--- Page 1 --- --- Page 2 ---
<CC
e CCC
CCG
CCC
A CCC
(
(
C (C
$
(
(
C
< C (
C (
(
C (
C
(
( <
((
S ( ( (
(
(CCG
(((
(C ( A
(CC
CCC C
C
CGC
KCC
(( (A
(
(C C
CCCC
(C
(
C
CC
(CCCCC
( C
C
: (
(
(
CCCCC A CC (
G (
CCC CG (K
(
(
CC
CCCC
-
CCCC CG
I
CCCA -
CCCC (G V CCC
(
KC (CC C ( CC ACC
(
V
(C CCC (G
CC -
GECC (
CCGC
(CC ((CC C (
. GGCC
( ((C
/
C
A
GGCC
C
(
( ( (C
CCL (a
CICCCG
slequired mitb tbe
assistance
oftbe
Vflis
Napinlk Bonn,
K
Fund
( (
Jous
(
CARTER
( C
BROWN LIBRARY
C( C a
( C C
CCC C CCGC
CCCC
C
CGICCO
CGCC CCCT
CGGC
CC .
C
CCE €
< C
( (
GGCCE
(C
(C
C
KCCK
C (
NGCC Cu
(
CCC (C
MERCCCCE C
CC - CIC
GCCC (
CC
(
a
RRCEO
CGCC CCC
( (
(
(CC a ( C
(
(
&
(
(
C
( (
(
((
(
(
- (
(
<
(
(
K --- Page 3 ---
<
CCC
KCCC (
<C
aC KLA
(
CC
CCC
(C
(C
(
(C C CCC CCCK
CCCCC
(CC
C (GCK
CCC C ( R
CCC AC KCG KCGCC (CC
CCG
(C AC CCCC ( (CCC
<C (C
(CC
GCC GCC <CCCC <CCCCCC ( (
(
A ( G
(
C
CCCCC
( 3 - (C
C a (
C
C (
C (C
(
L
(C
(
A
<
( (
AK
( (
CCC ( CCC CCC (
a A
KCCC
( CCC
a (< (CC CACG <CC
CC
C
Srse
CCC
(
CCCCCCG
(C
€
(C
€
(G
HF2e
-
CCC KCGCC
a
( (
CCC KA
C
KCKCI
C
( KCCCE CC
( CCCC
C KCCC
KCU
CC
C KCCC
A A A (C CC
.
(
2 GCCCC
(
(( CC (
GCC
CKCK
(
CC (
( (
a < CCC
a
CC ((C
(
(CC (
a
A ( A (
(C
CCCC ((
(CC
CCC
(
< AGC
CCC CCC (
C A CCCCC
A
(C
€
(C
€
(G
HF2e
-
CCC KCGCC
a
( (
CCC KA
C
KCKCI
C
( KCCCE CC
( CCCC
C KCCC
KCU
CC
C KCCC
A A A (C CC
.
(
2 GCCCC
(
(( CC (
GCC
CKCK
(
CC (
( (
a < CCC
a
CC ((C
(
(CC (
a
A ( A (
(C
CCCC ((
(CC
CCC
(
< AGC
CCC CCC (
C A CCCCC
A CC
a ( CCCCC CCC ( <
a
CCC C CCC
((
CCGC GG
(
(
CCC
CC
- CCCC ACG
(
<
A CC CCC
CC CC
GG CCC
CC
CCCC
(C RE SCntE (
CCCC
- ECEE
(
TCK
C
CCICEAKE
TGCCC
CKG
a
GCCCCC --- Page 4 --- --- Page 5 --- --- Page 6 --- --- Page 7 ---
SECONDE CAMPAGNE
DE
SAINT-DOMINGUE. --- Page 8 ---
@ --- Page 9 ---
SECONDE
CAMPAGNE
DE
SAINT-DOHINGUE
Du 1" Décembre I 803 au 15 Juillet 1809;
PRECEDÉE DE
SOUVENIRS HISTORIQUES & SUCCINCTS
DE LA PREMIERE CAMPAGNE
Expédition du Général en chef LECLERC, du 14 Décembre 1801
au 1r Décembre 1805,
PAR
sl. femonnier - Delafosse,
ISCIEN OFFICIEE DE L'ARNÉE DE SAINT. DOSINGUE, LIEUTENA AN NT -COLONIL EN RETRAITE,
OFFICIERDELA LEGION -DHOSRLCR, CHEVALIER D6 SAINT-LOUIS,
EFDE L'ORDRE DE SAN-FERYANDO D'ESPIGNE.
Qumgue ipse miserrima ridi,
El quorum pars magna fui.
(Vmat :
WAVRE'
INPRIMERIE DE H. BRINDEAU & COMPI,
RUE SAINT-JULIEN, , 16.
--- Page 10 ---
a --- Page 11 ---
SR 0O D0)0 C
A vOus, MeS anciens Comurades, qui (Ces Toule
le sol du Mouctan-Moude, partugeant alors, ct supportont
W'affrenses infortnnes 1 i TOUS le récit des mathewrs qui, à
dix luit cents leues de ln Mere-Patrie, ont pesi SUT les
derniers restes de CArmie détrnite it Soint - Domigue.
Que COS lignes, tracées par la Vérité, tout C1l
ruppelant wle déplorable époque. fassent connnitre à 1OS
Compatriotes le détoument constantt et le COUTae TOMUTquable UCÉC lesquels tO1S utes defendn - pendont six
uMnis, et jusqu'it lextrémité possible, Vhonneur du Drapuu nationol!!!
L.-D.
SE Q1O a 20) 3 S
it Soint - Domigue.
Que COS lignes, tracées par la Vérité, tout C1l
ruppelant wle déplorable époque. fassent connnitre à 1OS
Compatriotes le détoument constantt et le COUTae TOMUTquable UCÉC lesquels tO1S utes defendn - pendont six
uMnis, et jusqu'it lextrémité possible, Vhonneur du Drapuu nationol!!!
L.-D.
SE Q1O a 20) 3 S --- Page 12 --- --- Page 13 ---
SOMKAIRE.
INTRODUCTION. Préparatifs de l'Expédition.
Appareillage de l'Escadre, et Départ du port de Brest.
Arrivée à
Saint-Domingue.
PREMIÈRE CAMPAGNE.
Dislocation de l'Escadre.
Débarquement dans l'Ile. Incendie du Cap- Français. Poursuite des Nègres.
Prise du Fort Dauphin. Le Sergent du
5me d'infanterie légère. Entrée de la Division Navale. Prise
Possessions des Villes du littoral.
du Fort Sainte-Suzanne.
Mort du Général LEFièvre. - Evacuation du Fort Dauphin.
ROCHAMBEAU, Général de Division, lui succède et comCLERC. chef.
Mort de FOEDON.
Noyades de bataillons
mande en
d'un
aux chiens. - Auto-da-Fé de trois
noirs. - Livraison
Nègre
Nègres. Esclavage du Noir.
La Ville du Cap- Français.
Défense du Cap par le Général de Brigade CLAUSEL. Attaque du
Disette. Capitulation de l'Armée conduite à la JamaiCap.
que. Pontons.
DEUXIÈME CANPAGNE. Saint-Yago-de-Cuha. Appel
du Général de Brigade FERRAND, aux militaires et Français non
prisonniers des Anglais. ROCHAMBEAU. 1 Le Général de Brigade
QUENTIN. FERRAND marche sur Santo-Domingo. Il s'empare
du commandement de la Ville. Le Général de Brigade KERVERd'établissement. Occupation pendant 1804.
SEAU. Dispositions
dite haîtienne. Place de
Marche de l'armée de Dessalines,
Blocus. Le Padre VIVES. Le Général et
Santo-Domingo.
de l'Amiral
l'Homme. Le Colonel AUSSENAC. - Escadre française
MISSIESSY. Ravitaillement de la Place. Levée du blocus.
Approbation de la conduite du Général FERRAND, par NAPOLÉON.
Consolidation de l'établissement de la Colonie. - 1805. Escadre LEISSEIGUE.
Bals, fêtes. - Escadre anglaise, Amiral
COKRANE.
Combat naval.
Perte d'une partie de l'Escadre
française. Secours aux naufragés.
Samana. Révolte des
Escadre française
MISSIESSY. Ravitaillement de la Place. Levée du blocus.
Approbation de la conduite du Général FERRAND, par NAPOLÉON.
Consolidation de l'établissement de la Colonie. - 1805. Escadre LEISSEIGUE.
Bals, fêtes. - Escadre anglaise, Amiral
COKRANE.
Combat naval.
Perte d'une partie de l'Escadre
française. Secours aux naufragés.
Samana. Révolte des --- Page 14 ---
VI
habitans Espagnols, 1808. FERRAND marche sur le
Capitaine BOCQUET, FRANCO le Séminariste.
Zeybo.
Inclinado. Fuite à travers les forêts.
Combat de Palosuicide. Retour de treize militaires Le Général FERRAND se
Sergent de 89me de ligne.
à Santo Domingo. Le
FERRAND. Blocus et Siege Capitaine par les CAMBOULIES. Opinion sur
Conseil assemblé, Le Général
Anglais et les Espagnols. -
Sortie de la Place. Le Chef de BARQUIER commande. - Première
le Fort Saint-Jérôme.
Bataillon DARAME, commandant
La Canonnière
Sortie de la Place. Redoute de
anglaise.
Deuxième
Batterie San-Francisco.
l'Ozama. Troisième Sortie.
Le Bélier d'AUSSENAC. Le Disette affreuse. Peaux de boeufs.
un Chef. Le Parlementaire Soldat français et son amour pour
1809. Le Colonel VASSIMONT. anglais. Capitulation, le 15 Juillet
dans la Place. Don
Le Général anglais CARMICHAEL
SANCHEZ, Général des
ques réflexions. Occupation de
Espagnols. QuelComment T'administration Santo-Domingo par les Anglais.
Arrivée à
anglaise exécute la Capitulation.
Philadelphic. Le Général MOREAU.
el arrivée à La Rochelle. Quelles
Retour en France
récompenses.
ARREA
1809. Le Colonel VASSIMONT. anglais. Capitulation, le 15 Juillet
dans la Place. Don
Le Général anglais CARMICHAEL
SANCHEZ, Général des
ques réflexions. Occupation de
Espagnols. QuelComment T'administration Santo-Domingo par les Anglais.
Arrivée à
anglaise exécute la Capitulation.
Philadelphic. Le Général MOREAU.
el arrivée à La Rochelle. Quelles
Retour en France
récompenses.
ARREA --- Page 15 ---
VII
Foree Maritime de PExpedition de Saint- Domingue,
et nombre de troupes embarquées.
ESCADRE PARTIE DE BREST
Le 23 Frimaire an I (14 Décembre 1801).
Amiral : VILLARET-JOYEUSE.
Contre-Amiral : GRAVINA.
L'Océan..
vaisseau de 120 Le Neptuno. vaisseau de 80
Le Mont-Blanc, vice-amiLe Guerrero.
.de 74
ral MAGON..
.de 74 Lc San-Pablo.
de 74
Le Gaulois.
de 74 Le Francisco-Paulo. .de 74
Le Patriote.
de 74 Le Francisco-de-Assis. .de 74
Le Cisalpin.
de 74 Le Soledad. .frégate de 36
Le J.-J.-Rousseau.
de 74 La Sirène. : frégate fr. de 36
Le Watigny
de 74 La Furieuse.
idem de 44
La Révolution
de 74 La Fraternité. idem de 36
Le Duquesne.
de 74 La Précieuse.. idem de 36
Le Jemmupes.
de 74 La Fidèle.
idem de 36
La Cigogne. corvette de 20
Parlis de Lorient.
La Découverte. .idem.
Le Scipion. vaisseau de 74 La Vigilente. idem.
La Cornélie. frégate de 44 La Nécessité.. transport..
La Mignonne. corvette de 18 La Danaée.
idem..
ESCADRE PARTIE DE ROCHEFORT.
Amiral : LATOUCHE - TR EVILLE.
L'Union..
vaissenu de 74 La Clorinde. frégate de 44
Le Foudroyant.
de 80 L'Uranie.
de 44
L'Argonaute.
de 74 La Poursuivante.
.de 44
L'Aigle.
de 74 L'Embuseade.
de 44
Le Duguay-Troxin. de 74 La Bagownaise..corve de 36
Le Héron
de 74 La Diligente.
de 26
La Franchise. frégate de 44 Le Renard.
aviso..
La Vertu..
de 36 L'Aigle.
idem.
Le Foudroyant.
de 80 L'Uranie.
de 44
L'Argonaute.
de 74 La Poursuivante.
.de 44
L'Aigle.
de 74 L'Embuseade.
de 44
Le Duguay-Troxin. de 74 La Bagownaise..corve de 36
Le Héron
de 74 La Diligente.
de 26
La Franchise. frégate de 44 Le Renard.
aviso..
La Vertu..
de 36 L'Aigle.
idem. --- Page 16 ---
VIII
navires portaient :
Ces quarante-cing
7,000 hom.
Ceux de Brest.
1,200
de Lorient.
3,000
de Rochefort.
le
et la Cornélie ayant relàché, ils
Mais Duquesne
11,200 hom
à Saint-Domingue que.
ne débarquèrent
Postéricurement.1 le 12 Février. 2 débarquèrent:
Contre-Amiral : GANTREAUME.
4 vaisseaux de 74
1 frégate.
Portant.
2,300
Parti de Toulon.. 1 fûte.
1 corvette..
Contre-Amiral : LINOIS. Arrivés le 15
3 vaisseaux de 74 Févr. 1802,
Parti de Cadix. 3 frégates..
> portant. . 1,500
Le Zélé.. de 74
Parti de Brest.. Le Tourville.. 74 Arrivés du 23
Le Swithsurd. 74 au 31 mars
La Guerrière : 44 1802 , porLa Comète.. 44 tant.
3,000
Parti du Havre. L'Infatigable.. 44
La Valeureuse. 44
Le Brutus...de 74 Arrivés le 7
Le J.-de-Whit. 74 Avril, porParli de Hollande. Le Neptune. : 74 tant. :
2,500
1 mouche.
20,500 hom.
Pour les escadres.
la Cornélie, 1 flàte ayant rejoint,
Le Duquesne,
1,400
débarquèrent..
21,900 hom.
les marins de soixante-dix équiIl faut y joindre
21,000
300 hommes l'un dans l'autre.
pages, 1 à
des marchands européens suiEu plus, des colons ,
ct la troupe
vant T'armée, les équipages du commerce
(legion du Midi), jelée à Saint-Domingue en 1805, par 15,615
lamiral MISSIESSY
58,5-15 hon
11 vint done de France à Saint-Domingue. --- Page 17 ---
INTRODUCTION. 1 senble que nous augmentons notre être,
lorsque nous pouvons le reporter dans la mémoire
des autres. C'est une nouvelle vie que nous acquérons, , et qui nous devient aussi précieuse que
celle que nous avons reçue de la natur. MoxTESQUIEU. L'expédition de Saint-Domingue, sous le commandement du lieutenant général Leclerc, beau-frère de Napoléon, partit des ports de France, le 14 décembre 1801. Le récit des premières opérations faites dans l'ile a été
publié par MM. les généraux comte Mathieu Dumas et
Pamphile Lacroix ; mais ce récit s'arrête à l'évacuation
du Cap-Français et autres villes de la colonie. ( 9 frimairean XII, 1er décembre 1803.)
Il manque donc, pour compléter l'histoire de cette
malheureuse expédition, commencée par les généraux
précités, le récit des faits accomplis depuis lors (1803),
et qui terminèrent la première campagne 1 soil jusqu'au
15 juillet 1809.
et
Pamphile Lacroix ; mais ce récit s'arrête à l'évacuation
du Cap-Français et autres villes de la colonie. ( 9 frimairean XII, 1er décembre 1803.)
Il manque donc, pour compléter l'histoire de cette
malheureuse expédition, commencée par les généraux
précités, le récit des faits accomplis depuis lors (1803),
et qui terminèrent la première campagne 1 soil jusqu'au
15 juillet 1809. A cette époque, les restes épars de l'armée vinrent se rallier à la garnison de Santo-Domingo,
capitale de la partie de l'ile, dite Espagnole, et là commence ce que j'intitulerai : la deuxième campagne. Militaire, acteur > et témoin oculaire , je dirai ce
quej'ai vu, pendant six années de séjour à Santo-Domingo. Ma prétention n'est pas d'écrire l'histoire entière
de l'expédition ; je me bornerai à retracer mes souvenirs. --- Page 18 ---
(2)
récit 1 il est de toute
Mais pour arriver à mon principal et de remonter au
nécessité de faire un pas rétrograde,
des ports de France. départ de l'expédition
M. l'amiral Villareteut Une escadre, commandée par
1-Cequi
1802,
une longue traversée,
lieu. Joyeuse 1 débarqua en
après
du littoral de l'ile de Saint-Domingue,
sur les divers points
1803,
hommes de troupes 2 chiffre qui, jusqu'en les21,900
de 21,645 nouveaux venus , parmi
s'augmenta encore
des marins du commerce,
quels on comptait des colons, industriels, ces derniers
des négocians > marchands et des armées ; enfin, avec
abondant toujours à la suite
cela foréquipages de la marine militaire ,
soixante-dix
qui mirent le
mait un total de 58,545 hommes blancs 1
('ile dans l'espace de vingt-un mois. (1)
pied sur
,
extraordinaire, pourvu
2-Cequiexis Là, commandait alors un nègre
de comfont les chefs, et digne
tait. de toutes les qualités qui
de Saint-Dominmander à cette population demi-sauvage et une armée. gue. Il avait organisé un gourernement le
ou le
C'était le roi de cette terre, il fallait déposséder
on s'arrêta an premier parti. gagner : malheureusement, l'incendie des villes, des habita30 Ce que l'on Ce fut au milieu de
mit
sur cette terre. lere
à la main, on
pied
fit,etl
tions, que > l'épée
la
qui semblait
sultat. Toussaint alors combattit , et conquête,
armée
moins facile en présence d'une
certaine, parut
qui, retirée dans les mornes, devenait presqueinattaqua- oùi celle de la
ble!. Le moment n'était pas éloigné
decomme le sable du désert,
France allait disparaitre,
hommes trouvèrent la
vant l'ouragan !
pied
fit,etl
tions, que > l'épée
la
qui semblait
sultat. Toussaint alors combattit , et conquête,
armée
moins facile en présence d'une
certaine, parut
qui, retirée dans les mornes, devenait presqueinattaqua- oùi celle de la
ble!. Le moment n'était pas éloigné
decomme le sable du désert,
France allait disparaitre,
hommes trouvèrent la
vant l'ouragan ! 50,000
république
contre cette liberté, quela
mort, en SC battant
!. Pouvait-il en être
frangaise avait donnée et proclamée
600 hommes débarqués à Santo-
(1) Dans ce chillre sont compris 1805.)
Domingo par lamiral Alissiessy (an --- Page 19 ---
(3) I
autrement ? Ces hommes, pour lesquels l'amour de la liberté était tout, tombaient plutôt que de se voir ravir le
bien qu'ils avaient rêvé. Ces blancs , qu'ils avaient béni
comme des bienfaiteurs , leur parurent des tyrans.
Ce n'était plus les nègres d'autrefois : dix années de
révolution avaient été dix siècles d'existence ! A leur
courage désespéré vint se joindre 9 malheureusement
pour l'armée française, un grand et puissant auxiliaire,
la fièvre jaune.
Mais ce qui rendit l'ennemi plus fort, surtout au début,
ce furent les fautes du général Leclerc 2 à qui sa bravoure
ne laissa voir qu'une conquête à faire. L'ignorance du caractère des noirs amena une guerre d'extermination !.
En voyant la résistance qu'on allait lui opposer, le général en chef ne pouvait-il pas modifier ses premiers ordres ?
II fallait conserver Saint-Domingue à la France 9 et ce
n'eàt pas été l'acheter trop cher 2 que de le faire au prix
de quelques concessions. On eût facilement fait alors ce
qu'on fut forcé de faire plus tard , mais dans des circonstances bien moins favorables.
II eût pourtant été facile de traiter avec Toussaint ; alors 40 Ce qui aul'expédition n'eût point été nécessaire. Hélas ! pourquoi rait dû être
fait.
l'orgueil européen recula-t-il devant cette idée On
eûtt conservé Saint-Domingue ! Malheureusement le chef
du gouvernement français ne voulut point, malgré l'opinion d'un homme spécial (1), parti des lieux mêmes,
(1) M. Vincent, colonel du génie. Il avait tout fait pour éclairer la
religion du premier consul : ilfut éconduit. On préféra suivrel l'avis
des vieux colons de Saint-Domingue, réfugiés ou habitant Paris.
Ces riches planteurs ne pouvaient se faire à l'idée qu'un blanc pût
jamais traiter avec un nègre : et cette opinion, qui, mallieureusement, triomplia causa leur ruine. et fit perdre à la France sa belle
colonie.
) M. Vincent, colonel du génie. Il avait tout fait pour éclairer la
religion du premier consul : ilfut éconduit. On préféra suivrel l'avis
des vieux colons de Saint-Domingue, réfugiés ou habitant Paris.
Ces riches planteurs ne pouvaient se faire à l'idée qu'un blanc pût
jamais traiter avec un nègre : et cette opinion, qui, mallieureusement, triomplia causa leur ruine. et fit perdre à la France sa belle
colonie. --- Page 20 ---
(4)
de la colonie : ses idées à l'égard des
reconnaitre l'esprit
sont des hommes au milieu
nègres étaient fausses ; ce les juger et les apprécier.
desquels il faut vivre, pour
où l'on était
A l'appui de cetle réflexion, sur Tignorance de citer un
noire, qu'il me soit permis
de la population
consul au corps législaextrait du discours du premier
tif. (5 mai 1802.)
maux ont été faits, ,
de grands
a A Saint-Domingue,
; mais la révolte est
de grands maux sont à réparer Toussaint, sans trésor,
chaque jour plus réprimée.
qu'un brigand ,
sans armée, n'est plus
sans places,
mornes avec quelques brigands
errant de mornes en
et qu'ils
lui
nos éclaireurs poursuivent,
comme , que
D
auront bientôt atteints et détruits.
commenémise trois mois après la guerre
Cetteopinion,
donne la mesure des instructions
cée, depuis le 3 février, Leclerc. On aura dit :
que dut recevoir le général
libres, c'est une grande
ont été déclarés
a Des esclaves
le
s'ils résistent, la
sous joug;
faute : remettez-les
mort! D
trésor? Il en avait un, caché, disaitToussaint, sans
duquel, depuis le premier
on, et pour l'enfonissement tous furent sacrifiés.
porteur jusqu'au dernier ,
morne en
? Qu'en avait-il besoin ; chaque
Sans places
Mais elle existait partout, chaétait une. Sans armée?
faire la guerre, ils
eun de ses nègres était soldat; pour
Enfin, il
besoin de se mettre en ligne.
n'avaient pas
avait 400,000 hommes.
aurait-il été de bonne foi?
Mais Toussaint, traitant,
après bien
Oni, si on l'eût été à son égard. Sa conduite,
alors
combats en est la preuve : ne traita-t-il pas ,
des
encore se défendre avec succès et
même qu'il pouvait
et toutes les ressources
quil posselait tous les moyens
de ses nègres était soldat; pour
Enfin, il
besoin de se mettre en ligne.
n'avaient pas
avait 400,000 hommes.
aurait-il été de bonne foi?
Mais Toussaint, traitant,
après bien
Oni, si on l'eût été à son égard. Sa conduite,
alors
combats en est la preuve : ne traita-t-il pas ,
des
encore se défendre avec succès et
même qu'il pouvait
et toutes les ressources
quil posselait tous les moyens --- Page 21 ---
(5)
avec lesquelles ses généraux agirent plus tard contre
nous ?
Si, donc, il accepta des propositions tardives , sans
être tout-à-fait vaincu, à plus forte raison, les eût-il
accueillies avant le débarquement, et bien plus encore,
avant l'expédition. C'était un pont d'or qu'il fallait lui
faire. Mais traiter n'était pas dans les instructions du
général français ; on lui apporta la guerre, il dut se
défendre, et cette défense traça la route à ses généraux,
déjà depuis long-temps, jaloux de son pouvoir.
Lorsque, après divers combats dans l'intérieur de
l'ile, il fut amené à traiter, son grade de général de
division fut reconnu ; c'était trop tard le lui accorder, et
cen'élait plus assez pour son orgueil : aussi que fit-il?
Loin de rester au milieu de l'armée française , il se retira
sur son habitation , à Emery >y vivant comme un simple
particulier. Il parut abdiquer tout commandement ; sans
doute, il attendait les événemens.
J'aidit : son orgueil. Eh ! ne devait-il pas en avoir, lui,
chef et possesseur d'une lerre qu'il considérait comme
sienne, d'abord par la conquête qu'il en avait faite sur
les Anglais, repoussés de Saint- Domingue, et ensuite par
la conservation et la régie de la colonie française, dont il
avait rendu compte au gouvernement français ?
Le général Leclerc, alors qu'il donnait le brevet de
général de division à Toussaint, était persuadé sans
aucun doute 2 que la paix en serait le résultat, conviction
d'autant plus plausible 1 que tous les généraux nègres
firent également leur soumission, et que quelques-uns
furent même employés dans l'armée ; mais ils ne l'avaient
faite, cette soumission du moins quelques-uns, 3 et entre
autres Dessalines, que pour dénoncer et perdre leur
premier chef.
donnait le brevet de
général de division à Toussaint, était persuadé sans
aucun doute 2 que la paix en serait le résultat, conviction
d'autant plus plausible 1 que tous les généraux nègres
firent également leur soumission, et que quelques-uns
furent même employés dans l'armée ; mais ils ne l'avaient
faite, cette soumission du moins quelques-uns, 3 et entre
autres Dessalines, que pour dénoncer et perdre leur
premier chef. --- Page 22 ---
(6)
amena un résultal tout autre
Telle est la cause qui
Toussaint
avait espéré, et qui fit déporter
que celui qu'on
la mort dans une citadelle !.
en France, où il trouva
le fort Joux (Doubs.)
à
Toussint-lauverture crut à la parole européenne,
50 Ce qui arses ordres, ses généraux et son
riva.
la foi française, et, par
entrèrent au Caparmée se rendirent; ; ses bataillons
Français.
retraite volontaires firent
Mais son inactivité et sa
les dénonnaitre des soupçons, que vinrent augmenter
dans le but de provoquer son éloigneciations des siens,
: la police du
ment. On le surveilla sur son habitation
des lettres, vraies ou fausses,
général Leclerc intercepta reconnaitre des projets 1 des
dans lesquelles on crut
l'ordre fut donné pour son
espérances pour l'avenir ; et
de
que l'armée noire, privée
arrestation : on pensait
servirait plus facileson chef, serait plus soumise et
ment les vues de la France.
cette
La conduite de Toussaint paraissait justifier réne rève sa
mesure : quel roi descendu 1 dépossédé, de T'espérer
habilitation (1)? Et ne lui était-il pas permis
l'armée
où unc peste, une épidémie tombait sur
au moment
il en sentait l'anéantissement
frangaise 9 Il en prévoyail,
la fièvre jaune s'était déclarée.
prochain.. fut arrêté sur son habitation à Emery, emToussaint Gonaives sur la frégate la Créole, el tensuitesur
barque aux
aussitôt pour la France;
le vaisseau le Iléros, qui partit
les généraux
c'était d'ailleurs le signal qu'attendaient
dans laabandonner l'armée française,
nègres pour
Plus rusés que le gequelle ils ne firent que paraitre.
Tout vaineu cherche a se relever, el il en a ledroit.(" THIERS.
VIS" chapitredu Consdut.)
ssaint Gonaives sur la frégate la Créole, el tensuitesur
barque aux
aussitôt pour la France;
le vaisseau le Iléros, qui partit
les généraux
c'était d'ailleurs le signal qu'attendaient
dans laabandonner l'armée française,
nègres pour
Plus rusés que le gequelle ils ne firent que paraitre.
Tout vaineu cherche a se relever, el il en a ledroit.(" THIERS.
VIS" chapitredu Consdut.) --- Page 23 ---
(7)
néral européen , ils devaient le jouer. Ce ne fut cependant que les uns après les autres - que Christophe,
Dessalines. , Paul Louverture (frère de Toussaint), Clairvaux, etc., etc., quittèrent le Cap pour aller reconstituer une armée qui, chaque jour, s'augmentait de la désertion des bataillons nègres, en garnison dans la ville du
Cap, au Port-au-Prince et dans les autres villes.
Ces généraux ambitionnaient la place de Toussaint ;
Dessalines l'emporta sur ses concurrents ; on le reconnut
pour chef.
A l'aspect de cette désertion générale, le reslant des
troupes noires stationnées au Cap fut considéré comme
prisonnier; et son désarmement s'opéra. On fit plus : sous
prétexte d'expédition, on embarqua des bataillons nègres; mais à peine en pleine mer, l'Océan devenait leur
tombe !. Les flots ramenaient les cadavres jusque dans
la rade du Cap (1). Toute la population s'exaspéra à ce
spectacle, et la révolte déjà commencée devint spontanément générale ; ce n'était plus l'armée nègre que nous
eûmes à combattre, ce fut la population tout entière.
La guerre recommença a vec toutes ses fureurs. A l'extérieur, tout fut en feu ; à l'intérieur, la fièvre jaune
dévora l'armée.
L'effusion de tant de sang eût pourtant été facile- 69 Ce que
ment arrètée ; il suffisait de reconnaitre la liberté accor- l'on aurait du
dée précédemment aux nègres de la colonie de Saintfaire.
Domingue, qui alors aurait été régie par les lois françaises, et sous le patronage de la France.
Les millions que coûtérent l'expédition auraient plus
qu'indemnisé les colons ; et cinquante mille Français
n'eussent pas été sacrifiés, soit par le feu del l'ennemi, soit
1) On renonça pendant quelque lemps à manger le poisson.
or- l'on aurait du
dée précédemment aux nègres de la colonie de Saintfaire.
Domingue, qui alors aurait été régie par les lois françaises, et sous le patronage de la France.
Les millions que coûtérent l'expédition auraient plus
qu'indemnisé les colons ; et cinquante mille Français
n'eussent pas été sacrifiés, soit par le feu del l'ennemi, soit
1) On renonça pendant quelque lemps à manger le poisson. --- Page 24 ---
(8)
soit enfin par la fièvre jaune, pour
par l'assassinat,
à l'évacuation et à la
arriver, au lieu d'une conquête,
mieux
délinitive de toute l'ile ! Eh! ! ne valait-il pas
perte
d'une émancipation déjà vivante,
donner cel exemple
énormes qui furent faits
que de s'imposer les sacritices à cette conclusion ? En
alors? N'est-on pas arrivé plus tard
l'indéeffet, le traité de mai 1825 n'a-t-il pas reconnu
moyen de la cession-vente
pendance de Saint-Domingueau n'achèvera jamais d'être payé.
de l'ile, vente dont le prix
mêmes
Quarante-trois ans se sont écoulés depuis, ces
Heureux ou malheureux,
nègres sont libres aujourd'hui...
chacun comprend le bonheur à sa manière.
qu'importe;
d'émancipation était digne de la
En 1802, cet exemple
monde avail
la
dans le
,
jeté
France, elle qui 1 première
et
liberté !. Cette acte lui eût été fructifiable 2
le cri
serait encore à elle. Alors , celle aboliSaint-Domingue
trembler I'Angleterre, bien
tion de l'esclavage eût fait
débattu, et
éloignée à cette époque du projet long-temps liberté des
ne mit à exécution qu'en 1833 : la
qu'elle
noirs. (4).
(1) Voici la réponse du premier consul au colonel consul Vincent: fut : sur le
< A l'égard de cette émancipation. disait au le premier colonel Vincent, que I'An-
> point d'arriver à ce moyen ; il étonnement de son armement, il
gleterre ayant montré quelque
s'il rencontrait quelques
avait annoncé au cabinet anglais que, il enverrait des poucontrariétés dans l'exécution de son projet, reconnaitrait T'invoirs illimités à Toussaint Louverture, effrayés et qu'il de mon idée, ont biendépendance; les Anglais, ajoutait-il, voulais.> Ce consentement de l'Antôt consenti à tout ce que je
toutefois, le premier
gleterre a donc fait le sort de Saint-Domingue; le colonel Vincent, si bien
consul fut fortement préoccupé, lorsque à sa
lui observa, que
instruit sur les localités, et si satisfaction dévoué qu'il patrie, mit, par le fait, à sa
rAngleterre devait voir avec homnes, qu'elle pouvait bloquer dès
disposition , une flotte et 40,000
( Mathieu Dumas),
qu'ils auraient touché le sol de Saint-Doningue de cette
Les coLe réultat de l'expédition fut une preuve Vineent prophétic. ful éconduit.
lons. à Paris. . Temportérent : et lc colonel
que
instruit sur les localités, et si satisfaction dévoué qu'il patrie, mit, par le fait, à sa
rAngleterre devait voir avec homnes, qu'elle pouvait bloquer dès
disposition , une flotte et 40,000
( Mathieu Dumas),
qu'ils auraient touché le sol de Saint-Doningue de cette
Les coLe réultat de l'expédition fut une preuve Vineent prophétic. ful éconduit.
lons. à Paris. . Temportérent : et lc colonel --- Page 25 ---
(9)
Ce gouvernement modèle, bien que maitre d'une parlie du monde, nous avait pourtant déjà tracé la route ; sa
fierté ne recula pas devant une espèce de traité avec les
noirs : la population nègre de la Montagne-Bleue n'étaitelle pas reconnue libre, au milieu de l'esclavage de toute
celle de la Jamaique, à la seule condition de rendre au
propriétaire tout esclave marron?( Qu'élait celte MontagneBleue ? Un point sur cette ile. Et nous, , Français, nous
reculâmes devant un acte qui nous eût donné une ile
entière!.. et quelle ile!.. Saint-Domingue.. Oui,
celte Angleterre si fière traitait avec ses nègres, 2 alors
que la France apportait la guerre et la mort aux siens
Toussaint, reconnu général, second de Leclerc, et son armée liée, fonduedans l'armée française, Tordros'établisait
avecle temps, et Saint-Domingue restait à la France. On
ne le voulut pas : cette belle colonie ful perdue. Bien
heureux furent les premiers enlevés par le feu et par le
fléau de la fièvre, ils ne virent pas toutes les horreurs
dont plus tard je fus témoin !.
En résumé, quatre causes ont fait perdre la colonie :
1° Mauvaise entente dans la réunion des divisions de
l'escadre !
2" L'ignorance du caractère de la population noire!
d'où lant de fautes.
3° La fièvre jaune décimant l'armée !
4° La guerre renouvelée avec l'Angleterre.
Une cinquième cause pent y être ajoutée : la conduite
du général en chef Leclerc avant et après son arrivée
et ensuite celle de Rochambeau.
Leelerc avait, il est vrai, ses instructions ; mais à dixbuit cents lieues de la mère-patrie, y devait-il une obéissance passive ? Et lorsqu'il reconnut l'état de la colonie,
res instructions ne devaient-elles pas subir les modifica-
l'armée !
4° La guerre renouvelée avec l'Angleterre.
Une cinquième cause pent y être ajoutée : la conduite
du général en chef Leclerc avant et après son arrivée
et ensuite celle de Rochambeau.
Leelerc avait, il est vrai, ses instructions ; mais à dixbuit cents lieues de la mère-patrie, y devait-il une obéissance passive ? Et lorsqu'il reconnut l'état de la colonie,
res instructions ne devaient-elles pas subir les modifica- --- Page 26 ---
10)
et une volonté ferme aubon jugement
tions , qu'un
N'en vint-il pas là, lorsque, déraient dû faire surgir.
conseil de
et
un
propriètaires
barqué au Cap, il réunit
de Toussaint et
d'habitans, d'oà résulta la soumission
le repos de l'armée déjà bien affaiblie. lui attirer le
eàt-elle dû d'abord
Sa désobéissance
nul doute que, plus tard,
blâme du premier consul ;
été dans l'intérêt
reconnaissant qu'elle avait
ce dernier,
ne lui eût donné un
de la France et de son commerce,
inexécutables.
étaient
bill d'indemnité. Ses instructions
Qu'importait le
Que voulait la France? Sa colonie. elle eût été à
quila lui eût rendue ! Même libre,
moyen
elle. A qui est- elle, aujourd'hui?.
et la
causes s'y opposaient ; l'orgueil
Mais plusieurs
et surtout leur mépris
vanité des blancs européens, 1
valait !..
qui, roi, savait tout ce qu'il
pour un nègre(1),
de sa puissance, et
Oui, cel homme avait le sentiment
après tant
qu'il en fit l'abnégation, lui qui,
l'on voulait
seul entre ses mains les moyens de
de vicissitudes, tenait
à la France.
la colonie et de la rendre
pacifier
hommes qui ont connu Saint Domingue,
Pour quelques
n'ont jamais eu la moindre
il en existe des milliers qui
belle colonie, la scule
être cette
idée de ce que pouvait
la plus cruelle, les convulqui ait éprouvé, de la mahière
vaste sein qu'elles
; c'est dans son
sions révolutionnaires;
Divisions intestines, guerre
ont fait le plus de ravages.
l'accabler de maux 1 pour
étrangère. tout s'est réuni pour
colonial n'est
la déchirer; et ce corps robuste, ce colosse
squelette. Je crois devoir 9 pour
Existence plus aujourd'hui qu'un
était, citer la note suide la colonie donner un aperçu de ce qu'elle
en 1802.
lors de son arrestation : < On a coupé
(1) 1/homme noir dit, scront toujours la.
Varbre. mais les racines
l'accabler de maux 1 pour
étrangère. tout s'est réuni pour
colonial n'est
la déchirer; et ce corps robuste, ce colosse
squelette. Je crois devoir 9 pour
Existence plus aujourd'hui qu'un
était, citer la note suide la colonie donner un aperçu de ce qu'elle
en 1802.
lors de son arrestation : < On a coupé
(1) 1/homme noir dit, scront toujours la.
Varbre. mais les racines --- Page 27 ---
vante, sur son importance géographique el commerciale.
Cette note est empruntée à l'excellent onvrage de M. le
lieutenant général comte Mathieu Dumas ( Précis militaire, huitième volume) ; c'est la même que l'envoyé de
Toussaint-Louverture, le colonel Vincent. 2 présenta au
premier consul : elle suffira, je l'espère , pour éclairer
le lecteur. C'est un tableau fidèle contenant les observations politiques les plus judicieuses et les plus impartiales.
NOTE
Sur la Colomie francaise de Saint Domingue.
< L'ile de Saint-Domingue > appelée Hispanola par les
Espagnols, qui la possédaient en commun avec les Frana une étendue de l'est à l'ouest d'environ cent
çais 2
lieues marines de deux mille huit cent cinquante-une
toises chacune ; sa largeur moyenne du nord au sud peut
être évaluée à trente lieues marines de deux mille huit cent
cinquante-une toises chacune. Sa surface calculée avec assez
de précision contient environ trois mille lieues marines
carrées, dont deux mille ou les deux tiers appartenaient à
l'Espagne, et l'autre tiers, mille lieues carrées, appartenaient
àl la France : la mesure de longueur employée par les Français, pour le toisé des terres, était le pas de trois pieds et
demi de longueur.
> L'unité de surface employée par le mème mesurage est
le carreau, qui est le produit de cent pas sur cent, ou dix
mille pas carrés.
) Ces données posées, l'on trouve que la lieue marine
contient quatre mille huit cent quatre- vingt-huit pas qui,
multipliés par eux-mômes et réduits en carreaux, produisent
deux mille trois cent qatre-vingt-dix carreaux par lieue,
de trois pieds et
demi de longueur.
> L'unité de surface employée par le mème mesurage est
le carreau, qui est le produit de cent pas sur cent, ou dix
mille pas carrés.
) Ces données posées, l'on trouve que la lieue marine
contient quatre mille huit cent quatre- vingt-huit pas qui,
multipliés par eux-mômes et réduits en carreaux, produisent
deux mille trois cent qatre-vingt-dix carreaux par lieue, --- Page 28 ---
I 12 )
vingt-huit mille neuf cents carreaux pour
lesquelles donnent
mille huit cents pour la
la partie française, et quarante-sept
partie espagnole. d'observer que, quoique la France ne
> Il est essentiel
ce tiers
réellement que le liers de ce territoire,
des
possédat
sous le rapport
était, sans comparaison 2 préférable,
l'Espagne.
cultures coloniales au territoire possédé par
espade la partie française sur la partie
> Cet avantage
dû aux plus grands développemens
gnole est particulièrement
côtes dont jouit la partie française > développemens
des
saillies dans la mer 2 des langues de terres
fournis par les
infiniment les planteurs, en leur procuétroites qui facilitent
baies, des ports de
curant, à leur portée, de nombreuses T'exportation de leurs
et des mouillages essentiels pour
mer, ,
denrées.
évident que le terrain d'un pays aussi
> Il parait aussi
nécessairement plus plat
montueux que Saint-Domingueest des grandes chaînes ; l'eau,
et plus cultivable, en s'éloignant
plus abonsi nécessaire dans ce climat brûlant, se trouve
dans les vallées, ettoutes les cultures sont possibles
damment voisin de la mer, tandis que celui qui possède
a Thabitant
réduit, par la nature du sol et
les sommités de l'ile se trouve
pasteur, ce qui
du climat, au rôle de simple
la température
a lieu dans presque toute la partie espagnole.
pour le
de grande importance
>> Une autre considération
peut voir rentrer tous
planteur rapproché de la mer, est qu'il
de T'embarles jours, dans ses parcs, ses animaux revenant espagnol, placé
ne
obtenir le planteur
cadère; ; ce que peut
distances des points d'embarquement.
à de grandes
pour faire connaitre la
> Poursuivant ces idées générales
avec confiance
division territoriale de la colonie on avouera dehors la côte
l'observateur qui a souvent contemplé du
que
de Saint-Domingue 2
et la contexture des hautes montagnes constituent sa tortueuse
ainsi que les différens contreforts qui des courses multiet celui que
et monstrueuse charpente,
même d'observer avec fruit
pliées dans l'intérieur ont mis à
quement.
à de grandes
pour faire connaitre la
> Poursuivant ces idées générales
avec confiance
division territoriale de la colonie on avouera dehors la côte
l'observateur qui a souvent contemplé du
que
de Saint-Domingue 2
et la contexture des hautes montagnes constituent sa tortueuse
ainsi que les différens contreforts qui des courses multiet celui que
et monstrueuse charpente,
même d'observer avec fruit
pliées dans l'intérieur ont mis à --- Page 29 ---
13 )
la structure de cette terre précieuse 2 ont également reconnu
que cette ile est généralement traversée par plusieurs chaines
de montagnes, courant de l'est à l'ouest, dont la principale
commençant dans l'est au cap Raphaël, se rend au principal noeud du Cibao, où elle se confond avec beaucoup
d'autres, mais d'où elle se détache néanmoins bientôt pour
continuer vers l'est et aller finir au Cap-à-Foux, môle SaintNicolas ; c'est de ce noeud du Cibao, sommité la plus élevée
de Saint-Domingue 5 que se détache une autre chaine, qui,
courant d'abord du nord au sud jusqu'à l'embouchure du
Neybe, suit la direction sud et ouest jusqu'au cap Tiburon.
Ces principales masses bien reconnues, il a été naturel de
chercher, d'après elles, 2 à établir les grandes divisions de
la parlie française de Saint-Domingue. C'est ainsi que l'on
a été amené à donuer le nom de partie du Nord, dont le
Cap-Français est le port principal et la capitale, à tout le
terrain compris dans le pendant des eaux au nord de la
grande chaine, et situé entre le fort Dauphin et le Môle.
> C'est aussi, d'après les mêmes données 2 que l'on a dà
appeler partie de l'Ouest cette portion de territoire français
à l'ouest du Cibao, et aboulissant au beau port du Môle ,
point le plus occidental de l'ile, et comprenant le versant
des eaux au sud entre ce point et le Port-an-Prince, cheflieu, principal port de cette partie.
) La dénomination de partie du Sud a dû être enfin donnée
à cette portion de territoire français la plus au sud-est de la
colonie, dont les Cayes sont la capitale et le principal port,
comprenant en outre le territoire qui s'étend de Miragouane
au Cap Tiburon.
> Telle est l'idée que T'on dut se faire de la division du territoire de la partie française de Saint-Domingue 2 dont le
chef-lieu était au Port-au- Prince en temps de paix, et au Cap
en temps de guerre. 2 ce dernier point se trouvant au vent de
la partie française, ce qui lui assure, en tous temps, de
grands avantages.
> Après avoir donné une notion générale du sol et de la di-
re le territoire qui s'étend de Miragouane
au Cap Tiburon.
> Telle est l'idée que T'on dut se faire de la division du territoire de la partie française de Saint-Domingue 2 dont le
chef-lieu était au Port-au- Prince en temps de paix, et au Cap
en temps de guerre. 2 ce dernier point se trouvant au vent de
la partie française, ce qui lui assure, en tous temps, de
grands avantages.
> Après avoir donné une notion générale du sol et de la di- --- Page 30 ---
14)
utile de bien fixer les idées sur les
vision territoriale, il parait
habitaient cette terre de
différentes classes d'hommes qui
; un
ainsi que les motifs qui les"divisaient;
prédilection,
suffira pour faire connaitre
simple aperçu de la population la colonie à adopter les
les diflicultés que devait éprouver
les principes qui
paruissaient reposer
idées sur lesquelles
de sa révolution.
agitérent la France dès le commencement
deux classes
uniquement et généralement
> L'on distinguait
les blancs et ceux de couleur ;
d'hommes à Saint-Domingue, les noirs étaient compris avec les
et dans cette dénomination,
de s'en tenir à cette
mulâtres. L'on était bien loin, 9 toutefois,
aurait toude démarcation. 2 et la caste blanche, qui
ligne
le besoin d'ètre unie, avait introduit même
jonrs dû sentir
Elle se diviparmi elle les distinctions les plus prononcées.
deux classes : celle des grands planteurs , propriésait en
de noirs, et celle connue sous la dénomitaires de beaucomp
était de beaucoup la plus
nation de petits blancs, classe qui industrieuse ; elle comnombreuse, la plus active et la plus
acquis
prenait tous les planteurs qui n'avaient point encore
si
fortune, et les hommes de toutes professions
une grande
des colonies : les petits marchands
essentiels à la prospérité blancs poban (4)- Une morgue redes villes étaient appelés
caractérisaient
poussante, et des prétentions de tout genre
de
; le désir de faire grandes
la classe des grands planteurs à être admis 3 ou à faire ad
alliances, de pouvoir parvenir était leur pensée domimettre leurs enfans à la Cour,
étaient la
nante, et les moindres distinctions honorifiques
recommandation à leurs yeux (2).
plus puissante
des salaisons ou fruits
(1) Poban, bouteille en verre, contenant
confits.
soit
de ciler un fait dont je fus témoin. En
(2) Qu'il mc permis
devait être perdue, deux
1803, époque oû loute idée arristocratique
encore existant,
ercoles, en présence de l'un de leurs grands-peres. de
planteurs et
infatués du rang que leur donnait la richesse avaient grands reçue (en 1788 et
de la croix de Saint-Louis que leurs aieux
boucauts de
1789 elle élait souvent donnée en échange de quelques
fait dont je fus témoin. En
(2) Qu'il mc permis
devait être perdue, deux
1803, époque oû loute idée arristocratique
encore existant,
ercoles, en présence de l'un de leurs grands-peres. de
planteurs et
infatués du rang que leur donnait la richesse avaient grands reçue (en 1788 et
de la croix de Saint-Louis que leurs aieux
boucauts de
1789 elle élait souvent donnée en échange de quelques --- Page 31 ---
18)
L'on sent aisément que des hommes soumis à de teis
>
vanitédevaient mal accueillir les onvriers et les
prestiges de
hommes de couleur libres, conduite extrèmement impolitique dans un pays oùt il importait à la caste blanche de se
montrer affable et généreuse envers les hommes libres de
seuls leur garantir la trantoute couleur , qui pouvaient
quillité et la bonne conduite des esclaves.
) Bien loin de là, la section la plus nombreuse des blancs
de la colonie, à laquelle le soin de son repos aurait dû
rattacher aussi celle des affranchis, était journellement
excitée à des sentimens de haîne contre celle qui était la
plus exposée, à raison de ses richesses et de ses nombrenx
ateliers tenus dans un sévère esclavage.
d'hommes respectables se trouvaient, sans
) Beancoup
mais il est pent- être vrai
doute, parmi ces grands planteurs;
de dire que le plus grand nombre parmi enx n'avaient que
des fortunes très obérées, que le luxe détruisait; et l'on sait
dans des momens de troubles politiques, ces derniers
que 2
à se montrer. Les principaux acteurs,
sont toujours prèts
dans les assemblées provinciales et coloniales, furent ceux
dont les affaires étaient les plus dérangées.
section redoutable de
planteurs se trou-
> A cette
grands
vaient toujours unis d'ardens auxiliaires, des hommes tels
l'on n'en trouvait guère en aussi grand nombre dans
que
aucun autre pays.
hommes
la plupart, avaient été obligés
> Ces
qui, pour
la
de s'expatrier, et que l'on désigne vulgairement sous
sur l'ancienneté de leur noblesse de famille !
sucre), se disputaient
son langage, les écouLe grand-père, provençal, n'ayantjamaisquitié du vieillard, les laissant S' 'enferrer à
tait avec cette impassibilité
finit
lui
qui mieux mieux; 5 toutefois, la patience
par
échapper.
ct il s'écria en provençal: Qué me foutès ! pétiounos ! Al! regardès 2472 pao, voustre noublesse! Quand mon père et lo detio
ringuèrent dans la cotonie, s'abès ce qu'éront ?.. L'o mio chiait
m haut, et l'o tio chiait ei basse! qué trond de lair, roilà
roustre noublesse ! (Jls étaient scieurs de long.)
efois, la patience
par
échapper.
ct il s'écria en provençal: Qué me foutès ! pétiounos ! Al! regardès 2472 pao, voustre noublesse! Quand mon père et lo detio
ringuèrent dans la cotonie, s'abès ce qu'éront ?.. L'o mio chiait
m haut, et l'o tio chiait ei basse! qué trond de lair, roilà
roustre noublesse ! (Jls étaient scieurs de long.) --- Page 32 ---
16 I
d'industrie; 2 vivaient dans une
dénomination de Chevaliers
des grands planteurs,
espèce d'aisance, en flattant l'orgueil
ennemis de tout
toujours inquiétans pour le gouvernement, trouver d'existence que
ordre, parce qu'ils ne pouvaient plus
sous la
l'état de troubles. Ces intrigans se réunissaient
dans
planteurs obérés; ils tourmentaient sans
bannière des grands
les premiers agens du
cesse, au Cap et au Port-au-Prince, honnête devait désirer
gouvernement, dont tout homme
d'affermir l'autorité.
dont on a déjà
la classe des petits-blanes,
> Cependant utile dans les colonies, et qui est le premier
parlé, classe si
d'abord sagement,
élément de leur prospérité, se conduisit
excitée d'une
temps contre le désordre, mais
et lutta quelque
les
planteurs, exaspart par le désir de voir humilier grands changement
parla crainte de voir introduire' le moindre
pérée
elle se réunit aussi aux agitateurs
dans l'état des individus,
jamais de mettre en avant
de la colonie, qui ne manquaient
actuel des
de la conservation de l'état politique
le prétexte
attachaient aussi le plus vif
hommes, auquel les petits-blancs
esclaves muintérêt, car ils avaient àpeu-près tous quelques des grands
Ils voulaient bien s'élever au rang
latresounègres.
concevoir que d'anciens proplanteurs, mais ne pouvaient
les charges de la colonie,
priétaires riches, soumis à toutes
dès que la plus
eussent la prétention de s'élever jusqu'à eux,
différence dans l'épiderme attestait ce qu'ils appelégère
laient le sang mélé.
qu'il aurait pu s'établir quelque
> L'on admettrait toutefois les libres de toute couleur, s'ils
mode de conciliation parmi
la caste blanche, dont le
avaient été seuls habitans; mais s'élever à 40,000, devait,
nombre d'individus pouvait
c'est-à-dire dans
disaient-ils, contenir dans l'esclavage, demi-million d'inT'abaissement le plus dégradant, plus d'un
soumis à un
dividus, dont 500,000 étaient esclaves, et 30,000
état presque aussi insupportable. cet état de choses, que du
> L'on conçoit aisément, d'après d'une révolution terrimoment que les notions mal digérées --- Page 33 ---
17)
ble, dont les principes sapaient toutes les bases du système
colonial, se manifestèrentà Saint Domingue, les plus grands
malheurs durent être à redouter de la part des esclaves
2 qui
se montrèrent long-temps très soumis ; et tout permet de
croire que si les blancs avaient voulu êtrej justes et généreux
envers les hommes de couleur, leur sincère réunion à ces
derniers eût épargné de grands malbeurs. ) Un tel plan était loin des vues des principaux meneurs.
es sapaient toutes les bases du système
colonial, se manifestèrentà Saint Domingue, les plus grands
malheurs durent être à redouter de la part des esclaves
2 qui
se montrèrent long-temps très soumis ; et tout permet de
croire que si les blancs avaient voulu êtrej justes et généreux
envers les hommes de couleur, leur sincère réunion à ces
derniers eût épargné de grands malbeurs. ) Un tel plan était loin des vues des principaux meneurs. L'on multiplia les mauvais traitemens à l'égard des nouveaux
libres, dont il fallait ménager l'appui : ceux-ci, plus éclairés
que les esclaves, plus prononcés contre l'état d'abjection
auquel les soumettaient les préjugés coloniaux, annoncèrent
bientôt des intentions hostiles contre les blancs ; leurs premières doléances étaient sages, et des hommes raisonnables
eussent été facilement d'accord avec eux. Mais l'on vit toutà-coup se former de nombreuses réunions : les premières
villes de la colonie, et surtout le Cap, devinrent les foyers des
plus violentes agitations; la conduite des premières autorités,
de fonctionnaires irréprochables, fut recherchée et calomniée,
les troupes furent provoquées à l'insurrection, et les perfides
agitateurs de la ville du Cap, nle se contentant pas de succès
assez insignifians, obtenus dans le nord de la colonie, concurent le séditieux projet de se rendre au Port-au-E Prince,
poury recruter des partisans et arrêter l'intendant Marbois,
administrateur aussi ferme qu'éclairé, q'ils considéraient
comme le plus grand obstacle à leurs desseins. ) L'on doit aussi classer parmi les principaux motifs de la
désorganisation de la colonie, lajalousie de l'Angleterre, dont
la prépondérance maritime ne laissa jamais s'élever impunément aucune prospérité coloniale étrangère à ses intérêts. > Indépendamment de ces causes, et pour le malheur de la
colonie, il existait depuis long-temps à Paris nne réunion
d'hommes estimables, connus sous le nom de societé des amis
des noirs. Cette réunion ayant admis dans son sein des
hommes de couleur qui résidaient à Paris, tendait, par tous
les moyens, à améliorer le sort des nouveaux libres et des
--- Page 34 ---
18 )
explosion, en favorisant la
esclaves; elle causa la première l'affreux supplice fut si cruelmission du mulâtre Ogé, dont
lement vengé. qui admettait à voter avec les
> Le décret du 18. mai 1791, nés de pères et mères libres
blancs les hommes de couleur
mais
le voeu
beaucoup de calme ;
toujours absoeût pu apporter
des blancs de la colonie repoussait
de la grande majorité
à faire sur l'état politique des
lument toute idée de concession
de la colonie, le
individus. Malheureusement le gouverneur
; il refusa de
Blanchelande, partagea cette opinion
respectable
et fut contraint par l'assemblée profaire exécuter le décret, volonté de se mettre à la tête des
vinciale de manifester la
ou plutôt les justes
blancs, pour repousser les prétentions
espérances des hommes de couleur. fut trainé à T'échaen France, ce brave général
et
> Rappelé
échappé à mille dangers,
faud.
Malheureusement le gouverneur
; il refusa de
Blanchelande, partagea cette opinion
respectable
et fut contraint par l'assemblée profaire exécuter le décret, volonté de se mettre à la tête des
vinciale de manifester la
ou plutôt les justes
blancs, pour repousser les prétentions
espérances des hommes de couleur. fut trainé à T'échaen France, ce brave général
et
> Rappelé
échappé à mille dangers,
faud. Il avait à Saint-Domingue envoyées de France, qui
surtout aux fureurs des troupes le 2 mars 1791, le jour
massacrèrent aui Port-au-Prince,
Mauduit, colonel du
l'intrépide
même de leur débarquement,
avoir traité les hommes
régiment du Port-au-Prince, pour
et avoir dissipé une
de couleur avec trop de ménagement ,
réunion de factieux. blancs pour les hommes de couhaineux des
> Le mépris
active des malheurs de Saintleur , ce mépris, cause la plus
surtout après le refus
Domingue, 2 ne faisait que s'accroitre, du 15 mai 1791, et les
fait de mettre à exécution le décret
points de la
conventions consenties, sur quelques
différentes
les noirs furent enfin entralcolonie, entre eux et les blancs ;
nés dans l'insurrection. repris, la France ne pourQnelques ob- D Aujourd'hui Saint-Domingue
satisfaisant du saservat". sur rait jamais lni offrir un dédommagement faire pour le rela situation crifice d'hommes et d'argent qu'il faudrait
delaFrance
établir un ordre tel qu'on y pàt garantir
par rapport conquérir, et y
et faire respecter les
à S-Domin- l'exercice de l'autorité de la métropole,
gue, dans personnes et leurs propriétés.
France ne pourQnelques ob- D Aujourd'hui Saint-Domingue
satisfaisant du saservat". sur rait jamais lni offrir un dédommagement faire pour le rela situation crifice d'hommes et d'argent qu'il faudrait
delaFrance
établir un ordre tel qu'on y pàt garantir
par rapport conquérir, et y
et faire respecter les
à S-Domin- l'exercice de l'autorité de la métropole,
gue, dans personnes et leurs propriétés. en
son (tat acCes motifs ontdi sans doute décider la reconnaissance
tuel. --- Page 35 ---
19 )
de l'indemnité en faveur des malheu1825, et l'acceptation
reux colons expropriés.)
de
hors de doute que la propriété Saint-Domingue
> II est
profitable et utile à
serait, maintenant, plus onéreuse que
la France.
et la terre a repris sa robe de
> Les cultures sont nulles,
immenses pour rétasauvage ; il faudrait donc des capitaux
est détruit ; les
blir cette colonie ; le système des irrigations
sont devenues des marais, et une population
plaines inondées plus s'y établir et s'y multiplier.
européenne ne peut
des bras nécessaires et
> La traite abolie, où prendra-t-on brolant ? Une con
de travailler sur ce sol
les seuls capables
il faudrait sacrifier des
quête entrainerait l'extermination, achever de soumettre, si toutearmées, 2 des trésors, pour nombre des nègres échappés à la
fois on le pouvait, le petit
destruction.
Timagination ; Saint-
> L'idée seule d'un tel projet effraye
libres tous
aujourd'hui indépendant, 2 les mers
Domingue,
et de toutes les puisses ports sont ouverts au commerce, trouver un grand intérêt
sances, la France estcelle qui doit y
sol et du rapide
résultat des produits de son
et un profit,
Malheureusement on est
accroissement de son industrie.
on peut le dire,
encore loin d'un résultat si favorable ; car, travailler même
avec vérité, cette population ne veut plus rien.
dans son intérêt, et Saint-Domingue ne produit de cette colonie
> Jamais l'avantage de lindépendance
celle des
n'approchera de celui que procura à l'Angleterre et elle
Etats-Unis : on le sait, une guerre ruineuse cessa, des
les bénéfices du commerce 2 une partie
récupéra par
retenir des colons dans la
trésors follement prodigués, pour
dépendance de la métropole.
les titres de possession
> La question n'est pas différente,
l'étaient ceux de
ne sont sans doute pas mieux fondés que
l"'Angleterre. de la légitimité n'a point été blessé par cette
> Le principe
la sagesse. Il était temps de
grande concession conseillée par
ruineuse cessa, des
les bénéfices du commerce 2 une partie
récupéra par
retenir des colons dans la
trésors follement prodigués, pour
dépendance de la métropole.
les titres de possession
> La question n'est pas différente,
l'étaient ceux de
ne sont sans doute pas mieux fondés que
l"'Angleterre. de la légitimité n'a point été blessé par cette
> Le principe
la sagesse. Il était temps de
grande concession conseillée par --- Page 36 ---
20 )
une maxime généralement
reconnaitre pour Saint-Domingue
les colonies ne
avouée, mais bien connue * que
et non
trop peu ambitionnées que pour le commerce,
doivent être
une onéreuse et illusoire propriété.
>)
pour
plus coûté que rapporté.
> Elles ont toujours
(MATHIEU DUMAS.)
événemens de six années passées à SantoJ'ai écrit les
souvenirs, et aussi
de mes
Domingo, sous V'impression de cette garnison; si je me
de ceux de quelques officiers
toujours défavorable
, si le terrible moi,
eite quelquefois
de ma plume 2
T'écrivain , est sorti fréquemment
;
pour
donner la preuve que je parle avec certitude
c'est pour
confiance
croire, le lecla
que,j'ose
c'est pour augmenter
mieux rappeler à mes cama- -
et pour
leur m'accordera,
nous avons VII ensemble.
rades ce que
flatter, que cet ouvrage n'aura
Je ne puis, ni ne dois me
sacrifierai jamais
; mais comme, je ne
pas sPS détracteurs
considération , je n'attends ni ne
mon opinion à aucune
Je place au-dessus de tout,
veux ce sacrifice de personne.
a perdue par
la France et la part de prospérité (1) qu'elle
de la France. Et n'en était-ce pas
(1) J'ai dit : la part de prospérité à ce qu'était la partie française de
une grande, lorsque l'on pense
productif que la totalité des
Saint-Domingue: : ce tiers de l'ile, plus Occidentales. Elle exportait aupossessions anglaises dans les Indes
1,640 navires et 26,770
de-là de 168 millions de francs , employait donnait l'espoir, sans exagéramatelots. La partie espagnole jointe, hors de doute, comme ledit le génetion, de tripler ce résultatillest France avait pu conserver Saintral Mathieu Dumas quc. < si elle la n'avait plus besoin de souhaiter
Domingue comme colonie , Cette ile seule était préférable à toutes
aucune possession élrangère.
pour porter au plus haut
les autres colonies réunies : ellc ent sufli
et la marine frandegré de prospérité el de puissance le commerce
gaise. --- Page 37 ---
21)
l'abandon forcé de Saint-Domingue, et je compterai pour
rien ce que la critique pourra m'imputer par des motifs
faussement prètés ; rien ne me fera sacrifier la vérité:
lorsque je la montrerai, elle sera toute nue.
Je ne prétends pas cependant rejeter les observations
ni la critique, l'erreur est l'apanage de Thomme. Ce
travail, bien imparfait sans doute, pourra néanmoins , je
l'espère, éclairer l'opinion sur les principaux personnages qui ont figuré sur cette grande scène ; je chercherai à les juger sans partialité, évitant avec le même
soin, la flatterie outrée et la critique haineuse, pour rester sincère et vrai.
oGe0 0-GY
ne prétends pas cependant rejeter les observations
ni la critique, l'erreur est l'apanage de Thomme. Ce
travail, bien imparfait sans doute, pourra néanmoins , je
l'espère, éclairer l'opinion sur les principaux personnages qui ont figuré sur cette grande scène ; je chercherai à les juger sans partialité, évitant avec le même
soin, la flatterie outrée et la critique haineuse, pour rester sincère et vrai.
oGe0 0-GY --- Page 38 --- --- Page 39 ---
SOUVENIRS
HISTORIQUES ET SUGOITOTS
De la première Campagne.
€683
Les préliminaires de la paix avec l'Angleterre Préparatifs
étaient arrétés; vers la fin de 1801, les mers
de
l'Expédition.
devenaient libres, et la France dut penser à
ses colonies, à Saint-Domingne surtout, cette
terre si belle, si riche, si productive, renfermant des trésors dans ses trois cent soixante
lieues de circuit.
Saint-Domingue, situé dans l'archipel américain, possédait une grande population, riche,
industrieuse, faisait un commerce immense avec
toutes les parties de T'Amérique, était le véritable entrepôt de notre industrie, et devenait
notre véritable école de marine.
Avant donc la conclusion de la paix, qui fat --- Page 40 ---
24)
ratifiée le 27 mars 1802, une expédition, présous le plus grand secret, dans nos principarée,
de guerre, devait, à jour donné,
paux ports
forces dans le golfe de Gascogne,
voir réunir ses
confiée aux orformer l'escadre générale,
pour
dres de Pamiral Villaret-Joyeuseforte
Brest renfermait dans son port la plus
forces navales, augmentées de la
partie de ces
ramenée de Cadix
division espagnole Gravina, Brueix dans la Médiaprès Texpédition de P'amiral
terranée, et qui n'avait pas encore repris la mer.
jours, l'escadre était prête à
Depuis quinze l'ordre de départ avait été
mettre à la voile;
donné, les vents étaient favorables, et pourtant
dans le port. Qui donc arrètait le mouon restait
fenme! madame Leclerc!
vement? C'était une
à bras
Elle arrivait, disait-on, portée en litière,
d'hommes Si le roi de Prusse, le grand
eût existé alors, il eût pesté, comme
Frédéric,
contre le cotillon. En effet, le COde son temps,
facheuse influence dans les
tillon eut parfois une
affaires, et l'on peut, cette fois encore,luiaticibuer la
la série de malheurs qui vinrent fondre par
notre armée. Si alors le premier consul
suite sur
élait causé
eût su que le retard de Tappareillage
ledénul doute qu'il In'eut ordouné
par sa sceur, mais s'il Tapprit, ce ne fut que
part sans elle;
plus tard.
contre le cotillon. En effet, le COde son temps,
facheuse influence dans les
tillon eut parfois une
affaires, et l'on peut, cette fois encore,luiaticibuer la
la série de malheurs qui vinrent fondre par
notre armée. Si alors le premier consul
suite sur
élait causé
eût su que le retard de Tappareillage
ledénul doute qu'il In'eut ordouné
par sa sceur, mais s'il Tapprit, ce ne fut que
part sans elle;
plus tard. --- Page 41 ---
(25.)
Les circonstances les plus futiles en apparence
produisent souvent les plus funestes résultats.
Qu'arriva-t-il de ces quinze jours d'attente?
Les divisions des autres ports sortirent au jour
fixé, et firent voile pour le golfe de Gascogne,
rendez-vous général; elles attendirent quelque
temps. Enfin, fatiguées de lutter contre une mer
affreuse, et ne sachantà quoi s'en tenir, elles cinglèrent vers Saint-Domingue. L'amiral Latouche
s'arrêta encore quatre jours sous Belle-Isle; mais
à son tour il fit route pour la colonie.
Ce délai fut cause qu'une division navale
parut sur les côtes de Saint-Domingue, avant la
réunion de l'escadre qui portait l'armée. Le chef
noirs,
devina les
des
2 Tousmint-Lomverturey
projets de la France, projets que le secret seul
pouvait faire réussir; il put alors faire ses dispositions de défense.
Si, au contraire, la réunion de l'escadre se
fut faite sous une des iles du Vent, elle arrivait
en même temps, et, sans coup-férir, opérait un
débarquement d'autant plus facile que personne
n'eût été en état de s'y opposer; l'effet moral eut
été immense, et Toussint-Louverture, surpris
inopinément, n'eût pu soutenir la guerre.
Madame Leclerc, la cause d'un retard si fà- Apparcillage de l'escadre
cheux, arriva enfin, et le lendemain 23 frimaire de Brest.
an X ( 14 décembre 1801), P'escadre de Brest --- Page 42 ---
26 )
La
mit à la voile par un temps magnifique. la
le soleil éclairait, transformait
gelée, que
immenses draps d'arvoilure des vaisseaux en
gent.
Villaret-Joyeuse se rendit d'abord au
L'amiral
: les autres divisions en étaient
golfe de Gascogne
jours; mais il l'iparties déjà depuis quelques vainement à son tour.
gnorait, et les attendit
dans la belle saiLe golfe, toujours rude, même
de l'hiver
l'était bien plus encore au milieu
son,
trouvions, et l'escadre éprouva
où nous nous
un brouillard
En outre,
des temps effroyables.
tellement dense, qu'on ne se voyait pas
survint,
il dura trois jours et
à dix pas de distance;
trois nuits. Les ordres ne pouvaient se donner
fut dissipé, les
qu'au signal du canon. Lorsqu'il
étaient rompues. L'escadre dispersée perlignes
de temps à se rallier, et elle y pardit beaucoup
vint non sans peine.
le
Le vaisseau le Mont-Blanc, commandé par
Magon de la Balue, courut le plus
contre-amiral IOccan, de 120 canons, matelot
grand danger;
dans une
d'arrière du vaisseau-amiral, se trouva,
à la
exécutée pendant la nuit, placé
manceuvre
du Mont-Blanc, et sans un matelot, gapoupe
le bout-dehors du
bier d'artimon, qui aperçcut
Or,
beaupré, cette masse énorme Tempoupait!
les mâts calés, à sec devoiles,
dans ce moment 2
contre-amiral IOccan, de 120 canons, matelot
grand danger;
dans une
d'arrière du vaisseau-amiral, se trouva,
à la
exécutée pendant la nuit, placé
manceuvre
du Mont-Blanc, et sans un matelot, gapoupe
le bout-dehors du
bier d'artimon, qui aperçcut
Or,
beaupré, cette masse énorme Tempoupait!
les mâts calés, à sec devoiles,
dans ce moment 2 --- Page 43 ---
(27 )
el seulement avec le foc et la pouillouse, on
filait dix nceuds. La mer était si grosse que
dans les mouvemens de langage on la voyait
par-dessus ses bas-màts.
La hèle du gabier provoqua une réponse du
bord de l'Occan; celui-ci laissa arriver, et le
Mont-Blanc, de son côté, ayant loffé, le danger
fut bientôt paré. Il faut être marin pour se
faire une idée d'un vaissean à trois-ponts, écrasant par sa masse la poupe d'un autre vaisseau
de 74 canons. Vraisemblablement, il l'eût fendu
en deux.
Enfin l'ordre de marche fut rétabli, et sept jours
après son arrivée, l'amiral se décida à faire route.
Le 22 décembre, le contre-amiral Magon 1 qui
commandait le Mont-Blanc, un des plus fins voiliers, eut ordre d'aller à la découverte des divisions qui ne s'étaient point trouvées au rendezvous général; il se couvrit de toile, et bientôt
on le perdit de vue. II gagna promptement les
vents alizés, et pour la première fois passa le
tropique.
