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Julut Carter Aroli
Library
Bromn Aninersity
* The John Carter Brown Library
C
d
Brown University
*
a
Purchased from the
o
a
Louisa D. Sharpe MetcalfFund
d
C --- Page 3 ---
T A B LE A U
GENERAL
DU
CO M M E RCE
DE LEUROPE 1
e --- Page 4 --- --- Page 5 ---
TAB LE A U
GENERAL
DU
CO M IM E R C,E
DE L'EUROPE,
Avec L'AFRIQUE,LES INDES ORIEXTALES
ET L'AXÉRIQUE
Fondé fur les Traités de 1763 & 1783:
a
A LONDR E S,
Etfe trouve A PARIS,
Chez DESENNE, Libraire, au Palais-Royal *
No. 216, près le Théâtre des Variétés.
M. DCC. LXXXVIL --- Page 6 --- --- Page 7 ---
2 cravecuccaAomaumstness? Sder ar > DIELMES
AVERTISSE M E N T.
QUaxTis de Négocians quin'ont ni
la volonté, ni le loifir de lire linexad
6 long Ouvrage de PAbbe Raynal,
ont paru defirer qu'on leur mit fous Un
point de vue facile à fzifir, > les établiffenens de Commerce que l'Europe a dans
les trois autres parties du mondesg qu'on
yjoignit des connoilfances générales fitr
leur originehfur leur ftuation, Jir la
nature des affaires qu'on y peut négocier,fur le caradere des diférens peuples avec lefquels il faut traiter $ enfiz
fur la quanticé & la qualité des marchandifes gu'il faut exporter pour obtenir les leurs,
Cetextraitfuurnira aux.NVégocians,rcistivement tàtous ces objets, des détails circonftanciés, d'après lefgucls ils pourront --- Page 8 ---
vj
AVERTIS S E M EN T.
former des/péculationsutilesy dirigerleurs
courfes & leurs opérations. On a" Jupprimé les déclamations indécentes, 6
tout Pentkoufta/me déplacé de PAuteur
de Phiftoire philofophigue, G on y a
fiuhficué des détails plus exads & plus
nécelfaires pour le Commercant.
LAbbé Raynal a fondéfes calculs
8fes obfervations fir le Traité de paix
de 1763, dans u12 temps oi on difoit
publiquement à Londres,que dorénavant
il ne feroit plus permis aux nations de
PEurope de tirer un coup de canon fiur
les mers , fans la permiffion du peuple
Britannique. On verra combien cette fierté
s'efpeu foutenue dans le dernier Traité
de Verfailles en 1783- On ne négliger a
point de faire connoitre les établifemens.
de Commerce que PAngleterre a été obligée
de refituer à la France, en Afrigue,
en Afic & en Amérique, La liberté des --- Page 9 ---
AVERTISSEMEX N T.
vij
mers, rendue au Commerce, les EtatsUnis de PAmérique Jouftraits à la domination Angloife, érigés en République
fouveraine, la création d'une nouvelle
Compagnic Françoife pour le Commerce
des Indes orientales, la fipprefion de
la Compagnie de Carague,faite par PE/-
pagne à peu près dans le méme temps,
6 refonduc dans la Compagnie créée pour
le Commerce de Manille & des Philippines, feroni auffilefujet de quelques remarques dans les articles qui les concernent,
au Commerce, les EtatsUnis de PAmérique Jouftraits à la domination Angloife, érigés en République
fouveraine, la création d'une nouvelle
Compagnic Françoife pour le Commerce
des Indes orientales, la fipprefion de
la Compagnie de Carague,faite par PE/-
pagne à peu près dans le méme temps,
6 refonduc dans la Compagnie créée pour
le Commerce de Manille & des Philippines, feroni auffilefujet de quelques remarques dans les articles qui les concernent, --- Page 10 --- --- Page 11 ---
TA 1e BL E AU
GE N E R AL
D U
CO M M E RCE
QUE L'EUROPE FAIT EN AFRIQUE;
DANS LES INDES ( ORIENTALES,
ET EN AMÉRIQUE.
L'AFRIQUE
La découverte de
l'Amérique, > celle du câp
de Bonne-Efpérance, faite fur la fn du XV.
fiecle, font dès époques célebres dans l'hiftoire
du Conimerce, & qui en ont entierement changé
la diredtion; le Voyage de Magellan àutour du
A --- Page 12 --- --- Page 13 ---
TA BL a
E AU
G E N E R AL
D U
C O M M E RCE
QUE L'EUROPE FAIT EN AFRIQUE;
DANS LES INDES ORIENTALES,
ET EN ANÉRIQUE,
L'AFRIQUE
LA découverte de
celle
l'Amérique >
du câp
de Bonne-Efpérance, faite fur la fin du XV,
fiecle, font dès époques célebres dans Thiftoire
du Conimercé, & qui en ont entierement changé
ia direétion; ; le voyage de Magellan àutour du
A --- Page 14 ---
AFRIQ U E.
mondes, fini dans le même temps, & depuis
plufieurs fois renouvelé, en a beaucoup agrandi
les idées & les opérations.
Auparavant, tout le Commerce de l'Europe
avec l'Afe prenoit fon cours par l'Afrique, &:
fingulierement par l'Egypte. Les richefles, > les
marchandifes de l'Arabie 2 de l'Ethiopie . > des
côtes orientales de l'Afrique, du golfe Perlique,
des Indes orientales, étoient tranfportées par la
mer Rouge dans les ports de l'Egypte > &c-furtout dans celui d'Alexandrie. Les navigateurs de
la Méditerranée, ceux de Conftantinople, des
ifles de l'Archipel, de Pife, de Livourne, de
Florence, de Venife, de Genes, de Marfeille,
les y alloient prendre, & les diftribuoient dans
toute l'Europe. Depuis la découverte du cap de
Bonne-Efpérance, ainfi qu'on l'a obfervé, cette
direction a changé. La route par la mer Atlantique, qui ouvre un chemin direét aux Indes
orientales, a été préférée ; &c c'eft celle que les
navigateurs européens fuivent encore.
Ce chemin n'eft peut-être pas le plus court ;
mais il expofe à moins de dangers : on y trouve
moins d'embarras, , moins de retards; par conféquent il devient plus expéditif. La navigation
de la mer Rouge eft gênée par les écueils & par
les ifles ftériles qui bordent fes deux rivages
& qui empèchent les gros bâtimens sd'entrer dans
préférée ; &c c'eft celle que les
navigateurs européens fuivent encore.
Ce chemin n'eft peut-être pas le plus court ;
mais il expofe à moins de dangers : on y trouve
moins d'embarras, , moins de retards; par conféquent il devient plus expéditif. La navigation
de la mer Rouge eft gênée par les écueils & par
les ifles ftériles qui bordent fes deux rivages
& qui empèchent les gros bâtimens sd'entrer dans --- Page 15 ---
AFR IQUE
les ports. Les pirates mnaures & arabes, les
princes mahométans qui regnent fur les côtes
orientales de l'Afrique > pillent, rançonnent les
marchands; ils y font fujetsà quantité d'avaries: e
on ne trouve point tous ces inconvéniens par la
route du cap de Bonne-Efpérance.
La navigation de la mer Rouge feroit cependant expofée à moins de dangers, fi un événement qui vient d'arriver avoit les fuites qu'on
femble s'en promettre. Par un traité conclu le
7 Mars 1775, entre le premier des beys de
FEgypte & M. Haftings, > gouverneur de Bengale,
les Anglois, établis dans
l'Inde, > font autorifés à
introduire & faire circuler, dans l'intérieur de
l'Egypte, toutes les marchandifes qu'illeur plaira,
en payant fix pour cent de celles qui viennent
de Madras & du Gange, & huit pour cent de
celles qui feront chargées à Surate & à Bombay.
Cette convention a déja été exécutée, & le fuccès, dit-on, a paffé les efpérances. Sila Cour
Ottomane & les Arabes, fi les princes qui OCcupent les côtes orientales de l'Afrique pouvoient
s'abftenir des vexations qu'ils ont coutume d'exercer contre les marchands ; fi le port de Suès,
que les fables achevent de combler, étoit ré
paré; fi on pouvoir obtenir pour les Européens
l'entrée du vieux port d'Alexandrie; fi les féditions qui bouleverfent fans ceffe les rives du
A2 --- Page 16 ---
A F R I QUE
Nil, pouvoient enfin s'arrêter 5 on verroit peut
être les liaifons de l'Europe avec l'Afie reprendre
en tout ou en partie leur ancien canal.
Pour accélérer un événementaulli utile & aufli
defirable pour le Commerce de T'Europe, il
faudroit fans doute établir une communication
de la mer Rouge avec la mer du Levant. Pour
y réuflir, depuis long - temps on avoit imaginé
de couper l'ifthme de Suès. Le projet en a été
fouvent propofé; mais il a été jugé impraticable , & enfin abandonné. Seroit-il également
impollible d'ouvrir un canal depuis le port de
Suès jufqu'au bras oriental du Nil, qui fe décharge dans la mer Méditerranée, à deux lieues
de Damiette ? Ce canal produiroit à-peu-p près
le même avantage qu'on fe propofoit en coupant
l'ifthme de Suès, & n'expoferoit pas l'Egypte
aux mêmes dangers. On a obfervé que la Méditerranée étant plus haute que la mer Rouge 7
inonderoit toute l'Egypte 3 en lui ouvrant un
palfage par l'ifthme de Suès. -
L'Aftique, dans prefque toute fon étendue 7
remplie de mines d'or très-abondantes, couverte
de pays fertiles, propres à donner les plus riches
productions de la nature: 3 environnée de tous
cêtés par des mers qui lui ouvrent une communication facile avec toutes les autres parties du
monde, auroit pu faire, par elle - même; le
7
inonderoit toute l'Egypte 3 en lui ouvrant un
palfage par l'ifthme de Suès. -
L'Aftique, dans prefque toute fon étendue 7
remplie de mines d'or très-abondantes, couverte
de pays fertiles, propres à donner les plus riches
productions de la nature: 3 environnée de tous
cêtés par des mers qui lui ouvrent une communication facile avec toutes les autres parties du
monde, auroit pu faire, par elle - même; le --- Page 17 ---
A F R I Q U E.
Commerce le plus utile & le plus étendu; mais
fes peuples, dans tous les temps, livrés à la plus
ftupide ignorance & aux plus groflieres fuperftitions, énervés par la chaleur du climat, gouvernés par les tyrans les plus féroces, ont mieux
aimé refter étendus far leur fol, courbés fous
le glaive de leurs defpotes > que de cultiver leurs
terres, & de faire le moindre mouvement pour
fe procurer un fort plus tolérable. S'ils font enfin
fortis de chez eux, il a fallu les en arracher >
pour aller, chargés de chaines, affervis au plus
affreux efclavage, cultiver un autre hémifphere,
le fertilifer par leurs travaux, l'arrofer de leurs
fueurs & de leurs larmes.
Laiffons Guillaume-Thomas Raynal, & toutes les ames fenfibles > gémir fur un fort fi
déplorable. On fe borne ici à jeter un coup
d'ceil rapide fur les liaifons de Commerce que
l'Europe a formées avec.i l'Afrique. Cette région
immenfe, beaucoup plus vafte que l'Europe s
tient à l'Alie par l'ifthme de Suès, eft prefque
toute fituée fous la zone torride, & préfente la
figure d'un triangle irrégulier. Tous les pays qui
font dans l'intérieur de ce triangle font prefque
inconnus : le-côté'qui regarde le nord s'étend
depuis le détroit de Gibraltar jufqu'à l'ifthme
de Suès, fur 900 lieues de pays, tous baignés
par la Méditerranée. Le côté oriental commence
A 3 --- Page 18 ---
Arxre U E.
à l'ifthme de Suès, & finit au cap de BonneEfpérance, qui forme, au midi, Ja' pointe du
triangle : ce côté oriental a pour bornes la mer
Rouge & l'Océan méridional : enfin J le côté
fitué à l'occident fe prolonge depuis le détroit
de Gibraltar jufqu'au cap de Bonne-Efpérance,
le long de la ner Atlantique, ou de l'Océan
occidental.
COTES SEPTENTRIONALES
D. E L'AFRIQ U E.
Cr. côtes comprennent l'Egypte > les états
barbarefques de Tripoli, de Tunis, d'Alger,
& l'empire de Maroc. Les nations commerçantes
de la Méditerranée embraffent feules le Commerce de ces pays, qui font à leur portée. Les
Anglois, qui s'introduifent par-tout où il y a
quelque trafic à faire," y participent aufi, furtout à celui de T'Egypte, qui feule fournit plus
de reffources que tous les états barbarefques enfemble, Outre les productions qu'elle offre par
elle - mème, on y trouve encore les effets de
Commerce que l'Arabie, l'Ethiopie & les côtes
orientales de l'Aftique y font entrer par la mer
Rouge,
Anglois, qui s'introduifent par-tout où il y a
quelque trafic à faire," y participent aufi, furtout à celui de T'Egypte, qui feule fournit plus
de reffources que tous les états barbarefques enfemble, Outre les productions qu'elle offre par
elle - mème, on y trouve encore les effets de
Commerce que l'Arabie, l'Ethiopie & les côtes
orientales de l'Aftique y font entrer par la mer
Rouge, --- Page 19 ---
AFRIQ U E.
E G K P T E.
IL y a peu de pays dans l'univers qui ait été
plus célebre par la puiffance de fes monarques,
par la fageffe de fes loix, par l'induftrie de fon
peuple, & par l'étendue de fon Commerce,
qui s'eft foutenu par les plus grands fuccès jufqu'à la découverte du cap de Bonne-Efpérance.
Aujourd'hui tout a changé de face. Le gouvernement, fi fage autrefois, eft un defpotifme
affreux : le peuple eft d'une ignorance craffe,
fourbe & menteur, > lâche s pareffeux. Il n'y a
que les campagnes qui ont confervé leur ancienne
fertilité; & il faut qu'elle foit bien grande 3
puifque, mal ou peu cultivées, non feulement
elles fourniffent à la confommation du pays s
mais encore elles offrent au Commerce des objets
importans d'exportation. A l'égard du Commerce
de l'Egypte, déchu de fon ancienne fplendeur,
il fe trouve aujourd'hui réduit à des bornes très
étroites.
Les ports de l'Egypte ouverts au Commerce;
font Alexandrie > Rofette, Damiette & les Béquies. Ce dernier port elt excellent, mais trèspetit, & l'on n'y aborde que lorfque les vents
ne permettent pas d'entrer dans Alexandrie, ou
de gagner les bouches du Nil.
A 4 --- Page 20 ---
a
Arnre U E,
Rofette, a une lieue de l'embouchure occidentale du Nil, reçoit les denrées qui defcendent
le Aeuve, & les envoie aux navires peu éloignés,
fur des barques : mais, par l'embouchure orientale, il fe forme un entrepôt beaucoup plus
confidérable a Damiette. Ce fut peut-être autrefois un port : aujourd'hui les bâtimens font
obligés de mouiller en pleine mer, à deux lieues
de la côte, mais fur un bon fonds. Si de gros
temps, affez ordinaires, les forcent des s'cloigner,
ils fe réfugient dans les rades de Chypre, d'ou
ils retournent à leurs poftes.
Alexandrie a deux ports qui fe communiquoient, dit-on, & qui font aétucllèment f6parés par une Jangue de terre fort étroite. Le
port neuf ou oriental eft d'un accès plus facile
que l'autre; ; mais il eft prefque comblé par le
fable que la mer y pouffe, & par le left des
bâtimens qu'on eft dans la mauvaife habitude
d'y jeter : il n'y a pas un fiecle qu'on amarroi;
les vaifleaux au quai : ils en font maintenant à
plus de deux cents toifes. L'efpace qu'ils; peuven;
occuper eft fi ferré, que, pour qu'ils ne fe heurtent pas, on eft réduit à les arréter fur plufieurs
ancres. Cette précaution ne fuflir pas même toil:
jours : affez fouvent dans les gros temps ces
navires tombent fur les navires voifins, & les
entrainent dans des bas- fonds, oû ils périffent
enfemble.
aux au quai : ils en font maintenant à
plus de deux cents toifes. L'efpace qu'ils; peuven;
occuper eft fi ferré, que, pour qu'ils ne fe heurtent pas, on eft réduit à les arréter fur plufieurs
ancres. Cette précaution ne fuflir pas même toil:
jours : affez fouvent dans les gros temps ces
navires tombent fur les navires voifins, & les
entrainent dans des bas- fonds, oû ils périffent
enfemble. --- Page 21 ---
AFRIQU E:
Le vieux port, ou le port occidental, eft
vafte & commode : les vaiffeaux de guerre &
les vaifleaux marchands y font également en
sireté; mais les Européens en font exclus. Les
Turcs, naturellement foupçonneux, ontimaginé
une prophétie qui annonce que la ville tombera
au pouvoir des Chrétiens, lorfque leurs bâtimens
feront admis dans cette belle rade.
L'été eft la faifon la plus favorable pour aller
d'Europe en Egypte,Les vents du nord & d'oueft,
qui font alors prefque continuels, rendent les
voyages courts. C'eft au printemps 9 c'eft en automne que doit fe faire le retour. Pendant I'hiver, la navigation eft très - dangereufe fur des
côtes f baffès, qu'on n'y découvre pas la terre
de deux lieues, pour peu que le temps foit
obfcur, & le ciel chargé de nuages,
Toutes les marchandifes que vendent les Européens, toutes celles qu'ils achetent, paient trois
pour cent : on en prend fix fur le café, &
jufqu'à dix fur le riz, dont l'exportation eft
défendue. Ce. brigandage cft au profit de deux
yaiffeaux envoyés tous les ans des Dardaneiles,
pour écarter les corfaires des côtes de l'Egypte,
& qui eux-mèmes ne font qu'opprimer les négocians, & favorifer la fraude.
Les marchandifes qu'on porte.en Egypte font
des draps, des dorures, des étoffes de foie, du --- Page 22 ---
fo
Ar RIQU E:
fet, du plomb, de l'étain, du papier, de la
eochenille, des quincailleries & de la verroterie.
Les marchands y reçoivent en échange du riz,
des grains de toute efpece, du café, du fafran,
de l'ivoire, des gommes > du coton 3 du fené,
de la caffe, du baume, des cuirs, du fil filé,
& du fel ammoniac.
La plus grande partie du Commerce de T'Egypte fe fait par les Turcs & les Barbareiques,
qui y emploient annuellement fept à huit cents
bâtimens. Leurs chargemens' font évalués, l'un
dansl'autre, trente mille livres. En fuppofant 750
navires, l'Egypte confomme pour 22, soo, oool.
de productions apportées par ces navigatenrs;
mais elle leur fournit le double de fes marchandifes : ainfi ce font 22, 250, 000 qui doivent
lui rentrer en argent 2 pour folde de compte.
Les liaifons des Européens avec cette province
ne font pas, à beaucoup près, fi confidérables.
Le montant des marchandifes qu'ils y porterent
en 1776, ne s'éleva pasà plus de6,8 896,3101.
Les Vénitiens entrerent dans cette fomme,
pour -
- 755,035 1
Les Tofcans & les Anglois,
qui font leurs opérations par
Livourne, > pour -
2: 3 143, 660
- Les François, pour : - - 3, 997, 615
6, 896, 310 I.
, fi confidérables.
Le montant des marchandifes qu'ils y porterent
en 1776, ne s'éleva pasà plus de6,8 896,3101.
Les Vénitiens entrerent dans cette fomme,
pour -
- 755,035 1
Les Tofcans & les Anglois,
qui font leurs opérations par
Livourne, > pour -
2: 3 143, 660
- Les François, pour : - - 3, 997, 615
6, 896, 310 I. --- Page 23 ---
A F R d I QU E.
YI
Sijamais l'Egypte fortoit de l'anarchie on elle eft
plongée; silsy formoit un gouvernement établi
fur des loix fages; fi le peuple pouvoit devenir
laborieux, & acquérir de bonnes moeurs s cette
région pourroir devenir ce qu'elle fut autrefois,
une des plus induftrieufes & des plus fertiles de
la terre. Mais, s comment fe promettre une révolution fi extraordinaire ? En la fuppofant pof
fible, combien de fiecles ne faudroit-il pas pour
la préparer? 2 Pour que cette contrée recouvre fon
ancienne fplendeur , qu'elle remonte à cet état
de profpérité dont elle jouiffoit fous fes premiers
rois, qu'elle redevienne l'école des mccurs, des
fciences & des arts. On ne croit pas hafarder
une prophétie, en annonçant que tant de bonheur n'eft plus fait pour l'Egyptc.
ETATS BARBARESQUES.
TRIPOI I.
EN fortant de l'Egypte par T'orient, on entre
fur le territoire de Tripoli. Il ofire 230 lieues
de côtes fur la Méditerranée : elles font affez
fécondes ; mais l'intérieur du pays n'eft qu'un
vafte défert, habité par quelques miférables familles maures ou arabes. --- Page 24 ---
A - FRIQU
De tous les états barbarefques, Tripoli fut
long-temps celui dont les bâtimens corfaires
étoient les plus nombreux, les mieux armés &
les plus redoutables : mais les troubles civils,
qui fans ceffe ont agité & bouleverfé cette malheureufe région, ont d'abord fait décliner, &
enfuite fait tomber fes forces de mer & fon
Commerce. Aujourd'hui, fes liaifons avec l'Europe font très-peu de chofe : il n'y a que les
Tofcans & les Vénitiens qui aient des relations
fuivies ayec Tripoli; mais les marchandifes que
lcs uns & les autres y envoient, ne s'élevent
pas à plus de trois ou quatre cents mille livres.
Les Tofcans font affujettis à toutes les formalités des douanes. Les Vénitiens s'en font
affranchis, en donnant tous lesans 55 500. 1.
Ce marché a été dédaigné par les François, quoique le roi de France n'ait pas difcontinué d'entretenir un conful dans cette échelle.
Le fafran, les dattes, le fené, la cire &c le
miel, font les principaux objets du Commerce
de Tripoli : on y trouve aufli les meilleurs &
les plus beaux chevaux de Barbarie. On les éleve
dans la province de Derne. Les François ont un
vice-conful à Darnis, capitale de ce diftrict,
dont la juridiction s'étend jufqu'à Bengazy >
ville maritime de cette province,
continué d'entretenir un conful dans cette échelle.
Le fafran, les dattes, le fené, la cire &c le
miel, font les principaux objets du Commerce
de Tripoli : on y trouve aufli les meilleurs &
les plus beaux chevaux de Barbarie. On les éleve
dans la province de Derne. Les François ont un
vice-conful à Darnis, capitale de ce diftrict,
dont la juridiction s'étend jufqu'à Bengazy >
ville maritime de cette province, --- Page 25 ---
AFRIQUE E.
*;
TI U N I S.
LE royaume de Tunis eft placé fous un beau
ciel, & l'on y refpire un air très-pur. Il s'étend
de l'orient à l'occident, le long de la Méditerranée, fur 60 à 80 lieues de côtes. Il sy trouve
des terres d'une qualité excellente 2 mais mal
cultivées; & la moitié de ce royaume eft en friche.
On remarque cependant que, depuis un demifiecle, les habitans font devenus plus laborieux,
que leurs maeurs font plus douces que celles des
Tripolitains & des Algériens, & qu'ily a beaucoup plus, de sûreté dans leur Commerce que
dans celui de leurs voilins. Adonnés aul trafic, s
à l'agriculture, à, d'autres arts paifibles, on voit
qu'ils renonceroient volontiers à la piraterie s
fans un préjugé fuperftitieux qui leur perfuade
que la religion les oblige d'être contintellement
en guerre avec les chrétiens. Les Tunifiens doivent cet heureux changement à un meilleur gouvernement. Le bey qui conduit actuellement les
affaires eft un prince maure, aflifté d'un confeil
fage & modéré. Les vexations fe font un peu
affoiblies : on cultive mieux les terres; & les
manufactures ont pris quelque accroiffement.
Tunis, la capirale de ce royaume, eft fituée
dans le voiinage de l'ancienne Carthage, au pied --- Page 26 ---
AFRI U E.
& fur le penchant d'une colline. Quoique lair,
à caufe des marais qui l'environnent, n'y foit
& que les bonnes eaux y foient fi
pas pur,
rares s qu'il faille en aller chercher de porables
à deux ou trois milles, il s'eft cependant réuni
dans fes murs cent cinquante mille habitans les
moins barbares de l'Afrique. Cette ville communique à la mer par un lac, à la fuite duquel
eft un canal étroit qui conduit à la Goulette 2
qu'on doit regarder comme la rade de la capitale. Elle eft immenfe, sûre, d'une égalité peu
commune dans fon funds & dans fes eaux : elle
eft fermée par deux chaînes de montagnes que
le cap Bon & le cap Zebit terminent au nord:
Tous les navires marchands qui mouillent dans
la rade de Tunis, faluent de trois coups de
canon le château de la Goulette. Le capitaine
fe rend aufli-tôt à terre avec fa chaloupe, &
va faluer l'aga du châreau, qui fait avertir le
bey de l'arrivée du bâtiment.
Toutes les marchandifes qui entrent à Tunis
ne paient que trois pour cent, G elles viennent
diredtement du pays qui les fournit; mais les
productions du nord, & d'ailleurs, qui ont
été dépofées à Livourne, ainfi que celles qui
font propres à ce port, paient huit pour cent s
& même onze, fi elles font adreffées à des juifs.
Le gouvernement s'étoit autrefois réfervé le
ir le
bey de l'arrivée du bâtiment.
Toutes les marchandifes qui entrent à Tunis
ne paient que trois pour cent, G elles viennent
diredtement du pays qui les fournit; mais les
productions du nord, & d'ailleurs, qui ont
été dépofées à Livourne, ainfi que celles qui
font propres à ce port, paient huit pour cent s
& même onze, fi elles font adreffées à des juifs.
Le gouvernement s'étoit autrefois réfervé le --- Page 27 ---
A 1e FRIQU E.
(15
Commerce exclufif des huiles qu'une partie de
l'Europe demande pour fes fabriques de favon;
mais il a renoncé à ce monopole, donc cependant il fait acheter le facrifice par des droits
tres-confidérables.
Les batimens françois, outre les droits ordinaires qu'ils doivent, en paient encore d'autres
qui leur font particuliers, > & qui font levés par
le premier député de leur Cominerce. Ces droits
font ceux d'ancrage, d'avarie, de cotimo & de
confulat. L'ancrage > dans ces derniers
temps s
pour chaque navire, étoit de 17 piaftres & demie, qui fe partageoient entre l'aga du château,
les chiaoux & le drogueman du conful. L'avarie
s'emploie aux dépenfes de l'échelle, augmente
ou diminue felon les befoins. Le cotimo eft un
autre droit impofé fur tous les bâtimens françois
qui commercent de Tunis en Italie, ou d'Italie
à Tunis, fur des commiflions qu'on leur délivre,
& qui ne durent que deux ans. Chacun des nombreux bâtimens occupés à ce cabotage paie 31 1.
IO f. pour fon ancrage, > & pareille fomme,
lorfqu'il met fa cargaifon à terre. Le produit
de cet impôt fert à faire les réparations du
de Marfeille. Enfn, 2 le droit de confulat eft port de
deux pour cent de toutes les marchandifes qu'on
charge à Tuinis, & fertà payer les appointemens
du confal, &: ceux des officiers de l'échelle. --- Page 28 ---
A F RI QU E.
Tous les ans, le receveur de ces droits en rérid
compte en préfence du conful, du chancelier t
& de quatre négocians de Marfeille.
Les marchandifes qu'ordinairement l'Europe
envoie à Tunis font des laines d'Efpagne, des
draps, du vermillon, du fucre, des épiceries,
des vins, des eaux-de-vie, du papier, des quin:
cailleries : les marchandifes que fournit Tunis
font des huiles, du bled & d'autres grains s
de la cire > des peaux de maroquin &i des
cuirs communs.
Quoique l'Angleterre , la Hollande, le Danemarck, la Suede, Venife, Raguze, &c quelquefois la Tofcane, entretiennent des confuls à
Tunis s les ventes &c les achats de ces nations
sy réduifent à peu de chofe : les Anglois mêmé
n'y en font point; ils y ont feulement un agent
pour affurer la tranquillité de leur pavillon dans
la Méditerranée. Les François feuls l'emportent
fur tous leurs rivaux réunis. Les Tunifiens, qui
les trouvent plus fociables, plus accommodans
que les autres Européens : s font naturellement
portés à leur donner la préféteuce : cependant,
ils n'envoient pas à Tunis annucllement en marchandifes pour plus de deux millions.
Quoique la ville de Tunis ait concentré dans
fes murs la plus grande partie de fon Commerce,
les autres rades de cet état ne laiffent pas de
rccevoir
l'emportent
fur tous leurs rivaux réunis. Les Tunifiens, qui
les trouvent plus fociables, plus accommodans
que les autres Européens : s font naturellement
portés à leur donner la préféteuce : cependant,
ils n'envoient pas à Tunis annucllement en marchandifes pour plus de deux millions.
Quoique la ville de Tunis ait concentré dans
fes murs la plus grande partie de fon Commerce,
les autres rades de cet état ne laiffent pas de
rccevoir --- Page 29 ---
- f R I Q E.
recevoir quelques bâtimens. Celles qui font le
plus fiéquentées,après la Goulette, font Bizerte,
Porto - Farino, fitué dans le voilinage de l'ancienne Utique, la Gallipe, Sufa, Sfax & Monaftéer. Ily à Aux & rcflux dans celle de Sfax,
où les vaiffeaux font aufli traiquilles que dans
un baflin. Le port de Farino, qui recevroit les
plus grands vailieaux, s'il étoit entretenu convenablement, eft à peine acceffible aux. frégates.
C'eft dans fon voilinage que fe tiennent les vaiffeaux de la régence de Tunis. Ses galiotes font
à Bizerte, , qui ne peut recevoir que des bâtimens de moyenne grandeur.
O Carthage ! dont les triftes débris font encore
T'admiration des voyageurs, dans les temps de
ta plendeur, aurois-tu jamais pu prévoir que
ton port, autrefois fi fréquenté, deviendroir un
jour le repaire de quelques infames pirates;
ton Commérce fi étendu, , tes loix, 3 ton gouver- que
nement fi puidlant, tes temples, tes palais, ces
vaftes magafins qui renfermoient les tréfors de
tout T'univers, 3 feroient détruits au point
ne
qu'on
pourroir pas même reconnoitre les emplacemens où ils étoient fitués? O temps! quelle eft
donc ta puiffance pour créer & pour détruire ?
Quelles révolutions terribles ne peux-tu pas faire
craindre aux empires les plus floriflans & les
mieux affermis ?
B --- Page 30 ---
A F R I Q U
AI G E R.
LES états del la république d'Alger font bornés,
au levant, par le royaume de Tunis, au couchant,
par l'empire de Maroc, au midi, par les déferts
de Sahra, & au nord, par la Méditertanée,
fur ISO lieues de côtes. Le climat y eft tempéré:
les arbres ne perdent jamais leur verdure : il y
a quelques lieux de déferts & incultes; mais en
général on y trouve de vaftes plaines fertiles en
toutes fortes de grains, d'excellens pâturages &c
de beaux vignobles.
Malgré tous ces avantages, le Commerce qui
fe fait à Alger eft peu confidérable; & les négocians ont éprouvé que ce pays ne leur fournit
que de très-foibles reffources. Comme le Commerce eft monopole entre les mains du gouvernement, on trouve peu de sûreté, &c encore
moins de profit à traiter avec lui.
Quoique les Anglois, les Hollandois, les
Danois,, les Suédois & les Vénitiens n'éprouvent
aucune gêne dans les rades d'Alger, ces nations
n'y font que très-peu d'affaires. Les trois quarts
du Commerce font tombés entre les mains des
François 5 &, de ces trois quarts, la plus grande
partie fe fait par une compagnie établie à Marfeille, dont le principal objer eft d'approvifionner
traiter avec lui.
Quoique les Anglois, les Hollandois, les
Danois,, les Suédois & les Vénitiens n'éprouvent
aucune gêne dans les rades d'Alger, ces nations
n'y font que très-peu d'affaires. Les trois quarts
du Commerce font tombés entre les mains des
François 5 &, de ces trois quarts, la plus grande
partie fe fait par une compagnie établie à Marfeille, dont le principal objer eft d'approvifionner --- Page 31 ---
AFRies U E.
la Provence de grains. Cent ou cent yingt navires , dont le fret colite environ cent mille
écus, font annuellement occupésà les tranfporter.
Pour en affurer les chargemens & la navigation,
la compagnie a un traité toujours fubfiftant avec
la régence d'Alger, > qui lui a accordé le Commerce cxclulif far une allez vafte étendue de
côtes. Cette compagnie fit
enlever, Cn
de ce royaume, 84, 336 charges de froment, 1773,
& 16, 173 charges d'orge > de feves & de
miller.
Sur les côtes libres où la compagnie
d'Afrique n'exerce pas fon monopolé, les royale François ne font qu'un trés-petit Commerce
achats ne s'élevent
: leurs
pas annuellement au deffus
de 600, 000 1.; les denrées qu'ils donnent
en
échange ne monrent pas à plus de 200, 000 I.
C'eft donc
principalement avec de l'argent
fait ce Com:nerce.
qu'on
Les marchandifes qu'on porte à Alger font des
étoffes d'ot & d'argent, des damas, des
fins, du fer, de l'étain,
draps
> du plomb, du vifargent > des toilcs de chanvre & de lin, de la
poudre, des balles & des boulets, des
des voiles & des ancres, de la cochenille, cordages,
la gomme Iaque, de l'alun & d'autres
de
du papier, du tiz, du
drogues,
fucre, 3 du café, des
qaincailleries. Les marchandif.s
qu'on prend en
B 2 --- Page 32 ---
AFRIO U E:
retour font des plumes d'autruche, > le corail,
la cire, des laines brutes, des cuirs, des dattes,
des moichoirs brodés, des ceintures de foie,
des couvertures de laine. A l'égard des grains 9
la régence en permet diflicilement l'exportation
aux particuliers.
Le nombre des bâtimens qui abordent annuellement aux états d'Alger, varie fuivant les circonftances 5 mais il n'elt jamais confidérable. Un
navire *
françois, grand ou petit, chargé ou vuide,
paie pour fon ancrage 143 1. 8 f. Cette taxe eft
encore plus forte pour les autres nations : toutes
devroient indifinctement trois pour cent de toutes
les marchandifes qu'elles importent; mais ce droit
et réduit à deux par les arrangemens qu'on prend
avec les fermiers des douanes. A leur fortie, les
denrées du pays ne font affujetties à aucun impôt,
parce que lc gouvernement en eft le feul matchand.
Les côtes d'Alger offrent aux navigateurs plufieurs ports & plulieurs rades, où les négocians
peuvent aborder, mais qui toutes ont leurs inconvéniens: L'entrée & la fortie du port d'Alger,
la capitale de l'état, font très-difficiles : le port
eft extrèmement ferré, les bâtimens sy heurtent
fouvent : dans les gros temps, lorfque les vents
du nord & de nord-eft y foufflent avec quelque
violence, les navires marchands n'y font pas en
ufieurs ports & plulieurs rades, où les négocians
peuvent aborder, mais qui toutes ont leurs inconvéniens: L'entrée & la fortie du port d'Alger,
la capitale de l'état, font très-difficiles : le port
eft extrèmement ferré, les bâtimens sy heurtent
fouvent : dans les gros temps, lorfque les vents
du nord & de nord-eft y foufflent avec quelque
violence, les navires marchands n'y font pas en --- Page 33 ---
Ar FRI Q U E.
2I
sûretd : la rade, quoique fur un bas-fonds, eft
fujette aux mêmes vents & aux mêmes dangers.
Le port de la Calle, où il n'entre que des
bâtimens françois, eft affez bon'; mais il ne peut
contenir que cing à fix navires. La Calle eft le
fiege des opérations de la fociété royale d'Afrique:
elle y a un beau comptoir, fortifié de quelques
batteries, oû elle entretient quelques foldats, pour
fe garantir du pillage des Barbares, &desinfultes
des Maures. Bone, qui paroir être l'ancienne
Hyppone, > a une excellente rade', & on pourroit
y faire un port fort commede. Bugie eft un grand
entrepôt d'huile & de cire, dont la rade eft trop
expofée au vent du nord. Serfelles, à cinq otl
fix lieues d'Alger, a une petite baie où mouillent
beaucoup de bateaux : la terre y eft très-baffe,
& la plage fort belle. Enfin, Arfew, qui doit
être l'Arfenarius des anciens, & dont les dehors
font charmans, > offre aux navigateurs une rade
sûre & commode. On pourroit y former, à pei
de frais, un port qui recevroit les plus grands
vaifleaux.
M A R O C.
CE vafte empire, qui renferme les quatre
royaumes de Maroc, de Fez, de Tufiler & de
Sus, eft borné, au feptentrion, par la Méditerranée. 3 au midi, par le défert de Sahra, atl
B 3
dont les dehors
font charmans, > offre aux navigateurs une rade
sûre & commode. On pourroit y former, à pei
de frais, un port qui recevroit les plus grands
vaifleaux.
M A R O C.
CE vafte empire, qui renferme les quatre
royaumes de Maroc, de Fez, de Tufiler & de
Sus, eft borné, au feptentrion, par la Méditerranée. 3 au midi, par le défert de Sahra, atl
B 3 --- Page 34 ---
A FRIR U t,
levant, par l'état d'Alger, & au couchant, par
Les parties qui avoifinent le
la mer Atlantique,
font habitées
défert de Shara & le mont Arlas,
les Barbers, peuple féroce &. indifciplipar
elles n'offrent rien qui puille intéreffer
nable Commerce. :
Le refte du pays eft en général
le
très-fertile. On y trouve d'abondans pâturages,
nourriffent de nombreux troupeaux de baufs,
qui
de brebis. Les plaines & les vallées
de chevaux,
&c de
produifent quantité de froment, d'orge
de toute efpece. On y trouve des chagrains
dromadaires, dcs autruches : le
meaux , des
des cannes à fucre, du
pays produit des dattes,
de cire & de
coton : on y recueille beaucoup
miel. C'eft dans la province de Hana, dépendante
du royaume de Maroc, qu'on prépare ces belles
fi connues en Europe fous le nom de mapeaux La ville de Fez eft fameufe par . fes maroquins. nufaétures de foie &. de coton, qui occupent
mille ouvriers. Les côtes
ordinairement vingt de bons ports & des rades
offrent aux navigateurs les faifons de l'année.
sûres dans prefque toutes
Qui
Quelles reffources pour le Commerce!
donc le repouffer d'un pays qui femblel linpeut
côtés ? C'eft fans doute la tyrannie
viter de tous
affreufe qui l'opprime. Un feul defpote gouverne
aujourd'hui cette immenfe contrée, felon fcs
caprices 5 & fes caprices font prefque toujours
ordinairement vingt de bons ports & des rades
offrent aux navigateurs les faifons de l'année.
sûres dans prefque toutes
Qui
Quelles reffources pour le Commerce!
donc le repouffer d'un pays qui femblel linpeut
côtés ? C'eft fans doute la tyrannie
viter de tous
affreufe qui l'opprime. Un feul defpote gouverne
aujourd'hui cette immenfe contrée, felon fcs
caprices 5 & fes caprices font prefque toujours --- Page 35 ---
A P R I Q U E.
2;
extravagans & fanguinaires. Les marchands craignent, avec raifon, de s'expofer dans une région que la terreur habite , tourmentée fans
ceffe par des vexations & par des maffacres, dénigrée par la mauvaife foi des habitans, les plus
cruels pirates des états barbarefques.
Il n'eft donc pas étonnant que Maroc reçoive
peu de bâtimens. Le defpote qui y regne a même
fermé fes ports à plufieurs nations. L'Angleterre ,
la Hollande, la Tofcane, qui ont des traités'
avec Cc fouverain, n'ofent pas s'en fervir & en
profiter. Pour donner un peu de vigueur à ce
Commerce, > le Danemarck avoit formé une
compagnie, qui, après quelques tentatives, a
abandonné l'entreprife. Depuis 1767,les François
ont quelques liaifons avec cet empire; mais leurs
opérations n'ont pas encore pu acquérir beaucoup
d'importance. Les achats qu'ilsy ont faits n'ont
pas, jufqu'à préfent, monté à plus d'un million
deux cents mille livres; & les marchandifes qu'ils
y ont portées n'ont pas paffe quatre cents mille
livres. Ce Commerce auroit fans doute une plus
grande étendue, fi on pouvoir efpérer que les
pirates de Maroc & de Salé cefferont leurs brigandages, fi on pouvoit compter fur la bonne
foi d'un tyran, & penfer qu'enfin lui & fes fucceffeurs prendront des fentimens plus humains,
& feront naitre un gouverncmenr plus conforme
B 4 --- Page 36 ---
A F R I Q U E.
mceurs des Européens, & plus propre à
aux
gagner leur confiance.
Tout ce qui entre dans l'empire de Maroc,
tout ce qui en fort paie fix pour cent. Chaque
navire doit livrer en outre 500 livres de poudrc,
& dix boulets du calibre de IO à 12 livres 2
1. IO f,en' argent, Heureux, lorfque les
Qu 577 du defpote ou les vexations de fes agens
caprices
n'augmentent pas ces droits! !
Les rades & les ports par oû on peur aborder
de Maroc, font allez nombreux &
dans l'empire affez bons. La rade de Tétuan,. la plus
en partie
eft sûre, à moins que
yoiline de l'étar d'Alger,
les vents n'y foufflent avec violence. L'Arrache
port, d'oi on peut avoir une
a un très-bon
communication facile avec la province d'Algar,
l'une des plus grandes & des plus fertiles de l'emLa rade de Salé eft sûre depuis la fin d'avril
pire. la fin de feptembre. Jafry offre aux bâjufqu'à
rade valte & très-sûre une partie de
timens une
aux vents
l'année 5 mais en hiver trop, expofée
du fud & fud-oueft, Sa polition dans une province abondanté, riche & peupléea avoit rendu
ville le marché prefque général de
cette grande
de
l'a tranf.
l'empire ; mais un caprice l'empereur
porté à Mongador. Le port de ce nouvel entrepôr n'eft qu'un canal formé par une ifle éloignée
de la terre de 500 toifes On y entrc on cn
'année 5 mais en hiver trop, expofée
du fud & fud-oueft, Sa polition dans une province abondanté, riche & peupléea avoit rendu
ville le marché prefque général de
cette grande
de
l'a tranf.
l'empire ; mais un caprice l'empereur
porté à Mongador. Le port de ce nouvel entrepôr n'eft qu'un canal formé par une ifle éloignée
de la terre de 500 toifes On y entrc on cn --- Page 37 ---
AFRIQU U E,
?5
fort par tous les vents 5 mais il n'eft pas aflez
profond pour recevoir de gros navires, & l'ancrage n'y eft pas sûr dans les mauyais temps.
Quoique le territoire qui environne cette place
foit peu fufceptible de culture, il a fallu s'allujettir à la volonté du tyran qui gouverne le pays,
& qui en a fait le marché le plus important de
tous fes états,
Sainte-Croix, fituée dans le royaume de Sus,
eft la derniere place maritime de l'empire : fa
rade eft commode & très-sûre, même pour les
vaiffeaux de ligne, mais durant l'été feulement.
Ce fut autrefois un affez grand marché, oi les
navigateurs trouvoient réunies les produétions
d'une vafte contrée, alfez cultivée, & où tout
l'or que l'empire reçoit de l'Afrique étoit ap- a
porté : mais différens malheurs, & fur-tout u
accès de colere de l'empereur > dont on n'a
jamais pu connoitre le motif, a fait perdre à
cet entrepôr fa célébrité. I1 y a une quarantaine
d'années que Muley - Mahammet, un des plus
féroces tyrans qui ait régné à Maroc, en chalia
tous les habitans, pour leur fubftituer une COlonie de Negres, avec lefquels on n'a encore pa
former aucune liaifon.
La mer Méditerranée, qui baigne les côtes
de l'empire de Maroc, & toutes celles de l'Afrique feptentrionale, eft continuellement infoftée --- Page 38 ---
-
A F RIQ U E.
le brigandage des pirates qui, partis des états
par
tombent fur les bâtimens chrétiens,
barbarefques,
fouvent les cnlevent, & réduifent leurs équipages
affreux efclavage, Il feroit sûrement trèsau plus
de I'Europe dont les états
facile aux princes
d'affranchir le Combordent la Méditerranée ,
de
d'effroi nos navimerce dangers qui glacent
gateurs : mais quantité de circonftances ne perd'efpérer de Phumanité des puifmettent gueres
fances intérefTées un f grand bienfait.
COTES ORIENTALES
DE L'AFR I Q U E.
Cirr vafte étendue de pays, qui s'étend
depuis Suès jufqu'au cap de Bonne-I Efpérance ,
Suès juf
eft baignée par la mer Rouge, depuis
Guadarfui, & depuis ce cap jufqu'a
qu'au cap'
par les mers Orientale
celui de Bonne-Efpérance
fituées entre
& Méridionale. L'intérieur des terres
eft
inconnu, & tout
les deux tropiques prefque
la curioce qu'on en fait ne peur intéreffer que
Les miffionnaires qui ont péfité des voyageurs.
fur-tout dans
nétré dans ces contrées barbares, traitemens
T'Abifiinie, rebutés par les mauvais
quilsy ont effugés, ne veulent plus y retourner,
mers Orientale
celui de Bonne-Efpérance
fituées entre
& Méridionale. L'intérieur des terres
eft
inconnu, & tout
les deux tropiques prefque
la curioce qu'on en fait ne peur intéreffer que
Les miffionnaires qui ont péfité des voyageurs.
fur-tout dans
nétré dans ces contrées barbares, traitemens
T'Abifiinie, rebutés par les mauvais
quilsy ont effugés, ne veulent plus y retourner, --- Page 39 ---
AFRIQU E,
& ils abandonnent tous ces Africains à leur légéreté & à leur perfidie. Les côtes ne font, le
plus fouvent, que des rochers arides, ou un amas
de fables brûlans. Celles qui font fufceptibles
de quelque culture font partagées entre les naturels du pays, les Portugais & les Hollandois.
L'or, l'ivoire, & quelques efclaves, font les
principaux objets. de leur Commerce. Si les Européens n'ont pas formé des liaifons plus importantes fur ces côtes, ils doivent, en grande
partie, l'imputer à leur infatiable avarice s à
leurs cruaurés, à leur tyrannie, qui ont foulevé
des peuples féroces & belliqueux, 2 qui ont
mieux défendu leur liberté que les Indiens &
les Américains. Les Portugais, jufqu'à préfent,
font les feuls Européens qui aient quelques établiflemens fur les côtes orienrales de l'Afrique;
d'autres pourront quelque jour les partager avec
eux : ce fera lorfque les côtes occidentales de
cette partie du globe fe trouveront épuifécs d'efclaves; les nations qui font ce négoce inhumain
tenteront d'en chercher fur les côtes orientales.
En attendant cet événement, qui peut-être n'eft
pas trop éloigné, nous allons parcourir ces contrées, & voir les reffources qu'elles offrent au
Commerce, --- Page 40 ---
FRI e U E.
L'AB I S S I N I E.
ON appelle ainfi cette vafte contrée de PAfrique, que les anciens ont connue fous le nom
d'Ethiopie. Elleeft bornée , au nord, par'l'Egypte,
le
des Cafres, à l'orient, par
an midi, par pays
de vaftes
ia mer Rouge, & à l'occident, par
déferts qui confinent a la Nigritie & à la Guinée.
On lui donne trois cents lieues de longueur, fur
deux cents quatre-vingt de largeur.
L'Abifinie eft d'une fertilité merveilleufe, &
telle qu'en quelques endroits on faitjufqu'à trois
moiffons dans une année. Les denrées qu'elles
le millet &
donneht font le froment, l'orge,
tef, dont on
une femence particuliere appelée
fait de très-bon pain, qui a le goût & l'odeur
de celui de feigle. Le pays produit une très-grande
abondance de coton, de cannes à fucre, du miel
& de la cire. Le fené & d'autres plantes méridionales fe rencontrent prefque par-tour : les
arbres confervent toujours leur verdure 2 &
de fruits,
fourniroient une plus grande quantité
s'ils étoient mieux cultivés : les plus communs
font les oranges, les citrons, les grenades, les
de
de la forme
amandes, & une efpece
figue,
& de la grandeur d'un concombre, d'un goir
de coton, de cannes à fucre, du miel
& de la cire. Le fené & d'autres plantes méridionales fe rencontrent prefque par-tour : les
arbres confervent toujours leur verdure 2 &
de fruits,
fourniroient une plus grande quantité
s'ils étoient mieux cultivés : les plus communs
font les oranges, les citrons, les grenades, les
de
de la forme
amandes, & une efpece
figue,
& de la grandeur d'un concombre, d'un goir --- Page 41 ---
A F R I Q U E.
& d'un parfum exquis. Enfin, les prairies & les
pâturages nourriffent une prodigieufe quantité de
beftiaux de toute efpece 2 qui font la principale
richeffe des Abiflins. Ils trouvent encore dans
leurs forêts des chevaux fauvages &. des éléphans,
qu'ils apprivoifent aifément.
Malgré la fertilité des campaghes > le pays
eft fujer aux incommodités de la difetre, &c
même de la famine. Les Abiflins, qui font trèspareffeux, ne travaillent que pour le befoin du
moment, & n'ont pas la prévoyance de conferver
des grains &c des fourrages pour les années ftériles. Ilarrive de-là que, fi les récoltes manquent
une année ou deux, foit par le ravage des fauterelles, qui eft affez fréquent, foit par quelque
autre malheur, les hommes & les beftiaux fontprivésdetoute nourriture, & peril@enrmiferablement.
Les montagnes d'Abiflinie 5 fur-tout celles des
provinces d'Enaréa, de Damas, de Goyam, font
remplies de mines d'or très-riches. Les Abifins,
dans la crainte d'exciter l'avarice des Turcs &
des Arabes, n'ont, juiqu'à préfent, ni ouvert
ni exploité aucunes de ces précieufes mines. Iis
difent encore qu'il y auroit dé la folie d'accumuler des richellesqui iengageroient les Européens
à leur faire la guerre. D'après ce raifonnement,
qui eft peut-être aflez fenfs, ils fe' contentent
de ramaffer, pour leurs befoins, l'or que charient
inte d'exciter l'avarice des Turcs &
des Arabes, n'ont, juiqu'à préfent, ni ouvert
ni exploité aucunes de ces précieufes mines. Iis
difent encore qu'il y auroit dé la folie d'accumuler des richellesqui iengageroient les Européens
à leur faire la guerre. D'après ce raifonnement,
qui eft peut-être aflez fenfs, ils fe' contentent
de ramaffer, pour leurs befoins, l'or que charient --- Page 42 ---
ArArev F.
en grande quantité les fables de leitrs
On ne voit Point d'argent dans lc rivieres.
les côtes de la mer Rouge fourniffent Pays; mais
& du corail.
des perles
Il eft
-
étonnant que lappas de tant de
n'ait pas attiré les négocians
richefles
finie : les Portugais font européens en Abifpénétré. Ils s'y font
les feuls qui y aient
foutenus aflez
par le moyen de quelques
long-temps,
troupes, > & de leurs
sifionnaires; mais tous s'y font fi mal comportés, qu'en 1034 ils furent chaffés de
contrées, pour n'y plus retourner. Peu de ces
après leur expulfion, les capucins établis temps
formerent le projet de
au Caire
Le R. P.
s'emparer de cette mifion;
Caflien, fon Agatange, leur fupérieur, & le frere
périlleufe compagnon, fe hafarderent à cette
religieux entreprife : mais, à Peine ces bons
eurent-ils mis le pied fur les terres de
l'empire, qu'ils reçurent la
zele; ils furent arrêtés & récompenfe de leur
trois autres capucins qui mallacrés, ainfi que
Leurs têtes furent
voulurent les imiter.
envoyées à
récompenfa libéralement
l'empereur, > qui
Ils
ces actes de barbarie,
n'efirayerent point un aventurier,
Poncet, & un fieur du Roule,
nommé
Caire:ils tenterent de rétablir la négociant au
dans
religion romaine
de TAbillinie, en y formant des établifemers
Commerce. Leurs
intrigues & leurs efforts
urs têtes furent
voulurent les imiter.
envoyées à
récompenfa libéralement
l'empereur, > qui
Ils
ces actes de barbarie,
n'efirayerent point un aventurier,
Poncet, & un fieur du Roule,
nommé
Caire:ils tenterent de rétablir la négociant au
dans
religion romaine
de TAbillinie, en y formant des établifemers
Commerce. Leurs
intrigues & leurs efforts --- Page 43 ---
AF RIQU E.
n'eurent attcun fuccès. Poncet, obligéde prendre
la fite, fe réfugia en Perfe, où il mourut.
Du Roule fut affafliné, même avant d'entrer en
Abiffinie. Depuis ces malheureux événemens, il
n'a pas été pollible aux Européens d'y avoir aucune liaifon; & on s'eft enfin convaincu que cette
contrée étoit également infructueufe pour la' religion & pour le Commerce.
Celui qui sy fait eft entre les mains des
Turcs, des Arabes & des Arméniens répandus
fur les côtes de la mer Rouge & de l'Ethiopie. Les uns & les autres > également foutenus par les pachas d'Egypte & les petits fultans
de TArabie, peuvent librement entrer dans les
ports de ces deux mers, & de-là paffer dans
l'Abiffinie. C'eftà Baylar, port de l'Erhiopie feptentrionale, qu'eft le principal rendez-vons des
négocians. Ils portent aux Abillins des étoffes de
toute efpece, des aromates, 3 des épiceries, &
principalement du poivre, don: ces peuples font
une grande confommation. Ceux-ci, outre leur
or, donnent en échange des cuirs, de la cire,
de l'ivoire & des dents d'hyppoporame,
plus
dures, plus blanches que livoire, & qui ne
jauniffent jamais. Le Commerce étranger eft
fort ruineux pour les Abiflins, parce qu'ils
font obligés de payer en or prefque toutes
les marchandifes qu'on leur apporte. --- Page 44 ---
F R I Q U E:
COTES D'ADEL ET D'AJAN.
LE royaume d'Adel étoit autrefois une dépèndance de l'Abiflinie 5 mais les princes arabes
lont conquis le poffedent aéuellement. Les
qui
s'étendent dans la longuear de
côtes de ce pays
Rasbel, oû eft lema50 lieues, depuis le cap"
de
bouchure de la mer Rouge $ jufqu'au cap
Guardafui; & depuis ce cap jufqu'à l'équateut
s'étendent les côtes d'Ajan, dans l'efpace de
lieues. Ces vaftes contrées;
deux cents quarante
quoique fous un climat brûlant, font abondantes
en beftiaux & en fruits de toute
en grains 2
trouve de l'ambre & du cOCOS.
efpecé. On y
fous
Les habitans, partie libres &c indépendans,
la proteétion du roi de Portugal, partic fujets
de princes Maures ou Arabes, y font un grand
trafic de poudre d'or 5 d'efclaves negres, de
chevaux arabes, & fur-tout d'ivoire. Il y a un fi
d'éléphans fur toute la côte d'Ajan,
grandnombre dents fourniffent chaque année la charge
que leurs
de plufieurs vaiffeaux.
qui
Les Portugais font les feuls Européens
à.ce Commerce's & qui font trèsparticipent à écarter les autres nations. Ils font
attentifs en
la férocité des habitans.
très-bien fecondés par
In
5 d'efclaves negres, de
chevaux arabes, & fur-tout d'ivoire. Il y a un fi
d'éléphans fur toute la côte d'Ajan,
grandnombre dents fourniffent chaque année la charge
que leurs
de plufieurs vaiffeaux.
qui
Les Portugais font les feuls Européens
à.ce Commerce's & qui font trèsparticipent à écarter les autres nations. Ils font
attentifs en
la férocité des habitans.
très-bien fecondés par
In --- Page 45 ---
AFAIOU U E.
En 1700, un vaiffeau anglois ayant été porté
dâns les Parages de Magadasho ; ville maritime de la côte d'Ajan, le capitaine ne douta
point que ce ne fit un lieu de Coimerce trèsavantageux; Dans cette idée,. il envoya fa chaloupe au rivage, avec un officier & quatre foldats. L'officier defcendit à terre fans précaution,
avec trois de fes genis, ne laiffant qu'un homme
pour garder fa chaloupe: Après quelques civilités
apparentes, les Arabès fe faifirent des Anglois;
qu'ils entrainerent dans leur ville; & le matelot
qui gardoit la chaloupe en ayant accordé l'entrée
à d'aucrès Negres 5 ils fe faifirent aufli de lui,
& tirerent la chaloupe allez loin du rivage. Le
capitaine, 5 qui avoit obfervé de fon bord ce qui
venoit de fe paffer 3 fit de vains efforts pour obtenir la liberté de fes gens, qui furent
blement maffacrés par ces barbares. Il fut proba- fort
heureux de pouvoirs'éloigner & d'éviter le même
fort;
S2
S10 --- Page 46 ---
A F R I Q U E.
COTES D E ZA NG U E B A R,
M E I I N' D E, M M B A S E,
MONSI I A E T QUILLOA
LA côte de Zanguebar prend fon cours depuis
l'équateur jufqu'à Mozambique, fur un efpace
d'enviton trois cents lieues. Dans l'intérieur, le
pays s'étend jufqu'au Monoëmugi, où la nature $
au milieu de terres très-Itériles, a placé des mines
d'or très-riches. Ce précieux métal y a d'abord
attiré les Arabes, & enfuite les Portugais. Les
villes de Lamo, de Paté & d'Ampafe, lieux
principaux de la côte, ont paffé au pouvoir des
Arabes mahométans, & font aujourd'hui gouvernés par de petits rois, tributaires de celui
de Portugal, & dont les peuples font très-féroces
& très-peu fociables. On prétend qu'ils font un
grand Commerce d'ivoire, d'or & d'efclaves: ;
mais que ce Commerce eft interdit aux nations
européennes.
Le royaume de Mélinde, qui confine avec ces
contrées barbares, offre un Commerce plus aifé
& plus agréable ; l'humanité commence entin à
yi refpirer. Tous les voyageurs conviennent que
aires de celui
de Portugal, & dont les peuples font très-féroces
& très-peu fociables. On prétend qu'ils font un
grand Commerce d'ivoire, d'or & d'efclaves: ;
mais que ce Commerce eft interdit aux nations
européennes.
Le royaume de Mélinde, qui confine avec ces
contrées barbares, offre un Commerce plus aifé
& plus agréable ; l'humanité commence entin à
yi refpirer. Tous les voyageurs conviennent que --- Page 47 ---
AF R I Q U E.
la ville de Mélinde, capitale de ce pays, eft la
plus belle & la mieux bâtie de toutes celles qu'on
trouve fur les côtes orientales de l'Afrique. Elle
a un port très-vafte : on y entre aifément; mais
le refte du rivage eft hériffé de rochers & d'écusils dangereux. La ville eft dans une fituation
des plus riantes, s environnée de palmiers, d'orangers s qui portent d'excellens fruits : fes campagnes produifent du millet, du riz & d'autres
grains : fes prairies, toujours vertes, nourriffent
une très-grande abondance de beftiaux.
Le monarque qui regne fur cette contrée délicieufe eft un prince mahométan, qui tient dans
Mélinde une cour fomptueufe : lui & fes principaux fujets font d'un accès très-facile anx étrangers, > fe piquent d'une certaine politelfe &c
d'une grande magnificence. Les Portugais, depuis plus de deux cents foixante ans, > font alliés
du roi de Mélinde : ils ont dans cette ville un
très-ancien comptoir, une fortereffe, plulieurs
églifes, > & partagent le Commerce du pays avec
des Indiens de Cambayes & du Guzarate. Ils y
portent des épices, du cuivre, du vif-argent
& des toiles, qu'ils changent pour de l'or, de
l'ambre, de l'ivoire & de la cire.
En defcendant la côte vers le midi, à 20 lieues
de Mélinde, on trouve Mombafe. C'eft une ifle
qui n'eit féparée du continent que par les bras
C --- Page 48 ---
A f RI Q U Es
d'une riviere qui fe jette dans la mer pat deuk
embouchures. Son port, toujours rempli d'un
grand nombre de vaifleaux marchands, pafle
pour très-bon : fon entrée eft défendue par un
petit fort conftruit à Aeur d'eau. La ville de
Mombafe, capitale du pays, a été long-temps
fous le pouvoir des Portugais; mais, fur la fin
du dernier fiecle, les Arabes la leur enleverent,
ruinerent leur comptoir & celui de Mélinde.
Ils n'ont été rétablis dans ces deux poftes qu'en
1726.
Vis-à-vis de la même côte, plus bas que Mombafe, font trois petites ifles, appelées Pemba,
Zanzibar & Monfia : elles ont chacune un fouverain 5 mais ces petits princes font vaffaux ou
tributaires du roi de Portugal. Le port de Zanzibar eft très-bon, & peut recevoir des bâtimens
de 500 tonneaux. Les habitans deices ifles, qui
font mahométans, portent à Mombafe, à Safala, à Mozambique, les denrées dont leur pays
abonde, & reçoivent en échange des toiles 3
de l'or & de l'argent.
En continuant toujours de defcendre vers le
midi, on arrive à Quilloa. C'eft une ifle qui a
le titre de royaume, & qui releve auffi du Portugal. Il fe fait dans cet endroit un grand Commerce en or, quiy attire quantité de inarchands
de l'Arabic & de l'Inde. Cet or > qui fait la
, à Mozambique, les denrées dont leur pays
abonde, & reçoivent en échange des toiles 3
de l'or & de l'argent.
En continuant toujours de defcendre vers le
midi, on arrive à Quilloa. C'eft une ifle qui a
le titre de royaume, & qui releve auffi du Portugal. Il fe fait dans cet endroit un grand Commerce en or, quiy attire quantité de inarchands
de l'Arabic & de l'Inde. Cet or > qui fait la --- Page 49 ---
AFRIeU 2e E.
principale richeffe de Quilloa, s lui vient des
royaumes de Mongallo & de Macuas, fitués fur la côte, entre les ifles de Quilhoa &
de Mozambique. Ces contrées, qui s'avancent
beaucoup dans l'intérieur des terres, font trèsabondantes en mines d'or, d'ou ce métal eft
détaché par les torrens, & entrainé dans les
fables, o les habitans le ramaffent en affez
grande quantité. Vis-à-vis de. ces côtes font les
petites ifles de Quirimba, de Jean-Martin,
& quantité d'autres femblables, qui ne méritent
aucune attention. L'ifle de Mozambique," celles
de Commore, la côte de Sofala, en méritent
davantage,
M 0 Z A B I Q U E.
CETTE ifle eft entierement fous la puiffance
des Portugais. Quoique l'air y foit très-mal-fain,
ils en ont cependant fait le fiege principal de
leur domination & de leur Commeree fur les
côtes orientales de PAfrique. Hs y ont bâti une
citadelle très-forte, qui défend l'entrée du
port,
très-peu cloigné du continent. C'eit la meilleure
place que le Portugat ait dans ces mers, le chef:
lieu de leurs poffeffions dans les Indes. Cette
çouronne Y entretient une forte gamnifon, & urr
C 3. --- Page 50 ---
A F R I Q U E.
feul fait tout le Commerce de
gouvetneur, qui
en Or & en
la côte. Il confifte principalement
un
Mozambique eft encore
dents d'éléphant.
les vaiffeaux qui
port de ratiaichilfement pour reftent ordinaitevont de Lisbone à Goa. Ils y
donner le temps aux
ment trente jours, pour
de
foldats & aux matelots malades ou fatigués
rétablir. Les fruits acides & les racines du
fe
excellens contre le fcorbut & les autres
pays font
maladies de mer.
qui n'a
Mozambique eft une très-petite ille,
de deux ou trois lieues de tour, & enpas plus
moitié Portugais,
viron deux mille habitans,
rO+
Ces derniers font grands,
moitié Negres.
d'une
extrème.
buftes & belliqueux , mais
parefle fertile
Elle n'empéche pas que leur ifle, trèselle-mème, ne foit abondante en beftiaux,
par
en fruits, & en provifions de toute
en volailles,
fert à l'approefpece, dont une grande partie
vifionnement des vaiffeaux portugais.
la
qu'après
C'eft une chofe très-remarquable, introduit linle Portugal n'ait point
conquête,
y ait une
quifition à Mozambique 3 quoiquil
en
quantité de moines ; le gouverneur
grande
uns en qualité de mifenvoie toujours quelques
ou leur principal
fionnaires dans le continent,
eft de s'infinuer dans l'efprit des Negres,
emploi
leur or
& de les engager à livrer au gouverneur
aux portugais.
la
qu'après
C'eft une chofe très-remarquable, introduit linle Portugal n'ait point
conquête,
y ait une
quifition à Mozambique 3 quoiquil
en
quantité de moines ; le gouverneur
grande
uns en qualité de mifenvoie toujours quelques
ou leur principal
fionnaires dans le continent,
eft de s'infinuer dans l'efprit des Negres,
emploi
leur or
& de les engager à livrer au gouverneur --- Page 51 ---
A F R I Q U E.
& leur ivoire à vil prix. II fut un temps, diton, où ce peuple groflicr, à qui On offroit
quelques grains de verroterie, faifoit dans la
terre un trou capable de les contenir, & le
remplifloit de poudre d'or, qu'il donnoit en
échange ; mais, depuis quelque temps, 1 çes
Negres, plus inftruits, n'ont plus la même fim-.
plicité,
ISIES COMOR E.
CEs ifles, fituées dans le Canal de Mozambique, entee la côte de Zanguebar &
U
Madagafcar,
font au nombre de quatre 2 dont Comore eft
la principale, Les Portugais > qui la découvrirent,
yfirent: tellement détefter, par leurs. cruautés 2 - le
nom des Européens, que tous ceux qui ont ofé
s'y montrer depuis, ont été maffacrés ou fort
mal reçus. In'y a que les Anglois qui ont fu
fc concilier la bienveillance des habitans d'Anjelan, l'une de ces ifles, le plus beau & le
plus délicieux pays de la terre. Les navires de
la Grande-Bretagne qui navigent dans ces mers,
y relâchent fouvent pour fe rafraichir, & rétablir leurs malades par la falubrité de l'air qu'on
y refpire, & par l'excellence des fruits, des
vivres & de l'eau qu'on X trouve. Mais un prince
C 4 --- Page 52 ---
A R R I Q U E.
Arabe qui regne dans lifle, leur vend très-cher
ces fecours : ils s'eftiment trop heureux de les
obtenir à quelque prix que ce foit, dans un
pays où ils leur devienenrabfoluments néceffaires.
COTE D E SOFAL A.
LE royaume & la ville de Sofala, ainfi ap:
pelés d'une riviere du même nom, & gouvernés
par un prince mahométan, tributaire du roi de
Portugal, ont été long-temps des dépendances
du vafte empire du Monomotapa. La riviere de
Sofala eft célebre par fes fables' d'or ad quelque
diftance de fon embouchure, eft fituée la ville
qui porte fon nom. Les Portugais y ont bâti
une fortereffe, qui les rend maîtres de tout le
Coinmerce du pays, dont les principales richeffes
font l'or & l'ivoire. Ils y poffedent enccre 2 à.
5 ou 6 lieues de Sofala, le fort d'Inhaquéa,
pour le même objet.
Cette contrée s'étend dans l'intérieur des terres
de l'orient à l'occident, jufqu'à 80 lieues, où
elle eft bornée par le Monomotapa proprement
dit : du nord au midi, elle a environ trente
lieues fur la côte. Ses habitans font un mélange
d'Arabes mahométans, de Caffres idolâtres, &
de très-mauvais chrétiens Portugais.
ues de Sofala, le fort d'Inhaquéa,
pour le même objet.
Cette contrée s'étend dans l'intérieur des terres
de l'orient à l'occident, jufqu'à 80 lieues, où
elle eft bornée par le Monomotapa proprement
dit : du nord au midi, elle a environ trente
lieues fur la côte. Ses habitans font un mélange
d'Arabes mahométans, de Caffres idolâtres, &
de très-mauvais chrétiens Portugais. --- Page 53 ---
A F RIQU E.
A l'occident du royaume de Sofala, eft le
royaume de Mongas. Ce pays eft, dit-on, célebre par la quantité & la richeffe de fes mines
d'or : les plus confidérables font celles de Maffapa & de la montagne d'Ophar. C'eft là qu'on
prétend que Salomon envoya chercher tott l'or
dont il enrichit le temple de Jérufalem. Cette
tradition n'eft peut-être pas fans vraifemblance;
mais, ce qu'il y a de très-certain, 2 c'eft qu'à
Maffapa, où l'or eft très- commun, > il y a un
marché fameux, dont ce métal eft la principale
marchandife. Les Portugais y ont un comptoir,
fous la direétion d'un officier nommé par le
gouverneur de Mozambique : ils ont fait auili
des tentatives pour s'emparer & exploiter les
mines de Maffapa , d'Ophar & de Maninas, s
dans le royaume de Sofala, Ces entreprifes ont
toujours été fans fuccès, foit parce qu'ils ne les
ont pas trouvées affez abondantes pour foutenir
les frais de l'exploitation, foit parce' qu'ils enl
ont été empêchés par les obftacles que leur ont
oppofés les naturels du pays.
Le refte des côtes, depuis le royaume de Sofala jufqu'au cap de Bonne-Efpérance, 5 ne préfente plus que des campagnes arides & fablonneufes, habitées par les Caffres 8c les Hottentots.
Ces peuples barbares, , dans toute la rigueur du
terme, menent une vie errante & fauvage : leur --- Page 54 ---
ATRIQU E,
extréme pauvreté n'offrc rien qui puilfe tenter
l'avarice des Européens. Les Ho:tentots feulement
font quelques échanges de beftiaux & de beurre
avec les Hollandois du cap de Bonne-Efpérance,
dont ils reçoivent du vin, de l'eau-de-vie, des
pipes, du tabac, des grains de verre,des petits
miroirs', & quelques autres bagatelles.
Vis-à-vis la cête de Sofala, on trouve Madagafcar, &, à l'eft de Madagafcar, lcs ifles de
Bourbon & de France. Ces pays méritent quelque attention par les efforts que les Européens
ont faits pour sly érablir.
M A,D A G A S C A R.
C'EST,une des plus grandes ifles du monde
connu. Elle eft fituée entre le douzieme & le
vingt cinquieme degrés de latitude méridionale:
fa longueut eft de 336 lieues du nord au midis
& fa largeur de 12C. Elle fe divife en 23 provinces, dont on prétend que la moindre eft aufli
grande que les plus confidérables des provinces
de France. En général-, cette ifle abonde en
toute forte de fruits & de grains : les citronniers,
les orangers, les greindiers y croiflent comme
les buiffons. Il y a des mines de fer & d'or :
on y trouve du criftal, des topazes, des grenats,
lieues du nord au midis
& fa largeur de 12C. Elle fe divife en 23 provinces, dont on prétend que la moindre eft aufli
grande que les plus confidérables des provinces
de France. En général-, cette ifle abonde en
toute forte de fruits & de grains : les citronniers,
les orangers, les greindiers y croiflent comme
les buiffons. Il y a des mines de fer & d'or :
on y trouve du criftal, des topazes, des grenats, --- Page 55 ---
AgRIQUT
des amétiftes, des aigues marines, des gommes
odorantes, du benjoin, de l'ambre gris, du
fang de dragon : enfin, dit un voyageur, fice
pays étoit aufli connu, aufli fréquenté que les
Indes, on en tireroit la même utilité.
Quels avantages ne fourniffoit donc pas Madagafcar, & par fa fituation, & Far la falubrité
de fon climat, & par la richeffe de fes productions, . pour former un grand entrepôt de
Commerce, 2 un lieu de repos & de rafraichiffement pour les vaiffeaux europécns qui vont
aux Indes? C'eft l'idée qu'en avoit conçue le
cardinal de Richelieu, qui jugeoit G bien de
tout. Sous fes aufpices, les François y commencerent un érabliffement en 1642. Le maréchal
de la Meilleraye, après la mort de ce miniftre,
dépenfa des fommes immenfes pour feconder
fes projets. On bâtit le fort Dauphin; on y mit
une garnifon; on y tranfporta quelques colons:
mais les agens à qui la conduite de cette affaire
fur confiée S difliperent les fonds qu'on y avcit
deftinés. Ils exercerent des cruautés fi atroces
dans l'ifle ; ils commirent tant d'injuftices, tant
de vexations contre les habitans, naturellement
fers & courageux, 3 que bientôt leurs oppreffurs
furent en horreur à tout le monde. On en maffacra la plus grande partie. Ceux qui purent
échapper atl carnage, ne trouverent perfonne qui --- Page 56 ---
ArRIQU E.
voulût commercer avec eux. Enfin, ces malheureux, pourfuivis de tous côtés par la haine publique, voyant d'ailleurs que les profits qu'ils
pourroient retirer d'un établiffement prefque ruiné, ne les dédommageroit pas des dépenfes
qu'on feroit pour le rétablir & l'entretenir, l'abandonnerent en 1672x pour fe refugier dans
l'ifle de Bourbon,
ISIES DE BOURBON ET DE FRANCE.
L'ISLE de Bourbon eft fituée au vingrieme
degré trente minutes de latitude méridionale.
Elle a environ vingt-cing lieues de longueur,
fur quatorze de largeur, fans aucun port affuré:
elle a feulement d'aflez bonnes rades 3 mais des
rivages cfcarpés, une mer violemment agitée,
en rendent l'accès difficile. Une navigation Gi dangereufe, & fouvent impraticable, ne rend pas
Cette ifle propre aux opérations de Commerce.,
Du refte > un air pur > un beau cjel, des
eaux falubres, une multitude de rivieres qui af-.
rofent & qui fertilifent les campagnes, y procurent un féjour charmant &. délicieux. La calture fournit aflez de fruits, de grains & de lé
gumes pour la confommation du pays,. mais rien.
qu'on puiffe. exporter.
ent l'accès difficile. Une navigation Gi dangereufe, & fouvent impraticable, ne rend pas
Cette ifle propre aux opérations de Commerce.,
Du refte > un air pur > un beau cjel, des
eaux falubres, une multitude de rivieres qui af-.
rofent & qui fertilifent les campagnes, y procurent un féjour charmant &. délicieux. La calture fournit aflez de fruits, de grains & de lé
gumes pour la confommation du pays,. mais rien.
qu'on puiffe. exporter. --- Page 57 ---
A F R I Q U Es
Autrefois l'ifle de Bourbon envoyoit ila France
une très-grande quantité de café, le meilleur du
monde après celui de l'Arabie. On y cultivoit
S, 493: > 583 cafiers, dont chacun donnoit originairement deux livres de café, Ce produit a
diminué des trois quarts, , depuis qu'il eft cultivé -
dans un terrein ufé, découvert & expofé aux
ravages des infeétes. On a tenté inutilement de
reproduire ce fruit à l'ifle de France; 3 mais le
terrein naturellement ferrugincux, & les fiéquens ouragans, n'ont pas permis de tirer aucune
utilité des cafiers qu'on y a plantés ; de forte
que ces établiffemens devenant plus à charge
qu'utiles, le gouvernementles auroirabandonnés,
s'il n'avoit formé l'efpérance, en fortifiant dans
l'ifle de France le port Louis & celui de Bourbon d'une façon refpedtable, de fournir un afile
sûr aux vaiffeaux françois qui vont aux Indes
orientales, 5 & d'établir par-là entre l'ifle de France
& Pondichéry une correfpondance néceffaire à
la confervation & à la défenfe du Commerce. On
travaille aétuellement à l'exécution de ce projet,
pour lequel la France dépenfe annuellement huit
millions.
Suivant un dénombrement fourni- en 1776;
l'ifle de Bourbon avoit 6340 blancs, qui employoient à leurs cultures 26, 175 efclaves negres:
L'ifle de France avoit à-peu-près le même nombre
des uns & des autres, --- Page 58 ---
A F R I 2 U Ei
CAP DE BOXXE-ESFELAYCE
Les côtes de T'Afrique ont été inconnues aux
prefqu'aufli long-temps que l'Amés
Européens
1493, que les Portugais
rique : ce ne fat qu'en
fois, à lexcrèmité
pénétrérent, pour la ptemiere
& y déméridionale de cette partie du globe,
Ils comcouvrirent le cap de Bonne-Efpérance. découprirent bien de quel avantage étoit cette
la navigation de T'Inde : cependant
verte pour
pas. Les Anglois qui,d-peu
ils n'en profiterent
firent plufieurs
près dans le mème temps, y
trous'inftruire de Putilité qu'on
voyages, 2 purent
érabliffement : à cet égard,
veroità) y former un
furent
attentifs que les Portugais.
ils ne
pas plus tentatives mal dirigées,
Après avoir fait quelques
& donabfolument de vue le cap,
ils perdirent
à lifle Sainte-Hélene 5 lieu
nerent la préférence
commode, mais fort
affez
de rafraichiflement
du Commerce.
inférieur pour les avantages qui reglent tout s
Le hazard & les deftinées,
Leurs vaifavoient réfervéle cap aux Hollandois. fois, au
feauxy relâcherent $ pour la premiere fiecle. Après
commencement du dix- feptieme
continué de sy. raftaichir pendant plufieurs
avoir
aux Indes, & à leur retour s
années, en allant
la préférence
commode, mais fort
affez
de rafraichiflement
du Commerce.
inférieur pour les avantages qui reglent tout s
Le hazard & les deftinées,
Leurs vaifavoient réfervéle cap aux Hollandois. fois, au
feauxy relâcherent $ pour la premiere fiecle. Après
commencement du dix- feptieme
continué de sy. raftaichir pendant plufieurs
avoir
aux Indes, & à leur retour s
années, en allant --- Page 59 ---
Af RIQU U E.
ils obferverent que le pays étoit naturellement
bon, qu'on y trouvoit des ports commodes, que
les habitans étoient traitables, la compagnie hollandoife réfolut d'y établir une colonie.
Dans l'exécution de ce projet, la compagnie
fc comporta avec une fagelfe & une équité bien
capable de le faire réuflir. Elie ne maffacra point
les habitans ; elle fe les affectionna par des bienfaits : elle acheta une partie des terreins dont
elle eut befoin : elle n'envoya point au cap des
malfaiteurs, que l'infamie & l'habitude au crimerend auli dangereux dans les pays ot on1 les envoie, que dans ceux d'où on les repouffe. Elle
engagea, par les promeffes les plus féduifantes,
auxquelles elle ne manqua jamais, > des colons
laborieux, d'honnètes artifans, à fe tranfporter
au cap, fit les frais de leurs voyages, leur fournit
toutes les fommes, tous les encouragemeus dont
ils eurent befoin pour s'établir : on accorda
même la facilité à ceux qui ne pourroient
pas
s'accoutumer au climat, de retourner en Europe,
avec la liberté de difpofer de leurs effets à leur
profit.
Les dépenfes que la compagnie a faites pour
donner à cet établiffement de la folidité, onc
été excelllves; ; mais auffi la colonie eft devenue
une des plus floriffantes qu'on connoiffe dans
l'ancien & le nouveau monde, cu les autres --- Page 60 ---
-
A FRI e U E.
fe font pas comportées par les imêmes
nations ne
état de
cetté
Malgré cet
profpérité,
principes: étoit encore à charge à la compagnie erl
colonie c'eft-à-dire, plus de foixarite ans après
1713,
établiffement : d'oit il fuit que >
fon premier
une
il faut une patience,
pour ces entreprifes, réfléchie,un certain Regme;'
conduite conftante &
Ce
dont toutes les nations ne font pas capables.
depuis quelques années que le cap enn'eft que
deux ou trois cargaifons de
voie à fa métropole
dont
bled, avec quelques autres productions; connu
eft le vin de Conftance,
la plus précieufe
de'vin du cap. La comfous le nom
en Europe
& l'autre eft venpagnie en prend une partie, 200 1: la barique:
due à l'Europe, à raifon de I
des denrées que produit le pays, >
Le furplus
fa confommation , font
& de celles qu'exige
fournir d'abonfuffifantes pour
encore plus que
vaiffeaux hollandois
dans rafraichilfemens aux
Ilsy
vont aux Indes, & qui en reviennent.
qui
du vin, du beurre a , du
prénnent des farines,
de légumes falées
fromage, une grande quantité
établiffemens
la navigation, & pour leurs
pour
d'Afie.
habitations que les Hollandois ont
Les vaftes
font partagées
dans cette partie de T'Afrique, formés fucdifférens diftriéts, qui-fe font
en
& le plus ancicn
cellivement : le plus important
eft
vont aux Indes, & qui en reviennent.
qui
du vin, du beurre a , du
prénnent des farines,
de légumes falées
fromage, une grande quantité
établiffemens
la navigation, & pour leurs
pour
d'Afie.
habitations que les Hollandois ont
Les vaftes
font partagées
dans cette partie de T'Afrique, formés fucdifférens diftriéts, qui-fe font
en
& le plus ancicn
cellivement : le plus important
eft --- Page 61 ---
AFRI Q UE.
elt celuti du cap méme, ou eft le centre de là
puiffance hollandoife : c'eft-là qu'on voit uw
ville bien bâtie, 5 défendue par une fortereffa
toujours en bon état, du la compagnie entretient
une garnifon de 700 hommes, & des magalins
abondamment pourvus de munitions militaires,
& de tout ce qui eft néceffaire pour le radoub
& l'équipement des vaiffeaux.
