--- Page 1 ---
22* k*
RÉST U MÉ
DE
LHISTOIRE
DE
S'.
DOMINCUE,
(NÉPORLIOUE D'nAÎTI),
JUSQU'A CE JOUR,
DEPUIS SA DÉCOUVERTE
BOTER,
d'un Portait du Général
Orné Président de ce Gouveraement;
Bar Aalan
500 aris,
CXeN
DE A. GUÉRIN,
LIBRAIRIE
NO 66.
PASSAGE DU CAIRE,
smm
1805. --- Page 2 --- --- Page 3 ---
2 P
RÉSUMÉ
DE L'HISTOIRE
DE
s'. DOMINGUE. --- Page 4 ---
p
a
IMPRIMERIE DE A. BÉRAUD,
Rue du Foia-Saist-Jacques, NR. 9. --- Page 5 ---
EPJCE --- Page 6 ---
LIlA los Murs
Lr chun -
hirr C
bopt.
Q.csitol aaili. --- Page 7 ---
RESUM E
DE L'HISTOIRE
DE
Sta DOMINGUE,
RÉPUBLIQUE D'HAÎTI ) 2
DEPUIS SA DÉCOUVERTEJUSQPA CE JOUR;
Orné du Portrait du Général BOYER,
Président de ce Gouvernement; ;
Par Ralan:,
X2 aris,
LIBRAIRIE DE A. GUÉRIN,
PASSAGE DU CAIRE, NO 66.
1825. --- Page 8 ---
- --- Page 9 ---
V / www
INTRODUCTION.
Ds toutes les nations du NouVEAU-MONDE, 2 Haiti, autrefois
Saint-Domingue 2 est celle qui
offre le champ le plus vaste aux
méditations du philosophe. Une
population d'un million d'àmcs
est massacrée par une poignée de
Castillans vagabonds, avides et
féroces : ces tigres qui semblent
ne ressentir qu'un besoin, celui
d'amasser de l'or 9 ne reculent
pas, pour le satisfaire, 9 devant les
plus horribles forfaits; et comme
a --- Page 10 ---
II
INTRODUCTION,
si le sang qu'ils répandent chaque jour ne les rendait pas asSCZ odieux aux yeux de la divinité, c'est la religion elle-même
qu'ils prennent pour auxiliaire,
et c'est au nom de notre divin
rédempteur qu'ils poignardent
de faibles et innocentes victimes.
Bientôt la race des
malheureux insulaires a disparu,
et la terre où ils ont vécu n'est
plus couverte que de leurs-ossemens et de leurs bourreaux
Mais la rage des cruels Européens n'est point assouvie; ils
soupirent après de nouvelles victimes. En peu de temps; les naturels des iles voisines éprouvent
le même sort que les enfans --- Page 11 ---
INTRODUCTION.
III
d'Haiti, et ces nouveaux massacres ne faisaient qu'accroitre
la soif de sang qui dévore ces
cannibales : c'est sur les côtes
de l'Afrique qu'ils vont chercher des hommes pour les réduire à l'état de brute, en dégradant leur nature par l'esclavage et les tortures. Entassés par
millicrs sur des tombeaux flottans, les malheureux Noirs, arrachés au pays qui les a vus naitre, sont transportés à Saint Domingue. A leur arrivée, les homnnes sont jetés dans les mines, et
les femmes employées aux plus
rudes travaux de la culture.
Chaque année, la mort, moissonnant une grande quantité de
'ils vont chercher des hommes pour les réduire à l'état de brute, en dégradant leur nature par l'esclavage et les tortures. Entassés par
millicrs sur des tombeaux flottans, les malheureux Noirs, arrachés au pays qui les a vus naitre, sont transportés à Saint Domingue. A leur arrivée, les homnnes sont jetés dans les mines, et
les femmes employées aux plus
rudes travaux de la culture.
Chaque année, la mort, moissonnant une grande quantité de --- Page 12 ---
IV
INTRODUCTION.
ces infortunés, 7 les délivre des.
maux inouis qu'ils endurent ;
mais, à mesure qu'ils descendentdansla tombe, d'autres viennent lcs remplacer ; car l'avidité
des Européens s'est emparée de
cette nouvelle branche d'industrie, et le commerce des esclaves
se fait ouvertement à la face des
nations qui se disent civilisées, et
qui se montrent plus barbares
que les enfans du NouveauMonde.
Trois. siècles s'écoulent; ; des
villes superbes se. sont élevées sur
le sol de Saint - Domingue, La
culture de cette terrc vierge a
produit plus de richesses que les
mnines d'or découvertes dans sOn --- Page 13 ---
INTRODUCTION.
V
sein. Le commerce de cette C0lonie devient immense ; il enrichit les Européens, et n'améliore point le sort des Noirs. Le despotisme des Blancs semble, au
contraire, avoir fait des progrès S;
il est devenninsupportalle même
aux - malheureux accoutumés à
souffrir tous les maux avec la résignation des martyrs. Tout-àcoup un cri de liberté se fait entendre; les enfans de l'Afrique
semblent se souvenir qu'ils sont
hommes, et 2 après trois siècles
de l'esclavage le plus abject, ils
se montrent disposés à briser des
chaînes dont a le poids les accable.
Mais leurs tyrans, furieux, courent aux armes ; une lutte s'en-
* --- Page 14 ---
VI
INTROPUGTION.
gage, elle est sanglante, et len-.
tière. extermination de l'un'des
deux partis peut seule la faire
cesser. Bientôt le sang coule par
torrens ; les flammes dévorent
en même temps les villes et les
habitations isolées. La métropole, en proie clle-même aux discordes civiles, fait cependant des
efforts incroyables pour retenir
cette riche possession qu'elle voit
prête à lui échapper; mais les
hommes qu'elle envoie, bien que
vieillis dans les camps, bien
qu'ayant acquis déjà le titre de
premiers soldats du monde,
sont étonnés de la résistance
que
leur opposent des hommes dont
ils avaient entendu parler avec --- Page 15 ---
INTRODUCTION.
VIr
mépris. Ces vieux guerriers qui
avaient combattu pour la liberté,
et qui avaient fait des prodiges,
ont toujours la même valeur, et
le même courage les anime ; mais.
le: mot esclavage est venu frapper leurs oreilles : c'est pour fairc des esclaves qu'on les a transportés dans le Nonveau-Monde,
sous un soleil qui semble dévorer
les Européens ; ils-reconnaissent
que-les hommes que l'on veut enchaîner ne diffèrent de ceux de
l'Europe que- par un accident
physique; et c'est presque à regret qu'ils marchent sous les drapeaux de la liberté pour favoriser l'oppression.
Tout-à-coup, du sein de celte
esclavage est venu frapper leurs oreilles : c'est pour fairc des esclaves qu'on les a transportés dans le Nonveau-Monde,
sous un soleil qui semble dévorer
les Européens ; ils-reconnaissent
que-les hommes que l'on veut enchaîner ne diffèrent de ceux de
l'Europe que- par un accident
physique; et c'est presque à regret qu'ils marchent sous les drapeaux de la liberté pour favoriser l'oppression.
Tout-à-coup, du sein de celte --- Page 16 ---
VIII
INTR ODUCTION.
tourbe d'esclaves ignorans, s'élèvent des hommes de génie ; ces
êtres supérieurs n'ont aucune
des connaissances acquises, qui
aident à développer les facultés
morales : c'est par la méditation
qu'ils suppléent à ces connaissances, et tant est grande la force
deleur esprit, qu'elle balance tous
Jesavantages que leurs adversaires
tirent de leur éducation !
Cependant la guerre continue;
aux combats, aux massacres, aux
assassinats de toute espèce 7 se
joignent encore les maladies épidémiques; ; et tous.ces fléaux réunis semblent ne devoir cesser
leurs ravages que lorsque la terre
de Saint-] Domingue ne portera --- Page 17 ---
INTRODUCTION.
IX
plus que des ossemens et des
ruines. C'est dans ce temps affreux que l'indépendance de l'ile
est proclamée; c'est sur des monceaux de cadavres que les Négres
plantent l'étendard de la liberté.
Mais à peine les Européens se
sont-ils retirés, que la discorde
pénètre dans les rangs des nouveaux affranchis. Ils se divisent
en plusieurs. gouvernemens, et
ils se battent, pour soutenir lcs
prétentions dé leurs chefs, avec
autant d'ardeur qu'ils avaient
combattu pour être libres.
Quelques années s'éconlent;
ces peuples nouveaux acquicrent les lumières dont ils manquaient. Un homme, né parmi --- Page 18 ---
X
I
INTLODUGITON,
eux, mais qui, par son esprit,
parl'éducation peu ordinaire qu'il
avait reçue, - et les talens dont il
avait fait preuve, semblait appelé
à de hautes destinées: cethomme
reçoit le titre de président de la
république haitienne, et il parvient bientôt à réunir tous les
Hailiens sous une seule bannière.
Il avait encore une tâche difficile
à remplir : c'était de forcer,
la sagesse de son
par
la France à
gonvernement;
renoncer aux préten,
tions qu'elle avait toujours sur le
pays dans lequel il exerçait le
ponvoir suprême. C'est d'un
ferme et mesuré qu'il s'est avancé pas
vers ce but; et lindépendance
d'Haiti, proclamée à Paris, a cou- --- Page 19 ---
INTRODUCTION.
XI
vert de gloire le chef de cette république, si digne d'exercer lc
pouvoir qui lui est confié.
L'ile d'Haiti, aujourd'hui si
florissante, a 160 lieues de long
sur une longueur moyenne de
30 lieues ; et son eircuit est de
600 lieues , en faisant le tour de
toutes ses anses. Le centre de l'fle
estoccupé éparun groupe de montagnes,lesunes plus élevéesqueles
autres,d'ou sortent, comme d'un
point central, trois chaines qui
se dirigent : l'une à l'Est, c'est la
plus longue ; elle traverse le milieu de l'ile dans cette direction;
une seconde chaîne se dirige vers
le Nord-Ouest, et aboutit au Cap
Fou; la troisième, moins longue
ues , en faisant le tour de
toutes ses anses. Le centre de l'fle
estoccupé éparun groupe de montagnes,lesunes plus élevéesqueles
autres,d'ou sortent, comme d'un
point central, trois chaines qui
se dirigent : l'une à l'Est, c'est la
plus longue ; elle traverse le milieu de l'ile dans cette direction;
une seconde chaîne se dirige vers
le Nord-Ouest, et aboutit au Cap
Fou; la troisième, moins longue --- Page 20 ---
XII
INTRODUCTION.
que la précédente, suit la même
direction ; puis, décrivant une
courbe vers le Sud, elle va se ter- .
miner au cap St.-Marc. Il existe
aussi, dans lcs parties occidentalesetméridionales del'ile, d'au-.
tres chaînons moins, considérables. Cette multiplicité de montagnes rend très-difficile la communication entre le Nord et le
Sud de l'ile. Au bas de toutes cCs
montagnes et des colonies de la
partie française, se trouyent ces
plaines couvertes de la végétation
la plus riche, ce qui fait de cette
ile le pays le plus florissant. La
plupart des montagnes dont la
moitié de l'ile est couverte,
peuventse ealtiver jusqu'au sommet. --- Page 21 ---
INTRODUCTION.
XIII
Celles qui, par leur escarpement
etl leur hauteur plus considérable,
se refusent à la culture, sont sillonnées par desravins où la chute
habituelle des torrens entretient
une humidité constante. Aussi y
voit-on des bananiers, dcs palmiers et des mimosa de toute CSpèce. Ces montagnes contienpent
différens métaux, du cristal de
roche, > du soufre, du charbon
de terre et des carrières de marbre, de schiste et de porphyre.
On remarque, en beaucoupd'endroits, des excavations, > des précipices, des cavernes. Une de ces
dernières, située à cinq lieues de
la mer, est extrémement curieuse. L'ile d'Haiti est arrosée par
b --- Page 22 ---
XIV
INTRODUCTION.
un nombre prodigieux de rivières; les principales sontl'Ozama,
la Neyra, le Macoris, 2 l'Usaque
ou rivière de Monte - Christo,
PYuna et PArtibonite, qui est la
plus éteudue et la plus large de
tontes. Son terroir est salubre
dans les montagues; mais les exhalaisons qui sortent des marais
et la chaleur du climat rendent
les plaines mal saines, Les prin a
cipales villes sont le Cap-haitien,
le Port-au-Prince, San-Domingo,
Léogane, les Cayes,
Depuis la révolution, la population d'Haiti s'est augmentée de
plus d'un, tiers, et elle s'élève aujourd'hui à un million d'âmes;
sa force armée est de plus de cent
cinquante mille hommes, y. com1
- --- Page 23 ---
INTRODUGTION.
XV
pris la garde nationale, qui fait
un service très-actif. Son commerce est considérable; il répond
victorieusement aux hommes que
quelguesi intérêts particuliers rendent injustes, et qui prétendent
que la paresse et l'indolence sont
le défaut dominant des Noirs.
Avant la récognition de son indépendance par la France, la république haîtienne exportait annuellement pour plus de cinmillions de francs des
quante
produits de son territoire. Que
sera-ce maintenant?
Voici quelques fragmens d'un
rapport fait par un comité américain, 9 qui pour ront donner une
idée de la situation politique et
morale de CC pays.
injustes, et qui prétendent
que la paresse et l'indolence sont
le défaut dominant des Noirs.
Avant la récognition de son indépendance par la France, la république haîtienne exportait annuellement pour plus de cinmillions de francs des
quante
produits de son territoire. Que
sera-ce maintenant?
Voici quelques fragmens d'un
rapport fait par un comité américain, 9 qui pour ront donner une
idée de la situation politique et
morale de CC pays. --- Page 24 ---
XVI
INTHODUCTION,
CC Les écoles publiques sont
plus nonbreuses à Haiu, en proportion des besoins de la population, qu'en aucun pays de l'Europe, et les progrès des éièves y
sont trés-satisfaisans.
<Le - gouvernementest efficace;
etil paraitqu'on peut avoir confiance dans sa stabilité, La forme
en est républicaine, leslois étant
l'ouvrage d'un corps législatifélu
par le peuple (2). Cependant le
(1) Voici, en substance, ce que contiennent les principaux articles de la
constitution de cette république :
K Le président est élu par le sénat;
> ses fonctions sont à vie; il a un re-
> venu de 40,000 gourdes. Il a le droit
> de désigner son successeur dans une --- Page 25 ---
INTRODUCTION.
XVII
président est revétu d'une auto-
> lettre close adressée au sénat, qui
> est pourtant libre dans son choix; il
) peut même mettre le président en
) accusation. Le président exerce le
> pouvoir exécutif, il est la source des
) honneurs, et nomme à tous les em-
) plois. Le pouvoir législatif est par-
) tagé entre le sénat et la chambre des
) députés. Elle se compose d'un député
) par chaque commune, et de deux
)) pour les villes capitales. Ils doivent
)) être propriétaires et avoir vingt-trois
) ans accomplis; ilssont élus pour cinq
) ans. Les députés qui vendent leurs
> voix sont exclus de tous les emplois
) du gouvernement. La chambre des
) députés s'assemble le premier avril
) de chaque année au Port-au-Prince;
) lcs séanccs durent trois mois. Le sc- --- Page 26 ---
XX
INTRODUCTION.
bonheur dont ils jouissent, ou de
l'oppression qui pèse sur eux. En
jugeant, d'après ce terme, la condition des Haitiens, elle nous paraitra décidément meilleure que
celle des classes correspondantes
en Europe, et les citoyens des
Etats-Unis, ne pourront pas se
vanter d'une grande supériorité.
Le salaire d'un ouvrier, dans les
ports d'Haiti 20 2 est d'un dollar
(5fr.): - par jour, et le prix des
denrées est à-peu-près le même
que dans nos ports. Les besoins
du peuple en vêtemens, logemens et meubles, sontinfiniment
moindres que dans nos pays septentrionaux, de sorte qu'à tout
prendre 7 l'ouvrier haîtien pos- --- Page 27 ---
INTRODUCTION.
XXI
sède les moyens d'une existence
confortable en aussi grande abondance qu'aucun ouvrier d'aucun
autre pays de la terre. Cette abondance est une preuve décisive de
la bonté du gonvernement 9 une
preuve gu'il n'écrase pas le peuple sous le poids de l'oppression,
des taxes et du monopole.
>> La propriété de style, la profondeur des pensées, la sagesse
d'opinions qui distinguent les documens officiels et les papiers publics d'Haiti, ont paru tels à beaucoup de gens 1 qu'ils n'ont. pas
hésité àen faire honneur à des
étrangers. Ils ne pouvaient croire
qu'un Nègre ou un Mulâtre haitien fût arrivé au degré de cul-
poids de l'oppression,
des taxes et du monopole.
>> La propriété de style, la profondeur des pensées, la sagesse
d'opinions qui distinguent les documens officiels et les papiers publics d'Haiti, ont paru tels à beaucoup de gens 1 qu'ils n'ont. pas
hésité àen faire honneur à des
étrangers. Ils ne pouvaient croire
qu'un Nègre ou un Mulâtre haitien fût arrivé au degré de cul- --- Page 28 ---
XXII
INTHODUCTION.
ture intellectuelle, que ccs écrits
font'sopposer. Des doutes de cette
espèce ont été élevés dans la Gazette nationale de Philadelphie;
mais ces doutes ont été victorieusement réfutés par l'un des journaux les plusestimés de Boston, 9
quis'est appuyé sur le témoignage d'un citoyen respectable de
cette ville, 9 qui a résidé longtemps à Haiti, et dont les assertions méritentla confiancel la plus
entière. Ce citoyen a déclaré que
c'était à sa connaissance un fait
certain et incontestable, que les
écrits en question étaient véritablement l'oeuvre de ceux qui is'en
déclaraient les auteurs.
>> Il est doux de penser que les --- Page 29 ---
INTRODUCTION.
XXIII
progrès des Haitiens sont tels 9
que chaquej jour diminue le nombre de leurs ennemis et de leurs
détracteurs, et ajoute au nombre
de ceux qui sont convaincus dela
capacité morale et intellectuelle
des Noirs.
S> Haiti cst un pays singulièrement inl téressant pour le philosopheetsur-toutp pour les défenseurs
desdroits des Africains.Ilstrouverontla, nous n'en doutons pas,
une source inépuisable d'argumens et d'exemples, pour réfuter des préjugés encore existans
contre cette race malheureuse ;
et les individus de cette race qui
voudront se soustraire à la dégradation qu'ils subissent dans d'au- --- Page 30 ---
XXIV
INTRODUCTION.
tres pays, trouveront la un asile
de paix et de sécurité. >>
lci SC trouve nécessairement la
place d'une notice historique sur
l'homme vertueux et éclairé, aux
talens duquel cette nation doit
son existence, ses rapides progrès
dans la civilisation, et la considération dont elle jouit.
Jean-Pierre Boyer, né au Portau-Prince, était, lors de la révolution française, officier supérieur
dans la légion de l'Egalité. Les
Anglais s'étantemparés d'une partie de l'ile, Boyer se retira à Jacmel, avec les commnissaires de la
République et le général Bauvau
auquelilsuccéda; a cette époque,
il s'était déjà distingué en plu- --- Page 31 ---
INTRODUCTION.
XXV
sieurs circonstances, et particulièrement au blocus du fort Bizoton, et à la defense de Léogane.
Devenu général de brigade , il
combattit avec! le général Rigaud,
son ami, contre Toussaint Louverture. Ce dernier, dont les.forces étaient considérables, ayant
forcé Rigaud àse retirer en France, Boyer voulut suivre le général, qu'il avait servi avec autant
d'habilité que de dévouement,et
il resta en France jusqu'à l'époqueoàle généralLeclere fut nommé chef de l'expédition destinée
à reconquérir Saint-Domingue.
1 Déjà la tranquillité paraissait rétablie dans cette ile, et
Toussaint Louverture s'était souC
. Ce dernier, dont les.forces étaient considérables, ayant
forcé Rigaud àse retirer en France, Boyer voulut suivre le général, qu'il avait servi avec autant
d'habilité que de dévouement,et
il resta en France jusqu'à l'époqueoàle généralLeclere fut nommé chef de l'expédition destinée
à reconquérir Saint-Domingue.
1 Déjà la tranquillité paraissait rétablie dans cette ile, et
Toussaint Louverture s'était souC --- Page 32 ---
XXVI
INTHODUCTION.
mis, lorsque Rigaud et
rivèrent.
Boyer arToussaint, effrayé de
l'apparition de son plus redoutable ennemi, 2 obtint de Leclerc
que Rigand fàt
renvoyé en France: Ge dernier partit; mais
fois,
cette
Boyer ne. le suivit pas : il
avait reconnu en peu' de
que les intentions de
temps
Leclerc
étaient de rétablir
la
l'esclavage et
ligne do. démarcation qui séparait, dans l'ancien
Blancs des
régime, les
hommes de Couleur.
Boyer, indigné de la perfidie du
gouvernement français - 2 résolut
de rendre indépendant le
l'avait vu
pays qui
naitre, et de' consacrer
ses talens à l'aflranchissement
des
hommes de Coulenr et des Noirs --- Page 33 ---
INTRODUCTION.
XXVII
avec lesquels ils étaient réconciliés.
Après l'évacuation de l'ile par
lcs Français 2 Dessalines s'étant
emparé du pouvoir, Boyer et Pétion se réunirent pour renverser
ce tigre qui ne manifestait sa puissance que par des massacres horribles et continuels: ils y parvinrent; et 2 des députés ayant été
nommés, Pétion reçut le titre de
président de la république d'Haiti; mais en même temps, Christophe se faisait aussi proclamer
président. Cette concurrence fit
éclater la guerre 7 et fournit à
Boyer, alors général de division,
l'occasion de se distinguer de nou-
- veau. Il soutint dans la ville du --- Page 34 ---
XXVIII
INTRODUCTION.
Port * au - Prince, 9 dont il élait
commandant, un siège qui aurait suffi pourle couvrir de gloire.
Après avoir résisté avec une poignée de soldats, aux forces considérables de Christophe, et avoir
forcé ce dernier à se retirer dans
la partie de l'ile quilui était soumise, Boyer fut choisi par Pétion
pour lui succéder, et cechoix fut
confirmé par le sénat. Celui qui
avait si bien défendu l'état, ne
pouvait que le bien gouverner : le
nouveau président s'attache particulièrementà consoliderlesinstilutions républicaines; ; il n'usa
du pouvoir qui lui était confié
que pour faire respecter la justice
et la liberté; et la prospérité du --- Page 35 ---
INTRODUCTION.
XXIX
pays qu'il gouvernait, comparée
à la triste situation du pays dont
Christophes'étit fait roi, offrait
un si grand contraste, que les sujets de Christophe, las d'ailleurs
del'oppression qui pesait sur eux,
se révoltérent contre leur souverain. Christophe, abandonné de
son armée, se bràla la cervelle ;
et Boyer, instruit de ces évènemens, étant arrivé au Cap-Français s à la tête de vingt mille
hommes, la réunion des deux
parties de l'ile en une seule république fut proclamée.
Nous avons dit plus haut comment le président Boyer, après
avoir fait marcher à pas de géant,
le peuple d'Haiti vers la civilisa-
eux,
se révoltérent contre leur souverain. Christophe, abandonné de
son armée, se bràla la cervelle ;
et Boyer, instruit de ces évènemens, étant arrivé au Cap-Français s à la tête de vingt mille
hommes, la réunion des deux
parties de l'ile en une seule république fut proclamée.
Nous avons dit plus haut comment le président Boyer, après
avoir fait marcher à pas de géant,
le peuple d'Haiti vers la civilisa- --- Page 36 ---
XXX
INTRODUCTION.
tion, est parvenuà faire reconnaitre, par la France, l'indépendance de la République, dont il
estlepremiercitoyen. Voici comment cet homme supérieur est
peiut dans la Biographie des
Contemporains :
C Le président Boyer a un caractère impétueux comme les
hommes de sa couleur - 9 mais
tempéré par les conseils d'une
raison constante et éclairée. Il
est remarquablement versé dans
la science du gouvernement et
les connaissances administratives.
Ilales passions des grandes âmes,
la gloire, la liberté, non
lui seul,
pour
2 mais pour ses concitoyens et pour lui. L'étatque Pé- --- Page 37 ---
INTRODUCTION.
XXXI
tion avait fondé, devra au président Boyer le rang que sa position locale et la nature de ses
institutions lui assignent parmi
les sociétés politiques du monde.>
Puissent les institutions, consolidées par ce vertueux citoyen,
subsister toujours pour le bonheur des Noirs régénérés ! --- Page 38 ---
rroine --- Page 39 ---
R E S U M E
DE L'HISTOIRE
DE S.-DOMINGUE,
wwwwwwwun vvve
PREMIÈRE PÉRIODE.
Découverte de l'ile d'Ilaiti (Saint-Dominguc.)- Conquéte de cette ile.- -Cruauté
dcs. Espagnols.
Situation de la COlonie à la fin du 1Ge siècle.
Trois siècles et demi ne se sont pas
encore écoulés depuis que cette ile, la
plus grande, la plus riche et la plus fertile des Antilles, est conmue des habitans de notre vieux continent, et déjà
elle est devenue un état puissant: ; elle
tient dès maintenant un rang honorable parmi les nations; et, respecté par
I --- Page 40 ---
RESUMÉ
les grandes puissances de
l'Europe, son
pavillon portera désormais dans toutes
les parties du globe 3 avec les riches
produits du sol haîtien, l'amour d'une
sage liberté, seule capable de faire le
bonheur, et de maintenir la tranquillité
des nations.
Ce fut le 4 décembre 1492 que l'immortel
a
Colombaborda dansl'iled'Haiti,
à laquelle il donna le nom d'Espagnole. Les habitans de cetteile étaientalors
divisés en cinq peuples, dont chacun
était gouverné par un souverain absolu,
quel'onappelait Cacique:i ils étaiententièrement nus, al'exception des femmes
qui portaient une petite robe de coton:
Cesinsulaires n'avaient point de vices,
et possédaient peu . de vertus. Ne connaissant pas le travail que leur pen de
besoin rendait inutile, ils passaientlenr
vici manger, danser ct dormir. Leur
22 histoire, 9 leur morale, dit Raynal,
peuples, dont chacun
était gouverné par un souverain absolu,
quel'onappelait Cacique:i ils étaiententièrement nus, al'exception des femmes
qui portaient une petite robe de coton:
Cesinsulaires n'avaient point de vices,
et possédaient peu . de vertus. Ne connaissant pas le travail que leur pen de
besoin rendait inutile, ils passaientlenr
vici manger, danser ct dormir. Leur
22 histoire, 9 leur morale, dit Raynal, --- Page 41 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 3
>> étaicnt renfermées dans an recncil de
>> chaasons qu'on leur apprenait dès
> l'enfance. Isavaient, comme tousles
>> peuples, quelques fables sur l'origine
>> dugenre humain. On sait peu dechosc
>> de leur religion, à laquelle ils n'é-
> taient pas fort attachés.>
Ccs insulaires, qui n'avaient pour armes que des flèches et des massues, et
dont les habitations n'étaient que de
misérables huttes; ce peuple dont la
nudité attestait la candeur et l'ignorance 9 avait cependant une noblesse
et des sorciers. La vue des vaisseaux
de Colomb, le bruit de ses canons, la
fonle d'objets qu'on leur distribua 7
excitérent leur admiration à un point
tel, que les Espagnols furent regardés
comme des êtres supéricurs, descendus
du Ciel.Colomib, profitant de celte crédulité, acheva de gagner l'affection des
Caciqucs, cn leur promctlant d'anéantir --- Page 42 ---
RÉSUMÉ
avec son artillerie les Caraibes, peuple
cruel des iles voisines qui élaitcontinuellement en guerre avec les habitans d'Haiti, et il obtint la permission
de bâtir un fort, à la construction duquelles insulaires travailerenteux-mdmes. Il fut nommé Fort de la Nativité:
on y plaça plusieurs pièces de canon,
et l'amiral. Colomb; après un mois de
séjour dans cette ile que nous appelons
aujourd'hui Saint-Domingue, fit voile
pour l'Espagne, laissant dans ce fort
trente-neuf Castillans avec des provisions pour un an. Mais I les vices des Européens, et particulièrement la soifde
l'or dontles Castillans étaient dévorés,
rendirent toutes ces dispositions inutiles; et. lorsque ce grand homme, auquel
ses découvertes avaient valu la faveur
de tous les souverains de PEurope, revint à Saint-Domingue avec dix-sept
vaisseaux chargés d'ouvriers, de sol, --- Page 43 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE.- 5
dats, de missionnaires et de provisions
de toute espèce, il ne trouva plus que
les débris fumans de sa forteresse, et
les corps sanglans de ses anciens compagnons. L'amiral espagnol apprit que
ces nalheureux avaient couru à leur
perte en se livrant à tous les excès : les
premiers, ils avaient fait couler le sang
des naturels, dont ils avaient violé les
filles, enlevé les femmes et pillé les richesses; ce n'avait été qu'en repoussant
la force par la force, qu'en usant d'une
défenselégitime, que ces bonsinsulaires,
poussés au désespoir, avaient exterminé les Castillans. Christophe sentait
trop combien il lui était nécessaire de
vivre en bonne intelligence avec ces
peuples., pour ne pas étouffer dans son
coeur le désir de la vengeance; loin de
montrer quelque ressentiment, il employa tous les moyens que put lui suggérer son esprit pour faire renaitre la
*
la force par la force, qu'en usant d'une
défenselégitime, que ces bonsinsulaires,
poussés au désespoir, avaient exterminé les Castillans. Christophe sentait
trop combien il lui était nécessaire de
vivre en bonne intelligence avec ces
peuples., pour ne pas étouffer dans son
coeur le désir de la vengeance; loin de
montrer quelque ressentiment, il employa tous les moyens que put lui suggérer son esprit pour faire renaitre la
* --- Page 44 ---
RÉSUMÉ
confiance parmi les insulaires, et ily
parvint promptemént, aidé de Guacanahari, l'un des souverains les plus
puissans de l'ile, qui avait fort bien
accueilli les Espagnols lors de leur
première apparition, et qui avait déjà fait
assez de progrés dans la langue castillanne, pour pouvoir être très-utile à
ses perfides hôtes. Colomb bâtit deux
nouvelles forteresses, 7 sans rencontrer
plus de difficulté que la première fois;
et en même temps que des bastions s'élèvent dans CC nouveau monde, Ics
quinze cents compagnons de cC grand
navigatcur parcourentle pays pour ramasser l'or qu'ils y trouvent en abondance, ct dont les natureis leur apportent une quantité immense qu'ils sC
trouvent heureux d'échanger contre
quelques grains de verre, 9 des couteaux, etc.
Mais bientôt la bonne intelligence --- Page 45 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOM INGUF. 7
fut troublée de nouveau : les vivres
manquèrent aux soldats de Colomb.
Les Indiens 1 extraordinairement SObres, n'avaient que fort peu de provisions; ils les offrirent: on en exigea davantage; et, pour les obtenir, lcs Espagnols n'imaginèrent pas de meilleur
expédient que de recourir à la force
et d'employer la violence. Pour la SCconde fois,la timidité naturelle des Indiens disparut ; le désespoir leur donna
du courage, et tous les souverains de
l'ile mirent leurs forces pour chasser
les Espagnols; le Cacique Guacanahari
fut le seul qui refusa d'entrer dans
cette coalition.
La misère, la débauche, et les feux
d'un soleil presque vertical avaient réduit à moins de deux cent trentc combattans les troupes de Colomb ; et
c'est avec cette poignée de soldats,qu'il
attaque et détruit une armée de cent --- Page 46 ---
RÉSUME
mille hommes. Cette victoire paraitra
bien moins surprenante, si l'on considère que le feu du canon, les manoeuvres des Européens, et les vingt cavaliers de l'arméc de Christophe suffisaient pour jeter la terreur dans l'âme
des insulaires, qui jusqu'alors avaient
regardé les Espagnols comme des êtres
supérieurs.
Après cette bataille, il aurait été facile de rétablir la tranquillité; mais
vivre en paix n'était pas ce que les
nouveaux colons désiraient le plus. Ce
qu'ils voulaient, c'était de l'or, beaucoup d'or: : que leur faisait d'abreuver
la terre du sang de ce peuple bon, humain et généreux. 2 pourvu qu'ils pussent amasser des trésors ? Les vainqueurs décidèrent qu'à l'avenir chaque
Indien paierait un tribut: : il fallait travailler pour payer ce tribut; les Indiens ne purent s'y résoudre; ils aban-
nouveaux colons désiraient le plus. Ce
qu'ils voulaient, c'était de l'or, beaucoup d'or: : que leur faisait d'abreuver
la terre du sang de ce peuple bon, humain et généreux. 2 pourvu qu'ils pussent amasser des trésors ? Les vainqueurs décidèrent qu'à l'avenir chaque
Indien paierait un tribut: : il fallait travailler pour payer ce tribut; les Indiens ne purent s'y résoudre; ils aban- --- Page 47 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 9
donnèrent leurs huttes, leurs champs;
leurs richesses, et se réfugièrent dans
les montagnes; mais cette fuite ne put
les soustraire aux supplices queleur réservaient les barbares Castillans, dont
elle ne fit que doubler la rage. Ces
monstres dressèrent des chiens pour
découvrir les insulaires auxquels ils firent la chasse comme à des bêtes fauves ; et quelques-uns, joignant par une
alliance exécrable la religion à la
cruauté la plus inouie, firent voeu de
massacrer chaque jour douze Indiens
en l'honneur des douze apôtres. La fureur des Castillans ne s'arrêta pas là :
après avoir exterminé plus d'un tiers
de la population qui s'élevait, lors de
la découverte ,à plus d'un million d'habitans, ils se divisérent en factions, se -
firent la guerre et s'entr'égorgérent
pour quelques onces d'or.
Tandis que les Espagnols se battaient --- Page 48 ---
RÉSUMÉ
à SL-Domingue, Colomb était
en Espagne, ot il mettait tout en
pour obtenir que le
ceuvre,
voyât de
gouvernement ennouveaux colons dans cette
ile; mais ses tentatives furent inutiles, et cet homme
extraordinaire, ne
trouvant aucun de ses compatriotes
voulàt le suivre, demanda et obtint qui
les prisons fussent
que
ouvertes, et que les
criminels qu'elles renfermaient fussent
envoyés dans le Nouveau-Monde, Ces
brigands,joints à ceux qui étaient restés à SL.-Domingue, désolèrent
cette
ile, accablèrent de maux les malheureux insulaires qui avaient
échappé au
massaere; et assez forts pour braver
P'antorité de leur souverain, ils firent
bientôt repentir Colomb d'avoir
et exécuté le projet de faire, de conçu
quelques centaines de scélérats, les fondadateurs d'un Btat. Ce grand hommne fut
lui-même la victime de
Perreurqni l'a- --- Page 49 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 11
vait abusé un instant : les bandits qu'il
avait arrachés à la mort pour en faire
des colons, osèrent porter aux ministres d'Espagne des plaintes contre leur
bienfaiteur. Ces plaintes sont écoutées;
Colomb est jeté dans les fers par Bovadilla qu'on envoie pour le remplacer
dans le gouvernement de St.-Domingue. Cet homme féroce etait bien digne
d'être le chefdes brigands qu'on avait
arrachés à l'échafand pour en faire des
colons : à peine installé gouverneur, il
fait faire le dénombrement des malheureux insulaires, qu'il donneà titre d'esclaves aux colons, et il rend les Caciques complices de sa barbarie, en les
forçant d'employer leur autorité pour
faire obéir les Indiens à ses volontés.
Le méosienimentasgmoaliy les malheureux insulaires osent une fois encore penser à secouer le jong qui des
accable, et le sang allait couler denou-
colons : à peine installé gouverneur, il
fait faire le dénombrement des malheureux insulaires, qu'il donneà titre d'esclaves aux colons, et il rend les Caciques complices de sa barbarie, en les
forçant d'employer leur autorité pour
faire obéir les Indiens à ses volontés.
Le méosienimentasgmoaliy les malheureux insulaires osent une fois encore penser à secouer le jong qui des
accable, et le sang allait couler denou- --- Page 50 ---
RÉSUMÉveau, lorsque Nicolas de Ovando arriva dans l'ile avec une flotte nombreuse et le titre de
gouverneur.
Bovadilla chassé avec autant d'ignominie et avec plus dejustice que l'immortel Colonb, s'embarqua pourPEspagne; mais il ne devait plus revoir
le continent. Assailli par une tempête,
il périt ainsi que tous ceux qui l'accompagnaient.
Deux ans s'écoulent: ; la tyrannie des
Espagnols s'accroit avec le temps; des
insurrections éclatent : les Européens
sont battus en plusieurs rencontres, et
les Indiens refusent la paix qui leur
est offerte; mais bientôt, cernés de
toutes parts, poursuivis sans relâche
parles Castillans qui semblent infatigables lorsqu'il s'agit de carnage, 7 ils
se rendent à discrétion. On crutila révolte étouffée: ce n'était qu'un feu mal
éteint La princesse d'une province, --- Page 51 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 13
nommée Xaragna rompt ouverlement
avec les colons, ct lève une puissante
armée d'insulaires. Ovando, instruit
promptement des dispositions hostiles
decette souveraine, appclée Anacoana,
feint d'ignorer ce qui se passe ; et, loin
de se montrer disposé à repousser la
force par la force, il fait dire à la princesse qu'il a ie désir de visiter ses
États. Il part en effet, escorté de quelques centaines d'hommes. Soit que
cette démarche eût abusé la princesse
sur les véritables sentimens de ses ennemis, soit qu'elle jugeât convenable
de ne pas commencer encore les hostilités, Ovando fut reçu avec de grandes
démonstrations de joie. Il parait enchanté de la réception qu'on lui fait;
et, pour en témoigner publiquemient sa
satisfaction, il invite la reine et tous
les grands du pays à une fêle qu'il veut
dit-il, leur donner.Lesinsulaires se ren2 --- Page 52 ---
RÉSUMÉ
dent sans défiance dans le lieu
ou bientôt ils sont
indiqué,
assaillis par les
quatre cents soldats du
trouvent la mort où ils gouverneur; ils
cher le
allaient cherplaisir : la reine est massacrée
avec une foule innombrable de
jets,etl les grands de
ses susa cour sont bràlés
par l'ordre d'Ovando. Et voilà l'homme
que les historiens citent
comme le gouverneur le plus juste et. le plus
de son temps! quels étaient
sage
autres?
donc lés
existait-ilalors une race d'hommes plus féroces que les
*
tigres?
Après cet effroyable
années
massacre, trois
s'écoulérent sans que la tranquillité fat sérieusement
troublée, et le
gouverneur employa ce temps à fonder
des villes, afin de consolider la
sance des
puisEuropéens; mais en 1506,les
Espagnols; violant les conditions d'un
traité qu'ils avaient conclu avec les Indiens, ceux-ci prennent de nouveau les 1
mes plus féroces que les
*
tigres?
Après cet effroyable
années
massacre, trois
s'écoulérent sans que la tranquillité fat sérieusement
troublée, et le
gouverneur employa ce temps à fonder
des villes, afin de consolider la
sance des
puisEuropéens; mais en 1506,les
Espagnols; violant les conditions d'un
traité qu'ils avaient conclu avec les Indiens, ceux-ci prennent de nouveau les 1 --- Page 53 ---
DE L'IISTOINE DE S.-DOMINGUE. 15
armes; la guerre recommence, ct c'est
encore une guerre d'extermination qui
finit par les supplice du dernier souverain légitime de l'ile. Dès-lors les maux
des insulaires furent portés au plus
haut point. Enchainés deux à deux 5
mutilés pour la plus légère faute par
des maîtres qui ne donnaient leurs ordres qu'à coups de fouets, ces malheureuxinvoquaient t la mort, et il en périt
presque autant par le suicide, que les
Castillans en avaient égorgé; de sorte
que cette ile, quicomptait: naguère plus
d'un million d'habitans, ne contenait
pas alors plus de cent mille naturels (a).