Entré au service depuis 1800, j'étais alors n0vice , puis timonier. Je pourrais faire ici une description pompeuse du baptéme tropical, mais on
a relaté tant de fois ces grotesques cérémonies,
que je crois à propos de m'abstenir. Toutefois,
il eut un bon résultat pour l'équipage, qui --- Page 44 ---
(28)
louis. Parmi les personnes
reçut quatre-vingts active à la fète, se trouqui prirent une part officiers du vaisseau, le
vaient la plupart des
et son étatgénéral de division Rochambeau
le Be
major; M. Luce, colonel, commandant
plusieurs dames, au
léger, el tous ses officiers ;
Lavadesquelles brillait la belle madame
milieu
aussi le baptême, car dans cette
lette (1), reçurent
les femmes tenaient leur place.
expédition
Le vaisseau qu'on avait mis en panne pour
cérémonie reprit bientôt sa marche; on
cette
tête des deux grands mâts
placa alors à chaque
devait recevoir un louis d'or, promis
une vigie qui
à celui qui, le premier, dépar le contre-amiral
On
couvrirait soit la terre, soit un vaisseau.
si Phorison était examiné avec soin;
peut juger
de celui qui descendait
on comprend les regrets
de la vigie, sans avoir rien vu.
Le
On aperçut l'un et l'autre en même temps.
Arrivées sur
ft entendre; puis bientôta après:
St-Domingue. cri: terrelterrelset waissenux! Ce cri, doux à l'oreille
wn,deur, trois
du marin conme le vagissement d'un premier
d'une mère, fit surgir des
nouveu-néaloreille
flancs du navire toute sa population : le pont,
les hautbans, les lisses n'offriles bastingages, 2
accourent bientôt plus assez. de placeà ceux qui
Cetait la fenme du génoral de cc nom, qui se noya après la
capitulation (1)
du Cap, dans les jardins de la reine (ile de Cuba).
wn,deur, trois
du marin conme le vagissement d'un premier
d'une mère, fit surgir des
nouveu-néaloreille
flancs du navire toute sa population : le pont,
les hautbans, les lisses n'offriles bastingages, 2
accourent bientôt plus assez. de placeà ceux qui
Cetait la fenme du génoral de cc nom, qui se noya après la
capitulation (1)
du Cap, dans les jardins de la reine (ile de Cuba). --- Page 45 ---
29 )
raient pour voir cette terre promise, qu'on n'apercevait pourtant encore que du haut des màts.
De tumultueuses acclamations la saluérent, 7 et
furent bientôt suivies d'un profond silence, pendant lequel chacun cherchait à deviner un sol
qui devait momentanémient délasser des longs
jours d'une pénible et dure traversée.
La première terre aperçue était La Grange,
petite ile de Monte-Christ, en avant de celle des
. et
doit son nom à sa forme,
Sept-Frères, 7
qui
représentant un toit. Un peu au-delà se tenaient
les vaisseaux de la division Latouche-Tréville. A
notre approche, une frégate vint nous raisonuer,
et nous apprimes que, depuis dix jours, on était
la,attendant l'escadre qu'on n'avait point trouvée
dans le golfe de Gascogne, ni sous Belle-Ile.
M.Villaret-Joyeuse rallia quelques jours après, ,et
toute l'escadre se trouva réunie le 29janvier 1802.
Elle se composait de 22 vaisseaux , dont 1 à
trois ponts, 19 frégates et 9 transports et avisos,
formant ensemble 50 voiles 1 portant 13,500
hommes de débarquement.
Plus tard, on envoya encore de France 8,400
hommes, ce qui porta l'effectif à 21,900 combattans (Voir l'état page VINI.)
Il fallait prendre des dispositions pour le dé- 14 pluviose
à
an X
barquement : on ne pouvait, 2 Saint-Domingue, (3 Février).
l'opérer sur un seul point ; comme en Egypte, --- Page 46 ---
30 )
dans chaque port des villes du
il fallait le faire
l'armée de Toussaint-Loulittoral occupées par
de prendre ses meverture, qui iavait eu le temps
sures de première défense.
l'escadre manoeuvra encore pendant
Toute
Jamais
quatre jours, en vue de Saint-Domingue.
beau ne s'offrit aux yeux ! Cinspectacle plus
trois
masses
navires courant sur
lignes,
quante
semblaient pourtant s'animer pour
inertes et qui
seul!, Jamais le génie de
obéir à la volonté d'un
Phomme ne parut plus grand !
voiles
Au soleil couchant, ces nombreuses
fuyaient la terre, rasant, comme un
dorées
sans vagues 1 unie
oiseau 2 une plaine bleue, 3
l'azur du
comme la surface d'un lac, et reflétant
beau ciel des colonies. A peine ce spectacle
venait de disparaitre avec le jour,
enchanteur
la nuit offrait un tableau non moins magique.
que
fanaux de poupe de chaque navire
Les trois
étoiles brillant au
semblaient d'innombrables
se mélant aux masses
milieu des ténebres.L'ombre:
plus
les portaient, l'oeil ébloui n'apercevait
qui
de
illumination mobile, resplendissante
qu'une balancée dans l'espace. C'était unl feu
couleurs,
mille et mille fois, dans les
follet, nais répété
laissaient après le
qui
eaux phosphorescentes,
ruban
sillage des vaisseaux comme un long
d'argent
ient d'innombrables
se mélant aux masses
milieu des ténebres.L'ombre:
plus
les portaient, l'oeil ébloui n'apercevait
qui
de
illumination mobile, resplendissante
qu'une balancée dans l'espace. C'était unl feu
couleurs,
mille et mille fois, dans les
follet, nais répété
laissaient après le
qui
eaux phosphorescentes,
ruban
sillage des vaisseaux comme un long
d'argent --- Page 47 ---
(31)
Assis sur le couronnement de mon vaisseau 2
oubliant que je n'étais encore qu'un modeste
aspirant de troisième classe (grade donné à la
mer par le contre-amiral Magon), mon imagination courait, vagabonde, dans ce ciel enchanté!
Au jour, on revenait vers la terre, vers cette
terre de Saint-Domingue, exalant , au lever du
soleil, mille parfums, riche bouquet qu'on pourrait deviner,alors même qu'on ne le verrait pas.
Cinquante-deux, jours de traversée ou de mer redoublaient chez tous le désir de pouvoir respirer,
sur leur tige, ces délicieux parfums, que la comparaison, avec les émanations délétères du bord,
rendaient plus sensible encore. Chacun demandait la terre : on savait bien qu'il faudrait combattre, mais, pour des Français, avoir la liberté
d'action, le mouvement, c'est une seconde vie.
L'ile de Saint-Domingue, appelée ainsi pendant trois siècles, fut découverte par Colomb, le
5 décembre 1492, qui la baptisa d'abord du nom
d'Espanola; depuis la déclaration de son indépendance, elle a pris celui de Haiti.
L'ile d'Haiti, située entre Porto-Ricco, Cuba
et la Jamaique, compte environ cent soixante
lieues de l'est à l'ouest, et quarante lieues du
nord au sud. Quatre rivières la baignent : la
Neiba, courant au sud; IYuna, à l'est; PYayn, 1 --- Page 48 ---
32 )
au nord , et TArtibonite, rivière prinou Yaqui 2
P'ouest.
cipale, se dirigeant vers
l'armée allait déC'était sur celte terre que
barquer.
des faits ci-dessus, et en exaPar l'exposé
attentivement les dates, on reconnaitra
minant
Villaret-Joyeuse n'eût pas perdu
que , si Pamiral
aurait rencontré les autres
quinze jours à Brest, il
arriver
général, pour
divisions au rendez-vous
où lon
même
devant Saint-Domingue,
en
temps
à donner à chacun ses
perdit encore cinq jours direction de chaque
instructions et à régler la
division. Si, ainsi que je l'ai dit, l'escadre se
soit à la Martinique ou à la Guafut concentrée
ensuite, ayant au départ sa dideloupe, chacun,
défense, Toussaintrection, on surprenait, sans
moment de
Louverture, on profitait du premier
était
stupéfaction des nègres, et Saint-Domingue
à la France, presque sans coup férir.
déLe 14 pluviose au X (3 février 1802), on
Dislocation de
3 chaque général reçut
l'escadre, barqua à Saint-Domingue
el débarque- ses ordres et se mit en campagne.
ment.
était composé comme suit: :
L'état-major
GENÉRAL EN CHEF : Leclerc.
ORDONNATEUR EN CHEF : Daure.
Généraus de division.
Desfourneaux.
Rochambeau.
Quentin.
Boudet.
férir.
déLe 14 pluviose au X (3 février 1802), on
Dislocation de
3 chaque général reçut
l'escadre, barqua à Saint-Domingue
el débarque- ses ordres et se mit en campagne.
ment.
était composé comme suit: :
L'état-major
GENÉRAL EN CHEF : Leclerc.
ORDONNATEUR EN CHEF : Daure.
Généraus de division.
Desfourneaux.
Rochambeau.
Quentin.
Boudet. --- Page 49 ---
33 )
Généraur de brigade.
Kerverseau.
Brunet.
Lamarque.
Humbert.
Salm.
Ferrand.
Sériziat.
Adjudans commandans.
Boyer.
Clâparède.
Dampierre.
Dornemans.
Lacroix (Pamphile).
Darbois.
Andrieux.
Deplanque.
Lecamus.
Brouard.
Batteimoure.
Rapatel.
Commnissaires des guerres.
Roch.
Levrat (Louis).
Bertrand.
Colbert (Alphonse).
Sous-inspecteurs au recues.
Rochelin.
Goguet.
Mallenfant.
Lasève.
Tels sont ceux dont les noms sont revenus à
ma mémoire. Bien d'autres arriverent ensuite;
mais l'épidémie en enleva tant, qu'il faudrait
avoir les contrôles de la guerre pour les citer.
DIRECTIONS.
Leclerc, général en chef.. au Cap-Français et à l'Acul.
Magon de la Balue.
au fort Dauphin, débarquant le
général.
Rochambeau
allant au Cap, et de là au Port-auPrince, par terre.
Humbert.
au Port-au-Prince, par mer.
Kerverseau.
à Santo-Domingo, par mer.
Boudet.
au Port-au-Prince, devant opérer
sur le littoral.
--- Page 50 ---
34 )
POSITIONS DES GÉNÉRAUX NÈGRES OU MULATRES.
général en chef. Partout. (Sa loTonsamint-Lonvertare
comotion était surprenante.) commandant au Cap-FranChristophe, lieutenant général,
çais.
lientenant général, à Saint-Marc.
Dessalines, lieutenant général, au Port-an-Prince, qu'il
brula Maurepas, 2 et où il assassina les blancs. (Partie espagnole.)
Paul Louverture, à Santo-Domingo.
CAPITAINE DE PURT AU CAP.
Sangos, mulatre.
ayant forcé la passe sous
Un parlementaire,
du fort Picolet, fut reçu au
les boulets rouges
Sangos 55,000 fr.
Cap. On offrit au capitaine dans la rade, dont
entrer l'escadre française
pour
mais il refusa. En
le passage est fort dangereux; ;
dans
vain l'amiral le menaça de mort, il persista
refus, et rien ne put changer sa résolution.
son
de son caractère, et on lui
On admira la noblesse
fit gràce de la vie.
donc des menaces
Les premières paroles furent caractère de cet
de mort; cela promettait!.. Le
faisait connaître à quels hommes on auofficier
commandait alors à une
rait affaire. Toussaint
c'était autant
population de 400,000 âmes, et
d'ennemis à combattre.
Fatale erreur! les Français regardaient ces
hommes comme des sauvages, que leur simple
allait soumettre et jeter à leurs pieds
aspect
ce de la vie.
donc des menaces
Les premières paroles furent caractère de cet
de mort; cela promettait!.. Le
faisait connaître à quels hommes on auofficier
commandait alors à une
rait affaire. Toussaint
c'était autant
population de 400,000 âmes, et
d'ennemis à combattre.
Fatale erreur! les Français regardaient ces
hommes comme des sauvages, que leur simple
allait soumettre et jeter à leurs pieds
aspect --- Page 51 ---
35 )
Hélas! leur persévérance dans la lutte, leur résistance courageuse, annihilant la science européenne, prouvèrent bientôt le contraire, et l'on
put dès lors prévoir l'insuccès qui, plus tard,
détermina l'abandon de l'ile.
Et lorsqu'on réfléchit que tant de malheurs
étaient diàs à l'influence d'une femme, on ne peut
que déplorer cette galanterie française, mal entendue, à laquelle on sacrifiait tout! S'il fut cependant une époque oùt on eût pu se croire à
l'abri de cette influence, ce fut celle du consulat,oi Bonaparte prétendait que la première
femne du monde était celle qui faisait le plus
d'enfans.
Certes, il eût toujours fallu se battre, quoique
arrivant à limproviste ;1 mais alors Toussaint, pris
au dépourvu, n'aurait pas eu le temps d'organiser
l'incendie, de détruire pour trente millions de
denrées coloniales en magasin; la guerre l'eût OCcupé partout; la ville du Cap et toute la population blanche de l'ile eussent été sauvées.
La division maritime perdit encore deux jours Poursuite des
devant le Cap; on parlementa, et lorsqu'en- nègres.
finl'amiral Villaret-Joyeuse, le 6 février, se décida
à braver les difficultés de la passe ( ce qu'il eût
dà faire dès le 3), toute la ville était en feu; les
poudrières sautaient Ce fut au milieu des
flammes de cette cité que la troupe dut s'ouvrir --- Page 52 ---
36 )
un passage, pour arriver dans la
Cette belle plaine, de huit
plaine du Cap.
sur quatre de largeur,
lieues de longueur,
incendie: des
présentait aussi un vaste
habitations, des
à sucre brilaient de
champs de cannes
fois un horrible
toutes parts. C'était à la
et un admirable
Huit lieues de flammes! Une
spectacle!
Cel incendie détruisit
mer de feu!
quartiers Morin,
complètement tous les
, Petite-Anse,
Limonade et du Trou.
Terrière-Rouge,
Le général nègre Christophe,
évacua le Cap, et gagna les
avec ses troupes,
suivit. Mais cette
Mornes; on le pourcette guerre où l'ennemi guerre nouvelle pour nous, 3
dérouta officiers
n'était jamais visible,
école à faire,
et soldats; c'était une nouvelle
on n'y entendait
on allait en avant,
plus rien; et plus
vaient. Nous
plus les dangers s'aggraperdimes dès l'abord
monde. Leura armée,invisible,
beaucoup de
sissable, se tenait soit dans les introuvable, insailes halliers, et tirait à
mornes, soit dans
compactes (1). On dut coup sur dans nos masses
tion des
donc se borner à
villes, après en avoir expulsé l'occupaIl fallait ensuite
l'ennemi,
s'établir,
cider enlin quel
s'organiser, et dé.
ver au but.
parti on prendrait pour arri1) Yoir la Note. à la lin du volume.
visible,
beaucoup de
sissable, se tenait soit dans les introuvable, insailes halliers, et tirait à
mornes, soit dans
compactes (1). On dut coup sur dans nos masses
tion des
donc se borner à
villes, après en avoir expulsé l'occupaIl fallait ensuite
l'ennemi,
s'établir,
cider enlin quel
s'organiser, et dé.
ver au but.
parti on prendrait pour arri1) Yoir la Note. à la lin du volume. --- Page 53 ---
p7m0S
-
rP --- Page 54 ---
CB --- Page 55 ---
37)
Cependant, Toussaint tenait la campague; il
fallait aussi aller l'y combattre. Nous avions commencé la guerre, nous devions la soutenir, Et
quelle guerre! de la part des noirs, c'était une
guerre à mort !
Plusieurs villes n'eurent point le sort du
Cap-Français, capitale de l'ile, parce qu'on y
entra sans parlementer. De deux choses l'une:
ou l'on venait pour traiter, ou l'on voulait faire
la guerre? Pourquoi alors agir comme on le fit
devant le port du Cap, tandis que les ordres
donnés aux généraux étaient de prendre possession de vive force.
Mais le général tenait sans doute à se ménager une belle résidence, et'il parlementa.
Si, au contraire, les quatre jours qui s'écoulèrent
en tentatives d'arrangement eussent été mis à
profit, Christophe n'eut point eu le temps de
préparer l'incendie, et la ville était sauvée.
Un mauvais génie semblait présider à l'expédition, tout devait nous faillir.
Le 14 février 1802, le contre-amiral Magon Prise du fort
de la Balue reçut pour destination le Fort-Dau- Dauphin.
phin; il devait s'en emparer, et y débarquer la
division du général Rochambean, qui avait
l'ordre de se diriger par terre sur le Cap-Français.
Trois vaisseaux de
soixante-quatorze 2 une
frégate et un brick portaient la troupe. Si on --- Page 56 ---
38 )
depuis le 5, neuf jours se sont
réfléchit que,
les ordres aient été donnés,
écoulés, avant que
le général en
forcé de reconnaitre que
on sera
dans cette circonstance, de peu
chef fit preuve,
d'habileté; car, 2 n'eàt-il pas eu ses instructions
la France (et on sait le contraire) ),
en quiltant
traversée, établir
il pouvait, pendant sa longue
qu'à
afin de n'avoir plus
son plan d'attaque,
de ses forces. C'était
opérer, aussirôt la réunion
son arrivée,
Ta b C du métier, et pourtant, après
d'une seniaine lui fut encore nécessaire pour
plus
dresser ses plans.
nécessaires sur le
lci quelques détails sont
et ses annexes. Le fort Dauphin 7
fort Dauphin
triangulaire,
construit sur un roc à peu près
dont la gorge est coupée
forme une presqu'ile
d'une bolte.
le fossé, et offre la figure
par
dans la baie, de manière à être
II s'avance
il devient même un
vl du goulet, pour lequel
est
Le fort Saint-Joseph
point de perspective.
trois bastions sur
enceinte, ayant
une simple
le cavalier Maurepas 1
le bord des escarpemens;
dans le bastion de ce nom, a d'excellens
placé
il fait face à la
souterrains, sous sa plate-forme;
L'entrée du goulet, donnant juste passage
baie.
vaisseau de ligne, est défendue par
pour un
et une batterie plus éloiun fort dit la Bouque
de batterie de
gnée, désignée sous le noml
de perspective.
trois bastions sur
enceinte, ayant
une simple
le cavalier Maurepas 1
le bord des escarpemens;
dans le bastion de ce nom, a d'excellens
placé
il fait face à la
souterrains, sous sa plate-forme;
L'entrée du goulet, donnant juste passage
baie.
vaisseau de ligne, est défendue par
pour un
et une batterie plus éloiun fort dit la Bouque
de batterie de
gnée, désignée sous le noml --- Page 57 ---
39 )
Lance. Entre ces deux fortifications, il existe
une citerne contenant 300 barriques d'eau, 2
pour l'usage des garnisons.
L'embouchure de la rivière des Bochers et
efficacement la baie, au
ses environs protège
moyen de ses feux croisés avec ceux d'un fort,
nommé Saint-Frédéric, dont elle n'est qu'à 800
toises, et qui n'a jamais été achevé. Tous ces
forts et batteries datent de 1756.
La ville, la seconde de la partie du nord,
reçut ses habitans de la peuplade Bayaha. Elle
est située au fond de la baie 7 le long du rivage,
et occupe une surface de 400 toises de longueur,
du nord-ouest au sud-est, et d'environ 300 toises
en largeur, du nord-est au sud-ouest. Elle est
située à 400 toises de l'entrée du fort. On y
compte douze rues. 1 partant du bord de la mer,
et se dirigeant vers l'intérieur, et sept qui coupent ces mêmes rues à angle droit; elles ont 50
pieds de largeur, à l'exception de la grande rue,
qui en a 60. Elles sont toutes plantées d'arbres.
Le fort Dauphin avait 114 maisons assez jolies,
la plupart en maçonnerie, mais toutes à un seul
étage; l'intérieur en est frais, parce que les emplacemens sont assez profonds pour qu'on puisse
avoir des galeries où l'air circule librement. La
largeur de ces rues les livre à toute l'action du
soleil, et, par conséquent, à une chaleur bru- --- Page 58 ---
(40)
Jante, dont l'effet est plus supportable encore
celui des fortes brises qui élèvent dans l'air
que
de poussière Il existe une seule
des tourbillons
fontaine
coûta
place publique, ayant une
qui
T'énorme somme de 1,133,330 livres 6 sous
8 deniers, et qui, construite en 1787, cessa de
donner de l'eau un an après.
Le fort Dauphin est à douze lieues du Cap,
de PAcul-Samedi. La population de la paet sept
600 affranchis et de
roisse était de 700 blancs,
9,000 esclaves.
marine militaire rencontrait là une grande
La
du moins
résistance. Il était, sinon impossible,
de tenter P'entrée de vive force,
fort dangereux
avoir
les forts et les batteries En effet,
sans
pris bâtiment coulât dans la passe,
il suffisait qu'un
eût été obligé
pour la barrer; le circuit qu'on
ville
alors de faire pour entrer par terre dans la
de temps. D'ailleurs, l'ennemi
eût exigé trop
et
occupait les forts; il fallait le débusquer,
fructueusedans la rade seule pouvait s'opérer
ment le débarquement.
Magon de la Balue se sépara de l'escadre, et
division dans la baie de Mancenille, à
mouilla sa
Labouc. Dans la nuit, deux
une lieue du fort
bataillons du 50 léger furent mis à terre, avec
de
Ils avaient ordre d'ardeux pièces
campagne.
river,an point du jour,sur le fort, et de l'enlever.
fructueusedans la rade seule pouvait s'opérer
ment le débarquement.
Magon de la Balue se sépara de l'escadre, et
division dans la baie de Mancenille, à
mouilla sa
Labouc. Dans la nuit, deux
une lieue du fort
bataillons du 50 léger furent mis à terre, avec
de
Ils avaient ordre d'ardeux pièces
campagne.
river,an point du jour,sur le fort, et de l'enlever. --- Page 59 ---
(41) )
De Lachàtre, chef d'escadron, et premier aidede-camp du général Rochambeau, commandait
cette colonne, sous les ordres du général Bruet,
qui s'étail mis à la tête de Tavant-garde. Le
pavillon tricolore, flottant sur le fort, devait
indiquer sa prise et servir de signal pour l'appareillage de la division navale.
Du bord de nos vaisseaux, et à l'aide de
longue-vues, nous pumes suivre toutes les phases
de l'attaque. Elle fut sérieuse ; la garnison noire
combattit vigoureusement pour défendre la première enceinte; mais enfin les nôtres l'enlevèrent.
Au-delà existait un réduit, avec fossés, 2 d'oi
sortait un feu suivi, qui en défendait l'approche:
ce n'était que par une escalade qu'on pouvait s'en
rendre maitre; mais sans brèche, sans échelles, la
chose élait difficile, et, dans tous les cas, il fallait
sacrifier beaucoup de monde. Ily eut un moment
d'hésitation parmi nos soldats; de Lachâtre,
alors, craignant qu'ils ne vinssent à làcher pied,
nouveau Condé, jeta son chapeau dans le fossé,
et s'écria:. A moi, mes amis! qui veut vaincre me
suivels Il s'élance en avant: ; les soldats, animés
par son exemple, se précipitent sur ses traces.
Enfin, grâce aux anfractuosités du rocher dans
lequel le fossé élait creusé, on arriva sans trop
grandes pertes à la muraille; l'escalade eut lieu,
et la garnison, prisonoière, fut passée au fil de --- Page 60 ---
les vaisseaux virent flotter dans
l'épée. Bientôt,
drapeau; mais le brave
les airs notre victorieux
beau fait
de Lachâtre avait payé de sa vie ce
Le fossé dans lequel il s'élait élancé le
d'armes.
tombeau. Toutefois, il eut *
premier fut son
comme l'a dit le chantre de nos gloires :
Le bonheur de mourir dans un jour de victoire.
mit aussitôt à la voile, et se dirigea sur
Magon
l'entrée de la rade.
l'ennemi
Le fort de Labouc était pris, mais
la
batterie de Lance. Enceinte
avait encore grande
du côté
d'une muraille, avec fossés et pont-levis
du front de terre, elle n'était défendue par son
du côté de la mer; on amena les
artillerie que
battirent vigoudeux pièces de campagne, qui
les
reusement le pont-levis. Celui-ci s'abattit;
allaient enfoncer la porte, lorsqu'un
sapeurs
homme l'ouvrit.
d'avoir perdu
Le Sergentdu C'était un sergent... Je regrelte
à qui rien
5 léger. son nom.. C'était un de ces hommes
ne trouvent rien d'impossible.
ne résiste, qui
récomDéjà il avait gagné un fusil d'honneur,
de la bravoure, qui fut plus tard remplacé
pense
par une croix et un ruban.
nègres,
Comment était-il là? Les canonniers
démoralisés par la prise du fort Labouc, se
voyant entourés de troupes victorienses, aper-
sergent... Je regrelte
à qui rien
5 léger. son nom.. C'était un de ces hommes
ne trouvent rien d'impossible.
ne résiste, qui
récomDéjà il avait gagné un fusil d'honneur,
de la bravoure, qui fut plus tard remplacé
pense
par une croix et un ruban.
nègres,
Comment était-il là? Les canonniers
démoralisés par la prise du fort Labouc, se
voyant entourés de troupes victorienses, aper- --- Page 61 ---
43 ) I
cevant l'escadre qui donnait dans le goulet : perdirent toute leur énergie; notre sergent, à l'aide
de ses mains et de sa baionnette, le fusil en
bandoulière, put donc escalader la muraille sans
être remarqué. Arrivé sur le faite, il cria : ( 1
moi, camarades! > et sautant dans la batterie,
il courut à la porte, qui déjà retentissait sous les
coups de la hache.
Tant de courage et d'audace effrayèrent les
noirs ; ils ne pouvaient croire qu'un homme eût
osé se risquer, seul, au milieu de tant d'ennemis; ils pensèrent que d'autres le suivaient ; la
panique les saisit :ils s'enfuirent de tous côtés, et
se jettérent presque tous à la mer, où ils furent
fusillés, avant d'avoir pu atteindre l'autre bord
du goulet.
Les mains du brave sergent étaient déchirées,
ses ongles étaient arrachés, mais il semblait
ne pas s'en apercevoir: ; et à son général, qui lui
demanda : ( Comment as-tu donc fait pour monter là? > il répondit tout simplement : ( Ab! mon
général, c'est que l'ennemi y élait ! > Que d'hommes pareils dans nos armées !
Ces deux faits d'armes employérent quatre
heures environ, et nous coûtèrent 150 hommes,
dont 42 furent tués ou moururent par suite de
leurs blessures, et 108 blessés qui entrèrent à
Thopital --- Page 62 ---
44)
division navale était entrée dans la passe
Entréc
La
oùr les derniers coups de fusil se tide la division au moment
à la
navale. raient de la batterie sur les nègres
nage.
navires
la composaient, sous toutes
Les cinq
qui
n'en faire
voiles, beaupré sur poupe, 1 paraissaient
seul, de telle sorte qu'on eût pu facilequ'un
derment circuler de l'un dans l'autre, jusqu'au
nier. Le silence le plus grand régnait à bord; le
sifflet du commandement, seul se faisait entendre;
chacun était à son poste, car il restait à prendre
le grand fort, où l'on n'apercevait aucun mouvement. Contraste frappant avec l'agitation tumulet qui accoutueuse de nos soldats vainqueurs,
saluant leurs vaisseaux aux
raient sur le rivage,
cris de : Vive la répablique!
Les soldats avaient rempli leur tàche; il restait
navires à prendre le fort Saint-Joseph, et
aux ensuite à s'emparer de la ville. A peine furent-ils
eurent à essuyer un feu bien
à demi-portée, qu'ils
nourri; mais bientôt, et par une habile manoeule fort fut entouré; les vaisseaux lancèrent
vre,
toute leur bordée, et ensur lui, en arrivant,
du
suite celle du bord opposé, au moment
mouillage. Pendant ce lemps, lcs chaloupes
mises à la mer recevaient la troupe; elles débordérent aussitôt, et se dirigérent vers le fort dont
nos canons avaient fait laire le feu.
AI l'aspect d'une force si imposante; la garnison
bientôt, et par une habile manoeule fort fut entouré; les vaisseaux lancèrent
vre,
toute leur bordée, et ensur lui, en arrivant,
du
suite celle du bord opposé, au moment
mouillage. Pendant ce lemps, lcs chaloupes
mises à la mer recevaient la troupe; elles débordérent aussitôt, et se dirigérent vers le fort dont
nos canons avaient fait laire le feu.
AI l'aspect d'une force si imposante; la garnison --- Page 63 ---
45) )
prit la fuite ver's la ville, au-deli de laquelle on
ne cessa d'envoyer des bordées à toute volée.
Quelques instans après, le port et la ville
étaient à nous.
L'attaque fut si prompte, si bien dirigée, nos
tirs sur la ville et au-delà furent si bien combinés, que les nègres ne purent complètement l'incendier; nous fimes assez heureux pour en sauver une partie. Bâtie tout en bois, elle eût été
entièrement détruite; mais le commandant négre,
du 1er régiment, malgré ses échecs successifs, se
crut assez fort pour résister dans la place: ; il perdit du temps, et lorsqu'il voulut la détruire, il
était trop tard; il ne put que fuir avec sa troupe
démoralisée. Une colonne des nôtres fut envoyée
à sa poursuite.
La division Rochambeau, débarquée, occupa
le fort Dauphin, et le 27 février, elle se mit en
route pour le Cap-Français, puis sur le Port-auPrince. Cette division, qui formait l'aile gauche
de l'armée, devait traverser toute l'ile; elle avait
ordre, dans son mouvement, d'attaquerTonssint,
qui avait fait sa position centrale de T'habitation
Emery, à trente lieues du Cap. Partie de l'est, elle
devait appuyer la division Boudet, qui venait de
l'ouest, et ces deux colonnes réunies avaient
ordre d'appuyer sur la division Hardy, arrivant
du nord. Cette combinaison étail fort bien con- --- Page 64 ---
46)
Toussaint, qui se
çue; nais elle fut déjouée par
la rivière de l'Ester, où il se retrancha
retira sur
Rochambeau
de sa garde.
avec 1,500 grenadiers
le battit, et lui tua 800 nègres.
Pattaqua,
d'infanterie, la
le départ de la division
Prise du fort Après
trop faible, fut augS"-Suzanne. garnison du fort Dauphin,
nonmentée de compagnies de marins qui,
la ville, mais encore furent
seulement gardérent
dans l'intérieur des
cuployées à des attaques
terres.
alors aspirant de maJ'ai déjà dit que j'étais
fis donc partie d'une de ces compagnies.
rine je
bientôt sur le quartier de
On nous dirigea
VAcul-Samedi, où se trouvait une redoute appelée
l'enuemi. C'était
Sainte-Suzanne, occupée par
laissa
ouvrage en terre, auquel on ne
un simple
de ses pièces, et qu'on
faire qu'une seule décharge
Thonneur d'y
enleva d'assaut. Je n'eus pas
la
un éclat d'obus m'avait fracassé
entrer ;
à
oû je
jambe droite; on me ramena Thôpital, c'était
n'eus plus qu'à souffrir, et guérir 2 si
possible. division navale rallia au Cap; Magon de
La
la Balue, ami de ma famille et mon protecteur,
commandait les forces de terre et de mer
qui
hors d'état de
au fort Dauphin I me voyant
dénaviguer
le moment, me doona mon
1 pour
dans l'armée de terre.
barquement; et j'entrai
jambe droite; on me ramena Thôpital, c'était
n'eus plus qu'à souffrir, et guérir 2 si
possible. division navale rallia au Cap; Magon de
La
la Balue, ami de ma famille et mon protecteur,
commandait les forces de terre et de mer
qui
hors d'état de
au fort Dauphin I me voyant
dénaviguer
le moment, me doona mon
1 pour
dans l'armée de terre.
barquement; et j'entrai --- Page 65 ---
47 )
Pendant ma guérison , il se passa bien des
choses ; plusieurs combats eurent lieu : un des
plus remarquables fut celui de la Crête-à-Pierrot;
la journée fut sanglante, mais je n'y assistais
point: et je ne veux parler que des choses que
j'ai vues.
Aux mois de mars et avril 1802, nous étions Possession
maitres des villes du littoral; mais c'était tout. des villes du
littoral.
L'intérieur, il fallait l'attaquer; ; l'armée de Toussaint, qui l'occupait avec ses nègres, ne cessait de harceler nos garnisons. Toutes les combinaisons stratégiques, toute la science militaire
européenne échouaient devant ce nègre, ce prétendu sauvage.
Dès l'abord, le général Leclerc avait cru que
la force seule lui donnerait la victoire, , et ill'eut
effectivement partout oût des masses essayèrent
de lutter contre nos forces ; mais dans les affaires
de détail, Toussaint avait toujours l'avantage.
A l'arrivée de l'armée, on avait tenu un
conseil composé de blancs et de colons habitans.
Sans doute tous ceux qui en faisaient partie
n'avaient en vue que l'intérêt de la France; on
émit bien l'avis de traiter avec Toussaint :
mais traiter avec un nègre 1 un brigand, ne
sembla pas digne. D'un autre côté, les généraux
français ne demandaient qu'à faire la guerre.
Ce dernier parti l'emporta. On se battit donc, --- Page 66 ---
(48)
battit
Bientôt les demi-succès
on se
partout.
disputés,
lon obtenait, énergiquement
que
qulon s'égarait dans une fausse route.
prouvérent
Il fallut revenir à des idées d'accommodement
Toussaint. Etait - il temps encore? Cet
avec
mieux que nous ne le juhomme nous jugeait
de ses
gions. Toutefois, il se rendit; plusieurs
suivirent son exemple; ; mais il existait
généraux
chez ceux-ci une arrière-penséeLa conduite de Toussaint sur T'habitation
saisie nécessitèrent
Emery, sa correspoudance la France. Ce qui fit
son embarquement pour
cette décision , ce fut l'espoir
surtout adopter
aurait bon marché des
que le chef éloigné, on
le 13 octobre
autres. Le contraire arriva; lorsque
1802, les généraux Clairvaux, Christophe et
frère de Toussaint, virent Texil
Paul Louverture,
le même sort
de leur chef, ils pensèrent que
leur était réservé; leur résolution fut promptement arrêtée, et malgré leur promesse, ils reprirent les armes.
étaient venus
Ces mêmes hommes, cependant,
demander la déportation de Tousau Cap, pour
On
saint, dont ils dévoilèrent la dissimulation.
les crut sincères; on ne s'aperçut pas qu'ils ne
cherchaient qu'un prétexte pour se débarrasser
de lui, afin de devenir chefs à leur tour.
malheurs
à accabler
La lievre
De grands
commencaient
jaune.
malgré leur promesse, ils reprirent les armes.
étaient venus
Ces mêmes hommes, cependant,
demander la déportation de Tousau Cap, pour
On
saint, dont ils dévoilèrent la dissimulation.
les crut sincères; on ne s'aperçut pas qu'ils ne
cherchaient qu'un prétexte pour se débarrasser
de lui, afin de devenir chefs à leur tour.
malheurs
à accabler
La lievre
De grands
commencaient
jaune. --- Page 67 ---
49 )
l'armée française: la fiévrejaune s'était déclarée,
et la guerre recommençait avec l'Angleterre ; ils
jugèrent le moment opportun , s'enfuirent 7 et
revinrent nous combattre 2 plus féroces encore
que la première fois. Tout fut de nouveau en
combustion.
Leclerc avait tout tenté pour arriver à une
pacification tant désirée: il était trop tard; il
reconnut sa faute. Le chagrin qu'il éprouva de
son insuccès diminua ses forces : il languit
quelque temps ; puis la fièvre jaune le saisit, pour
l'enlever bientôt.
Il laissait tout en question. Quelle perspective! Une guerre d'extermination! La mort sous
toutes les formes que savaient inventer les
sauvages!.
Le 24 vendémiaire an XI (16 octobre 1802) les Evacuation
nègres attaquèrent, de nuit, le fort Dauphin ;
du
on se battit partout : dans la ville, dans le fort, fort Dauphin .
notre dernier refuge; mais il fut impossible à
une poignée d'hommes de résister contre des
forces bien supérieures; dans la nuit suivante,
on fut forcé d'évacuer. Il n'y avait alors sur
rade qu'un seul brick de la marine militaire
qui reçut à bord tout ce qu'il pouvait contenir
de monde; on embarqua des habitans, des
femmes 2 les blessés qui étaient à l'hôpital ;
j'étais de ce nombre, et je ne pus m'y rendre
--- Page 68 ---
30 )
On se jeta dans les emqu'a l'aide de béquilles.
et il fallut
barcations, sous les balles ennemies, 2
dans l'eau pour les accoster; en un instant,
entrer
tellement chargées qu'elles ne purent
elles furent
même
rivagerquelqnes-une
bientôt plus quitterle d'un brave trouva dans les
chavirèrent, et plus
m'en
flots la fin de ses misères. Quant à moi, je
tirai sain et sauf, et ce bain forcécontribna mêine
puissamment à cicatriser ma blessure.
speclacle, pendant cette fuite nocturne,
Quel
forcé de garder le plus profond sioù on était
à l'ennemi T'endroit
lence, pour ne pas indiquer
les murs du
s'opérait, sous
où T'embarquement
fort! En même temps, les nègres enfonçaient
heureusement, lorsqu'ils pénétrèles portes;
était sauvé. Le brick qui nous
rent, tout le monde
des noirs
avait soustraits à la rage et au couteau
appareilla dans la nuit même.
du
17, on entra dans le port
Le lendemain
fièvre
avait atteint
Cap; il était bloqué. La
jaune
combles
Les hôpitaux
sa plus grande période!
les malades ! Tous
n'avaient plus de place pour
malheureux, les blancs eux-mémes, 2 gisant
ces
le
des murs des hospices, attenétendus
long
venir, à
daient qu'un mort leur fit place 1 pour
mourir dans ce lit non encore refroidi.
leur tour,
les hoTel était le lugubre tableau qu'offraient deux
de la Providence, des Pères el de
pitaux
combles
Les hôpitaux
sa plus grande période!
les malades ! Tous
n'avaient plus de place pour
malheureux, les blancs eux-mémes, 2 gisant
ces
le
des murs des hospices, attenétendus
long
venir, à
daient qu'un mort leur fit place 1 pour
mourir dans ce lit non encore refroidi.
leur tour,
les hoTel était le lugubre tableau qu'offraient deux
de la Providence, des Pères el de
pitaux --- Page 69 ---
51 )
succursales, qui pouvaient contenir 2,800 à 3,000
malades.
Le 15, une attaque sérieuse avait été faite
les nègres sur le Cap, mais sans
par
aucun succès.
Cependant la position de l'armée
plus en plus critique;
devenait de
chaque jour amenait son
combat, et celui qui D'était point atteint
les
balles ennemies, était enlevé
la
par
maladie,
par fièvre, cruelle
moissonnant également et l'armée et. les
habitans. Nul n'était épargné.
Les finances épuisées, on pourvut à la
des
solde
troupes au moyen de sucre et de café
chez les négocians, qui rachetaient à vil requis
denrées aux malheureux
prix ces
disette
officiers et soldats La
atteignit bientôt toutes les classes.
D'un autre côté, les pertes d'hommes
vement éprouvées forcèrent à créer successidans laquelle chacun fut
une milice,
enrôlé, même les marins
marchands, qui, au premier coup de
battu à terre, devaient quitter leurs
baguette
venir combattre.
navires pour
L'armée nègre resserrait chaque jour la
son par un blocus bien
garniordonné, el ce n'était
qu'en corps que l'on pouvait battre la
pour aller chercher des cannes à
campagne,
sucre.
Ce fut dans ces circonstances facheuses
mois d'octobre s'écoula.
que le
Mort
néral
Enfin, la maladie du gé- du général
Leclerc ne laissa bientôt plus
LECLERC.
d'espoir, et --- Page 70 ---
(52 )
dans la nuit du 1er au 2 novembre
il expira
1803.
général revint de droit à
Le commandement
le
Rochambeau, qui occupait le Port-au-Prince;
de brigade Clausel, qui, pendant la magénéral
commandait le Cap,
ladie du général en chef,
l'arrivée du
jusqu'à
conserva ce commandement
nouveau titulaire.
dans cette ville le 3 noRochambeau arriva
fut
vembre, et le premier acte de son pouvoir
d'ordonner la reprise du fort Dauphin, mesure
et
ne tendait qu'à disséminer nos
très inutile, qui
cerné par l'armée
forces, si nécessaires au Cap,
fut
le général Clausel, auquel
noire. Néanmoins,
le 1er décemconfiée celte mission, s'en empara
laissa le commandement au gébre 1802, et en
la
néral Quentin. La, comme au Cap,
garnison
harcelée
les nègres établis dans
fut sans cesse
par
terre
Le Borgne ; le passage par
un endroit appelé
dufut intercepté, et toutes les communications
rent avoir lieu par mer. L'audace des nègres
raison de notre faiblesse, ils
s'augmeutant en
en terre qui
vinrent, jusqu'au pied des ouvrages
fortifiaient la ville, fusiller nos sentinelles.
de gendarmerie, l'un de
M. Bégué, capitaine
hommes à
le courage rend tout possible,
ces
qui
1803, chargé de
partit du Cap le 5 février
le général Ferrand, à Montedépéches pour
les communications
rent avoir lieu par mer. L'audace des nègres
raison de notre faiblesse, ils
s'augmeutant en
en terre qui
vinrent, jusqu'au pied des ouvrages
fortifiaient la ville, fusiller nos sentinelles.
de gendarmerie, l'un de
M. Bégué, capitaine
hommes à
le courage rend tout possible,
ces
qui
1803, chargé de
partit du Cap le 5 février
le général Ferrand, à Montedépéches pour --- Page 71 ---
33 )
Christo; après mille dangers, il parvint à exécuter sa mission. 11 avait, dans cette
aventureuse, été accompagné
le
course
des
par commissaire
la guerres Froidevaux, , qui resta et fit partie de
garnison.
Le 14 mars de la même année, deux
du Havre
navires
débarquèrent 609 hommes de la 110°
demi-brigade, que l'on dirigea sur l'Axavon et
Ouanaminte, pour y relever la 170°, qui devait
rentrer au Cap. Ce fut alors que M. Bégué
en mission auprès du
partit
retour
général en chef: : il fit son
par mer; mais, poursuivi par
fut forcé de relâcher
l'ennemi, il
vire
au fort Dauphin. Son naportait des convalescens de divers
dirigés sur Monte-Christo,
corps,
Ily arriva le 3
et prit sur-le-champ le commandement avril,
compagnie de
de la
gendarmerie de San-Yago-de-losCavalleros, composée en partie de jeunes
gnols.
EspaLe 4, une lettre du général Quentin
général Ferrand
les
apprit au
que
nègres étaient entrés,
par surprise, dans le fort Dauphin, et
avaient tout enlevé, même les chevaux du qu'ils
ral. Un mulâtre, nommé Etienne
généavait trabis et avait facilité la prise de Albert, la ville. nous
Heureusement, les grenadiers de la 86°
sortis du fort
demi-brigade,
Saint-Joseph, les avaient
des rues, qu'ils avaient laissées
repoussés
jonchées de leurs
au
que
nègres étaient entrés,
par surprise, dans le fort Dauphin, et
avaient tout enlevé, même les chevaux du qu'ils
ral. Un mulâtre, nommé Etienne
généavait trabis et avait facilité la prise de Albert, la ville. nous
Heureusement, les grenadiers de la 86°
sortis du fort
demi-brigade,
Saint-Joseph, les avaient
des rues, qu'ils avaient laissées
repoussés
jonchées de leurs --- Page 72 ---
le
Quentin dut la
morts. Dans la mélée, général
qui le protégea de son
vie à son aide-de-camp, de sabre sur la tête. On
corps et reçut six coups
hommes de couleur au moment
arrêta plusieurs
Jugés immédiatement,
où ils passaient à l'ennemi.
ils furent fusillés dans le fort Dauphin.
le
Ferrand transporta son
Le 7 avril, général
quartier-général à SulgrdectaCeulioms,
Monte-Christo.
tenant toujours
éclaircit prinLa mort, qui frappait partout,
on
cipalement les rangs de la 70° demi-brigade;
les garnisons de l'Axavon et Ouadut renforcer
conduire cent
naminte; Bégué fut chargé d'y
hommes. 11 parvint, au milieu des plus
soixante
sa mission. Il rentra
grands dangers, à remplir
le 13 juin, et y
heureusement à Monte-Christo
la guerre était déclarée par l'Angleapprit que
terre.
les nègres ne cesDu 29 juin au 8 octobre, 2
soit
soit de vive force,
sèrent de nous attaquer,
commandant Dupar la ruse. Le 7, l'adjudant
Quentin; fut
mont, qui avait remplacé le général
un nommé Lesforie,
attiré dans un guet-apens par
révoltés. Celui-cia avait, - afin d'exciter sa
chef des
sains et saufs cinq ou six
confiance, renvoyé
blancs qu'il avait pris quelques jours auparavant; de la
il proposait d'établir un marché en dehors
ville, el déclarait que,si le commandant Dumont --- Page 73 ---
85 )
ne voulait pas y consentir, il enlèverait d'assaut
le fort Dauphin; ajoutant que les Anglais lui
faisaient l'offre de Tappuyer, et Ini donneraient
les moyens de l'attaquer par mer. Le trop confiant Dumont sortit de la ville avec un chef de
bataillon et deux officiers, pour se rendre au
lieu désigné pour la conférence. Cet endroit était
à portée des canons de la place; mais l'astucieux
Lesforie, sous prétexte de choisir un emplacement convenable, éloigna peu à peu ces officiers ; quelques hommes embusqués tombèrent
tout-à-coup sur eux : liés et garottés avant même
d'avoir pu se mettre en défense, ils furent conduits au quartier-général.
Après cet exploit, Lesforie fit sommer le commandant de la place, M. Corvinus, de se rendre
seulement la vie sauve
sur-le-champ 1 promettant
aux habitans.
L'officier français, jugeant. 1 que la position
n'était plus tenable, se replia sur le fort SaintJoseph. Au même instant, les habitans nègres et
mulâtres de la ville s'emparèrent de toute l'artillerie. La retraite fut si prompte que chacun
perdit ses malles et ses effets.
Le commandement du fort Labouc avait été
confié au brave Bégué, qui s'était fait remarquer par le courage et le talent qu'il avait déployés dans les missions dont il avait été chargé;
, jugeant. 1 que la position
n'était plus tenable, se replia sur le fort SaintJoseph. Au même instant, les habitans nègres et
mulâtres de la ville s'emparèrent de toute l'artillerie. La retraite fut si prompte que chacun
perdit ses malles et ses effets.
Le commandement du fort Labouc avait été
confié au brave Bégué, qui s'était fait remarquer par le courage et le talent qu'il avait déployés dans les missions dont il avait été chargé; --- Page 74 ---
( 56 )
faible renfort de
mais on ne lui accorda qu'un
Il envoya un parlementaire aux
dix hommes.
qui étaient en croisière, pour
vaisseaux anglais
de la garnison à bord du stademander le passage
mais il n'obtint
tionnaire, pour se rendre au Cap ;
de
ordonna alors à Bégué
qu'un refus. Corvinus
rendre le fort, et de combattre jusqu'à
ne point
la dernière extrémité.
Le 8, l'ennemi attaqua le fort Saint-Joseph,
d'assaut. 1l présenta des
qu'il voulait prendre mais le feu du fort et celui
masses nombreuses;
des pertes imde la corvette lui firent essuyer
menses, et il dut s'arrêter.
un vaisseau et deux frégates
Pendant ce temps,
vinrent battre le fort de Labouc, qui
anglaises
défense, vers la mer, que deux
n'avait pour
et une de huit, du côté
pièces de vingt-quatre,
bordées, les deux
de la terre. En quelques
n'offrit
pièces furent démontées, et l'épaulement
seule embrasure! Pendant trois
plus qu'une soutint le rude feu de la marine !
heures, Bégué
arrivaient par terre.
D'un autre côté, les nègres
dont le quart seulement était enLa garnison,
core en état de combattre, ne put prolonger
alors capitula avec les Ansa défense; Bégué
de le conduire à Monteglais, qui convinrent
noble habitude,
Christo; mais, suivant leur
ceux-ci furent infidèles à leur parole, et quel- --- Page 75 ---
(87)
ques jours après que Bégué se fut confié à la
foi britannique, on le débarqua sous le fort
Picolet.
Cependant 1 l'insuccès de l'attaque du fort
Saint-Joseph anima l'ennemi, qui, bientôt après,
revintcombattre avec plus d'acharnement encore.
Le commandant Corvinus luttait en héros; mais
enfin, voyant les navires anglais entrer dans la
baie, il comprit que toute résistance allait devenir inutile, et envoya en parlementaire un
chef de bataillon d'artillerie 7 auquel il remit
plein pouvoir pour capituler.
La coopération des Anglais avec nos ennemis
n'était plus un mystère, 2 et eux-mêmes firent voir
au capitaine Bégué, pendant le temps qu'il était
à bord du commodore John Blight, une grande
quantité d'armes et de munitions destinées pour
les nègres, qu'ils devaient échanger contre du
café.
A la suite de la capitulation du fort Dauphin,
le commodore anglais remit aux nègres toute
l'artillerie de la place, 2 et, en outre, deux goélettes capturées en rade; et comme le capitaine
Bégué parut en manifester quelque étonnement :
( Je donne ces canons aux nègres qui sont au
) Borgne, dit-il, parce que bientôt ils feront feu
) sur le Cap, où j'espère que nous vous rey trouverons bientôt. Il n'y a plus de vivres au
du fort Dauphin,
le commodore anglais remit aux nègres toute
l'artillerie de la place, 2 et, en outre, deux goélettes capturées en rade; et comme le capitaine
Bégué parut en manifester quelque étonnement :
( Je donne ces canons aux nègres qui sont au
) Borgne, dit-il, parce que bientôt ils feront feu
) sur le Cap, où j'espère que nous vous rey trouverons bientôt. Il n'y a plus de vivres au --- Page 76 ---
( 58 )
tous les navires qui ont tenté
> Cap,jaix repoussé
tous les caboteurs de la
> d'y entrer; je prends
huit jours, la partie
depuis
> partie espagnole;
Jérémie a capitulé:
> du sud de l'ile est à nous;
nous
> nous ne voulons pas Saint-Domingue, mais bientôt,
assez de nos colonies;
> avons
aide, toute l'ile sera aux nègres.>
) gràce à notre
me suis toujours pluàle
Fort heureusement,etjes
point,
reconnaicre, tous les Anglais ne professaient
même alors, une telle animosité contre nous.
10 avril, l'adjudant commanLe surlendemain
furent ramenés à
dant Dumont et ses officiers
avoir été
bord par un lieutenant anglais, après où ils avaient
retenus sur l'habitation Dillancourt,
Ainsi, le
vécu avec quatre bananes par jour. fois, et
fut évacué pour la seconde
fort Dauphin
avait coûté tant de sang, >
cette expédition, qui
devint inutile.
habitant aujourC'est de M. Bégué lui-méme,
Présent
d'hui le Havre, que je tiens ces faits.
il a
mieux que tout autre
à toutes ces affaires,
été à même d'en recueillir les détails.
Rochambeau eût pu sauver encore
Cependant
bien des fautes. Quelles caul'armée, et réparer
ses donc l'en empéchèrent ?
destinée à /
II semble que cette colonie n'élait
: blancs et noirs la san'avoir que des bourreaux
refuse à tracer
crifiaient tour-à-tour. La plume se --- Page 77 ---
2 59 )
le tableau des horreurs qui ensanglantérent son
sol malheureux!
Rochambenu, pour faire face aux
dépenses 1
émit des lettres de change sur le trésor public,
pour une somme de quarante-deux millions; des
contributions d'argent furent imposées aux négocians, en attendant la négociation des traites :
nécessité faisait loi! Pendant cela, on arrachait
le dernier sou à de pauvres ruinés, qui, en outre,
payaient de leur personne en face de l'ennemi;
et on les remboursait avec le papier, qu'on était
obligé d'envoyer en France pour en avoir le remboursement effectif.
De son côté, la France n'était pas assez riche
alors pour solder immédiatement; on consulta le
premier consul, qui répondit : ( Qu'il fallait
> attendre les lettres d'avis et connaitre la négo-
) ciation. Le trésor est propriétaire; il a LEURS
) droits et doit avoir LEUR marché. Ces lettres ne
) sont point acceptées; elles ne sont point paya-
> bles, on ne les paiera pas. ))
Un agent du trésor fut envoyé à Saint-Domingue, chargé de vérifier la caisse du payeur général, de constater combien de traites avaient
été créées ; par quelles autorités, et sous quelles
formes; combienavaient été négociées, et à quelles
conditions ?
Si, pour versement réel?
; il a LEURS
) droits et doit avoir LEUR marché. Ces lettres ne
) sont point acceptées; elles ne sont point paya-
> bles, on ne les paiera pas. ))
Un agent du trésor fut envoyé à Saint-Domingue, chargé de vérifier la caisse du payeur général, de constater combien de traites avaient
été créées ; par quelles autorités, et sous quelles
formes; combienavaient été négociées, et à quelles
conditions ?
Si, pour versement réel? --- Page 78 ---
60 )
effectif?
Si, sans versement
Si, pour éteindre une dette légitime?
des. marchés simulés? ?
Si, pour
encore en circuOnze millions quin'étaient pas
furent annulés, et on recueillit des renlation,
les autres émissions de traites.
seignemens sur
Celles dont la valeur intégrale avait été reçue
avec les intérêts du jour de
furent acquittées 1
du
; d'antres , qui
l'échéance au jour
paiement
furent
avaient été délivrées sans valeur effective,
lettres de change portant :
arguées de faux ( les
elles furent
pour argent versé). Mais, toutefois,
soumises à un sévère examen, bien que le procèsn'avait été rien versé.
verbal portât qu'il
C'était satisfaire à ia justice que le gouvernedevait à des créanciers légitimes. (1 Exposé
ment
le
de la situation politique de la république par
consul Bonaparte 1 au corps législatif,
premier
1804.)
le 25 nivôse an XII (16 janvier
I1 fallait de l'argent ; el, je me demande encore
quoi ? Ce n'était certes pas
aujourd'hui, pour
se faisait en denrées
pour la solde, puisqu'elle
coloniales. On imposa la ville du Cap.
Ce fut par suite de cette imposition d'argent,
grande injustice fut faite; que dis-je,
qu'une
véritable assassinat !
une injustice, un crime!
commis à la face du soleil,
drame sanglant,
et pui resta impuni ! --- Page 79 ---
2 61) )
M. Foedon , entrepreneur des
taires, et qui faisait partie de l'armée transports milimoins imposé
1 fut néancomme négociant (son frère faisait
le négoce, il était avec lui au Cap) et taxé à 10,000
gourdes-piastres. Il se trouvait fort loin
celte somme en caisse, , et ne put offrir d'avoir
traites sur le
résultant
que des
trésor,
de divers
mens qui lui avaient été faits
le
paiepar
ment, traites émises
gouvernerefusa C'était des par Rochambeau. On les
espèces qu'il fallait! C
mes clés
Voici
1 disait-il, fouillez, je n'ai pas vingt
piastres complant!.. > Il fut arrété, condnit
la geôle
à
Toul refus d'obéissance devait être
mort! Un despote avait
puni de
surgi Une aussi forte
somme ne pouvait se réunir en un
cependant, il fallait sauver Foedon ! Son instant; frère
frappa à toutes les caisses, en partie vides, mais
qui s'ouvrirent encore pour conserver la vie
un homme. Hélas!i il ne put récolter, dans
à
le Cap, que 5,000 piastres. La
tout
écoulée!
Le Jendemain
journée s'était
courut,
2 le pauvre frère
vers dix heures du matin, chez le commandant de la
du
place 5 pour réclamer la liberté
prisonnier 7 apportant en or ses 5,000
piastres; il demandait la faveur d'une diminution, offrait une caution ; il trouva le monstre
devant une
glace, 1 occupé à mettre son col; ; et
, que 5,000 piastres. La
tout
écoulée!
Le Jendemain
journée s'était
courut,
2 le pauvre frère
vers dix heures du matin, chez le commandant de la
du
place 5 pour réclamer la liberté
prisonnier 7 apportant en or ses 5,000
piastres; il demandait la faveur d'une diminution, offrait une caution ; il trouva le monstre
devant une
glace, 1 occupé à mettre son col; ; et --- Page 80 ---
(62 )
le malbeureux Foedon lui eut présenté
lorsque
de la vie de son frère,le général,
son or 1 prix
: CC Bien, bien 1
sans se retourner > répondit votre frère est
mettez cela làlil est trop tard :
attéré, Foedon chancelle;
fusillé! > Etourdi,
, et
mais il reprend tout-à-coup son énergie
s'assurer
s'enfuit en courant vers la geôle 9 pour
ne l'a point trompé, et intersi le commandant
auprès de
céder s'il en est temps encore 1
Hélas 1 le misérable n'avait dit que
Rochambeau.
trop vrai!..
avait été conduit
Foedon d 9 tiré de sa prison 7
cimetière de Bel-Air, sur l'un des mornes
au
de ceinture à la ville. Il fallait 7 pour y
servant traverser une grande savane, coupée par
arriver,
le malheureux prisonnier
un ravin. Jusque-la,
mais quand
avait conservé quelque espérance ;
il perdit alors tout espoir , et
il y fut arrivé,
à son escorte 9 à
donna sa montre et ses bijoux
lui
ceux-là mêmes qui, , tout-à-Theure, allaient
donner la mort ! Et pas un mot ! pas une plainte
ne sortit de sa bouche!
Quant a moi, qui l'avais accompagné jusqu'au
le courage d'aller
ravin, je ne me sentis point
où
au-delà ; je le quittai... Du bas du morne je
m'étais retiré, j'entendis le coup qui frappait le
malheureux ! Ainsi, pour un peu d'or, on assasun Français ! et l'assassin était
sinait un homme,
ient
donner la mort ! Et pas un mot ! pas une plainte
ne sortit de sa bouche!
Quant a moi, qui l'avais accompagné jusqu'au
le courage d'aller
ravin, je ne me sentis point
où
au-delà ; je le quittai... Du bas du morne je
m'étais retiré, j'entendis le coup qui frappait le
malheureux ! Ainsi, pour un peu d'or, on assasun Français ! et l'assassin était
sinait un homme, --- Page 81 ---
63 )
un commandant de place nommé
un vrai tigre, un restant de
Nétervoode;
à ses seides l'ordre de
93,qui: avait donné
luer un innocent. Heureusement pour nous, ce monstre n'était point
Français. D'oùt était-il?de quels lieux venait-il?
Personne ne le savait. Il n'était d'ailleurs luimême que l'instrument d'un chef, qui
par de telles atrocités,
croyait,
imprimer la terreur, 2 et
gouverner à l'aide de ces moyens.
Et cet ordre avait paru tellement
là même qui étaient
inique à ceuxchargés de
Foedon fut conduit au cimetière, l'exécution, 7 que
lieu de son
plice, par les rues les plus détournées et les supdésertes de la ville. On savait bien
plus
passé dans le centre de la ville, que s'il eut
eût été telle, que les sbires se fussent l'exaspération
leur proie.
vu enlever
Horreur! Pendant qu'un frère parcourait, insensé, les rues du Cap, en criant grâce
frère, , le monstre, qui avait commandé pour son
faisait sa toilette,
le crime,
impassible et calme devant sa
glace!
En vain Rochambeau prétendit
donné cet ordre
qu'il n'avait
croyait
que pour intimider, et qu'il ne
pas qu'on l'eût exécuté sans le
quoiqu'il en soit, Foedon mourut
prévenir; 2
cette mort seule suffirait
assassiné, et
du
pour ternir la réputation
général en chef. --- Page 82 ---
64 )
que le prélude des horEt ce n'était pourtant
et elles n'en furent
eurent lieu depuis;
reurs qui
bien que
moins indignes du nom français,
pas
fussent
des nègres. Fusillades,
les victimes ne
que
victimes que
noyades, pendaisons, auto-da-fés, tels furent les
l'on donnait à dévorer aux chiens,
crut devoir employer pour soumoyens qu'on El tout cela coup sur coup, en
mettre le pays.
1803,
moins d'un mois; car on était en novembre dédu Cap eut lieu le 1er
et la capitulation
cembre.
fut au tour des nègres à se venger.
Bientôt ce
restait de blancs
Après notre départ, tout ce qui
avait
fut
et les atrocités qu'on y
au Cap
égorgé;
légitimer ces vencommises suffisaient pour
geances.
dans la garnison du Cap, quelques
Noyade
11 y avait,
dont les rangs s'éclaircisdes Nègres. bataillons nègres,
désertion. Ils faisaient tous les jours par la
autre côté,
concevoir des craintes; d'un
saient
encore au nombre de
les renvoyer était ajouter
:
alors on prétexta une expédition
nos ennetnis;
navires mirent à la voile, et,
on les embarqua;1 les homme futlancé à la mer
à peine au large, chaque
boulet ramé qu'ou avait eu,, préalableavec un
d'attacher aux pieds des vicment, la précaution
soi-même témoin pour
times Il faul en avoir été
croire à de pareilles atrocités !
saient
encore au nombre de
les renvoyer était ajouter
:
alors on prétexta une expédition
nos ennetnis;
navires mirent à la voile, et,
on les embarqua;1 les homme futlancé à la mer
à peine au large, chaque
boulet ramé qu'ou avait eu,, préalableavec un
d'attacher aux pieds des vicment, la précaution
soi-même témoin pour
times Il faul en avoir été
croire à de pareilles atrocités ! --- Page 83 ---
65 )
Malgré celle précaution, on vit I I horrible
spectacle! ), les cadavres flotter dans la rade du
Cap, et ces cadavres paraissaient blancs. La raison en est toutefois facile à déduire. Chez les
nègres, le tissu cellulaire est noir, tandis
chez les blancs il est rosc; la
que
même chose chez les
peau est donc la
deux races. Or, l'eau a la
propriété de décolorer les tissus; ainsi, elle
lève le noir à l'un, le rose à l'autre;
enalors les
corps, quelle qu'ait été leur couleur primitive,
deviennent également blancs et verts,
long séjour dans les eaux.
après un
Les tentatives de désertion ( car tous les noirs
- ne réussissaient pas à rejoindre l'ennemi ) donnaient lieu à de nombreuses arrestations.
prison était toujours
La
la
pleine; quand il fallait de
place, on employait le moyen expéditif dont
on se servit à l'égard des bataillons. Un
un de mes amis, Antoine Leclerc,
jour, 2
peau brune donnait
auquel une
beaucoup de ressemblance
avec un homme de couleur, et qui était
de lettres, s'avisa de faire un vaudeville homme
une jolie femme, maitresse de
contre
Rochambeau. On
jugera facilement de la colère du chef, qui le fit
jeter en prison. Cependant, au moment où il devait croire que le long espace de lemps
élait resté avait
qu'il y
pu appaiser la colère de Rochambeau, il se vit saisi, transporté sur le navire
qui
--- Page 84 ---
( 66 )
servait à noyer les malheureux nègres, el allait
Le capipérir, lorsqu'il fit un signe maçonnique.
arrêta l'exécution, et put ainsi
taine l'aperçut,
Leclerc fut finir ses
sauver la vie à un frère.
jours à la Havane.
Livraison
Sous prétexte de lever les embuscades, grande
d'un Nègre à
ressource des nègres dans leur guerre,
des chiens. et unique
de chiens de Terreon créa deux compagnies
leur donna un
Neuve, amenés de la Havane : on
ils eurent leurs officiers; et pourtant
capitaine; cercle dans lequel ils pouvaient agir ne s'étenle
au-delà d'un rayon de deux lieues. Le
dait pas
moins mis à exécution; et
projet n'en fut pas
voulait.
bien donner à ces chiens, dont on
pour
d'avant-garde, le goiit et le
faire des voltigeurs
il fut décidé qu'on
fumet de la chair du nègre,
leur livrerait un noir à dévorer!
Et comme si ce crime n'était pas assez atroce,
avait choisi un
la calomnie a répandu qu'on
Le fait
domestique du général Pierre Boyer.
l'attester sur Thonneur; le
est faux : je puis
de la
nègre fut pris au milieu des prisonniers
geôle.
jeter un voile épais sur
Je voudrais pouvoir
toutes les horreurs qui se déroulérent encore par
fidèle historien,j'ai voulu déduire
la suite; mais,
faire
ont contribué à nous
perdre
les causes qui
dà remonter à l'origine de
Saint-Domingue, j'ai
fait
domestique du général Pierre Boyer.
l'attester sur Thonneur; le
est faux : je puis
de la
nègre fut pris au milieu des prisonniers
geôle.
jeter un voile épais sur
Je voudrais pouvoir
toutes les horreurs qui se déroulérent encore par
fidèle historien,j'ai voulu déduire
la suite; mais,
faire
ont contribué à nous
perdre
les causes qui
dà remonter à l'origine de
Saint-Domingue, j'ai --- Page 85 ---
(67)
la haine des nègres, haine qui nous força à
abandonner notre belle possession, bien plus
que tout ce qu'on prétendait attribuer à la
fatalité. Enfin,jai vouln prouver que ces faules
furent le fait de quelques individus, et ne
peuvent étre, saus injustice, attribuées à l'armée,
qui, comme toujours, ne savait que se battre.
Sur Phabitation Charier, située au haut du
Cap, on prépara une arène. Là, un nègre nu,
les mains attachées derrière le dos, attendait la
mort que quatre couples de chiens allaient lui
donner. Bientôt, ces animaux, excités, furent làchés; ils se précipitérent avec rage sur leur proie!
Déchiré, en lambeaux, le nègre tombe! Tout
s'enfuit à cet horrible spectacle; lorsque tout-àcoup les chiens s'arrètent, forment un cercle autour de la victime, se raidissent sur leurs pattes
de devant et se mettent à aboyer. Le but élait
manqué : on sait en effet que ces animaux en
agissent ainsi lorsque la crainte les domine. Témoins les combals de taureaux.
On eût pu croire que l'insuccès avait désarnié
les bourreaux; mais on connaitrait peu les monstres qui présidaient à de telles atrocités! On fit
bientôt relever le nègre tout couvert de morsures,
on lui délia les mains, on l'arma d'une cravache,
puis, poussé, la baionnette dans les reins, on le
6t avancer sur les chiens pour s'en faire dévorer, --- Page 86 ---
68 )
d'horreur retentit dans les
Alors un cri général
les hommes,
humains que
airs. Les chiens, 3 plus
L'expérience barreculent et fuient, en hurlant.
P'abandonna
bare était reconnue impraticable. On
On lui
enfin. La victime fut portée à T'hôpital...
fit gràce de la vie!
Pendaisons.
On en revint à la pendaison.
danser; ces
Les nègres se réunissaient pour
excitèrent les soupçons des tyrans.
réunions
une danse appelée Chica,
Ils commençaient par Vaudon. Cette danse est
el terminaient par le
les danseurs
d'abord assez grave; mais peu à peu
leurs
ils déchirent
des deux sexes s'animent;
entièrement
vélemens , et vers la fin, ils sont
C'est la rage! la fureur! la passion qui
nus.
rugit! la volupté qui se
dévore! le plaisir qui
des cris! Souvent ces malheureux
tord avec
comme des épileptiques
tombaient, , écumans
ressautant sur luiruisselans de sueur, le corps
muscles. Et
la contraction des
même par
que les nègres
c'est là qu'on alla s'imaginer
à
tramaient la perte des blancs et préludaient
Le roi et la reine de cette
des assassinats.
afin que l'on ne pût
danse furent arrêtés, et,
leur toilette de
on les pendit avec
en ignorer,
roi et de reine.
bourreau était
Avec de tels hommes, un
il n'y en
d'une absolue nécessité, el pourtant
muscles. Et
la contraction des
même par
que les nègres
c'est là qu'on alla s'imaginer
à
tramaient la perte des blancs et préludaient
Le roi et la reine de cette
des assassinats.
afin que l'on ne pût
danse furent arrêtés, et,
leur toilette de
on les pendit avec
en ignorer,
roi et de reine.
bourreau était
Avec de tels hommes, un
il n'y en
d'une absolue nécessité, el pourtant --- Page 87 ---
69)
avait pas dans l'armée, du moins en titre. Un
négre eut cet emploi, et ill le dut à sa finesse
Amené devant la potence avec un mulâtre, on
leur avait dit: ( Celui des deux qui pendra
l'autre, deviendra bourreau ) On juge de la
position de ces deux hommes se répétant l'un
à l'autre : ( Frère, vous pas fait moi à rien; ; moi
capable tuyé vous. )) Déjà plusieurs fois la
pas
même phrase s'était répétée, lorsque le capitaine de gendarmerie, officier nègre, impatienté,
s'écria : ( Allons, finissons-en' ! > Le nègre alors
attendit la réponse du mulâtre 2 et lorsque
celui-ci eut encore une fois fait entendre les
mêmes paroles, il lui répondit : ( Eh bien !
moi va pendre toi! montez l'échelle > Et il
resta bourreau! On l'appelait Tombaret.
Le capitaine nègre était un homme précieux
pour le gouvernement d'alors : fin, actif, toujours à l'éveil, il n'était chose qu'il ne découvril;
il poussait l'astuce jusqu'à fourrer le sabot de
son cheval, afin qu'on ne l'entendit pas approcher.
Tous ces crimes inutiles n'apportèrent aucun changement dans Pallure de nos ennemis.
Les plus fidèles, ceux que la douceur tardive du
général Leclerc nous avait conservés, se révoltérent à leur tour; ils s'enfuirent de la ville,
et la partic de la campagne dont nous jouissions --- Page 88 ---
70)
nous fut interdite : des masses de nègres
encore
bloquèrent le Cap à portée de canon.
On essaya d'un nouveau supplice, qui, disaitdevait achever l'intimidation.
on,
noirs déserteurs furent repris, au moTrois
ment où ils venaient d'incendier une maison;
ils avaient, en outre, éventré une femme enceinte, et arraché, avec des tire-bourres, les
de quelques-uns de nos soldats. Ils furent
yeux
condamnés à être brulés vifs.
Auto-da-fe
Sur la place Saint-Louis, au Cap, à l'angle
de
droit de la fontaine, on construisit un bàcher
trois Nègres.
recouvrit de bagasse (résidu de la canne à
qu'on
au
; trois poteaux, > formant
sucre passée moulin);
coulans dans leur
triangle et garnis de carcans
les trois nègres placés dos à
longueur, reçurent
dos et faisant face au peuple.
Le feu fut mis au centre : il atteignit promptement deux des condamnés qui se tronvaient
le vent. En moins de deux minutes, leurs
sous
la peau se fendit, la
corps se boursoufèrent,
alimenta encore
graisse, découlant de leur chair,
le feu qui les dévorait! I Leurs bras et leurs
et, après quelques cris
jambes se contractèrent,
blanche
affreux leur bouche répandit une
caverneux sortirent de
écume, quelques sons
leur poitrine... et tout fut finil...
loute la
Un silence de mort régnail parmi
moins de deux minutes, leurs
sous
la peau se fendit, la
corps se boursoufèrent,
alimenta encore
graisse, découlant de leur chair,
le feu qui les dévorait! I Leurs bras et leurs
et, après quelques cris
jambes se contractèrent,
blanche
affreux leur bouche répandit une
caverneux sortirent de
écume, quelques sons
leur poitrine... et tout fut finil...
loute la
Un silence de mort régnail parmi --- Page 89 ---
(71)
foule qui assistait, pour la première fois, à un
pareil supplice.
