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R EPLIQUE
A J. - P. B RISSOT,
Député de Paris,
:
PAR CHARLES TARBÉ,
Député du Département de la Seine-Inférieure; ;
S UR L E S TROUBLES
DE SAIN T-D O M I
-.
INGUE;
Prononcée à l'Assembléel Nationale, le 22 Novembre 1792.
MrsSIEURS,
Chargé par votre comité colonial de vous faire
le récit des troubles de Saint-Domingue, je m'étois
particulièrement attaché à écarter de mon rapport
tout ce qui pouvoit porter le caractère de la
partialité;j j'avois espéré , ainsi que votre comité,
Colonies, K.
A --- Page 4 ---
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neutraliser les haines, les vengeances et les factions, en évitant des personnalités indignes de
figurer dans une affaire aussi importante, et en
appelant toute l'attention de l'Assemblée nationale sur le seul objet qui doive l'occuper véritablement, le salut de la colonie.
M. Brissot, , qui s'est trompé s'il a pris ma
modération pour de la foiblesse, s'est permis hier
une sortie outrageante contre moi, et vous a
dénoncé mon travail comme inexact, partial et
infidèle. Que mon Rapport n'ait pu lui plaire,
cela se conçoit aisément ; il devoit être gênant
pour lui.de lire le démenti formel, quoiqu'indirect, de plusieurs de ses assertions : mais étoit-il
prudent à lui d'engager de nouveau le combat?
Je ne le crois pas. Au surpius, puisqu'il m'y
contraint, je-lui dirai la vérité toute entière;
la lui dirai sans ménagement.
je
Je n'ai pas eule temps d'être court (1); mais j'ai
tâché d'être simple et clair. Je suivrai
M. Brissot. Il m'attaque par des ailégations, pas-à-pas
des
par
conjectures , par des suppositions : je lui répondrai par des faits, par des lois, par des preuves
incontestables: N
En relisant l'opinion de M. Brissot,j j'ai reconnu
de nouveau de que j'avois éprouvé quand il nous
(),Jen'ai eu que. 24 henres pour faire cette réplique. --- Page 5 ---
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en a fait la lecture : c'est que son véritable but
étoit de rentrer dans la discussion au fond. Et
certes s M. Brissot ne doit point se plaindre de
n'avoir pas émis son voeu sur cette question ; car,
àl'exception de M. Garran de Coulon, quia a parlé
dans le même sens que lui, il est le seul jusqu'à
présent qui ait été admis à traiter au fond cette
question importante. Il est vrai que 2 malgré sa
prodigieuse fécondité, il n'a fait que répéter hier
ce qu'il avoit dit déjà dans ses trois précédens
discours. : il faut en excepter cependant ses assertions sur les prétendues inexactitudes de mon rapport;. et c'est-là, Messieurs, , ce dont j'ai à vous
entretenir. La tâche ne sera pas pénible ; car ce
qui étoit l'objet apparent du discours, n'en étoit
véritablement que le prétexte ; et les faits contestés n'en occupent que le moindre espace.
M. Brissot nie que les hommes de couleur ayent
gdté leur cause par des actes de viclence condamnables. Eh ! quel nom donnera-t-il donc aux
cruautés sans nombre que les mulâtres ont exercdes dans toutes les parties de la colonie P Qu'il
cite un outrage fait aux hommes de conleur de
la province de l'Ouest, avant l'insurrection du 31
août dernier 3 avant la prise d'armes, avant le
concordat du 7 septembre 9 terminé par ces mots
exécrables, dont il a Osé faire l'éloge : autreA 2
par des actes de viclence condamnables. Eh ! quel nom donnera-t-il donc aux
cruautés sans nombre que les mulâtres ont exercdes dans toutes les parties de la colonie P Qu'il
cite un outrage fait aux hommes de conleur de
la province de l'Ouest, avant l'insurrection du 31
août dernier 3 avant la prise d'armes, avant le
concordat du 7 septembre 9 terminé par ces mots
exécrables, dont il a Osé faire l'éloge : autreA 2 --- Page 6 ---
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ment la guerre civile ! Qu'il cite un outrage
aux
faty
hommes de couleur dans la province du nord,
avant la réunion de quelques-uns d'entre eux aux
nègres révoités de la partie de l'est, s où ils ont
commis des actes d'une férocité inouie ! Qu'il cite
un seul ontrage fait aux hommes de couleur dans
la province du Sud ; : et cependant les hommes de
couléur y ont empalé des citeyens paisibles, éventré des femmes enceintes, s et forcé les pères à en
dévorer les fruits !
