroit
me mettre à Tabri de la foudre que votre Apologifte lance de tous
côtés. Après tout, je n'ai qu'un mot à dire. Je crains Dieu, cher Vol.
taire , & n'ai point d'autre crainte.
Vous avez affirmé, dans je ne fçai combien d'endroits de vos ouvrages, qu'il y a des efpéces d'hommes différentes les unes des autres, &
cependant vous vous fachez tout de bon lorfqu'on vous le dit; ce n'eft
pas bien. Eft-ce que vous nc voulez pas qu'on croie ce que vous écrivez? Pourquoi donc faites-vous imprimer? Vous vous flattez trop : pour
vous convaincre que vous avez tort, je vous mettrai fous les yeux avec
une fidélité fcrupulcufe Vos propres expreflions 3 & j'efpére que votre
bonne foi vous fera défavouer ce que vous dites dans lc huitiéme tome
de votre effai fur THiftoire, pag. 396.
DES DIFFERENTES ESPECES D'HOMMES.
Seconde fauferé du libellifte , d témoignage de fon ignorance.
> Mr. de Voltaire, dit-il, tome 3 de THiftoire Générale page 193 1
ndit que la nature humaine dont le fond eft par-tout le même, a établi
>les mêmes relfemblances entre tous lcs hommes; & page 6 du même
>volume, il dit qu'il y a des peuples, des hommes d'une efpéce parsticuliere, qui ne paroiffent rien tenir de leurs voilins. Théologien
pobfcur, vous ditcs des menfonges 5 Mr. de Voltaire en parlant de
certaines
rale page 193 1
ndit que la nature humaine dont le fond eft par-tout le même, a établi
>les mêmes relfemblances entre tous lcs hommes; & page 6 du même
>volume, il dit qu'il y a des peuples, des hommes d'une efpéce parsticuliere, qui ne paroiffent rien tenir de leurs voilins. Théologien
pobfcur, vous ditcs des menfonges 5 Mr. de Voltaire en parlant de
certaines --- Page 465 ---
PAR MARSEILL E.
ncertaines différences qui fe trouvent entre les peuples du Japon & de LESHOMMES M.deVoitaire.
>nous , tome 3 de T'Hiftoire Générale page 193, dit, la nature humaine
>dont le fond eft par-tout lc mêine, a ctabli d'autres reffemblances cll-
>tre ces peuples & nous.
Et dans le fecond endroit pag. 6 du
>même vol.; il eft probable que les pigmées méridionaux ont peri, &
>que leurs voifins les ont détruits ; plufieurs efpéces d'hommes ont pit
>ainfi difparoitre de la face de la terre, comme plufieurs efpéces d'ani-
>maux; les Lapons ne paroiffent point tenir de leurs voifins &c.
>On voit qu'il n'y a prefque pas un mot dans ces deux paflages qui
>foit dans ceux cités par le libellifte. Mais quand Mr. de Voltaire au-
>roit avancé que le fonds de la nature humaine eft par-tout le même -
>& qu'il y a des efpéces différentes, il n'y a qu'un ignorant qui put
>trouver de la contradiétion dans cette propofition & qui ne fçache
>pas que le fonds de la nature eft le même pour tous les êtres. Si
>l'Auteur doute qu'avec le même fonds il puilfe y avoir des efpéces
>différentes, on le renvoie à fon propre témoignage. Il peut juger s'il
>exifte entre Mr. de Voltaire & lui d'autres rapports que ce fonds de
>la nature humaine.
Cette réponfe ne fera jamais honneur au grand Voltaire. Que d'injures, où il falloit des raifons ! Un cofmopolitain ) le partifan univerfel
de T'humanité., ( ou plutôt qui veut le paroitre ) outrage de gayeté de
ceeur un homme fon femblable, 3 parce qu'il ne penfe pas comme lui;
les termes de fauffeté, de libellifte, d'ignorant, de Théologien obfcur,
devroient- ils fortir de la bouche de l'oracle des Philofophes 2 Je ne
fçaurois reconnoitre là cette voix qui enfeigne les humains ; en tout
cas ce feroit par des leçons d'injures fotifieres, juftiliées par l'exemple. Je veux pour un moment que cet Auteur vous ait offenfé, ignorez-vous que la gloire d'un Philofophe eft de foufrir & de pardonner? Vous avez oublié cette belle maxime. Voulez-vous me permettre
de vous en dire Ia raifon, c'eft que les nouveaux philofophes l'ont dans
la bouche & les Chrétiens dans le coeur. Que ce langage ne vous
étonne pas; c'eft un Chrétien qui vous parle, qui fe glorific de Têtre.,
& qui malgré tous vos beaux & fpécieux raifonnemens, met une dif
férence infinie entre votre philofophie & la fainteté du Chriflianifne.
Mais encore que vous a fait cet Auteur ? Jc vous déclate que je n'ai
pas Thonneur de le connoitre, & quoique je ne vouluile pas garantir
zout ce qu'il dit pour vous redreffer, je ne puis m'empécher de prendre fa défenfe pour le juftifier de l'outrage que vous lui faites fi injuf
tement. Je prendrois audi facilement vorre parti contre lui, fi vous
aviez raifon & qu'il vous cut méprifé 7 parce qu'il n'auroit pas fçu vous
repondre. Raifonnons de fang froid; la tranquillité eft le lot du fage.
Cet Auteur a intitulé fon livre: Les erreurs de Mr. de Voltaire. Tout
de fuite votre couroux s'eft enfammé, & votre amour- propre s'eft cffarouché fort mal-à-propos; car onl ces erreurs font réelles ou elles ne
Tom. II.
Kkk
raifon & qu'il vous cut méprifé 7 parce qu'il n'auroit pas fçu vous
repondre. Raifonnons de fang froid; la tranquillité eft le lot du fage.
Cet Auteur a intitulé fon livre: Les erreurs de Mr. de Voltaire. Tout
de fuite votre couroux s'eft enfammé, & votre amour- propre s'eft cffarouché fort mal-à-propos; car onl ces erreurs font réelles ou elles ne
Tom. II.
Kkk --- Page 466 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
Ias HOMMES le font pas. Si elles font réelles, vous lui avez obligation de la peine
sedi.acioitaires qu'il prend de vous montrer la vérité & de vous aider à rectifer vos
idées. Que doit ambitionner un Philofophe, f ce n'eft la recherche du
vrai? On a tort pour l'ordinaire quand on fe fâche à fi bon marché..
Que voulez-vous qu'on dife de vous en lifant votre reponfe? On n'ignore
pas que vous avez de l'efprit & du génie & on vous demandera pourquoi vous n'en faites pas ufage. A l'égard des fentimens d'un bon cceur,
on s'obftinera à vous lc refufer 7 je vous en previens. Cette réponfe
vous caraéterife mienx que toutes les refutations de vos adverfaires.
Moi-même qui ne vous veux point de mal, & qui voudrois cffacer la
honte dont vous vous couvrez par une conduite S peu philofophe, fi
je ne connoifois votre averfion pour toute dévotion, , j'aurois pi vous
dire, tant de fie! entre-t'il dans l'ame des divots? En effer, votre ancre
n'eft qu'un compofé de bile & de fel. Je ne prétends pas, en vous
parlant ainfi, inveétiver la piété & le culte religieux; nos idées né
s'accordent point en cela comme fur bien d'autres chofes; mais je vous
parle comme vous penfez. Si donc les erreurs qu'on vous reproche font
réelles, de quoi vous plaignez-vous ? On ne vous a pas dit que vous
étiez un méchant, un parjure * un fcelerat, 8c. on ne parle pas .de
crimes > il n'çft queftion que d'erreurs. Elles font malheureufement,
ainfi que l'ignorance, $ le trifte appanage de Phomme depuis T'énorme
prévarication de notre premier pere. Je vous dis ce que je peufe, &
je fuis fondé en raifon à vous affurer que mes penfées font plus fages
que les vôtres. Eh bien Mr. de Voltaire fe fera trompé; ce n'eft pas
là de T'extraordinaire ; nous n'en avons que trop de preuves. Il n'y a
pas du mal jufques là; du moins il ne fera jamais de la part de celui
qui vous démontre que vous avez pris votre imagination pour la vérité.
Il eft de l'homme de fe tromper, du philofophe de s'inftruire, & quelques fois d'avouer fes fautes ; mais il eft prefque divin de fe dédire
franchement & de fe corriger, & les feuls Chrétiens en font gloire.Je
ne vous quitte pas que vous ne converiez aveç moi que fi les erreurs
qu'on vous impute, fe trouvent dans Vos écrits, ( elles fe trouvent
trop fouvent repetées > pour douter que vous ne vous foyiez pas crà
obligé de Ies enfeiguer aux humains ), vous avez plus que tort d'avoir
outragé l'Auteur qui a pris la liberté de vous en avertir. En convenezvous? Votre aveu m'eft néceffaire; & fi vous êtes véritablement Philofophe, vous n'aurez pas de peine à le faire. Que fi vous n'en convenez pas, 2 j'en ferai faché par rapport à vous ; votre honte me caufera
cependant quelque joie, fi elle fait efpérer que c'cft un premier pas
vers le repentir, mais elle ne fuffit pas; il faudroit condamner publiquement ces erreurs 1 puifque votre livre cft public. Cette reparation
eft indifpenfablement néceffaire ; c'eft un hommage que nous devons
à la vérité, & qui ne pourroit que vous être honorable & avantageux.
a auroit fallu enfitite convaincre TAuteur qu'il s'étoit trompé & yous
joie, fi elle fait efpérer que c'cft un premier pas
vers le repentir, mais elle ne fuffit pas; il faudroit condamner publiquement ces erreurs 1 puifque votre livre cft public. Cette reparation
eft indifpenfablement néceffaire ; c'eft un hommage que nous devons
à la vérité, & qui ne pourroit que vous être honorable & avantageux.
a auroit fallu enfitite convaincre TAuteur qu'il s'étoit trompé & yous --- Page 467 ---
PA R M ARSEILLE
énoncer bien clairement, afin que tous ceux qui lifent vos ouvrages LEsHOMMES
foient perfuadés que vous n'aviez pas l'intention de les égarer. Ils ont deM.deVoliaure.
le droit de vous fommer de vous expliquer. En attendant que vous
leur donniez cette fatisfaction, je ne puis fans trahir la vérité, m'empécher de vous marqufer mon étonnement fur votre filence. II n'eft plus
excufable après l'éclat que vous avez fait fi imprudemment. Vous niez
formellement d'avoir enfeigné qu'il y a plufieurs efpéces d'hommes différentes les unes des autres. Si donc je vous prouve que c'eft votre
do@trine favorite, qu'allez-vous devenir aux yeux de l'univers? Quel
zitre vous donnera-t-on? Il ne feroit pas poli dc vous le dire ici. Votre
penchant pour la fingularité vous a entraîné 1 & vous manqucz de
courage pour reculer. Souvenez-vous de cette fentence que vous avez
prononcée : ( Un efprit jufte en lifant Thiftoire, n'eft prefque occupé
> qu'à la refuter. >) L'application regarde votre ouvrage, elle eft de
toute jufteffe. Je vous avertis que j'ai rapporté votre reponfe & le texte
que vous foutenez être faux, tel que vous l'avez fait imprimer en 1761.
Ainfi point de chicane à ce fujet, non plus que fur les extraits de votre
Effai fur T'Hiftoire, que vous me forcez de mettre fous vos yeux 1 &
que j'ai copié exaétement de l'édition de 1761, & des additions imprimées en 1763. Ces extraits feront un peu longs. Je n'ai pas ofé cependant les abreger. Vous allez peut-étre vous imaginer que c'eft pure
malice de ma part 3 point du tout, c'eft prudence 7 je veux vous forcer
à avouer ce que vous avec nié fi affirmativement. Cet aveu vous coutera un peu ; mais la confufion eft fouvent fi falutaire, que. je n'aurai
garde de vous en faire un reproche. Votre fiftéme fur l'exiftence de
plufieurs efpéces d'hommes, fe trouve repeté fi fouvent, que je ne
puis le regarder coinme une inadvertance. Vous le faites revivre partout oi vous pouvez le placer 3 & vous en parlez avec une fatisfaétion
qui ne manifefte que trop combien votre cceur s'y intéreffe. Trahit fua
guemgue voluptas.
a
Kkk ij
je n'aurai
garde de vous en faire un reproche. Votre fiftéme fur l'exiftence de
plufieurs efpéces d'hommes, fe trouve repeté fi fouvent, que je ne
puis le regarder coinme une inadvertance. Vous le faites revivre partout oi vous pouvez le placer 3 & vous en parlez avec une fatisfaétion
qui ne manifefte que trop combien votre cceur s'y intéreffe. Trahit fua
guemgue voluptas.
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COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LESHOMMES
deM.deVvitaire.
EXTRAITS
DE L'OU V R A G E
DE M. DE FOLTAIRE
>
U milieu des terres de T'Afrique, eft une race peu nombreufe
a
A
de petits hommes blancs comme de la neige, dont le vifage a
>la forme de celui des Négres, & dont les yeux ronds reffemblent
>parfaitement à ceux des perdrix. Les Portugais les nommerent Albi-
>nois. Ils font petits foibles, louches. La laine qui couvre leur tête
>& qui forme lcurs fourcils, eft comme un coton blanc & fin. Ils font
>au-deffous des Négres pour la force du corps & de Tentendement,
>& la nature les a peut-être placés après les Négres & les Hotentots, s:
>au-deffus des finges, comme un des dégrés qui defcendent de T'hompme à l'animal. Peut-être y a-t-il eu des efpéces mitoyennes inférieupres, quc leur foibleffe a fait périr. J'en ai vû un à Paris 2 à T'hôtel
pde Bretagne, qu'un marchand de Négres avoit amené. On trouve
>quelques-uns de ces auimaux reffemblans à l'homme 9 dans l'Afie
>Orientale ; mais I'cfpéce eft rare, elle demanderoit des foins compa-
>tiffans des autres efpéces humaines, qui n'en ont point pour tout ce
oqui eft inutile. tom. 4. P. 69 & additions P. 211.
>Les naturels du pays ( de la Prefqu'Ile de I'Inde) font d'une cou-
>leur de cuivre rouge. Dampierre trouva depuis, dans lIfe de Timor,
des hommes dont la couleur eft de cuivre jaune, tant la nature fe
>varie. La prémiere chofe que vit Pelfart en 1630, vers la partie des
>terres auftrales, féparées de notre hémifphere à laquelle on a donné
ple nom de Nouveile Hollande - ce fut une troupe de Négres quive-
>noient à lui en marchant fur les mains 1 comme fur les pieds. Il eft
>à croire que quand on aura pénétré dans le monde auftral, on conpnoitra plus encorc la variété de la nature. Tout aggrandira la fphere
ode nos idées & diminuera celle de nos préjugés. Additions 7 pag. 213-
>Les habitans des Ifles & de ce Continent (T'Amérique ); étoient une
pefpéce d'hommes nouvelle ; aucun n'avoit la barbe.
On avoit vû:
squily y avoit dans T'indouftan des races d'hommes jaunes.
>LCs Noirs diftingués encore cn plufieurs efpéces, , fe trouvoient en
la nature. Tout aggrandira la fphere
ode nos idées & diminuera celle de nos préjugés. Additions 7 pag. 213-
>Les habitans des Ifles & de ce Continent (T'Amérique ); étoient une
pefpéce d'hommes nouvelle ; aucun n'avoit la barbe.
On avoit vû:
squily y avoit dans T'indouftan des races d'hommes jaunes.
>LCs Noirs diftingués encore cn plufieurs efpéces, , fe trouvoient en --- Page 469 ---
PAR MARSEILLE
>; Afrique & en Afie, affez loin de l'équateur 1 & quand on eut eu- LESHOMMES M.dc Voltairenfuite percé en Amérique jufques fous la ligne > on vit que la race y de
>eit afiez blanche. Les naturels du pays font de couleur de bronze.
>Les Chinois paroiffent encore une efpéce entierement différente par
>la conformation de leur nés, de leurs yeux &. de leurs orcilles * par
>leur couleur > & peut-être encore même par leur génie 3 mais ce qui
peft plus à remarquer 1 c'eft que dans quelques régions que ces races
>foient tranfplantées, elles ne changent point, quand elles ne fe mê-
>lent point aux naturels du pays. La membrane muqueufe des Négres
preconnue noire 7 & qui eft la caufe de leur couleur, eft une preuve
>manifefte qu'il ya dans chaque efpéce d'hommes , comme dans les
>plantes, un principe qui les différencie, tom. 4. P-, 90.
>Si ce fut un effort de philofophie qui fit découvrir T'Amérique, ce
>n'en eft pas un de demander tous les jours comment il fe peut que
>l'on ait trouvé des hommes dans ce Continent, & qui les y a menés. Si
>on ne s'étonne pas qu'ily ait des mouches en Amérique , c'eft une ftupi-
>dité de s'étonner qu'il y ait des hommes.
fon
>Le Sauvage qui fe croit une produation de fon climat comme
porignal, & fa racine de manioc, n'eft pas plus ignorant que nous
>en ce point, & raifonne mieux. Én effet puifque le Négre d'Afrique
one tire point fon origine de nos peuples Blancs, pourquoi les RouOlivatres
Cendrés de l'Amérique viendroient-ils de
nges > Contrées les ? Et d'ailleurs 3 les quelle feroit la Contrée primitive ?
>nos
>La nature qui couvre la terre de fleurs > de fruits, d'arbres, d'asnimaux , n'en a-t-elle d'abord placé que dans un feul terrein > pour
>qu'ils fe repandiffent de-là dans le refte du monde ? Oit feroit ce ter-
>rein qui auroit eu d'abord toute l'herbe & toutes les fourmis & qui
>les auroit envoyées au refte de la terre? Comment la mouffe & les fapins
>de la Norwege auroient -ils paffé aux. terres auftrales ? Quelque ter-
>rein qu'on imagine, il eft prefque tout dégarni de ce que les autres
pproduifent. Il faudra fuppofer qu'originairement il avoit tout, & qu'il
>ne lui refte prefque plus rien. Chaque climat à fes productions difféprentes, & le plus abondant eft très-pauvre en comparaifon de toutes
>les autres enfemble. Le maître de la nature a peuplé & varié tout le
nglobe. Les fapins de Norwege ne font point affurement Ies peres des
leur
des fa-
>Giroffliers des moluques > & ils ne tirent pas plus origine
>pins d'un autre pays, que l'herbe des champs d'Arcangel, n'eft pronduite par T'herbe des bords du Gange. On ne s'avife point de pennfer que les chenilles & les limaçons d'une partie du monde foient
poriginaires d'une autre partie ; pourquoi. s'étonner qu'il y ait en Améprique quelques efpéces d'animaux, quelques races d'hommes fembla-
>bles aux nôtres 2
>L'Amérique 7. ainfi que l'Afrique & PAfie, produit des végétaux,
odes animaux qui reffemblent à ceux d'Europe > & tout de même en;
On ne s'avife point de pennfer que les chenilles & les limaçons d'une partie du monde foient
poriginaires d'une autre partie ; pourquoi. s'étonner qu'il y ait en Améprique quelques efpéces d'animaux, quelques races d'hommes fembla-
>bles aux nôtres 2
>L'Amérique 7. ainfi que l'Afrique & PAfie, produit des végétaux,
odes animaux qui reffemblent à ceux d'Europe > & tout de même en; --- Page 470 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
LESHOMMEs >core que T'Afrique & l'Afe, elle en prodnit beaucoup qui n'ont andeM.del'oinire. >cune analogie à ceux de l'ancien monde.
>Les terres du Mexique , du Perou, du Canada 1 n'avoient jamais
>portéle froment qui fait notre nourriture, nil le raifin qui fait notre boif
>fon ordinaire 7 ni lcs olives dont nous tirons taut de fecours, ni la
>plipart de nos fruits.
>Toutes nos bétes de fomme & de charge, chevaux, chameaux, I
pânes, boeufs étoient abfolument inconnus. Il y avoit des efpéces de
>boeufs & dc moutons ; mais toutes différentes des nôtres.
>Les moutons du Perou * étoient plus grands ; plus forts que ceux
>d'Europe & fervoient à porter des fardeaux. Leurs boeufs tenoient à
>la fois de nos buffles & de nos chameaux. On trouva dans le Mexique
>des troupeaux de porcs qni ont fur le dos le nombril, que par-tout
>ailleurs les quadrupedes ont au ventre. Point de chiens, point de
>chats. Le Mexique 1 le Perou avoient des lions, mais petits & privés
>de criniere, 3 & ce qui eft plus fingulier, le lion de ces climats étoit
>un animal poltron.
>On peut reduire fi l'on veut fous une feule efpéce tous les hom-
>mes, parce qu'ils ont tous les mêmes organes de vie, des fens &
pdu mouvement: 3 mais cette efpéce parut évidemment divifée en plu-
>fieurs autres dans le Phyfique & dans le Moral. Quand au Phylique
son crut voir dans les Equimaux qui habitent vers le 60 dégré du Nord
>une figare, une taille femblable à celle des Lapons. Des peuples
>voifins avoient la face toute velue ; les Iroquois 3 les Hurons & tous
>lcs peuples jufqu'à la floride parurent Olivatres & fans aucun poil
pfur le corps excepté da têtc. Lc Capitaine Rogers, qui navigua vers
>les Côtes de la Californie 1 y découvrit de peuplades de Négres
>qu'on ne foupçonnoit pas dans l'Amérique. On vit dans lIfthme de
>Panama une race qu'on appelle les Dariens 1 qui a beaucoup de rapaux Albinois d'Afrique 1 & c'eft la feule race de T'Amérique qui
*EE blanche. Leurs yeux rouges font bordés de paupieres façonnées
>en demi cercles. Ils ne voyent & ne fortent de leurs trous que la nuit.
>Ils font parmi les hommes, ce que les hiboux font parmi lcs oifeaux.
>Les Mexicains 1 les Peruviens parurent d'une couleur bronzée 3 les
>Bréfiliens d'un rouge plus foncé, les peuples du Chili, plus cendrés.
>On a exageré la grandeur des Patagons qui habitent vers le Détroit
>de Magellan; mais on croit que c'eft la Nation de la plus haute taille
>qui foit fur la terre. Tom. 4- pag. 98. & Additions, pag. 215. 216.
>& 217.
>Il eft vraifemblable qu'on pourroit encore envahir cette cinquième
npartie du monde (la terre Antarêtique découverte par Magellan en
DI 1720).On trouveroit que la nature n'a point négligé ces climats, &
pon y verroit des marques de fa variété & de fa profifion 5 mais jufnqu'ici que connoiffons-nous de cette immenfe partie de la terre ? Quel-
98. & Additions, pag. 215. 216.
>& 217.
>Il eft vraifemblable qu'on pourroit encore envahir cette cinquième
npartie du monde (la terre Antarêtique découverte par Magellan en
DI 1720).On trouveroit que la nature n'a point négligé ces climats, &
pon y verroit des marques de fa variété & de fa profifion 5 mais jufnqu'ici que connoiffons-nous de cette immenfe partie de la terre ? Quel- --- Page 471 ---
PAR MARSEILLE
nques Côtes incultes, où Pelfart & fes Compagnons ont trouvé, en LESHOMMES
>1630, des hommes Noirs qui marchent fur les mains comme fur les deM.defolaires
>pieds; une Baye ou Tafman en 1642 fut attaqué par des hommes
>jauncs armés de fléches & de maffues ; une autre oùt Dampierre,
>en 1699, a combattu des Négres qui tous avoient la mâchoire dégar-
>nie de dents par devant. On n'a point encore pénétré dans ce fegment
>du globe, & il faut avouer qu'il vaut mieux cultiver fon pays que
>d'aller chercher les' glaces & les animaux noirs & bigarrés du pole
>aufiral. Tom. 4. pag. 162.
>Quelques-uns ont cru la race des hommes originaire de PIndoufptan, alléguant que l'animal le plus foible devoit naître dans le cli-
>mat le plus doux, & fur une terre qui produit fans culture les fruits
>les plus nourtiffans & les plus falutaires, comme les dattes & les
>cocos, &c.
>Tout cela' prouve feulement que les Indiens font indigenes, , & ne
>prouve point du tout que les autres efpéces d'hommes viennent de
>ces Contrées. Les Blancs 1 & les Négres, & les Rouges 2 & les La-
>pons > & les Samoyedes 3 & les Albinois, ne viennent pas certaine-
>ment du même fol. La diffcrence entre toutes ces efpéces eft
>aufli marquée qu'entre les chevaux & les chameaux. Il n'y a donc qu'un
>brame, mal inftruit & entété ; qui puiffe prétendre que tous les.
>hommes defcendent de PIndien..
& de fa femme. Additions > pag-
>II. & I2.
>Ce vafte Archipel ( les Ifles Mariannes ) étoit peuplées d'hommes
nd'efpéces différentes, les uns Blancs 1 les autres Noirs, les autres.
>Olivatres ou Rouges. On a toujours trouvé la nature plus variée > dans
>les climats chauds, - que dans ceux du feptentrion. Tom. 4. pag. 227.
>Les peuples qu'on trouva dans le Canada, n'étoient pas de Ia na-
>ture de ceux du Mexique & du Perou & du Bréfil; ils leurs reffem-
>bloient en ce qu'ils font privés de poil comme eux, & qu'ils n'en
>ont qu'aux fourcils*& à la tête 5 ils étoient différens par la couleur
>qui approche del la nôtre > &c. pag-235. tom. 4-
>Ce vafte pays (la Laponie I voifin du pole, avoit été défigné fous
>le nom de la contrée des Pigmées feptentrionaux..
Il eft po.ffi-
>ble que les Pigmées méridionaux ont péri, & que leurs voilins les ont
odétruits.
>Plufieurs efpéces d'hommes ont pû auffi difparoitre de la face
>de la terre 1 comme plufieurs efpéces d'animaux. Les Lapons ne:
>paroiffent point tenir de leurs voilins.
> Les hommes, par exemple, font grands & bienfaits en Norwege,
>& la Laponie n'eu produit que de trois coudées de haut; leurs yeux
>leurs oreilles, leurs nez * les différencient encore de tous les peu.
>ples qui entourent leurs déferts. Ils paroiffent une efpéce particuliere
wfaite pour le climat qu'ils habitent, qu'ils aiment, & qu'eux feuls
'animaux. Les Lapons ne:
>paroiffent point tenir de leurs voilins.
> Les hommes, par exemple, font grands & bienfaits en Norwege,
>& la Laponie n'eu produit que de trois coudées de haut; leurs yeux
>leurs oreilles, leurs nez * les différencient encore de tous les peu.
>ples qui entourent leurs déferts. Ils paroiffent une efpéce particuliere
wfaite pour le climat qu'ils habitent, qu'ils aiment, & qu'eux feuls --- Page 472 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LESHOMMES >peuvent aimer. La nature qui n'a mis lcs rennes que dans ces condeslutfaisiesirees, femble y avoit preduit lcs Lapons; & comme Jcurs rennes ne
>font point venues d'ailleurs, ce n'eft pas non plus d'un autre pays
>que les Lapons y paroiffent venus. Il.n'eft pas vraiffemblable que les
>habitans d'une terre moins fauvage, ayent franchi les glaces & les
>déferts 7 pour fe tranfplanter dans des terres fi ftériles. Une famille
>peut être jettée par la tempête dans une Ifle déferte & la peupler;
>mais on ne quitte point dans le continent des habitations qui produi-
>fent quelque nourriture 3 pour aller s'établir au loin fur des rochers
>couverts de mouffe, oùr on ne peut fe nourrir que de lait de rennes
>& de poifions.
>De pius : fi des Norwegiens des Suedois s'étoient retirés en La-
>ponie, y auroient-ils changé abfolument de figure? Pourquoiles Iflan-
>dois qui font aufii feptentrionaux que les Laponois, font-ils d'une
sfi haute ftature, & les Lapons non-feulement petits , mais d'une figure
>toute différente ? C'étoit donc une nouvelle efpéce d'hommes qui fe
>préfentoit à nous, tandis que l'Amérique 3 l'Afie & l'Afrique noas en
>faifoient voir tant d'autres..
Tom. 3 pag. 226. En voila affez.
Puis-je vous deinander fi vous êtes véritablement convaincu que l'Auteur qui vous avoit tant faché, n'étoit ni libellifte, ni fauffaire & qu'il
n'avoit pas tort de blâmer la fingularité de votre fiftéme? De deux
chofes Tune, ou vous devez rejetter un fiftême fi déraifonnable, ou fi
vous le croyez véritable vous devez en prendre la défenfe & le prouver par des faits qui exiftent autre part que dans votre vive imagination. Mais dans Tun & l'autre cas, n'oubliez pas, je vous en pric,de
faire reparation à l'Auteur. Jc vous préviens que vous y êtes obligé
en confcience. Si vous avez affez de force pour confeffer la vérité, en
vous retraétant publiquement, vous me cauferez une grande joie &je
me retirerai fort content de la bonté que vous aurcz eu de m'entendre;
je m'unirai avec grand nombre de gens de bon fens pour publier les
jouanges que mérite un aveu fi difficile à faire, fur-tout à un Philofophe & à un Sçavant. Que fi au contraire par une abfurdité qui me
paroit infoutenable 9 & incroyable, vous vous obftinez à imaginer que
les hommes naifient dans diférens climats, commc l'herbe & la moufle,
je ne pourrai m'empécher de refuter une fi grande extravagance 2 &
de vous faire connoitre à tout l'Univers tel que vous êtes. En attendant votre réponfe, je joins ici quelques obfervations 9 non pas pour
vous uniquement, elles me paroiffent également néceffaires à quelques
perfonnes auxquelles je fuis fincerement attaché, & qui malheureufement fe font laiffécs éblouir par les charmes de votre éloquence, &
Tabondance de vOs faux raifonnemens.
PREMIEREMENT.
'empécher de refuter une fi grande extravagance 2 &
de vous faire connoitre à tout l'Univers tel que vous êtes. En attendant votre réponfe, je joins ici quelques obfervations 9 non pas pour
vous uniquement, elles me paroiffent également néceffaires à quelques
perfonnes auxquelles je fuis fincerement attaché, & qui malheureufement fe font laiffécs éblouir par les charmes de votre éloquence, &
Tabondance de vOs faux raifonnemens.
PREMIEREMENT. --- Page 473 ---
P A R MARSEILL E.
LESHOMMES
P R E M I E R E M E N T.
deM.deVoltairea
Les Albinois font-ils une elpéce d'hommes différente de notre
efpéce?
SECONDE E M E N T.
La différente couleur que nous remarquons dans les hommes qui
habitent diverfes contrées, ,contitue-t-elle des cfpéces différentes 2
TROS I E M E M E N T.
Une barbe bien garnie 9 déligne-t-elle une efpéce d'hommes différente des homies fans barbe 2
QVATRIEMEMENT
Y a-t-il de ftupidité à croire que les hommes ne viennent pas dans
tm climat quelconque comme les mouches, T'herbe & la moufle 3
CINQUIEMES M E N T.
Yatil des hommes qui marchent fiur les mains, & font-ils d'unc ef
péce différente de la nôtre 3
SIXIE M E M E N T.
Doit-on croire que les hommes foient originaires de TIndouftan, &
qie ceux qui habitent les environs de Geneve viennent de cette contrée 3
SEPTIE M E M E NT.
Les hommes du Nord font-ils d'une efpéce différente de ceux da
midy 3
HUITIEMEMENT
Ef-il poffible que les hommes ayent paffé d'un climat dans un antre ? & n'eft-il pas plus naturel que chaque climat aye produit des
hommes particuliers, & qui lui foicnt propres ?
Tom. II,
1.11
Indouftan, &
qie ceux qui habitent les environs de Geneve viennent de cette contrée 3
SEPTIE M E M E NT.
Les hommes du Nord font-ils d'une efpéce différente de ceux da
midy 3
HUITIEMEMENT
Ef-il poffible que les hommes ayent paffé d'un climat dans un antre ? & n'eft-il pas plus naturel que chaque climat aye produit des
hommes particuliers, & qui lui foicnt propres ?
Tom. II,
1.11 --- Page 474 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LEs HOMMES
de. M.de Voltaire.
R E M. ARQUES
P R E M I E R E M E N T.
Le ton ferieux que vous prenez, Mr. de Voltaire , pour nous débiter
vos imaginations pour des réalités, afflige plutôt qu'il ne fait rire; le
portrait que vous faites des Albinois, fuppofe que vous les connoiffez
bien: : que leurs yeux de perdrix doivent être jolislc'eft dommage qu'ils
foient louches : leur entendement n'a certainement pas fervi de modéle
au fameux Locke; les Négres en ont fi peu 2 ceux-ci encore moins &
peut-être remarquez bien ce peut-être dans la bouche d'un Philofophe
qui enfeigne les humains, )y, a-t'il eu des efpéces mitoyennes inférieures que leur foibleffe a fait périr. On accufe Homere d'avoir fommeillé
quelquefois ; que penferons-nous de l'Hiftorien de Charles XII 3 Quel
dommage qu'il n'ait pas continué les Contes des Fées; d'uu coup de
baguete il auroit peuplé la Lybie d'efpéces mitoyennes, comme autant
de dégrés qui defcendent de Ihomme à T'animal > & puis d'un autre
coup de baguete, il les auroit fait difparoitre 5 car dès qu'on ne voit
plus ces efpéces mitoyennes, il faut bien fuppofer qu'elles ont péri 21
& afin qu'on fçache que ces efpéces pouvoient réellement périr, , ila
fallu leur attribuer, une délicateffe ou une foibleffe qui demanderoient
des foins compatiflans 7 de la part des autres efpéces humaines, qui n'en
ont point pour tout cc qui eft inutile.
Voilà fans contredit un bel éloge des hommes d'aujourd'hui, bien
entendu de votre efpéce, qui n'ont d'autres rapports avec les autres
hommes, 1 que ce qu'il en exifte dans le fonds de la nature humaine.
On a grand tort d'accufer ce Siécle de frivolité, le voilà juftifié. L'hic
toire des Pantins eft une fable; on ne cultive plus des plantes infructueufes > on ne nourrit plus des animaux ou inutiles ou nuifibles; les
hommes font tous devenus fages ; il ne leur manque plus, pour devenir
parfaits 1 que la vertu de compaffion, qu'ils. regardent fans doute bien
inutile , puifqu'ils ne font point compatiffans pour ces efpéces délicates
& qu'ils ne donnent leurs foins qu'à ce qui eft utile.
Je ne releve point le mot de nature ; il auroit cependant befoin
d'une claire explication ce mot fignifiant dans le langage des nouveaux
Philofophes, tout ce qu'ils imaginent qu'il convient de lui faire fignifier, & non pas ce qu'il fignific naturellement & véritablement. Jc le:
preuds en bonne part, pour ne point entrer dans une difcuffion qui feIoit longue. Mais que fignificnt ces dégrés du Négre & de l'Hotentot
à "'Albinois, & de T'Albinois au finge, & de T'homme à T'animal?Sans
doute qu'il y aura une femblable gradation de TEléphan à l'invifible:
Ciron. J'avoue que ma philofophie ne comprend rien dans cC raifon-
ment. Jc le:
preuds en bonne part, pour ne point entrer dans une difcuffion qui feIoit longue. Mais que fignificnt ces dégrés du Négre & de l'Hotentot
à "'Albinois, & de T'Albinois au finge, & de T'homme à T'animal?Sans
doute qu'il y aura une femblable gradation de TEléphan à l'invifible:
Ciron. J'avoue que ma philofophie ne comprend rien dans cC raifon- --- Page 475 ---
PAR MARSEILLE
45E
nement , & qu'avec un peut-être, 011 fait bien du chemin. Les Albi- LESHoMMrs
nois quc vous voulez que la nature ait placés entre l'Hotentot & le finge 3 deM.deFolteiree
participeront-ils à la nature du prémier ou du fecond ? feront-ils hommes ou animaux ? Ou plutôt croyez-vous 3 Mr. de Voltaire 3 que les
Hotentots foient des hommes & que les finges ne le foient pas? Votre phylique eft fi peu raifonnable & fi mal raifonnée - que ce feroit perdre du teis que d'en relever les abfurdités. Les Albinois font véritablement des hommes. Ne vous fâchez pas, fi je vous foutiens qu'ils font
hommes auffi bien que vous, & qu'ils font vos freres 1 n'ayant point
des yeux de perdrix ) n'étant point louches quoique leur vue foit
très-foible. Ils font Blancs, & ce qui me furprend & devroit avoir excité
votre curiofité & vos recherches, c'eft qu'ils naiffent & habitent parmi
les Négres, & femblent avoir reçu cette couleur blanche, , en mêmetems que les Négres ont reçu la couleur noire. Notre ignorance furl'origine & la caufe de ce changement de couleur, feroit une bien fote
raifon pour la nier 1 & encore plus fote de prétendre que la Sageffe
Divine a créé tout ce qui exifte conformément à n10S foles imaginations.
J'ai rapporté la conjeêture d'un homme d'eprit fur la couleur des Atbinois ; je ne l'ai pas donnée cependant pour certaine. Qu'on m'en fourniffe une plus fatisfaifante. ,je T'adopterai tout de fuite. Je cherche la
vérité ; de quelque main qu'elle me foit préfentée 7 elle me fera précieufe. Je garderai le filence, lorfque mes recherches ne fuffiront pas pour
me dévoiler ce qui demeure caché à la curiofité humaine. Je ne nie
pas, Mr. de Voltaire, que vous n'ayez vû un Albinois à Paris dans
l'Hôtel de Bretagne ; j'aurois fouhaité que vous l'eufliez examiné avec des
yeux plus philofophes 3 vous y étiez obligé, puifque vous vous propofiez de regler la croyance de l'univers fur un fait fi extraordinaire. Ce
Marchand d'Efclaves qui voyageoit en France, vous auroit appris quelques particularités qui ne m'auroient pas été indifférentes à moi 1 qui
n'ambitionne pas le titre de Philofophe ; mais qui fuis auffi curieux
qu'un autre de connoître la caufe de cette finguliere blancheur. Je
m'arrête : jai d'autres reflexions à faire.
SECONDEMENT.
Si les diverfes couleurs que nous remarquons dans les hommes, fuffifoient pour conftituer des efpéces différentes, qui pourroit en fixerle
nombre ? Quelle multitude d'efpéces ! & qui feroit certain de la fienne ?
Une alliance, un changement de climat > une maladie voilà T'efpéce
remplacée par une autre. Oh ! la jolie invention pour décorer Thiftoire
de barbe bleue. Un même homme fera de plufieurs efpéces, fi par
quelque accident il change de couleur. Dites moi, Mr. de Voltaire,
de quelle efpéce eft un Mulatre 2 Belle queftion : il eft de l'efpéce Mulatre. II n'eit donc pas de l'efpéce de fon pere 5 car il étoit Noir OM
LI1 ij
péce
remplacée par une autre. Oh ! la jolie invention pour décorer Thiftoire
de barbe bleue. Un même homme fera de plufieurs efpéces, fi par
quelque accident il change de couleur. Dites moi, Mr. de Voltaire,
de quelle efpéce eft un Mulatre 2 Belle queftion : il eft de l'efpéce Mulatre. II n'eit donc pas de l'efpéce de fon pere 5 car il étoit Noir OM
LI1 ij --- Page 476 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LESHOMMES Blanc; & le fils de ce Mulatre , de quelle efpéce fera-t-il? Je vois a
#eM.deloltaire. votre mine que vous vous fachez, vous auriez tort. J'ai eu la patience
de vous lire , ayez cclle de m'entendre. Vous avez furement voulu parler de quelques couleurs bien apparentes & bien oppofées les unes aux
autres, la nature nc fe variant que pour ces couleurs principales ; enlcore le mot de nature 3 N'oubliez pas que je nc veux pas l'examiner
ici. Vous voilà donc l'arbitre fouverain de déterminer combien ily a
d'efpéces humaines; vous n'aurez qu'à fixer le nombre de couleurs, &c
l'affaire fera décidée. N'aurcit-il pas fallu commencer par nous apprendre quelles font les coulcurs primitives ? Quelle eft leur effence, , & S
celles qui eil dérivent peuvent faire fouches ? Mais croyez-vous que les
habitans de la Prefqu'inle dc I'Inde , font de couleur de cuivre rouge 2:
& que cette couleur ne foit pas accidentelle ; furement vous ne l'avez
pas examiné; vous n'en avez pas moins prononcé votre jugement. Que
penfez-vous de ces hommes que Dampierre trouva dans life de Timor, a
dont la couleur cft de cuivre jaune, & de ceux que vit Pelfart en 1630,
vers la partie des Terres auftrales dans la Nouvelle Hollaude 7 cette
troupe de Négres qui venoient à lui marchant fur les mains. comme
fir les pieds. Pour cette efpéce elle eft plus que drôle 5 auffi a-t-elle
donné lieu à l'admirable reflexion que vous faites fi judicieufement t:
>Il cft à croire que quand on aura pénétré dans ce monde aufiral, on
>connoitra encore plus la variété de la nature. , tout aggrandira la fphere
ode nos idées, 1 & diminuera celle de nos préjugés.> Que ne failiezvous ufage de cctte maxime que vous dites autre part: : > il faut lire
>avec un efprit de doute prefque toutes les relations qui nous vien-
>nent de ces pays éloignés.
On. eft plus occupé à nous envoyer
>des marchandifes.. que des vérités:
Sans ce dernier mot, nous n'aurions prefque pas douté fur votre
parole de celles de Dampierre & de Pelfart. C'eft dommage que ce
dernier n'aye pas vu des marionetes dans les terres auftrales. Vous
n'auriez pas manqué de nous citer cette nouvelle efpéce d'hommes.
Scaron. marchoit fur fes fefles autre efpéce d'hommes. Lifez les
voyages de Jacques Sadeur. Il dit qu'il a và; pourquoi le regardericz-vous. comme un menteur. Vous voulez bien que nous vous croyons ;
pourquoi ne mérite-t-il pas la même croyance. 2 Il raconte comme vous
des hiftoires plus que furprenantes, & tout cela pour aggrandir la:
fphere de nos idécs. Vous auriez mieux fait de diminuer celle de Vos
préjugés. Cc langage vous furprend. Vous attribuer des préjugés, à
vous, Mr. de Volraire, qui les combattez à outrance. Non: je ne. me
trompe pas, vous avez plus de préjugés que tout autre 5 mais ils font
à rebours. Vous avez honte de croire ce que vos peres ont cru-, par
la feule raifon qu'ils l'ont crû, & vous voulez qu'on croye les contes
bleus que. vous débitez, parce que perfonne ne les croyoit. Nous auges qui nous glorifions de. n'être point initiés dans les fublimes focrots.
les combattez à outrance. Non: je ne. me
trompe pas, vous avez plus de préjugés que tout autre 5 mais ils font
à rebours. Vous avez honte de croire ce que vos peres ont cru-, par
la feule raifon qu'ils l'ont crû, & vous voulez qu'on croye les contes
bleus que. vous débitez, parce que perfonne ne les croyoit. Nous auges qui nous glorifions de. n'être point initiés dans les fublimes focrots. --- Page 477 ---
P AR MARSEILLE
de la nouvelle philofophie ) nous ne rougiffons pas d'avouer que nous LESHOMMES
ne fommes pas entierement exempts de préjugés. Heureux ceux qui en deM.deVoltaire
ont le moins, & plus heureux encore fi ces préjugés n'attaquent point
les vérités de notre fainte Religion 1 & tout ce qui doit la rendre
augufte & précieufe. Ignorez-vous que les Caraibes fe rocouent, les
Orenoquois fe noirciffent, lcs Indiens fe peignent, & que les Anglois
en faifoient autant, 8c. Si vous ne l'ignorez pas, que devient votre
belle reflexion, & toutes vos cfpéces d'hommes de différentes couleurs? Jc pourrai revenir fur la même queftion. En voilà affez pour le
préfent.
TROISIEMEMENT.
La barbe, cette marque caraétériftique & diftinétive dans l'efpéce
humaine du mâle d'avec la femelle, avoit jufqu'ici occupé les Phyficiens dans la recherche de la caufe efficiente de ce poil fur le vifage
de l'homme. Pourquoi les femmes en font privées , & quelques-unes
en ont cependant ? Pourquoi tous les mâles ne l'ont qu'à un certain âge , & qu'elle cft fi variée fuivant les climats 3 Et pourquoi dans
les mêmes familles, les uns l'ont fi différente des autres 7 foit dans la
quantité foit dans la qualité 2 Toutes ces queftions font étrangeres à
mon fajet, auffi bien que les révolutions que les zèlés défenfeurs des
barbes ont occafionnées. Je n'ai garde d'ôter le voile qui couvre les
fotifes de nos Peres, & de plaifanter fur ce qui me rend encore tout
honteux. Je voudrois pouvoir effacer du fiécle de Henri II, les ridicules démêlés que la barbe a occafionnés. Je laiffe à d'autres de rire
en voyant de jeunes Officiers & de petits Maîtres courtifans tirer vanité d'une longue barbe , & de graves Magiftrats & de vieux Do@tcurs
s'étudier à reffembler à des enfans; ce tems n'eft pas bien reculé.
Je n'examinerai pas non plus. fi la barbe ayant été donnée à Phomme pour le caraétérifer, l'homme peut Ia retrancher fans contrevenir
à l'intention. du Créateur. La décifion de cette. queftion eft au-deffus de
moi.. Jc la laiffe à qui de droit, comme auffi de décider s'il eft plus
permis de retranclrer du corps de l'homme pour l'embellir , de ce qui
a été créé avec lui pour le conftituer tel qu'il eft, que d'y ajouter quelque chofe d'étranger pour cpérer le même effet;. mais il étoit refervé
à la nouvelle philofophie de conclurre que les hommes de l'Amérique
que quelqu'un aura vû ou fe fera imaginé de voir fans barbe 9 étoient
d'efpéces d'hommes nouvelles. Nous vous avons obligation de cette finguliere découverte.; ; vous en faites tant 3 que celle-ci. ne paroit plus:
extraordinaire. J'ai reflechi férieufement fur une fi étrange prétention >
& m'ayant paru plus qu'abifurde, 1 je me fuis contenté de la ranger danss
la claffe des préjugés de votre philofophie. J'en ai déjà parlé; je pourxois jetter tant de ridicule fur ce. rilible fyftême, que par égard. pour
Nous vous avons obligation de cette finguliere découverte.; ; vous en faites tant 3 que celle-ci. ne paroit plus:
extraordinaire. J'ai reflechi férieufement fur une fi étrange prétention >
& m'ayant paru plus qu'abifurde, 1 je me fuis contenté de la ranger danss
la claffe des préjugés de votre philofophie. J'en ai déjà parlé; je pourxois jetter tant de ridicule fur ce. rilible fyftême, que par égard. pour --- Page 478 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LESHOMMES vousje n'en dirai rien , quoique pour le rendre croyable vousrappelliez
deM.del'oitaire. tout de faite les efpéces des hommes Noirs, Blancs, Jaunes, Bronzés 3
8xc. Il ne manquoit plus pour rendre les différentes efpéces d'hommes
innombrables, que de fappofer que chaque homme qui naitra avec quelque irrégularité far le corps., fera d'une autre efpéce. Vous ne. le dites
pas en propres termes; je crois que vous n'avez pas ofé; vous avez
cru inieux réuflir en tranfportant vos Leéteurs dans l'Empire de la
Chine. Là, vous leur faites examiner le nés, les yeux, les orcilles &
la couleur des Chinois pour les forcer à prononcer qu'ils font d'une
autre cfpéce. Ce n'eft pas tout: une différence dans le génie, conftitucra une efpéce différente. Surce pied la, votre efpéce, Mr. de Voltaire, fera une efpéce bien rare 1 à moins que celle du Citoyen de
Geneve 1 & de quelques nouvcaux Philofophes & de leurs Seétateurs 7
ne foit la imême. Dc pareilles prétentions ne demandent aucune reponfe. Ce feroit perdre fon tems 7 & trop peu eftimer le public que
de m'arrêter d'avantage fur la différence des efpéces plus ou moins barbues. II eft cependant naturel dans l'ignorauce ou je fuis de l'exiftance
de toutes ces nouvelles efpéces d'hommes, de demander file fon de la
voix ne feroit point un figne fuffifant pour nous affurer de la différence
des efpéces 1 & fi le goût pour la mufique Italienne ou Chinoife 1 ne
fait point une efpéce d'homies différente de ccux qui ont le goût pour
la mufique Françoife ou Efpagnole. Il ne feroit pas plus difficile à la
nouvelle philofophie de dire oui que non, & à des imbécilles del le croire.
L'affirmation de quelque Difciple de l'oracle des Philofophes équivaudra bien à l'autorité de la révélation & à T'expérience de tous les
fiécles. Efil poflible que nous foyons obligés de parler férieufement de
femblables reveries ?
Je m'attens, Mr. de Voltaire, que vous m'allez placer parmi les
ignorans & les entêtés que le vieux préjugé, qu'il n'y a qu'une efpéce d'hommes, 3 aveugle au point de méprifer les démonftrations accumulées Ics unes fur les autres, 1 que vous vous imaginez être concluantes pour pronver le contraire. Oui, direz-vous, la race des Chinois eft fi différente de la race des François, & cette prémiere efpéce
eft f peu la même que la derniere, qu'on a remarqué, que dans quelques régions que des Chinois foient traniplantés, leurs enfans auront
toujours le nez, les yeux 1 les oreilles & la couleur à la Chinoife.
C'eft vous, Mr. de Voltaire, 3 qui le dites, & qui vous imaginez trop
légerement que le fait eft véritable parce que vous l'avez dit. Vos
profelites n'héfiteront pas à vous croire fur votre parole ; vous êtes pour
eux un oracle. Pour moi, qui fiis perfuadé du contraire, je crains
toujours de m'égarer en vous écoutant. Vous avez trop d'efprit pour
n'en pas deviner la raifon. Votre autorité, 1 quelque grande qu'elle foit,
ne fçauroit me décider. H me faut des preuves, & ici elles font toutes contre vous. Je n'aurois pas rclevé la faufleté de votre fuppofition
pas à vous croire fur votre parole ; vous êtes pour
eux un oracle. Pour moi, qui fiis perfuadé du contraire, je crains
toujours de m'égarer en vous écoutant. Vous avez trop d'efprit pour
n'en pas deviner la raifon. Votre autorité, 1 quelque grande qu'elle foit,
ne fçauroit me décider. H me faut des preuves, & ici elles font toutes contre vous. Je n'aurois pas rclevé la faufleté de votre fuppofition --- Page 479 ---
P A R MARSEILLE,
f Thommage que je dois à la vérité ne m'avoit contraint à vous faire LESHOMMES
cette impoliteffe. Non : ni les Chinois ni les Cochinchinois, ni les de M.deVolaire.
Japonois, ni les Tartares, ni les Mogols, ni les ( en voilà affez )
tranfplantés en Europe 1 ne conferveront pas toujours leur figure nationale; ils la perdent & prenuent celle de la nation qu'ils habitent, quoiqu'ils ne s'allient point avec les indigenes. Ce changement n'eft pas fubit;
ils s'opére infenfiblement & s'effeétue à plein à la cinquiéme génération.
J'en ai conjeêturé les raifons dans un autre endroit; je ne les repete
pas ici, non plus que ce que j'ai dit de la couleur des Noirs, qui, fuivant vous, procéde de la membrane muqueufe, qui eft la preuve manifefte qu'ily a daus chaque cfpéce d'hommes 7 comme dans les plantes, un principe qui les différencie. Je n'entens pas ce jargon de la
nouvelle philolophie, un principe qui differencie les efpéces humaines
comme les plantes. Le galimatias des anciens Philofophes, n'étoit pas
plus obfeur; ils avoient inventé des caufes ocultes 1 ici c'eft un principe; ; or principe & caufe font finonimes ; d'ou il fuit que nous n'en
fçavons pas plus qu'eux, & que les découvertes que nous avons faites
depuis un fiécle dans la phylique, ne nous fervent de rien; mais encore ce principe dans les plantes que peut-il fignifier? Eftce qu'il auroit la vertu de changer une efpéce en une autre efpéce 2 Ou eft-ce
fimplement la vertu de reproduction qui n'eft que l'effet de la parole
efficace de l'Etre Suprême ? Non : la nouvelle philofophie s'énonce clairement; c'eft un principe qui diflérencie chaque cfpéce, c'eft-à dire, c'eft.
ce que nous n'entendons ni l'un ni l'autre, &c qui fait que ce qui cft,
eft, & qu'il eft de telle manicre 7 parce qu'il eft de telle maniere..
Voilà qui eft très-lumineux; aufli a-t-il fallu philofopher fuivant les principes de la nouvelle philofophie, & s'être dépouillé de tous les pré-.
jugés qui fubjuguent la raifon humaine, pour produire un enfeignement
fi fatisfaifant. Qu'on juge par la manifeftation de cette fiiblime doctrine,
combien elle étoit néceflaire pour difliper les ténébres du genrehumain.
QUATRIE ME M E N T.
J'avoue que je fuis un fupide, & pis encore, fi parce qu'il y a des
mouches ed Anférique je ne fçais pas tirer la conféquence qu'il doit
y avoir des hommes. $ tout autre que vous, Mr. de Voltaire tenoit
aux autres hommes, vos femblables, ou qui du moins ont la témérité de s'en flatter * un langage fi nouveau & fi fingulier, ils examineroient premierement fi vons ne dormez pas, & s'ils vous trouvoient
éveillé, ils ne pourroient que vous plaind:c; eni effet, fi les mouches,
les chenilles, les limaçons 7 n'ont aucuue liaifon ni aucune connexion
avec T'homme, pourquoi cCs infedes ne pourront-ils pas vivre & fe
reproduire dans un pays quelconque, fans que par wie fuite nécclaire,
un langage fi nouveau & fi fingulier, ils examineroient premierement fi vons ne dormez pas, & s'ils vous trouvoient
éveillé, ils ne pourroient que vous plaind:c; eni effet, fi les mouches,
les chenilles, les limaçons 7 n'ont aucuue liaifon ni aucune connexion
avec T'homme, pourquoi cCs infedes ne pourront-ils pas vivre & fe
reproduire dans un pays quelconque, fans que par wie fuite nécclaire, --- Page 480 ---
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COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LFSIIOMMES Tefpéce des hommes fc trouve dans le même lieu 2 J'avouc encore ici
deadideFoinire, ma flupidité, quoique je fois affez fincere pour ne pas me croire plus
fupide que les autres. La mouche, le linaçon, le lapin, T'herbe..
exiftent dans un licu ; donc à peine de ftupidiré je dois croire qu'il
y cxifte auffi des hommes 5 donc l'exiftence de l'homme eft une confequence néceffairc de l'exifence de la mouche. Certainement un Philofophe comme vous a voulu dire autre chofe. Je veux donc examiner ce que vous pouvez avoir voulu nous apprendre de raifonnable.
Vous voyez que je ne cherche pas à vous trouver coupable; ; bien loin
de cela , j'aurai un véritable plaifir. fi je puis réuffir à vous fauver de
la peine du talion. Suppofons donc que vous ayez voulu dire que la
même puiffance qui a créé des mouches, des limaçons, des fapins, &c.
dans diverfes parties du monde , y a aufli créé des hommes de différentes efpéces, 3 pour orner & embellir l'Univers par cette varieté. Cette
fuppofition n'honore pas beaucoup votre Religion 5 mais enfin il faut
bien que je fuppofe qnelque chofe, & peut-étre que ce qui me fait
de la peine, vous eft agréable. Vous ramaffez toutes vos preuves pour
en accabler les mécroyans à votre deétrine. Il faudroit, pour vous fuivre, difcuter tant de faits, répondre à tant de queftions, réfoudre tant
de difficultés, que je pafferois les bornes que je me fiis preferites.
Je préfere de joindre quelques courtes réflexions aux extraits de votre
ouvrage que je vous ai remis fidélement fous les yeux dans vOs propres termes pour éviter toute chicane.
>Si ce fut un effort de philofophie qui fit découvrir T'Amérique, ce
pn'en eft pas un de demander tous les jours comment il fe peut qu'on
pait trouvé des hommes dans ce continent & qui les y a menés. Si on
>ne s'étonne pas qu'il y ait des mouches en Amérique , c'eft une ftu-
>pidité de s'étonner qu'ilya ait des hommes.
Je vous ai affez fait fentir de quel côté il falloit placer la ftupidité, 3
& il faut être vous pour ne pas être étongé de ce qui eft véritablement
fi étonnant, & qui étonnera malgré votre furprife les races futures qui
auront la raifon pour guide, & fe glorifieront de la fuivre. Un Philofophe doit avoir de Tinduigence pour les ignorans, il doit les éclairer
& ne jamais les infulter. Je cherche la lumiere dans cet amas de belles
phrafes, & je n'en vais fortir que confufion 8 ténébres. Il y a des
mouches en Amérique, donc il ya des hommes. Le principe n'eft rien
moins que lumineux, & la coaféquence me confole de pailer pour
ignorant.
>Le Sauvage qui fe croit une produétion de fon climat comme fon
>0 origuai, & fa racine de manicc, n'eft pas plus ignorant que nous cn
>ce point, & raifonne beaucoup iieux.
Je vous prie, Mr. de Voltaire, de parler à l'avenir en votre feul
nom 3 quand vons fouhaiterez nous faire part de quelqu'une de vos
étrauges fiugularités. Je vous déclare une fois pour toutes, que T'approbation
pailer pour
ignorant.
>Le Sauvage qui fe croit une produétion de fon climat comme fon
>0 origuai, & fa racine de manicc, n'eft pas plus ignorant que nous cn
>ce point, & raifonne beaucoup iieux.
Je vous prie, Mr. de Voltaire, de parler à l'avenir en votre feul
nom 3 quand vons fouhaiterez nous faire part de quelqu'une de vos
étrauges fiugularités. Je vous déclare une fois pour toutes, que T'approbation --- Page 481 ---
PAR MARSEILLE
probation que vous donnez au raifonnnement que vous prétez à votre
Sauvage, 1 & que vous jugez meilleur que le mien, ne fera jamais vo- de LESHOMMES M.de
lontaire 1 tant qu'il me reftera un brin de fens commun, & que
Voltaire,
ne fuis nullement de votre avis. Bien loin de-là, je trouve que votre je
Sauvage raifonne comme une buche, que vous , tout grand
que vous êtes 9 vous avez tort d'approuver fon. raifonnement , Philofophe &
ferois abfurde, fije ne vous condamnois tous les deux. Ce
fe que croit je
une production de fon climat, comme fon orignal & Sauvage fon manioc.
Veut-il me faire entendre que comme la terre produit l'orignal & le
manioc elle l'a aufi produit lui & toute fon efpéce, & toutes ces
productions font un effet du climat ? La belle philofophie que ! quel dommage que nos Peres ne l'ayent pas connue. Ce Sauvage croit bonnement
que ce qu'ilvoit dans fon climat y vient, parce qu'ilyv vient, & fon raifonnement vaut mieux que le mien, , qui crois & fuis perfwadé la révélation
& par l'expérience que le climat ne fert qu'au développement par des étres.
Je m'explique 1 n'étant pas encore affez Philofophe
me croye far ma parole ; je crois donc que le climat, pour le exiger qu'on les
fouphres & les fels font les matieres néceffaires à l'accroiffement limon, d'un
corps biter quelconque ; mais je çrois que c'eft raifonner en Sauvage & déde des abfiurdités que d'imaginer que tous les fels, tous les
l'univers & tous les climats réunis enfemble, & tous les fouphres
de la terre en fus 3 puiffent former le plus petit infeête & Philofophes le moindre
petit brin d'herbe. Il eft d'une abtolue néceffité de recourir à la
créatrice pour opérer cette merveille 1 qui ne ceffe de
puiffance telle
aux yeux du fage, quoiqu'elle fe renouvelle
paroitre
croit que l'Etre Suprême crée journellement chaque les Etres jour ; car le fage
repandus dans
l'univers, ou qu'il les a créés dans un tems marqué depuis le tems
eft forti du néant, parce que tout être qui n'eft pas Dieu, que doit néceffairement avoir un commencement i il eft évident , à
que Dieu ne crée point journellement ces êtres dans le quia fens desyeux,
tire du néant, & non pas dans celui que la confervation eft une qu'il les
tion continuée; d'où il faut conclurre qu'il les a créés dans un certain créazems, & non pas qu'ils tirent leur origine du climat ; car fi le climat
en avoit produit une fois, il en produiroit toujours de femblables, ni
ayant aucune raifon de douter que la puiffance qui auroit fait le
mat propre à produire certains animaux & certaines
cliproduifit pas toujours dans la proportion convenable audit plantes, climat ne les
pendant T'expérience démontre le contraire , & fi nous détruifons quel- ; ceques efpéces d'animaux ou de plantes dans un climat quelconque 3
qu'à ce que les mêmes animaux > ou les femences des mêmes juf
y foient apportés de quelqu'autre lieu, il n'y en viendra
plantes
cent millions de fiécles. Votre raifonnement eft fondé fur un jamais faux dans
cipe S il eft même ridicule, 3 puifqu'il faut fuppofer que le climat prindonner l'exiftance à quelque créature. Suppofition abfarde mais peut néTom. Il.
Mmm 1
quelconque 3
qu'à ce que les mêmes animaux > ou les femences des mêmes juf
y foient apportés de quelqu'autre lieu, il n'y en viendra
plantes
cent millions de fiécles. Votre raifonnement eft fondé fur un jamais faux dans
cipe S il eft même ridicule, 3 puifqu'il faut fuppofer que le climat prindonner l'exiftance à quelque créature. Suppofition abfarde mais peut néTom. Il.
Mmm 1 --- Page 482 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
LESHOMMES ceffaire pour donner du rclief à la nouvelle philofophie. Régle certai
deM.deVoltaire. ne : il faut déjà avoir un être 3 pour continuer à avoir fon femblable
& le multiplier. La terre fufceptible de prodnire tous les êtres créés,
c'cft-à-dire 9 de concourir à leur dévelopement s demeurera toujours
ftérile, fi elle eft privée des germes & des femences dans lefquels
ils font renfermés,. & qui feuls peuvent opérer leur renouvellement.
Dieu donc qui peut tout ce qu'il veut, n'a pas vouly 1 puifqu'il ne le
fait pas, que la terre eut une vertu de reproduction indépendante
de l'ordre qu'il a voulu établir dans le renouvellement des étres. Nous
fommes affurés qu'il faut qu'il y ait des étres déjà exiftans pour fe
perpétuer. Il faut donc ou qu'ils ayent été créés de toute éternité $ ou
dans le tems. L'éternité eft une fuppofition infenfée , il faut donc de
toute néceflité, que la création ait été dans le tems; l'idée même de
création eft contradictoire à celle d'éternité. La queftion ne fera donc plus
que de fixer cette importante époque. Les connoiffances humaines, en
confidérant la progrellion des Arts & des Sciences, les hiftoires de divers peuples, la multiplication des hommes & des animaux, déterminent affez qu'elle eft l'ancienneté du monde. La révélation, qui eft fi
confolante pour les ames timorées, confirme ce prémier jugement &
acheve de lever tous les doutes. Je fuis fâché de m'arrêter en fi beau
chemin, ayant bien des chofes effentielles à vous dire s & dont laconnoiffance vous eft très-néceffaire pour vous rendre plus confidéré,
lorfque vous voudrez philofopher fur la religion. Je les renvoye à un
autre entretien. Je vous demande feulement, fi je n'ai pas droit de me
plaindre de votre décifion, & de la préférence que vous donnez à l'imbécile raifonnement de votre Sauvage far celui des gens civilifés de tout
le refte dc l'univers.
>En effet, puifque le Négre d'Afrique ne tire point fon origine de
>nos peuples Blancs, pourquoi les Rouges, les Olivatres, les Cendrés
>de l'Amérique 3 viendroient-ils de nos Contrées 2 & d'ailleurs, quelle
>feroit la Contrée primitive?
Mr. de Voltaire 1 vous ramaffez ici toutes Vos preuves, & vous les
étalez avec emphafe, pour juftifier le raifonnement de votre Sauvage.
Sivouslesjugez concluantes, vous ne nous donnez pas une idée bien avantageufe de la jufteffe de votre jugement. Vous fuppofez CC que vous
devez au moins mettre en queftion 1 & vous tirez des conféquences
comme d'un principe certain. Les Négres, je lai déjà dit, tirent leur
origine des Blancs, & ils nc peuvent en avoir d'autre s & ces hommes
Rouges 1 Olivatres, Cendrés, &c. font des contes bleus, bons à amufer des enfans. Lc. doute & l'embarras que vous faites paroitre, font
affez finguliers. Je devrois pour toute reponfe vous renvoyer à votre
cathéchifine ; mais avec un Philofophe aufli illuftre, il faut en ufer
plus poliment. D'ailleurs ily a gens & gens, &je nc prétens pas obliger un Philofophe à croire comme le peuple fans examen; mais vous
&c. font des contes bleus, bons à amufer des enfans. Lc. doute & l'embarras que vous faites paroitre, font
affez finguliers. Je devrois pour toute reponfe vous renvoyer à votre
cathéchifine ; mais avec un Philofophe aufli illuftre, il faut en ufer
plus poliment. D'ailleurs ily a gens & gens, &je nc prétens pas obliger un Philofophe à croire comme le peuple fans examen; mais vous --- Page 483 ---
PAR MARSEILLE
459.
ne pouvez refufer , fi vous voulez mériter le nom dont l'Europe vous LESHOMMES
faire cet examen. Les Philofophes modernes font taut de deM.deVoluine.
a décoré, de
dire de
ne doivent point
recherches inutiles, pour ne rien
plus, qu'ils de la création de
avoir honte de s'occuper un moment de T'hiftoire
fi authenl'univers. Elle eft fi fimple, fi confolante & fi fatisfaifante ,
zique & fi digne de croyance ,
fi une pareille rélation fe trouvoit
dans quelque vieux manuferit, E que perfonne n'en eut encore enrendu parler, ils nous traiteroient de ftupides, fi nous n'y ajoutions pas
tout de fuite une pleine croyance. Ils nous feroient voir de quelle maniere les hommes & les animaux ont paffé d'un lieu dans un 'autre S
& ont rempli la fiurface de la terre ; ils nous démontreroient, Elle par les eft
expériences journalieres la facilité de cette tranfinigration.
effectivement fi'fimple & fi naturelle, , qu'il eft étonnant qu'un Philofophe ofe demander qu'elle feroit la Contrée primitive dans laquelle
Dieu auroit placé T'homme. Ouvrez les yeux 1 faites ufage de votre
raifon, & fi vous voulez fincérement que la vérité vous éclaire, foyez
moins raifonneurs & plus raifonnables.
d'animaux, n'en
>La nature qui couvre la terre de fleurs, d'arbres,
fe
>a-t-elle d'abord placé que dans un feul terrein 1 pour qu'ils re-
>pandiffent de-là dans le refte du monde 2 Oû feroit ce terrein qui
>auroit eu d'abord toute l'herbe & toutes les fourmis, & qui les au-
>roit envoyées au refte de la terre ? Commeut la mouffe & les fapins
de la Norwege, auroient-ils palfé aux terres auftrales 2 Quelque terprein qu'on imagine, il eft prefque tout dégarni de ce que les autres
>produifent. Il faudra fappofer qu'originairement il avoit tout, & qu'il
>ne lui refte prefque rien.
dans un feul terrein tous
Encore le mot de nature, qui aura placé
cherles animaux & toutes les plantes. Pourquoi, 1 Mr. de Voltaire,
chez-vous à jetter du ridicule fur la croyance publique 5 ce n'eft pas
bien. Oit avez-vous trouvé que l'Etre Suprême ait placé toutes les herbes, toutes les plantes 1 tous les arbres 3 tous les infeêtes, 8c. dans
un certain terrein , & que ce terrein les ait envoyés dans les autres
parties du monde. Relifez, je vous en fuplie, nos Livres Saints, &x
apprenez, s'il eft poflible que vous l'ayez oublié 1 que par la bénédiction que Dieu donna à la terre & par l'efficace de fa divine parole,
la terre fut couverte de verdure , la mer & les rivieres abonderent en
poiffons 3 l'air fut rempli d'oifeaux 1 & les infeétes furent placés dans
les climats convenables à leur tempérament. Voilà bien du chemin que
vous auriez épargné aux fapins de Norwege, 7 pour paffer dans les terres
auftrales. Que de reproches je ferois en droit de vous faire fur votre
téméraire hardieffe ( ne vous fachez pas 1 je vOus fupplie du terme &
de T'épithete, elle eft en place ) de nousfuppofer des abfurdités, pour
nous en accufer fans ménagement. Jen fuis fi confus pour vous 1 que
je n'ai pas la force de vous en dire d'avantage. Non : Dieu n'a pas
Mmm ij
affer dans les terres
auftrales. Que de reproches je ferois en droit de vous faire fur votre
téméraire hardieffe ( ne vous fachez pas 1 je vOus fupplie du terme &
de T'épithete, elle eft en place ) de nousfuppofer des abfurdités, pour
nous en accufer fans ménagement. Jen fuis fi confus pour vous 1 que
je n'ai pas la force de vous en dire d'avantage. Non : Dieu n'a pas
Mmm ij --- Page 484 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LESHOMMES placé toute l'herbe 1 toute la mouffe , 8c. dans le méme terrein ; H
deM.dev Voltaire.en a couvert la terre, & ila créé en méme-tems les femences qu'elles
renferment. , & qui fe renouvelleront jufqu'à la fin des fiécles chacune
felon fon efpéce;i il a placé dans chaque climat les plantes & les herbes qui
y étoient proprcs. Ce feroit envain que la vigne, le coton 3 les cannes
de fucre, &c. auroient été créés dans la region glaciale. Le Créateur
de toutes chofes > en connoit les propriétés, & s'il avoit voulu que. la
vigne fut cultivée dans la Zone Glaciale , elle y feroit venue, parce
qu'il auroit créé le climat & la plante convenables lun à T'autre; mais
c'eft une queftion rifible 3 de demander fi un terrein propre à nourrir
certaines plantes 3 nourrit toutes les autres plantes en méme-tems. Le
bon fens fuffit pour juger que l'efpace qui eft occupé par un plante,
ne peut pas dans le même point en contenir d'autrés ; il eft évident
que l'intention & la volonté du Créateur, , font effcétuées lorfque les
herbes, les plantes, les iufeêtes, 8c. convenables à un pays quelconque, fe trouvent en différens lieux, & que l'induftrie humaine peut,
fuivant fon plaifir & fes befoins 7 s'en procurer la femence pour les cul--
tiver & s'en approprier T'ufage. Ne croyez pas que le récit que je vous
fais, foit une imagination de ma part. Je fuis incapable de vous en
impofer. Lifez Thiftoire de la création; ce Livre divin eft ouvert à
tous les hommes. Vous y lirez que Dieu dit que la terre produife de
l'herbe verte qui porte de la graine & des arbres fruitiers qui renferment leurs femences; que les eaux produifent des animaux vivans 9
qui nigent dans l'eau, & des oifeaux qui volent fur la terre fous le
firmainent * c'eft-à-dire, dans l'air; que la terre produife des animaux & des reptiles chacun felon fon elpéce x 8c. Concevez-vous
préfentement fi toutes les herbes, les plantes & les arbres ont été
créés pele-mele dans un certain efpace à l'exclufion de tous les autres.
Joignez-vous donc à moi, fermez la bouche à Timpofture. & vengez
la vérité des outrages qu'on lui fait journellement F & auxquels vous
n'avez malheureufement que trop contribué par vos écrits.
>Chaque climat a fes. produétions différentes y & le plus abondant
seft très- pauvre en comparaifon de tous: les autres enfemble.
Oui: la chofe ne peut être autrement. Je vous ai fait voir l'abfurdité du fiftéme oppofé; combien il étoit déraitonnable & contraire à
la vérité; vous devez préfentement en être convaincu, & combien le
principe fir lequel vous raifonnez eft faux.
>Le Maitre de la nature a peuplé & varié tout le globe. Les fapins
> de Norwege ne font point affitrement les peres des girofliers des mo-
>luques, & ils ne tirent pas plus leur origine des fapins d'un autre
xpays, qne l'herbe des champs d'Arcangel n'eft produite par l'herbe
>des bords du Gange: On ne s'avife point de penfer que les chenilles
>& les limnaçons d'une partie du monde, foient originaires d'une aur
>tre partie; pourquoi s'étonner qu'il y ait en Amérique quelques efpé
font point affitrement les peres des girofliers des mo-
>luques, & ils ne tirent pas plus leur origine des fapins d'un autre
xpays, qne l'herbe des champs d'Arcangel n'eft produite par l'herbe
>des bords du Gange: On ne s'avife point de penfer que les chenilles
>& les limnaçons d'une partie du monde, foient originaires d'une aur
>tre partie; pourquoi s'étonner qu'il y ait en Amérique quelques efpé --- Page 485 ---
PAR M A R S EILLE.
pces d'animaux & quelques races d'hommes femblables aux notres ? LESHOMMES
Le Maître de la nature Cette expreflion eft le langage du Sage. Je de M.deVoltaires
reconnois ce Maître ; je fouhaite de toute mon ame que chacun lui
rende gloire & hommage. Je ne veux pas me repeter, rien n'eft plus
ennuyant. Pourquei donc me ditez-vous la même chofe de tant de
Eh non, Mr. de Voltaire perfonne ne vous a dit, ni ne vous dira façons? que
l'herbe d'Arcangel produife celle du Gange; mais quand quelqu'un vous
le foutiendroit, 2 en vous prouvant que la femence recueillie dans les
champs d'Arcangel, a été portée & femée fur les bords du
auroit-il de quoi tant vous étonner? Vous auriez raifon de l'être Gange,y & de
le témoiguer, fi on vouloit vous perfuader que les fapins de
font les peres des girofliers des moluques, Permettez-moi de Norwege vous repréfenter qu'à moins que vous ne preniez VOS Leéteurs pour des fapins,
vous ne pouvez leur précher une fi étrange philofophie. C'eft
en confèquence de pareilles preuves 7 que vous concluez que pourtant les limaçons d'une partie du monde, ne font pas originaires de l'autre
Vous tirez une feconde
partie.
conféquence 1 qu'il n'eft donc pas étonnant
y ait en Amérique des efpéces d'animaux que nous ne connoiffons qu'il
& par une troifiéme conféquence vous concluez
avoir pas;
qu'il peut y
quelques races d'hommes femblables aux nôtres. J'admire votre
tion. Vous n'avez étalé toute cette érudition, que pour tirer une grada- conclufion qui n'eft pas dans les régles de la logique. Dieu a voulu
la
terre de l'Amérique produifit de l'herbe verte, &c.
que
y
donc il a voulu
quily eut des efpéces d'hommes différentes de la nôtre. Je vous avoue
que votre raifonnement n'eft pas jufte, & que je ne l'excufe s que parce
que je l'attribue à votre Sauvage. Il n'y a qu'une feule race d'hommes, qui a peuplé tout l'Univers. La vérité qui nous apprend
Dieu a couvert la terre d'herbes vertes, nous enfeigne en même tems que
qu'il n'a créé qu'un feul homme dont la race s'eft répandue de tous
côtés. Ce contrafte de grandeur & de mifere dans tous les homnes
qui habitent les quatre parties du monde, démontre la même
& que tous ont un pere coupable. L'expérience de tous les origine tems,
confirme cette vérité, & quelques différences qui procédent du
des alimens ou de l'éducation, varient bien un peu l'efpéce mais climat, ne
fçauroient la changer. Pour détruire cette croyance, fondée fur la revelation & fur la raifon, il faudroit donner des preuves du contraire,
& ces preuves ne doivent point confifter en de vains fophifmes &
de ridicu'es imaginations : notre. ignorance de la caufe de certains effets, ne devant jamais être mife au rang. des démonftrations de ces
mémes effets. Quelle étrange philofophie
wL.'Amérique ainfi que T'Afrique & l'Afe 7 produit des végetaux 8
>des animaux, qui reffemblent à ceux
&
>encore que l'Afie &
elle d'Europe 3 tout de méme
paucune
T'Afrique 1
en produit beaucoup qui n'ont
analogie à ceux. de l'ancien. monde. Les terres du
Mexique 2
des démonftrations de ces
mémes effets. Quelle étrange philofophie
wL.'Amérique ainfi que T'Afrique & l'Afe 7 produit des végetaux 8
>des animaux, qui reffemblent à ceux
&
>encore que l'Afie &
elle d'Europe 3 tout de méme
paucune
T'Afrique 1
en produit beaucoup qui n'ont
analogie à ceux. de l'ancien. monde. Les terres du
Mexique 2 --- Page 486 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
LESHOMMES >du Perou, du Canada, n'avoient jamais porté le froment qui fait
deNdefoiaue.-note nourriture, nil le raifin qui fait notre boiflon ordinaire, ni les
>ollives dont nous tirons tant de fecours, ni la plupart de nos fruits.
Que voulez couclure, Mr. de Voltaire, de votre obfervation fur la
reffemblance ou la différence des végetaux de l'Amérique d'avec ceux
de l'ancien continent, & de ce que le bled, la vigne & l'ollivier qui
fervent à la mourriture des Européens, ne paroiffent pas avoir été connus dans le Mexique 1 le Perou & le Canada ? Si vous voulez dire que
toute terre doit tout porter, vous avancez un fiftême infoutenable ; je
Tai affez prouvé. Si vous prétendez au contraire que les herbes, lcs
plantes & les arbres dont Dieu a orné l'Univers, ont été plantés en
différens endroits relativement aux climats & aux fols qui font analoques à Ieur végétation, nous fommes d'accord, & vous avez pris bien
de la peine inutilement: ; votre érudition auroit dû être mieux employée.