Cependant, le troisième nègre, igé de dixhuit ans. 2 avait été garanti de l'action des
flammes; il ne pouvait apercevoir ses camarades,
mais il entendait leurs cris; ce spectacle, loin de
l'intimider 1 l'exalta 2 et il s'écria en langue
créole : ( Lantes, pas connait mouri ; guetlez
comment yo mouri!.. Vous ne savez pas mourir,
regardez comment on meurt ! ) Et, par un
effort surnaturel, tournant son cou dans le
carcan, il fait face à son poteau, s'assied, place
ses jambes dans le feu, et se laisse brûler 7
immobile, sans manifesteraucune douleur, sans
faire entendre le moindre gémissement, sans
proférer le moindre cri!
J'étais là, spectateur de la mort héroique de
ce malheureux, plus grand que Mucius Scoevola.
Le héros romain brulait la main qui avait
trompé sa vengeance, le nègre se livrait aux
flammes tout entier pour faire voir à ses ennemis
comment il savait mourir!
Voilà quels hommes nous avions à combattre!
Doit-on s'étonner, après cela, des traitemens
barbares que les nègres firent subir aux blancs,
pourtant bien innocens, restés dans la colonie,
après le départ de l'armée. Ils étaient déclarés libres, mais ils sentaient encore lc fer ronge de --- Page 90 ---
traçant en cicatrice, sur leur poil'estampille, du maitre; ils se rappelaient le pretrine, le nom
et ils durent tout
mier signe de leur esclavage,
ils fubraver pour se soustraire à la servitude;
rent ce que nous les avions faits.
des esclaves est une
Liberté des
Sans doute T'émancipation
mais nie son
esclaves. pensée grande, philanthropique;
je
application possible dans les colonies.
de colonies ; sans esclavage,
Sans nègres, point
obtiendra du
point de travail, où celui que l'on
nègre libre sera presque nul.
Paresseux de sa nature, il laisse à la femme
peine, et ne s'occupe
tout ce qui exige quelque
de
chasser. Aimant le plaisir, il sait vivre peu,
qu'à
si
en ces fortunés climats,
et la nature, prodigue
est néces-.
lui fournissant sans travail tout ce qui
on doit croire qu'une fois
saire à SOD existence,
Mais,
libre, il reviendra bientôt à l'état sauvage.
le travail de Phomme libre
objectera-t-on, celui de l'esclave. Chez l'Euvaut mieux que
alors, c'est celui
ropéen, je l'admets, parce que,
de Thomme raisonnant sa position; il n'en sera
jamais ainsi chez les nègres. Peut-être quelquesfavorisés de la nature, et chez lesquels l'insuns,
truction aura développé les besoins, parviendront
mais les masses, paresseuses, ne se
à ce résultat;
la force. Touslivreront jamais au travail que par
saint, qui les avait réveillés au nom de liberté,
que
alors, c'est celui
ropéen, je l'admets, parce que,
de Thomme raisonnant sa position; il n'en sera
jamais ainsi chez les nègres. Peut-être quelquesfavorisés de la nature, et chez lesquels l'insuns,
truction aura développé les besoins, parviendront
mais les masses, paresseuses, ne se
à ce résultat;
la force. Touslivreront jamais au travail que par
saint, qui les avait réveillés au nom de liberté, --- Page 91 ---
73 ) 1
fut cependant forcé d'exiger du travail de ses régimens.
Lorsque la liberté fut proclamée, calmes d'abord, ils regardérent autour d'eux; que virentils? Des propriétés sans maitres, ceux-ci vivant la
plupart en Europe ; des champs couverts de
moissons, des maisons, des denrées, des sacs
d'or et d'argent, et ils se dirent: ( Ces richesses
ne s'épuiseront jamais; qu'est-il besoin de travailler? Travailler, c'est l'état de l'esclave, et nous
sommes libres ! ))
Cinquante ans se sont bientôt écoulés depuis
que cette race a reçu sa liberté; depuis peu d'années elle l'a payée ; où en est-elle? Croit-on son
sort amélioré? Quel but utile a-t-elle atteint?
Aujourd'hui le nègre auquel on demande du travail répond : (C Moi libre, moi pas besoin travail! >>
II est impossible de revenir sur un passé déjà
bien loin de nous, passé qui est la perte des COlonies, 2 et qui doit les ramener à l'état sauvage.
Qui peut dire oùr conduira le système que les Anglais ont adopté-en 1833 (1)?Qui peut prévoir si,
un jour, ces nègres salariés ne viendront point à
se compter, et n'égorgeront point ces blancs dont
ils n'auront plus besoin P
(1) Voir Revue Britannique, 1842, 2€ volume 3 pages 256-257, un
articles sur les Antilles anglaises avant et depuis l'émancipation des
esclaves. --- Page 92 ---
(74)
Liberté des esclaves ! telle est la grande quesquestion qui jette l'alarme dans nos
tion du jour,
infériorité pour la
colonies. Je reconnais mon
résoudre. Seulement je dirai: ces chauds philanveulent l'homme libre, n'importe
thropes qui
sans aucun doute, pour son
la couleur, le veulent,
vie et celui de
bien-être, pour le bonheur de sa
Ont-ils atteint ce but?
sa famille?
Qu'on calcule les produits que donne aujourd'hui la Jamaique et les autres colonies anglaises ;
qu'on examine ce que fournit Saint-Domingue,
où règne Ja liberté dans tout son dévergondage,
verra si ces
ne tendent pas à rentrer
et on
pays
dans la primitive barbarie 1
compare l'ancien sort
D'un autre côté, qu'on
des nègres avec celui de nos paysans cultivateurs,
la différence serait en
et l'on verra encore que
de blancs
faveur des noirs, et que beaucoup
heureux de l'accepter en échange
seraient trop
de la misère qui les accable.
Eliminez cette sotte qualification : Esclavage!
des cruautés inutiles qui marquèDépouillez-la
abolissez surtout cette marque
rent son noviciat;
ravale l'être huhideuse de l'estampillage, qui
main à l'état de bête; rayez du code de Thumanité
infamant esclave, trouvez un autre mot, et
le mot
les colonies, louezpuisqu'il faut des nègres pour
les, ne les achetez plus!
trop
de la misère qui les accable.
Eliminez cette sotte qualification : Esclavage!
des cruautés inutiles qui marquèDépouillez-la
abolissez surtout cette marque
rent son noviciat;
ravale l'être huhideuse de l'estampillage, qui
main à l'état de bête; rayez du code de Thumanité
infamant esclave, trouvez un autre mot, et
le mot
les colonies, louezpuisqu'il faut des nègres pour
les, ne les achetez plus! --- Page 93 ---
2 75)
Qu'était, et qu'est encore le negre sur l'habitation, entre les mains du maitre? Un être précieux, à la conservation duquel s'attachait le plus
grand intérêt, puisque, par lui, arrivaient les
produits ei par suite l'aisance, la fortune? Que
lui manquait-il? Sa vie animale était toujours
assurée; il avait, en outre, toutes les jouissances
de la famille ; on lui accordait un peu de terre à
cultiver pour lui. A la vérité, cette terre, à sa
mort, revenait au maitre ; mais qu'importe!
puisque le sort de sa famille était assuré comme
le sien. Ce qui était bien à lui, c'étaient ses légumes, ses poules, son porc, ses fruits, produit
de son travail pendant les jours donnés par ce
maitre barbare, et qui fussent devenus bien plus
considérables encore, si la paresse inhérente à
cette race ne l'avait souvent empéchée de se livrer
à des travaux qui devaient lui apporter l'aisance.
Si l'habitation était située près d'une ville ou
d'un bourg, le nègre portait ses denrées au
marché; le bénéfice était à lui, et sonvent cet
argent servait à le racheter, lui, l'esclave!
Mais, dit-on, on le forçait au travail. Qui ne
travaille pas sur cette terre! Et ce travail que
l'on fait sonner si haut, qu'est-ce pour le nègre
africain ou créole? En quoi est-il plus pénible
que celui de nos paysans P Ce travail, il le fait --- Page 94 ---
76 )
des refrains qu'il compose, 2 et la
en chantant
le sol tombe et se relève au
houe qui retourne Travailler comme un nègre
son de la cadence.
nègre n'était
est un axiome faux. Le travailleur être ne trapoint surchargé d'ouvrage; jamais intérêt, et
vailla moins que lui, même dans son
d'un
homme tombait-il malade, les portes
cet
s'ouvraient aussitôt pour lui.
hopital
fouetté, mis aux fers, au cachot.
Il était
Nalheureusement, dans
Certes, ceci est cruel.
il existe des patoutes les natures d'hommes, 2
et c'est
la punition doit atteindre;
resseux que
ce défaut se fait le
surtout parmi les noirs que
Toutefois, le nombre de ces hommes
plus sentir.
aussi nombreux et
qu'on punissait n'était pas voulu le dire. 11 étail
aussi général qu'on a bien
de fouet
telle habitation où jamais un coup
donné, et si quelquefois les punitions
n'était
les bornes, ce n'était que quelques
dépassaient
ceci tenait bien plutôt au
cas exceptionnels :
de Thabitation, qui, en
gérant, au conducteur
forl'absence du maitre, souvent en Europe,
le travail pour se créer une petite fortune
çait
aux dépens du propriétaire. étaient cruels ; mais
Certes, quelques colons
la généralité. D'ailleurs on pouce n'était point
faisant des lois sévères 9
vait les atteindre, en
distinction de
rigourensement appliquées sans
passaient
ceci tenait bien plutôt au
cas exceptionnels :
de Thabitation, qui, en
gérant, au conducteur
forl'absence du maitre, souvent en Europe,
le travail pour se créer une petite fortune
çait
aux dépens du propriétaire. étaient cruels ; mais
Certes, quelques colons
la généralité. D'ailleurs on pouce n'était point
faisant des lois sévères 9
vait les atteindre, en
distinction de
rigourensement appliquées sans --- Page 95 ---
(77 )
qualité ni de rang, qui réglassent le sort des
nègres, en adoucissant leur position, sans cependant rien enlever à l'autorité du maitre ou du
chef, si le premier mot sonne mal à certaines
oreilles.
Il faut avoir vécu dans les colonies, sur les
habitations, dans les villes même, pour bien
connaitre le nègre. On s'élèverait bien moins
contre cette correction du fouet, si l'on savait
que, seule, elle peut faire obéir cet être qui,
devenu libre, soit par la générosité de son maitre,
soit par rachat, s'il a un nègre à lui chose fort
ordinaire) ), se sert lui-même du correctif, bien
qu'il n'en ait jamais été touché.
Comparons le sort de nos cultivateurs, de
nos paysans, et celui du nègre esclave.
Le journalier arrose chaque jour la terre de
ses sueurs; ; qu'a-t-il à lui? Rien, ou fort peu
de chose. Sans cesse tourmenté par le besoin de
nourrir sa famille, il livre ses bras à un maitre
pour un modique salaire qui lui suffit à peine.
Tombe-t-il malade, il périt de misère ! Trop heureux quand il a le bonheur de pouvoir êlre admis dans un hospice !
S'il possède un petit morceau de terrain
l'impôt commence par lui enlever une partie
du fruit de son labeur 1 et si son modique revenu ne suffit pas pour le nourrir, le plus sou- --- Page 96 ---
78 )
et meurt misérable dans sa
vent il languit,
Mais il est libre!.. - Hélas! tout ce
chaumière.
la fausseté de ce mot : il
qui Pentoure prouve
est esclave de tous et de tout.
vit sans souci, traLe nègre, au contraire,
de
vaille, et ne craint point que sa famille meure
il
même se promisére; par son industrie, peut
que ne connaitront
curer quelques jonissances
Oui, je le dis
jamais nos malheureux paysans.
dans toute la sincérité de mon àme, et après
étudié la question, mieux vaut cent fois
avoir
cultivateur blanc.
être cultivateur nègre que
Cette digression nous a paru utile, en présence des théories qui ont surgi depuis quelques
années, mais dont on apercevra trop tard que
l'application était désastreuse
Revenons à noire sujet :
Le Cap-Français, capitale de Saint-Domingue,
Le
fort belle ville, bâtie en pierres. Il renCap-Français. est une
à
mille
de dix-huit vingt
ferme une population
on reâmes. Au nombre de ses monumens,
l'arsenal et les
marque le palais du gouverneur,
rade
hôpitaux. 1 Il possède un beau port et une
on
mouiller des escadres.
sur laquelle peut
adossé à
Etabli sur le flanc de cette rade, et
Mornes, il
une chaine de montagnes appelées
dominé
toute cette partie de terre qui va
est
par
nonmé Haut du Cap,
en s'abaissant vers le point
. Au nombre de ses monumens,
l'arsenal et les
marque le palais du gouverneur,
rade
hôpitaux. 1 Il possède un beau port et une
on
mouiller des escadres.
sur laquelle peut
adossé à
Etabli sur le flanc de cette rade, et
Mornes, il
une chaine de montagnes appelées
dominé
toute cette partie de terre qui va
est
par
nonmé Haut du Cap,
en s'abaissant vers le point --- Page 97 ---
(79) )
au pied duquel coule la petite rivière de ce nom,
venant de la plaine. Entre elle el le dernier mamelon, on suit la grande route, qui conduit
dans l'intérieur de l'ile.
La ville, percée de rues larges, pavées, coupées à angle droit, parallèles et perpendiculaires
à la rade, et couronnée par une enceinte de
verdure, offre un coup d'oeil délicieux.
Le port ou rade est défendu par des récifs,
à la gauche de son entrée, et par des forts, à Sal
droite.
Le premier, celui de Picolet, construit dans le
rOC, a trois étages de batteries : c'est sous ce fort
que les vaisseaux sont forcés de passer, à un
quart de portée des canons.
Le second, appelé fort de Saint-Joseple, est
moins considérable; mais il n'en est pas moins
redoutable, en ce qu'il bat en écharpe toute la
passe.
Il faut une grande audace pour en forcer
l'entrée, car les vaisseaux y courent le danger
d'être coulés, ou d'éprouver des avaries lelles
qu'ils ne pourraient plus rien tenter contre la
ville, les forts battant l'entrée en flanc et en
front.
Après le fort Saint-Joseph, vient l'arsenal,
puis la ville, qui se développe dans son entier
sur l'espace entre la mer et les mornes. --- Page 98 ---
80 )
fallait que l'amiral
C'est dans ce port qu'il
mouillât son escadre; mais 7
Villaret-Joyeuse
il n'avait pas un pilote du
chose inconcevable,
nécessita l'envoi d'un
lieu. Le danger à courir
du
ces tatonnemens employèrent
parlementaire;
6,000 hommes débartemps, pendant lequel la côte. Enfin, on se
quèrent au Limbé, sur
dès le
eût dû exécuter
décida à faire ce. qu'on
outre. Mais ces
premier jour, l'escadre passa
T'ennemi; ;
délais avaient été mis à profit par
ces
1 pendant
Christophe - le général nègre
éclata
avait préparé l'incendie qui
quatre jours,
au moment de notre entrée.
l'arTout alors était en, feu! La poudrière de
l'arsenal pourtant fut préservé par
senal sautait;
bâti sous Lonis XIV, préhasard. Ce monument,
les
sentait encore sur ses portes et ses croisées
du
roi. Ce fut donc au milieu
LL, chiffre grand
de la
des flammes que nos soldats s'emparèrent Queltraversérent au pas de course.
ville, qu'ils
de cette ville si riche
ques maisons seulement
tout le reste fut consumé.1/infurent éparguées;
le désastre autant que
dustrie française répara
reconspossible; mais il fallait du temps pour
la flamme avait dévoré en un instruire ce que
établis dans
tant. On se logea sous des appentis
le
les cours, le long des murailles calcinées par de
à chaque instant
feu, el qui menaçaient
aversérent au pas de course.
ville, qu'ils
de cette ville si riche
ques maisons seulement
tout le reste fut consumé.1/infurent éparguées;
le désastre autant que
dustrie française répara
reconspossible; mais il fallait du temps pour
la flamme avait dévoré en un instruire ce que
établis dans
tant. On se logea sous des appentis
le
les cours, le long des murailles calcinées par de
à chaque instant
feu, el qui menaçaient --- Page 99 ---
(81)
s'écrouler. En effet, le moindre choc pouvait
tout renverser, et si le tremblement de terre du
7 mai 1842 a fait de cette ville un immense décombre, on peut croire que cette destruction si
entière est due à cet incendie, qui avait enlevé
aux murailles, sur lesquelles on a reconstruit
depuis, une grande partie de leur solidité,
Les établissemens de l'Etat, le gouvernement,
les casernes et les hôopitaux, furent les premiers
bâtimens qu'on mit en état d'étre habités.
Quant à moi, je n'arrivai au Cap-Français que
le 17 octobre 1802.
Le général Clausel commandait au Cap. Jeune, Défense du
ardent, bon militaire, instruit, il fut, dans ces Cap par le gécirconstances critiques, à même de déployer les néral Clausel.
lalens dont la nature l'avait doué. Défendre le
Cap était une rude tâche ! Et cette défense peut
être comptée comme une belle page dans sa vie si
glorieuse!
La position, en effet, était affreuse. Une armée
nègre entourait la ville et gardait les alentours;
on n'avait à lui opposer qu'une partie de notre
armée, partie faible, démoralisée, luée par l'épidémie; certes, le dévoument ne manquait pas,
mais le moyen de résister à la maladie et à Ja
disette qui décimaient chaque jour nos soldats?
Cependant, on établit un système de blockaus
qui relièrent ensemble tous les mornes couvrant
--- Page 100 ---
(82)
dominant le Cap; on éleva des redoutes paret
besoin s'en faisait sentir. L'avancée
tout où le
lieue de cette ville, sur une
était à une grande
route; on fit un peu
habitation bordant la grande
blockaus à deux étages de batteries,
en arrière un
des Pères, dont quelques
qui protégeait Thôpital droite avec le morne Bel-Air,
ouvrages liaient la
lui-méme fortifié. réunit dans le danger comTout le monde se
déclarée, le plus
mun! Une guerre à mort était
la milice du
làche trouva du courage ; mais
Elle fut
entre tous!
Cap sut se faire remarquer toutes les occasions
admirable de bravoure dans
où elle dut se montrerla fièvre jaune continuait ses ravaCependant
tomber des centaines de
ges; chaque jour voyait
eux-mémes n'ésoldats:les officiers, les habitans
chappaient point au Aléau:
des
Tel était l'état de la ville. A l'extérieur,
entreprenans, forts
milliers de nègres,astucieux,
ainsi dire,
de nos désastres, nous tenaient, pour
le
la
Du côté de la mer,
le couteau sous gorge.
le port. Qui donc
commodore anglais bloquait
doute; mais il
Les Anglais, sans
nous sauverait?
avions encore des resfallait capituler, et nous
sources.
été admis à ThôJ'ai dit plus haut que j'avais
Comme
d'une blessure.
pital pour me guérir
ans, forts
milliers de nègres,astucieux,
ainsi dire,
de nos désastres, nous tenaient, pour
le
la
Du côté de la mer,
le couteau sous gorge.
le port. Qui donc
commodore anglais bloquait
doute; mais il
Les Anglais, sans
nous sauverait?
avions encore des resfallait capituler, et nous
sources.
été admis à ThôJ'ai dit plus haut que j'avais
Comme
d'une blessure.
pital pour me guérir --- Page 101 ---
83 )
dix commis ne suffisaient pas pour enregistrer
les extraits mortuaires, on me mit à cette besogne. Enfin, fatigué du spectacle hideux qui se
renouvelait sans cesse sous mes yeux, l'âme attristée à l'aspect de tant de cadavres, je pris la
résolution de quitter un pareil lieu, et je fus me
présenter au directeur des fortifications, qui
m'admit avec le grade de garde des fortifications
dessinateur.
Là,je revins à la vie : je n'avais plus la mort
devant les yeux, un travail actif me rendit bientôt
toute mon énergie.
C'est ainsi que je pris part aux travaux de
défense. Je dessinais les blockaus, je les faisais
monter, établir; et diverses fois le général Clausel, dans les visites qu'il faisait des travaux, eut la
bonté de m'encourager; j'eus même le bonheur
d'être distingué par lui. Long-temps après, en
1812, nous nous retrouvàmes en Espagne, et
il m'attacha à son état-major. J'étais capitaine
alors.
Ce fut à cette époque que des chefs en sousordre le trompèrent et abusèrent de sa sévérité,.
pour exercer leur cruauté envers les noirs. J'ai
déroulé le tableau de toutes ces infamies. Honte
à eux! à eux seuls; car seuls ils furent COupables.
Attaque du
L'avancée du haut du Cap était commandée Cap et de ThopilaldesPères --- Page 102 ---
(84)
Claparède. Là, les nègres, se servant
par le général
pour harceler,
de toules les ruses inimaginables à montrer
surprendre nos postes 7 arrivèrent de notre faiune audace qui croissait en raison
blesse. En effet, ils savaient nos pertes journales tombereaux de
lières, et presque toujours
étaient l'indice
cadavres, portés au cimetière,
nouvelle attaque. Ils nous criaient : Zantes
d'une
blancs, vous va tous mouri.
de leurs ruses
Une nuit, mettant en usage une
traentre les herbes,
favoriies, ils se glissérent
juset parvinrent
versèrent nos avant-postes,
construit
Phôpital des Pères. Ce bàtiment,
qu'à
contenait alors 1,600 malades; ils
tout en bois,
tous les malmirent le feu, après avoir égorgé
y
heureux qu'il contenait.
habitaient
directeur, et son fils,
M. Casalot,
le rez-debâtie en pierre;
la case principale, aussi des malades. En entenchaussée renfermait
les
dant les cris des victimes, ils barricadèrent
conduisaient au preescaliers et les portes qui
les fusils
mier étage, et ainsi retranchés, ayant
défendes soldats, ils purent se
et les munitions
l'on vint à leur
dre assez long-temps pour que
mais il fut
Le brave directeur fut sauvé;
secours.
à demi fou de cette surprise.
éclairer
lorsque le jour vint
Quel spectacle! incendie! Mais aussi quels
ce carnage et cel
des victimes, ils barricadèrent
conduisaient au preescaliers et les portes qui
les fusils
mier étage, et ainsi retranchés, ayant
défendes soldats, ils purent se
et les munitions
l'on vint à leur
dre assez long-temps pour que
mais il fut
Le brave directeur fut sauvé;
secours.
à demi fou de cette surprise.
éclairer
lorsque le jour vint
Quel spectacle! incendie! Mais aussi quels
ce carnage et cel --- Page 103 ---
85 ) 1
hommes que ces nègres, 7 comme ils combattent
et meurent.
Il faut avoir fait la guerre contre eux pour
connaitre leur audace, leur courage irréfléchi à
braver le danger, alors qu'ils ne peuvent avoir
recours à la ruse. J'ai vul marcher sur une
redoute, une colonne serrée, labourée par la
mitraille de quatre pièces de canon, et ne pas
faire un pas rétrograde! Plus il en tombait, 2
plus le courage des autres semblait s'animer:
c'était en chantant qu'ils avançaient; car le
nègre chante partout 7 fait des chants sur
tout. C'était alors le chant du brave; le
voici : (C Grenadiers, à Lassaut! ça qui mouri
zaffaire à 70, gniy a point papa 2 gniy a pas
maman! Grenadiers, ce lassaut! ça qui mouri
zaffaire à yo!.. Grenadiers, à l'assaut! ceux qui
seront morts, malheur à eux ; il n'y a point de
père, il n'y a point de mère! Grenadiers, à
l'assaut , ceux qui mourront, malheur pour
eux ) Ce chant valait toutes nos chansons
républicaines.
Trois fois ces braves, l'arme au bras, avancèrent , sans tirer un coup de fusil; et, chague
fois repoussés, n'abandonnérent qu'après avoir
jonché les glacis des trois quarts des leurs.
Il faut avoir vul cette froide bravoure pour
s'en faire une idée. Ces chants lancés dans les --- Page 104 ---
86 )
deux mille voix, dont le
airs, à T'unisson, par
un effet
canon formait la basse, produisaient
le courage français pouvait seul y
saisissant ;
une excelrésister A la vérité de larges fossés,
lenteartillerie, de parfaits soldats nous donnaient
avantage; mais 1 ce qui contribuait à
un grand
de chacun, ( c'est qu'il n'y
stimuler le courage
avait aucune grâce à espérer du vainqueur.
un seul homme
Toutefois, on ne perdit pas
tiré
dans la redoute , l'ennemi n'ayant pas
celte masse carrée, noire, marchant
Long-temps
éclairée par un soleil
à la mort, en chantant,
fut présente à ma pensée 1 et aujourmagnifique,
de quarante ans 2 ce
d'hui encore 2 après plus
aussi vif
tableau imposant et grandiose se retrace
que dans les premiers insà mon imagination
tans.
causaient de
Ces attaques, 2 souvent réitérées 2
leur imgrandes pertes aux nègres; mais que
ils avaient de quoi perdre 2 tandis que
portait ,
nous !.
On essaya de
La disette arrivait à grands pas.
la maraude, qui ne produisit que quelques
à sucre. Les vivres de terre 2 telles que
cannes
étaient épuisés; il
les ignames et les patates,
de
restait encore en magasin pour quinze jours
farine, au plus.
donnaient une
Les cannes 7 espèce de roseau,
es aux nègres; mais que
ils avaient de quoi perdre 2 tandis que
portait ,
nous !.
On essaya de
La disette arrivait à grands pas.
la maraude, qui ne produisit que quelques
à sucre. Les vivres de terre 2 telles que
cannes
étaient épuisés; il
les ignames et les patates,
de
restait encore en magasin pour quinze jours
farine, au plus.
donnaient une
Les cannes 7 espèce de roseau, --- Page 105 ---
(87)
eau sucrée nourrissante : on rejetait la partie
spongieuse; eh bien! ce résidu, les malheureux
affamés le ramassaient el le mangeaient!
Aucun secours par mer ne pouvait arriver ;
les Anglais étaient là qui nous bloquaient. Nous
avions bien dans le port deux ou Lrois frégates
el quelques bâtimens légers de l'état; mais que
pouvaient contre toute une division navale ces
faibles forces?
Ainsi, à terre 1 nous avions à combattre un
ennemi nombreux.
Dans la ville, la fièvre jaune, la famine et la
mort.
Enfin, du côté de la mer, nous étions bloqués
par la flotte anglaise.
Cependant, l'épidémie sévissait toujours plus
intense; l'armée, en grande partie détruite 2 allait
manquer de médicamens : en quatre mois seulement, de 58,545 hommes, elle se trouvait réduite à 8,275, et sur ce nombre 3,000 étaient
malades dans les hopitaux. 50,270 hommes
étaient donc morts dans l'espace de cent vingt
jours. 1,000 hornmes restaient encore, formant
les garnisons de Monte-Cbrist et Santo-DomingoAussi ce n'était plus pour vaincre, mais seulement pour T'honneur du drapeau, que l'on se
battait encore
Dix vaisseaux anglais croisaient autour de --- Page 106 ---
: 88 )
Saint-Domingue ; la guerre, 2 sans déclaration,
trois frégates dans le port du Cap;
avait surpris
notre seul moyen de salut.
c'était cependant
les restes de
mais elles ne pouvaient emporter
l'armée. C'était aller à une perte certaine que
de tenter une lutte inégale; capituler avec les
noirs était impossible : c'était courir au-devant
du couteau.
donc faire Rochambeau avec ses
Que pouvait
de tout, contre une arsoldats malades, manquant
les Anmée vivant dans l'abondance, et à laquelle
fournissaient tout ce qui lui était nécessaire?
glais
lui restait, c'était de se
Une seule ressource
frayer, les armes à la main, un passage au trade l'ennemi, et de se rendre dans la partie
vers
Mais le général en chef n'osa prendre
espagnole.
qu'à cette même époque le
cette détermination,
Ferrand, commandant à Monte-Christ,
général
d'accomplir. 11 chercha à
venait heureusement
Plusieurs jours se passèrent en poutcapituler. les chefs noirs et les Anglais. Enfin
parlers avec
la capitulation fut arrêtée.
notables de
Alors Rochambeau convoqua les
la ville, et l'avis suivant fut affiché :
Avis des Notables de la ville du Cap.
vertu des ordres transmis ce jour en
(C En
conseil par le général en chefRochambenu,
Christ,
général
d'accomplir. 11 chercha à
venait heureusement
Plusieurs jours se passèrent en poutcapituler. les chefs noirs et les Anglais. Enfin
parlers avec
la capitulation fut arrêtée.
notables de
Alors Rochambeau convoqua les
la ville, et l'avis suivant fut affiché :
Avis des Notables de la ville du Cap.
vertu des ordres transmis ce jour en
(C En
conseil par le général en chefRochambenu, --- Page 107 ---
89 )
> Le conseil prévient les habitans de la ville
du Cap qu'il lui a été adressé
chef de l'armée
par le général en
indigène, Dessalines, la lettre
suivante, datée du
quartier-général du haut du
Cap, le 27 brumaire an XII (1 19 novembre
En
1803 ).
conséquence, le conseil s'empresse de faire
connaître aux habitans les dispositions
du nouveau
pacifiques
gouvernement. , et la protection et
sécurité accordée à tous les individus
servent leur domicile dans
qui concette colonie:
( Citoyens, 9
> Traitant
aujourd'hui avec le général en
> Rochambeau,
chef
pour l'évacuation de la ville
) Cap par ses troupes, cette occasion
du
> même de
me met à
vous' rassurer, citoyens
) sur les craintes
habitans,
que vous pourriez
>
avoir; la
guerre que nous avons faite, , jusqu'à ce
> est tout-à-fait étrangère
jour,
aux habitans de cette
> malheureuse colonie. J'ai
toujours offert
> et protection aux habitans de
sureté
toute couleur
> Jérémie, des
de
Cayes, et du
elles
)
Port-au-Prince;
ont été accueillies comme un sur
de
> loyauté!
garant
ma
Que ceux d'entre vous,
)) répugnent à
citoyens, qui
quitter le pays, restent vous
) trouverez sous mon
;
> protection,
gouvernement sûreté et
tant pour VOs personnes que pour --- Page 108 ---
(90 ):
il sera libre à ceux qui vou-
> vos propriétés; l'armée française de le faire.
)) dront suivre
T'honneur de vous saluer.
) J'ai
) Signé : DESSALINES. )
avec les Anglais 1 qui avait
Capitulation
La capitulation
1803, fut signée
de
été entamée le 28 novembre
textuelle :
Tarmée. deux jours après. En voici la copie
du Cap-Frangais avec lescadre
Capitulation
anglaise.
de vaisseau au service
( John Bligh 7 capitaine
le
de Sa Majesté Britannique 2 commandant
chargé des pouvoirs du capivaisseau le Tésce,
le vaistaine de vaisseau Loreng 9 commandant l'escadre
le Bélérophon 7 et commodore de
seaul
anglaise devant ce port;
chef de
2 général de brigade, 2
) Jacques Boyer
française 1 el
de l'armée
P'état-major 1 général
commandant
Fleury Barré, capitaine de vaisseau,
autorisé
les forces navales à Saint-Domingue >
en chef Rochambeau, capitaine
par le général
d'autre part :
général de la colonie,
autres bâtimens
1er. Les frégates et
) Art.
dans la rade du Cap
français qui sont maintenant
seront remis aux Anglais.
de ces mêmes bà-
) Art. 2.
Les équipages
est
limens, ainsi que la garnison du Cap 1 qui
Barré, capitaine de vaisseau,
autorisé
les forces navales à Saint-Domingue >
en chef Rochambeau, capitaine
par le général
d'autre part :
général de la colonie,
autres bâtimens
1er. Les frégates et
) Art.
dans la rade du Cap
français qui sont maintenant
seront remis aux Anglais.
de ces mêmes bà-
) Art. 2.
Les équipages
est
limens, ainsi que la garnison du Cap 1 qui --- Page 109 ---
(91)
embarquée à leur
bord, seront
de
et
prisonniers
guerre renvoyés cn
Europe sur leur
ne pas servir jusqu'h
parole de
parfait
autant
échange, 7 lequel,
que possible, sera effectué sans délai.
)) Art. 3. Tous les
(1)
ciers
généraux et autres offisont compris dans l'article
conserveront leurs
précédent et
armes, (2)
>'Art. 4. Les malades
à bord de la
qui sont embarqués
Nouvelle-Soplic et de la Justine
seront directement
envoyés en France, et les
Anglais
s'engagent, 7 à ce sujet 1 à leur fournir
tout ce qui leur est nécessaire
tant en provisions
qu'en médicamens. (3)
> Art. 5.
Les propriétés
ront
individuelles serigoureusement
respectées 2 les papiers
la (1) Les équipages et les sous-ofliciers et soldats
Jamaique , furent jetés dans les
, à leur arrivée à
mens que l'on avait à
pontons. On connaît les traitecruel de tous était celui supporter du - mais, sous ce sol brulant , le plus
d'acheter à prix d'or.
manque d'eau, qu'on était souvent obligé
furent (2) Les invités officiers sur parole , qui avaient conservé leur
à les déposer provisoirement par Tagent-commiseaire, , quelques jours avant arme, Noël,
que c'était le carnaval des noirs jusqu'après et
les fètes 2 disait-il, , parce
tout permis Fendant ce temps
qu'il leur était, on peut dire,
1 ajoutant que les
susceptibles fâcheux. . on prenait cette mesure pour éviter Français tout étant très
Ces armes n'ont jamais été remises à leurs
événement
propriélaires.
blessés (3) La capitulation a été violée, , car un
et de malades, une fois en
bâtiment chargé de
et, avantd'être mis à terre, les malles mer , a élé conduit à la Jamaique,
relatif à l'état militaire fut pris.
furent visitées, et ce qui était
les
susceptibles fâcheux. . on prenait cette mesure pour éviter Français tout étant très
Ces armes n'ont jamais été remises à leurs
événement
propriélaires.
blessés (3) La capitulation a été violée, , car un
et de malades, une fois en
bâtiment chargé de
et, avantd'être mis à terre, les malles mer , a élé conduit à la Jamaique,
relatif à l'état militaire fut pris.
furent visitées, et ce qui était --- Page 110 ---
(92)
l'armée seront remis au chef de l'étatrelatifs à
major général de l'armée. (1)
améet
Art. 6. - Les bâtimens espagnols
les
ricains à bord desquels sont embarqués
désirent suivre l'armée et
habitans du Cap, qui
conséquent, font partie de l'évacuation,
qui 1 par
rendre à leur destination.
sont libres de se
sortiront du port
) Art. 7.
Les frégates
bordées
français , et tireront leurs
sous pavillon
avant que d'amener.
des officiers
) Art. 8.
Les domestiques
à l'armée,
seront considérés comme appartenant
seraient
volontairement emet ceux qui ne
pas
débarqués sur le
barqués pour la suivre seront
territoire de Saint-Domingue.
en
et arrêté à bord de la Surveillante, 9
) Fait
1803.
rade du Cap, le 30 novembre
> Signé : John BLIGH,
du vaisseau de S. M. B. le Tésée.
> Capitaine
) Jacques BOYER,
de V'armée française.
> Chef d'état-major
> BARRÉ,
de
commandant les forces navales
> Capitaine vaisseut,
à Saint-Domingue. >
relatifs à l'armée 1 qui devaient être
(1) Les archives ou papiers
de l'armée , sont restés au
remis au chef d'élat-mojor et y sont général encore : ce qui fait que plusieurs
pouvoir des Anglais
B. le Tésée.
> Capitaine
) Jacques BOYER,
de V'armée française.
> Chef d'état-major
> BARRÉ,
de
commandant les forces navales
> Capitaine vaisseut,
à Saint-Domingue. >
relatifs à l'armée 1 qui devaient être
(1) Les archives ou papiers
de l'armée , sont restés au
remis au chef d'élat-mojor et y sont général encore : ce qui fait que plusieurs
pouvoir des Anglais --- Page 111 ---
93 )
On remarquait alors à l'entrée du
des squelettes
Port-Royal Entrée
pendus dans des cages en fer.Voici
du
à quelle occasion cette exécution avait
Port - Royal.
eu lieu :
a La frégate anglaise I'Hermione
1797 devant Porto-Ricco.
croisait le 21 septembre
Pigott, était
Son commandant, le
un officier dur, brutal,
capitaine
sentimens ordinaires d'humanité
étranger à ces
comme le soldat.
qui honorent le marin
Quelques mousses étaient
prendre des ris aux huniers
occupés à
ferait fouetter celui d'entre 1 lorsqu'il leur cria qu'il
dernier. Les
eux qui serait descendu le
pauvres enfans, qui connaissaient
taine, ne songèrent qu'au moyen le
leur capiper à la punition dont ils étaient plus prompt d'échapeux , dans leur
menacés. Deux d'entre
manceuvres,
empressement à se précipiter sur les
tombèrent sur le
tuèrent. On en informa le
gaillard-d'arrière et se
dit : G Eh bien ! qu'on capitaine , qui, dit-on , répon6
jette ces lourdeaux à la mer. D
T'Hermione Vingt-quatre heures après cet incident ,
de
était en pleine insurrection. Des boulets l'équipage
furent roulés ça et là dans
ramés
de désordres eurent lieu. Le l'entrepont, et d'autres actes
pour connaître la cause de ce premier lieutenant descendit
coup de tomahawh
tapage : il fut renversé d'un
cadavre à la
; on lui coupa la gorge et on jeta son
chambre. mer. Le capitaine s'était déjà retiré dans sa
Entendant du bruit sur le
mais a yant reçu
pont, ilsortit aussitôt; ;
presque au même instant
sures graves, il fut forcé de se
plusieurs blessa chambre. Il était tombé, réfugier de nouveau dans
sang, sur un canapé,
affaibli par la perte de son
rent, la baïonnette
lorsque quatre hommes entrèau bout du fusil. ( Crawley, dit
familles parens, en France, ne peuvent savoir ce que sont
surtout ceux appartenant à l'armée.
devenus leurs
Par ces notes , l'on voit que du moment
mains de T'administration anglaise la que l'on tombait dans les
néant ce que l'épéc avait signé de son sceau. plume biffait et mettait à
é,
affaibli par la perte de son
rent, la baïonnette
lorsque quatre hommes entrèau bout du fusil. ( Crawley, dit
familles parens, en France, ne peuvent savoir ce que sont
surtout ceux appartenant à l'armée.
devenus leurs
Par ces notes , l'on voit que du moment
mains de T'administration anglaise la que l'on tombait dans les
néant ce que l'épéc avait signé de son sceau. plume biffait et mettait à --- Page 112 ---
94 ),
était à leur tête. ) Le capitaine eut encore
un témoin ,
et de les tenir en
la force de leur présenter son poignard ébranlés et incerrespeet. Ils parurent même un instant
s'écria :
tains à la vie de leur commandant. Alors Crawley > Et
contre un , et vous avez peur?
( Comment; , quatre lui
sa baionnette dans le
en disant ces mots, il
plongea
tous , avec
les autres suivirent son exemple ; puis
corps ;
le poussèrent par un sabord, el on l'enles baionnettes,
lorsque les vagues l'emportaient à
tendit encore parler,
l'arrière de la frégate. fut trainé à travers le pont, tenD Le second lieutenant
! D Après avoir
dant la main et criant : ( Gràce ! grâce
de l'échelle
criblé de blessures, il fut tiré au haut
été
puis jeté à la mer. Son propre domespar les chevenx,
sur son corps une hache à la main,
tique s'était précipilé aussi
lui donne son compte,
en disant : ( Et moi
, que je l'action à la parole, il lui
> à ce brigand. D Et, joignant
avait porté un coup terrible. de marine malade dans sa
des soldats
) Le lieutenant
à la mer. Les autres officiers, au
chambre, fut pris et jeté
de Saintnombre de neuf, furent massacrés:; ; le pavillon
la
Les révoltés, maîtres de la frégate,
Georges fut amené. de la Guayra, et la livrèrent au gouconduisirent au port
était à cette époque en guerre
vernement espagnol, qui
avec l'Angleterre.
saurait se soustraire au sorl qui
D Mais le pirate ne l'inexorable fatalité s'attache à ses
l'attend; ; il semble que
s'efface et
c'est en vain que le sillage de son navire
pas :
des eaux ; pour lui l'Océan n'a pas
que sa trace disparait
avec horreur.
de retraite, et la terre le repousse
de I'Hermionc tombèrent un à un ou par
D Les révoltés fois entre les mains du gouvernement
pelits groupes à la
Quelques-uns
de leur pays, et furent mis en jugement. à la Jamaique,
furent exécutés à Portsmouth et d'autres
misérables
long-temps on vit les restes de ces
et pendant
sur les sables qui forment lentrée de la
suspendus à des yibets
disparait
avec horreur.
de retraite, et la terre le repousse
de I'Hermionc tombèrent un à un ou par
D Les révoltés fois entre les mains du gouvernement
pelits groupes à la
Quelques-uns
de leur pays, et furent mis en jugement. à la Jamaique,
furent exécutés à Portsmouth et d'autres
misérables
long-temps on vit les restes de ces
et pendant
sur les sables qui forment lentrée de la
suspendus à des yibets --- Page 113 ---
95 )
rade de Port-Royal de la Jamaimue , leurs siquclettes étant
accrochés dans des cages en fer.
D La frégate T'Ilermione, qui avait été le théâtre de cetle
affreuse boucherie, fut, par un acte d'audace remarquable, enlevée du port de Porto-Cabello, ou elle était sous la
protection de deux cents pièces de canon , et rendue à la
marine britannique sous le nom de Rétribution.
D Quelques uns des révoltés furent même pendus à ses
vergues D I Revue Britannique, 1843, novembre, page 303.)
Ainsi du 14 février 1802 au 30 novembre 1803,
c'est-à-dire dans l'espace de vingt un mois, cette
belle armée de Saint-Domingue était détruite.
Tout son courage, toute sa persévérance, tout
son dévotment n'avaient servi à rien! SaintDomingue était aux nègres! Il était à jamais
perdu pour la France.
Voici l'état des pertes de l'armée :
ÉTAT DES PERTES DE L'ARNÉE.
Général en chef.
Généraux de division, Dugua. > Hardy, etc. 5
de brigade, Tolosé, * St-Martin,
Dampierre, etc..
Officiers de tous grades.
1,500
Officiers de santé..
750 50,270 hom. (1)
Soldats
35,000
Matelots..
8,000
Employés
2,000
Blancs, venus de France..
3,000/
Prisonniers par la capitulation du Cap..
7,275
Garnison de Monte-Christ et Santo-Domingo.
1,000
Chiffre égal à celui des arrivés.
58,545 hom.
(1), Tels sont les chiffres donnés par M. Daure,
chef à Saint-Domingue, dans son ouvrage (Bourrienne ordonnateur et ses erreurs, en
page 271), chiffres dont on ne peut révoquer en doute l'exactitude.
%
Blancs, venus de France..
3,000/
Prisonniers par la capitulation du Cap..
7,275
Garnison de Monte-Christ et Santo-Domingo.
1,000
Chiffre égal à celui des arrivés.
58,545 hom.
(1), Tels sont les chiffres donnés par M. Daure,
chef à Saint-Domingue, dans son ouvrage (Bourrienne ordonnateur et ses erreurs, en
page 271), chiffres dont on ne peut révoquer en doute l'exactitude.
% --- Page 114 ---
96 )
de l'armée arrivés à la Jamaique, on
Les Pontons
Les restes
et Spanigston pour
à la
donna les villes Kingstonn
les soldals
Jamaique.
aux officiers au cautionnement; ;
prison
furent jetés dans les pontons.
et les sous-officiers
toutes les misères qu'on
Les pontons anglais et
sont trop connus pour en rappeler
y éprouvait
l'on ne sait pas encore,
les détails; mais ce que
d'une nation qui
et ce qu'on ne pourrait croire raffinement de
c'est le
se prétend policée,
c'est-à-dire
cruautés inventées à la Jamaique,
dans la rade de Port-Royal.
à celles
flottantes ressemblaient
Là, ces prisons
avaient en plus, dans
d'Angleterre, mais elles
l'eau, des sentinelles vigilantes.
on
les immondices des navires 1
Attirés par
circuler dans la rade des
voyait chaque jour
Nos geôliers eubandes nombreuses de requins.
aniidée de faire servir ces
rent la satanique
A cet effet, on
maux voraces à notre garde.
se
des viandes avariées. La distribution
leur jeta
Des nègres n'eussent
faisait deux fois par jour.
pas mieux fait!
le capitaine Marryat, a,
Un romancier anglais,
l'existence d'un
dans un de ses ouvrages, cité
le gouverrequin nommé Port-Royal-Tum, que de la Janourrissait dans la rade
nement anglais
des matelots
maique, pour empêcher la désertion
Marde cetle citation ? Que
anglais. Que penser --- Page 115 ---
1 97 )
ryat conuaissait le faitque je rapporte, mais
pour retirer l'odieux qui pouvait
que,
nation, il a cru
rejaillir sur sa
pouvoir user de son titre de lOmancier, et appliquer aux matelots
n'avait été inventé
anglais ce qui
que pour les malbeureux
sonniers de Saint-Domingue.
priQui croira, d'ailleurs, qu'un seul requin existât dans la rade?
Mais Marryat écrit des romans; j'ai
c'est de l'histoire.
vu, moi:
Le soleil, cet astre bienfaisant, vint
servir la vengeance de
encore Le supplice
DOS bourreaux.
du
Lorsqu'élevé sur Thorizon, il brillait de tout
Soleil.
son éclat, on ouvrait les panneaux et on faisait
monter les prisonniers sur le pont. Là, sans
tente, sans abri, avec une chaleur de 32 à 38
degrés, il fallait demeurer sous cette atmosphère
embrâsée. Essayait-on de descendre, une sentinelle impitoyable vous repoussait. Par un raffinement de cruauté, au moment où le soleil
s'abaissait, quand on aurait pu respirer et
de la fraicheur du soir,
jouir
élé
que rester sur le pont eût
un bonheur, nos geôliers nous faisaient descendre dans les batteries,
pour y retrouver là
degrés de chaleur. Chaque jour amenait les
mémes tourmens, les mêmes supplices !
Plusieurs devinrent fous; d'autres y trouvérent
la mort.
Où étaient donc alors ces charitables
philan7
, au moment où le soleil
s'abaissait, quand on aurait pu respirer et
de la fraicheur du soir,
jouir
élé
que rester sur le pont eût
un bonheur, nos geôliers nous faisaient descendre dans les batteries,
pour y retrouver là
degrés de chaleur. Chaque jour amenait les
mémes tourmens, les mêmes supplices !
Plusieurs devinrent fous; d'autres y trouvérent
la mort.
Où étaient donc alors ces charitables
philan7 --- Page 116 ---
98)
aujourd'hui la liberté des
thropes, qui réclament
s'est amolli
nègres ? Sans doute, leur coeur, qui
noire, était alors d'airain quand
pour une peau
Qui d'entr'eux, à cette
il s'agissait de Français.
soit dans les coloépoque, soit en Angleterre, la moindre pitié pour
seulement
nies, a témoigné
français.
les malheureux prisonniers de la froide cruauté avec laUn autre exemple
Le feu avait pris à bord
quelle on nous traitait : Schutam. Que firent les
du ponton The Glori, à
leur
vint
apprendre
chefs anglais ? Lorsqu'on
fermât les panils ordonnèrent qu'on
ce sinistre,
Les
ont mis le feu,
neaux, en disant : CC
Français ils
l'éteignent! >> Et
l'éteignirent
eh bien! qu'ils
gràce à leur audacieux courage.
en effet,
la fraicheur du soir,
Afin de pouvoir respirer le dernier sur le pont, et
c'était à qui resterait
embràsée des battel'on préférait à l'atmosphère fusil
au reries, le coup de crosse de
appliqué
tardataire.
non plus de contemIl ne nous était pas permis dont nos aurores
le lever du soleil. Ce lever,
pler
reflet, est le spectacle le plus
ne sont que le pâle
Là, point de ces longs
enchanteur des colonies.
insensiblement;
crépuscules qui amenent le jour
terre tout à
le soleil illumine tout-à-coup cette Soulevées
dans les ténèbres.
l'heure enveloppée
matinales se
la brise de terre, les, vapeurs
par --- Page 117 ---
99 )
déchirent comme un voile, et les forêts
raissent au loin étincelantes de rosée. Voici appapeinture saisissante
la
qu'en a faite un de nos
grands poètes - 1e Victor Ilugo ) :
( Il y a un moment oùr l'état des
rayons du soleil, sur cetle végétation premiers
sur ces brumes qui se déchirent, donne humide et
à la campagne quelque chose de féerique I Mille teintes
passent dans le ciel, mille étincelles chatoient
sur-les feuillages; la mer semble une nappe d'argent, veinée d'or, et les mornes, colorés
rore, se dressent à l'horizon,
par Taucomme de solitaires
pyramides de marbre rose! >
Les quatre heures qui suivent l'aube du
sont les plus douces et les plus belles de la jour
née, et c'étaient celles oit l'on
journous interdisait le
pont. Alors le soleil est moins ardent ; l'air est
rafraichi par la brise de terre, qui ne tombe
vers dix heures; ; à ce moment, la surface de que la
mer, unie comme une glace, se ride, et on
voit arriver, comme l111 conreur,le vent du large
qui agite, soulève les flots, venant
en roulant, mourir sur le rivage. eux-mémes,
Enfin, les barbares commis à notre
nous privaient des moindres
garde
jouissances qui
pussent soulager nos misères! Ils n'osaient
nous tuer tout-à-coup, mais ils nous donnaient
la surface de que la
mer, unie comme une glace, se ride, et on
voit arriver, comme l111 conreur,le vent du large
qui agite, soulève les flots, venant
en roulant, mourir sur le rivage. eux-mémes,
Enfin, les barbares commis à notre
nous privaient des moindres
garde
jouissances qui
pussent soulager nos misères! Ils n'osaient
nous tuer tout-à-coup, mais ils nous donnaient --- Page 118 ---
100 1 1
avec un raffinement de
la mort lentement,
cruauté.
marins, nourris par les AnMalgré les monstres
leur servir de sentinelles, des prisonglais pour sauvaient encore, tant est grand l'amour
niers se
se rendant
de la liberté. Mais ce n'élait qu'en
mouillé éau fond de la rade. Là,
au ponton-hôpital,
était moins sévère. Que peuvent
la surveillance
de malheureux moribonds? Les requins
tenter
ils préféraient ceux où les
allaient peu à celui-là;
geoliers anglais avaient pour eux tant d'égards.
à moi, ma fonction de garde des fortiQuant
lors de
fications du génie, poste que j'occupais
du Cap en 1803, ne me donnant
la capitulation de sous-officier, je fus mis au ponque le grade
vingt ans ; à cette
ton. Mais alors je n'avais que
époque de la vie, on est plein de courage;j'emtoute mon énergie à me sauver. Afin
ployai
je me rendis malade. Des déd'aller à Phopital,
m'avaient à demi emcoctions froides de tabac
de Thospice m'était réelpoisonné, et le séjour
devenu nécessaire. Mais bientôt j'eus
lement
forces, et par une belle nuit bien
recouvré mes
me
sombre, nuit d'amant ou de prisonnier, je
à l'eau, à travers deux barres de fer à
glissai
et barrant les lieux
arrêtes relevées en crochet,
de dand'aisance. Après beaucoup de peine et
heureusement la terre. Je me cagers,je gagnai --- Page 119 ---
101 )
chai pendant deux jours dans les
quand je pus croire
champs; enfin,
qu'on ne pensait plus à moi,
je rejoignis les officiers de mon
confondu avec eux,
arme, je fus
et, bien que sans parole
espèce de lettre dont
chaque officier était
pourvu), je restai à Kingston, et n'y fus
trement inquiété.
pas auLà, le supplice moral existait
les
comme les tortures
pour officiers,
renfermés
physiques pour les soldats
dans les pontons.
Par mesure de sureté, et contrairement à la
pitulation, on les avait désarmés; il leur camême défendu de
élait
taient
porter une canne : ils ne sorque par huit ou dix ensemble; leur
était digne de pitié, et pourtant
position
ce vil peuple, écume des
j'ai vu, 3 non de
villes, mais des Anglais, 1 des négocians, blancs comme
leurs nègres esclaves
nous, lancer
sur les officiers, les excitant
comme une meute de chiens qu'on appelle à la
curée, non pour mordre, mais pour insulter
à plaisir et satisfaire leur basse
de Français,
jalousie. Chiens
nègres de Bonaparte, valets de
Rochambeau, boucs, mangeurs de
telles étaient les
grenouilles,
laires
injures que ces nobles insufaisaient vomir par leurs esclaves. On
s'armait de cailloux, et lorsque les nègres barraient la rue, on faisait, avec ces
feu de file. L'antorité n'entrait
pierres, un
point dans les
atisfaire leur basse
de Français,
jalousie. Chiens
nègres de Bonaparte, valets de
Rochambeau, boucs, mangeurs de
telles étaient les
grenouilles,
laires
injures que ces nobles insufaisaient vomir par leurs esclaves. On
s'armait de cailloux, et lorsque les nègres barraient la rue, on faisait, avec ces
feu de file. L'antorité n'entrait
pierres, un
point dans les --- Page 120 ---
102 )
des habitans, elle rendait
mesquines passions T'obtenir, il fallait avoir dix
justice; mais pour
làche négociant,
fois raison. C'est ainsi qu'un
à 500 fr d'amarchand de fer, fut condamné
avoir, de son balcon, craché sur
mende, pour
l'épaulette d'un officier.
crainte d'être à
Tourmenté cependant par la
découvert, je me décidai à me
tout moment
chargée de transmettre au fond d'une goélette
nous
à Cuba des non-combattans, et qui
porter
débarqua à San-Yago.
quelle misère nous yattendait!
Quel spectacle! encombrée de quinze à vingt
Une petite ville
habitans, marchands, 2
mille Français, colons,
ainsi
et échapper
ayant pu fuir Saint-Domingue,
notre
que firent les nègres après
au massacre
départ.
à celle de tant
Je vins ajouter ma misère
d'autres; je n'avais plus rien, que quelques
mauvais haillons qui me couvraient.
française fut là, toutefois, ce qu'elle
L'industrie
seconde ville sur un terest partout : on créa une
espagnol : elle fut
rain désigné par le gouverneur
auront,
Des pierres
appelée le Quartier-Français
le bois des constructions
avec le temps 7 remplacé
plus
primitives, el si San-Yago est aujourd'hui de
populeux, c'est aux malbeurs
grand, plus
Saint-Domingue qu'il le doit. --- Page 121 ---
103 )
Malgré la misère qui pesait sur chacun, le
caractère français ne changea pas 3 et, privé
du nécessaire, on n'en pensa pas moins au
plaisir.
Un philosophe a dit : ( Le caractère national
les Espagnols prenne s'efface jamais. Lorsque
nent possession d'une terre, ils commencent par
y bàtir une église; les Anglais y élèvent une taverne; les Français; un fort. ) M. de Châteaubriand, avec la connaissance parfaite de notre
caractère 2 a dit, avec autant de vérité, dans
son Itinéraire : ( Ils y font une salle de bal! >
Dans San-Yago, oùt la misère nous tuait, le
croira-t-on? on bâtit un Tivoli. On fit une salle
fit bientôt
de bal, et un jardin délicieux, qui
l'admiration des Espagnols.
Etablir le temple du plaisir sur une terre d'exil
arrosée de nos larmes, 1 terre où le chagrin, la
misère enlevaient successivement les victines
qui avaient échappé au couteau des nègres !
danser sur des ruines arrosées de sang! quelle
plus grande preuve de frivolité nationale étaitil possible de donner? Le Tivoli français prit
faveur; les dames françaises et espagnoles y accoururent, rivalisant de toilette. Ce jardin, admirablement dessiné, et auquel la riche végétation tropicale ne tarda pas à donuer des ombrages
frais et agréables, devint le point de réunion de
qui avaient échappé au couteau des nègres !
danser sur des ruines arrosées de sang! quelle
plus grande preuve de frivolité nationale étaitil possible de donner? Le Tivoli français prit
faveur; les dames françaises et espagnoles y accoururent, rivalisant de toilette. Ce jardin, admirablement dessiné, et auquel la riche végétation tropicale ne tarda pas à donuer des ombrages
frais et agréables, devint le point de réunion de --- Page 122 ---
104 )
sociétés. Tertulias, une grande TOtoutes les
fut la salle de bal; enfin, on ne négligea
tonde,
pouvait réunir un
rien de tous les plaisirs que
lieu. On était malheureux, mais on dansait!
pareil
fit de brillantes affaires.
Et T'entrepreneur
venaient embellir rencore
Les insectes lumineux
servaient
Les dames s'en
ces fêtes nocturnes.
dans leurs
ornemens; elles les attachaient
comme
dans les
elles
coiffures, aux robes, 2
garnitures,et d'émesemblaient alors des sylphides couvertes
raudes éclatantes.
de
Cet insecte, plus gros que le hanneton,
ou Cocigos ( noccouleur brune, se nomme Ceejo
s'étilus ). De chaque anneau de P'abdomen
lueur
vert émeraude,
chappe une
phosphorique, T'animal, vivant, se sent
principalement lorsque
sur
contrarié On arrive à ce but en l'attachant
efforts
se dégager lui font réle dos; ses
pour Dix à douze de ces insectes 2
pandre sa lumière.
blanc, donnent une
dans une fiole de verre
lire
lumière égale à celle d'une bougie; on peut
celte lumière,
facilement : il suffit, pour produire
de secouer la bouteille.
Si l'on n'a pas été témoin de l'effet magique
ces insectes alors qu'en liberté ils
que produisent
des ténèbres dans les forêts
voltigent au milieu
de
vierges du Nouvean-Monde, il est impossible
s'en faire une idéc. --- Page 123 ---
105 )
Mais, hélas ! coume
partout, , ces
ces plaisirs élaient le partage du
récréations, :
avait même
riche, et il y en
encore parmi ceux qui avaient fui
Saint-Domingue; quelques-uns avaient
leur argent.
pu sauver
le
Quant aux malheurenx, on les aidait
plus qu'il était possible.
devaient avoir
Toutefois, ces secours
un terme, 2 et la misère était un
gouffre impossible à combler. La charité
méme se refroidissait.
elleLorsque j'arrivai au milieu de cette
n'avais ni amis, ni
colonie,je
fallait
connaissances; et pourtant il
manger! Un créole, nommé
duit à vendre du
Courjol, répain au marché pour un boulanger, en recevait un par douzaine vendue;
ces légers profits, il nourrissait
avec
soeur; sa bienfaisante
sa mère et sa
de
générosité m'admit au
tage
ce pain avec sa famille. Mais
parcesser cette
je dus faire
charge. Une goëlette, armée en
course, commandée par des officiers de la marine
française, à la tête
taine de
desquels se trouvait le capifrégate Boucher, était sortie de la Nouvelle-Orléans; fine voilière, elle avait déjà fait
quelques prises heureuses, et devait encore
tinuer la course pendant trois mois
consentai, et fus embarqué
: je me prélaire.
comme aspirant volonCinqjours après sa sortie du port, une corvette
anglaise lui donna la chasse pendant
trente-cinq
, commandée par des officiers de la marine
française, à la tête
taine de
desquels se trouvait le capifrégate Boucher, était sortie de la Nouvelle-Orléans; fine voilière, elle avait déjà fait
quelques prises heureuses, et devait encore
tinuer la course pendant trois mois
consentai, et fus embarqué
: je me prélaire.
comme aspirant volonCinqjours après sa sortie du port, une corvette
anglaise lui donna la chasse pendant
trente-cinq --- Page 124 ---
106 )
le cap Maizi Cuba) ), et la captura
heures, depuis
Elle fut amarinée
enfin à dix lieues de Carthagène.
comme hâtiment de l'état.
la seconde fois prisonnier. ConJ'étais pour
je revis mes anciens comduit à la Jamaique,
cette fois j'avais une
d'infortune; mais
pagnons
lettre de parole en poche.
lorsmois s'écoulèrent à Kinsgton,
Quelques
d'embarquer à bord d'une
que je reçus l'ordre
Suivant ce qui s'était
frégate qui allait à Londres.
désigné treize
déjà fait précédément, on avait
du
ce départ, et je me trouvai
officiers pour
à peu on enlevait
nombre. C'était ainsi que peu
les prisonniers au cautionnede la Jamaique
ment.
où on dePeu curieux d'aller en Angleterre,
vait arriver vers le mois de décembre, j'attendis
fit sous voiles, et au moment oit
que la frégate
la terreassez
elle longeait la côte de Tile,jugeant
parvénir à la nage,je me précipitai
proche pour y
heure de fatigue, je touchai
à l'eau. Après une
fut de remerenfin la terre. Ma première pensée
m'avoir
dans le danger que
cier Dieu de
protégé
me
venais de courir L ( une lieue, au moins,
je
quittai la frépartageait de la terre, lorsque je
à faire.
ensuite,j'avisai à ce que j'avais
gate);
M. Jonhson, me
P'étais nu; un brave habitant,
de
recucillit, ct il eut; en outre, la générosité --- Page 125 ---
107 )
ne pas me livrerà ses compatriotes. Il fit plus : il
me garda un mois sur son habitation, et ensuite,
après avoir préalablement garni ma bourse el
m'avoir bien vêtu , me renvoya à San-Yago-deCuba. I1 n'était ni militaire, ni administrateur:
il était homme.
A mon arrivée , je trouvai affichée une proclaAppel
mation du général Ferrand, commandant à du général
Santo-Domingo: ; il faisait appel à tous les débris Ferrand.
de l'armée française, ainsi qu'aux autres Français,
habitans réfugiés à San-Yago.
Deux cents militaires de tous grades, officiers,
administrateurs, employés, répondirent à cet appel;je renonçai alors à revenir en France, ainsi
quej'en avais conçu d'abord le projet.
Le 2 décembre 1804, un bâtiment mit à la
voile pour Santo-Domingo (1);jem'y embarquai,
et bientôt je me retrouvai au milieu des Français
formant la garnison.
Clest ici que commence le récit des événemens
survenus depuis le 1er décembre 1803 au 15 juillet 1809, époque de la capitulation de Santo-Do-
(1) Santo-Domingo 1 premier établissement de Christophe Colomb
sur le territoire haitien, fut d'abord nommé Isabella. première ville
américaine fondéc sur la côte sud. Batie par Diego, , frère de Colomb,
elle ne devint que plus tard la capitale de l'ile. . à laquelle il donna
son nom : Saint-Domingue.
survenus depuis le 1er décembre 1803 au 15 juillet 1809, époque de la capitulation de Santo-Do-
(1) Santo-Domingo 1 premier établissement de Christophe Colomb
sur le territoire haitien, fut d'abord nommé Isabella. première ville
américaine fondéc sur la côte sud. Batie par Diego, , frère de Colomb,
elle ne devint que plus tard la capitale de l'ile. . à laquelle il donna
son nom : Saint-Domingue. --- Page 126 ---
108 )
mingo, par suite de laquelle, prisonnier pour la
troisième fois, je revis la Jamaique. Je fus alors
le cicerone de mes camarades. Mon premier soin,
en arrivant, fut de chercher le brave Jonhson ;
j'appris avec peine que mon généreux hôte était
mort.
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE. --- Page 127 ---
RELATION COMPLÈTE
de la
DEUNTEME GAMPAGNE,
C'est à juste titre que l'on peut qualifier de seconde campagne de Saint-Domingue le temps
écoulé depuis l'évacuation du Cap et de toutes les
villes du littoral de l'ile. En fail, l'armée française n'existait plus; la majeure partie était morte
ou prisonnière. L'occupation était à recommencer.
Le général Ferrand, seul, n'avait pas voulu
capituler : avec les débris de l'armée, il se créa
une force qui lui permit de se maintenir dans
l'ile ; cette détermination 1 grande, noble, est la
critique la plus amère de ce que fit Rochambean.
Si, au lieu de capituler, ce général en chefeut
pris le parti qu'adopta Ferrand, nul doute qu'il
ne fut parvenu à sauver le reste de la garnison --- Page 128 ---
(110)
habitans du Cap. Il lui restait encore trois
et les
les
mille habimille hommes valides; sur
vingt
Avec
de la ville, dix mille élaient armés
tans mille baionneltes, qui eût pu l'empécher
treize
trouée et de se retirer sur la parde se faire une
même ses malades ?
tie espagnole, en emportant
à atChacun savait qu'il n'y avait aucune gràce
tendre des nègres, et avec celte conviction, chasoldat eût été un héros. La moitié même
que
dans la lutte, cela eut été
ent-elle dû succomber
fit à la génépréférable encore à cet appel qu'il
rosité anglaise, qui ne sut que nous enfermer
des
et il n'eut point abandonné
dans
pontons, de l'ile à la vengeance des
loute la population
nègres!
ni même
L'armée noire ne pouvant prévoir,
nul
une résolution aussi énergique,
soupçonner
à l'improviste, elle n'eût pu
doute que, prise
L'évacuation
empécher le passage de notrearmée.
à
donc réussir L'espace parpar terre pouvait
immense : quinze
courir n'était, d'ailleurs 1 pas
le Cap de la frontière
lieues seulement séparaient
les
espagnole. Et ent-on dû, chose peu probable,
traverser sous le feu de l'ennemi, en marchant
militairement, on fut parvenu au but. L'amour
nait d'une position déde la vie, le courage qui
eussent fait
sespérée, eussent fait tout braver,
les obstacles! Restait, il est vrai,
vaincre tous
ense : quinze
courir n'était, d'ailleurs 1 pas
le Cap de la frontière
lieues seulement séparaient
les
espagnole. Et ent-on dû, chose peu probable,
traverser sous le feu de l'ennemi, en marchant
militairement, on fut parvenu au but. L'amour
nait d'une position déde la vie, le courage qui
eussent fait
sespérée, eussent fait tout braver,
les obstacles! Restait, il est vrai,
vaincre tous --- Page 129 ---
(1H)
la question des vivres pour tant de monde.
on ne meurt pas de faim en pleine
Mais
que la partie
terre; et, bien
espagnole ne fut pas
aurait eu pour ressource les
cultivée, on
breux
bestiaux et les nomtroupeaux qui peuplent cette
l'ile
partie de
Parvenu à la frontière espagnole,
s'arrétait. Là, il occupait
Rochambeau
de
encore les deux tiers
Saint-Domingue L'armée
bien que réduite
expéditionnaire, 2
3 existait; et la France ne l'eût
pas abondonnée. Au contraire
La capitulation fit
2 qu'arriva-t-il?
croire, et cela devait être,
l'armée française était entièrement détruite. que
tard, nous en etmes la
Plus
preuve.
Cette partie espagnole
servée à la
occupée 7 on l'eût conFrance; et on eût été à méme
d'attendre les circonstances favorables
couvrer ce qu'on avait perdu,
pour rela belle partie
pour reconquérir
française, dont les richesses
furent livrées, abandonnées aux nègres.
Cette opinion n'est point le rêve d'une imagination ardente, jugeant après les
la chose était
événemens;
faisable, et on en eut bientôt la
preuve, , puisqu'un général français
prit avec 600 hommes,
2 qui l'entre2 exécuta
son
heureusement
projet; par suite l'occupa pendant six
s'y créa des ressources et forma
ans,
respectable.
une garnison --- Page 130 ---
(112 )
atteindre ce but, il fallait Pamour
Mais , pour
de nos généraux ne se
de la gloire, et la plupart
fortune
de conserver la
qu'ils
préoccupaient que
avaient amassée à Saint-Domingue.
tous les généraux de l'armée
Plût à Dieu que
dire comme le général Quentin
eussent pu
la France (avant les derniers
lorsqu'il partit pour
qui portait ses
événemens du Cap), au grenadier
le
1 dis à la garnison que
bagages : C Grenadier
Quentin est débarqué à Saint-Domingue
général
et
s'en retourne avec un
avec trois malles 1 qu'il
se
> 11 savait ce qui
simple porte-manteaul fierté voulait que l'armée
passail; et sa noble
simples paroles
comprit qu'il était resté pur"Ces
soldat étaient la critique sanglante
adressées au
d'armes.
de la conduite de ses frères
si braves, ont-ils pu
Comnent ces généraux S,
lor
la richesse à la gloire? Est-ce que
préférer
de corrompre même les plus
possèderail la vertu
appartenait
nobles cocurs? A enx seuls, pourtant, débris de
le chef à sauver les
de contraindre ont-ils reculé devant ce devoir?
Tarmée:pourquoi
sur
influèrent si malheureusenient
Quelles causes
leurs résolutions.
de leurs richesses P
Elait-ce la conservation
facilement sauMais ils les eussent bien plus
vées.
de Jeur
Ce n'était pourtant pas la conservation
de corrompre même les plus
possèderail la vertu
appartenait
nobles cocurs? A enx seuls, pourtant, débris de
le chef à sauver les
de contraindre ont-ils reculé devant ce devoir?
Tarmée:pourquoi
sur
influèrent si malheureusenient
Quelles causes
leurs résolutions.
de leurs richesses P
Elait-ce la conservation
facilement sauMais ils les eussent bien plus
vées.
de Jeur
Ce n'était pourtant pas la conservation --- Page 131 ---
(113)
vie; car des militaires braves, ils
fout point de ces làches calculs. l'étaient, ne
quel autre motif
Et , pourtant,
duite?
peut être assigné à leur conDémoralisés par l'aspect de tant de victines,
chaque jour moissonnées par la fièvre
onl pu craindre que le fléau
jaune, ils
à leur tour: dans
ne vint les atteindre
d'autre
cette panique, ils n'ont trouvé
ressource que de se jeter dans
des Anglais, oubliant
les bras
que la victoire leur
encore facile.
était
Ferrand, d'honorable mémoire, seul ne désespéra pas de la fortune, et, méprisant l'ordre
lui enjoignait de capituler, à
qui
lègues, il
l'exemple de ses colentreprit, et exécuta, avec une poignée
d'hommes, , le projet le plus audacieux : rester seul
dans l'ile! C'est surtout dans les
cisives que doit éclater,
circonstances dérésolution
rayonner le génie, et la
qu'il prit sur-le-champ lui fut
gérée par T'honneur et le courage,
sugla patrie. Seul il
parl'amour de
apprécia sa position : brave, déterminé, il se confia à sa fortune; et son
le rendit maître de la
succès
partie espagnole.
tint
pendant six années; ; plus tard,
Is'y
des circonstances
malheureusement,
imprévues vinrent annibiler ses
succès, et sa mort fut le signal de l'évacuation
ture et entière de toute la colonie
fuCe
par les Français.
général commandait à
Monte-Christo, lors8
our de
apprécia sa position : brave, déterminé, il se confia à sa fortune; et son
le rendit maître de la
succès
partie espagnole.
tint
pendant six années; ; plus tard,
Is'y
des circonstances
malheureusement,
imprévues vinrent annibiler ses
succès, et sa mort fut le signal de l'évacuation
ture et entière de toute la colonie
fuCe
par les Français.
général commandait à
Monte-Christo, lors8 --- Page 132 ---
(114) )
comme ses autres collègues ) l'ordre
qu'il reçut 7
les Anglais, et de leur livrer sa
de capituler avec
plutôt mourir de
s'écria-t-il,
garnison. ( Jamais,
! > Et,
misère dans l'ile;l la terre est là, partons
rassemblant sa troupe, il quitta Monte-Christo,
le 12 décembre 1803.