Les Espagnols sentirent que la mort,
qui leur enlevait chaque jour quelques
(1) ( On faisait relcver à force de coups
> ceux qui pliaicnt sous leurs fardeaux. IL
> n'yayait dc communication entre lcs deux
> sexcs qu'a la dérobée, lcs hommcs péris- --- Page 54 ---
RÉSUMÉ :
centaines de victimes, leur arrachait en
même temps la fortune qu'ils ne
pouvaient acquérir que par un travailg qu'ils
trouvaient beaucoup trop pénibles pour
eux, et dont ils accablaient sans remords les insulaires. Ils cherchèrent un
> saient dans les mines, et les femmes dans
> les champs que cultivaient leurs faibles
> mains. Une nourriture mal saine, insufD fisante, achevait d'épuiser des corps excé
> dés de fatigue. Le lait tarissait dans lc
D sein des mères, elles expiraient de faim
> de lassitude, pressan t contre leurs ma 9
> melles desséchécs lcurs cnfans morts ou
) mourans. Les pères s'empoisonnaient,
> quelques-uns se pendirent aux arbres,
a après y avoir pendu leurs fils et leurs
> épouses : leur race n'est plus. Il faut
)) que je m'arrête ici un moment, mes yeux
> se remplisentdelarints, et je ne vois plus
> ce quej J'éeris. >
(RAYNAL.
listuirepbilesophigue des deux
Indes.) --- Page 55 ---
DE L'HISTOIRE DE S,-DOMINGUE. 17
moyen pour remédier au décroisscment
effrayant de la population, et ils n'en
trouvèrent pas de plus convenable que
d'arracher les habitans des iles voisines
à leur patrie, pour en faire des esclaves dans la colonie. Ils employèrent,
pour y parvenir, la force et le mensonge; et ces infàmes qui, au nom d'un
Dieu de paix, avaient fait couler tant
de sang, outragèrent encore la religion
en la faisant servir à T'accomplissement
de leurs perfides projets. (C Quittez le
> sol qui vous a vu naitre 7 > dirent-ils
aux insulaires des ilessituées près celles
de St.-Domingue, (C venez dans le pays
) où nous nous sommes établis; vous
) n'aurez rien à désirer dans ce séjour
>) délicieux, où vous verrez la divinité
> face à face, et où vous retrouverez
D les ombres de vos ancêtres )) II était
facile de tromper des hommes qui n'avaient pas même l'idée du mensonge:
+
a vu naitre 7 > dirent-ils
aux insulaires des ilessituées près celles
de St.-Domingue, (C venez dans le pays
) où nous nous sommes établis; vous
) n'aurez rien à désirer dans ce séjour
>) délicieux, où vous verrez la divinité
> face à face, et où vous retrouverez
D les ombres de vos ancêtres )) II était
facile de tromper des hommes qui n'avaient pas même l'idée du mensonge:
+ --- Page 56 ---
RÉSUMÉ
des milliers d'indiens, séduits
par ces
promesses impies, abandonnèrent leur
patrie et vinrent à
St.-Domingue, où
ils ne trouvérent que l'esclavage, les
supplices les plus cruels, et la mort.
Cependant Diégo Colomb, le fils du
grand homme dont les découvertes
avaient amené tant de maux, sollicitait le gouvernement de St.-Domingue,
dont l'Espagne ne devait Ja possession
qu'au génie de son père. 11 l'obtint, et
vint en 1509 remplacer Ovando; mais
il fut bientôt forcé lui-même de céder
la place à Roderigo Albuguerqme,
homme plus cruel encore que tous les
gouverneurs qui l'avaient précédé; de
sorte que le nombre des naturels
trouva bientôt réduit à moins de
se
quinze
mille, que Roderigo assembia partroupes, et vendit, comme des bêtes de
somme, aux colons quilui en offrirent
le plus haut prix. --- Page 57 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 19
Tant de victimes n'avaient encore
trouvé aucune voix génércusc qui S s'6levât en leur faveur, lorsqu'un vénérable ecclésiastique se déclara leur défenseur. Las-Casas, qui avait accompagné
Colomb lors du second voyage que cet
amiral fit à St.-Domingue, revint en
Espagne. A force de sollicitations, il
décida Charles-Quint à s'occuper des
malheureux Indiens; ; il fit àl'empereur
et à toutc la cour un tableau effrayant
des maux qui accablaient ces insulaires,
etil obtint enfn la nomination. de trois
inspecteurs des colonies, et d'un ,avocat. Cet homme généreux ne connaissait point d'obstacles, lorsqu'il s'agissait de fairelebien.) Revena une seconde
fois en Espagne, il obtint le rappel dc
cet Albuquerque, dont le gouvernement n'avait fait que rendre plus déplorable la situation des Indiens; mais,
voyant qu'on nc pouvait espérer quel- --- Page 58 ---
RÉSUMÉ
que amélioration en conservant l'ordre
de choses qui existait, il conçut le
projet de changer entierement le
tème établi dans la colonie. Ce
sysprojet,
si facile à exécuter, fut traité dechimère : le gonvernement refusa de seconder Las-Casas dans cette louable
entreprise; ; ct, réduit à ses propres forces, l'immortel protecteur des Indiens
fit d'inutiles efforts pour arriver au but
Tu'il s'était proposé d'atteindre.
Malgré les maladies et les mauvais
traitemens, qui en moins de soixante
ans avaient entièrement détruit les naturels, les Espagnols avaient élevé des
villes qui, pour la magnificence, ne le
cédaient en rien à celles de la mère-patrie. Santo-I Domingo, surtout, égalait
en splendeur la cité la plus renommée
de notre continent; mais en 158S, lc
célébre amiral sir Francis Brakc, envoyé parBlisabeth, reine d'Angleterre,
vais
traitemens, qui en moins de soixante
ans avaient entièrement détruit les naturels, les Espagnols avaient élevé des
villes qui, pour la magnificence, ne le
cédaient en rien à celles de la mère-patrie. Santo-I Domingo, surtout, égalait
en splendeur la cité la plus renommée
de notre continent; mais en 158S, lc
célébre amiral sir Francis Brakc, envoyé parBlisabeth, reine d'Angleterre, --- Page 59 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 21
s'emparade cette ville,la ruina presque
de fond en comble, et se fit compter
une très - forte somme d'argent pour
abandonner) le peu d'édifices qu'il avait
épargnés.
Enfin le défaut de bras fit renoncer
à l'exploitation des mines; la culture
fut abandonnéc; les colons se firent pirates; et, lorsque le dix-septième siècle commença, les naturels, dont le
nombre ne s'élevait pas à deux cents,
élaientréduits à la misère la plus afW
freuse.
Ainsila cupidité,le fanatisme, et la
dépravation s'étaient réunis pour accabler les malheureux insulaires de St.-
Domingue; et ce riche pays, qui, bien
administré, pouvait faire des Espagnols le peuple le plus puissant du
monde entier, fut bientôt inculte et désert ; florissante, cette ile eût couvert
de gloire le nom castillan; ravagéc, --- Page 60 ---
RÉSUMÉ
abrenvée de sang, eile le couvrit d'un
opprobre élernel.
Ici commence pour ce pays un nouvel ordre de faits
que nous rapporterons dans notre seconde période. --- Page 61 ---
DE L'HISTOIRE DE S,-DOMINGUE 23
VUTV
A
SECONDE PERIODE.
Etablissement dcs Français à Saint-Domingue.
Lcs Espagnols cèdent aux
nouveaux colons la partie occidentale
de l'ile.
L'BTABLISSENEXT d'un petit nom
bre de Français et d'Anglais dans l'ile
St-Christophe, éveilla l'attention du
gouvernement espagnol, qui envoya
une flotte pour exterminer ces nouveaux colons, comme si le Nouveau-
- Monde eût été le patrimoine exclusif
des Castillans(1). Chassés de St.-Christophe, ces aventuriers se réfugièrent
(1)François Ier demandait à voir le testament d'Adam qui excluait les Français du
partage de T'Amérique. 1 --- Page 62 ---
RÉSUMÉ
dans l'ile de la Tortuc, voisine de St.-
Domingue, et quelques-uns SC retirerent sur la côte septentrionale de cette
dernière. (( On les nommait Bouca-
>) niers, 2 dit Raynal, parce qu'à la ma-
)) nière des sauvages, ils faisaient sé-
> cher à la fumée, dans des lieux
ap-
> pelés boucans, les viandes dont ils
) se nourrissaient. Commne ils étaient
>> sans femmes etsans enfans,ils avaient
>> pris l'usage de s'associer deux à deux
> pour se rendre les services qu'on re-
) çoit dans une famille. Les biens
) étaient communs dans ces sociétés, et
>) demcuraient toujours à celui qui sur-
> vivaità son compagnon. On ne con-
>> naissait pas le larcin, quoique rien ne
) ne fat fermé; et ce qu'on ne trouvait
9 pas chez soi, on l'allait prendre chez
) ses voisins, sans autre assujétissement
> que de les en prévenir, s'ils y étaient;
> ou, s'ils n'y étaient pas, de les cn
re-
) çoit dans une famille. Les biens
) étaient communs dans ces sociétés, et
>) demcuraient toujours à celui qui sur-
> vivaità son compagnon. On ne con-
>> naissait pas le larcin, quoique rien ne
) ne fat fermé; et ce qu'on ne trouvait
9 pas chez soi, on l'allait prendre chez
) ses voisins, sans autre assujétissement
> que de les en prévenir, s'ils y étaient;
> ou, s'ils n'y étaient pas, de les cn --- Page 63 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 25
) avertir à leur retour Les diflérends étaient rares et facilement ter-
) minés: lorsque les parties y meltaient
>> de T'opiniatreté, elles vidaient leurs
) querelles à coups de fusil. Si la balle
> avait frappé par derrière, ou dans les
> flancs, on jugeait qu'il y avait de la
)> perfidie, et l'on cassait la tête à l'au-
>) teur de l'assassinat
C Une chemise teinte du sang des
) animaux qu'ils tuaient à la chasse,
>> un caleçon encore plus sale, fait en
)) tablier de brasseur; pour ceinture,
>) une courroie où pendaient un sabre
) fort court et quelques couteaux; un
) chapeau sans autre bord qu'un bout
) rabattu sur le devant ; des souliers
> sans bas : tel était Phabillement
> de ces barbares. Leur ambition se
> bornait à avoir un fusil qui portât
> des balles d'une once, et une meute
) de vingt-cinq ou trente chiens. >>
--- Page 64 ---
RÉSUMÉ
Les boucaniers ne demeurèrent
pas
long-temps tranquilles dans leurs nouvelles retraites : les Espagnols les
y
poursuivirent avec un acharnement incroyable; mais le courage avec lequel
ils se défendirent attira l'attention du
gouvernement français. Un gouverneur
fut envoyé par cette puissance dans les
iles du Vent; ce gouverneur entreprit
de chasser, en même temps que les Espagnols, les Anglais, qui jusqu'alors
avaient fait cause commune avec les
Français, et ces derniers virent ainsi
s'accroître le nombre de leurs ennemis; mais, après une longue guerre
pendant laquelle les succès et les revers
se succédérent, les Français demeurérent enfin maîtres de l'ile de la Tortue
et des établissemens qu'ils avaient fondés sur la côte septentrionale de St.-
Domingue. Le courage, l'audace, Pintrépidité de ces aventuriers méritent --- Page 65 ---
1 DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 27
ine mention particulière. Avec de méchantes barqnes non pontées, ils attaquaient, sans hésiter, les vaisseaux de
guerre du premier ordre; et la victoire
couronnait presque toujours leur' audace. Ils avaient juré une haine implacable aux Espagnols qu'ils poursuivaient partout, qu'ils battaient dans
toutes les rencontres, et auxquels ils
ne faisaient aucun quartier. Ce fut au
milieu de ces pirates que parurent tourà-tour Pierre-le-Grand qui, avec un
seul bateau monté de vingt-huit hommes, vainquit le rice-amiral cspagnol;
Michel-le - Basque, le célèbre et redoutable Montbars, qui mérita de ses
ennemis mêmes le surnom d'erterminateur, et enfin le cruel Morgan, qui
tant de fois souilla par des assassinats
la victoire qu'il devait à sa valeur.
Ces aventuriers attirèrent, ainsi que
nous l'avons dit, l'attention du gouver-
Pierre-le-Grand qui, avec un
seul bateau monté de vingt-huit hommes, vainquit le rice-amiral cspagnol;
Michel-le - Basque, le célèbre et redoutable Montbars, qui mérita de ses
ennemis mêmes le surnom d'erterminateur, et enfin le cruel Morgan, qui
tant de fois souilla par des assassinats
la victoire qu'il devait à sa valeur.
Ces aventuriers attirèrent, ainsi que
nous l'avons dit, l'attention du gouver- --- Page 66 ---
RÉSUMÉ
nement français (1665). A cette
la traite dcs
époque,
Negres avait déjà fait de rapides progrès. Un nommé Bertrandd'0geron fut choisi pour gouverneur,
2 et
envoyé à SL.-Domingue en cette qualité.
Il commença, afin d'adoucir les moeurs
des boucaniers, parfuirevenirde France
des femmes qu'illeur donna
pour compagnes. Obligé d'abord d'ouvrir les
ports de la colonie à tous les vaisseaux
étrangers, il parvint peu à peu à établir le privilége d'une
compagnie formée, quelques années
le
auparavant, sous
nom de compagnie des Indes. La
colonie, continuant à
prospérersous ce
sage gouverneur, il conçut et communiquaau gouvernement français le projet de s'emparer de l'ile entière, oi les
Espagnols avaient conservé des établissemens considérables ; mais Ics difficultés qu'il éprouva pour faire sentir
aux ministres lout l'avantage
la
que --- Page 67 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 29
France pourrait tirer, d'une telle conquête, finirent par le rebuter. Il mourut à Paris avant d'avoir pu tirer, de
l'indolence ministérielle, une décision
qu'ilavait sollicitée avec tant d'ardeur.
Cependantles établissemensespagnols:
étaient dans une situation désespérante
une grande partie des colons avaient
quitté St.-Domingue pour allers'établir
au Mexique, où les mines d'or étaient
plus abondantes. Loin de chercher un
remède à ce mal, le gouvernement espagnol l'aggrava en mettant des entraves
au commerce; 5 et, pour forcer les COlons à se conformer aux lois injusies
qu'ils tichaient d'éluder, on poussarle
vandalisme jusqu'à faire raser la plupart des places maritimcs. C
De Pouancey, qui en 1676 avait'succédé au premier gouverneur français,
était loin de posséder les talens de son
prédécesseur, dont il aurait cu grand
* --- Page 68 ---
RESUME
besoin; car, indépendamment des efforts que faisaient les Espagnols
pour?
reconquérir la partie de l'ile qui leur
avait été enlevée par les Français, les
insurrections des Nègres commençaient
à être fréquentes, et firent plus d'une
fois courir de grands
dangers au nous
veau gouverneur.
On avait trop compté sur la doucenr
et la patience de ces malheureux Africains; le joug trop pesant sous lequel
on les tenait, réveillait dans leur coeur
l'amour de la liberté, 9 et les rendait capables de tout tenter pourl'obtenir.Pres
de deux siècles devaient encore s'éconler, et la terre qu'ils arrosaient de leurs
sueurs, devait dévorer encore six générations avant que cette indépendance,
après laquellé ils soupiraient déjà, fàt
proclamée.
Quoi qu'il en soit da mérite de
M. de Pouancey, il laissa la colonie
ait dans leur coeur
l'amour de la liberté, 9 et les rendait capables de tout tenter pourl'obtenir.Pres
de deux siècles devaient encore s'éconler, et la terre qu'ils arrosaient de leurs
sueurs, devait dévorer encore six générations avant que cette indépendance,
après laquellé ils soupiraient déjà, fàt
proclamée.
Quoi qu'il en soit da mérite de
M. de Pouancey, il laissa la colonie --- Page 69 ---
DE L'HISTOIRE DE 6.-DOMINGUE. 3r
à peu près dans la même situaticn Ou
il l'avait trouvée, 7 et it mournt en
1682, sans que son gouvernement lui
eût mnérité ni éloges, ni reproches.
Ce ne fut qu'un an après, que le ministère envoya un nouveau gouverneur à St.-Damingue; il se nommait
de Cussy, et passait. pour un homme
d'un mérite distingué; mais SCS talens
administratifs ne purent arrêter la décadence de la colonie. Des commissaires, envoyés par le ministère français,
firent inutilement beaucoup d'efforts
pour améliorer le sort des colons : ils
n'y pouvaient parvenir qu'en obtenant
que le commerce serait affranchi de
quelques entraves; et la lésine ministérielle était un obstacle insurmontable. Lesétablissemens espagnols étaient
dans une détresse plus grande encore
que celle qui accablait la partie française de l'ile; tous les colons espagnols --- Page 70 ---
RÉSUMÉ
s'étaient fait corsaires, ou plutôt pirates, puisqn'ils attaquaient et pillaient
de préférence les vaisseaux de leur / nation, toujours mal équipés, et dont,
par conséquent, la capture était plus
facile..
Cependant, cn 168g, le ministère
français parut sortir un peu de son
apathic; il commença à sentir de
quelle importance pourrait être la
conquête de St.-Domingue, et il envoya à cet effet des instructions à M.
de Cussy. Cet homme, éclairé autant
que brave, se mit lui-même à la tête
d'une petite armée deluit ou neufcents
hommes, parmi lesquels était nne assez
grande quantité de Negres; et, aprés
quelquesjours de marche, il entra, sans
coup férir, dans San-Yago, que les Espagnols avaient abandonnée à la première sommation, emp portantleurs meubles ct leurs cffets lcs plus précicux, et --- Page 71 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 33
nc laissant que des boissons et des
viandes empoisonnées, ce dont on s'aperçut par la mort violente de plusieurs
soldats français qui avaient mange de
ces vivres. Cette atrocité excite Pindignation des vainqueurs : ils jurent de
brûler la ville, et ce n'est qu'avec peine
que M. de Cussy obtient qu'on épargne
les églises et les cloîtres. Cette expédition, qui avait cominencé, par des succès, finit par des revers : chassés de
San-Yago, les Espagnols se réunirent
et marchèrent sur le Cap-Francais. De
Cussy vole à la défense de cette place;
mais forcé de combattre en rase campagne, avec la poignée de soldats qu'il
commande, l'armée espagnole composée de près de trois mille hommes, il
est battu; ses meilleurs officiers sont
tués; lui-même, blessé mortellement,
reste sur le champ de Bataille, ct les
des revers : chassés de
San-Yago, les Espagnols se réunirent
et marchèrent sur le Cap-Francais. De
Cussy vole à la défense de cette place;
mais forcé de combattre en rase campagne, avec la poignée de soldats qu'il
commande, l'armée espagnole composée de près de trois mille hommes, il
est battu; ses meilleurs officiers sont
tués; lui-même, blessé mortellement,
reste sur le champ de Bataille, ct les --- Page 72 ---
RÉSUMÉ
Espagaols mettent tout à feu et à
sang.
Le gouvernement français,
qu'il eût
anssitôt
appris ce désastre,
do donner un
s'empressa
successeur au brave de
Cussy. Nommé
gouverneur, M. Ducasse partit pour
arriva
SL.-Domingue, où il
vers la fin de l'année
partie
16g1. La
française de cette ile était alors
dans une situation
les
peu satisfisante;
Espagnols, avec une flotie nombreuse; bloquaient
presque tous les
ports français, en même
leurs forces de
temps que
terre, qui avaient repris
Foffensive, remportaient chaque jour
quelque avantage sur les troupes françaises. Il fallait beancomp de talent et
de fermeté pour faire tête à l'orage
qui
grondait, et qui menaçait de fondre
la colonie; fort
sur
heureusement Fhomme
que le ministère
français avait
était capable de
choisi,
remplir l'importante --- Page 73 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINQUE. 35
mission qui lui était confiée; il contint
l'ennemi dans l'intérieur de l'ile, força
les vaisseaux à s'éloigner des côtes,
et fit rentrer dans le devoir les boucaniers qui, voulant profiter de la situation difficile des Français, avaient
armé contre eux.
Les Anglais, qui, vers la fin de 1687;
s'étaient emparés de l'ile de SaintChristophe, crurent que la conquête
de Saint-Domingue ne leur serait pas
plus difficile ; mais deux ans avaient
suffi au génie de Ducasse pour faire entiérement changer les choses de face;
non seulementcet habilegouverneur se
sentit assez fort pour défendre la colonie contre les efforts réunis de l'Espagne et de l'Angleterre, il conçut encore
le dessein d'aller lui-même attaquer lès
Anglais à la Jamaique. Ce projèt hardi
est exécuté en 1694: les Français débarquent à la Jamaique, ravagent la --- Page 74 ---
TESUMÉ
colonie, et ne se relirentqu'après. savoir
chargé leurs vaisseaux d'un butin immense.
Malheureusement, l'administrateur
le plus zélé, Phomme le plus brave,
le général le plus habile, ne pcuvent
être toujours à l'abri de la trahison. En
1695 les Anglais et les Espagnols, réunis., fondirent sur Saint-Domingue
;
quelques Français, indignes de ce nom
illustré par tant de hauts faits, livrèrent à l'eanemi les positions les plus
importantes ; malgré tous les efforts
des, troupes et du brave
les
gouverneur, s
- établissemens du Cap-Français
sont entièrement dévastés, et Ducassc lui-même est ménacé d'être livré
aux vainqueurs par ceux qu'il avait juré de défendre jusqu'à, Ja dernière
CXtrémité.
Tandis que tout cela se passait; et
alors même que la nouvelle de ces dé-
livrèrent à l'eanemi les positions les plus
importantes ; malgré tous les efforts
des, troupes et du brave
les
gouverneur, s
- établissemens du Cap-Français
sont entièrement dévastés, et Ducassc lui-même est ménacé d'être livré
aux vainqueurs par ceux qu'il avait juré de défendre jusqu'à, Ja dernière
CXtrémité.
Tandis que tout cela se passait; et
alors même que la nouvelle de ces dé- --- Page 75 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMIINGUE. 37
sastres était parvenue à Versailles, le
ministère Français, ne consultantjamnis
les intérêts des sujets du Roi très-chrétien, s'environnant de flatteurs, prenant de l'entêtement pour de la diguité, et accoutumé d'ailleurs à ne jamais
revenir sur ses décisions, quelque terribles qu'eu pussent être les conséquences; le ministère, dis-je, comme
si son seul but eût été d'aggraver la situation des malheureux colons, ordonna que la colonie de Sainte-Croix serait
transféréc à Saint-Domingue. Il est
presque inconcevable que, dans un moment où le gouvernement français
semblait agir dans l'intérêt des ennemis de la France, ceux-ciaient toutà-coup renoncé à une conquête qui
leur devenait si facile. La guerre continua, mais sans amener, pendant
les deux, années qui suivirent, aucun
événement impertant ; les opérations
--- Page 76 ---
RÉSUMÉ
étaient conduites avec
combats
lenteur, et les
se bornèrent à quelques
de canon
coups.
échangés contre les vaisseaux
des puissances
belligérantes. Ce ne fut
qu'en 1697 que le génie de la
sembla se réveiller. De
guerre
ticuliers français
simples parsollicitèrent et
rent la permission
obtind'armer des vaisseaux de guerre du premier ordre
les houcaniers,
;
pour qui la guerre et
surtout les expéditions aventureuses
avaient un charme particulier,
lurent faire
voupartie de celle que l'on
projetait, et à laquelle le brave Ducasse- lui-même prit part, La flotte,
composée de sept vaisseaux de
et d'un grand nombre de
ligne
petits bâtimens, se dirigea surCarthagène, la ville
Ja plus florissante
les
que
Espagnols
possédassent alors dans l'Inde. Cette
cité, 2 reconnaissant
Pimpossibilité de
résister aux forces quil'envirommaient,
- --- Page 77 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 39
capitula ; mais l'or que reçurent les
vainqueurs jeta la discorde parmi eux;
la capitulation fut violéc, la ville livrée
au pillage et ruinée presque de fond en
comble par les boucaniers, qui, battus
à leur tour par les flottes anglaises et
hollandaises, perdirent le fruit de leurs
rapines, et eurent beaucoup de peine à
regagner Saint-Domingue avec. quelques-uns de leurs petits bâtimens.
Cependant la situation des colons
français devenait chaque jour plus déplorable: : le gouvernement semblait les
avoir entièrement abandonnés; il leur
était désormais impossible d'opposer la
moindre résistance aux Espagnols, 3 et
déjà ces derniers faisaient des dispositions pour s'emparer des misérables
établissemens qu'avaient conservés leurs
adversaires, lorsque la nouvelle de la
paix de Ryswick arriva à Saint-Domingue, et jeta un rayon d'espérance dans
français devenait chaque jour plus déplorable: : le gouvernement semblait les
avoir entièrement abandonnés; il leur
était désormais impossible d'opposer la
moindre résistance aux Espagnols, 3 et
déjà ces derniers faisaient des dispositions pour s'emparer des misérables
établissemens qu'avaient conservés leurs
adversaires, lorsque la nouvelle de la
paix de Ryswick arriva à Saint-Domingue, et jeta un rayon d'espérance dans --- Page 78 ---
RÉSUME
leicmars-Parcetraité de
cédait à
paix,Espagne
la France une partie considérable de
Saint-Domingue; mais la misère, qui pendant tant d'années avait
accablé les colons, en avait aussi
considérablement diminué le nombre. Les
choses en étaient au point que la partie
dus sud, un des districts les plus
contenait à peine
vastes,
quelques misérables
huttes, sous lesquelles
centaine
végétaient une -
d'habitans.
> Le premier mallieur, dit
>
vint du
Raynal;
dépemplement de Saint-Do-
> mingue. Les conquêtes des Espagnols
>> dans sle continentd devaient contribuer
> naturellement à rendre florissante
> une ile que la nature semblait avoir
3> placée pour devenir le centre de la
>> vaste domination
qui se formait au-
> tour d'elle, pour être
de
P'entrepôt ses
> différentes colonies.
>> Le commerce que la colonie faisait --- Page 79 ---
DE L'HISTOINE DE S.-DOMINGUE, 41
> avec les étrangers pouvait seulla re-
>> lever, ou du moins empêcher sa rui-
> ne entière : il fut défendu
>
Cet acte de violencejeta
> dans les esprits un découragement,
> queles incursions et les établissemens
> des Français dans l'ile portèrent au
> dernier période. >
Il est impossible de montrer d'une
manière plus succincte et plus claire
les causes de Ia décadence de cctte colonie, qui, depuis moins d'un siècle et
demi que ces derniers événemens sont
passés, 7 est devenue une puissante république.
*: --- Page 80 ---
K --- Page 81 ---
RÉSUMÉ DE L'TIIS. DE S.-DOM. 43
TROISIÈME PÉRIODE.
Création ctr ruine d'une compagniedestinée
à augmenter le nombre des colons. -
Moeurs et gouvernement,
Effet que
produisirent dans la colonic les premiers
événemens de la révolution française.
APRiS la paix de Ryswick 7 le ministère français sembla enfn se rappcler
que la France possédait des colonies, et
il se sentit quelque velléité d'améliorer
leur situation; inais comme s'il suffisait
d'être ministre pour avoir un esprit
étroit, des vues bornées et une concep- I
tion difficile; comme si, en France, les
actions ou les projets d'un ministre devaient nécessairement être marqués du
sceau de la médiocrité, celui qui avait
songé à améliorer le sort des colons ne
bla enfn se rappcler
que la France possédait des colonies, et
il se sentit quelque velléité d'améliorer
leur situation; inais comme s'il suffisait
d'être ministre pour avoir un esprit
étroit, des vues bornées et une concep- I
tion difficile; comme si, en France, les
actions ou les projets d'un ministre devaient nécessairement être marqués du
sceau de la médiocrité, celui qui avait
songé à améliorer le sort des colons ne --- Page 82 ---
RÉSUMÉ
trouva rien de mieux poury réussir
de céder la partie du sud de Saint-Do- que
mingue à une compagnie,
de trente années. Cette
pour l'espace
compagnie, qui
pritle nom de St-Louis, fit P'acquisition
dont tnous venons de parler, aux conditions suivantes : 10. de former rune caisse
de douze centmille francs,
au moyen de
laquelle elle ferait un commerce frauduleux avec les colons de la partie
espagnole de Pile; 20, de transporterdans
l'espace de cing ans, dans la partie de
terrain qui lui était cédée,
quinze cents
Blancs, et deux mille cinq cents Noirs;
30. de distribuer des terres â tous
ceux
quien demanderaient, et de leur vendre des esclaves payables
trois ans après.
seulement
Cette compagnie, dont les privilèges
consistaient à avoir le droit de vendre
ct d'acheter exclusivement
la partie de l'ile
dans toute
qui lui avait été cédéc, --- Page 83 ---
DE L'HISTOIRE' DE s. DOMINGUE. 45
se soutint jusqu'en 1720, époque où
elle fut entièrement ruinée : ses priviléges furent transmis à la compagnie
des Indes ; car les traitans étaient alors
la seule chose que connût le gouvernement français : il semblait qu'on ne pouvait espérer rien de bon sans le monopole. Quoiqu'il en soit,la culture faisait
des progrès rapides ; la colonie commnençait à être florissante, et tout faisait croire que la prospérité de SaintDomingue irait croissant, lorsque les
cacaotiers, 9 qui, apportés dans la colonie par le premier gouverneur, s'étaient
multipliés au point d'être un des produits les plus importans, périrent toutà-coup; et, comme si le gouvernement,
qui ne faisait rien pour la prospérité
de ses possessions d'Amérique, avait au
contraire résolu de les anéantir, il arriva dans le même temps que le systême
de Law ruina une grande partie des --- Page 84 ---
RÉSUMÉ
a
plus riches colons. Il est
remarquable
quec'est à une opération de finances
presque.aussi désastreuse qu'est due aujourd'hui la reconnaissance de SaintDomingue. C'est pour soutenir cette
opération qu'il a été décidé
ne tenterait pas de
qu'on
reconquérir ce
pays: si la guerre avait été plus favorable à la conversion des
rentes, il est.
très-certain qu'on l'eût faite.
La compagnie des Indes, à laquelle
les colons attribuaient
une grande
tie de leurs
parmaux,à cause du monopole
des esclaves qu'elle faisait ; cette compagnie, dis-je, fut bientôt en horreur à
tous les habitans de
qui se
Saint-Doningue,
portèrent contre ses agens à de
violens excès. En 1722, ses. colons
rent les armes; ils brûlérent
priédifices
tous les
quiappartenaient à la
guie; ils
compas'opposérent à ce que ses vaisseaux fussent reçus dans les ports. Le
monopole
des esclaves qu'elle faisait ; cette compagnie, dis-je, fut bientôt en horreur à
tous les habitans de
qui se
Saint-Doningue,
portèrent contre ses agens à de
violens excès. En 1722, ses. colons
rent les armes; ils brûlérent
priédifices
tous les
quiappartenaient à la
guie; ils
compas'opposérent à ce que ses vaisseaux fussent reçus dans les ports. Le --- Page 85 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 47
gouverneur, qui voulut réprimer ces
désordres, fut arrêté, et l'insurrection
prit tout à eoup un caractère très-alarmant pour l'antorité, qui ne parvint à
faire rentrer les révoltés dansle devoir,
qu'après de longues négociations. Le
duc d'Orléans, alors régent du royaumhe, donna un grand exemple de modération; il ne voulut point qu'on recherchât. ni que l'on punit les auteurs
ou fauteurs de la séditicn. Par ce moyen,
il-réussit acalmer les ésprits beaucoup
plus promptement qu'on ne l'eàt fait
en laissant le champ libre aux réactions; et, dès cel moment la prospérité
de lacolonie fit des progrès rapides, que
'lés-g guerres. qai survinrent ne ralentirent point.
Le temps, le relàchement des m ceurs,
la chaleur du climat, tout cela contribun à multiplier les nuances parmi les
habitans de Saint-Dominguey pour lcs- --- Page 86 ---
RÉSUMÉ
quels la couleur de la
peau, qui n'est
qu'un accident
plysique aux yeux du
philosophe, avait alors la plus grande
importance. La population était divisée
en trois classes : les
de Couleur
Dlancs, les A gens
et les Negres. Ces trois
classes se subdiviserent
ensuite, à mesure que la population angmenta. Les
Blancs qui étaient presque tous riches,
jouissaient d'une infinité de privilèges
que l'on refusait aux gens de Couleur.
Cenx-ci, bien qu'ayant le droit
rir des propriétés,
d'acquéétaient cependaut
dans un état qui approchait
de P'esclavage; ils étaient forcés beaicoup de
vir
sertrès-long-temps dans la milice et la
maréchaussée sans recevoir aucune sol-!"
de; on les forçait même à s'équiper à
leurs frais, et ils payaient des impôts
bien plus considérables que les Blancs
avec lesquels ils n'avaient
de relations. Ils
presque point
ne ponvaient aspirer à
d'acquéétaient cependaut
dans un état qui approchait
de P'esclavage; ils étaient forcés beaicoup de
vir
sertrès-long-temps dans la milice et la
maréchaussée sans recevoir aucune sol-!"
de; on les forçait même à s'équiper à
leurs frais, et ils payaient des impôts
bien plus considérables que les Blancs
avec lesquels ils n'avaient
de relations. Ils
presque point
ne ponvaient aspirer à --- Page 87 ---
DE L'HISTOIE DE S.-DOMINGUE. 49
aucun grade - dans la marine ou dans
l'armée; les emplois civils leur étaient
également interdits, et ils ne pouvaient
exercer aucune des professions pour
lesquelles il est nécessaire d'avoir reçu
quelque éducation. Unhomme de Couleur qui frappait un Blanc était condamné à avoir la main coupée; et un
Blanc qui frappait un homme de Couleur ne pouvait être condamné qu'à
une amende. Quant aux Negres, on
peut sC faire une idée de la condition
déplorable à laquelle ils étaient réduits,
en se rappelant qu'ils reçurent comme
un bienfait l'édit de Louis XIV 2
connu sous le nom 1 de Code noir; et
pourtant ce code, qui améliorait le
sort des malheureux esclaves. 2 permettait qu'on leur coupât les oreilles
pour de très-légéres fautes.
Indépendamment d'un gouverneur,
la colonic avait encore un intendant.
à
--- Page 88 ---
RÉSUMÉ
Ces deux personnages dont le ponvoir
était ilimité 1 formaient une cspèce
de gouvernement absolu. Le gouverneur,qui commandait les forces de' terre
et de mer, était aussi le chef suprême
de la justice, il nommait à tous' les
emplois civils' et militaires, et sa VOlonté tenait presque toujours lieu de'
loi.
Les habitans de la partie espagnole
de l'Ile' étaient aussi divisés en plusieurs- classes, et l'on pense bien que
le sort des esclaves n'était pas meilleur dans cette colonie, réduite d'ailJeur's à une condition déplorable; les
dix-huit mille habitan's dont elle se'
composait étaient presque réduits à létat de sauvages, et tout leur commerce
se bornait à échangeravec les Français
leurs troupeaux contre des habits' et:
queiques meubles-i indispensables, que
leur indolence les empéchait de fa --- Page 89 ---
DE L'HISTOIRE DE S--DOMINGUE. 51
briquer reux-mêmes. Les principales willes n'étaient plus, vers le milieu du
dix-luitième siècle, que de misérables
villages; et la compagnie qui se forma
à Barcelonne, enl 1750, fit d'inutiles efforts pour amener quelque changement
â un état de chose si ficheux.
Cependant une révolution en France
paraissait inévitable. L'amour de la liberté s'élait emparé des dernières classes de la société; le Tiers-Etat demandait la répartition des impôts entre les
trois ordres, et ses réclamations étaient
d'autant plus justes, qu'il était accablé
par ces impôts que des dilapidations financières rendaient insupportables. De
leur côté, les deux premiers ordres de
l'Etat se montraient résolus à défendre
leurs priviléges, de sorte qu'une rupture éciatante paraissait très-prochaine,
et les suites de cette rupture étaient incalculables.
; le Tiers-Etat demandait la répartition des impôts entre les
trois ordres, et ses réclamations étaient
d'autant plus justes, qu'il était accablé
par ces impôts que des dilapidations financières rendaient insupportables. De
leur côté, les deux premiers ordres de
l'Etat se montraient résolus à défendre
leurs priviléges, de sorte qu'une rupture éciatante paraissait très-prochaine,
et les suites de cette rupture étaient incalculables. --- Page 90 ---
RÉSUMÉ
Ce fut au commencement de
que ces nouvelles parvinrent à SaintDomingue; on apprit en même temps
que le Roi, en convoquant les BtatsGénéraux, avait ordonné que les représentans du Tiers-Etat seraient aussi nombreux que ceux des deux autres
ordres. Il serait difficile de se faire une
juste idée de l'effet que produisit cette
nouvelle dans la colonie. Les esclaves
poussaiént des cris de joie; il ne leur
fallait pas un grand raisonnement
pour
sentir qu'un bouleversement politique
ne pouvait que leur être avantageux :
leur sort ne pouvant être
S
plus affrenx,
un changement devait nécessairement
l'améliorer. Les hommes de Couleur se
réjouissaient en voyant la crainte s'emparer de leurs tyrans, et ces derniers
tremblaient en songeant que le pouvoir
de faire le mal allait leur échapper Il
se forma, dans toutes les parties de la --- Page 91 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 53
colonie, des assemblées dans lesquelles
les intérêts communs étaient discutés, 9
et où les plus hautes questions politiques furent bientôt agitées. Ces assemblées, que Ie gouverneur tenta vainement de dissondre. 9 proclamèrent le
droit qu'avaient les colons d'envoyer
des représentans aux Btats-Généraux 5
et il en fut nommé dix-huit qui s'embarquérent aussitôt, et arrivèrent en
France quelques jours après que les
Etats-Généraux se furent déclarés Assemblée-Nationale; mais, sur dix-huit,
cette Assemblée n'en voulut admettre que six.
Les Mulitres, qui, ainsi que nous
l'avons dit, ne jouissaient pas d'unc
grande considération parmi les Blancs,
mais qui avaient cependant le droit
d'acquérir des terres en grande quantité, se retiraient souvent en Europe,
lorsqu'ils avaient acquis une fortune
* --- Page 92 ---
RESUMÉ
convenable. Ily en avait un assez grand
nombre à Paris en
1789; ils se lièrent
avec quelques Français d'un caractère
remuant, d'un esprit ardent, et ils formérent une société qu'on appela les
Amis des Noirs. Ce futs surtout
lorsque
PAssembiée-Nationale eût décrété les
droits de Phomme, que les Amis des
Noirs
s'agilérent; s'emparant du texte
de cet article de la
déclaration : Tous
les hommes naissent et meurent libres
et egauz en droits, cette société
répandit une foule de Proclamations dans
lesquelles elle demandait l'abolition de
P'esclavage dans toutes les colonies, Les
gens de Gouleur de SL,-Domingue,
prenant ce qui se passait en France, apcrurent le moment favorables ils s'assemblèrent, prirent les armes, et demandèrent à être assimilés 2ux Blancs
pourtousl lcs priviléges dont jouissaient
ces derniers; mais M.
Duichilleau, alors
, cette société
répandit une foule de Proclamations dans
lesquelles elle demandait l'abolition de
P'esclavage dans toutes les colonies, Les
gens de Gouleur de SL,-Domingue,
prenant ce qui se passait en France, apcrurent le moment favorables ils s'assemblèrent, prirent les armes, et demandèrent à être assimilés 2ux Blancs
pourtousl lcs priviléges dont jouissaient
ces derniers; mais M.
Duichilleau, alors --- Page 93 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 55
gouverneur de St.-Domingue, > rejeta
leurs prétentions, et fit marcher contre
eux des troupes qui les dispersèrent facilement. Il se forma, dans ce même
temps, une Assemblée législative qui
devait régler toutes les aftaires de Pile,
et cette Assemblée décida que, silegonverncment français ne lui envoyait pas
d'instructions avant trois mois, elle
gouvernerait la colonic. Les colons, qui
craignaient l'abolition de l'esclavage 2
abolition qui devait les ruiner, se portèrent souvent à de coupables excès
contre le petit nombre de Blancs qui
prélendaient que la déclaration des
droits de Phomme était précise, et que
ce point ne pouvait soufirir de discussion. Quelques-uns. de ces philanthropes furent égorgés.. Pour arrêter cC désordre qui menaçait de faire de rapides progrès, PAssemabice-Nalionale décréia, lc8 mars 1790., que les colonies --- Page 94 ---
RESUMÉ
n'étaient pas comprises dans la constitution décrétéc pour le royaume, 7 et
qu'elles ne devaient point être assujélies à des lois incompatibles avec
leurs convenances locales et particulières. En
consigene,PAuwablie autorisait les habitans à lui faire connaître leur voeu sur la constitution qui
leur convenait.
Ce décret, qui semblait approuver
l'esclavage et la traite dcs Nègres, fut
vivement censuré par les Amis des
Noirs; mais ils se calmérent en apprenant qu'une Assemblée générale avait
été convoquée à St.-Domingue, et
que,
par son premier acte, cette Assemblée
avait décidé que les gens de Couleur
joairaient à l'avenir des mêmes droits
que les Blancs. Ons'occupachsntfe du
plan de la constitution de la colonic;
et ce plan, qui - fut publié à la fin de
inai 1790; ne reconnaissait que, bien --- Page 95 ---
DE L'IIISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 57
faiblement les droits de la France sur
St.-Dominguc. Un dcs articles était
ainsi conçu:
CC Comme toutes les lois doivent être
> fondées sur le consentement de ceux
> pour qui on les fait, la partie fran-
>> çaise de St-Domingue aura le droit
> de proposer des réglemens relatifs
> aux rapports commerciaux et autres
>> rapports communs; et tous les décrets
>> que PAssembite-Nationale rendra en
> pareil cas ne seront mis â exécu-
) tion dans la colonie, qu'après avoir
> été approuvés par l'Assemblée géné-
) rale.>
Ce plan de constitution, et particulièrement l'article que nous venons de
rapporter, firent beaucoup de sensation
dans l'ile; et loin que la tranquillité s'y
rétablit, le désordre alla croissant. Plusieurs paroisses, mécontentes del la tournure que prenaient les : choses, rappe-
-Nationale rendra en
> pareil cas ne seront mis â exécu-
) tion dans la colonie, qu'après avoir
> été approuvés par l'Assemblée géné-
) rale.>
Ce plan de constitution, et particulièrement l'article que nous venons de
rapporter, firent beaucoup de sensation
dans l'ile; et loin que la tranquillité s'y
rétablit, le désordre alla croissant. Plusieurs paroisses, mécontentes del la tournure que prenaient les : choses, rappe- --- Page 96 ---
RÉSUMLÉ
lèrent leurs députés. Des troubies éclatèrent dans la ville du
et M.
