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- E cuyy
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CONVENTION NATIONALE.
RELATION DÈTAILLÉE
Des évènemens malhcureux qui se sont
Parrivée du cipassés au Cap depuis
devant général Galbaud,jusqu'ot moment
oi ilafait briller cette ville et a pris la
fiuite.
PAR LES DÉPUTÉS DE LA PARTIE DU NORD
DE SAINT.DONINGUE,
A LA CONVENTION NATIONALE,
AVEC UN SUPPLENENT DES ÉVÉNEMENS
SUBSÉQUENS.
IMPRIMÉ PAR ORDRZ DU COMITÉ D'INSTRUCTION PUBLIQUE,
A P A RIS,
NATIONALE.
DE LIMPRIMERIE
L'an deux dc la République. --- Page 4 --- --- Page 5 ---
AVERTISSE MENT
Pour faciliter Pintelligence des faits contenus dans la
relation, 6 pour. faire connottre & difinguer les differentes faclions qui ont régné dans cette malheureufe
colonic.
Oxnaj jamais fu en France la vérité fur les colonies:
il y a toujours eu trop de partis divers intéreffés à la
cacher. Ceux à qui elle eft parvenue & qui auroient pu
inftruire la Francc, ont été des traîtres & des intrigans
qui fc font toujours vendus à la cour qui vouloit fc faire
des poffeflions féparées, & de la France, & de fa conftitution; enfin, établir des colonies royales.
Depuis 4 ans, la colonie de Saint-Domingue eft cn
proie à toutes les calamités, & déchiréc par toutes fortes de partis & de factions différentes ; mais tous les dangers auxquels ellc a été expofée ont toujours été l'ouvrage
de la pafion, de l'orgucil G des projets d'indépendanse
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D
des colons. Sans leurs complots contre les citoyens de
couleur & contre les décrets des 8 & 28 mars, aucune
fermentation n'eût pris un fâcheux caractère, & les ariftocrates, royaliftes & conue-nérolationnaires n'auroient
fûrement pas eu fibeau jeu pour y exciter l'infurrection
des noirs, & les foulever au nom du tyran.
Dans le principe de la révolution, les habitans de SaintDomingue voulurent fingerlAffemblée conftituante, comme elle faire des décrets, comme elle ils vouloient conftifuer les colonies. Chaque jour leur ambition s'accrut: bientôt ils ne gardèrent plus de mefures; ils marchèrent ouvertement à T'indépendance, croyant que la France feroit trop occupée pour les arrêter dans leurs projets. Ils
avoient mal calculéleur plan révolationnaire; ils croyoient
ne rencontrer aucun obftacle, mais ils trouvèrent une
réfiftance très-opiniâtre de la part du gouvernement militaire, qui, jaloux de conferver fon autorité, s'oppoloit
toujours à toutes leurs opérations.
Les coner-évolationnaires vouloient tout fimplement
enlever les colonies à la révolution, & l'autre parti vouloit les enlever à la France, & payer fes dettes par un
décret d'indépendance. Ces derniers, les rérolutionnaires,
vouloient renverfer les agens du gouvernement. 2 les détrônex, non paspour l'avantage de la révolution franpaife, mais afin,de s'emparer de l'autorité &: de fc mettre à leur place. Ils font partifans de la révolution : oui!l
vouloient tout fimplement
enlever les colonies à la révolution, & l'autre parti vouloit les enlever à la France, & payer fes dettes par un
décret d'indépendance. Ces derniers, les rérolutionnaires,
vouloient renverfer les agens du gouvernement. 2 les détrônex, non paspour l'avantage de la révolution franpaife, mais afin,de s'emparer de l'autorité &: de fc mettre à leur place. Ils font partifans de la révolution : oui!l --- Page 7 ---
hous en convenons, mais de la révolution qu'ils vouloient
faire pour eux, à leurprofir uniquement.
On voit que ces deux partis étoient également enremis
de la révolation/rungaife, & tendoient tous deux au même
but avec des vues différentes. 2 c'eft-à-dire, ila proferire de
Saint-Domiague. Ils fe font long-temps combattus; iis fe
déchiroient, s'outrageoient, s'injurioient, difoient des horreurs les uns des autres, Ce qu'il y a de fingulier, c'eft
qu'ils avoientraifon tous deux dans tout le mal qu'ils difoicnt
lun de l'autre, dans toutes lesinculpations qu'ils fc faifoient:
ils étoient également coupables. Ils avoient raifon l'un
contre l'autre, mais tous deux tort contre la France. Ccla
explique le mal que les foi-difant patriotes difoient de
Blanchelande & autres contre-révolutionnaires en grand
nombre dans notre pays, ce qui a fait à nos prétendus
patriotes de Saint-Domingue beaucoup de partifans, & a
induit en erreur beaucoup de vrais patriotes de France,
qui feront d'autant plus indignés d'avoir été trompés. Ce
n'eft pas le mal qu'on peut dire d'un contre-révolutionnaire, parce qu'ila contrarié nos vues, s qui peut faire un
patriote.
L'audace des deux partis prit dc jour en jour de nouvelles forces par la réfiftance qu'oppofoit lc parti con
traire. Tous les deux cherchoient à augmenter le nombre de leurs partifans; tous les deux haifoient également
les citoyens de coulcur: mais le gouvernement avoit eu
Tadreffe de les rallier d'abord à fon parti.
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Le parti des indépendar .s'étoit affocié ce qi'enlande grands planteurs on appeloit avec mépris les
gage blancs, c'eft-à-dire la claffe des ouvriers, écopetits
nomes, gérans, marins, 8cc., qui font très-nombreux
dans lcs colonies. Ces hommes font plus eftimables, fans
doute, plus près d'être amis de la France que les colons
g ands planteurs ; mais ils font égarés & trop orgueilleux
de ce que la nature les a fait blancs, comme s'il y avoit
une priorité decouleurautre que la moralité. Il ferenforçoit
aufli de quelques foldats, bien intentionnés fans doute,
mais qu'il parvenoit à féduire également.
Cep parti aigriffoit, excitoit fans ceffe fes fatellites contre les citoyens de coulear; & l'efprit de domination fi
naturel à tous les hommes, cette foibleffe humaine qui
nous égare fi fouvent, rendoit ces exécuteurs fufceptiblcs de toutes les impulfions qu'on vouloit leur donner.
De l'autre côté, le gouvernement & tous fes agens,
:
ainfi que tous les colons qui s'étoient rangés de CC parti,
animoient à leur tour les citoyens de couleur : ainft ils
brouilloient, ils divifoient tout, & par la perfidie la plus
raffinéc, ils mettoient leurs ennemis aux prifes entre eux,
afin de les détruire les uns par les autres: ainfi ils marchoient à leur but en fatisfaifant leur orgu eil.
Les malheureux citoyens de couleur étoientopprimés
foutenus
déteftés par tous deux.
par un parti,
parlautte,
étoient le jouet du gouvernement & les inftrumens
ft ils
brouilloient, ils divifoient tout, & par la perfidie la plus
raffinéc, ils mettoient leurs ennemis aux prifes entre eux,
afin de les détruire les uns par les autres: ainfi ils marchoient à leur but en fatisfaifant leur orgu eil.
Les malheureux citoyens de couleur étoientopprimés
foutenus
déteftés par tous deux.
par un parti,
parlautte,
étoient le jouet du gouvernement & les inftrumens --- Page 9 ---
aveugles de fon ambition. Lc gouvernement fentoit bien
qute c'é:oit la feule force des colonies, & qu'il ne pouvoit fe fouterir & arriver à fes fins que par eux; il avoit
l'art de lcs exciter, de les irriter contre l'autre parti, &
paroiffoit les protéger 2 les foutenir contre l'opprellion.
Cette divifion favorifoit d'autant plus les vues du gouvernenent; car fi la réunion des citoyens de couleur avec
ceux qui vouloient détruire le gouvernement s'étoit faite
de bonne foi, celui-ci eût été anéanti du premier coup
qu'on auroit porté; & ficenx qui s'appeloient révolutionnaires, patziotes, euffent été fincères, avoient travaillé
pour la France & ncn pour cux, la colonie étoit fauvéc & n'auroit jamais éprouvé la moindre commotion;
on auroit évité tous les mouvemens de guerre civile &
tous les maffacres qui ont eu lieu dans diverfes Occafions. Mais cesgéns quicrioient vive la Nation ! fc croyoient
toujours un peuple à part, une puifance; & leur mot
d'ordre étoit, vive nous s Nation 2 nous, peuple fouverain,
peuple à part. Iis avoient fait placer dans l'intérieur de la
falle de l'Affembléc colcniale un - tableau allégorique qui
prouvoit leur amour pour la révolution, non pour celle de la
France, mais pour celle qu'ils vouloient faire pour eux,
La liberté du commerce étoit repréfentéc par l'affluence
des pavillons étrangers, & il y avoit une fortereffe dont
le canon tiroit ou étoit braqué furr un navire français,
Cela n'eft-il pas un emblème bien caraétérifé d'indépendance?
Ces indépendans 2 ces révolutionnaires de Saint-DominA 3
it leur amour pour la révolution, non pour celle de la
France, mais pour celle qu'ils vouloient faire pour eux,
La liberté du commerce étoit repréfentéc par l'affluence
des pavillons étrangers, & il y avoit une fortereffe dont
le canon tiroit ou étoit braqué furr un navire français,
Cela n'eft-il pas un emblème bien caraétérifé d'indépendance?
Ces indépendans 2 ces révolutionnaires de Saint-DominA 3 --- Page 10 ---
gue, qui compofoient, qui ont toujours compofe, du
moins en majorité les affemblécs coloniales, ne vouloient
abfolument fe préter à rien fur le conpte des citoyens'
de couleur; ils ne vouloient pas entendre parler d'égalité, ni que ces citoyens puiffent jouir d'aucun droit politique 2 ils aimoient mieux n'en avoir aucun eux-mémes
que de les parsager avec ce qu'ils appeloient les gens de
couleur, & en ce fens, malgré leur haine pour les contre-révolutionnaires ( ce qui n'ef pas pourtant du patriotifine), ils auroient volontiers fecondé, protégé la contre-révolation, le retour de l'ancien régime, tant Y'orgueil avoit d'empire fur leur efprit. Il faut que l'on fe
perfuade, avant de lire la moindre chofe de ce qui a
rapport aux colonies, que tous les préjugés que l'on a
détruits en Francc, que toures les ariftocraties anéanties,
l'ariftocratie nobiliaire, l'ariftocratie facerdolale, l'ariftocratie parlementaire, &c., ne font rien cn raifon du préjugé de la nobleffe des couleurs dans les colonies. L'orgueil y eft la bafe, le mobile de toutes les acions. Les
deux partis, quoigu'ennemis jurés, fc fort fouvent rapprochés & fc font toujours réunis auflitôt qu'unc loi de
la France attaquoit leur orgucil. A l'époque da décret du
15 mai, & le parti des ailembiées coloniales, & celui
du gouvernement, fe réunirent entièrement poury oppofer la plus grande réfifiance. Cette oppolition a caufé
bien des mauy.
Depuis, à lépoque de linfuredon, poyr engager
'ennemis jurés, fc fort fouvent rapprochés & fc font toujours réunis auflitôt qu'unc loi de
la France attaquoit leur orgucil. A l'époque da décret du
15 mai, & le parti des ailembiées coloniales, & celui
du gouvernement, fe réunirent entièrement poury oppofer la plus grande réfifiance. Cette oppolition a caufé
bien des mauy.
Depuis, à lépoque de linfuredon, poyr engager --- Page 11 ---
les citoyens de couleur à s'armer pour combattre les noirs,
l'affemblée coloniale avoit promis de faire pour les citoyens de couleur, plus même que n'accordoit le décret
du 15; mais elle n'a pas tenu parole. Pendant qu'elle
faifoit ces promefles elle ne vouloit que gagner du temps;
elle attendoit le décret du 24 feptembre, qui révoquoit
le décret du 15 mai, & laiffoit les colons maîtres du
fort des hommes de coulcur, décret tant follicité & f
bien acheté au traître Barnave. Cette coupable affemblée
coloniale auroit pu ufer de cette puiffance pour fairele
bien, mais Ce qui prouve fa mauvaife foi, c'eft qu'ells
ne fit rien, rien du tout. Il falloit bien à fcs membres
un prétexte, ils en cherchent fans ccffe & en trouvent
toujours. On prétendit qu'il y avoit, depuis l'infurredion des noirs,quelques citoycusde couleur méiés parmi
eux, & qui avoient embrale lcur parti, parce quc le
gouvernement avoit eu l'adreffe de les animer contre le
jugement rendu contre Ogé, leur frère, que le gouvernement lui-même avoit concouru à faire allaffiner. L.'affemblée coloniale d'alors, prétendit qu'il failoit que les
hommes de couleur mifent provifoirement bas les atmes, après cela qu'eile verroit CC qu'cile auroit à faire
pour eux.
Ceux des citoyens de coulcut qui avoient é:é cbligés
de fe réfugier dans les montagnes pour fair leurs tyrans,
&c qn'on difoit engagés dansle parti des noirs infiurgés,
fentirent bien que s'ils étoient rentrés dans la ville,ou
A4
étendit qu'il failoit que les
hommes de couleur mifent provifoirement bas les atmes, après cela qu'eile verroit CC qu'cile auroit à faire
pour eux.
Ceux des citoyens de coulcut qui avoient é:é cbligés
de fe réfugier dans les montagnes pour fair leurs tyrans,
&c qn'on difoit engagés dansle parti des noirs infiurgés,
fentirent bien que s'ils étoient rentrés dans la ville,ou
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avoient renduleurs armes (en fuppofant qu'ils fuffent
armés),c'en étoit fait d'eux, ils étoient tous enchaînés
& livrés au fupplice. Ils fc fouvenoient qu'a l'époque du
décret du 15 mai on avoit voulu les affaffiner tous; qu'on
couroit fur cux comme far dcs bêtzs fauves; & ils ne
volurent pas confentir à la propolition qui leur étoit
faite par la perfide affemblée coloniale. Les deux partis reftèrent donc divifés, la guerre continua, fans doute, fclon les voeux des agens du gouvemement, mais toujours
par l'orgueil des colons.