On ne peut s'étonner assez de voir un Français,
un représentant de la Nation, appronver, justifier de pareils excès, dont gémissoient, dans la
colonie, des hommes de couleur même, et que
s'efforçoient à réprimer avec un dévouement vraiment généreux, les sieurs Laforet l'ainéet Rouannesfils, citoyens de couleur, propriétaires au Cap.
Des pages entières sont consacrées, dans le discours de M. Brissot, à faire l'éloge d'Ogé (2), de
ses complices, et des autres mulâtres sous le fer
(1) M. Guzdet aussi s'attendrit sur le supplice d'Ogé.
M. Guadet s'étonne de ce que le' rapporteur du comité
colcnial parle en termes peu mesurés. 2 de Pionnéte, du
vertueuz Ogé. Que ces Messieurs lisent donc l'instruction
du, procès criminel d'Ogé ; qu'ils effacent donc des annales de
Saint-Domingue les forfaits quhlya commis ; et qu'ils nous
disent depuis quand le vol, lincendie et le meurtre sont
devenus des titres à l'apothéose ! --- Page 7 ---
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desquels ont péri des milliers de blancs. Par quel
hasard les sieurs Rouannès fils et la Forêt l'ainé
n'obtiennent-ils pas même une mention honorable
dans les volumineuses dissertations, de M.Brissot?
Ne nous en étonnons pas: le panégyrique d'Ogéet
de ses complices auroit contrasté défavorablement
pour le systême de M.Brissot,avec l'esprit pacificateur, ayec l'ame sensible et bienfaisante des
vertueux Rouannaspls, et Laforet l'ainé.:
M. Brissot se plaint de ce que jai peint les
hommes de couleur comme coalisés avec Paristocratie. J'ai dû dire la vérité ; je vais la répéter,
puisque M. Brissot l'ignore, ou' feint de l'ignorer.
Hicardemoninéqusions Jes mouvemens des hommes
ded couleur dans la province de l'Ouest, ont été concertés, machinés avec les ennemis les plus cruels
de lai révolution. Onsait que la révolution à SaintDomingue n'avoit éprouvé de résistance que de
la part des ci-devantnobles et des
e Nos
plus riches.
priétaires : eh bien! ce sont de ci-devànt nobles., s.proles sieursHanns deJuméconit,FAsinay de Chitry, -
Pinard de la Rosière : Petit de Villers ?, Hamon
de Vanjoyenis, le chevalier de Russy
Baron.
ennemis les plus cruels
de lai révolution. Onsait que la révolution à SaintDomingue n'avoit éprouvé de résistance que de
la part des ci-devantnobles et des
e Nos
plus riches.
priétaires : eh bien! ce sont de ci-devànt nobles., s.proles sieursHanns deJuméconit,FAsinay de Chitry, -
Pinard de la Rosière : Petit de Villers ?, Hamon
de Vanjoyenis, le chevalier de Russy
Baron. yle
de Montalembert, etc., qui sont les conseils, les
agens, les co-opérateurs des hommes de couleur.
-La révolte ayoit éclaté dans le nord le 23 août;
et, dès le 31 du même mois, le sieur de Jumécourt
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(6)
tramoit avec les hommes de ceuleur de la Croixdes-Bouquets, le projet del leurinsursection.- Le
7 septembre, il rédigeoit avec eux : le concordat
provisoire de la Croix - de - Bouquets.
