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Yose
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TANGRE
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RPJCB --- Page 4 ---
Laissex. 7or.
le
mCr marinv. mortAme loules --- Page 5 ---
ROC-DE-LA-ROCHE,
GOUVERNEUR
DE LA TORTUE, *
PREMIER CHEF
DES FLIBUSTIERS, Aventuriers
et Boucaniers d'Amerique; sa vie
Gt ses hauts faits.
PAR M. A
A PARIS,
Chez TIGER, Imprimeur-Libraire, rue
du Pelr-Peabuat-laepe,s 10.
Au Pilier liuéraire, --- Page 6 ---
-
-
-, --- Page 7 ---
ROC-DE-LA-ROCHE,
PREMIER CHEF
DES FLIBUSTIERS,
Lar Espagnols avoient remplid'horreurs et de cruautés le NouveauMonde qu'ils avoient découvert. Partout, dans ce vaste hémisphère, ils s'étoient distingués par les dévastations,
les incendies, les massacres et assassinats des particuliers, des princes et
des nations entières ; ils avoient encore plus soif du sang que de l'or.
Conduits par ces deux passions, ils
auroient éteint la race humaine en
Amérique, si leurs forces eussent
répondu à leur rage, si le fer émoussc, brisé, ne se fut pas refusé à leur
A 2 --- Page 8 ---
(4)
barbarie. L'histoire rapporte avec
horreur que, dans an court espace
d'années, ils ont égorgé plus de 33
millions d'hommes. Quels génies infernaux animoient alors cette nation ? Mais dans un tems plus rapproché de nous, le Duc d'Albe ne se
vantoit-il pas d'avoir exterminé dans
les Pays-Bas, par le fer, par le feu,
les échafauds, plus de 30 mille
par individus 2 Et de nos jours, qu'on se
fureurs meurtrières,
rappelle quelles affreux, je ne L dirai
quels supplices
des
point, contre des soldats,
prison- étaniers, mais contre des Français
l'autorité des lois, dans un
blis, sous
que le
pays que le vide d'habitans,
défaut d'industrie sembloit y. - appeler! férocité de cette nation se déLa
dans les sièges qu'elle a
cèle jusque
les babisoutenus sous les Romains; --- Page 9 ---
(5)
tans de Numance, ne pouvant plus
défendre, incendient leur ville 9
se
leurs femmes, leurs en
poignardent
au milieu des flamfans, et meurent férocité vient de se
mes. La même
reproduire au siège de Sarragosse,
ou chaque maison a soutenu un siege
qni ne pouvoit aboutir qu'à verser
des torrens de sang, pour une ville
dont les remparts étoient ouverts, et
que rien ne pouvoit sauver.
C'est dans ce Nouvean - Monde
puisoit l'or, qui est le nerf de
qu'elle
la guerre, et c'est dans ce NouveauMonde, théâtre de tant d'horreurs,
que les Espagnols trouvèrent quelque
tems après des ennemis irréconciliables, avares comme eux, cruels, fébarbares comme
roces, quelquefois
eux, ayant comme eux le fanatisme
du courage, mais à un degré qui
tant d'Indiens immolés. Ces
vengea
A 5
- Monde
puisoit l'or, qui est le nerf de
qu'elle
la guerre, et c'est dans ce NouveauMonde, théâtre de tant d'horreurs,
que les Espagnols trouvèrent quelque
tems après des ennemis irréconciliables, avares comme eux, cruels, fébarbares comme
roces, quelquefois
eux, ayant comme eux le fanatisme
du courage, mais à un degré qui
tant d'Indiens immolés. Ces
vengea
A 5 --- Page 10 ---
(6)
ennemis furent les Flibustiers, dont
l'histoire est aussi clonnante, les exploits aussi prodigieux qu'il soit
sible
posdel'imaginer.J'en donnerai pour -
exemple le capitaine Roc, lOlonais,
Alexandre Bras-de-fer, et sur-tout
Monbars l'exterminateur. C'est
haine des
en
Espagnols ,1 et de leurs .
cruautés inonies, que se forma ce rassemblement de
trembler les
Flibustiers, qui firent
descendans de ces bourreaux du
cèrent les Nouveau-Monde, rois
et menalever la
d'Espagne de leur ensource deleurs richesses et le
champ des crimes. Le capitaine Roc
eut Thonneur de réunir ces Aventuriers dans cette entreprise hardie,
yoici cominent.
et
Les Français avoient élabli,
Louis XIV, une pelite colonie sous à la
Tortue, petite ile à quelques lieues
de la grande ile Saint-Domingse,ot --- Page 11 ---
(7-)
déjà ils disputoient tle terrain aux Espagnols qui avoient possédé l'ile entière,et quine vouloient pointy souffrir les premiers, mais qu'ils ne pouvoient en exclure à volonté. Ils profi-
-
térént d'une expédition en mer que
faisoient les Flibustiers de la Tortue,
pour en chasser les habitans. Au retour del'expédition, qui fut brillante,
nos Flibustiers furent indignés qu'on
eût violé leur asile, et chassé tous les
François quis'y etoient fixés avec tant
de peines et de travaux. & Ajx armes 2
s'éerièrent-ils, exterminons ces brigands >,
Roc applaudit à leur juste ressentiment; mais comme il avoit des vues
secrettes, il leur représenta qu'ils
n'étoient
en force ,
étoit
*
pas
qu'il
prudent de se retirer dans la grande
ile ponr mieux assurer leur vengeance ; qa'à cet effet il alloit se
A 4 --- Page 12 ---
(8 ) 1e
concerter avec M. de Poiney qui commandoit en chef à
et
Saint.-Christophe,
qu'ason retour MM.les Espagnols
déguerpiroient à leur tour. Cela fut
agréé, et Roc partit pour SaintA Christophe.
II fit valoir à M. de Poincy tous les
avantages de l'ile, facile à fortifier
parce qu'elle l'étoit déjà parla nature,
et que ce seroitl'entrepôl et le boulevard de tous les Flibustiers ; qu'étant
concentrés dans cette petite ile, ils
seroient pour ainsi dire sous la main
de M. le Gouverneur, quand il voudroit entreprendre quelque chose digne de lni; mais il observa
que, pour
en retirer plus d'avantages, il falloit
mettre à leur tête un homme qui eût
lui-mème de la tête, en gai toutefois
ils eussent assez de confiance
plier sans regret, sans déliance, pour leur
fierté et leur
indépendance : race
ant
concentrés dans cette petite ile, ils
seroient pour ainsi dire sous la main
de M. le Gouverneur, quand il voudroit entreprendre quelque chose digne de lni; mais il observa
que, pour
en retirer plus d'avantages, il falloit
mettre à leur tête un homme qui eût
lui-mème de la tête, en gai toutefois
ils eussent assez de confiance
plier sans regret, sans déliance, pour leur
fierté et leur
indépendance : race --- Page 13 ---
(9)
hardie et féroce, capable de toutbien,
quand on savoit la ménager, mais
eapable de défier dieu et diable, si
on vouloit la brusquer:Ilajouta qu'il
étoit l'ami de tous, et aimé de chacun d'eux ; que cependant, pour cimenter des noeuds qui pourroient intéresser la gloire et la fortune de
M.le Gouverneur, il seroit peut-être
plus prudent, > sauf meilleur avis 9
de lui donner à Jui-même le titre,
l'autorité de gouverneur 9 et les
moyens de l'appuyer par des avantages réciproques.
M. de Poincy reçutcet avis comme
ille devoit, ne connoissant personne
plus capable que lui d'une telle entreprise ; car non seulement Roc
était homme d'esprit et de cceur
bon ingénieur et bon capitaine, mais 2
ilavoit encore une connoissance toute
particulière des iles de TAmérique; et.
A 5 --- Page 14 ---
(10 )
comme M. de Poincy ne
pas de pénétration, il reconnut manquoit bientôt quecette expédition nluiseroitavantageuse; c'est pourquoiils convinrent
que Roc irait prendre
l'ile de la Tortue,
possession de
qu'il en seroit
verneur au nom de M. de
gouPoincy, et
que pour cela ils paieroient chacun
par moitié les dépenses nécessaires.
M. de Poincy lui promit d'en faire les
avances, il
etde luifournir tout ce dont
auroit besoin : l'accord fait, il
partit pour l'ile espagnole, où en
peu de jours il vint mouiller l'ancre au port Margot, environ à
lieues de la Tortue. Aussitôt
sept
arrivé, il rassembla les
qu'il fut
Flibustiers
français, à quiil découvrit son dessein, et son titre de
fut reconnu.
gouverneur, qui
-par ses pairs. Après avoir
pris ses mesures, 3 il descendit à la
Tortue. --- Page 15 ---
(n)
Dès qu'il fut à terre, il fit dire aa
gouverneur cspagnol qu'il étoit venu pour venger l'affront que sa à nation avait fait aux Français, et que
si dans vingt-quatre heures il ne sortoit avec son monde, il mettroit tout
à feu et à sang. Les Espagnols 7
voyant que la parlie n'étoit pas tenable pour eux s jugerent qu'il falloit
quitter. A l'heure même ils s'embarquèrent assez confusément dans un
vaisseau qui éloit à la rade, etils partirent de là sans rien oser entreprendre pour la défense de l'ile. 7
Roc se vit en peu de tems maitre e
de l'ile de la Tortne, sans répandre
une goutte desang. 1l fit voir sa commission aux habitans qui la regurent très-bien. Il visita l'ile afin d'observer les lieux qui avoient besoin de
fortification, car il avoit envie de
se mieux garantir des attaques des
A 6
loit à la rade, etils partirent de là sans rien oser entreprendre pour la défense de l'ile. 7
Roc se vit en peu de tems maitre e
de l'ile de la Tortne, sans répandre
une goutte desang. 1l fit voir sa commission aux habitans qui la regurent très-bien. Il visita l'ile afin d'observer les lieux qui avoient besoin de
fortification, car il avoit envie de
se mieux garantir des attaques des
A 6 --- Page 16 ---
(12)
Espagnols, que ceux qui avoient été
avant lui possesseurs de cette ile.
Il remarqua qu'elle etoit inaccessible de tous côtés,
Sud:ily fit bâtir
excepté celui du
le plus
un fort,'e en un lieu
commode du monde;
gu'il n'avoit pas besoin de
parce
pense, élant fortifié
grande deCelien cloit sur une naturellement.
gnée environ de six montagne éloirade d'oà elle
cents pas de la
dée. Sur cette pouvoit être commanroche qui contenoit montagne ilyavoit une
pas de
environ 25 ou 30
4 à 5 toises grandenr en carré, et environ
de hauteur, fort plate
par-dessus. Il fit bâtir sur cette
une maison
roche
pour y faire sa
on y montoit par dix o0 douze demenre;
ches qu'il avoit fait tailler
marmême
dans le
roc, et l'on achevoit
teravec une échelle de fer d'y montiroit d'en haut
que l'on
quand on y ctoit --- Page 17 ---
(15)
monté; il la munit de deux pièces de
canon de fonte et deux de fer. Auprès
de cette roche, environ 10 à 12 pas,
il sortoit une source d'eau douce
grosse comme le bras ; il fit, outre
cela, entourer ce roc de murailles,
et se trouva par ce moyen en état de
résister à toutes les forces que les ennemis pourroient lui opposer, parce
que ce lieu' étoit entouré de halliers,
de grands bois, et de précipices qui
le rendoient inaccessible, n'ayant
qu'une avenue où ilne pouvoit passer
plus de trois hommes de front. On
nomma ce fort, selon sa situation,
le Fort-de-la-Roche, dont il porte
encore aujourd'hui le nom, et Roc
se fitappeler Roc-de-la-Roche,
Les peuples qui étoient dans les
iles voisines, voyant qu'il avoit mis la
Tortue en état de se défendre, y
vinrent avec plus de courage que ja- --- Page 18 ---
(14)
mais. On whontstalondbrmame
turiers ou Flibustiers, en Boucaniers
eth habitans qui venoient demanderla
protection de ce nouveau Gouverneur, et la faveur d'être du nombre
des siens ; ce qu'il leur accordoit volontiers, leur promettant de les bien
maintenir.
Les Espagnols, dlantavertis decette
seconde entreprise des Français
établir une Colonie sur cette ile, pour ré
solurent deles en chasser une seconde
fois, et dans ce dessein ils
à
équipèrent
Saint-Domingue six bâtimens, tant
navires que barques, sur lesquels ils
mirent cing à six cents
la conduite de Don B. soldats, D. M. sous
réprendre la Tortue.
pour
Ils vinrent avèc tout cet
mouiller l'ancre devant le équipage fort de
la Tortue, ne sachant
eht; - et ilsnetardérent pas qu'il y en
guère d'en être
conde
fois, et dans ce dessein ils
à
équipèrent
Saint-Domingue six bâtimens, tant
navires que barques, sur lesquels ils
mirent cing à six cents
la conduite de Don B. soldats, D. M. sous
réprendre la Tortue.
pour
Ils vinrent avèc tout cet
mouiller l'ancre devant le équipage fort de
la Tortue, ne sachant
eht; - et ilsnetardérent pas qu'il y en
guère d'en être --- Page 19 ---
(15) )
avertis par des coups de canons, qui
les obligèrent delever aussitôtl'anere,
Néanmoins ils ne perdirent pas courage; ils retourabrentimouillerà deux
.ou trois lieues plus bas, à un lieu
que l'on nommoit Caronne, , où ils
mirent leurs gens à terre, à dessein
de prendre ce fort; mais ils furent
contraints de se retirer sans aucun
snccès, et ils perdirent plas de deux
cents hommes dans cette entreprise,
car tous les habitans qui s'étoient retirés dans le fort firent une sortie sur
eux et les repoussérent jusqu'à leurs
vaisseaux. Roc, victorieux, eut de
grands applaudissemens de tous ces
habitans, qui s'estimoient heureux
d'être sous la conduite d'un homme
comme lui, qui les avait mis à couvert des insultes de leurs ennemis. *
Le bruit de cette victoire parvint
bientôt jusqu'à M. de Paincy, qui --- Page 20 ---
(16 a )
étoit à
réjoui; Saint-Christophe : il en fut
néanmoins il craignoit
quand Roc seroit
que,
parvenn au
qu'on ne pourroit lui rien faire point
son ile, il ne s'en rendit le
dans
absolu, et qu'il n'exécutàt
maitretratpassé entr'enx. Il
pas le Conses parens
envoya deux de
texte de pour l'observer, sous
se réjouir avec lui de sa pré- victoire, et d'y vouloir faire une
tion. Roc, fin et subtil,
habitad'abord où cela tendoit;
se douta
bien ces deux
; il reçut fort
messieurs, leur fit mille
amitiés, et les obligea adroitementde
quitter l'ile ) et de retourner à SaintChristophe.