Suivant les derniers dénombremenss la colonie
du cap étoit compofée de I5ooo Européens 3
qui employoient 50000 efclaves noirs à la culture de leurs habitations. De tous les établiflemens que l'Europe a formés dans les autres par+
ties du monde, le cap eft le feul peut-être oùt
les efclaves foient traités avec le phus d'humanité. Ils ont la même nourriture J ils font OCcupés aux mêmes travaux que leurs maitres, qui
he dédaignent pas de partager avec eux les nobles
occupations de l'agriculture.
COTES OCCIDENTALES
-e
D. E I'AF RIQ U E.
L'AsRIOUs oécidentale s'étend depuis le défroit de Gibraltar jufqu'au cap de Bonne-Efpérance, fur environ douze cents lienes de côtes:
D --- Page 62 ---
A:RIQ U E.
-
lumieres, aux travaux , a la
c'eft encore aux
qu'on en doit la déconftance des Portugais, le Commerce de l'or,
couverte. C'elt moins par
des bois
dc Tivoire, de la cire, des gommes 2
teinture, & d'autres riches productions, que
de
de, l'importance 5 que par
ces côtes ont acquis
abominable de tous
la traite des Negres, le plus crimes & de forles trafics, fource de tant de
C'eftfaits à T'humanité.
faits, de tant d'outrages Africains traîner leurs
là qu'on voit les barbares leurs amis, leurs comenfans, leurs femmes,
les
fur les côtes de l'Afrique, pour
patriotes,
barbares, encore plus féroces
vendre à d'autres
à plus vil prix
qu'eux : ceux-ci les achetent des bêtes de
qu'ils n'acheteroient, en Europe,
moins
& de labour. Ils les traitent avec
charge
ils les nourriffent & les logent
de ménagement :
Pour fatisfaire leur inavec moins de dépenfe.
des goûts infenfés,
fatiable avarice, leur luxe, brilant, les trafous un climat
iis en exigent, durs & les plus continuels, ne
vaux. les plus leur activité que par les châtifachant réveiller
les fouets, par les
mens les plus cruels, par
font donc les
&clesfupplices. Eh! quelles
tortures
de faire un Commerce fi inhunations capables il faut le dire, des Européens ,
main? Ce font,
font les nations les
ce font des chrétiens , ce
de tout Tunivers,
plus éclairées, les plus policées
un climat
iis en exigent, durs & les plus continuels, ne
vaux. les plus leur activité que par les châtifachant réveiller
les fouets, par les
mens les plus cruels, par
font donc les
&clesfupplices. Eh! quelles
tortures
de faire un Commerce fi inhunations capables il faut le dire, des Européens ,
main? Ce font,
font les nations les
ce font des chrétiens , ce
de tout Tunivers,
plus éclairées, les plus policées --- Page 63 ---
AFR I Q U E.
5t
qui en ont fait l'objer de leurs fpéculations po-*
litiques, qui l'ont réglé entre elles par les traités
les plus folemnels. On fuiroir avec horreur loin
des rivages africains où s'exécutent ces traités,
fi on n'étoit forcé de s'y arréter pour obfervet
comment, d'après leurs conventions. > les peuples
de l'Europe partagent entre elles les étres malheureux qu'ils enlevent tous les ans des côtes
occidentales de l'Afrique > pour remplacer les
efclaves qu'ils font périr annuellement dans les
mines & dans leurs plantations de l"Amérique.
Il n'en faut pas moins de 80000 par an. Quel
horrible facrifice !
Dans les commencemens de ce Commerce,
les habitans des côtes fuffifoient
pour y fournir:
on y avoit une tête de Negre à très- bas prix 5
mais, depuis que les côtes épuifées n'ont pu
remplir les demandes des négocians, s &
que, s
pour y fatisfaire, > on a été obligé de faire venir
de l'intérieur des terres les efclaves, le voyage
eft quelquefois de deux Ou trois cents lieues;
ces circonftances ont fuccellivement doublé, quadruplé le prix de cette marchandife. On a obfervé
qu'en 1777, le prix commun d'une tête de Negre
étoit de 583 I. 18 f. Io d. : ainfi 80000 noirs
achetés à cette fomme auront coûté quarante-un
millions fept cents cinquante - neuf mille trois
cents trente-trois livres fx fols huit deniers, que
D: --- Page 64 ---
ArrIet t Es
africains auront obtenus pour le plus
les bords
abominable de tous les Commerces.
Ce n'eft pas avec des métaux qu'on paie, mais
A l'exception des Poravec des marchandifes.
les
tugais; toutes les nations donnent à-peu-près
Ce font des fufils, de la poudre
mêmes objets.
des quinà canon, des fabres, de T'eau-de-vie,
cailleries, de la verroterie, des tapis, des étoffes
fur-tout des toiles des Indes orientales,
de laine,
fabrique &c peint fur
ou de celles que TEurope
nous
ieur modele. En allant du nord au midi,
les différens marchés répandus
allons parcourir
fervent
fur la côte occidentale de T'Afrique, qui
devenu
d'entrepôrs à ce Commerce aujourd'hui
G important pour T'Europe.
PORTENDIE E T ARGUIN.
traite des Européens fe fait du nord au
LA
En fortant du détroit de Gimidi de la ligne.
les côtes de T'empire de
braltar, & en fuivant
Maroc & du défert de Shara, on arrive au cap
Blanc, à Portendic & Arguin. Les Portugais'
occuperent ces deux marfurent les premiers qui
les Anglois, les François,
chés : les Hollandois,
fe les font difputés
même le roi de Prufle,
plufieurs
long-temps, les ont conquis & reconquis
du nord au
LA
En fortant du détroit de Gimidi de la ligne.
les côtes de T'empire de
braltar, & en fuivant
Maroc & du défert de Shara, on arrive au cap
Blanc, à Portendic & Arguin. Les Portugais'
occuperent ces deux marfurent les premiers qui
les Anglois, les François,
chés : les Hollandois,
fe les font difputés
même le roi de Prufle,
plufieurs
long-temps, les ont conquis & reconquis --- Page 65 ---
AERIQU E.
fois les uns fur les autres : enfn ils font reftés
à la France par l'article 9 du traité de paix
conclu à Verfailles en 178;. Il a été feulenent
réglé, quant à la. traite des gommes, que les
Anglois auroient la liberté de la faire depuis
l'embouchure de la riviere de St. Jean jufqu'à
la baie & au fort de Portendic inclufivement;
bien entendu qu'ils ne pourront faire dans la
riviere de St. Jean, fur la côte, ainfi que dans
la baie de Portendic, aucun établiflement petmanent , de quelque nature qu'il puilfe être.
Depuis que les efclaves &les précieufes gommes,
qui donnoient quelque importance à cette côte, >
ont prisla route du Niger, on ne fréquente plus
guereslesdeux marchés de Porterdic ed'Arguin,
LE NI G B R.
CE Aleuve, qu'on appeile aujourd'hui plus
communément le Sénégal, cit un des plus granids
de T'Afrique : on lui donne un cours de plus de
800 lieues, done 310 font navigables, depus
juin jufqu'en novembre. La barre qui couvre
lembouchure n'en permet Feutrée qu'aux navires.
qui ne tiren; pas plus de huit à neuf pieds d'cau.
Les autres font réduits à mouiller tout.aupr's
fur un bon. fonds
D: --- Page 66 ---
AFRI Q U E.
54 A trois lieues de T'embouchure de ce Aeuve,
milieu du lit de la riviere, eft l'ifle de Séaul
de St. Louis : ce n'eft qu'un banc de
négal ou
Cette
fable, mais dont le terrain eft très-fertile.
ifle eft habitée par plus de 3000 Negres, qui
font fort attachés aul fervice des blancs. Les
tous
& un fort allez
François y ont un comptoir
confidérable, oû le direéteur de la compagnie
françoife fait fa demeure & fa réfidence ordinaire. Par le traité de 1763, la France perdit
& Tifle & le fort Louis, & fon Commerce fur
le Niger. Dans la derniere guerre, les Anglois
Jui enleverent encore la petite ifle de Gorée, oit
elle avoit concentré fon Commerce, après"la
de l'ifle & du fort St. Louis : mais le tout
perte
le traité conclu entre la France
lui a été rendu par
Suivantl'article
& la Grande-Bretagne, en 1783.
à la
l'Angleterre a cédé en toute propriété
9,
la riviere de Sénégal, avec les forts de
France
& reftitué l'ifle de
St. Louis, Podor 8 Galor,
Gorée.
Le Commerce du Sénégal eft borné aux gom-
& à douze ou quinze cents efclaves qui
mes,
lintérieur des terres. C'eft dè Tille
arrivent de
font conduites
St. Louis que ces marchandifes
font à
aux vaiffeaux qui
fur des bâtimens légers
la rade.
en face
L'ifle de Gorée eft fituée direétement
France
& reftitué l'ifle de
St. Louis, Podor 8 Galor,
Gorée.
Le Commerce du Sénégal eft borné aux gom-
& à douze ou quinze cents efclaves qui
mes,
lintérieur des terres. C'eft dè Tille
arrivent de
font conduites
St. Louis que ces marchandifes
font à
aux vaiffeaux qui
fur des bâtimens légers
la rade.
en face
L'ifle de Gorée eft fituée direétement --- Page 67 ---
AFRI e U E.
du cap Emanuel, à une lieue du continent. Une
langue de terre baffe, avec une petite montagne,
forment toute cette ifle, qui n'a pas plus d'un
mille d'étendue. Prefque toute l'année on y refpire un air frais & tempéré : les François en
ont fait un féjour charmant. Ce pofte a une
bonne rade, dont la défenfe eft facile. De-là
les François étendent leur Commerce fur la côte,
depuis le cap Blanc jufqu'à la riviere de Gambie; mais les comptoirs qu'ils y ont, font languiffans, & ne fourniffent pas, p2r an, plus
de trois à quatre cents efclaves,
C'eft fur les rives du Niger, bien avant dans
l'intérieur des terres, qu'on trouve le royaume
de Kaffou, & la république de Bambouck. Si
on en croit les relations, on X trouve les plus
riches mines en or qu'ily ait dans l'univers. Ce
métal, dit-on, y eft fi abondant, qu'il paroie
prefque fur la futrface de la terre : mais, les naturels du pays n'ont jamais voulu permettre aux
Européens d'exploiter leurs mines : ils font euxmêmes & trop pareffeux & trop peu induftrieux
pour l'entreprendre, Ils fc contentent d'y ramaffer, avec le moins de travail quil leur efk
polible, l'or qui peut fuflire à leurs befoins.
journaliers.
D4 --- Page 68 ---
A F R I Q U
LA RIVIERE E D E GAMBIE.
CEITE riviereeft navigable paur d'affez grands
durant un cours de, 200 licues ;
bâtimens ils s'arrêtent ,
tous à 8 ou 10 lieues de fon
mais
embouchure, au fort James. Cet établiffement,
rançonné fept à huit
qui a été conquis, pille,
fois dans un fiecle, eft enfin refté aux Anglois,
le dernier traité de paix de 1783 &, à
par Tégatd,des autres côtes d'Afrique occidentale,
il a été réglé, par le même traité, article 12,
les François & les Anglois continueroient à
que
& à commercer, fuivant T'ufage
les fréquenter
qui a eu licu jufqu'a préfent.
ifle
n'a
Le fort James eft fitué dans une
qui
mille de circonférence, Le principel Compas un
Gambie,
appelle auili Gammerce de la
qu'on
bra, eft celui qui fe fait généralement fur toutes
de l'or, de l'ivoire, de la
les côtes d'Afriques
e(claves. Les Anglois
cire, des gommes & des
arrivés
traitent annuellement jufqu'a 3000 2
en
de fort loin. Les François n'ont que
la plupart d'Albréda, fur la rive-nord de la
le comptoir
font prefque tout le
riviere dont les Anglois
Commerce.,
'on
bra, eft celui qui fe fait généralement fur toutes
de l'or, de l'ivoire, de la
les côtes d'Afriques
e(claves. Les Anglois
cire, des gommes & des
arrivés
traitent annuellement jufqu'a 3000 2
en
de fort loin. Les François n'ont que
la plupart d'Albréda, fur la rive-nord de la
le comptoir
font prefque tout le
riviere dont les Anglois
Commerce., --- Page 69 ---
AFRI Q U
LES ISLES DU CAP VERD.
NoN loin de ces rivages, furent découvertes,
VCIS l'an 1449, par les Portugais, les dixifles
du cap Verd, dont San-Yago eft la capirale.
Ce petit archipel eft toujours refté depuis foumis
à la couronne de Portugal. Quoique la plupart
de ces ifles foient extrèmement fertiles, qu'elles
foient abondantes en beftiaux, qu'on y trouve
du riz, du bled, des cannes à fucre; du coton,
de l'indigo, des vins affez bons, des fruits de
toute efpece ; cependant, à peine nourriffentelles leurs habitans , partie Negres, partie Portugais. Ces beaux pays entre les mains d'un peuple
pareffeux 2 ignorant, fuperftitieux, font fans induftrie, fans aétivité. Les exportations pour l'Europe fe réduifent à une herbe cannue fous le
nom. d'orfeille, qui croit fans culure, & qui
s'emploie dans les teintures d'écarlate. Quelquefois les ifles du cap Verd envoient encore en
Amérique quelques boeufs & quelques mulets,
& aux : colonies d'Afrique foumifes à la cour
de Lisbonne 2 > un peu de fucre, & une petite
quanticé de pagues de coton, --- Page 70 ---
s3
A FRI Q U E.
RIVIERE D E CASAMA N C E.
LEs Portugais ont toujours confervé l'ambicomme fouverains d'un pays
rion de fe regarder
bâti
avoient découvert, & où ils avoient
qu'ils
& deux petits forts. Les nations
quelques villages
prérivales ont peu refpecté cette orgueilleufe
tention, & n'ont point difcontinué jufqu'à préfent de traiter les efclaves fur ces parages, &
avec les bâtimens
d'y négocier , en concurrence
du Bréfil
portugais venus des illes du cap Verd,
& de Lisbonne,
S I E R R A- L E 0 N Ae
les
fitués fur les rives de
QuoijUE
pays fous la domination brice feuve ne foient pas
à
tannique, fes fujets font cependant parvenus
tout le Commerce dans deux compen concentrer
trèsanciennement établis. Intoirs particuliers, de l'or, de Pivoire, de la cire,
dépendamment
qu'on.y
de l'ambre gris, de quelques perles riviere
trouve, ils tirent annuellement de cette
& des contrées voifines quatre ou cinq mille
de
QuoijUE
pays fous la domination brice feuve ne foient pas
à
tannique, fes fujets font cependant parvenus
tout le Commerce dans deux compen concentrer
trèsanciennement établis. Intoirs particuliers, de l'or, de Pivoire, de la cire,
dépendamment
qu'on.y
de l'ambre gris, de quelques perles riviere
trouve, ils tirent annuellement de cette
& des contrées voifines quatre ou cinq mille --- Page 71 ---
AFRIQU E.
efclaves. Ceux de ce canton font grands, bicn
faits, apprennent avec beaucoup de facilité tout
ce qu'on veut leur apprendre. Les dents d'élephants qu'on prend à Sierra-Léona, paffent pour
les meilleures de toute la Guinée : elles font
d'une grofleur & d'une blancheur admirables.
COTE D'ITOI R E.
CETTE côteeftainfi appelée de la grande quantité de dents d'éléphans qu'elle fournit, celle
des Graines & des Quaquas occupe 250 lieues
le long de la mer. On y- achete du riz, de
l'ivoire & des efclaves. Les navigateurs ne forment que paffagerement quelques comptoirs fur
ces plages : le plus communément ils attendent
à l'ancre que les noirs viennent eux-mèmes fur
leurs pirogues propofer des objets d'échange.
Cet ufage s'eft, dit-on, établi depuis que des
aétes répétés de perfidie & de févérité de la part
des noirs, leur ont fait fentir le danger des débarquemens.
--- Page 72 ---
A F.R I Q U E.
CAP APO I L O N I E.
Cz marché a acquis de la célébrité par fa
grande quantité d'efclaves qu'on y peut traiter.
Cet attrait feul étoit capable d'en éloigner toutes
les ames fenfibles aux droits de Thumanité; mais
les Européens fe font difpuré la concurrence fur
ces rivages barbares : les Anglois ont même_préle Commerce exclufif : ils I
tendu s'enjattribuer
fe Aattoient de l'obtenir; mais d'autres hommes,
aufli, durs qu'eux 2 le leur ont difputé, & s'y
font maintenus : ce e font les traitans Hollandois
& François.
COT E S D' O R.
Crs côtes ainfi appelées. de la grande quantité d'or queles) Negres jettent dans le Commerce,
s'étendent fur 130 lieues, depuis le cap Apollonie jufqu'à la riviere de Valte. Comme ce pays,
eft divifé en quantiré de petits royaumes > qui
fe font fucceflfivement la guerre , & que les habitans font très-robultes, les efclaves que fourniffent les prifonniers de guerre & les malfaiteurs,
O R.
Crs côtes ainfi appelées. de la grande quantité d'or queles) Negres jettent dans le Commerce,
s'étendent fur 130 lieues, depuis le cap Apollonie jufqu'à la riviere de Valte. Comme ce pays,
eft divifé en quantiré de petits royaumes > qui
fe font fucceflfivement la guerre , & que les habitans font très-robultes, les efclaves que fourniffent les prifonniers de guerre & les malfaiteurs, --- Page 73 ---
A 2 FR I Q t É.
sy trouvent en grand nombre, & les comptoirs
des Anglois, des Hollandois, & même des D2nois, sy font exceflivement multipliés. Les François fe voyoient à regret exclus d'un endroit fi
avantageux à la traite : pour en partager les bénéfices, ils tenterent de fe donner un comptoir
à Anamabou, lieu très-prepre à ce Commerce :
ils sy fortifioient même, de l'aveu des naturels
du pays, lorfque leurs travailleurs furent chaffés
à coups de canon parles vaiffeaux de la GrandeBretagne. Les Anglois, fans aucun autre droit
que celui du plus fort, sly font établis folidement, & n'ont plus fouffert de concurrent dans
ce pofte. A huit lieues de la riviere de Valte,
eft Kela, lieu très-abondant en fubfiftances. C'eft
la que fe rendent les navires pour fe pourvoir
de vivres, & qu'ils expédient leurs canots pout
s'informer des lieux où il conviendra d'établir
leur traite : fouvent ils vont la faire au petit
Popo. Ce marché eft fur-tout fréquenté par les
Anglois, les François & les Portugais. --- Page 74 ---
R I Q U E.
JUD A.
CETTE contrée, fuivant la relation de tous
les voyageurs, , eft un des plus beaux pays du
monde connu, & un des plus abondans en toute
forte de productions. Il eft fort peuplé & trèsle nombre & la quantité d'efrenommé pour fortent. Les marchés de Juda ne
claves qui en
& aux
font ouverts qu'aux Anglois, auix François
Portugais : ces derniers y ont une grande fupériorité, à caufe du tabac de Bréfil qu'ils y por:
les habitans de Juda ont
tent, & pour lequel
la plus vive pallion.
eft le marA environ vingt lieues de Juda,
ché de Bodagri : on y) mene beaucoup d'efclaves.
Dans les temps que toutes les nations y étoient
les navigateurs ne faifoient leurs achats
reçues,
les autres. Depuis que les Anque les uns après
été
aux
glois s'en font éloignés , il a
petmis
traiter en concurFrançois & aux Portugais d'y
fréC'eft le lieu de cette contrée le plus
rence.
les François. A l'égard des Anglois,
quenté par retirés à Honi, dans les ifles de Cuils fe font
de
de Bodagri par une diftance
ramo, féparées lieues, fur une rade difficile,
quatorze à quinze
toute la
marécageufe & mal-faine. En général,
lois s'en font éloignés , il a
petmis
traiter en concurFrançois & aux Portugais d'y
fréC'eft le lieu de cette contrée le plus
rence.
les François. A l'égard des Anglois,
quenté par retirés à Honi, dans les ifles de Cuils fe font
de
de Bodagri par une diftance
ramo, féparées lieues, fur une rade difficile,
quatorze à quinze
toute la
marécageufe & mal-faine. En général, --- Page 75 ---
AFRIQU E.
côte, depuis la tiviere de Valte jufqu'aux ifles
Curamo, n'eft pas acceflible. Un banc de fable,
contre lequel les vagues de l'Océan viennent fe
brifer avec violence, oblige les navigateurs attirés
dans ces parages par l'efpoir d'une abondante
traite, à fe fervir des naturels du pays, & de
leurs pirogues pour envoyer leurs cargaifons à
terre. > & pour en rapporter ce qu'ils reçoivent en
échange. Leurs navires mouillent fans danger fur
un fond excellent, à trois ou quatre milles de
la côte.
Entre Juda & Bodagri, on trouve encore deux
autres marchés, Epée & Portonavo. Le premier
eft farement fréquenté, parce que fouvent on n'y
trouve point d'efclaves. Le fecond n'eftavantageux
qu'aux Portugais : leur tabac du Bréfil leur y
donne une telle prépondérance, que les autres
nations font obligées de former leurs cargaifons
du rebut des leurs.
BÉN I N.
LA riviere de Bénin, qui abonde en ivoire
& en efclaves, , eft navigable pour les vaiffeaix;.
mais fon Commerce eft tombé prefqu'entieret
ment entre les mains des Anglois. Les Hollandois
8c lcs François en ont été rebutés par le caractere --- Page 76 ---
ArR I QU E.
des naturels du pays. Ala vérité, ils font moins
barbares que ceux des contrées voifines; mais ils
font fi légers daus leurs goûts, qu'on ne fait
jamais quelles marchandifes ils voudront accepter
en échange.
Au deffous de la riviete de Bénin, ôn trouve
le cap Formofe, & enfuite le vieux & le nouveau
Calbari. La côte de ces parages eft balle, inondée fix mois de l'année, & très-mal-faine : ori
n'y trouve que de l'eau corrompue ; les naufrages
y font fréquens, & des équipages entiers y font
fouvent la viétime de l'intempéric de l'air. Tant
de calamités n'ont pu écarter de ces parages les
navigateurs Anglois, quiyachetent tous! les aus,
à très-vil ptix, fept olt huit mille Negres. Les
François fe hafardent quelquefois à partager un
Si dangereux Commerce : des malheurs prefque
inévitables ne font point des obftacles allez paif:
fans pour arrêter leur avarice.
LE GABO N.
LEs efclaves qui viennent du Gabon, ainfi
ceux qu'on tire du Bénin & du Calbari,
que
ailleurs.
font très-inférieurs à ceux qu'on achete
Auffi font-ils livrés, le plus qu'il cft pollible,
attx
Les
François fe hafardent quelquefois à partager un
Si dangereux Commerce : des malheurs prefque
inévitables ne font point des obftacles allez paif:
fans pour arrêter leur avarice.
LE GABO N.
LEs efclaves qui viennent du Gabon, ainfi
ceux qu'on tire du Bénin & du Calbari,
que
ailleurs.
font très-inférieurs à ceux qu'on achete
Auffi font-ils livrés, le plus qu'il cft pollible,
attx --- Page 77 ---
A R I QU
aux colonies étrangeres, par les Anglois qui fréquentent Ces mauvais marchés.
Les rivages de la riviere du Gabon, fituée
précifément fous l'équateur, font aufli mal-fains
que les pays dont on vient de parler, $ même
dans tous les ports, dans tous les marchés qu'on
trouve depuis le Gabon jufqu'au royaume d'Angola. A Loango, à Molimbo, à la baie de Gabinde, le climat eft meurtrier, & très-meurtrier;
mais, comme on y trouve des efclaves en trèsgrande quantité, de meilleure qualité & à meilleur marché qu'ailleurs, far le refte de la côte,
ces funeftes parages, & fur-tout le marché de
Molimbo, 3 plus que tous les autres, > n'ont pas
laiffé d'être fréquentés Par les navigateurs Européens. La néceflité de fournir aux befoins de l'Amérique, & l'appas du gain, leur font affronter
zous les dangers.
Depuis la baie de Gabinde jufqu'au Zaire, il
ne fe trouve plus de rivage abordable. Non loin
de ce fleuve eft la riviere Ambriz, qui reçoit
quelques petits bâtimens expédiés de l'Europe
même. Des navires plus confidérables arrivés a
Loango, à Molimbo, à Gabinde 3 y envoient
leurs chaloupes pour traiter des noirs, & abréger
leur féjour fur la côre; niais les navigateurs qui
y font érablis, ne fouffrent pas toujours cette
concurrence. Les Anglois, les Hollandois, les
E --- Page 78 ---
AFRIQU E.
François, fans craindre cet obfiacle, envoiert
librement leurs chaloupes à Moflula, dont la
rade eft impraticable pour les navires. Rarement
en reviennent- elles, fans amener quelques cfclaves, qu'en y obtient à un prix plus modéré
que dans les grands marchés.
N G O L A.
APris Moffula, commencent les poffeffionis
que les Portugais ont conquifes dans le royaume
d'Angola. Elles forment un état confidérable >
qui s'étend fur 240 licues de côtes; &, dans
de certains endroits, jufqu'à 1OO lieues dans
l'intérieur des terres.
La capitale de cette partie de T'Afrique por
tugaife eft Saint-Paul de Loanda. Cette villea un
affez bon port ? protégé far des fortifications
régulieres. Beaucotp plus bas eftSaint-Philippe de
Benguela, qui appartient ila même nation, &
qui n'a qu'une rade, où fouvent la mer eft fort
groffe. Cette derniere ville, cft défendue par un
mauvais fort, que le canion des vailleauxrédniroit aifément en poudre. A dix lieues plus loin
que Saint-Philippe > eft cncore une loge portugaife, oùi font élevés de nombreux troupeaux, &
régulieres. Beaucotp plus bas eftSaint-Philippe de
Benguela, qui appartient ila même nation, &
qui n'a qu'une rade, où fouvent la mer eft fort
groffe. Cette derniere ville, cft défendue par un
mauvais fort, que le canion des vailleauxrédniroit aifément en poudre. A dix lieues plus loin
que Saint-Philippe > eft cncore une loge portugaife, oùi font élevés de nombreux troupeaux, & --- Page 79 ---
A FRI I e U E;
od eft ramaffé le fel néceffaire aux peuples foumis
à la couronne de Portugal,
Les navires portugais qui viennent dla traite
fur ces parages; ; font tous expédiés du Bréfil, &
prefque uniquement de Rio-Janéiro. Ils fe rendent toûts à Saint-Paul de Loando, ou à SaintPhilippe. Ces bâtimens achetent un plus grand
nombred'efclaves dansleptemier de ces marchés,
& dans l'autre des efclaves plus robuftes. Comme
les Portugais exercent fur leur territoire un privilege exclufif, ils paient ces malheureux noirs
moins chers qu'on ne les vend ailleurs : ils donnent en échange du tabac & des eaux - de-vie
de fucre.
En général, il faut obferver que, de tous les
efclaves qu'on achete en Afrique, les Cafres,
les Negres de la haute Guinée, font plus robuftes & plus propres aux travaux de la terre.
Les noirs du Sénégal ont la taille avantageufe,
la' peau d'un noir d'ébene, > les traits & la phyfionomie agréables : les femmes font encore plus
belles. Il en eft de même de quelques autres
contrées; mais les uns & lcs autres ne font pas
forts & bons cultivateurs. On_en tire plus d'utilité dans le fervice domeftique. Quand les maîtres les traitent avec humaniré , ils ont pour eux
una artachcment qui va jufqu'ila patlion, & quelE 2 --- Page 80 ---
As R 1 Q U f.
en ont donné des preuves qu'on ne peur
ques-tins admirer: Au contraire, fi, par un caprice
trop brutalité , on les maltraite, ils en conou par
f vif, qu'à la premiere
coivent un teffentiment
les venoccalion qui fe préfentera, ils exerceront
les plus atroces. On en a quelques
geances qui font frémir.
exemples
poitugais, comAu - delà des établiffemens
lieues
ftérile, qui a plus de 200
mence un pays fe ternine au cap de Bonnede côtes, & qui
de
n'eft habité
Efpérance. Ce long efpace
pays
les Cimbebas & les Hottentors, peuples
que par
mais libres, qui ne fe livrent
fanvages, pauvres, Ils font aflez heureux pour
point à T'efclavage.
qui n'ont auêtre dédaignés par les Enropéens,
communication avec eux.
cune
L E" N E.
ISLE D E SAINTE-HET
entretenir fes lidifons avec les Indes
PouR
angloife a formé ur
orientales, la compagnic
Cette ifle, qui
lieu de relâche à Sainte-Hélene.
eft
28 milles de circonférence,
n'a qu'environ
à quatre
fituée au milieu de l'Océan atlantique,
lieues des côtes d'Afrique, &c à-peueprès
cents
En
même diftance du cap de Bonne-Efpérance.
AINTE-HET
entretenir fes lidifons avec les Indes
PouR
angloife a formé ur
orientales, la compagnic
Cette ifle, qui
lieu de relâche à Sainte-Hélene.
eft
28 milles de circonférence,
n'a qu'environ
à quatre
fituée au milieu de l'Océan atlantique,
lieues des côtes d'Afrique, &c à-peueprès
cents
En
même diftance du cap de Bonne-Efpérance. --- Page 81 ---
ArRrev e:
1602, , les Portugais découvrirent l'ille de SainteHélene, qu'ils dédaignerent. Les Hollandois y
formerent dans la fuite un petit établiffements
mais ils en furent chaflés par les Anglois, qui
sy font fixés depuis 1673.
Sur fon fol férile & fauvage, aucune des produétions de l'Europe, grains, légumes, arbres
fruitiers, à l'exception du pêcher, n'ont pu y
profpérer. Il a fallu fe borner à la nourriture
des bêtesà corncs; & ce n'eft même qu'après sy
être donné beaucoup de peine, qu'on eft parvenu
à les multiplier. On en compte dans l'ifle environ
trois mille, nombre bien infuffifant pour fournir
au rafiaichiflement des vaiffeaux,qui abordent à
Sainte-Hélene, & i la confommation d'environ
vingt mille habitans libres ou efclaves, qui peuplent cette ifle : cinq cents hommes de garnifon
rehfermés dans des fortifications peu confidérables, forment toute fa défenfe. On voit combien cette relâche eft inférieure à celle que
les Hollandois fe font procurée au capde BonneEfpérance. Tous. les bâtimens anglois qui reviennent des Indes, s'arrêtent à Sainte - Hélene : 2.
&, en temps de guerre > ils y trouvent des
vaifleaux d'efcorte. Les refcifs & les courans
en écartent ceux qui vont d'Angleterre aux Indes,
Plulieurs d'entre eux, pour éviter lcs inconvé-
âche eft inférieure à celle que
les Hollandois fe font procurée au capde BonneEfpérance. Tous. les bâtimens anglois qui reviennent des Indes, s'arrêtent à Sainte - Hélene : 2.
&, en temps de guerre > ils y trouvent des
vaifleaux d'efcorte. Les refcifs & les courans
en écartent ceux qui vont d'Angleterre aux Indes,
Plulieurs d'entre eux, pour éviter lcs inconvé- --- Page 82 ---
A F R I Q U F.
niens d'un fi long voyage, vont, , fans s'arreter;
relâcher au cap de Bonne-Efpérance 5 les autres,
particuliérement ceux qui font deftinés pour le
Malabar, vont prendre des rafraichiflemens aux
ifles de Comore. --- Page 83 ---
A 2e SIE
LAsse, fi On1 en excepte les parties feptentrionales, eft une des plus délicieufes & des plus
riches parties de T'anivers. C'eft là que, 2 dans
tous les temps, le Commerce a été chercher fes
plus rares & fcs plus précieufes marchandifes,
Tor, les diamans, les petles, les aromates, lcs
plus belles éroffes, enfin tous les alimens du luxe
& de la volupté, tous les tréfors dont la puic
fance enflamme le plus la cupidité des hommes.
Les Egyptiens font les premicrs navigateurs
qui fe foient emparés. du Commerce de l'Afie
& de l'Inde : ils y acquirent des richeffes immonfcs. L'Egypte , quoique fubjuguée par les
Romains, quoiqu'enlevée à l'empire d'Orient
par les Arabes, fir toujours l'entrepôt d'un grand
Commerce, où toutes les nations de l'Europe
alloient prendreles productions de-l'Inde : cllesy
pertoient & en rapportoient les mêmcs marchandifes qu'aujourd'hui. Les Pifans, 2 les Floreutins 2
les Catalans, les Génois, & fur-tout les Vénitiens, furent alors les feuls qui s'enrichirent à
ce trafic, jufqu'à la décoiverte du cap de EonneEfpérance: eile offrit aux Portugais giti la firent,
E 4
l'Europe
alloient prendreles productions de-l'Inde : cllesy
pertoient & en rapportoient les mêmcs marchandifes qu'aujourd'hui. Les Pifans, 2 les Floreutins 2
les Catalans, les Génois, & fur-tout les Vénitiens, furent alors les feuls qui s'enrichirent à
ce trafic, jufqu'à la décoiverte du cap de EonneEfpérance: eile offrit aux Portugais giti la firent,
E 4 --- Page 84 ---
A s I E.
orientales
court & plus
un chemin aux Indes
plus
facile que tous ceux qu'on connoiffoit aupara-
& leur donna le moyen de faire, excluvant,
les autres nations, le Comfivement à toutes
merce de l'Afie & de l'Inde.
Les Vénitiens comprirent bientôt que la découverte du cap de Bonne - Efpérance, époque
la plus célebre de Phiftoire du monde, cauferoit
révolution dans le Commerce., &
une grande
leur feroit funefte. Cc fut en vain qu'ils oppoferent leurs intrigues' & leurs flottes pour traverfer les entreprifes des Portugais. Cette nation
l'avarice & le fanaexaltée par l'ambition > par,
tifme, avec des mifionnaires, de foibles armées,
jufqu'à Théroifme 2
& un courage qu'elle pouffa
Afie fa domien moins d'un fiecle étendit en
nation & fon Commerce, du couchant à l'orient,
depuis la mer, Rouge & le golfe Perfique jufMoluques. Goa & Lisbonne furent les
qu'aux
où fe concentrerent toutes les
fculs entrepôts
richefles & les tréfors des Indes orientales.
Si les conquètes &c la profpérité des Portugais
farent rapides, leur chute ne le fut pas moins.
Bientôt accablés fous le poids de leurs propres
richefles, énervés par la chaleur du climat, cortoute forte de vices, ils perdirent
rompus par
des fecours
leur courage & leur activité : privés
réfifter atik
de la métropole, ils ne purent plus --- Page 85 ---
A SI E.
xations commerçantes de l'Europe. Bientôt les
Hollandois & les Anglois leur enleverent leurs.
richeffes & leurs poffeflions, De tant de grandeur, il ne leur refte plus que Goa & quelques
miférables établiflemens, ou ils languiffent encore, dans l'inaction, fans efpérance de recouvrer
leur ancienne fplendeur,
En parcourant l'Afie du couchant a l'orient,
voyons comment chacune des nations commerçantes de l'Europe s'eft approprié les dépouillcs
qu'elle a enlevées aux Portugais ; l'état actuet
des établiffemens qu'elles ont formés en Afie
far les débris de leur fortune ? & -de ceux
qu'elles fc font procurés par d'autres conquétes,
L'A R A B I E,
CETTE vafte contrée forme une des plas grandes
péninfules du monde connu. Elle eft environnée
de trois mers 5 au midi, par l'Océan indien,
au levant, par le golfe Perlique, au couchant,
par la mer Rouge, On fent combien cette pofition eft avantageufe pour le Commerce ; &: les
Arabes en ont toujours fait un très-grand avec
tous les pays ou ces mersles conduifent. Dans les
remps de leurs conquétes, ils l'érendirent juf
te contrée forme une des plas grandes
péninfules du monde connu. Elle eft environnée
de trois mers 5 au midi, par l'Océan indien,
au levant, par le golfe Perlique, au couchant,
par la mer Rouge, On fent combien cette pofition eft avantageufe pour le Commerce ; &: les
Arabes en ont toujours fait un très-grand avec
tous les pays ou ces mersles conduifent. Dans les
remps de leurs conquétes, ils l'érendirent juf --- Page 86 ---
A S I Ei
extrémités des Indes orientales, dont ils
qu'aux
marchandifes dans
raffembloient les précieufes
de TArabie, & fpécialement dans celui
les ports d'oi enfuite ils les verfoient dans ceux
d'Aden,
de l'Egypte, par le canal de la mer Rouge.
Lorfqu'après la découverte du cap de BonneEfpérance, les Portugais, conçurent le vafte projet
d'attirer à eux feuls le Commerce de l'inde, ils
les Arabes, qui çn étoient enpof
prévirent que
de la réfiftance : pour
fellion, leur oppoferoient
le chemin
s'en débarraffer, ils leur intercepterent
de la
de l'Inde, en s'emparant de la mvigation
mer Rouge & du golfe Perfique. Albuquerque, de
fcspropofoit même
un de leurs généraux,
celui d'Aden
détruite le port de Suès en Egypie,
la
méridionale de T'Arabie,
à T'extrémité plus fiecles, Fun des plus fo-
&, depuis plufieurs de l'Afe : nais le Portagais
riffans comptoirs
de tous, côtés, 8, diffut vivemerit repouffe
il fe trouva
trait par des projets plus importans, Quelque temyps
forcedisibundonner fon entreprife.
Aden fat conquis par Soliman I1, emaprès,
Bientôr un roi d'Hiemen
pereur des Ottomans.
de Moka, &c de
les Turcsis ainfi que
en chaffa
del'Arabie, dont le Comquelques autres parties
les naturels du pays
merce demeura libre entre voulurent former
& les nations curopégnnes qui
révolution,
des liaifoas avec eax. "Depuis cette
, Quelque temyps
forcedisibundonner fon entreprife.
Aden fat conquis par Soliman I1, emaprès,
Bientôr un roi d'Hiemen
pereur des Ottomans.
de Moka, &c de
les Turcsis ainfi que
en chaffa
del'Arabie, dont le Comquelques autres parties
les naturels du pays
merce demeura libre entre voulurent former
& les nations curopégnnes qui
révolution,
des liaifoas avec eax. "Depuis cette --- Page 87 ---
A $ I E:
lés principales opérations de Commerce fe font
faites à Moka, fitué fur la mer Rouge , à quelque diftance d'Aden.
Les marchandifes que 2 dans tous les temps,
a fournies l'Arabie, & qu'elle fournit encore,
font la myrre 3 l'enicens, Taloës, le meilleur de
tout l'univers, le baume de la Mecque, quelques aromates & quelques drogues proprcs à la
médecine. Ce h'eft que depuis le XV, fiecle
qu'on a commencé à connoitre les propriétés du
café en Arabie, à ly cultiver, à en faire ufage.
A l'imitation des Arabes, les autres nations font
adopté, elles en font une fi grande confonmation, que le café cft deveng, pour le pays,
la branche la plus confidérable de fon Comr
merce : fans elle, l'Arabie feroit aujeurd'hui itrèspauvre. La vente de fes aromates n'y fait pas.entrer, par an, > plus de huit à neuf ceuts mile
livres, fomme bien infufifante pour lui fournir
tout ce qui lui manque.
L'arbre qui produit le café,croit dansle territoire de Béteifagui, fitué à dix lieues de la
mer Ronge, fur un fable aride : fon fuit n'a
Pas le même degré de bonté pat-tout, Celui qui
vient fur les lieux élevés, &c fpécialement à
Ouden, eft généralement préféré. C'eft à Bételfagui que fe vend tout le café qui doit fortir
du pays par terre. Les Egyptiens trouvent celui --- Page 88 ---
Atrz
dont 76 ils ont befoin à Gedda, port de l'Arabie
fur la mer Rouge, plus proche de Suès que
Moka. C'eft dans cette derniere place que tous
L'exportation
les autres peaplesapprovifionene de douze à treize
de ce café peut être, par an,
millions de livres pefant,
L'Europe en achete
, 500, ooa
00a
La Perfe, -
3, 500,,
La Aotte de Suès,
6,-500, 000
La caravanne de terre >
a *, oQo, 000
150, oo0
L'Indoftan,
12, 650, 000
de ce café fe vend 17 fols la
Le plus parfait
f, & celui
livre, celui de moyenne qualité 15
de qualité inférieure 13 f. : le tout dans les ports
En réduifant tous ces cafés à 14 f
de P'Arabie.
la livre, qui eft le prix commun, fon exportation neuf
annuelle doit faire entrer en Arabie huit à
millions de livres tournois.
lui
C'eft avec cette fomme & les cafés qui
le pays fe procure les denrées qui
reftent', que
l'Afrique & T'Afie,enlui manquent, & que
voient dans fes ports.
de f"Arabiea
Pour achever Tapprovifionnement
tous les ans du Bengale,
les Anglois expédient trois navires, dont les
pout le port de Gedda,,
fucre, gincargaifons confiftent en riz, fafran,
nois.
lui
C'eft avec cette fomme & les cafés qui
le pays fe procure les denrées qui
reftent', que
l'Afrique & T'Afie,enlui manquent, & que
voient dans fes ports.
de f"Arabiea
Pour achever Tapprovifionnement
tous les ans du Bengale,
les Anglois expédient trois navires, dont les
pout le port de Gedda,,
fucre, gincargaifons confiftent en riz, fafran, --- Page 89 ---
Asir
gembte, étoffes de foie, & quantité, de toiles.
La valeur du tout peur monter à fept millions.
La plupart de ces marchandifes reftent dans le
pays : le furplus eft vendu à la fotte de Suès.
Surate envoie aufli tous les ans à Gedda quelques
cargaifons, mais beaucoup plus riches, dont le
prix s'éleve jufqu'à dix millions. Dans cet envoi,
lès Anglois prennent la plus grande part quileur
eft poflible.
GOIF E P ERSIQU E.
Le golfe Perfique s'étend entre l'Arabie & la
Perfe, ayant à fon extrémité, , au nord, la ville'
de Baffora, &, au midi, la ville d'Ormus,
fituée dans une petite ifle peu éloignée du rivage
de la Perfe. Les Arabes, dans les temps de leur
profpérité. > avoient établi à Ormus un comptoir
qui devint le plus opulent, & l'endroit le plus
voluptueux de l'Afe. Ce qu'on raconte de fes
ticheffes, de fon luxe & de fes profiuions,'ef
prefque pas croyable.
A peine les Portugaiseurent-ils formé un établiffement folide à Goa, qu'ils tournerent leurs
armes du côté d'Ormus. Ils y furent également
attirés, & parl'appas des richeffes & par le deffein d'intercepter aux Arabesle chemin des Indes. --- Page 90 ---
A s I E:
En 1507, Albuquerque, vice-roi de Goa, fit
cette iniportante conquête, & en chaffa les Arabes, qui n'y font plus retourné.
Les Portugais ont gardé cette place pendant
plus d'un fiecle; mais, dans le temps de leur
décadence; Schah-Abas; roi de Perfe, fecondé
Fr les Auglois, la leur enleva en 1622. Les
Portugais qui la défendirent 2 perdirent leurs
righeffes, leur comptoir : tout devint la proie
du vainqueur. Les fortifications d'Ormus furent
rafées, la ville facagée & ruinée; le monarque
perfan attira tout le Commerce qui sy faifoit
dans fes états à Bender-Abafli.
a Le Commerce ne fe maintient que par.la
hilaerté : les négocians ne la trouverent point en
Peife; ils y éprouverent mille vexations, plus
odieufes, plus injuftes les unes que les autres.
Lc trône fat continuellement occupé par des
tvrans ou des imbécilles. Leurs cruautés &c leur
avarice affoiblirent chaque jour les liaifons de
leurs fujets avec les autres peuples: La Perfe,
agitée, déchirée par les guerres civiles, fe trouve
expofce à toutes les horreurs
encore aujourd'hui
de l'anatchie.
Dans une fituation f violente, Bender-Abalfi
& ies antres poits de Perfe, où il éroit fi dangereux d'aborder, ont été abandonnés: Le peu
de Commerte qui s'y failoit, a été tranfporté
oiblirent chaque jour les liaifons de
leurs fujets avec les autres peuples: La Perfe,
agitée, déchirée par les guerres civiles, fe trouve
expofce à toutes les horreurs
encore aujourd'hui
de l'anatchie.
Dans une fituation f violente, Bender-Abalfi
& ies antres poits de Perfe, où il éroit fi dangereux d'aborder, ont été abandonnés: Le peu
de Commerte qui s'y failoit, a été tranfporté --- Page 91 ---
A S I E.
a Baffora. Son port eft devenu un entrepôr célebre, qui conferve encore aujourd'hui fon érat
&: fon importance. Les Turcs, qui font maîtres
de cette place > ont profité des malheurs de leurs
voifins. En fe conduifant avec des principes un
peu plus équitables, 2 ils ont fu attirer chez eux
'les affaires, & les y retenir. Les négocians ne
laiffent cependant pas d'y être fouvent opprimés
par les commandemens turcs. Ceux-ci y font
excités par la rivalité des Européens > qui - cherchent ife fiupplanter les uns & lès autres, & /
qui, pour y réuflir, s'émbarraffent peu d'employer les moyens les plus odieux.
Les marchandifes que les Européens établis
dans l'Inde envoient à Balfora, montent à dix
ou douze millions : les Anglois entrent dan's
cette fomme pour quatre millions; ; les Hollandois pour deus; les François, les Maures, les
Indiens, les Arabes & les Arméniens pour le
furplus.
Les cargaifons de ces nations confiftent en riz,
fucre, > en mouffelines rayées & brodées > en de
groffes toiles bleues de Coromandel, du cardamôme , du bois de fandal du
Malabar, > des
étoffes d'or & d'argent de Surate, des perles de
Baharem, da'cafc de Moki, du fer, du plomb
& des draps d'Europe. Ces marchandifes fc vendent toutes argent comptant, & fc tranfportent, --- Page 92 ---
8o
A $ I Ei
pourla plus grande partie, 5 en Perfe : le furplus
fe répand à Bagdad, a Alep, & dans l'Arabie
déferte..
Quelque fréquenté que foit aujourd'hui Baffora, ce port doit cependant craindre d'ètre un
jour abandonné, Plufieurs navigateurs commencent à lui préférer Mafcate, > & plus d'une raifon
femble juftifier cette préference. Le port de Maf
cate > fitué à l'entrée du golfe Perfique , eft uII
etcellent entrepôt pour Baffora, placé au fond
de ce golfe : il abrege le voyage de trois mois;
le Commerce y eft plus libre qu'à Baffora; on
aucune vexation; les droits y font
n'y éprouve & demi
cent. Il faut, à la
réduits à un
pour
à Bafvérité, porter enfuite les marchandifes
fora, oit la douane exige trois pour cent ; mais
les Arabes fe chargent de ce tranfport à très-bon
marché. Une raifon particuliere déterminera toujours les Anglois qui négocient pour leur compte,
a fréquenter Mafcate : ils y font cxempts des
cent qu'ils font obligés de payer à Bafcinq pour
dans tous les autres lieux où leut
fora, comme
compagnie a formé des établiffemens.
Legolfe Perlique reçoit encore quelque célébrité de l'ifle de Baharem. C'eft dans fes pafe fait la pêche des plus belles perles
rages l'orient que elles font moins blanches que celles
de
:
de Ceylan & du Japon, mais plus grolles que
les,
ils y font cxempts des
cent qu'ils font obligés de payer à Bafcinq pour
dans tous les autres lieux où leut
fora, comme
compagnie a formé des établiffemens.
Legolfe Perlique reçoit encore quelque célébrité de l'ifle de Baharem. C'eft dans fes pafe fait la pêche des plus belles perles
rages l'orient que elles font moins blanches que celles
de
:
de Ceylan & du Japon, mais plus grolles que
les, --- Page 93 ---
AsI E.
Tes premieres, & plus régulieres que les autres.
Elles tirent un peu fur le jaune ; mais on ne
peut leur difputer lavantage de conferver leur
cau dorée, , tandis que, dans les pays chauds,
les perles les plus blanches perdent , avec le
temps, beauccup de leur éclat.
Le produit annucl de cette pêche eft eftimé
trois millions fix cents mille livres, dans lefquels
Ics Anglois y entrent pour quelque chofe. Les
perles inégales paffent à Conftantinople & dans
le refte de la Tarquie : les plus belles & les
plus parfaites font réfervées pour Surate & pour
l'Indoftan.
Autrefois on faifoit d'abondarres péches de
perles à Ormus,, Kareck; à Keshy; mais leurs
bancs font épuifés. Il n'y a que celui de Baharem qui paroit n'avoir pas encore effuyé une
diminution fenfible.
COT E S D U M
L A B
R.
DIU.
CES côtes s'étendent depuis le fleave Indus
au nord, jufgu'au cap Comorin
;
, au midi. Le
premier érabliffement curopéen qu'on y trouve, -
au nord, eft le port & la ville de
>
Din, bâtie
F --- Page 94 ---
A $ I E.
dans une' petite ife du même nom, qu'on rencontre vis-à-vis les rivages du Guzarate. Originaire.ment cette ville appartenoit au roi de Cambaye. Les Portugais, dans les commencemens
de leur" érabliffement au Malabar, obtinrent la
permillion d'y bâtir un comptoir fortifié, Bientôt
ils s'emparerent de toute l'ifle, & s'y rendirent
odieux par leurs vexations & leur tyrannie. Un
csrtain Coje Sophar, mniniftre du roi de Cambaye, l'exhorta à fecouer leur joug. Il'frle Giege
dela ciradelle de Diu. Les Portugais oppofereut
la
réfiftance : ils
à cette artaque plus vigoureufe
eurent le bonheur de confetver la place, & ils
la poffedent encore; mais le voilinage de Surate., & la fupériorits qu'y ont acqu.fe leurs
rivaux, rendent inutiles toutes les dépenfes
& les efforts qu'ils ont faits pour la conquérir
& la garder. Diu, qu'on regardoir autrefois
aflurer
comme un pofte très-important pour
le Commerce des Indes, aujourdhui n'efpius
sien. Les Porrugais, devenus aufli indolens
qu'ils étoient actifs & redoutables dans le remps
de leurs conquétes, n'en retirent aucune utilité:
ils n'en retirent pas davantage de la ville de Daman, firuée i vingt lieues de Surate : ils s'en
emparerent en 1535. Le Mogol a tenté plufieurs
fuis de la recouvrer, mais inutilement. Cette
ville cl reitée aux Portugais. Les Anglois &: les
ien. Les Porrugais, devenus aufli indolens
qu'ils étoient actifs & redoutables dans le remps
de leurs conquétes, n'en retirent aucune utilité:
ils n'en retirent pas davantage de la ville de Daman, firuée i vingt lieues de Surate : ils s'en
emparerent en 1535. Le Mogol a tenté plufieurs
fuis de la recouvrer, mais inutilement. Cette
ville cl reitée aux Portugais. Les Anglois &: les --- Page 95 ---
As: E.
Hollandois ont dédaigné de leur enlever Diu &
Daman : ils fc font feuleient appliqués à leur
rendre inutiles ces deux places" Iis y ont parfairenent réuili; & les Portugais, qui n'oncp plus
ces principes d'activité qu'avoient leurs ancetres,
ne font pas le moindre effort pour fe relever de
tant d'humiliation.
SUR A T E.
CETTE ville, qui fait partie de l'empire du
Mogol, fituée fur le golfc de Cambaye, la plus
riche & li plus peuplée de toure la côte du
Malabar, a toujours été un grand entrepôt de
Conumetre; &, malgré les malheurs qu'clle a cffuyés, elle eft encore la plus célebre de l'Afie.
On y trouve tout ce que cctte riche Partie du
giobe a de plus rare & de plus précieux. C'ett
dans fes magafins que le Guzarate verfe tout le
produit de fcs innombrables mnanufactures
belles toiles
: les
qui cn fortent, font pour Surate la
fource inrarillable de fes richelfes; & la bafe du
Commerce inmenfe qu'clle fait avec
la Perfe &TEurope. Aucun
l'Arabie,
Pays n'eft plus induf
tricux à employer le coton 5 aucun Pays n'en
duit davantage.
proIndspendamment de la quantité
prodigicufe que Surate fuit travailler dans feg
F 2 --- Page 96 ---
A 5 I E.
manufactures, cette ville en envoie tous les ans
fept à huit mille balles dans le Bengale : la
Chine, la Perfe & l'Arabie en reçoivent beaulorfque la récolte eft abondante:
coup davantage,1
fi elle eft médiocre, > le fupcrfu va fur le Gange,
où le prix eft roujours le plus avantageux.
Quoique Surate reçoive, en échange de fes
des porcelaines de la Chine, de
exportations, & de Perfe des foies, des dattes, des
Bengale
fruits fecs, de l'eau-rofe, des perles, du cuivre;
qu'il tire du Malabar des mâtures & du poivre;
des parfums & des efclaves de l'Arabie; > beaud'épiceries des Hollandois 5 du fer, du
coup
des draps, de la cochenille, de la quinplomb,
caillerie ; la balance en argent lui eft cependant
fi favorable, qu'il lui revient tous les ans vingtcinq à vingt-fix millions. Ce profit augmenteroit
de beaucoup, fi les richeffes de la cour de Delhy
n'étoient pas détournées.
Les monnoies étrangeres n'ont point cours a
Surate : on ne s'y fert que de roupies, qu'on fabrique tous les ans dans le pays. Celles de l'année
celles de l'année précévalent un peu plus que
dente, qui font cenfées avoir diminué de poids
l'ufage & le frottement. Les étrangers qui
par arrivent à Surate font obligés de changer en monnoies du pays, & en payant un & demi pour
cent du droit d'entrée, l'or & l'argent qu'ils
n'ont point cours a
Surate : on ne s'y fert que de roupies, qu'on fabrique tous les ans dans le pays. Celles de l'année
celles de l'année précévalent un peu plus que
dente, qui font cenfées avoir diminué de poids
l'ufage & le frottement. Les étrangers qui
par arrivent à Surate font obligés de changer en monnoies du pays, & en payant un & demi pour
cent du droit d'entrée, l'or & l'argent qu'ils --- Page 97 ---
Asi E.
8;
apportent. Ces métaux four audi-tôr fondus &
raflinés, pour en faire des roupies.
Le grand & le riche Commerce quis'eft tou- I
jours fait à Surate', a été un puiffant appir pour
y attirer les négocians de l'Europe, & leur faire
defirer d'y avoir des établilfemens. Les Anglois
& les Hollandois, après en avoir expulfé les
Portugais, qui n'ont pu fourenir la concurrence
avec eux, y ont obtenu des comptoirs, qui font
refpectés & foriflans. Les François ont paru les
derniers à Surate : ilsy eurent aufli un comptoir,
qui leur a été fucceflivement enlevé & rendu.
L'article I5 du traité de Verfailles, du 3 Septembre 1783, paroit leur en avoir affuré Ia tranquille jouiffance? Par cet article, il eft réglé que
les François auront un Commerce libre, str &
indépendant fur la cête de Malabar, foir qu'ils
le faffent individuellement, ou en corps de compagnie.
Les Anglois & lcs Hollandois participent,
autant qu'il leur eft pollible > aux grandes affaires
de Commerce qui fe font à Surate ; mais l'Anglois y a acquis une fupériorité décidée fur tous 4
fes rivaux. La Agyadigp-loiadaiXépl,
dont eft revêtu le directeur de la compagnie
angloife, loblige d'avoir toujours fur pied une
forte marine , qui, jointe à Gelle de fcs commnettans, le met en état d'affurer le fuccès de fes
F 3 --- Page 98 ---
AsI I F.
opérations. Il y a plus : en 1759 , les Marates
Surate; ils étoient près de s'en emmenacerent
cette ville G opulente. Dans.
parer & de faccager
du Mogol & les
cette extrémité, T'empereur
à leur fecours les Anglois s
habitans appelerent
réuffirent à fauver cette importante place,
qui
confia la garde : ce fut la récomdont on leur
le calme à
penfe de leuts fervices. Ils rendirent
mais en la mettant dans la dépendance
Surate, 3 la nation dont elle avoit invoqué le
abfolue de
traité conclu avec les
fecours. En 1776, par un
la libre
Marates; la mème nation obtint encore
jouiffathee de Barokia & de fon territoires avec
000 liv. de revenu far un autre, territoire
720,
Barokia eft une grande ville,
qu'on y joignit.
de la riviere
fituée à 35 milles de l'embouchure
de
qui fe jette dans le golfe
de Nerhedals,
célebre par la
Cambaye, & très-anciennement
l'abondance de fes marichelfe de fon fol, par
nufiétures, & par la' propriété qu'ont fes eaux
bien blanchir les toiles. Qu'on juge de quelle
de
devenir ce pofte entre les mains
importance aufli peut actifs que les Anglois : mais tant
de gens
tant d'autorité
de paiffance, tant de richeffes,
leur deviendroient peur-étre inutiles, fi, pour
ils n'avoient fait la
s'en affurer la joniffance.
conquête de Salcéte & de Bombay.
étures, & par la' propriété qu'ont fes eaux
bien blanchir les toiles. Qu'on juge de quelle
de
devenir ce pofte entre les mains
importance aufli peut actifs que les Anglois : mais tant
de gens
tant d'autorité
de paiffance, tant de richeffes,
leur deviendroient peur-étre inutiles, fi, pour
ils n'avoient fait la
s'en affurer la joniffance.
conquête de Salcéte & de Bombay. --- Page 99 ---
A SI F
SAICETE ET DONEAY.
CEs deux ifles, peu éloignéesl'une de l'autre,
fituées dans le voifinage de Surate, appartenoient
aux Portugais. La premiere leur fur enlevée par
les Marates 5 & les Anglois la conquirent fur
ces derniers, en 1774. Cette acquifition ne les
rendit maitres que d'un territoire peu étendu, fans
aucun port, mais le plus peuplé & le plus fertile de toute l'Afie. Bombay, fans jouir de ces
avantages, en a ub autre qui les compenfe tous; ;
c'eft d'avoir le meilleur port de tout l'Indoftan, >
& le feul qui, avec celui de Goa, puiffe recevoir des vaiffeaux de ligne.
L'air de Bombay étoit autrefois f mal-fain,
fi meurtrier, qu'il pafloit en proverbe que deux
mouffons à Bombay étoient la vie d'un homme.
Une fi cruelle intempérie en dégoûta les Portugais : ils céderent leur ifle aux Anglois', en
1662. Entre les mains d'une naticn aulli induftrieufe &c aufli active, elle changea bientôt de
face. Pour tirer tout l'avantage qu'ils avoient
efpéré du port de Bombay, ils travaillerent a
donner de la falubrité à l'air : les arbres en trop
grand nombre, 3 & qui en empèchoient la libre
circulation, furent coupés; les marais, quil'inF 4 --- Page 100 ---
A S I E.
feétoient, furent defféchés ; de tous côtés le pays
fut ouvert; on procura de l'écculement aux eaux :
lair devint alors tel qu'on le defiroit. Un peuple
innombrable, également attiré parlal bonté del'air
& par les douceurs d'un gouvernement libre,
accourut de tous côtés pour peupler lifle. Son
port, régulierement fortifié, eft devenu le plus
célebre de tout l'Indoftan : ileft! le rendez-vous
de tous les bâtimens anglois expédiés d'Europe
pourla mer Rouge, le golfe Perlique & le Malabar. C'elt là que les gicadres angloifes, envoyées
par la Grande-H Bretagne dans les mers de l'Inde,
doivent fe rafraichir & fe radouber : elles y trouvent, dans de vaftes magafins, tous les approvifionnemens néceilaires. Enlin Bombay, dont
les Portugais n'ont jamais fu rien faire, eft devenu le centre. de toute la puiffance, angloife
dans l'Indoftan, & de toutes les forces avec
lefquelles elle s'eft emparée fi rapidement de ia,
navigation & d'une grande partic du Commerce
de Surate,
En 1773, le revenu de Bombay & des comptoirs qui font dans fa dépendance, fe montoit
à
13, 607, 212 liv. IO f
Leurs dépenfes à : 12, 711, 15o liv,
Profit - 1
896, 062 liv. IO f.
C'eft bien peu de chofe aveç tant de moyens;
an, & de toutes les forces avec
lefquelles elle s'eft emparée fi rapidement de ia,
navigation & d'une grande partic du Commerce
de Surate,
En 1773, le revenu de Bombay & des comptoirs qui font dans fa dépendance, fe montoit
à
13, 607, 212 liv. IO f
Leurs dépenfes à : 12, 711, 15o liv,
Profit - 1
896, 062 liv. IO f.
C'eft bien peu de chofe aveç tant de moyens; --- Page 101 ---
ASIE
mais on prétend que depuis 1773 ce profit
s'eft beaucoup accru. Goa eft bien cloigué de
concevoir l'efpérance de changer fa malheureufe
fituation, & de l'améliorer.
Go A.
CETTE ville étoir anciennement une dépendance du royaume de Decan; & quoiqu'alors
elle fût moins importante qu'elle ne l'eft devenue
depuis, on la regardoit comme un des poftes
le plus avantageux pour le Commerce des Indes
orientales. Goa, fituée vers le milien de la côte
de Malabar, s'éleve en amphithéâtre dans une
petite ifle détachée du continent par les deux
bras d'une riviere qui fe jette dans la mer,
après avoir formé devant fes inurs Lln des plus
beaux ports de l'univers. Avanc d'y entrer, >
on découvre les deux péninfules de Salcet &c de
Bardes, qui lui fervent en même temps de
rempart &c d'abri. Quelle plus admirable fituation pourroit-on defirer pour faire un grand entrepôr de Commerce?
Cette idée n'échappa point aux Portugais,
lorfqu'ils commencerent leurs conquétes dans
l'Inde. Forcés de quirter Calicut, où ils s'étoient
d'abord fixés, ils s'emparcrent de Goa. Albu- --- Page 102 ---
-
9o
A sr E.
brufqua cette place en ISIO, la prit &
querque fortifia. Trois mois après, il en fut chaffé
sly les Indiens. Ce général revint à la charge,
par
Goa
fois," & força enfin
prit & reprit
plufieurs
avec les
le roi de Decan à le lui abandonner,
péninfales de Salcet & de Bardes : les Portugais
maintenus depuis. Dans les temps de leur
s'yfonti
Gos devint T'entrepôr de toutes les
profpéricé, des Indes, le plus fameux marché de
richeffes
Funivers, & la métropole des établiffemens portudans TInde : mais cette fplendeur n'a fublifté
gais
des Anglois & des Hollandois
enesjufqulfartisée dansle Malabar. Ils y trouverent une nation énervée
la molleffe qui fuit une opulence excefpar
la plus mauvaife adminiffive, gouvernée par
de
de moines,
tration poflible > entourée prétres,
& de fes barbares inquifiteurs 7 dégradée par
fortes de vices; déteftée par les naturels
toutes
à caufe de fes rapines & de fa tyrandu pays,
bientôt fes plus conlidenie. Iis lui enleverent
Commerce, la
rables poffefions, fon immenfe
&
fource de fes richeffes, de tant de crimes,
Il ne refte plus à Goa que
de fon aviliffement.
; & il fei
le fouvenir de fon ancienne grandeur
réduit aux plus minces opéravoit anjourdhui
de fes
tions. En raffemblant tout ce qu'il réçoit
> tout ce que lui apportent
autres comptoirs chargés de marchandifes requelques bâtimens
Commerce, la
rables poffefions, fon immenfe
&
fource de fes richeffes, de tant de crimes,
Il ne refte plus à Goa que
de fon aviliffement.
; & il fei
le fouvenir de fon ancienne grandeur
réduit aux plus minces opéravoit anjourdhui
de fes
tions. En raffemblant tout ce qu'il réçoit
> tout ce que lui apportent
autres comptoirs chargés de marchandifes requelques bâtimens --- Page 103 ---
A SIE.
butées à Çanton, il ne peut fournir annuellement pour l'Europe que trois ou quatre Cargaifons, dont la valeur ne paffe pas trois millions. cent foixante & quinze mille livres, non
compris le Commerce que fait exclufivement la
couronne, , qui confifte en fucre, tabac en poudre,
poivre, falpètre, perles, bois de fandal & d'aigle.
Mais les profits que la nation & la couronne
retirent de ce Commerce, font en grande partie
abforbés par l'entretien d'un gouverneur-général,
des fortifications de Goa, & d'une très-mauvaife
milice de 6276 foldats blancs ou noirs.
CALIC U T.
CALICUT eft le premier port des Indes
orientalesg oûles Portuagaisd@barquerent en 1498,
conduits par Vafco de Gama. C'étoit alors le plus
fameux marché de l'Inde pour le Commerce des
épiceries, des diamans, des toiles fines, des
foies,'de l'or & de l'argent. Les Portugais y
furent d'abord favorablement reçus, & obtinrent
la permiflion de bâtir un comptoir & une fortereffe près de la ville. Dans la fuite, ils fe
brouillerent avec le Samorin ( c'eft ainfi qu'on
appelle le roi de Calicur ), qui, après une
guerre opiniatre, vint à bout de les chaffer du --- Page 104 ---
A s I E:
pays. Aujourd'huile Calicut n'eft plus connu dans
le Commerce que par quelques comptoirs que
les Européens poffedent dans cette contrée. Celui
de Tallichery, qui appartient aux Anglois*, eft
le plus confidérable, & cependant ne fournit
qu'un million cinq cents mille livres pefant de
poivre, & quelques autres denrées de peu d'importance. En 1725, les François obtinrent des
naturels du pays le comptoir de Mahé. 1I s'étoit
élevé à quelque degré de profpérité, > lorfque les
Anglois s'en emparerent & le ruinerent : ils l'ont
rendu à la Paix de 1763. Ils l'ont encore
repris .
pendant la derniere guerre, & rendu par Tarticle
5 du traité de paix de 1783.
Coc H I N.
LES Portugais, dépouillés par-tout, fc main.
tenoient avec quelqu'éclat à Cochin, loriqu'en
1663 ils s'y virent attaqués par les Hollandois.
Ceux-ci leur enleverent rapidement & Cochin
&.tous les comptoirs qu'ils avoient dans cette
contrée de PInde. Après cette conquète : les
vainqueurs fc promettoient les plus brillans fuccès dans leur Commerce fur les côtes du Malabar; mais, continuellement contrariés par leurs
rivaux, l'événement n'a pas répondu à leurs
avec quelqu'éclat à Cochin, loriqu'en
1663 ils s'y virent attaqués par les Hollandois.
Ceux-ci leur enleverent rapidement & Cochin
&.tous les comptoirs qu'ils avoient dans cette
contrée de PInde. Après cette conquète : les
vainqueurs fc promettoient les plus brillans fuccès dans leur Commerce fur les côtes du Malabar; mais, continuellement contrariés par leurs
rivaux, l'événement n'a pas répondu à leurs --- Page 105 ---
As I E.
efpérances. Ils n'envoient actuellement de Batavia à Cochin qu'un feul vaiffeau chargé d'un peu
d'alun, de benjoin, de camphre, de toutenague,
de fucre, 3 de fer, de calin, de plomb, de cuivre
& de vif argent. Le vaiffeau qui a débarqué cette
médiocre cargaifon, prend en retour du kaire (*)
pour les befoins du port de Batavia, & quelques
quantirés de poivre, qu'il verfe à Ceylan. Les
profits que peut faire la compagnie fur de A
petits' objets > font abforbés par la dépenfe. Cependant, un comptoir placé au milieu de campagnes très-fertiles, arrofées par une riviere qui
porte des bâtimens de cinq cents tonneaux $
devroit être naturellement plus floriffant. On ne
peut attribuer fa langueur gu'au génie oppreffeur
du gouvernement hollandois.
TRA P E N C O R.
DANS Ce petit royaume ils'eft formé deuz
établiffemens européens. Celui que les Danois
ont à Colefchey eft fans aétivité. Il eft rare, >
& très-rare que cette nation y falle le moindre
petit achat & la moindre vente.
(*) Ce font des cordages faits avec de l'écorce du
socotier, --- Page 106 ---
AsiE
d'Anjinga eft placé fur
Le comptoir anglois
une langue de terre, à l'embouchure d'une petite
riviere obftruée par des fables la plus grandé
partie de l'année. La ville eft remplie de métiers,
& fort peuplée. Un feul agent conduitles affaires
de ce comptoir, avec peu de dépenfe, mais
avec beaucoup d'aétivité.
Le Travancor, qui aboutit au cap Comorin,
termine au midi le Malabar proprement dit,
contrée plus agréable que riche. On n'emporté
ftérile, que
gueres de ce pays, généralement
confidédes aromates & des épiceries : les plus
rables font le bois de fandal, le fafran d'Inde,
le cardamome - , le gingembre , la faulle cannelle
& le poivre.
L E J M A L D I V E S.
ON appella ainfi une longue chaine d'ifles
fituces à la pointe de l'Afie, à l'oueft du cap
Comorin. Les naturels du pays les font monter
à douze mille. La plus grande partie n'offre
des monceaux de fable fubmergés dans la
que haute marée; & les plus grandes n'ont qu'une
tris-petite circonfércnce : la principale eft celle
de Male, fituée au milicu de toutes les autres,
à qui Oil ne donne pas une lieue & demie de
'ifles
fituces à la pointe de l'Afie, à l'oueft du cap
Comorin. Les naturels du pays les font monter
à douze mille. La plus grande partie n'offre
des monceaux de fable fubmergés dans la
que haute marée; & les plus grandes n'ont qu'une
tris-petite circonfércnce : la principale eft celle
de Male, fituée au milicu de toutes les autres,
à qui Oil ne donne pas une lieue & demie de --- Page 107 ---
Asir
sour. Le cocoticr, qui eft plus abandant dans
cesifles que dans aucune autre contrée dumonde,
en faits-pour ainfi dire, toute la richeffe : fon
écorce, connue fous le nom de kaire, fert à
faire des cables très-forts & très-uriles pour la
navigation de l'Inde. Sur les rivages des illes, on
ramalle les cauris. Ce font de petites coquilles
blanches & luifantes, qui fervent de monnoie
aux indes & far lcs côtes d'Afrique. Le Bengale
feul en tire tous les ans pour fepr à huir cents
mille livres. Les Européens achettent la livze
pelant de cauris dix fols: ils la revendent depuis
douze jufqu'à dix-huit dans leurs métropoles,
& elle vaut en Guinée jufqu'i trente cinq fole
Les Maldives donnenr encore une efpéce de poif
fon qu'on fale, & dont On envoie tous lesans
deux cargaifons à Achem. On les paie avec de
Tor & du benjoin. L'or refte dans le pays, &
le benjoin pafle à Moka, où il fert à acheter
environ trois cents balles de cafs, qui fe confomment dans ces ifles.
Un pays f pauvre n'étoit pas fait pour exciter
les Européens à y former des établiflemens. Les
Portugais cependant, quelque tcmps après leur
arrivée dans lInde, le convoiterent & le mirent
fous le joug. Cette tyrannie dura peu : une garnifon qu'ils laifferent pour contenir les infilaires,
fur maffacréc, & les Maldives recouvrerent leur --- Page 108 ---
9G
A S 1 Ei
indépendance. Depuis cette époque, clles font
foumifes à un prince nahométan, qui tient fa
cour à Male, & qui eft le feul négociant de
fes états.
CEYIA N.
LEs Portugais durent fe croire bien dédommagés de la.perte des Maldives 3 par las conquête de Ceylan ,-polte d'une bien plus grande
importance, & qu'ils n'ont pas mieux confervé.
L'illé de Ceylan, fituée à la pointe de l'Afiey
vis-à-vis le cap Comorin, eft fans contredit
l'endroit le plus avantageux pour le Commerce
qu'on puidle trouver dans l'Inde. Sa fituation offre
une communication très-facile avec, le Malabar,
le Coromandel & le Bengale, nn pallage qui
conduit dans les plus opulentes régions de l'orient.
Tous les navires qui arrivent d'Europe fe préfentent d'cux-mèmes à la vue de Ceylan, &les
mouffons alternatives permettent d'y aborder &c
d'en forir dans tous les temps de l'année. L'ifle
a environ quatre-vingt lieues de long fur trente de
large. Ses ports, en allez grand nombre, font
les meilleurs de l'Inde. Ony trouve des éléphans
fans nombre, des pierres précieufes, d'excellente
cannelle, du poivre > de Tareque, une pécherie
de
ent d'cux-mèmes à la vue de Ceylan, &les
mouffons alternatives permettent d'y aborder &c
d'en forir dans tous les temps de l'année. L'ifle
a environ quatre-vingt lieues de long fur trente de
large. Ses ports, en allez grand nombre, font
les meilleurs de l'Inde. Ony trouve des éléphans
fans nombre, des pierres précieufes, d'excellente
cannelle, du poivre > de Tareque, une pécherie
de --- Page 109 ---
A s i Ei
de perles, quiproduit deux cents mille livres par
an. Le terrein en général y eft fertile; l'airy eft
de la plus grande falubrité; enfin rien ne inanque
à ce délicieux pays pour en faire un établiffement de Commerce également folide, & utile
& agréable.
Les Portugais eurent le bonheur d'y. réuffir :
ils s'emparerent des côtes & de prefque tous
les ports de lille; ils en fortifierent quelquesuins avec beaucoup de dépenfe, & fur-t tout
Colombo, où ils placcrent lc centre de leur domination & de leur Commérce. Ils s'y maintinrent allez long-temps, avec autant de courage
que d'éclat; mais leurs gouverneurs s'étant tertdus odienx aux naturels da pays, par leur tyrannie & leurs cruautés, s'étant plus occupés à
bouleverfer le gouvernement &cla religion, que
des affaires de leur Commerce, le roide Candy,,
dont le royaume eft fitué dans l'intéricur. dés
terres, appela, en 1655, les Hollandois à fon
fecours. Après trois années d'une guerre trèsopiniâtre > Colombo fut pris : les Portugais
furent entierement défaits & chaflés de lifle :
Gafpar Figari, leur général &c leur dernier gouverneur, > refta prifonnier, & fat par la fuite C
tenvoyé à Goa, oà il mourut couvert d'opprobre.
Par le traité fait entre le roi de Candy & les
Hullandois, il avoit été convenu qu'après la prifs
G --- Page 110 ---
A S E.
de Colombo, on remettroit cette place au roi;
mais les Hollandois ne voulurent point en faire
la reftitution. Maitres d'une ville bien bâtic,
d'une fortereffe réguiierement fortifiée, de magafins &c de tous les bâtimens néceffaires à un
brillant établiffement, & qui avoient coûté des
fommes immenfes, ils garderent le tout : aux
anciennes fortifications > ils en ajouterent de
fe rendre fornouvelles, & ne fongerent qu'à
midablesau prince qui avoit invoqué leur fecours.
Cette-perfidie &c quantité d'autres ont été la
fource de très - longues & de très-i fanglantes
fe font fouvent renouvelées, &
guerres, > qui
11 paroiffent avoir été enfin terminées en 1766,
un traité qui met lc roi de Candy, fes
toutes les côres, tous les ports de l'ifle,
ajers, celles de Manan & de Calpentrin, dans
vec
des Hollandois. Leurs pofentiere dépendance
lieués
effions s'étendent encore jufqu'à quinze
dans les plaines. Celles qui font entre Colombo
font les plus fertiles en can-
& Pointe-de-Galle,
nelle. Le roi de Candy & fes principaux fujets
fe font retirés dans les montagnes qui occupent
le milieu de l'ifle, & tellement fortifiées par
la nature, qu'il ne fera pas facile de les en
chaffer. Il croit auffi, dans ces montagnes, de
très-bonne cannelle, bien fupérieure à celle des
Par le dernier traité, la cour de Candy
piaines.
Celles qui font entre Colombo
font les plus fertiles en can-
& Pointe-de-Galle,
nelle. Le roi de Candy & fes principaux fujets
fe font retirés dans les montagnes qui occupent
le milieu de l'ifle, & tellement fortifiées par
la nature, qu'il ne fera pas facile de les en
chaffer. Il croit auffi, dans ces montagnes, de
très-bonne cannelle, bien fupérieure à celle des
Par le dernier traité, la cour de Candy
piaines. --- Page 111 ---
A S I E,
eft obligée de la livrer à la compagnie hollandoile, à raifon de 2 liv. 7 f. 2 d. la liyre. Ils
ont celle des côtes à bien meilleur marché; mais
l'une dans l'autre, elle ne leur reyient qu'a - 13 f
6 d. la livre.
Malgré tant d'avantages, malgré lés riches
productions que fournit le pays, il ne paroît pas
que les affaires des Hollandois fe foient élevées
à Ceylan à un haut degré de profpérité. Le revenu territorial, les douanes, > les petites branches de Commerce ne rendent pas annuellement
plus de -
- 2, 200, 900 liv.
Sona adminiftration & fa dé.
penfe coûtent -
2, 420, 000
La dépenfe excede de
120, 000
Ce vuide eft rémpli par les bénéfices qu'on
fait far la cannelle. Ils doivent encore fournir aux
guerres que la haine, les teffentimens, les défiances' de la cour de Candy, & le génic oppreffeur du gouvernement hollandois ne manqueJont pas de renouveler à la premiere occafion ;
mais f jamais la compagnie peur devenir fouveraine de Ceylan, l'avantage de fa polition, la
richelfe de fes productions, la falubrité de Tair,
tour T'engagera à y tranfporter le centre de fa
puiffance & de fes affaires. Là, fans trop. s'éloigner de la Chine, du Japon, elle fera plus
G 2 --- Page 112 ---
ico
ASIE Es
en état de profiter des occafions pour augmentter fon Commerce au Malabar & au Coromandel, & de donner aux comptoirs qu'elle a far
ces côtes une activité dont ils ont le plus grand
befoin. Il lui fuffira"de laiffer à Batavia une
bonne garnifon, & quelques vaiffeaux en croifiere aux environs du. détroit de la Sonde > pour
veiller fur ce qui fe paffe aux Molucques.
COTES D E COROXA N D E L.
CES côtes font célebres par leurs manufactures de toiles de. coton, les plus belles., les
plus fines qui fe fabriquent dans T'univers; mais
c'eft le feul objet qu'on trouve pour le Commerce dans ces contrées. Elles en fourniffent
alfez. pour approvifionner, , non-feulement toute
l'Europe s mais encore différens pays de l'Afie
& de l'Afrique. Les Européens en enlevent tous
les ans, favoir:
Les Anglois: a
3000, balles..
Les Hollandois
: : C 3200.
Les François -
Les Danois -
TOTAL
9500 balles.
Parmi ces toiles, il s'en trouve une aflezgrande
quanticé peinte en bleu; pour la traite des neirs;
alfez. pour approvifionner, , non-feulement toute
l'Europe s mais encore différens pays de l'Afie
& de l'Afrique. Les Européens en enlevent tous
les ans, favoir:
Les Anglois: a
3000, balles..
Les Hollandois
: : C 3200.
Les François -
Les Danois -
TOTAL
9500 balles.
Parmi ces toiles, il s'en trouve une aflezgrande
quanticé peinte en bleu; pour la traite des neirs; --- Page 113 ---
A STE."
IOI
mais les autres font de, belles bétilles, ou des
mouffelines, dont il y en a d'une finefe furprenante 5 des indiennes peintes, des mouchoirs
de Mazulipatnam, ou de Paliacatre. Toutes, les
unes dans les antres, coûtent fur les lieux960 1.
la balle : ce qui fait environ une fomme de neuf
millions, dont fix fc paient en argent, & le
furplus en marchandifes.
A l'égard des toiles que les Européens tirent
du Coromandel pour vendre dans les"différentes
échelles de IInde, & en Afrique, les François
en portent au Malabar, à Moka & à l'ifle de
Bourbon -
800 balles.
Les Anglois à Bombay, 3 àSumatra & aux Philippines -
- 1200
Les Hallandois à tous leurs établiffemens
I5oo
TOTAL
3500 balles.
A l'exception de 5oo balles deftinées pour
Manille, qui coûtent chacune 2400 liv., les
autres font fi communes > que leur valeur primitive ne s'éleve pas atl deffus de 720 liv. la
balle : ainfi la totalité des 3500 ne paffe pas
trois millions trois cents foixante mille livres.
La côte de Coromandel ouvre le chemin à
Golconde, fitué dans l'intérieur des terres, Cette
contrée eft la feule en Afie qui ait des mines
G 3 --- Page 114 ---
1o2
A3 IE.
de diamans. Cet objet de Commerce', de luxe
& de magnificence, qui s'éleve à quatre millions
cing cents mille livres,. eft tout en entier, entre
les mains des Anglois, qui le font valoir par
des Juifs & des Américains.
Le premier comptoir européenqu'on rencontre
en partant de Ceylan pour aller à la côte de
Coromandel, eft
NÉGAI P A T N A M.
AVANT l'arrivée des Portugais aux Indes,
ce lieu n'étoit qu'un fimple village. Quand ils
l'eurent conquis, ils en firent une grande ville ;
qu'ils fortifierent de plufieurs baftions, & d'un
large follé, mais pour fc la laiffer bientôt enlever par les Hollandois. On diroit que la principale million de ce peuple dans P'Inde a été de 1
faire expier aux Portugais les cruautés, le brigandage, les perfidies, les atrocités qu'ils yont
comnrifes. Les Hollandois affiégerent & prirent
Négapatnam en 1658':.ils y furent aidés par
les naturels du pays, 2 qui déteftoient la domination portugaife, & que la crainte feule faifoit
combattre pour des tyrans.
Les Hollandois, devenus maitres de Négapatnam, Y ont bâti une très - bonne forterefle,
les cruautés, le brigandage, les perfidies, les atrocités qu'ils yont
comnrifes. Les Hollandois affiégerent & prirent
Négapatnam en 1658':.ils y furent aidés par
les naturels du pays, 2 qui déteftoient la domination portugaife, & que la crainte feule faifoit
combattre pour des tyrans.