On doit obferver que les quatre-vingt-dix-neuf centièmcs des citoyens de couleur qui étoient reftés dans les
villes O11 dans leurs quartiers, & qui même avoient coma
battu avec les blancs contre les infurgés, ne devoient point
exciter la colère des colons, mais bien plutôt leur reconnoifance, ni porter la peine de leurs frères (quand méme ils auroient été coupables ): on auroit donc dû ftatuer fur leurs droits politiques ; mais l'orgueil l'emporta
toujours. On vouloit gagner du temps, on attendoit la
contre-révolution, on ne fit rien du tout pour eux.
Il cft à ranarquer que la conduite des agens du gouvernement, ariftocrates, contre-révolutionnaires, royaliftes, &c., étoit abfolument différente, & tendoit cependant RH même but;i ils protégeoient de temps en temps
les citoyens de couleur ouvertement, mais fans plus de
bonne foi. Ils plaidoient pour eux; ils crioient tous :
C'eft une horreur de ne pas ftatuer far leurs droits po-
contre-révolution, on ne fit rien du tout pour eux.
Il cft à ranarquer que la conduite des agens du gouvernement, ariftocrates, contre-révolutionnaires, royaliftes, &c., étoit abfolument différente, & tendoit cependant RH même but;i ils protégeoient de temps en temps
les citoyens de couleur ouvertement, mais fans plus de
bonne foi. Ils plaidoient pour eux; ils crioient tous :
C'eft une horreur de ne pas ftatuer far leurs droits po- --- Page 13 ---
litiques 3 il faut leur accorder Ce qu'on leur a promis.
Mais entre eux ils difoient : Qu'eft-ce que ccla fait? accordons-leur tout: 2 cent fois plus qu'ils ne demandent
même : comme la contre-révolution eft fire, c'eft comme
f On ne leur accordoit rien Quelle perfidie ! quelle
infamie! quelle horreur! ils vouloient à toute force empécher la révolution de pénétrer, de s'établir dans les
colonies.
Enfin, vint le décret du 4 avril qui, étant fondé fur
la juftice, devoit nous fauver, & qui cependant nous a
caufé encore bien des maux.
Il faut fe bien perfitader qu'il en a été pour ce décret
comme pour tous les autres, qu'on a toujours été de mauvaife foi, que l'orgucil a toujours tout conduit, & que
ceux qui paroiffoient en réclamer l'exécution avec le plus
de chaleur, ne cherchoient que leur intérêt & non celui
de la France, & ne vouloient que fervir leur parti ou
e fatisfaire leurs paflions. 2 leur ambition. 11 y a dans la loi
du 4 avril un article favori des coloms, qui dit qu'il
fera formé une affemblée coloniale. Les indépendans fe
font furtoutpafionnés pour cet article, & ont paru accéder à cette loi, uniquement afin d'obtenir l'exécution
de cet article. Voici comme ils raifonnoient : Ne paroiffons pas nous oppofèr à la loi du 4 avril; difons
qu'elle eft exécutée: alors la miflion des commiffaires
civils envoyés pour l'exécution de cette loi & pour rétablir l'ordre, fe trouve finie; alors ils s'en vont : nous
n'avons plus de contradicteurs, & nous pouvons faire
paru accéder à cette loi, uniquement afin d'obtenir l'exécution
de cet article. Voici comme ils raifonnoient : Ne paroiffons pas nous oppofèr à la loi du 4 avril; difons
qu'elle eft exécutée: alors la miflion des commiffaires
civils envoyés pour l'exécution de cette loi & pour rétablir l'ordre, fe trouve finie; alors ils s'en vont : nous
n'avons plus de contradicteurs, & nous pouvons faire --- Page 14 ---
IO
tout ce que nous voulons. Il eft bien vrai qu'auffitôt
qu'il y aura dans ce pays une affemblée coloniale établie, elle parviendra toujours à paralyfer, à maitrifer, à
anéantir l'autorité nationale. Ily a encere un tres-grand
avantage pour ces entrepreneurs de révolution, à paroître
avoir adopté la loi du 4 avril & à expulfer des délégués de la France qui auroient toujours des ycux cuverts fur leur conduite; c'eft qu'alors que cette loi eft
exécutée, l'article XV, qui dit qu'aucuns oficiers généncraux, adminiftrateurs ou ordonnateurs, quiferont nommés pour le rétablifement de l'ordre dans les colonies,
ne pourront être choifis parmi les citoyens ayant des proprictés dans les colonies, fe trouve anéanti; & alors les
colons efpèrent, fous lc nom & fous le préiexte impoftcur de localités, obtenit pour chefs, foit civils, foit
militaires, des colons ayant des propriétés dans les COlonies, ou- tenant à ceux qui en ont, ou des hommes
de l'ancienne affemblée de Saint-Marc, ou de leurs protégés dans ce temps, ou des hommes de l'ancienne Affemblée conftituante, ou enfin desgensàleur dévotion, à qui,
s'il le faut, ils pourront procurer des propriétés en leur
en faifant acheter, afin de les conduire & de-les diriger
par leur propre intérêt;. ou bien ils fc les affocieroient
par un mariage à leur convenance: : en un mot, il n'y a
pas de moyens qu'ils n'emploieroient pour les féduire.
II eft à remarquer que toujours les colons ont été aceoutumés à prendre dans tous les décrets, foit qu'ils leur
foient perfonnels, foit qu'ils fcient particuliers à la France,
procurer des propriétés en leur
en faifant acheter, afin de les conduire & de-les diriger
par leur propre intérêt;. ou bien ils fc les affocieroient
par un mariage à leur convenance: : en un mot, il n'y a
pas de moyens qu'ils n'emploieroient pour les féduire.
II eft à remarquer que toujours les colons ont été aceoutumés à prendre dans tous les décrets, foit qu'ils leur
foient perfonnels, foit qu'ils fcient particuliers à la France, --- Page 15 ---
II
tout Ce qui peut convenir à leurs intérêts & flatter leurs
paflions; mais aufli ils rejettent également tout Ce qui
pourroit les contrarier.
Nous avons.été ainfi victimes de tous les partis, &
déchirés en tous fers.
Les Briffotins, les Girondins, qui d'abord avoient paru
vouloir fauver notre pays, & qui avoient profeffé les
grancs principes pour fe popularifer, fe font ligués
avec nos ennemis pour nous trahir.
Pour fc faire aimer du peuple, pour captiver fa bienveilance, il falloit bien parler fon langage: c'eft Ce que
firent Briffot & fes amis. Dans l'affaire des colonics, ils
fe rangérent du parti de la juflice, & défendirent la caufe
des citoyens de couleur, fans doute plutôt par amour
propre & par haine pour Barnave fon ennemi, que par
l'honorable fentiment d'humanité, comme l'a fait Robefpierre.
Comme le peaple eft jufte par inflinat, Briffot parut
julte par politique.
Auffitôt qu'il eut démafqué la faction dominante alors,
qu'il lavoit attaquée, combattue & renverféc, uniquement
pour prendre fa placc, alors il ne confalta plus que fon
intérêt; &, jaloux de gouverner, il fe vendit à la coura
promit de fervir fa caule, & établit fon fyftème de
domination, d'accord avcc fes complices.
Mais il falloit bien avoir quelques complaifances pour --- Page 16 ---
la cour & feconder fes deffeins. Là commencent, fuivant
nous, les erimes de Briffot fur les colonies, & c'eft là
la caufe des derniers malheurs que nous avons éprouvés
depuis.
A ceite époque, il s'agiffoir d'envoyer des commiffaires
civils & un geuvemneur à Saint-Domingue. Il eût été
trop grofier de nommer pour cette expédition tous hommes de l'ancien régime & connus par leur conduite ariftocratique ou feuillantine. 1l falloit bien, pour en impofer, nommcr des hommes qui avoient une réputation
de patriotifme, afin de faire paffer les autres. On fuivit
la tadtique accoutumée, dc mélanger f bien les choix, de
nanière à les rendre abfolument nuls. C'étoit là la force
d'inertie fi familière à la cour. On choifit donc adroitement Polverel & Santhonax, qui étoient membres des
Jacobins (malgré la haine qu'on portoit à cette fociété)
mais on leur donna pour collègue Aillaud, robinocrate
entêté de fes préjugés, feuillantin ridicule, modéré par
foibleffe & par ignorance; enfin un homme d'une nullité parlaite. Par Ce moyen, on femoit d'avance la divifion entre eux trois; on étoit bien sûr que les jacobins
& l'ariftocrate leuillantin ne feroient jamais d'accord;
& pour peu que les deux jacobins vinffent enfuite à
différer entre eux d'opinion, je ne dis pas même fur les
principes, mais fur les moyens, On efpéroit les mettre
aux prifes cnfemble. De-là les divilions, les prétentions
de l'amour propre, les haines & les chances de trouble
& de guerre civile.
trois; on étoit bien sûr que les jacobins
& l'ariftocrate leuillantin ne feroient jamais d'accord;
& pour peu que les deux jacobins vinffent enfuite à
différer entre eux d'opinion, je ne dis pas même fur les
principes, mais fur les moyens, On efpéroit les mettre
aux prifes cnfemble. De-là les divilions, les prétentions
de l'amour propre, les haines & les chances de trouble
& de guerre civile. --- Page 17 ---
Co n'étoit pas aflez: en choififfant Defparbès, ancien
favori de Louis XV, par conféquent ariftocrate incurable, cet homme qui, malgré fes Jvixante-quatoré an5,
s'étoit dévoué pour fervir la cour au point de s'expatrier à dix-hult cents lieues (ce qui feul devoit le rendre
fufpedt), étoit bien sur de femer la divifion entre
les autorités civiles & militaires; &, de peur de manquer fon coup, le miniftère d'alors avoit fait expédier à
Defparbis un brevet copié mot à mot fur cclui des
gouverneurs de l'ancien régime f du temps où ils étoient
dépofitaires de l'autorité la plus defpotique). Voilà comme on commença par paralyfer cette expédition, qui devoit fauver la plus importante de vOs colonies.,
Les intrigans qui avoient conçu ce projet perfide 2 ne
manquèrent pas leur coup. Les divifions commencèrent
entre les commiffaires civils & le gouverneur, dès le premier jour de l'arrivéc à Saint-Domingue, même avant
de defcendre à terre 5 & les membres de l'affemblée coloniale d'alors, compofée de deux partis rivaux l'un de
l'autre, mais non aflez ennemis pour ne pas fe réunir
contre les lois de la France, s'applaudirent de voir les
commiflaires & le général divifés entre eux; &c par inftinct, par habitude, par goût même, fe rangèrent du
parti du ci-devant grand feigneur, du Hieutenant-général
des armées du roi, du cordon rouge, enfn du ci-devant comte. Tous les colons grands planteurs 2 qui
font tous nobles, tous hauts & puiffans feigneurs, tous
priaces fur leurs terres, fc rangèrent aufli du même côté.
irent de voir les
commiflaires & le général divifés entre eux; &c par inftinct, par habitude, par goût même, fe rangèrent du
parti du ci-devant grand feigneur, du Hieutenant-général
des armées du roi, du cordon rouge, enfn du ci-devant comte. Tous les colons grands planteurs 2 qui
font tous nobles, tous hauts & puiffans feigneurs, tous
priaces fur leurs terres, fc rangèrent aufli du même côté. --- Page 18 ---
Vos délégués reftèrent feuls, & sûrement ils ne furent
pas peu embarraffés dans leur début, d'autant plus que
prefque tout l'état - major venu avec Defparbès, étoit
compofé de la même manière; & fa conduite depuis
juftific bien tout Ce que nous venons de vous expofer.
Les intrigans Briffotins, Girondins & autres qui avoicnt
voulu fervir Ia cour, n'avoient plus rien à defirer. Ily
avoit lieu de croire, ou que tout réufliroit au gré de
leurs defirs, c'eft-à-dire, que le parti de la cour triompheroit, ou qu'au moyen des germes de divifion qui
avoient été fi bien diftribués, au moins il ne fe feroit
rien du tout; 3 ce qui, d'une autre manicre, étoit fervir
la cour.
Leur pian étoit fi bien conçu & fut fi bien exécuté,
que cette expédition, vous le favez, n'a cu aucun fuccès. C'eft le même parti qui a facrifié les hommes dc
couleur qu'il avoit fervis dans les commencemens de la
révolution; & fice parti n'avoit pas été démafqué, nous
étions perdus fans reffource.
Depuis T'arrivée de Defparbès à Saint-Domingue, quoique les intrigans fuffent les maîtres de tout diriger, ils
ont abandonné la colorie de Saint Domingue à cilemême, ils nous ont laiflé fans nous donner aucune
nouvelle : il y a dix mois que nous fommes dans une
ignorance complète de ce qui fc paffe en France, On.
ne laiffe rien paffer: les Anglais, d'accord avec les COlons & les intrigans qui défoloient la France, interceptent
ivée de Defparbès à Saint-Domingue, quoique les intrigans fuffent les maîtres de tout diriger, ils
ont abandonné la colorie de Saint Domingue à cilemême, ils nous ont laiflé fans nous donner aucune
nouvelle : il y a dix mois que nous fommes dans une
ignorance complète de ce qui fc paffe en France, On.
ne laiffe rien paffer: les Anglais, d'accord avec les COlons & les intrigans qui défoloient la France, interceptent --- Page 19 ---
toutcs les communications. On ne laifle paffer qu'uné
feule efpèce de nouvclles, que la France eft déchirée,
qu'elle va être partagée entre toutes les puiflances, ou
bien que Louis XVII eft fur le trône, que les départemens marchent fur Paris, 8cc.
Ce filence envers la colonie, ce filence dont nous
nous plaignons, étoit fi coupable, que feul il pouvoit
nous perdrc. Dans un pays éloigné, il vaudroit mieux
avoir de mauvaifes nouvelles, s'il en exifloit, que de
n'en avoir pas du tout ou que d'en avoir d'incertaines,
d'avoir de ces bruits vagues qu'accréditent la méchanceté & la perfidie. Les colons mal intentionnés
répandoient les nouvelles les plus finiftres; ils difoient : ( La
> France nous abandonne; ; elle ne veut plus de nous; ;
> elle veut nous laiffer indépendans )). Par-là ils perfiadoient aux uns qu'ils, étoient dégagés de tout envers la
France, & par ces tableaux impofteurs ils épouvantoient,
ils alarmoient les gens timides; c'eft ainfi qu'ils
noient à détacher, à aliéner tous les efprits & tous parve- les
caeurs, de la France.