1766,
né le 13 décembre
Etat
Ferrand (Jean-Louis), service dans Royal-Daudes services dans la Comté, entré au
de
phin, le 21 juillet. .
Ferrand.
Congédié en. : -
Rentré de licenciement le 13 sept"r..
Chef d'escadron au 24° régiment de
cavalerie le 17 février. .
Général de brigade le 9 avril. .
Lieutenant général le 5 octobre. : . 1808, 2
année de sa mort.
dix-neufans et demi,
Il était entré au service à
offisimple cavalier; devenu
et resta long-temps
;ets'il n'acquit pas
eier,iltravailla chez le trésorier;
talents militaires, du moins ily puisa
là de grands
administratives, qui furent la
des connaissances
le reste de sa carrière.
règle de sa conduite pendant
hors des rangs
La révolution l'avait trouvé
il marcha ensuite, comme ses condans lesquels
temporains, 2 à pas de géant.
été
Monte-Christo, Ferrand avait
Marche sur
En quittant
à
S"-Domingo.
San-Yago-de-losétablir son quartier-général les terres. Ce fut de cetle
Cavalleros, situé dans --- Page 133 ---
(115
ville qu'il partit pour se rendre directement
Sauto-Domingo, Soixante-dix
à
raient de cette
lieues le sépaville; il mit dix-huit jours à les
franchir, n'ayant donné,
route,
pendant cette longue
que quatre jours seulement de
à ses soldats. Il traversa la
repos
Vega-Genia,
Sevico, San-Juan, Los-Ovillos,
El-Cotui,
Philippe et le
San-Joseph, San-.
aucunement Muebo-de-Sandomon, sans être
inquiété.
Cependant, c'était s'aventurer
quer le tout
beaucoup et rispour un avenir bien précaire. A
Santo-Domingo était le général
il pouvait avoir
Kerverseau, mais
capitulé, Quelle ett alors été la
position de Ferrand au moment de son arrivée?
Dans cette crainte, il
fois, Ja fortune le
précipita sa marche. Cette
servit; une garnison française
occupait encore la place.
Par force ou par adresse, il lui fallait Santo-Domingo; ce fut ce dernier moyen qu'il
Pendant la route, il avait
employa.
jeune Français,
auprès de lui un
M. Lacroix, âgé de
ans, et qui, depuis neuf
vingt-cinq
ans, habitait la partie
espagnole, chez un négociant appelé Lasalle. Ce
jeune homme parlait la langue avec une facilité
qui le faisait passer pour Espagnol ; Ferrand
à profit cette circonstance,
mit
et, arrivé sur la
llite-de-l'Ozama, à huit lieues de la
il
à Lacroix confidence de
place, fit
son projet; il prit, en
M. Lacroix, âgé de
ans, et qui, depuis neuf
vingt-cinq
ans, habitait la partie
espagnole, chez un négociant appelé Lasalle. Ce
jeune homme parlait la langue avec une facilité
qui le faisait passer pour Espagnol ; Ferrand
à profit cette circonstance,
mit
et, arrivé sur la
llite-de-l'Ozama, à huit lieues de la
il
à Lacroix confidence de
place, fit
son projet; il prit, en --- Page 134 ---
116) )
auprès de ce jeune homme, des renseigneoutre,
du grade du général Kermens sur l'ancienneté
lui la belle-mère,
verseau, dont il amenait avec
son gendre.
Mme, de Mirdonday, quiallitrejoindres intime de
Lorsqu'il eut appris 2 par Lacroix,
du
la maison du général, que la nomination il
de celui-ci était postérieure à la sienne,
grade
de diffis'écria : ( Ainsi, 1 1 la chose ne souffrira pas
vais
culté; car il faut que vous sachiez que je
de la place, mais
m'emparer du commandement
gardez cela pour vous. >
à
Toutefois, le général Ferrand avait envoyé
l'avance, depuis quatre jours 2 son aide-deles voies auprès
camp, M. Bruce, pour préparer
habitans de
de la garnison et auprès de quelques
Bruce
connu dans ses voyages.
la ville, qu'ilavait
et
à s'endevait prendre langue : il le fit, parvint
la
officiers supérieurs de
tendre avec plusieurs
de sorte qu'à l'arrivée de son général,
garnison,
tout disposé et put compter sur
celui-ci trouva
le succès.
de bonne heure dans la ville
Lacroix, arrivé
chez le géel bien avant la troupe, se présenta l'arrivée de
lui annoncer
néral Kerverseau, pour rendit chez le colonel
de là, il se
sa belle-mère;
de la place; mais ces viValdoni, commandant
et ami. La
sites furent faites comme voyageur évacuations
conversation roula sur les diverses --- Page 135 ---
(117)
de la colonie par les Français.
Pendant
là, un adjudant
qu'il était
général et deux
lun, Miguel Ferrier,
colonels, dont
commandait
présentèrent. Ils
T'artillerie, se
de ce jeune
parurent surpris de la présence
homme, et allaient se retirer, lorsque Valdoni les retint, en leur
ami de la maison,
disant: ( C'est un
devant lui.
vous pouvez bardiment
)
parler
Lacroix connut alors ce que chacun de
chefs pensait. Mais
ces
quelle ne fut pas sa
lorsqu'il vit qu'ils connaissaient
surprise
Ferrand. Leur
la marche de
projet était de l'arréter à son arrivée, et de
officiers l'embarquer pour la France. avec les
de la garnison gagnés
et tous les autres
par Bruce, si lui
ordres du
ne se rangeaient pas sous les
général Kerversean.
Effrayéàj juste titre, Lacroix,
si ce projet réussissait, il
entrevoyant que,
du général
pouvait passer, auprès
Ferrand, pour un
livré son
traitre, qui avait
secret, demanda de suite un
pour Porto-Ricco, oû, dit-il, des affaires passeport
tantes nécessitaient sa
imporDe son côté, le général présence.
naissait toute l'influence Kerverseau, qui conde Lacroix sur les habitans, voulut le retenir, et lui fit part du
d'arrestation du
projet
sista
général; mais Lacroix n'en perque plus ardemment à vouloir partir,
gardant le double secret
lui
et, 2
qui
avait élé con-
Porto-Ricco, oû, dit-il, des affaires passeport
tantes nécessitaient sa
imporDe son côté, le général présence.
naissait toute l'influence Kerverseau, qui conde Lacroix sur les habitans, voulut le retenir, et lui fit part du
d'arrestation du
projet
sista
général; mais Lacroix n'en perque plus ardemment à vouloir partir,
gardant le double secret
lui
et, 2
qui
avait élé con- --- Page 136 ---
118)
Santo-Domingo, oùt il ne pouvait
fié, il quitta
de
servir l'un sans passer pour traitre aux yeux
l'autre. Ferrand arriva à son tour. II entra dans
Enfin,
ses six cents hommes, et, comme
la place avec
aussi bien escorté, il
on n'arrête pas un homme
s'en fut tout droit chez le général.
reçu , il lui dit:
Ayant été immédiatement
les
n'avaient pas de na-
( Que, comme
Anglais
d'un autre
vires devant Monte-Christo, et que,
des nègres, il avail
côté, il se trouvait trop près
traverser l'ile et venir le joindre, pour
préféré
même
) II ajouta : ( Qu'il
capituler en
temps. Pintention du gépensait bien que telle était
ordres du
néral, qui, en cela, obéissait aux
général en chef >
attendait le
A cela, Kerverseau répondit qu'il
bâtiment ennemi pour capituler 7 et
premier
ensemble. ( A demain
qu'alors ils partiraient
tous deux
donc, ajouta-t-il; nous combinerons
affaire. Reposez- vous; j'ai
cette importante
donné des ordres pour que votre troupe reçoive
tous les secours et tous les soins possibles. >
lls jounient tous les deux au plus fin.
Cependant, vingt - quatre heures au moins
étaient nécessaires à l'un comme à l'autre pour
facidresser leurs batteries : on ne s'empare pas
dévouée,
lement d'un général qui a une troupe --- Page 137 ---
(119)
el chacen avait ici la sienne. Il
rien brusquer.
ne fallait donc
On voulait gagner celle de
en conséquence. Les
Ferrand, et on agit
troupes fraternisèrent.
avait, toutefois, cette différence
Ily
que celles de
entre elles, c'est
Santo-Domingo, depuis leur débarquement, n'avaient reçu ni linge, ni
ni solde, tandis que celles de
chaussures,
Monte-Christo et de
Suligrdele-caaliena ne
rien. Bien habillées, bien
manquaient de
leur général,
soignées, elles aimaient
qu'elles appelaient leur
tels soldats n'étaient
pére. De
Kerverseau
pas faciles à séduire, aussi
échoua dans toutes ses
bien plus, ses propres
tentatives;
la
soldats, las de supporter
misère, se tournèrent contre lui.
Avant la nuit, Ferrand était maitre de la
nison; c'était avoir Santo - Domingo.
gartelles
Dans de
circonstances, la célérité est tout; il le savait, aussi ne perdit-il pas un instant, et au
du jour, pendant que tout était calme point
suivi d'une compagnie de
encore,
chez le général
grenadiers, il se rendit
Kerverseau.
M. Lacroix ne lui avait pas révélé le
de son collègue. Cependant,
dessein Ferrand
lait le commandement,
Ferrand, qui vou- s'empare du
pouvait craindre
commandemalgré ses intentions de la veille,
que,
ment,
vonlit garder le
Kerverseau ne
militairement pouvoir; c'est pourquoi il entra
chez celui-ci, et lui déclara sans
'une compagnie de
encore,
chez le général
grenadiers, il se rendit
Kerverseau.
M. Lacroix ne lui avait pas révélé le
de son collègue. Cependant,
dessein Ferrand
lait le commandement,
Ferrand, qui vou- s'empare du
pouvait craindre
commandemalgré ses intentions de la veille,
que,
ment,
vonlit garder le
Kerverseau ne
militairement pouvoir; c'est pourquoi il entra
chez celui-ci, et lui déclara sans --- Page 138 ---
120 )
à ses risques et pépréambule: ( Qu'il prenait
et
de Santo-Domingo,
rils le commandement
lui,
comme un seul chef était nécessaire,
que,
devait partir pour la France. >>
Kerverseau,
Qu'on juge de la surprise du général, qui se
devancé de vitesse. Il dut subir la loi du
trouvait
le colonel Valvainqueur. Dans ces entrefaites,
doni survint, annonçant que toute la garnison
s'était prononcée pour le général Ferrand.
Alors Kerverseau tenta de faire valoir son titre
de la ville, depuis l'arrivée de
de commandant
( Je resterai
l'armée française à Saint-Domingue.
dit-il. > Ce n'était pas là le compte
) dans la place,
hâta-t-il de répliquer :
de Ferrand ; aussi se
c'était
vous vouliez capituler;
( Hier, général,
satisfait; capitulez :
) donc un leurre P... Soyez
le comQuant à moi, 2 je prends
) seul, partez.
conserver à la France
) mandement, etj'entends
je lui
dans l'ile de Saint-Domingue;
D un pied
Rendez
> garderai sa belle partie espagnole.
que le pre-
> compte de ma conduite ; j'attendrai
consul décide qui de nous deux a le plus
> mier
et de la patrie >
)) l'amour de la gloire
effectivement
Ce coup d'autorité demandait
Ferrand
Tapprobation des chefs de la France;
l'attendit.
de
qui avait accomLa compagnie grenadiers,
pagné Ferrand chez le général Kerverseau, con- --- Page 139 ---
121) )
duisit celui-ci à bord d'un navire marchand
qui
partait pour l'Europe; mais il s'arrêta quelque
temps à Mayaguez.
Ferrand, maitre de la place 1 avisa à toutes
les mesures nécessaires pour assurer son
Dispositions d'établisd'état : d'abord, une fusion de la garnison avec coup- ses
sement.
propres soldats; ensuite, il en appela à tous
ceux qui avaient fait partie de l'armée, à quelque
titre que ce fat : Français, colons, marchands,
réfugiés dans les colonies voisines Des proclamations furent envoyées de tous côtés, et tous
ceux qui répondirent à l'appel du général furent
bien reçus.
Lacroix apprit à Mayaguez le changement qui
s'était opéré; il revint alors à Santo-Domingo.
Son explication fut courte et simple; loin de
blâmer sa conduite, le général lui donna des
louanges, et il fut de suite employé dans l'administration.
La garnison de Santo-1 Domingo
était forte de.
400 hom.
Celleamenée parle généralFerrand
comptait :
Le nombre de ceux qui s'étaient
rendus à l'appel du général était de. 300
Auxquels il faut joindre la garde
civique espagnole de
Ferrand pouvait donc disposer de 1,800 hom.
fut courte et simple; loin de
blâmer sa conduite, le général lui donna des
louanges, et il fut de suite employé dans l'administration.
La garnison de Santo-1 Domingo
était forte de.
400 hom.
Celleamenée parle généralFerrand
comptait :
Le nombre de ceux qui s'étaient
rendus à l'appel du général était de. 300
Auxquels il faut joindre la garde
civique espagnole de
Ferrand pouvait donc disposer de 1,800 hom. --- Page 140 ---
122 )
forces étaient suffisantes pour défendre
Ces
Cette place est peu fortifiée par
Santo-Domingo. avait rien à craindre de ce côté,
terre; mais iln'y
seul
que les
et sur le front de la mer 1
point
état
attaquer, elle était dans un
Anglais pussent
respectable de défense.
devant le port ;
Les Anglais ne parurent point
sans doute, pour l'avenir.
ils se réservaient,
dans la partie française s élaient
Les nègres,
des craintes. D'ailtrop éloignés pour inspirer milieu d'eux; unis
leurs, l'anarchie élait au
il s'était agi de combattre, ils se divisèrent
quand
Dessalines avait pris la
lorsqu'il fallut organiser.
place de son ancien chef, Tousaint-Louverture donc à SantoUne sécurité complète existait
bien
Uccupation
Ferrand en profita pour se
pendant 1804. Domingo ;
établir.
de la garnison, la population
L'augmentation
accrue de la population française 1
espagnole demandait des soins; il fallut trouver
tout cela
nourrir et entretenir le soldes ressources pour
avait besoin
dat; F'ancienne garnison, surtout, disséminés dans
de prompts secours : les soldats
à l'appel
les colonies voisines, et qui accouraient
arrivaient couverts de haillons;
de leur général,
il fallait les habiller : dans ces circonstances admitoute sa science de bon
Ferrand déploya
nistrateur. --- Page 141 ---
123 )
Par son activité, l'armée fut vêtue
mais il n'y eut point de solde.
et nourrie,
Par fois la nécessité
réclamer : alors le
forçait les officiers à
général leur
position , dont il avait à
dépeignait sa
premier
rendre compte au
consul, ajoutant qu'il ne
que ce cheflaisserait
pensait pas
l'armée de
sans secours les restes de
Saint-Domingue. (
sieurs, disait-il, et j'espère!.. J'attends, MesEt sil'on insistait
faites comme moi.>
il
: ( Partez, Messieurs,
aussitôt; que rien ne vous arrête. Je ajoutaitofficiers avec mes
ferai des
voici des
sergents. Rentrez en France;
passeports. ) L'attachement
avait voué faisait
qu'on lui
miraculeusement. patienter. 1 et chacun vivait
Il trouva quelque crédit
il fit vendre du bois
parmi les négocians;
d'acajou appartenant soit à
Tadministration, soit à des
fui la ville ou avaient
Espagnols qui avaient
abandonné leurs habitations; sans lever d'impôts, il fit
afin d'attendre des
ressource de tout,
nouvelles de France.
Les Espagnols de la ville et de la
n'avaient aucune appréhension
campagne
leurs nègres, qu'ils
sur le compte de
qu'en
traitaient bien plus en égaux
esclaves; lous étaient donc intéressés à la
prolongation de notre séjour dans la
étions leur
place. Nous
sauve-garde contre l'ennemi
mun, les nègres de la
compartie française, bien
afin d'attendre des
ressource de tout,
nouvelles de France.
Les Espagnols de la ville et de la
n'avaient aucune appréhension
campagne
leurs nègres, qu'ils
sur le compte de
qu'en
traitaient bien plus en égaux
esclaves; lous étaient donc intéressés à la
prolongation de notre séjour dans la
étions leur
place. Nous
sauve-garde contre l'ennemi
mun, les nègres de la
compartie française, bien --- Page 142 ---
(124 )
de la part de ceux-ci fût peu
qu'une attaque
probable.
aidaient de tout leur pouAussi les habitans
de
l'homme qui, seul, avec une poignée
voir
osé rester dans une ile d'ou avait
soldats, avait
disparu une armée entière.
de
Sans nouvelles de France, l'établissement
colonie élait, on le pense bien, très
la petite
on y vivait au jour le
précaire. Sans finances ,
détruire
Le moindre événement pouvait
jour.
l'édifice, à peine sorti de ses fonen un instant
dations.
Ferrand s'était
C'est vers le 1er janvier que
la
ce fut à peu prèsà
emparé de Santo-Domingo;
camême époque que je le ralliai avec quelques
Les choses étaient alors dans l'état que
marades.
je viens de décrire.
l'inL'année s'écoula; mais, avec le temps 2
Point de nouquiétude du général augmentait.
Heureusement, la tranquillité
velles de France!
n'avaient
n'avait point été troublée. Les Anglais
croiseur devant le port, et les nègres
pas un seul
dans leur nouvel
français étaient trop occupés, Dessalines était
empire, pour songer à nous.
empereur!
avaient fait faire à
Cependant, 2 les Français
habitaTagriculture des progrès immenses : des
avaient élé créées jusqu'à dix
tions nombreuses --- Page 143 ---
C 125 )
lieues du rayon de
de bois d'acajou, de Santo-Domingo; les coupes
devenues
gaiac et de campêche élaient
avait
plus productives ; et, sauf
tout le nécessaire de la vie. Les l'argent, on
plus paresseux encore dans les
Espagnols,
Europe, admiraient cette
colonies qu'en
heureuse
sans être tentés de l'imiter.
activité, mais
Les neutres
(Voir la Note no 3).
rines; mais américains apportaient bien des faon ne pouvait les payer, faute
et ils remportaient leur
d'argent,
nisères ne découragérent marchandise. Toutes ces
en chef: toujours fidèle à pourtant pas le général
Mais
son projet, il attendit.
ce que l'on avait craint
qu'on regardait
d'abord, et
pourtant comme bien
ce que les Espagnols redoutaient
éloigné;
gré une année de calme,
toujours, malnègres français
c'était la venue des
habitans
dans la partie espagnole. Les
des frontières et nos détachemens
parcouraient le pays, en parlaient
qui
nègres leur en faisaient,
souvent; les
notre sécurité
chaque jour, la menace :
troublée.
devait donc encore une fois être
Tout-à-coup, le 5 février 1805, nous
refluer sur la ville des
vimes
Espagnols amenant leurs
femmes, leurs enfans, leurs bestiaux; ; ils
devant l'armée
fuyaient
la frontière. nègre, qui se disposait à passer
On les traita de
pourtant ils avaient dit vrai. pusillanimes, et
souvent; les
notre sécurité
chaque jour, la menace :
troublée.
devait donc encore une fois être
Tout-à-coup, le 5 février 1805, nous
refluer sur la ville des
vimes
Espagnols amenant leurs
femmes, leurs enfans, leurs bestiaux; ; ils
devant l'armée
fuyaient
la frontière. nègre, qui se disposait à passer
On les traita de
pourtant ils avaient dit vrai. pusillanimes, et --- Page 144 ---
(126 )
Dessalines, ce nègre africain, qui
Marche
Le féroce
les cicatrices coquettes de
de Dessalines portait sur ses joues
n'avait jamais
sur
de sa tribu; ce nègre qui
sw-Domingo. son pays,
blancs, et à qui un seul signe suffait gràce aux
soldats
les
fisait pour être compris par ses
pour
commandait l'armée, et avait
envoyer à la mort, chef de bataillon du génie 2
pour second Pétion, écoles, et venu avec l'armulâtre élevé dans nos
mée à Saint-Domingue.-
marchait à la conquête de la partie espaIl
la capitale, afin d'égnole, et voulait prendre
disait-il,
dernier blanc. Il fallait,
gorger jusqu'au
purger Haiti.
sans artillerie 2
Cette armée, sans bagages,
bien
était assez légère pour arriver promptement, distance de
qu'elle eût à franchir à-peu-près une
il
lieues. Du Cap-Français,
y
cent cinquante
cette ville était le point de
avait cent lieues, et
ralliement des forces de l'expédition.
Qu'était du reste une semblable distance pour
dont les soldats nus n'avaient qu'un
cette armée,
lame emmanchée de
fusil, une manchette (
biscuits? Une
corne), des cartouches et quelques
et de
promenade, que l'espoir du pillage
simple
courte (4). Rien
l'assassinat rendait encore plus
Toussaint, dans un de ses rapports * disait : attendre < Dans ma ma
(1) marche, jai élé forcé d'arrèter mon infanterie pour
cavalerie. >
ient qu'un
cette armée,
lame emmanchée de
fusil, une manchette (
biscuits? Une
corne), des cartouches et quelques
et de
promenade, que l'espoir du pillage
simple
courte (4). Rien
l'assassinat rendait encore plus
Toussaint, dans un de ses rapports * disait : attendre < Dans ma ma
(1) marche, jai élé forcé d'arrèter mon infanterie pour
cavalerie. > --- Page 145 ---
donc ne s'opposait à la marche de
de ce nègre qui vit de rien,
notre ennemi,
et jouit de toute
dort quand il veut,
lant
sa force dans un climat briqui énerve toutes les autres
un élément de
races. C'était
semblable,
guerre parfait pour ce chef tout
animé de rage contre les
qui savait que cette armée,
blancs, et
d'un mot,
qu'il faisait mouvoir
partageait son désir de
Cependant,
vengeance.
malgré ces nouvelles
les fuyards, nos détachemens
apportées par
tières ne rentraient
envoyés aux fronéminent. Il
pas, et le danger parut moins
existait,
néanmoins, et tout nous
présageait un avenir affreux.
Santo-Domingo, réputé place forte, est tout
simplement une ville enceinte d'une
Place de
sans fossés, escarpe ni
muraille, Sw-Domingo,
mise de pierres n'a
contre-escarpe. Cette chedans de
pas quinze pieds de hauteur;
certaines parties, elle est
sept bastions, établis
flanquée de
peut juger
sur d'anciennes tours. On
que ce système, sur les fronts de
terre, n'offre pas une grande défense.
nable lors de la
Conveconquête des
n'était plus suffisante
Espagnols, elle
pour notre époque.
Un coteau, celuideSan-Carlos,
un front de
plonge sur tout
terre, et sa prolongation arrive à
lOzama, rivière
également
longeant un second front, qui est
dominé par. la rive gauche de
et reçoit toute sa plongée,
la rivière,
même dans T'arsenal, --- Page 146 ---
128 )
tour de vigie commençant
appuyé à une graude
seul, est bien forle front de mer. Ce dernier,
batteries établies sur des
tifié par de bonnes
rochers à pic.
celui de la porte d'ElLe quatrième front est
avant de
Conde, balayant une grande savane en
lui.
fronts du côté de terre,
Santo-Domingo a deux
l'Ozama, et le quatrième sur la mer ;
un sur
celles de la Marine, sur l'Ozama,
Deux portes,
celle d'EI-Conde, sur la
allant à l'embarcadère, et
bifurgrande savane et la grande route d'Azua,
à
village, bourg, placé
quant sur San-Carlos,
cheval sur la route de Sainclagodelo-olal
leros.
de
L'arsenal était armé de dix-huit pièces
canon de 24, en bronze.
demi-lune
La porte d'El-Conde a, seule, une
basfossés, et se trouve flanquée par deux
avec
tions.
irrégulier dans
Tel était le parallélogramme
lequel notre sort devait se décider!
nènouvelle de la marche des
A la première
contenaient à peine pour
gres, les magasins
Ferrand, faute
vingt jours de vivres. Le général
de finances, , ne pouvait faire de grands approvid'ailleurs, une année de sécuritél lui
sionnemens; ;
longue duréed'ocavait donné l'espoir d'une plus
avec
tions.
irrégulier dans
Tel était le parallélogramme
lequel notre sort devait se décider!
nènouvelle de la marche des
A la première
contenaient à peine pour
gres, les magasins
Ferrand, faute
vingt jours de vivres. Le général
de finances, , ne pouvait faire de grands approvid'ailleurs, une année de sécuritél lui
sionnemens; ;
longue duréed'ocavait donné l'espoir d'une plus --- Page 147 ---
1 129 )
cupation, dont les nouvelles de
tiemment
France, si inpaattendues, devaient compléter
nisation, en ouvrant des crédits
l'orgacuré l'argent nécessaire.
qui eussent proDans ces circonstances
velle de l'invasion
7 le général 7 à la nouprochaine de la partie
gnole, dut s'occuper beaucoup
espaà opposer à l'ennemi
plus de la défense
, que des moyens de subsistances, 7 impossibles à se
manque des finances.,
procurer. , tant par le
qu'à cause de l'énorme
distance où il eut fallu aller les
n'avions
chercher; et nous
qu'une seule goélette de l'état,
mandée parM. Brouard,
7 comcapitaine de frégate.
Quelques bricks du commerce
bois dans la rivière; voilà à chargeaient des
quoi se bornaient
toules nos ressources maritimes.
Néanmoins, on se mit activement au travail de
défense. Des abattis furent faits
les abords de la
1 pour découvrir
fossés
place; et pour remplacer les
qui manquaient, el que l'on n'aurait
le temps de faire 7 on
pas eu
raille
planta au pied de la mud'enceinte huit ou dix mètres de
Cette
pingouins.
plante, 2 espèce d'aloès 1 a des feuilles
raides et longues de trois à quatre
de crochets en forme
pieds 2 armées
d'hameçon, et se terminant
par une épine noire, de deux
de
gueur, et aussi dure que le fer. pouces
lonC'était une excellente
défense; car ces plantes,
--- Page 148 ---
(130 )
rendaient les abords de la place
reprenant racine,
bien
obstacle
difficiles; mais > c'était un
léger
accoutumés à parcourir, sans
pour des nègres,
cesse, tous les bois.
la
de billes d'acajou , on exhaussa
Au moyen
remplies de terre,
muraille. Avec des barriques
à des bois
de bons gabions, qui, joints
on forma
la facilité de ménager de
équarris, donnaient
longues meurtrières pour la fusillade.
Les vieilles tours rasées devinrent des bastions;
de pièces de
on les arma avec une quinzaine
dont on
canon et trois morliers, 1 seule artillerie
de
disposer, sans nuire à l'armement
pouvait
l'arsenal.
arrivèrent dans la
Les premiers espagnols qui
furent armés avec des fusils; ceux qui
place
seulement des piques.
vinrent ensuite reçurent
On en forma une compagnie.
Une garnison bien acclimatée 1 parfaitement
commandée par des officiers cadisciplinée :,
même
pables, braves et préts à tous les sacrifices,
à donner leur vie; tels étaient les élémens de
défense de la place 7 qui comptait 2,000 soldats
une
de 6, 000 âmes.
et, en outre,
population
et l'on attendit
Chacun eut son poste assigné;
la rentrée de nos détachemens qui se reployaient
devant T'avant-garde de Dessalines.
Aussitôt qu'ils furent rentrés, le service du
,
même
pables, braves et préts à tous les sacrifices,
à donner leur vie; tels étaient les élémens de
défense de la place 7 qui comptait 2,000 soldats
une
de 6, 000 âmes.
et, en outre,
population
et l'on attendit
Chacun eut son poste assigné;
la rentrée de nos détachemens qui se reployaient
devant T'avant-garde de Dessalines.
Aussitôt qu'ils furent rentrés, le service du --- Page 149 ---
131 )
dans leur marche
blocus commença : nos soldats,
de besde retraite , avaient réuni un troupeau
tiaux qui nous fut d'un grand secours
colonel nommé Aussenac, qui était à la tête
Uu
avait cédé pas à pas 1 mais
de ces détachemens ,
qu'il
avec Pennemi,
sans aucun engagement
quitta à portée de canon de la place.
et Blocus de Sto.
cerné la place;
Dessalines eut promptement
Domingo,le
heures
son arrivée, il traversa l'Ozama, 15 ventose
six
après
à dominer la rivière an XIII (8
dans ses hauts, de manière
em- mars 1805).
s'en rendre maitre jusqu'à son
et à pouvoir
d'un blocus dont il ne
bouchure. En présence
français, de
pouvait prévoir la durée 2 le général
à bord des navires marson côté, fit embarquer
toutes les
chands qui se trouvaient dans le port,
bouches inutiles : vieillards, 2 femmes et enfans,
nuire à la défense de la
qui ne pouvaient que
voile.
place. Ils mirent aussitôt à la
aller
La goëlette de l'état partit également pour
farines. Il ne restait donc plus
chercher quelques
seule
la rivière ni un canot, ni une
planche,
sur
de fuir. Il fallait vaincre ou
pour nous permettre
Telle avait été la,
mourir à Santo - Domingo.
pensée du général. de fusil, tirés par lennemi,
Les premiers coups
l'on
furent dirigés contre les malheureux que
la ville. Tous couvraient alors le
forçaità quitter
leurs adieux 2 qui à
pont des navires 7 envoyant
plus
chercher quelques
seule
la rivière ni un canot, ni une
planche,
sur
de fuir. Il fallait vaincre ou
pour nous permettre
Telle avait été la,
mourir à Santo - Domingo.
pensée du général. de fusil, tirés par lennemi,
Les premiers coups
l'on
furent dirigés contre les malheureux que
la ville. Tous couvraient alors le
forçaità quitter
leurs adieux 2 qui à
pont des navires 7 envoyant --- Page 150 ---
132 )
un fils qu'ils ne
un père, qui à un époux 1 quià
devaient, hélas ! jamais revoir. Ce douloureux
instant; une brise faspectacle ne dura qu'un
déroba
vorable éloigna bientôt les navires, et les
à notre vue attristée.
faire le siége de la place:
L'ennemi ne pouvait
d'artillerie; la distance et le mauil n'avait point
ne lui
vais état des routes de la partie espagnole
d'en faire venir; il se borna
eussent pas permis
il se
donc à bloquer la place, et en quelques jours
pardes ouvrages. Pétion, officier mulâtre,
protégea
une bonne instruction acquise
et qui possédait
comme chef
dans nos écoles, dirigeait ces travaux
de bataillon du génie militaire.
dans
il
Après avoir reconnu la place, 7
laquelle a
lui était facile de plonger, il plaça des rembardes,
de manière à enfiler toutes les
redans en gabions,
leurs
à angle droit. Les maisons, avec
rues percées
donnent à la ville un aspect
toits en terrasses 7
agréable; mais, si l'on pénètre dans Pintérieur,
de ia vue des grossières murailles
on est choqué
maisons l'air de
de tapia (1), qui donnent aux
soutenus dans de certains
cubes juxta-posés
endroits
des trottoirs élevés de deux pieds
par
d'égoûts, cette
au moins. La ville n'ayant pas
devient très utile lors des pluies tordisposition
(1) Mortier foulé dans des encaissemens, 1 que l'on retire à mesure
de la partic de mur confectionnée. --- Page 151 ---
133 )
rentielles, l'eau trouvant, par ce
facile pour se rendre à la rivière. moyen, un cours
Cette enfilade de rues se fit avec
science, qu'il fallait suivre
une telle
du rempart, si l'on
intérieurement le pied
ne voulait être atteint de
vingt balles à la fois, parties du côteau de
Carlos.
SanNos pièces de 24 et de 36
ouvrages; mais
jouaient sur ces
lement de
que pouvaient-elles sur un épauquinze pieds, élevé en terre, derrière
lequel les nègres,
saient à
1 parfaitement à couvert, laispeine apercevoir le sommet de leur
tête.
La célérité avec laquelle ces
construits eut lieu de
ouvrages furent
nuit, ils furent
nous étonner; en une seule
debout. Au milieu d'un
silence, deux mille hommes
profond
gabions,
avaient rempli les
en portant chacun un caba de lerre.
ne fut que plus tard
Ce
que nous découvrimes cette
manceuvre, lors de la construction de la
barde de la rive gauche.
remCes ouvrages, ouverts à la gorge, étaient
fossés, mais parfaitement faits;
sans
génie,
nos sapeurs du
eux-mémes, ne les eussent pas mieux exécutés. Le plus remarquable,
lui du général Pétion.
cependant, était cebambous
Les gabions étaient de
refendus,
cinq
présentant un diamètre de
pieds environ; ; des fossés et des abattis,
construction de la
barde de la rive gauche.
remCes ouvrages, ouverts à la gorge, étaient
fossés, mais parfaitement faits;
sans
génie,
nos sapeurs du
eux-mémes, ne les eussent pas mieux exécutés. Le plus remarquable,
lui du général Pétion.
cependant, était cebambous
Les gabions étaient de
refendus,
cinq
présentant un diamètre de
pieds environ; ; des fossés et des abattis, --- Page 152 ---
134 )
couvraient la redoute; car ici
placés en avant,
A la
c'en était une, bien flanquée.
gorge,avait
donnant dans un chemin
été pratiquée une fuite,
lequel on communiquait au camp,
couvert, par
deux redans. Dans le midéfendu lui-même par
devaient
lieu de l'ouvrage, des gabions isolés
des éclats de la bombe. Situé à l'extrédéfendre
et à l'entrée d'une
mité de la grande savane, ,
allée de sabliers, un des plus beaux arlongue
contrées, le camp ennemi barrait la
bres de ces
à trois cents toises du canon
graude route d'Azua,
de la place.
commandant la
Le quartier-général de Pétion,
droite de l'armée haîtienne, était à la poudrière 1
Celui de Dessalines,
près du fort Saint-Jérôme.
route
arrière du bourg de San-Carlos, sur la
en
à
mille toises de
de San-Yago, se trouvait quatre
Vingt-un mille nègres ou mulâtres, sous
la place.
cernaient deux mille hommes,
ces deux généraux,
étaient venus chery compris les Espagnols, qui
cher un réfuge parmi nous.
Le feu de l'ennemi nous alarmait peu; que
balles lancées conpouvaient, en effet, quelques
vivetre nos murailles! Mais ce qui inquiétait
c'était la petite quantité de vivres que nous
ment,
et que nous devions encore partapossédions,
devenus nOS frères!
ger avec les Espagnols,
Pour comble d'infortune, et contre toule at- --- Page 153 ---
135 )
aucun navire ne se présenta, tandis qu'ortente,
huit jours sans
dinairement il ne se passait pas
dans le port. En vain,
qu'il en arrivat quelqu'un
Phorison, et Phochaque jour, on interrogeait
rison chaque jour se présentait vide!
L'ennemi ne faisait aucune attaque; il se conrégulièrenient la place, attententait de bloquer
fusdant paisiblement que toutes nos ressources la
Il voulait pous prendre par
sent épuisées.
famine.
rester
Cependant, des Français ne pouvaient
le canon ne suffisait
inactifs devant un ennemi;
pas, on fit des sorties.
il faut malheureuseDans ces circonstances,
résulsacrifier des hommes pour un léger
ment
les sorties faites
tat : il est bien rare, en effet, que
fasse abanla garnison d'une place bloquée
par
mais ces sorties dondonner le siége, on le sait;
relèvent
soldat le sentiment de sa force,
nent au
às s'abattre, et l'étourson courage abattu ou prêt
misères intédissent, en quelque sorte, sur les
rieures du siége et du blocus.
sortie, Première
Le général Ferrand ordonna donc une Vas- sortie de la
dont il donna le commandement au colouel
place.
elle fut dirigée sur le bourg de Sansimont;
bien retranché derrière ses
Carlos 1 oùt Penneni,
crénelé l'église, tout
rembardes, avait, en outre,
la partie la
de taille. C'était atlaquer
en pierre
ou prêt
misères intédissent, en quelque sorte, sur les
rieures du siége et du blocus.
sortie, Première
Le général Ferrand ordonna donc une Vas- sortie de la
dont il donna le commandement au colouel
place.
elle fut dirigée sur le bourg de Sansimont;
bien retranché derrière ses
Carlos 1 oùt Penneni,
crénelé l'église, tout
rembardes, avait, en outre,
la partie la
de taille. C'était atlaquer
en pierre --- Page 154 ---
136 )
forte de la ligne. Fort heureusement Dessaplus
l'énorme faute de présenter des
line cominit
d'hommes à lextérieur de ses ouvrages,
masses
de monde.
maladresse qui lui fit perdre beaucoup
du bastion de la Conception joua alors
Le canon
avant même que
sur eux et éclaircit leurs rangs
soldats fussent arrivés à portée; mais qu'imnos
noir une centaine d'hommes.
portait au général
lui moins sensible que la
Cette perte était pour
mort d'un des nôtres.
deux heures de combat, après avoir pénétré Après dans le bourg et enlevé la rembarde, la
sortie dut enfin céder au nombre; elle rentra
dans la place. Ce ccmbat nous avait coûté quatrevingts hommes, dont quinze tués.
Le
même de cette sortie, un curé espaLe padre
jour
rentré dans la ville avec
Vives. gnol, El Padre Vives,
ne
jamais, toujours
ses ouailles, 9 qu'il
quittait
occupé à les précher, et les poursuivant de ses
dans les postes, voulut aussi les
sermons jusque
mener au feu.
les
observations du général,
Malgré
justes d'une main, et son étole de
Vives, un crucifix
et les
P'autre, se mit à la tête de ses Espagnols,
conduisit à l'attaque de l'ennemi avec une
était Join de lui
audace et un courage qu'on
Enlevés par son excmple, ses solsoupçonner. battirent vaillanment; ; enfin, bien qu'il
dats se --- Page 155 ---
( 137 )
se fit continuellement
bat, et
exposé pendant le comqu'il se fut constamment lenu à
des siens, il revint sans la
la lêle
mnoindre
Aussi, ses compatriotes lei
égratignure.
saint, et crièrent au miracle. regardèrent comme un
La
disaient-ils, l'avait
Sunta-Figen, 7
préservé de tout
Toutefois, le miracle avait été
danger.
un grand nombredes
pour lui seul, car
de bataille.
siens restèrent sur le champ
Cette sortie contre un ennemi si
nombre lui prouva du moins
supérieur en
loin d'être démoralisés
que nous étions
besoin
par sa présence, et
nous pourrions encore combattre. qu'au
On rentra donc, on se
du temps, qui fuyait,
reposa, espérant tout
hélas!s sans nous
aucun secours. Devant nous se déroulait apporter
loureux et cruel avenir. Dix
un douécoulés depuis le
jours s'étaient déjà
commencement du blocus.
Dessalines, de son côté, ne faisait aucune démonstration; il attendait tout du
Dans cette triste
temps.
position, le caractère
sut encore se faire jour; un accident français
mique, d'ailleurs, vint
assez COgaité.
un instant ranimer sa
Le padre Vives avait, un soir, réuni ses
gnols dans une chapelle
Espaprès de l'ancien
abandonnée et en ruines,
château de
il devait leur faire
Christophe Colomb ;
un long sermon. Il faut avoir
ines, de son côté, ne faisait aucune démonstration; il attendait tout du
Dans cette triste
temps.
position, le caractère
sut encore se faire jour; un accident français
mique, d'ailleurs, vint
assez COgaité.
un instant ranimer sa
Le padre Vives avait, un soir, réuni ses
gnols dans une chapelle
Espaprès de l'ancien
abandonnée et en ruines,
château de
il devait leur faire
Christophe Colomb ;
un long sermon. Il faut avoir --- Page 156 ---
138 )
prêtre pour se faire une idée de
connu le digne de taille, mais actif, bouillant,
Petit
sa persoune.
le rencontrait partout où ses
jeune encore, on
Sa
accompahommes étaient postés.
parole,
les
savait enflammer
gnée de gestes expressifs,
coeurs.
où l'on découvrait à
Monté dans la chaire,
de
buste, il frappait, tantôt à coups
peine son
tantôt à coups de pied sur
main sur la balustrade,
devenait plus
le plancher, suivant que son débit
méthomoins animé. On eût pu croire un
ou
mieux
pauvre hère
diste inspiré, ou
quelque inilieu d'une
possédé du démon. Tout-à-coup,au
magnifique, un horrible craquement
péroraison
l'orateur
On rese fait entendre, et
disparait.
deux
garde de tous côtés, et bientôt on aperçoit
convulsivement sous la chaire.
jambes s'agitant
il était resté accroche
Quant au reste du corps,
vermoulues, qui n'avaient pu
entre les planches
convuljusqu'à la fin les mouvemens
supporter
sifs de l'énergumène prédicateur.
le
tout
Au silence imposant que jusqu'alors
monde avait gardé succéda une hilarité que ne
la saintelé du lieu. Cependant, on
put réprimer
et une fois tiré de sa ridicourut à son secours,
de la
cule position, il se mità cheval sur Tappui
soI discours, comme si rien
chaire, et continua
ne lui fut arrivé. On put remarquer pourtant
la fin les mouvemens
supporter
sifs de l'énergumène prédicateur.
le
tout
Au silence imposant que jusqu'alors
monde avait gardé succéda une hilarité que ne
la saintelé du lieu. Cependant, on
put réprimer
et une fois tiré de sa ridicourut à son secours,
de la
cule position, il se mità cheval sur Tappui
soI discours, comme si rien
chaire, et continua
ne lui fut arrivé. On put remarquer pourtant --- Page 157 ---
139 1 )
qu'il évitait les grands gestes qui avaient
lui faire
failli
éprouver un sort si funeste.
Quoiqu'il en soit, c'était un homme
qui sut soutenir le courage des
excellent,
bons soldats. C'était
siens, et en Gt de
besoin de
beaucoup, car chacun avait
toute son énergie. Du reste, c'élait lui
qui les avait engagés à veniravec
avait ainsi soustraits
nous, et qui les
au couleau des nègres.
Afin de resserrer encore le
tàcher de tuer les
blocus, et pour
canonniers du bastion de
l'Ozama, Dessalines fit
redan de
placer, une nuit, un
gabions à portée de pistolet de ce bastion, qui, armé d'obusiers et de mortiers, faisait
le plus de mal à ses soldats. Ce
boulets ne pouvaient
rédan, que les
abattre, était trop
y lancer des
près pour
bombes; on chargea les
avec des galets 2 et cette pluie de
mortiers
pendant une heure
pierres lancées
força les nègres à
donner.
T'abanLe capitaine d'artillerie
dait la batterie
Loyau, qui commnan-
, ayant aperçu trois nègres
par bravade, s'étaient
qui,
placés sur
saisit une carabine, et les tua. En T'épaulement,
le dernier,
dans
voyant tomber
qui,
sa chute, élait resté
en deux, il s'écria : (C Ah!
ployé
celui-là,je P'ai
comme une concession ! )
ployé
L'ennemi, repoussé, culbuté, n'osa tenter
une nouvelle épreuve. --- Page 158 ---
140 )
s'étaient écoulés, jours de miQninze jours
sère et de privation; ; et pourtant notre position,
facheuse, menaçait de devenir plus
déjà bien
de secours nous était
funeste encore. Tout espoir
enlevé.
trois somDessalines avait fait successivement
et toutes trois élaient restées sans
mations 2
sort nous élait
réponse : on savait trop quel
livrant à sa cruauté. Furieux, )
réservé en nous
de nous faire
il redoubla ses menaces ; et afin
voulait tenter l'assaut, il fit proconnaitre qu'il
mener des échelles dans ses ouvrages.
affreuse situation ! Six jours de vivres
Quelle
Peu de munitions; nos divers
restaient encore.
Et pas un bâticombals les avaient épuisées.
une planche pour se
ment! pas un canot! pas
cannibales'! ! Pas
soustraire à la fureur de ces
même, triste et dernière ressource, un croiseur
anglais pour capituler avec lui!
de
de sauvages avides de
Entouré
nègres 2
la
nous ne devions attendre que
notre sang,
mort!
le général tenta une
Dans cette extrémité,
Deuxième
redoute Pétion.
sortie de la seconde sortie sur la
place.
La réserve, composée de quatre compagnies
forte de deux cents hommes ende grenadiers,
commandés par le colonel Aussenac 2
viron,
la
savane, protégée par le
s'avança dans grande
avec lui!
de
de sauvages avides de
Entouré
nègres 2
la
nous ne devions attendre que
notre sang,
mort!
le général tenta une
Dans cette extrémité,
Deuxième
redoute Pétion.
sortie de la seconde sortie sur la
place.
La réserve, composée de quatre compagnies
forte de deux cents hommes ende grenadiers,
commandés par le colonel Aussenac 2
viron,
la
savane, protégée par le
s'avança dans grande --- Page 159 ---
(161)
canon de la place. Elle était arrivée
portée de fusil de la redoute,
à deminourri l'arrêta
lorsqu'un feu bien
tout-à-coup, et les nôtres
rent pied, sans même avoir tiré
lachèfusil.
un coup de
Aussenac, brave et digne soldat,
cette fuite honteuse, s'écria
indigné de
> sans votre
: ( Lâches ! rentrez
chef; il mourra ici! > Et
son sabre en terre, il se couche
piquant
Cette
auprès.
allocution, cette courageuse
leur commandant
action de
arrétent les soldats
premier moment avait
3 qu'un
de leur
démoralisés; ils rougissent
action, ils se rallient, se forment
colonne. La charge bat Dix minutes
en
redoute était enlevée
après, la
Pétion, culbuté, chassé de son
vers le camp. On bouleversa
ouvrage, fuit
tout; mais les outils
manquaient ponr détruire; et trois jours
l'ouvrage était debout.
après
Aussenac préludait alors à la gloire qu'ila
plus lard en Europe, où sous les
de acquit
pereur il défendit un
yeux
l'emdiers
pont, avec quelques grenaseulement, contre des forces
Ce fut à cette époque
supérieures.
même de
qu'il reçut de la main
Napoléon l'étoile de
figura jamais sur une plus noble Thonneur, qui ne
tant d'autres héros hélas ! poitrine, Comme
sonné! De
la mort l'a moistant de courage, de tant de bravoure, --- Page 160 ---
(142 )
rien rien que le souvenir de son
il ne reste
frère d'arme, de son ami!
Ferrand avait encore une fois atteint son but,
celui de prouver aux ennemis que nous étions
loin d'être abattus; mais l'avantage passager que
rien à notre
nous avions remporté ne changeait
heuNéanmoins, pendant vingt-quatre
position.
la conversation : on oures, il servit à défrayer
oû,
instans que l'heure approchait,
blia quelques
étaient tombés dans cette
comme les braves qui
allions succomber à notre tour.
sortie, nous
perdu
Nous avions dans cette escarmouche
avaient été blessés.
onze hommes, et vingt-cinq
jour du blocus venait
Enfin, le vingt-unième
son cours. La famine régnait parde commencer trouvé dans des souterrains, qui
toul. On avait
autrefois de sépulture aux religieuses
servaient
abandonnées
des farines avariées ,
Clairistes 2
nuire à la santé. Ces
d'abord, comme pouvant
soeurs,
farines, mélées aux ossemens des pauvres
été
Tout avait
servirent à faire un horrible pain.
ânes, chiens, rats; un mordévoré : chevaux,
à fusil,
ceau de lard, gros comme une pierre
fut
5 francs; un perroquet en cage
se vendait
acheté 60 franes!
allait manEt ce pain, que le coeur repoussait,
tour! En
de tant de misères,
quer: à son
présence d'un ceil stupide
le cournge s'abattit. On regardait
été
Tout avait
servirent à faire un horrible pain.
ânes, chiens, rats; un mordévoré : chevaux,
à fusil,
ceau de lard, gros comme une pierre
fut
5 francs; un perroquet en cage
se vendait
acheté 60 franes!
allait manEt ce pain, que le coeur repoussait,
tour! En
de tant de misères,
quer: à son
présence d'un ceil stupide
le cournge s'abattit. On regardait --- Page 161 ---
143 )
les échelles que l'ennemi apprétait
pour
Passaut; on écoutait avec indifférence monterà
ces des nègres, qui criaient de
les menaDemain, blancs
leurs ouvrages :
7 zautes va mourir C demain,
blancs, vous allez mourir )
Dans sa dernière
indiqué,
sommation, 2 Dessalines avait Sommation
par écrit, le supplice réservé à
des chefs: Ferrand devait
chacun
de
être scié entre deux Dessalines.
planches; Anssenac, éventré
Les autres officiers étaient comme un porc.
destinés à
un bicher, et la garnison
périr sur
égorgée.
Ces menaces contre lui inquiétaient
brave général; mais
peu notre
soldats!
combien il souffrait pour ses
Nous ne conntmes que plus tard
quel point allèrent Ses souffrances
jusqu'à
morales.
Une quarteronne, intendante de son
Luce, nous dit que, chaque nuit, le général, intérieur,
livré à ses réflexions, pleurait,
seul,
sur le sort de tant de braves comme un enfant,
suivi sa fortune.
soldats qui avaient
Mais, 7 le jour, il redevenait général
rageant
3 encouchacun, et engageant à se défendre
jusqu'à la mort.
Capituler était chose
impossible avec un
Dessalines: : c'était se livrer au
il fallait
donc défendre
bourrenu;i
sa vie, exténuée par les privations, par la misère, une vie enfin
qui ne tenait
plus qu'à un fil. --- Page 162 ---
(144) )
Le sacrifice en était fait! Qu'est-ce, au surplus,
les militaires? Un rève gloque la vie pour
interrompre !
rieux qu'une balle vient souvent
continuel de la mort nous avait rendus
L'aspect
nous veillions auprès des
indifférens. La nuit,
lejour, nous comptions les nouveaux
cadavres; s'étaient faits dans nos rangs. On se
vides qui
on s'emréjonissait de revoir un camarade,
remerciait Dieu; tant ou s'attendait,
brassait, on
le lendechaque soir - à ne plus se retrouver
main.
con
Il faut avoir vécu loin de sa patrie pour
la force de T'attachement , la fraternité
naitre
du même pays. En France,
qui lie les hommes
l'amitié est un
on ne peut s'en faire une idée;
seul
mot!On y joue le sentiment; mais l'égoisme
règue en souverain. était arrivé! Tout espoir
Notre dernier jour
semblait ravi. Un
de secours des hommes nous
1l eut
miracle seul pouvait nous sauverl.
lieu.
fois
Le soleil se levait pour la vingt-deuxième
nous avions été bloqués par l'armée
depuis que
devait donner l'assaut,on le
noire. L'ennemi
le peu de
savait, el chacun avait rassemblé
vendre chèrement
forces qui lui restaient. 2 pour
le reste de sa vie.
dans les
Tout-à-coup, un cri de joie retentit
l eut
miracle seul pouvait nous sauverl.
lieu.
fois
Le soleil se levait pour la vingt-deuxième
nous avions été bloqués par l'armée
depuis que
devait donner l'assaut,on le
noire. L'ennemi
le peu de
savait, el chacun avait rassemblé
vendre chèrement
forces qui lui restaient. 2 pour
le reste de sa vie.
dans les
Tout-à-coup, un cri de joie retentit --- Page 163 ---
(145 )
voiles à Thorizon!.. Des navires!..
airs : ( Des
Ennemie?-
Des vaisseaux... Une escadre
mais
c'est le
On n'en sait rien;
qu'importe!
salut! c'est la vie >
C'était à en deveuir fou!
Cependant, nos yeux dévoraient l'espace!
Enfin, à l'aide de longues-vues, on aperçut les
flottans au haut des mâts. C'étaient
drapeaux
les couleurs nationales!
Nous fimes des signaux, et un salut de vingtde canon apprit aux vaisseaux que
un coups
des FranSanto-I Domingo était occupé par
çais !
nouvelle, volant de bouche en
Cette heureuse
bouche, fit bientôt le tour des remparts; toute
soldats, hadiscipline fut rompue. Officiers,
bitans, abandonnèrent leurs postes et accoururent au bord de la mer 1 franchissant les
batteries pour voir ces vaisseaux qui nous
apportaient le salut.
A genoux ! oui, à genoux! les bras tendus,
criait : ( Sauvés ! nous
chacun pleurait, appelait,
sommes sauvés! )
C'était un spectacle bien imposant que ces
hommes, ivres de bonheur, riant, pleurant,
renerciant Dieu, à l'aspect de ces vaisseaux
Le
français qui nous redonnaient la vie!
contre-amiral
L'escadre, commandée par le contre-amiral Missiessy
--- Page 164 ---
(146)
de l'ile d'Aix, le 11
Missiessy (1), était partie
les An1805; elle venait de parcourir
janvier
immense aux colotilles, faisant un dommage
Saiutla Dominique, Mont-Ferra,
nies anglaises,
elle avait opéré des
Christophe, dans lesquelles
des contributions.
débarquemens 1 et prélevé
brulé
cette même course, 1 elle avait coulé,
Dans
de bâtimens anglais; elle
une grande quantité
et ensuite redevait aller jusqu'à la Havane,
tourner en France.
Toute la flotte resta sous voiles; l'amiral,
vint à terre : il avoua au général que,
senl,
voir tant de monde sur les rochers,
surpris de
milieu d'une popuils'était cru, un instant, au
eût
d'insensés. Et, en vérité, on
pu
lation
ainsi; envain on avait battu
croire qu'il en élait
restés dégarnis :
la générale, les remparts étaient
monde s'était porté sur' le rivage.
tout le
circonstance
par quelle
( Mais, ajouta-t-il,
vous trouvez-vous ici? >
lui raconta alors comment, avec une
Ferrand
il s'était réfugié à Santopoignée d'hommes,
la famine qui
Domingo : il dit ses souffrances,
Thiers, dans son Histoire du Consulat, , cite la course el na- de
(1) M.
du ravitaillement de la Guadeloupe
vale de Missiessy; il parle sous silence celui de Santo-Domingo.
la Martinique , mais il passe bien d'ètre rapporté. Peut-ètre les docuCe fait pourtant manqué mérilait à ce sujet.
mens lui auront
s'était réfugié à Santopoignée d'hommes,
la famine qui
Domingo : il dit ses souffrances,
Thiers, dans son Histoire du Consulat, , cite la course el na- de
(1) M.
du ravitaillement de la Guadeloupe
vale de Missiessy; il parle sous silence celui de Santo-Domingo.
la Martinique , mais il passe bien d'ètre rapporté. Peut-ètre les docuCe fait pourtant manqué mérilait à ce sujet.
mens lui auront --- Page 165 ---
( 147 )
enfin, il demanda à l'amiral
dévorait ses soldats;
la lutte.
soutenir
des secours pour pouvoir
bientôt on vit Ravitaille- -
L'amiral donna des ordres; et
ment de Swarriver dans des canots, 1 vivres 2 munitions 1 Domingo.
L'abondance reparut toutmédicanens, argent.
affreuse misère. 11
à-coup là oi régnait la plus
de
deux bataillons environ à la garnison
ajouta
prirent toute la
la ville. Ces divers arrangemens
l'escadre nous quitta
journée, et le lendemain
pour continuer sa croisière.
destinée avait tenu à un air de vent.
Notre
l'amiral n'avait aucune mission spéciale
En effet,
au lieu de venir
pour Santo-Domingo , et , si,
de
il
connaissance de la côte sud Vile,
prendre vers le nord, rien ne se fut opposé
eût cinglé
n'eut échappé
à la prise de la ville, et personne
à la fureur des nègres.
Onavaitdi croireentrance que Santo-Domingo
une année s'était écoulée deavait étéabandonné:
de
le rapport du général Ferrand sur sa prise
puis
de l'ancien gouverpossession, et T'embarquement
Kerverseau. L'empereur était occupé de son
neur de descente en Angleterre > et ne pouvait
plan
transplantée
guère songer à une pauvre garnison
abanmilliers de lieues de la France,
à quelques
terre ennemie. L'amidonnée, perdue, sur une
avait promis qu'il rendrait un
ral, en partant,
exact de la position de la garnison.
compte
sur sa prise
puis
de l'ancien gouverpossession, et T'embarquement
Kerverseau. L'empereur était occupé de son
neur de descente en Angleterre > et ne pouvait
plan
transplantée
guère songer à une pauvre garnison
abanmilliers de lieues de la France,
à quelques
terre ennemie. L'amidonnée, perdue, sur une
avait promis qu'il rendrait un
ral, en partant,
exact de la position de la garnison.
compte --- Page 166 ---
e
(18)
fortune
II - nous sembla alors que la
qui pourétait venue rejaillir sur nous. A
suivait Napoléon
la Jamaique fut très alarmée; un
cette époque,
et notre escadre eût pu
seul vaisseau la' gardait 5
malheureuselui causer de graves dommages;
étaient comptés, et le chef ne
ment ses momens
pouvait rien changer à son itinéraire.
Dessalines avait vu, du haut de ses ouvrages 2
Levée du
nous était
il avait
blocus.
le secours inespéré qui
arrivé;i
compté sur la famine pour nous réduire; il désespéra du succès, et fit en conséquence ses dislever le blocus. Si le chef des
positions pour de l'abandon des remparts, lors
noirs, profitant
eut donné l'asde l'arrivée de la flotte française,
saut, nul doute qu'il n'eût pénétré dans la place;
probablement il ne pensa pas que la discipline
peut-être aussi craiavait été un instant oubliée;
entrées dans la ville, et
gnait-il que ses troupes
éprouvant une défaite, il n'eût pu regagner ses
qui faisaient sa principale force. Le jour
positions
même l'armée noire commençait son mouvement
de retraite.
Ferrand, voulant, devant Famiral, donner une
sortie Troisième de la
du courage de sa garnison, fit courir après
place. preuve l'ennemi; il ordonna une sortie sur son arrièregarde, qui venait de la rive gauche de l'Ozama.
Nous étions si heureux que personne ne calcula
le danger. Cette fois encore les nègres durent re- --- Page 167 ---
149 )
connaitre notre valeur. C'était la vengeance qui
et on leur fit payer cher toutes les
nous animait,
tortures morales qu'ils nous avaient faité éprouver.
Cette sorlie nous coûta encore huit morts et
quinze blessés.
Le même jour, 21 mars 1805, deux frégates, 2
furent s'embosser dans la
détachées de l'escadre,
T'armée
baie d'Azua, près la plage sur laquelle
de défiler. C'était le seul chenègre était obligée
à moins de
min pour regagner le Port-au-Prince,
de hautes falaises de deux à trois cents
gravir
la route du Cap, qu'ils
pieds. Retourner par
Santo-Doavaient parcourue en venant assiéger
fort
était, sinon impossible, 2 du moins
mingo,
elle avait été entièrement dévastée
aventureux; ;
de maraude:
cette armée, qui ne vivait que
par
de biscuit données à chaque
les douze galettes
homme pour toute la campagne étaient épuisées,
motif avait dû contribuer à faire lever le
et ce
n'ayant plus les moyens de noursiége, Dessalines
rir son armée. calculé la marche de ce général ;
On avait bien
Azua. Pendani
il devait traverser Para, Bani et
défilé de ses troupes sur la plage de celle
tout le
françaises tirèrent à
dernière ville, les frégates
de raisin sur ces masses noires acculées
grappes
et en firent un carnage affreux. La
aux falaises, 2
leçon fut sévère, el les Haitiens ne reparurent
ge, Dessalines
rir son armée. calculé la marche de ce général ;
On avait bien
Azua. Pendani
il devait traverser Para, Bani et
défilé de ses troupes sur la plage de celle
tout le
françaises tirèrent à
dernière ville, les frégates
de raisin sur ces masses noires acculées
grappes
et en firent un carnage affreux. La
aux falaises, 2
leçon fut sévère, el les Haitiens ne reparurent --- Page 168 ---
150 )
dès lors qu'aux frontières, 1 où la crainte
plus
les retenait.
de Santo-DoAinsi se termina le siége-blocus
lesmingo. Il avait duré vingt-un jours, pendant
tout ce que la misère a
quels nous éprouvâmes
doute moins meurde plus hideux. Il fut sans
trier
celui de Gènes, le 15 gerninal an VIII,
que
affreux. A Gènes, Masséna, à
mais il fut plus
à Santobout de ressources 1 pouvait capituler;
la capitulation, c'était la mort !
Domingo,
dans une
Cette résistance de vingt-un jours,
à peine fortifiée et contre une masse de
place
tout
que le vrai courage peut
nègres, > prouve
n'est si mince poste, village
surmonter, et qu'il
si faibles
soient, qui ne puissent
ou ville,
qu'ils
échec des forces
si surtout
en
tenir
supéricures,
La fala tactique vient se joindre à la bravoure.
seule
triompher à la fin de l'énergie ;
mine
peut
c'est là aussi presque toujours les moyens que
se rendre maitre d'une
l'ennemi emploie pour
viile assiégée.
étendu sur le
Je me suis peut-étre un peu
soufrécit de ce siége ; mais à celui-là, qui a tant
n'est-il
de rappeler ses souffert,
pas permis
firances? Et tant de courage, tant de bravoure
d'une poignée de Français, isolés sur une terre
étrangère, méritait bien un souvenir!
le général Ferrand de
On accusera pent-ètre --- Page 169 ---
151)
laissé prendre au dépourvu; el pourtaut 1
s'être accusation ne fut moins méritée.
jamais
dont avait joui la garnison penLa tranquillité
de Santodant la première année de loceupation
devait d'abord le rassurer sur l'avenir;
Domingo
où on était de la partie
ensuite, l'éloignement de conduire une armée
française, T'impossibilité
de bois, de hates
dans un pays de montagnes,
bestiaux pour
saiis culture, offrant quelques
lui
raisonnablement
seule ressource, 2 pouvait
faire croire que, sans une grande imprudence,
noire ne viendrait point lattaquer.
l'armée
moins qu'un sauvage, 2 un
Il ne fallait rien
seulement par la féAfricain, un homme guidé
entreprise.
tenter une si périlleuse
rocité, pour il s'en fallut d'un jour que tant
Et pourtant,
de succès.
d'audace ne fut couronnée
FerSi ce n'eût été cette conviction 1 pent-être
la place 3
rand eût-il essayé d'approvisionner
le moment de sa prise
mais que l'on se rappelle
réduit à
sans crédil, sans argent,
de possession,
l'on reconnaitra qu'il ne
vivre au jour le jour, et
dans sa
rien faire. Tout autre général,
pouvait
d'agir comme lui. I1 se déposition, eut été forcé
faire de plus?
fendit vaillamment; que pouvait-il
!
quels hommes que ces nègres
Mais aussi,
mais quelle
C'étaient des sauvages, des barbares;
les
bravoure!Quel courage à supporter
intrépide
sans crédil, sans argent,
de possession,
l'on reconnaitra qu'il ne
vivre au jour le jour, et
dans sa
rien faire. Tout autre général,
pouvait
d'agir comme lui. I1 se déposition, eut été forcé
faire de plus?
fendit vaillamment; que pouvait-il
!
quels hommes que ces nègres
Mais aussi,
mais quelle
C'étaient des sauvages, des barbares;
les
bravoure!Quel courage à supporter
intrépide --- Page 170 ---
152 )
fatigues! On aura peine à le
ces hommes,
croire, et pourtant :
nus, sous un ciel
dans leur marche
embràsé, firent,
sur
seize lieues
Santo-Domingo, jusqu'à
par jour : leur course était si
que, plus d'une fois, ils furent
rapide
halte, pour altendre la
forcés de faire
cavalerie.
Dessalines, arrivé devant la
faire un siége en règle;
place, crut devoir
si, au
avec ses soldats, animés de contraire, il eut, ,
et du pillage, tenté, dès le l'espoir du massacr e
chirles murs, nul doute premier jour, de frann'y fussent
que ses masses compactes
réfléchie parvenues; ; mais il craignait la valeur
des blancs. II attendait
mer, l'artillerie qui lui
d'ailleurs, par
nous sauvèrent.
manquait, et ces retards
Sa retraite dut être bien
sources pour nourrir
pénible, car les ressorbées lors de
son armée avaient été abrir
l'invasion, et il lui fallait
un pays dévasté
parcouRapport du
Le
du
siége.
rapport siége de Dessalines fut
M. Filleul, premier
porté par
aide-de-camp du
premier consul
général, au
Bonaparte, qui venait d'être élu
empereur, sous le nom de Napoléon
ignorions ces
(1). Nous
cette élévation changemens, et nous n'apprimes
d'un soldat à la suprême
puissance
(1) Le 18 mai 1801,
Cloud annoncer au premier Cambacérès, à la téte du sénat, alla à
des Franeaix,
consul qu'il venait d'etre élu empereur Saint-
ier consul
général, au
Bonaparte, qui venait d'être élu
empereur, sous le nom de Napoléon
ignorions ces
(1). Nous
cette élévation changemens, et nous n'apprimes
d'un soldat à la suprême
puissance
(1) Le 18 mai 1801,
Cloud annoncer au premier Cambacérès, à la téte du sénat, alla à
des Franeaix,
consul qu'il venait d'etre élu empereur Saint- --- Page 171 ---
I 153)
que dans le nois de mars
ron après ce
1805, dix mois envigrand acte de la volonté
Napoléon donna son adhésion
populaire.
conduite du général
complète à la
Le
lamment défendu Ferrand, qui avait si vail- gén" Ferrand
le drapeau de la
décoré.
pour lui prouver sa satisfaction,
France; et,
croix de la
il lui envoya la
Légion-d'llonneur, noble
ne s'obtenait alors
insigne qui
que pour de grandes actions!
La joie du général fut
seule récompense
pourtant troublée. Une
pour une armée
lant de braves! C'était bien
qui comptait
croix, à peine
peu. Mais alors, cette
remarquée
faisait pas litière. Cette
aujourd'hui, on n'en
poitrine du dernier
croix, qui s'étale sur la
Durenucrate, ne battait
que sur le coeur des héros.
alors
Aussitôt que l'armée noire eut levé le
habitans des arradimientos
siége, les Réorganisala ville
(bourgs) quittèrent tion et consopour retourner sur leurs
lidation de la
padre Vives partit aussi,
propriétés. Le colonie.
de
ouailles, pour reprendre accompagné
ses
et surtout de sa chaire, possession de son autel
vait la crainte
dont la solidité lui enled'un événement semblable
dont nous avions été les
à celui
côté, les vieillards,
joyeux témoins. De leur
les femmes et les
qu'on avait fait sortir de la ville,
enfins,
abandonnant avec joie
y revinrent, ,
Ferme,
Porto-Ricco et la Côtequi leur avaient, un instant, donné
Phospitalité.
re accompagné
ses
et surtout de sa chaire, possession de son autel
vait la crainte
dont la solidité lui enled'un événement semblable
dont nous avions été les
à celui
côté, les vieillards,
joyeux témoins. De leur
les femmes et les
qu'on avait fait sortir de la ville,
enfins,
abandonnant avec joie
y revinrent, ,
Ferme,
Porto-Ricco et la Côtequi leur avaient, un instant, donné
Phospitalité. --- Page 172 ---
1 134)
blocus si funeste , il fallut quelque
Après un
réorganiser sa garnison.
temps au général pour la
du midi, que
Les deux balaillons de
légion fondus dans le
l'amiral lui avait envoyés, furent
rixes
el dans les 37e et 89€ de ligne. Des
5 léger
nécessitèrent cette meavec les anciens soldats
la plupart, des Piémontais,
sure. C'étaient, pour
querelle. L'asjouant du couteau à la première
à leur faire
sassinat d'un soldat décida le général
déavaient à leur
perdre le titre de légion, qu'ils
barquement.
allait surgir, lorsque le
Un conflit général
tous les maitres
général le devança en appelant
la
d'armes, les prévenant qu'à
preet prévôts
aurait lieu il les ferait fusiller.
mière dispute qui
la
: on but à sa
Une once d'or termina
phrase
santé, et tout fut calme à l'avenir.
Missiessy 1 rentré en France,
Le contre-amiral
avait fait et de la
ayant rendu compte de ce qu'il
situation du général Ferrand, lempereur assura
Santo-Domingo, sur les Etatsun crédit, pour
dès lors, avec ce crédit,
Unis. Le général pouvait,
de toute espèce et une garnison
des provisions
faire face à tout événede 2,000 hommes,
ment.
surviLa colonie française de Saint-Domingae
vait à Santo-Domingo.
j'avais élé placé
Venu à Tappel du général, --- Page 173 ---
155 )
auprès de M. Goguet , inspecteur aux revues, 2
el le siége m'avait fait rentrer dans mon arme,
direction du génie militaire, comme adjoint de
première classe.
L'année 1805 s'écoula au milieu des dispositions nécessaires à la consolidation de l'établissement , et principalement à la conservation
de la partie dite Espagnole. De nouveaux appels
et mênie aux Espagnols, furent
aux Français,
environnantes et à la Côtefaits dans les iles
devait les attirer. Le
Ferme : notre tranquillité
général étendit sa sollicitude partout : une nouvelle population accourut, et mit à profit l'impulsion donnée par une bonne administration ;
des habitations surgirent du milieu des bois, on
défricha partout, on planta, et des récoltes se
préparérent ; des coupes de bois d'acajou 2 de
campêche, de gaiac furent opérées là oùt la paresse
les avait laissés debout. Le commerce intérieur de
la ville reprit de l'activité; deux négocians, BourPasmet armèrent un beau corsaire; le
don,
de l'état, dont le congénéral eut une goëlette
mandement fut confié au capitaine Brouard,
officier de marine; le port fut organisé et fourni
de
MM. Mouilla, Tapoul;
de capitaines, 2 pilotes,
natioadministrative et la garde
une compagnie
milice
nale furent aussi organisées, ainsi qu'une
espagnole, à pied et à cheval.