Cap-Frangais;
Peynier, alors
devoir
gouveneur, crut
dissoudre l'assemblée, dont les
décrets excitaient la révolte, et
vaient faire naîtrela
pouguerre civile; mais
comme l'Assemblée avait de nombrenx
partisans, et que le gouverneur craignait qu'on opposât de la résistance, il
chercha un appui dans la personne de
M. de Galisonière,
capitaine d'un vaisseau de ligne qui se trouvait dans
des ports de l'ile. Le
un
de
capitaine promit
seconder le gouverneur, et il faisait
des dispositions pour cela, lorsque l'équipage du vaisseau qu'il commandait
se révolta, et déclara que, loin de
dre parti pour le
pren:
gouverneur, il était
prêt à sontenir de tous ses efforts PAssemblée générale, qui vota aux marins composant
Péquipage de ce vais- --- Page 97 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 59
seau une adresse qu'ils attichèrent au
grand nât.
Malgré cette défection, qui réndait
la guerre civile imminente dans SaintDomingue,le gouverneur persista dans
la' résolution qu'il avait prise. En conséquence, il" décréta la dissolution de
FAssemblée, et déclara traitres et rebelles les' membres qui la composaient.
Ayant appris que cette Assemblée, méconnaissant l'autorité dont il était revêtu, contimuait, malgré le décret de
dissolution', 2 de tenir ses'séancés' pendant la nuit, il fitinvestir la salle des
délibérations par plusieurs compagnies
de soldats qui, après avoir échangé
queiques coups de fusil avec les gardes
nationaux, accourus pourdéfendrel'assemblée, furent obligées de se rétirer.
Des-lorsilparaisait impossible d'étouffer les dissensions ; on courut aux armes de tous côtés; les uns pour défen- --- Page 98 ---
Go
RÉSUMÉ
dre les représentans de la colonie, les
autres pour soutenir le gouvernenr. Le
sang avait déjà coulé; encore quelques
jours, et St.-Domingue était en feu;
il paraissait même impossible d'éviter
cette catastrophe, lorsque les membres
delAssembiliegentrale prirent la noble
et généreuse résolution de s'embarquer
pour la, France, afin de sejustifier auprès du gouvernement. Ce dévouement
fut l'objet de l'admiration de tous les
partis : tous posérent les armes en
même temps, et la tranquillité parut
entièrement rétablie.
Ainsi, ce beau pays, presque délaissé
par un ministère peu éclairé; en proie
aux traitans qui accablaient les colons;
gouverné par des despotes; et, malgré
tant de calamités, arrivé â un état de
prospérité tel qu'on n'eût pu le soupçonner, recouvra la tranquillité que des
lumières trop vives pour des yeux ac-
rent les armes en
même temps, et la tranquillité parut
entièrement rétablie.
Ainsi, ce beau pays, presque délaissé
par un ministère peu éclairé; en proie
aux traitans qui accablaient les colons;
gouverné par des despotes; et, malgré
tant de calamités, arrivé â un état de
prospérité tel qu'on n'eût pu le soupçonner, recouvra la tranquillité que des
lumières trop vives pour des yeux ac- --- Page 99 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. Gi
coutumés aux ténèbres avaient compromise, et qui ne devait pas tarder à
être troublée de nouveau. D'horribles
convulsions devaient bientôt déchirer
cette reine des Antilles : la soifde l'or
avait autrefois fait couler le sang des
naturels ; la soif du pouvoir, d'une
part, 7 et l'amour de la liberté, de
l'autre, ne pouvaient manquer de trouver de nouvelles et nombreuses victimes. Après avoirlong-temps, gémi dans
le plus insupportable esclavage, les enfans de l'Afrique s'aperçurent enfin
qu'ils étaient hommes : ce trait de lumière, qui devait amener des mauxincalculables, n'avait t'même pas été prévu
par. les tyrans des Noirs, quine sortaient
de leur apathie que lorsque des cris de
terreur firent retentir le sol de SaintDomingue. Mais il était trop tard :
Theure de la vengeance avait sonné;
elle fut terrible, et fit des hommes les
--- Page 100 ---
RESUME
plus doux des tigres altérés de sang.
Il est aussi à remarquer que, Tors
même que le gouvernement n'cût point
changé en France 9 la révolution' de
Saint-Domingue n'en eût pas moin's
éclaté 5 cette colonie renférmait dés
germes de dissension qu'il était devenu presque impossible d'éxtirper.
L'explosion était inévitable : c'était du
chaos que devait naître la lumière. 1 --- Page 101 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 63
vAvwVG
QUATRIÈME PÉRIODE.
Révolte de Jacques Ogé. 1 Arrivée Cn
France des membres de FAssemblée
générale. - Décret qui déclare les
gens de Couleur et les Blancs, égaux en
droits. - - La guerre civile éclate avcc
furcur.
Massacre des Blancs.
AINSI que nous l'avons dit en terminant la troisième période, la tranquillité de la colonie ne pouvait tarder à
être troublée de nouveau.
Au mois de septembre 1790, les députés de l'Assemblée générale de St.-
Domingue arrivèrent à Paris ; mais,
loin de recevoir des éloges pour leur
conduite, la fermetéqu'ils avaient montrée dans des momens difliciles, et le
éclate avcc
furcur.
Massacre des Blancs.
AINSI que nous l'avons dit en terminant la troisième période, la tranquillité de la colonie ne pouvait tarder à
être troublée de nouveau.
Au mois de septembre 1790, les députés de l'Assemblée générale de St.-
Domingue arrivèrent à Paris ; mais,
loin de recevoir des éloges pour leur
conduite, la fermetéqu'ils avaient montrée dans des momens difliciles, et le --- Page 102 ---
RÉSUMÉ
noble dévouement dont ils avaient
fait
preuve en sacrifiant leur intérêt
sonnel au bien public; loin de leur perdes remercimens
voter
méritis,1AwsembléeNationale, sur le rapport de
annula tous les décrets de Barnave,
de
P'Assemblée
St.-Domingue; elle déclara rebelles
tous les membres de cette
et les fit mettre en
assemblée,
prison.
Tandis que cela se passait, la société
des Amis des Noirs, qui
nombre de ses membres comptait au
cien
Grégoire, anévéque de Blois, dont toute la vie
fut consacrée à la défense des
et
Negres,
Lafayette, alors au commencement
d'une carrière qui devait le rendre immortel; cette société, 9 dis-je, faisait
chaque jour de nouveaux
prosélytes,
Paruilesgechsunjeune, mulâtre, nommé
Jacques Ogé, ne tarda pas à se faire
remarquer. Envoyé en France par ses
parens pour y faire son éducation, il --- Page 103 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 65
acquit bientôt de grandes connaissances; et la doctrine que professait la SOciété dont nous venons de parler, et
dans laquelle il était reçu, lui fit concevoir le projet d'affranchir, par la
force des armes, les honmes de Couleur auxquels le gouvernement persislait à refuser les droits dontjouissaicnt
les Blancs. Ogés'embarqua, emportant
avec lui une grande quantité d'armes
et de munitions, et il arriva à St.-Domingue dans les premiers jours d'octobre 1790. Secondé par deux de ses
frères qui avaient rassemblé 'quelques
centaines d'hommes, il débarqua et vint
camper avec sa petite armée à environ
six lieues du Cap-Français.
Pendant que le gouverneur Blanchelande, successeur de Peynier, faisait de
ITA
grandspréparatifs, et rassemblait toutes
les troupes dc la colonie pour.étoufferla
révolte, on apprit dans l'ilela manièrc
* --- Page 104 ---
RESUME
dontles membres de P'Assemblée coloniale avaient été traités àl Paris; et cette
nouvelle, qui augmenta beaucoup le
nombre des
mécontens, ne contribua
pas peu à grossir les rangs des volontaires qui composaient l'armée d'Ogé;
mais ces hommes non disciplinés, et
pew accoutumés au maniement des armes, - ne purent résister long-tempsaux
troupes réglées que l'on fit marcher
contre eux; et bientôt Ogé, battu, et
abandonné par ceux de ses partisans qui
avaient échappé aux troupes du gouvernement 9 fut contraint de se refugier,
avec ses frères, dans la partie
gnole de St-Domingue. Peu de espatemps
après, le gouverneur.
a
Blanchelande
obtint Y
que les trois frères et leurs
partisans lui fussent livrés. a1
Tous furent
çondamnés à la
exécutés.
A peine de mort, sbe et 7
1 rves
Cette victoire sur les révoltés ne rûffr
oupes du gouvernement 9 fut contraint de se refugier,
avec ses frères, dans la partie
gnole de St-Domingue. Peu de espatemps
après, le gouverneur.
a
Blanchelande
obtint Y
que les trois frères et leurs
partisans lui fussent livrés. a1
Tous furent
çondamnés à la
exécutés.
A peine de mort, sbe et 7
1 rves
Cette victoire sur les révoltés ne rûffr --- Page 105 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. Gy
tablit point la tranquillité; la haine
des Mulâtres contre les Blancs devint
au contraire plus violente : ils coururent aux armes de tous côlés; mais un
colonel, nommé Mauduit, qui, sousle
gouverneur Peynier, avait déjàjoué un
grand rôle (1), parvint à dissiper les
plus nombreux rassemblemens, et recula ainsi la catastrophe inévitable dont
il devait être la première victime.
Au 1
commencement de l'année suivante (1791), le gouvernement français
envoya à Saint -J Domingue deux frégates, ayant a bord un renfort considérable de troupes ; mais un esprit
(1) C'était ce culonel qui, à Ja tètede plusicurs compagnies, avait investi la salle des
séances dc l'Assembléc coloniale, et qui, repoussépar la gardc nationale, avait cependant enlevé un drapcau aux défenseurs de
TAssembléc: --- Page 106 ---
RÉSUMÉ
d'insubordination ne tarda
à
mnanifester
pas
se
parmi ces soldats; Mauduit
veutlesharanguer, et ili Itombeassassiné:
tout fait craindre un soulèvement
ral auquel il eût été
généimpossible d'opposer la moindre
officiers
résistance; mais les
parviennent à faire rentrer les
soldats dans le devoir, et les assassins
de Mauduit sont arrêtés.
vait
n'aCreberAhentiesuea,
pas tardé à se repentir de la
reté avec laquelle elle avait
légédécret
rendu le
qui lui ôtait le droit de s'occuper du gouvernement intérieur de la
colonie ; ce fut en vain qu'ellé tenta
de ressaisir l'autorité dont elle s'était
dépouillée si légérement 3 la société
des Amis des Noirs soutint
Jeur le décret de
avec chamars 1790. Sans l'esclayage, disaient les colons et leurs
partisans, sans
sion des
l'esclavage, et la divi:
habitans en plusieurs classes; --- Page 107 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DORIINGUF. 69
c'en est fait des colonies. A cela, Robespierre répondait : ( périssent lesco-
>> lonies plutôt qu'un principe! S Ce
mot, d'un homme dontjesuis loin d'être
l'apologiste, a été commenté de plusieurs manières ; des gens qu'on appelle purs l'ont regardé comme un
blasphême, et naguère encore, on'le
répétait à la tribune, en le citant
comme une monstruosité politique.
Cependant, 7 en oubliant l'homme quile
prononça, et en cherchant à s'expliquer le sens de cette phrase devenne
célèbre, on reconnaît qu'elle signifie :
>> Soyons moins riches, si nous ne
>) pouvons être dans l'opulence qu'en
> tenant des hommes dans le plus dur
> esclavage; soyons pauvres plutôt que
> barbares, et renonçons à nos colo-
> nies, s'il faut pour les conserver; re-
>> nonccrà tout sentiment d'humanité, 3 3)
Grégoire, Lafayette, Brissot ne ces-
iquer le sens de cette phrase devenne
célèbre, on reconnaît qu'elle signifie :
>> Soyons moins riches, si nous ne
>) pouvons être dans l'opulence qu'en
> tenant des hommes dans le plus dur
> esclavage; soyons pauvres plutôt que
> barbares, et renonçons à nos colo-
> nies, s'il faut pour les conserver; re-
>> nonccrà tout sentiment d'humanité, 3 3)
Grégoire, Lafayette, Brissot ne ces- --- Page 108 ---
RÉSUMÉ
saient, de leur côté, d'élever la yoix
fayeur, des
en
: 2 gens de Couleur; ils
rent enfin à faire partager leur Rarvinopinion
APAsumile-Natiensler et, le 15 mai
3791, il fut décrété que les gens de F
Couleur des colonies françaises
raient des mêmes droits
jonique les Blancs.
Cedécret, anquel le peuple français ir
plaudit avec enthousiasme,
apaccueilbien différenti
reçut un
Les
Saint-Domingus,
eRemerseets
indignation; les habitans du
çais se
Cap-Franfoulé rassemblerent, et après avoir
aux pieds la cocarde
ils tésolurent
nationale,
fallait,
d'employer la force,s'il le
pour s'opposer à
d'un : décret qui froissait l'exécution
temps leur intérêt et leur en même
pre.Unen
amour prosans la
Amoibderehieftsefr
participation du
qui, reconnaissant
gouverneur,
faire rentrerles
F'impossibilite de
colons dans le devoir, et --- Page 109 ---
DE L'HISTOILÉ DE S.-DOMINGUE. 7I
des s'opposer àla marche des événemens,
se contenta d'écrire en' France pour in- e
former le gouvernement de ce J qui se
passait.
Pendant ce temps,les Mulatres, menacés ouvertement, coururent 1 4
aux armes, et frent cause DL
commune 312 1
avec 1A1 lés
Negres de plusteurs habitations qui bar se E
révolterent et se répandirent dans les
environs du Cap, bralant les habitations, et égorgeant les Blanes's -
sans 11:4 distinction d'âge ni de sexe. : Cet'hiorrible
massacre durait depuis plus de" douze
heures, lorsque la nouvelle s'en répandit dans la ville du Cap. Le gouverneur fit aussitôt des dispositions pour L
arrêter le mal: on battit la générale;
les troupes s'assemblérent; mais 1L : elles'
étaient peu nombreuses 1 et de nou- dY
veaux rapports venaient d'apprendre
que l'insurrection était presque générale. La consternation" se répand de' --- Page 110 ---
RÉSUMÉ
toutes parts; tandis que les femmes et
les enfans se réfugient à bord des vaisseaux, on distribue des armes à tous
les hommes capables de se
et
le
défendre,
gouverneur se met lui-même à
la tête dela garde-nationale.
cha alors à T'ennemi
On marqui fit peu de résistance dans la première
mais qui devint bientôt rencontre ;
si nombreux
qu'il fallut battre en retraite. En
de temps la ville et le
Peu
camp dans lequel s'étaient retranchées les
sont emportés par les Nègres troupes,
tinuent à
qui conravager par. le fer et le feu
le pays que les blancs sont forcés
d'abandonner. Le sang coule par torrens, plus de douze mille
sont
personnes
égorgées en peu de
et il
est encore
jours,
impossible de prévoir
le massacre
quand.
cessera. Mal armés,
que nus 2 n'entendant rien au manie- presment des armes, et n'ayant aucune idée
portés par les Nègres troupes,
tinuent à
qui conravager par. le fer et le feu
le pays que les blancs sont forcés
d'abandonner. Le sang coule par torrens, plus de douze mille
sont
personnes
égorgées en peu de
et il
est encore
jours,
impossible de prévoir
le massacre
quand.
cessera. Mal armés,
que nus 2 n'entendant rien au manie- presment des armes, et n'ayant aucune idée --- Page 111 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 73
de discipline, les Noirs semblent pourtant invincibles; ils savent qu'il faut
vaincre ou mourir, et 1 c'cst animés
par la fureur et le déséspoir, qu'ils vClent au carnage.
La révolte quis'était d'abord déclarée dans les environs du Cap,. c'est-àdire dans le. nord de. la: colonie, s'6tendit avéciune telle rapidité; que les
Nègres se-soulevaient dans les autres
parties en même temps-que lears, maitres apprenaient les ovénemens du Cap.
Les : trompes qué-P'on'-envoyait contre
les insurgés étaiént presque toujours
repoussées, et les Noirs, signalaient
chacune de leurs victoires par. de, nou-,
veaux massacres et de nonveauxincendies: Ils avaient appris que plusieurs
des leurs, tombés entre les mains.des
Blarcs yiayaient été pendus; et cette
circonstance : avait. porté li au plus haut
degré la rage de ces malheureux. Les
--- Page 112 ---
RÉSUMÉ
habitans du Port-au-I Prince avaient
pris les armes à la première nouvelle
de la révolte; mais ils furent battus aux
portes mêmes dela ville qu'ane.circonslance inattendue empècha d'être ravagée et détruite de fond en. comble.
Nous avons dit que lcs Mulatres, ou
gens de Couleur, 2 furieux de l'opposition qjuie les Blancs mettaient.à P'exécution da décret de PAsemblé-Nationile
quiles déclarait égaux en droits à tous
les cotons, avaient excité les: Negres à.
la révolte ,. et qu'ils s'étaient joints à
eux : Jleur intention, à ce qu'il parait,
était d'effrayorles Blancsy et deles-forr:
cer à se conformer au décretsils ' pensaient qu'une fois ce but atteint, ilise-r
rait facile defaire rentrer les esclases,
dans le devoir; - mais. les : torrens de
sngynstcmhientide toutes. parts,leur:
firent voir combien ils s'étaient trompés! ils-reconurent la difficulté de --- Page 113 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 75
calmer ccs furieux dont les succès nc
faisaient qu'accroitre la rage, et ils firent tous leurs efforts pour amener
une réconciliation. Des négociations
s'entamérent; un traité fut conclu, d'après lequel amnistie. plcine et entière
était accordée aux insurgés'qui consentaient à mettre bas les armes, à condition que le décret du mois de mai 1791
serait sur-le-champ mis en vigueur. Les
Blancs, dont l'aveugle obstination à conserver des priviléges absurdes avait
causé le malheur, souscrivirent à ces
conditions; une terrible expérience venait de leur apprendre qu'on ne peut
toujours méconnaître en vain les droits
sacrés de P'humanité, et que la tyrannie, tôt ou tard, enfante la révolte.
Dix générations successives courbent le
front sous lc joag le plus insupportable. Accoutumés à voir leur moindre
volonté regardéc comme une loi divine,
à conserver des priviléges absurdes avait
causé le malheur, souscrivirent à ces
conditions; une terrible expérience venait de leur apprendre qu'on ne peut
toujours méconnaître en vain les droits
sacrés de P'humanité, et que la tyrannie, tôt ou tard, enfante la révolte.
Dix générations successives courbent le
front sous lc joag le plus insupportable. Accoutumés à voir leur moindre
volonté regardéc comme une loi divine, --- Page 114 ---
RÉSUMÉ
les tyrans se reposent du soin de maintenir Jeur autorité sur le poids des.
chaines dont ils accablent des hommes
dégradés par le malheur. Mais un
jour vient Ou ces hommes sortent de
Jeur engourdissement; le fen sacré de
la liberté, qui semblait éteint, se ranime tout-à-coup parmi eux ; hontenx
de ramper, ils se lèvent et brisent leurs
chaînes. C'est en vain alors que l'orgueilleux despote, quiles tenait, naguère, sous une verge de fer, promet
de se souvenir qu'il commande à des
hommes'; c'est en vain qu'il emploie
les menaces, les promesses et les
prieres : sa mort seule peut satisfaire
ceux
dont il avait fait des esclaves.
Malgré la convention faite entre
les Mulâtres et les Blancs, l'insurrection des Nègres continua à faire des
progrès; les Mulâtres avaient mis bas
les armes; mais les Négres, recevant --- Page 115 ---
DE I'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE.
chaque jour de nouveaux renforts,
s'aperçurent à peine de cette espèce
de défection. La guerre continuait avec
fureur: on ne faisait, de part et d'autre,
des prisonniers que pour leur faire endurer les plus horribles supplices ; et,
il faut bien le dire, les Blanes, / dans
cet assaut de cruauté, laissèrent leurs
ennemis loin derrière eux. On vit des
planteurs faire enterrer des Nègres jusqu'aux épaules, et, les forçant ensuite,
au moyen d'une pince, à ouvrir la bouche, ils introduisaient du sucre bouillant dans les entrailles de ces malheureux qui expiraient ainsi au milien des
plus horribles tourmens. D'autres firent
scier leurs prisonniers entre deux planches; d'autres encore
- -
mais,, je
m'arrête : ma plume se refuse à tracer
des tableaux si épouvantables.
Pendant que la colonie était agitée
par, de si terribles convulsions, l'As-
* --- Page 116 ---
RÉSUMÉ
semblée nationale, ayant appris
décret du 15 mai
que son
1791 avait causéquelque trouble au Cap-Prançais, annula
ce décret, et nomma trois commissaires chargés de rétablir la tranquillité
à
Saint-Domingue. Ces commissaires
farent reçus par les Blancs avec de
grandes démonstrations dej joie; un Te
Déum fut chanté à la Cathédrale du
Cap-Français, lors de leur arrivéedans
cette ville où ils publièrent officiellement l'annulation du décret du 15 mai
1791; mais comme il était impossible
de satisfaire les Blancs sans déplaire
aux Mulâtres, 2 et vice versd, ces derniers coururent aux armes avec plus
d'ardeur qu'ils ne l'avaient encore fait:
ils accusèrent les Blancs de
trahison, et
jurèrent d'exterminer jusqu'au dernier
de leurs ennemis. Ilsse réunirentdenonveaux aux Negres,Veinparérent dePortSaint-Lonis qu'ils saccagérent, et brà-
1791; mais comme il était impossible
de satisfaire les Blancs sans déplaire
aux Mulâtres, 2 et vice versd, ces derniers coururent aux armes avec plus
d'ardeur qu'ils ne l'avaient encore fait:
ils accusèrent les Blancs de
trahison, et
jurèrent d'exterminer jusqu'au dernier
de leurs ennemis. Ilsse réunirentdenonveaux aux Negres,Veinparérent dePortSaint-Lonis qu'ils saccagérent, et brà- --- Page 117 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 79
lerent une partic du Port-au-Prince,
Les commissaires, effrayés, publiérent
en vain qu'une amnistie serait accordéc à ceux qui déposeraient les armes;
cet expédient n'eut d'autre résultat que
d'attirer à ses anteurs la haine des
Blancs qui ne pouvaient souffrir qu'on
accordât quelque grâce à leurs ennemis;
et, après un séjour.de trois mois à SaintDomingue, où leur présence ne fit aucun bien, les commissaires, cn horreur
aux gens de Couleur, méprisés des
Blancs, et abandonnés des troupes, furent contraints de s'embarquer pour la
France, 9 dont la situation politique
était presque Ia même que celle de sa
plus riche colonie.
Tantôt vainqueurs, tantôt vaincus,
les divers partis qui agitaient la Francc
se succédaient au ponvoir; une loi promulguée awjourd'hui était abrogée demain, et l'homme que Fon portait cn --- Page 118 ---
RÉSUMÉ
triomphe, le matin, était quelquefois
conduit à T'échafaud.le soir. Le parti
Jacobin était tout puissant lors du retour des commissaires, et Robespierre
fit sans beaucoup de peine
adopter ses
principes parla inajperitedePAwenbilieNationale. La question de l'abolition de
la traite des Negres et de l'esclavage
fut agitée, et,le 4 avril1792, on rendit
un décret dont les principaux articles
portaient en substance : que les hommes de Couleur jouiraient des mêmes
droits que les Blancs; que trois nouveaux commissaires seraient nommés
pour Saint-Domingue, où ils seraient
accompagnés par des forces suffisantes
pour rétablir l'ordre, et que des députés seraient élus par les membres
de P'Assemblée coloniale,
faire
pour
connaître à TAseabiée-Nationale le
voeu des colons, concernant la constitution de l'ile. --- Page 119 ---
DE L'HISTOINE DE S.-DOMINGUE, 8,
Les nouveaux commissaires furent
MM.
Sonthonaz, Polverel et Ailhaud;
ils arrivèrent dans la colonie avec environ huit mille hommes de
troupes
d'élite. Loin de rassurer les colons,
la présence de ces commissaires
les
effraya ; le bruit s'était répandu
le
que
gouvernement français avait résolu
d'affranchir tous les Nègres et l'on
crut que les nouveaux
envoyés étaient
chargés d'exécuter cette mesure. Les
commissaires s'empressèrent de déclarer qu'ils n'avaient
pas reçu cette
mission ; mais la protection qu'ils
accordaient ouvertement aux hommes
de Couleur empêcha que les craintes se
dissipassent. M. Desparbes, qui avait
succédé au gouverneur Blanchelande
fut bientôt remplacé lui-même
par M.
Galbaud qui,
aprèsquelques mois, céda
la place à M. de la Salle; et,
comme si
tant de maux n'accablaient
pas assezla
déclarer qu'ils n'avaient
pas reçu cette
mission ; mais la protection qu'ils
accordaient ouvertement aux hommes
de Couleur empêcha que les craintes se
dissipassent. M. Desparbes, qui avait
succédé au gouverneur Blanchelande
fut bientôt remplacé lui-même
par M.
Galbaud qui,
aprèsquelques mois, céda
la place à M. de la Salle; et,
comme si
tant de maux n'accablaient
pas assezla --- Page 120 ---
RESUMÉ
analhenreuse colonie 2 cette dernière
nomination amena de nouvelles dissensions. Galbaud, au lieu de s'embarquer pour la France, ainsi qu'il cn
avait reçu l'ordre, 2 fit rassembler par
son frère un grand nombre de mécontens, à la tête desquels ils marchérent
tous deux contre les commissaires.
Ceux-ci, qui avaient pour partisans
tous les hommes de Couleur, se pré.
parèrent au combat, et pendant deux
jours les deux partis se battirent avec
acharnement. Les commissaires, craiguant de succomber, si de nouvelles
forces ne venaient à leurs secours, envovèrent un parlementaire aux chefs
des Nègres insurgés, auxquels ils: offrirent leur liberté, 7 à condition qu'ils
marcheraientà l'instant contre les frères
Galbaud. Quelques-uns des chefs noirs
eurent la générosité de rejeler la proposition; mais l'un d'eux, moins scru- --- Page 121 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 83
pulenx, entra dans la ville â la tête de.
plusieurs milliers de Negres : en un instant tout fut en feu; vieillards, femmes,
enfans, tontfutégorgé, Un nombreassez,
considérable de Blancs était cependant
parvenu à sortir de la ville, et. ces malheureux fuyaient vers la côte afin d'être
recueillis par les vaisseaux; mais, attaquéssubitement par un corps nombreux
de Mulatres,ilafarent impitoyablement
massacrés, Les commissaires nep purent
eux-mémes supporter. leispectacle horrible dout ils. étaient les autenrs : ils
se réfugièrent à bord d'un vaisseau
qu'éclairait Tincendie de lawille.
Si les torts des colons avaient étés
grands, le châtiment fut terrible. Un:
préjugé barbare accoatumait les Bancs;:
dès le beroeau,a ne voir dans les enfans:
del'Afrique que des brutes indignes du
nom d'homme: : c'était aussi avec. ces.
dispositions que les nouveaux colons --- Page 122 ---
RÉSUMÉ
arrivaient du
climat
continent; et bientôt le
bràlant de l'ile contribuait
reudre cruels des hommes
à
ciel de l'Europe,
qui, sous le
humains
auraient peut-être été
et générenx. Les
contraire,
Nègres, au
ciel de 7 accoutumés à vivre sous un
feu,
travaux les conservaient, au milieu des
plus pénible et de
le plus dur, leur
Pesclavage
patience et leur' douceur naturelles. Il fallait une réunion
de circonstances bien
extraordinaires
pour pousser de paréils hommes à la
révolte et leur. faire commettre
de tels'
excès;etces circonstances, la révolution:
française les fit naître, ou plutôt, ainsi"
que nous l'avons déjà dit; cette révolution hâta la catastrople dont tant d'innocens furent victimes;
car, nous le:
répétons, l'amour de la liberté n'èst
mais entièrement éteint
jàde Phomme.
dans leid coeur
M
pour pousser de paréils hommes à la
révolte et leur. faire commettre
de tels'
excès;etces circonstances, la révolution:
française les fit naître, ou plutôt, ainsi"
que nous l'avons déjà dit; cette révolution hâta la catastrople dont tant d'innocens furent victimes;
car, nous le:
répétons, l'amour de la liberté n'èst
mais entièrement éteint
jàde Phomme.
dans leid coeur
M --- Page 123 ---
DE L'HISTOIRE DE S--DOMINGUE. 85
V a v
u
CINQUIÈME PÉRIODE.
Le Gouvernement français déclare la
0S gucrre à l'Angleterre et à la Hollandc.
La guerre continue à Saint-Domingue.
Abolition de l'esclavage. Les
o
Anglais
s'emparcnt d'une partie de la colonie.
eol LToussaint Louverture.. 1 Les Anglais
: abandonnent Saint-Domingub.,
ob dunto
'3 enis iped
a TANDIS que le gouvernement fran-,
çais déclare la guerre à la Hollande et
à PAngleterre, et. que cette dernière
puissance se dispose à attaquer les colonies françaises, les commissaires font
des efforts infructueux pour rétablir
la tranquillité à Saint-Domingue. Ils
pensèrent que le moyen le plus sûr,
pour calmer la révolte des Noirs, était
--- Page 124 ---
RÉSUMÉ
de gagner leurs chefs, de
Vi
les déclarer
libres, ainsi que la plus grande
des
partie
révoltés, et de sanctionner en quelque sorte le choix de ces
derniers, en
conservant aux chefs qui les commandaient les titres de généraux. Mais
moyen, les Espaguols
ce
l'emiployaient
avec beucoup plus de succès al1e les
cominissaires français; ceux-ci quc
vaient offrir
ne, pouaux Noirs que le titre de
citayen, avec le grade de général; et les
Espagnols distribuaient des décorations,
faisaient des chefs nègres autant de
comtes et de ducs, et leur donnaientde
P'ezcellencé, de "sorte.que la partie
française se'trouvait dans une sifuation
d'antant plus'
critique, 2 que chaque
Noir révolté allait grossir les forces espagnoles. Les commissaires frent eependant une dernière tentative ; ils
envoyérent me espèce de parlementaire
2ux nommés
Jean-Francoise et
-
Biassot, --- Page 125 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 87
les chefs noirs les plus importans ; voici
la réponse dc ces hommes' :
- )) Nous nc pouvons nous conformer
>> à la volonté de la nation, Vi
que, 2
> depnis que le monde règne, nous
>> n'avons exécuté que celle d'un roi.
> Nous avons perdu celui de France,
> mais nous sommes chéris de cclui e
> d'Espagne, qui nous témoigne des
A récompenses;' et ne cesse de nous se-
>> courir; comme céla, nous ne pou-
> vons vous reconnaitre conmissaires
>> quelorsque vous aurez trôné un roi.>
Un autre chef qui avait, pendant
quelque temps, secondé lcs commissaires, et dont le titre d'excellence
que
lui donnèrent les Espagnols, amena la
défection, fit un réponse à pcu près
semblable : > Je suis, dit-il,lesujet de
> trois rois; du roi de Congo, maitre
>> de tous les noirs, du roi de Francc,
> qui représentc mon pèrc, et du roi
conmissaires
>> quelorsque vous aurez trôné un roi.>
Un autre chef qui avait, pendant
quelque temps, secondé lcs commissaires, et dont le titre d'excellence
que
lui donnèrent les Espagnols, amena la
défection, fit un réponse à pcu près
semblable : > Je suis, dit-il,lesujet de
> trois rois; du roi de Congo, maitre
>> de tous les noirs, du roi de Francc,
> qui représentc mon pèrc, et du roi --- Page 126 ---
RÉSUMÉ
> d'Espagne, qui représente ma mère.
> Ces trois rois sont les descendans de
> ceux qui, conduits par une étoile,
> ont été adorer I'Homme-Dieu. Si
je
> passais au service de la république,
>> je serais peut-être entrainé à faire la
> guerre contre mes frères, les sujets
5 de ces trois rois à qui j'ai promis
> fidélité. >
Cen'était pasla première foisque les
Espagnols faisaient servir la religion à
l'exécution de leurs projets; le fanatisme est pour eux une arme puissante
dont ils se sont souvent servis pour lui
porter des coups terribles.
Plusieurs régimens européens
sèrent aussi dans les
pasrangs Espagnols,
et les commissaires, qui ne pouvaient
offrir que l'égalité à ileurs partisans, se
virent bientôt abandonnés par les hommes mêmes sur lesquels ils comptaient
le plus. L'un d'eux, le commissaire Son- --- Page 127 ---
DE L'HISTOIE DE S.-DOMINGUE.
thonax, n'ayant avec lui que douze ou
quinze cents hommes, et fort peu de
munitions, était menacé au Cap par
une armée nombreuse de révoltés,
auxquelsle maniement des armes commençait à devenir familier, et
mandait le nègre
que comJean-Frangoise dontle
nom déjà célébre
inspirait une grande
confiance aux insurgés. Un seul
de salut restait à
moyen
Sonthonax, il le
croyait du moins ; et ce moyen, c'était
l'affranchissement général des
il futp
Nègres :
proclamé; et cet acte solennel,
jeta la consternation
qui
parmi les colons,
n'améliora pasla situation deSonthonax.
Quelques Nègres, satisfaits du titre
d'homme libre, qui venait de leur
être accordé, restèrent
chez leurs
tranquillement
maîtres, et continuérentlenrs
travaux comme par le passé ; mais le
plus grand nombre abandonnèrent les
habitations des
planteurs,ct se réfugiè-
* --- Page 128 ---
RÉSUMÉ
rent dans les montagnes où ils fondèrent
une espèces de république.
Cependant de nouveaux malheurs
mnenaçaient de fondre sur la colonie de
Saint - Domingue. L'affranchissement
qui, ainsi que nous l'avons vu, ne
duisit pas le bien qu'en avait attendu proSonthonax, amena des maux qu'il n'avait pas prévus. Les colons, mécontens
de cette mesure, et reconnaissant l'impossibilité où se trouvait la France d'améliorer leur situation, tournèrent
leurs regards vers
PAngleterres et,tandis que plusieurs grands propriétaires,
réfugiés à
Londres, 2 faisaient des propositions au
et
getweraemeatleibnuiges,
offraient de le seconder pour s'emparer de la colonie française; d'autres
propriétaires, réunis à la Grande-Ansc,
formaient une coalition dans le méme
but.
L'Angleterre avait d'abord rejeté
ces propositions; mais, lorsque la France
'améliorer leur situation, tournèrent
leurs regards vers
PAngleterres et,tandis que plusieurs grands propriétaires,
réfugiés à
Londres, 2 faisaient des propositions au
et
getweraemeatleibnuiges,
offraient de le seconder pour s'emparer de la colonie française; d'autres
propriétaires, réunis à la Grande-Ansc,
formaient une coalition dans le méme
but.
L'Angleterre avait d'abord rejeté
ces propositions; mais, lorsque la France --- Page 129 ---
DE L'HISTOIRE DE S-DOMLINGUE. 9E
lui eut déclaré la guerre. Le cabinet dc
Saint-Janes n'hésita plus, et le général
Villiamson, gourerneur delaJamaique,
reçut l'ordre d'envoyer des forccs suffisantes à Saint-Domingue, pour s'emparer des places que les colons offraient
de livrer. Voici l'article premier de la
proposition faite par les colons: : limpartialité dont nous faisons profession
nous engage à rapporter textuellement
cet article, dans lequel les colons exprimaient les motifs quiles faisaient agir.
> Les habitans de Saint-Domingne,
>> ne pouvant recourir à leur légitime
> souverain pour se délivrer de la tyran-
> nie qui les opprime, invoquent la
>> protection de sa Majesté Britannique,
> lui prêtent serment de fidélité, la
> supplient de lui conserver la colonic,
>> et de les traiter comme bons et fidèles
> sujetsjusqu'ala paix générale, époque
>> à laquelle sa Majesté Britannique, lc --- Page 130 ---
RÉSUMÉ
> gouvernement Français et les puis-
> sances alliécs décideront définitive-
> ment entre elles de la souveraineté
> de Saint-Domingue,. >>
Suivaient douze autres articles qui
renfermaient les conditions de cette
espèce de capitulation accordée par les
Anglais.
Le général Williamson,plein de confiance dans les promesses des colons, et
persuadé que l'apparition du pavillon
anglais dans un des ports de la colonie
suffirait pour rendre facile la conquête
de l'ile entière, se contenta de faire
embarquer à bord de quelques frégates
environ neuf cents soldats, commandés
par le colonel Vhitelocke; cette expédition, partie de la Jamaique le 9 septembre 1793, 1 arriva, dix jours après, aà
Jérémie Où les troupes débarquérent
sans rencontrer d'obstacies. Bientôt le
Mole, Saint-Nicolas, Saint-Marc, PAr- --- Page 131 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE 95
cahaye, Léogane, le Grand-Goave, et
presque toutes les placesimportantes de
la partie du sud furent remises aux Anglais. Ce fut seulement à Tiburon que
ces derniers trouvérent de la résistance;
mais, après plusicurs attaques, ils parvinrent à s'emparer de cette place. Le
commissaire Sonthonax,ne sachantp plus
comment s'opposer au torrent dont la
défection augmentait à chaque instant
la violence. 9 ordonna au général de Laveaux debriler rtous les lieux qu'ilserait
forcé d'abandonner à l'ennemi. Cette
mesure terrible, mais que nécessitait la
position désespérée des Français, fit
éclater la mésintelligence entre les
commissaires.
S Dc l'ordre que vous avez donné à
) celui d'incendier le Cap >> écrivait
Polverel à son collegue, >> il n'y a pas
> loin, et vous verrez que bientôt ce
ordonna au général de Laveaux debriler rtous les lieux qu'ilserait
forcé d'abandonner à l'ennemi. Cette
mesure terrible, mais que nécessitait la
position désespérée des Français, fit
éclater la mésintelligence entre les
commissaires.
S Dc l'ordre que vous avez donné à
) celui d'incendier le Cap >> écrivait
Polverel à son collegue, >> il n'y a pas
> loin, et vous verrez que bientôt ce --- Page 132 ---
IFSUMÉ
>> sera nous quiaurons réduit cette ville
>> en cendres. >>
Du côté du nord, les opérations militaires des républicains n'avaient
pas
un meilleur succès; les Espagnols, secondés par les Negres auxquels ils accordaient toutes sortes d'konneurs et
de titres, gagnaient chaque jour du
terrain; et il paraissait timpossible d'arrêter l'invasion, que des défections continuellcs favorisaient encore. Les commissaires, pour taire tête à Torage, eurent recours à la terreur; la guillotine,
qui, dans le même temps, faisait en
France couler des flots de sang, fut
élevée au Port-au-Prince; mais après la
première exécution, tous les habitans
se soulevérent, et ce hideux instrument
de cruauté fut anéanti.
Cependant une escadre anglaise menaçait la ville du
Port-au-Prince, 1 et,
le 2 février 1791, le commodore Ford, --- Page 133 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 95
qui commandait cette escadre, fit sommer Sonthonax de lui rendre la ville
ainsi que les bâtimens qui se trouvaient
dans le Port. 3 Dites au commodore,
>> répondit le commissaire, que si nous
> étions forcés d'abandonner la place,
> vous n'auriez de ces bâtimens que la
> fumée; car les cendrès en appartien-
> draient àll la mer Commencez,
> M. le commodore, répondit -il 1 en-
>7 core àune seconde sommation; nos
>> boulets'sont rouges 7 et nos 1 canon-
>> niers sont à leurs! postes: > - 30 :
Ces réponscs énergiques suffirent
pour imposer aux Anglais, que la ma-:
nière avec laquelle on les avait reçus à.