Ce filence étoit fi coupable, qu'il laiffoit à eux-mêmes
deux hommes qui avoient un pouvoir immenfe & qui
pouvoient en abufer. Ce que nous difons eft d'autant
plus vrai, qu'il eft néceflaire que Ce pouvoir immenfe
ip
exifte quand on eft à dix-huit cents lieues, fur-tout
dans un temps de révolution ; & il y a un grand vice
dans le gouvernement qui nous dirige actuellement, car --- Page 20 ---
ce pouvoir eft trop fort pour n'être remis qu'à deux ou
trois perfonnes. Nous voulons dire que VOS délégués à
Saint-Domingue font trop peu pour un G grand pouvoir, & qu'un G grand pouvoir eft trop pour deux.
Les colons intrigans ne vous ont pas préfenté cette
vérité fous le mêe jour que nous; ils fe garderont
bien de vous demander une nouvelle autorité civile,
puiflante, clairvoyante, dirigée par des hommes connus
par IIR patriotifme à toute épreuve, & qui ne leur
foient pas dévoués; enfin, piis parmi les meilleurs patriotes des Jacobins. Ils vous demanderont une aflemblée coloniale, afin de tuer l'autorité nationale; dans
cette aflemblée, ils régneront fous le nom de VOS commiffaires, ou bien ils paralyferont, rendront nulle leur
autorité,
Nous, au contraire, nous conjurons le Peuple français de nous accorder les hommes les plus févères, les
plus rigoureux 2 les plus difficiles en patriotifine, nous
vous demanderons avec cela quelques guillotines &c un
bon tribunal révolutionnaire.
Ne vous laiffez pas égarer par le mnot localités; chacun de vous qui n'a pas été dans les colonies, en fait
autant que nous pour les gouverner: : il ne vous faut,
pour réuflir, que des intentions pures, un cacur droit,
de la patience, de la bonne foi, de la juftice.
Sur-tout, pour grace exprefle, nous vous demanderons, pour ce moment de révolution & d'organifation 1,
des
avec cela quelques guillotines &c un
bon tribunal révolutionnaire.
Ne vous laiffez pas égarer par le mnot localités; chacun de vous qui n'a pas été dans les colonies, en fait
autant que nous pour les gouverner: : il ne vous faut,
pour réuflir, que des intentions pures, un cacur droit,
de la patience, de la bonne foi, de la juftice.
Sur-tout, pour grace exprefle, nous vous demanderons, pour ce moment de révolution & d'organifation 1,
des --- Page 21 ---
les hommes qui n'aient point été dans les colonies, parce
u'ils n'auront point de préjugés; & fur-tout qu'ils n'y
ient point de propriétés. Nous pourrions aufi vous
emander qu'aucun de ceux qui ont fiégé dans des afemblées coloniales ou corps pepelaires avant l'erécution
e€ la loi du 4 aviil, ne puiffent occuper aucures rlaces
ans nos colonies avant fix ans apris la tranquillité réablie.
Mais revenons, à la fuite des événemens de Saint-Doningue.
Vos délégués ont déporté des agitateurs; les itrigans
(ue vous avez punis, qui ne vouloient pas fauver Saint-
'omingue, les ont protégés, finon ouvertement 2 au
oins comme ils étoient ligués, a avec tous VOS enneiis, ils n'ont pâs voulu faire punir ceux qui étoient
cirs agens, s ou les agens de leurs complices.
Ces agitateurs ont échappé aux châtimens qu'ils méria
sient, & n'ont pas été pourfuivis.
De-là font venus fuccellivement tous nos maux, parce
ue l'impuni:é encourage le crime. Ces meneurs, ces
i-difant dircéteurs de la révolution, étoient bien éloi1és de faire punir lesfactieux qui favorifoient leurs projets
erfides; ils fe font même 4,
ligués, à l'époque du fédéra-
(me, avec tous les culons, ou négocians ariftocrates &:
oyaliftes, dans nos principales villes de commerce, parce
te ce fvftême étoit parlaitement confurme aux vues de
Relation détaillée, Gc.
B --- Page 22 ---
ce pouvoir eft trop fort pour n'être remis qu'à deux 01
trois perfonnes. Nous voulons dire que VOS délégués
Saint-Domingue font trop peu pour un G grand pou
voir, & qu'un f grand pontvoir eft trop pour deux.
Les colons intrigans nie vous ont pas préfenté cett
vérité fous le même jour que hous; ils fc garderon
bien de vous demander une nouvelle autorité civile
puiflante, clairvoyante, dirigée par des hommes connu
par IIA patriotifme à toute épreuve, & qui ne leu
foient pas dévoués; enfin, pris parmi les meilleurs Pas
triotes des Jacobins. Ils vous demanderont une affem
blée coloniale, afin de tuer l'autorité nationale; dan
cette aflemblée, ils régneront fous le nom de VOS com
miffaires, ou bien ils paralyferont, rendront nulle lei
autorité.
Nous, au contraire, nous conjurons le Peuple français de nous accorder les hommes les plus févéres, le
plus rigoureux, les plus difficiles en patriotifme, nou:
vous demanderons avec cela quelques guillotines & u
bon tribunal révolutionnaire.
Ne vous laiffez pas égarer par le mot localités; chacun de vous qui n'a pas été dans les colonies, en fa
autant que nous pour les gouverner: il ne vous faut
pour réuflir, que des intentions pures, un cocur droit
de la patience, de la bonne foi, de la jufice.
Sur-tout, pour grace exprefle, nous vous demande
rons, pour cc moment de révolution & d'organifation
de
:
vous demanderons avec cela quelques guillotines & u
bon tribunal révolutionnaire.
Ne vous laiffez pas égarer par le mot localités; chacun de vous qui n'a pas été dans les colonies, en fa
autant que nous pour les gouverner: il ne vous faut
pour réuflir, que des intentions pures, un cocur droit
de la patience, de la bonne foi, de la jufice.
Sur-tout, pour grace exprefle, nous vous demande
rons, pour cc moment de révolution & d'organifation
de --- Page 23 ---
des hommes qui n'aient point été dans les colonics, parce
qu'iis n'auront point de préjugés; & fur-tout qu'ils n'y
aient point de propriétés. Nous pourrions aufi vous
demander qu'aticun de ceux qui ont fiégé dans des affemblécs coloniales ou corps populaires avant l'erécution
de la loi du 4 avril, ne puiffent occuper aucures Flaccs
dans nos colonies avant fix ans apris la tranquillité rétablie.
Mais revenons à la fuite des événemens de Saint-Domingue.
Vos délégués ont déporté des agitateurs; les I itrigans
que vous avez punis, qui ne vouloient pas fauver SaintDomingue, les ont protégés, finon ouvertement, all
moins comme ils étoient ligués, avcc tous VOS ennemis, ils n'ont pas voulu faire punir ceux qui étoient
leurs agens, ou les agens de leurs complices.
Ces agitateurs ont échappé aux châtimens qulils méritoient, & n'ont pas été pourfuivis.
De-là font venus fucceflivement tous nos maux, parce
que l'impunité encourage le crime. Ces meneurs, Ces
foi-difant direéteurs de Ja révolution, étoient bien éloignés de faire panir lesfastieux qui favorifoient leurs projets
perfides; ils fe font même *
ligués, à l'époque du fédéralifine, avec tous les culons, ou négocians ariftocrates &:
royaliftes, dans nos principales villes de commerce, parce
qtic ce fyftême étoit pariaitement conforme aux vues de
Relation détaillée, Gc.
B
meneurs, Ces
foi-difant direéteurs de Ja révolution, étoient bien éloignés de faire panir lesfastieux qui favorifoient leurs projets
perfides; ils fe font même *
ligués, à l'époque du fédéralifine, avec tous les culons, ou négocians ariftocrates &:
royaliftes, dans nos principales villes de commerce, parce
qtic ce fyftême étoit pariaitement conforme aux vues de
Relation détaillée, Gc.
B --- Page 24 ---
ceux-ci, puifqu'en créant à chaq'c département unc puis.
fance particulière, c'étoit accorder aux colons ce régime
intérieur, Ce corps légiflarif qu'ils demandent depuis Gi
long-temps, c'eft-à-dire, cette rdcpendence de fait tant
defirée par eux.
Voilà comme les enremis cnt fait la paix entre cux,
fin de tourner leurs armes contre la République ; car,
ne vous y trompez pas, ces colons qui ont paru fi acharnés contre Briffot, étoient, je. le repète, comme royaliftes & fédéraliftes, fecrètément d'accord avcc lui; mais
cependant ils n'ont pas été-fâchés de voir la culbute &c
le fupplice de Briffot, pour fc venger de CC qu'il les
avoit fi bien connus.
Jes fideles agens des colons, en France, font Page &
Bruley 9 qui cnt été envoyés commiflaires pers le tyran
uniguement, avec des inftructions pour ne traiter gu'avec
le tyran, & pour fe fouftraire à toute Affemblée ou Convention nationake. Et on n'inagineroit pas par qui CCS
commiffaires ont été envoyés? Par une réunion de CJlons, fans titre, fans qualité, s'intitulant affemblée coloniaie, mais ne l'ayant jamais été. Il eft vrai qu'ily avoit
u décret qui ordonnoit qu'ily auroit une aflemblée COloniale; mais ii étoit dit qu'elle feroit établie fuivant lcs
formes prefcrites par le décret du 8 mars &c les inftrucuons du 28 mars. Jamais Ces formes n'ont cté fuivies i
ibn'y a donc jamais eu d'afemblée coloniale. Qu'on
demande à Ces prétendus commiffaires d'exhiber leur, a :
vrai qu'ily avoit
u décret qui ordonnoit qu'ily auroit une aflemblée COloniale; mais ii étoit dit qu'elle feroit établie fuivant lcs
formes prefcrites par le décret du 8 mars &c les inftrucuons du 28 mars. Jamais Ces formes n'ont cté fuivies i
ibn'y a donc jamais eu d'afemblée coloniale. Qu'on
demande à Ces prétendus commiffaires d'exhiber leur, a : --- Page 25 ---
mifion. D'ailleurs, quand cette affemblée coloniale auroit
été légale, elle n'avoit donné qu'une commifion adhoc;
uniquement pour obtenir la fansion du tran fur un
arrêté de cette foi-difant aembiée coloniale; arrêté qu'elie
vouloit appeier décret, comme un adt: de fa fouveraine
puiflance.
- Cettc aflemblée coleniale 2 la fitreur de faire Farlor
d'elle.8 veut toujours repréfenter 8c être repréfentée partout,meme crilingisterre. Les colons co-tre-d@tolationmalrsi
font la Farodic des émigrés ; ils croient reprélenter la
colonic, comme les cmigrés voulcicnt repiefenter li Nation à, Coblenti en rommzant ic fière du tyrinile regencc.
Pour mettre le comble à tous fes crines, la coalition
de fédéraliftes avoit eu foin de nous envoyer à' Saint-"
Domingue, Gaibaud, le peride Guibaud, qui, fidele àla
mifion que lui avoit donnée fon général Damouriez, eft
venu tout bouleverfer, dévafter & briler Ha ville du
Cap. C'eft à lui, c'cft à ce monifre, &c fans doute à
Briffot & à tous fes complices, qui l'étoient de Dumouricz, à qui nous devons toutes les calamités dont
VCUS allez voir l'affreux tableau. Nous gémiffons fous le
poids de nos maux, & nous fommes f fatigués par l'indignation que nous infpirent de parcilles atrocités, qu'à
peine nous refte t-il la force de vous les retracer. Lifez,
lifez, & confultez tous ceux arrivés depuis peu de Sains
Domingue, non pas les déportés, les énaigrés, ni ceux
B2 --- Page 26 ---
20 0
qui ont fui avec Gaibaud; ; mais ccuX qui ont reftéà leur I
pofte. Que l'on interroge Jonney, colonel du bataillon
de la Loire-Inférieure ; Maublanc, capitaine des grenadiers
du régiment n. 16, enfin tous ceux qui arriveront fuccefivement du parti oppofé auxicontre-révolutionnaires, & on
pourra juger. Qu'on interroge aufli, fi l'on veut, une douzaine de dragons du feizième régiment, nouvellement arrivés
en France, que nous ne connoiffons pas, mais qui nous
ont toujours paru trop fidèles à la République pour que
nous n'ayons pas une grande confiance dans le témoignage d'auffi bons foldats.
Pénétrez-vous bien d'une grande vérité, c'eft que le
patriotifme de ce qu'on appeloit colons, ef la haine de
la France, G qu'ils n'étoient pas méme bons Français
dans l'ancien régime.
, nouvellement arrivés
en France, que nous ne connoiffons pas, mais qui nous
ont toujours paru trop fidèles à la République pour que
nous n'ayons pas une grande confiance dans le témoignage d'auffi bons foldats.
Pénétrez-vous bien d'une grande vérité, c'eft que le
patriotifme de ce qu'on appeloit colons, ef la haine de
la France, G qu'ils n'étoient pas méme bons Français
dans l'ancien régime. --- Page 27 ---
RELATION DÉTAILLÉE
Des événemens malheureux quife font pafes au Cap
depuislarrivée du ci-devant général Galband,/uqu'au
moment oi il a fait briler cette ville G.a pris la fuite :
PAR LES DÉPUTÉS DE LA PARTIE DU NORD DE
SAINT-DOMINGUE,
A LA CONVENTION NATIONALE.
AVEC UN SUPPLEMENT DES ÉVÉNEMI E NS.
SUBSEQUENS.
Les commiffaires civils de la République, délégués à
Saint Domingue, veillant, commne c'étoit leur devoir, fur
les intérêts dela France,apres avoir découvert une confpiration qui ife tramoit contre la fouveraineté nationale,
& dont lc foyer étoit au Port-au-Prince, fc tranfportérent
dans cette ville au mois d'avril dernier, foumirent les
B; --- Page 28 ---
rcbelles par la force, embarqubrent les factieux, yulls
renvoyèrent par devant la Convention nationale pour y
êtte jugés, enfin, y rétablirent lordre & la tranquillité.
Hélas! ils étoient fans doute bien loin de prévoir alors le
ceup funefto qui vient de mettre la colonie entière i
dex doigts de fa perte, & qui a penfé leur faire
dre tout le fruit de leurs longs & pénibles travaux per; (1).
Lcs proyinccs de T'Oueft &: du Sud jouifloient cnfin
d'une paix long-temps defirée aprèsles plus violens orages; les commiffaire; venoient de réorganifer les
civils & militaires, & ils avoient fait un choix corps
leux d'hommes qui leur avoient parus les plus ferupu- attachés
aux lois.
