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1924,
A21d
I
%
av
1 AO
Habit Carter rmui
Lihany
Etumi Ihtvrersty --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 ---
REFLE . XION S
SURLACOLOLONIE
DE SAINT - DOMINGUE.
T 0 M E PRE MIE R. --- Page 6 ---
On trouve chez le même Libraire, l'ouvrage suivant
du même Auteur.
Histoire des désastres de Saint-Domingue J précédée d'un
tableau du régime et des progrès de cette Colonie
depuis sa fondation jusqu'à l'époque de la révolution
française, I vol. in-8°,avec carce. --- Page 7 ---
R EFLEXIONS
SURLACOLONIE
DE
SAINT-DONINGUE,
OU
ExAMEN approfondi des causes de sa ruine, s et des
mésures adoptées pour la rétablir 5 terminées par
l'exposé rapide d'un plan d'organisation propre à lui
rendre so11 ancienne splendeur;
Adressées au Commerce et aux Amis de la prospérité
nationale.
Est modus, in rebus, sunt certi denique fincs,
Quos ultrà citraque nequit consistere rectum.
TO MI E PRE M I 00 E R.
CAO
A PARIS,
Chez GARNERY, Libraire, rue Serpente, no. 17.
L'an 4 de la République (1796.) --- Page 8 --- --- Page 9 ---
AVERTISSEMENT.
DANs ces tems de crise, où tout semble
sorti de sa sphère, oùr les imaginations maladeset exaspérées, n'aiment que ce qui les
remue fortement ou qui caresse leurs chimères, c'est un faible moyen pour fixer
l'attention, > que de chercher uniquement
à se rendre utile. On réussirait mieux en
flattant les passions et les haînes. Etranger,
j'ose le dire, à de pareils sentimens, voici
Ia seconde fois que je prends la
plume s
avec le paisible et honorable objet de l'utilité publique. J'ai déjà rempli une tâche intéressante envers la vérité et ma patrie : j'ai
dévoilé avec franchise et impartialité des
erreurs s des crimes et les causes importantes à connaître d'une foule d'évènemens
sur lesquels T'éloignement et les efforts de
l'intrigue ont répandajesgeaujoundhui d'épaisses ténèbres. J'ai dit ce que je savais ;
j'ai raconté des faits qui se sont passés sous
mes yeux 2 et sur lesquels je ne suis que
trop en état de rendre témoignage. Je n'ai
aij
ilé avec franchise et impartialité des
erreurs s des crimes et les causes importantes à connaître d'une foule d'évènemens
sur lesquels T'éloignement et les efforts de
l'intrigue ont répandajesgeaujoundhui d'épaisses ténèbres. J'ai dit ce que je savais ;
j'ai raconté des faits qui se sont passés sous
mes yeux 2 et sur lesquels je ne suis que
trop en état de rendre témoignage. Je n'ai
aij --- Page 10 ---
(6) )
vue
de remplir un devoir, et je
eu en
que
crois maintenant al'abri du blâme, que
me
désormais tout entier sur ceux
je rejette
n'auront
quelque soit leur motif,
pas
qui, voulu
celui qui me dirige,
su ou
apprécier
tâché de
ni profiter de la lumière que jai
répandre sur cette question si simple et
pourrant si obscure.
des faits :
Je n'ai tracé, jusqu'ici s que.
écrit T'histoire rapide des préjugés de
j'ai Saint-Domingue, de son éclat passager et
avoir ému les coeurs
de ses malheurs. Après
sensibles par ce récit douloureux 2 j'avais
conuractelengigement d'indiquer quelques
à tarir la source des larmes
moyens propres
refuser à sesinqu'on n'a pu, sans doute,
dans l'éfortunes. Ces moyens consistent
nonciation de quelques vérités, pour lesj'avais cru devoir attendre des tems
quelles
faplus tranquilles et des circonstances plus
vorables à leur développement- Mon coeur
des plus douces espérances :
se remplissait
l'instar des maux dont
je me Aattais qu'à
la mesure s'est comblée avec une rapidité
effrayante, un premier pas vers le bien en --- Page 11 ---
(7)
entrainerait une foule d'autres, et quelavenir, sans faire oublier le passé 3 en adoucirait du moins le souvenir horrible. Je
pensais que tous les yeux allaient s'ouvrir
à la lumière, 2 et qu'on ne s'occuperait qu'à
diminuer autant qu'il est possible s la masse
des calamités qui ont pesé sur la France.
Vaine attente ! Inutilement j'ai cherché à
éclairer l'opinion sur un des plus terribles
qu'elle ait éprouvé : vainement je lui ai
Présenté le fil qui doit la guider dans ce
labyrinthe de crimes; ma faible voix a été
étouffée par l'intrigue et par l'esprit de parti.
J'ai énoncé des faits faciles à apprécier ;
quiconque eût été animé des sentimens
dont mon ame est remplie 3 eût facilement
senti le prix qu'il devait y attacher : malheureusement j'ai parlé à des sourds 3 et
qai pis est, à des hommes qui ne veulent
pas entendre; et ma voix s'est perdue dans
le désert
Qu'a-t-on fait depuis cetteépoque? Des
rapports sur les colonies se sont succédé,
qui ont achevé de tout dénarurer et de
tout confondre. Celui-ci L a fait répandre à
a ZV
dont mon ame est remplie 3 eût facilement
senti le prix qu'il devait y attacher : malheureusement j'ai parlé à des sourds 3 et
qai pis est, à des hommes qui ne veulent
pas entendre; et ma voix s'est perdue dans
le désert
Qu'a-t-on fait depuis cetteépoque? Des
rapports sur les colonies se sont succédé,
qui ont achevé de tout dénarurer et de
tout confondre. Celui-ci L a fait répandre à
a ZV --- Page 12 ---
( 8 )
mains, les louanges et les récompleines
des
et des assassins.
penses sur
brigands
Celui-là a fait déclarerinnocens et exempts
de tout reproche d 2 ces hommes afreux 2
dont la mission a été marquée d s en moins
d'un an, par des torrens de s'ng versé, par
la
d'une armée et de ressources imperte
leur furunt confiées pour saumenses qui
l'incendie Et la
ver Saint-Domingue > par
destruction de villes opulentes 3 et par
Yentierbolevers.ment de la plus Aorissante
cclonie du monde. Un troisième a paru sur
cette matière importante 2 et a précédé un
nationale, qui a dédécret de la convention
claré Saint-Domingue partie intégrante de
la république française 2 et comme telle,
Enin,
soumise aux lois constirutionnelles.
dernier est
prtendu, qai
un
impatiemment
carilrenfermera,
doit têtre un chef-d'euvre;
dit-on, l'analyse de tous ces évènemens >
il doit
d'une manière triomet
répondre
phante à ceux qui osent ternir l'innocence
d'hommes que tout, il estvrai, semble accucoupabies. On ne
ser d'être souverainement
sait si la lenteur de ce rapport à paraitre --- Page 13 ---
(9)
annonce l'embarras deses auteurs pour établir solidement leurs preuves, ou bien la
sage maturité qu'ils veulent y employer. Il
serait possible aussi qu'ils aient été arrêtés
parles nouvelles qu'on a reçues récemment,
et qui, vinisemblablement, s'accordent mal
avec les faits qu'ils se proposaient d'avancer.
Mais sont-ils eux-mêmes bien exempts de
tout reproche; et sur-tout bien impartiaux?
car au tems oùr nous sommes, on n'entend
parler, Dieu merci, que d'hommes attaqués
par leurs ennemis s où défendus par leurs
propres complices.
Tant d'ignorance et de précipitation, de
la part de ceux qui devaient décider sur
une question à laquelle la prospérité nationale est attachée ; tant d'opiniacreté et
d'acharnement à des idées qui n'ont produit que des malheurs, 2 ne me permettaient
pas d'en prévoir de moins grands 3 et semblaient m'annoncerlannéantissement de tout
espoir. Mais un changement de circonstances est venu ranimer mon courage : et
l'organ'sation d'un nouveau geuvernement
m'a paiu être l'époque d'un meilleurord:e
question à laquelle la prospérité nationale est attachée ; tant d'opiniacreté et
d'acharnement à des idées qui n'ont produit que des malheurs, 2 ne me permettaient
pas d'en prévoir de moins grands 3 et semblaient m'annoncerlannéantissement de tout
espoir. Mais un changement de circonstances est venu ranimer mon courage : et
l'organ'sation d'un nouveau geuvernement
m'a paiu être l'époque d'un meilleurord:e --- Page 14 ---
( IO )
désastreux
de choses. J'ai pensé qu'au règne
despassionsal allait succéderle sentiment profond du bien général 1, et le desir de l'opérer : jai cru qu'à l'oscillation des partis et
allait être substituée
des opinions opposées,
égale, constante et uniforme,
une marche
remédierait aux maux connus > et qui
qui
insensiblement la connaissance
amènerait
de ceux qui ne le sont pas.
Nous étions en révolution, et c'est assez
dire. Nous ne sommes pas encore entièreà l'abri des
terribles de cette
ment
vagues
mais enfin notre constance
mer orageuse ;
d'enprochaine
est soutenue par l'espérance
circonssoient les
trer au port. Quelles que
et les tempêtes qu'il
tances qui précèdent,
a fallu braver, Tétablissement d'un gouvernement stableet fondé sur des bases solides,
estle terme où elles doivent finir. Il annonce
le retour du bien et de la tranquillité publique; car ilne saurait subsister au milieu
des chocs et des orages : et si ceux qui se
sont élevés à leur faveur ne sont pas desinsensés ils sentiront combien il leur ims
silence
porte de les faire cesser, d'imposer --- Page 15 ---
( II)
à la voix impure de l'esprit de parti, et de
ne laisser entendre que celle des lois. L'injustice et la corruption préparent de loin
les révolutions ; ce sontles passions et quelque chose de plus, qui les font ; mais il
n'appartient qu'à la justice et à la vertu
de les consolidér, de les rendre légitimes
et de faire oublier les maux qu'eiles ont
coûté. J'aidonc pensé que ceux quiseraient
chargés de diriger un peurle magnanime,
et de veillerà soi bonheur, dépouilleraient
le vieil homme, pour s'élever à la hauteur
de leurs augustes fonctions s et qu'ils feraien: abnégation de leurs affecrions parciculières, pour devenir les hommes de l'étar.
Les factions qui règnent précairement,'ct
qui s'entredétruisent, honorent ordinairement du nom de bien public 3 les motifs
particuliers dent l'impulsion les guide, et
elles ne peuvent avoir que l'intérêt du moment. Mais un gouvernement légitime et
permanent 3 sent bientôt qu'il doit s'identifier avec tous les élémens de la prospérité
publique; il doit en être l'ame et le mo-
parciculières, pour devenir les hommes de l'étar.
Les factions qui règnent précairement,'ct
qui s'entredétruisent, honorent ordinairement du nom de bien public 3 les motifs
particuliers dent l'impulsion les guide, et
elles ne peuvent avoir que l'intérêt du moment. Mais un gouvernement légitime et
permanent 3 sent bientôt qu'il doit s'identifier avec tous les élémens de la prospérité
publique; il doit en être l'ame et le mo- --- Page 16 ---
( 12 )
bien
devient le sien, et *
teur : le
général
ilne peurerisrer que parles mêmes moyens
Cromwel, devenu proqui l: soutiennent.
aussitôt
tecteur de T'Anglererre 3 imposa
lui avait servi d'ésilence aux passions qui
ch-ile pour monter au faite des grandeurs;
instrumens dès qu'ils
il brisa SES dangereux
lui furent devenus inuciles ; il s'environna
des hommes sages et vertueus qu':1 avait
persécurés; ; il couvrit enfin sa patrie d'une
gloire éclatante; et la postérité, partagée
ne sait si
entre la haine et Tétonnement,
elle doit détester Tusurpateur, ou admirer
le grand-homme. Cest que Cromwel, qui
sut si bien mettre en jeu les moyens d'élever sa puissance 3 connaissait également
ceux de la scutenir, et sut, lors u'il poude Pétendue de ses
valt rout, se pénétrer
devoirs. Artendrait-on moins d'un gouversur des fondemensbien plus
nement appuyé
et
a déjà justifié en partie
légitimes, >
qui
a
choix,
lénergie qa'il
cet honorable
par
déployés, et par les succès éclatans qu'ila
obtenus,u moment ou la malvelllawce se --- Page 17 ---
(13) )
flattait de le voir succomber sous le fardeau , et par la multiplicité des obstacles
qu'1 lui faut surmonter.
Encouragépar ces réflexions, j'ai cru que
pour remplir ma promesse, , il était tems
de concourir, par mes effoits, au triomphe
de la vérité, sur une question négligée ou
trop légèrement traitée, et dont on sentira
à la fin toute Timportance. J'ai consacré
quelques instans à la composition de cet
ouvrage, que l'on peut regarder, au défaut
d'autre mérite, comme le fruit de l'observation et de l'expérience. Peu habile dans
l'art d'embellir, par les feurs d'une imagination féconde 2 et par un arrangement
artistement composé,j'ai suivi simplement
mon objet - 3 j'ai écrit sans plan ni suite ;
erj'ai rendu mes idées teiles qu'ellessesont
présentées. Ce n'est qu'après coup, que la
distribution en a été faite en discours et en
chapitres 9 pour plus de clarté et d'ordre 2
et pour la commodité du lecteur. Il n'est
pas douteux que tout cela ne donne lieu à
beaucoup d'imperfections : mon excuse est
dans mon peu d'habitude d'écrire d'une ma-
objet - 3 j'ai écrit sans plan ni suite ;
erj'ai rendu mes idées teiles qu'ellessesont
présentées. Ce n'est qu'après coup, que la
distribution en a été faite en discours et en
chapitres 9 pour plus de clarté et d'ordre 2
et pour la commodité du lecteur. Il n'est
pas douteux que tout cela ne donne lieu à
beaucoup d'imperfections : mon excuse est
dans mon peu d'habitude d'écrire d'une ma- --- Page 18 ---
(14) )
nière suivie, et dans P'empressement d'un
voyant briller une lueur d'eshomme qui,
sachant
a écric avec rapidité s
pérance combien 2 le mal est pressant, et se flatrant
contribuer à mieux le faire conde pouvoir
ainsi
viens de
naitre.lla été divisé,
queje
discours subdivisés en chale dire, en cinq
ne soient
pitres, dontje crains que plusieurs
fatigante. Le premier est
d'une longueur
ptremenehistorique, et pourrait ne paraitre
réminiscence de ce que j'ai écrit
qu'une
ailleu:s. Il semble extraordinaire >
- s en effer,
qu'ayant à parler de Saint-Domingue, je
en
sorte 3 jusqu'au déremonte 9
quelque
m'étende sur les colonies
luge, et que je
cru imdeTantiquiré. Mon objet,que j'ai
n'a été que de présenter un point
portant,
éloigné, à défaurd'un autre
de comparaison
faire connaitre les
plus rapproché 9 pour modernes , et dédroits de nos colonies
terminer jusqu'à quel point les métropoles
des changemens. Il faut
pouvaienr y opérer de la justice ne sont
croire que les règles
ne
quelquefois violées, que parce qu'elles
déterminéès d'une manière assez
sont pas --- Page 19 ---
(15) )
claire et assez précise; et que souvent on
ne s'est laissé entraîner aux plus étranges
bouleversemens 3 que faute de bien connaitre le point duquel il fallait partir, et
celui oùr il fallait s'arrêter. Au surplus, dans
la comparaison que j'ai établie entre les
coloniesanciennes et les modernes , afin de
donner rune idée des bases d'après lesquelles
il fallait traiter avec ces dernières
2 leurs
métropoles n'auront pas à se plaindre des
droits que, d'après le but de leur institution, je leur ai reconnus envers elles. , ni
des devoirs que j'ai imposés aux colonies
envers les métropoles. Je n'ai pas prétendu,
bien s'en faut, en faire des puissances indépendantes comme l'étaientleurs modèles;
jai même repoussé, comme aussi attentatoire aux droits de la métropole que funeste à ses intérêts 3 la liberté du commerce, dont pourtant les meilleurs écrivains se sont efforcés d'établir la justice,
Maisje voulais du moins, prouver combien
étaient sacrés et inviolables ces droits de
propriété et de sûreté personnelle sur lesquels reposent les sociétés ; et je serai d'au.
en faire des puissances indépendantes comme l'étaientleurs modèles;
jai même repoussé, comme aussi attentatoire aux droits de la métropole que funeste à ses intérêts 3 la liberté du commerce, dont pourtant les meilleurs écrivains se sont efforcés d'établir la justice,
Maisje voulais du moins, prouver combien
étaient sacrés et inviolables ces droits de
propriété et de sûreté personnelle sur lesquels reposent les sociétés ; et je serai d'au. --- Page 20 ---
(16 )
tant plus croyable lorsque j'avancerai, que
dansles derniers évènemens, et dans toutes
Jes décisions qui les ont précédés ou suivis,
cès droits ont été indignement foulés aux
pieds. Au reste, quelque court que soit ce
sans le lire, aux
discours, on pourra passer,
suivans, oùt je me suis, autant qu'il m'a été
possible, renfermé dans la question4 J'ai
employé toutes mes facultés dans cette
matière souvent abstraite et aride 3 et
dans la discussion s
de laquelle j'ai été privé
de ce véhicule si propre à exciter Pémulation, l'espérance du succès. J'ai été, en
effer,souvent découragé parla seule pensée
je lurcais vainement contre des idées
que dominantes, et par la crainte de faire douter
demon profond respect pourun acte solemnal,queia malveillance m'accusera d'attaquoique toutseborne icià faire sentir
quer, la fausse applicarion qai en a été faite.
Le second discours traite des sourdes'
menées d'ane nion, qui toujours ardente
à saisir les moyens de nous nuire, n'a pas
manqué de s'emparer, à une époque mémorable,d plus terrible et du plus sûr,
qui --- Page 21 ---
(17)
qui consistait à faire tourner contre nous
l'amour de la nouveauté et notre propre enthousiasme. Je I isse au discernement de
celui qui lira ces faits, à juger de la vérité
des conjectures que j'ai hasardées sur leurs
causes et leur enchaînement. Qui doute
que l'Angleterre n'ait intlué sur tous nos
malbeurs? Qui pourrait nier que la pluparc
ne soient son ouvrage, 2 sur-tout ceux que
nous avons éprouvés en Amérique ? Les
complots ont été 2 sans contredit, tramés
chuz elle; mais c'est incontestablement au
milieu de nous, qu'elle a choisi les instrumens capables de les exécuter et de
remplir sa cruelle attente, soit qu'ils fussent
initids dans ces ténébreux mystères, 3 soit
que fanatisés par des idées nouvelles, 3 la
plupart n'aient pas enirevu le précipice
dans lequel des scélérats adroits cherchaient à les entraîner eux et leur malheureuse patrie. Les infortunés ne senteng
que leurs souffrances 3 et voient autant
d'innocens que d'hommes qui ont été persécutés comme eux. Aussi a-t-o r.jetté sur
une faction toutes les horreurs dont le spec6
ères, 3 soit
que fanatisés par des idées nouvelles, 3 la
plupart n'aient pas enirevu le précipice
dans lequel des scélérats adroits cherchaient à les entraîner eux et leur malheureuse patrie. Les infortunés ne senteng
que leurs souffrances 3 et voient autant
d'innocens que d'hommes qui ont été persécutés comme eux. Aussi a-t-o r.jetté sur
une faction toutes les horreurs dont le spec6 --- Page 22 ---
( 18 )
tacleépouvantable a effrayé toute l'Europe;
faction accablée n'a plus été que le
êt la
des talens et de la vertu de 3 luctant
parti
victimes immolées
contre le crime ; et les
dans ce condit terrible , sont aujourd'hui
desg grands nommes aux yeux de leurs amis,
de leurs partisans, de ceux enfin qui parleurs affections. Il En est sans
tageaient méritent rous nos regrets : mais
doure, qui
hommes!les
Brissot et Péthion des grands
instigateurs de tous les forfaits qui ont ensanglanté Saint-Domingue - 2 et qui, après
tout, sont ceux qui ont le plus contribué
à ouvrir l'abime qui a fini par les englouauraient fait s'ils avaient
tir! Sait-oncequ'ils
faiété triomphans ? et les hommes qui
saient verser sous la zône-torride des Aots
de sang innocent, le sang d'infortunés dont
ils n'avaient pas reçu d'offense > en auraient-ils moins versé, s'ils eussent pu disde leurs ennemis ? Non , non ! les
poser factions, quelque soit l'esprit ou le précexte
les divise, quelque soit le masque dont
qui
couvrent sont toutes les mêmes
elles se
celui de la dominaet n'ont qu'un but, --- Page 23 ---
(19)
tion et de la vengeance. Je n'en connais
qu'une de juste , si toutefois on peut lui
appliquer ce nom défavorable, c'est celle
du bien. Qui pourra,jel le demande, se vanter d'en être? qui pourra du moins le prouver par les faits?
Pour abréger, je dirai que les discours
suivans traitent des obstacles moraux et
physiques qui s'opposent invinciblement
au succès des mesures, et à l'organisation,
que, dans des tems d'erreur et de prévention, on a déterminées pour Saint- Domingue ; le quatrième, de quelques vues
générales sur les spéculations coloniales et
leur commerce 1 de leur influence sur la
prospérité des métropoles, et du danger d'y
opérer isolément des changemens qui doivent occasionner, pour la France, une foule
de désavantages. Le cinquième enfin, traite
des principes de morale et de politique auxquels il fallait s'attacher pour opérer ces
changemens sans secousse; ilrenferme le
plan d'une nouvelle organisation coloniale,
fondéesur tous les motifs d'humanité, d'intérêt public et de prospérité nationale. En
bij
influence sur la
prospérité des métropoles, et du danger d'y
opérer isolément des changemens qui doivent occasionner, pour la France, une foule
de désavantages. Le cinquième enfin, traite
des principes de morale et de politique auxquels il fallait s'attacher pour opérer ces
changemens sans secousse; ilrenferme le
plan d'une nouvelle organisation coloniale,
fondéesur tous les motifs d'humanité, d'intérêt public et de prospérité nationale. En
bij --- Page 24 ---
(20 )
démontrer les
m'efforce de
un mot s je
relever à-la-f fois notre
seuls moyens de
notre marine
commerce, nos manufactures, je prie elelecet nos colonies. C'est-là que
de
avec indulgence, 3 et
teur de m'écouter
afin de
toute son attention 2
me prêter
à ce que mes raisonsuppléer par elle 2
d'obscur et detrop
avoir
nemens pourraient
, je l'avoue,
succinct, dans une matièrequi, familière,
en général, assez
ne m'était pas,
méditée.
quoique je l'eusse souvent combattule crime
Sij'ai courageusement examiné, avec une séet Terreur ; si j'ai
des plans qui paraissent
vérité rigoureuse,
plus sages,
avoir eu pour bases desprincipesy mais qui doiet des motifs plus humains, cela seul qu'ils
vent être réprouvés, par
fait les
une suite de ce qu'ont
presont
pas de m'être
ne m'accuse
miers 2 qu'on
coupables, ou aux
abandonné à des préjugés
On me jusuggessions de l'esprit de parti,
unaveugle
gerait mal, si on me prenait) pour
l'humapartisan des maux qui pèsent sur tenant
nité, pour un de ces hommes qui ne
eux-mèmes et à leur propre avantage,
qu'à --- Page 25 ---
(: 21 )
sont toujours prêts à rejetter sans examen
tout ce qui tend à leur porter préjudice.
Long tems avant que d'aurres, peur ètre,
y songeassent, et qu'un si grand nombre
de champions inconnus se déciarserane
les défenseurs de l'humanité, et se iussent élancés dans la lice, afin de combattre pour elle, mon opinion était que,
quelqu'inévitables que fussent, dans cet
univers, le bien et le mal, la masse en était
trop inégalement partagée. Les uns étaient,
selon moi, environnés de trop de jouissances, les autres de trop de privations ;
et personne ne fit des voeux plus sincères
et plus ardens, pour qu'il s'opéràt un changement capable d'établir une balance, sinon
tout à fait juste 3 mais qui du moins ne
penchât pas entièrement d'un côté.Je le vis
arriver 3 ce moment après lequel je soupirais sans défiance > et qui remplit mon
coeur d'espérance et de joie. Que jétais
loin, hélas!de penser que c'était une de
ces brillantes aurores, qui précèdent SOUvent des jours ou doivent éclater d'horribles tempêres : Quelque connaissance que
bij
'établir une balance, sinon
tout à fait juste 3 mais qui du moins ne
penchât pas entièrement d'un côté.Je le vis
arriver 3 ce moment après lequel je soupirais sans défiance > et qui remplit mon
coeur d'espérance et de joie. Que jétais
loin, hélas!de penser que c'était une de
ces brillantes aurores, qui précèdent SOUvent des jours ou doivent éclater d'horribles tempêres : Quelque connaissance que
bij --- Page 26 ---
(22 )
crusse avoir acquise du coeur humain, 2
je
loin de connaître toute sa
que j'étais
bien
tant de malperversité! ! Eh
! après
et dont j'ai éprouvé les
heurs inattendus,
une haîne
plus rudes atteintes 3 je porte
scémortelle à leurs artisans; mais si des
accumulé tous les maux sur la
lérats ont
à
triste humanité,je ne m'en prends point
la fit sourire. Sij'ai des
une évènenent qui
reproches réels à lai faire, j'avoue ingénuressemble à ces amans qui
ment : que je
trompés.
chérissent cencorela) perfide quilesa
L'accusation de m'ètre laissé dominer
linrérêt particulier et par des suggespar
n'est pas mieux fondée.
tions étrangères,
de la franOn tirera peur-être avantage
ch's: avec laquelle je me suis donné pour
suis. le SuIs Colon; donc je dois
Ce que je
de l'orgueil
être imbu de tous les préjugés
de toutes les
et de Pintérèr,et coupable
faut-s qu'on rejerté impitoyablement sur
class: malh.ureuse de français. Ce
cette n'esrpasicilel liea de prendre leur défense;
sorira naturellement de mon sujet,
qui
attribuer
Omarir Pinflnence gr'on pourait --- Page 27 ---
(23 )
à ma qualité de Colon, sur mes opinions S,
je déclare que je vivais seul et isclé lorsque j'entrepris d'éctire. Je connaissais parfaitement les cases,Tunchainement et les
résultats définitifs des malhe urs de SaintDomingue ; mais j'ignorais absoiument les
discussions qui ont eu lieu, en France, à
ce sujet. J'ai appris obscurément . 2 qu'il Y
avait eu des commissions nommées pour
entendre contradictoirement les hommes
accusés d'ètre les artisans de tant de calamités et leurs accusateurs. Soit que ces derniers aient été écoutés avec défaveur, soit
que ces débats prolongés, aient dégénéré
en disputes personnells, je n'ai pas appris
qu'il en soit rien résulté de propre à éclairer l'opinion 3 ni que le mal ait été adouci,
Je déclare donc que je suis entièrement
étranger à ces discussions S, qui, à ce gu'il
parait, n'ont eu pour objet que des personnalités, et dans lesquellesle rôle d'accusateur et d'accusé pris alernativement par
les deux partis, semblerait annoncer qu'ils
ne sont ni lun ni l'autre exemprs de reproche. Je ne connais pas même indivib iy
en soit rien résulté de propre à éclairer l'opinion 3 ni que le mal ait été adouci,
Je déclare donc que je suis entièrement
étranger à ces discussions S, qui, à ce gu'il
parait, n'ont eu pour objet que des personnalités, et dans lesquellesle rôle d'accusateur et d'accusé pris alernativement par
les deux partis, semblerait annoncer qu'ils
ne sont ni lun ni l'autre exemprs de reproche. Je ne connais pas même indivib iy --- Page 28 ---
(24)
revêtues du titre
duellement les personnes
de Saintde la colonie
de commissaires
Domingue en France. je ne doute pas qu'ils
de
Colons : mais
ne le tiennent
quelques
sai bien que le plus grand nombre 3
je
le ma:heur et la mid spersé et accablé par
doute
sère, ne s'apperçoit d > ni ne se
que
ait pris sa défense; il ne sait que
quelqu'un
et maudire en silence
souffrir s espérer $
soient.
les auteurs de StS maux,quels qu'ils
Pour moi, relégué au fond d'un départej'ai miracument, avec ma famille, que
Jeusement arrachée à tant de dangers, et
innocent
sur tout ce qu'on a
aussi
qu'ux
labarbariece leur imputer, jignorais tout,
éloigné de la connaiset jétais Agalement
de leurs différens.
sance des hommes, 5 et
de l'esC'est ià , qu'à l'abri de l'infuence
d'intérêt er de parti, et m'isolant de
prit
je me suis
toute considération personnelle,
livré à la méditarion, et que j'ai examiné
enetiens
froidement tune questionalanue'l.jex
la part que rout indivilu a au bonque par
j'aie bien ou mal remheur général. Que
n'ai eu du moins en vue
pli ma tàche, je --- Page 29 ---
(25 )
que le bien de Phumanité et la prospérité
de ma patrie, dont j'ai cherché, autant
qu'il a été en moi, de faire connaître les
véritables élémens, et les moyens certains
de la rétablir.
On me saura aussi mauvais gré de n'avoir pu contraindre mes sentimens douloureux etde m'être souvent exprimé avec
amertume. Je me suis livré plus d'une fois,
je l'avoue, 2 aux élans de ma sensibilité:
j'aurais voulu la retenir ; mais mon imagination, toujours ramenée sur des tableaux
lugubres et déchirans, etne pouvant même
se soulager par la consolante perspective
d'un, meilleur avenir, m'a fait, chaque
fois, oublier ma résolution, et ma plume
n'a été que trop souvent l'interprère de
l'indignation dont mon ame était pénétrée.
Mais enviez donc à un malheureux, jusqu'au droit de se plaindre ! empêchez-le
d'exécrer les barbares auteurs de ses infortunes, ces hommes qui triomphans et couverts de ses dépouilles 3 insultent encore à
sa misère ! Quel est celui qui, à moins de
leur ressembler,p prétendra luiarracher cette
, oublier ma résolution, et ma plume
n'a été que trop souvent l'interprère de
l'indignation dont mon ame était pénétrée.
Mais enviez donc à un malheureux, jusqu'au droit de se plaindre ! empêchez-le
d'exécrer les barbares auteurs de ses infortunes, ces hommes qui triomphans et couverts de ses dépouilles 3 insultent encore à
sa misère ! Quel est celui qui, à moins de
leur ressembler,p prétendra luiarracher cette --- Page 30 ---
(26)
triste consolation ? Quel est celui qui, loin
de les blàmer, ne partagera pas ses plaintes
légitimes ? Mais je n'ai pas même épargné
des hommes qui, sous beaucoup d'autres
environnés de l'estime
rapports 5 paraissent
publique J'ai critiqué, il est vrai, avec
sévérité,ce qu'ont fait des personnes dont
d'après le fuje n'ai envisagé l'opinion que
résultat des déterminaneste et infaillible
tions et des mesures qu'ils ont provoquées.
Je crois que c'est au fond un motif de
plus de ne pas suspecter mon impartialité.
Je suis porté moi-mème à respecter leurs
vertus,dontje doisjuger d'après la voix pude côté
blique 2e 2 en mettant franchement
et fondés ; mais je n'ai
mes griefs graves
dû ni ménagerleurs affections, ni encenser
leurs erreurs. Qu'ils continuent à mériter
de plus en plus l'opinion favorable qui ies
environne ; qu'ils contribuent, autant qu'il
raffermir le règne de la jussera en eux,à
des dertice et des lois : je ne serai pas
niers à leur applaudir,et à leur payerle
maisinstribut de ma vive reconnaissance ;
truit à lécole des évènemens 3 et bien dé- --- Page 31 ---
- 1 27) )
terminé à ne plus juger des hommes d'après quelques actions 3 qu'ils peuvent démentir un moment après,j'ai juré, en attendant qu'ils arrivent avec moi au bout
de la carrière, de ne m'attacherquaux principes et de ne prendre pour guide que la
vertu.
Depuis que j'ai écrit, des faits se sont
passés en Amérique, qui placés sous les
yeux du lecteur, peuvent le mettre en état
de juger de la vérité de ceux que j'ai avancés,t de la justesse des prédictions dont
ils sont un commencement d'accomplissement. Il faudrait entreprendre une nouvelle histoire, sije voulais tracerle tableau
des évènemens qui se sont passés à SaintDomingue, depuis ma fuite jusqu'à ce moment. Je ne peindrai pas cette malheureuse
Colonie agonisante, et perdant chaque jour
de plus en plus l'espoir de jouir de quelque calme après tant d'horribles déchiremens. Je passerai rapidement à l'époque de
l'arrivée ,à Bordeaux, par la corvette de l'état, la Vénus, de quelques députés blancs,
jaunes ou noirs, dont les rapports ont mo-
ènemens qui se sont passés à SaintDomingue, depuis ma fuite jusqu'à ce moment. Je ne peindrai pas cette malheureuse
Colonie agonisante, et perdant chaque jour
de plus en plus l'espoir de jouir de quelque calme après tant d'horribles déchiremens. Je passerai rapidement à l'époque de
l'arrivée ,à Bordeaux, par la corvette de l'état, la Vénus, de quelques députés blancs,
jaunes ou noirs, dont les rapports ont mo- --- Page 32 ---
(28 )
mentanément contribué à ranimer l'espéeux tant de calamités alrance. Suivant
laient finir : la ville du Cap se relevait rale centre d'un brilpidement, et était déja
lant commerce ; un certain nombre de suà rouler ; enfin les
creries commençaient
noirs rentraient de toutes parts dans leurs
leurs
foyers s et reprenaient paisiblement
travaux. Il s'en fallut bien que le grand
nombre partageàt la confiance dont quelà ces nouvelles rasques-uns se remplirent
hors
surantes, ,et donthubendci@pentset
Pour
qui savais bien d'ade doute.
moi,
vance ce qu'il en devait être 2 je remond'un des arrivans,
taidla source,etjappis,
des détails qui étaient loin de s'accorder
avec les bruits que les députés avaient réaffectation dans le public. Je
pandus avec
étaient venus demander des sesus qu'ils
de
cours et que la prétendue tranquillité
Saint-Domingue était le calme trompeur
qui précède la tempête
(*) Ces députés sont arrivés peu apiès, à Paris, otles noirs denetjaunes ont reçul l'accueil le plus favorable, sa:dis qu'on
nait aux blancs, entre autres a un vieilard 941 écaat 2 lurete --- Page 33 ---
(29 )
La vérité de ces faits se réduit à ceci.
Depuisquelesdeux chefs noirs,Jear-l François I
et Biassoi ont abandonné la Colonie 2 après
la paix avecl'Espagne, Toussaint Breda, dit
POveruure, est devenu le chefle plus accrédité des noirs Ce brigand, qu'on a fait
général de brigade S lorsqu'il a abandonné
les drapeaux espagnols pour devenir républicain > est le bras droit du général en
chef Laveaux,etle grand réorganisateur de
la colonie. Il s'employait, en effet, à faire
rentrer les noirs sur leurs habitations respectives, et iln'éparguait pas les voies de
rigueur pour y contraindre les récalcitrans.
Sa fermeté commençait à procurer quelque
calme, lorsqu'aux porres même du port de
Paix, où Laveaux se tenait avec ses troupes, une insurrection violente a éclaté subitement , et a été signalée par le massacre
d'environ centhabitans, : 3 assez confians pour
rester sur leurs propriétés. Ce mouvement
s'est propagéjusqu'au quartier des Gonaives
de la députation s l'ordre de repartir sous cingjours, et d'aller
2u port de mer, attendre ie moment de leur embarquement.
On dit que leur disgrace vient d'avoir dit des vérités qui ont
déplu.
, une insurrection violente a éclaté subitement , et a été signalée par le massacre
d'environ centhabitans, : 3 assez confians pour
rester sur leurs propriétés. Ce mouvement
s'est propagéjusqu'au quartier des Gonaives
de la députation s l'ordre de repartir sous cingjours, et d'aller
2u port de mer, attendre ie moment de leur embarquement.
On dit que leur disgrace vient d'avoir dit des vérités qui ont
déplu. --- Page 34 ---
( 30 )
ou un nombre égal de blancs a été immolé,
On a attribué cet affreux évènement aux
instigations des agens secrets des Anglais.
Mais quelle qu'en soit la cause, est-ce-là
le rétablissement de Saintce qu'on appelle
Domingue? et attendra-t-on, pour en prévenir les terribles effets, que le sang français soit versé jusqu'à la dernière goutte, et
que les noirs ne trouvant plus de victimes
à immoler, tournent leurs fureurs contre
eux-mêmes > et finissent par s'entr'égorger! Ces déchiremens partiels, et mêmele
calme qui les a précédés, ne sont-ils pas
clairement annoncés dans mon ouvrage 5
les mesures salutaires
et n'embrassera-t-on
j'implore à grands cris, au nom de
que Phumanité, au nom de tous les intérêts,
qu'au moment oùt il ne sera plus possible
d'éviter la catastrophe définitive? Les faits
suivans ouvriront peut-être les yeux 9 et
prouveront qu'elle est moins éloignée qu'on
ne pense.
J'ai repoussé avec indignation un préimpaté d'atendu projet d'indépendance
bord aux Colons de Saint-Domingue par --- Page 35 ---
( (31)
legouvernement ancien, comme un moyen
de les noircir, dans le tems, auprès de l'assemblée constituante, et saisi depuis, avec
ardeur, par des ennemis agissant dans des
vues différentes, mais bien plus acharnés
à leur perte. J'ai toujours parlé de cette
indépendance comme d'une chimère ; et
en effet, ce ne pouvait qu'en être une,dans
le point de vue sous lequel elle était présentée. Mais d'après des nouvelles récentes
et authentiques, 3 ce projet touche au moment d'être réalisé, non par les blancs, mais
par les mulâtres, qui font entendre aux
noirs que la Colonie appartient exclusivement à leur couleur, et qu'il en faut expulser tout ce qui n'en est pas : il est incontestable que c'est ici une nouvelle trame
ourdie par les Anglais, dont les émissaires
suggérent, 5b
par-dessous main, à ces misérables de se rendre indépendans 3 pour se
venger par-là,sans doute, dela scission opérée par les secours de la France, entre eux
et leurs colonies, et peut-être dans l'espoir
de s'emparer, en dernier résultat, decette
possession tant enviée, 3 ou que ses nou-
est pas : il est incontestable que c'est ici une nouvelle trame
ourdie par les Anglais, dont les émissaires
suggérent, 5b
par-dessous main, à ces misérables de se rendre indépendans 3 pour se
venger par-là,sans doute, dela scission opérée par les secours de la France, entre eux
et leurs colonies, et peut-être dans l'espoir
de s'emparer, en dernier résultat, decette
possession tant enviée, 3 ou que ses nou- --- Page 36 ---
{ 32 )
se mettront sous leur proveaux possesseurs
rection. Que cet ennemi acharné n'épargne
rien pour nous nuire 5 qu'il choisisse pour
parvenir 2 les plus affreux moyens qu'il
y
imaginer, on doit s'y attendre. Mais
puisse
comblés des bienfaits de
que les mulâtres,
la France, d'une patrie qui les a préférés
à ses propres enfans, se rendent coupables
d'un tel excès d'ingratitude - ! Malheureux!
eh ! qu'espèrent-ils ? Croyent-ils que les
noirs, une fois maîtres de la Colonie, les
choisiront pour leurs dominateurs S, pour
et
leur race formera une
leurs chefs 2
que
nouvelie caste noble 2 Ne savent-ils pas
le noir, pour qui ils furent toujours
que
inflexibies que les
plus cruels et bien plus
blancs, leur portent aussi une haîne morse suspendre un instant, mais
telle, quiapu infailliblement plus cruelle
qui reparaîtra
croire qu'après les
que jamais ? peuvencils
blancs, ils ne seront pas immolés jusqu'au
dans le même goufre?
dernier, et précipités
Il parait que les chefs de Ventrepcise sont
le mulâtre Villatte 2 et un misérable, apRodrigue, ancien soldat au régiment
pellé
du --- Page 37 ---
(3 337 )
du Cap, et maitre en fait d'armes. Condamné à la déportation pour un crime 3 il
fut enlevéau moment d'être embarqué, par
des noirs apostés par son complice, et bientôr après il s'environna d'un nombreux rassemblement, 3 à la tête duquelil rivalisait de
puissance avec le général en chef Laveaux.
Les dernières nouvelles semblent annoncer
que le projet secret commence à s'exécuter.
Laveaux et T'administrateur civil Peroud, 3
s'étant rendus au Cap, ont été assaillis par
la multitude, et excédés de coups. Le noir
Toussaint l'Ouverture accourut avec sa
troupe ; il pointa les canons des batteries
extérieures sur la ville, et menaça de mettre tout à feu et à sang, si on ne les relâchait. Ces chefs lui dûrent ainsi la vie,
et se retirèrent à la petite Anse, oit ils sont
sous sa protection. Mais comment se fatter
que ses soldats ne soient pas bientôt dé
bauchés par les factieux, par des hommes
qui les invitent de nouveau au meurtre et
au pillage ? Comment se flatter que le républicain Toussaint lui-même restera ferme
dans le parti qu'il a embrassé depuis peu,
C
mettre tout à feu et à sang, si on ne les relâchait. Ces chefs lui dûrent ainsi la vie,
et se retirèrent à la petite Anse, oit ils sont
sous sa protection. Mais comment se fatter
que ses soldats ne soient pas bientôt dé
bauchés par les factieux, par des hommes
qui les invitent de nouveau au meurtre et
au pillage ? Comment se flatter que le républicain Toussaint lui-même restera ferme
dans le parti qu'il a embrassé depuis peu,
C --- Page 38 ---
( 34)
il n'est pas encore bien afet dans lequel
si fiatté en secret
fermi? Qui sait 3 dis-je,
en chef de la Colonie,
de devenir général
dele roi de sa nation 2 il ne
peur-être transfuge,et ne scellera pasle
viendra pas
mêmes hommes
traité,avec le sang de ces
humiliante d'être proréduits à la nécessité
lui ? Pour moi, qui connais ces
tégés par
de s'atêtres aussi inconstans qu'incapables
m'attends à tout, et il n'est point
tacher, je
d'évènement si affreux que je ne prévoie.
même qu'au moment oùt j'écris,
Peut-être
consommé, que
le coup est entièrement
fait exterminés 3
les blancs sont tout-à-f
d'espéet qu'il ne reste plus une.ombre
de
est donc le résultat
rance.. e o () Tel
de
et des magnifiques protant
jactance
quelques négocians qui avaient re-
(*) On a appris que
au Cap , Tont de nouveau
passé de la Nouvell-Angleterre
embarqués, pendant
abandonné, et se sont précipitamment Philadeiphie 5 entre autres, Poncice nouveau zumulte, pour
tems, 3 à ses amis en France,
gnon, , quiécrivait,ily y a quelque la dolonie , soit pour obles lettres les plus iassurantes sur vaisseaux, soit qu'il écrivit
tenir qu'on lui adressàr quelques aurait voulu passer pourle
ainsi pour plaire àa Laveaux, qui
pecificaxteur de St. Domingue. --- Page 39 ---
(35)
messes dont on berçait l'ignorante crédulité: voilà à quoi se réduisent définitivement les 700 mille noirs, qu'un aventurier
vint peindre au milieu de la convention a
nationale, brûlans de zèle, prêts à répandre
jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour
la république, et capables de défendre seuls
la colonie, sans aucun secours de la métropole !
C'estdans ces conjonctures que Santhonax
a da arriver dans ces contrées malheureuses.
Si on pouvait du moins se flatter que
paraissant avec un appareil imposant et des
moyensimmenses, il en imposera momentanément aux factions ; et qu'usant de son
ancienneinfluencesurles esprits,cer homme
donnera le change à l'inquière activité de
ces hordes, et dirigera leurs efforts contre
l'ennemi commun ! Mais qu'espérer, après
l'avoir vu en1792 paraître dans la cclonie,
avec un armement formidable 3 quinze
mille hommes de troupes d'élite, une GScadre superbe, qui rous ont disparu, sans
fruit, dans ce gouffre? Qu'attendre, lorsque
tout est bouleversé 2 de ces nouveaux préC 21
cer homme
donnera le change à l'inquière activité de
ces hordes, et dirigera leurs efforts contre
l'ennemi commun ! Mais qu'espérer, après
l'avoir vu en1792 paraître dans la cclonie,
avec un armement formidable 3 quinze
mille hommes de troupes d'élite, une GScadre superbe, qui rous ont disparu, sans
fruit, dans ce gouffre? Qu'attendre, lorsque
tout est bouleversé 2 de ces nouveaux préC 21 --- Page 40 ---
(36)
aprèsavoir vules autres sans efet,
pararifs,
bien moins malheureux? Je ne
dans des tems
m'appesantisai pas sur Tinconcevable aveuglement de renvoyer à Saint-Domingue un
homme afteux, dont l'idéey est une calamité de plus, et le nom seul un objet d'é-
; un homme dur 3 ioflexible 2
pouvante
abhorré de tous les partis qu'il a trompés
et
a accablés Tun par
tour-à-tour 2
qu'il
le
l'autre ; un homme enfn 2 dont tout
mérite se réduit à avoir déployé, pour le
malheur de la colonie, une adresse et une
il lui eût été facile
énergie avec lesquelles
de l'arracher à sa ruine. Je ne m'étendrai
des sactifices dispas sur Tinconsidération
dans
pendieux faits pour cette expédition 3
extrème, et qui
un moment d'épuisement
bientôt disparu dans cet abîme touauront
rendre.
jours prèt à recevoir 2 sans jamais
Tout cela doit s'expliquer par les ténèbres
environnaient le gouvernement, dans
qui
Je
les premiers momens de son existence.
crois de bonne foi, que déjà éclairé par les
il n'en est pas à se repentir
évènemens 2
le terrible Sande ce qu'il a fait s. et que --- Page 41 ---
(37)
thonax ne partirait plus, s'il en était tems
encore : voici ce qu'il est permis de conjecturer.
Santhonax, 2 innocenté, comblé des plus
éclatantes faveurs : et renvoyé surle théàtre
ou il exerça sa farie 3 Verra bien que les
tems sont changés, et sera assez adroit 3
pour chercher à affaiblir la force des reproches dirigés contre lai : ils s'efforcera, je
n'en doute pas 3 de réparer le mal autant
qu'il sera enlui, et de relever, pour établir
son innocence 3 cette colonie qu'il a si
cruellement accablée. Il voudra comprimer
les projets et l'insolence des mulâtres, de
ces hommes qu'il combla de bientaits et
de préférences > et qui ont si lâchement
trompé son attente : il voudra enfin rétablir parmi les noirs 9 le calme et le travail,
et prouver par-là à la France, que ses promesses ne sont point vaines. Les forces
qui lui ont été confiées seconderont, pendant quelque tems, ses desseins : mais les
anciens ressorts soit dérendus ; iléprouvera
à son tour la force des obstacles qu'l a fait
naitre lui-même; ; de nouvelles convulsions
éciateront et ne pourront être réprimécs par
: il voudra enfin rétablir parmi les noirs 9 le calme et le travail,
et prouver par-là à la France, que ses promesses ne sont point vaines. Les forces
qui lui ont été confiées seconderont, pendant quelque tems, ses desseins : mais les
anciens ressorts soit dérendus ; iléprouvera
à son tour la force des obstacles qu'l a fait
naitre lui-même; ; de nouvelles convulsions
éciateront et ne pourront être réprimécs par --- Page 42 ---
(38)
les moyens de vigueur 3 que la guerre et
dévorant auront bientôt absorbés.
un climat
Enfin Santhonax 3 sans force et sans pouvoir sur des hommes qu'il mouvait autredes confois à son gré, n'éprouvera que
de
trariétés et des infortunes; il sera forcé
fuir, s'il n'est assassiné. 1
S'il était permis d'indiquer les moyens
inévitables S, si
de parer à ces inconvéniens
on ne prend des mesures promptes, je dirais
combien il est pressant de rappeller sur-leSanthonax, dont la mission est, sous
champ les
de vue 2 un scandale, et intous
points
et le mulâtre Raifiniment dan ngereuse 2
démond, intrigant nul et profondément
Il faudrait confier ces
voué à ses volontés.
fonctions importantes à Roûme 3 homme
6 et à Giraud, dont
très-fin et expérimenté,
honorable et unanime atteste
une opinion
la
ne doute pas
les intentions et droiture.Je
des choses qu'il
qu'en voyant parlui-mème dernier ne rende un
ignorait sans doute, ce
compte fidèle du spectacle affireux quis'est
offert à ses yeux en abordant à Saint-Domingue. Je ne crois pas même qu'ilait pu
long-tems s'accorder avec ses collègues,4 --- Page 43 ---
(39 )
moins d'asservir humblement sa volonté à
celle de l'impérieux Santhonax. Au reste 9
le mal est extrèmement aggravé depuis que
j'ai écrit ; mais pour peu qu'on me prête
d'attention, on verra que tout est prévu,
et que j'ai indiqué les seuls remèdes desquels il est permis d'attendre quelqu'effer.
Cesremèdes, capables de faire disparaître le
mal et de ramener un calme constant > sont
entre les mains du gouvernement : c'est à
lui d'opérer, par sa vigueur, s un miracle duquel rejaillira pourlui une gloire plus solide
que celle des victoires etdes conquêtes. Il
était plus beau, chez les Romains,de sauver un citoyen que d'immolercent ennemis:
il sera - bien plus honorable à nos yeux ,de
préserver de sa ruine entière une possession
précieuse de la France, que de ravager
cent contrées étrangères. Nous ne sommes
plus au tems d'Attila et de Genghis-Kan;
et malgré la corruption moderne, $ il faut
rendre du moins à notre siècle, la justice,
qu'on ne juge plus de la grandeur par les
meurtres ou par les vols politiques commis
chez les nations vaincues. Certes, 2 il y a
assez degloire pour le gouyernement, d'a-
ine entière une possession
précieuse de la France, que de ravager
cent contrées étrangères. Nous ne sommes
plus au tems d'Attila et de Genghis-Kan;
et malgré la corruption moderne, $ il faut
rendre du moins à notre siècle, la justice,
qu'on ne juge plus de la grandeur par les
meurtres ou par les vols politiques commis
chez les nations vaincues. Certes, 2 il y a
assez degloire pour le gouyernement, d'a- --- Page 44 ---
(40)
voirpar son énergie surmonté des obstacles
qu'on croyait au-dessus de sa
d'avoir vaincu l'ennemi du dehors, puissance 5
la malveillance et l'apathie
3 malgré
et ce serait y mettre le comble du dedans ;
généreux efforts,
après de si
que de donner la paix à
l'Europe désolée, et de rétablir l'ancienne
prospérité par la restauracion du
de l'industrie de
commerce,
la marine 3 et de tous
CeS dlémens de la richesse et de la félicité.
publique, sanslesquelsla Francen'est
colosse aux pieds d'argile
qu'un
inattendu
3 qu'un revers
peur renverser. C'est par-li
sera en état d'eni imposer à l'audacieuse qu'il
bition de
amdans
T'àngleterre 2 et de la ramener
SES justes bornes; et s'ilya encore des
coups à fiapper 2 2 c'est désormais
cette ennemie qu'il doir les diriger. Puisse- contre
t-il se pénétrer de la sagesse des
que je lui offre d'y parvenir! Puisse-t-il moyens
pas dédaigner des conseils dont les effets ne
peuvent l'élever au faite de la véritable
gloire des gouvernemens
fondée
5 celle qui est
surlajustice, sur le bonheur du peuple, et sur la prospérité nationale !
REFLEXIONS --- Page 45 ---
V
SA
a A
cotte
REFLEXIONS
SUR LA COLONIE
DE SAINT-DOMINGUE
AS TERDACE & M à saune a NE
DISCOURS I.
CHAPITRE PREMIER
Des Colonies de l'antiquité et du moyen age ; des
causes et de l'otjet qui amenérent leur établissement ; des liens qui les unissaient à leurs métropoles ; de la révolution que la découverte du nouyeau
monde occasionna dans le systême politique de
LEurope.
Dis les tems de la plus haute
antiquité, 2 dont la
connaissance est obscurément parvenue jusqu'à nous,
les divers peuples de l'univers connu furent sujets à
des émigrations fréquentes, fondèrentau loin des COlonies, et allèrent peupler des contrées désertes, et
Tome 1.
A
liens qui les unissaient à leurs métropoles ; de la révolution que la découverte du nouyeau
monde occasionna dans le systême politique de
LEurope.
Dis les tems de la plus haute
antiquité, 2 dont la
connaissance est obscurément parvenue jusqu'à nous,
les divers peuples de l'univers connu furent sujets à
des émigrations fréquentes, fondèrentau loin des COlonies, et allèrent peupler des contrées désertes, et
Tome 1.
A --- Page 46 ---
(2)
éloignées de celles qui les avaient vil
plus cu moins
naitre.
à des recherches étrangères clI trop
Sans me livrer
de remplir,
éloignées de l'objet que je me propose
dûrent
antiques, jen citerai deux qui
entre ces nations
à
leur célébrité à ces mèmes émigrations,
peus-être
aux arts et aux connaissances qu'elles
la civilisation, lieux où elles allèrent s'établir. Les
portèrent dans les
nouvelles parmi les
Egyptiens fondètent des nations
la
barbares qui habiraient primitivement
peuplades
des villes
Grèce : les Phéniciens y bâtirent également puissantes
idevinrent dans la suite des républiques
qui
etles laçonsde ces deux peuet célebres. Les exemples
féroces de
lest mceurs et les inclinations
plesadoucirenr!
ils allèrent S établir, et les conceux parmi lesquels
éronnant de sainsensiblement à ce degré
duisitent
qui excite augesse, de geandeur et de perfection,
nous laisser
toute notre admiration, sans
jourd'hti
l'espérance de les arteindre.
dont Phistoire plus
Dans les tems moins fabuleux le golit des émifidèle nous a transmis le sonvenir, les plus connus
s'entrerint parmi les peuples
grations
des colonies nombreuses
de PAsie et de FEurope;
plus ou moins éloifurent fondées dans des contrées
dont les
d'oû elles étaient parties >
gnées du point
bien le hasard, les atavantages connus d'avance, ou trouver la liberté et
tirèrent, et oû elles espérèrent
anciens érablisde seS
le bonheur. Indépendammenr
idèle nous a transmis le sonvenir, les plus connus
s'entrerint parmi les peuples
grations
des colonies nombreuses
de PAsie et de FEurope;
plus ou moins éloifurent fondées dans des contrées
dont les
d'oû elles étaient parties >
gnées du point
bien le hasard, les atavantages connus d'avance, ou trouver la liberté et
tirèrent, et oû elles espérèrent
anciens érablisde seS
le bonheur. Indépendammenr --- Page 47 ---
(3)
semens, Tyr jetta, sur les côtes d'Afrique, les fondemens de Carthage > si célèbre depuis par ses richesses, ses conquêtes et ses malheurs; elle fonda en
Espagne, , sur les bords de l'océan, Cadix, ville
moins puissante > mais non moins célèbre, et qui a
conservé jusqu'a nos jours, une partie de l'éclat dont
elle brilla dans les tems les plus reculés.
A leur exemple, les Phocéens partirent de l'Ionie
pour aller bâtir Marseille dans les Gaules : les autres
Grecs allèrent porter leurs arts, leurs vertus et leur
célébrité sur les côtes opposées de T'Asie; ils y fondèrent Bisance, Ephèse, Milet et d'autres villes fameuses : de nouvelles colonies se répandirent dans les
parties les plus reculées et les moins connues de la
vaste peninsule de la Grèce, dans les iles parsemées
sur la mer qui baigne ses côtes, et s'étendirent d'un
côté jusqu'en Italie, et de l'autre jusqu'aux plages les
plus désertes et les plus arides de l'Afrique e qu'ils
parvinrent à rendre riches et renommées.
Alors on ne connaissait pas les principes politiques
qui ont ditigé nos états modernes, du moins dans ce
qui est relatif à l'établissement des colonies. Les Tyriens sont les seuls qu'on puisse soupçonner d'avoir eu
en vue d'étendre leur commerce, 2 et d'ouvrir des canaux qui fissent refluer dans le sein de leur ville, les
richesses de toutes les parties connues de l'univers, et
dont les villes nouvelles devaient être l'entrepôt. Les
autrespeuples furent rarement guiderdans.lafondacion
A 2
nos états modernes, du moins dans ce
qui est relatif à l'établissement des colonies. Les Tyriens sont les seuls qu'on puisse soupçonner d'avoir eu
en vue d'étendre leur commerce, 2 et d'ouvrir des canaux qui fissent refluer dans le sein de leur ville, les
richesses de toutes les parties connues de l'univers, et
dont les villes nouvelles devaient être l'entrepôt. Les
autrespeuples furent rarement guiderdans.lafondacion
A 2 --- Page 48 ---
(4)
par des vues d'intérèt et de politide leurs colonies,
Dans le tems que ces nations simplement agrique.
ne connaissaient pas d'autres besoins
coles etg guerrières
les
la popud'etre heureuses et libres, progrèsde
que
comme un avantage pour
lation n'éraient pas regardés
n'avait de communical'état. Un peuple pauvre, qui
lui,
tion qu'avec les peuples voisins aussi pauvres que
dans les bornes d'un territoire qui, souvent
et resserré
besoins;
ingrat, fournissait à peine à ses plus pressans
dis-je, efit trop souffert d'avoir à partager
ce peuple,
de subsistance avec les accroisseses minces mmoyens
la nacure, contraire
mens rapicies de population, que
au milieu d'eux, en proporà ses desirs, > multipliait
libres.
tion qu'ils étaient plus heureux et plus
Pour suppléerà ces besoins, et pour parerd cetinconvénient, il ne restait d'autres ressources que d'atde leur retritoire,
taquer ses voisins pour s'emparer colonies s'établir dans
ou d'envoyer de nombreuses
Ailleurs, ces
des contrées éloignées et inhabitées.
furent motivées par la famine cruelle ou
émigrations
telles que la guerte oll la peste
pat des calamités,
entières, les forçaic de
qui, pesant sur des nations
contre
s'expatrier et d'aller au loin chercher un refuge
les accablaient : d'autres fois elles
les malheurs qui
et des divisions
étaient le résultat des déchiremens
intestines des états OLI des villes, où il ne restait au
vaincu d'aucre ressource que de fuir loin de ses
parti
d'aller chercher dans des lieux
anciens foyers, et
pat des calamités,
entières, les forçaic de
qui, pesant sur des nations
contre
s'expatrier et d'aller au loin chercher un refuge
les accablaient : d'autres fois elles
les malheurs qui
et des divisions
étaient le résultat des déchiremens
intestines des états OLI des villes, où il ne restait au
vaincu d'aucre ressource que de fuir loin de ses
parti
d'aller chercher dans des lieux
anciens foyers, et --- Page 49 ---
(5)
paisibles une tranquillité qu'il ne pouvait plus se promettre auprès du parti vainqueur.
De manière O11 d'autre, Onl vits'élever dans divers
points de l'ancien monde, des cirés célèbres et opulentes, dont les liaisons religieusement conservées,
pasatomiloummirepunit l'occasion et les moyens
de s'étendre au-dehors, d'établir un commerce d'échange avec les contrées et les peuples les plus éloignés; de s'enrichir de leurs productions et de- leurs
lumières, en leur communiquant les siennes, et de
goûter ati milieu du territoire le plus pauyre et le plus
ingrat, toutes les douceurs de l'abondance.
Ces différentes colonies furent fondées sans aucune
condition, sans aucune stipulation de droits et de devoirs, d'elles envers leur métropole, et de leur métropole envers elles. Parmi celles qui furent le plus
anciennement établies, plusieurs parurent oublier
leur origine, ou du moins ne conservérent aucune
relation particulière avec les villes d'ou elles la tiraient : d'autres ne cessèrent de leur donner des témoignages de leur amour et de leur défétence ; mais
jamais, à moins que ce ne fit parmi les plus faibles
ct les moins éloignées, on n'en vit aucune qui s'astraignit à desactes directs de soumission, ni à aucune
condition qui portât atteinte à sa liberté.
Il semblerait que lorsquela Grèce fut devenue non
moins célèbre par les arts qui feurirent dans son sein
que par ses guerres fameuses du dedans et du dehots,
A 3
moignages de leur amour et de leur défétence ; mais
jamais, à moins que ce ne fit parmi les plus faibles
ct les moins éloignées, on n'en vit aucune qui s'astraignit à desactes directs de soumission, ni à aucune
condition qui portât atteinte à sa liberté.
Il semblerait que lorsquela Grèce fut devenue non
moins célèbre par les arts qui feurirent dans son sein
que par ses guerres fameuses du dedans et du dehots,
A 3 --- Page 50 ---
(6)
de ses colonies les plus récentes dûquelques-unes
à des vues de commerce erde
rent leur érablissement
mais le droit public et les liaisons quise
politique;
ne furent fonformèrent entr'elles et leurmétropole,
dés
sur les lois de la nature et du sentiment.
que
unissent les enfans à ceux dont ils
c Les liens qui
les colonies et
le
subsistaient entre
32. tiennent jour,
les avaient fondécs. Elles prenaient
55 les villes qui
tendres et
S sous leurs différens rapports, les noms
de mère, d'aieule, de sceur et de flle;
3 respectables
réci-
>> et de ces titres naissaient leurs engagemens
32 proques >).
naturellement protéger
devait
ee La métropole
un
colonies
de leur cêté, se faisaient
s ses
qui,
elle était
5).. devoir de voler à son secours, quand
c'est de sa main que souvent elles
59 attaquée 5
et leurs
leurs
leurs magistrats
>> recevaient
prètres,
ses
elles adoptaient ou conservaient
s> généraux 5
culte de SeS dieux ; elles
32 lois, ses usages et le
les
tous les ans, dans ses temples,
>2- envoyaient
moissons. Ses citoyens avaient
39 prémices de leurs
dans la distribution
>> chez elles la première part
dans
S> des victimes et les places les plus distinguées
et dans les assemblées du peuple.
>> les jeux
accordées à la métropole 2
>> Tant de prérogatives
les colonies
son autorité odieuse;
35 ne rendaient pas
comme les
libres dans leur dépendance,
5 étaient
qu'ils rendent
le sont dans les hommages
:) enfans
de leur tendresse.
$9 à des parens dignes
émices de leurs
dans la distribution
>> chez elles la première part
dans
S> des victimes et les places les plus distinguées
et dans les assemblées du peuple.
>> les jeux
accordées à la métropole 2
>> Tant de prérogatives
les colonies
son autorité odieuse;
35 ne rendaient pas
comme les
libres dans leur dépendance,
5 étaient
qu'ils rendent
le sont dans les hommages
:) enfans
de leur tendresse.
$9 à des parens dignes --- Page 51 ---
(7)
>> Ccs lois n'obligeaient que les colonies qui
>3 s'étaient expatriées par ordre ou de l'aveu de leur
s9 métropole ; les autres, et sur-tout celles qui en
32 étaient éloignées, se bornaient à conserver t112
55 tendre souventr pour les lieux de leur origine
Les guerres cruelles, les révolutions des empires,
et le tems qui dévore tout, ont fait successivement
disparoitre, de la face de l'univers, ces colonies >
ces métropoles dont les noms célèbres sont paryenus
jusqu'à nous dans tout leur éclat, tandis que l'on
trouve à peine quelques vestiges des villes qu'elles
occupaient, que les arts et les sciences rendirent
jadis si florissantes; ; l'existence de quelques autres
qu'aucune trace conservée Ratese,sersicasjoanfiui
un problème , si tcute leur gloire ne s'était transmise d'âge en âge dans le souvenir de la postérité
étonnée.
N'ayant pour objer que de rappeler rapidement
les événemens et les causes qui amenèrent la fondation des colonies de l'antiquité : et de mettre s par
ce rapprochement, le lecteur à même de fixer son
jugement sur les droits des colonies modernes > je
ne m'étendrai pas sur celles des Romains, établies
dans des tems moins cloignés, mais dont les convul
sions qui ont anéanti des nations entières, et les
irruptions des peuples barbares, sottis du nord de
l'Europe, 9 n'ont épargné que les noms qui nous
(*) Voyages d'Anacharsis, ront, T.pag 48.
A 4
ement, le lecteur à même de fixer son
jugement sur les droits des colonies modernes > je
ne m'étendrai pas sur celles des Romains, établies
dans des tems moins cloignés, mais dont les convul
sions qui ont anéanti des nations entières, et les
irruptions des peuples barbares, sottis du nord de
l'Europe, 9 n'ont épargné que les noms qui nous
(*) Voyages d'Anacharsis, ront, T.pag 48.
A 4 --- Page 52 ---
(8)
des traditions fidèles. Les
ont été transmis par
fondé sur une
Romains 3 dans leur établissement,
e, n'eurent en vue que de s'assurer
sage politique
dans l'Europe,
la possession des vastes contrées que,
domiils avaient soumises à leur
l'Asie ou P'Afrique,
de leurs
nation, et de s'attacher, par la douceur
la
et adroite dispensation
loix, et par
prudente
les
d'une partie de leurs propres prérogatives. >
avaient vaincus par la force de leurs
peuples qu'ils
les colonies romaines
armes victotieuses. D'ailleurs,
au but et au
n'eurent rien de commun 3 quant
résultat, avec celles des tems qui avaient précédé
encore moins avec celles des tems modernes.
et Pendantla décadence et après la destruction rapide
embrassait la presque totalité
de cet empire qui
le reste était
de lunivers connu, tandis que tout
de l'éclat de son nom et de sa puissance,
rempli
comme un torrent qui entraîne
on vit paraitre,
des peuples de l'Ararout, les émigrations guerrières
bie,quiayant pousséleurs conquêtes depuis T'Espagne
frontières de la Chine,
qu'ils soumirent, jusqu'aux
établirent leurs lois, leurs moeurs et leur religion
de PEurope, dans P'Afrique, l'Asie
dans une partie
dans la
des iles de l'Océan - indien,
et
pluralité
Dans le même
qu'ils remplirent de leurs colonies.
le reste de l'Europe érait la proie des émigratems,
du nord
chassés par d'autres
tions des peuplades
qui,
d'abandonner un climat rigounations 2 ou brilant --- Page 53 ---
(9)
reux, pour la possession d'une terre riche et fertile;
s'étendirent dans les contrécs où nous les voyons
encore anjourd'hui, seules ou confondues avec
d'autres peuples.
Pendant le grand nombre de siècles obscurs ct
voués àl'ignorance qui suivirent, les nations européennes 2 condamnnécs à l'inaction et à l'esclavage,
perdirent de vue ou oublièrent tout - à - fait les
exemplesglorieusquilesavienrprscedies. La population, fréquemment saignée et appauvrie par des
milliers de tyrans. s grands et petits, qui la tenant
accablée sous leur joug de fer, ne cessaient de se
faire entr'cux une guerre active et cruelle, n'avait
pas besoin de se répandre au-dehors pour subsister;
elle érait au contraire insullisante pour le territoire
qu'elle habitait, et qui devenait de jour en jour
plus inculte et plus déscrt, par les effets naturels
des guerres continuelles, de la misère, et par la
dépopulation occasionnée sur-tout par les expéditions chevaleresques, connues sous le nom de Croisades.
Aprèsle long sommeil dans lequellEurope entière
resta plongée > il apartenaic au siècle de la renaissance des arts, d'étre principalement illustrée par
un événement qui devaic changer la face de Punivers, renverser les anciennes combinaisons, établir
unl nou veaus système politique del l'Europe, etarracher
ses peuples à leur barbare ignorance ct à la longue
née sur-tout par les expéditions chevaleresques, connues sous le nom de Croisades.
Aprèsle long sommeil dans lequellEurope entière
resta plongée > il apartenaic au siècle de la renaissance des arts, d'étre principalement illustrée par
un événement qui devaic changer la face de Punivers, renverser les anciennes combinaisons, établir
unl nou veaus système politique del l'Europe, etarracher
ses peuples à leur barbare ignorance ct à la longue --- Page 54 ---
(10)
ils avaient si long - tems
apathie dans laquelle
Nécu.
force d'observations et de médiSoupgonner, à
T'existence d'un autre hémisphère,
tations profondes,
aller faire la récherché
aussitôt à en
et se préparer
était un résultat de
avec la certitude du succès,
effort de cournge
connoisances sublimes, et un
Chrisil n'appartenait qu'à limmortel
vers lesquels
s'élever. On sait les difficultés
tophe Colomb de
furent d'autant plus
qu'il eut â surmonter. Eiles
à Fexécution de
puisantes, qu'elles tenaient moins
bien calculé
elle-même, dont ilavait
Y'entreprise en
efforts de P'envie et de la malles moyens, qu'aux de la gloire qu'il allait acquéveillance qui > jalouse atteindre à de si hautes conrir, ou ne pouvant
des obstacles que luiseul
ceptions, > lui opposèrent
faute de meilleures
était capable de vaincre, et
les esprits
cherchèrene à inoculer à tous
raisons,
feignaient
lincrédulité qu'ils avaient ou qu'elles le secours
d'avoir. Colomb surmonta tout, avec
eurent assez de Jumières pour
de souverains qui
l'exécution
apprécior son génie, il disposa tout pour avec trois
entreprise. a partit
de son immortelle
de Palos, en Espagne.
petits vaisseaux du port timides n'avaient jamais
Jusquesla, les navigateurs mais pour lui, guidé
osé perdre les côtes de vue 5
certain de la justesse de ses calculs,
par son génie, et
le couchant > et savança
il dirigea sa route vers --- Page 55 ---
(11)
avec sécurité à travers le vaste sein de l'océan atlantique. En vain, parvenu presqu'au bout de sa carrière,
de nouveaux obstacles lui furent opposés par ses
équipages découragés, qui se voyaient isolés aul milieu
de cette immensiré de mers , avec d'aurant plus
d'effroi, qu'ils rfentre-voyaient seulement pas le
terme du voyage 5 son ascendant et sa fermeté
parvinrent à calmer cet orage qui menaçait de le
faire échouer au moment d'entrer au port. Enfin,
environ deux mois de navigation lui firent atteindre
les premières terres d'un monde nouveau > dont il
avait, le premier, deviné l'existence, et il aborda
dans un des ports de l'ile de Haiti, si connue depuis
sous le nom d'Hispaniola, ou de St-Domingue.
Tel fut l'évènement qui réunit un autre hémisphère à celui déjà connu > et dont la découverte
ouvrant un vaste champ à l'ambition des souverains
et à la cupidité des hommes, influa presque subitement sur les grands changemens qui s'opérèrent
plus ou moins rapidement dans la manière d'être
de l'Europe entière et de tous les états en particulier.
D'autres ont suffisamment traité avant moi P'histoire
de cette époque mémorable, qui annonçait victorieusement les progrès de l'esprit humain, mais qui
fut malheuteusement le signe non moins certain de
la dépravation, de la corruption des moeurs, et qui
ajouta une foule de crimes nouveaux à ceux dont
étaient déjà souillées les annales de l'ancien monde,
ou moins rapidement dans la manière d'être
de l'Europe entière et de tous les états en particulier.
D'autres ont suffisamment traité avant moi P'histoire
de cette époque mémorable, qui annonçait victorieusement les progrès de l'esprit humain, mais qui
fut malheuteusement le signe non moins certain de
la dépravation, de la corruption des moeurs, et qui
ajouta une foule de crimes nouveaux à ceux dont
étaient déjà souillées les annales de l'ancien monde, --- Page 56 ---
(1*)
de Çes empires vastes et
D'antres ont déjà parlé
dont la conquête facile suivit de si près
opulens,
de richesses
cette découverte, et innonda TEurope
des calamitéshoribles qu'elles
qmi,inlépendsmment
le
coèrèrent à T'Amérique e 3 qui en ignorait prix,
développèrent dans la première le germe d'une multtude de maux, sinon inconnus, mais qui du moins
joints encore, faute d'aliment, à ceux
nes'érient pas
désolée. Ce
iont Thamanité avait été jusqu'alors
ainsensiblement
ne far que long-tems aprèsquesélevai
en fut le résultat, et
le systême commercial, qui
Mais
nous avons vu si Aorissant de nos jours.
que dès les premiers tems, lor qui coula à grands Aots
du
dans le sein de la monarchie
du Pérou et Mexique
riche
expagnole, en fit la première, > la plus
puissance du monde, et Ini inspita l'ambitieux projet
enrière. Ces mêmes richesses s
d'asservir fEurope
indidont les autres états ne tardèrent pas à profiter
soit par les effets natutels du commerce
rectement,
d'autres causes, léur fourexistant alors, soit par
contre ce colosse, les moyens
nirent, cn se réunissant
leur puisinsensiblement
de lui résister, d'augmenrer
sance an milieu des convulsions de guerres longues
ersinglantes, etmémc de devenir depuis conquérans
à leur tour. Mais sachant faire de leurs conquêtes
plus conforme aux principes
un usage plus sage,
rivale, ils
de la saine politique que leur puissante
à la rendre pauvre avec tous ses trésors,
parvinrent
soit par
contre ce colosse, les moyens
nirent, cn se réunissant
leur puisinsensiblement
de lui résister, d'augmenrer
sance an milieu des convulsions de guerres longues
ersinglantes, etmémc de devenir depuis conquérans
à leur tour. Mais sachant faire de leurs conquêtes
plus conforme aux principes
un usage plus sage,
rivale, ils
de la saine politique que leur puissante
à la rendre pauvre avec tous ses trésors,
parvinrent --- Page 57 ---
(1)
àla réduire au point de n'enavoirplus ricn à craindre,
et à s'enrichir même de SCS dépouilles. Les diverses
nations chez lesquelles le négoce > cendamné jusqu'alors à 1111 état d'avilissement, se réduisait à quelques médiocres échanges, , et dont toute l'ambition
se bornait précédemment à se procurer quelques
objets de première nécessité, étayèrent leur puissance par uin commerce brillant, qui leur fournit
les moyens d'entretenir des armées formidables, et
de fonder une marine imposante. Les arts, enfans
de la richesse, dirent, autrefois dans la Grèce, la
naissance aux trésors conquis sur les Perses, et furent
chez les Romains le fruit des dépouilles de l'Asie.