Jérémie, n'avait pas accoutumés às un'
pareil-langage. Mais à peine ce" danger fut-il éloigné, qu'un autre lai succéda. Un hiomme "de couleur; nommé
Monthrun, mécontent de ée 2 . qué les
Noirs; nouvellement affranchis, avaient --- Page 134 ---
RÉSUMÉ
été admis dans le 48e
régiment français, parvint à gagner un bataillon de
la légion de
PEgalité, avec laquelle il
attaqua, pendant la nuit, le bataillon
du 48e. Aux premiers coupside
les Noirs des enviroris;
fusil,
attirés parl'espoir du pillage, se précipitèrent dans-laville; et égorgérent tous les Blancs
qu'ils rencontrèrent.
s'était
Soatlonas;, qui
retiré au fort Sainte-Claire, fut
contraint, pour ramener la:tranquil-.
lité, de faire embarquer le-bataillon du
48e;ce qui réduisit ses' forces à bien.
peu de chose. Le commissaire. Polverelyayant appris ce. qui se passait au
mais ses
Machanoranims
efforts furent vains. Assaillis,
de tous.côtés, reconnaissant l'impossibilité de résister plus
les
long-temps,
commissaires se retirèrent àJacmel,
escortés par quelques troupes noires ;
là ils reçurent, le. décret) d'accusation
-bataillon du
48e;ce qui réduisit ses' forces à bien.
peu de chose. Le commissaire. Polverelyayant appris ce. qui se passait au
mais ses
Machanoranims
efforts furent vains. Assaillis,
de tous.côtés, reconnaissant l'impossibilité de résister plus
les
long-temps,
commissaires se retirèrent àJacmel,
escortés par quelques troupes noires ;
là ils reçurent, le. décret) d'accusation --- Page 135 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE.
que la Convention avait rendu contre
eux, et s'étant constitués prisonniers
à bord du bâtiment qui avait apporté
le décret, ils partirent pour la France.
Les Anglais avaient alors pour auxiliaires, sur ce point, un grand nombre d'émigrés français, qui, n'ayant
point été admis dans l'armée du prince
de Condé, s'étaient embarqués surl l'escadre anglaise, et s'étaient joints ensuite aux corps francs qui agissaient
contre les républicains, et à la
Montalembert,
- .
légion"
composée de colons - que
l'on avait réunis àla Grande-Ansc. Cc
fut cette légion qui entra la première
au Port-au. - Prince, Où elle se siguala
par des traits de cruauté inouïs (1).Cependant la tranquillité parut se réta-
-(1), a Un officier,
biE
7 nommé
> porta avec un
Béranger, se.
détachementan fort Saint-
> Josepl, out s'était réfugié, contre le dé.
--- Page 136 ---
TÉSUMÉ
blir; les Anglais et les Espagnols semblérent faire des efforts pour la maintc-
-
) bordement rcdouté des Noirs,, CCA qui,
> restait de Blancs qui n'avaient pu trouver
> place sur les bâtimens du commeree.laisscs
)) en rade. Béranger muni d'ane liste, com-
> mença par appeler M. Goy, M. Gau et
>- -trente autres. A la sortic du fort, il eut
> la barbarie de tirer un: coupile pistolet à
) chacun d'eux, en. les poussant d'une main,
> par dessus la rampc du fort, ct leur disant
> Républicain, fais le saut. de la Roche-
> Tarpétenne..
TFous cussent péri de
> cêtte manière sans lc général anglais
> White, qni envoya de suite au fort Saint-
> Joseph la compagnie des canonniers. de
>> Léogane, avcc deux de ses aides-do-camp,
>) pour mettrc, finau carnage.. Il Gti le 6,1 une.
a proclamation contre cet attentat... L'inn fàme Béranger se sauva ; mais le maitrede
>) Funivers vengea ses malhcureuses victi-
)) mes : cn fuyant à Jérémie; l'assassin se
> noya dansla rivière de Voldrogne. )
de suite au fort Saint-
> Joseph la compagnie des canonniers. de
>> Léogane, avcc deux de ses aides-do-camp,
>) pour mettrc, finau carnage.. Il Gti le 6,1 une.
a proclamation contre cet attentat... L'inn fàme Béranger se sauva ; mais le maitrede
>) Funivers vengea ses malhcureuses victi-
)) mes : cn fuyant à Jérémie; l'assassin se
> noya dansla rivière de Voldrogne. ) --- Page 137 ---
DE L'HISTOINE DE S.-DOMUINGUE. 99
nir : il y avait bien encore de nombreuses bandesde Noirs sous lcs armes;
mais on savait qu'elles obéissaient anx
Espagnols, et cela rassurait. La confiance commença surtout à renaître,
lorsque les Espagnols, dans leurs proclamations, invitèrent les Créoles qui
s'étaient expatriés; a revenir à St.Domingue, et à reprendre possession de
leurs terres. Un assez grand nombre
d'habitans dul Fort-Dauphin, quiavaient
été chercher aux Etats-Unis un abri
contre la fureur des révoltés, crurent
que le danger avait cessé, ct, s'embarquant promptement, ils rentrérentdans
leurs foyers. Dans le mémetemps,JeanFrançois vint avec son armée camper
aux portes de la ville; commeil s'aperçut qu'on ne faisait aucune disposition
pourle repousser, il divisa ses Negres
par petites troupes et leur fit parcourir
les rues: de son côté, la garnison es- --- Page 138 ---
RÉSUMIÉ
pagnole prend les armnes, et, au
donné par un prétre
signal
Falques,ami
espagnol, nommé
sacre le plus horrible dedean-Fringoisyl le maslesFrançais
commence. Tous
quel'on rencontres
gés; les maisons sont
sontégorenfans,
forcées; femmes,
vieillards, tout tombe sous les
coups de ces furienx,
tans,
et, sur mille habiquatorze seulement
cettehorrible
survécurent à
boucherie. Une
les féroces
foisencore
Dieu de Espagnols firent, au nom d'un
paix, couler des flots de
ce fut en répétant aux Noirs sang;
Français n'étaient
que les
des
que des Hébreux et
hérétiques,qu'ils en firent les auxiliaires de leur
ministre
cruanté, et ce fut un
de la religion qui médita
forfait et qui en donna le
ce
Dieu ne plaise
signal... A
christianisme que nous accusions le
d'avoir formé de pareils
monstres!.. Nous savons faire
unejuste
distinction, et nous ne confondrons
ja- --- Page 139 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 1or
mais notre sainte religion, fille du ciel
el mère de tant de vertus, avec quelques mnisérables, qui, les mains teintcs
du sang de leurs frères, osent invoquer
le nom du Dieu de vérité.
La situation des Français, qui depuis quelque temps semblait désespérée, changea tout-à-coup. Tandis que
de nouveaux massacres succédaient à
celui que nous venons de rapporter, et
que des bandes d'esclavesrévoltés, que
chaque jour voyait augmenter, désolaient toutes les parties de l'ile, le commandant Montbrun, homme de couleur
dont nous avons déjà parlé, ralliait à
Jacmellepeu de troupes qui étaient restées fidèlcs au gouvernement français.
Un nommé Rigaud, qui était devenu
général,après avoir exercé la profession
d'orfèvre , organisa une petite armée;
secondé par le commandant Péticn
et le général Beauvais, il ne larda pasà
*
chaque jour voyait augmenter, désolaient toutes les parties de l'ile, le commandant Montbrun, homme de couleur
dont nous avons déjà parlé, ralliait à
Jacmellepeu de troupes qui étaient restées fidèlcs au gouvernement français.
Un nommé Rigaud, qui était devenu
général,après avoir exercé la profession
d'orfèvre , organisa une petite armée;
secondé par le commandant Péticn
et le général Beauvais, il ne larda pasà
* --- Page 140 ---
RÉSUMÉ
inquiéter sérieusement les
leurs
Anglais ef
alliés,et il reprit successivement
les places que la trahison avait livrées
à Pennemi. Vaincus
de
par une poignée
soldats, étroitement bloqnés dans
la Grande-Anse, 2 les Anglais eurentrecours à leuror;ils offrirent des
sommes
considérables aux chefs de la petite
armée devant laquelle ils avaient
mais leurs
fui;
propositions furent
avec
rejetées
indignation : CC Permettez-moi, >
écrivit (1)1 le brave général
Laveaax au
colonel anglais
Witelock, > de me
>5 plaindre à vous-méme de Pindignité
() Cette lettre est
torien
rapportée par uin hisquia cru devoir en corriger le style, et
qui,a aprésavoir aanoncé le texte de la lettre
n'en a conservé, que lesprit. Nous: avons
pensé qu'il était plus convenable de ne rien
changer à CC monument de probité et .. de
franchisc militaires. --- Page 141 ---
DEL'HISTOIRE DE S--DOMINGUE, 103
5) quevous m'avez faite, en me croyant
> assez vil, assez scélérat et assez bas
>) pour imaginer que l'offre de cin5> quante mille écus n'exciterait
pas
>> toutmon resséntiment. En cela, vous
S vous êtes fait tort à vous-mème. Je
s suis général ; jusqu'à présent j'ai
) mérité de commander
l'armée; vous
A avez cherché à me déshonorer aux
S yeux de mes frères d'armes. C'est un
> outrage dont vous me devez une saS tisfaction personnelle; je la demande
> au nom de l'honneur qui doit exister
5 parmi les nations. En conséquence,
) avant qu'il ya ait une action générale,
>> je vous offre un combat
singulier,
e
> jusqu'à ce que l'un de nous d'eux
) tombe. Je vous laisse le choix des
) armes, soit à picd,soit à cheval...
>> Votre qualité d'ennemi ne vous don-
> nait pas, au non de votre nalion
> le droit de me faire une insulte per- --- Page 142 ---
RÉSUMÉ
>> sonnelle; comme particulier,
S> demande
je vous
satisfaction d'une
) que vous m'avez faite
injure
comme indi-
>) vidu. >
La petite armée républicaine, malgré les succès qu'elle avait eus, était
fort mal approvisionnée; elle
des choses les plus nécessaires manquait
; depuis
long-temps tous les soldats marchaient
nu-pieds, et le général n'entretenait le
bon ordre et la discipline qu'en
mettant la prochainc arrivée des prosecours envoyés parle gouvernement.Ces
secours tant promis n'arrivaient'
le brave Laveaux avait vendu
pas; ;
jusqu'à
ses épaulettes, et déjà il songeait â la
retraite, lorsqu'un homme, un Negre,
qui avait passé plus de quarante ans
dans P'esclavage, vint encore
la face des choscs. Toussaint changer
Bréda,
auquel une bonne conduite et beaucoup
d'intelligence avaient gagné l'affection
chainc arrivée des prosecours envoyés parle gouvernement.Ces
secours tant promis n'arrivaient'
le brave Laveaux avait vendu
pas; ;
jusqu'à
ses épaulettes, et déjà il songeait â la
retraite, lorsqu'un homme, un Negre,
qui avait passé plus de quarante ans
dans P'esclavage, vint encore
la face des choscs. Toussaint changer
Bréda,
auquel une bonne conduite et beaucoup
d'intelligence avaient gagné l'affection --- Page 143 ---
DE 1'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 105
d'un bailli, nommé M. Bayou, fut cnlevé à la culture de la terre, pour être
attaché au service personnel de ce dernier : cette condition laissait à Toussaint des momens de loisir qu'il utilisa;
il apprit à lire, à écrire, et les premiers élémens de l'arithmélique ; de
sorte qu'il sortit tout-à-fait de la classc
ordinaire des esclaves, et qu'il se tronva, lors de la révolution 7 en état de
jouer un rôle très-important; mais la
reconnaissance et l'attachement qu'il
avait pour son maître'le retinrent
long-lemps. Cependant l'insurrection
presque générale des Noirs ayant forcé
M. Bayou à chercher un asile loin de
la colonie, Toussaint parvint à faire
passer â Baltimore une grande quantité de sucre; de sorte que, par son intolligence 7 il conserva des moyens
d'existence à son maître qui s'embarqua pour PAmériqne septentrionale, oi --- Page 144 ---
RÉSUMÉ
Toussaint continua à lai faire des
vois considérables.
enTranquille sur le sort de son bienfaiteur, Toussaint prit part aux bv6L
nemens politiques : il commença
se faire recevoir dans' l'armée
par
du chef
Biasson, en qualité de médecin,
lité qu'il
quajustifiait en quelque sorte
par la connaissance qu'il
possédait des
plantes médicinales de la colonie. Tourà-tour lientenant de Biasson, aide-decamp de Jean-François, il dévint
lonel
COespagnol; mais son ambition, qui
avait pris un rapide essor 9 ne. lui
permettait pas de s'en'tenir là : jaloux
de Jean-François que les Espagnols
comblaient de faveurs, et désespérant
d'arriver à un plus haut degré d'élévation, tant qu'il resterait sous les Hd
mes drapeaux que ce chef renommé,
il offrit ses services au général Laveaux qui, sentant tout le parti qu'il --- Page 145 ---
DE L'HISTOINE DE S.-DOMINGUE, 107
pouvait tirer d'un tel homme, accepta les propositions de Toussaint, et
lui donna le titre de général de brigade. Aussitôt Toussaint se mct en
marche avec une grande quantité de
Noirs accoutumés à luis obéir, bat les
Espagnols qui tentent de s'opposer à
son passage, et arrive: prés du' général
Lavenux.La paix qui.se fit à quelque
temps de là entre la France'êt
e
l'Espagne. rendit Ja défection de Toussaint
moins préjudiciable à cette dernière
puissance, puisque, d'après un dcs articles du traité, l'Espagne: cédait à la
France: presque toutes ses' possessions
de Saint-Domingue (1795). A: la suite
de cette paix, Jean-François se retira
dans. la Péninsule, et les troupes qu'il
avait licenciées vinrent grossir les rangs
de Toussaint, qui avait échangé son
nom de Breda.contre celui de Louverture, CC pour annoncer à la colonie, et
issance, puisque, d'après un dcs articles du traité, l'Espagne: cédait à la
France: presque toutes ses' possessions
de Saint-Domingue (1795). A: la suite
de cette paix, Jean-François se retira
dans. la Péninsule, et les troupes qu'il
avait licenciées vinrent grossir les rangs
de Toussaint, qui avait échangé son
nom de Breda.contre celui de Louverture, CC pour annoncer à la colonie, et --- Page 146 ---
RESUMÉ
> surtout aux siens, 2 dit le général
>
Poephit-.d-tacnisypel allait ou-
)) vrir la porte d'un meilleur
avenir. >
Dès ce moment, les opérations de
l'armée républicaine contre les Anglais
furent poussées avec vigueur ; tandis
que le général Rigaud faisait le siège de
Port -au - Prince, Toussaintattaqunit
Saint-Marc; et les Anglais, pressés de
, toutes parts, tentaient en vain de corrompre avecleur or les chefs de l'armée
qu'ils étaient trop faibles pour combattre, lorsque, vers la fin de décembre,
ils reçurent un renfort de douze cents
hommes, sous les ordres du major'ge-:
néral Bowyer; et à peine ces troupes
furent-elles débarquées près de Léogane, que la flotte qui les avait apportées commença un feu terrible. Mais
bientôt les canons du fort Ça-ira firent
taire ceux des vaisseaux anglais ; et les
troupes de terre, repoussées avec une --- Page 147 ---
DE L'HISTOIRE DE S+-DOMINGUE, 109
perte assez considérable, se rembarquèrent précipitamment.
Quelque temps après (1796), une
insurrection éclata au Cap; le général
Laveaux quis'y trouvait, et l'ordonnateur en chef Perroud furent arrêtés
par le commandant Villate', chef
de
l'insurrection, 2 qui très I certainement
eût fait un fort mnauvais parti à ces
deux prisonniers, si Toussaint Louverture, apprenant ce qui se passait, n'était accouru, àla tête de dix mille Noirs
avec lesquels il châtia les révoltés. Le
général Laveaux, rendu à ses fonctions,
nomma Toussaint son licutenant, 9 au
gouvernement de Saint-Domingue. Revêtu de cette nouvelle autorité, Tous.
saint, qui avait un talent particulier
pour se faire comprendre des Negres,
s'occupa de l'amélioration morale de la
colonie; il fit rentrer partout les cultivateurs dans leurs habitations; il dé10 --- Page 148 ---
RESUMÉ
cida que les Noirs travailleraient
comme par le passé, avec cette dilférence
qu'ils seraient traités comme des hommes libres, et que les mnaitres, qui les
emploieraient, seraient tenus de les
payer comme ouvriers, ou de leur
céder un quart du produit de leurs
terres; de sorte que la colonie semblait renaitre de ses cendres, et
tout
que
présageait un plus heureux avenir, lorsque le commissaire Sonthonax, dont le gouvernement français
avait approuvé la conduite, fut de
nouveau envoyé à Saint-Domingue
avec quatre autres commnissaires
qui
étaient plutôt ses subordonnés
qus ses
collègues. A son arrivée, 9 Sonthonax
reconnut sur-le-champ la nécessité de
s'attacher Toussaint dont le pouvoir
faisait chaque jour de nouveaux
progrès, et il commença par nommer ce
chef noir général de division. Loin
lorsque le commissaire Sonthonax, dont le gouvernement français
avait approuvé la conduite, fut de
nouveau envoyé à Saint-Domingue
avec quatre autres commnissaires
qui
étaient plutôt ses subordonnés
qus ses
collègues. A son arrivée, 9 Sonthonax
reconnut sur-le-champ la nécessité de
s'attacher Toussaint dont le pouvoir
faisait chaque jour de nouveaux
progrès, et il commença par nommer ce
chef noir général de division. Loin --- Page 149 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 111.
de satisfaire l'ambition de Toussaint,
cc nouveau grade ne fit que l'accroitre; il fut bientôt las de n'occuper
que le second rang dans la colonic.
Batlant dans toutes les rencontres les
Anglaisqui avaient encore de terribles
adversaires dans les généraux Rigaud,
Desfournaux et Henry Christophe 3
qui se fit depuis proclamer roi d'Haiti;
remportant, 7 dis-je, des victoires presque continnelles, 7 Louyerture ne négligeait point la politique; il réussit
par ses intrigues à faire appeler successivement, au corps législatif - 9 le
général Laveaux, son bienfaiteur, et
le commissaire Sonthonax 2 dont la
présence dans la colonie contrariait
SCS projets (1797 )- CL Citoyen commis-
>> saire, écrivait-il à ce dernier, le
)) vocn du peuple dc Saint-Domingue
> s'clait fixé sur vous pour le repré-
> senter au corps législatif. e --- Page 150 ---
RÉSUMÉ
> Nous avons voulu joindre notre
as-
>> sentiment particulier à la volonté
>> générale: si les ennemis de la li3> berté s'obstinent encore à
vous
S poursuivre 2 dites-leur que nous
> avons protesté de les rendre im-
>> puissans. >>
Ce langage de maitre irrita le commmissaire, et donna de vives inquiétudes
au gouvernement français, qui envoya
à Saint-Domingue le général Hédouville; mais Toussaint Louverture, à
la voix duquel des milliers de Noirs 9
prenaient les armes, se sentait' assez
fort pour méconnaître l'autorité de la
France; il se plaignit hautement, menaça de quitter le commandement des
troupes', et affecta de traiter en inférieur le général Hédouville,
Cependant les armes des républicains, et plus encore les maladies épidémiques wimuduthyrmieanghis --- Page 151 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE 113
à un tel état de faiblesse, que le général
Maitland, qui la commandait, sentit
qu'il serait bientôt forcé d'abandonner Saint-Domingue; mais avant d'en
venir à cette extrémité, il voulut tenter de faire jouer le ressort au moyen
duquel il est quelquefois si facile de
vaincre les plus grands obstacles. Sachant qu'il y avait de la mésintelligence entre l'oussaint et Hédouville,
le général anglais flatta l'ambition et la
vanité du chef'noir, auquel il commença par envoyer de: riches présens, quilui
valurent une capitulation très-honorable (1798), en même temps qu'ils
préparérent l'indépendance de SaintDomingue, événement que désirait vivement l'Angleterre. (1)
(1) > J'ai vu dans les archives du gouver-
> nement au Port-au-Prince, et tous les
D ofliciers dc l'état-major de notre armée
*
atta l'ambition et la
vanité du chef'noir, auquel il commença par envoyer de: riches présens, quilui
valurent une capitulation très-honorable (1798), en même temps qu'ils
préparérent l'indépendance de SaintDomingue, événement que désirait vivement l'Angleterre. (1)
(1) > J'ai vu dans les archives du gouver-
> nement au Port-au-Prince, et tous les
D ofliciers dc l'état-major de notre armée
* --- Page 152 ---
RÉSUMÉ
Toussaint,qui avait
d'abordrefuss les
honneurs qu'on avait voulu lui
rendre,
reçut de fort bonne
grâce ceux qu'on
> ont. vu avec moi les propositions
secrètes
> qui étaient la cause de ces démonstrations
> publiques. Ces propositions tendaient
> faire déclarer Toussaint
à
Louverture roi
> d'Haiti, qualité dans laquelle le
> Maitland l'assurait
général
qu'il serait de suite
)) connu par l'Angl eterre, s'il
re-
)) ceignant la cou ronne, à consentait, en
>
signer, sans res"
triction, un traité de commerce
> par lequel la
exclusif,
Graude.Bretagne: aurait seule
> lc droit d'exposer les productions
colo-
> niales, et d'importer en échange les
> duits mannfacturés, à T'exclusion
prode
2) du continent. On donnait
ceux
) l'assurance
au roi d'Haiti
qu'une forte escadre de
)) gates
fré
Britanniques serait
D lcs ports ou'
toujours dans
sur lcs côtes, pour les
D léger. >
pro-
(Lc général PANPHILE DE LA
Révolution de
CROIX,
Suint-Domingue. ) --- Page 153 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 115
lui fit lorsqu'il prit possession des placcs que lcs Anglais évacuèrent. Le général Hédouville témoigna hautement
le mécontentement que lui causait la
capitulation honorable accordée par
Toussaint, mais n'eut aueun égard aux
réprésentations du général français; il
reçut, au contraire, de nouveaux présens
que le général lui fit au nom du roi
d'Angleterre: ; et il est probable que, si
cette puissance avait eu des forces respectables dans l'ile, Toussaint aurait
cédé dès lors aux instigations de Mailland; mais ce Nègre avait trop de bon
sens pour ne pas sentir qu'il ne pouvait
raisonnablement compter sur l'appui
d'une puissance qui venait de se laisser
vaincre par quelques milliers de Noirs:
cette considération l'arrêta, et Maitland partit avcc les débris de son armée, saus que SCS présens eussent fait
autre chose que d'augmenter la mésin-
Toussaint aurait
cédé dès lors aux instigations de Mailland; mais ce Nègre avait trop de bon
sens pour ne pas sentir qu'il ne pouvait
raisonnablement compter sur l'appui
d'une puissance qui venait de se laisser
vaincre par quelques milliers de Noirs:
cette considération l'arrêta, et Maitland partit avcc les débris de son armée, saus que SCS présens eussent fait
autre chose que d'augmenter la mésin- --- Page 154 ---
RÉSUMÉ
telligence qui existait déjà entre le chef
noir et le général Hédouville.
Ainsi, un seul homme, un Nègre, un
esclave, préparait la régénération des
enfans de l'Afrique. Si l'ambition trouva un accès trop facile dans le coeur de
Toussaint Louverture, on ne peut nier
que cet homme extraordinaire possédât
un grand génie, et heaucoup de belles
qualités; par lui, des hordes de cannibales devinrent, comme par enchantement, de braves soldats, 1e observant une
discipline sévère; il ne se montra jamais avide de richesses ; l'esprit de rapine, si commun même alors parmi les
chefs qu'envoyait tle gouvernement français, lui fut inconnu. A mesure que ses
victoires lui livraient quelques cantons,
il s'occupait d'y rétablir l'ordre, et de
remettre les propriétaires en possession de leurs terres. Il protégeait particulièrement l'agriculture, 2 et il disait --- Page 155 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINNGUE. 117
quelquefoisà ce sujet : C Je n'aipas en3) vie de passer pour un Nègre de la cô-
> tc, etje saurai aussi bien que les au-
> tres tirer parti des ressources terri-
>> toriales.La liberté des Noirs ne peut
> se consolider que par la prospérité
) de l'agriculture. >> Il oubliait facilement les injures, et ne montra jamais
pour les colons la haine dont presque
tous lcs gens de couleur étaient animés.
L'apparition de cct homme sur la
scène politique est l'événement lc plus
remarquable de cette période, à la fin
de laquelle Saint-Domingne ne tenait
plus à Ia métropole que par un fil. --- Page 156 --- --- Page 157 ---
RESUMÉ DE L'HIST. DE S.-DOM. TIg
SIXIEME PERIODE.
Toussaint Louverture proclame l'indépendance de Saint-Domingue.
Paix
entre la France ct l'Angleterre. - - Expédition du général Leclerc. - Arrestation et mortde Toussaint.
T'OUSSAINT Louverture. 7 qui, tantque
les Anglais avaient été dans l'ile, avait
montré quelque déférence pour le général Hédouville, lui rompit en visière
dès que ce général fut le seul dont l'autorité le contrariait. Après le départ
des Anglais, M. Hédouville annonça,
dans une proclamation, que tous les employés blancs, qui avaient été au service
des ennemis de la république, étaient
congédiés, et que leurs biens étaient
INT Louverture. 7 qui, tantque
les Anglais avaient été dans l'ile, avait
montré quelque déférence pour le général Hédouville, lui rompit en visière
dès que ce général fut le seul dont l'autorité le contrariait. Après le départ
des Anglais, M. Hédouville annonça,
dans une proclamation, que tous les employés blancs, qui avaient été au service
des ennemis de la république, étaient
congédiés, et que leurs biens étaient --- Page 158 ---
12 20
RÉSUMÉ
confisqués; et en même temps le général noir fit proclamer une amnistic genérale. Dès lors, il fut facile de deviner
les intentions de Toussaint qui, maitre
absolu des Noirs qu'il soulevait et qu'il
calmait à son gré, effraya tellementl'agent du gouvernement français au
moyen d'une insurrection, que ce général s'embarqua pourla France; mais
à peine avait-il perdu de vue les côtes
de Saint-Domingue, qucla tranquillité
était rétablie dans ce pays. Toussaint,
qui craignait cependant nn peu les suites des plaintes que le général Hédouvillene manquerait pas de faire, se hâta
d'adresser au Directoire un long factum,
dans lequel il tenta de se justifier, en
accusant l'agent (c'est ainsi qu'il désigne le général) d'avoir provoqué l'insurrection, en agissant contre les intérêts dela colonie.
Un des commnissaires, quiavaient ac- --- Page 159 ---
DE L'IISTOIR E DE S,-DOMINGUE, 121
compagné Sonthonax, et qui était resté
à Saint-Domingue, prit alors le titre
d'agent du Directoire, et ilfit plusieurs
tentatives pour amener. la réconciliation
de Toussaint et de Rigaud. Ce dernier,
qui avait le commandement d'une partie de la colonie, ne voyait pas sans jalousiele creditimmense deson collègue.
La tentative du commissaire échoua,
toutes relations cessèrent entre les deux
chefs; et les hommes de Couleur, craignant de voir les Noirs en possession de
toute - l'autorité, 2 prirent les armes, et
coururent Se ranger près de Rigaud;
tandis que, de son côté, Toussaint faisait despréparatifs pour écraser son adversaire ; mais avant de quitter le Portau-Prince, craignant que les hommes
de Couleur qu'il y laisse n'excitent une
insurrection, il les rassemble dans l'église, et, du haut de la chaire où il lui
arrivait souvent de monter pour faire
--- Page 160 ---
RÉSUMÉ
des harangues, illeur adresse ces
paroles: >> Bien que toutes mes troupes ailS lent incessamment quitter la partie
) de POuest,y laisse mon ceil et mon
) bras : mon ceil qui saura vous sur-
>> veiller, mon bras qui saura vous at-
>> teindre. >
La guerre commença ; elle se fit avec
fureur.. Rigaud obtint d'abord de grands
avantages; et quoique Toussaint eût des
forces dix fois plus nombreuses que
celles de son adversaire, les premiers
événemens lui donnèrent de sérieuses
inquiétudes; mais après avoir été battu
dansplusieurs rencontres, il parviat enfin à prendre P'offensive,et chassant Rigaud de toutes les places doni il s'était
emparé, ill le força à se retirerjusqu'aux
Cayes (18c0) ). Aux horreurs d'une
guerre d'extermination vinrent se joindre celles d'une effroyable famine: Rigaud obligé de se retirer, défendait le
iers
événemens lui donnèrent de sérieuses
inquiétudes; mais après avoir été battu
dansplusieurs rencontres, il parviat enfin à prendre P'offensive,et chassant Rigaud de toutes les places doni il s'était
emparé, ill le força à se retirerjusqu'aux
Cayes (18c0) ). Aux horreurs d'une
guerre d'extermination vinrent se joindre celles d'une effroyable famine: Rigaud obligé de se retirer, défendait le --- Page 161 ---
DE L'IIISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 123
terrcin pied à pied, et nel'abandonnait
qu'après l'avoir brûlé et ravagé; de
sorte que, plus loussaint avançait,
moins il trouvait de vivres ; et la famine fut bientôt telle, que la faim faisait
mourir chaque, jour des milliers de personnes.
Tandis qu'on se battait avec un
acharnement presque semblable à celui
de la première insurrectien, Bonaparte
revenu d'Egypte avait opéré un grand
changement dans la forme du gouvernement français; et à peine les Consuls
curent-ils succédé aux Directeurs, qu'ils
s'occupèrent des affaires de la colonie:
les généraux Vincent; Michel, et un
nommé Raymond, homme de Conleur,
quiavait déjà rempli les fonctions d'agent, furent envoyés dans la colonie.
Ils étaient porteurs de plusieurs arrêtés
signés par le premier Consul, dont les
principales dispositions étaient que le --- Page 162 ---
RÉSUMÉ
général Toussaint Louverture continuerait à avoir le commandement en
chef de l'armée, et que l'agent Roume
aurait ce gouvernement ; ces envoyés
apportaient aussi une proclamation qui
annonçait aux habitans de Saint-Domingue les changemens survenus en
France. Toussaint reçut ces envoyés
avec beaucoup de froideur;.il parut mécontent de ce que le premier Consul
Bonaparte ne lui avait pas écrit, et il
refusa de Giniepisnrhpodasaiag
cependant il se servit du général Vincent pour amener Rigaud à l'obéissance; mais déjà les habitans des Cayes où
s'était rétiré Rigaud, 9 fatigués de la
refusaient
w
guerre,
de prendre les armes, et chaque jour les forces de Rigaud diminuaient. Il s'embarqua pour
la France avec Pétion et quelques autres des siens. Dès lors Toussaint fut
tout-puissant dans l'ile ; et le général --- Page 163 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 125
Dessalines, 7 qu'ilavaitinvesti de sa confiance, rendit Ce pouvoir presque insupportable aux gens de Couleur sous
le plus léger prétexte; mais, d'un autre
côté, l'enthousiasme des.Noirs pour leur
chef, était à son comble, et les Blancs
que Toussaint flattaitostensiblement se
trouvaient fort bien de son gouvernement: comme s'il cit pressenti que la
paix dontjouissait la colonie ne serait
pas de longue durée, il continua à entretenir une discipline sévére; il passait
souvent ses troupes en revuc, et Ics
haranguait d'une manière fort originale (1).
(1) > Afin d'être micux compris, il leur
> parlait cn parabole : il employait souvent
D celle-ci. Dans un vase de verre plein de
> grains dc mais noir, il mélait quelques
> grains de mais blanc, et il disait à ceux
>.quilentouraient. Vous Eles lc mais noir,
*
durée, il continua à entretenir une discipline sévére; il passait
souvent ses troupes en revuc, et Ics
haranguait d'une manière fort originale (1).
(1) > Afin d'être micux compris, il leur
> parlait cn parabole : il employait souvent
D celle-ci. Dans un vase de verre plein de
> grains dc mais noir, il mélait quelques
> grains de mais blanc, et il disait à ceux
>.quilentouraient. Vous Eles lc mais noir,
* --- Page 164 ---
RESUMÉ
D'après le traité de paix, signé à
Bâle entre la France et P'Espagne en
1795, cette dernière puissance cédait
â la république toute la partic de
Saint-Domingue, que l'on nommait espagnole; mais la guerre terrible, que
les différens partis s'étaient faite depuis six ans, avait empêché que P'article du traité, qui concernait la colonie, fût ponctuellement exécuté, et
les Espagnols étaient toujours mattres, de fait, de San-Jago, de SanDomingo. Toussaint, débarrassé d'un
compétiteur qui lui avait donné de
sérieuses inquictudes, songea à pren-
)) les Blanc qui voudraient vous asservir
> sont le mais blanc. Il remuait le vase,
> et le présentant à leurs yeux fascinés, il
>) s'écriait en inspiré: gueute Blanc cilala,
D c'est-à-dire voyez ce u'est le Blanc pro-
) portionncliementà vous. >
Révolution de Ssint-Doninguc.) --- Page 165 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 127
dre possession de la partie cspagnole ;
cn conséquence 7 il pressa l'agent
Roume de nommer un gouverneur
pour cette partie de l'ile; et l'agent
prit un arrété par lequel il autorisait
Toussaint à envoyer le général Agé
à Santo-Domingo, pour y prendre'
possession, au nom du peuple français, de la partie ci-devant espagnole.
Mais le général Agé, étant parti sans
troupes, ne trouva pas les autorités
espagnoles disposées à reconnaître son
autorité. Il; y eut quelque rumeur dans
la capitale ; etl'envoyé français fut obligé de se retirer promptement pour éviter que le peuple lui fit un mauvaisparti.' Toussaint devint furieux lorsqu'ilapprit cette nouvelle ; et, aprés avoir fait
des préparatifs pour s'emparer de vive
force du pays oà l'on refusait de reconnaître son autorité, il écrivit au gouverneur espagnol, Joachimn Carica, une / --- Page 166 ---
RÉSUMÉ
longue lettre dont voici les principaux
passages: C
Je me réservais de
:) vous écrire pour vous demander jus-
>> tice de l'insulte faite au gouverne-
>) ment en la personne d'un de ses of-
>) ficiers généraux . -
- Je vous
>> préviens quej'ai chargé le général
S Moyse, commandant en chef la di-
)) vision du Nord, de cette importan-
> te opération (la prise de possession );
>> et, d'aprés l'outrage qu'a essuyé le
>> gouvernement en la personne du gé-
> néral Agé, pour la même mission,
> j'ai dû faire accompagner le général
>) Moyse d'une force armée, suffisante
>> pour l'exécution du traité. >>
Le gouvernement reçut cette lettre
au moment même où une armée de dix
mille hommes envahissait son territoire
(1801) ; reconnaissant limpossibilité
de résister, il eut recours à cette vieillc tactique qui avait été si favorable
essuyé le
>> gouvernement en la personne du gé-
> néral Agé, pour la même mission,
> j'ai dû faire accompagner le général
>) Moyse d'une force armée, suffisante
>> pour l'exécution du traité. >>
Le gouvernement reçut cette lettre
au moment même où une armée de dix
mille hommes envahissait son territoire
(1801) ; reconnaissant limpossibilité
de résister, il eut recours à cette vieillc tactique qui avait été si favorable --- Page 167 ---
DE S.-DOMINGUE. 129
DE L'HISTOIRE
dans le commencement
aux Espagnols
à Toussaint,
de la guerre : il répondit
à
et il affecta de le traiter, presque
de très-illustre et trèschaque ligne,
excellent Seigneur 5 mais ces moyens
étaient usés, etl le piége était trop grosfut possible qu'un homsier pour qu'il
Toussaint s'y laissât prenme comme
dre. 11 persista dans ses prétentions,
entra dans Santo - Domingo presque
férir 5 et le gouverneur Garsans coup
cia, après une espèce de capitulation,
s'embarqua pour I'Espagne.
Maitre de la totalité de l'ile, Toussaint, qui depuis long-temps médiiait
de la rendre indépendante, employa
lui fournit son gétous les moyens que
hanie pour se faire chérir de tousles
bitans 5 en même temps que de beaux
édifices s'élevaient par ses ordres, et
faisait percer de belles routes, il
qu'il
des Llancs et des
écoutait les plaintes --- Page 168 ---
RÉSUMÉ
Noirs avec le même intérêt, et faisait
rendre à chacun une prompte justice.
On le trouvait toujours prêt à faire
droit aux justes réclamations ; il se
montrait le protecleur de ses anciens,
compagnons d'esclaivage, et l'ami de
ceux dont, pendant un demi-siècle, il
avait été l'esclave. Il ne se dissimulait
pas les dangers que lui faisait courir le
rang élevé où il était parvenu, et il répétait souvent : CC J'ai pris mon vol dans
> la région des aigles. Il faut que je
> sois prudent en regagnant la terre ;
) je ne puis plus être placé que sur un
> rocher, et ce rocher doit être l'insti-
>> tution constitutionnelle qui me ga-
>> rantira le pouvoir, tant queje serai
>) parmi les hommes. ))
En vain le général de brigade Vincent chercha-t-il à lui faire abandonner
cep projet; il répondait en citant l'exemple de Bonaparte, dont Ie succès avait --- Page 169 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE.
Faudace. Enfin il termina ce
couronné
qu'il croyait deprojet de constitution,
voir assurer son autorité; les représentans de tous les districts ladoptèaussitôt qu'il leur fut présenté :
rent
immédiatement déclarée indéPile fut
pendante, et le général Vincent partit
la Fyance, où ila apporta la noupour
velle de ces événemens importans.
Près d'une année s'écoula pendant
les établissemens de St.-Dolaquelle
renaitre de leurs
mingue semblèrent
si les
cendres : tout prospérait 5 et,
de Couleur n'avaient eu à se plaingens dre de la cruauté de Dessalines, dont
Toussaint avait fait une espèce de grand
prévôt, la population entière eit goûté
mais cet
le bonheur le plus parfait;
état de prospérité ne devait pas être
de longue durée, et Toussaint conçut
de vives inquiétudes, en apprenant que
la paix avait été signée entre la France
res : tout prospérait 5 et,
de Couleur n'avaient eu à se plaingens dre de la cruauté de Dessalines, dont
Toussaint avait fait une espèce de grand
prévôt, la population entière eit goûté
mais cet
le bonheur le plus parfait;
état de prospérité ne devait pas être
de longue durée, et Toussaint conçut
de vives inquiétudes, en apprenant que
la paix avait été signée entre la France --- Page 170 ---
RÉSUMÉ
et l'Angleterre. Cette nouvelle n'abattit pourtant pas son courage; et, loin
d'en paraître affecté, il sembla redoubler de zle dans les soins qu'il donnait
à son gouvernement; il avait particulièrement le soin de faire rendrejustice
promptement, et jamais aucune considération ne put, auprès de lui, l'emporter sur le bon droit. Son neveu, le
général Moyse, étant aceusé de négligence dans une administration qui lui
était confiée, fut jugé par unj conseil
de guerre et condamné à mort.Son titre de parent du souverain ne put le
sauver ; il fut fusillé : il est vrai de
dire pourtant que Toussaint rendait
aussi quelques Jugemens d'une manière un peu trop sommaire, Les Negres d'une habitation s'étant révoltés,
il les Gt rassembler sur la place d'armes
du Cap, où il en condamna une certaine quantité à la peine dc mort, après --- Page 171 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE,
leur avoir fait sculementquelques questions (1).
avec tout son génie, ne
Toussaint,
conjurer l'orage qui
put cependant
lui et sur le
menaçait de fondre sur
il écrisoumis à sa domination;
pays alors à Bonaparte une lettre porvit
: Le premier des
tant pour suscription
des
mais
Noirs au premier
Blancs;
le premier Consul, alors en paix avec
le
avait déjà résolu de
tout
continent,
St.-Domingue, et il ne résoumettre
(1) > Sur la mine et sur la réponse équiindividuellement à des
D voque il ordonnait
Lcs victimes
> Noirs d'aller se faire-fusiller.
ne murmuraient pas, elles
> qu'il désignait
la
> joignaient les mains, baissaient téte,
humblement devant lui, et
>> s'inclinaient
soumises et
> allaient avec conviction,
recevoir la mort. >
> respectueuses,
(Révolution de Sain-Domingu.)
--- Page 172 ---
RÉSUMÉ
pondit pas aux lettres de Toussaint,
qui ne pouvaient le faire changer de
détermination. A la fin de décembre
1801, on apprit à SL-Domingue qu'une
armée de vingt-cinq mille hommes
sous les ordres du général Leclerc,
beau -frère de Bonaparte, allait être
embarquéc sur une flotte considérable,
et que cette expédition était destinée
à soumettre la colonie.