Les Hollandois, devenus maitres de Négapatnam, Y ont bâti une très - bonne forterefle, --- Page 115 ---
As I E,
& fur les débris dcs magnifiques palais des
Portugais, des magafins très-vaftes & très-bien
entendus. C'étoit là que leurs autres comptoirs
de la côte verfoient leurs marchandifes, qui,
comme on vient de le voir, confiftoient en quatre
à cinq mille balles de toiles par chacun an.
Par le traité de paix conclu entre la Hollande
& l'Angleterre, le 3 feptembre 1783, > les Etatsgénéraux ont fait ceflion à la Grande - Bretagne
de Négapatnam. Par l'article 5 du même traité,
celle-ci confent cependant à rendre cette poffellion, que les Hollandois jugent fort importante, fi on lui offre en compenfation quelque
objet qui la puiffe dédommager de ce facrifice.
TRANQU E B A R.
CETTE ville eft au nord de Négapatnam,
dont elle n'elt dloignée que de cinq lieues. Elle
eit fituée dans le royaume de Tanjaour, fur un
terrein que les Danois acheterent, & pour lequel ils paient encore une redevance de feize
mille huit cents livres. Cet emplacement préfente aétucllement une ville bien bâtie, une
fortereffe refpectable par fon étendue & par les
ouvrages qui la défendent. En 1689, l'avarice
& la jaloufie réunirentle Raja de Tanjaour & les
G 4 --- Page 116 ---
A. S I E.
Hollandois pour T'attaquer; mais elle fut fauvée
par les Anglois de Madras, qui accoururent a
fon fecours.
Les Danois tirent de ce comptoir 800 balles
de toiles. Les profits de la vente font confidérablement diminués par les frais du comptoir &
ceux de l'entretien d'une garnifon de cent cinquante foldats européens, & de trois cents cipayes.
Trinquebar a fouvert tenté d'avoir des comptoirs fur les bords du Gange 2 à Chinchura &
à Bankibafar; mais la jaloufie des Anglois &
des Hollindois ont iendu inutiles tous leurs
cfforts. D'ailleurs,es richelles & Jes capitaux
du Danemarck ne s'élevent pas affez haut pour
lui permeitre de grandes entreprifes dans l'inde,
& d'y entrer en concurrence avec fes rivaux,
Po N D I C JI : R Y.
APRÈS la perte de Madagafcar, Surare
avoit été choifi pour être le centre de toutes les
aftaires de la compagnie françoife des Indes
orientales en Afie. C'étoit de cette ville que
devoient partir les ordres pour les établiffemens
fabalternes : c'étoit là que devoient fe réunit
toutes les marchandiles qu'on devoit envayer en
Europe,
en concurrence avec fes rivaux,
Po N D I C JI : R Y.
APRÈS la perte de Madagafcar, Surare
avoit été choifi pour être le centre de toutes les
aftaires de la compagnie françoife des Indes
orientales en Afie. C'étoit de cette ville que
devoient partir les ordres pour les établiffemens
fabalternes : c'étoit là que devoient fe réunit
toutes les marchandiles qu'on devoit envayer en
Europe, --- Page 117 ---
A S I E.
1o5
L'agont que le miniftere choitit pour l'exécution de ce projet, fe nommoit Caron. C'étoit
un négociant d'origine françoife, quiavoit vieilli
aul fervice de la Hollande. Arrivé à Surate, , il
fur bien éloigné de penfer que la compagnie dût
y former fon établiffement principal : il en trouvoit la pofition mauvaife ; il voyoit trop de défavantage à négocier avec des nations plus riches,
plus inftruites, plus accréditées : il ne croyoit
pas gu'il convinti la compagnie françoife d'achcter fa stireté par des foumiflions. Ces confidérations dérermincrentCaronàabandonner Suraté,
pour fe porter à Ceylan, dans la baie de Trinquemale : elle lui parut réunir tous les avantages
qu'il defiroit. Il s'y rendit avec une forte efcadre, que commandoit la Haye, dont il dirigeoit
les opérations 5 mais les forces des Hollandois,
déja établies à Ceylan, jointes à celles du roi
de Candy, la difette 7 les maladies, firent périr
la majeure partie de l'efcadre 2 & forcerent
Caron & la Haye d'en conduire les débris fur
les côtes du Coromandel, pour s'y rétablir &
y chercher des vivres. Ils crurent que San-Thomé
leur en fourniroit abondamment : ils l'emporterent d'affaut en 1672. Deux ans après, ils y
furent-inveftis par les Hollandois, ,a8 forcés de
leur abandonner la place.
Après ce défaftre, tout étoit perdu, fi Martin
cadre 2 & forcerent
Caron & la Haye d'en conduire les débris fur
les côtes du Coromandel, pour s'y rétablir &
y chercher des vivres. Ils crurent que San-Thomé
leur en fourniroit abondamment : ils l'emporterent d'affaut en 1672. Deux ans après, ils y
furent-inveftis par les Hollandois, ,a8 forcés de
leur abandonner la place.
Après ce défaftre, tout étoit perdu, fi Martin --- Page 118 ---
A STE
n'avoit été du nombre des négocians envoyés fur
l'efcadre de la Haye. Il raffembla le peu de
François qui étoient échappés aux pourfuites des
Hollandois, & en peupla la petite bourgade de
fituée au milieu de la côte de CoroPondichéry. 2
mandel, devant une très-bonne rade, avantage
précieux dans ces parages oût il n'y a aucun port.
Pondichéry commençoit à devenir une ville,
lorfque la compagnie conçut l'efpérance de former un érabliffement. beaucoup mieux fitué dans
le royaume de Siam. En effet., la pofition de ce
celle du port de Mergui, l'un des meilpays, leurs de T'univers, lui ouvre la navigation dans
toutes les mers de l'orient, une communication
de
d'Ava, d'Arfacile avec les royaumes
Pégu,
rakan, contrées plus barbares encore que Siam,
mais oû l'on trouve les plus beaux rubis de la
terre, de la poudre d'or, &- cette précieufe
laquelle les Chinois & les Japonois
gommeavec leurs beaux vernis. Siam fournitluicompofent
même beaucoup de cette gomme, & en outre
beaucoup d'ivoire, du bois de teinture femblable
le meilleur étain de toute
à celui de Campèche 2
T'Afie, quantité d'autres objets de Commerce
très-recherchés, avec une grande abondance de
fruits & de vivres. Rien n'étoit mieux imaginé
qu'un grand établiffement à Siam ; mais celui
dont les François s'étoient flattés, eut la plus malheureufe réuflite.
ême beaucoup de cette gomme, & en outre
beaucoup d'ivoire, du bois de teinture femblable
le meilleur étain de toute
à celui de Campèche 2
T'Afie, quantité d'autres objets de Commerce
très-recherchés, avec une grande abondance de
fruits & de vivres. Rien n'étoit mieux imaginé
qu'un grand établiffement à Siam ; mais celui
dont les François s'étoient flattés, eut la plus malheureufe réuflite. --- Page 119 ---
A S I E.
Les François furent attirés dans ce royaume
par un aventurier, qui fe faifoit appeler Conftantin Phaulcon. C'étoit un intrigant de beaucoup d'efprit, qui eut le bonheur de gagner les
bonnes gracés du roi de Siam, au point de
devenir fon premier miniftre. Sa difgrace fut
auili funefte & auffi tragique que fa grandeur
avoit eut d'éclat. Accufé d'avoir voulu ravir la
couronne au roi, fon bienfaiteur, il fut arrêté,
maffacré, & tous fes biens furent confifqués.
Les François, foupçonnés d'avoir favorifé fes
complots", > furent entraînés dans fa chute. Ils
rendirent, après quelque réfiftance, la fortereffe
de Bancok & le port de Mergui , dont on leur
avoitconfélag garde, & furent chaffés du royaume
en 1688. Pendant leur féjour à Siam, qui ne
fut que de treize mois, ils firent quelques tentatives pour former des liaifons avec le Tonquin & la Cochinchine 5 mais ce fur fans aucun
fuccès. Ils s'eftimerent trop heureux, dans de fi
fâcheufes circonftances, 2 de pouvoir regagner la
rade de Pondichéry, où la compagnic fe fixa
enfin. Les Hollandois ne les y laifferent pas
long-temps tranquilles : ils afliégerent Pondichéry
en 1693, & le prirent ; mais ils furent forcés
de le rendre à la paix de Rifwick, en 1697.
Pondichéry. 7 avec le temps, devint une grande
ville, peupléc de plus de cent mille habitans,
âcheufes circonftances, 2 de pouvoir regagner la
rade de Pondichéry, où la compagnic fe fixa
enfin. Les Hollandois ne les y laifferent pas
long-temps tranquilles : ils afliégerent Pondichéry
en 1693, & le prirent ; mais ils furent forcés
de le rendre à la paix de Rifwick, en 1697.
Pondichéry. 7 avec le temps, devint une grande
ville, peupléc de plus de cent mille habitans, --- Page 120 ---
A SIE.
territoire. Sans doute cette
avec un très-vafte
feroient parvenus au
colonie & fon Commerce
haut degré de profpérité, fi la compagnie
plus Indés eût toujours eu des direéteurs comme
des
y
& Dupleix; des géné.
Dumas, la Bourdonnaye
comme M. de Bufli. La prudence, le génie
raux
& les exploits de l'autre , acquirent à
des uns,
perune
fplendeur palflagere yqu'elle
Pondichéry
fi-tôt
la conduite des affaires
dit rapidement,
que
fut confiée à des agens ineptes, & à un général
dangereux voifins de
infenfé. Les Anglois, trop
les
échapper
Pondichéry 3 ne laifferent point
habilefautes qu'on y commit : ils en profitereut
de temps, ils enleverent aux
ment : en peu
immenfes, & PondiFrançois des poffellions
années aupachéry lui-mème, que 7 quelques
attaDupleix avoit défendu contreleurs
ravant,
de
& d'intelligence.
ques, avec tant
vigueur la détruifit enL'ennemi, maitre de la place,
chaffa les habitans, & ne fit de
tierement, en
ville qu'un monceau de cencette malheureufe décombres. C'eft en cet état que
dres & de
le traité de paix de
TAngleterre la rendit par
1763.
Une infortune fi complette ne permit plus
de fe foutenir fur la côte
à la compagnie
étoient trop
de Coromandel : les Anglois y
puiffans , & fa décadence trop décidée. En 1769a --- Page 121 ---
ASIE.
IC9
elle prit prudemment le parti de vendre tous
fes effets au roi, pour un capital de trente millions, produifant, au profit des actionnaires 2
un million deux cents mille livres de rentes perpétuclles. Par édirdu 13 goût de la même année,
le roi fufpendit les privileges de la compagnie,
& accorda à tous fes fujets la liberté de naviger
& de commercer au-delà du cap de BonneEfpérance. Il fut alors permis à la compagnie
de procéder-à une liq:idation, pour affurer le
fort de fes créanciers, & les débris de fa-fortune.
L'édit du 13 août 1769, en ne faifant que
fufpendre le privilege de la compagnies fembloit
lui laiffer l'efpoir de reprendre fon exercice; ;
mais elle l'a entierement perdu depuis l'arrêt du
confeil d'état du 14 avril 1785, qui la fupprime
abfolument, & porte création d'une nouvelle
compagnie des Indes orientales de la Chine &
di Japon', avec le privilege exclufif d'y faire
le Commerce pendant feprans de paix. Les fonds
de cette fociété font de vingt millions. Les premiers fonds de la compagnie hollandoife, qui
s'eft éleyée à tant de profpérité, ne montoient
pas fi haut; mais elle a fiu les accroftre avec
une intelligence qui ne lui a jâmais fait faire
que des chofes utiles, en fe formant un plan
d'opérations dont elle ne s'cft jamais écartée :
ufif d'y faire
le Commerce pendant feprans de paix. Les fonds
de cette fociété font de vingt millions. Les premiers fonds de la compagnie hollandoife, qui
s'eft éleyée à tant de profpérité, ne montoient
pas fi haut; mais elle a fiu les accroftre avec
une intelligence qui ne lui a jâmais fait faire
que des chofes utiles, en fe formant un plan
d'opérations dont elle ne s'cft jamais écartée : --- Page 122 ---
I1Q
A $ I Ee
en le fuivant avec une conftauce & avec une
économie doat peu de nations foht capables.
C'eft en imitant une femblable conduite, qu'une
compagnie de Commerce peut efpérerdes fuccès.
I1 elt-à defirer qu'elle ferve de modele aux
François, fi portés aux folles, dépenfes. D'ailleurs, avec ces vingt millions, dont une partie
fera diflipée par les frais de leur érabliffement,
comment pourront-ils foutenir la concurrence
avec les Anglois, fi puiffamment. établis dans
toutes les échelles de l'Inde? Ces fiers fouverains du Bengale &c de Bombay fouffriront-ils
fans jaloufie une nation rivale venir à côté d'elle
partager fes profits? il eft vrai que, par'les articles 13, 14 & 15 du traité de paix du 18
feptembre 1783,1 TAngleterre garantital la France
la jouiffance & la propriété de fes poffeflions
dans I'Inde, de Chandernagor, de Pondichéry
&c des deux diftriéts de Vélancour & de Brahour,
de Karikal &c des deux magans qui l'avoilinents
des deux comptoirs de Mahé & de Surate, s'ende prendre les mefures les plus convegageant
nables & qui feront en fon pouvoir, pouralfurer
aux fujets de la France, dans toutes les parties
de l'Inde, un. Commerce sûr, libre &cindépendant. Il faut efpérer que cette promeffe fera
fidélement exécutée. Le gouvernement françois
2 promis, au furplus, toute protedtion à la --- Page 123 ---
A S I E.
III
mouvelle compagnie. C'eft au temps & aux événemens à apprendre à l'univers f l'Anglois aura
fu refpecter fes traités avec la France; ; f le gouvernement françois, devenu plus fage par fes
difgraces, fera plus attentif à ne point perdre
de vue une nation inquicte , & qui"a toujours
des moyens prêts pour profiter des fautes de
fes voifins, & des moindres occalions qui peuvent augmenter fa puiffance & fon Commerce.
SAD R A S P A T A N.
C'EST un gros bourg fitué à deux grandes
joutnées de Pondichéry : il appartenoit autrefois à la compagnie d'Oftende. Les Hollandois
lui ont enlevé cette place - ou ils font fabriquer
plufieurs fortes de toiles , & fpécialement des
gazes. On trouve aux environs une belle pierre
grife, propre à bâtir, que les' Hollandois font
tailler fxr les lieux, & qu'ils envoient à Batavia.
FORT. - D A y I
LES Anglois ayant acheté d'un'prince Indien;
Gondelour, avec fon territoire, bâtirent a peu
de diftance la fortereffe de Saint-Devid, fur le
fabriquer
plufieurs fortes de toiles , & fpécialement des
gazes. On trouve aux environs une belle pierre
grife, propre à bâtir, que les' Hollandois font
tailler fxr les lieux, & qu'ils envoient à Batavia.
FORT. - D A y I
LES Anglois ayant acheté d'un'prince Indien;
Gondelour, avec fon territoire, bâtirent a peu
de diftance la fortereffe de Saint-Devid, fur le --- Page 124 ---
A s I E.
bord de la mer. La ville, la fortercffe, 8c trois
aldées qui les avoifinent, forment une popalation de foixante mille ames.Leur occupation eft
de teindre en bleu, & de peindre les toiles qui
leur viennent de l'intérieur des terres, & de
fabriquer pour un million cinq cents mille livres
des plus beaux bafins de l'univers. Leravage que
les Ftançois porterent > en 1758 2 dans,cct établiffement, & la deftruétion de fes fortifications,
n'en ont pas diminué l'activité. On ne s'eft pas
même occupé de rebâtir la fortereffe : O11 s'eft'
contenté feulement de mettre Goudelour en état
de faire 'une médiocre réfiftance. Ce fut encore
en 1758, que les François s'emparerent de
Divicaté, autre comptoir anglois, dont ils raferent les fortifications. Bientôr après ils furent
contraints de le rendre à fes premiers polleffeurs, 7 qui l'abandonnerent & prirent le parti
d'affermer le territoire qui en dépend pour une
fomme de quarante à cinquante mille livres,
S AN- T H C M E.
CETTE ville fut bâtie par les Portugais, a
quatre-lieues, de celle de Madras. Pendant un
fiecle, elle a changé plufieurs fois de maitre.
Le roi de Golconde la fit afliéger en 1662,&
s'en --- Page 125 ---
AsIE:
trS
s'en empara. Nous avons vu que les François,
expulfés de Ceylan, la prirent d'affaut en 1672;
que la même année les Maures, alliftés des
Hollandois, la.leur enleverent, & en détruifirent toutes les fortifications. Depuis ce
temps $
San - Thomé n'eft qu'un amas de ruines : fon
territoire & fa population ont fervi à T'agrandiffement de Madras.
M A D R A S.
CETTE ville eft le chef-lieu de tous les établiflemens anglois fur la côte de Coromandel 2
elle eft un des plus riches, un des plus célebres
entrepôts de Commerce qu'il y ait dans l'Inde.
C'eft là où vont fe réunir toutes les marchandifes qui ont été fabriquées ou achetées dans les
comhptoirs que les Anglois ont entre le cap Comorin & le Gange.
Madras fut bâti, il y a plus d'un fiecle, dans
la province d'Arcate, 3 fur les bords de la mer.
Il eft divifé en ville blanche & en ville noire.
La premiere - > dans laquelle eft la citadelle
n'eft habitée que Par des Européens. Ses forti- s
fications > il y a environ vingt ans , étoient encore très- médiocres : on les a beaucoup augmentées depuis la dernicre guerre. Ce n'eft pas
fans effroi que les Anglois fe rappellent qu'une
H
'un fiecle, dans
la province d'Arcate, 3 fur les bords de la mer.
Il eft divifé en ville blanche & en ville noire.
La premiere - > dans laquelle eft la citadelle
n'eft habitée que Par des Européens. Ses forti- s
fications > il y a environ vingt ans , étoient encore très- médiocres : on les a beaucoup augmentées depuis la dernicre guerre. Ce n'eft pas
fans effroi que les Anglois fe rappellent qu'une
H --- Page 126 ---
A S I E.
poignée de François s'emparerent de cette grande
ville en 1746, fans perdre un feul homine.
La ville noire, autrefois entierement ouverte, s
a été, depuis 1767, entourée d'une bonne muraille & d'un large follé rempli d'eau. Cette
précaution & la ruine de Pondichéri y ont réuni
trois cents mille hommes, Juifs, Maures, Arméniens & Indiens.
Dans fon origine, 9 le territoire de Madras
n'étoit rien : actuellement il s'étend cinquante
milies à l'oueft, & autant aul nord & au midi.
On voit, dans ce vafte efpace, de riches manufactures, qui augmeitent chaque jour; des
cultures de coton très-foriflantes. Ces travaux
occupent cent mille hommes.
Outre le rerritoire de Madras, la GrandeBretagne poffede encore, dans ces contrées, les
provinces de Condavir, de Montafanagar, d'Étour, de Régimondri, de Chikakal, de Vifagapatnam, qui s'étendent fix cents milles fur la
côte, & qui s'enfoncent depuis trente jufqu'à
quatre-vingt-dix milles dans les terres. Les François, qui fe les étoient fait céder durant leur
courte profpérité, 2 les perdirent à l'époque de
Jeurs imprudences & de leurs malheurs. I1 fallut
les rendre aux Anglois, dont l'infatiable ambition étoit foutenue par des intrigues adroitement conduites, & par des armées fornidables. --- Page 127 ---
A SIE
-
lif
Non contens de tant de poffeflions, > les Angloiss'occupent encore de l'acquifition de l'Orixa,
province qui s'étend fur les bords de la mer 3
depuis fes poffefions de Golconde s jufqu'aux
rives du Gange qui lui font foumifes. Cette
contrée > qui faifoit autrefois partie du Bengale,
eft entre les mains des Marates, nation libre, &
la. feule belliqueufe qu'il y ait dans l'Inde. Ce
n'eft pas fans la plus grande inquiétude que les
Anglois voient un peuple fi courageux entte
leurs états de Bengale & letrs poffeflions de
Coromandel. On doit penfer qu'ils n'oublieront
tien pour faire une conquête ft1 importante, qui,
en réuniffant le Bengale à leuts autres provinces, j
formeroit un très-vafte empire, dont toutes les
parties feroient contiguès, fans être coupées Par
les états d'une puiflance étrangere.
: La compagnie angloife, pour la défenfe de
fesp poffeflions du Coromandel,a3500 hommes de
troupes blanches, & 18000 cipayes. L'enttetien
de ces troupes, celui des fortifications, les frais
de leurs nombreux comptoirs 3 abforbent & audelà le revenuterritorial, En mil fept cent foixante
& treize , il s'élevoit à
24, 196, 680 liv.
La dépenfe étoit de
26, 397,, 385
La dépenfe excédoit
la recette de -
2, 200, 905 liy.
H2
es blanches, & 18000 cipayes. L'enttetien
de ces troupes, celui des fortifications, les frais
de leurs nombreux comptoirs 3 abforbent & audelà le revenuterritorial, En mil fept cent foixante
& treize , il s'élevoit à
24, 196, 680 liv.
La dépenfe étoit de
26, 397,, 385
La dépenfe excédoit
la recette de -
2, 200, 905 liy.
H2 --- Page 128 ---
II6
A de s I E)
Mais cet excédent de dépenfe étoit amplerent
compenfé par les profits d'un Commerce immenfe, & par les revenus du Bengale. C'eft
ce qu'on verra quand nous parlerons de la conquête de ce royaume.
PALIA C A T E.
CETTE ville, eft à dix ou douze lieues audeffus de Madras : les Hollandois en font les
maitres, y ont un comptoir & un fort, ou ils
entretiennent une garnifon de 200 hommes. La
compagnie a raffemblé quantité d'ouvriers dans
cet endroit, où fes manufactures font très-importantes. La fituation de Paliacate eftfortagréable:
fes maifons font bien bâties 5 la plupart de fes
rues font bordées de deux rangées s-d'arbres, qui
forment des promenades charmantes & des ombrages que la chaleur du pays rend très-néceffaires.
La compagnie hollandoife tire beaucoup de
toiles & de falpètre de Paliacate. Le tout étoit
autrefois verfé dans le principal comptoir de
Négapatnam ; mais, , depuis qu'on l'a cédé aux
Anglois, on le porte à Batavia.
3s --- Page 129 ---
Asi E.
M A Z U LI P A T N A M.
C'ÉTOIT anciennement le marché le plus
actif, le plus peuplé & le plus riche de lIndoftan. Les grands établiffemens que les Européens ont fuccellivement formés fur la côte de
Coromandel, lui ont beaucoup fait perdre de
fon importance. Les François s'en emparerent
en 1750. Neuf ans après, les Anglois le lcur
enleverent, & en font encore en poffeffion. Ils
y-font fabriquer de très-belles mouffelines, &
quantité de toiles peintes. Comme les plantes
qui fervent à la teinture font plus abondantes
& de meilleure qualité à Mazulipatnam que partout ailleurs, les Anglois font parvenus à donner
à leurs toiles un échat, une beauté que les autres
n'ont point,
LE BE N G. A I E.
CETTE province, qui naguere appartenoit
au Mogol, 2 eft la plus riche & la plus peuplée
de toutes celles qui compofent fon vafte empire.
Elle eft bornée à l'orient par le royaume d'Arakan, au couchant par plufieurs provinces du
H 3
atnam que partout ailleurs, les Anglois font parvenus à donner
à leurs toiles un échat, une beauté que les autres
n'ont point,
LE BE N G. A I E.
CETTE province, qui naguere appartenoit
au Mogol, 2 eft la plus riche & la plus peuplée
de toutes celles qui compofent fon vafte empire.
Elle eft bornée à l'orient par le royaume d'Arakan, au couchant par plufieurs provinces du
H 3 --- Page 130 ---
T18
A $ I E,
Mogol, au nord par les montagne: du Thibet,
au midi par la mer & le golfe qui portent fon
nom. Elle s'étend fort avant dans l'intérieur des
terres, far les deux, rives du Gange, qui, outre
la fertilité qu'il donne au pays 5 lui procure la
facilité de porter fon Commerce dans tout l'empire du Mogol, all Thibet, dans les royaumes
d'Arakan, d'Ava &: du Pégu.
Les Portugais font les premiers Européens qui
aient pénétré au Bengale, Ils s'établirent d'abord
à Chatigan, port fitué fur la frontierc d'Arra-.
can, non loin de la branche la plus orientale du
Gange. Forcés d'abandonner ce pofte aux Hollandois, ils porterent leur Commerce à Bandel,
à 80 lieues de l'embouchure du Gange, & à un
quart de lieue au-deffs d'Ougly. On y voit encore leur pavillon' . > avec un petit nombre de
miférables qui ont oublié leur patrie, après en
avoir été oubliés.
Les Hollandois, maitres de Chatigan, avoient
encore un autre comptoir à Balaffor; ; mais >
trouvant ces deux érablillemens peu convenables
à leurs intérêts, ils les ontabandonnés, & n'ont
gardé que Chinchura, plus connu fous le nom
d'Ougly, parce qu'il eft fitué près des fauxbourgs
de cette ville. Les Hollandojs ny ont de propriété que leur fort, Plufieurs inconvéniens rendent ce comptoir aufli peu utile à fes maitres P --- Page 131 ---
A S I E.
que Frédéricnagor l'eft aux Danois. Quelque dépenfe qu'ait fait le Danemarck, pour donner
à cet établiffement quelque folidité, tout porte
à croire qu'il ne fera jamais grand'chofe.
Les Anglois ont été plus heureux à Calcutta.
Sous leur gouvernement, cette ville s'eft peuplée
fuccellivement des plus riches négocians Arméniens, Maures & Indiens, & fa population s'eft
élcvée à fix cents mille aines. Le fort Williams,
qui n'en eft éloigné que d'un demi-mille, lui
fert de défenfe. C'eft un octogone régulier, avec
huit baftions, plulicurs contre-gardes, quelques
demi-lunes,. fans glacis ni chemin couvert. Le
foffé de cette place, qui a coûité plus de vingt
millions > peut avoir 160 pieds de large, fur
dix-huit de profondeur. Cette grande dépenfe a
eu pour objet principal la défenfe & la confervation dul Bengale. Cet événement fi fingulier,
fi peu croyable, futp préparé par ces circonftances,
cette fatalité qui feule décide du fort des emPires : il ft palfer, par une fuite de victoires
aulli heureufes qu'inefpérées, entre les mains
d'une compagnie de commerçans toutes les richelfes, tout le territoire d'une vafte province s
& dont enfuite ils obtinrent la libre & l'entiere
fouveraineté de l'empereur du Mogol,
La couquête du Bengale affura alix Anglois,
non-feulement le revenu territorial d'une aufli
H 4
ide du fort des emPires : il ft palfer, par une fuite de victoires
aulli heureufes qu'inefpérées, entre les mains
d'une compagnie de commerçans toutes les richelfes, tout le territoire d'une vafte province s
& dont enfuite ils obtinrent la libre & l'entiere
fouveraineté de l'empereur du Mogol,
La couquête du Bengale affura alix Anglois,
non-feulement le revenu territorial d'une aufli
H 4 --- Page 132 ---
AsIE E.
grande & d'une auffi riche province, mais encore une prépondérance décidée dans les grandes
foires qui s'y tiennent à Patna, à Caflimbazar,
à Daca. A Patna, ils achetent du mufc, qu'envoie le Thibet, du borax & du falpétre > qui
font des productions du pays. Caflimbazat leur
fournit des étofies de foie, 3 & environ quatre
cents milliers de foie en nature. En général, elle
eft très-comnune, mal filée; mais les Européens
l'emploient pour la trame dans les étoffes brochées, Enfin, à Daca ils trouvent toutes les
toiles fabriquées dans les manufaétures du haut
Bengalc. C'eft de toutes CCS marchandifes, réunies à celles raffemblécs à Madras, que la compagnic forme les cargaifons qu'elle cnvoie tous
les ans en Europe, & dont la vente > en 1776,
s'éleva à foixante & quatorze millions quatre
cents mille quatre cents cinquante-fept livres.
Il lui en refte encore affez pour le Commerce
qu'elle fait d'Inde en Inde : tous les ans clle
envoie à la côte de Coromandcl du riz & du
fucre, qui lui font payés en métaux ; au Malabar, des toiles qu'elle échange contre des épiceties; à Surate, des toiles qui lui procurent
du coton. Elle porte du riz, de la gomme
laque, des toileries dans le golfe Perfique,
d'oi elle retire des fruits fecs, de l'eau-rofe,
& fur-tout de l'or : elle envoie des cargaifons --- Page 133 ---
A S I E.
zichcs & variées dans la mer Rouge , qui ne
fournit gueres que de l'argent. Toutes ces liaifons font entrer chaque année vingt-cinq à
trente millions dans le Bengale. La compagnic,
pen jaloufe de fon privilege pour ce qui regarde
ce Commerce d'Inde en Inde, ne faic point de
difficulté de l'accorder à tous les Anglois qui
veulent le faire; elle y encourage même les négocians, en prenant part dans leurs expéditions,
en leur cédant des intérêts dans fes propres.armemens s fouvent même en fe chargeant de ledrs
marchandifes pour un modique fret. Les Indiens
Maures & Gentils, les Arméniens, les Juifs,
généralement tous les peuples établis dans les
colonies angloifes, jouiffent des mêmes avantages. Cette liberté, l'ame &: le plus puiflant
rellort du Commerce, augmente tous les jours
la profpérité de la compagnie & la fortune des
particuliers, 2 dont on exige feulement un droit
de cinq pour cent fur tottes les narchandifes de
Commnerce libre, & un droit de huit & demi
pour cent fur toutes les remifes que les particuliers veulent faire paffer en Angleterre.
Pour fe former une idée complette de la richeffe de la compagnie angloife dans ces contrées de IInde, aux profits qu'elle fait dans un
Commerce aulli étendu, il faut joindre les reve-
- nus qu'elle tire de fes poffeflions fur lcs côtes
ige feulement un droit
de cinq pour cent fur tottes les narchandifes de
Commnerce libre, & un droit de huit & demi
pour cent fur toutes les remifes que les particuliers veulent faire paffer en Angleterre.
Pour fe former une idée complette de la richeffe de la compagnie angloife dans ces contrées de IInde, aux profits qu'elle fait dans un
Commerce aulli étendu, il faut joindre les reve-
- nus qu'elle tire de fes poffeflions fur lcs côtes --- Page 134 ---
A S I E.
de Coromandel, & la propriété territoriale da
Bengale. Ona vu que ceux de Madras montent
à -
- 24, 196, 680 liv:
Celui de Bengale s'éleveà 71,004,465
TOTAL - - 95, 201, 145 liv.
Il eft vrai que les frais
d'adminiftration, de l'entretien des troupes. 2 des
fortifications des comptoirs, montent à -
87,7 777,022 liv.
Refte net - -
7, 424, 123 Miv.
Ce profit peut fans doute être augmenté, en
corrigeant les vices & les abus de l'adminiftration; mais quelque péu confidérable qu'il foit,
ceft beaucoup pour une fociété cemmerçante de
trouver dans fon revenu territorial des fommes
que, fans lui, il faudroit prendre fur les profits 8c fur les fonds de fon Commerce, & d'en
avoir encore de refte pour le dividende. Une
fituation fi brillante doit convaincre les nations européennes qu'il n'en eft aucune parmi
elles qui puilfe lui difputer la faveur de la balance dans le Commerce de l'indoftan, & même
de toute l'Alie.
La compagnie angloife tient fon confeil à.
Calcuta, pour les affaires du Bengale; & pour
l'entretien de cette conquète, elle a le fonds de --- Page 135 ---
A s I F..
neuf mille huit cents hommes de troupes européennes, & cinquante-quatre mille cipayes, bien
payés, bien armés, bien difciplinés, & qui font
diftribués fur les rives du Gange, depuis fon
embouchure jufqu'à Bénarès.
CHAN D E R N A G O R.
C'EsTle feul comptoir que les François aient
dans le Bengale. Son port eft excellent, & l'air
y eft aufli pur qu'il puiffe l'être fur les bords
du Gange. Les Anglois s'en étoient emparés
dans la derniere guerre : ils l'ont rendu par l'article 13 du traité de paix du 3 feptembre 1783,
dans l'état de ruine & de devaftation oà ils l'avoient mis. On s'occupe à le réparer, & à
fiter de la liberté accordée par le traité,
a
tourer cette place d'un follé, mais feulement
pour l'écoulement des eaux. On fe Hatte que la
nouvelle compagnie des Indes orientales lui donnera toute l'aétivité dont il eft fufceptible : mais
cette- entreprife fera-t-elle facile fous les yeux des
Anglois, 2 fouverains du pays, fi jaloux del l'étendue de leur Commerce, fi attentifs à empècher
tout ce qui peut lui apporter la moindre diminution ?
é,
a
tourer cette place d'un follé, mais feulement
pour l'écoulement des eaux. On fe Hatte que la
nouvelle compagnie des Indes orientales lui donnera toute l'aétivité dont il eft fufceptible : mais
cette- entreprife fera-t-elle facile fous les yeux des
Anglois, 2 fouverains du pays, fi jaloux del l'étendue de leur Commerce, fi attentifs à empècher
tout ce qui peut lui apporter la moindre diminution ? --- Page 136 ---
S I E.
LE THI B E T.
CE royaume eft fitué au nord du Bengale. II
fournit all Commerce d'excellent mufc & de la
rhubarbe, que les négocians du pays portent aux
foires de Patna & de Daca, où ils les échangent
avecles Anglois & les Hollandois, pour destoiles,
du fer & des draps d'Europe.
A RA K A N E T A Z E M.
CES contrées, qu'on croit avoir faitautrefois
partie du Bengale, devroient être plus connues, >
s'il étoit vrai, comme on l'affure, que linvention
de la poudre à canon leur eft due, qu'elle a paffé
d'Arakan au Péju, & du Péju à la Chine. Les
iines d'or, d'argent, de fer, de plomb, dont
ces paysabondent, leur auroient donné quelque
célébrité, fi elles euffent été exploitées 5 mais à
peine donnent-elles ce qui eft néceffaireaux befoins
des habitans, trop pareffeux & trop peu induftrieux pour fe livrer aul travail des mines.
Les Portugais, qui ont pénétré par-tout, &
qui ne font reftés nulle part, avoient un trèsbeau comptoir au-dellus de la ville d'Arakan, --- Page 137 ---
Asr E.
11$
ou ils n'ont pu fe foutenir. Les Hallandois,
toujours prompts à profiter de leurs difgraces,
leur fuccéderent; ; mais les vexations qu'ils fouffrirent, foit de la part des naturels du pays >
foit de celle des Bengalis, & des autres fajets
du Grand-Mogol, 3 les déterminerent, en 1683,
à quitter un établiffement avantageux qu'ils y
avoient formé.
Actuellement il part tous les ans des bords
du Gange & de Bengale, pour Azem, une
quarantaine de petits bâtimens uniquement chargés de fel, dont ce pays manque abfolument.
Ces cargaifons donnent de bénéfice près de deux
cents pour cent. Ils reçoivent en paiement un
peu d'or & d'argent, de l'ivoire, du mufc,
du bois d'aigle, de la gomme laque, & une
efpece de foie finguliere. Elle vient fur les arbres,
où les vers naiffent, fe nourriffent & font toutes
leurs métamorphofes, fans qu'onya apporte aucun
foin. L'habitant n'a que la peine de ramaffer
les cocons : ceux qui lui échappent renouvellent
la femence. Les étoffes fabriquées avec cette
foie, ont beaucoup d'éclat, mais peu de durée.
FV2
la gomme laque, & une
efpece de foie finguliere. Elle vient fur les arbres,
où les vers naiffent, fe nourriffent & font toutes
leurs métamorphofes, fans qu'onya apporte aucun
foin. L'habitant n'a que la peine de ramaffer
les cocons : ceux qui lui échappent renouvellent
la femence. Les étoffes fabriquées avec cette
foie, ont beaucoup d'éclat, mais peu de durée.
FV2 --- Page 138 ---
A S I E.
PÉG:U E A AVA.
LES peuples de ces deux royaumes obéiffent
i un même monarque. Le feul port du pays
oû l'on puiffe aborder,eft Syriam. Les Portugais
en furent affez long-temps les maitres : il avoit
alors un éclat qui difparut avec la profpérité de
cette nation. On le vit fe ranimer, lorfque les
Européens établis dans le Bengale imaginerent
d'y faire bâtir les nombreux bâtimens qu'exige
leur navigation : mais les bois qu'on y employoit
s'étant trouvés défedtueux, on y renonça, & le
port de Syriam retomba dans l'obfcurité. Cependant le Pégu fournit. encore au Commerce des
pierres précicufess des faphirs, des topazes, des
améthiftes ,les plus beaux rubis de l'Orient, de
la cire, de l'étain & de l'ivoire.. Les Arméniens
feuls achetent les pierres précieufes, & les Bengalis enlevent les autres marchandifes pour des
toiles communes du Bengale ou de Coromandel.
alo
Sa O --- Page 139 ---
A S I E.
M A I. AC A.
LE pays dont cette ville eft la capitale, préfente une langue de terre fort étroite : il peur
avoir cent lieues de long, & ne tient au continent que par le côté du nord, où il confine au
royaume de Siam. Tout le refte eft baigné par
la mer, qui le fépare de l'ifle de Sumatra par
un grand canal, connu fous le nom de détroir
de Malaca. Cette prefqu'ifle eft peut-être le plus
fertile, le plus délicieux pays de toute la terre,
mais habité par le peuple le plus féroce de
l'Inde, comme il en eft le plus courageux. Il
avoit conquis un archipel immenfe, que dans
tout l'Orient on appeloir les ifles Malaifes : il
avoit porté dans fes nombreufes colonies fes
loix, fes maurs, fes ufages; & ce qu'ilya
de fingulier dans un peuple aufli barbare, c'eft
que fa langue eft la plus douce de toute l'Afie.
Avant que les Européens euffent ravagé ce
beau pays, le port de Malaca, par fon admirable fituation, étoit devenu un des plus floriffans marchés de l'Afie. On y voyoit arriver une
quantité prodigieufe de navires, non-feulement
du Japon, > de la Chine, des Moluques, des
ifles voilines, inais encore du Bengale, de tout
bare, c'eft
que fa langue eft la plus douce de toute l'Afie.
Avant que les Européens euffent ravagé ce
beau pays, le port de Malaca, par fon admirable fituation, étoit devenu un des plus floriffans marchés de l'Afie. On y voyoit arriver une
quantité prodigieufe de navires, non-feulement
du Japon, > de la Chine, des Moluques, des
ifles voilines, inais encore du Bengale, de tout --- Page 140 ---
A'sIE
FIndoftan, , & même du golfe Perlique. Co
grand concours de navigateurs attiroit à Malaca
un Commerce immenfe. Les Portugais, arrivés
en Afie, parurent d'abord ne vouloir que le
partager : ils fe préfenterent à Malaca comme
de fimples négocians ; mais la renommée y avoit
déja publié leursufurpations & leurs brigandages.
Les Malais, pour s'y fouftraire, les maffacrerent.
Ceux qui purent échapper à leur fureur, fe fauverent à Goa, pour y annoncer leur défaftre:
il fut bientôt vengé. Albuquerque, après bien
des combats aufli fanglans que douteux,s'empara
de la ville & du port de Malaca en 15II. Elle
fut pillée, faccagée : fes tréfors immenfes, fes
riches magalins devinrent la proie des vainqueurs; fes habitans furent difperfés fur les côtes
ou dans les ifles voilines; & pour donner de
la ftabilité à cette: conquète, on bâtit une citadelle. La terreur qu'elle caufa, les exactions gue
les Portugais y exercerent far tous les étrangers
qui avoient le malheur d'y aborder , rendirent
bientôt le portde Malaca défert. Les Portugais y
langsitentlong-temps, & ilsenfurentenfin chaffés par les Hollandois, en 1641. L'intention de
ces nouveaux dominateurs n'a pas été de rétablirle
Commerce de Malaca dans fon ancienne fplendeur : au contraire, ils ont achevé de le ruiner,
pour augmenter celui de Batavia, leur métropole
dans. --- Page 141 ---
A $1 f:
dans les Indes. Ilsabandonneroient même volontiers Malaca, qui leur eft à charge, fi ce pofte'
important ne leur devenoit néceffaire
les
tendre maitres de tous les paffages qui pour donnent
entrée dans le gtand archipel des Indes, & qui
conduifent aux Moluques, le giand
de
toute leur attention.
objer
S I A M:
ÉN parlant de
la fituation de
Pondichéry : on a vu quelle eft
Siam, combien elle eft
pour le Commerce s & quelles furentles avantagenfe',
que les François ye effuyerent en 1688. Les difgraces Hollandois, qui leur fuccéderent dans ce
firent d'abord un Commerce
royaume, > y
mais fans
affez avantageux, s
pouvoir obtenir la liberté
un fort : ils ont feulement celle de d'y bâtir
le Aeuve Ménan jufqu'à la
remonter
où ils ont un
capitale du royaume, s
agent ; au lieu que tous les autres
bâtimens etropéens font obligés de s'arrêter a
l'embouchure de la riviere, dont l'entrée eft
défendue par la forterelle de Bankoc.
Le roi de Siam eft le feul négociant de fon
royaume, & vend indifféremment à toutes les'
nations qui fe préfentent, les marchandifes de fes
magafins, pourvu qu'elles veuillent en donner
I
s
agent ; au lieu que tous les autres
bâtimens etropéens font obligés de s'arrêter a
l'embouchure de la riviere, dont l'entrée eft
défendue par la forterelle de Bankoc.
Le roi de Siam eft le feul négociant de fon
royaume, & vend indifféremment à toutes les'
nations qui fe préfentent, les marchandifes de fes
magafins, pourvu qu'elles veuillent en donner
I --- Page 142 ---
Aisrz.
-le prix qu'il y met. Les Hollandois ne font pas
traités plus: favorablement que les autres : auffi
leuf Commerce à Siam eft tombé dans la plus
grande décadence; ils n'y envoient plus tous lés
feul vaiffeau chargé de chevaux de
ans qu'un
& de toiles. Ils
Java $ de fucres d'épicerics
reçoivent en échange de létain, à 77 liv. le
de la
laque, à 57 liv. 4 f. le
cent >
gomine dents d'éléphans, à 3 1. 12 f.
quintal ; quelques
la livre s & de temps en temps un peu de poudre
auroient abandonné
d'or. lly a lung-temps qu'ils
Siam, où les frais excedent les bénéfices, s'ils
n'y avoient été retenus par le bois de fapan,
leur-eft néceflaire pour" Farrimage de leurs
vaiffeaux, qui
& qu'on ne leur vend que 5 liv.
103l
Io 4 le. cent.
le roi de Siam eft le feul
Quand on dit que
négociant de fon royaume, 2 4 cela ne doit s'entendre que des marchandifes les plas lncratives,
telles
les toiles , le calin, livoire", 5 le
que
plomb, le falpêtre 2 le bois de fapan , l'étain,
les peaux de bètes,
la" gomme laques Tareque,
Le
le foufre 2 la poudre à canon, les armes:
débit de toutes ces marchandifes, tant dans
l'intérieur du royaume qu'au dehors, n'appartient qu'au roi, & fes magalins en font toujours
bien fournis. A l'égard des autres objets de
Commerce, comme le riz, le fel, le' fucre > --- Page 143 ---
AstE
ijt
fambre gtis, la gomme gutte, le vernis, la
cannelle, & quantité d'atitres productions, le
Comméice en eft libre à tous les Siamois.
LE TONQU I N
E T IA Coci I N C H I N
QuoIQUE le Tonquin foit lin démémbrez
ment de la Chine, quoique le peuple qui l'haf
bite en foit originaire, il n'én a cependant ni
lcs mêmes mcurs, ni la même induftrie ; nt
la même aétivité. Le Tonquinois, abruti par lé
defpotifme, > eft pareffeux; mais, naturellement
inquier & féditieux, il vit dans une fi grande
méfiance de tous les étrangers, qu'il n'a jamais
été poflible aux nations européchnes de former
aucune liaifon'avec lui. On n'y a pas beaucoup
perdu. Le Tonquin offre peu d'objets importans
au Commerce : Oll n'err Pourroit éxporter qué
du cuivre & des foies communes, > qu'il faudroit
payer en argent, & qu'on peut trouver ailleurs
plus commodément & à meilleur compter
La Cochinchine eft beaucoup plus riche: Siruée
fous un beau climat, elle jouit dés produétions
les plus précieufes de Ia nattre : On y trouve une
imnenfe quantité de fucre à très-bon marche'y
de la foic de bonne qualité, des fatins agréablesy
I 2
roit éxporter qué
du cuivre & des foies communes, > qu'il faudroit
payer en argent, & qu'on peut trouver ailleurs
plus commodément & à meilleur compter
La Cochinchine eft beaucoup plus riche: Siruée
fous un beau climat, elle jouit dés produétions
les plus précieufes de Ia nattre : On y trouve une
imnenfe quantité de fucre à très-bon marche'y
de la foic de bonne qualité, des fatins agréablesy
I 2 --- Page 144 ---
AsI
du pitte, du thé noir, qui fert a ha confommation du peuple 5 de la cannelle fi parfaite $
qu'on la paie trois ou quatre fois plus cher que
celle de Ceylan; mais il y en a peu; du poivre
excellent; du fer fi pur, qu'on le forge en fortant de la mine, fans le faire fondre; de l'or
titre de vingt-trois karats, & plus abondamau
dans aucune autre contrée de l'Orient;
ment que
fi recherché dans toute
enfin du bois d'aigle
T'Afie, à caufe de l'excellence de fon parfum >
les Chinois achetent au poids
f précieux, que
& que celui d'une qualité
de l'or le plus parfait,
inférieure fc vend cent francs la livre. C'elt enfur les côtes de la Cochinchine qu'on trouve
core
d'hirondelle fi renommés dans tout
ces nids & fur-tout à la Chine, on fait les
TOrient,
affaifonner de façon à en faire un mets exquis,
les gens riches rechetchent avec empreffeque
le croient favorable à la pafment, parce qu'ils femmes. Tant de richeffes ont fans
fion pour les
des
doute fouvent excité la cupidité
négocians
mais les mêmes méfiances quiregnent
européens 5 fubfiftent à la Cochinchine. Les
au Tonquin, les Hollandois, les François ont inuPortugais,
d'y former des liaifons fuivies,
tilement effayé
doutent de rien, fur'la fin
Les Anglois > qui ne
de fe. donner à
du dernier fiecle, egtreprirent
Cochinchiue un comptoir, & de le fortifier
la --- Page 145 ---
Asir z.
fans T'aveu du gouvernement, L'ouvrage étoit a
peine achevé, qu'il fut détruit, & la garnifon
quile défendoit, égorgée. Depuis cet événement,
ies nations européennes n'ont plus été tentées
d'aller former des érabliffemens chez un peuple @
peu difpofé a fouffrir leurs entreprifes.
IA CHIN E.
Tous les Européens auroient été également
bien reçus a la Chine, G tous y euffent voulu
refpecter les loix que le gouvernement de cet
empire a crues néceffaires pour affurer fon bonheur & fa tranquillité, Le
Chinois veut bien
jeter dans le Commerce
e
le fuperfu des richefles
immenfes que la fertilicé de fon territoire lui
procure ; mais il ne veut pas qu'on les lui raviffe avec force & avec violence. Éloigné de
huit mille lieues Oll environ de l'Europe, , il ne
craint ni fes reffentimens ni fes
&
quand les Européens ont voula vengeanges 3
exercer à la Chine
les mêmes brigandages que dans les autres
de l'Inde, on les en a févérement
& pays
les a forcés de
punis, op
rentrer dans le refpedt qu'ils
doivent aux loix. Si jufqu'a préfent on" les a
tolérés, fi on ne les a pas bannis de la
ils doivent craindre que leurs attentats Chine,
maltipliés,
I 3
quand les Européens ont voula vengeanges 3
exercer à la Chine
les mêmes brigandages que dans les autres
de l'Inde, on les en a févérement
& pays
les a forcés de
punis, op
rentrer dans le refpedt qu'ils
doivent aux loix. Si jufqu'a préfent on" les a
tolérés, fi on ne les a pas bannis de la
ils doivent craindre que leurs attentats Chine,
maltipliés,
I 3 --- Page 146 ---
#34.
A SI E;
leurs imprudences s leurs indiferétions continuelles s le mépris infultant pour tout ce qui
n'eft pas conforme à leurs ufages, ne leur attisent une entiere expulfion. Les Chinois fe pafferont aifément des marchandifes que leur portent
les Européens ; mais ceux-ci ne pourroient gue
très- dificilement fe priver de celles qu'ils vont
chercher à la Chine, que leur luxe & leurs caprices leur ont rendues d'un ufage fi néceffaire,
les Hollandois, &
Entre autres > les Anglois,
goutes les nations du nord de l'Europe pourroientelles maintenant s'abftenir du thé que leur fournit la Chine, &c dont la boiffon eft devenue pour
elles de la premiere néceffité 6?
La ville de Canton & fon port, fitué à l'exgrémité la plus méridionale de la Chine, font
les feuls endroits de ce vafte empire où il foit
permis aux Européens d'aborder. Autrefois les
navires remontoient le fleuve du Tigre jufqu'aux
murs de Canton; mais peu-à-peu les fables ont
formé ainc barre à l'embouchare de cette riviere
les vaiffeaux font obligés de
: apjourd'hui
à trois milles de la
s'arrèrer à Houahg-Pou,
place, oi ils trouvent une très-bonne rade.
Les. Portugais font les premiers navigateurs
européens qui aient paru à Ja Chine. Ils, sy pré:
fenterent d'abord ayec des vues pacifiques 3 &
précédés d'un ambafladeur, Pendant qu'il éroip --- Page 147 ---
AsIE.
favorablement accueilli à la cour de Pékin, &
fur' le point de conclure un traité qui ouvroir
à fa nation tous les ports de la Chine, parut
fur les côtes une efcadre portugaife, qui y commit,. à fon ordinaire - ? toute forte de brigandages. Simon Andréada, qui la commandoit,
bâtit fans permiflion un fort dans l'ifle de Taman,
d'où il rançonnoit tous les yaiffeaux qui fortoient
des ports de la Chine, ou qui vouloient y entrer. Ces attentats ne refterent pas impunis :
Tempereur indigné fit jeter l'ambaffadeur dans!
une prifon oi il mourut: ; l'efcadre fut chaffée,
le fort détruit, & toute la nation portugaife
exclue de la Chine. Depuis, par fes excufes
& par fes preffantes follicitationts, elle obtinti
la liberté d'y retourner ; mais à condition qu'elle
refteroit dans l'ifle de Sanciam, pour faire fon
Commerce. Quelques fervices que les Portugais
rendirent aux Chinois, adoucirent cette rigueur.
Par reconnoillance, on leur accorda la petite
ile de Macao, oùf ils ont bâti la ville du même
nom, à T'embouchure de la riviere de Canton,
en S'aflujetriffant à payer à l'empire tous les
droits d'entrée établis 2 & un tribut annuel de
375 5o0 liv. Ils y ont joui. d'une efpèce d'in-)
dépendance jufqu'en 1774, que de nouveaux
attentats engagerent l'empereur de la: Chine à
semparerade-la places où il mit une forte garI 4
ville du même
nom, à T'embouchure de la riviere de Canton,
en S'aflujetriffant à payer à l'empire tous les
droits d'entrée établis 2 & un tribut annuel de
375 5o0 liv. Ils y ont joui. d'une efpèce d'in-)
dépendance jufqu'en 1774, que de nouveaux
attentats engagerent l'empereur de la: Chine à
semparerade-la places où il mit une forte garI 4 --- Page 148 ---
A $ I E.
nifon & des magiftrats, qui contiennent les
Portugais dans la plus étroite dépendance. Longremps avant cette difgrace, leur Commerçe étoit
tombé dans la plus grande décadence : aujoute
rien, G,
d'hui même a Macao ne feroit plus
pendant une partie de l'année, il ne fervoit
d'afyle aux faéteurs européens, qui, après le
départ des navires de leurs nations, font obligés
de quitter Canton, oà ils ne peuvent rentrer,
à moins que quelqu'un d'accrédité ne garantiffe
leurs mceurs & leur conduite. Le Commerce
des Portugais à Macao fe réduit à expédier
tous les ans pour Goa deux ou trois cargaifons très - foibles, & formées de marchandifes
négligées par les autres négocians dans les marchés de Canton. Ce Commerce ne s'étend pas
à plus d'un million & demi.
Les Hollandois, qui arriverent à la Chine
après les Portugais, mériterent d'ètre traités
encore plus féverement qu'eux. Ces républicains 2
malgré toutes les intrigues des Portugais pour
les écarter, étoient parvenus à fe faire auvrir
les ports de la Chine : ils voulurent fe bâtir uni
fort auprès de Houang-Pou, dans le deffein des
faire également la lai aux Chinois & aux étran"
gers qui voudroient. négocier avec eux, On pénétra leurs vues : ils furent malfacrés 5 on rafa
leur fort; & cette nation n'ofa de long-temps --- Page 149 ---
A SI E,
fe montrer fur les côges de l'empire : elle n'y
reparut qu'en 1730. Elle y avoit été précédée à
différentes époques par les Anglois, les François, les Danois & les Suédois, Toutes ces 12tions s'étant comportées avec quelque circonfpection, n'y ont pas effuyé les mêmes difgraces
que les Portugais & les Hollandois; mais la
méfiance du gouyernement eft f grande, que
toures font obfervées avec une vigilance & une
attention qui ne leur permettent pas le moindre
écart. Ces entraves cependant n'ont pu dégcûiter
les nations européennes de continuer leur Commerce à la Chine, , qui, dans rous les temps,
leur a été fort avantageux,
Les marchandifes que cet empire eayoie 2n
nuellement en Europe, copfiftent en foic crue 1
en étoffes de toute efpece, en porcelaine, en
vernis, en rhubarbe, & autres plantes médicinales', en papier, & principalement en thé,
dont il fournit tous les ans environ dix- huit
millions de livres pefant. Dans cette prodigieufs
quantité, les Anglois feuls en prennent fix
millions, les'Hollandois lix millions &c demi: :
le furplus fe partage prefque en égales portions
entre les François, les Danois & les Suédois,
Il peur fe faire que la fépatation des AngloAméricains d'avec l'Angleterre air diminué fon
importation d'un tiers : ainfi l'imporeation géné-
tous les ans environ dix- huit
millions de livres pefant. Dans cette prodigieufs
quantité, les Anglois feuls en prennent fix
millions, les'Hollandois lix millions &c demi: :
le furplus fe partage prefque en égales portions
entre les François, les Danois & les Suédois,
Il peur fe faire que la fépatation des AngloAméricains d'avec l'Angleterre air diminué fon
importation d'un tiers : ainfi l'imporeation géné- --- Page 150 ---
1;8
A SE;
rale reftera annuellement pour environ feize
millions de livres pefant.
Les achats que les Européens font annuellement à la Chine, peuvent s'apprécier par ceux
de 1766, qui s'éleverent à 26, 754, 6S9 liv,
Cette fomme, , dont le thé feul abforba plus des:
cinquiemes, fut payée en piaftres & en
quatre marchandifes apportées fur vingt-trois vaiffeaux.
La Suede fournit en argent 1, 935, 168 liv.
Enérain, plomb &autres
marchandifes, -
- -
427, sco
Le Danemarck, en argent, 2, 161, 6;0
Fer, plomb & pierres à
fufil,
231, 000
La France > en argent, : - 4, 000, 000
En draperies, a V
400, 000
La Hollande, en argent, 2, 735,400
En lainages, -
44, 600
En productions de fes COlonies,
4, 000, 150
L'Angleterre, , en argent > 5, 443, 566
En étoffes de laine 2 : - 2, 000, 475
En marchand. de FInde, 3,375, 000
liv.
TOTAL - 26, 754, 6S9
Suivant ce calcul, l'argent que l'Europe envoyz
764 liv.,
ala Chine en 176631 mopti:6,27557
& les marchandifes à un. 1
20,478,925 liv --- Page 151 ---
A S I E.
Ily 2 encore un Commerce érabli entre la
Ruffie & la Chine, qui fe fait principalement
par. l'échange dans l'entrepôt de Kiatcha, placé
entre la Chine (eptentrionale & l'empire de
Ruflie. Là fe trouvent deux magalins, où font
dépofées toutes les marchandifes que les deux
nations fe propofent d'échanger. Celles qu'y portent les Chinois font des foies, des étoffes de
foie, da thé yert, bien fapérieur à celui qu'ils
nous envoient par mer, & qu'ils vendent aux
Ruffes jufqu'à 20 francs la livre. Ceux-ci, pour
tous Ces objets, donnent en échange des fourrures. On penfe que ce Commerc.,année commune 2 peur s'élever à 6, 000, 000 liv.
FORM OS E.
CETTE ifle eft fruée à trente lieues des côtes
orientales de la Chine. Si on- en croit les voyageurs, rien n'égale & la fertilité & la beauté
de Formofe. Ce font moins CeS avantages que
fa fituation qui déterminerent les Hollandois à
y former un établiffement. I1 fut un moment
où il s'éleva à une profpérité qui étonna toute
I'Afe. Ala derniere conquête de la Chine par
les Tartares, plus de cent mille Chinois, qui
pe youluren; Pas fe foumettre aux vainqucurs,
croit les voyageurs, rien n'égale & la fertilité & la beauté
de Formofe. Ce font moins CeS avantages que
fa fituation qui déterminerent les Hollandois à
y former un établiffement. I1 fut un moment
où il s'éleva à une profpérité qui étonna toute
I'Afe. Ala derniere conquête de la Chine par
les Tartares, plus de cent mille Chinois, qui
pe youluren; Pas fe foumettre aux vainqucurs, --- Page 152 ---
AsIE
Sc réfugietent à Formofe, où ils porterent leur
aétivité & leur induftrie. Bientôt l'ifle devint
le centre des liaifons que Java, Siam, les Philippines, la Chine, d'autres contrées voulurent
former, & un des plus grands marchés del'Inde.
Les Hollandois s'en promettoient les plus grands
fuccès, lorfque tout-à coup ils furent attaqués
par les Chinois, qui, en 1662, firent la conquête de l'ifle, ruinerent leur établiffement, &
les en chalferent. Ils ont fair des tentatives inutiles pour le recouvrer; 5 & depuis que Formofe
a fubi le joug des Chinois, niles Hollandois,
ni aucune autre nation n'a fongé à s'y établir.
En 1782, cette ifle fut prefqu'entierement fubmergée par lés eaux de la mer.
L E JAPO N,
QUELQUES Portugais jetés par un naufrage
fur les côtes du Japon, dont alors on ne foupçonnoit pas même l'exiftence, ne farent pas peu'
étonnés d'y trouver un peuple immenfe & policé,
un pays couvert de villes nombreufes, bâties
enrichies des plus
avec quelque magnificence,
précieux ttéfors de PAfie. Retournés à Macao.,
à Malaca > ils exagérerent encore ce qu'ils avoient
vu; & bientôt partirent de ces ports des efcadres --- Page 153 ---
Asir
14*
chargées de foldats, de négocians, de miflionnaires, qui tous fe flattoient de la plus prompte
& de la plus brillante conquète, & qui tous
eurent d'abord des fuccès qui palferent leurs efpérances. Les négocians firent des profits prodigieux; les foldats bâtirent fans réfiftance des
forts par-tour oi ils voulurent; les miflionnaires,
chez un peuple avide de nouveautés, firent
tité de cenverfions, éleverent un grand nombre quande temples, attirerent quelques princes Japonois
dans leur parti. Les Jéfuites, > qui .dirigeoieut
cette million, eurent l'imprudence d'envoyer à
Rome une efpece d'ambalfade
3 compofée des
ptincipauix de leurs nouveaux convertis, pour
promettre au Pape l'entiere converfion de tout
l'empire, & de le foumettre bientôt à fon obédience. Le St. Pere, comblé de joie ( c'étoit
Grégoire XIII), perfuadé que fa tiare alloit
regaguer au Japon ce qu'elle perdoit alors en
Allemagne > accueillit les ambafladeurs avec
bontésil les accabla de préfens &
il les chargea de
d'indulgences;
reliquaires, 3 & les
avec fa bénédiction
congédia
apoltolique, - en donnantaux
Jéfuites, fecrétaires de l'ambaflade, les inftructions convenables pour alfurer la nouvelle conquère : mais, à leur retour au Japon, tout y
avoir déja changé de face. L'empercur, inftruit
& indigné que, fans fon agrément, fes fujets
accabla de préfens &
il les chargea de
d'indulgences;
reliquaires, 3 & les
avec fa bénédiction
congédia
apoltolique, - en donnantaux
Jéfuites, fecrétaires de l'ambaflade, les inftructions convenables pour alfurer la nouvelle conquère : mais, à leur retour au Japon, tout y
avoir déja changé de face. L'empercur, inftruit
& indigné que, fans fon agrément, fes fujets --- Page 154 ---
A" s'I E.
euffent 14i ofé envoyer une ambaffade à une puic
alarmé par la quantité de forts
fance érrangere,
élévoit dans fes états, par les progrès raqu'on
aux
pides qu'y faifoit une religion qui enfeignoit
Japonois à réfifter à fa puiffance, qui fe croyoit
autoriféc à lever des armées pour maintenir for
culte & fes fectateurs dans l'indépendance, donna
les ordres les plus rigouréux pour arrêter des
entreprifes fi contraires au gouvernemeht & à
de fon empire. Bientôt fes troupes
/ la religion
& les bourfeaux inonderent le Japon > & en trèsde temps y maffacrerent tous les Portugais,
peu fes mifionnaires & leurs néophytes 5 ils ne ccfferent de les maffacrer, tant qu'il én refta un
à cet
feul. Pour oter à ceux qui purent échapper
affreux carnage, tout efpoir de retour , il rencet édit célebre qui ferme tous
dit, en 16;8,
leur défend 1,
les ports du Japon aux Européens,
fous pcine de la vie, d'y aborder, &aux Japonois
d'en fortir. Les Portugais établis alots, à Malaca
des députés à l'empe-
& à Macao, envoyerent
Tengager à révoquer fon édit. Quand
teur, pour
leur déclara
on les lui préfenta., ce prince
que
fes volontés une fois connues étoienti irrévocables; -
être entrés dans fes états contre fa
que, pour
avoit .
défenfe, ils avoient encouru la peine qu'il
contre les infracteurs. Sur le" champ
prononcée il leur ft couper la tête, & n'en référva qu'urr
, envoyerent
Tengager à révoquer fon édit. Quand
teur, pour
leur déclara
on les lui préfenta., ce prince
que
fes volontés une fois connues étoienti irrévocables; -
être entrés dans fes états contre fa
que, pour
avoit .
défenfe, ils avoient encouru la peine qu'il
contre les infracteurs. Sur le" champ
prononcée il leur ft couper la tête, & n'en référva qu'urr --- Page 155 ---
Arsrk.
feul pour aller appiendre à fes compatriotes de
quelle façon leurs rémontrances avoient été reçues au Japon. Depuis ce temps, iln'a plus pris
envie à perfonne de fe charger d'une commiflion
aufli dangereufe.
De tous les Européens, 3 les Hollandois furent
feuls exceptés de cette profcription générale. Ce
fut la récompenfe des fervices qu'ils rendirent à
l'empereur, en lui prétant leurs fecours & leur
canon pour achever d'exterminer les Portugais
& le chriftianifme. Ils jouirent pendant quelques
années de leur triomphe ; & feuls maîtres de
tout le Commerce du Japon, leurs opérations
y furent très-avantagenfes : mais leur conduite &
leurs prétentions peu modérées donnerent de
l'ombrage au gouvérnement , qui retira toutes
fes't faveurs. On ne leur permit plus, pour chaque
année, que' l'envoi d'un feul vaiffeau, dont la
cargaifon fut fixée à I, 5oo 000 liv. Il fat
réglé que le vaiffeau ne pourroit aborder qu'i
Nagafacki; qu'à fon arrivée il feroit défarmé,
défagréé, & les marchandifes dépofées dans un
magalin, pour être vendues par des commiflaires
de l'empereur; que tout l'équipage refteroit dans
des loges aux environs du port, fans pouvoir
entrer dans la ville; qu'à la fin de chaque année
ils enverroient une ambaffade à l'empereur pour
senouveler les traités, & en jurer l'obfervation. --- Page 156 ---
Aistt
Depuis près de 15o ans que les Hollandois fouf
frent ces humiliations, ils ne s'en dégoitent
point. Cependant on fait quéle profit qu'ils tirent
d'un fi miférable Commerce, ne s'éleve pas à
plus de cinquante ou cinguante-cing-mille livres
par an.
L E S P - H I LI P! P I N E Ss
ON appelle ainfi un immenfe archipel fitué
à l'extrémité la plus-orientale. de l'Afie, & à
V'entrée de la mer du Sud. La principale ifle de
toutes celles qui forment cet archipel, eft Luçon,
dans laquelle eft bâtie la ville de Manille. Elle
appartient aux Efpagnols : ils en. ont fait le
centre de leur gouvernement & de leur domimation, qui s'étend fur une douzaine d'ifles voifines, dont la population, fnivant un dénombrement de 1752x monte à un million- trois
cents cinquaute mille Indiens.
Ces ifles font de la plus grande fertilité, &
abondent en toutes les produétions, qui font néceffaires- àla vie. Les arbres font toujours verts'y
& on y trouve des fruits murs dans toutes les'
faifons de l'année : les canapagnes font couvertes
de beftiaux innombrables. Indépendamment du
tiz & de tous les grains de l'Enrope.qu'elles pro*
duifent s
x monte à un million- trois
cents cinquaute mille Indiens.
Ces ifles font de la plus grande fertilité, &
abondent en toutes les produétions, qui font néceffaires- àla vie. Les arbres font toujours verts'y
& on y trouve des fruits murs dans toutes les'
faifons de l'année : les canapagnes font couvertes
de beftiaux innombrables. Indépendamment du
tiz & de tous les grains de l'Enrope.qu'elles pro*
duifent s --- Page 157 ---
As I E.
duifent, elles offrent aul Commerce du tabad,
du coton, du fucre, du miel, de la cire. Dars
les forêts on trouve le bois de fapan, l'ébene &
des réfines. Les montagnes font remplies de
inines de fer; de cuivre & d'or. Malgré toutes
ces richeffes, malgré él'avantage de leur fituation
pour être l'entrepôt d'un grand Coimerce, > lés
Philippines ne font rien entre les mains dés
Efpagnols : à peine connoitroit-on le nom de
Manille, fi fon port ne leur fervoit pour comihuniqner arec le Mexiqie par la mer du Sud:
Cette foible liaifon fc réduit à y faire paffer
tous les ans, fur un galion, les marchandifes &
les productions des Indes. Nul des objets qui
forment fa riche cargaifon n'eft le produit du
fol ou de l'induftrie des habitars. Les négocians'
de l'Inde fourniffent tout : Batavia envoie la
cannelle & les épiceriès; les Chinois leur portent des foieries; les Anglois & les François des
toiles blanches ou peintes - de Bengale & du Corcmandel; l'E/pagne ne fournit rién que quantité
de prètres & de' moines, très-propres à éntretenir l'inertie dans un pays où la chaleur dà
climat rend naturellement Phabitant efféminé &
énnemi du tiavail.
Le galion expédié pour le Mexique eft di
port d'environ deux mille tonneaux; &après une
marclie très-lente > qiti dure fix mois', il arrivs
K --- Page 158 ---
F46
A s I E:
oà il laiffe fa charge. Le
au port d'Acapulco,
fe
paiement des marchandifes qu'il a apportées
fait en piaftres, en cochenille & autres objets
de Commerce que fournit le Mexique. C'eft
avec ces effets qu'au retour on paie les marchandifes qu'a fournies I'Inde, pour former la cargaifon du galion : il n'en refte rien pour T'Efpagne, qui ne tire des Philippines que les impôts qu'elle y leve, & qui montent annuellement à
a 2, 728, 000 liv.
Les dépenfes du gouvernement montent à -
527,500
Produit net - : - 2,, 200, 500 liv.
Le galion, en allant des Philippines au Mexides rafraichilfemens au cap Saintqué s prend
Nicolas en Californie, &c à fon retour, Guam
dans les ifles Mariannes. Il a été pris trois fois
dans cette traverfée par les Anglois : ce fat
Cawendish qui s'en empara en 1587, Rogers
en 1700, & l'amiral Anfon en 1743: ce derniet
trouva à bord un million trois cents treize mille
dehuit, &c trentehuit cents quarante-trois pieces
cinq mille fix cents quatre-vingt-deux onces d'argent-vierge, outre la cochenille & quantité d'auCette riche prife ne coûta à
tres marchandifes.
l'amiral Anglois que deux hommes de tués &
feize de bleffés. En 1762, les Anglois s'empa:
, & l'amiral Anfon en 1743: ce derniet
trouva à bord un million trois cents treize mille
dehuit, &c trentehuit cents quarante-trois pieces
cinq mille fix cents quatre-vingt-deux onces d'argent-vierge, outre la cochenille & quantité d'auCette riche prife ne coûta à
tres marchandifes.
l'amiral Anglois que deux hommes de tués &
feize de bleffés. En 1762, les Anglois s'empa: --- Page 159 ---
Asrt
terent avec la même facilité des Philippines, 3
qu'ils furent forcés de rendre à la paix de 1763.
Mais tous CCS événemens prouvent combien peu
il en coûtera à tous ceux qui voudront'enlever
ces riches pofleflions à l'Efpagne. Cette couronne
vient de s'occuper tout récemment du fort des
Philippines. Par octroi du IO Mars 1785, elle
a créé une nouvelle compagnie des Indes, dont
voici les principales conditions,rearivement aux
Philippines.
Le port de Manille eft déclaré libre.
Le privilege de la compagnie eft borné au
feul tranfport d'Amérique en Afie, & d'Afie en
Europe:
Les effets & fruits d'E(pagne exportés pour ces
illes, ainfi que les effets & fruits exportés des
ports de T'Amérique, où les vaiffeaux de la compagnie aborderont, feront francs de tous droits.
La compagnie eft chargée d'envoyer un nombre
d'artifans à Manille, avec les inftrumens néceffaires pour la culture des terres 5 & far le produit annuel, il fera pris quatre pour cent, pour
encourager l'agriculture & l'induftrie aux ifles
Philippines.
Les vaiffeaux de la compagnie auront le même
privilege que ceux de la marine royale, & les .
capitaines de la mnarine royale pourront y fervir
fans déroger.
K 2 --- Page 160 ---
A S I Ei
L. E S MOI'U 0 U E Si
CEs illes, qui font devenues fi précicufes
aux Hollandois, font fituées fous la zone torside, à la pointe de l'Afie, en tirant de l'orient :
au midi. Elles paroiffent être l'ouvrage de quelques feux fouterrains : leur fol, continuellement
brûlé par les ardeurs du foleil & par les volcans, eft abfolument ftérile 5 il ne produit que
des COCOS & du fagou, qui fourniffent le feul
aliment & la feule boiffon qu'aient connus les
Moluquois jufqu'à l'arrivée des Européens. Mais
ces ifles ont l'avantage d'être les feules de la
terre qui donnent au Çommerce la mufcade &
le girofle, épiceries précieufes, pour lefquelles
lAfe & l'Europe ont pris un golr f vif & fi.
général. Les Chinois font les premiers qui les
connurent dans quelques voyages que le hafard
leur fit faire aux Moluques. Ces ifes furent
long-temps pour eux le centre d'un Commerce
très-avantageux >: qui leur fut enlevé par les
Arabes, dans les temps de leur profpérité. Ceuxcien furent dépouillés, en ISII, par les Portugais, qui, à leur tour, en furent chaflés par
les Hollandois, cn 1621. Ces républicains n'ont
négligé ni intrigues ni dépenfes pour écartee
afard
leur fit faire aux Moluques. Ces ifes furent
long-temps pour eux le centre d'un Commerce
très-avantageux >: qui leur fut enlevé par les
Arabes, dans les temps de leur profpérité. Ceuxcien furent dépouillés, en ISII, par les Portugais, qui, à leur tour, en furent chaflés par
les Hollandois, cn 1621. Ces républicains n'ont
négligé ni intrigues ni dépenfes pour écartee --- Page 161 ---
As I F.
leurs rivaux des Moluques, & pour relter feuls
maitres de Ces ifles importantes, ainfi que du
Commerce des épiceries qu'ciles produifent.
Ternate & Tidor, deux de ces ifles, étoient
pleines de girofliers & de mufcadiers. Les Hollandois les ont détruits autant qu'ils ont pu, &
font continuellement occupés à faire arracher 1.
ceux qui peuvent renaître. Ils y entretiennent,
pour l'exécution de leurs ordres, une garnifon'
de 700 hommes, deftinés en outre à tenir les
rois de Tidor & de Ternate dans la dépendance,
& à furveiller les Philippines, dont le voifinage
leur' caufe toujours quclque inquiétude.
Les Hollandois ont concentré la culture du
giroflier dans l'ifle d'Amboine, où ils en font
cultiver cinq cents mille pieds, qui produifent
chaque année un million de livres pefant de
clous de girofles. A l'égard du mufcadier. , la
culture s'en fait dans trois des ifles de Banda,
qui feules jouiffent de l'avantage de donner la
noix-mufcade à tout l'univers. On en récolte
tous les ans-environ trois cents milliers de livres
pefant, & quatre-vingt-dix mille de macis.
Jufqu'en 1738, on a évalué à dix-fepr ou
dix-huit millions les ventes que les Hollandois
ont faites de leurs épiceries chaque année. Le
poivre a produit -
5> 5oo, 000 liv.
La cannelle -
55 300,00
K3 --- Page 162 ---
35o
A S I E.
Ci contre
10,800,000 liv.
Le girofle :
3, 700,000
La mufcade -
2, 100, O00
Le macis -
I, 200, 000
TOTAL -
17, 800, 000 liv.
Les François, les Efpagnols ont fait plutieurs
tentatives pour tranfporter le girofier & le mufcadier dans les différens pays de leurs dominations qu'ils ont cru les plus propres àla culture
de ces arbres précieux ; mais les effais qu'on a
faits jufqu'à préfent ne répondent pas aux efpérances dont on s'étoit flatté. Cesarbres plantés
à Cayenne, aux ifles de Bourbon & de France,
n'y ont produit que des objets de pure curiofité:
ils doivent faire ceffer les craintes que les Hollandois ont eues de fe voir arracher la branche
la plus lucrative de leur Commerce. Cependant
fi les détails inférés dans le Mercure de France,
du 27 mai 1786, d'après une gazette étrangere,
font vrais, la France peut avoir l'efpérance de
voir les arbres à épiceries profpérer dans fes pof
feflions de PAfie & de l'Amérique. M. Ceré,
conimandant d'un canton de Pifle de France > 3
convaincu que le climat de cette ifle étoit trèsfavorable à ces. arbres, y a cultivé, avec le plus
grand fuccès, 3, 000 canneliers de Ceylan,
30, 416 girofiers, dont 1S font déja très-forts,
pérance de
voir les arbres à épiceries profpérer dans fes pof
feflions de PAfie & de l'Amérique. M. Ceré,
conimandant d'un canton de Pifle de France > 3
convaincu que le climat de cette ifle étoit trèsfavorable à ces. arbres, y a cultivé, avec le plus
grand fuccès, 3, 000 canneliers de Ceylan,
30, 416 girofiers, dont 1S font déja très-forts, --- Page 163 ---
A . S I E.
& 18 mufcadiers, dont IO ont fourni depuis
1779, époque de la maturité des premieres
mufcades, 1,o88noix, tant mûres que jetées par
des coups de vent, avant d'être parvenues à ce
point. Cc nombre de fruits a produit, dic-on,
601 mufcadiers placés au Jardin du Roi, 20 autres
qui ont été délivrés, tant dans la colonie, qu'envoyés aux ifles de Bourbon, à Cayenne & à la
Guiane -Françoife, & 124 jeunes plants s qui
exiftent dans les pépinicres du Roi : il y en a 20
de tranfplantables préfentement. Au commencement de juin 1785, un feul arbre montroit 300
mufcades, 8c 9 autres 5oo fort avancées : 24 de
ces noix ont été envoyées à l'ifle de Bourbon 2
260 ont été plantées dans les pépinieres du Roi,
& il en exiftoit 366 fur les arbres, qui dans peu,
doivent s'ouvrir. Ces arbres, ajoute. : t- on 2
font tous de la plus belle & de la plus forte
végétation : ils ont le feuillage le plus vert &
le plus garni; ils préfentent continuellement des
fleurs & des fruits de tout âge. Ce détail eft
fans doute fort intéreffant pour la France, qui,
en fuivant ces effais, en fourniffant à une fi précieufe culture les encouragemens convenables,
pourroit fe Aatter de partager un jour avcc les
Hollandois le Commerce des fines épiceries >
pour peu que les nôtres égalaffent en bonté celles
des Moluques & de Ceylan.
K 4 --- Page 164 ---
#52
A S I E.
T. I M O R.
CETTE ifle pauyre & fans induftrie ne feroit
d'aucune importance, fi elle n'étoit utile à ceux
qui font maitres des Moluques 2 pour en fermer
le pallage aux nations qui voudroient y former
quelqu'entreprife. Ce motif feul détermina les
Hollandois à s'emparcr de Kupan, ville principale de Fifle, & à en chaffer quelques Portugais
qui sy étoient réfugiés après la perte des Moluques. D'ailleurs la compagnie hollandoife n'y
fair qu'un très-mince Commerce, dont les profits
fuffifent à peine aux dépenfes néceffaires pour
fe maintenir dans ce pofte.
Il refte encore quelques Portugais à Timor,
dont les opérations fc bornent à recevoir de Maçao, & à y enyoyer quelques foibles bâtimens
de peu de valeur ? & qui ne font pas capables
de caufer aux Hollandois la moindre inquiétude,
CI E B E
CETTE ifle eft plus confidérable que celle de
Timor : quoique fituée fous la zone torride 3
fon territoire eft affez fertile. Les Macalfarois
ce pofte.
Il refte encore quelques Portugais à Timor,
dont les opérations fc bornent à recevoir de Maçao, & à y enyoyer quelques foibles bâtimens
de peu de valeur ? & qui ne font pas capables
de caufer aux Hollandois la moindre inquiétude,
CI E B E
CETTE ifle eft plus confidérable que celle de
Timor : quoique fituée fous la zone torride 3
fon territoire eft affez fertile. Les Macalfarois --- Page 165 ---
A SI E.
qui Thabitent, font agiles, induftrieux , robuftes, > & les plus braves de tous les peuples
de l'Afie méridionale. Leur courage n'empècha
cependant pas les Portugais de s'établir chez eux, >
après avair perdu les Moluques, & de sy maintenir alfez long-temps. Leur occupation étoit de
fe procurer les épiceries que les naturels du pays
trouvoient le moyen d'avoir, malgré les précautions qu'on prenoit pour les écarter des endroits
oi elles croiffent. Cet appit y attiroit aufli quelquefois les Anglois.
Les Hollandois, à qui cette efpece de contrebande déplut, entreprirent, en 1660, de la faire
ceffer. Ils y parvinrent en s'emparant du port
& de la fortereffe de Macaffar, capitale de l'ifle;
ils mirent dans leur entiere dépendance quelques
petits princes qui régnoient dans le pays : on
les défarma tous, fous prétexte de les empècher
de fe nuire les uns aux autres 3 mais en effet
pour les mettre dans l'impuiffance de rompre
leurs fers. C'eft ainfi que les Hollandois, maîtres
abfolus dans Célebes, ont forcé les Portugais
à abandonner l'ifle, & les Anglois à n'y plus
aborder.
Les Chinois font les feuls étrangers qui fcient
foufferts à Célebes : ils y apportent du tabac,
du fil d'or, des porcelaines & des foies crues.
Les Hollandois y vendent de l'opium, des --- Page 166 ---
A s I E.
liqueurs, 154
de la goime laque, des toiles fines &
communes. Tous reçoivent en paiement del'or,
beaucoup de riz, des cfclaves & du tripan ,
efpece de champignon, qui eft plus parfait à
mefure qu'il eft plus rond & plus noir. La CO.npagnie tire beaucoup d'avantages de fon Commerce, dc la dixme du territoire. qu'elle poffede en toute fouveraineté : les douanes lui rapportent 88, 000 liv. Ces objets réunis ne couvrent cependant pas les frais annuels de cet établiffement, qui coûte 165, 000 liv. & au-delà.
On fent bien qu'il faudroit l'abandonner, s'il
n'étoit regardé avec raifon comme la clef des
ifles à épiceries.
BORN E 0.
BoRNiO ef une des plus grandes iflcs, &
peut-être la plus grande du monde connu. Les
anciens habitans occupent l'intérieur des terres
partagées en différens royaumes : leurs côtes font
peuplées de Macaffarois, de Javanois, de Malais, d'Arabes, , qui tous font d'une férocité
qu'on trouveroit difficilement ailleurs : les peuples de l'intérieur & les princes qui les gouvernent n'en ont pas moins. Il n'eft donc pas
étonnant que. les Européens n'aient pas trouvé
-être la plus grande du monde connu. Les
anciens habitans occupent l'intérieur des terres
partagées en différens royaumes : leurs côtes font
peuplées de Macaffarois, de Javanois, de Malais, d'Arabes, , qui tous font d'une férocité
qu'on trouveroit difficilement ailleurs : les peuples de l'intérieur & les princes qui les gouvernent n'en ont pas moins. Il n'eft donc pas
étonnant que. les Européens n'aient pas trouvé --- Page 167 ---
ASE.
lcs mêmes facilités pour s'établir à Bornéo, que
dans le refte de l'Alie.