L'Europe les vit renaitre dans son sein à l'époque
de la découverte del l'Amérique, et parur y. faire plus
de progrès et s'éclairer davantage en proportion des
richesses qu'elle retirait de cette contrée opulente.
Un luxe inconnu jusques-là créa de tous côrés des
manufactures en tout genre : les jouissances du luxe
devinrent le partage de tous les états : les Commodités que précédemment quelques grands connaissaient à peine > s'étendirent jusqu'aux simples particuliers : la barbare ignorance des siècles précédens
disparuc : lantique rudesse ft place à l'ubanité :
enfin toutes les nations de l'Europe admises, 3 en
proportion de leur industrie, à participer à ces
biens précieux, et unies par les Jiaisons commerciales, n'eussent formé qu'une vaste et heureuse
devinrent le partage de tous les états : les Commodités que précédemment quelques grands connaissaient à peine > s'étendirent jusqu'aux simples particuliers : la barbare ignorance des siècles précédens
disparuc : lantique rudesse ft place à l'ubanité :
enfin toutes les nations de l'Europe admises, 3 en
proportion de leur industrie, à participer à ces
biens précieux, et unies par les Jiaisons commerciales, n'eussent formé qu'une vaste et heureuse --- Page 58 ---
(14)
si les richesses qui leur avaient
famille de peuples,
enn'avaient également
procuré tant d'avantages, l'ambition, la haîne, l'envie, la
trainé après elles
dans tous
cupidité, et cette foule de maux qui,
les tems, , en furent inséparables.
les hommes
C'est aujourd'hui un problème pour
balancé
si la possession de ces biens séduisans.a
sages,
coûtèrent à Phumanité, Quel
les soufrances qu'eiles
celui des malheurs dont la
tableau plus affligeant que
les peuples
des Earopéens fut le signal pour
présence
atroces de
du nouveau monde ! De quels exemples
de
de barbarie et de scélératesse de la part
fureur,
envers eux > l'histoire n'a-t-elle pas
leurs vainqueurs
souvenir! Le fanatisme et
conservé le déplorable
infortunés leurs plus
la férocité réunirent contre ces
subjuexcès : des nations nombreuses
épouvantables
défense à la discrétion de ces
guées, et livrées sans
écrasécs sous un joug
conquérans avares 2 furent
de tems dans les
accablant, et disparurent en peu
condamnées à
entrailles de la terre oû elles étaient
de
éternellement ces riches métaux, causes
fouiller
enfammaient de plus en plus
leur infortune, et qui
de leurs persécuteurs. Un gouvernement
la cupidité
acheva d'anéantir leurs restes
intolérant et cruel
forcés de renoncer à leuts
infortunés. Ces peuples,
de leurs pères,
à lears loix et à la religion
usages >
celle de leurs farouches vainqueurs,
pour embrasser
liberté etle repos dont ils
et d'échanger leur antique
ces riches métaux, causes
fouiller
enfammaient de plus en plus
leur infortune, et qui
de leurs persécuteurs. Un gouvernement
la cupidité
acheva d'anéantir leurs restes
intolérant et cruel
forcés de renoncer à leuts
infortunés. Ces peuples,
de leurs pères,
à lears loix et à la religion
usages >
celle de leurs farouches vainqueurs,
pour embrasser
liberté etle repos dont ils
et d'échanger leur antique --- Page 59 ---
(15)
jouissaient, contre les travaux écrasans et le plus dur
esclavage, succombèrent par millions sileur désespoir.
Quelques-uns s'éclipsèrent de la face de l'univers,
demanière à ne laisser aucune trace de leur ancienne
existence.
L'Amérique fut épuisée en peu de tems 5 sa population devint bientôt insuffisante pour remplir la
tâche qui lui était imposée, et qui prenait de jour
en jour de nouveaux accroissemens. L'avarice seule
des Espagnols ne diminuait pas,, et s'enfanmaic
au contraire de plus en plus. Pour la satisfaire, 3 il
fallut avoir recours à I'Afrique 2 dont les habitans,
plus vigoureux et mieux constitués, étaient plus
propres à résister à ces rudes travaux : dès-lors
s'établit le barbare usage de les acheter comme esclavès, et de les transporter dans les mines de
l'Amérique. Ces nouveaux ouvriers, plus robustes,
mais non moins dociles que les indigènes, remplirent mieux les vues de leurs maitres, ou peutêtre ils ne dûrent la vigueur avec laquelle ils résistèrent à ces travaux, qu'aux ménagemens conseillés
par l'avarice même, à la crainte de perdre un objet
qu'on allait chercher au loin, avec tant de peines
et de frais, et aux récompenses avec lesquelles On
chercha depuis à stimuler leur zèle et leur émulation.
Quoi qu'il en soit, les effets de cet odieux trafic ne
se firent pas moins sentir pendant les siècles suivans.
L'Amérique est encore aujourd'hui uR gouffre qui
ils résistèrent à ces travaux, qu'aux ménagemens conseillés
par l'avarice même, à la crainte de perdre un objet
qu'on allait chercher au loin, avec tant de peines
et de frais, et aux récompenses avec lesquelles On
chercha depuis à stimuler leur zèle et leur émulation.
Quoi qu'il en soit, les effets de cet odieux trafic ne
se firent pas moins sentir pendant les siècles suivans.
L'Amérique est encore aujourd'hui uR gouffre qui --- Page 60 ---
(16) )
de recevoir des générations qui y dispa
ne cesse
et l'Afrique, une pépiniète
raissent successivement,
d'y
inépuisable qui n'a pas discontinué jusqu'ici
fournir.
glesseuls dont PhumaMais ces maux ne furent pas
nité eut à gémir. Ces calamités s'étendirent jusques
même, d'oi de nombreuses émigrasur l'Europe s'absorber sous ce climat dévorateur
tions allérent
C'est là qu'alla s'anéantir
et avide du sang étranger.
la moitié de la population de T'Espagne, qui,en
dernier résultat, se trouva n'avoir fait qu'échanger
richesses, les bras d'une partie de ses
ses vérirables
inutiles
et avoir
contre de vains et
trésôts,
peuples,
insensiblement l'amour du travail et
laissé perdre
dans une lâche inaction,
dela vraie gloire , ets'énerver
cette
tous les vices qui rendent aujourd'hui
et par
différente de ses ancètres. Mais tel est
nation si
des richesses:
l'aveuglement causé parl'éclat ttrompeur
de
de T'Europe, moins frappés
les autres peuples
des succès
qu'éblouis et jaloux
ces inconvéniens
le résultat, brûlèrent
brillans qui paraissaient en être
du desir de s'en approprier une partie, et n'épareffort
y parvenir. Les mers se
gnèrent aucun
pour ardens à marcher suit la
convrirent de navigateurs
inconnues
des
Des contrées encore
trace
premiers.
furent fondées.
furent découverres ; des colonies
devintent depuis une source nouCes possessions
et de
velle de dissentions, de guerres sanglantes
longues
le résultat, brûlèrent
brillans qui paraissaient en être
du desir de s'en approprier une partie, et n'épareffort
y parvenir. Les mers se
gnèrent aucun
pour ardens à marcher suit la
convrirent de navigateurs
inconnues
des
Des contrées encore
trace
premiers.
furent fondées.
furent découverres ; des colonies
devintent depuis une source nouCes possessions
et de
velle de dissentions, de guerres sanglantes
longues --- Page 61 ---
(17)
longues convulsions politiques qui épuisèrent toutes
les nations enropéennes, et les rendirent presqu'aussi
malheureuses que celles d'Amérique. Ces richesses,
dont la possession ne paraissait propre qu'à accroître
leur félicité, et à en muliplier les moyens, > servirent sur-tout à river les fers appesantis SUr elles.
Leur commerce, leur industrie et leurs jouissances
s'accrurent prodigicusement; les arts et les sciences
firent parmi clies des progrès brillans. Mais la correption n'en fit pas de moins rapides; l'ancienne
simplicité de moeurs s'évanouit, 3 la grande masse des
hommes se déprava sans en devenir plus heureuse,
et les paupies en générai se trouvèrent n'avoir fait
qu'ajouter de nouveaux maux à leurs maux anciens,
et renoncer à leur antique frugalité pour se crécr
des besoins factices, devenus aujourd'hui les plus
pressans de tous. Mais un plus long développement
de ces considérations est inutile 2 sinon étranger à
l'objet que j'ai à traiter, et auquel je m'empresse
de revenir.
Colomb aborda en 1492 dans lile de SaintDomingue, > qu'il trouva babitée par des peuples
doux, innocens et hospitaliers.Il n'avait été excité à
exécuter son entreprise que par le seul amour de la
gloire.I Doillurs,leverimable homme de génie est toujours vertueux, toujours humain: Christophe Colomb
se garda bien de nuire à des hommes dont il n'avait
point reçu d'offense, et qui, frappés du merveilleux
Tome I,
B --- Page 62 ---
I (18) I
s'offrait à leurs yeux, le prirent pour
spectacle qui
confians, ils le comblèrent
une divinité. Bons et
de biende caresses et de témoignages de respect et
de pourvoir à tous
veillance, et ils s'empressèrent
à faire
Colomb se borna
les besoins de ses équipages.
d'Europe
avec eux des échanges de quelques objets
valeur, contre des bijouxd'or, qu'ilslai
de médiocre
et dont la vue jetta
livrèrent avec empressement,
les germes de
dans le coeur de ses compagnons
manifestèrent depuis si cruellement.
Favarice s qu'ils
une partie
Peuaprès, ayant laissé à Saint-Domingue
es
la nouvelle
des siens, il alla porter en Europe
la preuve de ses succès.
besoins de ses équipages.
d'Europe
avec eux des échanges de quelques objets
valeur, contre des bijouxd'or, qu'ilslai
de médiocre
et dont la vue jetta
livrèrent avec empressement,
les germes de
dans le coeur de ses compagnons
manifestèrent depuis si cruellement.
Favarice s qu'ils
une partie
Peuaprès, ayant laissé à Saint-Domingue
es
la nouvelle
des siens, il alla porter en Europe
la preuve de ses succès. --- Page 63 ---
(19)
CHAPITRE II.
Fondation de la Colonie française de Saint-Domingue : des circonstances parti.ulières de sa
reunion à la France, et des conditions auxquelles
elle dut s'opérer.
LonsQUE Christophe Colomb méditait une entreprise donr l'heureux succès devait fixer une des
plus mémorables époq:es des progrès de l'esprit
humain, son génic, capable de pénétrer dans les
secrets de la nature, et de concevoir une idée aussi
profonde, n'avait pas prévu les maux dont cet évènement devait être une source abondante pour
lhumanité. Il voulur sans doute l'éclairer et non
la rendre plus malheureuse. Sa grande ame eût peutétre, à ce prix, renoncé à l'éclat qui devaic en
rejaillir sur son nom et sur soi siècle. Il eût préféré une vertueuse obscurité à une réputation qui
devait coûter tant de larmes et d'infortunes à des
nations entières.
Déjà illustre comme navigateur habile, comme
savant profond, Colomb acquit du moins de nouveaux droits à une gloire immortelle par les exemples
qu'il donna de bienfaisance, de justice 2 et de toutes
lesyeitus, propres à faire parvenir son nom exempt
B 2 --- Page 64 ---
(20)
jusqu'à la postérité la plus reculée.
de toute tache,
exemples ne furent-ils
Ah! pourquoi ses vertueux ett-elle été moins une
pas suivis! L'Amérique en
FEnrops? ? Et ces
abondante de richesses pour!
source
eu moins de pix, si clles
richesses eussent-elles de crimes à leurs possesseurs,
avaient coûté moins
de bien?
à l'homme
moins dedouleur et d'indignation:
suffit pour
Non sans doute 2 et un seul exemple T'abus de la force
les excès de T'avarice et
prouver que
des moyens exclusifs
contre la faiblesse, ne sont pàs
fondateur d'une
d'obtenir des succès éclatans. Fenn,
vivant,
Aorissante, n'eut pas moins,de son
colonie
de jouir du spectacle de sa
la douce satisfaction leàt établie sur la vertu et
prospérité, quoiqu'il
et de la plus
d'après les principes de la philantropie
des
Mais hélas! pourquoi rappeller
exacte équité.
s'appesantir suI des malsouvenirs amers 5 pourquoi
anciens, et desquels il ne s'agirait après
heurs déjà
dans Funivers
de
Tour n'est-il pas
tout que profiter! de biens et de maux? Nous
inévitable
un mélange
des siècles
Eh !
les crimes
pases 1
déplorons
sufisamment que ia
le présent ne démontre-t-il pas
épuisée pour
boîte fatale de Pandore n'est pas encore
nombre
la triste humanité; et que tandis qu'un perit
la
Dieu et la nature,
d'hommes formés exprès par
déintervalles des calamités quila
consoleront par
d'ètre pour une mulsolent 5 le monde ne cessera
à l'ambition,
titude d'autres, un vaste champ ouyert
déplorons
sufisamment que ia
le présent ne démontre-t-il pas
épuisée pour
boîte fatale de Pandore n'est pas encore
nombre
la triste humanité; et que tandis qu'un perit
la
Dieu et la nature,
d'hommes formés exprès par
déintervalles des calamités quila
consoleront par
d'ètre pour une mulsolent 5 le monde ne cessera
à l'ambition,
titude d'autres, un vaste champ ouyert --- Page 65 ---
(21) )
à Pintrigue et à la perversité. Des déchiremens ne
seront effacés que par des déchiremens plus grands;
€t tel sera toujours l'empire des passions 3 qu'on
verra les fautes passées sans en profiter pour lc présent
ni même pour l'avenir.
Christophe Colomb retourna à Saint-Domingne,
V
chargé de g'oire et de distinctions qu'il mérita par
de nouvelles découvertes. Il sut s'en rendre encore
plas digne aux yeux de Thumanité, en établissant
dans sa première conquète 2 un gouvernement fondé
sur la douceur > la justice et la bienfaisance. Mais
ce systéme vertueux ne tarda pas à s'écrouler. L'avarice des Européens . enflammée par le'spectacle de
richesses inconnues, rompit bientôt les obstacles
qu'il s'efforça vainement de lui opposer. Ce grand
homme fut la première victime immolée. Calomnié,
persécuté, et long-tems chargé de fers,il n'en sortit
que pourt trainer une vieillecse langnissante ct accablée
par l'injustice, la misère et Pingratitude, tandis que. :
ses ennemis se souillaient impunément de mille
crimes. Dabigodisidulufuentebadimadenenle
gouvernement des conquêtes nouvelles. Un million
d'hommes peuplait selon les historiens, SaintDomingue, lorsque cette ile fut découverte. Eh!
qu'importe le nombre des hommes innocens et malheureux qai Phabitaient! Jl suffit que la postérité
sache qu'il n'en reste plus aujourdhui la trace d'un
seul. En moins d'un siècle, tout disparut sous les
B3
de mille
crimes. Dabigodisidulufuentebadimadenenle
gouvernement des conquêtes nouvelles. Un million
d'hommes peuplait selon les historiens, SaintDomingue, lorsque cette ile fut découverte. Eh!
qu'importe le nombre des hommes innocens et malheureux qai Phabitaient! Jl suffit que la postérité
sache qu'il n'en reste plus aujourdhui la trace d'un
seul. En moins d'un siècle, tout disparut sous les
B3 --- Page 66 ---
(22)
coups de la misère, des maladies
de la plus affreuse tyrannie.
européennes et
Saint.Domingue dépeuplée de ses
tans, les avait remplacés
premiers habignols clair-semés
Par un petir nombre d'Espadans sa vaste
dans les villes qui
étendue, ou établis
végétaient
y avaient été fondées. Ces hommes
pour la plupart dans
çaient, à l'aide de
Tinsction, ou s'efford'Afrique, d'arracher quelques noirs transportés
du sein des mines, dont le
ples grand nombre étaient abandonnées
bras, quelques
faate de
parcelles de l'or
si
ment allumé la
quiavait violemcupidité de leurs
des érangers, attirés
ancétres, lorsque
renommée
par des richesses dont la
exagérait les récits merveilleux,
descendre sur une des plages de la
osèrent
verte de bois épais et inhabitée. Ce colonie, couhommes si connus
sont ces mêmes
sous les noms divers d'aventuriers, de boucaniers et de Aibustiers, dont
ailleurs (, et SuI
jai parlé
lesquels je ne
que ccla sera nécessaire à
reviendrsiqu'antant
Ces hommes de diverses mon sujet.
avoués
nations, et qui n'étaient
par aucune 9 usant des mêmes
les premiers
droits que
occupans > se hasardèrent de mettre
pied sur cette terre, au risque de la
le
réservée à leur rémérité
punition terrible
3 par la jalousie
qui ne manquait jmais en
espagnole,
nerà la mort, ou
pareil cas de condamce qui était pire > à être transporté
(") Histoire des désastres de Saint-Dominguc,
, et qui n'étaient
par aucune 9 usant des mêmes
les premiers
droits que
occupans > se hasardèrent de mettre
pied sur cette terre, au risque de la
le
réservée à leur rémérité
punition terrible
3 par la jalousie
qui ne manquait jmais en
espagnole,
nerà la mort, ou
pareil cas de condamce qui était pire > à être transporté
(") Histoire des désastres de Saint-Dominguc, --- Page 67 ---
(23)
dans les mines du contment. Trompés dans leurs
premières espérances, le besoin d'exister en fit des
chasseurs : la nécessité de se défendre en fit ensuite
des guerriers intrépides; une haîne implacable contre
leurs persécuteurs, quelques avantages et l'appas
du pillage en firent des héros s et des conquérans
redoutables. Enfin, après des actes inouis de fareur
et d'intrépidité, les dissentions intestines, inséparables d'un tel genre de vie, le desir de jouir paisiblement des dépouilles enlevées à l'ennemi, la vieillesse quiavait calmé dans la plupart d'entr'eux l'ardear
bouillante quiles transportait, 2 et le besoin du repos,
tout les fit soupirer après un état plus heureux et
moins agité. Mais un voisin redoutable excitait
toute leur sollicitude. Il avait reçu d'eux des injures
trop cruelles, pour renoncer, malgré tant de malheurs et de pertes multipliées, au desir et à l'espérance d'en tirer tôt ou tard une vengeance éclatante. Les Alibustiers, souvent harcelés dans la contrée
qu'ils avaient choisie pour y fixer leur asyle, sentirent le besoin d'avoir un protecteur. Bientôt il
n'y eut plus de difficulté que pour le choix. Ce
fut une nouvelle source de disputes vives et même
sanglantes entre des hommes originairement sujets
de divers états, pour lesquels chacun gardait son
affection particulière. Les Français , plus nombreux
ou plus puisans,Temporérent et parvinrent à déterminer Ics suffrages en faveur de leur patties
B3 --- Page 68 ---
( I 24 )
Telle est l'époque à laquelle il faut faire remonter
la fondation de la colonie française de St-Domingue;
les circonstances particulières qui l'accompagnérent
sont sur-tout à remarquer, et dignes de fixer l'attention, dans un tems où s'est établi, diton, le règne
de la justice, dont les principes fondamentaux furent
respectés en faveur de cette colonie, sous l'empite
même du despotisme qui les viola quelquefois
mais ne tenta jamais de les anéantir. La France 2
acquir la propriété de SCS autres colonies, ou comme
conquètes, ou par des émigrations sorties de son
sein, pour y aller former des établissemens. Celle
de Sainc-Domingue, la plus importante de toutes,
se donna librement à elle. Mais cette donation,
quin'était que l'effet de la volonté et du dévouement
généreux d'enfans envers leur
parrie > suppose nécessairement lil pacte tacite, qui imposair des conditions réciproques, et dont il est important d'examiner la nature.
Mais avant tout, je dois à la vérité et à moimême, de montrer à découvert mes vrais sentimens,
et de repousser d'avance loin de moi, loin des
hommes dont j'entreprends de défendre l'innocence
et les droits, ces vains reproches de projers d'indépendance, imaginés faute de meilleures raisons, et réveillés en divers tems pour étouffer la voix des malheureuses victimes de l'impéritie et de la scélératesse.
Pour abréger, je déclare ici, que je pense fermo
de montrer à découvert mes vrais sentimens,
et de repousser d'avance loin de moi, loin des
hommes dont j'entreprends de défendre l'innocence
et les droits, ces vains reproches de projers d'indépendance, imaginés faute de meilleures raisons, et réveillés en divers tems pour étouffer la voix des malheureuses victimes de l'impéritie et de la scélératesse.
Pour abréger, je déclare ici, que je pense fermo --- Page 69 ---
(25)
ment que les circonstances qui,d différentes époques;
changèrent en quelque sorte la face de SaintDomingue, son ancienne population confondue avec
lesrhommes qui accoururend en foule de la métropole, les nouveaux engagemens des Colons envers
elle, qui résultèrent des secours nombreux qu'ils
en recevaient, et des accroissemens rapides de la
colonie, affoiblirent insensiblement le droit primitif
de disposer d'eux-mèmes, et sur-tout de prétendre
à une indépendance quelconque > sous quelqu'acception qu'on envisage ce mot. D'ailleurs, comme
je me propose de le prouver, un tel projet fut
toujours diamétralement contraire à leurs véritables
intérêts. Mais ce qui est une raison plus péremptoire, jamais les Colons, attachés à leur, patrie
par les liens de l'affection et de la reconnoissance,
ne songèrent à s'en séparer; et dans les tems même
où cette accusation devint le tocsin, le crideralliement
de tous les partis acharnés à leur perte," cette coupable idée ne pouvait appartenir qu'à quelques
hommes accablés de honte et de dettes, ou à des
intrigans isolés, pour qui le changement est le
souverain bien. Mais je déclare aussi que cet examen
a pour objet de démontrer que ce pacte primitifrestait
dans toute son intégrité, en ce qui concernelag garantie
des propriétés, et que d'après des conditions qu'un
gouvernement desporique avait jusqu'alors regardé
comme sacrées, on n'avair pas le droit, sous
artenir qu'à quelques
hommes accablés de honte et de dettes, ou à des
intrigans isolés, pour qui le changement est le
souverain bien. Mais je déclare aussi que cet examen
a pour objet de démontrer que ce pacte primitifrestait
dans toute son intégrité, en ce qui concernelag garantie
des propriétés, et que d'après des conditions qu'un
gouvernement desporique avait jusqu'alors regardé
comme sacrées, on n'avair pas le droit, sous --- Page 70 ---
(26 )
celui de la justice > de
dépouiller sans aucun dédommagement, 3 des hommes affectionnés
celles qu'ils tenaient de leurs
et fidèles, de
avaient
ancètres, ou qu'ils
acquises au prix de leurs travaux, de leur
industrie et de leurs longs sacritices.
Desguertiers, ou si l'on veut, des brigands intrépides, isolés dans un point éloigné de
s'emparent d'une riche contrée,
Tunivers,
leurs victoires
devenue le prix de
et de leur valeur.
gu'aux yeux de la
Mais, sentant bien
de validité
politique, leurs droits n'auront
soutenir
qu'autant qu'ils auront la force de les
et de les faire respecter, ils
d'an avis
s'accordent,
commun, sur la nécessité
secours d'une puissance
d'implorer le
tion
étrangère, dont Fintervenet la prorection légitimat leur
leur en assurâr la tranquille
conquète, et
avaient été les
possession. Si les Anglais
ciation
plus prépondérans dans cette assod'hommes de diverses
recours à
nations, on eût eu
T'Angleterre ; mais le
était
plus grand nombre
frangais, et les conquérans, les vrais
seurs de la partie française de
possesdeviennent de leur
Saint-Domingue >
France Mais
propre mouvement sujets de la
qu'elles dûrent être les conditions
réciproques, les promesses mutuelles des
contractantes?
parcies
Lepenple donateurj jura
fidéliré et obéissance à la patrie
attachement 2
donataire
qu'il adoptait, et le
dut, par ln juste retour, lui
protection contre ses ennemis,
promettre
secours et assistance
is
seurs de la partie française de
possesdeviennent de leur
Saint-Domingue >
France Mais
propre mouvement sujets de la
qu'elles dûrent être les conditions
réciproques, les promesses mutuelles des
contractantes?
parcies
Lepenple donateurj jura
fidéliré et obéissance à la patrie
attachement 2
donataire
qu'il adoptait, et le
dut, par ln juste retour, lui
protection contre ses ennemis,
promettre
secours et assistance --- Page 71 ---
( 2.7 )
dans ses besoins, , garantie de ses droits, et conservation de ses propriérés. Telles furent Oil dûrentêtre les
bases principales de ce pacte primitif. Ces clauses si
simples sont fondées sur les droits les plus communs
etles plus in.ontestablesdeshommesréunis en société.
Ilestinutile d'examiner ici quelle étaitla conséquence
de la violation de cet engagement mutuei. Il fut
long-tems rempli avec fidélité. Louis X1V,de tous
les monarques le plus impérieux, le plus jaloux
de son autorité, sut le respecter. Ce ne fut que
long-tems après que des abus qui dûrent naturellement résulter d'un gouvernement qui n'avait point
de base fixe, des accroissemens rapides de la colonie,
et des changemens qui s'y opérèrent, s'introduisirent
insensiblement, s mais sans toucher aux points fondamentaux. Il érait réservé à notre siècle de les voir
détruire et renverser de fond en comble. Ce n'est
pas le lieu de discuter quel côré recueillit Ies principaux avantages de ce traité. L'histoire des tems qui
suivirent le démontrent suffisamment 5 et il sera
facile de conclure, d'après le tableau que je vais
tracer avec fidélité, et dont l'exposition fournira des
inductions nouvelles à tirer des faits et des principes immuables de la justice. On verra quelle partie
contractante était la plus intéressée att maintien de
ce traité, et celle qui doit, 3 définitivement, le plus
souffrir de son anéantissement.
Les habitans de Ssiunt-Domingue, simples, igno. --- Page 72 ---
(28 )
tans, et n'écoutant que leur dévouement et leur
amour pour la France qui iles avait vus naitre, se
donnèrent à elle avec une confiance aveugle et
sans réserve. Le premier acte d'autorité et de protection exercé par cette puissance envers ses nouveaux sujers, fut d'y envoyer, en 1665, un gouverneor, nommé Daparquer, qui fut revêtu de
cer honorable emploi, en reconnoissance de ce qu'il
avait, par ses conseils, déterminé leurs suffrages en
sa faveur. Cet officier sut, dans la suite, s'en montrer
de plus en plus digne, et mérita l'amour des hommes
soumis à son commandement, par une conduite juste
et paternelle. Plusieurs chefs vertueux que SaintDomingue reçut successivement de la
métropole, 3
ne furent pas un des moindres bienfaits qu'elle en
obtint. Il semblait que sentant combien une colonie
naissante a besoin de faveurs erd'encourgemens, la
France s'écudiar à lui envoyer les hommes les plus
propres à la gouverner, et à la conduire pen-dpeu
vers un état de prospérité. J'ai déjà parlé ailleurs
des d'Ogeron, des Ducasse, des T'Amnage, etc. etc.
qui succédèrent à Duparquet, dans ses vertus comme
à son commandement, et dont les noms respectables
méritent d'être cités avec amour et reconnaissance.
Le premier fut le père des nouveaux Colons qui
tous ne formèrent autour de lui qu'une nombreuse
famille, et mérita par ses bienfaits d'être considéré
comme le véritable fondateur de la colonie. Ce fut
'ai déjà parlé ailleurs
des d'Ogeron, des Ducasse, des T'Amnage, etc. etc.
qui succédèrent à Duparquet, dans ses vertus comme
à son commandement, et dont les noms respectables
méritent d'être cités avec amour et reconnaissance.
Le premier fut le père des nouveaux Colons qui
tous ne formèrent autour de lui qu'une nombreuse
famille, et mérita par ses bienfaits d'être considéré
comme le véritable fondateur de la colonie. Ce fut --- Page 73 ---
( 29 )
lni qui parvint insensiblement à adoucir la férocité
et les inclinations sanguinaires que les Aibustiers
avaient coutracrées au milieu des combats, et de leur
vie précédente, à laquelle quelques-uns se livraient
encore 2 et vers laquelle un plus grand nombre,
fatigués d'une existence inactive et si différente de
celle dont ils avaient pris Thabitude, soupiraient
avec regret. Plus d'une fois il calma leur fureur
allumée par les premières tentatives faites contre
leurs droits, et qu'ils repoussèrent de manière à
prouver qu'en se donnant à la France, ils n'avaient
pas entendu renoncer à leurs privilèges et à leur liberté. D'Ogeron sut vaincre leurs goûts par la persuasion et la confiance 3 ses conseils sages et paternels parvinrent à leur en inspirer de plus pacifiques,
& plus utiles à leurs intérêts, et à ceux de leur patrie
adoptive, Une nouvelle carrière s'ouvrit pour eux,
Les travaux paisibles de l'agriculture succédèrent à
la guerre et au brigandage; ; un commencement de
commerce établi Ou consolidé par ses soins, , pourvut
t
aux plus pressans besoins ; ils furent faciles dans le
ptincipe à satisfaire, et consistaient dans l'échange
de quelques objets d'Europe, souvent grossiers 3
mais précieux, parce qu'ils étaient utiles, contre
des denrées coloniales, telles que le cacao, le tabac
et le rOCOu > qui furent les premières prodactions
de Saint-Domingue,. Ce commerce, surveillé par le
sage gouverneur, etfait de part et d'autre avec bonne
t
aux plus pressans besoins ; ils furent faciles dans le
ptincipe à satisfaire, et consistaient dans l'échange
de quelques objets d'Europe, souvent grossiers 3
mais précieux, parce qu'ils étaient utiles, contre
des denrées coloniales, telles que le cacao, le tabac
et le rOCOu > qui furent les premières prodactions
de Saint-Domingue,. Ce commerce, surveillé par le
sage gouverneur, etfait de part et d'autre avec bonne --- Page 74 ---
( 30)
foi, ne tarda pas à exciter l'émulation
l'industrie des
, et à accroitre
Colons, et fut le principe des succès
prodigieux qui devinrent en peu de tems le
de ces heureux essais.
prix
Cependant leur humeur guerrière s'entretint
core quelque tems par une habitude
enpar la nécessité de se défendre contre les enracinée,er
gui, ennemis itréconciliables de la France, Espagnols,
tout de la colonie,
- et sur3 dont ils regardaient le
comme leur
territoire
Les
propriété, ne cessaient de la harceler,
habitans de la partie française de Saint-Domingue, redevenus des fibustiers
fois qu'il fallait
intrépides toutes les
combattre, S conservèrent
ment leur
constamsupériorité sur leurs ennemis; le froit de
leurs avantages fut d'étendre
limites de la colonie.
con-idérablment les
Quelque goût ga'ils prissent
peu-a-peu à leur nouveau genre de vie, ils formaient de tems en tems des expéditions
et lointaines. Mais ils achevèrent de s'en maritimes
sous le gouvernement de
dégoûiter
Dacase,d'après lessurtes
funestes de l'expédition de Carthagène, à
leur valeur coopéra si
laquelle
si mal
eficacement, et dont ils furent
récompensés par la peridie de Poincy, chef
de l'entreprise. C'est à cette époque que l'on doit
commencer à regarder Saint Domingue comme
lonie agricole ; c'est alors que les habitans entière- COment occupés de leur nouvel objet, et stimulés
les encouragemens de la métropole,
par
ne furent plus
funestes de l'expédition de Carthagène, à
leur valeur coopéra si
laquelle
si mal
eficacement, et dont ils furent
récompensés par la peridie de Poincy, chef
de l'entreprise. C'est à cette époque que l'on doit
commencer à regarder Saint Domingue comme
lonie agricole ; c'est alors que les habitans entière- COment occupés de leur nouvel objet, et stimulés
les encouragemens de la métropole,
par
ne furent plus --- Page 75 ---
(31)
que de laborieux agriculteurs, et se livrèrent avec
ardeur à ces travaux, qui rendirent la colonie de
Saint-Domingue si Horissante et si célèbre.
Mon objet n'est pas de faire l'histoire de SaintDomingue, dont j'ai déjà rapporté quelques traits
principaux, mais d'exposer succinctement ses rapides
progrès, et de mettre le lecteur en état de juger des
travaux et de l'utilité de ces hommes qui ont enrichi
la France, et dont la postérité a été si cruellement
récompensée.
Des hommes déjà acclimatés et endurcis par les
rudes travaux qui accompagnent une vie guerrière
et vagabonde, entreprennent de défricher un terrein
vierge, et que nul être n'avait pas même foulé avant
eux. Des forêts aussi anciennes que le monde sont
abattues : ils bravent les ardeurs d'un climat brilant,
etlesd dangereuses vapeurs d'un sol humide, mal sain,
et queles rayons du soleil frappaient pour la première
fois. Les eaux stagnantes sont forcées de s'écouler;
et leur industrie resserre dans un cours régulier, les
fleuves qui inondaient ces terres marécageuses, et
rendaient la culureimpraricable. Il est facile à l'imagination de se représenter combien ces premiers traVaux dûrent être pénibles, et même funestes à Ja
plupart de ceux qui osèrent les entreprendre, presque
sans autres secours que leurs bras. Mais que d'efforts
ne fallait-il pas encore pour recueillir quelque fruit
de leurs sueurs ? Il leur fallut élever des érablisse- --- Page 76 ---
(32)
mens qui se bornèrent dans le principe à quelqutes
cabanes, couvertes de branchages on d'herbes séchées; une parcie des arbres abattus furent employés
à leur construction, et le reste était livré aux
Aamnies. Les nouveaux défrichemens, préparés à
la hâte, > recevaient aussi-tôt la graine des plantes
qui,ie cette épeque, composaient toutes les tichesses
coloniales, ou étaient cultivés en vivres du pays >
dont Phabitude et l'usage s'étaient déjà introduits,
et suppléaient facilement, pour ces hommes accoutumés à la frngalité , à ceux que le commerce de la
métropole, cncore dans l'enfance, ne leur fournissait
pas assez abondamment.
L'affluence des hommes qui, dès ces tems-li, ac-,
coururent du sein de la France pour marcher sur leurs
traces, prouvent que leurs premiers travaux furent
couronnés parquelques succès. Mais comment n'eussent-ils pas tous ensemble succombé à une vie si pénible et: aux influences d'un climat dont la malignité
était azgravée par les exhalaisons d'un terrein récemment découvert; comment eussent - ils pu pousser
plus loin leurs tentatives, s'ils n'eussent été secondés
et soutenus par de puissans encouragemens?. Le commerce français se chargea de cet emploi bienfaisant
dans son objet, si utile à lui-méme, et qu'il ne prévoyait peut-être pas alors devoir être la source de la
splendeur à laquelle il est parvenu de nos jours ;
splendeur qui cût été encore plus rapide, et eût été
accompagnée
in récemment découvert; comment eussent - ils pu pousser
plus loin leurs tentatives, s'ils n'eussent été secondés
et soutenus par de puissans encouragemens?. Le commerce français se chargea de cet emploi bienfaisant
dans son objet, si utile à lui-méme, et qu'il ne prévoyait peut-être pas alors devoir être la source de la
splendeur à laquelle il est parvenu de nos jours ;
splendeur qui cût été encore plus rapide, et eût été
accompagnée --- Page 77 ---
(33)
accompagnée de succès bien plus étonnans, si l'aveugle intérêt et la cupidité n'eussent pas introduic
des abus tyranniques dans les mapports commerciaux
de la France avec sa colonie. Néanmoins, ces
premières liaisons contribuèrent efficacement à exciter
l'émulation des colons; leurs forces consistèrent longtems dans leurs bras, dans leur ardear au travail, et
dans un ou plusieurs esclaves qu'ils parvinrent à se
procurer, et qu'ils employèrent S à l'exemple des Espagnols, non à fouiller les mines d'or, mais à chercher avec eux, dans le sein de la terre, des richesses
plus précieuses et moins incertaines. A mesure qu'ils
augmentèrent les produits de leur culture, les vaisseaux du commerce allèrent sur les côtes d'Afrique,
traiter pour eux de nouveaux coopérateurs, dont le
secours les aida à étendre Prodigieusement leurs spéculations. Leurambition ne se borna plus aux minces
produits du tabac, du rocou et du Cacao : la culture
de ces deux premières denrées fut presque généralementabandonnée pour celie de l'indigo etde la canne
à sucre, qui offrait plus d'avantages à recueillir. Ce
roseau précieux, déjà naturalisé à Saint- - Domingue,
mais qui n'avait été jusques-liqu'un objer de curiosité, ouvrait sur-tout une branche brillante à leur
industrie : ses diverses préparations exigeaient des
moyens et des avances considérables : le commerce
pourvur à tout, et seconda puissamment leur activité.
Les riches plaines du nord et del l'ouest achevèrent de
Tome I.
C
d'avantages à recueillir. Ce
roseau précieux, déjà naturalisé à Saint- - Domingue,
mais qui n'avait été jusques-liqu'un objer de curiosité, ouvrait sur-tout une branche brillante à leur
industrie : ses diverses préparations exigeaient des
moyens et des avances considérables : le commerce
pourvur à tout, et seconda puissamment leur activité.
Les riches plaines du nord et del l'ouest achevèrent de
Tome I.
C --- Page 78 ---
(34)
des champs de cannes prirent de tout
se découvrir;
côté la p'ace des bois abattus; des établissemens plus
considérables et mieux construits s'élevèrent ; des machines aussi nécessaires qu'ingénieuses furent inventées par des ouvriers habiles, qu'on avait attirés de
France dans la colonie; enfin. 3 des succès éclatans
couronnèrent les efforts de ces hommes laborieux, et
ne firent que les animer d'une nouvelle ardeur.
Bientôt les terreins unis, resserrés entre les monet
avaient dû être défrichés les
ragnes et la mer, qui
premiers, ne purent suffire àl l'agriculture qui prenait
de jour en jour plus d'accroissement : elle s'étendit
dans les lieux les plus difficiles et qui en avaient paru
d'abord le moins susceptibles. Quelques habitans et
une partie de ces hommes qui accouraient en foule
d'Europe, pénérrèrent dans les montagnes, où des
concessions étaient facilement accordées, à des conditions douces et favorables à l'agticulture, par le
quis'était réservé le droit d'en disposer
gouvernement des motifs d'ordre et de prudence. Mais leurs
par
rapides et éloignées de la mer, étaient peu
croupes à la culture du sucre et de l'indigo, qui renpropres
les
si Aorissantes, et ne
toutes
prédait déjà
plaines
sentèrent
de médiocres progrès, ou même d'inuque
la colonie fût enrichie d'un
tiles essais, jusqu'à ce que
il semblait que la nature
nouvel arbuste, pour lequel
les avait destinées. Le cafier, étranger aux Antilles
comme les autres plantes qu'on y cultivait déjà avec
croupes à la culture du sucre et de l'indigo, qui renpropres
les
si Aorissantes, et ne
toutes
prédait déjà
plaines
sentèrent
de médiocres progrès, ou même d'inuque
la colonie fût enrichie d'un
tiles essais, jusqu'à ce que
il semblait que la nature
nouvel arbuste, pour lequel
les avait destinées. Le cafier, étranger aux Antilles
comme les autres plantes qu'on y cultivait déjà avec --- Page 79 ---
(35)
tant de succès, y fut transporté du fond de l'Arabie;
au commencement de ce siècle. Sa culture, dont on
ne tarda pas à connaître les
avantages 3 donna un
nouveau mouvement à l'industrie : ses efforts enfantèrent encore des miracles plus étonnans peut-être
quedles premiers. Les rochers les plus escarpés se couvrirent de cafiers qu'on planta jusques dans leurs
fentes, avec le secours de la pince de fer; et leur aspectsourcilleux ne présenta plus que le coup-d'ail de
jardins symétriques et agréables. Des communications furent ouvertes avec. les plaines, et ces lieux sauvages et prequ'inhabitables, rivalisèrent avec elles
Par des érablissemens pour la construction desquels il
fallat que l'art vainquit par-tout la nature.
On pense peut-être que des forces considérables
ou au moins sufisantes, aidèrent à former ces grandes
entreprises. Comment des hommes pauvres, isolés,
et venus d'Europe sans autre moyen pour tenter fortune, que le secours de leurs bras, auraient-ils
les procurer ? Quelques-uns étaient favorisés pu se
sociétés formées
par des
avec des particuliers plus fortunés,
qui faisaient quelques avances, et parrageaient les
fruits avec ettx : d'autres, réduits à eux-mêmes,
mencèrent seuls l'édifice de leur
comfortune : leurs
grès ne furent pas si lents qu'on serait en droit de prose
limaginer, grâce à l'admirable fécondité de ce climat, et à la richesse des denrées qu'il produit. Leurs
premiers rapports leur valaient quelques avances de
C 2
particuliers plus fortunés,
qui faisaient quelques avances, et parrageaient les
fruits avec ettx : d'autres, réduits à eux-mêmes,
mencèrent seuls l'édifice de leur
comfortune : leurs
grès ne furent pas si lents qu'on serait en droit de prose
limaginer, grâce à l'admirable fécondité de ce climat, et à la richesse des denrées qu'il produit. Leurs
premiers rapports leur valaient quelques avances de
C 2 --- Page 80 ---
(36)
la
du commerce, dont l'ardeur au travail et la
bonne-foi part
du culivaeuraugnenoienha confiance et
la facilité, et que des bénéfices considérables, ou
ceux qu'il se promettait, rendaient très-empressé de
se défaire des marchandises importées par ses vaisseaux, dans la colonie. Le premier noir fut le plus
difficile à gagner ; il le fut bien moins d'atteindre au
prix des cinq suivans. Les efforts et les opérations
augmentaient à proportion 3 et l'habitant qui avait
commencé avec rien, se voyait, au bout de vingt
riche êt opulent.
Tels furent les succès qui couronnèrent le berceau
de Saint-Domingue, et qui, dès le principe, eussent
de
été encore plus rapides et plus décisifs,si l'esprit
l'avarice, et les abus qu'il entraîne après lui, n'étaient
altérer la
des liaisons formées entre l'avenus
pureté
griculture et le commerce, et ne leur avait fait oublier insensiblement qu'ils étaient faits Fun pourl'autre.Labonne-foiavaity présidé aux premiers échanges;
les bénéfices qui auraient dû F'affermir, allumèrent
malheurensement la cupidité, dont les forces s'accrurent par la facilité d'abuser de la simplicité d'homleurs succès rendaient peu difficiles, et que
ines, que
de
les obla nécessité et le besoin forçaient prendre
voulait bien y mettre. Il arriva
jets au prix qu'on
clairmême que les Colons, devenus peu-à-peu plus
perdirent jusqu'au droit d'accepter ou de refuser; voyans, ils devinrent, en quelque sorte 2 sujets de
urensement la cupidité, dont les forces s'accrurent par la facilité d'abuser de la simplicité d'homleurs succès rendaient peu difficiles, et que
ines, que
de
les obla nécessité et le besoin forçaient prendre
voulait bien y mettre. Il arriva
jets au prix qu'on
clairmême que les Colons, devenus peu-à-peu plus
perdirent jusqu'au droit d'accepter ou de refuser; voyans, ils devinrent, en quelque sorte 2 sujets de --- Page 81 ---
(37)
compagnies de commerce qu'on venait de former, et
dont le despotisme et le monopole criant, firent oublier linjustice des particuliers. La compagnie des
Indes occidentales, créée à l'époque de la réunion de
Saint-Domingue à la France, et dont les privilèges
supprimés en I 1674, s'étendaient à toutes les Antilies
françaises, avait, malgré beaucoup d'abus, > favorisé
les progrès de la colonie naissante, que le commerce
particulier n'eût pas assez activement sourenue 2 et
qui, sans cette mesure, fût devenue la proie du commerce érranger. Néanmoins, les habitans peu façon2
nés encore au joug de linjustice, et révoltés par sa
cupidité, se soulevèrent contr'elle, et chassèrent toits
ses agens. Après son extinction, les nationaux, attirés
par des bénéfices certains, accoururent à Saint-Domingue, et la concurrence fut pour l'agticulture et
le commerce, > le principe d'accroisscmens dont la
France recueillit tous les' avantages.
Tous leurs efforts s'étaient naturellement portés
sur les parties du nord et de l'ouest, dont les ports se
présentent les premiers aux vaisseaux d'Europe, et
offraient à T'habitant des débouchés plus faciles. La
parcie du sud, moins fréquentée par les premiers fondateurs, restait inculte et négligée, lorsque les autres
brillaient déjà par la culture, > et étaient ornées de
villes Aorissantes. Le maintien de la liberté vivifiante
du commerce. et de sages enceuragemens, luiauraient
préparé des succès pareils; et le cultivateur, obligé a de
C 3
, et
offraient à T'habitant des débouchés plus faciles. La
parcie du sud, moins fréquentée par les premiers fondateurs, restait inculte et négligée, lorsque les autres
brillaient déjà par la culture, > et étaient ornées de
villes Aorissantes. Le maintien de la liberté vivifiante
du commerce. et de sages enceuragemens, luiauraient
préparé des succès pareils; et le cultivateur, obligé a de
C 3 --- Page 82 ---
(38)
sétendre,n'ebr pas tardé éàs'appercevoir que cette paréloignée à la vérité de la colonie, est la
tie : la plus
fertile de toutes. On crut atteindre
plus riche, la plus
plurôt ce but, en formant pour elle une spéculation
La compagnie royale de SaintDomingue
particulière:
avec les privileges les
ou du sud fut créée en 1698,
étendus : elle devint, parl'édit de création, proplus
les terres incultes de la partie du
priétaire de routes
ou
pût faire défricher pour son compte ,
sud qu'elle
certains droits et réserves. Elle
concéder, moyennant
eut la liberté de faire tous statuts et règlemens quilui
convenables ; on lui accorda la nomiparaictaient chefs militaires et des officiers de justice 5
nation des
de
avec les puissances
et le droit de guerre et
paix
les
Enfin, elle fut revêtue de toutes préroétrangères.
la souveraineté, aux seules
gatives qui constituent
conditions de foi et hommage-lige, et de transporter
certain nombre déterminé de blancs
aux colonies un
et de noirs.
balancer l'effer
Ces éclatantes faveurs 1e purent
des abus dont cet érablissement fut presqu'aussinée
Les premiers efforts de la compaguie
accompagné.
mais dès qu'il
contibuèrent à vivifier lindustrie;
furent presqu'étouffés
fallut recueillir, ses progrès
maitres
l'usure et le monopole de ses agens 2 qui
des
par
telles conditions qu'il leur plaisait à
d'imposer
tenir d'elle 2 fixaient un
hommes forcés de tour
qu'ils
aux objets
Frix arbittaire et toujours injuste --- Page 83 ---
(39)
leur vendaient, et à ceux qu'ils en recevaient en
retour. Un autre abus s'était introduit dans les fournitures qui étaient de la plus mauvaise qualité 5 soit
pour bénéficier d'autant sur la main d'ceuvre 3 soit
pour qu'on fûr forcé de recourir plus souvent aux
magasins de la compagnie. Le cultivateur, trompé
et mécontent, se décourageait d'être éternellement
son débiteur; par un résultat facile à prévoir 2 l'agriculture resta dans l'enfance, 3 et la compagnie
royale de Saint-Domingue succomba par sa propre
avidité, et sous le faix des dépenses énormes que
coûtèrent ses établissemens. Ce.n'est que denos.
jours que la partie du Sud, long-t tems négligée
par le commerce national, qui ne va qu'od il y
a des bénéfices certains à faire, mais alimentée en-.
secret par le commerce étranger, a pris enfin le rang
qui lui était assigné par la nature et par sa fé
condité.
C4
compagnie
royale de Saint-Domingue succomba par sa propre
avidité, et sous le faix des dépenses énormes que
coûtèrent ses établissemens. Ce.n'est que denos.
jours que la partie du Sud, long-t tems négligée
par le commerce national, qui ne va qu'od il y
a des bénéfices certains à faire, mais alimentée en-.
secret par le commerce étranger, a pris enfin le rang
qui lui était assigné par la nature et par sa fé
condité.
C4 --- Page 84 ---
(40)
CHAPITRE IIL
les nations modernes se sont proDe l'objet que
de Saintposé en fondant leurs colonies ; rapports
de
avec sa métropole ; de ses progrès et
Domingue
de dissolution qu'elle renferses abus ; des germes
en
dedans d'clle-môme, et des causes qui
mait au
: derniers temps le dévelopont retardé jusqu'a ces
pement .
et les funestes efers.
était
Matoxi tant d'entraves, Saint-Domingue
Aorissante. avant la fin du siècle qui
une, colônie
: elle était déjà
avait vu ses faibles comméncemens
glorieux
le nom français un monument plus
pour les faits étonnans et les victoires qui avaient préqué
côtes avaient été fondées des villes peucédé.Sur rses
abordaient de nomplées, dans les ports desquelles
militaire
breux vaisseaux. Un gouvernement civil et
linstitution d'un conseil suy avait été organisé par
aul petit-goave, et de quatre siéges-royaux.
péricur
contribuait puissamment à
Dès lors son conerce
formidables
Teclat de la marine française et de ces
Louis XIV opposa à ses ennemis 5
escadres que
débouchés des manuil offrait un des principaux
factures dont Colbert enrichit la France.
déjà si riche et si
Cependant Samnt-Domingae,
de ce
était encore éloignée
utile à cette puissance, --- Page 85 ---
(41)
dégré de splendeur auquel elle avait droit de
tendre. Cette colonie se ressentit
prémalheurs
cruellement des
qui accablèrent lai
cement et vers le milieu de métropole au commencontribua
ce siècle; mais rien ne
plus à rallentir ses progrès
le
des compagnies
que systême
privilégiées 5 dont la ruine des intéressés, ou une manière de voir plus saine amenaenfin
l'entière destruction. C'est après la guerre de
que la colonie française de
1756,
mença à
Saint-Domingue comprendre son essor et à s'avancer
vers son plus haut point de
rapidement
La liberté
puissance et d'industrie.
entière,erendue au commerce
l'émulation qu'elle fit naître dans les national,
les
particuliers >
encourageméns accordés aux anciennes branches
d'agricalture, et à celle du cafier, dont la colonie
avaic été enrichie, , doublèrent sa
produits. La guerre de
population et ses
colonies, acheva de lui 1778,si funeste-aux autres
imprimer le mouvement le
plus actif, parce qu'elle devint le centre du
merce T des. neurres > et
comd'or
par l'énorme. quantité
qa'y.répandirene les escadres et les
auxiliaires d'Espagne; enfin,
la
troupes
du café,
par hausse subite du ptix
que diverses causes avaient fair
et dont la culture
tomber,
encouragée, doubla à
ce moment. Cefut
compter de
alorsque sans
quiavaient concouru à la rendre connaitelesmoyens si
commença
importante > on
les
généralement en France à en. ressentir
heureux effets. Une incroyable activité s'étendit
et les
auxiliaires d'Espagne; enfin,
la
troupes
du café,
par hausse subite du ptix
que diverses causes avaient fair
et dont la culture
tomber,
encouragée, doubla à
ce moment. Cefut
compter de
alorsque sans
quiavaient concouru à la rendre connaitelesmoyens si
commença
importante > on
les
généralement en France à en. ressentir
heureux effets. Une incroyable activité s'étendit --- Page 86 ---
(4:)
Les
petits Aeurirent et se
dans tous ses ports.
plus
de
de vaisseaux destinés aux voyages
long
remplirent
richesses circulèrent dans le sein
cours. D'immenses
envivifierent-les manufactures , y
de la France, y
éclata de toutes
couragèrent les arts: un luxeinconnu
l'aisance et du travail à des mil-,
parts,. et procura
la source:
lions d'hommes, dont la plupart ignoraient
de ces: bienfaits.
les heufeux chane
Mais ce fut principalement par
qui-s'opérètent dans sa marine et son comgemens
-la France dut sentir les avaniagesinapmerce. 3 que
Sa. marine militaire,
préciables de cette possession.
de désastres
anéantie par une suite non intérrompue semblait
et que le. désordre des fnances nationales
condamner à it une éternelle impuissance > reparut
plus brillante que jamais; et fut en état:
tout-à-coup
des succès balancés, àl toutes les
de tenir tête-avec
formidable. Elle: était
forces de mer d'un ennemi
maralimentée sans efforts par les nombreux navires
chands qui sortaient de; nos ports pour se répandre
les
de Funivers 3 et qui. étaient
sur tous
points
multitude de malécole oi se formait pour elle une
tn
telots.
nation ambitieuse et jalouse s'était
En vain une
malheureuse de 1756,davoir
fattée,après la guerre
vain elle dirigea ses'
écrasé notre commerce ; en
occidentales,
plus grands efforts contre nos colonies
soutien.!
qu'elle considérait eomme sol1 plus ferme --- Page 87 ---
(43)
Slint-Domingue restait à la France après tant de
désastres multipliés ; son; commerce renaquit de ses
cendres, et brilla d'un nouvel éclat. Le mouvement
intérieur rallenti un instant, reprit une plus grande
activité; l'agriculture redoubla d'efforts : les manufactures nationales s'élevèrent au plus haut période
de perfection, Saint-Domingue, qui pari les richesses
qu'elle. faisair circuler au sein de la métropole, les
soutenait si essentiellement ; leur offrait d'ailleurs
un débouché certain et toujours plus avantageux.
Les denrées coloniales importées à l'érranger, et
sur-tout dans le nord, rendaient toutes. les nations
tributaires de la France; et l'énorme balance qui en
résultait en faveur de son commerce > servit efficacement à cicatriser les plaies qui lui avaient été faites
par ses ennemis du dehors- 5 et à pallier celles bien
plus profoudes que lui causaient ses ennemis du
dedans., :
EST
Ces avantages précieux étaient encore susceptibles
d'une extension incalculable. Plus d'ordre et d'économie, un calcul mieux entendu des moyens de
s'approprier tous les fruits de ce commerce, en
eussent considerablement augmenté les bénéfices,
dont une partie eût pu être appliquée aux enconrageméns à accorder à SiintDomingue, afin, de la
pousser rapidement à son plus haut degré de splendeur. Cette colonie offrait encore des ressources
érendues. Ses habitans laborieux n'attendaient que
d'une extension incalculable. Plus d'ordre et d'économie, un calcul mieux entendu des moyens de
s'approprier tous les fruits de ce commerce, en
eussent considerablement augmenté les bénéfices,
dont une partie eût pu être appliquée aux enconrageméns à accorder à SiintDomingue, afin, de la
pousser rapidement à son plus haut degré de splendeur. Cette colonie offrait encore des ressources
érendues. Ses habitans laborieux n'attendaient que --- Page 88 ---
(44)
d'être sécondés pour la porter au dérnier point qu'elle
fit capable d'atteindre. Les parties opulentes du
rien à
nord et de l'ouest, ne laissaient presque plus
desirer. Celle du sud, si long-tems négligée 2 et
qui ne devait, en quelque sorte, ses progrès qu'à
elle-mème, et aux secours clandestins du commerce
étranger, attirait sur elle l'attention générale > et
d'effacer, moyennant des secoitrs > tout
prométtait Féclat dont brillaient les deux parties rivales. En
éclipsait toutes les
an mot, Saint-Domingue 2 qui
seule
autrés Antilles françaises et" étrangères, et qui
balaniçait, ou surpassait leurs produits réunis, eût peutêtre fini par les dépouiller de tout l'intétêr qu'elles
au commerce européen, et par les anéantir
présentent l'immensité de ses ressources 2 la supériorité de
par
ternitoriales,et par les facilités qu'elle
ses productions
soffre au commerçant.
létendue
De tous les témoignages qui pronvent
il
intérieures de Saint- Domingue',
des ressources
fort
les abus qui n'ont
n'en est point de plus
que
cessé de s'attacher à cette colonie dépuis sa fondation"
Les
comme lés' plus
jusqu'i nos jours.
plus frappans,
inhérens
nuisibles, étaient devenus en quelque sorte
à son gouvernement > à ses rapports commerçiaux Je les
avec la métropole , et à son régime intérieur.
exposerai successivement.
ainsi que les meilLes meilleurs gouvernemens >
leures lois, tous les sages sont d'accord surce point,
'en est point de plus
que
cessé de s'attacher à cette colonie dépuis sa fondation"
Les
comme lés' plus
jusqu'i nos jours.
plus frappans,
inhérens
nuisibles, étaient devenus en quelque sorte
à son gouvernement > à ses rapports commerçiaux Je les
avec la métropole , et à son régime intérieur.
exposerai successivement.
ainsi que les meilLes meilleurs gouvernemens >
leures lois, tous les sages sont d'accord surce point, --- Page 89 ---
(45) )
mieux au climat, aux
sont ceux qui s'adaptent
idées, et aux intérêts
mceurs, aux inclinations > aux destinés. A bien consides petiples auxquels ils sont
dérer en lui-même celui qui a régi Saint-Domingue,
soit qu'il fût l'effet du hasard,d'une sage prévoyance,
émanation naturelle de celui de la métroou une'
nécessitées par la diffépole, avec des modifications
siècle
des
il serait difficile, d'après un
rence
localités,
de succès, de se refuser à
et demi d'expérience et
convenait le mieux
la conviction que c'était celui qui
colonie et cette vérité est plutôt prouvée
à cette
les abus même dont je dois
que combattue , par
semblables à la rouille qui
parler, et qui, après tout,
s'attache à l'acier le plus pur et le mieux trempé,
ou moins inséparables des meilsont toujours plus
leurs gouvernemens.
des
J'ai parlé au commencement de cet ouvrage
étaient fondés les rapports des
principes sur lesquels
moins
colonies anciennes avec leurs métropoles >
faire
directe aux colonies mopour en
T'application
base certaine d'après
dernes, que pour avoir une
fixer leurs droits respecifs, les législaquelle on put dans ces derniers tems 2 rien
lateurs n'ayant >
déterminé là - dessus, et les opinions pouvant s
leur silence, vatier avec droit sur ce point
d'après délicat. Je croirais même que les principes de liberté
admis entre les colonies et les méet d'indépendance
tropoles de l'antiquité, ne sont guères applicables
base certaine d'après
dernes, que pour avoir une
fixer leurs droits respecifs, les législaquelle on put dans ces derniers tems 2 rien
lateurs n'ayant >
déterminé là - dessus, et les opinions pouvant s
leur silence, vatier avec droit sur ce point
d'après délicat. Je croirais même que les principes de liberté
admis entre les colonies et les méet d'indépendance
tropoles de l'antiquité, ne sont guères applicables --- Page 90 ---
(46)
récens ; ils le sont d'autant moins,
aux étsblisemens
de
dans le but respectif
quilya peu ou point rapport
des
de leurs fondateurs. J'ai dit qu'une portion
peu-
& n'allait fonder des villes
ples anciens n'émigrait
d'une
pour obvier aux inconvéniens
au loin, que
population resserrée dans un territoire
trop grande
abandonner une contrée, ou
tres-circonscrit, ou pour
a elle
une faction ennemie et victorieuse,
accablée par
la persécution et le malheur.
n'avait à attendre que
modernes n'ont eu dans ces érablisLes nations
de
qui
des vues d'intérêt et
commerce,
mens que
par une dépendance
ne pouvaient être remplies que
absolue de ces colonies envers leurs métropoles.
réservé la propriété
Elles s'en sont en conséquence
des moyens propres
exclusive, ,et n'ontnégligéancun domination. En scrutant attenà y maintenir leur de
on y pourrair
rivement ies annales
T'antiquité,
Ces
quelques exemples qui les justifient.
trouver
à l'équité, sont suffisans pour proumorifiyconformes
en pareil cas >
ver que tout projer d'indépendance, colonies modernes
est injuste en principe. Si quelques
la contrée euont été forcées de faire scission avec
c'est
elles doivent leur origine e,
ropéenne à laquelle
de la différence qui disparce quindépendamment
du continent
tingue les possessions europénnes
se
américain de celles des Antilles, elles pouvaient
d'ailleurs elles ont été juspasser de sa protection;
la violation des conditions réciproquement
nitées par --- Page 91 ---
(47)
stipulées à Tépoque de leur fondation , par le concours de l'injustice de leur métropole - > et du pouvoir qu'elles avaient de s'y soustraire 2 après avoir
épuisé toutes les voies de conciliation, , mais sur-touE
par le succès quia couronné leurs efforts. A l'exception des colonies espagnoles du continent, > je ne
pense pas qu'aucune autre ait intérêt à suivre cet
exemple.
En général, il faut considérer les colonies des
Antilles comme des conquêtes qui doivent rester à
la bienséance de leurs métropoles'; tant qu'elles ne
seront pas dans la triste nécessité, ou qu'elles n'auront pas la puissance de se soustraire à leur empirei
Si j'ai établi quelque différence entr'elles et SaintDomingue, c'est d'après les circonstances particulières qui ont accompagné la fondation de cette
dernière, et seulement pour prouver qu'elle avait 5
au moins, un double droit au respect dû aux propriétés, respect qui devrait être inviolable dans tous
les tems et dans tous les lieux. Mais j'abrège cette
courte digression pour revenir à mon objet.
Les avantages de l'indépendance politique - 2 et de
la liberté absolue du commerce qui en est la conséquence 2 sont immenses; mais à n'en juger que relativement, une légère attention sur l'isolement de
nos colonies et sur leur constitution intéricure, suffisent pour prouver qu'elles sortent de la règle commune > et combien serait grand le danger d'être Ii-
dans tous
les tems et dans tous les lieux. Mais j'abrège cette
courte digression pour revenir à mon objet.
Les avantages de l'indépendance politique - 2 et de
la liberté absolue du commerce qui en est la conséquence 2 sont immenses; mais à n'en juger que relativement, une légère attention sur l'isolement de
nos colonies et sur leur constitution intéricure, suffisent pour prouver qu'elles sortent de la règle commune > et combien serait grand le danger d'être Ii- --- Page 92 ---
( 48 )
vrées à elles-mèmes. Le présent
combien les fruits de
prouve encore mieux
devenir amers
Tindépendance pourraient
> si une colonie telle
Domingue, renfermant
que Saintun volcan terrible dans
sein, se
son
trouvait, par un concours fortuit de circonstances, > destituée tout-d-coup de
déchirée par une guerre intestine
protection s
impossible d'éteindre
s qu'il lui serait
lintrigue
avec ses propres forces, et que
pourrait sans cesse rallumer entre le
nombre qui chercherait à briser
grand
petit qui s'efforcerait
ses chaines, et le
vain
inucilement de sy opposer. En
implorerair. t elle alors des secours
elle ne se verrait environnée
étrangers 5
et ardens à
que d'ennemis envieux,
amis
agraver ses malheurs, et de
qui s'empresseraient de
prérendus
Je développerai ailleurs
partager ses dépouilles.
plus étendue.
cette vérité d'une manière
Je m'isole de tout raisonnement
toute discussion
étranger > de
entièrement
métaphysique, pour
aux
m'abandonner
rience
leçons moins incertaines de
et de la réfexion ; et je conclus
l'expébien plus que par-tour
que c'est ici,
peuple
ailleurs, le cas de dire
environné de
qu'un
dedans de lui-même dangers, et qui renferme aufaire le sacrifice
les plus nuisibles fermens, doit
d'une partie de ses droits
surer la jouissance
pour s'asmême
tranquille de l'autre 3
tout sacrifier, s'il le faut,
qu'il doit
existence et ses propriétés
pour sauver son
contisueliomsnremenaceas
Sous
l'expébien plus que par-tour
que c'est ici,
peuple
ailleurs, le cas de dire
environné de
qu'un
dedans de lui-même dangers, et qui renferme aufaire le sacrifice
les plus nuisibles fermens, doit
d'une partie de ses droits
surer la jouissance
pour s'asmême
tranquille de l'autre 3
tout sacrifier, s'il le faut,
qu'il doit
existence et ses propriétés
pour sauver son
contisueliomsnremenaceas
Sous --- Page 93 ---
- 49 )
Sous ce point de vue, et d'après ce principe dont il
est facile de faire l'application, il fallait à nos colonies; sur-tout à Saint-Domingue, où il y avait le
plus de disproportion entre le nombre des blancs et
celui des noirs, un gouvernement
vigoureux 3 sans
cesse éveillé sur les mouvemens sourds de l'esclavage, toujours prêt à réprimer des insurrections continuellement à craindre, quoiquheareuement prévenues par sa vigilance. Il en fallait un non moins
énergique pour enchaîner les passions, 3 et pour diriger vers un objet utile la dangereuse activité d'une
foule d'hommes qui accouraient de France et de
toutes les parties d'Europe, quelques-uns chargés de
vices et de crimes, et tous en général bralant du
desir de satisfaire leur ambition, et prêts à tout entreprendre pour y parvenir. Près de deux siècles
passés sans déchirement, J et avec un enchaînement
non-interrompu de succès, prouvent que c'était celui
qui devait le mieux remplir le double objet de la
métropole, d'y faire jaillir pour elle une source
abondante de richesses, et d'y maintenir une tranquilité parfaite, > à la faveur de laquelle le cultivateur pûc se livrer paisiblement à ses utiles travaux.
Mais il était impossible que ce gouvernement qui,
tant que les colonies seront peuplées inégalement
par deux espèces d'hommes divisées d'inclinations et
d'intérêts, sera le seul qui puisse leur convenir, quelques changemens ou modifications qu'on apporte à
Tome I.
D --- Page 94 ---
(50)
leur constitution intérieure; ; il était impossible ;
dis-je, que ce gouvernement exercé successivement
des chefs plus oul moins justes, et qui avaient
par leurs vues particulières à remplir, ne fac pas accompagné d'un grand nombre d'abus, qu'on voyait
disparaiere facilement sous le gouvernement d'un
homme sage et désintéressé, pour revenir sous celui
de son successeur moins habile, ou moias désintéressé que lui.
I semble que la médiocrité soit le véritable élément des vertus. Les premiers chefs de Saint-Domngue, chargés de conduire une colonie encore
pauvre et penplée d'hommes simples, les gouvernèrent en véritables pères de famille, et ne laissèrent
des exémples vertueux à imiter. Mais le mal
qae
leur
est toujouts à côté du bien ; et sans le savoir,
à la
une suite de
sagesse 2 qui préparait
postérité
succès brillans, 2 y laissait en même tems le germe
des maux dont le développement devait servir un
jour à les empoisonner. Les richesses amenèrent
progressivement la cotruption, qui se manifesta
dans les particuliers par la plus insatiable cupidité,
et dans les chefs, par le plus insolent despotisme.
Remplis eux-mèmes d'avarice, de présomption et
ils substituaient souvent leur intérêt
d'ignorance 2
a l'intérêt général, et leur propre volonté à celle
de la loi. S'ils l'exécutaient, c'était quelquefois à
contre-tems, et de manière à rendre son application
ner. Les richesses amenèrent
progressivement la cotruption, qui se manifesta
dans les particuliers par la plus insatiable cupidité,
et dans les chefs, par le plus insolent despotisme.
Remplis eux-mèmes d'avarice, de présomption et
ils substituaient souvent leur intérêt
d'ignorance 2
a l'intérêt général, et leur propre volonté à celle
de la loi. S'ils l'exécutaient, c'était quelquefois à
contre-tems, et de manière à rendre son application --- Page 95 ---
(SI)
plus dangereuse qu'utile. Despotes absolus en Amérique, ils savaient fléchir humblement sous la volonté
des ministres, s leuts protecteurs 3 qui jugeaient toujours de leuts talens d'après leur obéissance
recevaient d'eux
des
2 et ne
que
renseignemens faux ou
inexacts. Dévorés, à l'instar des particuliers,
la
soif de s'enrichir, ils se montraient
par
peu difficiles
sur les moyens. Plusieurs d'entr'eux osèrent établir,
sous des prérextes spécieux, des impositions onéreuses et illégales ; d'autres spéculèrent
la
jusques sur
reconnaissance des maîtres, en imposant sur l'affranchissement des esclaves des droits exhorbitans
rendaient inutile le desir qu'avair l'homme
for- qui
tuné de récompenser son esclave fidèle. Le plus peu
nombre, enfin, chargé spécialement de
grand
protéger le
commerce national, et d'écarter tout ce qui
lui nuire ou lui porter ombrage,
pouvait
employait honteusement à traiter clandesinement,
leur
pour
compte, avec le commerce étranger, les mêmes
vaisseaux de garde, armés aux frais de l'état,
l'éloigner ou le détruire. Telle est une légère pour
des abus de l'administration coloniale,
partie
faut joindre le
de
auxquels il
plus grave
tous 9 celui de deux
chefs, qui arrivaient toujours dans la Colonie
rans et
ignoremplis de fausses idées, et qu'on rappelait
rigoureusement lorsque quelqu'expétience
les mettait en état d'opérer le bien.
acquise
Malgré ces
inconvéniens, 3 les Colons, 3 uniquement occupés de
D 2
ère pour
des abus de l'administration coloniale,
partie
faut joindre le
de
auxquels il
plus grave
tous 9 celui de deux
chefs, qui arrivaient toujours dans la Colonie
rans et
ignoremplis de fausses idées, et qu'on rappelait
rigoureusement lorsque quelqu'expétience
les mettait en état d'opérer le bien.
acquise
Malgré ces
inconvéniens, 3 les Colons, 3 uniquement occupés de
D 2 --- Page 96 ---
( s2)
Tédifice de leur fortune, firent quelquefois entendre
leurs plaintes, nais sans chercher jamais à secouer
un joug qui faisait leur propre sûreté : ils restèrent
paisiblement soumis à un gonvernement dont l'ambition' respeccair religieusement le droit de propriéré,
et voillait sans cesse à leur conservation.
Pour juger sans prévention et avec maturité des
droits sur lesquels sont fondés les rappores commerciaux établis entre les mécropoles et leurs colonies,
il faut nécessairement remonter aux causes qui occasionnèrent leur établissement. Les nations européennes ne fondèrent des colonies que pour étendre
lear commeice et leur navigation, et ne dûtent
oublier de leur imposer toutes les condirions
pas
propres à les,favoriser. Elles se réservèrent sagement
le droit cxclusif de commercer avec eiles. Pour
l'exercer avec fruit, et empècher qu'iln'y fût porté
atteinte, elles instituèrent les lois prohibicives qui,
chez toas les peuples, tendirent également à fermer
Pentrée de leurs colonies aui commerce étranger. Que
des raisons de politique ou de nécessité les aient,
citconstances, forcées de modifier ce
en quelques
les
droit, il n'en reste pas moins fondé Stll tous
principes de justice > tant que la métropole remplit
de son côréles conditions qui doivent le faire tourner
à l'égal avantage de ses colonies. Ces conditions
consistent dans l'obligation de les protéger, de leur
fournir tous les objets nécessaires à leurs besoins,, --- Page 97 ---
(53) )
et de prendre leurs productions en échange-La pres
mière est à la charge directe de l'état; le commerce
national est chargé d'exécuter la seconde avec un
zèle et une fidélité proportionnés aux avantages qa'il
en retire. C'estici le lieu d'examiner si le conmerce
français a bien rempli cette tâche importante et
lucrative.
Jer rappelle encore ici la différence qui se trouve
entre l'établissement de Saint-Domingue et celui
des autres colonies; mais avec l'intencion de ne
m'en prévaloir en Sil faveur, que pour rendre doutblemenc respecrable le droit qu'clle avait à lexécution fidele des conditions réciproquement stipulées entre la France et elle. Mais le commerce
national a-t-il rempli celles qui le concernaient 2
Les relations commerciales de Saint-Doningue,
sévérement interdites à Pétranger, furent, , dès le
principe, abandonnées au monopole des compagnies
privilégiées, dont les unes succombèrent sous leur
propre ambition; et d'autres, après diverses tentatives pour se relever, furent forcées de les céder
à l'active émulation des particuliers. Ces derniets,
admis à partager les fruits d'un commerce dont
ils se voyaient exclus à regret, cherchèrent d'aberd
à justifier cette faveur, en formant, à l'envi, des
liaisons fondées sur la banne foi, et sur l'avantage
réciproque. Mais la corruption que les richesses
entruinent à leur suite, ile manqua pas d'opérer
D3
es tentatives pour se relever, furent forcées de les céder
à l'active émulation des particuliers. Ces derniets,
admis à partager les fruits d'un commerce dont
ils se voyaient exclus à regret, cherchèrent d'aberd
à justifier cette faveur, en formant, à l'envi, des
liaisons fondées sur la banne foi, et sur l'avantage
réciproque. Mais la corruption que les richesses
entruinent à leur suite, ile manqua pas d'opérer
D3 --- Page 98 ---
(54)
ordinaires. Le commerçant français :
ici ses effets
et volant
rempli d'abord de zèle et de complaisance. 2
des desirs du cultivateur, dont les traau-devant
T'enrichissaient, devint dur, exigeant et impévaux
succès qui Ténorgueillirent,
rieux après quelques
n'auraient dà que redoubler son ardeur.
lorsqu'ils
la colonie que comme
Bientôr, il ne considera plus
dont les productions lui étaient excluune propriété
le prix qu'il voulait
sivement destinées, moyennant
bien mettre. Ardent à abuser des besoins pressans
y
occasionnés soit par la pénurie des
du cultivateur,
soit
le malheur des
objets de première nécessité,
par
circonstances, il manqua rarement de manifester
inflexibilité déshonorante, et une avarice qui
une
ses résultats,
faisait d'un étathonnète et respectable par
le plus vil de tous les états.