Ce fut bien inutilement
la suite il tâcha de tirer que dans
par de belles
Roc de là
fit faire des promesses, 9 et qu'il lui
propositions
ses ; mais ce chef des Flibustiers avantagentrop habiley pour ne
étoit
pas voirles pièges --- Page 21 ---
(1)
qu'on lui tendoit, et sut toujours les
donner
à M. de
éviter, sans
sujet
Poincy de se plaindre de lui: sinon
qu'une fois il s'en moqua assez plaisamment, lorsqu'il lui fit demander
d'argent qui
une grandeNotre-Damie
avait été prise dans un uavire espagaol. Il en envoya une de bois de
la même grandeur, et il écrivit que
les Catholiques étoient trop spirituels pour s'attacher à la matière ;
pour lui, il aimoit un peu le méque tal, vu qu'il étoit corsaire, 2 et pas
trop bon chrétien.
furent
Lorsqueles deux observateurs
partis, le Seigneur Roc dit à ses
compagnons d'armes:1 Il est plaisant,
ce M. de Poincy! Nous croit-il assez
imbécilles, assez J F pour
que vous et moi, mes dignes amis,
songions à travailler pour lui? C'est
bien assez de nous-mêmes; que dis-tu
pour lui, il aimoit un peu le méque tal, vu qu'il étoit corsaire, 2 et pas
trop bon chrétien.
furent
Lorsqueles deux observateurs
partis, le Seigneur Roc dit à ses
compagnons d'armes:1 Il est plaisant,
ce M. de Poincy! Nous croit-il assez
imbécilles, assez J F pour
que vous et moi, mes dignes amis,
songions à travailler pour lui? C'est
bien assez de nous-mêmes; que dis-tu --- Page 22 ---
(18) )
à cela, Bras-de-Fer? Et toi, Gramont, vous tous enfin dont j'ai
tagé les travaux et la gloire 2 Je parcent fois plus charmé d'être
snis
lègue, quoique nominé
votre colque s'il fant partager avec gonverneur, lui
sueurs et notre sang. Il m'a cru nos
d'êtrevotre chef!
digne
me
Poincy
fait AssurimentceM.de
beancoup
mais qu'en sait-il et de d'homnear;
t-il? Sans doute il
quoi se méleMais est-ceà
nous faut un chef?
lui à nous le
ce chef2 S'il est beau de nommer,
pourle bien général à ses commander
veux devoir gn'àvous
égaux,je ne
amis, un titre si tous, mesbraves
content d'obeir
honorable, aussi
que de commander.
Quand vous aurez choisi notre
je bornerai mon ambition
chef,
vos
à
dangers, et surtout dans partager le
seil général, à vous ouvrir
conquijetera l'épouvante
un projet
dans toutes les --- Page 23 ---
((19)
colonies espagaoles 5 projet vaste,
s'il en fut jamais, qui promet à mes
amis, à chacun de mes frères, à nous
et des trétous, une - gloire immense
sors inépuisables.
cette
L'ambition 9 l'espérance,
gloire, cette fortune vantée sihautement et déjà le consentement secret
de quelques Flibustiers qu'il avoit gagnés, lui méritèrent la confirmation
de son titre de gouverneur et de chef.
Bras-de-Fer y consentit, Pierrele-Grand ne dit pas non; Laurent,
Gramont, l'Olonais, dirent un oui,
confirme par ce mot énergique conet si familier dans
sacré aux plaisirs, de la boucanerie.
ces beaux jours
FlibusEnfin, habitans, Boucaniers,
tiers, tous le proclamérentleur chef,
sacrifiant sans, regret leur ambition,
leur honneur, leurs droits à l'espoir
enchanteur de vaincre et de piller
'Espagnol. --- Page 24 ---
. 20 )
Vous me nommez votre chef, leur
dit Roc, et chacun de vous mériteroit de l'être. Sije puis me flatter de
quelques avantages, c'est de désirer
lel bonheur de notre societé, peut-être
plus qu'un autre, 9 etje vais vous en
donner une preuve sans réplique.
Parle, lui dit une voix, nous t'écontons. 1 Vous m'écoutez?. / Et'oui,
de par tous les diables', achève.
J'achève donc. Nous voici rassemblés de différens
pays; ; toi,
tu es Anglais; toi,
Mansvelt,
Van-Horn, tu es
Flamand, un autre Hollandais; et
moi,j'ai l'honneur d'être
- Qu'appelles s-tu ? Est - Français. ce qu'un
Anglais, un Batave, toutautre enfin',
ne te vaut pas ? L'honneur...
Bel
honneur, damn !
Oui, te dis-je, j'ai l'honneur d'être
Français, et toi d'être
Anglais, 9 soit:
passons sur les qualités, Mais aurois-
ansvelt,
Van-Horn, tu es
Flamand, un autre Hollandais; et
moi,j'ai l'honneur d'être
- Qu'appelles s-tu ? Est - Français. ce qu'un
Anglais, un Batave, toutautre enfin',
ne te vaut pas ? L'honneur...
Bel
honneur, damn !
Oui, te dis-je, j'ai l'honneur d'être
Français, et toi d'être
Anglais, 9 soit:
passons sur les qualités, Mais aurois- --- Page 25 ---
(121-)
tu le front de te moquer de ion roi
d'Angleterre, comme moije me bats
l'oeil de mon roi de France 2 1 Et
pourquoi t'en battre l'eil? 1 Je
vais te le dire, puisque tu ne le devines
ibuse ces rois, mes bons braves, ne
songent qu'à eux. Soyons rois sous ce
rapport ; ne songeons qu'à nous. Je
ne veux plus payer d'impôts à qui que
ce 4 soit; et je veux que l'on nous en
paye : 1 Es-tu fou 2 Que dis-tu 2
Que veux-tu 2
Ce que je veux ? la chose est
claire, je veux que l'Espagnol paye à
notre république des impôts si onéreux, si multipliés, 1 qu'il déguerpisse
de T'Amérique. - Voilà parler, cela! -
Indiens, voilà un avis de maitre
chef.
Comment de maitre chef? et de
par tous les diables, quand dans
a A --- Page 26 ---
I 2 22)
notre ile nous nous
érigerons en
république, ne faudra-t-il
impôts pour soutenirses
pas des
qui doit les payer, si ce n'est dépensesret
gnol? - Mais as-tu
FEspanous déclarer une songe que, pour
puissance indépendante, il faut des armes, des
vaisseanx, et le diable
Et sans doute, , et de par-dessos?
les Rois et le Stathouder plus, si
sommes nés les
dont nous
nous faire courir sujets, s'avisent de
sus : eh! !
Bah.!
déclare; bah!s'avisent : moi je vous
crains
mes amis, que je ne les
pas. La grande mer est
eux et nous. Ils ont plus besoin entre
nous autres
de
7 que nous n'en avons
d'eux. 1 Des armes! nous
fusils; des canons ! nous avonsnos en
drons aux
prenleurs
Espagnols, et même
vaisseaux, je vous le
foi de chef, et
promets
je vous montrerai --- Page 27 ---
(23 )
comment cela se fait.
Mais nous
des barques, des chan'avons que
et eux .
loupes, des misères:
bah ! bab !
Roc-de-li-"
Comme le seigneur
Roche alloit développer ses grands
moyens, et qu'il croyoit que toutes
les forces espagnoles ne seroient
de le faire sortir de
pas capables Boucanier vint jeter
son ile s un
il
-
l'alarme dans le conseil ; ditqu'une
armée navale espagnole a menaçoit
Tortue. Roc,
étoit actif et
la
qui
tout de feu, mit à l'instant ce qui
lui restoit de monde en ordre,
comme si les ennemis eussent déjà
Alors quelques-uns
été en présence.
à jedes Boucaniers s'éprouvèrent
ter des grenades au bas des bastions.
Ce qui donna lieu à un étrange accident.
avoit ricané
L'un des Anglais qui
il ; ditqu'une
armée navale espagnole a menaçoit
Tortue. Roc,
étoit actif et
la
qui
tout de feu, mit à l'instant ce qui
lui restoit de monde en ordre,
comme si les ennemis eussent déjà
Alors quelques-uns
été en présence.
à jedes Boucaniers s'éprouvèrent
ter des grenades au bas des bastions.
Ce qui donna lieu à un étrange accident.
avoit ricané
L'un des Anglais qui --- Page 28 ---
(24)
deson dignec chef, prit, à l'émulation
des
autres, 9 une
lant
grenade, 9 et la voujeter en l'air, le bras lui resta
comme immobile, de sorle
lui creva dans la main. C'étoit qu'elle
spectacle horrible à
nn
voir, car sa
main - toute fracassée pendoit
d'un pied au-dessous du
plus
attachée encore à
poignet,
alongés e
la
quelques nerfs
par
violence du
et tout le monde
coup ;
accident
regarda alors cet
du
comme une juste punition
.ciel, qui vengeoit si ostensiblement le seigneur
dont il avoit
Roe-dela-Roche,
cru se moquer impunément :
fut bien
cependant ce prodige
inutile; car les
sachant l'ile
Espagnols,
dégarnie de
la défendre, étoient
gens pour
armement
venus ayec un
de mouiller considérable : et au lieu
à la rade comme ils
avoient fait autrefois,
voyant que
personne --- Page 29 ---
(25 )
ersonne ne leur résistoit, ils mient leurs troupes à terres ; mais Roc,
f'ayant que très-peu
se'
etira
dhabitans,
avec eux dans le fort de la
Roche; les ennemis l'y attaguèrent
n vain; mais, comme ils avoient la
iberté de faire ce qu'ils vouloient
lans l'ile, ils tinrentles Français blo-
(ués pendant qu'ils cherchoient les
noyens de trouver une place d'oàt
lon pût battre ce fort. Ils trouvéent une montagne plus haute
a Roche où étoit situé le fort que de
Français ; mais on n'y pouvoit moner à cause des précipices. Comme
es Espagnols ont beaucoup de
legme, ils y tracèrent peu à peu
an chemin, et rencontrerent un
petit passage pour aller sur cette
montagne. Ce passage etoit entre
deux rochers, et on y montoit par
un trou, comme si on passoit par
Roc.
B --- Page 30 ---
(24)
deson digne
chef, prit, 9 à l'émulation
des autres, une grenade, et la voulant jeter en l'air, le bras Jui resta
comme immobile, de sorle qu'elle
lui creva dans la main. C'étoit nn
spectacle horrible à voir, car sa
main - toute fracassée pendoit plus
d'un pied au-dessous du
attachée encore à
poignet, 7
alongés
quelques nerfs
par la violence du
et tout le monde
coup ;
accident
regarda alors cet
comme une juste punition
du.ciel, qui vengeoit si ostensiblement le seigneur
dont il avoit cru Roc-dela-Roche,
se moquer impunément : cependant ce
fut bien
prodige
inutile; car les
sachant l'ile
Espagnols,
dégarnie de
la défendre, étoient
gens pour
armement
venus avec un
de mouiller considérable: et au lieu
à la rade comme ils
avoient fait autrefois,
voyant que
personne
une juste punition
du.ciel, qui vengeoit si ostensiblement le seigneur
dont il avoit cru Roc-dela-Roche,
se moquer impunément : cependant ce
fut bien
prodige
inutile; car les
sachant l'ile
Espagnols,
dégarnie de
la défendre, étoient
gens pour
armement
venus avec un
de mouiller considérable: et au lieu
à la rade comme ils
avoient fait autrefois,
voyant que
personne --- Page 31 ---
(25 )
jersonne ne leur résistoit, ils mient leurs troupes à terres ; mais Roc,
'ayant que très-peu
elira avec eux/dans dhabitans, le fort
se'
Roche; les ennemis
de la
l'y
n vain; mais, comme ils attaquérent avoient
iberté de faire ce qu'ils vouloient la
lansl'ile, ils tinrentles Français blo-
(ucs pendant qu'ils cherchoient les
moyens de trouver une place d'où
Fon pût battre ce fort. Ils trouvérent une montagne plus haute
la Roche où étoit situé-le
que .
fort de
Français; mais on n'y pouvoit
ter à cause des
mones Espagnols précipices. Comme
ont beaucoup de
legme, ils y tracèrent peu à
in chemin, et rencohtrerent peu
petit passage pour aller sur cette un
montagne. Ce passage étoit
a
deux rochers, et on
entre
un trou, comme si y montoit par
Roc.
on passoit par
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deson dignec chef, prit, 9 à
des
l'émulation
lant autres, une grenade, et la voujeter en l'air, le bras lui resta
comme immobile, de sorle
lui creva dans la main. C'étoit qu'elle
spectacle horrible à voir,
nn
main toute fracassée
car sa
d'un pied au-dessous pendoit plus
attachée
du poignet,
encore à quelques L nerfs
alongés par la violence du
et tout le monde
coup ;
accident
regarda alors cet
du.ciel, comme une juste punition
qui vengeoit si
ment le seigneur
ostensibledont il avoit
Roc-dela-Roche,
cru se moquer impunément fut bien : cependant ce prodige
inutile; car les
sachant l'ile
Espagnols,
la défendre, dégarnie de gens pour
armement
étoient venus avec un
de mouiller considérable à
: et au lieu
avoient fait
la rade comme ils
autrefois, voyant que
personne
-
-
- --- Page 33 ---
(25) )
personne ne leur résistoit, ils mirent leurs troupes à terres; ; mais Roc,
n'ayant que très-peu d'habitans, se'
relira avec eux/dans le fort de la
Roche; les ennemis l'y attaquèrent
en vain; mais, comme ils avoient la
liberte de faire ce qu'ils vouloient
dans l'ile, ils tinrentles Français bloqucs pendant qu'ils cherchoient les
moyens de trouver une place d'ot
l'on pût battre ce fort. Ils trouvérent une montagne plus haute
la Roche où étoit situé-le fort que de
Français ; mais on n'y pouvoit monter à- cause des précipices. Comme
les Espagnols ont beaucoup de
flegme, 9 ils y tracérent peu à peu
un chemin, et rencontrèrent un
petit passage pour aller sur cette
montagne. Ce passage etoit entre
deux rochers, et on y montoit par
un trou, comme si on passoit par
Roc.
B
re ce fort. Ils trouvérent une montagne plus haute
la Roche où étoit situé-le fort que de
Français ; mais on n'y pouvoit monter à- cause des précipices. Comme
les Espagnols ont beaucoup de
flegme, 9 ils y tracérent peu à peu
un chemin, et rencontrèrent un
petit passage pour aller sur cette
montagne. Ce passage etoit entre
deux rochers, et on y montoit par
un trou, comme si on passoit par
Roc.
B --- Page 34 ---
(26)
une trape; il n'y avoit plus que Ta
difficulté d'y monter du, canon
car c'étoit une chose
y
impossible
avec des chevaux. Voici l'invention
dont ils se servirent; ils attachèrent deux pièces de bois
et mirent dessus
ensemble,
une pièce de canon qu'il - firent monter
nombre d'esclaves
par un
sur leurs
les; et par ce moyen, ils en dpane montèrent quatre pièces qu'ils mirent
en batterie vis-à-vis le fort de la
Roche.