Les Portugais, en 1526, défefpérant de sy
faire refpecter par les armes, sioccuperent à captiver la bienveillance des peuples du pays. On
feignit de la leur accorder ; mais ce fut pour
les maffacrer tous. Un comptoir que les Anglois
y formerent quelques années après, eut la même
deftinée. Les Hollandois, qui n'avoient pas été
mieux traités, ne fe rebuterent point :ils reparurent en 1748, avec une efcadre. Quoique
très-foible, elle en impofa tellement au prince
de Benjarmaffen, feul poffeffeur dans la partie
de l'ifle qui produir le poivre, qu'il fe détermina à leur en accorder le Commerce excluGf: il fc réferva feulement la facultéd'en pouvoir
livrer cinq cents milliers aux Chinois, qui de
tout temps fréquentent fes ports.
Depuis ce traité, la compagnie envoie tous
les ans à Benjarmallen du riz, de l'opium, du
fel & de groffes toiles. Sur ces objets 2 - elle tire
à peine les dépenfes de fon établiffement, quoiqu'elles ne paffent pas annuellement 33, oco I.
Ses avantages fe réduifent au bénéfice qu'elle
peut faire fur fix cents mille livres pefant de
poivre 2 qu'elle obtient à 34 liv. le quintal, &
fur quelques diamans qu'on trouve fur les rivieres. On prétend qu'ils font préférables à ceux --- Page 168 ---
A S I E.
de Golconde; mais ils font petits, > & fi par
hafard on rencontre quelques groffes pierres 3
elles font jaunes & imparfaites. Les Hollandois
tirent encore de Bornéo une affez grande quantité de ces beaux joncs, dont Tufage eft devenu
fi général en Europe.
Le Commerce de Bornéo, , queique féroces
que foient les habitans, ne feroit peut- être
pas impraticable aux Européens, s'ils avoient
de meilleurs procédés avec les naturels du pays,
& s'ils s'appliquoient à gagner leur confiance.
Un négociant Anglois ayant relâché à Benjarmaffen, en 1774, peu de temps après la deftruétion du comptoir de fa nation, reçut toutes
fortes de careffes du fultan qui regne dans cette
ville. Ce prince lui dit que les ports de fon
royaume feroient roujours ouverts aux marchands
étrangers qui refpecteroient les loix & les ufages
du pays : & que fi les Anglois y avoient été
fi maltraités, ils ne devoient l'imputer qu'à la
mauvaife conduite de leur directeur, qui avoit
ofé vexer fes fujets, & bâtir un fort dans fes
états fans foir agrément. Il ajouta qu'après les
injures qu'il avoit reçues de la compagnie allgloife, elle ne devoit attendre de lui aucune
faveur; mais que rous les particuliers qui commerceroient chez lui pour leur propre compte, 2
fercient toujours accueillis avec bonté, &; pro
'imputer qu'à la
mauvaife conduite de leur directeur, qui avoit
ofé vexer fes fujets, & bâtir un fort dans fes
états fans foir agrément. Il ajouta qu'après les
injures qu'il avoit reçues de la compagnie allgloife, elle ne devoit attendre de lui aucune
faveur; mais que rous les particuliers qui commerceroient chez lui pour leur propre compte, 2
fercient toujours accueillis avec bonté, &; pro --- Page 169 ---
ASIE E:
tefta qu'il ne fouffriroit jamais dans fes états
l'abus infolent que la compagnie angloife faifoit
de fa puiffance. Si tous les princes Indiens euffent eu le courage de fe comporter avec cette
façon de penfer, les Anglois & les Hollandois
n'auroient jamais acquis tant de pouvoir dans
lInde.
BAI A M B A N G AN.
LEs Anglois, chaffés de Bornéo , P rojeterent
d'exécuter dans cette petite ifle, qui en eft trèsvoifine > le deffein de former un grand marché,
ou les marchandifes de la Chine & des Indes
orientales feroient échangées contre celles de
I'Indoftan & de l'Europe. Un prince du pays
leur abandonna à cet effet Balambangan 2 > en
1766 : ils -y arborerent leur pavillon l'année
fuivante, & en 1772, ils sy établirent : mais
à peine leur comptoir fut-il bâti & fortifié,
qu'il fut attaqué, pris & détruit. Les Anglois
ignorent encore ou feignent d'ignorer par qui
fit commis cet acte de violence, 2 qui leur coûta
9 millions, --- Page 170 ---
A SI E:
SU M A T R A.
CETTE ifle eft plus grande que l'Angleterre:
elle a 280 lieues de longueur, > fur une latgeur
beaucoup moins confidérable. Coupée par l'équateur prefque en deux parties égales 2 elle eft
confinée à l'eft par le détroit de Malaca, & au
midi par celui de la Sonde, qui la fépare de
Java. L'air des côtes eft aufli mal-fain, qu'il eft
dans l'intérieur des terres. Elles font d'une
pur
grande fertilité, & abondent fur - tout en riz
& en beftiaux de toute efpece 3 mais le poivre
en eft la principale richeffe : il y croît en fi
grande quantité, qu'il fournit tous les ans la
cargaifon d'une vingtaine de navires : on croit
même que les terres en rapporteroient davantage, fi elles étoient mieux cultivées.
L'ifle offre encore au Commerce quantité
d'autres productions très-précieufes, du benjoin,
de l'ambre gris, du bois de fandal, un camphre
excellent quand il a été purifié en Hollande, des
pierres de bézoar, du coton > quantité d'indigo 5
des gommes pour les vernis, des faphirs, des
rubis, d'autres pierres précieufes, & enfin de
les
ces nids d'oifeaux 2 fi recherchés par
grands
de la Chine. Dans les montagnes, on trouve
des mines d'or & d'étain, que les naturels du
, du bois de fandal, un camphre
excellent quand il a été purifié en Hollande, des
pierres de bézoar, du coton > quantité d'indigo 5
des gommes pour les vernis, des faphirs, des
rubis, d'autres pierres précieufes, & enfin de
les
ces nids d'oifeaux 2 fi recherchés par
grands
de la Chine. Dans les montagnes, on trouve
des mines d'or & d'étain, que les naturels du --- Page 171 ---
As I E.
pays ne veulent ni exploiter, ni fouffrir que
les Européens les exploitent. Les fables de quelques rivieres qui prennent leur fource dans les
rochers où font les mines, fourniffent tout l'or
qui circule dans l'ifle.
Il eft fenlible que Sumatra, fitué fur deux
détroits qui ouvrent le paffage aux Moluques S,
a dû être fort ambitionné par les Hollandois: :
aufli y ont-ils fix comptoirs, mais dont il n'y a
que celui de Palimban qui leur foit de quelque
utilité. Le fultan qui regne dans ce canton, > leur
livre tous les ans deux millions pefant de poivre,
à 23 liv. 2 f. le quintal, & un million & demi
d'étain, à 61 liv. I2 f. le cent. La compagnie,
pour la défenfe de fon comptoir, y entretient
une garnifon de 80 hommes, qui coûtent tous
les ans 66, 00C liv.
Ce n'eft pas fans avoir effuyé de longues &
vives difputes avec les princes du pays, que les
Anglois font enfin parvenus à avoir un comptoir à Sumatra : on le leur accorda dans le territoire de Bencouli. La prémiere fois qu'ils y
parurent, ils fe livrerent à cet efprit de rapine
& de tyrannie que les Européens portent fi
généralement en Afie. Ils en furent féverement
punis : les habitans prirent les armes contr'eux;
leur comptoir, leurs magafins furent brilés, &
les Anglois réduits à quitter l'iflc. Devenus plus
F --- Page 172 ---
A SIE
fages, ils y font retournés', & ils ont rétabli
leur comptoir, &c bâti fans contradiétion le fort
Marlboroug, oû ils entretiennent une garnifon
de quatre cents Européens, & quelques cipayes.
Tous les Anglois ont la liberté de faire à Sumatra'
le Commerce, à l'exception du poivre, que la
compagnie fait exclufivement : elle en tire annuelIement quinze cents tonneaux > qu'elle achete
à un prix fort avantageux, La moitié eft portée
dans la Grande-Bretagne, & le refte eft envoyé
à la Chine s où on le vend avec un gros profit.
Le revenu de ce cumptoir, en 1773, s'élevoit
-
895 liv.
à -
4, 982,
Ses dépenfes montoientà 3s 165,480
liv.
Profit net -
1, 817, 415
Le comptoir de Bencouli & le fort Marlboforment une direction particuliere, quineroug
dépend point de Madras.
JAV Ao"
LES Hollandois n'ayant pas voulu, ou peutr
placer T'entrepôt général de
être n'ayant pas pu
mieux
leur Commerce à Sumatra, ne pouvoient l'ifle de
choifir, pour exécuter CC projet >' que
très-voifine de l'autre, aufli abondante en
Java',
utiles, & où ils ont
poivre & autres productions
trouvé:
boforment une direction particuliere, quineroug
dépend point de Madras.
JAV Ao"
LES Hollandois n'ayant pas voulu, ou peutr
placer T'entrepôt général de
être n'ayant pas pu
mieux
leur Commerce à Sumatra, ne pouvoient l'ifle de
choifir, pour exécuter CC projet >' que
très-voifine de l'autre, aufli abondante en
Java',
utiles, & où ils ont
poivre & autres productions
trouvé: --- Page 173 ---
A S i Ei
16t
trouvé des peuples plus difpofés à porter leurg
fers.
ae
Java eft une grande ifle fituée au frd-oucRt
de celle de Sumatra, dont clle n'eft féparée
par le détroit de la Sonde: Sa longueur eft a
viron deux cents lieues, fur une largeur depuis
ttente jufqu'à quarante. Cette vaite étendue de
pays elt partagée entre quatre ou cinq petits
Frinces, * dont ceux de Eantam S de Mataran
font les principaux. il fe trouve parmi ces princes
une fingularité frappante > c'eft que le faltan
de Balimbuan, quoique maître d'un irès-petic
état, a fa conferver fa liberté, non-feulement
contre l'ambition des autres princes de l'ifle ;
mhais encore contre les entreprifes de la
gnie hollandoife. Tant il eit vrai
compa.
de la liberté donne affez
que l'amour
d'énergie à tous les
peuples ponr fe maintenir indépendans cquand
ils le veulent!
A l'égard des autres princes de l'ille, méme
de ceux de Bantam & de Mataran, ils font dars
une telle dépendance des Hollandois
ci fe peuvent dire les fouverains de > que ceuxJava. Ils ne'
poffedent Pas un grand territoire, mais ils font
les maitres de tout le Commerce & de toutes'
les forces du pays. Leurs domaines font litués
dans la partic du nord, proche le royaume de
Bantam. Ils poffedent en outre > dans toute las
L --- Page 174 ---
A S:I x.
circenférence de Tille, quantité de forts qui leur
affiurent l'empire mafitiine de ces quartiers ; eirfin les garnifons qu'ils eniretiennent dans les
états de Bantam & de Mataran, dont les fouverains peuvent paffer pour les vaffaux de la
compagnic, achevent d'affujettir le pays. Heureux celui de Balimbuan, qui a fu fe garantir
d'un parcil vaffelage!
C'eft dans les confins du royaume de Bantam, que, fur les ruines de Jacatra, ancienne
capitale de Java, a été bâtie la célebre ville de
Batavia, la plus belle de T'Afie, peur-être la
plus riche, une des plus commerçantes de l'univers, la métropole & le boulevard de toutes
les poffeffions hollandoifes dans l'Inde. Elle eft
placée dans l'enfoncement d'une baye profonde,
couverte de plufieurs ifles d'une grandeur médiocre, qui rompent l'agitation de la mer. Ce
n'eft qu'une rade, >1 mais onyeft en sûireté contre
tous les vents 5 & dans toutes les faifons de
l'année. On y voit aborder tous les vaiffeaux
que la compagnie expédie de l'Europe pour
l'Alie, à l'exception de ceux qui doivent fe
rendr à C eylan, dans le Bengale & à la Chine.
Ils sy chargent en retour des marchandifes qui
y ont été apportées des différens comptoirs & des
différens marchés de T'Afie, des productions de
Java, dont les principales font du riz, du
les vents 5 & dans toutes les faifons de
l'année. On y voit aborder tous les vaiffeaux
que la compagnie expédie de l'Europe pour
l'Alie, à l'exception de ceux qui doivent fe
rendr à C eylan, dans le Bengale & à la Chine.
Ils sy chargent en retour des marchandifes qui
y ont été apportées des différens comptoirs & des
différens marchés de T'Afie, des productions de
Java, dont les principales font du riz, du --- Page 175 ---
A S I E:
ids
poivre, du café; le tout en très-grande quantité. Java fournit encore de l'arraque, boiffon
exquife faite avec du rizs da firop de facre s'
du vin de cocotier, qu'on laiffe fermenser enfemble, & qu'enfuite on diftille.
Indipendamment des bâtimens employés par
h compagnie pour fon Commerce, on voit
arriver à Batavia quantiré de navires appartenans à des particuliers. Parvenus.: à leur deftination, ils livrent à la compagnie les objets de
leurs chargemens, s dont elle s'eft réfervée le privilege exclufif, & vendent les autres à qu boni
leur femble. La traite des efclaves forme une des
principales branches de ce Commerce libre : on
en compte annuellement deux miller
Les Chinois ont de grandes liaifons avec
Java : deux mille, ou environ, 5 tous les ans
sy rendent, dans l'efpérance de faire fortune,
Ils y portent du thé, des porcelaines, des fcies
crues s des étoffes de foie, des toiles de coton;
le tout peur valoir trois millions. Ils reçoivent en
échange de l'étain, du poivre,mais fecrétement Y
parce que le Commerce en eft interdir aux particuliers: cn leur donne du tripan, des nageoires
dc requin, des nerfs de cerfs, auxqaels les
Chinois attribuent de grandes vertus 5 peus-être
imaginaires, & enfin de ces nids d'oifeaux, f
précieux eu Alie, qui s'y trouvent en quelques
L 2 --- Page 176 ---
A S I E.
contrées > mais plus abondamment fur les côres
de la Cochinchine, que par-tout ailleurs.
Les Efpagnols des Philippines fréquentent
aufli Baravia : ils y prennent far-tout la cannelle dont ils ont befoin pour leur confommation, & pour celle du Mexique. Ils paicat CGt
important objet avec l'or & les piaftres qui ileur
viennen: d'Acapulco par le galion. Les François
en temps de guerre vont quelquefois chercher
des vivres à Batavia. Les Anglois qui font le
Commerce d'Inde cn Inde, y vienrient bien
plus fouvent, &c en bien plus grand nombre :
leurs ventes s'y réduifent à peu de chofe, mais
leurs achats y font confidérables; ils y chargent
en particulier beaucoup d'arraque.
Toutes les denrées, toutes les marchandifes
qui entrent à Batavia, qui en fortent, doivent
cinq & demi pour cent. Cette douane eft affermée I, 900, 800 liv. Il y a encore d'autres
impofitions dans cette capitale des Indes hollandoifes, mais elles ne couvrent pas les dépenfes
de ce grand entrepôt, qui coûite affez régulierement par an 6, 600, 000 liv.
Quoique l'air foit très-mal-fain à Batavia, & fi
mal-fain, que les gens riches ne demeurentà la
ville qu'autant de remps que leurs affaires le demandent, cependant la population eft immenfe:
on y compte dix mille blancs, cent cinquante
cette capitale des Indes hollandoifes, mais elles ne couvrent pas les dépenfes
de ce grand entrepôt, qui coûite affez régulierement par an 6, 600, 000 liv.
Quoique l'air foit très-mal-fain à Batavia, & fi
mal-fain, que les gens riches ne demeurentà la
ville qu'autant de remps que leurs affaires le demandent, cependant la population eft immenfe:
on y compte dix mille blancs, cent cinquante --- Page 177 ---
A S : T.
mille eflaves, quantiré d'Indiens libres. Le furplus eft un affemblage de toutes fortes de narions, de Chinois, de Malais, d'Amboiniens,
de Macaffarois, de Portugais, de François, &c.
Entre cesnations 2 les Chinois, aul nombre de plus
de deux cents mille, méritent une attention particulicre. Ils font à Batavia un très-grand Commerce : ce font eux qui contribuent le plis a
la profpérité de la ville, par l'extrême abondance
que lui procurent leur travail & leur induftrie.
Ils font les fculs bons cultivateurs de la colonie,
& ils y conduifent toutes les manufactures. A
l'égard des autres nations, elles y vivent dans
une inaction générale, qu'entretiennent le luxe
& les plailirs : les Hollandois fur-tout, cette
nation gue, dans le refte du globe,, on trouve
f économe & fi laborieufe; femble annoncer
à Batavia une corruption qui n'a plus de bornes.
- La compagnie hollandoife a toujours à Java
llil gros corps de troupes, foit pour la garde
de Batavia, foit pour maintenir Fordre parmi
les nations différentes qui lhabitent, foir pour
la défenfe de fcs autres comptoirs dans l'Inde.
On fait nonter ces troupes à plus de cent
mille hommes. Les forces maritimes de la compagnie font proportionnées à l'étendue de fon
Commerce : elle a toujours quarante vaiffeaux,
&queiquefois davantage, farlefquels elle négocie
L 3 --- Page 178 ---
A s I E.
dans toutes les Indes. Des marchandifes qu'ils
en rapportent 3 ainfi que des produétions & des
revenus de fes domaines, elle en compofe la
cargaifon de vingt à trente vaiffeaux, qu'elle envoie tous les ans en Europe. La vente des effets
qu'ils y condaifirent en 1738, s'éleva à quarantean millions quatre cents quatre-vingr-neuf mille
grois cents vingt-quatre" livres,
En 1751, le capital de la compagnie, tant
effets de Commerce & bons paen argent qu'en
liv,
piers, montoit à l
62, 450, 000
Les profits annuels s'élevoient à -
a 27, 940, 00Q
Les dépenfes ordinaires
nontoient à
20, 460, 000
Profit :
7, 480, 000 liv,
Mais avec ce profit il faut faire face aux
guerres, aux incendies, aux naufrages &c à tant
d'autres malheurs qu'on ne peut pas prévoir;
Cette: fituation alarmoit fi vivement le général
Maffel, le plus habile des chefs qui ait gouverné les Indes hollandoifes, qu'il regardoit la
compagnic comme un vaiffeau qui couloit bas :
B dont la fubmerfion étoit retardée par le travail
de la pompc.
D'après cet expofé des opérations du ComMerCe que les nations européennes fonr en Alic,
incendies, aux naufrages &c à tant
d'autres malheurs qu'on ne peut pas prévoir;
Cette: fituation alarmoit fi vivement le général
Maffel, le plus habile des chefs qui ait gouverné les Indes hollandoifes, qu'il regardoit la
compagnic comme un vaiffeau qui couloit bas :
B dont la fubmerfion étoit retardée par le travail
de la pompc.
D'après cet expofé des opérations du ComMerCe que les nations européennes fonr en Alic, --- Page 179 ---
Ast E.
&: d'après les ventes qu'elles font en Europe,
cil peur juger en faveur de qucile nation eft la
balance d'un Commerce fi étendu, & qui met
l'Europe & l'Afe dans un mouvement continuel.
Les ventes des Anglois, en 1776, montoient
à
74, 400, 457 liv,
Celles des Hollandois,
en 1738, & sûrement den
puis elles n'ont pas augmenté, s'éleverent à - - 41, 489, 324
Celles des François à
l'Orient, en 1778, dans
un temps oàle Commerce
de T'AGe étoit libre par la
fulpenfion du privilege exclufif de la compagnie des
Indes, furent portées à - 18,659, 073
Onpeut évaluer lesventes réunies des Portugais,
des Ruffes, des Suédois,
des Danois, à -
15, 000, eoo
TOTAL - - 149, 545, 854 liv,
L'Europe, pour fe procurer la quantité prodigienfe de marchandifes qu'elle tire de l'Afie
& des Indes orientales, non-feulement donne
en échange les productions de fon fol, celles
de fes manufactures & de fonlindefrie, mais
L+ --- Page 180 ---
:68
A SI E,
encore pour folde de compte, elle envoie tous
les ans vingt-quatre millions en argent. On prégend que les François entrent dans cette fomme
pour -
- 8, 000, 000 liy,
Les Hollandois pour - - 6, 000, 000
L'Angleterre pour - - 3, 000, 000
Le Danemarck pour P - 3, 000, 000
La Suede pour - -
2, 000, 000
Le Portugal poar - a 2, 000, 000
TOTAL
a 24, 000, 000 liv.
En 1785, on a calculé que les différentes
gutifancc.européennes emploient au Commerce
de lInde environ 460 vaiffeaux montés par 14
à1s, 000 hommes. Sur ce nombre, il révient
de l'Inde annuellement environ foixante - cing
vaiffeaux,
La compagnie angloife emploie cinquantequatre vaiffeaux, dont environ fcize reviennent
tous les ans.
Les Hollandois environ quarante, dont il rge
vient annuellement treize.
Les Danois onze, dont il en revient cinq.
Les Suédois onzc, dont il en revient quatre,
La compagnie impériale fept , dont il en revient trois ou quatre.
Les puilfances italiennes douze, dont il en
revient çing.
ixante - cing
vaiffeaux,
La compagnie angloife emploie cinquantequatre vaiffeaux, dont environ fcize reviennent
tous les ans.
Les Hollandois environ quarante, dont il rge
vient annuellement treize.
Les Danois onze, dont il en revient cinq.
Les Suédois onzc, dont il en revient quatre,
La compagnie impériale fept , dont il en revient trois ou quatre.
Les puilfances italiennes douze, dont il en
revient çing. --- Page 181 ---
Asr E.
L'Efpagne en reçoit deux tous les ans.
La France, depuis la paix de 1783, en a
employé quatorze, dont fept font revenus.
Enfin les Etats-unis de l'Amérique ont reçu
à New-Yorck un vaiffeau venu de l'Inde depuis
leur indépendance. --- Page 182 ---
A M ÉRIQU JE.
Qo. le fort des grands hommes nés pour
éclairer T'univers, pour l'arracher à d'anciens
préjugés, eft malheureux! Plus leurs fublimes
génies répandent de lumieres, plus leurs travaux
font utiles au genre humain, & plus ils deviennent l'objet de l'envie, de la jaloufie, de la
perfécution des ignorans, dont ils font obligés
d'effuyer les premiers jugemens.
Tel fut le fort de Chriftophe Colomb. Ce
grand homme, le plus célebre aftronome du
quinzieme fiecle, lc plas habile, le plus hardi
navigateur qu'on connût alors, par fes obfervations fur la figure de la terre, fe perfuada
qu'on n'en connoiffoit que la moitié, & qu'une
navigation bien fuivie, avec le fecours de la
boufole, en tirant droit du couchant au levant,
lai feroit découvrir l'autre moitié. Il la fuppofoit
aufli peuplée & aufli riche que l'ancien monde.
Colomb communiqua fes idées à toutes les cours
de l'Europe, où on le traita de vifionnaire &
d'infenfé. Ifabelle, reine de Caftille, fut la feule
qui l'écouta favorablement, &c qui rifqua de lui
confier trois petits navires pour l'exécution de
Colomb
fon projet. Avec ces foibles moyens,
it découvrir l'autre moitié. Il la fuppofoit
aufli peuplée & aufli riche que l'ancien monde.
Colomb communiqua fes idées à toutes les cours
de l'Europe, où on le traita de vifionnaire &
d'infenfé. Ifabelle, reine de Caftille, fut la feule
qui l'écouta favorablement, &c qui rifqua de lui
confier trois petits navires pour l'exécution de
Colomb
fon projet. Avec ces foibles moyens, --- Page 183 ---
A M E R I Q U E.
partit pour la plus grande conquéte qui 2it jamais
été entreprife : fans autre guide que fon génie
& fon courage, 2 ils'élanga fur tin océanimmenfe,
où jamais perfonne avant lui n'avoit pénétré.
Après trente-trois jours de navigation, il découvrit, atl mois de feptembre 1492, le nouvel
hémifphere qu'il avoit imaginé, en pric polfef
fion, au nom de la couronne de Caftille, &
retourna à la cour d'ifabelie, lai annoncer fa
nouvelle découverte.
Les Indiens qu'il amena avec lui, les curiofités, la grande quantité d'or qu'il expofa aux
yeux des courtifans, fut bien capable de faire
ceffer leurs fots difcours, & de fubjuguer leur
incrédulité; mais Colomb ne pur jamais vaincre
l'envie & la jaloulie des ignorans, qui ne lui
pardonnerent jamais d'avoir eu plus de lumieres
qu'eux: : leurs perfécutions repandirentfamettume
far toute fa vie. Tantôt chargé de chaînes, tantôr
réduit aux plus humiliantes juttifications, aprèsla
mort difabelle fa protectrice . oublié dans une
cour ingrate, dont il ne ceffa d'cffuyer les refus
&les mépris 2 ce grand dhomme, l'admiration de
toute l'Europe > termina, en 1506, fa brillante
&mllenrenfecariere en Elpagne, plutôtaccablé
fous le poids de fon infortung, que de fcs années.
Il ne pofféda pas Ln feul pouce de terre dans
le pays qu'il avoit conquis : il n'eurgpas mêie --- Page 184 ---
A M É RIQUE
Favantage derleur laifler fon nom : à peine putil obtenir un tombeau honorable dans une cour
o, par recomnoiffance, O11 auroit dû éternifer
fa mémoire par les plus fomptueux & les plus
glorieux monumens.
Notre deflein n'eft pas de fnivre les Efpagnols
& les autres nations de l'Europe dans le partage
qu'elle fe font fait des pays découverts par Colomb, & dans leurs ufurpations fur les naturels
-
du pays : ce tableau ne nous préfenteroit que des
vainqueurs farouches, cent fois plus barbares que
les fauvages qu'ils maffacroient, & dont les abominables exploits feront dans tous les temps
frémir d'horreur ceux qui en liront, ou quie en
entendront le récit,
L'Amérique , aujourd'hui plus tranquille 3 gouvernée par des loix analogues à fa fituation, en
communication intime avec, l'Europe , y verfant
centinuellement une abondance prodigieufe d'or
& d'argent, les perles & lcs diamans, les produclions de fon fol, les plus riches & les plus
variées que puiffe offrir la nature, prodiguant
fans cefle fes tréfors au luxe & à l'avarice des
nations européennes, l'Amépique enfn leur fourniflant les matieres du Commerce le plus important & le plus étendu qui fe foit jamais fait,
va nous donner un fpeétacle plus fatisfaifant que
celni de la dévaftation & des forfaits atroces
perles & lcs diamans, les produclions de fon fol, les plus riches & les plus
variées que puiffe offrir la nature, prodiguant
fans cefle fes tréfors au luxe & à l'avarice des
nations européennes, l'Amépique enfn leur fourniflant les matieres du Commerce le plus important & le plus étendu qui fe foit jamais fait,
va nous donner un fpeétacle plus fatisfaifant que
celni de la dévaftation & des forfaits atroces --- Page 185 ---
A M É R I Q U E.
qu'y commirent fes premiers vainqueurs. Nous
allons parcourir du nord au midi les vaftes régions de ce nouvel hémifphere, & remarquer
les liaifons que le Commerce a formées entre
chacune d'elles & l'Europe. Commençons
nous former une idée locale de la fituation & par de
l'étendue de ce nouveau monde.
L'Amérique eft renfermée dans un hémifphere
oppofé au nôtre, dont les habitans font nos
antipodes. Ce vafte pays eft fitué fous trois
la totride & les deux
zones, 9
tempérées : il eft borné
au nord par la mer & les terres
au
Atlantiques,
midi par le détroit de Magellan, à l'orient
par la mer du Nord, &c au couchant
celle
du Sud. La différence de CeS climats fait par
dans le milieu de l'Amérique, l'air eft que, trèschaud & brûlant, très-froid aux deux extrémités,
& dans les autres parties aufli tempéré qu'en
Europe.
L'Amérique eft partagée en deux grands continens, qui fe tiennent par une langue de terre.
qu'on appelle l'ifthme d'Arien. Le continent fitué
aul nord forme l'Amérique feptentrionale, dont
les parties qui font connues s'étendent depuis
le foixante- quinzieme jufqu'au onziemc
de latitude
degré
feptentrionale. Les principales contrées qu'elle contient, font la baye d'Hadfon.,
le Canada, les poffeflions angloifes, la) Floride, --- Page 186 ---
A 11 É R I 0 U E.
Ja Louifiane, l'ancien & le nouveaa Mexique,
& la Califernie. Tous ces pays font bornés, les
uns par la mer du Nord, & les autres par la
mer du Sud, & par le golfe du Mexique.
Le fecond continent forme l"Amérique méridionale, fituée entre le douzieme & le foixantefixieme degré de latitude auftrale. Dans cette
partie, on trouve le royaume de Terre-Ferme,
fur les bords du golfe de Mexique, le Pérou &
le Chili, qui s'étendent le long de la mer du
Sud, le Paraguay, le Bréfii & la Guyanne s'
bornés par la mer du Nord.
Entre ces deux continens, la mer du Nord
s'étend fous la
a formé un grand golfe, qui
torride,
le onzieme degré de latizonc
depuis
tade feptentrionale, jufqu'au douzieme de latitude méridionale. Entre le détroit de Bahama-
& le golfe de Muracaibo, font placécs, eir
forme d'arc, une grande quantité d'ifles, qu'on
appelle les Antilles, dont les plus importantes
font Cuba, San - Domingue & la Jamaique ;
font d'une
mais toutes > jufqu'aux pius petites,
fertilité étonnante, & leurs riches productions
font l'objet d'un Commerce immenfe.
feptentrionale, jufqu'au douzieme de latitude méridionale. Entre le détroit de Bahama-
& le golfe de Muracaibo, font placécs, eir
forme d'arc, une grande quantité d'ifles, qu'on
appelle les Antilles, dont les plus importantes
font Cuba, San - Domingue & la Jamaique ;
font d'une
mais toutes > jufqu'aux pius petites,
fertilité étonnante, & leurs riches productions
font l'objet d'un Commerce immenfe. --- Page 187 ---
A M E R I Q J E.
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE,
BAr E D'HU D 1e S O N.
Les parties les plus feptentrionales del'Amérique font les bayes de Bafin & de Smith, ;
les contrées qui les environnent font expofces à
un froid fi exceilif, qu'eiles font abfolument
Aériles & inhabitées. La baye d'Hudfon, placée
à une latitude plus éloignée du pole, ne laiffe
pas d'être une contrée que les glaces, les neiges,
an hiver prefque continuel, permettent à peine
d'habiter. La terre eft fi froide, qu'elle ne produit que de miférables arbriffeaux. Les habitans
des vaftes régions qui bordent la baye, fc reffentent de la ftérilité de la nâture : ils yi foriten
petit nombre, & leur taille n'excede pas quatre
pieds. Ceux qu'on connoît le plus, font les
Eskimaux, peuples fauvages & barbares, que
leur commerce avec les Européens n'a jamais
pu civilifer, & quireffemblent affez aux Lapons
& aux Samoyedes, dont Frebablement ils font
defcendus.
Les animaux de ces cantons paroiffent plus
favorifés de la nature que les hommes : les --- Page 188 ---
A M É R IQU E.
efpeces en font très-belles, vêtues de peauf 3
dont le poil elt doux, chaud & très-touffu. Tels
font les caftors, les renards, les martres, les
ours blancs; les loups, &c. : leurs vétemens
font Funique objet du Commerce de la baye
d'Hudfon. Il a fallu que l'avarice des Européens
ait été bien avide, s bien active, bien intrépide s
pour aller chercher au bout de Funivers, au iilieu d'une infinité de dangers, cette efpèce de
richelfe, & l'enlever aux malheureux habitans
de ces affreux climats.
La baye d'Hudfon n'eft, à proprement parler, ,
qu'un entrepôt de Commerce : la rigueur dn
froid y a interdit aux Européens toute efpece
de culture & de population, On ne trouve fur
ces immenfes côtes que deux petits forts, ceux
d'Yorck & de Nelfon, habités par une centaine de foldats, & par quelques faéteurs de la
compagnie angloife. Leur occupation eft de recevoir les pelleteries que les fauvages viennent
échanger contre des bagatelles, dont on leur
a fait corinoitre & chérir l'ufage. On trompe
habituellement ces malheureux fur la mefure,
le poids & la qualité des marchandifes qu'on
leur délivre. C'eftavec un femblable beigandage,
que la compagnie angloife, à qui ce monopole
a été accordé, tire tous les ans quarante à cinquante mille peaux de caftor & d'auitres animauxs
fut
fauvages viennent
échanger contre des bagatelles, dont on leur
a fait corinoitre & chérir l'ufage. On trompe
habituellement ces malheureux fur la mefure,
le poids & la qualité des marchandifes qu'on
leur délivre. C'eftavec un femblable beigandage,
que la compagnie angloife, à qui ce monopole
a été accordé, tire tous les ans quarante à cinquante mille peaux de caftor & d'auitres animauxs
fut --- Page 189 ---
A M € R I QU
fur lefquelles il fe fait un profit immenfe. Les
deux tiers de ces belles peaux font confommées
en nature dans l'Angleterre, ou employées dans
. fes manufactures. Le refte paffe en Allemagne,
où le climat lui ouvre un débouché fort avanrageux.
La compagnie françoife établie au Canada ne
vit pas fans jaloufie les gros profits que les Anglois faifoient fur le Commerce des pelleteries:
en 1682, les François voulurent au moins le
partager. Cette rivalité caufa entre les deux nations les plus cruelles hoftilités : elles cefferent a
la paix d'Utrecht, quiaccorda fans partageil'Angleterte la propriété de la baye d'Hudfon, & la
maintint dans la poffeflion d'y faire le Commerce
des pelleteries.
La baye d'Hudfon doit fon nom à Henry
Hudfon, célebre navigateur Anglois, qui le
premier y entra en 1607. Il y retourna > pour
la troifieme fois en 16I0, y paffa Thiver, &
fe préparoit à repaffer en Europc en 1611,lorf
que fon équipage, laffé des fatigues qu'il avoit
effuyées, fe mutina, le faifit avec fept de fes
amis, & les expofa, fans vivres & fans armes,
dans une chaloupe, > à la fureur des flots. On
n'a jamais fu fi Hudfon fut englouti par les vagues, ou maffacré par les fauvages chez lefquels
il put aborder.
M --- Page 190 ---
A MÉ RI Q U E.
L'objet des voyages d'Hudfon étoit moins le
Commerce, que le projet de chercher un paffage à la Chine & aux Indes orientales par le
nord-oueft de lAmérique. Hudfon ne le trouva
pas. James continua cette recherche en 1631,
& apres avoir effuyé les plus grands dangers, il
retourna en Angleterre fans aucun fuccès. En
1746, le capitaine Ellis fit encore à la bayed'Hudfon une nouvelle tentative pour trouver ce paffage fi defiré; mais fes efforts & fes obfervations, quoique faites avec beaucoup de foin &
la plus grande intelligence, n'ont pu lui faire
découvrir ce qu'il cherchoit. Malgré tant de malheureux effais, les Anglois n'ont pas encore
perdu l'efpoir de réuflir dans leur projet. Après
avoir défefpéré de découvrir ce fameux pallage
par la baye d'Hudfon, ils le cherchent maintenant
par la mer du Sud. L'Europe commerçante attend
avec la plus vive impatience quel fera le fuccès
dc leurs travaux.
IE CANAD A.
Le froid eft ordinairement très-long & trèsrude au Canada. Son âpreté paroit d'autant plus
étonnante, que cette contrée eft all mème degré
de latitude feptentrionale, que les pays les plus
avoir défefpéré de découvrir ce fameux pallage
par la baye d'Hudfon, ils le cherchent maintenant
par la mer du Sud. L'Europe commerçante attend
avec la plus vive impatience quel fera le fuccès
dc leurs travaux.
IE CANAD A.
Le froid eft ordinairement très-long & trèsrude au Canada. Son âpreté paroit d'autant plus
étonnante, que cette contrée eft all mème degré
de latitude feptentrionale, que les pays les plus --- Page 191 ---
A M € RI QU E.
méridionaux de la France. On attribue cette température aux montagnes, aux grandslacs quiconfinent cette contrée, au voifinage de la mer > aux foresimmenfeaquicouvrentlepap-lLarteuve qu'on
en apporte, c'eft que le froid diminue fenfiblement, à mefure que les défrichemens & la popu
lation augmentent. Le Canada, proprement dit,
eft borné au nord par la terre de Labrador, au
levant par la mer du Nord, & au midi par la
nouvelle Angleterre : fes limites au couchant font
aflez arbitraires.
Les François paroiffent avoir été les premiers
Européens qui aient formé des établiffemens au
Canada. Dès 1534, Jacques Cartier étoit entré
dans le fleuve Saint-Laurent, & y avoit fait le
Commerce des pelleteries avec les fauvages, alors
feuls habitans de ces immenfes contrées. Succeffivement d'autres François, quoique fouvent traverfés, tantôt par les Efpagnols, tantôt par les
Anglois, s'établirent au Canada, 3 bâtirent les
villes de Quebec, de Montréal & des TroisRivieres, toutes fur le Aeuve Saint-Laurent, Leur
colonie & leur Commerce s peu fecourus par le
gouvernement, 7 furent toujours très-languiffans,
& au point qu'à la paix d'Utrecht vingt mille
François, répandus dans ces vaftes régions 9
étoient réduits à vivre & à fe couvrir de peaux
comme les fauvages.
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A M € RIQ U E.
L'attention quel le miniftere françois accorda a
la colonie après la paix d'Utrecht, y mit quelque
activité, & lui donna quelque confidération. En
1758, la population étoit de quatre-vingt-dix
mille ames : dix mille habitoient Quebec, le
chef-lieu de la colonie, , le centre de fon Commerce , & le fiege du gouvernement; la ville des
Trois-Rivieres en contenoit quinze cents, &
Montréal environ quatre mille : le refte étoit
dans des habitations placées fur les
répandu fleuve Saint-Laurent. Celles qu'on voyoit
rives du
Montréal étoient d'une fertilité
entre Quebec &
le
du canal de
commune, & offroient long
peu
continuité de caltures en toute efla riviere une
fc laffer d'adpece de grains, qu'on ne pouvoit
mais la
matiere du Commerce
mirer ;
principale
étoient les pelleteries & le bois de conftruction
la marine. Le pays eft rempli de bètes faupour couvert de fapins & de pins d'une grofvages,
élévation
qui fourfeur & d'une
prodigieufe,
niffent la plus abondante matiereà ce Commerce.
n'auroit-il pas pu monter ?
A quelle profpérité
efforts n'auroit point fait la colonie pour
quels
& le conferver, fi elle eit reçu de fa
l'accroitre
& les fecours dont
métropole les encouragemens
déelle avoit befoin ? Mais peu ou foiblement les
fendue, il lui a fallu enfin fuccomber fous
d'un ennemi trop intérelffé à
efforts multipliés
ondante matiereà ce Commerce.
n'auroit-il pas pu monter ?
A quelle profpérité
efforts n'auroit point fait la colonie pour
quels
& le conferver, fi elle eit reçu de fa
l'accroitre
& les fecours dont
métropole les encouragemens
déelle avoit befoin ? Mais peu ou foiblement les
fendue, il lui a fallu enfin fuccomber fous
d'un ennemi trop intérelffé à
efforts multipliés --- Page 193 ---
A M i RI Q U Ei
s'en emparer. Par le traité de paix de 1763, la
France fut forcée de céder le Canada àl'Angleterre. A cette époque, la population montoit a
quatre-ving-dix-neuf mille ames, & fa métropole en recevoit annuellement,
En peaux de caftor, pour
800, 000 liv.
En autres riches pelleteries, pour -
- 3, 200, 000
En huile de loup marin,
pour -
2fo, 000
En farines & pois, pour
250, 000
En bois de conftruétion
& gaudron, pour -
150, 600
TOTAL
4, 650, 600 liv:
Depuis que le Canada a paffé entre les mains
de l'Angleterre, 2 la population, que la guerre y
avoit fenfiblement diminuée, s'eft élevée à cent
trente mille ames : les fourrures ont doublé de
Valeur en Europe 5 les troupeaux fe font multipliés; la culture du lin, dn chanvre, du tabac,
a reçu des accroiffemens confidérables. Cependant
les exportations de la colonie n'étoient pas encore
augmentées en 1769 : celles faites cette année,
foit pour l'Angleterre, foit pour les colonies
anglo-américaines, ne monterent qu'à quatre
millions foizante-dix-fept mille fix cents deux
livres fept fols huit deniers, fomme inféricure
M 3 --- Page 194 ---
A M € R I Q U E.
à cellè que les marchandifes du Canada fourniffoient a la France avant la guerre.
L'Angleterre poffédera- t-elle long-témps le
Canada ? Elle vient d'éprouver que toût domaine
féparé d'un état par une grande diftance, eft pré-
& mal adminiftré.
caire, dipendieus.maldenda
Iln'ya point de témérité aconjeéturer qu'un jour
le Canada, limitrophe de la nouvelle Angleterre 3
deviendrala proie de la république des Etats-unis
anglo-américains : leur. fituation, les. forces locales, la politique, tout les engagera. à éloigner
d'eux un ennemi dangereux; & Tinquiérude naturelle de celui-ci ne tardera peut-être pas longtemps à leur fournir le prétexte d'exécuter une
fi importante entreprife.
L'ACA D I E.
L'ACADIE eft une grande péninfule fituée
au levant du Canada & de la nouvelle Ecoffe,
a'qui elle eft jointe par un ifthme de quinze a
feize lieues" d'étendue, environnée de tous côtés
pàr la mer du Nord. L'air:y eft pur & tempéré;
le pays eft excellent & très-propre pour un grand
établiffement de Commerce : il offre plufieurs
ports très-sûrs, & entre autres le port Royal ou
d'Annapolis : on y entre par tous les vents, &
ule fituée
au levant du Canada & de la nouvelle Ecoffe,
a'qui elle eft jointe par un ifthme de quinze a
feize lieues" d'étendue, environnée de tous côtés
pàr la mer du Nord. L'air:y eft pur & tempéré;
le pays eft excellent & très-propre pour un grand
établiffement de Commerce : il offre plufieurs
ports très-sûrs, & entre autres le port Royal ou
d'Annapolis : on y entre par tous les vents, & --- Page 195 ---
A M $ R I Q U E.
18;
il peut contenir un très-grand nombre de vaiffeaux de tout rang. Les rivages font bordés de
petits bancs de fable pleins de morues, dont
on peut faire la pèche la plus avantageufe. L'a-.
ridité de fes côtes préfente un gravier propre à
faire fécher ce poillon ; la bonté des terres intérieures invite à toute forte de cultures, à .celle
des grains de l'Europe, du chanvre & du lin;
fes pâturages peuvent nourrir la plus grande
quantité de beftiaux ; le continent voifin attire
l'habitant au Commerce des pelleteries ; cnfin
rien ne manque al'Acadie, qu'un gouvernement
fage qui veuille protéger fon Commerce &c favorifer fon induftrie.
Un fi bon pays a été pendant un ficcle l'objet
de la cupidité des Anglois & des François, qui
tour-à-tour l'ont tourmenté &c ravagé. Les François sy établirent en 1606,& y fonderent une
colonie au. port Royal. A peine commençoient-ils
à y prendre quelque ftabilité, que les Anglois
s'en ensparerent. A la vérité ils furent forcés de
le rendre a la France en 1667, par le traité
de Breda; mais ce fut pourl'attaquer de nouveau,
& le reprendre en 1690. Ils ont pourfaivi cette
proie avec tant d'opiniarreté, qu'en 1713, par
le traité d'Utrecht, la France fe trouva forcée
de leur céder toute l'Acadie, qu'ils ont appelée
depuis la nouvelle. Ecolle, & le port Royal,
M 4 --- Page 196 ---
A ME RI e U E.
du nom de la reine Anne , qui réAnnapolis, >
Par le traité d'Utrecht,
gnoitalorsen Angleterre.
il étoit dit que les Anglois pofféderoient l'Acadie
fuivant fes anciennes limites. L'ambiguité de ces
exprellions a été depuis le prétexte d'une guerre.
fanglante, qui entraina la perte entiere du Canada. Par le traité de paix du IO février 1763,
la France en outre ranonça à toutes les prétenavoit fur l'Acadie, abandonna le
tions qu'elle
& toutes celles
Breton, l'ifle Saint-Jean,
cap poffédoit fur le golfe & le Aeuve Saintqu'elle
Laurent.
devenus fouverains de FAcadie,
Les Anglois,
permirent d'abord aux colons François d'y refter,
&
les retenir, on leur promit de ne jamais
les pour forcer de porter les armes contre leur ancienne
patrie ; mais en même temps on les accabla de
vexations : elles furent multipliées > au point
qu'elles forcerent une partie de ces malheureux
l'autre
fe préparoit à les
à s'expatrier :
partie
les raffembla, fous prétexte
fuivre, lorfqu'on
de renouveler leur ferment. Alors on les arrêta >
les
fur des navires qui les dif-
& on
embarqua
ou
perferent dans d'autres colonies angloifes,
le plus grand nombre périt de chagrin, encore
plus que de mifere.
l'Acadie dix-huit
Cette violence fit perdre à
mille de fes meilleurscolons. Pour les remplacers
les
à s'expatrier :
partie
les raffembla, fous prétexte
fuivre, lorfqu'on
de renouveler leur ferment. Alors on les arrêta >
les
fur des navires qui les dif-
& on
embarqua
ou
perferent dans d'autres colonies angloifes,
le plus grand nombre périt de chagrin, encore
plus que de mifere.
l'Acadie dix-huit
Cette violence fit perdre à
mille de fes meilleurscolons. Pour les remplacers --- Page 197 ---
A M * R I Q U E.
le gouvernement a engagé une peuplade d'Allemands à y paffer. Quelques familles angloifes
sy font tranfplantées. Pendant la derniereguerre, 3
ceux des Anglo- Américains qui ne voulurent
pas compromettre leur fortune à l'incertitude des
événemens, sly font réfugiés. On les voit tous
raffemblés all nombre de quarante mille, furtout aux environs d'Annapolis, d'Halifax & de
Lunebourg. Cette derniere ville , peuplée par
des Allemands laborieux & économes, eft la plus
floriffante.
Malgré les encouragemens que l'Angleterre
n'a ceffé de prodiguer à cette nouvelle colonie,
pour en accélérer la profpérité, fes exportations
pour la métropole, en pelleteries, en poiffon
falé, en grains, en huile de loup marin, n'ont
pas jufqu'à préfent monté i plus de fept à huit
/
cents mille livres, dont la pèche de la morue a
fairla plus grande partie. C'eftbien peu de chofe;
mais en continuant de protéger l'Acadie, l'Angleterre peut efpérer de plus grands fuccès de
fon heureufe pofition, pour faire un grand Commerce, de la fertilité de fon fol, & de linduftrie de fes colons, à moins qu'elle ne foit
traverfée dans fes projets par les Anglo-Américains, qu'elle peur dès à préfentregarder comme
de très-dangereux voifins. --- Page 198 ---
A M E K I Q U
ISI E D E SAIN T-J E A N.
PAR le traité de 1763, cette ifle & quelques
autres fituées dans le golfe Saint-Laurent furent
abandonnées par la France aux Anglois. A peine
en furent-ils les maîtres, qu'ils en chaflerent plus
de trois mille François > qui depuis peuy avoient
formé des établiffemens. Ils ont été remplacés
par des Irlandois &c des montagnards d'Ecoffe,
dont le nombre ne s'eft pas encore élevé au
deffus de douze cents. La péche de la morue &
diverfes cultures les occupent. Leur produit a été
jufqu'à préfent trop foible pour leur permettre
d'avoir aucune, liaifon avec l'Europe. C'eft à
Quebec ou à Hallifax qu'ils commercent le fuperfu des denrées qui ne font pas nécellairesà
leur confommation.
Jufqu'en 1772, l'ille Saint-Jean fut une dépendance de la nouvelle Ecoffe. A cette époque,
elle devint un état particulier, à qui on accorda
un gouverneur: > un confeil, une affemblée, une
amirauté,. une douane. Pour donner une efpece
de réalité à cet établiffement, on y attacha les
ifles de la Madelaine, l'ifle Royale, autrefois
fameufe, mais qui a perdu fon importance depuis qu'elle a paffé fous une nouvelle domina-
l'ille Saint-Jean fut une dépendance de la nouvelle Ecoffe. A cette époque,
elle devint un état particulier, à qui on accorda
un gouverneur: > un confeil, une affemblée, une
amirauté,. une douane. Pour donner une efpece
de réalité à cet établiffement, on y attacha les
ifles de la Madelaine, l'ifle Royale, autrefois
fameufe, mais qui a perdu fon importance depuis qu'elle a paffé fous une nouvelle domina- --- Page 199 ---
M E R I Q U E:
rion. Louisbourg, fa çapitale, la terreur de l'Amériq e angloife, il n'y a pas trente ans, n'eft
plus qu'un amas de ruines. Quatre mille Françoi
qui habitoient l'ifle, ont été difperfés, & juf
qu'i préfent n'ont été remplacés que par cinq
ou fix cents hommes, moins occupés de la pêche
que de la contrebande.
ISIES DE SAIST-PIERRE
ET DES DEUX MIQUELONS,
De toutes les vaftes poffeffions que les François occupoient dans le nord de l'Amérique, il
ne leur refte aujourd'hui que l'ifle de SaintPierre & les deux ifles de Miquelon. Par le
traité de 1763, les Anglois en laifferent à la
France la propriété, qui lui à été confirmée par
l'article 4 du traité de paix du mois de feptembre
1783. Ces ifles, dont la péche de la morue fait
l'unique occupation, ne font diftantes que de trois
lieues de la partie méridionale de life de TerreNeuve.
Saint-Pierre a vingt-cing lieues de circonférence, un port oùt trente petits bâtimens trouvent
un afyle sûr, une rade qui peur contenir une
quarantaine de vaiffeaux de quelque grandeur
qu'ils foient, & des côtes propres à fécher beau- --- Page 200 ---
A M i RIe UE
coup de morue. En 1773, il y avoit dans cetee
ifle fix cents quatre domiciliés, & un nombre
à peu près égal de matelots y pafferent T'hiver.
Les deux Miquelons, moins importantes fous
tous les points de vue, ne comptoient à la même
époque que fix cents quarante-neuf kabitans, &
cent vingt-fept pècheurs étrangers feulement I
pafferent l'intervalle d'une pèche à l'autre.
Les travaux de ces infulaires, joints à ceux
de quatre cents cinquante hommes arrivés d'Europe, ne produifirent en 1773 que 36, 670 quintaux de morue feche, & 253 bariques d'huile
de poiffon, qui furent vendues 805, 490 liv.
Depuis 1773, Saint-Pierre & les Miquelons,
par des arrangemens pris entre la France & la
Grande-Bretagne , ayant reçu la liberté d'étendre
leur pèche fur une plus grande étendue de côtes,
en 1777,le produit fur de 70, 104 quintaux de
morue feche, & de 76, 794 quintaux de morue
verte.
Malgré cet accroiffement, la France n'a pas
été en état d'alimenter les marchés étrangers,
comme elle faifoit vingt ans auparavant. A peine
fa pèche eft-elle fuffifante à la confommation du
royaume. Tout le profit de cet important Commerce paffe à l'Angleteire. Elle fournit la morue au midi de l'Europe & aux Indes occidentales. Indépendamment de fes confommations
76, 794 quintaux de morue
verte.
Malgré cet accroiffement, la France n'a pas
été en état d'alimenter les marchés étrangers,
comme elle faifoit vingt ans auparavant. A peine
fa pèche eft-elle fuffifante à la confommation du
royaume. Tout le profit de cet important Commerce paffe à l'Angleteire. Elle fournit la morue au midi de l'Europe & aux Indes occidentales. Indépendamment de fes confommations --- Page 201 ---
A M E R I Q U E;
faites dans fes divers établiffemens, cette branche de Commerce chaque année a donné à fes
fajets une maffe confidérable de métaux, & une
grande abondance de denrées.
ISIE ET BANC DE TERRE-NEUFE
L'ISLE de Terre-Neuve eft fituée vis-à-vis
la côte orientale de l'Amérique e,à l'entrée du
golfe Saint-Laurent. Sa forme eft triangulaire. ,
& on lui donne environ 300 lieues de circonférence. L'intérieur des terres eft ftérile; on n'y
a jamais pénétré bien avant > foit par la difficulté d'y parvenir, foit par l'inutilité d'y réuffir.
Cette ifle n'a acquis d'importance que par fes
côtes, & par le voifinage du grand banc, far
lefquels fe fait la pèche de Ia morue, dont l'abondance alimente l'Europe entiere & l'Amérique.
Le grand banc de Terre-Neuve qui en fournit la plas grande quantité, eft une bande de
terre qui s'eft formée fous les eaux des débris du continent que la mer emporte & accumule. Les deux extrémités de ce banc fe terminent tellement en pointe, qu'il n'eft pas aifé
d'en marquer exaétement les bornes; on lui donne
communément 160 lieues de long fur 90 de
large, --- Page 202 ---
A M E R 1 Q U Es
Les richeffes que fourniffent aul Commerce,
les pécheries de l'ifle & du banc de TerreNeuve, > font d'une efpece finguliere & unique.
Les autres régions du globe ne donnent leurs,
produétions qu'en recevant en échange des valeurs égales. Les bancs de Terre-Neuve donnent les leurs pour rien. On n'a que la peine.
de les aller prendre, & onsy enrichit auffi rapidement que dans tout autre Commerce. Un,
navire chargé de morues pour un million eft
aufli précieux qu'un autre qui retourne du Pérou
avec la même fomme en lingots d'or ou d'argent. II y a cependant cette différence que les
mines d'oi on les tire s'épuifent, & que les pêcheries fourniffent toujours la même abundance
de richefles, fans fouffrir la moindre diminution : deplus, les mines font le tombeau de prefque tous les malheureux qu'on y fait travailler;
aul lieu que la pêche de la morue non-feulement
ne caufe la mort à perfonne 5 àu contraire, elle
rend tous ceux qui là font plus fains & plus
vigoureux.
La nature femble avoir elle-méme préparé.
les côtes de l'ifle de Terre-Neuve pour en faire
un endroit propre à la pêche de la morue. Elles
font remplies d'anfes, de rades, de ports qui offrent des afyles fûrs aux navires deftinés à ce
Commerce : elles font communément couvertes
non-feulement
ne caufe la mort à perfonne 5 àu contraire, elle
rend tous ceux qui là font plus fains & plus
vigoureux.
La nature femble avoir elle-méme préparé.
les côtes de l'ifle de Terre-Neuve pour en faire
un endroit propre à la pêche de la morue. Elles
font remplies d'anfes, de rades, de ports qui offrent des afyles fûrs aux navires deftinés à ce
Commerce : elles font communément couvertes --- Page 203 ---
A M # R I Q U E:
19H
de petits cailloux qui femblent deftinés à fécher
le poiffon qu'on prend aux environs. Le grand
banc même n'eft point dangereux : a quelque
diftance des bords, fouvent fur le banc on eft
tranquille comme dans une rade, à moins d'un
vent forcé qui vienne de plus loin.
En général l'air de l'ifle de Terre - Neuve &
celui du banc, quoique couverts de brouillards
perpéruels, eft fain, & la falubrité foutient la
fanté des pècheurs au milieu de leurs travaux
qui font très-pénibles, & qui ne leur laiffent
pas quatre heures de repos par jour. Ceci regarde particulierement la pêche errante, c'eft-àdire, celle qui fe fait par des bâtimens expédiés
d'Europe,dont leretour dans des temps marqués
force le travail. La pêche fédentaire, c'eft-àdire, celle qui fe fait par les habitans de TerreNeuve 2 toujours plus avantageufe, n'eft point
G pénible ; & faite avec moins de précipitation, elle eft encore plus commode.
La pêche de la morue dure toute Tannée, excepté depuis le milieu de Juillet,jufqu'au milieu
d'Août que ce poiffon difparoit ordinairement
du grand banc. Au commencement de Septembre, ou le foleil ceffe d'avoir la force néceffaire
pour fécher le poiffon, tous les travaux de la
pèche errante finiffent, & les bâtimens s'empref.
fent de mettre ala voile : plufieurs, même avant --- Page 204 ---
M E R I
le mois de Septembre, fe hâtent de prendre la
route des Indes occidentales, ou des Etats Catholiques, 7 pour obtenir les avantages de la primeur qu'on perdroit dans nne trop grande concurrence:
La morue fraiche ne fert de nourriture qu'à
ceux quila pèchent. Pour entrer dans le Commerce, il faut qu'elle foit falée & féchée, ot
feulement faléc. Celle qui n'eft que falée, fe
nomme la morue verte, & fe pèche au grand
banc. Celle qui eft falée & féchée , s'appelle
merluche, & fe pèche communément fur les
côtes de l'ifle de Terre-Neuve ; l'une & l'autre
trouvent également leurs débouchés dans une
grande partie de l'Europe & de l'Amérique.
I paroitroit que les richeffes que la nature répand ilibéralement fur le banc de 1 Terre-Neuve,
devroient être communes à toutes les nations, &
que toutes devroient y avoir la pèche libre; mais
l'avarice foutenue par la force en a décidé autrement. Les Anglois, & les François qui ont
formé des colonies dans le Nord de l'Amérique,
font facilement parvenus i s'emparer de l'ifle
& du banc de Terre-Neuve. L'Efpagne à la paix
de 1763, a abandonné les droits qu'elle pouvoit y avoir. Les Hollandois, les Danois, les
Suédois vont pécher la morue dans les mers du
Nord de I'Europe. C'eft en Iflande fur-tout que
s'en
é autrement. Les Anglois, & les François qui ont
formé des colonies dans le Nord de l'Amérique,
font facilement parvenus i s'emparer de l'ifle
& du banc de Terre-Neuve. L'Efpagne à la paix
de 1763, a abandonné les droits qu'elle pouvoit y avoir. Les Hollandois, les Danois, les
Suédois vont pécher la morue dans les mers du
Nord de I'Europe. C'eft en Iflande fur-tout que
s'en --- Page 205 ---
A MÉ R I Q U'lz:
s'en fait la pêche ; mais elle n'eft point f
abondante qu'a Terre-Neuve ; & la morue n'y
eft point aufli bonne, ni aufli délicate.
Il n'y a donc que les Anglois & les François'
qui fréquentent les parages de Terre-Neuve, &
qui y aient des établiffemens. Ces deux nations
sy font fouvent difputé la fupériorité. Lés Ainglois l'obtinrent à la paix d'Utrecht. Les malheurs de la France lobligerent de léur céder la
poffeflion entiere de Terre-Neuve, fe référvant
néanmoins la liberté de pécher fur une partie
des côtes de Tille, & mêmé fur tout le grand
banc qui en eft une dépendance. Par l'article 15.
du traité d'Utrecht ;la partié dés côtes de TerreNeuve, où les François eurent la liberté de pecher,s'étendoit depitis le cap de Buona-Vifajufqu'aucap Saint-Jean' parle sos. degré de latitude
feptentrionale : mais' cette pofition occafionnant
beaucoup de difputes entre les deux nations ; par
l'article 5 du traité de Verfailles, conclu au mois
de feprembre 1783, il far reglé que lai pêche
allignée aux François comrhenceroir doréniavant
au cap Saint-Jean. par le nord, & defcendan:
parlacote cecidentale - de l'ille de' Terre-Neuve,
s'étendroir jufqu'à T'éndroit appelé cap Roye,
fitué à 45 degrés 5o minutes de latitude feptentrionale. Il fur arrêté par le même traird
les pécheurs François jouiroient de'la Feche que qui
N --- Page 206 ---
A:M € R I Q UE.
Ieur eft affignée par le préfent article, comme
ils avoient droit de jouir de celle qui leur avoit
été accordée par le traité d'Utrecht. A l'égard de
la pêche dans le golfe Saint-Laurent, il fut décidé que les François continueroient à l'exercer
conformément à l'article 5 du traité de Paris de
1763.
ce nouvel
On ne fait point quels avantages
arrangement a produit à la France; mais par les
états fournis pendant lexécution du traité de
#763,n fait qu'en 1773 le produit de la pêche de morue faite par les François cette année,
s'éleva à 6,043,68; liv.
Lencbsndeleme-Newe
fournirent 190, 060 quintaux de morue feche ren-.
due à 18 liv. le quintal, - 3, 42E, 080 liv.
Bariques d'huile 282;
vendues à140 liv. la bati395,500
que ?
Le grand banc de TerreNeuve donna 2, 041, 000
morues vertes vendues à 67
liv. IO f le cent, - - - - I; 377, 675
Six-cents quarante & un
barils de morue vendus à 40
liv. le baril,
-
25, 640
Cent-vingt-deux bariques
dhuile de poiffon vendues
, 080 liv.
Bariques d'huile 282;
vendues à140 liv. la bati395,500
que ?
Le grand banc de TerreNeuve donna 2, 041, 000
morues vertes vendues à 67
liv. IO f le cent, - - - - I; 377, 675
Six-cents quarante & un
barils de morue vendus à 40
liv. le baril,
-
25, 640
Cent-vingt-deux bariques
dhuile de poiffon vendues --- Page 207 ---
M E R I Q U EJ
àrso liv. la barique - - -
18, 3oo
Saint-Pierre SclesMiquelons énvoyerent 36,670
quintaux de morué feche
vendus à 21 liv. le quintal,
770, 070
Deux cents cinquantetrois bariques d'huiles venduesa 140 livi la barique 5
35,410
TOTAL - - - 6, 043, 68; liv:
Ces marchandifes ont été conduites en France
fur 264 navires expédiés de différens ports de
France, favoir:
De Sain: Malo,
De Granville, -
87.
88.
De Saint Brieux, -
De la Rochelle, -
17.
De Saint-Jcan-de-Luz,
I.
De Bayonne , -
9.
De Rochefort
9.
I.
De Miquelon >
Dc BatBleur,
3.
De Honfeur, , -
2.
De Fécamp,
I5.
De Dieppe,
8.
Dc Tréport, -
6.
Des
2.
Sables-d'Olonne 2
14.
De Marcanes,
TorAL
264,
Na --- Page 208 ---
A MÉ R I Q E.
La pêche ide la morue a fes hafards comme
les autres pèches. Il eft des havres oû les grèves trop cloignées de la mer font perdré beaucoup de temps. Il en eft dont le fond de roc
vif & fans varech n'attire pas le poiffon. Les
havres même les plus favorables ne donnent pas
T'affuranced'une bonne pèche.La morue ne peutpas
abonder également par-tout : elle fe porte tantôt
au nord, tantôt au fud, & quelquefois au inilieu de la côte attirée ou pouffée par la direction du caplan ou des vents. Malheur aux pècheurs qui fc trouvent éloignés des lieux qu'elle
préfere - Leurs frais font perdus par l'impollibilité de la fuivre avec toutl'attirail qu'exige cette
pèche.
NOUYELIE ANGIETERRE,
LA nouvelle Angleterre, & les provinces qui
fe font réunies à elle, viennent d'effuyer une révolution qui a été l'admiration de toute l'Europe,
qui fera lépoque la plus glorieufe de leur hiftoire, & qui doit porter leur puiflance & leur
Commerce à un degré de profparité qui étonnera peut-étre encore plus que la révolution
même. Ces provinces devenues fouveraines, libres & dépendantes, il ne faut plus à cette nou-
ANGIETERRE,
LA nouvelle Angleterre, & les provinces qui
fe font réunies à elle, viennent d'effuyer une révolution qui a été l'admiration de toute l'Europe,
qui fera lépoque la plus glorieufe de leur hiftoire, & qui doit porter leur puiflance & leur
Commerce à un degré de profparité qui étonnera peut-étre encore plus que la révolution
même. Ces provinces devenues fouveraines, libres & dépendantes, il ne faut plus à cette nou- --- Page 209 ---
A M E R I QU E.
197:
velle république, pour arriver aux brillantes
deftinées que fa fituation femble lui promettre,
qu'un gouvernement fondé fur de bonnes loix,
un concert toujours unanime dans fes opérations,
roujours dirigé vers le bien public, animé par
l'amour de la patrie & de la liberté. Si
ravant foumife à routes les entraves que PARC
gleterre donnoit à fon Commerce, fi fon activité arrétée par des loix prohibitives auffi humiliantes qu'ellcs étoient injuftes, fitout le produit
de fes travaux ne fervoit qu'à farisfaire l'avarice
de la mere patric qui la dévoroit, à augmenter l'orgueil & le pouvoir de la métropole > qui
fans ceffe par de nouvelles prétentions lui laiffoit à peine le moment de refpirer, fi enfin accablée fous le poids de fes chaînes, la nouvelle
Angleterre ne lailfoit pas d'étre parvente à une
certaine profpérité, que ne peut-elle pas efpérer
maintenant qu'elle Va jouir de tous les, avantages de la liberté : que dégagée de tous les liens
qui retardoient les progres de fon induftrie,
de fes manufaétures, de fes travaux, clle
pourra
en appliquer tout le produit à fon utilité particuliere, & porter fon Commerce dans toutes
les parties du globe qu'elle jugera les plus convenables à fes intérèts. Les Erats-unis n'ont
à craindre gue l'abus de la liberté, de leurs ples richelles, les divifions inteftincs, l'ambition de
N 3 --- Page 210 ---
K98
A M E RIQ U F.
quelques citoyens. Dicu veuille la préferver de
ces périls qui ont renverfé les plus floriffantes
1épubliques. Qu'elle ait roujours fous les yeux
h chûte de Carthage, celle de Rome : qu'elle
ait toujours la plus grande attention à obferver
cC qui fe paffera à côté d'elle au Canada.
L'événement qui a conduit les colonies angloifes à la liberté, eft encore trop récent pour
calculer les avantages qu'elles en peuvent retirer;
nous allons fenlement examiner leur Commerce
en férat où il étoit en 1773, avant les troubles
qui ont opéréleur féparation d'avec la GrandeBretagne,
MASSACHUSSET, HAMP - S H IR E,
RHOD-ISIAND, CONNECTICUT,
QUELQUES Anglois chaffés de leur patrie
en I62I par le fanarifme de la religion, quanzité d'autres qui les faivirent bientôt, s'emparerent de ces quatre provinces, & furent les fondateurs de la plus puiffante colonie qui exifte
actuellement dans le nouveau monde.
La nouvelle Angleterre proprentent dite peut
avoir 300 milles d'étendue furla côte, & environ
cinquante de largenr dans l'intérieur des terres.
Elle cf firuée entre 45 &c 41 degrés de latitude
I62I par le fanarifme de la religion, quanzité d'autres qui les faivirent bientôt, s'emparerent de ces quatre provinces, & furent les fondateurs de la plus puiffante colonie qui exifte
actuellement dans le nouveau monde.
La nouvelle Angleterre proprentent dite peut
avoir 300 milles d'étendue furla côte, & environ
cinquante de largenr dans l'intérieur des terres.
Elle cf firuée entre 45 &c 41 degrés de latitude --- Page 211 ---
A M E R I QU E.
199.
feptentrionale. Ses bornes au nord font le Canada, à l'oueft la nouvelle Yorck, à l'eft &
aul fad l'Océan. Ce pays, quoique fitué au milieu de la zone tempé:ée, - a des hivers très-longs
& très-rudes ; l'été y eft infiniment plus chaud
que dans les contrées de l'Europe qui font fous
les mêmes paralleles. On obferve cependant que
le chaud & le froid deviennent plus modércs,
le climat plus fain, à mefure qu'on coupe les
bois, qu'on défriche les terrains, l'air trouvant
plus de facilité à circuler, emporte ces vapeurs
qui auparavant éroicnt fi nuifibles à la fanté des
habitans,
Quatre provinces, Malfachuffer, Hampshire C;
Rhod-Illand, Conneéticut s compofent la nouvelle Angleterre. Dans l'origine elles fc font réunies contre les incurfions des fauvages. Toutes
ont à peu près la. même température, & toutes
les mêmes cultures. Le fol n'eft cependant pas
égal par-tout; mais fa bonté augmente à mefure qu'on approche du midi; les pârurages,
les prairies font excellentes. Les terres labourables jufqu'à préfent n'ont point été favorables
à aucune efpece de graines d'Europe. Le froment eft fujet à brouir, l'orge à fe deffécher,.
l'avoine à donner plus de paille que de grain.
Les feulcs cultures propres au pays font le
lin, le chanvre, les légumcs, & fur-tout le
N 4 --- Page 212 ---
A M E R IQU E.
mais ou bled d'Inde : il y vient en f grande
abondance, que non-feulément il fournit à la
nourriture dun peuple immenfe, mais encore
qu'il eft l'objer d'une exportation confidérable.
Cependant lal principale richelfe de la nouvelle
Angleterre, ce font fcs beftiaux gros &c menus,
ce font fes bois employés à la conftruétion des
navires marchands & desvaiffeaux de guerre; ;c'eft
fur-tout la pèche qui fournit des quantités prodigieufesde faumons, d'efturgeons, , de morues,de
maquereaux & même des baleincs. La pèche
feule de la morue produit 350, 000 quintaux
de ce
trouvent un débouché très-
: poiffon , qui
avantageux, foit dans les Antilles, foiten Europe.
A ces productions , la nouvelle Angleterre
jeint les fruits de la pltis aétive induftrie. La nation fait un gain confidérable fur le rum qu'elle
diftille, fur le cabotage qu'elle exerce en Amérique & en Europe, fur les navires qu'elle conftruit &c qu'elle vend'; malgré les entraves que lui
donnoit autrefois PAngletorre, ele n'a pas haiffé
d'établir chez elle de bonnes manufaétares de
chapcaux, de toiles de lin, chanvre & de draps.
Elic nourrit Un giand nombre de moutons de
la mcillcure efpece : leur laine eft aflez iongue 9
acins fine que celle de la Grande- Bretagne,
ce qui n'empeche pas qu'on n'en tire un parti 1
cvantageux: : les draps font d'un bon tiffu, moins
-
letorre, ele n'a pas haiffé
d'établir chez elle de bonnes manufaétares de
chapcaux, de toiles de lin, chanvre & de draps.
Elic nourrit Un giand nombre de moutons de
la mcillcure efpece : leur laine eft aflez iongue 9
acins fine que celle de la Grande- Bretagne,
ce qui n'empeche pas qu'on n'en tire un parti 1
cvantageux: : les draps font d'un bon tiffu, moins
- --- Page 213 ---
A M E R I QU E,
fins que ceux d'Europe; mais ils n'en font que
meilleurs pour les gens de la campagne à qui
ils font principalement deftinés.
Les marchandifes que la nouvelle Angleterre
fournit au Commerce font la morue, 3 d'autres
poifions falés,.Thuile de baleine > le fuif, le
"cidre, les viandes falées, les porcs & lesbaufs
gras, la potalffe, les légumes,les mâtures pour
les navires marchands > pour les vaiffeaux de
guerre, des bois de toute efpece &c des fourrures.
En 1767, 5 les exportations des quatre provinces
réunies s'éleverenz à 13, 844, 4301 liv. Leur populacion montoit à S;1, 678 ames, dont 30000
efclaves. Maffachuffer feule fourniffoit 490,000
habitans. Cette province eft la plus importante,
la plus peuplée, la plus riche de toutes les COloniesangloifes ; Bofton en eft la capitale. Cette
cité eft fituée fur une péninfule all fond d'un trèsbeau port, garanti en tout temps contre la violence des fiots, par un grand nombre d'ifles &
de rochers qui paroiffent au-deffus de l'eau : on
ne peuty entrer que par unc feule embouchure,
encore eft-elle étroite &c défendue par une arrillerie formidable > par une fortereffe réguliere & très-folidement bâtie. Le port & la rade
de Bofton font allez vaftes pour contenir commodément & firement 600 voiles, employées à
fon i Commerce, Ony a bâti un magnifique --- Page 214 ---
AM É RI IQU E.
mole d'environ 200 pieds de long,
pour que les navires, 3 fans le fecour
lege, déchargent dans les magalins
truits au nord. Pour donner une
tivité du port de Bofton, il fuffit d'o
vant l'époque des derniers troubles
chaque année environ 430' vaiffe
en fortoit environ 500, tous empl
sations de fon Commerce, Durel
grande, bien bâtie, contient 35à
birans, & On y trouve à peu prè
agrémens, les mêmes aifances, la
de vivre qu'à Londres : il n'y a
que celle qu'entraine néceffaireme
population de la capitale d'un gra
& le luxe de la cour quiy fait fa
étoicl'état de Bofton, de la nouvell
de fon Commerce, avant la gue
d'ètre terminée. Que ne va-t-elle
animée par cet efprit de liberté
elle a combattu avec tant de coura
eft garanti par un traité folemnel
N E W- YORC
LES premiers habitans de cett
re qu'à Londres : il n'y a
que celle qu'entraine néceffaireme
population de la capitale d'un gra
& le luxe de la cour quiy fait fa
étoicl'état de Bofton, de la nouvell
de fon Commerce, avant la gue
d'ètre terminée. Que ne va-t-elle
animée par cet efprit de liberté
elle a combattu avec tant de coura
eft garanti par un traité folemnel
N E W- YORC
LES premiers habitans de cett --- Page 215 ---
A M É R IQ U E,
20;
colonies s'établirent fur les rives de la belle nviere
d'Hudfon. Ils y bâtirent d'abord le fort d'Orange
à I5o milles de la mer. Ce ne fur alors qu'un
érabliffement de Commerce pour les peaux de
caftor & d'autres pelleteries. Depuis il parut nécellaire d'en avoir un plus important pour le
Commerce de mer, & on bâtit la nouvelle Amfterdam dans la petite ifle de Manahatan, 2 fituée
à l'embouchure de PHudfon dans la mer.
Cette colonie fit des progrès trop rapides, étoit
rrop voifine de la nouvelle Angleterre pour que
les Anglois ne fe fuffent pas alarmés de fe trou=
ver en concurrence avec des négocians aufli induftrieux & aufli aétifs que les Hollandois. La
guerre de l'Angleterre avec la Hollande étant
furvenue en 1664, une efcadre angloife fut envoyée pour femparer de la nouvelle Hollande,
Par repréfailles la Hollande enleva à la GrandeBretagne la colonie de.Surinam dans I'Amérique
méridienale. Par le traité de paix conclu à Breda
en 1667 entre les deux puilfances, la GrandeBretague obtint la nouvelle Hollande, en facrifant Surinam qui refta aux Hollandois. Après
cet échange, lc fort d'Orange & la nouvelle Amf
terdam reçurent des noms Anglois 5 le forg
fut appelé Albany, & la ville New - Yorck,
noms que Fun & l'autre portent encore au- --- Page 216 ---
A M E R I Q U E,
La province porte aulli le nom de. fa capitale;
Elle a peu d'étendue au bord de la mer ; mais
en profondeur > fon territoire s'éfend jufqu'au lac
Saint-Georges & jufqu'an lac Ontario. La riviere
prend fa fource dans des montagnes entre Ces deux
lacs, & commence à être navigable à Albany.
Depuis cette ville jufqu'à la mer, , c'eft-à-dire,
dans l'efpace de cent cinquante milles, on voit
voguer fur fon magnifique canal avec la marée
nuit & jour, durant toutes les faifons, fans
crainte d'aucun accident, des bâtimens de 402,
5o tonneaux qui entretiennent une circulation
continuelle & rapide dans la colonie. La fertilité des terrains, far-tout de ceux qui approchent des lacs & du Canada, donne la plus
grande activité à cette circulation. Les grains
de lEurope &c fur-tout le froment le.meilleur
qu'il foit pollible de trouver, les beftiaux gros
& menus > la volaille, les légumes, les fruits
de toute efpece font très abondans dans la COlonie, &y y forment l'objet d'un Commerce trèsimportant."
En arrivant par mer dans la nouvelle Yorck,
h premicre ftarion qu'on rencontre eft LongIiland : c'eft une ifle qui a 120 milles de long
fur 12 de largeur,& qui n'eft féparée du continent que par un capal érroit, au milieu duquel eft la pecite ifle de Manahatan. On y a
la volaille, les légumes, les fruits
de toute efpece font très abondans dans la COlonie, &y y forment l'objet d'un Commerce trèsimportant."
En arrivant par mer dans la nouvelle Yorck,
h premicre ftarion qu'on rencontre eft LongIiland : c'eft une ifle qui a 120 milles de long
fur 12 de largeur,& qui n'eft féparée du continent que par un capal érroit, au milieu duquel eft la pecite ifle de Manahatan. On y a --- Page 217 ---
A XÉXIOU ::
conftruit la ville de New-Yorck célebre par la
longue &c inutile réfidence qu'y ont fait les armées de la Grande-Bretagne péndant la derniere
guerre. Cette cité eft affez bien bâtie, fous un
climat très-fain: Elle contient 18 à 20 mille
habitans qui y trouvent des vivres abondans, de
bonne qualité, à très-bon marché. L'aifance 5
eft générale. Elle ne peur qu'augmenter avec la
liberté dont elle jouit maintenant,
La ville de New-Yerck, placée à deux milles
de l'embouchure de la riviere d'Hudfon, n'a; ptoprement ni port ni baflin; mais elle n'ena pas
befoin. Sa fade, couverte par Long-Illand,a) l'abri
de tous les orages dans toutes les faifons, eft
acceflible aux plus grands bâtimens : de-là fortent les nombreux navires qui exportent les marchandifes qu'on expédie pour l'Europe. Cellès
qui y furent envoyées en 1769, monterent à
4,352,446 liv. 17 f. 9 den.; mais alors la
moitié des terres n'étoit pas en valeur. Bientôt
les cultures augmenteront, lorfque la liberté aura
attiré dans cette province fi fertile une plus grande
popalation; celle qui y exiftoit à lépoque dont
nous parlons , étoit de 250, 000 ames.
Les marchandifes que fournit au Commerce
la province de la nouvelle Yorck font le froment, l'orge, l'avoine, le mais, les peis, les
baafs, les cochons falés > le cidre > la biere', --- Page 218 ---
A'ir E R I Q E
le lin, le chanvre, la graine & Fhuile de liny
les pelleteries, les peaux de bêtes fauves, le fer,
les planches & les bois de charpente. La province
n'en fournit point pour la conftruétion des vaif.
feaux, , parce qu'ils font trop poreux & trop fue
jets à fe fendre.
I E JE R S E Y S.
Cette; province fur d'abord occupée epar les Suédois vers l'an 1638. Ils v formerent trois petits
établiffemens qui furent bientôr, avec le refte de'
la colonie, conquis par les Hollandiois, & que
ceux-ci ont été forcés de céder aux Anglois. Le
Rfi d'Angleterre en ft préfent à deux de fes favoris, mais les diflicultés qu'éptouva leur adminiftration > les dégoita de cette efpecede fonveraineté qu'ils retnirent à lai couronne en 1702.
A cette époque les Jerfeys n'avoient pas plusde
I5ooo habitans idits des Suédois, des Hollandois leurs premiers cultivateurs; mais depuis cette
population s'eft élevée jufqu'à 130, 000 ames 5
elle fcroit devenue plus nombreufe, fi la plupart
des Européens quicherchoient unafyle, oi la for
tune dans le nouveau monde, ne lui euffent prée
féré la Penfylvanie ou les Carolines qui avoient
plus de célébrité.
Jerfeys n'avoient pas plusde
I5ooo habitans idits des Suédois, des Hollandois leurs premiers cultivateurs; mais depuis cette
population s'eft élevée jufqu'à 130, 000 ames 5
elle fcroit devenue plus nombreufe, fi la plupart
des Européens quicherchoient unafyle, oi la for
tune dans le nouveau monde, ne lui euffent prée
féré la Penfylvanie ou les Carolines qui avoient
plus de célébrité. --- Page 219 ---
A M E R I Q U E.
Aucun moyen de profpérité ne manque cependant à cette province. Elle eft couverte de
nombreux troupeaux 2 la culture du chanvre y
profpere plus que par-tout ailleurs. Touslesgrains
d'Europe y creiffent en abondance; elle a un
bon port à Amboy fa capitale ; on a ouvert
avec fuccès dans la province une mine d'excellent
cuivre 5 malgré tous ces avantages, malgré l'accroiffement de fes cultures, la colonie n'a point
encore été en état d'avoir aucun Commerce direct avec l'Europe ; elle eft réduite à vendre fes
denrées dans les marchés voifins, à Philadelphie
ou à New-Yorck. Elle en envoya en 1769 quelques-unes aux Antilles dont la vente ne palla pas
56,966 liv. Peut-être que la liberté & les encouragemens que les Jerfeys recevront de la nouvelle république dont ils font partie ,les retireront de l'état d'obfcurité ou ils font reftés juf
qu'i préfeut.
LA P E N S K I / A N I E.