Mais rien n'était plus révoltant que sa jalousie,
les efforts
fit constamment pour détourner
et
qu'il
toutes
l'effet des sages mesures du gouvernement,
fois
sentit la nécessité de permettre aux
les
qu'on
et les égards
étrangers avec tous les ménagemens >
d'introdaire dans quelques
dûs au commerce national,
indispendésignés de la colonie, les objets
points
n'était pas en état de lui
sables de subsistance, qu'il
suffisante. Des contrées immenses
fournir en quantité
inutiles faute de bras
et fertiles restaient incultes et
exclusivement occupé
et de moyens. Le commerçant,
de ses intérèts, ou incapable de sentir que quelques
faites à prepos étaient un moyen assuré
avances
daire dans quelques
dûs au commerce national,
indispendésignés de la colonie, les objets
points
n'était pas en état de lui
sables de subsistance, qu'il
suffisante. Des contrées immenses
fournir en quantité
inutiles faute de bras
et fertiles restaient incultes et
exclusivement occupé
et de moyens. Le commerçant,
de ses intérèts, ou incapable de sentir que quelques
faites à prepos étaient un moyen assuré
avances --- Page 99 ---
(s5)
de multiplier les richesses de la métropole et les
siennes, les laissait à l'abandon, et provoquait en
même tems des lois rigoureuses contre quiconque
eût osé réparer les effets de sa négligence ; mais
le besoin et l'industrie furent plus forts que la crainte
et les obstacles multipliés qu'on leur opposa ; et
c'est aux étrangers que l'on dût l'éclat dont brillait
la partie du Sud, et une partie de celui du reste
de la colonie.
Deux états faits pour être unis par le sentiment
de leur utilité mutuelle, dûrent devenir secrettement ennemis envieux et irréconciliables, et ne
restèrent extérieurement liés que par le besoin qu'ils
avaient lun de l'autre. La fraternité, la bonne foi
et l'intérêt commun 2 qui devaient être la base de
leurs liaisons, disparurent et firent place à l'égoisme
et à la duplicité. On ne chercha plus qu'à se tromper
réciproquement. Le négociant frauda sur la qualité, 2
sur la quantité et sur le prix des marchaudises 5 et
il mettait à ses avances des conditions. > que P'habitant acceptait avec d'autant moins de difficulté, qu'il
avait en contractant 2 l'intention secrette de manquer
à ses engagemens. Le premier, séduit par des bénéfices, dont il était le maitre de régler la mesure,
ne refusait rien à Phabitant qui prenait toujours
presque sans compter; celui-ci, bien sûr de prendre
sa revanche en ne payant pas ou en payant mal,
mulcipliait ses liaisons et recevait de toutes mains,
D
conditions. > que P'habitant acceptait avec d'autant moins de difficulté, qu'il
avait en contractant 2 l'intention secrette de manquer
à ses engagemens. Le premier, séduit par des bénéfices, dont il était le maitre de régler la mesure,
ne refusait rien à Phabitant qui prenait toujours
presque sans compter; celui-ci, bien sûr de prendre
sa revanche en ne payant pas ou en payant mal,
mulcipliait ses liaisons et recevait de toutes mains,
D --- Page 100 ---
(56)
avéc confance sur les loix protectices de
comptant
et certain d'éluder celles qui étaient
l'agricaleure,
favorables à ses créanciers. C'était, de part et d'autre,
persuadés de faire
les enfans d'Israël qui paraissaient
méritoire en dépouillant ceux de Canaan.
un acte
tenir en
contre les
Au reste, on doit se
garde
réclamations et contre les plaintes outtées des uns
autres. Au fond, c'était la faute du gouveret des
des réglemens
nement quin'y avait pas pourvu par
nécessaires ou assez étendus pour borner, de part
la
toujours prète à anticiper
et d'autre, cupidité
les droits d'autrui. Ces excès ne nuisirent qu'aux
sur
de la métropole, que des vues
intérêts généraux
enrichie, et à ceux de la
moins étroites auraient
ralentis. Usure et
colonie, dont les progrès furent
d'un côté, mauvaise foi et inexactiturle
tyrannie
balancées. Ces
de l'autre, se sont réciproquement
n'empèchèrene pas une foule de particuliers
griefs
Néanmoins la chance
d'élever des forronesimmenses.
insensiblement penché en faveur du colon,
avait
commerciales
le redoublement des spéculations
par
et parlheureuse concurrence s
sur Saint-Domingue,
Tout avair concouru à
qui en avait été le résultat.
étendre ses ressources et ses facilités, tandis que
les bénéfices du négociant, quoijue soutenus par
de Tagriculture dans les derniers
les progrès rapides
diminués par
tems, devaient être considérablennene
le luxe inutile qui, à une
les fris; sur-tout par
le redoublement des spéculations
par
et parlheureuse concurrence s
sur Saint-Domingue,
Tout avair concouru à
qui en avait été le résultat.
étendre ses ressources et ses facilités, tandis que
les bénéfices du négociant, quoijue soutenus par
de Tagriculture dans les derniers
les progrès rapides
diminués par
tems, devaient être considérablennene
le luxe inutile qui, à une
les fris; sur-tout par --- Page 101 ---
(57)
époque ou d'énormes profits ne permettaient pas
d'y regarder de si près, s'était introduit dans les
armemens, et dont il était devenu impossible d'extirper l'abus dispendieux,
D'après les évènemens qui ont tout bouleversé
de fond en comble, et d'après des citconstances nouvelles, il serait superflu de s'étendre davantage sur
cette matière; ; mais dans le cas possible d'une restauration, le peu de choses que jai dites sont des
données suffisantes pour aider à Tapprofondir, et
pour diriger l'érablissement des lois de discipline
commerciale, ou pour obvier à l'instabilité et à
l'insufisance de celles qui étaient existantes.
Cesabus ne pouvaient qu'ètre misiblesalscolonie,
au commerce national, et par contre - coup à la
France. Leurs funestes effets s'étenditent principalement sur le régime intérieut. Quelques lois avaient
été rédigées et revêtues de la sanction royale, pour
le réglerdanclepdincipe. Elles étaient simples comme
les hommes pour qui elles étaient faites. Leur ambition euflée par le succès ou celle de leur descendans, les rendit avec le tems insuffisantes. L'usage
dur, dans la suire, suppléer leur silence sur une
infinité de Cas qu'on n'avait pas pu prévoir d'abord.
Il est facile d'imaginer ce que c'est que des usages
établis par ceux qui sont les maitres dé les ployer
aul gré de leurs passions et de leurs propres intérêts.
J'ai déji peint ailleurs une partie des maux et des --- Page 102 ---
(38 )
inconvéniens qui en résultèrent dans le régime colodit, ou dans celui de l'esclavage.
nial, proprement avaient traité, avant moi, ce qui conD'autres
arbitraire et
cernait les abus d'un gouvernement
des lois commerciales. Je suis le premier quiait (*)
dévoilé le plus dangereux de tous s celui qui, après
les
racines, 3 et être devenu
avoir jetté
plus profondes
nécessairement
le plus difficile à extirper, devait
tard , le
amener, un peu plus tôt ou un peu plus fondé
renversement subit d'un systême brillant, mais
le sable. Je dois ajouter quelques traits à mon
sur
premier tableau.
Les premiershabitanse de Saint-I Dominguen'eurent
presque queleursbrasp
peaemelal-ateseiie
de se modeler sur leurs voisins
fortune ; empressés
augmenter
et. de suivre T'usage déjà introduit pour
leurs forces, ils dûrent apprécier leurs premiers
des peines qu'ils avaient à
esclaves en proportion
traités d'abord comme
seles procurerjet ces hommes, dire,
les comleurs enfans, ne furent, à vrai
que
de leurs travaux. D'un bott à l'autre de
pagnons Phommequi possède peu est le seul modéré
l'univers,1 desirs, le seul qui connaisse le prix véridans ses
Dans tous les lieux et
table de ce qu'il possède.
d'immenses
sous tous les climats, celui qui accumule
toujours S, semblable à un
richesses est s presque
augmente
hydropique, dont la soif inextinguible
( Histoire dcs désastres de PAmérique.
. D'un bott à l'autre de
pagnons Phommequi possède peu est le seul modéré
l'univers,1 desirs, le seul qui connaisse le prix véridans ses
Dans tous les lieux et
table de ce qu'il possède.
d'immenses
sous tous les climats, celui qui accumule
toujours S, semblable à un
richesses est s presque
augmente
hydropique, dont la soif inextinguible
( Histoire dcs désastres de PAmérique. --- Page 103 ---
(59)
à mesure qu'il s'efforce de la satisfaire. Le colon
qui possédait deux, quatre, ou même dix esclaves,
les regardait d'un autre ceil que celui gui depuis en
posséda IOO. La perte d'un noir était douloureuse
et faisait une brêche irréparable dans un petit attelier
dont chaque sujet érait apprécié à sa valeur, et
devenait l'objet d'une affection qui n'était pas trop
divisée. Elle est insensible dans un attelier nombreux, dont un maître connait à peine les membres
qui ne sont estimés chacun que selon la fraction
plus ou moins forte qu'ils représentent dans la masse
de ses capitaux. C'est-li, sans doute, une des
causes du changement qui is'est opéré, avec le laps
de tems, dans la manière de les traiter. Les premiers
habitans de Saint-Domingue furent les pères de leurs
esclaves, dontle sort n'empirdepuisqu'i mesure que
leurs descendans acquirent plus de richesses ets'éloignèrent de leur simplicité. Le luxe qui naquic
de la prospérité, et l'affluence des érrangers, qui
accouraient de toutes parts pour tenter fortune,
commencèrent à attérer des usages fondéssur Phumanité, et introduisirent la corruption 5 la dangereuse
manie d'abandonner ses foyers pour aller jouir de
l'opulence au sein de la métropole 3 et P'administration des mercénaires substituée à celle des maitres
et des pères de famille, achevèrent de tout dépraver. C'est alors que se fit sentir le silence des lois
capables d'imposer et de faire observer comme devoir --- Page 104 ---
(60)
indispensable, ce que d'autres faisaient auparavant
par inclination et de leur propre mouvement.
Dès-lors tout devint arbitraire dans cette partie
délicate du régime colonial. Des hommes revêtus,
par une simple procuration 1 , des droits et prérogatives des maitres , mais qui malhetreusement n'en
adoptèrent pas en même tems l'affection et la sensibilité, affaiblirent peu-à-peu les idées reçues pour
leur en substituer de plus conformes à leur ridicule
orgueil & à leur cupidité. Ces hommes grossiers et
ignorans dans le principe, regardèrent de bonne
foi les noirs comme des êtres d'une espèce particulière et inférieure à la leur. Ils les traitèrent d'après
ce préjugé, qu'ils conservaient lors même qu'ils
parvénaient à acquérir une propriété. Ils le portèrent
avec eux dans toute l'étendue de la colonie > qui fut
insensiblement subdivisée entre une foule de maitres
nouveaux, composée de ces hommes et de ceux qui
affluaient journellement d'Europe. Parmi ces derniers, les uns chassés pour leurs crimes, éraient plus
disposés àse venger sur des infortunés, de l'infaque mie dont ils étaient couverts, et croyaient s'élever
à mesure qu'ils abaissaient ceux quileur étaient sol1mis. D'autres venus pour faire fortune, , trouyaient
plus commode d'adopter, pour y parvenit,l les moyens
expéditifs de linjustice et de la tyrannie , plutôr que
bien
de la modération et de Phuceux,
plus lents,
manité. C'est ainsi que la colonie se peupla d'une
venger sur des infortunés, de l'infaque mie dont ils étaient couverts, et croyaient s'élever
à mesure qu'ils abaissaient ceux quileur étaient sol1mis. D'autres venus pour faire fortune, , trouyaient
plus commode d'adopter, pour y parvenit,l les moyens
expéditifs de linjustice et de la tyrannie , plutôr que
bien
de la modération et de Phuceux,
plus lents,
manité. C'est ainsi que la colonie se peupla d'une --- Page 105 ---
(61)
foule de petirs tyrans, dont la richesse et le luxe polirent peu-à-peu la rudesse et adoucirent les mceurs >
mais dont les préjugés favorables à l'orgueil et à l'intérêt, dûrent ficilement jetter de profondes racines.
Le gouvernement si impérieux, si desporique en
tout ce qui était sous sa surveillance immédiate 2
avait pris Phabicude de respecter scrmupuleusement
Pntérieur de F'administration domestique; il négligea de s'opposer à l'introduction d'usages contraires à l'humanité et aux lois qui n'eurent plus
de pouvoir que sur lé petit nombre d'hommes qui
savaient ce qu'ils leur devaient et CC qu'ils se devaient à eux-mèmes. Si dans la suite, leurs exemples
servirent, à la fois,de frein à de nouveaux excès,
et à adoucir ce que ce tableau avait de sombre et
d'affligeant, CCs maux laissèrent aussi des traces profondes. La' plus dangereuse de toutes fut Phabitude
que le noir contracta de regarder généralement tout
ce qui était blanc comme lennemi né de son espèce et de n'accorder qu'à la force et à la nécessité,
CC qu'il eût été facile peut-être d'obtenir de linclination et de la reconnaissance. Cc préjugé était
tellement entaciné, qu'on le vit souvent insensible
aux bienfaits même 3 ou s'il fit une exception en
faveur de so11 bienfaiteur, il ne cessa pas d'envisager tout le reste sous le nême point de vue.
La population était divisée en deux classes inégales, distinctes par la couleur, et encore plus parce --- Page 106 ---
(6x)
que l'unc semblait faite pour opprimer, l'autre pour
l'être, et toutes deux pour se haïr mutuellement. Ce
sentiment était fondé de part et d'autre, et devenu
en quelque sorte indestraccible par l'aversion qu'inspire la tyrannie,et les vices dont l'esclavage est
le noir une source féconde. D'autres Causes avaient pour
concouru à le rendre plus profond, Le prix d'un esclave était modéré dans les premiers tems où ce
commerce commença à s'établir. L'Afrique fournissait
ces hommes uriles en échange de marchandises grossières d'Europe > qui étaient pour ses habirans d'une
valeur inestimable, Ses peuplades épuisées ou devenues; plus difficilesparla concurrence quis'était établie,
l'avidité du négociant qui abusait du besoin pressant
qu'avait le colon de se procurer des bras
s n'importe à quel prix, l'avaient fait monter
sivement à un taux exhorbitant. Il fallut contracter progresdes engagemens écrasans, qui quoique peu scrupuleusement remplis, retombaient réellement sur les
atreliers dont on1 exigeait plus d'efforts et de travail
sous prérexte d'y atteindre, et à qui, par avarice
ou par une économie mal entendue, on
retranchait insensiblement une partie des douceurs qu'on
était dans l'usage de leur accorder, comme salaire
ou comme encouragement. Ainsi un mélange corrupteur de despotisme et d'avarice s'érait emparédes
classes dominatrices. Tout tendait à donner à ces passions plus d'essor et d'énergie, tandis qu'elles n'a-
'efforts et de travail
sous prérexte d'y atteindre, et à qui, par avarice
ou par une économie mal entendue, on
retranchait insensiblement une partie des douceurs qu'on
était dans l'usage de leur accorder, comme salaire
ou comme encouragement. Ainsi un mélange corrupteur de despotisme et d'avarice s'érait emparédes
classes dominatrices. Tout tendait à donner à ces passions plus d'essor et d'énergie, tandis qu'elles n'a- --- Page 107 ---
(63)
tout frein que le sentiment d'humanité
vaient pour
mais
résiste rarenaturel au cocur de Phomme ,
qui
ment aux conseils décevans de l'ambition.
Le gouvernementp pesait surlamblneoymuiscomme
s'arrêtait religieusement
je l'ai dit, son despotisme
à l'entrée de leurs propriétés, où ceux-ci, 3 jaloux
seulede ce qu'ils éprouvaient
de se dédommager
à leur tour, sur tout
ment au-dehors > exerçaient
arbitraire etabce qui leur était soumis, un empire
solu. Destraits de barbarie passés en usage fiappèrent
entre T'adsouvent la vue du voyageur, > partagé
miration
lui causait le spectacle d'une magnique
des traitemens dont il
ficence inouie, et Phorreur
forétait quelquefois le témoin. Son imagination,
tement ébranlée par ce qui se passait sous ses yeux,
tandis que les
prenait des impressions profondes,
des hommes qui
vertus douces et philantropiques
savaient s'élever au-dessus de ces usages, s'exerçaient
le silence dont l'homme de bien
à l'écart et dans
fussent
aimelf'envitonnet. Quelques nombreux que
sur les esprits
ces derniers exemples 3 leur impression
devant celle dese sexemples
devait facilementfévanouire
opposés.
tous les vices accuA ces maux se joignirent d'individus, dont la
mulés dans cette multitude
satisfaire
plupart n'accouraient d'Europe que pour
librement en Amérique leurs criminels penplus
chans. Tout lear écait permis sous un gouvernement --- Page 108 ---
(54)
tolérant pour tout ce qui ne tendait pas à blesser SOR
autorité, et qui regardair peut-être tant de corruption comme la plus ferme bâse de son pouvoir,
Les blancs, leur tour s laissaient librement croupir
dans la fange des vices des êtres dégradés de la condition d'hommes, et dont l'avilissement devenait
à leurs yeux une preuve que la nature les avait
formés exprès pour la servitude.
Je ne m'abandonne point icid mes propres idées :
je n'expose que des faits qu'il serait impossible de
démentir. Mais sur qui en rejetter le blâme ? Quel
peuple, maitre de se livrer à ses passions, à jamais
manqué des'ya abandonner, et de se laisser entrainer
à leur torrent, lorsque le frein salutaire des lois ne
le rerenait pas dans le chemin de la vertu et dans
les borncs de ses devoirs P Quelle nation a su se
préserver de la corruption dont son gouvernement
lui donnait l'exemple? Son joug, que ceux qui en
parragent les avantages s'efforcent ordinairement de
maintenir, ne sauraient être à charge qu'à ceux sur
qui il pèse directement : mais à qui en attribuer le
reproche, sinon all défaut de lois capables de le
prévenir ou de le détruire ?
Le règne des passions et des vices qui dégradent
l'homme est toujours inséparable du despotisme, soit
comme une conséquence naturelle, soit que les chefs
sentent la nécessité de leur laisser un libre essor, et
d'étouffer, par ce moyen peu dangereux ou plurôt
utile
ient être à charge qu'à ceux sur
qui il pèse directement : mais à qui en attribuer le
reproche, sinon all défaut de lois capables de le
prévenir ou de le détruire ?
Le règne des passions et des vices qui dégradent
l'homme est toujours inséparable du despotisme, soit
comme une conséquence naturelle, soit que les chefs
sentent la nécessité de leur laisser un libre essor, et
d'étouffer, par ce moyen peu dangereux ou plurôt
utile --- Page 109 ---
(5s)
utile à leur autorité, l'activité de T'homme à qui le
sentiment de liberté et de dignité, inné dans son
teur, ne tarderait pas à se faire entendre, s'il n'était
absorbé parl les jouissances qui l'environnent et quile
plongent dans un sommeil d'autant plus profond,
qu'iln'est point rappellé à lui-même par un sentiment
opposé et capable de balancer les douceurs de son'état
actuel. Tel était, en général, l'habitant libre de St.-
Domingue. Une vie molle et voluptuense qui avair
rendu si différens de leurs ancêtres un grand nombre
de Colons devenus assez riches pour remettre à des
étrangers le soin de leur fortune; toutes les douceurs
de l'opulence et de la liberté dont ils jouissaient au
milieu de leurs foyers, respectés par le despotisme
même, les avaient rendus insensibles et indifférens à
tout ce qui ne les génair pas directement. Peuleurim.
portait uin despotisme dont ils parrageaient au-dehors
la considération en proportion de leurs richesses, et
qui n'attaquair en rien celui qu'ils exerçaient au-dedan's sur leurs propres sujets : peu leur importait
tout ce qui se passair autour d'eux, pourvu qu'ils pussent se livrer librement à leurs goûts. C'étaient, à
proprement parler, les pachas d'Asie au milieu de leurs
harems et de leurs esclaves, qui,1 leur tour, s'attachaient à leur état, lorsqu'un maître humain et facile
leur laissait la liberté et les moyens de se livrer, à son
exemple, au luxe et aux voluptés, ou qui le détestaient lorsqu'ils étaient réduits à faire la comparaison
Tome I
E
vu qu'ils pussent se livrer librement à leurs goûts. C'étaient, à
proprement parler, les pachas d'Asie au milieu de leurs
harems et de leurs esclaves, qui,1 leur tour, s'attachaient à leur état, lorsqu'un maître humain et facile
leur laissait la liberté et les moyens de se livrer, à son
exemple, au luxe et aux voluptés, ou qui le détestaient lorsqu'ils étaient réduits à faire la comparaison
Tome I
E --- Page 110 ---
(66)
désolante des jouissances dans lesquelles un tyran inhumain se plongeait au prix de leurs sueurs, avec les
souffrances et la misère qui étaient leur unique partage. --- Page 111 ---
(67)
USENOMLBEYEIANTARCorchyoee a A
CHAPITRE I V.
De Linfluence de l'étranger sur les malheurs de Sainta
Domingue j intrigues et complots all sein de la
Métropole et de la Colonie ; des causes diverses et,
opposées qui ont CONCOUTU à sa ruines
Dans toutes les contrées de l'univers, sous tous les
climats, et quelque fit la variété des préjugés et des
usages des peuples divers, un luxe désordonné. 3 le
rafinement des voluptés, la corruption des mceurs, et
l'abrutissement des esprits livrésàl la sensualité, furent
les signes précurseurs et souvent prochains de la dissolution des empires. Si les états les mieux constitués
renferment au-dedans d'eux-mêmes un germe dont le
développement s'opère plus ou moins facilement, selon qu'on tient la main avec plus ou moins de soin
aux lois propres à le prévenir, à plus forte raison un
danger imminent et continuel , memace ceux où le
bien-être du pecit nombre est fondé sur la misère et
l'inforcune du pins grand; là où la tranquillité n'est
maintenue que par la force, il ne faut qu'un incident
imprévu, un léger monvement pour tour bouleverser : un instant suffit alots pour détruire de fond en
comble ce quiavair cclté des siècles de soins et de
cravaux; et des érablissemens dignes d'admiration,
s'écrouient en un clin-d'ceil, sous les coups redoublés
Ex
sur la misère et
l'inforcune du pins grand; là où la tranquillité n'est
maintenue que par la force, il ne faut qu'un incident
imprévu, un léger monvement pour tour bouleverser : un instant suffit alots pour détruire de fond en
comble ce quiavair cclté des siècles de soins et de
cravaux; et des érablissemens dignes d'admiration,
s'écrouient en un clin-d'ceil, sous les coups redoublés
Ex --- Page 112 ---
(63)
d'une classe d'hommes qu'on n'avait pas eu la ptudence d'intéresser à leur maintien, et quis'emprescontraire de les anéantir comme des monusent au
leurs malheurs et leur
mens qui leur rappellent
sérvitude.
renfermait
Sous ce point de vue, Saint-Domingue
sein, un volcan formidable, qu'une
dans son propre
érincelle pouvair enflammer à tout instant,
légère
avait
mais dont une tranquillité non interrompue
le
Le moment même
appris à se dissimuler danger.
où tout était dans la plus profonde sécurité, fut préerinattendu
cisément celui où u1 événement éloigné
entriina la colonie dans un abime d'infortunes, dont
la possibilité, maisdont on ne croyait
on n'ignorait pas
cxister au-delide ses bornes.
pas queles causes pussent la foudre et n'en est pas suivi
L'éciair ne précède pas
de rapidité, que ne se fit sentir àSainr-Doavec plus
du sein de la
mingue la commotion électrique bords. qui, Le cri de liFrance, s'étendit jusques sur ses
berréqui retentit d' 'Europe en Amérique, devint pour
elle celui de mort; et déjà, lorsque ce cri redoutable
n'avait encore produit dans la métropole qu'une parcffets, le
retourné dansla colonie,
tie de ses
voyageur couvertes de richesses,
plein du souvenir de ces plaines
villes
et peuplées, de ces nomde ces
commerçantes
Pimmense intervalle
breux vaisseaux qui, à travers
formaient entre I'Europe et T'Amérique e,
des mers,
de liaisons, était stupéune chaîne non interrompue --- Page 113 ---
(69)
fait de ne rencontrer que des cendres et des décombres
à lap place de ces miracles de lindustrie, que les traces
du fer et du feu, au lieu de ces habitations brillantes
et pressées : il était effrayé de ne voir que des déserts
infestés par des brigands féroces, là où la veille ses
yeux avaient été frappéspar le mouvement d'une population active et laborieuse; et il était réduit à se
demander ce qu'étaient devenus ces heureux teins
d'opulence er.de vie, et ces merveilles créées par ia
main de I'homme! !
Par un concours d'évènemens et de circonstances
malheureuses : la révolution qui devait régénérer la
France , a porté la dévastation et la mort dans un
grand nombre des parties qui la composent. Il n'en
est aucune sur Jaquelle ses influences aient aussi cruellement pesé que sur Saint-Domingue, Les désastres
quil'onr anéantie, ont été retracés ailleurs avec fidélité 5 mais onl s'était borné à n'en rapporter les causes
qu'en les prenant au moment de leur développement
dans la colonie. Pour remplir l'objer d'utilité que je
me propose, > et pour parvenir à éciairer parfaitement
l'opinion, il est nécessaire de remonter plus haut, et
d'apprendre comment s'est insensiblement formé Porage qui, du sein de la France, alla fondre sur la
plus riche de ses possessions.
Depnis long-tems Saint-Domingue faisait Padmiration des nations européennes, et excitair la
jalousie de cellcs donc la prospériré éetle commeice
E: 3
remplir l'objer d'utilité que je
me propose, > et pour parvenir à éciairer parfaitement
l'opinion, il est nécessaire de remonter plus haut, et
d'apprendre comment s'est insensiblement formé Porage qui, du sein de la France, alla fondre sur la
plus riche de ses possessions.
Depnis long-tems Saint-Domingue faisait Padmiration des nations européennes, et excitair la
jalousie de cellcs donc la prospériré éetle commeice
E: 3 --- Page 114 ---
(70)
éraient fondés sur des possessions lointaines. Parmi
ces dernières, l'Angleterre, la plus ambitieuse de
toutes, avait empNogéteun-i-senrianmmménentdies,
et tout ce que le génie commerçant peut employer
d'habileté pour rallentir ses progrès 2 pendant la
paix, et la force ouverte pour s'en emparer Ou ruiner
son commerce pendant la guerre. Après avoir longtems nourri le vain espoir d'anéantir une colonie qui
éclipsait toutes les siennes ensemble, clle ne songeaic
plas qu'à s'approprier une partie de ses richesses
par le moyen du commerce interlope, lorsque l'impéruosité française, et l'esptit d'inconsidération qui
catactérise ce peuple léger, mis en jeu par des évenemens imprévus, vinrent relever ses vieilles espérances. Peut-être que jugeant des intentions d'après
les résulrats, on attribua depuis à la politique profonde du gouvernement anglais,ce qui n'était que
l'efet du hasard et d'un concours fortuit de causes
et d'incidens: il est certain, du moins , que ce fut
à l'époque de la révolution de 1789 qu'on vit agiter
en Anglererre les qaestions relatives à l'esclavage
des noirs; c'est-à-dire dans un tems où l'amour de
Phumanité, oà l'enthousiasme de la liberté érait
tel, qu'avant d'étre certain de conserver ce bien
précieux pour soi-méme, on pariaic déjà de le parzager avec l'univers entier, où les têtes exaltées se
remplissaient d'idées gigantesques de philantropie
gandis que les coeurs restaient réellement vides et
relatives à l'esclavage
des noirs; c'est-à-dire dans un tems où l'amour de
Phumanité, oà l'enthousiasme de la liberté érait
tel, qu'avant d'étre certain de conserver ce bien
précieux pour soi-méme, on pariaic déjà de le parzager avec l'univers entier, où les têtes exaltées se
remplissaient d'idées gigantesques de philantropie
gandis que les coeurs restaient réellement vides et --- Page 115 ---
(71) )
de la vraie sensibilité; oà, enfin, l'on
dépourvus
la réalité, et la fausse image
prenait P'ombre pour
la vertu même. Dans ces tems,
de la vertu pour
était
à Textrème, une nation vive,
où tout
poussé
et
sensible et avide de gloire, 2 autant qu'ignorante
intérêts, dut embrasser
peu réféchie sur ses propres
ardeur tout ce qui lui paraissait être un moyen
avec
Les idées anglaises furent un brandon
de s'illustrer.
combustibles, et elles
lancé au milieu de matières
de fureur
furent accueillies en France avec autant
à adopter ses ridiqu'on en mettait précédeunment Toute raison de
cules et la forme de ses vêtemens.
d'intérêt national futfoulée aux pieds;
convenance et
tendu à l'ignoon se précipita dans le piége grossier
la
, et l'on ne parut plus
rance et à
présomption
rivaux
animé
la crainte d'être précédé par ses
que par
de
Soit que les imadans ce nouveau champ
gloire.
ébranlées, se reginations malades ou fortement
volontiers de chimères que de réalité,
paissent plus
fussent chargés de donner
soit que des agens secrets
direction à l'amour violent de la nouveauté,
une
restèrent secs et insensibles au spectacle
les cceurs
de la misère dont les yeux étaient journellement
exclusivement que de
frappés, pour ne s'occuper
on
ou éloignés, et sur lesquels
maux imaginaires
n'avait que des idées vagues.
des
Tous les maux de T'humanité furent l'ouvrage
hommes mille fois plus furestes
inttigans, de ces
E 4
l'amour violent de la nouveauté,
une
restèrent secs et insensibles au spectacle
les cceurs
de la misère dont les yeux étaient journellement
exclusivement que de
frappés, pour ne s'occuper
on
ou éloignés, et sur lesquels
maux imaginaires
n'avait que des idées vagues.
des
Tous les maux de T'humanité furent l'ouvrage
hommes mille fois plus furestes
inttigans, de ces
E 4 --- Page 116 ---
( 7:)
à la société que les brigands les plus féroces. Ceux-ci
par la violation de
ne T'offensent que partiellement,
de ses lois, ou en attentant à la
quelques-unes
propriété ou à la vie de quelques : uns de ses
membres 5 mais les premiers l'attaquent dans
et fondent leur fortune, sur le
son principe >
malheur général. Semblables au ver rongeur qui,
fait sécher et dépérir T'arbre, ils
sans paraître 2
les liens de la SOdissolvent peu-à-peu tous
ciété et corrompent ou anéantissent s dans leur
2 les lois
servaient d'égide aux bons et de
source, >
qui
la COIfrein aux méchans. C'est par eux que s'opère
ruption, et ensuite la dissolution des empires. Une
révolution, sur-tout, est pour cette engeance exéle
une multirude
crable ce qu'est
printems pour
d'insectes dévorans, que ses influences font éclore
par essaims, et sortir de toutes parts.
Depuis une longue suite d'ans, la malheureuse
France était devenue, en quelque sorte > le patrimoine d'un petit nombre d'hommes, qui se transle droit de la dévorer, mais
mettaient successivement
circonscrivaient, autant qu'il leur était possible,
qui le nombre de ceux qui éraient admis à parrager
riche
Un évènement qui renversait subicette
proie.
tement de fond en comble un édifice élevé pendant
nombre de siècles, réveilla tous les fripons
un grand
à
les intrigans subalternes, et l'on ne tarda pas
et
J'abord n'avait
sappercevoir que la révolution , qui --- Page 117 ---
(73)
qu'un meilleur ordre de choses pour objet, semblait
plutôt faite pour eux que pour la masse des hommes
sur qui pesaient réellement les iniquirés de l'ancien
gouvernement.
Les premiers rangs furent aussi-tôt occupés par
ceux de ces hommes qui furent les plus audacieux,
ou qui jouissaient déjà de quelque célébrité. Les
vertus et une moralité reconnue ne furent comptées
pour rien; et l'on vit à la têre d'une révolution qui
devait ramener le règne de la vertu et le bonheur
de la société, un grand nombre d'individus qui cn
avaient été jusqu'alors le fléau par leurs vices, et
les ennemis les plus dangereux par leurs talens. Mais
tels étaient les décrets impénérrables de la providence - ! Ces efforts incroyables faits au dehors
par une narion si agitée, si cruellement déchirée
au-dedans; ces ressources immenses déployées du
sein même de la pauvreté et de l'épuisement; cette
constance 2 cette valeurinvincible manifestée, tandis
que tout inspirait le découragement; ; tant de miracles, enfin, opérés depuis cinq ans 2 sont trop
visiblement marqués du sceau dela volonté suprême,
pour que le philosophe religieux ne soit pas intimement convaincu que quels que soient les instrumens dont il a plu à sa sagesse de se servir, 3 elle
a voulu à-la-fois réveiller un peuple nombreux,
plongé depuis tant de siècles dans la corruption et
dans le plushonteux assoupissement, et anéantir pour
ouragement; ; tant de miracles, enfin, opérés depuis cinq ans 2 sont trop
visiblement marqués du sceau dela volonté suprême,
pour que le philosophe religieux ne soit pas intimement convaincu que quels que soient les instrumens dont il a plu à sa sagesse de se servir, 3 elle
a voulu à-la-fois réveiller un peuple nombreux,
plongé depuis tant de siècles dans la corruption et
dans le plushonteux assoupissement, et anéantir pour --- Page 118 ---
(74)
jamais le joug qui T'opprimait, au moment où il
était le plus pesant, et lorsqu'il paraissait impossible
de sy soustraire
Quoiqu'il en soit, les Mirabeau s les Lafayette,
les Chapelier, les Barnave, les Lameth, &c., &cc.,
brillaient déjà avec supériorité sur l scène qui venait
de s'ouvrir, et s'étaient réservé le droit de traiter
les grandes questions qui seules paraissaient alors
d'un intérêt majeur. Leurs talens et leurs intrigues
allumèrent un enthousiasme général; l'amour ardent
de la liberté enflamma subitement toutes les têtes
et tous les caurs, et l'on vit presqu'aussitôr une
nation toujours légère, toujours incapable de se
renfermer dans de justes bores, s'abandonner à
l'ivresse de son nouvel état, et ne parler de rien
moins que de partager avec tous les peuples de la
terre, 2 U1) bien qu'elle n'était pas encore trop sûre
de garder pour elle-même. L'érrange manie d'érendre
ce précieux avantage jusqu'aux peuplades dont les
moeurs, les usages et les nems mémes étaient le plus
inconnus, s'empara de ces mêmes hommes qui, si
généreux, si zélés pour des êtres qu'ils ne connaissaient pas: > n'eussent pas retranché la plus petite
partie de leurs jouissances pour soulager la misère
trop réelle d'une multitude de malheureux dont ils
étaient environnés, et afin de pourvoir rau plus pressant
de leurs besoins, celui d'exister.
L'état actue! de nos colonies ne pouvait manquer --- Page 119 ---
(75)
d'offusquer ces ardens propagateurs de Ia philantropie et de la liberté. C'était une nouvelle catrière
qui s'ouvrait à l'intrigue s et dans laquelle s'élancèrent avec ardeur les Pétion, les Grégoire, les
Robespierre, les Brissor, et les Danton, 3 hommes
inférieurs aux premiers par leurs talens, mais dévorés
d'une ambition non moins ardente, et du desir
effréné de se faire une réputation. Forcés de céder
à d'autres la gloire d'influencer les décisions d'un
intérêt direct, ils parurent se charger du développement des idées, dont le germe venait à peine
d'éclore aut sein du parlement d'Angleterre;s soit qu'ils
ne prévissent pas les suites de leur zèle indiscret,
soit qu'un ennemi toujours habile à saisir les moyens
de nuire à la France, leur en eût secrettement confié
la mission expresse 3 ils ne craignirent pas d'ajouter
ce nouvel et grave incident aux mouvemens convulsifs dont la France était déjà agitée, et d'angmenter par une accumulation d'émbarras, la pénible
incertitude où l'on était sur les moyens propres à
calmer les maux présens 2 et ceux qui se faisaient
craindre pour l'avenir.
A cette époque, l'opinion sur les colonies se
divisait dans la métropole en trois nuances, dont la
principale, fondée sur l'avantage général, rendait
les autres imperceptibles, ou les faisait disparaître;
c'était celle des hommes qui y possédaient des propriétés, ou qui en retirant des avantages directs par
ible
incertitude où l'on était sur les moyens propres à
calmer les maux présens 2 et ceux qui se faisaient
craindre pour l'avenir.
A cette époque, l'opinion sur les colonies se
divisait dans la métropole en trois nuances, dont la
principale, fondée sur l'avantage général, rendait
les autres imperceptibles, ou les faisait disparaître;
c'était celle des hommes qui y possédaient des propriétés, ou qui en retirant des avantages directs par --- Page 120 ---
(76)
le commerce, ou par d'autres moyens > croyaient de
bonne foi que tout était pour le mieux. Tout érait,
au contraire > au pis, aux yeux de ceux pour qui
le bien-être d'autrui est un supplice, et qui savaient
cacher sous un langage affecté, l'envie qui dévorait
leurs coeurs. Le grand nombre, s qui ne connaissait
les colonies que par des avantages indirects ou par
quelques jouissances devenucs une habitude, 3 incertain surl'existence réelle de maux dontl l'éloignement
ne permettait pas de juger, et porté de bonne foi
à penser des causes d'après les effers, en profitait
paisiblemenc et s'occupait peu de prononcer.
C'était sans doute le parti le plus sage ; et quelle
que fit la vérité des imputations, avant de s'occuper
d'abus éloignés, qui étaient pour la France une
source inépuisable de richesses, on eût dû songer
avant tout, à extirper ceux qui l'avaient entrainée
dans un abime de maux; on eût dû consulter l'inrérêt général, et remettre à des tems plus calmes
à agiter une question aussi dangereuse qu'importante, et dont la solution précipirée devait entraîner
infailliblement des maux incalculables.
Mais telles n'étaient pas les vues et les pians de
l'intrigue et der toutes passions déchainées, auxquelles
tout frein venait d'être ôté par les circonstances nouvelles ! Elles ne calculent guère les maux qu'elles
doivent occasionner, lorsqu'ilelagit de se satisfaire.
D'un autre côté, les idées réguantes avaienz céjà --- Page 121 ---
(77)
pénétré à Saint-Domingue, et ce qui est digne de
remarque 3 elles y furent propagées d'une part et
accueillies de Tautre, non par les classes d'hommes
à qui leur situation présente devait faire desirer un
bouleversement, mais par ceux-là même qui étaient
le plus intéressés au maintien de l'ordre et de la
tranquillité. L'indiscrétion et l'aveuglement favorisèrent à P'envi les complots des ennemis jurés de la
France et de la Colonie, et l'on fit tout ce qu'il
fallait pour rendre plus dangereux les instrumens
dont ils se servirent pour préparer leur ruine.
Les fermens révolutionnaires parvinrent à SaintDomingue, et Y trouvèrent des dispositions propres à
les favoriser. Tandis qu'une explosion prochaine se
préparait sourdement dans son sein, par les menées
de quelques intrigans coloniaux, ardens à soulever
des hommes avenglés sur leurs propres dangers, contre
un gouvernement dont on oublia la protection constante et efficace, pour ne s'occuper que de ses despotiques écarts, une trame bien plus tertible était ourdie au milieu de la France 2 qui devait un jour
engloutir tOLS les partis et la colonie elle-même. On
s'y livrait imprudemment à des mouvemens qui
avaient pour but de sapper les fondemens de l'ancien
régime, à l'instar de la métropole, où dans le même
tems s'ouvrait une lutte qui devait entrainer à la fin
les résultats les moins prévus et les plus épouvantables.
despotiques écarts, une trame bien plus tertible était ourdie au milieu de la France 2 qui devait un jour
engloutir tOLS les partis et la colonie elle-même. On
s'y livrait imprudemment à des mouvemens qui
avaient pour but de sapper les fondemens de l'ancien
régime, à l'instar de la métropole, où dans le même
tems s'ouvrait une lutte qui devait entrainer à la fin
les résultats les moins prévus et les plus épouvantables. --- Page 122 ---
(78)
Les Colons fixés à Paris,qui avaient sui persuadez
à leurs frères d'Amérique > qu'ils devaient prendre
active à la révolution française, et qui, en
une part
obtinrent leur assentireconnaissance de ce bienfait,
droit
s'étaient arrogé de représenter la
ment au
qu'ils
venait de convocolonie aux états-généraux qu'on
quer, furent surpris tout-à-coup par les prétentions
inattendues de quelques hommes de couleur, qui réclamaient les mêmes prérogatives et la jouissance de
tous les droits politiques en faveur de leur caste, qu'on
pour rien. Ce ne fut d'abord
n'avait jusqueslicomprée
d'aniqu'une guerre polémique, mais accompagnée
d'imputations odieuses, et de tous les signes
mosité,
la
fatale issue. Ces mêmes
propres: à faire prévoir plus
inconsidérés
Colons, quiavaient fait les effortsles plus
Saint-Domingue parcicipât à la révolution,
pour que
lizarre, ne rendre
voulurent, par une contradiction
les
applicables qu'aux seuls blancs quiles peuplaient,
grands principes de liberté et d'égalité qui venaient
D'un autre part, les hommes de
d'ètre promulgués.
couleur, quin'étaient que desinstrumens mis en avant
des meneurs cachés, prétendirent pour leur caste 2
par non-seulement à P'obtention de tous les droirs polidont ils n'avaient jamais joui; mais encore ils
tiques disaient les seuls
d'une colonie dont 3
se
possesseurs leur avait été enlevée par des
suivant eux, la propriété
dontils peignaientle caractère et les vices,
usurpateurs affreuses couleurs. Toure espérance de
sous les plus
mis en avant
des meneurs cachés, prétendirent pour leur caste 2
par non-seulement à P'obtention de tous les droirs polidont ils n'avaient jamais joui; mais encore ils
tiques disaient les seuls
d'une colonie dont 3
se
possesseurs leur avait été enlevée par des
suivant eux, la propriété
dontils peignaientle caractère et les vices,
usurpateurs affreuses couleurs. Toure espérance de
sous les plus --- Page 123 ---
(79)
conciliation fut anéantie dès le principe, par les prétentions les plus exagérées d'un côté, et de l'autre 2
par un attachement opiniirre à d'antiques et spécieux
préjugés. Ces obstaclesà t111 tapprochement, devinrent
de plus en plus insurmontables par la haîne etle méptis que les deux partis se portaient réciproquement,
et qui jettaient de jour en jour des racines plus profondes.
L'intention des premiers machinateurs de cette
lutte, n'était pas qu'elle restât circonscrite dans les
murs de Paris, ni dans les bornes de la France. Grâce
à leurs soins et à leur zèle officieux, ces discussions
ignorées d'abord à Saint- Domingue, ne tardèrent pas
ày pénétrer et ày semer le germe de la discorde, qui
y trouva des dispositions favorables, et qui s'y déveJoppa d'une manière d'autant plus dangercuse, qu'un
des partis accablé par le despotisme de l'autre, dissimula profondément le sentiment dont il était affecté,
et conspira dans le silence.
Les révolutionsfopérent presque toujours par l'insutrection du grand nombre contre le despotisme du
plus petit, et ont ordinairement pour partisans quiconque gagne à un bouleversement ou espère y gagner, Soit dans son bien-être, soit dans son amouipropre. Les habitans de Saint-Domingue devinrent
patriores pour humilier des chefs orgueilleux, et dans
l'espoir de briser le joug du commerce et d'augmenter
leur fortune par l'abolition des lois prohibitives. Mais
érent presque toujours par l'insutrection du grand nombre contre le despotisme du
plus petit, et ont ordinairement pour partisans quiconque gagne à un bouleversement ou espère y gagner, Soit dans son bien-être, soit dans son amouipropre. Les habitans de Saint-Domingue devinrent
patriores pour humilier des chefs orgueilleux, et dans
l'espoir de briser le joug du commerce et d'augmenter
leur fortune par l'abolition des lois prohibitives. Mais --- Page 124 ---
(S0)
ils éraient loin de penser que les principes sur lesquels
la révolution était fondée, et qu'ils savaient invoqués
leur fussent
pour abaisser un gonvememenrabicaite, faveur d'une
également applicables de la part et en
classe d'hommes qu'ilstenaient dans l'abaissement, et
étaitajamais déséparés d'eux par une ligne qu'illeur
devoir
fendu de franchir.Ils croyaient fermement ne
eussent étéles maitres
rien de plasidesindividusgeile
ils
de retenir dans un éternel esclavage, et auxquels
accordé l'affranavaient, de leur propre mouvement,
et les biens dont jouissaient un grand
chissement >
Ces hommes eux-mêmes ne manombre d'entr'eux.
nifestèrent pas d'abord de telles prétentions; et paraisneutres au milieu des premières agitations, ils
sant
à leurs bienfaiteurs le respect qu'ils
conservèrent
n'avaient jamais cessé de leur porter. Mais une classe
connus sous le nom générique de petits
d'européens,
cruellement abusé
blancs, avait, de tout tems, trop
dont on leur avait fait une loi imde ce même respect
était blanc, pour les accapérieuse envers tout ce qui
bler d'un joug dont, malgré leur docilité apparente, s
de couleur sentaient trop bien la pesanles hommes
saisir avec ardeur la
teur et l'abjection > pour ne pas
soustraire.
première occasion qui s'offrirait de sy
de Paris surent bien, malgréle vaste
Les agitateurs
au
de leurs
intervalle des mers, faire fructfier profit
secrettes et le desir bien naprojets 3 ces dispositions
un état
turel d'abandonner un état d'oppression pour
meilleur.
de couleur sentaient trop bien la pesanles hommes
saisir avec ardeur la
teur et l'abjection > pour ne pas
soustraire.
première occasion qui s'offrirait de sy
de Paris surent bien, malgréle vaste
Les agitateurs
au
de leurs
intervalle des mers, faire fructfier profit
secrettes et le desir bien naprojets 3 ces dispositions
un état
turel d'abandonner un état d'oppression pour
meilleur. --- Page 125 ---
(81)
meilleur. Quel peuple opprimé, entendant parler de
liberté et d'égalité, d'anéantissement des distinctions
auxqueiles il ne lui était pas permis d'atteindre, s et du
parrage des biens dont il est privé, est capable de résister à cet appas séduisant, et adroitement présenté
par des intrigans ? C'est avec ces mots magiques que
les Brissot et les Grégoire, les deux plus ardens machinateurs de la ruine des colonies, parvinrent, avec
le secours de quelques hommes qu'ils fanatisèrent en
flattant leur orgueil, à devenir les régulateurs d'une
caste dont ilsne connaissaient ni les inclinations nil les
véritables intérêts, et à favoriser au-delà de ses espérances. > les projets homicides de
P'Angleterre, contre
une colonie qui faisait son désespoir et la gloire de la
France.
Pourquoi ne jugerais-je pas d'après leurs propres
faits, ces deux héros d'intrigue, dont lun a péri victime de ses propres machinations, et dont Fautre,
condamné à un lâche silence,
> tremble aujourd'hui
avec pusillanimité au spectacle des tempêtes qu'il a si
puissamment concouru à exciter? Sur quel garant les
distinguerais-je de ce Robespierre qui fut leur ardent
coopérateur; 5 qui, parce que les tigres finissent toujours parsentre-déchirer, immola lun à son ambition,
et fut ensuite immolé lui-même ? O postérité, c'est à
toi seule qu'il appartient de prononcer sur tous ces
monstres abreuvés de sang, et enfantés dans un siècle
qu'on appellait le siècle des lumières et de la philanTome I,
F
iter? Sur quel garant les
distinguerais-je de ce Robespierre qui fut leur ardent
coopérateur; 5 qui, parce que les tigres finissent toujours parsentre-déchirer, immola lun à son ambition,
et fut ensuite immolé lui-même ? O postérité, c'est à
toi seule qu'il appartient de prononcer sur tous ces
monstres abreuvés de sang, et enfantés dans un siècle
qu'on appellait le siècle des lumières et de la philanTome I,
F --- Page 126 ---
(82)
de
les maux affreux qu'ils ont cautropie, et
réparer m'attendre à être écouté sur leur
sés! Je ne saurais
tourmoment où les factions se succèdent
compte,au
trouvent
àtour; oû les crimes les plus épouvantables effrontéencore des prôneurs qui osent les présenter
favorables couleurs. C'est toi qui,
ment sous les plus
de
d'enthousiasme et de tout esprit
parti,
exempte
furent les vrais
jugeras quels sont les innocens, quels d'établir une recoupables; et seule tu auras le droit
de démarcation entre les hommes verdoutable ligne
l'aurore et
virent dans la révolution que
tueux quine
du bonheur général, et ces ambitieux qui,
le gage
leurs passions aux
substituant sous des noms spécieux
les
anciennes, en ont terni l'éclat par plus
pasions
horribles forfaits!
pesaient depuis
Une classe d'hommes sur laquelle
les plus énormes abus, a non-seulement
long-rems
à la tyrannie exercée sur elle par
tenté de se soustraire elle n'était attachée par aucun
des individus auxquels
des factieux, et emporlien, mais encore excitée par
la fotce des
tée hors des bornes par l'exemple et par ceux-là même à
s'est élevée contre
circonsrances,elle
la liberté
et en
elle devait la vie et
personnelle,
qui
cessé de voir jusqu'alors ses paqui elle n'avait pas
Une
ses véritables amis et ses bienfiteors..
trons,
invoqués avec affectafausse application de principes
combien
ceux-là méme qui n'ignoraient pas
tion, par
d'après la différence des
ils étaient inapplicables
es par l'exemple et par ceux-là même à
s'est élevée contre
circonsrances,elle
la liberté
et en
elle devait la vie et
personnelle,
qui
cessé de voir jusqu'alors ses paqui elle n'avait pas
Une
ses véritables amis et ses bienfiteors..
trons,
invoqués avec affectafausse application de principes
combien
ceux-là méme qui n'ignoraient pas
tion, par
d'après la différence des
ils étaient inapplicables --- Page 127 ---
(8;)
mours, des localités et d'un régime autorisé par les
lois existantes, a répandu la plus profonde obscurité
sur cette question. Soit malveillance, soit ignorance
de la part de ceux qui l'ont si opiniitrement et si
malheureusement agitée, une décision sage, défnitive et réparatrice , parair , après quatre ans de malheurs, plus éloignée que jamais. Le génic malfaisant
du crime et de la destruction, qui voir le plus grand
nombre de ses victimes prêtes à lui échapper, semble
trouver un dédommagement en s'acharnant sur nos
malheureuses colonies, et en ajoutant chaque jour à
T'horreur de leur situation. J'ai déjà articulé des vérités qui n'ont produit aucun fruit : je vais en articuler
quelques autres simples, lumineuses et presque toutes
beaucoup moins fondées sur le raisonnement que sur
l'expérience et. sur des faits incontestables.. Jen'oserais
en ce moment me flatter d'un succès plus heureux;
mais quelqu'épais que soit encore le bandeau de l'erreur, je ne saurais le croire éternel. La main puissante
de la nécessité ne peut manquer de le déchirer avant
long-tems peut-étre : quoiqu'il en soit, j'écris en attendant le retour desiré du règne de la vérité.
Sur ce point > comme sur ceux que j'ai déjà
traités,il y aurait de l'mconséquence et de la barbarie
à attribucr aux Colons en général des torts qui
n'existaicnt et ne devaient être imputés qu'au silence
dcs lois, et à les rendre responsables d'abus qui
n'éraient réprimés par aucune, ou plutôe qui, consiF 2.
iqu'il en soit, j'écris en attendant le retour desiré du règne de la vérité.
Sur ce point > comme sur ceux que j'ai déjà
traités,il y aurait de l'mconséquence et de la barbarie
à attribucr aux Colons en général des torts qui
n'existaicnt et ne devaient être imputés qu'au silence
dcs lois, et à les rendre responsables d'abus qui
n'éraient réprimés par aucune, ou plutôe qui, consiF 2. --- Page 128 ---
(84)
comme tels, avaient leur source dans les lois
dérés
tems où au sein de la France
existantes, dans un
dans
des êtres malheureux gémnissans
même on voyait
honteuse et plus dure mille
les liens d'une servitude
de
dis-je, que
fois que l'esclavage d'Amériqseylors, accablés
la misère et
des infortunés,
par
nos jours,
parmi ces prétendus
le désespoir, ne rencontraient
froids et inzélateurs de Phumanité que des cours
imputer à crime aux
sensibles, comment pouvait-on des hommes auxColons de n'avoirpas plus fait pour
volonté,
librement, et de leur propre et privée
quels
la liberté personnelle et les moyens
ils accordèrent
d'ailleurs les:
d'une existence douce? Quel exemple
modernes avaient-elles à suivre sur ce point,
colonies
leur offrait en pareil
autre que celui que l'antiquité suffisante, sans doute s
cas, et dont l'autorité était
Pour éclairerl'oles mettre à l'abri du blâme?
pour
le lecteur à même de juger sainepinion et mettre
de remonter aux usages des
ment, il est essentiel
ils ont pu inanciens, et de rechercher en quoi
fluer sur ceux des tems modernes.
était affranchi,
< A Athénes 2 quand un esclave
mais
dans la classe des citoyens >
>> il ne passait pas
tenait à cette der-
>2 dans celle des domiciliés, qui
le
liberté J et à celle des esclaves par
>> nière parla
elle
Les
de considération dont
jouissaitom
p pou
établis dans PArétaient des étrangers
s domiciliés
la
exerçant des
leurs familles , plupart
a tique,avec
i,
< A Athénes 2 quand un esclave
mais
dans la classe des citoyens >
>> il ne passait pas
tenait à cette der-
>2 dans celle des domiciliés, qui
le
liberté J et à celle des esclaves par
>> nière parla
elle
Les
de considération dont
jouissaitom
p pou
établis dans PArétaient des étrangers
s domiciliés
la
exerçant des
leurs familles , plupart
a tique,avec --- Page 129 ---
(8;)
3) métiers, protégés pirle gouvernement sans Y par33 ticiper, libres et dépendans, utiles à la république,
>> qui les redourait, parce qu'elle redoutait la liberté
32 séparée de l'amour de la patrie, méprisés du
3 peuple fier et jaloux des distinctions attachées à
a l'état de citoyen.
5> Ils avaient envers l'état des engagemens dont
>9 la violation les faisait priver de leurs biens et
9> quelquefois de leur liberté ; mais s'ils rendaient
95 des services importans, ils obtenaient l'exemption
35 de tout tribut, et même de passer en grand nombre
3> dans la classe des
citoyens > lorsque la république
>> se trouvait épuisée par de longues guerres. Mais
>> si par des manceuvres sourdes ils se glissaient dang
>> cet ordre respectable, il était permis de les pour-
>> suivre en justice et quelquefois même de les
3> vendre comme esclaves.
>> Les affranchis inscrits dans la classe des do33 miciliés étaient sujets au même tribut, à la
5> même dépendance au même avilissement. Ceux
>> gui étaient nés dans la servitude ne pouvaient en
3> aucun cas devenir cizayens 3 et tout maitre qui en
>> justice réglée pouvait convaincre d'ingratitude à
>> son égard l'esclave qu'il avait affranchi, était au-
>2 torisé à le remettre sur-le-champ dans les fets, en
5> lui disant : sois esclave, puisque tu ne sais pas
s> être libre.
>> La condition des domiciliés commençait às'aF 3 --- Page 130 ---
(86)
35 doucir; ils éraient depuis quelque tems moins
3> vexés, sans être plus satisfaits de leur sort > parce
39 qu'après avoir obtenu des égards, ils voulaient
3) avoir des distinctions, et qu'il était dur de n'ètre
s9 rien dans une ville oi tant de gens étaient quelque
39 chose (*)
>> A Rome, quoique les esclaves affranchis ac29 quissent avec la liberté le droit de cité romaine >
5) leur condition était cependant moins avantageuse
3> que celled des citoyens nés libres, quise nommaient
35 ingénui. Ils jouissaient à la vérité du droit de
39 suftage, mais ils l'exerçaient d'une manière moins
>> favorable que les autres citoyens, étant renfermés
39 avec la dernière classe du peuple, prolecarii, dans
3> les quatre tribus de la ville. Plusieurs citoyens
3) factieux, tribuns et autres 2 entreprirent quelque35 fois de les répandre dans les autres tribus, mais
>9 ils furent toujours ramenés dans les quatre der-
>2 nières...
s> Les affranchis étaien: exclusdetoures les charges
39 et dignités de la république,er ilny avait point
J) d'exemples qu'on leur eûit donné entrée dans
3) le sénat, Ils n'étaient pas même admis dans les
>> légions,ercen'émair que dans les cas de la dernière
>) nécessité qu'on les y enrôlait.
9 Le pacron 2 ou ancien maitre, > conservait stlr
5> son affranchi certains droits qui s'étendaient assez
( Voyage d'Anacharsis, tomc 11, page 10S.
publique,er ilny avait point
J) d'exemples qu'on leur eûit donné entrée dans
3) le sénat, Ils n'étaient pas même admis dans les
>> légions,ercen'émair que dans les cas de la dernière
>) nécessité qu'on les y enrôlait.
9 Le pacron 2 ou ancien maitre, > conservait stlr
5> son affranchi certains droits qui s'étendaient assez
( Voyage d'Anacharsis, tomc 11, page 10S. --- Page 131 ---
(87)
>> loin. Le patron succédait dans tous les biens de
39 l'affranchi, s'il mourair sans enfans ou sans avoir
92 fait testament. C'était-là un article de la loi,des
29 douze tables Les droits qu'un patron avait sur
>> son affranchi étaient héréditaires : il les trans92 mettait à ses enfans
Tels sont les exemples offerts par les deux peuples
les plus libres de la terre, ceux dont le grand caractère etla sublimité en tout genre excitent aujourd'hui toute notre admiration, et nous laissent: à peine
l'espérance de les atteindre. Lorsqu'après la fondation
de nos colonies 9 la conduite sage de quelques esclaves et la bienfaisance des maîtres donnèrent lieu
auxp premiersaffianchissemens, c'est sur leur exemple,
sur ce que les Athéniens et les Romains faisaient
eux-mèmes, qu'on chercha à se modeler dans un
cas que les lois" modernes n'avaient pas prévu, et
sur lequel elles n'avaient rien prononcé, Je dois entrer dans quelques détails à cet égard, pour mettre
le lecteur à même de faire un rapprochement.
Le premier affranchissement qui eut lieu à SaintDomingue, fut le résultat de la reconnaissance d'un
maitre juste et humain envers un esclave laborieux
et fidèle ; etil troava, dèsl le principe, de nombreux
imitateurs parmi des hommes simples s bienfaisans,
et en qui la cupidité et la corruption n'avaient pas
encore érouffé ces sentimens précieux de bienveil-
(") Consticutions des Romains, par Ath. Auger. tome I , page 186.
F 4 --- Page 132 ---
(88)
Iance que la nature a gravés dans le cceur de
Phomme pour son semblable, même pour celui
que le sort a condamné à la servitude. Rien n'était
plus commun alors que de voir un Colon donner
en mourant la liberté aux plus sages et aux plus
affectionnés d'entre les individus
que pendant sa
vie il avait régardés et traités comme ses enfans.
Mais rien ne contribua autant à multiplier les affranchissemens que les liaisons que des hommes
éloignés de leur patrie, privés de la présence des
femmes de leur espèce, dégent, par l'impulsion d'un
climat brilant, former avec des femmes d'une couleur différente, mais en qui ils trouvèrent tendresse
soins et fidélité, , et toutes les douceurs de l'union s
conjugale, sans en avoir T'assujettissement. L'amour
et la délicatesse se réunirent pour leur inspirer le
desir bien naturel d'adoucir le sort de ces compagnes, et de soustraire aux fers humilians de l'esclavage leurs enfans auxquels ils laissaient une partie
de leur fortune, quelquefois leur fortune entière.
Mais bientôt des administrateurs
avides, ne voulant
négliger raucun moyen des'enrichir, imagiaèrent, ,sous
les plus vains prétextes, d'imposer un droit exorbitant
stir les libertés accordées. De sorte qu'un maître qui
Giaidgiungendori@iomnr renongantilaproptiété
d'un esclave inappréciable par la raison même qui
l'engageait à le rendre libre, était encore forcé de
payer au fisc une somme équivalente.adsa valeur estis
avides, ne voulant
négliger raucun moyen des'enrichir, imagiaèrent, ,sous
les plus vains prétextes, d'imposer un droit exorbitant
stir les libertés accordées. De sorte qu'un maître qui
Giaidgiungendori@iomnr renongantilaproptiété
d'un esclave inappréciable par la raison même qui
l'engageait à le rendre libre, était encore forcé de
payer au fisc une somme équivalente.adsa valeur estis --- Page 133 ---
(S9)
mative. Tout nouvel lafianchi était forcé d'enjustifier
le paiement et de prouver la ratification de son acte
d'affranchissement, sous peine d'êrre déchu des droits
qu'il s'était arrogé, et d'être vendu au profit du
fisc, ouI plutôr à celui des avares concussionnaires.
Cet impôr onéreux, mis par la cupidité sur la générosité des Colons, ne l'empêcha pas de s'exercer
par la suite en faveur de ceux de leurs sujets qui
surent mériter leur bienveillance. Loin de se livrer
aux alarmes qu'on avait feint de leur inspiter sur
les affianchissemens trop nombreux, pour avoir lin
prétexre de les pressurer, jugeant des sentimens des
nouveaux libres d'apres la grandeur du bienfait
et d'après ceux dont leurs coeurs étaient animés en
leur faveur, ils les regardèrent au contraire comme
leurs soutiens, et comme un rempart assuré qu'ils
s'étaient fait contre les insurrections de l'esclavage.
Mais celai qui accorde un bienfaic librement et de
sa propre ct privée volonté, est sans doute le
maitre de l'étendre ou de le restreindre autant qu'il
le juge convenable et utile à ses intétêts présens
et avenir. Un établissement politique, dont la bienfaisance était le principe, et le bien général l'objet,
pouvait incontestablement être modifié au gré de
ceux de qui il dépendait d'accorder plus ou moins.
En donnant la liberté et des richesses à leurs enfans
naturels ou à des sujets fidèles, les Colons n'eurent
point l'intention d'en faire leurs égux; et c'étaic
qu'il
le juge convenable et utile à ses intétêts présens
et avenir. Un établissement politique, dont la bienfaisance était le principe, et le bien général l'objet,
pouvait incontestablement être modifié au gré de
ceux de qui il dépendait d'accorder plus ou moins.
En donnant la liberté et des richesses à leurs enfans
naturels ou à des sujets fidèles, les Colons n'eurent
point l'intention d'en faire leurs égux; et c'étaic --- Page 134 ---
( I (90)
bien moins par orgueil que par une sage prévoyance.
connaisse le coeur humain, et
Car pour peu qu'on
qu'on réféchise à sa marche,il est aisé de sentit que
cette égalité, en sopposant qu'ils y eussent consenti,
n'aurait
subsister long-tems entre la classe des
pu
climat dévorant ne cessait d'affaiblancs, , dont un
blir les forces et de diminuer le nombre s et une
race nouvelle qui se multipliant prodigieusement
favorable
elle seule, et qui devesous ce ciel
pour
s'éloinant moins reconnaissante à mesure qu'elle
gnait de l'époque du bienfait, ne pouvair manquer
à la fin de devenir l'arbitre suprème de ceux-là
même auxquels elle devait l'existence et la liberté.
colonie
de deux espèces d'homDans une
peuplée
différentes entr'elles par la couleur, le génie,
mes,si
Pimmense intervalle qui
les moeurs 5 et sur-tout par
colonie
sépare la liberté de l'esclavage; dans une
habirée par des Européens et par desAfticains quinze
quelque fir le courage et
fois plus nombreux,
docile
Padresse des premiers,la lâcheté et la stupidité
fut
d'alarme, et il
des autres s on ne
point exempt
et
ne dut pas y avoir de moy ens dont la prévoyance subormaintenir une
lapolitique ne s'avisassent pour
troubler à
dination et une tranquillité que pouvait
instant la moindre attention des derniers sur
chaque différence du nombre. Celui qui parut le
J'énorme
eflicace,fut d'instituer une classe intermédiaire,
plus
qui ramenée sans cesse au respect et al'obéissancer par
il
des autres s on ne
point exempt
et
ne dut pas y avoir de moy ens dont la prévoyance subormaintenir une
lapolitique ne s'avisassent pour
troubler à
dination et une tranquillité que pouvait
instant la moindre attention des derniers sur
chaque différence du nombre. Celui qui parut le
J'énorme
eflicace,fut d'instituer une classe intermédiaire,
plus
qui ramenée sans cesse au respect et al'obéissancer par --- Page 135 ---
(sr)
le bienfait précieux de la liberté, et par le sceau
ineffaçable de la couleur dont son front était empreint, donnât aux esclaves l'exemple de la soumission envers leurs maitres, et augmentâr leur vénération pour eux par la distance que leur intervention
devait établir des uns aux autres. Quoi de plus sage,
de plus légitime que ce plan? Qui pouvoit contester
à ses auteurs le droit d'exiger le respect et les égards
de ces mêmes hommes, qu'ils eussent été les maîtres
de retenir éternellement dans la servitude ? De
quelle injustice ceux qui pouvaient ne leur rien
accorder se rendaient-ils coupables en leur refusant
une égalité absolue, et en les retenant dans une
espèce de, dépendance, dont le spectacle continuel
faisant une impression profonde sur l'esprit de Ja
mulitude qui n'avait pas été admise à participer aux
mêmes faveurs, 2 était le meilleur moyen pour la disposer à l'obéissance et à la subordination ? Que cet
arrangement ffirl'ouvrage du hasard,de l'orgueil ou
d'une sage politique, il en résulta les plus heureux
effets. Le principal fut, que l'esclave excité à se bien
conduire par l'espérance d'obtenir une récompense,
dont les exemples étaient fréquens, bornait toute son
ambition à ce terme, et ne songeait nullement à
porter SCS voeux au-delà.
Ainsi, de même que chez les Grecs et les Romains, les affranchis des Antilles jouissaient de la
liberré personnelle, et non de toute l'étendue des --- Page 136 ---
(92)
droits politiques, dont au reste leurs anciens maitres
étaient privés comme eux , puisque sous l'ancien
le droit de suffrage, le premier de
gouvernement
et
toutes les
tous 3 n'existait pour personne >
que
distinctions consistaient dans quelques prérogatives
des
un très-perir nombre d'homet
emplois auxquels
en Amérique comme en
mes pouvaient prétendre ils avaient la faculté de dispoEurope. Comme eux,
la liberté
ser de leurs propriétés, et de transmettre
leurs biens à leurs enfans. La seule différence qui
et
extérieur
les distinguâr, consistait dans ce respect
avait jugé nécessaire pour assurer l'ordre et la
qu'on
Cet état de
paix, et pour maintenir l'esclavage.
le
choses fut consacré dès les premiers tems > par
nombre de lois de discipline que le gouvernepetit fit
les colonies, et dont les dispositions
ment
pour
contre ceux
qui établissaient des peines rigoureuses
s'écarteraient des bornes de la subordination >
qui
de l'orn'obvièrent pas également aux entreprises
gueil et de la cupidité. Il n'est que trop vrai que
sut depuis remettre en vigueur lorsces lois, qu'on
les
et de mainqu'il s'agissait de favoriser
préjugés
tenir le despotisme des forts, étaient silencieuses en
tendait à
les faibles. Mais
en tout ce qui
protéger
le
Si ce n'est sur un gousur qui en rejetter blâme,
avait dans ses mains la puissance et
vernement qui
soit
indotous les moyens de répression, et qui,
par
lence, soit par corruption, laissa tomber ses propres
is, qu'on
les
et de mainqu'il s'agissait de favoriser
préjugés
tenir le despotisme des forts, étaient silencieuses en
tendait à
les faibles. Mais
en tout ce qui
protéger
le
Si ce n'est sur un gousur qui en rejetter blâme,
avait dans ses mains la puissance et
vernement qui
soit
indotous les moyens de répression, et qui,
par
lence, soit par corruption, laissa tomber ses propres --- Page 137 ---
(93)
réglemens en désuétude, en permettant Fintroduction insensible d'usages tyranniques ? Ce n'est pas
d'ailleurs à la grande majorité des Colons qu'on
pouvait adresser le reproche d'en avoir abusé. Pleins
d'affection et d'égards pour des hommes qui remplissaient parfaitenient tout ce qu'on avait attendu
d'eux, ils ne cessèrent de manifester en leur faveur
des sentimens auxquels ceux-ci répondirent constamdes
éclatans de zèle et de rement par
témoignages
connaissance. Ilintervint malheureusement une nouvelle classe d'individus qui, poussés dans les COlonies par leurs crimes, ou par l'espoir de s'y enrichir, et croyant faire oublier leur bassesse en vexant
cruellement ceux que le hasard avait placés au-desSOUS d'eux, se prévalurent étrangement du privilége
de la couleur qui les assimilait à la classe distinguée,
et manifestérent, envers tout ce qui n'en était pas,
une insolence que de vaines considérations empêchèrent trop souvent de réprimer.
Ce sont les écarts et la brutalité de ces hommes
grossiers qui donnèrent lieu à tout ce qu'il y avait
d'odieux dans le régime colonial; les raisons politiques sur lesquelles il était fondé, se convertirent
en abus intolérables aux yeux de quiconque n'était
pas à portée d'en sentir la nécessité, par la faiblesse
qu'on eut de fermer les yeux, SOUS le spécieux prétexte des ménagemens dus aux préjugés reçus. Mais
si au-dehors de la colonie, le blâme en retomba --- Page 138 ---
(94)
jusques sur les hommes justes, modérés et exempts
de reproche, les affranchis ne s'y
méprirent pas s et
surent toujours distinguer leurs bienfaiteurs, leurs
vrais amis, de ceux pour qui le respect dû à la couleur ne les empêcha pas de concevoir une haine et
un mépris mortels, > qu'ils leur témoignèrent faute
d'un meilleur moyen > par la dénomination injurieuse de petits-blancs.
Quoiqu'il en soir, heureux & libres moyennant
cette considération extérieure dont l'obligation leur
avait été imposée envers les blancs, qui, pour se
servir d'une juste comparaison, 9 étaient à leur égard
ce qu'étaient dans l'ancienne Rome les patrons envers leurs cliens 2 Uil grand nombre d'hommes de
couleur possédaient d'immenses richesses; et tout
le reste était , par le sort dont il jouissait, bien alldessus de cette multitude de prolétaires européens,
qui, éternellement condamnés au mépris et à toutes
les horreurs de la misère, sont réduits à ne pas se
former l'idée d'un bonheur plusgrand que de se procurer quelques moyens d'existence,Tenant aux blancs
par le droit commun de la liberté et de la propriéré,
aux noirs par le caractère et les inclinations ; moins
sensibles aux appas des richesses et de l'ambition qui
caractérise les premiers > qu'i l'insouciance et à
l'amour du repos qui est le goûr dominant des autres,
ils jouissaient paisiblement de toates les douceurs 2
d'une vie molle et oisive. Riches, ils songeaient
se procurer quelques moyens d'existence,Tenant aux blancs
par le droit commun de la liberté et de la propriéré,
aux noirs par le caractère et les inclinations ; moins
sensibles aux appas des richesses et de l'ambition qui
caractérise les premiers > qu'i l'insouciance et à
l'amour du repos qui est le goûr dominant des autres,
ils jouissaient paisiblement de toates les douceurs 2
d'une vie molle et oisive. Riches, ils songeaient --- Page 139 ---
(95)
rarement à angmenter leur fortune dont il leur suffisait de jouir : pauvres, 2 un climat heureux, abondant et favorable à leur espèce, leur fournissait avec
prodigalité et à peu de frais, tout ce qui était nécessaire à leurs besoins. Assez généralement adonnés à
des vices qu'ils tenaient de leur origine servile; mais
bons, dociles et remplis d'une bienfaisance qu'ils
exerçaient avec la plus tendre et la plus touchante
humanité, même envers les petits-blancs > que le
malheur ou une maladie forçaient d'implorer leur
assistance 2 ils remplissaient avec exactitude les devoirs qui leur étaient imposés ; une heureuse harmonie régnaitentr'eux et leurs partons; et une longue
suite d'années écoulées au sein de l'ordre et de la
tranquillité 2 prouvaient suffisamment combien la
confiance de ces derniers envers eux était juste et
fondée.
