--- Page 1 ---
REFLE CXIONS
DU CITOYEN
DESP A R B E S,
SUR LES ARRÉTS
ORDONNÉS A CAMBEFORT,
JAFFIAXE que dans le moment que
je reçus, le 19 octobre, entre neuf et
dix heures, 7 la lettre des commissaires
civils, Cambefort s'étoit rendu chez moi
pour me communiquerlordre qu'il avoit
reçu 2 sur lequel tous ceux dont mon
appartement étoit rempli s'écrièrent qu'il
ne seroit pas exécuté ; qu'en pareille
circonstance Mauduit avoit été assassiné, et la ville du Port-au-Prince saccagée.
Je voyois, par la lettre des commissaires, qu'ils soupçonnoient le danger
A --- Page 2 ---
RPJCO
(2)
que Cambefort couroit, puisqu'ils lui
annonçoient la protection de la loi.
J'étois invité,j'étoisptié de lui donner
telle escorte que je jugerois à propos :
c'étoit un point très-délicat, si j'avois
eu une escorte à ma disposition ; si elle
avoit été forte, 2 l'on m'auroit imputé
qu'elle s'étoit présentéc en état d'agression; j'aurois été responsable des coups
de fusil qui auroient été tirés.
Si elle avoit été foible, 9 l'on m'auroit
reproché le malheur qui m'avoit élé
prédit.
Je ne pouvois faire escorter Cambefort
que par son régiment, ou par celui de
Walch, puisque le commandant du bataillon des gardes nationales m'avoit
prévenu le matin qu'il ne marcheroit
que sur la réquisition des commissaires.
Dans cette crise je le prévins que
j'avois mis Cambefort aux arrêts; je lui
Otois par-là le commandement de. son
régiment, 9 et m'assurois de sa personne
pour la rendre à l'ordre des coinmissaires.
Ils le sentirent 7 puisque, 7 par leur pre- --- Page 3 ---
(3):
mière réquisition 1. 7 ils demandent que
Cambefort SC rende sur FLole.
J'étois descendu sur le Champ-deMars : les mêmes oppositions se fortifièrent par le concours des soldats; ils
protestèrent que Cambefort ne s'embarqueroit pas, 7 ou qu'ils le suivroient. La
preuve qu'ils persistèrent existe dans
l'adhésion des commissaires à leur demande.
Dans cet intervalle, j'écrivis aux commissaires 9 je leur dépéchai aides-decamp sur aides-de-camp 7 avec lesquels
je pris le parti d'aller chez eux, pour
leur faire observer que ce que je leur
écrivois et faisois dire étoit une répétition de ce que l'on m'opposoit contre
l'exécution passive de la réquisition.
Enfin, étant muni de la dernière, 2 je
la lus publiquement, en observant que
ma personne et mon autorité étoient
compromiscs 9 qu'il falloit obéir : les
troupes rentrèrent sous mes yeux dans
leurs cascrnes 2 ct Cambefort donna sa
pour
leur faire observer que ce que je leur
écrivois et faisois dire étoit une répétition de ce que l'on m'opposoit contre
l'exécution passive de la réquisition.
Enfin, étant muni de la dernière, 2 je
la lus publiquement, en observant que
ma personne et mon autorité étoient
compromiscs 9 qu'il falloit obéir : les
troupes rentrèrent sous mes yeux dans
leurs cascrnes 2 ct Cambefort donna sa --- Page 4 ---
(4)
parole de se rendre sur le vaisseau l'Éole
à quatre heures.
Je n'avois pas accepté la proposition
des commissaires, de charger. d'Hirmisdalde cette mission, que j'allai remplir,
soit qu'ils voulussent effectivement que
leur maison me servit de refuge 9 ou
qu'ils cussent reconnu que j'étois trèsfatigué. Je crus devoir me mettre à l'abri
de toute interprétation en agissant par
moi-mème, 9 qui étois seule responsable.