Le
30 septembre et le 12 octobre 3 il écrivoit deux.
longs factum en faveur des hommes de couleur
révoltés.-Le 13 octobre,il écrivoit à M. Pinchinat, mulâtre, ces paroles remarquables : J'ai le
projet de former un plan de concordat actuel,
qui laissera subsister l'ancien ; et de ne fuire
qu'ajouter le développement des changemens SILCcessifs que la position actuelle doit amener, Le
rétablissement du pouyoir erécutif en la personne
de IMI. Coutard, Pembarquement des bataillons
( de Normandie et d'Artois ); l'eril des membres
de Tassemblée provinciale et de la municipalité,
Pétablissement d'une garnison de 2200 hommes
az moins dans le Port-au-Prince 3 zn service
pour M. Mauduit, le jour ou le lendemain du
Te Deum Jet de la prise de possession : tels sont
les objets sur lesquels il importe de connottre la
façon de penser de Parmée.
Personne de vous 2, Messieurs , n'ignore que le
colonel Mauduit fut, dans la colonie de SaintDoiningue, le plus ferme appui de l'ancien régime ;
on sçait que l'armée combinée des citoyensb blancs
et de couleur de la partie de l'ouest, a pour chefs
actuels deux mulâtres, les Sieurs Pinchinat et
possession : tels sont
les objets sur lesquels il importe de connottre la
façon de penser de Parmée.
Personne de vous 2, Messieurs , n'ignore que le
colonel Mauduit fut, dans la colonie de SaintDoiningue, le plus ferme appui de l'ancien régime ;
on sçait que l'armée combinée des citoyensb blancs
et de couleur de la partie de l'ouest, a pour chefs
actuels deux mulâtres, les Sieurs Pinchinat et --- Page 9 ---
(7)
Beauvais ; et deux blancs, les Sieurs Hanus de
Jumécourt, et Daulnay de Chitry ; ce dernier,
oncle du colonel Mauduit: peut-on douter dès.lors,
des principes des chefs des hommes de oouleur?
: Ce sont ces mêmes chefs qui ont rédigé le récit
de l'événement du Port-au-Prince, , récit qui res-'
pire la haine, la fureur et la vengeance; ce sont
eux qui qualifient la garde-nationale, les corps
populairesetles membrés du club du Portau-Prince
de scélérats, d'enragés, de factieux, de brigands,
etc. ; cesont eux qui ont rédigé cette adresse aux
commissaires civils, dans laquelle ils jurent d'obéir
à la loi, et refusent d'en reconnoître les erganes;
dans laquelle ils demandent l'exéeution de la loi,
et protestentqu'ils ne déposeront pas les armes,que
la'loileur ordonne de déposer. Enfin, lorsque dans
toutes les circonstances > lorsque dans tous les
actes, on voit les chefs des hommes de couleur
accolésaux chefs de l'aristocratie coloniale, peutdouter
les hommes de
on raisonnablement
que
couleur soient influencés par le parti aristocratique'de la colonie, qu'ils soient égarés par la
suggestion des ennemis du bien public? Oni,
Messieuts,jel'ail dit, parce que cela est vrai, parce
cela est démontré: les hommes de couleur sont
que
coalisés savec lepartiennemide la Constitution, qui
abuse de leur manque de lumieresspour les entraîner dans les mesures violentès étatroces par
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(8)
lesquelles ils ont souillé la défense de leur cause.