Je puis vous apprendre une chole qu'il eft étonnant que vous iguoricz,
j'ai mêne quelque honte de vous faire un. femblable reproche 5 j'aime
mieux croire que vous feignez de paroitre ignorant pour donner de
la réalité à vos imaginations i car vous devez fçavoir qu'une plante qui
a été commune dans un pays, peut par divers accidens, ou manque
de culture 3 y périr entieréinent 3 & ne laiffer aucun refte de fon ancienne exifteuce. Il fe peut donc qu'il y ait eu du bled & des vignes
dans le Canada, & que çes plantes y ayent peri; vous me difpenferez de vous dire comment. Vous pourriez penfer que je veux me mocquer de vous, & je n'ai nullement cette intention ; mais je vous prie
de me faire fçavoir fi vous avez trouvé dans quelque auteur, que l'ollivier vint naturellement & porta du fruit autre part que dans les environs de la mer médirerranée. 3 à la diftance de trente lieues de France
au plus. Cette queftion à laquelle vous ne vous attendiez pas certainement, déconcertera un peu votre philofophie. Il eft vrai que vous pouvez me répliquer qu'il y a quelques olliviers à Paris, preuve donc qu'il
n'eft pas néceffaire d'être fi près de la méditerranée; mais vous êtes
trop éclairé pour ne pas fentir aufli bien que moi toute la foiblefie &
le faux de votre objection. Vous fçavez qu'u 'un arbriffeau & toute autre
plante qu'on cultive & qu'on conferve à force de foins dans un climat
quileur elt contraire, ne doivent point être regardées comme naturelles au
pays, non plus que les cafeyiers & les poivriers qui font au jardin
royal. Si donc les olliviers ne croiffent qu'aux environs de la méditerranée, pourquoi avancer qu'il n'y en avoit point autre fois dans le
Canada, puifqu'il n'y en a point encore & qu'il n'y en aura jamais ? :
Je vous fais une feconde queftion: Quelle eft la caufe qui fait croître
les olliviers vers la méditerranée 2 Et pourquoi ils périfient dans tous
les autres climats, quoiqu'également temperés, s'ils font trop éloignés
de la méditerranée ? La pénétration de la nouvelle philofophie qui
ae çonuoit que ce terme ambigu de nature, pour expliquer fes opéra-
, puifqu'il n'y en a point encore & qu'il n'y en aura jamais ? :
Je vous fais une feconde queftion: Quelle eft la caufe qui fait croître
les olliviers vers la méditerranée 2 Et pourquoi ils périfient dans tous
les autres climats, quoiqu'également temperés, s'ils font trop éloignés
de la méditerranée ? La pénétration de la nouvelle philofophie qui
ae çonuoit que ce terme ambigu de nature, pour expliquer fes opéra- --- Page 487 ---
PAR M ARSEILLE
tions, fera forcée de demeurer interdite & muette. Qu'on choififfe un LESHOMMES
fol égal, ou plutôt qu'on tranfporte de la même terre dans laquelle deM.deVoitairecroifloient les olliviers dans un climat femblable, s'il eft éloigné de la
méditerranée lefdits olliviers n'y vivront pas. D'ou peut provenir cette
diftinétion conftatée par des expériences réiterées ? Ce que les nouveauz
Philofophes ignorent , eux qui ont la clef des fciences, tous les autres le fçavent. Ces derniers croient que le monde a été fait pour
T'homme, & que tout ce que le monde renferme, eft pour T'ufage des
defcendans de ce prémier homme. Ils croient que tous ces defcendans,
étant freres par lenr origine commune, doivent fe fecourir mutuellement & fe communiquer leurs moyens de fubfiftance. Voilà pourquoi
tout pays ne produit pas tout, & que Dieu ne l'a pas créé pour produire tout; c'eft afin que le befoin que les hommes ont les uns des
autres, les rende plus compatiflans & plus fociables. J'ai expliqué tout
cela autre part, & cette explication feroit ici fuperflue.
>Toutes nos bêtes de fomme & de charge, chevaux, chameaux,
>ânes, baeufs, étoient abfolument inconnues. Il y avoit des efpéces de
>beeufs & de moutons ; mais toutes différentes des nôtres. Les moutons
>du Perou étoient plus grands, plus forts que ceux d'Europe, & fer-
>voient à porter des fardeaux. Leurs boeufs tenoient à la fois de nos
>buffles & de nos chameaux. On trouva dans l'Amérique des troupeaux
>de porcs, qui ont fur le dos le nombril que par-tout ailleurs les quandrupedes ont au ventre ; point de chiens , point de chats. Le Mexi-
>que, le Perou, 3 avoient des lions mais petits & privés de criniere;
>& ce qui eft plus fingulier, le lion de ces climats, étoit un animal
>poltron.
Je conviendrai avec vous 7 Mr. de Voltaire, de tout ce que vous rapportez, après que certains faits que vous qui doutez fi facilement &
que vous admettez avec trop de facilité, dès-qu'ils font extraordinaires, auront été conftatés. Que peut-il réfulter de ce que les lions de
ces climats font poltrons ) & ceux d'Afrique courageux 2 A
la même chofe de ce que nous avons dans le méme climat peu des près taureaux méchans & furieux, & d'autres doux & dociles au commandement. Relifez mes précédentes remarques $ & vous devrez être fatisfait. Que voulez-vous dire avec ces troupeaux de porcs qui out le
nombril fur le dos? Ignorez-vous qu'il y a d'autres animaux qui ont le
nombril aufi fir le dos , & croyez-vous que ce foit un effet du hazard?
He bien ! Dieu les a créés pour être placés ainfi.
>On peut réduire > fi l'on veut, fous une feule efpéce tous les hom-
>mes, parce qu'ils ont tous les mêmes organes de la vie, des fens',
D& du mouvement ; mais cette efpéce paroit évidemment divifée en
>plufieurs autres dans le phylique & dans le moral. Quand au
>fique 1 on crut voir dans les Efquimaux qui habitent vers le foixan- phyntieme dégré du nord, une figure, une taille femblable à celle des
peut réduire > fi l'on veut, fous une feule efpéce tous les hom-
>mes, parce qu'ils ont tous les mêmes organes de la vie, des fens',
D& du mouvement ; mais cette efpéce paroit évidemment divifée en
>plufieurs autres dans le phylique & dans le moral. Quand au
>fique 1 on crut voir dans les Efquimaux qui habitent vers le foixan- phyntieme dégré du nord, une figure, une taille femblable à celle des --- Page 488 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LESHCMMES >Lapons. Des peuples voifins avoient la face toute velue ; les Iroquois
deM.del'oitaire. >les Hurous, & tous les peuples jufqu'à la Floride 7 parurent olivâtres
>& fans aucun poil fur le corps, excepté la tête. Le Capitaine Ro-
>gers qui navigua vers les côtes de la Californie, y découvrit des' peu-
>plades de Négres qu'on ne foupçonnoit pas dans l'Amérique. On vit
>dans TIfthme de Panama une race qu'on appelle les Dariens 1 qui a
sbeaucoup de rapport aux Albinois d'Afrique, & c'eft la feule race de
>l'Amérique qui foit blanche; ; leurs yeux rouges font bordés de pau-
>pieres façonnées en demi cercle ; ils ne voyent & ne fortent de
>leurs trous que la nuit ; ils font parini les hommes ce que les hibous
>font parmi les oifeaux. Les Mexicains, les Peruviens, parurent d'une
>couleur bronzée, les Bréfiliens d'un rouge plus foncé; les peuples du
> Chili plus cendrés. On a exageré la grandeur des Patagons qui habi-
>tent vers le détroit de Magellan; mais on croit que c'eft la nation
>de la plus haute taille qui foit fur la terre. Que dites-vous là, , Mr. de Voltaire? Vous êtes en contradiétion avec
vous - même. Vous. avez déja avancé à plufieurs reprifes, que les hommes de I'Amérique ne font pas de l'efpéce de ceux de l'Europe, 8
pour le prouver vous foutenez fort férieufement que lcs fapins de
Norwege nc font pas les peres des girofliers des Moluques. Aujourd'hui
vous réduifez tous les hommes fous une même efpéce, du moins pour
ceux qui le voudront ainfi, c'eft-à-dire qu'il y aura plufieurs efpéces
différentes d'hommes, ou que tous les hommes feront de la même
efpéce à la volonté d'un chacun. Votre philofophie eft charmante; ily
aura du malheur f vous ne faites pas bon nombre de profélites. J'ai
peine cependant à croire, que ceux qui vous regardoient encore comme
111 oracle, puiffent fonfcrire à la réduétion de toutes les efpéces en
une feule, parce que tous les hommes ont les mêmes organes de la
vie, des fens & du mouvement. Sur ce fondement 1 l'efpéce cochone
qui fuivant les obfervations anatomiques 1 a beaucoup de conformité
avec T'efpéce humaine (j'entens pour les parties internes du corps ) fera
aufi de la même efpéce; car quelques différences extérieures doivent
être comptées pour peu de chofe; elle paroitra feulement diférenciée de
T'efpéce que nous voulons être la nôtre par le phyfique & le moral;
c'eft beaucoup que cette diférence vous paroiffe jufte.
qui fuivant les obfervations anatomiques 1 a beaucoup de conformité
avec T'efpéce humaine (j'entens pour les parties internes du corps ) fera
aufi de la même efpéce; car quelques différences extérieures doivent
être comptées pour peu de chofe; elle paroitra feulement diférenciée de
T'efpéce que nous voulons être la nôtre par le phyfique & le moral;
c'eft beaucoup que cette diférence vous paroiffe jufte. Le phyfique que
vous produifez en preuve, n'eft qu'une vifion de quelques voyageurs. Que nè citez-vous auffi les voyages de Guliver; ils groffiroient la lifte
des faits merveilleux qui vous plaifent trop. Ignorez-vous que le doute
raifonnable, diftingue le Phyficien éclairé & modefte, du préfomptueux
& hardi dans fes décifions ? Apprenez de Mr. de Buffon que vous paroiffez cfimer, que l'efpéce n'eft autre chofe qu'une ficcellion conftante
d'individus femblables, qui fe reproduifent, Les mulets ne font point
une efpéce, ils font incapables de fe reproduire; mais le cheval &
l'âne font deux efpéces différentes.
tingue le Phyficien éclairé & modefte, du préfomptueux
& hardi dans fes décifions ? Apprenez de Mr. de Buffon que vous paroiffez cfimer, que l'efpéce n'eft autre chofe qu'une ficcellion conftante
d'individus femblables, qui fe reproduifent, Les mulets ne font point
une efpéce, ils font incapables de fe reproduire; mais le cheval &
l'âne font deux efpéces différentes. ( quatrième tome de I'Hiftoire Naturelle.) --- Page 489 ---
PAR MARSEILLE,
relle. ) Comprenez maintenant ce que c'eft qu'une cfpéce, & s'il cft LEsHOMMES
pofible
deux cfpeces diftéreutes s'allient, & que leurs produétions de M.deWoltaire.
puiffent 2 renouveller. Je ne veux pas vous fâcher, vous le fçavez bien,
& ii j'olois, jc vous dirois : Humilicz-vous dans ce que vous nc pouvez pas bien connoître, & avouez de bonne foi, que tous les fiftémes
finguliers que vous avez hazardé, feront à jamais des monumens pour
fervir à Phiftoire des égaremens humains 8x de l'ignorance dans laquelle les plus fçavans feront toute leur vie de certaines caufes que
le Créateur n'a pas voulu manifefter, pour faire fentir à T'homme
combien les connoiffances qui ne lui font pas néceffaires pour fa confervation & la pratique de la vertu font limitées. Permettez - moi de
yous repréfenter que vous pouviez & que vous deviez même faire u
meilleur ufage des talens fupérieurs dont Dieu a bien voulu orner VOtre ame. J'admire la fublimité de votre génie, vos vaftes connoiffances,
votre érudition & votre facilité à réuffir dans tous les genres de littérature. Toutes ces belles qualités méritent certainement nos louanges;
mais plus votre réputation donne du prix à vos ouvrages 9 plus vous
êtes dangereux, quand vous fubftituez l'erreur à la vérité, & plus je
me crois obligé de vous en avertir. C'eft à vous à mc redreffer fi je
ne prouve pas tout ce gue je prends la liberté de vous reprocher.
Yous devez m'en fçavoir gré, fi la philofophie fait l'objet de vOs recherches, & vous me blâmeriez fi je vous louois aveuglement comme tant d'autres. Il ne fuffit pas d'avoir de l'efprit, comme le citoyen de Geneve, pour mériter T'houorable nom dc Philofophe. Les
échapés des petites maifons out quelquefois plus de génie qu'nn honnête homme bon citoyen ; le dernier feul a cependant droit à notre
eftime, & les prémiers n'excitent que la rifée ou la compaffion par
Jeur effronterie à débiter des extravagances. Que veut prouver le faifeur d'hiftoires de Julie & d'Emile par tant de fophifmes & de corrzradidtions qu'il entaffe les uns fir les autres? Qu'il n'y a point de
révelation, 1 point de véritable religion, nulle efpérance d'une meilleure
vie, plus de récompenfe pour la vertu, plus de punition pour les crimes? Quelle folie La découverte eft aufli tardive que finguliere &
infenfée. Quelle fureur de vouloir montrer de T'efprit! Apologifte de
toutes les erreurs anciennes & modernes, fes pernicieux écrits ne font
qu'un rechauffé mille fois renverfé de toutes les impiétés & de teutes
les abfurdités des fiécles paffés & du fiécle de la nouvelle Philofophie.
S'il a réufii Cn quelque chofe, je puis alfurer que c'eft dans lc portrait qu'il a fait de lui-meme & de les famblables. ( Ou ci le Philo-
>fophe, dit-il, qui pour fa gloire ne tromperoit pas volontiers le genre-
>humain ? Oi eit celui qui dans le fecret de fon ceeur, fe propole Dn
wautre objet que de fe ditirg quer 2 Pourvi qJu'il s'éléve an-deflus du
>vulgaire 3 pourvà qu'il efface l'éclat de fes concurrens, que deman-
>de-t-il de plus : L'ellentich cft de penfer autremcnt gre les autres.
Tona IL
Non
dit-il, qui pour fa gloire ne tromperoit pas volontiers le genre-
>humain ? Oi eit celui qui dans le fecret de fon ceeur, fe propole Dn
wautre objet que de fe ditirg quer 2 Pourvi qJu'il s'éléve an-deflus du
>vulgaire 3 pourvà qu'il efface l'éclat de fes concurrens, que deman-
>de-t-il de plus : L'ellentich cft de penfer autremcnt gre les autres.
Tona IL
Non --- Page 490 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LES.HOMMES >Chez les croyans 1 il feroit athée, & chez les athées il feroit croyant:
dehi.deFuitaire. Je ne veux point relever la fin de fon portrait, ni lui faire obferver
qu'il étale fa philofophie à des Chrétiens. Quelle extravagance ! Ofer
blalphémer contre le Chriftianifme 1 dans le fanétuaire de cette fainte
Religion : quelle folie , d'imaginer que quelques traits d'éloquence par
lefquels il étale fes fophifmes 1 doivent fuffire pour établir & juftifier fa
finguliere miffion. Il me fuffit donc pas d'avoir de Tefprit, il faut encore avoir du difcernement, & connoître les forces & les bornes de
fa raifon ; autrement c'eft un efprit faux qui s'égare dans un dedale
de fophifimnes. Lc Pere Caftel avoit du génie comme vous, & aimoit à
fe fingularifer. Heureufement pour lui & pour nous, que fes fingularités font concentrécs dans la phyfique. Vous, vous avez voulu, pénétrer dans le Sanétuaire de la Religion, & n'avez pas cherché la porte
par laquelle feule on y peut entrer 5 vous vous êtes amufé aux dehors
de la place, vous avez grofli les difficultés d'un chemin oblique, vous
les avez amplifiées & exagerées, pour ne rien dire de plus ; vous mériteriez cependant, 3 foit dit entre nous, que je ne fufle pas fi refervé,
puilque vous l'êtes fi peu; ; mais je dois efpérer que vous le déviendrez. Le fage doit montrer plus d'équité, & doit pefer les raifons pour
&x contre dans les queftions qui lui paroiffent douteufes. Vous au contraire, vous avez employé toute votre érudition & toute votre éloquencc, non à juftifier certaines actions qui ne vous ont pas plu, mais à
les faire paroitre ou rifibles ou criminelles. Si je ne m'étois borné à
ne parler que de votre fiftême fur les différentes cipéces d'hommes
que vous voulez établir, je pourrois vous redreffer fir bien des faits
qui ont befoin d'une ample reforme i je ne ferois pas intimidé par les
bruyantes apoftrophes que vos adulateurs, plutôt que vos LeCteurs impartiaux, lancent contre qui oferoit vous foupçonner d'erreur. La vérité ne craint pas les ménaces; elle furmontera les plus grands obftacles 1 8x diffipera les plus épais nuages dont on voudra l'enveloper.
Vous paroiffez dans votre Efiai fur THiftoire, la balance à la main 9.
pour pefer les aétions des hommes. Pourquoi donc la faire pancher f
injuftement, cn exaltant outre mefure quelques actes d'humanité 82
de grandeur de quelques infidéles, pour déprimer la conduite héroique
& vertueufe des Chrétiens les plus refpectables ? Je n'ofe croire que
cc foit parce que"ces derniers étoient fermement attachés à la révelation, quoique tous vos railonnemens le difent trop manifeftement, cela
n'eft pas bien. Je ne vous en dis pas davantage pour le préfent. Je reviens à vos adulateurs, & je fuis fâché que les Journaliftes de T'Encyclopedie que j'eftine & que je confidére très-fincérement, déclament commc les autres. Les excefives louanges ne leur conviennent point, encore
moins. les inveétiyes, & je fuis perfuadé qu'ils corrigeront ce qu'ils ont
inferé dans le vol. de Mai pag. 123 7 en nommant petits finges d'Eroftrate, ceux qui oferont. vous critiquer. Ils leur donnent le nom d'in
âché que les Journaliftes de T'Encyclopedie que j'eftine & que je confidére très-fincérement, déclament commc les autres. Les excefives louanges ne leur conviennent point, encore
moins. les inveétiyes, & je fuis perfuadé qu'ils corrigeront ce qu'ils ont
inferé dans le vol. de Mai pag. 123 7 en nommant petits finges d'Eroftrate, ceux qui oferont. vous critiquer. Ils leur donnent le nom d'in --- Page 491 ---
PA R MARSEILLE
cendiaires du temple des mufes;Texpreilion eft plus que forte. De quels LESHOMMES
contre les canemis de la Divinité 2 Vous êtes deM.deloisairecélébre; termes fe Mr. ferviront-ils de Voltaire, mais vous êtes homme comme les autres,
fujet aux infirmités de Thumanité; vous ayez plus de génie que moi,
j'en conviens; mais enfin vous n'avez pas plus de droit d'écrire contre
les erreurs d'autrui, que moi d'écrire contre les votres. La liberté eft
égale, & celui qui donnera des raifons plus fatisfaifantes, doit déterminer le fuffrage des Journaliftes- Que n'a-t-on pas écrit contre Mr.
Paliffot? De combien de calomnies ne l'a-ton pas noirci? Eh bien,
il a tourné les nouveaux Philofophes en ridicule. Qu'ont fait ces prétendus Philofophes 3 Ils ont dit des injures, & il falloit donner des
raifons. Le feul moyen de le combattre avantageufement & de tirer
vengeance de fa hardieffe, étoit de le convaincre de fauffeté. La voie
quils ont pris lui donne gain de caufe. De combien de brochures fotifieres le public n'a-t-il pas été inondé ? On vous en attribue quelquesunes qui font très-indécentes, entr'autre l'Inftruction Paftorale de Thumble Evêque d'Aletopolis, à l'occafion de l'Inftruction Paftorale de Jean
Georges, humble Evèque du Puy. C'eft à vous à vous juftifier d'une
accufation auffi grave, & à condamner publiquement toutes ces infamies.
Si vous n'en êtes pas coupable vous êtes à plaindre; car il eft trifte
& afligeant pour vous qu'on vous croie capable d'un fi étrange travers,
& qu'on vous en accule. Quelle idée a-t-on de vous 2 Ayez- plus de
&
des hommes au milieu
foin de votre réputation 9 juftifiez-là auprès
defquels vous êtes obligé de vivre. Il y en a qui ont du génie, & quand
même vous ne les croiriez pas de votre efpéce, la prudence exige que
vous ne les choquiez pas fi groflierement.
CINQUIEM E M E N T.
Si quelqu'autre que vous, Mr. de Voltaire, vouloit faire accroire au
public qu'il y. a une efpéce d'hommes qui marche fur les mains 7 on
lui riroit au nez. Les hommes extraordinaires ont-ils le privilége de
rendre croyable ce qui feroit abfurde dans tout 2utre?
>Il eft vraiffemblable qu'on pourroit encore envahir cette cinquiéme
>partie du monde 5 ( la terre Antarétique découverte par Magellan en
>1720 ) que la nature n'a point négligé ces climats & qu'on y verproit des marques de fa variété & de fa profufion ; mais jufqu'ici que
sconnoillous-nous de cette immenfe partie de la terre? Quelques côtes
>incultes o Pelfart & fes Compagnons out trouvé en 1630 des hom-
>mes noirs qui marchent fur les mains comme fur les pieds; une Baye
>où Tafman en 1642 fut attaqué par des hommes jaunes armés de
>fléches & de maffues; un autre ou Dampierre en 1699 a combattu
>des Négres qui tous avoient la machoire degarnie de dents par-devant.
>On n'a point encore pénétré dans ce fegment du Ras '& il faut
Pelfart & fes Compagnons out trouvé en 1630 des hom-
>mes noirs qui marchent fur les mains comme fur les pieds; une Baye
>où Tafman en 1642 fut attaqué par des hommes jaunes armés de
>fléches & de maffues; un autre ou Dampierre en 1699 a combattu
>des Négres qui tous avoient la machoire degarnie de dents par-devant.
>On n'a point encore pénétré dans ce fegment du Ras '& il faut --- Page 492 ---
COMMERCE DE FAMÉRIQUE
LEsHoNnrs >avouer qu'il vaut mieux cultiver fou pays, que d'aller chercher les
dei MceFolaire >glaces & lcs animaux noirs & bigarés du Pole Aufral.
C'eft ici une répétition que vous faires, Mr. de Voltaire, de toutes
les hiftorietes dont quelques Voyageurs ont regalé le public. Je peufe
avoir fuffifamment détruit toutes ces fadaifes. Quel autre nom peut-on
donner à ce combat de Négres qui tous avoient la machoire fupérieure
dégarnie de dents-? Il faudroit bien peu de chofe pour conftituer d'autres cfpéces d'hommes 2 fi le manque de quelques dents. étoit fuffifant.
Quand le fait feroit vrai, combien de caufes naturelles peuvent opérer cette prétenduc merveille ? J'ai honte de parler férieufement & fi
long-tems pour refuter une imagination > qui par la fimple expofition,
s'attire tout le mépris : qu'elle mérite. Mais quelle eft cette cinquiéme
partie du monde 1 que la nature a fans doute variée commne les autres? Je ne la connois pas; je m'en tiens à la divifion autorifée. Oi
en ferions-nous, fi chaque Ecrivain avoit l'autorité d'inventer & de placer quelque nouvelle partie du monde à fan choix & à fa volonté ? Les
Poles Arctique & Antarétique font des portions de la terre qui n'ont
point été exclues de la bénédiétion de celui qui l'a tiréc du néant. Il
feroit donc furprenant que ces portions. fuffent privées des ornemens
qui leur conviennent, & G le climat eft trop froid pour les plantes
qui embeliffent nos jardins, il fera propre à quantité d'autres. Je penfe
ainfi que vous, Mr. de Voltaire, qu'il vaut mieux cultiver fon pays,
que d'aller cherchet les glaces & les animaux noirs & bigarés. Je vous
demande feulement, pourquoi les animaux y font plutôt noirs que
blancs?. L'expérience nous. a jufqu'ici démontré le contraire, & on obferve que les animaux qui font noirs. dans la Zone temperée, font
prefque tous blancs dans la Zone glaciale, ce que les Phyficiens attribuent à la blancheur de la neige, & à la rigueur du froid. Si vous
avez,. Mr. de Voltaire, quelque rélation de ces pays plus récente &
mieux détaillée que les anciennes 2 vous m'obligerez & le public de
nous la faire connoitre, afin que nous puiflions nous corriger & reformer nos jugemens fur bien des chofes que. nous croyons véritables,
parce qu'elles nous paroiffent telles , & que T'expérience femble confirmer. Vous ne doutez pas que nous fommes perfiadés & pleinement
perfuadés que tous les hommes ont la mnême origine 1 & que toutes
les Nurions defcendent de la méme tige. La révelation 1 la raifon &
l'expérience, font d'accord fur cette vérité fi confolante pour tous les
hommes; cependant vous enfeignez le contraire 9 & vous faites les
pias grands erorts, pour donner de la vraiffemblance à votre fiflèmes
Vous combattez T'hiftoire de la, création du prémier homme, confignée
dans nos Livres Saints, & vous propofez à cet effet toutes les difficultés
imaginables. Vous adoptez les hiftoireslcs plus apocriphes ; tout vous paroit
bon pour parvenir à votre but. La revelation f refpeétable & fi digne de.
votre. vénétation : ne fait point imprelliog fir votre ame philofophe.
, pour donner de la vraiffemblance à votre fiflèmes
Vous combattez T'hiftoire de la, création du prémier homme, confignée
dans nos Livres Saints, & vous propofez à cet effet toutes les difficultés
imaginables. Vous adoptez les hiftoireslcs plus apocriphes ; tout vous paroit
bon pour parvenir à votre but. La revelation f refpeétable & fi digne de.
votre. vénétation : ne fait point imprelliog fir votre ame philofophe. --- Page 493 ---
P. AR M ARSEILLE
LESHOMMES
SIXIEM! E M ENT.
dent.defvitaire.
L'hiftoire des hommes Rouges 9 Cendrés 8c. qui marchent fur
les mains 2 qui ont la mâchoire fupérieure fans dents , &c. vous
paroit plus que croyable; vous n'ofez pas cependant attaquer de front
la révélation qui vous déplait tant;. vous prenez un détour, & vous
faites voyager vos Leéteurs dans l'Indouftan pour leur apprendre que
>quelques voyageurs ont cru la raçe des hommes originaires de lln-
>douftan, alléguant que l'animal le plus foible devoit naître dans le
>climat le plus doux & fur une terre qui produit fans culture les fruits
>les plus nourriffans & les plus falutaires, comme les dattes & les
>COcOS, 8cc. 8xc. Tout cela prouve feulement que les Indiens font in-
>digénes, & ne prouve point du tout que les autres cfpéccs d'hom-
>mes viennent de ces contrées. Les Blancs & les Négres, & les
>Rouges, & les Lapons, 8 les Samoyedes & les Albinois, ne vien-
>nent certainement pas du même fol. La différence entre toutes ces
pefpéces eft aufi marquée, qu'entre les chevaux & les chameaux. Il
>n'y a donc qu'un brame mal inftruit 8 entété qui puiffe prétendre
>que tous les hommes defcendent de l'Indien & de fa femme.
Il vous étoit bien plus aifé, Mr. de Voltaire ( permettez- moi de
continuer à vous parler avec fincérité ) de dire fimplement, mon pere,
toute ma parenté 7 tous cenx que je connois & tous ceux que je ne
connois pas, qui ont rendu & rendent au vrai Dieu un célefte religieux, ont crû & croyent qu'Adam 1p c'eft-à-dire l'homme, 2 eft l'unique:
& prémier auteur de l'efpéce humaine, que d'aller chercher quelques
voyageurs, qui remplis d'admiration pour les produations de l'Indouffan,
auront crû ( en frppofant lcs rélations véritabies ) que le prémier homme aura été placé après avoir été créé 2 dans un pays fi fertile &
dontle climat eft fi tempéré. Que n'attaquiez-vous en droiture la croyance
publique 3 Je fuis furpris 9 à caufe de la fingularité du fait, que vous
ayez biaifé, quoiqu'après tout vous feriez bien puni, f. vos Ledteurs
n'entendoient pas votre allégorie & qu'ils doutaffent un moment que
l'indouftan fignific le Jardin d'Eden, Ilodien, Adamn ou Thomme, & le
brame mal inftruit & entête, les Juifs, les Chrétiens 8 tous les peitples qui ont eu le bonheur d'adorer l'Etre Suprême & de reconnoître
la néceffité d'un Redempteur promis par la révélation à T'homme déchu de fon prémier état. Je voudrois pouvoir vous excufer 9 Mr. de:
Voltaire 1 8 ne trouver votre fyftème que fingulier; mais je ne le puis,
ni je ne le dois. Vous détruifez la religion 3 & je ne fçaurois, malgré
l'envie qne j'ai de vous fauver du ridicule dont vous vous couvrez, jetter
un voile fur un fyftême fi déraifonnable, & que vous même fi vous. vouliez confulter votre confcience, ne manquerez pas de déclarer abfurde &
impic. Je ne prétends pas vous infulter,j'en fuis bien éloigné, je veux:
vous convaincre par des railons & non pas yous irriter par des ini
3 & je ne fçaurois, malgré
l'envie qne j'ai de vous fauver du ridicule dont vous vous couvrez, jetter
un voile fur un fyftême fi déraifonnable, & que vous même fi vous. vouliez confulter votre confcience, ne manquerez pas de déclarer abfurde &
impic. Je ne prétends pas vous infulter,j'en fuis bien éloigné, je veux:
vous convaincre par des railons & non pas yous irriter par des ini --- Page 494 ---
CO MMERCE DE L'AMÉRIQUE
LrsHOvnEs rCS. Iln'y a que certains Philofophes modernes qui puiffent 'imaginer
deM.delolairer que quelques termes de mépris fuffifent pour detruire une croyance
établie fur les fondemens les plus inconteftables. Reprenons T'hiftoire
de T'Iadien de T'Iudouftan. Quiel eft le voyageur qui vous a dit que
l'homme eft l'animal le plus foible, & quel eft le Phyficien qui vous a
appris que les dattes & les cOcOs 1 font la nourriture la plus analogue
aux animaux les plus foibles 2 Quel eft le Médecin qui vous a communiqué cette belle décifion 9 que de tous les climats celui de l'Indouftan étoit le plus temperé? Quand on vous auroit fait partde toutes
ces nouveautés 1 y auriez-vous ajouté foi ? II ne faut jurer de rien 1
après taut d'articles de votre croyance que j'ai déjà rapportés ; mais
enfin, vous feriez du moins mal inftruit & entêté, fi vous vous ohftiniez à vouloir HOUS forcer à croire ce que nous n'avons aucune raifon de croire 5 car je puis, fans vous fâcher, vous avouer que votre
feule volonté ne fera jamais une démonfiration pour des hommes raifonnables. La conféquence que vous tirez de l'opinion de ces voyageurs 1
eft que les Indiens font indigènes, c'eft-à-dire, naturels du pays dans
lequel ils vivent, mais que les autres hommes ne viennent pas de
ces Contrées ; en effet, comment le même fol produiroit- il des hommes Blancs, Rouges, Noirs, Lapons, Samoyedes & Albinois ? Certainement Ia chofe n'eft pas pofible. Quand on admettroit pour un moment l'exiftence de tous ces hommes fi diverfement colorés, feroit-ce
ane raifon pour affirmer qu'ils ne font pas de la mêine efpéce?
J'ai déjà démontré le ridicule de cette prétention 3 & que dans ute
même famille les enfans d'un mêine pere & d'une même mere , cefferoient d'être de la même efpéce 9 s'ils n'avoient pas tous une couleur
uniforme : mais que voulez-vous dire Mr. de Voltaire, avec votre
certainement. Ce mot doit fignifier quelque chofe dans la bouche d'un
Philofophe. Certainement tous ces hommes ne viennent pas du méme fol.
C'eft donc le fol qui produit les efpéces différentes ? Je ne puis donner
aucun autre fens à cette phrafe. Il eft vrai que c'eft une abfurdité &
une extravagance ; mais ce n'eft pas ma faute. Vous aurez beau crier
que je fuis mal inftruit, & que je fuis entêté comme un brame, puif
que vous avez décidé que le fol produifoit les efpéces, & que je dois
vous en croire fur votre parole. Je vous reponds que je m'en garderai
bien. Si vous voulez que je croie un fyftémefi nouveau & fi fingulier
faites le moi concevoir; expliquez-moi les propriétés du fol, & ce qui
conftitue une efpéce ; montrez- moi la connexion qu'il doit y avoir
entre ce fol & la plus petite plante, & le plus chetif animal; & quand
le fol auroit cette inconcevable propriété de donner l'exiftence à une
efpéce quelconque, pourquoi les différentes efpéces d'hommes n'en pourroient - elles pas venir? Si les hommes font réellement de différentes
efpices, il devroit s'enfuivre au contraire qu'elles pourroient toutes venir du même fol, coinme différcntes plantes croilfent & nultiplient
'il doit y avoir
entre ce fol & la plus petite plante, & le plus chetif animal; & quand
le fol auroit cette inconcevable propriété de donner l'exiftence à une
efpéce quelconque, pourquoi les différentes efpéces d'hommes n'en pourroient - elles pas venir? Si les hommes font réellement de différentes
efpices, il devroit s'enfuivre au contraire qu'elles pourroient toutes venir du même fol, coinme différcntes plantes croilfent & nultiplient --- Page 495 ---
P A R M IARSEILLE
dans un vafe rempli de la méme terre. Jevous prie, Mr. de Voltaire, LESHOMMES
fi vous me jugez inal inftruit de ne point me traiter d'entété. Je cher- Ja dehi.deVoltaires
che la vérité, & malheureufement je ne trouve que ténébres dans
nouvelle philofophie. Un fol qui produit différentes cfpéces, ou plurôt
qui n'en peut produire qu'une à l'exclufion de toutes les autres 7 eft un de
galimathias ne fçauroit m'éclairer. Les Indiens font indigenes
iIndouftan ; Sone les hommes Rouges & Noirs ne fçauroient en être
indigenes aufli , parce que la différence eft auffi marquée qu'entre les
chevaux & les chameaux. J'admine le fublime effort de cette imaginative ! un fol produit des chevaux, donc il ne peut produire des chaVoltaire
inftruire un
Ce fol qui
meaux. Mais 3 Mr. de
, daignez
ignorant.
produit des chevaux ( oublions pour un moment les chameaux )n'en pro- des
duira-t-il que d'une couleur 2 & fi malgré votre décifion il s'en treuvoit
Blancs & des Noirs, feront ils toujours de la même efpéce ?Votre doétrine
brouille prodigieufement mes idées. Ces chevaux & ces chameaux me
paroiffent fiétrangers à votre queftion , que je ne fçais comment vous dire:
que n'y trouve pas le fens commun. Je ne vous dis pas qu'elle n'a
pas : fens commun, , mais que moi, qui ne fuis pas Philofophe comme
vous, je trouve que de l'alliance des chevaux & des chameaux, il n'en
proviendra que des mulets incapables de reproduétion i marque certaine
que les efpéces font différentes, à quoi fervira cette comparaifon ou cet
exemple fi déplacé. Pouvez-vous douter que de l'alliance d'un Noir &
d'un Blanc, d'un Rouge & d'un...
de toute autre couleur qu'il
vons plaira d'inventer, le produit ne fera point mulet,8 fe perpétuera:
fans aucun obftacle ? Ignorez-vous que la couleur de l'un s'abforbe 8c
fe perd dans celle de l'autre ? Et que celui qui étoit Blanc devient:
Noir, 8 que celui qui étoit Noir devient Blanc ) 8c. preuve certaine
que les hommes de différentes couleurs ne font pas de différentes effe renouvellant dans la maniere d'exifter qu'elle
péces 7 chaque efpéce
fouvent mêmes chofes):
a été créée (je vous repete peut : être trop
les fouvent les mêc'eft une néceflité que vous m'impofez en repetant trop
mes difficultés, qui n'en font cependant que pour certains Philofophes
qui quittent le réel pour courir après des phantomes que la reflexions
diffipera toujours.
SEPTIEME E M E N T.
II étoit refervé au fiécle de la nouvelle philofophie de fe fingularifer au point que le Blanc & le Noir feront la même chofe 1 quand il
prendra fantaifie à quelqu'un de ces prétendus Philofophes de nous
l'affirmer. On veut aujourd'hui douter de tout, on repand des nuages
fur les vérités les plus claires & les plus inconteftables & les hommes
qui rougillent de foumettre leur raifon à ce qui eft démontré par la
faine raifen, la révélation & ène fuite continuée de faits dc la derniere évidence, nous propofent de croire des contes à dormir debout,
fantaifie à quelqu'un de ces prétendus Philofophes de nous
l'affirmer. On veut aujourd'hui douter de tout, on repand des nuages
fur les vérités les plus claires & les plus inconteftables & les hommes
qui rougillent de foumettre leur raifon à ce qui eft démontré par la
faine raifen, la révélation & ène fuite continuée de faits dc la derniere évidence, nous propofent de croire des contes à dormir debout, --- Page 496 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LestiesMEs comme quelque chofe de très-important au bien de Phumaniré. On
demhaectouaregvoit cru jufqu'ici quc la difrérence qu'il y aroit entre un climat chaud
& un climat froid, c'eft que dans le prémier les hommes pouvoient fe
paffer de vêtemens, & que dans le dernier il falloit fe bien couvrir. Ce
n'eft plus cela: un climat chaud produira des hommes d'une certaine
efpéce, & un climat froid une autre efpéce d'hommes. Nous ignorons
encor quel eft le dégré de chaud on de froid pour effectuer une opération fi merveilleufe; vous auriez bien da, Mr. de Voltaire, décider
cette queftion; ; elle n'eft pas plus difficile que les autres.
>Cev vafte Archipel (les iles Marianues ) étoit peuplé d'hommes d'ef
>péccs différentes, les uns Blancs, les autres Noirs, les autres Olivâtres
>ou Rouges; on a toujours trouvé la nature plus variée dans les cli-
>inats chauds 1 que dans, ceux du feptentrion.
Je ne ceffe de vous faire mes excufes de vous ennuyer par mes réponfes aux mêmes queftions ; mais comment voulez-vous que je faffe?
Vous vous repetez à tout moment, & vous fçavez bien que vous triomphez quand vous vous imaginez avoir réduit le fanatifme au filence. Encore de nouvelles efpéces d'hommes! Il femble que quelqu'un vous a
promis une recompenfe 3 fi vous pouviez parvenir à en groffir le nombre. Cette couleur diférente vous inquiéte prodigieufement. Si pouvois vous attirer à ma campagne, & que je puffe avoir l'avantage vous
I
y amufer quelques jours 3 je vous ferois voir quelque chofe qui déconcerteroit votre philofophie; vous y verriez une garene dont les lapins
mâles & femelles font gris, & cependant fans qu'aucune autre efpéce
de lapins originaires d'un fol éloigné foit venue rendre vifite à l'efpéce
de mes lapins, vous trouveriez parmi les petits , des lapins noirs, blancs
& tâchetés. Si vous décidez que c'eft la même efpéce 1 vous jugerez
en homme de bon fens : mais que deviendroit votre fjyftéme ? Les hommes Rouges, les Cendrés, les Blancs, 8xc. ne feront plus des cfpéces
direrentes, &le brame ne vous paroitroit plus uil ignorast & un entété;
& fi au contraire vous vous entêtez à foutenir que mes lapins de diverfes couleurs font des efpéces différentes 2 vous pafferez vous- même
pour lin Philofophe mal initruit 5 & fi vous le croyez, difpeniez- inoi
de vous dire le refte. La trouvaille que vous fuppofez qu'on a faite
dans les climats chauds, n'eft ni nouvelle ni fingulieré, fi vous entendez queles germes ayant befoin de chaleur pour fe dévoloper, fe manifeftent plutôt dans la Zone-Torride, que dans la Glaciale, & qu'ainfi
la nature, : c'cf-à-dire l'ordre établi par le maitre de la nature dans
ie renouvellement des elpéces, fera voir plus de variété, tout cela fera
vrai, & VOuS ne ferez plus expofé anx reproches du public. Il eft
étonnant qu'un hommne de génie tarde tant à s'appercevoir du faux de fes
fophifines. Sur ce pied,il vaut mieux être ignorant que fçavant, fi la fcience contribue Sipeu à rendre l'homme fage & prudent dans les jugenens.
>Les peuples qu'on trouya dans le Canada n'étoient Pas de la Hatore
de
era voir plus de variété, tout cela fera
vrai, & VOuS ne ferez plus expofé anx reproches du public. Il eft
étonnant qu'un hommne de génie tarde tant à s'appercevoir du faux de fes
fophifines. Sur ce pied,il vaut mieux être ignorant que fçavant, fi la fcience contribue Sipeu à rendre l'homme fage & prudent dans les jugenens.
>Les peuples qu'on trouya dans le Canada n'étoient Pas de la Hatore
de --- Page 497 ---
PA R MARSEILLE
sde ceux du
Mexique 1 & du Pérou, , & du Bréfil. Ils leur reffemblent
>en ce qu'ils font privés de poil comme cux, & qu'ils n'en ont
deM LESHOMMES
>fourcils & à la tête; ; ils en différent par la couleur qui
qu'aux de dcVoltaire,
wla nôtre, &c.
approche
Je vous prie, M:. de Voltaire, de vous fouvenir de mes
de l'explication que je vous ai demandée du mot de nature. Sans Japins, doute &
que les Canadieus ne font d'une efpéce différente des Mexicains
Péruviens & Bréfilliens, 1 que parce que leur couleur n'eft pas la ) des
quoiqu'ils foient privés également de poil ) ou parce qu'ils n'auront même, 3
autant de poil que les Européens, quoique leur couleur foit la pas
les voilà encore d'une nature différente 1 je ne vous ai déjà même;
témoigné ma furprife fur toutes les fadaifes que vous
que trop
facrées vérités de la révélation. Je ne puis que vous
oppofez & aux
folliciter à faire un voyage dans le Royaume des plaindre vous
furer la taille gigantefque de ce peuple ; car il m'a Patagons 1 pour meajoutez pas une foi bien volontaire; vous avez raifon paru & que vous n'y
riez encor plus 1 fi vous placiez dans les Provinces des Géans vous en auces hommes à mâchoire édentée 3 ces Soldats combattant Patagons, en
des maflues par les pieds & en marchant fur les mains. Je vous tenant
promis de vous parler franchement ; vous devez vous
ai
je vous tiens parole. Je vous dirai donc que je ne comprends appercevoir que
quoivotre doctrine auffi drole que nouvelle, ne m'amufe pas pourtes ne me rejouiffent pas tant que ceux de Guliver ; votre pas. Vos conelt trop ferieufe & l'autre eft gaye & badine. Avec
philofophie
la liberté de peufer & de
vous 1 on n'a pas
mirer fous
de
raifonner 1 il faut vous croire & vous adpeine paffer tout de fuite dans une autre
mes. Avec Guliver on eft à fon aife, on fe moque de efpéce lui d'homon a grand tort ).on en rit & je fiuis affuré qu'il en a de la ( en quoi
fouciant fort peu d'intimider fes Leéteurs
de
joie, fe
Imitez-le, & croyez que l'entêtement fera toujours par du ridicules côté de menaces, celui
propofe des fyftémes contraires à la raifon, & s'obftine à les
qui
ferieufement au genre humain qui n'en a
befoin
enfeigner
demande pas.
pas
2 & ne les lui
HUITIENEME E NT.
Je fuis prefque fatigué de vous mettre devant les
ce
nement ne doit plus vous paroitre mériter
yeux qui certaiJe vous en ai affez dit pour vous contenter d'obfervations &
de ma part.
vie d'infifter d'avantage à nous
vous faire paffer lenrentes efpéces d'hommes. Je prôner votre rifible fyftême des difféfinirons notre entretien.
ne fais plus que cette remarque & nous
>fous >Ce le vafte pays (la Laponie ) voifine du pole, avoit été
nom de la Contrée des Pigmées
déligné
Tom.I1.
fepteutrionaux.
il eft
Ooo
dit pour vous contenter d'obfervations &
de ma part.
vie d'infifter d'avantage à nous
vous faire paffer lenrentes efpéces d'hommes. Je prôner votre rifible fyftême des difféfinirons notre entretien.
ne fais plus que cette remarque & nous
>fous >Ce le vafte pays (la Laponie ) voifine du pole, avoit été
nom de la Contrée des Pigmées
déligné
Tom.I1.
fepteutrionaux.
il eft
Ooo --- Page 498 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
fEsHoMurs ppoflibie que les Pigmées méridionaux ont péri, & que leurs voilins
deaidefshare.ics out détruits.
Vous n'êtes pas bien éveillé, Mr. de Voltaire 3 en nous débitant de
pareilles fornetes. ( Vous m'avez permis de vous dire ma penfée, &
vous m'avez affuré que vous ne vous en fâcheriez pas. ) Vous avez oublié l'hiftoire des Patagons : quel contrafte! un peuple de Pigmées vers
un pole, & un peuple de Géans ver's l'autre. Si le froid a fi fort di-.
minué la taille des uns, > comment a-t-il pû augmenter fi prodigieufement la taille des autres ? Car felon vous la nature , le climat 9 le
fol & tout ce quc vous voudrez, produit les efpéces, fuivant qu'il eft
chaud ou froid ; par conféquent les climats qui feront également froids,
produiront les mêmes efpéces. Accordez-vous avec vous-même ; il fant
de la vraifemblance même dans les fables. J'admire votre facilité à
imaginer des poffibilités. Que n'affurera-t-on pas avec une telle reffource?
Je ne vois aucune impoffibilité que les hommes ayent des ailes & le
corps couvert de plumes; l'idée d'ailes & de plumes ne repugne pas
avec l'idée du corps de T'homme. Je conçois leur réunion, donc elle
eft poffible. Que penferiez-vous cependant de moi, fije vous affurois
quie les hommes étoient autrefois emplumés ; mais qu'il eft poffible s
(par un accident que je ne vous nommerai pas ) que CCS plumes font
tombées. Prenez garde de me condamner; votre jugement vous porteroit coup. Vous fuppofez qu'un peuple de Pigmées a habité les pays
méridionaux & que des hommes d'une autre efpéce les ont dégruits, à
peu près comme les chats tuent & mangent les fouris. Souvenez-vous
des Patagons ; il faut qu'ils foient les Pigmophages 3 il leur en falloit
tant pour chaque repas, que cette chaffe n'auroit pas duré long-tems.
A propcs de chaffe, n'avez-vous pas obfervé que lorfque T'efpéce d'un
animal quelconque eft pourfuivie par ure efpéce plus forte, la plus
foible, pour échaper au danger, fe retire dans les lieux les plus reculés, & c'eft fans contredit par cette voye que plufieurs lieux qu'on
croyoit inhabitables ont été peuplés; fi donc vos Géans Patagons avoient
pourfuivi vos trop foibles Pigmées 2 pourquoi quelqu'un de ces derniers
n'auroit-il pas cherché un azile bien avant vers le pole y ou dans quel.
que autre lieu défert 2 II auroit par cette rufe confervé le refle d'une
fi jolie cfpéce; car vous ne devez pas juger de ce qu'on a détruit les
loups ea Angleterre 1 ( qui y étoient réellement ) qu'ou a détruit auffi
vers le pole les Pigmées méridionaux (qui n'y étoient pas. ) Les prémiers habitoieut une Ille & ne pouvoient aller plus avant que le rivage
de la mer; les derniers au contraire n'avoient qu'à continuer leur route
pour tromper l'ennemi. Vous voyez que j'entre avec vous dans un détail fatisfaifant. Une queftion aufli intéreffante 1 mériteroit bien cette
coufdération. O Guliver, Guliver, on vous copie, & on veut vous eilever T'honneur de T'invention 3 Si votre répatation avoit befoin de quelqie tisrage pour revendiquer tant de fyftémes qu'on dit nouveaux,&
; les derniers au contraire n'avoient qu'à continuer leur route
pour tromper l'ennemi. Vous voyez que j'entre avec vous dans un détail fatisfaifant. Une queftion aufli intéreffante 1 mériteroit bien cette
coufdération. O Guliver, Guliver, on vous copie, & on veut vous eilever T'honneur de T'invention 3 Si votre répatation avoit befoin de quelqie tisrage pour revendiquer tant de fyftémes qu'on dit nouveaux,& --- Page 499 ---
PAR M ARSEILLE
dont vous êtes le légitime pere. ., je vous offrirois le mien ; mais vous LESHONIMES
êtcs fi connu, & les dinférens peuples que vous avez découvert dans vos deMdeVolaire.
tiennent un
fi diftingué dans T'hiftoire, que vOpénibles voyages 1
rang
tre nom eft au-deffus des apologies. aufli
de la facc de
>Plufieurs efpéces d'hommes, ont pik
difparoitre
d'animaux.
>la terre - comme plufieurs efpéces
Ces pofibilités font admirables 5 aufli, Mr. de Voltaire ) permettezmoi de vous dire que vous en tirez tout le parti poflible pour détruire l'éclat
l'imbecile croyance de l'ancienne efpéce d'hommes, & donner de
inftruétions vous avez la
de diftribuer à tous
aux fablimes
que dans la générofité
Il n'y a que
ceux qui veulent être initiez
nouvelle philofophie.
s'obfdes gens qui croupiffent encor dans la fange des préjugés 1 qui Créateur
tinent à croire que toutes les efpéces que la main libérale du
a placé fur la terre, fe perpétueront jufqu'à la fin des fiécles ; parce &
que la bénédiétion du Tout- Puiffant à une efficacité imperturbable, Bien loin donc
qu'elle feroit fans effet, fi quelque efpéce avoit péri.
dans le
que plufieurs efpéces d'hommes qui n'exifteront jamais que
des chimeres, ayent pà difparoitre de la face de la terre 9 les
pays efpéces d'animaux ne difparoitront pas non plus aufli totalement. Elles
pourront difparoitre d'un pays par divers accidens que je ne veux pas
détailler ; mais elles fe renouvelleront dans d'autres Contrées. Ces gens
à préjugés croyent auffi que le hazard eft un être de raifon, & que
tout ce qui exifte ne vit, ne croit & ne fe reproduit que par la volonté de" l'Etre Suprême qui régit & regle tous les évenemens, toutes les aétions & tous Tel mouvemens, non-feulement par une Mr. provi- de
dence générale mais encore particuliere ; enforte que vous, divine
Voltaire 1 ne jouiflez de la vie que par une faveur de la bonté
& que vous n'avez écrit tant de fingularités contre la doétrine conftante
& raifonnable des adorateurs du vrai Dieu 1 que par une permiflion
de cette même providence 7 pour convaincre l'univers que le Chriftianifme eft plutôr la religion du coeur que de T'efprit, & T'homme
fe croit fort &
propres
E
livré à lui-même 1 loriqu'il
puiflant par
forces, n'eft que ténébres & le jouet d'une imagination capricieufe.
Cette même providence permet aufi que je donne des preuves de mon
zéle contre les abfurdités de la nouvelle philofophle, & que ma foibleffe fuffife pour confondre la prétendue force des nouveaux Philofophes. Nos anciens Poëtes avoient imaginé la fable de la chimere 1 qui
eft un compofé de divers animaux. Qui içait fi ce n'eft pas la repréfentade la face de
tion de quelqu'une de ces efpéces qui a pu difparoitre
la terre 3 Tout eft poflible aux lumieres & à la pénétration des nouveaux Philofophes ; il n'y a que ce qui eft commun, & que tout fele monde s'accorde à voir de la même maniere, qui ne mérite de
lon eux aucune croyance ; mais découvrir un peuple de Géants,
Mirmidons 1 d'édentés ou marchant fur les mains, 8c. voilà qui
Oooij
de quelqu'une de ces efpéces qui a pu difparoitre
la terre 3 Tout eft poflible aux lumieres & à la pénétration des nouveaux Philofophes ; il n'y a que ce qui eft commun, & que tout fele monde s'accorde à voir de la même maniere, qui ne mérite de
lon eux aucune croyance ; mais découvrir un peuple de Géants,
Mirmidons 1 d'édentés ou marchant fur les mains, 8c. voilà qui
Oooij --- Page 500 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
L.ESHOMMES cft joli , beau & digne de notre admiration & de notre croyance:
deM.deloltaire- >Les Lapons ne paroiffent point tenir de leurs voilins; les hommes
>par exemple, font grands & bien faits en Norwege, & la Laponie
>n'en produit que de trois coudées de haut ; leurs yeux, leurs oreilples, Teur nez les diftérencient eucore de tous les peuples qui entou-
>rent leurs déferts; ils paroiffent une efpéce particuliere faite pour le
>climat qu'ils habitent, qu'ils aiment, & qu'eux feuls peuvent aimer.
>La nature qui n'a mis les rennes que dans ces contrées, femble y
>avoit produit les Lapons; & comme leurs rennes ne fout point venues
nd'ailleurs, ce n'eft pas non plus d'un autre pays que les Lapons y
>paroiffent venus.
Votre referve, Mr. de Voltaire fur l'efpéce Lapone me plait. Vous
n'affirmez plus, vous doutez prefque vous faites des conjeêtures. Il
vous paroit, il vous femble que les Lapons, à caufe de leur petite
fature, de la figure de leur nez, de leurs oreilles, de leurs yeux, &c.
différent de l'efpéce des Norwegiens. Ce langage me. paroit raifonnable: car il peut me fembler à moi le contraire, 9 & je puis prouves
mieux que vous que ce qui me femble vrai, eft certain de toute certitude; 5 parce que l'expérience m'apprend que les animaux d'une même
efpéce 1 nourris dans deux pays différens 9. diférent par leur groffeur,
& par leur embompoint; ; d'ou je conclus, non pas que ces animaux
font de deux efpéces différentes, il me fembleroit mal; mais que l'air
de ces deux pays, le climat & les alimens, font différens & font une
caufe fuffifante pour produire cet effet. Je ne doute pas, Mr. de
Voltaire, que vous ne vous plaifiez au jardinage 3 & que vous ne vous
amufiez quelquefois à cultiver des arbres & des plantes. Dans cette
fuppofition vous devez avoir và des arbres de la même efpéce 3 &
des plantes également de la même efpéce, élevés dans le méme terrein, produire des fruits les uns petits 3 fans odeur & fans goûr, 8x
les autres délicats, odoriférens & monftrueux par leur groffeur; il ng
doit pas cependant vous paroitre que CC foit des efpéces différentes :
fi vons le difiez à votre Jardinier, - ce dernier auroit-il tort de fe mocquer de vous 2 à moins que négligeant fa profefion, il ne fe fut avifé
d'étudier la nouvelle philofophie? Il vous répondroit A d'autres, Mr.
de Voltaire ; vous ne me perfuaderez jamais que ces arbres que j'ai
plantés, & que je connois comme mes enfans 7 ne foat pas de la
même efpéce ; les efpéces ne changent pas ainfi, elles font inmuables,
& fi les fruits des uns font petits, c'eft que l'arbre ne fe porte pas
bien, & ife pompe pas autaut de fuc que celui qui produit ces beaux.
fruits. Je raifonne à pcu prés comme votre Jardinier. L'air, le climat,
& la nourriture de la Norwege font dilférens de T'air; du climat &
de la nourriture de la Laponic ; par couféquent les Norwegiens doiveat differer des Lapons; & fi, écoutez bien ceci, des Norwegiens fe:
traniplantoient dans la Laponie, ou des Lapons dans la Norwege 5
pas autaut de fuc que celui qui produit ces beaux.
fruits. Je raifonne à pcu prés comme votre Jardinier. L'air, le climat,
& la nourriture de la Norwege font dilférens de T'air; du climat &
de la nourriture de la Laponic ; par couféquent les Norwegiens doiveat differer des Lapons; & fi, écoutez bien ceci, des Norwegiens fe:
traniplantoient dans la Laponie, ou des Lapons dans la Norwege 5 --- Page 501 ---
PAR MARSEILLE
vons verriez dans peu de générations croître les uns, & diminuer les LESHOMMES
autres; les cfpéccs n'auroient pas changé. Jc vous dirai comme le deMdefvinaie.
Jardinier, les efpéces demeurent toujours les mêmes dans ce qui lcs
conftitue elpéces, & elles fe perpétueront telles que notre Dieu qui
eft le Dieu de tout l'Univers, a bien voulu les créer. Je vous dirai
encore que quelques petits changemens que vous remarquez dans Ies
mêmes efpéces, > & que d'autres remarqueront après vous 3 bien Icin
de vous autorifer à cnfeigner que ce ne font plus les mêmes eipéces
doivent vous convaincre que rien n'eft capable de les détruire,
que ces petits changemens , qui font une fuite néceffaire de puiffion de lair & de la température ou de la rigueur des climats T'impref. & des
fics nourriciers des fruits naturels à chaque pays, laiffent fubfifter ces
efpéces dans tout ce qu'elles ont d'effentiel pour être telles. Nous
perdrions notre tems tous les deux à difcourir, vous à nier, moi à
vous affurer que telle chofe eft effentielle à telle ou telle efpéce. Ne
raifonnons que de ce que nous fçavons 1 & procédons du connu à l'inconnu. Vous ne vous étes égaré que pour avoir voulu, je ne dis pas
marcher, mais courir dans une route toute oppofée. Vous trouvez
les Lapons aiment leurs déferts & qu'eux feuls
que
vous vous
peuvent les aimer ;
trompez. Si vous étiez né dans un lieu encore plus défert,
il vous paroitroit agréable, il le feroit effeétivement
vous &
vous le chéririez plus que les délices; ; c'eft une impreffion pour néceffaire 1
pour fixer & attacher les, hommes dans les lieux oit la Providence
les place; fans cela il n'y auroit aucune fociété ftable &
Tout cela ge dit pas que les renues ne viennent que dans tranquille. la
nic ; nous ne fçavons, ni vous ni moi, fi elles y font depuis Lapotems ; mais ce que nous ne pouvons ignorer, c'eft qu'elles fe longdans ce climat qui leur eft favorable > & que la Zone-Torride plaifent contribueroit moins à Jeur multiplication ; tout cela eft dans l'ordre
fique 1 relativement à leur tempérament; i car enfin * puifqu'il faut phy- vous
dire tant de fois la même chofe, la terre eft pour les
&
les animaux & la terre font pour Thomme, & comme animaux, il feroit
furde de penfer qu'une petite portion de terre,. put nourrir tous ab- les
animaux deftinés à l'orner > & tous les
qui finivant le
du Créateur, doivent la
hommes,
plan
peupler > il a fallu néceffairement
les animaux & les hommes, , à mefire qu'ils ont multiplié fe que
& occupaffent les endroits vacans. Je conviendrai avec 1 vous difperfaffent
Voltaire 7 que ces tranfmigrations, même les
3 Mr. de
peuvent avoir été occalionnées
d'autres valonfaires, ( car elles:
par
caufes ) doivent avoir été
afligeantes ; mais uné fois faites, les enfans nés & élevés dans ces
nouveaux >Ainfi climats, y ont été attachés comme nous le fommes an nôtre.
quoiqu'il ne vous paroiffe pas vraiffemblable
les habitans
nd'une terre moins fauvage ayent franchi les glaces que & les déferts
>pour fe tranfplanter daus des terres fi ftériles
2 il me paroit à moi
, ( car elles:
par
caufes ) doivent avoir été
afligeantes ; mais uné fois faites, les enfans nés & élevés dans ces
nouveaux >Ainfi climats, y ont été attachés comme nous le fommes an nôtre.
quoiqu'il ne vous paroiffe pas vraiffemblable
les habitans
nd'une terre moins fauvage ayent franchi les glaces que & les déferts
>pour fe tranfplanter daus des terres fi ftériles
2 il me paroit à moi --- Page 502 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
LESHONAES plus que vraitfemblable que c'eft précifement parce que ces terres étoient
deM.deYoltaire, ftériles & couvertes de glaces, 3 que ces peuples s'y font réfugiés, pour
échaper à la pourfuite de leurs ennemis, non pas parce que les glaces
leur plaifoient 2 mais parce qu'elles rendoient cet azile affuré. Ces raifons
me paroiffent plus vraiffemblables que les vôtres; ; je veux dire que les
raifons qui me paroiffent vrailfemblables font fondées fur ce que nous
voyons arriver tous les jours, & les vôtres ne font que des fuppofitions établies fur des imaginations. Vous voyez qu'il y a des vraiffemblances & vrailfemblances, & que les vôtres ne foat pas heureufes.
>Une famille peut être jettée par la tempête dans une Ile déferte
>& la peupler ; mais on ne quitte point dans le continent des habita-
>tions qui produifent quelque nourriture 1 pour aller s'établir au loin
>fir des rochers couverts de mouffe 7 où on ne peut fe nourrir que
>de lait de renucs & de poiffons.
Si vous aviez eu la complaifance, Mr. de Voltaire, de m'écouter
attentivement, vous ne perfifteriez pas d'avantage dans votre fentiment.
Il auroit dû vous paroitre poflible que la tempête qui jette une famille dans une Ille déferte, peut la jetter dans cette terre que vous
jugez inhabitée, car pour inhabitable vous ne pouvez le dire, puifque
vous parlez de fes habitans, 1 à moins que la tempête n'ait reçu quel.
que ordre contraire; & fi une tempête a jetté une famille, d'autres
tempétes peuveut en jetter de nouvelles, quoiqu'après tout une feule
fiffiroit pour tonuer naiffance à la Nation la plus nombreufe, fur-tout
fi la tempête eft de vieille date. Je veux oublier pour un inflant ce
qui fe paffe fur la mer, 1 & puifque nous fommes aux délices, n'en
fortons pas. Je fuppofe donc que les barbares font irruption fur vOs
terres, qu'ils cherchent à vous enlever, pour vous livrer aux plus affreux fapplices, (ce n'eft qu'une fuppofition ) je vous demande fi parce
que vos terres font fertiles & que votre campagne eft verte & riante,
vous préfereriez d'y demeurer plutôt que de fuir vers les glaces & les
rochers cfcarpés pour fauver votre vie, & fi vous ne fejourneriez pas
fur ces rochers autant de tems que lc danger feroit à craindrc. Je vous
difpenfe de me repondre; je fçais qu'on ne vous trouveroit plus aux
délices. Ce que vous feriez d'autres l'ont fait, & les infortunés Anglois
du Canada imitent votre prudente conduite, cn abandonnant leurs plantages pour fc fouftraire à l'inhumaine fureur des Indiens. Vous comprendrez peut-étre maintenant, que les attraits du lait des rennes &
des poiffons de la Laponie, ne font pas la véritable caufe de fa population ; quoiqu'après tout 3 peut-étre que cette nourriture plait d'avantage aux Lapons 3 que fi vous vouliez les regaler avec des failans ,
des perdreaux, &c. Nous avons des exemples de tant- de bizarres ragoits 9 que nous fommes forcés d'avouer qu'on ne difpute pas des
goits; ainfi n'en parlons plus.
>De plus : ii des Norwegiens, des Suedois s'étoient retirés en La-
la véritable caufe de fa population ; quoiqu'après tout 3 peut-étre que cette nourriture plait d'avantage aux Lapons 3 que fi vous vouliez les regaler avec des failans ,
des perdreaux, &c. Nous avons des exemples de tant- de bizarres ragoits 9 que nous fommes forcés d'avouer qu'on ne difpute pas des
goits; ainfi n'en parlons plus.
>De plus : ii des Norwegiens, des Suedois s'étoient retirés en La- --- Page 503 ---
PA AR M ARSEILLE
nponic 3 y auroient-ils changé abfolument de figure ? Pourquoiles Mlan- LasTlowurs
ndois qui font aufli feptentrionaux que les Laponois 1 font-ils d'une de M.delelane
>fi haute ftature, & les Lapons non- feulement petits, mais d'une figure
>toute différente ?
Si je vous dis que c'eft encore un fophiline que vous prenez pour
une démonfiration, le terme vous choquera, & quoique je veuille vous
convaincre, je ne voudrois pas vous facher. Pardonnez, je vous en prie,
à mon ignorance. Si je fçavois m'énoncer autrement, je n'employerois pàs le mot de fophifime, pour manifefter la fauffeté de vos raifonnemens. Vous faites des interrogations & vous y répondez jufques
à vous féduire vous-même. Vous demandez fi des Norwegiens, des
Suedois alloient habiter la Laponie, deviendroient petits & changeroient abfolument de figure. Je vous ai déja dit oui : non pas tout de
fuite, mais peu-à-peu, & après quelques générations 5 je vous en ai
douné la raifon. Bien plus: fi des Lapons paffoient en Norwege & en
Suede 9 après quelques générations, ils deviendroient également Norwegiens & Suedois. Si je ne craignois de vous offenfer, je vous affurerois que vous-même > G votre philofophie vous avoit déterminé à
prendre femme 7 & que vous eufliez voulu goiter du lait des rennes
& des poiffons de la Laponie, que vos arrieres petits enfans feroient
des vrais Lapons. Je fçais que vous les renonceriez pour votre poftérité; mais eux qui auroient intérêt & qui fe glorifieroient de vous avoir
& de vous reconnoitre pour leur archi - tris- ayeul, vous prouveroient
par de bons titres qu'ils font de votre efpéce & de votre race. Vous
raifonnez mal, en établiflant que les Norwegiens & les Suedois qui
vivroient dans la Laponie, ne prendroient point la figure des Lapons.
C'eft une erreur de fait dont vous pourrez facilemeut vous corriger,
en vous faifant faire le voyage de la Laponie ou en attirant chez
vous aux délices quelques familles Lapones > & en vous faifant voir
de vos deux yeux le contraire; cette erreur vous eft étrangere dans
le fens qu'elle n'eft pas de votre invention, & que vous aurez été
trompé par quelques faufles rélations, puifqu'elle dépend de certains
faits, qui vous étant repréfentés tels qu'ils font 1 vous forceroient à
avouer que vous n'êtes pas bien informé non-feulement fir ce point,
mais encore fur quantité d'autres dont vous faites la bafe de la doctrine que vous préchez fi hardjment depuis trop long :- teins; mais la
faufferé de votre raifounement eft toute votre,. dont je fuis bien faché;
fi vous aviez moins d'efprit, je ne le ferois pas tant. Vous concluez
que les Lapons font d'une efpéce différente des Iflandois, parce que
ces derniers font d'une haute fature, & que Fiflande eft feptentrionnale comme la Laponic. II auroit falla au contraire pofer ponr principe, pour raifonner conformément à votre. filtéme, 3 que les hommes
qui noilfent dans des climats également diftans du pôle & de Téquateur, doivent étre nésellairement de la même fature, & il auroit tallu
les Lapons font d'une efpéce différente des Iflandois, parce que
ces derniers font d'une haute fature, & que Fiflande eft feptentrionnale comme la Laponic. II auroit falla au contraire pofer ponr principe, pour raifonner conformément à votre. filtéme, 3 que les hommes
qui noilfent dans des climats également diftans du pôle & de Téquateur, doivent étre nésellairement de la même fature, & il auroit tallu --- Page 504 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
LFSHOMMES prouver enfuite la vérité de ce principc. Alors vous auriez pû conclur:
LeM.deVoltaire. re, en prouvant encore que T'Illande & la Laponie font placées ay
méme point d'éloignement du pole, que fi les Iflandois font des geans
en comparaifon des Lapons, ces deux peuples ne paroiffent pas de la
même efpéce ; car qui vous a appris, & oùt avez-vous là que le froid
ou le chaud tous feuls font la caufe de la grandeur ou de la petiteffe
des hommes ? Si perfonne nc vous l'a dit, vous l'avez donc inventé,
& votre inveution n'eft pas des plus heureufes, votre raifonnement
n'eft point dans les régles, il eft fait pour prouver ce qui n'étoit point
mis en queftion ; c'eft ce qu'on appelle faire prendre le change ; je
(uis faché de vous le dire, c'eft un fophifme. C'eft en vain que vous
tirez des conféquences ; il falloit prouver les prémices. Vous ne dites
mot, & vous raifounez fort mal en difant : C'étoit donc une nouvelle
cfpéce d'hommes qui fe préfentoit à nous, tandis que l'Amérique 1
>l'Afie & l'Afrique nous en faifoient voir tant d'autres.
La vifion de toutes ces différentes efpéces d'hommes, n'eft pas fi
claire pour les autres qu'elle vous le paroit. Il eft vrai quc f vous
avicz dit que cette nouvelle efpéce d'hommes fe préfentoit à vous 1
il faudroit croire que vous avez crû la voir abfolument différente de
la votre ; mais vous dites qu'elle fe préfentoit à nous, vous nous faites parler contre la vérité; cela n'eft pas bien.
Laiffez à chacuu fa façon de voir & de penfer. Je vous ai dit que
très-louvent nous ne penfions pas de même far des points très-importans, & je vous déclare de nouveau que je ne fuis pas de votre avis
& que votre vilion me paroit plus que vifionnaire. Quand vous verrez
tout feul des chofes extraordinaires, on pourra vous excufer fur ce que
vos organes ne font pas difpofées pour voir comme tous les autres
hommes voyent, & comme il y a des gens qui voyent des objets renverfés ) ou tous d'une même couleur, fans que cela change notre maniere de voir 1 de même vous auriez pû croire voir le contraire de ce
que nous voyons réellement, fans que nous foyons obligés de voir
comme vous; car nous voyOHs dans les Lapons des hommes d'une
petite ftature de la même efpéce que nous, nos femblables & nos
freres, & nous voyons dans les Iflandois, 9 ces hommes d'une ftature
fi grande, les freres des Lapons, & par conféquent des hommes de
la même efpéce 5 nous croyons de plus que l'efpéce des hommes eft
unique fur la terre, & que pour affirmer qu'il y en a plufieurs efpé.
ces, il faudroit le juftifier clairement, au lieu d'alléguer des contes à
dormir debout, ou quelques variétés qui fe trouvent & doivent néceffairement fc trouver parmi les hommcs de la même efpéce relativement aux climats, à l'air & à la nourriture particuliere à çertaincs
coutrées. Je vous fispplie 2. Mr. de Voltaire, de nc point chicaner fur
ies expreilions que j'ai été forcé d'employer , parce que vous en aviez
fait ufage le prémier, & qu'il étoit jufte que vous fentifliez que certains
quelques variétés qui fe trouvent & doivent néceffairement fc trouver parmi les hommcs de la même efpéce relativement aux climats, à l'air & à la nourriture particuliere à çertaincs
coutrées. Je vous fispplie 2. Mr. de Voltaire, de nc point chicaner fur
ies expreilions que j'ai été forcé d'employer , parce que vous en aviez
fait ufage le prémier, & qu'il étoit jufte que vous fentifliez que certains --- Page 505 ---
PAR MARSEILLE
rains termes qui vous auroient fans doutc choqué * doivent avoir fait LESHoMsEs
la même impreflion fir ccux que vous vouliez corriger de leurs pré- deM.deVulaise.
jugés pour les rendre habiles à être initiés aux myfteres de la nouvelle philofophie. Je prévois encore & la mine que vous faites depuis que j'ai T'honneur de vous parler, me fait compreudre que la
raillerie n'eft pas de votre goût, que je devois jetter moins de ridicule fur votre filtême de la pluralité des efpéces d'hommes, & qu'un
homme de votre efpéce & de votre mérite exigeoit beaucoup plus de
ménagement & même du refpect. Je vous prie de confidérer que fi
j'avois voulu me mocquer de vous, & vous rendre ridicule aux yeux
de tout l'Univers, j'aurois relevé bien des faits fur lefquels je garde
un fage filence. Je n'ai rapporté que ce que vous aviez publié pour
prouver qu'il y avoit pluficurs autres efpéces d'hommes, différentes de
la nôtre. Il a bien fallu vous citer pour vous convaincre que vous vous
égariez Si vous trouvez que ces citations entrainent avec elles un ridicule qui vous fait tort, ce n'eft pas ma faute; il étoit néceffaire que
je'vous fiffe fentir 1 & que je vous prouvalle que la doctrine que
vous enfeignez, eft non-feulement faufle & infoutenable par.la frivolité des raifons fur lefquelles elle eft étayée 9 mais qu'elle attaque &
combat direétement & de front, les vérités de notre fainte Religion ;
qu'elle anéantit tout culte religieux, détruit la révelation & laiffe Thomme dans un abime de miferes & de ténébres, fans cfpérance, d'un
meilleur, fort. Si vous concevez, & je ne doute nullement que je ne
vous aye convaincu 1 combien le fittême que vous avez inventé , intéreffe tout homme qui eft fermement perfiradé de la divinité de notre
Religion, & combien il doit être effrayé de votre hardieffe à attaquer
ainfi fa croyance, qui n'admirera la modération avec laquelle j'ai refuté une doétrine contradictoire à la révélation & à l'expérience de tous
les pays & de tous les fiécles ? Si vous avez lii la onzième des petites lettres, & je ne doute pas que vous ne l'ayez lie & relue 3 pourquoi ignoreriez-vous ce que tout homme d'efprit connoît ; vous y aurez và qu'il y a des impiétés & des abfurdités qui n'ont befoin pour
être confondues & demafquées, que d'être expofées avec le ridicule
qui en eft inféparable. Le férieux feroit déplacé & fembleroit leur
donner quelque poids. Si j'ofois, je vous confeillerois de relire cette
lettre admirable. Vous avez plus befoin que vous ne croyez d'être inftruit des fages régles qu'elle contient fur la critique d'ouvrages pareils
à votre Effai. Je n'ai point eu intention de vous choquer 3 ni de vous
aigrir, non pas que j'appréhende votre reffeatinent. S'il vous prenoit
fantailie de me dire des injures, je vous répondrois que vous perdez
votre teins. Je vous demande des raifons, effayez de m'en donner. Ma
docilité à vous écouter vous convaincra que la vérité m'eft plus chere
que les préjugés les plus refpedtés. Mettez-vous à ma place, & jugez
qui de nous deux a tort. Vous gardez le fileuce? Prononcez. Sijavois
Tom. II.
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S'il vous prenoit
fantailie de me dire des injures, je vous répondrois que vous perdez
votre teins. Je vous demande des raifons, effayez de m'en donner. Ma
docilité à vous écouter vous convaincra que la vérité m'eft plus chere
que les préjugés les plus refpedtés. Mettez-vous à ma place, & jugez
qui de nous deux a tort. Vous gardez le fileuce? Prononcez. Sijavois
Tom. II.
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COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LesHoxuns eu ia hardieffe de publier un fait faux, & que par des hiftoriettes indeM.del'utsene. rentées à plaifir & des fophifmes multipliés 3 je vouluffe mafquer la
fuffeté de ce fait & le faire pafler pour véritable 3 je vous demande
comment vous cn uferiez avec moi , fur-tout fi le même fait attaquoie
votre croyance 3 ( car je dois vous en fuppofer une ) & la droiture de:
votre jugement? Il me femble vous entendre pouffer les hauts cris &
faire retentir d'un pole à T'autre, les effets de votre zèle; car vous
n'êtes guères endurant, du moins vous ne paffez pas pour l'être parmi
les gens à qui vous permettez de fe croire de votre efpéce. Avouez
que jamais perfonne ne vous a parlé fi amicalement 5 car quoique vous
proniez fans ceffe la vertu de l'humanité 7 vous laiffez volontiers aux
autres le foin de la pratiquer. Entre nous, nous ne devons pas nous
diffimuler *nos défauts. Le fage cherche à devenir meilleur ; je ne dois
pas vous être fufpeêt 5 je vous ai déclaré à plufieurs reprifes, que
j'eftimois votre vafte érudition & le beau génie que vous avez reçu
du ciel ? Plut-à-Dieu que vous en euffiez fait un meilleur ufage 3 &
que vous ne vous fufliez pas imaginé que le titre de Philofophe vous
donnoit-le droit de penfer autrement que tous les autres hommes,.
& qu'il y avoit de la honte à profeffer la même Religion que le peuple, comme fi le peuple l'avoit inventée & qu'une vérité que le peuple croit, ne fut plus une vérité pour les Philofophes. Le fouhait que
je fais n'a rien d'offenfant pour vous ; il eft tout à votre avantage :
auffi je m'intéreffe vivement à votre bonheur, & c'eft dans cette vue
que je voudrois vous faire connoitre que la fingularité de vos fiftêmes
peur véritablement faire briller votre efprit & vous attirer quelques
applauditfemens humains ; mais que cette gloire fera de courte durée
& fe diffipera comme un phantôme qni ne fait illufion que pendant
peu de tems ! L'efprit fans le coeur 2 ne fçauroit faire le grand homme.