Après une traversée de six semaines, 7 la flotte'entra dans la vaste baie
de Samana. Lorsque Toussaint Louverture, qui était accouru vers cC Cap, eût
jeté les yeux sur cette flotte formidable, le découragement s'empara de
lui : C Il faut périr, s'écria-L-il! la
> France entière vient à Saint-Domin-
) gue ; on l'a trompée : elle y vient
>> pour se venger et asservir les Noirs.>>
Cette flotte 9 composée de plus de cinquante vaisseaux on frégates, avait à la
de Samana. Lorsque Toussaint Louverture, qui était accouru vers cC Cap, eût
jeté les yeux sur cette flotte formidable, le découragement s'empara de
lui : C Il faut périr, s'écria-L-il! la
> France entière vient à Saint-Domin-
) gue ; on l'a trompée : elle y vient
>> pour se venger et asservir les Noirs.>>
Cette flotte 9 composée de plus de cinquante vaisseaux on frégates, avait à la --- Page 173 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE.
formidable ; mais les
vérité un aspect
rapports que l'on avait faits à Toussaint
au lieu de
étaient exagérés, puisque,
mille combattans, elle n'en
vingt-cinq
portait pas douze mille. Toussaint, qui
avait alors plus de vingt mille hommes
sous les armes, et qui pouvait compter sur des généraux expérimentés s
pouvait donc opposer une résistance capable d'en imposer aux Français;aussi,
dès que le premier moment- de terreur
fut passé, il s'empressa de donner des
ordres, et de tout disposer pour rel'attaque à laquelle il s'attenpousser
dait. Il fit préter à ses troupes le serment de vaincre ou de mourir.
L'expédition française formait trois
divisions, dont la première, sous les
ordres du général Rochambeau, devait
sur le fort Dauphin; la sese porter
conde, commandée par le général Boudet, devait débarquer au Port-au- --- Page 174 ---
RÉSUMÉ
Prince; et la
troisième, aux ordres du
général Hardi, devait se
Le général
porter au Cap.
Rochambeau
premier
débarqua le
avec sa division ; un
nombre de Noirs s'étant
grand
général crut
rassemblés, le
qu'on se disposait à lui résister, et il fit charger à la
ccs Noirs, qui,
baionnette
surpris d'une attaque si
imprévue, prirent la fuite de tous côtés, abandonnant la ville et les forts.
Peut-étre, lors de l'arrivée de l'expédition à
Saint-Domingue,y y avait-il
quelque moyen
les deux fils de d'acommodenent; et
Toussaint, élevés en
France, et que Bonaparte avait
eu la
précaution de faire
d'un des
embarquer à bord
vaisseaux de flotte, après leur
avoir donné des
instructions; ces deux
enfans, dis-je, animés des meilleurs
sentimens, eussent beancoup fait
près du général noir
aution de la
pour la conservapaix; a mais les premières hos- --- Page 175 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 137
tilités allumérent un incendie qui nc
pouvait s'éteindre que parl'externination de l'un des deux partis.
étant arrivé devant
Le général Hardi,
le Cap-Français, se disposait à faire
mais Christodébarquer sa division 5
qui commandait alors au Cap, enphe,
cn chef le
voya un officier au général
Clerc, auquel il fit dire que le gouverétait alors dans Pinténeur Toussaint
rieurdeSL-Doniages quelui, Christophe; ne pouvait permettre aux troupes
françaises de débarquer 5 que, d'ailleurs, rien ne prouvait que celte expédition fat envoyée par la Métropole; et
qu'enfin, ( si le prétendu capitaine ge-
) néral a Leclerc persistait à vouloir en-
) trer au Cap,la terre bràlerait avant
mouillât dans larade. ))
) quel'escadre
Le général Leclerc, qui ne s'attendait peut-être pas à autant d'énergic
dc la part d'un ancien esclave, fit une
*
5 que, d'ailleurs, rien ne prouvait que celte expédition fat envoyée par la Métropole; et
qu'enfin, ( si le prétendu capitaine ge-
) néral a Leclerc persistait à vouloir en-
) trer au Cap,la terre bràlerait avant
mouillât dans larade. ))
) quel'escadre
Le général Leclerc, qui ne s'attendait peut-être pas à autant d'énergic
dc la part d'un ancien esclave, fit une
* --- Page 176 ---
RESUMÉ
réponse pleine de force et de dignité :
C J'apprends avec indignation -
ci-
> toyen général, mandait-il à Christo- 7
>> phe, que vous refusez de recevoir
l'escadre et l'armée française
que je
>> commande, sous le
prétexte que vous
> n'avez pas d'ordre du
gouverneur-
> général..
Je vous préviens
que
)) si, aujourd'hui, vous ne m'avez
pas
) fait remettre les forts Picolet et tou-
> les autres batteries de la côte, de-
> main, à la pointe du jour, quinze
) mille hommes seront débarqués. >>
Cette menace ne parut point effrayer
le général noir, et ce fut inutilement
que les autorités civiles du Cap l'engagèrent à laisser: entrer les Français :
loin de se montrer disposé à aucun accommodement, il fit, à l'exemple de
Toussaint, prêter serment de fidélité
aux troupos; et, après avoir ordonné
que la.place serait immédiatement éva- --- Page 177 ---
DE L'HISTOIRE DE s.-DOMI NGUE. 159
cuée par tous les habitans incapables
de porter les armes, il fit distribuer à
ses soldats des pièces d'artifice destinées à incendier la ville, dans le cas où
il serait forcé de Pabandonner. De son
côté 2 le maire 2 nommé Télémaque 9
prévoyant le désastre du Cap-Françuis,
invita tous les habitans à se munir
d'eau.
Un coup de vent et d'autres circonstances ayant empêché le général Leclerc de faire débarquer la division destinée à s'emparer du Cap aussi promptement qu'il l'avait dit dans sa lettre
à Christophe, celui-ci profita de cette
circonstance pour faire de nouvelles
dispositions ; mais il parait qu'il ne
songea pas à défendre la place qu'il
savait bien incapable de résister aux
forces supérieures qui la ménaçaient.
Obligé de se tenir au large pendant
vingt-quatre heures, le général Leclerc --- Page 178 ---
RÉSUMÉ
reparut bientôt devant le Cap. Lejonr
commençait à finir, lorsque les
miers sainsesuxdelescadref
prefurentaperçus des forts, dont les canons se firent aussitôt
entendre; et au même
instant les soldats de
Christophe se répandirent dans la ville, jetèrent des
torches, et toutes les matières combustibles dont ils étaient munis dans les
principales maisons ; les monumens
blics furent les premiers embrâsés pu- Le
maire, Télémaque, qui avait rassemblé
environ douze cents partisans, - s'empressa alors de se joindre avec les siens
aux troupes du général français; mais
tous leurs efforts, pour arrêter les
grès de l'incendie, furent
proinutiles; les
flanmes qui dévoraient cette malheureuse cité ne permetlaient pas aux travailleurs d'approcher, et le petit nombre de maisons qui ne furent pas consumées, 2 s'écroulèrent au bruit de lof-
, qui avait rassemblé
environ douze cents partisans, - s'empressa alors de se joindre avec les siens
aux troupes du général français; mais
tous leurs efforts, pour arrêter les
grès de l'incendie, furent
proinutiles; les
flanmes qui dévoraient cette malheureuse cité ne permetlaient pas aux travailleurs d'approcher, et le petit nombre de maisons qui ne furent pas consumées, 2 s'écroulèrent au bruit de lof- --- Page 179 ---
DE S.-DOMINGUE. 141
DE L'HISTOIRE
explosion des magasins de.
froyable
poudre.
Pendant que ces événemens se pasla division Boudet somsaient au Cap,
de lui
mait la ville de Port-au-Prince
ouvrir les portes. Le général Agé, qui
commandait dans cette place, fit à peu
près la même réponse que Christophe:
le général de division
il prétendit que
Dessalines étant absent, il ne pouvait
permettre le débarquement. Cependant
faisait
de menaces ; mais
il ne
point
officiers de la garnison, méquelques
de leur chef,
contens du peu d'énergie
écrivirent à Boudet que,s'il débarquait,
la ville serait brûlée sur-le-champ, et
tous les Blancs de la colonie seque
Ces menaces ne s'efraient égorgés.
fectuèrent point fort heureusement 5
Blancs furent à la vérité masquelques
sacrés, et les Noirs brûlèrent plusieurs
habitations; mais, les Français s'empa- --- Page 180 ---
RESTMÉ
rérent dela villeavec tant de
tude, quelesinsurgés,
promptiainsiqu'on
pelait, n'eurent pas le
lesaple feu.
temps d'y mettre
Quelques passages d'une lettre
que Toussaint écrivait à l'un de
ses
généraux, peu de
temps après ces événemens, pourront jeter quelque
sur les causes qui les avaient
jour
amenés:
CC Les Français et les Blancs de la
> colonie, mandait-il au général Do-
> magé, veulent nous ravir notre-liS berté. Plusieurs vaisseaux de
S ont mis à l'ancre
guerre J
près de nos
> et des trompes nombreuses côtes,
viennent
> de s'emparer du Cap, du
5>
Port-auPrince et du fort Liberté, Le
3> après une vigoureuse
Cap,
>> été obligé de
résistance, a
céder; mais l'ennemi
>> n'y a guère trouvé que des cendres.
5 On a fait sauter les
forts, et tout
>> est brûlé. La ville du Port-an-Prince
> a été livrée à l'ennemi
par la tra- --- Page 181 ---
DE S.-DOMINGUE.
DE L'HISTOIRE
du
de brigade Agé; et
>> hison
général
fort Bizoton s'est rendu sans ti-
>> le
suite de la
>> rer un coup de fusil, par
du chefde bataillon Boudet.
>> perfidie
des Blancs ;
>
. e Défiez-vous
trahiront s'ils le peuvent.
>> ils vous
>> Tous leurs voeux ? n'en doutez pas.,
de l'es-
>> tendent au rétablissement
vous donne
S
clavage. Cependant je
blanche. Tout ce que vous fe-
> carte
ies
sera bien fait. Levez en masse
>> rez
et faites-leur bien com -
>> cultivateurs,
ne doivent mettre au-
>> prendre qu'ils
confiance dans ces hommes ar-
>> cune
ont. reçu secrètement
> tificieux, qui
de France (1 P
>> des proclamations
(1) Ce fait est vrai: les parlerentaires 1
qu'avaient envoyés les chefs des différentes
divisions, étaient munis de proclamations
d'après l'ordre qu'ils en avaient reçu,
quc,
à faire distribuer.
ils étaient parvenus
*
-leur bien com -
>> cultivateurs,
ne doivent mettre au-
>> prendre qu'ils
confiance dans ces hommes ar-
>> cune
ont. reçu secrètement
> tificieux, qui
de France (1 P
>> des proclamations
(1) Ce fait est vrai: les parlerentaires 1
qu'avaient envoyés les chefs des différentes
divisions, étaient munis de proclamations
d'après l'ordre qu'ils en avaient reçu,
quc,
à faire distribuer.
ils étaient parvenus
* --- Page 182 ---
RÉSUMÉ
Malgré la grande activité de Dessalines, et la terreur que son nom seul
répandait dans tout le pays qui lei était
soumis, les gens de Couleur que la domination des Negres effrayait, et
particulièrement les habitans de la partie
du sud, qui naguère encore avaient o
combattu avec le général Rigand contre Toussaint Louverfure, firent
cause
commune avec l'armée française; de
sorte que la cruauté de Dessalines, et
le génie de l'infatigable Toussaint
ne
purent empêcher le général Leclerc de
faire chaque jour quelque
progrès; en
peu de temps, la défection réduisit
l'armée de Toussaint à moins de deux
brigades, à la tête desquelles
dant il n'hésita pas à tenir la cepencampagne : tant il comptait sur les ressources de son génie et l'aveugle obéissance des cultivateurs nègres.
Le général Leclerc, dont les instruc- --- Page 183 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE.
étaient d'éviter la guerre
tions précises
n'avait pu
civile, crut que, puisqu'il
la révolte d'éclater, le temps
empêcher
de
les revers que
était venu
Pétouffer;
Toussaint lui firent
venait d'éprouver
ce chef noir ne refuserait
penser que
d'autant
de capitulation,
pasuneespice
luilaisserait le
plus honorable qu'elle
de
en chef. En consétitre
général
les deux fils de Toussaint, qui
quence 1
avec M. Coisétaient débarqués au Cap
furent envoyés à
non 1 leur précepteur,
Phabitation d'Enneri, où l'on pensait
Toussaint se trouvait. M. Coisnon
que
d'un sauf-conduit 7 et
était porteur
d'une lettre de Bonaparte à Toussaint;
laquelle devait être remise à ce dernier
lun de ses fils. Il était convent
par
si Tonsaintr'acosplait
en outre, que,
les conditions du, général Leclerc j
pas M. Coisnon revieudrait au Cap avec les
--- Page 184 ---
RÉSUMÉ
deux enfansque l'on considérait comme
ôtages.
Toussaint, attendri à la vue de ses
enfans, laissa couler, en les embrassant, des larmes de tendresse; et dans
l'effusion de sa joie, il tendit les bras
à leur précepteur. Quoi qu'en aient pu
dire ses détracteurs, il y avait de la
sensibilité dans l'âme de cet homme
extraordinaire. Celui que la vue de ses
enfans fait pleurer dejoie ne peut être
un méchant (1).
() Voici une anecdote rapportée par Ic
général Pamphile de la Croix, qui pronve
que l'âme de Toussaint, bicn que d'une
trempe supérieure, n'était point exempte
même de faiblesse. ( Nous parcourions avcc
a le général Boudet, lcs documens secrets
> de Toussaint Louverture; notre curiosité
)) venait de s'accroitre en découvrant un
> double fond dans la caisse qui les conteK nait. Qu'on juge de notre étonnement
ée par Ic
général Pamphile de la Croix, qui pronve
que l'âme de Toussaint, bicn que d'une
trempe supérieure, n'était point exempte
même de faiblesse. ( Nous parcourions avcc
a le général Boudet, lcs documens secrets
> de Toussaint Louverture; notre curiosité
)) venait de s'accroitre en découvrant un
> double fond dans la caisse qui les conteK nait. Qu'on juge de notre étonnement --- Page 185 ---
DE.L'HISTOINE DE S-DOMINGUE. 147
Après un entretien de quelques insM. Coisnon présenta au chefnoir
tans,
une boite d'or qui irenfermait unclettre
du général Leclerc, et celle écrite par
Consul. Cette dernière est
le premier
d'une telle importance, tant à cause
de sa rédaction spécieuse, que dujour
qu'elle jette sur les événemens subsé.
devoir la
quens, que nous croyons
rapporter textuellement.
ce double fond, nous
>> lorsqu'en forçant
trouvâmes que des tresses de cheveux
>> n'y
des coeurs
> de toutes couleurs, des bagues,
de flèches, des petites
en or traversés
souvenirs et
clefs, des nécessaires, des
> une infinité de billets doux qui ne laisdoute
succès obtenus
D saient aucun
surles
Toussaint Lou-
>> cn amour par le vieux
D vertnre ? >> --- Page 186 ---
RÉSUMÉ
La voici: :
Au citoyen Toussaint Louverturesge- a
neral en chef de Parmée de SaintDomingue.
CC CITOYEN GÉNÉRAL,
C La paix avec l'Angleterre et toutes
> les puissances de l'Europe, qui vient
S d'asseoir la république au premier
>> degré de puissance et de grandeur,
>> met à même le gouvernement de
>> s'occuper de la colonie de Saint-Do-
> mingue. Nous y envoyons le citoyen
>> général Leclerc, : notre beau-frère,
> en qualité de capitaine - général,
5 comme premier magistrat de la CO-
> lonie. Il est accompagné de forces
>> convenables pour faire respecter la
>> souveraineté du peuple français. € C'est
S> dans ces circonstances que nous nous
>> plaisons à espérer que vous allez nous
>> prouver, ct à la France entiére, la
k --- Page 187 ---
DE s.-DOMINGUE. 149
DE L'HISTOIRE
des sentimens que vous avez
> sincérité
dans les dif-
> constammentexprimés
lettres
vous nous avez
> férentes
que
>) écrites (1).
:
vous de
>) Nous avons conçu pour"
> l'estime; et nous nous plaisons à re-
> connaitre et à proclamer les grands
> services que vous, avez rendus: au
si
flotte
>
peuple français; son'pavillon
c'est àvous
> sur Saint-Domingue,
(1) Pourquoi n'avoir pas, dans le temps,
répondu à ces lettres?Ce fut probablement
silence obstiné de Bonaparte que l'on dut
au
résultats.de T'expédition du
lcs déplorables
général Leclerc.
Toussaint, dit M. lc général Pamphile de
la Croix, se sentait humilié de l'obstination
>) du premier Con'sul. Sa peiné avait été
> d'abord si vive, qu'il en versa des larmes;
constans ; chaa-
> mais ses regrets, quoique
D gèrent bientôt d'expression. >
*
iné de Bonaparte que l'on dut
au
résultats.de T'expédition du
lcs déplorables
général Leclerc.
Toussaint, dit M. lc général Pamphile de
la Croix, se sentait humilié de l'obstination
>) du premier Con'sul. Sa peiné avait été
> d'abord si vive, qu'il en versa des larmes;
constans ; chaa-
> mais ses regrets, quoique
D gèrent bientôt d'expression. >
* --- Page 188 ---
RÉSUALÉ
> et aux braves Noirs qu'il le doit (1)-
>> Appelé par vOS talens et la force
>) des circonstances au premicr com-
>> mandement, vous avez détruit la
>) guerre civile, mis un frein àla per-
> sécution de quelques shommes féroces,
>) remis en honneur la religion et lc
>>. culte de Dieu, de qui tout émane.
> La constitution que vous avez faite,
>> en renfermant beaucoup de bonnes
> choses, en contientquisontcontraires
) à la dignité et à la souveraineté du
>> peuple français dont Saint-Domingue
>) ne forme qu'une portion.
>> Les circonstances où vous vous êtes
y trouvé,environné de tous côtés d'en-
(1) Pourquoi donc les journaux du gouvernement contenaicnt-ils chaque jour quclques diatribes dans lesquelles on présentait
Toussaint commc lc chefd'une poignée d'esclaves révoltés ? --- Page 189 ---
DE I'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE.
sans que la Métropole puisse
> nemis,
ni vous alimenter,
A ni vous secourir,
les articles de
>> ont rendu légitimes
pourraient ne
>) cette constitution qui
lêtre; mais aujourd'hui que les
> pas
;
sout si héureusement
>> circonstances
vous serez le premier à
>) changées,
de
rendre
à la souveraineté
>>
hommage
vous compte au nombre
D la nation qui
les
>> de ses plus illustres citoyens, par
vous lui avez rendus, et
>> services que
les talens et la force de carac-
> par
Une
dont la nature vous a doué.
> tère
contraire eseraitinconcilialble
>> conduite
l'idée
nous avons conçue de
> avec
que
: elle vous ferait perdre vOs
>> vous
nombreux à la reconnaissance
>> droits
la
et creuserait sous
> de
république,
un
en vous
> vOs pas
précipice qui,
contribuer au
> engloutissant, pourrait
de ces braves Noirs dont
D) malheur
le
et dont nous
> nous aimons courage, --- Page 190 ---
RESUMÉ
> nous verrions avec peine obligés de
52 punir la rébellion. (1).
>> Nous avons fait; connaitre à vOS
> enfans et à leur précepteur, les senti-
>2 mens qui nousaniment, et nous vous
S les renyoyons (2).
>> Assisiez de vOS conseils, de votre
5> influence et de VOS talens, le capiS> taine-général. Que pouvez-vous dé-
> sirer? La liberté des Noirs? Vous sa-
> vez que, dans tous les pays où nous
3 avons élé, nous l'avons donnée aux
S peuples qui.ne l'avaient pas (3).1 De
(1) Quelle alliance singulière de flatterie
et de menaces! ! quel stylc jésuitique! c'cst
presque la fablé des Loups ct des Agneaux.
(2) - Comment pouvait -on 0 espérer que
Toussaint se laisscrait prendre àr un piège
aussi grossicr?
(5) Cela n'est pas dire que vous la donnerez aux Negres; ctla moindre réserve sur
un point aussi délicat ne pouvait qu'augmenter les soupçons.
Quelle alliance singulière de flatterie
et de menaces! ! quel stylc jésuitique! c'cst
presque la fablé des Loups ct des Agneaux.
(2) - Comment pouvait -on 0 espérer que
Toussaint se laisscrait prendre àr un piège
aussi grossicr?
(5) Cela n'est pas dire que vous la donnerez aux Negres; ctla moindre réserve sur
un point aussi délicat ne pouvait qu'augmenter les soupçons. --- Page 191 ---
DE I'HISTOIRE DE s.-DOMINGUE. 153
des honneurs, dela
> la considération;
>> fortune? Ce n'est pas après les ser-
>> vices que vous avez rendus, que vous
dans cette cir-
>> pouvez rendre encore
>) constance, avec les sentimens partiCC culicrs que nous avons pour vous,
>> que vous devez être incertain sur
> votre considération, votre fortune,
I
) et les honneurs qui vous attendent.
>>' Faites connaître aux peuples de
la sollicitude
>' Saint-Domingue que
> que la France a toujours portée à
>> leur bonheur a été souvent impuis-
>> sante par les circonstances impé-
) rieuses de la guerre; que les hommes,
et
D) venus du continent pour l'agiter
étaicnt le
> alimenterles factions,
pro-
>> duit des factions qui, elles-mêmes,
>> déchiraient la patrie; que désormais
> la paix et la force du gouvernement
>> assurent leur prospérité et leur liberté.Dites-leur
lal liberté est
>
que si, --- Page 192 ---
RÉSUMÉ
> pour eux le premier des
biens, ils ne
>> peuvent en jouir qu'avéc le titre de
> citoyens francais, et que tout acte
>> contraire aux intérêts de la patrie, à
. >> l'obéissance qu'ils doiventau
gouver-
)) nement et au capitaine-général,
qui
>> en est le délégué, serait un crime
>> contre la souveraineté
nationale, qui
>> éclipserait leurs serviccs ct rendrait
>> Saint - Domingue le théitre d'une
> guerre malheureuse où des
pères et
>> des enfans
s'entr'égorgeraient. Et
>) vous, général, songez que, si vous
3) êtes le premier de votre couleur
qui
> soitarrivé à une si grande puissance,
> et qui se soit
distingué par sa bra-
>> voure et SCS talens
militaires, vous
>3 êtes aussi devant Dieu et nous le
> principal responsable de leur
con-
>> duite.
>) S'il était des malveillans qui disent
> aux individus qui ont joué Ic princi- --- Page 193 ---
DE 1'HISTOIRE DE S--DOMINGUE. 155
rôle dans les troubles de Saint-,
> pal
nous venons pour
> Doningue, que
ce
ont fait pendant
> rechercher
qu'ils
assurez-les que
> les temps d'anarchie,
> nous ne nous informerons que de
dans cette dernière
>> leur conduite
et
nous ne recher-
>> circonstance, que
> cherons le passé. que pour connaitre
>> les traits qui -. les auraient distingués
> dans la guerre qu'ils ont soutenue
> contre les Espagnols et les Anglais
> quio ont été nos ennemis.
>> Comptez, sans réserve, sur notre
comme doit
>> estime, etc conduisez-vouse
> le faire un des principaux citoyens de
-
nation du monde >.
> la plus grande
Le premier Consul,
Signé BONATARTE.
Toussaint lut cetle lettre avec la
plus grande attention; puis, après avoir
réfléchi uIl instant, il dit qu'entre la
la guerre qu'ils ont soutenue
> contre les Espagnols et les Anglais
> quio ont été nos ennemis.
>> Comptez, sans réserve, sur notre
comme doit
>> estime, etc conduisez-vouse
> le faire un des principaux citoyens de
-
nation du monde >.
> la plus grande
Le premier Consul,
Signé BONATARTE.
Toussaint lut cetle lettre avec la
plus grande attention; puis, après avoir
réfléchi uIl instant, il dit qu'entre la --- Page 194 ---
RÉSUMÉ
la France et lui, il y avait sa couleur
qu'ilne, pouvait abandonner; 2
que cependant il avait besoin de réféchir
quelques jours.
M. Coisnon ayant transmis ces
roles au général Leclerc, il s'ensuivit paune suspension d'armes qui dura
trejours, après lesquels, Toussaint qua- répondit au beau frère de Bonaparte,
qu'il ne pouvait se résoudre à abandonner les malheureux Noirs au sort
leur réservaient les Français
que
dontl'apparition formidable ct les hostilités
annonçaient clairement les intentions;
qu'en conséquence, il faisait à ses compagnons le sacrifice de ses enfans, et
qu'il renvoyait ceux-ci au Cap. Le général français, reconnaissant la faute
qu'il avait commise, en se présentant
en conquérant, fit de nouveaux efforts
pour amener le chef noir à un accommodement; il lui envoya une seconde --- Page 195 ---
DE S.-DOMINGUE. 157
DE L'HISTOIRE
enfans sans condition ; mais
fois ses
il laissa
Toussaint fut inébranlable,et
à ses fils la liberté de rester près de lui
de retourner près du capitaine généou
nommé Isaac, déclara
ral: l'un d'eux,
préferait la France à son père;
qu'il
Placide,résolut de
mais l'autre, appelé
de Saintcombattre pourlindépendance
Domingue; et son père lui donna sur le
dans son
champ un commandement
Reconnaissant limpossibilité de
arméc.
désormais un homme de ce
soumettre
caractère autrement que par les armes,
le général Leclerc déclara que Toussaint et les généraux sous ses ordres
étaient hors la loi; et aussitôt la guerre
L'armée française eut d'arecommença.
las de
bord de grands succès : les Noirs;
combattre, et rassurés parl les promesses
réitérées du capitaine général qui ne
cessait de protester que jamais il ne
songerait à rétablir Pesclavage, déser14 --- Page 196 ---
RÉSUMÉ
tèrent en foule les rangs de Toussaint;
de sorte que la division commandée
par
Christople se trouva en peu de jours
réduite à environ trois cents hommes,
et que Toussaint fut obligé de se retirer
dans les montagnes pour ne pas tomber
entre les mains de ses ennemis. Le seul
poste important que les Noirs eussent
conservéétaitcelui. dela Créte-4-Pierrot,
forteresse bâtie par les Anglais, et dans
laquelle le général Dessalines s'était retiré en faisant égorger tous les blancs
qu'il avait rencontrés sur son
les cadavres de ces malheureuses passage; victimes étaient
sinombreux,que, ne pouvantles enterrer, on tenta de les brûler
afin de faire disparaître l'infection qu'ils
portaient au loin ; mais le remède fut
pire que le mal, et l'odeur querépandit
dans l'atmosphère cette espèce d'autodafé fut dix fois plus insupportable,
Le fort de la Crete-à-Pierrot, dans
s
qu'il avait rencontrés sur son
les cadavres de ces malheureuses passage; victimes étaient
sinombreux,que, ne pouvantles enterrer, on tenta de les brûler
afin de faire disparaître l'infection qu'ils
portaient au loin ; mais le remède fut
pire que le mal, et l'odeur querépandit
dans l'atmosphère cette espèce d'autodafé fut dix fois plus insupportable,
Le fort de la Crete-à-Pierrot, dans --- Page 197 ---
DE S--DOMINGUE. 159
DE L'HISTOIRE
étaient
à
I
lequel les Noirs
parvenus
rassembler douze cents hommes, parut
au capitaine géd'une telle importance
néral, qu'il en fit faire le siège par son
tout entière; mais, malarmée presque
forces dontils étaient enveloppés, a
grôles
disposés à se
les Noirs ne parurent pas
point
rendre : il ne se passait presque
Dessalines fit une
de jour sans que
l'avansortie dans laquelle il remportit
dans leurs attatages etles Français 7
de
perdaient toujours beaucoup
ques,
être
avancés. C'est
monde sans en
plus
ouvrage du général
encore àlestimable
allons
Pamphile de la Croix, que nous
donner une idée du
avoir recours; pour
et de l'habilité dont les Nègres
courage
dans cette circonstance.
firent preuve
C'est comme acteur de ce drame sanparle ce brave officier, ct ce
glant que
allons
sont ses expressions que nous
rapporter : --- Page 198 ---
RÉSUMÉ
( Nous marchions en observant le
> plus profond
silence; nous surprimes
> le camp des Noirs, ils dormaient
ac-
>> croupis sur leurs poings. Nous
>> précipitâmes
nous
sur eux, sans tirer un
>> coup de fusil; ils couraient à toutes
> jambes vers le fort, nous courions
>> avec eux; ils firent ce qu'ils avaient
> fait lors de l'attaque du
général De-
> belle. Ce qui ne put entrer dans la
> Crète à Picrrot, ou ce
qu'elle ne put
> contenir se précipita dans les fossés
S et les écores de P'Artibonite. Nos sol-
> dats les y suivirent; mais dès
> nous fàmes
que
démasqués 9 la redoute
> vomit tout son fen, et dans Pinstanit,
> tout ce qui nous entourait fut
ren-
>9 versé. Le général Boudet eut le talon
>> percé d'un coup de mitraille, je le
>> remplaçai dans le commandement
D> de sa division.
(C Notre attaque devait être simul
S et les écores de P'Artibonite. Nos sol-
> dats les y suivirent; mais dès
> nous fàmes
que
démasqués 9 la redoute
> vomit tout son fen, et dans Pinstanit,
> tout ce qui nous entourait fut
ren-
>9 versé. Le général Boudet eut le talon
>> percé d'un coup de mitraille, je le
>> remplaçai dans le commandement
D> de sa division.
(C Notre attaque devait être simul --- Page 199 ---
16t
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMEINGUE.
avec celle de la division Du-
> tanée
la
devait déboucher par
> gua, qui
> Petite Rivière en même temps que
>> nous. Nous étions déjà abiméslorselle le fut à son
>> qu'elle se présenta; ;
Le
Dugua, qui mar-
>> tour.
général
à la tête d'un bataillon de la
>> chait
blessé de deux balles.
> 19° lègère, fut
surle
> Je restai seul d'officier-général
de bataillc. mtler 3S d
> , champ
dans
a Les ennemis qui fourmillaient
redoute élevaient des 9 planches
>> la
sdes
> sur les parapets, en faisaient
mobiles sur les fossés; et nous
> ponts
en battant lan charge.)
> poursuivaient
C. Indignés de leur audace, nous re-
> venions sur: eux la baionnette: en
dans les
> avant; ils se precipitatent
et le feu le
vif nousi at-
) fossés,
plus
S teignait encore. >>
On voit, par cette relation, que les
Noirs n'étaient pas des ennemis mé-
* --- Page 200 ---
RÉSUMÉ
prisables, ils avaient appris à combattre 7 et la crainte de l'esclavage, bien
plus encore que l'amour de la gloire en
faisait des soldats intrépides. Enfin,
après s'être défendus jusqu'à la dernière extrémité contre les forces qui
l'accablaient, la garnison de la Crète-àPierrot, au moment où l'on croyait
qJu'elle songeait à capituler, sortit du
fort au milieu de la nuit, marcha
le tentre aux
sur
assiégeans, et exécuta sa
retraite en bon ordre.
a La retraite qu'osa conicevoir et
>i exécuter le commandant de la Crête5 : à-Pierrot, dit encore M. Pamphile
>I de la Croix, est un fait d'armés're5 marquable. Nous entourions
son
5 poste un nombre de plus de douze
>> mille hommes; il se
sanva, ne
>) dit pas la moitié de sa
pergarnison', el
> ne nous laissa que ses morts et Scs
3 blessés..
en bon ordre.
a La retraite qu'osa conicevoir et
>i exécuter le commandant de la Crête5 : à-Pierrot, dit encore M. Pamphile
>I de la Croix, est un fait d'armés're5 marquable. Nous entourions
son
5 poste un nombre de plus de douze
>> mille hommes; il se
sanva, ne
>) dit pas la moitié de sa
pergarnison', el
> ne nous laissa que ses morts et Scs
3 blessés.. --- Page 201 ---
DE L'HISTOIRE DE s--DOMINGUE. 1 163
c Notre perte avait été si consiaffligea vivement
) sidérable; qu'elle
Leclerc; il nous
> le capitaine-général
à la pallier 7
> engagea, par politique,
dans
il la
Jui-même
> comme
palliait
> ses rapports officiels. 5
Malgré toutes les pertes qu'il avait
éprouvées,leg général Leclerc se trouva,
après la prise de la Crete-à-Pierrol,
dans une situation d'autant meilleure,
le général noir Maurepas ct toute
que
étaient passés dans les
sa division
de l'armée française 5 et peutrangs
lui-même, 9 à qui les
être Tonssaint
à refuser
cultivateurs commençaient
à se rapprocher
d'obéir, songeait-il
ce derdu capitaine- e- général, lorsque
assez fort pour nc
nier, se croyant
fit
plus avoir besoin de ménagement,
rétablissait
publier une ordonnance qui
P'esclavage,et ordonnait aux Nègres de
rentrer sous l'autorité de leurs anciens
armée française 5 et peutrangs
lui-même, 9 à qui les
être Tonssaint
à refuser
cultivateurs commençaient
à se rapprocher
d'obéir, songeait-il
ce derdu capitaine- e- général, lorsque
assez fort pour nc
nier, se croyant
fit
plus avoir besoin de ménagement,
rétablissait
publier une ordonnance qui
P'esclavage,et ordonnait aux Nègres de
rentrer sous l'autorité de leurs anciens --- Page 202 ---
RESUMÉ
maîtres. Toussaint était
trop habile
pour ne pas profiter d'une pareille
faute; à sa voix, tous les Noirs cultivateurs prirent de nouveau les
et se montrèrent
armes, 2
plus disposés que ja-s
mais à conquérir la liberté
lait leur ravir.
qu'on vouChristophe était dans le
nord de l'ile, où il continuait à défendre le terrain pied à pied; Toussaint
résolut de lejoindre. Il se mit en marche à la tête d'une poignée des
mais à mesure qu'il s'avance dans siens;
le
nord, des renforts nombreux lui arrivent; ses rangs se grossissent de gens
mal armés à la vérité, mais disposés à
vendre chèrement leur vie, et à mourir
plutôt que de consentir à redevenir
claves. Huit
esjours s'étaient à peine
écoulés, et 'déjà Tousaint, qui avait
opéré sa jonction avec
voyait fuir devant lui
Christophe 9
les troupes du
cajitaine-geinéral; enfin ces hordes
--- Page 203 ---
DE 5.-DOMINGUE. 165
DE L'HISTOIRE
sans canons et presque sans fusils, osèrent investir la ville du Cap-Français, y
le
Leclerc, qui
où se trouvait
général
dut
l'arrivée du général Hardy
ne
qu'à
tomber entre les mains du
de ne pas
la
chef noir. Ce fut à cette époque que
à exercer ses
fièvre jaune commença
elle se déclara dans la ville
ravages;
du Cap, alors même que Toussaintl'assiégeait, de sorte qu'elle etait devenue,
pour ainsi dire ? l'auxiliaire des Nèdont les succès furent de courte
gres
durée. Ces hommes simples, de la crédulité desquels on avait déjà abusé à
plusieurs reprises, ajoutaient cependant
encore foi anx promesses de leurs ennemis: il suffisait de leur promettre la
liberté
leur faire mettre bas les
pour
armes, ct le ophaie-giaéalligpenns
encore dans cette circonstance. Ne sachant plus quels moyens employer pour
mettre un frein i la fureur croissante --- Page 204 ---
RÉSUMÉ
des Negres quile menaçaient, il crut
que la révocation de l'arrêté, par lequel il avait rétabli l'esclavago,produirait un effet salutaire, et il pensa que
les crédules Noirs seraient plus facilement désarmés par les promesses de liberté qu'il pouvait leur faire, que par
la force qu'il employait sans succès depuis son arrivée dans l'ile. En conséquence, il fit publier une proclamation
qui révoquait l'édit, et par laquelle il
promettait qu'à l'avenir tous les habitans de St.-Demingue, quelle que fut
leur couleur, participeraient au gouvernement, et pourraient indistinctement occuper tous les emplois. Le capitsine-général,avant de faire ces promesses, 2 s'excusait sur son ignorance,
et avouait qu'il ne connaissait pas bien
le peuple dont il avait voulu faire des
esclaves.
CC La rapidité des opérations >, dit-
l'édit, et par laquelle il
promettait qu'à l'avenir tous les habitans de St.-Demingue, quelle que fut
leur couleur, participeraient au gouvernement, et pourraient indistinctement occuper tous les emplois. Le capitsine-général,avant de faire ces promesses, 2 s'excusait sur son ignorance,
et avouait qu'il ne connaissait pas bien
le peuple dont il avait voulu faire des
esclaves.
CC La rapidité des opérations >, dit- --- Page 205 ---
DE S.-DOMINGUE.
DE L'HISTOIRE
dans le second paragraphe de sa proil
la nécessité de
clamation C et
pouryoir
subsistance de l'armée, m'ont
> à la
de
de m'occuper
>> empêché jusqu'ici définitive de la colo-
) Porganisation
avoir
nie.
je ne pouvais
D'ailleurs,
d'un pays
idée tros-imparfaite
)) qu'une
vu, et il m'était
)) que je n'avaisjamais sans un mûr
de juger,
>> impossible
qui, pendant
d'un peuple
D examen,
aux révoavait été en proie
>> dix ans,
>) lutions. 2)
eut tout le succès
Cette proclamation
Lepouvait attendre le général
qu'en
clerc; malgré Pambiguité de ses phrases,
ils déserles Noirs s'en contentérent;
retourner à leurs
tèrent en masse pour Toussaint et de
travaux, et les armées de
Christophe, se dissipèrent plus prompne s'étaient rastement encore qu'elles
semblées. Dans le même temps,des renconsidérables anivèrent à l'arméc
forts --- Page 206 ---
RÉSUMÉ
française. Malgré ces revers,
se montrait
2 Toussaint
disposé. à faire têteà
ses ressources n'étaient
l'orage;
pas totalement
épuisées : il lui suffisait
encore de se
montrer aux Nègres, de leur faire
courte
une
harangue, et de leur parler de
liberté, pour rassembler de nombreux
partisans, et lors même
que son éloquence n'eàt pas eu de succès, il
dait des riclesses
posséauxquelles les plus
timides ne résistaicnt pas. Peu dejours
après l'arrivée de l'expédition, Toussaint, pressentant tout ce qui allait arriver, avait fait enterrer dans un lieu sûr
des sonmes en or qui s'élevaient, diton,à plus de cent millions, eti ilyavait
là, pour ce chef plein d'audace et de
génie, de quoi entretenir la
dant de Jongues
guerre penannées. Mais si cette
dernière déféction ne jeta pas le découragement dans l'âme de Toussaint, il
n'en fut pasde même de Christophe.Ce
aint, pressentant tout ce qui allait arriver, avait fait enterrer dans un lieu sûr
des sonmes en or qui s'élevaient, diton,à plus de cent millions, eti ilyavait
là, pour ce chef plein d'audace et de
génie, de quoi entretenir la
dant de Jongues
guerre penannées. Mais si cette
dernière déféction ne jeta pas le découragement dans l'âme de Toussaint, il
n'en fut pasde même de Christophe.Ce --- Page 207 ---
DE S.-DOMINGUE. 169
DE L'HISTOIRE
abandonné de la plus grande
genéral,
poursuivi sans
partie de ses troupes,
avait
relâche par l'armée française, qui
Poffensive ; obligé de faire, pour
repris
des marches et
échapper aux Français,
et d'audes ontemardesbatienaied
qu'il lui fallait en
tant plus pénibles
combats
même temps soutenir de petits
qu'il fit, l'affaidontle résultat, quel
blissait encore ; ce général, dis-je, résolut d'entamer une négociation avec
auquel il écrivit,
le capitaine-général,
userait
afin de savoir comment on en
avec lui en cas de soumission : il rappelait, dans sa lettre ; que, bien qu'il
eûtincendié la ville du Cap, pour obéir
ordres formels qni lui avaient été
aux
Toussaint, il avait cependonnés par
des
dantdes droits à la reconnaissance
Prangais,pmisqu'il avait refusé d'exécuter d'autres ordresanssi positifs, quilui
de faire massacrer tons les
enjoignaient
--- Page 208 ---
RÉSUMÉ
Blancs aussitôtque les Frangaisauraient
commencé à débarquer.
Le général Leclerc répondit
modération de
que la
Christophe lui était connue, et que ce général noir serait
convenablement, s'il se rendait à reçu discrétion.