M. Brissot qui trouve moins gênant d'embrasser
la défense de l'aristocratie, que d'avouer une coalition qui dérange. son systême, me fait un reproche C d'être tombé durement sur les aristocrates s, ,dont il vante d'ailleurs lasagesse, la modération, l'attachement Ala métropole. Jusques-là
peut-être , il pouyoit se flatter d'être cru, sur sa
parole, par quelques personnes de l'Assemblée;
mnais à qui a-t-il Cru en imposer , en assurant
que ces aristocrates coalisés avec les hommes de
couleur, n'ontpoint conservé dans les concordats
et autres actes publics > des titres proscrits par
la Constitution ; lorsque les pièces justificatives
qui sont sous les yeux de l'Assemblée entière,
attestent évidemment le contraire ; lorsque le
concordat du 11 septembre, lorsque l'adresse des
citoyens blancs et de couleur campés à la Croixdes-Bouquets, sont souscrits du chevalier de Russy,
du baron de Montalembert, et du comte de la
Fitte ? Et quelle confiance croit-il inspirer
pour
ses autres assertions, quand on le voit nier des
faits aussi évidemment > aussi positivement démontrés P
M.Brissot reproduit encore ses reproches à l'assemblée colpuiale 3 d'avoir cherché à scl rèndre
indépendagies ehd'avoir conspiré pour enlever
la colonie à la métropole ; il ne pardonne pas
valier de Russy,
du baron de Montalembert, et du comte de la
Fitte ? Et quelle confiance croit-il inspirer
pour
ses autres assertions, quand on le voit nier des
faits aussi évidemment > aussi positivement démontrés P
M.Brissot reproduit encore ses reproches à l'assemblée colpuiale 3 d'avoir cherché à scl rèndre
indépendagies ehd'avoir conspiré pour enlever
la colonie à la métropole ; il ne pardonne pas --- Page 11 ---
(9)
au comité colonial d'avoir affirmé que ces accitsations n'étoient pas appuyées d'une seule pièce
justificative. Que fait cependant M. Brissot pour
prouver qu'il n'a pas calomnié l'assemblée coloniale? Comment justifie-t-il ses gratuites inculpations contre tous les fonctionnaires publics de
Saint-Domingue ? Qu'oppose-t-il à la dénégation
formelle du Comité P.. e On s'attend à le voir
produire en foule des pièces authentiques, des
preuves victorieuses.
On pense qu'il va dé.
montrer jusqu'à l'évidence, qu'il ne s'est pas lés
gèrement revêtu du caractère d'accusateur..
Erreur M. Brissot nè produit rien,ne
prouve
rien,absolument rien : seulement, il paroit surpris qu'on ne l'ait pas cru sur sa parole. J'ai
cependant, dit-il un peu plus loin, citéunefoule
de faits à Pappui de ma dénonciation ! Mais,
ces faits, sur quoi sont ils appuyés? . Encore
sur l'assertion de M. Brissot ! et c'est toujours sur
cette base que M. Brissot établit son projet de
décret d'accusation contre deux cents magistrats
qui ont été investis de leur autorité par le voeu
et la confiance de la colonie N'est-ce
pas
abuser du droit nécessaire qu'ont les représentans
de la Nation d'émettre librement leur opinion,
que de hasarder aussilégèrement des accusations
de crime capital ?
Je pourrois me dispenser de rappeler à M,
ltéplique à J. P. Brissot.
A 5 --- Page 12 ---
(10)
Brissot les faits dont il s'agit, et dont il connoft
sans doute le peu de fondement ; mais je dois à
l'Assemblée, au comité colonial, et à moi-même,
de les discuter succinctement.
Premier fait. Il s'agit de discours d'indépendance et de révolte, que M. Brissot prétend
avoir été tenus dans Passemblée coloniale. Je
lui observe d'abord, et j'atteste à l'Assemblée,
qu'il n'existe, dans les pièces officielles remises au
comité, aucune trace de ces prétendus discours.