Le prémier éblouit & amufe; il n'y a que le dernier qui touche 9
perfuade & s'attire une gloire immortelle. C'eft cette immortalité que
je fouhaiterois que vous eufliez ambitionné dans tous les écrits qui font
fortis de votre plume > auffi élegante qu'éloquente. Que vous feriez
heureux & que. d'obligations vous auroit Thumanité, fi marchant fur
les traces de l'illuftre & picux Pafcal 2. vous euffiez employé vos eftimables talens à déveloper la Morale Chrétienne, :. & à manifefter les
ceuvres du Tres-Haut dans l'établiffement & le maintien. de la fainte
Religion qu'il a voulu donner à fon peuple. Nos louanges ne tariroient
pas., & elles. ne feroient qu'une ombre, en comparaifon de la recompenfe qui eft la couronne d'un travail fi utile & fi confolant pour cclui qui Tentreprend, & pour ceux pour qui il eft entrepris. Malheureufement, Mr. de Voltaire, vous avez fuivi une route toute oppoféc;
vous avez pris votre foibleffe pour la force même; vous avez feint d'oublier l'énorme chute de notre premier pere 1 & vous imaginant jouir
de la plus parfaite fanté 3 vous avez rejetté les remédes abfolument:
de la recompenfe qui eft la couronne d'un travail fi utile & fi confolant pour cclui qui Tentreprend, & pour ceux pour qui il eft entrepris. Malheureufement, Mr. de Voltaire, vous avez fuivi une route toute oppoféc;
vous avez pris votre foibleffe pour la force même; vous avez feint d'oublier l'énorme chute de notre premier pere 1 & vous imaginant jouir
de la plus parfaite fanté 3 vous avez rejetté les remédes abfolument: --- Page 507 ---
PAR M ARSEILL E.
néceffaires pour operer votre guérifon. Vous avez même regardé tous LESHOMMES
ceux qui vous ont parlé de vos infirmités, comme des gens extraor- deMdeVoltaire
dinaires, la plupart fanatiques, & tous dupes d'anciens préjugés: ces
& fanatifimne, font fi fouvent repetés dans les écrits
mots 1 fanatique
eux
font
de nos Philofophes modernes 1
qui
plus qu'indifférens pour faut
tout ce qui appartient au culte de la Religion Chrétienne 1 qu'il
qu'ils leur faflent fignifier toute autre chofe que cC que uous fommes convenus de leur faire exprimer ; fans quoi nous ferions du même fentiment;
ce qui n'eft pas. Il me paroit donc néceffaire de définir & d'expliquer
ce mot fanatifme. Je fçais, Mr. de Voltaire, que vous n'avez pas befoin que je vous inftruife ; je ne pourrois vous rien dire de nouveau làdeffus. Je veux feulement vous faire connoitre ce que j'en penfe 5 ainfi
je vous en fupplie, ne vous impatientez pas. Nous autres Chrétiens,
qui ne fommes pas initiés dans la nouvelle philofophie - nous créyons
que l'unique & véritable fcience confifte à connoître Jefus-Chrift & à
pratiquer fa fainte Loi. Nous définiffons le fanatifme un zèle faux &
aveugle, que la faperftition & des opinions ridicules font naître 3 que
Tignorance nourrit , & que la paffion fomente; zèle capable de tout
faire entreprendre, & de faire commettre fans honte & fans remords
les aétions les plus criminelles. Je vous déclare que nous condamnons
hautement l'aveuglement de ces pauvres malheureux qui font attaqués
de cette efpéce de folie fi nuifible à la piété & à toute fociété 8z
que nous donnons de finceres louanges à tous ceux qui fe joignent à
nous pour déplorer le mialheur de ces infenfés qui s'imaginent rendre
fervice à Dieu par une conduite fi criminelle ; mais fi quelqu'un étoit
affez témeraire d'appeller fanatifme le culte extéricur de la Religion
& les cérémonies qui en font inféparables , nous condamnerions cette
entreprife comme un nouveau fanatifme que la févérité des loix ne
fçauroit affez reprimer. Je ne vous dis pas que vous preniez ce mot
de fanatifine dans ce dernier fens 5 il me fuffit pour le préfent > de
vous avoir fait connoitre ce que nous entendons par ce mot. Si donc
quelque Philofophe moderne déclamoit contre le fanatifme, je voudrois
fçavoir avant de lui donner raifon, fi le culte extérieur de la Religion
n'a pas échauffé fa bile, & fi la croyance de la révelation ne lui paroit pas une fable inventée pour intimider & fubjuguer les audacieux.
Vous n'ignorez pas combien je fuis fondé à vous parler ainfi, & combien de prétendus beaux efprits n'ont d'autres titres pour fe faire une
réputation qu'une fote incrédulité. Je ne vous citerai que Milord Shaftsburi, ce nouveau Philofophe 7 fi loué aujourd'hui, & fi digne de
blâme. Vous devez avoir là fes cara@ériftiques. Voyez avec quelle audace il ofe appeller ( dans le tome prémier ) fanatifme, 7 le recit des
merveilles que le Tout- Puiffant a operé pour manifefter la gloire de
fon faint nom, & confirmer le peuple qu'il s'étoit choifi dans le culte"
dans
qu'il avoit établi. Je ne range pas tous les Philofophes modernes
PpP ij
, & fi digne de
blâme. Vous devez avoir là fes cara@ériftiques. Voyez avec quelle audace il ofe appeller ( dans le tome prémier ) fanatifme, 7 le recit des
merveilles que le Tout- Puiffant a operé pour manifefter la gloire de
fon faint nom, & confirmer le peuple qu'il s'étoit choifi dans le culte"
dans
qu'il avoit établi. Je ne range pas tous les Philofophes modernes
PpP ij --- Page 508 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
LESHOMMES la même claffe de T'Anglois ; il y en a plufieurs qui penfent que cer:
den.deVoltaire. tains cultes religieux font quelquefois Ia caufe de la vertu, & fe font
admirer même du fingulier citoyen de Geneve. Ils ne les croyent donc
pas un fanatifine dangereux ; mais des préjugés que la bonne philofophie doit fecouer. Ce dernier fentiment vous plait beaucoup: : vous en
parlez avec tant de complaifance qu'cn voit bien que vous y. étes fortement attaché. Je vous ai dit ma penfée, je fouhaite que les votres
y foient conformes.
Avec de pareilles idées, & une prévention fi déraifonnable, it ne
doit plus paroitre furprenant que vous ayiez appefanti votre critique fur
tous ces hommes refpedtables qui fe font confacrés à la défenfe du
Chriftianifine. Le vertueux Pafcal n'a pas été excepté: qui ne voudroit
point reffembler à ce grand homme, malgré lc portrait outrageant que
vous en faites dans lc tome 8 page II7? ( Pafcal I Blaife ) génie préma-
>turé 5 il voulut fe fervir de la fupériorité de CC génie 3 comme les
>Rois de leur puiffance ; il crut tout foumettre & tout abaiffer par
>la force. Ce qui a le plus revolté certains Leéteurs dans fes penfées,
>c'eft l'air defpotique & méprifant dont il débute; il ne falloit com-
>inencer que par avoir raifon.
Qui reconnoitra l'humble Pafcal, au portrait que vous venez d'en
faire? Pour votre honneur, j'aime mieux croire que vous ne le connoiffez pas encore; car il n'eft pas poffible que le connoiffant, vous
l'eufliez peint avec des couleurs fi contradictoires à fon caraétere. Je
prens l'Univefs. à témoin, & je le fupplie de déclarer hautement, fi
quelque Leéteur autre que vous, ou quelque nouveau Philofophe a
remarqué dans les admirables penfées de Pafcal, qui feront regretter à jamais le grand ouvrage dont elles ne font que les débris des
précieux matériaux qui devoient entrer dans fa conftruétion cet air
defpotique & méprifant qui veut tout foumettre & tout abaiffer. Je
fuis. perfinadé que fi Mr. Pafcal avoit facrifié à-la gloire du Théâtre
fes incomparables talens qu'il a employé fi utilement à la défenfe de
la Religion , il paroitroit vraiment grand à vos yeux. C'eft votre
grand préjugé d'aprécier le mérite des hommes fur leurs progrès
dans le chemin du Parnaffe. Votre temple du goût eft une preuve fans
replique de la fingularité de votre jugement. Je vous dis ce que je
penfe 5 ufez-en de même avec moi. Tous ces grands hommes, ces
faints perfonnages de l'ancienne & de la nouvelle Loi 7 dont vous
clerchez à dimimer & à ternir les actions éclatantes, (& auxquels
vous feriez bienheureux de reffembler ) feroient à la tête de ceux
dont vous ne ceffez de faire le panegyrique s'ils: s'étoient occupés
à faire quelques tragedies, O1l qu'ils euffent fait connoitre
avoient
qu'ils
du penchant pour ces fortes d'ouvrages; c'eft votre préjugé,
& vous. vous imaginez cependant n'en plus avoir. Efope a bien raifon dans fa fable des deux befaces.. Oui, fi un Prophére, un Apé
heureux de reffembler ) feroient à la tête de ceux
dont vous ne ceffez de faire le panegyrique s'ils: s'étoient occupés
à faire quelques tragedies, O1l qu'ils euffent fait connoitre
avoient
qu'ils
du penchant pour ces fortes d'ouvrages; c'eft votre préjugé,
& vous. vous imaginez cependant n'en plus avoir. Efope a bien raifon dans fa fable des deux befaces.. Oui, fi un Prophére, un Apé --- Page 509 ---
P AR MARSEILLE
&c. fi
connus & fi eftimés dans vos écrits, LEsHOMMES
tre 9 un Martyr, contribuer à peu l'ornement de la peu fcene y leurs noms fe- de M.deVoltaire.
avoient pà
exclamation
de vos écrits.
roient prononcés avec
à chaque page
Je reviens à Mr. Pafcal, dont Baile, tout Baile qu'il étoit, a été
forcé de faire l'éloge 3 de peur de s'attirer le mépris & l'indignation du public, s'il avoit porté un jugement comme celui que vous
ofez en porter. Il avoue hautement qu'aucun philofophe ne doit
plus rougir de vivre pieufement, en voyant un génie tel que celui
de l'unique & incomparable Pafcal 3 ce profond Géometre & ce.
fublime Ecrivain , mettre toute fa gloire à pratiquer Phumilité Chrézienne 1 & par fa piété exemplaire confondre T'orgueil & les fophifmes de l'impiété. Je les ai lûes & relûes ces admirables penfées pour y découvrir quelques traits d'une fi noire accufation,
& E protefte que tout m'a édifié. J'y ai vû la Religion dans toute
fa majefté, Thomme dans un abîme de miferes 1 incompréhenfible
à lui-même s'il ne connoit la fource de fa corruption. Jy ai vû
la promelfe de la réparation de la perte de fa grandeur 1 & le
reméde à tous fes maux; jy ai và un Ecrivain rempli de la Religion qu'il profeffe > en parler avec refpeêt, dignité & humilité.
Je ne ceffe de vous fupplier de relire fans prévention ces fimples
& fublimes penfées 1 puifque vous les avez déja lies 7 & notez
& relevez rigoureufement tous les endroits qui annoncent cet air
defpotique & méprifant, je vous fomme de vous juftifier , ou de
réparer fa réputation 1 en avouant que. témérairement vous avez
infulté un Ecrivain aufli pieux que fçavant, digne de votre admiration & de tous vos refpeéts. Je foupçonne que c'eft principalement parce que Mr. Pafcal a raifon > que vous avez tort.
Ce célébre Ecrivain vous a confondu d'avance. Je ne fuis donc
plus furpris de l'injuftice de Vos déclamations. J'avois projetté de
vous mettre fous les yeux les principes de notre fainte Religion
& les démonfirations de fa divinité pour vous convaincre que
vous avez tort, je ne fuis pas affez heureux pour vous perfuader;
mais faifant réflexion que je ne parle de votre fiftême de la. pluralité des efpéces différentes d'hommes', que relativement à ce que
j'ai voulu prouver dans T'Hiftoire du Commerce: de PAmérique
que les Noirs ne font pas une efpéce différente des Blancs, je:
fortirois de mon plan fi j'entreprenois ces nouvelles obfervations.
IlI y a des chofes très-utiles qui feroient déplacées étant dites. à
coutre: tems. Je penfe même que ce n'eft point par ignorance,
mais par défaut de réflexion 3 que vous vous êtes égaré dans le
labirinthe de vos finguliers fiftémes. J'ai démontré la faufieté de celui
de Ia quantité innombrable d'efpéces d'hommes, qu'il faudroit admettre, 2 fi les preuves que vous alléguez pour l'établir > avoient quel.
que fondement Luez les excellens écrits dont la Providlence a esi
même que ce n'eft point par ignorance,
mais par défaut de réflexion 3 que vous vous êtes égaré dans le
labirinthe de vos finguliers fiftémes. J'ai démontré la faufieté de celui
de Ia quantité innombrable d'efpéces d'hommes, qu'il faudroit admettre, 2 fi les preuves que vous alléguez pour l'établir > avoient quel.
que fondement Luez les excellens écrits dont la Providlence a esi --- Page 510 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
LESHOMMES richi fon Eglife dans ces derniers tems. Vous avez lû les écrits
del M.deVolaire. du Citoyen de Geneve ; lifez auffi la réfutation qu'on en a fait
dans un ouvrage intitulé 9 La divinité de la Religion Chrétienne,
vengée des fophi/mes de Jean Jacques Roufeau en trois parties. Imprimé à Paris chez Deffaint & Saillant en 1763; mais n' oubliez pas
ceux du célébre Pafcal.
J'efpére que fi vous continuez à écrire, nous ferons autant édifiés que nous avons été fcandalifés. Je vous laiffe feul pour ne pas
être un obftacle aux réflexions qu'exige un fujet fi important, & qui
peut faire votre bonheur ou votre malheur.
RS
S
- a
C P I
- a --- Page 511 ---
COMMERCE
des grains
ADDITIO N
A la page 88 8 fuivantes.
DE L'EXPORTATIO N
A Pétranger des bleds originaires du Royaume.
Ar A fertilité des terres de la Louifiane 2 & l'abondance qui
en eft une fuite néceffaire 7 m'ont fourni l'occafion de
L
dire un mot fur la queftion, s'il eft avantageux à la France
de faire venir de bled pour rendre cette denrée f comOK mnunc 1 que les plus pauvres puiffent vivre à grand marché. L'importation de ce bled dans le Royaune m'a paru ruineufe
pour notre agricultuture * & qu'ainfi il ne falloit le recevoir que pour
être exporté à l'étranger, à moins que le manque de nos récoltes, 9
ne nous obligeàt de recourir à nos voilins pour nous fournir cc moyen
de fubfiftance. Les raifons que j'ai données me paroiffent bonnes , &
les objeétions qu'on m'a fait, fondées fir d'anciens préjugés & fur une:
crainte puérile de manquer de pain > font trop foibles pour me faire:
changer de fentiment. Je penfe comme j'ai penfe, que la libre exportation à l'étranger des bleds originaires du Royaume 1 & une impofition fir tout le bled étranger qui y feroit importé, font les feuls
moyens qui puiffent être efficaces pour effectuer le rétabliffemeut de
notre agriculture 1 8 lui rendre fon prémier luftre. Fous les autres.
moyens 7 tous très-louables, très-bons & très-utiles me paroiffent impuiffans pour opérer par eux-mêmes. un. fi grand bien. C'eft envain:
qu'on établira des Bureaux & des Sociétés pour encourager les. Cultivateurs 1 & reformer les abus que l'ignorance a introduit parmi les
Laboureurs ; c'eft envain qu'on cherchera s'il ne feroit pas plus avantageux:
ier luftre. Fous les autres.
moyens 7 tous très-louables, très-bons & très-utiles me paroiffent impuiffans pour opérer par eux-mêmes. un. fi grand bien. C'eft envain:
qu'on établira des Bureaux & des Sociétés pour encourager les. Cultivateurs 1 & reformer les abus que l'ignorance a introduit parmi les
Laboureurs ; c'eft envain qu'on cherchera s'il ne feroit pas plus avantageux: --- Page 512 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE d'enfemencer les terres autrement que ne faifoient nos peres, & qu'on
des grains. inventera de nouvelles charrues pour rendre à notre fol, que nous nous
imaginons ufé ou du moins fatigué de produire 2 cettc fertilité dont
toutcs nos hiftoires fout mention ; c'eft envain qu'on multipliera lcs
écrits, pour infinuer à nos Payfans que la méthode qu'ils pratiquent
eft vicieufe 3 & qu'en quittant l'ancienne routine 3 leurs récoltes feront
plus abondantes. Foibles moyens pour reparer le mal, puifque nos devanciers 1 avant toutes ces inventions, ne fe plaignoient point, comme nous ne ceffons de faire > que la terre fut devenue ingrate, & que
la France fourniffoit le bled néceffaire pour alimenter non-feulement
fcs habitans; mais encore l'Angleterre devenue aujourd'hui notre mere
nourrice ) & lcs autres Nations qui labourent préfentement pour nous.
Tous ces moyens bons par eux-mémes & utiles jufqu'à un certain
point, nc feront véritablement profitables pour améliorer notre agriculture, qu'autant que nous fçaurons donner unc nouvelle valeur à nos
récoltes, & que par l'exportation de notre bled à T'étranger 3 nous ferons affurés de l'emploi de l'excédent defdites récoltes 3 c'eft-à-dire,
qu'après que le Royaume fera pourvu de tout le bled néceffaire pour la
fubfiftance de fes habitans le reftant fera exporté librement à l'étranger. En effct, 3 de quoi ferviront tous les encouragemens qu'on donne
aujourd'hui aux Caltivateurs de la terre , & de quelle utilité feront les
nouvelles méthodes propofées 2 fi les récoltes les plus abondantes deviennent pour les Laboureurs un fujet d'affliction, 3 par la diminution
du prix du bled & le défaut de confommation 2 Il eft évident que tous
les écrits dont la France eft innondée aujourd'hui, pour prouver que
le bonheur dii peuple dépend de l'abondance de nos récoltes, ne convaincront jamais nos Paylans qu'ils ne font pas ruinés 1 dès qu'ils ne
vendront pas leurs denrées dans ia proportion de la valeur des autres
marchandifes du Royaume ; ceci a befoin d'explication. Un Empire, 9
un Royaume , une République 1 8xc. font de grandes fociétés, dont
tous les membres, chacua fuivant fes talens, fon inclination & le pofte
dans lequel la Providence l'a placé, 9 doivent concourir au bonheur général de tous, & fe fournir mutuellement les fecours néceffaires à l'entretien de la vie & au foulagement des miferes qui en fout l'appanage
depuis la prévarication de notre prémier pere. Je ne repete point ce
que jaid déjà dit des avantages que Thomme trouve dans la fociété( voyez
les réflexions > pag. 64; ) mais quand je ne le dirois pas 1 chacun doit
fentir que fa confervation dépend des fecours que lui fourniffent les
Laboureurs , puifque la terre fans culture ne fçauroit produire la millieme partie des fruits abfolument néceffaires pour la fubfiftance de fes
habitans. Il faut donc, fi on ne veut point abandonner les loix de la
juftice > que ceux qui ne travaillent que pour la fociété, & dont les
travaux font non-feulement utiles, mais encore d'une abfoluc néceffité,
foient confidérés relativement. au fervice qu'ils rendent, & que leur
fieur
urs , puifque la terre fans culture ne fçauroit produire la millieme partie des fruits abfolument néceffaires pour la fubfiftance de fes
habitans. Il faut donc, fi on ne veut point abandonner les loix de la
juftice > que ceux qui ne travaillent que pour la fociété, & dont les
travaux font non-feulement utiles, mais encore d'une abfoluc néceffité,
foient confidérés relativement. au fervice qu'ils rendent, & que leur
fieur --- Page 513 ---
PAR M ARSEILLE
Aieur foit récompenfée par quelques petits avantages. Cependant com- COMMERCE des
mnent en ufons-nous avec les gens de la campagne ? II nous femble que
grains.
c'eft une autre efpéce d'hommes, par le mépris dont nous les accablons; nous paliffons au feul mot de difette ou de famine. , & celui d'abondance porte la joie dans nos coeurs.. Pourquoi donc rougiflous-nous de
careffer les mains qui affurent notre tranquillité ? Avouons-le, nous fom-.
mes bien injuftes & bien inconféquents, & fuivant les apparences nous
ne nous corrigerons pas de long-tems, tant la dépravation du luxe nous
a pervertis. lly a de Tinjuftice & de Tingratitude dans le jugement
que nous portons des Cultivateurs de la terre 5 il y a bien plus : nous
les opprimons volontairement & de propos délibéré 1 & notre humanité ne s'afflige point de l'efpéce de cruauté, que nous exerçons à leur
égard; ces termes paroitront forts & hazardés; oui,: ils font forts 5
mnais non pas déplacés, & je fouhaiterois bien volontiers que la vérité
me permit de les fupprimer. Je foutiens que l'oppreflion eft manifefte )
dès que nous exigeons des Cultivateurs de la terre un travail pénible
& continuel, & que nous faifons les plus grands efforts pour les priver de
la fubfiftance la plus commune pour l'entretien de leur vie 5 en effet
que faifons-nous ? Nous voulons que le Laboureur partage avec nous
la recompenfe de fa fineur & de fa vigilance 5 nous nous, imaginons
même que nous avons droit à le forcer de pous céder le fruit de fes
récoltes à un vil prix, tandis que nous voulons qu'il achete cherement jufqu'aux inftrumens dont l'agriculture ne peut pas fe paffer ;
nous ne difons pas, nous voulons que les gens de la campagne meurent de: faim ; non, nous ne le difons pas ; mais nous les contraignons
à mener une vie languiffante 2 & à périr de mifere, & nous nous applaudiffons de les avoir réduits dans un fi pitoyable état. Il ne faut
pas de longeraifonnemens pour mettre cette vérité danstout fon jour. N'eftil pas vrai que tout travail mérite un falaire ? N'eft-il pas vrai que le
moindre des falaires, eft la fubfiftance de celui qui travaille ? Or fi
le Laboureur, en travaillant, ne peut fe procurer la fubfiftance abfolument néceffaire 1 il fera plus malheureux que les Efclaves, qui trouvent dans la proteétion des Loix l'obligation impofée aux maitres de
les nourrir & de les entretenir. Si donc le Laboureur manque d'alimens & de vétemens les plus communs, il menera certainement une
vie miférable, c'eft un fait. Il ne faut qu'avoir des yeux pour voir que
le Laboureur eft dans Timpoflibilité de fe procurer les chofes même
les plus communes pour l'entretien de la vie, tant que le bled & les
autres denrées qu'il recueille ne feront pas dans la valeur proportionnée
aux autres marchandifes dont il a befoin. La raifon en eft évidente $ il
donne plus, pour avoir moins; il fe ruine, & lagriculture perira avec
lui. Par Laboureur, je n'entends pas! le- mercenaire feulement jy comprends le propriétaire de terres; car le prémier eft moins à plaindre
que le dernier. Lc prémier n'a droit de jouir que de fon travail, &
Tom. Il.
Q99
feront pas dans la valeur proportionnée
aux autres marchandifes dont il a befoin. La raifon en eft évidente $ il
donne plus, pour avoir moins; il fe ruine, & lagriculture perira avec
lui. Par Laboureur, je n'entends pas! le- mercenaire feulement jy comprends le propriétaire de terres; car le prémier eft moins à plaindre
que le dernier. Lc prémier n'a droit de jouir que de fon travail, &
Tom. Il.
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COMMERCE DE LAMÉRIQUE
:COMMERCE s'il n'eft pas content dans un lieu , il peut paffer dans ua autre ; ati
des grains. lieu que le dernier cft attaché ou fe trouve fon héritage ; il le cultive;
mais en le cultivant, il doit en retirer un fruit proportionné à fon étendue & à fa valeur. La fociété eft même intéreflée que tout poffédant
biens : jouiffe paifiblement, non - feulement de la portion de terre que
les loix lui affurent, mais encore qu'ily trouve les moyens de fa fubfiftance proportionnée à fon état, relativement à Ia valeur des autres
biens de la fociété. Les biens fonds font la véritable richeffe de toute
fociété , c'eft la feule réelle 2 & qui ne lui manquera jamais ; les
autres richeffes fout fiétives, & ne produifent qu'en vertu de certaines
conventions, 7 au licu que les terres donnent par elles-mémes toutes les
annécs des récoltes qui fervent à la nourriture, au vêtement & à l'ornement de l'habitation de P'homme; d'o il fuit qu'elles font la feule
richeffe néceffaire à T'homme. L'homme a donc grand tort de préférer
des biens imaginaires à celui de l'agriculture, puifque fans elle tous les
autres biens ne feroient d'aucune valeur. Ce principe pofé, je demande
pourquoi on a augmenté fi confidérablement depuis enviren deux cens
ans la valeur de toutes les chofes dont le Laboureur a befoin pour les
néceflités & pour les commodités de la vie, 3 & que le produit de fes
récoltes n'a pas augmenté dans la même proportion 3 Ilya deux fiécles
qu'une paire de fouliers coûtoit cinq fols, la mefuure de bled valoit deux
liv. Cette même mefure de bled de la méme qualité ne vaut aujourd'hui qu'environ douze liv., &la paire de fouliers coûte au moins quatre liv. C'eft cette différence qui ruine le Cultivateur des terres 9 fait:
languir notre agriculture 2. & fera un obftacle invincible à fon rétablif
fement : il eft facile de s'en convaincre, en calculant quelle cft la res
gette & la dépenfe dudit Cultivateur.
Je fuppofe que les terres qu'il pofféde produifent cinquante mefures de bled, & je raifonne ainfi: ily a deux
cens ans 1 que ces cinquante mefures de bled valoient
cent liv. ci. -
IOO livs.
Impofitions à payer, dixmes, &c. .
refte.
*
80 liv..
Je fiippofe auffi qu'il eft marié, ( un Payfan doit l'être)
& que toute fa famille confifte dans un feul enfant (je.
ne puis lui en donner moins.)Les voilà donc trois. Il leur
faut pour le pain d'une année neuf mefures de bled à
deux liv.
pour le vétement.
e
20 68 livi.
pour les autres alimens & provifions du ménage.
pour ourils & reparations.
IO
rette € :
$
I2. liv.
*
80 liv..
Je fiippofe auffi qu'il eft marié, ( un Payfan doit l'être)
& que toute fa famille confifte dans un feul enfant (je.
ne puis lui en donner moins.)Les voilà donc trois. Il leur
faut pour le pain d'une année neuf mefures de bled à
deux liv.
pour le vétement.
e
20 68 livi.
pour les autres alimens & provifions du ménage.
pour ourils & reparations.
IO
rette € :
$
I2. liv. --- Page 515 ---
PAR MARSEILLE
II lui reftera la fomine de douze liv. de bénéfice qui lui fervira à COMMERCE
faire un petit tréfor pour le tems de maladie, ou pour le mariage de des grains.
fon fils, ou peut-être même à augmenter fon bien par quelque nouvelle acquifition. Ce Laboureur vivoit content, & il avoit lieu de l'être.
Pour bien juger de fon état aétuel, il ne faut pas oublier quelle eft la
proportion qu'il y avoit dans ce tems-là entre le bled & tout le refte..
Je fais le même calcul fans entrer dans aucun détail; mnême Laboureur,
fa femme & UIII enfant & même héritage, qui malgré la prétendue
itérilité de la terre produira anjourd'hui comme alors cinquante mefures
de bled qui à I2 liv.la mefure prix aétuel ci.
600 liv.
impofitions à payer, dixmes, ) &c. .
I20
relte.
480 liv.
neuf mefures de bled pour le pain d'une année ci. 108 liv.
pour le vêtement ci.
.
pour les autres alimens & provifions du ménage.
pour outils & réparations.
908 2
fa dépenfe exccde la recette de.
428 480 liv.
Le calcul eft jufte. La paire de fouliers ne coutoit que 5 18 & elle
vaut au inoins 4 liv., & la mefure de bled qui devroit fe vendre trentedeux livres n'en vaut que douze. Il faut donc que ce miférable Laboureur travaille fans relâche toute fa vie fans elpérance d'adoucir la rigueur de fon fort. Chaque année aggrave fon malheur, & l'augmentation de fa dette le met dans P'impoflibilité de la folder. De-là le découragement & quelquefois le défefpoir ou l'expatriation de cet infortuné Laboureur. Dans l'efpérance de trouver dans la culture de fon héritage la fubfiftance qu'il a droit d'attendre , il ne perdra aucune récolte
par fa négligence 3 il mettra tout à profit 9 il fe privera de la nourriture du bled qu'il recueille 3 pour en achetér une plus vile; & il reaoncera à toutes les commodités de la vie ; mais dès qu'il verra que
malgré toutes ces précautions, 1 fes travaux & fon économie font en pure
perte &x incapables de foulager fa mifere, il changera de méthode ; il ne
fera plus occupé qu'à tromper la vigilancede fes créanciers. Plus de payement d'impofitions 1 plus de factures faites à propos, 2 aucune amélioration du fonds, il deviendra la proye d'un ufurier, & le voilà perdu
pour la fociété, & fon héritage qui eft une. portion de la plus précieufe richeffe de lEtat. 1 reftera en friche 1 & ne fera plus d'aucune
valeur. Je demandé préfentement fi la néceffité impofée aux CultivaQggij
Plus de payement d'impofitions 1 plus de factures faites à propos, 2 aucune amélioration du fonds, il deviendra la proye d'un ufurier, & le voilà perdu
pour la fociété, & fon héritage qui eft une. portion de la plus précieufe richeffe de lEtat. 1 reftera en friche 1 & ne fera plus d'aucune
valeur. Je demandé préfentement fi la néceffité impofée aux CultivaQggij --- Page 516 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE teurs de vendre le fruit de leurs recoltes à un prix fi difproportiommé
des grains. à la valcur des autres chofes, n'eft pas une véritable oppreflion, &
fi lorfque nous voulons manger le pain bon marchré , & vendre tout
le refte cherement, nous n'opprimons pas les gens de la campague ;
puifqu'ils ne, peuvent plus fe procurer, par leurs pénibles travaux, les
nioyens de la fubfiftance la plus commune. J'ai ajouté que nous étions
cruels à leur égard:, & malheureufement je fuis forcé d'en convenir. Jc n'examinerai pas ce qui fe pratique dans lés autres Provinces, ni
dans les autres villes; je fuis à Marfeille 1 je me fais gloire d'être
du nombre de fes habitans, a & je fuis inftruit de leurs ufages. Je
puis donc en parler avec connoiflance de caufe,: fans craindre la re-i
plique. Je rends avec joie juftice à mes Concitoyens fir leur inclination bienfaifante- 5 je les connois compatiflans & charitables, - & j'admire leur patience & leur zéle dans l'adminiftration de nos Hôpitaux
dont la direétion leur eft confiée. Je fiis étonné en même-tems qu'avec
des fentimens fi dignes de T'humanité & fi favorables aux miférables 1ils montrent tant de dureté pour les habitans de la campagne 2 par la,
feule raifon qu'ils font les Cultivateurs de nos terres, c'eft-à-dire pour;
ne point déguifer la.vérité, parce qu'ils nous font plus néceffaires que:
les autres hommes, qu'ils font valoir nos héritages, & qu'ils nous fourniffent les vivres néceilaires au foutien & aux commodités de la vie,
Ils travaillent plus que les autres membres de notre fociété; ils méri-"
teroient donc. une attention fpéciale lorfqu'ufés par les fatigues d'un
rude travail, ils fuccombent fous le poids des infirmités, ou qu'ils languiffent dans une excetlive mifere, dans laquelle un grand nombre d'enfans les ai plongés, Si nous faifions reflexion que: les. villes ne font que
de puillantes familles 9 dont. les Magiftrats font les peres & les Citoyensles
enfans, regarderions-nousavecinditderenencecette portion de la famille quieft
chargée des travaux de la terre 2 Avouons qu'un préjugé aufli injufte
qu'il eft ancien,. nous aveugle. Que penferions-nous d'un pere qui maltraiteroit ceux de fes eufans, qui par. leur travail & leur induftrie, >
nourriroient toute fa famille ; nous ferions indignés d'une parcille conduite 2 &. nous la blâmerions hautement. Nous faifons cependant ce que
nous venons de condamner :. nous refufons toute forte de fecours aux
Cultivateurs de nos. terres;; l'entrée - de nos. Hôpitaux leur eft interdite,
& la miféricorde ( Hopital général à Marfeille).
de fes eufans, qui par. leur travail & leur induftrie, >
nourriroient toute fa famille ; nous ferions indignés d'une parcille conduite 2 &. nous la blâmerions hautement. Nous faifons cependant ce que
nous venons de condamner :. nous refufons toute forte de fecours aux
Cultivateurs de nos. terres;; l'entrée - de nos. Hôpitaux leur eft interdite,
& la miféricorde ( Hopital général à Marfeille). ne vent pas les connoitre. Les remédes qu'on diftribue fi généreufement dans tous les quartiers. de la ville, leur font refufés, s'ils ne trahiffent la vérité, eu proteitant qu'ils ne vivent > nine travaillent point à la campagne. C'eft donc
an crime que: de s'occupen aux: travaux de la terre * Qu j'ai raifon de
dire que nous fomnmes cruels envers les Cultivateurs de nos; héritages? L'éloge de Tagriculture qui retentit aujourd'hui de tous côtés, n'eft done
que chimérique, & feulement pour amufer les beaux efprits 2- Non : cet
éloge n'eit pas imaginaire, ni pue imitation de la yaine peinture des --- Page 517 ---
PAR MARSEILL E,
plaitirs champêtres que nos Poëtes font golter aux bergercs de leurs COMMERCE
pattorales ; c'eit l'expretion de la vérité fur le fujet le plus intéreffant des grains. pour le bonheur des hommes 5 c'eft le cri de Thumanité, affligée de F'abandon que nous faifons de cette précieufe portion des travailleurs qui
implorent la plus legere affiftance de ceux qu'ils nourriffent. S'ils étoient
leurs Efclaves ils y auroient un droit incontefable; ils font leurs freres, ils font libres, & ils meurent de mifere; la liberté leur devient
un titre onéreux. Cet éloge eft une confolation néceffaire pour moi, 9
& pour tous ceux qui gémiffent du ridicule dont un vieux préjugé nous
couvre, & que nous n'avons pas le courage de fecouer. liy a quelques mois 7 que voyant un Vigneron pâle, défait & accablé de trif
teile, je lui demandai ce qu'il avoit. Hélas, ine dit-il, j'ai neufenfans
à nourrir, & j'ai une incommodité qui m'empêche de travailler ; j'ai
befoin de quelques remedes que. T'Hopital de la miféricorde diftribue
aux malades de la ville : mais on me les refufe, parce que je loge dans
le terroir. Mes entrailles furent émues; il vaut mieux que je garde le
filence. Un Paylan du terroir de Marfeille, pcre de neuf enfans, foupire après un leger foulagement, pour pouvoir ,à la fucur de fon front,
donner un. pain à fa famille, 3 & il, eft par fa condition de travailleur
à la terre dans la lifte des proferits. Je me tais.. Allez, demain, je lui
repondis, travailler à. mon bien., vous ferez ce que vous pourrez , vos
journées vous feront payées, &je parlerai aux Direéteurs de la Miféricorde: Le lendemain 3 je vis un de ces Mellieurs, je lui expofai la
trifte fituation de cet infortuné, il en fut touché, & me dit, fi cct
homme étoit de la ville, :il, feroit fecouru fur le champ ; mais iln'ef
pas.
demain, je lui
repondis, travailler à. mon bien., vous ferez ce que vous pourrez , vos
journées vous feront payées, &je parlerai aux Direéteurs de la Miféricorde: Le lendemain 3 je vis un de ces Mellieurs, je lui expofai la
trifte fituation de cet infortuné, il en fut touché, & me dit, fi cct
homme étoit de la ville, :il, feroit fecouru fur le champ ; mais iln'ef
pas. de l'aeuvre ,nos Réglemens l'en excluent. Vos Réglemens', vous défendent de faire du bien - je ne le puis croire. Ce Vigneron étant dis
territoire * doit participer. aux avantages de la ville, puifqu'il en fupporte les charges & les impofitions. Nous n'avoris. pas fait Ces Réglemens Y me repondit-il, & nous ne pouvons nous en écarter. 7 qu'il dife
qu'il loge dans la ville, & fademandel lui Tera accordée, quoi I qu'it
mente 9 pour pouvoir être fecouru;. funeftes réglemens, cruelle néceffité pour la vertu aiigée! je demande qui a faic ces Reglemens. Ce
n'eft pas le Roi, non : LOUIS le bien-aimé, le plus compatiflant &c
le plus miféricordienx des. hommes, 3 ne confentira jamais que les pauyres Cultivateurs foient opprimés par, les, réglemens qui ne doivent:
être faits que pour découvrir leurs plus fecreties miferes & leur procurer de falutaires remedes 5 la bonté & la juftice marehent devant lai,
& le fiécle de fon regne, eft au-deffus de celui de l'Empereur Tite,
qui vouloit qu'on comptât fes jours par fès bienfaits; le bonheur de:
fes Sujcts fait fou prop-e besheur, & fon alelion paternelle s'intéreffe autant, pour ue pas ciire plus, au fort des pauvres ge des
riches.
miferes & leur procurer de falutaires remedes 5 la bonté & la juftice marehent devant lai,
& le fiécle de fon regne, eft au-deffus de celui de l'Empereur Tite,
qui vouloit qu'on comptât fes jours par fès bienfaits; le bonheur de:
fes Sujcts fait fou prop-e besheur, & fon alelion paternelle s'intéreffe autant, pour ue pas ciire plus, au fort des pauvres ge des
riches. L'état des Caltivarewrs de la te.re, fi injuttesent avili & fi
digne d'être honoré, a to.ché fou coeurs les cffets prouvent auili-tôs: --- Page 518 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE combien l'agriculture fera protegée; par fes ordres, des Academies &i
des grains, des Sociétés font établies pour encourager & inftruire les Cultivateurs,
& les recompenfer de leurs travaux. Ces établiffemens immortaliferont ce fiécle ; mais ils ne fuffifent pas pour reparer tout le mal
qu'un ancien préjugé, enfaaté par une terreur panique, a caufé à la
produétion de nos terres. Il falloit encore la libre circulation des
grains dans tout le Royaume, & leur exportation à l'étranger, ordonnée avec fageffe. Le prémier a heureufement lieu depuis le 25
Mai 1763 (voyez Ia Déclaration du Roi pag. 91.) Le fecond aura
aufli fon exécution. Les Miniftres qui gouvernent font fi éclairés, , &
zravaillent avec tant de zéle au bouheur de la Nation, que les avantages de l'exportation des bleds n'échaperont pas à leurs lumieres. Je
reviens aux Réglemens de nos. Hôpitaux. Ils font contraires à la volonté
& aux fentimens de notre bon Roi; il ne les a donc pas faits, & fi
quelques-uns de fes prédéceffeurs les avoient approuvés, ce feroit une
furprife faite à leur religion ; LOUIS le Bien-aimé les reformeroit. Si ces
Réglemens font faits par d'anciens Direéteurs, 1 de nouveaux Direéteurs
mieux inftruits, doivent leur en fubftituer de meilleurs 5 ils y font
obligés. L'ancienneté des erreurs ne fera jamais un titre légitime de
les perpétuer ; la vérité & la juftice, font feules à l'abride la reforme.
Or n'eft-ce pas une erreur évidente, quelque ancienne qu'elle puiffe
étre, d'exclure du fecours de l'aumône publique > ceux qui par Putilité
de leurs travaux out le droit d'y prétendre les prémiers 3 Il faut donc
détruire cette erreur, que l'efprit du Chriftianifine & la bonne politique
condamnent également, & par un nouveau Réglement, établir que les
pauvres de notre territoire (qui fait partie de la ville ) participeront
aux. fecours qu'on diftribue i géuéreufement à tous les Citoyens. Qu'on
les laiffe 3 fi on veut 3 dans leurs maifons d'habitation ; un changement
d'air pourroit nuire à des gens nourris à la campagne 5 mais qu'on ne
feur refufe plus quelque adouciffement à leurs miferes, & quelques
remedes à leurs maux. Nous n'avons point eucore à Marfeille une fociété
d'agriculture ; fuppleons à ce manque d'encouragement par la-compafion particuliere que nous aurons pour ces hommes fi néceffaires &
fi utiles, & fi nous n'ofons les diftinguer par quelques faveurs, traitonsles du moins comme tous les autres Citoyens ; nous y. fommes obligés,
Cette digreflion fur notre conduite envers les Cultivateurs de nos
héritages 3 n'ef point étrangere à mon fujet.
PREMI E R E M E N T.
J'avois à prouver que les habitans de la campagne ne trouvoient
plus dans le produit des terres les moyens d'une fubfiftance proportionnée à leur état, & que ce malheur 9 qui exige un prompt reméde, avoit fa caufe dans l'augmentation de la valeur de tout ce qui
obligés,
Cette digreflion fur notre conduite envers les Cultivateurs de nos
héritages 3 n'ef point étrangere à mon fujet.
PREMI E R E M E N T.
J'avois à prouver que les habitans de la campagne ne trouvoient
plus dans le produit des terres les moyens d'une fubfiftance proportionnée à leur état, & que ce malheur 9 qui exige un prompt reméde, avoit fa caufe dans l'augmentation de la valeur de tout ce qui --- Page 519 ---
PAI R MARSEILLE,
eft néceffaire à la vie , difproportionnée à laugmentation de la va- COMMERCE
leur des grains 1 & que le moyen le feul efficace de relever notre des grains.
agriculture & de la tirer de l'aviliffement dans lequel elle languit,
feroit la libre exportation à l'étranger des bleds originaires du Royaume. Je me propofe d'examiner cette queftion avec une certaine
étendue; elle eft de la derniere importance, & a befoin de quelques.
explications.
SECON D E M E N T..
Que les cultivateurs de la terre quoique les hommes les plus néceffaires pour la confervation de ia fociété dont ils font une portion
effentielle, font injuftement méprifés par ceux qu'ils nourriffent, &
dont ils font valoir les héritages, & que par les fuites d'un préjugé
auffi dangereux qu'inhumain, ils languiffent dans la plus affreufe mifere, >"
lorfque chargés d'une nombreufe famille & accablés d'infirmités, ils
font dans l'impofibilité de lui fournir le pain le plus groflier pour
l'alimenter. Cette dureté dont la fageffe de nos loix a affranchi l'efclavage me touche fenfiblement ; je Tappelle cruauté, & je penfe que
ce nom eft celui que mérite une fi étrange conduite. J'avoue que
c'eft à deffein que j'ai choifi les vignerons de notre territoire pour
donner un exemple de la maniere incroyable dont les cultivâteurs font
traités, dans l'efpérance que mes concitoyens > honteux d'un femblable procedé, feront les prémiers à le condamner. Heureux y fi j'étois
l'occafion d'un fi louable changement ; car quoique je cherche à être
utile à tous les hommes, j'ai en vûe fpécialement les Marfeillois 1 &c
c'eft particulierement pour leur gloire & leur avantage que je travaille..
Je rappelle ici ce que j'ai avancé des avantages de l'exportation de
nos grains à l'étranger; j'ai dit ( pag. 89) que notre agriculture ne
pouvoit être véritablement encouragée 1 que par la préference que:
nous donnerons à la confommation de nos denrées fur les étrangeres.
J'ai établi pour prouver ma propofition, que fi nos recoltes font abondantes, & que l'exportation à l'étranger n'en foit pas permife le:
cultivateur fe voyant farchargé d'une denrée fi peu profitable, négligera la préparation des terres pour ne pas ajouter une dépenfe certaine à celle qu'il a déja fait, dans. l'efpérance douteufe d'un bénéfice futur; de forte que les recoltes abondantes font l'annonce de la:
difette. Il n'y a que l'exportation du fuperflu de nos bleds, qui puiffe:
prévenir ce malheur * par l'affurance que le cultivateur trouve d'un:
prompt débit de fes denrées, & par l'encouragement qu'une nouvelle
recolte-ne pourra lui être à charge, & ne diminuera point la valeur
defdites denrées. Par ce moyen la valeur du bled fe foutiendra, & ne
fera plus fi inférieure au prix de toutes les autres marchandifes qu'il
eft obligé d'acheter ; les frais de magalin feront épargués 2 & les
iffe:
prévenir ce malheur * par l'affurance que le cultivateur trouve d'un:
prompt débit de fes denrées, & par l'encouragement qu'une nouvelle
recolte-ne pourra lui être à charge, & ne diminuera point la valeur
defdites denrées. Par ce moyen la valeur du bled fe foutiendra, & ne
fera plus fi inférieure au prix de toutes les autres marchandifes qu'il
eft obligé d'acheter ; les frais de magalin feront épargués 2 & les --- Page 520 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE terres feront améliorées ; le gain vivifie toutes les profeflions, & la
des grains, perte anéantit l'induftrie. Que fi par un dérangement des faifons > nos
recoltes font mauvaifes & infuffifantes pour alimenter les habitans du
Royaume, il eft naturel que le bled augmente de valeur en proportion de la petite quantité qui aura été recueillie 2 fuppofé que la
mauvaife recolte foit générale 3 car fi elle n'étoit que locale, le mal
feroit facilemeat gueri par la libre circulation des grains dans toutes
les provinces du Royaume 3 l'Etat pour lors ne perd rien 2 cc qui
manque dans une Province, fe trouve dans l'autre ; mais fi dans un
tems de difette, Onl a recours à l'étranger pour y acheter le bled qui
nous manque, & que ce bled étranger entre dans le Royaume fans
payer auctin drcit, de peur que le prix du pain ne foit trop cher,
notre agriculture feroit ruinée, & fans aucune reffource. Il eft évident
que le cultivateur qui-n'aura recueilli que demi recolte, a befoin pour
être dédommagé des frais de culture, & trouver dans fon travail une
fubfiftance commune de vendre fon bled lc double, fans quoi il eft
perdu. Si donc le bled étranger eft importé dans le Royaume fans
payer un droit d'entrée le laboureur fera le feul lezé, & il eft néceffaire, fi on veut qu'il foit en état de payer les impofitions & de
préparer fes terres pour la recolte de l'année prochaine, qu'il vende
fon bled plus cher que fi la recolte avoit été abondante. Ce raifonnement me paroit jufte, & fi je mc trompe 1 j'efpére qu'on me pardonnera e mon errcur en faveur de la droiture de mes intentions. Je
penfe donc que nous devons en agir pour le bled, comme nous agif
fons pour toutes lcs manufactures du Royaume. Que faifons-nous depuis 17437 Nous facilitons l'exportation de nos étoffes à l'étranger,
par l'exemption totale des droits de paffage & de fortie, & nous impofons les étoffes étrangeres à des droits d'entrée confidérables , ou
nous les prohibons. Nous nous trouvons fi bien de cette méthode ; que
ne T'appliquons-nous à notre agriculture? Elle eft la grande fabrique du
Royaume, elle eft la plus intéreffante pour toute la, nation 2 elle OCcupe prefque la moitié des Sujets. L'autre moitié qui mérite la méme
proteétion 2 Olt pofféde de biens fonds, ou ne travailleroit que pour
réuflir à en poffeder fi leur produit répondoit à leur véritable valeur.
Les étoffes de nos fabriques font exportées librement à l'étranger &
en franchife de tous droits; laifons donc fortir notre bled, fi nos
recoltes en fourniffent plus que pour nous. Les étoffes étrangeres font
impofées à un droit confidérable à toutes les entrées du Royaume;
impofous donc un droit fur le bled étranger , afin que le notre conferve la valeur qu'il doit avoir en raifon de fa quantité. Cette augmentation de valeur ne fçauroit nous apauvrir ni nous nuire; c'cft
nons mêmes qui payons à nous mêmes; ainfi ce n'eft pas le haut prix
du pain qui affoiblit l'Etat, c'eft l'achat de bied que nous faifons à
Fétranger qui nous ruine, parce que nous lie pouvons acheter cC bled
qu'en
fur le bled étranger , afin que le notre conferve la valeur qu'il doit avoir en raifon de fa quantité. Cette augmentation de valeur ne fçauroit nous apauvrir ni nous nuire; c'cft
nons mêmes qui payons à nous mêmes; ainfi ce n'eft pas le haut prix
du pain qui affoiblit l'Etat, c'eft l'achat de bied que nous faifons à
Fétranger qui nous ruine, parce que nous lie pouvons acheter cC bled
qu'en --- Page 521 ---
PA R M ARSEILLE
+97
qu'en nous dépouillant d'une partic de nos richeffes, & que la maffe COMMERCE
dc ces richetles conftitue notre force &x notre puiffance. Par la raifon des grains.
contraire, en exportant à l'étranger le bled originaire du Royaume,
nous mettous à contribution tous ceux qui reçoivent de nous ce moyen de fubtiftance. Il eft donc de la derniere importance de favorifer
& d'encourager ladite exportation. Elle feule peut retablir notre agriculture opprimée depuis nombre de fiécles, elle feule peut enrichir la
Nation, & entretenir l'abondance ; ce n'eft point un paradoxe que
Labondance en foit la fite; on en conviendra fi on veut faire attention que le laboureur ne cultive la terre que dans l'efpérance de recevoir la récompenfe de fes travaux ; or cette récompenfe ne peut
refulter que de la vente avantageufe du produit de fes recoltes, elles
font fa richeffe, il n'en a point d'autre. Il faut donc pour faciliter la
vente de fes denrées, & leur donner la valeur qu'elles doivent avoir,
relativement aux frais de culture, n'en point gener la circulation, &
ne pas défendre de les vendre à celui qui en offre le plus. Si donc
Tétranger fe préfente pour acheter notre bled, ( toujours dans la fuppofition que nous en avons plus que pour notre fubfiftance ) & que
nous rejettions fa demande dans la crainte de faire rencherir cette
denrée, nous nuifons beaucoup moins à l'étranger qu'à notre agriculzure; nous anéantiffons la recompenfe qui feule peut vivifier l'induftrie de ICS laboureurs; la culture languira fi elie n'eft pas entierement négligée ou abandonnée 3 nous banniffons donc l'abondance du
Royaume > cn nous imaginant l'affurer par cette fauffe politique. J'ai
fuppofé que nous avions plus de bled que pour notre fubfiftance; il
faut donc pour en être alfuré, faire un recenfement général du produit de nos recoltes. Pour cet effet, je penfe que la police dcs grains
doit être une des principales occupations du Miniftere, parce que Ia
moindre négligence fur cette branche de Commerce, peut caufer notre
ruine totale. Un peuple nombreux exige une grande quantité de bled,
puifqu'il fait la bafe de notre nourriture ) & que nous nc fçaurions
nous en paffer ; le falut de l'Etat en dépend. Je penfe auffi, en voyant la multitude de loix & de réglemens que cette police a occafionné ) que la frayeur a fait plus d'impreffion fir nous que l'encouragement de notre agriculture. Nous avons fait le mal dans l'intention
de le prévenir 5 puifque nous le connoiffons tachons de le reparer. Nous
devions nous régler fur notre propre expérience & examiner par
nous-mémes s'il nous étoit avantageux ou non de favorifer ou de
prohiber le commerce des grains; mais vivement touchés des horreurs
de la faminc, nous n'avons pu nous perfader que la liberté de la circulation du bled pût devenir la caufe de l'abondance. La rigueur des Loix
Romaines nousa épouvantés 3 nous les avons adoptées, fans faire réflexion que les Empereurs Romains avoient des raifons perfonnclles
pour établir cette finguliere jurifprudence, Ils n'avoient en vue, en faiTom. Il.
Rrr
grains; mais vivement touchés des horreurs
de la faminc, nous n'avons pu nous perfader que la liberté de la circulation du bled pût devenir la caufe de l'abondance. La rigueur des Loix
Romaines nousa épouvantés 3 nous les avons adoptées, fans faire réflexion que les Empereurs Romains avoient des raifons perfonnclles
pour établir cette finguliere jurifprudence, Ils n'avoient en vue, en faiTom. Il.
Rrr --- Page 522 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE fant de largeffes de bled, 3 que le contentement du foldat & d'une
des grains. populace défauvrée ; mais dans le fond & dans le vrai, ils étouffoient
l'induftrie, & laiffoient les terres en friche. Nos peres 7 moins éclairés
que nous, ont été féduits & entrainés par l'autorité de ces Loix Romaines, & l'autorité & la conduite de nos percs, nous ont décidé &x
fervi de régle; de forte que ce. n'eft que par préjugé & non pas par:
conviction >. que nous avons fait exécuter jufqu'aujourd' 'hui dans le Royaume la police des grains, telle qu'elle étoit en ufage dans T'Empire Romain. Quoique je penfe, que l'exportation à l'étranger des bleds originaires du Royaume, foit le feul moyen cfficace de rétablir notre agriculture & de procurer l'abondance dans toutes les Provinces ) que trop
de précautions & d'entraves en ont banni, je ne confeillerois jamais de
permettre l'exportation des bleds par toute forte de lieux & fans limitation ; elle doit être la fuite de l'examen de notre fituation, & feulement pour les quantités qui feront déterminées proportionnellemens
à notre fuperflu ; mais comme la faveur de cette exportation doit regarder principalement les Cultivateurs c'eft-à-dire, que les avantages
doivent être en leur faveur, - en furhauffant le prix de. leurs denrées,
il feroit bien important qu'ils en fuffent avertis à l'avance 3 afin qu'ils
ne deviennent point la proye des ufuriers & des monopoleurs ; car
quoique lc monopole foit très-rarc, & n'exifte fouvent que dans l'imagination du peuple il a exifté, & il eft poffible. L'avidité du gain
eft la même aujourd'hui qu'autrefois 3 fi clle n'eft pas plus forte depuis que le luxe nous domine. Le monopole eft donc à craindre > & la
publication de l'exportation le préviendra. Cette exportation des bleds
limitée &x par certains. lieux , exige de ma part quelques remarques. J'ai
pour cet effet de bons Mémoires, & une quantité prodigieufe de Réglemens devant les yeux ; il y en a même trop, les nouveaux n'étant
qu'une répétition des anciens 7 & fouvent occafionnés par. les mêmes
circonftances. De tant de Mémoires 2: je ne ferai ufage que. de celui qui
m'a paru le plus vrai & le mieux raifonné ; c'eft un excellent écrit fur
la police générale des grains. L'Auteur eft fi judicieux, fes vues font fi
droites >. qu'il eft à défirer qu'il devienne le manuel de tous ccux qui
Qnt quelque part à l'adminiftration du commerce des grains. Teut eft
penfé & réflechi dans cet écrit ; l'efprit eft convaincu s & le cceur, eft:
perfuadé des avantages qui doivent réfulter pour toute la Nation de la
libre circulation defdits grains dans le Royaume. Je ne fçaurois donc
mieux faire que. de le rapporter. joindrai quelques obfervations. qui.
renfermeront ce qui me refte à
fur ce
fujet.
Qnt quelque part à l'adminiftration du commerce des grains. Teut eft
penfé & réflechi dans cet écrit ; l'efprit eft convaincu s & le cceur, eft:
perfuadé des avantages qui doivent réfulter pour toute la Nation de la
libre circulation defdits grains dans le Royaume. Je ne fçaurois donc
mieux faire que. de le rapporter. joindrai quelques obfervations. qui.
renfermeront ce qui me refte à
fur ce
fujet. --- Page 523 ---
P A R M A RSI EILLE
COMMERCE
des grains.
ESSAI
SUR LA POLICE GÉNÉRALE
DES GRAIN S.
Segetes, alimentaque debita dives
Pofcebatur humus.
Ovid. Met. L. I.
Es fruits dela terre font les richeffes les plus réelles des Nations. Tout ce
T'art fçait
L
que
ajouter à la nature 2 ne produit que des richeffes de convention, fujettés à la viciflitude des tems > & aux caprices des ufages. L'agriculture
feule ne peut éprouver ces révolutions ; c'eft toujours de la culture des terres,
c'eft de cette fource féconde que coulent tous les biens dont nous jouiffons, &
elle ne peut s'altérer. fans caufer des dérangemens dans toutes les parties du Gouvernement.
Depuis que les arts & les iciences ont élevé la France au dégré de fplendeur oir
elle eft parvenue > depuis qu'un Commerce plus étendu a répandu chez nous une
aifance que nous ne connoiflions point, il paroît que nous nous fommes plus
appliqués aux produâtions de l'art, qu'à celles de la nature : cette richeffe primi- S
tive abandonnée aux mains les plus viles, femble n'intéreffer l'Etat que dans les
tems difficiles. L'abondance ramene bientôt la fécurité : nous remédions aux befoins
preffans ; nous fongeons rarement à les prévenir.
Si la France eft auffi abondante qu'il y a lieu de le croire > fifes terres fécondes produifent plus de fruits que n'en demande la fubliftance de fes habitans,
pourquoi fommes-nous quelquefois dans la néceflité d'aller chercher chez nos voifins cette denrée fi précieufe & fi néce(faire ? N'y a-t-il pas lieu d'être furpris que
les Etats qui produifent le moins de grains > foient ceux qui nous en fourniffent
le plus ? Dans les tems de difette > la Hollande peu fertile fert de grenier à la
France feptentrionale; la Barbarie 7 cet Etat fi mal policé, vient au fecours de
nos contrées méridionales: cependant dans ce pays il n'y a point de Loix partieulieres pour la police des grains ; & la France en a de permanentes & de momentanées, fuivant les occurrences." Cette reflexion feule peut faire penfer qu'il
quelques vices dans les Réglemens fur lefquels nous fondons l'admminiftration &
i Commerce de nos grains.
En vain nos loix feront-elles diétées par la prudence > & confacrées par l'ufage;
fi nous fommes plus expofès aux inconvéniens de la difette que les Etats moins
fertiles, on ne fçauroit s'empécher de croire que ces Loix fi fages en apparence,
font cependant défeftueufes, & qu'elles ne favorifent point affez 3 ou la culture des
terres, ou le Commerce des grains. Avant d'en examiner les difpofitions > il eft à
propos de remonter a leur origine.
Rrrij
par l'ufage;
fi nous fommes plus expofès aux inconvéniens de la difette que les Etats moins
fertiles, on ne fçauroit s'empécher de croire que ces Loix fi fages en apparence,
font cependant défeftueufes, & qu'elles ne favorifent point affez 3 ou la culture des
terres, ou le Commerce des grains. Avant d'en examiner les difpofitions > il eft à
propos de remonter a leur origine.
Rrrij --- Page 524 ---
Soc
COMMERCE DE LAMERIQUE
COMMERCE
PREMIERE OBSERVATION.
des grains..
Les prémieres & véritables richeffes d'un Etat font les terres ou plutôt les fruits qu'elles produifent. Toutes les autres richeffes font fiétives, & ne tirent leur valeur que de l'ufage qu'on en fait, ou de notre
imagination. Quelques-unes n'ont d'autreprix que celui que le caprice leur
donne > & les autrcs ne confiftent que dans la préparation des productions de la terre & des animaux qu'elle nourrit, relativement aux alimnens & aux vétemens de l'homme; ; ces fecondes richeffes dependent
des prémieres 3 & ne font quc le fruit de l'induftrie de Thomme. Que
deviendroient nos Manufaétures & nos fabriques, fi la culture de la.
terre étoit négligée ? Nos Mannfaétures Royales de drap, ne font établies
pour donner une certaine préparation à nos laines ; il faut donc avoir
qes troupeaux pour ne pas manquer de matieres prémicres, fans lefquelles lefdites Manufactures rentreroient dans le néant. Les laines font
donc les richeffes foncieres & principales, & les Manufaétures ne font
que des richeffes fecondaires & dépendantes de nos troupeaux S mais
ces troupeaux d'ou viennent-ils 7 N'eft-ce pas la terre qui les nourrit :
Si donc la terre nourrit les troupeaux, elle eft la caufe de la laine 5.
& elle mérite véritablement le nom de richeffe, d'où toutes les autres dérivent; la plapart ne font que de convenance, & leur valeur.
n'eft, pour ainfi dire, que momentée. Les richeffes de la terre font de
néceflité, & d'une abfolue néceffité; ce font les alimens néceffaires à
Thomme, & ces alimens fe renouvellent chaque année par la vertu de
fécondité que la bénédiction de Dieu a communiqué à la terre. Mon
verger me donne des fruits pour me nourrir & me défaltérer, & par la
culture & quelques petits foins, la récolte en fera abondante 5 ma vue
eft contentée, & mes befoins font fatisfaits. Mon verger eft donc une.
véritable richeffe, puifque par lui-même > & indépendamment d'aucune"
convention , il fournit à fon poffeffeur, quel qu'il foit, les fruits quo
chaque arbre doit porter fuivant fon efpéce. Il n'en eft pas de même
des autres. richeffes fecondaires; elles diminuent plutôt qu'elles n'augmentent en valeur. La bague que je porte au doigt, ne me procure point
d'autre avantage que le plaifir que je trouve à la porter 3 clle ne peut
fatisfaire à aucun de mes befoins , & fi je fuis preffé de la faim, &
que je n'aye que cctte. richeffe pour acheter les vivres qui me font néceffaires > fi.c ceux à qui je. la propofe ne l'eftiment pas autant que je
fais, ou ils n'en voudront pas, Ou ils ne i'en donneront que le quart
de la valeur que je lui fuippolois ; ce n'eft donc. pas une richeffe qui
puilfe être comparée à celle de mon verger 5 il n'eft donc pas raifonnable de préférer l'art de fairc des bagues à l'art de cultiver la terre,
puifque la culture de la terre donne des richeffes bien plus utiles que
n'eft la bague, Il eft facile de faire l'applicaticn de cette comparaifon
pas, Ou ils ne i'en donneront que le quart
de la valeur que je lui fuippolois ; ce n'eft donc. pas une richeffe qui
puilfe être comparée à celle de mon verger 5 il n'eft donc pas raifonnable de préférer l'art de fairc des bagues à l'art de cultiver la terre,
puifque la culture de la terre donne des richeffes bien plus utiles que
n'eft la bague, Il eft facile de faire l'applicaticn de cette comparaifon --- Page 525 ---
P. A R M A RSEILLE
S0I
A toutes les autres profcflions : cependant comme c'eft le génic & les COMMERCE
talens qui captivent notre admiration nous aurions tort de ne pas ef- des gruins.
timer un ouvricr 7 qui par la hardiefle de fon pinçcau & lz délicatelle
de fon cifeau, femble animer Ja toile & le marbre & croer des
êtres nouveaux ; il mérite certaine:nent notre confidération 3 mais le
Laboureur ne doit pas pour cela être méprifé; fa profefion eft moins
brillante & moins louée, mais elle eft d'unc utilité qui doit la rendre:
cftimable. Nous distinguons encorc les richeffes CIl bien meables & immeubles, 8nous comprenons parmi ces derniers 3 les maifons. Les maifons
cependant nefontpas des richeffes foncieres 9 comme leshéritages en fonds
de terre, elles diminuent de valeur en vieilliflant, & par elle-mêmes
elles ne donnent aucun bénéfice. Elles nous font néceffaires pour nous loger;
mais fi les locataires font en moindre nombre que les maifons, elles
ceffent d'être richeffes; leur produit n'eft danc que précaire, & la
poffeflion des terres mérite la préférence - c'eft ce que je voulois
établir.
Le Commerce fi méprifé autrefois, eft reconpu aujourd'hui f néceffaire au bonhcur de toute fociété, que les Souverains font leur principale occupation de le favorifer > & de l'augmenter chacun dans fes
Etats. Ce n'eft pas ici lc lieu de parler de cclui de la France, & de
fes progrès 3 je marrête à la branche de Jexportation de nas- bleds à
l'étranger, ou à l'importation des bleds étrangers en France. L'exportation nous efraye, & l'importation nous réjonit. Nous fommes encore
bien peuple fur cet article , & le préjugé nous empéche de faire ufage
de notre raifon. Nous confidérons notre Cummerce en Afrique, commetrèsavantageux à la Nation, 3 parce qu'il nous fournit de bled. J'avoue que:
fi nous étions ménacés d'une faminc, nos Ecrivains publics poufferoient
des cris de jpie bien louables à l'arrivée de quelque Navire cliargé de
cette deprée 5 mais que faifons-nous en important en France le bled
de Barbarie ? nous nous dépouillons de nos richeffes numéraires 3 pour
foudoyer les Laboureurs Africains & les encourager à continuer à nous.
rendre leurs tributaires ; la maffe de nos richeffes diminue en proportion de l'argent que nous exportons 5 l'argent de France refte en Afrique, & leur bled nous laiffe toujours plus pauvres. Jc n'examine point:
ici, fila Barbarie abonde en bled, parce qu'aucune loi n'y gene le Com--
merce des grains 1 ou fi la terre y eft plus fertile que la nôtre; il me:
fuffit de fçavoir que la France nourriffoit autrefois nos voifins. Les ter--
res & le climat font les mêmes. Je n'examine point encore ici avec:
Mr. de Vauban & quelques autres Calculateurs > combien la France peut:
nourrir d'hommes > ni quelle eft la mefure de nos récoltes. Un Auteur:
affure qu'une mauvaife récolte en France fuflit pour nourrir fes habi--
tans, une médiocre, 7 pour en nourrir le double & une bonae pour en:
pourrir trois fois plus. Tous ces calculs me font inutiles. Mon raifon--
ucment elt tout limple: nos peres avoient plus de. bied qu'il ue leus
& quelques autres Calculateurs > combien la France peut:
nourrir d'hommes > ni quelle eft la mefure de nos récoltes. Un Auteur:
affure qu'une mauvaife récolte en France fuflit pour nourrir fes habi--
tans, une médiocre, 7 pour en nourrir le double & une bonae pour en:
pourrir trois fois plus. Tous ces calculs me font inutiles. Mon raifon--
ucment elt tout limple: nos peres avoient plus de. bied qu'il ue leus --- Page 526 ---
5c2
COMMERCE DE L'AMERIQUE
CONMERCE en falloit pour leur fubfiftance, & nous en faifons venir de l'étranger. des grains. Cc n'eft donc que le mépris de l'agriculture qui caufe CC funefte changement 5 c'eft le luxe qui nous dévore, qui achevera de nous ruiner. Changeons de méthode, & nous ferons étonnés de l'abondance de nos
récoltes. Soyons toujours créanciers de l'étranger, & nous nc pouvons
le devenir qu'autant que nos exportations feront plus confidérables que
nos importations. Si nos terres qui ne produifoient en récoltes que pour
la valeur de cent millions, 2 en produifent deux cens 1 nous fommes certzins d'avoir gagné cent millions, la maffe de nos richefles aura augmenté de cette fomme ; mais n'oublious pas qu'afin que cette augmentation foit réelle & non pas imaginaire, 3 il faut que T'étranger nous la
paye; nous fommes convaincus de cette vérité, & en conféquence nous
favorifons l'exportation de nos étoffes & de nos merceries. Ne nous
arrêtons pas au plus beau du chemin, penfons que la grande Manufacture de Ia France 7 cft l'exploitation de nos terres. Exportons notre
bled, l'étranger s'en nourrira. ; tant micux, c'eft ce que nous devons
défirer. Il nous en payera la valeur, ou en argent ou en matieres prémieres, néceffaires*pour alimenter nos Fabriques. Cette prémiere richeffe deviendra une fource intariffable d'autres richeffes ; notre agriculture vivifiée par l'emploi utile de nos récoltes 3 prendra de nouvellcs
forces, & calmera nos vaines craintes & nos fauffes allarmes. L'abondance nait de labondance, & la mifere annonce une plus grande
mifere. On trouve peu de Réglemens en France fur la police des grains avant le feizieme
fiécle; il; y avoit eu des difettes, & le Gouvernement ne s'étoit point encore empreffe d'y remédier. Peut-être que le tumulte des armes n'avoit pas permis au
miniftere de porter fes vues fur cet objet : peut-être avoit-on penie que le libre
commerce des grains fuffit pour entretenir l'abondance. Une difette furvenue en
1565 & qui dura quelques années, reveilla l'attention du Confeil. Le Chancelier
de PHopital, qui en étoit le chef, f: faire un Réglement général lc 4 Février 1567. Ilya apparence que le zèle des Magiftrats, guidé par les feules lumieres de la
Jurifprudence, alla chercher dans le droit Romain ce qui s'étoit pratiqué pour prévenir les inconvéniens de la difette : on trouva dans le Digefte- les précautions que
la République & les Empereurs prenoient pour Tapprovifionnement des greniers
publics, les régles établies pour le traniport des
> les défenfes d'en faire
des amas, > les peines infligées aux monopoleurs, Ema enfin toutes les entraves que
l'on donnoit au commerce des particuliers.
le droit Romain ce qui s'étoit pratiqué pour prévenir les inconvéniens de la difette : on trouva dans le Digefte- les précautions que
la République & les Empereurs prenoient pour Tapprovifionnement des greniers
publics, les régles établies pour le traniport des
> les défenfes d'en faire
des amas, > les peines infligées aux monopoleurs, Ema enfin toutes les entraves que
l'on donnoit au commerce des particuliers. De-là l'efprit des Loix Romaines paffa
dans l'Ordonnance de Charles IX, & s'eft perpétué dans tous les Réglemens qui
l'ont fuivi. Mais ces Loix fi néceffaires chez les Romains 2 font-elles applicables à notre
pofition aduclle? A Rome tout fe décidoit par les largeffes de bled & de pain
que lon faifoit au peuple. L'éleâtion d'un Magiltrat, l'élévation à P'Eanpire, dépendoient de ces libéralités mal entendues, fources de troubles & de divifions. Pour
fe concilier la bienveillance des Citoyens, pour contenir nn peuple oifif & tumultueux, il importoir à l'Etat que tout le Commerce des grains fut entre les
mnains de la République > ou des Empereurs. De-là vinrent ces précautions fi multiplices peur en affurer Ja manstention à ceux à qui l'on confioit le foin de l'app:o- --- Page 527 ---
PAR MARSEILLE,
vifionnement des greniers publics, c'eft à ces circonfances que l'on doit imputer COMMERCE
la févérité des Loix Romaincs contre ceux qui vouloient fe méler de ce négoce,
& toutes les bornes étroites dans lefquelles on le renfernioit. En France, au con- des gruins. traie, oit l'on n'a point de greniers publics, ou ce trafc fe fait par les feuls particuliers; lcs Lois loin de les géner, doivent leur accorder toute forte de proreêtion. II eft rare que l'on fonge à fe précautionner contre les befoins, quand on fe
trouve dans l'abondance ; & en effet toutes nos Ordonnances concernant les grains >
n'ont été rendues que dans des tems de calamité. Il n'eft point étonnant que dans
des circonftances critiques la néceffité ne permette pas d'examiner les moyens les
plus efficaces pour fe délivrer de la mifere, ou pour la prévenir; & l'on fe per--
fuade aifément que les précautions les, plus fages, font celles que préfentent PHif--
toire & la Juriiprudence, Les murmures des peuples prévalent alors fur les réfle-. xions les plus ceniees; la pitié fe prête à leurs difcours; clle a même de tout
tems adopté leurs préjugés. On en trouve une preuve authentique dans un Capitulaire de Charlemagne. II furvint une difette fubite en 795, après deux années d'une récolte abondante.. On. ne put imaginer ce qu'étoient devenus lcs grains j l'on fe perfuada que les efprits malins les avoient dévorés, & que l'on avoit entendu dans les airs les voix. affreufes de leurs menaces. Charlemagne confulta fur ce trifte événement, les Prélats affemblés à Francfort; & pour appaifer la colere du Ciel, il fut ordonné que
les dixmes feroient payées exactement. Les termes de ce Capitulaire font trop finguliers pour n'être point rapportés. Et omnis Homo ex Jua proprietate legitimam de-. cimam ad Ecclejiam conferat. Experimento enim didicimus 2 in anno quo illa valida. fames inrepjit, ebullire vacuas annonas à demonibus devoratas, & voces exprobrationiz
auditas.
és à Francfort; & pour appaifer la colere du Ciel, il fut ordonné que
les dixmes feroient payées exactement. Les termes de ce Capitulaire font trop finguliers pour n'être point rapportés. Et omnis Homo ex Jua proprietate legitimam de-. cimam ad Ecclejiam conferat. Experimento enim didicimus 2 in anno quo illa valida. fames inrepjit, ebullire vacuas annonas à demonibus devoratas, & voces exprobrationiz
auditas. Depuis que l'idée des démons s'eft évanouie 2 on a cru trouver des caufes
de difette plus vraiffemblables dans les manceuvres des Ufuriers & des Monopoleurss,
autre efpéce de monftres plus redoutables, mais dont nous n'aurons rien à crain-. dre, fi nous fçavons mettre à proft leur vigilance & leur cupidité. L'on a de tout tems inveétivé contre ceux qui font des amas de bleds, nos
Réglemens même leur imputent la cherté des grains, plutôt qu'à, l'intempérie des
faitons. C'eft le préambule des trois Ordonnances générales faites en France, 2 pour
la police des grains. La prémiere dont nous avons déja parlé, 2 du 4 Février 15672
fous Charles ix, l'autre fous le régne de Henri III, du 27 Novembre: 1577, &
la Déclaration de Louis XIV, du 31 Août 1699. Ecoutons cette. derniere., elle:
n'eft que la répétition des deux précédentes. ( Les foins que nous avons pris pour
> faire fournir les bleds à nos peuples dans quelques Provinces oi ils en man-. > quoient, nous ont fait connoitre que ce qui avoit le plus contribué à augmen-
> ter leurs befoins, n'avoit pas tant été la difette des recoltes, que l'avidité de:
>> certains particuliers, qui bien qu'ils ne fuffent pas marchands de bled par leur:
> profellion, > fe font néanmoins ingerés à en faire le Commerce. L'unique but de
> ces fortes de gens étant de profiter de la néceflité publique 3 ils ont tous con--
> couru
un in:érêt commun à faire des amas cachés, qui en produifant lat
rareté &", la chereté des grains > leur ont douné lieu de les revendre à beaucoup
> plus haut prix qu'ils ne les avoient achetés. Et après avoir fait examiner dans.:
>. notre Confeil les moyens les plus propres à faire ceffer ce défordre nous avons
) cru qu'il n'y en avoit point de meilleur que de fuivre la voie que nos Prédécef-. > feurs nous ont tracée par leurs Ordonnances, &c. Comme cette Déclaration n'eft qu'un abregé des anciennes Ordonnances-, & que:
les motifs & les diipofitions font les mêmes s à la referve cependant du commerce:
intérieur recommandé par les anciennes Ordonnances. > & interdit par cclle-ci j il
fuffra de l'extraire pour faire connoitre fur quels principes la police des grains fe:
tiouve actuellement établie dans le Royaume. Cette Déciaration contient onze ar.. zicles, --- Page 528 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE Le prémier, 2 le fecond & le troifime font défenfes à toutes perfonnes d'entredesgizins. prendre le traic & marchandile des grains 7 qu'après en avoir demandé & obtenu
ia permi.ion des Oiciers des Juftices Royales, dans l'étendue defquelles ils refident, avoir prôté ferment devant eux, & en avoir fait enregilirer les actes aux
Greffes defdires Tusices, avec leurs noms, furnoms & demeures; comme aufli aux
Greffes des Jurifliétions de Police des lieux de leur réfidence, à peine de confifcation & amende.
ic & marchandile des grains 7 qu'après en avoir demandé & obtenu
ia permi.ion des Oiciers des Juftices Royales, dans l'étendue defquelles ils refident, avoir prôté ferment devant eux, & en avoir fait enregilirer les actes aux
Greffes defdires Tusices, avec leurs noms, furnoms & demeures; comme aufli aux
Greffes des Jurifliétions de Police des lieux de leur réfidence, à peine de confifcation & amende. Le quatrième article veut , que les trois prémiers foient exécutés, 3 fans préjudice
des déclarations que les Marchands de grains de Paris font obliges de faire à THOtel de Ville, ni aux Réglemens particuliers des autres Villes du Royaume. Parle cinquième, il e(t défendu à tous les Laboureurs, Gentilshommes, 3 Officiers
de Juftice & de Villes, à tous Receveurs. > Fermiers, Commis, Caiffiers, & autres
Intéreflés dans le maniment des Finances de Sa Majefté, ou chargés du recouvrement de tes deniers, de s'immifcer diredtement ni indirectement à faire le trafic
de marchandife de bled, fous prérexte de fociété ou autrement, à peine d'amende
& même de punition corporelle. Le fixième régle les droits des Juges & Greffiers pour la preftation de ferment,
à 30 fols pour les Juges, & à 20 fols
les Greffiers. Le feptième exempte de Permiflions EC"Ee enregiftremens, ceux qui voudront faire
venir des grains des pays étrangers, & ceux qui voudroient en faire fortir en tems
d'abondance, en vertu des Permilnohs généraies & particulieres qui feront accordécs. Le huitième défend toute fociété entre Marchands de grains ; elles font permifes néanmoins par le neuvième article 3 à la charge d'en paffer les actes par écrit
& de les faire enregiitrer aux Greffes. Le dixième défend aux Marchands & autres d'enarher, ni acheter des bleds en
verd, fur pied, & avant la recolte, à peine de 3000 liv. d'amende & même de
punition corporelle. Le onzilme ensin, déclare nuls tous marchés & enarthemens de grains précédemment faits. La Déclaration du 9 Avril 1723 ajoute de nouvelles précautions à Ia précédente 3
& annonce les mêmes défiances contre la conduite des Marchands. Le Roi étant
informé 2 dit-elle, que la plupart des grains au lieu d'être portés aux halles
& marchés, étoiens vendus dans les greniers & magalins des particuliers 5 ce qui
> donnant occafion 2ux monopoles, caufoit fouvent la difette de cette marchan-
) dife, , au milieu même des recoltes les plus abondantes : Sa Majefté > pour remé-
>) dierà cet abus, a ordonné que les bleds, farines & grains ne pourroient être
> vendus, achetés ni mefurés ailleurs que dans les halles & marchés, ou fur les
> ports, &c. Cette défenfe que l'on n'avoit point jugé à propos d'inférer dans
la Déclaration de Louis XIV, eft prife de P'Ordonnance de Henri III, du 27
Novembre 1577On ne peut plus douter après la leêture de ces Réglemens, qu'il ne régne en
France une prévention générale contre ceux qui fe mélent de la marchandife de
grains. La voix des Loix s'éléve contr'eux avec celle du Peuple; on eft fermement
perfuadé qu'on ne peut prendre contr'eux trop de précautions, & la crainte du
monopole a enfanté ces Ordonnances rigoureufes qui n'annoncent que des formalités, des reftriétions & des peines.
douter après la leêture de ces Réglemens, qu'il ne régne en
France une prévention générale contre ceux qui fe mélent de la marchandife de
grains. La voix des Loix s'éléve contr'eux avec celle du Peuple; on eft fermement
perfuadé qu'on ne peut prendre contr'eux trop de précautions, & la crainte du
monopole a enfanté ces Ordonnances rigoureufes qui n'annoncent que des formalités, des reftriétions & des peines. Cette crainte eft-elle fondée ? Et n'eft-ce pas
plutôt de la contrainte & des entraves que nous dounons à ce commerce, que
nailient les défordres qui nous allarment avec raifon ? SECONDE --- Page 529 ---
PAR MARSEILLE
sos
COMMERCE
SECONDE OBSERVATION.
d.s gruins.