CETTE colonie eft fans contredit la plusinséreffante de toutes celles que l'Europe a formées
dans le nouvéau monde. Il n'y a pas plusd'un
fiecle que la Penfylvanie étoit une contrée fauvage & inculte, couverte de cabanes groflieres, --- Page 220 ---
A M É R I Q U E.
habitée par quelques hordes de barbares, becak
pésàsentr'égorger &cà fe dévorer, relégués dahs
un coin de l'univers fans loix, fans police, fans
induftrie, fur un foi excellent qui n'attendoit que
des bras pour le fertilifer. Sur la fin du dernier
fiecle Guillaume Penn parut fur ces' plages défertes avectoures fes vertus > y conduifit un grand
nombre de colons aufli vertueux que lui, dont
il fut le légiflateur, à qui il donna pour bafe
de félicité la liberté,la tolérance & la propriété.
Bientôt tout changea de face. Les campagnes
défrichées de tous côtés, animées par des cultures variées & bien conduites, ,-foutnirent des récoltes en tout genre, qui récompenferent les traVaux des cultivateurs aur- delà de leurs efpéran.
ces. Les hutes des fauvagés firent place à des
cités magnifiques, à des bourgades où régnerent
Faifance & toutes les vertus de la pailible agriculture : les heureux Penfylvains y ont joint
l'hofpitalité la plus prévénante, l'union fraternelle, l'amour de la paix, celui du bien public
& de la patrie. L'énergie que ces fentimens ont
fa leur infpirer, vient de remplir lunivers d'étonnement & d'admiration. C'eft dans la Penfylvanie :, c'eftà Philadelphie l'afyle de la liberté,
que fe font concertées ces grandes opérations qui
ont tenu l'Europe en fufpens pendant huit ans,
& qui ont enfin fait connoitre avec quelles armes
les
'union fraternelle, l'amour de la paix, celui du bien public
& de la patrie. L'énergie que ces fentimens ont
fa leur infpirer, vient de remplir lunivers d'étonnement & d'admiration. C'eft dans la Penfylvanie :, c'eftà Philadelphie l'afyle de la liberté,
que fe font concertées ces grandes opérations qui
ont tenu l'Europe en fufpens pendant huit ans,
& qui ont enfin fait connoitre avec quelles armes
les --- Page 221 ---
A M f R I @ i E.
les Penfylvains ont pu hunilier l'orgueil de Jeurs
ennemis & brifer leurs fers. C'eft à l'hiftoire a
célébrer ces grands événemens & la gloire des
héros qui les ont conduits à de fi brillans fuccès.
On fe contente d'examiner quel fera l'éiat du
Commerce des Penfylvains devenus libres & indépendans, dégagés de toutes les entraves auxquelles la Grande-Bretagne vouloit les affujettir;
quelles font les richeffes que leur activité & leurs
travaux font paffer en Europe.
La Penfylvanie eft bornée à l'eft pàr l'océan,
au nord Par la nouvelle Yorck & les Jerfeys,
au fud par la Virginie & le Maryland, à l'oueft
par les pays des Sauvages; ; au-dehors elle eft défendue de tous côtés par des amis, & dans fon
intérieur par les vertus de fes habitans. Ses côtes
fort refferrées s'élargifferit infenfiblement
jufqu'a
120 milles. Sa profondeur qui n'a d'autres limites que celles de fa population & de fa culture, embraffe déja 140 milles d'étendue, fous
un ciel naturellement pur & fain, & qui l'eft
encore devenu davantage par lés défrichemens.
Philadelphie eft la capitale de cette heureufe
contrée. Pen en jeta les fondemens au
Auent de la Delaware & du Schuylkill.
conon
n'a bâti que fur les rives du premier Jufquici Aeuve,
mais fans renoncer aul plan du fondateur. Ce
qui eft déja conftruit, eft d'une grande
beauté, --- Page 222 ---
A M f R I Q U 2
& des marbres de différentes couleurs découverts
dans le voilinage 2 contribuent a la décoration
des édifices. Les maifonsy font commodes, baties de briques, à trois étages, ayant chacune
un jardin & un verger. Ony voit un bel hôtelde-ville, à côté une fuperbe bibliotheque formée par le doéteur Franklin, où ce grand homme
a raflemblé des inftrumens de mathématique &
de phyfique, avec un très-curieux cabinet d'hiftoire naturelle. Non loin de cette bibliotheque
en, eft une autre qui renferme une riche collection des auteurs clafliques Grecs & Latins, avec'
leur commentateurs les plus eftimés, & les meilleures produétions dont puiffent s'honorer les langues modernes. Elle fut léguée en 1752 au public par le favant &c généreux ciroyen Logan >
qui avoit employé à la former une longue &
laborieufe vie. Pour faire ufage de tous ces fecours & préparer les efprits à toutes les fciences,
le doéteur Franklin, en 1749, fonda encore un
college où l'on enfeigne à laj jeuneffe, les belleslettres, la médecine, la chymie, la' botanique
& la phylique expérimentale. On n'a point befoin de Jurifconfulte dans un pays où il n'y a point
de procès, & encore moins d'école de théologie,
chez un peuple qui admet tous les cultes & qui
nen a point de dominant.
efprits à toutes les fciences,
le doéteur Franklin, en 1749, fonda encore un
college où l'on enfeigne à laj jeuneffe, les belleslettres, la médecine, la chymie, la' botanique
& la phylique expérimentale. On n'a point befoin de Jurifconfulte dans un pays où il n'y a point
de procès, & encore moins d'école de théologie,
chez un peuple qui admet tous les cultes & qui
nen a point de dominant. --- Page 223 ---
A M E R I Q U E.
ii1
Philadelphie eft-acceflible à toutes les reffources
du Commerce. Ses quais qui ont 200 pieds de
large, offrent une fuite de magafins commodes :
les navires de 5oo tonneaux y abordent fans dif.
ficulté, hors les remps de glace; on y charge les
marchandifes qui font arrivées par la Delaware
&c le Schuylkill, ou par des chemins plus beaux
que la plupart de ceux que l'on rencontre en
Europe.
Daus un climat fain où regne la liberté, une
aifance générale qui exclut la mendicité, oà il
n'y a ni gens oififs ni célibataires, où le inariage dépend uniquement du goût & du choix
des contractans, la population a dû faire des progrès rapides. En 1774 la Penfylvanie comptoit
350, 000 habitans parmilefquels ilyavoit 5o000
efclaves, mais qui ont été affranchis en 1769
L'humanité compatiffante des Penfylvains n'a
pu fouffrir plus long-temps fous fes yeux le fpec
tacle effrayant des malheurs de T'efclavage. Ces
fiers ennemis de la tyrannie ont rougi d'en donner l'exemple & de l'exercer contre des hommes;
ils ont mieux aimé en faire leurs freres.
Les productions de la Penfylvanie font les
grains de toute efpece, le chanvre &c le lin,
avec lefquels elle fabrique des toiles communes.
Ses nombreux troupeaux de moutons lui fourniffent d'allez bonnes laines qu'elle emploie dans
O 2 --- Page 224 ---
A M E R IQ U E.
fes mannfactures. Les pâturages font remplis
d'une grande quantité de gros beftiaux & de cochoris. Ses forêts offrent beaucoup de bois propres aux confructions. Ces différentes branches
de Commerce procurent à cette laborieufe COlonie non-feulement la facilité d'entretenir fes
liaifons avec l'Europe, mais encore d'en former
d'autres ailleurs. Ses exportations aux Antilles
font du bifcuit, des farines, du beurre, du fromage,des fuifs, des viandes falées, du cidre, du
bois de conftruction ; elle reçoit en échange du coton, du fucre, du café, del l'eau-de-vie & de Fargent ; les Açores, Madere, > les Canaries, > offrent
un débouché avantageux aux grains & aux bois
de la Penfylvanie, qui font achetés avec des vins
& des piaftres. L'Angleterre autrefois recevoit
dii fer, du chanvre, des cuirs, des pelleteries,
de la graine de lin, des vagues, des mâtures,
& donnoit en retour du fil, des draps fins, des
toiles d'Irlande & des Inces, de la quincaillere & d'autres objers de luxe ou de néceffité.
En 1769 la valeur de toutes ces exportations fe
trouva monter à 13,164,439 liv. 5 f. 3 d.
Les progrès d'une colonie dont la principale
richeffe eft la nourriture des beftiaux & le produit des travaux de T'agriculture, ont dû être trèsIents : mais que n'en doit-on pas efpérer, quand
ils feront fecondés par la liberté, par l'amour
incaillere & d'autres objers de luxe ou de néceffité.
En 1769 la valeur de toutes ces exportations fe
trouva monter à 13,164,439 liv. 5 f. 3 d.
Les progrès d'une colonie dont la principale
richeffe eft la nourriture des beftiaux & le produit des travaux de T'agriculture, ont dû être trèsIents : mais que n'en doit-on pas efpérer, quand
ils feront fecondés par la liberté, par l'amour --- Page 225 ---
A M É R I Q U E.
qu'elle infpire pour fes propriétés? Dans le nouvel ordre de chofes oùt fe trouve aujourd'hui la
province, fa population qui eft déja confidérable,
ne peut manquer de le devenit encore davantage. Les nouveaux colons qui arriveront, trouveront abondamment des terrains pour leurs cultures, dans un pays dont on a à peine défriché
la fixieme partie, Sil la Penfylvanie > en acquérant
ainfi de nouveaux moyens de s'agrandir & de
s'enrichir, conferve toujours le même efprit &
les mêmes principes de conduite, à quel haut
degré de profpérité ne peur-elle pas s'élever ?
L E M A R Y L A N D.
CETTE province eft la plus petite des Etatsunis de l'Amérique; fituée entre les deux baies
de la Delaware & Chéfapeack, elle eft bornée
à l'eft par la mer, & aul fud par la riviere de
Pokamoki; le pays eft arrofé par cinq rivieres
navigables, & par de nombreux ruifleaux qui
lui donnent une fertilité qui paroit égale à celle
des Jerfeys & de la Penfylvanie; Maryland a
de plus l'avantage de produire beaucoup de
tabac : on y en trouve, > dont la bontéapproche de
ceux de la Virginie; mais la majeure partie n'elt
bonne qu'a fumer. Les autres produétions du
0 i --- Page 226 ---
A M É RIQ UE:
Maryland font des grains de toute efpece, des
beftiaux, des bois de conftruction : on commnence
à y exploiter des mines de fer; il y a déja
des manufaétures où on fabrique avec fuccès, des
bas, desé étoffesde foie, a de laine, de coton 2 toutes
les efpeces de quincaillerie, jufqu'à des armes
a feu : la province a des ports commodes pour
l'exportation de fes denrées. Celui de Baltimore
fur la baie de Chéfapeack peut recevair des batimens tirant17 pieds d'eau:avec tant de moyens,
joints à une population de 310,000 Européens
qui employoient 20000 efclaves à la culture du
tabac, le Maryland pouvoit afpirerà la plus haute
fortune ; & cependant avant les derniers trotbles, il ne faifoit point encore d'affaires directes
avec l'Europe. Le furplus de fa confommation
ne lui procuroit que quelques foibles liaifons
avec les Antilles, & le produit de fes plantations
de tabac, montant à 280000 quintaux, paffoit
en Virginie qui le commerçoit avec le fien.
On a cru entrevoir les difgraces du Maryland
dans la nature de fon fol; les terres nouvellement défrichées à la vérité produifent beaucoup;
mais comme elles font légeres, fabloneufes &
peu profondes, elles s'épuifent en peu de temps,
Le fol eft encore plutôt appauvri par le rabac,
& on craint avec raifon que cette produétion
ne fe réduife infenliblement à peu de chofe,
ie qui le commerçoit avec le fien.
On a cru entrevoir les difgraces du Maryland
dans la nature de fon fol; les terres nouvellement défrichées à la vérité produifent beaucoup;
mais comme elles font légeres, fabloneufes &
peu profondes, elles s'épuifent en peu de temps,
Le fol eft encore plutôt appauvri par le rabac,
& on craint avec raifon que cette produétion
ne fe réduife infenliblement à peu de chofe, --- Page 227 ---
A M # R I Q U E.
Alors la province ne pourroit gueres fe dédommager de cette perte que par l'exploitation de
fes mines de fer qui font très-abondantes. Une
nouvelle liberté, de nouveaux befoins lui donneront toute l'aétivité & toute la force nécellaires
à co genre de travail,
LA VIR G I N I E.
CETTE province çommença à être fréquentée fous le regne d'Elifabeth, en 1587. Grenwille
y pofa les premiers fondemens d'une colonie qui
effuya bien des malheurs avant que d'arriver au
degré d'importance où on la voit aujourd'hui.
La Virginic proprement dite a environ IOO
lieues communes de France d'étendue du fudeftau nord-eft, & environ 70 du levant au couchant; elle eftbornée au nord-oueft par le Canada
& la Louifiane dont elle eft féparée par une
chaîne de montagnes, au fud-eft par la baie de
Chéfapeack & le Maryland, & au fud-oueft
par la Caroline feptentrionale,
Cette vafte contréc quia'le même climat que
le Maryland, donne à peu près les mêmes productions. Mais elle a fur lui beaucoup d'avantages ; fon étendue eft beaucoup plus grande,
Quatre grands fleuves l'arrofent, facilitent fa
O 4
- --- Page 228 ---
A M i R I Q U E,
navigation, & reçoivent les plus gros navires,
Son fol:eft plus profond, de meilleure qualité,
moins fujet à s'épuifer : enfin fes habitans ont
plus d'aétivité > un caractere plus élevé, plus
ferme, plus entreprenant: ; ce qu'on pourroit attribuer à ce qu'ils font plus généralement d'origine britannique.
On porte la population de cette colonie à
650,000 ames; 2 dont 150, 000 efclaves Ne
principalement employés à la culture du
gres
tabac : leurs travaux en" fourniffent une trèsgrande quantité, généralement fupérieure à ceux
du Maryland, fans être cependant de la même
perfeétion dans toutes les parties de la province.
La préférence eft accordée à ceux de: la riviere
d'Yorck. On donne le fecond rang à ceux de la
riviere de James : ceux qui croiffent fur les bords
du Rappahanock, & au fud du Polowenack font
les moins eftimés. Outre le tabac, la Virginie
fournit encore à I'Amérique & à l'Europe des
bleds, du mais, des légumes fecs, du chanvre,
des cuirs, des fourrures, des falaifons , du bray,
des bois & des mâtures.
En 1769, les exportations de la Virginie &c
du Maryland réunies monterent à la fomme de
16, 195, 577 liv. 4 f, 7 d. Les deux tiers de
cette fomme appartenoient à la Virginic, & le
fabac en fut le principal objet. La Virginic en
l'Europe des
bleds, du mais, des légumes fecs, du chanvre,
des cuirs, des fourrures, des falaifons , du bray,
des bois & des mâtures.
En 1769, les exportations de la Virginie &c
du Maryland réunies monterent à la fomme de
16, 195, 577 liv. 4 f, 7 d. Les deux tiers de
cette fomme appartenoient à la Virginic, & le
fabac en fut le principal objet. La Virginic en --- Page 229 ---
A M E R I Q U E.
exporta environ 58 millions de livtes pefant, &c
le Maryland environ 26 millions. Ces colonies doivent craindre qu'un jour leurs tabacs
n'aient pas un débouché auffi affuré & aufli
avantageux en Europe. Ia Hollande, l'Alface,
le Palatinat, & fur-tour la Ruflie en pouffent
'la culture avec beaucoup de vivacité; mais ce
qui peut raffurer la Virginie, c'eft que les tabacs que fourniront ces contrées n'auront jamais
la bonté de ceux du nord de l'Amérique qui
feront toujours les meilleurs du monde connu.
LA CAROLINE SAFTEXTRIOXAEK
C'EST une des plus grandes provinces des
Etats-unis: mais qui n'offre pas des avantages
proportionnés à fon étendue. Voiline de la Virginic, ils'en faut de beaucoup qu'elle en ait la
fertilité. Son fol eft généralement plus fabloneux,
& rempli de marais qui rendent l'air mal-fain,
qui occafionnent des fievres intermittentes trésnuilibles aux habitans, & fouvent mortelles aux
étrangers. Ses triftes plaines font couvertes de
cedres & de pins qui annoncent un terrain ingrat. Parmi ces arbres 011 trouve quelques chênes
trop gras pour être employés à la conftruétion
des vaiffeaux. Les côtes barrées par un vafte banc
de fable, en écartent les navigateurs, & l'inté --- Page 230 ---
A M E R. I Q U E.
rieur d'un pays fi fauvage nel le deftine pas i ane
nombreufe population.
Celle qui s'y eft raffemblée jufqu'à préfent ne
palle pas 30, 000 ames qui emploiert à la culture du tabac environ 2000 efclaves. Leurs maitres n font gueres plus heureux qu'eux, La plupart font des Montagnards Ecoffois que la mifere & l'oppreflion ont chaffés de chez eux; le
pays où ils fe font refugiés n'eft pas meilleur que
celui qu'ils ont quitté; ; mais ils y ont trouvé la
liberté; ils vivent épars fur leurs plantations ,
fans ambition, fans prévoyance - > & rarement
font-ils bons cultivateurs.
Leur occupation principale eft la nourriture
des beftiaux néceffaires à leur fubfiftance., de
couper des bois de conftruction qu'ils vendent
aux navigateurs qui fe préfentent pour les acheter,
de ramaffer la poix, la térébenthine, & le gaudron que leur donnent les pins dont le pays eft
couvert. Le produit de ces travaux 9 joint à celui
du tabac que cultivent leurs efclaves, & qui eft
d'une qualité très- médiocre, à quelques cuirs
que fourniffent les beftiaux qu'ils confomment,
à quelques fourrures que leur apportent les fau--
vages, à quelques autres objets dc moindre importance > leur procure une exportation qui ne
s'eft pas élevéejufqu'àp préfent à plus de 1,500,000
liv. avec lefquelles ils achetent des habillemens,
travaux 9 joint à celui
du tabac que cultivent leurs efclaves, & qui eft
d'une qualité très- médiocre, à quelques cuirs
que fourniffent les beftiaux qu'ils confomment,
à quelques fourrures que leur apportent les fau--
vages, à quelques autres objets dc moindre importance > leur procure une exportation qui ne
s'eft pas élevéejufqu'àp préfent à plus de 1,500,000
liv. avec lefquelles ils achetent des habillemens, --- Page 231 ---
A M E RI QU E.
des infbrumens d'agriculture, quelques Negres,
& fur-tout des eaux - de-vie, , de fucre, dont
ils font une confommation immenfe. C'eft à
Brunfwick, Ou à Wilgminton, capirale du pays, 9
que fc fait ce foible Commerce.
CAROLINI E MERIDIONALE
CETTE province, avec la Caroline feptentrionale, occupe plus de 400 milles fur les côtcs,
& environ 200 dans l'intérieur des terres.
Les deux provinces enfemble forment une
plaine fabloneufe, que le débordement des rivieres, & des pluies fortes & fréquentes rendent tres-marécageufe. Le fol ne commence a
s'élever qu'à 80 ou IOO milles de la mer, &il
s'éleve toujours davantage jufqu'aux monts Apalachcs qui féparent les deux provinces des nations fauvages. Toutes deux recueillent dans CCS
plaines les mêmes denrées ; mais la Carolinc
méridionale joinc auix fiennes la culture duriz,
dans la partie marécageufe de fon fol, & celle
de l'indigo dans la partie la plus élevée : CCS doux
produdtions ont réufli à un tel point > que le riz
égale en bonté celui du levant, 3 que l'indigo acquiert tous les jours une pius grande perfection. Ses cultivateurs ne défefperent pas même --- Page 232 ---
A M É R I Q U E.
de fupplanter avec le temps les Efpagnols & les
François dans tous les niarchés. Ils fondent cet
efpoir fur la grande quantité de cette narchandife que peut leur fournir l'étendue de leur'
fol, & fcr ce qu'ils cultivent l'indigo à beaucoup moins de frais que par-tout ailleurs.
Ces deux branches de richeffes ont procuré à
la Caroline méridionale une aifance, & même
un luxe qu'on ne connoit point dans la Caroline feptentrionale. Sa profpérité augmentera
encore, fi, comme on s'en Alatte, la culture de
l'olivier & la nourriture des vers à foie peut
Sy introduire & y avoir quelque fuccès.
En 1769, les exportations de la Caroline méridionale s'éleverent à 1O, 601, 336 liv. Dans
cette fomme les produétions de la Caroline feptentrionale entroient pour un million & demi.
La population de la Caroline méridionale eft
d'environà 250000 habitans, moitié blancs.moitié
noirs. Cette province a trois villes avec chacune
un port; mais celui de Charles-Town, capitale
de la colonie, eft aujourd'hui un marché important, & qui de jour en jour le deviendra davantage.
méridionale s'éleverent à 1O, 601, 336 liv. Dans
cette fomme les produétions de la Caroline feptentrionale entroient pour un million & demi.
La population de la Caroline méridionale eft
d'environà 250000 habitans, moitié blancs.moitié
noirs. Cette province a trois villes avec chacune
un port; mais celui de Charles-Town, capitale
de la colonie, eft aujourd'hui un marché important, & qui de jour en jour le deviendra davantage. --- Page 233 ---
AM ÉxI Q U E.
LACEORGI E.
CETTE contrée occupe 60 milles le long de
la mer, , entre la Caroline méridionale & la
Floride, & dans l'intérieur des terres s'étend
jufqu'aux Apalaches : elle eft bornée au nord par
la riviere de Sawanah, & au midi par la riviere d'Alalamaha.
'Ce ne fut qu'en 1732 que lAngleterre 1
dans l'idée de fortifier les colonies angloifes
contre les incurfions des Efpagnols, s fongea à
s'emparer de ce pays. Aux fonds que deftina le
gouvernement pour y former une colonie, > on
joignit les libéralités de quelques généreux citoyens, & M. Ogleshorp y conduifit 100 perfonnes de l'un & de l'autre fexe. Au commencement de l'année 1733, il jeta les fondemens
de la colonie, & ceux de la ville de Sawanah f
capitale, fur les bords de la riviere du méme
nom. Parla fuite quelques Montagnards Ecoffois,
un grand nombre de laboureurs de Salzbourg,
des Suiffes, furent chercher fortune en Géorgie,
& donnerent d'abord un accroiffement confidérable à la nouvelle colonie ; maisl'oppreflion du
gouvermement féodal, fous lequel elle gémiffoit,
les obltacles que fans ceffe il apporta i l'induf- --- Page 234 ---
A M € R I Q U Ei
trie de fes nouveaux habitans, en firent défertef
un grand nombre; ceux qui avoient reftés, fe
préparoient àl les fuivre, lorfque, pour les retenir,
I'Angleterre leur accorda la mêine liberté &
les mêmes loix dont jouiffent les autres colonies
angloifes.
Depuis cette révolution 5 la Géorgie a fait
d'affezheureux progrès. Sa population s'eft élevée
à.3o,000 habitans, qui emploient 150oo efclaves à la culture du riz, de l'indigo, & des
autres productions néceffaires à fa fubliftance.
En 1769, les exportations de la colonie monterent à 1, 625, 418 liv. 9 C 6 den. Elles augmenteront fans doute à mefure que la population s'accroitra. Cependant s comme en Géorgie
les terres font moins étendues que dans la plupart des autres Provinces, & qu'il y en a moins
de propres à la culture, les richefles y auront
toujours des bornes affez circonfcrites.
La Géorgie eft la derniere des Etats-unis de
T'Amérique 5 tels qu'ils font compris dans l'ars
ticle Ier, du traité de paix, conclu le 3 feptenbre 178; , entre eux & le Roi d'Angleterre.
c S. M. B. reconnoit les provinces fuivantes ;
>> favoir : le New-Hampshire, la baye de Maf5> fachuffet, Rhod -1 Ifland, & les plantations de
5> la Providence, le Connecticut le New-Yorck,
>> le New. - Jerfey , la Penfylvanic, la Delaware,
font compris dans l'ars
ticle Ier, du traité de paix, conclu le 3 feptenbre 178; , entre eux & le Roi d'Angleterre.
c S. M. B. reconnoit les provinces fuivantes ;
>> favoir : le New-Hampshire, la baye de Maf5> fachuffet, Rhod -1 Ifland, & les plantations de
5> la Providence, le Connecticut le New-Yorck,
>> le New. - Jerfey , la Penfylvanic, la Delaware, --- Page 235 ---
A M f R I Q U Ei
5 le Maryland, la Virginie > la Caroline fep9> rentrionale, la Caroline méridionale , & la
29 Géorgie, être des Etats libres, fouverains &
3> indépendans; qu'il traite avec eux comme tels,
>> & tant pour lui-mémeque pour fes héritiers &
>> fucceffeurs; qu'il renonce à toute prétention de
> gouvernement, propriété & droits territoriaux
9) fur iceux, & toute partie d'iceux.
La Couronne d'Angleterre n'eût jamais étéréduite à faire de pareils aveux, f elle eût voulu
modérer fes prétentions fur un peupie libre,
moins écouter les projets infenfés du lord North,
& préter plus d'attention aux fages confeils du
lord Chatam. La fagacité de ce grand homme
lui fit prévoir tous les malheurs de l'Angleterre.
Il les annonça tous avec une liberté vraiment
patriotique, &c eut le défagrément de n'en être
cru, que lorfque les événemens eurent prouvé
la vérité de fes prédictions. Pour fe former une
idée de la perte qu'a faite l'Angleterre > en fe
féparant des Etats-unis, il fuflic d'obferver,
quelle étoit leur population avant la guerre qui
les a rendus indépendans, & la quantité des marchandifes qu'ils fourniffoient alors il'Angletetre.
E as --- Page 236 ---
12 24
M * RI a U E.
Population des Etats-unis avant la guerres
Habitans.
Hampshire
Le Maffachuffer
831,678.
Conneéticut
Rhod-Ifland
New-Yorck -
- 330,000
New-Jerfey
130,000:
La Penfylvanie -
- 350,000.
Le Maryland -
320, 000,
La Virginie
650, 000.
La Caroline feptentrionale - e 300, 000.
La Caroline méridionale - - 250, 000.
La Géorgie
45, OCO.
TOTAL
a 3, 206, 673.
Parmi ces habitans on compte environ quatre
eents mille efclaves, ce qui réduitles hommes
Iibres à cnviron 2, 800 > 000.
Valeur des marchandifes que les Etars- unis
envoyoient €nt Angicierre avant la rupture.
Hampshire
Maffichuffet
13, 844, 430 fiv:
Connedticut
Rhod-Ifland
New-Yuik
4, 352, 446.
New
45, OCO.
TOTAL
a 3, 206, 673.
Parmi ces habitans on compte environ quatre
eents mille efclaves, ce qui réduitles hommes
Iibres à cnviron 2, 800 > 000.
Valeur des marchandifes que les Etars- unis
envoyoient €nt Angicierre avant la rupture.
Hampshire
Maffichuffet
13, 844, 430 fiv:
Connedticut
Rhod-Ifland
New-Yuik
4, 352, 446.
New --- Page 237 ---
A M RIQU
àij
Ci-contre -
18, 196; 876 liv.
New-Jerfey -
56,966.
La Penfylvanie -
13,1643 439.
Le Maryland 2
La Virginie S - - - 16, 195, 577.
La Caroline feptentrion. I, 5o0, 000.
La Caroline méridionale 9, IOI, 336.
La Géorgie -
1, 625,418.
TOTAL - - 59,840, 612 liv.
L'Angleterre, en fe féparant des Etats-u unis,
a donc perdu les fecours qu'elle pouvoit ef
pérer d'environ trois millions de fujets trèscourageux, le profit qu'elle faifoit fur environ
foixante millions de marchandifes qu'ils lui envoyoient annuellement 3 & un débouché fort
avantageux pour une grande partie des productions de fon fol & de fes manufastures. Pour
conferver tous ces avantages, il falloit en croire
le lord Chatam.
L.A FIORI I D E.
LA Floride comprenoit autrefois la Géorgie,
une partie des deux Carolines, & généralement
tous les pays qui s'étendent depuis le golfe du
Mexique jufqu'aux régions les plus feptentrionales. Aujourd'hui on n'entend fous le nom de
P --- Page 238 ---
A M R R I Q U E.
Floride, qu'une grande péninfule que la mer a
formée entre la Géorgie & la Louifiane.
Les Efpagnois ont les premiers découvert la
Floride; après y avoir commis des cruautés de
tout genre, & fait gémir cette malheureufe contrée fous un gouvernement oppreffeur pendant
près de deux liecles 3 ils furent obligés de
la céder à l'Angleterre en 1763- H n'y avoit
alors qu'une centaine d'habitans, qui tous abandonacrent leur patrie > pour chercher fortune
ailleurs. Il ne refta à la Grande-Bretagne qu'un
défert. Elle le peupla d'officiers, de foldats rés
formés, de quelques cultivateurs qu'elle y attira
de fes établilfemens voilins : mais ce q.i paroitra
furprenant, c'eft que mille Grecs du Pénélopofuivre en Flo-.
nefe quitterent ce beau pays, pour
ride le doéteur Anglois Turnbull : cel bon citoyen
fit tous les frais de leur déplacement & de leur
tranfport. Cet accroiffement de population ranima cette colonie qui comptoit déja en 1769
habitans; ; fes exportations s'éleverent la
15o00
à
liv. 18 f. 9 den.
même année 673,209
L'aétivité angloife a donc fait en fix ans 9
les
n'avoient pu faire jufquesce que
Efpagnols
là. Les nouveaux Floridiens ont dû la plus grande
partie de leurs fuccès à la culture d'un indigo,
qu'on dit être aufli beau que celui de Guarimala.
qui comptoit déja en 1769
habitans; ; fes exportations s'éleverent la
15o00
à
liv. 18 f. 9 den.
même année 673,209
L'aétivité angloife a donc fait en fix ans 9
les
n'avoient pu faire jufquesce que
Efpagnols
là. Les nouveaux Floridiens ont dû la plus grande
partie de leurs fuccès à la culture d'un indigo,
qu'on dit être aufli beau que celui de Guarimala. --- Page 239 ---
A M i R I Q U E:
iit
Pendantla guerre des Anglo -Américains avec
l'Angleterre, la Floride étoit entrée dans le
des Etats 1 unis. Mais cette démarche lui efto parti devenue inutile 2 Par le traité de paix fait entre
l'Efpagne & l'Angleterre, àVerfailles, 20 le 3
tembre 1783. La Floride a été rendue aux fep- EC
pagnols ; on ne fait pas ce que cette provincs
eft devenue depuis:
IES LUc AY
CES ifles firuées au nord de Cuba, ne fonë
féparées de la Floride que par le détroit de Bahama. Elles furent la premiere découverte de
Chriftophe Coloib dans le nouveau monde :
mais les Efpagnols ne s'y fixerent point. Ils fe
contenterent d'en enlever les habitans
les.
faire périr dans les mines de
pour
Saint-Domingues
Ce petit archipel devint abfolument défert,
ne fut plus que l'afyle des Pirates
s &.
Anglois cu.
François, qui s'y réfugioient dans le befoin. En
1719, 'Angleterre les en chaffa, & forma à
l'ifle de la Providence, une colonie
qui peut au-.
jourd'hui monter a 3 ou 4 mille ames, & qui
tous les ans envoie à fa métropole
pour environ
Ij0000 liv. de coton. Pendant la derniere
guerre, les E(pagnols l'enleverent aux
Anglois, 3
P 2
lois cu.
François, qui s'y réfugioient dans le befoin. En
1719, 'Angleterre les en chaffa, & forma à
l'ifle de la Providence, une colonie
qui peut au-.
jourd'hui monter a 3 ou 4 mille ames, & qui
tous les ans envoie à fa métropole
pour environ
Ij0000 liv. de coton. Pendant la derniere
guerre, les E(pagnols l'enleverent aux
Anglois, 3
P 2 --- Page 240 ---
A M E R 1 Q U E.
ainfi que d'autres petits établiffemens qu'ils
avoient aux Lucayes : niais par le traité de paix
de 1783, le tout a été rendu à la Gran.leBretagne.
Les Anglois ont encore une autre colonie aux
ifles Bermudes. C'eft un petit archipel cloigné des
Lucayes de 300 lieues. Cet établiffement , quoitrès- ancien, eft aulli pauvre que celui des
que Lucayes. A la vérité, les habitans trouvent fous
un ciel pur & tempéré une nourriture faine &
abondante dans le mais, les légumcs, & les
excellens fruits que produit le pays ; mais
quelque attention qu'on y ait donné, on n'a
réullir à obtenir de ces ifles aucune
pas pu
le Commerce. Le fol
produétion propre pour
d'une qualité médiocre, fans aucune fource pour
I'arrofer, fc refufe à toute efpece de culture. L'induftrie des habitans au nombre d'environ 5000 2
fc réduit à la fabrique de toiles à voile, à l2
conftruction de petits bâtimens de cedre & d'acajou, qui n'ont jamais eu d'égaux, ni pour lar
ni
la durée. Avec ces deux objets
marche, > pour
uniques de Commerce, les Bermudes n'ont que
de très- foibles liaifons avec l'Angleterre & le
continent de l'Amérique. Elles ne produifent
pas annuellement plus de 240, 000 liv.
--- Page 241 ---
A M É R I Q U E.
LALOUI S I
N E.
CETTE vafte, cette immenfe contrée, propre
à toutes les cultures qui peuvent enrichir une
colonie,& donner à fon Commerce la plus vafte
étendue, entre les mains de la France, n'a été
qu'une brillante chimere. On s'en promettoit
to.t, on n'en a rien fair. Lan nouvelle Orléans.
bâtie en 1717,fur lar rive orientale du Milillipi,
à trente lieues de la mer, pouvoit devenir une
ville riche, puiffante, & elle eft roujours reftée
dans le néant. Sa population n'a jamais monté 1
à plus de 1500 habirans, , partie libres, partie
efclaves : fa fituation actuelle ne lui permetgueres
d'efpérer un fort plus brillant.
Jamais dans fon plus grand é lat la colonie entiere de la Louifanen'scuplunde fept mille habitans difperfés fur un efpace, de 500 licues, &
qui employoient dans leurs plantations 8c0o efclaves. Leurs liaifons avec leur métropole n'ont
pas paffé deux millions, & dans lcs derniers
temps leurs travaux fuffifoient à peine pour fournir à leur fubfiftance; enfin la colonie étoit dans
le plus grand état de foibleffe, lorfqu'en 1762
Ja Cour de France la céda à l'Efpagne. Les habitans de la Louiliane fe foumirent avec la plus
P 3
qui employoient dans leurs plantations 8c0o efclaves. Leurs liaifons avec leur métropole n'ont
pas paffé deux millions, & dans lcs derniers
temps leurs travaux fuffifoient à peine pour fournir à leur fubfiftance; enfin la colonie étoit dans
le plus grand état de foibleffe, lorfqu'en 1762
Ja Cour de France la céda à l'Efpagne. Les habitans de la Louiliane fe foumirent avec la plus
P 3 --- Page 242 ---
A M E R I QUE
grande répugnance à leur nouveau maitre, & ce
ne fut que par la force qu'ils furent réduits à
l'obéifiance : quelques-uns payerent de leur tête
leur attachement pour la France ; d'autres allerent dans les cachots de la Havanne, pleurer leurs
malheurs, & ceux que la nécellité de leurs affaires a forcés de refter dans le pays, y vivent
fous l'oppreflion: & dans la mifere.
L E 1f E X I Q U E.
CETTE partie de l'Amérique feptentrionale
eft bornée à l'orient par le golfe du Mexique,
aul nord parle nouveau Mexique, & la Lcuifiane, 2
à l'oueft par la mer Vermeille, & au midi par
la mer du fud. Dans fa plus grande étendue
eile contient environ 600 lieuès, & fa largeur
qui eft fort irréguliere n'en a pas moins de2go,
On elt toujours frappé du plis grand étonnement quand onl fe rappelle que Fernand Cortès,
fuivi de quelques aventuriers 3 fit en très-peu
de temps la conquête de ce grand empire. D'un
autre côré, on ne peut fe laffer d'admirer le bonheur des Rois d'Efpagne 5 jamais aucun Monarque ne fur fervi plus utilement par fes fujets 5,
fans former aucun plan, fans tirer la moindre
fomme de leur tréfor, fans mettre aucuie ar- --- Page 243 ---
A M É RIQUE
mée fur pied; par la témérité & le courage de
quelques-uns de leurs fujets, ils font devenus.
les maitres des pays les plus vaftes &: les plus
riches, qu'aucun conquérant ait jamais acquis
par fa valeur 2 par fa prudence > & par les
opérations les mieux concertées. I1 ne leur en a
coûité que quelques fciblesrécompenfes, des chartes, des privileges.
Laiffons aux politiques le foin de calculer fi
l'acquifition de tant de paysa été plus utile que
nuifible à la Monarchie Efpagnole 5 nous nous
bornons ici à confidérer les avantages qu'elle a
procurés all Commerce de lEfpagne & de T'Europel entiere.
: - Dans tourlunivers il n'eft gueres poflible de
trouver une contrée mieux fituée pour linl grand
Commerce que le Mexique. Borné à l'eft par
le golfe du Mexique > il attire à lui par la mer
du nord les productions de l'Europe dans le port
de Véra-Cruz; confiné à l'oucft par la mer du
fad, cet immenfe océan lei apporte toutes les
richeffes de l'Afie dans le port d'Acapulco. Son
fol placé fous le tropique du cancer > eft fertile & abondant;. fes montagnes renferment des
nines d'or & d'argent > intariffables depuis
deux fiecles. Ainfi le Mexique avec fes propres,
richeffes achete toujours att comptant toutes les
marchandifes de ptemicre néceffité & de luxe
P 4
, cet immenfe océan lei apporte toutes les
richeffes de l'Afie dans le port d'Acapulco. Son
fol placé fous le tropique du cancer > eft fertile & abondant;. fes montagnes renferment des
nines d'or & d'argent > intariffables depuis
deux fiecles. Ainfi le Mexique avec fes propres,
richeffes achete toujours att comptant toutes les
marchandifes de ptemicre néceffité & de luxe
P 4 --- Page 244 ---
A M E R I Q U E;
que lui envoie l'Europe & l'Afie, & verfe dans
ces deux parties du globo des tréfors immenfes
en or & en argent, en y joignant les précieufes
produétions de fon fol.
A l'article des Philippines on a vu quelles
marchandifes le galion de Manille porte tous les
ans au Mexique par la mer du fud, & celle
qu'il prend en retour à Acapulco. Suivant les
réglemens faits par l'Efpagne, 3 la vente de la
charge du galion ne doit pas paffer 2,700,000
liv. & elle monte ordinairement à 10,800,000.
Tout l'argent provenant des échanges que font
les Mexicains à l'arrivée du galion 2 devroit
dix pour cent au gouvernement; mais les fauffes
déclarations le privent des trois quarts du reveny
que lui produiroient fes douanes.
A l'égard des marchandifes que l'Efpagne envoie au Mexique par Véra- Cruz, elles font expédiées de Cadix fur une Aotte qui part tous les
deux, trais ou quatre ans, felon les befoins &
les circonftances. Les vaifleaux mettent à la voile
dans le mois de février, de mai ou juin, prennent dans leur marche des rafraichiffemens à Po:toRico, & arrivent après 70 ou 80 jours de marche à la rade de Véra-Cruz, d'oi leur chargement entier eft porté i dos de mulet à Xalapa,
Dans cette ville ftuée à douze lieues du port,
fc tient une foire qui dure quatre mois, & quel, --- Page 245 ---
A M E RI I Q U E.
quefois plus, quand les marchands le demandent. Lorfque les opérations du Commerce font
terminées, les marchandifes, les métaux donnés
en échange par le Mexique, font envoyés à VéraÇruz, où o11 les embarque pour l'Europe. Les
faifons propres pour le départ ne font pas toutes également favorables. Il feroit dangereux de
partir dans les mois d'août, de feptembre , &
il feroit impraticable de le faire en oétobre &
en novembre.
Dans l'intervalle d'une flotte à l'autre, 9 la Cour
de Madrid fait partir un ou deux vaifleaux de
guerre, qu'on appelle azogues, pour porter au.
Mexique le vif-argent néceffaire à T'exploitation
des mines. En retour > les azogues fc chargent
du produit des ventes faites depuis lc départ de
la Alotte, des fommes rentrées pour les crédits
accordés, & des fonds que les négocians Mexicains veulent employer pour leur compte dans
l'expédition prochaine. Le gouvernement permet
habituellement que trois ou quatre navires marchands fuivent fes vaifleaux : leur cargaifon entiere devroit être en fruits, ou en boiffons; mais
il sly gliile frauduleufement des objets plus importans. Ces bâtimens reviennent toujours fur
leur left, à moins que par une faveur fpéciale,
on ne leur permette de prendre quelque cOchenillc,
des fonds que les négocians Mexicains veulent employer pour leur compte dans
l'expédition prochaine. Le gouvernement permet
habituellement que trois ou quatre navires marchands fuivent fes vaifleaux : leur cargaifon entiere devroit être en fruits, ou en boiffons; mais
il sly gliile frauduleufement des objets plus importans. Ces bâtimens reviennent toujours fur
leur left, à moins que par une faveur fpéciale,
on ne leur permette de prendre quelque cOchenillc, --- Page 246 ---
:34
A M E R I e U E.
Si des raifons de convenance ou de polirique
retardent le départ d'une nouveile Aotte, la Cour
fait paffer de la Havanne à la Véra-Cruz un
de fcs vaifleaux. Il s'y charge de tout ce qai
appartient au fifc, & des métaux que les débiteurs ou les fpéculateurs veulent faire paffer
du Mexique en Europe.
En 1774, le confeil d'Efpagne accorda au
Mexique une autre communication qui n'auroit
jamais dû lui être refufée ; c'eft celle avec le
Pérou, & même avec l'Europe, par Guatimala,
éloignée de la mer du fud d'environ 12 lieues.
Cette ville placéc entre deux volcans, devoit
nécéffaitement tôt ou tard en être engloutie. Ce
funefte événement arriva en 1772. En moins de
24 heures Guatimala, capitale d'un grand gouvernement, ville très-riche, grande & bien peuplée, n'offrit plus qu'un déplorable amas de
ruines. La métropole donna auffi-tôt fes ordres
pour réparer ce défaftre. On a tracé le plan
d'une autre ville plus vafte, plus commode que
celle qui exiftoir, & elle doit être élevée à huit
lieues de l'ancienne fur une bafe plus folide, 2
ou du moins plus éloignée du danger.
Deux ans après cette cataftrophe, on érablit
à la nouvelle Guatimala 1i commurication dont
ils s'agit: les objets que demande lel Pérou , font
expédiés de cette capitale pour y être portés par --- Page 247 ---
A M E R I Q U F,
la mer du fud, L'or, l'argent, l'indigo deftinés
pour l'Europe, font voiturés à dos de muler au
bourg de St.-Thomas 1 fitué à 60 lieues de la
ville, au fond d'un lac qjui fe perd dans le golfe
de Honduras. Ces richeffes font échangées contre les marchandifes arrivées d'Europe dans les
moisle juillet & d'août.
Les troupeaux, le coton, le tabac, le fucre,
le cacao & d'autres femblables productions n'entrent pour rien dans le Commerce du Mexique :
ellesy yreftent pour la confommation intérieure.
Il fournit aux négocians & à l'Efpagne des
matieres plus précieufes, & qui lui font particulieres; ce font la cochenille, la vanille, le
jalap, le bois de Campèche > fi néceffaire pour
les belles teintures, l'indigo de Guatimala le
plus beau qui foit dans l'univers. La nature fair
préfque toute la dépenfe de ces riches productions;
le travail & l'induftrie des habitans y ajouten:
peu : mais, comme fi la nature n'avoit pas affez
fait pour l'Efpagne en lui accordant prefque
gratuitement tous les tréfors de la terre que les
autres nations ne doivent qu'aux travaux les plus
rudes, elle lui a encore prodigué l'or & l'argent des plus riches mines du monde connu;
c'eft principalement des montagnes arides du
nouveau & de l'ancien Mexique qu'on tire les
80,000,000, qui fe fabriquent annuellement
:
peu : mais, comme fi la nature n'avoit pas affez
fait pour l'Efpagne en lui accordant prefque
gratuitement tous les tréfors de la terre que les
autres nations ne doivent qu'aux travaux les plus
rudes, elle lui a encore prodigué l'or & l'argent des plus riches mines du monde connu;
c'eft principalement des montagnes arides du
nouveau & de l'ancien Mexique qu'on tire les
80,000,000, qui fe fabriquent annuellement --- Page 248 ---
2;6
A M # R I QU E.
dans les monnoies de Mexique; il n'en paffe que
la moitié en Efpagne; la circulation intérieure,
les Indes, orientales, les ifles nationales, & la
contrebande abforbent le refte.
On peut juger de l'importance du Commerce
du Mexique par les envois que ce pays ft en Europe,année commune,depuis 1748 jufqu'en 1753.
Ils confiftoient en métaux & en marchandifes.
Métaux.
Or
544, 550 liv.
Argent - A
43,621, 497.:
Cuivre, 5634 quintaux
vendus - -
453, 600.
44, 619, 647 liv.
Marchandifes.
Jalap, 7500 quintaux,
vendus - - -
972,000 liv.
Indigo, 6000 quintaux,
vendus -
7, 626, 900.
Cochenille, 4600 quintaux, vendus - -
- 8,610,, 140.
Vanille, 5o quintaux,
vendus
431, 568.
Boisde Campêche,t350o
quintaux, vendus -
II2, 428. --- Page 249 ---
A MERIQU E.
Ci-contre -
17,640, 638 liv.
Bréfillet, 310 quiritaux,
vendus -
4,266.
Carmin, 47 quintaux >
vendus -
S1, 000.
Ecaille, 136 quintaux,
vendus
24, 300.
Roucou, 47 quintaux,
vendus -
21,600.
Baume, 40 quintaux, >
vendus -
45, 92c.
Salfepareille, 40 quintaux, vendus a -
4, 147.
Total des envois - - 62, 553,916 liv.
Dans les marchandifes il y avoit 529, 200
liv. pour la Couronne, & le reftant étoit pour
lcs négocians ; dans l'or & l'argent il y avoit
25, 649, o4ol.p pourle Commerce, > 12,067,0071.
pour les agents du gouvernement, ou pour les
particuliers qui vouloient faire paffer leur fortune en Europe, & le furplus pour le fifc,
Par les richeffes que le Mexique envoie annuellement en Europe, 2 on doit juger de celles
qui reftent dans le pays. C'eft fur-tout à Mexico
fa capitale qu'on peut les admirer. Cette ville
fameufe, le fiege du gouvernement, le féjour
des grands propriétaires, , le centre de toutes les
12,067,0071.
pour les agents du gouvernement, ou pour les
particuliers qui vouloient faire paffer leur fortune en Europe, & le furplus pour le fifc,
Par les richeffes que le Mexique envoie annuellement en Europe, 2 on doit juger de celles
qui reftent dans le pays. C'eft fur-tout à Mexico
fa capitale qu'on peut les admirer. Cette ville
fameufe, le fiege du gouvernement, le féjour
des grands propriétaires, , le centre de toutes les --- Page 250 ---
A M E R I Q U Ej
affaires importantes, bâtie entre deux lacs, danis
un pays délicieux, fous un ciel pur; raffemble
environ 200 5 000 citoyens ; tous ne font pas
opulens s mais quelques- uns le font peut-étre
plus que dans aucune autre partie du globe, Ils
étalent un luxe fi prodigieux, qu'ils font fervir
l'or & l'argent à l'ornement de leurs valets, de
leurs efclaves, de leurs chevaux, des meubles
les plus connus 3 & que la plapart des chofes
qui font ailleurs de fer & de cuivre, font à
Mexico d'or & d'argent:
On préfume que la population du Mexique s
en y comprenant les Européens s les Indiens
libres, cent mille efelaves," peut s'élever i fix
millions d'habitans. On voit dans toute l'étendue du pays une très-grande quantité de familles
Efpagnoles ou étrangeres, qui s'y font tranfplantécs. Elles ne remplacent que foiblement la
multitude innombrable d'Indiens que lcs cruautés
des Efpagnols ont fait périr.
Parmi les dépendances du Mexique, &c celles
des gouvernemens de Guatimala & de Mexico,
font les provinces de Honduras & de Ycatan,
célebres par le bois de Campêche qu'elles fourniffent à T'Europe pour fes teintures. Les Anglois de la Jamaique & les Efpagnols s'y font
fouvent difputés la coupe de ce bois fi précieux:
ils fc le difputoient encore pendant les dernieres --- Page 251 ---
A M É R IQUE
guerres : mais par l'article 4 du traité de paix,
ligné à Verfailles, le 3 Septembre 1783, , entre
TEfpague &c le Roi d'Angleterre, il a été affigné aux Anglois un terrain fur lequel il leur
fera permis de couper le bois de Campêche, &
à cet effet d'y avoir tous bâtimens & magalins
qu'ils jugeront néceffaires. Le voifinage de la
Jamsique, les nouveaux établiffemens que les
Anglois forment tous les jours dans le pays des
Molquites, limicrophe de Honduras, ne doiven:
pas laiffer fans inquiérude la Cour de Madrid
fur le facrifice qu'clle vient de faire, en admettant au milieu de fes poffeflions uin peuple
auili actif & auffi ambitieux
que l'Anglois.
En:68;, Grammont, fameux
flibuftier, ayant
ptis & faccagé la ville de Campèche , & voulant célebrer la fire du Roi de France
de S. Louis, dans les
7 le jour
tranfports de l'ivreffe Caufée par la viétoire &c le patriotifme, brâla
un million de bois de Campêche qui faifoit pour
riche partie de fon butin. Après cette folie écla- une
tante dont il n'ya que des François qui puiffent
fe glorifier, il reprir la route de St-Domingue,
LA CAIIF O R N I E.
'CE pays, très - voifin du
Mexique 3 le dernier
connu de l'Amérique feptehtrionale, eft fitué fur
Caufée par la viétoire &c le patriotifme, brâla
un million de bois de Campêche qui faifoit pour
riche partie de fon butin. Après cette folie écla- une
tante dont il n'ya que des François qui puiffent
fe glorifier, il reprir la route de St-Domingue,
LA CAIIF O R N I E.
'CE pays, très - voifin du
Mexique 3 le dernier
connu de l'Amérique feptehtrionale, eft fitué fur --- Page 252 ---
A M É R I Q U E.
la mer du fud. Il a été long-temps abandonné
& méprifé par les Efpagnols, au point qu'ils
ignoroient fi c'étoit une ifle, ou une. prefqu'ifle.
On n'a plus de doute à cet égard. On fait que
la Californie eft une grande prefqu'ile qui fort
des côtes feptentrionales de l'Amérique, & qui
s'avance entre l'eft & le fud jufqu'à la zone Torride; elle eft baignée des deux côtes parla mer
Pacifique. La partie connue de cette péninfule,
a 300 lieues de longueur - > fur 1O à 40 de
largeur.
Ce ne fut qu'en 1697 que la Cour d'Efpagne
permit aux Jéfuites d'envoyer leurs miffions dans
la Californie. Les travaux & les foins continus
de ces religieux parvinrent, ainfi qu'zu Paraguay,
à raffembler les Sauvages dans quarante - ttois
villages, à leur donner quelque teinture de religion, & à leur infpirer legolt du travail. Leur
fubliftance fe tire des grains qu'on leur a enfeigné à femer, des légumes qu'ils cultivent, des
fruits du pays, de ceux de l'Europe, & des animaux domeftiques qu'on travaille tous les jours
a y multiplier : mais leur fol généralement fec
& aride, s'eft refufé à la culture de ces productions précieufes qui entrent dans le Commerce, & le pays eft & reftera toujours dans
l'érat de pauvreté auquel la nature paroit l'avoir
deftiné.
Le --- Page 253 ---
A M E RI I Q U ES
ie cap St.-Lucas; fitué à l'extrémité méridiohale de la péninfule, eft le lieu de relâche du
galion 3 qui tous les ans va de Manille au
Mexique ; il y trouve un bon port ; quelques
rafraîchiffemens, & des fignaux qai l'avertiffent
s'il a paru quelque ennemi dans cès parages.
La mer qui envitonne la Californie, plus riche
que fon territoire, offre à fes habitans des poiffons
de toute forte, dans la plus grande abondance,
& du goût le plus exquis; mnais ce qui fend le
golfe de Californie plus digne d'attention , ce
font les perles 2 qui dans la faifon favorable y
attirent des diverfes provinces du Mexique des
hommes avides de cette précieufe produétion, &
qui font obligés de donner au gouvernement le
quint de leur pêche.
Les Jéfaites avoient formé le projer de pouffer
leurs découveries fur les deux rives du golfe jufqu'i la chaine des montagnes quilient la Californie aux parties feprentrionales de l'Amérique,
& de vérifier fi le pallige, que les Anglois cherchent depuis G long-temps au nord-oueft de l'Amérique dans la mer du fud exifte, oul eft poffible. Depuis que l'Efpagne a chaflé les Jéfuites
de la Californie, on prérend qu'elle n'a point abandonné leur projet qui ne tardera: pas, . dit-on,
à être exécuté. Lec capitaine Cook, sûirement plus
expédirif & plus intelligent que les navigateurs
Q
Amérique,
& de vérifier fi le pallige, que les Anglois cherchent depuis G long-temps au nord-oueft de l'Amérique dans la mer du fud exifte, oul eft poffible. Depuis que l'Efpagne a chaflé les Jéfuites
de la Californie, on prérend qu'elle n'a point abandonné leur projet qui ne tardera: pas, . dit-on,
à être exécuté. Lec capitaine Cook, sûirement plus
expédirif & plus intelligent que les navigateurs
Q --- Page 254 ---
A M. É R I Q U E,
Mexicains, auroit déja fatisfait al'empreffement
de l'Europe commerçante i fur l'exiftence de ce
fameux palfage, fi par la plus grande des imprudences il ne fe fat pas expofé à être tué
les Sauvages d'une ifle de la mer du fud.
par
S0 On ne peur mieux terminer ce qui concerne le Commerce de l'Amérique feptentrionale avec l'Europe : > qu'en mettant fous les yeux
tableau
de fa population, & de la -
un
général
valeur des marchandifes que les colonies Européennes de cette partie du nouveau monde fait
paffer tous les ais en Europe.
Population.
Habitans.
La baie d'Hudfon - a
200.
Le Canada -
130, OOC.
L'Acadie
49, 000.
Ifle de St-Jean
800.
Les Bermudes
4, 000.
Les Lucayes -
5,000.
Colonies des Etats-unis - 3, 206, 678.
La Floride
15,000.
La Louifiane
15,000.
Le Mexique a
6,000, 0oC.
9,4:6, 678.
Dans ce nombre d'habitans font compris,
571, 000 efclaves. --- Page 255 ---
A M É R 1 Q U E.
Yaleur des marchandifes.
ia baie d'Hudfon a
800,000 liv.
Le Canada
4, 650,600.
L'Acadie -
700, 000.
S. Pierre & les Miquelons
S05, 490.
PechefimangoifsiTeneNeuve
-
6,043, 68s.
Pèche Angloife: eà TerreNeuve -
12, 000, doo.
La nouvelle Angleterre 13,844, 430.
New 4 Yorck -
4, 352, 446.
La Penfylvanie -
- 13, 164, 439.
Le Maryland &la Virginie -
16,195, 577.
La Caroline feptentrionale
1, 5oo,co.
La Caroline méridionale -
9,101, 336.
La Géorgie -
I, 625, 419.
Les ifles Lucayes -
Ijo, OOC.
La Floride -
a
673, 209.
Lcs ifles Bermudes -
240, 000.
La Louifiane
2, 000,00.
Le Mexique -
- - 62, 533,076.
149,429, 606 liy.
.
Le Maryland &la Virginie -
16,195, 577.
La Caroline feptentrionale
1, 5oo,co.
La Caroline méridionale -
9,101, 336.
La Géorgie -
I, 625, 419.
Les ifles Lucayes -
Ijo, OOC.
La Floride -
a
673, 209.
Lcs ifles Bermudes -
240, 000.
La Louifiane
2, 000,00.
Le Mexique -
- - 62, 533,076.
149,429, 606 liy. --- Page 256 ---
A M E R I QU E.
L E S A N T I I I E S.
L'AMÉRIQUE renferme fous le Tropique du'
cancer, entre le 320, & le 8c, degré de latitude
feptentrionale, l'archipel le plus nembreux > le
plus étendu, le plus riche que l'Océan ait encore offert à la curiofité, à l'activité & à l'avidité des Européens. Les ifles qui le forment
fon connues > depuis la découverte du nouveau
monde, fous le nom d'Antilles. Les vents qui
y foufflent prefque toujours de la partic de T'efk,
on fait appeler celle qui font le plus à l'orient,
iflcs du vent, & les autres ifles fous le vent.
Elles compofent une chaine, dont un boutfemble fermer le golfe du Mexique &c l'autre tenir
au continent de l'Amérique méridionale, près
le golfe Maracaibo.
Avant que ces ifles fuffent devenues le domaine des Européens > le terrain étoit, neuf, &
prefque tel qu'il étoit forti des mains de la nature. Quelques-unes paroiffoient n'avoir jamais
été habitées;. d'autres l'étoient par des fauvages
qui vivoient du produit de leur pèche, de la
chaffe, des fruits, des plantes, des racines.que
le pays offroit de lui i- même & fans aucune culture à leur fubfiftance.
Ces ifles prefque toutes couvertes de forêts --- Page 257 ---
A M ÉRI Q U E.
anfli anciennes que le monde, préfentoient des
arbres, qui, par une fingulicre prédileétion de
la nature. > étoient d'une grande élévation, 2 trèsdroits, fans excrefcence ni défeétuofité. La chite
annuelle des fodilndleandicongstienla deftruction des troncs pourtis par le temps, formoient
fur la furface de la terre un fédiment gras, qui,
après le défrichenient, fécondé par la chaleur
du climat, opéroit une végétation prodigieufe
dans les nouvelles plantations qu'on fubftiruoic
à ces arbres.
Les vallées, les plaines fertilifées aux dépens
des terrains que les torrens avoient détachés
des montagnes, > étoient couvertes de bois mous.
Au pied de Ces arbres croiffoient indiftinatement les fruits s les plantes qn'an fol libéral
produifoit pour ia nourriture de fes habitans :
tels étoient l'igname 3 la patate,le chou caraibe, .
la banane. Les infulaires ne traverfoient point le
cravail libre & fpontané de la nature. Cueillant
au hafard, & dans le temps de la maturité, les
productions qui s'offroient d'elles-mèmes à leurs
befoins, ils laiffoient à la terre, le foin de préparer les fels de la végétation, fans lui afligner
le temps ni le lieu où elle devoit féconder.
Les Antilles s fituées fous la zone Torride , o
font affujetties à une continuité de chaleur, qui
n'eft tempérée que par le vent d'eft & par les
Q3
ard, & dans le temps de la maturité, les
productions qui s'offroient d'elles-mèmes à leurs
befoins, ils laiffoient à la terre, le foin de préparer les fels de la végétation, fans lui afligner
le temps ni le lieu où elle devoit féconder.
Les Antilles s fituées fous la zone Torride , o
font affujetties à une continuité de chaleur, qui
n'eft tempérée que par le vent d'eft & par les
Q3 --- Page 258 ---
AE R I eU E.
pluies. A la vétité,celles-ci rafraichiffenr l'air 3
mais elles caufent une humidité dont les fuites
fontégylenenrinonmsie & funeftes. En moins
de vingt-quatre heures ' tout fe corrompt, & ce
n'eft qu'avec les plus grandes précautions que les
Européensfe garantiffent d'yp climat fidangereux,
Les Efpagnols ont été les premiers qui ont
eu des érabliffemens aux Antilles. Quand ils eurent maffacré tous les habitans des lieux quils
occuperent > quand il n'en refta plus pour tirer
l'or des mines s quand elles furent épuifées, cette
nation qui étoit alors aufli pareffeufe que cruelle,
dédaigna de fc courber vers la terre, pour en
obtenir lestréfors qu'elle n'accorde qu'au travail,
& bientôt la pauvreté & la mifere furent la fuite
de fon inaétion.
Les Anglois, les François qui fuivirent les
pas des Efpagnols, y porterent ainfi qu'eux le
ravage & la deftruétion. Ils les commencerent à
l'ifle de S Crittophe, en 1625. Ils en chafferent
& maffacrerent les malheureux habitans, enleverent leurs femmes, leurs vivres avec la terre
qu'ils habitoient. Devenus Pirates fous le nom
de Boucaniers & de Flibuftiers, leurs cruautés
& leur férocité, leur courage & leur intrépidité quelquefois pouffée jufqu'à l'héroifme, leurs
brigandages & leurs extravagantes profulions répandirent dans ces parages, ainfi que dans toute --- Page 259 ---
A M L R IQ U E.
fEurope, 3 l'étonnement &c la terreur. Anjourd'hui
encore ce n'eft qu'avec une forte d'exécration
qu'on fe rappelle les fanguinaires exploits de ces
farouches brigands; ils fe détruifirent enfind'euxmèmes, par l'impollibilité de remplacer des
hommes aufli extraordinaires. Alors', les Antilles commencerent à devenir tranquilles s &
fuccefivement les puiffances de l'Europe y formerent des établiffemens qui ont acquis plus ou
moins d'importance, en raifon de l'aétivité que
chacune d'elles a mis dans la culrure de fes plantations. Ce n'eft point l'or & l'argent tirés de
leurs mines, qui enrichiffent les Antilles; ce font
lesproductionsdeleur fol qu'onne peutobtenirque
par un travail continuel fait fous an climat brilant, mais dont la fécondité eft fi grande, , quelès
abondantes & les riches récoltes qu'one enretire font
tous les jours un nouveau fujet d'admiration. Les
Efpagnols profitent peu de tant de richeffes; les
François & les Anglois plus actifs & plus induftrieux, fe les font partagées prefqu'en entier 5
les Hollandois &c les Danois en obtiennent une
petite partie. On va voir par quels travaux ces
nations commerçantes parviennent à les acquérir,
en obfervant que ces travaux ne font pastoujours
tranquilles & fans danger.
La guerre n'eft pas plutôt allumée en Europe,
que fes ravages s'étendent jufqu'anx Antilles;
Q 4
& les Anglois plus actifs & plus induftrieux, fe les font partagées prefqu'en entier 5
les Hollandois &c les Danois en obtiennent une
petite partie. On va voir par quels travaux ces
nations commerçantes parviennent à les acquérir,
en obfervant que ces travaux ne font pastoujours
tranquilles & fans danger.
La guerre n'eft pas plutôt allumée en Europe,
que fes ravages s'étendent jufqu'anx Antilles;
Q 4 --- Page 260 ---
A M E R I Q U E:
alors'tout Commerce eft intercepté, tout lan:
guit dans l'inaction & dans le befoin. Rien de
ce qui eft néceffaire à la nourriture des colons
n'y croit'; les vètemens, 9 les inftrumens de labourage 'y font point fabriqués; toutes leurs
productions ne font utiles gu'au Commerce, &
ne font propres qu'i être exportées. Inyaqu'une
communication sûre & facile 2 que l'état de
guerre ne permet poins, qui puiffe procurer
à ces ifes le néceffaire qu'elles attendent del'Europe, en échange des marchandifes qu'elles lui
Jonnent : la guerre eft donc une des plusgrandes
calamités que les Antilles puiffent éprouver.
Ces ifles' ont encore à craindre un fléau plys
terrible & plus fréquent que la guerre : ce font
les ouragans.. Quantité d'Auteurs ont fait les
plus effrayantes defcrlptions de ce terrible phénomene; mais elles font toujours au-deffous de
la vérité Il fuffit d'obferver que dans tous les
lieux où il déploie fcs fureurs, en un moment
tout eft renverfé, détruit, & fouvent englouti;
des vents impérucux, d'horribles tremblemens
de terre fe joignent au tonnerre, à la foudre,
à des feux fouterrains que vomit la terre 2 à
des torrens d'eau que verfent les nuages, pour
porter par - tout dans les villes > dans les
campagnes, la dévaftation, la ruine & la mort.
Des fignes certains annoncent les ouragans, 2 --- Page 261 ---
A M E R I Q,U E.
& rien n'en peut arrêter les funeftes effets. Tous
ne font pas aufi deftruéteurs; mais leurs moindres ravages font d'ébranler les bâtimens les plus
folides dans les villes, de renverier les habitations à la campagne, d'y détruire fans reffource
les récoltes & les plantations dont les arbres font
déracinés, difperfes, emportés dans les airs par
l'impétuolité des vents. On prétend que les ifles
qui font fujettes aux ouragans en effuient au
moins un tous les nçuf ou dix ans.
I S L E S ESP AG N O L E S.
SA N - D 0 I I N G U E.
LA grande ifle de S. Domingue appelée Ayty
par les Sauvages qaifhabiroientquand Chriftophe
Colomb en-fit la découverte, fut pour ainfi dire
le berceau des Efpagnols dans le nouveau monde.
Lorfque, pour le malheur dcs Indiens , l'Océan
les vomit dans ces contrées, cette orgucilleufe
nation crut que des peuples qui n'avoient ni leur
couleur ,ni leurs ufages 2 ni leur religion, n'étoient pas des hommes. Ils les regarderent comme
des bêtes de charge; ils fe frent un jeu de les
malfacrer, & de vouer au plus dur efclavage,
ceux que le fer & les tortures épagnerent.
L'ille abondoir en mines d'or, étoit très-fertile:
, l'Océan
les vomit dans ces contrées, cette orgucilleufe
nation crut que des peuples qui n'avoient ni leur
couleur ,ni leurs ufages 2 ni leur religion, n'étoient pas des hommes. Ils les regarderent comme
des bêtes de charge; ils fe frent un jeu de les
malfacrer, & de vouer au plus dur efclavage,
ceux que le fer & les tortures épagnerent.
L'ille abondoir en mines d'or, étoit très-fertile: --- Page 262 ---
A M E R I Q U E.
on les chargea de chajnes, & ils devinrent les
viétimes de l'avarice de leurs maitres. Ces Indiens qui étoient foibles, qui n'avoient pas l'habitudedu travail, expirerent bientôt dans les goufres des mines ou dans d'autres occupations auffi
meurtrieres.
Ces cruelles violences exterminerent en peu de
temps tous les habitans de l'ille. Avec eux tomba
tout fon éclat, qui ne $ 'étoit foutenu que parl'or
qu'elle fourniffoit. Ce précieux métal diminua a
mefure que ceux qu'on forçoit de le tirer des
entrailles de la terre, périrent; il difparut enfin
entiérement lorfque les Lucayes & d'autres ifles
voilines dépeuplécs ne donnerent plus dc viétimes pour remplacer celles que les conquérans
avoient facrifiées à leur cupidité,
Les Efpagnols reftés feuls dans l'ifle, étoient
incapables de fubftituer, par leur travail,àl'or
que leur refufoient les mines > les productions
d'une terre la plus fertile qu'on puifle imaginer.
Quelques efclaves Africains qu'ilsy employerent
d'abord, poufferent les cuitures avec une efpece
de fuccès. Il fut un temps que leurs travaux fourniflientàlEfagne dix millions pcfant de fucre,
beaucoup de tabac, du cacao, de la caffe, ducoton, du gingembre, une grande quaitité de
cuirs &c de bois de teinture. On pouvoir penfer
que ce commencement de profpérité donne- --- Page 263 ---
A M É RIQ U E,
roit le goûr & les moyens d'en étendre les progrès. Un enchainement de caufes plus fanelles
les unes que les autres ont ruiné CCS cfpérances;
elles ne fe font point renouvelléesd depuis. Lesplus
riches Efpagnols ont quitté T'ifle, pour aller s'é.
tablir au Mexique Ou au Pérou. Les François
ont envahi la moitiéde S. Domingue 5 le Confeil
d'Efpagne, occupéd'objets plus importans s a ceffé
de donner fes foins à cette colonie; de nos jours
on la vu cependant faire quelques efforts pour
la ranimer, mais fans fuccès. Tandis que tout
profpere 2 que tout eft dans la plus grande activité
dans la partic de l'ifle, occupée par! les François,
tout languir dans la partie Efpagnole : elle ne
fournit annucilement au Commerçe national,que
cinq ou fix mille cuirs; ce qu'elle recueille de
ficre, de café, detabac, faffit à peine à fes befoins, loin de pouvoir contribuer à ceux de fa
métropole. En 1717, la colonie Efpaguole ne
comptoit que 18400 habitans, qui livroient le
fuperfu de leurs denrées aux François > pour en
recevoir des habits & d'autres commodités également néceffaires. Ils y ajoutoient encore l'argent qu'on leur envoie pour l'entretien de 200
hommes de garnifon, de leurs pretres, 8c pour
les frais du gouvernement,
I
à fes befoins, loin de pouvoir contribuer à ceux de fa
métropole. En 1717, la colonie Efpaguole ne
comptoit que 18400 habitans, qui livroient le
fuperfu de leurs denrées aux François > pour en
recevoir des habits & d'autres commodités également néceffaires. Ils y ajoutoient encore l'argent qu'on leur envoie pour l'entretien de 200
hommes de garnifon, de leurs pretres, 8c pour
les frais du gouvernement,
I --- Page 264 ---
A M E R I e U E,
CUB A.
L'ISLE de Cuba, féparée de celle de S. Dominguc par un canal étroit, a 230 lieues de
long, & depuis 14jufqu'àz 24de large. Une ifle fi
étendue, fi fertile, jointe à celle de S. Dominguc,
livrée à des mains aétives > pourroit devenir la
fource d'une profpérité fans bornes ; mais une nation idolente, fans cefle génée dans fon Commerce par les entraves du monopole, pouvoitelle fe promettre de grands fuccès?
Le Confeil d'Efpagne s'eft enfin perfuadé que
non. En 1765,ila commencé par ouvrir les
portes de Cuba indiftinétement à tous les Efpagnols. Cette permiffion qui n'auroit jamais dû
leur être refufée s a donné quelques principes
de vie à cette ifle. En 1778, elle a encore reçu
un nouvel encouragement, par une ceffation d'une
partie des prohibitions, , des génes, desimpolitions
qui arrètoient les travaux.
L'ifle de Cuba ne le cede à aucune des Antilles par la fertilité de fon fol & par l'excellence de fes productions. L'indigo & le coton
y croiffent naturellement, & l'habitant n'a pas
encore fongé à en tirer parti par la culture. Le
tabac fi abondant, fi bon à Cuba, f connu en
Europe fous le nom de tabac de la Hayane, --- Page 265 ---
A M ÉRIQU E.
elt toujours refté dans les liens du monopole. -
La culture du Cacao en fournit une fi petite
quantité, quela métropole qui en fait une grande
confommation, eft obligée de s'en pourvoir ailleurs. Les troupeaux de gros & menus beftiaux,
quoique nourris dans de bons pârurages,ne font
point encore affez multipliés pour n'avoir pas
befoin d'en demander à l'étranger : la culture
des cannes à fucre foiblement fitivie,ne fournit
pas à l'Efpagne la moitié de ce que fes habitans
en peuvent confommer, & Cuba feule pourroit fubvenir à tous fes befoins. Avec tant de
moyens de profpérer,, pourquoi cette ifle n'eftelle donc pas parvenue à rendre fon Commerce
aulli floriffant que celui des ifles voifines : On
n'en peut attribuer la caufe qu'à l'inertie de fes
habitans opprimés d'ailleurs par Ie monopole.
Depuis 1748 jufqu'en 1753 > la vafte ille de
Cuba n'envoya en Europe que
18, 750 quintaux de
tabac vendus
- 1, 293 > 570 liv.
173, So9 quintanx de
fucre, vendus
- 7,9 994, 786
1569 cuirs, vendus -
138, à 817
Or & argent
1,064, 5o5
TOTAL
10,491, 923 liv.
'ailleurs par Ie monopole.
Depuis 1748 jufqu'en 1753 > la vafte ille de
Cuba n'envoya en Europe que
18, 750 quintaux de
tabac vendus
- 1, 293 > 570 liv.
173, So9 quintanx de
fucre, vendus
- 7,9 994, 786
1569 cuirs, vendus -
138, à 817
Or & argent
1,064, 5o5
TOTAL
10,491, 923 liv. --- Page 266 ---
A ME RIQU C
Tel étoit en 1753 le produit d'une ifle très
fertile quia 230 lieues de longueur, tandis que
la Grenade quin'ena que 10, & une très-petite
population, cultivée par les Anglois, exporte pour
environ treize millions de marchandifes. La population de Cuba en 1774 confiftoit en 171,766
habitans libres qui employoient à leurs cultures
28,766 efclaves Negres. C'eft bien peu de chofe
dans une ifle d'uneauffi vafte étendue. Les Efpagnols doivent encore s'attribuer ce défantde population. A peine eurent-ils fait la conquête
de Cuba, qu'ilss'y comporterent comme àS.Domingue. Ils en maffacrerent une partie des habitans, & firent périr l'autre dans quelques mines d'or qui fe rencontrerent dans l'ifle : en peu
de temps ce malheureux pays devint' défert, &
ne s'eft repeuplé depuis que foiblement & len-.
tement : mais fi le gouvernement continue d'accorder à Cuba la liberté & les engagemens Coilvenables, la population, le gott du travail, l'émulation, augmenteront rapidement, & avec elles
les productions nécellaires-pour donner au Commerce de cette ifle tout l'éclat qu'il peut avoir.
L'importance de la fituation de' Cuba, qui
ouvre le chemin du Mexique, qui allure le retour des richeffes que cet empire & celui du
Pérou verfent continuellement en Efpagne, paroitjufqu'a préfent avoir occupé cette Couronne- --- Page 267 ---
Axt R IQU E.
Depuis 1763 jufqu'en 1777, elle a dépenfé 22
à 23 millions pour fortifier la Havane, capirale
de l'ifle, fon port l'un des plus beaux de l'univers, & où toutes les flottes du monde entier
pourroient mouiller en même temps & avec une
égale sûreté. Quand l'Efpagne aurar mis la Havane
dans un état de défenfecapable de la tranquillifer,
dégagée de ce foin, elle pourra donner touté
fon attention à la population, au Commerce de
Cuba, à l'accroiffement de fes manufactures 8c
de fon induftrie. Que l'E(pagnol foit enfin libre,
qu'il ne foit point gêné par les entraves du inonopole 9 par les impolitions, par des prohibitions infenfées; qu'on lui falle fentir qu'il va
déformais travailler pour fon utilité particuliere ;
cette nation à qui on ne peut difputer de la
fierté dans le caractere, du courage, de la conftance, de l'énergie dans le fentiment s deviendra peur-être aufli aétive qu'une autre, & bientôt le port de la Havane fera aufli célebre par
fon Commerce que par fes fortifications.
PoR T O - R I C O.
QUDIQUE cette ille foit une meilleure des
Antilles, il regne la même inaction, la même
langueur dans les affaires de Commerce & dans
les cultures qu'à Cuba. Les mêmes caufes y produifent les mêmes effers.
conftance, de l'énergie dans le fentiment s deviendra peur-être aufli aétive qu'une autre, & bientôt le port de la Havane fera aufli célebre par
fon Commerce que par fes fortifications.
PoR T O - R I C O.
QUDIQUE cette ille foit une meilleure des
Antilles, il regne la même inaction, la même
langueur dans les affaires de Commerce & dans
les cultures qu'à Cuba. Les mêmes caufes y produifent les mêmes effers. --- Page 268 ---
A M É R I Q U E.
Porto-Rico a 36 : lieues del long & 18 de lafs
geur : l'air y eft fain & tempéré': un grand nombre de petites rivierés l'arrofent de leurs eaux
pures ; fes montagnes font couvertes de bois
àtiles ou précieux, &c fes vallées d'une fertilité :
peu cominune > font propres à toutes les produétions des Antilles; l'ifle a un port sûr, des
rades commodes, des côtes faciles. Avec tous ces'
avantages, Porto-Rico entre les mains dès Efpa- I
gnols n'eft prefque rien, & n'a encore fourni
au Commerce que de très-mincés productions.
L'apparencé de quelques mines d'or attirererit
les Efpagnols à Porto-Rico. Ce funefte métal ,
T'efpoir de s'en enrichir, y caufa les mêmes ravages qu'à S. Domingue; les habitans y furent
ou maffacrés', ou livrés à l'efclavage des mines. Bientôt l'ille dévint déferté &c tomba dans'
un néant abfolu; elle y eft reftée près de deux
fiecles. Ce ne fut qu'en 1765, que l'Efpague
fongea al'en tirer. On fortifia la ville & le port +
de S. Jean; oil y mit une garnifon dé deux bataillons & une compagnie de canoniers ; on 2tcorda au peu d'habitans qui étoient dans lifle,
la propriété des terrains dont chacun fe trouveroit en poffeflion. Toutes ces opérations frent
entrer dans l'ifle des fommes qui donnerent in'
commencement de vie à un établiffement dont
Finaction étonnoit toutes les nations. Au prem
ea al'en tirer. On fortifia la ville & le port +
de S. Jean; oil y mit une garnifon dé deux bataillons & une compagnie de canoniers ; on 2tcorda au peu d'habitans qui étoient dans lifle,
la propriété des terrains dont chacun fe trouveroit en poffeflion. Toutes ces opérations frent
entrer dans l'ifle des fommes qui donnerent in'
commencement de vie à un établiffement dont
Finaction étonnoit toutes les nations. Au prem --- Page 269 ---
A M É R I Q'U E.
mierjanvier
tRaRecoepeidijs 80660 .
habitans, donr 6530 feulement étoient efclaves,
poffédoit de très-belles
nombre de
plantations & un grand
beliaus; mais fes exportations en
fucte, en coton, , en café, en
ne palferent
tiz, en rabac,
pas I, 520, OCO liv.
Les Efpagnols poffedent encore aux Antilles
lespetites ifles de la
Marguerite; ; mais Trinite,deCubagma & de la
toutes les trois font dans
plus grande pauvreté, Le
la I
cultivé
Cacao fur autrefois
avec fuccès à la Trinité ; fa
tion le faifoit préféret a celui de
perfecpour s'en afturer, les
Caraque même:
marchands le
d'avance. En 1727,le vent du nord payoient
les arbres qui le
fitpérir tous
nouvellés
portoient ; ils n'ont pas été redepuis, & On a ceffé de fréquenterlide.
Cubagna & la Marguetite furent
quelque temps célebres par les belles
pendant
péchoit fur leurs côtes : mais
peries qu'on
d'un moment. Les
ce fut le fuccès
bancs de perles s'épuiferent,
Cabgnafirabundonnée, & feshabitans
tés à la Marguerite. La Trinité
tranfporrite ne font encore habitées
& la Marguenombre d'Efpagnols,
que par, un petit
femmes
qui ont formé avec des
originaires du pays
mes qui réuniffent la
unegénération d'hompareffe des peuples
ges, aulx vices des peuples policés. Ils fauvanéans, fripons &
font faifuperiticieux.
R --- Page 270 ---
A, M E. RI & U E.
On. eft toujours frappé d'étonnement quand
on obferve que lés Efpagnols 1 qui poffedent
environ trois cents lieues du meilleur terrain des
Antilles, n'ont pas encore pu donner au Commerce la valeur de plus de douze à treize millions en marchandifes ; on va voir combien l'activité des François & des Anglois leur a procurés de richeffes dans des pays bien moins confidérables. Commençons par, contempler les travaux & les prodigieux fuccès des François dans
la moitié de Saint-Domingue, à côté des Efpagnols, qui poffedent-l'autre moitié fans aucune
utilité.
I SIES F RAN S 0 I S E S.
S A I N T-D O M' : I N G U E.
CETTE ifle a 160 lieues de long, fur environ 30 de largeur. Siruée dans la zone Torride, les chaleurs y font excellives pendant l'été:
fi elles diminuent pendant la faifon des pluies,
l'air devient humide & corrompt en peu de temps
toutes les fubliftances. En général, , les Européens
ont peineà s'accoutumer au climat de Saint- Domingue. La plupart, après quelques années de
féjour, s'apperçoivent d'une extrème diminution
de leurs forces, & vieilliffent avant le temps 5
mais aufi il faut avouer que plufieurs y trouvent
y font excellives pendant l'été:
fi elles diminuent pendant la faifon des pluies,
l'air devient humide & corrompt en peu de temps
toutes les fubliftances. En général, , les Européens
ont peineà s'accoutumer au climat de Saint- Domingue. La plupart, après quelques années de
féjour, s'apperçoivent d'une extrème diminution
de leurs forces, & vieilliffent avant le temps 5
mais aufi il faut avouer que plufieurs y trouvent --- Page 271 ---
A M ExIOU E.
une mort prématurée par leurs
Peu de précautions
excès, ou par le
qu'ils prennent contre l'intempérie de l'air.
Les Efpagnols
polfedoient cette ille en entier;
lorfqu'en 6soquelques) François, chaffés de SaintChriftophe, en occuperent la partie
nale, qui étoit comme abandonnée, feptentrioéloignée des
& la plus
d'autres
poliallions Efpagnoles. Alfociés à
aventuriers comme eux, ils y vécurent
long-remps de pirateries & de
fous le nom de ces Boucanniers, brigandages,conus
tier dontnous
de ces Flibuf.
la
avons parlé, &c qui
terreur &
de
devinrent
les fondateurs l'épouvante de la
ces mers. Telsont été
colonie de Saint -
l'une des plus riches & des
Domingue,
nouveau monde.
plus foriffantes du
Qui auroit pu prévoir
hommes de fang & de
qu'à ces
carnage, faccéderoit
jour un peuple généreux
un
& d'une bonne fociété! > hofpitalier > franc
vient que tel elt le
Tout le monde conportrait des habitans de SaintDomingue.