J'ignore où M. Brissot a puisé ces bases d'une
accusation du crime de lèse-nation. Dans quelques
journaux' pent-être ! (1).. . - Mais, outre que les
papiers-nouvelles ne méritent pas une grande confiance, outre qu'il restedouteux que ces prétendus
discours ayent été prononcés, je dis que, même en
supposant qu'ils l'ayent été, il seroit absurde d'acP
(1) J'avois pressenti quelle étuit la source où M. Brissot
avoit puisé les élémens de sa dénonciation : c'est justement dans
des journaux, que M. Brissot a Pingénuité, la borhommie d'appeler des pièces authentiques. M. Brissot demande que ces
Journaux soient pris en grande considération ! M. Brissot seroit
bien surpris si, dans ces mêmes journaux, on trouvoit des
inculpations contre les amis des noirs, contre le martyr
Ogé, 2 contre Tapôtre Grégoire ! Faudroit-il aussi regarder
ces preuves comme authentiques ?
des journaux, que M. Brissot a Pingénuité, la borhommie d'appeler des pièces authentiques. M. Brissot demande que ces
Journaux soient pris en grande considération ! M. Brissot seroit
bien surpris si, dans ces mêmes journaux, on trouvoit des
inculpations contre les amis des noirs, contre le martyr
Ogé, 2 contre Tapôtre Grégoire ! Faudroit-il aussi regarder
ces preuves comme authentiques ? --- Page 13 ---
(u)
euser l'Assemblée coloniale de projets de révolte
et
bres d'indépendance, 3 parce que deux de ses memauroient proféré à la tribune des
peu constitutionnels.
principes
Certes, Messieurs, il seroit
de
une assemblée
étrange
rendre
responsable des opinions de
ques individus qui en font
quelsemblée coloniale
partie : accuser l'Aspour ainsi
surun pareil motif, ce seroit,
dire, justifier les
ennemis vous font
inculpations que vos
sans cesse sur les mouvemens
qui accompagnent VOS
cours
discussions, sur les disqui précèdent YOS décrets. La liberté des
opinions vous fait un devoir d'en entendre beaucoup que vous n'approuvez pas ; elles ne vous
appartiennent que quand vous les adoptez en les
consacrant par votre suffrage (1). C'est par sa
majorité qu'une assemblée se prononce
c'est toujours la majorité
7 puisque
lonté générale.
qui exprime la vodonc être
L'Assemblée coloniale ne peut
bérations. jugée que sur le résultat de ses déliDeuzième Jait. M. Brissot cite, comme
preuve
(r) M. Brissot est trop généreux sans doute,
que l'Assemblée nationale soit responsable de pour vouloir
positions extravagantes,
certaines protionnelles, qu'il
dangerenses, et même peu constitula tribune soit peut à se rappeler avoir été prononcées, soit à
la barre, --- Page 14 ---
(12)
de projets d'indépiendance de l'assemblée coloniale, sa translation au Cap, qu'il assure avoir
été faite au mépris de la loi du premier fb
vrier 2792. Que M. Brissot lise cette loi attentivement : il verra qu'elle renvoie à la loi du 12
octobre 1790 2 qui ordonne de se cortformer à
l'instruction du 28 mars précédent; et cette instruction laisse à l'assemblée coloniale l'option du
lieu de sa résidence. Qu'il consulte ensuite mon
rapport du 10 décembre (pag. 34): il verra les
motifs qui ont déterminé l'assemblée coloniale à
se fixer au Cap.
Troisième fait. M. Brissot trouve suspects les
soins quifurent pris pour. fortifier la ville du
Ses soupçons sont faciles à dissiper. Ces forti- Cap.