Telle était dans l'exacte vérité, aux abus près que
j'ai cités, et qu'il était si facile de faire disparaitre,
cette partie du régime colonial qui, dès l'époque
oles premières commotions révolntionnaires ébranlèrent les imaginations et ouvrirent une vaste carrière aux intriguans > affecta si vivement la fausse
sensibilité de quelques individus > et ft jetter les
hauts cris à ces hommes dont les projers chimériques 2 et les plans de perfection politique 3 si ardemment adoprés sur leur parole par les imbéciles,
ou par desfripons comme eux 2 n'avaient, ainsi qu'ils
régime colonial qui, dès l'époque
oles premières commotions révolntionnaires ébranlèrent les imaginations et ouvrirent une vaste carrière aux intriguans > affecta si vivement la fausse
sensibilité de quelques individus > et ft jetter les
hauts cris à ces hommes dont les projers chimériques 2 et les plans de perfection politique 3 si ardemment adoprés sur leur parole par les imbéciles,
ou par desfripons comme eux 2 n'avaient, ainsi qu'ils --- Page 140 ---
(96)
pour but que de
y sont malheurensement parvenus,
tout bouleverser. Sourds et aveugles pour la misère
réelle dont le spectacle hideux les assiégeait journellement, ces atdens amis de Phumanité trouvèrent
plus digne de leur zèle de s'appitoyer sur des maux
éloignés. L'on puc prévoir dès-lors les maux affreux
qu'ils préparaient 5 soit qu'ils n'eussent pour motif
de satisfaire leur propre fureur > soit qu'ils ne
que
les instrumens d'une nation dont les infussent que
rrigues ont si cruellement influé sur toutes les plaies
étéfaites
la France.Des êtres obscurs
qui ont
depuisà
mission
tout-à-coup sur la scène et
et sans
parurent
défenseurs de
se donnèrent pour envoyés et pour
leurs frères d'Amérique ; on les vit marcher sous les
auspices des hommes que j'ai cités ; nommément
d'un Grégoire, qui développa en leur faveur tout ce
l'esprit d'intrigue et de parti peut inspirer de
que haîne atrabilaire et de fureur contre ceux qu'on
d'intérêt et de zèle pour ceux qu'on déattaque, joignant aux talens l'ignorance ou la plus
fend; qui
foi
dans ses virulentes
insigne mauvaise
> peignit,
diatribescontrel les Colons, les mulâtres comme étant
de
dont des
les habitans indigènes Saint-Domingue,
hommes sans lois et sans moeurs avaient envahi
à main armée. Ces lâches et atroces
les propriétés
Brissot, et
mensonges, répétés par son coopérateur
si impudemment hasardés par un prètre, par un
homme qui avait acquis une réputation de patriotisme,
entes
insigne mauvaise
> peignit,
diatribescontrel les Colons, les mulâtres comme étant
de
dont des
les habitans indigènes Saint-Domingue,
hommes sans lois et sans moeurs avaient envahi
à main armée. Ces lâches et atroces
les propriétés
Brissot, et
mensonges, répétés par son coopérateur
si impudemment hasardés par un prètre, par un
homme qui avait acquis une réputation de patriotisme, --- Page 141 ---
(97)
tiste, et dont rien ne permettait encore de
ter les intentions 5 des tableaux hideux d'un suspèc*
dont on exposait les abus avec affectation régime
jamais parler de ses immenses
> sans
sirent l'effet
avantages > produiqu'oni en attendait, sut l'espric d'une
multitude ignorante $ et qui connaissait à
Saint-I
peine
Domingue par son nom. Ils la disposérent d'avanceaux évènemenseraur récit des désastres
parairerqui devaiené éclater dans lesannées qu'omprsLar mode, l'amour dela
suivantes.
nouveauté, et cet espritd'ins
quiétude qu'on remarque dans les circonstances
geuses, acquirent de nombreux
oraprosélytes à ces nou:
veauxapôtres de la
philantropie, $ dont le zèle ardene
ne put être alors réprimé ni par un
dont les ressorts étaient déjà détendus gouvernement
nouveau
, ni par le
corps législatif, qui rempli de leurs
sans , et entrainé lui même
partil'irréflexion, devint
par l'enthousiasme et
en quelque sorte leur
on ne se défia pas assez d'intentions
complice;
couvraient les prétextes les
perfides J que
plus plausibles, les
spécieux, et les plus conformes à
plus
En effet, comme la suite
l'espric du jour.
ne l'a que
cette trame, > semblable aux mystères trop prouvé, $
l'antiquité, dont on laissait
religieux de
haissance du
une partie à la con-,
curiosité
vulgaire, pour mieux dérober à sa
ce qu'ils renfermaient de plus
couvrait un plan bien plus vaste. Ce n'était importanty rien
de semer la défiance et la division
que
Tome I.
entre des hommes
G
effet, comme la suite
l'espric du jour.
ne l'a que
cette trame, > semblable aux mystères trop prouvé, $
l'antiquité, dont on laissait
religieux de
haissance du
une partie à la con-,
curiosité
vulgaire, pour mieux dérober à sa
ce qu'ils renfermaient de plus
couvrait un plan bien plus vaste. Ce n'était importanty rien
de semer la défiance et la division
que
Tome I.
entre des hommes
G --- Page 142 ---
(98)
étroitement unis jusques-là
inégaax, mais qu'avair
du bienfait et de la reconnoissance.
la réciprocité
des blancs à accorder quelque
Si la condescendance
des
à ne pas
chose, et la modération
sang-mèlés
et un
exiger, eussent opéré un rapprochement
trop
toute difficulté étoit levée et la
arrangement stable,
but des
finie. Mais ce n'était pas-là Tunique
guerre
voile qui cachait leurs
agitateurs ; ce n'était qu'un
totale de Saintdesseins; etla destruction
pernicieux
seule assouvir la fureur des enneDomingue pouvair
de la France. Avant même
mis de cette colonie et
tentatives,
d'avoir obtenu le succès des premières
bientôt
de philantropes, succéda
aul nom hypocrite
Ce titre, adopré à dessein, et
celui de négrophiles.
l'avenir, annonçant
qui présageait assez clairement Colons la ruine de leurs
d'avance aux malheureux
de leurs fortunes,
propciétés et le renversement
rien rabattre
les rendit d'autant plus opiniatres à ne leurs droits
et à ne rien céder de
de leur orgueil,
la plus légère violapolitiques, dont ils regardèrent
la moindre cession, même volontaire 2
tion > ou
qui entrainerait infaillicomme un premier pas
n'eussent pas
blement la perte torale.Si les agitateurs
d'intentions' les plus désastreuses, et n'eusété remplis
dont ils étaient bien résent pas agi d'après un plan
difficultés
solusdene pas fécatter, quelquesfumentles à la solution de cette
que la malveillance opposait
être définitivement
discussion funeste, elle eût pu
la moindre cession, même volontaire 2
tion > ou
qui entrainerait infaillicomme un premier pas
n'eussent pas
blement la perte torale.Si les agitateurs
d'intentions' les plus désastreuses, et n'eusété remplis
dont ils étaient bien résent pas agi d'après un plan
difficultés
solusdene pas fécatter, quelquesfumentles à la solution de cette
que la malveillance opposait
être définitivement
discussion funeste, elle eût pu --- Page 143 ---
(99 )
jugée à Paris, ou elle avait étéd'abord
au sein de l'assemblée
ouverte, et
constitmante, qui en était déjà
imbue, et dont une décision quelconque devait être
une loi immuable pour tous les partis. Mais il
tait à l'exécution ultérieure de leurs
impors
projets qu'elle
pénétrit à Saint-Domingue 3 et qu'elley causât dans
les esprits une fermentation
à les prévenir
dangereuse s et propre
également s et par des motifs opposés
contre l'application d'un remède dont ils redouraient
les salutaires effets. Leur correspondance secrète
celle de leurs cliens de Paris fit circuler le
et
dans le coeur de la colonie, et rémplit au-delà poison même
de leurs espérances le double objer,
perfidement
combins.d'offayscles Colonssurle dangerd'accorder
la moindre chose, et de remplir l'imagination des
mulâtres des plus orgueilleuses
espérances, et des
prétentions les plus exagérées. La trame fut si bien
ourdie, et les esprits si bien préparés, qu'avant même
que le premier orage eft commencé à
toute
gronder,
espérance de réconciliation était déjà anéantie.
L'exemple dangereux des mouvemens révolutionnaires qui se manifestèrent dans la colonie, et auxquels les mulâtres furent d'abord étrangers; le redoublement d'insolence envers eux des petits-blancs,
qu'aucun frein, aucun respect ne retenair plus, et
qui n'ignoraient pas leurs dispositions , achevèrent
d'aigrir le mal, et accélérèrent les malheurs dont
la colonie était menacée, Les mulârres firent une
G2
emple dangereux des mouvemens révolutionnaires qui se manifestèrent dans la colonie, et auxquels les mulâtres furent d'abord étrangers; le redoublement d'insolence envers eux des petits-blancs,
qu'aucun frein, aucun respect ne retenair plus, et
qui n'ignoraient pas leurs dispositions , achevèrent
d'aigrir le mal, et accélérèrent les malheurs dont
la colonie était menacée, Les mulârres firent une
G2 --- Page 144 ---
t I0O )
insurrectionnelle contre les blancs;
premidrerentaive oùt ceux-ci venaient de porter les pre2u moment
du
Forcés
miers coups au despotisme gouvernement. de leuts adverde céder au courage età l'ascendant
les eut
saires, leur clémence ou le découragement
dans un état de calme et de soudésormais retenus
bizarré, leur inquiémission ,si, par un concours
leur
n'eussent été secrettement protude et
orgueil
ennemi
compà Saint- Domingue par un
qui
voqués les troubles et les divisions pour recouvrer
tait sur
de
les instiancienne
et France, par
son
puissance, forcenés. Par cct étrange
gations des démagogues
divers, les causes
d'intrigues et d'intérêts
ainalgame
colonie devinrent si obscures et si
des maux de la
dût être dans une funeste
difficiles à déméler, qu'on
était pressant
incercitude sur le choix du remède qu'il
Les convulsions qui dès-lors T'agitèrent
d'y appliquer. malheureusement aux succès des deux
concoururent
également jurésa perte, quoique
ennemis quiavaient
différentes et opposées.
dans des vues absolument
arbitraire des
Les efforts dirigés contre la puissance
d'affaichefs eurent le double inconvénient
anciens
maintenu une
blir le pouvoir qui avait jusqu'alors
de donner un exemple dangetoagsilndconame.erd
n'en auraient
reux à deux classes nombreuses 2 qui
La pré-
'dû recevoir que dela plus passive obéissance. assen.blée
Tinespérience de la première
cipitation,
: dont toit le crime
coloniale, dite de Saint-Marc
ues absolument
arbitraire des
Les efforts dirigés contre la puissance
d'affaichefs eurent le double inconvénient
anciens
maintenu une
blir le pouvoir qui avait jusqu'alors
de donner un exemple dangetoagsilndconame.erd
n'en auraient
reux à deux classes nombreuses 2 qui
La pré-
'dû recevoir que dela plus passive obéissance. assen.blée
Tinespérience de la première
cipitation,
: dont toit le crime
coloniale, dite de Saint-Marc --- Page 145 ---
IO2)
fut son enthousiasme > sa haine contre le pouvoir
atbitiaire, et son affectation à imiter en tout l'assemblée nationale constituante > à laquelle on sut persuader qu'elle voulait rivaliser de puissance avec elle,
er quelle visait à l'indépendance ; la coalition formée
contre elle par le despotisme qu'elle avait vigoureusement combattu, par les philantropes dont elle traversait les projets > ct par les commerçans qui lui
soupçonnèrent des intentions contraires à leurs intéréts; les calomnies lancées contre elle ; lejugement
rigoureux et impolitique qui s'en suivit, , tout enfin
concourut à rendre plus obscure et plus compliquée
la question relative à Sainc Domingue. Quelques favorables que fussent à ses ennemis et à ceux de la
colonie > les décrets de l'assemblée constituante
émis à ce sujet > ils n'en furent pas entièrement satis- 2
faits, et ils craignirent qu'elle ne s'éclairât à la fin sur
leurs intrigues et sur les véritables intérêts de la
France. Inquiets et fatigués par son incertitude, ardens à poursuivre un succès définitif, les Grégoire,
les Brissor, les Raimond, , et tous les machinateurs
de la ruine de
Saint-Domingue, > crurent qu'il était
plus expédient de recourir aux moyens prompts de
l'insurrection proclamée alors en France comme le
plus saint des devoirs. Le malheureux Ogé, le plus
fanatique de leurs protégés, de ceux qui s'étaient
dévoués à être leurs instrumens > se chargea de remplirleursvues,et: allat tenter dans la colonie un nouvel
G;
Raimond, , et tous les machinateurs
de la ruine de
Saint-Domingue, > crurent qu'il était
plus expédient de recourir aux moyens prompts de
l'insurrection proclamée alors en France comme le
plus saint des devoirs. Le malheureux Ogé, le plus
fanatique de leurs protégés, de ceux qui s'étaient
dévoués à être leurs instrumens > se chargea de remplirleursvues,et: allat tenter dans la colonie un nouvel
G; --- Page 146 ---
( 102)
essai dont le résultat fut pour lai
d'expirer sur une
roue avec queiques complices. e
Cer exemple terrible, , exetcé sur des malheureux
aveuglés et séduits, ne put arteindre les scélérats bien
plus coupables qui les faisaient mouvoir. II ne fit
qu'exnfpérerleur fureur, et les pousser aux excès de
la plus affreuse vengeance. Les rivalités et les troubles qui agitaient la colonie, l'impéricie et ia versatilité de ceux qui en France auraient dû y apporter un2
prompt remède, favorisérent leurs noirs complots ;
et quelqu'instruic que l'on fûr de leurs desseins pervers, la vigilance la plus active fut d'autant mieux
trompée > qu'on érait loin de soupçonner les horribles moyens dont ils devaient se servir pour parvenir
à leurs fins.
Le premier avis de cette effroyable machination,
fut le soulèvement simultané des esciaves et des
hommes de couleur de la partie du nord. , la plus
xiche,la plas peuplée erla plus florissante des trois,
ct dont toute létendue fut en un clin-d'ail inondée
du sang de ses habitans surptis et impitoyablement
égorgés, et couverte des décombres de leurs richesses
et de leurs établissemens réduits en cendres. J'ai fait
le récit ()de ces évènemens désastreux; j'ai peint les
convulsions de la colonie expirante sOuS les cfforts
redoublés de ses implacables ennemis : j'ai dit commene la courageuse constance d'une poignée de Co-
(*) Histoire des désastres de Saint-Domingue,
et impitoyablement
égorgés, et couverte des décombres de leurs richesses
et de leurs établissemens réduits en cendres. J'ai fait
le récit ()de ces évènemens désastreux; j'ai peint les
convulsions de la colonie expirante sOuS les cfforts
redoublés de ses implacables ennemis : j'ai dit commene la courageuse constance d'une poignée de Co-
(*) Histoire des désastres de Saint-Domingue, --- Page 147 ---
103 )
lons échappés all carnage et à la ruine de leurs proprictés, parvint à retarder sa destruction entière > et
à la retenir sur le bord de l'abime jusqu'à l'arrivée
des féroces commissaires civils Polverel et Santhonax,
dontle début insidieux remplic tous les coeurs d'espérance sur la cessation des malheurs, et qui employèrent, au contraire ,à lentier anéantissement de
Saint-Domingue, l'énorme puissance dont ils avaient
été revêtus 2 et les forces nombreuses qui 2 sansdoute, ne leur avaient été confiées que pour la secourir. J'ai dit enfin, comment leur ténébteuse politique parvint successivement à détruire la faction
du gouvernement par les blancs, 2 les blancs' par les
mulatres, et à écraser définitivement tous les partis
par les hordes nombreuses des noirs 2 auxquels ils
firent d'abord une guerre cruelle, pour les combler
ensuite de toutes leurs faveurs... Ils ont fidèlement rempli la mission dont ils avaient été chargés:
des villes si opulentes, si peuplées autrefois, sont
ruinées et réduites en cendres : ces plaines si ferciles
ne sont plus que des déserts dévastés : la source la
plus abondante des richesses de la France est tarie
Mais les noirssont libres ! ils sont maitres de ces contrées désolées que Jeur fureur sanguinaire à couvertes
d'ossemens et de décombres > qu'ils contemplentavec
une joie farouche > comme les trophées de leur
victoire
OBrissot ! voilà ton ouvrage et celui de tes coopéG 4
plaines si ferciles
ne sont plus que des déserts dévastés : la source la
plus abondante des richesses de la France est tarie
Mais les noirssont libres ! ils sont maitres de ces contrées désolées que Jeur fureur sanguinaire à couvertes
d'ossemens et de décombres > qu'ils contemplentavec
une joie farouche > comme les trophées de leur
victoire
OBrissot ! voilà ton ouvrage et celui de tes coopéG 4 --- Page 148 ---
(1043
rareurs !Je n'évoque pas ton ombre
autant qu'un autre
pour l'insulter a
> je sai ce que l'on doit d'indulgenceau desir brôlant de brillersurla
nemens, s à la fureur de faire
scène des évèpoir de se faire un grand
parler desoi,etiles
toute l'étendue
nom. Mais situ avais
des maux que tu préparais à Phuma- prévu
nitéerd roi-mme,
sent affaiblis au fond Pour-@negucocsentinens de
se fusétait capable
ton ame, si quelque chose
d'arrêter les mouvemens
Fambicion qui te
fougueux de
dévorait
- Te voila
englouti sous la lave dévorante du
maintenant
provoquas lcs
volcan dont tu
éruptions : tu es devenu la
tes propres faits ! dans l'étrcit
victime de
ocupesapresavoir
et deinier asyle que tu
tenu, vivant, le
causer un si vaste embrâsement,
levierquidevait
sible à ce
, si tu n'es pas insenqui se passe aux lieux où tu n'es
combien tu dois gémir des maux
plus 3
nés ! Tu en fus le
que tu as occasionpremier moteur; mais
sans doute 2 tu ne songeas à les
jamais 3
point ou ils sont
pousser à l'étrange
parvenus : cet honneur
appartient aux
effroyable
discipies que tu chargeas d'exercer cet
apostolat sanguinaire, auquel on ne saurait
parer en baibarie et en cruauté ni les
comprophète de P'Arabie
conquêtes du
quérans les
> ni les expéditions des conplus féroces. Ou bien si ces
sublimes
conceptions
tappariennenr,si cu fus l'auteur des
qu'ils ont si Rdelement remplis,
plans
bre vertueuse ! rassasie-toi à loisir réjouis-toi, omdu spectacle délis
apostolat sanguinaire, auquel on ne saurait
parer en baibarie et en cruauté ni les
comprophète de P'Arabie
conquêtes du
quérans les
> ni les expéditions des conplus féroces. Ou bien si ces
sublimes
conceptions
tappariennenr,si cu fus l'auteur des
qu'ils ont si Rdelement remplis,
plans
bre vertueuse ! rassasie-toi à loisir réjouis-toi, omdu spectacle délis --- Page 149 ---
(105)
cieux detout ce qu'ils ont fait de grand en ton nom;
abreuve-toi à longs traits du sang français qu'ils ont
versé par torrens : vois ces malheureux que tu vouas
à la proscription 3 massacrés avec leurs femmes et
leurs enfans s et leurs cendres mélées avec celles de
leurs propriérés incendiées ! Voisle perit nombre de
ceux qui ont échappé aux poignards que tu aiguisas
contre eux, forcés de fuir dans une terre érrangère,
sans ressource 5 sans asyle, ou opiniatrement poursuivis par le zèle inextinguible de tes apôtres > jusques dans le sein d'une patrie vers laquelle ils tendent vainement leurs bras supplians !.. Considère
ces hordes nombreuses de tes protégés jouissant largement de cette heureuse liberté qu'ils te doivent.
La guerre à mort que tu as allumée entre eux et leurs
maîtres, > et leurs propres fureurs les ont moissonnés
par milliers : leur nombre est considérablement diminué : mais quels sacrifices sont à regrerter auprès
de la possession d'un bien aussi précieux? Eh qu'importe ! il en restera toujours assez pour te regarder
comme leur dieu 2 et pour t'élever des autels avec
les crânes et les ossemens de ceux contre qui tu provoquas leur fureur, et que tu leur appris si bien à
traiter comme leurs plus cruels ennemis et les tiens.
Ces monumens glorieux, ces ruines dont ils se sont
environnés en ton nom, leur rapelleront à jamais tes
bienfaits et la reconnaissance qu'ils te doivent! --- Page 150 ---
(106)
DISCOURS
II.
CHAPITRE V.
État actuelde.
Seint-Domingue; des mesures adoptées
pour la rétablir.
Czst en vain,
peut-être, qu'un homme
n'a
pour objet que la félicité
qui
seconde fois de
publique, tente pour la
Inutilement
proclamer des faits incontestables.
il y ajoutera des vérités neuves et lumineuses, et s'efforcera de remplir les
nêtes d'une juste
coeurs hondique de
indignation par le détail véritant de forfaits et de leurs
des plus funestes effets des
résultars. Un
naires,c'est
commotions révolutionqu'à force de voir et d'enrendre
cesse des traits de la plus affreuse
sans
française semble,
barbarie, lanacion
malgré sa douceur naturelle, avoir
perdu toute sa sensibilité, et même tout
d'humanité.Le
sentiment
vulsions
spectacle presque journalier des conet des
des malheureux déchitemens, et l'habitude de voir
ou de l'être
froid et insouciant le
soi-méme, ont rendu
la
peuple le plus généreux de
terre, et ont_ insensiblement usé cette bienveillance compatissante que lhomme, le Français
sur-
malgré sa douceur naturelle, avoir
perdu toute sa sensibilité, et même tout
d'humanité.Le
sentiment
vulsions
spectacle presque journalier des conet des
des malheureux déchitemens, et l'habitude de voir
ou de l'être
froid et insouciant le
soi-méme, ont rendu
la
peuple le plus généreux de
terre, et ont_ insensiblement usé cette bienveillance compatissante que lhomme, le Français
sur- --- Page 151 ---
(107)
tout sent naturellcment pour celui qui souffie,
D'ailleurs comment s'intéresser à des naux sur-lesquels l'opinion est en suspends ? Comment cette
opinion si souvent trompée sur les faits qui se passent presque sous ses yeux, ne serait-elle pas égarée
par des rapports mensongers, par des récits absurdes
et emphatiques, et par l'affectation avec laquelle
on peint, comme un peuple guerrier, laborieux et
fidèle unet poignée de brigands insoucians pour tour,
excepté le désordre et le pillage, et dont les hauts
faits consistent à avoir converti la plus florissante
colonie de l'univers en un vaste tombeau oû sont
engloutis ses habitans et les espérances de la France.
Que des scélérats vantent de pareils exploits, c'est
tour naturel, puisqu'ils tendent à rendre leurs crimes
moins apparens, et qu'il leur importe de cacherla
vérité : mais les entendre au sein de la convention
nationale, dans un lien qui devrait être le refage
de l'innocence et l'effroi des coupables, c'est à la
fois y entendre la voix du mensonge impudent,
et la plus révoltante immoralité. A quoi tendraient
donc ces espèrances, ces mots consolans de justice
et d'humanité? que deviendraient ces promesses SOlemnelles que le crime ne serait plus métamorphosé
en vertu, et que la méme main qui secourrait l'innocence opprimée, réprimerait l'insolence du scélérat triomphant P Suffirair-il, > pour rendretout légitime, de s'armer des prétextes imposans de philo-
plus révoltante immoralité. A quoi tendraient
donc ces espèrances, ces mots consolans de justice
et d'humanité? que deviendraient ces promesses SOlemnelles que le crime ne serait plus métamorphosé
en vertu, et que la méme main qui secourrait l'innocence opprimée, réprimerait l'insolence du scélérat triomphant P Suffirair-il, > pour rendretout légitime, de s'armer des prétextes imposans de philo- --- Page 152 ---
( 108 )
losophie et de politique ? Malheureux! faux adorateurs d'une divinité que vous ne cessez de blasphémer, sera-t-on plus long-tems trompé par votre
hypocrisie ? Non ! non ! il n'y a pas de milieu ; si
les scélérats ne sont démasqués et ne reçoivent leur
juste récompense,la révolution, dont ils multiplient
de jour en jour les ennemis,ne sera plus qu'un
édifice bâti sur le sable > une véritable calamité
dans le fait, et par ses résustats.. 2
Au milieu des
évènemens qui se succèdent avec rap.dité
, qu'imporre aux malheureux qui souffrent que tel ou tel
parti triomphe ou qu'il soit abartu, si le crime reste
impuni, et si sa situation n'en reçoir aucun adoucissement !Hommes probes, mais trompés, quiavez
souffert le mal par faiblesse, ou qui l'avez approuvé par erreur, ce n'est pas à vous que s'adresse
mon indignation 5 mais il est tems de sorcir de votre
assoupisement,er que VOS yeuxs'ouvientil la verité.
Un plus long aveuglement, une négligence plus
long tems prolongée, malgré les terribles leçons de
T'expérience, vousrendraient responsables des crimes
qui ont été commis : vous en deviendriez enfin les
complices par votre lenteur à les réparer ! Quelle incertirude peut vous rester encore sur leur existence ?
pourriez-vous douter que Saint-Domingue n'ait été
le théatre des mêmes forfaits qui ont désolé la
France, et dont vous avez failli vous-mêmes être
les victimes ! J'appelle toute votre attention, route
malgré les terribles leçons de
T'expérience, vousrendraient responsables des crimes
qui ont été commis : vous en deviendriez enfin les
complices par votre lenteur à les réparer ! Quelle incertirude peut vous rester encore sur leur existence ?
pourriez-vous douter que Saint-Domingue n'ait été
le théatre des mêmes forfaits qui ont désolé la
France, et dont vous avez failli vous-mêmes être
les victimes ! J'appelle toute votre attention, route --- Page 153 ---
(109 )
totre sollicitude sur les maux que la patrie a essuyés,
dont elle est menacée;
sur les pertes irréparables seul
je veux vous OCc'est de son avantage
que
funestes dont
cuper : car remplis de préventions
l'intrigue a Su vous environner, quelle espérance
en favéur d'une foule
aurais-je de vous attendrir malheur est de n'exd'hommes dont le plus grand
d'une
citer aticune pitié , et d'ètre victimes
dont il n'est
permis de prévoir encore
erreur
pas
d'une
le terme ? Qu'ai-je besoin de vous parler
d'infortunés dont il ne reste plus qu'un
multitude
autrefois des familles nompetit nombre, , qui ayant
breuses,se trouvent aujourd'huiisolés etsans parens;
jouissant jadis de fortunes brillantes > gémissent
qui
dans toutes les horreurs de la misère !
maintenant
fixe seulement sur l'élat intérieur
Que votre ceil se
le contrede la France > qui commence à ressentir
coup de ces désastres. Voyez ses finances épuisées,
anéanties, sa marine militaire pri-.
ses manufactures
la
n'existe plus. Convée de matelots dont pépinière
sidérez ces villes de commerce si opnlente autrefois, qui ne sont plus que l'ombre d'elles-mèmes,
condamnée désorét que remplit une population ! Un million de
mais à l'inaction et à la misère
bras sont armés en ce moment pour défendre
deviendront-ils lorsque la paix
nos frontières : que
iront-ils,
les rappellera dans leurs foyers? La plupart
faute d'occupation et de moyens d'existance, peu-
dont pépinière
sidérez ces villes de commerce si opnlente autrefois, qui ne sont plus que l'ombre d'elles-mèmes,
condamnée désorét que remplit une population ! Un million de
mais à l'inaction et à la misère
bras sont armés en ce moment pour défendre
deviendront-ils lorsque la paix
nos frontières : que
iront-ils,
les rappellera dans leurs foyers? La plupart
faute d'occupation et de moyens d'existance, peu- --- Page 154 ---
(110 )
pler les forêts, et se livrer au brigandage, ainsi
arrive à la fin de toutes les
qu'il
guerres.
LinferunéBamave, dontles talens etl'éloquence
séduisante égarèrent l'assemblée
constituante, el'en.
traînèrent dans les mesures les plus contradictoires,
maisdont le génie naissant s'était insensiblement mûri
par l'expérience, avair bien prévu cesmalheurs et tous
leurs résultats. Ses prédictions et ses réflexions judicieuses eussent suffi pour les prévenir, si, dans ces
tems de trouble où les crises et les évènemens se succèdent avecr rapidité, toutel'attention n'étaitabsorbée
par le présent, et faiblement occupée par le passé et
Tavenir; et si les esprits n'étaient plus frappés des
maux quel'on sentque de ceux que lon a à craindre.
Je vais répéter ses propres paroles, extraites du
rapport qui précéda le décret du 24 septenabre 1791.
C On a souvent présenté dans cette.assem.-
>> blée, la masse d'intérérs nationaux attachés à la
>> question actuelle; on vous
e
a présenté l'existence de
3> votre commerce,de vos manufactures, et d'une par3) tie de l'agriculture intéressée à cette question : on
p vous a prouvé que la perte des colonies entraînerait
3> des maux plus grands encore que les désastres qui en
>> proviendraient directement; que du moment que
>> vous n'auriez pas de colonies, presque toure votre
3) navigation commerciale tomberait; ; que dès-lors
>> vous n'auriez plus de moyens de former des mate32 lots pour la marine militaire, et que n'ayant plus de
et d'une par3) tie de l'agriculture intéressée à cette question : on
p vous a prouvé que la perte des colonies entraînerait
3> des maux plus grands encore que les désastres qui en
>> proviendraient directement; que du moment que
>> vous n'auriez pas de colonies, presque toure votre
3) navigation commerciale tomberait; ; que dès-lors
>> vous n'auriez plus de moyens de former des mate32 lots pour la marine militaire, et que n'ayant plus de --- Page 155 ---
(1I )
3) marine militaire, vous n'auriez plus de
3> extérieur ni maritime,
commerce
parce que vous
>> les moyens nécessaires
le
n'auriez plus
>3 fendre. S'il arrivait, pour protéger et le désoit par la perte absolue,
>> par la perte partielle, soit par une
soit
>> sion des bénéfices
longue stispenque nous retirons de nos
>> que tous les ports se trouvassent dans l'état colonics, le
3> désastreux, que les travaux vinssent
plus
>> manquer,
subitement a
>>
tissent erdnomasilemastiommbens ressen-
, croit-on alors que limpôt pourrait
95 se percevoir ;croit-on qu'alors le
aisément
3) sur la
papier, quirepose
confiance, ne retomberait pas à l'instant
>> le plus grand discrédit ? Je demande si
dans
: qu'alors le change, vis-à-vis des
l'on croit
nation's
3) ne deviendrait pas effrayant pour les bons étrangères,
>> Je demande, enfin, si plus d'an million citoyens?
3> sans travail, sans pain, sans
d'hommes
:> la détresse
espérance au milieu de
publique, ne deviendrait
39 ment le germe de tous les troubles ? pas parfaite93 présente d - s'il est possible,
Qu'on se re-
>> en faire, à
excès
quel usage On pourrait
quels
on pourrait les
35 alors, ,le peuplese
porter; si,
plaignant et demandant
>> gemens ( car le peuple ne sait
des chgn-
>9 qu'il est bien ou
qu'une chose, c'est
qu'il souffre : s'il est
>>
bien, il veur
conserver; s'il est mal , il veut
le
s érabli ); si, dis-je, le
changer régime
peuple
2) leurs, se plignant des
agité, par ses douchangemens; si des
6 d'hommes
millions
déssuvrés, présentant des armes et des
>> gemens ( car le peuple ne sait
des chgn-
>9 qu'il est bien ou
qu'une chose, c'est
qu'il souffre : s'il est
>>
bien, il veur
conserver; s'il est mal , il veut
le
s érabli ); si, dis-je, le
changer régime
peuple
2) leurs, se plignant des
agité, par ses douchangemens; si des
6 d'hommes
millions
déssuvrés, présentant des armes et des --- Page 156 ---
(xa)
$5 instrumens à quiconque voudrait les
35 ne deviendrait
employer, il
pas facile,
>2 changér la constitution
possible au moins, de
établie, d'abattre
>>
le systême
monarchique, ou de lui donner une
>> mitée; ;et remarquez bien
extension illi35 d'hommes de couleur
que tndisqutanepoignée
réunisà
>> quel ressoft, couvrent les
Paris, je ne sais par
rues del
>> affiches, et ne cessent
lacapitale de leurs
s) avoirnon les droits d'agiter cette assemblée pour
civils que tout le
>> connaît, mais les
mondeleur re-
>5 de
adiomspolitigserdentre@an millions
Français sont privés dans la
35 mandesi de
métropole je depareilsintérérs,sur
33 de couleur sont si froids dans les lesquelsles hommes
>> résister à l'intérêt immense de la colonies, peuvent
>> les nouvelles du décret
patrie? Depuis que
>> dans les
( du 15 mai ) sont arrivées
ports, iln'en est aucun qui ne Yous
>> parvenir les plus
ait fait
>> places de
pressantes pétitions. Les mêmes
commerce qui étaient demeurées
>> lorsque le décret a été rendu, éclairées
muettes
>> nemens, viennent
parles évèvous supplier de
>9 disposition qui les met au désespoir. changer une
>> On dit sans cesse dans cette
>> térêt des colons
assemblée, que l'inet des commerçans est une
s qu'ils ne peuvent pas être entendus dans la preuve
> comme si l'intérêt des
question,
de
>> tait pas dans le
commerçans France n'émoment actuel l'intérêt de
35 elle-mème.
la France
>; II est sans doute des
questions ou l'intérêt des
commerçans
de
>9 disposition qui les met au désespoir. changer une
>> On dit sans cesse dans cette
>> térêt des colons
assemblée, que l'inet des commerçans est une
s qu'ils ne peuvent pas être entendus dans la preuve
> comme si l'intérêt des
question,
de
>> tait pas dans le
commerçans France n'émoment actuel l'intérêt de
35 elle-mème.
la France
>; II est sans doute des
questions ou l'intérêt des
commerçans --- Page 157 ---
(113)
ed commerçans est différent de l'intérêt du
>> et de celui de la nation; mais ce n'est commetce
>, ci. Icicen'est
pas dans cellepas seulement l'armateur
>> porte et qui vend la marchandise, c'est le qui trans-
>> turier qui - la prépare, c'est Tagriculteur manufac-
>> de la terre > qui sont directement quil'extrait
>>
conservation des colonies..
intéressés à la
Telle fut l'opinion d'un homme 03),
soupçonner de
qu'on ne saurait
partialité en faveur des
regardèrent comme leur plus cruel ennemi, Colons,quile
tueux, doué d'une imagination
Présompbrillante, et avide de
jouer un rôle sur le théatre quis'offrait ràson
il devint involontairement
ambition,
des malheurs de
une des causes principales
et
SaintDomingue, par sa précipitation
par l'influence qu'il eut sur les premières déterminations prises à leur égard. L'expérience et la
le ramenèrent depuis à des vues
réflexion
malheureusement
plus saines, > mais
funeste
lorsqu'il n'en était plus tems. Sa
prophétie commençait déjà à
elle est accomplie maintenant dans
s'accomplir; ;
Sainttous ses
-Domingue n'est plus qu'un monceau de points;
dres et de ruines : la France,
cencharlatans
2 quoiqu'en disent des
politiques, n'a plus de colonies, plus de
commerce, plus de marine commerciale ni
et la paix, qui porte la consolation dans militaire,
états, ne fera
l'ame des
que l'éclairer davantage sur sa
et ajouter à l'horreur de son dénuement. misère J
Ons se Alatte d'apporter facilement
Tome. I.
un remède à ces
H
monceau de points;
dres et de ruines : la France,
cencharlatans
2 quoiqu'en disent des
politiques, n'a plus de colonies, plus de
commerce, plus de marine commerciale ni
et la paix, qui porte la consolation dans militaire,
états, ne fera
l'ame des
que l'éclairer davantage sur sa
et ajouter à l'horreur de son dénuement. misère J
Ons se Alatte d'apporter facilement
Tome. I.
un remède à ces
H --- Page 158 ---
(114)
maux, qu'on ne présente aux yeux de la France
pée,que comme le simple
d'un
tromreux à un état meilleur. La passage
état malheudouleur et
sont à leur comble en
lindignation
voyant prodiguer les récompenses et les plus éclatans
éloges aux machinateurs
tant de désastres, et d'entendre honorer
de
peux de victoires, des crimes
du nom pomla plusabondante
qui ont tari pour jamais
On
source de richesses de la France(
parle comme d'une chose facile de rendre à Saint-
Domingue tout son ancien éclat, et de la
dans son rang de la
réintégrer
colonie
première et de la plus
du monde, soit
las
opulente
messes ridicules
que
auteurs de ces prosoient eux-mèmes
soit
ses exterminatenrs
trompés,
que
nir baissé
ou Jeurs Partisans s'efforcent de tele voile qui cache tant de maux.
ne saurait durer; la vérité et la voix
Mais cela
nécessité
impérieuse de la
seront tôt ou tard plus puissantes que l'intrigueerque l'esptit de faction. C'est
que je vais examiner sur
danscette attente
quoi sont fondées les
rances qu'on s'est formées sur le rétablissement espécette colonie; et qu'aidé des lumières de
de
de la connaissance des
l'expérience,
localirés, et d'un desir véritable
du succès, j'cn discuterai de bonne-foi les
et la possibilité.
moyens
C'est en quelque sorte ici que commence ma tâche.
Jene suis entré dans le long développement
qui pré-
(") Rapport de Fermont, du S Thermidor, an III,
quoi sont fondées les
rances qu'on s'est formées sur le rétablissement espécette colonie; et qu'aidé des lumières de
de
de la connaissance des
l'expérience,
localirés, et d'un desir véritable
du succès, j'cn discuterai de bonne-foi les
et la possibilité.
moyens
C'est en quelque sorte ici que commence ma tâche.
Jene suis entré dans le long développement
qui pré-
(") Rapport de Fermont, du S Thermidor, an III, --- Page 159 ---
(I15 J
eède, qu'à cause déson étroite connexion
tière que je dois
avec la matraiter, et que souvent une conséquence n'est condamnée que faute d'en bien connaitre
le principe. On voit tous lesjours
été d'abord
rejetter ce qui avait
approuvé, et approuver ce qui avait été
violemment rejetté, L'erreur semble être
de l'esprit humain, et le passage nécessaire Tapanage
venir à la connaissance de la
pour parmieux sentie
vérité, qui n'est jamais
que lorsqu'ony a été préparé par le sentiment des maux que la première a occasionnés. Eh!
pourquoi ne me Aarteraisije pas, au milieu de cette
vicissitude d'évènemens, d'une chance favorable àma
cause? Elle est telle, que si les esprits étaient moins
prévenus, il eût suffi de leur présenter le tableau
comparatifdu passé et du présent.
de démontrer le vide des
Ilsagit maintenant
espérances et
a formé pour l'avenir.
desplansqu'on
Au moment où j'écris, la colonie de Saint t-Domingue est dans un état tel que sa ruine entière
état d'inutilité pour la
et son
métropole ne peuvent-érre un
problème que pour Tignorant, ou pour les
intéressés à les cacher. Pour le
frippons
décrire
prouver, il suffira de
rapidement la position
traordinaire de cette contrée
malheuseuse et exqui brillait
tant d'éclat.
naguères de
De trois parties qui la composent celle
laplusriche deroures,n
s
du nord,
n'esrplasgu'undéserc) inculte et
abandomnésserchamps, que couvraitla canne à sucre,
H 2
pour les
intéressés à les cacher. Pour le
frippons
décrire
prouver, il suffira de
rapidement la position
traordinaire de cette contrée
malheuseuse et exqui brillait
tant d'éclat.
naguères de
De trois parties qui la composent celle
laplusriche deroures,n
s
du nord,
n'esrplasgu'undéserc) inculte et
abandomnésserchamps, que couvraitla canne à sucre,
H 2 --- Page 160 ---
(1:6)
sont eli friche, des halliers ont pris la place de ces
vastes plantations de cafiers qui couronnaient ses
mornes. Tout ce qui érait maisons > manufactures,
moulins à cannes et érablissemens, étégénéralement
zéduit en cendres, ct offre à peine quelques décombres. De toute cette partie si opulente et si étendue,
le territoire circonscrit qui environne la petite ville
du Port-de-Paix, sert de refuge aux hordes noires qui
y ont été rassemblées par leurs chefs et parla nécessité
de faire face à l'ennemi, maître du Mole-Saint-Nicolas,qui en est peu éloigné;et à quelques blancs,restes
infortunés de la population qui habitait cette contrée,
et que la misère et le besoin de subsistery ont réunis,
ainsi que parmi les ruines de ce qu'on appelle encore
la ville du Cap, ou, livrés à toutes les horreurs de
l'infortune, , ces hommes autrefois opulens sont réduits à disputer quelques alimens aux nègres quiy ont
également cherché un asyle,
La pactie de l'ouest déchirée, quoique nrins violemment, par les mémes convulsions, n'offre pas un
aspect ni des ressources plus brillantes : dévastée, ruinée en grande partie, elle n'a conservé quelques lambaux incactes, que pour voir les brigands les disputer
avec fureur et acharnement aux Anglais, qui, depuis
deux ans, les ont envahis. Dans le sud, enfin, livré
comme les autres au brigandage des hordes soulevées
qu'aucun frein ne retient plus, le quartier seul de Jérémiesubsiste encore, défendu contre leursincursions,
un
aspect ni des ressources plus brillantes : dévastée, ruinée en grande partie, elle n'a conservé quelques lambaux incactes, que pour voir les brigands les disputer
avec fureur et acharnement aux Anglais, qui, depuis
deux ans, les ont envahis. Dans le sud, enfin, livré
comme les autres au brigandage des hordes soulevées
qu'aucun frein ne retient plus, le quartier seul de Jérémiesubsiste encore, défendu contre leursincursions, --- Page 161 ---
(117)
noirs fidèles
la nécessité les
rankse-dentr-ocits
qu'ilsontarmés, ,et par les étrangers que
forgad'appeller à leur secours. Les Anglais se sont emdela côte de St-Domingue,
parés des points principaux
quelques avantages à recueillir, négligeant
onily lyavait
tandis squedunautre
tout ce quin'eny promermitancun:t leurs
les
côté, les Espagnols ayant réuni sous
drapeaux
noirs, Jean-Frangois et Biassoi,
soldats des généraux
s'étendaient
l'élite des brigands français,
composant
rouchentàl leurs frontières. La consur les parties qui
évidemment qu'en
duite des uns et des autres prouve
dans la colonie, ils n'avaient eu pour objet
entrant
totale, de se maintenir,
que de concourir à sa ruine
audans la possession de leurs conquêtes, tant qu'ily de
débris de richesses à rassembler, et
rait quelques
infortune. Les premiers
Tabandonner ensuite à son
manifesté tant d'avarice et d'avidité à s'emparer
ont
Colons malheureux qui s'étaient
de ce qui restait aux
bientôt ceux-ci n'eurent
mis sous leur protection, que
de différence à faire entre ces prétendus protecplus
l'énormité, et surteurs et lesbrigands, et sentirent
P'inutilité de la faute qu'ils avaient commise s
tout
abusaient de leur
d'appeller des hommes avares qui
leuts déponilles spour
triste sitaion,etvorpropiend défense à T'ennemi. Les dignes
les livrer ensuite sans
des anciens dévastateurs de P'Amérique 3
descendans
Anglais de richesses, n'ont
aussi avides de sang queles
des actes de
dérogé à leur antique réputation par
pas
H: 3
de la faute qu'ils avaient commise s
tout
abusaient de leur
d'appeller des hommes avares qui
leuts déponilles spour
triste sitaion,etvorpropiend défense à T'ennemi. Les dignes
les livrer ensuite sans
des anciens dévastateurs de P'Amérique 3
descendans
Anglais de richesses, n'ont
aussi avides de sang queles
des actes de
dérogé à leur antique réputation par
pas
H: 3 --- Page 162 ---
(118)
barbarie, à laquelle la félociré même des
brigands ne
saurait être comparée : le massacre horrible du FortDauphin, commis sur une foule de Français, qui,
surleur invitation et leur injonction positive,s'éraient
réunis près d'eux comine dans un asyle assuré,
figurer à eôcé des évènemens qui rendent i
pourra
lèbre la désastreuse
jamais céconquête de ce nouvel hémisphère.
La population blanche est presqu'en entier, détruite ou fugitive ; la guerre, les maladies et le
brigandage ont diminué d'un tiers au moins la
pulation noire > sans espérance ni moyen de réparer poces pertes énormes. Tout ce qui est mâle et en état
de porter les arines, est devenu guerrier 5 rassemblés
sous les ordres des chefs blancs, mulâtres ou noirs
quise sont mis à leur tête 3 ils ne sont employés
qu'i faire sur les contrées occupées par l'ennemi,
des incursions fréquentes et plus ou moins fructueuses, et dont le résultat est roujours la dévastation
et le pillage. Les femmes 3 les enfans et tout ce
qui n'a pas été jugé propre à cet étar, est chargé
de cultiver des vivres pour l'armée. Les premiers,
accontumés depuis long- tems aux douceurs d'une
vie licentieuse et vagabonde, se laisseraient dif
ficilement persuader sur la nécessité et sur l'avantage d'y renoncer > ou plurôr 3 on n'y parviendra jamais. Tour le reste donr le sort ne s'est guère amélioré, 3 qui comparent tristement leur misère et leus --- Page 163 ---
(119)
dénûment actuel aux soins qui leur étaient prodi:
gués autrefois, et qui dans le vrai n'ont fait que
passer de l'esclavage des blancs dans l'esclavage
bien moins tolérable, bien plus dûr de leurs semblables, regrettent sincèrement leur premier état,
et ne demanderaient pas mieux peut-être % que de
retourner à leurs anciens maîtres et à leurs travaux.
C'est pourtant dans cet état de délabrement et de
dissolution, et en s'acharnant avec opiniâtreté aux
plans désastreux qui l'ont produit, qu'on se fatte
des plus vastes espérances > de la certitude même
d'une restauration parfaite ! Aux époques les plus
brillantes, Saint-Domingue ne Aleurissait que par
les avances du commerçant > par les encouragemens
multipliés qu'il prodiguait au cultivateur. Eh ! qu'attendrait-on du commerce national qu'on a pillé,
ruiné, anéanti, et dont les richesses n'avaient pas
de plus ferme bâse que cette colonie s que par
une heureuse réaction, , ses secours rendaient de
plus en plus éclatante ! En supposant même qu'il
eàr le pouvoir et la volonté de tout faire pour
elle, quel serait le gage de ses avances > sur quoi
fonderait-il ses retours ; que pourrait-on enfin opérer dans une colonie, sans bras, sans établissemens > sans animaux, sans instrumens, et généralement dépourvue de tous les objets de première
nécessité : Car, indépendamment de l'effrayante
diminution qui depuis quatre 211S de désastres s'est
He
atante ! En supposant même qu'il
eàr le pouvoir et la volonté de tout faire pour
elle, quel serait le gage de ses avances > sur quoi
fonderait-il ses retours ; que pourrait-on enfin opérer dans une colonie, sans bras, sans établissemens > sans animaux, sans instrumens, et généralement dépourvue de tous les objets de première
nécessité : Car, indépendamment de l'effrayante
diminution qui depuis quatre 211S de désastres s'est
He --- Page 164 ---
(I20) )
opérée dans la classe des culivateurs noirs,
saurait fonder
on ne
aucune espérance sur ceux dont les
snains sont armées, et qui, accoutumés
exercice
par un long
> aux massacres, 3 à l'incendie et au
ne pourront jamais être ramenés à des inclinations pillage,
plus donces, et sur-tout au travail pour lequel ils
eurent toujours une répugnance invincible. Les
bètes à corne et cavalines si précieuses, si nécessaires aux travaux de Tagriculure et de l'exploitation, et dont les nombreux
les savanes des
troupeaux couvraient
habitations, ont été dévorées et exterminées : il n'en reste plus de trace. Des mâsures,
des murs nuds et ébranlés par la violence du feu,
sont tout ce qui reste de ces somptueux établissemens qui coûtèrent des sommes immenses à élever, et qui coûiteraient encore plus à rétablir,
le dénûment absolu des facilités
3 par
et des moyens
qu'offrit dans le principe, une contrée couverte de
bois, que les défrichemens successifs
ont fait entièrement disparaître. Dans Thypothèse de la
bilité d'un rétablissement, il faudrait avoir possirecours
aux Anglo-Américains s qui étaient dans l'usage de
fournir à la Colonie des bois de
même des maisons
charpente 3 et
toutes faites, qu'ils y portaient
en pièces numérorées et qu'il était facile d'assembler sur le champ. Mais en supposant même
ces étrangers pussent suflire à Ja quantité innom- que
brable de bâtimens qu'il faudrait
remplacer, sur --- Page 165 ---
(121 )
quels produits assignerait-on les sommes énormes
et incalculables auxquelles se monteront les fournitures en ce genre ? Par exemple, 1 la ville du Cap
était autrefois le centre du commerce le plus forissant, et était environnée de plaincs les plus riches et les plus productives de l'univers, et donc
les rapports auraient, suffi pour faire face à toutes
les dépenses. Maintenant l'éclat dont brillaient les
célèbres quartiers Morin J Limonade, de la PetiteAnce et du Nord n'existe plus que dans le souvenit
de ceux qui ont joui de cet étonnant et magnifique spectacle : ce n'est plus qu'un désert inculte,
ruiné, et où il ne reste pas le premier moyen de
commencer un rétablissement. De huit cents vaisseaux de commerce quiabordaient annuellement dans
les ports de la Colonie, plus de la moitié était destinée pour le Cap, où ils trouvaient toutes sortes
de facilités pour faire leurs ventes avec promptitude,et pour se charger en retour. Aujourd'hui
que le fer et le feu ont tout dérroir, qu'il, ne
reste plus que la place où croissaient tant de richesses J que le numéraire qui circulait dans la
colonie en a disparu, ou a été la proie des brigands,
et sur-tout de leurs meneurs s qui se sont hâtés
de mettre leurs rapines en lieu de streté, un seul
bâtiment qui aborderait sur cette plage malheureuse,
ne pourrait s'y procurer la vente assurée de la plus
médiocre cargaison, et ne trouverait pas un ton-
dérroir, qu'il, ne
reste plus que la place où croissaient tant de richesses J que le numéraire qui circulait dans la
colonie en a disparu, ou a été la proie des brigands,
et sur-tout de leurs meneurs s qui se sont hâtés
de mettre leurs rapines en lieu de streté, un seul
bâtiment qui aborderait sur cette plage malheureuse,
ne pourrait s'y procurer la vente assurée de la plus
médiocre cargaison, et ne trouverait pas un ton- --- Page 166 ---
(122)
neau de denrées coloniales à
trée qui était la
exporter d'une consource où puisair la France et
presque toute l'Europe. Il n'est même
vable comment font
pas concepour subsister, les blancs
jaunes, ou noirs qui ont cherché
s
les décombres de
un asyle parmi
cette ville : ils doivent y être
posés à toutes les incommodités du
exla misère,
besoin et de
Saint-Domingue était déja plongé dans
de dépérissement qui était tel,
cet état
qu'on s'efforcerait
que tous les remèdes
saient tardifs
d'apporter à ses maux > paraiset désormais inuciles,
sure désastreuse et impolitique
lorsqu'une mequ'on
produisit le seul effet
pouvait encore attendre, c'est-à-dire, vint
aggraver ses malheurs et envenimer ses
blessures. Il suffit de se rappeller
profondes
quels hommes
provoquèrent le décrer du 16 pluviose
vieux
( 1794
style.), pour se faire une idée de ses
sultats. Sans doute, le génie des
réDanton, des Lacroix, et des Chaumette ne pouvait
des crimes et des cuvres
produire que
c'est d'après l'avis
d'iniquité $ et pourtant
et l'impulsion de ces
et de leurs pareils,
scélérats
qu'on adopta sans
une détermination dont le moindre
discussion
est de sanctionner une multitude de inconvénient
forfaits horribles, et de mettre le sceau à la perte des
nies ! Ceux qui concoururent à
colocette décision funeste, étaient des hommes
aveuglés et trompés
des crimes et des cuvres
produire que
c'est d'après l'avis
d'iniquité $ et pourtant
et l'impulsion de ces
et de leurs pareils,
scélérats
qu'on adopta sans
une détermination dont le moindre
discussion
est de sanctionner une multitude de inconvénient
forfaits horribles, et de mettre le sceau à la perte des
nies ! Ceux qui concoururent à
colocette décision funeste, étaient des hommes
aveuglés et trompés --- Page 167 ---
(123 )
sur une question qui exigeait les plus séricuses téflexions et des connaissances
ne
particulières ; car on
peur supposer que le plus grand nombre aic
voulu les anéantir et priver à jamais la France des
richesses inestimables qu'elle en retirait. Dans cette
hypochèse > la seule même à
s'attacher, le
laquelle on puisse
nom de ceux qui les ont entraînés
dans cet écueil suffit pour exciter leur
et devient un morif d'examiner
défiance 3
scrupuleuse,
avec une rigueut
à
tout ce qui a été fait sur cette matiere
une époque malheureuse et trop célèbre
les
forfaits les plus inouis. Ou l'on
par
a eu le
de
renoncer aux
projer
colonies, 2 comme étant une exubérance territoriale impossible à réunir à la grande
masse, cause de son
un régime fondé
éloignement, et soumise à
sur des principes
ceux de la Constitution
trop opposés à
de bonne foi les
Française 9 ou l'on a voule
conserver à la France
le premier cas, il fallait
Dans
respecter le droit de
ptiété, et observer
promicifs faits
religieusement les pactes
avec elles; il fallait,
les pridonner
dis-je >
abansimplement à elles - mênes, leur laisser
le soin de se conserver et de
se chercher des
Protecteurs > ou plutôr leur
de
et former avec elles des
proposer
Pêtre,
traités avantageux, tels
qu'on peut les faire avec tout autre état
pas soumis aux mêmes
qui n'est
principes de
que la France a adoptés. A
gouvernement
quel prix la colonie
usement les pactes
avec elles; il fallait,
les pridonner
dis-je >
abansimplement à elles - mênes, leur laisser
le soin de se conserver et de
se chercher des
Protecteurs > ou plutôr leur
de
et former avec elles des
proposer
Pêtre,
traités avantageux, tels
qu'on peut les faire avec tout autre état
pas soumis aux mêmes
qui n'est
principes de
que la France a adoptés. A
gouvernement
quel prix la colonie --- Page 168 ---
(12#4)
de Saint-Domingue n'eûit-elle
tection : avec quel
pas acheté sa prosoumise à
empressement ne se ffit-elle pas
toutes les conditions qu'il eût plu à la
mère-patrie de lui imposer en faveur de son
pre commerce, s ou toute autre dont l'effer eût pro- été
de la maintenir indirectement
de liberté dans
et avec une ombre
une dépendance réelle ?
j'aie déja manifesté une opinion
Quoique
tout projet de scission
peu favorable à
contraire
et d'indépendance, comme
au but de la fondation des colonies
dernes, et sur-tour comme aussi
IOelles. que
dangereux pour
désavantageux à la métropole si telle
était F'opposition de leur
;
organisation respective 3
qu'eiles ne pussent être régies par les mêmes
si telle était la rigueur des
lois;
dissent
principes, qu'ils défenfaveur explicitement d'adopter une modification en
d'une contrée éloignée, qui diffère de la
France par le climat, la culture, les
le génie de ses habitans, et qui n'a de productions,
elle que parles avantages qu'elle lui
rapport avec
été bien plus
de
rapporte > il eût
sage
recourir à cet
de manquer aux plus saints
expédient que
les colonies du
de
engagemens, d'inonder
mir
sang ses habitans, et de faire frél'humanité sous prétexte de la venger.
Dans le cas contraire, c'est-à-dire, si l'on
réellement
a voulu
conserver ces possessions lointaines à la
France, à quoi donc tendent définitivement
mesures qui n'ont servi jusqu'ici qu'à
ces
consommer
il eût
sage
recourir à cet
de manquer aux plus saints
expédient que
les colonies du
de
engagemens, d'inonder
mir
sang ses habitans, et de faire frél'humanité sous prétexte de la venger.
Dans le cas contraire, c'est-à-dire, si l'on
réellement
a voulu
conserver ces possessions lointaines à la
France, à quoi donc tendent définitivement
mesures qui n'ont servi jusqu'ici qu'à
ces
consommer --- Page 169 ---
(125) )
éterniser
ieur ruine, et qui ne sont propres qu'à
leur état actuel d'abandon et d'inutilité?
où elles furent adopIl est vrai qu'à T'époque
des points
tées, les Anglais venaient de s'emparer
vraide Saine-Domingue. Il est assez
principaux
s'occuper de l'avenir, on
semblable, que sans trop
d'aet désespéré
eut recours à ce moyen prompt dans les mains même
néantir dans leur source et
de
de l'ennemi, les avantages qu'il se promettait
on put se Aatter alors
retirer de cette conquête 5
la reconnaisles noirs , animés d'un côté par
que
la crainte de retomber dans
sance > de l'autre par
combattraient
les fers de ces nouveaux maitres >
aucun effort pour
avec ardeur, et n'épargneraient défavorable , serait
la moins
les expulser. L'opinion
ont fait dans
ces motifs faussement politiques
que
fermer les yeux sur tant de
ces derniers tems
n'a eu la faiblesse
crimes et de désastres, et qu'on
des élode décerner aux chefs des récompenses et
lieu des
exemplaires qu'ils méges, au
punitions
avoir des
ritaient , que par le besoin qu'on croyait
dans la crainte d'attiédir leur courage.
soldats et
C'est ainsi que de fausses considérations empèchent
d'arrêter le mal et d'opérer le bien : c'est
toujours nonobstant le serment tant de fois et si
ainsi que
,de ne reconnaitre d'auemphariquement proclamé
la
ceux de la justice et de plus
tres principes que
le crime en
sévère probité > on métamorphose
besoin qu'on croyait
dans la crainte d'attiédir leur courage.
soldats et
C'est ainsi que de fausses considérations empèchent
d'arrêter le mal et d'opérer le bien : c'est
toujours nonobstant le serment tant de fois et si
ainsi que
,de ne reconnaitre d'auemphariquement proclamé
la
ceux de la justice et de plus
tres principes que
le crime en
sévère probité > on métamorphose --- Page 170 ---
(126)
vertu, et que de vaines raisons de politique trans
forment les plus horribles excès en faits glorieux
et éclatans. Dans le fait, quel fruit en a-t-on retiré ? L'ennemi en est-il moins resté maître des
lieux où il y a encore quelques débris de richesses
à recueillir, malgré tous les efforts des noirs dont
la fureur impuissante s'évapore en ravages qui tournent tous au dérriment de la France ? En sommesnous moins réduits à recevoir de leurs mains nos
propres denrées coloniales, dont ils sont devenus
les dispensateurs et qu'ils nous vendent au plus
haut prix ? Je l'ai dit il y a long-tems, je le dis
encore : plic à Dieu que les Anglais eussent envahi la colonie entière, ou seulement tous les points
qui n'étaient pas totalement dévastés a l'époque de
leur arrivée ! ils les eussent momentanément préservés de la rage dévastatrice des
et
brigands >
à
la paix, qui ne peur être éloignée, Ja France les
eûir retirés intactes de leurs mains,
> ainsi qu'elle
sera trop heureuse d'en retirer les divers cantons
qu'ils occupent.
On a cru peut-être 2 par le décret du 16 pluviose > porter dans le sein des colonies à sucre
étrangères le germe de destruction qui a anéanti
celles de la France. Ce projet immoral, , tout affreux qu'il est à supposer, n'est que trop vraisemblable, d'après tout ce qui s'est passé à SaintDomingue, et n'aurait produit, s'il eût réussi, --- Page 171 ---
7127 )
que de nouvelles et horribles plaies
nité, sans autre utilité
de
pour l'humaque
satisfaire une aveugle vengeance, et d'augmenter nos privations. Il
peut Se faire, comme cela est assez probable,
ce plan désastreux obtiendra tôt ou tard
que
cution. Il suffit d'un seul noir
SO11 exéassez hardi
s'aventurer à travers le canal étroit qui sépare Saint- pour
Domingue de la Jamaique, pour faire éclater dans
cette dernière les fermens que T'esclavage, le mécontentement et le bruit sourd de ce qui se
dans le
passe
voisinage y ont préparés d'avance. Mais quel
avantage en résulterait pour la France, autre
d'accumuler ruine sur ruine, et de
que
les possessions d'une nation rivale des provoquer sur
calamités
ne guériront point ses maux, et qui
qui
tomberont sur elle-même. Nos belles peut-être reles colonies
opérations sur
ont produit, ainsi que cela était infaillible, l'enchétissement progressif des denrées
en retirait, et nous ont à cet égard rendus qu'on
taires de
tribuTétranger, qui était autrefois le nôtre.
Dans l'état de délabrement où
est réduit, et avec le
Saint-Domingue
d'un
peu d'espérances qui reste
prompr rétablissement, les possessions étrangeres sont devenues notre unique
nous procurer le sucre
ressource pour
J le café, et les autres marchandises précieuses dont l'habitude a fait
noS plus pressans besoins : leur
un de
draic
destruction ne tenqu'a nous en priver absolument, ou au moins
qui était autrefois le nôtre.
Dans l'état de délabrement où
est réduit, et avec le
Saint-Domingue
d'un
peu d'espérances qui reste
prompr rétablissement, les possessions étrangeres sont devenues notre unique
nous procurer le sucre
ressource pour
J le café, et les autres marchandises précieuses dont l'habitude a fait
noS plus pressans besoins : leur
un de
draic
destruction ne tenqu'a nous en priver absolument, ou au moins --- Page 172 ---
(128)
à en surhausser la valeur,
la
gleterre serait de
par nécessité où PAntransplanter les
les dans le
cultures coloniaBengale ou dans ses vastes
d'Afrique : et certainemcnt rien
possessions
cile que de
ne lui est plus fasuppléer ainsi ses colonies des
Il paraît même
Antilles.
que cette nation
habile à défendre
industrieuse, et
son commerce contre les évènemens, a déja fait des essais à cet
qu'un pareil
égard. De sorte
changement lui serait peu
peut-étre même
nuisible, 2
avantageux, ne fiit-ce
ses nouvelles colonies à
que parce que
sucre n'auraient plus ou
presque pas de concurrens, et qu'elle
loisir exercer sur ces
pourrait à
précieuses denrées le même
monopole que les Hollandais font sur les
de Ceylan et des
épiceries
Moluques ; et tous les désavantages de ce nouveau systême retomberaient
peuples européens forcés de les
sur les
recevoir d'elle.
C'est uin grand malheur
que d'avoir donné
un
dans
piége grossier, et de s'ètre laissé entraîner à de
futiles abstractions métaphysiques
qu'on a insidieusement appliquées à une question si importante
rapport au bien général, et si claire en elle-même par
mais se serait un malheur bien
:
s'aveugler
plus grand, que de
encore, et d'opposer une opiniâtreté stupide aux grandes leçons de
l'expérience et des évè
nemens. La dévastation des plus belles et
fertiles contrées de
plus
birans
Tunivers, le massacre de leurs haet leur
dépopulation, ont été le résultat [2x
pide
une question si importante
rapport au bien général, et si claire en elle-même par
mais se serait un malheur bien
:
s'aveugler
plus grand, que de
encore, et d'opposer une opiniâtreté stupide aux grandes leçons de
l'expérience et des évè
nemens. La dévastation des plus belles et
fertiles contrées de
plus
birans
Tunivers, le massacre de leurs haet leur
dépopulation, ont été le résultat [2x
pide --- Page 173 ---
(129)
pide de l'erreur, de lintrigne et du
n'avons
mensonge ; nous
encore éprouvé qu'une partie des maux
gu'ils doivent nous coûter. II n'yap pas de milieu,
disons-le avec franchise et sans ambiguité : plus de
colonies,.plus de sucre, de café et de ces biens
inappréciables que l'Amérique prodiguait à l'Europe,
dont l'usage introduit dans la société y a répandu mille douceurs, mille
jouissances, et produit
une foule d'avantages, de plaisir particulier et d'intérêt général, dont la considération est bien supsrieure à celle des maux qu'ils ont pu coûter. Repoussons loin de nous cette fausse philantropie, qui
n'a occasionné que des désastres. Cette vertu consiste, par essence, à répandre les bienfaits sur le
pauvre qui nous environne, à adoucir les maux
dont nous sommes témoins, et non à leur fermer
nos coeurs pour s'occuper. de maux éloignés, chimériques ou exagérés. Le véritable amour de l'humanité respecte le bonheur de ses semblables, et
les grands intérêts de Ia patrie. Tout ce qui
d'un principe et qui tend vers un but différent n'en part
est que le masque; c'est la fausse vertu des intrigans... Il faut, dis-je, renoncer à nos colonies
ou à des plans dont tout annonce clairement la futilité. S'il reste encore quelgu'espérance de réparer
une partie de tant de maux, c'est un cheveu fragile
qu'il est important de saisir sans perdre un seul instant. La douceur et la persuasion pouvaient, dans
Tome I.
I
Tout ce qui
d'un principe et qui tend vers un but différent n'en part
est que le masque; c'est la fausse vertu des intrigans... Il faut, dis-je, renoncer à nos colonies
ou à des plans dont tout annonce clairement la futilité. S'il reste encore quelgu'espérance de réparer
une partie de tant de maux, c'est un cheveu fragile
qu'il est important de saisir sans perdre un seul instant. La douceur et la persuasion pouvaient, dans
Tome I.
I --- Page 174 ---
(130)
des blessures qui ne sont devele tems, guérir
inconsidérée ou
nues si graves que par Tapplication
la douceur
des caustiques les plus violens :
perfide
parviendront seules, a s'il en est tems
et la persuasion
La difficulté consiste bien
encore, à les cicatriser.
dans la chose que dans les moyens. Quela
moins
senlement avoir des colonies, ou
France veuille
:
se conserver celles qu'elle possédait
simplement
d'énoncer fermement sa
il ne s'agit pour cela que
de Finexécution
volonté, et de rendre responsble
volonté
opposerait l'obstacie de sa
quiconque y
que les moteurs de
privée 5 car il est incontestable
étaient mûs
s'est
dans les colonies
tout ce qui
passé des vues secrettes, et qu'ils
parleur passions ou par
Mais il est
objet de les anéantir.
avaient pour
d'avoir recours aux moyens
pressant, dans ce cas,
obstacles
deviensinon, outre les
qui
réparateurs 5
le moment
dront de plus en plus insurmontables,
qu'on
pas éloigné olt les avantages
n'est peur-êrre
du rétablissement de ces
pourrait se promettre
diflicultés,
seront plus quebalancésparles
possessions,
avec ce qu'il
entrer en comparaison
et ne pourtont
en coûrerait pour y parvenir. dans la discussion des
Je vais maintenant entrer
SOLIS leurs
de restauration que jexaminerai
moyens
comme s'il n'était question
divers rapports s et
le choix. C'est ici que
que de se déterminer sur
je supplie
vais commencer à entrer en matière ;
je
pourrait se promettre
diflicultés,
seront plus quebalancésparles
possessions,
avec ce qu'il
entrer en comparaison
et ne pourtont
en coûrerait pour y parvenir. dans la discussion des
Je vais maintenant entrer
SOLIS leurs
de restauration que jexaminerai
moyens
comme s'il n'était question
divers rapports s et
le choix. C'est ici que
que de se déterminer sur
je supplie
vais commencer à entrer en matière ;
je --- Page 175 ---
le lecteur de bonne foi (131) de
jugé
m'écouter, tour prédéfavorable, tout esprit de
à
même que je
parti part, de
m'exprimerai avec une entière
gation de mes affections
abnépropres intérêts,
particulièros et de mes
la parrie. J'avoue pour ne m'occtiper que de ceux de
la
que je me sens encouragé par
persuasion intme où je suis qu'ils sont
rables, et que les abus d'un
insépareur et la malveillance
côré, et de l'autre l'erraître distincts.
ont pu seuls les faire
Je n'ai jusqu'à
pades réflexions
présent offert que
générales. On est d'accord en
cipe, sur l'utilité des colonies et
prinles conserver
sur la nécessité de
: c'est sur quoi leurs ennemis
pu faire prévaloir T'erreur,
n'ont
leurs désastres. Je laisse
comme sur les causes de
au tems le soin de la
per : peur-être concourrai-je à son
dissitant les questions relatives
triomphe, en traide l'existence des
aux bases fondamentales
le
colonies, telles que la
climat, la culture, les
population,
qui sont, si je puis
maeurs et les localités,
lois propres à
m'exprimer ainsi, le cadre des
chaque pays, et que le
sage ne perd jamais de vue.
législateur
La colonie de
plus pour la France Saint-Domingue est ruinée, et n'est
qu'un fardeau
serve que dans
qu'elle ne conla rappeller à l'espérance plus ou moins fondée de
était à la son ancien éclat, et à l'utilité dont elle
mièrement métropole, Pour y parvenir, il faut
réparer ses pertes > et remplacer tour prece
I2
ainsi, le cadre des
chaque pays, et que le
sage ne perd jamais de vue.
législateur
La colonie de
plus pour la France Saint-Domingue est ruinée, et n'est
qu'un fardeau
serve que dans
qu'elle ne conla rappeller à l'espérance plus ou moins fondée de
était à la son ancien éclat, et à l'utilité dont elle
mièrement métropole, Pour y parvenir, il faut
réparer ses pertes > et remplacer tour prece
I2 --- Page 176 ---
(f:)
d'une
qni même autrefois
qu'elle a perda
popnlatien
ConiPérendue du territoire.
éaitinsalfisante pour
Y transplantera-t-on de nomment syprendra-t-on?
tirés du sein de la mèrebreiises colonies de français
? Piût à Dieu qu'il fût possible d'y envoyer
patrie
Y'ont déchitée et qu'ils
ceux de ses enfans ingrats qui
devenirmeilleurs) ! Mais, bons' ou mauvais,
pussent y
ses manula France a-basoin de tous ses habitans ;
est en souf
factures sont délaissées 3 Tagriculcure
et dont on
france, une guerre longue 3 sanglante,
voit
encore le terme lui a fait une plaie que
ne
pas
cicatriser." D'ailleurs
des siècles pourront à peine
Pouvrier eurcqu'est-ce que c'est en général que
climat
au travail sousle
péen, SI vigoureux,si ptopre
dis-je, lorsqu'il
devient-il,
qui l'a vu naître ; que
de la zone-torsous le ciel brûlant
est tran:planté
ei placé entre le 18 et le 20*
ride ? Saint-Domingue
le tombea"
degré de latitude nord, fur toujours
la nécessité ou l'ambition
de tout européen que
violent et contiforce de s'y livrer à un exercice
les
et conduire
nuel : il n'y est propre qu'arégler
de
et à exercer tour au plus
travaux
Tagriculture
qu'il reste exposé sins
les métiers qui n'exigent pas
ardent.
cesse à la violence d'un soleil constamment
lui d'avoir à défendre son existence
C'est assez pour
climat
1, outre son
contre les influences d'un
qui
donne les goûts les plus dépravés,
intempérie 3 lui
de force à propoition
et qui semblent redoubler
n'y est propre qu'arégler
de
et à exercer tour au plus
travaux
Tagriculture
qu'il reste exposé sins
les métiers qui n'exigent pas
ardent.
cesse à la violence d'un soleil constamment
lui d'avoir à défendre son existence
C'est assez pour
climat
1, outre son
contre les influences d'un
qui
donne les goûts les plus dépravés,
intempérie 3 lui
de force à propoition
et qui semblent redoubler --- Page 177 ---
(133 )
gu'il est plus faible. C'est un frêle roseau battn
les vents des passions, et que l'ambition
par
ceursd'une vie aisée
et les dousoutiennent à peine. Les maladios,il est vrai,
quiattaquent son
duisent à un très-peric nombre existence, sy.rérience,
: je sais par. expéber
qu'on peur à la rigueur y vivre sans
à leurs atteintes; ; mais il faudrait
succomsoumettre à un régime de vie
pour cela se
et à des conditions
qui supposeraient beaucomp de raison et une grande
aisance,e et qui rendraient l'homme capable de
à tous les climats, s'ilavait la force de
résister
Mais si,
s'y restraindre.
par l'extrême différence de cet air
veau à celui gu'il
nourespira en naissant,
ne
peut-être culivareur
l'européen
propres inains le
par essence > et labourer de ses
terrein fertile des Antilles
est du moins nécessaire, à
, illy
cause de
et de SOI activité,
sonintelligence
de tous les
pour y administrer et se charger
détails, et dessoins de l'économie domestique. Les travaux de
le
T'agriculture out été
partage d'une espèce d'hommes la
jusqu'ici
l'univers,
plus belle de
> par sa constirution-y
force du
vigoureuse et par la
corps, , et que l'analogie des climats et
dentité des productions rendent
l'isous celui de
très-propre à vivre
Saint-Domingue. Ces Africains seuls
peuvent être employés à la culture des
moins pénible d'ailleurs
terres, bien
incommodirés
par sa dûreté, que par'les
d'une chaleur exrrême,
est
tant au-dessons de celle
la
qui
pourque
plupart des noirs
I 3
corps, , et que l'analogie des climats et
dentité des productions rendent
l'isous celui de
très-propre à vivre
Saint-Domingue. Ces Africains seuls
peuvent être employés à la culture des
moins pénible d'ailleurs
terres, bien
incommodirés
par sa dûreté, que par'les
d'une chaleur exrrême,
est
tant au-dessons de celle
la
qui
pourque
plupart des noirs
I 3 --- Page 178 ---
(134)
dans leur pays natal. On a même observé
éprouvent fois acclimatés, ils y deviennent plus musqu'une
des formes plus belles s soit
culeux , y acquièrent différence de température s
par l'effet d'une légère
favoleur nouveau genre de vie soit plus
soit que
Pinaction dans
rable à leur tempéramment que
laquelle ils végètent en Afrique.
esclaLes noirs furent soumis en Amérique à un
dont on alla chercher des exemples chez quelvage
Les premières lois faites
ques peuples de l'antiquité.
furent vraisempour le régler 2 et son organisation, suivaient en
blablement calquées sur celles qu'ils
pareil cas. Les Spartiates et les Romains, si célèbres
leur grand caractère > si jaloux de leur liberté,
par des maîtres barbares. Il semble qu'on préfurent
modèle à cet égard un peuféra de prendre pour
dont le
offre d'ailple non moins illustre > et
génie
de conformité et de points de compaleuts tant
Je veux parler des
raison avec celui du Français.