La machine politique, arrêtée depuis fi long-temps,
commençoit enfin à reprendre du mouvement : 3éja l'ordonnateur. de I'Ouef promettoit de fournir, des caiffes
de la province : - la fomme de 200,000 liv. par mois, pour
fubvenir 2:1X befeins de celle du Nord.
Les bâtimens du commerce fur lefquels étoient dépofes les fadtieux
les commiffaies civiis avoient embarqués, etoient at partis
lc Cap, licu choifi pour
ic point de la réunion & ECNTA départ du convoi, Les efclaves infurgés de la plaine du Cul-de-fac étoient tous
rendus dans léurs ateliers refpedtils, à la fuire d'une feule
entrevue que les délégués de la République eurent avec
leurs chels à la Crois-.de-Bougpets.
C'eft dans cet état de chofes que les commiffaires cieilsapprirent, par la voix publique, que la frégate la Concorde venue de France en 28 jours 2 & arrivés au Cap
1) ils ont foirs doute readu compte de cette opiration à la
Convcntion nationa'e.
à :
refpedtils, à la fuire d'une feule
entrevue que les délégués de la République eurent avec
leurs chels à la Crois-.de-Bougpets.
C'eft dans cet état de chofes que les commiffaires cieilsapprirent, par la voix publique, que la frégate la Concorde venue de France en 28 jours 2 & arrivés au Cap
1) ils ont foirs doute readu compte de cette opiration à la
Convcntion nationa'e.
à : --- Page 29 ---
lc 7 mai dernier, apportoit le général Galbaud, fon frére,
&c pluficurs officiers d'adminifration.
A peine la nouvélle de l'arrivée de Galbaud fut-elle
parvenue au Port-au-Prince, oû les commiflaires civils
étoient alors, que la faction des indépendans, vaincue,
mais non foumife, répandit avec le délire dela vengeance
dans toutes les partics de iile, que le nouveau genéral
venoit avec une immenfuté de pouvoirs bien fupérieurs à
ceux que la République avoit délégués aux commifaires
civils; que Galbaud avoit ordre de les embarquer & de les
envoyer Cn France rendre compre de lcur conduites
7Mei 1795Les perfonnes qui répandoient CCS bruits en connoif
foient toute l'abfurdité, mais furicux d'avoir Vil Tautorité nationale triomphante, ils profitèrent de l'arrivée de
Galbaud pour ébranler de nouveau les esptits, les préparer à feconder leurs projets perfides 2 ou tout aul moins
à empècher qu'ils ne les entravalfent.
Cependant les délégués de la République apprirent par
le moniteur général du 9 mai, no. 174, que Galband
s'étoit fait recevoir en fa qualité (1), ainfi que tous les
officiers - d'adminiftation venus avec lui, &ci ils virent bientôt fon brevet dans touttes les feuilles publiques de SaintDominguc, brevet dont le confeil exécutif auroit di changer le protocole, gui eft abfolument le méme que celui
desi brevets des anciens gouverneurs, & que dans un pays
ou l'ariltocatie dominc, 3 on s'cft plu à interpréter d'uns
(:) On verra ci-apr's qu'il n'avoit pas ce dsoit, & que les
ordres du confeil exécutif laipreferivoient d'étre rech & inftallé
par les cofumiffaires civils.
B 4
changer le protocole, gui eft abfolument le méme que celui
desi brevets des anciens gouverneurs, & que dans un pays
ou l'ariltocatie dominc, 3 on s'cft plu à interpréter d'uns
(:) On verra ci-apr's qu'il n'avoit pas ce dsoit, & que les
ordres du confeil exécutif laipreferivoient d'étre rech & inftallé
par les cofumiffaires civils.
B 4 --- Page 30 ---
manière Gi contraire aux intérêts de la République
Les commiflaires fiurent encore par des lettres particulicres que CC qui avoit donné lieu aux bruits dont il vient
d'être parlé,c'eft que pendant leslongs difcours qu'il prononça, tant à la commiflion intermédiaire qu'a la municipalité, il ne ceffa de parler del'extenfion de fes pouvoirs, en repetant Jouvent < que les corps civils 6 militaires lui etoienr fubordennes, fans jamais prononcer une
feule phrafe qui pût faire pe: fer qu'il recouneiffoit les
commiflaires civils & leur autorité. Aulli les partifans des
homnies qu'il avoit embarqués, & qui étoient alors
en rade du Cap, firent tous leurs efforts auprès de Galbaud pour l'engager à les faire débarquer; mais Galbaud,
trop nouvellement arrivé, & ne fachant encore s'il potivoit compier fur un parti, n'ofa prendre fur lui une mefure qu eût annoncé ouvertement le projet de faire la
guerre aux déléqués de la République. Il fc conterta de
fouffir que J'on débarquit quelques priforniers fous pré.
texte de maladies, & de leur lailier dans la ville une libre
communication.
20 mai 1793.
Lezcmai dernier les commiffaires civils étoient à Jacmel,
lorfqu'un dragondondomnarcekeur apporta des paquets de
Galbaud, contenant dcs copies certifiées par lui de fon
brevet, des inftructions à lui données parie confeil exécutil, & unc lettre fignée de lui leur annonçoit ces rièces.
Dans cette lettre il leur repréfentoit T'argente nécefiiréde
faire partir ic convoi, & leur propofoit de le divifer, ainfi
que Ics forces deftinées à fon elcorte > pour cn envorer
(1) Ona avoit fait imprimer cC brevet; ; tout le monde au Cap
Cn avoit des CO ics; on fe le communiquoir, on le commentoit, c'ctoit le fujet de toutrs lcs conver ations 3: l'objet dela
joie généra'e. On y voyoit la réfurredtion de l'ancien rigime.
ire partir ic convoi, & leur propofoit de le divifer, ainfi
que Ics forces deftinées à fon elcorte > pour cn envorer
(1) Ona avoit fait imprimer cC brevet; ; tout le monde au Cap
Cn avoit des CO ics; on fe le communiquoir, on le commentoit, c'ctoit le fujet de toutrs lcs conver ations 3: l'objet dela
joie généra'e. On y voyoit la réfurredtion de l'ancien rigime. --- Page 31 ---
partie à la Nouvelle-Angleterre, &l'autre partie en France:
Il les menaçoit formellement de faire partir le convoi
s'ils n'arrivoient pas fous quinze jours, d'après un arrêté
pris dars un confeil qu'il avoit convoqué, & où il avoit
appelé les négocians & les capitaincs de navires du Cap,
& duquel il leur envoyoit copie.
Les commiffaires civils lui répondirent qu'ils préfumoient
qu'il étoit trop faze pour faire partir le convoi après les
quinze jours qu'il avoit plu à fon confeil de leur accorder; ils lui annoncèrent leur très-prochain retour, & lui
ordonnèrent de laiffer les chofes en leur état jufqu'à
leur arrivée.
En cffet quelques jours après lcs commiffaires civils
partifent de Jacmel pour fe rendre au Port-au-Prince 5
à leur arrivée ils trouvèrent dans" les papiers publics
deux proclamations de Galbaud; dans la pfemière 3 en
date du 12 mai, il annoncoit à fes concitoyens que la
métropole l'avoit fpécialement chargé de fes intérêts, 6
qu'il ne foufriroit jamais que perfonne franchit la ligne -
de demarcation qui fe trouve entre Thomme libre Giesclave ; mais rien ne donnoit même à entendre qu'il dût
fe concerter far rien avec les commiflaires civils, ni
qu'ii fà: foumis à l'empire de leurs réquifitions. Parla
proclamation du 17 du même mois quil adreffoit aux
militaires 2 il portoit le coup le plus funefte au crédit
national. coup dont l'effet fut fi fubit, que des négociants du Cap eurent Tinfamie, dès lc lendemain, 2 de
n'sccepter les lettres de change fur la tréforerie nationale
quà plus de quatre-vingt pour cent de perte. ) Dans cette
> même pro lamation il y dépeint la France dans l'état
)) d'embarras le plus cruel. Il y dit : cependant au mi-
) lieu de fes embarras cile ne vous a point perdu de
) vue,&c.
effet fut fi fubit, que des négociants du Cap eurent Tinfamie, dès lc lendemain, 2 de
n'sccepter les lettres de change fur la tréforerie nationale
quà plus de quatre-vingt pour cent de perte. ) Dans cette
> même pro lamation il y dépeint la France dans l'état
)) d'embarras le plus cruel. Il y dit : cependant au mi-
) lieu de fes embarras cile ne vous a point perdu de
) vue,&c. --- Page 32 ---
> Vous n'ignorez pas qu'elle fait tous fcs paiemens en
> aflienats; cependant ne voulant point en ordonner la
)) circulation dans fes colonies, elle s'eft pue forcé- d'a-
> cheter du numeraire >.
)) Deux cent mille piaftres 5- gourdes,qui valent onze
- > Cent mille livres en argent de France, cottent à la
> patrie deux millions en affignats ).
> Ainf veus voyer que l'état a depenfa 2-peu-près
> le double que vous recepreze
) D'après cet expofé, il eft ciair
forte
> fomme auroit entrainé lz République Tiunr Eh dépen-
>) fes au-deffus de fcs moyels, 8ic.
Galbaud, après avoir ainfi proclamé dans la colonie 1
entière que les aflignats perdoient en France 45 pour L
cent, peignoit encore la Képublique 3lI bout de fes reffources, failant, il cft vrai, un dernicr effort pour fes
enfans d'outre-mer, & prête à fuccomber en foutenant
fcs colonies.
4 Juin 1793Les commiffaires civils accélérèrent leurs opérations
pour fe rendre fur-le-champ au Cap, & tâcher dy prévenir les finettes cffets de cette proclamation petfide.
Ils partirent du Port-au-Prince, & ils fc rendirent le
même jour à Saint - Marc fur le vaiffeau l'América.
Ils laifsèrent enfin les provinces de l'Oueft & du Sud
dans AR calme parfait, & les habitans raffurés leur témoignérent leur ieconnoiffance dans'des fêtes républicaines qu'ils leur donnèrent peu avant leur départ ; on
y promenoit eil triomphe les nouveaux drapeaux de la
garde nationale du Port-au-Princ:, far lefquels on lifoit
cette légende fublime, figne oftenfible d'une réconcilia-
l'América.
Ils laifsèrent enfin les provinces de l'Oueft & du Sud
dans AR calme parfait, & les habitans raffurés leur témoignérent leur ieconnoiffance dans'des fêtes républicaines qu'ils leur donnèrent peu avant leur départ ; on
y promenoit eil triomphe les nouveaux drapeaux de la
garde nationale du Port-au-Princ:, far lefquels on lifoit
cette légende fublime, figne oftenfible d'une réconcilia- --- Page 33 ---
tion fincère : Légalité entre les hommes libres ou Ia
mori.; A
>
al : ae
10 Juin 1793.
Ils farent obligés de paffer trois jours à Saint - Marc
y organifer des corps adminiftratifs er judiciaires ;
Reea en partirent le 7, par terre, & arrivèreut le IO juin
all Cap; ils y entrèrent ailx acclamations du pauple,
(4) & ils regardèrent T'enthoufialme que produifit lenc
arrivée comme un augure heureux du retour de la paix
& de l'ordre.
Les commifeires De
civils fc rendirent dans le fein dela
commiflion intermédiaire oà Galbaud, Maffe, & les
officiérs d'adminiftration venus fur la Concorde, vinrent
les affurer de leur dévouement à la caufe & aux intérêts
de la République.
Les commiffaires civils, quelques heurcs après leur artivéean Cap, furent infruits par queiques citoyens fideles
-àla France que Galband, depuis fonarrivée, avoitintrigqué
en' tout fens pour fe faire un pari des habitans fe difant
grands planteurs, & des riches négocians; qu'sl avoit
manifelté un éloignement marqué peur les délézués de la
République, & le rius grand mépris pour leur autorité; quil n'avoit jamais prononcé leurs noms ni dans
fes difcours publies,nidans: aucunede fcs proclamations ;
qu'ilavoit accueilli ues-favorablement tous les ariftocrates,
& qtte quoiqu'ileitetspmunté le mafque du parriotifme, 8c
prodigué les mots, citoyens, loi, nation, République,
(1) Il ef à remarçuer que cette joie fe manifefta particulièrement parmi les citoyens de couleur, & môme parmi les
efclaves: tous paroiffo'eut dans l'ivrefe.
ans: aucunede fcs proclamations ;
qu'ilavoit accueilli ues-favorablement tous les ariftocrates,
& qtte quoiqu'ileitetspmunté le mafque du parriotifme, 8c
prodigué les mots, citoyens, loi, nation, République,
(1) Il ef à remarçuer que cette joie fe manifefta particulièrement parmi les citoyens de couleur, & môme parmi les
efclaves: tous paroiffo'eut dans l'ivrefe. --- Page 34 ---
&cc., il avoit toujours traité, non-feulement avec la plus
grande indifférence, mais même avec humeur & lc dédain le plus caractérifé, le petit nombre d'hommes attachés à la France & à légalité; & fur-tout qu'il voyoit:
avec la plus grande répugnance les citoyens de couleur
être les ézaux des blancs, quoiqu'ilait eu T'hypochrific
d'en prendre un pour aide-de-camp & un pour fecrétaire. (1)
Le bruit s'étoit déjà répandu précédemment que les
commiffaires ne paroîtroient plus au
que l'entrée
en
Cap,
leur
feroit interdite, &: que fi on, vouloit bien les y
recevoir, Cc ne feroit que pour leur laiffer traverfer la.
ville afin d'être embarqués.
La réception qu'avoient reçue les délégués de la Ré.
(1) Galbaud, dans fa première proclamation, avoit tracéune
e pecedeligne de démitcation & diltingué diverfes claffes; d'abord
ii adrefle'a parole séparémentaux grand. propriétaires planteurs. 1
il s'adrefle enfuite aux ciroyens de coulcur, féparément comme
à une claTe à part. Dans le preinier paragraphe aux princes
coluns, il leer pa.lcit avec douceur, avec bonté; je partage
vOS peincs, difoit-il, &c. et aux citoyens de couleur, dans le
rcoitième parayraphe,il lcar parle pre.que avec le ton de la
nienace. Je Fous déclare, difoit-il, &c.. : ; enfin il fembloit
aanoncer l'int: ntioa d'établir légairé des peines, mais non celle
des dreits. Cs dernicrs fontles leuls qu'il appe le citoyens dans
f P oclamation, comme fi ce nom n'éroit pas fait pour les
grands pienreurs ou des riches négocians. Le mot citoyen, enployé gen r.dement,n'y eliqu une fois, & à la fin encore;il n'eit
pasméne entétedela proclaniat on,ce qui annonce une diftinéion
bien merquée. Dans uneréponfe publique faite parluia une deputtion de utovens régéuer.s, iaquelle réponfe eit inferée au
nonitenr du Cap,du IO mai, n.o 175, il dit qu'il faut un peu
mucfer avec les préjugés; qu'on ne peut les vainc:e tour de
isi.eg ge'il faut pr ndre paticrce.