'activité; deux négocians, BourPasmet armèrent un beau corsaire; le
don,
de l'état, dont le congénéral eut une goëlette
mandement fut confié au capitaine Brouard,
officier de marine; le port fut organisé et fourni
de
MM. Mouilla, Tapoul;
de capitaines, 2 pilotes,
natioadministrative et la garde
une compagnie
milice
nale furent aussi organisées, ainsi qu'une
espagnole, à pied et à cheval. --- Page 174 ---
136 )
Ferrand avait donc conduit et amené son
à bien : posséder un point de départ pour,
projet
toute l'ile de Saintde là, reconquérir un jour
les
dont
par notre occupation $
Domingue 2
déjà, France. C'était une noudeux tiers étaient à la
velle période à parcourir.
dont la marine était fort occupée,
La croisière Les Anglais 1
nous
anglaise. par la crainte de la descente en Angleterre,
avaient laissé tranquilles; ; mais jaloux de nous
cette partie, ne pouvant, quant à ce
voir occuper
sortir, ils firent surveiller
moment, nous en faire
vint
Santo-Domingo : une frégate 2 la Pique,
devant le port. Le capitaine, né d'une
croiser
reconfrançaise, venu un jour en parlementaire,
un ancien camarade de colnut le général pour avait été élevé. De cette
lége en France, où il
reconnaissance naquirent d'excellens rapports;
qui s'ennuyait en mer, venait
l'ami, ennemi,
trouvant société et
souvent en parlementaire 2
des vivres frais; il poussait,
bon souper, prenant
rencontrés à la
dans notre port, des Américains
C'était uu
mer, ayant toute autre destination.
mois, la
échange de bons procédés. Après quelques libre
abandonna sa croisière, et le port fut
Pique
de Saint-Domingue , les
La partie espagnole
donc encore
deux tiers de l'ile, appartenaient
l, heureux, sans tourmens, avec
à la France; belle, si douce sous ce climat.
une nature si --- Page 175 ---
187 )
menions une heureuse vie. La France
nous
comme à une amie éloignée, on
on y pensait
celte terre était nôtre.
ne la désirait pas :
Vivant au milieu d'une population espagnole,
bien que sujette à nos lois, nous devions, d'un
nous conformer en partie à ses
autre côté,
coutumes reliusages, principalement à ses
remplies de momeries parfois bien ridigieuses,
d'une fois, furent cause de
cules , et qui, plus
scènes désagréables, témoin celle-ci :
Chaque jour, n'importe l'heure, on promenait
le Rosario. Trois hommes, 9 laiques 7 portant 1 au
bout de perches de douze pieds, une sorte de
bannière et deux grosses lanternes allumées,
recevaient, dans leur parcours, les génuflexions
de la multitude qui se joignait à quelques suimarmottant des patenôtres; : or, il arriva
vans, s
officier, ayant trop bien diné,
un jour qu'un
à
on chercha
voulut braver la coutume laquelle
à l'astreindre; furieux, il dégaina son sabre, et
chargea le Rosario, qui fut mis en déroutel.
Il
deux mois d'arrêts infligés par le
y gagna
général.
fêtes religieuses, le général Le VendrediLors des grandes
assistaient Saint.
et les autorités civiles et militaires
au service divin : celui du Vendredi-Saint était,
sans contredit, le plus curieux.
ecclésiastique était étalée,
Toute la pompe
à l'astreindre; furieux, il dégaina son sabre, et
chargea le Rosario, qui fut mis en déroutel.
Il
deux mois d'arrêts infligés par le
y gagna
général.
fêtes religieuses, le général Le VendrediLors des grandes
assistaient Saint.
et les autorités civiles et militaires
au service divin : celui du Vendredi-Saint était,
sans contredit, le plus curieux.
ecclésiastique était étalée,
Toute la pompe --- Page 176 ---
158) )
meublant T'église; en arrière du
trois croix du calvaire
maitre-autel, les
tive : elles
terminaient la perspecportaient en effigie et de
naturelle 7 parfaitement modelés,
grandeur
peints, le Christ et les deux
sculptés et
Larrons,
Le silence le plus religieux
temple, la voix seule du
régnait dans le
entendre,
prédicateur se faisait
expliquant la Passion. Une
nombreuse , dont toutes les femmes population
par terre, remplissait
accroupies
couvert de
l'espace; le sexe féminin
mantilles el robes noires,
tendue de méme, le rideau du
l'église
ment noir, donnaient
temple égalegubre. Au milieu de
au tout un aspect luce recueillement
moment où le prédicateur
auditif, au
du
disait: ( lci le voile
temple se déchira > 2 un coup de tam-tan
donnait le signal, et les trois croix étaient
posées aux regards!.
Le
exN. S.J.-C. était
décrucifiement de
ordonné; alors le
tant son organe obligé,
prêtre, quitmandement
prenait celui du com-
: quatre hommes, habillés à la lOmaine, comme ceux de l'époque, obéissaient
l'ordre : ( Apportez les échelles? 2
à
échelles P etc., etc.> en
appliquez les
procédant à
qui représentait le véritable tableau Topération,
cente de Croix.
de la DesCe tablean eut suffi pour les yeux et le
de Francais, mais pour des
coeur
Espagnols, ce n'était
mandement
prenait celui du com-
: quatre hommes, habillés à la lOmaine, comme ceux de l'époque, obéissaient
l'ordre : ( Apportez les échelles? 2
à
échelles P etc., etc.> en
appliquez les
procédant à
qui représentait le véritable tableau Topération,
cente de Croix.
de la DesCe tablean eut suffi pour les yeux et le
de Francais, mais pour des
coeur
Espagnols, ce n'était --- Page 177 ---
139 )
d'émotion : il fallait les paroles du prepas assez
l'action. Il ne se donnait
dicateur accompagnant
ordre
de marteau sans un
précis;
pas un coup
saintement sur un
les clous enlevés et déposés
Sou-
: ( Passez le linceul!
coussin, on entendait
les bras! Ménagez ce corps ! Doucement!
lenez
Passad el sabana! Sostened et brazo!
doucement!
Poco à Poco! BladaComponded esto cuerpo!
mente! Suavamente. >
charnières,
Ces corps en bois, sculptés et à
mannequin de peintre, se prétaient
ainsi qu'un
voulus ; Tillusion était
à tous les mouvemens
dans
complète, tant dans la représentation que
la
d'agir des ouvriers. A ce moment,
la manière
de véridu
poussait des sanglots,
masse
peuple
des beaux yeux des
tables pleurs coulaient brisait sous les nomsenoritas; et leur poitrine se
chacune s'adbreux et accélérés medi culpdi que
encore à tout ceci,
ministrait; ce qui ajoutait
les
c'était d'ardentes dévotes qui se frappaient
joues, se donnant de véritables souflets!!!
une
Ces med culpd tant prodigués prodnisaient les
sorte de roulement sourd, capable d'attaquer
démonstration, amenée par les mots
nerfs. Cette
> durait
du prédicateur : ( Pleurez, repentez-vous, du Christ
jusqu'au moment oùt le représentant
dans un cercueil orné d'argent, etc..
était placé
à sortir, et ce
Cela fait, la procession s'apprètait --- Page 178 ---
160 )
deuil, ce long et taciturne silence, était
grand
rompu par les tambours et musiques.
Des pénitens de toute couleur, des porte-rosario, saints et saintes vierges, sur des estrades
des hommes , mardrapées et soutenues par
avait
chaient après;l les enfans portant tout ce qui
trait à la Passion; les autorités civiles et militaires, de vieux alcades, corrégidors, etc., etc.;
les soldats escortant, formaient un ensemble qui
rendait cette cérémonie imposante, et faisait, en
sorte, oublier le grotesque qu'elle préquelque
certaine face. Toute la populasentait sous une
où n'avoir pas
tion assistait à cette procession,
allumé eût été un sacrilége.
en main un cierge
Plus de 6,000 se vendirent ce jour-là.)
J'observai cette cérémonie avec un vif intérêt
c'était la première
depuis son commencement;
fois que, je la voyais sans critique, sans prévenbizarres, ce spectacle ou
tion; nais ces pompes
doit être invil'ou met Dieu en action, lui qui
sible, lui qui n'a de pouvoir que par notre foi,
si loin de nos moeurs du siècle,
ne paraissaient
d'avoir
je. plaignais sincèrement ce peuple
que
croire à Dieu!
besoin de tout cet appareil pour
je retrouvai,
A Valladolid, en Espagne Europe),
les mêmes usages en
pendant mes campagnes,
1810, 11, 12 et 13.
font
Ce culte extérieur, ces formes théatrales
ou met Dieu en action, lui qui
sible, lui qui n'a de pouvoir que par notre foi,
si loin de nos moeurs du siècle,
ne paraissaient
d'avoir
je. plaignais sincèrement ce peuple
que
croire à Dieu!
besoin de tout cet appareil pour
je retrouvai,
A Valladolid, en Espagne Europe),
les mêmes usages en
pendant mes campagnes,
1810, 11, 12 et 13.
font
Ce culte extérieur, ces formes théatrales --- Page 179 ---
161 )
le dogme et toute la morale de la
perdre de vue
bon
des esreligion. Il était, sans doute,
pour
besoin d'images sensibles ,
prits grossiers > ayant
mais pour des Européens.
de Tremblement
Le 15 novembre 1805, un tremblement
de terre.
de bienterre vint troubler notre commencement
soixante-dix secondes, mais
étre; il ne dura que
trois secousses
il nous causa une grande alarme :
firent sortir tout le monde des maisuccessives
impressons. Je ne sais si nous ne fimes pas plus
sionnés des cris de toute la population que du
méme. Cette masse de peuple, de femmes
danger
couvertes de mantillas negras,
surtout, à genoux 2 misericordia! d'un ton lacriant : Misericordia!
de démomentable et à Punisson, était capable
Aucun dommage n'arraliser les plus intrépides.
touteriva; on en fut quitte pour la peur, qui,
fit mesurer la terre de toute notre
fois, nous
de la troisième secousse.
longueur, au moment
de
Chacun se releva, et la mine décomposée
ramena la gaité parmi nous
quelques-uns
commissaire de
La peur donne des jambes : un
Bailly, se servant d'une béquille, se
marine,
; le trembletrouva sur la place sans son secours
Division nail pria qu'on allât la lui chercher. vale du conment terminé,
ctes-vous venu? tre - amiral
C Mais, lui disait-on, comment
) Leisscigue.
Je n'en sais rien. Ma béquille! ma béquille! (22 Janvier
1806 était commencée, lorsque, le 1806).
L'année
--- Page 180 ---
162 )
une division navale se
22 janvier, on signala
où elle vint au
dirigeant sur Santo-Domingo,
mouillage.
1805, deux divisions navales
Le 3 décembre
sous les
étaient sorties du port de Brest : l'une,
Willaumez, montant
ordres de M. le contre-amiral
l'autre,
le Vétéran, capitaine Jérôme Bonaparte; Elles navisous ceux du contre-amiral Leisseigue.
sous les Açores; là, 1
guèrent de conserve jusque
les
:
de vent furieux leur causa
plus
un coup
Willaumez
fortes avaries, et elles se séparérent. les Ancourut sur le Brésil, Leisseigue sur
tilles.
était celle de M. le
Cette division apparue
contre-amiral Leisseigue, qui vint au mouillage
notre rade ouverle. Il avait cinq vaisseaux,
sur
qui resta à la voile,
deux frégates et une corvette,
de
de 80; le Brave,
en observation : VAlexandre,
de 74; le
74; VImpérial, de 120; le Jupiter,
de 74; la Félicité, la Comète, la DiliDiomède, nommée, car elle était la plus fine
gente, bien
les mers. Partie de Brest
marcheuse connue sur
le seipourlel Port-au-Prince (Saint-Domingue),
zième jour, elle était arrivée.
le Diomède principaleL'un de ces vaisseaux,
ment, ayant besoin de grandes réparations,
les lui faire faire au mouill'amiral crut pouvoir
renouveler l'eau de
lage, el, pendant ce temps,
licité, la Comète, la DiliDiomède, nommée, car elle était la plus fine
gente, bien
les mers. Partie de Brest
marcheuse connue sur
le seipourlel Port-au-Prince (Saint-Domingue),
zième jour, elle était arrivée.
le Diomède principaleL'un de ces vaisseaux,
ment, ayant besoin de grandes réparations,
les lui faire faire au mouill'amiral crut pouvoir
renouveler l'eau de
lage, el, pendant ce temps, --- Page 181 ---
163 )
des vivres frais, etc., etc. Que
ses bords, prendre
ne fit-il comme Missiessy?..
des navires
Dans les colonies, voir arriver
de
couleurs nationales, c'est un moment
aux
bonheur! venaient de France, c'était nous l'apCeux-là
rencontrer un memporter; chacun s'imaginait y
les hommes
On n'avait point vu
bre de sa famille.
voiles, et depuis
de T'escadre Missiessy, restée sous
officier
nous n'avions pas parlé à un seul
1803,
de cette division vinrent à
de marine. Tous ceux
d'un arrivant,
terre, et ce fut à qui s'emparerait
: ce
le combler de soins, de prévenances
pour
fêtes, plaisirs, dans
ne fut que bon accueil,
chaque logis ayant hôte.
restez des années
Allez vivre dans les colonies,
lettre
lieues de la patrie 2 sans une seule
à 1,800
tout
souvenir des vôtres, et vous comprendrez
un
de serrer un
le bonheur, la vraie jouissance,
sur votre cceur On ne saucompatriote
d'heureuses émotions vinrait croire combien
charme nous rerent nous assaillir; avec quel
mais encore
non-seulement des hommes,
voyions,
gardaient un parfum du
des objets français 1 qui
ressaissions des
sol natal ; avec quel élan nous
de
perdues avec lui, des analogies
impressions
de passions. Un tel plaisir
sentiment, de langage,
était l'oasis du désert. --- Page 182 ---
104)
de coquetterie de la part de nos dames
Que
dans leur
créoles! Nous ne comptions plus
depuis l'arrivée de ces Messieurs. Eh
monde,
bien ! nous étions si heureux que, sans jalousie,
nous leur eussions abandonné nos délicieuses
amies.
créoles à l'unisson des hommes inLes créoles
Ces pâles
l'étions, mais rachetant
blanches. colores, comme nous
des traits
cela par un laisser-aller parfait, par
spirituels, doux, par une taille ravissante de soucharmèrent les nouveaux venus, les
plesse,
chez elles, le
moutons de France. Cependant,
abord est froid; mais elles montrent
premier
du naturel. Rien, non
bientôt de l'abandon,
onduleuse de
rien, ne saurait rendre la mollesse
couchées sur un sopha et enleur pose, quand,
elles semblent évitourées d'esclaves attentives,
ter la fatigue d'un mot, d'un geste, et ne ramasseraient pas un mouchoir tombé. Délicieuses
dirait nées pour être reines.
créatures, qu'on à l'éclat d'un lustre, le retentisMais que le soir,
l'air, c'est alors
sement d'un orchestre frappe
faut les voir s'élancer, légères, fortes, nerqu'il
gràce ni merci à aucun
veuses, ne demandant
d'une
danseur, pour suivre les temps pressés
valse.. Elles eurent occasion de se montrer.
Le général Ferrand fit une fort belle réception
diner, suivi d'un bal, orné
à l'amiral : un grand
l'éclat d'un lustre, le retentisMais que le soir,
l'air, c'est alors
sement d'un orchestre frappe
faut les voir s'élancer, légères, fortes, nerqu'il
gràce ni merci à aucun
veuses, ne demandant
d'une
danseur, pour suivre les temps pressés
valse.. Elles eurent occasion de se montrer.
Le général Ferrand fit une fort belle réception
diner, suivi d'un bal, orné
à l'amiral : un grand --- Page 183 ---
165 -
de toute la féerie végétale des
tropiques.
jours se passèrent
Quatre
rapidement en fêtes.
Le contre-amiral, ne voulant pas être en
envers le général et sa garnison, le convia à reste
où
son
bord, devaient se rendre plaisirs
sirs : son vaisseau lImpérial fut
pour plaicasion. Tout
paré à cette OCdéjà, dans ce batiment, était d'un
luxe asiatique, d'une coquetterie achevée.
défie une petite-maitresse d'avoir
Je
comme la chambre de M. l'amiral. un boudoir
C'était
or, mat-blanc.
lampas,
Le 6 février était le jour fixé
la
à bord;
pour réception
l'argenterie du général devait y être
tée. Le 5,j je me trouvais sur le vaisseau
pormède, qui, très avarié, avait
le Diotribord à babord,
passé ses batteries de
voir la
pour éventer sa quille et poutravailler;l la moitié en était enlevée.
à diner avec les aspirans,
J'étais
lorsqu'un brick vint au
mouillage; c'était celui du capitaine américain
Tagard, notre approvisiomeurlatitudl
Le capitaine
Appelé à américain.
bord, pour avoir des nouvelles de la
(( J'ai vu et rencontré hier
mer, il dit :
l'escadre de l'amiral
anglais Cokrane; il cherche la division
Demain matin, , il sera devant
française.
Nos braves marins
Santo-Domingo. >
3 qui, depuis leur sortie de
France, avaient eu l'heureuse chance de
rencontrer l'ennemi,
ne pas
révoquérent cette
et le pauvre Tagard ne put les convaincre. nouvelle,
C'était
ord, pour avoir des nouvelles de la
(( J'ai vu et rencontré hier
mer, il dit :
l'escadre de l'amiral
anglais Cokrane; il cherche la division
Demain matin, , il sera devant
française.
Nos braves marins
Santo-Domingo. >
3 qui, depuis leur sortie de
France, avaient eu l'heureuse chance de
rencontrer l'ennemi,
ne pas
révoquérent cette
et le pauvre Tagard ne put les convaincre. nouvelle,
C'était --- Page 184 ---
(166 )
à mettre aux fers; il fallait l'arréter,
un espion
aller
crainte qu'il n'appareillàt de uuit, pour
dire à l'amiral anglais où étaient les Français.
Honnête homme, très dévoué au général Ferrand,
Il se réclama de moi, qu'il
il en était incapable.
heureusement. Je fus sa caution.
aperçut
mûre réflexion, on décida sa
Enfin, après
conduite au vaisseau amiral.
Il fut donc conduit à bord où, tout aux embarras d'une fète à donner, on tint fort peu de
dans la nuit, l'ordre
compte de sa nouvelle; car,
d'aller à l'eau fut général; ; les corvées devaient
remonter dans l'Ozama, à peu près une lieue et
demie,
avoir de l'eau douce. Tagard fut mis
pour
à son
il entra en rien liberté et renvoyé
bord;
vière de suite. Saus ma présence 1 ce pauvre
homme était mis aux fers, et sa nouvelle, morte 1
n'eût pas donné une espèce d'éveil qui, cependant, dût laisser trace. Bien qu'on l'eût traité à
la française, à la légère! n'avais-je pas entendu
nous les
dire: ( Les Anglais! qu'ils paraissent,
battrons ! > Jactancelque jer relevai des suite comme
elle leméritait. .< Messieurs, j'ai malheureusement
été à bord des vaisseaux anglais,leur dis-je;j'ai ivu
marinsà l'oeuvre, et moi, qui ai
et appréciéleurs
les
été marin avant vous, je vous assure que
vaincre n'est pas aussi facile que vous le pensez.
Prenez-y garde!.. ne méprisez pas votre ennemi,
dire: ( Les Anglais! qu'ils paraissent,
battrons ! > Jactancelque jer relevai des suite comme
elle leméritait. .< Messieurs, j'ai malheureusement
été à bord des vaisseaux anglais,leur dis-je;j'ai ivu
marinsà l'oeuvre, et moi, qui ai
et appréciéleurs
les
été marin avant vous, je vous assure que
vaincre n'est pas aussi facile que vous le pensez.
Prenez-y garde!.. ne méprisez pas votre ennemi, --- Page 185 ---
2e 167 )
sont braves et bons marins! )
ces hommes
bah ! nous les battrons. >
( Bah !
la corvette la Arrivée des
Le 6 février 1 à la pointe duj jour,
et au Anglais.
observation en tête de l'ile,
Diligente, en
Son canon tiré à intervent, parut à Thorizon. !.. Alors on crut qu'il
valle annonçait l'ennemi était là C'était une vériponvait venir, qu'il
lieu d'une féte!
table surprise; un combat au
eut lieu
l'arrivée de l'ennemi
heureusement que
tout une nouvelle pole matin; car le soir, avec
bord, comment
d'invités, dans chaque
pulation
à terrel.. les malheurs
remettre tout ce monde
eussent étéincaleulables.
avaient fait et faiCes beaux vaisseaux , qui
aussi
étaient mouillés et tout
peu
saient notre, joie,
s'ils eussent été dans le
préparés à combattre que
sécuet c'était au milieu d'une imprudente
port,
de réparations d'avaries,
rité qu'ils s'occupaient
sous les Açores. Le
suite du coup de vent essuyé
fit des sibranle-bas général fut ordonné; on
faire rentrer les corvées, soit à l'eau,
gnaux pour
demandait du tems !
soit aux vivres. Ce retour
il faut avoir
tout se fait vite à bord; mais pour ce, un vaiscomplet. Or, il n'était pas
équipage
cinquante à soixante
seau auquel il ne manqua
absens.
hommes; T'amiral en avait cent
faisant toujours enLa Diligente approchait, lord Cokrane et ses vaistendre son canon. Le --- Page 186 ---
168 )
seaux ne paraissaient pas encore; ; il élait six
heures du matin.
On perdit beaucoup de temps à des allées et
venues, , et en des discussions inutiles. Le contreamiral Leisseigue voulait rester au mouillage devant la ville; le général l'engagea fortà se placer
au-dessous, serrant la côte sous la grande savane. Là, embossant ses vaisseaux, des batteries de côte, improvisées sur les Ecors et celie
du bation St-Gille, les auraient flanqué, pouvant
jouer sur l'ennemi à son arrivée d'abord, et ensuite, si, surtout, il osait tenter de passer entre la
terre et nos vaisseaux, imitant la manceuvre d'Aboukir; car là, on le sait, une simple batterie
sur l'ilot, rendant le passage très dangereux aux
vaisseaux de Nelson, eut été profitable à l'amiral Brueix. Le combat de Linois, 1 juin 1802,
dans la baie de Gibraltar, était encore un exempleà suivre; car. là, malgré ses pertes,sans mettre
à la voile, il fut vainqueur à l'aide des batteries
de la terre.
Cet avis du général Ferrand était d'autant plus
rationel, qu'il donnait le tems nécessaire
faire rentrer tontes les corvées ;
pour
que pour appareiller à cette heure du matin, il ne régnait
qu'une faible brise del la terre; que l'ordre se serait
rétabli dans les bords, et qu'alors, bien en état
de combattre, on avait la ressource de couper
mettre
à la voile, il fut vainqueur à l'aide des batteries
de la terre.
Cet avis du général Ferrand était d'autant plus
rationel, qu'il donnait le tems nécessaire
faire rentrer tontes les corvées ;
pour
que pour appareiller à cette heure du matin, il ne régnait
qu'une faible brise del la terre; que l'ordre se serait
rétabli dans les bords, et qu'alors, bien en état
de combattre, on avait la ressource de couper --- Page 187 ---
large,
mbat,
r, cat
ia dû
ire ce
opulaeS des
le. Je
mière
milieu
rs les Cequej'aivu.
1 propour
2 prerande
t dans
ferme
is à la
irut à
Nisao
ei moe disC déses- --- Page 188 ---
S
-
-
S
A
Le
I
ernite
- R
cuj"
P
R te
X
Yago
S
ou
T
a
R.
Onoms.
e
A
R
- --- Page 189 ---
169 )
à Pheure de la venue du vent du large,
ses càbles,
voile livrer combat,
vers midi, pour aller sous
cat
même inférieure 2 en pleine mer ,
à chance
l'ennemi avait huit vaisseaux et nous cinq.
nullement le rapport qui a dû
Je ne connais
mais puis dire ce
être fait au ministre Decrès,
je
ce que toute la populaque j'ai vu parfaitement,
des terrasses des
tion de Santo-Domingo a vu,
Je
maisons, comme on voit dans un cirque.
Tournier
aspirant de première
dirai ce que
(1), m'a dit, lui, au milieu
classe à bord de PImpérial,
du combat.
vers les Ce quej'or vu.
Le contre-amiral Leisseigue appareilla
huit heures, se couvrant de toile pour bien prode la
brise, longeant la côte pour
fiter
légère
le
Nisao, et de là piquer au large, pregagner cap devant Cokrane. Ce fut avec grande
nant chasse
arrivèrent dans
peine que ces lourds vaisseaux
Nisao ferme
la baie de la Palanque, dont le cap
mis à la
l'un des côtés; et cependant, ils avaient
à
vaisseau ennemi ne parut
voile avant qu'un
Thorizon !..
Nisao
Dix lieues à parcourir de l'Ozama au cap
infranchissables dans tout autre mon'étaient pas
ainsi dire, cette disment; mais sans vent, pour
Passé dans l'armée de terre après ce combat, qui lc désesperait (1) sur le sort futur de notre marine.
baie de la Palanque, dont le cap
mis à la
l'un des côtés; et cependant, ils avaient
à
vaisseau ennemi ne parut
voile avant qu'un
Thorizon !..
Nisao
Dix lieues à parcourir de l'Ozama au cap
infranchissables dans tout autre mon'étaient pas
ainsi dire, cette disment; mais sans vent, pour
Passé dans l'armée de terre après ce combat, qui lc désesperait (1) sur le sort futur de notre marine. --- Page 190 ---
170 )
vers une heure et
tance ne fut parcourue que
demie, et le cap n'était pas doublé.
Ordre de marche de Leisseigue:
ler vais. de ligne, rAlezandre..
de 80, cap. Bergeret.
2e
dito le Brave..
de 74, cap.0... c"e-amiral Leisseigue 3
dito YImpérial..
de 120,
cap. Bigot.
4€
dito le Jupiter. .
de 74, cap. Leignel. D.
5€
dito le Diomède..
de 74, cap.
6e
dito la Félicité.. frte,. de 40, formant l'avant-garde.
7e
ditd la Comète.. frte.. de 40,
8*
dito la Diligente,corv., de 18,
Lorsque la Diligente parut à T'horizon, signail était à la hauteur de l'ilet Sainlelant l'ennemi,
lieues marines de SantoCatherine, à vingt-une
un vent d'est,
Domingo. Il arrivait 2 poussé par
commandé l'ordre de vitesse, c'est-à-dire 2
ayant vaisseau marchant le mieux qu'il peut, et
chaque
prenant le rang que lui assigne sa marche.
découvert nos vaisLord Cokrane eut à peine
couverts de toile qu'il jugea la manoeuvre
seaux
adversaire, et mettant le cap sur la pointe
de son
vers les
Nisao, il y arriva avec toute son aire,
deux heures, assez à tems pour enfermer l'escadre
dans la baie de Palanque! Les frégates
française
avaient franchi le cap et avaient pris
et corvettes
chasse; elles ne prirent aucune part au combat,
le contre-amiral Leisce qui fit présumer que
d'éviter tout enseigue avait, sans doute, l'ordre
et que cet ordre avait été donné,car
gagement,
vers les
Nisao, il y arriva avec toute son aire,
deux heures, assez à tems pour enfermer l'escadre
dans la baie de Palanque! Les frégates
française
avaient franchi le cap et avaient pris
et corvettes
chasse; elles ne prirent aucune part au combat,
le contre-amiral Leisce qui fit présumer que
d'éviter tout enseigue avait, sans doute, l'ordre
et que cet ordre avait été donné,car
gagement, --- Page 191 ---
S
Brave
d
Chasre
nd
e I
a
1 l
a
de
E
a H
R
V1ITE
Echelle Deux Lieux de 2282 toises.
DLi
" --- Page 192 --- --- Page 193 ---
(471)
il n'y avait pas de motifs qui dussent dispenser
navires d'aider leur amiral. Le Brave prit
ces
également chasse pendant le combat.
les marins de corvées
Pendant cette marche,
brisaient les bras sur l'aviron pour rejoindre
se
milieu du combat, montant à
ce qu'ils firent au
Combat naval
bord du Diomède, le dernier de la ligne.
A trois heures, lord Cokrane, avec quatre
seulement ( les autres étaient fort en
vaisseaux
au nomarrière, passant devant Santo-Domingo,
bre de trois de ligne, frégate et aviso), fut en préfrançais et de ses cinq vaissence du contre-amiral
de feux,
seaux. Ce dernier avait un grand avantage
de fuir, il voulut en profiter; toute
et, sans essayer
inutile, impossible
manceuvre eût été .d'ailleurs
enfermé comme il l'était dans la baie.
méme, L'Alexandre eut ordre de couper la courte
son milieu. Depuis assez de
ligne anglaise par de
et d'autre ; mais les
temps le canon jouait part
combat comdeux forces s'étant rapprochées le
très sérieusement. Par une fatalité inconmença
Bergeret, avant le signal
cevable, le capitaine
: laissant
obéit à l'ordre primitif
d'exécution, 9
au milieu d'une
arriver sur babord, il se trouva
la
fumée de poudre, épaisse et stationnaire, par
mollesse du vent; dans cette position, placé
et les vaisseaux anglais, le preentre VImpérial
lui enmier, ne distinguant pas son pavillon,
ès sérieusement. Par une fatalité inconmença
Bergeret, avant le signal
cevable, le capitaine
: laissant
obéit à l'ordre primitif
d'exécution, 9
au milieu d'une
arriver sur babord, il se trouva
la
fumée de poudre, épaisse et stationnaire, par
mollesse du vent; dans cette position, placé
et les vaisseaux anglais, le preentre VImpérial
lui enmier, ne distinguant pas son pavillon, --- Page 194 ---
172 )
bordées à diverses reprises. De
voya toutes ses
faisait autant ; de sorte que
son côté, Cokrane en
du vaisseau. Il fut
ce fut une boucherie à bord
démâté, ras
mis hors de combat,
promptement
n'amenant pas, toutefois :
comme un ponton,
Pendant ce temps,
une gaffe portait son pavillon. rejoignant 2 prit
le restant de l'escadre anglaise,
réduit
au combat, en sorte que Leisseigue,
part
contre sept, bien que luttant
à quatre vaisseaux,
désavantagelSa véritable
toujours,eut unimmense
: trois
citadelle broyait tout ce qui en approchait
le
de 80, amiral Duckwort;
vaisseaux, 2 Superbe,
amiral Cockrane, et
de 74,
le Nortunberland,
T'entourèrent, lorsamiral Lowes,
un troisième,
vint pour ainsi dire
qu'un accident épouvantable d'un bout à l'autre
la réduire à rien. Le feu prit
à
de 36. Elle fut morte :. Ajoutez
de sa batterie
Brave, de 74, qui, le vent du
cela le vaisseau le
arrivé, sortit de la ligne et du combat.L'enlarge
à combattre que le Diomède, le
nemi n'avait plus
Le combat
moitié paralysé.
Jupiter et VImpérial, heures, et l'escadre francontinua pendant cinq
çaise vaincue dut cesser son feu.
réduit comme il le fut, tant par sa
Leisseigue,
n'eut d'auposition primitive que par ses pertes,
Bien
que de se battre à outrance.
tre ressource
vaincre dix navires
convaincu qu'il ne pouvait
nos marins
avec ses trois, il fut, comme tous
le
nemi n'avait plus
Le combat
moitié paralysé.
Jupiter et VImpérial, heures, et l'escadre francontinua pendant cinq
çaise vaincue dut cesser son feu.
réduit comme il le fut, tant par sa
Leisseigue,
n'eut d'auposition primitive que par ses pertes,
Bien
que de se battre à outrance.
tre ressource
vaincre dix navires
convaincu qu'il ne pouvait
nos marins
avec ses trois, il fut, comme tous --- Page 195 ---
173 )
it mourir enl héros ; mais
de cette époque, pret
plutot à succomber noblement quiit
songeant
Consulat), il n'amena pas son
vaincre (THIERS,
et fit côte aveclImpérial et le Diomède,
pavillon,
là une riche proie à l'ennemi.
ravissant par
deux vaisseaux : le Jupiter et
Cokrane prit
VAlezandre; ; ce dernier, démâté et coulé jusqu'à
batterie, se battant toujours, vint
sa deuxième
dérive
devant le port de Santo-Domingo.
en
par
amené et essuyait le feu du
I1 n'avait pas encore
voire même celui
restant de la division anglaise, 2
d'un cutter! Cependant ses munitions noyées,
la deuxième batterie, il se rendit!
l'eau gagnant
les Anglais, ce qui
L'équipage fut recueilli par
fut prompt : il avait perdu tant de monde.
national, à nous spectateurs, du
Le sentiment des maisons de la ville, nous
haut des terrasses
moment où nous vimes
fit battre des mains au
anvaisseau démâté, croyant que c'était un
un
car à l'éclaircie de la
glais; cette joie fut courte,
fumée nous reconnûmes notre erreur.
Ce qu'on m'a
dans sa douleur, me dit : ( Nos
Tournier,
dit.
vaisseaux si beaux, si magnifiques à Toeil,n'émalheureusement que de bonnes boites,
taient
de bien tristes équirenfermant et contenant
moitié n'était composée que
pages. Uneg grande
conséquent pas
de conscrits de l'année 1 par marine lors de
marins. On les avait donnés à la --- Page 196 ---
(174 )
la sortie du port. Quels services donc pouvaient
deux mois de
rendre de tels hommes 1 après
mer? aucun : c'était à bord plutôt un embarras
qu'un aide.
servant dans les batteries au
> Ces conscrits,
les absens à
moment du combat, remplaçaient
d'un
bord de VImpérial; étonnés, épouvantés
celui d'un vaisseau lâchant ses borfracas comme
de la saintedées, ils perdirent la tête, et portaient
barbe des gargousses aux pièces, sans la précaution d'un gargoussier; ; la poudre se perdant 2
semait la batterie, et la moindre étincelle devait
événement qui a eu lieu.
amener le déplorable
D'un bout à l'autre, elle fut flambée : impossible
faire
une de ses pièces, et ce, dans le
de
jouer
avions le
besoin. Ah!
moment où nous en
plus
n'eût
marine!.. Ce magnifique vaisseau
pauvre le quart de son feu!..
plus que
de n'avoir même
> Qu'il eût été préférable
Seul, alors, il eut servi : l'orque demi-équipage.
trouvé leur application ;
dre, le savoir eussent
tandis
ces masses sans aptitude au service 2
que
devenaient la cause
dirigées en tout et partout,
b
du désordre, de la confusion et des pertes
si habile à former des hommes
L'empereur, détruisant, en avait donné à la
soldats, en les
braves sans aucun
marine : c'étaient des Français,
doute; mais à bord des vaisseaux, il faut plus
orque demi-équipage.
trouvé leur application ;
dre, le savoir eussent
tandis
ces masses sans aptitude au service 2
que
devenaient la cause
dirigées en tout et partout,
b
du désordre, de la confusion et des pertes
si habile à former des hommes
L'empereur, détruisant, en avait donné à la
soldats, en les
braves sans aucun
marine : c'étaient des Français,
doute; mais à bord des vaisseaux, il faut plus --- Page 197 ---
175 )
qu'ailleurs joindre à cette qualité celle du
de la science, chez tous. On
savoir,
telot comme
ne fait pas un maun soldat. On apprend tout avec le
temps; mais vouloir en deux mois faire
d'un laboureur, d'un
un marin
loir
vigneron, etc., c'est voul'impossible. Le dernier mousse doit
naitre la manceuvre sur laquelle il
conaura à
que deviendra l'homme qui,jusqu'alors peser;
l'avez jeté sur un bord, n'a de
que vous
même un bateau? Ce
sa vie aperçu
canon !
qu'il sera? de la chair à
En marine, il faut le temps plus
autre chose, et c'était ce dont
qu'à toute
moins de compte. Il
Napoléon tenait le
voulait ! Cela
Nous avons vu que non. Quant à suffisait-il? la
certes , s'il en eut voulu une,
marine, ,
mais il espérait
les
> il l'aurait eue;
que
forces du continent viendraient à bout de celles insulaires.
Malgré ses grandes avaries,
l'on croyait prêt à
PAlezandre, que
couler, fut relevé par les
Anglais, et le lendemain soir, il
remorque de l'un de leurs
disparut à la
pour la
navires, faisant route
Jamaique, où Cokrane fut se refaire
son escadre.
avec
La place où firent côte
était
FImpérial et le Diomede
malheureusement semée de
de rochers à pic, falaises de
récifs, aux pieds
cent à cent
pieds de hauteur.
cinquante
Li'impérial échoua fort mal, --- Page 198 ---
176 )
le Diomède, par la hanche de
beaupré à terre;
tribord; celui-ci pouvait encore tirer quelques
mais PImpérial était enfilé de
coups de canon, Cockrane les poursuivit de son
bout en bout. continué le soir, fut renouvelé
feu, et ce feu,
établir des
de
le lendemnain matin; on dut
espèces
hisser un à un les hommes des équigrues pour
longue, dangereuse, mais par
pages; opération à-bout de mettre à terre jusqu'au
laquelle on vint
restèrent
dernier blessé. Les brulés de TImpérial
dans une sorte d'ambulance placée dans
à terre
vint les cherune petite anse, jusqu'à ce qu'on
aussitôt
cher avec des embarcations légères,
Téloignement de Cokrane.
des malheureux vaincus, 7
Ainsi, pendant que
tous les moyens
naufragés à la côte, employaient
ditsauver leur vie, un ennemi reconnu,
pour
par son humanité et sa
on, par sa générosité,
des nègres même
douce philantropie 7 pour
cessé d'être
massacrait des Français qui avaient
C'était battre positivement son
des adversaires.
T'acharnement conhomme à terre ! Mais, alors,
était tel, même chez les plus
tre les Français
s'étonner de cette confroids, qu'il ne faut pas
redoutable a pu
duite. Depuis 1815, cet ennemi
connaitre et nous apprécier à notre juste
nous
suis
que si pareil cas se
valeur; et je
convaincu
représentait, il n'agirait plus ainsi.
qui avaient
C'était battre positivement son
des adversaires.
T'acharnement conhomme à terre ! Mais, alors,
était tel, même chez les plus
tre les Français
s'étonner de cette confroids, qu'il ne faut pas
redoutable a pu
duite. Depuis 1815, cet ennemi
connaitre et nous apprécier à notre juste
nous
suis
que si pareil cas se
valeur; et je
convaincu
représentait, il n'agirait plus ainsi. --- Page 199 ---
177) 1e
Quel pouvait être le but de cette
que l'on aura peine à croire P
conduite,
Faire abandonner les bords P Eh!
y rester P
qui voulait
Oter l'espoir de les relever P Ils étaient
perdus pour tous ; la mer en fit
bien
et leurs débris même furent prompte justice,
cueillit à peine
enlevés; on en requelques-uns.
Le but P c'était la destruction des
de leurs vaisseaux, riches
Français et
dité maritime des
prises enlevées à l'aviAnglais.
Cokranc, après sa victoire, regagna la Jamaique, trainant TAlezandre. Il laissa de
la frégate la
nouveau
Pique en croisière devant
port.
notre
Combat malleureux par notre faute, il n'est
permis de le croire, et dont les Anglais
toute la gloire; combat dans
eurent
en
lequel, il faut ici
convenir, en fidèle narrateur, ils
une grande
montrèrent
audace, une grande
nant avec quatre vaisseaux,
résolution, ved'abord, en
cinq, dont un seul valait deux des leurs. attaquer
position de notre division
Mais la
obligée d'un
navale, conséquence
demi
appareillage intempestif, la rendait à
battue; la fuite du Brave pendant le combat
ajoutait au désastre futur
La manceuvre du contre-amiral
fausse,
Leisseigue fut
pour ne pas dire plus.
--- Page 200 ---
178 )
Cokrane fut
La manceuvre du contre-amiral
hardie et savante.
défavorables,
Malgré toutes les circonstances
s'était battu à outrance. Ne commanLeisseigue
Nalheureusement,
dait-il pas à des Français!
bravoure était perdue; elle ne servait plus
cette
l'honneur de son pavillon , qu'il
qu'à sauver
n'amena pas
Tel fut le résultat : 1° d'une station qui pouvait se faire à la Havane, dans un port, puisqu'il
avait nécessité, au lieu de rester quinze jours
y
dans une rade ouverte; 2° de l'inau mouillage,
nouvelle de mer donnée
crédulité accordée à une
légèrement; 3° de la pola veille, et traitée trop
sition que l'on s'était faite.
embossé devant la grande
Nul doute que si,
Linois fit dans
eut fait ce que
savane , Leisseigue il eut sauvé une partie de
la baie de Gibraltar,
vaisseaux au moins. Il avait de pauvres équises
combattre à poste
pages 3 raison de plus pour
la nuit, sans se dégarfixe, et remettre pendant
nir
des corvées, de l'ordre à bord.
par
avait toute sa batterie d'un
Le Diomède; qui
ne put rétablir son équilibre
bord. , appareillant,
qu'à la voile.
avoir des matelots, prenDes marins.
11 faut, si l'on veut
vu l'eau de
dre au moins des hommes qui ayant
fleuve, de rivière même, marché sur une planche
de plus pour
la nuit, sans se dégarfixe, et remettre pendant
nir
des corvées, de l'ordre à bord.
par
avait toute sa batterie d'un
Le Diomède; qui
ne put rétablir son équilibre
bord. , appareillant,
qu'à la voile.
avoir des matelots, prenDes marins.
11 faut, si l'on veut
vu l'eau de
dre au moins des hommes qui ayant
fleuve, de rivière même, marché sur une planche --- Page 201 ---
179 )
de bord, les garder, et le
Ces hommes
temps fera le reste,
seront toujours plus aptes à devenir
marins, fussent-ils marins de rivière
laboureur des plaines de la
1 que le
système de
Beauce. Par notre
de terre, il conscription, faut des
parfait pour les armées
années pour créer des
rins, et lorsqu'ils le sont ou à
manouveaux à cet état, redeviennent peu après, eux, 9
fait leur temps,
libres: ils ont
l'amour du
l'obligation est remplie; alors
pays les éloigne de la
ils sont
perdus pour elle!
mer,
On a obtenu d'heureux
convenir, par la création résultats, il faut en
formés
des équipages de
pour la marine; mais il n'en est
ligne
de toute vérité, que les hommes
pas moins
toujours
ont été et seront
perdus, par la fin de Ja
le
la loi, surtout en
dette, voeu de
temps de paix,
on libère par anticipation.
pendant lequel
time donne de vrais
L'inseription mariguerre,
marins; mais en temps de
l'appel des classes vide les
à peine des pécheurs.
ports; il reste
Ces appels ne suffisant
jamais, la ressource de la
blant nos vaisseaux. Ce conseription va meujours la
mode a étéet sera toucause première de notre infériorité
mer, et la seconde, c'est
sur
que, même nos marins
inscrits, ne font pas corps avec le vaisseau;
y arrivent sans le
qu'ils
guerre à la
connailre; car, 2 de ce navire de
barque du pécheur; du bàtiment mar-
il reste
Ces appels ne suffisant
jamais, la ressource de la
blant nos vaisseaux. Ce conseription va meujours la
mode a étéet sera toucause première de notre infériorité
mer, et la seconde, c'est
sur
que, même nos marins
inscrits, ne font pas corps avec le vaisseau;
y arrivent sans le
qu'ils
guerre à la
connailre; car, 2 de ce navire de
barque du pécheur; du bàtiment mar- --- Page 202 ---
180 )
chand encore, il leur reste une grande, une imétude à faire. Que sera donc l'honime
mense
Tant donc que le marin ne sera
venu de terre?
bien
marié avec son navire, celui de guerre,
pas
n'aura
de médiocres équipages,
entendu, on
que
doute;
nombreux 2 braves, forts 7 sans aucun
enfin, non ! :
mais instruits 2 praticiens
A l'époque de cette guerre cruelle de vingtannées, et dont tant de braves ne virent
cinq
malheureusement, 2 était sacrifié
pas la fin, tout,
belle
de
à l'armée de terre, et, à cette
époque
tout était bon! Il fallait du monde pargloire,
leur métier * leur
tout, des hommes n'importe
donnait des
qualité, leur instruction . On
c'était à lui d'en tirer partil..
masses à un chef,
Hélas'! combien de chefs, d'officiers se sacrifièrent pour mener à la gloire ces troupeaux
cependant, mais
d'hommes! Ils y parvinrent,
donnant leur vie à T'état Quelles peines,
en
soins, dans nos armées de terre, pendant
quels
faire un soldat parfuit.. Mais
six mois, pour
les mêmes ressources et le
dans la marine 2 avec
Le résultat
travail,à quoi en étaient les officiers?
était minime, s'il n'était nul : Aussi que l'on
ses victoires en bataille rangée; elle eut,
compte
mais comment? Lorsque,
sans doute, du succès,
et
bord à bord, la manceuvre était presqu'inatile
l'abordage la bravoure française pouvait déqu'à
soldat parfuit.. Mais
six mois, pour
les mêmes ressources et le
dans la marine 2 avec
Le résultat
travail,à quoi en étaient les officiers?
était minime, s'il n'était nul : Aussi que l'on
ses victoires en bataille rangée; elle eut,
compte
mais comment? Lorsque,
sans doute, du succès,
et
bord à bord, la manceuvre était presqu'inatile
l'abordage la bravoure française pouvait déqu'à --- Page 203 ---
(181)
cider lavantage; c'était alors se
ainsi dire à terre. 11 a été
retrouver pour
français ait
rare qu'un abordage
manqué son résultat.
Dans ce combat de
la preuve de
Leisseigue, ne voit-on pas
lignorance des hommes
savent méme pas servir des
qui ne
gargousse! Que devaient
pièces 7 porter une
daus les
faire les mêmes hommes
manceuvres?
Trop malleuretisement les
auront
Anglais ont eu et
toujours un grand
parce que leur mode de avantage sur nous 2
le nôtre : la presse dit recrutement n'est pas
n'avaient
tout; mais eux 3 frappés,
plus leur liberté; le
taient
temps > s'ils n'émarins 2 les faisait le devenir. Le
ment qui les recevait ne les rendait
bàtidevenait leur
plus, il
prison, aussi le connaissaient-ils
parfaitement : de nuit comme de jour il
obéir avec succès aux ordres donnés.
pouvait
Ce vaisseau était une propriété, il finissait
l'aimer, il faisait corps avec
et
par
devenait
lui, sa défense en
plus grande; c'était sa famille
protégeait alors et de toute sa force.
qu'il
Je citerai un exemple à l'appui de
lience de séjour à bord, je Pai
cette pale vaisseau du
rencontré sur
commodore anglais
conduisait
qui nous
prisonniers à la
Le maitre callier.
Jaunaique.
avait été lancé
2 depuis le jour oùt le navire Le maitre
à l'eau, non-seulement n'avait
callier. --- Page 204 ---
182 )
mis pied à terre, mais même sur le pont!.
pas
huit années il vivait dans sa cabine de la
Depuis
d'autre air que celui conduit
calle, ne respirant
Etait-il prila manche de toile à cet usage.
par sonnier? Non, mais son attachement à son poste
était là.
esl l'un des plus occuCe marin, ce maitre,
la calle étant le magasin général de tout ce
pés; nécessaire à bord. I1 s'était créé une disqui est
donnait concert au moyen d'un catraction : il
et qu'il
rillon de sonnettes qu'il avait organisé,
11 faut être Anglais
touchait avec une baguette...
vivre ainsi Chez nous, Français,jamais papour
reil homme ne se trouverait.
En rade, les vaisseaux mouillés, aucun matelot
descendait à terre ! Les canotiers même ne
ne
de T'embarcation qui y conduisait
sortaient pas
MM. les officiers ; le patron seul se le permettait,
ses hommes de vue.
encore ne perdait-il pas
fermer les yeux
C'est à la Jamaique que j'ai vu
se
à bord et se perdant
sur des femmes glissant
dans le navire...
sévère cruelle peutC'est par une discipline
prive Phomme de sa liberté,
ètre, puisqu'elle
de bons marins; mais
que lAngleterre possède semblable exigence,
janais pareils moyens 2 ni
chez nous
être nis en pratique
ne pouraient
Notre caractère ne s'y ployeautres Français...
fermer les yeux
C'est à la Jamaique que j'ai vu
se
à bord et se perdant
sur des femmes glissant
dans le navire...
sévère cruelle peutC'est par une discipline
prive Phomme de sa liberté,
ètre, puisqu'elle
de bons marins; mais
que lAngleterre possède semblable exigence,
janais pareils moyens 2 ni
chez nous
être nis en pratique
ne pouraient
Notre caractère ne s'y ployeautres Français... --- Page 205 ---
183 )
rait pas. D'après ce qu'est aujourd'hui
marine si belle et si
notre
bonne, on peut juger de ce
qu'elle serait sil'on ne changeait aussi
ses équipages, et même ses officiers des souvent
sur lesquels ils ont acquis leur
navires
instruction
tique Ne pourrait-on faire une loi
la prarine? autorisant à garder les
pour maau lieu de huit? Ces hommes hommes dix ans
ce laps de temps
1 gardés pendant
1 oublieraient leur terre, leur
village, 1 ils resteraient marins à tout
le
commerce en profiterait à la
jamais 2 etl
libération;
et la guerre survenant 7 on les retrouverait classés, dans
nos ports.
La suprématie de l'amiral Cokrane, dans le
combat contre Leisseigue, n'a été due, en partie,
qu'à l'avantage de bons
diucres. On
équipages contre de méa vu ce qu'aurait dà faire notre
amiral. Ne pouvant plus éviter le combat, toutes
les raisons le portaient à un parti décisif.
Les réflexions m'ont éloigné du récit des suites
du combat; je reprends.
Le général, ayant vu le combat perdu, donna
de suite des ordres
Secours aux
seaux à la
pour porter secours aux vais- naufragés.
côte; il envoya des moyens de sauvetage, des transports, des vivres, des
On ramena par terre les blessés
médecins.
ter le voyage de dix
pouvant supporlieues, et les
les brulés,
plus maltraités,
par mer. L'hopital fut comble, et les --- Page 206 ---
(184)
minutieux furent administrés 2
soins les plus
était
particulièrement aux brulés, dont l'aspect
effrayant. Chacun de nous fut à la recherche des bien
rencontrer la connaissance de
portans, espérant
elle
quelques jours de plaisirs; la trouvait-on,
était amenée à la case. C'est dans ces circonsvis un aspirant de première classe
tances que je
le regard
du vaisseau-amiral, assis sur une borne,
c'était l'image de l'homme qui a tout
au ciel :
Ce fut
perdu; c'étail le désespoir personnifié.
je l'arrachai de sa place; il était
avec peine que
de la fête à donner à bord.
l'un des commissaires
tenue, ses bas de soie blancs, portaient
sa grande
le sanglant cachet du combat...
Conduit chez moi, il me dit se nommer
Tournier. Ce fut lui qui me donna les détails du
heures
combat, non de suite, car quarante-huit
lui arracher un
s'écoulèrent avant que je pusse
le
mais je fus attiré
mot. Je ne connaissais pas,
Il resta
ver's lui par une sympathie indéfinissable.
et
souvenir, seul bijou
trois mois avec moi 1 pour
d'or
possédé, il me douna une paire de boucles
tenue. Je le revis à Paris en 1817.
de sa grande
La politique l'avail conduit à Charenton.
à
Les restes des deux équipages séjournèrent
Santo-Domingo avec M. Leisseigue et quelques
officiers,jusqu'à CC que des moyens de transport
pas,
Il resta
ver's lui par une sympathie indéfinissable.
et
souvenir, seul bijou
trois mois avec moi 1 pour
d'or
possédé, il me douna une paire de boucles
tenue. Je le revis à Paris en 1817.
de sa grande
La politique l'avail conduit à Charenton.
à
Les restes des deux équipages séjournèrent
Santo-Domingo avec M. Leisseigue et quelques
officiers,jusqu'à CC que des moyens de transport --- Page 207 ---
185)
américains
permisssent de les évacuer sur les
Etals-Unis, > pour être remis à MM. les consuls
français. Celte évacuation fut fort
ques matelots, les derniers
longue; quelnotre faible marine de
guéris, restèrent pour
Santo-Domingo.
Encore ici, on retrouve le caractère
Quelques valides,
français. Le Théâtre,
moins matelots parmi ces pauvres naufragés,
que leurs camarades,
Barré, Ballerant,
Garnerey,
Gagneux et Viviant,
dèrent au général un local
demansalle de spectacle, afin
pour y construire une
de jouer la comédie. Ceci
manquait à notre installation de ville;
n'avait vu de spectacle chez les
jamais on
bliant donc leurs
Espaguols. Ouinfortunes, ces jeunes
jouèrent. On leur donna une église
gens
à un ancien couvent de
appartenant
femmes,
qui, depuis
Santa-Regina,
long-temps, servait de
tillerie (pour les affûts et
magasin d'ardans la niche du
voitures). La sainte,
portail, fut
mot : Thédtre.
remplacée par le
Garnerey 1 aujourd'hui existant à Paris
peintre de ces aquarelles inimitables
2 et
H. G.y, fut le peintre de tous les signées
Resté dans la colonie, il fut
décors.
ministration des
employé dans l'add'une
successions vacantes, et soldat
compagnie administrative formée
tard.
plus
Ce spectacle, fort bien organisé,
péchait beau- --- Page 208 ---
186 )
élémens tous les acteurs n'étaient
coup dans ses
médiocrité ;
éloigna le pude force, et la
pas
à donner son argent. Mais
blic, qui renonça
était si bien prise, 2
Thabitude de ce plaisir
forqu'il nous faisait faute, et nous, officiers, le
mâmes une société qui joua pendant tout
Seize officiers et
temps de notre occupation.
dedames remplirent tous les emplois,
cinq
utilités.
puis les premiers rôles jusqu'aux
tiC'est ainsi qu'après tant de peines nous
ràmes parti de nos loisirs.
événeDeux années s'écoulèrent sans aucun
Années 1806
s'occupant plus que jamais de
et 1807. ment, le général
Par les ressources
la colonie et de sa prospérité.
alientretenir,
qu'il tirait des Etats-Unis pour
la
il jouissait de son ceuvre;
menter sa garnison,
sentir
régnait donc; ses résultats se faisaient
paix
: la sécurité la plus complète donnait
chaque jour
le bonheur d'une vie tranquille
devenus nos frères, sous une
Les Espagnols,
n'avaient jaadministration douce, paternelle,
été aussi heureux. Ils le disaient, et c'était
mais
vrai.
avaient renvoyé la
Les Anglais, cependant,
mais
frégate la Pique croiser devant notre port;
dire qu'elle y était pour la forme; son
on pouvait aussi souvent chez le général, son
capitaine était
ami, qu'à son bord; il venait en parlementaire :
'une vie tranquille
devenus nos frères, sous une
Les Espagnols,
n'avaient jaadministration douce, paternelle,
été aussi heureux. Ils le disaient, et c'était
mais
vrai.
avaient renvoyé la
Les Anglais, cependant,
mais
frégate la Pique croiser devant notre port;
dire qu'elle y était pour la forme; son
on pouvait aussi souvent chez le général, son
capitaine était
ami, qu'à son bord; il venait en parlementaire : --- Page 209 ---
187 )
assistait au spectacle, soupait bien, et
à sa frégate.
retournait
Une colonie française existait donc à
lieues de la
1,800
tiers de
métropole; elle possédait les deux
Saint-Domingue. Ses habitans,
ne désiraient rien, ils ne
heureux,
un retour en France.
pensaient même pas à
Au nombre des travaux du
dans l'intérêt de la
général Ferrand,
France, il faut
projel de création d'une ville
compter le
fut adressé au
neuve. Ce projet
gouvernement.
sont aux archives de la
Plans, mémoires,
des concessions
guerre. Il fut approuvé;
événemens
furent même données, et si les
n'étaient venus tout culbuter dans ce
magnifique pays, on aurait vu debout un bel établissement.
Samana était l'emplacement destiné à
velle ville. Lieu de
la nou- Projet de ville
rade immense,
prédilection, il possède une à Samana.
dont la profondeur est de
ieues et demie, du
treize
de la rivière
cap Grapin à l'embouchure
l'Yuna, dite du Cotuy, sur une largeur de six lieues, du cap Samana à celui de
phaël. Six rivières
Racette rade : la
déchargent leurs eaux dans
Petite-Rivière, la
les Perles, TEster-le-Rat,
Grande-Savane,
Ester. L'Yuna
IYuna, enfin, le Petitpeut être rendue
de dix lieues.
navigable à plus
L'entrée de cette rade peut facilement être dé- --- Page 210 ---
188 )
naturelle en offre tous les
fendue; sa structure
du monde
Elle serait le plus beau port
moyens.
fond de la rade, sur la rive
La ville, bâtie au
dans la
favorable
gauche de PYuna, eût été
plus
position.
rade, rivière navigable, et en arAinsi, port >
donnant
rière, dans l'ile, des forêts vierges,
de bois propre au commerce, enfin,
toute espèce
n'existait-t-il pas là
des bois de constructions;
recommantous les élémens possibles et les plus
deune terre vierge, qui ne
dables? Ajoutez-y
mande qu'à produire.
méritait d'être le
C'est dans cette partie que
de la
mais dans l'origine
siége du gouvernement;
abordé, qui
découverte, ce fut Santo-Domingo,
fait les
Depuis trois cents ans, qu'ont
prévalut.
de posséder une pareille
Espaguols? Indignes
dans l'état de naterre, ils l'ont laissée presque
tandis
avoir détruit sa population,
ture, après
de mauvais sujets,
qu'à côté d'eux un ramassis
et de
créèrent le Cap Français,
les Boucaniers 1
française, mine de rilà naquit la belle colonie
mettant en rechesses, fruit de leur industrie,
lief la paresse espagnole.
était en OCPartie de 1808 était écoulée; on
La guerre
de la guerre d'Espagne
'Espagne en tobre, lorsque la nouvelle
Europe. avec la France parvint à Santo-Domingo.
atroce même, devenue
Cette guerre, injuste,
et de
créèrent le Cap Français,
les Boucaniers 1
française, mine de rilà naquit la belle colonie
mettant en rechesses, fruit de leur industrie,
lief la paresse espagnole.
était en OCPartie de 1808 était écoulée; on
La guerre
de la guerre d'Espagne
'Espagne en tobre, lorsque la nouvelle
Europe. avec la France parvint à Santo-Domingo.
atroce même, devenue
Cette guerre, injuste, --- Page 211 ---
(189 )
la suite la plus grande plaie de la France,
par
Santo-Domingo avait
devait lui nuire partout.
disait, et c'était
tout à perdre, si, comme on le
de
Portu-Ricco s'était révolté en faveur
vrai,
Ferdinando VII°.
qu'avait à craindre notre colonie
Cependant,
? Ils étaient à la France.
des habitans espagnols
le traité de Bàle, du
Ils lui appartenaient depuis
1795 ). La paix
24 messidor an III (12 juillet
fut signée à Bàle, avec l'envoyé de la république
moment même des désastres des
Barthélemi, 2 au
Quiberon.
étaient la restitution de toutes
Les conditions
avait faites sur l'Esles conquêtes que la France cession en notre
et en équivalent, la
pagne 1
de Saint-Domingue.
faveur de la partie espagnole
n'était
bien illusoire alors, car elle
plus
Avantage
ni aux
c'est-à-dire ni aux Espagnols,
à personne,
révoltés l'occupaient. Mais
Français, puisque les
bien à la
était encore
cette partie espagnole faite sur les Haitiens veFrance, par la conquête
s'en
à elle, par la conservation
nus pour
emparer;
: ses habitans
et l'occupation des années passées
entre eux et nous, aucune
étaient nos frères;
lois. Qui
différence; on vivait sous les mêmes
devait donc croire à la tranquillité? Ferrand, plus
lui
avait acquis l'amour de
que tout autre,
qui
sauvée du désastre
cette population, après l'avoir --- Page 212 ---
190 )
envahissement, et de tous les maux qu'il
d'un
devait entrainer.
le déblocus de Dessalines, de 1805 à
Depuis rien n'avait troublé notre établissement.
1808,
sauvés par nous, votaient chaque
Nos Espagnols ,
le
les
des remercimens aux Français ; général
jour
et dans maints
protégeail, même à ses dépens,
il n'était pas rare de lui entendre dire :
procès,
s'il le faut; ma politique le
( Perdez votre cause,
cédait
lui.
veut : je vous indemniserai > On
pour fuDroits, impositions dues ou courantes,
remises à ces Espagnols , et ce,
rent en partie
années! Tous les moyens
pendant près de quatre
possibles avaient été mis en usage pour capter
toute cette population. Soins inuet gagner
orgueilleux, ingrat, n'aimant *
tiles Peuple
!
toi, devait-on croire à ta reconnaissance
que Hélas ! Ferrand y crut II oubliait que le sang
Maures coulait dans tes veines, et que le
des
contenir une
coeur de tes hommes ne pouvait
les
parcelle de loyautél.. Sans humanité pour
tiens, oùt en aurais-tu trouvé pour des Français,
bons, trop généreux ? Dans tous
toujours trop
ta cruauté
les temps 2 encore même aujourd'hui,
a-t-elle jamais balancé, et n'a-t-on pas vu amis,
était déparens, sacrifiés à la rage, lorsqu'elle
chainée.
Quel espoir pouvait donc: avoir Terrand?
des
contenir une
coeur de tes hommes ne pouvait
les
parcelle de loyautél.. Sans humanité pour
tiens, oùt en aurais-tu trouvé pour des Français,
bons, trop généreux ? Dans tous
toujours trop
ta cruauté
les temps 2 encore même aujourd'hui,
a-t-elle jamais balancé, et n'a-t-on pas vu amis,
était déparens, sacrifiés à la rage, lorsqu'elle
chainée.
Quel espoir pouvait donc: avoir Terrand? --- Page 213 ---
(191)
Trop convaincu qu'il n'avait rien à
des Espagnols, le
craindre
de
touchant, et vivant au milieu
sa garnison, il ne s'abusa pas toutefois sur les
événemens à venir. Cette guerre en Europe allait
le priver de secours bien nécessaires;
moment de noires
et, dans un
pensées, il dit à M. Daubremont, chef d'escadron : ( La levée de
) de l'empereur
boucliers
Napoléon en
) tous ici; pas un de nous n'en Espagne sortira nous tue
Paroles entendues
vivant! )
par moi). A partir de ce
jour, un profond chagrin
de
s'empara
sa
sonne : ce n'était plus le gai, l'aimable
perqui toujours plaisantait chacun; c'était général,
absorbé, dévorant les nouvelles
l'homme
d'Europe, sur la
guerre d'Espagne, dont le contre-coup lui devait
être fatal! Pendant les années de
hommes
tranquillité, des
sages, et connaissant à fond l'espèce
espagnole, avaient cependant donné de bons avis
au général sur sa trop grande générosité,
dans un avenir quelconque devait lui être fatale. qui
Cet avenir lui avait été mis sous les yeux, et lors
de cette nouvelle
calamiteuse, ces mêmes hommes avaient redoublé leurs avertissemens.
ne put le faire croire à Tingratitude. Fatal Rien
glement ! facination des
aveuyeux d'un père sur son
enfant!T Tel fut ton sort, bon général, et
trompé dans ta conviction, désabusé lorsque
n'eus plus que le désespoir!
enfin, tu
conque devait lui être fatale. qui
Cet avenir lui avait été mis sous les yeux, et lors
de cette nouvelle
calamiteuse, ces mêmes hommes avaient redoublé leurs avertissemens.
ne put le faire croire à Tingratitude. Fatal Rien
glement ! facination des
aveuyeux d'un père sur son
enfant!T Tel fut ton sort, bon général, et
trompé dans ta conviction, désabusé lorsque
n'eus plus que le désespoir!
enfin, tu --- Page 214 ---
192 )
lui disait-on, la population de
( Mais, général,
s'est
toute à Ferdinando VIIO, >
> Porto-Ricco 2
des agens viencontre les Français;
) déclarée
au
soulever celle de Santo-Domingo 3
> dront
même Ferdinando VII°. - Ils n'o-
> nom de ce
contre
ce serait vouloir armer Français
) seront, le traité de Bâle a fait Français tous
) Français;
l'ancienne partie espagnole,
)) ceux qui habitent
années,
> et ce que nous avons fait depuis quatre
le
n'a-t-elle pas confirmé
) notre occupation
Nous n'avons à crainP'oeuvre.
> traité, parachevé
les Haitiens, qui ne reviendront pas;
) drei ici que
calmes.
aux
ils seront
>) mais quant
Espagnols,
faire?
)) Enfin, s'ils bougeaient, que pourraient-ils
ce
nous touche qu'il faut crain-
) Cen'est pas qui
mais ce
est au loin, ce qui se passe en
> dre,
qui
: là est
voilà ce
faut considérer
> Europe;
qu'il
frontières, main-
) le seul danger! Aussenac, aux
les
français; tant qu'il sera la, je
> tient
nègres
fort
de ce côté. )
( serai
tranquille
C'est au milieu de cette fausse sécurité, que
P'homme le
le gouverneur enfin devait
2 général,
si ce n'élait
avoir, et que rien ne pouvait détruire,
la révolte des Espagnols
les faits même, qu'éclata
des habitations !
voulut
encore y croire et dit :
Ferrand ne
pas
d'oc-
>
dans les derniers jours
( Attendons. Enfin,
rassembletobre 2 on lui rendit compte qu'un
quille
C'est au milieu de cette fausse sécurité, que
P'homme le
le gouverneur enfin devait
2 général,
si ce n'élait
avoir, et que rien ne pouvait détruire,
la révolte des Espagnols
les faits même, qu'éclata
des habitations !
voulut
encore y croire et dit :
Ferrand ne
pas
d'oc-
>
dans les derniers jours
( Attendons. Enfin,
rassembletobre 2 on lui rendit compte qu'un --- Page 215 ---
193 )
ment de naturels du pays,avec quelques
s'était opéré du côté du Zeybo, à
babitans,
quarante lienes de
trente-cinq Ott
tion de la ville n'avait Santo-Domingo. La populace qu'elle
pas bougé : elle restait
était, hors un certain don Ramires,
avocat, clef de Ja milice espagnole à cheval,
qui révoquait toute nouvelle alarmante.
Français au Nouveau-N
l'ancien
Monde, 2 comme dans
3 c'est-à-dire légers, incrédules, et
presque tous maintenus dans cette incrédulité
par la conviction d'un chef sur lequel chacun
avait les yeux, 2 en qui on mettait toute
fiance, on devint des seconds lui-même COncrut-peu à la nouvelle, et,
: on
qui
quant aux dangers
pouvaient en résulter, on disait : ( C'est
une poignée d'égarés auxquels il faut aller faire
entendre raison, etc., etc. )
Ferrand arrêta que, lui, 1 lui-meme, les
rentrer dans le devoir, dans fordre;
Jirait
cherait vers ellr, et que cette promenade qu'il nearcalmerait toute idée de
militaire
révolte, etc.
A cette résolution * autorités civiles et mililaires , désolées, se mirent
ses pieds pour le détourner d'un positivement à
semblable
projet; lui représentant qu'un malheur
vait arriver, qu'il ne devait pas courir une pou- telle
chance; que lui, père et chef de tous, créateur et conservateur de la colonie, devait s'abs13
r, et que cette promenade qu'il nearcalmerait toute idée de
militaire
révolte, etc.
A cette résolution * autorités civiles et mililaires , désolées, se mirent
ses pieds pour le détourner d'un positivement à
semblable
projet; lui représentant qu'un malheur
vait arriver, qu'il ne devait pas courir une pou- telle
chance; que lui, père et chef de tous, créateur et conservateur de la colonie, devait s'abs13 --- Page 216 ---
194 )
sans lui, tout serait perdu, armée,
tenir, car,
colonie!
furent inutiles, sa déterToutes les prières
invariable, c'était un parti pris :
mination était
V'arrèter Un instant, cependant,
rien ne put
céder, et il l'eut fait s'il avait
on crut qu'il allait
l'homme en lequel il avait toute confiance,
eu là
deux
il s'écria : ( Ah! pourquoi n'ai-je pas
car,
de suite, il terAussenac... )) Mais 1 revenant
disant : (
le vin est versé,il
mina en
Allons,
faut le boire! marchons.. >
La troupe était sous les armes, etjusque devant
: Aux
elle on l'avait supplié ; son commandement
termina toute supplique, etl'on
armes! aux armes!
du caractère national.
partit avec Timpétuosité
Ce fut effectivement un grand malheur pour
l'absence du colonel Aussenac. Bon
tous 3 que
était son affaire;
militaire, cette petite campagne
tandis
il.leut conduite avec succès, sans doute,
bien que très brave, se laissa
que le général,
affreuse manière.
abuser, tromper de la plus
était composée
La colonne expéditionnaire
comme suit :
1 hom.
Départ du gé- ETAT-MAJOR: Ferrand, Officiers sup" général.. et autres, le doct. Roullet.. 6
général Fer5 rég' d'inf. légère , officiers compris.. 200 200
rand pour le Allier, chel 37* régt d'inf. de ligne, idem.
Zeibo, le ler de bataillon. 89€ rég" d'inf. de ligne, idem. (12 hommes -
nov. 1808. commandant) Lamarche, capitse des guides
Ja troupe.
altachés au général).
620 hom
Total..
ers sup" général.. et autres, le doct. Roullet.. 6
général Fer5 rég' d'inf. légère , officiers compris.. 200 200
rand pour le Allier, chel 37* régt d'inf. de ligne, idem.
Zeibo, le ler de bataillon. 89€ rég" d'inf. de ligne, idem. (12 hommes -
nov. 1808. commandant) Lamarche, capitse des guides
Ja troupe.
altachés au général).
620 hom
Total.. --- Page 217 ---
195 )
Un Français 2 ancien habitant de la
partie
espagnole 9 connaissant parfaitement le
ses gens, M. Batsalle,
pays et
, directeur des successions
vacântes 3 se joignit au général
pendant cette
course; son frère l'accompagnait.
Ce fut aux sons d'une musique
cette colonne traversa
guerrière que
T'Ozama, le 1er novembre
1808; elle jouait l'air : On va lui percer le
flanc.
A ce moment 1 el senor Ramires accosta
général;1 le priant
le
celle de
d'accepter sa coopération avec
ses hommes 2 cavaliers 7 tous dévoués
son bonheur, 9 à sa conservation;
à
voulant même saisir
désirant et
donner
cette occasion de lui en
des preuves 9 en se joignant à lui
repousser des
pour
brigands, 2 qui venaient
une révolution, là où il avait établi provoquer
sécurité et mis en sureté la vie de
l'ordre, la
chacun.