Athéniens.
mille esclaves dans l'Atique:
s On comptait 400
faisaient
eux
cultivaient les terres >
>> ce sont
qui
les mines 2
99 valoir les manufactures, exploitaient
de
aux carrières 2 et étaient chargés
>> travaillaient détails du setvice : car la loi défendait de
>9 tous les
nés dans
des esclaves oisifs; et ceux qui
39 nourrir
se livrer à
condition servile ne ponvaient
a une
cherchaientà se rendre uciles
39 des travaux pénibles,
400
faisaient
eux
cultivaient les terres >
>> ce sont
qui
les mines 2
99 valoir les manufactures, exploitaient
de
aux carrières 2 et étaient chargés
>> travaillaient détails du setvice : car la loi défendait de
>9 tous les
nés dans
des esclaves oisifs; et ceux qui
39 nourrir
se livrer à
condition servile ne ponvaient
a une
cherchaientà se rendre uciles
39 des travaux pénibles, --- Page 179 ---
(1o5)
>> par l'adresse, > les ralens, et la culture des arts
3, Ils'en trouva qui méritèrent la liberté
>> battant pour la
en comrépublique, en donnant à
>> maitres des preuves d'un zèle
leurs,
et d'une
9) qu'on cite encore
fidélité
pour exemple
>>
; lorsqu'ils ne
peuvent l'obtenir par leurs services, ils
s
l'achètent
par un pécule qu'il leur est permis
>> Quand ils
d'acquérir. .
manquaient essentiellement à
3, devoirs, leurs maîtres
leurs
pouvaient les
de
>2. fers , leur interdire le
charger
mariage > les
29 leurs femmes;
séparer de
; mais on ne pouvait jamais
>9 dleur
attenter
vie . Quand on les traitait avec
9> on les forçait à
cruauté,
déserter, ou du moins à
>> un asyle dans le temple de Thésée. Dans chercher
5 nier cas, ils demandaient à
ce derchanger de
3) passer au service d'un moins
maicre, à
32 parvinrent
rigoureux ; et ils
quelquefois à se soustraire au
>> du tyran qui abusait de leur faiblesse.
joug
>> C'est ainsi que les lois pourvurent à leur
>> mais quand ils étaient
streté:
intelligens, qu'ils avaient
3> des talens agréables, l'intérét les servait
2> que les lois : ils enrichissaient leurs
mieux
>> s'enrichissant
maitres en
eux-mêmes. Des profits
D> les mettaient en état de se
multipliés
x teurs, de vivre dans
procurer des protecun luxe révoltant et
>> joindre l'insolence au vice et à la
de
bassesse des
>> timens..
reté:
intelligens, qu'ils avaient
3> des talens agréables, l'intérét les servait
2> que les lois : ils enrichissaient leurs
mieux
>> s'enrichissant
maitres en
eux-mêmes. Des profits
D> les mettaient en état de se
multipliés
x teurs, de vivre dans
procurer des protecun luxe révoltant et
>> joindre l'insolence au vice et à la
de
bassesse des
>> timens.. sen-
(*) Voyages du jeune Anacharsis.
I 4 --- Page 180 ---
(136)
En lisant ces dérails, et
rapprochement serait
quelques autres dont le
rait voir le tableau du encore plus frappant, on croià
régime de
quelques légères diférences Saint-Domingue,
principalement dans les
près, qui consistent
Athéniens avaient
lois sages et fixes que les
faut donnait
faites à cet égard , et dont le dédans la colonie
à T'arbitraite. Quelle
française > tant d'accès
conformité entre les
adoptés par ces deux
systêmes
marque d'ailleurs
peuples entre lesquels on reancien s'est
tant d'anologie, et dont le moins
modelé sur l'autre J moins
cherchant à l'imiter
peut-être en
même
que par la simple impulsion du
caractère, et de la sensibilité qui forme
cipalement leur ressemblance ! Au
prinnaturel d'aller chercher
reste, , il était tout
fameuses de
parmi les nations les plus
T'antiquité des
si
excuser les modernes
exemples propres à
n'ont
qui, à tant d'autres
pas le droic de se croire pius
égards,
Socrate > Platon, &cc., ces modèles sages qu'eux.
science s de
éternels de
dont la
philosophie et de toutes les vertus
mémoire conservée
>
d'un culte
d'âge en age est l'objet
Presque religieux; ces hommes
dis-je, furent servis par des esclaves... sublimes 3
mens qui nous restent de leurs
Les fingtiennent rien contre
ouvrages ne conleur tems
l'esclavage tel qu'il existait de
liberté
s c'est-à-dire, ne nuisant en rien à la
politique de leur propre nation.
dont le génie et les lumières
Aristore >
ont préparé, plus de
>
d'un culte
d'âge en age est l'objet
Presque religieux; ces hommes
dis-je, furent servis par des esclaves... sublimes 3
mens qui nous restent de leurs
Les fingtiennent rien contre
ouvrages ne conleur tems
l'esclavage tel qu'il existait de
liberté
s c'est-à-dire, ne nuisant en rien à la
politique de leur propre nation.
dont le génie et les lumières
Aristore >
ont préparé, plus de --- Page 181 ---
(137)
deux mille ans d'avance, ,les matériaux qui forment
aujourdhui la nouvelle constitution
vit même en sa favenr. Des
française > écriont tonné vigonreusement philosophes modernés
ils laissé entraîner
contre : peut-être se sontmoins par la force des
que par l'esprit d'inquiéude et de
principes
qui caractérise un grand nombre d'écrivains mécontentement
ce
politiquesde siècle", > dont la conduite ne fut
jours d'accord avec leurs écrits. Il est du moins pas roumalheureux, que pour rendre leurautorité
biea
>
respectable, ils n'aient pas laissé une
également
tacte sous tous les
réputation indavantage
rapports 2 et propre à infirmer
dansle
l'opinion d'hommes dont le nom a
creuser des siècles, et dont l'idée se
passé
quelque sorte. , à celle de la divinité,
méle, en
Parmi les étranges singularités de l'esprit
dont l'histoire conservera le
humain,
quable de voir des scélérats souvenir, il sera remarinême du
qui ont abusé des vertus
pemple le plus doux, le plus
de
terre, > pour le
dans
généreux la
misère,
plonger
un abime de crimes et de
les hommes prérendre effacer en politique et en humanité
les plus grands et les plus
de l'antiquité : il sera bizarre de voir le
sages
porter de sagesse'et d'amour cinique Danton l'emdes
Lacroix sur
hommes,surSectrey
Solon, et Fimpie, le vil
vertu et de
Chaumette, de
rigidité sur Lycurgue et
Le chtistianisme,
Epaminondas! s
cette religion si douce, si
lantropique dans son institucion,
phitompir progressivee
en humanité
les plus grands et les plus
de l'antiquité : il sera bizarre de voir le
sages
porter de sagesse'et d'amour cinique Danton l'emdes
Lacroix sur
hommes,surSectrey
Solon, et Fimpie, le vil
vertu et de
Chaumette, de
rigidité sur Lycurgue et
Le chtistianisme,
Epaminondas! s
cette religion si douce, si
lantropique dans son institucion,
phitompir progressivee --- Page 182 ---
(138)
les fers de l'esclavage qui était en vigueur chez
ment
les
libres de la terre. Par une de ces
les nations plus
dans T'histoire mocontradictions qui ne sont pas rares
même
servit de prétexte pour
derne, cette
religion
ensuite
condamner à la servitude les Américains, et
des Africains. On crut, ou l'on feignit de croire, que
était le seul moyen
les soumettre à un joug politique
de les convertir et de les familiatiser avec une croyance
mettait dans ce tems-là une grande importance
qu'on
à leur faire embrasser. Iln'y eut que ce motif qui pur
vaincre la répugnance de Louis XIII à permettre l'esdans les possessions françaises; mais on n'y
clavage
du moins, comme chez les anciens,
condamna pas
des nations entières qu'ou
des prisonniers de guerre,
n'avait d'autre
avait vaincues > et sur lesquelles on
celui
donne la victoire. Les peuples
droit que
que
devenus plus humains encommerçans de T'Europe,
renouvellèrent l'antr'eux parintérèt et part habitude,
d'aller demander à T'Afrique des esclaves
tique usage
nouvelles colonies; et l'on a vu
pour cultiver leurs
fut pourl Punivers entier le résultat de ce système.
quel
Je reviens maintenant à Saint-Domingue.
de
En supposant qu'on sente toute limportance
colonie, et la nécessité de la relever, comment
cette
la repeupler ? On est convaincu
s'y prendra-t-on pour établit des colonies blanches, et
de limposibilité d'y
de la nécessité
même par intérêt pour la métropole,
de l'une à
de gêner extrèmement les transmigrations
ut pourl Punivers entier le résultat de ce système.
quel
Je reviens maintenant à Saint-Domingue.
de
En supposant qu'on sente toute limportance
colonie, et la nécessité de la relever, comment
cette
la repeupler ? On est convaincu
s'y prendra-t-on pour établit des colonies blanches, et
de limposibilité d'y
de la nécessité
même par intérêt pour la métropole,
de l'une à
de gêner extrèmement les transmigrations --- Page 183 ---
(139)
l'autre. On ne peut donc
habicuelle de les
compter que sur la manière
peupler, et rien n'annonce
ait renoncé : d'après l'étar actuel des
qu'on y
sente de tous côtés des
choses, il se prérésoudre.
objections bien difficiles à
Comment fera-t-on pour procurerà SaintDomingue le nombre suffisant de cultivateurs?
dra-t-on patiemment que la population
attencruellement diminuée
actuelle, si
par les désastres, se répare insensiblement
à la traite P Pour parelle-méme; les
ou bien aura-t-on recours
intérêts de la mécropole, et pour
l'apparence du succès, le premier expédient serait bien
lent, en présumant même le plus favorablement
sible des influences de la liberté
possur la
Quant à la traite
population.
> partie du systême colonial contre
lequel les écrivains modernes se sont
élevés, , je la croyais oubliée et
principalement
comme subversive des
proscrite à jamais,
principes récemment
et je n'en parlerais pas, si Parmi les
adoptés;
ques et les espérances dont
projets chimérion berce la
n'avais la quelque
dans
crédulité, je
l'instar de l'ancien part,
un écrit politique, qu'a
cultiver
usage de prendre en Europe,
les Antilles, de ces hommes:
pour
appellés
parce qu'ilsvendaient leur liberté
engagés,
pour un tems déterminé, on pourrait, pendant quelques
nuer d'en extraire
années, contid'Aftique, où ils sont
pour en former des
esclaves,
ou à moitié fruits cultivateurs, au quart, au tiers
> selon la durée de l'engagement
contracté par eux pour solder leur rançon.
ancien part,
un écrit politique, qu'a
cultiver
usage de prendre en Europe,
les Antilles, de ces hommes:
pour
appellés
parce qu'ilsvendaient leur liberté
engagés,
pour un tems déterminé, on pourrait, pendant quelques
nuer d'en extraire
années, contid'Aftique, où ils sont
pour en former des
esclaves,
ou à moitié fruits cultivateurs, au quart, au tiers
> selon la durée de l'engagement
contracté par eux pour solder leur rançon. --- Page 184 ---
(140)
On a saisi avidement tant de
pourquoi n'accueillerait-on
projets absurder;
reille idée, dont
pas avec faveur une pafatterait
l'exécution, Si elle était
si doucement la sensibilité des
possible,
ment
hommes vraiscropuleux, et serait à la fois si conforme
respect dû à P'humanité et aux intéréts de
au
la patrie?
Atidemeenem, un léger examen
cette idée, telle qu'elle a été
prouvera que
praticable, en
présentée, n'est pas prasupposant même que la cupidité, qui
corrompt tout, ne parviendrait pas à en
y a lieu de croire
si
abuserg et il
été si
que elle l'était, elle n'aurait pas
long-tems négligée.
La traite des noirs, qui, à tant
sidérée avec une défaveur
d'égards, a été conson bon côté,
réellement fondée, , avaic
comme beaucoup d'autres érablissemens
politiques, dans lesquels on
grands
remarque également de
avantages et de grands abus. Elle se faisait de
Prisonniers de guerre, que ces nations
geaient et dévoraient même
sauvages égorde naissance
autrefois, ou d'esclaves
bles
qui, passant des mains de leurs sembladans celles des Européens,
nouveaux maîtres, d'un
jouissaient, sous ces
bien plus doux
sort bien plus tranquille et
que dans leur
merce se faisait
propre pays. Ce compar échange et à unprix qui, ttès-modique dans le principe, avait considérablement
menté par les bénéfices et par la vaste
augtoutes les nations
concurrence de
commerçantes de l'Europe. Tant
que cette concurrence
existera, que les étrangers
sembladans celles des Européens,
nouveaux maîtres, d'un
jouissaient, sous ces
bien plus doux
sort bien plus tranquille et
que dans leur
merce se faisait
propre pays. Ce compar échange et à unprix qui, ttès-modique dans le principe, avait considérablement
menté par les bénéfices et par la vaste
augtoutes les nations
concurrence de
commerçantes de l'Europe. Tant
que cette concurrence
existera, que les étrangers --- Page 185 ---
(141)
donneront des marchandises en échange
et alimenteront ainsi la
de
d'esclaves,
cupidité
ceux qui les leur
vendent, O1l ne se Alattera pas, je pense ( Car
projers ne forme t-on pas
quels
beau
aujourd'hui), d'exciter un
mouvement d'onthousiasme sur les bordsafricains, et d'engager des peuplades entières à se
dans nos vaisseaux, età aller habiter
jetter
leur
nos colonies, en
promettant la liberté et le
m'arrêter
bonheur... e Sans
plus long-tems à de semblables chimères,
je dis qu'il faudra se conformer aux
continuer'à
usages reçus, et
extraire des esclaves, ou, si l'on
des cultivateurs au même
veur,
prix et conditions
par le passé, à moins que les autres nations n'é- que
prouvassent les mêmes malheurs
que nous s et
n'adoptassent nos principes nouveaux sur les colonies ; et encore pourrait : on dire alors,
nous jouirions des mêmes
non que
bien
avantages qu'elles, mais
qu'elles seraient aussi misérables et aussi embarrassées que nous.
Autrefois, le négociant français faisait toutes les
avances, bien assuré d'être remboursé
le
acheteur. Mais autrefois
par Colon
aussi, que celui-ci pouvait
disposer de la totalité de ses revenus, ils étaient
vent insuffisans pour se libérer, et ordinairement sounégociant lui accordait des
le
termes plus ou moins
longs > en se dédommiageant de ces retards
prix. Comment ferait le
sur le
Colon, s'il était réduit à
tager au quart, au tiers ou à moitié fruits
paravec ses
uré d'être remboursé
le
acheteur. Mais autrefois
par Colon
aussi, que celui-ci pouvait
disposer de la totalité de ses revenus, ils étaient
vent insuffisans pour se libérer, et ordinairement sounégociant lui accordait des
le
termes plus ou moins
longs > en se dédommiageant de ces retards
prix. Comment ferait le
sur le
Colon, s'il était réduit à
tager au quart, au tiers ou à moitié fruits
paravec ses --- Page 186 ---
(142 )
anciens esclaves devenus ses
tayers P (Je
coopérateurs ou ses mé
suppose un instant que cet
dont la suite prouvera la fatilité, soit artangement,
même qu'il ne renferme rien de
praticable, et
le régime qu'on prérend érablir.) contradictoire avec
lui qui ne pouvait se libérer avec Certainement, ceparviendraencore moins
tout son revenu, y
facilement,
nel
restera que le quart. Le négociant lorsqu'il luien
partie de cette perte
supportera-t-il une
énorme, et diminuera-t-il en
conséquence le prix de ses marchandises et des noirs
qu'il importera ? Il faudrait pour cela
même puiser dans les
qu'il pûr luiplus douces
manufaccures nationales à de
conditions, et obtenir en traite une diminution sur le prix des esclaves,
facultés qui resteraient aux Colons proportionnée aux
Mais, comme je l'ai dit, les
pour les leur payer.
marchands
ront toujours là pour le soutenir à la même étrangers seet même ils s'efforceront
hauteur,
surhausser
infailliblement de le faire
> pour anéantir toutes les
leurs rivaux, bien certains d'en
opérations de
être
leurs colonies, où aucun
dédommagés par
désastre ni aucun nouveau
systême ne diminueront en rien leurs
Ja certitude de voir
bénéfices; et par
mains ce
passer insensiblement entre leurs
vaste commerce d'Amérique
la France des
qui assurait à
ressources immenses, et la
rance dans le systême commercial de
prépondél'Europe,
Supposons encore que tant d'autres objections
qui vont être présentées successivement aient été
opérations de
être
leurs colonies, où aucun
dédommagés par
désastre ni aucun nouveau
systême ne diminueront en rien leurs
Ja certitude de voir
bénéfices; et par
mains ce
passer insensiblement entre leurs
vaste commerce d'Amérique
la France des
qui assurait à
ressources immenses, et la
rance dans le systême commercial de
prépondél'Europe,
Supposons encore que tant d'autres objections
qui vont être présentées successivement aient été --- Page 187 ---
(143)
résolues ; supposons, que le Colon vive
curité au milieu du
avec séla
petit nombre de ses
guerre a épargnés ; que ceux-ci,
noirs.que
sort actuel, lui
contens de leur
pardonnent d'avoir été autrefois leur
inaître, et que vivant tous ensemble dans la
parfaite
les
plus
intelligence, 9
uns et les autres s'occupent avec ardeur à extraire de cette terre
une quantité de richesses
fertile
proportionnéa à leurs
moyens et à leurs forces. Voilà certainement
hypothèse aussi favorable
faire
une
qui ne sera jamais
que
ce puisse > et
qu'une hypothèse : mais enfin
qu'en résulterait -il A la rigueur le Colon
tranquille dans ses foyers, et renonçant désormais
conseils de l'ambition,
aux
du
y pourrait vivre dans le sein
bonheur et de l'aisance : cette terre heureuse
ne serait pas moins prodigue qu'autrefois à fournir àlui et à ses coopérateurs de quoi satisfaire leurs
besoins de première nécessité. Mais les
furent pas fondées
les
colonies ne
n'est
pour
seuls Colons ; et ce
pas sans quelque raison que quelqu'un a voulu
les faire considérer comme des fermiers
la métropole chargea de les cultiver à moitié que
faut
profit. Il
que d'après leur objet primitif, elle
son grand et très-grand
y trouve
avantage, et toute
tance des colonies consiste à
l'impor.
dans les
3 proprement parler,
richesses et les avantages imienses
le
commerce national en retire. Or dans mon que
thèse, sans traite, ou ce qui revient au méme, hiyposans
a voulu
les faire considérer comme des fermiers
la métropole chargea de les cultiver à moitié que
faut
profit. Il
que d'après leur objet primitif, elle
son grand et très-grand
y trouve
avantage, et toute
tance des colonies consiste à
l'impor.
dans les
3 proprement parler,
richesses et les avantages imienses
le
commerce national en retire. Or dans mon que
thèse, sans traite, ou ce qui revient au méme, hiyposans --- Page 188 ---
(144)
moyens ni motifs de la soutenir, sans érablissemens;
et presque sans bras, le commerce ne
;
ter tout au
pourrait compplus que sur un mince
Capable à peine de payer ses
grapillage,
diocrité le
frais, et dont la méforcerait de renoncer à des
dont les bénéfices ne devenaient
spéculations
l'étendue et par la
importans que par
muliplicité de leurs différentes
branches; en dernière analyse, cet étrange
vrissement retomberait tout entier sur
appauune conséquence
lui, et par
naturelle, sur la métropole qui se
verrait privée à la fois d'une source abondante de richesses, du débouché de ses
mannfactures, et de la
pépinière de ses matelots.
Je me suis légèrement
érant
appesanti sur cet article 5
persuadé de bonne foi qu'il ne
exister
de colonies sans traite
peur
et que si on. veut les
conserver, on reviendra nécessaitement à l'ancienne
méthode de les peupler, soit sous un mode, soit
sous un autre, Je ne sai sije parviendrai à rendre
sensible toute l'importance d'une manière dont
suis pénétré, et queje sens beancoup mieux
je
ne puis l'exprimer : je prie du moins le lecteur que de je
(*) Je prie le lecteur de bonne foi, s que l'idée ce
présente pourrait effaroucher, de ne pas me condamner que mot
m'entendre jusqu'au bour, ou de consulter, avant d'aller sans
loin, la conclusion de cet ouvrage, qui peut-êtye le plus
ciliera avec mes opinions,
réconsupplécr --- Page 189 ---
(145)
suppléer, par son attention, à ce qui peut manquer
au développement de mes idécs.
A ne considérer la traite qu'isolément, on ne
voit que ce qu'elle a d'odieux ; mais indépendam.
ment d'un préjugé qui s'affaiblirait en l'examinant
de plus près, il faut l'envisager comme un vaste
débouché de nos marchandises, dans lequel les
plus grossières, les plus viles acquièrent la valeur
des plus précieuses, et comme une branche de commerce qui, outre son importance extrème, réunit le
rare avantage d'offrir des bénéfices certains à faire
dans l'importation et dans l'exportation.
D'ailleurs toutes les différentes branches de commerce qui ont rapport aux colonies, ont une parfaite liaison entr'elles. Leurs produits sont la base
de tout ce qui se fait : les colonies ne sont pas moins
nécessaires à la traite que la traite aux colonies :
elle n'est devenue brillante qu'à mesure qu'elles ont
prospéré. A mesure que ce systême compliqué a
ptis de la consistance, les choses se sont arrangées
de manière que les différentes parties qui le composent se sont trouvées liées par la plus étroite COnnexion 5 et que si un des trois points d'appui Principaux qui sont 1°, les manufactures françaises;
2°, la traite; 3°. les exportations coloniales, venair
à manquer, les deux autres péricliteraient infailliblement.
Ilpeur se faire que le gouvernement, influencé de
Tome I.
K
compliqué a
ptis de la consistance, les choses se sont arrangées
de manière que les différentes parties qui le composent se sont trouvées liées par la plus étroite COnnexion 5 et que si un des trois points d'appui Principaux qui sont 1°, les manufactures françaises;
2°, la traite; 3°. les exportations coloniales, venair
à manquer, les deux autres péricliteraient infailliblement.
Ilpeur se faire que le gouvernement, influencé de
Tome I.
K --- Page 190 ---
( I 1 146 )
f:it ou d'opinion par des hommes qui ont juré la
perte des colonies, ou qui ont pris les éclairs de
leur imagination pour la lumière de la raison et
de l'expérience, s'obstinera au nouveau plan, et fera
des efortsextraordinaires pour le soutenir, dans l'espérance qu'une fois mis en mouvement, il ira ensuite de lui-même. Il cherchera même à encourager le commerce et à exciter son émulation par toutes
sortes de faveurs ; il ne manquera pas de gens qui
se hâteront de les mettre à profit, et qui spéculant
sur sa confiance et ses dépouilles, lui diront que
tout est pour le mieux. Mais ce ne sera jamais que
ce qu'ona appelle opérations du gouvernement 5 opérations dont Fillusion ne dure qu'autant qu'on a
les moyens de les alimenter, et dont on se lassse
bientôt par l'impuissance d'y suffire. L'intérêt général ne se soutient que par l'intérêt particulier. Un
commerce qui n'est appuyé que sur des bases précaires, et qui ne peut se soutenir et prospérer par
lui-mème, n'est qu'un phantôme, un vain échafaudage quine tarde pas às s'écrouler, pour peu qu'on lui
retire ses appuis.
Je finis et j'abrège sur ce chapitre déjà trop-long:
l'avenir me servira d'interprète et de commentaire. --- Page 191 ---
147 )
CHAPITRE VI.
Suite du précédent ; du Noir; des olstacles gui'opposeront aux plans projettés 3 seS inclinations
et les localités.
J dois m'atrendre à provoquer sur moi, par tout
ce qui précède l'animadversion des zélateurs des
systémes nouveaux. Ne pouvant combattre la vérité, ni détruire la solidité de mes raisons, ils
empoisonneront mes intentions er s'efforceront de
jetter la défaveur sur mes ptincipes. Il est malheureux qu'on ne puisse attaquer aujourd'hui une
opinion de parti ou à la mode, sans être assailli
par le soupçon > par la calomnie, et investi par les
plus odieuses inculpations. Que sera-ce donc, lorsqu'après avoir accordé une partie de leur
sition pour mieux faire sentir la futilité des propoje reviendrai sur mes pas pour la combartre autres 2
démontrer
et pour
l'impossibilité d'assurer d'une manière
stable l'exécution de leur plan, même en ce qui
ne concerne que la simple organisation du régime
intérieur des colonies. Rien de mieux assurément,
s'ils n'ont eu en vue que d'abandonner les Afria
cains à eux-mêmes, et de les délivrer à jamais de
la présence de leurs maîtres : ce but est déja
faitement rempli; mais s'ils ont réellement parpréKz
2
démontrer
et pour
l'impossibilité d'assurer d'une manière
stable l'exécution de leur plan, même en ce qui
ne concerne que la simple organisation du régime
intérieur des colonies. Rien de mieux assurément,
s'ils n'ont eu en vue que d'abandonner les Afria
cains à eux-mêmes, et de les délivrer à jamais de
la présence de leurs maîtres : ce but est déja
faitement rempli; mais s'ils ont réellement parpréKz --- Page 192 ---
(148) )
faite des culrivateurs laborieux 2 des Frantendu en
zèle, des hommes enfin
çais bràlans d'amour et de
étant
reconnaissans > pour ne pas conserver,
trop à leur nouvelle patrie les avantages immenlibres,
retirait de leurs bras lorsqu'ils étaient
ses qu'elle
facile de leur proudans la servitude, il me sera
mépris; et que
ver qu'ils se sont grosièrement des lois convenables
s'il est si difficile de donner
été à
nation éclairée et dont on a
portée
à une
il l'est bien plus encore, pour
d'étudier le génie,
d'en faire de telles pour
ne pas dire impossible,
un intervalle
des hommes dont on est séparé par
ne connaît que de nom. Je me
immense, et qu'on
leurs inclinations s leurs
fonderai sur leur caractère,
habitent,
sur la nature du climat qu'ils
moeurs >
multitude de considérations et de
enfin sur une
de consulter
convenances qu'il eût été prudent
auxsentimens qu'on peut me prèter sje plainQuant
Phomme qui n'aurait pas sa conduite
drais bien
J'ajouterai pouitant qu'ils
antérieure pour garant. fastueux éralage de mots
ne sont pas fondés sur ce
décèlent toujours un
sonores et d'idées exagérées qui véritable amour de
sentiment faux, mais sur le
se paie d'effets et
mon pays, sur cet amour qui Comme Français,
non de vaines démonstrations.
Colon,je
Jaime ma patrie avec passion : comme êtres dont
envers des
fus humain et compatissant
et ceux
sauva depuis mes jours
la reconnaissance --- Page 193 ---
(149)
de ma famille. Du reste, on est libre de me juger d'après ce qui précède et ce qui Va suivre.
Les noirs, s ces hommes que des maîtres barbares ont pris plaisir à calomnier et à peindre avec
des traits hideux pouravoir, sans doute, le droit de
les accabler sous un joug de fer, et dont > par un
sentiment et des motifs opposés, d'autres ont exalté
le génie, les talens et Tintelligence, sont une des
variérés de l'espèce humaine : ils sont noirs comme
d'autres sont blancs , jaunes, cuivrés ou olivâtres 3
sans autre raison ni cause fondée, qu'un jeu de
la nature. Appellés par elle à participer avec les
autres peuples de l'univers, aux biens et aux prérogatives attachés à la qualité d'hommes, 2 il est
certain du moins qu'elle leur a partagé inégalement
les dons de l'esprit, et que cette race la plus belle,
la plus vigoureuse peut-être qui existe par la force
et la souplesse du corps s leur est inférieure quant
aux facultés morales. On dira que j'attribue à un
défaut naturel, ce qui ne provient que d'une vie
sauvage et d'un esprit non cultivé : mais le Canadien indigène n'est pas plus civilisé que le noir
Africain, et est abandonné comme lui au simple
instinct de la nature 5 il est adonné aux mêmes vices,
et pourtant l'européen fut souvent forcé d'admirer son sens exquis et la subrilité de son esprit.
Toute l'espèce noire forme une seule et vaste nation qui couvre presque toute l'Afrique intérieure,
K;
auvage et d'un esprit non cultivé : mais le Canadien indigène n'est pas plus civilisé que le noir
Africain, et est abandonné comme lui au simple
instinct de la nature 5 il est adonné aux mêmes vices,
et pourtant l'européen fut souvent forcé d'admirer son sens exquis et la subrilité de son esprit.
Toute l'espèce noire forme une seule et vaste nation qui couvre presque toute l'Afrique intérieure,
K; --- Page 194 ---
tase)
et toute P'immense côte que baigne l'océan : le cafactère des différentes peuplades est généralement
uniforme et n'est varié que par quelques légères
nuances trop insensibles pour former une différence
prononcée 5 qu'on pourrait attribuer aux modifications des divers climats de cette vaste contrée. Le
noir, transporté hors de sonpays, reste toujours àpeu - près le meme 3 tout le changement qu'il
éprouve consiste dans guclques habicudes qu'il
perd, et dans quelques autres qu'il contracre, , mais
qui n'établissent entre T'h.bitant d'Afrique et le
cultivateur des Auntilles,. d'autre distinction que
celle des occupations et du langage. Je vais le
peindre tel que je Pai vu pendant quinze ans d'observation et d'habitude.
Le noir est un être bon, - s sinple, docile et presque sans volonté: il ne faut pas plus juger de son
caractère ct de ses inclinations, > par la férocité,
qu'il a manifestée, et par les forfaits que des scélérats l'ont poussé à commettre, qu'il ne faut juger du caractère national du Français par toutes les
horreurs dont nous sommes journellement témoins.
Si un peuple éclairé,et qu'on regardait comme le
plus civilisé de la terre, a pu être agité par d'aussi
terribles convulsions, comment une classe d'hommes
grossière, et accablée en grande pattie souS un joug
pesant, aurait-elle résisté aux moyens de séduction
et de fanatisme employés pour les soulever, et pous
'il ne faut juger du caractère national du Français par toutes les
horreurs dont nous sommes journellement témoins.
Si un peuple éclairé,et qu'on regardait comme le
plus civilisé de la terre, a pu être agité par d'aussi
terribles convulsions, comment une classe d'hommes
grossière, et accablée en grande pattie souS un joug
pesant, aurait-elle résisté aux moyens de séduction
et de fanatisme employés pour les soulever, et pous --- Page 195 ---
(15:)
allumer leur fureur et leur vengeance. Il faut suttout se garder d'attribuer à leur naturel
que le résultat de
ce quin'est
l'esclavage dont le
et avilit l'aine à
joug dégrade
mesure qu'il est plus ou moins
pesant.J'ai vu une foule de ces hommes doux,
sibles,et facilesiconduire
> paisous des maitres humains:
jai vu des scélérats
profonds et dissimulés, des tigres féroccs et capables de tout, > souS des
Sobres,
tyrans.
patiens et craintifs, ce sont de grands enfans
dont cent obéissent à un seul homme chargé de les
conduire,avecs soumission et sans paraître se douter
de leurs forces, et des moyens de résistance
sont capables
à
qu'ils
mieux leur d'opposer ses volontés : rien ne fait
éloge, que l'étonnante sécurité des
atl milieu d'eux.
blancs
Maisaune foule de vices qu'il
se
apporte d'Afique,
joignent ceux qu'il contracte dans
plutôt cet état ne fait
l'esclavage > 'ou
turcls. Il
que développer ses défauts na-.
est ou il devient inconstant,
fidèle et incapable de s'attacher
menteur 3 in-
Arraché da sein
(*) Ceci paraît contradictoire avec ce
de la reconnaissance de
quej j'ai dit plus hauc
que je leur ai de la vie. mes noirs envers moi, et del l'obligation
soit le caractère
Quel peuple, quelque prononcé que
n'entends
général, n'offie pas des exceptions à faire : Je
lier qui était pas certainemen: les appliquer à la totalité de l'artefaihlesse
sous ma surveillance. D'après ce
et de la docilité de
que j'ai dit de la
torité d'un seul
ces hommes, un seul exemple, l'aucomme vers le d'enrr'eux suffit pour les entraîner vers le bien'
mal, J'eus le bonheur de gagner l'affection d'un:
K 4
:
entends
général, n'offie pas des exceptions à faire : Je
lier qui était pas certainemen: les appliquer à la totalité de l'artefaihlesse
sous ma surveillance. D'après ce
et de la docilité de
que j'ai dit de la
torité d'un seul
ces hommes, un seul exemple, l'aucomme vers le d'enrr'eux suffit pour les entraîner vers le bien'
mal, J'eus le bonheur de gagner l'affection d'un:
K 4
: --- Page 196 ---
(152)
de la paresse et de Tignorance, pour être employé à
des travaux utiles à son maître et souvent à lui-même,
on ne peut découvrir quel sentiment domine au
fond de son ame, ou le regret d'avoir perdu son
premier état d'inaction et d'indolence, ou la satisfaction de posséder des biens et des jouissances qui
lui étaient inconnues. Heureux sous un maitre bienfaisant , malheureux sous un maitre dur et avare > il
conserve dans ces-extrémes, la même physionomie,
et semble leur opposer une égale impassibilité. Sachant disssimuler
profondément ses divers sentimens,
ou plurèt insensible, froid et insonciant, ilne sait
ni opposer au tyran, ces signes deméconrentement et
d'une douleur concentrée qui peur-être lui en imposeraient, et le feraient rentrer en lui-même, ni ofancien serviteur, accrédité et respecté par mesnoirs, dont il était
le commandeur, et qui, dans ces tems de trouble, > le Prirent
pour modèle de leur conduite : c'est à lui que je dois tout : lui
seul me donna de véritables témoignages de sensibilité : ler reste,
entraîné par son impulsion 3 me rendit les plus signalés services;
mais je n'eus pas la satisfaction de remarquer en eux cet air de
zèle et de soilicitude plus touchans que le service même : en un
mot,ils me sauvèrent la vie aussi machinalement qu'ils allaient
aleurstravaux ordinaires, et m'abandonnèrent froidement avec
ma famille, lorsqu'ils m'eurent inis à l'abri du danger. J'ai
parlé ailleurs du noir et de son état dans l'esclavage : en achevant de peindre ici son caractère, je me borne aux traits Propres
à démontier les obstacles qui s'opposeront invincibiement à
l'exécution du plan qu'on parait avoir formé,
ils me sauvèrent la vie aussi machinalement qu'ils allaient
aleurstravaux ordinaires, et m'abandonnèrent froidement avec
ma famille, lorsqu'ils m'eurent inis à l'abri du danger. J'ai
parlé ailleurs du noir et de son état dans l'esclavage : en achevant de peindre ici son caractère, je me borne aux traits Propres
à démontier les obstacles qui s'opposeront invincibiement à
l'exécution du plan qu'on parait avoir formé, --- Page 197 ---
(153)
frirau bon maître, 3 cet air de satisfaction et de reconnaissance > propre à Jui prouver que ses bienfaits
sont sentis, et qui en serait le prix le plus doux.
Mais il est une affection qui perce à travers tous
ses mouvemens, > et presque la seule qui ne prenne
pas la peine de cacher : c'est une haine invincible
pour le travail. Exempt d'ambition et des passions
qui transportent celui qui le force de s'y livrer > il
ne respire gue le repos et la tranquillité : l'émulation et la voix du devoir se font rarement entendre :
la crainte seule et la nécessité l'assujettissent à des
occupations qu'il déteste et qu'il fuir avec ardeur
dès qu'il peut s'en dispenser. La reconnaissance ou
le sentiment intérieur du bonheur qu'on lui
procure
ne gagnent rien à cet égard sur lui : le vrai bonheur consiste pour le noir à ne rien faire, 5 et ratement il néglige les occasions d'y atteindre plus ou
moins en abusant de la facilité d'un maitre indalgent, tandis qu'on le voit strictement asservi à ses
devoirs sous un maître exigeant et sévère ; et ce
qui parajcra incroyable 3 jai vu presque toujours les
atteliers malheureux et affaiblis par la misère, remplir bien mieux leur tâche, que d'autres parmi lesquels on remarquait tous les caractères de la félicité et les signes d'une bonne administration.
Telle est la contradiction qu'on
remarque avec
surprise dans le caractère de l'esclave en général : il
souffre ou il jouit avec indifférence : il semble
oppo- --- Page 198 ---
(154)
ser la même insensibilité morale à la rigueur et à la
bonté. Cette singularité n'embarrasse que lorsqu'on
ne remonte pas au principe et que la réflexion n'en
cherche pas la source dans l'inertie morale et dans
les préjugés du noir. Heureux o1l malheureux s il
envisage toute la classe dominatrice sOUS le même
point de vue : laborieux et actif sous le maitre dont
la sévérité lui en impose, nonchalent eti ingrat SOUS
Ie débonnaire dont la faiblesse ou la bonté ne lui
inspire d'autre sentiment que le desir d'en abuser,
et qui pourtant ne cesse pas d'avoir à ses yeux le
défaut d'èrre de la race qu'il déteste 2 d'être blanc
enfn Cepréjugé fortement conçu, et qui perce
dans toute la conduite des noirs les plus dociles >
sert de prérexte aix préjugés élevés contre eux généralement : il a - du moins l'inconvénient de rendre
indifférens sur leur bonheur, un grand nombre de
maitres dont la sensibilité s'use par l'insouciance
qu'ils lui opposent 2 et dont beaucoup font le bien
pour la seule satisfaction de le faire 3 tandis que
d'autres s'en prévalent pour déployer la plus infexible rigueur.
Lorsqu'il était esclave, le noir détestait par- dessus
tout le travail ; son premier soin, après avoir rompu
le jong qui l'y assujettissait, fut d'anéantir tout ce
qui pouvait l'y ramener et d'en effacer jusqu'au sOuvenir. Son bur, en massacrant, fut de se défaire de
ceux qui le surveillaient dans ses trayaux journa-
faire 3 tandis que
d'autres s'en prévalent pour déployer la plus infexible rigueur.
Lorsqu'il était esclave, le noir détestait par- dessus
tout le travail ; son premier soin, après avoir rompu
le jong qui l'y assujettissait, fut d'anéantir tout ce
qui pouvait l'y ramener et d'en effacer jusqu'au sOuvenir. Son bur, en massacrant, fut de se défaire de
ceux qui le surveillaient dans ses trayaux journa- --- Page 199 ---
(155 )
liers, comme en incendiant tout; de détruire de
fond en comble jasqu'à la possibilité de les
dre un jour... Je demande maintenant reprenpéramment on prendra
quel temlaversion
pour vaincre dans ces bommes
d'un état qui était la base de leur ancienne servitude 9 et qui doit l'être également du
sort qu'on leur prépare. Se Aattera-t-on
la
connaissance fera une révolution dans que releurs inclinations, telle que de les rendre laborieux de
resseux et indolens qu'ils éraient ? Avant de
pasur un sentiment capable
compter
miracle il
d'opérer en eux un tel
9 faudrait savoir s'ils en sont
bles, et si dans ce cas ils ne s'adresseront susceptià la France pour
pas, non
laquelle on veut bien leur
tant d'affection et de zèle,
supposer
pour eux un inot
quoique son nom soit
ceux
sans idée, mais tout au plus à
quileur ont mis les armesdla main, et
ont appris le secret de ne
qui leur
mêmes. Pour former de
dépendre que d'euxbien
telles espérances, il faut
peu. connaître les hommes. Il fant avoir bien
peu réfléchi sur l'influence des
pire des
climats, sur l'emlocalités, et sur les difficultés
le peuple le plus civilisé
qu'oppose
à ses
lorsqu'on porte atteinte
goûts et à ses habitudes,
réformer si facilement le
pour se Aatter de
ciant
naturel d'un peuple insouet presque sauvage 5 dont la
ne pourrait être tout au plus excitée reconnaissance
à un premier bienfaitceluidel
qu'en ajoutant
abandonneràtoutes les --- Page 200 ---
(156)
douceurs d'une véritable liberté, et de le laisser le
maitre de se livrer à toutes ses inclinations.
La nature n'a pas formé l'homme pour un travail journalier et indispensable : cette bonne mère
n'a pas été plus marâtre pour lui que pour les animauix qui, sans avoir autant d'intelligence ni autant
de moyens de se procurer leurs besoins, > trouvent
pourtant de quoi les satisfaire. Aucun peuple de
Funivers ne travaillerait s'il pouvait s'en dispenser,
et s'iln'y était forcé par la nécessité. C'est une des
conditions qui balancent les avantages qu'ont SLI se
procarer d'ailleurs les hommes réunis en société s
et le plus grand nombre borne toute son ambition
i assurer sa subsistance. Aussi voyons-nous les peuplades qui couvrent le globe moins laborieuses à
mesure qu'elles se rapprochent plus de l'état de pure
nature 3 et que les contrées qu'elles habitent ou
qu'elles parcourent fournissent mieux à tous leurs
besoins. Le sauvage de l'Amérique ne connait pas
d'autre instrument de travail que son arc et ses
Hêches : c'est en vain que depuis plus d'un siècle de
liaisons avec les Européens, ceux-ci ont cherché à
Ieur faire adopter leurs usages, et à leur persuader
de renoncer à une vie errante et précaire, pour devenir stables et laborieux. L'exemple des nations
policées qui les environnent 2 les prétendus biens
dont elles jouissent n'ont pas fait une impression
plus profonde 5 ils sont encore ce qu'ils ont tous
instrument de travail que son arc et ses
Hêches : c'est en vain que depuis plus d'un siècle de
liaisons avec les Européens, ceux-ci ont cherché à
Ieur faire adopter leurs usages, et à leur persuader
de renoncer à une vie errante et précaire, pour devenir stables et laborieux. L'exemple des nations
policées qui les environnent 2 les prétendus biens
dont elles jouissent n'ont pas fait une impression
plus profonde 5 ils sont encore ce qu'ils ont tous --- Page 201 ---
( 157 )
jours été ; et ils attendront vraisembliblement
les imiter, > que les fruits
la
pour
pêche,
sauvages, chasse et la
qui sont leurs ressources ordinaires,
cent à s'épuiser.
commenSiun peuple placé sous un
rigourenx,
climatsauvage et même
, oppose une opiniâtreté si constante etsi
inflexible, et préfère sa liberté et sa misère aux
tages séduisans de la civilisation,
ayandrait-t-on à rendre laborieux comment parvienminés
des hommes dissésur une contrée fertile qui
saison et
produit en toute
presque spontanément les vivres les
sains 2 les plus variés et assez abondans
plas
menter une population
pour alibreuse? Le ciel de
cinquante fois plus nomSaint-Domingue est le
reux de la, terre : assez favorable à
plus heusous une zone
l'européen né
très-tempérée ; mortel ou très-dangéreux pour celui des pays septentrionaux,
que des douceurs à l'homme né
iln'offie
chauds,
sous les climats
et SOLIS une laticude
productions
a-peu-près égale. Ses
sont d'une médiocre ressoutce
le
français de la
pour
métropole qui a contracté d'autres
goûts, et auquel un commerce actif
lement le moyen de les satisfaire procurait facidélicieuses
: mais elles sont
er d'une étonnante variéré
le
et sur-tour pour le noir,
pour créole,
qui ne trouve dans le pain
d'Europe qu'une nourriture sans saveur et sans consistance > et pour qui rien n'est
à
comparable
la
banane, > à Tigname, à la parate, au
tayai 3 au ma-
ropole qui a contracté d'autres
goûts, et auquel un commerce actif
lement le moyen de les satisfaire procurait facidélicieuses
: mais elles sont
er d'une étonnante variéré
le
et sur-tour pour le noir,
pour créole,
qui ne trouve dans le pain
d'Europe qu'une nourriture sans saveur et sans consistance > et pour qui rien n'est
à
comparable
la
banane, > à Tigname, à la parate, au
tayai 3 au ma- --- Page 202 ---
(158 1 )
nioc, au ris, au mais > au millet et à une multitude
d'autres vivres qu'il serait trop long de nommer, Le
vin ne lui offre qu'une boissôn âcre et insipide, et
bien inférieure à son gré au ouicoà, et à la liqueur
spiritueuse extraite de la canne à sucre. L'orange et
l'ananas > quoique cueillis dans un point de maturité
imparfaite pour être transportés en France, y peuvent donner une idée des fruits de Saint-Domingue.
La facilité de les culriver donne un nouveau prix
à ces productions. Le bananier, qui fournit le plus
agréable eetlep plus commun de cès vivres, se reproduit
de lui-même, et ne demande d'autre soin que de P'élaguer. L'enfant le plus faible est capable de vaquer
à ce travail, qui n'exige ni force ni dextérité. Quant
aux autres vivres, tels que l'igname, le manioc, &cc.,
qui fournissent une nourriture non moins saine et
abondante, et auxquels le noir n'a recours que pour
varier sa subsistance, des calculs exacts prouvent que
trente hommes peuvent être nourris par les productions d'un espace de cent pas eil carré, qu'un seul
cultiverait une heure par jour. Représentons - nous
maintenant, au milieu de cette abondance si variée,
un peuple jouissant de la liberté la plus illimitée, s
mais sur-tout un peuple qui haissant naturellement le
travail,aappris à le détester encore plus par la rigueur
avec laquelle on le forçair jadis de s'y livrer. Dès qu'il
a repris ses droits, qu'il a secoué le joug de la dépendance, et qu'il peut suffire à rous ses besoins, com- --- Page 203 ---
(159) )
ment l'engager a reprendre un état aussi étranger
qu'inutile à son bonheur, et qui ne peut que l'exaspérer de nouveau, par le souvenir douloureux de son
ancienne servitude? Par quel moyen persuadera-t-on
la nécessité du travail à des hommes qui n'ont à penser
à leur nourriture qu'au moment du besoin, et qui
savent bien qu'ils n'ont qu'à tendre la main pour obtenir sans peine ni préparation, unesubsistance que ia
nature leur prodigue avec profusion.
Cestune grande erreur que de croire que la liberté
et le travail soient inséparables : cela n'est vrai, tout
au plus,quedansnotre état decivilisation, oàl'homme
est forcé de travailler pour exister, et seulement en
proportion de ses besoins. S'il passe cette mesure,
c'est que ses inclinations ont éré dénaturées par Fambition, par le desir d'amasser, ou par d'autres goûts
qu'il a contractés dans la société. Le travail n'est devenu nécessité pour le grand nombre,que parce que
d'après d'anciennes usurpations, ou parl l'effet gradarif
des lois sociales, Ja presque totalité des biens s'est accumulée dans les mains du plus petit. Daus le fait,
celui qui est forcé de travailler > dépend directement oul indirectement de celui qui lui en
procure les moyens, et les choses sont arrangécs de manière, que celui qui retire les plus grands profits du
travail,y gagne encore la reconnaissance de celui qui
a toute la peine. L'homme sauvage, dont la nature
prend soin et assure la subsistance, ne se formeseule-
gradarif
des lois sociales, Ja presque totalité des biens s'est accumulée dans les mains du plus petit. Daus le fait,
celui qui est forcé de travailler > dépend directement oul indirectement de celui qui lui en
procure les moyens, et les choses sont arrangécs de manière, que celui qui retire les plus grands profits du
travail,y gagne encore la reconnaissance de celui qui
a toute la peine. L'homme sauvage, dont la nature
prend soin et assure la subsistance, ne se formeseule- --- Page 204 ---
(160)
ment pas l'idée d'une pareille
bien qu'ilconnaisse
dépendance : les seuls
erqu'il
ambitione, sont la noullriture, une femme et le repos. L'état dan
a fait vivre momentanément
lequel on
rompre leurs
les noirs, pu intergoûts, et non les altérer au
livrés à eux-mèmes, ils tardent à les
point que,
que la force et la nécessiré
reprendre. Dès
n'y entreront
rien, et qu'ils pourront suffire à tous leurs plus pour
nature doit
besoins, la
reprendre tous ses droits, les affranchir de
toute dépendance, et détruire en eux jusqu'aux
contractés dans
goûts
Tesclavage, qui pourraient porter atteinte à leur liberé, S'ils avaient adopté la manière
voir de leurs maitres, s'ils avaient
de
appris d'eux à
mettre quelque prix à des logemens commodes
et
somptueux; ; si, enfin, ils avaient eu le moindre desir
des'approprier des richessesdontils voyaient les blancs
si avides, ils n'auraient pas tout exterminé, incendié
et détruit de fond en comble. Une cabane
un peu de tabac qui croît sans
rustique >
culture, et le doux
fruit que le bananier leur offie sans cesse
ser la faim, sont les seuls biens
pour appaiqu'ils chérissent et
qu'ils préferent à tout.
Pour faire une révolution dans les
dans les idécs du noir, il semble
inclinations et
qu'on compte beaucoup sur les habitudes et les goûts qu'il a paru contracter parmi les blancs. L'ignorance de ce
passait dans les colonies est au point de
qui se
que la classe des esclaves consommait s'imaginer,
une quantité
Proportionnée
sans cesse
ser la faim, sont les seuls biens
pour appaiqu'ils chérissent et
qu'ils préferent à tout.
Pour faire une révolution dans les
dans les idécs du noir, il semble
inclinations et
qu'on compte beaucoup sur les habitudes et les goûts qu'il a paru contracter parmi les blancs. L'ignorance de ce
passait dans les colonies est au point de
qui se
que la classe des esclaves consommait s'imaginer,
une quantité
Proportionnée --- Page 205 ---
(16r)
proportionnée àson' nombre,cen-d-dire, la majeure
partie des marchandises somptueuses que les manufactures de la métropole ne cessaient de fabriquer
pour - 25, et d'y envoyer avec tant de profusion.
Toutes ces différentes idées renferment une étrange
contradiction : car comment les noirs pouvaient-ils se
livrer àautant de luxe et de magnificence,s s'ils étaient
aussi misérables qu'on les suppose ? Maintenant, on
se flatte que ce goût se maintiendra en eux; qu'il fera
même des progrès, et qu'ils travailleront
suffire
pour y
e Il est vrai que l'exemple des blancs avait
inspiré à quelques noirs créoles ou venus de Guinée,
un amour du luxe qu'on remarquait sur-tout dans le
voisinage des villes : mais ce luxe se bornait aux vêtemens, et c'était le seul point surlequel l'esclave se livrât à l'imitation. On en voyait qui travaillaient avec
ardeur pour satisfaire ce goût; mais c'était un bien
perit nombre; et il était facile des s'appercevoir qu'ils
étaient mûs principalement par le desir de contenter
les fantaisies des femmes, par qui ce goût s'introduit
toujours. La plupart se laissaient peu entrainerau torrent de l'exemple : beaucoup bornaient leurs desirs a
un vêtement grossier 3 pour cacher une nudité dont
la fréquentation des blancs leur avait appris à rougir:
d'autres préféraient de n'avoir d'autre vêtement
celui qui leur était distribué par leurs maitres, et sou- que
vent de rester nuds plutôt que d'ajouter une nouvelle
tâche de travail pour eux-mêmes, à celle qu'on exiTome I,
L.
se laissaient peu entrainerau torrent de l'exemple : beaucoup bornaient leurs desirs a
un vêtement grossier 3 pour cacher une nudité dont
la fréquentation des blancs leur avait appris à rougir:
d'autres préféraient de n'avoir d'autre vêtement
celui qui leur était distribué par leurs maitres, et sou- que
vent de rester nuds plutôt que d'ajouter une nouvelle
tâche de travail pour eux-mêmes, à celle qu'on exiTome I,
L. --- Page 206 ---
(16:)
d'eux. Cela est si vrai, que dans les habitations
geaic
lesoin de veiilerice querien ne restât
bien ordonnées,
à l'attelier, était
en friche dansle terrein appartenant
adminisdes
de Ja surveillance
un
points prinripaux fallait
moins de peine
trative, et souvent il ne
pas
de l'esclave
vaincre la paresse et la répugnance
pour
dont les fruits lui appartenaient en
pour ce travail,
travail des
celui qu'il appellait
propre > que pour
blancs.
à des toiles, à des coAu reste, ce luxe se bornait
d'une médiocre finesse. L'esclave ne mettairaurons
aux soieries, ni à tout ce qu'on
cun prix aux draps,
importée annuelappellair bijoux, L'énorme quantité
les vaisseaux de commerce, de ces marlement par
et de tout ce que les manufacchandises précieuses
de plus beau et de plus
tures françaises fabriquaient
recherché, était enlevée avec ardeur, et consommée
les Colons blancs et de couleur, et sur-tout par
par multitude de femmes de cette dernière classe,
une
et aux desirs des
qui, en se livrant au libertinage
mieux
courtisannes ne surent
captiblancs que jamais semblaient n'avoir pour objet que
ver et pressurer >
remarque en elles
de satisfaire le goir effréné qu'on
dans
et FInde envoyaient
pour tour ce que I'Europe
fin. Ces articles,
la colonie de plus riche et de plus
la principale branche du comqui forment pourtant
deviennent
merce de la France avec St-Domingue, fixés sous un
désormais inutiles à des hommes qui,
courtisannes ne surent
captiblancs que jamais semblaient n'avoir pour objet que
ver et pressurer >
remarque en elles
de satisfaire le goir effréné qu'on
dans
et FInde envoyaient
pour tour ce que I'Europe
fin. Ces articles,
la colonie de plus riche et de plus
la principale branche du comqui forment pourtant
deviennent
merce de la France avec St-Domingue, fixés sous un
désormais inutiles à des hommes qui, --- Page 207 ---
(165)
climat délicieux; par la douceur constante des saisons;
et libres de retourner à leurs goûts primitifs, ne tarderont pas à secouer les chaînes de T'habitude,
rester nuds et sans gêne.S'ils s'astraignent dlusage pour de
quelques vètemens, ils préféreront les plus grossiers
et ceux qu'ils pourront se procurer à peu de frais : la
France ne peur pas même compter long - tems sur
cette mince ressource, sur ce léger moyen d'entretenir avec Saint-Domingue, ses liaisons commerciales.
Le cotonier y croit avec une prodigieuse abondance,
et parmi les noirs Africains, il en est quelques-uns
qui n'ignorent pas l'art d'en fabriquer des étoffes, et
des pagnes 2 cet habillement si commode des
pays
chauds, et dont l'usage ne tarderait pas à anéantir ce
reste d'asservissement qu'on prétendrait leur imposer.
Admettons néanmoins tout le contraire, et supposons un instant que le noir étant une fois livré à
lui-même, l'habitude et les usages qu'ila contractés
dans l'esclavage, auront acquis un tel empire surlui,
qu'il n'aura plus ni le pouvoir ni la volonté de
soustraire.
sy
Efforçons S- nous 2 malgré tout, de nous
persuader qu'exempt du besoin, ce puissant aiguillon
de l'industrie et de l'émulation, , il fera, par ambition, ce que d'autres font par nécessité, et qu'il s'assujettira à nos fantaisies et à nos jouissances, afin
d'augmenter la somme de son bonheur. Avec la
meilloure volonté du monde, que peut-être l'agriculture coloniale entre les mains d'hommes accoutumés
L2
nous 2 malgré tout, de nous
persuader qu'exempt du besoin, ce puissant aiguillon
de l'industrie et de l'émulation, , il fera, par ambition, ce que d'autres font par nécessité, et qu'il s'assujettira à nos fantaisies et à nos jouissances, afin
d'augmenter la somme de son bonheur. Avec la
meilloure volonté du monde, que peut-être l'agriculture coloniale entre les mains d'hommes accoutumés
L2 --- Page 208 ---
(164)
dcravailler machinalement, et dont le plus intelligent
ést à peine capable de rendre raison de ses travaux
journaliers S, après vingt- cinq ans d'expérience. Une
des causes qui font qu'en Europe le grand nombre de
personnes qui n'ont pas observé les colonies de près,
ne peuvent se faire une idée des difficultés qui s'opposeront à leur restauration, sur-tout si elle est subordonnée à l'exécution des nouveaux plans, c'est qu'on
s'imagine faussement que les cultures européennes et
coloniales, > quoique différentes > sont soumises aux
mèmes règles : on ne sait pas qu'il n'y a aucune comparaison à faire, et qu'on ne peut envisager tout au
plus nos habitations à sucre, à café et indigo, que
sous le point de vue des manufactures de la métropole. En France, > Tagriculure extrait les matières
premières du sein de la tene; elle les cultive et les
fait croître : la manipulation des manufactures les divise et leur donne le dernier degré de préparation ;
mais celle-là conserve le premier rang et le premier
degré d'importance et d'utilité. Le travail des mantufactures n'est qu'une opération secondaire, et dont on
pourrait à la rigueur se passer. Combien n'y a-t-il pas
de contrées en France et dans l'Europe, cù Phabitant
des campagnes ne se revet que de la toile qu'il a luimême ourdie, Oil de l'étoffe grossière que sa main a
tissue, comme il ne se nourrit que des productions
qu'il a semées et recoltées lui-même. A Saint-Domingue , c'est une chose absolument différente ;
Le travail des mantufactures n'est qu'une opération secondaire, et dont on
pourrait à la rigueur se passer. Combien n'y a-t-il pas
de contrées en France et dans l'Europe, cù Phabitant
des campagnes ne se revet que de la toile qu'il a luimême ourdie, Oil de l'étoffe grossière que sa main a
tissue, comme il ne se nourrit que des productions
qu'il a semées et recoltées lui-même. A Saint-Domingue , c'est une chose absolument différente ; --- Page 209 ---
(165)
T'agriculture est étroitement liée à la manufacture a
sucre, et n'en est que la partie Ja moins
c'est-i-dire, celle qui exige le moins de importante >
moyens, de talens et
forces, de
force, être
d'expérience; elle peut, à toute
abandonnée aux soins d'un
nègre, à qui l'habitude et la routine commandeur
tiennent lieu de
lumières et de connaissances. Mais la
tielle, celle sans laquelle le travail
partie esseninfructneux et absolument
précédent serait
tion et les différentes
inutile, c'est la manipulaopérations
doit être converti
qu'éprouve lejus qui
la
en sucre, depuis qu'il est extrait de
canne jusqu'au moment où il est mis dans le commerce. C'est-là que l'intelligence, que la surveillance
activeercontinuelle des blancs, devient
Telle est une suite d'opérations délicates indispensable.
une combinaison de
qui exigent
les
moyens qu'il faut modifier selon
qualités diverses de la matière
naison qui est rarement à
première, combiportée de
du
nègre le plus entendu, pas même des Tintelligence hommes
naires parmi les blancs. L'art du
ordicomplément des
rafinage, qui est, le
travaux des sucreries, et dont toute
limportance était sentie, faisait tousles jours des
grès; mais il s'en fallait bien qu'il eût atteint
pronier point de perfection. Les
son ders'en
plus habiles de ceux qui
occupaient, s'efforçaient d'y parvenir, et
guaient pour cela ni veilles ni
n'éparleurservaient
soins; et leurs progrès
non-seulementà se perfectionner, mais
encore à êcre bien persuadés qu'il y avait
quelque
L: 3
dont toute
limportance était sentie, faisait tousles jours des
grès; mais il s'en fallait bien qu'il eût atteint
pronier point de perfection. Les
son ders'en
plus habiles de ceux qui
occupaient, s'efforçaient d'y parvenir, et
guaient pour cela ni veilles ni
n'éparleurservaient
soins; et leurs progrès
non-seulementà se perfectionner, mais
encore à êcre bien persuadés qu'il y avait
quelque
L: 3 --- Page 210 ---
(166 )
découverte à faire, et toujours quelque
nouvelle
chose à apprendre.
des lumières, des taMais ce n'est pas tout que
de
; ces avantages ne sont rien,
lens et
Yintelligence;
des forces et des
inutiles sans
et deviendraient
et c'est en quoi nos manumoyens considérables 5
avec celles
factures coloniales ont quelque rapport
qui pourraient servir d'exemple
de la métropole,
fruit,
méditer sur ce chapitre avec quelque
pour
donner tête baissée dans lerreur la plus
et ne pas
de ne congrossière. C'en était une bien grande que
que comme agricole ; c'en
sidérer Saint-Domingue
de vouloir faire en
est une plus grande encore que
des
général à l'agricultuire coloniale l'application rurale
maximes même les plus saines de l'économie
En France, par exemple, il est avande PEurope.
de culque le plus grand nombre possible
geux
de la culture du bled et de la
tivateurs s'occupe
leurs
soient multipliées.
vigne, et que
possessions
cultivent
Un propriétaire ou un fermier puissant
leur vaste terrein avec moins de soin,
peut-être
et ne
labouteur, sa petite propriété;
qu'un pauvre
luile grand objet del'avanremplissent pasi mieux que
le plus de subgénéral, qui consiste à produire
tage
du terrein qu'on OCsistances possible, en proportion canton n'est traSous les premiers, tout 1111
cupe.
des mercenaires, au lieu que divisé
vaillé que par
nom
metairies, il forme une population
en petites --- Page 211 ---
(167 )
breuse de citoyens et de pères de famille.
en est autrement de la culture du
Mais il
de
sucre, du café,
l'indigo, et des autres denrées coloniales
entraine de grandes
: elle
il faur
entreprises et de grosses avances:
indispensablement des bâcimens
et des machines considérables. Les
immenses,
habications doivent donc être étendues et posséder
nombre de bras; leur subdivision
un gtand
frais, sans
multiplierar les
augmenter la somme des produits.
Mais en continuant de calculer d'après
thèse la plus favorable, admettons
Thypovenus
que les noirs, demiraculeusement des cultivateurs laborieux,
remplis d'ambition et de zèle,
ardeur de relever
s'empresseront avec
dont leur
ces fertiles champs de cannes
fureur n'a presque pas laissé de
oi sont les moyens mannfacturiers
traces, >
et les forces nécessaires à T'exploitation? ou sont les moulins
nieux et si dispendieusement élevés
ingépour écraser la
canne, et en extraire le suc; ; les sucreries et les fourneaux pour le cuire , les purgeries et les bâtimens destinésile purifier? A-t-on oublié que tout cela est ruiné
et anéanti, et qu'il ne reste pas un seul des animaux nombreux qui servaient à cette exploiration
compliquée? Oà sont les bois, les ferremens, les
vriers et les mécaniciens,
oupour tout rétablir? Tout a
fui, tout a disparu de cette terre désolée,
plus la moindre
qui n'offre
ressource !.. - -
Ce n'est pas tout : qu'on espère une révolurion
L4
ifier? A-t-on oublié que tout cela est ruiné
et anéanti, et qu'il ne reste pas un seul des animaux nombreux qui servaient à cette exploiration
compliquée? Oà sont les bois, les ferremens, les
vriers et les mécaniciens,
oupour tout rétablir? Tout a
fui, tout a disparu de cette terre désolée,
plus la moindre
qui n'offre
ressource !.. - -
Ce n'est pas tout : qu'on espère une révolurion
L4 --- Page 212 ---
(168)
comme on l'entendra dans les inclinations
peuplade dont on n'a point été à
d'une
le caractère;
portée d'étudier
qu'on se flatte que des hommes
soucians et ennemis de tout travail
insubizement ardens et laborieux:
deviendront
qu'on leur
: mais quelque zèle
Lmdordsatis
quilsuppléeraau nombre immense de ceuxd'entr'eux
qui ont péri victimes de la
calamités réunies.
guerre et de toutes les
Comme cela devait
les plus beaux et les plus
étre, ce sont
paru, parce gu'ils étaient les vigoureux qui ont disser aul
plus hardis à s'expodanger, sans compter le vide immense et irréparable que laisse dans la population
agricole de
Saint-Domingue la Aleur des noirs français
sèrent, avec leurs chefs
qui passous les drapeaux des Jean-François et Biassoh,
on ne
Espagnols, et sur lesquels
peur pas plus compter pour larestauration
colonie qu'ils ont couverte de ruines
d'une
vres, que esur cenx de leurs
et de cadades auspices
pareils qui, quoique sous
tude
différens, ont pris comme eux l'habiindestructible du désordre et du
Qu'on se rappelle ici l'état présent de brigandage. la
dont les désastres ont une
Vendée,
leurs causes et dans leurs effets grande analogie dans
Domingue, Dans
avec ceux de Saintl'une et dans l'autre, ils eurent
pour ptincipe le double fanatisme de la
royalisme et de la
liberté, du
dic, la
religion : le meuttre > l'incendévastation, et toutes les horreurs delaguses --- Page 213 ---
(169)
civile les ont signalés également : dans toutes deux;
une partie de la population est armée et animée
d'une égale futeur contre l'autre : dans toutes deux,
l'étranger s'est efforcé d'aggraver le mal par ses intrigues et par sa funeste intervention. Après d'aussi
affreuses convulsions, on désespère - > avec quelque
droit, de voir jamais cette partie malheureuse de la
France se rétablir et reprendre son ancien éclat...
Eh! que ne sont pas pourtant ses ressources comparées à celles de Saint-Domingue ? La population
de la Vendée est cruellement diminuée, mais non
anéantie ; ses terres n'attendent que le travail et la
tranquillité pour accorder d'abondantes moissons 5
l'humble chaumière du laboureur peuc êcre facilement relevée ; les châteaux somptueux que la guerre
a détruits servaient d'ornement à ces contrées, sans
être pour elles d'une indispensable nécessité ; leurs
forêts et leurs carrières ofrent des moyens
prompts
et faciles de les rétablir; ; enfin la Vendée est environnée de départemens dont les secours
concourir eflicacement à
peuvent
effacerjusqu'ala trace de ses
malheurs.
Massmr-Demirgsodlagaes dedix-huit
cents lieues de la métropole 5 qui seule a intérêt à
sa conservation,n'est environnée que de possessions
étrangères qui, éclipsées par son ancien éclat, desirent avec ardeur son anéantissement : elle manque
de bois, de matériaux, d'instrumens et de bras dont
tout ce qui lui reste consiste dans une poiguéo
peuvent
effacerjusqu'ala trace de ses
malheurs.
Massmr-Demirgsodlagaes dedix-huit
cents lieues de la métropole 5 qui seule a intérêt à
sa conservation,n'est environnée que de possessions
étrangères qui, éclipsées par son ancien éclat, desirent avec ardeur son anéantissement : elle manque
de bois, de matériaux, d'instrumens et de bras dont
tout ce qui lui reste consiste dans une poiguéo --- Page 214 ---
(170)
d'hommes étrangers à la France, travaillés actuellement par toutes les fureurs, et qui ne sortiront
de cet état d'agitation que pour se plonger dans un
état opposé et extrême d'inaction et d'engourdissement.
Je le répète, le noir livré à lui-mème ne sera
et ne peut être qu'un être sauvage et abandonné
à l'instinct purement animal. Il vivra au milieu de
toutes les douceurs de l'indépendance, en supposant qu'après avoir secoué le joug des Européens,
il ne soit pas bientôt asservi à celui bien plus pesant que les petic nombre des forts manque rarement d'imposer au grand nombre des faibles : (car
comment imaginer que ceux de leurs pareils qui
se sont emparés du commandement et exercent en ce
moment sur eux un véritable despotisme, consentiront à rentrer dans les bornes de l'égalité.) Le
noir, dis-je, vivra tranquille, bon et heureux autant
qu'il peut l'être par sa nature, et autant que le lui
p-rmartront les vices corrupteurs, la seule chose
qu'il onservera, comme il arrive toujours, de ses
anciens maitres. Si on n'a pas d'autre objet que leur
bonheur, il faut leur en. laisser le soin, et les abandonner purement et simplement à eux-mèmes : s'ils
laissent échapper et qu'ils perdent, de manière ou
d'autte, les fruits de ce bienfait, tant pis pour eux;
on n'anra pas du moins aucun reproche à se faire.
Mais si les intérêts de laFrance entrent pour quel- --- Page 215 ---
(171 )
que considération danslesa arrangemens
pose ; s'ils sont le but définitif des qu'on se proplans qu'on a
formés, il y a plus que de la probabilité
précisément adopté les moyens les
qu'on a
à l'espérance d'y atteindre.
plus contraires
trement qu'on l'a
Onn'aurait pas agi aufait,quand on aurait eu la certitude de disposer à volonté des inclinations
peuplade
d'une
dpeu-peès inconnue, et de Paitrir son Caractère comme une cire molle. L'on sait
par expérience ,les difficultés
pourtant,
sagit
qu'on éprouve quand I il
d'opérer quelques changemens, ou de simples
modifications, sur les peuples les plus éclairés et les
plus capables d'en apprécier les
avantages :
quoi se fatterait-on de mieux réussir dans
pourblable tentative
une semleurs
sur des hommes qui ont aussi
goûts et leurs préjugés et qui aiment
autant le repos et l'oisiveté qu'ils sont insoucians
sur les prétendus biens pour
les faire
lesquels on voudrait
y
renoncer? On ne pourrait tout au
les façonner et leur faire perdre leur
plus
pli naturel
que par une éducation attentive et suivie. Pour espérer avec quelque vraisemblance de changer leurs
inclinations, il faudrait
transporter parmi eux de
nombreuses colonies
d'européens 3 Ou les
ter eux-mêmes en Europe, et les fondre transplan- au milieu
d'une nation où ils eussent toujours des exemples à
suivre, de nouveaux gotits à
contracter, et oi ils
n'eussent, 2 quant aux occupations, qu'à se modeler
re leur
plus
pli naturel
que par une éducation attentive et suivie. Pour espérer avec quelque vraisemblance de changer leurs
inclinations, il faudrait
transporter parmi eux de
nombreuses colonies
d'européens 3 Ou les
ter eux-mêmes en Europe, et les fondre transplan- au milieu
d'une nation où ils eussent toujours des exemples à
suivre, de nouveaux gotits à
contracter, et oi ils
n'eussent, 2 quant aux occupations, qu'à se modeler --- Page 216 ---
(172')
sur les objets qui les enviromneraient..
même après bien des soins et
Peutêtre,
recueillir les fruits, feraient-ils lorsqu'ils'agirait d'en
qui retourné sur sa terre natale, comme le Hortentot,
faiteur et les biens dont il l'avait abandonna son bienle
comblé, pour aller
Partager repos et l'heurcuse pauvreté de
patriotes... D'ailleurs
ses comcomment opérer un
changement au milieu d'ane
pareil
naic à peine ? ou après l'avoir peuplade qu'on conexerceràt travers une distance de dix-huic refondue, comment
la surveillance nécessaire
centslieues,
pour maintenir
commencé, et pour
F'ouvrage
de retourner à leurs empècher ces nouveaux élèves
On doit
premières inclinations?
forcés
sentir combien de pareils calculs
et
sont
coactive chimétigues, et qu'il n'y a qu'une force
qui puisse assujettir des hommes
ni besoin ni ambition à
qui n'ont
5 des
tant d'autres ne se livrent
occupations auxquels
se procurer quelques
que par nécessité et pour
moyens de
peuvent obtenir
le
smbsister, qu'ils ne
vie
que par travail. Ceux-ci, dont la
dépend en quelque sorte du salaire
qui leur est accordé pour prix de leurs journalier
souvent réduits à le recevoir
peines, sont
et exécutent indifféremment avec reconnaisance,
atl gré de ceux
toutes sortes de travaux
qui veulent bien les
La
faim et le besoin', voili
employer.
quel est en Europe le
premier mobile de l'industrie et de l'émulation.
Lambition et le desir de s'enrichir ne sont
quc des
dépend en quelque sorte du salaire
qui leur est accordé pour prix de leurs journalier
souvent réduits à le recevoir
peines, sont
et exécutent indifféremment avec reconnaisance,
atl gré de ceux
toutes sortes de travaux
qui veulent bien les
La
faim et le besoin', voili
employer.
quel est en Europe le
premier mobile de l'industrie et de l'émulation.