Les Loix Romaines fur la police des grains, étoient obfervées en
France avant leregne de Charles IX dans le feizieme fiecle ; mais on ne
faifoit obferver lefdites Loix dans toute leur vigueur qu'autant que lcs
mauvaifes récoltes faifoient craindre que le bled qui auroit été recueilli
en France. > ne feroit pas fuffifant pour nourir tous les habitaus du
Royaume. Ce fut une pareille crainte qui détermina Louis XII en 148z
a ordonner que >) dorénavant nuls Marchands, ni autres quelconques,
pne foient fi ofez, ni fih hardis de acheter bleds en verd fur le plat pays,
>n'en faire provifion ou amas (fi non pour la provifion de fon hôtel)
>fi ce n'étoit en plein marché, & ce fur peine de confifcation des
>deniers, d'amende arbitraire, & d'être punis à l'Ordonnance de Juf
>tice. Fait à Clery au mois de Juillet, l'an de grace mil quatre cens
>Odmte deux. Ainfi figné I. CHAMBON.
Bien loin que cette Ordonnance prohibe tout Commerce des grains
eile ne fait qu'y mettre une reftriétion en faveur du peuple ; elle fappole qu'il étoit enticrement libre, & qu'on pouvoit en faire des amas
en tout tems & de la maniere qu'on le jugeoit à propos. Ce n'eft que
l'abus qui pouvoit réfulter de cette liberté que ladite Ordonnance reprime voulant que les bleds foient portés au marché public, & qu'ils
ne puiffent être achetés autre part fous peine de punition : par cette
précaution le peuple ne pouvoit rifquer d'en manquer 7 ni de l'acheter
trop cherement ; parce que la vente en étant publique 1 & fous Ies
yeux dela police, on fçavoit les noms des acheteurs & les quanzités qu'ils avoient achetées. Ce fut par le même motif de favorifer le
peuple & d'empécher les Monopoleurs de faire des amas de bled pour
en augmenter le prix 3 que François I fit fon Ordonnance du 28 Octobre 1531. Il eft bon de lire cette Ordonnance, elle eft la prémicre
d'une certaine étendue fur la police des grains,
Tome II.
Sss
dela police, on fçavoit les noms des acheteurs & les quanzités qu'ils avoient achetées. Ce fut par le même motif de favorifer le
peuple & d'empécher les Monopoleurs de faire des amas de bled pour
en augmenter le prix 3 que François I fit fon Ordonnance du 28 Octobre 1531. Il eft bon de lire cette Ordonnance, elle eft la prémicre
d'une certaine étendue fur la police des grains,
Tome II.
Sss --- Page 530 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE
des grains.
ORDON N AN CE
DE FRANÇOIS I.
PORTANT
De ne vendre, 2 ni acheter blé, finon GUx marchex publiques 0 que le populaire foit préferé aux Marchands.
F Rançois, &c. Comme nous ayons efté aduertis & informez, que plufieurs
perionnages par auarice & cupidité > non ayant Dieu, charité ne le falut
de leurs ames deuant les yeux, ont acheté grande quantité de tous blez, les vns
deuant la cueillette 2 & eftant encores en verdure fur les champs: & les autres du.
populaire hors le marché, & en leurs maifons, > pour mettre en greniers, pour
iceux vendre à leur plailir & volonté > alors qu'ils verront lc peuple eftre en
néceflité : à caufe dequey, ainfi
notoirement fe peut voir & cognoiftre, le
blé s'eft enchery grandement: 2 & Re peuple en a eu grand faute > à noftre grand
regret & detplaifir 7 lequel de tout nolire coeur & defir voulons foulager, fupporter & faire viure en paix & repos,, & le garder & preferuer que par tels
moyens iniques & peruers ne foit trauaillé, & mis en néceflité.
ARTICI L E PRENILE
Sçavoir faifons que nous pour les caufes que deffus, voulans obuier aufdites
fraudes, par l'aduis & deliberation des Princes de noftre fang & autres gens de
notre Confeil eltans lez ncus, auons ordonné que les blez, qui s'expoferont par
apres en vente, foyent portez & vendus aux marchez publiques, & non ailleurs.
8 auons defendu & défendons que nul de quelque eftat, qualité ou condition
qu'il foit, ne puiffe, ne luy loife vendre blez 2 ny aufli les acheter ailleurs, ny
2utre part qu'eldiits marchez.
II
Lefquels biez cftant efdits marchez voulons eftre vendus en la maniere qui s'en-.
fuit: c'eft à fçavoir ? premierement & auant toute ceuure, au populaire, quil l'achete
pour viure au iour la iournée: & nul ne fera à eux preferé: & apres ceux qui en
veulent faire prouifion à temps, foit pour la neceffité de leurs mailons, ou pour
vendre > & ce deux heures apres que ledit blé aura demeuré audit marché, &
non paravant.
eftre vendus en la maniere qui s'en-.
fuit: c'eft à fçavoir ? premierement & auant toute ceuure, au populaire, quil l'achete
pour viure au iour la iournée: & nul ne fera à eux preferé: & apres ceux qui en
veulent faire prouifion à temps, foit pour la neceffité de leurs mailons, ou pour
vendre > & ce deux heures apres que ledit blé aura demeuré audit marché, &
non paravant. --- Page 531 ---
P A R MARSEILLE
III
COMMERCE
des grains.
Lelquelles chofes voulons eftre gardees & oblerunad, fur peine de conffeation
d'iceux blez, dont le vandeur pertera la moitié, & l'acheteur Tautre, & d'amende
arbitraire, tant contre I'vn que l'autre, & fi enioignons aux Officiers des lieux
ou ilya marchez, fe prendre garde & auoir l'oeil fur lefdits vendeurs & achezeurs, à ce que que. noftredite Ordonnance foit gardee & obfervec, & les infraéteurs d'icelle punis comme deffis.
I V.
Et à fin que lefdits marchans qui ont acheté les blez en verd, & pareillement
ceux qui les ont achetez du populaire pour en faire greniers (au moyen dequoy
les blez en font grandement encheris, dont le populaire a eu, & a neceflité ) ne
demeurent impunis, nous vous mandons enioignons & commettons à tous nos
Iufticiers & Officiers, chacun en fon deftroit & iurifdidtion > eux inforiner de ce
que deffus : & contre les coupables procedent ainfi que de droit & raifon fe deura
faire, en forte que ce foit corredtion à eux, & exemple aux autres.
Si donnons en mandement par ces prefentes à tous noz Lieutenans, Gouuerneurs 3 Baillifs > Senefchaux, &c. Donné à Compiegne le 28 iour d'Oêtobre 2 l'an
de grace mil cing cens trente VIl, & de noftre régne le dix-feptielme, ainfi figné
fur le reply, Par le Roy en fon Confail, DORNE, Et icellé de cire iaune. Et
fur le reply eftoit écrit.
Luès & publices en l'auditoire ciuil du Chaflelet de Paris, en la prefence des gens
du Roy 7 le Lundy jixie/me iour de Novembre, l'an mil cing cens trente vn.
Quatre ans après, la récolte étant très -abondante & Ia gênc de
porter lc bled au marché public devenant un obitacle à la vente des
grains 1 fans parler des frais que le tranfport occafionnoit néceffairement, François I par une nouvelle Ordonnance du 3 Mars 1535, permit le Commerce intéricur des grains 2 & le rétablit dans fa prémiere
liberté, fans avoir égard à l'Ordonnance du 28 O@tobre 1531; il n'y
eut que la défenfe d'acheter les bleds en verd qui fubfifta, & qui fut
renouvellée par l'article III de I'Ordonnance du 20 Juin 1539. Cette
liberté de Commerce ne dura que jufqu'en 1544, que la mauvaife récolte de cette année, ayant fait hauffer confidérablement le prix du
bled , l'Ordonnance du 28 Oétobre 1531 fut renouvellée, & les peines contrc les contrevenans furent augmentées par celle du 7 Novembre 1544- La frayeur de manquer de pain 3 s'étoit tellement emparée
de tous les efprits, que la difette ne ceffoit de réguer au milieu de
l'abondance par les entraves qu'on mettoit au Commerce des grains.
L'année 1557, fut fi abondante en toutes fortes de récoltes que les denrées étoient à charge. Ce fut pour que le Cultivateur ne les vit pas
périr fans en retirer aucune utilité, qu'Henri II enpermit l'exportation
à l'étranger, même chez les ennemis 5 mais le bled fut excepté, &
Sssi ij
la difette ne ceffoit de réguer au milieu de
l'abondance par les entraves qu'on mettoit au Commerce des grains.
L'année 1557, fut fi abondante en toutes fortes de récoltes que les denrées étoient à charge. Ce fut pour que le Cultivateur ne les vit pas
périr fans en retirer aucune utilité, qu'Henri II enpermit l'exportation
à l'étranger, même chez les ennemis 5 mais le bled fut excepté, &
Sssi ij --- Page 532 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
COMMERCE cette dearée dont le prix auroit relevé la fortune des Laboureurs! des grains. demeura fans valeur; ceite Ordonnance eft du 14 Février 1557- La
mifere des gens de la campagne devint fi grande par le bas prix du
bled & la défenfe d'exporter à l'étranger ce que nous en avions de
fuperilu, qu'ils furent dans l'impollibilité de payer les taxes que la guerre
avoit fait impofer. Cette confidération détermina Henri II de fifpendre
pour fix mois la défenfe d'exporter le bled à l'étranger. En conféquence,
par Ordounance du 29 Août 1558, l'exportation des bleds du Royaume fut permifc. François II étant monté fur le trône, eftima. que ladéfenfe d'exporter "les bleds à l'étranger étoit ruineufe pour T'agriculture & que l'exportation illimitée étoit dangercufe ; qu'il étoit de fa
fageffe de remédier à ces deux maux. A cet effer, par un Mandement
publié le IO Décembre 1559. 7 il eft défendu d'exporter à l'étranger
lcs bleds du Royaume ) fans avoir obtenu des lettres en forme, qui feront
délivrées dans un Bureau établi à ce fujet, & que par provifion peudant
l'année 1560, il fera permis d'exporter à l'étranger la quantité de cinquante mille tonneaux de bled, fe refervant Sa Majefté, fuivant l'abondance ou la difette 3 par lcs informations qui feront prifes de la
quantité de bled qui fera dans lcs Provinces de fon Royaume 7 d'augmenter ou de reftraindre ladite exportation. Ce Réglement me plait;
jel le trouve d'une fagefle confommée ; il renferme l'encouragement del l'agriculture & la trans quillité publique. Nous avonsTabondance, exportation
proportionnée à notre fuperflu. Nous n'avons que le bled néceffaire pour
notre fubfiftance, défenfe de l'exporter. Nous ne pouvons défirer que l'exé:
cution d'un femblable Réglement pour le bouheur des Cultivateurs, la tranquillité publique & l'accroiffement des richefies du Royaume. Ce Mandement fut confirmé dix jours après par une Ordonnance ( avec Leta
tres- Patentes ) en cinq articles du 20 Décembre, portant érection d'un
Burcau des Traites des bleds, par laquelle tout ce qui concerne l'ézabliffement dudit Burcau, & la forme de délivrer des congés pour
T'exportation du bled eft réglé, avec défenfes à qui que foit de figner
de femblables congés, 1 qui pour étre valides 2 doivent être expédiés
audit Bureau dans la forme prefcrite.
eta
tres- Patentes ) en cinq articles du 20 Décembre, portant érection d'un
Burcau des Traites des bleds, par laquelle tout ce qui concerne l'ézabliffement dudit Burcau, & la forme de délivrer des congés pour
T'exportation du bled eft réglé, avec défenfes à qui que foit de figner
de femblables congés, 1 qui pour étre valides 2 doivent être expédiés
audit Bureau dans la forme prefcrite. L'abondance des récoltes depuis
1560 jufqu'en. 1565, repara les pertes que les Laboureurs avoient fait
par la défenfe d'exporter le fuperflu de leur bled à l'étranger. Chacun
jouiloir du fruit de TOrdonnance de 1560, & nos craintes fembloient
bannies, lorfqu'elles recommencerent plus vivement que jamais à la vue
de la récolte de 1565, ) deat les apparences étoient trés-mauvaifes.
tes depuis
1560 jufqu'en. 1565, repara les pertes que les Laboureurs avoient fait
par la défenfe d'exporter le fuperflu de leur bled à l'étranger. Chacun
jouiloir du fruit de TOrdonnance de 1560, & nos craintes fembloient
bannies, lorfqu'elles recommencerent plus vivement que jamais à la vue
de la récolte de 1565, ) deat les apparences étoient trés-mauvaifes. On
perdit courage, & limage de la famine épouventa fi fort - qu'on fit
revivre la rigueur des Crdonnances contre la liberté du Commercedes grains i ca conféquence Charles IX défendit, le 8 Juin 1565, le
tranfport du bled hors du Royaume, & fix ans après, ft le fameux:
Réglement fur la police des grains qui a fervi de bafe & de modéle:
à tons les Réglemens poftérieurs. Le même Roi donna WI Edit le.20 --- Page 533 ---
P A R M ARSEILLE
Oaobre1573 pour réitérer les défenfes de toutes traites & franfport des COMMERCS
grains, 8c. Henri III confirma cette défenfe par fon Ordonnance du 25 Sep- des grains,
tembre 15745 de tous ces Réglemens le plus important & qui mérite
d'être connu particulierement , eft celui du mois de Juin 1571. Je le
rapporte ici tel qu'il eft fans faire aucune obfervation ; il eft affez long,
REGLE M E NT
DE CHARLES IX.
Sur les Traites é tranfports de blex dedans b dehors ie
Royaume.
Du mois de Juin 1571.
HARLES, &c. Comme ceftui noftre Royaume foit autant qu'autre de la Chreftienté fertil & abondant en blez & grains 2 de forte qu'eftans iceux bien gar.
dez & adminiftrez, nous & Hoz fubiets chacun refpectivement en receurions grandes commoditez, profits & aduantages. Pour cefte caufe nos predeceffeurs Roys
& nous confecutivement auons cy deuant fait plulieurs Ediâs & Ordonnances,
mefmes en l'an 15O5. vn bon reglement 2 l'obferuation duquel eftoit grandement
requife & neceffaire pour le bien de noftre feruice & vtilité de noz fubiets. Mais
au lieu d'y obuier & fatisfaire, il s'eft trouué que plufieurs y ont contreuenu :
tellement que noftre intention en ceft endroit eft toufiours demeuree iufques icy
inexecutee., à noftre trefgrand regret & defplaifir. A quoy defirans pouruoir, &
aux exceflifs & defmefurez traniports qui fe font iournellement defdits blez hors
noftredit Royaume 2 dont en prouient bien fouvent grande faute & neceffité à
iceux noz fubiets 2 eftans par vne fi desbordec licence & infupportable auarice la
graiffe & fertilité de noz Prouinces communes en vne frequente neceffité & cherté
infqu'à eftre quelquefois noz fubiets contraints faire venir des blez des pays eftrangers auec ininis frais & detpentes, chofe où nous voulons donner ordre de ne
retomber s'il eft poflible, pour le- trop- grand intéreft & preiudice que cela apporte
a nous & à nofdits fubiets. Sçauoir failons, que nous, apres auoir fair mettre.
cefte matiere en deliberation en noftre Confeil, oùt eftoient la Royne noftre tresbonorce Dame & mere, noz trefchers &x trefamez freres les Ducs d'Anjou &
d'Alençon > & autres Princes de nottre fang, Seignets de noflre Confeil, nous
auons par l'aduis d'iceluy conclu & arrelté le. reglement qui s'enfuit: par le moyen
duquel demeurera chacun an dedans noftredit Royaume la prouifion neceffaire de.
tous blez & grains, & ce qui fera de plus fe pourra par noftre permiflion enlever & tranfporter ès pays étrangers 2 fans perte & interuerfion de noz droits do--
maniaux, & au bien & commodité de noz fubicis, & entresenement du commcrcs.
& traic auec noz voilins & eftrangers,.
fuit: par le moyen
duquel demeurera chacun an dedans noftredit Royaume la prouifion neceffaire de.
tous blez & grains, & ce qui fera de plus fe pourra par noftre permiflion enlever & tranfporter ès pays étrangers 2 fans perte & interuerfion de noz droits do--
maniaux, & au bien & commodité de noz fubicis, & entresenement du commcrcs.
& traic auec noz voilins & eftrangers,. --- Page 534 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
COMMERCE
des
ARTICLE PREMIE R.
grains.
Nous auons declaré & declarons par ces prefentes, que voulons eftre publiees
par tout oû il appartiend:a, Que la faculté 2 puiffance & autherité d'cft oyer permifions & congez de traites & tran(ports quelconques bors noftre Royuume, eft
droi8t Royal & domanial de noftre couronne > lequel nous n'entendons coimuniquer auec perfonne, & qu'autre que nous puiffe confentir & accorder telles chofes diredtement O: indireftement, fur peine aux contreuenans d'eftre enuers nous
declarez criminels de lefe maiefté.
II.
Defendons trefexpreffément à toutes perfonnes 2 quels qu'ils foient 7 de nous
demander en don lefdites traites & tranfports & facultez d'iceux, ou don fur
les deniers qui en prouiendront. Et aux gens de noz comptes, & autres noz Iuges
de les paffer & verifier à peine de repeter lefdits deniers fur eux, en leur propre & priué nom. Et du femblable contre les donataires. Par ce que nous auons
deftiné & affeaté lefdits deniers, pour & auec le taillon en faire lc payement de
noftre gendarmerie, fans qu'ils entrent en noftre efpargne.
III.
Pareillement nous defendons qu'aucuns blez ou autres grains foient deformais
enleuez hors noftre Royaume, pays, terres & feigneuries de noftre obeiffance fans
noftre congé & permiion expreffe > par ouuerture de traite telle qu'il nous
accorder, & ce fur peine de confiication defdits blez & autres grains, 8a des
nauires, vaiffeaux, chariots & charettes oû ils feront trouuez, & cheuaux qui les
conduiront, & autres peines à arbitrer par noz Iuges : de laquelle confifcation &
amende la moitié nous appartiendra, vn quart au denonciateur, > & l'autre quart
fera appliqué & prins pour les frais de la pourfuite.
1V.
Nous n'entendons toutesfois empefcher les tranfports de blez & grains qui fe
font dedans noftre Royaume de prouince en autre: ains voulons que l'ordre qui
fera ci-deffus declaré foit gardé : enfemble la forme accouftumee en telles chofes
pour la commodité de nos fubiets, fuyuant nos ordonnances.
V.
Pour le repos des tranfports & traites qui fe feront hors noftre Royaume , y
fera tenu l'ordre qui s'enfuit. Tous noz Baillifs, Senefchaux 2 ou leurs Licutenans
cauoyeront par chacun an au mois d'Aouft leurs commiflions à noz Iuges fubalternes de leur reffort. , tant Royaux que des Seigneurs hauts iufticiers, lefquels en
vertu d'icelles manderont aux Maires, Efcheuins 3 Confuls ou autres adminiftrateurs
d'affaires publiques de noz villes 2 bourgs & villages 2 appelez auec eux aucuns
des principaux & plus notables perfonnages bourgeois, qu'ils s'informent de l'abondance & fertilité, ou fterilité & difette de blez & autres grains de la cueillette
de l'année, & leur enuoyent leur rapport & advis figné de leurs mains, ou de
Greffier & Notnire. Lefquels rapports &x aduis 7 enfemble celuy defdits luges appellé noltre Procureur ou deidits Seigneurs, feront enuoyez à nofdits Bailiits, Sc-
fonnages bourgeois, qu'ils s'informent de l'abondance & fertilité, ou fterilité & difette de blez & autres grains de la cueillette
de l'année, & leur enuoyent leur rapport & advis figné de leurs mains, ou de
Greffier & Notnire. Lefquels rapports &x aduis 7 enfemble celuy defdits luges appellé noltre Procureur ou deidits Seigneurs, feront enuoyez à nofdits Bailiits, Sc- --- Page 535 ---
P A R MARSEILLE
5II
nefchaux , o11 Ieurs Lieutenans qui fur iceux incontinent nous aduertiront & don- COMMERCE
neront aduis pour quelle quantité de grains il fera expedient ouurir la traite de des grains.
l'automne entuyuant, > fans deigarnir la prouince de fa prouifion neceffaire pour
toute l'annee , dont ils nous enuoyeront par mefme moyen vnl bien' ample eltat >
fuiuant ce qui leur aura efté enuoyé par lefdits luges fubalternes.
VI.
Ft ai cas que lefdits Iuges fubalternes fuffent delayans OlI refufans de fatisfuire
atl contenu cy deffus; 3 nofdits Baillifs & Senefchaux ou leurs Lieutenans les y
contraindront par peines & amendes, telles que fera aduifé, comme aufli eux-metmes n'y faudront de leur cofté : & feront telle diligence que leurs eftats & aduis
foient apportez par deuers nous dedans la fin dudit mois d'Aoûft pour lc plus
tard, en quelque lieu & endroi&t de noftredit Royaume que pour lors nous nous
retrouuions: à peines s'ils y faillent, ou fi leurfdits rapports ou aduis ne fe trouuent tres-veritables, de nous en prendre à eux en leurs propres & priuez nomss
comme l'importance du faiêt le requiert.
VII
Noz Threforiers de France en chacune de noz generalitez s'informeront anlli
chacun feparement & à du contenu cy. deffius, > & nous donneront fur ce leur
aduis. Ce qui leur fera E. par le moyen.des cheuauchees qu'ils font tenus faire
ielon le deu de lcurs charges.
VIIL
Sur ces aduis nous ferons departir par 110Z prouinces & par noz generaiitez Ia
quantité des grains cognoiftrons pouuoir eftre tirez hors noftre Royaume, 2 eu
segard à la fertilité e abondance grande ou petite de chacune de nofdites generalitez : & noz Lettres-Patentes qu'enuoyrons à nofdits Baillifs & Senefchaux,
ou leurs Eruteed preferirons à chacun d'eux le nombre des charges, feptiers O1D
fonneaux dont ils auront à faire publier & proclamer ladite traite de T'automne.
IX.
Nofdits Baillifs & Senefchaux ou leurs Lieutenans 1 fuyuant ce que deffur, feront lignifier par leurs deftroits & refforts les iours, lieu & heure que chacun fe
pourra prefenter pour prendre ladite traite entiere 2 ou porticn d'icelle > grande
ou petite, & depuis vn tonneau ou vne charge, iufqu'à la totale quantité qui fera
par nous permife. Et lors mettront lefdites traites à certain prix moderé, 3 outre &
par deilus tous noz droi&ts anciens, fur lequel chacun de ceux qui voudront tirer
pourra encherir, foir pour tout ou partie, comue dit eft," & les derniers encherilleurs auront feuls faculté de faire traite de la qualité des grains dont leur fera:
fait adiudication : & pour ce leur feront expediees lettres & mandemens par nofJits Ballifs & senetchaux, contenans les permiflons tulajtes qui auroat licug
force & authorité, fans qu'il foit befoing recourir anseade 1o2 (souserscurs, 2Lieutenans generaux de prouinces, Admiraux, vis-Admisanx, Gouuerneurs & Capitcines des vilies ou autres LOZ Officic.s & porfseres quelce.gzes > for gour
auoir lettre d'attache, ou autrement, à quslque eccalion due Ce puife uitre.
iflons tulajtes qui auroat licug
force & authorité, fans qu'il foit befoing recourir anseade 1o2 (souserscurs, 2Lieutenans generaux de prouinces, Admiraux, vis-Admisanx, Gouuerneurs & Capitcines des vilies ou autres LOZ Officic.s & porfseres quelce.gzes > for gour
auoir lettre d'attache, ou autrement, à quslque eccalion due Ce puife uitre. --- Page 536 ---
5IZ
COMMERCE D E L'AMÉRIQUE
COMMPRCE
des grains.
X.
La fomme à quoy fera taxé le tonneau de blé froment, & fur laquelle feront
mifes encheres outre nofdits droi8ts anciens 2 comme dit eft, fera de trois liures
dix fols tournois pour chacun tonneau 2 & dix fols pour chacune charge, qui fera
à raifon de fept charges pour tonneau: & feront les autres efpéces de grains appreciez par noidits Baillifs & Senefchaux au pro rata de la valeur dudit blé froment, & fauf à croiftre ou diminuer ledit prix de blé, & autres grains par noftre ordonnance felon l'abondance de chacune annee.
XI,
Et à fin que la dinerfité des mefures n'apporte quelque notable inegalité aux
prix & taxes de nofdites traites > le tonneau fera de deux mille liures poifant ou
enuiron, à raifen de feize onces la liure, & fera chacun tonneau eftimé à la
valeur de neuf feptiers mefure de Paris. Et és pays ot On tient la mefure à la
charge > ledit tonneau fera éualué à fept charges, & la charge à trois quintaux, 2
à raifon de quatorze a quinze onces pour liure, ou enuiron.
à
XIL
Et pour obuier aux faux poids & fauffes mefures, nous mandons à tous nofdits
Baillifs & Sencichaux, faire faire les poids & mefures eftallonnez & marquez à
noftre marque, aufquels feront poifez & mefurez lefdites charges > feptiers ou
tonneaux, ainfi qu'il fera commode à ceux qui feront lefdits tranfports 2 & plus
expedient pour empefcher les fautes ou abus qui s'y pourroient commettre.
XIII
Sera gardee aux encheres & adiudications defdites traites la mefme forme qui
eft accouftumee aux baux de noz fermes.
XIV.
Quant aux termes des payemens & cautions que bailleront les adiudicataires de
sofdites traites > nous mandons aufi à noidits Baillifs c Senefchaux nous en
donner leur aduis lorfqu'ils nous aduertiront de l'abondance ou fterilité de nofdits
pays, & fur leur aduis nous leurs enuoyerons vn reglement.
XV.
Et pour ce qu'il eft cy deuant aduenu qu'on a enleué grande quantité de blez
fans noftre congé & periniflion, & fans payer noz droits, les ayans chargez dedans des ports, efquels n'y a aucuns de noz Officiers, & bien fouuent par ports, 3
haures & paffages efgarez, obliques & defendus, nous auons declaré, ftatué &
ordonné, declarons, ftatuons & ordonnons par ces prefentes, que les chargemens
& traites faites dans & dehors noftre Royaume, ne fe pourront deformais faire
par certains ports 3 haures & paffiages cy deffous fpecifiez efquels nous eftablifRc, vn Controlleur & fés commis pour la feureté de noz deniers, & pour empefcher tous abus & larrecins : & feront & demevreront tous autres ports & paffages
ordonné, declarons, ftatuons & ordonnons par ces prefentes, que les chargemens
& traites faites dans & dehors noftre Royaume, ne fe pourront deformais faire
par certains ports 3 haures & paffiages cy deffous fpecifiez efquels nous eftablifRc, vn Controlleur & fés commis pour la feureté de noz deniers, & pour empefcher tous abus & larrecins : & feront & demevreront tous autres ports & paffages --- Page 537 ---
PAR MARSEILLE
;13
fages interdits & defendus > & lefquels nous interdifons & defendons 2 comme
faux palliges fous les meimes peines de confilcation, & autres cy deilis dez COMMERCE
clarces. des grains. XVL
Lefdits ports, > haures & paflages pour enleuer &
:
congé feront En Picardie, és ports & paffages de tranfporter S. Valeri, grains Amiens attec noftre
longne & Calais. Fn Normandie és ports 7 haures & paffages de Rouen, > BoulCaen, le Haure de grace, Honnefeur, fainet Sauueur, Cherbourg & Dieppe,
En Bretagne les ports & paffiges de Nentes, la Roche Bernard, Grauille,
Rieux, Vannes, Auray , Honnebond, Quimperlay, Conkarneau,
Reddon,
Brelt, S. Paul le Leon, Morlais, Lantriguier, Plimpol, S. Quimpercorenting Brieu
Dinan, & Dol. En Poiatou les ports & paffiges de Luffon , S. Benoift > ou S. Malo,
Taillemond fur Iard, les fables d'Olionne 2 S. Gilles fur Vie, & Curzon,
mer. Au Gouternement de la Rochelle & Xangtonge 2 les ports & Beauuoir fur
lieu de la Rochelle, Marans,
haures dudit
Tonnay, Charente, fainét Sauenian, 5
Soubife, Taillemont fur Gironde. En Guyenne, les ports &
Taillebourg, de Bourdeaux, Lyborne , Bayonne 2, & fainét Iean de Luz. En
palfages
Agde, Beaucaire, Vendres, Sérignàn > Maugue , Aigues-mortes. Languedoc En > Narbonne, 1
Arles, Marfeilles, Tollon, Yeres, Antibe , la Tour de bouc 3 &x Prouence >
du Rhofne, autrement dite, l'Ie de Martegue. En
l'emboucheure
& Dombes, 2 la ville de Lyon. L.yonnois, Beauiolois, 2 Foreft,
XVIL
Et fi aticuns font trouuez chargeans ou qui ont chargé en autres
& paffages, qu'és deffus nommés > nous voulons & ordonnons que ports, les haures
vailleaux, charettes & chariots nous foyent acquis &
& grains &
ainfi furtiuement les'auront chargez > condamnez en ainendes confifquez, ceux qui
dit eft.. arbitraires, comme
XVIIL
Ftà fin que l'ordre cy deffus declaré foit gardé & obferué, & par ce
empelcher les fautes, larrecins & abus qui s'y commettent > nous auons moyen
commis cher & &. deputé, ordonnons, commettons & deputons par ces prefentes ordouné, noftre
bien aimé maitre François de Troyes Contrerolleur general
zout noltre Royaume, pour garder & faire garder par le moyen de defdites fes traites par
tiendra cs lieux fuldits, le reglement que luy auons ordonné dès le feiziefme commis qu'il
urier, mil cing cens foixante cinq, mefines en CC qui fera cy apres declaré.
ordonnons, commettons & deputons par ces prefentes ordouné, noftre
bien aimé maitre François de Troyes Contrerolleur general
zout noltre Royaume, pour garder & faire garder par le moyen de defdites fes traites par
tiendra cs lieux fuldits, le reglement que luy auons ordonné dès le feiziefme commis qu'il
urier, mil cing cens foixante cinq, mefines en CC qui fera cy apres declaré. FeXIX. Ledit de Troyes & fes commis tiendront compte - & feront le contrerolle
tous les blez, & grains qui palferont par les ports, > haures 7 lietx &
de
deffifidits 2 où ils feront eftablis bailleront les congez, & certifications aux paffages marchans & autres de la quantité des blez que chacun d'eux enleuera &
par les blancs fignez dudit dc iroyes, & non autrement. tranfportera
certifications contiendront le nombre & quantite de biez,le nom leiquels des congez marchans &
le iour & le lieu où le blé fera chargé, Et feront leidits congez & certifications >
Tom.
idits 2 où ils feront eftablis bailleront les congez, & certifications aux paffages marchans & autres de la quantité des blez que chacun d'eux enleuera &
par les blancs fignez dudit dc iroyes, & non autrement. tranfportera
certifications contiendront le nombre & quantite de biez,le nom leiquels des congez marchans &
le iour & le lieu où le blé fera chargé, Et feront leidits congez & certifications >
Tom. II. Ttt --- Page 538 ---
514"
COMMERCE DE LAMERIQUE
COMMERCE fignees par les receueurs ordinaires des lieux, ou par Ies receueurs particuliers :
leiquels receuront les deniers de noz droiêts accouftumez, & qui nous feront deuzs
des grains. dont ils & chacun d'eux nous feront comptables par eftats feparez, & fans qu'ils
puiffent confondre les deniers de nofdits droi8ts auec ceux de leurs charges ordinaires, mais feront employez au payement de noftre gendarmerie feulement, ainfi
que dit eft.
XX.
Chacun de(dits commis & receueurs tiendront vn regiftre de rous lefdits congez
& certifications des noms des marchans, des nauires ou vaiffeaux, des patrons &
maiftres d'iceux, & le iour de leur partement.
XXI
Lefdits marchans ne pourront charger lefdits blez, fi au preallable ils n'ont les
songez & certifications expediez ei la forme deffurfdite dans les nauires ou vaiffeaux. Le rout à peine de confifcation defdits, blez, nauires ou vaiffeaux, & d'amende arbitraire.
XXIL
Les marchans & autres qui enleueront blez & grains pour les mener & conduire dedans le Royaume 7 prendront les congez & certifications en la forme fufdite > dans lefquels ils feront tenus faire fpecifer les ports, haures & paffages ott
ils les voudront. faire defcendre 1 & s'obligeront & bailleront caution de rapporter certification des commis dudit de L royes > par fes blancs, qui feront aufli
fignez de nofdits. receueurs des lieux oùr ils auront: fait defcendre & mettre. ert
terre lefdits, blez, &.ce dedans le, tems qui leur fera prefix & ordonné, Le tout à
peine de confifcation, dont leurs cautions refpondront. > & d'autres peines & amendes arbitraires.
XXIII
Les Notaires: qui receuront les chartres parties feront tenus d'en faire regiftre :
& d'icelles bailler vne copie aufdits commis & receueur > qui en tiendront pareillement regifire > & feront tenis lefdits marchans porter lefdites chartres parties
anec lefdits congez &. certifications dans lefdits' nauires & vaiffeaux, aufquels congez elles feront inierces, à peine de nullité d'iceux.
XXIV.
Lefdits commis feront tenus enuoyer audit de Troyes par chacun quartier de
lan, l'eltat de tous les congez & certifications qui auront- efté par eux expediees D
enfemble defdites chartres paities cx ledit de Troyes enuoyer Teftat de fix en fix
mois par deuant les. intendans au fait de.noz finances. Et' neantmoins lefdits Reaeueurs, Notaires a I abellions ou. Greffiers feront tenus monftrer & communiquer
leurs regiftres 7 notes & minutes audit de Troyes & fes commis, toutes fois
& quantes que bon femblera à iceluy de Troyes & fefdits çommis. Et pour
absier à. ce que les marchans n'abufent defdits çongez & cerifications, ils feront
mois par deuant les. intendans au fait de.noz finances. Et' neantmoins lefdits Reaeueurs, Notaires a I abellions ou. Greffiers feront tenus monftrer & communiquer
leurs regiftres 7 notes & minutes audit de Troyes & fes commis, toutes fois
& quantes que bon femblera à iceluy de Troyes & fefdits çommis. Et pour
absier à. ce que les marchans n'abufent defdits çongez & cerifications, ils feront --- Page 539 ---
PAI R M ARSEILLE
genus à leur retour le rapporter aufdits commis qui leur en bailleront defcharge. COMMERCE
des grains.
XXV.
Quant au departement defdits commis, ledit de Troyes en mettra quatre au
pays de Bretagne pour bailler lefdits congez & certifications : à fçauoir l'vn à
Vannes > l'vn à Quimpercorentin 7 pour le cofté d'Efpagne & de Portugal, vn à
Morlais, & l'autre à S. Brieu. Pour le cofté d'Angleterre feront aulli commis cinq
gardes au circuit dudit Bretagne, à -fçauoir du cofté d'Efpagne deux, l'vn à Quimperlay, & l'autre à Breft : & trois du cofté d'Angleterre 2 l'vn à fainet Paul de
Leon, l'autre à Lantriguier > & le troifieme à fainét Malo : lefquels prendront
garde tant aux vaiffeaux chargez de blé > qui arriueront des autres prouinces que
ceux qui chargeront és ports & haures de leurs charges, pour en aduertir les
commis dudit de Troyes: Et neantmoins pourront faire arrefter ceux qui fe trouveront chargez fans congé, & en pourfuyure les confiications par deuant le plus
prochain luge des lieux, comme dit eft. Et eftant le haure de Breft de grande
eftendue > où arriue grand nombre de nauires, nous mandons au Gouuerneur &
Capitaine dudit Breft tenir la main à ce qu'iln'y foit fait ou commis aucun abus.
XXVI
Ledit de Troyes aura vn commis pour lc pays de Aainctonge 2 ville & Gouuernement de la Rochelle.
XXVIL
Vn pour le pays de Poiétou: > l'autre du cofté de Liborne 2 & du cofté de Medoc, lefquels auront femblable pouvoir & charge que ceux dudit pays de Bretagne.
XXVIIL
Plus vn autre commis en la ville de Bourdeaux en mefme pouuoir & charge
que deffvs: & vn pour la ville de Bayonne, Sainet Iean de Luz, & lieux circonnoilins.
XXIX.
Es pays de Normandie & Picardie aura aulli deux autres commis.
X X X.
En la ville de Lyon vn commis.
XXXI
Auffi deux commis en Languedoc & Prouence, lefquels auront mefme pouuois
& charge que deffus.
Tttij --- Page 540 ---
SIE
COMMERCE DE L'ANÉRIQUE
COMMERCE
- s
des grains. XXXIL
Nous auons ordonné & ordonnons audit de Troyes, faiuant le reglement cy
deuant fait la fomme de quinze cens liures tournois pour fes gages par chacun an,
aux quatre commis dudit Bretagne: fçauoir eft de Vannes > Quimpercorentin',
Morlais & Sain&t Brieu, à chacun quatre cens liures de gages par an.
IE
COMMERCE DE L'ANÉRIQUE
COMMERCE
- s
des grains. XXXIL
Nous auons ordonné & ordonnons audit de Troyes, faiuant le reglement cy
deuant fait la fomme de quinze cens liures tournois pour fes gages par chacun an,
aux quatre commis dudit Bretagne: fçauoir eft de Vannes > Quimpercorentin',
Morlais & Sain&t Brieu, à chacun quatre cens liures de gages par an. Au commis du Gouuernement de la F.ochelle & Xainatonge, celuy du bas Poiatou, ccluy
de Liborne, & celuy de Bayenre & Sain8t Iean de Laz, chacun pareille fomme de quatre cens lanes. Aux comiris de Bourdeaux, ceux de Noriandie & Picardie, à chacun quatre cens liures par an. Aux commis de Lyon, celuy de la
Prouence, & celuy de Languedoc, à chacun aufli quatre cens liures de gages par
an. Et à chacun de cinq gardes pour la Bretagne foixante liures de gages par an,
Tous leiquels gages feront reipe@tiuement payez des deniers qui proviendront du
reuenu & profit defdites traites-, & non d'ailleurs, par les receueurs ordinaires
des lieux: : & ne pourront lefdits commis & gardes prendre ou exiger aucune
chofe des marchans & autres pour l'expedition des congez & certificats. Et au
Gas qu'iceux commis, par intelligence ou autrement, laiffent & permettent fortir
lefdits blez, fans auoir payé noz droi8ts accouftumez, nous voulons qu'ils foyent
condamnez en deux mille liures parifis d'amende enuers nous pour chacune faute,
de laquelle enfemble des confifcations & amendes de tous lefdits blez, qui nous
feront adiugecs, nous donnons le quart au denonciateur, & vn autre quart pour
les frais de la pourfiite comme dit eft. Et fi pour raiton de toutes les chofes defTirfdires contenues en ce prefent ediét & reglement, il interuenoit oppofition appellation > ou autre empelchement, pour leiquels ne voulons l'execution & effec
de ces prefentes eftre aucunement differé 2 nous en auons dés à prefent comme pour
lors, retenue & referuee, retenons & referuons en noftre confeil priué la iurifdiâtion & cognoiffance: : & icelle interdite & defendue > interdifons & defendons à
toutes noz cours de Parlemens; & autres noz Iuges quelconques par cefdites préfentes. Si donnons eri mandement à noz trefchers & amez coufins Ies Gouuerneurs &
noz Lieutenans generaux en chacun de noz pays & prouinces > ou noz Lieutenans
generaux efdits gouuernemens > gens de noz comptes & cours de noz aides, Admiraux 2 vif-Admiraux, Threforiers de France, & Generaux de noz Finances
Baillifs, Senefchaux, Preuofts > Capitaines, Chefs & conduéteurs de gens de guerre,
tant par mer que par terre, Maires, Confuls.
uerneurs &
noz Lieutenans generaux en chacun de noz pays & prouinces > ou noz Lieutenans
generaux efdits gouuernemens > gens de noz comptes & cours de noz aides, Admiraux 2 vif-Admiraux, Threforiers de France, & Generaux de noz Finances
Baillifs, Senefchaux, Preuofts > Capitaines, Chefs & conduéteurs de gens de guerre,
tant par mer que par terre, Maires, Confuls. > Echeuins, 1 Capitaines & Licutenans
de noz villes, citez, chafteaux 2 fortereffes, Maiftres des
ponts, peages,
palfages > iurifdictions & defiroits > & à tous noz autres Kantete Officiers ou
leurs Lieutenans, & à chacun d'eux fi comme à lui appartiendra: : Que noz prefens
edi&t, ordonnance & reglement ils facent lire, publier & enregiftrer en lears fieges, & par tout ailleuis oû il appartiendra, 2 meimement aux ports, haures, &
paffages, par lefquels l'on tire, ou enleue > ou peut tirer & enleuer aucuns blez
ou grains faifant mettre & afficher aux pofteanx & places publiques defdits lieux
les permilions & defenfes cy defus refpeaiuement contenues 2 à fin qu'aucun ne
les paille ignorer, & facent garder, 2 obferuer & entretenir nofdites ordonnnances
& reiglement. Et à cefte fin fur les fimples requeftes & inftances qui en feront
faites par lefdits Contrerolleur general, fes commis ou aucuns d'eux, aufdits Gouuerneurs & tous autres noz Officiers deffufdits > enfemble à chacun de noz autres
fubiets, d'aflifter & prefter main forte fi befoin eft, à Pexecution de noz prefens
vouloir & intention, & aider en ceft endroit des confeil & faueur, dont, comme dit eft, ils ferent requis: : tellement que nous foyons feruis & obeis en ce que
deffus;, &k. qui en depend, procedant au fierplus & faifant proceder contre ceux
qui les enfraindront &) y contreuiendront par les peines contenuès cy. deffus > &
autres porteçs par noz Edias & Ordonnançes, failant ipuyr nos fubiets 2 & cha- --- Page 541 ---
PAR MARSEILLE
cun d'eux de l'effe&t & contenu cy deffis, fans leur faire, mettre Ct! donaer, ne COMMERCE
fouffrir eftre fait, mis, ou donné aucun empeichement. Mandons aufdits Threfo- des grains. riers de France & Generaux de noz finances s qu'ils facent par noz receueurs des
lieux cy dellis mentionnez payer, bailler & deliurer audit de Troyes & fes commis, gardes > & tous autres cy deffus ipecifiez, les gages à eux ordonnez par noftre prefente ordonnance, & par les quatre quartiers de l'annce, & egalles portions: le tout des deniers que chacun defdits receueurs auront ou deuront anoir
en leurs mains prouenans detilits droiêts de traites, amences & contifcations, à
nous adiugees pour raifon des chofes fuidites & non d'autres, fament ce qae detfas ett dit: & qu'ils ficent aulli payer, bailler & deliure: p.: iiits recescurs des
lieux aufdits denonciateurs la quarte partie des confifcations & amendes, enfemble
une autre quarte partie pour la pourfuite 2 fuyuant ce que nons en auons ordonné
cy deffits.
ts de traites, amences & contifcations, à
nous adiugees pour raifon des chofes fuidites & non d'autres, fament ce qae detfas ett dit: & qu'ils ficent aulli payer, bailler & deliure: p.: iiits recescurs des
lieux aufdits denonciateurs la quarte partie des confifcations & amendes, enfemble
une autre quarte partie pour la pourfuite 2 fuyuant ce que nons en auons ordonné
cy deffits. Voulans qu'à ce faire ils foient contrainêts par touites les voyes de iuftice deués & raifonnables. Et rapportant le vidimus de ces prefentes fignees de
noftre main 7 fait fouz feel Royal, ou collationné par Pva de noz anez & feaux
Notaires & Secretaires, auec les quittances des deffuidits fur ce foffifantes, nous
voulons lefdits gages & tout ce qui aura cfté par letdits receueurs fourny & payé,
eftre paffe & allotié és comptes & rabbatu des receptes defdits receueurs par'les
gens de nofdits comptes. Leur mandans ainfi le faire fans difficulté : car tel eft
noftre plaifir, nonobftant quelconques ordonnances faites fur le fait defdites traites
& traniports de blez dedans & dehors noftredit Royaume 2 tant par noz prédeceffeurs que par nous, & quelconques autres ordonnances > reftriétions; 3 mandemens,
defenfes 8 lettres àce contraires. Et pour ce que de cefdites prefentes l'on pourra
auoir affaire en diuers lieux & endroi8ts de noftrediét Royaume 2 nous voulons
que aux vidimus qui en feront faits fouz feel Royal, ou collatiannez par l'vn de
noz amez & feaux Notaires & Secretaires 2 foi foit aiouftee comme au prefent
original: auquel à fin que ce foit chofe ferme & ftable à toufiours, nous auons
fait mettre noftre feel, fauf en autres chofes noftre droiat, l'antruy en toutes. Donné à Gaillon au mois de Iuin; , l'an de grace mil cinq cens foixante onze,
& de notre regne l'onziefme. Signé 2 CHARLES. Et plus bas, Tar
le Roy en fon Confeil. FIZES. Ef au deffouz. Contentor., Gratis pro Rege. DE LA NYONERE. Et à cofté, Vifa. Et au dos. Regiftrata. Et
feellé en lags de foye de cire verde auec le contrefeel. Et plus bas eft efcrit. Leu, publié & enrégiftré en la Chambre des Compies > ouy & ce requerant le Procureur gereral du Roy, ainf qu'il efl contenu au regijire,Jur ce juir le dixneufiefine
iour de Decembre, Tan mille cing cens Joixante-onge. Signé > DANES. Et à cofé eft encores efèrit. Leu publié 8 enrégifré en la Cour des Aydes à Paris 7 ouy furces ce requerant le
Procureur general du Roy, aux charges & modifications contenues en PArref d'icelle, >
donné ceiour d'huy singt-troifiefmne iour de Ianrier, lan mille cing cens Joisiante-doue.
ine
iour de Decembre, Tan mille cing cens Joixante-onge. Signé > DANES. Et à cofé eft encores efèrit. Leu publié 8 enrégifré en la Cour des Aydes à Paris 7 ouy furces ce requerant le
Procureur general du Roy, aux charges & modifications contenues en PArref d'icelle, >
donné ceiour d'huy singt-troifiefmne iour de Ianrier, lan mille cing cens Joisiante-doue. Signé, > LE SUECR. Je ne rappelle point ici a deffein T'Ordornance de Louis XIII de 1629,
ni la Déclarazion de Louis XIV du 31 Acut 1699 1 ni plufieurs Arrêts
du Parlement fur le Commerce des grains 9 ce qu'en dit l'Auteur de TEfai
de la police générale des grains me paroiffant plus que fuffifant. J'obferve
feulement 1 que tant de Réglemens ou renouvellés ou interprétés par
d'autres Réglemens, n'ont été occafionnés que par les fuites de quel- --- Page 542 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE que calamité publique 3 ou pour la prévenir. Une urgente néceffité leui
des grains. a donné le jour, & ils ne font bons que pour un tems de mifere ;
ce feroit une erreur grofiere de les prendre pour la régle de notré
conduite dans un tems ordinaire, ils feroient pour lors la caufe de bien
des défordres; & c'eft peut-être pour les avoir mis en exécution par
une fauffe crainte de difette, que les malheurs que nous voulions écarter font tombés fur nous. Le Commerce des grains eft très-fouvent ingrat & ruineux pour ceux qui T'entreprennent ; il eft par conféquent
dangereux de décrier & d'apéfantir la main mal à propos fur les Marchands de bled; on dait les faire furveiller 3 & mettre un frein à leur
avidité de gagner ; c'eft le feul moyen de les rendre utiles à l'Etat >
qui ne peut fe paffer de cette cfpéce de Marchands, & qui peuvent lui être
d'une abfolue néceflité. Tout Commerce de grains n'eft ni ufure ni monopole. Si la fraude eft découverte dans quelques particuliers, qu'on
la reprime & la puniffe, & n'envelopons point dans une accufation
vague & infamante, les innocens avec les coupables. Quelle eft la
branche de Commerce qui foit exempte d'abus 3 Les Loix nc font faites que pour y maintenir l'ordre ; mais il femble que celles qui font
particulieres au Commerce des grains 1 font trop dures & que la peur,
plutôt que la juftice les a diêtées. Je fuis perfiadé qu'il y a des Monopoleurs dans l'achat des bleds 1 comme dans l'achat de toutes fortes de marchandifes, parce qu'ily aura toujours des hommes que l'intérêt dominera, & que la feule cupidité des richeffes déterminera à
tout entreprendre. Je ne nie pas qu'il ne puiffe avoir des MonopoJeurs ; mais je fuis perfuadé qu'ils ne font pas en 6 grand nombre qu on
le publie. Il n'y a qu'un moyen de fe préferver de la difette, c'eft de conferver dans le
Royaume affez de grains 7 pour n'en point manquer dans la ftérilité.
, parce qu'ily aura toujours des hommes que l'intérêt dominera, & que la feule cupidité des richeffes déterminera à
tout entreprendre. Je ne nie pas qu'il ne puiffe avoir des MonopoJeurs ; mais je fuis perfuadé qu'ils ne font pas en 6 grand nombre qu on
le publie. Il n'y a qu'un moyen de fe préferver de la difette, c'eft de conferver dans le
Royaume affez de grains 7 pour n'en point manquer dans la ftérilité. C'eft fur ce
fondement l'on a propolé plufieurs fois d'avoir des magafins publics. Mais l'immenfité de f" dépenfe pour la conftruction des bâtimens, l'achat des grains 2 &
leur entretien ont de quoi rebuter le Minittre le micux intentionné. Plus il fera
éclairé > plus i envifagera de difficultés dans l'exécution , & de rifques dans la manutention. Il n'y a que ceux qui ont un intérêt perfonnel à la confervation des
grains, qui puiffent les bien gouverner. Il faut donc les encourager loin de leur
in@pirer de la crainte : il faut les protéger; il faut peut-être les recompenfer. La
garde des grains eft difficile & difpendieule > & il en coûteroit plus à P'Etat d'avoir
des magafins publics > que d'accorder quelques priviléges à ceux qui voudroient en
établir. Mais fi la liberté feule du commerce fuffit à nos voifins pour les préferver des
inconvéniens de la difette 3 pourquoi n'auroit - elle pas les mêmes effets en France? Sommes - nous plus avares, plus ufuriers qu'eux? Non >. nous avons un préjugé
de plus, une Police différente 2 & des Réglemens que nous aurions honte d'adopter pour tout autre commerce que pour celui des grains. Tout le monde eft convaincu que 1a liberté eft l'ame & le foutien du commerce 3
& que la concurrence eft le feul moyen d'établir le prix de la marchandife au taux
le plus avantageux pour le public. En conféquence de ces principes 2 fi les Régle- --- Page 543 ---
PA R MARSEILLE
mens exigent quelques formalités des Marchands de toute efpéce, c'eft moins pour COMMERCE
T'utilité du coinmerce, que pour fatisfaire aux charges des Communautés, Niais des grains. 1'Etat n'entreprend point de régler lc trafic particulier 3 il re dorne d'exclution à
perfonne ; ilne délend point à un Négociant ce qu'il pernict à in autre 5 il ne
limite point le tems des achats ni des ventes 3 il n'emptche pas le tranfport des
marchandites de Ville à Ville > ni de Province à Province 3 il ne le perinet pas
excluivement à quelques particuliers. C'eft cette liberté qui apporte P'abondance ;
& c'eft l'émulation & la concurrence qui maintiennent le prix de toutes chofes
dans un julte équilibre. Perfonne ne taxe les Marchands d'avarice 2. d'ufure & de gains illicites. On fçait
qu'ils doivent gagner, & qu'ils ne peuvent fe conduire que par des motifs d'intétérêt. Pourquoi penfons-nous différemment du commerce des grains ? Pourquoi fuivons - nous d'autres principes?
é qui apporte P'abondance ;
& c'eft l'émulation & la concurrence qui maintiennent le prix de toutes chofes
dans un julte équilibre. Perfonne ne taxe les Marchands d'avarice 2. d'ufure & de gains illicites. On fçait
qu'ils doivent gagner, & qu'ils ne peuvent fe conduire que par des motifs d'intétérêt. Pourquoi penfons-nous différemment du commerce des grains ? Pourquoi fuivons - nous d'autres principes? Toutes nos précautions nous font tomber daus deux
écueils égaleient dangereux, l'aviliffement du prix des grains 3 & leur trop grande
cherté. Si. le commerce des bleds étoit toujours libre : s'il étoit permis à tout le monde
d'en.acheter fans aucune formalité : s'il ne falloit- pas de permiflion particuliere
pour les faire paffer d'une Province à l'autre : fi l'on pouvoit mêine les exporter
dans les tems d'une abondance fuperflue fans attendre l'autorité du Miniftère : s'il
n'y avoit jamais de défenfes que d'en faire fortir lorfqu'ils monteroient à un certain prix ; il n'eft pas. douteux. qu'il fe formeroit dans le Royaume des magafins
qui ne coûteroient rien à P'Etat. On s'adonneroit à ce négoce fans çrainte & fans
méfiance > parce que la Loi le protégeroit. Ces Marchands veilleroient exaêtement à
la confervation des grains > qui font fouvent gâtés ou diflipés chez le Cultivateur. Ils fuivroient la pratique ordinaire du commerce d'acherer quand la marchandife
eft à bas prix : & de vendre quand elle leur préfente des profits. Plus ces Marchands fe multiplieroient plus le Laboureur trouveroit de reffources dans l'abondance, & le peuple dans 1 difette. Ils feroient des avances à ceux qui ne feroient
point en. état de fournir aux frais de la culture : ils profiteroient de la richeffe de
nos moiffons > en les faifant paffer à propos chez l'étranger; & ils fçauroient dans
les tems. de calamité faire entrer des bleds dans le Royaume au prix le moins onéreux 2, parce qu'ils feroient au fait de ce commerce. La rigueur de la Loi tious
prive de tous ces avantages : nous n'avons ni Marchands ni inagafins. Ce font les
étrangers qui achetent nos grains quand ils font à vil prix; ce font les étrangers
qui nous les revendent quand ils font chers. D'oh provient ce défordre fi préjudiciable à T'Etat? De la crainte du monopole, & fur-tout des permiflions générales ou particulieres accordées pour la fortie hors du Royaume 7 ou pour le tranfport d'une Province à l'autre. Nous craignons que nos Sujets ne s'enrichiffent par le commerce des grains 3
nous regardons ces profits comme illicites, & nous n'appréhendons pas de payer
à l'étranger les frais de garde, de tranfport, & l'incérêt ufuraire de fes' avances. C'eft ce qui nous eft arrivé. dans tous les tems de difette : c'eft ce que nous éviterions, i loin de reftraindre le commerce des grains à telles ou telles perfonnes,
nous le permettions à tout le inonde indiflin@tement > Laboureurs, Gentilshommes,
Financiers ou autres.
nous n'appréhendons pas de payer
à l'étranger les frais de garde, de tranfport, & l'incérêt ufuraire de fes' avances. C'eft ce qui nous eft arrivé. dans tous les tems de difette : c'eft ce que nous éviterions, i loin de reftraindre le commerce des grains à telles ou telles perfonnes,
nous le permettions à tout le inonde indiflin@tement > Laboureurs, Gentilshommes,
Financiers ou autres. Il importe au bien public d'avoir des Marchands riches en
état de faire ces magalins, de répandre l'argent chez les Cultivateurs, & de foutenir les frois de gurde,
La liberté générale fera naître des Marchands de toute efpéce excitera P'émulation & la concurrence 9 ranimera l'efpérance du Laboureur qui fera toujours certain de- trouver un débouché dans les tems où fa richeffe méme lui devient à charge. On ne peut trop infifter fur ce point ; la trop grande abondance eft nuifible,
elle eft le précurfeur ordinaire de la difette. Quand même PHiftoire ne nous apprendroit point que les plus grandes chertés
ce iont venues qu'après les années les plus abondantes, (& nous en avons des --- Page 544 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUL
COMMERCE preaves toutes récentes ) la réflexion feule nous en feroit fentir la raifon. Nous
des grains. n'avons guères de magafins , & peu de Marchands de grains en France. Le Cultivateur eft pretque le feal qui les conferve : peu d'entre eux font en état de les garder long-temms. Si le Laboureur ne peut les vendre à un prix qui le dédommage des frais de
la culture, il les prodigue aux engrais: il les laiffe gâter 2 parce qu'il ne peut
faire la dépenfe de leur entretien 3 il fe dégoûte d'un travail pénible. qui le ruine ;
il ceffe de cultiver, ou il cultive mal; il ne donne fes foins qu'aux meilleures. terres, & laile les autres en friche. Ce font les fuites ordinaires du bas prix des
grains & de l'abondance. Nous n'éprouverions point ces inconvéniens, fi le commerce des grains étoit animé, foutenu, protégé par la Loi, comme il l'elt chez
nos voilins, 8: fi nous favorifions l'établiffement des magafins. C'eft un préjugé de la Nation s on ne peut trop le repéter ; c'eft une terreur
panique que le monopole. Oit font ceux qui achetent des grains pour les cacher ? Cela eft-il praticable ? Peut-on faire un magafin, ou f l'on veut un amas de
bleds, fans que tout le canton en foit informé? Le peuple n'a-t-il pas intérêt de
les découvrir & de les indiquer ? Ne fçait-on pas en tout tems dans quelle grange,
dans quel grenier on peut trouver des grains ? Et fi la Loi n'intimidoit pas le propriétaire > fi le commerce en étoit libre & regardé comme licite, quelle raifon
auroit. - on de les cacher? Mais une preuve qu'il ya peu de prévaricateurs, c'eft que la Marre, cet exa&
Compilateur de ta Potice, ce ridige Obfervateur des Réglemens 5 qui ne ceffe de
déclamer contre les Ufuriers, & de louer la févérité des Ordonnances ne rapporte
cependant que très-peu de condamnations contre les contrevenans dans les dilettes
de 166:, 1693 & 16995 cependant il détaille toutes.
les cacher? Mais une preuve qu'il ya peu de prévaricateurs, c'eft que la Marre, cet exa&
Compilateur de ta Potice, ce ridige Obfervateur des Réglemens 5 qui ne ceffe de
déclamer contre les Ufuriers, & de louer la févérité des Ordonnances ne rapporte
cependant que très-peu de condamnations contre les contrevenans dans les dilettes
de 166:, 1693 & 16995 cependant il détaille toutes. les perquifitions de grains
faites dans ces années malheureufes. Il fut commis lui-même en 1699, pour vifiter les cantons qui pouvoient fournir à la Ville Capitale > & il ne trouva que trois prétendus Ufuriers 2 fuivant les
procès-verbaux qu'il rapporte. Malgré fon zéle & fon exactitude,l ne fit pas faifir cinquante muids de bled. Cette quantité pouvoit-elle caufer la cherté ou la difette ? La Loi eft donc vicieufe ou inutile, fii toutes les précautions que l'on prend
pour fon exécution > ne procurent pas les fecours qu'elle fait efpéreri ou 6 la malignité
des hommes trouve le moyen de T'éluder. On ofe même avancer qu'elle eft nuitible,
& que le feptieme article de la Déclaration de 1699: 2 qui a introduit T'ufage des
permillions > pour l'intérieur du Royaume 2 eft une fource d'abus & de défordres. TROISIE ME OBSERVATION. Je ne fuis pas furpris d'entendre le peuple crier aujourd'hui pour la
liberté du commerce des grains & demain pour la prohibition ; il eft
peuple, & fes décifions ne doivent pas compter; mais je fuis étonné
de voir des gens de bon fens penfer comme le peuple fur ce point. Ils foupirent après cette liberté ; je fuis bien éloigné de les blâmer $
je penfe comme cux;) je fuis pour la liberté de la circulation des grains;
mais je ne fiuis plus de leur avis, dès qu'ils veulent qu'elle foit entiere &
fans aucune géne pour l'exportation; ils n'ont pas bienrefléchi fur les fuites
funeftes de leur demande. La liberté d'exporter nos grains à Tétranger, eft
certainement profitable à T'Etat, & le feul moyen efficace pour vivifier & rétablir notre agriculture, dans la fuppofition que nos terres
produifent plus de bled qu'il n'en faut pour alimenter le Royaume; 3
car
, dès qu'ils veulent qu'elle foit entiere &
fans aucune géne pour l'exportation; ils n'ont pas bienrefléchi fur les fuites
funeftes de leur demande. La liberté d'exporter nos grains à Tétranger, eft
certainement profitable à T'Etat, & le feul moyen efficace pour vivifier & rétablir notre agriculture, dans la fuppofition que nos terres
produifent plus de bled qu'il n'en faut pour alimenter le Royaume; 3
car --- Page 545 ---
PAR MARSEILLE
52E
earfi 110S récoltes peuvent à peine nous fuflire 9 cette liberté, j'cn- COMMERCE
zends celle pour T'exportation à T'étranger, fera pernicicufe. Nous fe- des grains.
rons obligés de faire revenir de l'étranger le bled que nous lui avious
envoyé, & de payer cherement ce que nous avions vendu à grand
marché. Cette liberté, pour ne rien dire de plus, fera une imprudence inexcufable. Il faut connoitre notre fituation, calculer fi nos récoltes font fuffifantes pour notre fubfiftance. Si nous avons eu le malheur de ne recueillir que le bled qui nous eff abfolument néceffaire,
point de liberté pour la fortie du bled; ce feroit un vol fait à la
Nation : & quelque bénéfice que l'exportation à l'étranger puiffe donner ) elle ne peut être permife ; notre falut eft attaché à- la vigilance
qui doit l'empécher; mais 3 malgré la mauvaife récolte 9 liberté entiere
dans l'intérieur du Royaume. Toutes les Provinces appartiennent à TEzat, & doivent fe fecourir mutuellement: ; de tous lcs fecours 3 les
alimens font les plus néceffaires ; elles y ont droit, & les entraves qu'on
mettroit à la circulation d'une Province dans une autre, annonceroient
le mal plus grand qu'il n'eft, feroient refferrer le bled, & ruineroient -
ceux qui en ont trop pen laiffant périr de faim ceux qui en manquent;
que f au contraire nos récoltes font abondantes, après nous être affurés de la quantité de notre fuperflu donnons la liberté de l'exporter
à l'étranger S mais affurons - nous qu'il n'en fortira point du Royaume
une plus grande quantité que celle qui eft permife. La chofe n'eft pas
fi difficile qu'on veut le faire entendre; il n'y a qu'à fixer deux Ports
dans le Royaume pour la fortie des grains 1 l'un fur l'Océan & l'autre
fr la Méditerranéc, Les frais de tranfport nc doivent pas nous rebuter 3 c'eft nous qui les payons à nous - mêmes, & l'étranger nous
les rembourfera. Cette liberté pour l'exportation à l'étranger 2 dépend
donc 1 comme on doit le fentir, de notre fituation , & ceux qui blament le gouvernement de la géner, ne fçavent ce qu'ils difent. Chacun veut aujourd'hui régler TEtat 7 & fuivant fes imaginations ou fes intéréis,propofe de nouveaux fyftémes. On demande une liberté entiere pour
l'exportation de nos grains à l'étranger,; mais les avons-nous ces grains 2
Si nous en manquons 1 convient - il de nous en dépouiller? L'étranger
( pablient ces Ecrivains ) nous les paye cherement 5 oui fans doute, &c
nous les payerons bien plus cherement pour les faire revenir. On voudroit que la liberté qui eft accordée aux diverfes branches de notre commerce fut la même pour le cominerce des grams. Les raifous qu'on en
donne ne me touchent pas. Je conviens que cette liberté fera avantageufe
pour la circulation intéricure du bled; mais j'eftime qu'elle ne doit étre
accordée qu'avec connoiffance de caufe pour l'exportation à l'étranger.
Toutes les autres branches de commerce ont pour objet des marchandifes qui ne font pas d'une abfolue néceffité; uu Marchand de toile,
Btc. peut en hauffer lc prix rclativement à la rarcté, cu s'il ett le
feul qui en aye dans fon magulin, O11 ne lai fera pas un procès stcrofe
Iom. Ii.
Yyr
mais j'eftime qu'elle ne doit étre
accordée qu'avec connoiffance de caufe pour l'exportation à l'étranger.
Toutes les autres branches de commerce ont pour objet des marchandifes qui ne font pas d'une abfolue néceffité; uu Marchand de toile,
Btc. peut en hauffer lc prix rclativement à la rarcté, cu s'il ett le
feul qui en aye dans fon magulin, O11 ne lai fera pas un procès stcrofe
Iom. Ii.
Yyr --- Page 546 ---
R22
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE du gain qu'il veut faire, parce que nous ne fommes pas contraints d'as
des grains. cheter ladite toile ; nous fçavons nous en pafler ? ou en faire venir
d'ailleurs, , fi le prix nei nous convient pas. Il n'en eft pas der même du bled 3
ilen-faur'de toute néceffité. C'éft précifement parce qu'il nécefité,
y a tout à craindre. Que penferoient ces Ecrivains, la conduite
Z1
qu'il
d'un homme riche 1 qui ramafferoit tout le bled d'une ville s'il
avoit la liberté de le vendre autant qu'il voudroit.? Son avidité n'auroit
plus de bornes, & nous le payerions au prix de l'or, nous y ferions
néceflités. Avouons de bonne foi que nous avons raifouné fans reflechir
en demandant que Ia liberté du commerce des grains 3 fut auffi etitiere que dans les autres branches de commerce. Elle doit être limitée & foumife aux Loix, toujours en raifon de l'abondance ou de la
difette de nos récoltes. Ccffons donc ; fi nous fommes fages, de paroitre étonnés & de nous plaindre du nombre prodigieux de Déclarations, 9
Arrêts & Réglemens que la police des grains ai occafionnés; ils ont été
néceffaires, & il fera néceffaire d'en faire de nouveaux, lorfque les
circonftances l'exigeront. Il eft avantageux à la Nation d'exporter fes
grains à l'étranger , je Tai déja dit (Voyez page 89 ) & il eft à défirer,
pour l'accroiffement de notre agriculture 1 que cette exportation foit
continuée, & qu'aucun obftacle n'oblige de la fiufpendre. Elle eft la reffource
de nos Cultivateurs; mais c'eft au Roi à l'ordonner, & au Miniftere. à
fe faire informer exaétement & au vrai du produit de nos récoltes, &
à agir en conféquence. Repofons-nous fr la fageffe de cenx qui nous
gouvernent ; ils en fçavent plus que nous 5 ils connoiffent les anciens Réglemens, & une heureufe expérience leur a appris que l'agriculture
étoit la principale richeffe de TEtat, qu'elle avoit befoin de protedtion
& d'encouragement, & que fi une crainte exceffive & déplacée a fait
mettré des entraves à la vente de nos bleds & a caufé de grands
maux, , la liberté de la circulation des grains dans totites les Provinces
du Royaume, repareroit nos mnalheurs paffés, & ranimeroit l'efpérance
des Laboureurs. Quand à l'exportation à l'étranger, ils T'ordonneront,
s'ils la jugent utile 7 ils en connoiffent toute l'importance. Il fc préfente
ici trois queftions à examiner.
P R E M: I E R E M E N T.
Ef-il néceffaire d'avoir dans chaque ville principale des magafins d'abondance, pour fecourir le peuple dans un tems de difette 2
SECONDEMENT.
Les Marchands de bled font-ils néceffaires ou nuifiblés à l'Etat, &
peut-on les accufer juftement de monopole & d'ufure ?
iffent toute l'importance. Il fc préfente
ici trois queftions à examiner.
P R E M: I E R E M E N T.
Ef-il néceffaire d'avoir dans chaque ville principale des magafins d'abondance, pour fecourir le peuple dans un tems de difette 2
SECONDEMENT.
Les Marchands de bled font-ils néceffaires ou nuifiblés à l'Etat, &
peut-on les accufer juftement de monopole & d'ufure ? --- Page 547 ---
PAR MARSEILL E. COMMERCE
TROISIENEM E N T. des grains. L'exportation à l'étranger des grains originaires du Royaume, ) doitelle être générale ou accordée à quelques particuliers ? Ces trois queftions exigent un certain détail dans lequel je n'entrerai
point préfentement. Je les renvoye à ma fixième obfervation. Que la fortie des grains hors le Royaume foit défendue dans des tems difficiles, c'eit une fage précaution qui tend à'la confervation des Sujets: mais que leur
tranfport de Province à Province ne foit pas toujours libre, qu'il foit fufpendu
péndant quelques années 3 qu'il ne foit quelquefois accordé qu'à certains partiçujiers & interdit à tous autres, c'eft ce qui augmente les frayeurs & les murmures
du peuple; c'eft ce qui contribue all renchériffement, c'eft ce qui occafionne fouvent les monopoles. Pour évitér ces inconvéniens, Charles IX & Henri III avoient ordonné par
leurs Réglemens de 1571 & 1577, ( que le commerce des grains & tranfport
s d'iceux, de Province à Province ferojt libre à un chacun, fans que l'on y
>> donner aucun
& fans
fut befoin de
congé des
BE
empèchement
qa'il
prendre
3) ficiers, Gouverneuts Oll Capitaines; lelquels auffi ne pourroient empêcher ladite
3> liberté, par quelque forme ou façon. que ce fit.>
Cette liberté, qui avoit fublitté en France depuis le commencement de la Monarchie 2 recommandée fi expreffement par les Ordonnances de Charles IX & de
Henri Iil, qui appréhendoient avec raifon qu'elle ne fut troublée par quelques obftacles : cette liberté 2 dis-je, fut gênte pour la premiere fois en 1699. La Déclaration de Louis XIV prelque copiée fur l'Ordonnance "de 1577, affeéta de ne point
s'expiiquer clairement à ce fujet. L'article VII fit femblant de la conferver, mais il l'anéantit effectivement par
Ies modifications. On voulut, fans doute la crainte du monopole, fe referver
une part dans l'adminiftration des grains, REr l'on enl reftreignit la traite à des permillions générales ou particulieres ; inais dix années après, l'on fut obligé de
penfer bien différemment,
En 1709, tems d'une affreufe calamité, le Roi ordonna par deux Arrêts confécutifs des 25 Août & 21 Septembre de cette malheureufe année : K que tout
> cominerce & tranfport de grains feroit libre & permis à tout le monde , même
des farines & légumes, tant de Ville à Ville & de marché en marché, que d'une
Province à P'autre, dans toute l'étendue dui Royaume.
l'on fut obligé de
penfer bien différemment,
En 1709, tems d'une affreufe calamité, le Roi ordonna par deux Arrêts confécutifs des 25 Août & 21 Septembre de cette malheureufe année : K que tout
> cominerce & tranfport de grains feroit libre & permis à tout le monde , même
des farines & légumes, tant de Ville à Ville & de marché en marché, que d'une
Province à P'autre, dans toute l'étendue dui Royaume. 2 fans qu'il fot néceffaire
d'en donner avis 5 rii d'obferver aucune des formalités ordinairement preferiter. >
Ces termes font remarquables & doivent faire impreflion. L'on voit que l'intérêt
général l'emporta alors fur toutes les confidérations particulieres. L'on fentit vivement la néceilité urgente des communications 5 l'on étoit accablé par une guerre
reineufe, > preffe par la famine. 7 & l'on crut ne pouvoir apporter un remede plus
efficace à ces maux, > quesde permettre à tous les Citoyens de partager leurs denrées, Ex de fe préter le fecours inutuel dont ils avoieut befoin. Cela s'étoit pratiqné de méme fous Louis XIII; on preffentit une difette > & fur
les avis que l'on eut, que la recolte n'étoit point auffi abondante qu'il auroit été
: défirer, difent les Lettres-Patentes du 30 Septembre 1631 > il fut défendu 2 fous
peine de puhition corporelle 2 de faire fortir aucuns grains du Royaume. Permis
néanmoins pour le bien des Sujets de les tran/porter de Province à Province, pour s'en
fecourir & alfifer. Loin de fuivre ces exemples, c'eft au contraire dans les tems critiques, que l'ou
redouble d'attention pour empécher ou pour- fulpendre l'exportation intérieure : elle
n'eft jamais permife dans les Provices, que loriqu'on De doue plus d'une abonVrvij --- Page 548 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
COMMERCE ance fiperhues elle eft défendue fi-tèt que l'apparence de cherté fe fait fentir! des grains. C'eft cotte retente qua produit T'axiliffeinent prejudiciuble à une Province, & la
cherté nuatile à l'autre. Le Royoume eit compofe de différentes Provinces, qui ne font point toutes. également fecendes. 11 n'y a point d'année qu'elles n'ayent befoin de la communicatien 1c ipsoquade leurs pioductions : celle du bled ctt toujours la plus néceffaiTe, & doittorjeurs être la plus promptes & par Tne prutique fotale, c'eit celle
qui ie luit le
dif.cilemeat, le rius 'entement e : pius de précaution. Si
une Province Et trouve afffigée par quelque fleau partieulier, on ne peut pas fenIir tout d'un coup le poids de la misere; eile langrit qualque tems, les voifins
ne peuvent iui faire part de leurs richeiles, fons ua crdre exprès. On délibére dans
la Province voiline, on examine fi lon a du fuperêu 3 enfin l'on permet la fortie
d'es grains, apres bien des follicitations, des dépentes & des peines. Le mala déja
fait des progrès dans celle qui fouffre de ces retards: il faut lui porter du fecours
à quelque prix que ce foit; le traniport s'en fait d'une façon précipitée, & toujours plus couteufe que dans' tout autre tems; de forte que.
dre exprès. On délibére dans
la Province voiline, on examine fi lon a du fuperêu 3 enfin l'on permet la fortie
d'es grains, apres bien des follicitations, des dépentes & des peines. Le mala déja
fait des progrès dans celle qui fouffre de ces retards: il faut lui porter du fecours
à quelque prix que ce foit; le traniport s'en fait d'une façon précipitée, & toujours plus couteufe que dans' tout autre tems; de forte que. par tous ces frais extraordinaires, le rencherilement devient néceffairement plus fort dans cette Province malheureuie, qu'il re l'auroit ete f les grains cufent pi y aborder libremeat, fans retards & faas formalités. Si c'eft pour le bien des Sujets, ainfi que le difentles Ordonnances qu'on vient
de rapporter,. que toute communication de Province à Province a été rendue libre
dans' des tems de difette > peut-on prétendre qu'elle ne leur feroit pas également
avantageufe dans toute au:re circonfance? C'eft le feul moyen de prévenir la trop
grande cherté ruineufe dans la Province ftérile, & l'aviliffement du prix qui accable lc Laboureur dans la Province abondante. L'aétivité d'un Coinmerce toujonrs
permis & autorifé > portera les grains dans les endroits où ils feront les plus chers,
ainfi. qu'elle y porte toutes les autres denrées; les correlpondances intéreffées des
Négocians préviendront les befoins 3 & y' remédieront toujours à propos 2 loriqu'ils
pourront le faire avec sûreté & fans contrainte. Le bled eft la bafe de tout commerce; c'eft la marchandife que perfonne ne
peut fe difpenter d'acheter 3 & fi la France en produit affez pour fa fublifiance,
ne craignons point d'en manquer dans quelques cantons : plus il y aura de vendeurs > plus l'avidité & P'émulation du commerçant le fera paffer on il fera néceilaire, lorfque Pon ceffera de le regarder comme marchandife de contrebande, 2
que Ton ne peut tranfinettre fans permiflions, & lorfqu'il ne fera plus retenu dans
qquelques Provinces par des précautions qui n'ont en vue qu'une portion" des Sujets,
mais toujours nuifiblés au bien général, N'attendons plus ce tems de calamité,
comme en 1709 pour ouvrir les,yeux far l'intérêt général du Royaume. Chaque
Province n'efl pointun Etat feparé, à qui il faille conferver fa fubfiftance à part;
elles iont toutes les membres d'un même corps, les enfans d'une même famille. TEtat ne peut être envifagé que fous cet afpect: pourquoi cette divifion d'intérêt,
cette préférence momentanée entre les mémes. Sujets? N'eft - ce agir contre
les principes de la Société > que de ne pas fouffrir que la denrée # plus néceffaire à la vie fe. communique avec. le plus de facilité &1 le moins de frais qu'il eft
prathle2 Tous les pays de PUnivers favorifent cette liberté ; nous fommes les feuls
quiy apportons des obftacles. Cn. n2 icauroit donaer trop de lonange à l'attention & à la bonté du Gouvernement : il veille fur tous les Sujets ; on le voit fur les premieres apparenées de
cherté, prendré toutes fortes. de précautions pour affurer la fubfifance des Provinces qui manquent, & far toat de la Capitale.
le2 Tous les pays de PUnivers favorifent cette liberté ; nous fommes les feuls
quiy apportons des obftacles. Cn. n2 icauroit donaer trop de lonange à l'attention & à la bonté du Gouvernement : il veille fur tous les Sujets ; on le voit fur les premieres apparenées de
cherté, prendré toutes fortes. de précautions pour affurer la fubfifance des Provinces qui manquent, & far toat de la Capitale. Ii fait fouvent venir du dehors à
grands frais ce que la moiffon femble nous avoir' refufé dans de certaines années: :
c'eit effeftivement le feul. reiéde à une véritable difette; mais ces foins empreffés
du miniftere, font fouvent penfer que le mal eft plus grand qu'il ne left en effets:
TA méhance T'augmente 2 & ceS attengions n'ont p2s toujours le ficcts que l'on alle
sois lieu l'en cipérer. --- Page 549 ---
PAR M ARSEILLE
En général toute opération pablique fur les bleds, eft délicate, difpentioufe, COMMERCS
fouvent momc dangereuie. Le peupie contirmé daus fes préjugés par les motits & deigjuins. les formalités des Ordonnanees, nc voit point sranqaillement un tranfport de grrins
frit avec appireil: il ett vrai que dans le tems de guerre 2 les convois P'éronnent
moins 5 mmais en tems de paix, ils T'effrayent toujours. If plaine, ou que l'on
épuite la Province par de mauvaifes- manaeavres, ou que les bleds étrangeis font
chers & de mauvaife qualité,
tT n'eit pas pollible, en effet, qu'il ne fe rencontre bien des inconvéniens dans
les achats pour le compte de l'Etat. Quand même ils feroient faits avec toute la
fidélita imaginable, en ne peut y apporter la mêmc economie & le même foin,
quedes Negacians qui chercheroient leur intérêt perionnel; d'oir il s'enfitit uin tartaux indifpenfable qui eft payé par le Prince, ou par le peuple: d'ailleurs lorfque
le bruit fe répand que l'Etat achete des grains , aucun Commerçant ne fe bazarde
d'en faire venir > il craint avec raifon de n'y, pas trouver fon compte 2 il tourie
ailleurs fes fonds, & le. public at privé du bénéfice de la concurrence, qui feule
pourroit établir un prix converrable. Dans ces occurrences, oùt tout fe paile avec
précipitation & même avec crainte > l'Etat ne peut fçavoir quelles doivent être les
bornes de fes achats. S'il en fait trop peu 7 fon objet n'eft point rempli; & dans
l'intervalle d'un achat à l'autre 2 on court rifque de fentir toute Phorreur de Ia
difette : s'il en fait trop, les bleds fe gâtent, excitent des murmures, ou tombent
en pure perte pour l'Etat. Si le miniftere, dans ces occafions 1 laiffoit agir le Commerce, & que l'on fit
affuré que l'on pent s'y livrer fans rifques & fans formalités, les importations de
bleds fe fuccéderoient à proportion des befoins 3 la cupidité fçaura les prévoir &
les toulager. Cherté foiionne, dit le Froverbe ; & ç'eil douter de l'avidité des
hommes pour le gain, que de craindre. qu'ils ne portent pas la denrée par - tout;
où ils la vendront avantageufement.
le Commerce, & que l'on fit
affuré que l'on pent s'y livrer fans rifques & fans formalités, les importations de
bleds fe fuccéderoient à proportion des befoins 3 la cupidité fçaura les prévoir &
les toulager. Cherté foiionne, dit le Froverbe ; & ç'eil douter de l'avidité des
hommes pour le gain, que de craindre. qu'ils ne portent pas la denrée par - tout;
où ils la vendront avantageufement. La concurrence, ce principe le plus aftif & lc. plus étendu du Commerce, empèchera toujours que. ce profit- ne loit exorbitant,
& le bled ne ceffera d'aborder dans un canton 2 que quand il n'offrira plus de bénéfice au Commerçant, & ce tems fera le terme de T'abondance, plus sûrement &
plus promptement ramenée par l'appas du gain, > que par les opérations forcées du
Gouvernement. Il n'y a donc rien de plus important que de faire naître une. idée de liberté, de
protection & de concurrence fur ce Commerce, tant pour l'extérieur que pour l'intérieur. Les grains fortirent & entreront à propos fuivant leur prix, c'eft la régle
la plus certaine 5 mais il eft fur tout d'une néceffité indifpenfable de ne jamais arrêter, la circulation Intérieure. 2 pour éviter tout appareil public 2 tout fujet de murmures > d'allarmes &. de défordres. Si elle étoit une fois bien établie, les bleds
reflueroient de proche en proche 2 fans que l'on s'en appèrçut; & ces biens 2
trop long-tems retenus dans quelques Provinces par une crainte & une vigilance
mai entendues, fe répandroient d'eux-mêmes fur tous les Sujets également : on- ne
verroit point la Provence acheter des bleds de Barbarie, tandis qu'ils font dans le
Languedoc à un prix onéreux au propriétaire.
bien établie, les bleds
reflueroient de proche en proche 2 fans que l'on s'en appèrçut; & ces biens 2
trop long-tems retenus dans quelques Provinces par une crainte & une vigilance
mai entendues, fe répandroient d'eux-mêmes fur tous les Sujets également : on- ne
verroit point la Provence acheter des bleds de Barbarie, tandis qu'ils font dans le
Languedoc à un prix onéreux au propriétaire. Le Cultivatenr recueilleroit toujours
à propos le fruit de fes travaux, ii fes ventes n'étoient pas limitées & fi fouveut:
fiupendues. Il femble que la France foit toujours en guerre avec elle - même par
rapport aux bleds : failons-là ceffer, en leur donnant la circulation intérieure 2 que:
demande Putilité publique & que cette circulation ne foit jamais interrompue,. Sous quelque prétexte que ce foit. --- Page 550 ---
COMMERCE DELAMÉRIQUE
CoMMERCE
des grains.