Le général, tout à son idée première,
le soupçon, à l'égard des citadins,
éloignant
leur véritable
persuadé de
attachement, se contenta de répondre : ( Je n'ai pas appelé vOs hommes de
milice , parce qu'il ne faut pas,
mettre
face des frères, des habitans
ici,
en
contre des habitans;
d'ailleurs, acceptant votre offre, il est trop tard,
puisque je suis en marche, et que vous, Ramires,
n'êtes pas même prèt. C'est T'affaire de T'armée,
senor; merci et adieu >
LC Que cette considération ne vous fasse
point
uadé de
attachement, se contenta de répondre : ( Je n'ai pas appelé vOs hommes de
milice , parce qu'il ne faut pas,
mettre
face des frères, des habitans
ici,
en
contre des habitans;
d'ailleurs, acceptant votre offre, il est trop tard,
puisque je suis en marche, et que vous, Ramires,
n'êtes pas même prèt. C'est T'affaire de T'armée,
senor; merci et adieu >
LC Que cette considération ne vous fasse
point --- Page 218 ---
196 )
vous n'avez pas de cavalerie,
me refuser, général;
et vous amènerai 200 chevaux.>
je vous rejoindrai
Prenant cette réponse pour une jactance espaillui dit en riant : ( Eh bien! venez, vous
gnole,
serez le bien reçu. >
marche fut lente. On ne peut dans ce
lre, journée de Notre
de chaleur tombent à plomb
marche. pays, où 32 degrés
la tête des hommes armés, chargés de vivres,
sur
cheminer tout le jour;
munitions , etc. 1 etc.;
chaest forcé de laisser passer le gros de cette
on
disait le chef, tonjours imbu de
leur. ( D'ailleurs,
avons le
son idée, pourquoi se presser ? nous
la nouvelle de ma marche arrivera à ces
tems; elle fera dissiper leur rassemblement, que
égarés;
achèvera de dissoudre. )) Ileit fallu
ma présence
; mais on ne court pas
courir tout au contraire
trente-cinq lieues peut-ètre plus, par
pendant d'un terrain sans route tracée, autre
les circuits
qualifiés de Caque des sentiers pompeusement
site de Palo
mino Real!.. 11 fallait arriver au
Inclinado, lieu du rassemblement, et dans cette
route on marchait souvent par file, rarement par
deux. Nous étions au milieu de bois de hautes-fulaies, fourrées aux pieds de halliers inextricables;
rencontrait de grandes savanes, on se
lorsqu'on
fois traversées, il
reformait en colonne; qu'une
rentrer dans les bois. Dans
fallait rompre pour
hors
cette
comme dans tout le pays,1
quelpartie 1
iver au
Inclinado, lieu du rassemblement, et dans cette
route on marchait souvent par file, rarement par
deux. Nous étions au milieu de bois de hautes-fulaies, fourrées aux pieds de halliers inextricables;
rencontrait de grandes savanes, on se
lorsqu'on
fois traversées, il
reformait en colonne; qu'une
rentrer dans les bois. Dans
fallait rompre pour
hors
cette
comme dans tout le pays,1
quelpartie 1 --- Page 219 ---
197 )
ques bourgs assez
considérables, on ne rencontre
pas, come dans la partie française, de
habitations
ces belles
1 riches de plantations. La
n'offre que l'image des forêts
nature
continent des
vierges du grand
n'a
sa
Amériques;/Eapagnol frappéde
cognée que quelques espèces
bois
d'arbres, acajoux,
jaune, 1 gaiac, campêche, etc., etc., pour le
commerce, en sorte que l'oeil méme a
à
découvrir la place où ces vieillards de la peine
tion ont été enlevés. Des
végétale
bois, des savanes, voilà
pays.
Sur la lizière des
savanes, > on rencontre une
baraque, un ajoupa, servant de
teur d'une propriété; là,
poteau indicaclave, gratte le sol à l'entour l'Espagnol, libre ou esques vivres de
et plante quelbois lui donnent terre, patates, 9 ignames, et les
sans culture des
pain sur l'arbre Gardien de
bananes, ce
troupeaux, toute
l'occupation de l'esclave consiste à
tampiller au fer rouge les jeunes marquer, esnaissent pour son maitre.
produits qui
du bétail,
Lorsqu'on veut vendre
on fait des battues, des traques
amener les animaux dans des
pour
ad hoc: là, on choisit
parcs, construits
ceux à la marque du
priétaire, et le reste est rendu à la liberté pronouvelle vente. Telle est la tâche de ces jusqu'h
elle sert admirablement leur
hommes;
les nuits
paresse naturelle; les
jours,
se passent pour eux à se balancer
son maitre.
produits qui
du bétail,
Lorsqu'on veut vendre
on fait des battues, des traques
amener les animaux dans des
pour
ad hoc: là, on choisit
parcs, construits
ceux à la marque du
priétaire, et le reste est rendu à la liberté pronouvelle vente. Telle est la tâche de ces jusqu'h
elle sert admirablement leur
hommes;
les nuits
paresse naturelle; les
jours,
se passent pour eux à se balancer --- Page 220 ---
198 )
immense hamac, à fumer; enfin, à gratdans un
c'est à peine s'ils dester une sorte de guitarre :
Une corde fixée à la paroie
cendent pour manger.
à
de la muraille leur sert à donner l'impulsion
aérien. Sont-ils mariés,1 la femme fait tout !
leur lit
Eux, chantent,. fument et dorment
un, lui reprochant sa vie,
J'en questionnais à la culture. Voici sa réqu'il pouvait employer
labranza !.. >
ponse : ( Ah! senor, criansas, quita
de
élever des bestiaux dispense
( Ah! Monsieur,
tout travail 1
cuivré ou noir, c'est un EspaBlanc, jaune 1
à
lui donne sa dégnol fier de lui! Malheur qui
car alors la colère remnomination véritable 3
l'ébène, il vous
place son flegme, et noir comme
la poitrine avec un orrépond, en se frappant
Indes-Occidentales
gueil plus grand encore aux
blanco del la
qu'en Europe même : ( Yo,yo, soy
!)
moi,je suis blanc decette terre
tierra (Moi,
qu'il sera né créole et non africain
parce vivres de terre de cet être humain, il faut
Aux
viandes de porc
ajonter la tocinna et la cecinna,
de boeuf, découpées en lanières, séchées au
et
comme des cordes,
soleil, roulées en pelottes
dont un mêtre fait une bonne soupe. Enfin, pour
complément de vie, el tabaco, > le tabac Quelune maison et des écuques hâtes ont cependant
rien, à
ries : maison de maitre, mais sans
peine
être humain, il faut
Aux
viandes de porc
ajonter la tocinna et la cecinna,
de boeuf, découpées en lanières, séchées au
et
comme des cordes,
soleil, roulées en pelottes
dont un mêtre fait une bonne soupe. Enfin, pour
complément de vie, el tabaco, > le tabac Quelune maison et des écuques hâtes ont cependant
rien, à
ries : maison de maitre, mais sans
peine --- Page 221 ---
199 )
deux ou trois chaises ; des murs du
vrais parcs à chrétien. Cet
>
bois, 9- de
ties de
aspect des deux parSaint-Domingue met à même de
les
deux nations : partie espagnole,
juger
sans presque
d'habitations, nature
sauvage, 2 point de culture,
paresse de Phomme; partie française, de
et nombreuses habitations
belles
aidée, secondée
1 nature travaillée 1
par l'homme vivant en société et
pour tous. Première, paresse; deuxième, activité.
Il ne fallait rien moins que des
nus d'Europe, de cette
fanatiques vebouleversait dans
Espagne que Napoléon
son ambition pour souleverune
population qui, jusqu'alors, avait élé
vivant dans sa paresse! vie digne de tranquille,
qui avait traversé toutes les
remarque, et
tion
phases de la révolucoloniale. Dans cette partie espagnole, lemaitre dormait en paix à côté de son esclave, tandis
que dans la partie française l'esclave
maitre A la vérité,
égorgait le
depuis long-temps, ni vengeance, ni haine n'avaient étés soulevées
terre, où la servitude était moins
sur cette
esclaves
inhumaine. Ces
espagnols, qu'étaient-ils P Des
sous des maîtres
bergers
cet accord
paresseux. Il existait entre eux
parfait qu'amène le far niente. Tu
fais rien,jen'en ferai
ne
pas plus;je vivrai
une fois la haine soulevée, une fois
Mais,
qu'ils furent
poussés à la vengeance d'un trône,
d'eux D'avait
ni
que pas un
vu,
ne devait voir, la nature du
inhumaine. Ces
espagnols, qu'étaient-ils P Des
sous des maîtres
bergers
cet accord
paresseux. Il existait entre eux
parfait qu'amène le far niente. Tu
fais rien,jen'en ferai
ne
pas plus;je vivrai
une fois la haine soulevée, une fois
Mais,
qu'ils furent
poussés à la vengeance d'un trône,
d'eux D'avait
ni
que pas un
vu,
ne devait voir, la nature du --- Page 222 ---
et il devint aussi cruel, aussi barnègre surgit ,
française. Il n'eut plus
bare que celui de la partie
mort
idée fixe : Ferdinando VIIO ou la
qu'une
vinrent soulever les proprié
Des agens européens
en rétaires, et leurs esclaves les suivirent,
> lls clamaient : Muerto
pétant: : C Vengeanen...
nous avions
à los Franceses > Eux!.. que
sauvé du couteau des nègres haitiens. C'était
fallait aller
au milieu de cette population qu'il
l'ordre... Malgré la chaleur, on fit enremettre
core une bonne étape.
seconde
rendus à un bivouac, nous
2mejournée de A la
journée, Ramires, qui rejoignait
marche. vimes arriver el signor
le lui avait
le général , lui amenant, ainsi qu'il
deux cents cavaliers miliciens. Il faut conpromis,
véritables homme-cheval,
naitre ces cavaliers,
les
ainsi que furent désignés par les Indiens, preà cheval foulant leur sol Ils
miers si espagnols bien à cheval, ils y sont si solides, que sans
sont
font
avec lui Armés d'une
contredit ils ne
qu'un
leur
lance aigue, il n'est pas de Baskir qui puisse
ils jouteraient contre tous les COêtre comparé ; habiles. C'est à la chasse qu'il faut
saques les plus
vélocité A peine la bête
admirer leur adroite
atteinte du fer lancé au galop du cheval, P'homme
C'est ordinairement contre
est à terre sur sa proie!
ils
les boeufs,
le cochon maron ou sauvage; pour
usent d'un autre moyen.
'un
leur
lance aigue, il n'est pas de Baskir qui puisse
ils jouteraient contre tous les COêtre comparé ; habiles. C'est à la chasse qu'il faut
saques les plus
vélocité A peine la bête
admirer leur adroite
atteinte du fer lancé au galop du cheval, P'homme
C'est ordinairement contre
est à terre sur sa proie!
ils
les boeufs,
le cochon maron ou sauvage; pour
usent d'un autre moyen. --- Page 223 ---
201)
Ce n'est plus le Jacet des
lier prend le tems de
Pampas : ici le cavail tombe
galop du boeuf, lems où
sur les pieds de devant, pour le saisir
par la queue toujours en T'air; il l'élève
avec force en tordant les dernières
alors
nimal perd
vertèbres; l'al'équilibre et s'abat sur le nez,
lestement il passe en avant de la cuisse la puis
maintenue à la main. Cette
queue
bête assez de tems
la
manceuvre fixe la
pour daguer d'un
arrière des cornes, à la
stylet, en
colonne
jonction de la tête à la
vertébrale. La mort est instantanée. Ces
descriptions sont plus longues que T'action.
sont ces lanciers qui marchèrent
Ce
Ce renfort de deux cents
avec nous.
général; il
hommes satisfit le
voyait dans leur venue une
d'amour pour sa personne : son âme bonne, preuve
néreuse, 2 pouvait-elle concevoir
géDevait-il douter de
un soupçon!..
ceux qui venaient à lui? Et,
cependant, c'est alors qu'ils l'entouraient d'hommages et d'assurances de
trahison était dans leurs dévoûment, 2 que la
coeurs.
Route sans événement; de grandes
seulement.
fatigues 3wrjournéede
La quatrième journée
marche.
péditionnaire
écoulée, la colonne ex- 4mjournée de
arriva sur une hâte, 1 propriété du marche.
général Ferrand; elle s'y arréta. Qui pouvait
opposer? Aucun, ennemi n'avait
s'y
port d'habitant n'était
paru ; aucun raparrivé, circonstance qui
coeurs.
Route sans événement; de grandes
seulement.
fatigues 3wrjournéede
La quatrième journée
marche.
péditionnaire
écoulée, la colonne ex- 4mjournée de
arriva sur une hâte, 1 propriété du marche.
général Ferrand; elle s'y arréta. Qui pouvait
opposer? Aucun, ennemi n'avait
s'y
port d'habitant n'était
paru ; aucun raparrivé, circonstance qui --- Page 224 ---
202 )
étrange, mais duquel le chef augunous paraissait
plein de son idée première, il
rait bien. Confant,
d'armes fera
répétait : ( Vous voyez, ma prise
dans l'ordre ordinaire; arrivés au
tout rentrer
!.. > Sûr
Zeibo, nous ne trouverons personne
de lui, il n'envoya même pas une reconnaissance
pour éclairer sa marche.
deux jours,
7a-journée de La troupe, bien reposée pendant le général fit
marche. rafraichie par un punch froid que
distribuer à la totalité de son monde, on continua la marche.
I
Vers midi, à la halte 1 un, Espagnol 9 problanc, Don Franco, ex-séminariste, qui
priétaire
accourut au-devant du généavait quitté le froc,
le rassemral pour lui donner des nouvelles sur
des révoltés qu'il avait vu. ( Mille à douze
blement
d'infanterie, dit-il, et neuf cents
cents hommes
de cavalerie, sont réunis au site Palo-Inclinado;
faut
deux bataillons du régiauxquels il
ajouter
de
de Porto-Ricco. Votre troupe, gément
ligne
de cette force' ! >
néral, n'est pas en proportion
le premier arrivé, devait faire
Ce rapport,
ouvrir les yeux au général; mais sa conviction
telle,
lui parut suspect : il le reçut
était
qu'il
l'ennemi,
mal, il venait d'un Espagnol quittant
être fait que dansle dessein d'arrêter
et ne pouvait
l'entreprise de pacification, etc., etc Cependant
hommes attendaient notre expédition!
trois mille --- Page 225 ---
203 )
Ordre fut donné d'arrêter
bla d'instances
Franco, qui redoupour faire croire à la vérité
son rapport, offrant de marcher
de
semblement. On
au lieu du rasne crut à.rien; seulement
lui accorda d'aller avec une
on
fut enfin détachée, et confiée reconnaissance qui
quet, vieux soldat de
au capitaine BocSaint-Domingue
89, et qui ayant perdu un ceil, avait le depuis
de el tuerto (le
surnom
borgne). (
le
) prenez ce jeune homme, lui Puisqu'il dit le
désire,
) s'il nous a
général, et
trompé, quant à la
) venue de Porto-Ricco,
troupe de ligne,
je vous'
) faire fusiller
ordonne de le
sur-le-champ; c'est un
) sans doute. )
traitre,
On continua la marche, précédée,
d'une
cette fois,
avant-garde à demi-lieue.
Pendant le trajet, Ramires confirma, s'il était
possible, le général dans sa ficheuse
et cela sans beaucoup de
sécurité,
peine. ( II serait
> sible, disait-il,
imposque Porto - Ricco détacha
) la troupe, dont l'ile en révolution
de
> soin; que ce
avait begouvernement n'avait rien
) dans celui de
à voir
cat, il
Santo-Domingo 1 etc. ) Avopersuada, qui? ce bon général, tout
disposé à croire ; et l'argument tant entortillé était faux. C'était justement
avait des Français dans la ci-devant parce qu'il y
gnole qu'il fallait les en chasser partie espaau nom de
que Porto - Ricco détacha
) la troupe, dont l'ile en révolution
de
> soin; que ce
avait begouvernement n'avait rien
) dans celui de
à voir
cat, il
Santo-Domingo 1 etc. ) Avopersuada, qui? ce bon général, tout
disposé à croire ; et l'argument tant entortillé était faux. C'était justement
avait des Français dans la ci-devant parce qu'il y
gnole qu'il fallait les en chasser partie espaau nom de --- Page 226 ---
204 1
Ferdinando VIIO; c'était faire la guerre aux troupes de Napoléon, et reconquérir cette terre, enlevée par un traité.
8me jour de
Nous étions arrivés au huitième jour, ayant
marche. dépassé le Zeybo, grand bourg; pas un coup de
de fusil n'avait été tiré : on marchait sur PaloInclinado.
Ramires, voyant approclier le moment de la
jonction des deux partis, observa au général que
les hommes que l'on allait combattre, peut-être,
naturels comme ceux qu'il avait amenés, pou- *
vaient, dans une mêlée de combat, ne pas être
distingués d'avec les siens, et qu'il serait convenable d'éviter une pareille confusion. Cette
observation, , pleine de justesse, provoqua la
colère du général - qui brusquement répondit :
( Eh ! f...
Monsieur, voulez - vous que je
)) vous donne des uniformes, ici, au milieu
)) des bois? )) Avec ce flegme, cette prudence
astucieuse de l'Espagnol, de l'avocat, Ramires
laissa passer cette colère, et revint doucement
à la charge : - ( Pourquoi vous fàcher, gé-
> néral? rien de plus simple que ma demande;
) non, je ne vous demande pas des uniformes;
) mais un signe distinctif. Nous sommes au
) milieu des bois, qu'ils nous servent, et que
) chacun de mes hommes place un rameau, une
)) feuillée à son chapeau, ce sera la marque d'al- --- Page 227 ---
205 )
)) liance. Eh ! bien !
soit; excusez ma
) bien pardonnable dans
vivacité,
un pareil
> vous le voyez, depuis hier,
moment; car,
, et plus nous
U cons, plus les difficultés
avansemblent
> multiplier; et votre réclamation
naitre, se
ne faisait
) ajouter une nouvelle. )
qu'en
On mit, en conséquence, à l'ordre,
de
qu'en cas
bataille, tout Espagnol ayant une branche de
leuillage au chapeau était des
être
nôtres, et devait
épargné.
Le neuvième
jour, 1 Bocquet rentra vers les 9me
de
quatre heures de
jour
laprès-midi, et fit son
marche,
( J'ai vu l'ennemi au site
rapport:
) force, jugée
Palo-Inclinado; sa
d'après ses faisceaux formés sur
> un front de bandière, m'a paru être de
> hommes, dont les trois
2,300
quarts sont des natu-
) rels 7 reconnaissables à leurs
armes noires
) bronzées. L'autre quart est de la
) ligne. Placé sur un coteau,
troupe de
ses ailes sont
) nies de cavalerie, que les bois
garne m'ont
)) permis de compter, ni mênie de bien voir. pas
) bois peuvent être tournés
Ces
: ce sont deux
) bouquets. En avant de la position,
gros
) savane de huit à neuf cents
règne une
mètres,
) les bois
joignant
par lesquels on peut arriverà l'ennemi.
) II n'a que quelques petits
postes en avant. J'ai
> tout vu sans me déconvrir. Franco a dit
) et marche à Tavant-garde.
vrai,
Quatre lieues nous
, ni mênie de bien voir. pas
) bois peuvent être tournés
Ces
: ce sont deux
) bouquets. En avant de la position,
gros
) savane de huit à neuf cents
règne une
mètres,
) les bois
joignant
par lesquels on peut arriverà l'ennemi.
) II n'a que quelques petits
postes en avant. J'ai
> tout vu sans me déconvrir. Franco a dit
) et marche à Tavant-garde.
vrai,
Quatre lieues nous --- Page 228 ---
1 206 )
de T'ennemi, qui, chose surprenante,
) séparent
comme s'il nous
) parait tout prét à combattre,
> avait vu. ).
était positif; il fallait plus qu'une
Ce rapport
pour ne pas y croire 1 pour
grande prévention
suite, dene pas se rendre à T'évidence, et, par
brave
venir injuste, cruel, au point d'insulter un
venait de faire son devoir; et ceofficier qui
si bon, si attaché
pendant ce fut ce général
oui! il
mérita ces qualifications;
à tous, qui
avez mal vu 3
fut injuste et cruel ( Vous
de
c'est impossible, il n'y a pas
Monsieur,
mais des naturels seuls !..
))
troupe de ligne,
bon
de bravoure, , ce
capitaine
Plein d'honneur,
Il fut arrêté
saisit son pistolet pour se tuer
de
, et répondit, pleurant
dans son mouvement
l'en-
; vous joindrez
rage : ( Marchons! général
de nous
nemi, et devant lui nous saurons qui
deux sait le mieux voir )
depuis les nouvelles d'Europe, avaitFerrand,
Tout le ferait croire:
il perdu son bon jugement?T
paroles à M. Daubremont; ce départ
ses premières
indice sur les révoltés, que
précipité, sans aucun
cette marche lente 9
celui de leur soulèvement;
conduite envraie promenade militaire ; sa
fidèle
Franco ( qui,en 1810,
vers un
Espagnol,
mourut officier dans nos rangs 1 en Portugal);
démenti, au capitaine Bocenfin, cetle réponse,
le ferait croire:
il perdu son bon jugement?T
paroles à M. Daubremont; ce départ
ses premières
indice sur les révoltés, que
précipité, sans aucun
cette marche lente 9
celui de leur soulèvement;
conduite envraie promenade militaire ; sa
fidèle
Franco ( qui,en 1810,
vers un
Espagnol,
mourut officier dans nos rangs 1 en Portugal);
démenti, au capitaine Bocenfin, cetle réponse, --- Page 229 ---
207 )
quet 1 tout indiquait que l'homme n'était
le même! Car après Aussenac
plus
sans contredit, l'officier
3 Bocquet était,
qu'il considérait le
Oui! déjà le désespoir était dans
plus.
Il voyait sa conquéte lui
son âme
perdue
échapper, sa réputation
par une guerre civile à soutenir
cette
contre
population, sur l'amour de
il
se désabuser; tout réuni
laquelle fallait
changeait
le même général qui avait
Tindividu, 9 et
résolument bravé
mort devant Dessalines et ses milliers de
la
frémissait devant un avenir
nègres,
qui offrait
toutes les ressources
encore
résister
qui nous mirent à méme de
encore huit mois. Ces mots : ( Pas un
nous ne sortira vivant d'ici, ) avaient
de
ne pouvait être la lutte à
tout dit ! Ce
soutenir contre des
naturels, qui le démoralisait, lui, cet homme de
grande résolution, c'était donc l'avenir
cet avenir
Oui!
l'épouvantait, et sa conduite, après le
combat, en donna la preuve, mieux
raient tous les
que ne le fe-.
raisonnemens.
La nuit s'écoula à parcourir les
faire, et à
quatre lieues à La veille du
prendre toutes les mesures
combat.
on fit toutes les
nécessaires;
dispositions de
,
en état
règle pour être
d'attaquer au point du jour, moment oi,
quittant les bois 2 nous devions entrer sur la
vane.
saA cinq heures du matin la
Le 10me
tionnaire
2 colonne expédi- conbat jour, de
déboucha des bois et aperçut l'ennemi Palo Inclinado. --- Page 230 ---
208 )
de
ferme : sa troupe de
formé et attendant pied
ligne était au centre.
doute le
Iln'y avait plus à révoquer en
rapdu capitaine Bocquet; notre infériorité,
port
de la rentrée de la reconnaisqui, au moment
aurait pu légitimer une retraite, ne persance,
semblable mouvement, surtout
meltait plus un
avait découvert et
devant un ennemi qui nous
entrer dans la savane. Il venait de se former
vu
d'ailleurs, que nous importait son
en bataille :
nombre nous ne considérions comme capables
les bataillons de ligne 7 méde nous résister que
ces masses de naturels devant lesquels
prisant
militaire et notre bravoure denotre science
vaient obteuir tout avantage. N'étions-nous plus
Français...
nous faisant face, sur un CODans la partie
environ
douce, à neuf cents mètres
teau en pente
l'ennemi était en bataille - 1 sa cavade nous,
artillerie, comme nous, les
lerie aux ailes , sans
d'en trainer.
routes ne permeltant pas
dans
Notre colonne d'attaque formée descendit
marchant sans faire feu, bien que
la savane, couvrit de tous les siens ; elle arriva
l'ennemi la
à demi-portée : la première division commença
fut si vif qu'ue trouée se fit à
alors le feu, qui
Allier,
l'instant dans la ligne de bataille ; alors,
chef de la troupe, commanda : ( Déployez la
aux ailes , sans
d'en trainer.
routes ne permeltant pas
dans
Notre colonne d'attaque formée descendit
marchant sans faire feu, bien que
la savane, couvrit de tous les siens ; elle arriva
l'ennemi la
à demi-portée : la première division commença
fut si vif qu'ue trouée se fit à
alors le feu, qui
Allier,
l'instant dans la ligne de bataille ; alors,
chef de la troupe, commanda : ( Déployez la --- Page 231 ---
-
AS
CANRIY 720
2 VIny
1 /
n
à
TIL,
V
V /
R
-
a
E
a
Z
R --- Page 232 ---
CB --- Page 233 ---
209 )
coloune! > Bocquet était à ses
sa promesse, quitté
côtés, ayant, selon
la protection des son général. La colonne, sous
feux de sa première
déployait, lorsque l'eunemi fit
division, se
lançant sur nos deux
agir sa cavalerie, la
pagnols à
flancs ; la nôtre (les 200 Espanache vert) se mit en
pour nous soutenir; sans nul doute, mouvement 3
de nos officiers à sa tête, elle
ayant deux
cavalerie
devait repousser la
ennemie; lancée en
en somme, inquiétaient
fourageurs, qui,
turels avaient
peu; ; une partie des nade bataille. déjà rompu, abandonné leur ligne
Ramires quitte Ferrand, se
ses gens, et un cri général : à
porte à
dans Tair; on
muerto! retentit
fanterie,
charge, mais c'est sur notre inqui, alors, prise à dos, en flancs et
cevant des feux de face, se trouva
l'equatre côtés, sans pouvoir faire la enveloppée des
noeuvre pour échapper à une
moindre mapareille
Une fois ces deux cents
trabison..
leurs, on ne vit plus
cavaliers réunis aux
qu'une mélée
table, et nos pauvres six cents hommes épouvanplus qu'à vendre chèrement
n'eurent
était fait, ils étaient
leur viel... C'en
massacrés,
mots seuls : de muerto! à muerto! égorgés, et ces
ceux de nos malheureux
se mélaient à
capitaine
officiers et soldats... Le
Bocquet était tué; Allier fait
par grice; un seul capitaine du 89e prisonnier de
Camboulies, sortit,
ligne,
par miracle, avec qjuelques
--- Page 234 ---
210 )
de massacre, et se jeta
hommes 7 de ce champ
dans les bois.
Plus de
Quelle position que celle du général!
officiers avec sa garde à chesoldats, quelques
lui restait
val, auprès de lui, c'était tout ce qui
aux sons de la muside sa belle troupe, partie
* en
guerrièrel.. Que l'on juge sa position
que
semblable catastrophe! !Trahi par ceux
face d'une
ceux qu'il
qui le touchaient chaque jour, par
fallait
croyait le plus attachés à sa personne, il ne
sur aucun secours de leur part.
plus compter
vers l'avenir
Toutes ses idées durent se porter
il
et dès ce moment,
affreux qui se présentait,
Ce qui
se décida à ne pas survivre à sa défaite.
le prouve, c'est que du point qu'il occupait, il
de l'action,
au moment du commencement
fit
fuir par la route d'arrivée, et qu'il
pouvait le contraire : à notre tête, il nous forme
tout
escadron, et s'élance au milieu du
en un petit
désespoir. L'audace
carnage avec un courageux
fait tout
de cavaliers, sa bravoure,
de ce peloton
la vallée, culbute: 2
céder à son élan; il traverse
arrière de sa
écrase T'ennemi, et va ressortir en
officier,
première position. On ne perdit qu'un
Panis, tombé de cheval, et M. Batle colonel
docteur Roullet, qui furent
zalle ainé, avec le
tués.
qu'allions nous devenir?
Arrivé sur le coteau,
tout
de cavaliers, sa bravoure,
de ce peloton
la vallée, culbute: 2
céder à son élan; il traverse
arrière de sa
écrase T'ennemi, et va ressortir en
officier,
première position. On ne perdit qu'un
Panis, tombé de cheval, et M. Batle colonel
docteur Roullet, qui furent
zalle ainé, avec le
tués.
qu'allions nous devenir?
Arrivé sur le coteau, --- Page 235 ---
211) )
De quel côté faire flèche! Un seutier
on le suit; bien montés, le
se présente, 3
nous éloigne
galop de nos chevaux
la
promptement de ce lieu témoin de
plus lâche trahison et de l'extermination
nôtres. L'ennemi, tout
des
dépouiller les
occupé, soit à tuer, soit à
cavaliers à
victimes, n'envoya que quelques
notre poursuite.
Lanciers comme les nôtres, ils avaient la
che de fauillage au chapeau. C'était le
branralliement. Don Ramires avait
signe de
Ferrand!
abandonné, trahi
Ainsi se termina cette expédition,
si gaiement : ce fut un grand deuil commencée
vans.
pour les surviFerrand, en s'exposant, avait oublié
qu'un chef n'est
que tant
pas mort, une cause n'est pas
perdue; qu'il se doit à ceux qui lui
que leur vie est entre ses mains;
restent, et
son armée n'est
; car, lui mort,
plus qu'un vaisseau sans
Un général qui expose ses jours commet la pilote.
grande faute; c'est là l'oubli de toute
plus
taire.
règle mili-
( Cei n'estjamais que par vanité, ou
> reté puérile, ou par
par légéignorance, ou
> de T'ennemi, que l'on tombe
par mépris
) faute, et si la mort d'un
dans une pareille
) la
général en chef en est
conséquence, les suites en sont
) nestes, ))
toujours fu-
(POLYBE.) --- Page 236 ---
212) )
Napoléon après ses désasQu'a fait l'empereur
Il était la
tres? Devint-il voltigeur ou grenadier?
clef de la voute. Les imbéciles qui disaient alors,
désertait son - aret qui l'ont écrit depuis, qu'il
devoir d'un
mée, n'avaient aucune notion du
chefcomme lui. Non, il ne désertait pas, ignorans!il courait aux ressources.
Ferrand
Ce dernier acte de vigueur, auquel
ne lui laissa aucune
survécut momentanément,
n'avait-il les
réflexion, ainsi qu'on le verra. Que
paroles de Polybe en téte!
la vidonc à fuir de toute
Nous continuâmes
de nos chevaux. Fort heureusement pour
"gueur les sentiers au milieu de ces bois ne pernons,
à l'ennemi de nous déborder. Iln'atmirent pas
guides à la gauche, c'est-àteignit que quelques
ceux-ci le tinssent éloidire à la queue, bien que
carabines.
gné et à distance par le feu de leurs
furent tués en protégeant notre
Deux cependant
aller.
fuite, leurs chevaux ne pouvant plus
de deux lieues de course au
Le ravin.
Enfin, après plus
de
et
une espèce
clocher, un ravin large profond,
formée par les eaux pluviales, se précrevasse
barrant la direction que nous suisenta, nous
avait même plus de sentier
vions; alors il n'y
chevaux, et
tracé. L'animation de nos excellens
encore le désir bien naturel d'échapper à
plus
pas de chercher un
Pennemi, ne nous permirent
de deux lieues de course au
Le ravin.
Enfin, après plus
de
et
une espèce
clocher, un ravin large profond,
formée par les eaux pluviales, se précrevasse
barrant la direction que nous suisenta, nous
avait même plus de sentier
vions; alors il n'y
chevaux, et
tracé. L'animation de nos excellens
encore le désir bien naturel d'échapper à
plus
pas de chercher un
Pennemi, ne nous permirent --- Page 237 ---
213 )
autre passage. Il fut franchi, au
de
tuer. Là, à notre grande
risque
nous
de nous
surprise, l'ennemi cessa
poursuivre; car ces parfaits cavaliers devaient franchir le même obstacle
chef de bataillon,
que nous. Un
du ravin
Desille, était tombé au fond
avec la selle de son cheval, dont les
sangles s'étaient rompues sous l'effort du
l'acharnement de ces Espagnols était
saut;
malgré le feu de nos
tel, que,
guides, ils mirent
terre et le tuérent à
de
pied à
rent
coups
lances : quatre futués, de leur côté, sur son corps; il était
vengé! Son cheval nu sauta avec les nôtres.
Où étions-nous?Q Qu'allions-nous
Pas un naturel avec nous ! Comment devenir
route du Zeybo sans un
regagner la
avions suivi
guide du pays? Nous
une direction toute opposée.
nous assurait même
Qui
celle de
que nous fussions dans
Santo-Domingo? Fort
nous
heureusement,
avions appuyé à droite, en arrière de
la ligne ennemie, et de ce côté devait être la
ville.
Dans cette course au galop, véritable
au clocher, ainsi que je l'ai
course
dit, avec armes el
bagages, une fois le ravin franchi,
nous
nous reposer un instant,
pumes
respirer une
surtout en voyant les Espagnols
minute;
abandonner la
place du saut, sans doule pour aller chercher
un passage plus facile. --- Page 238 ---
214 )
chargées de veiller le
On plaça deux vedettes,
long du ravin aussi loin que possible.
Pendant la fuite, le général Ferrand n'avait
mis pied à terre,
prononcé une parole. Ayant
pas
il faut nous tirer d'ici; charil dit : ( Messieurs,
l'on
s'ils ne le sont déjà. Que
gez voS pistolets,
les miens > Il
me donne deux cartouches pour
à Lamarche de faire placer
les charge, et ordonne
est
selle de son cheval sur le sien : ( Cervo
la
aller
loin. ) L'ordre fut
fourbu, il ne peut
plus
exécuté de suite.
il s'isole, en
Ces dernières paroles prononcées,
le suit
dans le fourré du bois; on ne
s'éloignant
besoin. Mornes, démopas, présumant quelque
jourralisés, on l'eut été à moins après pareille
notre silence était celui de la stupéfaction.
née,
n'osait émettre ses craintes. Quelle
Nul de nous
vivres! Fuir et fuir sans
Pas de
mourir
perspective' finir par être assassiné, ou
cesse, pour
bois. Notre courage, si nous
de faim dans ces
était bien abattu; ce
en avions encore, 2 hélas!
celui du désespoir. Cependant, 2
n'était plus que
à vendre encore chèrenous nous préparàmes
ment notre vie.
Tout-à-coup, au milieu de ces bois majestueux
silence, nos douloureuses
et de leur imposant
Un coup de feu
réflexions sont interrompues.
frappe nos oreilles : on remonte précipitamment
courage, si nous
de faim dans ces
était bien abattu; ce
en avions encore, 2 hélas!
celui du désespoir. Cependant, 2
n'était plus que
à vendre encore chèrenous nous préparàmes
ment notre vie.
Tout-à-coup, au milieu de ces bois majestueux
silence, nos douloureuses
et de leur imposant
Un coup de feu
réflexions sont interrompues.
frappe nos oreilles : on remonte précipitamment --- Page 239 ---
213 )
qu'une vedelte a vu les Esà cheval, , présumant
tourné l'obstacle que
pagnols arriver, qu'ils ont
n'ont osé
la crainte nous a fait franchir, et qu'ils
l'enà cheval! Voici
surmonter.. : ( A cheval!
))
nemi. Où est le général ? Général ! générall..
seul
( Il a pris par ici, de ce
L'écho
répond.
On remet pied à terre 1
côté >, dit l'un de nous.
loin dans le
chacun pénètre assez
on se dirige;
voici! > nous rasfourré. Des cris : ( Le voicille
vers le point d'où ils parsurent; on accourt
des nôtres à
taient, et nous trouvons un
genoux,
pleurant sur le corps de Ferrand.
Il
Mort
Il venait de se faire sauler la cervelle..
du générai.
suicidé La moitié de sa belle tétechauve Ferrand.
s'était
faire? Nos pleurs, notre déétait emportée. Que le rendre à la vie. Alexis,
sespoir, ne pouvaient
voulait sauver
mulâtre, trompette de ses guides,
sur son cheval; mais ce
son corps 7 en le plaçant
de grande taille
était celui d'un homme
corps
Si cela n'élait impos-
(cinq pieds huit pouces). difficile dans notre
sible, du moins était-ce fort
si loin de la ville, où Dieu seul savait
position, rentrerions' ! On lui ôta son dolman d'unisi nous
religieusement une tresse des
forme, on recueillit
filles, et n'ayant
cheveux de sa femme et de ses
ni le temps de lui creuser une
ni les moyens,
sous un tas de branfosse 2 on Pensevelit
car les dernières
ches d'arbres... II était temps! --- Page 240 ---
2 216 )
furent jetées sur lui aux cris des Espacoupées
gnols, qui avaient enfin trouvé un passage.
à cheval, et la course de fuite reOn s'élança
A peine si nous nous étions reposés
commença.
une heure. restions-nous de cette expédition ?
Combien
Deux officiers, M. Batsalle;
Treize hommes!..
dix guides Nombre néfaste, diront quelques
fatalistes. Ferrand termina sa vie, si belle d'abord
Ainsi
tout ce qu'il avait entrepris. Bon administrapar mais faible stratégien, il nous quittait sans
teur,
le moindre regret : le désespoir
avoir témoigné
d'autres pal'avait absorbé Pas un mot, pas
les dernières que j'ai citées; il n'en
roles que
par
eût pas moins tous nos regrets. Aveuglé
fausse sécurité, par cet amour qu'il avait
une
en fut la récomvoué à ces Espagnols, quelle
trahison enTingratitude! 1 la trahison ! La
pense? lui qui avait été le père de toute cette
vers lui,
population!
munis de bonnes armes, la giFuite
Bien montés,
il ne nous restait
àt travers bois. berne garnie de cartouches,
mais sans viplus qu'à fuir et à nous défendre;
milieu des bois, et ne sachant de quel
vres au
la position était de
côté diriger notre marche,
l'un
nature à nous démoraliser. Heureusement,
avoir mis dans son portede nous se rappela
pense? lui qui avait été le père de toute cette
vers lui,
population!
munis de bonnes armes, la giFuite
Bien montés,
il ne nous restait
àt travers bois. berne garnie de cartouches,
mais sans viplus qu'à fuir et à nous défendre;
milieu des bois, et ne sachant de quel
vres au
la position était de
côté diriger notre marche,
l'un
nature à nous démoraliser. Heureusement,
avoir mis dans son portede nous se rappela --- Page 241 ---
217 )
boussole, qui nous fut fort utile;
manteau une
centre de cette mer
elle fut notre sauveur au
la
de reconnaitre
d'arbres, et nous permettait
navire de
pouvait nous racôte, où un
passage
mener à Santo-Domingo.
Prenant donc la direction donnée, nous continuâmes à fuir devant ces Espagnols, qui, comme
sans vivres, devaient cesser une poursuite
nous,
Elle n'en eût pas inoins
fatigante et sans profit.
lieu, tant ces hommes étaient acharnés après
on
le dire, un combat innous, et ce ful,
peut
on
la célérité de notre fuite,
cessant; car malgré
ailes donnent la crainte, ces maudits
sait quelles
toujours, gràce à leurs
hommes nous dépistaient
de
chiens, dont plus d'un fut tué par nos balles,
à leurs maitres. Notre avantage étail
préférence
à feu contre des lances; elles
marqué : des armes
souvent
nous furent bien secourables : gardant
la lisière d'un bois, au-delà d'une savane tramoitié de nous faisait feu, tanversée au galop,
trouée dans les halliers ;
dis que l'autre faisait
alors
notre fuite faisait route à nos ennemis 1 car
trouvions
de sentiers frayés, dans
nous ne
plus
trouve à
de
qui se
plus
cette partie inhabitée,
Ce gros
quinze lieues de Higuey, ou Alta-Gracia.
être notre refuge, ç'eut été se
bourg ne pouvait
d'ailleurs, placé à
jeter au milieu de T'ennemi;
avions
notre gauche par la direction que nous --- Page 242 ---
(218 )
prise, nous n'aurions pu y arriver. Nous parvinmes enfin à la rivière Romané. Depuis cinq
jours, traqués, sans cesse, hélas!o c'élaient de longs
jours I N'ayant perdu personne, nous vimes la
rage de nos poursuivans se ralentir et leur nombre diminuer; fatigués, affamés , sans doute, car
plus que nous ils ne trouvaient des vivres.
pas Ils renoncèrent à nous atteindre, et nous en
fimes enfin débarrassés.
Exténués de fatigue, ne vivant que d'oranges
amères; de quelques fruits des bois,
sauvages,
COCOS ou autres, fort rares, nous étions dans un
état pitoyable : nos habits déchirés, ne pouvant
changer de linge, sous cette chaleur coloniale,
c'était un nouveau supplice ajouté à tous les
autres.
Le cheval du général , celui du commandant
Desille furent une ressource. Mais, comment P
leurs chairs, découpées et pendues à nos selles,
se séchaient au soleil, se cuisaient, pour ainsi
dire, et nous les mangions ainsi! Faire du feu la
nuit, seul instant de repos, c'eût été nous découvrir, et le jour c'étail impossible : il fallait
fuir et se défendre. Autant l'homme, après une
longue traversée, aspire à découvrir la terre,
autant, et plus peut-être, avions - nous hâte
d'arriver à la mer. Enfin, elle nous apparut :
nous en touchâmès le bord; mais la, comme
chaient au soleil, se cuisaient, pour ainsi
dire, et nous les mangions ainsi! Faire du feu la
nuit, seul instant de repos, c'eût été nous découvrir, et le jour c'étail impossible : il fallait
fuir et se défendre. Autant l'homme, après une
longue traversée, aspire à découvrir la terre,
autant, et plus peut-être, avions - nous hâte
d'arriver à la mer. Enfin, elle nous apparut :
nous en touchâmès le bord; mais la, comme --- Page 243 ---
219 )
de chemin : des rocs rongés
dans les bois, pas
par les vagues, ayant 2
par les eaux, aiguisés
à juste titre, reçu le nom de Cote-de-feric'esl
Que d'obstacles
la ceinture de Saint-Domingue.
ne
à surmonter! Cependant le courage
encore
Les passages les plus
nous abandonnait pas.
étaient ceux des
dangereux, 1 les plus difficiles,
étaient
rivières débouchani dans la mer. Quatre
1° la Romané, forte et rapide; 20 le
à traverser :
et 4° le Macoris, qu'il
Cucumaya; 3° le Soco,
trouver des gués ou pasfallait remonter pour
faciles. Que de peines dans ces marécages
sages
dans ces bois aussi anciens que le
inconnus !
augmentait nos emMonde! Hélas! chaque pas
barras,. et ils élaient d'autant plus pénibles que
diminuaient. Echappés au
nos forces physiques
étions retombés dans
danger des hommes, nous
nous
ceux de la nature A chaque moment, des fonperdions des chevaux 7 tombés dans
drières, d'oà avec peine nous tirions nos corps!
que deux chevaux, moins
Nous ne conservàmes
nourriture était facile
épuisés que nous : leur
sur la terre.
nous
se termina,
Cette course diabolique
de TOzama!
étions arrivés sur la rive gauche
nous
jour depuis que
C'était le vingt-quatrième aux sons de cel air,
lavions traversé si gaiement,
le flanc.
si
vrai depuis : On Pa lui percer
peu --- Page 244 ---
220 )
La nuit étant arrivée, nous n'osions remonter au
du bac, dans la crainte qu'il ne fit OCpassage l'ennemi, nous n'osions même faire des
cupé par soil feu, soit coup de fusil, ou plutôt
signaux,
trouvant un
de carabine; un de nos guides, 9
à
reste de force, se dévoua et traversa la rivière
Une embarcation vint enfin recueillir
la nagel...
Nous
les restes de la colonne expéditionnaire..
étions sauvés et au milieu des nôtres. Ce retour
miraculeux donna la première nouvelle de notre
les
même n'avaient
catastrophe 2 que
Espagnols
encore publiée : aveuglés par leur victoire,
pas
le commandement.
ils étaient à se disputer
cependant jamais concevoir qu'un
Qui pourra
soit resté vingt- quatre jours
chef, un général
force lancée à l'extérieur
sans s'enquérir d'une
Eh bien! c'est ce
et surtout allant à l'ennemi!
fit M. X., il resta dans une inaction comque
homme ne fut envoyé hors de
plète : pas un
la villel...
hiérarchie dévoluait le
Ce général X., auquel la
de
commandement, se hâta, à notre arrivée,
déclarer la place en état de siége Dérision!..
C'était inutile, car l'ennemi n'était pas même
les murs On verra ce qu'était ce chef :
sous
son apathie le fait juger d'avance.
du
Deux jours après notre rentrée, un sergent
aussi; il donna des nou89° de ligne reparut
un
la villel...
hiérarchie dévoluait le
Ce général X., auquel la
de
commandement, se hâta, à notre arrivée,
déclarer la place en état de siége Dérision!..
C'était inutile, car l'ennemi n'était pas même
les murs On verra ce qu'était ce chef :
sous
son apathie le fait juger d'avance.
du
Deux jours après notre rentrée, un sergent
aussi; il donna des nou89° de ligne reparut --- Page 245 ---
221 )
Camboulies, échappé au
velles de son capitaine,
carnage avec vingt soldats.
Courant à travers bois, ne sachant quelle dile capitaine avait eu la chance
rection prendre,
soit
de rencontrer un Espagnol nègre 7 qui 2
d'un gain, se chargea de le
crainte, soit appât 1l lui fut promis 100 piastres :
conduire à la ville.
fortune. Mais
c'était pour ce nègre une véritable
haine
chez lui, comme chez tous les autres, cette
entre les mains de prétres fanatiques, dojurée
mina encore l'intérêt.
deux
dit le sergent, ce nègre
( Pendant
jours,
le troisième, je
nous conduisit dans les bois;
nous avions
crus reconnaitre un endroit que
trèsun grand arbre
déjà vu, particulièrement vint
tracer une large
remarquable ; l'idée me
d'y
être
entaille avec. mon sabre : ce que je fis sans
la
mais le soir arrivu. On continua
route,
arbrel..
reconnus encore la place et mon
vant, je
étions trabis, et notre
Sans aucun doute nous
était factice. Je le dis à mon capitaine,
route
dans l'intérêt que ce nègre devail
qui, se fiant
ne voulut pas me
avoir à nous bien conduire 1
il fut interrogé, et avoua que
croire. Cependant
n'avait agi aiusi que pour
c'était vrai $ mais qu'il
sur la route
éviter les Espagnols qui se portaient
mes
del la ville. Couvaineu de sa trahison,je quittai
déclarant à mon chef que je préférais
camarades, --- Page 246 ---
1e 222 )
de faim dans les bois, plutôt que d'être
mourir
oùt sont le capitaine et ses solégorgé; me voici,
Camboulies ne reparut!..
dats 2... > Hélas!jamais
officier et
Un mois après, nous apprimes qu'un avaient
dix-neuf soldats, surpris dans le sommeil,
été assassinés, sans aucune miséricorde!..
tombé de cheval, prisonLe colonel Panis 9
le renvoya
nier, était au pouvoir de Ramires, qui
bout de deux mois; Allier, le commandant,
au
avait le même espoir:
également prisonnier dans 2 le haut de lOzama, 1 à
retenu sur un hâte,
de ses nouSantanse-delasline, 9 on avait
Elles cessèrent : il avait été tué! assasiné!
velles.
après un mois de prison !.
de la
Sil'on n'avait dans P'histoire des exemples
anime le coeur des hommes, lors des rérage qui
on en trouverait un
volutions ou guerres civiles 2
suit. Ferrand, ce père des Espagnols,
dans ce qui
comblés de bienfaits, et
cet homme qui les avait
donné une sebien plus, qui leur avait presque
dont le corps avait été caconde vie ; Ferrand,
dans les bois; au
ché par nous. > ful découvert
tout homme
lieu de lui donner une sépulture que
ils le mutilèrent, et ces
doit à son semblable, belle tête du tronc pour
monstres séparèrent sa
où elle fut exla porter à l'ile de forto-Ricco,
bout d'une lance sur la place publique
posée aul
de la ville !.
donné une sebien plus, qui leur avait presque
dont le corps avait été caconde vie ; Ferrand,
dans les bois; au
ché par nous. > ful découvert
tout homme
lieu de lui donner une sépulture que
ils le mutilèrent, et ces
doit à son semblable, belle tête du tronc pour
monstres séparèrent sa
où elle fut exla porter à l'ile de forto-Ricco,
bout d'une lance sur la place publique
posée aul
de la ville !. --- Page 247 ---
- 223 )
du XVIII siècle, car ceux venus Les Espagnols
Ces Espaguols
les commansecours des naturels, et ceux qui
au
étaient des blancs, des Européens, 1 ne
daient,
aussi barbares que les anciens auxfurent-ils pas
Artaxerès,
quels les Grecs donnaient ce nom trancher la tête
la bataille de Cunaxa, fait
après
frère, tué sur le champ de bataille 1
à son propre
Ily a
et la fait exposer en place publique.. depuis,
loin de ce tems au nôtre, et cependant,
des hommes du désert n'a pas changé;
le sang
la même cruauté s'est
on le voil, de nos jours
a été éclairé
renouvelée, le même acte de barbarie dans les
le soleil Oui, le sang maure coule
par
nation chez laquelle, soit en Euveines de cette
T'homme ne
rope, soit aux Indes occidentales, du sang...
sait que tuer Du sang, toujours ! Ah! ce sont les
Que voit-on? cruauté, barbarie africains. En Esvrais descendans des Bedoins
le
la loi du talion était et sera toujours il
pagne,
et certes 2
seul point sur lequel on s'entende, effort d'inbesoin pour cela d'un grand
n'ya pas
nation barbare est ce qu'il
telligence, car cette
elle
rudimentaire dans Thumanité;
y a de plus
abus.
à l'état social, et ce n'est que par
préexiste
qu'elle lui survit.
Ferrand était fai- Opinion
Je me suis permis de dire que
fairer
sur le général
suit
en
jnger: Ferrand.
ble stratégien; ce qui
pourra
devait
lui, de sa per1° Parce qu'il ne
jamais,
grand
n'ya pas
nation barbare est ce qu'il
telligence, car cette
elle
rudimentaire dans Thumanité;
y a de plus
abus.
à l'état social, et ce n'est que par
préexiste
qu'elle lui survit.
Ferrand était fai- Opinion
Je me suis permis de dire que
fairer
sur le général
suit
en
jnger: Ferrand.
ble stratégien; ce qui
pourra
devait
lui, de sa per1° Parce qu'il ne
jamais, --- Page 248 ---
( 224 )
sortir de sa place pour aller, chercher un
sonne,
lieues; faute immense, 7
ennemi à quarante-cinq
on voit se renouveler
et que malleureusement
les
des officiers pleins d'ardeur 2
tous
jours par
d'avoir ville, camp,
d'ambition; ; qui, non contens
même, à garder, manquent à leur deou poste
doivent,
voir en allant chercher un ennemi qu'ils
dans tout état de chose, attendre de pied ferme.
C'était ce que devait faire le général.
2° La faute commise, il devait écouter, croire
et même avant tout les conseils
les rapports,
fidèles ; témoin le sieur Franco,
d'hommes sages,
qui prit du service avec nous.
militai3° Une fois en route, il fallait marcher
avoir des éclaireurs, faire des reconnaisrement,
marche, ce
n'eut lieu qu'à
sances, hâter sa
qui
fermer
la dernière journée, et surtout ne pas
l'oreille au récit d'un brave officier, aul point
au milieu d'un ennemi cinq fois'
d'aller se jeter
hommes contre
plus nombreux que lui (3,300
620).
récit du sieur Franco, il devait
4" Parce qu'au
attirer l'ennemi sur ses
battre en retraite pour
choisir sou
ressources, et s'il eut fallu combattre,
terrain, à portée de secours efficaces.
5" Parce qu'il aurait du, en homme habile,
ouvrir les yeux sur la conduite de l'astucieux
de toute l'affaire, et qui par des
Ramires, 9 âme
nombreux que lui (3,300
620).
récit du sieur Franco, il devait
4" Parce qu'au
attirer l'ennemi sur ses
battre en retraite pour
choisir sou
ressources, et s'il eut fallu combattre,
terrain, à portée de secours efficaces.
5" Parce qu'il aurait du, en homme habile,
ouvrir les yeux sur la conduite de l'astucieux
de toute l'affaire, et qui par des
Ramires, 9 âme --- Page 249 ---
(228 )
émissaires connaissant bien les localités, avertissait l'ennemi de tous nos mouvemens. C'était
autrement la reconnaissance de Bocévident, car
à combattre dans
quet ne l'eût pas trouvé préparé
et
ver's laquelle on nous poussait ,
une position de Ramires devenait patente par ce
la trahison
distinctif donné à ses hommes et retrouvé
signe
chez l'ennemi.
l'avait engagé à
60 Puisque son amour-propre
de sa personne, il fallait hâter, précipiter,
payer
la course à fournir, el ne
autant que possible, militairement. Il eut alors, sinon
pas se promener
désastre. Sa
réussi, du moins évité un
présence,
force
pouvait peut-être tout
avec une
respectable,
la troupe de
calmer; Ramires était en relard,
ligne n'était pas arrivée de Higuey.
Cetle célérité pouvait réparer, si c'était réparable,la plus grande des fautes,la plus immense!
aller à quarante-cinq lieues
quitter sa place pour
Tel ne le voulut pas le
chercher un ennemi
il châtia rudement ce cher général, qui,
sort;
se laissa aller au désesreconnaissant sa faute,
poir et mit fin à ses jours.
Porto-Ricco, une Organisation
Avec la troupe de ligne de
des de l'armée
d'armée tenta de s'organiser, du moins
espagnole.
espèce
réunies et armées. Un riche habimasses furent
s'institua général en chef.
tant, don Sanchez,
dut, après
Ramires, ayant la même prétention,
--- Page 250 ---
226 )
discussion, se contenter du second rang. Il fallait
du tems à ces hommnes, neufs au métier des armes,
pour former un corps d'armée, Ce qui retarda
Tapproche de cette masse de Santo - Domingo,
et lorsqu'elle se crut en mesure de se présenter, 2
par ce qu'elle fit nous fàmes à même de juger
combien la fatalité avait pesé sur le général Ferrand! On le verra, dans aucune attaque dirigée
sur l'ennemi, il ne fut possible de joindre ses
hommes. A la place du général auquel, en l'absence du titulaire, était échu le commandement,
nul doute que le brave Ferrand, aussitôt la nouvelle d'un tel désastre (il ne l'eût pas même attendue), n'eût mis en marche des forces suffisantes pour voler au secours des vaincus, de
manière à ne pas donner le tems à l'ennemi de
se reconnaitre, de s'organiser, tandis que ce général X... s'enferma dans ses murs...
Cette déplorable affaire vint rompre tout le
bonheur dont nous jouissions depuis les derniers événemens; il fallut renoncer à toute félicité et penser à un retour en France, de laquelle,
certes, nos idées étaient fort éloignées; car pas
un de nous, qui ne fut attaché à ce sol qui le portait, comme s'il eût été le sien propre. Cette terre
était à nous; elle avait reçu le baptéme de notre
sang !..
Quel était le général X 2
...
Cette déplorable affaire vint rompre tout le
bonheur dont nous jouissions depuis les derniers événemens; il fallut renoncer à toute félicité et penser à un retour en France, de laquelle,
certes, nos idées étaient fort éloignées; car pas
un de nous, qui ne fut attaché à ce sol qui le portait, comme s'il eût été le sien propre. Cette terre
était à nous; elle avait reçu le baptéme de notre
sang !..
Quel était le général X 2 --- Page 251 ---
$ 227 )
était arrivé à Saint-Domingue, Le genéral de
Le général X..
brigade X...
le général Leclerc, avec l'emploi d'inspecaprès
mission toute admiteur général des hôpitanx,
militaires.
dénotant bien ses capacités
nistrative, 2
fonclions au moment de
Il remplissait donc ces
l'arrivée du général Ferrand à Santo-Domingo.
bien
et son incapacité y fut
Il resta,
qu'inutile,
fois, mais dix,
souvent mise à jour. Non une
entendu Ferrand dire : même en pleine
j'ai
homme lui déplaisait: ( Je ne
table (1), tant cet
la solde
comment il resle ici à manger
conçois pas
demande l'état sans y rien faire? A sa place,je
à insderais mon rappel; ; il n'ya a plus d'hôpitaux
l'armée, je ne
pecter, et tant que je commanderai
))
hommes et un caporall..
lui confierai pas quatre
le
3 et chaque fois qu'il
C'était son cauchemar,
la même chose sur
voyait, il répétait à peu près
le
eût racheté
son compte. Si encore
physique Mais non ! Petit
les qualités qui lui manquaient?
maigre,
et coiffé à l'oiseau ;
de taille, âgé, poudré
de vieux! vélu
avec une de ces figures d'enfant
ce qui arriva lors d'un diner 9 pendant
(1) Ce mot Thonneur me rappelle d'étre placé auprès du général Ferrand. dans De- ce
lequel bout, servant j'avais le potage (les mnaitres de maison servaient devant lui : dans
tems), je m'aperçus qu'unes salière était le renversée sot dit-on, signe de mort,
la crainte que le général ne s'appliqua dessus : mais au rechange d'asje me hâtai de pousser salière son couvert et dit: < Ah lah ! Messieurs, si j'étais
siette ,1 il découvril la mort serait proche! ! > Deux mois plus tard.il
superstitieux. n'était plus. Tel ma est le fait passé devant moi,
servaient devant lui : dans
tems), je m'aperçus qu'unes salière était le renversée sot dit-on, signe de mort,
la crainte que le général ne s'appliqua dessus : mais au rechange d'asje me hâtai de pousser salière son couvert et dit: < Ah lah ! Messieurs, si j'étais
siette ,1 il découvril la mort serait proche! ! > Deux mois plus tard.il
superstitieux. n'était plus. Tel ma est le fait passé devant moi, --- Page 252 ---
228 )
ridiculement d'un dolman vert pomme. 1 galonné
serin; bas
d'or; culotte courte, en casimir jaune
blancs, souliers avec guêtres noires à mi-jambes!
l'homme à Toeil; ; c'est à ne pas le croire!
Tel élait
cheval anIl fallait le voir perché sur un grand
les
de
glais, frappant de ses éperons
panneaux
la selle Jamais caricalure pareille n'existera
qu'en carnaval.
Pendant toute la durée de son commandement,
l'admirer avec une variante. Après la
on put
mort de Ferrand, il en acheta le chapeau, 2 égalehors de
avec sa taille; et comme
ment
proportion ferré d'or, on ne put, ou il ne
ce chapeau était
il le réservait pour la
voulut pas le réduire ;
grande tenue. n'eussent été que peu de chose,
Ces ridicules
si, sous la friperie, il y avait eu de T'homme;
malheureusement il manquait tout à fait. Un
mauvais jeu de mot acheva de le ridiculiser; enil demanda un jour à
chanté de sa petite tenue,
mort :
Bardin, ex -aide - de- camp du général
> Mais, général, le
( Comment me trouvez-vous?s
toutevert et le jaune sont d'agréables couleurs ;
à
fois, avec ce mélange > on ressemble beaucoup vériomelette aux fines herbes. > C'était la
une
Rien donc sur lui, rien en lui,
table peinture.
exlindividu, un entêtement
et pour compléter
Hélas! c'étrême, défaut des pauvres d'esprit.
mort :
Bardin, ex -aide - de- camp du général
> Mais, général, le
( Comment me trouvez-vous?s
toutevert et le jaune sont d'agréables couleurs ;
à
fois, avec ce mélange > on ressemble beaucoup vériomelette aux fines herbes. > C'était la
une
Rien donc sur lui, rien en lui,
table peinture.
exlindividu, un entêtement
et pour compléter
Hélas! c'étrême, défaut des pauvres d'esprit. --- Page 253 ---
229 )
On voit dans quelles mains
lait un honmelette.
de bons
étions tombés. Heureusement que
nous
colonels élaient là.
déclarée en état de Siége et bloLa ville de Santo-Domingo,
hâta cus de Stla judiciaire de M. le général, il se
Domingo,le
siége par
détachemens qui gar- 26 novem -
de faire rentrer tous nos
utiles bre 1808.
daient les frontières de la partie française;
puisqu'ils
cependant sous un second rapport,
de
maintenaient la population espagnole, qui,
encore trempé dans la révolte:
ce côté, ,n'avait pas
général. Ces
leur départ décida le mouvement
rentrés avec le colonel Aussenac,
détachemens, de la ville furent fermées et gardées
les portes
eût été là. Le service de siége
comme si l'ennemi
l'on insista pour
commença. Ce fut en vain que
sur la route du Zeibo, seenvoyer un secour's
hommes !
cours qui aurait pu sauver quelques
le
du général; il se voyait
L'effroi s'était emparé
et à toutes les observations,
couteau sur la gorgel
déclaré la ville
il n'avait que cette réponse : ( J'ai
état de
on ne doit pas sortir. ))
en
siége,
le seul moment
Cependant c'était, ou jamais,
aller chercher des bestiaux, qui
propice pour
ressource; en salant
eussent été d'une grande les trois mois de vivres
la viande, on eût allongé
Cetle occasion fut perdue
Arrivée d' 'une
en magasin.
instruits de la mort du général division anLes Anglais,
le port. Leur division glaise.
Ferrand, vinrent bloquer
état de
on ne doit pas sortir. ))
en
siége,
le seul moment
Cependant c'était, ou jamais,
aller chercher des bestiaux, qui
propice pour
ressource; en salant
eussent été d'une grande les trois mois de vivres
la viande, on eût allongé
Cetle occasion fut perdue
Arrivée d' 'une
en magasin.
instruits de la mort du général division anLes Anglais,
le port. Leur division glaise.
Ferrand, vinrent bloquer --- Page 254 ---
230 )
d'un vaisseau de 74, le Polyphemus,
se composait
de deux frégates et quelques
commodor Cumby,
trois
en sorte
canonnières; elle forma
lignes, dans la
bâton flottant ne serait pas entré
qu'un
être vu. Pour loute marine, nous
rivière sans
commandée par M.
n'avions qu'une goélette,
de
Bronard ; elle était en course au moment
l'arrivée des Anglais
bons solLa garnison, affaiblie de six cents
dats, de partie de la milice à cheval, enlevée par
Ramires; de celle à pied, qui avait abandonné la
l'absence du général, ne
ville un à un, pendant
hommes de
de 1,200
se composait plus que
troupe.
administrative, reforL'ancienne compagnie
La compagnie
et judiciaire, et dans
administra- mée des corps administratif
tive.
laquelle on admit tout jeune homme, bourgeois,
fut mise sous les ordres de M. Goguet,
négociant,
revues. Forte de 200 hommes,
inspecteur aux
ces
elle rendit de bons services. Ces employés,
pleins d'ardeur, de courage 2 bien
jeunes gens valaient la troupe de ligne; ilsavaient
disciplinés,
Avec 259 gardes naun uniforme de voltigeurs.
hommes
tionaux, cela faisait un total de 1,600
le fusil. (Voir la note cinquième )
portant
nous étant ravies par mer, , il
Jr sortie de la Toutes ressources
place.
fallait ne pas négliger celles que nous pouvions
terre. Sous prélexte d'une manous procurer par --- Page 255 ---
(231 )
on obtint enfin de passer sur la
raude à faire,
de fOzama 7 occupée en partie par
rive gauche
le déloger d'abord : le projel
Tennemi; il fallait
cette rive, mais
était d'établir une redoute sur accordée. On fit
l'antorisation ne fut pas encore
chassant debonne prise en boeufs, tout en
une
ennemi si vain de sa cruelle victoire.
vant soi un
ici toute la force dela hiéN'admirera-t-on pas
nul sous tous les
rarchie militaire ! Ce général,
chaque
rapports, élait cependant consulté pour aurait dû le
opération ; dix fois pour une on c'étaitl Thabit
mettre de côté. Non, c'étaitle chef,
le
un
c'était
drapeau, qu'importait
de général,
était cloué. On n'avait pas eubâton auquel il
lui forde contrariétés pour
core assez éprouvé
arriva. Du reste, bien que
cer la main; le moment
ait été fait souvent
pendant ce long blocus tout
ordre, arralui, rien ne fut fait sans son
malgré
ché véritablement.
la position de la
Quelle était à ce moment
colonie de Santo-Domingo P... France et de tout Position de la
dix-huit cents lieues de la
colonie.
A
secours ;
face: les Anglais sur mer, les
Deux ennemis en
Espagnols sur terre;
résister à un
Une ville mal fortifiée ne pouvant
siége régulier ;
Trois mois de vivres !
long blocus tout
ordre, arralui, rien ne fut fait sans son
malgré
ché véritablement.
la position de la
Quelle était à ce moment
colonie de Santo-Domingo P... France et de tout Position de la
dix-huit cents lieues de la
colonie.
A
secours ;
face: les Anglais sur mer, les
Deux ennemis en
Espagnols sur terre;
résister à un
Une ville mal fortifiée ne pouvant
siége régulier ;
Trois mois de vivres ! --- Page 256 ---
232 )
Seize cents hommes de garnisou.
Enfin, un général (de nom ) incapable de commander ! Heurensement, nous avions de bons et
solides colonels. Ils furent bien remarquables !
Il fallut beaucoup de courage pour suppléer à
tout ce qui manquait.
Ces Espagnols, assassins de Palo-Inclinado, ne
nous effrayaient pas : le passage de l'Ozama sous
leur feu et la sortie sur la rive gauche avaient
fait juger de leur véritable valeur ! Nous connaissions leur couardise ; ce qui était à craindre,
c'était la famine! qui devait arriver à la longue.
Chaque, jour, attendu notre inaction, notre timide ennemi faisait un pas vers la place, sans
aucune opposition, et l'on se laissait envelopper
de forces, qui fort heureusement se contentaient.
de bloquer, 7 sans attaquer. L'incurie du chef les
laissa s'organiser, et trois mois s'écoulèrent sans
qu'une seule sortie vint les troubler; en sorte
que l'on aurait pu faire la question : ( Qui donc
bloque Santo-Domingo? Hommes ou singes?s
Cet enneni, très prudent, n'avait pas tiré un
seul coup de fusil; il construisait au loin des ouvrages de campagne, formait des camps à deux
lienes de la place. Voici dans quelles prévisions
il en agissait ainsi : Sanchez, général en chef,
malgré Ramires, se flattait, dans son- orgueil,
qu'avec une armée, quelle armée! la place lui --- Page 257 ---
233 )
ouvrirait ses portes en se
en prendrait
présentant, el qu'il
paisiblement
queur. I1 n'ignorait
le possession, en vainsins,
pas contenu de nos
et, véritable
magatodo
Espagnol, il disait :
se
Patienca
componera como el tiempo! Dans cet espoir, il n'avait point
anglais, qui, de
communiqué avec l'amiral
son côté, 2 ne doutait
jour ou l'autre le
pas qu'un
> moment arriverait
On dit, la poire miire, il
oi, conme
même brûler
pourrait la cueillir', sans
une amorce.
La conduite de notre chef avait laissé
ses intentions : consommer
deviner
vres et
ses trois mois de vicapituler. Il en restait alors à
buit jours.
peine pour
Celte apathie des
sans communication Espagnols, 7 qui se tenaient
avec le commodore
Cumby, fit craindre à ce dernier
anglais
ment de notre part avec
un arrangeréservé
eux; ; résolution qui eût
aux Français un point sur lequel tôt
tard on pourrait diriger des
ou
des divisions
secours et même
navales. Il se décida donc à nous
envoyer un parlementaire,
de se rendre.
qui somma la place
Nous rendre à lui!
n'avait
pas tiré un seul coup de
qui
connaitre des
canon, 2 c'était bien mal
était fait de Français!,
Et cependant, c'en
notre garnison, elle allait être
le chef capitulait, si des
livrée,
homes de coeur, de
courage, n'avaient élé Jà : Paillé, chef de ba-
navales. Il se décida donc à nous
envoyer un parlementaire,
de se rendre.
qui somma la place
Nous rendre à lui!
n'avait
pas tiré un seul coup de
qui
connaitre des
canon, 2 c'était bien mal
était fait de Français!,
Et cependant, c'en
notre garnison, elle allait être
le chef capitulait, si des
livrée,
homes de coeur, de
courage, n'avaient élé Jà : Paillé, chef de ba- --- Page 258 ---
234 )
taillon, faisant les fonctions de chef d'état-major;
Bron, directeur du génie; Ferrier, colonel d'artillerie; Aussenac, Pichot, Vassimont, Lafiton,
colonels d'infanterie puisse leur nom ne pas s'oublier!), ne s'étaient pas opposés à toute capitulation jusqu'alors. Ils se révoltèrent, à juste titre
cette fois, et toujours respectant le droit hiérarchique, forcèrent le chefà convoquer un conseil,dans
lequel serait débattue la question.
Le parlementaire fut renvoyé à son bord, oû,
plus tard, on se réservail de faire connaitre la décision à intervenir.
Qui se crut perdu? Ce chef, auquel, pour
ainsi dire, on plaça le chapeau ferré en tête; car,
sans délai, il dut présider le conseil.
Dans ce conseil, dernière ressource des braves
colonels, le chefdut entendre leurs observations
et de dures vérités. L'un d'eux dit :
a Général, avant de livrer la place, soit aux
)) Anglais, soit aux Espagnols, il faut qu'elle soit,
) non-seulement sans vivres, mais encore sans
) munitions; il faut que ses murailles soient,
) non entamées, mais ouvertes; il faut enfin, que
) les trois quarts de nous soient morts. Que di-
) rait l'empereur? Une garnison de Français au-
)) rait capitulé sans avoir brulé une seule amorce,
)) sans avoir touché l'ennemi, saus lui avoirlancé
> un seul coup de canon; c'est chose impossible! --- Page 259 ---
235 )
trois mois, obéissans, passifs, vous
) Depuis
nous affamer, el
> nous tenez renfermés pour
où
suite, capituler. Le moment est arrivé
) par
doit cesser. Abandonnez ce
> cette obéissance de la
sortons pour
brûlons
poudre,
) système, les forces qui nous bloquent, sortons
> combattre
le nombre.
les connaitre, pour en savoir
> pour
Ordonnez une sortie; sans
) Vous T'ignorez...
vous,
elle se fera malgré
) cela, et sur Thonneur,
chef. Dans vingt-
> et vous cesserez d'être notre
de banous vous répondons
> quatre heures,
de l'Ozama. Jamais de
) layer toute la rive droite
tant que nous aurons une car-
) capitulation,
de foi. Ren-
) touche! ! Telle est notre profession
seul
dez-vous de votre personne, capitulez
;
>
livrer comme une marchandise, ja-
) nais nous
extrémités; alors,
) mais ! Arrivons aux dernières
honneur
anglais auront l'insigne
> les vaisseaux
des
nous recevoir, car ils emporteront
) de
vous voulez nous y envoyer
) braves, et vous,
) comme un troupeau de lâches.
une sortiell!, )
> Point de capitnlation,
el
La sortie fut ordonnée, séance tenante,
du général présidant.
sans la moindre réplique
devant un être si
Déployer une telle vigueur,
n'avait pas un
faible, n'était pas un grand effort,
celte résomérite; mais ce qui donnait à
grand
c'était la déférence
Iution une grande portée,
vous voulez nous y envoyer
) braves, et vous,
) comme un troupeau de lâches.
une sortiell!, )
> Point de capitnlation,
el
La sortie fut ordonnée, séance tenante,
du général présidant.
sans la moindre réplique
devant un être si
Déployer une telle vigueur,
n'avait pas un
faible, n'était pas un grand effort,
celte résomérite; mais ce qui donnait à
grand
c'était la déférence
Iution une grande portée, --- Page 260 ---
236 )
qu'on gardait encore pour ce chef imposé par la
mort.
Ce pas fait, cette brèche à son pouvoir s'élargit; pendant toute la durée du blocus, il en fût
ainsi. Messieurs les colonels combinaient, faisaient tout... A Jui le droit, à eux le fait Eux
seuls lui firent une réputation.
Le commodore anglais reçut ce même jour la
décision du conseil, et posta ses navires par le
travers de la grande savane
2me sortie de
Sous les ordres du colonel Aussenac, 500 homla place (26 mes franchirent enfin la porte de la ville, et
fév. 1809). marchèrent à l'ennemi, qui occupait le fort
de Saint-Jérome, construit en maçônnerie, situé
sur la côte, à treize cents mêtres de la place; des
ouvrages gabionnés protégeaient ses abords : le
premier, à la même place que celui de Pétion,
en 1805, à. deux cent cinquante mètres ; le
deuxième, au pied même du fort, barrant les
grandes routes d'Azua, et armé de deux pièces
de 8, enfilant la route.