Lambition et le desir de s'enrichir ne sont
quc des --- Page 217 ---
(173)
du
et tout dépend, dans lej principe,
eauses secondes;
pour vivre,
besoin qu'a le pauvre de s'approptier de Thomme aisé,
chétive
des richesses
une
partie
de Aatter ses goûts
par son travail, et en s'efforçant de Punivers sont
Tous les penples
et ses fantaisies.
à mesure qu'ils sont plus
plus ou moins industrieux cruelle >
nécessité et par le
la
ou moins pressés par
des talens
besoin, ce premier et puissant aiguillon impuissant
des arts. Mais ce véhicule deviént
et
où la nature bienfaisante offre pardans une contrée
Phomme fortuné, des
instant à
tout et à chaque
délicieuse et variée, où
moyens d'une subsistance
serein rend les vêteun ciei constamment doux et
il en est de
inutiles. Là, comme
mens presque
Phabitant paisible et
tous les climats semblables,
borne ses desirs aux jouissances qu'il
peu ambitieux,
5 et toutes ses fantaisies
peut satisfaire sur le champ
fadans quelques objets qu'il se procure
consistent
exercer luicilement, ou dans quelques arts quilsait
avoir besoin du concours de plusieurs
même sans
le travail habituel et jourmains. Dans un tel pays,
Aeurir le commerce
nalier dont les produits faisaient
et le luxe
les goûts
de la France et alimentaient
contrarie
habitans : ce travail, dis-je > qui
de ses
la nature, ne peut être rétabli ou
les volontés de
revenant précimaintenu que par la force et en
sément à la même méthode qu'on a suivie jus- --- Page 218 ---
(174)
qu'ici, à quelques modifications près. Reste à savoiz
maintenant quelest l'inconvénient
plus graye, ou d'en
revenir purement et simplement à une pareille extrémité,ou de renoncer entièrement aux avantages inappréciablesque la métropole retirait de St-Domingue,
dans un tems où nul n'avait encore imaginé qu'une
pareille question put être admissible. Je reviendrai
la-dessas en son lieu.
Je ne consulte ici, ni mon intérè:
ni les conseils de l'aveugle avarice
particulier 2
: je parle avec
sincérité et d'après ma propre expérience. Plàt à
Dieu que l'on pur trouver un tempéramment également favorable aux principes d'humanité et de
politique ! Ce serait un chef d'acuvre de
sagesse s
qu'un système qui parviendrait à concilier dans les
Antilles le travail et la liberté. Il n'est
dont le coeur s'épanouirait plus délicieusement personne
le mien : nul ne sentirait plus vivement
moi que
la douceur de n'avoir plus qu'à diriger les utiles que traVaux d'hommes laborieux et libres, et de n'être
plus continuellement attristé par le spectacle douJoureux de la viclence substituée au droit, et des
maux inséparables de l'esclavage. J'ai dic franchement combien on en avair abusé; mais en découyrant avec impartialité les excès qui m'étaient connus,et queje suis loin d'excuser,jai démontré qu'ils
n'étaient que très-particuliers, et que de même
diriger les utiles que traVaux d'hommes laborieux et libres, et de n'être
plus continuellement attristé par le spectacle douJoureux de la viclence substituée au droit, et des
maux inséparables de l'esclavage. J'ai dic franchement combien on en avair abusé; mais en découyrant avec impartialité les excès qui m'étaient connus,et queje suis loin d'excuser,jai démontré qu'ils
n'étaient que très-particuliers, et que de même --- Page 219 ---
( - 175 )
politique ases abus, ils éraientque tout établissement
ont malheurenseceux du régime colonial qu'ils
déshonoré mais auquel il fallait bien se gatment
,
inhérens : et certes,
der de les croire essentiellement
même été connus , si un gouverils n'y eussent pas
si des loix vigoureuses
nement vertueux et rigide,
écartés d'un
les avaient soigneusement
et repressives
P'arbitraire ne se
régime où il était impossible que tolérance à son
qu'on usât de
mêlât pas > pour peu
mal aux
égard. Sans doute l'esclavage est un grand
de la nature et de Phumanité: mais ne peutyeux
de ces maux politiques,
on pas le ranger au nombre
en éviter
devenus en quelque sorte nécessaires > pour même à exde plus grands > et qu'on ne cherche pas de la menl'esclavage des noirs auprès
tirper?Qu'est
entière, et dont le specdicité qui couvre l'Europe
si
conet hideax forme un étrange
tacle dégoûtant
révoltant ? Quoi de plus
traste avec le luxe le plus
dans lequel les
odieux encore que cet état de guerre
de vivre
sociétés différentes des peuples ne cessent
entr'elles ! Quoi de plus outrageant pour Phumanité
d'hommes, l'élite des naque de voir des millions
absolue d'euxe
tions, qu'on force à une abnégation
rester dévoués à l'utilité publique, ou
mêmes, pour
de ce spécieux préaux passions qui savent se couvrir
infortunés
texte ! Qu'on compare le sort des êtres
discipline sévère tient comme enchainés, et
qu'une
différentes des peuples ne cessent
entr'elles ! Quoi de plus outrageant pour Phumanité
d'hommes, l'élite des naque de voir des millions
absolue d'euxe
tions, qu'on force à une abnégation
rester dévoués à l'utilité publique, ou
mêmes, pour
de ce spécieux préaux passions qui savent se couvrir
infortunés
texte ! Qu'on compare le sort des êtres
discipline sévère tient comme enchainés, et
qu'une --- Page 220 ---
( 1 176 )
qu'un ordre envoie en foule à la mort ou au meurtre de leurs semblables. Qu'on
compare , dis-je , leur
sort à celui de ces individus dont la servitude consistait dans un travail doux et facile, et que n'aggravaitjamais le sentiment du besoin et de la souffrance.
Je le répète l'esclavage est un mal en lui-même :
mais il en est tant d'autres que la nécessité et des
morifs de bien général commandent également. Entre plusieurs maux, il faut choisir le moindre. Ruiner
la France , anéantir son commerce et sa marine, et
réduire plusieurs millions de Français à l'inaction
et à la misère, n'est pas un malheur moins grand
que de tenir quelques cent mille Africains dans une
servitude 3 qui n'était pas à la vérité la même
tous, mais qu'il était si facile de rendre douce et pour tolérable. Il eût toujours été tems de les rendre à une
liberté indéfinie, lorsqu'on aurait éprouvé l'insuffisance de tout autre moyen. Qu'on fasse autant de
bien qu'on le pourra à des hommes
que personne
plus que moi n'a cherché à rendre
dont nul n'a plus excusé les
intéresans, et
mouvemens; mais qu'ou
respecte par-dessus tout, les grands intérêts de la
pattie déja cruellement ébranlés par le choc des passions, et que les calculs d'une fausse philantropie
menacent d'anéantir tout-à-fait. C'est en leur nom
que je combats les chimères qu'on s'efforce,
fidie ou par ignorance, > de leur substituer. Ce par loua- perble
nul n'a plus excusé les
intéresans, et
mouvemens; mais qu'ou
respecte par-dessus tout, les grands intérêts de la
pattie déja cruellement ébranlés par le choc des passions, et que les calculs d'une fausse philantropie
menacent d'anéantir tout-à-fait. C'est en leur nom
que je combats les chimères qu'on s'efforce,
fidie ou par ignorance, > de leur substituer. Ce par loua- perble --- Page 221 ---
(197)
ble motif m'anime et me fait braver la calomnie i
qu'on m'accuse autant qu'on voudra de n'ètre OCcupé que des miens, jai du moins pcur moi qué
nos intérêts communs sont inséparables, et j'ai la
certitude qu'elle ne peur que perdre à ma propré
ruine, comme jene puis, dans tous les Cas 3 que ga
gner à sa prospérité.
Tome. I.
M --- Page 222 ---
1 178 )
DISCOURS III
CHAPITRE VII.
Du décrec du 16 Pluviose ( 1794 V. St. ); examen
de ses dispositions J et des effiets quil doit produire ; de l'application de la consticution française
à la colonie de Saint-Domingue.
Jene sais si à la concision à laquelle je m'efforce
d'atteindre, j'ai joint l'avantage de me faire entendre et d'éclairer l'opinion sur une question aussi
obscure qu'importante. Je P'ai rapidement examinée
souS presque toutes ses faces, et je pensé avoir démontré, sous le point de vue que je combats, l'existence d'une foule d'obstacles moraux et physiques
qui tous se prétent entr'eux une force insurmontable d'opposition. J'ai peint l'état de dénuement
de la colonie 2 sa population blanche exterminée
ou fugitive 2 sa popularion noire décimée par les
évènemens, ses plaines incultes, ses manufactures
réduites en cendres, ses nombreux animaux d'exploitation anéantis, etj'ai voulu conduire le lecteurà conclure de lui-même l'impossibilité ou lextrème dificulté d'un rétablissement, selon les divets
moyens qu'on emploiera pour y parvenir. J'ai prin-
at de dénuement
de la colonie 2 sa population blanche exterminée
ou fugitive 2 sa popularion noire décimée par les
évènemens, ses plaines incultes, ses manufactures
réduites en cendres, ses nombreux animaux d'exploitation anéantis, etj'ai voulu conduire le lecteurà conclure de lui-même l'impossibilité ou lextrème dificulté d'un rétablissement, selon les divets
moyens qu'on emploiera pour y parvenir. J'ai prin- --- Page 223 ---
(i 179)
cipalement fondé mon opinion et celle
chetché d lui
que j'ai
suggérer, sur une foule de considérations relatives au climat, aux circonstances
et à tant d'autres causes
locales,
physiques qui ont une si
grande influence sur la manière de voir et de
et sur les qualirés intellectuelles
sentir
des
vu combien elles coincident
peuples. Ona
tie morale
parfaitement avec l'iner.
d'uneclasse d'hommes qui, ,exempte
bition et de toute autre affection
d'ampropre à provoquer
spontanément leur activité, se trouve encore placée
dans une contrée où nos besoins sont inconnus
inuciles > et où la fercilité du sol fournit
et
satiéré, les moyens les plus faciles et les
jusqu'à
de subsistance. Une des
plus variés
raisons dont je me suis
sur-tour appuyé > c'est leur insouciance et une habitude de la paresse qu'on
résultat de leur
peur regarder comme le
tempéramment, et d'une humeur
tranquille qui forme le plus puissant obstacle
veloppement de leurs talens
au déet de leur émulation.
En établissant la différence qui existe
climar de
entre le
Saint-Domingue > les meeurs et la culture
coloniale > et le climat de la métropole : en
puyant sur la nécessité de mnettre les lois
m'apd'accord avec les circonstances
politiques
vouloir
locales, à moins de
s'exposer à n'élever qu'un édifice
et
imparfair
précaire > je suis naturellement entrainé duns quelques réflexions sur le décret du 16 pluviose
V. st.), et à examiner à
(1794
quel point cette détermiM 2
coloniale > et le climat de la métropole : en
puyant sur la nécessité de mnettre les lois
m'apd'accord avec les circonstances
politiques
vouloir
locales, à moins de
s'exposer à n'élever qu'un édifice
et
imparfair
précaire > je suis naturellement entrainé duns quelques réflexions sur le décret du 16 pluviose
V. st.), et à examiner à
(1794
quel point cette détermiM 2 --- Page 224 ---
( 180 )
nation s'écarte des ptincipes que j'ai exposés > et qu'il
érait si essentiel de ne pas perdre de vue. Si tout en
#y soumettant avec respect 2 il est permis de douter
de la bonté d'une loi quelconque e, et de démontrerde bonne foi SES inconvéniens, lors même qu'ils
sont balancés par quelques avantages, 2 on peut bien,
avec des intentions pures et dans le calme de la
raison,en examiner une qui n'est que désastreuse
par tous ses effets, et qui fut rendue dans des
tems affreux de bouleversement et d'anarchie.Sur le
simple exposé de quelques aventuriers inconnus et
plus que suspects s sur la proposition de trois scéJérats qui > prêts à succomber sous le fardeau de
leurs crimes 2 voulurent avant de périr sur l'échafaud porter ce dernier coup à la prospérité de la
France, d'enchousiasme et sans aucune discussion
préparatoire > elle fut rendue, cette loi qui sanctionnait les forfaits dont Saint-Domingue avait été
et était encore le théatre > qui déclarait coupables
une multitude de victimes, et prodiguait les éloges
et les récompenses à leurs assassins. Comme pour
joindre l'ironie il'atrocité, les intentions de relever
la colonie et de lui rendre tout son éclat, étaient
manifestées à côté de dispositions qui mettaient le
comble à ses malheurs, et achevaient de l'anéantir;
et un article du décret renvoyait ce cahos à débrouiller, c'est-à-dire, le soin de trouverle secret
d'un mode d'exécution au comité de salut public
es
et les récompenses à leurs assassins. Comme pour
joindre l'ironie il'atrocité, les intentions de relever
la colonie et de lui rendre tout son éclat, étaient
manifestées à côté de dispositions qui mettaient le
comble à ses malheurs, et achevaient de l'anéantir;
et un article du décret renvoyait ce cahos à débrouiller, c'est-à-dire, le soin de trouverle secret
d'un mode d'exécution au comité de salut public --- Page 225 ---
(181)
d'alors, qui,surchargédessinse
lui-môme
setd'embarmas, ajourna
cette question à un terme
plurôt la Jaissa dans un oubli
indéfini, O1L
profond. Mais les
provocateurs de ce décret éraient
son exécution
trop intéressés à
pure et simple, pour ne pas le transmettre rapidementà
s'accrurent
Saine-Domingne, dont les maux
dans la vaine attente de ce mode qui,
qu'il fût, était désormais sa dernière
quel
et unique
rance; er par une bizarerdied'énenemense dontles cspélutions seules
révotablir la
peuvent offrir l'exemple, le soin d'y ré,
paix parut être confiéà ceux quil'avaient bouleversée, 3 et celui de sa réorganisation, a ses
nisateurs même,
désorgaSi quelque chose peur être plus étonnant
facilité avec
que la
forissante laquelle on décida le sort de la plus
colonie de
sans
crifices immenses faits Tunivers,
égard aux sasécurité
pour sa conservation, c'est la
avec laquelle Oil paraissait
compter sur sa
restauration, comme sur une opération la
simple, et sans se douter qu'on pûr
plus
léger
rencontrer le plus
obstacle; et que nul ne Parut concevoir Phétérogénéité respective des élémens
sait
qu'on se propod'employer > et des principes silr
on prétendait s'appuyer. Il est encore très-remar. lesquels
quable, qu'au milieu des nombreuses vicissitudes
auxquelles on a vu depuis Topinion
dans un court espace de
publique livrée
tems : elle ait été
ment la même en ce qui concerne les
constamcolonies, et
M3
obstacle; et que nul ne Parut concevoir Phétérogénéité respective des élémens
sait
qu'on se propod'employer > et des principes silr
on prétendait s'appuyer. Il est encore très-remar. lesquels
quable, qu'au milieu des nombreuses vicissitudes
auxquelles on a vu depuis Topinion
dans un court espace de
publique livrée
tems : elle ait été
ment la même en ce qui concerne les
constamcolonies, et
M3 --- Page 226 ---
(18:) )
lidée qu'on s'est formée de leurs malheurs, de leurs
causes et des moyens d'y remédier. Cette stabilité
aurait quelque chose de spécieux et d'imposant 2
s'il n'érait aussi facile de concevoir que de prouver
qu'elle n'est q:e l'effet naturel de la préoccupation
des esprits qui, accablés de lassitude et forcés de
fixer toute leur attention sur les intérêts plus prochains et immédiats de la France > ne pouvaient
s'occuper qu'ila hâte d'une question éloignée 3 et
dont nul peut-être ne sentait toute la gravité, ou
preféraient de s'attacher à une première idée plutôt
qae de l'examiner. Mais les maux intérieurs ne seront
pas toujours les mêmes : le tems n'est pas éloigné
peut-ètre onl u11 gouvernement établi sur des bases
solides et énergiques pourra porter un ceil attentif
sur toutes les plaies de la France, ct se dépouillera
de toute prévention capable d'en retarder la guérison Enfin des maux affreux existent, mais ils
sont du moins balancés par la douce espérance.
Je m'y livre avec confiance 5 et puissai-je concourir
au triomphe de la vérité, s qui seule peut amener la
solution de la question importante qui m'occupe !
Pour exciter la défiance sur le décret de 16 pluviose 3 1794 v.st. ), il suffirait de citer les hommes
qui eurent l'honneur de l'initiative > et le tems dé-
(*) J'écrivais ceci au commencement de brumaire dernier 3
an quatrième. --- Page 227 ---
(183)
sastreux on il fut émis. Mais exempt de haîne, de
pasion > et prét à adoprer le bien, quelqu'impare
qu'en paisse être la source s je préfère d'y porter
le Aaybeau de la vérité et de la discussion, et de
faire toucher au doigt ses inconvéniens. Il renferme
trois dispositions principales et obligatoires : laffranchissement des noirs, la réunion à la France de la
colonte de Ssint-Domingue, comme formant une
partie intégrante d'elle-mème, et la volonté bien
déterminée de la relever, et de la faire remonter
au même point de splendeur et d'utilité dont elle
érait pour la métropole. Une mesure aussi grande
et aussi générale devait être accompagnée d'un mode
d'exécution. Comme je l'ai déjà dit, on avait senti,
après avoir tranché sur le fond, la nécessité d'en
trouver un qui fûc propre à applanir ce que ces diverses disposirions avaient de difficultueux et de contradictoire. Mais ce mode était lui-même ce qu'il
avait de plus difficile à imaginer; et rien ne le
y prouve mieux que deux ans > ou environ, , écoulés
dans l'attente inutile d'une détermination dont limportance exigeait à la fois tout l'empressement du
zèle, et toute la maturité de la sagesse. On n'est
pas plus avancé aujourd'hui que le premicr jour.
Quelques décrets ont été émis dans l'intervalle sur les
colonies, tous dans le même esptit, et qui en aggravant les difficultés par de nouvelles décisions sur le
fond, finissent tous par ajourner indéfinitivement la
M4
dans l'attente inutile d'une détermination dont limportance exigeait à la fois tout l'empressement du
zèle, et toute la maturité de la sagesse. On n'est
pas plus avancé aujourd'hui que le premicr jour.
Quelques décrets ont été émis dans l'intervalle sur les
colonies, tous dans le même esptit, et qui en aggravant les difficultés par de nouvelles décisions sur le
fond, finissent tous par ajourner indéfinitivement la
M4 --- Page 228 ---
(184)
question des mesures à; prendre pourlesapplanir, ce
parveniriune exécution générale. Il est impossibie de
ne pass'appercevoir quele gouvernement ne sait luimême à quel parti is'arréter; et d'après son silence, le
grand nombre d'hommes, dont l'intérêt est liéau sort
ultérieur des colonies 5 sont réduirs à de simples
conjectures sur le tempéramment qui doit être définitivement adopté, indépendamment de la douloureuse incertitude que leurs voeux et les lumières
qu'ils pourraient répandre sur cette question > soient
comptées pour quelque chose, Qui mieux cependant
que des manufacturiers et des négocians éclairés
pourraient, dans leurs parties respeccives 9 répandre
une lumière éciatante sutr les véritables intérêrs de la
France? Qui mieux qu'euxer des agriculteurs expérimentés pourraient enscigner les moyens de cicatriser
ceslarges plaies que des scélérats ou des énergamènes
lui ont faites?ou pour mieux dire, quel bien pourrat-on jamais opérer sans leur intervention et leur secours, qui jusqu'ici a été si stupidement dédaigné :
Je me trouve moi-même dans cette incertitude
et dans un pareil embarras. Je connais les maux
exisrans dans toute leur étendue, et jai fait en sorte
gu'ils ne fussent ignorés de personne. Des décrets
obscurs et incomplets m'ont d-peu-près appris CC
qu'on Se propose de substituer à l'ançienne consti;
fution coloniale : mais les moyens d'organisation
sont L1E2 mystère pour moi 9 comme ils le sont pent: --- Page 229 ---
(185) )
écre encore pour les inventeurs eux-mèmes : je suis
réduit à deviner les monstres que j'ai à
et à examiner
combattre, >
hypochétiquement les divers et seuls
modes d'exécution qui peuyent être adoptés,
Le décret du I6 pluviose (1794 V. st. ) a déclaré libres les Africains qui formaient comme esclaves la popalation agricole de
n'a faicque confirmer
Saine-Domingue 2 ou
ce que deux hommes envoyés
dans certe colonie,en qualité decommisaires civils,
onr osé prendre sur eux d'exécuter. Sans doute
leur liberté récente est indéfinie, c'est-à-dire,
sont investis de tous les droits de citoyens qu'ils français. On prétend cependant que ces nouveaux républicains continueront de s'occuper des travaux de
Tagriculrare, et que par leur zèle et leur activité,
Saint- Domingue doir reprendre toute cette
deur qui la si long-tems distinguée.
splencilier cette conrradiction P Ou leur liberté Comment consimple
est pure et
ecindéfinie, ou elle est conditionnelle.. Dans
lepremier cas, de quel droiret comment assujertiraiton au travail des hommes qui ne sont intéressés à
l'aimer ni par goft ni par besoin, ainsi
sufisammenr
Si
que jelai
expliqué, au contraire Oil voulait,
çontre tout droit et toute vraisemblance, mettre des
restrictions à cet érat, en le subordonnant à l'utilié
dont chaque nouveau çitoyen doit être à la colonie
et à la France s je dis que ce singulier
menr est contraire à l'espric même de la liberté arrange9
aiton au travail des hommes qui ne sont intéressés à
l'aimer ni par goft ni par besoin, ainsi
sufisammenr
Si
que jelai
expliqué, au contraire Oil voulait,
çontre tout droit et toute vraisemblance, mettre des
restrictions à cet érat, en le subordonnant à l'utilié
dont chaque nouveau çitoyen doit être à la colonie
et à la France s je dis que ce singulier
menr est contraire à l'espric même de la liberté arrange9 --- Page 230 ---
(186)
quidevienduiiluseire, SI ceux qui doivent enjouir
étaient forcés d'agir contre leurs volontés et leurs
inclinations. Certes, dans cette hypothèse 9 ce n'était pas la peine de provoquer d'aussi horribles déchiremens, et de prodiguer l'approbation et les éloges à ceux qui les ont opérés. Asservissement pour
asservissement , il valait encore mieux s'en tenir à
l'ancien état des choses 3 en comprimant les abus,
en enchaînant l'arbitraire par des lois sages et repressives, que de revenir à-peu-près au même point par
une conclusion que tant de désastres ont précédée,
et qui chèrement achetée par le sacrifice d'avantages
inappréciables, finira vraisemblablement par n'en
produire aucun.
Je m'attache ici à la supposition que le travail sera
obligatoire dans la nouvelle organisation coloniale,
et je me fonde sur les dispositions que le gouvernement a manifestées, et sur les instructions données
aux représentans chargés par un décret de la convention nationale, d'allerà Sainte-Domingue, et auxquels
les évènemens postérieurs n'ont pas permis de s'y
rendre. L'un d'eux déclara devant mbi guhl était fermement résolu de faire déporter, sans miséricorde,
quiconque, noir, jaune ou blanc, se refuserait au [Iavail et à l'utilité publique. Ce fut ce méme représenrant qui, lorsqu'il fut question de cette mission importante, provoqua l'injonction faieiceuxquisenient
élus pour la remplir, de se conformerau décret du 16
les évènemens postérieurs n'ont pas permis de s'y
rendre. L'un d'eux déclara devant mbi guhl était fermement résolu de faire déporter, sans miséricorde,
quiconque, noir, jaune ou blanc, se refuserait au [Iavail et à l'utilité publique. Ce fut ce méme représenrant qui, lorsqu'il fut question de cette mission importante, provoqua l'injonction faieiceuxquisenient
élus pour la remplir, de se conformerau décret du 16 --- Page 231 ---
(137)
pluviose, et la défense expresse des'enécarter.Si telles
étaientleurs istruccions, il fau: en conclure qu'onne
considérait pas la condition du travailcomme: une: inodification de la liberté accordée sans restriction
décret. On ne paraissait pasmeme
par ce
prevoirlesdifieultés
gu'ilya aurait à vaincre, et l'onagisait, comme si on
avait la certitude qu'à la voix de ces envoyés, chacun
reprendrait paisiblement, comme libre, la place qui
ki étaitautrefois: assignée comme esclave, et que tout
se réorganiserait, pour ainsi dire, de soi-même. Sur
quoi donc tant de confiance était-elle fondée? Qu'avait-on fait pour préparer une peuplade brûte à un si
grand changement, et pour compter aussi fermement
sur des dispositions de sa part, ptopres à couronner
d'aussi hautes espérances ? Avait-on
qu'il fûr si facile de
subitement pu s'imaginer
passer
d'un état de
désordre et de brigandage, à u12 état d'ordre et de
paisibiliré? On sait, par expérience, combien il est
difficile d'adapter une constitution nouvelle au génie
d'un peuple dont les législateurs sont à portée d'étudier le caractère, et qui pourtant a déjà entraîné
deux fois, par sa résistance, la refonte totale de l'ouvrage entrepris. II y a lieu de s'étonner que
cet exemple, on n'ait cençu aucun aoutesur d'après
plication à des hommes
son apdemi-sauvages, qui habitent
un climat éloigné, et qui n'offtent pas moins d'obstacles moraux que de différence physique.
Ainsi que je l'ai dit, le travail doit être la bâse
, et qui pourtant a déjà entraîné
deux fois, par sa résistance, la refonte totale de l'ouvrage entrepris. II y a lieu de s'étonner que
cet exemple, on n'ait cençu aucun aoutesur d'après
plication à des hommes
son apdemi-sauvages, qui habitent
un climat éloigné, et qui n'offtent pas moins d'obstacles moraux que de différence physique.
Ainsi que je l'ai dit, le travail doit être la bâse --- Page 232 ---
(188 y
fondamentale de la nouvelle organisation coloniale;
la restauration de Saint-Domingueet le retour de son
influence sur la prospérité nationale, en est le principal objet et la première condition. Voila, du moins,
comme on paraît l'entendre. Autrefois le noir travaillait sous la direction du blanc, qui exerçait irsurlui
un empire fondé sur le droit de propriété : l'un était
asservi à l'autre par la force,et quelque fût l'humanité du maitre, l'esclave était censé travailier contre
son gré. Aujourd'hui, qu'on a mis l'un au niveau de
l'autre, et qu'on a rompu toute subordination, on se
propose de conserver cet état de choses, et l'on veut
que le noir continue ses travaux sous l'administration
du bianc, > moyennant certaines conditions qui établiraient léquilibre entre leurs intérêts respectifs. D'abord,il - n'est pas question ICI de conserver, mais bien
de rétablir ou de recréer entièrement un ordre de
choses qui n'existe plus. Eh! qui peut ignorer encore
les désastres qui en ont entrainé la chûte, et anéanti
jusqu'aux traces ? Mais continuons d'examiner cette.
organisation en elle-même.
Après que la presque totalité des Colons a été exterminée, er que ce qui en reste 2 été en bûte à la
haîne, àla calomnie er à Ia proscription, on semble
leur reconnaître, > par grace spéciale, le droit de
proptiété sur les terres qui leura appartenaient, et dont
les atteliers sont restés en posesrion,apresavoir massacré ou chassé les légitimes maitres. Nonobstant les
'examiner cette.
organisation en elle-même.
Après que la presque totalité des Colons a été exterminée, er que ce qui en reste 2 été en bûte à la
haîne, àla calomnie er à Ia proscription, on semble
leur reconnaître, > par grace spéciale, le droit de
proptiété sur les terres qui leura appartenaient, et dont
les atteliers sont restés en posesrion,apresavoir massacré ou chassé les légitimes maitres. Nonobstant les --- Page 233 ---
(189 )
évènemens passés, les uns et les autres rentreront ou
resteront paisiblement Sur leurs foyers : à la voix de
la patrie, la fureur des noirs et la terreur qui a
les
Grappé
blancs, se calmeront; ils
de
déposeront, part et
d'autres, la haîne mortelle dont ils sont
vivant désormais dans la plus heureuse animés; et
harmonie, ils
ne lutteront plus que d'émulation et de zèle, à
fera le plus d'efforts pour l'utilité
qui
commune.
Telles sont les espérances qu'on a osé concevoir et
regarder comme assurées. O le beau, T'heureux
jet, si les hommes exempts de
proleurs véritables
passions sentaient
intérêts > et savaient vouloir leur
propre bonheur! Quoi de plus touchant, en effet, et
de plus propre à effacer le souvenir des maux
que l'idée de maîtres qui ne verraient plus dans passés, les
compagnons de leurs travaux 3 que leurs égaux et
leurs enfans, tandis que ceux-ci ne lcs considèreraient
désormaisque comme leurs amis et leurs
et
bienfaiteurs,
tous travaillant d'un commun accord à rèlever
l'édifice de leur félicité et de la prospérité nationale !
Avec de pareilles dispesitions, combien il en coûterait peu pour réparer tant de malheurs; mais a-t-on
y croire de bonne foi? Un tel état de choses
pu
être quespéculatif:
conduire
ne peut
pour
les hommes, il faut
malheurensement plus étudier leur génie et consulter
leurs passions, que les douces conceptions de la phiJantropie; et l'on doit plus compter sur ce qui est
cur ce qui devrait érre.
que
nationale !
Avec de pareilles dispesitions, combien il en coûterait peu pour réparer tant de malheurs; mais a-t-on
y croire de bonne foi? Un tel état de choses
pu
être quespéculatif:
conduire
ne peut
pour
les hommes, il faut
malheurensement plus étudier leur génie et consulter
leurs passions, que les douces conceptions de la phiJantropie; et l'on doit plus compter sur ce qui est
cur ce qui devrait érre.
que --- Page 234 ---
(190)
Comment a-t-on pu concevoir que des hommes
divisés d'intérêts et d'inclinations, animés réciproquement par la haîne la plus mortelle, et dévorés par
la soif de la vengeance que l'intrigue et l'esprit des
factions s'efforcent depuis quatre ans, d'alimenter,
pourraient dépeser subitement leur mutuelle inimitié, oublier le souvenir de tant d'injures, et vivre désormais ensemble? Quel blanc serait assez hardi pour
vivre sans défense et saus antre garantie, au milieu de
ces mémes individas quiont trempé leurs mains dans
les sang de la plupart de ses pareils, peut-être dans celui de son épouse et de SES enfans ! Combien seraient
assez vertuenx pour résister à la tenration, et pour ne
pas nourrir des prejets secrets de vengeance ! De guel
cil les noirs verraient-ils parmi eux et à leur têre leur
ancien maître, un homme d'une race détestée, dont
la présence leur rappellerait sans cesse leur esclavage,
et leur inspirerait la crainte continuelle d'y rentrer !
Comment, enfin, les familiariser désormais avec des
chefs qu'on les a accoutumés à regarder comme des
tyrans qu'il fallait immoler jusqu'au dernier, pour
éviter de redevenir tôt ou tard les victimes de leur
ressentiment? D'ailleurs, s'il est vrai, en morale, que
l'homme ne s'accoutume que par degré à l'idée et à
l'exercice du crime, combien n'est-il pas plus difficile
que des êtres brâtes, exaspérés et devenus féroces par
la longue habitude des forfairs et du brigandage, y
renoncent tout-à-coup pour devenir des citoyens pai-
, pour
éviter de redevenir tôt ou tard les victimes de leur
ressentiment? D'ailleurs, s'il est vrai, en morale, que
l'homme ne s'accoutume que par degré à l'idée et à
l'exercice du crime, combien n'est-il pas plus difficile
que des êtres brâtes, exaspérés et devenus féroces par
la longue habitude des forfairs et du brigandage, y
renoncent tout-à-coup pour devenir des citoyens pai- --- Page 235 ---
(191)
sibles et labotieux, et pour se livrer à l'exercice des
vertus qu'on voit rarement réunies dans les sociétés
les plus civilisées.
Non! (je le déclare, non pas aux inventeurs d'un
systême auqueleuxmêmes ne croient pas, mais à ceux
qui, trompés par cette apparence, se sont laissés entraîner dans l'erreur ) on ne doit point espérer
le
blanc et le noir libres de se manifester l'aversion que
fonde qui les anime, puissent être retenus
proautrement
que par une verge de fer, et par l'ascendant d'un
gouvernement serré, vigoureux et
péserait
énergique > qui
également sur tous, et comprimerait les
sions opposées. Tant de fureur et d'aussi
pastifs de vengeance ne pourraient s'évanouir graves si mofacilement, et chacun n'attendrait, pour l'assouvir,
le
pouvoir et l'occasion de la satisfaire sans
que
soi-même. Ce n'est point ici un peuple docile, dangerpout
peut aisément ramener vers le bien;
de qu'on
au
ilsagit
peller joug salutaire des lois, et au but de l'ucilité rapcommune, des hommes chez quil'habitude du
et d'une longue anarchie a effacé
crime
de ses anciennes
jusqu'au souvenir
occupations et de ses devoirs; des
hommes coupables de tous les genres de forfaits
dont les agitateurs ont
qui, retenus
perverti l'entendement 1 > et
et conduits autrefois par T'opinion, sont
maintenant devenusintmaitables par l'effetde l'opinion
opposée 5 des hommes, enfin', incapables de sentir
le genre de bonheur
qu'on veut leur procurer, et de
de ses anciennes
jusqu'au souvenir
occupations et de ses devoirs; des
hommes coupables de tous les genres de forfaits
dont les agitateurs ont
qui, retenus
perverti l'entendement 1 > et
et conduits autrefois par T'opinion, sont
maintenant devenusintmaitables par l'effetde l'opinion
opposée 5 des hommes, enfin', incapables de sentir
le genre de bonheur
qu'on veut leur procurer, et de --- Page 236 ---
(192)
céder volontairement à Timpulsion de la main qui
peut les y conduire. Des plaines incultes et ravagées;
des villesrenversées de fond en comble, une colonie
qui faisait la richesse et la gloire de la France, presqu'entièrement ensevelie sous des décombres, seront
les monumens éternels de leur rage exterminatrice, et
prouvent suffisamment de quoiils sont capables. Les
moyens de force et de compression sont donc les seals
efficaces; et ceux de la persuasion n'agiraient pas plus
sur ces rigres altérés de sang, que tant de niesures;
tour-à-tour dcuces et violentes, n'ont opéré sur les
haines cruelles qui ne cessent dlenanglamerisPrance
elle même. Ici, cependant, ce sont des frères, des
enfans d'une méme patrie, dont l'amour devtait affai:
blir l'animosité réciproque, balancer ies passions et
les diriger vers un but commmn, qui est la fin de SeS
malheurs etle soin de leur propre bonheur.Si ce motif grand et sacré est impuissant sur le coeur des Français quis Sencre-déchirent, et ne peut les rapprocher,
comment agirait-il sur des hommes qui n'ont ni nos
affections ni nos intérêts, et dont la différence morale
ou physique mettra éternellement entr'eux et nous
une barrière que la nature semble avoir posée ellemême, et qui est devenue d-peu-près insurniontable
par leffer des préjugés, et par le résultat des évènemens 5 comment, dis-je, les motifs d'amour d'une
patrie, agiraient-ils aussi puissamment sur des Français habitans d'une contrée cloignée, qu'elle a traités
avec
affections ni nos intérêts, et dont la différence morale
ou physique mettra éternellement entr'eux et nous
une barrière que la nature semble avoir posée ellemême, et qui est devenue d-peu-près insurniontable
par leffer des préjugés, et par le résultat des évènemens 5 comment, dis-je, les motifs d'amour d'une
patrie, agiraient-ils aussi puissamment sur des Français habitans d'une contrée cloignée, qu'elle a traités
avec --- Page 237 ---
I
(193) )
avec toute la rigueur d'une marâtte cruelle,
, pout
prodiguer toutes ses faveurs à des étrangers qu'elle
connaissait à peine, et qui a repoussé de son sein ses
propres enfans, pour adopter des êtres qui, loin d'êtte
capables de faire pour elle tout ce qu'elle paraic en
attendre, ne sont pas même susceptibles de reconnaissance et de sentit toute l'étendue de ses bienfaits.
Il est impossible de traiter cette
question sansse livrer
fréquemment à des digressions dans lesquelles On est
involontairement entraîné par la réflexion et par les
obstacles qui se présentent successivement à l'esprit;
mais ne nous occupons plus de combattre ces vains
phantômes de l'intrigue ou de lignorance, et recherchons simplement la vérité.
Pour discurer froidement et sans
préoccupation ;
mettons de côté le passé; oublions un moment l'impression profonde que tant d'horreurs ont laissée
dans tous les esprits, et ces convulsions dont l'ébranlement, semblable au mouvement qui
core l'océan après la
agite enrempête, se fera
sentir. Supposons qu'à la voix de la
long-tems
sous la simple garantie de la loi, métropole, et
chacun
sa haine et ses craintes et
déposera
la liberté
>
que sous l'empire de
et de l'égalité on s'empressera de
des travaux d ont l'esclavage était
reprendre
autrefois la base
principale et le noyen ; représentons - nous enfin
comme existans encore, ou comme faciles à
ces bâtimens, ces machines, et tous ces réparer,
Tome I.
accessoires
N --- Page 238 ---
( i 194)
nombreux et nécessaires d'exploitation que la guerre
a détruits : examinons les conditions auxquelles chacun pourra s'attacher à son état actuel, ety trouver
son avantage.
On peut cnvisager tout arrangement ultérieur entre le blanc et le noir, comme une société volonrairement contractée, dans laquelle l'un mettrait
pour sa part , son intelligence pour la distribution
et la. direction des travaux et le terrein dont la
propriété lui est reconnue, et Fautre, le travail de
ses bras; mais quelle serait la proportion dans le
partage des fruits ? Les désorganisateurs de SaintDomingue, ardens à inventer tout ce qui peut égarer l'opinion, > et les mettre à couvert, ont répandu
avec affectation, le bruit que les noirs, pleins de
reconnaissance > avaient repris leurs occupations accoutumées, et que le travail était par-tout en vid'après une convention faite entre eux et
gueur
leurs anciens maitres > par laquelle les fruits seraient
partagés en trois tiers, dont. un pour lui, le second pour eux, et le troisième pour les frais de
culure et d'exploitation. Tour ce qui a précédé est
suffisant pour prdaver que cet arrangement, loin
d'ètre général, ne pourrait tout au plus avoir été
effectué que dans quelques habitations conservées
et clair-semées au milieu des ruines de tant d'autres. Il est naturel que malgré tant de motifs de défiance, l'opinion incertaine ait saisi comme une
fruits seraient
partagés en trois tiers, dont. un pour lui, le second pour eux, et le troisième pour les frais de
culure et d'exploitation. Tour ce qui a précédé est
suffisant pour prdaver que cet arrangement, loin
d'ètre général, ne pourrait tout au plus avoir été
effectué que dans quelques habitations conservées
et clair-semées au milieu des ruines de tant d'autres. Il est naturel que malgré tant de motifs de défiance, l'opinion incertaine ait saisi comme une --- Page 239 ---
(195 )
planche au milieu du naufrage ; cette idée qui, a
dire vrai, est satisfaisante & parait praticable au
premier coup d'ail, à quiconque n'a pas été à
tée d'en calculer les difficultés.
porIl est inutile de dire combien une telle société
serait conforme dla justice et satisfaisante
pour l'humanité, en tant que susceptible d'exécution et surtout de stabilité. Tout homme qui dans ce cas ne
s'attacherait pas à ce parti, serait son ennemi, et
n'aurait d'autre raison à y
opposer > que celles
lui suggéreraient l'avarice. Sans doute il serait que
les individus noirs
2 pour
ou blancs capables de l'apprécier
et entre lesquels régnerait une harmonie constante,
la source d'une vie douce et aisée et d'une félicité
que tour contribaerait à augmenter, Je crois avoir
mis le lecteur dans le Cas d'en apprécier lui-méme
la possibilité : je lui laisserai du moins toute liberté
de saisir ou de rejetter cette douce illusion,
traiter la
pour
question sous son vrai point de vue
(*) Les nouvelles récemment arrivées de
que certaines gens m'opposeront fièrement, Saint-Domingue, juscifient suffisam- s
ment l'esprit prophétique qui m'animait en écrivant ceci et
ce qui va suivre. Des députés sont venus de cette colonie,
et aussitôr les journaux ont appris a toute la France,
les
ncirs rentraient sur leurs habitations respectives,
que
vraient a leurs travaux accoutumés
s qu'ils s'y li-
> et que le calme commençait à renaître..
Pour peu qn'on m'aic prèté d'attention, on saura au juste ce qu'il y a d'exact dans cette satisfaisante nouvelle. Mais en voici mallieureusement le correctif,
N2
députés sont venus de cette colonie,
et aussitôr les journaux ont appris a toute la France,
les
ncirs rentraient sur leurs habitations respectives,
que
vraient a leurs travaux accoutumés
s qu'ils s'y li-
> et que le calme commençait à renaître..
Pour peu qn'on m'aic prèté d'attention, on saura au juste ce qu'il y a d'exact dans cette satisfaisante nouvelle. Mais en voici mallieureusement le correctif,
N2 --- Page 240 ---
(1 196)
oublier
l'établissement des
Il ne faut pas
que
des
colonies, n'a pas pour objet unique le bien-être
individus qui les habirent et qu'elles sont princidestinées à l'utilité générale de la métropalement
pole, qui 1a le droit d'en attendre des avantages
à ses soins et aux sacrifices qu'elle a
proportionnés
elles. Or d'un coté,il est facile de prévoir
fait pour
coloniale entre
ce que serait à P'avenir l'agriculture
d'hommes
quelque soit leur bonne
les mains
qui,
de sentir l'aiguillon de l'évolonté, sont incapables
et dont les efforts seraient proportionnés
mulation 2
le
à la somme de leurs besoins. D'un autre côté,
autrefois disposait de tout, et dont la porblanc,qui
tion des fruits serait réduite à si peu de chose, comachèvera de prouver que je possède le don de prophéet qui
avant le départ de ces députés, une intie. Quelques subitement jours
éclaté dans le quartier du Port-desurrection a actuel du
ot aucun mouvePaix, chef-lieu
manifesté gouvernement, depuis cinq ans de malheurs:
ment ne s'était encore
de blancs
les noirs soulevés ont égorgé une multitude
qui
de mulâtres et de noirs , anciens libres.
s'y croyaient en sûreté,
et les
Ces troubles ont été, dit-on , presqu'aussitér appaisés,
dans le devoir, ont livré ceux qui les
insurgés, en rentrant
les
à la révolte.. Mais qui empéchera qu'on
ont poussés
se fatter qu'ils ne se livrey pousse encore : Sur quel garant
partiel, mais à
ront pas tôt ou tard, non à un mouvement
simultané et général, dont la conclusion sera
un soulèvement
autrefois le titre de
le massacre définitif de ce qui portait
maître ou de libre, blanc ou de couleur.. (Voyez l'avertissement qui précède cet ouvrage.)
urgés, en rentrant
les
à la révolte.. Mais qui empéchera qu'on
ont poussés
se fatter qu'ils ne se livrey pousse encore : Sur quel garant
partiel, mais à
ront pas tôt ou tard, non à un mouvement
simultané et général, dont la conclusion sera
un soulèvement
autrefois le titre de
le massacre définitif de ce qui portait
maître ou de libre, blanc ou de couleur.. (Voyez l'avertissement qui précède cet ouvrage.) --- Page 241 ---
(197)
parant sa fortune actuelle à celle dont il
sentirait son ambition et son émulation jouissait;
il perdrait désormais
sasindie;
rance qui fut
Tespérance > cette douce espétoujours le but définitif et le
cipal véhicule de l'ardeur des Colons,
prindans sa patrie originelle, de
> d'aller jouir
ses richesses
et tous ses desirs se borneraient à couler acquises;
heureux et tranquilles, dans
des jours
Ilest triste de T'avouer;
cette terre de repos.
; mais
venue si forissante
SaineDomingue, desous la main de
n'eut rien été sans
Thomme,
l'ambition, et même sans la
pidité et cette soif insatiable
cuvoquaient le Colon à s'étendre d'amaser, de
qui proqui le rendant
plus en plus, et
fortune déja
presque insensible aux biens de la
obtenus, T'enflammaient
session de ceux qu'il pouvait
pour la posli, cette étonnante
encore obtenir, Deactivité, , ces entreprises
nouvelles, et Taccroissement
toujours
C'était à ces efforts
rapide de la colonie,
que la métropole devait les
avantages qu'elle retirait des colonies, et
lant de son commerce qui
l'écat brildes
recueillait le plus clair
fruits, et qui, certain de les voir
mains, mulipliait sans cesse
passer par ses
que je l'ai déja
ses opérations. Ainsi
démontré, ce serait
sur lui que retomberaient les
directement
régime nouveau
inconvéniens d'un
d'éccindre
3 dont le résultat infaillible serair
lcs passions qui élevèrent l'ancien à
haur degré de piospérité,
un si
d'allanguir fagriculture
N 3
certain de les voir
mains, mulipliait sans cesse
passer par ses
que je l'ai déja
ses opérations. Ainsi
démontré, ce serait
sur lui que retomberaient les
directement
régime nouveau
inconvéniens d'un
d'éccindre
3 dont le résultat infaillible serair
lcs passions qui élevèrent l'ancien à
haur degré de piospérité,
un si
d'allanguir fagriculture
N 3 --- Page 242 ---
(198 )
coloniale, et de neutraliser les branches de commerce qui servaient de base principale aux liaisons
de la métropole avec Saint-Domingue, telle que
l'immense consommation de ses marchandises, la
traite, et une infinité de spéculations mercantiles qui
en étaient dépendantes.
Nous avons considéré les blancs, propriétaires
des terres 2 et les noirs qui en sont les cultivateurs
réunis sur les mêmes foyers, unis par une harmonie douce et fraternelle, telle que celle qui lie un
père à ses enfans > et se partageant amiablement,
d'après le mode déterminé, les fruits qu'ils pourraient cultiver et recueillir ensemble. Pour rendre
cet arrangement durable, et pour concilier cette
inégalité de partage avec l'état actuel de liberté,
il faudrait nécossairement pouvoir compter encore
sur l'influence de l'opinion, cette pierre angulaire
de l'ancien édifice colonial, qu'elle soutint bien
plus efficacement que la force. Il faudrait que ce
moyen si puissant pour conduire les hommes, fic
sur l'esprit de ceux-ci son effet ordinaire, et les
rendît susceptibles de se contenter dorénavant de
la part qui leur est assignée. Or,on a vu combien
cette opinion a été ébranlée par les évènemens, ou
pour mieux dire, elle n'existe plus. Elle était fondée autrefois sur la haute idée que ces hommes
simples et ignorans, s frappés d'étonnement aul spectacle des merveilles qui s'ofraient à leurs yeux, au
conduire les hommes, fic
sur l'esprit de ceux-ci son effet ordinaire, et les
rendît susceptibles de se contenter dorénavant de
la part qui leur est assignée. Or,on a vu combien
cette opinion a été ébranlée par les évènemens, ou
pour mieux dire, elle n'existe plus. Elle était fondée autrefois sur la haute idée que ces hommes
simples et ignorans, s frappés d'étonnement aul spectacle des merveilles qui s'ofraient à leurs yeux, au --- Page 243 ---
(199)
sortir des bords sauvages de
du
PAftique 5 se faisaient
génie et de la puissance de ceux qui avaient
élevé ces superbes monumens. Leur
lesblancs provenait aussi de l'idée
respect pour
forces et de leur nombre,
exagérée de ieurs
> dont des traîtres
sont trouvés parmi ceux-ci, leur
qui se
cret, et dont les
ont révélé le senaître la
évènemens leur ont appris à coilfaiblesse.
Cependant, sans le secours de
l'opinion, il serait absurde que le grand nombre
qui ne verrait plus que ses égaux dans ses anciens
dominateurs, ne fàt pas jaloux de leur voir
encore sur eux une telle
exercer
deux
supétioriré; et que cent,
cents, 2 ou cinq cents noirs et un
nombre encore
plus grand
d'une
qu'on a vu souvent former l'attelier
scule habication, voulussent se contenter d'une
portion à diviser entre eux tous
serait le
> égale à celle qui
partage d'un seul. Tant de modération
pourrait, je le
ne
opinion
répète > être fondée que sur une
qui n'existe malhenreusement
tour tend à détruire tout-à-fait,
plus, ou que
que le sentiment
En supposant même
encore récent du bienfait de la liberté, et les premiers momens de
à la facilité de contenter des
jouissance > joints
hommes sans ambition, et dont les besoins sont très-bornés,
tassent à
les poracquiescerà cet
flacter qu'il pât long-tems arrangement > comment se
subsister? ? Pour
connaisse le
peu qu'on
torité dos ceurhumain, et qu'on remonte à lauexemples, il est aisd de prévoir ce qui
N. 4
encore récent du bienfait de la liberté, et les premiers momens de
à la facilité de contenter des
jouissance > joints
hommes sans ambition, et dont les besoins sont très-bornés,
tassent à
les poracquiescerà cet
flacter qu'il pât long-tems arrangement > comment se
subsister? ? Pour
connaisse le
peu qu'on
torité dos ceurhumain, et qu'on remonte à lauexemples, il est aisd de prévoir ce qui
N. 4 --- Page 244 ---
200 )
arriverait infailliblement. Après quelques années de
éveillé
l'habitude de
jouissance, 9 le noir,
par
posséder quelque chose en propre, ferait comme tout
homme qui a une propriété et qui brûle de Taugmenter ; son ambition s'accroîtrait et le rendrait
clairvoyant 5 il apprendrait pen-à-peu à mieux connaître et calculer ses intérêts 5 et bientôt il ne verrait dans les propriétaires des terres, que des mailui enlèvent
tres avares s des tyrans usurpateurs qui
le produit le plus clair de ses sueurs s et qui lui
ont imposé un tribut plus onéreux mille fois que
la dime I de - que les droits les plus accablans de la
féodalité dont Tagriculteur de la métropole a secoué le joug, Il abandonnerai: son injuste associé,
et fuyant loin de lui, il irait avec sa famille fonder une propriété pour lui seul au milieu des
terres incultes et fertiles que cette contrée offre à
quiconque se présente pour les défricher : ou bien,
devenu moins modéré par le sentiment de ses forces, et ayant bien plus de droit et de facilité que
le paysan français à s'insurger contre Tinjustice a
il ne tarderait pas à suivre son exemple , et à l'imiter à sa manière. De-là naîtraient de nouveaux désastres , de nouveaux massacres, > qui n'auraient pour
terme que l'extermination totale de la race européenne, et la dissolucion de tous les liens qui unissaient Saint-Domingue à la France
(*) Comme je me farte d'avoir mis le lecteur à mème de
, et ayant bien plus de droit et de facilité que
le paysan français à s'insurger contre Tinjustice a
il ne tarderait pas à suivre son exemple , et à l'imiter à sa manière. De-là naîtraient de nouveaux désastres , de nouveaux massacres, > qui n'auraient pour
terme que l'extermination totale de la race européenne, et la dissolucion de tous les liens qui unissaient Saint-Domingue à la France
(*) Comme je me farte d'avoir mis le lecteur à mème de --- Page 245 ---
(20r)
Jerermine mes observations surle régime colonial,
pour examiner le second objet qu'on se
et dont il est la base
-
propose, s
principale > c'est-à-dire la restauration de Saint - Domingue. Cette
étroitement liée à la
question est
première, et ce qu'on vient de
lire est , je crois, suffisant pour convaincre,
supposant la possibilité de reconstruire
qu'en
ce brillant
édifice, cette restauration ne peut être qu'imparfaite,
subordonnée à trop de conditions et
d'ane durée très-incertaine.
d'obstacles, et
Elle doit commencer
le rérablissement de l'agriculture
par
coloniale. Eh! que
peut-elle être après tant de désastres, dénuée de
moyens, et privée de tout véhicule de l'émulation
et de l'industrie ! Je ne retracerai pas ici les tableaux
douloureux que j'ai déjà présentés, quelque nécessaire qu'il soit de s'en bien
Je
vaudrai pas de l'effer des pénétrer.
ne me préévènemens, et j'appuierai
mes raisons sur les seules difticultés locales.
saisir facilement les nombreux inconvéniens de
choses, entre mille objections
cet ordre de
n'en ferai que deux bien
qui se présentent à l'esprit, je
simples : si l'ouvrier noir,
sa
subsistance et ses premiers besoins
ayant
travail, et veut jouir de sa liberté assurés, se refuse à tout
à l'oisiveté,
en se livrant au repos et
comment fera-t-on pour l'y ramener ?
moyens emploiera-t-on pour vaincre sa
?.. quels
voisin actif, ambitieux, et
répugnance
Si un
à séduire les cultivateurs possédant un meilleur terroir, cherche
rer chez
d'une autre habitation, et à les attilui, scus l'espoir d'avantages plus grands, comment
parera t-on à cet abus : &cc. &c. Occ.
à l'oisiveté,
en se livrant au repos et
comment fera-t-on pour l'y ramener ?
moyens emploiera-t-on pour vaincre sa
?.. quels
voisin actif, ambitieux, et
répugnance
Si un
à séduire les cultivateurs possédant un meilleur terroir, cherche
rer chez
d'une autre habitation, et à les attilui, scus l'espoir d'avantages plus grands, comment
parera t-on à cet abus : &cc. &c. Occ. --- Page 246 ---
I 202 )
L'agriculture coloniale embrasse trois parties distinctes et principales, la culture de la canne à
sucre, celle de l'indigo, et celle du cafier. Les deux
premières occupent les plaines, et exigent, sur-tout
celle de lindigo, qui est d'une délicatesse extrême,
une attention, des soins et des moyens qu'il ne faut
jamais suspendre ni diminuer, à moins de vouloir
courir le risque de perdre en un instant tout le fruit
de longs travaux. La manipulation du sucre entraine
des détails multipliés, et une suite d'opérations
auxquelles toute la force des anciens atteliers et la
surveillance active des maîtres avaient peine à suffire, Comment y parvenir dans l'état actuel d'appauvrissement et de désorganisation ? Pour tli1 noir
laborieux qui plantera la canne à sucre et fera des
efforts pour la cultiver, it s'en trouvera vinge qui
la couperont et la déroberont dès qu'elle contiendra
ce suc dont ils sont si friands : ou bien elles seront
dévastées par les animaux rassemblés nuit et jour
dans les savanes ou prairies (supposé qu'ily en ait
encore ou qu'on parvienne à s'en procurer), qui
rompront Oll franchiront les haies vives, dont lentretien était autrefois l'objet du plus grand soin,
et que le défaut de forces fera abandonner. On espère aujourd'hui, pour les suppléer, sur l'introduction. dans la culture coloniale. 2 de l'usage de la
charrue. Il faut croire que dans un pays ou Populence mettait en état de faire toure sorte d'essais
é qu'ily en ait
encore ou qu'on parvienne à s'en procurer), qui
rompront Oll franchiront les haies vives, dont lentretien était autrefois l'objet du plus grand soin,
et que le défaut de forces fera abandonner. On espère aujourd'hui, pour les suppléer, sur l'introduction. dans la culture coloniale. 2 de l'usage de la
charrue. Il faut croire que dans un pays ou Populence mettait en état de faire toure sorte d'essais --- Page 247 ---
(20;)
poar l'amélioration de
F'agriculture, on n'a pas négligé celui de cette méthode, et qu'on s'en,est désisté comme inutile ou désavantageusc. Onsen est
tenu à Tancienne, qui est plus simple et plus eXpéditive, vû le grand nombre de bras qu'ou
Vait employer, D'ailleurs il est facile de démontrcr y pouque cette nouveauté ne peat être
table dans toutes sortes de terreins. également proiOni, elle serait
très-avantgeuse incontestablemenr dans les lieux
bas, profonds et humides, et dans ceux où l'on
suppléer le défaut de pluie, par le
peut
de
moyen ingénieux
lirrigation ; mais il en est autrement dans les
plaines élevées, sèches et sablonneuses,d dans la
crainte de dessécher le sol, On n'ose pas même brûler
la paille qui reste après la coape de la canne à
et dont les cendres sont le meilleur des
sucre,
l'effer inévirable de la cliarrue
engrais. Li,
serait de retourner
une terre friable et légère, et de la condamner
la stérilité,en
à
bralant
exposant aux rayons actifs d'un soleil
un reste d'humidité
extérieure,
qui, > malgré la chaleur
s'entretient à une certaine
et vivife la plante. Mais enfin admettons profondeur,
érablissement
que cet
sible dans les sera avantageux a
autant qu'il est posplaines à sucre, et qu'il pourra
pléer au défaut de bras qui
supture Cet
manguent à Tagriculusage sera du moins
dans la culture de
impraticable
lindigo, qui est d'une
extrême et d'une symmétrie
délicaresse
égale,si elle ne surpasre
certaine
et vivife la plante. Mais enfin admettons profondeur,
érablissement
que cet
sible dans les sera avantageux a
autant qu'il est posplaines à sucre, et qu'il pourra
pléer au défaut de bras qui
supture Cet
manguent à Tagriculusage sera du moins
dans la culture de
impraticable
lindigo, qui est d'une
extrême et d'une symmétrie
délicaresse
égale,si elle ne surpasre --- Page 248 ---
(204)
les
recherchés : et il pourra
celle de nos jardins plus
moins être jamais employé dans les mornes ou
encore
du territoire colonial demontagnes, cette partie
si
où un sol pierreux et rapide
venue importante, le cultivateur de se tenir des pieds
force souvent
oà le renouvellement des plantaet des mains, et
comme dans les plaines.
tions n'est pas périodique
cultivé le précieux
C'est dans ces mornes qu'était
cafier, dont la graine recherchée avec une ardeur
croissante, montait, dans les dernières a1ltoujours
de quoi
nées, un produit de 80 millionsyées-d-dire
la France et l'Europe entière, où ce
approvisionner
à mesure
goût semblait faire de nouveaux progrès
Mais
les récoltes devenaient plus abondantes.
que
dans cette branche de culture
c'est malheureusement
fait le
sentir l'effet
et de commerce que s'est
plus
et
les maux qu'ils ont opérés
des désastres,
que
sans remède. Le cafier est un arbuste
sont presque
ans, quelquedélicat, qui dure depuibsisjuqw'ivinge du terrein : il
fois plus ou moins,selon la qualité
soin et une attention suivies : la moindre
exige un
de ses racines le farigue
herbe qu'on souffte près
às'étendre,
et le fait jaunir : il croit tant quiltrouve
le
et le sol quile
et périt dès qu'il ne
peut plus 5
cet arbrisseau aussi vorace que
nourrissait, épuisépar
de ses sels par des sarclaisons
faible, et dégraissé
violentes, n'est désorfréquentes, et par les pluies
à rien. Les troubles ont nécessité
mais plus propre
igue
herbe qu'on souffte près
às'étendre,
et le fait jaunir : il croit tant quiltrouve
le
et le sol quile
et périt dès qu'il ne
peut plus 5
cet arbrisseau aussi vorace que
nourrissait, épuisépar
de ses sels par des sarclaisons
faible, et dégraissé
violentes, n'est désorfréquentes, et par les pluies
à rien. Les troubles ont nécessité
mais plus propre --- Page 249 ---
(2 205 )
l'abandon progressif de ces riches
puis leur origine, le travail
plantations : dea toujours été en déclinant, et les plus beaux quarciers à café de SaintDomingue, tels que le Dondon, la Marmélade, la
Grande-Rivière, Plaisance, le Borgne et le Limbé,
n'offraient déjà plus, il y a deux ans, que des
et de vastes et tristes
ruines
côteaux de
halliers, aui lieu de ces rians
cafiers, que l'herbe et l'abandon avaient
fait disparaître. Ce n'est plus désormais
roir inutile ; et dans le cas le plus favorable qu'un terposer, le calecivateur, forcé de créer de
à supnouvelles
plantations, ne pourra appliquer ses soins
ques bouquets claits-seunés de
qu'à quelnageait
bois, qu'on ne mépas assez dans les tems de prospérité.
Mais enfin qu'est-ce que tout cela
Quand même le cultivateur
peut produire?
bler
parviendrait à rassemquelques débris, et à relever
tions, comment son courage et sa patience quelques plantaraient-elles les difficultés de
surmonteTexploitarion ? Sans
moyens, sans animaux de charge, sans chemins de
communication, que les torrens et le défaut
tretien ont entièrement
d'enrompus, ils ne
plus, comme autrefois, porter leurs
pourraient
sept et huit lieues. En général, productionsàsiz,
au même point où se trouvèrent revenus les
i-peu-près
lons de
premiers CoSaint-Domingue, mais sans avoir les mêmes
ressources que le pays leur offrait, ni la même
pective d'augmentation et de succès, sucriers, persindi- --- Page 250 ---
(206)
gotiers et cafeyers, ne pourraient tout au plus cffrir au commerce, avec des difficultés et des travaux indicibles, que des produits de leurs sueurs,
médiocres et insuffisans pour remplir son objet et
ses spéculations. Ses vaisseaux ne pouvant se défaire
de leurs cargaisons, ou completter leur chargement
qu'avec une extrème difficulté, ne viendraient qu'en
petit nombre et cesseraient peut-être de fréquenter
les ports de la colonie, où l'on ne vertait bientôt
dontlespetits! sbâplus que grulgpesangle-américniny
timens et les cargaisons de peu de valeur seraient
seuls propres au commerce de Saint-Domingue, et
et lui porteraient en échange de ses médiocres productions, des bois, des farines et des salaisons avec
quelques objets grossiers et aussi peu coûteux, auxquels se borneraient désormais tous les besoins de
ces misérables Colons : ou bien, comme dans les
de la colonie, ses rades désertes et
tems primitifs
abandonnées par le commerce national, seraient fréquentées par les caboteurs interlopes des colonies
étrangères, qui l'environnent; lesquels pouvant, d'après ieur peu de frais etdedépense, offriraux Colons
quelques avantages de plus, achèveraient d'intercepter le peu de ressources qu'en pourrait retirer
encore la métropole réduite à l'impuissance de les
et dissolveraient insensiblement les liens
en éloigner,
quiles unissaient l'une à l'autre, et qui étaient fondis sur Pintérêt réciproque.
angères, qui l'environnent; lesquels pouvant, d'après ieur peu de frais etdedépense, offriraux Colons
quelques avantages de plus, achèveraient d'intercepter le peu de ressources qu'en pourrait retirer
encore la métropole réduite à l'impuissance de les
et dissolveraient insensiblement les liens
en éloigner,
quiles unissaient l'une à l'autre, et qui étaient fondis sur Pintérêt réciproque. --- Page 251 ---
(2 207 )
Nous arrivons à la question la plus importante
et la plus épineuse ; carles autres peuvent, en dépirde l'erreuretd delintrigue,être résolues par letems
et par les leçons de l'expérience : dans la solution
de celle-ci, l'esprit hors d'état de s'instruire
par
lui-môme, par la réflexion et par l'observacion de
ce qui est SoLS ses yeux, 3 peut être toujours trompé
par les fausses conséquences de principes, dont la
bonté est tourefois reconnue ; et par l'effet de Pén
loignement, il ne peut juger des difficultés qui
s'opposent à leur application.
Certes, StintDomingue était autrefois assez érroitement unie à la France 2 par l'origine commune
de ses habitans, par leurs affections et leurs habitudes, par les liaisons
commerciales, et par l'immense utilité dont elle était à la mérropole. Ces liens
si forts et si doux, ces liaisons fondées à la fois
sur la nature et sur lintérêr, ont été cruellement
ébranlés par le crime et par les maux qui en ont
été le résultat s et qui ontaltéré dans leur
source,
ou fait entièrement disparaitre les moyens de lear
rendre quelque force. Maintenant on ne parle de rien
moins que de les rétablir ; et limagination franchissant avec légèreré le vaste canal de mers qui s6pare la France de la colonie, et plauant sur les difficulrés sails les voir ni les combattre nous
>
Aarte
avec une merveilleuse sécurité de resserrer ces liens,
et de les rendre plus solides, plus
brillans, et plus --- Page 252 ---
(208)
avantageux que jamais, en les réunissant sous lempire des mêmes lois et de la même organisation
constitutionnelle.
Ona étésictuellement trompé jusqu'ici, par une
foule de plans spéculatifs, et admirables jusqu'au
moment de l'exécution : ile est bien étonnant qu'après
d'aussi graves leçons fournies par le malheur et par
l'expérience, 2 le doute méme n'ait pas opposé quelque obstacle à ceux qui ont été proposés sur un des
plus importans intérêts de la France, et qu'on ait
laissé au tems le soin de combattre l'erreur 2 et
d'indiquer des remèdes qu'on ne songera à employer
que lorsqu'ils seront devenus inutiles. N'avait-on
pas un grand exemple devant soi : ne pouvair-on
s'aider des conseils et des erreurs même de l'assemblée constituante qui 2 trompée d'abord par l'intrigue et entraînée par des têtes exaltées 2 commit
desfauresqu'elle reconnut, erqu'elle se hâta de réparer, mais malheureusement lorsque par la perte du
moment précieux, le remède, qui appliqué un peu
plutôr aurait été eflicace, était déjà devenu autant et
plus funeste que le mal même. Mais comment s'étonner de cette incertitude, et que l'erreur parvienne à
tromper sur des maux éloignés, tandis que les déterminations qu'elle provoque ne font qu'envenimer ceux qu'on est le plus à portée de sonder et de
mieux connaître, et qu'on voit journellement em-.
pirer ceux dont Oll éprouve soi-même la directe et
douloureuse
aurait été eflicace, était déjà devenu autant et
plus funeste que le mal même. Mais comment s'étonner de cette incertitude, et que l'erreur parvienne à
tromper sur des maux éloignés, tandis que les déterminations qu'elle provoque ne font qu'envenimer ceux qu'on est le plus à portée de sonder et de
mieux connaître, et qu'on voit journellement em-.
pirer ceux dont Oll éprouve soi-même la directe et
douloureuse --- Page 253 ---
(209) )
douloureuse atteinte ! N'entend-on pas chaque jour
applaudir à des déclamations, à des projets proposés
aul nom de la liberté et de Phumanité, d'après lesquels on serait en droir de regarder leurs auteurs
comme secrettement ligués avec leurs plus cruels
ennemis ? Mais oublions un instant ces vérités afligeantes > et ne cessons d'espérer sur des tems plus
heureux.
Une expérience funeste et trop répétée ne cesse
de prouver que les remèdes irréféchis sont un moyen
certain d'empirer les maux qu'on se propose de
guérir : car autant leurs effets soit rapides > autant il
faut de modération pour les calmer ; et l'on ne
peut les réparer qu'en les érudiant et en combinant
soigneusement les moyens de guérison. La défiance
est le biton sur lequel s'appuie la sagesse : croire
sans évidence et sans démonstration n'appartient qu'à
l'ignorance. Le crédale et l'enthousiaste partent de
principes bons en eux-mêmes pour s'égarer et pour
seperdre dans un dédale d'inconséquences. L'homme
sensé s'instruit préalablement des faits : il examine
actentivement 5 il discute afin d'être d'accord dans
ses opinions > et dans les diverses applications des
principes qui le dirigent.
Quelque adroit, quelque caché que puisse étre
le piége tendu à la bonne foi, les hommes chargés du bonheur public se doivent à eux-mêmes de
le découvrit, et sur-tout se garder d'y romber
Tome I.
O
'inconséquences. L'homme
sensé s'instruit préalablement des faits : il examine
actentivement 5 il discute afin d'être d'accord dans
ses opinions > et dans les diverses applications des
principes qui le dirigent.
Quelque adroit, quelque caché que puisse étre
le piége tendu à la bonne foi, les hommes chargés du bonheur public se doivent à eux-mêmes de
le découvrit, et sur-tout se garder d'y romber
Tome I.
O --- Page 254 ---
(210)
Mais auissi dans un tems s oà maigré les leçons
données par les évènemens on s'est fait la funeste
habitude de prendre subitement sur toutes sortes
d'objets les déterminations les plus promptes et les
plus inéAschies; dans un tems où embarrassé pat la
multitude des maux,on n'y voyait d'autre remède
q:e la violence et de souper au vif, comment la
confance accordée souvent à des hommes indignes
del'obtenir n'eût-elle pas volé au-devant de ceux
qui avaient au moins quelque vernis de talens et
de vertus : (*) D'ailleurs, 2 il est ausidouleureux que
(*) Ceci s'applique enti'autres exemples, au rapport fait
à la convention nationale, le 17 thermidor an ;me., par
le citoyen Boissy d'Anglas, qui nourri des sages maximes de
Montesquieu, de Pousseau et de Mably 3 les a ornées de tous
les charmes de son éloquence 5 mais qui, soit par le défaut
de connaissances locales, soit par l'impulsion secrète de son
opinion particulière, en a tiré des conséquences diamétralementopposées de celles qu'en dédciraient, en ce cas particulier,
T'expérience et la réfexion. Je ne le suivrai pas dans toute
l'écendue de ce rapport, dont la partie la plus brillante et
la plus sonore n'est qu'un assemblage de vieilles et grossss
vérités relevées de quelques-uns de ces traits sententieux et
saillans, propres 2 réveiller les esprits engourdis sur les matièresles plus importantes, €t rebutés par la muitiplicité des
discussions sèches et abstraites, tels que ceux-ci:-- La constitution doit Etre le serpent d'airain gii guérissait toutes
les Slessures.-La révolution ES: pour tout lunivers-Le
liberté doit embraser Ze monde enzier, Et vivifer toute la --- Page 255 ---
(2r1)
vrai de dire que parmi les hommes,
qui ont concouru aux dérerminations prises sur les colonies
>
nature-La nature avait promis la liberté d LAmérique
seprentrionale, elle lui a tenu parole, Bc. Oc. Non! ! citoyen Boissy d'Anglas, la révolution
française n'est
pas pour l'univers entier, à moins que vous n'entendiez
Far-la que les maux que la France a éprouvés doivenc lui
servir d'exemple et d'avertissement. Gardons
ce bien si grand Sans doute, mais si
pour nous seuls
chèrement acheté :
notre chère et trop chère liberté n'embrase
le monde que
entier 5 mais Puisse-t-elle tout au
exciter pas
plus
son admiration
et son envie par le spectacle des biens
qu'eile nous procurera
1 après les maux et les sacrifices qu'elle nous a coûtes. Laissez
les nations qui couvrent le globe s'arranger à leur manière. Laissez la nature suivre sa inarche constante
et n'oubliez
et invariable.
chèrement acheté :
notre chère et trop chère liberté n'embrase
le monde que
entier 5 mais Puisse-t-elle tout au
exciter pas
plus
son admiration
et son envie par le spectacle des biens
qu'eile nous procurera
1 après les maux et les sacrifices qu'elle nous a coûtes. Laissez
les nations qui couvrent le globe s'arranger à leur manière. Laissez la nature suivre sa inarche constante
et n'oubliez
et invariable. 2
pas que la révolution doit être
moins
sur des promesses incertaines et faites de ce ton jugse si familier
ces hommes qui y ont tant gagné et si
à
les malheurs trop réels
peu perdu, que sur
qu'elle a occasionés, Tel est le langage sincère de la vérité S tel est celui d'un homme
la liberté non moins
qui aime
que vous, et qui, quelque scandalisé
gu'il soit de vous entendre parler de bonheur
rité, lorsqu'il n'est
et de prospéles
question que d'infortunes, et de flatter
esprits par les plus riantes espérances,
viiez arracher des larmes
lorsque vous deet exciter la pitié et l'horreur
le tableau des plus épouvantables calamités
par
pliquera pas cette vieille: maxime
7 ne vous applus hutement
: que tel qui parle le
d'amour de la liberté, n'est pas le
ardent à la soutenir, et nourrit
plus
de la détruire. souvent en secret le desir
Il ne s'agit point ici d'embraser le monde, erde lui
poser par l'exposé de plans brillans
en imet chimériques,mais de
--- Page 256 ---
(212)
la plupart étaient sans connaissances sur cette question, et pourraient à peine emprunter le motif de
dire la vérité, mais de sonder et guérir les profondes et douloureuses plaies de la patrie 1Si privé d'instructions suffisantes
vous aviez consultéles hommes capables de vous les fournir,
et dont les lumières pouvaient ajouter la solidité à ce que
votre esprit a de brillant, vous auriez fait un meilleur ouvrage, et lhomme sensé ne serait pas forcé de le ranger au
nombre des mille et un qui l'ont précédé et qui peut-ètre
le suivront. (Voyez le rapport de B. D. au Moniteur, no. 322, 22 thermidor an 3.)