QUATRIEME OBSERVATION.
Il faut convenir que malgré nos bonnes intentions pour affurer la fubfiftance dont nous avons beibin, nous n'avons pas effeétué notre deffcin.
L'expérience auroit dà nous convaincre depuis long-tems , que tant de
précautions que nous prenions pour éloigner la diiette 1 la caufoient trèsfouvent. Que de Réglemens pour le tranfport des grains d'une Province
à l'autre ! ici, augmentation des droits; ici, diinution 3 là exemption,
& puis prohibition," tantôt pour fix mois , tantôt pour un an 3 &c. J'ai
fous les yeux ui tas de Déclarations & dArrêts pour permettre ou défendre la circulation des bleds dans quelques Provinces du Royaume.
Cette incertitude tenoit tout en fufpens. Le Cultivateur ne pouvoit plus
vendre, & le marchand n'ofoit plus acheter. Une Province manquoit de
bled, & la Province voifine laiffoit périr dans fes greniers un fuperfiu
abfolument néceffaire à d'autres. On voyoit le mal, & on l'aggravoit
dans l'efpérance de le guérir. On croyoit que permettre la libre circulation des grains dans le Royaume > c'étoit encourager les ufuriers à
ruiner le peuple. Ce principe poie, on n'étoit occupé qu'à faire des
perquilitions odieufes; l'allarme fc repandoit de tous côtés, & la crainte
d'une famine prochaine 9 faifoit refferrer les grains dout le prix devoit
fervir à la préparation des terres. Un maiheur en aunonçoit toujours
un plus grand. On follicitoit le feçours de l'étranger, & à force d'ar:
gent, nous favorifious l'importation en France du rebut de leurs bleds, 1
nous les exemptions de tous droits 1 & par cette conduite. 9 nous achevions de ruiner notre agriculture languiffante.
Il eft certain que notre police fur le commerce intérieur des grains,
étoit incapable de prévenir & de reparer une diferte; elle ne pouvoit
que l'augmerter par la géne où les Cultivateurs étoient réduits, & par
la terreur qu'elle répandoit dans le public. Je n'ofe cependant blâmer
ceux qui étoient à la tête du Gouvernement. Les tems font bien changés : nous fommes plus éclairés qu'ils ne Tétoient, & ce font
leurs fautes qui nous, ont inftruit. Nous blâmons, fans faire reflexion
que nous auricns fait pis fi nous avions été à leur place. Confidérons
quels étoient nos ufages du tems même de Louis XIll. Les débris de
tous ces petits châteaux fur la cime des' montagnes, font encore un
refte de l'indépendance qui regnoit de tous côtés. Le-plus pauvre Gentilhomme s'imaginoit être Roi dans fon hameau; fon voilin en faifoir
autant. A la moindre difpute 1 la guerre étoit déclarée, les communications étoient interrompnes j les Provinces fe regardoient comme
autant d'Etats diftingués & féparés les uns des autres par des Loix, 3
des Ufages & des Prérogatives particulieres. Celle quiabondoit en bled,
faifoit payer cherement à celles qui en manquoient les fecours qu'elle
inoit être Roi dans fon hameau; fon voilin en faifoir
autant. A la moindre difpute 1 la guerre étoit déclarée, les communications étoient interrompnes j les Provinces fe regardoient comme
autant d'Etats diftingués & féparés les uns des autres par des Loix, 3
des Ufages & des Prérogatives particulieres. Celle quiabondoit en bled,
faifoit payer cherement à celles qui en manquoient les fecours qu'elle --- Page 551 ---
PAR MARSEILL E.
n'auroit jamais dû leur refufer. De là l'origine de ccrtains péages droit COMMERCE
de pallages, pontenages 3 coutumes. 2 8xc. d'un autre cété lc Minifiere desgrains.
étoit fatigné des plainres & des mnémoires fans nombre. Chaque Ville &
chaque Cominunauté craignant d'étre dépouillées d'un moyen defubfiftance
qu'on recherchoit avec tant d'emprefiement faifoient naitre mille dif
ficultés pour empécher l'exportation de Jeur bled; mais cC qui devenoit le plus dangereux, c'étoit les peririfiions particulicres. que quelques
Courtifans obtenoient fur de faux expoiés; ils n'envilageoient que leur:
propre intérêt, & fous prétéxte de procurer l'abondance ils aflamoient
un pays pour être les feuls diftributeurs d'une denrée dont on ne pouvoit plus fe paffer, (le défir des richefles fera toujours le même, &
ily aura toujours des Courtifans. ) Si les homines étoient moins méchans, & que l'avidité du gain ne leur fit pas oublier que lcs autres
hommes font leurs freres, cette multiplicité de Loix auroit été inutile;
l'humanité feule auroit fait voiturer les grains oà la mifere fe faifoit fentir plus vivement. Je demande fi le Gouvernement pouvoit fe repofer
fur le défintereffement des hommes de ce tems-là ? Non, 2 fans doute.
Il falloit donc publier des Ordonpances, & faire le mal pour en éviter
un plus grand. Je demande encore ce qu'auroient fait nos Réformateurs
dans une fi difficile pofition ? Pourquoi donc blâment-ils fi injuflement
la conduite de nos peres ? Ils ne pouvoient faire mieux. Heureufement
les tems font changés; toutes les Provinces du Royaume ne fe regardent plus comme autant de familles féparées, toutes tendent au méme
but, & n'agiffent plus que par le même motif; la gloire de la Nation
les anime toutes, & le bonheur public fait toute leur occupation. Les
obftacles qui s'oppofoient à la libre circulation dcs grains dans le Royaume 7 fe font difipés infenfiblement 7 & on aura dû s'appercevoir
auffi, en lifant les Reglemens qué la police des grains a occafionnés
depuis 1710, que tous ( fi on en excepte quelques-uns rendus dans des
années fâcheufes ) conduifent au terme d'une liberté pleine & entiere
pour le coinmerce intérieur. Ce fortuné moment cft arrivé': LOUIS
le bien-aimé 1 par fa Déclaration du 25 Mai 1763, a brifé les entraves qui faifoient languir notre agriculture ; l'abondance & la tranquillité
publique, 3 réguent déjà de tous côtés 3 & le Cultivateur voit renaitre
fes efpérauces; ( voyez cette précieufe Déclaration rapportée à la page
fur laquelle je ne fais qu' une courte obfervation. ) Par l'article iII
&x Majefté défend d'exiger fur les grains aucuns droits de péage, paffa-
"ge 2 pontenage ou travers, fur les grains > farines & légumes qui circuleront dans le Royaume. L'exemption des octrois des villes, 9 fut ajoutée à toutes ces franchifes 1 par la Déclaration du II Février 17641
mais ces odtrcis, faifant partie du revenu defdites villes pour fournir
aux dépenfes nécelfaires; fur les repréfentations qui ont été faites au
Roi, ils ent éréretublispar Letsres-Paxentes du 5 Mars 1764, jufqu'à CC
que Sa Majefté puille avifer aux moyens de concilier les droits des Etats,
des villes, 9 fut ajoutée à toutes ces franchifes 1 par la Déclaration du II Février 17641
mais ces odtrcis, faifant partie du revenu defdites villes pour fournir
aux dépenfes nécelfaires; fur les repréfentations qui ont été faites au
Roi, ils ent éréretublispar Letsres-Paxentes du 5 Mars 1764, jufqu'à CC
que Sa Majefté puille avifer aux moyens de concilier les droits des Etats, --- Page 552 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
Convexea Villes & Cominumautès, avec la plas grande liberté du commerce der
desgraite grains. L'on a déja dit que le bis prix des grains étoit auli nuifble que leur extrême
cherté: re perdons poist Cel objet de vie; leur aviliferent a des fuites trop dangereufes 7 pour ne Pas repeter quue dans Jes années oir le Cultivateur ne trouve
PaS par la verte de ics grains de quoi fe remplir de les avances, payer fes engagainens, & frisf.ire aux charges de TEat, i! eft impoffible qu'ii continue fes
Iravaux; il n'enfemence que ou point de terres, &k diflipe un bien ne
répond plus à fes eipérances. Be.d viennent fouvent la rareté des grains, > T difette. & les non-valeurs dans les revenus publics & particuliers; car c'eft toujours
fur la culture des terres qu'eit fondée notre premiere richeffe, c'eft elle qui vivifie
toutes-les parties de PEtat. Il n'y a d'autre moyen de prévenir ces défordres, que de lailfer paffer notre fperfu au dehors; c'eft ce que l'on a fenti de tout tems. Charles ix, par l'Edit
du mois de Juin 1571 avoit fatué, article V, que tous les ans il feroit dreffé
un état de la quantité N grains dont la fortie hors du Royaume feroit permife;
& il avoit établi une. commiffion particuliere à cet effet. Henri III, dit dans le
Réglement général de 1577,, Que c'eft un des principaux moyens de faire venir
>) argent des Etrangers dans la bourfe de fes Sujets. >>
La Déclaration du 31 Août 1699, eft fi ambigue a ce fijet, que l'on ne fçait
s'il faut être Marchand ou non, avoir. des permiflions ou n'en point avoir, pour
faire trafic des grains: voici le texte de l'article VII. K N'entendons néanmoins af3) fujettir aux permiflions, ni enregiftremens portés par cespréfentes, les Négocians
> de notre Royaume, & autres qui voudtont y faire venir des grains étrangers, 2
3) ni ceux qui vondroient en tems d'abondance en faire, fortir, > en vertu des per-
>) mifions générales & particulieres que nous en aurons données. s Ces paroles renferment bien des chafcs qui ne font point aifées à concilier; il femble d'abord
que les Négocians & autres ne foient affujettis à aucune permiflion > & qu'ils foient
quittes de toutes formalités pour faire entrer ou fortir des grains ; cependant la
fn de ce même article laiffe entendre qu'il faut des permiflions générales ou particulieres, & c'eft ce qui fe pratique ordinairement. CINQUIEME OBSERVATION. Ileft certain que toute exportation à l'étranger 1 cft le feul gain.
concilier; il femble d'abord
que les Négocians & autres ne foient affujettis à aucune permiflion > & qu'ils foient
quittes de toutes formalités pour faire entrer ou fortir des grains ; cependant la
fn de ce même article laiffe entendre qu'il faut des permiflions générales ou particulieres, & c'eft ce qui fe pratique ordinairement. CINQUIEME OBSERVATION. Ileft certain que toute exportation à l'étranger 1 cft le feul gain. que fait la Nation ; je l'ai établi & prouvé en plufieurs endroits de
cet ouvrage. Le commerce intérieur n'eft que la circulation de nos
richeffes, & le commerce extérieur en fait l'accroiffement 3 fi nous devenons Créanciers ; or l'exportation à T'étranger de nos denrées eft néceffairement une addition à Ia. maffe de nOS richeffes ; elles fe multiplient, c'eft une efpéce de création. Dans tout autre. commerce nous ne
faifons qu'échanger , nous donnons pour recevoir, & toute Thabileté
du Négociant a confifte à donner moins pourrecevoir plus il calcule mal
quelquefois, & fes elpérances font trompées. Lc Négociant étranger
agit par lc même motif; il ne doit donc pas paroître furprenant que
le commerce extérieur ue foit pas toujours avantageux. il n'y a que
le feul bénéfice que nous faifons avec l'étranger, qui foit réel, & cui
doisc --- Page 553 ---
P AR MARSEILLE. Holvent compter. Celui que nous failous fur les fujets de l'Etat, ne COMMERCE
merite qu'une bien petite confidération ; c'eft dépouiller fou ami, pour desgruins
le couvrir. Le coinmerce intérieur a cependant plufieurs avantages; il
elt non-feulement utile à ceux qui le font, mais il eft encore néceffaire
pour procurer les commodités de la vie. Lc commerce extérieur, mé-. nite donc plus de proteétion & de faveur, & c'eft auffi celui que le
Gouvernement favorife le plus. C'eft dans cette vue que nos Manufaczures font privilégiées, & que nos étoffes peuvent fortir du Royaume
en exemption de tous droits. Notre induftrie donne une nouvelle valeur aux étoffes fabriquécs, & c'eft cette nouvelle valeur qu'il importe
à l'Etat de faire payer à l'étranger; c'eft en quoi confifte véritablement le bénéfice que fait la Nation. Ce principe pofé, & il eft inconzeftable il eft évident que fi nous exportons à l'étranger nos denrées,
tout le bénéfice eft pour Ia Nation. Nous ne donnous ricn pour recevoir beaucoup; ce n'eft point ici un fophifime. Oui, nous ne donnons
rien dans le fens que c'eft notre faperflu ; car fi ces denrées nous font
néceffaires, nous devons les garder > &z fermer l'oreille aux cris des Apologiftes outrés de T'exportation 5 leurs cris ne font pas ceux de la fagelle 5 il n'y a plus lieu à l'exportation qui ne peut être admife que
pour le fuperflu; elle eft toujours utile & néceflaire en même - tems. Si elle ceffe d'être néceffaire un inftant 9 elle eft ruineufe & peut bouleverfer l'Etat le plus folidement établi. Pour donc prévenir un fi grand
malheur - il faut s'affurer fi nous avons du fuperflu, & cette allurance
exige plufieurs opérations préliminaires. Une fois le fuperflu de I1OS
denrées conftaté, leur exportation à l'étranger devient néceffaire, fans
quoi il eft perdu pour la Nation ; cllc n'en a pas befoin; il n'y a que
T'étranger qui puille nous en payer la valeur.
le plus folidement établi. Pour donc prévenir un fi grand
malheur - il faut s'affurer fi nous avons du fuperflu, & cette allurance
exige plufieurs opérations préliminaires. Une fois le fuperflu de I1OS
denrées conftaté, leur exportation à l'étranger devient néceffaire, fans
quoi il eft perdu pour la Nation ; cllc n'en a pas befoin; il n'y a que
T'étranger qui puille nous en payer la valeur. Il eft douc vrai dans ce
fens que nous ne donnons rien 1 puifque ce que nous exportons à l'étranger, ne nous feroit d'aucune utilité, & que la tcrre renfermeroit
encore dans fon fein ces deurées fuperflues, fi une culture redoublée
1tc les en avoit tirées, ou qu'elles périroient fans être confommées, f
l'étranger refufoit de les acheter & de nous en payer la yaleur. Ce
bénéfice donc que nous donne ce fuperflu, eft un accroiffement de la
maffe de nos richeffes 7 & en même-tems la recompenfe que méritent
l'iudufric & la vigilance laboricufe de nos Cultivateurs. Cette queftion
de T'exportation de nos grains à l'étranger me paroir fi importante 2
que jy reviendrai dans l'obfervation fuivante; 3 je l'ai promis. Si l'on pouvoit fçavoir exaêtement CC que Broduit chaque recolte, & ce qui eft néceffaire àla confommation anauelle - il feroit aifé de preferire avec ccrtitude dans qusel
tems onl doit refifer ces permitlions, > & dans quel tems & pour quelies quentités
on doit les accorder: toutes les ipéculations que l'on a hazardées à ce fujet, n'ont
donné que des calculs incertains > aufquels on ne peut fe rapporter. Lc miniitere
ne peut donc fc déterminer a pernicttre des forties générales, qu'après s'être bien
atiuis par les avis des Provinces, qu'il y a une abondançe liperfue; cette abonTom. Il. Xxx --- Page 554 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
CONMERCE donce mime n'eft jamais bien confiatée, que lorfque le vil prix des grains ne iains
dus gralas us lien d'en douter: le mal e:t fait alors, & c'eft trep tard qu'on lui applique
remido convenable. Une partie des Laboureurs a négligé la cuiture, il n'et rlus
Y roveniri, il y aura moins de terres enfemencecs dans une année oble bled
a neorché, que lorfque le Laboureur efpére dele verdre cher: c'ef le prix
caurnge, & ron la quantité. C'eft ce qui a olligé fi fouven: le proprictaire
: aturer tes terres, & a en converzir la culture 61 denries, con: ia vente elt. plus efide, plas libre & plus avantageufe que celle des bleds. Il s'enfuit de-là qu'il eft très-important de maintenir les bleds à un prix raifonnoble: c'eit pour les rehauffer a c'eil pour favorifer le Laboureur qu'on les laife
pailer au dehore; cependant il arrive rarement qu'il puidle profiter des permilions :
elles font même fouvent un mauvais effet. Si elles font accordées à des particuliers
elles excitent toujours des murinures 2 & elles tombent fouvent dans le cas du
monopole; fi elles font publiques & affichées, elles annoncent certainement le bas
prix.
les bleds à un prix raifonnoble: c'eit pour les rehauffer a c'eil pour favorifer le Laboureur qu'on les laife
pailer au dehore; cependant il arrive rarement qu'il puidle profiter des permilions :
elles font même fouvent un mauvais effet. Si elles font accordées à des particuliers
elles excitent toujours des murinures 2 & elles tombent fouvent dans le cas du
monopole; fi elles font publiques & affichées, elles annoncent certainement le bas
prix. C'eft un prétexte de plus aux acheteurs pour inéfoffrir 2 & la plopart des
vendeurs qui ont langui dans l'attente, ne croient pouvoir aflez tôt fe débarraffer. d'une marchandife qu'ils gardoient avec peine. Ces confidérations feroient penfer qu'ii feroit avantageux de changer la difpofition de la Loi. Elle tient toujours dans l'incertitude de la vente du fuperfu; &
f'on craindra toujours d'en avoir quand le débit n'en fera pas conftamment facilité
& qu'il na.fera, pour ainfi dire , ranimé que par des fecouffes tardives. Quel inconvénient auroit-il d'accorder par un Réglement fixe la liberté de
fortir les grains hors % Royaume, en tout tems, excepté dans le tems oû le tranf. port en feroit défendu: il ne feroit plus queftion de permiflions générales ou par-. ticulieres, , qui occafionnent des ventes & des achats précipités. Le terme des défenfes expiré le commerce extérieur reprendroit de lui-même fon cours ordinaire
fans qu'il fut befoin d'Arrêt ou d'Ordonnance, La Légillation fimplifiée ne laifferoit
plus de doute fur le tems des exportations. Lc vendeur de grains ne feroit plus
dans l'incertitude de fon fort, il ne languiroit pas. en attendant la permiflion 3 &
lc public familiarifé avec un commerce plus reglé, ne feroit plus frappé de terreurs
paniques à la vûe des enlevemens de bleds. Le Confeil s'eft fouvent fervi d'un expédient plus sir &x plus utile que les permiffions,
faciliter ou- pour empécher la. fortie des grains. hors le Royaume. Le muid EPtie bled paye fuivant le Tarif, 22 livres de droits à la fortie., & les
antres grains* proportion. Lorfque T'on a eu intérêt de les vendre au dehors, On
a moderé ces droits, on les a même quelquefois fupprimés. Lorfque le bled a
rencheri, & qu'il y a eu néceflité d'en empêcher la fortie, ces droits ont été
augmentés, même triplés comme en 1720. Cette méthode n'eft fujette à aucuns
inconvéniens, elle a. au contraire de très-bons effets; car c'eft ie prix feul qui régle
lc fort du bled 3 & qui le fait mouvoir. S'il eft à plus bas prix chez, nous que
chez nos voifins > il fortira, > parce que le Marchand y trouve du bénéfice. Si le
bled eft plus cher en France que chez. F'Etranger, il reftera enJ France, fans qu'il
foit hefoin d'aucune défenfe, parce qu'il y aura de Ia perte à T'exporter.
de très-bons effets; car c'eft ie prix feul qui régle
lc fort du bled 3 & qui le fait mouvoir. S'il eft à plus bas prix chez, nous que
chez nos voifins > il fortira, > parce que le Marchand y trouve du bénéfice. Si le
bled eft plus cher en France que chez. F'Etranger, il reftera enJ France, fans qu'il
foit hefoin d'aucune défenfe, parce qu'il y aura de Ia perte à T'exporter. C'eft une
balance continuelle que le prix. feul gouverne, pour la fixer d'un côté ou d'un autre. Appefantir ce prix par le furhauffement des droits de fortie, c'eftla faire pen-. cher de notre coté; Falleger par la dimiaution ou la fuppreilion de. Cts mêmes
droits > e'elt la faire tourner de l'autre. Les Permifions. , Paleports & Défenfee, n'ont point ces avantages. Les défenfes ne font néceffaires que lorfque le bled eft très- haut chez nous, & qu'ill'eft
encore plus chez, nos voifins. Alors il n'eft pas douteux qu'il fortiroits mais ce:
cas arrive rarement, & l'on y peut obvier aifément, en portant les droits de fortie
à un G bauc prix, que l'extraction en deviente à charge au Négociant > & en Y
sjoutant les peines ordinaires de confifeation & d'amende. Ce moyen feul arréte:a
les bleds plus strement que les defenies les plus formidables, qui annoncent le mal
k portent T'allarine parmi le Peuple. --- Page 555 ---
PAR MARSEILLE
Les nermifions générales qui nc s'accordent que tres-rarement, & lorfque lebled COMMERCE
efavii PLix, indiquent que nous l'avons gardé trop long-tems, & que nous n'avons ds
iu profter i propcs de la richeffe de nos moifions. Dès l'initant en accourt
grains. K toutes parss, on failit le moment de la fufpenfion ou diminution des droits,
& de Paccablemsent du proprictaire. Nos bleds s'enlevent promptement, pour ne
revenir fouvent qu'aur double ou au triple du même prix. Nous ne ferions point
dans ce cas, fi une contrainte & une précaution perpétuelle n'empèchoient pas nos
bleds de circuler librement. Ils auroient été exportés à propos 7 f on avoit pu le
faire fans permiflion; & notis cnl aurions toujours eu fulifance 7 fi une tropgrande
abondance ne forçoit pas fouvent le Cultivateur à épargner fes dépenfes & fes,
peines. Les Paffeports ou Permiflions particulieres > quand même elles ne feroient jamais
accordées qu'en connoiffance de caufe 2 font toujours nuifibles au bien général. Elles . ne tournent qu'au profit de ceux qui les obtiennent ou qui les facilitent. C'eft un
furtaux monopolaire que Fon met à la denrée. Le bénéfice ne retombe point fur
Ie Cultivateur ou le propriétaire ; il eft la proie du plus adroit. Si donc les défenfes font peu néceffaires, les permiflions de tout genre font préjudiciables, &
V'augmentation ou diminution des droits à la fortie fuffira pour pouffer les grains
au dehors, ou pour les arrêter.
les obtiennent ou qui les facilitent. C'eft un
furtaux monopolaire que Fon met à la denrée. Le bénéfice ne retombe point fur
Ie Cultivateur ou le propriétaire ; il eft la proie du plus adroit. Si donc les défenfes font peu néceffaires, les permiflions de tout genre font préjudiciables, &
V'augmentation ou diminution des droits à la fortie fuffira pour pouffer les grains
au dehors, ou pour les arrêter. II femble que nous
toujours craint la difette,
& que nous n'ayons jamais redouté l'abondance. Dott Tarif CH eft une nouvelle
preuve. Il n'y a de droits que pour la fortie, il n'y en a point pour l'entrée des
grains. L'effet de notre Tarif eft de faciliter l'entrée, & d'en retenir la fortie. Ainfi
donc de tout tems 7 ou Ton s'eft méfié de la fécondité de nos terres, ou l'on a
voulu entretenir le pain à très-bon marché. L'opinion générale eft cependant que
Ia France produit plus qu'elle ne confomme. Mais fuppoie que cela ne fit pas, on
pourroit imputer ce défaut au peu de valeur des grains s & au peu d'avantages
qu'ilya dans leur culture. Ces caufes infuent autant fur le manque de productions,
Sue l'inconftance des faifons. Ne voyons-nous pas la plupart des Colons convertir
Ieurs terres labourables en vignobles., parce que la culture leur en eft plus profitable? Il ne faut pas leur défendre de planter de nouvelles vignes, il nc faut
leur procurer les moyens de vendre leurs grains, aufli bien
leurs vins. E:
France s'enrichit tous les ans par la vente de fes vins, malgré : droits dont ils
font chargés; elle s'enrichira de même par la vente de fes grains > quand elle ne
fera plus gênéc ou interdite 3 & nous ne craindrons plus d'en manquer quand le
Cultivateur n'en craindra plus l'abondance. Le bled eft marchandife de premiere
*nic.t, fon commerce prendra le deflus, quand on aura rompu routes les digues
qui s'y oppofent. SIXIEME OBSERVATION,
Tous les bons François penfent que l'exportation des grains à l'étranger doit être permife, après qu'on fe fera affuré que nos récoltes
en produifent plus que la France n'en a befoin pour fa fubfiftance. La difficulté eft d'avoir cette afiurance 5 la moindre méprife cauferoit
un mal irréparable. Les bruits publics 7 les informations vagues, le
produit de la dixme ne fuffifent pas pour avoir un Etat certain,&il
faut de la certitude. C'eft le prix du bled qui en doit faire connoitre
l'abondance ou la difettc. On peut encore être trompé, plufieurs raifons pouvant concourir pour faire hauffer & baiffer le prix. Comment
donc s'y prendre pour acquérir cette certitude ? Faut il établir dans
Xxxij --- Page 556 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
COMMERCE chaque ville principale des magafins d'abondance, pour fccourir le perd
desgraian. pie dons un tems de difette 2 Les frais font immenfes, & T'expérience
a matneureufement fait connoitre 2 que lorique les villes 2 dans l'apréheafion d'une difette, ont voulu s'approvifionner d'une certaine quantité de bled , il y a toujours eu des abus dans ces entreprifes ; le bled
s'eft trouvé d'une mauvaife qualité, a été acheté trop cher, &nes'c2
point confervé; d'ailleurs od trouver la quantité de.
2 Les frais font immenfes, & T'expérience
a matneureufement fait connoitre 2 que lorique les villes 2 dans l'apréheafion d'une difette, ont voulu s'approvifionner d'une certaine quantité de bled , il y a toujours eu des abus dans ces entreprifes ; le bled
s'eft trouvé d'une mauvaife qualité, a été acheté trop cher, &nes'c2
point confervé; d'ailleurs od trouver la quantité de. bled néceffaire 3
Faudra-t-il forcer les Marchands de ceder celui qu'ils ont en magafin,
ou enlever ce qui eft porté au marché 2 On trouve de grands inconvé
niens à l'un & à T'autre, & la feule bâtiffe de tant de magafins fera
toujours un obitacle invincible. Ce n'eft point à moi à repondre à cette
objedtion ; je mc repofe fir la fageffe de ccux gouvernent, & je fuis
tranquille. Si cependant j'étois interrogé 2 je repondrois qu'on a grofli
Ja difficulté, & qu'il eft beaucoup plus facile qu'on ne prétend, de
s'affurer de la quantité du produit. de nos récoltes.. Chaque Communauté fçait ce que rendent lcs terres de fon cadaftre ; il nc s'agira done
que de faire conftater fila récolte eft bonne, médiocre ou mauvaife; la
confèquence décide la queltion ; car de vouloir fe perdre dans le calcul
du nombre de fujets que la France renferme, & du nombre de fepriers :
de bled recueilli, & combien il en faut pour chaque perfonne s l'opé. ration feroit anffi fauffe que longue. Il eft biea plus fimple de dire cette
Communauté avec une récolte ordinaire a plus de bied qu'il ne lui en
faut pour fa fubfiftance ; telle autre en manque ou cn a lc double, &
le mot de récolte ordinaire n'eft pas équivoque 3 il eft relatif à la
bonté ou à la férilité du fol. Chaque généralité dait former un Etat
général à deux colonnes 3 en plus ou en moins. Le réfultat eft évident 2
& quinze jours fuffifent pour ramafler tous les Etats particuliers. Les
Etats de teutes les Généralités du Royaume, ferviront à en formez
un général, par lequel le Miniftre verra d'un coup d'ceil quelle eft nctre fituation, fi nous avons du fuperflu, & quelle eft la quantité qui
doit être exportée à l'étranger ; mais objedtera-1 t-on 3 s'il n'y a qu'une
certaine quantité de bled à exporter, quel fera T'heureux qui en obtien-. dra la permiflion ? Je pourrois répondre que ce n'eft pas mon- affaire ;
mais puifqu'on m'a permis de dire mon fentiment, je trouve la reponfe dans la difficulté propofée. fur l'établiffement des magafins d'abondance dans chaque. ville. Je penfe donc qu'il eit du droit naturel
que chacun veille à fa confervation 3 & que la prudence exige qu'ily
ait unc certaine provifion de bled dans chaque ville ; je la fixe pour
trois mois. II ne faut donc des magafins que pour cette quantité, & it
n'eft poiit queftion d'en bâtir fi on n'en a pas déja. Les magafins à
bled Be font pas. rares ; tout fert dans le befoin; d'ailleurs ces magafins d'abondance nc regarderont pas les villes i elles nc doivent ache-. ter du bled que dans les plus urgentes néceffités. Ces achats. font toujours
cuincnx, & nuiroient à la liberté. dont doit jouir lc commcrce.
magafins que pour cette quantité, & it
n'eft poiit queftion d'en bâtir fi on n'en a pas déja. Les magafins à
bled Be font pas. rares ; tout fert dans le befoin; d'ailleurs ces magafins d'abondance nc regarderont pas les villes i elles nc doivent ache-. ter du bled que dans les plus urgentes néceffités. Ces achats. font toujours
cuincnx, & nuiroient à la liberté. dont doit jouir lc commcrce. deg --- Page 557 ---
P A R MARSEILLE
grains. Les villes ne doivent avoir que l'infpeétion & Ia police. Ces COMMERCE
magalins d'abondance doivent appartenir aux Marchands de bled; c'ef desgrains
leur commerce 9 qu'il faut leur lailfer faire > & même favorifer. La
feconde queftion, 3 fi ces Marchands font néceffaires ou nuilibles à T'Etat, fe trouve par là décidée. Je dirai dans la fuite un mot du monopole & de l'ufure dont on les accufe. Quoique le commerce des grains
foit libre, cette liberté n'eft point incompatible avec lcs Déclarations
que la police doit fe faire remettre des quantités quiy arrivent & qu'on
mnet en magalins. Ces Déclarations fout abfolument nécelfaires; elles
doivent être affermentées & enregiftrées, fous peine de confifcation.
Les villes ont le droit (qui leur feroit 'confirmé par une Déclaration
du Roi) d'obliger les Marchands de bled- de garder en magalins 3
pendant trois mois, celui qu'ils reçoivent jufqu'a la concurrence da
quart de la confommation eflimée néceffaire pour une année, & à mefure qu'il arriveroit d'autre bled, le prémier entrepofé feroit remplacé
par le dernier. Cette regle établie, l'immenfité de frais pour bâtir des
magafins s'évanouit. Il ne s'agit point de faire enmagafiner le bled
que les Cultivateurs envoyent au marché pour y être diftribué aux particuliers;. ce n'eft qu'autant que les Marchands de bled l'acheterbient.
La police fuppléera aux petits inconvéniens inféparables des entreprifes les plus fimples & le mieux ordonnées. Je ne prévois pas que les
Marchands de bled puiffent fe plaindre de cette condition, dès qu'elle
fera générale pour tout le Royaume 1 & que le petit dommage qu'ils
en fouffriront 3 fera amplement recompenfé par les faveurs accordées
au bled ainfi entrepofé.
PREMI I E R E M E N "f.
Dans le cas de la permiffion de l'exportation d'une certaine quantité de bled à l'étranger, le feul bled entrepofé 3 jouira de cette fa
veur en exemption de tous droits & fi la permiflion eft plus confidérable que le bled qui fe trouvera en magalins 1 les Marchands qui
en auront entrepofé les prémiers, feront recompenfés de cette faveur..
SECO N D E M E N T,
Si l'exportation n'a pas lieu par lc manque de ncs récoltes 1 & que"
le bled entrepofé féjourne plus de trois mois en magafin 1 il fera payé
aux Marchands propriétaires vingt fols pour chaque cent péfant de bled
poids de marc 3 & dix fols
chaque mois fuivant, outre 8c par
deffus le prix de la vente', Fice ledit bled cft diftribué au public. Cette
retribution fera payée par les villes, & il leur en fera tenu compta
par le Bureau d'agriculture qui fera établi fous les yeux du Minifterc..
Je parlerai de ce Bureau & des moyeas de l'établir folidement. En.
ols pour chaque cent péfant de bled
poids de marc 3 & dix fols
chaque mois fuivant, outre 8c par
deffus le prix de la vente', Fice ledit bled cft diftribué au public. Cette
retribution fera payée par les villes, & il leur en fera tenu compta
par le Bureau d'agriculture qui fera établi fous les yeux du Minifterc..
Je parlerai de ce Bureau & des moyeas de l'établir folidement. En. --- Page 558 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE voilà affez pour le préfent. J'ai promis de faire quelques reflesions fur
des grains, la troifième queftioa, G Texportation à l'étranger des grains originaires, du Royaume doit étre générale ou fi clle ne doit être accordée qu'à
quelques particuliers ? J'en ai déja affez dit pour faire connoitre le
danger d'une exportation géuérale 7 à moins que nos récoltes ne fufent fi abondantes, qu'on ne fçut comment les ferrer ou les garder
un certain tems. L'Etat général fera la bouflole pour la deiermination à prendre. Dans cette heureufe pofition l'exportation doit être
non-feulement générale, mais même recompenfée 3 dans tout autre cas
elle doit étre limitée, toujours propertionnée à notre fuperflu, & les
feuls Marchands de bled qui ont rempli les magafins d'abondance doivent êrrc lcs favorifés; j'en ai donné la raifon. L'exportation pour être
utile, doit être néceffaire, je l'ai déja dit & je nc fçaurois trop le
repeter 5 le falut de PEtat en dépend, & le mal feroit irréparable fi
elle étoit hazardée & ordonnée mal à propos. Je couviens que l'exportation fera furhauffer le prix de nos grains, & que le Cultivateur en
retirera une double valeur ; ce bénéfice ne me rejouit point. Je fouhaite
que le Cultivateur foit recompenié ; mais jamais par la ruine des autres conditions de la fociété, qui méritent également la proteétion du
Gouvernement, en raifon de leur utilité. Pourquoi pouffer des cris de
joye fur le gros profit de la prémiere vente de noS grains à l'étranger?
Envifageons le terme, il nous fera peut-être verfer de larmes. Le Cultivateur hni-même, après avoir commencé par vendre fon bled le double de fa valeur, fera coutraint d'en acheter & d'en faire venir de l'étranger à un bien plus haut prix. Heureux, s'il n'en manque pas en
fc ruinant. Reflechillons un moment fur les prétendus avantages de l'exportation, lorfque 1101S n'avons aucun faperflu ; l'étranger nous paye
cherement nos bleds, preuve certaine qu'il eft dans la difette de cette
denrée. Quelle efpérance nous refte-t-il donc de nous en procurer dans
les jours de calamité, 7 puifque dans Ic tems que nous n'en manquions
pas, il nous la payé cherement? Comment pourra-t-il nous lc renvoyer
2a méme pris, s'il lui eft nécelfaire? On ne peut jutlifier cette
exportation 3 qu'en fuppofant que les Payfans, trouvant un grand avantage à vendre leur bled, feront da pain avec les autres grains iuférieurs.
L.appas du gain operera ce changement de nourriture, je le veux, &
le mal ne fera pas grand, fi nous avons fuffifamment de ces autres grains
inférieurs; mais s'ils ont été exportés à T'étranger, que deviendronsnous? Cet étranger qui étoit dans la difette, achete non-feulement le
bled, mais encore tout ce qui peut y fupléer, parce qu'il ya des pauvres commne des riches dass ce pays étranger afiligé de la difette; que
plus le bled eft cher, plus on cherche a économifer. Si l'exportation
de nos grains à l'étranger, pouvoit hâter nos récoltes 2 iln'y auroit plus
d'imprudence : inais nous avons établi que nous n'avions que le bled
mécellaire; c'eit donc uuç folie de nous en dépouiller f mal à propos.
upléer, parce qu'il ya des pauvres commne des riches dass ce pays étranger afiligé de la difette; que
plus le bled eft cher, plus on cherche a économifer. Si l'exportation
de nos grains à l'étranger, pouvoit hâter nos récoltes 2 iln'y auroit plus
d'imprudence : inais nous avons établi que nous n'avions que le bled
mécellaire; c'eit donc uuç folie de nous en dépouiller f mal à propos. --- Page 559 ---
P AI R MARSEIL LE.
Celt envain qu'on objecte que l'exportaticn du vin & de nos étofles COMMERCE
à l'étranger, , en favorife le commerce. Le vin & nos étoffes ne font desgrains,
point d'une néceflité abfolue ; nous ne pouvons vivre fans pain, nous
n'avons ni ris, ni caffave pour le remplacer, & quand nous cn aurions > il feroit difficile & dangereux de changer de nourriture. Le
vin eft trop abondant dans le Koyaume. Quand la récolte d'une année
manqueroir, le reftant des anciennes récoltes, feroit plus que fuffifant.
A l'égard des étoffes, au défaut des unes, 011 fe fert des autres. J'obferve feulement fur l'exportation du vin, , que fi nous avions moins
planté de vigues, clle feroit prohibée conformément à nos anciennes
Ordonnances. Nous n'avons pas affez de terres pour les grains, & nous
avons trop de vignes; ces dernieres augmentent tous les jours malgré
les défenfes, parce qu'elles donnent plus de profit au Cultivateur. Ce
profit tourne au bien de TEtat, dès que le vin eft exporté à l'étranger; en efiet, qu'importe que le produit d'une terre foit en bled ou
en vin? dès que l'étranger en paye la valeur 3 notre objet eft rempli,
On demande avec empreffement l'exportation de nos grains à l'étranger; cette demande eft imprudente. Soyons prémierement certains de la
quantité que nous en avons >. & travaillons à améliorer nos terres 7 à
favorifer le Cultivateur, afin qu'il n'en laiffe aucunes en friche, &c
l'exportation fera la firite néceffaire de l'aboudance de nos récoltes.
Le public eft inondé de fiftêmes fur l'agriculture; chacun s'imagine
avoir droit à la légiflation du Commerce des grains > & on feint de
ne pas s'appercevoir que notre police aétuelle eft la fageffe même.
La Déclaration du 25 Mai 1763, établit la libre circulation des grains
dans toutes les Provinces du Royaume ; l'exportation à l'étranger de
nos farines eft permife par Arrêt du Confeil du 27 May 1763, en
payant I f
quintal poids de marc ; l'importation de celles de
T'Etranger RE également permife; mais le droit d'entrée dans le Royaume eft cinq fois plus fort. N'eft-on pas maître de l'augmenter encore de quinze fols, fi nous reconnoiffons que ladite importation nuife:
à la vente de nos farines, & qu'elle en faffe trop bailfer le prix, &
méme de la prohiber 2 Cette exportation de nos farines n'équivaut elle:
pas à une exportation de bled? Nous y gagnons de plus les frais de:
mouture. Que ceux donc qui veulent, contre toute raifon, exporter:
leur bled à T'Etranger le faffent convertir en farine 2 la permifion leur:
oft accordée & rien nc lcs géne.
iffons que ladite importation nuife:
à la vente de nos farines, & qu'elle en faffe trop bailfer le prix, &
méme de la prohiber 2 Cette exportation de nos farines n'équivaut elle:
pas à une exportation de bled? Nous y gagnons de plus les frais de:
mouture. Que ceux donc qui veulent, contre toute raifon, exporter:
leur bled à T'Etranger le faffent convertir en farine 2 la permifion leur:
oft accordée & rien nc lcs géne. --- Page 560 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE
des grains.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui ordonne qu'a Davenir les Farines de minot venant de PEtranger
payeront à toutes les entrées du Royaume, fix fols
quintal 9 &
défigne les Ports pour leur entrepôt & pour la fortie " rEtranger def
dites Farines de minot & de celles fabriquées dans le Royaume > en
payant le droit_y énoncé.
Du 27 Mars 1763Extrait des Regifires du Confeil d'Etat.
E ROI voulant favorifer Ie Commerce des Farines de minot 7 donner à celles
une
L originaires
préférence fiur les étrangeres, & rendre la liberté à l'exportation defdites farines originaires: Voulant en même tems attirer l'abondance de
celles étrangeres dans différens Ports du Royaume, pour y exciter le Commerce
fes Sujets pourroicat en faire à T'Etranger. Vu l'avis des Députés au Bureau
E Commerce. Oui le rapport du fieur Bertin, Confeiller ordinaire au Confeil
Royal, Contrôleur général des Finances. LE ROI étant en fon Confeil, a ordonné
& ordonne qu'à l'avenir les farines de minot venant de T'Etranger 7 payeront à
toutes les entrécs du Royaume > fix fols Par quintal: Veut néanmoins Sa Majefté,
celles venant dans les Ports de Calais, Saint-Valery,. Dunkerque, Disppe, >
E Havre, Rouen, Honfleur, Cherbourg, Caen, Grandville, Morlaix, SaintMalo, Breft, Nantes, Vannes 2 la Rochelle Bordeaux, Libourne, Eayonne,
Cette, Marfeille & Toulon, jouiffent dans ces Ports d'un entrepôt de fix mois,
pendant lequel tems, fi elles font renvoyées à l'Etranger, elles ne feront fujettes
a aucuns droits; mais padlé ce terme, elles payeront ledit droit de fix fols par
quintal, Perinet Sa Majefté, la fortie à I'Etranger defdites Farines de minot &
de celles fabriquées dans le Royaume par les Ports ci-deffus défignés feulement >
en payant pour tous droits, un fol par quintal; à l'effet de quoi lefdites Farines
de minot pourront être librement tranfportées, tant par terre que par mer, des
lieux de leur enlevement jufqu'au Port de leur embarquement, fans être fujettes
aucuns autres droits fir la route. Et fera le préfent Arrêt, là, publié & affiché
par-tout oit befoin fera, pour avoir fon exécution 2 à compter du jour de fa publication 2 & jufqu'à ce qu'il en foit par Sa Majefté autrement ordonné. Fait au
Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfitilles le 27 Mars 1763.
Signe, PHELYPEAUX,
Autre permiffion d'exporter librement à l'étranger les avoines, les orECS, lesfarczins le mais, 1 les féves, les légumes & autres menus grains,
groines & greczilles,
ARREST
& jufqu'à ce qu'il en foit par Sa Majefté autrement ordonné. Fait au
Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfitilles le 27 Mars 1763.
Signe, PHELYPEAUX,
Autre permiffion d'exporter librement à l'étranger les avoines, les orECS, lesfarczins le mais, 1 les féves, les légumes & autres menus grains,
groines & greczilles,
ARREST --- Page 561 ---
PAR MARSE EILLE
COMMERCE
des grains.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Qui permet la fortie à rEtranger, des menus grains 9 graines & grenailles, des féves & autres legumes, par tous les Ports indiftinctement
du Royaume.
Du 2 Janvier 1764.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
qui a été repréfenté au Roi étant en fon Confeil, que l'abondance
SHRE des recoltes de toutes efpéces depuis plufieurs années, rendoit difficile dans
l'intérieur du Royaume 3 la confommation des menus grains & légumes ; qu'une
partie de ces denrées confervées depuis long-tems dans des greniers, étoit expofée
à un déperiffement prochain 3 fi on ne leur procuroit un prompt débouché : Ét Sa
Majefté voulant favoriter en général le Commerce des grains & autres denrées,
exciter les Cultivateurs & leur procurer, autant que les circonftances le permettront,
tous les moyens de jouir des fruits de leurs travaux. Và les avis des fieurs Intendans & Commiffaires départis dans les Provinces du Royaume. Và auffi l'avis des
Députés du Commerce : Oui le rapport du fieur de T'Averdy, Confeiller ordinaire
au Confeil Royal, Contrôleur général des Finances : LE ROI étant en fon Confeil a ordonné & ordonne qu'à l'avenir les menus grains > graines & grenailles, les
féves & autres légumes venant de T'Etranger payeront à toutes les entrées du Royaume ; fçavoir, les avoines, trois fols quintal, les orges, farrafins, mais &
autres menus. grains & grenailles, deux Ets lix deniers par quintal 2 & les féves
& autres légumes & graines, trois fols fept deniers par quintal. Permet Sa Majefté
la fortie à FEtranger par tous les Ports du Royaume inditinétement, defdits menus grains. > graines & grenailles > des féves & autres légumes, à l'exception des
blés, fromens, feigles & meteils, en payant pour tous droits; ; fçavoir,
les
avoines, fix deniers par quintal; pour les orges,, farrafins > mais & autres pour menus
grains, cinq deniers par quintal ; & pour les féves & autres légumes & graines 3
iept deniers par quintal; à l'effet de quoi lefdits menus grains 2 graines &
les, féves & autres légumes , pourront être librement tranfportés tant par terre grenailpar mer. Et fera le préfent Arrêt, l, publié & affiché par-tout oû befoin fera, que
pour avoir fon exécution 2 à compter du jour de fa publication. Fait au Confeil
d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles le 2 Janvier 1764.
Signé, PHELYPEAUX.
Il n'y a que le bled, le feigle & le meteil d'exceptés. Cette exception eft bien jufte, jufqu'à ce que par un recenfement du bled qui
eft dans le Royaume, nous connoilfions fi nous en avons de fuperfu.
Tom. il.
Yyy
de fa publication. Fait au Confeil
d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles le 2 Janvier 1764.
Signé, PHELYPEAUX.
Il n'y a que le bled, le feigle & le meteil d'exceptés. Cette exception eft bien jufte, jufqu'à ce que par un recenfement du bled qui
eft dans le Royaume, nous connoilfions fi nous en avons de fuperfu.
Tom. il.
Yyy --- Page 562 ---
3;8
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE Le même motif qui a fait permettre d'exporter à l'Etranger les fa
des grains. rines 7 les légumes, les menus grains 7 graines & grenailles, fera permettre auffi l'exportation du bled qui ne nous fera pas néceffaire, par
mer & par terre par le nombre de Ports & de Bureaux qui feront
défignés relativement à la quantité de bled à exporter. Qu'on ceffe donc
de murmurer & de fatiguer le Miniftere; qu'on fetaife $ ou qu'on produife de meilleures raifons. Je renvoye à la feptième obfervation ce
que je me propofe de dire fur les droits d'entrée & de fortie fur les
grains. Examinons la Police des grains dans les antres Etats. Dantzick en fait un Commerce fi confidérable, que l'on compte que cette Ville
en fournit aux autres Nations huit cens mille tonneaux par année. La liberté &
la sûreté de fon Commerce y fait aborder cette prodigieufe quantité de grains. Ils ne font
rien pour les attirer, > ni pour les faire fortir. Ils ont des magalins immenfes dans
une Ile deftinée à cet effet; & les plus riches habitans fc font dévoués à ce
Commerce, parce qu'il eft favorifé par le Magiftrat. Les droits d'entrée & de fortie
font très-médiocres, & ils font toujours les mêmes. La Hollande produit peu de grains, & cependant elle n'en manque jamais, ni
pour elle ni pour fes voilins. L'attention de fes Négocians à profiter des circonftances, la proteétion ouverte accordée au Commerce les met a l'abri des miferes
de la difette. Ils étudient le befoin des Nations, & le malheur des autres fouvent
les enrichit. Il n'y a des droits que fur l'entrée des grains > il n'yen a point pour
la fortie. Ils n'excitent pas l'une & favorifent l'autre ; ils n'appréhendent donc pas
la rareté. L'Angleterre fondée fur les mêmes principes, femble ne point craindre d'étre
épuifée > & n'être en garde au contraire que contre la fuperhuité. Elle a depuis
foixanté ans adopté une méthode qui paroit étrange au prémier coup d'oeil, & qui
cependant l'a préfervée depuis ce tems des fuites facheufes de la difette. Il n'y z
des droits que fur l'entrée, il n'y en a point à la fortie; au contraire ils l'encouragent & la recompenfent. Voici la régle qu'ils fuivent > leur mefure reduite ati
feptier de Paris, & le prix en monnoie de France. Que cette évaluation ne nous
étonne pas, la différence des monnoies nous fait paroitre cher ce qui ne l'eft point
en Angleterre
Lortque le feptier de froment que l'on fuppofe ici pefer 240 liv. n'eft qu'à 27
liv. & au-deffous, l'Etat paye au Marchand l'exporte 54 fols de gratification
pour chaque mefure. Loriqu'il paffe ce prix, > 3e récompenfe n'eft plus accordée >
mais la liberté du tranfport refte.
la différence des monnoies nous fait paroitre cher ce qui ne l'eft point
en Angleterre
Lortque le feptier de froment que l'on fuppofe ici pefer 240 liv. n'eft qu'à 27
liv. & au-deffous, l'Etat paye au Marchand l'exporte 54 fols de gratification
pour chaque mefure. Loriqu'il paffe ce prix, > 3e récompenfe n'eft plus accordée >
mais la liberté du tranfport refte. Elle n'eft interdite que lorique le feptier monte
à 45 liv.: on ne fupprime jamais totalement le droit d'entrée 3 on fe contente de
le diminuer à proportion du renchériffement des grains & de l'augmenter à mefure qu'ils baiffent. On a fupputé que cette gratification montoit à deux millicns
vingt-cinq mille liv. par an, en formant une année commune fur vingt. Quand on
ne compteroit l'exportation, que fur le pied de la gratification, il en refulteroit
qu'il fort chaque année d'Angleterre plus d'un million de feptiers de grains. Mais
comme il en fort beaucoup fur lefquels on n'accorde pas de gratification, on fera
bien plus étonné d'apprendre que l'état des exportations préfenté à la Chambre des
Communes en 1751, prouve qu'il eft forti d'Angleterre depuis 1746 jufqu'à la fin
de :750, 5, :923 OCO 2 quarters de grains de toute elpéce, qui font 10, 580,
000, feptiers de Paris; que ccs grains ont été vendus 7, 405, 900 liv. fterl.,
faifant 170, 335, 000 liv. tournois 3 & par année 34, 067, 000 livres de France,
dont l'Angleterre s'eft enrichie tous les ans aux dépens des autres Nations. Que lon
calcule entiite le nombre d'bo:runes que la culture de çes grains eutretient en An- --- Page 563 ---
PAF R M ARSEILLE,
gleterre, le nombre de Matelots que cette exportation fait
&
zous les avantages que ce Royaume tire de fon agriculture, fubfifter, tent pour la l'on verra COMMERCE
que pour les confommations qui augmentent les revenus de l'Etat. population det grains. fubfiftance de ces hommes en Angleterre, font autant de sicheffes & L'emploi & la
levés aux Etats qui ont eu befoin de ces grains. Quelle
matiere d'hommes enEf-il une mine plus abondante ? C'eft leur intelligence ample la leur a fait à réflexions ! & mettre en valeur. qui
découvrir
Si notre culture étoit bien animée & bien foutenue 3 nous ferions
les tomber tout le Commerce de grains des Anglois > pouvant
infailliblement en tout
donner à un tiers meilleur marché qu'eux. Cette premiere branche prefque
tems
eft la plus sûre & la plus intéreflante. de Commerce
Ier Ces leurs exemples prouvent évidemment que les Nations fçavent le mieux calcuDantzick intérêts, ont une pratique toute différente 2 la nôtre. Amfterdam &
qui ne produifent
de grains, ne cherchent
dre, & ne font rien pour Eette attirer; l'altivité & la liberté cependant du
qu'à en venamene fans effort. L'Angleterre qui en produit, & qui doit être Commerce les leur
raifon avec la France, empêche l'entrée des grains
& prife en compafortie de fes productions, par une fomme qui paroit étrangers, exorbitante récompenfe mais
la
entrer dans ce Royaume plus de trente-quatre millions par année.
, ne cherchent
dre, & ne font rien pour Eette attirer; l'altivité & la liberté cependant du
qu'à en venamene fans effort. L'Angleterre qui en produit, & qui doit être Commerce les leur
raifon avec la France, empêche l'entrée des grains
& prife en compafortie de fes productions, par une fomme qui paroit étrangers, exorbitante récompenfe mais
la
entrer dans ce Royaume plus de trente-quatre millions par année. >
qui fait
II n'eft peut-être pas néceffaire en France de rien facrifier à
tentons-nous de changer de méthode , & de réformer nos Réglemens. l'exportation ; n'en- contretiennent & les plus un préjugé défavorable 3 qu'ils encouragent les marchands Qu'ils de
magalins; qu'ils ne s'oppofent jamais à la circulation des grains dans grains
rieur, qu'ils en facilitent les débouchés, à l'exemple des autres
l'inté- nous
jouirons de tous les avantages que peuvent nous donner nos terres Nations, & nos moiffons. &
SEPTIEME OBSERVATION,
Examinons fans prévention la police des autres Etats fur les
& profitons de ce qui nous paroîtra
grains ,
à bouleverfer
avantageux ; mais ne cherchons
le
nos ufages dans la culture des terres, & nos Loix
commerce des
Er
&
grains. Que Dantzick, la Barbarie, la Hollande
T'Angleterre pratiquent ce qu'ils jugeront à propos : Si nous faifions
un examen de leurs méthodes > nous les trouverions fujettes aux plus
grands inconvéniens 2 & plus défectueufes que la nôtre. C'eft la fertilité des terres & une bonne culture, qui font la caufe des récoltes
abondantes. Améliorons donc nos terres, & favorifons & encourageons
Tagriculture; c'eft tout ce que nous avons à faire. Si nous découvrons des
abus, reformons-les, & tenons nous en là. La Barbarie laiffe
fes bleds; 5 oui, malheureufement pour nous qui les leur exporter
cherement qu'ils ne valent. Qu'on ne s'imagine pas que les Africains payons plus calculent comme font tous nos Ecrivains, combien la Nation
cette exportation ? S'ils vouloient calculer ainfi, ils inonderoient profite l'Eu- par
rope de leurs bleds 5 tant leurs terres font fertiles, & par
les récoltes abondantes. Les bleds que nous achetons en Barbarie, conféquent autres que ceux de notre Compagnie d'Afrique 1 font prefque tous chargés en contrebande fur des côtes défertes & à force
Dantzick
& la Hollande, ne font pas des exemples à propofer; d'argent. l'abondance
Yyy ij
ainfi, ils inonderoient profite l'Eu- par
rope de leurs bleds 5 tant leurs terres font fertiles, & par
les récoltes abondantes. Les bleds que nous achetons en Barbarie, conféquent autres que ceux de notre Compagnie d'Afrique 1 font prefque tous chargés en contrebande fur des côtes défertes & à force
Dantzick
& la Hollande, ne font pas des exemples à propofer; d'argent. l'abondance
Yyy ij --- Page 564 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
COMMERCE qu'on leur attribuc n'eft pas toujours réelle, & la difette s'y fait fent
des grains. tir plus fouvent que chez nous 5 leur fort dépend de celui qu'éprouvent
les propriétaires des bleds. des autres. Nations , ils n'achetent que leur
fuperilu, ils le voiturent, en font des amas pour le revendre avec bénéfice; leur fortune ne nous touche' pas, elle eft trop incertaine , & leur
pofition trop allarmante ; s'ils ne trouvent point de bled à acheter
ils font perdus. L'Angleterre a inventé un fyftéme tout-à-fait fingulier
pour favorifer fon agriculture. Elle a prohibé l'importation des bleds
étrangers 2 & elle a donné une liberté entiere à l'exportation des originaires. Elle a plus fait : clle a fixé le prix du bled, & lorfque ce
prix diminue ) l'Etat accorde une recompenfe pour chaque mefure de
bled exporté. Dans le vrai, l'Etat perd pour enrichir les particuliers.
Ily gagne dans le fens que les richefes des particuliers font la richeffe
de l'Erat. Cette méthode paroit admirable à un grand nombre de nos
Réformateurs de notre police fur les grains 5 ils voudroient qu'on l'adoptat tout de fuite , comme l'unique moyen de retablir notre agriculture; ils grofiffent la fomme du gain qu'ils ont fait, & qu'ils peuvent faire, & foutiennent que depuis cette heurcufe invention T'Angleterre
n'a jamais manqué de bled. Cette méthode n'eft ni bonne 3 ni praticable en France, quelque avantageufe qu'elle puife être pour. T'Angleterre. Nos pofitions font différentes 1 par conféquent notre conduite:
ne doit pas être la même. Je ne veux pas. examiner fi l'Angleterre,
depuis ce tems 1 n'a jamais manqué de grains. L'importation du bled
étranger qu'elle a permife à tout venant 1 lorfque les mauvaifes récoltes l'ont effrayée, l'exccffive cherté du pain 7 & la triite néceffité
où les habitans font quelquefois réduits de fe nourrir de pommes de
terre, ferviroient de preuves contraires. Je ne fais que l'examen de la
prohibition des grains étrangers, & de la libre exportation des originaires
avec une recompenfe déterminée. L'Angleterre foude toutes fes efpérances fàr la récolte de fes grains; fes terres ne produifent autre chofe,.
avec des pommes de terre & des raves. Elle n'a ni vignes, ni oliviers,
ni amandiers, 8xc. Si donc elle paye à l'étranger le prix du vin, de
Fhuile, , &xc. dont elle a befoin; & qu'elle confomme le produit de fes récoltes en grains 3 clle fcra bientôt ruinée 5 elle payera toujours & ne
recevra jamais rien. C'eft pour pouvoir compenfer qu'elle a été néceflitée de favorifer & de recompenfer l'exportation de fcs grains, 7
méme au rifque d'en manquer & de fe nourrir de pommes de terre.
Autre comideration. : T'Angleterre eft éloignée de la Méditeranée; le
trajet eft long eft difpendieux; ce n'eft cependant que vers ces Contrées où clle peut vendre fon bled, parce que les terres d'Eipagne 1
de France & de T'italie vers la Méditeranée, font plantées de vignes
de muriers, d'oliviers, 8c. 8. que par cette raifon le bled n'y eft pas fi
abondant. Ila été donc néceffaire de recompenfer les exportateurs du:
tled, afin qu'ils trouvaffent quclque bénéfice dans ce commerce. Fou-
cependant que vers ces Contrées où clle peut vendre fon bled, parce que les terres d'Eipagne 1
de France & de T'italie vers la Méditeranée, font plantées de vignes
de muriers, d'oliviers, 8c. 8. que par cette raifon le bled n'y eft pas fi
abondant. Ila été donc néceffaire de recompenfer les exportateurs du:
tled, afin qu'ils trouvaffent quclque bénéfice dans ce commerce. Fou- --- Page 565 ---
P A R M ARSEIL L E.
tes ces raifons font particulicres à l'Angleterre, & ne peuvent regarder COMMERCE
Ia France 1 qui, outre fes récoltes de grains, exporte à l'étranger fes vins, des grains..
fes huiles , fes amandes 1 &xc. II eft évident que fi toutes ces terres
étoient en grains > comme en Angleterre 9 la portion de vignes, 8c.
produiroit un fuperflu de bled qui periroit, f l'exportation n'étcit pas
permife. Je concluds de ce raifonnement 2 que T'exportation Angloife
n'eft praticable qu'en Angleterre y & que la France doit fc conduire
comme elle a toujours fait, fans s'embarraffer de ce que font les autres 1 elle n'a pas les inêmes motifs ; elle doit travailler à reformer
les abus & prendre toujours lexpérience pour guide. La prohibition de
l'exportation de nos grains à l'étranger, peut nous être avantagcufe
& la permiflion peut aufli nous être utile. C'eft notre fituation qui doit
décider pour ou contre. Si nous manquons de bled, l'exportation eft
nne folie; fi nous avons du fuperfu, > elle eft une néceffité 3 point de
milieu.
L'Ordonnance de 1687, titre 8, art. 6,prohibe la fortie des grains.
Un grand nombre d'Arrêts confirme cette prohibition, & une autre
grand nombre d'Arrêts permet la fortie. Ce font les circonftances
qui ont occafionné Ccs divers Réglemens. In'y a rien là de furprenant.
il fera néceffaire à l'avenir de tenir la même conduite ; le falut de
l'Etat y eft attaché, & la prudence l'exige.
DROITS D'ENTR É E.
Par le Tarifde 1664, les grains font impofés à D'entrée du Royaume..
SCAVOIR:
Le bled. .
2 liv. IO fols le muid.
Le feigle. .
2 liv.
.
idem.
L'avoinc. .
IO fols
idem.
La modicité du droit, fait affez connoitre combien 110S peres étoient:
allarmés des mots de difette & de famine., & combien ils défiroient que
le bled fut à grand marché & abondant. Ces droits > quelques modiquesqu'ils foient, 3 ont paru encore quelquefois trop forts, 5 & ont été ou
diminués ou fipprimés Par un grand nombre d'Arrêts que je ne citerai
pas 5 ily cn a trop. Nos befoins, nous fervoient de régles plus nousétions épouvantés, & plus nous favorifions l'importation dans le Royaume
du hled étranger. La Déclaration du 40 Uctobre 1740 peint vivement.
la grandeur de nos craintes, il faut la lire.
, 3 ont paru encore quelquefois trop forts, 5 & ont été ou
diminués ou fipprimés Par un grand nombre d'Arrêts que je ne citerai
pas 5 ily cn a trop. Nos befoins, nous fervoient de régles plus nousétions épouvantés, & plus nous favorifions l'importation dans le Royaume
du hled étranger. La Déclaration du 40 Uctobre 1740 peint vivement.
la grandeur de nos craintes, il faut la lire. --- Page 566 ---
COMMERCE DI E L'AMERIQUE
COMMERCE
des grains.
DECLARATION
DU
R O I,
Qui exempte de tous droits les bleds, grains & légumes qui entreront
dans le Royaume; ordonne la fixation des cens rentes 1 redevances,
minages 8 fermages qui fe payent en grains, 8 décharge des droits
de contrôle feeau, droits refervés ou rétablis, & de tous autres droits
les actes & procédures qui feront faits, & les Ordonnances & Jugemens qui feront rendus au Jujet des évaluations portées par la préfente
Déclaration, Lefquels pourront être expédiés en papier commun & non
marqué.
Donné à Fontainebleau Ic 26 OCtobre 1740.
OUIS par la grace de Dieu , Roi de France & de Navarre : A nos amés &
L féaux Confeillers les Gens tenant notre Cour de Parlement à Paris, SALUT.
Le défir que nous avons de procurer à nos Peuples tous les fecours qui peuvent
faciliter la diminution du prix des bleds & autres grains a dont les mauvaifes recoltes depuis plufieurs années ont occafionné la cherté, Nous a déterminé, en fuivant l'exemple que le féu Roi notre très - honoré Scigneur & Bifayeul, Nous a
donné dans le cours des années de 1709 & 1710 à exempter de tous droits 2 les
bleds, grains, & autres légumes qui entreront & feront apportés dans notre Royaume, tant par terre que par mer; comme auffi à pourvoir , tant à la fixation des
cens & rentes 2 qui fe payent en grains, qu'au foulagement de ceux qui font chargés de payer des redevances en bleds. A CES CAUSES > & autres à ce Nous mouvant, de l'avis de notre Confeil, & de notre certaine feience, pleine puiffance &
autorité Royale > Nous avons" dit 2 déclaré & ordonné, & par ces préfentes figaces
de notre main, > difons > déclarons & ordonnons, voulons & Nous plait,
ARTI CL E PRÉMI I E R.
Déchargeons les bleds, foit fromens > meteils ou feigles, orges > avoines, & autres grains, enfemble la farine & le pain, même les ris, pois 2 féves & autres
légumes qui entreront & feront apportés dans notre Royaume > tant par terre que
par mer, ou qui feront tranfportés d'une Province ou d'un lieu dans un autre,
jufqu'au dernier Décembre de l'année prochaine, de tous droits d'entrée 2 oftrois,
péages, & autres droits qui fe levent fur lefdits grains > pains & légumes, dépendant de nos Fermes; comme aufli des droits d'entrée s o8trois & péages, qui fe
levent fur lefdits graius *. pains & légumes par les Villes > Communautés, Pays
d'Etat, Seigneurs particuliers, Laiques & Eccléfiaftiques, Propriétaires ou Ufufruitiers defdits droits; le tout tant par eau que par terre, & fous quelque dénomi-
ages, & autres droits qui fe levent fur lefdits grains > pains & légumes, dépendant de nos Fermes; comme aufli des droits d'entrée s o8trois & péages, qui fe
levent fur lefdits graius *. pains & légumes par les Villes > Communautés, Pays
d'Etat, Seigneurs particuliers, Laiques & Eccléfiaftiques, Propriétaires ou Ufufruitiers defdits droits; le tout tant par eau que par terre, & fous quelque dénomi- --- Page 567 ---
PAR M ARSEILI L E.
nation lefdits droits fe levent, & pour quelque caufe & occafion qu'ils foient COMMERCE
établis &" accordés. Défendons à nos Fermiers, & pareillement aux Communautés
ou Particuliers, & à leur Fermiers, de les exiger ni recevoir pendant ledit tems, des grains.
quand bien même ils feroient volontairement offerts : même à nos Fermiers des
droits de barrage 2 de lever aucuns droits de barrage, ni autres, far les charrettes,
chevaux > mulets & autres voitures qui fe trouveront chargées defdits grains 7 farines,, pain, ris & légumes , à peine contre ceux qui y contrevicndront, d'être
contraints à la reftitution du quadruple de ce qu'ils auront reçu.
II.
Ordonnons que les droits de minage 2 levage, frage 2 mefurage 7 leide, placage,
eftallage, ftellage > tonlieu > & autres de pareille qualité, qui le perçoivent en efpéce, 7 foit par nos Fermiers & Receveurs, & par les Engagilles de nos domaines,
foit par les Villes ou Communautés, Seigneurs particuliers Lecléliaftiques ou
& autres Propriétaires; 3 foient convertis en argent, fuivant l'évaluation Laiques, en
faite fommairement & fans frais, dans huitaine 3 à compter du jour de qui la fera
cation de notre préfente Déclaration dans chaque Bailliage ou
publidevant les Lieutenans Généraux defdits Siéges > à la Requête de Sénechauffée, nos
parce qui aura lieu, même àl l'égard des droits de cette qualité qui fe perçoivent Procureurs dans 3
les terres tenues de Nous en Pairie 3 leiquels feront pareillement évalués les
Lieutenans Généraux des Siéges aufquels la connoiffance des cas Royaux par
dans lefdites terres.
appartient
III,
Ladite évaluation fera faite par provifion 2 & pour le tems & efpace d'une
née feulement 7 à compter du jour & date des préfentes > fur le pied du an- le
plus haut que les grains 3 les farines & légumes fur lefquels lefdits droits fe prix
çoivent, auront été vendus dans chaque lieu le prémier jour de marché de perfente année 1740 > fir lequel pied lefdits Lieutenans Généraux régleront ce la prépayé en argent 3 an lieu de ce qui fe payoit ci-devant en efpéces dans les qui fera
des lieux où ladite évaluation fera faite ; & le Tarif defdits droits ainfi marchés
fera dépofé au Greffe de la Juftice de chaque lieu de marché, & tranferit évalués dans 7
un tableau qui fera expofé dans un lieu le plus apparent du marché, 3 même
voyé par nos Procureurs defdits Bailliages & Sénechaullees, dans toutes les enfoit de Nous ou des Seigneurs Hauts-Jufticiers de leur reffort, 2 pour être Juftices,
publié à l'Audience, & enregiftré au Greffe defdites Juftices. Voulons y là &
qui jufqu'à préfent ont été en poffeffion de ne point payer lefdits droies que tous ceux
n'en payer que partie, 2 continuent d'en jouir ainfi que par le paffé.
> ou de
IV.
N'entendons rien innover, au furplus, à l'égard des lieux oi ces droits ont été
perçus fureurs jufqu'à préfent en argent 2 ni préjudicier en aucune maniere à ceux
criés ell titre d'Uffice par Nous & par les Rois nos
des medans notre bonne Ville de Paris, que dans les autres Villes & lieux prédéceffeurs, de notre tant Rom
yaume.
uent d'en jouir ainfi que par le paffé.
> ou de
IV.
N'entendons rien innover, au furplus, à l'égard des lieux oi ces droits ont été
perçus fureurs jufqu'à préfent en argent 2 ni préjudicier en aucune maniere à ceux
criés ell titre d'Uffice par Nous & par les Rois nos
des medans notre bonne Ville de Paris, que dans les autres Villes & lieux prédéceffeurs, de notre tant Rom
yaume. --- Page 568 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE
des grains.
V.
Les arrérages des cens, rentes foncieres, & autres redevances payables en
grains, qui ont échus CIl écherront jufqu'au prémier Janvier 1741 ne pourront
être exigés qu'en argent, & feront payés 7 fçavoir; ceux échus ou i écheoir pendant le cours de la préfente année fur le pied de ce que les grains auront valu
au premier jour de marché du mois de Janvier dernier, dans le marché le plus
prochain, à la feule exception de celles aflignées fur des moulins, où le droit de
mouture fe paye en efpéces, à l'égard defquelles ne fera rien innové. Et à l'égard
des arrerages defdits cens 2 rentes foncieres, ou autres redevances, échus les années
précédentes 2 ils feront payés en argent fur le pied de ce que les grains de lefpéce dans laquelle its font payables, auront valu dans le tems de leur écheance,
ce qui aura lieu non-obftant tous Arrêts, Jugemens, Aêtes ou Tranfacions 3 fuivant lefquels lefdits arrerages feroient payables en grains. Et: à l'égard des Altes
ou Jugemens qui auroient acquis l'autorité de chofe jugée & fuivant lefquels le(
dits arrerages feroient payables en argent à une autre évaluation que celle portée
par la préfente Déclaration, ils feront exécutés fans préjudice des voies de droit,
fi aucunes y a; & fera l'évaluation ci-deffus ordonnée, , faite par le Juge ordinaire
des lieux, fur l'extrait des regiftres de la vente des grains du marché le plus prochain.
VL
Toutes les charges réelles aflignées uniquement fur des cens, , rentes & redevances foncieres payables en grains > ne pourront être exigées par ceux auxquels elles
font dies, que dans les mêmes efpéces & de la même maniere que lefdits cens 3
rentes & rédevances foncieres fur lefquels elles doivent être prifes, feront exigibles firivant la préfente Déclaration.
VIL
Et comme la diverfité des accidens que les grains ont fouffert cette année, ne
nous permet pas de pourvoir par un Réglement général & uniforme dans tout notre Royaume, à ce qui concerne le payement des fermages payables fuivant les
baux, en une certaine quantité fixe de grain ; Nous ordonnons que nos Cours de
Parlement, pourvoyent pendant le cours de la préfente année feulement, chacune dans VolP reffort > par des Réglemens convenables à la qualité de la recolte,
fur les avis des Officiers des lieux, ou autrement; & cependant nous ordonnons
qu'il foit furlis au payement defdits fermages fi ce n'eft que les propriétaires offrent de recevoir en argent > ce qui eft payable en grains, qui feront évalués fur
le pied de ce que les grains auront valu au premier jour de marché du mois de
Janvier dernier, dans le marché le plus prochain.
VIIL
Tous les exploits & procédures, enfemble toutes les Ordonnances & Jugemens
qui feront faits ou rendus,, pour parvenir aux évaluations ci-deffus ordonnées feront ekempts de la formalité du Contrôle, du Sceau, droits refervés ou rétablis 2
& de tous autres droits, & pourront être faits & expédiés en papier commun &
non
ce que les grains auront valu au premier jour de marché du mois de
Janvier dernier, dans le marché le plus prochain.
VIIL
Tous les exploits & procédures, enfemble toutes les Ordonnances & Jugemens
qui feront faits ou rendus,, pour parvenir aux évaluations ci-deffus ordonnées feront ekempts de la formalité du Contrôle, du Sceau, droits refervés ou rétablis 2
& de tous autres droits, & pourront être faits & expédiés en papier commun &
non --- Page 569 ---
PAR MARSEILL 2e E.
Hon marqué : ordonnons en outre que pendant le cours d'une année, a compter COMMERCE
du jour de notre préfente Déclaration, toutes les procédures qui feront frites, tant des
cll matiere civile que criminelle , à la Requéte de nos Procureurs Generaux en nos
grains.
Cours de Parlement de nos Procureurs dans nos Lailliages ou Senéchnufices, i'revôtés, & autres juftices Royales à Nous appartenant > & dans les Maréchatiflees,
& pareillement celles faites à la Requête des Procureurs Fifcaux dans les Juftices
des Sieurs Hauts-Julliciers, concernant la police des bleds c autres greins, foront pareillement exemptes du papier timbré, ainfi qu'elles le font de la formalité
du Contrôle, , & autres droits : Et que pareillement toutes les Ordonnances, Sentences, Jugemens & Arrêts qui interviendront à la Requête des Officiers ci-deffus
nommés, fur lidite matiere, feront exempts de la formalité des
Sceaux, droits
réfervés ou rétablis, & de toutes autres, & pourront être faits Eoty expédiés en papier
& en parchemin comninuns & non marqués.
IX.