Monsieur le gouverneur avoit fait
abattre les bois qui étoient antour de
son fort, * afin de n'être point surpris par les ennemis ; ce fut ce
causa sa perte, parce que ces qui arbres, étant d'une grosseur et d'une
grandeur Prodigieuse, couvroient le
fort, et auroient empêché l'effet
de la batterie des Espagnols, qui --- Page 35 ---
- (27).
n'anroient pu le découvrir. Aussitôt
les habilans et le petit nombre
que d'Aventuriers et de Flibustiers virent
la batterie des ennemis jouer sur
incommodoit exleur fort,ce quiles
trèmement, ils crurent qu'il étoit
tems de capituler, et d'en avertir
Son Excellence Monsieur le Gouverneur; ils prirent tous les armes
l'y contraindre, en cas qu'il
pour voulut
consentir; et sans
ne
pas y
perdre de tems, ils le furent trouver.
Un Anglais, qui marchoit à leur
tète, s'avança vers le Seigneur Rocde-la-Roche, et lui dit brusquement qu'il falloit rendre la place:
Rendre la place, s'écrie Roc, indigné de la proposition 2 Va traitre, si jy suis forcé : tu n'auras
la satisfaction de le voir. A ces
pas mots, ill lui donne un coup de pistolet dans la tête, , etle renverse
B 2 --- Page 36 ---
(28 )
mort à ses pieds. Le coup étonna
étrangement ces mutins ; puis Roc
leur parla avec tant de coeur et I
d'esprit, qui leur fit promettre à
tous., de mieux se défendre
jamais, > mais ils tinrent mal leur que
promesse ; car la conjuration
commença dès le
revinrent tout de lendemain, et ils
nouveau
au Seigneur Roc de se rendre proposer à
composition, lui représentant
les Espagnols étoient cruels,
que.
si ou attendoit
et que
qu'on fàt réduit à
T'extrémité, peut-être on ne
roit rien obtenir d'eux. Le pourverneur n'y vouloit point
goumais à la fin son
entendre;
plus foible, il
parti étant le -
bien
y fut contraint; si
qu'on convint avec les
gnols que tous les Français sortiroient Espatambour battant, mêche allumée,
avec armes et,
bagages', et qu'ils
que.
si ou attendoit
et que
qu'on fàt réduit à
T'extrémité, peut-être on ne
roit rien obtenir d'eux. Le pourverneur n'y vouloit point
goumais à la fin son
entendre;
plus foible, il
parti étant le -
bien
y fut contraint; si
qu'on convint avec les
gnols que tous les Français sortiroient Espatambour battant, mêche allumée,
avec armes et,
bagages', et qu'ils --- Page 37 ---
(29 )
rendroient le fort avec le canon et
toutes les munitions de guerre. Les
Espagnols donnèrent aux Français
quarante-huit heures pour se retirer. Il y avoit à la rade deux bàtimens coulés à fond qu'ils tâchèrent de mettre à flot. Les Français ayant mis ces deux 'bâtimens
en état, et étant prèts à s'embarle général des Espaguols fit
quer, réflexion que les Français munis
encore de toutes leurs armes pourà
de
roient se joindre
quelques-uns
leurs Aventuriers, et l'attendre I quand
il s'en retourneroit. C'est pourquoi iil
leur demanda des ôtages jusqu'à ce
qu'il fàt arrivé à Saint-Domingue ;
et monsieur le gouverneur ne put
s'exempter de se denner lui-même , 9
aucun des Flibustiers ne voulant servir d'ôtage, tant chacun d'eux avoit
Sait de mal aux Espagnols 9 et tant il
B 5 --- Page 38 ---
(50)
y avoit à craindre des
représailles.
Aantdestanbarque, le ci-devant
gouverneur,
me comme son Roc-de-la-Roche, ferconfrères l'adicu nom, reçut de ses
Adieu,
qu'il leur donna.
mon cher
brave l'Olonais, Bras-de-Fer,adieu
tous, à grand adien, vous dis-je à
dans le dernier regret toutefois, car
vez tous désobéi; moment vous m'ail en soupirant,
qu'importe, dit
dans ce
nous nous reverrons
monde, ou dans l'antre.
se rétournant vers les
Puis
foi, leur dit-il, c'est un Espagnols:Ma vilain
que de boucaner
métier
faire des
, comme celui de
à leau, lui républiques qui s'en vont
répondit Mansvelt l'Anglais, et tous en chorus s'écrierent
leau, à leau; adieu,
à
jusqu'au revoir.
commandant,
Voila tout le monde
bustiers et autres
parti, les Flihabitans voguant --- Page 39 ---
(51)
sur deux vaisseaux, pour St.-Domingue,la Jamaique, par-tout oùt levent
voudra les conduire. Quant au scigneur Roc, iln'est point à la merci
de dieu, mais bien des Espagnols,
qui sont des diables incarnés. L'un
lui fait une demande,qui, que, quoi?
L'autre lui donne un caniouflet en
passant, et lui crie, pardon, seigneur
Roc; un troisieme plus curieux, mais
que diable alliez vous faire dans
cette vilaine petite ile de la Tortue.
- - Beau gouvernement; ma foilOui, pour un gouverneur, tel que le
seigueur Roc-de-la-Roche ! Mille
pipes de diables, s'écria-t-il, race -
de Cain! si jamais je vous retrouve,
ou mon fusil.-rendez-le moi donc
ce sabre, que vous in'avez dérobe S1
prudemment, et que je vous fasse la
barbe à tous! Tonnerre de dieu !
Le capitaine du vaisseau, don An.
cette vilaine petite ile de la Tortue.
- - Beau gouvernement; ma foilOui, pour un gouverneur, tel que le
seigueur Roc-de-la-Roche ! Mille
pipes de diables, s'écria-t-il, race -
de Cain! si jamais je vous retrouve,
ou mon fusil.-rendez-le moi donc
ce sabre, que vous in'avez dérobe S1
prudemment, et que je vous fasse la
barbe à tous! Tonnerre de dieu !
Le capitaine du vaisseau, don An. --- Page 40 ---
(52)
tonio de Haut-bord, interposa son
représenta gravement à l'é.
antorité,
le seigneur Roc, genquipage que
avoit été nommé
tilhomme ou non,
cette
gouverneur de la Tortue; qu'en
on ne devoit point le considéqualité
ni comme
rer, ni comme aventurier,
BouFlibustier, moins encore comme
d'ailleurs, son vaissean
canier ; que
boucan', il n'entenn'étant point un
dit, moins endoit pas qu'il 's'y moindre indéfitila
core qu'il sy
cence.
vous dis que. Dien
( Et moi, je
seul sait si quelque malheur plus
ne vous attend pas à notre pasgrand
donc pour le a
sage en Espagne! douce ayez larme qui le
malheur cette
sieur, ou
tempère. Quand à vous,
Roc-de-la-Roche, regardez
seigneur
par elle
bien cette moustache:jejure
et par celui qui la porte, que jamais --- Page 41 ---
(55 )
s'étal'Espagne nc perinetira qu'on
Holblisse en Amérique; Anglois,
lais, Italiens, Danois, Suédois,
Turcs, Russes ou Français, nous n'y.
souffrirons personne ; sachez qu'àprès Dieu, l'Amérique n'appartient
qu'à l'Espagne. >
Comme il parloit 2 le seigneur Roc
voit sous les voiles un vaisseau de ligne qui vole sur les ondes, et qu'il
reconnoit pour être français.
a Tudieu, s'écrie-t-il, en se frottant les mains, s M. le porte-moustaches,puisque vous n'ttespaspluscommunicatif que les Anglais, regardez
ce vaisseau qui vient pour communiquer avec vous, et qui vous répondra
pour moi.
En effetce vaisseau portoit lej a jeune
Monbars, qui,à tant de titres, mérita
d'être surnommé l'exterminateur des
Espagnols. Il étoit sous les ordres de --- Page 42 ---
(54)
oncle, qu'il avoit voulu accomson
malgecsajeonesuss, entrainé
paguer, l'aversion qu'il avoit contre les
par
aversion qui étoit née avec
Espagnols,
s'accroissoit avec l'àge.
lui, et qui
l'on
Pendant le voyage 1 7 dès que dedécouvroit quelque vaisseau, il
mandoit s'il étoit espagnol. Enfin
celui qui portoit le seigneur
parut L'oncle de Monbars fit donner
Roc.
la chasse à ce vaisseau, ete en approcha
discerner qu'on se
d'assez près pour
disposoit à mettre le feu au canon.
Comme il vit que son heveu s'exposeil.le fit enferroit inconsidérément, canon des ennemis,
mer,puis bonheur essuyale ce fut sans beaucoup
et par
cela on joignit le vaisd'effet. Après et l'on en vint à l'ab-"
seau espagnol, Aussitôt on lâcha le jeune
bordage. fondit le sabre à la main sur
lion qui
eux,
les ennemis, 2 se fit jour parmi
oit à mettre le feu au canon.
Comme il vit que son heveu s'exposeil.le fit enferroit inconsidérément, canon des ennemis,
mer,puis bonheur essuyale ce fut sans beaucoup
et par
cela on joignit le vaisd'effet. Après et l'on en vint à l'ab-"
seau espagnol, Aussitôt on lâcha le jeune
bordage. fondit le sabre à la main sur
lion qui
eux,
les ennemis, 2 se fit jour parmi --- Page 43 ---
(55 )
suivi de quelques-uns, que sa
et,
il passa deux fois
valeur animoit,
et
d'un bout à l'autre du vaisseau,
autant de fois tout ce qui se
renversa son
2 et ne cessa
trouva sur
passage maitre du vaisseau
point qu'on ne fàt
Pendant
qui étoit richement chargé.
l'action, le brave Rocn'étoit pas resté
les bras croisés; il saisit don Antonio
Haut-bord
la moustache, lui
de
par
l'éventrant et
arracha son sabre, poais
faisant le moulinet, il abattoit 9
oreilles , pieds, . mains, et tuoit impide manière que Montoyablement, émerveillé s'écria au milieu de
bars
et
donc est-tu, toi qui
l'action :
qui
Flibusfrappes de si grands coups?--
tier, Roc-de-la-Roche : 3 et frappant
tous deux de plus fort, il dit, R gouverneur de la Tortue.- A merveille,
reprend Monbars, en l'embrassant,
cartout étoit tué, ou sous le pont. On --- Page 44 ---
(56 )
trouva dans le vaisseau trente mille
balles de toile de coton, des tapis
velus, et d'autres onvrages des Indes
deax mille balles
de grande valeur;
de soie reprises; deux mille petites
d'encens, mille de clous de
bariques
une cassette remplie de
girolle; puis
diamans brans, dont quelques-uns
de la grosseur d'un bouparoissoient Elle étoit entonrée de
ton commun. barrres de fer, et fermée à
plusieurs serrures.. Ony' tronva encore
quatre
d'autres choses aussi riches
beaucoup
que précieuses. tout le monde étoit ravi
Lorsque
Monbars se réd'une si belle prise,
nombre
jonissoit à la vue du grand
dEspagnols qu'il voyoit ttué: car cette
aventurier n'étoit pas comme les auqui ne combattent que pour le
tres,
combattoit seulement.
butin ; il ne
pour,! la gloire, 2 et pour punir
que
les --- Page 45 ---
(57 )
les Espagnols de leur lâche cruauté.
Vif, alerte et'plein de feu, comme
tous les Gascons, il avoit la taille haute, droite et ferme, l'air grand, noble
et martial, le teint basané. Pour ses
l'on n'én podvoit dire ni la foryeux, ni la
ils étoient cachés
me,
couleur;
coime sous une voûte obscure, par
ses sourcils noirs et épais qui se joiguoient en. arcade au-dessus, et les
entièrement. Un
couvroient presque
homme fait de cette sorte ne pouvoit
être que terrible : aussi dans le combat il commençoit à vaincre par la
terreur de ses regards, et il achevoit
par Ja force de son bras. Pour dieu,-
brave jeune homme, ton nom? -
Monbars de Gascogne. 1 Tu mens!
car tu es brave comme un César: que
je t'embrasse!j je te fais Flibustier sur
le champ de bataille. - Soit, car je
sais qu'un Flibustier déteste les EsRoc.
C
sorte ne pouvoit
être que terrible : aussi dans le combat il commençoit à vaincre par la
terreur de ses regards, et il achevoit
par Ja force de son bras. Pour dieu,-
brave jeune homme, ton nom? -
Monbars de Gascogne. 1 Tu mens!
car tu es brave comme un César: que
je t'embrasse!j je te fais Flibustier sur
le champ de bataille. - Soit, car je
sais qu'un Flibustier déteste les EsRoc.
C --- Page 46 ---
(58 )
et je les ai en horreur, ré
pagnels, Monbars; ptis il le présenta
pondit
promit, avec son
à son oncle, quilui
neveu, del le rétablir dans son gouvernement. la fureur du carnage, on
Malgré les matelots dont on avoit
épargna
officiers, parce
besoin, et quelques
Ilsdonqu'ils n'étoientpas Espagnols.
venèrent avis que le vaisseau qu'on de deux
noit de prendre étoit suivi
richement chargés,
autres encore plus
d'arriver
qu'ils ne manqueroient pas le rendezdans peu de jours, et que
près du
vous étoit au Port s'étoit Margot, donné, et
lieu où ce combat
de Saint-Doqui n'étoit pas éloigné
iningue.
de Monbars profita de
L'oncle lui donnoit, et crut que
l'avis qu'on
valoient
les vaisseaux dont on parloit
d'attendre dans le port,
bien la peine --- Page 47 ---
(59 2 )
ou huit jours, et plus, s'ille falsept
douta
même que la
loit. Il ne
point
laissant
prise n'en fàt certaine, ne
paroitre au port que le vaisseau espadont il s'étoit rendu le maitre,
gnol
les vaisseaux de cette naparce le que voyant au rendez-vous, ne -
tion,
de le joindre, et
manqueroient pas
d'etre pris.