Oui, il convient, il est même pressant que la France conserve des colonies ; et comne vous le dites tiès-bien, cette
question se lie étrcitément à la nécessité d'avoir une marine,
un commerce rigénérateur, une industrie brillante et active;
dest-J-dire tous les moyens de faire respecter à la fois sa
puissance et sa prospérité, et de trouver en elle-meme des
ressources réparatrices après les pertes et les frais énormes
d'une longue guerre. Oui, elle ne peut y renoncer sans descendre du haut point
de gloire oi elie a éié placée par les siecles EE par le
génic. Bc. Oc. Ec. Oui, dans létat actucl des sociétés, une nation n'est
puissante que lorsgu'clle est riche ; et elle n'est riche que
lorsqu'elle cst laborieise ct commeryante. C'est en vendant
aux aucres peuples ses productions industriclles et agricoles,
qu'une nation les rend ses trisutaires, et leur enlève à
chaque instant une portion de ce qu'ils possedent, pour en
composer son opulence.
par le
génic. Bc. Oc. Ec. Oui, dans létat actucl des sociétés, une nation n'est
puissante que lorsgu'clle est riche ; et elle n'est riche que
lorsqu'elle cst laborieise ct commeryante. C'est en vendant
aux aucres peuples ses productions industriclles et agricoles,
qu'une nation les rend ses trisutaires, et leur enlève à
chaque instant une portion de ce qu'ils possedent, pour en
composer son opulence. (Je ne sai ici comme vous l'entendez;
car enlever, ou ce quirevient au mème, recevoir à proportion
que l'on donne, est précisement ce qui dans le commerce
établit l'équilibre dans la balance des avantages réciproques: --- Page 257 ---
(213 )
leur décision des préjugésdont leur
Aussi
esprit est rempli. qu'ont-ils fair ? quel est le garant du succès
des plans qui ont été adoptés? et le plus riche est celui qui donne le
et qui en reçoit le moins.)
plus de son superfa
Oui, la découverte de
Lindustrie, du
LAmérique a aggrandi la sphère de
travail, des manufactures et du
L'Europe créé pour
commerce. l'Europe. L'dmérique et LAmérique produit pour
Oui, renoncer à ses colonies
merce, à sa
à
> c'est renoncer à son comduscrie, puissance, ses richesses ; c'est paralyser l'inremplacer Ze travail par
la misères 5 enin les déclarer
loisiveté, l'opulenee par
y renoncer, Bc. Gc. 8c. indigendances, c'est ar-peaopres
Telles sont les vérités claires, incontestables,
munes, sur lesqueiles ce
etj'ose dire comen
rapport est basé: elles furent converties
principes, et considérées comme telles,
parmi tant d'opinions et de systêmes
jusqu'au tems oi
saya de révoquer en doute l'utilité des extraordinaires, on estropole,
colonies pour la méIl est consolant, du moins pour leurs
ne se soit Pas laissé entraîner à
partisans 3 que B. D. Mais il s'en faut bien
une erreur aussi funeste. principes posés, il soit que sur les inductions qu'il tire des
dre
d'accord avec ceux qui Pouvant
l'expérience à la théorie, les ont
joinbase de leur opinion,
également Pris pour
Oui, certainement le projet
une absurdité qui n'a
naître d'indépendance des colonies est
creux et exalté, ou n'est pu
que dans quelque ceiveau
menées de
que le résultat des calculs et des
quelques frippons soudoyés
ce n'est-là qu'une branche des
par l'étranger, Mais
moyens employés pour les ruiner
--- Page 258 ---
(214 )
Elle n'existe plus cette opinion bien plus puissante que la force, où les lois même soutenait sans
OU nous les faire perdre 5 et leurs désorganisateurs, les provocateurs du meurtre de leurs habitans. , dela ruine de son agticuiture, de l'incendie et de V'anéantissement de leurs villes,
ne sont pas moins scé.érats, moins dignes d'ètre considérés
come les agens perfides et directs de l'Angleterre. , que ceux
cui, cueique fàs leur aveuglement ou leur intention secrète,
he.naient leurs cfforts à provoquer une mesure sur laquelle il
étoitt toujoursten:s de reverir, dès qu'on en sentirait les inconvéntenss mesure qui eût été bien moins funeste que de les
ruiner entitrement : mais qu'est-il question ici d'indépendance?
é.érats, moins dignes d'ètre considérés
come les agens perfides et directs de l'Angleterre. , que ceux
cui, cueique fàs leur aveuglement ou leur intention secrète,
he.naient leurs cfforts à provoquer une mesure sur laquelle il
étoitt toujoursten:s de reverir, dès qu'on en sentirait les inconvéntenss mesure qui eût été bien moins funeste que de les
ruiner entitrement : mais qu'est-il question ici d'indépendance? La France doit se réserver la propriété et la di-p position immédiate de ses colonies, qui sont la source la plus abondante
de ses richesses, la base la plus ferme de son commerce, de
son industrie, de sa marine, et généralement de sa prospérité. Elle les a fondées pour elle: SCS droits sont imprercriptibless
eile veut les censerver et ne peut s'en passer.. Voila sur
quoiil fallait motiver une détermination fixe, et non sur des
considérations oiseuses, et sur des assertions hasardées e:
contredites par les piusisimples notions de T'histoire et del'expérience. . N'est cep-séerangemens abuser de la bonne foi,u
nef.utilpasètre soi-même d.nslesténebres de T'ignorance,pour
dépeindre les Colons comme los successeurs opulens des Americains vaincus par Corter, et qui 01 ad nécessairement
repr ndre leur insoucicnre et leurs habitudes, en y ajousant
ezcore la faillesse de la civilisation et du lexe. Fcar
anuncacsasdngie, sans courage, et incopables d'être
mavig.te.rsnig crriurs, ufendin.perlwrm-uliatt, d'attendre nonchalammest qu'on leur arpor:e'lears premiers besoins,
ces hommes dont l'ambition et le génie opéraient journellement des miracles d'iudustrie rlus éclatans peur-etre, ou du --- Page 259 ---
(215) )
l'existence de la plus Aoriseffort et sans secousse
arrivés ces maux
colonie de T'univers ! Ils sont
sante
de Thumanité, que ces traits
moins plus précieux anx yeux
conelle, dont T'histoir e a si soigneusement
si désolans pour
ils sont insoucians et aussi lâches
servé le souvenir. Quoil
des Aibustiers, ces
ces descendans
que les Américainsindiganes, à chaque guerre les paisibles trahommes qui, abandonnant
couraient les mers et
vaux de Tagriculure ouI du commerce, du bruit de leurs exploits! faisaient retentir toutes les contrées ennemis du travail, ces guerIls sont énervés et insoucians et
prenant tour-àces cultivateurs ardens 2 qui
riers intrépides,
conquésir, ou saisissant lahache
tour l'épée pour se défendreou
le cours incertain des
utiles, resserraient
et les instrumens
à travers les rochers
des communications
rivières, frayaient
converissaient de vastes
et les précipices des montagnes, bravaient les influences
forêts en plaines riches et fécondes, dévorant, et élevaient ramalignes d'un climat insalubre et
lobmille monumens qui rendaient Sain-Domingue
pidement
la
de T'univers..
ée pour se défendreou
le cours incertain des
utiles, resserraient
et les instrumens
à travers les rochers
des communications
rivières, frayaient
converissaient de vastes
et les précipices des montagnes, bravaient les influences
forêts en plaines riches et fécondes, dévorant, et élevaient ramalignes d'un climat insalubre et
lobmille monumens qui rendaient Sain-Domingue
pidement
la
de T'univers.. a ..1
jet de l'admiration et de jalousie d'être navigateurs ou
Ils sont sans courage et incapables dont le
>
gouvenement
guertiers, ces hommes entreprenans stimuler l'ardeur, mais à cométait sans cesse occupé non à
hommes qui, dans ces
primer l'ambition et l'audace 3 ces
sans défiance,
derniers tems de calamité, surpris sans armes, sécurité, arrêrèrent
au sein dela paix et de la plus profonde
la fureur
les premiers efforts et comprimèrent
de
courageusement
de tout, environnés
de l'esclavage insurgé 3 qui, dépourvus d'hommes contre une multraitres, et réduits à une poignée
des victoires
croissante d'ennemis, remportaient
tirude toujours
enfin soumis, si accablés de fatigue
continuel es et les eussent
compré sur les renforts
ils n'eussent trop
et d'épuisement,
les secourir, et dont,par
nonibieux envoyés de France pour
--- Page 260 ---
(216)
incalculables s prédits par Barnave et qu'il
annonça comme le résultat infaillible de la précipiune étrange fatalité, l'arrivée fut au contraire le signal et l'époque de leurs plus horribles désastres.. . Il n'est pas possible de hasarder des assertions
la
simple instruction démentit d'un toi
que plus
plus tranchant et plus
posinf. B. D. employant toutes les ressources de ses connaissances et de sa logique s et ses brillans rai:onnemens
pour combattre le système de Tindépendance des colonies,
rappelle Dom Qnichotte qui attaque un moulin à vent. Est;
il question ici d'hommes riches, puissans, et capables dese
suffire à eux-mèmes, , ou de quelques infortunés
fugitifs, et
gémissans sur des plages étrangères dans toutes les horreurs
du bescin et de Ja misère ? Ce discours a-t-il trait aux Colons, auxanciens dominateurs de
Ssint-Domingue, ou bienaur
hordes soulevées qui leur ont succèdé : Dans tous les cas,
n'est-il pas aussi dérisoire , aussi digne de pitié, de traiter
sérieusement la question de l'indépendance d'une colonie
ruinée et anéantie, que d'enrendre journellement proclamer
avec empiasela puissance et la majesté d'un peuple misérable et succombant sous le fardeau du malheur et du bescin :
Non!il n'est point question ici d'indépendance ni de semblables chimères, mais bien de sonder les maux des colories,
d'examiner leur Principe et leur nature : il faut compter
pour
leurguérison, non sur la puissance magique du serpentd'airain,
maissur des secours promprs, effectifs et eflicaces, sur une main
attentive et bienfaisante, et sur-tout se garder égalemene
des excès opposés.
du malheur et du bescin :
Non!il n'est point question ici d'indépendance ni de semblables chimères, mais bien de sonder les maux des colories,
d'examiner leur Principe et leur nature : il faut compter
pour
leurguérison, non sur la puissance magique du serpentd'airain,
maissur des secours promprs, effectifs et eflicaces, sur une main
attentive et bienfaisante, et sur-tout se garder égalemene
des excès opposés. Mon objet n'est point d'entreprendre une réfuration suiwie du discours de B, D. Je le combars d'une manière
ge-
(*) Rapport du 14 septembre 1791, --- Page 261 ---
(217 )
tation dans le choix du remède ou de la lenteur
l'appliquer.
a
Siine-Dormingne n'est plus qu'un vasre
monceau de ruines et de cendres,
inutile
s une possession
Oil plaror. à charge à la France. Et c'est dans
ce moment même que l'on traite de son existence
polirique, de son organisation
tant d'assurance
nouvelle, avec auet de sécutité
, que s'il n'était
nérale dans ce chapitre, ainsi que les inductions
Principes sur lesquels nous nous
qu'il tire de
à
appuyons également. Ardenc
adoprer ce gue je crois bon , comme à
essentiellement faux dans le
rejetter ce qui est
fair, et dangereux dans son
plication, je m'aiderai de ce qu'il a Jui-mème avancé,
aplui,je dirai gue nos colonies
Comme
conguête de quelque brigand amtricainesreraiunt d'abord la
lisertéleur
audacieux, qui sous le nom de
prépareraieat de nouvelles chaines
brisé leurs anciens
$ gu'après avoir
fers , ces peuplades, tourmentées
deau méme de la liberté,
du fardes chefs ou de nouveaux ne tarderaient pas à se donner
maitres.. Comme
que ceux qui s'armèrent contre
lui, je diai
paisiblenent
l'esclevage auraient vécu
sous un gouvernement juste et doux.
joutcrai que pour parer à ces inconvéniens
Maisjatendent à fivoriser plurôt qu'a
que ses mesures
des remèdes
prévenir, il faut recourir à
prompes, > et non à des
conceptions poliriques,
considénations,àde vaines
ble
gu'un peuples sauvage
d'apprécier : il faur, dis-je, employer des etbrutezincapa
et fondés à-la-fois sur l'exacte
moyens vigoureux
tion des intérêts
justice, et sur la considéraet des besoins de la pattie. Je les
ces moyens'; 5 et (chose singulière) ils
exposerai
quences des Principes mêmes
seront les conséun objet
que P. D. a développés dans
opposé et sur lesquels je ne cesserai de m'appuyer.
il faur, dis-je, employer des etbrutezincapa
et fondés à-la-fois sur l'exacte
moyens vigoureux
tion des intérêts
justice, et sur la considéraet des besoins de la pattie. Je les
ces moyens'; 5 et (chose singulière) ils
exposerai
quences des Principes mêmes
seront les conséun objet
que P. D. a développés dans
opposé et sur lesquels je ne cesserai de m'appuyer. --- Page 262 ---
(218) )
question que de consolider son ancien érat d'opulence et de splendeur, ct d'opérer seulement quelques modifications nécessaires à sa stabilité et à
l'accroissement de sa prospérité
Embarrissé par l'impossibilité reconnue de guérir
des maux qu'on n'a cessé d'aggraver, on a tranché
la difficulré, en déclarant la colonie de Saint-Domingue soumise à la constitution française : on a
pensé sans doute 2 que ce mot dont le nom seul
remplit tous les coeurs d'espérance, serait un talisman capable de cicatriser subitement cette plaie profonde et désespérée. La constitution française à Saint- 2e
Domingue ! un systême politique fait pour un des
peuples les plus éclairés, les plus civilisés de l'univers, transplanté sous la zone-torride, 9 et appliqué
sans modification au sauvage africain !.. . Si parles
lois constitutionnelles O1) entend le respect des prcpriétés, et la résolution ferme et inébranlable de
ne plus disposer des personnes 2 comme on le fic
lorsqu'on céda la Louisiane à l'Espagne, rien n'est
plus juste et plus sage 5 mais si on entend par-là
resserrer des espaces immenses , et rassembler ce
que la nature elle-mème a pris soin de séparer 2
je demande comment On peut réunir à la métropole
une contrée qui en est- éloignée de près de deux mille
licues; je demande sur-tout comment concilier des
lois et gouvernement destiné au climat 2 aux
mccurs CE aux idées curopéennes, avec les moeurs. 3 --- Page 263 ---
(219 )
les usages 2 er les goûts diamétralement opposés
des habitans actuels des Antilles ? C'est sans
doute un trait éclatant de générosité et de philantropie, que de vouloir s'attacher par les liens les
plus étroits de la fraternité, une peuplade brâte et
étrangère, et de consoler, par le spectacle de sa
félicité, T'humaniré et la France
éplorée 3 du massacre et de la ruine de ses propres enfans. Mais ccmbien ce but qu'on parait se proposer est devenu SUSpecr d'après les circonstances qui l'on précédé et qui
Taccompagnent ! C'est ici le cas d'appliquer une
vérité triste mais nonp pssnouvellestoujours Tintrigue,
erl'intérêt personnel se couvrent du spécieux prétexte
du bonheur du
peuple, Quelle est cette philantropie
qui conduit les hommes au bonhenr à travers le
carnage et des flots de sang ! Comment, dans l'état
de sang froid,de raison, et exempr de l'esprit de
parti auquel On se laisse souvent entraîner à sor
insu 5 comment, dis-je, se persuader que c'est
tendresse pour les noirs qu'agisaienr ceux-là même par
qui ont vu d'un ceil sec les souffrances de leurs
blables !
semParmi les dérerminations arrachées
par l'ignorance
et par les factions, il en est de puériles et de ridicules en elles-mèmes, mais qui outre
blent insulter à l'infortune
qu'elles sem2 deviennent malheureusement sérieuses et trop déplorables Par leurs
effets. L'histoire moderne des colonics fournit
une
tendresse pour les noirs qu'agisaienr ceux-là même par
qui ont vu d'un ceil sec les souffrances de leurs
blables !
semParmi les dérerminations arrachées
par l'ignorance
et par les factions, il en est de puériles et de ridicules en elles-mèmes, mais qui outre
blent insulter à l'infortune
qu'elles sem2 deviennent malheureusement sérieuses et trop déplorables Par leurs
effets. L'histoire moderne des colonics fournit
une --- Page 264 ---
(2 220 )
longue série de fairs propres à prouver de quoi sont
capables l'espric de vertige et de fureur : les dernières dispositions sont un témoignage plus fort
encore de l'invincible opiniâtreté des préjugés et de
la prévention. Je craindrais de fariguer le lecteur
en lui répétant cent fois la même chose > en lui
offrant sans cesse les mêmes tableaux,si je ne croyais
qu'on nesaurait tropsontenir l'opinion par les souvenir
des faits souvent retracés > et si je n'étais persuadé
que dans une question aussi importante, l'intérêt de
la chose doit balancer l'ennui de ces répétitions.
Une vaste possession française existait au-delà des
mers J dont le régime intérieur s l'opulence > et
l'énorme influence sur la prospérité nationale, 3 pouvaient être regardés comme un édifice factice et surnaturel, par le défaut des moyens qui servent de
base à tous les autres établissemens pelitiques. Elle
recevait la vie et le mouvement de la métropole,
dans le sein de laquelle elle faisait couler un Aeuve
de richesses : tout y.était admirable > jusqu'à son
existence et la tranquillité maintenue sans secousse
ets sans interrupcion pendant deux siècles. Malgré les.
abus 3 malgré les désordres introduits 2 un demimillion d'hommes armés, ( car ils l'étaient au moins
de leurs instrumens de travail ) étaient paisiblement
gouvernés et dirigés dans leurs travaux par une
poignée de maitres. Tels étaient les miracles de
l'opinion : tel serait encore cet édifice brillant et
tout y.était admirable > jusqu'à son
existence et la tranquillité maintenue sans secousse
ets sans interrupcion pendant deux siècles. Malgré les.
abus 3 malgré les désordres introduits 2 un demimillion d'hommes armés, ( car ils l'étaient au moins
de leurs instrumens de travail ) étaient paisiblement
gouvernés et dirigés dans leurs travaux par une
poignée de maitres. Tels étaient les miracles de
l'opinion : tel serait encore cet édifice brillant et --- Page 265 ---
( 221 )
délicat, s'il n'eût été atteint par le choc de évènemens extérieurs.
de
Cctte colonie 2 livrée aux mouvemens opposés
l'intrigue, de l'orgueil et de Pintérèr, devient toutà-coup le théatre de longs et affreux déchitemens:
la France ne font
les divers moyens employés par
ses maux : des traîtres, 2 des scélérats
qu'aggraver
contr'elle jusqu'aux efforts faits
parviennent à tourner
la sauver. Deux commissaires civils, ou plutôt
pour deux
exterminateurs, y sont envoyés > envianges
d'une
ronnés de forces nombreuses 3 et revêtus
rétablir l'ordre et la
vaste puissance : chargés d'y
le
leur
devient au contraire
tranquillité >
présence
ébransignal auquel les colonnes de l'édifice, déji
lées, s'écroulent avec fracas : le sang coule à grands
Alots le fer et le feu achèvent de tout dévorer >
et
sont renversées de
des villes oppulentes peuplées
fond en comble. Enfin Saint-Domingue, que la
valeur de ses habitans, et Tespérance d'un meilleur
avenir soutenaient encore au milieu de tant de
désastres, périt au moment même ch, au spectacle
la France, elle
des secours immenses envoyés par
sauvée : bientôt elle n'est plus qu'une
se croyait
dela colonie
contrée ruinée, inculte, et le squelette
nourricière du çommerce et de la prospérité nationale.
Plus de richesses, plus de commerce, plus de marine, plus d'industrie et de manufactures: : Saint-Do-
avenir soutenaient encore au milieu de tant de
désastres, périt au moment même ch, au spectacle
la France, elle
des secours immenses envoyés par
sauvée : bientôt elle n'est plus qu'une
se croyait
dela colonie
contrée ruinée, inculte, et le squelette
nourricière du çommerce et de la prospérité nationale.
Plus de richesses, plus de commerce, plus de marine, plus d'industrie et de manufactures: : Saint-Do- --- Page 266 ---
(222)
mingue a tout entrainé dans sa ruine, qui est telle
qu'elle permer à peine de conserver une faible espérance ! Voilà pourtant les maux que la constitution
française, semblable au serpent d'airain, doit guérir
subitement. O funeste confiance ! 6 déliranre présomption dliommerquiadorent leur propre ouvrage,
et veulent déjà l'appliquer à tout, avant d'avoir
appris, par l'expérience, à en connaître la bonté ! Vous
qui croyez sa vertu spécifique pour des maux qui vous
sont inconnus 3 êtes-vous donc si sûrs de guérir par
elle, ceux que vous êtes à portée de sonder, et sur
lesquels vous avez eu tout le tems de méditer? Oui,
cette constitution, dont les matériaux ont été fournis
Par tous les sages de l'antiquiré, est fondée sur les
principes les plus sains : mais ce n'est pas tout : elle
ne sera qu'un ouvrage informe et impraticable, tant
qu'elle ne sera pas soutenue par autant de verrus
qu'elle aura de vices et de corruption à combattre :
mais, du moins, attendez qu'elle ait produit son effet
sur le peuple à qui elle est directement destinée,et
qu'elle ait effacé ou affaibli la trace des maux
prochains, avant de la prociamer comme la panacée universelie !. 1e
Cruelle manie de vouloir atteindre à la perfection,
lorsqu'on peut à peine parvenir à opérer
bien ! Quand deviendra-r-on
à
quelque
sage ses dépens, et
s'aidera-t-on de ses propres fautes et de son expérience ? On a reçu de grandes leçons en législation et
destinée,et
qu'elle ait effacé ou affaibli la trace des maux
prochains, avant de la prociamer comme la panacée universelie !. 1e
Cruelle manie de vouloir atteindre à la perfection,
lorsqu'on peut à peine parvenir à opérer
bien ! Quand deviendra-r-on
à
quelque
sage ses dépens, et
s'aidera-t-on de ses propres fautes et de son expérience ? On a reçu de grandes leçons en législation et --- Page 267 ---
(223)
des anciens, de ces hommes que 2 par
en politiqne
ridicule, on
et une présomption
une contradiction
religieux, dont on emrévère d'un respect presque les
et les opinions >
pronte à chaque instant principes vouloir
et
la vanité de
surpasser
et qu'on a pourtant Jamais Lycurgue ctSolon, plalaisserloin derrièresoi.
et de la simplicitépricésau milieu des vettusantiques
et morale avec
lés: motsjustice
mitive, nef proclamerant!
au cenqu'on Pentend anjourd'hui
autant d'empbâse de cortuption. Ces sages parcoutre d'un vaste foyer
s'enrichir des
le monde connu, et allèrent
rurent
avant de faire les lois
lumières de toutes les nations,
Maintenant,
destinées à gouverner deux petices cités. sortit de Penétude, sans connaissances et sans
SiS
on en voit faire en un instant pour
ceinte d'une ville,
on n'a que des
des peuples éloignés, et sur lesquels
setincertaines. Mais qu'anendtait-onde
notionsvaguese
dansun
Taatorité deleurs conseils et deleurs exemples,
des passions et leur violence emtems où le langage
dontle sentipêchent de consulrer ses propres maux,
sûr
le roman des systèmes
ment vif et plus
que Técouter, rindicateur
vagues, serait, si on voulait
?
convient d'adopter
fidèle des renèdes qu'il
lesquelles
les raisons d'après
J'ai exposé jusqu'ici
nouveau,
il est facile de se convaincre, que le systême subversif et
soit le mode d'exécution, est
quelqu'en des colonies. Si on avait voulu traiter cette
destructif
et lui donner toute l'imporquestion avec sincérité,
vif et plus
que Técouter, rindicateur
vagues, serait, si on voulait
?
convient d'adopter
fidèle des renèdes qu'il
lesquelles
les raisons d'après
J'ai exposé jusqu'ici
nouveau,
il est facile de se convaincre, que le systême subversif et
soit le mode d'exécution, est
quelqu'en des colonies. Si on avait voulu traiter cette
destructif
et lui donner toute l'imporquestion avec sincérité, --- Page 268 ---
(224)
tance qu'elle mérite, iln'aurair pas fallu I considérer
sous le point de vue où on la présentée, c'est-à-dire
sous celui de l'intérêt, des opinions et des passions de
guelgueshommes,maissculement, parleseffetsqu'iane
si étranges solution ne peut manquer de produire immédiatement. Qu'était Saint-Domingue et qu'est-il
maintenant ? Tels sont les faits dont l'idée revient
sans cesse, quelque soin que l'intrigue ajt pris d'en
dénaturer les causes. Peu habile à tordre à mon sèntiment les maximcs dont tant d'autres abusent, c'est
l'argument sans replique auquelje reviens sans cesse :
l'esprit de parti a beaus'agiter pour égarer
les
l'opinion 2
ignorans et les simples mémes, insiruits à l'école
des évènemens, tommencent à se défier d'un prétendu système d'amélioration, dans lequcl il est impossible de ne pas voir le résulta: définitifdes mesures
qui ont produit les plus horribles désastres. Les événemens prochains et journaliers ébranlent fortement
les espérances fondées sur l'avenir : le dénûment des
objets dont on s'était fait f'habitude, et la disparution
totale des avantages précieux dont on jouissait, achèveront insensiblement la conversion, et d'ouvrir tous
les yeux. Néanmoins, sachant mieux qu'un autre Comlbien les instans sont précieux, et opiniitre à espérer
sur un meilleur ordre de choses, je vais chercher à
éclairer autant qu'il sera en moi, les hommes qui sont
involontairement dans l'erreur, et attaquer les novateurs et les désorganisateurs dans leurs derniers retranchemens
ution
totale des avantages précieux dont on jouissait, achèveront insensiblement la conversion, et d'ouvrir tous
les yeux. Néanmoins, sachant mieux qu'un autre Comlbien les instans sont précieux, et opiniitre à espérer
sur un meilleur ordre de choses, je vais chercher à
éclairer autant qu'il sera en moi, les hommes qui sont
involontairement dans l'erreur, et attaquer les novateurs et les désorganisateurs dans leurs derniers retranchemens --- Page 269 ---
- 2 225 )
chemens. Pour mieux discuter cette question importante, et la rendre moins compliquée, partons encore
une fois de Phypothèse que Saint-Domingue est dans
un état de tranquillité, et susceptible de recevoirtous
les changemens qu'on lui croira convenables.
Tome I.
P --- Page 270 ---
226 )
CHAPITRE VIII
Suite du précédent : de la partie espagnole de SaintDomingue.
La bonté d'une législation ne dépend ni des caprices
ni de la man.ère de voir d'un homme, quelque soit
son génie. Les lois dans la signification la plus étendus,dit Montesquieu, sont les rapports nécessaires
qai derivent de la nature des choses; c'est-i-dire, que
Ja legislation elle-mëme a SeS règles immuables dont
il n'est pis petmis de s'écarter, et que le seul moyen
de faite de bonnes lois est de conidaneratenrivement
le dimac > les mceurs et les idées des hommes, et de
ne Pis perdre de vue l'objet qu'on se propose de rempli. C'est de toutes les sciences la plus diflicile, par
les difticultés que la nature oppose presque toujours
àlapplication des principes les plus sains en policique,
qu'l est indispensable de ployer à ses volonrés, parce
qu'elles ssont supérieures à touces les lois, et parce que,
quelqu'adrese qu'on emploie pour la faire ployer
elle-méme, elle mme sourdement et finit tôt ou tard
par faire écrouler l'édifice élevé sans son aveu, et qui
ne peut se soutenir que par la force aidée de l'opinion,
et par une surveillance active et continuelle.
Ici les obstacles se multiplient par la complication
est indispensable de ployer à ses volonrés, parce
qu'elles ssont supérieures à touces les lois, et parce que,
quelqu'adrese qu'on emploie pour la faire ployer
elle-méme, elle mme sourdement et finit tôt ou tard
par faire écrouler l'édifice élevé sans son aveu, et qui
ne peut se soutenir que par la force aidée de l'opinion,
et par une surveillance active et continuelle.
Ici les obstacles se multiplient par la complication --- Page 271 ---
des
(2 227 )
objets qu'on se propose, et par la difficulté de
faire s'accorder ensemble : cette difliculté
les
par l'extrême
s'aggrave
éloignement et par les ténèbres
qui environnent nécessairement
épaisses
ceux quiont droit de
prononcer. Cependant, jamais les lumières de l'observation et de l'expétience ne furent d'un besoin
urgent, que lorsqu'il faut concilier des
plus
contrarient, et dont l'un, qui n'eût rien été points qui se
des législateurs anciens, dont la
aux yeux
fondé sur la frugalité,
vertu et le bonheur,
étaient le but unique, obtient
aujourd'hui le premier degré
volution quis'est
d'importance, > par la rétérêts
opérée dans les idées et dans les inmodernes : car il s'agit ici, moins d'établir
gouvernemenr le meilleur
uix
possible en
trouver un qui soit à la fois,
soi, que d'en
des
propre. à faire le bonheur
peuples, mais qui soit sur-tour favorable
merce et à l'industrie
au comnationale, et des effèts
jaillissent pour la France de nouvelles
duquel
prospétité.
sources de
A-t-on rempli ces
aunair-on
conditions, ou plu:ô: comment
pa les remplir? A quoi sert la théorie et lcs
plus vastes connaissances
qu'une idée incertaine des politigues, quand on n'a
les
objets auxquels il s'agit de
appliquer? Ce n'est pas tout que de faire des
l'essentiel est de les faire
lois,
blissement de celles
cxécuter; et si, dans l'étales
dont on a eu le loisir de méditer
tapports et la convenance, on surmonte si difficilement les usages anciens et la
simple habitude, - que
Pz
plus vastes connaissances
qu'une idée incertaine des politigues, quand on n'a
les
objets auxquels il s'agit de
appliquer? Ce n'est pas tout que de faire des
l'essentiel est de les faire
lois,
blissement de celles
cxécuter; et si, dans l'étales
dont on a eu le loisir de méditer
tapports et la convenance, on surmonte si difficilement les usages anciens et la
simple habitude, - que
Pz --- Page 272 ---
228 )
sera-ce Jorsqu'on rencontrera mille contrariérés qu'on
n' pas même prévues, et qu'il faudra vaincre la nature elle-même?
On se propose ici deux fins distinctes en ellesmêmes, quoiq"e traitées comme devant étre inséparables. L'une est pourtant subordonnée i l'autre, qui
exlobj-tprincipal, et auquelon tend définitivement;
c'est-àdire, de donner à Saint-Domingue un gouvernement et une organis.tion stable et permanente,et
d'élever en dernier résultat, cette colonie à son premier état d'opulence et d'urilité pour la métropole.
On a cru atteindre ce double but en la soumettant
aux lois consticurionnelles de la France.. 1
Ily a certainement lieu de s'étonner que ceux qui
ont provoqué cette détermination grave, aient évité
d'entrerdans la discussion des considérations qui motivaient leur sentiment particulier; ils ne se sont appuyés que de vues genérales et d'idées justes et solides
en clles-memes, mais qu'ils ont lancées sans en connaitre l'ensemble, et encore moins les conséquences.
Ily a plus : le choix des moyens dont je dois démonIrer l'incohérence et le danger, ce choix qui doit entrainer des résultats si importans, n'est fondé que sur
des faits vagues, sur des assertions hasardées et presqu'étrangères à la question, et sur des principes d'intérêt national, qui sont précisément les mêmes sur
lesquels je m'appuierai pour les combattre.
J'ai dic que l'existence de Saint-Domingue était un
, et encore moins les conséquences.
Ily a plus : le choix des moyens dont je dois démonIrer l'incohérence et le danger, ce choix qui doit entrainer des résultats si importans, n'est fondé que sur
des faits vagues, sur des assertions hasardées et presqu'étrangères à la question, et sur des principes d'intérêt national, qui sont précisément les mêmes sur
lesquels je m'appuierai pour les combattre.
J'ai dic que l'existence de Saint-Domingue était un --- Page 273 ---
(229)
édifice factice et presque surnaturel, dont
érait la base, et l'opinion la
l'esclavage
Malgré les abus dont la rouille pierre angulaire..
les meilleurs
corrode tôr ou tard
pour la France gonvernemens, cet ordre de choses était
et pour la colonie
source
elle-mème, une
inépnisable et toujours croissante de
et de prospérité, Mais
richesses
rendait si utile,
T'esclavage et l'opinion qui le
n'existent plus; leur
opéré par la violence et non avec anéantisement, s
cette
prudente et modérée qu'il faudraic circonspection
même qu'il s'agit
employer lors
croulement
d'extirper le mal, a entrainé l'ésubit de ce brillant édifice.
long-tems
Après ne s'êtte
la nécessité occupé qu'à détroire, on sent aujourd'hui
de relever : on sent que la
ronnée d'états
France, 3 envileurs
commerçans, industrieux et tiches par
colonies, ne peur se passer des
sans la possession de
siennes, et que
Saint-Domingue
iln'y a plus pour elle ni marine,ni nommément,
dustrie, ni aucune des
commerce, ni Intiellementl la
parties qui constituent essenpremier pas de puisancedesempires fait
modernes. Voilà un
vers une conversion.
ans d'insouciance, après la
Après quatre
on se détermine donc à la perte irréparable du tems,
conserver, Mais Saint-Domingue n'est plus qu'un objet déplorable de
de
ruine et
désorganisation : la race des Colons est
ou fugitive : la population
exterminée
diminuée
agricole est cruellement
ou métamorphosée en une horde de brigands féroces; ses plaines sont incultes, ses érablisseP 3
vers une conversion.
ans d'insouciance, après la
Après quatre
on se détermine donc à la perte irréparable du tems,
conserver, Mais Saint-Domingue n'est plus qu'un objet déplorable de
de
ruine et
désorganisation : la race des Colons est
ou fugitive : la population
exterminée
diminuée
agricole est cruellement
ou métamorphosée en une horde de brigands féroces; ses plaines sont incultes, ses érablisseP 3 --- Page 274 ---
(230)
mens ruinés, ses villes renversées de fond en comble;
enfin, la pluis riche possession de l'univers ne présente plus que le spectacle de la dévastation et de
linutilité.. Quel moyen si puissanr emploiera-t-on
pour réparer tant de désastres et pour effacer la trace
de tant de maux ? la constitution française!!!
Tel est le grand et universel remède dont, à entendre ceux qui l'ont proposé, l'efficacité ne saurait
être révoquée en doute, et qu'on a comparéavec plus
d'esprit que de justesse 2 au serpent d'airain qui guérissait tous les maux. Douce et consolante espérance
que trop de probabilités tendent malheureusement à
détruire ! Quelque soit ma profonde vénération pour
cet ouvrage de la sagesse, auquel sont attachées les
destinées d'une grande nation; quelque soit. l'amour
quejeluijure, du moment oufappercevrai seulement
l'aurore du bonheur qu'elle promet à ma patrie, encore est-il permis, dans ce cas-ci,de ne pas croire aux
miracles; et il me faudrait une garantie plus sûire
que les brillantes promesses d'hommes, que jene crois
rien moins qu'instruits sur cette question > pour me
persuader qu'à la voix des législateurs français, aussi
puissante que les sons enchanteurs de la lyre d'Amphion et d'Orphée, les décombres épars des villes et
des superbes établissemens qui ornaient Saint-Domingue, se rassembleront d'eux-mêmes pour les former de nouveau; que la fureur d'une peuplade devenue plus féroce, plus sanguinaire que les tigres, 3
moins qu'instruits sur cette question > pour me
persuader qu'à la voix des législateurs français, aussi
puissante que les sons enchanteurs de la lyre d'Amphion et d'Orphée, les décombres épars des villes et
des superbes établissemens qui ornaient Saint-Domingue, se rassembleront d'eux-mêmes pour les former de nouveau; que la fureur d'une peuplade devenue plus féroce, plus sanguinaire que les tigres, 3 --- Page 275 ---
(: 231)
s'adoucira, et qu'ils deviendront, SOLIS l'empire des
lois nouvelles, plus dociles, plus laborieux
fois. Mon scepticisme n'est point fondé qu'auttesur des chimères, mais StIr des connaissances
positives, et sur
une expérience que n'avaient pas ceux qui, non contens de voir dans la constitution le gage du salnt de
la France, ont également cru trouver en elle le remède de ses maux extérieurs, et qui, dans leur embarras, se sont hâtés dese décharger sur elle du soin
de guéir ceux qu'ils ont faits ou laissé faire. Un remède propre à tout n'est souvent propre à rien; et attribuer à celui-ci une propriété
universelle, ne sert
qu'à infirmer la confiance sur ses vertus réelles.
La constitution
nieuse
française est une sage et ingécombinaison des meilleurs principes politiques > mais dont la bonté n'est que relarive et ne
peur être définitivement établie
le
que par l'usage et
par tems 2 qui détermine seul si On a rempli l'objet qu'on s'est proposé. Quiconque connaît le coeu
humain et les variétés qui distinguent les peuples
divers, sait bien que- des lois faites pour tel climat ou telle nation, ne peuvent souvent , à moins
d'être plus ou moins modifiées, convenir à telle
autre. Or,quy a-t-il de commun entre la zonetorride et la zone tempérée ? Quel
le Français instrait,
rapport entre
les
civilisé, et accoutumé à toutes
jouissances de l'industrie et de la
et
des hordes brâres, conduites
le seul société,
par
instinct s
P 4 --- Page 276 ---
(232)
bornées aux premiers besoins de la vie, et que la
nature elle-même a pris soin de séparer du premier, par le caractère éternel erindélébile de la couleur ? Comment les mêmes lois pourraient-elles
convenir au blanc Européen, placé sous le doux
et heureux ciel du 45° degré de latitude nord,et
le noir Africain 2 respirant l'air enflammé de l'équateur ?
Ce doute , ou plutôt cette vérité, est ici trèsfacile à appliquer 3 et c'est d'après son autorité que
je me crois fondé à croire qu'une constitution faite
pour la France s ne saurait convenirà Saint-Domingue. Indépendamment du principe qui est inconrestable, je dois m'appuyer sur des considérations
majeures > et que je réduirai à trois. 1°, L'éloignement : 2°, Le génic du peuple qu'ils'agit de gouverner : 3°. Les intérêts de la métropole > qui sont
le centre qu'il ne faut pas un instant perdre de
vue > et le but auquel tout doit définitivement
aboutir.
Rien n'est plus juste, je l'ai déja dit, , et je le
répète 2 ni de plus conforme aux intérêts de la
France, que de considérer Saint-Domingue comme
une possession, ou si l'on veut, comme une partie intégrante d'elle-méme; mais par le mot intégrante, j'entends purement et simplement inaliénable; c'est-à-dire s qu'eile ne peut jamais en être
distraite dans aucun cas, ni par aucun pouvoir. Car,
doit définitivement
aboutir.
Rien n'est plus juste, je l'ai déja dit, , et je le
répète 2 ni de plus conforme aux intérêts de la
France, que de considérer Saint-Domingue comme
une possession, ou si l'on veut, comme une partie intégrante d'elle-méme; mais par le mot intégrante, j'entends purement et simplement inaliénable; c'est-à-dire s qu'eile ne peut jamais en être
distraite dans aucun cas, ni par aucun pouvoir. Car, --- Page 277 ---
(233)
comment une contrée qui ne fit et ne peut être
considérée que comme une propriété
à
nationale, 2
pourrait-elle, travers l'immensité des mers, faire
activement partie du gouvernement central de la
France, dont elle diffère sur tous les points d'analogie qui doivent lier toutes les parties d'un état
entre elles 3 et dont l'influence contribue à leur
force 3 plus essentiellement que les lois
Il n'est pas facile de concevoir
mêmes?
session lointaine
comment une pospeur concourir au mouvement régulier d'un corps avec lequel elle ne forie ni liaison , ni contiguiré ;
ceseà-dire, donner et recevoir
Timpulsion qui fait mouvoir les autres parties, d'un
centre, dont elle est séparée par un espace de
de 2000 lieues. Il est
près
impossible à Phomme instruit,
d'imaginer comment on pourrait trouver la
tion de mille cas embarrassans
soluvenir, dans la constitution
qui peuvent y surnin mentionnés,
française, où ils ne. sont
ni prévus : quel rapport enfin
ily avoir à une si énorme
peurdes
disrance > entre la vitesse
évènemens qui peuvent
le
lut de cette partie
compromettre
saintégrante de la France 3 et la
promptitude nécessaire pour en prévenir ou arrêter
les effets : promptitude
d'un
qu'on ne saurait attendre
gouvernement éloigné ; plus prudent
par essence 3 et dont la nature est de délibérer qu'actif
qu'il faudrait agir.
lorsQuelque soit le poids de ces
considérations, on --- Page 278 ---
(234)
a passé rapidement par-dessus; et faute de mieux,
on a inconsidérément embrassé un parti extrême
>
et dont on ne peut tarder de sentir l'imperfectibilité et linconvenance. Examinons maintenant la
question relativement aux individus, et par rapport aux obstacles qui peuvent dériver de leur génie
et de leur maniere d'être.
La liberté des noirs fut proclamée dans un tems
d'anarchie et de désorganisation, tems désastreux,
où la fureur aveugle brisait tout ce qui était utile,
et où la déclaration des droits n'était qu'un levier
dont le crime se servait puissamment pour soulever
la multitude. Le tems et le malheur ont insensiblement calmé cet esprit de vertige et d'exaltation,
et l'on a senti la nécessité de modifier des principes dont l'intrigue avait fait et pouvait faire encore un si criminel abus. On a sagement supprimé
de cette déclaration, base fondamentale de la constitution française 5 le premier et dangereux article
qui fut en France un brandon enflammé, lancé au
milieu de matières combastibles . 9 et d'après lequel
les anciens esclaves des Antilles avaient éré généreusement investis, sans modification ni exception,
de tous les prérogatives des citoyens : et Jes voilà
maintenant rangés par le droit, dans la classe nombreuse de Français d'Europe 3 qui ne peuvent les
exercer désormais dans toute leur étendue, 9 par l'impuissance de remplir certaines conditions qu'on a
France un brandon enflammé, lancé au
milieu de matières combastibles . 9 et d'après lequel
les anciens esclaves des Antilles avaient éré généreusement investis, sans modification ni exception,
de tous les prérogatives des citoyens : et Jes voilà
maintenant rangés par le droit, dans la classe nombreuse de Français d'Europe 3 qui ne peuvent les
exercer désormais dans toute leur étendue, 9 par l'impuissance de remplir certaines conditions qu'on a --- Page 279 ---
(235)
jugé nécessaires à Taffermissement du
systême social, et qui sont de rigueur. Les noirs ne sont
donc plus que des hommes, > libres si l'on veut,
mais sans propriétés, et déchus
>
par conséquent des
avantages qui y sont attachés, à moins qu'on ne
veuille consacrer, contre toute apparence de justice,
la légitimité de celles dont ils se sont emparés, après
en avoir massacré ou expulsé Jes véritables maîtres.
D'après le droit de conquête ou du plus fort,
ils sont ou ils ne sont pas les légirimes
de
possesseurs
Saint-Domingue. S'ils sont reconnus comme
ce
tels,
ne peut être qu'au détriment des anciens
priétaires, et les droits sacrés de la
profoulés aux
propriété sont
pieds : s'ils ne le sont pas , par quel
érrangeabus leur en conserve-t-on exclusivement les
plus essentielles
prérogatives, et leur
de les exercer
permet-on
elles
ouvertement, tandis que ceux à qui
appartiennent, en sont injurieusement
tandis que la classe la plus nombreuse de privés ;
cette classe si utile, et qui fait
Français,
de sacrifices et d'efforts
journellement tant
pour le soutien de la liberté, 3 en est déchue, d'après de
sables motifs de
sages et indispenpolitique P Des sauvages Africains
seraient-ils plus précieux aux yeux de la
que ceux qui l'entichissaient
France, 2
par leur
et
cette
indusrie,
que
multitude d'hommes qui versent en ce
moment leur sang pour sa défense ? ou bien voudrait-on mettre en parallele, et
comparer en uti-
tant
pour le soutien de la liberté, 3 en est déchue, d'après de
sables motifs de
sages et indispenpolitique P Des sauvages Africains
seraient-ils plus précieux aux yeux de la
que ceux qui l'entichissaient
France, 2
par leur
et
cette
indusrie,
que
multitude d'hommes qui versent en ce
moment leur sang pour sa défense ? ou bien voudrait-on mettre en parallele, et
comparer en uti- --- Page 280 ---
(236)
lité pour elle, les nombreuses victoires des
premiers, et T'horrible dévastation causée
la
par stupide
fureur des brigands de Saine-Domingue ? (*)
(*) N'a-t-on pas vu mettre les ravages et les égorgemens
de Saint-Domingue à côté des victoires de Fleurus et de Jemmapes, et les célébrer d'une manière non moins éclatante?N'at-on pas vu au sein de la convention nationale, répandre à
pleines maius les honneurs civiques sur des cannibales abreuvés du sang français, et sur les monstres dont le projet était
d'en vers er jas qu'à la dernière goutte. Après cet épouvantable
exemple de barbarie et d'immoralité, donné, non parmi ces
Afticains qui ne sont que desinstrumens passifs et aveugles,
mais au milieu de la France, dans un tems ou l'on ne parle
que de justice et de vertu : apiès cet affligeant exemple, disje, que faur-il encore espérer, ou plurôr a quoi ne doit-on Pas
s'attendre 2 ( Voyez le rapport de Fermont 2 séance du S thermidor, Moniteur, no. 311, auquel il faut joindre pour pendantle discours dele Comte, de la Seine-Inférieure.)
Les désastres de Saint Domingue ont eu leur source dans
les efforts de l'intrigue, et dans les mouvemens contraires des
factions 5 et désormais la difficulté du remède consiste moins
dans la Profondeur du mal même, que dans l'infernale opiniâtreté de ces hommes criminels ou stupidement exaltés qui
ont juré sa ruine, et pour qui les leçons des évènemens ne
sont rien. A leurs yeux, tout prend la teinte des passions qui
les animent, ou des trames qu'ils ourdissent : les plus horribles
forfaits ne Solt que des efforts légitimes contre l'oppression 5
etles actions les plus pardonnables les plus innocentes par
leurs motifs, sont métamorphosées en crimes. Ecoutez ces
régénérateurs des colonies, et les organisateurs de leur bouleversement ne seront plus envisagés que comme des hommes
les leçons des évènemens ne
sont rien. A leurs yeux, tout prend la teinte des passions qui
les animent, ou des trames qu'ils ourdissent : les plus horribles
forfaits ne Solt que des efforts légitimes contre l'oppression 5
etles actions les plus pardonnables les plus innocentes par
leurs motifs, sont métamorphosées en crimes. Ecoutez ces
régénérateurs des colonies, et les organisateurs de leur bouleversement ne seront plus envisagés que comme des hommes --- Page 281 ---
(237)
C'est sur les décombres fumans du
la colonie
chef-lieu de
, c'est sur les cadavres des enfans
de la
vertueux qui ont bien méricé de la
les ont
Patrie : les cannibales
dévastées et inondées de sang
qui
des républicains victorieux
français, ne sont que
d'infortanés
ec. magnanimes 5 et le perit nombre
qui ont cherché sur des plages
asyle contre leur fureur et leuis
étrangères un
comine des transfages
poignards, seront regardés
dignes de toure
nale, Qu'espérer,
l'animadveision natiode
après ce désolant et effroyable
dépravation et de renversement de
témoignage
servateurs des lois
tous les principes consociales : Quel fond faire
sur l'amour du bien
sur la justice et
ration
, lorsque toute
toute
sont si
pudeur,
considé.
idée accablante, indignement foulées aux pieds!.. - A cette
En
mon courage succombe !
suivant les évènemens et ce qui se
on ne sait en Vérité
passe journellemenr,
là tonner
que penser de voir ces mêmes
contre le crime, ici le soutenir de
hommeset le. prendre en quelque
tous leurse efforts
serait plus embarrassant sorte sous leur protection. Rien ne
déclamer
que d'entendre les mèmes
avec véhémence contre les forfaits dont personnages
être victimes en
ils ont failli
Europe, et s'efforcer de donner
une fausse direction sur ceux non moins
à l'opinion
lieu en
affreux qui onr eu
Amérique s et qui pourtant sortent de la
Cette contradiction serait
même source,
chait dans les
embarrassante 2 si l'on ne cherpassions des hommes le vérirable
leurs actions, et si l'on ne voyaic
mobile de
principes dont ils se
journellement les grands
térêts
parent, se modifier au gré de
et selon le but auquel ils tendent, Ces
leurs inne
Caméléons
litiques sont rien moins que rares 5 mais il est
poil est effrayant de trouver uu des plus
douloureur,
de cette mobilité dans un de ces hommes remarquables exemples
du bien avaient fondé
en qui les amis
quelques espérances, dans une des
actions, et si l'on ne voyaic
mobile de
principes dont ils se
journellement les grands
térêts
parent, se modifier au gré de
et selon le but auquel ils tendent, Ces
leurs inne
Caméléons
litiques sont rien moins que rares 5 mais il est
poil est effrayant de trouver uu des plus
douloureur,
de cette mobilité dans un de ces hommes remarquables exemples
du bien avaient fondé
en qui les amis
quelques espérances, dans une des --- Page 282 ---
(238)
méropole, que ces hordes féroces, ou plutôt les
scélérats qui les faisaient mouvoir, élurent ce qu'on
victimes ressuscitées, s'il est permis de s'exprimer ainsi après
la chute de la tyrannie décemvirale 5 c'est ce même homme
qu'on a vu dans le même tems, opposer les armes dela raison et d'une sage fermeté aux mesures violentes provoquées
en France et emprunter le langage de l'atrocité et de la
calombie,pour défendre les exterminateursdel Saint-Domingue,
et arracher à la convention nationale, la condamnation du
petit nombre d'infortunés qui se sont soustraits à leur fureur homicide. On a vu Fermont employer toutes les ressources de son éloquence et de sa logique, pour prouver que
ceux quiavaient abandonné la France à une certaine époque
ne pouvaient être regardés comme émigrés, et provoquer
avec ardeur la condamnation de quelques malheureux qui,
sauver leur existence, ont fuiloin des bords désolés de
pour
homme
Saint-Doningue. Quel est donc dans un
qui a été
malheureux lui même, le principe de cette mobilité de princiges et de tant de dâreté? Est-ce ignorance des évènemens 2
Cela n'est pas surposable. Mais il fut un des plus ardens
fauteurs des opinions et des systèmes qui ont boulversé cette
colonie. Ses désastres particuliers n'ont point pesé sur luicomme
ceux de la métropole. Fermont fut un des plus fermes sontiens
d'un parti persécuté en France et persécuteur en Amériques et l'on ne sait que trop que l'opiniatreté des factions
cioit en proportion de la résistance qui leur est opposée, et
s'alimente de leurs propres malheurs. Si on pouvair du moins
croire qu'un véritable zèle, que l'amour de Phumanicé est dans
Fermont, le principe de son opinion sur les colonies ! Mais
comment concilier cettelumanité, cette philancropie, avec cette
barbarie étrange qu'il a manifestée :
Après cet exemple, quelfopdi faire désormais sur leshommes?
atreté des factions
cioit en proportion de la résistance qui leur est opposée, et
s'alimente de leurs propres malheurs. Si on pouvair du moins
croire qu'un véritable zèle, que l'amour de Phumanicé est dans
Fermont, le principe de son opinion sur les colonies ! Mais
comment concilier cettelumanité, cette philancropie, avec cette
barbarie étrange qu'il a manifestée :
Après cet exemple, quelfopdi faire désormais sur leshommes? --- Page 283 ---
(239)
a depuis appellé en France les
représentans de
Suine-Domingue ; et en conséquence de cette opénation, quelques brigands choisis, comme de raison,
parmi ceux qui avaient manifesté le plus de fureur
er' de dévouement à leurs
troduits au sein de la convention provocateurs, furent ingardés comme la chaîne
nationale, et requi rattachait à la
une colonie qu'on croyait prête à lui
France,
l'honneur de posséder parmi les
échapper; et
ple Françuis, quelques
législateurs du peufigures noires ou
compensa la perre des tichesses
bazannées,
qu'on retirait de
Saint-Domingue, ou devint le
les
en allaient être r'ouvertes
gage que
sources
et couleraient
dantes que jamais.
plus abonDe semblables
ble et scandaleux espérances, 2 et le spectacle pitoyadestinées
d'une assemblée qui doit fixer les
de la France, souillée par la présence de
quelques misérables, dont l'abjection n'est
que par leur stupide ignorance, étaient
égalée
dans ces tems
excusables
malheureux, et trouvaient
tif dans l'esprit qui régnait alors
leur mo-
: mais que
aujourd'hui ce déshonorant et ridicule
signifie
amalgame ?
à quelle époque se Promettre la fin de ce
glement ? qu'espérerais-je enfin de mes
déplorable aveufaire entendre la vérité, si je n'avais propres efforts pour
dernière espérance dans la
placé mon unique et
lesquels l'esprit des factions nécessiré et dans le tems, contre
ou tard s'anéantir 2
et l'opinion même viennent tô --- Page 284 ---
(240)
Il a été déctété que cette prétendue représentation
coloniale serait provisoirement admise dans la formation du nouveau corps législatif, Sur quoi a-t-on
pu se fonder ? où est ici l'ombre de la justice, , ou
seulement du prétexte ? Si, comme l'a dit lui-même
le provocateur de cette décision absurde et inconstitutionnelle, l'état des citoyens est réglé par la constitution même, 2 sans qu'il soit permis d'y apporter
aucune exception; si l'exercice des droits politiques
ne doit être déterminé que par les lois qui ont été
décrétées, pourquoi s'en écarte-t-on d'une manière
aussi étrange ? Quels sont les véritables propriétaires
de Saint-Domingue, quels. en doivent être les représentans, des colons, ou de leurs anciens esclaves ;
de ceux dont les droits sont fondés sur des titres et
sur une possession ancienne et légitime , des enfans
d'une patrie qu'ils enrichissaient par leur active industrie, ou de quelques hordes dévastatrices qui
n'ont rien et qui ne peuvent lui offrir que des ruines
en échange des bienfaits qu'ils sont incapables de
connaitre, s et plus encore d'apprécier?
Eh ! qu'importe aux noits de Saint-Domingue,
et la constitution française, et d'avoir des représentans au sein d'une assemblée dont vraisemblablement
ils ignorent l'existence! que leur importent des intérêts trop supérieurs à leur intelligence, dont ils
n'ont point d'idée > et que leur langue ne saurait
même exprimer! Le génie étroit et l'imagination
inactive
des bienfaits qu'ils sont incapables de
connaitre, s et plus encore d'apprécier?
Eh ! qu'importe aux noits de Saint-Domingue,
et la constitution française, et d'avoir des représentans au sein d'une assemblée dont vraisemblablement
ils ignorent l'existence! que leur importent des intérêts trop supérieurs à leur intelligence, dont ils
n'ont point d'idée > et que leur langue ne saurait
même exprimer! Le génie étroit et l'imagination
inactive --- Page 285 ---
(241 )
inactive de l'Afticain sont
peu propres à saisir les
ingénieuses combinaisons de la
fondamental des
politique, et de l'art
sociérés. Pour un;
et que la nature a pris soin d'environner peuplesansbesoins,
de
ses douceurs ct de ses richesses, la liberté
toutes
que celle qu'il tient de la
n'est autre
les droits de l'homme
nature même : pour lui
consistent à jouir
de son existence et à fuir un travail paisiblement
tile à ses besoins
pénible et inuhorde
comme àson bonheur : pour une
que la haine et la provocation au
ont
meurtre
métamorphosée en de féroces
ces droits consistent à célébrer leurs antropophages, victoires
vant dans le crâne de leurs
en buà en
ennemis exterminés,
poursuivre sans relâche jusqu'au dernier.
Ce n'était pas tout encore
nie et les droits des
que d'apprécier le ge
hommes qu'il s'agit de
verner, il fallait encore consulter les
goutives des évènemens, dont les
causes primirésultats ont si
samment influé sur la direction actuelle de
puispourrait appeller
ce qu'on
l'esprit public de
C'est
Saint-Domingue,
d'après ces diverses considérations
qu'on eût
pu calculer et comparer la force des obstacles
a à craindre et la bonté des
qu'on
ployer.
moyens qu'on doit emNous éviterons, ont dit succesivemantles
teurs des déterminations
provocaprises sur
d'nerister vOs
Saint-Domingue,
ames, en reproduisane les nombreux
malheurs des colonies, les crimes qui les ont souillées
Tome 4
Q
C'est
Saint-Domingue,
d'après ces diverses considérations
qu'on eût
pu calculer et comparer la force des obstacles
a à craindre et la bonté des
qu'on
ployer.
moyens qu'on doit emNous éviterons, ont dit succesivemantles
teurs des déterminations
provocaprises sur
d'nerister vOs
Saint-Domingue,
ames, en reproduisane les nombreux
malheurs des colonies, les crimes qui les ont souillées
Tome 4
Q --- Page 286 ---
(242)
€z les longs déchiremens qui les menacent... Eh 1
pourquoi Fermont, et vous Boissy-d'Anglas, pourquoi cette réticence ? est- ce pour soustraire des tableaux hideux à l'imagination épouvantée : Lequel
importait plus d'épargner la sensibilité de VOS auditeuts,u de leurf faire connaitrel'exacte vérité? Etaitce sur une matière aussi impottante qu'il fallait
user de ces vains ménagemens qui, lorsqu'il faudrait sonder des plaies profondes avec fermeté et
prudence, ne servent qu'à les rendre plus sanglantes
en voulant les pallier et les dérober à la vue? Si
telle eût été votre volonté, le seul moyen de tout
connaître et de tout réparer, était de tout dire. En
faisant connaitre l'origine, les progrès et les suires
de ces désastres, on eût facilement distingué les remèdes salutaires et propres à les adoucir, d'avec ceux
qui ne peuvent que les aigrir davantage 5 et il est
facile de s'appercevoir que ces ménagemens et cette
fausse modération décèlent l'embarras des défenseurs officieux des exterminateurs coloniaux, et ne
tendent qu'à rejetter d'une manière adroite et machiavélique tour l'odieux de ces évênemens sur ceuxlà même qui en ont été les victimes. (*)
(*) J'apprends que depuis long-tems, le ciroyen Garan
de Coulon travaille à un grand rapport sur cette matière.
J'apprends aussi, que malgré sa lenteur à paraitre, ct qui
semblerait supposer qu'on cherche à s'éclairer, ce rapport,
dans le développement des taits, ne contiendra rien de con-
tendent qu'à rejetter d'une manière adroite et machiavélique tour l'odieux de ces évênemens sur ceuxlà même qui en ont été les victimes. (*)
(*) J'apprends que depuis long-tems, le ciroyen Garan
de Coulon travaille à un grand rapport sur cette matière.
J'apprends aussi, que malgré sa lenteur à paraitre, ct qui
semblerait supposer qu'on cherche à s'éclairer, ce rapport,
dans le développement des taits, ne contiendra rien de con- --- Page 287 ---
(245 )
Telle a été l'adresse et les succès du
des
plan infernal
désorganisareurs des colonics,
et en
coalisés en France
Amérique, que des malheureux
la perre de leurs
pleurant stir
proptiétés et de leurs familles
égorgées, sont. regardés comme les
de leur
machinateurs
propre infortune, 9 et
SOus le faix du
gémissent accablés
méptis et de la calomnic, tandis
leurs assassins ttiomphans, des
que
diaires, des hommes
voleurs, des incende mpine et de
>
pas même l'ombre du
sang qui n'ont
veur,
prétexte à alléguer en leur fareçoivent tous les
et
les prix destinés à ceux témoignages d'approbation
qui out rendu les
tans services à la chose
plus éclapublique,
vice que d'avoir fait
Quel important serverser des torrens de sang frangais par des mains
africaines, 3 de s'être
de
richesses, et d'avoir couvert de
gorgé
bres et
cendres, de décomd'ossemens, une colonie fameuse,
cruelle et funeste intervention,
avant leur
son heureuse
par ses richesses et
l'influence paisibilité," et plus fameuse encore
qu'elle avait sur la prospériré dela
par
Le tableau de ces évènemens,
France!
parait
curlesquels T'opinion
csidtrangementabusée, a été tracé par liil témoin
oculaire, d'une manière fidèle et impartiale.
traire à ceux qui l'ont précédé. Cela
Cortes,
de Coulon était
est facile à croire. Garan
Profité
négrophile, et n'a pas
que tant d'autresdes leçons des évènemens. viaisemblablement plus
soit, j'attends ce travail avec
Quoiqu'il en
voir comment i! traitera
impatience. Je suis desireux de
habiles ou moins hardis cette question, que d'autres moing
ont préiéré de ne pas aborder
Qa
ire à ceux qui l'ont précédé. Cela
Cortes,
de Coulon était
est facile à croire. Garan
Profité
négrophile, et n'a pas
que tant d'autresdes leçons des évènemens. viaisemblablement plus
soit, j'attends ce travail avec
Quoiqu'il en
voir comment i! traitera
impatience. Je suis desireux de
habiles ou moins hardis cette question, que d'autres moing
ont préiéré de ne pas aborder
Qa --- Page 288 ---
(244)
il était aisé et utile de le comparer aux assertions de
ces hommes qui D'ont été instruits que par les rapports suspects de leurs affidés, ou qui ne disent que
ce qui convient à leurs vues et à leurs intéréts. Avec
quelque defiance qu'on accueille les relations diverses,i'n'eût pas ete impossible de découvrir la vérite, pour peu qu'on fûr jaloux de la connaître: ; et
vraisen-blablement on n'eût pas adopté sur parole et
avec tani d'iuconsideration, des plans dont le moindre
inconvénient est de couronner le crime et de condamner Tinnocen:e, ou au moins de les confondre ensemble. Il sufft de rappeller ici quelques faits essentielsà connaitre.
Queique soit la tournure que la malveillance
cherche à donneraxévenemens, et les Causes qu'elle
leur attribue, il est certain que les passions qui ont
occasionné les désastres de Saint-Domingue furent
fomentées et mises en jeu, dans le principe, par le
funeste concours des partis les plus opposés : les
chefs de l'ancien gouvernement de la colonie., dans
l'esperance de relever leur pouvoir abbattu sur ses
ruines; et les enthousiastes et fanatiques sectaires de
la liberté et de l'égalité universelles, dans l'objet d'essayer sur les Africains coloniaux l'application des
principes qu'ils ne se proposatent rien moins que
d'étendre sur l'univers entier. En Un mot, concourant
au meme but dans des vues absolument opposées, le
despotisme souffla dans le sein de la colonie, sur les
l'esperance de relever leur pouvoir abbattu sur ses
ruines; et les enthousiastes et fanatiques sectaires de
la liberté et de l'égalité universelles, dans l'objet d'essayer sur les Africains coloniaux l'application des
principes qu'ils ne se proposatent rien moins que
d'étendre sur l'univers entier. En Un mot, concourant
au meme but dans des vues absolument opposées, le
despotisme souffla dans le sein de la colonie, sur les --- Page 289 ---
(245)
tisons enflammés que la démagogie effrénée
de la métropole; ; lun pour rétablir
y lançait
se venger, l'autre
sa puissance ou
pour tout bouleversr. Les malheurenx Colons, emporrés enx-mêmes par le torrent
de la révolucion et des aflections qui leur avaient été
transmises d'Europe, semblèrent aider avec le
fatal
plus
aveuglement auix projets de leurs ennemis; et
en s'acharnant
imprudemment sur l'un, sous
de défendre leur liberté, ils travaillèrent à leur prétexte
pre ruine, ets'exposèrent à découvert aux
bien proplus terribles de
coups
Tautre, qui en voulait à leurs ptopriétés, dont ils avaient cru follement les droits sacrés
et inviolables. Si quelques succès qu'ils obrinrent
d'abord augmenta leur
opiniâtreté et les rendit de
plus en plus intraitables sur l'accepcation des
mens ou des modifications qui auraient
changeou retarder leur
pu prévenir
perte, , la rage de leurs ennemis
s'exaspéra et en devint aussi plus furieuse : le mal
s'aggrava et devint incutable, par l'incertitude et
les méngemens de l'assemblée
par
constituante,
les factions anarchiques
Enfin,
qui couvrirent la France de
sang et de deuil, étendirent au même instant leur inAuence jusqu'a Saint Domingue : deux
dignes de cette mission sanguinaire
monstres 3
lation
par leur dissimuprofonde, par leur inflexible dureté, et surtout par leur haîne pour des hommes
naissaient
qu'ils ne conpas s et dont ils n'avaient jamais reçu
d'oflense, Y faren: envoyés pout tour pacifier,
pour
Q 3
Enfin,
qui couvrirent la France de
sang et de deuil, étendirent au même instant leur inAuence jusqu'a Saint Domingue : deux
dignes de cette mission sanguinaire
monstres 3
lation
par leur dissimuprofonde, par leur inflexible dureté, et surtout par leur haîne pour des hommes
naissaient
qu'ils ne conpas s et dont ils n'avaient jamais reçu
d'oflense, Y faren: envoyés pout tour pacifier,
pour
Q 3 --- Page 290 ---
(246)
y rétablir l'ordre et la tranquillicé. Politiques habiles
et profondément dissimulés, ils déburèrent par s'emparer de la confiance de tous les partis, et les maitri-.
ser en les Aattant, et bienrôt ils les détruisirent successivement l'un parl'autre.Le dévoûment dela caste
dominatrice en quiils ne trouvèrent qu'obdissance et
fidélité, et qui, hatassée par ses malheurs, se jetta
dansleurs bras comme dans son dernier et nnique refuge, ne fut pas capable de les Aéchir et d'apporter
quelque changement à leurs noirs projets. A-surés que
rien ne serai: plas désormais capable de s'opposer à
leur puissance, ils développérent leurs véritables desseins, ceux gilsacitmtagpellaiSacDoningaae,
et cette isle déji si malhemeuse fut, à leur premier
signal, encombrée de ruines et infectée de cadavres; les tristes restes de la race blanche, quiavaient
jusque-là survécu à tant de calamités, furent exterminés ou forcés de fuir; leurs dépouilles devinrent
la proie de leurs assassins blancs, jaunes ou noirs, s et
la plus belle contrée de P'univers, abandonnée de
ceux qui l'avaient fertilisée, 3 devint subitement le
plus hideux, le plus cffrayant des déserts. Et c'est à
ces faits si horribles, de quelque cèté qu'on les envisage, qu'on a prodigué, dans ces derniers tems, les
récompenses et tout ce que l'approbation nationale a V
de plus glorienx et de plus Aatteur 11
Qu'on se peigne maintenant qu'elles doivent être,
après ces évènemens, l'exaspération des espiits et leurs
ée, 3 devint subitement le
plus hideux, le plus cffrayant des déserts. Et c'est à
ces faits si horribles, de quelque cèté qu'on les envisage, qu'on a prodigué, dans ces derniers tems, les
récompenses et tout ce que l'approbation nationale a V
de plus glorienx et de plus Aatteur 11
Qu'on se peigne maintenant qu'elles doivent être,
après ces évènemens, l'exaspération des espiits et leurs --- Page 291 ---
(247)
dispositions respectives : et je demanderai, , pour revenir à la question, ce qu'on se propose aujourd'hui
de faire. Est-cc de conferaux seuls Africains l'exercice
de
des
consritationnelles S, à
d droits et
prérogatives
l'exclusion de ceulx dont les intérêts peuvent être contraires àce systême nouveau, 3 ou qu'on soupçonne seulement de Pêtre ?Certes, ce douten'est rien moins que
déplacé, et après tout ce qui est artivé, il n'y a point
de supposition si triste, si affreuse, qu'on ne soit en
droit de faire. Une poignée de Colons, forcés de res-,
ter dans la colonie par Fimpossibilité de fuir,y géinissent accablés sous Thumiliation > SOLLS un joug de
fer. D'autres, qui ont cherchéun asyle chez un peuple
ami,sont regardés comme des traitres déchus de leurs
de
nationale. Le
propriérés, et indignes la protection
plus grand nombre a cru trouver un refuge assuré
dans la métropole, où, au lieu de consolation, d'adoucissement qu'ils pensaient obtenir à leurs longs
malheurs, ils n'ont trouvé que haîne, que fureur; et
contr'eux d'horils entendent diriger journellement
a rien de
ribles imprécations > qui prouvent quiln'y
changé dans le barbare système qui livra leurs propriétés à la dévastation, 2 et qui aiguisa. contr'eux les
poignards de leurs esclaves. Quelle espérance est-il
permis de conserver encore 1 lorsque des infortunés 2
sans appui, sans ressources 5 sont traités avec tant de
rigueur, tandis que sous leurs yeux, et sans qu'il leur
soit même permis de se faire entendre, leurs assasQ4
ations > qui prouvent quiln'y
changé dans le barbare système qui livra leurs propriétés à la dévastation, 2 et qui aiguisa. contr'eux les
poignards de leurs esclaves. Quelle espérance est-il
permis de conserver encore 1 lorsque des infortunés 2
sans appui, sans ressources 5 sont traités avec tant de
rigueur, tandis que sous leurs yeux, et sans qu'il leur
soit même permis de se faire entendre, leurs assasQ4 --- Page 292 ---
( 2 248 )
sins, leurs spoliateuts,joignent aux richesses qu'ils ont
accumulées, les faveurs nationales qui leur sont fastueusement prodiguées.
Simalgré les préventions élevées contr'eux, les
anciens propriétaires de la partie française de SaintDomingue étaient admis, > par grace spéciale, à participer avec leurs esclaves à lexercice des droits
politiques, ( carje n'oserais me flatter que d'après P'esprit même de la constitution, ces droits leur soient
exclusivement attribués, comme réunissant seuls les
qualités prescrites par la loi, et comme étant les
seuls possesseurs des terres), sera-t il bien sûr pour
eux de les exercer concurtemment? Supposé qu'ils
aient la témérité de faire valoir leurs prérogatives,
croit-on qu'ils pourront le faire sans de nouveaux
dangers pour leur existence ? Que penseront les
noirs, en voyant revenir parmi eux ces hommes, ces
tyrans qu'il leur était enjoint d'externiner jusqu'au
dernier, et dont ils se croyaient délivrés à jamais ?
Non, non ! des passions capables de causer de si
longs, de si horribles déchiremens s'irritent, mais
ne s'appaisent pas aussi facilement : On ne plie pas
à volonté les affections et le mouvement déjà donné
à une peuplade féroce et sauvage * dont l'énergie
accrue par l'horreur même des maux qu'elle a OCcasionnés, ne peut être enchaînée par le frein trop
faible des conventions sociales, et ne pourra désormais f être réprimée que par la force, ou s'éteindre
si horribles déchiremens s'irritent, mais
ne s'appaisent pas aussi facilement : On ne plie pas
à volonté les affections et le mouvement déjà donné
à une peuplade féroce et sauvage * dont l'énergie
accrue par l'horreur même des maux qu'elle a OCcasionnés, ne peut être enchaînée par le frein trop
faible des conventions sociales, et ne pourra désormais f être réprimée que par la force, ou s'éteindre --- Page 293 ---
249 )
que dans la dernière goutte de sang ennemi. Le
noir, sans cesse agité par la haîne, s ou poursuivi par
l'idée de ses propres forfaits, verra toujours dans le
blanc un maftre irrité, , et se préparant à exercer tôt
ou tard sur lui la plus terrible
de l'avenir le lui
vengeance : la crainte
fera envisager comme un ennemi
qu'il doit sacrifier sans
l'être
pitié, 9 s'il ne veut bientôt
lui-méme. Les crimes dont
a été et est malheureusement
Saint-Domingue
encore le théatre,sont
trop affreux ; les injures des divers
partis trop sanglantes, pour qu'ilsoit possible d'espérer une diminution dans l'aversion
habirans
profonde qui en divise ies
de différente couleur. Est-ce d'ailleurs
aggravant l'infortane des blancs
en
et par la
par T'humiliation >
plus injuste et la plus révoltante partialité,
qu'on se propose de disposer leurs caeurs à la
et à l'oubli du passé ? Est-ce
paix
pour 2 adoucir la fareur
sanguinaire des noirs > et pour affaiblir leurs
jugés envers les blanes; est-ce enfin pour les pré- leur
faire regarder désormais comme leurs frères et leurs
amis, que par un renversement inoui de toute moralité , le carnage qu'ils en ont fait a reçu une
approbation éclatante ? La
première et la plus importante de toutes les mesures étair de lcs ramener
par la douceur, et de les retirer de leur
mais du moment
égarement :
queceshommes, à-la-fois
et féroces, sont autorisés à ne voir dans le simples
dans
meurtre >
lincendie, et la dévastation
> que des actes
par un renversement inoui de toute moralité , le carnage qu'ils en ont fait a reçu une
approbation éclatante ? La
première et la plus importante de toutes les mesures étair de lcs ramener
par la douceur, et de les retirer de leur
mais du moment
égarement :
queceshommes, à-la-fois
et féroces, sont autorisés à ne voir dans le simples
dans
meurtre >
lincendie, et la dévastation
> que des actes --- Page 294 ---
(250)
justes et légitimes, ne regarderont-ils pas l'approbation de tant de forfaits comme uneinvitation, comme
un encoutagement à en commettre d'autres?