Ne pourront les Parties fe pourvoir 2 pour tout ce qui regarde l'exécution de la
préfente Déclaration & généralement pour tout ce qui peut concerner la police
fur les grains, qu'en nos Cours de Parlement, nos Bailliages, Sénéchauffées >
Prévôtés & autres nos Juftices ordinaires des lieux, ou dans celies des Sieurs HautsJufticiers > chacune en ce qui eft de leur compétence, ou par-devant les Juges qui
feroient commis par nos Cours, & ce nonobftant tous Committimus, Gardes-gardiennes 2 priviléges & évocations générales ou particulieres, auxquels Nous avons
dérogé & dérogeons pour ce regard; permettons efdits cas à nos Cours de Parlement & autres Juges ci-deffus, de paffer outre aux procédures 3 inftruétion & Jugement des Procès, fans s'arrêter auxdits Committimus, Gardes-gardiennes, & évoçations fignifites
X.
Voulons que dans tous lefdits cas & cnnteftations particulieres qui pourroient
naître en exécution de la préfente Déclaration & police fur lefdits grains > il ne
puiffe étre prononcé aucun appointement, fauf au cas les conteflations ne puiffent pas être jugées fur le champ, > être ordonné par R Juges >, que les piéces
foient mifes fur le Bureau > pour y être déliberé 2 & le déliberé jugé dans trois
jours, & prononcé au premier jour d'Audience.
Si vous mandons que ces préfentes vous ayez à faire lire, publier &
même en tems de Vacations 3 & le contenu en icelles garder & obferver regiftrer, felon
leur forme & teneur > nonobftant toutes chofes à ce contraires, auxquels nous
avons dérogé & dérogeons par ces préientes: Car tel eft notre plaifir. En témoin
de quoi Nous avons fait mettre notre fcel à cefdites préfentes. Donné à Fontaineblean le vingt-fixième jour d'O8tobre, l'an de grace mil fept cens quarante 2 & de
notre régne le vingt-fixième. Signé, LOUIS. Et plus bas, Par le Roi, PHELYPEAUX.
Vu an Confelt, URRY. Et icellé du grand Sceau de cire jaune.
Regifrée à Paris, en Parlement en Vacation, le 27 Ocobre mil Jepr cens quarante.
Signé, YSIBEAU
Tous les Réglemens pour la diminution ou la fuppreflion des droits
d'entrée dans le Royaume fr les bleds étrangers 3 ou de paffage d'uue
Tom. II.
Zzz
UIS. Et plus bas, Par le Roi, PHELYPEAUX.
Vu an Confelt, URRY. Et icellé du grand Sceau de cire jaune.
Regifrée à Paris, en Parlement en Vacation, le 27 Ocobre mil Jepr cens quarante.
Signé, YSIBEAU
Tous les Réglemens pour la diminution ou la fuppreflion des droits
d'entrée dans le Royaume fr les bleds étrangers 3 ou de paffage d'uue
Tom. II.
Zzz --- Page 570 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE Province dans une autre, n'étoient que pour un tems limité; de noudes grains. velles circonftances occaiionnoient de nouvcaux Réglemens. Ce ne fut
qu'en 1742 3 quc le Confeil, par décifion du I5 Octobre 7 fupprima
lefdits droits d'entrée, jufqu'à ce qu'il en fut autrément ordonné; ce
qui a eu fon exécution jufqu'aujourd'hui. Le motif de cette décifion 3
fut que lorfque nous aurions une récolte abondante, il ne viendroit
jamais du bled de l'étranger. Quel intérêt auroient les Marchands d'en
faire venir ? Ce ne pouvoit être que dans un tems de foupçon de difette ou d'un véritable befoin 3 & pour lors on ne peut trop en favorifer l'importation en France. Ce raifonnement eft tout pour l'avantage
des pauvres 3 refte à fçavoir s'il eft également favorable à notre agriculture ; car enfin il peut fort bien arriver, que malgré l'abondance de
nos récoltes , & quoique nous ayons plus de bled qu'il ne nous en
faut, l'étranger nous en envoye encore, non pas parce que nous en
manquons, 3 mais parce qu'il elt trop abondant chez lui, & qu'il préfere de le vendre à un bas prix, plutôt que de n'en faire aucun ufage.
Il ne paroit pas par le tarif de la douane de Lyon, qui cft le droit
d'entrée en Provence, que le bled ait été impofé à l'entrée. Il ne payoit
que le droit de la table de mer, 1 qui fut fixé à un fol la charge., par
Arrêt du 2I Mars 1705. En voilà affez fur les droits d'entrée du bled;
puifqu'ils font exempts préfentement de tous droits de circulation par
la Déclaration du 25 Mai 1763, & d'entrée par la décifion du IS
Oétobre 1742.
DROITS DI E SORTII E.
Dans la perfuafion où nos peres étoient que la plus grande abondance
étoit le plus grand bien de TEtat, fans con@idérer fi l'aviliffement de
nos denrées ne ruinoit pas notre agriculture, ils avoient favorifé par
toute forte de moyens T'importation en France des bleds étrangers. On
a vu la modicité du droir d'entrée, & enfuite l'exemption entiere. Ce
principe pofe, ils regardoient la fortic de nos grains comme pernicieufe 5 on en a vu la prohibition par l'Ordonnance de 1687, * & quand
l'abondance de nos récoltes nous avoit obligés d'cn laiffer fortir pour
T'étranger, les droits de fortie étoient proportionnés au regret que
nous eil avions.
Par le Tarif de 1664, , les grains, font impofes à la fortic du Royaume.
SCAVOIR:
Le bled. -
22 liv. . le muid y compris 20 liv. de domaniale.
Le feigle. . a 16 IO . idem. y compris I5 : idem,
L'avoine. -
13 6. idem. y compris I2 - idem,
T'étranger, les droits de fortie étoient proportionnés au regret que
nous eil avions.
Par le Tarif de 1664, , les grains, font impofes à la fortic du Royaume.
SCAVOIR:
Le bled. -
22 liv. . le muid y compris 20 liv. de domaniale.
Le feigle. . a 16 IO . idem. y compris I5 : idem,
L'avoine. -
13 6. idem. y compris I2 - idem, --- Page 571 ---
PAR MARSEILLE.
Ces droits joints à ceux de péages , pallages 9 8c. devenoient très- COMMERCE
confidérables. Ce Tarif n'eft pas exécuté dans les Provinces Méridiona- des grains.
les: voici les droits de fortie de la Provence.
Le bled. . I I. 2 f 8 d. la charge, 9 du poids de 250 I. poids de marc.
S A V OIR:
Foraine.
6 f 8 d.
Domaniale. .
I5
I liv. 2 £ d.
Table de mer. .
I
Le feigle & le meteil. e I liv. I C la charge.
S $ A V O I R:
Foraine. .
IO fols.
Do:maniale. .
IO
liv. I f
Table de mer. e
I
Il eft bon de faire connoitre ce que c'eft que foraine & domaniale;
cette connoilfance eft néceffaire aux habitans de la Provence. Les troubles qui agiterent la France du tems de la ligue 1 forcerent le Roi
Henri IV de mettre quelques impôts pour payer les frais de la guerre.
Il impofa un droit fur les bleds, vins, beftiaux 8c chataignes, , (appellé
patente en Languedoc, & foraine en Provence ) qui feroient tranfportés tant hors du Royaume 1 que dans les Provinces où les Aydes
n'ont pas cours, de 15 fols par charge de bled, de 30 fols par muid
de vin, de 30 fols par boeuf , vache 1 mulet, cheval & jument $ de IS
fols par mouton & pourçeau, & de IO fols par charge de chataignes.
Les habitans de ces Provinces firent des repréfentations qui furent favorablement écoutées, & en conféquence par une Déclaration du 21 Décembre 1605, il fut ordonné que conformement à FEdit de 1577,
pour la traite domaniale ce droit ne feroit dà qu'autant que lefdites
marchandifes fortiroient du Royaume pour l'étranger. Il fut en mêmetems reglé par ladite Déclaration, que. ledit droit feroit perçu 7 réduétion faite des mefures mentionnées dans l'Edit de 1577, celles
du Languedoc conjointement avec les droits forains dans tous les
Bureaux & paffages, ) ( quoiqu'il n'y eut que certains Ports & Havres
dénommés dans le même Edit pour en faire la levéc ) fçavoir IS fols
pour chacune charge de bled,1o fols par charge de meteil ou feigle,
fols 6 d. par chacune charge d'orge, avoine ) ou légumes, &c.
n'eft plus queftion aujourd'hui, de tous ces anciens droits impofés
S7
à la fortie 9 qui étoient quelquefois augmentés & triplés, fuivant qu'il
Zzz ij
ut que certains Ports & Havres
dénommés dans le même Edit pour en faire la levéc ) fçavoir IS fols
pour chacune charge de bled,1o fols par charge de meteil ou feigle,
fols 6 d. par chacune charge d'orge, avoine ) ou légumes, &c.
n'eft plus queftion aujourd'hui, de tous ces anciens droits impofés
S7
à la fortie 9 qui étoient quelquefois augmentés & triplés, fuivant qu'il
Zzz ij --- Page 572 ---
CONMERCE DE LAMÉRIQUE
COMMESCE étoit jugé néceflaire. Par nouveau Réglement du 16 Novembre 17341
des grains. I droit de fortie a été coufidérablement diminué & rendu uniforme
tout le Royaume; toutes fortes de grains ne payent plus que 23
Tourp par muid ou 17 fols 6 d. par tonneau,, CC qui revient à IO den.
& demi par quintal poids de marc. Jc joins ici cet Arrêt, il m'ap para
trop important pour ne pas le rapporter.
A R R E S T
DU CONSEIL D'ETAT DU ROI,
Quifire les droits de fortie, qui feront payés dans les Bureaux des
Fermes du Roi, fur les grains dont on permettra le tran/port hors
du Royaume.
Du 16 Novembre 1734.
Extrait des Régiftres du Confeil d'Etat.
ayant par différens Arrêts de fon Confeil, & notamment par ceux
LEAOL :2 Avril, 6 Mai& :8 O8tobre 1732, permis la fortie des grains pour
PEtranger, par différens Ports de Bretagne, en payant, fuivant l'Arrêt da 28 Octobre 1723, dix fols par tonneau de froment ol méteil, & buit fols par tonnean
de feigle, orge, baillarge & autres menus grains : & Sa Mujefté étant informée
qu'il y a nfucllemert dans plufieurs autres Provinces du Royaume, des quantités
confidérables de grains, dont les Habitans, Fermiers & Propriétaires ne peuvent
trouver le débit dans l'intérieur du Royaume, quoique le tranfport en ait été
permis par les Arrêts du Confeil du 17 Août dernier; & Sa Majefté voulant,
Jorfqu'elle trouvera à propos d'accorder des permillions de faire fortir des grains
defdites Provinces hors de fon Royaume, faciliter la fortie defdits grains: Ouile
rapport du ficur Cry, Conteiller dEtat & ordincire au Confeil Royal, Contrôleur
Général des Finances. Sa Majefté étant en fon Confeil, a ordonné & ordonne qu'à
compter du' jour de la datte du préfent Arrêt, les Marchands, Négocians ou autres qui feront fortir du Royaume des grains, foit fur les permiions générales,
foit fur les paffe-ports & permiflions particulieres que Sa Majefté jugera à propos
d'accorder, > ou de leur faire donner par les Sicurs Intendans & Commiffaires dépaitis, ne feront tenus de payer que fols par mrid, melure de Paris, oul 17
fols fix deniers par tonneau du poids à2 deux milliers: Et au cas defdites permiffions 2 veut Sa Majefté qu'il foit fait dans le Eureau de fortie, des déclarations de
la quantité & qualité des grains, avant les chargemens, pour être lefdits droits
payisgle tout à peine de confifcation. & de mille livres d'amende. N'entend Sa Majefté, déroger par le préfent Arrêt, aux difpofitions des Arrêts des 22 Avril,
Mai & 28 Oaobre 173:, rendus au fujer des droits qui fe doivent paycr fur les
veut Sa Majefté qu'il foit fait dans le Eureau de fortie, des déclarations de
la quantité & qualité des grains, avant les chargemens, pour être lefdits droits
payisgle tout à peine de confifcation. & de mille livres d'amende. N'entend Sa Majefté, déroger par le préfent Arrêt, aux difpofitions des Arrêts des 22 Avril,
Mai & 28 Oaobre 173:, rendus au fujer des droits qui fe doivent paycr fur les --- Page 573 ---
PAR M ARSEILL 1e E.
grains fortant de la Province de Bretagne, lefquels feront exécutés felon leur forme COMMERCH
& tencur. Fnjoint Sa Majelté aux Sieurs Intendans & Cominiffaires départis dans des
les Provinces & Généralités da Royaume , de tenir la main à l'exécution du pré- graing
fent Arrêt, qui fera ld, publié & affiché par-tout oùt befoin fera, à ce que perfonne n'en ignore. Fait au Conteil d'Etat du Roi, Sa Majetté y étant > tenu à
Fontainebleaut le feizième jour de Novembre mil fept cens trente-quatre.
Signé, PHELYPEAUX.
OBSERVATIO N S
Sur les droits d'entrée 6 de fortie des grains.
Les droits d'entrée & de fortie 1 impofés fur quelques denrées 8
quelques marchandifes, n'ont pas toujours pour objet l'augmentation des
revenus de l'Etat; d'autres confidérations également intéreflantes en déterminent la quotité ou l'exemption 3 relativement à T'encouragement
dont nos Mamufa@tures ont befoiu ou à la néceffité d'en faire venir de
l'étranger. Je le repete, l'agriculture eft la grande Fabrique du Royaume;
les denrées que nous recueillons font les marchandifes qui en proviennent. Il faut donc examiner l'intérêt que nous avons dans l'importation
des grains étrangers dans le Royaume 3 ou dans l'exportation des
grains originaires à l'étranger, & files droits impofés à l'entrée ou à la fori
tie defdites denrées 3 nous feront nuifibles ou profitables. Pour en juger
fainement, il ne faut point perdre de vue le principe établi 3 que fi
l'exportation eft utile, clle eft néceffaire & que l'importation eft toujours néceffaire, dès qu'elle peut être utile. Nous ne devons donc exporter qu'autant que nous avons de fuperfu, & nous ne devons importer qu'autant que nous fommes dans la difette ; or fi nous manquons de bled, & que nous en tirions de l'étranger, nous diminuors
par cette importation la valeur de Ia petite quantité de bled, quir nous
refte, & nous achevons de ruiner les Cultivateurs. Comment trouveront-ils les frais néceffaires pour la préparation des terres de la prochaine récolte 3 fi n'ayant recueilli qu'un quart du produit ordinaire,
le firhaulfement du prix de ce quart nc les dédommage pas jufqu'à un
certain point 3 Ils font perdus fans reffource. Il paroit donc qu'il faut
pour empêcher l'aviliflement de nos grains > lorfque la rareté doit leur
donner du prix, mettre une impofition à l'entrée du Royaume 2 proportionnée à la valeur aétuelie des bleds originaires, & à celle del'achat des bleds étrangers. Ce font les circonftunces qui doivent fervir
de régle 1 car fi le blei origiaire montoir à un trop hant prix, bien
loin de mettre I211 droit d'entrée fur le bled étrauger, il feroit avantageux d'accorder une gratification pour le bled importé. La hardieffe
de tant d'Ecrivains , à décider cC qu'il convient de faire tant pour l'ex-
ie des bleds originaires, & à celle del'achat des bleds étrangers. Ce font les circonftunces qui doivent fervir
de régle 1 car fi le blei origiaire montoir à un trop hant prix, bien
loin de mettre I211 droit d'entrée fur le bled étrauger, il feroit avantageux d'accorder une gratification pour le bled importé. La hardieffe
de tant d'Ecrivains , à décider cC qu'il convient de faire tant pour l'ex- --- Page 574 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
COMMERCE portation que pour l'importation des grains 1 eft choquante ; il femble
des grains, donc que je deviendrai aufli blamable qu'eux , de propofer un nouveau
fyftême. Oui, je le ferois, je T'avoue, fi je prétendois que mon fentiment dut fervir de regle ; mais reconnoillant le Miniftere plus éclairé
& plus fage que moi, je le fapplie de le regarder comme une imagination de ma part, qui prouve feulement mon zéle pour le bien public. Je dis donc que dans tout autre cas 3 le droit d'entrée dans le
Royaume far le bled doit être de 40 fols le cent pefant poids de marc,
le feigle & meteil de 20 fols, & les autres grains & grenailles de IO fols.
Voilà pour Timportation. En fuppofant que nous avous de fuperflu, nous
fçaurous par FEtat général dont j'ai déjà parlé, le montant dudit fuperflu, & fi l'exportation eft néceflaire. Les Marchands de grains qui
ont entrepofé de bled pour Tapprovifionnement des villes 1 doivent jouir
de la faveur de ladite exportation cn franchife du droit de fortic 1 relativement à la quantité entrepofée, &sily a une plus grande quantité de bled à exporter 3 ceux qui en obtiendront la permiflion ) doivent
payer à la fortie du Royaume, le même droit impofe à l'entrée ; fçavoir, le bled 40 fols le cent pefant, le feigle & le meteil 20 fols, &
les autres grains & grenailles IO fols 1 à moins que par une trop grande
abondance notre bled ne fut au-deffous de fa valeur ordinaire; car
pour lors limpofition à la fortie feroit déplacée, & il faudroit encourager l'exportation par des recompenfes. Il eft facile d'établir une regle certaine à ce fujer; c'eft le prix du pain qui décidera la queftion.
Si la livre de pain vaut plus de 2 fols, l'impofition eft néceffaire, &
fi elle ne vaut pas 2 fols la franchife doit êtrc accordée.. Je dis que
Timpofition eft néceffaire: ; parce que les exportateurs de bled ne l'envoyeroient pas à l'étranger, s'ils n'étoient pas certains de le vendre
plus cher qu'en France ; par conféquent il fcroit à craindre - fi les
grains valoient plus à l'étranger qu'en France, & que l'exemption des
droits de fortie fut accordée, que l'avidité du gain, ne favorifat l'enlevement de ce qui nous eft néceffaire. Le moindre mal qui put en arriver, feroit le furhauffement du pain fans que le Cultivateur retirât
aucun bénéfice de cette plus value, parce qu'il n'auroit plus de grains
à vendre. Nous en avons eu la preuve, ili n'y a que quelques mois à Marfeille. Le pain ne valoit que 2 fols la livre, lorfque les nouvelles d'une
efpéce de famine dans le Royaume de Naples 3 s'étant repandues de
tous côtés 1 chacun devint Marchand de bled. Il y avoit gros à gagner, & le guin eft l'ame du commerce. La fortie n'étoit pas permife ; n'importe, le prix du bled augmentoit chaque jour 3 & le pain
valut bientôt 3 fols la livre, & il en auroit valu fix, fi l'autorité n'avoit reprimé l'avidité des acheteurs. Je m'arrête : je ne fçaurois défendre la caufe des pauvres fans trouver des coupables, & je fouhaite qu'il
n'y en ait point parmi mes Concitoyens. Je tire la confequence, que
f le Gouvernement ne limitoit pas l'exportation des graius à l'étranger,
3 & le pain
valut bientôt 3 fols la livre, & il en auroit valu fix, fi l'autorité n'avoit reprimé l'avidité des acheteurs. Je m'arrête : je ne fçaurois défendre la caufe des pauvres fans trouver des coupables, & je fouhaite qu'il
n'y en ait point parmi mes Concitoyens. Je tire la confequence, que
f le Gouvernement ne limitoit pas l'exportation des graius à l'étranger, --- Page 575 ---
PA R M. ARSEILL E.
&
ceux qui font ce commerce euffent avis qu'en l'exportant il en COMMERCE
réfulteroit quc pour eux un bénéfice affuré , ils enleveroient tout le bled de des grainsy
la Provinec, & reduiroient le peuple à la plus affreufe des miferes.
Le Marchand n'eft que Marchand, dont le but eft d'acheter pour venc'eft aux Loix à les empécher de nuire, & c'eft à la
dre avec à faire profit; exécuter ces Loix. Je ne conçois pas 3 comment on ofe
police
l'exportation libre - 9 générale & illimitée de nos
encore à plaider Tétranger, pour fans un examen préalable fi nous en avons de refte.
grains La récolte à venir, ne fçauroit remédier à une famine préfente. Tous
les raifonnemens de ces Ecrivains, ne font que fpécieux & leur zéle eft
ne rien dire de plus. Bien loin donc de penfer
très-imprudent 1 pour
fouhaiterois
qu'iune exportation libre & générale foit avantageufe, je
qu'on détermina les Ports & les Bureaux ) à l'exclufion de tous autres,
par lefquels on pourroit exporter nos grains à l'étranger 9 pour les
quantités qui feroient permifes i autrement la rufe & la fraude rendront la loi inutile. Pareils abus font trop dangereux pour les négliger;
la défolation d'un Etat en feroit la fuite.
établi fous les
Il feroit à défirer qu'ily y eut un Bureau d'abondance
yeux du Miniftere, pour faire exécuter la police des grains dans tout
le Royaume, & que ce Bureau eut les fonds néceffaires pour diftribuer
les gratifications dont j'ai parlé, tant àl'importation 1 qu'à T'exportation,
& pour les bleds entrepofés qui auront féjourné plus de trois mois
en magafins. Les fonds font trouvés fi on veut faire porter à la caiffe
dudit Bureau d'abondance le produit de la recette des bleds importés
en France ou exportés à l'étranger. Pourquoi ne le voudroit on pas ?
cefont les bleds qui doivent fournir aux bleds , & jamais recette n'auroit
été mieux employée. obfervation la juftification du crime de moJe finis cette longue
par.
nopole qu'on impute trop legerement à nos marchands de grains. Que
font-ils 3 Ils achetent les grains qui font en vente > & les renferment
dans des magafins 7 pour les envoyer dans les lieux oû ils efpérent les
revendre avec avantage. Quel mal y a-t-il? Peuvent-ils faire autrement 3
Que deviendroit notre agriculture fans Jes Marchands de grains 2 Les
Cultivateurs feroient embarraffés de leurs denrées 9 & nos villes manqueroient fouvent du bied néceffaire pour la fubfiftance de leurs habitans.
liya néceffité, ou que P'Etat fe charge de ce commerce, ou qu'il foir
confié à d'autres. L'Etat ne peat point s'en charger, il faut donc qu'il
y aye des Marchands de graiss, & ils doivent étre protégés & encouragés, puifqu'ils font non - feulement utiles 7 mais encore néceflaires au
bonheur de la fociété. L'avidité de quelques uns ne doit point faire
fnfpeéter la probité des autres ; les fautes font perfonnelles dans ce
négoce, comme dans toutes les autres hranches de notre commerce.
Iyaura toujours des abus, même dans les établillemens qui femblent
les exclure. Les Loix font pour les prévenir & les détruie, & la po-
és & encouragés, puifqu'ils font non - feulement utiles 7 mais encore néceflaires au
bonheur de la fociété. L'avidité de quelques uns ne doit point faire
fnfpeéter la probité des autres ; les fautes font perfonnelles dans ce
négoce, comme dans toutes les autres hranches de notre commerce.
Iyaura toujours des abus, même dans les établillemens qui femblent
les exclure. Les Loix font pour les prévenir & les détruie, & la po- --- Page 576 ---
COMMERCE DE L'AMÉRIQUE
COMMERCE lite pour maintenir le bon ordre ; il n'y a donc ni monopole ni ufure
des grains. di I1S l'achat & la vente des grains 2 ou du moins ils font rares & faciles a détruire ; Ia haine publique les découvrira bientôt. C'eft donc
une prévention injufte d'en accufer les Marchands de grains, parce
qu'ils font 1li1 commerce qu'il importe à la fociéré qu'ils failent. L'ufure ne fait fes ravages qu'à la campagne ; c'eft là où la police
doit veiller, & avoir toujours les yeux ouverts pour anéantir une manoeuvre qui dévore les Cultivateurs. Un pauvre Laboureur manque de
grains pour entemencer fes terres; il a recours aux Ufuriers; ils luien
fourniffent autant qu'il en demande, avec une efpéce d'empreffement ;
mais à quel prix & à quelles conditions ? Ceux qui habitent la campague le fçavent; les récoltes font promifes en verd, & fouvent fi
l'aunée n'eft pash heureufe, elles fuffifent à peine pour libérer cet infortuné. Voilà les Ufuriers 5 eux feuls méritent l'indignation publique 3 &
les châtimens de la juftice. Iy auroit un reméde à ce malheur, 3 qui
devient la fource de tant d'autres: le voici. Chaque Communauté devroit avoir IIlI magafin pour fournir la femence néceffaire aux pauvres
Laboureurs: ; cette dépenfe n'eft pas confidérable , & n'exige point de
frais d'entretien 7 parce que la quantité de femcnce délivrée aux Culzivateurs, feroit retirée à la récolte avec le dixième en fus; ce dixième eft fuffifant pour fournir aux frais. Un pareil établiflement me paroit
bien falutaire; puiffe-t-il avoir fon exécution. Nous avons furpaffe ros voilins par les Arts & les manufafures que nons avons
perfectionnés; ils cherchent à faire Aleurir chez eux ces mémes arts dans leiquels
nous avons excellé; ne devons-nous pas craindre qu'ils ne parviennent enfin à fe
paller de notre induftrie & de nos modes qui nous ont comblé de richeffes ? Toute
i'Europe et à préfent gouverice
T'etprit de Comnerce, & m.lgré notie attention, , le notre peut s'affoiblir EET perdre plufieurs de fes branches. Quelque révolution qui puife arriver, celui des grains fera toujours le plus important, &
doit commander aux autres. Rappellons-nous que ce n'eft pas toujours la fertilité du terrein qui donne l'abondance, mais les foins que prend le Gouvernement d'en favorifer ia culture. Tant
que les grains feront à un prix avantageux, nous ne verrons point de terres incultes, & nous ferons affurés de la population > de la force, de la richeffe, &
des reffources de l'Etat.
volution qui puife arriver, celui des grains fera toujours le plus important, &
doit commander aux autres. Rappellons-nous que ce n'eft pas toujours la fertilité du terrein qui donne l'abondance, mais les foins que prend le Gouvernement d'en favorifer ia culture. Tant
que les grains feront à un prix avantageux, nous ne verrons point de terres incultes, & nous ferons affurés de la population > de la force, de la richeffe, &
des reffources de l'Etat. Pour profiter de tous nos avantages 2 reveiller l'Agriculture, 2 & peut-être en
prévenir le dépériffement, il feroit de l'intérêt public de former dans la Capitale un
Bureau qui ne fut occupé que de ce foin. Cet établiffement plus utile que brillant, auroit fous Pautorité du Miniftre 3 une correlpondance fuivie avec toutes les
Provinces, II chercheroit les moyens de s'affurer chaque année de la quantité &
de la qualité des récoltes 8t de leurs confommations. Il ne négligeroit rien pour
découvrir les caufes de leurs affoibliffemens ou de leurs fuccès. Il examineroit jufqu'à quel point l'agriculture doit être fubordonnée à la Finance 2 &ce qui peut
animer ou dégoûter le Cultivateur. II encourageroit les expériences fiur les diffégentes produftions de la terre, & approfondiroit les nouvelles découvertes fur une
culture plus pariaite 2 fur la confervation des grains, & fur leur adminiftration. Et loin de témoig'ier de Findifférence à ceux qui s'occupent de ccs recherches 9
on --- Page 577 ---
PAR MARSEILLI E. Cette
COMMERCE
br jugeroic du mérite de leurs travaux, & on les recompenferoit. Compagnie rendroit plus de fervices à l'Etat, que toutes les Sociétés Littéraires. Si tous des grains. ces objets étoient remplis avec attention > nous ne ferions plus dans l'incertitude
fur la fécondité du Royaume, fr nos befoins, & fur les moyens d'y, pourvoir. Nous fommes inondés de Livres fur toutes fortes de matieres, nous n'en avons
qu'un feul fur Tagriculture-pratiquc) imité de l'Anglois de Jéthro-Thul, par un
de nos Académiciens, aflez bon Citoyen
s'adonner"à cette étude & en faire
des épreuves. Puiffe fon exemple infpirer TE goût des connoiffances utiles, & encourager des expériences qui ne peuvent manquer d'avoir un bon effet : lorique
les travaux de la campagne feroient fecondés par des gens éclairés, l'agriculture
feroit en honneur comme les autres arts, & notre terre améliorée ne nous refuferoit fes produStions. Toutes ces opérations dépendent de calculs méchaniques &" raifonnés dont le miniftre ne peut s'occuper; il eft néceffaire qu'il ait
fous fes yeux des Subalternes qui s'y appliquent, & qui puiffent fournir des éclairciffemens de détail qui font fouvent la baie des plus grandes opérations. Ce fiécle a vu naitre de toutes parts des Académies pour le progrès des Sciences & des Lettres. La Tofcane vient de s'occuper d'un foin plus intéreffant.
méchaniques &" raifonnés dont le miniftre ne peut s'occuper; il eft néceffaire qu'il ait
fous fes yeux des Subalternes qui s'y appliquent, & qui puiffent fournir des éclairciffemens de détail qui font fouvent la baie des plus grandes opérations. Ce fiécle a vu naitre de toutes parts des Académies pour le progrès des Sciences & des Lettres. La Tofcane vient de s'occuper d'un foin plus intéreffant. Un
Abbé de Chanoines Réguliers a depuis peu inftitué à Florence une Société de quarante perfonnes, qui font dans le deffein de confacrer leurs travaux à la perfeftion
de l'agriculture. Mais ce n'eft pas feulement de l'examen de la culture la plus parfaite, que dépend la grande fécondité : en vain trouvera-t-on les moyens de fertilifer les
terres; Pt le Cultivateur n'y eft point animé par fon intérêt perfonnel > il n'en fera
point ufage , & s'oppofera fouvent à l'exécution : il feroit néceffaire fon impolition fut fixe, & ne courût pas rifque de payer la taxe de ge: induftrie
& d'un travail plus ReI c'eft ce qui le décourage & fait dépeupler les cainpagnes. Les Anglois ne font parvenus à prendre fur nous la fupériorité, 2 qu'en
laiffant 1e Caltivateur jouir du bénéfice que lui procure l'amélioration de fa culture. Nous leur vendions des grains autrefois, à préfent ils en répandent dans toute
I'Europe : notre peuple diminue. > le leur augmente avec leurs richeffes. L'Angleterre > de moitié plus petite que la France, eft à proportion beaucoup plus peuplée, & fes Habitans jouiffent d'une plus grande aifance > quoiqu'ils payent plus
d'impofitions que nous: ces réflexions peuvent fervir d'ample matiere à un fecond
Mémoire. On ne peut voir avec indifférence, l'Angleterre notre fuperbe rivale,
s'enricbir fi prodigieufement par les fruits de fon induftrie, & tirer plus d'avantages que nous d'un terrein beaucoup moins étendu. En attendant que l'on puiffe donner à la meilleure culture, toute l'attention qu'elle
mérite, il paroit néceffaire de réformer les réglemens - & de donner au Commerce
des grains toute la liberté dons il a befoin 2. pour prévenir les inconvéniens aufquels
nous fommes fouvent expofés : cela ne dépend que d'une Ordonnance généraie
dont il feroit aifé de donner le plan, d'après ce qui vient d'être expofé. Le Miniftre qui nous gouverne: 3 aufli éclairé que zèlé pour le bien public, eft feul capable de réformer des abus préjudiciables, & de donner à nos produgtions une nouvelle vigueur qui augmentera la force & la richeffe la plus réelle de l'Etat. HUITIEME OBSERVATION. On auroit bien tort de fe plaindre aujourd'hui que nous manquons
de Livres d'agriculture. On ne parle plus 3 on n'écrit plus qu'agronomie; c'eft l'affaire du jour.
li éclairé que zèlé pour le bien public, eft feul capable de réformer des abus préjudiciables, & de donner à nos produgtions une nouvelle vigueur qui augmentera la force & la richeffe la plus réelle de l'Etat. HUITIEME OBSERVATION. On auroit bien tort de fe plaindre aujourd'hui que nous manquons
de Livres d'agriculture. On ne parle plus 3 on n'écrit plus qu'agronomie; c'eft l'affaire du jour. Toutes nos Provinces ont prefque déjà des
fociétés d'agriculture, & chacun exerce fes talens pour relever le courage des Cultivateurs, Je n'en fuis pas furpris : LOUIS le bien - aimé
Tome II. Aaaa --- Page 578 ---
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
COMMERCE les protége 8 les récompenfe. Nous avons traduit les Livres Anglois
des grains. qui traitent de cette importante matiere , & nous leur fourniffons abondacuneat de quoi traduire à lenr tour 4 s'ils ont autant de zéle que
nous ea avons prélentement. C'ett la derniere cbfervation que je fais
fur la police des grains ; il me paroit jufte 3 après avoir parlé de ce
commerce en général, de faire quelques remarques fr celui qui eft
particulier à la ville de Marfeille ; ce dernier nous touche plus particulicrement.
COMMERCE DES GRAINS A MARSEILLE,
Marfeille n'a pas un territoire proportionné au grand nombre de fes
habitans 5 onl compte qu'il faut pour leur fubfiftance & celle des Payfans,
environ cent cinquante mille charges de bled 5 il faudroit donc que notre récolte nous fournit année commune cette quantité de grains pour
nous tranquilifer. Cela n'eft pas poflible ; nos baftides 1 quoique cultivées
comme des jardins font employées principalement en agrémens, & le
reftant en plantations de vigues; de forte que le bled fait la moindre
de nos récoltes. Rien n'eft négligé cependant, tout eft inis en valeur :
nous recueillous des fruits, des légumes & beaucoup de vin. Le bled
feroit une récolte ruineufe pour le propriétaire, rclativement au prix
de nos campagnes. Notre intérêt s'oppofe donc à ce que nous recueillions
le bled qui nous eft néceffaire ; auili nos meilleures récoltes nous fourniffeat-elles à peine la fubfiftance pour trois mois , c'eft-à-dire, envifon quarante mille charges debled. Dans cette pofition, nous fommes forcés
de faire yenir de bled du Royaume ou de T'étranger. Si les récoltes
du Royaume font abondantes, nous n'avons rien à craindre, Arles &
le Languedoc nous en fourniflent fiuffifamment, , & aujourd'hui que la
circulation eft libre, & que les entraves qui faifoient périr dans les
Provinces de grandes quantités de bled ont été hrifées, nous fommes
aflurés d'avoir autant de grains que nous en défirerons; mais à la prémiere difette, nous fenions expofés à une affreufe calamité, fi Fétranger n'avoit pas labouré pour nous, , & ne venoit à notre fecours. Les
terres de la Proveace ne font pas bonnes pour la culture du bled S elles
font employées plus utilement cn vignes, oliviers amandiers, muriers,
8zc. Nous ne pouvons pas nous fier fur ces récoltes 5 nous fommes
même obligés dans de pareilles circonftances de contribuer à fa fubGc
tance & de partager avec elle le bled que nous faifons venir de l'étranger; mais c'eil preique toajours trop tard qu'on cherche à reiédier aux maiheurs d'une difese; d'ailleurs pourquoi les Marchands de
grains. Caus uce récefité urgente, euroient-ils fait venir de bled étranger, qu'ils ne ponoiear plus faire fortir du Royaume, quoiqu'ils n'en
tronvailent pas le pris qu'il vaudroit encore à l'étranger en l'y, renvoyant? Cette sene stoit caufe qu'on manquoit fouveat del bled à Mar-
toajours trop tard qu'on cherche à reiédier aux maiheurs d'une difese; d'ailleurs pourquoi les Marchands de
grains. Caus uce récefité urgente, euroient-ils fait venir de bled étranger, qu'ils ne ponoiear plus faire fortir du Royaume, quoiqu'ils n'en
tronvailent pas le pris qu'il vaudroit encore à l'étranger en l'y, renvoyant? Cette sene stoit caufe qu'on manquoit fouveat del bled à Mar- --- Page 579 ---
PAR MARSEILL de E. feille, qui, quoique Port franc, ne permettoit point la fortie du bled COMMERCE
conformement aux anciens ftatuts & coutumes de la des grains. même ville. Ce étranger défant 1 de liberté nuifoit à ce comierce, & en arrétoit lactivité ; en effer, file bled étranger étoit néceffaire, on pouvoit le garder, c'eft le droit naturel ; & s'il n'étoit pas néceflaire, - c'étoit un bien
de le laiffer fortir librement ;s'il étoit néceffaire, la juflice exigeoit qu'on
le payât ce qu'il avoit coûté , & s'il n'étoit pas néceflaire, c'étoit contre la juftice de le retenir pour être vendu à un prix inférieur à celui
d'achat. Ces confidérations déterminerent Meffieurs les Echevins à préfenter requête au Confeil d'Etat du Roi, pour demander la liberté du
commerce des grains étrangers à Marfeille. Leurs raifons parurent fi
folides, & les avantages qui réfulcent de cette liberté 1 font fi fenfibles, que le Roi leur accorda leur demande 1 & par Arrêt du 8 Décembre 1723, établit un Bureau d'abondance à Marfeille, & regla ce
qui devoit être obfervé afin que la ville eut un spprovifionnement proportionné au nombre de fes habitans. Je ne ferai qu'une remarque fur l'article X dudit Arrêt. La permiffion accordée à toute perfonne de quelque
état & condition qu'elle foit, de faire entrer à Marfeille & fortir librement de fon Port toute forte de grains, pour les tranfporter aux
ehdroits ou lon voudra les envoyer, ne regarde que le bled étrauger;
le Bureau d'abondance n'ayant été établi que pour le commerce dudit
bled. Les grains originaires du Royaume, 1 demeurent fujets à tous les
Réglemens qui s'oblervent dans le Royaume, deforte que fi la fortie
eft
Marfeille, & fi le
en eft défendue 3 elle également prohibée par
fortie,
Roi juge à propos de la permettre 3 en payant un dreit de
ce
droit doit également être payé à Marfeille. La raifon en eft évidente :
fi les grains originaires du Royaume pouvoient être exportés librement
à l'étranger par Marfeille, l'exportation feroit prohibée & permife en
même-tems, 3 ce qui eft contradictoire; elle feroit défendue dans le Royaume, & au moyen de la libre circulation des grains * les Marchands
de bled le feroient veuir à Marfeille, d'ou ils l'exporteroient à l'étranger fans même payer aucun droit de fortie ; tant de précautions qu'on
prend pour empécher la fortie des grains 3 n'aboutiroient qu'à obliger
Ics Marchands de bled de paffer une foumiffion pour affurer, fous peine
de confifcation & de 500 liv.
elle feroit défendue dans le Royaume, & au moyen de la libre circulation des grains * les Marchands
de bled le feroient veuir à Marfeille, d'ou ils l'exporteroient à l'étranger fans même payer aucun droit de fortie ; tant de précautions qu'on
prend pour empécher la fortie des grains 3 n'aboutiroient qu'à obliger
Ics Marchands de bled de paffer une foumiffion pour affurer, fous peine
de confifcation & de 500 liv. d'amende, que ledit bled dont la fortie
du Royaume eft prohibée prendra la route de Marfeille 3 où une fois
arrivé ) il feroit libre de le faire fortir pour l'étranger 5 deforte que
çes acquits à caution deviendroient entierement inutiles. D'un autre
côté fi les bleds autres que les étrangers pouvoient 3 fur les permiflions
de Meflieurs les Echevins, fortir librement pour l'étranger 3 la crainte
que les grains du Royaume 1 lorfqu'ils nous font néceffaires, ne fortilfent par cette voye, feroit que Marfeille feroit exclue de la faveur
accordée à tout le Royaume pour la libre circulation des grains 3 &
cette exclufion lui deviendroit beaucoup plus nuifible, que l'exportation
Aaaa ij
voient 3 fur les permiflions
de Meflieurs les Echevins, fortir librement pour l'étranger 3 la crainte
que les grains du Royaume 1 lorfqu'ils nous font néceffaires, ne fortilfent par cette voye, feroit que Marfeille feroit exclue de la faveur
accordée à tout le Royaume pour la libre circulation des grains 3 &
cette exclufion lui deviendroit beaucoup plus nuifible, que l'exportation
Aaaa ij --- Page 580 ---
S35
COMMERCE DE LAMÉRIQUE
ConMenes dudi: bled arétranger ne pourroit lui étre profitable. Je prie mes Lee:
des grains. ic.rs de lire attentiv. ement ledit Arrêt de 1723; tout ce qui concerne
le Bureau d'aboadance y eft réglé bicn clairement.
E de XTR 1e
AIT
DE. S
RE 2e GIS 2e TRE S
DU CONSEIL D'ETAT
Du 8 Décembre 1723.
atr Confeil d'Etat du Roi la Requéte préfentée par les Echevins de la Ville
Marfeille, 3 par laquelle ils
le terroir de cette Ville ne
VE
repréfentent que
fournifant pas le quart des grains neceffaires à la fubfiitance des Habitzns > ils fo
trouvent fouvent en peine au fujet du bled, d'autant mieuix que par les anciens
ftatuts & coutumes de ladite Ville n'étant pas permis de faire fortir les bleds qui y
font entrés, ceux qui font le Commerce des grains & qui en envoyent chercher
dans les Pays étrangers, craignant de ne pouvoir pas le vendre auffi avantageufement qu'ils feroient, s'ils l'envoyoient en d'autres places de la méditerranée, donnent ordre aux Capitaines & Patrons de leurs Bâtimens de n'y point aller faire leur
déchargement, mais dattendre leurs ordres en d'autres Ports qu'ils lear indiquent 5
& d'oi les Bâtimens ont la liberté de fortir; & comme ces Négocians font informés par leurs Correfpondans du prix des grains dans tous Jes Ports de la méditerranée > ils ne les font aller à Marfeille que lorfque le bled s'y vend plus avantageufement qu'ailleurs ; ce qui n'arriveroit pas fi Ja fortie du bled" par mer étoit
permife dans Marfeille; parce qu'alors lefdits Négocians ordonneroient aux Capitaines o Patrons de leurs Navires d'y aller faire leur débarquement, dans l'affurance qu'ils auroient la liberté de lés envoyer de Marfeille aux autres lieux, où ils
fçauroient qu'ils pourraient en avoir un plus haut prix: Lefdits Echevins repréfentant encore que par cette fortie libre, ils attireroient un. grand' Commerce de
greins dans la ville de Marfeille, qui par fa fituation avantageuie & par le prompt
débit qui s'y fait de toute forte de marchandites & denrées 7. y. attire les Etrangers; qu'ils procureroient de l'occupation à une grande quantité de gens de travail duct cette vilie eft peupiée; que par-là il y auroit une abondaace continuelle
de grains i qu'ils en pourroient faire tous les ans une provifion par précaution, 3 &e
la feroient erfitite prendre par les Boulangers à la fn de chaque annéc, en la faifant renouveller tous les ans par des bleds nouveaux ; qu'ils pourroient même en
cas d'spparence de difette, retenir les bleds qui leur feroient nécellaires pour la
(ubfiftance des Habitans, au prix dont ils conviendroient de gré à gré avec les
Proprictaires des grains que Pon voudroit envoyer ailleurs, aucun Bâtiment ne
pouvant fortir du Port fans leur permiffion ; au moyen de quoi, lefdits Echevins
pourrcient, avec des frais ties P midiocres,yoir toujours iifilanment des grains.
même en
cas d'spparence de difette, retenir les bleds qui leur feroient nécellaires pour la
(ubfiftance des Habitans, au prix dont ils conviendroient de gré à gré avec les
Proprictaires des grains que Pon voudroit envoyer ailleurs, aucun Bâtiment ne
pouvant fortir du Port fans leur permiffion ; au moyen de quoi, lefdits Echevins
pourrcient, avec des frais ties P midiocres,yoir toujours iifilanment des grains. --- Page 581 ---
PAR MARSEILL E.
dans ladite Ville,, pour ne fe trouver jamais en peine au fujet de Ja difette, fur- COMMERCE
tout fi cette adminiftration étoit bien réglée & conduite, avec économie, ainfi qu'il des grains.
arriva en l'année 1709 par l'attention du Bureau d'Abondance que le défunt Roi
avoit établi;, mais que la plupart de ceux qui formoient ce Bureau étant morts >
lefdits Echevins requeroient qu'il plàt à Sa Majefté de renouveller ce Bureau de
l'abondance 3 & de former un Reglement pour 3 avec le confeil du Bureau, pouvoir prendre les expédiens néceffaires, afin de parvenir à avoir toujours une quantité de grains fuffifante , pour ne pas craindre la difette: A quoi Sa Majefté voulant pourvoir ; Vu l'avis du Sieur Lebret premier Préfident & Intendant en Provence; Oui le rapport du fieur Dodun Confeiller ordinaire au Confeil Royal, Contrôleur Général des Finances, Sa Majefté étant en fon Confeil, a ordonné & OIdonne. :
ARTICLE PRÉMIE R.
Qne le Burean d'abondance de la ville de Marfeille fera rétabl & compofé de
douze perfonnes, fçavoir : des quatre Echevins qui fe trouveront en place 2 des
Sieurs de Jarente la Bruyere, de Candole > Pierre Remuzat, Jean : Baptifte Saint
Michel, Nicolas Compian, Guillaume Aillaud, Jean Cordier & Balthezard Paul >
& en cas de mort ou d'empêchement de quelqu'un d'eux, il fera remplacé par le
fieur Contrôleur Général des Finances.
II.
Que ces douze Membres ou Confeillers du Bureau d'Abondance s'affembleront en
la maifon corgmune de ladite Ville une fois chaque femaine 2 ou plus fouvent en
cas de befoin > au jour qui fera indiqué
les Echevins > fans qu'aucun d'eux
puiffe s'en difpenfer; & ils feront chargés C veiller à tout ce qui regardera l'abondance & aux moyens de la procurer.
IIL
II fera tenu par TArchivaire de la Communauté un Regiftre exaet des Délibérations,. qui feront prifes dans ledit Bureau > lefquelles feront fignées en même tems
par celui qui y préfidera & contrefignées par lArchivaire ; voulant Sa Majefté, 2
qu'elles foient exécutées felon leur forme & teneur.
IV.
Le Bureau d'Abondance déliberera fur le tems auquel on devra faire des achats de
bled, des ventes & remplacemens d'icelui. Voulant Sa Majefté qu'il y aye toujours
à Marfeille 2 un grenier de douze à quinze mille charges de bled, afin que cette
Ville ne foit jamais en etat d'en inanquer pour la fubfiftance de fes Habitans..
V.
Et afin que ce grenier ne foit pas à charge à ladire Ville, Sa Majefté a ordomné & ordonne que la Commananté de la même ville fera conitruire des greniers ou magafins 2 dans le terrein qu'eile poilede au-delà du Fort, an quartier de
feille 2 un grenier de douze à quinze mille charges de bled, afin que cette
Ville ne foit jamais en etat d'en inanquer pour la fubfiftance de fes Habitans..
V.
Et afin que ce grenier ne foit pas à charge à ladire Ville, Sa Majefté a ordomné & ordonne que la Commananté de la même ville fera conitruire des greniers ou magafins 2 dans le terrein qu'eile poilede au-delà du Fort, an quartier de --- Page 582 ---
COMMERCE DE L'AMERIQUE
COMMERCE Saint Viftor , lefquels greniers feront conftruits en la forie & en la maniere qui
des grains. fera réglée par ledit Bureau d'Abondance: Permet Sa Majefté aux Echevins de ladite Ville, d'emprunter les fomines qui font néceffaires pour conftruire lefdits greniers, & pour acheter lefdits bleds ; voulant, Sa Majefté que l'intérêt de ces emprunts foit fupporté par le Bureau d'Abondance, & pris fur les bleds qui feront
dépofes dans letdits greniers, auffi-bien que les frais qui fe feront à l'occalion
deidits grains.
VI.
Et afin que l'adminiftration defdits greniers fe faffe avec toute l'exaditude & fidélité poffible, veut & entend Sa Majefté que par un homme fidéle, qui fera choifi
par le Bureau d'Abondance, il foit tenu un contrôle > non-feulement de tous les
bleds que l'on mettra dans les greniers', mais encore de tous les autres qui entreront dans ledit Port, & qui en fortiront i & ce Controleur fera tenu de fc trouver à toutes les affemblées dudit Bureau, pour lui rendre compte de la quantité de
bled qui fe trouvera dans la Ville.
VII
Ordonne Sa Majefté qu'il fera tenu un Livre-i-Parties doubles de toute la recette & dépenfe qui fe fera à l'occafion defdits grains, lequel livre fera cotté &
paraphé par le Préfident dudit Bureau.
VIII
Il fera aufi établi un Tréforier par ledit Bureau, dont les Régifires feront pa*
reillement cottés & paraphés comme ci-deffis.
IX.
Veut Sa Majefté qu'à la fin de chaque année > il foit dreffé un compte général du
Bureau de P'Abondance, lequel fera examiné par les Confeillers dudit Bureau: &
rendu pardevant l'Intendant de la Province, qui l'arrêtera > la perte ou le profit
devant être imputés par fes ordres fur la Communauté ou à fon profit.
X.
Au moyen de cette précaution Sa Majefté a ordonné & ordonne qu'à Favenir,
& à compter du jour de la publication du préfent Arrêt, il fera permis à toute
perfonne de quelque état & condition qu'elle foit de faire entrer & fortir librement du Port de Marfeille, toute forte de grains pour les tranfporter aux endroits
oùr l'on voudra les envoyer, à l'exception des lieux prohibés 2 après avoir préalablement pris les palie-ports requis & néceffaires des Échevins de ladite Ville 2 auxquels Sa Majefté a permis & permet de retenir pour les befoins d'icelle la quantiré de grains que bon leur femblera. 2 en payant le prix au Propriétaire de gré à
gré, ou à dire d'experts; & en conféquence permet Sa Majefté à tous Négocians dc
faire mettre les grains qu'ils feront venir de P'étranger 2 dans teis magalins de ladite
requis & néceffaires des Échevins de ladite Ville 2 auxquels Sa Majefté a permis & permet de retenir pour les befoins d'icelle la quantiré de grains que bon leur femblera. 2 en payant le prix au Propriétaire de gré à
gré, ou à dire d'experts; & en conféquence permet Sa Majefté à tous Négocians dc
faire mettre les grains qu'ils feront venir de P'étranger 2 dans teis magalins de ladite --- Page 583 ---
PAR MARSEILL E.
Ville qu'ils trouveront bon, 3 après en avoir donné connoiffance auxdits Echevins, & COMMERCE
avoir fait leur foumiflion de leur déclarer les ventes qu'ils feront defdits grains, des grains.
afin qu'en tous tems lefdits Echevins puiffent fçavoir la quantité de bled, qui fe
trouvera dans ladite Ville. Fait au Confeil d'Etat du Roi, Sa Majefté y étant > tenu
à Verfailles le huitième jour de Déceibre mil fept cens vingt-trois.
Signé, PHELYPEAUX.
Il paroit un écrit fur la police des grains en France & en Angle.
terre, dans lequel la queftion de l'exportation des grains à l'étranger
eft examinée avec une certaine étendue. Les raifons que je donne me
paroiffent bonnes 1 & jufqu'à ce que j'en trouve de meilleures;je ne fçaurois changer de fentiment.
Fin du fecond d dernier Tome. --- Page 584 ---
AVIS
AUX RELIEURS
Il faut placer la Carte feptentrionale après l'Avertiffement.
La Planche VIII.
pag.
La Planche IX.
ider. IO
La Carte de la Louifiane.
idem. 8r
La Carte des Côtes de Guinée.
idem. 145
La Planche X.
idem. 166
La Planche XI.
idem. 400
La Planche XII.
idem. 418
Les Cartes n'ont befoin d'aucune explication 2 voyer le
Tome I. page 572.
EXPLICATION --- Page 585 ---
EXPLICATION DES PLANCHES.
PLAN NC H E VIIL page 6.
Arbre ou arbriffeau qui produit le coton, ( cotonier. )
Négre qui cueille les goufes de coton, lorfqu'elles font parvenues au point de leur mâturité.
Négre qui épluche le coton 1 c'eft-à-dire, qui fepare le duvet
renfermé dans les gouffes.
Négreile qui mouline le coton pour féparer les graines que
le duvet envelope.
Négre qui emballe le coton après que les graines en ont été
o
féparées; il entre dans la fache fnfpendue par des cordes
à une poutre 3 le foule avec les pieds, & lé range avec
une pince de fer.
ité.
Négre qui épluche le coton 1 c'eft-à-dire, qui fepare le duvet
renfermé dans les gouffes.
Négreile qui mouline le coton pour féparer les graines que
le duvet envelope.
Négre qui emballe le coton après que les graines en ont été
o
féparées; il entre dans la fache fnfpendue par des cordes
à une poutre 3 le foule avec les pieds, & lé range avec
une pince de fer. 6 -
Autre Négre qui afperfe de l'eau fur la fache pour que l'humidité retienne le duvet de coton, & l'empéche de remonter vers le haut à mefiure qu'on le foule.
Balles de coton remplies, & en état d'être embarquécs ou
vendues.
8 .
Plantation de cotoniers ( cotoniere. )
Engard deftiné à remifer le coton > & oii les Négres & les Négreffes le travaillent & l'emballent.
IO. Arbre de coton de nos Iles Antilles ( cotonier.)
II : e Branche de coton peinte au naturel ) fur une branche des COtoniers que l'Auteur cultive à Marfeille.
12. Goulfe de coton dans fa mâturité.
13. Gouffe de coton ouverte 1 pour avoir négligé de la cucillir dans
le tems de fa mâturité.
14 e
Duvet de coton, féparé de fa gouffe.
PLANCHE IX. pag. IO.
Maniere de peigner le coton en le partageant fur deux cardes.
Autre maniere de peigner lc coton avec deux cardes de différentes grandeurs 1 en faifant paffer ledit coton de la grande carde fur la petite.
3 :
Flocons de coton faits avec la main 1 après en avoir fait
Tom. II,
Bbbb --- Page 586 ---
tomber les graines avec les doigts fans l'avoir mouliné.
4 a
Flocon de coton luftré; on appelle ainfi le coton qu'on tord
avecles mains pour étendre & redreffer les fils dans toute leur
longueur.
Le même flocon de coton luftré une feconde fois, pour ne
laiffer aucun fil courbé.
Maniere de luftrer les flocons de coton 1 en le tordant & le
détordant avec les doigts jufqu'à ce que tous les fils foient
entierement allongés.
7 .
Filature de coton au rouct.
PLANCHE X. page 166.
Un Roi Négre rendant Ia juftice à fes Sujets.
Deux Négres qui plaident devant le Roi, ayant la tête côuverte de manicre qu'ils ne puiffent pas être connus.
Un Négre que chacun des deux plaideurs prétend être fon.
Efclave.
4 e
Deux Négres prifonniers de guerre,attachés enfemble pour les
empécher de prendre la fuite.
Deux Négres des principaux du pays, portant les armes dont
ils fe fervent à la guerre.
Un Négre du peuple avec fa femme & un Négrillon.
Négrelle conduifant un Négrillon & une Négritte.
PLANCHE XI page 400.
Négres expofés en vente dans un marché public.
Un Efclave Négre qu'on examine avant de l'acheter.
Anglois qui leche le menton du Négre pour s'affurer de for:
age 1 & découvrir au goût de la, fueur s'il n'cft pas malade.
Efclave Négre portant au bras la marque de l'efelavage.
Vaiffeau Négrier en rade, 3 cn attendant que la Traire foit
achevée.
Chaloupe chargée d'Efclaves achetés qu'on conduit au Vaiffeau..
7 7:. Négres fir le rivage qui fe lamentent & pouffent des criss
en voyant embarquer leurs parens ou amis,
s'affurer de for:
age 1 & découvrir au goût de la, fueur s'il n'cft pas malade.
Efclave Négre portant au bras la marque de l'efelavage.
Vaiffeau Négrier en rade, 3 cn attendant que la Traire foit
achevée.
Chaloupe chargée d'Efclaves achetés qu'on conduit au Vaiffeau..
7 7:. Négres fir le rivage qui fe lamentent & pouffent des criss
en voyant embarquer leurs parens ou amis, --- Page 587 ---
PLANCHE XIL page 418.
Figure I Ventilateur ou foufflets de Mr. Halés AEFG, EBFD,
les deux corps des foufflets fous la forme exérieure de
deux cofres, CF, DF, II, KK, affemblage de menuiferie pour les foupapes, GG, HI, quatre foupapes. L'intérieur dudit ventilateur fera mieux expliqué par
les figures 2,3 & 4.
Figure 2 La caiffe du Ventilateur dont l'intéricur paroit à découvert
par le côté d'ou la planche a été ôtée, L M le diaphrame attaché à la traverfe II, la partie M dudit
diaphrame deneure ferme en II, & la partie L fe peut
mouvoir de O vers N, & de N vers O quand la tringle PQ, attachée au diaphrame, hauffe ou baiffe.
Figure 3 La tringle A attachée au diaphrame > vue féparément.
Figure 4 SS, KK, affemblage de planches pour recevoir l'air des
quatre foupapes , & le porter par l'ouverture T dans
les tuyaux qu'on a placé dans les endroits du Navire
dont on veut renouveller l'air ; XX, deux chaffis garnis
d'un treillis de fil de cuivre pour couvrir les foupapes 3
& empécher les rats & les fouris de s'y introduire.
Extrait du Livre, Moyen de conferver la fanté aux équipages des Vaifeaux,
par Mr. Duhamel du Monçeau.
Figure 5 Pompe afpirante nécéffaire dans un Navire, pour enlever
l'eau de la fentiue qui eft une des caufes de la corruption de F'air. Je ne donne point le détail des partics de
ladite pompe, n'y ayant prefque perfonne qui ne les
connoiffe: : celle-ci eft très-commode & très - facile à faire
jouer; un enfant fuffit.
Figure 6 Vaiffeau Négrier allant de Guinée aux Ifles Françoifes de
T'Amérique.
Figure 7 Une manche attachée à une vergue pour introduire un nouvel air dans le Navire.
Figure 8 Autre manche attachée à une autre vergue.
Figure 9 Courant d'air nouveau, introduit dans le Navire par le bout des
manches ; on peut porter le bout defdites manches dans
tous les endroits du Navire dont on veut renouveller l'air,
& afin de mieux faire l'introduétion du nouvel lair, on a
ôté les planches du côté dudit Navirc.
Bbbb ij
érique.
Figure 7 Une manche attachée à une vergue pour introduire un nouvel air dans le Navire.
Figure 8 Autre manche attachée à une autre vergue.
Figure 9 Courant d'air nouveau, introduit dans le Navire par le bout des
manches ; on peut porter le bout defdites manches dans
tous les endroits du Navire dont on veut renouveller l'air,
& afin de mieux faire l'introduétion du nouvel lair, on a
ôté les planches du côté dudit Navirc.
Bbbb ij --- Page 588 ---
T
A d B
L
E
CHRONOLOGIQU E
Des Edits, Lettres - Patentes 9 Déclarations, Arrêts, érci
rapportés dans le Tome prémier.
Cette Table ne peut étre que d'une grande utilité.
1670.
RDONNANCE du Roi portant défenfes de tout commerce étranger dans ies
Ifles Françoifes de P'Amérique 2 du 10. Jain 1670.
page 22I
1671.
ARREST du Confeil d'Etar du Roi , qui décharge de tous droits de fortie les
firops provenant des fucres ratfinés dans le Royaume, 2 qui feront traniportés dans
les pays étrangers, du 12 Août 1671.
1681.
TITRE prémier de l'Ordonnance de 1681 en trois articles.
1682.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui exempte les. fucres blancs non raffinés
venant de l'Ie de Cayenne 3 de l'augmentation de quatre livres du cent. pefant.
ordonnée par l'Arrêt du 18 Avrit dernier, du 19 Septembre 168:.
1684.
ARRES'F du Confeil d'Etat du Roi, qui défend à tous les habitans des Iles &
Colonies Françoifes de l"Amérique d'y établir à l'avenir aucune, nouvelle raffinerie 2
du 21 Janvier 1684,
1686.
ORDONNANCE du Roi, qui défend le commerce des étrangers dans ies Ifles
He. l'Amérique, occupées par les Sujets de Sa Majefté 2 du 13 Septembre 1686.
1690,
ARREST du Confeil d'Etat du Roi 7 porrant qu'il fera levé aux entrées du.
Royaume fur les fucres raffinés en pain & en poudre, candis > blancs & bruns
venant des pays étrangers 2z liy, IO fols pour cent, fur les cafonnades du. Bré..
angers dans ies Ifles
He. l'Amérique, occupées par les Sujets de Sa Majefté 2 du 13 Septembre 1686.
1690,
ARREST du Confeil d'Etat du Roi 7 porrant qu'il fera levé aux entrées du.
Royaume fur les fucres raffinés en pain & en poudre, candis > blancs & bruns
venant des pays étrangers 2z liy, IO fols pour cent, fur les cafonnades du. Bré.. --- Page 589 ---
CHRONOLOGIQUE
m, 15 liv. fir les mafcavades du même pays, 7 liv. 1O fols fur les barboudes,
punelles , & fucre de St. lhomé 6 liv. du cent pefant,du 15 Avril 109c. 7eg-214
1692.
EDIT du Roi, portant établiffement du privilége exclufif de la vente du caffes
thé, chocolat & autres 2 du mois de Janvier 1091.
ARRFST du Confeil d'Etat du Roi 3 qui ordoane l'exécution de T'Edit 2 Arrêt
& Réglement pour la vente & difribution du caffé 2 thé & chocclat, du 6 Mai
169:.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi > qui fixe le prix du caffé à 50 fols la livre,
du 19 Août 1602.
1693.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui convertit le privilége du caffé * tha,
chocolat, > &c. en un droit payable aux entréts, du 12 Mai 1693.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui exempte de tous droits de fortie, Pindigo provenant des Iflcs Françoifes de. PAmérique > qui fera porté hors du Royaume tant par mer que par terre, du prémier Septembre 1093.
1698.
REGLEMENT du Roi, pour le commerce des Ifles & Colonies Françoifes de
L'Amérique, du 20 Août 1098.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi 7 qui ordonne que les fucres bruts de l'A-.
mérique payeront à leur entrée dans le Royaume 3 liv. feulement du cent pefant,
les fucres terrés 15 liv. & les fucres en pain raffinés auxdites lfles 22 liv. IO folsi
comme les fucres étrangers, du 20 Juin 1698.
1699.
ORDONNANCE du Roi , portant défenfe dans l'Amérique. des efpéces d'or &c
d'argent, du 41 Mars 1699.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi 2 portant Réglement entre Jes Fermiers des
cinq groffes Fermes, & le Fermier du Domaine d'Occident, au fujet des droits
quileur reviennent far les fucres, du prémier Septembre 1599.
1700.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet au Sieur Maurellet de faire
entrer dans le Royaume IOO milliers de. fucre raffiné par année en payant pour.
tous droits 3 liv. à l'Adjudicataire des cinq groffes Fernes 3 c 4 liv. a TAdjudicataire de la Ferme du Domaine d'Occident, du 28 Septembre 1700.
ARREST dit Confeil d'Etat du Rois qui preferit lés formalités à obierver pour.
que les fucres brats provenant de lIfle de Cayenne jouiffent de la modération des:
droits qui leur eft accordéc, du 12 OEtobre 1700,
1704.
ARREST du Confeil d'Etat da Roi, qui ordonne que le droit de trois pour cent:
de la valeur des marchandifes appartenart à la rerme du Domaine d'ccident fera
paye pour les iucres & autres marchandifes venant des ifles Françoifes de TAméri-:
fur des Vaifeaux François,, ayant été pris par des Vaiffeaux ennemis, & repris".
t eux feront amenes dans les Ports du Royaume > quoique lefdits Vaifeaux foieur
déclarés de bonne prife, du 20 Cctobre 1704157
qui ordonne que le droit de trois pour cent:
de la valeur des marchandifes appartenart à la rerme du Domaine d'ccident fera
paye pour les iucres & autres marchandifes venant des ifles Françoifes de TAméri-:
fur des Vaifeaux François,, ayant été pris par des Vaiffeaux ennemis, & repris".
t eux feront amenes dans les Ports du Royaume > quoique lefdits Vaifeaux foieur
déclarés de bonne prife, du 20 Cctobre 1704157 --- Page 590 ---
T A B L E
1713.
DECLARATION da Roi, qui fait défente de fabriquer aucunes eaux-de-vie de
firops, melaties, grains, lies , bieres, bsiflicres, marc de railins, hidromel &
toutes autres matieres que du vin, du 24 Janvier 1713.
pag.-01
1715.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, par lequel Sa Majefté déclare n'avoir entendu comprendre dans la décharge des droits > accordée par l'Arrêt du Confeit
du 12 Mai 1603 en faveur du caczo, déclaré pour être mis en entrepôt, & tranfporté à l'étranger celui de trois pour cent, dont le Fermier du Domaine d'Occident a droit de jouir fur toutes les marchandifes & denrées du crà des Ifles de
T'Amérique 2 du 25 Juin 1715
1717.
LETTRES-PATENTES du Roi, portant Réglement pour le commerce des Colonies Françoifes > données à Paris au mois d'Avril 171718
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui interprête celui du I2 Août 1671, du
4 Décembre 1717.
1718.
ARREST du Confeit d'Etat du Roi, en faveur des Entrepreneurs de la raffinerie
de Cette, du 15 Janvier 1718.
EDIT du Roi, concernant la Fermc générale du tabac > donné à Paris au mois
de Septembre 1718.
ARREST du Confeil d'Erat du Roi, qui accorde à la Compagnie d'Occident
le Bail de la Ferme générale du tabac pour neuf années au lieu de fix, pour lefquelles elle s'en eft rendue Adjudicataire le prémier du mois d'Aaût dernier 2 du
4 Septembre 1718.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui condamne Luc Schiel au payement en
entier du droit de trois pour cent, du 22 Novembre 1718.
1719.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi contenant l'exemption des droits d'entrée & de fortic pour les vins & eaux-de-vie de Guiene 3 deftinés pour les Colonies Françoifes 2 du II Janvier 1719.
8;
LETTRES-PATENTES du Roi, portant Réglement pour le commerce quife
fait de Marfeille aux Ifles Françoifes de T'Amérique, données à Paris au mois de
Février 1719.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, au fujet de la contrebande du tabac qui
fe fait aux Infirmeries, Forts & Illes, & dans les Bâtimens qui abordent aux
Côtes de Provence, du 22 Mai 1719.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui revoque à compter du jour de la
blication du préfent Arrêt > le privilége exchufif de la vente du tabac accordé P
Jean Ladmirai, convertit ledit privilége en un droit qui fera payé à l'entrée.
Et permet à tous les Sujets de Sa Majefté d'en faire commerce eu gros & en
détail, même de le faire fabriquer.
fait défenfes à toutes perfonnes, même aux habitans des crus, d'enfemencer &
oi, qui revoque à compter du jour de la
blication du préfent Arrêt > le privilége exchufif de la vente du tabac accordé P
Jean Ladmirai, convertit ledit privilége en un droit qui fera payé à l'entrée.
Et permet à tous les Sujets de Sa Majefté d'en faire commerce eu gros & en
détail, même de le faire fabriquer.
fait défenfes à toutes perfonnes, même aux habitans des crus, d'enfemencer & --- Page 591 ---
CHRONOLOGIQUE,
eultiver aucuns tabacs dans leurs ter:es, jardins & autres lieux fous quelque prétexte ou dénominationque ce paife etie, à peinc de dix mille liviesd'amiende, dis
Cécembre 1719.
F48-424
1720.
LETIRES-PATENTES en forme d'Edit, portant revocation de la Compagnie
de St. Domingue > du mois d'Avril 1720.
DECLARATION de Roi, concernant la Ferme du tabac, donnée-à Paris le
17 Oaobre 171C.
1721.
DECLARATION du Roi, portant réglement pour la Ferme du tabac, donnéo
à Paris, le premier Août 1721.
LETTRES - PATENTES du Roi, qui accordent à la ville de Dunkerque Ia
libeité de faire le Commnerce aux Iiles Françoites de l'Amérique > données à Paris
au mnois d'Oétobre 1721.
1722.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui décharge de tous les droits des Fermes
& de ceux des Seigneurs particuliers , Villes, Communautés, péages, o8trois & autres
généralement quelconques, tant les tabacs fabriqués que les matieres & uftenciles
iervant à leur fabrication; & défend d'en percevoir aucuns à peine de mille livres
d'amende 2 du. 20 Février 1722.
DECLARATION du Roi concernant les marchandifes des Colonies Françoifes,
du 14 Niars 1722.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que conformément aux LettresPatentes du mois d'Avril 1717, toutes les marehandifes du crû des Iflcs & Colonies Françoifes. 2 même celles provenant de la traite des Noirs, payeront le droit de
trois pour cent dà à la Ferme du Domaine d'Occident, du 26 Mars 1722. 179
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, portant que l'Ordonnance de 1687 fervant
de réglement pour les Groffes Fermes, tera exécutée dans les Ifles Françoifes de
PAmérique, &. en Canada pour la régie du Domaine d'Occident s du 9 Juin 1722..
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, portant réglement pour la perception du
droit de poids ou d'un pour cent fur les marchandifes du crà des Ifles Françoifes
de P'Amérique 3 &c. du 4 Juillet 1722..
1723.
DECLARATION du Roi, qui fixe à un an le tems de l'entrepôt des marchandifes deftinées pour les Iiles de l'Amérique > donnée à Verlaillesle 19 Janvier 1723.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi qui interprête la Déclaration du 19 Janvier
& fixe le tems de l'entrépôt tant des marchandifes qui viennent des Colonies Françoiles que de celles qui font deftinées pour y être traniportées, du 3 Mai 1723.
I00
LETTRES-PATENTES far ledit Arrêt..
RaT
des marchandifes deftinées pour les Iiles de l'Amérique > donnée à Verlaillesle 19 Janvier 1723.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi qui interprête la Déclaration du 19 Janvier
& fixe le tems de l'entrépôt tant des marchandifes qui viennent des Colonies Françoiles que de celles qui font deftinées pour y être traniportées, du 3 Mai 1723.
I00
LETTRES-PATENTES far ledit Arrêt..
RaT --- Page 592 ---
T A B L E
ARRESTOI Confeil d'Ent du Roi qui révoque les permifions ci-devant accordees oUx Nigucians du Roy aime de faire pafer à Cadix, : betes, à Livorne &
à Naples dire.temeat des Hles Françoifes de T'Amérique des marchandifes du crà
detidites Iles,du 14 Juin 1713.
pug. 75
ARREST du Confell d'Etat & Lettres-Patentes, fervant de riglement pour la
forme & la manicre enlasprelle feront faites les déclarations des N.archands - égocizns pour les marchandifes qu'ils feront entrer ou fortir, des 9 Aout & 30
tembre 17i3.
Sep115
DECLARATION du Roi, portant défenfes à tous Sujets du Roi de s'intéreffer dans la Compagnie de Commerce nouvellement établie à Ofiende 3 donnée à
Verfailles le 17 Août 1723.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui accorde à la Compagnie des Indes le
privilége exclufif de la vente du caffe, du 31 Août 1723.
DECLARATION du Roi, qui régle de la maniere dont la Compagnie des Indes
fera lexploitation de la vente exclufive du caffé, du IO Ottobre 1723.
ARREST du Confeil d"Etat du Roi, pour la prife de poffeffion par la Compagnie des Indes du privilége pour la vente exclufive du caffé fous le nom de lierre
le Sueur à commencer au premier Novembre 1723, du 12 O8obre 1723.
ORDRE du Contrôleur Général & Lettre de la Ccmpagnie des Indes au fujet
du privilege du caffe, du :8 OCobre 1723312
ARREST da Confeil d'Etat du Roi qui ordonne que les Commis & Employés
de la Compagnie des Indes pour T'exploitation du privilége du caffé, pourront faire
toutes fortes de vifites & de recherches, du 14 Décembre 1723.
1724.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi,, qui accorde à la Compagnie des Indes
l'exemption des droits d'octrois > locaux, de tarif, de péages, palages & barrages,
fur tons les caffés qu'elle fera entrer 3. fortir ou traverfer le Royaume pour la provifion de fes Bureaux, du premier Février 1724.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que le caffé du Levant pourra
entrer dans la Ville,Port & Territoire de Marfeille, & en fortir librement par mer,
éc.,du 8 Février 1724.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne en interprétant Ies Arrêts
& Lettres-Patentes des 9 Août & 30 Septembre 1723 portant réglement pour les
déclarations des marchandifes dans les Bureaux des Fermes, que les. Marchands
feront leurs déclarations exaêtes de la quantité de tonneaux de vins , eaux-de-vie >
& autres liqueurs 2 à peine de confilcation des excédens des déclarations & de 300
livres d'amende, quand même elles feroient au-deffous du dixieme de la totalité defdites déclarations, du 4 Avril 1724.
12O
1726.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet aux Négocians François de
Horter en droiture des Iiles Françoifes de Tmérique dans les Ports d'Efpagne > les
fucres
aux-de-vie >
& autres liqueurs 2 à peine de confilcation des excédens des déclarations & de 300
livres d'amende, quand même elles feroient au-deffous du dixieme de la totalité defdites déclarations, du 4 Avril 1724.
12O
1726.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet aux Négocians François de
Horter en droiture des Iiles Françoifes de Tmérique dans les Ports d'Efpagne > les
fucres --- Page 593 ---
CHRONOLOGIQUE
fucres de toutes efpéces à l'exception des fucres bruts, enfemble toutes les autres
marchandites du cru defdites Iiles Françoiles, du 27 Janvier 1726.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui déclare les caffés venant pour le compte
de la Compagnie des Indes > exempts de tous droits de péage & des Fermes générales, du :0 Aout 1726.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant le Commerçe des Ifles Françoifes de l'Amérique, du 3 Septembre 1726,
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui exempte des droits de la douane de
Lyon, les marchandiles, drogueries & épiceries du crû des Mles Françoifes de
P'Amérique qui feront conduites en droiture dans ladite ville de Lyon, d'un des
Ports de mer défignés par les Lettres-Patentes des mois d'Avril 1717, Février 1719 9
& Oftobre 1721 &c., du 3 Septembre 17:6,
1727.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, fervant de réglement pour la perception
des droits fur les huiles, & dans quelle forme les déclarations feront faites dans
les Bureaux des Fermes, du 13, Mai 1727.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne qu'il fera levé un demi pour
cent fur les marchandifes venant des Ifles Françoifes de P'Amérique 3 du 20 Novembre 172718:
1728.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, portant réglement au fujet des conteftazions entre P'Amiral de France & les Fermiers Généraux fur la compétence des
matieres de la contrebande & du Commerce prohibé qui fe fait tant en mer, &
dans les Ports, Havres & rivages du Royaume , qu'aux Ifles & Colonies Françoifes
de l'Amérique du 25 mai 17:8.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet aux Négocians de la Ville de
Vannes de faire le Commerce des Ifles & Colonies Françoifes, du 21 Décembre 17:8.
1729.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne l'exécution dans le Port &
Ville de Dunkerque > des Edits 3 Déclarations > Arrêts & Réglemens concernant) le
Commerce de la Compagnie des Indes, & notamment le privilége exclufif de l'introduétion & dé la vente du caffé dans le Royaue, du 29 Novembre 1729. 320
1730.
ARREST du Confeil d'Erat du Roi, qui ordonne l'exécution de celui du 29
Novembre 1729, concernant une failie de caffé à Dunkerque, & le privilége exclufif pour fa Compagnie des Indes pour Tintroduction, vente & débit du caffé dans
le Royaume, > du 17 Janvier 1730.
3:8
SARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant les formalités à obferver pour
le tranfit des fucres raffinés dàns le Royaume, du 14 Février 1730.
1731.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant les déclarations à fournir pour
Tom. Il.
Cccc
fa Compagnie des Indes pour Tintroduction, vente & débit du caffé dans
le Royaume, > du 17 Janvier 1730.
3:8
SARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant les formalités à obferver pour
le tranfit des fucres raffinés dàns le Royaume, du 14 Février 1730.
1731.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant les déclarations à fournir pour
Tom. Il.
Cccc --- Page 594 ---
T A B L E
Jccaffé qui entre & fort de la ville de Marfeille, du 21 Janvier 1731 pag. 331
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, fubroge le fieur Pierre Vaquier, au
ficur Pierre le Sueur pour faire la régie 8" exploitation du privilége de la vente
exclufive du caffé dans l'étendue du Royaume 3 du 23 Janvier 1731.
1732.
DECLARATION du Roi, concernant les caffés provenans des plantations &
culture de la Martinique 2 & autres Ifles Françoifes de l'Amérique y dénommées 2
du 27 Septembre 1732,
1733.
DECLARATION du Roi, concernant les particuliers qui feront atrêtés portant
du tabac, des toiles peintes ou autres marchandifes de contrcbande ou en fraude, 3
par attroupement, & armés au nombre de trois & au deffits 3 feront punis de
mort & leurs biens: confiqués, même dans le lieu où la confifcation n'aura pas
lieu, du 27 Janvier 1733.
ARREST du Confei! d'Etat dui Roi, qui fait défenfes à tous Armateurs & Négocians faifant le Commerce des Ies & Colonies françoifes de T'Amérique > d'y
envoyer des étoffes & toiles peintes des Indes, de Perfe 2 de la Chine & da' Levant,du 9 Mai 1733.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, fervant de réglement pour les tabacs de
provifion qui fe trouveront fur les Bâtimens étrangers qui abordent dans les Ports
de France, du IS Septembre 1733.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui interprête l'article ZI de PEdit du mois
d'Avril 1717, cu 17. Novembre 1733426
1734.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, en faveur des Habitans de la ville d'Avignon & du Comtat Venaiflin, du 25 Mars 1734.
BAIL de la Ferme générale du tabac dans' la ville d'Avignon & Etat Venaiffin, &c., du 31 Mars 1734.
ARREST du Confeil d'Etat, & Lettres expédiées en conféquence, qui preferit
la maniere & la forme dans lefquelles les Commis des Fermes du Roi pourront
faire des vifites dans les Abbayes & autres Couvens de Filles, du 19 O8tobre 1734.