Li-dessns Monbars aperçut plusieurs canots qui tiroient vers le vaisRoc
seau. Il demanda ce que c'étoit; Boucac'étoit des
lui répondit que. attirés par le bruit
niers quivenoient,
quelques
du combat. Ils présentèrent
d'une
de chair de sanglier,
paquets admirable, vermeille comme
odeur et dont on auroit eu envie de
la rose,
Nul cuisinier
manger en la voyant.
adroit
Flibustier, 2
n'est plus
qu'un battre, cuidit Roc; après savoir se
savent le mieux.
siner est ce qu'ils
C2 2 --- Page 48 ---
(40 )
On reçut très-bien leur
on leur donna de
présent, et
s'excusérent sur ce qu'ils l'eau-de-vie. Ils
si peu de cette viande, et présentoient
raison, s que depuis
dirent pour
taine d'Espagnols peu une cinquanavoient battu
pays, ravagé leurs boucans
le
intmieemteeea. , et tout
ditbrusquement!
cela,
souffrons
Monbars?Nous ne le
pas aussi, répliquérent-ils
aveclaméme
gnols savent brusqnerie, bien
et les Espasommes; c'est
quelles gens nous
le tems
pourquoi ils ont pris
mais
que nous étions à la
nous allons
chasse;
de nos camarades joindre plusiears
plus maltraités
qu'ils ont encore
quantaine, fat-elle que nous, etleur cinet même millième, devenue centaine,
bien à bout. Si
nous en viendrons
bars,
vous voulez, dit Monqui ne
-
demandoit
et bosses, je marcherai à que plaies
votre tête,
asommes; c'est
quelles gens nous
le tems
pourquoi ils ont pris
mais
que nous étions à la
nous allons
chasse;
de nos camarades joindre plusiears
plus maltraités
qu'ils ont encore
quantaine, fat-elle que nous, etleur cinet même millième, devenue centaine,
bien à bout. Si
nous en viendrons
bars,
vous voulez, dit Monqui ne
-
demandoit
et bosses, je marcherai à que plaies
votre tête, --- Page 49 ---
(41)
non pasponr vous commander, mais
pour m'exposer tout le premier, et
voicile seignenr Roc, gouverneur de
la Torlue, qui nous commandera.
A ces mots de grandes oreilles et de
grands yeux s'ouvrirent : Bras-de-Fer
reconnoit son ami Roc; déjà le grand
l'Olonais, Montauban, Grammont 9
Laurent, Van-horn, l'ont serré 9
bras dessus, bras dessous, caressé,
baisé, étouffé:"et puis, conte-nous
donc comment tu t'es échappé. -
Mais c'est Monbars, voilà mon sauveur! et vous mes amis, 3 comment?
que fites-vous après mon départ? Oà
estlansrelt70ieste vilain Anglais?
Vous vous direz tout cela, reprit
Monbars, partons ; et les Boucaniers, qui voyoient à sa mine qu'il
étoit homme d'expédition, l'acceptèrentvolontiers; et Monbars en deinandalap permission àson oncle,quineput
C 3 --- Page 50 ---
( 42 )
la lui refuser, considérant qu'il avoit
encore long-tems à être là et que ceretenir
pendant il ne pourroit jamais il étoit.
son neveu 2 emporté comme
Il lui donna quelques gens de son âge
et de sa valeur pour l'accompagner ;
il lui en donna peu parce qu'il ne
vouloit pas dégarnir son vaisseau s
d'ètre attaqué. Ensuite le
ayant peur l'oncle, en lui prometneveu quitta
bientôt auprès de lui.
tant qu'il seroit lui dit-il, carje vous
Vous ferez bien,
assure que les vaisseaux quefattends, à l'heure
pris ou manqués,je partirai
non
même. Il luiparloit dela sorte,
eût dessein d'en user ainsi,
pas qu'il
spour
ill'aimoit treptendrementysaisn
retger.ocpeicongéde
précipiterson Tonclequilremercia de sa délivrance,
l'assurant fort qu'une fois rétabli dans
il feroit de son neson gouvernement, Flibustier rdumonde.
veuleplus brave --- Page 51 ---
(45)
Aussitôt Monbars, suivi des siens, 9
avec joie dans un des canots
passa
Cependant un secret
des Boucaniers. méloit à cette joie, ct il se
chagrin se
tronvoit comme partagé : d'une part
vaisseaux qu'on
Hlapprchendoniqueles n'arrivassent, qu'on ne se
attendoit
battit en son absence, et qn'il ne pàt
le péril ni la gloire du compartager bat: de l'autre les Boucaniers et son
ami Roc l'assuroient qu'ils ne seroient
les Espas long-tems sans rencontrerl étant
pagnols ; ce qui le délermina,
s'il trouvoit dans peu
persuadé que,
les
sur
l'occasion de battre
Espagnols
terre, il seroit assez tôt revenu pour
les battre encore sur mer.
car
si bien dire;
II ne croyoit pas
eurent abordé
à peine nos braves entourée de bois et
dans une prairie
découvrit quantité
de collines, qu'on
cspagnole : > leste et bien
de cavalerie
C 4
; ce qui le délermina,
s'il trouvoit dans peu
persuadé que,
les
sur
l'occasion de battre
Espagnols
terre, il seroit assez tôt revenu pour
les battre encore sur mer.
car
si bien dire;
II ne croyoit pas
eurent abordé
à peine nos braves entourée de bois et
dans une prairie
découvrit quantité
de collines, qu'on
cspagnole : > leste et bien
de cavalerie
C 4 --- Page 52 ---
(44) )
montée, , qui s'étoit ainsi rassemblée,
sachant que les Boucaniers
bloient aussi. Monbars alloit s'assemtête baissée,
donner
sans considérer leur
multitude et le pelit nombre des
siens; attendez, lui ditl Roc,
autant de prévoyance
quiavoit
et qui
que de coeur, 9
allons
nous
Tommeadeantiepehies
avoir ces gens-là sans
qu'il en
échappe un seul. Ces mots, sans
qu'il en dchappe un seul, arrêtèrent
Monbars. En même tems, Roc fit
faire halteàses
le dos
camarades, et tourner
aux Espagnols, comme
ne les avoit point vus. Il fit
s'il
ler la tente de toile
dérouBoucanier
que chaque
portoit en
c'estde cette sorte que les bandouliere;
avoient coutume de
Boucaniers
tes lorsqu'ils
porter leurs tenalloient en
et sous laquelle ils
campagne 9
tout où ils se trouvoient. reposoient parAinsi cha- --- Page 53 ---
(45 )
cun drèssa sa tente ; leurs engagés, 9
quiles avoient joints dans la prairie 9
firentla même chose sans trop pé.
nétrer l'intention de leur chef, ils se
confioient sur son adresse qui les
avoit déjà plusieurs fois tirés d'affaire.
Dans ce moment on ft paroitre desflacons d'eau-de-vie et d'autres choses propres à se bien réjouir. Les Espagnols, qui observoient la contenance des Boucaniers, crurent qu'ils
lestenoient
déja,s'imaginant qu'ils ne
campoient de cette sorte que pour se
régaler. Ils jugèrent à propos de leur
donner tout le tems P de s'accabler
d'ean-de-vie, ainsi que les Boucaniers avoient coutume de faire ; et
cela à dessein de les surprendre dans
cette ivresse, , et de les vaincre sans
peine. C'est pourquoi, pour mieux
tromper les Boucaniers, ils se dérobèrent à leurs yeux, et quittèrent le
C 5 --- Page 54 ---
(46)
haut de la colline pourdescendre dans
le bas.
D'un autre côté, le grand Roc-dela-Roche, auteur du
dit aux Boucaniers
stratagéme,
qu'il falloit envoyer secrettement avertir les autres -
de l'état oà ils ctoient, et de les venir
secourir, mais sur-tout de se cacher
dans les bois, pendant que, de
de surprise 7 il feroit observer peur les
Espagnols.
Surla brune, les Boncaniers s'écoulèrent tout doucement de leurs tentes,
et passérent dansles bois, où ils trouvèrent ceux qu'ils avoient mandds,
bien armés, et prêts à combattre 9
comme aussi leurs engagés
avoient amenés avec eux. Monbars qu'ils
mouroit d'impatience de voir les
Espagnols, et s'imaginoit qu'ils ne
viendroient jamais. Eux cependant
attendoient le plus qu'il leur étoit
brune, les Boncaniers s'écoulèrent tout doucement de leurs tentes,
et passérent dansles bois, où ils trouvèrent ceux qu'ils avoient mandds,
bien armés, et prêts à combattre 9
comme aussi leurs engagés
avoient amenés avec eux. Monbars qu'ils
mouroit d'impatience de voir les
Espagnols, et s'imaginoit qu'ils ne
viendroient jamais. Eux cependant
attendoient le plus qu'il leur étoit --- Page 55 ---
(47)
ils à
possible, se figurant que plus
attendroient, plus ils trouveroientles
Boucaniers plonges dans la débauche; et que, les trouvant comme
morts, ils n'auroient plus qu'à les
ensevelir sous leurs tentes.
A la pointe du jour, on aperçut
qu'ils faisoient quelque mouvement.
Peu de tems après on les vit descendre en bon ordre de la même
colline où ils avoient paru la première fois, 9 quelques Indiens marchant devant eux en manière d'enfans
perdus. Boucaniers, Flibustiers, engagés, tous les attendoient de pied
ferme et bien postés, en sorte pourtant qu'ils ne pouvoient être vus 9
et ne perdoient rien de ce que leurs
ennemis faisoient. Comme ils avoient
eu l'industrie de dresser leurs tentes
fort éloignées les unes des autres,
cela obligea les Espagnols de diC 6 --- Page 56 ---
(48)
viser leur cavalerie par petits escadrons, et de fondre sur chacune de
ces tentes; où ils croyoient trouver
les Boucaniers 7 qui les surprirent
étrangement en sortant de toutes
parts ; et, chargeantà propos et sans
relâche ces pelotons de cavalerie
ainsi dispersés, ils abattoient tantôt
les hommes, tantôt les chevaux, et
le plus souvent tous les deux ensemble.
Mais qui pourra suivre
monte sur
Monbars, y
un cheval
dont il avoit tué le
espagnol 2
maitre, et courant par-tout où l'on faisoit résistance ? Il alla presque seul charger
inconsidérément un escadron de
cavalerie, et plus inconsidérément
encore * il s'en laissa environner. 11
auroit sans doute cédé au nombre,
s'il n'avoit éte promptement secouru
et dégoge par les Boucaniers ; enfin --- Page 57 ---
(49)
s'apercevant que les ennemis écartés
fuyoient à droite et à gauche 9 il
les poursuivoit à droite et à gauche,
jurant, frappant, et tuant sans
pitié.
Roc ayant vu que les flèches des
Indiens les incommodoient beaucoup : Quoi, leur cria-t-il en espagnol, et en leur montrant Monbars, ne voyez-vous, pas que Dieu
vous envoie un libérateur qui combat pour vous délivrer de la tyrannie des Espagnols 2 A ces mots les
Indiens s'arrètent; ; ils croient ce que
le Boucanier leur dit, en voyant ce
que Monbars faisoit ; soudain ils se
rangent à ses côtés, et tournent leurs
flèches contre les Espagnols. Aussitôt
les flèches, 2 la monsqueterie et . les
2utres armes assaillirent les Espagnols de toutes parts, et les abattirent différemment.
délivrer de la tyrannie des Espagnols 2 A ces mots les
Indiens s'arrètent; ; ils croient ce que
le Boucanier leur dit, en voyant ce
que Monbars faisoit ; soudain ils se
rangent à ses côtés, et tournent leurs
flèches contre les Espagnols. Aussitôt
les flèches, 2 la monsqueterie et . les
2utres armes assaillirent les Espagnols de toutes parts, et les abattirent différemment. --- Page 58 ---
( 50 )
Monbars regardoit ce jour comme
le plus beau de sa vie, voyant. les
Indiens à ses côtés qui le secondoient. Il, prenoit plaisir à les venger des cruautés que les Espagnols
avoient exercées contre eux ; il nadans la
de voir ceux qu'il
geoit
: joie,
Jamais
haissoit nager dans leur sang.
peut-être il n'y eut un carnage si horrible ; les vivans marchoientpar-tout
sur les morts, et les morts faisoient
tomberlesvivans. En un mot
par-tout
chela déroute fut si grande, queles
avoir des ailes, et
vaux ne parurent
les hommes de l'adresse, que pour
fuir devant le vainqueur.
Roc et les Boucaniers qui étojent
en train de vaincre e; et les Indiens
de la liberté, prièrent Monen goût
bars de vouloir profiter de sa victoire,
les habitations des
de venir ravager
Espagnols, qu'on ne manqueroit pas --- Page 59 ---
(51)
de trouver consternés de la défaite
des leurs. Monbars y consentit, et
marchoit de grand coeur, lorsqu'il
entendit un coup de canon qui venoit
du port.ol étoient les vaisseaux de
son oncle. Il partit en diligence,
croyant qne les vaisseaux espagnols
étoient arrivés, et qu'on en étoit aux
mains ; et tous les Flibustiers, 9 Roc
à leur tête, partirent pour vaincre
avec lui; mais Monbars trouva tout
tranquille ; le coup qu'il avoit oui
étoit le coup du départ, que son
oncle avoit fait tirer, pour l'avertir,
jugeant, au bruit dc la mousqueterie
le lieu où se
qu'il entendoit, 7 que
éloidonnoit le combat n'étoit pas
gné. En effel, son oncle ne voulait
pas attendre davantage, étant pressé
d'aller où le service du roi de France
maitre
Il fut ravi de
son
l'appeloit.
voir son neyeu de retour, > victo- --- Page 60 ---
(52)
rieux et sans blessures, et d'entendre
Jes dloges qu'on donnoit à sa valeur.
Les Boucaniers, dont le pays est
par-tout où ils trouventbonge chasse,
s'étoient donc embarqués avec Monbars : Roc, malgré son gonvernement, ne pouvoit plus SC séparer de
lui. Les Indiens, quipréroyoienthien
le danger qu'ily avoit de retourner
dans leur pays, après avoir abandonné les Espagnols, firent la même
chose, en sorte que le vaisseau qu'on
avoit pris sur. les Espagnols se trouva
rempli de braves gens. On arma les
Indiens de fusils et de sabres, dont
ils éloientaussindroits à se servir que
de l'arç et des fleches. Ensuite l'oncle
donna le commandement de ce vaisseau à son neveu, et pour licutenant
un vieux officier habile, alin qu'il pit
l'aider, au besoin, de ses conseils et
firent la même
chose, en sorte que le vaisseau qu'on
avoit pris sur. les Espagnols se trouva
rempli de braves gens. On arma les
Indiens de fusils et de sabres, dont
ils éloientaussindroits à se servir que
de l'arç et des fleches. Ensuite l'oncle
donna le commandement de ce vaisseau à son neveu, et pour licutenant
un vieux officier habile, alin qu'il pit
l'aider, au besoin, de ses conseils et --- Page 61 ---
( 55 )
de son éxpérience; et il fit aussitôt
mettre à la voile.
Après avoir vogué huit jours, il fut
attaqué, au sortir d'une grande baie,
par quatre vaisseaux de guerre espagnols, qui furent sur lui avant qu'il
patles éviter. Ils alloient, dit-on, audevant de la grande flotte chargée de
T'argent des Indes.