Patience ! quand Ia
lic comnande! elt-ce que ce n'elt pas une dette payable à vue?
ion
bien merquée. Dans uneréponfe publique faite parluia une deputtion de utovens régéuer.s, iaquelle réponfe eit inferée au
nonitenr du Cap,du IO mai, n.o 175, il dit qu'il faut un peu
mucfer avec les préjugés; qu'on ne peut les vainc:e tour de
isi.eg ge'il faut pr ndre paticrce.
Patience ! quand Ia
lic comnande! elt-ce que ce n'elt pas une dette payable à vue? --- Page 35 ---
pablique, dérangea un peu les projets des contre-révolutionnaires & de Galbaud leur chef. Ils furent confternés le jour de l'arrivée des commiffaires, 2 mais il ne
perdirent pas lefpoir; voyant qu'ils ne pouvoient les embarquer fans beaucoup de dificultés 2 ils réfolurent de
s'en défaire, de quelque manière que ce fût, fut-ce en
les affaflinant.
11 Juin 1793.
Le lendemain de leur arrivée au Cap, le II juin,
les commiffaires civils engagérent Galbaud & Mafie à
fc réunir chez cux pour conféret fur l'état de la chofe
publique.
12 Juin.
Lc12, ils écrivirent à Galbaud d'engager fon frère à
donner fa démifllion d'adjudant général, & de le difpofer
à repaller en France pour lui éviter, 2 ainfi qu'à eux, les
défagrémens de la honte d'une deftitution indifpenfable,
dapres-la conduite qu'il avoit tenuc
Galbaud , dans fa réponfe aux commiffaires civils, au
fujet de la démiflion de Céfar Galbaud, fon frère - leur
difoit quela loi lui défendoit de donner fa démiflion 2
qu'ils pouvoient le deftituer (2).
(1) Ce Céfar Galbaud, frère du géniéral, Ta depuis fon arriyée
à St-Domingue. , avoit fait parade publiquement de la haine &
du mépris le plus prononcé contre les delégués de la républiquo
& tous leurs ordres. 11 en parloit de 12 manière la plus outrageante. Les commiffaires ont recueilli une 'oule de déclarations
contre lui, toutes plus fortes les unes que les autres.
(2), Onn'avoit pas même befoin de le deftituer ,car il n'étoit?
rica à St-Domingue: il étoit nommé pour la Martinique, A StDomingue il étpit fans foncions ; malgré le refus de la com-
égués de la républiquo
& tous leurs ordres. 11 en parloit de 12 manière la plus outrageante. Les commiffaires ont recueilli une 'oule de déclarations
contre lui, toutes plus fortes les unes que les autres.
(2), Onn'avoit pas même befoin de le deftituer ,car il n'étoit?
rica à St-Domingue: il étoit nommé pour la Martinique, A StDomingue il étpit fans foncions ; malgré le refus de la com- --- Page 36 ---
Il ajoutoit : ) quant à moi je vous déclare
)) puis me regarder comme
queje ne
)
Faires civils, G queje linfirumeat paf des commif
) f je promettois dioiéir rifquerois de me rendre coupable
> gu'ils pourroient me donner. aveuglément Je
a tous les urdres
)) m'autorifer à
vous fupplic donc de
m'embarquer avec ma
> fans;la loi vousy autorife,
femme & mes en-.
>> aucun commandement dans paifqu'elledelend 1 colonie
dedonner"
)) taires; tout vous oblige à faire exécuter anx la propriéloi(1) ).
23 Juin 1793:
En conféquence ;le 13, les commiflaires civils
dirent à Galbaud., après lui avoir lwif- le tems répon2 de la
réflerion 3 que leur détermination étoit
à
fon frère; qu'il feroit defituee
prife l'égard de
tion, 3 que depuis le peu de tems qu'il.étoinidans renvoyé à la convenlonie, il avoit manifefté les
la.co-
& les plus contraires à l'efprit ientimens.les-plus du
inciviques,
doit animer tout bon français.
républicanifine
douné,
Quantià lui il leur
pa: a réponfe, la
t
mefure, der fon
que cependant ils nérablillatent point une patriotifmes
trinc en exigeant de Ini Tobéiffance due nouvelle docla répulligne. Qu'ils le rappelcient
aux. déléquis de
vation des princines en-ftittionnels fimplementa robferpérisufement la foumiflion. du pouvoir gufcommandenit militaire
incivile & i
afautoritd"
aoit, 8 novembre Tauquion.derjor.der 22 juin, FI & 17
792, & 5 mars, 1793.. Que dans
mimon Int-rmifaire d'enregitirer
In Namtinigue.eta
fon,brevet parce qu'il étoit
Eun en a remp' ics fondions. toujouri prisle titre aSe-Doniague
(1) 11 ef bicn vrai que. dans
uig
i
Se-Domingie, le titie fenl de' lapofition ou éroient les ghnfes à
inurmonrable
1e pro.Tistaine. croit un obliacle
crant trop echil Dpstst perpetuerte
commandant en chel
Pate colonial,
Namtinigue.eta
fon,brevet parce qu'il étoit
Eun en a remp' ics fondions. toujouri prisle titre aSe-Doniague
(1) 11 ef bicn vrai que. dans
uig
i
Se-Domingie, le titie fenl de' lapofition ou éroient les ghnfes à
inurmonrable
1e pro.Tistaine. croit un obliacle
crant trop echil Dpstst perpetuerte
commandant en chel
Pate colonial, --- Page 37 ---
ces circonftances il ne pouvoitplus refterà St-Doningue;
retourneroit en France rendre compte de fa con1cL àla convention nationale qui jugeroit dans fa fagefle
s'il avoit bien ou mal mérité de la république pendant
fon court féjour dans la colonie. Ils lui ajoutérent qu'il
cût à leur faire paffer dans le jour toutes les inftzuétions
& les lois qu'ila avoit reçues du miniftre , pour qu'ils puitlent
les tranfinettre au, citoyen Lafalle.:
Les commilfatresrmdirent dansleméme jourune procla-:
mation, dans laquelic ils déciarèrent que Galbaud n'avoit.
jamais été reçu gouverneur de St-Domingue 2 parce que 2
fuivant les dernières inftructions que le confeil exécutif.
lcur avoit adreflées, & qui ne leur étoient parvenues que
le jour de leur arrivée au Cap, c'étoit à eux feuls à faire
reconnoitrele.fouvereur ,l'ordonnateur civil, & les nouveaux ofliciers d'adminiftration (1)-
Jls fentirent, fans doute, qu'il éroit teras de fixcr invariablement Fopinion publique fir Fordre & la hiétarchie
des autorités confimées, & fur les rapports lézalement
établis entre - elles; ils déciarèrent que Galband n'avoit
pu être nommé à cette place que: parce qu'il avoit laiffé
ignorer au confeil exécutif qu'il pofiedoit des propriétés
à St-Domingue : ils fipulèrent que prefes entre lafoumifion à la loi 6 leur deference pour les atles énanés
du confeul exccurif,ils étoient encors. dans l'indécificn fur
(1) Galbaudi avoit gardé juiqu'a ce jôur tous les paquets ayportasde France . our es commniffires 2 quoiqu'ily eit 3ijours
qu'il fur arrivé. i1 n'avoit pis dit un mot de la nomination de
Deipech à la- place de troificme commiffaire civil, quoiqu'il ne
pût Tignorer, pu fue la nomination eft du 25 fovrier,, que
Galbaud n'eft parti de France
le S avrl. Il vouloit parla
accréditer & rendre plas cniretia e le brvit queles commi
fires étoient rppeles, ce qu'on n'auroit jamais Pu croire fi
on avoit appris qu'on leur connuit un coliègue.
pis dit un mot de la nomination de
Deipech à la- place de troificme commiffaire civil, quoiqu'il ne
pût Tignorer, pu fue la nomination eft du 25 fovrier,, que
Galbaud n'eft parti de France
le S avrl. Il vouloit parla
accréditer & rendre plas cniretia e le brvit queles commi
fires étoient rppeles, ce qu'on n'auroit jamais Pu croire fi
on avoit appris qu'on leur connuit un coliègue. --- Page 38 ---
le parti qu'ils avoient à prendre, foit pour la reconnoiffance, foit pour le refus provifoire de Gaibaud,) jufqua
ce quils euffent une certitude officielle, foit de l'abrogation de l'article XV de la loi du 4 avril 1792, foit
ds la coxnoiffance qu'avoit le confeil exécutif des
priétés que Galbaud avoit dans la colonie de St DACLEE
Puis rappelant les expreffions de fa lettre de la veille,
ils annoncé ent au public 2 dans la même proclamation 5
que Galbaud avoit mis fin à leur irréfolution d'une manière fàcheufe.
Les commiffaires civils ajoutérent qu'ils étoient forcés
d'adhérer au voru qu'il leur avoit exprimé, & qu'ils
adhéroient fans regret , parce qu'ils n'avoient pas'eur %
tems d'apprécier fes talens militaires ni fon républicanifme.
Ils faifoient Texpofition de fa conduite & des torts qu'ils
avoient i lui reprocher cn conféquence ils le deftituérent
& lui ordonnèrent 'de i rendre à bord de la Normande,
pour être conduit en France & y rendre compte de fa
conduite à Ia convention nationale (1).
Galbaud s'embarqua dans la même jourrée à bord de
la Normande. Céfar Galbaud, fon frère, s'étoit embarqué
la veille. C'eft de là qu'ils croyoient exécuter plus firement le projet perfide d'anéantir l'autorité nationale à StDomingue.
Le 14 il ne fe pafla rien d'extraordinaire.,
15 Juin 1793.
Le 15, les commiffaires rendirent une proclamation
(:) Nous avions 1-s pièces à Tappui de tout ce que nous
avancons 3 clles nous ont été priles à Philad Iphic parlesémigrés
irancais, mas nous croyons avoir apporté des dupl cata au
comité de falut public. Au refte nous les aurons, nos collègues
qui ront arriver en apporteront d.s doubles.
relative
pafla rien d'extraordinaire.,
15 Juin 1793.
Le 15, les commiffaires rendirent une proclamation
(:) Nous avions 1-s pièces à Tappui de tout ce que nous
avancons 3 clles nous ont été priles à Philad Iphic parlesémigrés
irancais, mas nous croyons avoir apporté des dupl cata au
comité de falut public. Au refte nous les aurons, nos collègues
qui ront arriver en apporteront d.s doubles.
relative --- Page 39 ---
relative atl paiement à faire aux Américains pour la valeur des comeftibles qu'tis avoient fournis l'adminiftration, Iaquelle fonrnnure avoit donné licuàd diverfes affemblées inconfitutiomelles, convoquécs par Galbaud, où il
avoit rétahliles corpurations, puifquil les avoit compofées
d'une chambre de commerce, de la marine defétaty. de
celle du commerce, de ia niuniciralité, des officiers de
Padniinifration & de la commiifion intermédiaire, anG
que des habitans planteurs & dc l'état-major delarmée (1).
Sans confalter les commiffaires eivils. Galbaud avoit
formé ces allemblées & fonné T'alarme fur le prétenda
dénuement abfolu de toute cfpèce
quoique les magafinsde la ville & les
qui étoient
MReastett
cn rade fuffent abondammuent pourvus de tous les objets
de premicre néceffité, Hlavoit, dang cette aflemblée, fait
les tableaux les plus evagérés de létat de détreffe ou il
fuppofoit la métropoie, &ilavoit alarné toas les efprits.
II parolt que les commiffaires civils, dans ieur proclamation, ne voulurent pas d'abord cenfirer les mefuures
abfurdes & illégales qui avoi-nt été prifes dans ces..affemblées, & queleur urique but étoit d'aflurer l'exécution
des. prome'fes faites au commerce américamn, afin d'em- -
que la loyauté de la république françaife ne lût
Eaiat
Les jours fuivans, les commiffaires civils fentant lurgente néceflité d'expédier le convoi, s'occupèren: des
moyens de le fairc partir le plus promptement poffible;
ils communiquérent aut contre-amiral Cerabis les dernières inftruétions du confeil exécutif relativement à Tef-
(1) Ceci reffemble fort: aux affemblées de fections quion faifoit
à cette époque à Toulon & ailleurs.
Relarion détaillic, Gc.