Dix-huit cents hommes défendaient le fort et
les ouvrages : attaqué de front, pendant qu'une
compagnie, favorisée par des bois, tournait la
gauche, l'ennemi ne tint que le temps de faire
une décharge sur' nous, abandonnant fort, ouvrages, artillerie, camp! Tout fut enlevé à la
course. On le poursuivit dans sa fuite précipitée, --- Page 261 ---
€ 237 )
de Phabitation de plaisance du géjusq'au-dela
Sanchez avait établi
néral Ferrand, sur laquelle
; toute la nuit, on fit positison quartier-général;
Une colonne,
vement la chasse aux Espagnols.
le
dirigée sur la route de San-Yago, rabattant
de la rive droite de l'Ozama, refoula sans
long
les forces quis'y trouvaient, el qui reperte toutes
Une grande partie fit
passèrent sur la rive gauche.
en arrière de la rivière Jayna.
sa retraite sur Bani,
sortie eût le plus grand succès, et ces
Cette
barbares, qui
braves Espagnols, ces vainqueurs
des
employé trois mois à construire
avaient
à se donner du coeur, n'opposèrent
ouvrages,
et fuirent avec tant de
qu'une faible résistance, même leur faire un seul
célérité que l'on ne put
tel fut
prisonnier Huit morts, dix-neufblessés,
Quant à V'ennemi, ou il avait enlevé
notre perte. il n'en avait pas eu. Cela se conles siens, ou
seule décharge
retranché, et faisant une
çoit :
fuyant,
de ses pièces et de ses armes, puis
notre feu l'atteignit à peine.
attachée
nous
la fatalité
Cette attaque
prouva
aidée de la trafatalité qui,
au général Ferrand,
nous enleva la victoire à Palo-Inclinado.
hison,
sans nul doute, moins
Ces Espagnols eussent, compté sur les moyens
tenu alors, s'ils n'eussent
ils n'auassuraient leur succès; je dirai plus,
qui
raient même pas attendu.
et de ses armes, puis
notre feu l'atteignit à peine.
attachée
nous
la fatalité
Cette attaque
prouva
aidée de la trafatalité qui,
au général Ferrand,
nous enleva la victoire à Palo-Inclinado.
hison,
sans nul doute, moins
Ces Espagnols eussent, compté sur les moyens
tenu alors, s'ils n'eussent
ils n'auassuraient leur succès; je dirai plus,
qui
raient même pas attendu. --- Page 262 ---
238 )
Au moment de la sortie, le commodore anglais fit feu de tous bords sur les troupes passant
sur la savane, et nous avoua plus tard, que cette
infanterie ressemblait à de la cavalerie, tant il y
avait d'ensemble et de précipitation dans sa
course. Cependant, alors, on n'avait pas encore
inventé le pas gynnastique. On peut juger de
cette comparaison, ajourd'hui, oùt nos soldats
d'infanterie exécutent des manceuvres comme
celles de la cavalerie.
C'était le premier feu des Anglais; mais ces
bordées à toutes volées faisaient plus de bruit
que de mal, le pas de course diminuait ses chances. Depuis lors, le jour, la nuit plus particulièrement, le commodore usa sa poudre, fatiguant la garnison sans grands dangers. Un seul
de ses boulets emporta la tête d'un tambour, 9
battant la diane sur une batterie de la côte. A
peine faisait-il jour : hasard!
On séjourna sur l'habitation Ferrand, et l'on
acheva l'armement du fort Saint-Jérôme, commencé par les Espagnols, qui déjayavaient placé
des pièces. Il reçut une garnison, et Darame,
chef de bataillon, en eût le commandement. Ce
fort nous rendait maitre de quatre lieues de terrain, chose précieuse, et qui, grace à l'industrie
française, 2 avait vu naitre, prospérer une foule
d'habitations, très productives en vivres de terre. --- Page 263 ---
239 )
collectivement les racines,
Ainsi se désignent
ou choux ((ltelles que manioc 1 patate 2 tayo
etc. On se
raibe, igname, couche-couche, etc.,
des vila terre et de faire rentrer
hâta d'explorer
vres en magasin.
à venir
Le général se hasarda, la sortie opérée,
mais il n'y fit qu'une
sur Phabitation Ferrand,
feux de pelotons,
courte apparition 1 quelques
bride, et
l'ennemi fuyant lui firent tourner
sur
l'avait écouté, il serait rentré
même si Aussenac
le fruit de la vicabandonnant
avec sa troupe,
toire. Quelhonme! : ille laissa partir..
de MM. les colonels était remLa promesse droite de lOzama était libre 2
plie : toute la rive
de trois à
et l'on était en possession d'un rayon des reslieues, dans lequel il y avait
quatre
sources.
reconnu que le Darame, comLe commodore Cumby ayant
mandant le
était armé, occupé, envoya une fort Saintfort Saint-Jérôme
le couvrit de ses bor- Jérôme.
frégate le canonner : elle
Darame,
dées, mais sans faire grand dommage. mérite,
brave soldat, , parvenu, par son seul
et
dans le Se léger, ne s'effraya pas de ce tapage,
à P'ennemi le peu de cas qu'il
pour montrer
* en somme, 1 ne poufaisait de son attaque ( qui
eut-il débarvait avoir aucun résultat 1 car
monta sur
qué, de bons fossés l'eussent arrêté),
montra
déboutonnant sa culotte;
le parapet , et,
grand dommage. mérite,
brave soldat, , parvenu, par son seul
et
dans le Se léger, ne s'effraya pas de ce tapage,
à P'ennemi le peu de cas qu'il
pour montrer
* en somme, 1 ne poufaisait de son attaque ( qui
eut-il débarvait avoir aucun résultat 1 car
monta sur
qué, de bons fossés l'eussent arrêté),
montra
déboutonnant sa culotte;
le parapet , et, --- Page 264 ---
240 )
son derrière à l'Anglais Action toute soldatesque, il faut en convenir, et peu digne, mais
qui peint cet homme.
Le capitaine de la frégate, indigué et dans une
sainte colère, se rapprocha du fort, d'oà le feu
partit alors et avec fruit, les boulets touchant
bien le navire; mais, en s'approchant, le navire
avait touché, il dut reprendre le large
Pendant cette bravade 7 d'un bon et ancien
soldat, un petit nègre de douze ans 2 son domestique, curieux comme tous les enfans, grimpa
sur le parapet à ses côtés 2 parapet labouré par
les boulets ennemis : à grande hàte il lui fut Ordonné de descendre ; mais, étonné de cet ordre,
l'enfant répondit, dans son idiôme : ( Mais
vous bien là, pourquoi moi pas là aussi? - Oui,
j'y suis; mais je ne coûte rien , moi, et toi, tu
m'as coûté de l'argent t; allons va te cacher; moi
je puis me faire tuer 1 je ne ferai lort à personne. )
Ainsi, ce brave militaire considérait sa vie
comme peu de chose, et attachait un prix à celle
de son esclave. Ce digne soldat, qui devait finir
sur la brèche, mourut du tetanos. Il mourut sur
un lit qu'ilavait placé devant une fenêtre, ouverte pour jouir de la fraicheur de la nuit
La chaloupeLe capitaine de la frégate, à laquelle nos
canonnière boulets avaient causé quelques avaries, voulut
anglaise.
, ce brave militaire considérait sa vie
comme peu de chose, et attachait un prix à celle
de son esclave. Ce digne soldat, qui devait finir
sur la brèche, mourut du tetanos. Il mourut sur
un lit qu'ilavait placé devant une fenêtre, ouverte pour jouir de la fraicheur de la nuit
La chaloupeLe capitaine de la frégate, à laquelle nos
canonnière boulets avaient causé quelques avaries, voulut
anglaise. --- Page 265 ---
241 )
revanche et tenta une entrée en riprendre sa
canonnière,
vière, en envoyant une chaloupe milieu de la nuit
avec ses avirons fourrés : au
mais l'offielle tenta de pénétrer dans T'Ozama;
le
la commandait n'avait pas prévu
cier qui
la clarté qui
lever de la lune; à ce moment,
quelque chose sur l'eau;
se fit laissa apercevoir
de la compagnie adun de nos jeunes gens 2 faction à la batterie
ministrative, Lesueur 1 de
donna
de l'arsenal , tira son coup de fusil et
L'officier anglais pouvait, - sans aucun
l'alarme.
retraite, mais, folie ou bravade
danger, , faire
C'était,
doute, il fit feu de ses caronades...
sans
indiquer sa position. Deker,
de nuit, sottement
la batterie
d'artillerie, commandant
lieutenant
bien observé le feu, feu
de Santa-Regina, ayant de la voix de la part de l'ofrépété avec insultes
une fois, il ne
ficier, s'écria : ( S'il tire encore
de 24
deux ! Ayant pointé sa pièce
tirera pas
il suivit la chaloupe et la tira
sur le dernier feu,
des cris se firent enlenau juger; à l'instant
: un canot alors
jour
dre, se répétant jusqu'au
aller sauver deux
sortit du Port-Rivière pour
de la chaloupe.
à cheval sur la quille
hommes 1
elle avait chaviré et élail
Touchée en plein bois,
de ses
mouillée par Ja pesanteur
restée en place 7
n'avaient pu rompre
dont les embrasses
pièces ,
du bord.
élaient restées fixées à l'affit-coulisse
et
--- Page 266 ---
5 242) )
deux caronades en bronze : réparée,
C'étaient
devint notre garde rivière. Les
cette chaloupe
que le boulet
deux matelots sauvés rapportèrent
avait tué trois des leurs, el que l'officier et treize
avaient péri, n'ayant pu recevoir de sehommes la
fort au large dans ce moment.
cours de frégate,
rendre la joie de cet artilleur,
Rien ne peut
de canon aussi heureux; car,de
après un coup
but
l'on ne connait
nuit, pour atteindre un
que
le juger, il faul un grand hasard. Cepenque par
avait dû être bien calculé.
dant, le coup
à l'ennemi qu'il
Cette tentative avortée prouva
de
n'était
aussi facilc d'aborder nos batteries
pas
sans doute, car jamais de
côte qu'il le présumait
marine, à moins
jour il ne s'en approcha. La
supérieure de feux, aura toujours
d'une quantité des batteries de côte; par le moufort à craindre
vement des eaux , elle n'a que trois pointages
à couler bas, c'estdans les combats : à démdter,
à-dire à la flottaison, et en plein bois. Or, sur
dernier pointage est le seul à employer;
terre,ce contraire, une batterie bien armée, ayant
tout au
n'épouvantent pas le
de bons canonniers que
du navire.
bruit, peut attaquer toutes les parties
des
A Flessingue e, que firent
On en a
exemples.
les Anglais P ils reculèrent devant nos batteries 2
abandonner
avoir été fort
qu'ils durent
après
maltraités.
et en plein bois. Or, sur
dernier pointage est le seul à employer;
terre,ce contraire, une batterie bien armée, ayant
tout au
n'épouvantent pas le
de bons canonniers que
du navire.
bruit, peut attaquer toutes les parties
des
A Flessingue e, que firent
On en a
exemples.
les Anglais P ils reculèrent devant nos batteries 2
abandonner
avoir été fort
qu'ils durent
après
maltraités. --- Page 267 ---
(243 )
ponvait être le but de la
On se demanda quel Y'Ozama P Rien à y prententative d'entrée dans
c'étail donc vouà bràler :
dre, pas une barque
cette canonnière,
loir sacrifier des hommes 2 car
la place, et
passée en rivière, ne pouvait prendre le feu des canons
son sort était d'ètre coulée sous
bien soupé
de la place. I1 fallait avoir plus que
conmettre une faute si grave.
pour
retrempé son moral ; elle
La garnisun avait
P'ennemi, conavait combattu sur terre, repoussé
elle venait
acquis des vivres;
quis du terrain,
mer. Ces deux exempresque de combattre sur
canonnière lui
et de la
ples du fort Saint-Jérôme
n'étaient pas
donnaient la preuve que les Anglais
elle qu'elle l'avait primitiaussi dangereux pour
faire face à deux ennevement craint : elle pouvait débarrasser la rive gaumis. Il ne lui restait qu'à
chef, on n'eut
che de T'Ozama ; avec tout autre dès le jour de
attendu si long-temps; ; carsi
fut sorti
pas
du désastre de Ferrand, on
la nouvelle
aurait pu occuper cette
pour aller au secours, on
sortie,
même, après la deuxième
rive et attendre;
d'oi P'ennemi, dédonnant toute la rive droite,
immédiatemoralisé, avait fui, si l'on eut passé loin, et Pon
ment la rivière, on le repoussait au Il fut imposachevait de profiter d'une victoire.
dun
décider le chef, qui, tout gonflé
sible d'y
la plus grande
succès obtenu malgré lui, opposa --- Page 268 ---
244) .
résistance, en revanche, sans doute, de Sa première concession Cependant, qu'y aurait - on
trouvé? un ennemi épouvanté, qui même avait
fui d'abord , et était allé au loin établir son
camp.
Je reviens à cette première sortie. Il est impossible de se figurer l'ardeur qui ce jour-là anima
la troupe; ; mais aussi cette prison dans des murs,
pendant trois mois, et le désir tout naturel. chez
le soldat, de venger des camarades traitreusement égorgés, lui avait communiqué une sorte
de rage, qui fort heureusement manqua d'aliment par la fuite précipitée de ces Espagnols :
ils eussent été massacrés sans pitié si on avait pu
les rejoindre.
L'ardeur de combattre était si forte qu'il fallait un chef aussi habile, aussi aimé que l'était
Aussenac pour la maitriser; il fallait tout l'amour
que lui portait le soldat pour arrêter son élan à
l'onverture de la porte del Condé, et pour le
tenir dans l'obéissance. Bon militaire, Aussenac
sut contenir et réserver cette ardeur si précieuse;
au moment du combat, il la retrouva.
Après cette sortie, MM. les colonels revinrent à des sentimens plus indulgens pour le chef,
non qu'il ne fut toujours le même, mais dans
l'espoir d'avoir l'ordre d'opérer sur la rive gauche. Il résista cinq semaines; que de temps
lan à
l'onverture de la porte del Condé, et pour le
tenir dans l'obéissance. Bon militaire, Aussenac
sut contenir et réserver cette ardeur si précieuse;
au moment du combat, il la retrouva.
Après cette sortie, MM. les colonels revinrent à des sentimens plus indulgens pour le chef,
non qu'il ne fut toujours le même, mais dans
l'espoir d'avoir l'ordre d'opérer sur la rive gauche. Il résista cinq semaines; que de temps --- Page 269 ---
. 245 )
alors que nous avions
perdu, sans combattre,
donc,
toute notre vigueur! On attendit
encore les vivres ramassés. Pendant ce temps,
épuisant
la troisième sortie que
tout se préparait pour
l'on projetait.
arraché. 11 fallait
Enfin, l'ordre en fut encore
de la rive
construire une redoute près des accores
encaissant l'Ozama : un seul bac en pergauche,
Cet ouvrage devait
mettait la commûnication.
seconde
balayer Tennemi, qui pendant notre
inaction de cinq semaines était venu réoccuper
sur notre front de rivière.
les lieux et plongeait
de la rivière s'opéra sous la protecLe passage
l'ennemi opposa une
tion des feux de la place :
résistance tant que quelques troupes ne
grande
à terre; mais une fois la première
furent pas
tint
et gagna les
compagnie passée, il ne
pas
d'ou il continua de nous harceler; ce pasbois,
coûta 10 tués et 24 blessés.
"sage nous
la redoute de TOzama >
On se mit à construire
de 8. Elle protéqui ful armée de quatre pièces
la rive : des
geait le cours de la rivière, et toute
d'abattis, rendirent cet ouvrage
fossés, couverts
parfait.
les travailleurs, 3me sortie sur
Ce même jour, pour protéger
tou- la rive gausous les ordres d'Aussenac,
che de ro600 hommes,
lui, s'avancè- zama, le 25
jours lui, le soldat ne voulait que
V'ennemi à mars 1809.
rent sur la route de Zeibo. I1 trouva --- Page 270 ---
246 )
deux lieues et demie; il était établi dans un grand
camp retranché, protégé par deux bastions à ses
angles, armés de six pièces de 12 en fonte et
de deux obusiers-caronades, Comme on le voit,
sa prudence était grande, et son canon bien à
couvert. Il ne pensait sans doute pas qu'en arrière d'une rivière, à deux lieues et demi, on
viendrait le combattre, et qu'une garnison sans
vivres aurait assez de force pour venir si loin.
Après les dispositions nécessaires à prendre
pour l'attaque, pelotons en position, tirailleurs,
compagnies tournant le camp, le restant de la
troupe pour réserve, en colonne, ce camp-redoute
fut enlevé à la course, et l'ennemi, comme à
Saint-Jérôme, fit une décharge de ses pièces et
abadonna la place. La mitraille nous fit perdre
19 hommes et en blessa 30, dont un chef de
bataillon, Darnaud, officier d'état-major du genéral Ferrand.
Ce camp pris, les troupes espagnoles furent
dans une déroute complète, et l'impossibilité de
suivre de semblables fuyards nous fut une seconde fois démontrée. Bastions, retranchemens
du camp, ouvrages, 2 lout en gabionnage, furent
détruits, brulés et le centre de ralliement du
quartier-général de Sanchez perdu.
Cet éloignement de la place dénotait que Sanchez n'avait pas l'intention de venir la battre en
les troupes espagnoles furent
dans une déroute complète, et l'impossibilité de
suivre de semblables fuyards nous fut une seconde fois démontrée. Bastions, retranchemens
du camp, ouvrages, 2 lout en gabionnage, furent
détruits, brulés et le centre de ralliement du
quartier-général de Sanchez perdu.
Cet éloignement de la place dénotait que Sanchez n'avait pas l'intention de venir la battre en --- Page 271 ---
( 247 )
nous 9 bien que le danger fut
brèche; mais pour
moins un réel,
moindre, il n'en existait pas
marchions
celui de mourir de faim, el nous
dénoûment.
chaque jour vers ce déplorable du blocus, et
mois
Nous étions au quatrième
depuis la
pendant tous ces derniers temps,
conssortie, les Anglais ne cessèrent
première de tirer sur la ville pendant la nuit:
tamment
batteries les tenaient à disdans le jour, nos
de leur prudence.
lance, et nous étions surpris
sans direcLeurs feux n'étaient pas dangereux :
les
leurs boulets tombant sur
tion fixe, tous
ne nous tenaient pas
maisons, dans les rues,
horéveillés, sur pied, et cela fatiguait
moins
déjà si appauvrie par les
riblement la garnison,
de
! Que de poudre et
projectiles
privations
perdus!
opérée sur un terrain de
La troisième sortie,
quelques
bois, sans culture, ne produisit que
boeufs.
pendant lequel le Second
Un mois s'écoula encore,
parlementaire
Cumby renvoya son parlementaire, anglais.
commodore
en lui montrant un
qui n'eut d'autre réponse,
nous en aurons
petit pain de Thopital : Tant que
11 revint
ne
pas!
de pareil, nous
capitulerons
ensuite tous les quinze jours.
semaines, on ne mangeait plus
Depuis deux
était réservé pour Phode pain, le peu de farine --- Page 272 ---
248 )
pital. Notre existence devenait un probléme. Le
courage ne succomba pas : les vivres de terre
nourrissaient, mais il fallait les recueillir, et
les renouveler' aller au loin; des maraudes pour
organisées sortaient, emmenant même les femmes,
munies d'un sac et d'une pioche. L'inaction de
cinq semaines, après la première sortie, avait redonné une parcelle d'audace à nos adversaires, et
ils avaient prudemment repassé l'Ozama dans ses
bauts; souvent leurs détachemens surprenaient
les nôtres et les attaquaient pendant que l'on
piochait la terre : plusieurs femmes furent blessées dans ces maraudes, bien que l'on prit le soin
d'entourer d'éclaireurs les champs à explorer ;
mais, comme des serpents, ces nègres se glissaient dans les bois et disparaissaient. Lorsque
tous les sacs apportés étaient remplis 7 on
retournait à la ville, où chacun donnait à la
porte la moitié de sa charge pour la garnison,
l'autre était gardée pour la famille.
Tels furent nos seuls moyens d'existence jusqu'au dernier moment; maiheurensement, plus
le temps avançait, , plus il fallait aller loin 2 et
souvent des maraudes parties le matin ne revenaient que le soir.
Le sixième mois du blocus était écoulé! Cette
ténacité de courage dans le malheur étonna le
commodore anglais; et lui qui n'avait pas 2 jus-
é de sa charge pour la garnison,
l'autre était gardée pour la famille.
Tels furent nos seuls moyens d'existence jusqu'au dernier moment; maiheurensement, plus
le temps avançait, , plus il fallait aller loin 2 et
souvent des maraudes parties le matin ne revenaient que le soir.
Le sixième mois du blocus était écoulé! Cette
ténacité de courage dans le malheur étonna le
commodore anglais; et lui qui n'avait pas 2 jus- --- Page 273 ---
(249)
qu'alors, pris une part directe à la cause des
Espagnols, leur vint en aide.
Un matin , la redoute de l'Ozama
alternativement commandée
: qui était Attaque surla
Darnaud , chefs de
par MM. Bardin el redoute
bataillon, fut attaquée
de l'Ozama.
l'ennemi. I démasqua une batterie de six par
de 24, établie dans le bois : elle
pièces
dominait notre
ouvrage; son infanterie s'avança jusque dans la
partie balisée et découverte où
frir de notre feu.
elle eut à soufCelte attaque montra d'autant
plus d'audace $ que l'on ne marcha
la garnison de la redoute
pas sur elle,
ayant assezà faire
sa défense. II importait trop de
pour
position pour aller courir
conserver notre
après l'ennemi: : on le
repoussa. $ mais pendant huit heures il ne
pas son fen d'artillerie,
cessa
9 qui démolit les
nos embrasures et
faces de
endommagea nos affits. Nous
perdimes 4 hommes tués pirmi les
16 hommes furent blessés.
canonniers,
L'ennemi
(Voir au Plan).
perdit nécessairement beaucoup plus,
exposé qu'il était non-seulement au feu de notre
redoute, mais encore à celui de la
sur lui, à découvert.
place dirigé
D'où pouvait lui venir cette artillerie P
fois, . on l'a vu, nous lui avions enlevé
Deux
matériel
son petit
> et, comme il n'avait pas d'arsenal,
lapparition de ces nouvelles
provenir
des
pièces ne pouvait
que
Anglais. --- Page 274 ---
250 )
Oui, cette batterie était anglaise : on l'avait
achetée
Militaire fort brave, l'Anglais est et sera toujours marchand; s'il vient en aideà un allié,
c'est que son intérêt s'y trouve et que le bénéfice est là! A-t-il tort? Non, , sans aucun doute.
Nous, , Français 2 nous ferons toujours de la chevalerie : argent et sang pour rien!..
La
de cette batterie était forte et son
La batterie esposition
pagnole. abord très difficile par la nature du terrain :
protégée par de larges fossés 2 en avant desquels
de nombreux abattis couvraient la terre 2 nous
dûmes renoncer à la prendre, mais non à la combattre. Ses feux de chaque jour nous obligeaient
à réparer la nuit les dégàls qu'ils venaient de
nous faire : que l'on ne s'étonne pas de cette
résolution. Depuis six mois et demi, la garnison,
diminuée par ses pertes au feu, et bien plus par
les maladies, snite inséparable de nos misères, de
notre disette, n'avait plus les mêmes forces à
présenter. Combien de braves morts les premiers?.. et que d'autres chaque jour voyait
disparaitre parmi les survivans?.. Le moral
faiblissait !.. Prendre cette batterie n'était pas
mais c'élait sacrifier encore des
impossible 1
hommes que nous ne pouvions plus remplacer,
et d'ailleurs, enlevée, prise 2 le lendemain les
Anglais en eussent vendu une autre ; pour ces
, n'avait plus les mêmes forces à
présenter. Combien de braves morts les premiers?.. et que d'autres chaque jour voyait
disparaitre parmi les survivans?.. Le moral
faiblissait !.. Prendre cette batterie n'était pas
mais c'élait sacrifier encore des
impossible 1
hommes que nous ne pouvions plus remplacer,
et d'ailleurs, enlevée, prise 2 le lendemain les
Anglais en eussent vendu une autre ; pour ces --- Page 275 ---
251 )
c'était un moyen d'avancer notre
fiers insulaires,
bravoure,
reddition : ils comptaient sur notre
dégarnissait nos rangs! Cette
dout chaque preuve
fois, leur calcul fut vain.
la
batterie du
On laissa donc debout grande
bois de T'Ozama, et par nos bombes on tàcha de
feux
donner quelque répit à
neutraliser ses
pour
relevée toutes les
la garnison de la redoute 7 qui,
heures, comme à la tranchée, offrait
vingt-quatre
(ce point fut celui qui nous
les mêmes dangers
combattre le
enleva le plus d'hommes). Pour
il fallait la dominer 1 plonfeu de cette batterie,
de manière à voir
ger dedans 7 pour ainsi dire,
les préparatifs du tir.
La batterie
Du faite du dôme du couvent San-Francisco, aérienne, catout l'in- valier de
notre hôpital 2 on voyait parfaitement
Ce fut sur ce dôme que S--Francisco.
térieur de cet ouvrage.
l'on
le génie militaire établit une batterie, que
travail dont l'idée était due
nomma PAérienne :
des
du génie, Maillard. On croyait
à l'un
adjoints
moins dans sOU rédu
cette ceuvre impossible,
sultai : ce fut un excellent cavalier.
Le dôme 1 nivelé par une forte plate-forme,
soutenue dans son centre par un arbre en charsur le sol > reçut une pièce de 24
pente reposant
affit
sur pivot et
en bronze 1 qui , sur
posant des tirs dans
roulant autour d'un cercle, donnait
des debors de la place. Huit
toutes les directions --- Page 276 ---
232 )
jours furent consacrés à ce travail, et l'on vit une
batterie à trente-cinq mètres du niveau de la
mer : le couvent étant déjà lui-même à quinze
mêtres du sol de la ville.
Notre cavalier ouvrit son feu sur la batterie,
en même temps que les mortiers du bastion de
l'Ozama : deux pièces y furent démontées et
quelques canonniers hors de combat. Ce feu,
tombant du ciel, étonna l'ennemi et fit taire le
sien; ce feu plongeant n'était pas dangereux,
mais il suffit pour donner tranquillité à la redoute, car aussitôt que l'on voyait, du dôme, les
canonniers de la batterie se préparer à faire feu 2
on tirait sur eux et ils ne, pouvaient agir.
Le temps s'écoulait et rien ne changeait notre
position; ; des maraudes successives avaient jusqu'alors suffi à notre chétive existence ; mais
chaque fois il fallait aller plus loin
Dernière
Aussenac partit un matin sur les quatre
sortie de la heures; à quatre heures du soir, il n'était pas
place.
rentré : aucune nouvelle de lui. L'inquiétude
devint grande 1 oùt était-il? Vassimont voulut
aller à sa recherche, avec deux compagnies ; il
fallut toute son insistance pour obtenir du chef
l'autorisation nécessaire : il l'obtint, heureusement 2 car sans cela notre brave Aussenac était
abandonné!.. Vassimont, au surplus, fut parti,
même sans autorisation, laissant ce chef dans la
heures; à quatre heures du soir, il n'était pas
place.
rentré : aucune nouvelle de lui. L'inquiétude
devint grande 1 oùt était-il? Vassimont voulut
aller à sa recherche, avec deux compagnies ; il
fallut toute son insistance pour obtenir du chef
l'autorisation nécessaire : il l'obtint, heureusement 2 car sans cela notre brave Aussenac était
abandonné!.. Vassimont, au surplus, fut parti,
même sans autorisation, laissant ce chef dans la --- Page 277 ---
283 )
d'oû chacun voulait voler au secours de
place,
Soixante honimes des plus valides, >
son colonel.
réellement étant avec Ausseceux qui l'étaient
la route de Sannac, sortirent enfin. On prit
après deux heures de marche,
Yago, sur laquelle,
Le soleil
la colonne de maraude fut aperçue.
déclin, le chemin à parcourir donétait sur son
certitude de joindre nos manait néanmoins la
raudeurs avant la nuit; ; mais, tout - à - coup 1
un chemin de traverse 2 déboucha une
et par
la laissa s'engager sur la
troupe de nègres : on
mais se voyant des Français
route sans T'attaquer;
elle se hâta d'arborer un moudevant et derrière,
nos deux
choir blanc en signe de parlementaire; ;
décolonels ne furent pas trompés par cette
continuant à marcher, arrimonstration, et ,
el firent feu
vérent à demi-portée de l'ennemi,
sur lui.
comme une
Cette masse de nègres disparut
ombre légère, et nous ne vimes pas même un
Comment
sur
mort
la place qu'elle occupait... fuir que
avaient-ils disparu? Ils n'avaient pour
chemin de traverse qui les avait amenés,
le
tenait à peu près l'enchemin dont Vassimont
très fourré (arbre
trée, puis un bois de campêche
de deux
dont les branches sont armées d'épines
et dans lequel on n'aurait pas
à trois pouces),
ce fut cependant ce
mis le bras sans le déchirer; ; --- Page 278 ---
234 )
bois qui les reçut dans leur fuite. Un tel prodige
était incroyable; on se regardait : il était vrai!
Plus un être mort ou vif, tous avaient disparu
Des nègres seuls , comme des reptiles, pouvaient
oser prendre une pareille direction. Quant à
nous, heureux d'en être débarrassés, nous les
laissâmes fuir, et, continuant à éclairer notre
route à droite et à gauche, nous marchâmes sur
la place.
La maraude était capitale, surtout en bestiaux
et en vivres de terre : elle pouvait alimenter la
garnison pendant quinze jours.
Aussenac avait été à plus de huit lieues, et ses
hommes, harassés de fatigue, portant, en sus de
leurs armes 1 de lourds fardeaux, allaient faire
halte 7 pour se reposer et bivouaquer 2 lorsque
Vassimont les rejoignit.
C'eût été une grande perte si l'attaque avait eu
lieu de nuit.
Ces arrivans soulagèrent les maraudeurs, et sur
les neufheures tous étaient rentrés.
Cette sortie fut la dernière : les hommes étaient
épuisés, et il n'yavait plus rien à ramasser. ; tout
avait été exploré.
Tout ce
être mangé l'était déjà :
Grande dé -
qui pouvait
tresse. chevaux, ânes 7 chats et chiens 1 rats et souris
même, tout avait servi de pâture Des perroquets même étaient devenus la proie de la
arrivans soulagèrent les maraudeurs, et sur
les neufheures tous étaient rentrés.
Cette sortie fut la dernière : les hommes étaient
épuisés, et il n'yavait plus rien à ramasser. ; tout
avait été exploré.
Tout ce
être mangé l'était déjà :
Grande dé -
qui pouvait
tresse. chevaux, ânes 7 chats et chiens 1 rats et souris
même, tout avait servi de pâture Des perroquets même étaient devenus la proie de la --- Page 279 ---
( 285 )
arrachaient T'herbe
faim).. De vieilles négresses
dans les rues désertes pour la faire cuire.
mois était commencé; ce fut le
Le septième
sauverait ? Un miracle seul
plus cruel! Qui nous
le pouvait. On ne perdit pas courage cependant;
du fort Saint -Jérôme, bloquée, ne
la garnison
la
remplacer nos
pouvait rentrer dans place pour
-
alors T'ennemi regagna le terrain conquis,
pertes;
être deoù définitivement il se concentra, pour
vant la ville. Il devenait plus courageux, plus fort,
nous devenions plus faibles. Notre
à mesure que
d'où on ne sortit
stagnation dans la place,
l'audace
plus, qu'à portée de canon, lui inspira
d'établir une batterie de mortiers pour bonbarle feu fut incessant, et nous
der nuit et jour;
le long des
contraignit à loger sous des blindages
remparts.
était réduite au quart 1 et quel
La garnison
à
laissé de
quart! Feu, maladies, avaient peine
garnir les bastions ! Quant aux courtines 2
quoi
car ces hommes,
elles étaient sans un homme,
debout
se tenir
aux murailles, ne pouvaient plus
ambuSpectres et cadavres
qu'en s' y appuyant!
des esclaves
lans On forma une compagnie
dans nos
à des habitans, qui étaient
appartenant
devaient être rembourrangs : ces propriétaires de service de leurs nègres,
sés, après huit ans
Ce tems de buit années
qui alors seraient libres. --- Page 280 ---
256 )
montre l'espoir qui nous soutenait encore !. : Un
second miracle ne pouvait-il nous sauver, comme
en 1805? Hélas! pareil bonleur ne nous était
pas réservé. Mais qu'est Phomme sans espoir? le
vieillard plante!
Cette compagniefrache nous fut d'un grand secours; un grif, fils de mulâtre et de négresse,
appartenant à Aussenac, en eut le commandement avec sa liberté.
11 n'est plus question de combats; les détails
quisnivent dépeindront les hideuses miséres qui
accablèrent une poignée de Français à 1800 lieues
de la mère-patrie.
Quelle position ! quelle extrémité! C'était la
seconde fois que la garnison de Santo-Domingo
était réduite aux derniers expédiens; mais cette
fois du moins elle avait son refuge : elle pouvait
capituler. La première, il fallait mourir. Plus rien
à donner à des hommes exténués, incapables
pour la plupart, dese mouvoir, manquant même
de la force nécessaire pour piocher la terre sous
les murs de la place, pour en extraire une plante,
La goyaka. la goyaka I fougère), dont la racine est un poison violent, mais qui, râpée et lavée à cinq ou
six eaux, déposait un amidon nutritif. Cet amidon se convertissait en bouillie, semblable à nos
baquets de colle à la porte des épiciers de Paris :
on vendait cette substance Et les panvres 1
voir, manquant même
de la force nécessaire pour piocher la terre sous
les murs de la place, pour en extraire une plante,
La goyaka. la goyaka I fougère), dont la racine est un poison violent, mais qui, râpée et lavée à cinq ou
six eaux, déposait un amidon nutritif. Cet amidon se convertissait en bouillie, semblable à nos
baquets de colle à la porte des épiciers de Paris :
on vendait cette substance Et les panvres 1 --- Page 281 ---
257 )
acheter, se contentaient du son
ne pouvant en
des
un gonflement
de la racine qui provoquait
ensuite
jambes tout semblable à Téléphantiasie,
Thydropisie et la mort.
Les cuirs de
de la ville, M. Duchemin, 1
Un des négocians
seconde borufs.
officier de garde nationale, imagina une
des cuirs de
ressource. Il possédait en magasin
être
boeufs avec poils, séchés et disposés pour
nous les voyons
livrés au commerce, 2 ainsi que
journellement dans nos ports.
débarquer
de manger de
Il eût l'idée, poussé parlebesoin.
et bientôt, avec de T'argent, on put
ces peaux, 2
Toutes lui furent enlevées,
suivre sOI exemple.
cher
il ne les vendit pas plus
et généreusement
2fr. 50 cent. l'une, tandis
qu'en temps ordinaire, tiraient parti de la péque d'autres marchands
Que ceci ne soit pas regardé
nurie générale. comme un conte : c'est d'une
comme une fable,
suivante conscrupuleuse vérité, et l'explication
lespère, les incrédules les plus renvaincra, je
n'ayant jamais
forcés, qui toujours heureux, 7
s'imaéprouvé ni misère, ni faim, ne peuvent
Thomme.
giner jusqu'oit elles peuvent pousser
de son poil partie
Par un procédé, on dépouillait moitié était conde la peau ou la peau entière ;
en
T'autre, cuite et coupée
vertie en gélatine ;
avec du
élait mélée à la première
norceaux 2
de vinaigre. Tel
sel, du piment, et beaucoup
--- Page 282 ---
258 )
était ce mets, 7 qui, à peine froid, se coupait en
tranches, conme chez nous le fromage de tête de
cochon.
C'était mangeable; cela nourrissait , mais il
fallait 1 je l'avoue, le besoin de vivre pour s'en
substanter!.. C'était de la colle-forte. Heureux
encore cependant qui pouvait en acheter. Deux
hommes s'industrièrent à fabriquer cet aliment.
Le bélier
Au milieu de cette affreuse calamité, de cette
d'Aussenac. disette cruelle 7 je me plais à rapporter un trait
qui prouve tout l'amour que le soldat portait au
colonel Aussenac, son brave et digne chef. En
temps de prospérité, il possédait un bélier magnifique, par la blancheur de sa laine, la beauté
des formes et sa haute taille, et qui, libre, le suivait comme un grand chien de Terre - Neuve : il
avait T'habitude de défiler à la parade des gardes
montantes, , à côté du tambour- major. Quelque
loin qu'il fut à pâturer dans la ville, même sur
les remparts, il accourait au rappel des tambours.
Ce bel animal était la coqueluche des soldats, et
c'était à qui le caresserait et lui donnerait du sel.
Pendant ce long blocus', ses habitudes nle
changérent pas; pour lui, l'herbe était toujours
tendre et abondante; libre, paissant partout, sous
les yeux des soldats mourant de faim et guétant
souvent un rat, pourra-t-on croire qu'il ne vint
jamais à l'idée d'aucun d'eux de tuer ce bélier.
bel animal était la coqueluche des soldats, et
c'était à qui le caresserait et lui donnerait du sel.
Pendant ce long blocus', ses habitudes nle
changérent pas; pour lui, l'herbe était toujours
tendre et abondante; libre, paissant partout, sous
les yeux des soldats mourant de faim et guétant
souvent un rat, pourra-t-on croire qu'il ne vint
jamais à l'idée d'aucun d'eux de tuer ce bélier. --- Page 283 ---
259 )
la main dessus, le caressaient, et
Ils mettaient
le mouton de notre bon COdisaient : C C'est
de cette
lonel, il faut le laisser vivre. > Touché
moment où ce bélier et un chien
conduite, au
vivans dans la ville,
étaient les seuls animanx
le fit tuer, et le donna à une compaAussenac
Le chien appartenait à un
gnie de grenadiers.
le
il ne
pharmacien. Jamais on ne put prendre;
voulait pas passer sa porte
Les soldats furent plus tempérans que nous,
dérobâmes, dans les prejeunes officiers, qui
Camberun mouton à M. le colonel
miers mois,
brave homme, mais qui était en propriété
lin,
et
nous fit beaucoup rire,
de la boite anx L, qui
Vous
la prise de son animal : (
en racontant
Z'animal que j'avais en ma
connaissiez ce petit
Bé bé be? - Ah !
cour? - Non. - Comment,
l'a volé.>
2-Oui. Eh bien!z'on me
votre mouton
s'était fait au moyen d'un fort hameçon,
Tour qui
du haut de la terrasse de
amorcé de pain, et jeté
enfermé et
était bien
sa maison; ; car l'animal
gardé comme réserve.
les
Le soldat franIl faut avoir Vul de près toutes
preuves
Çais.
de fatigues, qui
d'obéissance, de privations,
depuis son entrée au sersaisissent le militaire,
moment où il en sort 1 pourapprévice jusqu'au
de tous
dévouement sans cesse capable
cier un
jour, à chaque
les sacrifices, el prèt chaque
et jeté
enfermé et
était bien
sa maison; ; car l'animal
gardé comme réserve.
les
Le soldat franIl faut avoir Vul de près toutes
preuves
Çais.
de fatigues, qui
d'obéissance, de privations,
depuis son entrée au sersaisissent le militaire,
moment où il en sort 1 pourapprévice jusqu'au
de tous
dévouement sans cesse capable
cier un
jour, à chaque
les sacrifices, el prèt chaque --- Page 284 ---
260 )
compreud à lui seul tous
instant, au sacrifice qui
celui de la viel.. Le soldat français
les autres, du soldat du reste de l'Europe par
se distingue
du
brillante que nul ne possède,
une qualité
de l'âme. Sa bramoins au même degré : il a
celle d'un automate; elle n'atvoure n'est point
de bâton, ou
tend pas l'impulsion des coups
d'un verre de rhum ou d'eau-de-vie. Elle reçoit
T'influence morale de ses sentimens; et
vivement
inconvéniens, dans les
s'il en découle quelques
elle
les chefs qui savent la conrevers
est, pour
duire, le plus sûr moyen de vaincre.
cependant accorde-t-on à ce solJustice
Quelle justice
trop souvent
accordée au dat? On le traite malheureusement
soldat.
et la masse d'une nation s'écrie :
de stipendiaire, le
C Mais si dans un
C'est nous qui
payons!
monde doit
quelconque, tout le
gouvernement
la défense publique est un
sa part de l'impôt,
doute, et le tribut de son
devoir plus sacré, sans
est, avant tout, celui que, dans l'institution
sang
n'a le droit de refuser. Or,
primitive, personne
dont les gens de
voilà la dette, voilà l'impôt
le
entretenus par la nation, soulagent
guerre 1
le savant, l'artiste, le
magistrat, le négociant,
inutile,
père de famille; enfin, jusqu'au citoyen
fait
qui pèse sur la terre qui le nourrit, et qui ne
(GIBERT.)
rien pour elle. )
L'institution de la garde nationale est une --- Page 285 ---
261 )
Combien de fois
preuve de ce que j'avance.
nous
entendu dire : ( Mais pourquoi
n'ai-je pas
est-ce qu'il n'y a pas de
faire monter la garde;
de sang
soldats?, > Et ce n'est pas un service
celui-là, surtout en temps de paix.
que
maintenant s'il est juste de
Je laisse à juger
les
de guerre. 9
déclamer si souvent contre
gens
les
chercher à avilir, si cela était possible.
de
stipendiaire, et de paraitre
troupes par ce nom'des
occasiontoujours regretter la dépense qu'elles
de la
faisant sonner si haut le budget
nent, en
guerre!
sont-ils plus stiEn quoi les gens de guerre l'ecclésiastique,
pendiaires que le magistrat, que
Phomme
des émolumens, et que
qui reçoivent
qu'on pensionne? Si, Salaires
de lettres et que l'artiste,
les leurs et services.
dans la masse des salaires, on compare les moinils sont
à ceux des autres professions,
Au milieu
dres de tous, et ne changent jamais.
la solde a vu tout s'augmendu progrès général,
stationnaire : elle est
ter, elle seule est restée
XIV. Si donc
encore celle du temps de Louis
ensuite les services, les professions
On compare
celle-là donne son sang,sa
donnent leur temps;
viel...
à fond les soldats : viAussenac avait connu
unc sorte de
eux, il avait avec eux
vant parmi
et possédait le don
sympathie; il était persmasif,
ne changent jamais.
la solde a vu tout s'augmendu progrès général,
stationnaire : elle est
ter, elle seule est restée
XIV. Si donc
encore celle du temps de Louis
ensuite les services, les professions
On compare
celle-là donne son sang,sa
donnent leur temps;
viel...
à fond les soldats : viAussenac avait connu
unc sorte de
eux, il avait avec eux
vant parmi
et possédait le don
sympathie; il était persmasif, --- Page 286 ---
262 )
d'entrainer. Il aimait 1 aussi était-il aimé. A
Santo-Domingo, chacun servait par affection, et
faisait sans peine plus que son devoir; les soldats,
avec lui, auraient tout bravé : ils le prouvèrent
jusqu'au dernier reste de leurs forces humaines.
Renfermés dans nos murailles, sans vivres
n'ayant pas goûté une bouchée de pain depuis
tout-à-Pheure cinq mois, canonnés par mer 1
bombardés par terre 2 notre position peut se
comprendre : elle était des plus déplorables! Les
projectiles faisaient plus de ravage sur les édifices
et les maisons, que sur les gens, dont trois ou
quatre cependant furent atteints, entre autres un
commissaire de maripe, M. Huet, qui, causant
dans une rue avec un jeune homme, M. Notin,
eut le bras emporté par une bombe, tombée entre
eux deux, au moment où il prenait le bouton
d'habit de son ami. Amputé à près de soixante
ans, il ne survécut pas. Ce brave et cher commissaire ne regrettail qu'une chose : ( Je ne pincerai
plus ma guitare, ) disait-il. Il était très fort sur
cet instrument.
Les Espagnols fidèles, ce nombre était petit,
restés pour partager nos dangers et nos misères,
voyant une bombe s'incruster dans le dôme de
la cathédrale, sans éclater," la fusee s'étant perParlementaire due dans la parabole, crierent au miracle!
anglais.
Le commodore anglais Cumby n'avait pas --- Page 287 ---
( 263 )
lous les quinze jours son canot
cessé d'envoyer
toujours la même
avec un officier, qui emportait du même petit pain,
réponse. après l'eshibition
être
il ne pouvait
conservé ad hoc; cependant
il était naet depuis si long-tenips,
notre dupe,
fussent épuisées. II pensa
turel que nos farines
tentative; son officier
donc à faire une dernière
avec la
et cette fois encore, il repartit
arriva,
même réponse.
jours de défense
Toutefois; sept mois quinze tué, notre couavaient amorti, s'ils n'avaient blessés étaient
Les malades, impotens et
rage.
les valides. Tout était épuisé,
plus nombreux que
notre poison numême la récolte de la gouaika,
ne laiscomme le reste,
writif. Les munitions,
pièce. Des secours
saient plus quatre coups par
Plus aucun esde la France étaient impossilbles la capitulation;
dans T'avenir, tout ordonnait
poir
Nos colonels le jugérent
elle devenait urgente.
unique dans son
ainsi; cette longue défense,
devoirs. ( Canos
genre, avait plus qu'accompli mais attendons et ne
pitulons, dirent nos chefs,
le demandons pas. > On aitendit.
Le chef d'ad1809, on vit le canot parlemen- ministration
Le 1er juillet
aborder, M. Dauet sans le laisser
va parlemtr
taire arriver,
avec lui. avec le combremont retourna à bord du Polyphemus
et modore anles articles d'une eapitulation,
glais.
I1 proposa
les plus grandes félicireçut de M. le commodore
pli mais attendons et ne
pitulons, dirent nos chefs,
le demandons pas. > On aitendit.
Le chef d'ad1809, on vit le canot parlemen- ministration
Le 1er juillet
aborder, M. Dauet sans le laisser
va parlemtr
taire arriver,
avec lui. avec le combremont retourna à bord du Polyphemus
et modore anles articles d'une eapitulation,
glais.
I1 proposa
les plus grandes félicireçut de M. le commodore --- Page 288 ---
tations sur le courage de le garnison de SantoDomingo, sur sa bravoure, sur la patience admirable avec lesquels elle avait supporté tous
les événemens pendant Ja défense. Connaissance
prise de nos propositions, il témoigna le regret
de ne pouvoir les accepter: ( Hier, 2 dit-il, il était
encore temps 7 Monsieur 1 j'aurais accordé tout
ce que vous demandez; mais aujourd'hui, je ne
suis pas seul pour cette capitulation; ; le général
anglais Carmichael ( voir aux notes le n" 5) est
débarqué avec une brigade; il marche sur SantoDomingo, pour en faire le siége; son concours
devient nécessaire. Revenez demain, le général
sera à mon bord, et nous terminerons tout, je
l'espère. ) C'était la première nouvelle de ce débarquement. Aucun Anglais n'avait paru devant
la place. M. Daubremont demanda vingt-quatre
heures, tant pour nous faire connaitre ce nouvel
incident, 2 que pour prendre une décision.
Comme ce n'était pas la venue des troupes anglaises, tout-à-fait ignorée, qui avait décidé la
capitulation, on tomba d'accord, au rapport de
notre parlementaire, de le renvoyer le lendemain. Il trouva, en effet, le général anglais à
bord du commodore; une suspension d'armes fut
accordée.
Pendant que l'on débaltait les articles de la
capitulation, la brigade anglaise arriva et prit --- Page 289 ---
(265 )
devant la ville; mais le général éleva alors
poste
fort ridicule, surtout à nos yeux.
une prétention
du
des ramiers;
On était dans la saison
passage
tirait
comme d'habitude, et plus que jamais, on
dans leur volée, épaisse de plusieurs milliers d'oiLe tir avait lieu de toutes les terrasses des
seaux.
était si heureux d'avoir de la viande
maisons; on
entendant des coups de fusil,
fraiche Le général,
ordre
crut que l'on rompait l'armistice, et envoya
de cesser. Mais nous avions faim, et la défense
il la répéta, malgré l'expline fut pas observée;
cation qui lui fut donnée : il finit cependant par
comprendre que de pauvres affamés ne. pouvaient
de ce que la Providence leur envoyait.
se priver
force ramiers, et ce fut un vrai
On tua donc
régal.
il fallait abandonner Capitulation
Notre sort était décidé;
de Santo-Dolivrer la place de Santo - Domingo mingo,
nos murs 1
était à peine question des Espa- le 15 Juillet
aux Anglais. (11
elle fut remise à la
1809.
gnols. ) Le 15 juillet 1809,
à la
brigade anglaise!. Elle n'appartenait plus
France, elle n'était pas encore aux Espaguols 7
furent
rien dans cette capitulation;
qui ne
pour
arrêté, le
seulement, lorsque tout fut conclu,
Sanchez reçut la capitulation des Angénéral
glais, et y apposa sa signature.
était la conquête des Anglais,
Santo-Domingo
adroits politiques 1 et souvent
qui 1 toujours
1809.
gnols. ) Le 15 juillet 1809,
à la
brigade anglaise!. Elle n'appartenait plus
France, elle n'était pas encore aux Espaguols 7
furent
rien dans cette capitulation;
qui ne
pour
arrêté, le
seulement, lorsque tout fut conclu,
Sanchez reçut la capitulation des Angénéral
glais, et y apposa sa signature.
était la conquête des Anglais,
Santo-Domingo
adroits politiques 1 et souvent
qui 1 toujours --- Page 290 ---
266 )
même plus, avaient raisonné ainsi : une garnison
française existe à Santo-Domingo, il faut len
chasser; bloquée par mer et par terre, les Espaguols l'attaqueront; à eux toute la guerre. Attendons qu'ils soient fatigués, ils viendront nous
demander assistance; alors, nous surgirons avec
une force militaire qui, sans autre mal qu'un déplacement, se rendra maitresse d'une place que
nous ne rendrons aux Espagnols qu'à de bonnes
conditions. Pauvres gens! quels alliés vous aviez
la Une brigade anglaise, qui aurait pu venir
plus tôt, recueillit le fruit de VOS combats et de
VOS dangers. (Voir à la note D° 6.)
Enfin, cette petite armée, reste de la grande
armée de Leclerc, et qui avait conquis, conservé
à la France, pendant six années, toule la partie
espagnole (les deux tiers de l'ile), était prisonnière, après avoir, 0n peut le dire avec orgueil,
conquis une belle gloire, par sept mois et demi
d'une défense admirable contre deux ennemis, 7
dont lun dut concentrer contre elle des forces
importantes, et que tous deux réunis ne purent
faire capituler que devant la famine.
11 était beau et glorieux de se rendre ainsi. La
capitulation fut surtout rémarquable, en ce que
les vaincus en dictèrent encore les articles, qui
lous furent acceptés, à l'exception de l'état de
prisonniers des officiers. --- Page 291 ---
(267 )
perdue au bout du monde, la garniIgnorée,
n'eut, hélas! pour admison de Santo-Domingo
fut enfouie
rateurs que ses adversaires; ; sa gloire
en avaient élé témoins. Oui,
sur les rivages qui
Quel autre intérêt avaient ces Français?
la gloire!
atlache au sol, ce
Qui d'eux avait là tout ce qui
enfin, famille, biens, tout ce
qui le fait aimer;
l'on défend jusqu'à la mort? Pas un pouce
que de terrain n'était à nous: 2 militaires, et cependéfendimes cette terre avec orgueil, 1
dant, nous
serait tenu comple à chacun,
nous pensions qu'il
la
à ce fait
et selon ses ceuvres 7 de
part prise
d'armes. Il nous coûtait assez cher! Et cepenexilés, restant d'un grand corps,
dant, pauvres
à nous ?
abandonnés, on peut le dire, qui pensait
De bonnes familles, sans doute. Qu'étions-nous ois
celte terre d'Amérique , à ce moment
sur
batailles sur bales armées françaises ajoutaient
de
lailles, conquétes sur conquêtes? Le grain
sable sur la plage de Saint-Domingue! le litre de la
J'ai perdu, avec d'autres papiers,
mais elle portait en somme que :
capitilation;
de guerre
serait prisonnière
( 1° La garnison
pendant trois ans.
Les officiers et administrateurs, , juges,
) 20
aux mêmes
ecclésiastiques. 2 etc. 1 prisonniers qu'ils le seconditions, avec cette restriction,
de ne
raient, seulement sur parole, promettaut
? Le grain
sable sur la plage de Saint-Domingue! le litre de la
J'ai perdu, avec d'autres papiers,
mais elle portait en somme que :
capitilation;
de guerre
serait prisonnière
( 1° La garnison
pendant trois ans.
Les officiers et administrateurs, , juges,
) 20
aux mêmes
ecclésiastiques. 2 etc. 1 prisonniers qu'ils le seconditions, avec cette restriction,
de ne
raient, seulement sur parole, promettaut --- Page 292 ---
268 )
point servir contre l'Angleterre ni ses alliés pendant les trois années. (Voir l'état nominatifà, 20 la
note 6.)
> 3° S. M Britannique devait, ses frais, ramener tous les officiers, etc., en France. Les officiers garderaient leur épée.
) lo La garnison sortirait de la place avec tous
les honneurs de la guerre, artillerie en tête, et
déposerait ses armes sur les glacis.
> 5" Les habitans Français et Espagnols garderaient leur propriété, et seraient même reçus à
bord des navires anglais, s'ils ne voulaient pas
rester dans la place. )
Cette dernière clause fut mise à profit, car personne ne voulut rester avec les Espagnols, el
l'escadre anglaise reçut jusqu'au dernier matelas
des Français. C'était un véritable déménagement.
Plusieurs Espagnols nous suivirent : un chanoine de la cathédrale, entre autres; un sieur
Gonzales, notre dévoué Franco, qui n'avait pas
combattu à Palo-Inclinado, et qui s'était retiré
sur sa propriété jusqu'au moment où il put nous
rejoindre dans la place; ; il prit l'épaulette de souslieutenant.
Le commodore Cumby fut admirable de politesse, de bons procédés envers tous, et on redoubla surtout d'égards pour les dames, assez
nombreuses dans cette émigration. --- Page 293 ---
269 )
de revenir au moment le
Qu'il me soit permis
de
oùr le coeur saigne
plus cruel, à ce moment où tant de fois il a
livrer à un ennemi le foyer
l'ont fait tressaillir!
battu, où tant d'impressions
nousavions
malgré notre faiblesse,
A ce moment,
de notre force morale;
encore tout le sentiment
Carde nos colonels le prouva au général
et Pun
entrait en ville.
michael, à linstant où sa brigade
Le général
anglais arrivait en tête, sur la porte Carmichael et
Le général
battans, musique retentis- le colonel
del Conde, tambours
enfin. Vassimont.
avec tout l'éclat d'un vainqueur,
sante,
courut à lui, et, saisissant la
Vassimont sortit, s'écria, d'un ton que donne
bride de son cheval,
la colère, la fierté d'un vaincu :
c'est
Faites cesser votre musique, général;
C
ajouter à notre disgrace 1 car
> insolemment
vainqueur, vous, at-
> vous n'êtes pas notré
ces éclats de
d'hier Pourquoi ce bruit,
) rivé
n'a
même été échangé
> victoire P Votre feu
pas
!
sont vierges
> avec le nôtre ) VoS cartouches
seule
que la famine
>
Rappelez-vous, général,
sans elle vous
> vous ouvre la porte, et que
les Espaattendu aussi long-temps que
> eussiez
> gnols ! )
1 )) fut sa courte
C Vous avez raison, colonel 1
réponse, et Ja musique cessa.
et
relever les postes 2
La brigade entra pour défila devant notre
silencieuse, sans jactance,
otre feu
pas
!
sont vierges
> avec le nôtre ) VoS cartouches
seule
que la famine
>
Rappelez-vous, général,
sans elle vous
> vous ouvre la porte, et que
les Espaattendu aussi long-temps que
> eussiez
> gnols ! )
1 )) fut sa courte
C Vous avez raison, colonel 1
réponse, et Ja musique cessa.
et
relever les postes 2
La brigade entra pour défila devant notre
silencieuse, sans jactance, --- Page 294 ---
270 )
garde, morne et patiente. Arrivée sur la grande
place, elle se forma en carré : il y avait un régiment de ligne et un colonial, tout composé de
nègres, formant une force de 2,000 homimes.
Le général Carmichael harangua ses troupes,
prodiguant des éloges à la garnison, dont la défense était unique; son allocution fut assez longue, et se termina par ces phrases : ( Soldats,
) amitié, secours aux braves de Santo-Domingo;
)) respect à leurs corps mourans : ils ont épuisé
)) leurs dernières forces, leur dernier courage
)) pour sauver l'honneur du drapeau! Imitez-les,
> si un jour vous étes appelés à combattre dans
) les mêmes circonstances. >
Cette justice rendue était la meilleure réponse
aux paroles de Vassimont, mais il est tout-à-fait
présumable qu'elle en fut la conséquence, et
qu'ainsi le général anglais voulut réparer l'oubli
qu'il avait commis. 9 en se présentant comme
vainqueur devant la place.
Cela dit, les Anglais furent avec nous comme
de bons camarades, repoussant les officiers espagnols, eux leurs alliés.
Les bandes espagnoles 2 pouvait-on appeler
armée une semblable réunion de nègres, 2 tout en
guenilles et à moitié nus, entrérent en ville à la
ganche de la brigade anglaise, tonjours maitres
l oùr ils posent le pied. --- Page 295 ---
(271 )
à la tête de son armée. Ramires Le senor SanSanchez était
chez, général des Esn'osa pas paraitre.
improvisé militaire; pagnols.
Ce-général, bourgeois
était dans une tenue qui excita nos exclamations.
galonné en or, d'une dimension
Un chapeau
bariolé de touffes et de
étonnante; un habit
couleurs, garni de
noeuds de rubans, aux sept
Jamais Polibroderies, couvraient son individu.
Mais ce
chinelle de foire ne fût plus comique.
était le plus original, le plus incroyable,
qui
cadre à baguettes d'or, ayant six pouc'était un
brillait enlusous le verre duquel
ces carrés,
delrey FerdinandolIP.
miné : Elretrato hermoso,
roi, au nom
Le portrait de ce fameux et loyal dans les coduquel avaient surgi tant d'infortunes
mouvement du cheval, l'engin
lonies. A chaque
doré, battait la poitrine de ce cavalier-général.
Carmichael était petit, sans grande représenc'était un homme de valeur, de
tation; ; mais
surtout : il venait de nous
moyens 1 et d'âme
chef
à
le prouver. A peine si notre
paraissait taille.
côté de lui : il l'écrasait de toute sa petite
la garnison, ce reste d'hommes, sorA midi,
avoir les honneurs de la
tit de la place pour
furent déposées
guerre : T'artillerie et les armes
Obéissant avec peine, ces pauvres
sur le glacis.
la force de
soldats, qui avaient tout au plus
déle fusil, jetaient leurs armes aui tas,
porter
prouver. A peine si notre
paraissait taille.
côté de lui : il l'écrasait de toute sa petite
la garnison, ce reste d'hommes, sorA midi,
avoir les honneurs de la
tit de la place pour
furent déposées
guerre : T'artillerie et les armes
Obéissant avec peine, ces pauvres
sur le glacis.
la force de
soldats, qui avaient tout au plus
déle fusil, jetaient leurs armes aui tas,
porter --- Page 296 ---
272 )
sirant, par un dernier effort, les briser et les
rendre inutiles.
L'embarquement eut lieu immédiatement après
une copieuse distribution de vivres - fournis par
le commodore. Le lendemain, 17 juillet, le chef
de la place et MM. les officiers de l'état-major
furent conduits à bord du vaisseau.
Réception
Il serait difficile 2 et c'est une justice à
àl bord des bàrendre,
timens an- tant c'était chose rare dans cette guerre d'animoglais.
sité, de décrire toute l'aménité avec laquelle les
Anglais nous recurent à bord. C'était à qui aurait
son homme à soulager'Hélas' ! cadavres que nous
étions, les soins les plus minutieux nous étaient
bien nécessaires; nos estomacs délabrés eurent
peineà se refaire aux alimens, aussi ce ne fut que
par petites quantités quel l'on nous les donna.
Que de questions pour arriver à connaitre 2 à
concevoir notre existence pendant de si longs
jours! !.. Le commodore, à son tour, complimenta
les chefs, et, sans cesse, 9 il revenait sur des
phrases comme celles-ci: ( Je n'ai jamais vu de
défense semblable; ; c'est prodigieux, incroyable!
Aussi ai je voulu que tout ce que l'on demandait
fut accordé, sauf votre service contre nous et nos
alliés. Du reste > vous êtes libres 1 vous reverrez
VOS fanilles, votre patrie, cette belle France; et
vous y recevrez la récompense de votre admirable conduite, )
les chefs, et, sans cesse, 9 il revenait sur des
phrases comme celles-ci: ( Je n'ai jamais vu de
défense semblable; ; c'est prodigieux, incroyable!
Aussi ai je voulu que tout ce que l'on demandait
fut accordé, sauf votre service contre nous et nos
alliés. Du reste > vous êtes libres 1 vous reverrez
VOS fanilles, votre patrie, cette belle France; et
vous y recevrez la récompense de votre admirable conduite, ) --- Page 297 ---
273 )
On fit voile pour la Jamaique : nos regards d'ales rives de l'Ozama, et les derdieux saluèrent
les
restes de l'armée du général Leclerc, )
niers
de Saint - Doderniers Français de l'expédition
quittèrent l'ile après sept ans quatre
mingue,
d'occupation, du 2 février
mois quinze jours
1820 au 15 juillet 1809.
mouillait à
Le 27 juillet, l'escadre anglaise
Port-Royal (Jamaique).
com- Fin de l'ex -
de Saint - Domingue,
de
Ainsi l'expédition
suivie par le pédition
mencée
M. le général Leclerc 9
St-) DominRochambeau par
et continuée par le général gue.
géneral
MM. les chefs de la
Ferrand, fut terminée par
à eux donc toute
garnison de Santo - Domingo; l'armée frandes derniers efforts de
la gloire
çaise
Ferrand avait dit vrai : ( Pas un
Le général
Les trois
de la
devait sortir, etc. )
quarts
ne
étaient morts , et le dernier : qu'étaitgarnison
il P...
de Saint - Domingue,
De toute l'expédition de 58,545 hommes,
donnant le chiffre général
adminis150 officiers de toutes armes 7 justice 1
el soldats
tration , culte 3 et 320 sous-officiers et encore
sortirent seuls de Santo-Domingo
cinq
derniers
en partie pendant
ces
périrent-ils
1814 ). Les officier's
années de pontons (jusqu'en
l'on
rentrèrent en France 2 en sorte que
seuls
--- Page 298 ---
274) )
peut dire cerlainement qu'il ne revint vivans que
150 hommes. (Voir la note 6).
Ce court exposé fait connaitre ce que sept
années quatre mois et quinze jours de séjour
dans la colonie de Saint-Domingue coûtèrent en
hommes à la France !.. : (Voirau tableau la perte
indiquée 5 50,270 hommes!) Je ne parle pas des
millions, et cependant ils sortirent du trésor.
Mais, dit-on, plaie d'argent n'est pas mortelle.
Le commodore anglais et le général avaient
signé beaucoup plus que leur gouvernement ne
voulait tenir; il eût été trop beau de voir une
seule fois exécuter loyalement par ces hommes de
plume, qui, du siége de leur cabinet, régissent
tout, une capitulation signée par l'épée, devenue
sacrée par le baptême du feu et confirmée par
l'honneur. Et cependant, voici ce qui advint :
On a vu que c'était aux frais de S. M. britannique
que,- officiers et autres, devaient être reconduits
en France ; un seul bâtiment suffisait et au-delà.
Mais ces Français valaient-ils qu'on leur consacrât un navire anglais? L'administration jugea le
contraire, et ce fut sur divers petits bâtimens
de commerce qu'elle se débarrassa de nous 1
éludant ainsi la parole écrite de ses généraux;
elle nous dirigea sur les Etats - Unis d'Amérique, pour être remis aux consuls français.
C'était loin de la France, mais c'était pour ces
reconduits
en France ; un seul bâtiment suffisait et au-delà.
Mais ces Français valaient-ils qu'on leur consacrât un navire anglais? L'administration jugea le
contraire, et ce fut sur divers petits bâtimens
de commerce qu'elle se débarrassa de nous 1
éludant ainsi la parole écrite de ses généraux;
elle nous dirigea sur les Etats - Unis d'Amérique, pour être remis aux consuls français.
C'était loin de la France, mais c'était pour ces --- Page 299 ---
275 )
une économie. 1l fallut
Messieurs administrateurs ordres de Londres, qui
néanmoins attendre des
1809. Nous dénous menérent au 16 septembre
le
à Philadelphie,
barquimes en grande partie
4 octobre 1809.
surtout à Arrivée à
Dans cette ville neuve et admirable, de nous Philadelphie.
la nuisère ne devait pas cesser
nos yeux,
làche-t-il jamais sa proie?
pourstivre! Dogue,
des vêtemens de COSans argent, n'ayant que
la plus part dans
lons, nous nous trouvions pour Il fallait vivre, se
le dénûment le plus complet.
Nous
vêtir, et comment? pas un sou!
loger, se
le chef avait emporté la
savions, au surplus, que
quelques officiers
caisse du trésorier, M. Armand;
mais nous,
supérieurs avaient reçu de l'argent ;
à la
rien. La solde des prisonniers
subalternes,
seule ressource; il n'en
Jamaique avait été notre
Douze de
à Philadelphic.
était plus question artilleur, se présentèrent
nous, Deker, le bon
lui réclamant
matin à l'hôtel du général X..
un
homme, pàle, défait, au
de T'argent. Ce pauvre où il était venu nous troumilieu de sa chambre,
est-ce un guet-apens?,
ver, s'écria : ( Messieurs,
mettant le pied sur
dit Deker,
- ( Non 1 général,
dorés : là, est l'argent de
malle à clous
une petite
donner; nous périssons
l'armée, il faut nous en
Voulez-vous que
de froid, de faim!
de misère,
il
M.
volions. > Remis de sa peur, appela
nous --- Page 300 ---
276 )
Daubremont, qui nous fit compter par le consul
français trois mois de solde; plus de trois années
étaient dues (
Le général
Pendant notre séjour à
Moreau.
Philadelphie sept semaines), plusieurs officiers, anciens soldats de
Moreau, apprenant qu'il habitait Morenville, près
la chute de la Dellaware, furent lui faire visite;
curieux de voir cet homme célèbre, ce brave
général de nos premières armées, je fus avec mes
camarades. Moreau, flatté du souvenir de quelques-uns de ses anciens du champ de bataille,
les reçut avec le coeur d'un Français. Il causa
beaucoup de l'expédition de Saint-Domingue, où
partie de son armée et beaucoup de ses amis
avaient succombé, et finit par dire ces paroles,
que je transcrivis de suite:
(C Mes amis, l'homme qui est aujourd'hui le
> chefde la France, qui a ceint la couronne d'em-
> pereur, 2 n'est pas mien, vous le savez; mais
) Français toujours, bien qu'exilé, c'est de la
)) France, de notre belle patrie que je vous par-
) lerai. Aimez-là, cette belle France, défendez-là
) contre l'étranger, qui à tout jamais sera jaloux
) d'elle, de sa prospérité, de sa gloire; qu'elle soit
) toujours la première dans votre coeur. Les hommes partent, meurent; ; le sol, la patrie, restent!
) Avant tout, donc, la patrie I Réservez pour elle
) le plus purde votre sang, et qu'à toujours votre
la
)) France, de notre belle patrie que je vous par-
) lerai. Aimez-là, cette belle France, défendez-là
) contre l'étranger, qui à tout jamais sera jaloux
) d'elle, de sa prospérité, de sa gloire; qu'elle soit
) toujours la première dans votre coeur. Les hommes partent, meurent; ; le sol, la patrie, restent!
) Avant tout, donc, la patrie I Réservez pour elle
) le plus purde votre sang, et qu'à toujours votre --- Page 301 ---
(277 )
l'attachement du fils à la mère.
> âme lui voue
les
heureux! > Il nous quitta
> Adieu 1 soyez embrassant chacun de nous.
Jarmes aux yeux,
si bon conseiller, 2 quatre
Et lui, ce Français,
milieu des ennemis
années plus tard, est tué au
qu'il
de la France, de cette France qu'il aimait, deux
vénérait. Un boulet français lui emporta les
le 27 août 1813, bataille de
jambes à Friberg,
lui a envoyé
Dresde. Dieu, dans sa miséricorde,
bataille
le boulet qui a mis fin à ses jours. Cette
avaient été pour
avait été sa quinzième ; quatorze
la France.
Gay,
Dans une des oeuvres de M"e Sophie
jai
à
près mon idée; - je dis à peu près 2
retrouvé peu
(les I
Trois Brequ'elle est mieux exprimée
parce
Duval, Elleviou : ( Moreau ! ah !
tons), Moreau,
de cette fin déplorable' I : Mo-
> que dira l'histoire
le plus à plaindre des
> reau, ce brave breton,
s'abaissa à comla vengeance, 1
> trois, guidé par
Dieu a eu pitié
ennemis de sa patrie.
> manderles
d'y survivre. Pleu-
> de sa honte, en l'empéchant
sur ce Fabius
> rons sur ce grand capitaine, 7
a tué en
chez qui un boulet français
> moderne ,
de
>
trente ans
gloire.
> une seconde
de station à
Après un mois et vingt-un jours
bàtiPhiladelphie, un trois-mâts, le Franeisque,
qui venait d'être lancé, 1 fut aménagé
ment neuf,
France. Le 25 novempour nous transporter en
Pleu-
> de sa honte, en l'empéchant
sur ce Fabius
> rons sur ce grand capitaine, 7
a tué en
chez qui un boulet français
> moderne ,
de
>
trente ans
gloire.
> une seconde
de station à
Après un mois et vingt-un jours
bàtiPhiladelphie, un trois-mâts, le Franeisque,
qui venait d'être lancé, 1 fut aménagé
ment neuf,
France. Le 25 novempour nous transporter en --- Page 302 ---
278 )
il descendait le Dellaware, dont les
bre 1809,
chenal
le passage
rives glacées laissaient un
pour
L'entreprise de ce transport fut,
des navires.
les affaires faite dans l'intécomme dans toutes
rèt des fournisseurs; en sorte qu'arrimés comme
nous ne tardâmes pas à nous
dans un négrier,
la motrouver fort mal à Paise, sans compter que
vint bientôt ajouter à nos
dicité des provisions
Il fallut mettre chacun à la ration, el, en
miséres.
plus de vitouchant les côtes de France, n'ayant
aux croiseurs anglais. Il était
vres, avoir recours
bout.