L'oncle de Monbars fut donc attadeux de ces grands navires.
qué par
et fit reIl se défendit vaillamment,
culer bien loin ceux qui pensèrent
combattu plus de
l'aborder. Ayant
trois heures, 9 et ne voyant aucun seson neveu étoit tercours, parce que
les deux autres
riblement pressé par
dernier efnavires, il se résolut à un
fort, etle fitavec tant de furie,queles
allèrentà fond
deux navires espagnols
les premiers, et lui après, avec la satisfaction d'avoirvu périrses ennemis. --- Page 62 ---
(54)
Ainsi périt l'oncle de Monbars,
grand homme de mer et de
après s'être défendu fort
guerre, 9
avec autant de bonheur long-tems
dresse. Ses ennemis
que d'ane l'auroient
pu surmonter, tout goatteux qu'il
étoit, pour peu qu'il eût été secouru.
Monbars outré de la perte de son
oncle, impatient de le
tenoit les efforts des deux venger, souseaux avec tant de valeur autres vaistune, ,
et de forqu'il en coula un à fond,
aborda l'autre. Les Indiens
et
rent entrer
qui ile vipar un bout de ce vaisseau, se jetèrent
l'eau, et furent à la promptement à
bout, ou
nage à l'autre
entrant à T'improviste et
surprenant les Espagnols par derrière, ils en enlevèrent
brasse-corps,
beaucoup à
qu'ils jetèrent dans
mer et en expédièrent
la
aussibeaucoup --- Page 63 ---
(55 - )
dans le
d'autres à eoups de sabres secondé
navire même, tandis que Roc,
ceux
au fil del l'épée
des siens, passoit
de manière
devant lui;
quiltrouvoit vit maitre en peu de tems
qu'on se
et mieux
d'un navire plus grand
ceux qui avoient péri.
équipé que
avoit conçu tant de
Si Monbars
pour
haine contre les Espaguols,
Indiens, > l'on pent
avoir massacréles cette haine fut
bien s'imaginer redoublée que
depuis qu'ils
estrémement cause la mort de son oncle. Il
eurent
tous les moyens de Ta vencherchoit
même assez fort
ger, et se trouvoit attendu qu'ilse
pour Tentreprendre, à l'instant de deux
voyoit monté
beaux et des meilvaisseaux des plus
leurs voiliers qui fussent peut-être
alors sur mer, et que celui de son
encle allant à fond,ils'en étoit sauvé les plus braves gens, 1 et qu'il avoit
qu'ils
estrémement cause la mort de son oncle. Il
eurent
tous les moyens de Ta vencherchoit
même assez fort
ger, et se trouvoit attendu qu'ilse
pour Tentreprendre, à l'instant de deux
voyoit monté
beaux et des meilvaisseaux des plus
leurs voiliers qui fussent peut-être
alors sur mer, et que celui de son
encle allant à fond,ils'en étoit sauvé les plus braves gens, 1 et qu'il avoit --- Page 64 ---
(56 )
perdu pen des siens. Là-dessus les
Boucaniers lui proposèrent de faire
une descente dans un lieu qui se rencontroit sur leur route, et tout propre à exercer sa vengeance, , à cause
de la mnltitude des Espagaols qui
l'habitoient.
Il n'en falloit pas davantage pour
l'y faire résondre, mais il ne put
exécuter son dessein avec lant de
promptitude, ni de secret, que le
gouverneur du pays n'en fat averti,
qui donna bon ordre à tout : car il
mit en embuscade dans les bois et
dans les crevasses des
-
montagnes 9
quelques nègres qu'il avoit, et d'autres soldats de la milice du roi d'Espagne. Outre cela, il pritaveclihuit
cents hommes de pied, disposés en
trois bataillons 9 et quelque cent à
six vingts chevaux, tous en bataille,
et lui à leur téte, avec quatre pièces --- Page 65 ---
a
(57 - )
commencèrent
de canon : lesquelles
la des-
-
à tirer, pour incommoder
cente de Monbars, qui leur fit rendre la pareille avec toutle canon de
ses vaisseanx.
Tants'en faut que les canonnades
des ennemis fissent peur aux assailJans, qu'au contraire. elles ne firent
qu'allamerfandenr des Boucaniers et
de
des Indiens: car snivantl'exemple
Monbars, qui tout le premier s'étoit
jeté à terre, ilsy furent aussitôt que
trouval le
lui, en sorte que celui quise
dernier à se jeter s'estima le plus
malheureux. Ils furent tous en un
moment en bataille et aux mains
avec les ennemis 7 qui, 3 croyant
les surprendre à demi débarqués 9
avoient fait avancer un de leurs ba- A
4aillons, sontenu de deux autres - $
les; charger avant qu'ils fuspour
ordre mais les ennenis
sent en
; --- Page 66 ---
(58 )
furent eux-mêmes si brusquement
charges par les Boucaniers
peine la salve des
a qu'a
fut achevée qu'ils mousquetades
flanc Monbars
eurent à leur
avec les Indiens
qui les enfonça. Ainsi le
bataillon des ennemis
premier
versé sur les deux
étant rensuivis
autres, et poure
chaudenent, ils
la côte plus vite qu'ils regagnèrent n'en
étoient
descendus; et Monbars les
joints, en fit un prodigieux
ayant
pénctra bien avant dans de carnage;
le parcourant en
pays P
la satisfaction de victorieux, et eut
ment sur les.
venger pleinede son oncle, Espagnols la 'mort
Indiens.
et le massacre des
Comme un jeune lion
de faire l'essai de
qui vient
jeune Monbars,
son courage, le
Indiens dans après avoir vengé les
le sang espagaol, no
ient
descendus; et Monbars les
joints, en fit un prodigieux
ayant
pénctra bien avant dans de carnage;
le parcourant en
pays P
la satisfaction de victorieux, et eut
ment sur les.
venger pleinede son oncle, Espagnols la 'mort
Indiens.
et le massacre des
Comme un jeune lion
de faire l'essai de
qui vient
jeune Monbars,
son courage, le
Indiens dans après avoir vengé les
le sang espagaol, no --- Page 67 ---
(59) )
de
qu'à reprendre la conduite
songea
confiéeà son oncle. Avant
l'expédition des Indiens et des Flide se séparer
rebustiers, il dit aux premiers qu'il
viendroit, si Dieu lui prètoit vie, exterminer leurs tyrans - ; aux seconds 9
travaux,
semronusasigensel d'ame et de
de cceur, de volonté, il les conjuattendant
corps : qu'en
brave seigneur Roe
roit de replacerle dans le siége de son goude-la-Roche
tous réunis
vernement, afin que,
un même chef, ils pussent,) jussous
retour, tuer autant d'Espaqu'à son
Après ce
gnols qu'ils le pourroient: main à son didiscours, il tendit la
ami le seigneur de la Roche,
gne
et dit aux Flibussalua les Indiens 9
d'admiversoiènt des larmes
tiets qui
amis,
ration et idatendedwmmemtnmies reviendrai
bientôt je
ne pleurez pas, Yous, et alors nous
faire boucan avec --- Page 68 ---
( a 60 )
verrons beau jen.-Adieu, adieu,s'é.
cria-t-or de toutes parts,jusqu'au jour
heureux de votre retour ; ,en attendant nous replacerons notre chefdans
son ile, d'ou nous chasserons les Espagnols ; puissiez-vous, , quand vous .
reviendrez, ne plus en trouverun seul
sur cette terre qu'ils ont trempée de
sang! - Monbars répondit: j'en.accepte l'augure, quoique je n'aimepas de trouver toute la besogne faite.
Cela dit, il part, et les autres se préparérent à poursuivre leurs illustres
et pénibles travaax. 1
Commeils naviguoientlel long dela
côte, Roc leur dit en souriant : nous
reverrons enfin notre chère Tortue!
( Qui sait, reprit Bras-de-Fer, sil le
diable ou quelque volcan ne l'abime
pas avant que nous y soyons. - Supposez qu'elle échappe,
ne
ainsiquenous,
croyez-vous pas qu'il ne faille y
rétablir --- Page 69 ---
(6:)
rétablir notre république ! - Bah,
bah ! - Cependant, mes amis, l'indépendance est si belle! - Bah, bah,
reprit Bras-de-Fer, ce vaisseau dépend des flots qui battent ses longues
et larges côtes, et ces flots, du vent
qui les bouleverse et peut nous J
précipiter. Tout dépend dans ce mon
de, et je pense que ce mot de répablique ne fut inventé que pour mieus
exprimer la confusion épouvantable
de tous les fléaux quel'eufer à vomis.
Bras-de-Fer fronRoc s'aperçut que
çoitles sourcil;il changeapeudemnmeut
de conversation.
On débarqua pour faire de l'ean
dans une petite ile qui étoit abandornée. L'Olonais crut entendre des soas
de quelques voix humaines; très-humaines assurément, lui répondit Gramont, car ce sont des femmes, et
les voilà qui s'avancent vers nous en
Roc.
D
de tous les fléaux quel'eufer à vomis.
Bras-de-Fer fronRoc s'aperçut que
çoitles sourcil;il changeapeudemnmeut
de conversation.
On débarqua pour faire de l'ean
dans une petite ile qui étoit abandornée. L'Olonais crut entendre des soas
de quelques voix humaines; très-humaines assurément, lui répondit Gramont, car ce sont des femmes, et
les voilà qui s'avancent vers nous en
Roc.
D --- Page 70 ---
(62 ) -
pleurant, et nous tendent les bras!
que sera- ce donc que ceci! - -
les vois s'arrêter,
Maisje
les retenoit, dit comme sila terreur
Bras-de-Fer,
dieu !
pour
Mesdames, ne craignez rien,
monénesommespas le diable. Quiétesvous2-des
Françaises -
malheureuses.
Qui vous a causé vos malheurs 2
-Mansvelt, un chien
nous
d'Anglais
a jetées dans cette ile déserte. qui
-D'ou
ventez-tous2-De la Tortue, dont les cruels Espagnols
ont chassées : , quand ils ont nous
bon seigneur
pris le
Roc-de-la-Roche. Depuis ce tems, nous ne cessons de
rer et nous ne mangeons
pleuA ces mots Pierre-le-Grand pas.
au vaissean, fit apporter des courut
accompagnd du bon
vivres,
la
gouverneur de
Torlue, > auquel il a fait un récit
pathétiqne de tout ce qu'il'a
tendu. Après avoir
vu, enappaise leur pre- --- Page 71 ---
(65)
miere faim, l'une de ces femmes raconta ce qui suit: :
En
la Tortue, nous faa
quitlant
deux
sur
mes embarquées pèle-méle
vaisseaux. Celui que nous montions
étoit sous les ordres de Mansvelt: ce
barbare, voyant que nous avions
faim, dit en jurant que Dieu n'avoit
fait les femmes que pour manger, 9
boire.et
faire des enfans. L'une
de nous répondit en riant que c'étoit
bien assez; ; que c'étoit aux hommes
à faire le reste. Il se facha, voulut
nous brutaliser; nous le repoussàmes; il maugréa, jura, nous damna,
et remontant jusqu'à la poime, il
nous dit: K Si Adam eût bien fait, il
eût pris son Éve la catin pour faire
d'elle ce que je vais faire de vous.
> Ce disant, le barbare fait diriger
le vaisseau vers cette petite ile qui
étoit devant nous, et sans écouter nos
D 2 --- Page 72 ---
(64)
mes, représentations, à
inflexible à nos larnotre
tié, il nous désespoir, 2 à toute piPuisse
a déposées dans cette ile.
quelque bon ange du ciel le
déposer en enfer!s
Tous ceux quientendoient
témoins de cet affreux
ce récit,
elles étoient pâles,
spectacle, car
spectres, attendoient semblables à des
horriblehistoire.
la fin de cette
L'une
I
continua ainsi:
de ces femmes
a Apresqu'on nous eut
et enfin malheureusement. débarquées,
nées dans cette ile
abandonvâmes d'abord
déserte, nous trouvages, dont quantité de bêtes sauy nourrir; mais nous aurions pu nous
nous
d'en être
craignions plutôt
dévorées, et de devenir leur
pature ; et sans doute elle
bien à qui elles avoient
voyoient
à-dire à des femmes affaire, c'estmées, à
foibles et désarqui même les plus timides
et enfin malheureusement. débarquées,
nées dans cette ile
abandonvâmes d'abord
déserte, nous trouvages, dont quantité de bêtes sauy nourrir; mais nous aurions pu nous
nous
d'en être
craignions plutôt
dévorées, et de devenir leur
pature ; et sans doute elle
bien à qui elles avoient
voyoient
à-dire à des femmes affaire, c'estmées, à
foibles et désarqui même les plus timides --- Page 73 ---
(65 )
de ces bêtes se faisoient craindre. Il
n'en étoit pas ainsi lorsque les habitans des pays circonvoisins, gens
cruelset grands voleurs, descendoient
dans cette ile pour les chasser: car.
ils en faisoient un si prodigienx carnage que nous pouvions vivre de
celles qui se trouvoient mortes, que
ces chasseurs oublioient ou e négligeoientpent-être: après les avoirtuées.
Nous avions grand soin de nous
cacher pour éviter également et ces
hommes et ces bêtes. Cependant la
faim qui nous pressoit nous obligeoit souventasortir de nos retraites,
et nous donnoit même la hardiesse
d'avancer dans le pays. Nous marchâmes long-tems par des endroits
très-dangereux ; et, après avoir fait
cent détours 1 mous a
nous égarions
de plus en plus, ne faisant autre
chose que de passer de précipice
D 3 --- Page 74 ---
( a 66 )
en preicipice. Alors une infinité de
chemins s'offroient à nous de toutrs
parts, hormis celui qui nous auroit
menées au bord de la mer, 3 que
nous avions depuis long-tems perdu
de vue, et d'oi enfin nous aurions
pu découvrir quelque vaisseau
nous auroit tirées d'un lien si dan- qui
gereux, Un jour que nous errions
à notre ordinaire, une troupe des
chasseurs, dont j'ai parlé 3 armcs
de perches
pointues, vinrent tout
d'un coup fondre sur nous, et nous
dépouillèrent facilement. Une seule
d'entre nous fit résistance 0e , et se
défendit plutôt pour exciter ces barbares à lui ôter la vie, que pour
conserver ses habits
lui arrachèrent à la fin aussi sy qu'à nous,
nons ayant ensuite guittées sans nous
avoir fait d'autre mal. fg :
Cette femme confuse au dernier --- Page 75 ---
(67 1 )
point de se voir ainsi nue 1 , bien
qu'elle ne fàt alors qu'avec des' personnes de son sexe 7 et trouvant en
cet état la lumière- du jour aussi
affreuse que la mort, s'alla enterrer
toute vive dans le sable- et couvrit
le reste qui paroissoit de son corps
de ses cheveux épars. Tontes ses
compagnes furent surprises de sa
résolution; mais, comme elles vouloient l'en détourner et tâchoient de
la secourir, du moins autant qu'il
leur étoit possible dans lextrémité
où elles la voyoient, et dans celle
où elles étoient elles-mèmes, laissez-moi, dit-elle aux plus empres-.
sées, dans ce dernier moment je
n'ai plus besoin que de vos prières qui me serviront beaucoup, et
de la mort qui Snira toutes mes
misères. Après ces paroles elle
garda le silence 2 2 et, ne parlant
détourner et tâchoient de
la secourir, du moins autant qu'il
leur étoit possible dans lextrémité
où elles la voyoient, et dans celle
où elles étoient elles-mèmes, laissez-moi, dit-elle aux plus empres-.
sées, dans ce dernier moment je
n'ai plus besoin que de vos prières qui me serviront beaucoup, et
de la mort qui Snira toutes mes
misères. Après ces paroles elle
garda le silence 2 2 et, ne parlant --- Page 76 ---
( 68 )
plus que par ses larmes, elle expira, 5
Ce' récit pénétra
barbare Mansvelt d'horreurpour le
voient
tous ceux qui l'aentendu. On se rendit au
lieu où cette femme s'ctoit enterrée. Prodigienx effet de la
!
disoit
pudeur
Pierre.le-Grand: et moi, reprit Pierre-Franc, je dis avec franchise qu'il y a du plus ou du moins
dans tout cela ; qu'un
Anglais, quelque Anglais qu'il soit, n'est pas capable d'une telle cruauté, - Ah !
mon bon Monsieur,
ils sont capables de pardonnez-moi,
le saviez
tout, si vous
comme moi. - Langue de
femme, ne sais-je pas qu'un Anglais
est.un homme!- Oui, mon bon
Monsieur, un homme, vous dites
bien, mais pas un homme comme un
autre ; je vous le jure. - Et moi,
reprit Pierre-Franc, 9 puisqu'un homme vous a tant fait souffrir, il faut --- Page 77 ---
(69)
que je l'en dédommage 1 je t'épouse.