C --- Page 40 ---
corte du convoi ; ils l'engagirent à affembler les capktaines
de navires, à réunir leurs avis, & à propofer celui qui
lui paroitroit le meilleur. Ils l'engagérent même à leur
préfenter, conjointement avec les officiers compofant les
états-majors des différens bâtimens de la république, leurs
obfervations fur toutes les difpofitions qui leur paroîtroient
les plus convenables pour aflurer le convoi fans compromettre la colonie (1). Pendant que les commiflaires fe livroient à tous les
travaux civils, militaires, adminiftratifs, enfin aux différentes partics du gouvernement qui toutes pafient fous
leurs yeux, Galbaud & fon frère, qui étoient à bord depuis plufieurs jours, n'avoient nécligé aucun moyen de
foulever les équipages contre les délégués de la république. Depkbspisimilacutei avoient femé la défiance,
la crainte & répandu des alarmos; ils vouloient mettre
& entretenir toutes les têtes en fermentation.
s, militaires, adminiftratifs, enfin aux différentes partics du gouvernement qui toutes pafient fous
leurs yeux, Galbaud & fon frère, qui étoient à bord depuis plufieurs jours, n'avoient nécligé aucun moyen de
foulever les équipages contre les délégués de la république. Depkbspisimilacutei avoient femé la défiance,
la crainte & répandu des alarmos; ils vouloient mettre
& entretenir toutes les têtes en fermentation. Ils faifoient
publier. dans la ville, par leurs agens & par les négocians. leurs amis, qu'il devoit y avoir un foulevement
de noirs; que les commiffaires civils alloient faire fouiller
dans toutes les maifons pour s'emparer du numéraire &
de l'argenteric (2). On répandit dans la rade qu'on alloit,
les
voir fi
par leur ordre 7 faire décharger
navires pour
(4). Les commifaires civils ont envo:é à la convention nationale & au minifre CCS diveises ièces. (2). Tousls riches négocians e: leurs partisans étoient si bien
inftruits de ce qui devoit arriver, avoient fi bien copaerté leurs
merures, quis avoient eu la précaution de faire transporter
a bord de divers bâtimens de guerre ou du commerie tout rien
leur argent & leurs effets les plus précieux : aufii n'ont-i's leurs créanperdu, fi ce n'eft quelques meubles; il n'y de 2 bonne que foi soumi
ciers qui scront leurs dupes, & les gens mettre aucune
aux lois,ou qui du moins ne vouloient y
opps
--- Page 41 ---
les capitaines n'avoicnt
acheté ou chargé des denrées
provenant des émigrés. Si vouloient abfolument ruiner le
crédit national. Pour exciter les matelots & les inquiéter
fur leur propre fubfiftance, ils faifoient courir le bruit
qu'on alloits'emparer dos vivres qu'ils avoient à bord pour
en remplir les magafins de l'état. Ils avoient eu de plus
la fcélérateffe de profiter de l'inftant de mécontentement
des matelots & des états majors, au fujet d'un ordre de
police de fc retirer à bord à 7 heures du foir, ordre
donné pour éviter toutes rixes & tous raflemblemens nocturnes. Ils travailloient tous les marins & les préparoient
au projet cxécrable qu'ils mirent à exécution le lendemain. Les négocians contre-évolationnaises, qui étoicnt lcs
amis de Galbaud, avoient ramaffé dans la ville des
fommes confidérables, pour fournir aux frais de fa criminelle entreprife dont ils. avoient connoiffance, & pour
en affurer le fuccès ; il y avoit des affemblées chez plafieurs d'entre eux, notamment chez un négociant de la
rue du Confeil, ami de Gaibaud & partifan des pius
dévoués à la fecte des léopardins & des indépondans. Là
chacun étoit venu faire fon cffrande : un d'entre eux avoit
donné en un feul jour 13,200 liv.; d'autres cent portugaifes, 8cc., 8cc. (1). On avoit eil foin de diftribucr de l'argent aux mate
lots. On attiroit dans les principales maifons du Cap
Ies officiers mariniers, les maîtres d'équipages; & l, tous
les contre-révoletionnaires concertoient leurs plans avec
les contre-amiraux Cambis & Cercé, les autres officiers
de la marine militaire & tous les riches négocians.
un feul jour 13,200 liv.; d'autres cent portugaifes, 8cc., 8cc. (1). On avoit eil foin de diftribucr de l'argent aux mate
lots. On attiroit dans les principales maifons du Cap
Ies officiers mariniers, les maîtres d'équipages; & l, tous
les contre-révoletionnaires concertoient leurs plans avec
les contre-amiraux Cambis & Cercé, les autres officiers
de la marine militaire & tous les riches négocians. fition, qui Ont été les victimes de leurs manceuvres ariftocratiques. La plupart viennent d'acheter des terres la Nouvelle - Angleterre, avec CC qu'ils ont en'evé 2 leurs C éanciers. (1) Las commiffaires ont recueilli des renssigneniens certains
Cz --- Page 42 ---
19 Juin 1793.
Dans la foirée da 19 juin, unc foule innombrable de
matclots raflemblés fur les cales de la ville, & prefque
tous piis de boifon, ou ivres, infultèrent & menacèrent
des patrouilles de citoyens du 4 avril, de fervice cejour
li, en lenr criant que fi on ne reconnoiffoit pas le
Gaibaud,ils mettroient tout à feu & à fang, &
ne
LGra
laitieroient point pierre fur pierre.
Aufli-tôr que les commiflaires civils furent inftruits de
cc qui fe pafloit, ils firent redoubler les gardes & multiplicr les patrouilles. La contenance de la ville en impofa tellement aux matelots, qu'ils fc rembarquèrent tous
fur les
heures du matin, & regagnérent chacun
lcur ligate
Les commiffaires favoient que les prifonniers du Pottau-Prircc, quife trouvoient en rade, au nombre de plus
de deux cenits, difperfés far pluficurs bâtimens, fecondant de tous leurs cffurts les criminels projets de Galbaud, dans l'efpoir de recouvrer la liberté, avoient égaré
le patriotifme des équipages, & les avoient même décidés, au 12072 de la république françaife, fe-battre pour
Galbaud,en leur dépeignant cet acte comme le plus grand
trait d'attachement à leur patrie.
Les commiflaires favoient en outre
le commerce
du Cap n'attendoit que le moment de T rallicr au parti
de Galbaud pour le laire triompher 8 f Jouftraire parZii au paiement des dnglo-Americains, exigé par la proclanation du 15, & dont le terme venoit d'expirer. Ils
sur les divers souscripteurs, faisant les fonds de cette infame
entrepriss. Iis en ont envoyé les noms à la Convention nationale
avcc les preuves de ces odicuses mance uyres.
du Cap n'attendoit que le moment de T rallicr au parti
de Galbaud pour le laire triompher 8 f Jouftraire parZii au paiement des dnglo-Americains, exigé par la proclanation du 15, & dont le terme venoit d'expirer. Ils
sur les divers souscripteurs, faisant les fonds de cette infame
entrepriss. Iis en ont envoyé les noms à la Convention nationale
avcc les preuves de ces odicuses mance uyres. --- Page 43 ---
n'ignoroient pas non plus que les fadtieux de la ville
épioient avec impatience le monient où la fcènc commenceroit, pour fc ranger du parti contraire aux délégués de la République.
20 juin 1793.
Les commiffaires civils requirent , le 20 juin au matin,
Laveaux, commandant de la provir ce du Nord, de mettre furr-le-champ la ville cn état de défenfe, & de prendre une attitude aflez impofante pour contenir ou réprimer les factieux du dedans & du dchors.
Nous voici arrivés au moment doulourcux oû, forcés
de déchirer le cceur fenfible de nos frères d'Europe par
le récit fincère des atrocités & des crimes commis dans
les effroyables journées des 20 & 21, nous n'avons pas
même la trifte & cruelle confolation de lui comparer,
dans les faftes de l'antiquité, des jourées aufi fanguinaires : les Vêptes ficiliennes, la Saint-Barthelemi, ne
peuvent pas même approcher du niveau des horreurs,
dcs cruautés exercées dans Ces jours affreux de crime &c
de fubverlion.
Le 20, à neuf heures du matin, Galbaud, Céfar Galbaud, fon frère, quelques aides-de-camp, des foldats 3
d'autres perfonnes, s'embarquérent dans lc grand cànot
de la Normande, auix cris de vive le général Gallaud!
qui partoient de la flite la Normande, & furent débarqués à bord du vaifleait le Jupiter, d'olr, après quelques momens de filence, O1l entendit fc renouveler les
crjs de vive le général Gelbaud! JI fc rendit, avec la
rime fuite, à bord de tous les bâtimens de la République, à Fexception du vaiffeau PAmerica ; & T'on vit
à bord de chaque bâtiment ot ils ailoient, les équipages
réunis far le gaillard d'anière, paroiflant écouter en
C3
bord du vaifleait le Jupiter, d'olr, après quelques momens de filence, O1l entendit fc renouveler les
crjs de vive le général Gelbaud! JI fc rendit, avec la
rime fuite, à bord de tous les bâtimens de la République, à Fexception du vaiffeau PAmerica ; & T'on vit
à bord de chaque bâtiment ot ils ailoient, les équipages
réunis far le gaillard d'anière, paroiflant écouter en
C3 --- Page 44 ---
filence une lecture à la fin de laquelle ils faifoient retenti
la rade des cris de vive le géneral Galbaud! C'étoit la
éture du fatal & inconftitutionnel brevet qui commet
Galbaud gouverneur général des ifles fous le vent ; brevet à Paide duguel Galbeud s'étoit formé fi rapidement
LI parti confdcrable à Saint-Domingue. Ils étoient encore porteuts d'une proclamation
tendoit à foulever
les équipages contre les déléqués E la République; &c
après cette leéture, ils demandoient aux matelots s'ils ne
reconnoilloient pas le général Galbaud pour gouverneur
de Saint-Domingue. & par conféquent pour leur chef;
&: les équipages, féduits & égarés par les mancuvres
perfides des fcélérats qu'on avoit envoyés à bord de tous
les birimens, &c
les excitoient encore en ce moment,
de concert avec T fuite de Galbaud, répordoient oui!
oui!
Galbaud faifoit dire aux cquipages, par fon frère &
fes fatellites, qu'il étoit un républicain.choif & envoyé
Par la République françaife C, 6 que-les commifaires
étoiert des royalifes envoyes par le roi, & n'avoient
des pouvoirs que du temps du roi, Gc.
Les frères Galbaud firent encore promettre aux équipagcs de s'arme: pour defcendre à terre avec eux aul
premier fignal qui en feroit fait à bord du Jupiter, EC
qu'ils promirent encore. Les deux Galbaud fc rembarquèrent alors pour retourner fur le Jupiter.
Galbaud, en traverfant la rade aux cris de pive Galbaud! que fes partifans avoient provoqués. annonçoit à
tous lcs bâtimens que les citoyens faits prifonniers, de
T'ordre des commiflaires, étoient délivrés & abfous.
A midi, le ci-devant général Galbaud fit prévenir les
équipages qu'à deux heures on feroit le fignal à bord du
Jupiter, pour defcendre à terre cn armes. Tous les na-
la rade aux cris de pive Galbaud! que fes partifans avoient provoqués. annonçoit à
tous lcs bâtimens que les citoyens faits prifonniers, de
T'ordre des commiflaires, étoient délivrés & abfous.
A midi, le ci-devant général Galbaud fit prévenir les
équipages qu'à deux heures on feroit le fignal à bord du
Jupiter, pour defcendre à terre cn armes. Tous les na- --- Page 45 ---
vires du commerce avoient déja reçu l'ordre de fe retirer
au large, pour démalquer les vaiffeaux qui étoient emboffés. Les navires du commerce exécutérent pondtuellement l'ordre, & le fignal de defcendre ne fut donné qu'à
trois heures,
un pavillon bleu
le'Jupiter arbora à fon
d'artimon, &
d'un coup de
.urma
Ea
qu'il
canon. Alors toutes les chaloupes des vaiffeaux, armées
d'obufiers, & tous les canots de la rade, tant de la marine de l'état
de celle du commerce, débordèrent de
leurs bords Reat pour defcendre à terre, chargés de
matelots & de foldats des garnifons des vailleaux,
Galbaud avoit corrompus & égarés, & auxquels il
ad0E
joint les prifonniers du Port-au-Prince, foldars & autres.
Les affaillans s'excitoient mutuellement par les cris de
vive Galbaudi vive le géneral Galbaud ! embarquons les
commiffaires ! Ces cris hors de nature annonçoient l'état
de fureur où l'on avoit mis ces hommes foibles & fans
connoiffance, par les liqueurs, fortes qu'on leur avoit
prodiguées avant de defcendre.
Ils débarquèrent, fur les quatre heures du foir, à la
cale de Tétat, & armés de pied en cap, au nombre d'environ 2,300 &c quelques hommes (ce fait eft de l'aveu
même de Céfar Galbaud). Les deux Galbaud étoient a
la tête; ils divisèrent-leur troupe en deux colonnes, formèrent des avant-gardes qu'ils détachèrent, & fe mirent à
la tête du refte de chaque colonne. Le ci-devant général
Galbaud dirigea fa route vers la rue du Confeil & fit
halte au Marché aux Blancs; l, fa colonne eugageoit
les citoyens qu'elic rencontroit à s'unir à elle. I! continua fa route pour monter à la maifon des commiffaires. Dans toutes les rues oit il pafloit, il étoit accueilli
par des battemens de mains & des cris de joie de la
part dcs femmes qui étoient aux fenêtres & dans les balCORS, A ces cris étoicnt mélés ceux de vipe Galbaud!
C4
halte au Marché aux Blancs; l, fa colonne eugageoit
les citoyens qu'elic rencontroit à s'unir à elle. I! continua fa route pour monter à la maifon des commiffaires. Dans toutes les rues oit il pafloit, il étoit accueilli
par des battemens de mains & des cris de joie de la
part dcs femmes qui étoient aux fenêtres & dans les balCORS, A ces cris étoicnt mélés ceux de vipe Galbaud!
C4 --- Page 46 ---
répétés par tous lcs homnes qui étoient avec ciles, &
qui faluoient le lieutenant de Dumouriez & levoient leurs
chapeaux en Tair. en fmne de joie de voir enfin la
contre-révolation f defirée. Ilavoit l'air de faire une cntrée triomphale. Son avant-garde, commandée par un
officier de marine. marchoit toujours & eagnoit les derrières de la comédie, qui fait face à T'aile droite de la
maifon dite le gouverement. Li, les volontaires à cheval
de ia ville du Cap, voyant venir l'avant-garde des matelots, auxquels s'étoient joints les volontaires à pied aufli
de la ville du Cap, ce qui formoit à-peu-près un corps
de 200 hommes, commencèrent à tirer des coups de
carabine & de piftolets fur un détachement d'environ
20 hommes du pofte du gouvernement, où les commiffaires civils logeoient, & qui fe trouvoient rangés en
bataille devant leur corps-de-garde, fur Tavancée de la
rue par oà les matelots montoient. Le détachement ripofla avec courage à l'attaque des volontaires à cheval,
qui étoient au nombre de 59, mais auxquels fc joignirent bientôt les matelots & les volontaires à pied du
Cap, formant Tavant-garde de la colonne du ci-devant
général Galbaud. Le pofte des 20 hommes du 4 avril
fut bientêt affailli & prefque cerné par cette avant-garde,
qui faifoit un feu continuel S de tous côtés. Alors Mars
Belley, citoyen du 4 avril, conimandant en fecond du
fixième bataillon,qui fe trouvoit l pour faire les difpofitions nécelfaires sà la défenfe. envoya demander du renfort a'l pofte du gouvernement, pour garnir le jardin,
& ordonna à fa troupe de fe replier fur ce poftc en
bon ordrc, &, en continuant fon feu, de protéger de
plas prés la demeure &c la perfonne des délégués de la
République.
Mais cette attaque fubite avoit é:éG peu prévue, qu'il
n'y avoit alors, pour toute force au goavernemient,
du avril
la
de
5o homnies
qui corpofvient garde
pofte du gouvernement, pour garnir le jardin,
& ordonna à fa troupe de fe replier fur ce poftc en
bon ordrc, &, en continuant fon feu, de protéger de
plas prés la demeure &c la perfonne des délégués de la
République.
