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A TOUS LES AMIS
DE LA PAIX ET DE LA VÉRITÉ,
EN REPONSE
Al'extrait d'une lettre de Bordeaux, insérée dans
la Chronique de Paris du 19 mai 1791.
Qvaxphe calomnie n'a attaqué que nos personnes, quand unlégislateur votant, (M. Rewbell)
profitant du premier moment de notre absence,
et perdant de vue les premieres leçons de l'éducation et de la politesse, s'est oublié au sein même
de l'assemblée nationale, jufqu'à souiller h tribune en osant articuler qu'il était pénétré de,
mépris pour tous les dépurés de toutes les colonies françaises 3 nous avons prouvé par notre
silence qu'une telle indécence ne nous atteignait
pas, qu'une telle injure de sa part n'était point
un outrage...
Mais quand des journaux recommandables publient de prétendus extraits,
sans datte, sans signature, sans aucun signe
a --- Page 2 ---
CEPJOE
d'authenticité, et quele bat notoire de ces prétendues lettres, n'est autre que de calomnier la
fidélité des provinces les plus importantes de
l'empire, il est du devoir de leurs représentans
de donner un démenti formel à toutes ces impostures de circonstances, dontl'atrocité même,
quelque impolitique qu'elle soit, ne parviendra
pas à altérer les sentimens que nos commertans
n'ont cessé en paix et en guerre, de manifester à la' métropole.
JE m'éleve donc avec une juste indignation
contre le correspondant anonyme,qui dans le
haut prix des denrées coloniales en France 3
a vu clairement la scission des colonies, tandis
que dans le prix ecxessif des farines françaises,
les colonies n'ontjamais soupçonné l'indifférence de la mere patrie. Je lui apprends que la
hausse momentanée des sucres et des cafes,
tient d'abord à deux années de sécheresse, suivies de pluies abondantes ; mais principalement
aux alarmes continuelles des colons, aux troubles qui depuis un an ont entravés l'activité de
toutesles manufactures coloniales, etàl la crainte
malheureusement fondée de perdre à chaque
instant, ce que l'homme a de plus cher, ses
propriétés, et son existence. --- Page 3 ---
JE nie formellement que des vaisseaux hol.
landais ayent ouvertement approvisionné de
comestibles Saint-Marc ou le Port-au-Prince(i),
et qu'ils ayent ostensiblement charge en retour
des sucres et des caffes.
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JE le nie, et jusqu'à ce que celui qui propage un tel récit pour semer la division entre la France et ses colonies, en ait adminisrré
la preuve légale, je l'appellerai un calomniateur.
Qu'IL ne vienne donc pas nous dire, que
les colonies étaient perdues ayant le décret du
15 mai, parce que nous lui répondrons que
des lettres du 7 avrilattestent la fidélité respectueuse, aveclaquelle elles attendaient toutes, , la
réalisation des promesses bienfaisantes de l'assemblée nationale.
Qu'IL'nenous dise point que quelques com-
(1) Quel homme de mauvaise foi pourrait soutenir
qu'un acte de contrebande faite en fraude par un particulier, cst l'attentat d'une colonie entiere contre la
métropole, quand aucune province de l'empire n'a assurément conçu l'idée de reprocher à la capitale du royaume l'incendie d'une barriere, ou l'introduction passagere
dans Paris d'une marchandise prohibée
semblée nationale.
Qu'IL'nenous dise point que quelques com-
(1) Quel homme de mauvaise foi pourrait soutenir
qu'un acte de contrebande faite en fraude par un particulier, cst l'attentat d'une colonie entiere contre la
métropole, quand aucune province de l'empire n'a assurément conçu l'idée de reprocher à la capitale du royaume l'incendie d'une barriere, ou l'introduction passagere
dans Paris d'une marchandise prohibée --- Page 4 ---
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missaires réunis au centre de Tarchipel-américain
avec des pouvoirs strictement limités à un seul
objet, auraient probablement prononcé l'indépendance des colonies, parce que nous lui répondrons que si les colonies sont fideles, la
déclaration supposée des commissaires de SaintMartin n'altéreroit pas leurs sentimens, et que
si elles en adoptaient d'autres, elles appelleraient sans doute de plus puissans moyens à
l'appui de ieur insurgence.
SURTOUT qu'il ne se permette plus, par des
prédictions mensongeres, de prêter à nos commettans des crimes anticipés, pour justifier â
ses propres yeux un décret que nous avons repoussé de toutes nos forces 2 jusqu'ace.qu'il ait
été rendu, et sur lequel nous nous sommes
prescrit le plus profond silence depuis qu'il est
prononcé.
Signé Louis-Marthe DE GOUY,
député de St. Domingue.