Tope.- Eh bien tope, si vous voulez,il y a assez long-temps que je
dans cette ile, y
fais mon purgatoire
enfer daus
peut-être serez vous mon
bien
autre.- Fourche ! t'es
une
t'aime, comme
hardie. Allons, je
toutes.
cela. Mes amis, épousons-les
Et tous répondirent, tope 9 j'y conalors se firent les mariages :
sens.;
en voici la manière.
Chacun, des Flibustiers s'approIl ne survint
cha de sa chacune.
le
entre eux aucune dispute pour
l'ascendant qu'ils
choix, , parce que
sur les autres 9
avoient pris les uns
touen vivant' t'ensemble, 7 empêcha
tes les contestations qui auroient pu
naitre à cette égard, le plus foible
cédant toujours au plus fort. Pierredonc de celle qui
Franc s'approcha
tenant delui avoit agreé; et, se. --- Page 78 ---
(70)
bout devant elle, appuye sur son fusil, il lui parla en ces
ne vous demande
termes: ( Je
passé, vous n'étiez point compte du
répondez-moi
pas encore à moi,
seulement de l'avenir,
maintenant que vous m'allez
tenir, je vous tiens
apparreste; > puis,
quitte de tout le
sur le
frappant de la main
canon de son fusil : Voilà ce
qui me vengera de vos
si vous
infidélités,
m'en-faites; et, si vous me
manquez,il, ne vous
ensuite il l'embrassa. manquera pas: >
Flibustiers
Tous les autres
en firent de
il
n'en demeura
même;
point, carilse
va moins de filles
tronque d'aventuriers.
Après ces différens mariages PierreFranc, qui en avoit donné le signal, ouvrit l'avis d'aller
tement à la Tortue - : c'est prompte- la
de notre général,
femme
lui rendre
dit-il, il faut la
; il y a assez de tems
ensuite il l'embrassa. manquera pas: >
Flibustiers
Tous les autres
en firent de
il
n'en demeura
même;
point, carilse
va moins de filles
tronque d'aventuriers.
Après ces différens mariages PierreFranc, qui en avoit donné le signal, ouvrit l'avis d'aller
tement à la Tortue - : c'est prompte- la
de notre général,
femme
lui rendre
dit-il, il faut la
; il y a assez de tems --- Page 79 ---
(71)
est entre les mains de l'Esqu'elle
pagnol. Ce projet fut généralement
avoit
applaudi. Le général espagnol
fait réparer le fort, et y avoit mis
avec assez de vivres
une garnison
s'y maintenir
et de munitions pour s'ils avoient eu
envers et contre-tous,
du courage, mais ils n'avoient que
de la cruauté.
les
Pendant qu'ils se croyoient
maitres de la Tortue, ils entendirent tout à coup un boucan de
diable. C'étoient les Flibustiers qui
en deux bandes, et
s'étoient partagés
de la
qui débusquoient les Espagnols du
grande montagne, au petit point
jour. Comme il ne s'attendoient pas
pàt les attaquer de ce côtéqu'on
de s'y relà, ils avoient negligé
trancher. étoient dans le fort de Ia
Ceux qui
étonnés, quand
Roche furent bien --- Page 80 ---
(72)
ils entendirent de si grand
ronfler le canon
matin
eux d'dtranges 9 qui faisoit parmi
ravages. Ils
pour voir ce que c'étoit, à leur sortirent
malheur, car se trouvant
grand
environnés du gros des tout-d-comp
la plupart furent taillés Flibustiers, 9
les autres
en pièces, et
prisonniers.
1E Dans le nombre de
niers
ces
s - on trouva une belle prisongnole, dont toutes les manières Espaquoient une personne de
mardont le
qualité, et
seigneur Roc devint toutà-coup éperduement amoureux.
Elle étoit alors fort
mais une grande
négligée,
pagnée de ses
jeunesse, accomcharmes, la paroient
naturellement; car, avec des cheveux du plus beau noir du
on lui
monde,
voyoit une blancheur à
éblonir, et.ses yeux vifs, et son
teint de même, brilloient
encore
parmi --- Page 81 ---
(75) )
parmi itout cela : elle avoit aussi de la
taille, de la gorge et de l'embonpoint, ce qu'il lui en falloit pour être
bien faite, et la fierté espagnole,
qu'on a. peine à souffrir dans celles
de sa nation, plaisoit en elle, de
sorte qu'elle n'y paroissoit que pour
lai attirer du respect, et poar relever sa beauté: en un mot, Roc
n'avoit jamais vu une femme plus
accomplie.
Elle toucha le ceeur de Roc-dela-Roche et de ceux qui la virent.
Tous enviérent le bonheur d'en être
ainiés, et l'auroient disputée au
verneur même, 7 sans la déférence gouqu'ils avoient pour lui. On s'aperçut, de sa passion à ses habits, qu'il
prit
propres, et à son.h humeur
qu'il
sociable.
Mtestr
plus
II eut soin
de faire séparer cette prisonnière des
autres 7 et pour qu'elle ne manquât
de rien, il mit des esclaves auprès
Roc.
E
heur d'en être
ainiés, et l'auroient disputée au
verneur même, 7 sans la déférence gouqu'ils avoient pour lui. On s'aperçut, de sa passion à ses habits, qu'il
prit
propres, et à son.h humeur
qu'il
sociable.
Mtestr
plus
II eut soin
de faire séparer cette prisonnière des
autres 7 et pour qu'elle ne manquât
de rien, il mit des esclaves auprès
Roc.
E --- Page 82 ---
(74) )
d'elle pour la servir : et donna la
liberté à ses amies de converser
avec. elle - ; ce qui T'obligea de dire,
les corsaires étoient aussi gaque Jans
les Espagnols : et pluque
consisieurs femmes de sa suite,
dérant. les Aventuriers, s'écrioieut
toutes surprises : eh, mon dieu'!
les Boucaniers sont hommes comCes femmes
me les Espagnols. -
leurs madisoient cela : parce que
les
ris leur faisoient accroire que
étoient des monstres hiFrançais
deux; et pour les en convaincre, de
souvent:
ils leur prometloient des têtes : elles
leur en apporter
de cela,
étoient même si prévenues
s'emque plusieurs ne pouvoient
des
pécher d'admirer qu'ilanfassent
hommes comme les antres.
cette dame espagnole
* 1 Cependant les bienfaits ct les visites
reçevoit
de la manière du
du - gouverneur --- Page 83 ---
(75)
monde la plus obligeante 9 ne, les
attribuant qu'à la bonté de son
naturel, qu'elle admiroit dans un
homme de,ce caractère ; mais elle
fut bien surprise., lorsqu'une esclave qui la servoit, et que Roc
lui déconvrit les senavoit gagnée,
à ce
timens qu'elle avoit inspirés
lui faisoit
Roc-de-la-Roche 7 qui
étoit
demander des choses qu'elle
d'accorder. Elle résobien éloignée
lut de lui parler elle-mème; et, 9
la venoit voir, elle
un jonr qu'il
le fit en ces termes :
a Il est vrai, lui dit-elle, assez
l'on m'a fait endoucement, que
l'avoir dit.,
tendre, etj je pense vous
huétoient sans
que vos semblables
à toutes sortes
maniti,etabandennds: suis convaincue de
de vices : je
les bons ofvotre humanité , par,
fices que vous m'avez rendus jusici, et il ne tiendra qu'à vous 2
ques
E 2 --- Page 84 ---
(76 )
qil'en ayant une conduite
de celle
différente
égard,
que vous tenez à mon
je ne sois
suadée de votre
également pern'ajoute plus de foi vertu, afin quej je
vantageux
aux bruits désaet
qui courent de vous
que, détrompée par ma
expérience, je puisse aussi propre
per les autres. >
détromCeci ne faisoit pas le compte du
seigneut Roc, trop préoccupe
charines de la belle
des
Espagnole
songer à ses discours : il ernt pour
dans ce moment
même
que son refus n'étoit
pas sineère, s et voulut
mais elle le
s'émanciper ;
repoussa
et lui fit voir dans géncreuscmeut,
tant de
cette occasion
sagesse et de courage,
parvint à
qu'elle
confondit réprimer son
et
sa brutalité; imsolence,
se, trouva
en sorte qu'il
oblige de se retirer. Il
conçut pourtant un secret
sa fierté, dontil résolut
dépit de
de se venger.
(
n'étoit
pas sineère, s et voulut
mais elle le
s'émanciper ;
repoussa
et lui fit voir dans géncreuscmeut,
tant de
cette occasion
sagesse et de courage,
parvint à
qu'elle
confondit réprimer son
et
sa brutalité; imsolence,
se, trouva
en sorte qu'il
oblige de se retirer. Il
conçut pourtant un secret
sa fierté, dontil résolut
dépit de
de se venger.
( --- Page 85 ---
(7 77 )
Pour cela il lui fit faire sous main
tous les déplaisirs qu'il put s'imagidonna des ordres sévères, qu'il
ner,
adroitement en sa prédésavouoit
lui faire mieux sentir
sence 1 pour
lui rendoit, ct l'asles services qu'il
surer de sa bonne volonté.
On la sollicita encore de sa part
de force; ; mais à ces
avec beaucoup instances elle fit de nounouvelles refus : et une fois que les femveaux
d'intelligence
mes qui la servojent, laissée scule
avec Roc, l'avoient
il la
avec lui sous divers prétextes, >
plus fortement que jamais ;
pressa elle lui résista de même : et comme
il la tenoit embrassée pour lui faire
violencc, elle s'arracha d'entre ses
bras, et s'éloignant de lui avec précipitation : Arrête, lui cria -t-elle 9
voyant qu'il la voulait suivre, arrête,
m'avoir
et ne d'imagine pas qu'après
àté les biens et la liberté, tu puisses
E 3 --- Page 86 ---
(,8)
aussi facilement me ravir ce qui
m'est plus précieux que tout cela.
de lui toute fuPuis s'approchant
rieuse, sur le point qu'il avançoit
poursuit-elle 9
vers elle: Apprends,
je sais mourir, et que je me
que
de
les choses à
sens capable
porter
la derniére extrémité contre toi et
moi-mème. -A ces mots, tirant"un.
poigaard qu'elle tenoit caché, elle
lui auroit plongé dans le sein , s'il
n'avoit évité le coup: car Roc, surd'une action aussi détermince et
pris
si imprévue, avoit reculé quelques
Il reconnut par là que cette
pas.
inflexible; il
femme seroit toujours
la quitta outré de rage, et résolut
de ne la plus revoir.
Puisque je n'ai pu, dit-il, rien
obtenir de ce tant doux que j'aime
tant, j'en aurai aile ou pied à ; et il
alors dès ce moment à
commença de maniere à son égard, à
changer
- --- Page 87 ---
( 79) )
retirér d'auprès d'elle les esclaves'qur
la servoient et les femmes qui l'entretenoient, et à ne lui faire donner que ce qu'il falloit pour conserver sa vie. Enfin il la fit avertir de"
payer trente mille piastres pour sa'
rangon,sutrement qu'illa retiendroit
toute sa vie dans son ile. Pour mieux'
couvrir son jeu, et afin qu'on ne
soupçonnât rien d'un sipromptchangement, il s'avisa de faire courir le
bruit que cette femme s'entendoit
avec ses ennemis, qu'on avoit sur-,
pris des lettres qu'elle envoyoit 2
et qu'elle en recevoit d'eux; ; qu'il'
en feroit même voir une écrité de
main. Cette accusation fut'
sa propre
si étrancause qu'on ne trouva plus
ges les mauvais traitemens qu'elle recevoit de lui.
Je dois ajouter que - les Aventu- -
riers qui croyoient Roc favorisé de
la belle. Espaguole, jaloux de son'
E4
'entendoit
avec ses ennemis, qu'on avoit sur-,
pris des lettres qu'elle envoyoit 2
et qu'elle en recevoit d'eux; ; qu'il'
en feroit même voir une écrité de
main. Cette accusation fut'
sa propre
si étrancause qu'on ne trouva plus
ges les mauvais traitemens qu'elle recevoit de lui.
Je dois ajouter que - les Aventu- -
riers qui croyoient Roc favorisé de
la belle. Espaguole, jaloux de son'
E4 --- Page 88 ---
(So )
bonheur, 2 cominençoient à mourmurer, s'imaginant que, retenu par son
amour, il les retenoit dans une idigne oisivetf; qu'enfin ce retard
donneroit lieu aux Espaguols
du fruit de leurs crimes;
dejonir
; ils venoient
d'cgorger des. prisonniers Frauçais
échoués à Porto-Ricco, et les Flibustiers vouloient lcs venger. Mais
ils changerent bienlôt de pensée,
lorsqu'ils virent que Roc se préparoit à faire voile.