fications sont de deux sortes : - celles du côté
de la mer ; elles étoient achevées avant la formation de l'assemblée coloniale,qw'ellesne,
peuvent
dès-lorsregarder: -celles du côté des terres ; elles
ont été commencées aussitôt après la révolte des
nègres; et M. Brissot n'auroit pas conseillé sans
doute de laisser la ville ouverte aux brigands qui
dévastoient la campagne,
Quatrième fuit. C'est celui des cocardes noires,
dont il ne donne pas d'autres preuves que sa première assertion, qui a essuyé le démenti le plus
formel. N'est-il pase étonnant, au surplus s de voir
M. Brissotfairegrand bruit de cette cocarde noire,
après la révolte des
nègres; et M. Brissot n'auroit pas conseillé sans
doute de laisser la ville ouverte aux brigands qui
dévastoient la campagne,
Quatrième fuit. C'est celui des cocardes noires,
dont il ne donne pas d'autres preuves que sa première assertion, qui a essuyé le démenti le plus
formel. N'est-il pase étonnant, au surplus s de voir
M. Brissotfairegrand bruit de cette cocarde noire, --- Page 15 ---
(13)
qui paroit n'avoir pas été portée, et garder le
plusprofond silence surla cocarde blanchearborée
ouvertement par les hommes de couleur?
Enfin, M. Brissot s'étonne etse plaint de nouveau de ce que l'assemblée coloniale a demandé
des secours à la Jamaique etaur Anglo-Américains : et c'est dans la séance même Où vous appreniezquel les premiers secours expédiés de France ne
sont parvenus que le 25Janvier. dernier, c'est dans
cette séance, dis-jey qu'il reproduit ce reproche
avec amertume ! Falloit-il donc exposer 5oo mille.
habitans à mourir de faim, plutôt que de recourir
à; des moyens de secours que l'on avoit sous sa
main P Falloit-il s'exposerà attendre cing mois, de
la métropole, des subsistances que lon pouvoit
se. procurer ailleurs en quinze jours, en un mois?
Ou plutôt, l'assemblée coloniale ne seroit-elle pas
véritablement repréhensible, ne seroit elle pas
réellement coupable, si elle ett négligé aacun
moyen d'arrêter les progrès de l'incendie qui
menaçoit d'embraser toute la colonie P.. :
Mais 7 dit M. Brissot : et cet ambassadeur
envoyé à Philadelphie !.. Comme lesdoutes etles
soupçons de M. Brissot ne sontaccompagnés d'aucun: indice, d'aucune preuve nouvelle, je me
bornerai à lui répéter ce passage de, a mon second.
rapport : (pag- 14). La lettre de créance de M.
Hioustan., envoyé à Philadelphie,le chargeoit --- Page 16 ---
(14)
eapressément de remettre au congrès une expe.
dition de P'acte. constitutionnel de l'assemblée
coloniale de Saint-Domingue ; cet acte porte textuellementque. Saint-Doningue, faitpartie de PEmpire Français, et qu'à PAssembléc nationale seule
appartient irrévocablement le droit de prononcer
sur les rapports commerciauz et politiques de
Saint-Doningue. Donc le sienr Roustan ie pouvoit être admis, et ne pouvoit traiter que comme
commissaire d'une partie intégrante de l'Empire
Français. act
Je pourrois répondre de même au reste des assertions de M. Brissot : mais, je me trompe, il
en est-auxquellés je ne dois point de réponse : ce
Sont celles que M. Brissot avoue ingénuement étre
extraites de journauz et papiers publics. Je' Sais'
trop, et ill le saitol bien lui-même s que, dans les
temps de révolution. sur- tout, les journaux mé:
ritent peu de confiance, parce que toujours ils
respirent l'esprit de parti; et dès-lors ils ne peu:
vent servir de base aux délibérations des
sentans
repré
d'un grand.peuple.
Et,quelles exclanationoedipasl faites M.Brissot,
si, m'en rapportant à la foule immense des journaux qui nous inondent, j'avois consigné dans
mes rapports les' mille et un reproches faits aux
amis des noirs ; si, sur le certificat isolé d'un
jugedu conseil-supérieur du Cap,j'avois annoncé
; et dès-lors ils ne peu:
vent servir de base aux délibérations des
sentans
repré
d'un grand.peuple.