La Cour de France donna d'abord
tention à la conduite des Flibufiers peu d'aravouer, , elle les voyoit même
: fans les
leurs
avec plaifir exercer
vengeances fur les E(pagnols alors fes
nemis, ce ne fur que
enl'ifle une certaine
lorfqu'iseurent pris dans
nut pour fes
confilance, qu'elle les reconfujets; elle conçur alors l'idée d'en
R 2
portrait des habitans de SaintDomingue.
La Cour de France donna d'abord
tention à la conduite des Flibufiers peu d'aravouer, , elle les voyoit même
: fans les
leurs
avec plaifir exercer
vengeances fur les E(pagnols alors fes
nemis, ce ne fur que
enl'ifle une certaine
lorfqu'iseurent pris dans
nut pour fes
confilance, qu'elle les reconfujets; elle conçur alors l'idée d'en
R 2 --- Page 272 ---
Ax E RIQU E.
faire une colonie : mais commnent accoutumer
des brigands vagabonds aux paifibles travaux de
Tagticulture, ? Ceprojet n'étoit pas facile : on en
confia en 1656 l'exécution à d'Ogeron; c'étoit
un ancien militaire qui poffédoit au plus haut
degré toutes les qualités qui convenoient à cette
entreprife. Ce grand homme, dont la mémoire
eft encore en bénédiction à Saint - Dominfut le véritable fondateur de cette Cogue >
fa
lonie; pendant 19 ans qu'ilydemeura, par prudence
fa fagelfe, par fa douceur, ilinf
le , golt par d'une vie laborieufe & paifible à des
pira barbares accoutumés à l'oifiveté, à préférer les
fruits lents de l'agriculture', aux jouiffances &
aux richeffes rapides de la piraterie. Au milieu
: de ces foins, d'Ogeron mourut en 1675.
A cette époque on comptoit déja plus de huit
mille habitans à Saint-Domingue, dont la moitié
au moins étoit employée aux travaux de différentes cultures. Alors la France penfa à acquérir
fur la
feptentrionale de
un droit légitime
partie
cette ifle, qu'ellefe fit céder en 1697 par PEC
pagne à la paix de Rifwick. La population de
Saint- - Domingue, àla prife de Saint-Chriftophe,
par les Anglois en 1690, reçut une nouvelle
augmentation ; une partie des habitans François
de cette ifle fe réfagia à Saint-Domingue.
Il fallur encore bien du temps pour que Is --- Page 273 ---
A M É R I Q U E.
colonie prit tune forme réguliere. Cene' fut qu'ala
paix d"Utrocht,quirendit la tranquillité al'Europe
&à al'Amérique, que la colonie commença i s'étiblir folidement & à fe frayer un chemin aux
grandes profpérités où nous la voyons parvenue.
Bientôt après Saint-Domingue reçut de la France
des loix civiles, un gouvernement général. On
le plaça d'abord au perit Goave, enfuite à Léogane > & depuis 17j0 il eft fixé au port au
Prince.
Les poffellions Françoifes dans l'ifle de SaintDomingue,font partagées en plufieurs diftriéts qui
font tous fertiles, > mais qui tous font plus ou
moiasimporansimefare qu'ils font plus propres
aux cannes à fucres & à cet égard les cantons
de Léogane & du Cap méritent la premiere
attention.
La ville de L.éogane, > fituée dans la partie méridionale de la colonie , palfe avec raifon pour
une des principales de cette ifle. Avant le
tremblement de terre de 1770, qui la détruifit
entiérement, elle avoit quatre cents maifons bâ.
ties' en pierre, qui ne font plus maintenant conftruites qu'en bois. Sa pofition dans une plaine
étroite, féconde, arrofée, ne laifferoit pasbeaucoup, à defirer, 3 fi un canal navigable lui ouvroit une circulation facile avec fa rade qui n'en
eft éloignée que d'un mille. La chaleur qui regne
ant le
tremblement de terre de 1770, qui la détruifit
entiérement, elle avoit quatre cents maifons bâ.
ties' en pierre, qui ne font plus maintenant conftruites qu'en bois. Sa pofition dans une plaine
étroite, féconde, arrofée, ne laifferoit pasbeaucoup, à defirer, 3 fi un canal navigable lui ouvroit une circulation facile avec fa rade qui n'en
eft éloignée que d'un mille. La chaleur qui regne --- Page 274 ---
A M i RI I e U E.
dansla ville & dansla plaine eeftexcellive. Cetté po.
fition & les marais qui font dans les environs,
rendent l'air mal-fain; les excès de débauche
qui sy commettent en tout genre 2 occalionnent tous les ans des maladies dangereufes qui
font périr beaucoup de monde. Dans le territoire de Léogane on compte 11zhabitations, dont
52 font deftinées à la culture des cannes à fucre , & les autres à celle du coton, du cafe &
de l'indigo.
Mais c'eft peu en comparaifon de la plaine
du Cap, dont la fertilité furpalfe tout CC qu'on
peut imaginer. Cette plaine a vingr lieues de
long > fur quatre de large. La multitude des
eaux qui l'arrofent, la beauté de fes chemins;
la quantité de fucreries, de rafineries qui s'y
trouvent, les riches récoltes de coton, d'indigo,
de café, de tabac, qui sly font, démontrent
qu'elle eft propre aux plus précieufes productions
qui enrichiffent le Commerce. C'eft le pays de
l'Amérique, quirécolte le plus de fucre, & de la
meilleure qualité.
Rien n'eft plus agréable que l'afpeét de la
plaine du Cap. Elle eft par-tout coupée par des
chemins de quarante pieds de large, tirés aul
cordeau, bordée de haies de citronniers chargés de Aeurs & de fruits. Plufieurs particuliers
ont auffi planté de longucs avenues d'arbres qui) --- Page 275 ---
A M É R1 Q U E:
26;
conduifent à leurs habitations. Les ruiffeaux qui
tombent du haut des montagnes s ferpentent
de toutes parts, roulent des eaux d'une fraîcheur
furprenante, &: temperent la chaleur excellive du
climat. On prétend que dans cette plaine & dans
les montagnes qui lavoifinent, On trouve quelques mines d'or; mais pour les cultivateurs &
pour de Commerce 2 le fucre, le coton,T'indigo,
le cafe, font plus utiles & donnent plus de richeffes que les mines d'or & d'argent les plus
abondantes.
La ville du Cap eft paffablement belle 5
mais ce qui lui donne le plus de célébrité, ceft
fon port. 11 eft admirablement placé pour recevoir les vaiffeaux qui viennent d'Europe ; ceux
de toute grandeur y font commodément & en
sûreté; ouvert au vent du nord,iln'en peut recevoir aucun dommage, fon entrée érant femée
de récifs qui rompent l'impétuofité des flors. Il
eft en outre défendu par un fort taillé cans le
roc, muni d'une bonne artillerie, & qui s'avance
dans la mer; ily forme un promontoire ou cap,
d'où la ville a tiré fon nom.
C'eft dans ce fameux entrepôr que fe réuniffent prefque toutes les denrées de la colonie, 3
pour être tranfportées en France. Celles qu'elle
y envoya en 1775, confiftoient en
R 4
des flors. Il
eft en outre défendu par un fort taillé cans le
roc, muni d'une bonne artillerie, & qui s'avance
dans la mer; ily forme un promontoire ou cap,
d'où la ville a tiré fon nom.
C'eft dans ce fameux entrepôr que fe réuniffent prefque toutes les denrées de la colonie, 3
pour être tranfportées en France. Celles qu'elle
y envoya en 1775, confiftoient en
R 4 --- Page 276 ---
A- M E R I Q U E.
1,130,673 quintaux,
de fucre, vendus -
- 44, 738, 139 liv:
459, 339 quintaux de
café, vendus -
- a 21,8 818, 621.
18, 086 quintaux d'indigo, vendus
15, 373, 346.
5787 quintaux de cacao, vendus
405, 134
518 quintauxde roucou,
vendus
- - -
32, 663.
Coton, 26, 892 quinraux,Vendus -
6,723, 205Cuirs, 14, 124, vendus -
164,657Carret, 43 quintaux,
vendus -
43,460:
Canefice, 9019 quintaux, vendus
52, 435Boisde teinture,92,746
quintaux, vendus - - 1
508,368.
Productions desifles dépendantes,
1,352, 148.
Or & Argent > -
2, 600,000.
94, 212, 176 liv.
Ces étonnantes richeffes qui furpaffent celles
de bien des royaumes, celles que les mines d'or --- Page 277 ---
A M € R I QU Ei
& d'argent du Mexique & du Pérou font paffer
en Europe 2 font produites par
38; Sucreries de fucre brut.
263 En fucre terré.
2587 Indigoteries.
14,018, 336 Cotoniers,
92,8 893, 405 Cafiers.
757, 691 Cacoyers.
Les travaux de ces différentes cultures occupoient à la même époque
32, 6,0 Blancs de tout fexe.
6036 Negres otl Mulâtres libres.
300, 000 Efclaves.
La colonie avoit en troupeaux & pour fes fabfiftances
75, 958 chevaux ou mulets.
77,904 bètes à cornes.
77, 904, 225 bananiers.
1,178,219 folles de manioc.
12, 434 carreaux de mais.
18, 738 de patates.
II, 825 d'ignames.
70, 46 de petit millet.
Enfin, pour ne rien omettre de ce qui peut
concerner une colonie auffi intéreffante, fes cultures 2 fes habitans font répartis fur 46 paroifles. La plupart n'ont que des cabanes ou des
,904 bètes à cornes.
77, 904, 225 bananiers.
1,178,219 folles de manioc.
12, 434 carreaux de mais.
18, 738 de patates.
II, 825 d'ignames.
70, 46 de petit millet.
Enfin, pour ne rien omettre de ce qui peut
concerner une colonie auffi intéreffante, fes cultures 2 fes habitans font répartis fur 46 paroifles. La plupart n'ont que des cabanes ou des --- Page 278 ---
A M E R I'Q U
ruines pour églifes qui font deffervies par des
Dominicains & par des Capucins qui ont ren-)
placé les Jéfuites.
I A M A R T I N I Q U E.
CETTE ifle, après Saint- Domingue, eft la plus
confidérable des pofleflions Françoifes aux Antilles. Elle a cet avantage, que depuis que les
François s'en font emparés en 1638, fous la
conduite d'un gentilhomme Normand, nommé
Dénambuc, ils en ont toujours été les maitres
& les feuls habitans. En vain l'amiral Ruyter l'attaqua en 1674;après y avoir perdu beaucoup de
monde, il fut obligé d'abandonner fon entreprife.
A la vérité, pendant les dernieres guerres, les
malheurs de la France firent tomber la Martinique
fous le joug des Anglois ; mais elle fat promptement reftituée à la paix de 1763.
La Martinique a 16 lieues de long & 45 de
circonférence. Ses premiers habitans furent cent
hommes que Dénambuc y amena de fon gouvernement de Saint- - Chriftophe. C'étoit d'anciens
colons braves, actifs, accoutumés au travail &
à la fatigue, habiles à défricher la terre, à for-,
mer des habitations : tels farent les fondateurs
de cette colonie, ils fe multiplierent par la fuire, --- Page 279 ---
AM € RI e U E!
& devenus maitres de l'ille entiere, par la retraite des Sauvages, ils occuperent tranquillement les terrains qui convenoient le mieux a
leurs cultures. Ils fe livrerent d'abord uniquequement à celles du tabac & du roucou. Ony
joignit depuis le fucre, le cacao > le café,1 l'indigo & le ccton.
Malgré la paix intérieure dont jouiffoit la
Martinique, elle étoit peu de chofe au commencement de ce fiecle. Quelque temps après,
plufieurs circonftances fe réunirent en fa faveur,
& lui donnerent pendant un certain temps la
plus grande importance. Elle devint le marché
général de tous les établiffemens François. C'étoit dans fes ports que les ifles voilines vendoient
leurs productions; c'étoit dans fes ports qu'elles
achetoient les marchandifes de la mnétropole : les
navigateurs François nedépofoient, ne formoient
leurs cargaifons que dans fes ports; l'Europe enfin
ne connoiffoit que la Martinique. Tant d'opérations y firent entrer un argent immenfe,
avec lequel la colonie fut en état d'avoir les liaifons & de faire les marchés les plus avantageux : mais les circonfances qui l'avoient fi fort
enrichie ayant ceffé, elle fe trouva réduire à
fcs culturcs &c à la fertilité de fon fol. Lorfqu'elle commençoit à s'en occuper, fes colons
effiycrent les plus grands malheurs. Un infcéte
. Tant d'opérations y firent entrer un argent immenfe,
avec lequel la colonie fut en état d'avoir les liaifons & de faire les marchés les plus avantageux : mais les circonfances qui l'avoient fi fort
enrichie ayant ceffé, elle fe trouva réduire à
fcs culturcs &c à la fertilité de fon fol. Lorfqu'elle commençoit à s'en occuper, fes colons
effiycrent les plus grands malheurs. Un infcéte --- Page 280 ---
A M É RIQ U E:
deftruéteur caufa des Favages inexprimables danst
toutes les campagnes où ilfe montra. En 1776 1
un ouragan le plus furieux de tous ceux qu'ait
effuyés la Martinique, y porta une deftruction générale dans les plantations & les récoltes : les
bras néceffaires aux travaux y manquerent ; les
denrées & fur - toutle café diminua de prix; les
impofitions furent accablantes. Malgré toutes ces
calamités, en 1775 la Martinique envoya en
France
Sucre brut, 244, 338
quintaux, vendus -
- 9,971, 155 liv:
Café, 96, 889 quintaux, vendus -
4, 577, 259
Indigo,1147gsintus,
vendus -
975,018
Cacao, 8656 quintaux,
vendus -
-
605,964
Coton, II, O12 quintaux, vendus - a
2,753, IOO
Cuirs, 919, vendus -
8,271
Carret, 29 quintaux >
vendus -
29, IOO
Canefice , 1965 quintaux, vendus a
52,880
Bois de teinture, 125
quintaux, vendus - - -
3, 125
TOTAL
- 18, 975, 872 liv. --- Page 281 ---
A M a RI Q U E:
Mais cette fomme entiere n'appartient pas
a la colonie. Il en revenoit un peu plus d'un
quart àSainte-Lucie & à la Guadaloupe qui y
avoient verfé une partie de leurs productions.
Les places principales de la Martinique font
la ville de Saint-Pierre 2 le fort Royal & le fort
de la Trinité, C'eft au fort Royal que le gouvernement général de l'ifle & le Confeil fupérieur font leur rélidence. La ville eft aflez bien
fituée, & fon port paffe pour un des meilleurs
du pays. La rade de Saint - Pierre, d'oi on peut
partir par tous les vents, offre les plus grandes
facilités pour l'embarquement & le débarquement des marchandifes.
A lal Martinique comme à Sain-Domingue,on
exerce envers les étrangers T'hofpitalité la plus
généreufe. Elle procure à la colonie ce double
avantage qu'on n'y voit ni mendians ni voleurs.
Malgré la chaleur du climat, & les malheurs
qu'a éprouvés la Martinique, > la population qui
en 1700 il'étoit que d'environ 6000 ames, > avoit
plus que doublé en 1778. Elle s'élevoit à I2000
Blancs, 3000 Mulâtres & Noirs libres, & 80000
efclaves : cette coloniea pour troupeaux 8200 mulets ou chevaux, 9700 bêtes à cornes, 13100
moutons, 3 porcs Oll chevres.
Ses fucreries étoient au nombre de 2575 elle
1700 il'étoit que d'environ 6000 ames, > avoit
plus que doublé en 1778. Elle s'élevoit à I2000
Blancs, 3000 Mulâtres & Noirs libres, & 80000
efclaves : cette coloniea pour troupeaux 8200 mulets ou chevaux, 9700 bêtes à cornes, 13100
moutons, 3 porcs Oll chevres.
Ses fucreries étoient au nombre de 2575 elle --- Page 282 ---
A M ÉR rev E.
cultivoit 16,602,870 pieds de café, 1,430,020
pieds de cacao, I', 648, 5jo pieds de coton.
LA GUADALOU P E.
EN r635,quelques François vagabonds s'emparerent de cette ifle, dont ils chafferent les
Sauvages. Ceux-ci s'étant raffemblés en force,
rentrerent à la Guadaloupe, y maffacrerent tous
les François qu'ils rencontrerent, & ils les auroient entiérement exterminés ou éloignés de
l'ifle, fi le fage gouvernement d'Aubert n'eût
appaifé leur jufte reffentiment & ramené la paix
vers la fin de 1640.
Le petit nombre de François échappés aux
malheurs qu'ils avoient fibien mérités, fut facceffivementg groffi par quelquescolonsde Saint-Chriftophe, mécontens de leur fituation, par des matelots dégoûtés de la navigation, par des capitaines de navire s qui, laffés des caprices de
l'Océn, fe vouoient aux travaux paifibles de
lagriculture. Le Miniftere de France commença
alors à s'en occuper, mais foiblement; ce ne fat
qu'à la paix d'Utrecht, que la colonie fit des
progrès remarquables : ils ne furent point troublés jufqu'en 1759, qu'elle fut conquife par les --- Page 283 ---
A M i R I e U E.
271.
Anglois qui la reftituerent à la France à la paix
de 1763 , en beaucoup meilleur état, beaucoup
plus riche qu'elle h'étoit auparavant. Depuis,
elle eft toujours reftée à la France, & eft devenue une de fes meilleures colonies dans les
Antilles.
- La Guadaloupe dont la forme eft irréguliere,
peut avoir So lieues de tour; elle eft coupée en
deux par un petit bras de mer qui n'a pas plus
de deux lieues de long, fur une largeur de I5
à 40 toifes. Ce canal qu'on appelle la riviere
falée, n'eft navigable que pour les
/ Lapartie de l'ifle quidonne fon nomàla pirogues. colonie
endiersefb.ierifsecdans fon centre,de rochers & de
montagnes d'ou coulent des fources d'eaux trèspures & très-falubres, qui par leur fraicheur
temperent l'air brûlant du climat, & fertilifent
les plaines qu'elles arrofent, au point qu'elles
font propres à toutes les plus précieufes cultures
des Antilles. Dans cette partie eft le fort SaintLouis.
La Partie occidentale qu'on appelle la grande
Terre, n'a pas été fi favorablement traitée
la nature; fon fol n'eft pas aufli fertile, ni fon par
climat aufli fain & aufli agréable. A la vérité
elle eft plus unic, mais les rivieres lui
généralement. C'eft dans cette partie, manquent
quoique
rofent, au point qu'elles
font propres à toutes les plus précieufes cultures
des Antilles. Dans cette partie eft le fort SaintLouis.
La Partie occidentale qu'on appelle la grande
Terre, n'a pas été fi favorablement traitée
la nature; fon fol n'eft pas aufli fertile, ni fon par
climat aufli fain & aufli agréable. A la vérité
elle eft plus unic, mais les rivieres lui
généralement. C'eft dans cette partie, manquent
quoique --- Page 284 ---
A M ERIQU g.
moins peuplée, que fe trouve le bourg Bailly,
chef-lieu de la colonie & le fort Charles.
En 1775, les exportations de la Guadaloupe
pour la métropole confifterent en
188,86 quintaux de
fucre brut, vendus
-
7, 137,930 liv.
63, 029 quintaux de
café, vendus
2, 993, 860
1438 quintauxd'indigo,
vendus
1,222, 5:9
1O2; quintaux decacao,
vendus
71,65I
5193 quintaux decoton,
vendus -
I, 298, 437
727 cuirs, vendus -
60, 967
I6 quintaux de carret 3
vendus -
16,360
62 quintaux de canefice, vendus -
125 quintaux de bois
de teinture, vendus -
3, 125
ToTAL - - 12, 751, 195 liv.
Outre ces productions'la Guadaloupe en envoyoit encore d'autres à la Martinique 5 elle livroit fes firops &. quelques autres denrées aux
Anglo-Américains, > dont elle recevoit des bois, --- Page 285 ---
A M E R I Q U E:
des farines, des beftiaux & de la morue : une
gratide partie de fes cotons paffoit à la Dominique qui lui donnoit des efclaves > & à SaintChriftoplie qui payoiz en .argent ou en marchandifes des Indes orientales.
Au rer, janvier 1777, la population de cette
colonie, en y comprenant celle des petites ifles
foumifes à fon gouvernement, montoit 3,12,700
Blancs de tour age &c de tout fexe, à 1350
Noirs ou Mulâtres libres, & a 10O, OCO efclaves.
Ses troupeaux comprenoient 9220 chevaux o
iulets, 15,740 bêtes à cornes, & 25,400
moutons , porcs ou chevres.
Elle avoit pour fcs culures 449,622 pieds
de cacao, I1,974, 046 picds de cotons
18, 799, 530 pieds de café, & 388 fucreries. 2
Aux richeffes territoriales de la
il faut y joindre celles qu'y verfent Guadaloupe, les
ifles foumifes à fon gouvernement, la Défirade, petites
les Saintes, Muie@dads,Sie/arin: SaintBarchélemi. En général, ces ifles font
la
tris-petites)
population en eft très-médiocre & leurs
duétions péu confidérables; elles fuiffifent à proa leurs befoins, & lorfqu'elles Ont
peiné
quelque exPortation' à faire, elles envoient leurs marchandifes à la Guadaloupe qui en fait Conmercé
avec les ficnnes,
S
, la Défirade, petites
les Saintes, Muie@dads,Sie/arin: SaintBarchélemi. En général, ces ifles font
la
tris-petites)
population en eft très-médiocre & leurs
duétions péu confidérables; elles fuiffifent à proa leurs befoins, & lorfqu'elles Ont
peiné
quelque exPortation' à faire, elles envoient leurs marchandifes à la Guadaloupe qui en fait Conmercé
avec les ficnnes,
S --- Page 286 ---
1 M É R I Q U E.
SAIN T E * L UC I E.
CETTE ifle peut avoir 21 milles de long 5
fur II de large. Quoique montagneufe en plaficurs endroits, fa plus grande partic eft fur un
bon fol propre à toutes les cultures. L'airyef
ferein; rafraichi continuellement parle vent d'eft,
la chaleur n'y eft jamais exceflive; fes ports font
très-bons pour le mouillage des vaiffeaux. On
vante fur- tout le carenage qui tire fon nom de
la facilité que les navires y trouvent pourfe Carener. On le regarde comme le meilleur port
des Antilles. Trente vaiffeaux de ligne peuvent
y être commodément à l'abri des ouragans les
plusterribles. Les vents font toujours bons pour
en fortir.
Il n'eft pas étonnant que cette ifle, qui toute
petite qu'elle eft, réunit tant d'avantages, ait
excité chez les Anglois une fi violente envie de
s'en emparer, & chez les François un fi grand
defir de la conferver. Pendant plus d'un fiecle
elle a été une fource de querelles entre les deux
nations 3 ellcs ont duré avec plus ou moins de
vivacité, jufqu'à la paix de 1763.quiacconda --- Page 287 ---
A M É R I Q U E;
à la France la
propriété filong - temps & fi
niatrément difputée de Sainte-Lucie.
opis
Ce n'eft que depuis cette époque que cette
ifle a vu augmenter fa population, &
pu s'occuper utilement de fes cultures.Des qu'elle a
Franfois qui avoient venda tres-avantsgenfomene
leurs habitations de la Grenade aux
porté à Sainte - Lucie une
Aug'ois,o ont
partie de Jeurs capitanx. Un grand nombre de caltivateurs de
Saint Vincent, indignés de fe voir réduits à
acheter un fol qu'ils avoienit déftiché avec beaucoup de dépenfes & des fatigues
pris la méme route 5 la
incroyablès, ont
des colons dont les
Martinique a fourni
poffeflions étoient ufées, &
quelques négocians qui out retiré les fonds de
leur Commercey pour les
A tous on
conferilagriculture.
a diftribué gratuitement des terress
Avec Ces fecours, la popularion de la colonie &
fes moyens étoient fort augmentés
vier 1777 5 elle comptoit déja
au rer.jan2300 habitans Blancs.
1350 Noirs ou Mulâtres libres.
16000 Efclaves.
I130 nulets ou chevaax.
2053 bêtes à cornes.
3719 mourons & chevres.
53 fucreries.
X, 945, 712 pieds de cacaos
S *
ilagriculture.
a diftribué gratuitement des terress
Avec Ces fecours, la popularion de la colonie &
fes moyens étoient fort augmentés
vier 1777 5 elle comptoit déja
au rer.jan2300 habitans Blancs.
1350 Noirs ou Mulâtres libres.
16000 Efclaves.
I130 nulets ou chevaax.
2053 bêtes à cornes.
3719 mourons & chevres.
53 fucreries.
X, 945, 712 pieds de cacaos
S * --- Page 288 ---
A M É R I Q U à
5, 040, 962 pieds de cafiérs.
597 carrets de coton.
Ce commencement de profpérité n'a été qua
peu interrompu pendant la derniere guerre. Les
Anglois qui ne perdent point de vue SainteLucie, n'eurent aucune peine à s'emparér d'une
ifle oi on avoit d'abord porté touté fon attention aux caltures, & qu'on n'avoit pas ençore en
le temps de mettre en état de défenfe : mais par
le traité de paix du 3 feptembre 1783, l'An- V
gleterre s'eft encore vue forcée d'abandonner cette
ifle fi chere à fesvaeux : ellel'a rendue à la Francé
dans l'état où elleétoit, lorfque les armes de Sa M.
B.en firentla conquête. Si cetteiflepeutenlin jouir
d'une tranquillité permanente > on penfe qu'elle
pourra occuper 60c00 cfclaves, & fournir au
Commerce pour 9 à IO millions de marchandifes. Jufqu'à préfent fes productions n'ont pas'
paffé trois millions qu'elle reçoit de la Martinique, à qui elle livre fes marchandifes.
TAB A G O.
CETTE ifleeft plus célebre par les événemens
militaires dont elle a été le théâtte, que parfon
importance dans-le Commerce. Continuellement" --- Page 289 ---
A M ÉRI Q U E.
prife & reprife parles Hollandois, les François
& lgs Anglois, elle n'a jamais eu le remps de
voir profpérer fes travaux trop fouvent interrompus par la guerre; 3 aufli jamais n'a-t-elle été d'aucune utilité à fes différens vainqueurs. L'Anglegerre en obtint la. polfeffion par le traité de paix
de 1763, mais depuis elle l'a rendue & en a
garanti Ja propriéré à la France > par le traité
de Verfailles du 3 feptembre 1783. Ily a trop
peu de temps que cette ifle jouit d'un état tranquille s pour qu'elle ait encore pu faire de grands
progrès. On ne peut guere efpérer de biens
confidérables d'un terrain qui eft. généralement
fabloneux.
Lorfquel'Angleterre, remit Tabago à la France,
sette ifle étoit habitée par 4C0 Blancs & 8000
efclaves qui recueilloient par an vingt mille
taux
de fucre, huit cents mille pefant de coton, quin-
& douze mille d'indigo. Ces Produétions
menteront fans doute, fi la France daigne aug- s'occuper de la profpérité de cette foible colonie,
& lui donne les encouragemens dont elle
befoin,
a
S 2
ago à la France,
sette ifle étoit habitée par 4C0 Blancs & 8000
efclaves qui recueilloient par an vingt mille
taux
de fucre, huit cents mille pefant de coton, quin-
& douze mille d'indigo. Ces Produétions
menteront fans doute, fi la France daigne aug- s'occuper de la profpérité de cette foible colonie,
& lui donne les encouragemens dont elle
befoin,
a
S 2 --- Page 290 ---
A M É R I
SAI N T - M A R T I N.
CETTE ifle peut avoir '5 à 16 lieues de
rour;on n'y trouve ni ports nirivieres; le foly
eft généralement léger, pierreux, trop expofé
aux vents, à de fréquentes fécherefles, & peu fertile. Saint-2 Martin étoit défert, lorfque les François & les Hollandois y aborderent en 16;8,
Les premiers au nord, les feconds au : fud,
Iis y vivoient cn paix & féparément, lorfqu'ils
en furent challés par les Erpagnols. Après avoir
détruit lcurs pauvres habitations > ils abandonnerent une ille qui n'avoit rien qui pûr tenter
ni leur avarice ni leur ambition.
Aufli-tor qu'on fut qu'ils avoient évacué le
pays , quelques colons François & Hollandoisy
retournerent, 3 partagergnt entre eux Pifle, fej ja
rerent une foi mutuelle, &, ce qui eft très-rare,
eux & leurs defcendans cnt toujours été fideles
à cet engagement, malgré les animofités qui
ont ai fouvent divité leurs métropoles,
Dans la partie échue aux François par le
partnge, on 11C trouve que 351 Elancs de tout
âge d de tout fexe,avec environ 1200 efclaves:
Leurs rravaux donnent tous les ans deux cents --- Page 291 ---
A XERIQU U E.
millicrs de coton & un million pefant de fucre,
d'un beau blanc, mais de peu de confiftance.
Ces marchandifes font vendues tous les ans à la
Guadaloupe - > qui les revend avec les fiennes.
La colonie Hollandoife qui a fa fe procurer
les. meilleurs terrains, eft de moitié plus confidérable. Elle compte 639 Blancs & 3518 Noirs,
dont les travaux prodasfentanuellemenr I 60,000
livres pefant de fucre, & environ 130 milliers
de coton. Ces modiques revenus-reçoivent quelqu'accroiffement par le prodait des falines, dont
on tire annuellement cent mille écus.
Les productions de Saint - Martin font trop
peu importantes pour former des liaifons avec
l'Europe : les habitans livrent ordinsirementleur
fel &c leur fucre aux provinces de l'Amérique
feptentrionale, & leur cofon aux navigateurs de
la Grande-Bretagne.
Parmi les colons François & Hollandois de
Saint- Martin, il fc trouve quantité de familles
Angloifes : elles forment même le plus grand
nombre dans les deux colonies ;mais toutes n'en
vivent pas moins en paix.
Telle eft la fituation des colonies Françoifes,
répandues dans les Antilles 5 pour connoitre d'un feul coup-d'ail toute
l'importance, 2
quelle eft leur activité > combien prodigieufes
fonr les opérations de leur Commerce, il ne
S 4
François & Hollandois de
Saint- Martin, il fc trouve quantité de familles
Angloifes : elles forment même le plus grand
nombre dans les deux colonies ;mais toutes n'en
vivent pas moins en paix.
Telle eft la fituation des colonies Françoifes,
répandues dans les Antilles 5 pour connoitre d'un feul coup-d'ail toute
l'importance, 2
quelle eft leur activité > combien prodigieufes
fonr les opérations de leur Commerce, il ne
S 4 --- Page 292 ---
#80
A'M # R I QU K.
faut que confulter l'état général de leur
:
populas
tion en hommes libres, la quantité d'efclaves
quils emploient dans leurs habitations, & celle
des marchandifes qu'elles envoient annuellement
çn Europe. Avant la paix de 1783, les colonies
comptoient 70,.476 Blancs, 2 Negres & Mulàtres libres s 504,000 efclaves, & envoyoient
tous les ans en France pour 128, 939, 243 liv.
de marchandifes.
La paix dont jouiffent actuellement les COlonies ne
qu'angmenter encore ce produit,
quelque em.tie qu'il paroiffe : dans le couyant de 1784, elles firent paffer à Bordeaux,
Sucre brut.. . - 0 : 17,688,918 liv. pef.
Sucre terré..
32, 1 711, 424
Sucre tête.
4,082, 341
Sucre rafiné
I, 8gi
Sirop
9,365
Café
31, 727,741
Confitures
15,589
Coton
622,.204
Indigo
781, 958
Roucou
:8,672
Gingembre
31,150
Cuirs.
28,056
Dents de morfl..
5:999
Cacào
615,099 --- Page 293 ---
A M # R I 2 V E. 1
31 eft aufli entré dans le même port la même
aRnée,
Bois de Campèche
267, 352 liv, pef,
Bois de Gaiac..
246, 660
Madriers d'Acajou
Quantité de ces marchandifes font reftées en
France pour fa confommatiou, & elle en a exporté chez l'étranger les quantités fuivantes:
Sucre brut 8,297, 953 liv. pef,
Sucre terré -
16,708, S16
Sucre tête
3,041,612
Sucre rafiné
465, 249
Café
26, 834,901
Cacao
335, 600
Indigo
551,508
Roucou -1.
Gingembre .
33,856
Par ces détails o11 peut aifément comprendre
quel mouvement les produétions des colonies
Françoifes donnent, non-feulement au Commerce de la France 2 mais encore de TEurope
entiere.
liv. pef,
Sucre terré -
16,708, S16
Sucre tête
3,041,612
Sucre rafiné
465, 249
Café
26, 834,901
Cacao
335, 600
Indigo
551,508
Roucou -1.
Gingembre .
33,856
Par ces détails o11 peut aifément comprendre
quel mouvement les produétions des colonies
Françoifes donnent, non-feulement au Commerce de la France 2 mais encore de TEurope
entiere. --- Page 294 ---
1 M E R I 2 U E.
ISI E S A NG IO I S E S.
L A JA. MAiQ U E.
CETTE ifle peut qvoir 43à à44 lieues de long, fur
17 dans fa p.us grande largeur; fon fol s'eft trouvé
particuliérement propre à la culture du fucre ;
mais les eaux qui tombent des montagnes arides,
en verfant l fécondité dans les plaines > rendent
l'air mal-fain;le climat eft encore plus dangereux , & de toutes les ifles Angloifes, la Jamaique eft la plus meurtriere. Malgré un obftacle fi repouffant, les travaux de l'avarice joints
aux efforts de l'ambition,ont rendu la Jamaique,
la plus riche, la plus puiffante des colonies Angloifes dans les Antilles.
Chriftophe Colomb découvrit cctte ifle en
1494; mais il n'eut pas le temps d'y for-,
mer un établiffement. Cet avantage étoit réfervé
à Don Diegue fon fils. Les Efpagnols qu'il y
envoya de Saint-I Domingue, femblerent n'yaller
que pour fe baigner dans le fang. Ils ne cefferent de le répandre, tant qu'il y refta un Sauvage. Ces cruautés profiterent peu aux Efpaguols.
Plongés dans le repos & l'oifiveré, ils virent
périr fuccelivement le petit établiflement qu'ils --- Page 295 ---
A M ÉRIQU E.
28;
formerent dans lifle. Il n'y fubfiftoir plus que
celai de ia ville de San-Yago de la Véga & de
fon torritoire, > occupé par I5oo efclaves, commandés par autant de tyrans, lorfqu'en 1665,
les Anglois attaquerent la ville, la prirent, en
chafferent les Efpagnols, ainfi que de toutelifle;
ils l'ont toujours confervée depuis.
Dans les premiers temps qui fuivirent leur
conquête, > les Anglois fongerent trop peudsoc
cuper des cultares dont elle eft fufceptible; mais
la Jamaique un'en devint pas moins riche. La
nature qui a placé cette ifle à l'entrée du golfe
du Mexique, fousle vent de toutes les Antilles,
l'a rendue comme la clef des riches continens
quien font peu éloignés. Cette heureufe polition
lui donna la facilité d'ouvrir avec les poffeflions
Efpagnolesun Commerce interlope qui dura longtemps. Il procura à la Jamaique des richeffes
qui s'accrurent rapidement. D'un autre côté,
les Flibufliers, en revenant de leurs expéditions
du Mexique 8c du Pérou, tomboient naturellement à la Jamaique. Ils trouvoient dans cette
ifle plus de fireté, de protection &c de liberté
que par-ton ailleurs , foit pour débarquer, foit
pour difiperà leur gré le butin acqais par leurs
brigandages. C'eft-la que les prodigalités de la
débauche leur faifoient confommer en peu de
jours des richelles immepfes, & les rejetoieut
éditions
du Mexique 8c du Pérou, tomboient naturellement à la Jamaique. Ils trouvoient dans cette
ifle plus de fireté, de protection &c de liberté
que par-ton ailleurs , foit pour débarquer, foit
pour difiperà leur gré le butin acqais par leurs
brigandages. C'eft-la que les prodigalités de la
débauche leur faifoient confommer en peu de
jours des richelles immepfes, & les rejetoieut --- Page 296 ---
A M i R I Q U E:
dans-la mifere qui les faifoit voler à de nou?
velles Pirateries, pour les venir encore difiper
aufli follement à la Jamaique.
Quand la race fanguinaire des Flibuftiers fe
fut détruite elle - mème, quand la Cour d'Efpagne eût pris les mefures convenables pour
faire ceffer le Commerce frauduleux que laJamaique faifoit avec fes fujets 2 alors cette COlonie fe trouva dans la néceflité de donner plus
d'attention à fcs cultures, & l'argent qu'elle avoit
gagné avec les Flibuftiers & par fa contrebande,
lui procura les moyens del les pouffer avec la plue
grande vivacité. Elle porta fes premiers foins fur
le cacao. Ils profpérerent, tant que durerent les
plantations de cacoyers qu'avoient faites les Efpagnols; 5 les arbres vieillirent, il fallut les renouveller; foit défaut de foins ou d'intelligence,
On leur fubftitua fuccefliils ne réuflirent pas.
vement Tindigo, le coton, le gingembre 2 le
café,8 enfin le fucre, qui feul a donné à la
Jamaique plus de richeffes que toutes fcs auenfemble. Ainfi cette ifle a plus
tres productions
profité par un travail affidu, par l'augmentation de fes cultures, qu'elle n'a perdu par la
ceffation de fon Commerce interlope , quelque
avantageux qu'il fit.
La guerre qui,après les ouragans, eft le plus
rédoutable Aéau des Antilles, a rarement inter- --- Page 297 ---
A M E R I Q U :.
tompu, les profpérités de la Jamaique : la derniere même a été pour elle une fource de fortune. Les négocians Anglois enrichis des dépouilles de leurs ennemis, fe font trouvés en étzt -
de faire de groffes avances & de longs crédits
aux cultivateurs. Ceux-ci ont profité avec chaleur des facilités que des événemens fi peu efpérés mettoient dans leurs mains." Ce mouvement rapide a continué, & les productions de
la colonie font d'untiers plus confidérables qu'elles
n'étoient il y a trente ou qularante ans; de façon
que la Jamaique, avec les foins que le gouvernement a pris de la mettre dans un état de défenfe refpectable, eft-la plus puiffante des colomies Angloifes dans les Antilles, & celle dont
le Commerce eft le plus floriffant.
On compte à la Jamaique 680 fucreries, &
1460 autres habitations ; le tout occupé par
18,500 Européens 2 5700 Noirs ou Mulâtres
libres &c 190, 914 efclaves, dont IOO, 000 travaillent au fucre, &c lesautres à des cultures moins'
précieufes. Annuellement elle envoie en Angleterre >
80o, 000 quintaux de
fucre, 40 liv. le quintal,
vendus -
32, 000, 000 liv.
à la Jamaique 680 fucreries, &
1460 autres habitations ; le tout occupé par
18,500 Européens 2 5700 Noirs ou Mulâtres
libres &c 190, 914 efclaves, dont IOO, 000 travaillent au fucre, &c lesautres à des cultures moins'
précieufes. Annuellement elle envoie en Angleterre >
80o, 000 quintaux de
fucre, 40 liv. le quintal,
vendus -
32, 000, 000 liv. --- Page 298 ---
A M de E RI QU E.
Ci-contre
32,.000, 000 liv.
Galons de Rum 9
4,000,doo,à I liv.iof.
le galon, vendus e
6,0003 OCO
Galons de mélaffe >
joo, 000,à10 £ le galon, vendus.
Ijo, 000
Gooo quintauxde coton,
à I5o liv. le quintal, vendus .
500, 000
6000 quintaux de piment, à 42 liv le quintal,
vendus .
25:5 000
18, 000 quintaux de
café, 5o liv. le quintal,
vendus 0
900,000
3000 quintaux de gin
gembre, s à 7oliv.) le quintal, vendus
210, 000
Bois de teinture ou de
marqueterie, pour a
400, 00o
TOTAL.
40, 8r2, ocolivi
Le chargement de quclques unes de ces marchandifes fe falt au port Merant, à celui d'Oranges 3 mais Ia mjeure parne ett expédice de'
Port-Royal, dans lequel réfide à ptopremear --- Page 299 ---
A M E R I Q E.
:39
parler toute la défenfe de la colonie. Ce
peut conteniz à l'aife mille vaiffeaux.
port
donne trois lieues de
On lui
large : l'entrée eft défendue par le fort Charles 5 muni d'une artilleris
formidable. Sur la baie de Port - Royal eft
tOW, ville agréable &
KingfAoriffante, mais
de la Véga, que les Anglois
San-Yago
appellent Spanish.
tow, , continue d'être la capitale de lifle. Ie
gouverneur fait fa réfidence dans cette ville. Les
principales cours de judicature y font établies, s
la plupart des officiers militaires y font leur féjour, & ily regne un luxe qui égale celui des
plus grandes villes de T'Earope.
LA GRE N A D E.
LA longuer de cette ifle du midi au nord
eft de 9 à IO lieues, & fa plus grande
de 4à 5. Ses extrémités
largeur
entre le fud & l'oueft
forment un croiffant. Derriere la pointe qui eft
du'côré du nord, on trouve une des
belles
& des meilleures baies qui foient
plus
-à peu de diftince cft un bel
aux Ancilles;
féparé
étang qui n'en eft
que par une langue de terre,
roit couper avec peu de travail, & qu'on pourformer un fecond
on pourroit
port d'une belle grandeur.
5. Ses extrémités
largeur
entre le fud & l'oueft
forment un croiffant. Derriere la pointe qui eft
du'côré du nord, on trouve une des
belles
& des meilleures baies qui foient
plus
-à peu de diftince cft un bel
aux Ancilles;
féparé
étang qui n'en eft
que par une langue de terre,
roit couper avec peu de travail, & qu'on pourformer un fecond
on pourroit
port d'une belle grandeur. --- Page 300 ---
k M é R I cv E.
trouve aujourd'hui à la Grenade :
Celui qu'on
It
fe nomme Baffe-Terre ou Saint-Georges.
fournir unabris sur,à plus de foixante vaifpeut
fcaux de guerre.
des
Cette ifle avoit toujours été habitée par
la fertilité naturelle du pays , de ld
Sauvages, que
lorf
chaffe, l'abondance de la pécheyattiroient,
1650 deux cents François s'y établirent..
qu'en
Ilsy firent ce que les autres nations Européennes
ont fait en Amérique; ils exterminerent une partie des, Sauvages , & forcerent les autres à prendre la fuite:
cetté
Les François ont long-remips poftédé
ifle fans aucune utilité; en 1 700 elle n'avoit que
d'habitans. Quelques négocians de la'
très-peti
fa fertilité, les enMartinique, quiconnoilfsient
ufage d'un fol qui
couragerent en 1714afire
valeur. Ils leur
n'avoit befoin que d'être mis en
avancerent dés fonds', leur fournirent des efclaves, les inftrumens néceflaires pour la cul:
ture du cacao, du coton, du café & far-tout
des cannes à fucre, qui farent pouffées avec une"
à leur imiportance. Bienvigueur proportionnée
L'abontôt tout changéa de facc à la Grenade.
furent le fruit & la'
dance des produétions. qui
récompenfe des travaux, lui donnerent en peu
de temps le moyen de s'acquitter avec la Mar-
& fa métropele étoit fur le poine d'ent
tinique >
recevoir --- Page 301 ---
A M E R I Q U E.
recevoir la plus grande utilité,
prudences
lorfque les ins
mulipliées des François, & le concours de plufieurs autres circonftances
reufes, firent paffer la Grenade
malheud
Anglois. Ils furent
au pouvoir des
maintenus dans leur
par le trairé de paix de 176;:
conquére
niere guerre les
Pendant la derles Grenadins François reprirent la Grenade &c
; mais ce fat pour fendre le
par le traité du 3 feptembre
tout
Malgréles contrariétés
1783.
vées de la
du
que la Grenade a éprot:
part
gouvernement Anglois,
gré les calamités
mal.
fes
qu'elle a eflayées, cependant
productions ont triplé depuis
tie des mains des François.
qu'elle eft forelle eft devenue la plus
Après la Jamaique ,
gloifes. La
importante des ifles An
Grande-Bretagne en
ment;
regoitannuelleSucre brut, 18,000,000
pefanta 40 liv. le quintal,
vendus,
Rum, I, 100,0c0
7, 200, 000 liv:
lons à i liv. Iofleg gavendus.
galon;
1, G5o, 000
Caft,30, 000 quintaux
à 5o liv. le quintal,
dus
vanI, 5oos 000
Caco, 3coo quintaux
1;b 1. lc quintal, ; vendus
150,.0c0
T
,000
pefanta 40 liv. le quintal,
vendus,
Rum, I, 100,0c0
7, 200, 000 liv:
lons à i liv. Iofleg gavendus.
galon;
1, G5o, 000
Caft,30, 000 quintaux
à 5o liv. le quintal,
dus
vanI, 5oos 000
Caco, 3coo quintaux
1;b 1. lc quintal, ; vendus
150,.0c0
T --- Page 302 ---
A M E RI Q U K.
Ci-contre. .
1O, 400, 000 liv)
Indigo , 300 quintaux
à Sooliv. le quintal, vendus *
240, COO
Coton, 13, 000 quintaux à 150 liv. le quintal,
vendus .
I, 950, 000
TOTAL.
I2, 690, 000 liv.
Dans ce revenu eft compris celui des perites
ifles qu'on appelle les Grenadins, mais qui eft
peu de chofe. La population de la Grenade &
des Grenadins ne monte pas à plus de ;800
Blancs & 46,000 efclaves.
L A B
R B A D E.
PARMI le grand nombre d'ifles que les Anglois poffedent dans les Antilles, la Barbade, quoique l'une des plus petites, , eft fans doute la plus
étonnante, & par fa prodigicufe fécondiré, &
par la multitude des richeffes qu'elle a verfées
dans le Commerce de l'Angleterre. On a peine
à croire qu'une ifle qui n'a pas fepr lieues de
longueur,depuis deux jufqu'à cinq de largeur pâc
s'élever en nioins de 40 ans à une population de --- Page 303 ---
A M É R I Q U E.
plus de cent mille ames > & à un Commerce 291
qui occupoit 400 navires de 150 tonneaux. Ja-'
mais le globe n'a peur - être vu fe former
G grand nombre de cultivateurs dans
un
pace fi refferré, ni créer de fi riches
un efen fi peu de temps.
producions
La Barbade eut pour premiers habitans les
Portugais, qui en firent uin lieu de rafraichiffement pour aller au Bréfil. Les
les
chafferent ent 1627, &le
Anglois
en
obtint de Charles I.
comte de Carlifle en
la nort
la propriéré qu'il perdit a
tragique de ce prince infortuné.
à cette époque que quantité de familles C'eft
fes, laffees des cruélles divifions de leur Angloichercherent un afyle dans ce féjour
patrie,
ils porterent leurs
étranger, cû
fortunc.
capitaux & les débris de deur
Ccs nouveaux habitans ne
bord qu'à la culture du
s'appliquerent d'ade lindigo & du tabac. gingembre, du coton,
Les cannes à fucre leur
furentalong- - temps inconnues 5 mais
colons ayant trobvémoyen d'en faire
quelques
fil, elles muuleiplierent
venirdu Brécomne
heureufemenc; cependanr,
ilsigporoient &le temps de leur
& la maniere de les
maturité
lcs
culiver, ils ne firent dans
commencemens que de trés-magvais
Ce ne far qu'après plufieurs
fucre.
tentatives &
ques voyages fairs au Bréfil pour s'inttruire, quel.
qu'ils
T - 2
colons ayant trobvémoyen d'en faire
quelques
fil, elles muuleiplierent
venirdu Brécomne
heureufemenc; cependanr,
ilsigporoient &le temps de leur
& la maniere de les
maturité
lcs
culiver, ils ne firent dans
commencemens que de trés-magvais
Ce ne far qu'après plufieurs
fucre.
tentatives &
ques voyages fairs au Bréfil pour s'inttruire, quel.
qu'ils
T - 2 --- Page 304 ---
A M E R I e IJ. Ei
parvintentà à perfedionner leurs fucreries au point.
de fournir-les plus grandes quantités de fucre,
& de la meilleure qualité pofible 5 de procurer
colons des fortunes fi prodigieufes, & à leur
aux
a caufé l'étonifle une fi grande profpéritésqu'elle
nement & l'admiration de toute l'Europe.
Aujourd'hui cette ifle efft bien déchue de fon
ancienne fplendeur. Dans les premiers temps elle
quarante millions de fucre. Maina donnéjufqu'à fol entiérement ufé, les cannes
tenant fur un
croiffent plus qu'à force d'engrais. 'Elles ne
ne
qu'an fucre de mauvaife qualité
donnent plus
&c de fi
qui fe réduit facilement en mélalfle,
de confiftance, qu'on ne peut T'expédier brut,
peu
& qu'il faut le terrer.
Malgré tous ces accidens malheureux, , la Barbade, dans fon état actuel, ne laifle pas de comp10000 Blancs & 50000 efclaves; mais les
ter
à la population. Dans
récoltes ne répondent pas
les meilleures années elles ne s'élevent pas aude
millions de livres pefant, qui 2
delfus
vingt
S, 000, 000 liv:
40 liv. le quintal , produifent
faut -il faire
Encore pour obtenir ce revenu >
exides dépenfes beaucoup plus grandes que n'en
le double dans les premiers temps. Au fugeoit
autres branches
cre, la Barbade joint quelques
à
de Commerée, mais qui ne remplacent. -pas
beaucoup près le déchet des fucreries. --- Page 305 ---
A M É R II Q E.
Les habitations de la Barbade fe reffentent de
fon ancienne opulence; elles font toutes commodes & agréables. Bridge - tow la capirale de
i'ifie eft grande, riche, 5 bieh bâtie & très peuplée.
On y arrive de tous côtés par de beaux chemins.
C'eft dans fa rade ouverte à tous les vents que
font embarquées toutes les marchandifes qu'on
doit exporter.
1 NT I G O A.
CETTE ifle a à peu près la même grandeur
que la Barbade. Elle eft fur-tout remarquable
par l'avantage de fa fituation. C'eft dans l'une de
fes rades, au hayre Anglois, port excellent,
s'arrètent les forces navales chargées de la que défenfe des Antilles, & où les efcadres Angloifes
trouventréunis dans des arfenaux &c des magafins tres-bicnentendus les objets néceffaires pour
affurerleurs opérations. Antigoa eft ainfile boulevard des nombreufes & petites ifles que l'Angleterre occupe dans fes parages.
- Le défaut d'eau général, dans cette ifle,enchalfa
les Sauvages & les François ; elle étoit déferte
lorfque les Anglois s'en emparerent. Plus induf
trieux que les anciens habitans, ils furmonterent
Fobltacle qui naiffoit de la féchereffe du
pays,
T: 3
aires pour
affurerleurs opérations. Antigoa eft ainfile boulevard des nombreufes & petites ifles que l'Angleterre occupe dans fes parages.
- Le défaut d'eau général, dans cette ifle,enchalfa
les Sauvages & les François ; elle étoit déferte
lorfque les Anglois s'en emparerent. Plus induf
trieux que les anciens habitans, ils furmonterent
Fobltacle qui naiffoit de la féchereffe du
pays,
T: 3 --- Page 306 ---
A M E R I QU E.
en recueillant dans' des citernes l'eau des pluies.
Avec ce fecours ils fe font fixés dans l'ifle qu'on
ne leur a jamais conteftée:
La colonie qui s'y établit commença à avoir
une forme réguliere en 1666. La culture du fucre
sy introduilit enviton quatorze ans après. Il fur
d'abord fi mauvais, qu'on le dédaigna par-tout;
mais ('art & le travail donnerent avec le temps
à cette denrée la perfedtion & le prix qui lui
manquoit, & alors l'ambition de tous les colons
fut de la multiplier. En 1741 ce foin occupoit
35;8. Blancs & 27418 efclaves. Leurs travaux
réunis font naître environ vingt millions pefant
de fucre brut qui donne une quantité proportionnée de rum. Le tout forme un revenu d'environ 9, 5c0,000 liv. C'eft dans le bourg de
Saint-Jean, principal marché de la colonie, que
s'eft concentrée la plus grande partie de fon
Commerce.
S AINT - CHRI S T O P H E.
SAINT-CHRISTOPHE far le berceau de
toutes les colonies Angloifes & Françoifes qui
font répandues dans les Antilles. Les deux nations y arriverent le même jour en 1625. Elles'
fe partagerent l'ifle de bonne amitié 5 mais --- Page 307 ---
A M f RIQUE E.
fAnglois toujours ambitieux s le François
très-peu endurant, ne purent pas vivre longtemps en paix. La guerre qui s'alluma entre
l'Angleterre & la France en 1666, & qui dura
prefque fansinterruption jufqu'à la fin du fiecle,
anima les difputes particulieres, & les deux peuples fe battirent a vec un acharnement incroyable.
Ceux qui furent affez fages pour ne vouloir prendre aucun parti dans ces diffenfions inteftines,
fe retirerent dans d'autres ifles où ils jeterent
les fondemens des colonies quiy fubfiftent actuellement.
Les François qui refterent à Saint-Chriftophe,
y devinrent à la fin les plus foibles & furent
forcés d'abandonner l'ifle aux Anglois, à qui la
propriéré en fut affurée par la paix d'Utrecht.
La colonie Angloife, feule en poffeflion de
l'ille s effaya d'abord de la part du gouvernement des contrariétés qui arrêterent ou ralentirent fes travaux. Pcu à peu elles cefferent, &
alors Saint- Chriftophe marcha à grands pas vers
la profpérité. On y vit par-t tout s'établir la cul.
ture du fucre. Les plaines fe couvrirent d'habitations agréables, propres 2 commodes, où l'on
goite tous les agrémens de la vie champètre.
Elles font aujourd'hui habitées par 1800 colons
libres, qui cmploient à la culture du fucre le
plus beau qui foitaux Antilles, environ 2(cc0.
T 4
&
alors Saint- Chriftophe marcha à grands pas vers
la profpérité. On y vit par-t tout s'établir la cul.
ture du fucre. Les plaines fe couvrirent d'habitations agréables, propres 2 commodes, où l'on
goite tous les agrémens de la vie champètre.
Elles font aujourd'hui habitées par 1800 colons
libres, qui cmploient à la culture du fucre le
plus beau qui foitaux Antilles, environ 2(cc0.
T 4 --- Page 308 ---
A M E RIQU E.
efclaves. Ils fourniffent dix-huit millions de
cette denrée qui, avec le rum perfectionné, peu:
vent donner un revenu de 8, 000; 2 000.
S A . 1 N
I I C E N T.
LEs Sauvages, à mefure qu'ils étoient chaflé;
des autres ifles, fe réfugioient à Saint - Vincent
ou àla Dominique : les Européens étoient même
convenus de les y laiffer tranquilles; mais cette
convention fut mal exécutéc. Quelques François
de la Martinique, en 1719, s'introduifirent à
Saint - Vincent. Ils profterent des diffenfions qui
s'éleverent entrel les Sauvages, &enl lesa armant les
uns contre les autres pour leur propre deftruction, ils devinrent les maitres de l'ifle, En moins
de 20ans leur populatjon montoit à 800 Eurcpéens &c 3000 Noirs, occupés à la culture du
tabac & de quelques autres productions plusimportantes. Saint- Vincent étoit dans cette fituation, lorfque par le traité de 1763 il tomba fous
la domination Angloife.
Plufieurs François qui n'ont pas voulu fubir
les durs traitemens de ces nouveaux maitres,
ont quitté l'ifle, & leur défertion ya fait diminuer la population d'un quart; on ne compte --- Page 309 ---
A M É R I Q U E.
pas aujourd'hui à Saint-Vincent plus de 600
Blancs & de 2000 Noirs. Leurs travaux far une
terre légere > & que pour cette raifon on
croit devoirêtre bientôt épuifée, ne donnent que
douze cents quintaux de coton, fix millions pefant de très-beau fucre ; & trois cents foixante
mille galons de rum. Toutes ces marchandifes
ne peuvent produire un revenu de 3, 000, 000.
C'eft peu de chofe pour une ifle quia 40 lieues
'de circonférence, coupéc par d'excellens vallons,
& allez bien arrofée pàr les rivieres qui Sy
grouvent.
10 N T S E R R A T.
C'EST une très- petite ifle qui n'a que trois
lieues de longueur, fur une de large. En 1632,
elle fut occupée par les Anglois. Ils l'enleverent
aux Sauvages quiy y vivoient paifiblement. Cette
injufticen'eat pas des fuites-heureufes. La guerre,
les ouragans ont fucceffivement ravagé cette
colonie & renverfé fes efpérances les mieux fondées. Aétuellement elle a IO0O perfonnes libres
& 8coo efelaves, qui font naitre fix millions
pefant de facre brut qui, avec le rum qu'il
donne, peuvent valoir 2, 700, 000 liv.
vages quiy y vivoient paifiblement. Cette
injufticen'eat pas des fuites-heureufes. La guerre,
les ouragans ont fucceffivement ravagé cette
colonie & renverfé fes efpérances les mieux fondées. Aétuellement elle a IO0O perfonnes libres
& 8coo efelaves, qui font naitre fix millions
pefant de facre brut qui, avec le rum qu'il
donne, peuvent valoir 2, 700, 000 liv. --- Page 310 ---
A M k R I Q a Xo
N I E V E S.
Sr la pratique des vertus enrichiffoit des com
merçans, Niéves qui fut un modele d'ordre &
de piété, feroit devenue la plus opulente de toutes les Antilles ; mais la vertu d'un peuple ne le
met pas à l'abri des Aéaux de la nature & des
injures de la fortune.
Les Anglois aborderent en 1628 dans cette
ifle dont ils s'emparerent. Son p:emier gouverneur fut un homme de bien qui, par fa douceur & fes bons exemples, fut faire prendre à
fes habitans les mêmes maurs qu'il avoit; leurs
travaux eurent d'abord les plps grands fuccès;
mais ils furent traverfés parl les plus grands défaftres. En1689,une mortalité affreufe moiffonna la
moitiéde cette heureufe colonie:eniz06la guerre
y porta ia deftruction. L'année fiivante, un ou -
ragan furieux acheva fa ruine. Après tant de Calamités l'ifle a commencé à refpirer, & depuis
elle s'cft un peu relevée. Ony voit actuellement
600 hommes libres & 5o00 efclaves, dont les
travaux font paffer annuellement a la métropole
quatre millions pefant de fucre qui, â 40 liv.
le quintal, font vendus I, 600,000. Les navi-. --- Page 311 ---
A M É RI QU E.
gateurs chargent cette denrée en totalité fous
les murs de la ville de Charles- tow Pune des
plus jolies & des plus agréables qui foit aux
Antilles.
LABAR B OU D E.
CETTE petite ifle qui a fix oul fept lieues
de circonférence > dont l'air eft excellent, appartient toute entiere à la maifon Podrington
qui en a abandoné la culture, 7 pour yentretenit
des bêtes fauves, plulieurs efpeces de gibier 9
des volailles, quelques troupeaux de baufs, de
chevaux & de mulets, dont 300 efclaves & une
centaine de Blancs prennent foin. Ils en vendent le produit dans les ifles voifines.
L'ANGUILLE ETIES VIERGES.
LA premiere de Ces ifles n'eft guere plasimportante que la Barboude. La culture du fucre
s'y eft cependant introduite. II y eft l'objet des a
travaux de 5oo efclaves conduits par 200 hommes libres, qui daus les meilleures récoltes n'obtiennent pas plus de 50 milliers pefant de facre,
& quelquefois ils n'en ont pas fix milliers :
ent le produit dans les ifles voifines.
L'ANGUILLE ETIES VIERGES.
LA premiere de Ces ifles n'eft guere plasimportante que la Barboude. La culture du fucre
s'y eft cependant introduite. II y eft l'objet des a
travaux de 5oo efclaves conduits par 200 hommes libres, qui daus les meilleures récoltes n'obtiennent pas plus de 50 milliers pefant de facre,
& quelquefois ils n'en ont pas fix milliers : --- Page 312 ---
A M E R I QU E.
ice qui fort de plus de cette colonie > y a été
porté deSainte - Croix, où les habitans de l'Anguille ont plufieurs habitations.
Les Vierges font un groupe d'une foixantaine
de petites ifles dont la meilleure eft Tortola, &c
dont le port eftle plus sûir. Les Hollandois y ont
formé les" premiers établiffemens. Ils en furent
chaffés en 1666 parles Anglois quilesontt toujours
poffédés depuis 'mais avec peu d'utilité. Cene
fut qu'après la paix de-1748 que leur aétivité
fe tourna vers le fucre, dont ils envoient affez
réguliérement en Angleterre par chaque année
cinq millions pefant qui, à 40 liv. le quintal,
ont été vendus 2, 000, 000. C'eft le fruit des
travaux de 7oohommes libres & de 6000 efclaves.
L A DOM I NI Q U E.
LA Dominique fut aux Antilles la derniere
retraite des Sauvages. En 1733 on y trouva 938
Caraibes répandus dans 32 carbets. Trois_cents
quarante - neuf François y occupoient une partie
de l2 côte que les Sauvages leur avoient abandonnée. Ces Européens n'avoient pour inftrumens , ou plutôr pour compagnons de leurs travaux & de leur mifere > que 23 Mulâtres libres --- Page 313 ---
A M E RI QUr
3bi
& 338 efclaves. Tous étoient occupés à élever
des volailles, à produire des denrées comeftibles
pour la confommation de la Martinique, & à
foigner 72; > 200 pieds de coton & quelques
cafiers. A la paix de 1763 qui mit la Dominique
aul rang des poffeffions Angloifes ilyavoit dans"
cette ifle, 600 Blancs & 2000 Noirs. Dans le
cours de la derniere guerre, la France reconquit
la Dominique, mais elleaétérendue al la GrandeBretagne par le trairé de 178;. Retournée au
pouvoir des Anglois, fa population & fes cultures fe font augmentées > fans qu'il paroiffe
qu'elle ait encore pu contribuer en rien au Commerce de la métropole. Il y 2a apparence. qu'une
ifle qui a 30 à 35 lieues de circonférence, dont
les plaines & les vallons font affez fertiles &c
bien arrofés, ne reftera pas long-temps inutile.
entre les mains des Anglois. Elle leur donpe
encore > par fa fituation, l'avantage de pouvoir,
en temps de guerre, couper la communication
entre la Martinique & la Guadaloupe.
A la paix de 1763 > la Dominique ne
comptoit que 600 Blancs & 20CO Noirs; en
1778,après avoir été poffédée pendant
ans
quinze
par les Anglois, avoit déja 1574 Blancs de
tout âge & de tout fexé; 574 Mulâtrés ou Noirs
libres, & 14, 308 efclaves.
Pour fes cultures elle avoit 6s fucreries;
per la communication
entre la Martinique & la Guadaloupe.
A la paix de 1763 > la Dominique ne
comptoit que 600 Blancs & 20CO Noirs; en
1778,après avoir été poffédée pendant
ans
quinze
par les Anglois, avoit déja 1574 Blancs de
tout âge & de tout fexé; 574 Mulâtrés ou Noirs
libres, & 14, 308 efclaves.
Pour fes cultures elle avoit 6s fucreries; --- Page 314 ---
A M E RI Q U E.
3,369 acres de terre plantés en café, 277 acres
plantés en cacao,89 en coton, 69 en indigo &
6o arbres de canefice. Ces commencemens de
moyens femb'entannoncer deg grandesprofpérités.
En jetant un coup-d'ail rapide fur la fituation générale des ifles Angloifes dans les Antilles , on voit qu'elles font habitées par 46,686
hommes libies,qu'elles fontcultivées par 376,040
efclaves > que la valeur des marchandifes que
leurs travaux produifent, Sc que les colonics
Angloifes font paller à la métropole, s'éleve à
88,342, 000 liv.
Prefque tout le ficre qui forme les trois quarts
de cette fomme fc confomme en Angleterre,
ou eft porté en Irlande. Ce n'eft que rarement
qu'on en envoie à Hambourg ou dans d'autres
marchés.
Les exportations que fait la Grands-Bretagne
des productions de fes ifles, ne s'élevent pas annucllement au - deffius de 8,000,000 liv. Ajoutez
à cette fomme ce qu'elle peut gagner fur les cotons qu'elle manufadtufe avec tant de fuccès,
& vous aurez une idée alfez jufte des avantages
que la Grande-Bretagne tire de fes ifles €n,
Amérique.
Les ifles Britanniques des Antilles font en général plus étendués que fertiles. Des montagnes
qu'on ne peut défricher > occupent beaucoup --- Page 315 ---
A M É R I QU E.
30;
d'efpace dans quelques-unes, & d'autres font
foriées en tout ou partie d'une craie très-peu
productive. Les meilleures font défrichées depuis
long-temps & ont befoin du fecours des engrais
rares & imparfairs dans cette partie du nouveau
monde. Prefque toutes ont été dépouillées des
forêts qui les couvroient originairement & fous
un climat bràlant fe trouvent expofées à des
fécherelles qui ruinent fouvent les travaux entrepris avec le plus d'attention & de dépenfe.
Aulli l'augmentation des deurées n'a-t-elle pas
proportionnellement fuivi la muliplication des
bras employés pour les obtenir. On vient de voir
qu'il y a dans les ifles Britanniques plus de
376,000 efclaves, dont les travaux forment à
peine les deux tiers de revenu qu'avec les mêmes
moyens on obtient fiur un fol plus riche.
Le nombre des Blancs a diminué affez généralement, à mefure que celui des Noirs'augmentoit. Ce n'eft pas qu'il n'y eût pour templacer
ceux qui périffoient, ou qui difparoitloientavee
6 la fortune qu'ils avoient acquife, autant d'hommes' indigens ou défauvrés en Angleterre,
dans les premiers temps qu'elle
que
commença à
fréquentér les ifles; mais cet efprit d'aventure,
que la nouveauté & le concours des circonftances
avoient fait naitre, a ceflé. D'un autre côté,
l'efpace qu'occupoient les petites cultures, a été
ceux qui périffoient, ou qui difparoitloientavee
6 la fortune qu'ils avoient acquife, autant d'hommes' indigens ou défauvrés en Angleterre,
dans les premiers temps qu'elle
que
commença à
fréquentér les ifles; mais cet efprit d'aventure,
que la nouveauté & le concours des circonftances
avoient fait naitre, a ceflé. D'un autre côté,
l'efpace qu'occupoient les petites cultures, a été --- Page 316 ---
A M E R I Q U E.
fondu dans les fucreries qui exigent un terrain
fort vafte. Les propriétaires de ces grandes plantations ont réduit le plus qu'il étoit poflible des
agens dont les falaires étoient devenus un pefant
fardeau:
IS L E S HOIIA N DOIS S E S.
LES poffeflions des Hollandois dans T'archipel
des Antilles > au premier coup-d'ail ne pré:
fentent rien de curieux & d'intéreffant. Après
les grands objets qui viennent de nous occuper ,
quatre Oll cinq petites ifles qui fourniffent lac cargaifon de fix ou fept petits bâtimens ne paroiffent dignes d'aucune attention; & elles feroient
même dans le plus parfait oubli; fi quelquesunes de ces ifles, qai ne font rien par les travaux de l'agriculture, n'étoient beaucoup par les
liaifons interlopes qu'elles ont continuellement
avec les Efpagnols, les François & les Anglois.
La guerre qui eft la ruine des autres ifles 2 augmente la fortune de celles-ci. C'eft far-tout à 4
Curaçao & à Saint-Euftache que ce font les
affaires les plus confidérables. Elles le font au
point > que tous les ans, foit en temps de paix,
foit en temps de guerrc oû les Hollandois fe
trouvent rarement engagés, la Hollande reçoit
--- Page 317 ---
A M ERIQU E.
unc douzaine de navires chargés de marchans
difes que ces ifles n'ont point produites, & qui
proviennent de leur contrebande.
CURASAO
CE n'eft, pour ainfi dire, qu'un rocher qui
n'eft qu'à, trois lieues de Vénézuela, colonie Ef
pagnole. Cette ifle peur avoir dix lieues de long
fur cinq de large. Elle a un port excellent dont
l'approche eft fort diflicile; mais lorfqu'on y eft
une fois entré, , fon vafte baflin offre toutes fortes
de commodités. Une fortereffe conftruite avec
intelligence, & conftamment bien entretenue
fait fa défenfe.
En 1693 les François firent de vains efforts
pour s'emparer de cette ifle. Depuis cette épo--
à
que, ni Curaçao, ni les petites ifles de Bucnaire & d'Aruba qui en dépendent, n'ont point
été inquiétées. Les Anglois même pendant la
guerre qu'ils viennent d'avoir avec la
Hollande, 2
n'ont ofé le faire. Aucune nation n'a été tentée de conquérir un fol ftérile qui n'offre
quelques beltiaux, queique manioc
que
> quelques l6gumes propres à la nourriture des efclaves, &
qui ne fournit d'autre production qui puiffe
V
de Bucnaire & d'Aruba qui en dépendent, n'ont point
été inquiétées. Les Anglois même pendant la
guerre qu'ils viennent d'avoir avec la
Hollande, 2
n'ont ofé le faire. Aucune nation n'a été tentée de conquérir un fol ftérile qui n'offre
quelques beltiaux, queique manioc
que
> quelques l6gumes propres à la nourriture des efclaves, &
qui ne fournit d'autre production qui puiffe
V --- Page 318 ---
A M i RIQU Es
entrer dans le Commerce, qu'un peu de cotons
Curaçao feroit une ifle à abandonner plutôr
qu'à conferver avec tant de foin & tant de dépenfe, fi fon port ne fe trouvoit favorablement
fitué pour entretenir un Commerce interlope
avec les Efpagnols. Les Hollandois ne font pas
toujours expofés à les aller chercher, & à en
venir aux prifes avec des gardes-côtes que d'ailleurs ils craignent peu. Les Efpagnols viennent
fouvent eux-mèmes au-devant des fraudeurs
pour échanger dans un entrepôt toujours sûr,
toujours bien approvifionné, leur or 2 leur argent, leur cacao, leur tabac, & d'autres mar
chandifes, contre des Negres > des foieries,
des étoffes des Indes s des épiceries, du vifargent, des ouvrages d'or & d'acier. Les befoins réciproques font l'ame de ce Commerce
entre deux nations rivales & avides de richeffes.
Il eft vrai que l'établiffement de la Compagnie
de Caraque fur la côte de Vénézuela, & la fubftitution des vaiffeaux de regiftre aux galions,
ont beaucoup ralenti cette communication 5
mais les Hollandois s'en font dédommagés par
les liaifons interlopes qu'ils ont formées avec
le fud de la colonie Françoife de SaintDomingue. --- Page 319 ---
AM E R I Q U E.
SAIN T+ E US T A C H E.
CETTE petite ifle n'eft féparée de celle de
Saint- Chriftophe que par un canal de deux a
trois lieues de largeur. Elle eft partagée
par deux
montagnes qui laiffent entre elles des vallons
affez fertiles, fur lefquels les colons de
ifle recueillent huita neuf cents milliers de cette
brut. Cette culture, & les grandes affaires fucre
Commerce qui fe font à Saint-1 Euftache
de
raffemblé 6000 Blancs
y ont
lâtres
5 5oo Negres ou Mulibres & 8000 efclaves.
Quelques François chaflés de Saint- Chriftophe, fe réfugierent en 1629 à Saint - Euftache.
Ils abandonnerent bientôt un pays qui leur
peu habitable : les Hollandois les
Parut
en
remplaccrent
1639. Ils ne demeurerent pas long-t
dans l'ifle fans en être expulfés
les temps
fur
par Anglois
lefquels Louis XIV la reconquit. Quelque
néceffaire qu'elle fiit à ce Prince pour la confervation de Scint-Chriftophe qui alors lui
noit > après le traité de Breda, il eut apparte. la
nércfité de la rendre à la Hollande, & de gépoint profiter des malheurs d'une nation ne
étoit fon alliée,
qui
Lorfquily a guerre entre la France & l'AnV 2
ifle fans en être expulfés
les temps
fur
par Anglois
lefquels Louis XIV la reconquit. Quelque
néceffaire qu'elle fiit à ce Prince pour la confervation de Scint-Chriftophe qui alors lui
noit > après le traité de Breda, il eut apparte. la
nércfité de la rendre à la Hollande, & de gépoint profiter des malheurs d'une nation ne
étoit fon alliée,
qui
Lorfquily a guerre entre la France & l'AnV 2 --- Page 320 ---
A M $ R I Q U E.
gleterre, , Saint-) Euftache eft l'entrepôt de toutes
les denrées des colonies Françoifes, le magafin
général où elles vont s'approvifionner de tout
leur eft néceffaire. Les François, les Ance qui
dans la rade de cette
glois accourent également
faire,labri de fa neutralité , des
ifle, pour y
marchés très-importans, . foit entre eux, foit avec
attentifs i tourner à leur
les Hollandois, > toujours
le bien & le mal d'autrui. Un pafleavantage coûte moins de 300 liv. couvre ces
port qui
accordé fans qu'on s'informe de
liaifons : il eft
C'eft ainfi
quel pays eft celui qui le demande.
lcs befoins & le Commerce ont trouvé l'art
que
la difcorde & les inimitiés natiod'endormir
finit,
nales que fomente la guèrte. Lorfqu'elle
ceffer les opérations du Comelle ne fait point
cette ifle
de Saint-Euftache :
merce interlope
Hollande
à
envoie encore tous les ans en
bâtimens chargés des productions des ifles
, Danoifes, & fur-tout Françoifes
Efgagnoles
des marchandifes d'Europe ou
qu'elle paic avec
d'Afie, & en lettres de change fur l'Europe.
ce Commerce > joint a celui
On prétend que
territoriales de ces
deCuraçao &c aux productions
ifles, quiy entre pour très -peu de chofe,s'cleve
tous les ans à plus de 30, OCO, 000 liv. --- Page 321 ---
A M É R I & U E.
3e9
SAB. A.
ON prendroit cette petite ifle pour un rocher efcarpé de toutes parts;il faut gravir prefqu'au fommet pour y trouver un peu de bonne
terre; elle s'eft trouvée propre au jardinage &
à la culture du coton. Des pluies fréquentes s
mais dont l'eau ne féjourne pas, y. font croître
des légumes d'un goût exquis. Une cinquantaine de fumnilles originairement parties de SaintEuftache, A avec environ 150 cfclaves, y cultivent leurs jardins avec un peu de coton, qu'ils
filent cux-mémes;ils en font de très-beaux bas
qu'ils vendent dans. les ifles voifines, à.i un prix
très-avanitagetix. Le produit de cette mince induftrie, celui'de leurs cultures potageres, quelques
volailles, quelques beftiaux fuflifent ayx heureux habitans de Saba, pour,les faire vivre avec
aifance, dans des maifons bien bâties & propres,o ils réfpirent un air pur,oi regne la
paix, l'union & la liberté. Perfonne ne leur
envie la joniffance de ces biens qui font leur
bonheur, &c de fon côté le tranquille colon du
rocher de Saba, fans ambition, n'a.jamais fongé
à partager avec fes voilins les dangers, les pénibles travaux que leur inquiete avarice leur fair
V 3
avec
aifance, dans des maifons bien bâties & propres,o ils réfpirent un air pur,oi regne la
paix, l'union & la liberté. Perfonne ne leur
envie la joniffance de ces biens qui font leur
bonheur, &c de fon côté le tranquille colon du
rocher de Saba, fans ambition, n'a.jamais fongé
à partager avec fes voilins les dangers, les pénibles travaux que leur inquiete avarice leur fair
V 3 --- Page 322 ---
A M É R I QU E.
effuyer pour accumuler de frivoles richeffes. A
Saba, les feuls biens qu'on recherche & qu'on
eftime, font l'aifance, la fanté, s la gaité, le
repos, s la liberté. En faut-il d'autres pour être
heureux & content?
SAI N T - M A R T I N.
A L'ARTICLE des ifles Françoifes, on a vu la
defeription de l'ifle de Saint - Martin, comment elle fat partagée entre les François & les
Hollandois. Ony trouve ce qui concerne la COlonie Hollandoife, encore moins importante que
celles de la même nation dont nous venons de
parler.
Is I E S D A N O I S E S.
SAINT-THONAS,SAINT-JEAN,
SAI N T E - CROI I X.
Cr's trois ifles figurent peu dans le Commerce. De toutes les trois, Sainte - Croix eft
la plus confidérable. Elle peut avoir dix-huit
lieues de long, fur trois à quatre de large. Sa
population eft de 2136 Européens & de 22,244
efclaves, tandis que dans les deux petites ifles
de Saint-Thomas & de Saint-Jean on ne trouve --- Page 323 ---
A M LERIQU E.
SIE
pas plus de 446 Blancs, & de 6620 Noirs.
En 1717, les Danois firent quelques tentatives pour augmenter ce petit domaine, en y.
joignant l'ifle des Crabes ou de Borriquen qu'ils
voyoient déferte : mais les Anglois & les Efpagnols qui réclamoient d'anciens droits fur cette
ifle, fans cependant vouloir l'habiter ni les uns.
ni les autres, y apporterent des obftacles invincibles : condamnant ce pays. à une folitude
éternelle, ils ne veulent ni Toccuper, ni qu'on
l'occupe; les uns font trop pareffeux pour la,
cultiver, &c les autres trop inquiets poury fout.
ftir des voifins actifs.
Les productions annuelles des ifles Danoifes,
fe réduifent à un peu de café, à beaucoup de
coton, à 17 ou 18 millions pefant de fucre
brut, & à une quantité proportionnée de rum.,
Le tout peut valoir huit millions. Une partie de
ces denrées. eft livrée aux Anglois, propriétaires.
des meilleures, habitations >. & en poffeflion de
fournir les efclaves : une autre partie paffe dans.
T'Amérique feptentrionale en échange'de fes beftiaux, de fes bois, de fes farines; ; le refte eft
exporté en Danemarck. La plus grande quan-.
tité s'y confomme, & il n'en eft guere vendu' en:
Allemagne, OLL dans la Baltique que pour un
million.
Les terres fufceptibles de culture dans les
V 4
. & en poffeflion de
fournir les efclaves : une autre partie paffe dans.
T'Amérique feptentrionale en échange'de fes beftiaux, de fes bois, de fes farines; ; le refte eft
exporté en Danemarck. La plus grande quan-.
tité s'y confomme, & il n'en eft guere vendu' en:
Allemagne, OLL dans la Baltique que pour un
million.
Les terres fufceptibles de culture dans les
V 4 --- Page 324 ---
A M'É R I Q UE.
ifles Danoifes ne font pas toutes' en valeur, &
celles gu'on y exploite, pourroient être améliorées. Des perfonnes inftruites penfent que le
produit de ces poffeflions pourroit être augmenté
de moitié. Le Danemarck doit d'autant plus travailler à fe procurer cet àvantage, que plus fes
poffeflions font botnées en Amérique , 1 plus il doit
travailler à en tirer le meilleur parti poflible.
En quittànt les Antilles, on ne peut fe laffer
d'admirer le grand nombre de colons qui les
mettent en valeur," la multitude étonnante d'efclaves qu'ils emploient, la quantité immenfe
de richeffes que leurs travaux jettent dans le
Commerce , combien même elles pourroient
s'accroitre, fi toutes les nations qui ont formé
des colonies dans cet archipel étoient toutes aufli
aétives les unes que les autres. Dans l'état actuel où font les Antilles, @ on examine leur
population, on trouve
Efclaves
Colons
Noirs.
Dans les ifles Efpag. 264,296 : - 35,296.
Dans les ifles Franç. 70,476 :
504,000.
Dans les ifles Angl. 44,538 : . 376,040.
Dans les, ifles Holl. 7,239 . e 18,818.
Dans les ifles Dan. 2,582. 28,664.
389,129.
9553,818. --- Page 325 ---
A M E RI Q U E.
Les richefles que fourniffent les trayaux de
tant de cultivateurs font proportionnées à leur
nombre ; la valeur des marchandifes qu'ils envoient annuellement en Europe monte >
Pour l'Efpagne à .
12, OII, 928 liv.
Pour la France à e - 128, 939, 243
Pour l'Angleterre à .
88, 342, 000
Pour la Hollande à .
30, 000, 000
Pour le Danemarck à
8,000, 000
TOTAL.
267, 293, 171 liv.
C'eft donc deux cents foixante-fept millions
& plus, que font vendues en Europe les produétions recueillies dans des pays qui étoient
entiérement incultes iln'ya pas trois fiecles, &c
ces mêmes pays feroient aujourd'hui de vaftes
déferts, fi la race des Sauvages qu'on y a exterminés n'avoit été remplacée par plus d'un
million d'habitans venus d'Europe, ou tirés de
l'Afrique.
Les riches marchandifes que les Antilles envoient en Europe ne font pas un don qu'elles
lui font. Les peuples qui les reçoivent 9 livrent
en échange > mais avec un avantage marqué,
ce que fourniffent leur fol & leurs atteliers.
Quelques-uns confomment en totalité ce qu'ils
, fi la race des Sauvages qu'on y a exterminés n'avoit été remplacée par plus d'un
million d'habitans venus d'Europe, ou tirés de
l'Afrique.
Les riches marchandifes que les Antilles envoient en Europe ne font pas un don qu'elles
lui font. Les peuples qui les reçoivent 9 livrent
en échange > mais avec un avantage marqué,
ce que fourniffent leur fol & leurs atteliers.