Est-ce, d'ailleurs, entre deux races d'hommes que
la nature a faites si différentes entr'elles > et qui
n'ont aucune liaison ni rapport de préjugés 2 de
goûrs et d'habitudes ; est-ce 2 dis-je, entre des
hommes dontl la position respective a SI étonnamment
changé, qu'on prétend répartir l'exercice commun
d'une organisation politique 3 qui ne peut avoir de
solidité que par le concours unanime de toutes les
volontés, et Par la tension de tous les esprits vers
le même objer? Ya-t-il rien de plus miraculeux,
ou plutôr a-t-on jamais supposé rien de plus chimérique, de plus absurde, que l'Européen et l'Aficain, c'est-à -à-dire, les deuxp peuples de l'univers les
plus opposés au moral et au physiqne dont la
longue habirude méme de vivre ensemble n'a pu
altérer ni modifier les différences, confondant toutà-comp leurs inclinations, prenant le même esprit,
et marchant d'un p.as égal vers uIn but uique P
Qui dirigera l'esprit public ? Quels soit les hommes
qui composcront les assemblées primaires et électorales ? enfin qui remplira les fonctions administratives ? Est-ce le petit nombre encore existant de
blancs instriits 9 ol la multitude avengle et ignorante ? Peut on douter qu'il n'y ait toujours-là des
intrigans préts à l'agiter et à l'entrainer dans des
inclinations, prenant le même esprit,
et marchant d'un p.as égal vers uIn but uique P
Qui dirigera l'esprit public ? Quels soit les hommes
qui composcront les assemblées primaires et électorales ? enfin qui remplira les fonctions administratives ? Est-ce le petit nombre encore existant de
blancs instriits 9 ol la multitude avengle et ignorante ? Peut on douter qu'il n'y ait toujours-là des
intrigans préts à l'agiter et à l'entrainer dans des --- Page 295 ---
(251)
nouvelles; et croit-on que ces noirs;
convulsions
depuis cinq
devenus les plus forts, et accoutumés
croità T'incendie, eràl l'assassinat ;
ans au pillage,
même ils déposeraient suon, dis-je, que quand féroces, ils ne seront pas
bitement ces habitudes
intolérans
toujours au moins insolens, vexateurs et
envers la classe opprimée ?
les
Qne les partisans fanatiques des noirs, que
fabricateurs de ces plans aient recours, pour cn assurer
les plus violens 5 qu'ils
le succès > aux moyens
totalement les blancs de Saint-Domingue,
expulsent
ils investissent leurs prooù qu'à leur exclusion, >
de la faculté
tégés de tous les droits politiques et
serait se
de les exercer 5 toujours est-il vrai que ce
leur
illusion que de compter de
faire étrangement
uniformes, et pour se per
part, sur des dispositions
volonté. Pour se consuader qu'on les dirigera à sa
il ne faut
vaincre de la futilité de ces espérances,
et réféchir un instant sut
que regarder en arrière,
les faits passés. N'est-ce pas d'étranges républicains,
en s'insurgeant ont généraque ces brigands qui
ralement arboré l'étendatt de la royauté, et commis
tant de forfaits sous ses auspices ; ces scélérats obstinés
rejettant avec mépris les promesses et
> qui
de la
préles propositions des délégués
France,
férèrent de se jetter dans les bras de ses ennemis,
sanglante et acharnée à ces
et firent une guerre
voulaient les commêmes commisaires-civils, qui
généraque ces brigands qui
ralement arboré l'étendatt de la royauté, et commis
tant de forfaits sous ses auspices ; ces scélérats obstinés
rejettant avec mépris les promesses et
> qui
de la
préles propositions des délégués
France,
férèrent de se jetter dans les bras de ses ennemis,
sanglante et acharnée à ces
et firent une guerre
voulaient les commêmes commisaires-civils, qui --- Page 296 ---
(252) )
bler de bienfaits ? Quels républicains
T
que ces
hommes qui firent disparaitre en un clin-d'ail cette
belle armée confiée aux pacificateurs Polverel et
Santhonax 2 et qui absorbèrent les sacrinces immenses d'hommes , d'argent et de munitions que
la métropole avait faits pour cet armeinent ! Au
moment méme ouj Pécris,cesenfinsingntsscombarene
encore contre leurs bienfaiteurs, contre cette patrie
qui veut à toute force les adopter , et qui semblable à une marâtre injuste et cruelle, repousse
de son sein maternel des fils tendres et
soumis, 3
pour prodiguer toutes ses faveurs, toute sa-prédilection à Ceux dont elle n'a à attendre qu'insensibilité et ingratitude.
Non ! il est impossible de s'aveugler sur l'esprit
général de CCS hordes inconstantes, > entraînées par
lintérér du moment 2 mais qui reviendront toujours à leurs habitudes, et aux chefs que la nature
semble leuravoir assignés. On a pu en gagner quelques-uns et les retenir momentanément à force de
caresses,.de présens s et sur-tour en Alattant leur
goûr inné et dominant pour le désordre : c'est en
vain qu'on a accablé les plus marquans d'entr'eux
de récompenses et d'honneurs militaires , qui les
assimilent aux Jourdan 9 aux Pichegru 3 et qui
élèvent de vils brigands au niveau des héres de
la France (*) : ce ne sont s dans l'exacte vétité , que
(*) On a pu voir quelques détails instructifssur ces dif.
sur-tour en Alattant leur
goûr inné et dominant pour le désordre : c'est en
vain qu'on a accablé les plus marquans d'entr'eux
de récompenses et d'honneurs militaires , qui les
assimilent aux Jourdan 9 aux Pichegru 3 et qui
élèvent de vils brigands au niveau des héres de
la France (*) : ce ne sont s dans l'exacte vétité , que
(*) On a pu voir quelques détails instructifssur ces dif. --- Page 297 ---
(253)
d'une
2 ne jouissant que
de purits et obscurs partisans
de
influence sur la mulitude > et suivis
mnédiocre
chefs dans T'histoire des désastres de Ssint-Domingue
férens
no. 17, à Paris), et com-
(chez Gamery, ,libraire, rue Serpence, vainement essayé d'atment Polverel et Santhonax, aprèsavoir
quelà méramorphoser
tirer à eux les principaux, parvinrent de royalistes qu'ils
ques- uns des plus obscurs en républicains, célebre par la défaite
étaient ; entr'autres le brigand Pierrot,
et qui deux
honteuse du général Laveaux, en avril 1793,
secours des commissaires - civils,
mois apiès, appellé au
du Cap pour ses troupes,
moyennant la promesse du piliage
sur
contiibua si efficacement a la victoire qu'ils remportèrent suivie de
Galbaud, et qui fut immédiatement
le gouverneur
ville
et infortunée.
T'entière desciuction de cette
opulente Je serais étonné que
(Voyez pages 280 et 309 du livre cité.)
liste nombreuse
ce mème Pierrot n'ait pas été compris dans la faite à Saintde généraux de brigade et de division qu'on a
la peine
s'il
avait lieu de croire que d'après
Domingue, , n'y
j'étais eneut à le retenir dans le bon parti, lorsque
qu'on
il a peut-ètre repassé sous les étencore à Saint- Domingue,
Peut-être aussi que le général
darts royaux de Jean-François.
a eu linitiative de cette
en chef Laveaux, qui, de la colonie,
le souvenir
singulière promorion, conservant profondément T'a voloude T'échec que Pierrot lui fit autrefois essuyer, kyrielle.
rayé de la nombreuse
tairement et peu généreusement: Toussaint YOuverture, atIl n'a pas été si rigoureux pour
des commissairesdepuis le départ
tiré au parti républicain
Bieda, avait écé
civils, et qui, sous le nom de Toussaiur des
furieux
cette époque un des pius illustres et
plus
jusqu'a
colonie. Laveaux T'affectionnant comme
dévastateurs de la
fixer son inconsun de SeS nouveaux convertis , on voulant debrigade. De
tance, n'en a fait faire rienmoins qu'un générel
rigoureux pour
des commissairesdepuis le départ
tiré au parti républicain
Bieda, avait écé
civils, et qui, sous le nom de Toussaiur des
furieux
cette époque un des pius illustres et
plus
jusqu'a
colonie. Laveaux T'affectionnant comme
dévastateurs de la
fixer son inconsun de SeS nouveaux convertis , on voulant debrigade. De
tance, n'en a fait faire rienmoins qu'un générel --- Page 298 ---
(254)
quclques bandes vagabondes, attirées commè eux
par des promesses et par l'espoir du pillage. Anjourd'hui dans un parti, demain dansle parti opposé,
et toujours prêts ise jetter du côté qui leur promet
de satisfaire leur penchant indestructible pour le
brigandage. Mais on n'a fait que d'inutiles démarches pour vaincre la résistance du vice-roi du
pays conquis, Jean-François, et du généralisme des
armees du roi Biassoi 3 qui les premiers levèrent
l'étendart de l'insurrection, qui, suivis de l'élite
des chefs, et des guerriers noirs, , restèrent constamment attachés aul Parti qu'ils avaient embrassé,
et quitantôr sous les drapeaux de la royauté, tantôt
souts ceux des Espagnols, firent et font encore une
guerre cruelle aux zélateurs du parti conttaire.
quelle prodigieuse influence nejouit pas maintenant ce Laveaux,
si médiocre, si piroyable sous les commisaires-civils, loisqu'à l'attaque de la tannerie iltremblait de peur et d'admiration en voyant la brillante bravoure des jeunes volontaires
du Cap, et devenu un homme essertiel, un grand homme
depuis que le poids des affaires est retombé sur jui seul!
Mais qu'a-t-il donc fait pour mériter la réputation brillante
que Ses amis s'effcrcent de lui assurer? Ce qu'il a fait !
il a mis la dernière main à la désorganisation de cette CO+
lonie malheureusc, et il a eu la gloire de dévaster, avec ses
nombreuses et invincibles légions d'Africains, des quaitiers
intactes jusqu'alors s et ce > maigré tous Jes efforts d'une
roignée d'habitans et d'anglaisaccablés par le besoin, le climas
et par les maladies
riter la réputation brillante
que Ses amis s'effcrcent de lui assurer? Ce qu'il a fait !
il a mis la dernière main à la désorganisation de cette CO+
lonie malheureusc, et il a eu la gloire de dévaster, avec ses
nombreuses et invincibles légions d'Africains, des quaitiers
intactes jusqu'alors s et ce > maigré tous Jes efforts d'une
roignée d'habitans et d'anglaisaccablés par le besoin, le climas
et par les maladies --- Page 299 ---
(255)
Voili les chefs des noirs par excellence : voili ceux
tous leur affection et leur
qui possèdent par-dessus
faidévouement, et aux ordres desquels quelques
crainte
les empècher
bles intérêts ou la
peuvent la multitude a les
d'obtempérer : c'est sur eux que
fixés comme sur leurs premiers libérateurs >
yeux véritables rois de Saint-Domingue. Quelle que
etles
la diversité des sentimens et
soit extérieurement
auxquels les noirs en général pades mouvemens
qu'en secret
raissent se livrer > on peut compter chefs naturels, et
leurs coeurs appartiennent à ces
tôt ou tard, et dès que l'occasion s'en présenque
de gré ou de force à toute
tera, ils se soustrairont
sous leurs loiset
autre domination 2 pour se ranger
sous leur commandement.
de
Telles sont les vérités que les faiseurs
rapde relations emphatiques et menports brillans >
sans doute, et qu'ils se
songères n'ignoraient pas
de divulguer. C'est tout simple 5
sont bien gardés
dangereusement
elles eussent éclairé T'opinion trop
le succès de leur phantastique
pour eux et pour
expédient de séduire
édifice. Ils ont trouvé plus
flatteuses et incohsiles esprits par des promesses le soin de les accomdérécs, et de laisser ali tems
cette longue et épouplir 1 , ou de faire oublier
des
vantable série d'intrigues et de malheurs, par
intrigues et des malheurs nouveaux.
s'efforce de jetter un voile
Qne le charlatanisme --- Page 300 ---
(256)
épais sur ces dispositions réelles et incontestables,
Que la fureur obstinée de mettre la dernière main
à des plans qui n'ont produit encore que des malheurs, n'ait pas même P'air de douter qu'on puisse
appliquer à des sauvages ignorans et exaspérés, une
constitution qui ne convient qu'à des hommes instruits et dociles, et que, malgréquatorze cents ans de
lunières et de connaissances acquises dans tous les
genres, onl a tant de peine à consolider chez le
pauple le plus poli, le plus civilisé de l'univers :
ii suflic de se reporter faiblement sur le passé, de
s'instruire des faits principaux et de les comparer,
pour se convaincre que les machinateuts de cette
trame infernale n'ont pas tout dit, et que ce n'est
que Far une dérision coupable et sacrilège, qu'on
peut appeller défenseurs de Saint Domingue, ceuxlà même qui l'ont anéantie, et honorer du titre
de républicains 3 des brigands qai ont combattu et
combatient encore contre la république, ou peindre comme près de le devenir, des hommes divisés en vingt partis différens , mais toujours disposés
à se réunir sur un seal point > le pillage et la dévastation.
Masenfin,adopronshypothédiquement ces atroces
et impudens mensonges comme des vérités prouvées : supposons un instant que les Jean-François,
les Biassoû, les Macaia, les Thomas, et un grand
nombre d'autres chefs et guerriers noirs, ramenés
par
publique, ou peindre comme près de le devenir, des hommes divisés en vingt partis différens , mais toujours disposés
à se réunir sur un seal point > le pillage et la dévastation.
Masenfin,adopronshypothédiquement ces atroces
et impudens mensonges comme des vérités prouvées : supposons un instant que les Jean-François,
les Biassoû, les Macaia, les Thomas, et un grand
nombre d'autres chefs et guerriers noirs, ramenés
par --- Page 301 ---
(257)
par In raison et les promesses, aient
opiniitreré
déposé cette
qu'on tenta si souvent et si
de Aéchir:
inutilement
supposons qu'ils se soient rangés àun
auquelils ontj
parti
entoute rencontre, de
rrietastien
manifester: : toujoursest-il
que les inclinations ct le
vrai,
génie ne
et qu'en vain O11 s'obstinerair à
changeront pas,
et chimériques
conserver d'absurdes
sublimes
espérances et à se persuader que les
conceptions de la
binaisons
philosophic, et les comingénieuses de la
trop au-dessus de
politique, nie soient pas
dont
Fintelligence d'une peuplade brûte
ces longues convulsions n'ont fait
vertir
que perl'entendement et linstinct, et qui
autrefois, par sa docilité,de céder
capable
er sans résistance aux
machinalement
lui
mouvemens qu'on aurait voulu
imprimer,s'est transformée
vocation, et par. l'exercice
depuis , par la produ crime et des vengeances, s en une. - troupe de tygres altérés de
de dogues furieux et prêts à s'élancer
sang,
ment sur lenrs ennemis véritables
indistinctequi les comblair de
3 et sur la main
bienfaits.
Qà'on me demande maintenant ce, qui doit finalement arriver : le voici, à moins
ne vienne détruire
qu'un miracle
fondre les
toutes les probabilités et concalculs de l'expétience er de la
humaine..
prudence
ruinée,
Qu'on se représente une contrée
dévastés 2 un désert couvert de
inondé da
de
décombres,
sang
ceux quile fertilisaient, et inTome 1,
R
bienfaits.
Qà'on me demande maintenant ce, qui doit finalement arriver : le voici, à moins
ne vienne détruire
qu'un miracle
fondre les
toutes les probabilités et concalculs de l'expétience er de la
humaine..
prudence
ruinée,
Qu'on se représente une contrée
dévastés 2 un désert couvert de
inondé da
de
décombres,
sang
ceux quile fertilisaient, et inTome 1,
R --- Page 302 ---
(2;S)
festé par une multitude indisciplinée, dont l'élite
arrachée aux paisibles travaux de Tagriculture, est
maintenant agitée par toutes les passions, et se livre sails frein à tous les désordres qu'entrainent la
guerre, la licence, et la férocité. Qu'on considère
ces nouveaux guerriers devenus indociles en proportion de la pesanteur du joug qui les opprimait
autrefois > suivant tantôt U11 parti, 2 tantôt un autre,
et se montrant toujours prêts à voler vers celui
quileur offre le plus d'occasions de satisfaire leurs
goûts : royalistes souS les chefs qui leur donnèrent
le signal de la révolte, et les conduisirent à la liberté ; républicains SOuS ceux qui leur procurent
de nouveaux désordres à commettre 5 des villes opulentes à piller ; s'occupane enfin , aujourd'hui, à
faire des irruptions fréquentes et à enlever quelques lambeaux des débris préservés jusque-là de
leur fureur, et que les propriéraires > soutenus de
quelques étrangers, s'efforcent en vain de leur arracher. Tout est bouelversé dans cette-isle malheureuse : des plaines fertiles et couvertes de richesses
ne sont plas que des champs de bataille : les utiles
instrumens de l'agritulture ont été remplacés dans
les mains des cultivateurs, par ceux de la dévastation
et de la mort, et des ruines stériles sont tout ce
qui reste des nombreux trésors que la colonie ellvoyair à la France...
Qu'on sereprésente, dis-je > maintenant la guerre
leur arracher. Tout est bouelversé dans cette-isle malheureuse : des plaines fertiles et couvertes de richesses
ne sont plas que des champs de bataille : les utiles
instrumens de l'agritulture ont été remplacés dans
les mains des cultivateurs, par ceux de la dévastation
et de la mort, et des ruines stériles sont tout ce
qui reste des nombreux trésors que la colonie ellvoyair à la France...
Qu'on sereprésente, dis-je > maintenant la guerre --- Page 303 ---
(259)
fnie,Préaringer éloigné par les traités ou
et des pacificateurs
parla force;
nationaux, le philantrope Santhomax, par exemple 2 arrivant au milieu de ces hordes sanguinaires, environné de ceux de ses
rateurs les plus Propres par leurs faits et le coopédu passé à fixer leur confiance
souvenir
Ce Amis,leur dira-
>> t-il, reconnaissez vos
Protecteurs, > ceux
>> ont poussés à
qui vous
tremper VOS mains dans le
>> vOs tyrans 5 et à anéantir tout d'un sang de
5, qu'aux traces des
coup jusmoyens avec lesquels on
>> retenait dans un cruel et honteux
vous
32 connaissez ceux
esclavage : requi, pour l'amour de
5> pas balancé d'épuiser les
vous, n'ont
ressources de la
3> d'incendier les villes
France,
peuplées et opulentes oùi
j forgeaient VOS fers, et de sacrifier
se
35 non ces Colors orgueilleux
par milliers, 5
dont le
était
5> nos yeux, comme aux vôtres
sang
a
> plus vil
5> des animaux; mais ces
que celui
3) les
guerriers européens - 3 dont
légions nous avaient été confiées
et
pour vous
réduite, que nous avons, sans hésiter,
> molées à votre bonheur. Les
im5) notre longue absence loin de momens même de
i infructueusement
vous, n'ont pas été
employés : grace à nos soins et
5) à notre zèle, les taches qui obscurcissaient
$ gloire et la nôtre sont effacées : tout
vorre
est oublié,
(*) En me livrant, ily adéja quelques mois, à ces
je m'attendais peu que j'aurais deyiné si juste.
réflexions,
R: 2
bonheur. Les
im5) notre longue absence loin de momens même de
i infructueusement
vous, n'ont pas été
employés : grace à nos soins et
5) à notre zèle, les taches qui obscurcissaient
$ gloire et la nôtre sont effacées : tout
vorre
est oublié,
(*) En me livrant, ily adéja quelques mois, à ces
je m'attendais peu que j'aurais deyiné si juste.
réflexions,
R: 2 --- Page 304 ---
( 0 260 )
23 et la France ne voit plus en vous que des en-
>2 fans d'adoption dignes de toute sa tendresse :
>> elle ne voit plus dans les maux affreux que nous
2) avons opérés ensemble, que les mouvemens lé-
>> gitimes, d'hommes qui s'efforcent de briser les
39 fets de l'oppression, et des victoires que de
a géréreux républicains ont obtenues, en soutenant
32 dignement la gloire des armes de la liberré. Par
2 nous, les éloges et les récompenses vous ont été
3 prodiguées ; l'érranger qui voulait vous asservir
37 est revoussé loin de vous 3 le colon oppresseur
>> erre dans l'opprobre et la misère, et VOS enne-
>> misintérieurs et extérieurs n'existent plus > ou sont
32 dans l'impuissance de vous nuire.
3> Maintenant, amis, nous venons mettre le com9> ble à ces bienfaits : après de si longues et si cruelles
>> agitations, nous vous apportons le bonheur, dont
32 le gagea assuré est dans la constirution françuise,
que
3) nous sommes chargés d'établir parmi vous, et gui,
22 vous garantissant la jouissance desdroitsdelhomme
>) libre, vous élève désormais, d'esclaves que vous
>> étiez, au rang glorieux de républicains, au niveau
3> du premier peuple de l'univers. Mais si c'est parles
>> convulsions et par d'horribles déchiremens que vous
>> êtes parvenus à conquérir ces droits, ils ne peuvent
99 désormais s'exercer et se consolider que dans un état
>9 de paix et de tranquillité. Ceux qui vous donnèrent
1p le signal pour accabler VOS tyrans, et qui, pendant
claves que vous
>> étiez, au rang glorieux de républicains, au niveau
3> du premier peuple de l'univers. Mais si c'est parles
>> convulsions et par d'horribles déchiremens que vous
>> êtes parvenus à conquérir ces droits, ils ne peuvent
99 désormais s'exercer et se consolider que dans un état
>9 de paix et de tranquillité. Ceux qui vous donnèrent
1p le signal pour accabler VOS tyrans, et qui, pendant --- Page 305 ---
(261)
s) cette lutee longue et sanglante,rendirent
>> leurs efforts en sourenant les
vains tous
vôtres, vous
>> sent que tous VOS
avertisdangers sont passés, et
>> moment est enfin arrivé de
que le
>> teurs et aux
prouver à VOS détracnôtres, que ce n'est pas en vain
>) France VOLIS a comblés de bienfairs.
que la
Comme
>> riers, vous avez bien mérité de la
guer-
>> comme
patrie; achevez,
culivateurs, de lui montrer ce
>p êtes capable de faire
elle
que vous
pour
:
il en
déposez,
est
tems, ces armes confiées à VOS mains
extermi-
>> ner vos ennemis et les
pour
siens; reprenez les
3> et utiles instrumens du
paisibles
37 faire
labourage; il est tems de
renaître pour elle ces richesses
9> autrefois de
qu'elle retirait
vos travaux, et qu'avec tant de
>> sité elle a momentanément
générosacrifiées à votre
> heur;
bonreprenez ces travaux nécessaires à ses intérêts
>> et à sa prospérité; songez qu'elle s'est
>>
épuisée pour
vous, > d'hommes, , d'argent et de
>> qu'elle a droit d'en
munitions, et
attendre, un léger
>> ment des sacrifices immenses
dédommagequ'elle vous a faits
*
>> écoutez sa voix maternelle et
9>
bienfaisante; c'est
notre organe qu'eile vous
par
parle, cette
>> vous adopta, et qui a
de
pacrie qui
repoussé son sein
D> pres enfans, coupables à ses
de
ses proyeux vous avoir
>> rannisés. Que dis-je ! n'a-t-elle
ty59 carnage
pas applaudi au
que vous enavez fait,en brisant vos
5 etne regarde-telle
fers,
pas en ce moment, avec dédain
5> et incensibilité, le pecit nombte de CCUX
qui ont
R;
par
parle, cette
>> vous adopta, et qui a
de
pacrie qui
repoussé son sein
D> pres enfans, coupables à ses
de
ses proyeux vous avoir
>> rannisés. Que dis-je ! n'a-t-elle
ty59 carnage
pas applaudi au
que vous enavez fait,en brisant vos
5 etne regarde-telle
fers,
pas en ce moment, avec dédain
5> et incensibilité, le pecit nombte de CCUX
qui ont
R; --- Page 306 ---
(262) )
53 échappé à vOS coups ? Enfin, elle a tout fait pour
$) vous, et elle comble la mesure de ses bienfaits, en
s5 VOuS envoyant des lois sous lesquelles vous vivrez
32 heureux et libres. De son côté, elle s'attend avec
25 confiance, que VoUs reprendrez VOS travaux avec
32 une ardeur inconnue dans les tems de votre servi93 tude,'e et que vous cultiverez pour elle ces riches
35 productions dont elle ne peur se passer. C'estmoins
3> une condition qu'elle vous impose, > qu'an léger
s> effort qu'elle attend de votre reconnaissance. Ren- a
52 trez, , braves Africains, rentrez paisiblement dans
>> vos foyers; prouvez aux biancs, en travaillant avec
3> zèle et assiduité, que vous pouvez bien sans eux,
32 créer ces précieuses denrées, et opérer ces miracles
3> d'art et d'industrie qui les rendaient si vains; et
33 montrez à Punivers le touchant exemple d'un peu3> ple furieux et capable detout, pour conquérir sa li3> berté, rentrant au premier signe de la patrie dans
35 l'exercice du travail et des vertus paisibles.. .99.
Telest le texte sur lequel roulera, à
le
-
coup str,
discours du commissaire Santhonax, ott de tout autre
chargé decette mission épineuse. Voici la réponse que
je n'hésite pas de mettre hypothétiquement dans la
bouche de l'orateur noir, chargé de répondre a1l nom
des siens : Cs Santhonax : à ton premier abord à Saint99 Domingue, til nous fis une guerre cruelle : réuni
32 depuis à nous, et devenu le premier, le plus accré92 dité de nos chefs, tu nous abandonnas subitement,
,
discours du commissaire Santhonax, ott de tout autre
chargé decette mission épineuse. Voici la réponse que
je n'hésite pas de mettre hypothétiquement dans la
bouche de l'orateur noir, chargé de répondre a1l nom
des siens : Cs Santhonax : à ton premier abord à Saint99 Domingue, til nous fis une guerre cruelle : réuni
32 depuis à nous, et devenu le premier, le plus accré92 dité de nos chefs, tu nous abandonnas subitement, --- Page 307 ---
(263)
29 tu livras le chef-lieu de la colonie aux Anglais; et,
>> au lieu de veniravec nous chercher une retraite dans
32 HOS montagnes, tu transigeas honteusement avec
>> eux, par un traité dont le résultat fut ton départ
9) pourl l'Europe. En un mot, nous devrions éprouver
nous
involontaire3> à ta vue, cette défiance qui
agite
>> ment en présence de tout ce qui est blancs-amis ou
>> ennemis. Mais nous n'oublirons pas tes services pas3 sés; nous reconnaissons en toi celui i qui.nous dela
la
décisive de 1103
5> vons
plus glorieuse >
plus
nous
le
de
39 victoires; ; celui qui
procura
pillage
39 l'opulente ville du Cap; celui qui, parla chûte de
barrière
insurmontable, donna à
9> cette
jasqu'alors
>> notre fureur la faculté de s'étendre silr les points de
93 la colonie ou nous n'avions encore pu pénétrer, et
3> dont pas un seul lambeau n'eit échappé à notre
39 rage exterminatrice, si ces perfides Colons, soutede
étrangers, n'avaient résisté à nos
9> nus
quelques
3> efforts, et ne nous avaient opposé un rempart inex3> pugnable, Jusqu'i présent, ceux que tul laissas après
>> toi, nous ont trouvés obéissans et brians d'ardeur,
les
d'excerminer, de dévas52 toutes fois qu'ils'est agi
3> ter et de causer des maux nouveaux à nos ennemis.
22 Tu reviens, dis-tu, nous apporter la paix et la conS3> titution française, et tu nous exhortes à retourner
ce
et dur métier, dont le
9> à noS travaux, à pénible
>> souvenir seul nous fait frissonner et rallume toute
22 notre fureur!
R4
és obéissans et brians d'ardeur,
les
d'excerminer, de dévas52 toutes fois qu'ils'est agi
3> ter et de causer des maux nouveaux à nos ennemis.
22 Tu reviens, dis-tu, nous apporter la paix et la conS3> titution française, et tu nous exhortes à retourner
ce
et dur métier, dont le
9> à noS travaux, à pénible
>> souvenir seul nous fait frissonner et rallume toute
22 notre fureur!
R4 --- Page 308 ---
(264)
3> Tu nousapportes la paix! Sont - ils détruits jus9) qu'au dernier, ces habitans, ces maîtres odieux
>> contre lesquels tu exasperas toi-même notre haîne
$> et notre vengeance ? sont-ils au moins chassés loin
s> des contrées que nous habitons? car tant que nous
32 ne serons pas délivrés de leur voisinage, nous croi39 rons toujours qu'il y a des dangers pour nous à
s> craindre, et des coups à frapper..
>> Tu nous apportes une constitution, les droits de
S l'homme ! Nous n'attendions pas d'autres droits
3> que ceux dont nous avons Su nous saisir nous32 mémes, et que nous saurons conserver : mais
12 notre faible intelligence ne peut saisir tout-à-coup
>> le sens de ces mots mystérieux, que tu nous expli-
>> queras à loisir, toi qui nous donnas autrefois des
32 ordres si faciles à comprendre, et que nous sûmes
3 si bien exécuter..
35 Quant at travail, cesse, s 6 Santhonax, de nous
32 rappeller des souvenirs douloureux. Quoi ! après
39 avoir si long-tems resté parmi nous, nous connais-tu
59 assez peu pour te méprendre à ce point sur le vé39 ritable but de nos efforts? crois-tu que ce soit pour
5) reprendre un jour le travail que nous ebhorrons,
2) que nous avons égorgé nos maitres, briséynos ins35 trumens, et exercé notre rage jusque sur ces Stl5> perbes monumens, pouranéantir jusqu'au souvenir
32 de notre antique esclavage, et jusqu'ala possibilité
22 d'y revenir? C'est pour la détruire cette possibilité
assez peu pour te méprendre à ce point sur le vé39 ritable but de nos efforts? crois-tu que ce soit pour
5) reprendre un jour le travail que nous ebhorrons,
2) que nous avons égorgé nos maitres, briséynos ins35 trumens, et exercé notre rage jusque sur ces Stl5> perbes monumens, pouranéantir jusqu'au souvenir
32 de notre antique esclavage, et jusqu'ala possibilité
22 d'y revenir? C'est pour la détruire cette possibilité --- Page 309 ---
(255 )
s c'est pour rendre désormais tout travail
32 cable ct inutile, c'est enfin
imprati-
>> jusqu'au
pouroterin nos ennemis
deicerifesperanée de nous
>> le joug, > que nous avons tout dévasté, remettre sous
s que nous n'avons
incendié, et
pas laissé pierre sur
32 nous as-tu pas livré toi-mème les
pierre. Ne
5> qu'i ton
débris qui, jusattivée, avaient résisté à notre
3> impétuosité N'astu
première
>> fois si brillantes,
pas parcouru ces plaines autreoit il ne reste plus de trace
2> ture, et donz quelques décombres
decul-
>> leur ancienne
restent seuls de
magnificence ? Est-ce
39 viens nous parler de
bien toi qui
>> qui revient
reprendre nos chaînes, ou, ce
au même, de rentrer
< travail journalier,
dans cet état de"
dont nous
>> l'exemption
croyions avoir acquis
Par tant de forfaits et de
>> France voudraitelle
sacrifices? La
mettre à ses
3> dicions qui leur ôteraient
bienfaits des co1-
>> illusoires ?
leur prix en les rendant
3) Non, non! nos
9>
freresd'Europe ne sauraient exiger que nous fassions pour eux ce
3) tions pas pour nous-mèmes.
que nous ne fe3> des besoins,
Que nous importent
desjouissances et
3,
desintéréts
ne connaissons Pas ! Sans doure la
que nous
>> été plus avare
nature n'a pas
>> départi les
pour eux que poar nous, et leura
moyens de subsister, et des terres
>2 ment fertiles à cultiver. S'il
égale-
>> qu'ils
en était autrement s
accourent, s gu'ils viennent
* des douceurs du climat
jouir avec. nous
sous kequel nous vivons: :
desjouissances et
3,
desintéréts
ne connaissons Pas ! Sans doure la
que nous
>> été plus avare
nature n'a pas
>> départi les
pour eux que poar nous, et leura
moyens de subsister, et des terres
>2 ment fertiles à cultiver. S'il
égale-
>> qu'ils
en était autrement s
accourent, s gu'ils viennent
* des douceurs du climat
jouir avec. nous
sous kequel nous vivons: : --- Page 310 ---
(266 )
S nos bras leur sont ouverts : nous partagerons avec
32 joie les richesses faciles qu'il nous prodigue; elles
3> suffisent à notre bonheur : nous n'en connaissons s
3> nin'en voulons connaitre d'autre que la banane dé59 licieuse, l'orange, 3 l'ananas et la multitude variée
99 de productions qu'il nous accorde spontanément ct
3> presque sans soin. Nos jouissances consistent dans
3) une molle oisiveté et dans quelques plaisirs faciles
s> à nous procurer, et peu de chosc sufit à notre féli3> cité. Reste, Santhonax ! reste près de nous pour la
3 partager et en être témoin, ou bien retourne vers
s ceux qui t'ont envoyé : vas leur porter les témoi32 gnages de notre reconnaissance : dis-leur que nous
> n'oublirons jamais leurs bienfaits, dont le souvenir
3> nous sera rappellé sans cesse, 2 par la vue seule de ces
s armes redoutables dont ils armèrent nos mains, et
39 dont nous jurons de faire un digne usage contre
>9 tous ceux, quels qu'ils soient, qui oseraient trou-
>9 bler notre repos, contrarier nos inclinations, ou at-
>2 tenter à notre liberté.. : 1 .5).
Que.les noirs soient capables ou non de faire cette
réponse, il est certain du moins qu'ils penseront et
qu'ils agiront d'après les inclinations que je leur connais, et d'après les principes que je leur préte. Dans
une question pareille, il ne s'agit que de savoir ce qui
existe J pour prévoir ce qui doit arriver. Le raisonnement et les subtilités métaphysiques S, sont ici des
guides bien moins stirs que la nature; et je me crois
.5).
Que.les noirs soient capables ou non de faire cette
réponse, il est certain du moins qu'ils penseront et
qu'ils agiront d'après les inclinations que je leur connais, et d'après les principes que je leur préte. Dans
une question pareille, il ne s'agit que de savoir ce qui
existe J pour prévoir ce qui doit arriver. Le raisonnement et les subtilités métaphysiques S, sont ici des
guides bien moins stirs que la nature; et je me crois --- Page 311 ---
(267 )
les rèveurs de projets brilfondé à battre en raine
du ceeur et des
lans, par la seule certitude d'avoir
des hommes dont ils'agit, une connaissance
préjugés
Outre ce point essenqu'ilsr ne penveneaveiraenaite
sur des
tiel pour asseoir un établissement quelconque
bases solides, on y peut encore appliquer quelquesvérirés communes et générales, dont on
unes de ces
tenterait vainement de s'écarter.
selon la
elle-même modifie ses lois,
La nature
les habitans
variété des climats : elle a pu soumettre
à la nécessité de trades pays froids ou tempérés
le labourage
vailler, ou d'une vie active, tel que
ou la chasse à laquelle les saudes peuples civilisés,
subsister; et sa sage
vages du nord se livrent pour
dans leurs
prévoyance n'a pas manqué de placer
ce travail, ou pour cette
cceuts un penchant pour
existence mais clle
activité desquels dépend leur
n'a
formé pour cet état dur et pénible, P'homme
pas
heureux, et qu'elle
qu'elle a placé sous un ciel plus
environné de toutes ses richesses : elle lui a égaa
que la force
lement donné des goûts analogues,
mais.
bien dénaturer oul violenter un instant,
peut
reviendra dès qu'il en sera le maître. Tout
auxquelsil
de
dépend de la volonté et des arrangemens primitifs des
et il n'est
rare de voir
cette mère commune 2
pas
différente,
hommes quise trouvent dans une situation
des mêmes choses d'une manière diamétralejuger
Pour les hommes fixés sous ces climent opposée.
lement donné des goûts analogues,
mais.
bien dénaturer oul violenter un instant,
peut
reviendra dès qu'il en sera le maître. Tout
auxquelsil
de
dépend de la volonté et des arrangemens primitifs des
et il n'est
rare de voir
cette mère commune 2
pas
différente,
hommes quise trouvent dans une situation
des mêmes choses d'une manière diamétralejuger
Pour les hommes fixés sous ces climent opposée. --- Page 312 ---
(268)
mats heureux, que le soleil ne cesse d'échauffer de ses
rayons les plus ardens, 3 le travail est l'esclavage, et
l'oisiveté est la vraie liberté : les peuples métidionaux
préféreront toujours une servitude tranquille à une
liberté active et laborieuse.
Peu de contrées rentrent dans cette règle plus que
l'isle de Saint-Domingue. Qu'on se rappelle la douiceur, la molle insouciance des indigènes, des premiers habitans que Colomb trouva sur ces rivages
fortunés. Qu'on se rappelle la lâche apathie à laquelle
s'abandonnèrent leurs conquérans énervés par ses
douces influences. Quelque fausse ct injuste que soit
lapplicationgue) Boissy d'Anglas a voulu faire de cette
vérité aux Colons français, je n'hésite pas à citer ce
qu'ila dit lui-même des effets de ce climat, que P'énergie et l'ambition européenne ont seules été capables
de surmonter. Mais, : si selon lui, le Français même
n'a pu se défendre.de la mollesse qu'il inspire, comment y résisterait T'Africain, qui n'est susceptible ni
de la manière de voir,i de la cupidité, ce puissant
véhicule de l'ardeur du premier, et qui se montra
constamment froid etinsouciant au spectacle de lasoif
brûlante des richesses quidévorait les Européens.
Enfin Sain-Domingae est le séjour du bonheur >
fondé sur l'oisiveté et le repos : c'est la patrie de
la liberté et de l'homme exempt de nos besoins
factices 2 et qui ignore les biens et les maux de
nos sociétés. C'est enfin le paradis terrestre pour
l'ardeur du premier, et qui se montra
constamment froid etinsouciant au spectacle de lasoif
brûlante des richesses quidévorait les Européens.
Enfin Sain-Domingae est le séjour du bonheur >
fondé sur l'oisiveté et le repos : c'est la patrie de
la liberté et de l'homme exempt de nos besoins
factices 2 et qui ignore les biens et les maux de
nos sociétés. C'est enfin le paradis terrestre pour --- Page 313 ---
(269)
Phomme nésous ce climat ou sous un climat
logue, et quin'aj jamais connu
les
anasimples qu'il
que
jouissances
procure > et que les richesses naturelles
qu'il produit, Je le
et
répère, > l'européen ambitieux
entreprenant a pu seul conserver son
son activité , sous un ciel qui
énergie et
goûts paisibles et l'amour du n'inspire que des
et son insatiable
repos : son ardeur,
cupidité éraient seules
d'enfanrer les miracles
capables
quiy ont été
ces exploits des héros de
opérés. Cerres,
célebres élevésavec
Fantiquité, ces monumens
les ticheses et les
nations
dépouilles des
vaincues, 3 sont des cfforts de Phumanité
moins
bien
prodigieux, 2 ou bienmoins
voiren moins d'umsiècle,erp
satisfisns, que de
lever au plus haur degré de presquesans moyens, s'éornée de villes
splendeur > une colonie
nissait à la France peuplées et opulentes, > et qui fourplus de trésors
les Remainsn'en retirèrent de
qu'Alexandre et
l'Asie
ce de l'africain indolent
conquise. Estdrait la
et paresseux qu'on attenreproduction de ces prodiges
auxquels il coopérait
d'industrie,
machinalement P
on 3 pour couronner les espérances formées Compteraittelligence d'hommes qui,
sur Pinaprès une
rience, ne furent jamais
des longue expétomates, et qui à l'école de que
manceuvres auapprendre
leuropéen, ne surent
que ses vices!
Quoiqu'il en soit, lascèneest
changée : les
par lesquels O1l était parvenus à ce
moyens
dégré éminent
'industrie,
machinalement P
on 3 pour couronner les espérances formées Compteraittelligence d'hommes qui,
sur Pinaprès une
rience, ne furent jamais
des longue expétomates, et qui à l'école de que
manceuvres auapprendre
leuropéen, ne surent
que ses vices!
Quoiqu'il en soit, lascèneest
changée : les
par lesquels O1l était parvenus à ce
moyens
dégré éminent --- Page 314 ---
(270)
de prospérité, sont brisés ou détendus. Que restes
t-il donc à faire pour les rétablir?
On ne saurait trop le répéter : c'est en vairi
qu'on voudraitjuger de F'agriculture, des intérêtset
de P'économie politique des Antilles > d'après ce
qu'on voit en Europe. Ici la devise de la nature
et du législateur qui l'a étudiée > est travail et liberté : mais sous la zone-torride 3 liberté et oisiveté
sont la conséquence infaillible l'une de F'autre.,Si
on veut utiliser les contrées qu'on y possède > il
faut les envisager sous un point de vue différend. Il n'y a pas de milieu, il faut y renoncer >
ou astreindre au travail , les noirs, s les blancs même 2
non - par les moyens de persuasion qui seraient trop
réussir dans les preprécaires > quoiqu'ils pussent
miers momens d'enthousiasme et de jouissance d'un
nouvel état > mais par ceux del la force coactive àla-fois et réprimante. Si on imposait simplement le
travail aux noirs, comme une condition de la prétendue liberté qu'on leur a donnée, sans employer
les seuls moyens efficaces,ce sera peu,sils ne sont
que des sujets inutiles à leur patrie adoptive. Gênés
dans le plus irrésistible de leurs goirs, forcés de
reprendre des occupations qu'ils pensaient avoir
abandonnées pour un repos étcrnel > ils croiront
n'avoir rien gagné à leur changement d'état. Ils sentiront renaître leur inquiétude, leur haîne se rallumera, ils deviendront des tigres altérés du sang de
uls moyens efficaces,ce sera peu,sils ne sont
que des sujets inutiles à leur patrie adoptive. Gênés
dans le plus irrésistible de leurs goirs, forcés de
reprendre des occupations qu'ils pensaient avoir
abandonnées pour un repos étcrnel > ils croiront
n'avoir rien gagné à leur changement d'état. Ils sentiront renaître leur inquiétude, leur haîne se rallumera, ils deviendront des tigres altérés du sang de --- Page 315 ---
(271) )
leurs bienfaiteurs mêmes ; accoutumés
ditions
aux expésanglantes, et n'érant plas surveillés comme
autrefois > ils trouveront facilement l'occasion
renouveller les scènes affreuses d'un
de
et de faire usage des armes
soulèvement,
qu'on a si
ment confiées à leurs mains. Et
imprudemmouvement
guand, par un beau
des
d'humanité, et par un oubli profond
plus chers intérêts de la France,
le parti extrême de les
> Oil prendrait
abandonner entièrement à
eux-mémes, 3 pense-t-on que ce généreux sacrifice
rait au moins compensé par la considération
seheur qu'on leur aura
da bonprocuré ? Dans une
situation > le noir se livrerair sans
pareille
contrainte àses
penchans > à l'indolente paresse qui le
il serait ce qu'est le Caraibe
caractérise ;
mélangé de SaintVincenr, avec lequel il a une commune
et qui, malgré la fréquentation
origine
habituelle des
(*) Ces Caraibes sont issus d'une
importait dans une colonie, et dont le cargaison de noirs qu'on
un ouragan, ficn naufrage sur la côte de l'isle vaisseau, de poussé Par
Ces noirs furent accueillis par les Caraibes Saint-Vincent.
s'alliant avec eux, ils formèrent cette
indigènes, et en
voit aujourd'hui. Les Européens
race mélangée qu'ony
bissemens dans cette
fondèrent depuis des étaisle, et furent souvent
fendre et d'employer des forces
forcés de se déPrimer la férocité de ces hommes envoyées d'Europe pour réPas sans Peine qu'ils ob:inrent jaloux et inquiets : ce n'est
de la partie qu'ils
d'eux la Possession Paisible
ont forcément occupent, et que les anciens
consenti Par des traités à leur propriétaires
abandonner' :
ens
race mélangée qu'ony
bissemens dans cette
fondèrent depuis des étaisle, et furent souvent
fendre et d'employer des forces
forcés de se déPrimer la férocité de ces hommes envoyées d'Europe pour réPas sans Peine qu'ils ob:inrent jaloux et inquiets : ce n'est
de la partie qu'ils
d'eux la Possession Paisible
ont forcément occupent, et que les anciens
consenti Par des traités à leur propriétaires
abandonner' : --- Page 316 ---
(:271 )
Européens , Te n'a rien perdu de son caractère primitif : ou bien pour faire une comparaison. plus
rapprochée, 2 il sera ce qu'était avant la révolution, >
Phomme de couleur libre > qui toujours borné aux
goûts simples de la nature et du
climat, 3 toujours
indifférent au spectacle des richesses que les blancs
accumulaient sous ses yeux 2 bornait ses desirs au
peu qu'il possédait, et paraissait préférer le repos
aux moyens faciles d'en acquérir également. Enfin
les noirs seront un nouvel exemple à ajouter à ceux
déjisi nombreux et si uniformes des peuplades msridionales etseptencrionales de l'Amérique , qui depuis des siècles vivent près des Espagnols opulens, ou deslaborieux Anglo-Américains, sans avoir
jamais paru tentés de les imiter. Mais il ne faut
pas s'attendre qu'ils jouissent d'un bonheur durable,
et que rien ne viendra troubler : peut-être ne serontils sortis d'un esclavage que pour retomber dans un
mais quelque chose qu'on ait pu faire, quelques caresses qu'on
leur ait prodiguées, jamais on n'a pu calmer leur sombre défiance, et encore moins les séduire par la vue des richesses et des
jeuisuncesesropéenses, non qu'ils ne s'en fussent fort bienaccommodés, mais Parce qu'ils les trouvèrent trop chères en les
achetant au prix de leurs habitudes, et par le sacrifice de leur
heureuse oisiveté. En un mot, ces sauvages, livrés à euxmêmes, sont avjpurd'hui ce qu'ils étaient it y a cent ans.
Je me trompe, ils sont devenus, avec les européens, voleurs,
fourbes et ivrogues.
autre
esses et des
jeuisuncesesropéenses, non qu'ils ne s'en fussent fort bienaccommodés, mais Parce qu'ils les trouvèrent trop chères en les
achetant au prix de leurs habitudes, et par le sacrifice de leur
heureuse oisiveté. En un mot, ces sauvages, livrés à euxmêmes, sont avjpurd'hui ce qu'ils étaient it y a cent ans.
Je me trompe, ils sont devenus, avec les européens, voleurs,
fourbes et ivrogues.
autre --- Page 317 ---
(273)
autre bien plus intolérable. Ce
l'ascendant et par les efforts des ne sera plus sous
reprendront leurs chaines
Européens 3 qu'ils
n'existera
: une servitude nouvelle
plus pour multiplier nos
pour la prospérité de la
jouissances, et
désormais perdu
métropole Tout est
les
pour elle : ce sera parmi
que
Africains trouveront des
eux-mêmes
veaux tyrans : ce sera dans leur maîtres, 3 de nous'élèvera un roi, un
propre sein que
empereur, un chefenfin,
exerçant son autorité sur eux à la manière
qui
ces d'Afrique, les accablera
des princent fois que celui
d'un joug plus pesant
fort bien dit
qu'ils ont secoué. Comme l'a
Boissy
bien différent,
d'Anglas > mais dans un sens
des
s les colonies américaines
liens qui les unissaient à la France affranchies
bientôr la conquère du
> seront
premier brigand
qui, sous prétexte de liberté, leur
audacieux
veaux fers
préparera de nouEh! qu'a-t-on besoin de
rans
prévoir ? Ces
s ces brigands audacieux n'existenz-ils conquéDoute-t-on que les chefs
pas déjà ?
de leur crédit
qu'ils. se sont donnés n'usent
et du droit du plus
si recommandable chez
fort, ce droit
Le vice-roi
tous les peuples de la terre ?
Jean-François > et le
Biassot, ces Stoflet et ces Charette de généralissime
qui depuis quatre ans
TAmérique,
forces de la
tiennent en échec toutes les
ils
métropole et de la colonie, ne sontpas-la prêts à reçueillir leurs
Tome, I,
dépouilles, et à
S
sont donnés n'usent
et du droit du plus
si recommandable chez
fort, ce droit
Le vice-roi
tous les peuples de la terre ?
Jean-François > et le
Biassot, ces Stoflet et ces Charette de généralissime
qui depuis quatre ans
TAmérique,
forces de la
tiennent en échec toutes les
ils
métropole et de la colonie, ne sontpas-la prêts à reçueillir leurs
Tome, I,
dépouilles, et à
S --- Page 318 ---
( 2 274 )
mettre à profit l'ascendant qu'ils ont acquis suf
l'esprit des noirs : Doure-t-on, que suivis de légions
nombreuses et aguerries ils tardent à tout soumetrre
de gré ou de force ? Que la France conserve quelqu'infuence sur Saint-Domingue et y maintienne
une force capable de traverser leurs projets > ils
se retrancheront comme ils Pont fait jusqu'à pré-.
sent, dans leurs montagnes inexpugnables, d'oà ils
feront des courses et des irruptions continuelles; et
ils se contenteront de ténir en haleine un ennemi,
don: le climat, la misère, et une existence si pénible et si agitée ne tarderont pas à les débarrasser.
Si la colonie est abandounée, ou qu'on n'y maintienne pas des moyens imposans de défense, elle sera
indubitablement pour eux une conquète de peu de
jours. Eh ! comment encore 5 la France appauvrie s
épuisée par tant de pertes et de sacrifices, pourraitelle sourenir à grands frais ce systême de défense
dans une possession, qui au lieu des trésers dontelle payait autrefols sa prorection, n'est pour elle,
dans Pétat actuel , qu'un gouffte de dépenses et
de sacrifices!
P. S.J'ai récemment appris , par les papiers-nouvelles, que
les généraux Jean-François et Biassou avaient quitté SaintDomingue pour se rendre en Espagne, ou ils ont recu tous
les honneurs militaires dus à leur grade et à leur réputation.
Çe bruit peu honorable pour le gontemtmutepapel, ibesoin d'être constaté poury çroire. D'autres m'ont appris,, et
uel , qu'un gouffte de dépenses et
de sacrifices!
P. S.J'ai récemment appris , par les papiers-nouvelles, que
les généraux Jean-François et Biassou avaient quitté SaintDomingue pour se rendre en Espagne, ou ils ont recu tous
les honneurs militaires dus à leur grade et à leur réputation.
Çe bruit peu honorable pour le gontemtmutepapel, ibesoin d'être constaté poury çroire. D'autres m'ont appris,, et --- Page 319 ---
(275)
De manière ou
soit
ait
d'autre,
qu'on
eii viie
le bonheur'de ces hommes, soit qu'on veuille r'oucela est bien
plus probable, 3 qu'ils ont été saisis et qu'ils doivent être jagés, afin de laver la nation espagnole de Thorrible
tache imprimée sur elle par le massacre du Fort-Dauphin.
Maintenant que ces deux dangereux
la multitude avait les
brigands, 3 sur lesquels
yeux fixés, ne sont plus à Sainta
Domingue, qui ya-t-il, me demandera-t-on, à craindre désormais ? Je répondrai qu'il y reste encore une foule de scéa
lérats déterminés et également accrédités, dont il n'y a rien
de mieux à espérer. Il- y a un Toussaint Breda, dit l'Ouverture, charretier de l'habitation Breda, qui après avoir été
Pendant quatre ans un des plus illustres chefs du
est aujourd'hui le grand réorganisateur de la brigandage,
Thomas
colonie; un
3 commandeur de Mondion, qui au nom du roi
et des Espagnols, > nous donna en aott 1793, à Plaisance,
vingt-quatre heures pour capituler 5 un Barthélemi,
de Desgrieux, qui eût l'honneur de frapper les
cuisinier
danslinsurrection. de 1791, et de laverle
premiers coups
le sang des! blancs surpris... Mais
premier ses mains dans
ces trois individus sont devenus novissime d'ardens républicains, et généraux de
de
la façon de Fermont. Eh bien! moi,
brigade
par les mains de ces mêmes hommes je prédis que c'est
de
que sera versé le reste
sang Français qui est encore à Saint-Domingue.
Je ne parle pas d'une foule d'autres chefs, du terrible
actif Macaia, > qu'on n'a pu séduire, et qui avec ses
fidè- et
les soldats, attend au milieu des
plus
paraitre
montagnes l'occasion de re- 1
avec éclat; enfn d'un Etienne Andros, chef du
dernier
égorgement qui a eu lieu dans la
Port - de : Paix. Ce scélérat
montagne du
> après cette belle
est resté libre et tranquille comme si rien n'était. Je équipée deman- s
dais à un arrivant de Saint-Domingue,
pourquoi le général
Sa
qui avec ses
fidè- et
les soldats, attend au milieu des
plus
paraitre
montagnes l'occasion de re- 1
avec éclat; enfn d'un Etienne Andros, chef du
dernier
égorgement qui a eu lieu dans la
Port - de : Paix. Ce scélérat
montagne du
> après cette belle
est resté libre et tranquille comme si rien n'était. Je équipée deman- s
dais à un arrivant de Saint-Domingue,
pourquoi le général
Sa --- Page 320 ---
(276 )
de la prospérité natiovrir les soutces réparatrices
manquera le bur qu'on
nale , il est démontré qu'on
Si on abandonnait l'isle de Saint-Dose propose.
mingue à elle-mème, elle serait non indépendante
mais désolée par de nouyeaux déet heureuse,
mais livrée à la tyrannie de quelques
chiremens, >
éternel d'une multitude
chefs, ou au brigandage
aveugle et féroce. Si on la conserve, en la soumetlois constitutionnelles, on manque encore
tant aux
d'an'importe à la métropole
son but, parce qu'il
voir des colonies que pour son utilité. Elles ne peu:
vent lui être utiles que par P'activité et Tindustrie
de leurs habitans : or, selon la constitution, nul
chef Laveaux ne l'avait pas fait saisir et juger. Il m'a
en
naivement qu'on ne pouvair se faire une idée des
répondu
dont cet officier était forcé d'user, et ques s'il
ménagemens
remplacé, tout serait perdu sans resétait malheureusement
individu hlanc nommé
source. De plus, j'ai su qu'un
,
Rodrigues, ancien soldat au régiment du Cap, et maître
d'armes, était parvenu à rassembler autour de lui un grand
nombre de noirs qu'on fait monter jusqu'à huit mille, avec
ce misérable rivalise de puissance avec Laveaux, et
lesquels
Les propos de sa troupe,
lui cause beaucoup d'inquiétude.
bien
qu'il augmente de jour en jour, sont qu'ils voient
qu'il en faut finir, et qu'ils ne seront tranquilles et libres
lorsqu'ils auront tout exterminé, blancs et mulâtres..
que Je prie le lecteur de se bien pénétrer de ces détails très authentiques, et qui le mettront en état de mieux apprécier
la justesse de ce qui va suivre.
aveaux, et
lesquels
Les propos de sa troupe,
lui cause beaucoup d'inquiétude.
bien
qu'il augmente de jour en jour, sont qu'ils voient
qu'il en faut finir, et qu'ils ne seront tranquilles et libres
lorsqu'ils auront tout exterminé, blancs et mulâtres..
que Je prie le lecteur de se bien pénétrer de ces détails très authentiques, et qui le mettront en état de mieux apprécier
la justesse de ce qui va suivre. --- Page 321 ---
277 )
n'est obligé de faire ce que la loi
et
n'ordonne pas;
certainement, comme je l'ai suffisamment
la force seule peut rendre le travail
prouvé,
habicuel et
obligatoire sous un climat où l'homme favorisé de la
nature, n'a qu'à tendre la main pour trouver
sistance, et où il ne connaît ni le
sa subvéhicule de
besoin, , ni le
Aammaic le Tambition, ce véhicule puissant qui enraculeusement courage de Teuropéen, et lui fit misnrmonter les influences d'un climat
qui permer peu qu'on s'écarte des
pire et des règles qu'il
goûts qu'il insimpose. Toutefois,
que dévoré qu'il fûr
quelpar l'insatiable
rement il'se livra au travail
cupidité, raqu'il laissa à des êtres
pénible des champs
plus
et mieux organisés
fots, plus acclimatés
: que sera-ce donc du noir e
n'anisond éducation, ni ses
J qui
Il me reste à examiner préjugés, ni ses intérèts...
la
aux' intérêts de la
question par rapport
France, ce centre
part , où tout doit
duquel tout
intérêt
aboutir, et auquel tout autre
est subordonné : mais avant
ce
d'entrer dans
développement, > je terminerai ce
pandant quelque lumière
chapitre , en ré.
sur un incident
parson importance, doir nécessairement
qui,
manière
influer d'une
majeure sur cette
et
ses effets directs
question, ajouter
ou indirecrs, de
par
tacles à sa solution définitive.
nouveaux obscession faite à la France
Je veux parler de la
tie de l'isle de
par FEspagne, de la parSaint-Domingue que cette puisS 3 --- Page 322 ---
(278) )
sance possédait. Ça été sans doute un douloureux
sacrifice que celui d'une telle possession territoriale,
pour une nation qui eut toujours pour principe de
n'en céder aucune, > et à qui il a dû en coûter beaucoup pour remettre en des mains étrangères une
colonie qui fut le berceau de sa gloire et de sa
puissance en Amérique. Le gouvernement français
a paru regarder cette acquisition comme un dédommagement suffisant des frais énormes de la guerre
qu'on venait de términer, et des conquètes qui'ont
été restituées à IEspagne. On a même porté la préveation et l'engoûment , jusqu'à placer nominativement cette portion de Saint-Domingue ati rang
des domaines nationaux servant d'hyporhegue aux
assignats.. . 00
Sans trop chercher à déprécier cette
conquête, 2 je vais faire quelques observations en
homme qui l'a parcourne 5 et qui a réféchi sur
Jes avantages qui en pouvaient résulter pour la
France, long-tems avant de prévoir qu'elle pourrait un jour lui appaitenir : je laisse aux amis de
la vérité,ux hommes qui la connaissent, le soin
de soutenir ou de combattre mes assertions.
La partie espagnole de Saint-Domingue embrasse
3-peu-près les trois cinquième de l'étendue de cette
colonie : elle est déserte vers le centre s et nonobstant quelques établissemens et manufactures qu'elle
possède dans les environs de Santo-Domingo, sa
capitale, ou ailleurs, on peut dire généralement Bas
appaitenir : je laisse aux amis de
la vérité,ux hommes qui la connaissent, le soin
de soutenir ou de combattre mes assertions.
La partie espagnole de Saint-Domingue embrasse
3-peu-près les trois cinquième de l'étendue de cette
colonie : elle est déserte vers le centre s et nonobstant quelques établissemens et manufactures qu'elle
possède dans les environs de Santo-Domingo, sa
capitale, ou ailleurs, on peut dire généralement Bas --- Page 323 ---
(279) :
et inculte , sur-tout
lant, qu'elle cst dépeupléc française qui en est sécomparativement à la partie
irrégulière 2 qui commençant
paréc par une ligne
de la rivière du massacré,
au non,afembonchurc ville du Fort-Dauphin > SC termine
non loin de la
A l'exception de
vers le sud, à la baie du Neybe.
les Franhabitations que les liaisons avec
quelques
stinulant de leur industrie et
çais,et le spectacle fait érablir sur,la froptière,
de leur opulence ont
forêts antiques, et ses
ses mornes sont converts de
le coton,le
plaines O1l vallées, au lieu'de produire
oà
forment de vastes huttes paissucre et l'indigo,
de bètes à corne et
sent de nombreux troupeaux
à
un grand précavalines. Il règne Saint-Domingue sol
Il
de la fécondité de ce
vierge.
jugé en faveur
est fondée, à
y a lieu de croire que cette, opinion
avoisine les côres maritimes;
Tégard de tout ce qui
le défaut d'eau et
mais Péloignement de la mer,
feront toujours de ce qui est 7
de communications
centre un désert stérile et inhabirable.
situé aul
de hattes
A l'exception des riches propriétaires exiscent à
du
nombre d'établissemens qui
et
petit
la popuSant-Domingne, tout ce qui compose
lation vit dans la médiocrité et à peu-près comme
libres. Ce ne sont plus ces Espagnols
nos nègres
envahirent cette contrée à
cruels et avides, qui
: le décause de ses mines > et qui la dépeuplerent:
S4 --- Page 324 ---
(280) )
faut de forces, Pimpuissance de les exploirer & les
influences du climat, ont insensiblement éteint
leur avarice s et en ont fait des pasteurs ou des
colons clair-semés dans une vaste étendue de pays,
et vivant avec leurs familles et quelques esclaves,
du produit de leurs travaux. Ces occupations peu
pénibles leur laissent"tout le tems de se livrer à
de doux loisirs, eux et ces serviteurs, qu'ils traittent avec une douceur qui forme un contraste bien
singulier avec l'inhumanité de leurs ancêtres : elles
consistent souvent dans la chasse du ranyier et d'autres oiseaux dont ce pays couvert abonde, de la
pintade et du porc, derace européenne, > qui n'ayant
besoin, sous cet heureux ciel, d'autres soins que
ceuxde la nature, sont devenus marons ou sauvages,
et ont abandonné l'habitation domestique pour aller
peupler prodigieusement dans les bois. Cet exercice.
est pour ces Espagnols 3 non-seulement une jottissance s mais encore une de leurs principales ressources 2 par l'échange qu'ils font habituellement
dans la partie française", d'une quantité prodigieuse
de tasso s ou porc fumé , et d'autre gibier délicieux, contre quelques marchandises.
On a souvent agité à Saint-Domingue 3 lequel
était plus avantageux à la France, de posséder la
totalité de Fisle, Oll que l'Espagne conservât la partie qu'elle occupe ; les hommes instruits, et qui ont
médité sur cet objer important 2 ont constamment
2 par l'échange qu'ils font habituellement
dans la partie française", d'une quantité prodigieuse
de tasso s ou porc fumé , et d'autre gibier délicieux, contre quelques marchandises.
On a souvent agité à Saint-Domingue 3 lequel
était plus avantageux à la France, de posséder la
totalité de Fisle, Oll que l'Espagne conservât la partie qu'elle occupe ; les hommes instruits, et qui ont
médité sur cet objer important 2 ont constamment --- Page 325 ---
(281 )
5 et voici sur quoi ils
conclu pour ce dernier parti;
se fondaient.
étend de plus en plus ses
La partie française
à
de sa plus grande
cultures(je me reporte Tépoque
Rorissplendeur) et devient de jour en jour plus
il s'en faut bien qu'elle soit parvenue
sante : mais
encore des terres
à son dernier période. Il reste
dans la
immenses et fertiles à défricher, sur-tout
actuelle n'est pas
partie du sud,et sa population étendue et ses
la moitié de celle qu'exigerair son
Si le commerce narional, stimulé par son
moyens.
les
que le gouverneintérêt et par
encouragemens fournir à ses plus
ment lui prodigue, peut à peine
besoins, et occasionner une légère augpressans
ne poutdans la
agricole,il
mentation
population
rait à plus forte raison suffire à ceux d'une posnouvelle et beaucoup plus vaste, qui sesession
d'être
la
rait bientôt à charge 2 et qui au lieu
pour
France et pour sa colonie une source d'avantages,
deviendrait infailliblement d'une foule d'inconle
de ses cul-.
véniens ; tels que d'absorber ane partie
seraient attirés par l'espoir de s'y
tivateurs qui y
des terres plus fertiles et de sy enrjchir,
procurer
et de devenir la retraite assurée de tous les fugitifs de la partie française. Ainsi, tant que cette dernière aura des terres nouvelles à cultiver, tant que
au-dessous de ses propres besoins,
sa populationsera
et que de nouveaux débouchés ne seront pas ou- --- Page 326 ---
(282)
verts à son industrie et à ses denrées 2 tout aggrans
dissement territorial, sans être plus avantageux au
commerce et à la métropole > ne pourrait qu'être
préjudiciable à ses propres intérêts.
D'un autre côté, > la partie française fut toujours'
alimentée par la colonie espagnole, qui fut constamment en possession de lui fournir toutes les bêtes
à cornes nécessaires à sa subsistance, et un nombre considérable de chevaux et de mulets pour les
manufactures et l'exploitation. D'ailleurs, c'est un
débouché avantageux et assuréd'une immense quantité de marchandises de fabrique française : 5 et qai
étant d'habitude payées comptant et en espèces, entretiennent ou augmentent même, le numéraire nécessaire aux transactions commerciales, lequel, > sans
cette ressource, disparaitrait par les exportations que
les nationaux en font secrettement.
II est inutile de m'étendre davantage sur ce point
intéressant et digne des plus profondes méditations.
Mais si à l'époque de la plus grande puissance de la
France, dans un tems où son commerce, son industrie et ses ressources semblaient pouvoir sufire à tout,
il a paru iconvenant aux bons esprits, d'ajourer une
propriété nouvelle à une autre déjà si importante, de
quelle utilité peureureanjourdhui un territoire immense, dénué de bras et de tout moyen de culture?
De quelle atilité, dis-je, peur-il étre,alors que la partie qui aurait pu, par ses ressources, coopéter à son dé-
issance de la
France, dans un tems où son commerce, son industrie et ses ressources semblaient pouvoir sufire à tout,
il a paru iconvenant aux bons esprits, d'ajourer une
propriété nouvelle à une autre déjà si importante, de
quelle utilité peureureanjourdhui un territoire immense, dénué de bras et de tout moyen de culture?
De quelle atilité, dis-je, peur-il étre,alors que la partie qui aurait pu, par ses ressources, coopéter à son dé- --- Page 327 ---
(233)
épuisée, anéanftichement progresif, cst elle-mème
décimée
sa
a été cruelleinent
tie, et que population
par tous les malheurs accumulés?
les
Dans les tems les plus Aorissans, et auxquels dont
le plus de valeur, celles
terres avaient acquis
s'érait réservé la disposition, ne furent jamais
létat
de
et de lucre; elles
pour lui un objet
spéculation
et sans
furent toujours concessionnées gratnitement etfaclauses généralcs
autre, condition que quelques
Loin de vendre
vorables aux progrès de Yagriculrure.
O11 lai prodiguait des encourale sol aul culivateur,
desaccroisemens
fertiliser; et la lenteur
mens pourle
de
de la colonie à certaines époques, ne provint que
qu'on avait sagement juce que ces encouragemens,
insuffisans. Il
gés nécessaires, 2 furent négligés ou
assertions hasardées sur cette matière 2
mânquait aux.
classer gravement cette cond'entendre anjourd"hui
au, nombre des grandes ressources sur lesquelles
quète
de ses engagemens
le crédit national et Thypothèque
sont appuyés..
cédéeà
Sila partie espagnole de Saint-Domingue,
le traité de paix de 1795, est destinéed
la France par
otl seulement
devenir pour elle un objet important,
rien ne
utile, ce ne peut être qu'à une époque que le
de
Il faudrait vouloir bien;
permet cncore prévoir.
de tant
il fandrait remonter de bonne foi aul principe
chercher à T'excirper; il faudrait, avant
de maux, et
commencer par
d'oser former un semblable espoir,
omingue,
le traité de paix de 1795, est destinéed
la France par
otl seulement
devenir pour elle un objet important,
rien ne
utile, ce ne peut être qu'à une époque que le
de
Il faudrait vouloir bien;
permet cncore prévoir.
de tant
il fandrait remonter de bonne foi aul principe
chercher à T'excirper; il faudrait, avant
de maux, et
commencer par
d'oser former un semblable espoir, --- Page 328 ---
(284)
rendre à la partie française une partie de son éclat;
car sans elle, sans les efforts dont elle seule est capable, que pourra-t-on opérer? Pour citer un obstacle
entre mille, qui ne manqueront pas de s'opposer au
succès de toute entreprise, et à larendre impraticable,
comment aurait-on des bras pour former des établissemens nouveaux, tandis qu'elle n'en a pas suffisamment pour travaillerà sa restaufation? Y transplanterat-on des blancs d'Europe? les guerres sanglantes n'en
ont que tropimmolé, et la France est loin de pouvoir
faire de nouveaux sacrifices. Y enverra - t- on des
noirs tirés de la partie française ? il n'y en a presque
plus; et ceux qui par leur vigueur et leur adresse
pouvaient coopérer à cet essai, sont devenus impropres à tout objet d'utilité. Enfin la ressource de la
traite est désormais fermée.
En attendant qu'on lève toutes ces difficultés, la
partie espagnole de Saint - Domingue est un objer à
charge à la France, dangereux même par sesinconvéniens inévitables, si l'on n'y remédie promptement.
Loin d'acquérir un nouyeau degré d'utilité, elle ne
saurait même conserver celle qu'elle avait autrefois
pour la colonie française; elle ne sera utile qu'à nos
brigands, qui y trouveront de nombreux troupeaux à
dévorer, après avoir dès long-tems épuisé tous les
nôtres, dont il n'existe plus une tête. Les anciennes
liaisons qui régnaient entre les deux colonies, déjà
interrompues par la guerre,seront à jamais détruites
Loin d'acquérir un nouyeau degré d'utilité, elle ne
saurait même conserver celle qu'elle avait autrefois
pour la colonie française; elle ne sera utile qu'à nos
brigands, qui y trouveront de nombreux troupeaux à
dévorer, après avoir dès long-tems épuisé tous les
nôtres, dont il n'existe plus une tête. Les anciennes
liaisons qui régnaient entre les deux colonies, déjà
interrompues par la guerre,seront à jamais détruites --- Page 329 ---
(285)
effets naturels de leur réunion, et parla disperpar les
nationale, leurs
sion des Espagnols, 2 que Tantipathie
leur exissi dangereux pour
préjugés et un voisinage entraîneront loin de cette
tence et leurs propriétés, aller chercher ailleurs la paix
isle malheureuse, pour
espérer. Les
ne peuvent plus y
et la sûreté, qu'ils
leur
ce pays comme
conquête,s'y
noirs > regardant
déétendront dans l'objet d'y trouver quelques
satisfaire des goûts auxquels la partie
pouilles , et d'y
n'offre déjà plus d'alifrançaise dévastée et épuisée,
ment.
reste dans un état perEnfin, que Saint-Domingue
ou
de convulsions et de bouleversement, 2
manent s'attache tout de bon au parti de Putiliser et
qu'on rétablir le travail : dans le premier cas, le petit
d'y nombre d'amis de. la paix, noirs, jaunes ou blancs,
iront chercher un refuge secret dans les gorgesretirées
: dans l'autre cas, tout
des montagnes espagnoles
lassera,
noir qui se refusera au travail, ou quis'en
anciens foyets, et ira au loin avec sa
désertera ses
le bonheur et la vraie lifamille, chercher le repos,
cette partie, où rien ne
berté.De manière oul d'autre,
et.inautrefois échapper à la vigilance active
ponvait
chasseuts
sera ouverte atl pretéressée des
espagnols,
mier occupant : les contrées désertes et inabordables
le
de rous les fugitifs et des
seront, au besoin, répaire
ennemis de l'ordre public; elles y formeront
brigands de nation commé les nègres des montagnes
un corps --- Page 330 ---
286 0e )
Eleues, à la Jamaique. De là, ces guerriers, dressés
depuis quatre ans à l'école da meurtre > du pillage
et de la dévastation, 5 feront des irruptions continuelles sur les pays habités, les ruineront ou s'opposeront, par leurs ravages, à leur accroissement. Là
aussi, peut-étre, sera le centre d'un nouvel empire
qui embrassera un jour toute l'isle de Saint-Domingue
(*) On verra dans le plan de restauration qui termine cet
ouvrage, les avantages qu'on en peut retirer, et à quel genze
d'utilité elle peut être propre.
Fin du Tomepremier.
la dévastation, 5 feront des irruptions continuelles sur les pays habités, les ruineront ou s'opposeront, par leurs ravages, à leur accroissement. Là
aussi, peut-étre, sera le centre d'un nouvel empire
qui embrassera un jour toute l'isle de Saint-Domingue
(*) On verra dans le plan de restauration qui termine cet
ouvrage, les avantages qu'on en peut retirer, et à quel genze
d'utilité elle peut être propre.
Fin du Tomepremier. --- Page 331 ---
(1287 1
TABLE
DES CHAPITRES
DISCOURS I.
Cnar.I.Des Colonies de Panciquitéet du moyen ages
amenérent leur établissedes causes et de l'objet qui
métrodes liens qui les unissaient à leurs
ment 5
la découverte du nouveau
polés ; de la révolution que
de
monde occasionna dans le systôme politique
Page I
lEurope.
de la Colonie française de
CHAP. II. Fondation
Saint-Domingue : des circonstances particulières
réunion à la France, et des conditions
desa
auxquelles elle dut s'opérer.
III. De P'objes que les nations modernes se
CHAP.
leurs colonies 5 rapports
sont proposé en fondant
de ses
avec sa métropole 5
de Suint-Domingue
de dissolution
progrès et de ses abus ; des germes
des
renfermait aul dedans d'elle-même 3 et
qui'elle
retardé
ces derniers
causes qui en ont
jusqu'a
le
et les funestès effers. 40
tems développement de Péranger sur les malCHAP. IV. Del'influence
heurs de Saint-Domingue 5 intrigues et complots
la
et de la colonie j des
au sein de
Métropole --- Page 332 ---
(:38)
causes diverses et opposées qui ont concouru à sa
ruine.
DISCOURS II
CHAP. V. État actuel de Saint-Domingue ; des mesures adoptécs pour la rétablir.
CHAP. VI. Suite du précédent; du noir; des obszacles qu'opposeront aux plans projectés - ses
inclinations et les localités.
DISCOURS III
CHAP. VII. Du décret du 16 Pluviose ( 1794 v.st.);
examen de SeS dispositions et des efets qu'il doic
produire; de l'application de la constitution française à la colonie de Saint-Domingue.
CHAP. VIII. Suite du précident; de la partie espagnole de Saint-Dontingue.
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E796
Susl.
8233r
V.
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