Mais cette attaque fubite avoit é:éG peu prévue, qu'il
n'y avoit alors, pour toute force au goavernemient,
du avril
la
de
5o homnies
qui corpofvient garde --- Page 47 ---
commiflion civile. On cn détacha quelques-uns qui f
joignirent à la troupe de Beiley, & il donna avec tant
d'ordre, de courage & de vivacité fur la troupe desattaquans, qui déjas s'étoient dilperfes en entrant en foule
au jurdin du gouvernement, & qui croyoieut déja la
victoire affurée, quil nc lcur laifla pas le temps de fc
reconnoitre, & qu'en moins de cinq minutes il leur fit
évacuer le jardin, les pourchafla julqu'au milieu de la
ville, & leur tua ou bleffa beaucoup de monde. Mais
alors, des citoyens de la ville, complices de Galbaud,
qui étoient retranchés dans leurs maifons, curent l'atroce
lacheré de lui tirer des coups de fufil dc leurs fenêtres,
& lui tuèreut & blefsèrent plufieurs foldats de fon 'détachement; le cominandant Belley reçut lui-même fix
bleflures
Cependant Céfar Galbaud étoit arrivé fur la place
d'armes, où fon frère l'attendoit. Là ils concertoient enfemble les moyens de s'emparer de Tarfenal,, pour fe
procurer une force impofante d'arillerie, & pour nous
enlever la reffource des munitions; lorfqu'ils virent arriver le traître Maletty, officier du vaiffcau T'Eole. qui,
avec l'avant-garde qu'il commandoit, avoit enlevé deux
obufiers à un petit détachement de dragons du fcizième
régiment, qui venoient de les prendre à Tarfenal,, en
vertu des ordres du commandant, & qui les conduifoient au polte du gouvernement, pour protéger les délégués de la République. Auflitôt que les deux obufiers
furent arrivés far la place d'armes, les cris de vive Galbaud redoublèrent. Alors Céfar Gaibaud prit un des
deux obuiiers & marcha vers la place du Champ-de-
(:) Il efb aujourd'hui capitaine au feizième régiment d'infanterie, & un des députés de la partie du Nord de Saint-Dumingue à la Convention nationale,
polte du gouvernement, pour protéger les délégués de la République. Auflitôt que les deux obufiers
furent arrivés far la place d'armes, les cris de vive Galbaud redoublèrent. Alors Céfar Gaibaud prit un des
deux obuiiers & marcha vers la place du Champ-de-
(:) Il efb aujourd'hui capitaine au feizième régiment d'infanterie, & un des députés de la partie du Nord de Saint-Dumingue à la Convention nationale, --- Page 48 ---
Mars, avec une partie de fa colonne, car le refte s'étoit
difperfé de foi-même pour piller dans les maifons des
marchands. Mais, en arrivant au Champ-de-Mars, un
détachement de citoyens régénérés 0
força, avec une intrépidité fans exemple, au milieu du feu de fon artillerie
& de fa moufqueterie, & après un choc fanglant, vu
l'inégalité des combattans. le détachement, qui n'avoit
pas le quart du monde de la colonne, s'empara de lo.
bufier, laifla lc champ de bataille jonché de cadavres
& de mourans, fit Céfar Galbaud prifonnier avec huit
officiers ou élèves de la marine, queiques matelots &
quelques citoyens de la ville (1). Ce héros contre-révoliutionnaire s'eft laiffe défarmer & prendre comme un
lâche, en difant: Ne me faites point de mal! je fuis
perdu! citoyens, je fuis un bon républicain! &c.
Déjà la guerre civile étoit allumée dans tous les quarticrs de la ville 5 c'étoit la guerre des couleurs & des
opinions, à l'exception d'un très petit nombre de per-
(1) Voici leurs noms:
Céfar Galbaud, frére du général.
Lamalerti, enfeigne du vaiffeau Eole.
Deshaureurs, afp rant du bord de Fole.
Kervenau, afpirant du bord de la Survi illante.
Defrotoures, alpi'rant de la marinr, du bord de T'Éole.
Mervé, afirant de l marine, du bord de T'Éole.
Pradel, a pirant du bord de TEole.
Picot, afpiran: du bord de l'Eole.
Nota. Il et à remarq"er que I Surveillante aveit été commandée précédemment par Cercei, qui alors commandcit
I'Éole.
Archambaud, citcyen du Cap.
Dumey, chez Eertrand &: Boulinot, négocians au Cap.
Jofpi,/aeguemnis,6onome-raireur fur Fhabitation Menou
& Baracl,
bord de T'Éole.
Pradel, a pirant du bord de TEole.
Picot, afpiran: du bord de l'Eole.
Nota. Il et à remarq"er que I Surveillante aveit été commandée précédemment par Cercei, qui alors commandcit
I'Éole.
Archambaud, citcyen du Cap.
Dumey, chez Eertrand &: Boulinot, négocians au Cap.
Jofpi,/aeguemnis,6onome-raireur fur Fhabitation Menou
& Baracl, --- Page 49 ---
fonnes quis s'étoient réunies auprès des commiflaires, telles
les membres compofant la commiflion interméear (1), Mafle ordonnateur, & quelques citoyens
vrais patriotes français aufli rangés auprés d'cux : prefque
tous les habitans de la ville étoient complices de
Galbaud; lcs uns étoient en armes avec lui, les autres
faifoient des vocux
la contre-révolation, & le plus
grand nombre Remttaeu tiroit des maifons fur les citoyens
du 4 avil, & fur le peu de troupes reftées attachécs
au fervice de la république: les tours de l'églife étoient
rempliesd'hommes armés qui tiroient aufli furles citoyens
du 4 avril par les ouvertures qui donnent du jour à Tefcalier, & auffi de l'enceinte qui renferme les cloches (2):
ces blancs féroces, fanguinaires, affaflinoient indiftinétement tout ce qu'ils voyoient d'hommes de couleur libres ou efclaves; & de l'autre côté les hommes de couleur, fi inféricurs en nombre, & fentant qu'il ne leur
reftoit d'autre reffource que dans leur
vendoient
chèrement leur vie; ils déployoient tant
bravoure 2
SPgE
tant d'intrépidité, que
hommes attaquoient avec affurance des détachemens à3 Igo hommes ennemis; & toujours ils feroient revenus viétorieux. fans les fcélérats
qui, cachés dans lours maifons, & faifant de leurs fenêtres un feu terrible fur eux, contre-balangoient toujour S
leurs fuccis. Enfin, le mafque étant tombé, lcs deux
(:) Il eft à remarquer que dans cette journée liberticide aueun membre de la niunicipalité ne parut; elle étoit entiérement
dévouée à Galbaud,& fecondoit fes deffcins eriminels.
Les contre-révolutionnaires s'attendoient fi bien à ane afEatol générale, que tout éroitréglé d'avance, que tout leur monde
s'eft trouvé fous les armes à ia même heure, que tous les poltes
étoient affignés à chacun , & que le mot d'ordre & de ralliement,
donné par Gaiband,étoit connu de tous : c'étoit Paris & SainteCerevitve.
ée à Galbaud,& fecondoit fes deffcins eriminels.
Les contre-révolutionnaires s'attendoient fi bien à ane afEatol générale, que tout éroitréglé d'avance, que tout leur monde
s'eft trouvé fous les armes à ia même heure, que tous les poltes
étoient affignés à chacun , & que le mot d'ordre & de ralliement,
donné par Gaiband,étoit connu de tous : c'étoit Paris & SainteCerevitve. --- Page 50 ---
partis étoient bien reconnus; Galbaud avoit pour lui
toute la population blanche de la rade & de la ville;
& les commigaires n'avoient pour foutenir la loi dans
toute la ville, & d'après le contrôle fait, que trois cents
& quelques citoyens du 4 avril, les braves & toujours
fidèles dragons du feizième régiment, dont le nombre
n'alloit pas à cinqyante, & une petite poignée de foldats
de ligne qui ne fc laifa pas corrompre. Jamais la ville
ne stoit trouvée auffi dégarnie de citoyens de couleur;
ils avoient prefque tous été employés à garder les poftes
du dehors.
Cependant les coups de fulils partoient de tous les
points de la ville, la nuit arrivoit, & Galbaud s'étoit
rendu maitre de l'arfenal, lequel avoit été livré par une
trahifon ; & fous les apparences dc paroles de paix 2 on
avoit invité les matelots & les citoyens du 4 avril de
s'embraffer; & au moment où on cxécutoit cette propofition, en figne de réconciliation, tout le monds pefa
ies aries; mais les hommes de Galbaud, qui avoient
leur leçon faite, plus agiles que les citoyens du 4 avril,
qui ne foupçonnoient aucune trahifon, s'emparèrent des
armes de ces derniers & de tous les canons 5 Wandencapitaine de la Concorde, ami de Calbaud, fut
ETt premier, à Ce que tout le mnonde affirre, qui en
donna l'exemple, & fc précipita pour fe faifir des canons : les citoyens du 4 avril n'eurent plus alors à P'arfenal d'autre reffource que la fuite; une partie d'entr'cux
fut faite prifonnière & reçut les plus mauvais traitemens,
ainfi qu'un détachement des braves du feizième régiment, qui fut enveloppé dans le même moment par les
volontaires & une foulc innombrable de matclots; ils
eurent plufieurs d'entr'eux maflacrés, les autres furent indignement outragés, battus, mutilés, enfin jetés à fond
de cale chargés de fers, 4
uite; une partie d'entr'cux
fut faite prifonnière & reçut les plus mauvais traitemens,
ainfi qu'un détachement des braves du feizième régiment, qui fut enveloppé dans le même moment par les
volontaires & une foulc innombrable de matclots; ils
eurent plufieurs d'entr'eux maflacrés, les autres furent indignement outragés, battus, mutilés, enfin jetés à fond
de cale chargés de fers, 4 --- Page 51 ---
Galbaud avoit donc alors en fa poffeflion toute l'artillerie & toutes les munitions, tandis
les délenfeurs
de la loi étoient auprès des délégués
la république,
At
o fans canons, & n'ayant prefque point de munitions pour
la moufqueterie; il ne leur reftoit d'autre appui, d'autre
efpoir que leur courage & la juftice de la caufe qu'ils
défendoient.
Galbaud étoit inquiet de fon frère; il avoit envoyé
une forte colonne avec une pièce de canon pour le protéger ou le délivrer en cas de befoin ; mais à peine fc
prefenta-t-elle devant les portes du gouvernement, s que
ics citoyens du 4 avril fondirent deffus à l'arme blanche,
&, méprifant l'effet de leur moufqueteric & même le feu
del la piéce, après quelques minutes d'un combat acharné,
l'enlevérent triomphans.
Les fatellites de Galbaud fentoient & craignoient te'-
Jement la fupériorité des hommes de couleur, que de
fimples patrouilles de quatre de CcS mêmes hommes
mettoient en fuite des détachemens de vingt ou vingtcing ennemis. I! y eut dans cette journée de fang dés
traits fublimes d'héroifime, d'intrépidité, de générofité,
de la part des citoyens du 4 avril. Et ce font I les
hommes que les blancs orgueilleux ofoient autrefois calomnier,cquils regardoisntcommc desctecsvils.comme une
race profcrite, jetéc fiar la terrc pour être l'objet de leur
mépris & le jouet éternel de leur vanité ! Iis s'appelloient, eux, une race privilégiéc, fupérieure en vertu,
en courage 3 & dans les journées des 20 & 21 juin,
dans cette guerre fraurieide finfcitée par cux, ils n'ofoient
fe mefurer avec eux ni les combattre en lacec. Ol honte!
Ils préféroient de les affafliner en fe tenant cachés derrière leurs jaloufies. Que ces braves citoyens du 4 avril
fe montrèrent grands dans CCS jours de calamité où
toutes les bouches prononçoient leur arrêt de mort !
,
en courage 3 & dans les journées des 20 & 21 juin,
dans cette guerre fraurieide finfcitée par cux, ils n'ofoient
fe mefurer avec eux ni les combattre en lacec. Ol honte!
Ils préféroient de les affafliner en fe tenant cachés derrière leurs jaloufies. Que ces braves citoyens du 4 avril
fe montrèrent grands dans CCS jours de calamité où
toutes les bouches prononçoient leur arrêt de mort ! --- Page 52 ---
Ils fe font couverts de gloire, & ont montré la plus
grande générofité envers ces mêmes blancs, aprèslesavoir
vaincus.
Il étoit fix heures du foir. Les commiffaires civils,
voulant éviter tous les maux qu'ils prévoyoient, & préfumant que les matelots fipiroient par ouvrir les yeux frr
les crimes qu'on leur avoit fait commettre par de perfides fuggeltions, firent publier, à travers les boulets,
les balles & les poignards, une proclamation conçue en
ces termes : ( Les commiffaires civils favent que les gé9 néraux Galbaud, Cambis & (ercey vous ont égarés,
)) qu'ils vous ont forcés d'être parjures à la répu-
> blique; livrez-les aux mandataires de la Fance, aux
> délézués de la Convention nationale, &: vous êtes
> pardonnés.
> Vous tous, bons citoyens, venez autour de nous;
y que les faétieux foient punis feuls; qu'ils partent;
> qu'ils aillent recevoir en France le prix de leurs
Fot
> faits. )
Ecs inftans étoient précieux; les commiflaires comptoient encore que ces hommes, chez qui tout fentiment
étoit anéanti; reviendroient de leu:s erreurs; ils chargérent F. Polverel, fecrétaire de la commiflion, de promulguer leur proclamation, 5 afin d'ètre plus sûirs qu'elie
le fat : ils donnèrent quciques perfonnes à F. Polverel
pour Taccompagner; mais à peine arriva-t-il, qu'un détachement de matelots, à
il voulut fc faire entendre, fondit fur lui au lieu
l'écouter, le fit
toit anéanti; reviendroient de leu:s erreurs; ils chargérent F. Polverel, fecrétaire de la commiflion, de promulguer leur proclamation, 5 afin d'ètre plus sûirs qu'elie
le fat : ils donnèrent quciques perfonnes à F. Polverel
pour Taccompagner; mais à peine arriva-t-il, qu'un détachement de matelots, à
il voulut fc faire entendre, fondit fur lui au lieu
l'écouter, le fit prifonnier
malgré fon caradtère facré de parlementaire, & l'emmena, ainfi que les perfonnes qui fe trouvèrent avec
lui; tous furent conduits à bord de TEole ou du Jupiter. --- Page 53 ---
Toutes ces fcènes n'étoient cependant que le préluda
des projets de Galbaud. Furieux de favoir fon frère prifonnier, 2 il jura dès cet inftant Tanéantiffement de la
ville entière.