T'outes les troupes étoient rentrées
dans leurs casernes, quand une pièce
de canon déboucha sur la maison de
Cambefort : elle fut braquée à deux
toises de la galerie d'où j'avois vu défiler les troupes pour rentrer dans leurs
casernes. J'y étois resté seul plusieurs
minutes avec mes aides-de-camp. J'ai
remercié le citoyen la Chaise d'avoir
arrêté la main du canonnier à un pouce
de la lumière, 9 en mon nom et en celui
de mes aides-de-camp, qui avoient suivi
ma contenance, bien epposée a celle d'un --- Page 5 ---
(5)
homme qui cherchcroit un refuge dans
le danger. J'étois si peu décontenancé
que je descendis de la galerie, 2 et queje
causai quelques minutes avec ceux qui
avqient trainé et escors@lapitcedecanon,
Je rentrai chez moi, d'ou j'entendis
qu'il arrivoit des troupes, des canons 9
ctc. etc. ctc. La place étoit au premicr
venu ; je n'ai pas cherché à être instruit
de ce qui 8C passoit : j'étois seul chez
moi; je ne craignois aucun parti, que
j'avois cherché à contenir.
Je me résume :
Le fait est que les arrêts ont été ordonnés à Cambefort et observés fidèlement.
Que la réquisition des commissaires
a été cxécutée strictement.
Queles arrêts ont été ordonnés - 7 parce
qu'il étoit impossible d'envoyer Cambefort chez les commissaires.
Que le retard n'a préjudicié en rien :
la générale avoit été battuc le matin 9
et l'arsenal pillé.
Que Cambefort n'étoit qu'un prétexte,
me résume :
Le fait est que les arrêts ont été ordonnés à Cambefort et observés fidèlement.
Que la réquisition des commissaires
a été cxécutée strictement.
Queles arrêts ont été ordonnés - 7 parce
qu'il étoit impossible d'envoyer Cambefort chez les commissaires.
Que le retard n'a préjudicié en rien :
la générale avoit été battuc le matin 9
et l'arsenal pillé.
Que Cambefort n'étoit qu'un prétexte, --- Page 6 ---
(6)
comme le disent les cominissaires dans
leur lettre 2 dont on se servoit pour s'attrouper, etc. etc. etc.
Ce qui est arrivé depuis mon départ
le prouve.
Je demande que l'on distinguela soumission passive à une réquisition : il
faut que l'exécution dépende de celui
qui en est grevé.Je serois requis de faire
marcher un régiment, un homme qui
ne voudroit pas obéir : si je n'ai pas de
moyen de l'y contraindre 2 serai-je responsable ? c'est le cas présent : au contraire, 9 si je suis requis de faire ce qui
depend de ma volonté, 9 et que je m'y
refise, 7 je suis coupable.
Dans le premier cas, toute justice ne
m'admet-clle pas à communiquer les motifs de.la résistance. opposée, à proposer
les moyens de la faire cesser ? Ne fais-je
pas tout ce que je puis, en contenant
les troupes qui protègent celui qui est
cité? Je suspens le danger d'une action :
j'aila confiance quc je serai entendu par
mes juiges, - --- Page 7 ---
(7)
Si Cambefort avoit voulu exécuter,
comme d'autres commandans l'avoient
fait, Cambis, la Roche, etc. avant de
venir chez moi, l'ordre à lui adressé
directement, je suis convaincu qu'il n'en
auroit pas été le maitre 2 ou qu'il auroit
été chez les commissaires., 2 escorté par
son régiment et un nombre considérable
de citoyens, > prévenus par la liste des
proscrits qu'il en sortiroit pour être embarqué forcément. J'avois cté averti que
j'étois moi-même sur cetle liste.
Aurois-je été responsable des événc
mens de cette démarclie ? je n'étois pas
encore instruit de l'ordre donné. Quelle
injustice de ne pas considérer la sagesse
et la circonspection avec laquelle j'ai
relevé le mal-entenda d'avoiradressé directement à Cambefort l'ordre de se
rendre chez les commisaires.
Signé, D'ESPARBÈS.
De l'Imprimerie de TESTU, ruc Hautefeuille. --- Page 8 ---
E47r