Et,quelles exclanationoedipasl faites M.Brissot,
si, m'en rapportant à la foule immense des journaux qui nous inondent, j'avois consigné dans
mes rapports les' mille et un reproches faits aux
amis des noirs ; si, sur le certificat isolé d'un
jugedu conseil-supérieur du Cap,j'avois annoncé --- Page 17 ---
(15)
que l'on avoit trouvé, dans les papiers du mulâtre
Ogé, une correspondance del'abbé Grégoire, etc.!
Je regreite que M., Brissot se soit embarqué
dans cette récrimnination. dénuée de tout fondement, et qui ne peut qure lui être défavorable;
mais, puisqu'en me jetant le gant, il m'a forcé
de rentrer dans l'arêne, j'ai bien le droit, je
rôis, de relever quelques assertions erronées
qui lui sont échappées dans son nouyeau discours; et je vais en user.
On ne sauroit assez s'étonner de l'affectation
de M. Brissot à dire et répéter que les blancs ne
répondoient aua pétitions des homnes de couleur que par des échafauds ; lorsqu'il est notoire
que l'assemblée coloniale, par ses arrêtés des
26 août, 5,6,14, 20, 25, 27, 28 septembre,
7 et 13 octobre, imprimés parmi les pièces justificatives, a autorisé et même invité les hommes
* de couleur à former des pétitions, et à émettre
leur voeu pour l'amélioration de leur condition.
Mais, ce qu'on ne sauroit bien concevoir, c'est
l'étrange définition que M. Brissot fait desmots
aristocrate et patriote ; c'est l'incroyable appli:
cation qu'il fait de ces dénominations, dont lc
sens. pourtant est si bien connu. A l'éntendre, --- Page 18 ---
(16)
MM. Hanus de Jumecourt, d'Aulnay de Chitry,
Pinard de la Rosière, Hamon de Vajoyeux, le
chevalier de Russy, le comte de la Fitte, le baron de Montalembert, tout ce qu'ily a de ci-devant nobles, de riches et puissans propriétaires
àSt-Domingue, voilà les vrais patriotes, voilà les
vrais amis de la révolution : -- les propriétaires
moins riches s le commerce 9 les artisans, la garde
nationale, le club, les corps populaires; les trou*
pes patriotiques, les troupes de ligne et les matelots de la station, selon lui, voilà les aristocrates. Quel delire ! Il étoit réservé à M. Brissot
seul,de proférer une pareille opinion sans provoquerles plus violens murmures. Au surplus, l'assertion est si absurde, si extravagante 2 que je
trouverois 2 je l'avoae, peu de générosité à la
combattre. Je Tabandonneàl'onbi qu'elle mérite.
M. Brissot ne voit que son systême,, toujours
son système; et, comme déja il taxe d'aristocratie, -
les gardes nationales, les troupes de ligne et les
équipages de marine, je m'attends, s'il prononce
de
un cinquième discours, qu'il proposera aussi
les mettre en état d'accusation, et qu'ill'étendra
ensuite contre toute la raçe blanche de la colonie,
àl'exception toutefois deses patriotes affectionnés,
Messicurs Hanus de Jumécourt > d'Aulnay de
; et, comme déja il taxe d'aristocratie, -
les gardes nationales, les troupes de ligne et les
équipages de marine, je m'attends, s'il prononce
de
un cinquième discours, qu'il proposera aussi
les mettre en état d'accusation, et qu'ill'étendra
ensuite contre toute la raçe blanche de la colonie,
àl'exception toutefois deses patriotes affectionnés,
Messicurs Hanus de Jumécourt > d'Aulnay de --- Page 19 ---
(17)
Chitry, le chevalier de Russy, le comte de là
Fitte, et le baron de Montalembert.
M. Brissot confond perpétuellement les effets
avec les causes ; le droit de réclamer, avec celui
d'incendier, de voler, d'assassiner; et les actes
d'aggression et de barbarie les plus atroces >
avec ceux d'une juste et légitime défense.