Quelques-uns confomment en totalité ce qu'ils --- Page 326 ---
A M E R I U E..
tirent de ces contrées éloignées ; les autres font
de leur fuperflu l'objet d'un Commerce floriffant avec leurs voifins. Les productions des Antilles font encore l'unique bafe du Commerce
d'Afrique; ellesé étendent les pécheries, & les défrichemens de l'Amérique feprentrionale procurent des débouchés avantageux aux manufactures d'Afie, , doublent, triplent peut-étre l'activité de l'Europe entiere. Elles peuvent être regardées comme la caufe principale du mouvement rapide qui agite l'univers. Cette fermentation doit augmenter à mefure que des cultures
fi fufceptibles d'extenfion approcheront davantage:
de leur derniere perfection.
Les marchandifes qu'on a tirées jufqu'à préfent des Antilles fe font réduites aul fucre, à
l'indigo, au roucou, > aut cacao, au coton, au
tabac, la calfe, au gingembre, à l'écaille de
tortue, au café, aux liqueurs & aux confitures.
Entre les marchandifes qu'on y traniporte - J
tout CC qui eft pour la bouche s'y débite avec
beaucoup de facilité. On y comprend le bauf,
le lard, les farines, 3 le poiffon falé, les jambons, les langues de bauf & de cochon, lés
fauciffons de France & d'Italie, toutes fortes de
fromages > des fruits fecs, Phuile d'olive &
l'huile à brûler ,' le beurre, la cire, la chandelle, les vins François & étrangers, les eaux --- Page 327 ---
A M E R I QU E.
de vie, les liqueurs, généralement tout ce qui
flatte le goûr: enfin les remedes & les drogues
qu'on fabrique en Europe.
Les uftenfiles de cuifine sy débitent encore
très-facilement; telles font les chaudieres de
cuivre & de fer, les inftrumens & les équipages
des moulins , des fucreries, & les outils pour
toutes fortes de métiers. Tout ce quiregarde la
table oule plaifir n'eft jamais trop cher. Les toiles,
les mouffelines, les pierres précieufes > les perruques,lescaltors, les bas de foie &de laine,les draps,
les étoffes de foie, 2 d'or & d'argent , les galons
d'or, les cannes, les tabatieres & toutes les efpeces de bijoux, les dentelles les plus fines, les
coëffures de femme, la vaiffelle d'argent, les
montres, les nouvelles modes de Paris sy débitent fort avantageufement; les femmes en général ne refufent rien à leur vanité.
On a été long-temps fans faire le Commerce
de livres aux ifles; mais il s'y en débite aujourd'hui beaucoup. On prend en échange des marchandifes du pays dont le débit eft toujours
certain en Europe.
cannes, les tabatieres & toutes les efpeces de bijoux, les dentelles les plus fines, les
coëffures de femme, la vaiffelle d'argent, les
montres, les nouvelles modes de Paris sy débitent fort avantageufement; les femmes en général ne refufent rien à leur vanité.
On a été long-temps fans faire le Commerce
de livres aux ifles; mais il s'y en débite aujourd'hui beaucoup. On prend en échange des marchandifes du pays dont le débit eft toujours
certain en Europe. --- Page 328 ---
A M É R I Q 9 Ea
ANÉRIQUE NERIDIONALE,
CE vafte continent, à peu près de la même,
étendue & de la même figure que T'Afrique,
repréfente comme elle une efpece de triangle
irrégulier, environné prefque de-tous côrés par
la mer, Sc n'eft joint à l'Amérique feptentrionale que par l'ifthme Darien, comme l'Afrique
l'eft à l'AGe par celui de Suès. Tous les pays
qui font dans l'intérieur de ce triangle font inconnus; 5 il n'y a que les côtes jufqu'à une certaine diftance plus ou moins grande dans les
terres s qui foient habitées par les Européens.
Le côté du triangle qui regarde le nord,s'étend
du couchant ati levant, depuis l'ifthme Darien
jufques & compris la Province de Cumana, &
eft baigné par le golfe du Mexique & par.la
mer du nord. Le côte oriental s'étend le long
de la mer du nord, depuis le fleuve Orénoque,
jufqu'au détroit de Magellan, qui forme au midi
la pointe du triangle, & le côté occidental commence à Panama, va finir au détroit del Magellan,
& eft baigné tout entier par la mer du fad.
Tontes les côtes de ces immenfes contréess, --- Page 329 ---
A M i R I QU E.
à l'exception d'une très-p petite partic fituée entre
les deux grandes fleuves de I'Amazone & de
l'Orénoque, font tombées fous la domination
des Efpagnols & des Portugais, c'eft-à-dire,
que ces malheureux pays ont été dévaltés par
eux, & que leur fureur fanguinaire ne s'eft arrêtée, que quand elle n'a pas trouvé de Victimes à frapper : c'eft-à-dire, que dans ces
vaftes régions fi fertiles, poffédées par ces deux
nations > tout languit, tout eft dans l'inaction.
Il ne falloit point ici fe livrer à ces prodigieux
efforts du travail & de l'induftrie , dont nous
venons d'admirer les fuccès dans les Antilles &
dans l'Amérique Teptentrionale. Peut-être même
les Efpagnols & les Portugais n'auroient-ils
jamais penfé à s'établir dans l'Amérique méridionale, s'il eût fallu leur demander des richeffes
par le travail, s'ils n'y euffent été retenus par
lor & Targent de fes mines, par fes diamans,
par fes perles, & par d'autres productions fpontanées de la nature. Pour les avoir, il ne faut
que facrifier la vie de quelques viétimes dont
ils fc foucient fort peu : pour les obtenir, il ne
faut que commander nonchalamment à quelques
efclaves de les aller chercher > & de les leur
apporter.
En parcourant l'Amérique méridionale, des
par le travail, s'ils n'y euffent été retenus par
lor & Targent de fes mines, par fes diamans,
par fes perles, & par d'autres productions fpontanées de la nature. Pour les avoir, il ne faut
que facrifier la vie de quelques viétimes dont
ils fc foucient fort peu : pour les obtenir, il ne
faut que commander nonchalamment à quelques
efclaves de les aller chercher > & de les leur
apporter.
En parcourant l'Amérique méridionale, des --- Page 330 ---
A M # R I e U E.
nombreufes peuplades qui l'habitoient avant la
conquête des Européens, nous n'en verrons que
les déplorables reftes, ou difperfés dans les déferts, ou gémiffant fous des maîtres également
avares & impitoyables dans le plus affreux efclavage : on les y entend fans ceffe dans leur
défefpoir reprocher au ciel les tréfors qu'il a prodigués à leur malheureufe patrie, & qui ont
été & qui font encore la caufe de tous fes
défaftres. D'un autre côté,nous verrons leurs vainqueurs énervés par le luxe & la débauche,
plongés dans la plus grande oiliveté 2 ne pas
faire le moindre effort pour acquérir par le travail des avantages qu'un fol très-fécond ne
leur refuferoit pas. Aufli avides de richeffes
qu'ils le font, comment n'ont- ils jamais imaginé de joindre aux tréfors que leur donnent
les mines, ceux que les productions de la terre
pourroient y ajouter ? comment n'ont-ils pas
réfechi que l'or & l'argent ne font que des biens 1
de pure convention , dont la fource peut tarir,
dont la valeur diminue, à mefure qu'elle fe multiplie ; au lieu que les productions de la terre >
fans ceffe renaillantes par le travail, ont une
valeur qui angmente graduellement dans tous
les temps ? S'ils avoient feulement daigné faire
l'effort de comparer le produit des mines du
Mexique 2 du Pérou 2 du Potofi, avec celui que --- Page 331 ---
A M E R I QU E,
donnent les productions des Antilles, ils auroient connu combien l'un eft préférable à l'autre ; que le fecond eft le double, le triple du
premier. Il y a encore cette différence, 9 que
quand une mine eft épuifée s elle n'eft plus
bonne à rien 5 au lieu qu'une terre féconde
produit toujours plus ou moins, & que quand
on s'apperçoit que fa fertilité diminue, on peut
la lui faire recouvrer par le repos & avec les
fecours des engrais : mais tel eft l'aveuglement
des Efpagnols & des Portugais, qu'aucun de
ces motifs n'eft capable de le faire ceffer, de
les tirer de la profonde léthargie ou ils reftent
plongés,de leurinfpirer de l'activité & de l'émulation. Ces peuples ont affez de bravoure &
d'énergie pour faire une conquête; mais après
cet effort pour fe la procurer s ils n'ont pas
d'autre fecret que. d'y tout détruire , d'en
faire un vafte défert & de s'y repofer. L'Amérique méridionale gouvernée par de tels maitres, ne fournira que très - peu de détails qui
puiffent intérefler le Commerce, n'y verfera aucune de ces produétions territoriales, acquifes
par le travail, qui par-tout ailleurs l'enrichiffent. Parcourons d'abord fes provinces feptentrionales.
s ils n'ont pas
d'autre fecret que. d'y tout détruire , d'en
faire un vafte défert & de s'y repofer. L'Amérique méridionale gouvernée par de tels maitres, ne fournira que très - peu de détails qui
puiffent intérefler le Commerce, n'y verfera aucune de ces produétions territoriales, acquifes
par le travail, qui par-tout ailleurs l'enrichiffent. Parcourons d'abord fes provinces feptentrionales. --- Page 332 ---
M f R I Q
L E
I A R I E N.
Ox appelle ainfi une étroite langue de terre
qui joint, comme on l'a déja obfervé, l'Amérique métidionale avec T'Amérique feptentrionale.
Ce pays formé par une - chaine de hautes montagnes, eft fi aride, fi pierreux, fi mal-fain,
fi ftérile, qu'il feroit refté inhabité, & jamais
on n'en auroit entendu parler dansle Commerce,
fans les ports de Panama & de Portobello. Dans
fitué fur la mer du fud,arrivoient
le premier ,
tous les ans Tor, l'argent & les marchandifes
du Pérou & du Chili: enfuite ou par la riviere
de Chagra, ou à dos de mulets, on les tranfdans le port de Portobello ftué fur le
portoit
golfe du Mexique 2 & les galions d'Efpagne
venoient les prendre & les embarquer pour l'EuEn 1740 cette fameufe communication de
rope. du fud avec T'Océan Atlantique ceffa.
la mer
La Cour de Madrid prit alors des mefures pour
faire venirles richefles duPérou par la mer du fud,
en doublant le cap de Horn. Cette route, par la
5 moins em.
pleine mer > a paru plus expéditive
barraffante, plus fûre même en temps de guerre.
Panama & Portobello
Depuis ce changement,
ont --- Page 333 ---
A M € R I Q U e:
fi1
ont peidu toute leur célébrité. Ces deux villes
ne fervent qu'i quelques branches d'un Coinierce languillant & interlepe. On pèche à Pahama d'affez belles perles. L'Europe en achetoit
autrefois une partie; mais depuis que P'art cfe
parvenu à les initcr, , & que la paflion ponr les
diamans en a fait tomber Ou diminuer
c'eft
le Péfou qui les
l'ufages
prend toutes. Du reftes
niPanama, niPortobello, de leur propre fonds,
n'ont jaiais rien offert au Commerce.
CAR T 11 A G E N E.
LA' Province dont cette ville eft la capitale,cftbornée au couchant par le Darien, au
levant par la Province de Sainte-Marthe
elle s'étend le long du golfe du
;
Mexique fur
53 lieues de côtes &:jufqu'a 85, dans l'intétienr
ees rettes. Elles font dans leur plus grande partie
couvertes par des niontagnes arides, > mais féparées par de larges vailées bien arrofées & trèsfertilesa L'hamidité &E la chaleur excellive du
climac empéchent à la vérité que les grains
les huiles, les vins &E les fruits de
:
puifaur
PEurope n'y
piofpérer; mais' le riz, le manioc, le
mais, le cacao, le fucre & toutes les
producs
X
leur plus grande partie
couvertes par des niontagnes arides, > mais féparées par de larges vailées bien arrofées & trèsfertilesa L'hamidité &E la chaleur excellive du
climac empéchent à la vérité que les grains
les huiles, les vins &E les fruits de
:
puifaur
PEurope n'y
piofpérer; mais' le riz, le manioc, le
mais, le cacao, le fucre & toutes les
producs
X --- Page 334 ---
A M É R I 0 U E.
tions de l'Amérique y font fort communes, fans
cependant que la culture en foit pouffée avec
allez de vigueur pour fournir de gros objets d'exportation. Prefque tout le produit fe confomme
dans le pays.
La ville de Carthagene eft des mieux bâtiesy
des mieux percées, des mieux fortifiées gu'ily
ait dans le nouveau monde. En 1741,1 les Anglois commandés par l'Amiral Vernon, l'afliégerent par terre & par mer; mais les maladies
caufées par l'intempérie du climat, la difette
des vivres, la vigoureufe défenfe des afliégés,
la mélintelligence des Commandans de la fotte,
les forcerent, après fix femaines d'attaques meurtrieres 3 d'abandonner le fiege. Depuis cet événement Carthagene a toujours fubfifté avec éclat.
Quoique l'air y foit mal- fain 5 quoiqu'il expofe fes habitans à des maladies' dangereufes, &
fur- tout à la lepre, elle ne laiffe pas de compter
enviren 25000 habitans. Ce qui a le plus contribué à peupler Carthagene & à lui donner de
la célébrité, d'eftla bonté de fon port, un des
meilleurs qu'on connoiffe ; on n'y éprouve pas
plus d'agitation que fur la riviere la plus tranquille.
Lorfquel la Province de Carthageneéroit approvifionnée des marchandifes d'Europe par les galipns d'Efpagne, ils paffoient à Carthagene, avant --- Page 335 ---
A M f R I 2 t E3
daller à Portobello, & y repaffoient avant de
prendre la route de T'Efpagne. Aup premier voyage,
ilsy dépofoient les marchandifes néceffaires pour
Tapprovifionneinent de la ville, ainfi que des
Provinces intérieurcs, & ils en recevoient le prix
au fecond; lorfque des vaiffeaux particuliers s
par les nouveaux arrangemens qui ont fait ceffer
les foires de Portobello 5 eurent été fubititués
aux galions, Carthagene fut toujours le point
de communication de PAmérique méridionale,
avec une'grande partie de l'Europe. Depuis
1743 s jufqu'en 1753, il entra dans cet entrepôr 27 navires partis d'Efpagne,quien échange
-des marchandifes qu'ilsavoient portées, reçurent
beaucoup d'or & d'argent, mais très- peu de
productions.
L'ot montoit à e
9,3 357, S06 liv.
L'argent à .
4, 729,498
Les ptoduétions à 6
851,765
ToTAL.
14, 939,069 liv.
Dans ces retours où il n'y eut rien pour le
gouvernement, > & où tout fut pour le Comnverce, le territoire de Carthagene n'entra que
pour 93,241 liv. Le furplus venoit d'ailleurs,
& far-tout du nouveau royaume de Grenade.
X z
ontoit à e
9,3 357, S06 liv.
L'argent à .
4, 729,498
Les ptoduétions à 6
851,765
ToTAL.
14, 939,069 liv.
Dans ces retours où il n'y eut rien pour le
gouvernement, > & où tout fut pour le Comnverce, le territoire de Carthagene n'entra que
pour 93,241 liv. Le furplus venoit d'ailleurs,
& far-tout du nouveau royaume de Grenade.
X z --- Page 336 ---
324:
A M É R:I I Q'U
SAI N T E M A R T H E.
CETTE Province fe reffent beaucoup plus
qu'aucune autre des ravages que commirent les
Efpagnols, lorfqu'ils en firent la conquéte. La
dévaftation fut générale, & on . en voit encore
les plus funeftes traces. Cette Province à 180
lieues de long fur le golfe du Mexique s du
couchant 2u levant entre les Provinces de Carthagene & de Vénézuela. Quand les vainqueurs
eurent dépouillé les peuples qui l'habitoient de
l'or qu'ils avoient ramaffé dans les rivieres 3
des perles qu'ils avoient péchées fur leurs côtes, ,
ils difparurent. Le peu d'entre eux qui sy fixerent, éleverent deux petites villes & quelques
bourgades où végete leur méprifable poftérité.
Jamais l'E(pagne n'a envoyé aucun navire dans
cette contrée, & jamais elle n'en a reçu la moindre production. L'induftrie fe réduità livrer aux
Hollandois de Saint - Euftache & des ifles voifines, des beftiaux & fur - tout des muiets; ils
reçoivent en échange des vêtemens & quelques
autres objets de peu de valeur. --- Page 337 ---
A M É R I Q U E.
/ N E Z I E L A.
LEs Efpagnols, en entrant dans cette Province,y y virentleshutes des Sauvages, élevées fur
des pieux pour les garantir des eaux ftagnantes
qui inondoient les plaines; cette fingularité leur
fic appeller ce pays Vénézuela ou petite Venife.
Le bat des Efpagnols, en s'emparant de cêtte
contrée, ne fut pas d'y former aucun établiffement, mais d'y enlevçr des efclaves pour les
tranfporter dans les ifles que leur férocité avoit
dépeuplées. Charles- Quint faifoirfi peu de cas
de cette Province, dont ni lui ni fes fujers ne
connoiffoient l'utilité, qu'il la donna en toute
propriété à des Allemands d'Ausbourg, en, paicment de fommes confidérables qu'il leur devoit.
Cesnouveaux maitres fitrpafferent en cruautéles
Efpagnols même. Ils parcoururent cette malheureufe contrée, en mettant les Sauvagesala torture,
en leur déchirant inhumainement les fancs, pour
les forcer de déclarer oà étoit leur or. Défefpérés
d'en trouver fort peu dans un pays déja épuifé par
fes premiers vainqueurs, après y avoir commis
les plus horribles ravages, ils le remirent à lEfpagne. Quelques fujets de cette Couronne y
X 3
Efpagnols même. Ils parcoururent cette malheureufe contrée, en mettant les Sauvagesala torture,
en leur déchirant inhumainement les fancs, pour
les forcer de déclarer oà étoit leur or. Défefpérés
d'en trouver fort peu dans un pays déja épuifé par
fes premiers vainqueurs, après y avoir commis
les plus horribles ravages, ils le remirent à lEfpagne. Quelques fujets de cette Couronne y
X 3 --- Page 338 ---
A M E R I Q U E,
formerent une colonie; clles'appliqua à la culture du cacao, & far-tont dans le canton de
Caraque où ce fruit croit plus abondamment,
& de meilleure qualité que par - tout ailleurs.
Quoique T'E(pagne faffe une très-grande confommation de chocolat, dont le cacao cft la bafe,
elle fat cependant très-long g-temps fanstirer auicuneutilité des travaux del: coloniede Vénéznela,
Le Commerce Efagnol étoit f furchargé de
droits,tellement embarraffé des formalités. 1 que
les colons de Caraque trouvoient un grand avanrage à livrer aulx Hollandois de Curaçao leur
cacao en échange des marchandifes dont ils
avoient befoin, Les acquéreurs revendoient enfuite ce fruit avec un bénéfice énorme au propriéraire même du pays on il étoit récolté.
- Il n'a pas fallu moins de deux fiecles pour
faire comprendre à l'E(pagne combien ce Commerce interlope lui étoit défavantageux Ce ne
fut qu'en 1728,qu'elle livra à quelques négocians de Guipufcon le Commerce exclufif du
département de Caraque 1e > auquel on a joint
enfuite celui de Maracaibo, territoires dont la
réunion forme la Province de Vénézuela.
La bonne conduite de cette compagnie a donné
à la colonie des principes de vie qu'elle ne devoit pas efpérer d'un privilage monopole. Les
colons & fur- tour ceux de Caraque ont reçH --- Page 339 ---
A M E R' I Q U E.
les plus grands encouragemnens. On leur a avancé
toutes les fommes qui leur étoient néceffaires pour faire profpérer leurs cultures. D'un
autre côté > leurs productions n'ont point été
abandonnés à la rapaciré des agens fubalternes.
Une affemblée générale, 2 compofce des adminiftrateurs de la compagnie, de colons & de
fadteurs, décident toujours du prix des productions du fol. Ceux des colons qui n'en font pas
contens, ont la liberté d'envoyer en Efpagne, pour
leur propre compte, la fixieme partie de leur
récolte, & d'en retirer le produit en marchandifes, pourvu que cette exportation fc fafle fur
les navires de la Compagnie.
Par la fageffe de CCS réglemens & de quantité
d'établiffemens favorablesàla population, celle de
Vénézuela,en hommes libres,s'eftconfidérablement
augmentée ; les anciennes cultures ont fait des
progrès, on en a formé de nouvelles, les troupeaux fe font multipliés. C'eft principalement
dans le diftriet de Ciraque, que les améliorations ont été remarquables. Cette ville compte
maintenant plusdesgocolabitans, la plupartaifés,
Quoique la Province de Vénézuela ne doive
toute fa profpérité qu'aux bienfaits de la Compagnie quil'a tirée 2 pour ainfi dire, du néant 3
la contrebande n'en a cependant pu être abfolument bannie. En vain pour en arrèter le cours,
X 4
eft principalement
dans le diftriet de Ciraque, que les améliorations ont été remarquables. Cette ville compte
maintenant plusdesgocolabitans, la plupartaifés,
Quoique la Province de Vénézuela ne doive
toute fa profpérité qu'aux bienfaits de la Compagnie quil'a tirée 2 pour ainfi dire, du néant 3
la contrebande n'en a cependant pu être abfolument bannie. En vain pour en arrèter le cours,
X 4 --- Page 340 ---
$:8
A M E RI Q U. E.,
la Compagnie entretient dix. bâtimens bion afmés, & fur lescôtes douze poftes garnis de foldats.
Le tourlui coûre annuellement 1, 400, 000 liy,
fans qu'elle ait encore pu parvenir à fon but,
L'Efpagne a tiré des avantages fenibles de la
Compagnie de Caraque. Avant fon érabliflement
les revenus de la Couronne n'étoient pas fuffifans pour les déponfes de Souveraineré, & aujourd'hui ils excedcnt de beaucoup : auparavang
la nation achetoit des Hollandois le quinral de
Çacao 320 liv., msintenanriln'enlui en colte que
160 liv. Aurrefois enfin Vénézuela ne fourniffoit abfolument rien au Commerce de la métropole ; depuis fon origine la Compagnie lui
a toujours livré des productions dont la nafle
s'eft accrue fuccellivement : depuis 1748 juf
qu'en 1753,clle porta tous les ans dans la COY
lonie pour 3,1 197,327 liv. en marchandifes,
& tous les ans en retira; faveir:
3700c quintaux de Cacao, vendus.
5, 322, 000 liv,
157 quintaux d'indigo,
vendus e
198, 999
2joo quintaux de tatac, vendus.
178, 200
22000 cuirs en poil,
vendus o
356, 400 --- Page 341 ---
A MÉRI Q U E,
Ci-contre 6
6, 055, 520 liv.
Drogues pour. la teincure, vendus..
27, 000
En argent
239, 144
Total des retours 6,321, 734 liy.
Le bénéfice apparent fat donc de 3,634,407
liv. On dit apparent, parce que far cette fomme
les frais & les droits confommerent 1,932,500
liv. La Compagnie n'eut de gain réel que
1,701, 897: Toutes ces branches de Commerce
ont reçu de T'augmentation, excepté celle des
drogues de teinture qu'il a fallu abandonner,
depuis qu'on a reconnu qu'elles n'étoient pas
propresà remplacer ; dans les teintures, les galles
d'Alep, comme on l'avoir cru un peu légéroment. L'extenlion fera encore beaucoup plus
confidérable, fi on peut rénffir à faire ceffer entiérement le Commerce interlope fur les côtes
de Vénézuela.
Par oétroi du IO mars 1785, , TE(pagne, ca
établifant une nouvelle Compagnie des Philippincs ou des Indes, a diffout la fociété de Ca
raque, ordonné la liquidation de fes dettes, d
que fes fonds feroient incorporés dans la nouvelle Compagnie.
. L'extenlion fera encore beaucoup plus
confidérable, fi on peut rénffir à faire ceffer entiérement le Commerce interlope fur les côtes
de Vénézuela.
Par oétroi du IO mars 1785, , TE(pagne, ca
établifant une nouvelle Compagnie des Philippincs ou des Indes, a diffout la fociété de Ca
raque, ordonné la liquidation de fes dettes, d
que fes fonds feroient incorporés dans la nouvelle Compagnie. --- Page 342 ---
A M E R I Q U Er
CUMA N A.
CETTE Province eft la plus orientale de celles
que les Efpagnols poffedent fur la côte feprentrionale de TAmsrigueméridionals. Elle'eft fituée
entre la Province de Vénézuela & la mer du
nord. Son étendue du couchant au levant eft
d'environ 80 lieues; celle du nord au midi dans
l'intérieur des terres eft encore plus grande ,&
n'eft bornée que par les terres habitées par les
Sauvages, & qui s'étendent jufqu'à la rive feptentrionale de l'Orénoque. I
Les Efpagnols déconvrirent Ia côte de Camans,
à peu près dans le même temps que celle de Vénézuela. Ils commnirent les mêmes brigandages
dans ces deux contrées; mais les Sauvages de
Cumana furent moins patiens que les autres. Devens implacables ennemis des Efpagnols, ils
maffacrerent la plus grande partie de ceux qui
tenterent de s'établir chez CtlX. Si quelques-uns
échapperent à leur jufte fureur, ils furent forcés
de quitter le pays pour chercher afyle ailleurs.
Quelques Efpagnols fe font depuis établis a
Cumana : mais cet:e population a toujours été
bornée, & ne s'eft jamais éloignée des côtes.
Pendant deux fiecles la métropole n'a eu aucune --- Page 343 ---
Ax É RI Q U E,
liaifon avec cette colonie; ce n'eft que depuis
peu qu'elle y envoie annucllement un oU deux
navires qui en échange des boillons & des marchandifes d'Europe, reçoivent du cacao & quelques autres productions. Ce mince Commerce
ne paffe pas un million. Il feroit fans doute
plus important, f les habitans de Cumana ne
livroient pas la majeure partie de leur cacao &c
de leurs autres denrées aux Hollandois de Curaçao, voifins de la côte.
Des mifitonnaires ont réuffi à raffembler
dans 49 hameaux. difperfés le long de la rive
feptentrionale de l'Orénoque, douze à quinze
milie Sauvages, à qui ils cnt mfpiré le goûr de
la vie fédensaire & agricole. Parmi eux cn 1771
vivoient 4219 habicans tant Elpagnols que Mulâtres & Métifs, réunis dans 13 villages.
Jufqu's ces detniers temps les Hollandois de
Curaçao trafiquoient fculs avec ces établiffemens; ils fourniffoient à leurs befoins. C'étoit
à Saint - Thomas, chef-lieu dela colonie, que
fe concluoient tous les marchés. Les Européens
& les Noirs faifoient lesleurs cux-mèies ; mais
c'étoient les mifionnaires feuls qui traitoient pour
leurs néophytes. Le même ordre de chofes fubfiite encore, quoiqne depuis quelques années >
la concurrence des navires Efpagnols ait commencé à écarrer les interlopes.
ils fourniffoient à leurs befoins. C'étoit
à Saint - Thomas, chef-lieu dela colonie, que
fe concluoient tous les marchés. Les Européens
& les Noirs faifoient lesleurs cux-mèies ; mais
c'étoient les mifionnaires feuls qui traitoient pour
leurs néophytes. Le même ordre de chofes fubfiite encore, quoiqne depuis quelques années >
la concurrence des navires Efpagnols ait commencé à écarrer les interlopes. --- Page 344 ---
$52
A M E R I Q U E.
L E N O U V EA U Ror A U M E
D E G R E N A D E.
DERRIIRET Ics côtes dont nous venons de parlercft
cequelesElpagnols: appellent le nouveau royaume
de Grenade, pays d'une étendue immenfe. Ce
ne fur qu'en 1720, qu'ils fongerent à faire cette
conquête fur les Indiens qui fe défendirent peu.
La Cour de Madrid, pour furveiller de plusprès
une contrée qui par la fuite peut devenir trèsimportante > y a établi une vice-I royauté à laquelle on 2 joint le territoire &c la grande ville
de Quito qui relevoit de celle du Pérou. I
Ce nouveau royaume femble annoncer la plus
grande profpérité. Ony y trouvelesplus bellesémeraudesdellunivers; l'or, qu'ailleurs il faut arracher
des entrailles des montagnes, fe trouve prefqu'ila
faperficie de la terie, &:indique des mines abondantes qu'on fc propofe d'ouvrir & d'exploiter;
le fol eft d'une fertilité égale à celle des meilleures terres, & celui du territoire de Quito
furpaffe tout ce qu'on peut imaginer. Quoique
fitué au centre de la zone torride, le climat eft
fain, les chaleurs n'y font point excellives; c'eft
un des plus beaux pays du monde connu; c'eft
dans les montagnes voifines que fe trouve l'a:bre --- Page 345 ---
A M É R I Q U Ei
dont l'écorce donne le quinquina, remede fef
ficace & fi employé en Europe contre les fievres intermittentes. Les plaines, 5 les vallées de
la nouvelle Grenade font prefque généralement
couvertes de cannes à fucre, de toutes fortes de
grains, de fruits délicieux, 3 de nombreux troupeaux. Difficilement pourroit-on trouver un pays
plus fécond, & dont l'explointion cotitât moins:
maisiln'aencore: rien puf fournit aut Commerce de
l'Europe 3 il faar que toutes fes richefles natt*
relles foient confommées fur la même terre qui
les a produites. La dificulté des
:
leur cherté ne
tranfports >
permettent guere aux colons de
pouffer leurs cultures & leurs récoltes au-delà
de la confommation locale.
le
Iln'y a que l'or &
quinquina dont l'exportation foit facile.
Tour ce qu'a pu faire jufqu'à préfent la Cour
de Madrid, c'eft de travailler à
arréter, autant
qu'il a été poflible, la contrebande de ces deux
objets; malgré fa vigilance, 2 une partie continue
de paffer aux Hollandois de Curaçao. Ce
peut fauver de ce Commerce interlope, fe qu'on tranf.
porte en Efpagne par la voie de
c'eft par cette place, & par la riviere Carthagene: de la
Madelsine,que Santa-Fé & Quito entretiennen:
leur communication avec
attention du
P'Europe : une autre
gouvernement a encore été d'érablir
dansle nouveau royaume des chemins firs d'ane
vigilance, 2 une partie continue
de paffer aux Hollandois de Curaçao. Ce
peut fauver de ce Commerce interlope, fe qu'on tranf.
porte en Efpagne par la voie de
c'eft par cette place, & par la riviere Carthagene: de la
Madelsine,que Santa-Fé & Quito entretiennen:
leur communication avec
attention du
P'Europe : une autre
gouvernement a encore été d'érablir
dansle nouveau royaume des chemins firs d'ane --- Page 346 ---
A M € R I Q E:
Province, d'une ville à l'autre, de favorifet ia
culture des grains. au point de fe paffer nonfeulement de ceux qu'on tifoit auparavant de
l'Amérique feptentrionale, mais encore d'en four-.
nir aux ifles Efpagnoles. Il faut fans doute beaucoup de temps pour établif l'ordre parnsi des Sauvages, pour rappeller aul travail une colonie énervéc par la fainéantife & par le libertinage: cette
révolutions'opéreta difficilement dans le royaume
de Grenade,oh les habitans, plus généralement
que les autres Efpagnols Américains, vivent dans
une oiliveté dent rien ne les peut faire fortir,
dans une débauche qu'aucun motif ne pent interrompre. C'eft far- tout dans la ville de Quito
& dans fon territcire le plus peuplé de tout le
royauine, que ces moeurs fe font remarquer : sil:
ne s'y fait quelque heureux chatgement, ilfandra
qu'on fe borne à l'exploitation des mines abondantes qui fe trouvent dans la nouvelle Grenade.
La paflion, que de tout temps les Efpagnols ont
montré pour l'or, qui fans aucun travail de leur
part, ne leut coûte que la vie & le fang de
leurs 2e efclaves, fait préfamer que cette exploitation fera poulfée avec aétivité.
Santa - Fé de Bagata eft la capitale de la viceroyauté de la nouvelle Grenade. Elle eft fituée
auprès d'une haure montagne à l'entréc d'une
vafte & fupcrbe plaine. En 1774 elle avoit 1779
R --- Page 347 ---
A M É R I QU Es
maifons, 3246 familles & 16233 habitans. La
population doit y augmenter, puifqu'elle eft le
féjour du Vice-Roi, le fiege du Gouvernement,
le lieu de la fabrication des monnoies & l'entrepôt du Commerce. La ville de Quito eft beaucoup plus grande & plus peuplée que Santa-Fé.
Elle eft très - agréablement bâtie fur le penchant
de la célebre montagne de Pichenca, & compte
environ 55 à 60 mille habitans, dont les Efpagnols forment le plus petit nombre; le furplus
eft un allemblage de Métifs , d'Indiens & de
Negres. Ce font eux feuls qui exercent les aris
& les métiers, qui font valoir les manufadtures,
qui cultivent les terres. Une profeflion, quelle
qu'elle fit, aviliroit la dignité des Efpagnols,
qui confifte à n'être ni noirs, ni bruns , ni de
couleur de cuivre, à être enorgueillis de leur noble exiltence.
L E PÉROU.
L'ANCIEN empire des malheurenx Incas, le
plus peuplé, le plus policé, le plus riche de
toute l'Amérique, ne connoiffoit d'autres bornes
au nord que le golfe de Guayaquil &c la côte
de-Tumbes, au midi le détroit de
Magellan 3
au levant les régions voilines du Bréfil, & au
de
couleur de cuivre, à être enorgueillis de leur noble exiltence.
L E PÉROU.
L'ANCIEN empire des malheurenx Incas, le
plus peuplé, le plus policé, le plus riche de
toute l'Amérique, ne connoiffoit d'autres bornes
au nord que le golfe de Guayaquil &c la côte
de-Tumbes, au midi le détroit de
Magellan 3
au levant les régions voilines du Bréfil, & au --- Page 348 ---
A ME 1 RiQ U E.
tonchant la mer du fud far des côtes d'uné étend
due d'environ 125o lieues Françoifes.
Vers l'an 1527 deux aventuriers Efpagnols $
François Pizaro & Diégo d'Almagro, foldars de
fortune dont On n'a jamais connu l'origine 5 eur.
rent la témérité d'entreprendre la conquète d'un
f vafte empire avec 250 fantaflins, 60 cavaliers,
& une douzaine de petits canons. De f foibles
moyens ne devoient pas lerir faire efpérer de
grands fuccès. Ils furent cependanit prodigieux 9
les canons > les chevaux, les armes de fer des
E(pagnols firent fur les Péruvicns le méife effet
que fur les Mexicains. Ori ireur guere que la
peine de tuerla multitude des indiens qui eurent
le courage de défendre leur hiberté & la gloire
de l'empire. Leur Empercur, PInca Atabutiba; 5
faccomba avec eux; François Pizato le fit prifonnier, &c par une peri.ie horrible, contre la
foi donnée, contre le droit des gens, illui atracha la vie avec fon empire.
En déteftant la fcélérateffe de ée barbare vainqueur 3 on a au moins ici la confolation de
voir que le ciel fe chargea de la vengearice de
fes forfaigs. Non : feulement lui, mais eneore
tous fes complices, chefs d'une conquéte qui
fut fi avantageuie à l'Efpagne, f fimefte aux Indiens 2 périrent miférablement. Diégo Almagro
cur la têre tranchée par ordre de François Pizaro
fon
la fcélérateffe de ée barbare vainqueur 3 on a au moins ici la confolation de
voir que le ciel fe chargea de la vengearice de
fes forfaigs. Non : feulement lui, mais eneore
tous fes complices, chefs d'une conquéte qui
fut fi avantageuie à l'Efpagne, f fimefte aux Indiens 2 périrent miférablement. Diégo Almagro
cur la têre tranchée par ordre de François Pizaro
fon --- Page 349 ---
A M É R I Q U E,
ion ami, le fils d'Almagro fubit le même fort.
Leurs amis affaflinerent François Pizaro dans fon
I propre palais : fon frere Ferdinand fut retenu
pendant 23 ans prifonnier en Efpagne & mourut dans la mifere : fon autre frere Gonzalès
porta fa tête fur un échafaudoi il far puni comme
traitre à la patrie. -
Des châtimens fi bien mérités ne rendirent
pasla vie à tant de milliers d'Indiens que ces brigands avoient maffacrés, &1 ne fauverent pas ceuix
qui leur furvécurent, de la dureté du
gouvernement Efpagnol qui en a fait périr dans les liens
d'un affreux efclavage, cent fois plusencore qu'on
n'en avoit exterminé dans les combats. Unf Syftême d'oppretlion plus pefant > plus fuivi au
Pérou que dans tous les autres pays du not a
veau monde foumis à la Couronne d'Efpagne,
a fais de l'Empire des Incas un vafte défert. Les
natureis du pays, , en grande partie dégoûtés de
l'état focial, en rompant leurs fers, fe font réfugiés dans les montagnes; ceux qui font reftés
fous le joug, tous fans exception, vivent dans
ce vil abruriflement, où la tyrannie plonge les
hommes, & ila fallu toute la force de l'autorité
pour les contraindre à labourer, à enfetnencer
les campagnes pour en tirer les denrées néceffaires à leur fubliftance & à celle delcurs maittes
trop pareffeux pour partager avec eux ce travail.
Y --- Page 350 ---
A M i RI I Q U E.
Le vuide que laifferent parmi les habitans du
Pérou, , &c les maffacres qu'on en fit lors de la
conquète, & l'oppreflion deftruétive quila fuivit,
n'a point été rempli par les Efpagnols. A la vérité dans les premiers temps leurs émigrations
furent fréquentes. La paflion de s'enrichir rapidement en attira une grande quantité au Pérou;
mais prefque tous retournerent en Efpagne pour
jonir de la fortune qu'ils avoient faite : ceux qui
refterent, féduits par la douceur du climat, par
l'étonnante fertilité du fol, vécurent dans la plus
parfaite indolence ; énervés par la chaleur du pays,
par la débauche,ils multiplierent peu : ennemis
du travail,qui feul pouvbit leur donner de l'activité & conferver leurs forces, ils fe livrerent
à l'oiliveté, & firent cultiver' les terres quileur
tomberent en partage par des efclaves Africains,
ou par des Indiens réduits à porter les mêmes
fers. Ce genre d'exploitation eft encore celui qui
fublifte au Pérou.
Le terrain n'y eft pas également fertile. Ses
côtes immenfes connues fous le nom de vallées, qui s'étendent depuis la mer jufqu'à 20
lieues plus ou moins dans l'intérieur des terres,
ne font qu'un amas de fables arides. Dans ce
fol ingrat regne une vafte folitude & une continuelle ftérilité; ce n'eft qu'au-deli de ces vallées &:jufqu'aux montagnes des Cordilieres, qui
lifte au Pérou.
Le terrain n'y eft pas également fertile. Ses
côtes immenfes connues fous le nom de vallées, qui s'étendent depuis la mer jufqu'à 20
lieues plus ou moins dans l'intérieur des terres,
ne font qu'un amas de fables arides. Dans ce
fol ingrat regne une vafte folitude & une continuelle ftérilité; ce n'eft qu'au-deli de ces vallées &:jufqu'aux montagnes des Cordilieres, qui --- Page 351 ---
A M E R I Q U E:
fe prolongent tout le long du Pérou & du Chili,
qu'on trouve des plaines & des vallons d'une fécondité merveilleufe. Elles offrent les fruits propres à ce climat, & la plupart de ceux de l'Europe. Aux anciennes cultures du pays, qui confiftent en mais s en coton & en piment, on a
joint celles du froment; de l'orge, du manioc,
des pommes de terre, du fucre, de l'olivier,
de la vigne; mais de toutes les produétions que
donnent ces différentes cultures, aucune ne palfe
dans le Commerce, elles fe confomment toutes
fur les lieux. On in'enfemence pas même audelà de CC quieft néceffaire pour la fubfiftance des
habitans. Tous les efforts de l'induftrie fe font
tournés du côté des mines dont chacun a l'ambition de partager les richeffes.
Elles ne font cependant plus fi abondantes que
dans les premiers temps de la conquête. Après
que les étonnantes quantités d'or & d'argent, foit
ouvragé, foit en maffe, qui formoient les tréfors des Incas & de leurs fujets , qui décoroient les temples & les édifices publics 2 eurent été pillées & partagées entre les vainqueurs,
difperfées & tranfportées en Europe ; il fallur,
pour obtenir de nouvelles richeffes les, chercher
dans les fources d'oàt on avoit tiré les premieres, dans les mines; celles qui furent d'abord
indiquées par les Péruviens, remplirent les delirs
Y 2 --- Page 352 ---
A M £ R I Q U E.
des Efpagnols; mais ni le Pérou, ni aucuné
contrée de l'univers n'offrit jamais à la cupidité
humaine des mines aufli riches que celles d'arg nt du Potofi. Indépendamment de ce qui ne
fut pas enrégiftré, de ce qui paffa en fraude,
depuis 1545 2 jufqu'en I 564 le quint du gouvernement monta i. 36, 45c, 000 liv. Alors
chaque quintal de minéral donnoit cinquante livres d'argent; ; aujourd'hui cinquante quintaux
n'en produifent plus que deux livres, &c le quint
du Roi ne paffe pas 1, 364, 682 liv. 12 f.
Pour peu que cette dégradation augmente,il
faudra abandonner ces mines 5 mais tandis que
leur éclat s'éclipfe 2 pendant que d'autres font
entiérement épuifécs, ou dédaignées, ou noyées
par les eaux qui les inondent fans cefle, , 011 en
découvre d'autres qui les remplacent. Les mines
d'or qui ont toujours été exploitées avec fuccès,
& regardées commeles plus riches, font celles de
Luxitoca, d'Araca, de Suches, de Caracava, de
Fipoani & de Cachabamba. Entre les mines d'argent, de nos jours , celle de Huantajaha a le
plus de réputation. Depuis cinquante ans qu'on
T'exploite, elle ne s'eft point démentie. En creufantcingà fix pieds en terre on trouve fouvent des
malfes détachées qu'on ne prendroit d'abord que
pour un mélange confusde fable & de gravier > &c
qui à l'épreuve rendent en argent les deux tiers
ava, de
Fipoani & de Cachabamba. Entre les mines d'argent, de nos jours , celle de Huantajaha a le
plus de réputation. Depuis cinquante ans qu'on
T'exploite, elle ne s'eft point démentie. En creufantcingà fix pieds en terre on trouve fouvent des
malfes détachées qu'on ne prendroit d'abord que
pour un mélange confusde fable & de gravier > &c
qui à l'épreuve rendent en argent les deux tiers --- Page 353 ---
A M $ R I Q U E.
de leur poids. En 1759 on en envoya deux à
la Cour d'Efpagne dont l'une pefoit 375 livres,
& l'autre 175.
Parmi les mines du Pérou, & finguliérement
parmi celles du nouveau royaume de Grenade,
outre l'or & l'argent pur, > on a encore trouvé
un autre métal qui tient le milieu entre l'or &'
l'argent, ou plutor qui n'eft qu'un compofé de
ces deux métaux qu'on fépare aifément par les
opérations chimiques : les Efpagnols l'onta appellé
platine, ou petit argent 5 ils en font feuls poffeffeurs, 2 &c il n'entre point encore.dans le Commerce ; mais quand O1l en aura bien connu
les propriétés > la valeur & l'utilité, il pourra
un jour leur fournir d'autres richefles. Le Pérou
offre encore des mines de cuivre & d'étain; mais
elles font, ou peu, ou négligemment exploitées.
On a donné plus d'attention à la mine de mercure de Guanca - Vélica. Cette mine en fournit
tous les ans 5241 quintaux qui font employés
T'exploitation des mines, oû la confommation
du mercure en poids. de eft égale à la quantité du
métal qu'on en tire.
Toutes les mines du Pérou fans exception font
d'une exploitation très - difpendienfe; la nature
les a placées dans des contrées peivées d'ezu, de
bois, de vivres, de toas les foutiens de la vie,
qu'il faut faire arriver à grands frais à travers
Y 3 --- Page 354 ---
A M E RIQU Ei
des déferts iminenfes. Ces difficultés font abandonner toutes les mines dont le produit n'eft pas
fuflifant pour donner des profits proportionnés
aux frais & aux dangers de l'exploitation.
Les métaux, fur-tout l'or & largent 2 2 font
donc les principanx objets qui entrent dans le
Commerce du Pérou, , & qu'avec quelques autres effets du pays il donne en échange des marchandifes que l'Efpagne lui enveie.
Depuis 1748 jufqu'en 1753 Lima ne reçut
de la métropole pour tout le Pérou que dix navires, qui remporterent chaque année
En or.
4, 594, 192 liv.
En argent.
20,673, 657
10', 8so quintaux de
cuirs, vendus -
810, 108
10,600 quintaux d'étain,
vendus .
915,500
31000 quintaux de Cacao, vendus :
3, 240, 000
500 quintaux de quinquina, vendus.
207, ;60
470 quintaux-de laine
de vigogne : vendus -
324, 000
TOTAL.
30, 764, 617 liv.
Dans l'or &l'argent, I > 620,0001 liv. appar-
,673, 657
10', 8so quintaux de
cuirs, vendus -
810, 108
10,600 quintaux d'étain,
vendus .
915,500
31000 quintaux de Cacao, vendus :
3, 240, 000
500 quintaux de quinquina, vendus.
207, ;60
470 quintaux-de laine
de vigogne : vendus -
324, 000
TOTAL.
30, 764, 617 liv.
Dans l'or &l'argent, I > 620,0001 liv. appar- --- Page 355 ---
A M L RIQUE
tenoient au Gouvernement 5 19,423,671, aul
Commerce, & 4, 225, 178 au clergé ou aux
efficiers civils & militaires.
Dans les marchandifes ily y avoit 1,381,569
liv. pour la Couronné, & 4, I15, 199 liv.pour
les négocians. Le temps a un peu changé l'état
des chofes; mais l'amélioration n'a pas été confidérable, & ne le fera jamais tant que les Efpa.
gnols ne donneront pas plus d'attention qu'ils
n'ont fair jufqu'à préfent à leurs cultures & dla
muliplication de leurs troupeaux. Ils devroient
fur-tout s'occuper de celle des vigognes & du
Guanaco, , dont les précieufes laines trouvent un
débouché fi avantageux dans le Commerce. La
laine de vigogne fe vend en Efpagne depuis
4 jufqu'à 9 francs la livre, felon fa qualité.
Toures les grandes affaires de Commerce du
Pérou avec TEarope, Cufco, le Chili,fe traitent à Lima, capitale du pays : c'eft dans le port
de Callao, qui n'en eft éloigné que de deux
lieues, que fc font les embarquemens > & que
les vailfeaux venus d'Europe, dépofent leurs cargaifons.
Lima eft une grande ville, opulente, peuplée
d'environ 55 à 60000 ames, oit le Vice-Roi,
les Tribanaux fupérieurs > les grands propriétaires & les principaux officiers militaires font
lour féjour, La qualité de commerçant n'y eft
Y 4 --- Page 356 ---
A M # R I QU E.
point incompatible avec la nobleffe : cet avantage y attire quantiré d'Européens dont la plupart, charmés de la beauté du climat, sy établiffent : malgré cela les Métifs, les Mulâtres,
les Negres, les Indiens libres font la plus grande
partie des habitans de Lima; ce font eux qui
excrcent les arts & lcs métiers.
Deux fois Lima a été renverfé par des tremblemens de terre, en 687 & 1746. Les fecouffes
du dernier furent fi violentes, que tous les édifices, grands & petits, s'écroulerent en trois minutes, fous leurs décombres furent écrafées 1300
perfonnes. Le défaftre fut encore plus grand au
port de Callao; il s'y trouvoit 23 vailfeaux,
19 farent engloutis, & les autres jetés par la
mer bien avant dans les terres. Ces malheurs
furent bientôt réparés : la néceflité & le befoin
donnerent aux habitans de Lima une aétivité
qu'on ne devoit pas attendre d'un peuple aufli
pareffeux & aufli efféminé, Cette ville en trèspeu de temps a été rébâtie, non en pierres ?
commc elle l'étoit auparavant, inais avec des matieres légeres, enduites de terre glaife, de façon
que les maifons qui ne font que d'un étage >
fe préteront aifément & fans danger pour les
habitans pux mouvemens qui leur feront communiqués par les tremblemens de terre.
Le port & la ville de Guayaquil font un autre
li
pareffeux & aufli efféminé, Cette ville en trèspeu de temps a été rébâtie, non en pierres ?
commc elle l'étoit auparavant, inais avec des matieres légeres, enduites de terre glaife, de façon
que les maifons qui ne font que d'un étage >
fe préteront aifément & fans danger pour les
habitans pux mouvemens qui leur feront communiqués par les tremblemens de terre.
Le port & la ville de Guayaquil font un autre --- Page 357 ---
A M É R I Q U E.
entrepôrde Commerce, célebre att Pérou. C'eft-l1
que fe fait celui du Mexique & de Panama
avec Quito. Toutes les marchandifes que CES
contrées échangent, > paffent par les mains des négocians de Guayaquil. Ils font des fortunes rapides : mais les chaleurs du climat font fi exceflives, l'intempérie de l'air eft fi grande, les
maladies y font G fréquentes & fi meurtrieres,
que peu sly fixent. Onn'yvoit que ceux quin'ont
pu acquériralfez de bien pour aller ailleurs couler
des jours heureux dans la mollefle & dans l'oifiveté.
IE CHII I.
LE Chili comprend cette partie de l'Amérique méridionale, qui s'étend depuis les frontieres du Pérou vers le pôle auftral , jufqu'au
détroit de Magellan, ce qui fait 530 lieues, de
côtes maritimes. Vers l'Orient , le Chili touche
en partie au Paraguay, &c en partie aux frontieres du gouvernement de Buenos- Airès : au
couchant il s'étend en entier le long de la mer
du. fud depuis le 270, degré de latitude méridionale, jufqu'au cinquante-troifieme 30 minutes.
Lorfque les Efpagnols eurent conquis les prin- --- Page 358 ---
A M É R I Q U E.
cipales Provinces du Pérou, ils fongerent à étendreleur domination dans le Chili. D'Almagro en
commença la conquète qui fut interrompue par
la guerre qu'il eut l'imprudence de déclarer à
François Pizaro qui le fit prifonnier, & lui fit
couper la tête. Valdivia reprit le projet de d'Almagre; mais les Indiens revenus de l'étonnement
queleurcanfoientles armes & la difcipline des Ef
pagnols, défendirent courageufement leur liberté,
oferent fe mefurer en rafe campagne avec leurs
ennemis 5 ayant furpris Valdivia dans un défilé,
ils le maffacrerent avec I5o cavaliers qui l'accompagnoient; & profitant de leur victoire, ils
porterent le feu &c la défolation dans les établiffemens Efpagnols : ils auroient été tous détruits, fi des forces confidérables arrivées à propos du Pétou., n'euffent mis les vaincus en état
de défendre les poftes qui leur reftoient, & de
recouvrer ceux qu'ils avoient perdus.
Ces hoftilités meurtrieres fe font fans ceffe renouvellées. Les combats, ou les Efpagnols n'ont
pas toujours. été vainqueurs, 2 ont été fanglans,
& n'ont gueres été interrompus que par des trèves
plus ou moins courtes : cependant on apprend
que depuis 1771 Ia tranquillité n'a point été
troublée.
-
Malgré la chaleur & T'opiniâtreté de ces dif
fenfions, la colonic du Chili n'a pas laiffé de
urtrieres fe font fans ceffe renouvellées. Les combats, ou les Efpagnols n'ont
pas toujours. été vainqueurs, 2 ont été fanglans,
& n'ont gueres été interrompus que par des trèves
plus ou moins courtes : cependant on apprend
que depuis 1771 Ia tranquillité n'a point été
troublée.
-
Malgré la chaleur & T'opiniâtreté de ces dif
fenfions, la colonic du Chili n'a pas laiffé de --- Page 359 ---
A M i R I QU E.
fe former. La guerre infefoit fur-tout les pays
voifins des montagues : les établiffemens fe font
faits faccellivement fur les bords de l'Océan oùt
les Efpagnols ont bâti quelques villes affez importantes, telles que Coquimbo, Valparaifo, Valdivia, la Conception & San - Yago la capitale
de la colonie s le féjour du Gouverneur. II
eft fubordonné au Vice - Roi du Pérou pour tous
les objets relatifs aul gouvernement, aux finances
&dla guerre 5 mais il en eft indépendant comme
chef de la juftice.
Ilyadans San- Yago environ 4000 familles,
la moitié d'Efpagnols, le refte d'Indiens ou de
Métifs, parmilefquels on compte très-peu d'efclaves Africains. En général les Efpagnols du
Chili, contre l'ordinaire des individus de cette
nation, font laborieux & ne dédaignent pas de
partager. avec lés colons Indiens la culture de
leurs plantations. Ils y font encouragés par un
ciel toujours pur & fercin, par un climat tempéré, & fur- tout par un fol dont la fertilité
étonne tous les voyageurs. Sur cette heureufe
terrc, les récoltes de vin, de bled, d'huile, quoiqu'allez négligemment préparées font quadruples
de ce qu'on obtient en Europe : aucuns de fcs
fruits n'y ont dégénéré : plufieurs de fes animaux
s'y font perfectionnés. Les chevaux en particu- .
jier y ont acquis une vitelle & une ferté qae --- Page 360 ---
A M i RIQ E.
n'ont jamais eues les Andalous dont ils defcendent. La nature a pouffé plus loin fes faveurs;
elle a prodigué à cette région les mines d'or,
&d'un cuivre excellent très-recherché dans l'ancien & le nouveau monde.
Depuis fon origine jufqu'à nos jours, fans
qu'on puiffe en pénétrer le motif, l'Efpagne a
toujours refufé à la colonie du Chili toute communication avec l'Europe : ce ne fut qu'en 1778
que la Cour de Madrid permit a tous les navigateurs de fes ports d'y faire à leur gré des
expéditions. On ne fait pas encore quelle influence cette innovation s fi conforme aux
bons principes, a Pu avoir fur le Commerce
du Chili; elle ne peur manquer de lui donner
une extenfion très - favorable fans qu'il nuife à
celui qu'il a toujours fait avec les Sauvages, avec
le Pérou & le Paraguay. Il reçoit des Sauvages
le puncho > c'eft une efpece de vêtement de
laine très - commode pour le pays, dont tout le
monde fe fert au Chili, & qui coûte depuis 30
jufqu'à 1OOO liv. fuivant la fineffe plus ou moins
grande de fon tiffit, & principalement felon les
bordures plus ou moins riches qu'on y ajoute.
En échange, les'Sauvages reçoivent des petits
miroirs , des quincailleries & quelques objets
de peu de valeur. On leur donnoit encore du vin
& des eaux-de-vie; mais l'Efpagne en 1774
, dont tout le
monde fe fert au Chili, & qui coûte depuis 30
jufqu'à 1OOO liv. fuivant la fineffe plus ou moins
grande de fon tiffit, & principalement felon les
bordures plus ou moins riches qu'on y ajoute.
En échange, les'Sauvages reçoivent des petits
miroirs , des quincailleries & quelques objets
de peu de valeur. On leur donnoit encore du vin
& des eaux-de-vie; mais l'Efpagne en 1774 --- Page 361 ---
A M ÉR I Q U Ei
défendit fagement de leur en porter, pour empêcher l'ivrognerie, & les excès de fureur auxquels fe livroient ces Sauvages, lorfqu'ils étoient
ivres. Souvent ils étoient l'occalion de fanglantes
guerres entre eux & les Efpagnols.
Le Chili fournit au Pérou, des cuirs, des
fruits fecs, des viandes falées, des chevaux, du
chanvre, de l'or, du cuivre, & prend.en échange
du fucre, du tabac, du cacao, de la faiance,
plufieurs articles fabriqués à Quito, & quelques
objets de luxe, arrivés d'Europe. C'eft dans le
port de Valparaifo qu'abordent les navires expédiés de Callao pour cette communication ré-.
ciproquement utile.
Celle avec le Paraguay fc fait par terre. On
ajugé qu'il étoit plus sûr & moins difpendieux
de prendre cette voie, quoiqu'il y ait 164 lieucs
de San-Yago à Buenos-Airès, & qu'il en faille
faire plus de cinquante dans les neiges & les
précipices des Cordilieres. Les marchandifes qui
s'expédient par cette voie atl Paraguay, font des
vins, des eaux-de-vie, & fur-tout de l'or.
Il donne en paiement des mulets, de la cire,
du coton, de l'herbe du Paraguay, des efclaves:
mais fi le Commerce du Clili avec le Paraguay, venoit à s'étendre, la voie de terre pour
cette communication ne feroit plus praticable,
il faudroit néceffairement l'entretenir, ou par le. --- Page 362 ---
A M E' R I QUz E.
détroit de Magellan , ou par le cap Horn.
Depuis feptembre jufqu'en mars on iroit par
le détroit, oà l'on trouve quelques rafraichiffemens, mais dans toute autre faifon, la longueur du trajet, la violence des vents dans le
détroit,.) la rapidité des courans y occalionneroient un naufrage certain. Alors il faudroit préférer la mer ouverte, & par conféquent deubler
le cap Horn.
L E PA RA G U A Y.
Cr grand Gouvernement aujourd'hui décoré
du titre de Vice - Royauté, eft borné à l'occident par le Pérou & le Chili, à l'orient par le
Bréfil, au midi par l'Océan Atlantique. Ila plus
del 350 lieues de largeur, fur une longueur beaucoup plus confidérable à compter depuis l'embouchure de la riviere de la Plata, > jufqu'au
pays des Amazones qui lui fert de bornes du
côté du nord. Cette vafte région eft une des
mieux arrofées qui foit far le globe. Indépendamment d'une multitude infinie de petités rivieres
qui coupent & parcourent les campagnes > on y
trouve trois grands fleuves, le Parana, le Paraguay qui a donné fon nom au pays, & PUraguay.
compter depuis l'embouchure de la riviere de la Plata, > jufqu'au
pays des Amazones qui lui fert de bornes du
côté du nord. Cette vafte région eft une des
mieux arrofées qui foit far le globe. Indépendamment d'une multitude infinie de petités rivieres
qui coupent & parcourent les campagnes > on y
trouve trois grands fleuves, le Parana, le Paraguay qui a donné fon nom au pays, & PUraguay. --- Page 363 ---
A M E RIQ U E.
Tous trois réuniffent leurs eaux pour former le
fameux Rio de la Plata, la plus grande riviere
qui foit dans lc monde connu. On lui donne
60 lieues de large à fon embouchure par laquelle
il fe jette majeftueufement dans la mer du nord,
Cc n'eft pas fans la plus opiniâtre réfiftance
de la part des Indiens gue les E(pagnols fe font
établis au Paraguay. Ceux quiy parurent les premiers, , furent tous maflacrés par les Sauvages,
leurs implacables ennemis 3 mais enfin les Caftillans s'étant multipliés dans le Paraguay, ils
devinrent affez forts pour les facrifier à leur vengeance > ou au moins pour les contenir. Peu.
à peu quelques - unes de ces nations fubirent le
joug; celles qui tenoient le plus à leur' liberté;
fe font retirées à mefurc que leurs oppreffeurs
ont avancé leurs établiffemens dans l'intérieur du
pays. Ils fe font accrus au point qu'ils forment
trois grandes Provinces, le Tucuman, le Paraguay & Buenos - Airès.
Le Tucuman eft une vafte contrée , unie, 3
bien arrofée & très-faine 5 Oll y cultive avec
beaucoup de fuccès le coton que peuvent confommer les habitans qu'on fair monter à plus de
cent mille Efpagnols, Indiens ou Negres. Tout
porte à croire que l'indigo & les autres productions de l'Amérique qui enrichiffent le Commerce, y réufliroient. La partie de cette Province --- Page 364 ---
A M É R I Q U E:
qui eft voifine des montagnes, > eft abondante ett
cuivre & en or ; mais pour tirer parti de cet
excellent pays, il faudroit des bras & il en manque abfolument ; aufli le Tucuman ne fournit
rien au Commerce. Toutes fcs denrées fe confomment fur'les lieux, &l le produit de fes nombreux beftiaux, eft conduit dans les marchés du
Chili & du Pérou. Tous les ans on y envoie
dix-huit mille beeufs > quatre mille chevaux
élevés dans le pays > & environ foixante mille
mulets de deux à trois ans, qui fe tirent des environs de Buenos- Airès. Les habitans du Tucuman font réunis dans fept bourgades dont
San- Yago de l'Eftéro eft la principale ou diftribués fur des domaines épars, dont quelquesuns ont plus de douze lieues d'étendue.
La Province fpécialement appellée le Paraguay,ef encore moins importante que le Tucuman : abftraction faite des fameufes millions
du même nom qui font de fon reffort, on n'y
compte que 56000 habitans 5 400 feulement
peuplent la ville de TAffomption qui en eft la
aufli
capitale. Deux autres bourgades qui portent
le nom de villes, en ont encore moins. Quaconduites fur le même plan que
torze peuplades
d'Incelles dcs miflions, contiennent fix millions
diens. Tout le refte vit dans les campagnes > y
cultive du tabac, du coton, du fucre, qui font
envoyés
56000 habitans 5 400 feulement
peuplent la ville de TAffomption qui en eft la
aufli
capitale. Deux autres bourgades qui portent
le nom de villes, en ont encore moins. Quaconduites fur le même plan que
torze peuplades
d'Incelles dcs miflions, contiennent fix millions
diens. Tout le refte vit dans les campagnes > y
cultive du tabac, du coton, du fucre, qui font
envoyés --- Page 365 ---
A M É R I e U e:
envoyés avec T'herbe du Paraguayi Buenos-Airès,
d'oi on tire, en échange, quelques marchandifes
arrivées d'Efpagne. Ce qu'on appelle l'herbe du
Paraguay eft la feuille d'un arbre
à
contrées. On en fait le même ufage propre ces
& on lui attribue
que du thé,
encore plus de vertus. Il
n'en palfe point en Europe ; TAmérique méridionale la confomme toute, On en
les ans dans le Pérou & dans le Chili porte tous
18coo
quintaux, qui font vendus 1, 800,000 liv. Autrefois les Jéfuites touchoient
fomme.
prefque toute cette
La partie la plus floriffante du Paraguay, étoit
fans contredit celle des miflions ; dès qu'elle
n'offre rien qui puiffe intéreffer le
il n'entre pas dans notre projer d'en Commerces parler. Cependant on ne peur s'empécher d'obferver
lès Jéfuites avec l'empire de la perfualion que &
de la douceur avoient fait, dans ces contrées
ce que les nations Européennes n'avoient s
obtenir dans le refte de l'Amérique
la pu
fance de leurs armes. Ils avoient par puic
dans
raffemblé
47 bourgades trois cents mille familles de
Sauvages à qui. ils avoient fu infpirer le
du travail & de la vie
goût
dans
fedentaire, qui y vivoient
laifance, dans Tunion, dans la
de toutes les vertus fociales, dans la pratique
faite obéiffance aux loix
avoit plus par-.
qu'on
cru nécef;
Z
érique
la pu
fance de leurs armes. Ils avoient par puic
dans
raffemblé
47 bourgades trois cents mille familles de
Sauvages à qui. ils avoient fu infpirer le
du travail & de la vie
goût
dans
fedentaire, qui y vivoient
laifance, dans Tunion, dans la
de toutes les vertus fociales, dans la pratique
faite obéiffance aux loix
avoit plus par-.
qu'on
cru nécef;
Z --- Page 366 ---
A M i R 1 ev E.
faires pour leur tranquillité & leur bonheur.
Depuis que le pays des miflions a paffe fous la'
domintion de PEfpagne & du Portugal, depuis qu'on leur a enlevé leurs conducteurs, leurs 1t
bienfaitcurs, leurs bénits peres 2 qui paroiffoient
uniquement occupésdu bien-être de leurs néophyres, ces peuples font-ils plus henreux, plus contens?
Réfoudre cette queltion, c'eft juftifier. tout le bien
ou tout le mal, que la partialité a dit de ces
fameux érabliffemens ; depuis qu'on a détruit
les Jéfuites, rien n'a encore tranfpiré en Europe
de l'état de leurs millions au Paraguay 5 mais
it eft facile de prévoir que paffées fous le joug
des Efpagnols & des Portugais, clles éprouvent
déja le même mécontentement que fouffrent les
Indiens dans les autres colonies Efpagnoles &
Portugaifes, & que plufieurs auront préféréla
liberté de leurs farêts, & de la vie fauvage i
ce nouveau Gouvernement.
Buenos-Airès la capitale de Ia troifiemne Prom
vince du Paraguay, eft une affez belle ville, bâtie
fur la riviere de la Plata à 60 lieues de la mer s
avec une population de 0000 ames, & une forterelle gardée par fix ou fept cents hommes de.
trouples réglées. Le canal de la riviere lui fert
de port; les vaiffeaux y font conduits par des
pilotes du pays à travers quantité d'écneils, &
s'arrètent à trois lienes de la ville oû ils débar- --- Page 367 ---
A M E R I QU Ei,
quent leurs marchandifes : ils font enfuite obli:
gés de s'aller radouber > & d'attendre leur Cargaifon pour le retour , à fept ou huit lieues plus
bas dans un endroit qu'on appelle l'Incénada de
Barragan. C'ett un mauvais village, où on ne
trouve ni magalins, ni fubliftances, & qui n'eft
habité que par un petit nombre d'hommes
reffeux &i indolens $ dont on ne peur fe
papromettre
aucun fecours, > ni aucun fervice.
L'infuffifance de cet afyle fit bâtir, ert 1716,
à 40 lieues au-deffous de Buenos-Airès, la ville
de Monte - Vidéo fur une baie qui a deux lieues
de profondeur. Une citadelle bien entendue la'
défend du côté de terre 5 & des batteries judicieufement placées la protegent du côté du Aeuves
mais la baie de Monte-Vidéo ne
peur recevoir
que des navires marchands. Ce n'eft
vec un peu de travail, on. n'en
pas. qu'apir faire un des
plus beaux ports du monde, capable de fournir
aux vaiffeaux de guerre une ftation sûfe & commode ; mais l'Efpagne n'en a rien fait encore.
L'or, largent, la laine de vigogne, les cuirs
en grande quantité, font les feuls objers
Buenos- Airès fair paffer dans le Commerce que de
l'Europe. Depuis 1753 jufqu'en 1758, TE(pa-,
gne reçut de cette colonie,
En or.
I, 524, 705 liv.
En argent,
3,7 780, 000,
Z 2
iffeaux de guerre une ftation sûfe & commode ; mais l'Efpagne n'en a rien fait encore.
L'or, largent, la laine de vigogne, les cuirs
en grande quantité, font les feuls objers
Buenos- Airès fair paffer dans le Commerce que de
l'Europe. Depuis 1753 jufqu'en 1758, TE(pa-,
gne reçut de cette colonie,
En or.
I, 524, 705 liv.
En argent,
3,7 780, 000,
Z 2 --- Page 368 ---
A M E RI Q U 2
Ci-contre.
5, 3043705 liv)
,300 quintaux de laine
de Vigogne, vendus. e
207, 360
I5o, 000 cuirs, vendus
3, 240, 000
TOTAL..
8, 752,065 liv.
Tou:-dans ce produit étoit pour le Commerce,
& rien pour le Gouvernement. Dans les objets
qui le compofent 2 T'or, l'argent, la laine de
vigogne viennent du Pérou. Les nombreux troupeaux de baufs qui font répandus dans les vaftes
plaines de Buenos-Airès fourniffent les cuirs;
ces animaux tranfportés d'Europe s'y font tellement multipliés, que perfonne ne daigne fe les
approprier , on fe contente de les affommer pour
en vendre la pead. A
Depuis 1776,a Cour d'Efpagne a établi un
Vice-I Roi à Buenos s-Aires; outre le Paraguay
& le Tucuman, elle a mis fous fa jurifdidtion
plafieurs
détachées de la Vice - Royauté
-
partigs
du Pérou, favoir une partie du diocefe de Cufco,
tout celui de la Paz, l'Archevèché de la Plata,
les Provinces de Santa Crux, de la Sarra & de
Cuyo.
En réfamant les objets que les poffeflions Ef
pagnoles dans lAmérique méridionale fourniffent --- Page 369 ---
A M É R I Q U E.
au Commerce s Onl trouve que Carthagene &
le nouveau reyaume de Grenade y mettent
14, 939,769 liv.
Vénézuela & Caraque . 6, S31, 734
Cumana .
1, 000, 000
Le Pérou & le Chili 30, 764,617
Le Paraguay.
8,7 752,065
TOTAL.
62, 288, 18; liv.
Dans cette fomme plus des cing fixiemes font
en métaux : fi dans l'autre fixieme on ôte la valeur du quinquina, de la laine de vigognea des
cuirs qui ne doivent rien à la culrure des terres,
on voit que les productions du fol ne vont pas
au-delà de fept à huit millions. C'eft tout l'effort que e
l'induftrie des colons Efpagnols a pu
faire dans des contrées de douze cents lieues
d'étendue, d'une largeur immenfe dans l'intérieur des terres 9 dont la majeure partie eft
d'une fertilité étonnante, > tandis que la petite
ifle de la Barbade qui n'a que fept lienes de
tour, cultivée par les Anglois s malgré la dégradation de fon fol, fournit encore au Commerce pour huit à neuf millions de fes productions territoriales.
Mais l'E(pagne ne peut guere efpérer de voir
profpérer fon Commerce de l'Amérique > tant
Z 3
endue, d'une largeur immenfe dans l'intérieur des terres 9 dont la majeure partie eft
d'une fertilité étonnante, > tandis que la petite
ifle de la Barbade qui n'a que fept lienes de
tour, cultivée par les Anglois s malgré la dégradation de fon fol, fournit encore au Commerce pour huit à neuf millions de fes productions territoriales.
Mais l'E(pagne ne peut guere efpérer de voir
profpérer fon Commerce de l'Amérique > tant
Z 3 --- Page 370 ---
A M # R I e U E,
qu'elle ne donnera pas plus d'attention i la culgure des terres 5 tant que leurs productions feront
dans les liens du monopole ; tant qu'elles feront
chargées d'impôts exceflifs; tant que leur exportation fera affujettie à une multitude de formalités embarraffantes qui découragent les colons
& les invitent au Commerce interlope ; tant,que
les ports des colonies Efpagnoles ne feront pas
indiftinêtement ouverts à tous les vaiffeaux de
la métropole; tant que fes colonies feront fermées à tous les étrangers qui voudroient y porter leurs travaux 3 leur induftrie & leurs capitaux; tant que l'intolérance religieufe & le trop
grand nombre de célibataires y arrêteront les
progrès de leur pepulation qu'il eft d'autant plus
important de favorifer dans, les colonies Elpagnoles, qu'elles manquent de bras, & que PEf:
pagne déja trop dépeuplée n'eft pas en état d'en
fournir par elle-mème. Que cette Couronne
prenne enfin le parti de faire ceffer tous les obftacles qui s'oppofent fi puiffamment à la profpérité de fes colonies Américaines; alors elle
auta la fatisfaction de voir que l'intérêt, ce mobile qui agit fur tous les hommes avec tant d'empire, fera celfer la pareffe & l'indolence, fubf
tituera l'aétivité & l'amour du travail, fera naitre
dans le Pérou dans le Paraguay & dans la nouvelle Grenade 2 toutesles denrées qui enrichiffent --- Page 371 ---
A M É RIQ U E.
aétuellement les ifles du nouveau monde. Leur
confommation augmente tous les jours en Europe; ; après y avoir été long-temps des objets
de luxe, elles commencent à être placées parini
les denrées d'une néceflité indifpenfable, même
chez les gens de la plus balle condition.
L E B R E S I I.
Ox donne ce nom à la partie la plus orientale
de l'Amérique méridionale. Ce pays eft borné :
au nord par la. riviere de l'Amazone, jufqu'à
fon embouchure dans la mer Arlantique, & au
midi par l'embouchure de la riviere de la Plata.
Dans toute fon étendue du nord atl midi le
Bréfil fe trouve ainfi borné par les deux plus
grands Aeuves du monde connu. Au couchant fcs
limites font le Pérou & le Paraguay.
En général le fol du Bréfil eft extrémement
fertile, & produifoit toutes les chofes néceffaires à la fubliftance, jufqu'aux temps ott l'on
découvrit les mines d'or. Leur exploitation >
jointe à celles des plantations qui ne donnent
que des denrées propres à. paffer dans le Commerce 2 a occupé une fi grande quantiré de
bras, que l'agricuiture a été négligée au point
Z 4
& le Paraguay.
En général le fol du Bréfil eft extrémement
fertile, & produifoit toutes les chofes néceffaires à la fubliftance, jufqu'aux temps ott l'on
découvrit les mines d'or. Leur exploitation >
jointe à celles des plantations qui ne donnent
que des denrées propres à. paffer dans le Commerce 2 a occupé une fi grande quantiré de
bras, que l'agricuiture a été négligée au point
Z 4 --- Page 372 ---
A M E R I Q U E.
que le Bréfil dépend aujourd'hui de l'Europe
pour fa fubliftance journaliere. Du refte, ce pays
fournit au Commerce, les plus riches matieres',
lor 3 les diamans, le plus beau fucre qui fe
falle dans l'univers, lc tabac, les cuirs, le baume
de Copai,iIpécikcuanha, & une grande quantité
de bois de Bréfil qui a donné fon nom au pays
qui le produit.
Colomb dut la découverte de l'Amérique à
une fuite de réfexions qu'il fit fur la figure du
globe, mais un pur hafard procura aux Portugais la connoiflance du Bréfil. Une flotte qu'ils
envoyoient aux Indes orientales par le Cap de
Bonne Efpérance 0 3 commandée par Pierre Alvare
Cabral , ayant tenu la haute mer, pour éviter
les calmes qui regnent fur les côtes d'Afrique,
prit tellement le large, qu'elle fe trouva à la
vue d'une terre inconnue fituée à l'oueft. Cabral
y aborda dans un lieu qu'ilappella Porto-Séguro,
& en prir poffeflion au nom du Roi de Por-.
tugal.
Dès que la Cour de Lisbonne eut faity vifiter
cette contrée, & fe fut alfurée qu'il ny avoit
ni or ni argent, elle la méprifa f fort, qu'elle
en fit un liea d'exil ou elle fit tranfporter tous
les fcélérats du Portugal 5 les terres furent diftribuées entre quantité de Seigneursde ceroyaume,
avec le pouvoir de traiter les peuples allujetris --- Page 373 ---
A M E RI QUE E.
sidfiquillesjageroienr à propcs ; la Couronne ne
fc réferva que le droit de vie & de mort > la
fabrication des monnoies, & la dixme des productions. Ccs premiers arrangemens pris, On
travailla a donner quelque folidité à cette colonie. Un affez grand nombre d'Indiens s'étoient
déja foumis, on leur envoya pour Gouverneur
Thomas Soufa. 111 bâtit en 1549 la ville de SanSalvador qui fut long - temps la capitale du Bréfil.
En 1570 aux cultures du pays, on joignit celles
des cannes à fucre, à laquelle on employa des
efciaves qu'on fut chercher en Afrique. Cette
denrée donna un commencement de profpérité
à cet établiffement: ; le fucre jufqu'alors borné
aux ufages de la médecine, étoit devenu de plus
en plus, un objet de luxe, de volupté & de
Commerce.
Les nations commerçantes delEurope ne virent
pas fans jaloufie les fuccès des Portugaisau Bréfil.
Les François furent les premiers qui fongerent
às sy établir: : mais après quelques tentatives qui
les rébuterent, ils quitterent le pays. Les Hollandois furent plus conftans & plus heureux. Accoutumés à vaincre les Portugais dans l'Inde, ils
les pourfuivirent dans l'Amérique, & y attaquerent le Bréfil; le Comte Maurice de Naffau en
acheva la conquête en 16;6,dans un temps ou
le Portugal avoit pallé fous la domination des
Rois d'Efpagne,
s sy établir: : mais après quelques tentatives qui
les rébuterent, ils quitterent le pays. Les Hollandois furent plus conftans & plus heureux. Accoutumés à vaincre les Portugais dans l'Inde, ils
les pourfuivirent dans l'Amérique, & y attaquerent le Bréfil; le Comte Maurice de Naffau en
acheva la conquête en 16;6,dans un temps ou
le Portugal avoit pallé fous la domination des
Rois d'Efpagne, --- Page 374 ---
A M E R I Q U E.
La révolution qui mit la maifon de Bragance
fur le trône de Portugal ne fur pas plus tôtatrivée,que Jean IV, que les Portugais reconnurent
pour leur Roi, s'occupa à reconquérir le Bréfil.
Il avoit paffé fous le monopole de la Compagnie
occidentale Hollandoife qui par fes rapines > par
fon avarice mefquine, par la tyrannie qu'elle
exerça fur les Indiens, avoit S fort révolté les
efprits, , que peu s'en fallut que toute la nation
ne fic maffacrée dans une confpiration qu'on
forma contre elle.
Les Portugais n'eurent pas beaucoup de peine à
chaffer du pays des gens fi généralement déteftés.
Les Hollandois firent de vains efforts pour s'y
maintenir, il fallut l'abandonner. Par-le traigé
de 1661, la propriété du Bréfil en entier, fut
affurée â la Couronne de Portugal. Ainfi fortit
des mains des Hollandois une conquête dans laquelle ils auroient pu former! la plus riche &clap plus
importante' de toutes les colonies, & donner à
la République des Etats-Généraux une confiftance
territoriale qu'elle n'a pas. Son établiffement de
Batavia n'eft rien en comparaifon de celui qu'elle
auroit pu former atl Brélil, fi elle.eit étéaffea
fage pour, le conferver.
Les Portugais ne fe virent pas plurôt délivrés, par une convention folide, d'un ennemi qui
les avoit fi fouvent vaincus, f fouvent humiliés --- Page 375 ---
A M ÉRIQ U Ee
en Afic, qu'ils s'occuperent du foin de s'affernir dans leur conquète, & d'y muliplier les
cultures. Ils y furent encouragés par la fertilité
admirable du fol; ils y furent favorifés par
quantiré d'heureux événemens.
Nous avons vu quelle eft la fécondité des terres
du Bréfil , les riches productions qu'il livre au
Coinmerce: : fon climat eft fain; les ports y font
multipliés : fes côtes font d'un accès facile; l'in-,
térieur du pays eft coupé par un grand nombre
de rivieres navigables qui procurent la facilité
dés tranfports ; on y eft encouragé au travail par
l'abondance & le bon marché des fubfiftances,
des beftiaux, des efclaves. Le Brélil eft plus près
de l'Afrique que les autres contrées de l'Amérique ; le grand établiffement que les Portugais
ont dans le royaume d'Angola, leur procure la
facilité d'y acheter le nombre confidérable d'efclaves dont ils ont befoin, à un prix bien plus
avantageux que les autres colonies. La nature
a joint à tous ces avantages l'or & les diamans.
Ce ne fut qu'en 1728 que le hafard fit découvrir la derniere de ces richefles dans la Province de Minas-Géraès. Les diamans du Bréfil
ne font point tirés des entrailles des rochers; e
la plupart fe trouvent épars dans les fables des
rivieres où on les ramaflo. On les a jugés auffi
beaux que ceux de Golconde. Lc Roi feul en
ux que les autres colonies. La nature
a joint à tous ces avantages l'or & les diamans.
Ce ne fut qu'en 1728 que le hafard fit découvrir la derniere de ces richefles dans la Province de Minas-Géraès. Les diamans du Bréfil
ne font point tirés des entrailles des rochers; e
la plupart fe trouvent épars dans les fables des
rivieres où on les ramaflo. On les a jugés auffi
beaux que ceux de Golconde. Lc Roi feul en --- Page 376 ---
A M # R I Q VE.
fait le Commerce, & tous 4es ans il yenjette
foixante mille karats qu'il livre à un fcul negociant pour la fomine de 3 ,, 120,.000 liv.
L'Angleterre & la Hollande achetent ces diamans bruts, &l les fourniffent plus ou moins bien
taillés aux autres nations.
A
Le Bréfil renferme quantités de-mines d'or;
mais les plus riches > celles qu'on exploite par
préférence, font les mines de la Province de
Minas-Géraès, découvertes par hafard, en 16993
celles de la Province de Goyas qui le furent en
1726 & celles de la Province de Matto Groffo,
qu'on ne commença à exploiter qu'en 1735. Dans
ces pays la recherche de l'or n'eit ni dangereufe,
ni fort pénible. Quelquefois il fc trouve à la fuperficie du fol, & c'eft le plus pur : fouvent on
creufe jufqu'à trois cu quatre braffes, & rarement au- delà. Le Roi a le quint du produit
des mines, qui joint à fon droit de fabrication
de l'or en efpeces, à une autre impofition qu'it
perçoitpour le tranfport que font fes vaiffeaux, de
tout l'or qui appartient ati Commerce, lui donne
un revenu de 7, 203, c0G liv. Tout le produit
des mines du Bréfil ne s'éleve pas à plus de
25, 312, 500 liv. On fait monter à plus de
vingt millions les métaux qui circulent habituellement dans! le pays; ilen' entre un peu davantage
dansleCommerce,. Depuis 177ejufquleni775.es --- Page 377 ---
A M f R I Q Ei
36;
tichelfisquee cette vaftecontrée dunouveau monde
ft palfer dans le Portugal, furent de la valeur
de
. - 56, 949, 290 liv.
On compte que l'or &: les diamans entrent
dans cette fomme pour environ 18 millions, &
que le furplus eft le prix de 58, 5oo quintaux
de tabac, de 443, 000 quintaux de fucre, de
4500 quintaux de coton, de 20, 000 quintaux
de bois de teinture, de I14,420 cuirs, & de
quelques autres objets moins importans.