1735.
ARREST du, Confeil d'Etat du Roi, qui caffe une Sentence de la Maitrife
d'Arles, & ordonne l'exécution de la Déclaration du IO O8obre 1723 2 concernant
ke privilége de la vente exclufive du caffe, du 18 Janvier 1738.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui déclare commune en faveur des Hakitans de Cayenne & de St. Domingue, la Déclaration du 27 Septembre 1731,
concernant les caffés provenans des plantations & cultures de la Martinique & aultres Iiles Françoifes de l'Amérique Y dénominées, du 20 Septembre 1735. 340
1723 2 concernant
ke privilége de la vente exclufive du caffe, du 18 Janvier 1738.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui déclare commune en faveur des Hakitans de Cayenne & de St. Domingue, la Déclaration du 27 Septembre 1731,
concernant les caffés provenans des plantations & cultures de la Martinique & aultres Iiles Françoifes de l'Amérique Y dénominées, du 20 Septembre 1735. 340 --- Page 595 ---
CHRONOLOGIQUE
1736.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, portant réglement fur les caffés provenans
des plantations & cultures des lfles Françoifes de l'Amérique > du 19 Mai 1736.
page 34:
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que les caffés provenans des
plantations & cultures des Ifles Françoifes de l'Amérique, jouiront dans les Ports
délignés par l'article IO du réglement du 29 Mai 1736, du bénéfice de l'entrepôt
pendant un an, au lieu de 6 mnois fixés par Particle 2 dudit réglement, du 18
Décembre 1736.
1737.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet aux Négocians de Marfeille,
d'introduire pour la confommation du Royaume > les caffés provenans du crû des
Iiles Françoifes de l'Amérique en payant dix livres pour cent pefant, & d'en envoyer à Geneve en tranfit fans payer aucuns droits, le tout en obfervant les formalités preferites, du 2 Avril 1737348
DECLARATION du Roi, qui permet aux Armateurs & Négocians qui font le
commerce dans les Ifles, de charger à fret pour Cadix des marchandifes du Royaume fur les Vaiffeaux qui partiront à vuide pour aller aux Ifles de l'Amérique,
y prendre des marchandifes de retour > du 30 Septembre 173791
1738.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant l'entrepôt tant des inarchandifes deftinées pour les Iiles & Colonies Françoifes, que de celles qui en viennent,
du 6 Mai 1738.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet pendant trois ans aux Négocians François d'envoyer leurs Vaiffeaux en Irlande pour acheter des baeufs
chairs, & faumons falés, beures, fuifs & chandelles, & 2 les tranfporter de 1à
auixdites Ifles & Colonies Françoifes, du 26 Août 1738.
1740.
DECISION du Confeil, du 7 Novembre 1740, qui permet à tous les raffineurs
de Marfeille de faire entrer dans le Royaume le fucre raffiné de leurs raffineries,
en payant 7 hv. du cent pelant.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui perinet pendant un an d'aller charger
des chairs falées aux Ifles du Cap-verd, pour les conduire en droiture aux Iiles
du Vent, du 27 Décembre 1740.
1741.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet pendant un an de faire venir
de Dannemarck des chairs falées des beurres, des fuifs 7 pour être traniportés aux
ifles Françoifes de l'Amérique fans payer aucuns droits d'entrée, du 7 Février741.
13:
ARREST du Confeil d'Etar du Roi, qui permet de charger des fels en Brétagne ou dans les autres Ports out il eft d'ufage d'en tirer, pour être employés aul
Cap-Verd à la falaifon des chairs deftinées pour les Iles fans payer aucuns droits, 9
& cependant que la permiflion accordée par PArrêt du 27 Décembre 1740, d'aller
charger des chairs falées au Cap-Verd aura lieu, du 21 Mai 1741.
Ccccij
Confeil d'Etar du Roi, qui permet de charger des fels en Brétagne ou dans les autres Ports out il eft d'ufage d'en tirer, pour être employés aul
Cap-Verd à la falaifon des chairs deftinées pour les Iles fans payer aucuns droits, 9
& cependant que la permiflion accordée par PArrêt du 27 Décembre 1740, d'aller
charger des chairs falées au Cap-Verd aura lieu, du 21 Mai 1741.
Ccccij --- Page 596 ---
T A B L E
1742.
ARREST du Cenfeil d'Etat du Roi 2 qui caffe une Sentence de l'eleétion de
Lyon, du 15 Juillet 1740, par laquelle lc nominé Roze & fa femme > Habitans
de ladite Ville, farpris vendant du tabac rapé fans permiflion, ont été renvoyés à
Ja demande du Fermier avec dépens, confifque les tabacs & uftenciles failis chez
ledit Roze & le condamne en 1OOO liv. d'amende & aux dépens faits en ladite
eleétion , du 8 Mai 174:.
page 545
ARREST du Confeil d'Ftat du Roi, qui ordonne l'exécution de l'article IO des
Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717, du 4 Septembre 1742.
1743.
ORDONNANCE du Roi, pour renouveller les défenfes à tous gens de guerre s
iur le commerce de faux fel & de faux tabac & des marchandifes de contrebande,
du premier OEtobre 1743.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que les Négocians armateurs
de la Ville de Marfeille feront tenus de faire conduire au Bureau du Domaine d'Occident actue'lement établi à la Rive-Neuve, toutes les marchandifes arrivant des
Ifles Françoifes de l'Amérique de même que celles qu'ils embarqueront pour lefdites Iles,poury être vifitées & les droits acquittés du 29 Oétobre 1743- 203
1744.
LETTRES-PATENTES fur Arrêt, concernant le commerce des Ifles Françoifes
pour empécher les abus qui pourreient s'introduire, &c. da 24 Aout 1744. 194.
LETTRE de Meflieurs les Fermiers Généraux au fujet des entrepôts, du 20
Décembre 1744.
IIO
1745.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui en interprétant celui du 20 Avril 1744
déclare n'avoir entendu permettre pendant la préfente guerre 2 le retour des Navires
des Illes & Colonies Françoifes, que dans les différeus Ports du Royaume ob le
commerce des Ifles eft permis fans que les Négocians puiffent faire revénir leurs
Navires dans d'autzes Ports, f çe n'eft en cas de relâche forcé; $ nauffrage, ou
autre cas imprévà à peine de IODOO liv. d'amende conformément à l'article 2 des
Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717, du19 Juin 1745.
6z
1746.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui révoque la permiffion accordée
celui du 2 Avril 1737 aux Négocians de Marfeille d'introduire pour la confomma- par
tion du Royaume des caffés des Ifles Françoifes de PAmérique, du 28 Ofobre 1746.
1747.
ORDONNANCE du Roi, renouvellant les défenfes à tous gens de guerre de faire
la contrebande du tabac, du 12 Juin 1747.
1748.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet l'entréc dans le Royaume fans
payer aucuns droits des lards, fuifs, chandelles & faumons falés deftinés pour les
ifes & Colonies Françoifes, du 24 Aout 1748.
ARREST du Çonfeil d'Etat du Roi, qui proroge pour trois années à compter
du prémier Janvier 1749, ia perception du droit d'un demi pour cent ordonné par
Juin 1747.
1748.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet l'entréc dans le Royaume fans
payer aucuns droits des lards, fuifs, chandelles & faumons falés deftinés pour les
ifes & Colonies Françoifes, du 24 Aout 1748.
ARREST du Çonfeil d'Etat du Roi, qui proroge pour trois années à compter
du prémier Janvier 1749, ia perception du droit d'un demi pour cent ordonné par --- Page 597 ---
CHRONOLOGIQUE
Ja Déclaration du IO Novembre 1727, être levé fur les marchandifes venant des
liles Françoites de T'Amérique; , & cependant frfoit à la perception de ce droit fur
les chargemens des Navires arrivés ou qui arriveront defdites Iles depuis le prémier
OStobre dernier juiques au prémier Mars prochain 1 du 13 Novembre 1748,
page 184
1749.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi,, qui en révoquant l'Arrêt du Confeil du
4 Mai 1745, ordonne que conformement à celui du 3 Mai 1723, les marchandifes
deftinées pour les Ifles Françoifes de l'Amérique ne jouiront plus à l'avenir que
d'une année d'entrepôt, du 26 Mars 1749.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui en révoquant les Arréts du Confeil
des 20 Avril 1744, & 19 Juin 1745, ordonne que T'exécution de l'article 2 des
Lettres-Patentes de 1717 pour le retour des Navires deftinés pour les Ifles & Colonies Françoites de l'Amérique dans le port d'oi ils feront partis > du 26 Mars 1749.
DECLARATION du Roi , qui ordonne la perception d'un droit de 30 fols
chicune livre de 16 onces fur tous les tabacs étrangers qui entreront dans le CI
yaune pour autre deAination que pour celle de la Ferme Générale, du 4 Mai 1742.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui commet Mr. l'Intendant de la Province du Hainault pour juger les contraventions à la Déclaration du Roi, du 4
Mai 174) > portant établiflement d'un droit de 30 fols par livre pefant des tabacs
étrangers qui entreront dans ladite Province, du 17 Juin 1749.
1750.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui fixe le prix des tabacs du crû de Ia
Louifiane à 30 liv. le quintal 7 dont 27 liv. IO fols feront payées par le Fermier
&1 liv. IO fols par le Roi, défigne les Ports pour l'entrée defdits tabacs, &
établit des précautions pour empècher l'abus & la fraude > tant au droit de 30 fols
par livre pelant de tabac, qu'à la ferme du tabac, du 13 Oêtobre 1750. 561
1751.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui condamne le Sr. Anaftaze Guezil Négociant de la Ville de Nantes, à payer conformément à l'Arrêt du I2 Mai 1693,
le droit d'entrée du chocolat qu'il a fait venir des Illes > & qu'il a déclaré comme
Cacao broye & en pâte > du 15 Juin 1751.
1755.
DECLARATION du Roi, qui permnet le commerce & la fonte des matieres d'or
& d'argent & des efpéces étrangeres, du 7 O@tobre 17551756.
ARREST du Confeil d'état du Roi, qui permet anx Négocians & Habitans de
Ja Vilie de Cherbourg de faire direStement par le Port de ladite Ville, le çom--
> & qu'il a déclaré comme
Cacao broye & en pâte > du 15 Juin 1751.
1755.
DECLARATION du Roi, qui permnet le commerce & la fonte des matieres d'or
& d'argent & des efpéces étrangeres, du 7 O@tobre 17551756.
ARREST du Confeil d'état du Roi, qui permet anx Négocians & Habitans de
Ja Vilie de Cherbourg de faire direStement par le Port de ladite Ville, le çom-- --- Page 598 ---
T A B L E
merce des Ifles & Colonies Françoifes de l'Amérique > du 8 Juin 1756.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet aux
Caen de taire dire@tement par le Port de ladite
le Négocians de la Ville de
lonics Françoifes de
Ville, commerce des Illes & CoT'amérique, Ga 21 Septembre 1756.
1758.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet aux
Toulon d'expédier pour les Iiles & Colonies
Négocians de la ville de
chaque année, du :5 Juillet 1758,
Françoifes, huit Navires feulement
ARREST du Conteil d'Etat du Roi, qui preferit les
appoiées aux moullelines qui fe fabriqueront dans le
marques qui devront être
Royaume > du 20 Août 1758,
les DECLARATION différentes
du de Roi, qui ordonne la perception des 4 fols par livre fur
efpéces tabacs, & ordonne en méme tems le tabac fera
par-tout le Royaume au poids de marc > du 24 Aout 1758. que
vendu
VENTE du tabac rapé > du prémier O&tobre 1758.
1759.
LETTRES-PATENTES du Roi, concernant les toiles de coton
toiles peintes > teintes, & imprimées, du 5 Septembre
blanches & les
1759.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, & Lettres-Patentes en
de
lui du 5 Septembre 1759, concernant les toiles de coton blanches interprétation & les toiles cepeintes ou imprimées, du :8 Oftolre 1759.
1760.
LETTRES de Meileurs les Feriniers Généraux au fijet des Navires
repris iur les ennemis & conduits dans un Port étrenger,
François
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que les toiles de
chanvre ou de coton peintes, ou imprimées dans le Royaume feront revêtues lin, d'une de
nouvelle marque pour faire connoître leur fabrication, du 3 Juillet 1700.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui évalue les droits
les
mouchoirs de toile de coton, venant de l'étranger, payeront à l'entrée que du toiles &
du 19 Juillet 1760.
Royaume,
INSTRUCTION pour les Commis des Fermes du Roi, au département de Marfeille 2 du prémier O8obre 1760.
1762.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que les iucres bruts venant
.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui évalue les droits
les
mouchoirs de toile de coton, venant de l'étranger, payeront à l'entrée que du toiles &
du 19 Juillet 1760.
Royaume,
INSTRUCTION pour les Commis des Fermes du Roi, au département de Marfeille 2 du prémier O8obre 1760.
1762.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que les iucres bruts venant --- Page 599 ---
CHRONOLOGIQUE
des Ifles Françoifes, feront exempts pendant la durée de la guerre 2 des droits
portés par lcs L.ettres-Patentes de 1717, & des droits locaux dus en Bretagne &
modere à 2 livres 1O fols pendant le même tems les droits fur le inême fucre venant de T'étranger, ou provenant des prifes, du 4 Juillet 1761.
1763.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui régle les droits à percevoir à toutes
les entrées du Royaame fur les ficres vergeois venant de l'étranger s exempte de
tous droits ces mêmes fucres firops & melaffes provenant des raffineries de France
tant à leur deftination pour l'étranger, qu'à leur circulation dans le Royaume 2 à
l'exception de ceux de Bretagne qui payeront les droits y mentionnés, du IO Mars
1763.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui admet le Port de Fecamp au nombre
de ceux par letquels il eft permis de faire direêtement le commerce des Ifles &
colonies Françoites de P'Amérique >1 du II Avril 1763.
ORDONNANCE du Lieutenant Général au Siége de l'Amirauté de Marfeille aul
fujet de la fortie de l'argent 2 du 5 Juillet 1763253
Fin de la Table des Edits, Arrêts, 8c. du prémier Tome. --- Page 600 ---
A * - AN
N WN
UN LNSINUA
T A B L E
C HR O NOLOGIQUE
Des Edits, Lettres - Patentes, Déclarations, Arrêts, dc.
rapportés dans le Tome fecond.
148z.
Dew vente, achapt & tranfport des bleds, Titre XI de l'Ordonnance du mois
de Juillet 143z.
page 5o5
1531.
ORDONNANCE de ne vendre ni acheter bled, finon aux marchés publiques,
& que le populaire foit préféré aux Marchands, du :8 O&obre 1531.
1571.
ORDONNANCE > portant Réglement fur les traites & tranfports des bleds dedans & dehors le Royaume 2 du mois de Juin1571.
52)
1671.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui exempte de tous droits de fortie toutes
les marchandifes qui feront portées aux côtes de Guinée, du 18 Septembre 1671.
1677.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi,.qui exempte de tous droits > les marchandifes dettinées pour le Canada 2 du IO Mai 1677.
1685.
DECLARATION du Roi, pour l'établiffement d'une Compagnic de Guinée, qui
fera feule le commere des Négres, de la poudre d'or & de toutes aitres marchandifes qu'elle pourra traiter aux côtes d'Afrique, 2 du mois de Janvier 1685. 306
EDIT du Roi 2 concernant l'Etat & la Difeipline des Efclaves Négres des Iles
de I'Amérique Françoife 3 donné à Verfailles au mois de Mars 1585.
21;
1688.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant l'exeiption de la moitié des
droits
re d'or & de toutes aitres marchandifes qu'elle pourra traiter aux côtes d'Afrique, 2 du mois de Janvier 1685. 306
EDIT du Roi 2 concernant l'Etat & la Difeipline des Efclaves Négres des Iles
de I'Amérique Françoife 3 donné à Verfailles au mois de Mars 1585.
21;
1688.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant l'exeiption de la moitié des
droits --- Page 601 ---
CARONOLOGIQUE
droits, accordée à la Compagnie de Guinée fur les marchandifes provenant de fon
commerce, duy Mars 1688.
1700.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi qui ordonne que les droits d'entrée des cotons
filés venant tant du Levant que des liles Françoifes de l'Amérique & autres, feront levés à l'entrée des cinq groffes Fermes, & aux entrées de la douane de Lyon,
comme avant l'Arrêt du Conteil du 11 Décembre 1691 7 du ZI Septembre 1700.
1705.
ACTE de notoriété, donné par Mr. le Lieutenant Civil du Châtelet, qui décide qu'en Amérique les Négres font meubles, du 13 Novembre 1705.
1716.
LETTRES-PATENTES du Roi, pour la liberté du commerce fur les côtes de
Guinée & d'Afrique > données à Paris au mois de Janvier 1716.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que les Négocians qui ont
envoyé des Navires en Guinée depuis le mois de Novembre 1713 2 jouiront de l'exempzion de la moitié des droits, du 25 Janvier 1716
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que les marchandifes qui feront apportées de Guinée ou des Ifles Françoifes de l'Amérique > provenant de la
vente & du troc des Négres, feront exemptes de la moitié des droits d'entrée dans
les Ports du Havre de Grace & de Honfleur, > du II Août 1716.
EDIT du Roi, concernant les Efclaves Négres des Colonies 3 qui feront amenés
ou envoyés en Françe 2 donné à Paris au mois d'Oéobre 1716.
DECLARATION du Roi, portant les droits de trois Négrillons ne feront
payés que fur le pied de deux Négres de deux Négrites pour un Négre, du 14
Décembre 1716,
1717.
LETTRES-PATENTES en forme d'Edit, portant établiffement d'une Compagnie de commerce fous le nom de Compagnie d'Occident, données à Paris au mois
d' Aoûr 1717.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que les Lettres-Patentes du
mois d'Avril dernier, feront oommunes pour le commerce du Canada > du II Décembre 1717.
IIO
1718.
ORDONNANCE du Roi, qui défend aux Capitaines des Vaiffeaux qui apporteteront des Négres aux Ifles, de defcendre à terre ni d'y envoyer leurs équipages
1ans en avoir obtenu la permiffion des Gouverneurs, du 3 Avril 1718.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant les Soldats 2 Ouvriers > & aultres Gens engagés au fervice de la Compagnie d'Occident, & des habitans qui paffent à la Louifiane pour s'y établir, du 8 Novembre 1718.
1720.
ORDRE du Confeil du commerce, concernant les caux-de-vie pour le commerce
de Guinte, du 15 tévrier 1710.
Tom. 11.
Dddd
3 Avril 1718.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant les Soldats 2 Ouvriers > & aultres Gens engagés au fervice de la Compagnie d'Occident, & des habitans qui paffent à la Louifiane pour s'y établir, du 8 Novembre 1718.
1720.
ORDRE du Confeil du commerce, concernant les caux-de-vie pour le commerce
de Guinte, du 15 tévrier 1710.
Tom. 11.
Dddd --- Page 602 ---
T A B L E
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui accorde & réunit à perpétuité à l
Comp gnie des Indes,le privilége exclufif pour la côte de Guinée > du 27 Septembre 1120.
pag.336
1721.
DEELARATION du Roi,qui regle la maniere d'élire les Tutcurs & Curateurs
aUx entins vont los peres poffadolent desLiens, tant dans la Reyaume que dans
les Colonis, & qui defend à ceTx qui ferant émancipés de dilpuler de leurs? Né
gres, donnée à Paris le I5 Décembre iT:1.
23I
1722.
ARREST du Confeil d'Etat de Roi, Fortant que TOrdennance de 1687 fervant
Ssdumunrp-rihocings Grofles Fermes, fera exécutée dans les Iles Françoiles de
T'Amérique > & en Canada pour la régis da Domaine d'Occident, du 9 Juin 172:.
1723.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi qui retablit le Bureau d'abondance à
Marfeille 2 & regle ce qui doit être obiervé au fujet des grains étrangers > du 8
Décembre 1723.
1724.
EDIT du Roi, touchant P'Etat & la Difcipline des Efclaves Négres de la Louifane > donnée à Verfailles au mois de Mars 1724115
1725.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que les fucres & autres marchandifes qui feront déclarées provenir de la traite des Négres,, pour le compte des
Négocians qui ont fait le commerce de Guinée, en vertu des Lettres - Patentes du
mois de Janvier 1716 > payeront dans les Ports défignés par les Réglemens, & au Bureau d'Ingrande la totalité des droits portés par les Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717, lorfque lefdites marchandifes feront deftinées pour être confommées dans
le Royaume, du 14 Aoit 1725.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que les fucres & autres marchandifes des Illes & Colonics Françoifes 2 qui proviendront de la Traite des Négres, faite par les Négocians du Royaume > en vertu des permiflions qui ont été
ou qui feront ci-après données par la Compagnie des Indes, jouiront de l'exemption dela moitié des. droits portés par les Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717, 3
conformément à l'article XIX des Lettres-Patentes du mois de Mars 1696, du 20
Novembre 1725.
1726.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant les défenfes faites aux particuliers d'envoyer des Vaifeaux & faire commerçe dans le pays de la concellion de
la Compagnie des Indes, du 20 Fevrier 1726.
DECLARATION da Roi, qui modere les droits dus à Sa Majefté pour les
Négocians de Nantes, pour les Négres introduits dans les Ifles de P'Amérique, 2
donnée à Verailies le II Novembre 1726.
3:8
1728.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, portant réglement pour les marchandifes
leront tirécs de Hotlande & du Nord pour le commerce de Guipéc, du 7 Septembre 17:8,
3 76
DECLARATION da Roi, qui modere les droits dus à Sa Majefté pour les
Négocians de Nantes, pour les Négres introduits dans les Ifles de P'Amérique, 2
donnée à Verailies le II Novembre 1726.
3:8
1728.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, portant réglement pour les marchandifes
leront tirécs de Hotlande & du Nord pour le commerce de Guipéc, du 7 Septembre 17:8,
3 76 --- Page 603 ---
CHRONOLOGIQUE
1729.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi 7 portant Réglement pour le commerce des
cotons qui s'envoyent des IllesFrançoiles de l'Amérique dans les Ports de France,
du 20 Décembre 1729.
143-25
1731.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant la retroceflion faite à Sa Majefté par la Compagnie des Indes de la concellion de la Louifiane & du pays des
Illinois, du :3 Janvier 1731.
1732.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, portant exemption des droits d'entrée & de
fortie fur les denrées & marchandifes que les Négocians François feront traniporter dans les Colonies de la Louifiane & exemption pendant dix ans de tous
droits d'entrée fur les marchandifes & denrées du crû & du commerce de ladite
Colonie 1 du 20 Septembre 1732.
1733.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, portant réglement pour les cotons flés
qui viennent des Echelles du Levant à Marfeille, du 26 Septembre 1733.
1734.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant les priviléges de la Compagnie
des Indes, du 19 Mai 1734.
ORDONNANCE du Roi, qui regle la forme des certificats de la traite des
Négres aux Ilcs Françoites de l'Amérique > du 6 Juillet 1734351
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui fixe les droits de fortic qui feront payés
dans les Bureaux des Fermes du Roi fur les grains dont on permettra le tranfport hors du Royaume > du 16 Novembre 1734.
1736.
ORDONNANCE du Roi concernant les aftranchiffemens & les baptêmes des
Eiclaves Negres, du I5 Juin 1736.
1738.
DECLARATION du Roi, concernant les Efclaves Négres des Colonies, qui inrerprête PEdit du mois d'Oatobre 1716, donnée à Verfailles le I5 Décembre 1738.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi > qui renouvelle les difpofitions de l'Arrêt
du Confeil du 20 Décembre 1719 > portant réglement pour le coton qui s'envoye
des Ifles Françoifes de l'Amérique dans les Ports de France, & qui ordonne que
les balles defdits cotons feront vifitées à leur arrivée dans lefdits Ports par les
Comis des Fermes, > du 16 Décembre 1738.
1740.
DECLARATION du Roi 7 qui exempte 'de tous droits les bleds, grains & 16gumes qui entreront dans le Royaume, ordonne la fixation des cens, rentes > redevances, minages & fermages qui fe payent en grains 2 & décharge des droits
de eontrôle, fceau, droits réfervés ou retablis 7 & de tous autres droits, les altes
& procédures qui feront faits, & les Ordonnances & Jugemens qui feront rendus
au fujet des évaluations portées par la préfente Déclaration > lefquels pourront être
expediees en papier commun & non marqué 7 du 26 O&obre 1740.
Dddd ij
minages & fermages qui fe payent en grains 2 & décharge des droits
de eontrôle, fceau, droits réfervés ou retablis 7 & de tous autres droits, les altes
& procédures qui feront faits, & les Ordonnances & Jugemens qui feront rendus
au fujet des évaluations portées par la préfente Déclaration > lefquels pourront être
expediees en papier commun & non marqué 7 du 26 O&obre 1740.
Dddd ij --- Page 604 ---
T A B L E.
1741.
ARRFST du Confeil d'Etat du Roi, qui permet aux Négocians & Armateurs
des Ports autorifés à faire le commerce des Colonies de l'Amérique 2 d'armer &
équiper leurs Vaiffeaux pour la côte de Guinée, en fe conformant aux Arrêts & Réglemens concernant le commerce de ladite côte du 30 Septembre 1741. page 320
1742.
ORDONNANCE du Roi, concernant l'exemption accordée aux marchandifes provenant de la Traite des Négres aux Iies Françoifes de l'Amérique 7 du 31 Mars
1742.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui fixe à quatre années, l'entrepôt des
marchandifes, propres pour le commere de Guinée, du 2 Oétobre 1742.
LETTRE de Meffieurs Ies Fermiers Généraux au DireEteur des Fermes àl Mar--
feille, du 19 Novembre 1742.
1743.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, concernant Ie commerce réciproque des
Ifles Françoifes de P'Amérique, 2 de PIfle royale & du Canada, du 24 Juin 1743143
1744.
LETTRE de Meflieurs les Fermiers Généraux à Mr. Bouchaud député de Nantespour le commerce > du 30 Janvier 1744359
LETTRE de Meffieurs Tes Juges & Confuls de Nantes aux chambres de commerce de Bordeaux, la Rochelle, &c. du 4 Mars 1744360
AVIS à Meffieurs les Armateurs pour la Guinée, fur la maniere de reêtifier les
défauts qui fe pourront trouver dans les factures bordereaux & certificats qui accompagnent chaque envoi des retours > enforte que ces défauts ne puiffent être un
obitacle à jouir de l'exemption de la moitié des droits d'entrée dans le Royaume S
ô modéle des reaifications à faire > &c. du 4 Mars 174436r
1748.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne l'exécution de celui du 27
Septembre 1720, & en conféquence que les Vaiffeaux des Négocians 7 munis de
permiflions de la Compagnie des Indes pour le commerce de Guinée 2 jouiront des
mêmcs priviléges & exemptions dont elle jouit, du 3 Décembre 1748.
1749.
ARREST: 2 &c. portant exemption de rous droits d'entrée & locaux dépendans
feil d'Etat du Roi, qui ordonne l'exécution de celui du 27
Septembre 1720, & en conféquence que les Vaiffeaux des Négocians 7 munis de
permiflions de la Compagnie des Indes pour le commerce de Guinée 2 jouiront des
mêmcs priviléges & exemptions dont elle jouit, du 3 Décembre 1748.
1749.
ARREST: 2 &c. portant exemption de rous droits d'entrée & locaux dépendans --- Page 605 ---
CHRONOLOGIQUE
des cinq groffes Fermes, fur les laines non filées, les cotons en laine, les chanvres & lins en maffe & non aprétés, les poils de chameau & chevreau, & les
poils de chevres filés & non filés venant de l'étranger dans le Royaume > ou qui
pafferont d'une Province dans une autre > à commencer du prémier Janvier 1750,
du 12 Novembre & 9 Décembre 1749.
pag-32
1750.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi,qui continue la perception du. droit de vingt pour
cent à toutes les entrées du Royaume fur les marchandifes du Levant 7 même fur
celles dénommées dans l'Article prémier de l'Arrêt du 12 Novembre 174, ce fur
le pied de l'évaluation portée par les Etats joints au préfent Arrêt.
Exempte du droit de trois pour cent du Domaine d'Occident les cotons venant
des Colouies Françoifes de l'Amérique, la confommatiou du Royaume, & les
affujettit aux mêmes droits de fortie aarge payoient avant FArrêt du 1z Novembre 17-9.
Ordonne que le droit de trois pour cent du Domaine d'Occident continuera d'étre perçu fur le coton des, Çolonies Françoifes qui paffera à l'étranger, & que le
droit de demi pour cent, établi par la Déclaration du IO Novembre 1727, continuera aufli d'être perçu fur le coton defdites Colonies's de la même maniere qu'il
fe perçoit fur les autres marchandifes qui en viennent, dui 22 Décembre 1750. 37
1751.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi > qui ordonne que 2 dans les cas: où les CO*
tons du Levant teints en rouge 2 feront fujets au droits de vingt pour cent > ce droit
fera perçu à toutes les entyées.du Royaume, * autres, que par le Pont-de-Beauvoifin, fur.l'évaluation de fix françs la livre, poids de marc. brut, & fur l'évaluation
de cent fols la livre, poids de table, net-, lorfqu'ils entreront par Marfeille ou
par le Pont-de-Beanvoihn, du 13 Mars 1751.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui fixe à huit livres du cent pefant les
droits de fortie du Royaume > fur les cotons en laine: venant des IRes, &x à dix
livres auffi du cent pefant fur le coton filé. > tant pour lès droits des cinq. groffes
Fermes, que pour ceux du Domaine d'Occident, & ordonne que le droit de demi pour
ceut d'augmentation du Domaine d'Occident, 3 continuera d'être perçu aux entrées
du Royatune, fur les cotons venant des Illes, du 17 Août 1751.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui proroge pour dix ans P'exemption des
droits d'entrée & de fortic fur les. denrées & marchandifes les Négocians François feront traniporter dans les Colonies de Ia Louifiane 2 2 Fexemption 2 pendant
le même tems 5 de tous droits d'entrée fur les marchandifes & denrées du crû &x
commerce de ladite Colonie > du 30 Novembre 1751.
1757.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui exempte de tous droits les cotons filés
qui circuleront dans le Royaume, du 17 Mai 175746
ARREST du Confeil d'Etat du Roi 2 qui proroge l'exemption des droits établis
2 2 Fexemption 2 pendant
le même tems 5 de tous droits d'entrée fur les marchandifes & denrées du crû &x
commerce de ladite Colonie > du 30 Novembre 1751.
1757.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui exempte de tous droits les cotons filés
qui circuleront dans le Royaume, du 17 Mai 175746
ARREST du Confeil d'Etat du Roi 2 qui proroge l'exemption des droits établis --- Page 606 ---
TABLE CIRONOLOGIQUE,
l'Edit du mois d'O8tobre IT:O, & la Déclaration du :1 Mars 1716, fur les
REnctE de baleine & autres poiffons provenans de la piche des Sujets du Roi, jufqu'à ce qu'il en foit autrement ordonné 3 du 18 O8obre 1757.
F4g.141
1760.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que; 7 jufqu'à ce qu'il en foit
autrement ordonné les peaux & poils de caltors entreront librement dans lc Royaune
en exemption de tous droits, du IZ Févricr-1760.
1761.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui ordonne que les cotons filés venant
de l'étranger 7 même des Iiles & Colonies Françoifes de l'Amérique > payeront vingt
livres par quintal de droits d'entrée dans le Royaume, du 12 Mai 1761.
TRANSIT des marchandifes du Levant; avis au public, pour déligner les Bureaux de fortie du Royaume, du 17 Août 1761.
1763.
DECLARATION du Roi, qui permet Ia libre circulation des bleds du Royaume 2
du 29 Mai 1705.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , qui ordonne qu'à l'avenir les farines de
minot venant de l'étranger, payeront à toutes Jes entrées du Rogsume, fix fols par
quintal; & déligne les Ports pour leur entrepot & pour la fortie à létranger deldites
farines de minot & de celles fabriquées dans le Royaume >iens payant le droit y
énoncé, da 27 Mars 1763.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, qui rétablit les droits firr le poillon-de
péche étrangere, fuivant les anciens reglemens,.du 6 de Juin 1763.
1764.
ARREST da Confeil d'Etat du Roi 3 qui. permet la fortie à l'étranger, des
menus grains, graines. & grenailles, des féves & autres légumes 2 par tous les
Ports indifinétement du Royaume, du 2 Janvier 1764.
Fin de la Table des Arrêts, Ec. du fecond & dernier Tome.
firr le poillon-de
péche étrangere, fuivant les anciens reglemens,.du 6 de Juin 1763.
1764.
ARREST da Confeil d'Etat du Roi 3 qui. permet la fortie à l'étranger, des
menus grains, graines. & grenailles, des féves & autres légumes 2 par tous les
Ports indifinétement du Royaume, du 2 Janvier 1764.
Fin de la Table des Arrêts, Ec. du fecond & dernier Tome. --- Page 607 ---
TA B
L
H
DE S MI ATIERE S.
J'wi retranché les trois quarts de la Table de
ce fecond Tome ; elle auroit trop grofli le
Volume, qui eft lui.- même une elpéce de
table. Je n'ai indiqué que les endroits qui
m'ont paru mériter une attention particuliere.
A
BONDANCE, (T) doit annoncer l'abondance. 3 pag. 502. Magafins
d'abondance font ils néceflaires dans les principales Villes du Royaume?
P- 522. Doivent regarder les marchands de bled, P. 532. Bureau d'ar
bondance à établir fous les yeux du Miniftere 1 P. 550. Bureau d'abondance établi à Marfeille P. 555.
ACADEMIE des Sciences 5 mémoire pour expliquer l'origine de la
couleur des Noirs, P. 285.
ACHAT des Efclaves; comment il faut fe conduire P: 395.
ACQUITS A CAUTION pour le bled du Royaume deftiné pour Mars
feille leroient inutiles, fi Texportation y étoit libre, P. 555.
AFER, a-t-il donné fon nom à T'Afrique 3 Non, c'eft une prétention
infoutenable, P. 146.
AFFICHES, ( l'Auteur des ) favorife trop l'opinion de Mr. Planque,
page 268.
AFRIQUE, (T) moins vafte que TAfie, plus étendue que l'Europe,p. 146. Quantité prodigieufe de Royaumes qu'elle renferme,
page 146.
AGRICCLTURE 5 moyen de la rétablir en France, P. 88: G. eft Ia grande
T'Afrique 3 Non, c'eft une prétention
infoutenable, P. 146.
AFFICHES, ( l'Auteur des ) favorife trop l'opinion de Mr. Planque,
page 268.
AFRIQUE, (T) moins vafte que TAfie, plus étendue que l'Europe,p. 146. Quantité prodigieufe de Royaumes qu'elle renferme,
page 146.
AGRICCLTURE 5 moyen de la rétablir en France, P. 88: G. eft Ia grande --- Page 608 ---
T A 2 B L E
Manufaéture du Royaume ; doit jouir des mêmes faveurs accordées aux
autres fabriques 1 P. 88; ne fera rétablie que par lexportation du fuperflu de nos recoltes, P. 487; elle peut feule augmenter la mafle de
nos richelles, P. 501; elle eft la principale richefle d'onEtat, P. 522;
a befoin pour être réparéc, d'une impofition fur les grains étrangers,
page 549.
AI ILLAUD, (Mr. ) Négociant de Marfeille, diftingué par l'étendue de
fon commerce & fon patriotifine 1 P. 172.
ArR; moyens de le renouveller dans un Navire Négrier, pag. 410.
Que lair eft le meilleur pour conferver la fanté, page 412 & fuivantes.
ALB INOIS (les) naiffent parmi les noirs; conjecture d'un lomme
d'efprit fur l'origine de leur couleur, P. 257.
ALLIANCE des Blancs & des Noirs ; alliance de différentes efpéces,
page 274.
AMERICAINS, 7 (les ) c'eft-à-dire, les Colons de nos Ifles en Amérique ; leur fentiment fur l'efclavage des Négres, P. 145. S'embarraffent fort peu de la décifion de la Sorbonne fur l'efclavage des Négres dans PAmérique, P. 214.
AMERIQUE 5 pourquoi découverte fi tard , P. 65; Réponfe à cette
queftion 7 p. 68. Nos Colonies en Amérique ne peuvent nuire à T'Etat,
page 75.
AMIRAUTÉ ( Greffe de r) défigué pour recevoir les déclarations pour
lc retour des Navires expédiés pour la Guinée 2 pag. 323.
ANABASSES toiles propres pour le commerce de Guinée 1 P-3 382.
Monnoye ideale de Guinée 3 page 393.
ANGLETERRE (P) quoique notre rivale, doit être imitée lorfqu'elle
fait mieux que nous, ) P. 79. Nous la favorifons trop en lui achetant fon
tabac 7 P. 92. Bel exemple que nous donne TAngleterre pour augmenter le nombre de matclots , pag. 109. La police des grains en
Angleterre leur eft néceffaire & nous feroit très : préjudiciable 1
page 540.
ANGLOIS ( les ) léchent la peau des Efclaves avant de les acheter; ;
pourquoi? page 400.
ANCOLA (Royaume d') en Guinée, fon grand commerce d'Efelaves, P. 163; ; les Jefuiftes en avoient plus de 2000 à leur fervice,
8c. P. 163. Mceurs des Angolois, leur religion, 3 pag. 1735 leur commerce, pag. 174.
ANIMAUX; leur prodigieufe quantité en Afrique 5 pourquoi? p. 146.
Comment les animaux fe font répandus fur la terre 1 P. 748. Démonfi
tration qu'il doit y en avoir plus en Afrique que dans les autres parties du monde 1 P. 149. Les animaux peuvent différer en couleur &
en groffeur fans ceffer d'étre de la même efpéce, P. 149. Leur tranf
migration d'un pays dans un autre 7 P. 153.
ANTILLES,
ANIMAUX; leur prodigieufe quantité en Afrique 5 pourquoi? p. 146.
Comment les animaux fe font répandus fur la terre 1 P. 748. Démonfi
tration qu'il doit y en avoir plus en Afrique que dans les autres parties du monde 1 P. 149. Les animaux peuvent différer en couleur &
en groffeur fans ceffer d'étre de la même efpéce, P. 149. Leur tranf
migration d'un pays dans un autre 7 P. 153.
ANTILLES, --- Page 609 ---
D E S M A T I E R E S.
ANTILLES. ( les Mles) Nos Colonies dans ces Ifles, nc peuvent qu'être
avantagenfes à la France, P. 75.
ANTIPODLS. (les) Demande pourquoi lcs habitans nous ont été inconnuS pendant tant de fiecles, P. 67.
ARDRA ( Royaume d') les Efclaves très- eftimés > P. 159.
ARMES, quelles font les arines qu'il faut porter en Guinée? P. 383ARTS (les ) font encouragés par le Commerce,. 72.
AUBIN (le Marquis de St.) avance mal-à-propos, que l'Efclavage de
f'Amérique eft le même que celui des anciens," P. 214.
AVIS aux Armateurs pour la Guinée, P. 361.
B.
BALLENSERD (Mr ) fon fentiment fur l'eau de pluye , P. 435.
BAILE, tout Baile qu'il elt, trouve de la gloire à louer le fublime
Pafcal, P. 485.
BARBE (la) ) Examen fi elle fuffit pour faire une efpéce différente
d'hommes. Difputes au fujet de la barbe, 1 P. 453.
BENEDICTION du Seigneur donnée à l'homme & aux animaux en
les créant, P. 147.
BENGUELA ( Royaume de ) ne mérite pas ce nom, P. 164BENIN ( Royaume de ) combien il cft étendu; politeffe de fes habitans, P. 160. On n'y vend que les femmes, P. 160. Sacrifices abominables, P. 160. Moins méchans que les autres Négres 1 P. 169; leurs
meurs & leur religion 7 P: 169.
BERLIN, découvertes qu'on prétend y avoir faites pour expliquer la
caufe de la couleur des Noirs, P. 293.
BIELFIELD (le Baron de) fon fentiment fur le Gouvernement monarchique, P. 243.
BIJOUTERIES (les) fe vendent avantageufement en Guinée, P. 391.
BLANC (Cap) importance de cette côte pour la pefche des morues,
page 137.
BLANCHE (couleur) ce que c'eft; fi celle des hommes eft telle
270.
PERATO (le) vient prefque fans culture dans la Louifiane, P. 87. S'il
feroit avantageux d'en importer en France. Non , P. 88. Sentiment de
l'Auteur pour encourager & pour rétablir notre agriculture P. 89. Impofition fur le bled étranger à l'entrée du Royaumé 1 P- 89. Libre circulation du bled dans toutes les Provinces du Royaume, P. 90 & fuivantes. Exportation du bled du Royaume à l'Etranger. voyez PAddition
487. Bled du Royaume, 2 s'il doit être exporté à TEtranger, P. 487;
E bled trop abondant fera un fujet d'affliction pour le Cultivateur s'il
n'eft pas exporté à I'Etranger, P. 488. Dans quel tems & quelles
Tom. II.
Ecee
. Libre circulation du bled dans toutes les Provinces du Royaume, P. 90 & fuivantes. Exportation du bled du Royaume à l'Etranger. voyez PAddition
487. Bled du Royaume, 2 s'il doit être exporté à TEtranger, P. 487;
E bled trop abondant fera un fujet d'affliction pour le Cultivateur s'il
n'eft pas exporté à I'Etranger, P. 488. Dans quel tems & quelles
Tom. II.
Ecee --- Page 610 ---
T A B L E
précautions il faut prendre pour en accorder la fortie du Royaume:
Foyer grains.
BLONDEL, Médecin Anglois, s'imagine que l'imagination des meres
n'agit point fur leurs fuetus, P. 267 ; réfutation dc fon fentiment, p.268.
BOCHART (Mr.) explique le mot de Syrene, P. 179.
BONNET (Mr.) Auteur judicieux; fes confidérations fur la réproduction des corps organifés ' P- 273.
BORDEAUX (lc Port de) étoit défigné avant la permifion générale
pour faire le commerce de Guinée 7 P: 322.
BORDEREAU des marchandifes achetées du produit de la vente des
Négres, & expédiées pour le Royaume, P. 353.
BOUSSOLE (la découverte de la ) perfeétionne la navigation, P. 67.
BRESIL (le) fes mines d'or & d'argent feroient moins avantageufes à la France, que ne l'eft fon Commerce dans l'Amérique > P: 78.
BRIGANDAGE (le) a été la caufe de la naiffance des plus puiffans
empires, P. 71.
BRUE, lieu défert & abandonné 1 changé par Mr. le Marquis de
Roux en un lieu d'opulence & de plaifir 7 P: 13.
BUFFON, (Mr. de) la defcription qu'il fait & le jugement qu'il
porte des animaux des quatre parties du monde,p. 150. Croit que les
Américains ne vivoient pas en fociété 1 P. 151.. Son fyftéme des molecules, & réfutation de ce fyftéme 1 p. 270.
BUREAU général d'agriculture & d'abondance à établir fous les yeux
du Miniftre, P- 550. Bureau d'abondance établi à Marfeille pour le
bled venant de l'étranger, p., 555.
BUREAU des Fermes du Roi, foumillions qu'y doivent faire les Maitres & Capitaines de Vaiffeaux, P. 323. Explication pour les Bureaux
de Marfeille, P. 323 &324.
C.
CAFFE: fa culture dans les Ifles Antilles a furpaffé nos efpérances; pourquoi ne pas effayer la culture des épiceries des Indes orientales, P. 79.
CAFFRERIE, (la) vafte pays * peu connu & rempli de bêtes féroces, P: 164. Les principales Nations de la Cafrerie, P: 165. La corruption des habitans., P. 181; elle eft une preuve de l'énormité du
péché du prémier homme, P: 18z.
CAILLE, (T'Abbé de la ) fait une rélation de quelques peuples dc la
Cafrerie, P. 18I.
CANADA, (le) ) cedé par la France à l'Angleterre pour le bien de la
paix, P. 63 & 81. Les Réglemens rendus pour le commerce de la
Louifiane étant communs au commerce du Canada, il a été néceffaire
elle eft une preuve de l'énormité du
péché du prémier homme, P: 18z.
CAILLE, (T'Abbé de la ) fait une rélation de quelques peuples dc la
Cafrerie, P. 18I.
CANADA, (le) ) cedé par la France à l'Angleterre pour le bien de la
paix, P. 63 & 81. Les Réglemens rendus pour le commerce de la
Louifiane étant communs au commerce du Canada, il a été néceffaire --- Page 611 ---
D E S M A T I E R E S.
de les rapporter, P. 81. Defcription & découverte du Canada, P. 82
& fuiv.
CANCHETS, (les ) bonne nourriture pour les Efclaves Négres; maniere de les faie, P. 429.
CANNETES, necellaires pour le commerce de Guinée, P. 384.
CAP de Bonne-i.fperance, , le plus dangereux qu'on connoiffe, P. 152,
nomié Cap des Tourmentes 3 P: 152. Contribution impofée par les
Holladois à tcus ceux qui ile doniblent, > P. 152. Jardin admirable des
Hollundois, P. 152. Obfervation à ce fujet, P. 173, &c. Mceurs des
habitans , leurs ulages 7 P. 183. Nous avons tort de nous en moquer
p. 182. Quelques-uns de nos ufiges doiventleur paroître ridicules , P- 183.
Ces peaples nous méprifent, P 183. Examen s'ils ont tort, P. 185.
CAF de Verge &: Cap Tagrin, P. I51.
CAPUCINS (les ) font établis dans le Royaume de Congo en qualité
de Milionnaires, P. 172.
CARGAISON, pour un Navire Négrier ; marchandiles qui doivent la
compoier, p.380.
CAROUBIER I 3 (le ) cfpéce dc caneficier 5 vient en Provence $
P. 58.
CARTHAGE, n'eft devenue égale à Rome que par le commerce 8x
par la navigation', P. 74.
CASSE ou Canélice; fon origine 2 P. 55. Caffier ou cafis 5 ce que c'eft.
P. 56. Culture du canéficier, P. 56. Ulage & prepriétés du canélice,
p. 59. Commerce du canéfice & le choix qu'on en doit faire, P. 60.
Quantité de canéfice arrivé à Marfeille pendant une année, P. 61. Confitures de canéfice, P. 61. Droits d'entrée dans le Royaume que doit
lc canéfice, P: 62 & 63.
CASTORS; le privilége du cominerce des caftors accordé à la Comnpagnie d'Occident; ledit commerce déclaré libre & puis rendu à ladite Compagnie, P. 127. Libre entrée dans le Royaume des peaux
des caftors, P. 128.
CAYENNE (TIle de ) produit de coton d'une grande beauté, 1 P. 8.
CELIBATAIRES, (Société de) peut pofféder les biens en commun $
P. 65CERTIFICATS, pour les marchandifes provenant du produit de la vente
des Négres ) P. 154. Modéle dudit certificat propofé par la Chambre de
commerce de Nantes , & approuvé par Meflieurs les Fermiers Généraux,
P. 159. Certificat pour rectifications d'une faéture 1 364.
CETTE, (le Port de) nommé par Lettres - Patentes pour faire le
commerce de Guinée, 9 p.321.
CHIEVES, introduit l'ufage des Efclaves Négres dans T'Amérique Ef
pagnole pour les travaux des mines
210.
CHINOIS, (les) quelle eft la çaufe 'ac la configuration des membres
de leurs corps, P. 277Eeee ij
iers Généraux,
P. 159. Certificat pour rectifications d'une faéture 1 364.
CETTE, (le Port de) nommé par Lettres - Patentes pour faire le
commerce de Guinée, 9 p.321.
CHIEVES, introduit l'ufage des Efclaves Négres dans T'Amérique Ef
pagnole pour les travaux des mines
210.
CHINOIS, (les) quelle eft la çaufe 'ac la configuration des membres
de leurs corps, P. 277Eeee ij --- Page 612 ---
T A B I. E
FRETIENS, (les) ) 1I:1 fimple du peuple en (çait plus fur la création
de ttomme que tous les Fhilofophes > p. 187. LTacosmIsION, (la) nécellaire chez les peuples Noirs, P. 285. CIT.DIS (les) de Marfeille ; en quoi confilt: leur privilege 3 P. IO7
& 108; s'allarment mal à-propos de l'impolition d'un droit d'entrée à
Giait biite 1A0 3 poiffons de peche étrangere, , P. 1.40. Conotes de que nous eucendons par ce mot, P.75. Une Colonie
deir erre depcedante de la Métropole, P 74, doir employer le luperiu de L Mutropole, P. 77. Faveurs aaccorder à une Colonie 7
Fr 7,
CONERCE avec letranger, comment atile cu noilible à l'Etat 1
P: 19. Inte.diction da commerce coptre ceux qui méleront des marchandifes même permifes, avec le coton en laine, P: 35. Commerce de
la Louilane & du Canada, P. 63. Commnerce de Guinée, P. 63- Ancienneté du commerce, en quoi il confiftoit dans les prémiers tems.,
P: 6g. I elt d'isititution divice, P. 69. Les focictés ne peavent fubfifter fins commerce, P. 70. Csux qui le méprient Texercent dans ce
qu'il a de plus vil, P. 70. La paix néceffaire pour T'accroiffement du
commerce 1 P. 71. Depuis T'ufage du numéraire, le commerce n'eft fait
que par un certain nombre de perfonnes, P: 72. Le commerce fait
fleurir les Arts & Ies Manufachures, P. 72. Les Rois faifoient autrefois le commerce ; Jofeph le faifoit pour le Roi d'Egypte 2 P. 72Réglemens que le commerce occaiionne, 7 P-73- Le-commerce s'accroit
prodigieufement par la navigation, 3 P. 73- Le commerce de nos Colonies dans les Ifles de T'Amérique eft tout à l'avantage de la France 9
P. 75. Fait fleurir l'agriculrure & nos fabriques 1 P.7 76. Commerce avec
l'étranger doit augmeuter la maffe' de nos richeffes pour être utile, >
p. 77. Commerce des Colonies vaut plus à la France que les mines
du Pérou & du Bréfil, P. 78. Encouragemens que la France donne
au commerce des Ifles, P. 78. La grande fcience dans le commerce
avec l'étranger confifte à être toujours créancier & jamais débiteur,
P-79. Commerce de la Louifiane jouit des même priviléges que jouiffoit celui de Canada, 7 P. 81. Le commerce de la Louifiane plusavantageux à la France que celui de Canada, P. 87. Obfervations fur l'importance du Commerce de Ia Louifiane, p. 88. Commnerce de la Louifiane accordé à la Compagnie d'Occident, P- 95. Explication de quelques priviléges accordés au commerce de la Louifiane 2 P. 107. Etendue de fes privléges, P: 1c8.
que jouiffoit celui de Canada, 7 P. 81. Le commerce de la Louifiane plusavantageux à la France que celui de Canada, P. 87. Obfervations fur l'importance du Commerce de Ia Louifiane, p. 88. Commnerce de la Louifiane accordé à la Compagnie d'Occident, P- 95. Explication de quelques priviléges accordés au commerce de la Louifiane 2 P. 107. Etendue de fes privléges, P: 1c8. Les marchaudifes du commerce de la
Louifiane exemptes du droit de trois pour cent > P- IIO. Commerce
des caftors à qui il appartient préfentement > P. 127. L'entrée des
caftors libre jufqu'à ce qu'il foit autrement ordonné, P: 128. Progrès
du commerce dans la Louiiane , P. 129. Nouveaux priviléges accordés
au commerce de la Louifiane , P.I31. Obfervations & explications def
dits priviliges, P. 133- Suite des priviléges du commerce de la Loui- --- Page 613 ---
D E S M A T I E R E S,
fiane, P. 136. Commerce des morues combien important à TEtat,
P. I37. Commerce de Guinée aufli fingulier qu'aliligeant, P- 145, devenu nécellaire pour le foutien de nos établiffemens dans les Hles de
T'Amérique 1 P. 145. Réglemens pour le commerce de Guinée., p.301. Exemption accordée aux marchandifes du comnmerce de Guinée , p.302. Erablillement de deux Compagnies pour faire le commerce de Guinée,
P. 304. Faveurs accordées au commerce dc Guinée, p-305,8c Commerce de Guinée déclaré libre à tous les François, P.314 Quels font
lior does letiquels les ariemens pour la Guinde doiscurere faits,
P. 320. LePort de Cette eit detigné pour porvoir falre le comuerce
de Gaince, 3 P- 321. Droit impofe for chaque tére de Nigre, P. 325. Réglement fur la valeur des Négrillons & des Negrintes,P.326. Droit
de tonnelage impofé fur les Navires qui font le commerce de Guinée,
P. 330. L.es marchandifes du commnerce de Guinée doivent les droits
de trois pour cent, p. 331. ne doivent que la moitié des droits d'entréc, P. 331. Difpute fur ladite exemption, P. 332. Le privilege de
commerce de Guinée accordé de nouveau à la Compagnie des Indes,
P: 336. Les fucres & autres marchandifes provenant du commerce de
Guinée , font déclarés fujets à tous les droits d'entrée du Royaume
P. 340. Rétablitfement de l'exemption de la moitié des droits d'entrée
fur lefdites marchandifes 1 P. 342. La Compagnie des Indes accorde des
permilions pour expédier des Navires en Guinco , P. 344- Modele
d'une des permiffions qu'accorde la Compaguie des Indes, P. 345. Défenfes de commercer dans les pays de la conceffion de ladite Compagnie, P. 349. Ordonnance pour régler la forme des certificats pour
les marchandifes provenant de la Traite des Négres deflinées pour le
Royaume, p. 351. Fadure ou Bordereau pour les marchandifes expd
diées pour le Royaume P. 353: Modéle du ceriificat qui doit être au
bas de ladite facture, P. 354- Nouveau Réglement pour les marchandifes provenant de laTraite des Négres, P.
Compagnie, P. 349. Ordonnance pour régler la forme des certificats pour
les marchandifes provenant de la Traite des Négres deflinées pour le
Royaume, p. 351. Fadure ou Bordereau pour les marchandifes expd
diées pour le Royaume P. 353: Modéle du ceriificat qui doit être au
bas de ladite facture, P. 354- Nouveau Réglement pour les marchandifes provenant de laTraite des Négres, P. 355. Meflieurs les Fermiers
gonérans éerirent au fujet deflis certilieats 3 P: 358. Avis aux Nipocians de Marieille, P. 358. Modele d'un certiicar de la Chambrc de
commerce de Nantes approuvé par Meffieurs les Fermiers Générzux,
P. 359- Ledit modéle de certificat envoyé aux Chambres de commerce
du Royamsae, P. 36c, Avis aux Armateurs pour la Guinée, p. 36I. Modéle des reétilications à faire 1 P. 363. Modéle de faéture fubiecueute. P. 364 Droi.s des marchandifes provenant du commcrce de
Guinée réduits à la moitié, 1 P. 366. Vins & eaux-de-vie deftinés pour
le commerce de Guinée, P. 368. privilége de la Compagnic des Indes
relativement aul commerce de Cuinée , P- 370. Entrepôt fixé à quatre
années pour les marchandifes déclarées pour le commerce de Guinée )
P.
éture fubiecueute. P. 364 Droi.s des marchandifes provenant du commcrce de
Guinée réduits à la moitié, 1 P. 366. Vins & eaux-de-vie deftinés pour
le commerce de Guinée, P. 368. privilége de la Compagnic des Indes
relativement aul commerce de Cuinée , P- 370. Entrepôt fixé à quatre
années pour les marchandifes déclarées pour le commerce de Guinée )
P. 373. Les toiles platilles & les toiles indiennes peuvent être envoyées
aux côte sde Guinéc, p. 374 & 375: Réglement pour les marchandifes turées de la Hollande & du Nord, pour le commerce de Guince, --- Page 614 ---
T A B L E
P: 376. Traite des Noirs, P: 380. Marchandifes à charger fur un Navirc Négrier, P. 380, anabalfes, P. 382, armes, * p. 383, cannetes 1
p.3 384, contre-brodé & corail, p. 385, coris, p. 386, cuivre joune 1
draps, eau-de-vie, P. 387, étofles de foye,p.3 388, indienues, - P- 389,
merceries, , bijouteries & quincailleries,. 391, toiles platilles, 3 P. 392,
poudre à canon , P. 393, , raffades & fucre, P. 394. Conduite des Çapitaines dans l'achat des Efclaves, P. 395. préfens & coutumes qu'il
faut payer eyr arrivant en Guinée, , P. 397. Négre piéce d'Inde; ce que
c'eft, P. 399. Commerce des grains, Voyer Grains.
COMMUMAUTÉS (les) peuvent fçavoir facilement le produit de leurs
recoltes, P. 532; doivent avoir l'adminifiration de la police des grains,
page 533.
COMMUNAUTÉ des biens impraticable dans les grandes Sociétés,
page 65.
COMPAGNIE de Guinée, peut faire feule le Commerce de la traite
des Noirs, P. 306 & 312.
COMPAGNIE de P'Afiente, pour la fourniture d'un certain nombre
d'Efclaves Noirs aux poffeffions de l'Efpagne en Amérique pag: 313.
COMPAGNIE des Indes, obtient de nouveau à perpétuité le privilége
du Commerce de Guinée, P. 336. Accorde des permiflions pour faire le
commerce de Guinée, pag. 344. Modele des permiflions que ladite
Compagnie des Indes accorde aux Armateurs qui deftinent leurs Navires pour le Commerce de Guinée 3 P. 344. Défenfes de faire aucun
Cominerce dans les pays de fa conceffion, P. 349. Priviléges accordés à ladite Compagnie pag. 370.
COMPAGNIES ( deux) établies pour faire le Commerce de Guinée,
page 304COMPAGNIE d'Occident, établie pour le Gommerce de la Louifiane,
page 95. Obtient à perpétuité Ia poffeffion de la Louifiane ; cette
condition annullée en 1731, P. I07. Ladite Compagnie pcut accorder
des permiflions de faire le Commerce de la Louifianc P. 109.
COMPAGNIE royaled'Afrique; quel eft l'objet de fon Commerce, P. 155.
CONFITURE de Canefce; maniere de la faire 3 & fes propriétés 9 P. 61.
CONGO (le) vafte Royaume de la Guinée , P. 160; il s'y fait un
grand Commerce de fel, P. I6I. Les Portugais y font annoncer TEvangile 7 P- 162. Moeurs des habitans du Congo, P. 17I. La plus grande
partie profeffe le Chriftianifimne, P- 172.
CONSTRUCTION; 5 la Louiffane produit les bois néceffaires à cette
branche de Commerce, P. IC9.
CONTRE-BRODÉ ; combien il en faut dans une cargaifon, P-3 385.
CORAIL, combien eftimé en Guinée, & choix qu'il en faut faire,
page 385.
CORIS, leur ufage ; abfolument néceffaires dans une cargaifon pour
la Guinée, pag. 386,
partie profeffe le Chriftianifimne, P- 172.
CONSTRUCTION; 5 la Louiffane produit les bois néceffaires à cette
branche de Commerce, P. IC9.
CONTRE-BRODÉ ; combien il en faut dans une cargaifon, P-3 385.
CORAIL, combien eftimé en Guinée, & choix qu'il en faut faire,
page 385.
CORIS, leur ufage ; abfolument néceffaires dans une cargaifon pour
la Guinée, pag. 386, --- Page 615 ---
D E S M A T I E R E S. 59*
CORPS (les) de quelles parties ils font compofés, P. 281. CorE de Malaguete, ou Maniguete, P. 156. Côte des dents > ou
Mceurs des habitans de ces côtes &
d'Ivoire 2 & côte d'Or, P. 157. leur Commerce,p. Commerce 167. de ) intéreffe particulierement la Ville de
COTON (le
des
Marfeille 1 P. I. Origine du coton ; vaines recherches
Ethymologiftes fur le mot coton, P- 3. Grande utilité du coton, 3: Différentes efpéces de coton 1 P: 4 & 5. Coton de Malthe & : Siam, P. 5Tout le coton eftblanc, à l'exception du coton fromager& de celui de Siam,
p.5., Culture du coton, P. 6; on en fait deux recoltes dans l'année, P-7Maniere de le cueillir, & combien la moindre négligence eft préjudiciable, P- 8. Ufage du coton P. IO. Un établiffement pour la filature du
coton conviendroit à THôpital de la Charité de Marfeille, P. II. Séparation du coton de fes envelopes, P. I3. Moulins pour féparer les
graines d'avec le coton 2 P. 14- Emballage du coton 1 p. 14 &c 15Cotou en pierre, ce que c'eft, P. 15. Grands avantages pour l'Etat
de faire venir le coton dans les gouffes, p..15. Coton mouffeux, ce
que c'eft 3 P. 16. Proprietés du coton, P. 19. Commerce de coton,
P. 20. Etat de la quantité de coton en laine arrivé à Marfeille, ou qui
en eft forti pendant une année 7 P. 21. Etat de la quantité de coton
filé arrivé à Marfeille, ou qui en eft forti pendant une année, P. 21Cotons en laine exempts des droits d'entrée dans le Royaume, P: 22
& 32. Abus introduit dans l'emballage des cotons des Iles, & réglement à ce fujet, P. 23. Vérification en France des balles de coton de
TAmérique P: 25. Cette vérification renvoyée aux fabriques 7 P. 27Coton filé dul Levant ; réglement à ce fujet, P: 28. Droit fur le cotor
en laine avant l'exemption P. 31. Coton en Jaine provenant des prifes, jouit de l'exemption de tous droits 7 P. 35. Cotons en laine, peuvent aller du Royaume à Marfeille pour être employés aux fabriques
de ladite Ville, P. 355 doivent un droit confidérable de fortie du
Royaume, P: 35, 36 & 37. Le coton ne venant pas en droiture du
Levant ou de T'Amérique , doit 20 pour cent 7 P. 375 venant de TAmérique eft exempt du droit de 3 pour cent du Domaine d'Occident 31
P. 37. Ladite exemption n'a lieu que pour la confommation du Royaume, p.
ille pour être employés aux fabriques
de ladite Ville, P. 355 doivent un droit confidérable de fortie du
Royaume, P: 35, 36 & 37. Le coton ne venant pas en droiture du
Levant ou de T'Amérique , doit 20 pour cent 7 P. 375 venant de TAmérique eft exempt du droit de 3 pour cent du Domaine d'Occident 31
P. 37. Ladite exemption n'a lieu que pour la confommation du Royaume, p. 37; venant de l'Amérique y doit demi pour cent, P. 40 8c. Droits de fortie fur le coton en laine & filé s P. 41. Difpute au fujet
des droits fur le coton, P. 41. Droit d'entrée fur le coton, P. 44Impofition de 20 liv. par quintal fur le coton filé, P. 44. Suppreflion de
ladite impofition P. 44. Raifon de ladite fuppreflion, 45- Libre cir--
culation dans le
du coton filé en exemption droits,
Royaume
Kas
P.46Coton filé teint en rouge 1 p.
41. Difpute au fujet
des droits fur le coton, P. 41. Droit d'entrée fur le coton, P. 44Impofition de 20 liv. par quintal fur le coton filé, P. 44. Suppreflion de
ladite impofition P. 44. Raifon de ladite fuppreflion, 45- Libre cir--
culation dans le
du coton filé en exemption droits,
Royaume
Kas
P.46Coton filé teint en rouge 1 p. 46. Etabliffement d'une teinturerie dudie
coton en France 7 P. 47. Droit de 20 pour cent fiir le coton du Levant teint en rouge ne venant point en droiture à Marfeille, P. 48. Coton de l'Amérique préférable aux autres cotons, P. 48. Comparai- --- Page 616 ---
T A B L E
fon du prix du coton avant que la France cil fit filer, avec le prix
abtucl, P. 49. Nouvelle impofition fur le coton filé; foitde T'éra. ger,
feit de TAmérique, P. 50. Les cotons filés fc tendeutalanienuc. Ca us
de 64 fols tournois, P: 51. Prix à Marfeille des cotons en 1688, P.
52. Avantages que retire la France de la filature du coton, P. 53.
Tranfi: du coton du Levaat à travers Je Royaume, a aiis del LChambre de Commerce pour indiquer les Bureaux de fortie, p. 53 & 54.
Le cotoi eft tres - beau dans la Louiliane & y vicnt nacure..cinene,
page 87.
COTON fromager, grand arbre dans les Ifles An:illes ; il proitit un
duvet brun, mais trop court pour être filé, P. 5.
COTONIER, (le) ) arbre ou arbriffeau qui produit le coton, vient fans
culture dans tous les climats. chauds, P. 3- Différentes eipeces de COtoniers, P. 48 55 vieut dans les terreins fecs & fabloneux, P. 7+ Il
faut en couper les branches tous les trois ans, P." 7.
COTONIERE. T'erre plantée d'arbres de co.on, P. 6. Méthode pour
réuflir à faire une cotonicre, P. 7.
COULEUR des Noirs, fiftéme pour en deviner Ia caufe , P: 241. Nos
préjugés contre cette couleur : P. 241. La couleur noire n'elt point
celle qu'avoit le prémier homme, P. 279. Ce qu'il faut euteudre par
couleur noire, p. 280. De queile couleur naiffent tous les hommes, ,
P. 282. En quels tems les Négrillons commencent à devenir noirs,
P. 282 & 283. Reflexions fur le changement de couleur des Négrillons, p. 283. Si Ia couleur noire a un germe, P. 283.
COULEURS, ( les) chaque peuple en a choifi quelqu'une pour marquer la joye ou l'affliétion P: 275. Obfervations fur les couleurs,pag.
279. Couleurs primitives; obfervations phyliques fur les autres couleurs qui en proviennent, P. 281. Siftéme fur les couleurs, , P. 296;
expérience fur les couleurs ; effets furprenans qui refultent de Icur mélange, P. 299. Lcs couleurs nc font pas effenticlles pour conftituer les
efpeces, P. 3co.
COUTUMES (les ) établics en Guinée pour pouvoir faire la traite des
Efclaves, p. 397.
CROZAT (Mr.) obtient le privilége exclufif du Commerce de la
Louifiane, p. 88.
CUIVRE jaune 1 la quantité qui en doit entrer dans la cargaifon d'un
Negrier,.p. 386.
OULTIVATEURS, voyeg Laboureurs.
CUIR (le) de la peau; ce que c'ef,.284.
D.
COUTUMES (les ) établics en Guinée pour pouvoir faire la traite des
Efclaves, p. 397.
CROZAT (Mr.) obtient le privilége exclufif du Commerce de la
Louifiane, p. 88.
CUIVRE jaune 1 la quantité qui en doit entrer dans la cargaifon d'un
Negrier,.p. 386.
OULTIVATEURS, voyeg Laboureurs.
CUIR (le) de la peau; ce que c'ef,.284.
D. --- Page 617 ---
D E S M A T T E R E S.
D.
AMPIERE, voit des hommes de couleur de cuivre jaune 5
bonne trouvaille pour Mr. de Volraire, P. 452.
DECLARATIONS (les) que doivent faire les Armateurs 8 les Capitaines pour faire retourner leurs Navires deftinés pour la Guinée dans
le lieu de leur départ, P: 323.
DECLARATIONS (les). des grains font d'une abfolue néceffité,
page 533Défenfes de méler des marchandifes fujettes aux droits avec le coton
en laine, P. 35. Défenfes de faire aucun commcrce dans les pays de
la conceflion de la Compagnie des Iudes, P. 349.
DELRIO (le) Jefuite, publie un gros livre d'extravagances 7 P. 177DEMI pour cent, eft dû fur les cotons de l'Amérique 3 foit quils
foient deftinés pour la confommation du Royaume, ou pour l'étranger,
p.40 & fuivantes.
DENTS ( Côte des ) dans la Guinée ; pourquoi nommée ainfi,
page 157.
DEPILATOIRE, le fiuc de T'herbe à la houate produit cet effet,
page 9.
DESAGULIERES (Mr.) invente une machine pour renouveller l'air
d'une chambre, P. 421.
DESCRIPTION que font les voyageurs du cotonier P. 4. Ces deferiptions doivent différer entr'elles, 3 fiivant T'efpéce qu'ils ont voulu décrire,
P:4 Defcription de l'arbriffeau qui produit le cotoi dans nos Ifles Antilles, P- 5. Defeription de l'appocin, ou herbe à Ia houate, P. 8. Defcription du foyer des Indes, , P. 9. Defcriptiou d'un mouliu pour feparer les graines d'avec le coton', P. 14- Defcription du caneficier P. 57Defcription de la Louifiane ; fertilité de ce vafte pays, P. 87. Defeription de la Guinée, P. 146. Defcription de Sierra Liona 1 ou montagnes
de la Lionne, P. I5I. Defcription du jardin de la Compagnie Hollandoife du Cap de Bonne - Efpérance, 3 P: 152. Defcription des mceurs
des Négres, P. 165. Defeription des fatyres du paganifine P: 174.
Defeription de l'animal qu'il a plu à quelques voyageurs d'appeller fatyre, P. 178. Defcription des fyrenes de la Fable, P. 178. Defeription des fyrenes d'Angola, P. 180.
DIAS, ( Barthelemy J découvre le Çap de Bonne-Epérance 1 P. I52.
DIEPE (petit ) fur la côte des Greves, eft un établiffement des
Normands 1 P. 156.
DISPUTE au fujet des droits fur lc coton, P. 41.
DOCTRINE (la) de Mr. de Voltaire pour guerir les humains du
préjugé de l'ancienne croyançe fur la création de l'homme, P. 444 &
fuivantes.
Tom. II.
Ffff
J découvre le Çap de Bonne-Epérance 1 P. I52.
DIEPE (petit ) fur la côte des Greves, eft un établiffement des
Normands 1 P. 156.
DISPUTE au fujet des droits fur lc coton, P. 41.
DOCTRINE (la) de Mr. de Voltaire pour guerir les humains du
préjugé de l'ancienne croyançe fur la création de l'homme, P. 444 &
fuivantes.
Tom. II.
Ffff --- Page 618 ---
T A B L E
DOMANIALE (la) de Provence; explication de ce drait, P. 547.
DExESTIQUES ( les ) doivent-ils être efclaves? P. 243. Sentiment de
P'Auteur fir Tétat des Domeftiques, P. 245.
f
DRAPS; la quantité qu'il en faut pour la cargaifon d'un Navire Né
griers chois de la qualité convenable, 387.
DROITS de fortie impofés fur les cotons fortant du Royaume 3 P.
35 & 37. Exemption de tous droits fur les marchandifes du commerce
de la Lonifane, P: 13I. Impofition d'un droit d'entrée à Marfeille fur
les poiffons de péche étrangere 1 P. 138. Avantages de ladite impofition, P. 140. Droits fur les morues & huile de poiffon entrant dans
le Royaume, 1 P. 140 & 141. Modération ou exemption des droits fur
les tna: chandifes provenant du commerce de Guince, P. 304 & 305.
Droits impofés fur chaque tête de Négres importés dans nos Colonies,
P. 324. Droits qni étoient impofés en 1713, fur chaque Noir qu'on
avoit débarqué dans nos Colonics, P. 325. Réduction dudit droit fur
les Négrillons & Négrittes, P. 326. Droits de tonnelage fur les Vail
feaux Négriers ; ce que c'eft, P. 330. Droit de 3 pour cent, eft dû
fur les marchandifes du commerce de Guinée, s P. 331-Modération des
droits à la moitié fur toutes les marchandifes dudit commerce, 7 P. 331.
Queftion fur ladite exemption de moitié des droits, P. 332. Autre
queftion far ladite exemption au fujet d'un Navire qui n'avoit pû retouruer dans le lieu de T'armement, P: 333- Droit impofé fur chaque
tête de Négre aboli, P. 338. Gratification accordée pour chaque Noir
introduit dans nos Ifles, p. 339. Supprefion de l'exemption accordée
de moitié des droits fur les fucres provenant de la traite des noirs,
p. 340. Retabliffement de ladite exemption 3 P. 342. Ce qu'il faut obferver pour pouvoir jouir de la modération des droits fur les marchandifes provenant de la vente des Négres, P. 358 & fuivantes. Droits
d'entrée defdites marchandifes réduits à la moitié, P. 366. Droits d'entréc fur les bleds étrangers, pourquoi fi modiques, P. 541. Droits de
fortie fur les grains du Royaume 1 P. 546. Droits de fortie de la
Frovence,p. 547. Droits à impofer tant à l'entrée qu'à la fortie des
grains 1 P. 549.
E.
Ewo celle de la côte d'Angola, eft mal faire, P. 426. La
provifion de l'eau d'un Navire exige beaucoup d'attention, P: 430. Obfervations fur T'eau de la mer, 9 & s'il eft pollible de la rendre potable,
P- 430. Diverfes expériences pour deffaler l'eau de la mer, P. 431.Le
fecret de deffaler l'eau de la mer doit être publié fi on Ta trouvé, P.
433- Sentiment de l'Auteur à CC fujet, P. 433- Choix qu'il faut faire
de l'eau, P. 434: Précautions pour la coufsner,PE34 Ce qu'il faut
430. Obfervations fur T'eau de la mer, 9 & s'il eft pollible de la rendre potable,
P- 430. Diverfes expériences pour deffaler l'eau de la mer, P. 431.Le
fecret de deffaler l'eau de la mer doit être publié fi on Ta trouvé, P.
433- Sentiment de l'Auteur à CC fujet, P. 433- Choix qu'il faut faire
de l'eau, P. 434: Précautions pour la coufsner,PE34 Ce qu'il faut --- Page 619 ---
D E S M A T I E R E S.
faire quand l'eau de la provifion eft corrompue, P. 435. Flammes fur
l'cau dela provifion, pourquoi? P. 436.
EaUx-de-vie deftinées pour le Commerce de Guinée, P. 368. La quantité d'eau-de-vie qui doit entrer dans la cargaifon d'un Navire négrier,
page 387.
ÉCHANGES. ( les ) Prémier commerce qu'ont fait les hommes, P-7 70.
Les échanges ceffent par T'ufage du numeraire, valeur commnune à toutes chofes, P. 72. Les échanges des denrées de nos, Colonies font à
l'avantage de la France, P.75.
EMBALLAGE (P) du coton de noS Ifles ; comment il faut le faire
pour réuffir, P. 14. Fraudes & abus dans ledit emballage ; réglement à
ce fujet, P. 23.
EMMANUEL Roi de Portugal, donne au Cap des Tourmentes le nom
de Bonne-Efpérauce, 1 P. 152.
ENTREPOT pour les cotons en laine de l'Amérique devenu inutile
depuis l'exemption des droits d'entréc, P. 40. Entrepôt pour les marchandifes deftinées pour le commerce de Guinée 3 P. 373.
EPICERIES (les) des Iudes orientales pourroient être cultivées dans
nos Colonies, P. 79. Que rifque-t-on de faire des cflais ? P. 79 & 80.
EPIDEMIQUES ( les maladies) ont - elles un germe pour fe reproduire toujours les mêmes, P. 295.
EPIDERME, (F) ce que c'eft; celui des Noirs reffemble à celui des
Blancs, P. 284.
EQUIPAGE (r) doit refpirer un bon air, voyer Santé; ne le laiffer
jamais coucher à terre fur les côtes d'Angola 3 p- 426. Combien il feroit
dangereux, P. 426.
ESCLAYAGE (T) comment il a été admis dans la fociété, P. 71.
Efclavage des Négres dans la Louiliane, P: IIS. S'il eft autorifé par
la Religion, P. 186. Sentiment de l'Auteur de TEMai politique & celui
de l'illuftre Montefquicu 1 P. 186. Egaremens des Philofophes fur les
prérogatives de l'homme 7 P: 186. Les Loix Romaines au fujet de PEC
clavage font injuftes & cruelles, P. 187. Pour juger la quettion de l'efclavage il fant connoitre la dignité de T'homme, P. 187. Un fimple
Chrétien en fçait plus à ce fujet, que tous les Philofophes , P. 187.
Origine de TEfclavage, P. 190. L'efclavage eft déclaré jufle & légitime
par différentes Loix, P. I9I. Quelle eft l'autorité des Maitres fir leuzs
ferviteurs & des peres fur leurs enfans, P. 192. Efclavage en punition
de quelque crime, P. 193. L'Efclavage eft contraire à la juftice 2 &
répugne à la raifon, P. 195. Loi Romaine 1 que l'enfant eft de la coudition de la mere, expliquée, P. 196. Suite de divers fentimens fur
l'efclavage 7 P. 196 & 197. Extrait du livre des corps politiques fur
l'efclavage (République de Bodin ) P. 198 & fuivantes. Le Chriftianif
me ébranle TEfclavage, P: 207. Les Rois de France le détruifent, P.
207. Efclavage dans les Mles de l'Amérique bien différent de l'ancien,
Ff fffij
la mere, expliquée, P. 196. Suite de divers fentimens fur
l'efclavage 7 P. 196 & 197. Extrait du livre des corps politiques fur
l'efclavage (République de Bodin ) P. 198 & fuivantes. Le Chriftianif
me ébranle TEfclavage, P: 207. Les Rois de France le détruifent, P.