M. Brissot oublie constamment, et les besoins
de tout genre que doiventéprouver lesinfortunés
habitans de St.-Domingue, et les millions de matelots, d'artisans 9 de manufacturiers qui ne vivent
que du commerce des colonies,et la famille immense des consommateurs de la métropole, qui
payent à des prix excessifs toutes les denrées COloniales, et la métropole elle-même, qui voit
se tarir pour long : temps > peut - être pour toujors, une des premières sources de la prospérité
nationale.
Faudra-t-il donc toujours que l'ambition ou l'amour-propre de quelques hommes décident du
sort des empires ? Le sang des malheureux mortels devra-t-il donc couler éternellement pour expier ou satisfaire des haines, des erreurs, des préventions et des ressentimens particuliers? --- Page 20 ---
(18)
M. Brissot, qui ne s'attendoit point peut. être
aux effets sanglans des discussions polémiques
sur la question des colonies, voudroit se dissimuler aujourd'hui quelle responsabilité morale
ont attirée sur leurs têtes, tous ceux qui, par ces
discussions imprudentes, ont allumé le flambeau
de la discorde dans les colonies; il attribue au
décret du 24 septembre ce qu'il sait bien être attribué, par mille autres, au décret du 15 mai; il
ne semble attaquer que pour n'être pas dans le
cas de se défendre. Mais de pareilles considér.-
tions sont elles dignes d'un représentant de la
Nation ? et l'intérêt public ne doit-il pas toujours
êtrela pour provoquer, pourdirigerses déterminations ?
L'intérêt public, Messieurs, n'est pas de provoquer la vengeance des lois contre des crimes
imaginaires, etd'immoler à la puissance d'un parti
les malheureux qui ont échappé au fer des assassins, à la torche dcs incendiaires; l'intérêt public
n'est pas de bouleverser l'organisation de nOS COlonies d'Asie, d'Afriqne et d'Amérique, pour rétablir lunion entre deux partis qui agitent St.-:
Domingue ; l'intérêt public n'est pas de régler,
pour la quatrième fois, en deux ans, le régime
et la législation des colonies. Ici, Messieurs, l'intérêt public est d'accord avec les principes; et
vous manqueriez le but que yous devez vous prp3
êt public
n'est pas de bouleverser l'organisation de nOS COlonies d'Asie, d'Afriqne et d'Amérique, pour rétablir lunion entre deux partis qui agitent St.-:
Domingue ; l'intérêt public n'est pas de régler,
pour la quatrième fois, en deux ans, le régime
et la législation des colonies. Ici, Messieurs, l'intérêt public est d'accord avec les principes; et
vous manqueriez le but que yous devez vous prp3 --- Page 21 ---
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poser , si vous pouviez oublier un instant que la
stabilité des lois doit être un des premiers bienfaits de la liberté ; que le remède doit être local quand le mal est partiel; que les échafauds
sont un mauvais moyen pour rétablir la paix après
de longues convulsions, et que l'on doit être
lent, jene dis pas senlementijuger, mais même
à accuser des citoyens, despropriétaires, des pères
de famille, que leurs lumières et leur civisme ont
fait revêtir du titre honorable de magistrats du
peuple,
Je ne. pousserai pas plus loin, Messieurs, mes
observations sur le discours de M. Brissot, qui
n'ajoute rien, absolument rien , aux faits et aux
raisonnemens délayés dans ses précédens discours.
Je n'examinerai pas de nouyeau non-plus la question de droit;je ne pourrois que répéter ce que
je vous ai dit au nom de votre comité: mais j'obéis à ma conscience, en représentant à l'Assemblée,que, dans la position actuelle de la colonie
de St.-Domingue, elle ne peut, sans se compromettre, différer plus long-temps à prononcer sur
cette importante affaire, et que tout délai dans
l'envoi des secours, seroit un véritable délit,
une véritable abnégation de ses devoirs.
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