Parmi les prisonniers fails à la
Tortuc, ily avoit plusieurs religieux
dominicains, dont deux furent envoyés à
Saint-Domingue, 3 pour en
rapporter la rançon des
au
Espaguols,
gouverneur Roc-de-la-Roche, et
la belle Espagnole 7 sa naitresse inhumaine 7 n'avoit pas manque de
charger les deux révérends d'une
lettre pour ses parens, lettre qui
auroit tiré des larmes d'une pierre, --- Page 89 ---
( - 8r )
combien sa virgicar elle y exposoit
elle avoit ennité avoit eu, comme
d'assauts horribles à soutenir;
core,
disoitsi bien que, sans cet argent,
peut-être, en perdant la vie,
elle,
encore celte fleur qui
perdroit-elle
toutes les vies du
valoit mieux que
fat dans
monde. La belle Espagnole
la dernière consternation at retour
la randes bons péres quiapportoient
des autres et de leurs freres surçon hormis la sienne. Père et mère
tout,
les
cruels, s'écria-t-elle, ens s'arrachant
cheveux ! Ne vous ai-je pas écrit quele
sensible Roc et barbare dans son
trop m'avoit condamnée à une réamour
ehusion perpétuelle, sans cette rançon
ou sans l'abandon de ma personne ?
Qu'on juge par là de son désespoir.
Comme elle pleuroit encore , et
pleurant elle se disposoit peutqu'en
il lui survint le lenêtre àcomposer,
avec une lettre
demain une esclave,
E 5 --- Page 90 ---
(83 )
lut à ce cruel
de ses parens 1 qu'clle
Roc. Cette lettre lui apprenoit que
chers
avoient remis entre
ses
parens
révérends. treute
les mains de ces
mille piastres pour sa rançon. Fourche de Neptune, s'écria Roc!: Allez,
belle dame, remporlez votre argent,
et que ces moines soient condamnés
travaux les
durs ! Ils diront
aux
plus
leurs messes tant qu'ils voudront;
mais je jure, Dieu et votre beauté,
qu'ils la diront sans que dans leur
caliceilentre une seule goutte de vin;
de l'eau, de l'eau' pour ces b la,
et : les étrivières par-dessus.
Le seigneur Roc-de-la-Roche, débarrassé de sa belle Espagnole, et
muni de la rançon des prisonniers,
distribua généreusement à ses
qu'il braves, se rendit avec 14 ou 1500
hommes à Porto-Ricco, poury.demanderles prisonniers Français:
auroient été bien.
Les Espaguols
leur
caliceilentre une seule goutte de vin;
de l'eau, de l'eau' pour ces b la,
et : les étrivières par-dessus.
Le seigneur Roc-de-la-Roche, débarrassé de sa belle Espagnole, et
muni de la rançon des prisonniers,
distribua généreusement à ses
qu'il braves, se rendit avec 14 ou 1500
hommes à Porto-Ricco, poury.demanderles prisonniers Français:
auroient été bien.
Les Espaguols --- Page 91 ---
( 85)
empêchés de les rendre; ils les avoient
tous tucs, et n'osoient pas l'avouer
et pour les mieuxi
aux, Aventuriers;
des religieux
tromper, ils envoyèrent
faire de leur part toutes les sonmispromettant de rensionsimagihables; leur réclamoit,
dre tous' ceux qu'on
çà et là,
qu'ils disoient être dispersés
t'seulement que le' tems
ne demandant
les leur! rende les rassembler pour ils assemvoyer. Mais au contraire faire tête
bloient des troupes pour
aux Aventuriers.
de cet"
Le seigneur Roc, indigné
artifice, se mit à courir l'ile avec son
monde, bralant, ravageant, ct pasfil
tout ce qui se*
sant au
de-l'épde
trouva sous leurs mains, poursuivant
même les fayards jasques aux portes
de la ville de Porto-Ricco, sans que?
osassent paroitre pour
les Espaguols
tant ils res'opposer à leur fureur,
doutoient la valeur des Aventuriers!
E 6 --- Page 92 ---
I 2 84) )
C'étoit une étrange désolation que de
voir la destruction des Hatos des Espagnols; on ne rencontroit de touscôtés que boeufs qui avoientlesjarrets
bres coupcs, que porcs tués, etque memnsanglans d'une infinité d'antres
animaux confusément épars dans l'étendue de celte contrée
sprte que les
ravagée; : en,
plus rien à Aventariers ne trouvant
saccager, à bràler, ni à
détruire, > ne songérent plus qu'à leur
retour,
Sur ces entrefaites, ils donnèrent
dans, une cmbuscade de six mille
Espagnols cachés dans un bois,
s'étoient tous enivrés d'une boisson qui
appelée guilledine, faite avec du
de canne à
jus
sucre, qui est plus forte
que notre eau-de-vie, n'osant jamais
stequerdesanp-raidis Le combat
Aventuriers.
heures du commença sur les deux
matin, et dura le reste du
jour sans qu'ils pussent iuterrompre --- Page 93 ---
€ I 85 )
la marche des Ayenturiers qui continuèrent toujours leur route
une grande prairie, , oû ils
jusqu'à
et firent bonne
campèrent
le lendemain
garde toute la nuit :
matin ils poursuivirent
leur chemin sans rencontrer
ce soit
qui que
quis'opposat à leur
et regagnèrent ainsi leurs bâtimens. passage,
Tonte celte expédition fut faite sans
que les Aventuriers perdissent
de quinze
plus
ils écartés personnes, encores'étoientfurent-ils pour tuer des sangliers, et
enveloppes
un grand nombre tout-3-comp par
d'Espagnols.
Roc, de retour dans sa Colonie,
gouvernoit aveç sagesse
geoit la culture, et sur-tont 7 encoura- les
ditions contre les
expetenoit l'émulation Espagnols. Il entreparmi ses
gnons d'armes, et s'aunusoit, compamieux parvenir, à leur raconter pour y
histoire.
son
*Opm'along-tenss surnomméRoc
liers, et
enveloppes
un grand nombre tout-3-comp par
d'Espagnols.
Roc, de retour dans sa Colonie,
gouvernoit aveç sagesse
geoit la culture, et sur-tont 7 encoura- les
ditions contre les
expetenoit l'émulation Espagnols. Il entreparmi ses
gnons d'armes, et s'aunusoit, compamieux parvenir, à leur raconter pour y
histoire.
son
*Opm'along-tenss surnomméRoc --- Page 94 ---
(86)
le Brésilien ; le fait est que je suis né
à
; mais dans un voyage que
Bayonne
:
jef fisaul Brésil, lorsque les Hollandais
avec qui je me trouvais firent la conquête de ce pays sur Ies Portugais,
je m'appliquai tellementà en apprendre les moeurs; 1 et particulièrement
tantindiennes que portugaises, qu'on
med donna bientôt le nom de Brésilien,
d'ouje passai à la Jamaique avec les
Anglais, dont la langue ne me fut
pas plus difficile à apprendre que ne
l'avoient été les autres. Je voulus
éprouver la vie d'Aventurier, et je
m'embarquai sur un vaisseau de ces
gens-là, dont je fus fort bien reçu.
Chose assez rare ! les Anglais vivoient en fortbonne intelligence avec
moi, et moi avec eux, si bien queje
n'eus pas fait trois voyages comme'
compagnon de fortune, qu'un équis'étant révolté contre son Capage,
pitaine, me prit pour chef, et me --- Page 95 ---
(87 )
donna aussi un brigantin qu'il avoit.
J'eus le bonheur de prendre un
navire espagnol assez riche, que,
j'amenai à la Jamaique, ou je fus
reçu comme capitaine. e Mais., avant.
de continuer le récit du bon seigneur
Roc, il est, très-utile que je donne à
mes lecteurs le portrait dc ce brave,
et célèbre Flibustier. II étoit -si terrible, que les Espagnols ne le pou-.
voient entendre nommer sans trembler; il avoit l'air mâle : et le .corps
vigoureux, une taille médiocre, mais
ferme et droite, le visage plus-large
que long, les sourcils et les yeux
assez grands, le regard fier et toutefois riant. II étoit adroit à manier
toutes les armes dont se servoient
les Indiens et les Catholiques ; il
étoit bon pilote et brave soldat, et :
terriblement emporté dans la débau-.
che. Il marchoit toujours ayec un --- Page 96 ---
( - 88 )
sabre nu sous le bras, si on
cepte le jour funeste de
en exmais ily a des jours
cette chasse ;
les grands homunes malheureux pour
petits ; et si par malheur comme pour les,
lui contestoit la moindre quelqu'on
ne faisoit point de difficultd chose, il
couper à moitié
de le
la
ou de lui abattre
téte; c'est pourquoi il étoit
table à toute
redoudant l'on
TAmérique - ; et cepenpeut dire qu'on laimoit
autant quand il étoit à àjenn, qu'on le
craignoit quand il avoit bu.
Il avoit une grande aversion
les
ponr
I Espagnols ; aussi étoit-il
eux si cruel,
pour
que, quand il en
noit, et qu'ils ne vouloient
predire où éloit leur
pas lui
dans leurs
argent, ni le mener
pares où ils
des
nourrisaient
sangliers, ils les faisoit mourir
martyrs. Il eut même, à ce
dit, la barbarie d'en
qu'on
embrocher,
ignoit quand il avoit bu.
Il avoit une grande aversion
les
ponr
I Espagnols ; aussi étoit-il
eux si cruel,
pour
que, quand il en
noit, et qu'ils ne vouloient
predire où éloit leur
pas lui
dans leurs
argent, ni le mener
pares où ils
des
nourrisaient
sangliers, ils les faisoit mourir
martyrs. Il eut même, à ce
dit, la barbarie d'en
qu'on
embrocher, --- Page 97 ---
( Sg )
et de les faire rôtir au fen. Beaucoup
éloit
d'entre eux croyoient qu'il
Espa- bien
guol, à cause qa'il parloit fort
leur langue, ou qu'il les égaloit en
disoit-on,
cruauté; c'est un seélérat,
qui veut du mal a sa nation. Après
avoir esquissé le portrait de notre
je lui laisse le soin de
gouverneur,
continuer son histoire.
Un jour, dit-il, que j'étois au
faire
rivage de Campèche 9 pour y
quelque prise, je fus agité d'une
tempête qui jeta mon bâtiment à
la côte et le mit en pieces. Néanmoins j'eus le tems de mne sauver,
moi et mon'monde, avec nos armes
désolé d'être
et nos munitions.J'étois avoir aucun
en pays ennemi, sans
moyen d'en sortir; cependant comme
n'étois pas homme à me laisser
je abattre aux revers de la fortune, qui
sont assez ordinaires aux Aventuriers,
j'encourageai lcs miens, je leur pro-. --- Page 98 ---
(90)
mis de les tirer de-là,-et leur commandai de mettre Jeurs armes- en:
ensuite marchant à leur
état; et,
route du golfe
tête, nous primes.la
de difdu Triste, en ne faisant point
ficulté de suivre le grand chemin,
si nous avions été des. homcomme rien craindre, et que nous
mes à ne
Quelques,
eussions réduit toutle pays.
en averIndiens nous ayant aperçus, vinrent au
tirent les Espagnols, qui
et bien
nombre de cent, bien montés
armés.
Quand je. les vis, au lieu d'apdis à ceux qui m'acpréhenderje Courage, mes frères,
compagnoient:
ferons bientôt.
nous avons faim, nous
vous n'avez qu'à * me,
un bon repas; Et: dans ce moment
suivre tous.
je Jesj'allai droit aux Espagnols.;
sans * avoir : que.
défis entierement,
de
deux de mes- gens tués et deux
blessés. --- Page 99 ---
(91)
Mes Aventuriers prirent assez. de..
chevanx pour achever le chemin"
qu'ils avoient à faire; ils trouvèrent
mêne des vivres, du vin et de l'eaude-vie que les Espagnols avoient
apportés des
avec eux, ce quileur donna
forces pour.se battre tout de
nouveau' contre deux fois
de monde, s'ils
autant
traints.
y avoient été conAprès donc nous être bien rafraichis, nous montâmes à cheval, et
continuames notre route. Ayant ainsi
marché deux jours, nous aperçàmes
d'assez loin une barque proche du
bord de la mer ; elle
aux Espagnols qui étoient appartenoit
couper du bois de
venus la
sert à la teinture. Je Campèche, fis cacher qui
monde, et je fas, moi sixième mon à
pied, tout proche de la barque
la prendre; je voulus passer la pour nuit
cache" dans un hallier, et le lende-
ames notre route. Ayant ainsi
marché deux jours, nous aperçàmes
d'assez loin une barque proche du
bord de la mer ; elle
aux Espagnols qui étoient appartenoit
couper du bois de
venus la
sert à la teinture. Je Campèche, fis cacher qui
monde, et je fas, moi sixième mon à
pied, tout proche de la barque
la prendre; je voulus passer la pour nuit
cache" dans un hallier, et le lende- --- Page 100 ---
(97 )
main, à la pointe du jour,
les Espagnols descendirent lorsque à
pour aller couper du bois, terre les
surpris, et je m'emparai de la je barque,oà je trouvai fort peu de
mais un paquet de sel d'environ vivres, deux
cents livres pesant, avec lequel
fis
saler une partie des meilleurs je
vaux, qu'on tua en attendant chetres vivres. Je donnai
d'augnols les chevaux
aux Espaleur
qui me restoient,
disant : Je ne wous fais
de tort, ces chevauz valent mieuz point
que votre barque, et vous ne courez point risque d'étre noyes. >
a Etant remonté de
ne songeai plus qu'à faire bâtiment, je
J'avais encore vingt - six hommes capture.
sains, je les menai devant la ville
de Campèche. Quand ix
laissai mon bâtiment
fus, je
je déscendis
au large, et
avec huit
mon canot,
hommes dans
pour enlever quelque --- Page 101 ---
(95)
bâtiment; mais cela ne me réussit
pas:je fus pris par des Espagnols, et
mené avec mes camarades au gotverneur, qui voulut nous faire pendre
tous. Aussi intrépide que subtil, je
m'avisai a
d'une feinte pour intimider
le gouverneur, et empècher qu'ul
mauvais tour.
ne me jouât quelque
J'avois fait connoissance avec un esclave; ; je le priai de me rendré un
en lui promettant de le reservice, >
Cet esclave, entirer d'esclavage.
tendant parler d'être mis "en liberté,
me promit tout ce que je voulus.
Le gouverneur ne te connoit point,
lui dis-je : dis-lui que tu as été pris
des Aventuriers avec ton maitre 1
t'ont mis à terre avec cette
qu'ils lettre pour lui apporter, et que pour
cela on t'a donné la liberté , et
retourue-t'en sans parler à
après
personne. --- Page 102 ---
(194)
R J'avois écrit cette lettre comme
si elle venoit de quelque fameux
Aventurier, quiusût que Roc étoit
pris et menaçoit le gouverneur
s'il arrivoit mal à telle
qne de
leurs camarades
personne
qui étoient entre
ses mains, il pouvoit s'assurer qu'antant d'Espagnols qu'il prendroit, il
ne leur donneroit point de quartier.