Christophe ne fut Ipas satisfait de cette réponse; il pensait
raison
avec
qu'on ne pouvait
les
compter sur
promesses d'un homme qui, après
avoir proclamé l'égalité, avait rétabli
l'esclavage. Les négociations furent
donc rompues, et Christophe continua
à être poursuivi; enfn le capitaine-général, qui avait déjà perdu le, quart
de son armée, sentant de quelle importance pouvait être la soumission
d'un des principaux chefs de l'armée
noire, et considérant que Dessalines
et Toussaint lui-même
pourraient être
entrainés par cet
exemple 3 envoya à
Christophe la promesse écrite de lui --- Page 209 ---
L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 171
DE
dans P'armée franconserver son grade
et de traiter aussi bien que ses
çaise,
celles du général noirpropres troupes, rendit alors , et son
Christophe se
Dessaexemple fut bientôt suivi par
lines, ainsi que l'avait prévu le capiun des frères de Toustaine-général; Paul Louverture, en fit
saint, nommé
l'armée franautant, et vint grossir
çaise de tous les noirs qu'il commandait.
les
Le général Leclerc, voyant que
choses tournaient à peu près comme
il lavait prévu, ne donta pas que la
colonie serait bientôt pacifiée, et il atle retour du
tendait avec impatience
qu'il avait envoyé à
parlementaire
Tabandon dans
Tounssaint; car, malgré
lequel se trouvait ce dernier, et les
nombreuses défections qui semblaient
lui resrendre sa cause désespéréo,il
tait encore les moyens de faire une
Le général Leclerc, voyant que
choses tournaient à peu près comme
il lavait prévu, ne donta pas que la
colonie serait bientôt pacifiée, et il atle retour du
tendait avec impatience
qu'il avait envoyé à
parlementaire
Tabandon dans
Tounssaint; car, malgré
lequel se trouvait ce dernier, et les
nombreuses défections qui semblaient
lui resrendre sa cause désespéréo,il
tait encore les moyens de faire une --- Page 210 ---
RÉSUMÉ
guerre de partisans qu'il eût organisée
promptement, et que son infatigable
activité eût rendue interminable. Mais,
soit que les revers eussent diminué
l'énergie de ce général, soit qu'il fat
convaincn par les argumens de son adversaire, il ne tarda pas à se montrer
disposé à un accommodement. Il chercha d'abord à se justifier, en disant
que le capitaine-général était entré en
ennemi sur le territoire de St.-Domingue, et sur ce que le parlemenlaire luifaisait observer
que lui, Toussaint, n'aurait point du opposer de résistance aux ordres de la Métropole,
il lui répondit : (C Vous êtes un offi-
> cier de marine, monsieur; eh bien!
> si vous commandiez un vaissean de
>> PEtat, et que,-sans vous en donner
) avis, un autre officier vint vous rem-
) placer cn saulant à l'abordage par lc
2 gaillard d'avant, avec un équipage --- Page 211 ---
DE S.-1 DOMINGUE. 373
DE L'HISTOIRE
)) double du vôtre 1 pourriez-vous être
de chercher à vous défendre
) blâmé
d'arrière? Telle est
) sur le gaillard
vis-à-vis de la France.>
> ma situation
Leclerc, afin de profiter
Le général
Tousmontrait
f des dispositions que
lalui écrivit une lettre n dans
: saint,
sursa - souquelle il le complimentait
mission, en lui promettant que le passé
serait oublie, et que personne ne. seavoir manifesté une
rait inquiété pour.
opinion contraire - au - gouvernement.
davantage;
Toussaint : n'en exigea pas
la paix fut conclue au commencement
de mai 1802, ct: le général noir se reaussitôt dans une petite
- tira presque
terre: à laquelle il avait donné son
nom, et qui était situéc aux Gonaives;
Dessalines se retira égale-
-le - général
et
ment dans une de ses. plantations,
entièrement réla tranquillité parut
tablie à St.-Domingue. Un événement
* --- Page 212 ---
RÉSUMÉ
peu imporfant en lui-méme fut sar le
point de rendre inutile la soumission
des chefs insurgés : le général Rigand
qui, vaincu par Tonssaint, s'était retiré en France, 7 arriva' tout-d-coup
dans Ia Colonie; et sa présence ; en
même temps qu'elle effraya les Blancs,
fit éclater la
joie parmiles - hommes de
Couleur; dont ee général avait si longtemps, et avec tant de courage, défendu les droits. Des braits sinistres
circalaient déjà,et chacun desipartis
se tenait sur ses gardes, lorsqie les capitaine-général, cédant aux instances
de Toussaint, ordonna que le général
Rigaud se rembarquerait pour quitter
la Colonie ; mais cet expédient n'eut
pas tout le succès qa'on en attendait;
il ne fit que changer la situation respective des partis, sans pour cela les
apaiser; c'est-à-dire que les Blancs firent éclater la joie queleur causait ce
res
circalaient déjà,et chacun desipartis
se tenait sur ses gardes, lorsqie les capitaine-général, cédant aux instances
de Toussaint, ordonna que le général
Rigaud se rembarquerait pour quitter
la Colonie ; mais cet expédient n'eut
pas tout le succès qa'on en attendait;
il ne fit que changer la situation respective des partis, sans pour cela les
apaiser; c'est-à-dire que les Blancs firent éclater la joie queleur causait ce --- Page 213 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 175
départ, tandis que le morne silence 7
dès-lors parmi les hommes
qui régna
combien ils redonde Couleur, montra
taient les suites de cet événement qui
annoncer assez clairement
paraissait
à maintenir
que Yon était pen. disposé
l'égalité qu'ils avaient acquise au prix
de tant de sacrifices. "Tandis que la
haineét la crainte faiatent-firmenter
les esprits; la fièvrejanne continuait à
faire des ravages terribles. Ces malade la
dies (1), dit le général Pamphile
Croix,s prirent tout-d-coup un caracsire
'pour: ne pas
5 1 tère effrayant, que,
lenrs
il fallat renon-
>. afficher
ravages,
les! derniers honneurs
* 5 cer. à rendre
faisaient
5 aux morts: Des toinbereaux
:
rondes
: ils
y
à minuit leurs
lugubres
C f:
de la fièvre jaune,
() M. Les général parle
même
ct du mal de Siam qui avait éclaté en
temps, ct qui n'était pas muins redoutable. --- Page 214 ---
RÉSUM
p. ramassaient 9 pendant la nuit, 2 les *
> morts qu'on mettait aux portes des
>> maisons. >
L'armée française diminuait sensiblement; chaque jour un grand nombre
de ces braves soldats, respectés par le
canon, succombaient sous les efforts
réunis des celdouble, fléau; le général
en chef. était lui-même malade dans
l'ile del la Tortue, et le climat qui dévorait les enfans de la France semblait être le vengeur des Noirs. Cependant la tranquillité n'était point troublée; mais ilé était facile. de.voirqu'elle
ne tarderait: pas à l'être : Toussaint
avait dait. dire au capitaine -général
que les cultivateurs refusaient de, lui
obéir, et les Noirs disaient hautement
quela guerre recommencerait bientôt.
Le général Leclerc
9 craignant l'influence du chef noir, effrayé d'ailleurs
par les bruits qui cireulaient, et - les
. Cependant la tranquillité n'était point troublée; mais ilé était facile. de.voirqu'elle
ne tarderait: pas à l'être : Toussaint
avait dait. dire au capitaine -général
que les cultivateurs refusaient de, lui
obéir, et les Noirs disaient hautement
quela guerre recommencerait bientôt.
Le général Leclerc
9 craignant l'influence du chef noir, effrayé d'ailleurs
par les bruits qui cireulaient, et - les --- Page 215 ---
DE L'HISTOIRE DE s.-DOMINGUE, 177
continuels des maladies conprogrès
décimaient son armée 5
tagieuses, qui
semparant dc. la personne
crut qu'en
d'un seul
de Tonssaint, il détruirait
de la sédition : il falcoup.le germe
frapper ce coup
lait un prétexte pour
lettre
d'autorité ; On le trouva. Une
Toussaint écriassez insignifiante que
avait été son
vait à Fontaine 1 qui
aide-de-camp, fut interceptée, et,
forcées 2 on
à force d'interprétations
prétendit y trouver la preuve d'une
conspiration ourdie par l'ancien chef
de la Colonie, dont P'arrestation fut ormais l'énergie
donnée sur-le-champ;
qu'avait montrée cet homme, le rendait
crut devoir emsi redoutable, qu'on
lP'adresse plutôt que la force,
ployer
de lui. Invité par des
pour s'emparer
généraux français à se rendre parmi
les aider à cantonner leurs
eux pour
d'une manière convenable 2
troupes --- Page 216 ---
RÉSUMÉ
Toussaint quitta son habitation,
5 accompagné senlement d'une vingtaine
d'hommes; arrivé dans l'endroit désigné, il se sépara de son escorte et entra dans Thabitation où se trouvaient
les officiers supérieurs qui lui avaient
demandé ses services; mais à peine eutil pénétré dans la salle oi les officiers
français étaienti rassemblés, qu'un aidede-camp, nommé Ferrari, lai présentant le bout d'un pistolet, lui demanda
son épée, en le menaçant de lui brûler
la cervelle s'il faisait un monvement
pour se défendre. Tonssaint obéit sans
proférer une plainte, et il fut aussitôt
conduit à bord du Héros, qui fit immédiatement voile pour la France. Cet
homme, que son propre mérite avait
porté à un si hant degré
d'élévation, ne
fut pas, dans cette circonstance, traité
avec tous les égards et le respect dà au
malheur. Sa famille avait été embarquée --- Page 217 ---
DE s.-DOMINGUE. 179
DE L'RISTOIRE:
maisce fàt en vain
surle même vaisseau;
sollicita la permission de la voir
qu'il
: on refusa de le
pendant la traveisée
laisser une seule fois sortir de sa chambre, à la porte de laquelle une sentinelle se tenait constamment.
à Brest, Toussaint fut conDébarqué
duit au fort deJoux, et quelque temps
transféré à Besançon, oà on le
après
dans un cachot sombre et humide.
jeta
cet inforMalgré sa forte constitution,
résister long-temps à un
tuné ne put
parcil traitement; il tomba dangereuct, loin de penser à le
sement malade,
secourir, on ne songea qu'à mettre tout
l'engager à découvrir
en usage pour
trél'endroit oi il avait fait cacher ses
bien autre chose que
sors. < J'ai perdu
> des trésors! > Ce fut la seule réponse
l'on pnt obtenir. Enfin cet homme
que
accoutumé à vivre sous un
supéricur,
cicl dc feu, mourut de froid dans son
parcil traitement; il tomba dangereuct, loin de penser à le
sement malade,
secourir, on ne songea qu'à mettre tout
l'engager à découvrir
en usage pour
trél'endroit oi il avait fait cacher ses
bien autre chose que
sors. < J'ai perdu
> des trésors! > Ce fut la seule réponse
l'on pnt obtenir. Enfin cet homme
que
accoutumé à vivre sous un
supéricur,
cicl dc feu, mourut de froid dans son --- Page 218 ---
RÉSUMÉ.
cachot au commencenent d'avril1803;
l'amour de la liberté, qui en avait fait
un héros, en fit un martyr. Avec peu
de connaissances acquises, Toussaint,
par la seule force de son génie, s'était
élévé bien au-dessus deslommes de son
siècle; la méditation qui, chez lui, avait
remplacé l'étude, lui avait aussi élevé
l'âme : la dignité aveclaquelle ilsupporta le malheur, fut aussi grandeque' celle
qu'il lavaitmontréeau sein des honneurs
et desrickesses. ( En me renversant,dit-
> ilquelquetempsajant sa e mort, on n'a
> abattu à S.-Domingue que le troncde
> l'arbre de la liberté des Noirs; il re-
)) poussera parses racines, parcequ'elles
>> sont profondes et nombreuses.>
Ces paroles étaient prophétiques
ainsi que les événemens ne tardèrent
pasàle pronver. Ceshommes, queToussaint avait tant de fois menés à la victoire ; ces infortunés, ,auxquels on refu- --- Page 219 ---
DE L'HISTOIRE: DE S.-DOMINGUE.
sait! le titre d'hommes, 7 et qui avaient
tant de fois versé leur sang pour recoula liberté qu'on ne
vrer et conserver
la liberpouvait leur ravir sans crime;
incoercible comme lair, 7 et aussi
té,
nécessaire aux nations; ces hommes;
confiance ils dedis-je, savaient quelle
avoir désormais dans les provaient
et les sermens de leurs implamesses
ncn
cables ennemis; ils ne pouvaient
oublier ce que leur chef leur avait
plus
un
répété tant de fois en leur.montrant
votre liberté! ) En effet 1
fusil: ( Voila
c'était par les armes, et seulement
moyen que les Noirs pouvaient
par'ce
: l'événeconquérir leuri indépendance
leur attitude ferme;
ment a prouvé que
surtout le
et
leurs réponses énergiques,
de
sur lequel ils se sont tepied
guerre
seuls connus
constamment, pouvaient
vaincre les Blancs, et lcs forcer de convenir que, pour avoir l'épiderme noirs
--- Page 220 ---
RÉSUMÉ
on n'est pas moins digne de porter. le
nom d'hommes.
Mais avant que d'arriver à ce jour
d'alliance et de paix, nous avons encore à tracer plus d'un lugubre tableau.
Quelque pénible que soit cette tâche,
nous la remplirons avec courage : heureux, - lorsque le récit d'une belle action
nous fera oublier, au moins pour un instant, la longue suite d'horribles
massacres dont se compose presque entièrement P'histoire de ce malheureux
pays!
Do,
moins digne de porter. le
nom d'hommes.
Mais avant que d'arriver à ce jour
d'alliance et de paix, nous avons encore à tracer plus d'un lugubre tableau.
Quelque pénible que soit cette tâche,
nous la remplirons avec courage : heureux, - lorsque le récit d'une belle action
nous fera oublier, au moins pour un instant, la longue suite d'horribles
massacres dont se compose presque entièrement P'histoire de ce malheureux
pays!
Do, --- Page 221 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMLINGUE.
V
wu
SEPTIÈME PÉRIODE.
recommence avec fureur. -
La gucrre
Leclerc.
L'AngleMort du général
la
à la France. -
terre déclare guerre
Evacuation de l'ile par les Français.
Dessalines est nommégouverneur.
L'ARRESTATION de Toussaint n'avait
paru faire une grande sensation
pas
le nommé Fontaine,
parmi les Noirs;
auquel était adressée la lettre quiavait
motivé la conduite du capitaine-général
-
envers le chef noir, futaussi arrêté dans
le même temps, et fusillé sans que les
la moindre douNègres en marquassent
leur; mais il était assez raisonnable de
penser que cette indifférence apparente
cachait des projets hostiles. Le général
Leclere, qui s'occupait S
d'une nouvelle --- Page 222 ---
RESUMÉ
organisation de la Colonie, fut bientôt
effrayé de la faiblesse à Jaquelle l'épidénie avait réduit son armée; il crut
qu'il serait plus en sûreté lorsque les
hommes qu'il craignait seraient sans
armes, et il ordonna le désarmement
des Nègres; ; mais cette mesure ne fit que
hâterl l'événementq qu'on redoutait; l'insurrection éclata sur plusieurs points
en même temps; on recommença à SC
battre avec fureur, et les prisonniers
furent traités avec autant et peut-être
plus de cruauté que dans les premiers
temps. Les généraux noirs qui s'étaient
soumis au capitaine-général, voyant les
Français s'affaiblir de jour en jour, profitèrent de ce moment pour secouer le
joug qu'ils ne supportaient qu'avec
peine. Christophe, Dessalines et Clairvaux se mirent de nouveau à la tête des
révoltés, auxquels plusieurs bâtimens
anglais avaient apporté des armes et --- Page 223 ---
UE. 185
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMING
L'armée française recedes munitions.
mais
vait de fréquens envois de troupes;
la peste détruisait ces renforts presque
aussitôt leur arrivée. Plus lépidémie
faisait de ravages, plus la rage de ceux
semblait s'accroitre :
qu'elle épargnait
distincsans
les Français égorgeaient,
ni de sexe, tous les Noirs
tion d'àge
mains; chatombaient entre leurs
qui
centaines de ces malque jourplasicurs
dans les tortures;
heureux périssaient
loin d'intimider les
mais ces moyens,
qu'à les exciter au
Nègres, ne servirent
carnage, et ils faisaient,par: représailles,
endurer les / plus cruels supplices aux
Blancs dont ils pouvaient s'emparer.
fut bientôt réduite à
L'armée française
un tel état de faiblesse, que les Noirs
successivement les places les
prirent
évéplus importantes dela Colonie.Ces
nemens semblèrent rendre plus mauvaise encore la santé du général Leclerc,
*
is ces moyens,
qu'à les exciter au
Nègres, ne servirent
carnage, et ils faisaient,par: représailles,
endurer les / plus cruels supplices aux
Blancs dont ils pouvaient s'emparer.
fut bientôt réduite à
L'armée française
un tel état de faiblesse, que les Noirs
successivement les places les
prirent
évéplus importantes dela Colonie.Ces
nemens semblèrent rendre plus mauvaise encore la santé du général Leclerc,
* --- Page 224 ---
RÉSUMÉ
déjà fortaffaiblie; il vit clairementqu'it
lui était désormais impossible d'atteindre le but de l'expédition dont il
était le chef, et le chagrin qu'il en
ressentit rendit son mal incurable : il
mourutle ier. novembre 1 1802, malgré
tous les secours qui lui furent prodigués. La mortalité était si grandealors,
que le général Pamphile de Lacroix,
obligé d'évacuer le Fort-Dauphin pour
revenir aux Cap-Français, perdit, en
moins de trois jours que dura la traversée, soixante-six hommes sur deux
cent cinquante.
Madame Leclerc 2 qui avait suivi
son mari à Saint - Domingue, 2 était
partie pour la France, 9 emportant avec
elle les dépouilles mortelles du capitaine-général : le général Rochambeau
prit le titre de commandant en chef.
Ce général auquel on reprochait beaucoup de cruauté était encore plus exé- --- Page 225 ---
DE S.-DOMINGUE. 187
DE L'HISTOIDE
ne l'avait été Leclerc
cré des Noirs, que
qui avaient choisi
(1) Les insurgés,
leur chef, se. battaient
Dessalines pour
extraordinaire.
avec un acharnement
la ville du Cap-FranCraignant pour
jusqu'aux portes de laquelle les
çais,
Voici cC que nous lisons dans un ou-
(1)
titre : histoire de la Cavrage ayant pour
tastrophe deSaint-Domingue.
Pour signaler son arrivé au Port-aua
la nature dc
> Prince, et y faire pressentir
avait
il
>> son
proconsulat, (Rochambeau)
les dames Haitiennes à un bal préD invité
Quelle fut leur
> paré au gouvernement.
salle toute
d'entrer dans une
> douleur.,
de noir, ornée de crépes lugubres,
> tendue
funéraires. Elles
> ct éclairée par des torches
de témoigner à ce
D nc purent s'empécher
leur émotion. Eh bien ! vous pensicz,
> tigre
bal
c'est à votre
> leur dit-il, venira un
paré;
vous ai invitées; et
> enterrement que je
> j'en ai voulu faire Ics frais. --- Page 226 ---
RÉSUMÉ
Nègres poussaient leurs excursions,
Rochambeau rassembla dans les environs de cette capitale la plus grande partie de-ses troupes ; mais 9 attaqué par Dessalines, il fut contraint
d'abandonner le champ de bataille 2
après avoir perdu beaucoup de monde. Pour,se venger de sa défaite, il fit
égorger cinq cents Noirs qu'il avait
faits prisonniers 1 ; et Dessalines, dont
la cruanté ne le cédait en rien à celle
de son adversaire, fit pendre tous les
Français qu'il put saisir. Le nombre
des victimes finit par devenir si considérable, qu'on fut obligé d'inventer
de nouveaux supplices. On fit venir
de Cuba des chiens dressés à la chasse
des Nègres qu'ils dévoraient avec une
férocité extraordinaire. CC On eut recours, >> dit l'auteur - que nous venons
de citer (1), CC aux noyades et aux
(1) Catastrophe de Saint-Dominguc,
aire, fit pendre tous les
Français qu'il put saisir. Le nombre
des victimes finit par devenir si considérable, qu'on fut obligé d'inventer
de nouveaux supplices. On fit venir
de Cuba des chiens dressés à la chasse
des Nègres qu'ils dévoraient avec une
férocité extraordinaire. CC On eut recours, >> dit l'auteur - que nous venons
de citer (1), CC aux noyades et aux
(1) Catastrophe de Saint-Dominguc, --- Page 227 ---
DE S.-DOMINGUE. 189
DE L'HISTOIRE
Nile sexe 2 ni l'enfance, ni
D bichers.
ne trouvaient grâce aux
> la vieillesse
de ce
( Rocham5>
démoniaque
yeux
Maurepas fut cOu-
> beau). Le général
à bord d'un
oi, après
>
duit
vaisseau,
été amarré au grand mât, 7 on
>> avoir
des
sur ses épaules,
> fixa
épaulettes
3> et sur sa tête un vieux chapeau de
avec des clous tels que ceux
>> général,
l'on
à la construction
>) que
emploie
bâtimens. Au lieu de bi53 des gros
à
on en inventa d'u-
> teaux soupape,
autre
où les victimes des
> ne
espèce,
deux
entassées les unes sur
>>
sexes, 2
élouffées par
> les autres, expiraient
du souffre. >> Voici ce
S> les vaj peurs
le même écrivain raconte des chiens
que
qu'on avait fait venir de Cuba.
S Bientôt ces animaux sont stylés à
on lesdestine: une diè-
>) l'usage auquel
calculée, irrite encore
>> tesavamment
>> leur voracité naturelle. Dumoment --- Page 228 ---
RESUMÉ
>> qu'on lesajugés suffisamment
prépa-
>> rés, on annonce avec solennité le
>> jour, l'heure, l'instant affreuxoiune
> créature humaine, par la seule rai-
>) son qu'il a plu au ciel de la revêtir
> d'un épiderme noir, va être exposé
> dans l'arène au sanglant essai de ces
> monstres. Toute la ville du
Cap ac-
> court à ce spectacle; des banquet-
>> tes sont préparées autour d'un am-
>> phithéâtre élevé dans la cour du
>> couvent des Religicuses, qui rappelle
> les cirques ensanglantés des Romains:
>> on s'y précipite, on s'empresse d'y
>> prendre place - 0
a Le signal
>> est donné 3 et déjà le patient est
3> trainé en pompe vers le fatal
poD> teau; comme si, dans cet état de
> nililité, on redoutait encore qu'un
> miracle du ciel
s'opérât en sa fa-
> veur, il est fortement attaché,
ct,
>> pour ainsi dire, cloué à un gibet.
ensanglantés des Romains:
>> on s'y précipite, on s'empresse d'y
>> prendre place - 0
a Le signal
>> est donné 3 et déjà le patient est
3> trainé en pompe vers le fatal
poD> teau; comme si, dans cet état de
> nililité, on redoutait encore qu'un
> miracle du ciel
s'opérât en sa fa-
> veur, il est fortement attaché,
ct,
>> pour ainsi dire, cloué à un gibet. --- Page 229 ---
DE S.-DOMINGUE. 191
DE L'HISTOIRE
des piqueurs actifs agacent:
> Aussitôt
les enles excitent,
> leurs meutes,
tantôt en les rapprochant,
> Aamment,
de leur proie.
>) tantôt en les éloignant
on s'est assuré que la rage
) Quand
on les
est à son comble,
>> des dogues
devenu leur
>> lâche contre LHOMME
instant,
.
0 Au même
> pâture.
acharnés
d'autant plus
>> les chiens,
leur ardeur avait été plus long-
> que
s'élançant sur
>) temps comprimée,
fondent à la fois surton-
> leur curée,
et le di-
> tes les parties de son corps,
à
mienx mieux.>
>) lacèrent qui
Il serait inutile de consigner ici queldes réflexions pénibles que
ques-unes
atrocifait naitre le récit de pareilles
tés les faits parlent assez haut: ils
;
les passions
prouvent assez jusqu'ou
ravaler la diguité de Phomme.
peuvent
Vintention du général
Il parait que
en chef était d'exterminer la race en- --- Page 230 ---
RÈSUMÉ
tière des Noirs qu'il était impossible de -
soumettre, et il comptait sur les renforts qu'on lui enverrait pour atteindre ce but sanguinaire ; mais ces renforts, quelque considérables qu'ils fus-.
sent, ne pouvaient compenser les per-.
tes que la peste et l'insurrection faisaient éprouver aux Européens.
Dessalines 1 après avoir livré aux
Français plusieurs combats dans. lesquels il avait toujours été vainqueur,
s'était avancé jusques sous les murs du
Cap-Français, etil se disposait à faire.le
siége de cette ville, lorsque l'Angleterre, rompantle traité d'Amiens (1803),
envoya une escadre sur les côtes de
Saint-Domingue. Dessalines : 9 profitant
de cette circonstance pour forcer les
Français dans leurs derniers retranchemens, proposa aux Anglais de faire
cause commune, ce qui fut accepté 5
de sorte que les débris de l'armée que
murs du
Cap-Français, etil se disposait à faire.le
siége de cette ville, lorsque l'Angleterre, rompantle traité d'Amiens (1803),
envoya une escadre sur les côtes de
Saint-Domingue. Dessalines : 9 profitant
de cette circonstance pour forcer les
Français dans leurs derniers retranchemens, proposa aux Anglais de faire
cause commune, ce qui fut accepté 5
de sorte que les débris de l'armée que --- Page 231 ---
DE S,-DOMINGUE. 193
DE L'HISTOIRE
commandait le général Rochambeau, 2
menacésà la fois spar terre et par mer, et
continuant en outre d'être en proie aux
dc la peste, ne voyaient d'esravages
de salut que dans une capitulation.
poir
cependant, soit qu'iln'atRochambeau,
des Noirs qui patendit aucun quartier
décidés à exterminer leurs
raissaient
ennemis; soit qu'il comptât encore sur
P'arrivée de nouveaux renforts gue la
de l'escadre anglaise rendait
présence
impossible, conticependant presque
nuait à se défendre avec autant de coul'étroit
rage que de talent; et, malgré
blocus établi autour de lui, il ne semblait
disposé à se rendre. La garnipas
d'être
son en vint bientôt au point
obligée de tucrles chevaux qui se trouvaient dans la ville pour en. faire sa
nourriture.I.été de 1803 se passa dela
sorte, et ce ne fut que vers la fin de
novembre que le général en chef offrit
--- Page 232 ---
RÉSUMÉ
de capituler. Dessalines accepta les
conditions qu'on lui proposa, d'après
lesquelles, Ja garnison française devait
évacuer la place et les forts, s'embarquer sur la flotte qui se trouvait dans
le port, et partir pour la France. Mais,
si ces conditions avaient paru convenables à Dessalines, il s'en fallut
que
les Anglais les trouvassent a de leur
goût; ils exigérent que les vaisseaux
français se rendissent à l'escadre qui
bloquait le hâvre du Cap-Français, ct
la garnison fut obligée d'y consentir
pour ne pas être anéantie par le canon
de Dessalines, qui, maitre de la ville,
se disposait à couler tous les vaisseaux
qui étaient dans le port. Rochambeau
seul, parvint à s'échapper sur un léger
bâtiment. Ainsi, ce général, qui, indépendamment de l'armée dont le commandement lui était échu après la mort
de Leclerc 2 avait encore reçu vingt --- Page 233 ---
DEI'isTomE DE S.-DOAIINGUE. 195
mille hommes de renfort, nc rapporta
la nouvelle de la déen France que
même
faite la plus complette, qui,en
enlevait à la métropole
temps qu'elle dont la valeur lui eût
tant de braves
de sa
été si nécessairé, la déponillait
dans le Nouveauplus riche possession
avaient
Monde. De tant de légions qui
la France pour venir combattre
quitté
dévorantde Saint-Dominsousle solcil
restait
faible détachegue, il ne
qu'an
plusieurs
ment qui se maintintpendant:
de l'ile.
années dans la partie espagnole
Après le départ des Français, SaintDomingue sC trouva sous la domination
de trois généraux noirs, Dessalines,
Christophe et Clervaux, qui publièrent
dans laquelle ils cherune proclamation
violens
chaient à justifier les moyens
combattre
qu'ils avaient employés pour
leurs ennemis.
On nc saurait jeter assez de jour sur
achegue, il ne
qu'an
plusieurs
ment qui se maintintpendant:
de l'ile.
années dans la partie espagnole
Après le départ des Français, SaintDomingue sC trouva sous la domination
de trois généraux noirs, Dessalines,
Christophe et Clervaux, qui publièrent
dans laquelle ils cherune proclamation
violens
chaient à justifier les moyens
combattre
qu'ils avaient employés pour
leurs ennemis.
On nc saurait jeter assez de jour sur --- Page 234 ---
RÉSUMÉ
des événemens encore trop récens
pour
être bien jugés; ce n'est
qu'après un
long espace de temps, et lorsque plusieurs générations se sonts succédées,
que
l'on peut avec assurance émettre son
opinion. Jusque-li, il est convenable
de laisser parler lcs faits, et d'être SObres de réflexions : nous rapporterons
donc, autant que nous le permettra le
cadre resserré de cet ouvrage, les pièces
authentiques que nous pourrons rassembler. La proclamation dont nous
venons de parler, pouvant donner une
idée de Phorreur que les Noirs avaient
conçue pour l'esclavage 3 et montrer
combien , en quelques années 1 2 beaucoup d'entre eux s'étaient élevés audessus de leur condition
primitive :
nous la copions littéralement.
( L'indépendance de St.-Domingue
>> est proclamée. Rendus à notre
pre-
> mière dignité 2 nous avons recouvré --- Page 235 ---
DE S.-DOMINGUE, 197
DE L'HISTOIRE
et nous jurons de neja-
> nos droits,
mais nous les laisser ravir par au-
>>
de la terre. Le voile
>> cune puissance
dédu
est maintenant
> affrenx préjugé
malkeur à ceux quiroseraient
> chiré!
ses lambeaux sanglans !
> réunir
de Saint-Domingue,
> Propriétaires
errez dans des contrées étranges qui
notre indépen3> res 7 en proclamant
nous ne vous défendons pas
>> dance,
biens: loin de
>> de rentrer dans vOs
Nous sa-
>> nous cette pensée injuste!
est parmi vous dés hom-
>> vons qu'il
anciennes
ont abjuré leurs
>> mes qui
renoncé à leurs folles pré-
>) erreurs,
de la
et reconnu lajustice
> tentions,
versons
nous
>> cause pour laquelle
douze années.
> notre sang depuis
Nous traiterons en frères ceux qui
>>
aiment : ils peuvent compter
>> nous
anitié,
notre estimé et notre
>) sur
nous. Le
> et revenir habiter, parmi
* --- Page 236 ---
RESUMÉ
>> Dieu qui nous protége, le Dieu des
> hommes nous ordonne de leur ten-
> dre nos bras victorieux. Mais,
pour
> ceux qui, enivrés d'un fol orgueil,
) esclaves intéressés d'une prétention
> criminelle, sont assez aveugles
pour
>> se croire des êtres privilégiés
et
> pour dire que le ciel les a destinés à
> être nos maitres et nos tyrans, qu'ils
>> n'approchent jamais du rivage de
>> Saint-Domingue; ils n'y trouveraient
> que des chaînes ou la déportation.
> Qu'ils demeurent où ils sont! qu'ils
>> souffrent les maux qu'ils ont si bien
>) mérités ! que les gens de bien, de la
> crédulité desquels ils ont trop long-
> temps abusé, 9 les accablent du poids
> : de leur indignation
> Nousavonsjuré de punirquiconque
>> oserait nous parler d'esclavage. Nous
>> serons inexorables, peut-être même
> cruels envers tous les militaires qni
ou la déportation.
> Qu'ils demeurent où ils sont! qu'ils
>> souffrent les maux qu'ils ont si bien
>) mérités ! que les gens de bien, de la
> crédulité desquels ils ont trop long-
> temps abusé, 9 les accablent du poids
> : de leur indignation
> Nousavonsjuré de punirquiconque
>> oserait nous parler d'esclavage. Nous
>> serons inexorables, peut-être même
> cruels envers tous les militaires qni --- Page 237 ---
L'HISTOIRE DE S.- DOMINGUS. 199
DE
la mort ct
nous apporter
) viendraient
et tout
Rien ne coûte,
> la servitude.
hommes à qui lon
à des
) est permis
de tous les biens.
premier
) veutravirle couler des flots de sang;
5 Qu'ils fassent
défendre leur
> qu'ils incendient pour
les sept huitièmes du globe,
> liberté,
devant Dieu, qui
) ils sont innocens
les voir
n'a
créé les hommes pour
D
pas
honteux.
5) gémir sous un joug
qui
dans les divers soulèvemens
> Si,
dont nous
> ont eu lieu, des Blancs,
n'avions
à nous plaindre, ont péri
x
pas
de
de la cruauté
quelques
5 victimes
soldats on cultivateurs trop aveuglés
>
le souvenir de leurs maux passés
) par
hules propriétaires
D) pour distinguer
l'étaient
> mains de ceux qui ne
pas,
sincèrementleur: mal-
> nous déplorons
à la face
sort, et déclarons,
n heureux
ont
D de Punivers, que ces meurtres
nous. Il était inD été conmis malgré --- Page 238 ---
RÉSUMÉ
>> possible, dans une crise seniblable à
> celle où se trouvait alors la Colonie,
>) de prévenir ou d'arrêter ces désora dres. Ceux qui ont la moindre conS naissance de T'histoire, savent
qu'un
>) peuple, fat-il le plus policé de la
> terre, se porte à tous les excès lors-
>> qu'il est agité par les discordes ci-
> viles, et que les chefs, n'étant
> puissamment secondés,
pas
ne peuvent
> punir tous les
coupables, sans renD contrer sans cesse de nouveaux obs-
> tacles. Mais aujourd'hui que l'aurore
>> delap paix nous preageuntompumoins
>> orageux, et que le calme de la victoire
> asuccédéaux désordres d'une
guerre
> affreuse, St.-Domingue doit
S
prendre
un nouvel aspect,et son gouvernement
> doitêtre désormais
>
celuidelajustice.
Donné squanier-gindeiduton-
>> Dauphin, le 29 novembre 1 803.
> Signé DESSALINES, CRISTOPHE,
3 CLAIRYAUX, >
>> delap paix nous preageuntompumoins
>> orageux, et que le calme de la victoire
> asuccédéaux désordres d'une
guerre
> affreuse, St.-Domingue doit
S
prendre
un nouvel aspect,et son gouvernement
> doitêtre désormais
>
celuidelajustice.
Donné squanier-gindeiduton-
>> Dauphin, le 29 novembre 1 803.
> Signé DESSALINES, CRISTOPHE,
3 CLAIRYAUX, > --- Page 239 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMIINGUE. 201
Immédiatement après la publication
fut décidé que
de cette procanation,ilf
l'ile, désormais indépendante, ne porterait plus le nom de Saint-Domingue,
celui d'Haiti.
et qu'elle reprendrait
Déjà, depuis long-temps, Dessalines
exerçait les fonctions de gouverneur; ;
de fait, lui fut
ce titre, qu'il possédait
conféré le 1cr, janvier 1804, par tous
les généraux sous ses ordres; d'après la
déclaration de tous ces chefs réunis aux
Gonaives, Dessalines putjonir, pendant
d'un
souverain, et il fut
sa vie,
pouvoir
décidé qu'il aurait le droit de choisir
son successeur : l'année 1804 fut appelée l'an 1er, de l'indépendance, et l'on
s'occupa avec activité de T'organisation
du gouvernement.
Ainsi, après avoir chassé les Français
de Saint-Domingue, les Nègres, qui
avaient fait tant de sacrifices pour conquérir leur liberté, qui avaient versé --- Page 240 ---
RÉSUMÉ
tant de sang, et qui avaient supporté
tous les maux qui peuvent affliger l'humanité, se donnèrent pour maitre l'homme le plus cruel de leur race. En mêmé
temps que Dessalines promettait d'oublier le passé, et d'accorder une égale
protection à chacun, il méditait de nouveaux massacres, et nous aurons bientôt
à parler de nouvelles catastroples organisécs et long-temps méditées par cet
homme sanguinaire, qui offrit sa protection aux Blancs, en même temps
qu'iljurait d'extérminer jusqu'au dernier de ces hommes. Nous parlerons
aussi, dans notre huitième période, de
la vie privée de ce chef noir, qui à la
cruauté d'un sauvage joignait tous les
vicesauxquels la civilisation donnenaissance.
Cependant, malgré les maux qui accablaient la population, ou peut-être à
cause de ces maux, l'indépendance de f --- Page 241 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE 203
Saint - Domingue se consolidait; une
nouvelle vie avait commencé pour ces
hommes, qui semblaient avoir changé
de nature : il était facile de prévoir
leurs destinées; et le petit nombre
d'hommes dont le malheur n'avait pas
éteint ou amortiles passions, pouvaient
seuls espérer de voir rentrer ce pays
sous la domination de la France. Plus
d'un exemple nous a prouvé que l'esclavage enfante des héros 3 et il faut que
l'aveuglement des oppresseurs soit bien
grand, puisqu'ils ne voient pas que leur
inévitable destin est d'êtrerenversés par
les opprimés. --- Page 242 ---
: D in à
/0 032 ailyrpon
12 T)
1.r
PAPA Ti: 90702 ab
1 0
goairasb atwol.
Bst
s1 Job aonguo:ts
Poanrt
ie porraatabl
#RI 9 wott II
55 ropa albis
antt.sml al 95 a afoalants Alaupa
gup Briw 11 sliit lgoz noto
we hashil las a0130.3 an! à- Amyal
asit fioe Efa eu 1D 30b heam auirat
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Bst
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asit fioe Efa eu 1D 30b heam auirat A0X
* a DEiN r T --- Page 243 ---
1'HIST. DE S.-DOM. 205
RESUMÉ DE
V
HUITIÈME PÉRIODE.
de
Massacre des Français. - Campagnes
Dessalines. 1 - Dessalines empereur.
Le
est parSa mort
gouvernement Christophe ct
tagé entre deux chefs,
Pétion.
passé si rapiCET homme, quiavait
au pouvoir, eut
dement de l'esclavage
soufbientôt oublié les maux qu'il avait
condition. Après
ferts dans sa première
avoir tant de fois enflammé le courage
des Noirs par les mots d'indépendance
il songea à leurravir cette
et de liberté,
avaient tant
liberté pour laquelle ils
combattu, et il offrit aux Anglais de
leur acheter tous les Nègres qu'ils pourA la côte de Guinée.
raient se procurer
mesure
Pour dissimuler ce que cette
*18 --- Page 244 ---
RÉSUMÉ
avait d'odieux, il alléguait le besoin
qu'ilavait de soldats, et la difficulté de
recruter son armée dans l'ile, dont la
guerre et les massacres avaient beaucoup diminué la population; il disait
que, soit qu'il achetât ou non des Negres aux Anglais, on n'en ferait
moins la traite, et qu'il était
pas
plus convenable d'en faire des soldats que d'en
laisser faire des esclaves. Mais les soldats de ce chef étaient-ils autre chose
que.des esclaves? Pouvaient-ils être
autre chose, alors qu'on les vendait
comme des bêtes de somme?
Malgré la proclamation
Dessalines
par laquelle
promettait une égale protection à tous les habitans de l'ile,
quelle
que fat leur couleur 7 les Français, qui
connaissaient la férocité de ce chef,
n'étaient pas sans crainte ; il est même
certain qu'ils auraient quitté l'ile, s'ils
avaient pu espérer d'échapper à l'es- --- Page 245 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 207
cadre anglaise, qui n'eût pas manqué
de s'emparer des bâtimens sur lesquels
dans la triste
ils se seraient embarqués:
alternative de perdre tout co qu'ils posdu
ou de ressédaient en sortant
port,
de conserver leurs riter pour essayer
chesses, sous la domination de Dessalines, ils s'arrétèrent au dernier parti,
et se mirent ainsi à la discrétion de
devaient craindre le
l'homme qu'ils
plus.
Si rien n'est plus fragile que les promesses des hommes, c'est surtout lorsces hommes sont arrivés au pouvoir
que
qu'ils ambitionnaient, et que, maitres
absolus, ils peuvent être parjures avec
impunité. Non l seulement Dessalines
oublia bientôt qu'il avait promis sa protection aux Français restés dans l'ile ;
mais il excita ouvertement les Noirs au
massacre de ces infortunés. Voici une
devaient craindre le
l'homme qu'ils
plus.
Si rien n'est plus fragile que les promesses des hommes, c'est surtout lorsces hommes sont arrivés au pouvoir
que
qu'ils ambitionnaient, et que, maitres
absolus, ils peuvent être parjures avec
impunité. Non l seulement Dessalines
oublia bientôt qu'il avait promis sa protection aux Français restés dans l'ile ;
mais il excita ouvertement les Noirs au
massacre de ces infortunés. Voici une --- Page 246 ---
RÉSUMÉ
proclamation, danslaquelle l'âme féroce
de ce chef se montre à nu :
C Ce n'est point assez d'avoir chassé
>> de notre pays les barbares qui,
pen-
>> dant dess siècles, l'ontinondé desang,
>> ni d'avoir réprimé successivement les
> factions qui se laissaient éblouir
par
>> un fantôme de liberté que la France
> plaçait devant leurs yeux; il faut as-
>> surer, par un dernier acte d'autorité
>> nationale, la durée de l'empire de la
S liberté dans le pays qui nous a donné
>> naissance ; il faut ôter au gouverne-
> mentinhumain, quinous a tenusjusS qu'ici dans l'abrulissement le plus
> honteux, l'espoir de nous enchaîner
> de nouveau. Les généraux, qui ont
D dirigé nos efforts contre la tyrannie,
>> n'ont point achevé leur ouvrage. Le
>> nom français répand encore la tris-
>> tesse dans nos campagnes; et tout
>> nous rappelle les cruautés de ce peu- --- Page 247 ---
1'HISTOIRE DE S.-DONINGUE. 209
DE
barbare. Nos lois, nos coutumes,
) ple
Pempreinte de
>) nos villes, tout porte
France.
dis-je? il demeure
> la
Que
nous! vicD encore des Français parmi
ans, de notre
> times, depuis quatorze
vainet de notre clémence;
> crédulité
non
les armées françaises,
> cus,
par
artificieuse de
) mais par P'éloquence
enfin
serons-nous
) leurs agens, quand
las de respirer le même air qu'eux?