écrit que nous aurions disette jusqu'au
Le 20 décembre 1809, après une dure traversée, sous tous les rapports, le Francisque mouilla
d'Antioche. Nous étions en France ;
aux Pertuis
nos malheurs finis : ils
nous devions croire tous
Chacun
l'étaient, oui, mais non les tribulations.
entrer dans le
pensait qu'il ne restait plus qu'à
de La Rochelle; mais nous avions compté
port
croiseur, qui ne connaissans l'amiral anglais,
et
sant pas la capitulation de Santo-Domingo,
même reconnaitre les titres qui
ne voulant pas
C'était
lui furent présentés, nous fit prisonniers.
bon
de filet. Tontefois, on le
pour lui un
coup ordres à Londres; il exforça de demander des
les dix
pédia un aviso, et nous retint pendant
qu'il mit à revenir, temps pendant lequel
jours
il dut nous nourrir. --- Page 303 ---
( 279 )
Laviso de retour 1 l'amiral permit TappareilRochelle; mais en vue du port,
lage pour La
le canon de ses batteries
autre contre-temps :
dans lenous. On dépécha un canot,
joua sur
Evrard furent en
quel Aussenac et un capitaine
deux bouparlementaire vers le port, oû, malgré
alors
donnant
lets lancés sur eux, ils abordèrent,
néces saires et demandant
toutes les explications réception. Ils apprirent
la raison d'une semblable
les Anglais, la loi
alors, qu'ayant été visités par
recevoir.
continental défendait de nous
du blocus
toutefois,
tout-à-fait échouer au port; ;
C'était
notre bâtiment
lorsqu'on fut bien informé que hommes malmarchandise que des
n'avait pour
d'une colonie, périssant, ou
heureux 1 évacuant
l'entrée,
de faim à bord, on accorda
bien près,
la visite de la santé :
qui fut encore retardée par sanitaire, une plaisur les questions de l'agent
mettre en quasanterie manqua de nous faire
rantaine, et de subir ainsi une petite vengeance. du
des malades? avez-vous perdu
( Avez-vous
- Ceci
monde? Non, nous en avons gagné. C'était
vrai? >
Messieurs , répondez
est sérieux 2
du colonel,
la vérité; Madame Panis 1 épouse
était accouchée en mer.
nous mimes pied
Enfin, le31 décembre 1809, 3
et si bien
terre de France 2 tant désirée,
sur cette
affreuses infortunes.
méritée par toutes nos
des malades? avez-vous perdu
( Avez-vous
- Ceci
monde? Non, nous en avons gagné. C'était
vrai? >
Messieurs , répondez
est sérieux 2
du colonel,
la vérité; Madame Panis 1 épouse
était accouchée en mer.
nous mimes pied
Enfin, le31 décembre 1809, 3
et si bien
terre de France 2 tant désirée,
sur cette
affreuses infortunes.
méritée par toutes nos --- Page 304 ---
280 )
Pour ma part, et dans le délire de ma
joie, 3
ivre de honheur en foulant le sol de la patrie,
après une si longue et si douloureuse absence,
sans regarder la boue qui couvrait le pavé, je
m'agenouillai et baisai la terre comme une seconde mère, me promettant bien de ne plus m'embarquer pour aller guerroyer au Nouveau-Monde.
Quarante-cinq ans se sont écoulés, et le sort ne
m'a point infligé la peine de rompre mon serment.
Un seul navire marchand rapportait en France
les misérables restes de ce que de belles et nombreuses escadres avaient transporté à Saint-Domingue.
Chacun de nous se dirigea sur Paris, pour y
être à la disposition du ministre de la guerre et
autres.
M. X., le général de brigade, fut reçu et fort
bien accueilli par l'empereur, qui lui donna la
croix de la Légion-d'Honneur. Seul il obtint
cette récompense, que MM. les colonels avaient
aussi bien et plus gagnée que lui.
Napoléon, dans sa justice, crut-il, en récompensant seul ce chef , récompenser aussi les
braves officiers qui revenaient avec lui?
Tous ces rentrans de Santo-Domingo furent
mis à la disposition de MM. les ministres; et, le
croira-t-on, les bureaux de la guerre eurent l'infamie, c'est le mot, de disputer les grades acquis --- Page 305 ---
( 281 )
le séjour aux colonies; grades donnés
pendant
Ferrand, ayant tout pouvoir de
par le général
grade de COl'empereur pour nommer jusqu'au
inclusivement. Ainsi, tel qui avait reçu
lonel
devait descendre d'un; ; et on rédeux grades,
avoir
pondait avec assurance : ( Vous ne pouvez
dans une campagne. > Quelle cam-
> deux grades
mais bien longue, bien
pagnel... Une, il est vrai;
cruelle : une seule, de sept années d'une guerre
à mort ! Moi, je dis deux.
dans les coloMalheur donc à qui était alors
les belles actions y étaient pernies françaises,
impunément
dues. Hélas! ! on ne s'éloignait pas
deretentissante, qui
de cette contrée inquiète,
était le centre de toute gloire
puis si long-temps
et de toute civilisation.
diminua rien de
Cette indigne injustice ne
dévoûment, car ces grades ravis, volés, 1
notre
gagnés, furent promptebien que légitimement
On
malgré les bureaucrates.
ment reconquis 1
disparaissait si vite.
d'une injustice, le ministre en
Non content
commit une seconde, mais plus dangereuse pour
Tous nous étions prisonniers sur parole
nous.
dix
dont chacun
jurée, et signée sur
registres,
Proavait bref de parole imprimé. Il portait :
servir contre les Anglais ni leurs
messe de ne pas
en
alliés. Les armées françaises en Allemagne,
légitimement
On
malgré les bureaucrates.
ment reconquis 1
disparaissait si vite.
d'une injustice, le ministre en
Non content
commit une seconde, mais plus dangereuse pour
Tous nous étions prisonniers sur parole
nous.
dix
dont chacun
jurée, et signée sur
registres,
Proavait bref de parole imprimé. Il portait :
servir contre les Anglais ni leurs
messe de ne pas
en
alliés. Les armées françaises en Allemagne, --- Page 306 ---
(282 )
Ialie pouvaient nous recevoir. Qu'arriva-t-il?"
partie de nous. 2 officiers, fut envoyée à l'armée
de Portugal, sous les ordres du maréchal Masséna, et l'on nous mit en face des Anglais !
Désigné, malgré mes réclamations, pour le
31€ d'infanterie légère, je rejoignis mon régiment et pris le commandement d'une compagnie
( lme du 1er bataillon ), la veille de la bataille de
Bousaco, 27 septembre 1810. J'arrivai assez à
temps pour recevoir une balle à la tête, ce qui ne
m'empécha pas de faire la campagne; je n'avais
pas voulu faire de réclamations, les réservanl
pour notre sortie de Portugal. Alors elles furent
reconnues justes, et j'eus l'ordre de rentrer en
France avec les cadres.
Je termine ici la relation du séjour des six années d'occupation à Santo-Domingo 2 que j'ai
dénommée Seconde Campagne. Ce récit d'un
vieux soldat ne dénote aucune prétention à se
poser en historien, il s'en sent incapable; mais
ces souvenirs , en faisant connaitre la fin d'une
malheureuse expédition, qui coûta si cher à la
France, en hommes comme en finances, pourront offrir d'intéressans matériaux aux plumes
mieux exercées qui écrivent Phistoire.
FIN.
années d'occupation à Santo-Domingo 2 que j'ai
dénommée Seconde Campagne. Ce récit d'un
vieux soldat ne dénote aucune prétention à se
poser en historien, il s'en sent incapable; mais
ces souvenirs , en faisant connaitre la fin d'une
malheureuse expédition, qui coûta si cher à la
France, en hommes comme en finances, pourront offrir d'intéressans matériaux aux plumes
mieux exercées qui écrivent Phistoire.
FIN. --- Page 307 ---
opinion sur TOUSSAINT.
4), mais Toussaint auraitil élé de bonne foi?
J'ai dit (pages homme avait le sentiment de sa puissance. A
(et 10) cet
lire les lettres de Toussaint au
Tappui de ces dires existant 2 il faut dans nos archives, mais que) j'empremier à consul, M. Mathieu Dumas, qui les reproduit dans l'ouvrage au milieu
déjà prunte cité. Elles furent écriles alors que Toussaint, de la partie espagnole
de ses succès, allait prendre cédée possession par le traité de Bale , et remise
de Saint-Domingue 7
don Garcia au général
en 1800 par le gouverneur espagnol
Agé.
Toussaint restait en proie au souci d'être apSans doute
consul, etdelà le projet de se rendre
nécessaire prouvé par à le premier ia France ; d'oà l'envoi du colonel Vincent, Cet
portant une constitution créée pour Saint-Domingne. et eit le trop rare
officier remplit loyulement sa invélérés, mission les passions haineuses
courage de braverlest entendre préjugés les plus sérères vérites (Dumas). de bonne
et Quels de Taire motifs aurait eu Toussaint pour n'èire pas de Saintfoi?Je ne les vois pas?., N'étail-il contre pas possesseur qui l'em
Domingue ? Après àvoir lutté
TAngleterre, et de lutter encore
pechait de déclarer, alors, Tindépendance,
enfin?..
contre la France ?.. Que fit-il 9 et A l'y sa forçait place qui n'eût
2 et
comme
L4"
1I resta Français agit le fait W'avoirarraché Saint-Dominjugé, etavec raison, à la que guerre civile et, par mille combats,
gue à T'anarchie, vaincu les Anglais dans leur prétention de con- la
repoussé,
et
récompense ; que
quête méritait une lui grande allouée large : n'avait-il pas assez fait?
tenant, elle devait être
toute naturelle?
Quel estl l'homme qui n'eut eu cette pensée Il agit, au contraire,
Qu'avait-il besoin d'user de le duplicité?, prouve, c'est cette présentation
avec confiance, et, cequi ceuvre d'une assemblée coloniale. c'était
d'une constitution,
le suprème pouvoir
Toussaint < pouvait souhaiter En faisant le bien il àvait obéi à son
naturel et excusable. il devait en espérer le prix. 11 n'y a là
génie en le faisant,
dans sa conviction et
rien de coupable s d'autant achever plus ce que breh , il fallait long-temps
dans la vérité pour
à St-Domingue, 9 qui ne pouvait
encore un d'une: cheftout-puissant antorité forte et créatrice. (Thiers, Consulat.)
se passer
de
il est facile de juger
D'après le caractère Bonaparte armé
volonté forte nanti
un
que, rencontrant homme
Omne
à vie,
d'un grand pouvoir et que l'on nommail marchait gouverneur sur ses traces ,
il voyait celui qui 3 pour ainsi devait dire, être conservé : déjà il ne
qu'alors il ne pouvait, ni ne
vait
encore un d'une: cheftout-puissant antorité forte et créatrice. (Thiers, Consulat.)
se passer
de
il est facile de juger
D'après le caractère Bonaparte armé
volonté forte nanti
un
que, rencontrant homme
Omne
à vie,
d'un grand pouvoir et que l'on nommail marchait gouverneur sur ses traces ,
il voyait celui qui 3 pour ainsi devait dire, être conservé : déjà il ne
qu'alors il ne pouvait, ni ne --- Page 308 ---
284)
voulait pas d' un pouvoir, partagé et, sans considérer que le la
résultat d'un non acquiescement à la constitution serait
perte de Saint-Domingue de cette belle colonie toute rétablie, toute française !.. ii s'indigna , et, malgré les justes
observations du çolonel Vincent, 2 taxa cet acte d'indécent.
L'expédition fut résolue !
Ignorait-il que < les possessions d'outre-mer ne peuvent
être réduites à l'obéissance. > contre les efforts des indigènes,
que lorsque , dans un espace resserré privés de ressources
intérieures pour soutenir la guerre Hle" se trouvent pour
ainsi dire dans une place bloquée : mais l'ile de SaintDomingue 3 par son étendue , par ses montagnes et les difficultés des communications 3 pouvait être considérée comme
un continent. Ces nègres, ces hommes de couleur, véritable
population de l'ile soldats redoutables sous un ciel brilant,
acclimatés, endurcis aux fatigues, sobres, superstitieux: 2 fanatisés 3 avaient pour ce genre de guerre beaucoup d'avantages sur les malheureux colons, et bien plus, sur les troupes
européennes les mieux aguerries. > (Dumas.)
L'Afrique aujourd'hui, donne depuis seize ans la preuve
de ce dire du donc général. Toussaint était, et eût été de bonne
foi. Je Lisez crois les lettres que qui suivent, et jugez l'homme vous
même : que sont-elles? de vrais rapporis d'un général à son
gouvernement. demandant, 9 réclamant approbation de sa
conduite ; indiquant l'urgence d'un nouvel état de choses et
de nouvelles lois pour conserver Saint-Domingue à la France.
Qui pouvaitr mieux les faire, ces lois, que les hommes qu'elles
devaient régir ? Eux, sur les lieux ; eux, qui n'avaient jamais reçu. 9 de la métropole , que des lois , actes , décrets et
ordonnances impraticables dans la colonie : par le fait que
ceux qui les créaient ne connaissaient en rien le NouveauMonde, Saint-Domingue et sa population était la toute riche particulière:.. ferme de la France, il fallait
en retirer la rente et non pas vouloir y. diriger la le plongée fermier
de la houe Toussaint était, sans nul doute ,
trouvé
Lettres de Toussaint Louverture, 2 général en chef de larmée
de Saint Domingue, au citoyen Bonaparte, premier consul
de la république française.
PRENIBRE LETTRE.
A Santo-Domingo, - le 12 février 1801.
Citoyen consul,
Après avoir répondu aux différentes lettres que vous avez
chargé le ministre de la marine de m'adresser, ct qui m'ont
fermier
de la houe Toussaint était, sans nul doute ,
trouvé
Lettres de Toussaint Louverture, 2 général en chef de larmée
de Saint Domingue, au citoyen Bonaparte, premier consul
de la république française.
PRENIBRE LETTRE.
A Santo-Domingo, - le 12 février 1801.
Citoyen consul,
Après avoir répondu aux différentes lettres que vous avez
chargé le ministre de la marine de m'adresser, ct qui m'ont --- Page 309 ---
288 )
, après lui avoir
l'aviso VEnfant-Prodigue, le mettre à
été donné apportées tous PIA détails de mes opérations, satisfaisant, C est maintenant
même de vous en rendre écriren compte moi-mème, pour vous demander,
de mon devoir de la vous colonie est pacifiée, tranquille et dégagée d'oiliaujourd'hui que votre
aux nominations
de ses ennemis ,
approhation faites en faveur de braves militaires, le
ciers généraux, 2 que jai mes pénibles travanx, avec tout
qui m'ont secondé dans
attachés à leurs devoirs 3
zèle et tout le dévoûment d'ofticiers tous des officiers de mérite 9 et
fidèles à leur patrie; ; ils votre sont confiance et des récompenses naégalement dignes de
tionales.
de MOYSE DESSALINES , MAUREPAS l'ad- 9
( Suivent les noms LOUVERTURE, Charles BÉLAIR ; enfin bonnes
CHRISTOPHE , Paul d'HEBICOURT, dont il définit les
judant commandant qualités.)
cette réet courageuses
français - citoyen consul, le doit commenceLe gotvernement à de brayes militaires
me depuis seconder dans mes
compense révolution n'ont cessé ge",
la
ment de la
conduits de la manière plus
opérations 5. et se sont toujours
des lieux, j'ai pensé que
distinguée. Mais, vu Téloignement les faire jouir de cet avantage, pour à
je devais dès ce moment
quil n'y a plus d'ennemis, la
les encourager 3 aujourd'lni de zèle pour m'aider à opérer de
combatire, à redoubler belle colonie et ramener les jours
restauration de cette
Persnadé des sentimens d'équité
son ancienne splendeur. leur ai fait espérer votre sanction, 1
qui vous animent, moi-méme je que vous appronverereetls consul, de mesure. ne pas
commel'espère Il est également de mon devoir citoyen de l'armée de Saintvous, laisser ignorer que bien les acquis soldats, à la sollicitude du gouDomingue ont des droits
avoir une entière confiance
vernement français. Vous ils pouvez sont capables des plus grandes
en eux. Bien dirigés,
qui, si elle n'a point
choses. Dans cette dernière campagne, moins été pénible, ils m'ont
été meurtrière, > n'en la a marche pas , on devait plus compter de ralentir sur
convaincu
pour chevaux. J'ai souvent été obligé de les reeux que sur t donner à la cavalerie le temps ils ne
leur marche, pour
mieux disciplinés à T'avenir,
joindre. J'espère en rien que, aux troupes d'Europe.
le céderont
respect.
Salut et profond
Torssanr-torveartst.
DEUXIENE LETTRE.
Santo-Domingo, le 12 février 1801.
Citoyen consul,
d'une résolution qui allait faire
La malveillance, , alarmée
J'ai souvent été obligé de les reeux que sur t donner à la cavalerie le temps ils ne
leur marche, pour
mieux disciplinés à T'avenir,
joindre. J'espère en rien que, aux troupes d'Europe.
le céderont
respect.
Salut et profond
Torssanr-torveartst.
DEUXIENE LETTRE.
Santo-Domingo, le 12 février 1801.
Citoyen consul,
d'une résolution qui allait faire
La malveillance, , alarmée --- Page 310 ---
286 )
passer la partie espagnole de Saint-Domingue sous la domination de la république. fit jouer lous les ressorts de l'intrigue pour y mettre obstacle; celui qui lui réussit le mieux
fut'de faire revenir le citoyen Roume, agent du gouvernement, sur son arrêté du 7 floréal, et de le porter à toutes les
démarches qu'il entreprit pour éloigner la prise de possession
qu'il avait lui-mème arrêtée. Décidé à l'obtenir par la force
des armes, je me crus alors oblige 2 avant de me mettre en
marche, d'inviter le citoyen Roume de cesser ses fonctions
et de se retirer au Dondon jusqu'à nouvel ordre, parce que
l'intrigue et la malveillance n'y auraient pas la même facilité
de lui tourner la tète ;, il est là à VOS ordres : quand vouS me
le demanderez,. jev vous T'enverrai.Quelles que soient les calomnies que mes ennemis l'aient porté à vous écrire contre moi,
je m' abstiendrai de me justitier: 1 mais alors que ma délicatesse m'oblige au silence. 2 mon devoir me prescrit de l'empécher de faire du mal.
Le besoin de correspondre exactement avec mon gouver- -
nement, et la rareté des occasions 9 me portent à vous prier, à
citoyen consul, de consacrer la corvette En/ant-Prodigue
ne faire que les voyages de Saint-Domingue ; de l'y, envoyer
aul moins tous les trois mois , afin que je puisse régulièrement vous faire connaitre, à toutes les époques de ses retours, la situation exacte de cette belle colonie, à la prospérité de laquelle, vous pouvez être persuadé,je continuerai
de consacrer tous mes instans.
Salut et profond respect.
Totssasr-LotvestenE.
TROISIENE LETTRE:
Cap-Français, , le 16juillet 1801.
Citoyen consul,
Le ministre de la marine dans le compte qu'il vous a
rendu de la situation politique de cette colonie, que je m'attachais àl lui faire connaitre dansles dépèches que jel lui adressais,, a dû vous soumettre ma proclamation du 16 pluviose
dernier. portant convocation d'une assemblée centrale, qui
put, dans un moment où la réunion de la partie espagnole à
de
la partie française venait de s'opérer, 3 ne formerait plus
Saint-Domingue qu'un seul et même pays 9 soumis au même
destinées
des lois
calgouvernement 2 fixer ses
par
sages,
quées sur les localités et les moeurs des habitans , j'ai aujourd'hui la satisfaction de vous annoncer que la dernière
main vient d'être portée à cet ouvrage, et qu'il en est résulté une constitution qui promet le bonheur aux habitans
de
de cette colonie, si long-temps infortunés : je m'empresse
3 ne formerait plus
Saint-Domingue qu'un seul et même pays 9 soumis au même
destinées
des lois
calgouvernement 2 fixer ses
par
sages,
quées sur les localités et les moeurs des habitans , j'ai aujourd'hui la satisfaction de vous annoncer que la dernière
main vient d'être portée à cet ouvrage, et qu'il en est résulté une constitution qui promet le bonheur aux habitans
de
de cette colonie, si long-temps infortunés : je m'empresse --- Page 311 ---
287 )
l'adresser, pour avoir volre approbation et près la sanclion de vous
vous
Pour cet effet j'envoie
à
de mon gouvernement. Vincent, directeur général des forifications
le citoyen
je confie ce précieux, dépôt.
lois
Saint-liomingue, centrale , à qui m'ayant requis, 2 VU Tabsence celui des de l'aLassemblée nécessité de faire succéder leur empire à
et la
exécuter cette constitution,
narchie. , de faire provisoirement plus vitevers sa prospérité a future, élé accomme suis devanthacheminer rendu à ses désirs, et celte constitution des
je me
toutes les classes de eitoyens avec transports
cueillie par.
pas de se reproduire lorsqu'elle
de joie, qui ne manqueront revêtue de la sanction du gouvernement.
leur sera renvoyée
respect.
Salut et profond
TOesaume-lovearunt
de la constitution.
Discours préliminaire existait, depuis plusieurs
La colonie de Saint-Domingue
gouvernéc par des
années 2 sans lois positives. Long-temps était inévitable,
hommes ambitieux 2 son ancantissement Toussaint Louverture,
sans le génie actif et sage les du plus général justes, les plans les mieux
qui, par les combinaisons aclions les plus énergiques. a su la délivrer et
réfléchis et les
de ses ennemis extérieurs intépresqu'en même temps
tous les germes de discordes; succérieurs, étouffer suceessivement préparer sa résurrection 1 faire
du sein de T'anarchie
l'amour dut travail et de la paix
der l'abondance à la misère,
la sécurité à la terreur,
à la guerre civile et au tout vagabondage, entière à l'empire français 2 elc.
et enfin la soumettre 382 du huitième volume des Précis
(Voir la suite à la page de M. Matthieu Dumas.)
Mililaires et la Constilution,
quel était Toussaint.
Ce prolocole dit tout et fait connaitre déplacée, et s'il n'avait renSon ambition n'était nullement
plus forte, nul doute,
contré une ambition restait plus à la grande, France.
Saint-Domingue
Note première, page 36.
DES NÈGRES DE SANT-DOMNGUE.
MANIERE DE CONBATTRE
Dampierre, fils du général
Eatrait du journal du dhonneurl général le 8 ou le 10 mai 1793).
mort au champ
26 février 1802.
Du quartier-genéral du Gros-Morne,
était d'un
La guerre avec les nègres de Saint-Domingue
genre tout nouveau :
ont triomphé des obstacles
K Presque partout nos troupes
, France.
Saint-Domingue
Note première, page 36.
DES NÈGRES DE SANT-DOMNGUE.
MANIERE DE CONBATTRE
Dampierre, fils du général
Eatrait du journal du dhonneurl général le 8 ou le 10 mai 1793).
mort au champ
26 février 1802.
Du quartier-genéral du Gros-Morne,
était d'un
La guerre avec les nègres de Saint-Domingue
genre tout nouveau :
ont triomphé des obstacles
K Presque partout nos troupes --- Page 312 ---
288 ) /
> réunis, du terrain, du climat et du nombre des
) mais ceux-ci toujours postés dans des lieux ennemis;
p
inaccessibles,
notis attaquent impunément sur tous les
)) la marche de nos colonnes. Une courte relation points de pendant ce
) s'est passé à la division dont je fais
qui
))
partie général Desfourneaux) ) vous donnera une idée de ce qu'ont
)
fait les autres, puisqu'elles ont rencontré les mêmes difficultés.
> Sortis le 17 février de notre camp de Morne-Rouge, à trois
) lieues du Cap, pour nous porter sur les Gonaives,
de
) rendez-vous de tontes les divisions de l'armée, point à
) avions-nous passé la rivière Salée, que le feu de ce peine
) appelle ici embuscade commença sur notre
qu'on
) ques compagnies de chasseurs suffirent d'abord gauche, , quel- les
> cloigner, et la colonne continua sa marche ; mais pour bientôt
> le feu s'engageant à la tête et sur le flanc
) mêmes lirailleurs, déjà repoussés, reparurent gauche, à l'arrière- les
) garde, la colonne s'avançait ainsi entourée de
>
feux pendant l'espace de deux lieues ; elle n'eut point de
) lité, et ne put marcher lestement que dans le chemin tranquil- de
> la grande coupe du Limbe, où Toussaint avait
> ment, et pour se défendre des attaques de
précédem- en
> bellion contre lui, fait couper les bois à Moise, cent
de ré-
> route, à la droite età la gauche ; il fallut ensuite pas nous la
) parer à emporter le col qui nous séparait du Limbé; pré- ; ce
> passage, , ou 130 braves pourraient arrêter une armée,
D était occupé par 300 hommes postés en partie dans une
) redoute qui barrait le défilé, et en partie sur la droite
) et sur la gauche derrière des abattis. Les carabiniers
) 30m- demi-brigade, soutenus par quatre
dela de
> chasseurs, marchèrent avec tant de résolution, compagnies
) gré la vivacité du feu, les difficultés du terrain, que la mal- cha-
> leur du jour, et malgré la perte de tous leurs
au
> moins blessés, ils gravirent la montagne et enlevèrent officiers
> redoute, où le chef de bataillon des noirs,
la
))
nombre des siens, furent trouvés morts.
et un grand
) si impétueuse que les brigands n'eurent Cetteatlaque que le
fut de
>
mettre le feu à une immense quantité de bois temps
) avaient jeté dans le défilé pour empècher le sec, qu'ils
)) notre arlillerie. Tandis que nous étions occupés passage à
de
) ces bois, et à faire monter avec
de déblayer
)>
obusier et nos petites pièces de beaucoup le feu peine an
) nouveau avec beaucoup de vivacité
s'engagea de
))
rs
la 38me demi-brigade répoussa vigoureusement Tarrière-garde, les assail- où
)) lans, pour donner le temps à notre artillerie de
)) sommet, après deux heures du plus rude travail. gagner Pendant le
) ce temps, l'avant-garde était toujours aux
et le
> centre de' 'la colonne était aussi attaqué par des prises,
> pandus sur la montagne à notre gauche. Après nègres ré-
)) ouvert ainsi la route sans cesser de
nous être
combattre 3 nous
38me demi-brigade répoussa vigoureusement Tarrière-garde, les assail- où
)) lans, pour donner le temps à notre artillerie de
)) sommet, après deux heures du plus rude travail. gagner Pendant le
) ce temps, l'avant-garde était toujours aux
et le
> centre de' 'la colonne était aussi attaqué par des prises,
> pandus sur la montagne à notre gauche. Après nègres ré-
)) ouvert ainsi la route sans cesser de
nous être
combattre 3 nous --- Page 313 ---
289 )
du Limbé; et nous campàmes près du
) passâmes la rivière
) bourg, au lieu appelé Camp-Aiguier. division parlit du Camp-Alquier, ,
> Deux jours après le vallon 3 la où coule la rivièrede la Marma- à une
) et savancant parl la première embuscade des rebelles entre la
) lade, rencontra Lecocq : c'était un défilé resserré
> lieue du camp. rochers escarpés, et des bois impénétrables. >) rivière et des laissèrent passer les deux premières compa-
> Les nègres
évitant leur vue,, et ne commencèrent de
> gnies d'éclaireurs,
apergurentia première à pièce de
> leurs feux Couverts, que lorsqu'ils par les Tochers, iis tiraient portée de ca-
> canon. sans
pôt aller à eux; ; quelques coups le che-
> pistolet,
qu'on ceux qui barraient de rochers près et il
) non delnsquerent
de
ft
> min ; mais il colonne fut impossible défilàt sous gravir le feu de cette nombreuse
> fallut que la
de nouveau
> embuscade. Lecocg; le feu s'engagea
> Arrivés au camp semblable à la première, quoiqu'un dans les
une
Bot
> dans
position, Les éclaireurs s'étant jetés de la colonne fut
D moins tourner escarpée. cette embuscade, la tète
;
)
pour
deux pièces placées sur une petite continua éminence sa
> canonnce furent par enlevées et enclouées. La colonne' dans le che-
) elles A peine avait-on fait quelques pas,
garde
> marche. qui conduit à Plaisance, que heures T'arrière-g par des
> min montueux et harcelée pendant plusieurs
dans
> futa attaquée du chef nègre Romain > s'élaient postés ell usant
> soldats
On se dégagea t cette attaque laissa
) les montagnes. 5 T'arrière garde s'embuisqua., deux
> du même stratagéme sur la colonne, les mitentre couté
) arriver les nègres jusque affreux. Celte marche a
> feux, et en fit un carnage hors de combat, dont 80 tués!. > plus de 300 hommes
DAXPIERRE. >
> Signé:
sur la première de la
Note denxteme,
36. page
fait connaitre
Ce récit détaillé sur des difliculté, combats journaliers ou plutôt rimposetbitité ! combien était grande la
une
armée. Ilclas
de soumettre dans Un tel pays population, de Saint-Domingue
plus les faits de la malheureuse expédition de cetle impossibtseront connus, et plus on fait se convainera échouer dans cette entreprise tralité, seconde cause qui belle a et la meilleure armée qui eut Tignola plus forte, la car plus la
est, sans contredit, noirs.
détaillé sur des difliculté, combats journaliers ou plutôt rimposetbitité ! combien était grande la
une
armée. Ilclas
de soumettre dans Un tel pays population, de Saint-Domingue
plus les faits de la malheureuse expédition de cetle impossibtseront connus, et plus on fait se convainera échouer dans cette entreprise tralité, seconde cause qui belle a et la meilleure armée qui eut Tignola plus forte, la car plus la
est, sans contredit, noirs. versé l'Océan ; consul première sur cette espèce d'hommés avec laquelle il
rance du premier
et la facilité
habitant le Nonveau-Sonde,
--- Page 314 ---
290 )
abonda dans les idées de MM. les grands planteurs
trouvaient à Paris. Peut-ètre même, la bonne et qui se
épouse, Josépline créole, a-t-elle pu dire alors son parfaite mot. phile Après MM. les généraux comte Mathieu Dumas et Pamcette vérité Lacroix, dans lui, tém oin authentique, j'ai essayé de mettre
années et demie à son jour, par le récit d'un séjour de sept
Saint-Domingue. retraites Cette guerre, naturelle à toute peuplade attaquée dans ses
inexpugnables, , est encore
la même
Afrique ; beureusement' que la, ce ne aujourd'hui sont
des
en
redoutant de nouvean le jong , et que les tribus pas
esclaves
auront éprouvé notre courage,, notre générosité arabes qui
faits de notre gouvernement, finiront, il faut
etles bienplus opposer d'obstacles à notre établissement l'espérer, sur par le ne
africain. sol
Note trotsieme, page 125. pant Les de Espagnols rien d'origine vivent à peu de frais, ne s'occutravail pénible à pendant leurs le jour 9 n'imposant mème pas de
à se bercer dans un hamac esclaves : sont-ils ; leur las temps de se passe à jouer,
ils chantent. Pour aller prendre de l'eau à jouer, une de dormir,
source. 5 ou fontaine même 3 il faut qu'ils montent rivière à cheval, 2 ou
n'eussent-ils que vingt pas à faire : sur les
hâtes, ils ont toujours un cheval bridé pour cet habitations ou
Le soin de cultiver leur esprit ne les
usage. ne savent rien; ; à peine connaissent-ils le occupent nom point, ils
avec laquelle ils n'ont plus aucun commerce. delEspagne, Cette tranquillité ils ressemblent les fait parvenir à une extrème vieillesse ; en ceci,
aux Orientaux. On leur attribue un profond respect pour la
savent allier avec un libertinage excessif : religion, qu'ils
mélé d'abord avec les insulaires, à l'origine de leur la sang s'est
ensuite avec le nègre 2 de sorte
leur caractère découverte, et
couleur se ressentent à la fois dec trois races
leur
d'Afrique ct d'Amérique.
Espagne, Cette tranquillité ils ressemblent les fait parvenir à une extrème vieillesse ; en ceci,
aux Orientaux. On leur attribue un profond respect pour la
savent allier avec un libertinage excessif : religion, qu'ils
mélé d'abord avec les insulaires, à l'origine de leur la sang s'est
ensuite avec le nègre 2 de sorte
leur caractère découverte, et
couleur se ressentent à la fois dec trois races
leur
d'Afrique ct d'Amérique. d'Europe,
Note quatrième, page ISG. leglement intérieur de la Socicté Dramatique à Santo- Domingo. ( ) Tous La toile sont tombe, égaux ct empereurs camarades. et sujets,
))
(FAVARD. - Les Trois Sullanes.)
ART. 1°. - Messieurs et Mesdames les amateurs s'élant
partagé entre eux les différens emplois dont se compose l'en- --- Page 315 ---
291 )
dramatique, ont approuvé la réparsemble d'une compagnie désignés au présent article :
tition des caractères
MM. VIVES , directeur. nobles sensibles, et quelques financiers; :
FUNEL, pères
directeur. financiers et tabliers, hasse-taille, vauBUISSERET. ,
deville.
premiers.
DARNAUD , jeunes idem.
EVRARD, ,
SACHS, raisonnenrs.
CARIOT, idem. comiques.
BARDIN, premiers idem
vaudeville.
SALYA,
idem
régisseur.
CANDEAU, DRUNEAU, seconds comiques.
grandes
troisiènies comiques 1 grimes,
LEMONNIER 2
utilités; ; régisseur. troisièmes comiques, rôles à manteau, >
DELESTANG, vaudeville ; directeur. et les bas comiques.
BULTÉ, troisièmes comiques
MERVILLE, utilités. utilités et Lubins.
CLARIS FUNEL fils, fils,
idem. caractères et servantes marMmes CLARIS, mères nobles,
DRUNEAU, quées. amoureuses 7 soubrettes ingénuités. et premières amouCANHOULIES, 2 premières
reuses.
rôles et duègnes nobles.
PRIOLEAU deuxièmes 2 premiers soubrettes et grandes utilités.
CLARIS EDERNE fille, enfant de tout genre. mois à moins que
les
de chaque
ART. 2. 1 Tous quinze
cas ce serait pour
ce soit unjour de représentalion. amateurs se 2 réuniront auquel chez le colonel
le lendemain, les au répertoire du mois suivant.
Vives, afin de procéder
par les trois direcART. 3. - La société sera présidéc et les régisseurs : Candeau
teurs : Vives, 3 Funel la a Delestang, répartition des rôles, etil est convenu que le
et Lemonnier, pour prendre un dans un autre emploi r'invitation
que nul n'en pourra la convenance commune, Taveu sur du direcsien ; que, pour anquel il appartiendra, 2 et par
de tous les
de l'amateur
une fois arrèté, sera signé
toire 2 le répertoire,
rôles
amatéurs.
les bons et mauvais tous
ART. 4. Autant que manière possible, relativement égale entre
seront répartis d'une
remettre son
les L'amateur emplois. désigné au répertoire ne et pourra admis par le direcrôle que sur des motifs très plausibles
direcsien ; que, pour anquel il appartiendra, 2 et par
de tous les
de l'amateur
une fois arrèté, sera signé
toire 2 le répertoire,
rôles
amatéurs.
les bons et mauvais tous
ART. 4. Autant que manière possible, relativement égale entre
seront répartis d'une
remettre son
les L'amateur emplois. désigné au répertoire ne et pourra admis par le direcrôle que sur des motifs très plausibles --- Page 316 ---
292 )
toire; ; mais on aura soin de dédommager par de bons rôles
ceux des amateurs qui en auraient joué d'inférieurs dans tne
précédente représentation.
ART. 5. - Lorsqu'un amateur aura joué avec
un
rôle quelconque dans une pièce, les régisseurs pourront agrément l'inviter à laisser jouer ce rôle par un amateur du même emploi; Ce qui varie les pièces aux yeux des
et
satisfait tous les amateurs.
spectateurs,
ART. 6. Au répertoire, les dames opineront les
mières sur le choix des pièces à monter; les cavaliers preet le directoire auquel seront adjoints les régisseurs, ensuite,
noncera. Le répertoire ainsi arrêté pour chaque mois, 3. il propourra être apporté ancun changement sans les plus fortes n'y
raisons et l'aveu dn directoire.
ART. 7. - Comme il est urgent que l'exactitude de
amateur puisse sauver à tous le désagrément des courses chaque inutiles, nous nous soumettons tous à une amende en
d'un de nos billets d'invitation. 2 pour chaque inexactitude privation
aux assemblées, répertoires 9 ou répétitions convoquées on
d'obligation , quand nos motifs ne seront ou ne
au directoire de toute validité.
paraliront pas
ART. 8. Tout propos indiscret tenu par un
:
contre un autre, s'il ne porte que sur un ridicule vrai, amateur encourra pour l'indiscret la même privation qu'au précédent
article, mais s'il porte contre une des dames, et surtout s'il
est méchant, le coupable, convaincu sera exclu de la
société, et le directoire l'inviteraà remeitre sa carte d'ama
teur.
ART. 9. Pour prévenir toute discussion entre les amateurs, il est convenu que l'artdramatique sera exclusivement
le sujet important de toute conversation au foyer ; en cas de
diversité d'opinions, un tiers accordera les opposans, ou invitera à la clôture des débats, et lorsqu'une dame fera cette
invitation, nous sommes tous Français, et notre déférence
au beau sexe est garant de notre docilité.
ART. 10. Les régisseurs donneront seuls des ordres
anx garçons de théàtre. En conséquence, MM. les amateurs
sont priés d'adresser à eux-mèmes les réclamations qu'ils
croiront devoir leur faire. Ils sont de même invités à leur
communiquer toutes leurs idées sur ce qui pourra contribuer aUx succès et à l'agrément de nos récréations dramatiques.
ART. 11. Comme nous avons éprouvé des
à nos répétitions 2 il est arrêté que chaque amateur désagrémens sera
teur d'une carte sur laquelle sera imprimé FOYER, 3 et por- sans
laquelle on ne pourra entrer, ni les jours de représentations.
'ils
croiront devoir leur faire. Ils sont de même invités à leur
communiquer toutes leurs idées sur ce qui pourra contribuer aUx succès et à l'agrément de nos récréations dramatiques.
ART. 11. Comme nous avons éprouvé des
à nos répétitions 2 il est arrêté que chaque amateur désagrémens sera
teur d'une carte sur laquelle sera imprimé FOYER, 3 et por- sans
laquelle on ne pourra entrer, ni les jours de représentations. --- Page 317 ---
293 )
Cela nous assurera de la plus et
ni les jours de répétitions. et donnera beaucoup plus d'ensemble
grande tranquilité.
nous représenterons. Les garçons
d'illusion aux pièces que
de r'exécution de cet article.
de théâtre seront responsables
pas dans une pièce
ART. 12. - - Tout amateur viendra ne jouant au théatre, , sera tenu de
que l'on répètera, T'orchestre, et qui afin de laisser la scène libre. le tour ne
descendreà même aussi ceux qui répèteront, et de qui dans les couDe venu d'ètre en scène 2, se tiendront auront soin d'obsera pas
la scène libre. Ils
son mot
lisses, et laisseront silence afin que chacun puisse entendre
server le
,
d'entrée.
costumes ou autres
ART. 13. Aucune dépense ROUE consentement du diobjets ne pourra être faite de savoir qu'apres s'il est à même de la solder
recteur trésorier, la afin demande des régisseurs.
de suite, et sur
la réunion des
ART 14. La manière dont se compose des égards, proamateurs rend inutile! la recommandation d'amour-propre, déférence aux
cédés échanges des sacrifices, dans la manière de les donner. et
avis réciproques, et cet politesse article n'est ici que pour, mémoire, va asEn conséquence 2 prophétique de Pharmonie qui cette assocomme un doubler hommage les douceurs et les plaisirs que
surer et
à tous ses membres et à leurs invités.
ciation promet
Clos et arrèté le 21 septembre 1806.
CANDEAU et
Signé : FUNEL, VIVES, directeurs DELESTANG, et régisseurs ;
LENONNIER, DARNAUD, EVRARD, SACHS,
BUISSERET, BARDIN, SALVA, DRUNEAU
CARIOT,
fils et
MERVILLE 3 CLARIS
BULTÉ fils; , Mmes CLARIS, DRUNEAU,
FUNEL
PRIOLEAU, EDERNE, CLACANBOULIES, amateurs composant la SORIS fille,
ciété.
aux archives de la
conforme à la minute , déposée
Pour copie
sociélé, 1
régisseur.
J.-B. AsmAAcsneree
ARD, SACHS,
BUISSERET, BARDIN, SALVA, DRUNEAU
CARIOT,
fils et
MERVILLE 3 CLARIS
BULTÉ fils; , Mmes CLARIS, DRUNEAU,
FUNEL
PRIOLEAU, EDERNE, CLACANBOULIES, amateurs composant la SORIS fille,
ciété.
aux archives de la
conforme à la minute , déposée
Pour copie
sociélé, 1
régisseur.
J.-B. AsmAAcsneree --- Page 318 ---
204 )
Note cinquiéme, page 264,
PIBCE JUSTIFICATIVE (due aux soins de M. LATHAN).
Copie d'une dépéche du major général Carmichael au vicomte
Castlereagh, datée de San-Carlos, devant la ville de SantoDomingo , le 8, juillet 1809.
Monseigneur, ,
J'ai Phonneur d'informer Votre Excellence
la Jamaique le 7 du mois dernier, avec les que,. parti de
en marge, une brigade composée d'un régiment troupes de indiquées
d'un colonial (nègre),je descendis le 28 à la baie de la lighe Palan- et
que, lieu de debarquement le plus rapproché, et à trente
milles de la ville de Santo-Domingo ; je lis immédiatement la
reconnaissance des fortifications,
le 29, et me convainquit pleinement opération les qui fut terminée
bastions étaient attaquables
que remparts et les
en outre en considération la par brave un défense coup de main. Prenant
pendant un siége continu de huit
de la garnison
mesures promptes et décisives étaient mois 2 le il me parut le que des
dent à prendre avec un ennemi courageux, parti et plus pru- cela
préviendrait les fàcheux résultats de tranchées que
pendant ble
la saison pluvieuse, qui est le seul ennemi ouvertes redoutatreux pour notre. les armée. Les ravages en ont été déjà si désas600 de pour leur meilleur Espagnols indigènes,
400 hommes, sur
et
régiment, ont Adint mis hors de
quant aux troupes anglaises, il leur aurait été sans service; doute
plus fatal qu'un engagement surles remparts.
du Son mois excellence dernier, le la gonéral Sanchez, dont j'ai reçu > le 30
affectueuse,
réception la plus cordiale et la
ayant été très malade quelque
plus
et l'étant encore à mon grand chagrin, par temps auparavant, de
et d'une maladie au foie, ordonna aux suite faligues
dans tous les
troupes espagnoles,
plairait de leur postes 7 de suivre les instruetions qu'il me
donner, ce qu'ils accomplirent
se portant rapidement en avant, et coupant d'une volontiers manière en
efficace toute communication entre la ville de
et le fort Jérôme, point très fortifié
Santo-Domingo
seul lieu de
qui, en protégeant le
quer avec l'escadre. débarquement, 3 nous empéchait de communisitions Après avoir, dans la soirée, refusé de recevoir les propodétachement d'armistice du général français, je m'avançai avec un
j'établis mon d'Espagnols vers l'église de San-Carlos 2 ou
ville. Je comptais quartier-général à une portée de fusil de la
rejoindre dans la nuit, que les mais troupes par suite anglaises d'une pourraient pluie
nous
abondante
ement, 3 nous empéchait de communisitions Après avoir, dans la soirée, refusé de recevoir les propodétachement d'armistice du général français, je m'avançai avec un
j'établis mon d'Espagnols vers l'église de San-Carlos 2 ou
ville. Je comptais quartier-général à une portée de fusil de la
rejoindre dans la nuit, que les mais troupes par suite anglaises d'une pourraient pluie
nous
abondante --- Page 319 ---
205 )
et ce IIC fut que le
et continuelle, cela devintimpraticabiere arrivèrent après avoir
surlendemain. 1 dans la nuit , qu'elles les plus grandes, oblienduré les privalions et les de fatigues campagne sur de mauvais chegées de trainer les pièces effroyable, et de traverser les rivières
mins les , par moyens un temnps de transports nécessaires., lettre du général
sans Le 1T juillet je reçus une nouvelle lendemain à midi
Barquier, à qui Tavais accordé jusqu'au
pour faire une réponse. continuel se faisant entendre sur
Un feu de motisqueterie le pavillon blanc fut arboré, jem'ales remparts, bien quel de dragons légers et envoyai un aide-de- le
vançai avec un parti la cause. Le général Barquier reçut une
camp en demander etlui répondit que les habitans tiraientsur
très poliment de pigeons ramiers sauvages quivollstent ailait donner
grando quantité
de la ville, mais
caie
au-dessus des remparts faire cesser cela pendant la suspendes ordres sévères pour
du
sion des hostilités. lettre du général Barquier, au sujet
Le2,je reçus une
qui ayait été occupé
mouvement de troupes vers San-Carios, de négociation.
le 30 juin après avoir rejetéles la propositions canitulation se réunirent: ;
Le lés commissaires ayant pour déclaré que leurs instructions me
ceux parti français de ne pas se rendre, ce qui d'ailleurs
formelles étaient les prisonniers et des lettres interceptées, et
fut confirmé par autorisé à accepter d'autres conditions,
je ne me crus pas
jusqu'a ce que j'aie pu communiquer
la réunion fut ajournéej des forces navales.
n'arriva que le
avec le commandant suite du mauvais temps, la réponse mon avis sur les
6, Par et se trouva coincider parfaitement ennemis. J'avais avec en outre appris ainsi
seuls termesà accorderaux de la rivière Jaina : qui nous séparait et de
le débordement grande partie de nos munitions d'artillerie à donner
de la plus
cela me détermina d'autant fis plus au capinos provistons, résolution à cette aflaire. J'en part armés
une prompte
sa coopération en malelots prèt
laine Cumby 5 requérant ce que je lai trouvé toujours
munitions et provisions,
la plus cordiale.
des
à me procurer avec soumis T'obligeance au "Tout-Puissant, dispensateur cause et dans
Humblement de confiance dans une juste une lettre au
événemens, anglais 1 plein pour la défendre, 2 Jécrivis refus de la garnison
le courage
un nouveau
général Barquier, 5 d'après
oiseaux viennent de la Cote-Ferme
(1) A l'époque de la ponte ces du rocou; traversant le matin 1
dans Tile, pour V manger la grainc nids, par bandes fesant onbre au so.
lc soir, ils retournent à leurs
leil, comme un fort nuage.
vénemens, anglais 1 plein pour la défendre, 2 Jécrivis refus de la garnison
le courage
un nouveau
général Barquier, 5 d'après
oiseaux viennent de la Cote-Ferme
(1) A l'époque de la ponte ces du rocou; traversant le matin 1
dans Tile, pour V manger la grainc nids, par bandes fesant onbre au so.
lc soir, ils retournent à leurs
leil, comme un fort nuage. --- Page 320 ---
296 )
de mettre bas les armes, et fis immédiatement les
tions suivantes :
disposinant-colonel La première brigade fut placée sous les ordres du lieuteploi d'adjudant Horsford, général. qui préféra ce commandement à l'emment, La seconde brigade fut confiée au major Curry, du 840
par suite de l'absence du colonél Smyth, officier régitingué du. 53°, que la mauvaise marche du bàtiment de disport le Diégo, dans lequel il s'était embarqué, avait transde nous rejoindre jel'aurais vivement
empéché
braves olliciers et soldats
regretté, ainsi que les
ment projeté avait eu lieu. quifaccompagnaient, si l'engageformer Au premier des coup de feu de l'ennemi, la réserve devait se
hommes du Irlandais 20
du roi, et du 84" de grenadiers. de 80
régiment des
du régiment de
IndesOccidentales, 2 et d'autant
fisamment à couvert Porto-Ricco 2 ce corps devant se trouver sufglise etmon quartier-général aussi long. temps que les murs. de l'édix canons 2 et un mortier résisteraient au feu de plus de
338 yards.
dirigés sur eux à une distance de
oflicier Je donnai zélé et pour très instructions au brigadier général French ,
à cent cinquante pas actif, environ 2 de prendre de
position dans un ravin 2
le cas où la garnison aurait tenté mon une arrière-garde sortie sur , et dans
d'attendre qu'elle fit tout près pour la
ma réserve 2
nette et la suivre jusque dans la ville. Si charger les
à la baionrestés enfermés, on aurait fait pendant la nuit ennemis de fausses étaient
taques et des feintes sur différens points, et au
atchelles de siége, préparées à l'avance, on aurait moyen d'éassaut général en plein jour età la première occasion opéré un
rable. Les troupes se seraient établies dans les bastions, favon'entrer dans les rues que sur des ordres ultérieurs. pour
Pendant cette heure de suspension d'armes,
d'attaquer les soldats fut le sentiment général, et la contenance l'impatience de tous
anglais, à cet instant décisif,
tion bien arrêtée de porter la gloire de peignait une résolufortifications de Santo-Domingo, à la TAngleterre pointe de sur les
baionneltes.
leurs
taine L'heure élant expirée, j'envoyai mon secrétaire, le
Irwig 7. s'informer pourquoi le pavillon blanc flottait capiencore, n'eût été quoique le temps fut écoulé et qu'aucune
nant-colonel faite à ma lettre. Il rencontra à la porte le réponse lieuteté, et que la Myers, garnison annonçant consentait que l'ultimatum élait accepcomme prisonniers de guerre. J'avais à mettre bas les armes
major Walker, des Irlandais du roi, avec en les outre trois détaché le
fort légères Jérôme, de ce corps, le 54etle S5 régiment de ligne, compagnies vers le
de la ville, avec position ordre très-fortifiée le
à environ 2 milles ouest
, dès commencement de l'action, de
réponse lieuteté, et que la Myers, garnison annonçant consentait que l'ultimatum élait accepcomme prisonniers de guerre. J'avais à mettre bas les armes
major Walker, des Irlandais du roi, avec en les outre trois détaché le
fort légères Jérôme, de ce corps, le 54etle S5 régiment de ligne, compagnies vers le
de la ville, avec position ordre très-fortifiée le
à environ 2 milles ouest
, dès commencement de l'action, de --- Page 321 ---
297 )
de campagne et de donner asforcer la porte avec une pièce Sur la sommation qui lui fut
saut par la porle de Guillermint, sorlie(1). auquel il ne restait que quelfaite , le capitaine toute provision (2), réporidit en brave,
ques biscuits voulait partager pour le sort de la ville.
, a été
qu'il L'honneur des armes de Sa Majesté soldat anglais, s Monseigneur soit au combat,
maintenu sans perdre un seul avoir recours à la glorieuse, mais
soit par maladie, et sans d'un assaut contre une ville populense.
déplorable ressource
le courage et la valeur persévéran- et en
Prenant en considération sa
en nombre
te de la garnison française dui 3 but supériorité atteint 2 j'ai la confiance
et
pour
Bur
position, Timporlanice pas les mesures prises
Sa Majesté ne désapprouvera et les termes accordés aux ennemis. mon
tenir cette capilulation seront transmises à votre Excellence par je me
Ces conditions le capitaine Iwig, du 540 régiment, et auquel la
secrétaire
ultérieure que je prends
réfère
toute information chaudement comme étant un Ma- ofliberté Pour recommander
de faveur que Sa
cier digne à tous égards des marques
jesté daignerait lui accorder. Monseigneur, un devoir des plus agréa- le zèle
J'ai maintenant, celui de faire connaitre à Sa Majesté, le brigadier
bles à remplir, infatigable des officiers suivans licutenantet T'activité
;
-
French, commandant en second le lieutenantgénéral Horsford, commandant la 1" brigade;
par son
colone!
commandant Tartillerie royale, des qui
Smyth, ,
dihtenites
colonel habileté et son attention infatigable, surmonta Myers, quartier-matextraordinaires ; le lieutenant-colonel la rédaction des articles de
tre général et commissaire pour
ont
capitnlation.
trouvant en évidence leur position,
Ces ofliciers, se constantes de zèle, sart talent et d'ardeur hionodonné des preuves
de la manière la plus
terminer cette entreprise
que tous les offipour rable, etje peux assurer à votre de seigneurie T'expédition ont montré les
ciers, sous-oflleiers et soldats
si
mêmes dispositions.
de ma part, Monseigneur,
Ce serait de Tingratitude dans les termes les plus de expressils, l'aide ellij'omettais de confirmer, dit de la cordiale coopération et
cequejai T'armée déjà a reçu du capitaine ville. Cumby. Cet oflicier commandant distingué
cace l'escadre que de Sa Majesté devant Denman la et Shérifl, avec un dénous envoya les lieutenans
véritable siége
prendre ce fort, hauts entouré pour
(1) Il eût fallu un et très-bien arme, Nearto murs étant trop
d'excellens fossés
cinq
lenter une escalade.
de l'amidon de goyaka . ilya avait
(2) Pas même n'ayant inconnu. que (Le general anglais ne connaissail
mois que le pain était
pas ces circonstances).
man la et Shérifl, avec un dénous envoya les lieutenans
véritable siége
prendre ce fort, hauts entouré pour
(1) Il eût fallu un et très-bien arme, Nearto murs étant trop
d'excellens fossés
cinq
lenter une escalade.
de l'amidon de goyaka . ilya avait
(2) Pas même n'ayant inconnu. que (Le general anglais ne connaissail
mois que le pain était
pas ces circonstances). --- Page 322 ---
298 )
chement de matelots, , qui furent d'une grande utilité, et
portèrent gaimenti les fatigues et les travaux les
supIim'est impossible de passer sous silence l'assistance plus pénibles.
culière que j'ai reçue d'un anglais, M. William
partiqui a long-temps séjourné dans cette fle. Sa Waltonjeune, connaissance
profonde du pays, des habitans et du
l'ont
même de nous rendre, volontairement, langage, les services les mis à
importans, comme secrélaire intime pendantlexpédition. plus
J'ai T'honneur d'être, etc.
Signé : H. S. CARNICHAEL,
Major général, commandant les forces de Sa Majesté
britannique devant la ville de Santo-Domingo.
Note sixième, page 266,
les Qu'avaient Français, gagné les Espagnols, dans leur révolte contre
eux indépendans de
Un maître, au lieu d'amis et de TEspagne, frères ; un maître Français enfin P
fit payer fort cher, et à juste titre, le secours qu'il qui leur leur
apportait.
ils étaient parvenus à leur but : l'entrée dans
mingo ; mais, quant à sa possession, c'était une autre Santo-Dotion. Pendant huit mois, sans compter la
des quesleurs quadruples passèrent dans les mains perte anglaises hommes 1
donnaient pas des armes et des munitions
qui ne
allié leur avait laissé supporter toutes les pour chances rien. de Cet
guerre, et ne se présenta sur le terrain avec une
la
que lorsqu'il sentit
serait l'arbitre de leur avenir. brigade,
Ce fut à la suite 3H la troupe anglaise que ces masses
valeureux Castillans entrèrent en ville; ils furent les de
cus, on peut le dire: ; car nous, Français,
vainnous? des murailles , dont la longue et brave que défense perdionsnait une source de gloire!. Eux, deviurent sujets anglais deve- !
lirent Santo-Domingo un comptoir appartint positivement aux Anglais; ils eil
desquelles ils tirèrent pendant deux grandes années, 9 à la suite
profit :
1° D'un matériel de dix-huit pièces de canon de
bronze, condnit à la Jamaique;
24, en
20 De la solde et de l'entretien d'une brigade de 1,500
hommes;
3° Du le remboursement de tous les frais de leur alliance
pendant blocus ;
so 4o Dc Du
des cloches des (glises ct couvens :
Tt vente de leurs produits pendant l'oceupation.
quelles ils tirèrent pendant deux grandes années, 9 à la suite
profit :
1° D'un matériel de dix-huit pièces de canon de
bronze, condnit à la Jamaique;
24, en
20 De la solde et de l'entretien d'une brigade de 1,500
hommes;
3° Du le remboursement de tous les frais de leur alliance
pendant blocus ;
so 4o Dc Du
des cloches des (glises ct couvens :
Tt vente de leurs produits pendant l'oceupation. --- Page 323 ---
299 )
conditions remplies, les Anglais évacuèrent SantoCes
Domingo. Tels furent les soldes de votre victoire, la chevalerie, Espagnols: et
font et ne feront jamais
EUS
Les Anglais ne
être maitres là où ils
je leur donne raison ; ils habilement savent toujours des occasions , s'ils ne les
mettent pied et profiter trouve toujours son coipte ; occasuscitent : leur intérèt tede souvent, à leur politique 9 plus qu'à
sions qu'ils doivent, voire même le courage, qu'ils possedent,
tout autre moyen
qu'avec raison. A Santo-I Domingo,
mais qu'ils ne déploient ne fut pas même mis en ceuvre
c'était le cas, car ce courage
! : lls ne perdirent
contre une garnison exténuée 3 mourante!
pas un homme. militaire peut ètre considéré comme un capitaine doit
Langlais chargé d'une marchandise, homme, quil dans
de navire, et livrer sans avarie, s'il est possible, Aussi,, ses
conserver
et je Tapprouve, ménage-t-il
toutes les circonstances, même sans honte, 7, devant un danger et en
forces, et recule-t-il, heure arrive, , il la saisit à propos 2
trop imminent ; son
tire toutl le parti voulu. dans sa campagne de Portugal en et
Le général Wellington,, mon dire : il fut tâtonneur, a Bousaco, prudent et
1810,, adroit. a prouvé Il recula devant Masséna , battu
le
fort
moins à recueillir dans cette campagne :
n'en arriva pas lui eussent donné des batailles meurtrières
même fruit de que Varmée française du Portugal.
la sortie Y'enfant chéri de la Victoire lui présenta-til il
En vain
à
at
Santarem
sieurs fois la bataille : à Torrès-Vedras, et, saufq quelques escarmouresta deux mois ; à Villa-1 ce Flora, ne fut qu'à la frontière à Sabugal le seul
ches d'arrière-garde, y eut un rude combat, supporté par celui
(sur la d'armée Coa) ), qu'il du général Regnier, : qui avait Masséna remplacé 3 et qui
corps
Ney, en mésintelligence avec
refusa du maréchal positivement de marcher. l'acquit de la conscience du
Ce combat livré élait) bien le but pour qu'il ne fut pas dit en Anglegénéral anglais 2 et dans longue et diflicile retraite de soixante- fait
terre que, pendant une lieues, l'armée anglaise n'avait pas
cinq, à soixante-dix
en Espason devoir. rivalité des maréchaux français en Portigal, militaire ; le
La
pour Wellington que sa science
gne, à fait plus partout : aux Arapiles ( près Salamanque ii
bonheur l'a suivi
à Toulouse 3 enfin à Waterloo. sachant
à Burgos 2 à Pampelune, général d'une rare résolution, mais
capiétait, sans contredit, administrer une armée ;
grand
bien conduire,
autel à la Fortune.
taine Comme Sylla, il aurait dû élever un
ité des maréchaux français en Portigal, militaire ; le
La
pour Wellington que sa science
gne, à fait plus partout : aux Arapiles ( près Salamanque ii
bonheur l'a suivi
à Toulouse 3 enfin à Waterloo. sachant
à Burgos 2 à Pampelune, général d'une rare résolution, mais
capiétait, sans contredit, administrer une armée ;
grand
bien conduire,
autel à la Fortune.
taine Comme Sylla, il aurait dû élever un --- Page 324 ---
300 )
Note septiéme, page e6s.
Aulant que ma mémoire peut me servir, je réunis dans
cette note les noms de tous les olliciers-généraux et autres,
mes camarades, qui existaient à Santo-Domingo pendant les
années 1804 à 1809, regrettant ceux oubliés; mais, après
trente-sept ans, l'excuse est là - 50 militaires, 46 d'administration, et 54 officiers de troupe ; total : 150 ):
NOMS.
GRADES.
OBSERVATIONS,
Ferrand,
Gén. de brig., c! en chef. Mort à Palo-I Iuclinado
Bruce..
Chef d'esc., aide-de-camp. En mission aux EtatsFilleul.
Idem
idem.
Unis.
Bardin, Aussenac.
Capitaine,
idem.
Panis,.
Colonel, c! aux frontières.
Idem d'état-major.
Prisonnier à Pal -Inc
Barquier.
Général de brigade.
Commandant après le
décès de Ferrand.
Camberlin,
Colonel.
Disponibles: sans cmRémoussin..
depuis Parrivée
Capitaine aide-de-camp.. S général Ferrand:
Pichot..
id. pendant le siége.
Colonel , comm. la place.
En nission peudant le
Vives..
Colonel, chef d'état-major. 2e siége: : parti pour
faisant fonctions de chef France à bord' du
d'administration.
Bernadotte , et fait
prisonn. dev. Blaye,
par les Anglais.
Pallié..
Chef de bataillon faisant
Darnaud..
fonc. de chef d'état-maj.
Chef d'escadron.
Evrard.. Bocquet..
Capitaine.
Tué à Palo-Iuclinado.
J. Chassériau ainé.
Idem. Idem.
Guillermin,
Idem..
|Remplaçant le commt
Marquis..
Idem.
du fort St -Jérôme.
Lavalettre.
Idem.
Capdeboscq. Philibert..
Lieutenant..
Tué au ler siége.
Marquet..
Idem..
Tué au 2e siege.
Sous-lieutenant.
- Miguel Ferrier.
Colonel-Directeur.
Villarcy,
Capitaine.
Loyau..
Lieutenant.
Deker.
Idem.
Delor.
Garde.
Bron..
Colonel-Directeur.
- Maillard.. Beaucoté,
Adjoint de ire classe.
Idem idem.
Bois- Saint-Lys..
Idem idem..
Blessé au fort Saint JeLemonnier- Delafosse,
Idem idem.
rôme.
au ler siége.
Marquet..
Idem..
Tué au 2e siege.
Sous-lieutenant.
- Miguel Ferrier.
Colonel-Directeur.
Villarcy,
Capitaine.
Loyau..
Lieutenant.
Deker.
Idem.
Delor.
Garde.
Bron..
Colonel-Directeur.
- Maillard.. Beaucoté,
Adjoint de ire classe.
Idem idem.
Bois- Saint-Lys..
Idem idem..
Blessé au fort Saint JeLemonnier- Delafosse,
Idem idem.
rôme. --- Page 325 ---
301 I
GRADES.
OBSERYA ATIONS.
NOMS.
J
Brouard..
Capitaine de frégate. (Commandantle Bernadotte. en mission #
Lieutenant de vaisseau..
France:
Sachs.
Anplais RS Fatr
Candean , Bégon, Du- Idem idem.
|Tue par mm boulet anpuis..
Idem idem.
glais dans une chasse
Boyer.
Capitaine de Port, Pilote.
Moulia , Tapoul..
Direeteur de Thôpital.
Saint- Cyr..
Sous-direeteur.
Mort, s'étant empoiPélissie..
sonné cherchant au 2: sitge, m a
en midon nutritif daus
chef. une racine tris. ve
Médecin, chirurg. en
néner nse atteintlel Goyaku); but,
Delassus..
ilavaita elcette racine devint
nourriture journa.
Bnisseret, Pascalis, Du
liere.
bisy, Casalot, Lacase, Chirurgiens.
a Romain, Delaville.. Lacoste, Rou- Idem, dont 2 civils, Tueàl Palo-Inclinaulo,
let*..
Pharmacien.
Montéze-Stohlz..
colonial; Renvoyes en France. s'aecor.
Fonct. de préfet
ne pouvant
Dubuisson 1 Daubre chef d'administratton.. der avec Ferrand.
mont..
Chef d'administration.
Fabre.. .
Froide- Inspect. aux revues , insGoguet, , Bailly,
pect., comre de marine. Tur une hombe
€ veaux..
Commissaire de marine, au E singe.
Lofaille, Hluet' 1, Boyer.) gardes magasins.. de la colonic. Pendant le ler siepe.
Chassériau..
Scerél.-gen. du gén. Ferrand.
a Lesueur..
Secrêt.
Blampied, Salva Noblot.No- Perrotin,
Gar
neau 1 Clesie Jubelin
nerey.
Commis de marine.
Fourrier.
Payeur de larmée, preArmand Sol.
mier commis.
N
Grand-Juge:
Minuty.
Procureur: Général.
Conêt de Montarand.. Président de Tribunal.
E Rigaud..
Breeureur-imaetal.
E Delestang, Funel ct Lemaire.
Juge et Greflier.
Tué à Palo-l lucl linado
Batsalle (P.).
Directenr. Sous-1 Directeur.
Pondant le 2e siege.
Lacroix,
Secret -gén. de la colonte.
Iatsalle.
Commis.
I Chart, - Lamartelliere..
.
N
Grand-Juge:
Minuty.
Procureur: Général.
Conêt de Montarand.. Président de Tribunal.
E Rigaud..
Breeureur-imaetal.
E Delestang, Funel ct Lemaire.
Juge et Greflier.
Tué à Palo-l lucl linado
Batsalle (P.).
Directenr. Sous-1 Directeur.
Pondant le 2e siege.
Lacroix,
Secret -gén. de la colonte.
Iatsalle.
Commis.
I Chart, - Lamartelliere.. --- Page 326 ---
302 )
Tablean faisant suite d la Note septième.
a --- Page 327 ---
303 )
après F'impression, et relevant Perreur
rièee Ofliciclle, obtenue des Archives militaires donnés de mémoire).
commise page 114 (services
GÉNÉRAUX.
MINISTERE
OFFICIERS
DE LA GUERRE.
) 6
ÉTAT DES SERVICES
DIRECTION CÉNÉRALE
(Jean-Lonis), né à Besançon
de
Du sieur FERRAND
13 Décembre 1756
L'A ABMINISTRATION Doubs), le.
etde
Dragon dans le régiment Dauphin,
3 Juillet
LA CONPTABILITÉ. le.
20 Féerier 1788
Congédié le.
Lieutenant de cavalerie en.
Septembre1702
Amc Division.
d'escadron au 24° régiment de
Chef
7 Février 1793
cavalerie, le.
BUREAU
Général de brigade le.
9 Auril 1794
des
de dirision le
5 Octobre 1808
Général
LOIS & ARCHIVES.
de 1793 (ans II, I11, IV, v) au
A fait les campagnes
armées de L'Ouest et de Sambre-et-Heuse;
V'armée de Saint - Domiugue lc 3 Prairial
Passé à
an X (23 mai 1802),
Et resté au compte de la marine.
YU:
le Sons Chef dn Bureau,
TAZIN.
conforme aux Pieces et Registres déposés
Certillé an Burean des Lois et Archives.
PARIS , le 10 Mai 1837.
nirectenr-ainèrat,
Pour le Conseilter-'Rtat,
el par son ordre,
DÉLIVRÉ GRATIS
Lc Chef du Bureau,
u MI. GOTIS, Chef du
MARNIER.
Eurenu de t'intenduner
militaire el de centralisation.
1802),
Et resté au compte de la marine.
YU:
le Sons Chef dn Bureau,
TAZIN.
conforme aux Pieces et Registres déposés
Certillé an Burean des Lois et Archives.
PARIS , le 10 Mai 1837.
nirectenr-ainèrat,
Pour le Conseilter-'Rtat,
el par son ordre,
DÉLIVRÉ GRATIS
Lc Chef du Bureau,
u MI. GOTIS, Chef du
MARNIER.
Eurenu de t'intenduner
militaire el de centralisation. --- Page 328 ---
07-150
301 )
- :
-
Pages. Lignes,
5 16* an lieu de : Emery.
lises : Ennery.
6 25*
Emery.
Ennery.
6 27€
le Héros.
le Héron.
18 29€ après ces mots : dans l'insurrection.
ajoutes : (colonel VINCENT).
26 22:
courut le plus grand danger.
matelot d'arrière de
lOcéan, de 120 c.; ce
dernier se trouva, etc.
27 5e (u lieu de : la hèle.
lises : lc hèle.
32 200
le 17 pluviose an X.
le 6 février 1802.
45 24€
Emery.
Ennery.
52 2r
1803.
1802.
68 11*
-
le Vaudon.
le Vaudou.
71 8€
- -
Zantes.
Zautes.
84 8
Zantes
Zautes.
97 15€
32 à 38
28 à 32.
121 15° uprès ces mots : même époque.
ajoutes : mais en 1805.
160 13e au lieu de : bizarres.
lises : bizannes.
169 1
huit vaisseaux
sept vaisseaux.
186 9e après ces mots : jusqu'aux utilités.
ajoutes : (note 4me).
191 7e au lieu de : Daubremont, chefd'esc., lises : Fabre, chef d'admine",
Mèmes corrections pages 206, 203, 264 et 207).
198 1Se
del la tierra.
de esta tierra.
202 lte
mais duquel..
lisez : de laquelle.
268 3note 6.
note 7.
273 7e
1820.
1802.
275 7*
la misère.
le malheur.
280 8"
quarante- -cinq ans..
trente-cing ans.
A A
V & --- Page 329 ---
3 - V
Bourgade
le SU
delaPlace de
Lorenzo
Bois Taillis.
deles Vias
SANTO-9OMINGO
a
01L
deesocumioms
F41
- lry
par
Nalieng
LeGenéral DESS.ALINES Hlailien 18u5
he General SANCIEZ Espauinol,
Lel fommnodor CFMBY Anglans 1809
set
le Géneral CARMICIEAEL id
II? Galindo U
Bois
LECENDE
Gunrter, yeuctal
trenul
a
Tiur de Viyie
fitheddeale
fivoulsBomue ae
llou
Prle dlel Civut
Lepresire.
Hote Murune
tonyer hr Mherlicae aai rel des Epagaels 18010
Ballerie ele Vertn
II" Çahral.
/ Thessien futupl e f14 Nati
Bourg de SI C an
nyul
-
a
Rallirie lypas .
Bois
Bois
Pelten
Bois
H"" Lagarde
Reuir
fot
1i
de
I
PELSE
"ne
Eantre
Savanne
RADE
A
rllr
de
rale
Goure DI Meziore or Meir DES ANTILLES
nl
Vners
ale de le Prlile Tur
D. aus
II" Çahral.
/ Thessien futupl e f14 Nati
Bourg de SI C an
nyul
-
a
Rallirie lypas .
Bois
Bois
Pelten
Bois
H"" Lagarde
Reuir
fot
1i
de
I
PELSE
"ne
Eantre
Savanne
RADE
A
rllr
de
rale
Goure DI Meziore or Meir DES ANTILLES
nl
Vners
ale de le Prlile Tur
D. aus --- Page 330 ---
07-158
- --- Page 331 --- --- Page 332 --- --- Page 333 ---
E246
LS57s --- Page 334 ---
))
>
)))
>)
)
))
)
))
) ))
-
)))
)
>)
))
>
))
)
))) ))
)
)
)
>)
--- Page 335 ---
<
))
>
-
P7
>
)
))
>)
))
))
>)
))
))
I
))
))
) 033
))
))
) ))
)
)
-
DS
N)
)
LIBRMIAN ACHAY
AUEDE LIVAES
DORBON
DE
OUS GENRES
00A1 BES
u
ISUSTINS CATALOGUES
ALDS
PARIS VIF AEMOUELS --- Page 336 ---