A la vérilé cela intimida le
neur, qui fit reflexion sur gouver- ce
la ville de Campêche avoit déjà que été
prise par une troupe de ces genslà, et manqué une.seconde fois: de
l'être. C'est pourquoi il ne parla
plus de pendre moi Roc; au contraire, il me fit bien mnieux traiter.,
et parla première occasion, il m'envoya en Espagne, sans se douter
que je susse la raison qui l'obligeoit
à me faire tant de.gràce. >
* Ceux qu'on avoit pris avec moi
ur, qui fit reflexion sur gouver- ce
la ville de Campêche avoit déjà que été
prise par une troupe de ces genslà, et manqué une.seconde fois: de
l'être. C'est pourquoi il ne parla
plus de pendre moi Roc; au contraire, il me fit bien mnieux traiter.,
et parla première occasion, il m'envoya en Espagne, sans se douter
que je susse la raison qui l'obligeoit
à me faire tant de.gràce. >
* Ceux qu'on avoit pris avec moi --- Page 103 ---
(95)
sur la ffotte
furent donc embarqués
ou
des galions du roi d'Espagne,
aimer de tous
je me fis tellement
les Espagnols, que mes compagnons
furent aussi bien traités à ma considération. Les capitaines me reque, si je voulois ser-
-présentèrent
ils me fevir le roi d'Espagne, 7
je
roient donner tel emploi que.
le
sonhaiterais. Je gagnai, pendant
près de cinq cents écus à
voyage,
du poisson, ou à le tirer
harponner l'eau avec des fleches ; et
dans
qui négocient
comme les Espagnols
aux Indes ont beaucoup d'argent,
sont délicats, ils ne . font
et qu'ils
de donner vingt écus
pas difliculté
frais dans des
pour un poisson cela. Il faut que les
lieux comme
double
gourmands paresseux payent
et triple. >
en Espagne, je
a Dès que je fus
Ancherchai l'occasion d'aller en, --- Page 104 ---
(96)
glelerre 3 d'ou je repassai à la Jamaique, en meilleur
je n'en elais
équipage que
je n'avois
parti, hormis que
point de
fut cause
batiment, cela
deux
que je me joignis avec
nommoit Français dont le principal se
turier
Tributor, vieux aven-
, et fort
les courses. Nous voila expériuenté dans
aller faire une descente associés pour
ninsule de
sur la pédre la ville Jucatam, de
et pour prendéjà été,
Mérida : i'y avois
9 et je servois de
avec quelques prisonniers
guide,
qui nous y conduisoient aussi. Espagnols Ce
pendant nous ne pâmes pas si bien
prendre nos précautions
ne fussions découverts, que nous
nous mettre
avant de
Indiens
en, chemin, 9 par des
qui en avertirent les Esde pagnols, et leur donnèrent le tems
faire approcher du monde
défendre la place; de sorte pour
que, P
quand --- Page 105 ---
(97) )
quand nos Aventuriers y
on les reçut d'une autre arrivèrent,
manière
qu'ils ne s'étoient
furent
imaginé : ils
presque tous taillés en
ces parles Espagnols,
pièqui en firent
beaucoup de prisonniers. (
a J'évitai de l'ête, quoique
fusse pas celui
je ne
quis'exposàt le
car je tiendrois à la plus moins:
lâcheté du monde
grande
avoit tiré
9 si un autre
ou donné un coup avant
moi; ou si je n'avois pas eté le
dernier dans un combat où même
je me verrois le plus foible, étant
toujours plutôt prêt à me faire tuer
qu'à.céder. Enfin malgré tout cela
je ne me tirai de ce méchant
mais mon camarade
pas 2
meura
Tributory demalheurensement. >
a Les places ordinaires où
croiser, étoient la côte de
j'allois
de Carthagène, Boca del Caraco, P
dessein d'attendre
Tauro, à
les. navires
Roc.
qui
F
verrois le plus foible, étant
toujours plutôt prêt à me faire tuer
qu'à.céder. Enfin malgré tout cela
je ne me tirai de ce méchant
mais mon camarade
pas 2
meura
Tributory demalheurensement. >
a Les places ordinaires où
croiser, étoient la côte de
j'allois
de Carthagène, Boca del Caraco, P
dessein d'attendre
Tauro, à
les. navires
Roc.
qui
F --- Page 106 ---
198) )
passoient pour aller à
>
-
Nicarague.
a Unjour ayantmanquémon
et long-tems battu la mer coup, sans
avoir rien pris; je résolus d'entre- 9
prendre une chose assez périlleuse
avec mon équipage , qui éloit en
tout de quatre-vingt-ilix hommes
c'étoit d'aller dans le Lagon de :
Nicarague 9 et de piller la ville
de Grenada qui est sur le bord
-de ce Lagon. J'avois un Indicn de
ee 4 pays qui promettoit de m'y memer saris être découvert; mon équi-
'page fut toujours prét à le suivre, 2
et d'estcuter ce qu'il pourroit entreprendre. s
>) Les choses en cet élat, j'entrai
dans la rivière avec mon, navire
où je montai jusqu'à l'entrée du 9
Lagon, qui pent être à trente lieues
du bord de la mer: là -
cachai
I
je
mon navire à l'abri de grands arbres
quisont sur le bord de T'eau, et --- Page 107 ---
(99 - )
je mis quatre-vingts de mes gens,
et j'étois du nombre 1 dans trois
canots; je laissai dix hommes pour
garder le vaissean. Je pars avec
arriver à la ville;
ces canots pour
et sur le milieo de la nuit, j'espérois de leur donner lassaut; ce
qui me réussit; car en approchant,
une sentinelle demanda qui c'étoit?
c'étoient des amis,
je répondis que
Deux
et qu'ils venoient à la pêche.
des miens sauterent à terre s et
tuerent la sentinelle; êt, comme
notre Éuide savoit le pays, il nous
conduisit par un petit chemin couvert, droit à la ville, pendant
qu'on autre Indien mena tes canots à un lien oit nous devions
nous rassembler, et y porter le
butin. >
n Arrivés dans la ville, nous uousséparâmes; ; l'Indien' alla frapper à la
porte de quelques bourgeois, auxF 2 --- Page 108 ---
(100 )
quels on fit ouvrir; et, les saisissant
d'abord à la.
donner
gorge, nous leur fimes
tout ce qu'ils avoient
conserver leur vie : ensuite pour
eveiller les sacristains des
on fut
églises,
principales
auxquels on prit les
et on pilla l'argenterie la
clefs,
tive, comme vous
plus portaCe
pensez bien. >
pillage sourd avoit
duré
deux heures,
déjà
9 lorsque quelques domnestiques, échappés de nos mains,
eommencèrent à sonner les
à dire que l'ennemi étoit dans cloches, la
et à crier: aux armes. Les
ville,
riers, voyant cela,
Aventument le butin dans portérent viteet se retirèrent
leurs canots,
sans piller d'avanta.
ge,carles Espagnols nous suivirentde
prèssans toutefois nous avoir pu faire
'aucun mal; ; au
menàmes
contraire, 2 nous emleur navire, quelques prisonniers dans
liberté
lesquels n'obtinrent leur
qu'en faisant apporter cinq
cloches, la
et à crier: aux armes. Les
ville,
riers, voyant cela,
Aventument le butin dans portérent viteet se retirèrent
leurs canots,
sans piller d'avanta.
ge,carles Espagnols nous suivirentde
prèssans toutefois nous avoir pu faire
'aucun mal; ; au
menàmes
contraire, 2 nous emleur navire, quelques prisonniers dans
liberté
lesquels n'obtinrent leur
qu'en faisant apporter cinq --- Page 109 ---
d 101 )
cent vaches
pour nous ravitailler
pendant notre retour. Les Espagnols
voulurent attaquer le navire ; mais
nos Flibustiers les
se retirer. >
contraignirent de
a Nous partageâmes leur
se trouva monter
butin, qui
9 tant en argent
monnoyé que rompu, 1 et quelques
pierreries, à 40 mille écus,
ques meubles
outrequeldansnose
que nous avions jetés
canots:carnous
tout
ce qui se trouvoit sous nos prenions mains. Ce
voyage ne dnra que huit
et le
butin ne dura,guères jours,
la
Jamaique en eut
davantage;
les profits 9 car nous
y déposames tout. >
C'étoit à la vérité une action bien
hardie, 3 que d'aller si peu de monde
quarante lieues dans les terres attaquer une ville, où, il y avoit des
milliers d'hommes armés et
C
de se défendre. Mais de
capables
on pas capable
quoi n'estquand on est jeune.
F 5 --- Page 110 ---
( 102 )
qu'on aime T'argent, le plaisir, le
libertinage, et qu'on a'certain fonds
de courage et l'honneur d'être Flibustier? >
Telle est la manière dont le seigneur Roc-de-la-Rache gouvernoit
dans son ile; attentif aux besoins de
la colonie , plein de zele pour le
bien public, l'egal plutôt quele
rieur des braves Flibustiers
supé.
ses compagnons d'armes, aimé de tout le
monde : hai et eraint du seul Espagnol, qu'il ne craignoit pas, et qu'il
haissoit cordialement ; heureux
lui et pour la colonie, si trop
de la
dett
solitude et de la
il
s'étoit défié des crocodiles chasse,
des Espagnols! c'est une observation plus que
que son ami Bras-de-Fer lui avoit
faite, sur le danger d'allerseal dans
un lieu oùt quelquefois l'on trouvoit
des crocodiles. Bah, bah, luit répondit-il; ces aniaux tout féroces qu'ils --- Page 111 ---
( 1o3 )
sont, le sont-ils. plus que les
gnols! Bras-de-Fer sourit, Espaet Roc
parlit accompagné seulement d'un
esclave nouvcau venu de
encore
Guince, et
le bois demi-sanvage. H avança dans
9 pour chercher de quoi
et, en passant un
tirer;
codile,
ruisseau, 2 un croqui avoitplus de cingpieds de
long, le prit tout d'un
jambe, l'abattit
conp par une
par terre et se
sur lui.
jeta
Roode-lsRache, qui cloit
vigourenx se défendit et appela son
esclave, qui, à la vue de ce terrible
animal, se mit à fuir d'autant plus
que son maitre l'appeloit, sans se
retourner à sa voix 9 ni scnger à le
secourir. Malheureusement Roc en
recevant du crocodile ce vilain crocen-jambe, tamba, et son fusit tombant aveclui s'écarta trop de la ligne
parallèle. Pendant qu'il cherchoit à
le rapprocher, le crocodile avoit
déjà
presque emporté une jambe atr paus
vue de ce terrible
animal, se mit à fuir d'autant plus
que son maitre l'appeloit, sans se
retourner à sa voix 9 ni scnger à le
secourir. Malheureusement Roc en
recevant du crocodile ce vilain crocen-jambe, tamba, et son fusit tombant aveclui s'écarta trop de la ligne
parallèle. Pendant qu'il cherchoit à
le rapprocher, le crocodile avoit
déjà
presque emporté une jambe atr paus --- Page 112 ---
(104 )
vre Roc qui perdoit beauconp de
sang, et qui ne laissa pas;
tout
malgré
cela 9 de donner tant a de coups de
couteauà cette furieuse bète,
la
mit hors d'état de lui faire plus qu'il dé
mal; et, se relevant le mieux qu'il
lui fut possible, 2 il acheva de la luer.
Mais, comme il ne pouvoit plus mar
cher, il appela son esclave,
caché dans un buisson, n'osoit qui,
procher.
apCe pauvre garçon avoua depuis
que, dans sa frayeur, il n'avoit
pris garde où il s'étoit
pas
bien
jeté ,, . et
qu'il fut alors presque nu oie
ce buisson, et percé de mille pointes d'épines, ils les souffroit plutôt
que de se résoudre à sortir, parce
qu'il craignoit encore plus les morsures du crocodile. qu'il n'aimoit Son'
cher maitre. Ainsi son cher maitre
avoit beau lui crier que le crocodile étoit mort, il ne se hàtoit --- Page 113 ---
. (105 )
pas plus. C'est pourquoi notre cher
gouverneur fut obligé de se trainer
en tortue,, jasqu'au lien où ctoit
l'esclave qui le chargea sur ses
les, et le porta deux grandes fa
dans le pays le plus incommode du
monde, par de si mauvais chemins
qu'ils étoient tous deux extrêmement fatigués; le maitre, de la douleur de ses blessures, et l'esclave, de
la pesanteur de son fardeau.
Le soleil commençoit à baisser,
de sorte qu'il se voyoient réduits 7
à demeurer tous deux dans le bois,
à la merci de ces bêtes carnassières,
et d'y passer la, nuit. Mais Roc, qui
avoit de la vigueur et de la présence d'esprit, se fit porter sur une
petite montagne, d'ou il découvrit
le bord de la mer, qu'il montra à
son esclave, et. le chemin qu'il devoit
tenir pour y aller, afin d'avertir ses.
Flibustiers de le venir prendre. Avant --- Page 114 ---
( ro6 )
qu'il le quittât, il lui fit bander
plaies avec sa chemise qu'il déchiro, ses
et mettre son fusil et ses couteaux
auprès de lui pour se
cas qu'il fat encore
défendre, ent
atlaqué par quelque crocodile. L'esclave vint avertir
de l'état oi. était son maitre;
tôt on alla le cbercher
; aussidans son
i on l'apporta
l'avoir
gouverneuent, oi, 9 après
visité, on trouva que d'une
jambe il ne lui étoit resté
les
muscles et les nerfs qui
que
tout déchirés : il avoit pendoient
sieurs blessures à la
encore plupartics génitales
cuisse, et Jes
entièrement
tées. Quelle malencontre empor
homme qui tant de fois en pour avoit un
si digue usage!
fait
On le pansa, et la fièvre le prit.
Denx jours apres, la
mit à sa
gangrène. se
jambe, en sorte qne l'on
fut oblige de la lui
es plaies allèrent fort couper; ; dépuis
bien; ses amis
endoient
sieurs blessures à la
encore plupartics génitales
cuisse, et Jes
entièrement
tées. Quelle malencontre empor
homme qui tant de fois en pour avoit un
si digue usage!
fait
On le pansa, et la fièvre le prit.
Denx jours apres, la
mit à sa
gangrène. se
jambe, en sorte qne l'on
fut oblige de la lui
es plaies allèrent fort couper; ; dépuis
bien; ses amis --- Page 115 ---
t-IsG
( 107 )
parloient déjà de lui faire une jambe
de bois, lorsqu'en une nuit il lui
vint un érésypele à la jambe saine 7
depuis la hanche jusqu'au talon. On
le saigna, on le purgea doucement,
et l'on tâcha d'appaiser l'inflaunmation avec des remedes convenables,
mais cela n'empécha pas sa jambe
de tomber en pourriture 3 et quoi
que l'on pàt faire, 9 il mourut; tant
il est vrai que lous ces grands hommes ont toujours quelque chose de
si inflammable 9 qu'ils sont plus
sujets à la gangrène que le vulgaire
des hommes!
Telle fut la fin du seigneur Rocde-la-Roche. Mais son histoire n'est
rien en comparaison des faits éton-, 1
nans, incroyables que renferme l'histoire de l'illustre capitaine Alexandre
Bras-de.Fer.
FIN.
a 82
AssSr --- Page 116 ---