207. Efclavage dans les Mles de l'Amérique bien différent de l'ancien,
Ff fffij --- Page 620 ---
T A B L E
pag. 208; autorifé par un motif de religion, 9 P. 209. Queftions fur
leilavage propofées à la Sorbonne, & fa décifion , P: 213- Efclavage
dans nos Iles" mitigé par des Loix particulieres, P. 214. Réglemens
rendus fur T'efclavage dans lcs Ifles de l'Amérique, P. 215. Raifons
pourquoi l'efclavage dans nos Ifles paroit fi infupportable aux habitans
de la Guinée 3 P. 407. ESCLAVES (les) Négres envoyés dans Ja Louiffane 5 quel eft leur
état ? Difcipline à obferver à leur égard, P. IIS- Commerce des EC
claves affligeant à T'humanité, P. 145- Les Chrétiens vont les acheter
ca Guinée, P- 157. Ceux de Maniguete de peu de valeur, p. 157 &
167; ceux de Juda 1 bons, P. 158 & 168; ceux d'Ardra, tres-ettimés,
P. 159. Les femmes efclaves de Benin, les plus douces de la Guinée,
P: 160 & 169. Efclaves de L.oango tres-vigoureux, P. 16I & 170. EC
claves des Jefaiftes à Angola, P. 163. Ceux de la Cafrerie méchans
& peu propres aux travaux de 110S Colonies, P. 164. Marché pour la
vente des Efclaves, P: 190. Les Efclaves font déclarés par les Loix
des Nations féparés de la fociété des hommes 2 P. I9I. La France
donne la liberté à tous les Efclaves, P. 207. Les Efclaves deviennent
libres en entrant en France, P. 208. Les Farçats font - ils Efclavcs? p.2 208. Louis XIII confent que les Négres foient Efclaves dans nos
Colonies des Iles 3 P. 208. A quelles conditions, 7 P. 209. Hiftoire de
l'origine des Efclaves noirs dans l'Amérique Lfpagnole, P. 209. Efclaves malfaiteurs, P. 21I. Efclaves prifonniers de guerre, P: 212. Efclaves attachés au fervice des Princes, P. 212. Efclaves qui ne le font
par violence 2 P: 212. La Sorbonne décide qu'on ne peut acheter
de Efclaves qu'on fçait avoir été enlevés étant libres, p. 213. Si lcs
Serviteurs doivent étre traités en Efclaves, P. 243. Refutation de ce
fiftême , P. 244. Sentiment de l'Auteur fur les Domeftiques, P. 245. Traite des Efclaves Négres, P. 380.. Conduite qu'il faut tenir dans
l'achat des Efclaves Négres, P. 395. Efclave piéce d'inde, ce que c'eft,
P. 399. Rufe pour faire paroître les Efclaves plus jeunes, P. 401. Précautions à prendrc dans l'achat des Efclaves dans la Guiane 3 P: 401. Différentes claffes d'Efclaves, , P- 401.
245. Traite des Efclaves Négres, P. 380.. Conduite qu'il faut tenir dans
l'achat des Efclaves Négres, P. 395. Efclave piéce d'inde, ce que c'eft,
P. 399. Rufe pour faire paroître les Efclaves plus jeunes, P. 401. Précautions à prendrc dans l'achat des Efclaves dans la Guiane 3 P: 401. Différentes claffes d'Efclaves, , P- 401. Efclaves tués lorfqu'on craint de
ne point lcs vendre avantageufement, P. 402. Lcs habitans de la Guinéc ne naiffeat pai tous efclares, P- 402. Queftion fir l'achat des
Hfclaves, P. 403. Les Efclaves embarqués dans un Navire Négrier ont
beloin d'une exacte police, P. 406. Efclaves des deux fexes doivent
être féparés dans le Navire, P. 406. Les accoutumer à s'humilier en
Ja préfence de Dieu & à le prier, P. 407. La confervation des Efclaves dépend de la bonté de l'air qu'ils refpirent, P. 410. Vivres néceffaires pour les Efclaves embarqués dans un Navire, P- 422. Les nourir avec les denrées de leur pays; double avantage, P. 424. Nourriture
des Efclaves lorfque le Navire cft en rade, P. 427. Lorfque le Navire
a mis à la voile, P. 428, Obferyations fur la maniere de nourrir les Ef
claves, Pe 429.
onté de l'air qu'ils refpirent, P. 410. Vivres néceffaires pour les Efclaves embarqués dans un Navire, P- 422. Les nourir avec les denrées de leur pays; double avantage, P. 424. Nourriture
des Efclaves lorfque le Navire cft en rade, P. 427. Lorfque le Navire
a mis à la voile, P. 428, Obferyations fur la maniere de nourrir les Ef
claves, Pe 429. --- Page 621 ---
D E S M A T I E R E S.
ESPECES L les] cC que c'eft; les monitres ne font pas des efpéces,
p. 27- Sc renouvellent telles quelles ont été créées 1 P. 293. Les différentes efpéces d'homines de Mr. de Voltaire > p. 440,
ESSAr fur la police générale des grains 1 P. 499 & fuivantes.
ETABLISSEMENS dans un pais éloigné méritent toutes fortes de faveurs, P. 134. Nos établiffemens dans les Ifles de l'Amérique exigent
le fecours d'hommes vigoureux tels que les Négres, P- 145. Divers établiffemens de différentes Nations fir les côtes de Guinée, P. 154- Etabliflement de deux Compagnies pour faire le commerce de Guinée 3
P 304- Etabliflemens en Guinée pour-faire la traite des Noirs, fontils avantageus ou non? P. 403 & 404.
ETAT [r]a intérêt de faire venir le coton dans les gouffes 1 p.15.
ETAT de la quantité de coton en laine, & de coton filé arrivé à
Marfeille, ou qui en eft forti pendant une année, P. 21.
ETAT[I] Général des grains du Royaume doit être envoyé chaque
annee au minifire, P. 532.
ETOFFES [lesjde foie, fc vendent avantageufement en Guinée,
page 388.
EXEMPTIONS des droits d'entrée & locaux fur les cotons en laine,
p. 32. Exemption entiere fur les marchandifes du comnmerce de la
Louiliane, P. 134.
EXERCICES fpirituels des Jefuites ; combien funeftes aux, femmes
grofles, P. 267.
EXPERIENCES de diverfes couleurs 9 qui par leur mélange en. produifent de nouvelles, qui ne paroiffent avoir aucun rapport aux premicres, P. 299.
EXPORTATION à l'Etranger de nos étoffes eft le commerce le plus
avantageux à la Nation 1 P. 22; de notre bled ranimeroit T'agriculture 3 P. 88 & 89.; la retabliroit, P. 487. Dans quel tems & comment l'esportation de nos grains doit étre permife, p- 495. Avantages
qui refultent de l'exportation de nos grains à T'Etranger,
496.
Examen de la queftion de l'exportation des grains 7 P. 521. Ke prix
du pain doit fervir de régle pour la permettre ou la défendre 3 P.. 532.
A qui elle doit être accordée pour être utile 3 P. 533. Combien ruineufe
fi elle étoit générale 1 P- 534. L'exportation des farines à l'Etranger
combien utile, J p. 535,, L'exportation des grains permife dans les autres Etats, ne doit point nous faire changer de méthode 2 P. 539. Natre exportation doit être le fruit de notre expérience j P. 540.
F.
FACTURE des marchandifes provenant du produit de la vente
des Négres expédiées pour le Royaume 2 P. 353. Faéture fubféquente
des reftaications à faire, P. 364-
L'exportation des farines à l'Etranger
combien utile, J p. 535,, L'exportation des grains permife dans les autres Etats, ne doit point nous faire changer de méthode 2 P. 539. Natre exportation doit être le fruit de notre expérience j P. 540.
F.
FACTURE des marchandifes provenant du produit de la vente
des Négres expédiées pour le Royaume 2 P. 353. Faéture fubféquente
des reftaications à faire, P. 364- --- Page 622 ---
T A B L E
FANATISME. (le) ) Les nouveaux Philofophes entendent par ce mot
la Religion, & nous croyons le contraire, 1 P. 474 & 483.
FEDOO, içavaut Bénedidtin, écrit fur les Satyres & les Syrenes 1
P. 180.
FERMIERS Généraux ( Mrs. les ) donnent une grande marque de patriotifine & de générofité en demandant l'anticipation de l'exemption
des droits d'entrée far les matieres. prémieres ) P. 31 & 345 approuvent le modéle de certificat propofé par la Chambre de commerce de
Nantes., P. 359.
FEU, (le) comment on doit T'employer pour renouveller l'air dans
un Navire Négrier, - P- 417.
FILAMENS de coton, doivent être dans toute leur longueur pour faire
de belles. mouffelines 2 P. 14.
FILATURE de coton perfectionnée par Mr. Jore, P. II; pourroit être
d'une grande reffource pour THépital de la charité de Marfeille 1 P. II.
Profits confidérables de la filature pour les mouffelines, P. 17.
FILET ( le). noir qu'ont les Négrillons de naiffance, P. 282.
FLOCONS de coton 5 ce que c'eft, & maniere de les faire, P. 16.
FORAINE (la) de Provence far les grains; explications de ce droit,
P. 547.
FRANCE (la) affranchit les ferfs, p. 207. Abolit entierement l'efclavage, P. 207. Son Gouvernement le plus fage de tous, P. 243. La
France nourriffoit fes habitans & fes. voifins, P.. 501. Le mépris de
l'agriculture cft caufe de fes mauvaifes récoltes, P. 502.
FRANGOIS I, fait une Ordonnance pour empécher les monopoles fur
les grains, P- 505.
FRANCHISE des droits d'entrée dans le Royaume fur le coton en laine,
P. 22.
FRAUDES, découvertes dans l'emballage du coton de nos iiles, P. 22.
Fraudes dans l'emballage du coton filé du Levant, P. 28.
G.
GALLE (la) & femblables maladies de la peau gueries par le fic
de Therbe à la Houate 1 P.9.
GAMA (Valques de) ofa le prémier doubler le Cap de Bonne-Efpé-
-rauce , P. 152.
GENEROSITÉ de Meffieurs les Fermiers Généraux en faveur des fabriques du Royaume, P: 31.
GENTILHOMNES C les ) font Commerçans, & fouvent ne font que
Marchands détailliers 2 P. 70.
GoUDAR (Mr.) réuflit à teindre le coton en rouge, &, obtient le
privilége pour T'érabliffement d'une teinturerie, P. 47.
GOUETRES.. ( les ) Cc que c'eft, ils font accidentels à T'homine ; leur
caufe, P. 276.
ques du Royaume, P: 31.
GENTILHOMNES C les ) font Commerçans, & fouvent ne font que
Marchands détailliers 2 P. 70.
GoUDAR (Mr.) réuflit à teindre le coton en rouge, &, obtient le
privilége pour T'érabliffement d'une teinturerie, P. 47.
GOUETRES.. ( les ) Cc que c'eft, ils font accidentels à T'homine ; leur
caufe, P. 276. --- Page 623 ---
D E S M A T I E R E S.
Goussrs (les ) de coton , leur accroilfement & leur mâturité, p. 8.
Maniere d'en féparer le coton ) P. 13* Combien l'Etat gagueroit de faire
venir le coton dans les gouffes, P. 15.
GOUVERNEMENT (le) eft très-intéreffé à la multiplication des Négres en Amérique , P. 229. Celui de France le plus fage de tous' J
P. 243GRAINES [les ] de coton ne font envelopées de duvet que pour être
mieux confervées, P. 13. Graines triées dans l'Inde avec les doigts 7
lorfque le coton eft deftiné pour des mouffelines, P. 14- Moulins pour
féparer les graines d'avec le coton, P. 14. Les maladies de la poitrine
gueries avec les graines dé coton, P. 20.
GRAINS, [la libre circulation des J dans toutes les Provinces du Royaume a ranimé notre agriculture ) P. 90 & fuiv. Si l'exportation de
nos grains à l'étranger doit être permife, P. 487; oui, fi nos récoltes font abondantes, P. 488. L'abondance fans exportation devient un
fajet d'afliction pour les Cultivateurs, P. 488. Précaution à prendre
avant de la permettre 1 P. 495. Avantages qui réfultent de la libre circulation des grains, 1 P. 496. L'exportation cft la recompenfe des Cultivateurs, elle feule peut ranimer l'agriculture en donnant de la valeur aux grains, P. 496. Comparaifon de l'agriculture avec. les autres
fabriques du Royaume, P. 496. Il n'y a que le peuple qui veut ou
s'oppofe fans examen à l'exportation des grains 2 P. 520. Deux Ports
pourroient être fixés pour la fortie des grains s P. 521. L'esportation
de. nos grains doit étre limitée & ordonnée par le Souverain; P- 522.
Faut-il accorder des permiffions particulieres pour exporter nas grains
à l'étranger?p. 523. Le prix des grains fera connoitre fi nous en: avons de
fiperfn, P-531. Moyen pour ne pas fe tromper P. 531. Il n'eft pas
f difficile qu'on le publie d'avoir des magafins d'abondance dans les
principales villes 1 P. 532. Ces magafins doivent regarder les Marchands
de bled, pourquci : P. 533- Néceflité des déclarations des grains, P. 533.
Quels grains doivent jouir de la permifion de l'exportation, P. 533Une exportation générale des grains feroit ruineufe 1 P. 534: Syftémes
fur le commerce des grains 9 combien défeétueux, P. 535. La police
des grains des autres Nations louée mal-à-propos , P. 539: L'exportation doit être la recompenfe des prémiers grains entrepofés, p. 550.
Obfervations fur ladite exportation 7 p. 550. Commerce des grains à
Merleille 1 P 554. Les terres de Provence, , he produifent pas lcs grains
néceflaires pour' la fubfiftance de fes habitans ) P. 554 L'exportation
libre à Murfeille lui feroir plus mifible que profitable ) P. 556.
GRANOT, Capitaine de Vaiffeau à Marfeille, devient Roi de Congo *
P 172.
GRATIFICATION, accordée pour chaque tête de Négres introduits dans
nesCobnies de T'amérique 1 P. 339.
GRecs, [les ] ne connoiloient quc partic des côtes de T'Airique &
laLgbie, P. 146.
ans ) P. 554 L'exportation
libre à Murfeille lui feroir plus mifible que profitable ) P. 556.
GRANOT, Capitaine de Vaiffeau à Marfeille, devient Roi de Congo *
P 172.
GRATIFICATION, accordée pour chaque tête de Négres introduits dans
nesCobnies de T'amérique 1 P. 339.
GRecs, [les ] ne connoiloient quc partic des côtes de T'Airique &
laLgbie, P. 146. --- Page 624 ---
T A B. L E
GREVES, [côte des ] fréquentée par les Normands 1 P. 156. GUADELOUPE [la produit de coton d'une graude beaute, P. 8. GUINÉE, L Commerce de 3 branche importante de notre commerce;
p. 63. Devenu néceffire relativement à celui de nos Colonies , p. I45. Divifion de la Guinée eu meridionale & feptentrionale , P- I5I.Notre
commerce nC fe fait que fur les côtes de Guigée P: I51. Etabliffemens far lefd. côtes, P. 154. La Guinée eltimée inhabitable par les Auciens, P- I55. Les Normands ofent les prémiers parcourir les côtes de
Guinée, > P. 155. Côte de Malaguete ou Manigucte P. 156. Côte des
dents ou dIvoire, P. 157. Côte d'Or à caufe de fes mines 3 P: 157Réglemens pour le commerce de Guinée P. 301. Exemption des droits
pour les marchandifes du commerce de Guinée, P. 302. Deux Compaguies établies pour ledit commerce., P. 304. Faveurs & priviléges accordés au commerce de Guinée , P. 306. La Compaguie établie pour
faire ledit commerce peut céder fon privilége P- 312. Liberté du
commerce de Guinée, P. 314- Quels font les Ports dans lefqucls il eft
permis d'armer pour le commerce de Guinée > P. 320. Permis d'ariner' dans le Port de Cette pour la Guinée, P. 321. Les Négres importés en Amérique 7 impofés à un droit pour chaque tére, p-325-Reduétion dudit droit en faveur des Négrillons & des Négrittes, P. 326. Les Navires Négriers impofés à un droit de tonnelage, P. 330. Les
marchandifes du commerce de Guinée ne font pas- exemptes du droit
de trois pour cent, P. 331. Lcs marchandifes provenant dudit comunerce font déclarées exemptes de la moitié des droits d'entrée, >1 P. 331. Queftion an fujet de la perception de la moitié des droits 3 P. 332. Le comnerce de Guinée accordé à perpétuité pàr privilége exclufif à
la Compagnie des Indes, P: 336. Le droit impolé fir chaque tête de
Négre abcli, P. 388. Gratification accordée à la piace de ladite 1011pofition, , P- 339: Suppreffion de l'exemption de la moitié des droits
d'entrée dans- - le. Royaume fur les fucres & autres marchardifes provenant du commerce de Guinée. , p. 340. Rétabliffement de ladite exemption fur lefdites marchandifes, P. 342. Permitlions que la Compagnie
des Indes a le droit d'accorder pour faire le commerce de Guinée 9
P. 344. Modéle d'une defdites permiflions, P. 345. Défenfe de commnercer dans les pays de la conceffion de la Compagnie des Indes >
P. 3495 de quelle maniere les certificats pour les, marchandifes provenant de la Traite dès Négres doivent être faits 3 P- 351.
lefdites marchandifes, P. 342. Permitlions que la Compagnie
des Indes a le droit d'accorder pour faire le commerce de Guinée 9
P. 344. Modéle d'une defdites permiflions, P. 345. Défenfe de commnercer dans les pays de la conceffion de la Compagnie des Indes >
P. 3495 de quelle maniere les certificats pour les, marchandifes provenant de la Traite dès Négres doivent être faits 3 P- 351. Faéture ou
borderau du' produit de la vente des Négres & des marchandifes expédliées pour le Royaune, P. 353. Modéle du certificat à joindre à ladite facture ou bordereau, P. 354 Réglement concernant l'exemption
accordée aux marchandifes des Illes provenant de la Traite des Négres,
p. 355. Ordre de Mellieurs les Fermiers Généraux au fajet des certificats de la Traite des Négres, P-358.
éture ou
borderau du' produit de la vente des Négres & des marchandifes expédliées pour le Royaune, P. 353. Modéle du certificat à joindre à ladite facture ou bordereau, P. 354 Réglement concernant l'exemption
accordée aux marchandifes des Illes provenant de la Traite des Négres,
p. 355. Ordre de Mellieurs les Fermiers Généraux au fajet des certificats de la Traite des Négres, P-358. Conduite que doivent tenir les
Négocians de Marfeille, P. 358. Modéle de certificat propolé par la
Chambre --- Page 625 ---
D E S M A T I E R E S.
Gci
Chambre de Commerce de Nantes, approuvé par Mefficurs lcs Fermicrs Généraux, P. 359. Avis de la part de la Chambre de Commerce
de Nantes aux autres Chambres de Commerce, P. 360. Voyez Commerce de Guinée.
GUMILLA [le Pere Jofeph ] écrit l'Hiftoire de l'Orénoque, fes reflexions fur les montagnes de Paramos, P. 154 Son fyftéme far la caufe
de la couleur des Noirs infoutenable 3 P. 254. Refutation de ce fyftème,
p.255. Renouvelle le fyftême de Voflius 3 P. 265. Iln'a pas l le Perc
Malebranche 1 qui étoit de l'Oratoire P. 266. Refutation de fon fyftéme P. 266 & fuiv. Prétentions du Pere Gumilla, P. 276. Abfurdités
de fodl fyftéme, P. 278.
H.
HALES [Mr.] invente le ventilateur 2 il mérite toute notre reconnoiffance, P. 421, &c.
HIERES, 3 lieu en Provence, à l'abri du vent du Nord > le canéficier
& autres plantes curieufes pourroient y: être cultivées > P. 58.
HOLLANDE 3 [la]-les marchandifes qu'on en peut tirer pour le commerce de Guinée, P. 376.
HOLLANDOIS, [les ] s'établiffent au Cap dc Bonne - Efpérance 7
mettent à contribution tous ceux qui doublent ce Cap, P. 152. Jardin
admirable qu'ils ont au Cap de Bonne-Epérance , p.152.
HOMME EPJ établi le maître & Ie dominateur de tout Cc quia été
créé fur la terre 3 p. 64; tous les homies vieunent du même pere,raifons
pourquoi, P. 64. Les hommes créés pour la fociété, P. 65. Prémieres
fociétés des hommes doivent fervir de modéle, P. 65. L'homme a été
çonftitué lufufruitier des productions de la terre 3 P. 67. Comment. femblable à Dieu, p. 67. S'il peut ufer légitimement des fruits de la terre?
Oui, p. 68. Raifons pour prouver la légitimité de ce droit, P. 69.
L'bomme coupable obtient le droit d'én ufer; 5 raifons pourquoi, P. 70.
L'état de T'homme feroit inconcevable fi la chite-du chef n'étoit pas
admife, P. 147. L'homme innocent auroit vécu dans une terre qui auroit produit fans culture, , P. 148. Il eft encore heureux s'il fçait profiter de la punition du crime de notre prémier Pere,: P. 148. De quelle
maniere les hommes ont habité les diverfes contrées dc la terre 1 P. 148
& 149. Leur tranimigration d'un pays dans un autre 3 P. 153. Dignité
de l'homme, , fa création & fa deftination , P. 187. L'Auteur prend Ia
défenfe de T'homme contre les ufurpateurs de fa liberté, P. 244. Les
hommes Blancs ou Noirs font freres iffus du même pere, P. 244 & 246.
Syftéme ridicule de Mr. de Voltaire fur la couleur des Noirs a P. 247.
Kefutation de ce fyftême : P. 248. Les hommes Blancs Onl Noirs font
de la même efpéce, puifque l'alliance des denx couleurs n'eft point un
obftacle à la reproduction, P. 270. Tous les hommes étoient renfermés
Tom. Il.
Gggg
hommes Blancs ou Noirs font freres iffus du même pere, P. 244 & 246.
Syftéme ridicule de Mr. de Voltaire fur la couleur des Noirs a P. 247.
Kefutation de ce fyftême : P. 248. Les hommes Blancs Onl Noirs font
de la même efpéce, puifque l'alliance des denx couleurs n'eft point un
obftacle à la reproduction, P. 270. Tous les hommes étoient renfermés
Tom. Il.
Gggg --- Page 626 ---
T A B L E
dans le prémier homme & doivent lui reffembler ; raifons pourquoi;
P: 276. Le prémier homme a été créé de couleur blanche 5 ce qu'il
faut entendre par cette couleur 3 P. 279 5 tous les hommes même les
Négres naiffent Blancs, P. 282. Progrefion dans lc mélange des Blancs
avec les Noirs > ou des Noirs avec les Blancs, 3 P. 294. Syftême de Mr.
de Voltaire fur la création de Thomme 3 P. 437. Mr. de Voltaire foutient qu'ily a plufieurs efpéces d'hommes, & fe fâche quand on repete ce qu'il dit, P. 440. Belle doétrine de Mr. de Voltaire, fur l'origine des hommes. - Voyez Voltaire 1 Hiftoire de la création de l'homme, admirable & confolante en méme-tems , P. 459 8c.
HONNETETE, [r]il eft néceffaire de la faire obferver dans un Navire
Negrier, p. 4c6.
HOPITAL [TJ de Ia charité de Marfeille devroit être employé à la
filature de coton, P. II. Raifons pour favorifer cet établiffement, , I2.
Grands avantages qui en réfulteroient, P. 19. Les Cultivateurs E la
terre font privés injuftement à Marfeille des fecours dudit Hopital 3
p. 492, &c.
HOUATE, [la ] herbe à la houate; ce que c'eft, P. 8.
HUILE de poilfon 3 droits d'entrée dans le Royaume ; exemptiont
pour celle de la pêche Françoife, P. 141 & 142.
HUMANITÉ, [1Js'afflige du fingulier commerce des Efclaves, P: 145HUMEUR vitriolique ; fi elle eft la caufe de la couleur des Noirs >
P. 290. Explication de ce fentiment 2 P. 291.
I.
3 ARDIN, admirable de la Compagnie Hollandoife au Cap de Bonne-E(pérance 1 P. I52. Il feroit à fouhaiter qu'il y eut plufieurs femblables jardins, P. 154:
JAUCOURT [Mr. le Chevalier de ] traite de l'efclavage P. 192.
JESUITES [les] d'Angola poffedoient plus de 2000 Efclaves ; reflexion
à fujet, 163.
[ notre ] nous fait trouver merveilleux ce qui n'eft que
Ebatar
Teffet de fimples caufes, P., 147.
ILLINOIS, [les Sauvages] poffeffion de leur pays par les François 2
& leurs établiffemens s P- 129. Rétroceffion par la Compagnie des Indes
dudit pays faite au Roi, P. 130. Nouveaux Réglemens pour le commerce dudir pays, 1 P. I31.
IMAGINATION [Pjdes meres, jugée par Ifaac Voffius & par le Pere
Jofeph Gumilla une caufe fuffifnte pour prouver l'origine dela couleur
des Noirs, > P. 264 & 265. Sentiment de Mr. Planque fur les effets de
l'imagination des meres, P. 267. Refutation de cette opinion, P. 268.
Hiftoires à ce fujet 3 P. 268 & 269. Imagination des femmes; jugement qu'il en faut porter > P. 274.Ne peut êtrc la caufe de la couleur
Ifaac Voffius & par le Pere
Jofeph Gumilla une caufe fuffifnte pour prouver l'origine dela couleur
des Noirs, > P. 264 & 265. Sentiment de Mr. Planque fur les effets de
l'imagination des meres, P. 267. Refutation de cette opinion, P. 268.
Hiftoires à ce fujet 3 P. 268 & 269. Imagination des femmes; jugement qu'il en faut porter > P. 274.Ne peut êtrc la caufe de la couleur --- Page 627 ---
D E S M A T I E R E S.
des hommes, P. 275. On parle de l'imagination fans définir ce que
c'eft, P. 278.
IMPORTATION [rJ des marchandifes étrangeres en France, doit être
inférieure à T'exportation des marchandifes de France à l'étranger 3
P. 78.
INDIENNES [ les ] permifes pour le commerce de Guinée 3 P. 374.
Quelles qualités font propres audit commerce 1 P. 389.
INDIGO, la Louifiane en fournit de très-beau, P. 87.
INDUSTRIE ; la Françoife fupérieure à celle des autres Nations 7 P. IO.
Jugée mal-à-propos infuffifante en France pour la filature du coton du
Levant, p.45.
INTERDICTION du commerce 1 fi on mêle des marchandifes fujettes
aux droits avec le coton en laine 3 P. 35.
INTERPRETES, choix qu'il en faut faire, P. 395.
JORE, [Mr.] illuftre Négociant, établit une manufaéture de mouffelines; importance du fervice qu'il a rendu à fa patrie, P. II.
JUDA. L Barre de ] Fertilité & population de ce petit Royaume 1 P: 158.
Moeurs des habitans du pays 1 moins méchants que les autres Négres,
P. 168.
IVROGNERIE, [PJ exceffive parmi les Négres, P. 165.
L.
LABAT [le Pere ] Sa crédulité fur les fortiléges des Négres 7
P. 242.
LABOUREURS [les J doivent être confidérés dans un Etat en raifon
de leur utilité, P. 488; traités avec injuftice & cruauté par ceux qu'ils
nourrilfent, P. 489. Comparaifon de l'état de nos Laboureurs avec
ceux du feizieme fiecle, P. 490 & 491. Trifte Otuation de nos Laboureurs, P. 492. Ils font privés injuftement des fecours de nos Hopitaux, p. 492. Exemple afiligeant d'un Laboureur de Marfeille , P. 493.
Ils doivent participer à tous les avantages de la fociété, P. 494. Ily
a de la cruauté à les en exclure, P. 495. La profeflion des Laboureurs
eft eftimable, P. 5OI.
LANGUEDOC [le] ] obtient des Lettres - Patentes pour faire le commerce de Guinée par le Port de Cette, P. 321.
LAPONES les femmes ] ont toutes une tâche noire au bout des
mamelles 3 P- 276.
LAPONS [les - 1 paroiffent à Mr. de Voltaire une autre efpéce d'hommes, P. 474.
LAVAGE. (le] En quoi il confifte, & maniere de le faire dans un
Navire Négrier 1 P. 416.
LEGUMES 2 toutes fortes de 1 viennent prefque fans culture dans la
Louifiane s P. 87. Moyen de les préferver de la corruption, P.423.
GEBgi
des
mamelles 3 P- 276.
LAPONS [les - 1 paroiffent à Mr. de Voltaire une autre efpéce d'hommes, P. 474.
LAVAGE. (le] En quoi il confifte, & maniere de le faire dans un
Navire Négrier 1 P. 416.
LEGUMES 2 toutes fortes de 1 viennent prefque fans culture dans la
Louifiane s P. 87. Moyen de les préferver de la corruption, P.423.
GEBgi --- Page 628 ---
6c4
T A B L F
LIPERTÉ [la ] de T'homme. Poyez Homme.
LIBERTÉ L laj de Texportation des grains à l'étranger ne doit être
accordée que pour le fuperflu de nos récoltes s P. 521; doit être entiere pour la circulation defdites grains dans le Royaume, P. 521.
LYBIE. [la)Les Grecs donnoient ce nom à la partie intéricure de
TAfrique qu'ils connoiffoient, P. 146.
LITTRE L4 Mr.] fait un mémoire pour expliquer la caufe de la couleur des Noirs, P: 285.
LIVRES [les]fr l'agriculture font trop multipliés, 3 P. 554.
LOANGA ou Lorango 2 [ Royanme de] en Guinée, a un grand nombre de Ports , P. 164 iviceurs des habitans : refpect excefif des femmes pour leurs maris, P. 170.
Lor, publiée en Allemagne pour empêcher T'efclavage 1 P- 211. Loix
néceflaires pour régler la police des grains , P. 527.
Loix Romaines, [les ] fur l'efclavage injuftes &. cruelles, P. 187Déclarent l'efclavage jufte & légitime 1 P: 192. lujuftice de ces Loix,
& leur grand nombre, P. 192; anéantiflent l'agriculture ; pourquoi 2
P. 497.
LoUis le Gros, Roi de France > fut lc prémier qui affranchit les
ferfs dans fon Royaume 1 P. 207.
Louis VIII, Roi de France, fupprima la tyrannie exercée contre
les Efclaves, P. 207.
Louis X, dit le Hutin 1 abolit entierement l'efclavage 1 P. 207.
Louis XIII, Roi de France ' par un motif de religion autorife u
efclavage mitigé dans nos Ifles de T'Amérique 7 P- 208.
Louis XV, le Bien-aimé, firpaffe en bonté l'Empereur Tite, P. 493Ranime l'agriculture par fon Ordonnance pour la libre circulation des
grains 2 P. 527.
LOUISIANE [la] combien fon commerce intéreffe la France, P. 63Priviléges accordés à ce commerce, ils font les mêmes que pour le
commerce du Canada, P. 81. La Louifiane plus fertile que le Canada,
P. 87. Defeription de la Louifiane & produétions des terres, P. 87.
Privilége excluff du commerce de la Louifiane accordé à Mr. Crozat,
P. 88;. cedé à la Compagnie d'Occident, P. 88. Les bleds & les
farines de la Louifiane s'ils étoient importés dans nos Colonies des
Antilles, cauferoient un notable préjudice àl la Métropole, P. 90. Quand
limportation doit en être permife cnl France, P. 90. Plantations de
tabac dans la Louifiane ; combien avantageufe à PEtat, P. 92. Réglemerit pour le commerce de la Louifiane 3 P. 93. Exemptions de tous
droits fur les marchandifes deftinées pour le Canada (la Louifiane )1 p. 94
Erabliffement d'une Compagnie de Commerce fous le nomn de Compagnie d'Occident L pour la Louifiane ] P. 95. Obfervations fur lc commerce de la Louifiane 1 P. I07. Poffeffion de la Louifiane accordée à
perpétuité à la Compagnic d'Occident annullée en 1731, P. I07.
93. Exemptions de tous
droits fur les marchandifes deftinées pour le Canada (la Louifiane )1 p. 94
Erabliffement d'une Compagnie de Commerce fous le nomn de Compagnie d'Occident L pour la Louifiane ] P. 95. Obfervations fur lc commerce de la Louifiane 1 P. I07. Poffeffion de la Louifiane accordée à
perpétuité à la Compagnic d'Occident annullée en 1731, P. I07. --- Page 629 ---
D E S M A T I E R E S.
Priviléges attachés au commcrce de la Louifiane, P. 108. Les marchandiles de la Louiliane nc doivent point lc droit de pour cent,
I1O; ni celui de demi.
cent., 125. L'Ordonmance 1687 doit
à
P. avoir fon exécution dans la pour Louifiane pour la régie du Domaine d'Occident, P. 126. Etablifiemens dans la Louifiane, P. 129. Retroceffion
de la Louifiane faite au Roi par la Compagnie des Indes, P: I30. Nouveaux priviléges accordés à ce cominerce, P. I31. Cbfervations fur lcf
dits priviléges, P- 133.
M.
MAGASINS de bleds à établir dans les principales Villes: du
Royaume, P. 522. Il n'y a point tant de difficultés qu'on l'a publié ;
moyen propofé pour cet effet, P. 532.
MAHIS [ Mr. de ] fait un éloge ridicule de Mr. de Voltaire, P. 440.
MALADIÈS [les] épidemiques, ont-clles un germe pour fe reproduire
tonjours les mêmes 3 P. 295. Queftion fi la couleur des Noirs n'a pas
été caufée par une maladie aujourd'hui inconnue,, P: 295. Maladies
particulicres- aux Noirs, P. 296.
MALAGUETE, ou MANIGUETE Royaume de ] fur les côtes de Guinée, P. 156. Le commerce de Malaguete confifte en Efclaves, P. 157.
MALEBRANCHE ] le Pere] explique quelques effets de l'imagination
des meres, P. 266 & 267.
MALPIGHI (Me) fon fentiment fur le corps réticulaire dcs Noirs,
p. 285.
MANCHE [la ] inventée par les Danois; ce que c'eft, & fon utilité
pour introduire un nouvel air dans les Navires, P- 419.
MaNUFACTURES [les] font encouragées par le commerce, P. 72.
MARCHANDS [les] ] de bled; fçavoir s'ils font utiles à T'Erat, 8z
s'ils font monopoleurs., P: 522. Les magalins de bled à établir dans les
principalés Villes doivent les regarder, P. 533. Raifons pourquoi, P. 533.
Monopole fir les bleds injuftement attribué; aux Marchands, P. 551.
Les Marchands de bled n'ont pas tort de vouloir gagner, P. 551.
MARCHANDISES [les] provenant du commerce de Guinée, voyez
commerce de Guinée.
MARINE [la] aujourd'hui nécelfaire àtout Etat pour protéger fon
commerce, P. 74 Moyen de la rétablir, P. 109.
MARSEILLE (la ville de ] el intéreflée à comoitre tout ce quia
rapport au commerce de coton, P.. I. Avantages d'un établiffement
pour la filature de coton dans THopitral de la Charité, P. II & I2. Les
Raffineurs de fucre à Marfeille doivent efperer de jouir des faveurs accordées aux autres raffineries du Royaume, P. 78. Marfeille eft l'entrepôt des morues de la péche françoife, P. 137 & 138. Nouveaux
Keglemens exécutés à Marfeille maigré fa iranchife pour l'entréc des
tabliffement
pour la filature de coton dans THopitral de la Charité, P. II & I2. Les
Raffineurs de fucre à Marfeille doivent efperer de jouir des faveurs accordées aux autres raffineries du Royaume, P. 78. Marfeille eft l'entrepôt des morues de la péche françoife, P. 137 & 138. Nouveaux
Keglemens exécutés à Marfeille maigré fa iranchife pour l'entréc des --- Page 630 ---
T A B L E
poiffons de pêche étrangere, P. 138. Importance de ces réglemens pour
Tencouragement de notre péche, P. 138. Déreglement des mceurs dans
Marfeille 7 combien nuifible au commerce, 7 P. 179. Explication fur les
Bureaux des fermes établis à Marfeille, relativement au commerce de
Guinée, P. 323: Avis aux Négocians de Marfeille fur ce qu'ils doivent
faire en recevant des marchandifès provenant du produit de la traite des
Négres, P. 358. Bel éloge de l'humanité des habitans de Marfeille,
P. 492. Leur dureté contre les feuls cultivateurs de la terre, P.. 492.
Etat déplorable des Payfans du terroir de Marfeille, P. 493. Révolution extraordinaire arrivée à Marfeille en 1764 fur le commerce des
grains 1 P. 550. Le territoire de Marfeille ne peut nourrir fes habitans que pour trois mois, P: 554- Bureau d'abondance établi à Marfeille feulement pour le bled étranger 555.
MATELOTS, moyen d'en augmenter le nombre P. I09.
MEDECIsS, [les] ] quelques-uns penfent que les maladics épidemiques
ont un germe pour fe perpétuer, 1 P. 295.
MÉLANGES [les] des homines blancs avec les noirs, & des noirs avec
les blancs, P. 294. Mélanges de diverfes couleurs qui en produifent de
nouvelles qui ne paroiffent avoir aucun rapport avec les prémieres,
page 299.
MERCERIES, [les] le choix qu'il en faut faire pour le commerce de
Guinée; P. 391.
METAMORPHOSES de noir en blanc & de blanc en noir, P. 290.
MÉTHODES nouvelles]- de cultiver la terre; infuffifantes pour retablir notre agriculture, P. 488.
METROPOLE L la 3 doit tenir fes Colonies fous fa dépendance,
page 75.
MINES [ les ] du Brefil & du Perou ne vaudroient pas à la France
ce que lui produit fon commerce de l'Amérique p. 78. Mines d'or,
d'argent, de plomb, &c. dans la Louifiane > la produétion des terres
leur eft préferable 7 P. 87.
MINISTRES [ les I qui gouvernent Ia France avec tant de fageffe,
régleront ce qui regarde l'agriculture & le commerce des grains, 1 P. 522.
Doivent fe faire envoyer les états du produit de la recolte pour en
faire dreffer un état général, P. 532. Bureau d'agriculture ou d'abondance à établir fous leurs yeux, P. 550.
MISERE [la] eft toujours la caufe de plus grandes miferes , P. 502.
MEURS [les] des Négres 9 combien corrompues 3 page 165Moeurs des habitans de Sicra Lionna; comment la juftice y eft rendue,
166. Leurs mariages, P. 167. Moeurs des habitans de Malaguete
& la côte d'Ivoire & de la côte d'or, P. 167. Moeurs des Négres de
Juda & d'Ardra, P. 168. Moeurs des Beninois, leur Religion & leurs
facrifices, P: 169. Mceurs des habitans de Loanga, ou Lovango, P. 170.
Maeurs des habitans de Congo & de Cacongo, P. 174. Moeurs des An-
ages, P. 167. Moeurs des habitans de Malaguete
& la côte d'Ivoire & de la côte d'or, P. 167. Moeurs des Négres de
Juda & d'Ardra, P. 168. Moeurs des Beninois, leur Religion & leurs
facrifices, P: 169. Mceurs des habitans de Loanga, ou Lovango, P. 170.
Maeurs des habitans de Congo & de Cacongo, P. 174. Moeurs des An- --- Page 631 ---
D E S M A T I E R E S.
golois, P. 173- Moeurs des Marfeillois, danger qu'elles ne fe corrompent; un Homere leur feroit bien néceffaire, P. 179- Corruption
générale dans les mceurs des Négres; P. 241 5. doivent exciter notre
compaflion ; raifons pourquoi, P. 241.
MONARCHIQUE [le Gouvernement ] efl le plus fage de tous,
page 243.
MONOPOLE [le] eft rare; moyen de le détrvire, P. 498. Ce fut
pour l'empécher que François prémier rendit fon Ordonnance fur le
Commerce des grains, go5. Ce n'eft. que par préjugé qu'on ne ceffe
de crier contre le monopole des grains, P- S18.
MONSTRES; leur naiffance déconcertera toujours les Philofophes qui
veulent connoître Ia maniere dont les êtres fe renouvellent > P. 269.
MONTESQUIEU [ Mr. ] traite de. l'Efclavage ) p.: 186.
MORUES; importance de cette péche, P. 137. Réglemens far les
poiffons de pêche étrangere avantageux à la péche françoife, P. 138.
& 139. Droits d'entrée fur les morues de notre pêche & fir Thuile qui
en provient, P. 140 & fuivantes.
MOUSSELINES [les ] des Indes, font fi belles & fi fines, qu'on ne
croyoit pas qu'on pit les imiter en Europe. ) P. IO. Manufaéture de
mouffelines établie par Mr. Jore; P. HI.
MULATRE, c'eft le produit d'un Blanc & d'uue Négreffe, ou d'un
Noir & d'une Blanche, P. 294MUQUEuX, I corps ] ce que c'efl, p. 285.
N.
NANTES, [le Port de J étoit défigné avant la permiflion générale pour faire le commerce de Guinée 1 P. 322. Repréfentations des
Négocians de Nantes; elles font écoutées favorablement, P. 327 & fiivantes. La Chambre de Commerce de Nantes propofe un modéle de
certificat qui eft approuvé, P. 359- Elle écrit aux autres Chambres de
Commerce du Royaume * P. 360.
NAVIGATION [la) moyen de l'augmenter en France en faifant venir
le coton dans les gouffes, P. IS. La bouffole l'a perfectionnée 7 P. 67.
Le commerce l'a fait fervir au tranfport des marchandifes fon accroif
fement, 5 P. 73- Importance des avantages qu'elle procure à un Etat >
P- 74; devenue néceffaire pour la défenfe des plus pniflans Empires, P. 74.
NAVIRES [les], inventés pour le tranfport de toute forte de marchandifes 1 P. 73- Navires confruits dans la Louifiane: 5 gratification accordée fuvant leur grandeur P: 109. Reflexions bien importantes à ce
fujet, P- 109; obligés de revenir dans le lieu de leur départ.
NATURE [Ja) terme équivoque dans les écrits des nouveaux Philofophes, P. 459.
ffaire pour la défenfe des plus pniflans Empires, P. 74.
NAVIRES [les], inventés pour le tranfport de toute forte de marchandifes 1 P. 73- Navires confruits dans la Louifiane: 5 gratification accordée fuvant leur grandeur P: 109. Reflexions bien importantes à ce
fujet, P- 109; obligés de revenir dans le lieu de leur départ.
NATURE [Ja) terme équivoque dans les écrits des nouveaux Philofophes, P. 459. --- Page 632 ---
T A B L E
NÉGLIGENCE [laide nos Marins dans lc choix des provifions néceffaires à leurs Navires, p.423.
NÉGRES. T les? Reglemens fur leur état & la difcipline à cbferver
dans la Losiliane, p. HI5- Mceurs des Négres, combien dépravées,
P. 165, royeg Noirs.
NEGRILLONS, trois évalués à deux Négres, P- 326.
NEGRITTES, deux évaluees à un Negre, P- 326
NETETÉ. -Llaj-qu'il faut entretenir dans un Navire Negrier, 3 P. 408.
NEWTON [Mr) fon travail fur les couleurs & fes découvertes,
poge 280.
NOBLESSE [la)'peut s'intérefler dans.. la Compagnic d'Occident fans
déroger; le coinmerce en gros jouit de- Ia mêine prérogative, P. 107,
NOIRS. [les] J Traite. des noirs.,. commnerce fingulier, néceflaire relativement à nos établiffemens dans T'Amérique. , P. 145. Siftémes des
Philofophes far la couleur, des Noirs-, P- 165. Queftion pourquoi les
Noirs multiplient moins en Amérique qu'en Guinée, P. 239. Avanrages
de la multiplication des Noirs en Amérique, 7. 239 & 240. Les Noirs ne
font point incapables de pratiquer la vertu, P. 241. Combien de Blancs
font auffi vicieux, P. 242. Les Noirs font les freres des Blancs, iffus
du même pere, P. 244. Siftêmes infourenables fur l'origine des Noits,
P- 246. Noirs conftamment noirs dans quelque pays qu'ils naiffent,
P. 255. Conjectures d'un homme d'efprit fur l'origine des Noirs 7. P. 255.
Raifons contre ces conjectures., * P. 238. Le Pere. Tournemine publie
fes découvertes fur la caufe de la couleur noire des Africains, P. 261.
Refutation, P. 262, & 263. Voflius attribue à Timagination des meres
la couleur des Noirs, p. 264. Le Pere Jh. Gumilla fait revivre lc fc
tême de Vofius 9 p. 265. Mémoire de l'Académie des Sciences pour
expliquer l'origine de la couleur. des Noirs, P. 285. Changemens dans
la couleur de la peau desi Noirs; hiltoires à cC fujet, P. 289. Sentiment d'un homme d'efprit fur las couleur des Noirs, P. 290. Examen
de la queftion fi la couleur des' Noirs n'a pas été caufée par quelque
maladic aujourd'hui inconnue, P. 295. Maladies particulieres aux Noirs,
P. 296. Droit impofé fur chaque Noir importé dans les Colonies de
i'Amérique 1 P. 325- Suppreffion dudit droit, P. 338. Gratification accordée pour chaque Noir introduit en Amérique, P., 339. Traite des
Noirs, ce qu'il faut obferver pour réuffir, P. 380;de quelle inaniere
il faut acheter les Noirs en Guinée, P. 395.
NOLET I Mr. ] n'admet que quatre coulenrs primitives, P. 297.
NORD, [le] marchandifes qu'on en peut tirer pour le commerce de
Guinée, P. 376.
NORMANDS [les ] fout les premiers Européens qui ont été commercer fur les côtes de Guinéc, , P. ISS.
O.
irs, ce qu'il faut obferver pour réuffir, P. 380;de quelle inaniere
il faut acheter les Noirs en Guinée, P. 395.
NOLET I Mr. ] n'admet que quatre coulenrs primitives, P. 297.
NORD, [le] marchandifes qu'on en peut tirer pour le commerce de
Guinée, P. 376.
NORMANDS [les ] fout les premiers Européens qui ont été commercer fur les côtes de Guinéc, , P. ISS.
O. --- Page 633 ---
J) E S M A T
E R E S.
6og
O.
- OBSERVATIONS fur la police des grains, voyer Grains.
OCHAVON; c'eft le produit d'un Blanc avec une quarterone ou d'un
quarteron avec une Négretle, P. 294.
OCTROIS [les] des Villes fur les grains fupprimés & enfuite retablis, P: S27.
OR [côte d'Jpays de la Guinée ainfi nommé à caufe de fes mines,
P. 1S7- Commerce de la poudre d'or à la côte de Guinée 1 P. 322.
ORACLE [PJ des nouveaux Philofophes ; fon rilible fiftême fur l'origine des hommes, P: 437.
ORDONNANCE (F)'de 1687 a fon exécution dans la Louifiane pour
la régie du Domaine d'Occident, P. 126.
ORENOQUE [r] pays dans la Guiane ; fon hiftoire par le Pere Gumilla, p.154.
OUDIETE, Fermier du Domaine d'Occident, il cft chargé de faire
la traite des Noirs, , P. 304.
P.
PAGET DE PRATS - Mr. le ) a fait une bonne hiftoire de la
Louifiane, P. 93.
PALISSOT (Mr.) eft caloranié par les nouveaux Philofophes 9
page 467.
PAPILLAIRE (corps) ce que c'eft, P. 284.
PARAMOS, montagnes extrémement hautes 1 P. 1S4.
PAROLE de Dieu, efficace, P. 147, 8c.
PASCAL BLAISE (Mr.) Un exemple de piété, 8c d'humilité; portrait qu'en fait Mr. de Voltaire, p. 484- Ses admirables penfées,
page 485.
PATAGONS (les) cités avec fatisfaction par Mr. de Voltaire dans
fes leçons au genre humain, 1 P. 474PATRIOTE. Souhaits de l'Auteur pour qu'il s'en trouve quelqu'un qui
veuille travailler à la culture des épiceries des Indes orientales dans
nos Colonies, P. 80.
PATRIOTISME. Meflfieurs les Fermiers Généraux en ont fait un adte
au fujet de l'exemption des droits d'entrée dans le Royaume fur les
matieres premieres, P. 31 & 34.
PECHÉ originel, fource de toutes les miferes qui affligent T'humanité, P. 187.
PEDANTISME (le) ce que c'eft; fi Mr. de Voltaire a droit d'cn acTom. II.
Hhhh
dans
nos Colonies, P. 80.
PATRIOTISME. Meflfieurs les Fermiers Généraux en ont fait un adte
au fujet de l'exemption des droits d'entrée dans le Royaume fur les
matieres premieres, P. 31 & 34.
PECHÉ originel, fource de toutes les miferes qui affligent T'humanité, P. 187.
PEDANTISME (le) ce que c'eft; fi Mr. de Voltaire a droit d'cn acTom. II.
Hhhh --- Page 634 ---
T A B L E
cufer ceux qui reconnoillent que tous les hommes viennent d'un feul;
page 439.
PELSART, croit voir des Négres qui 11e marchent que fur les mains;
Mr. de Voltaire qui doute prefque de tout, le croit fermement 2
page 452.
PERCU (le) fes mines feroient moins avantageufes à la France que
le commerce des Colonies de I'Amérique, 3 P. 78.
PERMISSION, , de faire des armemens pour la Guinée dans les Ports
dirignés pour faire le conmerce de TAmerique, P. 320. Permiflicns
que la Compagnie des Indes peut accorder pour faire le commerce
de Guinée, P- 344. Modéle d'une de ccs permiflions 7 P. 345- Permif
fious d'exporter nos grains à l'Etranger 2 P. $23PESCHE de la morue; branche de commerce utile & néceffaire à toute
la Nation, P. 137. Zèle des Ponentois pour cette pêche, P- 137- Nouveaux réglemens fur les poiifons de pêche étrangere exécutés à Marfeille S combien ils font avantageux à la Nation, P. 138 & 139.
PESCLEURS (les ) néceffaires à un Etat, , P. 76. Sans le commerce
& la navigation nous en manquerions, P. 76. Ceux de la pêche en
Terre-Neuve font d'une grande utilité à TEtat, P: 137.
PIILOSOPHES (les nouveaux ) la création de Thome leur paroit
inconcevable ; abfurdité de leur jugement, P. 147. Leurs faux raifonnemens fur la différence des animaux qui vivent dans les quatre parties du monde > P. 149. Refutation de leurs erreurs, P. Igo. Leurs ff
têmes fur la couleur des Négres, P. 165. Combien leur fcience eft
bornée. , P- 165- Leur ignorance fur la création de Thomme, P. 187.
Leurs vaines rccherches pour découvrir la canfe de la reproduation des
étres, P- 274. Léurs difputes fur les couleurs , & combien ils font encore ignorans, P. 279. Lenr impuiffance à expliquer en quoi confiftent
les fubftances matérielles, P: 298. Leur témérité de décider en quoi
confiftent les fubftances fpirituelles, P. 298. Différence des nouveaux
Philofophes d'avec un fimple Chrétien, P. 441. L'hiftoire de la création de Thomme ne plait pas aux nouveaux Philofophes, parce qu'elle
cft dans TEcriture-Sainte, 3 P. 469. Ils préferent d'imaginer une croyance
ridicule, plutôt que de croire ce que tout le monde croît, P- 475. Ce
qu'ils penfent de la Koligion, P- 483.
PIÉCE d'Inde; ce que c'eft, Négre piéce d'Inde, P. 399.
PLANQUE. (Mr. ) Son fentiment fur la force qu'on attribue à l'imagination dés meres, P. 267. Réfutation de fon opinion 9 P. 268.
PLANTES, (les) moyen de les faire paffer d'une partie du monde
dans une autre, & de réuffir à les faire produire 2 P. 153PLATILLES 1 (les toiles ) permifes pour le 'commerce de Guinée
374. Quelle quantité doit en entrer dans la cargaifon d'un Navire.
ESO p: 392.
PLICA (la) des Polonois; 3 Cc que c'ef,p.2 291.
267. Réfutation de fon opinion 9 P. 268.
PLANTES, (les) moyen de les faire paffer d'une partie du monde
dans une autre, & de réuffir à les faire produire 2 P. 153PLATILLES 1 (les toiles ) permifes pour le 'commerce de Guinée
374. Quelle quantité doit en entrer dans la cargaifon d'un Navire.
ESO p: 392.
PLICA (la) des Polonois; 3 Cc que c'ef,p.2 291. --- Page 635 ---
D E S M A T I E R E S.
61I
PLOMB, ( mines de ) très-abondantes daus la Louifianc 5 leur importance pour la France qui en manque, P. 87.
PLEMIER, (Je Pere ) la defcription qu'il fait du canéficier, P.57POISSONS (les ) de péche étrangere doivent un droit d'entrée à
Marfeille, quoique Port frauc, P. 138. Utilité de cette impofition 2
P. 140.
POLICE (la) à obferver dans un Navire Négrier, P. 406. Celle des
grains étoit très-défectueufe dans les fiécles précédens ; la raifon pourquoi, P. 526. A befoin de l'autorité des Loix pour être maintenue 1
P. 527. Doit être adminiftrée par les Communautés, P. 533. Examen de la police des grains des autres Nations, P. 539. Combien
elle eft défeétueufe, P. 540. Celle de l'Angleterre n'eft bonne que pour
ce Royaume 5 elle feroit dangereufe & impraticable en France, P. 540.
POPULATION (la ) eft toujours en raifon des moyens de fubfiftance,
p. 76.
PORTS (deux ) pourroient être fixés pour l'exportation de nos grains
à f'étranger 3 P. 521.
PossESSION (la ) des terres jufte & légitime 1 P. 65 & 69. Celle
des terres de l'Amérique reglée aujourd'hui, P. 74. Comment elle a été
établie, P. 1I.
POUDRE à canon 2 quelle quantité il en faut pour un Navire Négrier; Choix qu'il en faut faire, P. 393PRESENS (les) qu'il faut faire avant de commencer la Traite des
Efclaves, P. 397.
PRÉVARICATION (la) du prémier homme eft la caufe de toutes nos
miferes, P. 147.
PRIVILEGE exclufif pour le commerce de Guinée accordé & réuni
à perpétuité à la Compagnie des Iudes 9 P: 336.
PROVIDENCE (la) admirable dans les productions de la terre & dans
l'établiffement des fociétés 3 P. 64 8 fuiv.
PROVINCES (les) d'un Royaume appartiennent également à l'Etat,
doiveut être également favorifées, P. 521.
PROVISIONS ( les ) néceffaires pour un Navire Négrier 7 P- 422. Choix
qu'il en faut faire, ) P: 423. Celles qu'il faut cmbarquer en Guinée 2
P.424. Détail:à ce fujet, P. 425.
PURGATION, celle du canéfice mêlé avec la manne tres-falutaire aux
Négres, P- 60.
Hhhh ij
à l'Etat,
doiveut être également favorifées, P. 521.
PROVISIONS ( les ) néceffaires pour un Navire Négrier 7 P- 422. Choix
qu'il en faut faire, ) P: 423. Celles qu'il faut cmbarquer en Guinée 2
P.424. Détail:à ce fujet, P. 425.
PURGATION, celle du canéfice mêlé avec la manne tres-falutaire aux
Négres, P- 60.
Hhhh ij --- Page 636 ---
T A B L E
2.
QUARTERON, c'eft le produit d'un Blanc avec une Mulatre;
ou d'une Miulatre avec un Noir, P 294.
QUESTION fur Teflavage & iur la couleur dcs Negres, 166. Quef
tion ai les maladies ont des germes pour fe perpétuer, & fi la couleur
des Noirs n'a pas été caufée par quelque maladic, P. 295. Queftion fur
T'exemption de la moitié des droits , P. 332. Nouvelle queftion fur
l'arrivée d'un Navire Négrier dans un autre licu que celui de fon départ, P. 333. Queftion fur la Traite des Noirs, P. 403. Queftion curieufe par fa nouveauté, s'il n'eft pas abfurde de penfer que les hommes ne fe trouvent pas en différentes contrées comme la moufte, les
mouches 8xc. p. 438. Queftions propoféés à Mr. de Voltaire fur cC
qui eft effentiel à tne efpéce humaine pour la conitituer différente d'une
autre cfpéce humaine, p-449. Trois queftions à examiner fur le commerce des grains, P. 522.
QUINCAILLERIES - toutes fortes de) doivent entrer dans la cargaifon
d'un Navire Négrier, P.391.
R.
RAFFINERIES (les) de fiicre ont reçu de grandes faveurs ;
celles de Marfeille n'en doivent pas être exclues, 3 P. 78.
RASSADES. Utilité de cette marchandife ; ce que c'eft, P. 394.
RAYÔNS ( les ) de' lumiere; s'ils font colorés, P. 281.
RECOLTES (le fuperflu de nos ) doit être exporté à l'étranger, - P. 529.
Raifons qui doivent nous y déterminer 3 P. 529. Le prix du bled doit
fervir de regle,p. 531.
REFLEXIONS, furT'érabliffement des fociétés, &c. P. 64- Surles moyens
d'améliorer notre agriculture, P. 497.
REGLEMENT pour le commerce des cotons qui s'envoyent des Ifles
Françoifes dc. TAmérique dans les Ports de France, P. 23: Réglement
pour les cotons filés qui vienneut à Marfeille, P. 28. Réglemens pour
le commerce de la Louifiane, 3 P. 93, : réglement touchant l'Erat & la
Difeipline des Efclaves Négres dans la Louifiane 3 P. II5. Nouveaux
Réglemens pour les priviléges concernant le commerce dela Louifiane,
P. 13I. Réglemens fur l'entrée dans le Port de Marfeille des poillons
de la péche étrangere, P. 138. Importance de ces Réglemens pour toute
la Nation , P- 140. Réglemens concernant T'efclavage dans nos Ies de
T'Amérique 3 P. 214, &c. Régleméns pour le comierce de Guinée >
P- 301. Réglemen: pour.les marchandifes d'Hollande & du Nord propres
ifiane,
P. 13I. Réglemens fur l'entrée dans le Port de Marfeille des poillons
de la péche étrangere, P. 138. Importance de ces Réglemens pour toute
la Nation , P- 140. Réglemens concernant T'efclavage dans nos Ies de
T'Amérique 3 P. 214, &c. Régleméns pour le comierce de Guinée >
P- 301. Réglemen: pour.les marchandifes d'Hollande & du Nord propres --- Page 637 ---
D E S M A T I E R E S.
au commerce dc Guinée 3 P. 376. Réglemens néceffaires pour la police
des grains, P. 527.
RELIGION; lilluftre Pafcal doit fervir de modéle pour en parler dignement, p.485.
KENOUVELLEMENT d'air, abfolument néceffaire, P. 409. Obfervation fur le renouvellement d'air dans les Navires Négriers, P. 410.
RESEAU C) des Noirs; ce quc c'eft, p. 285.
RETICULAERE, (le corps) ce que les Médecins entendent par ce
mot, P. 2
RETROCIESSION, faite au Roi par la Compagnie des Indes, de la
Louiliane à du pays des Sauvages Illinois, P. 130.
REVELAT. ON > (la) combattue par les nouveaux Philofophes 7
P. 495.
REVOLTES (les) ) frles Navires Négriers ne font fufcitées que par les
Efclavés de la claile des malfaiteurs,'p. 401.
REVOLUTION, extraordinaire fur le commerce des grains, arrivée
à Marfeille en-1764, P. 550.
RICHESSES (les) véritables d'un Etat quelconque font les biens de
la terre, 3 P. 490. Les fruits de la terre font les richeffes prémieres,
P- 500. Autres richeffes, p. SOI. Comment la maffe de nos richeffes augmente oul diminue, P. 501. Le feul commerce étranger peut les augmenter , P. 528.
ROCHELLE (le Port de la ) défigné pour fairé le commerce de
Guinée avant que la permifion fut générale ) P. 322.
ROUEN (le Port de ) étoit déligné avant la permifion générale pour
faire le commerce de Guinée, P. 322.
ROUSSEAU, Mr.Jean-Jacques ) bel efprits fes fophifmnes & la folie
de fes déconvertes, P: 465.
ROUVIERE, (le Sieur ) Marchand Bonnetier à Paris, employe utilement le duvet du foyer des Indes, P. IO.
Roux; (Mr. le Marquis de ) refpeétable Citoyen par fon zéle pour
le bien public, P. 13. Les fabriques qu'il a établies à Brue immortalifent fon nom, P. TR.
RUSE (la) des Négres, 3 pour faire paroitre leurs Efclaves plas jeunes, P. 401.
S.
SADEUR, (Jacques ) Voyageur que Mr. de Voltaire auroit dû
lire & citer, P. 452.
SAMOYEDES (les femmes ) ont toutes une marque noire au bout des
mamelles, P. 276.
SANTE (la) de l'équipage, combien néceffuire, P. 408. Ne peut
ue immortalifent fon nom, P. TR.
RUSE (la) des Négres, 3 pour faire paroitre leurs Efclaves plas jeunes, P. 401.
S.
SADEUR, (Jacques ) Voyageur que Mr. de Voltaire auroit dû
lire & citer, P. 452.
SAMOYEDES (les femmes ) ont toutes une marque noire au bout des
mamelles, P. 276.
SANTE (la) de l'équipage, combien néceffuire, P. 408. Ne peut --- Page 638 ---
T A B L E
étre confervée qu'antant que l'air qu'on refpire dans le Navire n'eft
pis corrompu, P. 410,
SATYRES (les') des moutagnes d'Ilamba , P. 174. Defeription des
Satyres du Paganifimne 3 P. 174. Croyance des prémiers Chrétiens au fijet des Satyres, p. 175. Examen de diverfes hiftoires fur Tapparicion
des Satyres, P. 175. Faufferé de l'exiftence des Satyres, P. 177- Defcription dès prétendus Satyres d'Augola 3. P. 177. Bevue des voyageurs
à ce fiujet, p. 178.
SAvON, fait avec Phuile de palmier & le marc de vin; expérience
à faire , P. 152.
SçAVANS. ( faux) Combien ils font ignorans dans les opérations de
la nature, P. 147. Difficultés qu'ils fout fur la grande quantité d'animaux que nourrit T'Afrique , P. I50.
SAUVAGES Illineis; les François s'établiffent dans leur pays, p. I29.
Grand nombre d'habitans de la Cafrerie vivent en Sauvages, P. 165.
SCHIAYO (Mr.). rapporte un esemple bien furprenant de l'impref
fion de limagination des meres fur leurs fatus, P. 267.
SHAFTSBURY 1 (Milord) nouveau Philofophe; ce qu'il penfe de la
Religion , P- 483.
SENTINE. (la) Moyens d'en renouveller l'air 7 qui eft ordinairement corrompu., P. 421.
SIDON, Cla ville de ) n'eft devenue puiffante que par le commerce &
par la navigation 3 P. 74.
SIERRA-LIONA,, ou montagnes de la Lionne ; defcription de ce pays,
P. ISI. Maurs de fes habitans. 5 maniere dont le Roi rend la juftice 1
P. 166. L.eurs mariages 3 P. 167.
SILIQUES (les) de canefice; ce que c'eft, P. 57. Siliques confites
choix qu'il en faut faire, P. 61.
SINGES (les ) de Sierra-Liona, leur docilité, ils ne marchent que
fur les pieds de derriere, p. 152.
SISTEMES, fur la couleur des Négres 3 jugement qu'il en faut porter, P- 165 & 241. Combien les anciens Philofophes fe font égarés
fir la couleur des Négres, P. 247.S Siftême de Mr. de Voltaire abfurde,
P 247. Refutation de ce fiftéme, P. 248.Siftéme qui érablit Cain le
pere des Noirs 3 P. 251. Fauffeté de ce fiftéme, p. 252. Siftéme qui
admet Lamech pour le prémier noir, P. 253- Refutation de ce fiftême,
P. 254. Siftéme du Pere Jh. Gumilla, ne vaut pas mieux que les précédens 1 P. 254. Refutation de ce fiftême. 1 P. 255. Siftéme plus raifonné, P. 255. Conjeéture fur la couleur des Albinois 9 P. 257. Refutation de ce fiftéme, P. 258 8 fuivantes; fiftême du Pere Tournemine
fur la couleur des Noirs, P. 261. Fauffeté de ce fiftéme, P. 262 &
263. Siftême d'lfaac Voflius qui établit l'imagination des mercs comme
la caufe de la couleur des Noirs , P. 264. Siftème des molécules del Mr.
de Buffon; fa réfuration, P. 270. Divers filtémes fur la génération des
de ce fiftéme, P. 258 8 fuivantes; fiftême du Pere Tournemine
fur la couleur des Noirs, P. 261. Fauffeté de ce fiftéme, P. 262 &
263. Siftême d'lfaac Voflius qui établit l'imagination des mercs comme
la caufe de la couleur des Noirs , P. 264. Siftème des molécules del Mr.
de Buffon; fa réfuration, P. 270. Divers filtémes fur la génération des --- Page 639 ---
D E S M A T I E R E S.
Etres, P. 271. Refutation de tous ces fiftémes, 272. Sifleme fur les
couleurs & iur icurs caufes, P. 296, &c. Siftéme fingalier de Mr. de
Voltaire fur l'origine des hommes, P. 437. kefutation, P. 438 & fuiv.
Siftême far le commerce des grains > P. 535.
SITUATION (la ) du Royaume fur la quantité de nos grains 1
doit étre connue avant d'accorder 'exportation, P. 521.
Socteris (les) des hommes néceliaires, p-655 tcut démontrerue
les hommes font créés pour la fociétés P. 65: Examen de cette vérité,
p. 66. Commcut les premiercs fociétés fe iont formées, 3 P. 71 & 188.
Les Américains vivoient en fociété, P. I5I. L'homme a cté créé pour
la fociété, P. 187. Ce que c'eft qu'une fociété, & quels avantages y
fout attachés, P. 188.
SORBONNE (la) décide deux queftions fur T'efclavage, 3 P. 213.
SORTILEGES des Négres ; le jugement qu'il en faut porter, P-2 24.
SOUFFLETS; (les) ce que c'eft, & mamere de s'cn fervir pour renouveller l'air, P: 418.
SOYE (la) de la Louifiane très-eftimée : P. 87.
SOYER (le ) des Indes, arbrifleau cultivé à Marfeille, qui produit
un duvet de foye, P. 1O.
SUCRES (les) & autres marchandifes provenant de la Traite des
Noirs, foumis à tous les droits d'entrée du Royaume,, P. 340. Rétabliffement de l'exemption fur lefdits fucres & autres marchandifes. 9
P: 342. Facture ou bordereau des fucres provenant de la Traite des
Noirs expédiés de T'Amérique pour le Royaume, P. 353. Le fucre fe
vend en Guinée avec un grand bénéfice 2 P: 394SUEz (IIfthme de ) fépare T'Afrique de T'Afe, P. 146.
SUBERFLU (le) de nos récoltes doit faire autorifer l'exportation de
nos grains à l'étranger, P. 529. Il eft perdu pour la Nation s'il n'eft
exporté, P. 529. Moyen pour connoître fi nous avons un fuperh de grains, P. 531.
SURETÉ (la) qu'il faut établir dans un Navire Négrier, P. 407.
SYRENES ( les) du fleuve Quanfa & des lacs de Quihaite 1 p. 178.
Defcription des Syrenes de la Fable, P. 178. Inventées par Homere
pour inftruire fes compatriotes, P. 179. Defcription des Syrenes d'Angola 5 examen de quelques hiftoires fur les Tritons & les Nereides,p. 180..
L'exiftence des Syrenes n'eft que fabuleufe, P. 180.
Nile
NN
P. 407.
SYRENES ( les) du fleuve Quanfa & des lacs de Quihaite 1 p. 178.
Defcription des Syrenes de la Fable, P. 178. Inventées par Homere
pour inftruire fes compatriotes, P. 179. Defcription des Syrenes d'Angola 5 examen de quelques hiftoires fur les Tritons & les Nereides,p. 180..
L'exiftence des Syrenes n'eft que fabuleufe, P. 180.
Nile
NN --- Page 640 ---
61G
T A B L E
T.
Tanac (le) La Louifiane en produit avec abondance. Obfervation importante à ce fijer, p. 92.
TABLE des mélanges pour de Noir devenir Blanc, ou de Blanc devenir Noir 7 P: 294
TACHE noire la) qu'ont les petits Indiens de naiffance, P. 283.
TELLIAMED. (Mr de Mailler ) Ses reveries ou fon badinage fur la
formation des animaux, P. I50.
TIR (la ville do )n'eft derenue puiffante que par le comnerce &
la navigation 3 P. 74.
TOILES de coton, enveniment les playes 3 pourquoi? P. 20. Les
toiles platilles & les toiles iadiennes permifes pour le commerce de
Guinée, P. 374.
TONNELAGE; ( droit de) ce que c'eft, P: 330.
TOURNEMINE C le Pere ) fait un fiftéme fur la couleur des Noirs,
P: 261. Refutation de cc fiftéme, P- 262 & 263.
TRAITE des Noirs à la Côte de Guinée, P. 14. voyez Commerce
de Guinée.
TROIS pour cent (le droit de). n'eft pas dû fur le coton de l'Amérique, P. 37. n'eft pas dû fur lcs marchandifes du commerce de la
Louliane, P. IIO.
V.
VAGARONDS (les ) envoyés à la Louifiane pour T'habiter ;
on ceffe d'en envoyer; mauvais colons; P. 87.
VALETS (les) de chambre, font les fonétions des Efclaves perfonnels, P. 1DI.
VANITÉ (la) des faux Scavans, combien ils s'égarent dans le jugemeut qu'ils ofent porter des ceuvres du Seigneur 3 P. 147.
VARIETÉ ad-nirable ) dans les produétions de la terre 2 pour contenter le goût de tous lcs hommes : P. 3.
VENTILATEUR C le) inveuté par Mr. Hales; fon utilité & fa néceffité dans un Navire Négrier , P. 421.
VENTOUSES. ( les), Leur ufage pour chaffer l'air corrompu d'un Navire Négrier, P- 419.
VERIFICATION (la) ordonnée en France des balles de. coton des
Ifles de T'Amérique P: 25. Renvoyée aux fabriques > p. 27.
VILLES, (les) bâties le long de la mcr, ou le-long des rivieres
pour profiter des avantages de la navigation 1 P. 73VINGT --- Page 641 ---
D E S M A T I E R E S. VINGT pour cent, (le droit de ) eft dû fur le coton qui ne vient
pas en droiture du Levant ou de l'Amérique, P-3 37. Vixs (les) deftinés pour le commerce de Guinée, p. 368. VIVRES (les) néceffaires pour un Navire Négrier, P. 422. Choix
qu'il en faut faire, P. 423. Nourrir les Négres avec les denrées & les
fruits de leurs pays 1 P.
S. VINGT pour cent, (le droit de ) eft dû fur le coton qui ne vient
pas en droiture du Levant ou de l'Amérique, P-3 37. Vixs (les) deftinés pour le commerce de Guinée, p. 368. VIVRES (les) néceffaires pour un Navire Négrier, P. 422. Choix
qu'il en faut faire, P. 423. Nourrir les Négres avec les denrées & les
fruits de leurs pays 1 P. 424. Vivres pour un Navire Négrier en rade 1
P. 427. Vivres pour ledit Navire en mer, P. 428. Détail à ce fujet,
P. 429. ULCERES (les ) gueries par l'huile de coton', P. 20. Envenimées par
la toile de coton 5 pourquoi 1 P. 20. VOITURES (les) trop difpendieufes ; la navigation plus utile au commerce, ) P.73. VOLTAIRE ( Mr. de ) invente plufieurs fiftêmes pour établir grand
nombre d'efpéces humaines, , P. 64. Debite trop fericufement de ridicudes imaginations 3 P. I50. Prétend décider pourquoi les Négres n'ont
pas notre couleur, P: 166. Affure que le Pape Alexandre III fut le prémier qui détruifit l'efclavage 3 P. 207. Veut décider la queftion de l'ef
clavage 1 P: 212. Sa décifion eft mal fondée, P. 213. Son fiftéme fur
la couleur des Noirs ridicule & abfurde, 7 P. 247. Son fiftême refuté,
P. 248. Son effai fir l'hiftoire générale rempli d'erreurs & de fauffetés,
P. 250. Son fentiment fur la création des Noirs ; il lui eft permis de
tout dire', P. 287. Comparé à Guliver ; mais moins amufant 1 P: 287. Mr. de Voltaire inconféquent ; il défend de rire, P. 288. Abfurdité
de fon fiftême fur l'origine des hommes, P. 437. Le mot d'abfurdité
Sne doit pas le fachèr, P. 437. Sa maniere d'enfeigner les humains 9
E 438. Plaintes ameres de Mr. de Voltaire contre ceux qui héfitent à
croire, P. 439. Eloge rifible de Mr. de Voltaire, P. 440. Il fe fâche
contre ceux qui lui difent qu'il foutient qu'ily a plufieurs efpéces d'hommes 3 P. 440. Les effets terribles de fon courroux, 3 P. 441. Il a tort,
& d'autant plus, qu'il ne repond que par des injures 1 442. Sa doctrine fir les différentes efpéces d'hommes 9 P. 444 & Aand Huit quef
tions qui lui font propofées fir fon fingulier fiftémé des différentes efpéces d'hommes, 3 P. 449. Il invente des efpéces mitoyennes qu'il ne
connoît pas, P. 450. L'Albinois de Mr. de Voltaire, P: 451. Mr. de
Voltaire eft prié de décider de quelle clpéce eft un Mulatre 1 P. 451
& 452. Il eft furprenant que Mr. de Voltaire n'aye pas cité Barbe bleue,
P. 452. Si la barbe fait une efpéce différente des autres efpéces d'hommes, P. 453. Nouvelles efpéces de l'invention de Mr. de Voltaire 1
P. 454. Zéle de ce nouveau Philofophe, contre les incrédules à fà phiIofophie, 455.
éce eft un Mulatre 1 P. 451
& 452. Il eft furprenant que Mr. de Voltaire n'aye pas cité Barbe bleue,
P. 452. Si la barbe fait une efpéce différente des autres efpéces d'hommes, P. 453. Nouvelles efpéces de l'invention de Mr. de Voltaire 1
P. 454. Zéle de ce nouveau Philofophe, contre les incrédules à fà phiIofophie, 455. Admirables exemples rapportés par Mr. de Voltaire pour
établir fa doétrine, P" 456. Les Sauvages raifonnent mieux que tous
ceux qui ne font pas initiés dans fa nouvelle philofophie 9 P. 456 & 457. Refutation des abfurdités de Mr. de Voltaire, P. 458. Le mot de nature
Iui plait trop i le mauvais ufage qu'il en fait, P. 459. Ses fuppofitions
Tom. II. Iiii --- Page 642 ---
TABLE DES MATIERES
ridicules, p.461. Il eften contradiation avec lui-même, 464. Exhof:
tation à Mr. de Voltaire & éloge de fes talens, P. 465. Suite de la
refutation de fes imaginations, P- 468. Il attaque TEcriture-Sainte au
fajet de la création de T'homme, p. 469. Mr. de Voltaire démafqué, p
P. 470. Excufes faites à Mr. de Voltaire, P. 471. Il prêche contre le
fanatifne , &il eft fanatique de fa nouvelle doétrine : P. 472. La lecture de Guliver eft plus amufaute que l'effai fiur T'hiftoire générale ;
P. 473. Suite des différentes efpéces d'hommes de Mr. de Voltaire 1
P. 474- Refutation de ces cfpéces imaginaires, P: 474 & fuivantes 1
Mr. de Voltaire a tort de penfer qu'on veuille fe moquer de lui,p-481.
Il a honte de croire les vérités que le peuple croit 3 p. 482. Il devroit
imiter le pieux Pafcal, P. 482. Explication du mot de fanatique 1 483.
Feint de louer l'illuftre Pafcal pour le mieux décrier, P. 484- Rad de
Voltaire a placé fon idole fur le parnaffe 1 484 & fuiv.
Vossius. ( Ifaac ) Son fiftême fur l'origine & la couleur des Noirs 3
P. 264.
X.
XIMENES (le Cardinal ) blâme l'efclavage des Négres en Amé
rique 7 P. 210. Raifons qu'il auroit dû donner de fon jugement,p. ZII;
Y.
de la Guinée d'ou les Normands
Yvoige
(Côte d') pays
faifoient
venir les dents d'éléphans, p. I37.
Fin de la Table des Matieres du fecond & dernier Tomes
l'origine & la couleur des Noirs 3
P. 264.
X.
XIMENES (le Cardinal ) blâme l'efclavage des Négres en Amé
rique 7 P. 210. Raifons qu'il auroit dû donner de fon jugement,p. ZII;
Y.
de la Guinée d'ou les Normands
Yvoige
(Côte d') pays
faifoient
venir les dents d'éléphans, p. I37.
Fin de la Table des Matieres du fecond & dernier Tomes --- Page 643 ---
ERRA TA.
Page. Ligne.
11. . 22. . ne m'empéchent pas. : Lifer. : m'empèchent.
66. . 41. Chriftophle .
Lifet. - Chriftophe.
67. . 5. leur récolte. a
Lifet. - leurs récoltes.
74- . 29. Chriftophle .
Lifet. . Chriftophe.
140. . 32. ne jultifient .
Lifet. e ne juftifient pas.
298. . 37. divifent les fucs qui. Lifet- - font divifés en.
393. . 28. aux vendeurs :
Lifet- aux vendeurs defd. denrées:
413. e 3. les aliment e
Lifet. . les aliments.
430. . 35. cet eait.
Lifet. . cette eau.
469. - 11. célefte Religieux.
Lifey. . culte Religieux.
485. : 31. e je ne fuis pas .
Lifer- . fije ne fuis pas.
Je réitére la priere que j'ai faite à mes Lecteurs dans le prémier
Tome de corriger & d'excufer les autres petites fautes, principales
ment dans la ponctuation 9 qu'on ne marque pas ici.
Lifez Tome prémier pag. 5 ligne 42 marines, au lieu de maritimes! --- Page 644 ---
- SSOL
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L A
R I
C
II E S S
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DE
L'AN GLET ER R E,
contenant les caufès de la nailJance & des progrès de
Tinduftrie, du commerce 8g de la marine de la GrandeBretagne, les caufès de leur décadence, & Tétat de fesforces astuelles 8 defes reffources.
LAI BOREETFACDRE:
A FIENNE,
CHEZ JEAT N.THO M A S DE TRATTNI ERI N
IMPRINEUR ET LIBRAIREDE LA COUR
M DCCL: X X L --- Page 646 --- --- Page 647 ---
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