)
de commun avec ces
> Qu'avons-nous
cruauté,
) hommes sanguinaires?Leor
à notre modération, leur
) comparée
l'étendue des
) couleur à la nôtre,
séparent, notre climat
> mers quinous
tout nous dit
donne la mort,
) quileur
ne sont pas nos frè-
) clairement qu'ils
ne le deviendrontjamais,
) res, qu'ils
-
s'ils trouvent un asile parmi
> et que,
encore les ins-
) nous, ils se rendront
de
de nouveaux troubles et
) tigateurs
homdivisions. Citoyens,
> nouvelles
* --- Page 248 ---
RESUME
5 mes, femmes, enfans et vieillards,
5 jetez les yeux autour de vous; parA courez toute l'étendue de cette fle;
> cherchez-y vOs femmes, vos. époux,
S VOS frères, vos soeurs : que dis-je?
S cherchez-y VOS enfans à la mamelle,
> que sont-ils devenus? ? Au lieu de ces
> intéressantes victimes, l'oeil épou-
>> vanté ne voit que leurs assassins,
A dont la présence vous reproche votre
S insensibilité et la lenteur de votre
S vengeance. Que tardez - vous à apoi-
> serleurs mânes? Croyez-vous que vos
> cendres pourront reposer paisibleS ment dans le tombeau de VOS pères,
> si vous n'exterminez la tyrannie ?
>2 Irez-vous les joindre sans les avoir
> vengés? Non, leurs ossemens repous-
> seraient les vôtres. Et vous, géné3> raux intrépides, qui avez ressuscité
>> la liberté en prodiguant votre sang,
5 sachez que vous n'avez rien fait,
oi-
> serleurs mânes? Croyez-vous que vos
> cendres pourront reposer paisibleS ment dans le tombeau de VOS pères,
> si vous n'exterminez la tyrannie ?
>2 Irez-vous les joindre sans les avoir
> vengés? Non, leurs ossemens repous-
> seraient les vôtres. Et vous, géné3> raux intrépides, qui avez ressuscité
>> la liberté en prodiguant votre sang,
5 sachez que vous n'avez rien fait, --- Page 249 ---
DE S.-DOMINGUE. 21 1
DE L'HISTOIRE
si vous ne donnez aux nations un
)
mais juste, de la
> exemple terrible,
doit exercer un peuple
) vengeance que
liberté. Inti-
) vaillant qui recouvre sa
tenteraient de nous
> midons ceux qui
ravir encore, et commençons par
> la
tremblent en ap-
> les Français. Qu'ils
de nos côtes ! et dévouons
)) prochant
qui osera
) à la mort tout Français
cette terre de
> souiller de sa présence
> : liberté.
l'odieuse épi-
> Laissez aux Français
thète d'esclaves. Ils ont vaincu pour
>
suivons
: n'être plus libres. Pour nons,
autre route. Imitons ces nations
> une
regards dans l'aleurs
> qui, portant
de laisser à la pos-
) venir, et craignant
ont
de lâcheté,
) térité un exemple
aimé sacrifier leur vie, que
)) mieux
d'être rayés de la liste des nations
)
mais
Paix avec nos voisins ;
) libres.
:
: haine
> maudit soit le nom français --- Page 250 ---
RÉSUMÉ
> éternelle à la France. Voilà nos prin-
>> cipes. Jurez donc de vivre indépen-
>> dans, de préférer la. mort à tout ce
>) qui tendrait à vous placer sous lc
> joug; jurez de poursuivre sans reS lâche les ennemis de votre indépen-
>> dance. >
A cette proclamation, Dessalines en
fit succéder plusieurs autres, qui toutes
dévoilaient ses projets d'exterminer les
Blancs et de s'emparer de leurs biens.
Il est extraordinaire que les Français
n'aient pas alors cherché à éviter la
mort qui les menaçait si ouvertement;
mais, ce qui est incroyable, c'est l'extrême confiance qu'ils avaient en l'humanité des Noirs, en même tempsqu'ils
fiaitattoutpeerVatirerleurhaiec).
(1) C Aussitôt quc les Français furent ci-
> barqués, nous sentimes le besoin généreux --- Page 251 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOAINGUE.
continuait à
Cependant la tranquillité
reconnut qu'il falrégner, et Dessalines
montrer clémens envers ceux des
> de nous
blancs qui manifahirentlintenD hommes
tion devivre et de fraterniser avec nous $
>
condition de se conformer à
>> sous l'expresse
> nos lois età nos réglemens, et de nes'immisni indirectement dans
A cer ni directement
affaires du gouvernement. Un grand
D lcs
2 numbre nous ayant prété ce serment restènous; ; mais à peine ils furent
> rent parmi
à
à notresystême social,
> admis participer
voulurent envahir tous les emplois,
> qu'ils
> tournèrent nos institutions en ridicule,
affectèrent ces tonsd'arrogance ct de supéD riorité si
de la part des vaincus à
déplacés
D l'égard des vainqueurs, murmurèrent
contre T'autorité entre les
D hautement
> mains de laquelle Tadministration généD rale venait d'étre remise, et surtout blascontre lindépendance qui ve-
>> phémérent
> nait d'être décrétéc. Cessimptômes dc mé-
> tournèrent nos institutions en ridicule,
affectèrent ces tonsd'arrogance ct de supéD riorité si
de la part des vaincus à
déplacés
D l'égard des vainqueurs, murmurèrent
contre T'autorité entre les
D hautement
> mains de laquelle Tadministration généD rale venait d'étre remise, et surtout blascontre lindépendance qui ve-
>> phémérent
> nait d'être décrétéc. Cessimptômes dc mé- --- Page 252 ---
RÉSUMÉ
lait autre chose que des
proclamations
pour amener l'épouvantable
résultat
> contentement, bien loin de
>. - n'avaient excité
nous aigtir,
que notre indulgence,
parce que nous nous: ye étions
> la part de ces étres
attendus, de
> temps enracinés incorrigibles, si longdans lcs
> l'orgueil et des
principcs de
> ne fit point de préjugés, en sorte qu'on
cas de ces
s discrets.
mouvemens inD Bientôtl leur libre circulation s'établit
> ville en ville, de
de
plaines en
>
plaincs, de
montagnes en montagnes; ; les
rendus
agriculteurk
plus défians, plus -
> la possession d'un
ombrageux, par
objet si
s
chèrement
acheté,sapergurent de la mauvaise foi
> mécontens,
des
par leurs discours, leurs
s nuations et leurs
insi-
> en
promesses perfides, et
témoignérentdel
l'inquietude. D
(Catastrople de SaintDomingue.)
Ces accusations sont bien
ton de déclamation
vagues, et Ic
de cctte diatribc n'est --- Page 253 ---
DE L'HISTOIRE DE S--DOMINGUE. 215
qu'il désirait. Suivid'un certain nombre
de soldats qui lui étaient entièrement
dévoués, il entreprit de faire le tour de
lile et de faire massacrer tous les Français quilhabitaient € encore. Jamais massacre plus horrible ne fut exécuté avec
plus de sang froid; les prêtres etl les
médecins en furent seuls exceptés; on
procéda avec tant d'ordre et de soin à
cette sanguinaire exécution, qu'aucune
erreur ne futcommise. Tous les Blancs,
autres que les Français, furentnon-séulement épargnés, mais on les traita
avec une sorte de distinction; on plaça
rien moins quc convainquant; cependant il
faudrait ne pas connaitre les Français pour
nier qu'ily ait quelque chose de vrai dans
tout cela. Opprimés, ils avaient recours au
ridicule pour se venger ; c'est leur arme de
prédilection; et ils s'en servaient sans songer
qu'en pareil cas c'était jouerleur vie.
(Note de PÉditeur.)
urentnon-séulement épargnés, mais on les traita
avec une sorte de distinction; on plaça
rien moins quc convainquant; cependant il
faudrait ne pas connaitre les Français pour
nier qu'ily ait quelque chose de vrai dans
tout cela. Opprimés, ils avaient recours au
ridicule pour se venger ; c'est leur arme de
prédilection; et ils s'en servaient sans songer
qu'en pareil cas c'était jouerleur vie.
(Note de PÉditeur.) --- Page 254 ---
RÉSUMÉ
des sentinelles à la porte de leurs mai-
-adsl-p-heni@ratels même
aux officiers supérieurs de pénétrer
sous quelque prétexte que ce fut. Pendant la nuit du 20 avril, on n'entendit,
dans la ville du
Cap, que les : cris'des
victimes et le bruit que faisaient les satellites de Dessalines en enfonçant les
portes des maisons
occupées par les
Français: femmes, enfans, vieillards,
tout fut égorgé sans distinction. Cette
exécution barbare n'était pas chose
nouvelle à
Saint-Domingue: : l'histoire
d'aucun pays n'est souillée d'autantd'assassinats,et ce n'est pas sans répuguance
que notre plume retrace de pareils faits.
Mais s'il est du devoir de l'historien de
ne dire que la vérité, il doit aussi dire
toute la vérité : c'est une tâche d'autant
plus pénible que, quel que soit le sujet
qu'il se propose de traiter, la somme
des crimes est beaucoup plus forte
que --- Page 255 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DONHINGUE.217
celle des belles actions; mais cette tàche, il faut la remplir, ou quitter la
plume.
Ilestjuste de dire, pourtant,. que la
plus grande partie des Nègres, que la
plupart des généraux ne partageaient
point les sentimens - du gouverneur ;
quelques-uns deschefsdel'armée osèrent
même blâier ouvertement la conduite
de Dessalines; mais ce dernier, loin de
chercher à rejeter l'effroyable responsabilité qui pesait sur sa tête, se reconnut avec enthousiasme l'auteur des
nouveaux massacres.
C Oui, >> s'écrie-t-il dans une proclamation, CC oui, nous avons rendu aux
> Français guerre pour guerre, crime
) pour crime, outrage pour outrage;
)) oui, j'ai sauvé ma patrie, j'ai vengé
) l'Amérique. Je l'avoue avec orgueil
) à la face du ciel et de la terre. Que
) m'importe l'opinion de mes contem19 --- Page 256 ---
RÉSUMÉ
>> porains et des générations futures!
>> J'ai fait mon devoir; je jouis du té-
> moignage de ma conscience, cela me
> suffit
>Jeviens de prouver, par un exemple
> terrible, que la justice divine envoie
> tôt ou tard, sur la terre, des hommes
> d'une nature supérieure pour la des-
> truction et la terreur des méchans.
>> Tremblez donc, tyrans, usurpateurs,
> fléaux du Nouvean-Monde! nos poi-
> gnards sont aiguisés, votre châtiment
S) est prêt. >)
Malgré toutes les précautions que
l'on avait prises pour qu'aucune des
victimes désignées n'échappât au poignard des assassins, quelques centaines
del Français,queles premièrés proclamations du gouyernement avaient effrayés,
s'étaient retirés dans des asiles secrets, 2
et s'étaient ainsi soustraits â leurs bourreaux: ; Dessalines l'apprit et songea à
aiguisés, votre châtiment
S) est prêt. >)
Malgré toutes les précautions que
l'on avait prises pour qu'aucune des
victimes désignées n'échappât au poignard des assassins, quelques centaines
del Français,queles premièrés proclamations du gouyernement avaient effrayés,
s'étaient retirés dans des asiles secrets, 2
et s'étaient ainsi soustraits â leurs bourreaux: ; Dessalines l'apprit et songea à --- Page 257 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 219
faire tomber dans un nouveau piége la
lui était échappée. Il fit donc
proie qui
était satispublier que sa vengeance
faite;que, désormais, sa protection étnit
à tous les habitans de Tile,
acquise
fussent leur couleur et leur
quelles que
garantie de cette
origine; et que, pour
des cartes destreté seraient
protection,
délivrées à tous les Français qui se présenteraient à la parade où s'en ferait la
distribution. Les infortunés, croyant
les Noirs devaient être rassasiés de
qque
ne leur imcarnage, et craignant qu'on
putit à crime de ne pas avoir confiance
du gouverneur, se renen la promesse
lieu de
dirent à linvitation; ; mais, au
ils trouvèrent la mort:
cartes de'sireté,
des déà mesure qu'ils se présentaient,
tachemens de Noirs les enveloppaient,
et ils étaient fusillés sur-le-champ.
P Des flots de sang venaient de couler;
des milliers de victimes venaient d'ex- --- Page 258 ---
RÉSUME
pier, par une mort cruelle, le crime
d'être nées sous le ciel de la France;
mais l'ile d'Haiti contenait d'autres
Français que les poignards n'avaientpu
atteindre; nous voulons parler du petit
nombre de soldats qui, retirés dans la
partie espagnole, étaient parvenus à s'y
maintenir. Dessalines pensa qu'il hui
serait facile de soumettre cette partie de
l'ile à sa domination; ; il crut qu'il lui
suffirait d'employer les menaces pour
atteindre ce but; mais comme il savait
que les Espagnols faisaient cause commune avec les Français, ils s'adressa d'abord aux premiers.
C Espagnols, disait-il dans une pro-
>> clamation, vous à quije ene'm'adresse
>> que parce que, je veux vous sauver; ;
) vous qui, pour vous être rendus cou-
>> pables d'évasion, ne vivrez bientôt
> qu'autant que ma clémence daignera
> vous épargner, il en est temps en- --- Page 259 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 22E
) core, abjurez une erreur qui peut
) vous être funeste; rompez toute liai-
) son avec mon ennemi, si vous voulez
) que votre sang ne soit pas confondu
> avec le sien.. Jc vous donne quinze
) jours, à dater de cette notification,
> pour vous ralliersous mes étendards.
) Vous savez ce dont je suis capable;
D songez à votre salut. Recevez le ser-
) ment queje fais ici de veiller à votre
>> sûreté personnelle, si vous profitez
P de cette occasion de vous montrer
) - dignes d'étre admis au nombre des
) enfais d'Haiti.
Dessalines avait trop souvent violé
ses promesses; il s'était trop souvent
fait un jeu du parjure, pour que cette
proclamation produisit l'effet qu'il en
attendait; loin d'engager les Espagnols
à se séparer des Français, les menaces
du chef noir les engagèrent à sc tenir
sur leurs gardes; ils sentirent qu'il était
*
itez
P de cette occasion de vous montrer
) - dignes d'étre admis au nombre des
) enfais d'Haiti.
Dessalines avait trop souvent violé
ses promesses; il s'était trop souvent
fait un jeu du parjure, pour que cette
proclamation produisit l'effet qu'il en
attendait; loin d'engager les Espagnols
à se séparer des Français, les menaces
du chef noir les engagèrent à sc tenir
sur leurs gardes; ils sentirent qu'il était
* --- Page 260 ---
RÉSUMÉ
préférable de mourir les
armesilamain,
platôt-que de se mettre. à la discrétion
d'un barbare qui isemblait insatiable du
sang des Européens. Tandis
habitans de la
que les
partie espagnole, et les
Français qui s'y étaient
réfugiés se
préparaient à uue résistance
et faisaient des
énergique,
dispositions pour n'être
pas surpris par leur ennemi
le nouveau
commun,
gouverneur parcourait le
pays soumis à sa domination,
voulant,
avant que de commencer la
s'assurer de la tranquillité
guerre,
intérieure.
Sa conduite, pendant cette
n'eut rien der
tournée,
repréhensible; sa férocité
naturelle semblait avoir fait place à l'amour de l'ordre et de lajustice.
Enfin,
reconnaissant
l'impossibilité de soumettre, autrement que par les armes
les ennemis qu'il avait inutilement
nacés de sa
il
mecolère;
se mit à la tôte
de son armée, et marcha sur la ville de --- Page 261 ---
DE S.-DOMINGUE. 223
DE L'HISTOIRE
devant laquelle il ne
Santo-Domingo,
tarda
à mettre le siége. Les Franpas
se défendirent
çais et les Espsgnols
vaillamment; et Dessalines, quiavait
pensé que sa présence suffirait pour
anéantir. ses adyersaires, ? fut obligé de
concentrer toutes ses forces sur le point
qu'il avait attaqué, pour éviter d'être
battu. Une résistance si opiniâtre le
rendit furieux; il jura que les téméraires 2 qui osaient se défendre contre
de leur sangle crime de
lui, paieraient
ne point tendre la gorge au fer assassin de ses satellites; il fit venir des renforts considérables, et les opérations du
siége furent ponssées savec ardeur; mais
aumomentoile généralnoir, se croyant
sûr du succès, songeait à la vengeance
terrible qu'il devait tirer de ses ennemis, plusieurs bâtimens français parvinrent à débarquer de nouvelles troupes près de Santo-Domingo : ce secours --- Page 262 ---
RESUMÉ
inespéré ranima le courage des assiégés;
ils firent, avec succès, plusieurs sorties
quiaffaiblirent leur ennemi; et Dessalines, battu par cettepoignée de soldats,
qu'il avait à peine jugés dignes de sa
colère, fut contraint de se retirer pour
éviter une entière défaite, chose que
devait craindre le plus un homine dont
le pouvoir ne se soutenait que par la
terreur.
De retour de son expédition, Dessalines apprit que Bonaparte s'était fait
offrir par le sénat le titre et la couronne d'empereur ; pour se consoler du
revers que venaient d'éprouver ses armes 9 il résolut d'imiter le premier
consul. On assure que ce furent les
Anglais qui luisuggérérent cette idéc:
forcé de renoncer à la conquête de cette colonie, tous les efforts du cabinet
britannique tendaient à l'arracher à la
France par quelque moyen que ce fut.
ines apprit que Bonaparte s'était fait
offrir par le sénat le titre et la couronne d'empereur ; pour se consoler du
revers que venaient d'éprouver ses armes 9 il résolut d'imiter le premier
consul. On assure que ce furent les
Anglais qui luisuggérérent cette idéc:
forcé de renoncer à la conquête de cette colonie, tous les efforts du cabinet
britannique tendaient à l'arracher à la
France par quelque moyen que ce fut. --- Page 263 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 225
Déja, on avait offert à Toussaint Louverture le titre de roi que cet homme
supérieur avait refusé de prendre, sachant bien que si la paix se faisait entre la France et l'Angleterre, il serait
aussitôt abandonné par cette dernière
puissance, accoutumée à tout sacrifier
à ses intérêts, et ne s'arrétant jamais à
d'autres considérations que celles qui
lui promettent quelque avantage. Ce
qu'il y a de certain, c'est que ce furent
les Anglaisqsiapportérent à Dessalines
tous les costumes de la nouvelle cour
de France, que ce chef noir adopta. Ce
fut le général Pétion qui remplit les
fonctions de maitre des cérémonies; le
huit septembre (1804), il publia l'ordre que l'on devait observer pour le
couronnement, et un mois après, le 8
octobre, Dessalines fut sacré et couronné sous le nom de Jacques Ier, ? empereur d'Hatti. Mais les principaux ha- --- Page 264 ---
RÉSUMÉ
bitans, et les hommes qui occupaient
les emplois les plus considérables dans
le gouvernement 7 furent. effrayés du
pouvoir dont était revêlu un homme
accoutumé à ne suivre d'autre loi
que
sa volonté; ils songèrent à mettre des
limites à ce pouvoir. Une constitulion
fut faite et présentée à PEmpereur qui
l'accepta. Cette constitution est une
nouvelle preuve du changement qui
s'était opéré en si peu de temps dans
le moral des Noirs; elle était rédigée
de telle sorte qu'eile ett fait honneur
aux premiers législaleurs. Rien n'était
omis; on avait pourvu à tous les besoins nouveaux d'un peuple qui venait
de conquérir son indépendance, et chacun des articles était rédigé avec une
précision et une clarté remarquables.
Mais quel frein cette constitution
pouvait-elle meltre à l'ambition du nouveau souverain ? Que sont, d'ailleurs, --- Page 265 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE,
les constitutions aux yeux des hommes arrivés au pouvoir ? Nous le
vons, nous, Français, qui, plus d'une safois, avons vu violer le lendemain la
constitution proclamée la veille. Quoi
qu'il en soit, le pays devenait florissant sous le gouvernement de Dessalines : presque toutes les terres étaient
devennes, par le massacre des
la propriété de P'Etat
Blancs, #
qui les affermait;
et les Noirs, satisfaits
de
par l'abolition
P'esclavage, travaillaient avec autant d'ardeur que de joie. Une
lation de quatre cent mille
popuvernée
âmes, goupar un homme qui, douze ans
amparavant, était encore esclave, n'est
pas le phénomène politique le moins
remarquable de notre siècle.
Les hostilités avaient
cessé entre Dessalines
entièrement
et le
neur de la partie
gouverespagnole, où les
Français continuérent à se maintenir
'abolition
P'esclavage, travaillaient avec autant d'ardeur que de joie. Une
lation de quatre cent mille
popuvernée
âmes, goupar un homme qui, douze ans
amparavant, était encore esclave, n'est
pas le phénomène politique le moins
remarquable de notre siècle.
Les hostilités avaient
cessé entre Dessalines
entièrement
et le
neur de la partie
gouverespagnole, où les
Français continuérent à se maintenir --- Page 266 ---
228.
RESUMÉ
pendant plusieurs années; mais, nalgré cette espèce de paix, l'empereur
n'avait point diminué son armée 2- composée de quinze à. dix-huit mille, hommes. Les Noirs pensaient que. la France ne s'en tiendrait pas là, et qu'elle
saisirait toutes les occasions pour, faire rentrer dans l'obéissance la plus
riche de ses colovies; dans cet état
de choses, la paix entre la France
et l'Angleterre était ce que devaient
redouter le plus Ies habitans de St.-
Domingue, et c'était la crainte de
cet événement qui engageait le gouvernement haitien à se tenir sur le
pied de guerre. On devait, en cas d'attaque, adopter le plan de défense qui
avait été mis en usage lors de l'arrivée de l'expédition commandée par
le général Leclerc ; toutes. les villes
à la portée du canon des vaisseaux
devaient être détruites à la première --- Page 267 ---
DE L'HISTOIRE DES.-DOMINGUE. 229
apparition de l'ennemi, et l'armée
noire ne devait jamais quitter le terrain sans l'avoir ravagé et sans en
avoir brûlé toutes les habitations.
Dessalines, 9 qui, pendant quelque
temps n'avait paru s'occuper que du
soin de rétablir partout le bon ordre
et la justice, 2 ne tarda pas à se livrer de nouveau à la férocité de son
caractère: plusieurs officiers de Couleur furent mis à mort par son or>
dre et sans jugement. Ces nouveaux
crimes effrayèrent les gens de Couleur, auxquels l'élévation d'un Noir
au pouvoir avait déjà donné de vives inquiétudes: une conspiration éclata le 17 octobre 1806; et Dessalines,
voulant résister anx, conjurés qui se
présentèrent pour s'emparer de lui,
fut tué d'un coup de sabre. Ainsi
finit cet homme que des circonstances extraordinaires avaient porté au
--- Page 268 ---
RÉSUMÉ
pouvoir dont il était indigne sous tous
les rapports. N'ayant 2 ainsi que presque tous les liommes de sa couleur 2
reçu aucune éducation, il ne rachetait
ses défauts par aucune bonne qualité :
sa vie politique fut une suite de crimes; et sa vie privée, un tissu de
débauches.
C Il ful, >> dit-on dans une proclamation publiée quelques jours après sa
mort, ( une sangsue qui fit massacrer
S tous les gens riches qui pouvaient
>) lui causer la mnoindre inquiétude.
> Le trésor public devait fournir an-
>> nuellement vingt mille piastres pour
> chacune de ses maitresses, et il
> n'en eut pas moins de vingt. La
>) constitution établic par ce tigre
> était uniquement le fruit de son
> avarice et de sa férocité. Soldats 2
>) vous serez maintenant habillés et
> payés; colons, vous serez protégés. >>
qui pouvaient
>) lui causer la mnoindre inquiétude.
> Le trésor public devait fournir an-
>> nuellement vingt mille piastres pour
> chacune de ses maitresses, et il
> n'en eut pas moins de vingt. La
>) constitution établic par ce tigre
> était uniquement le fruit de son
> avarice et de sa férocité. Soldats 2
>) vous serez maintenant habillés et
> payés; colons, vous serez protégés. >> --- Page 269 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 231
On. promettait aussi dans cette proclamation une nouvelle constitution, 2
et le général noir Christophe était provisoirement nommé chef du gouvernement. Cependant les hommes de Couleur, qui étaient parvenus à renverser
Dessalines, ne virent pas sans inquiétude les rênes du gouvernement remises
entre les mains d'unhomme de la même
caste que celui dont ils avaient eu tant
à se plaindre ; et lcs conjurés, sous les
coups desquels l'empereur était tombé,
résolurent de mettre tout en ceuvre,
pour faire tomber le choix des députés
qui devaient se rassembler au Port-auPrince, pour nommer. un chef et faire
une nouvelle constitution, sur le généralde couleur Pétion, quijonissait d'une
grande considération dans l'armée, ct
qui méritait, sous tous les rapports, de
commander à Saint-Domingne: c'était
un homme instruit; envoyé en France --- Page 270 ---
RÉSUMÉ
poury faire son éducation, il était devenu bon ingénieur; ses talens militaires
étaient aussi infiniment supérieurs à
ceux de son compétiteur; il aimait les
beaux arts, et possédait des connaissances assez étendues en littérature. Christophe n'était pas sans inquiétude; mais
il n'osa prendre ouvertement des mnesures pours'assurer la majorité des voix
dans l'assemblée des députés réunis au
Port-an-Prince, pour élire un souverain;
etle27 décembre 1806, Pétion fut proclamé par ces députés président de la
répebliqse-Christephe, qui craignaitcet
événement, s'était mis à la tête des
troupes qui lui étaient dévouées, et il
se dirigeait sur le Port-au-Prince, lorsqu'il apprit la nomination de son compétiteur; il résolut aussitôt d'opposer
la force à la décision des députés. Ilest
vrai qu'il ne manquait pas de motifs
plausibles pour refuser de reconnaître --- Page 271 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 233
l'élection de son adversaire. : les génerauxdecouleuravaient porté le nombre
des députés à soixante-quatorze au lieu
de cinquante-six, eti il était évident que
Pétion ne devaitson élection qu'à cette
mesure arbitraire. De son côté, le nouveau président avait rassembléles troupes de son parti, et il s'était avancé à
la rencontre de Christophe. Les deux
armées engagèrent le combat le 1er.
janvieri807 ; on se battitavec acharncment, ct la victoire fut quelque temps
incertaine; mais enfin, Pétion affaibli,
fut obligé de battre cn retraite, et Christophe demeura maitre du champ dc bataille, qu'il abandonna aussitôt pour
poursuivre son ennemi, sur lequel il a
remporta plusieurs autres avantages.
Pétion, obligé de se retirer au Portau-Prince, eut bientôt un nouvel ennemi à combattre. Le général Rigand
dont nous avons parlé plusieurs fois,
*
ment, ct la victoire fut quelque temps
incertaine; mais enfin, Pétion affaibli,
fut obligé de battre cn retraite, et Christophe demeura maitre du champ dc bataille, qu'il abandonna aussitôt pour
poursuivre son ennemi, sur lequel il a
remporta plusieurs autres avantages.
Pétion, obligé de se retirer au Portau-Prince, eut bientôt un nouvel ennemi à combattre. Le général Rigand
dont nous avons parlé plusieurs fois,
* --- Page 272 ---
RIsUME
avait appris en France, où il s'était retiré,les changemens politiques survenus
à Saint-Domingues comptant sur - la popularité dont iljouissait, et sur l'attachement des hommes de Couleur dont
il avait été l'idole, il s'embarqua, et arriva aux Cayes dans le temps où Pétion
et Christophe étaient aux inains. L'arrivée de ce personnage donna des craintes â Pétion; mais il n'osa rompre ouverlement avec un homme dont la seule
apparition faisait fermenter les esprits ;
il Je reçut avec une bienveillance
apparente; et lui confia le. commandement
d'une partie des troupes. Des-lors, Rigaud se croyant sûr du succès, ne prit
plus la peine de dissimuler ses projets ;
il avoua ouvertement ses prétentions à
la présidence, et tourna ses armes contre son chef. Christophe sentant tout le
parti qu'il pourrait tirer de cette diversion, s'avança rapidement sur lc Port- --- Page 273 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 235
au-Prince; mais les généraux de couleur, sentant bien que la division quirégnait entre eux rendrait la victoire de
leur enneini plus facile, se réunirent
pour lui résister; ils firent une espèce
de traité, par. lequel ils se partageaient
le pays quileur était soumis, et aussitôt cet arrangement conclu, ils se disposérent à soutenir la guerre contre
Christophe. Celui-ci apprenant la réunion de ses ennemis, ct sachant quelle
était l'influence de ces deuxhommes sur
tous les habitans de la parlie du Sud,
se retira au Cap-Français, persuadéque
laguerre civile recommencerait bientôt
entre Rigaud et Pétion, et qu'elle réduirait plus promptenjentces deux chefs
qu'il ne pourrait le faire lui-même.
C'est une singulière destinée quecelle
des peuples de cette ile! Tour-à-tour
persécutés et persécuteurs, l'entière expulsion des Blancs semblait être la con- --- Page 274 ---
RESUMÉ
dition indispensable de leur existence ;
et à peine ce bat de tous leurs efforts
est-ilatteint, que, tournantleurs armes
contre eux-mémes, ils s'entr'égorgent
avec fureur, comme si assez de sang
n'avait scellé leur régénération. Il est
vrai quele passage presque subit del'esclavage le plus ahject à une entière indépendance ne pouvait manquer de
produire une grande commotion; tant
d'intérêts ne pouvaient être froissés 2
lantd'smour-propres blessés, sans don00
nernaissance à des haines particulières;
et l'intérêt général était le prélexte :1
na-.
G14
turel dont on se servait pour assouvir
ces haines. Le temps d'une franche réconciliation n'était pas encore venu,et
c'était à un homme aussi vertueux qu'éclairé, qu'était réservée la gloire de réunir sous un seul étendard tous les enfans d'Haiti.
R
vaient être froissés 2
lantd'smour-propres blessés, sans don00
nernaissance à des haines particulières;
et l'intérêt général était le prélexte :1
na-.
G14
turel dont on se servait pour assouvir
ces haines. Le temps d'une franche réconciliation n'était pas encore venu,et
c'était à un homme aussi vertueux qu'éclairé, qu'était réservée la gloire de réunir sous un seul étendard tous les enfans d'Haiti.
R --- Page 275 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 237
wwww wun wwwww www
NEUVIÈME PÉRIODE.
Christophe Proclame une nouvelle constitution. la guerre recommence entre
Christophe et Pétion.
Christophe SC
fait couronner roi.
Situation de l'ile
lors de l'avénement de Louis XVIH au
trône de France.
DEs que Rigaud et Pétion eurent appris la retraite de Christophe, l'espèce
de traité qu'ils avaient conclu pour résister à l'ennemi commun, futanéanti,
et ils se disputèrent de nouveau le pouvoir, 9 les armes à la main. Christople,
pendant ce temps, s'était retiré au Cap:
là, afin de consolider sa puissance, il
convoqua une assembléc de députés qui
rédigea et proclama une nouvelle cons- --- Page 276 ---
PÉSUMÉ
titution, dont voici les principaux articles:
C Tout individu résidant sur le terri-
> toire d'Haiti est libre.
)) L'esclavage cst pour jamais aboli à
> Haîti.
> La Constitution nomme général en
> chef Henri Christophe, président ct
> généralissime des forces de terre et
> de mer.
> La religion catholique, apostolique
>> et romaine est la seule reconnue par
>> le gouvernement. L'exercice des au-
> tres cultes est toléré, mais non pu-
>> bliquement.
)) Le divorce est aboli. >
Christophe publia en même temps
une proclamation dans laquelle il félicitait les habitans d'Haiti de la Constitution qu'on leur donnait.
> Une Constitution libéralc, disait-
> il, vient de déjouer les complot dont. --- Page 277 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMLINGUE, 23g
> vous étiez sur le point de devenirles
>> victimes.> Une Constitution quiabolissait le divorce, précédemment établi,
et qui tolérait à peinc l'exercice des religions autres que la catholique, méritait peu sans doute l'épithète de libérale; cependant le pcuple la reçut comme un bienfait.
Trois années s'écoulèrent pendant
lesquelles Christophe ct Pétion ne cessèrent de se fairela guerre. Rigaud., qui
avait abandonné ses prétentions, vehait de mourir; ct Pétion, débarrassé
de cet ennemi, se trouvait assez fort
pour soutenir long-temps encore ses
droits à la souveraineté. Le général
Boyer, ami de Pétion, remporta à plusieurs reprises, de grands avantages
sur Christophe, sans que les résultats
amenassent beaucoup de changement
dans la situation des deux partis; on
doit remarquer, 9 cependant, que Chris-
aud., qui
avait abandonné ses prétentions, vehait de mourir; ct Pétion, débarrassé
de cet ennemi, se trouvait assez fort
pour soutenir long-temps encore ses
droits à la souveraineté. Le général
Boyer, ami de Pétion, remporta à plusieurs reprises, de grands avantages
sur Christophe, sans que les résultats
amenassent beaucoup de changement
dans la situation des deux partis; on
doit remarquer, 9 cependant, que Chris- --- Page 278 ---
RESUMi
Christopheaurait été promplementrenversé, s'il n'avaiten des relations avec
les Anglais qui lui faisaient passer des
secours de toute espèce.
Las de combattre, Christophe ct Pétion convinrent verbalement de mettre
bas les armes et de gouverner chacun
dans la partie de l'ile où son autorité
était reconnue. D'après cette convention, Pétion établitle siège de son gouvernement au Port-au-Prince ; et le
Cap-Français devint la capitale des
Etats de Christophe. Ce dernier
pour se consoler de n'avoir pu soumettre toutle pays, résolut de se faire donner le titre de roi, et d'imiter en cela
Dessalines dont il remit la Constitution
en vigueur après y avoir fait quelques
changemens peu importans. Le conseil
d'état, composé des créatures du futur
roi, rendit un décret par lequel, considérant que le titre de président était --- Page 279 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOJLINGUE. 241
trop vague, et que celui d'empereur ne
convenait qu'aux souverains de plusieurs nations, Christophe était prié
d'accepter le titre de roi: celui-ci n'eut
garde de refuser, et le 2 juin 1811, il
fut couronné au Cap Français sous le
nom de Henri Ier, roi d'Haiti.
Les Français qui s'étaient maintenus
à Santo-Domingo et dans quclques autres places,jusqu'au commencement de
1811, avaient été forcés de se rendre
aux Anglais, et le nouveau roi profita
de cette circonstance pour faire un traité d'alliance avec les Espagnols.
La paix régnait depuis sept ans dans
l'ile d'Haiti, Christophe avait créé une
noblesse qui devait être héréditaire et
introduit une discipline sévère dans son
armée: de son côté, Pétion gouvernait
avec autant de sagesse que de modération. Une ligne de démarcation avait été
établie entre les deux États, et tout pré21 --- Page 280 ---
RÉSUMÉ
sageait une plus longue
tranquillité,
lorsque Pétion mourut vers la fin de
mars 1818. Aussitôt,
frir
Christophe fit ofaux Républicains de se réunir au
royaume qu'il gouvernait; mais conformément à la Constitution, Pétion
avait
désigné, avant de mourir, le général
Boyer pour son successeur, 2 et ce choix
avait été confirmé par le sénat. Investi
de l'autorité, ler nouveau
président songea à améliorer la situation
du
politique
pays qu'il était appelé à gouverner:
il fit donc des dispositions
pour soumettre le districtappelé la Grande-Anse
dont un corps assez nombreux de
tisans de Christophe s'était
paremparé, et
où il se maintenait depuis long-temps
sous les ordres d'uu chef nommé Gomar, de sorte que Christophe avait un
appui dans le sein même de la République; mais cet appui fut bientôt
renversé, et, après une courtc expédi-
politique
pays qu'il était appelé à gouverner:
il fit donc des dispositions
pour soumettre le districtappelé la Grande-Anse
dont un corps assez nombreux de
tisans de Christophe s'était
paremparé, et
où il se maintenait depuis long-temps
sous les ordres d'uu chef nommé Gomar, de sorte que Christophe avait un
appui dans le sein même de la République; mais cet appui fut bientôt
renversé, et, après une courtc expédi- --- Page 281 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DONINGUL.843
tion, le président Boyer remit le district de la Grande-Anse la
république,
Cependant Louis XVIII était sur le
trône; la France était en paix avec tout
ses voisins, et les anciens Colons de
Saint-Domingue insistaient auprès du
Gouvernement pour qu'une expédition
fat envoyée à Haiti afin de faire rentrer
ce pays sous la domination du roide
France. Plusieurs députations ministérielles furent envoyées à
à
Christophe et
Pétion; mais elles n'eurent d'autrerésultat que de jeter l'alarme dans toutle
pays, dont tous les habitans
de défendre
jurèrent
Pindépendance.
Mécontent des envoyés ministéricls
quiavaient affiché des prétentions ridicules, le roi de France nomma lui méme des députés; mais
l'exagération du
peuple d'Haiti empêcha que des négociations fussent entamées.
La
République, - gouvernée parle pré- --- Page 282 ---
RÉSUNIÉ
sident Boyer, élait tres-florissante, et
le commerce considérable quis'y faisait,
améliorait encore chaque jour sa siluation. Is'en fallait de beaucoup que le
royaume de Christophe fàt dans un tcl
état de prospérité. Souverain absolu,
le monarque Noir était devenu un tyran
féroce, qui ientassait des milliers devictimes dans les nombreux cachots qu'il
avait fait construire ; tandis que le président Boyer mettait tout en usage pour
adoucir la situation des habitans du
Port-au-Prince, sa capitale, qu'un incendie venait de détraire presque entiérement (15 août 820.) L'esprit de
révolte se manifestait dans l'armée de
Christophe, qui ne pouvait supporter
plus long-temps le joug de fer sous lequel la tenait le despote qui s'était fait
roi. Ce fut - le 6 octobre que l'insurrection éelata; une division tout entière
de l'armée, prit'les armes aux cris de --- Page 283 ---
DE L'HISTOIRE DE
S--DONINGUE, 245
vive la liberté, une députation fut
envoyée au président Boyer, pour luiofdrir de réunir les deux Etats et de n'en
faire qu'une République. En même
temps, 7 les insurgés marchent sur le
palais de Sans-Souci
qu'habitait le
les troupes envoyées
roi;
contre cette division font
tout-à-coup cause commune
avec elle; et le 8 octobre,
perdant tout espoir de
Christophe
la cervelle
salut, se brile
dans son palais.
Tandis que l'on s'agitait dans la ville
du Cap pour nommer un successeur
roi, le président Boyer
au
tête de
s'avançait, à la
vingt mille
hommes; ces forces
imposèrent au petit nombre de partisans de Christophie; la tranquillité,
n'avait été troublée
qui
qu'un instant, fut
promplement rétablie,et, le 26 octobre,
la réunion des deux Etats fut annoncée
par le président, dans une
tion ainsi
proclaniaconçue :
*
agitait dans la ville
du Cap pour nommer un successeur
roi, le président Boyer
au
tête de
s'avançait, à la
vingt mille
hommes; ces forces
imposèrent au petit nombre de partisans de Christophie; la tranquillité,
n'avait été troublée
qui
qu'un instant, fut
promplement rétablie,et, le 26 octobre,
la réunion des deux Etats fut annoncée
par le président, dans une
tion ainsi
proclaniaconçue :
* --- Page 284 ---
RÉSUMÉ
C Haitiens, les jours de discorde €t
de divisions ont fait place à celui de la
réconciliation et de la concorde; et ce
jour est le plus agréable de ma vie. Énfans de la même famille, vous vous êtes
tous ralliés à l'ombre del'arbre sacré de
la liberté. La Constitulion. de l'État est
reconnue dans tout Haiti, depuis le
Nordjusqu'aw Midi, depuis l'Est jusqu'al'Ouest. La
République compte sur
ses citoyens, comme sur des hommes dévoués à son service et à son indépendance.
cJene vous rappellerai pas Phistcire
de vOs malheurs : il ne faut s'en souve--
nir que pour en éviter de semblables à
l'avenir. Quand nous prenions lesarmes
pour détruire l'esclavage auguel nous
étions soumis depuis des siecles; quand
nous versions notre sang et que nous
faisions les plus grands sacrifices pour
notre patrie, nous n'imaginions pas que --- Page 285 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DONINGUE. 247
nous deviendrions les victimes de ces
hommes ambitienx, qui, dans les révolutions, perdent de vue le bien
blic
pupour penser à leur propre agrandissement,
C Vous connaissez des hommes dont
la fatale renommée n'a attiré que des
maux surla nation, et n'a laissé
pour
héritage à leur famille quel'exécration
de Jeur mémoire. Vous voyez maintenant le tableau du gourernement inique de Christophe, qui n'ngissait que
par caprice.