Le Bréfil eft payé avec des marchandifesçui
n'ont pas originairement coûté plus de 1;à16
millions. Les droits que s'eft réfervés le Souverain, divers monopoles, les taxes exorbitantes,
la eherté du frêt, le bénéfice du marchand,abforbent le refte. Il eft fenfible que le Bréfil i qui
rien ne manque pour avoir un Commerce des
plus floriffans > ne l'obtiendra pas, tant qu'il
fera chargé de cette multitude d'impôts, de cette
foule de traitans qui l'oppriment, tant que le
monopole enchaînera l'aétivité des colons, tant
que le prix des marchandifes qu'on leur porte 2
fera doublé par les taxes dont on les accable.
Les produétions du Portugal ne fuffifent Pas
pour fournir-la moitié de ce qu'il eft obligé d'envoyer au Bréfil: ; il achete le furplus de l'étranger,avec ce qui lui manque pour fa propre co1fommation. Tous les ans il lui encoûte plus
, tant que le
monopole enchaînera l'aétivité des colons, tant
que le prix des marchandifes qu'on leur porte 2
fera doublé par les taxes dont on les accable.
Les produétions du Portugal ne fuffifent Pas
pour fournir-la moitié de ce qu'il eft obligé d'envoyer au Bréfil: ; il achete le furplus de l'étranger,avec ce qui lui manque pour fa propre co1fommation. Tous les ans il lui encoûte plus --- Page 378 ---
A M É R I e U E.
de foixante millions pour payer les marchandifes
qu'il reçoit des différentes contrées de l'Europe:
Ilya eu de grandes vatiations dans la part que
les différens peuples ont prife à ce Commerce.
Aujourd'hui l'Angleterre en a quatorze portions;
PItalie huit; la Hollande fept; Hambourg fix;
la France cinq ; la Suede quatre: : le Danemarck
quatre; l'Efpagne deux,-& la Ruflie une.
Outre les liaifons que le Bréfil entretient avec
fa métropole, il en a encore d'autres avec diverfes contrées du globe. Sur les côtes occidentales de l'Afrique, il achete tousles ans 16, e00
efclaves qui, à 3 12 livres l'un dans Tautre, lui
coûtent environ 5, 200,000 liv. Cette fomme
eft payée avec de l'or, du tabac, des eaux-devie, du fucre, des toiles de coton fabriquécs au
Bréfil, de la verrorerie, des miroirs, des bonnets rouges s des rubans & diverfes quincailleries arrivées d'Europe. Le Bréfil recoit encore
de Madere & des Açores, pour environ 200, cOo
liv. de vins,de vinaigre, d'eau-de-vie, de toiles de lin, de viandes falées, de farines. Les
agens de ce Commerce fe chargent en retour
des productions du Bréfil dont la métropole ne
s'eft pas réfervée la propriété exclufive. Ces différentes branches de Commerce réunies, n'emportent chaque année des denrées de la colonie
que pour 1, 271, 000 liv. --- Page 379 ---
A M É RIQU K.
367.
Le BréGil eft partagé en neuf grands Gouvernemens, dont fix, favoir le Para, Maragnon,
Fernambouc, Bahia, Riojaneiro & Saint Paul,
font fitués fur les côtes. Les trois autres qu'on
appelle le pays des mines, font Minas-Géraès,'
Goyas & Matto-Grollo ; ils font placés dans
l'intérieur des terres. On compte dans ces neuf
Gouvernemens 175,937 Blancs, 247, S;8 efclaves,8 281,516 Indiens libres,en tout 7036361
habitans.
Autrefois San-Salvador étoit la capitale de
eette importante colonie. Aujourd'hui ic'eft Riojaneiro qui jouir de cet avantage. Son havre eft
un des plus beaux que l'on connoiffe. Etroit
à fon embouchure, il s'élargit infenfiblement:
les vaiffeaux y entrent avec facilité, depuis dix
heures ou midi jufqu'au foir, pouffés par un
vent de mer modéré & régulier. Il eft vafte, sûr
& commode, avec un fond excellent de vafe
portant cinq à fix brafles d'eau.
C'eft de ce port que partent toutes les richeffes
qni fortent du Bréfil pour le Portugal, & où
abordent les flottes deftinées à Iapprovifionnement de cette colonie. Sans compter les tréfors
qu'y doit verfer cette circulation continuelle,il
y refte tous les ans trois millions pour les dépenfes du Gouvernement, & beaucoup davantage lorfque le Miniftere de Portugal juge à
avec un fond excellent de vafe
portant cinq à fix brafles d'eau.
C'eft de ce port que partent toutes les richeffes
qni fortent du Bréfil pour le Portugal, & où
abordent les flottes deftinées à Iapprovifionnement de cette colonie. Sans compter les tréfors
qu'y doit verfer cette circulation continuelle,il
y refte tous les ans trois millions pour les dépenfes du Gouvernement, & beaucoup davantage lorfque le Miniftere de Portugal juge à --- Page 380 ---
A M E R I a U Ei
proposd'y faire conftruire des vaiffeaux de guerte;
Rio - janeiro eft une ville paffablement bien batie, réguliérement fortifiée, très * peuplée & le
fcjour du Vice-Roi. La corruption des maeurs
y. paffe tout ce qu'on peut exprimer 5 les excès
en tout genre y font excellifs. Les trahifons, les
vengeances s les vols, les affaffinats y font plus
fréquens, plus impunis que dans aucune autre
ville du Bréfil & même de tout le nouveau
monde.
LA GUIA N E.
I Ox donne le nom de Guiane à une vafte
contrée qui s'étend au levant, fur quatre cents.
lieues de côtes, le long de la mer du nord : elle
eft bornée au midi par la riviere de l'Amazone,
au nord par celle de l'Orénoque, & au couchant I
par Rio-Negro qui réunit ces deux grands Aeuves
& femble faire de la Guiane, une grande ifle.
Dansl l'intérieur des terres,le fol de celles qu'on
appelle terres hautes, c'eft-à dire, de celles qui,
ne font pas fubmergées ou marécageufes 9 eft
ingrat. Ce n'eft le plus fouvent qu'un mélange
confus de glaife, de craie, où ne peuvent croître
que le manioc > les ignames, les patates & quelques autres plantes femblables, encore pourrilfentelles communément dans la faifon des pluiesLes --- Page 381 ---
A M E Ricu E:
Les terrés bafles, c'eft-à-dire , celles qui
s'étendent le long du rivage, préfentent d'abord
une multitude de grands arbres connus fous le
nom de Palétuviers, qui occupent tout l'efpace
où le flux fe fait fentir. Ils y forment de vaftes
forêts couvertes de quatte à cinq pieds d'eati
durant le Aux; & après qu'il s'eft retiré; d'une
vafe molle & inaccellible. Derriere ces forèts
qui préfentent ûne efpece de rideau, à quatre
ou cinq cents pas plus loin, font des plaines
noyées par les eaux pluviales qui n'ont point
d'écoulement. Ces plaines n'étoient toutes que
des marais, & ne furent peuplées que de reptiles, jufqu'au moment oà les Européens entreprirent de former des établiffemens de Commercé dans un pays fi mal-fain, continuellement inondé, oit tout fembloit repouffer leur
induftrie & fe refufer à leurs travaux. Aujourd'hui cetté contrée fingulière eft partagée entre
les Hollandois & les François. Voyons laquelle
de ces deux nations , a mieux furmonté les obltacles que lui oppofoit la nature.
LA CUIANE HOLLANDOISE
LEs Hollandois > après la perte du Bréfl,
fongerent à s'établir dans la Guiane. Ils y attaA a
inondé, oit tout fembloit repouffer leur
induftrie & fe refufer à leurs travaux. Aujourd'hui cetté contrée fingulière eft partagée entre
les Hollandois & les François. Voyons laquelle
de ces deux nations , a mieux furmonté les obltacles que lui oppofoit la nature.
LA CUIANE HOLLANDOISE
LEs Hollandois > après la perte du Bréfl,
fongerent à s'établir dans la Guiane. Ils y attaA a --- Page 382 ---
Ax $ RIQ U E:
querent en 1667,une petite colonie Angloife
qui près des rives du Surinam y avoit quelques
fucreries; ils s'en emparerent, , & furent maintenus dans leur conquète par le traité de Bréda.
La Hollande, en paifible poffeflion de cette
partie de la Guiane 5 qu'on appelle. la côte de
Surinam, laquelle s'étend depuis la rive méridionale de l'Orénoque, 2 jufqu'à la riviere Maroni , qui la fépare de la Guiane Françoife,
livra cet immenfe pays au monopole de la Compagnie occidentale ; celle-ci fc trouvant hors
d'état de faire les dépenfes néceffaires pour mettre
un fi mauvais terrain en valeur, céda en I 672
fon privilege à de riches négocians d'Amfterdam qui formerent la fociété de Surinam.
Malgré fes pertes > malgré les événemens les
plus facheux, cette fociété rendit fon Commerce,
&c la colonie beaucoup plus floriffante qu'on ne
l'auroit jamais dû efpérer. Elle fut redevable de
fa profpérité à fa conftance, à fon intelligence,
à fon économie.
Les premiers travaux de la colonie fe firent
d'abord fur les hauteurs; mais on ne tarda pas
à s'appercevoir qu'elles étoient ftériles, que les
fels qui en étoient détachés par les pluies, &c
les torrens alloient féconder les terres baffes.
Cette obfervation judicieufe détermina à y établir les plantations : mais l'entreprife n'étoit pas --- Page 383 ---
A M # R I Q U R:
mifée dans de vaftes plaines inondées prefqué
toute l'année, & qui n'offroient par-tout qu'un
pays extrémement marécageux:
Les Hollandois firent à Surinam ce qu'ils
avoient fait en Hollande. Avec un travail, &
une patience qu'on a peine à concevoir, ils n'épargnerent ni foins ni dépenfes pour rendre les
terrains habitables & propres à la culture: lls
oppoferent de fortes digues aux torrens & al'impéruofité des eaux 5 ils creuferent de larges &
de profonds fofles pour en procurer Técoulement;
& deffécher les marais; iis défricherent les teriins; les exhaufferent, donnerent le temps aux
terres nouvellement remuées de s'égourter & de
s'ameublir. Tant de travaux ont été couronnés
des fuccès qu'ils méritoient. Ce n'eft pas fans
admiration qu'aujourd'hui, dans un pays oû on
ne voyoit, il n'y a pas un fiecle, que des bourbiers dégoûtans & mal-fains, on compte 430
fucreries & autant d'habitations, oul'on trouve des
agrémens & des commodités qu'on ne rencontre
point dans les poffeflions Angloifes ou Françoifes
les plus floriffantes. Ce font par-tout des bâtimens fpacieux & bien difpofés,des terraffes parfaitement alignées, des potagers d'une propreté
exquife, des vergers délicieux, des allées plantées avec fymétrie. Icil'utile n'a point été facrifé
à l'agréable. Les cultures ont été pouffées avec
Az 2
trouve des
agrémens & des commodités qu'on ne rencontre
point dans les poffeflions Angloifes ou Françoifes
les plus floriffantes. Ce font par-tout des bâtimens fpacieux & bien difpofés,des terraffes parfaitement alignées, des potagers d'une propreté
exquife, des vergers délicieux, des allées plantées avec fymétrie. Icil'utile n'a point été facrifé
à l'agréable. Les cultures ont été pouffées avec
Az 2 --- Page 384 ---
A M É R I Q t Ei
la plus grande aétivité fur un fol rendu fécond
& abondant; les fonds n'ont jamais manquéaux
colons; ils ont toujours eu des efclaves en nombre
fuffifant pour les travaux; les produdtions ont
été proportionnées à tant de moyens f fagement
économifés. En 1775. la colonie envoya à fa
métropole pour 19,917,747 liv. de marchandifes qui confiftoient en 28,320, o0o liv. pefant
de fucre brut, vendus S, 333 > 400 liv.; en
I5, 387, 000 livres pefant de café, vendus
8,580, 934 liy.; en 970, 000 livres pefant de
coton s vendus 2; 372; 255 liv.; en 790, 854
livres pelant de cacao, vendus 616, 370 liv.; &
en bois de teinture pour 14788 liv.
Outre ces marchandifes, la colonie envoie
560,000 gallons de firop, &c 160, 600 gallons
de rum danis l'Amérique feptentrionale. On efpere encore beaucoup de la culture du tabac
dont on s'occupe aétuellement. La population de
la colonie monte à 2880 maitres qui emploient
60000 efclaves.
Paramaribo. s chef-lieu de cette colonie, eff
ane petite ville agréablement fituée. Les maifons
y font jolies, commodes. Son port, éloigné de
la mer de cinq lieues, laiffe peu de chofe à defirer. Il reçoit tous les navires expédiés de la mtropole, pour Fapprovifionnement de la colonie, & pour l'importation des marchandifes
qu'elle prend en retour. --- Page 385 ---
A M E RIQU E.
De la dépendance de Surinam font les deux
petites colonies de la Berbice & d'Effequébo >
quiyverfent leurs produétions. La premiere, par
les malheurs qui lui font arrivés, > eft dans une
décadence qui ne lui permettra guere de fe relever. Celle d'Effequébo a été un peu plus heureufe : avec tous les fecours qu'on lui a donnés,
ce n'eft qu'en 1769 qu'elle a commencé à former fur les rives de la riviere de Démérari 130
habitations. Probablement depuis" cette époque
le nombre s'en eft accrit; on ignore quel en a
été le produit. On fait feulement qu'on y culrive le fucre, le coton & le café, Ces trois cultures peuvent promettre de grands fuccès, fielles
font pouffées avec l'activité & l'intelligence qui
en ce genre de travail font propres aux Hol-.
landois.
LA GUIAN E FRA N C OI S .E,
LES limites de la Guiane Françoife font en--
core incertaines. Du côté du midi, la riviere.
de l'Amazone fut fans contredit la borne des.
polleflions Françoifes s,.puifque, , par une convention du 4 mars 1700, les Portugais s'obligerent
à démolir les forts qu'ils avoient élevés fur cette
fameufe riviere. Ala paix d'Utrecht, la France
Aa i
is.
LA GUIAN E FRA N C OI S .E,
LES limites de la Guiane Françoife font en--
core incertaines. Du côté du midi, la riviere.
de l'Amazone fut fans contredit la borne des.
polleflions Françoifes s,.puifque, , par une convention du 4 mars 1700, les Portugais s'obligerent
à démolir les forts qu'ils avoient élevés fur cette
fameufe riviere. Ala paix d'Utrecht, la France
Aa i --- Page 386 ---
A M f R IQU E.
qui recevoit la loi, fut forcée d'en céder la navigation, avec les terres qui s'étendent jufqu'à
la riviere de Vincent Pinçon au de l'Oyapock,
dit le traité. Lorfqu'il fut queftion de l'exécuter,
il fe trouva que ces deux noms employés comme
fynonymes, défignoient dans le pays, ainli que
fur lès anciennes cartes , deux rivieres éloignées
l'une de l'autre de trente lieues. Chacune des
deux cours voulut tourner cet erreur à fon avantage; celle de Lisbonne s'étend jufqu'à l'Oyapock > & celle de Verfailles jufqu'à Vincent
Pinçon. On ne put conyenir de rien, finon que
les Plénipotentiaires étoient de mauvais géographes; & les terres qui font entre l'Amazone &
l'Oyapock, font demeurées incultes. Celles qui
font reftées a la France depuis cette derniere
riviere jufqu'à celle de Maroni qui la fépare au
nord des poffeflions Hollandoifes, ne font guere
mieux cultivées. Tout languit fur un pays de
IOO lieues d'étendue, de même nature que la
Guiane Hollandoife. On vient de voir que fes
colons ont tout fait pour forcer la nature à leur
prodiguer les richefles dont ils jouiffent. Dans
la Guiane Françoife, tout eft à faire.
Après la paix de 1763, qui fit du Canada une
polfeflion Angloife, la France crut pouvoir réparer cette perte, en établiffant dans la Guiane
une puilfante colonie capable de réfifter par elle-
lieues d'étendue, de même nature que la
Guiane Hollandoife. On vient de voir que fes
colons ont tout fait pour forcer la nature à leur
prodiguer les richefles dont ils jouiffent. Dans
la Guiane Françoife, tout eft à faire.
Après la paix de 1763, qui fit du Canada une
polfeflion Angloife, la France crut pouvoir réparer cette perte, en établiffant dans la Guiane
une puilfante colonie capable de réfifter par elle- --- Page 387 ---
A M- É R I Q UE.
même. aux attaques. étrangeres, & propre à. voler
dans l'occafion. au fecours de fes autres colonies. On deftina 15,.000,000 liv. à la réuflite
du projet; il étoit fagement conçu; mais.il fut
très-mal exécuté.
On s'égara d'abord fur le choix des colons
qu'on deftina pour la Guiane. On s'imagina que
quinze mille Aliemands qui quittoient un climat fain & tempéré >. pourroient foutenir les
travaux des défrichemens faus une région. brûlée
par la zone torride 2 refpirer fans danger l'air
humide & pluvieux des tropiques. On tenta
leur cupidité par des promeffes vagues & équivoques : comme fi on les eût voués à une perte
certaine, , on prit de fi fauffes mefures, qu'ils argiverent à leur funefte deftination dans la faifan des pluies. Au lieu de les placer dans l'ifle
de Cayenne s de leur préparer des logemens.,
des rafiaichilfemens > des fubfiftances, on les
jeta dans les déferts marécageux de la Guiane,
fous de mauvais hangars : c'eft-là que > condamnés à l'inaction pendant la longue faifon des
pluies,. à l'ennui > à la privation des premiers
befoins >- aux maladies contagieufes qu'enfante
lintempérie de l'air & la, mauvaife qualité des
fubliftances 3 la mort les, dévora prefque tous. Il
n'en réchappa que deux mille des plus robuftes >
qui retournerent en Europe, la remplirent de
Aa 4
hangars : c'eft-là que > condamnés à l'inaction pendant la longue faifon des
pluies,. à l'ennui > à la privation des premiers
befoins >- aux maladies contagieufes qu'enfante
lintempérie de l'air & la, mauvaife qualité des
fubliftances 3 la mort les, dévora prefque tous. Il
n'en réchappa que deux mille des plus robuftes >
qui retournerent en Europe, la remplirent de
Aa 4 --- Page 388 ---
A M É RI QU E.
tontes les clameurs, de toutes les imprécations
qu'arrache le défefpoir, criant vengeance contre
les auteurs d'un projet qui avoit caufé leur ruine;
& donné la plus cruelle mort à treize mille de
leurs compatriotes.
Depuis, la France femble avoir perdu de vue
fa miférable colonie qui fublifte encore dans le
continent de la Guiane. Elle ne confifte qu'en
1300 perfonnes libres & huit mille efclaves,
qui, difperfés far 1OO lieues de côtes,y vivent
fans loix, fans police, fans émulation : aufileurs
produétions font elles-mêmes au : deffous de
leurs foibles moyens. En 1774, les denrées
qu'emporterent de ce pays les bâtimens venus
de l'Amérique feptenttionale, de la Martinique, de la Guadaloupe > ne s'éleverent pas a
100, Q0O liv. & celles que la métropole reçut,
ne palferent pas 488, 598 liv.
La colonie de P'ifle de Cayenne, quoiqu'an
peu mieux réglée, eft encore moins riche.
Depuis 1752il n'en eft fortique de très-petites
quantités de fucre, de roucou, de coton, de café,
de cacao. On n'y compte que 99 familles Françoifes, 128 Indiens libres, & 15oo efclaves. Dans
toute l'ille qui peur avoir 14 à 15 lieues de circonférence, on ne trouve qu'un feul bourg formé
par un amas de baraques, entaffées fans ordre,
fans aucune commodité, & où regnent pendant --- Page 389 ---
A M É R I Q U E.
l'été d'affez fréquentes fievres. Il eft défendu par
un chemin couvert, utl large follé, un rempart
de terre > & par cinq baftions. Au milieu du
bourg, eft une hutte affez élevée, dont on a
fait une redoute appeliée le fort, où 40 hommes
pourroient encore capituler après la prife de la
place. L'entrée du port n'a guere que 13 pieds
d'eau; les navires pourroient toucher à quatorze ;
mais heureufement la vafe eft molle, & on peut
la labourer fans danger.
Les malheurs qu'a effuyés Pifle de Cayenne 2
ont dû retarder, méme empécher fon accroiffement. Ses premiers habitans s'attachoient à faire
yaloir leurs plantations > y cultivoient avec un
commencement de profpérité le fucre, le coton
B le roucou. Le profit qu'ils faifoient fur le
produir de ces cultures, excita la jaloufie des
Hollandois qui éroient en pollellion de nous vendre les mêmes denréss. Ils envoyerent des vaiffeaux pour attaquer lifle dont ils s'emparerent.
Une efcadre commandée par M. d'Eftrées les
en chaffa, & les François y rentrereit en plus
grand nombre qu'ils n'étoient auparavant. Les
anciennes cultures furent reprifesavecardeur p:les
Flibuftiers y apporterent une partie des tichefies
qu'ils avoient enlevées dans les mers du fud:
cafin cette colonie devenoit riche &: floriffante,
lorfqu'elle s'avifa de fe joindre aux Flibuftiers
.
Une efcadre commandée par M. d'Eftrées les
en chaffa, & les François y rentrereit en plus
grand nombre qu'ils n'étoient auparavant. Les
anciennes cultures furent reprifesavecardeur p:les
Flibuftiers y apporterent une partie des tichefies
qu'ils avoient enlevées dans les mers du fud:
cafin cette colonie devenoit riche &: floriffante,
lorfqu'elle s'avifa de fe joindre aux Flibuftiers --- Page 390 ---
A M É R I Qu E.
pour aller furprendre & piller Surinam. Certe entreprife leur réuffit mal. Une partie des Cayennois y périt fous le fer des Hollandois; les au:
tres faits prifonniers, furent tranfportés aux Antilles, où l'efpérance d'une meilleure fortune
les fixa. La colonie ne s'eft jamais remife de
cette perte & l'injuftice commife contre Surinam la pourfuir encore.
En réfumant la valeur des marchandifes &
effets que l'Amérique méridionale fournital'Europe, elle fe trouve moriter
à.
139,643, 818 liva
Joignez-y le produit
des Antilles qui s'éleve à 267, 293, 171
Celui de l'Amérique
feptentrionale eftimé... 149, 429., 606
Le prix des marchandifes qu'on tire des Indes
otientales -
149, 548, 454
Le Commerce d'Afrique qu'on peut évaluer.
80,000, 000
TOTAL.
785, 915,049 liv.
D'après ces calculs, vous aurez un état général
de la valeur de toutes les marchandifes & effets,
que l'Europe tire annuellement des trois autres
parties du inonde. Les négocians Européens ob. --- Page 391 ---
A M É R I Q U F.
giennent cette immenfe quantité de denrées avec
celles que fourniffent leur induftrie, leurs manufactures & les productions de leur fol, mais
d'un prix bien inférieur à celles qu'ils achetent.
C'eft fur le profit qu'ils font > qu'eft fondée
leur fortune. Chacun y a une plus grande ou
une plus petite portion felon les fonds qu'ii hazarde, felon fon activité 2 2 fon économie, & la
juftelfe de fes fpéculations.
I m'ef tombé deux Lettres entre les mains >
fune fur les voyages autour du monde ; Pautre
Jur la recherche d'un pallage d'Europe aux Indes
orientales, ou par le nord-ef des mers feprentrionales de l"'Europ:, ou par le nord-ouef de
fAmérique feptentrionale : j'ai cru que ces deux
écrits pouvoient trouver leur place à la fuite de
Eef extrait du Tableau général du Commerce. --- Page 392 --- --- Page 393 ---
-
CIA
dfo
à> AA
L E d0 d T T R E
SUR LES VOYAGES
AUTOUR DU MONDE.
Avaxs la découverte du nouveau monde, &
fnême quelque temps après, l'exiftence des Antipodes étoit règardée comme ue opinion qu'on
condamnoit même comme une erreur. Les fréquens voyages autour du monde ont prouvé que
la terre avoit une figure fphérique, qu'elle étoit
par-tout habitée, > à l'exception des parties les
plus voilines des poles 5 que de fes habicans. > les
uns avoient le jour, quand les autres avoient
la nuit : il a donc fallu reconnoître qu'ilyavoit
des Antipodes; & ce qui paffoit autrefois pour
nne erreur > eft aujourd'hui une vérité déinontrée.
Fernand Magellan eft le premier qui en fait
la preuve, > & le premier qui ait entrepris un
voyage autour du monde. Ce grand homme s
l'exception des parties les
plus voilines des poles 5 que de fes habicans. > les
uns avoient le jour, quand les autres avoient
la nuit : il a donc fallu reconnoître qu'ilyavoit
des Antipodes; & ce qui paffoit autrefois pour
nne erreur > eft aujourd'hui une vérité déinontrée.
Fernand Magellan eft le premier qui en fait
la preuve, > & le premier qui ait entrepris un
voyage autour du monde. Ce grand homme s --- Page 394 ---
382 LETTRE SUR LES VoYAGES
mécontent du Roi de Portugal , paffa au fervice de
celui de Caftille. Illui fit agréer le projet d'aller
aux Moluques pat ur autre chemin que par celui
du Cap de Bonne : Efpérance. Pour y réuffir;;
il falloit trouver un paffage à l'oueft de la mer
du nord, dans un autre Océan. Magellan conjeétura qu'il pourroit le découvrit à l'ektrémité
du grand continent de l'Amérique méridionale;
en ignoroit jufqu'ou s'étendoit cette extrémité,
& ce fut avec beaucoup de peine que le Confeil
d'Efpagne fe détermina à faire la recherche que
lui propofoit Magellan : Cil n'adopta fon projet
que dans l'efpérance, s'il réufliffoit, d'enlever aux
Portugais les Mcluques & le riche Commerce
des épiceries.
- Le Roi d'Efpagne fit équiper cing vaiffeaux
dont il donna le commandement à Magellari.
Ce navigateur s'embarqua à Séville au mois
d'Août 1519. Il côtoya le Bréfil, & continuia
fa route le long de la Pentagonie jufqu'an 52€.
degré de latitude méridionale. Ce fut à cette
hauteur entre la côte des Pentagons, & une terre,
ou plutôt une longue fuite d'ifles, , qu'on appelle
la Terre de Feu, qu'il trouva le détroit auquél
par la fuite on donna fon roin. Lorfque M.=
gellan l'eut paffé après bien des dangers, & des
contradictions de la part de ceux qui l'accompagnoient, & quand ilfe vit un chemin ouvert,
52€.
degré de latitude méridionale. Ce fut à cette
hauteur entre la côte des Pentagons, & une terre,
ou plutôt une longue fuite d'ifles, , qu'on appelle
la Terre de Feu, qu'il trouva le détroit auquél
par la fuite on donna fon roin. Lorfque M.=
gellan l'eut paffé après bien des dangers, & des
contradictions de la part de ceux qui l'accompagnoient, & quand ilfe vit un chemin ouvert, --- Page 395 ---
A UT O U R DU M O N D Ei 38;
pour enrrer dans une mer oppofée à celle du
nord, il verla des larmes de joie, & il donna
le nom de Cap defiré, 3 à la pointe de terre oit
il découvrit pour la premiere fois la mer du fud.
Magellan n'eut pas moins befoin de tout fon
courage pour traverfer la nouvelle mer dans laquelle il venoit d'entrer, qu'il lui en avoit fallu
pour la trouver. A la vérité, pendant près de
quatre mille lieues que les Efpagnols parcoururent fur cet Océan > ils n'y effiycrent aucune
tempête, ; à peine remarquerent- t-ils quelque agitation dans les eaux > CC qui lui fit donner le
noin de mer Pacifique : mais pendant une fi longue route , leurs provifions furent confommées;
ils fouffrirent toutes les extrémités de la faim &
de la foif, au point qu'ils furent forcés de inanger de vieux cuirs, & de boire leur urine. Telle
étoit leur affreufe fituation s lorfqu'il aborderent
aux ifles des Larrons, appellées depuis les ifles
Mariannes. Après s'y être rafraichi, Magellan
continua fa navigation > & parvine aux ifles
Philippines., fituées à l'extrémité orientale de
T'Afie; mais ayant débarqué à l'ifle de Machan,
ily fit tué dans une querelle où il prit parti
mal-i-propos contre un des Princes du pays.
Après fa mort, Sébaftien Cuno monta fon vaiffeau nommé la Viéoire; &: Jean Serrano, avec
Edouard Barbofa, 2 furent choilis pour commander --- Page 396 ---
384 LITTRESUR LES VOYAGES
if placc: Ces navigateurs ne perdirent pointy
de temps pour aller chercher les Moluques. Ils
y arriverent le 7 feptembie 1521; & après y
avoir fait les obfervations néceffaires pour inftruire le Confeil de Madrid de la fituation de
ces ifles; de leur nombre; de leurs précieufes
productions; 5 de leur Comnierce avec les Portugais, ils prirent le cheinin de l'Europe par le
Cap de Bonnd-efpérance ; & après avoir perdu
la plus grande partie de leuts équipages, ils arriverent enfin en Efpagne, & ils débarquerent
dans le port de San-Lucar, près Séville, le
i feptembre 1522. Le total du voyages fuivant
Feftimation des Caftilians, fur de quatorze mille
quatre cents foixante lieues d'Orient en Occident. Ils remarquerent avec une très-grande fars
prife que le jour de leur arrivée, qu'ils croyoient
être le 6 feptembre; étoit réellenient le 7. C'eft
la premiere fois qu'on a eu lieu de faire cetté
obfervation , fi fouvent réitérée depuis; qu'en naviguant autour du monde, fuivant le cours du
foleil, on gagne un jour en trois ans, comme
on en perd un, fi on fait la route en fens contraire. Ce n'eft que par cette navigation qu'on a
commencé d'être parfaitement certain del la fphé:
récité de la terre > & de l'exiftence des Antipodes
Le détroit découvertdans ce premier voyageautour
du monde, fut d'abord appellé de la Viétoire, du
nom
itérée depuis; qu'en naviguant autour du monde, fuivant le cours du
foleil, on gagne un jour en trois ans, comme
on en perd un, fi on fait la route en fens contraire. Ce n'eft que par cette navigation qu'on a
commencé d'être parfaitement certain del la fphé:
récité de la terre > & de l'exiftence des Antipodes
Le détroit découvertdans ce premier voyageautour
du monde, fut d'abord appellé de la Viétoire, du
nom --- Page 397 ---
AU T.O U R D U M 0 N 1 D E, 38;
nom du vaiffeau qui le premier y étoit entré ;
mais depuis on lui a donné 1 avec plus de juftice
le nom célebre de Magellan. Ce
navigateur a
été plus heureux que Chriftophe Colomb qui
fit la découverte de l'Amérique, & ne lui a
lailfé fon nom..
Pas
C'étoit fans doute beaucoup d'avoir trouvé le
détroit de Magellan pour faciliter la communication entre l'ancien & le nouveau monde :
mais le paffage eft également long & dangereux. Ce détroit s'étend fur environ cent onze
lieues fur deux côtes ftériles * hériffées de
montagnes affreufes, couvertes de glaces & de
neiges éternelles. Ses rivages en général n'offrent
niabri sir,ni endroits commodes pour relâcher.
Les Efpagnols tenterent- d'y former un établiffement dans un lieu qui leur parut le plus habitable; mais après avoir reconnu que le pays ne
produifoit rien d'utile pour les vaiffeaux &
le Commerce, ils ont négligé, & enfin aban- pour
donné leur projet. Une région Gi
Pauvre
ne devoit pas tenter les poffeffeurs du Pérou
& du Mexique : cependant, malgré toutes les
incommodités & les dangers du détroit de
Magellan > les navigateurs qui depuis 1522
jufqu'en 1617 ont fait le voyage autour du
monde ,n'ont point connu d'autre paffage
entrer de la mer du nord dans celle du fud:. pour
B b --- Page 398 ---
386 LITIRESURINS VOYAGES
ce fat par cette route que navigerent Drake ;
Cavendish & Spilbergen.
Vers le commencement du dix - feptieme fiecle une circonftance finguliere fit trouver audeffous du détroit de Magellan un pafage pour
entrer dansla mer du fud, beaucoup plus court
& beaucoup plus commode.
Une charte exclufive accordée par les Erats
de Hollande, à la Compagnic des Indes orientales, défendoit le Commerce de l'Inde par
d'autres routes que celle du Cap de Bonne1e du côté de lOrient, & de celle du
Efpérance >
détroit de Magellan , du côté de l'Occident. Plufieurs riches marcharrds Hollandois quinégocioient
pour leur compte, fans être de la Compagnie,
furent très-mécontens du privilege qu'elle venoit d'obtenir. Ils projeterent de chercher une
route aux Indes orientales 2 autre qie celles permifes par la charte des Etats-Généraux. Ifaac
le Maire & Guillaume Schouten imaginerent
qu'ils la trouveroient en tirant droit au midi
au-delà du détroit de Magellan & de la Terre
de Feu, entre laquelle & la pointe méridionale
de T'Amérique s'étend le détroit. Ils penferent
qu'en naviguant depuis 54 jufqu'à 60 degrés de
latitude méridionale, ils auroientou la mer libre,
ou un continent entre lequel & la Terre de Feu,
ils pourroient fc frayer un paffage de la mer du
en imaginerent
qu'ils la trouveroient en tirant droit au midi
au-delà du détroit de Magellan & de la Terre
de Feu, entre laquelle & la pointe méridionale
de T'Amérique s'étend le détroit. Ils penferent
qu'en naviguant depuis 54 jufqu'à 60 degrés de
latitude méridionale, ils auroientou la mer libre,
ou un continent entre lequel & la Terre de Feu,
ils pourroient fc frayer un paffage de la mer du --- Page 399 ---
A UTO U R DU M O N D E. 387
nord dans celle du fud. Occupés de ces idées,
fans aucune efpérance d'un fuccès certain, fur
de fimples conjedures, ces hardis navigateurs
équiperent à leuts frais quelques vailleaux,' dont
le commandement fut donnéi Guillaume Schouten & à Jacques le Maire, fls d'lfaac, marins
également inftruits & expérimentés. Ils tinrent
le plus grand fecret fur l'objet de leur voyage,
& partirent de Hollande le 14 juin 1615. Après
différentes. courfes pour déguifer leur marche,"
ils arriverentle 18 janvier I61G aux ifles Scbaldes,
peu éloignées du décroit de Magellan qu'ils reconnurent : alors ils fe porterenràla partie la.plus
méridionale de la Terre de Feu, & li leurs conjectures fe trouverent vérifices. Ilsr remarquerent
qu'i la latitude méridionale de 54 degrés 46
minutes, il s'étendoit une terre vis-à-vis de celle
de Feu, & qu'entre ces deux terres il fe préfentoit un canal. Ils rifquerent de l'emboncher
& le palferent du 24 au 25 janvier 1616,en s
moins de vingt-quatre heures. Au bout de ce
canal à l'oueft,. Schouten & le Maire fe trouverent dans la mer du fad. Ils appellerent terre
des Etats celle qui s'étend le long du canal vis..
à-vis la Terre de Feu 5 & le canal fut appellé
le détroit de le Maire, nom qu'il a confervé:
Nos navigateurs fe trouverent au comble de
leurs vaeux; le palfage à la mer du fad qu'ils
Bb 2 --- Page 400 ---
383 LETTRE SUR EES VOYAGES
venoient de découvrir, étoit infiniment plus court
& plus commode que le détroit de Magellan.
Perfuadés qu'ils n'avoient point contrevehu à
la charte accordée à la Compagnie des Indes
orientales, ils dirigerent leur courfe par la mer
du fud, & arriverent à Batavia le 28 oStobre
:1616 : mais le ier, novembre fuivant, le Préfident de la Compagnie les fit arrêter prifonniers, & confifqua leurs vaiffeaux, fous prétexte
que, contre la prohibition porrée par la charte,
ils étoient entrés aux Indes orientales par la route
du détroit de Magellan. Schouten & le Maire
fe plaignirent inutilement de la violence qu'on
exerçoit contre eux. Ils protefterent en vain qu'ils
n'étoient point venus aux Indes orientales par
aucun des paffages exprimés par la charte, &
notamment par le détroit de Magellan, > mais par
un autre paffage qu'ils avoient eux - mêmes découvert, & qui par la fuite feroit très-avantageux
au Commerce de leurs compatriotes, & de tous
les négocians en général. On n'écouta point des
malheureux qu'on avoit intérêt de perdre. On
leur répondit froidement que les brillantes découvertes dont ils fc vantoient, n'étoient qu'un
tiffu d'impoftures, & on les renvoya en Hollande
pour y être jugés. Le Maire ne furvécut pas
long-temps à fon malheur. Il mourut de chagrin en route près de l'ife Maurice,le 22 jan-
otes, & de tous
les négocians en général. On n'écouta point des
malheureux qu'on avoit intérêt de perdre. On
leur répondit froidement que les brillantes découvertes dont ils fc vantoient, n'étoient qu'un
tiffu d'impoftures, & on les renvoya en Hollande
pour y être jugés. Le Maire ne furvécut pas
long-temps à fon malheur. Il mourut de chagrin en route près de l'ife Maurice,le 22 jan- --- Page 401 ---
A U T O U R D U M 0 N D E. 3 89
vier 1617. Ses compagnons d'infortune arriverent
en Hollande le 18. juillet faivant. Ce voyage
autour du nonde fur le plus court de rous ceux
qui avoientrété faits auparavant: ; il fe termina en
deux ans & dix jours : cel ui de Cavendish qu'on
aregardé comme un des plus heureux, avoitduré
deux ans & deux mois ; Magellan avoit employé
trois ans & quelques joursau fien. C'eft le temps
qu'on met ordinairement à ces fortes de voyagese
Lapoltérité &clesHellandois eux-mêmes ont été
obligésderèndre àle Maire toute lajuftice que mé.
ritoitune découverte aufli importante & audi utile
que cellequ'ila faite. Tous lesnavigateurs quidepuis ont voulu entrer de la mer du nord dans celle
du fud, ont abandonné le détroit de Magellan :
& ont toujours paflé par celui de le Maire,comme
beaucoup plas court & moins périlleux; il n'eft
cependant pas fans danger.. En fortant du canal, lorfqu'on- veut doubler le Cap Horn, fouvent O11 fe trouve expofé à de violens ouragans
& aux plus furieufes tempères. Elles détruifirent
en 1740 une efcadre que les Efpagaols avoient
envoyée à la fuite del l'Amiral Anfon, & l'Amiral
Anfon lui-même ne fc fauva qu'après avoir lutté
pendant trois mois contre les vents & les orages, x
qui le réduifirent aux dernieres extrémités. Malgré ces inconvéniens, on continuera probablement de fuivre cette route, jufqu'àce que quelBb 3 --- Page 402 ---
390 LETTRE: SUR LES VOYAGES
que heureux navigateur, en doublant toutes-les
terres & en s'avançant aul fnd, trouve la pleine
mer oi on pourroit éviter les dangers anxquels
on eft expofé en doublant le Cap Horn.
Les voyages autour du monde les plus célebres, faizs depuis le Maire &: par le détroit auquel il a donné fon nom, font ceux de Dampier, de Rogers, de, PAmiral Anfon,de Bougainville, du capitaiue Cook 3 & de quantité
d'autres moins remarquables. Gemelli a fait aufli
un voyage autour du monde ; mais il a cette
fingulariré, que ce voyageur l'a fait en grande
partie par terre, fans paffet ni par le Cap de .
Bonne-E/pérance, ni par le détroit de le Maire.
Il s'embarqua à Naples le IO juin 1693,alla
à Malthe, en Egypte qu'il parcourut par terre.
Il reprit la met à Alexandrie pour fe rendre à
Conftantinople. Après avoir vifité les cours du
Grand-Seigneur, du Sophi de Perfe, du Mogol
& de l'Empéreur de la Chine, ils'embarqua à
Manille pourleMesiquc: :il parcourut cet Empire
par terre depuis Acapulco jufqu'à Véra- Cruz,
d'où il parti: pour l'E(pagne > & rentra enfin
dans Naples le 3 décembre 1698. Ce voyage
dara environ cing ans > cinq mois & vinge
jours.
Je né puis finir cette lettre fans vous faire
patt d'une réfexion très-judicicufe d'un auteur
& de l'Empéreur de la Chine, ils'embarqua à
Manille pourleMesiquc: :il parcourut cet Empire
par terre depuis Acapulco jufqu'à Véra- Cruz,
d'où il parti: pour l'E(pagne > & rentra enfin
dans Naples le 3 décembre 1698. Ce voyage
dara environ cing ans > cinq mois & vinge
jours.
Je né puis finir cette lettre fans vous faire
patt d'une réfexion très-judicicufe d'un auteur --- Page 403 ---
A U T. - 0 U R D U M o N D E. 39*
moderne. Tous CES célebres navigateurs, dit-il,
qui ont travaillé à la découverte du nouveau
monde, & à ouvrir la communication de deux
hémifpheres, ont acquis une gloire plus pure
& bien fupérieure à celle des conquérans ordinaires. Sans ravager des Etats, & fans tourmenter les peuples, ils ont découvert plus de pays,.
qu'Alexandre n'ena dévaftés, & ant enrichi l'ancien monde de toutes les productions naturelles,
& de tous les ufages utiles du nouveau. Heureufe l'Amérique, fi tous ceux qui l'ont conquife euffent penfé & agi comme ces paifibles
voyageurs!
J'ai l'honneur d'ètre, Monfieur, 8cc. 13 décembre 1784.
Ar
STHN
Bb 4 --- Page 404 ---
392 LETTRE SUR LA RECHERCHE DU PASSAGE
LETTR E
Sur la recherche du paffage aux Indes
orientales par lc nord-eft des mers
feptentrionales de PEurope 0e 3 ou" par
le nord-o ouefl de Amériguefipechtrionale,
Lisn Indesorientales , & tous les pays del Tun&
l'autre hémifphere fituésà fOrient, produifent en
or, en argent, en diamans & autres pierres précieufes, en marchandifes rares & de luxe, tout
ce qui peur exciter & flatter la cupidité des hommes 5 mais la longueur & les dépenfes exceffives des voyages d'Europe aux Indes orientales,
par la route du Cap de Bonne-Efpérance, ou
par celle des détroits de Magellan & de le.Maire,
ont engagé toutes les nations commergantes.,
& fur-tout les Anglois & les Hollandois, à
chercher s'il ne feroit pas poflible de trouver un
chemin plus court & plus sûr, & on a formé
plufieurs projets pour y parvenir.
Le premier a été de couper l'ifthme de Suès
en Egypte > & d'ouvrir un canal qui donne-
ales,
par la route du Cap de Bonne-Efpérance, ou
par celle des détroits de Magellan & de le.Maire,
ont engagé toutes les nations commergantes.,
& fur-tout les Anglois & les Hollandois, à
chercher s'il ne feroit pas poflible de trouver un
chemin plus court & plus sûr, & on a formé
plufieurs projets pour y parvenir.
Le premier a été de couper l'ifthme de Suès
en Egypte > & d'ouvrir un canal qui donne- --- Page 405 ---
AUx INDES ORIE N T A L E S. 393
roit paflage à la Méditerranée dans la mer
Rouge, & de celle-ci - dans l'Océan indien par le
détroit de Babel-Mandel. Les anciens l'ont entrepris plulieurs fois; ; mais l'expérience a enfin
convaincu qu'ils avoient commencé un ouvrage
impoflible; &c quand il ne l'auroit pas été, il
auroit produit l'entiere fubmerfion de l'Egypre,
attendu que la Méditerranéeal beaucoup plusd'élévation que la mer Rouge.
Quand ce projet fut recomu impraticable, 2 foit
pat limpolibilité de couper l'ifhme, 3 foit par
ies malheurs qui en réfulteroient, il fat propofé
de fe procurer un autre paffage par l'ifthme Darien, qui joint lesdeux continens de l'Amérique
feptentrionale & de l'Amérique méridionale,
& qui auroit ouvert la communication de la
mer du nord avec la mer du fud. On vit bientôr que ce nouveau projet n'étoit pas moins chimérique que le premier, qu'il étoit d'une difficulté infurmontable pat ia hauteur étonnante
des moutagnes qu'il auroit fallu abattre, & qui
couvroient cn largeur un elpace dess à 30 lieucs
de pays. A cet obftacle naturel, & à quantité
d'autres fe joignoit le nombre prodigieax d'hommes, les fiecles qu'il auroit fallu employer à cette
entreprife : de plus, onr remarqua que la diftance
de PEarope, & fur-tour de l'Angleterre &
de la Hollande i la côre de Coromandel, ait --- Page 406 ---
394 LETTRE SUR LA RECHERCHE DU PASSAGE
golfe de Bengale, à Java & à toutes les Indes
orientales, étoit beaucoup plus grande en traverfant l'ifthme Darien, qu'en faifant la routé
ordinaire du Cap de Bonne - Efpérance: : enfin il
n'auroit pas été pollible de revenir par ce nouveau paffage des Indes orientales en temps convenable, à caufe des vents alifés contre lefquels
il auroit fallu faire cours pendant la plus grande
partie du voyage.
Quand on eut abandonné tous ces projets s
on chercha, fi dans l'étendue du globe, la nature elle- même n'avoit pas ouvert uln pallage
par lequel les Européens pufent faire le voyage
des Indes orientales en moins de temps & avec
moins de difficulté. On ne pouvoit le chereher
que dans deux différentes partics du globe : l'une
au nord-queft de l'Amérique feptentrionale, &
l'autre au nord-eft par les mers feptenttionales
de l'Europe & de l'Afie. Les tentatives faites
par les Anglois & les Hollandois, nations principalement intéreffées à cette recherche, ont été
jufqu'à préf@sinfiuduenfes. La rigueur du froid
dans ces climats affreux > les malles énormes 2
lesifles de glace qui flottent continuellement dans
ces mers > rendroient probablement ces palfages
inutiles, en fuppofant même qu'ils fuffent poffibles, & que la diftance du chemin fiit moins
grande que par la route ordinaire. L'expérience
Hollandois, nations principalement intéreffées à cette recherche, ont été
jufqu'à préf@sinfiuduenfes. La rigueur du froid
dans ces climats affreux > les malles énormes 2
lesifles de glace qui flottent continuellement dans
ces mers > rendroient probablement ces palfages
inutiles, en fuppofant même qu'ils fuffent poffibles, & que la diftance du chemin fiit moins
grande que par la route ordinaire. L'expérience --- Page 407 ---
AUX INDES ORIENTALES, 395
n'a que trop fait éprouver les dangers, &c les
malheurs qui accompagnent les longs voyages
dans les mers du nord, où indépendamment des
autres obftacles, la maladie du fcorbut fait les
plus terribles ravages fur les hommes qui, pendant la plus grande partie du voyage, n'ont d'autre nourriture que des viandes falées, & quelqucfois des alimens encore plus mal-fains.
Les premiers qui eurent le courage de s'expofer à ces dangereufes recherches, furent deux
Anglois > Sir Hugues Willougbi & Richard
Chancellor. Le'Gouvernement leur donna en
1606 trois vaiffeaux , avec ordre de chercher,
& de trouver, , s'il étoit pollible, un pallage au
nord-eft, qui par la mer de Tartarie conduiroit-aux Indes orientales. Cette entreprife étoit
alors d'autant plus diflicile, qu'on n'avoit que
très-pea de connoiffance des mers du nord.
A peine favoit-on que les Rufles exiftaffent.
A la wériré, les Hollandois, dix ou douze ans
auparavant, en naviguant par la pleine mer du
midi au nord , avoient découvert le Spidsberg qui
s'étend depuis 76 jufqu'à So degrés de latitude
feptenttionale 5 mais uniquement occupés du
profit que leur procuroit la pêche de la baleine,
ils s'embarrallerent fort peu de s'inftruire de la
polition des lieux même les plus voifins; de forte
que lorfque Willougbi & Chancellor partirent --- Page 408 ---
396 LETTRE SUR LA RECHERCHE DU PASSAGE
en 1606 d'Angleterre pour leur expédition, O11
n'avoit que des connoiffances très- -imparfaites fur
lc Groëland, , la nouvelle Zemble, la Laponic,
la Sibérie : aufli, faute d'avoir des notions exaétes
fur ces différens pays > l'entreprife eut la plus
funefte ifne.
Dès le commencement 2 les mauvais temps
féparerent Chancellor de fon compagnon de
voyage, & il ne le rejoignit plus. Jeté fur
les côres de la Rullie, il, arriva par hafard dans
la baie de Saint - Nicolas, qu'ilapprit appartenir au Czar, & qui n'étoit nullement connue
en Angleterre. Il fe fit conduire à la Cour de
ce Prince,avec lequel il eut le bonheur de conclure un traité de Commerce : enfuite > défefpérant de ne poavoir retrouver Willougbi, il
retourna dans fa patrie pour faire part-; à.f fes
conpatriotcs de fes découvertes & de fon heuicufe négociation.
A l'égard de Sit Hugues Willongbi 3 fon
fort fat des plus funeftés; après avoir erré pen*
dant quelque temps pour chercher Chancellor,
à T'approche de Thiver il fe trouva à 72 degrés
de latitude feptentrionale dans un port de Laponic qui lui étoit inconnu. Lc pays lui parut
de
mème inhabité, parce qu'a cqmmencement
la faifon des neiges & des glaces, les habitans
fc retirent dans lintéricur des terres, oùt le froid
Hugues Willongbi 3 fon
fort fat des plus funeftés; après avoir erré pen*
dant quelque temps pour chercher Chancellor,
à T'approche de Thiver il fe trouva à 72 degrés
de latitude feptentrionale dans un port de Laponic qui lui étoit inconnu. Lc pays lui parut
de
mème inhabité, parce qu'a cqmmencement
la faifon des neiges & des glaces, les habitans
fc retirent dans lintéricur des terres, oùt le froid --- Page 409 ---
AUX INDES ORIENTALES 397
eft moins vif que fur les côtes de la mer qu'ils
ne fréquentent ordinairement que pendant l'été.
Willougbi fut forcé de paffer l'hiver dans une
fi fâcheufe polition. L'année fuivante quelques
Anglois qui alloient à la pèche de la baleine, >
aborderent par hafard au même endroit. Ils reconnurent les deux vaifleaux de Willougbi : mais
lui &c les hommes de fon équipage, aur nombre de
71,étoient morts de froid, Ils trouverent aufli fon
journal qui contenoit le récit de fa malheureufe
expédition pendant le temps qu'il avoit pu écrire.
On porta le corps de Willougbi en Angleterre,
où le Gouvernement lui fit faire des fanérailles
honorables.
Le défaftre de Willougbi & de quelques
autres infortunés que les Hollandois laifferent
en 1634 au Groëland & au Spidsberg, pour y
palfer Thiver, & qu'on y trouva tous morts l'année fuivante, fit tant d'impreflion fur les cfprits,
que, depuis, perfonne , Anglois ou Hollandois,
n'a ofé continuer la recherche d'un pallage aux
Indes orientales par la mer Glaciale. On connoit
cependant aujourd'hui beaucoup mieux qu'en
1634 les côtes du Groëland, de la nouvelle
Zemble 2 de la Sibérie, de la Tartarie : cela
pourroit enhardir à quelque tentative ; mais ces
climats affreux offrent tant de dangers & tant
d'obltacles, que les plus intrépides navigateurs --- Page 410 ---
398 LETTRE SUR LA RECHERCHE DU PASSAGE
ne veulent plus s'expofer. D'ailleurs on paroit
convaincu que le voyage à la Chine & aux Indes
orientales pat la mer Glaciale, fuppofé qu'il fût
poflible, feroit beaucoup plus long & plus dans
gereux que celui qu'on a coutume de faire par
la route ordinaire du Cap de Bonne-Efpérances
Ceux quis'opiniatrent à foutenir que ce voyage
eft poflible > difent que jufqu'à préfent s'il n'a
pas réuffi, c'eft qu'on a toujours craint de s'éloigner des terres & de s'approcher du pole; qu'on
a mal-à-propos été effrayé par la quantité prodigieufe de glaccs, dont on fuppofe que les mers
feptentrionales font couvertes 5 pour les éviter,
ajoute- t -on, il faudroitd'abord fe porter au Cap
nord en Norwege, & delà diriger fa route droit
au pole, la hauteur de S5 degrés, où il eft
probable qu'on trouve la pleine mer > dans laquelle il n'y a point oul peu de glaces: travers cette mer on gagneroit les côtes de Tar-,
tarie,d'ohparle Kamchatfcha la route aul Japon
& à la Chine eft connue. On calcule qu'en partant du Cap nord en Norwege, vers le milieu
de mai, même vers le commencement du mois
de juin, on auroit le temps de doubler le fameux Cap de Schalaginskoi,sile en étoit befoin,
& d'arriver au Kamchatfcha, ou dans quelques
ports voifins, avant la fin d'aoûit.
Ce voyage fxit dans le cabinet, fur des cartes
,d'ohparle Kamchatfcha la route aul Japon
& à la Chine eft connue. On calcule qu'en partant du Cap nord en Norwege, vers le milieu
de mai, même vers le commencement du mois
de juin, on auroit le temps de doubler le fameux Cap de Schalaginskoi,sile en étoit befoin,
& d'arriver au Kamchatfcha, ou dans quelques
ports voifins, avant la fin d'aoûit.
Ce voyage fxit dans le cabinet, fur des cartes --- Page 411 ---
AUX INDES ORIENTALES 399
dont les placemens ne font pas encore certains,
ce voyage qui n'a jamais été entrepris, & qui
probablement ne le fera jamais, eft fufceptible
de quantité d'objections.
1°, Si au Spidsberg qui s'étend depuis 76
jufqu'à 80 degrés de latitude nord, le froid y
eft f exceflif, qu'aucun homme n'y peut fubfifter, & que le pays eft inhabité, que fera-ce
à 8; degrés de latitude, às degrés du pole ?
Le froid ne fera-t-il pas fi vif, fi pénétrant, >
qu'il rendra la mer impraticable même au mois
de juillet, pendaut lequel on ne navige pas fans
danger fur les côtes du Spidsberg, du Groëland
&de la nouvelle Zemble ?
20, Arrivés à 8; degrés de latitude nord,
eft-on bien sûr de trouver la mer libre, fans
aucunes glaces, telle qu'on la fuppofe P n'y trouvera-t-on aucunes ifles, aucun continent ? S'il
s'en trouvoit, les glaces énormes qui s'y rencontreroient , ne boucheroient- elles pas les paf.
fages P n'arrèteroient - elles pas la navigation
qu'on ne prétend poflible dans les plus hautes
mers du nord, que parce qu'on les fuppofe dégagées de tout embarras que pourroient apporter
les glaces? Pourroit-on même efpérer de n'y
trouver, 2 que des glaçons flottans qu'il feroit facile
d'écarter avec de longs & forts bâtons armés de
fer, ainfi qu'en femblable circonftance l'a fait
M. Ellis dans la baie d'Hudfon.
-
qu'on ne prétend poflible dans les plus hautes
mers du nord, que parce qu'on les fuppofe dégagées de tout embarras que pourroient apporter
les glaces? Pourroit-on même efpérer de n'y
trouver, 2 que des glaçons flottans qu'il feroit facile
d'écarter avec de longs & forts bâtons armés de
fer, ainfi qu'en femblable circonftance l'a fait
M. Ellis dans la baie d'Hudfon.
- --- Page 412 ---
400 LETTRE SUR LA RECHERCHE DU PASSAGE
3°. Et-il bien vrai qu'à 85 degrés de latitude nord, on ne trouveroit point d'obftacle du
côté des glaces 2 Tout ce qu'on fait à cet égard,
ceft que le Capitaine Cook, arrivéà 71 degrés
de latitude auftrale, ne rencontra plus devant
lui qu'une vafte mer pleine de glaccs. couvertes
de neige, qui ne lui permirent pas de pénétrer
plus avant. N'y auroit-il pas lieu de craindre
le même obftacle à 5 degrés du pole boréal ?
Obfervez que M. Cook, à 71 degrés du pole
auftral étoit en pleine mer > fort éloigné des continens s qu'il ne manquoit ni de courage > ni
de hardieffe, ni d'expéricnce pour aller plus
loin,s'ill l'eût pu;qu'enfin fon voyage contredit
CC que dit M. de Baffon, que. les glaces fe forment auprès des terres, & jamais en pleine mer.
4°. Si vers la fin de juillet 7 ou le milieu
d'août 2 arrivé dans cette haute &c vafte. mer
qu'on fuppofe à 85 degrés de latitude boréale,
& dégagée de toutes. glaces, on fe trouvoit cependant embarraffé par celles formées entreles
ifles & les continens qu'on pourroit rencontrer,
fi on perdoit beaucoup de temps à écarter les
glaçons; fi le froid vif & pénétrant qu'on effuieroit à certains jours, retardoit la havigation,
de façon qu'on ne pâr plus arriver, au remps
donné > dans les ports de la Tartarie, ou retourner au Cap nord en Norwege, alors le
vailfeau
toutes. glaces, on fe trouvoit cependant embarraffé par celles formées entreles
ifles & les continens qu'on pourroit rencontrer,
fi on perdoit beaucoup de temps à écarter les
glaçons; fi le froid vif & pénétrant qu'on effuieroit à certains jours, retardoit la havigation,
de façon qu'on ne pâr plus arriver, au remps
donné > dans les ports de la Tartarie, ou retourner au Cap nord en Norwege, alors le
vailfeau --- Page 413 ---
AUx INDES ORTENTALES 401
vaiffeau arrêré dans fa courfe, feroit forcé de
paffer l'hiver dans cette vafte mer, &
fans reffource. 4
feroirperdy
5°. On fuppofe que, fans aucun obltacle, on
puiffe traverfer la haute mer à 85 degrés de latitude boréale, & qu'on arrive dans les
de Tartarie, même au Kamchatfcha fur la ports fin
du mois d'août, il faudra donc y paffer T'hiver,
& ce,ne fera que l'année fuivante
qu'on pourra
arriver àla grande ifle de Nyphon; tais tout
le monde fait que les mers qui environnent cette
ifle font fort orageufes ; qu'il eft très - difficile
de prendre terre fur les côtes hériffées de rochers
inabordables; que d'ailleurs le peu de ports qui
sly rencontrent font fermés pour toujours à toutes nations Européennes. S'il eft permis aux Hollandois d'y commercer, ils ne peuvent le faire
que parle port de Nagafacki, olon leur fait fouffrir des humiliations, que les Hollandois feuls
peuvent fupporter : ainfi tous les autres négocians de l'Europe ne doivent point efpérer d'entrer aul Japon. Il faudra donc qu'avec mille difficultés, ,à travers des mers inconnues, & fouvent agitées par les plus violentes tempètes, ils
aillent en Chine gagner le port de Canton, le
feulo quifoirouvert dans cevaftee empireaux nations
érrangeres. Après y avoir réglé leurs affires,
ils ne pourront retourner en Europe que l'année
Cc
fi tous les autres négocians de l'Europe ne doivent point efpérer d'entrer aul Japon. Il faudra donc qu'avec mille difficultés, ,à travers des mers inconnues, & fouvent agitées par les plus violentes tempètes, ils
aillent en Chine gagner le port de Canton, le
feulo quifoirouvert dans cevaftee empireaux nations
érrangeres. Après y avoir réglé leurs affires,
ils ne pourront retourner en Europe que l'année
Cc --- Page 414 ---
400 LETTRE SUR LA RECHERCHE DU PASSAGE
30. Et-il bien'v vrai qu'à 85 degrés de latitude nord, on ne trouveroit point d'obftacle du
côté desglaces : Tout ce qu'on fait à cet égard,
c'eft que le Capitaine Cook, arrivéà 71 degrés
de latitude auftrale, nc rencontra plus devant
lui qu'une vafte mer pleine de glaccs. couvertes
de neige, qui ne lui permiteint pas de pénérrer
plus avant. N'y auroit-il pas lieu de craindre
le même obftacle à 5 degrés du pole boréal ?
Obfervez que M. Cook, à 71 degrés du pole
auftral étoit en pleine mer, fort éloigné des continens > qu'il ne manquoit ni de courage > ni
de hardielffe, ni d'expérience pour aller plus
loin,s s'ill l'eût pujqu'enfin fon voyage contredir
ce que dit M. de Buffon, que les glaces fe forment auprès des terres, & jamais en pleine mer.
40. Si vers la fin de juillet, ou le milieu
d'août > arrivé dans cette haute & vafte. mer
qu'on fuppofe à 85 degrés de latitude boréale,
& dégagée de toutes glaces, on fe trouvoit cependant embarraffé par celles formées entreles
ifles & les continens qu'on pourroit rencontrer,
de
à écarter les
fi on perdoit beaucoup
temps
glaçons; f le froid vif & pénétrant qu'on effuieroit à certains jours, retardoit la navigation,
de façon qu'on ne pâr plus arriver, au temps
donné , dans les ports de la Tartarie, ou retourner au Cap nord en Norwege, alors le
vailfeau
toutes glaces, on fe trouvoit cependant embarraffé par celles formées entreles
ifles & les continens qu'on pourroit rencontrer,
de
à écarter les
fi on perdoit beaucoup
temps
glaçons; f le froid vif & pénétrant qu'on effuieroit à certains jours, retardoit la navigation,
de façon qu'on ne pâr plus arriver, au temps
donné , dans les ports de la Tartarie, ou retourner au Cap nord en Norwege, alors le
vailfeau --- Page 415 ---
AUx INDES ORTENTALES 401
vaiffeau arrêté dans fa courfe, feroit forcé de
paffer l'hiver dans cette vafte mer, & feroit
fans reflource. 6
perdy
5°. On fuppofe que, fans aucun obftacle, on
puiffe traverfer la haute mer à 85 degrés de latitude boréale, > & qu'on arrive dans les
de Tartarie, même au Kamchatfcha fur la ports fin
du mois d'août, il faudra donc y paffer l'hiver,
& ce.ne fera que l'année fuivante qu'on pourra
arriver àla grande ifle de Nyphon; mais tour
le monde fait que les mers qui environnent cette
ifle font fort orageufes ; qu'il eft très- diflicile
de prendre terre fur les côtes hériffées de rochers
inabordables; que d'ailleurs le peu de ports qui
sy rencontrent font fermés pour toujours à toutes nations Européennes. S'il eft permis aux Hollandois d'y commercer, ils ne peuvent le faire
que parle port de Nagafacki, oton leur fait fouffrir des humiliations, que les Hollandois feuls
peuvent fupporter : ainfi tous les autres négocians de l'Europe ne doivent point efpérer d'entrer au Japon. Il faudra donc qu'avec mille difficultés, ,à travers des mers inconnues, & fouvent agitées par les plus violentes. tempères, ils
aillent en Chine gagner le port de Canton, le
feul qui foit ouvertdans cev vafteempireaux nations
étrangeres. Après y avoir réglé leurs affaires,
ils ne pourront retourner en Europe que l'année
Cc --- Page 416 ---
402 LETTRE SUR LA RECHERCHE DU PASSAGE
fuivante. Le feront-ils par A les mers du nord
qu'ils auront parcourues, enle fuppofant pollible ? le voyage fera de quatre ans. Prendrontils la routé du Cap de Bonne - Efpéranice? il
fera de trois ans &c demi. Ainfi le voyage d'Europe à la Chine , & ailx Indes orientales par les
mers du nord, étant plus long & beaucoup plus
dangereux que par la route ordinaire, on prés
férera toujours celle-ci. On ne fera jamais tenté
de hafarder des vaifleaux richement chargés fur
des mers qu'on ne connoit point , & fur lefquelles on ne peut prévoir que les plusaffreux
inalheurs, joints à l'incertitude de trouverlepaffage qu'on cherche, & que probablement on ne
trouvera jamais. Le voyage dont il s'agit ne peut
être utilement entrepris que parles Ruffes. En partant de leur port de Tartarie ou du Kamchatfcha,
ils peuvent aller en très - peu de tempsà la Chine
quiles confine, & avec laquelle ils ont des traités
de Commerce. Les autres nations Européennes
n'ontpasles mêmes facilités. Elles pourroient peutêtre tenter l'entreprife, fi le détroit de Weigats
leur ouvroit un paffage libre dans la mer glaciale; mais tout le monde fait que l'Oby, le
Jéniféa qui tombent dans le détroit & au-deffus,
entraînent des glaces qui le rendent inabordable, & bouchent toute l'année l'entrée dans la
mer. Il faut donc conclure que de tous côtés le
ennes
n'ontpasles mêmes facilités. Elles pourroient peutêtre tenter l'entreprife, fi le détroit de Weigats
leur ouvroit un paffage libre dans la mer glaciale; mais tout le monde fait que l'Oby, le
Jéniféa qui tombent dans le détroit & au-deffus,
entraînent des glaces qui le rendent inabordable, & bouchent toute l'année l'entrée dans la
mer. Il faut donc conclure que de tous côtés le --- Page 417 ---
AUx INDES ORTENTALES, 403
voyage d'Europe à la Chine & aux Indes orientales, par la mer du nord, eft abfolument im*
praticable, &t que, quand même il feroit pof
fible , il deviendroit inutile par les dangers &
les longueurs de l'allée & du retour. Voyons
maintenant ce qu'on peut cfpérer, à cet égard,
en dirigeant la courfe par les mers feptentrionales de l'Amétique.
La baie d'Hudfon a été long-temps regardée
comme la route la plns courte pour paffer de
l'Océan Atlantique dans la mer du fud,& pour
allerd'Europe aux Indes orientales. Ce fut Cabot
qui eut la premiere idée de ce pallage & qui
entreprit de le chercher; mais fes découvertes
n'allerent pas au - deli de l'ifle de TerreNeuve. Thomas James fat envoyé en 1631 Par
des négocians de Briftol ,. pour continuer la recherche de Cabot; il pénétra jufque dans la baie
d'Hudfon,ypaffa T'hiver, & après unlong voyage
où lui & fon vaiffeau farent fouvent expofés aux
plus grands dangers, il retourna en Angleterre
fans aucan, faccès. Le fentiment du Capiraine
James, quand il rendit compte de fa malheureufe expédition, fur qu'il n'y avoit abfolument
aucune efpérance de trouverle paflage qu'on cherchoit au nord- oueft de l'Amérique; que quand
même il exifteroit, , on n'en retireroit jamiis
aucune utilité, parce que la prodigieufe quanCc 2 --- Page 418 ---
404 LETTRE SUR LA RECHERCME DU PASSAGE
tité de glaces 2 les bas-fonds qu'on trouve dans )
ces parages , le froid exceflif qu'on y effuic, ne
permettroient point d'expofer de riches cargaifons fur des vaiffeaux qui prendroient cette route.
II ajouta que par celle du Cap de Boune-Efpérance ou du détroit de Magellan, on parcouroit plus promptement & avec moins de danger
un efpace de mille licues, qu'un de cent, dans
les mers feptentrionales; que dans dest trajets ordinaires, on trouvoit des relâches commodes &
des moyens de foulager les malades : au lieu
que dans les mers du nord, on ne pouvoit, Jeur
donner aucun rafraichiflement, & qu'enfin iln'y
avoit que de la peine & de la fatigue à y effuyer, fans pouvoir efpérer d'y trouver aucun
avantage pour le Commerce. Depuis James,
beaucoup d'autres navigateurs ont fait de nouveiles tentatives: ; aucun d'eux n'a réuffi à trouver
ce pallage defiré, & leurs journaux contiennent
une lifte fi effrayante des calamités & des miferes qu'ils ont fouffertes dans le détroit & dans
la baie d'Hudfon > qu'après la publication de
leurs voyages, on ne penfa plus à ces fortes de
projets qui pendant très. long-temps refterent
abandonnés.
Ni le fentiment de navigateurs auffi expérimentés & aufli intelligens que Thomas James,
&.ceuxg quil'avoient imité, ni leur peu de fuccès,
ux contiennent
une lifte fi effrayante des calamités & des miferes qu'ils ont fouffertes dans le détroit & dans
la baie d'Hudfon > qu'après la publication de
leurs voyages, on ne penfa plus à ces fortes de
projets qui pendant très. long-temps refterent
abandonnés.
Ni le fentiment de navigateurs auffi expérimentés & aufli intelligens que Thomas James,
&.ceuxg quil'avoient imité, ni leur peu de fuccès, --- Page 419 ---
AUX INDES ORIENTALI S. 405
ni leurs difgraces , n'ont pu faire perdre aux
Anglois l'idée de chercher ce
paffage qu'ils regardent comme une découverte de la plus grande
importance pour le Commerce de la GrandeBretagne. Ces idées fc renouvellerent en 1746
plus vivement que jamais. Quelques riches ngocians de Londres fe réunirent pour cette entreprife, 8c ouvrirent, pour l'exécuter, une foufcription qui produift bientôt une fomme de dix
mille livres fterling, Deux bâtimens deftinés à
cette expédition, à laquelle le Gouvernement s'intéreffa, furent munis de tour ce qui pouvoit être
utile & néceffaire pour un voyage de long cours
dans les mers du nord : on en deftina le commencement à MM: Williams Moore. & Fran
çois Smith dont on connoiffoit la capacité & l'expérience : on leur donna les plus amples inftructions : on afligna de gros gages d tous ceux qui
voulurent s'engager avec eux, & on promit > en
Cas de fuccès, une récompenfe de cinq. cents
livres fterlings à chacun dés Capitaines, deux
cents livres aux contre-maîtres,. & à chaque
Officier une: fomme proportionnée au rang qu'il
tenoit dans l'atmement. M. Ellis fur choifi pour
delliner exactement tous les pays dont on feroit
la découverte, marquer les fondes,.examiner la
falure de la mer, les variations du
fiire
compas, > &
toutes les obfervations que pourroient fuig
Cc 3
. cents
livres fterlings à chacun dés Capitaines, deux
cents livres aux contre-maîtres,. & à chaque
Officier une: fomme proportionnée au rang qu'il
tenoit dans l'atmement. M. Ellis fur choifi pour
delliner exactement tous les pays dont on feroit
la découverte, marquer les fondes,.examiner la
falure de la mer, les variations du
fiire
compas, > &
toutes les obfervations que pourroient fuig
Cc 3 --- Page 420 ---
406 LETTRE SUR LA RECHERCHE - DU PASSAGE
gérer la polition des lieux & leur hiftoire naturelle : eufin on n'oublia rien de tout ce qui pouvoitcontribuer au fuccès d'une entreprife qui avoit
fixé l'attention de toutes les puilfances maritimes
de l'Europe ; mais quelle en fut la fuite : Les
vaiffeaux deftinés pour cette expédition partirent
d'Angleterre le 31 mai 1746, & y rentrerent le
25 oétobre 1747 > après avoir effuyé dans le
voyage tous les dangers & toutes les calamités,
dont avoient été accablés ceux qui les avoient
précédés dans cette recherche. Malgré les traVauix les plus pénibles, les cbfervations les plus
exaétes dans toutes les parties de la baie d'Hudfon,
ils vérificrent de plus en plus que cette baie n'eft
qu'un golfe formé par la mer . Atlantique, &
qu'elle n'offre aucun paffage à la mer du fud.
Ceux qui s'entêtent encore de ce paffage par
l'oueft de la baie d'Hudfon L 3 prétendent qu'it
faut le chercher dans le Welcome & dans les
partiesles plus occidentales de la baie; M. Ellis
l'a déja fait & avec la plus grande exactitudes
fans y trouver aucun paffage. Tous les Sauvages
de ces contrées parlent de pays, immenfes qui
s'étendent à loueft & au fad-oueft de la baie
d'Hudfon jufqu'à mille lieues; ce qui détruit
toute probalité d'un détroit qui communique
de cette baie à la mer du fad. Ily,a plus: tous
les Anglois qui habitent lçs forts & les établif-
l'a déja fait & avec la plus grande exactitudes
fans y trouver aucun paffage. Tous les Sauvages
de ces contrées parlent de pays, immenfes qui
s'étendent à loueft & au fad-oueft de la baie
d'Hudfon jufqu'à mille lieues; ce qui détruit
toute probalité d'un détroit qui communique
de cette baie à la mer du fad. Ily,a plus: tous
les Anglois qui habitent lçs forts & les établif- --- Page 421 ---
AUX INDES ORIENTALES
femens de Commerce qu'ils ont dans la baie
1 d'Hudfon, favent que les Sauvages de ces contrées viennent de quatre cents lieues de loin, à
pied fec, au fort de Bourbon; mais ces Sau.
vages qui vont par terre > qui traverfent un f
grand efpace à pied fec, n'ont jamais témoigné
avoir la moindre connoiffance ni d'un détroit,
ni d'aucun Océan voifin. ll-eft donc contre toute
vraifemblance qu'àtravers cette étendue immenfe
de continens dont les naturels du pays parlent
avec tant de certitude > il puiffe fe trouver un
détroit qui établiffe une communication de la
mer du nord avec celle du fud. Les Anglois paroiffent aujourd'hui fi convaincus de cette vérité,
que depuis la malheureufe expédition de 1746,
dont M. Ellis a donné la relation, ils n'ont plus
fait aucune tentative pour chercher ce fameux
paffage àl'oueft de l'Amérique par la baie d'Hudfon. Mais pour avoir une entiere certitude fur
l'exiftence ou la non-exiftence de ce palfage,
ils ont entrepris de reconnoitre l'intérieur des
terres depuis la baie d'Hudfon jufqu'à la mer
du fud, tandis que.d'un autre côté leurs vaiffeaux iront à la découverte des côtes occidentales de l'Amérique feptentrionale, en les parcourant depuis la Californie jufqu'à 60 degrés de
latitude boréale, 2 hauteur à laquelle fe trouve fituée
la baie d'Hudfon : aujourd'hui (en' 1785)PAmiCc+ --- Page 422 ---
408 LETTRE SUR LA RECHERCHE DU PASSAGE
rauté d'Angleterre a fait armer deux frégates
pour cette expédition, dont la conduite a été
confiée au Capitaine Gore, Fun des compagnons du célebre Cook. On ne peut s'empècher. de former les. vocux les plus ardens pour
la réuffite de ces deux opérations : quand même
elles n'auroient pas celle qu'on en efpere, elles
ne peuvent manquer de procurer de grandes lumieres fur cette partie de la géographie qui regarde l'Amérique feptentrionale, & fur fon étendue à l'oueft de la baie d'Hudfon jufqu'ala mer
du fud. Ces pays font abfolument inconnus.
Si les Anglois employés à ces découvertes n'y
réufliffent pas aujourd'hui, on peut conjedturer
que tes Anglo -Américainsles continueront quelque jour avec fuccès. Ils auront plus de facilité
que les nations Européennes pour pénétrer dans
l'intérieur des terres les plus feptenerionales de
P'Amérique. La liberté qu'ils viennent d'acquérir, attirera chez eux une multitude d'étrangers
qui augmenteront leur population; on verra probablement avant un demi ficcle les vaftes folitudes > où l'Ohio & le Mififipi prennent leurs
fources, fe peupler d'hommes laborieux, fecouvrir de villes & d'habitations. Ces nouveaux habitans pénétreront de proche en preche dans les
terres les plus feptentrionales de l'Amérique; du
moins dans celles qui pourront.être habitées : ils
érir, attirera chez eux une multitude d'étrangers
qui augmenteront leur population; on verra probablement avant un demi ficcle les vaftes folitudes > où l'Ohio & le Mififipi prennent leurs
fources, fe peupler d'hommes laborieux, fecouvrir de villes & d'habitations. Ces nouveaux habitans pénétreront de proche en preche dans les
terres les plus feptentrionales de l'Amérique; du
moins dans celles qui pourront.être habitées : ils --- Page 423 ---
AUX INDES ORIENTALES, 409
auront plus qu'aucun autre peuple, les moyens
de reconnoître les pays qui s'étendent entre la
baie d'Hudfon & la iner du fad, & de fe frayer
par-l la un chemin au Mexique &c aux Indes orientales : enfin tout préfage au fiecle qui Va fuivre,
de grandes lumieres fur cette partie de la géographie. La révolution qui vient d'arriver en
Amérique, doit être regardée comme un des
plus grands événemens de ces derniers fiecles
depuis la découverte de l'Amérique 3 indépenpendamment de la liberté que cette révolution
fi peu attendue vient de procurer aul Commerce des nations Européennes, il faut cfpérer
que les Anglo-Américains, devenus libres 2 vont
prendre cette énergie, concevoir ces grands deffeins qui fignalent les commencemens des républiques. Les fciences &c les arts qu'ils cultivent
déja avec fuccès, fe répandront dans le nord de
l'Amérique ; les découvertes qu'ils feront, fourniront de nouvelles lumieres à la géographie &
à Thiftoire naturelle, donneront de nouvelles richeffes au Commerce, & porteront l'inftrudtion,
les loix, les aifances de la vie civile chez les
nations les plus barbares.
J'ai l'honneur d'ètre, Monfieur, 8cc. ce I5
feptembre 1785.
FIN. --- Page 424 --- --- Page 425 ---
T ABLE
DES ARTICLES
ArRIQUE.
Pag. I
Côtes. feptentrionales de PAfrique.
Egypte.
Etats Barbarefques. Tripoli.
II
Tunis.
Alger.
Maroc.
2E
Côtes orientales de PAfrique.
L'Abiffinie.
Côtes d'Aiel & d'Ajan.
Cotes de Zanguebar, 9 Mélinde, Mombafe, Monfia
& Quillo.
Morambique.
Ifles Comore.
Côte de Sofala.
Madagafcar.
Iflss de Bourbon & de France.
Cap de Bonne- Efpérance.
Côtes occidentales de PAfrique.
Portendic & Arguin.
Ie Niger.
43,
Tunis.
Alger.
Maroc.
2E
Côtes orientales de PAfrique.
L'Abiffinie.
Côtes d'Aiel & d'Ajan.
Cotes de Zanguebar, 9 Mélinde, Mombafe, Monfia
& Quillo.
Morambique.
Ifles Comore.
Côte de Sofala.
Madagafcar.
Iflss de Bourbon & de France.
Cap de Bonne- Efpérance.
Côtes occidentales de PAfrique.
Portendic & Arguin.
Ie Niger.
43, --- Page 426 ---
TABLE
La Riviere de Gambie.
Ifles du Cap verd.
Riviere de Cafamance.
Sierra Léona.
ibid.
Côte d'Ivoire.
Cap Apollonie.
Côtes d'Or.
ibid.
Juda.
Benin.
Le Gabon.
Angola.
Ifles de Sainte - Hélenei
ASIE.
L'Arabic.
Golfe Perfique.
Côtcs du Malabar. Diu:
SI
Surate,
Salcete & Bombay.
Goa.
Calicut.
Cochin.
Travencor:
Les Maldives,
Ceylan.
Côtes de Coromandel.
J0O
Negapatnam.
Tranquebar.
--- Page 427 ---
DES ARTICLES
Pondichéry.
Sadralpatran.
III
Fort - David.
ibid.
San- Thomé.
II2
Madras.
II3,
Paliacatc.
IIG
Maqulipatnam.
117,
Le Bengale.
ibid.
Chandernagor.
Lc Thibet.
Arakan & Agem:
ibid.
Pégu & Ava.
I26
Malaca.
127,
Siam.
Lc Tonquin & la Cochinchine.
I3I
La Chine.
Formofe.
Le Japon.
Les Philippines:
Les Moluques.
Timor.
Célebes.
Bornéo.
Balambangan:
Sumatra.
Java.
AMÉRIQUE.
Amérique feptentrionale, Baie d'Hudfon.
--- Page 428 ---
TABLE
Le Canada.
L'Acadie.
182.
Ifles de Saint-Jean.
Ifles de Saint -Pierre edes deux Miquelons. 187
Ifle & Banc de Terre-Neuve.
Nouvelle Angleterre.
Mafachuffet, liampshire, Rhod-Ifand, , Connecticut.
New- Yorck.
Les Jerfeys.
La Penfylvanie.
Ze Mary land.
La Virginie.
La Caroline feptentrionale.
Caroline méridionale.
La Géorgie.
La Floride.
Les Lucayes.
La Louifiane. .
Lc Mexique.
La Californie.
Les Antilles.
Ifles E/pagnoles. San - Domingue.
Cuba.
Porto- Rico.
Ifles Françoifes. Saint - Domingue.
Ia Martinique.
Ia Guadelozpe.
--- Page 429 ---
DES ARTICLES' 415
Sainte-Lucie.
Tabago.
Saint-. Martin.
Ifles Angloifes. La Jamaique.
28z
La Grenade.
La Barbade.
Antigoa.
Saint-Chrifophe.
Saint - Vincent.
Montferrat.
Niéves.
La Barboude.
1'Anguille & les Vierges,
ibid.
La Dominique.
Ifles Hollandoifes.
Curaçao.
30;
Saint - Euflache.
Saba.
Saint - Martin,
Ifes Danoifes. Saint - Thomas > Saint-Jean,
Sainte- Croix.
ibid.
Amérique méridionale.
Lc Darien.
Carthagene.
Sainte- Marthe.
Venézuela.
Cumana.
Le nouvean Royaume de Grenade.
--- Page 430 ---
77-145
Corneles
ec.76
TABLE
Le Pérou.
Le Chili.
Le Paraguay.
Le Bréfil.
La Guiane.
La Guiane Hollandoife.
La Guiane Frangoifc.
Lettre fur les Voyages autour du monde. 379
Lettre fur la recherche du pallage aux Indes orientales par le nord-ef des mRers feptentrionales
de T'Europe,-ou par le nord-ouef de TAmés
rique feptentrionale.
Fin de la Table: --- Page 431 ---
E787
R274t --- Page 432 ---