CC La constitution de la
oeuvre
République,
des représentans de tous les dé- :
partemens, a établi des sauve - gardes
contre le despotisme; si, pendantquatorze ans, elle a rendu heureux ceux
qui 2 lui sont restés fidèles, elle fera
lement le bonhenr de
égaceux que Christophe a égarés; mais,
il faut,
pour y parvenir,
Haitiens, que nous nous dé2 --- Page 286 ---
RÉSUMÉ
pouillions de toute prétention particulière. 7 et quc, dédaignant tous les
avantages qui résultent de l'intrigue et
de la faveur, nous apportions tous notre tribut en commun.
C N'oublions pas ccs bravespatriotes
qui in'ont cessé de combattre contre le P
despotisme. Ceuxqui, dans les derniers
événemens, ontaidé le peuple à recouvrer la liberté, sont aussi dignes de la
reconnaissance del la nation. Je regrelle
qu'ilyait eu du sang versé le 18 de ce
mois; mon ordre du 17, envoyé par
exprès au Cap, n'est pas arrivé à temps
pour épargner le fils de Christophe et
quelques officiers qui s'étaient fait remarquer dans l'exécution de leurs ordres barbares.
( Haîtiens, je demande solennellement que les événeinens passés soient
oubliés ; ouvrez VOS coeurs' à la confiance, et hâtez-vous d'agir d'un com-
ait eu du sang versé le 18 de ce
mois; mon ordre du 17, envoyé par
exprès au Cap, n'est pas arrivé à temps
pour épargner le fils de Christophe et
quelques officiers qui s'étaient fait remarquer dans l'exécution de leurs ordres barbares.
( Haîtiens, je demande solennellement que les événeinens passés soient
oubliés ; ouvrez VOS coeurs' à la confiance, et hâtez-vous d'agir d'un com- --- Page 287 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 219
mun accord avec le Gouvernement
pour
comelilerlindipendace de la nation.
( Le président d'Haitià qui estconfiée la tranquillité publique ainsi
les
que
propriétés, n'épargnera rien pour
faire son devoir., Puissent les citoyens
suivre son exemple, et les plaies de la
guerre civile seront bientôt cicatrisées!
(C Haitiens, rendons grâces à Petre
supréme qui a permis notre réunion 5
prions-le de nous inspirer des idées de
paix et de sagesse, afin de laisser à nos
enfans une existence assurée et une
patrie libre et indépendante. Vivent la
République et la Constitution ! S
Les événemens rapportés dans cettepériode sont une grande leçon aux gouvernans ; ils prouvent qu'une sage liberté,loin d'affaiblir les gouvernemens
leur donnean contraire plus de force
et que la puissance des
2.
baionnettes ne
peut être qu'éphémère, La réunion des --- Page 288 ---
RÉSUMÉ
peuples d'Haiti en une seule République les rendit invincibles, 9 et l'on put
dès-lors prévoir que cette nation nouvelle tiendrait bientôt un rang honorable parmi les peuples les plus avancés
dans la civilisation; une Constitution
libérale garantit les droits des citoyens, et elle fera long-temps, nous
Je pensons, le bonheur de ce peuple
courageux, qui prouva plus d'une fois
qu'il préférait la mort à l'esclavage. --- Page 289 ---
DE L'HISTOIRE DE S-BOAHINGUE.351
mmmmi wiwu
v
w
DIXIÈME PÉRIODE.
Les négociations sont entamées entre ic
Gouvernement français, ct le président de la république d'Haiti, - Rupturc. S. M. Charles X reconuait l'indépendance de la république d'Haiti.
Le Gouvernement français, qui n'avait pas perdu l'espoir de rétablir son
autorité dans son ancienne colonie,
ayant appris les derniers événemens qui
avaient réunis les Haitiens, sentit qu'il
ne pouvait plus tenter d'employer la
force pour conquérir ce pays; mais il
pensa qu'on pourrait amener le Président de la République à des
concessions qui rendraient la perte de cctte
ancienne Colonie moins seusible à la
'Haiti.
Le Gouvernement français, qui n'avait pas perdu l'espoir de rétablir son
autorité dans son ancienne colonie,
ayant appris les derniers événemens qui
avaient réunis les Haitiens, sentit qu'il
ne pouvait plus tenter d'employer la
force pour conquérir ce pays; mais il
pensa qu'on pourrait amener le Président de la République à des
concessions qui rendraient la perte de cctte
ancienne Colonie moins seusible à la --- Page 290 ---
RESUMÉ
mnétropole : en conséquence, le ministère français envoyaM. Aubert du PetitThouars auprès du Gouvernement
d'Haiti, auquel il était chargé de faire
des propositions.
Voici icomment le Président s'exprime dans le compte rendu de ces négociations qu'il fit imprimer en 1824: il
serait impossible de donner au lecteur
un résumé à la fois plus succintet plus
clair:
< Tous les peuples ont eu leurs révolutions, glorieuses ou funestes, selon les causes quiles avaient produites.
Les uns ont dû leur splendeur à ces
secousses politiques; les autres en ont
été ébranlés, et sont tombés en décadence : ceux-ci 2 trop corrompus pour
conserverintacte, au milieu des orages 7
l'énergie nationale, ont vendu leur liberté, et se sont courbés sous un honteux asservissement : ceux-là, au con- --- Page 291 ---
DEL'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 253
traire, s'armant d'une noble résolution,
ont secoué le joug de l'étranger, et se
sont rendusindépendans C'est au rang
de ces derniers qu'il a pluà - la divine :
Providence de nous placer: nous ferons
constamment tous nos efforts pourjastifier aux yeux du monde les signes snon
équivoques de sa volontésapreme.
K Sortie victorieuse de la latte oi
l'avait engagée le besoin de reconiquérit ses droits impreseriptibles, la
nation haitienne, éclairée par les. leçons
de l'expérience, n'eut plus d'autre
bition. que de fonder les bases du Gou- anvernement sur des institutions semblables à celles qui avaient mérité à
un
peuple célèbre le suffrage de l"Univers.
( Dès-lors elle comprit
mettre à la hauteur
que, pour se
de ses destinées,
elle devait faire fleurir son
hater sa
agricalture,
civilisation, et appeler le conmerce dans ses ports. Toutes les
na7
--- Page 292 ---
25t
RÉSUMÉ
tions qui désirèrent d'établir une réciprocité d'échanges avec notre République, y furent donc admises et
protégées. La France elle-même ne fut
pas plutôt réconciliée avec PEurope,
doutles flottes ne lui fermaient plus
les mers, 2 qu'elle chercha les moyens
de participer aux avantages de ces relations. Trop Justes pour imputer au
monarque qui venait de remonter sur
le trône de ses pères, les torts d'une
agression antérieure à son Gouvernement, nous reçàmes le commerce de
cette puissance, mais sous pavillon
masqué, Cette forme d'admission était
nécessaire à la garantie nationale.
CC Telle, était la situation d'Haiti,
lorsque, vers la fin d'octobre 1814, le
général Dauxion-Lavaysse, muni d'instructions de M. Malouet, ministre de
S. M. T. C. au département de.la
marine 2 débarqua en ce port. Ses pro-
Gouvernement, nous reçàmes le commerce de
cette puissance, mais sous pavillon
masqué, Cette forme d'admission était
nécessaire à la garantie nationale.
CC Telle, était la situation d'Haiti,
lorsque, vers la fin d'octobre 1814, le
général Dauxion-Lavaysse, muni d'instructions de M. Malouet, ministre de
S. M. T. C. au département de.la
marine 2 débarqua en ce port. Ses pro- --- Page 293 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 255
positions étaient aussi ridicules que le
but de sa démarche était perfide. Elles
furent rejetées, - et la nalion se tint sur
ses gardes. Il est vraique S. M. T.C. a
désavoué la mission de cet agent; mais
il nous était permis alors de considérer
comme authentiques des pouvoirs revêtus de la signature d'un ministre qui
n'oserait la nier. Le général Dauxion
retourna à la Jamaique dans les premiers jours de décembre.
( Deux ans après, et dans le même
temps qu'Haiti s'occupait de reviser
l'acte fondamental de sa régénération,
nous vimes arriver sur la frégate la
Flore une seconde députation qui,
bien qu'éma née directement de S. M.
T. C., n'obtint pas un meilleur succès,
parce que les prétentions n'avaient
point changé.
( Malgré ces tentatives, bien faites
pour éveiller la méfiance du peuple sur --- Page 294 ---
RÉSUMÉ
les projets d'un cabinet qui persistait à
vouloirle faire
rétrograder vers la servitude, le commerce français sn'en continua pas moins, dans la plus entière
sécurité, ses transactions avec Haiti.
< La correspondance, à Jaquelle
ont donné lien les deux missions dont
il vient d'être parlé, ayant été publiée
par mon prédécesseur, je ne m'étendrai pas davantage sur cette première
époque des ouvertures diplomatiques
de la France avec le Gouvernement et
la République. Il me reste maintenant
à faire connaitre les détails des négociations dont on a cru pouvoir renouer
le fil avec moi : j'y joindrai les pièces
officielles quiy sont relatives.
( La réunion dela partie du Nord à
la République fit éclore de nouvelles
propositions que M. à Aubert du PetitThouars fut chargé de me: porter, de
la part de M. le conseiller d'état Es- --- Page 295 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 257
mangart, qui, lors de la mission de M.
le vicomte de Fontanges, en 1816,
dontil faisait partie; s'était attiré, cn
manifestant ici des principes libéraux,
l'estime du Gouvernement haitien.
M. Aubert m'annonçait que S. M,
LonikVIIeer décidée d consacrer
notre indépendance, et se bornait à
réclamer le droit de SUZERAINETÉ,
avec des indemnitéspour la cession du
territoire et despropriétés.
( Ma réponse fut positive, et en repoussant jusqu'à l'ombre du protectorat,je consentis à faire revivre, comme la seule vole qui pàt mener à un
traité définitif, l'offre d'une indeninité rsisonnablement calculée, que
mon prédécesseur avait faite au général
Dauxion Lavaysse, 2 et que M. lc vicomte dé Fontangesavait écartée. Cette
offre de ma part resta dans l'oubli,
malgré l'assurance que M. Aubertm'a-
*
repoussant jusqu'à l'ombre du protectorat,je consentis à faire revivre, comme la seule vole qui pàt mener à un
traité définitif, l'offre d'une indeninité rsisonnablement calculée, que
mon prédécesseur avait faite au général
Dauxion Lavaysse, 2 et que M. lc vicomte dé Fontangesavait écartée. Cette
offre de ma part resta dans l'oubli,
malgré l'assurance que M. Aubertm'a-
* --- Page 296 ---
RÉSUMÉ
vait donnée que l'on n'attendait plus
que la connaissance de ma détermination pour en finir.
CC 1l est à remarguer
que chaque
événement qui ajoutait àla prospérité
de la République, ne tardait pas à être
suivi de l'envoi de quelque agent, dont
la mission avortait toujours par les rétractations du cabinetfrançais.
( A peine les habitans de la partie
de l'Est avaient manifesté leur ferme
volonté de ne plus former avec nons
qu'un seul et même peuple, 2 et avaient
réalisé le voeu de la Constitution,
que
M. Liot se présenta à moi avec des
notes confidentielles de M. le marquis
de Clermont-Tonnerre, ministre de la
marinc. Ces notes avaient pour but de
mc porter à faire une démarche de convenance : son Gouvernement, disait-il,
ayant déjà fait infructueusement les --- Page 297 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 253
premiers pas, désirait que je prisse à
nion tour l'initiative.
a Je n'avais pas oublié que la mission du général Lavaysse, toute ministérielle comme celle de M. Liot,
avait été frappée d'un désaveu formel:
je savais également à quoi m'en tenir sur les motifs de. la non-réussite
qui servait de prétexte à cette proposition ; mnais, voulant donner une
nouvelle preuve de ines dispositions
conciliatrices, et pensant qu'il serait
agréable à celui qui solljcitait cette
négocialion, qu'clle fut menée avec
mystère, je ne crus pouvoir la remettre alors en des mains plus convenables qu'en celles du général Boyé,
qui était ici depuis quelque temps.
)) Ce général, qui, à juste titra,
possede mon cstime et ma confiance,
partit dans le courant du mois de
mai 1823, revêtu de nies- pleins pou- --- Page 298 ---
- RÉSUMÉ
voirs pour parvenir à la conclusion
d'un traité de commerce, basé surla res
connaissance de l'indépendance d'Haiti.
Il est surprenant que le négociateur
désigné par M. le marquis de Clermout-Tonnerre, pour s'aboucher avec
-lui, n'ait pas eu une latitude suffisante pour accepter mes propositions,
puisque, d'après tout ce qui iavait été
agité depais 1814, le cabinet français devait être fixé et sur notre détermination et sur les demandes auxquelles la France pouvait espérer de
nous voir adhérer. Quoi qu'il en soit,
cette négociation que le ministère avait
appelée de tous ses voeux, échoua (le
croira-t-on?) par une chicane sur la
nature : et le mode de l'indemnité
posée parle général Boyé.
proK M.
Esmangard, dans ses lettres:
des 27 août et 26 octobre
1823, me
témoigna combien 5 il regrettait
que
pouvait espérer de
nous voir adhérer. Quoi qu'il en soit,
cette négociation que le ministère avait
appelée de tous ses voeux, échoua (le
croira-t-on?) par une chicane sur la
nature : et le mode de l'indemnité
posée parle général Boyé.
proK M.
Esmangard, dans ses lettres:
des 27 août et 26 octobre
1823, me
témoigna combien 5 il regrettait
que --- Page 299 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 261
la mission dont le général Boyé avait
été chargé, n'eût point réussi; il en
attribuait la cause au choix de mon
agent et à la différence qu'il trouvait
entre les propositions que j'avais faites
le 10 mai 1821, et celles que le général Boyé loi avait présentées. Néanmoins, 2 ne désespérant pas de pouvoir
mener à fin une affaire qu'il avait tant
à coeur 5 il me pressait d'envoyer un
autre agent qui ne fiit point indifftrent, par sa position, au résultat de
la
negociation, 3 et quifit porteur de
mes premières propositions, m'assurant
qu'alors le gouvernement du Roiyqui
ne voulait que des conditions justes
modérées, 7 telles erfin que je les avais
désirées moi-méme, 9 serait toujours
disposé a traiter sur ces bases, bases qu'il reconnaissait n'avoir rien gui
ne fit acceptable 2 qui, selon lui, conciliaient toutes les prétentions, et aux- --- Page 300 ---
RÉSUMÉ
aquelles il n'avait point été sans doite
gmaltre de donner suite dans l'intervalle qui s'est écoulé
depuis ma dépêche du 10 mai
de
1821,jesqu'mujour
sa conférence à Bruxelles avec le
général Boyé, en août de 1823.
> A ces deux lettres de M. Esinangart : en succéda bientôt une troisième 1 qu'il m'adressa le 7 novembre
1823, pour m'annoncer M. Laujon
comme possédant toute sa
et
confiance,
pour me transmettre son ardent désir de coopérer prochainement à- la
conclusion du traité qui devait mettre un terme à toutes les incertitudes.
En effet, M. Laujon débarqua au Portan-Prince, quelques jours après la publication de ma proclamation du 6janvier dernier, et me
présenta/une note
en forme d'instructions.
Après avoir
rappelé dans celte note qu'il n'avait
pas été en son pouvoir d'empêcher ka --- Page 301 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 263
rupture de la. négociation de Bruxelles, M. Esmangart ajoutait qu'il aimait d croire quc je reviendrais auz
dispositions que je lui avais annon.
cées dans la dépéche que M. Aubert
avaitété chargé de luiremettre. Alappui de cette assertion, M. Laujon
me fit aussi des instances pour m'engager à envoyer un agent en France,
n'affirmant que le gouvernement du
Roi faisait. dépendre de cette démarche la formalité de la reconnaissance
de l'indépendance d'Haiti, d'après les
bases du 10 mai 1821.
( Tant de persévérance de la part de
M. Esmangart à poursuivre l'achèvement de ce grand ceuvre me détermina à répondre à sa dernière lettre par
ma dépêche du 4 février 1824,
lui faire savoir
pour
que, me rendant au
désir de son. gouvernement, j'allais à
cet effet envoyer en France une mis-
la reconnaissance
de l'indépendance d'Haiti, d'après les
bases du 10 mai 1821.
( Tant de persévérance de la part de
M. Esmangart à poursuivre l'achèvement de ce grand ceuvre me détermina à répondre à sa dernière lettre par
ma dépêche du 4 février 1824,
lui faire savoir
pour
que, me rendant au
désir de son. gouvernement, j'allais à
cet effet envoyer en France une mis- --- Page 302 ---
RESUME
sion avec les pouvoirs nécessaires. En
conséquence, le 1er, mai dernier, les citoyens Larose, sénateur, et Rouânez,
notaire du gouvernement, s'embarquerent à bord du brick de commerce le
Julius-Thales, pourvus de ma lettre de
créance, 2 en date du 28 avril 1824, et 1
de mes instructions du même jour, qui
ne pouvaient plus laisser aucun doute
sur les clauses du traité qu'ils étaient
chargés de conclure, et sur la formalité
indispensable de la reconmaissanees
par une ordonnance royale, de notre
indépendance absolue de toute domination étrangère, de toute espèce de
suzeraineté, même de tout protectorat
d'une puissance quelcongue, en un2
mot, de l'indépendance dontnousjouissons depuis vinge ans.
> Je ne tardai pas à croire devoir me
féliciter d'avoir fait partir les citoyens
Larose et Ronanez, puisqu'ils n'étaient --- Page 303 ---
DE - L'HISTOIRE DE
S--DOMINGUE, 265
pas encorel arrivés à leur destination,
que je reçus successivement,
par diffé-.
rens bâtimens, une dizaine de lettres,
dan's lesquelles MM. EsmangartetLaujon me témoignaient leur
impatience du
retard de la personne qui devait
mnes
porter
propositions.Mais, par une fatalité
inconcevable, qui détourne toujours le
ministère français du
rapprochement
qu'il parait toujours si désireux
rer ; mais, par un système de d'opétergiver.
sation, qui ne lui permet
ment de
pas, au moconclure, d'admettre les
positions déjà
proadmises, ou qui lui fait
reproduire les prétentions
abandounées
qu'il avait
pour se créer une occasion
d'alléguer Pinsuffisance. des
mes
pouvoirs de
agens, 7 la mission des citoyens Larose et Rouanez demeura,
comme les
précédentes, sans résultat. Ils se virent
donc dansla nécessité de demander
leur
passeport pour revenir dans la Répu23 --- Page 304 ---
RÉSUMÉ
blique, où ils sont arrivés le 4 de ce
mois.
> Leur conduite a répondu à mon
attente. Elle. méritera aussi, je n'en
doute pas, l'approbation nationale.Le
compte qu'ils m'en ont rendu sera annexé aux pièces officielles que j'ai annoncées.
) Je viens d'exposer les faits : je les
livre au tribunal de l'opinion. Haiti
sera à même de juger si son premier
magistrat a justifié la confiance qu'elle
a placée en Iui, et le Monde, de quel
côté fut la bonne foi. Je me bornerai i
déclarer que les Haitiens ne dévieront
jamais de leur glorieuse résolution. Ils
attendront avec fermeté l'issue des événemens ; et, si jamnais ils se trouvaient
dans P'obligation de repousser encore
une juste agression, l'univers sera de
nouveau témoin de Jeur enthousiasme
a justifié la confiance qu'elle
a placée en Iui, et le Monde, de quel
côté fut la bonne foi. Je me bornerai i
déclarer que les Haitiens ne dévieront
jamais de leur glorieuse résolution. Ils
attendront avec fermeté l'issue des événemens ; et, si jamnais ils se trouvaient
dans P'obligation de repousser encore
une juste agression, l'univers sera de
nouveau témoin de Jeur enthousiasme --- Page 305 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 267
ct de leur énergie à défendre l'indépendance nationale.
> Palais national du Port-au-Prince,
le 18 octobre 1824, an 21 de l'indépendance d'Haiti,
( BOYER.
cPar le président:
( Le secritaire-géninl,
K B. INGINAC. >
Les négociations étaient donc entièrement rompues,lorsquc, en août 1825,
une dépêche télégraphique 9 datée de
Brest, annonça que la France avait
reconnu l'indépendance de Saint-Domingue, et que les autorités d'Haiti
avaient reçu avec respect et reconnaissance l'ordonnance de S. M. CharlesX,
parlaquelle le Roi renonçait à ses droits
sur Ilaiti, moyennant une indemnité
de cent cinquante millions, quidevaient --- Page 306 ---
RÉSUMÉ
être répartis entre tous les colons dépossédés. Cet événement est si récent
que, nous en sommes persuadés, : les
lecteurs nous sauront gré de rapporter,
avec quelques détails, les circonstances
de cette alliance entre la France et Son
ancienne colonie, devenue une des puissances les plus considérables du Ncuveau-Monde. C'est dans la gazette officielle d'Haiti que nous puiserons ces
détails. Voici ce qu'elle contient:
Dimanche 3juillet, à dix heures du
matin, la vigie signala une frégate et
deux bâtimens. On était loin de
penser
quec'étaient desbâtimens deS.M.TrèsChrétienne. A deux heures de l'aprèsmidi ils mouillèrent en grande rade, et
l'on reconnut alors que c'était nne frégate, un brick'et une goëlette, sous pavillon français, la frégate ayant au mât
de misaine le pavillon haitieri. Le colonel Boisblanc, chefdes mouvemens du --- Page 307 ---
DE S.-DOMIINGUE* 26g
DE L'HISTOIRE
se rendait à bord, lorsqu'il renport, contra an canot de la frégate, ayant
7 dans lequel
pavillon parlementaire
était un officier porteur de dépêches
Le colonel Boispourle gouvernement.
blanc prit les paquets, et le canot retourna à bord de la frégate. Son Exc. le
président d'Haiti, ayant reçu ces pafit appeler le général de brigade
quets 2
et lui
B. Inginac, secrétaire-général,
donna ordre de répondre à la lettre que
lui avait adressée M. le baron de Mackau, capitaine de vaisseau, commandant la frégate la Circé, pourlui annonétait chargé, par S. M. Trèscer qu'il
Chrétienne, d'une mission tonte pacifique auprès du gouvernement d'Haiti,
résulterait
de laquelle il espérait qu'il
au pays. Le
les plus grands avantages
secrétaire-général envoya,le soir même,
à bord de la
un de ses aides-de-camp
M. de
la
à
C frégate, apporter. réponse
*
vaisseau, commandant la frégate la Circé, pourlui annonétait chargé, par S. M. Trèscer qu'il
Chrétienne, d'une mission tonte pacifique auprès du gouvernement d'Haiti,
résulterait
de laquelle il espérait qu'il
au pays. Le
les plus grands avantages
secrétaire-général envoya,le soir même,
à bord de la
un de ses aides-de-camp
M. de
la
à
C frégate, apporter. réponse
* --- Page 308 ---
RÉSUMÉ
Mackau. Illui
annonçait, dans sa lettre, qu'il serait reçu avec les égards dus
au monarque qui l'avait envoyé, Aussisôt des ordres furent donnés pour la
réception de M. le baron de Mackau
et de sa suite. Le lendemain, 4 du courant, vers les sept heures du matin, le
noble envoyé de S. M. Très-Chrétienne
descendit à terre et se rendit en voiture
àlhôtel du secrétaire-général, oil, après
une conférence particulière avec lui,
qui dura plus de deux heures, M. de
Mackau se retira dans les appartemens
quilui avaient été destinés. Dès que le
secrétaire-général eut eu rendu compte
à Son Exc. de son entrevue avec M. le
baron, le président nomma trois commissaires (le colonel Frémont, aidede-camp de Son Exc., 2 le sénateur
Ronanez et le secrétaire-général), afin
de prendre connaissance de Ja mission
de M. de Mackau, et de traiter avec --- Page 309 ---
DE L'HISTOIRE DE s-DOMINGUE, 271
lui pourle grand objet de la' reconnaissance de l'indépendance d'Haiti. Messieurs les commissaires - et M. l'envoyé
eurent une conférence le 4 au soir, laquelle dura plusieurs heures; et le 5, à
midi, ils en eurent une nouvelle, qui
fut prolongée jusqu'à quatre heures de
l'après - midi. Dans ces deux conférences, lesintérêts des deux gouvernemens furent défendus de part et d'autre
avec dévouement et patriotisme. Lesoir
du même jour, Son Exc. le président
d'Haiti eut une première entrevue avec
M. le baron de Mackau. Le 7, à midi,
Son Exc. convoqua, au Palais-National, le secrétaire d'Etat ,le grand-juge,
le secrétaire-général, les généraux et
les sénateurs présens dans la capitale,
le trésorier-général, le doyen du tribunal de cassation et divers officiers civils
et militaires, afin d'avoir leur opinion
sur les propositions offertes. Le même --- Page 310 ---
RESUMÉ
soir, il eut une nouvelle conférence avec
M. de Mackau. Le 8 au matin, S. Exc.
le président d'Haiti annonça, par une
lettre, à M. le baron, que le gouvernement de la république acceptait, d'après les explications qu'il avait données, l'ordonnance qui reconnait, sous
certaines conditions, 2 l'indépendance
pleine et entière du gouvernement
d'Hoiti. Aussitôt le brick le Rusé, commandé à par. le capitained defrégate M. Luneau, fut expédié au devant de la flotte
qui se trouvait dans nos eaux, sous les
ordres des contre-amiraux Jurieu de la
Gravière et Grivel, pour leur annoncer
la conclusion de la négociation; et, le
soir de la même journée, la goélette de
S. M. Très-Chrétienne la Béarnaise,
commandée par le lieutenant de vaisseau H. Derville, fut expédiée pour la
France, afin d'en apporter la nouvelle.
Dès-lors, la cérémonic de l'entérirc-
qui se trouvait dans nos eaux, sous les
ordres des contre-amiraux Jurieu de la
Gravière et Grivel, pour leur annoncer
la conclusion de la négociation; et, le
soir de la même journée, la goélette de
S. M. Très-Chrétienne la Béarnaise,
commandée par le lieutenant de vaisseau H. Derville, fut expédiée pour la
France, afin d'en apporter la nouvelle.
Dès-lors, la cérémonic de l'entérirc- --- Page 311 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 273
ment et acceptation de l'ordonnanée au
Sénat, fàt arrêtée pour le 11.
Le 11, à l'heure indiquée, M. de
Mackau, MM. les amiraux et officiers
de P'escadredevantle port, s'étant rendus à terre dans l'ordre arrêté par le
supplémentau programme, et ayant reçu les complimens du général Thomas
et des généraux qui l'accompagnaient,
lc cortége est parti du quai pour se rendre au Sénat, où, étant entré, M. le
baron de Mackau prit tla parole, et prononça le discours suivant:
<C Messieurs du Sénat,
> Le roi m'a ordonné de venir vers
vous et de vous, offrir en son nom le
pacte le plus généreux dontl'époqueactuelle offre l'exemple. Vous y trouverez, mcssieurs, qu'en ces grandes circonstances, la royale pensée de S. M.
ne s'est pas moins portée sur l'état pré- --- Page 312 ---
RÉSUMÉ
caire des Haitiens que sur les intérêts
de ses propres sujets.
)) Sans doute, Messieurs, les hautes
vertus de votre digne président, et l'intérêt d'un prince qui est tout-à-la-fois
l'orgueil et de son père et de la France,
ont exercé une grande influence sur la
détermination de S. M.; mais il suffisait qu'il 1 y eût du bien à faire et une
réunion d'hommes pour que le coeurde
Charles X fut vivement intéressé.
>> Dieu bénira, messieurs, cette sincère et grande réconciliation, et
permettra qu'elle serve d'exemple à d'autres Etats déchirés encore par des maux
dont Phumanité gémit.
>> Aussi nous est-il permis
A
d'espérer
que, dans le Nouvean-Monde comme
danslAncien, nous trouverons tousles
coeurs ouverts à cet amour qui nous fut
légué par nos pères, 2 dont hériterera
notre postérité la plus éloignée - 2 pour --- Page 313 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 275
cette auguste Maison de France, qui,
après avoir fait le bonheur de notre
pays, a voulu fonder celui de ce nouvel
État. >)
Et il déposa l'ordonnance sur la table du président du Sénat.
Le président du Sénat se leva et répondit au discours de M. le baron par
celui qui suit : -
( MONSIEUR IE BARON,
( ) Nous recevons avec vénération
l'ordonnance de S. M. T. C., par laquellela recognition de l'indépendance
d'Haiti est formellement déclarée, et
dont vous avez été chargé de nous présenter l'acte solennel.
) Ila appartenait à un descendant de
la noble et antique race des Bourbons
de mettre le sceau au grand ceuvre de
notre régénération : après de si funestes
et de si cruelles calamités, Charles X,
justement roi très-chrétien, vient enfin
ration
l'ordonnance de S. M. T. C., par laquellela recognition de l'indépendance
d'Haiti est formellement déclarée, et
dont vous avez été chargé de nous présenter l'acte solennel.
) Ila appartenait à un descendant de
la noble et antique race des Bourbons
de mettre le sceau au grand ceuvre de
notre régénération : après de si funestes
et de si cruelles calamités, Charles X,
justement roi très-chrétien, vient enfin --- Page 314 ---
RÉSUMÉ
de reconuaître le droit acquis par le
peuple Haitien, et appelle cettejeune
nation à prendre rang parmi les, peuples anciens.
> Rendons grâce à P'Eternel.
> Gloire à l'auguste monarque qui,
dédaignant des lauriers qui seraient
souillés de sang, a préféré ceindre son
frontmajestueux de l'olivier de la paix !
>> Réunissons nos voeux pour bénir
son bien-aimé fils, dont la renommée,
en publiant les vertus, a fait retentir sa
voix jusqu'à nous.
)) Félicitons M. le baron de Mackau
d'avoir si dignement rempli son honorablemission : le nom de son souverain,
celui du Dauphin de France et le sien,
serontinserits en traits ineffaçables dans
les fastes d'Haiti. >>
Après ce discours, un des secrétaires du Sénat a donné lecture, à haute
et intelligible voix, de l'ordonnance de --- Page 315 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 277
S.M.T.C., en date du 17 avril dernier;
qui reconnaît l'indépendance pleine et
entière du gonvernement d'Haiti. Ensuite cet acte solemnel a été entériné
dans les registres du Sénat, et remis à
une députation composée des sénateurs
Daumec, Pitre et Rouanez, pour être
porté au président d'Haiti. Les cris de
vive Charles X! vive le'Dauphin de
France! wvive la France! vive Haiti!
vive le président d'Haiti! vive Pindépendance! retentirent de tous les côtés
de la salle;et, après l'entérinement de
l'ordonnance, la séance fut fermée, et
le cortége se rendit au Palais-National.
Etant rendu au pied des escaliers, monsieur l'envoyé de S. M. T. C., MM. les
amiraux et la députation du Sénat furent reçus par le contre - amiral Panayoti, officier-général de service au
palais, et furentintroduits par les aidesde-camp de service dans la salle des gé24 --- Page 316 ---
RÉSUMÉ
néraux, où se trouvait S. Exé. le président d'Haiti, environné des grands
fonctionnaires. Après les salutationsrécijproquesyetlorsqse les principaux personnages du cortège eurent pris place.
sur les fauteuils qui leur étaient destinés, le sénateur Daumec;t tenant dans
ses mainsl'ordonnance duiroi I très-chrétien, renfermée dans un superbe étui de
velours, se leva, imp provisa un discours
analogueà la circonstance, que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici, et
déposa sur la table ladite ordonnance.
S.Exc., prenant alors la parole, a prononcé le discours suivant :
C En acceptant solennellement l'ordonnance de S. M. Charles X, qui reconnaît d'une manière formelle P'indépendance pleine et entière du gouvernement d'Haiti, qu'il est doux pour mon
coeur de voir mettre le sceau à l'émancipation d'un peuple digne,parson cou-
, que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici, et
déposa sur la table ladite ordonnance.
S.Exc., prenant alors la parole, a prononcé le discours suivant :
C En acceptant solennellement l'ordonnance de S. M. Charles X, qui reconnaît d'une manière formelle P'indépendance pleine et entière du gouvernement d'Haiti, qu'il est doux pour mon
coeur de voir mettre le sceau à l'émancipation d'un peuple digne,parson cou- --- Page 317 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE, 279
rage et sa détermination, des destinées
que la Providence lui réservait; d'un
peuple A la tête duquel il m'cst si glorieux d'avoir été appelé!
>> Siles Haitiens, par leur constance
et leur loyauté, ont mnérité l'estime des
hommes impartianx de toutes les nations, il estjuste de rendre ici un hommageéclatant â la gloireimmortelle que,
par cet acte mémorable, le monarquede
la France vient d'ajouter à l'éclat de son
règne. Puisse la vie de ce souverain être
longue et. heureuse pour le bonheur de
l'humanité !
>Depuis vingt-deux ans, nous renouvelons chaque année le serment de vivre
indépendans ou de mourir: désormais,
nous y ajouterons un voeu cher à notre
coeur, et qui,j'espère, sera entendu du
Ciel: que la confiance et une franchise
réciproque cimentent à jamais l'accord --- Page 318 ---
RESUME,
qui-vient de se former entre les Français et les Haitiens!
M. de Mackau se leva et s'adressa à
S. Exc. le président d'Haiti, dans les
termes suivans:
C MONSIEUR LE PRÉSIDEST,
>> Le roi a su qu'il existait sur une
terre éloignée, autrefois dépendante de
ses États, un chefillustre qui ne se servit jamais de son influence et de son autorité que poarsoulagerlomallcory désarmer la guerre de rigueurs inutiles, 7
et couvrir les Français surtout de sa protection.
> Leroi m'a dit: allez vers cet homme célèbre; offrez-lui 1e la paix, et pour
son pays, la prospérité et le bonheur.
J'aiobéi;j'ai rencontré le chefquem'avait signalé mon roi, et Haiti a pris
son rang parmi les nations indépendantes.> --- Page 319 ---
DE L'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 28:
Le président d'Haiti prenant la parole,s'est exprimé en ces termes :
G MONSIEUR LE BARON,
>> Mon âme est émue à l'expression
des sentimens que vous venez de manifester. Ilm'est glorieux et satisfaisant
tout-à-la-fois d'entendre ce' que vous
m'annoncez dans cette grave solennité
de la part de S. M.le roi de France.
Tout ce quej'ai fait n'a été que le résultat de principes fixés qui ne varieront
jamais.
>> J'éprouve une véritable satisfaction
de pouvoir, dans cette circonstance
vous témoigner combien je me félicite
d'avoir été à portée d'apprécier les qualités honorables qui vous distinguent. ))
Après que le président eut fini de
parler, il donna l'ordre au secrétairegénéral de faire la lecture dé'lordonnance de S. M. T.C., et ensuite de la
décharge donnée à M. de Mackau dela
*
varieront
jamais.
>> J'éprouve une véritable satisfaction
de pouvoir, dans cette circonstance
vous témoigner combien je me félicite
d'avoir été à portée d'apprécier les qualités honorables qui vous distinguent. ))
Après que le président eut fini de
parler, il donna l'ordre au secrétairegénéral de faire la lecture dé'lordonnance de S. M. T.C., et ensuite de la
décharge donnée à M. de Mackau dela
* --- Page 320 ---
RÉSUMÉ
remise de l'ordonnance dont ii était
teur. Cette décharge ayant été
poragréce,
le signal convenu fut fait, et aussitôt
les bâtimens composant l'escadre française devantle port ont saluélep pavillon
d'Haiti comme celui d'une nation indépendante. Aussitôt le fort Alexandre,
tous les forts de la ligne et les gardescôlessur rade ont salué le pavillon royal
de France.
Les cris d'allégresse de vive S. M.
1. C.! vive la Famille royale de
France! vive le président d'Haiti !
wive Pindipendance! vive la France!
vive Haiti! se firent simultanément
entendre.
Le cortége se rendit à T'église paroissiale pour y entendre le Z'e Deum.
Ainsi fit entièrement consommé le
grand acte 11 de la régénération du peuple haitien. Puisse-t-il goûter longlemps, sous le gouvernement du sage --- Page 321 ---
DEL'HISTOIRE DE S.-DOMINGUE. 283
magistrat, du général habile et du citoyen éclairé qu'il a choisi pour chef,
les douceurs de la liberté pour laquelle
ilasilong-temps combattu, et qu'il a
acquise au prix de si grands et si honorables sacrifices : Tel est le vocu d'un
homme, 2 qui," méprisant un préjugé ridicule et barbare,ne vitjamais dansles
habitans d'Haiti ? que des frères et de
vertueux citoyens.
FIN.
a --- Page 322 ---
TABLE
TABLE DES PÉRIODES.
Pages.
INTRODUCTION.
I
PREMIBRE PÉRIODE,
Depuis le 4 décembre 1492 jusqu'd
lafin du 1G* siècle.
Découverte de l'ile d'Haiti ( Saint : Domingue.) - - Conquete de cetteilc.-
Cruautédes Espagnols.
Situation
de la colonie a la fin du XVIe siècle. T
DEUXIÈME PÉRIODE,
Depuis le commencement du i7siècle
jusqu'au commencement du 18".,
Etablissement des Français à SaintDomingue.
Les Espagnols cèdent
aux nouveaux colons la partie occidentale de l'ile.
--- Page 323 ---
DES PÉRIODES.
TROISIÈME PÉRIODE,
Depnis le commencement du18e siècle
jusqu'en 1789.
Pages
Création et ruine d'une compagnie destinée à augmenter lc nombre des COlons.
Moeurs et gouvernement.
-Effct que produisirent dans la colonic les premiers événemens de la révolution françaisc.
QUATRIEME PÉRIODE,
Depuis 1790 jusqu'en 1793.
Révolte de Jacques Ogé.
Arrivée
cn France des membres de l'assemblée générale. 1 Décret qui déclare
lcs gens de Couleur et les Blancs
égaux en droit.
La guerre civile
éclate avec fureur. - - Massacre des
Blancs.
CINQUIEME PÉRIODE,
Depuis 1793 jusqu'en 1798.
Lc Gouvernement français déclarc la
c.
QUATRIEME PÉRIODE,
Depuis 1790 jusqu'en 1793.
Révolte de Jacques Ogé.
Arrivée
cn France des membres de l'assemblée générale. 1 Décret qui déclare
lcs gens de Couleur et les Blancs
égaux en droit.
La guerre civile
éclate avec fureur. - - Massacre des
Blancs.
CINQUIEME PÉRIODE,
Depuis 1793 jusqu'en 1798.
Lc Gouvernement français déclarc la --- Page 324 ---
TABLE
gucrre à
Pages.
lAngletcrre et à la Hol.
lande.
La guerre continue à SaintDaingue-Ahelition
-
del'esclayage.
Los Anglais s'cmparent d'une
tie de la colonie.
par.
Toussaint Lou-,
verture.
Les Anglais abandonnent
Saint-Domingue
SIXIÈME PÉRIODE,
Depuis 1798 jusgu'en. .1 803.
Toussaint Louverture proclame l'indé.
pendance de Saint -
Paix entre la France Domingue, se
ct l'Anglcterre.
Expédition du général Leclerc.-
Arrestation ct mort de Tonssaint
SEPTIÈME
PÉRIODE,
Depuis 1803 jusqu'en 1804.
La gucrre recommence. avec
Mort du
fureur. - 1
général Leclerc. - L'Angleterre déclare la gucrre à la
-
France.
Evacuation de Tile par les Fran- --- Page 325 ---
DES PÉRIODES.
Pages.
çais. - - Dessalines est nommé gouverncur.
HUITIÈME PÉRIODE,
Depuis 1804jusqu'en 1807.
Massacre des Français. 1 Campagnes
de Dessalines.- -Denalinesyempercar.
- Sa mort.
Le gouvernement est
partagé entre deux chefs, Christophe
et Pétion.
NEUVIÈME PÉRIODE,
Depuis 1807 jusqu'd la fin de 1820.
Christopheproclame une nouvelle constitution. 3 La guerre recommence
entre Christopheet Pétion. Christophese faitcouronner roi
Situation de l'ile lors de l'avénement de
Louis XVIILau trône de France 237
DIXIÈME PÉRIODE,
Depuis 1821 jusqu'en 1825.
Les négociations sont entamées entre le
Gouvernement français et le Prési. --- Page 326 ---
66-18
Tul 65
Wa
TABLE DES PÉRIODES.
Pages,
dent de la République d'Haiti. - -
Rupture. 1 S. M. CHAKLES X recomnaitl'indépendance de la République d'Haiti.
251.
FIN.DE LA TABLE.
deh
ir --- Page 327 ---
E825
Ril2r --- Page 328 ---
** 23 2*
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pour paraitre
des Rois de France,
RÉSUMÉ de Phistoire
par Raban.
à
x 27 1
> * - > * X V
e A a