II eft bon d'obferver ici
pour décider les matelotsà feconder les projets datnlc formés contre l'aitorité nationale, on leur avoit promis le pillagc.
D'abord les fatellitesde Galband, échauffss, enflammés,
défoncèrent les magafins de vin & s'enivrérent; mais
T'effet en fut tel, que bientôt ils ne reconnurent plus dc
frein; ; ils défoncérent & pillèrent toutes les maifons fans
diftinétion ; ils maffacrèrent femnies, enfans 2 tout ce qu'ils
rencontrèrent, & finirent, dans leur état de furetir, par
s'entre-tuer eux-mêmes. Ce qui auementoit Thorreur dece
fpectacle abominable, c'eft que la nuit la pius profonde
enveloppoit toutes ces horreurs d'un voiie funebre, que
le filence de la peur n'étoit interrompu que par les cris
des nouvelles viétimes qu'on facrifioit, qui on entendoit
prononcer en expirant le mot touchant de pardon. Hélas!
n'accufons pas nos marins de tous ces crimes qui ne
doivent retomber que fur les chels & les inftigateurs!
Mais le courage des troupes qui combattoient pour
la république avoit tellement infpiré de terreur dans
la horde de Galbaud, qu'elle n'ofa, dans la nuit, tenter
aucune entreprife, ni même fortir de l'arfenal.
Une grande partie du pillage avoit été tranfporree à bord,
&l'on avoit envové des hommes frais pour remaplacer les
morts,les bleffés & ceux que l'ivrefie rendoit incapables
de fervir. Ces nouveaux hommes qui étoienc roftés pour
la garde des bâtimens, tranfportés d'éronnement àli vue
des richefles de leurs camarades, dofcendirent avec l'efpoir
d'en acquérir autant par les mêmes voies (1'.
Le'citoyen Pelletier, enfeigne fur lEole, quieft aujourà l'Orient, aous a dit que le vaiffeau l'Eole étoit comme
'ivrefie rendoit incapables
de fervir. Ces nouveaux hommes qui étoienc roftés pour
la garde des bâtimens, tranfportés d'éronnement àli vue
des richefles de leurs camarades, dofcendirent avec l'efpoir
d'en acquérir autant par les mêmes voies (1'.
Le'citoyen Pelletier, enfeigne fur lEole, quieft aujourà l'Orient, aous a dit que le vaiffeau l'Eole étoit comme --- Page 54 ---
Mais la force arméc qui entouroit les commiffaires de
la république, voyant qu'ancun citoyen blanc ne fc joignoit à elle & qu'ellen'avoit été renforcée que par quelques
citoyens de couleur, & une compagnie franche de 60
hommes', commandée par Villate, fentant en outre approcher l'inftant qui devoit décider à jamais du fort de
St-Domingue, fe réfolurent à la plus vigoureufe réiftance &a tout facrifer pour protéger & fauver les mandataires de lz France. Dans cette extrémité fâcheufe,
les citoyens du 4 avril profitérent de la bonne volonté
d'unc foule immenfe d'efclavedimtelligens, & tous pcur la
plupart employés dans la ville auprès des blancs comme
domeftiques ou! ouvriers, qui vinrent s'offiir à eux pour
fervir dans leurs compagnics & pour défendre les commiffaires de la France. Les citovens du 4 avril acceptèrent leurs offres, & environ huit cents nègres cfelaves
furent armés , fe battirent avec lcs citoyens de couleur
& firent des prodiges de valeur.
2I juin 1793.
Ce renfort mit le pofte du.gouverement à meme de
muitiplier fes patrouilles, Sc ily eut, dès le matin dua1,
plufieurs efcarmouches entre les patrouilles de la république & celles des révoltés. Mais, fur les 10 heures, Galbaud, après avoir pris fes mefires, envova de l'arfenal
une colonne formidable compofée de citoyens de la ville,
de matelots & de volontaires da Cap, avec quelques ef
clavesqu'ils avoient armés. Cette colonne avoit deux picces
unc foire, qu'l y, a acheré lui-méme; des matc'ots, deschemifes defemme très-fines. , avec une dentelle de tiois doig's saux
manches &au tour de gorge, moyennunt un-gour'e,cequi la même fit
5 liv. 10 fous tournois; qu'on y vendoit & tout dans la fenime de
proportion, tant le'pilage étoit'abondant 5 que elle-memc..
Cercey, le conuandant du vaiffeau,en achetoit
de
a acheré lui-méme; des matc'ots, deschemifes defemme très-fines. , avec une dentelle de tiois doig's saux
manches &au tour de gorge, moyennunt un-gour'e,cequi la même fit
5 liv. 10 fous tournois; qu'on y vendoit & tout dans la fenime de
proportion, tant le'pilage étoit'abondant 5 que elle-memc..
Cercey, le conuandant du vaiffeau,en achetoit
de --- Page 55 ---
de canon, l'une à la tête & l'autre à la quese, 2 c: cn
avançant fur le gouvernement clle répétoit le cri de la
veille: Nous voulons les commifaires. Cc fut le moment
ci l'intrépide Chanlatte, citoyen du 4 avril, coumandant de la garde nationale à St-Marc, 2 qui avoit fuiviles
commiflaires de St-Marc à l'expédition du Port-an-Prince,
&: du Port-au-Prince aul Cap 7 donna les preuves lès plus
évidentés de fon fang-froid & de fa valeur. Il comman. -
doit la force armée fous lcs ordres de Laveaux, commandant de la province duNord,qui, par caufc de maladic, ne pouvoit exécuter lui- mêmc : Mes amis, cria
Chanlatte à fcs foldats, vaincre ou mourir 5 il faut einporter leur pièce, 2 & i fonce fur la cclonne en criant:
elle e/t à nous; cile clt à nous. En effet, après avoir,
avec quatre cents hommes, difperfé S inis en fuite cete
colonne d'environ quinze cents , il revint vainçueur à
fon polte avec la pièce de canon & un drapeau.tricolor,
à la vérité, mais au bout duquel Rottoient les cravattes
blanckes. Mais Chanlatte avoit perdu beaucoup de monde
vu fon petit norabre; fes foldats étoient harraffés, & la
viétoire momentanée dont il jouiffoit avoit coûté du fang
à fa petite armée. Il rallia toutes fes troupes au pofte du
gouvernement, leur diftribua de nouvelles munitions &
les exhorta à fe tenir prètes à recomimencer,
Les révoltés furieux de voir
ne pouvoient gagner
un pouce de terrein fur des Hoaia qui n'avoient d'autre
artillerie que l'obufier & les deux picces en bronze qu'ils
avoient emportécs les armes à la main, abandonnérent lc
projse d'attaquer en face. Ilsfe replièrent donc à l'arfenal
& inontérent une heure après une pièce de dix huit en
bronze fur le petit Morne qui domine T'aile droite de la
façade du gouvernement, & la feconde cour où les foldats de la république étoient rangés en bataille.
Lesrévoltés avoient trouvé un tavin fi avantageux pour
Relation détaillée,6c.
D
armes à la main, abandonnérent lc
projse d'attaquer en face. Ilsfe replièrent donc à l'arfenal
& inontérent une heure après une pièce de dix huit en
bronze fur le petit Morne qui domine T'aile droite de la
façade du gouvernement, & la feconde cour où les foldats de la république étoient rangés en bataille.
Lesrévoltés avoient trouvé un tavin fi avantageux pour
Relation détaillée,6c.
D --- Page 56 ---
so
placer leurs picces, à pique fur nos têtes, qu'il étoit dc
toute inpoflibilié quc nos boulets puffent les atteindre,
ils pafloient bien au deffus, mais n'y touchoient point.
En moins d'un
d'henre le gouvernement fut
criblé de leurs Ro.fec leséclats de picrre qu'ils brifoient
voltigeoient jufque dans les chambres occupées par les
commiflaires civils, &: ils avoient affoibli un des
gnons de la maifon. Les balles de leurs homines qui #
roient ventre à terre, nous tuoient beaucoup de monde.
La rage s'emparoit du cceur de nos foldas; ils firent
faire par Chanlatte, aux commiffaires civils, la
fition de fe mettre hors de danger, cn difant
ne
battroient
Enfte
s'en
que micux ; que f les commiffaires venoient à êtrc vidtimes, tout feroit perdu par le découragement qu'occafionneroit dans l'armée la perte des déléguésde la république. Les commiflaires refusérent obltinément de fc retirer, & nos foldats tinrent bon; mais
cinq minutes après les révoltés démontèrent ia feule
qui pouvoit les atteindre & gui nous fervoit. Alors
ae
latte revint une feconde fois engager lescommnifsirescieik,
au nom du falut de T'armée, faire retraite firle-champ.
Les commiffaires fentirent dès lors que leur préfence
ne pouvoit rien opérer pour le bien public, & ils fortirent
en ordre avec unc cfcorte des citoycns reftés fidèles à leur
parti; ils traversèrent la rue Efpagnole dans toute fa longueur, non fans effuyer les fulillades dcs patrouilles de
Galbaud, qui s'embufquoieat aux coins dcs islets pour
les canarder.
Ils emmenèreat les prifonnicrs qu'ils avoient faits, &
ils fe réfugièrent au camp Bréda, aui haut du Cap, à
une petite lieuc de la ville.
< Mais avant d'y arriver ils effuyèrent le feu du fort
St-Miche! qui battoit la route oû ils pafloien: : Ce fort
étoit alors gardé par les volontaires à pied de la ville
du Cap, & par les matelots.
aux coins dcs islets pour
les canarder.
Ils emmenèreat les prifonnicrs qu'ils avoient faits, &
ils fe réfugièrent au camp Bréda, aui haut du Cap, à
une petite lieuc de la ville.
< Mais avant d'y arriver ils effuyèrent le feu du fort
St-Miche! qui battoit la route oû ils pafloien: : Ce fort
étoit alors gardé par les volontaires à pied de la ville
du Cap, & par les matelots. --- Page 57 ---
Les commiffaires civils ont bien fait de ne pas accéder
à la propofition qui leur fut faite de fc retirer aux cazernes qui font dercière la maifon du gouvernement : car
on oft certain qu'ily avoit là des hommes apoftés pour les
égorge: all moment où ils entreroient, & les coupables
euflent été perdus dans la foule. Tous les mauvais citoyens qui sy étoient réfugiéscuffent ambitionné, 2 àl'envi
lun de Tautre, lc crimirel avantage, oi de
les'
premiers coups, ou de fauver les affaflins.
avoit
auffi (Sc cettea aflertion
PE
n'eft pas bazardée) dans Ic veftibule
du gouvernement & dans les falles d'cn-bas des homnies
qui n'attendoient que lc moment d'affaillir & les com-!
miflaires civils & les citoyens du 4 avril qui les entouroient. Ces brigands mercenaires attendoient avec
tience l'inftant où les fatellites de Gaibaud auroient impanétré dans le gouvernement,
péLe ciel n'a pas permis que tant de crinies fuffent
commis dans un même jour, & que le pacriotifme fiiccombarfousle coutcau dc feélérats, vils rebuts de
& même de l'humanité.
T'Europe
Les bons citoyens français, firr-tout ceux du 4 avril,
tranquilles fur le fort des commiffaires civils, fe réunirent bientôt avec un nouveaut zile & une ardeur rouvelle pour combattre les révoltés. Galbaud, furieux
d'avoir vu échapper fa proie, c'eft-à-dire les mandataires
de la république, ne mit plus de frein à fcs fureurs; il
alla jufqu'à faire tirer à boulets rouges fur nos feldass,
8c-commença par Cet infâme moyen l'incendie de la ville
du Cap (1), pendant que fcs fatellites la propagcoicnt la
torche à la main.
(:) Des boulets rouges ont été éteints dans diverfes
& onalacertitude quel les chefs des sentmo-nbektoeminuaret maifons 9
D 2
de la république, ne mit plus de frein à fcs fureurs; il
alla jufqu'à faire tirer à boulets rouges fur nos feldass,
8c-commença par Cet infâme moyen l'incendie de la ville
du Cap (1), pendant que fcs fatellites la propagcoicnt la
torche à la main.
(:) Des boulets rouges ont été éteints dans diverfes
& onalacertitude quel les chefs des sentmo-nbektoeminuaret maifons 9
D 2 --- Page 58 ---
L'embrafement, qi avoit commencé précifiment & à
deffein par le quartier qu'habitoient ordinairement les
citoyens du 4 avril, mit le comble à leur défefpoir;
leur courage fe monta à la hauteur des événemens; 8,
Galbaud ne vouloit fairc de la ville qu'un
voyant que de cendres, ils volèrent d'eux-mêmes à la
monccau
mort; ils montèrent far les endroits les plus efcarpés,
s'emparèrent des canons, forcèrent les révoltés juique
dans leurs retranchomens., ies débufquérent de tous les
poftes, les taillèrent en pièccs, & pourfuivirent Galbad
dc fi près qu'il n'eut que le temps de fe jeter à la mier
s'embarquer, en criant aux matelots : A moi mes
amis, pour fauvex-mi. C'eft ainfi que Galbaud, toujours,
liche, qui prefque toujours avo't été à la queue de la
colonne ou à T'abri à f'arfenal, fit fa retraite à bord da
Jupiter.
Dans CCS diverfes at:aques, nous devons principalement nos fuccès à Morrict Bez, citoyen du 4 avril,
ofhicier p'ein de courage & de fang-froid, ayant fervi
en France avec honreur, aujourd'hui commandant le,
du Terrier-Rouge; il refta toujours à la tête des
camp
placé de diftanse en diftance des tra.nies de poudre avec des
barils de poudre, afin de faire fauter les niaifons & de cumnnanniquer lincendic.
Un capitaine américain, nommi Warneth, déclaré, devant
Dufay & Garnot, deux des deputés de la Convention nat'onale, devnt 25 perfonnes, chez les commiffaires civils, qu'un
capitene américain, fon compatriote, ails, dans une de cufs
journées déaftienfs demander à Galbaud, qui faifoit le TUL
a tord du Jupiter, la permiffion de partir, & que Galbaud mnzis lu
répond t: oui, vous pouvex partir, nous partirens cuffi .
guand cette ville fera brilé:, en lui montrant le Cap.
Voili le fyltème des indépendans & des ariftocrates da pays
enân réalifé, celui de dérruire lca villes.
ails, dans une de cufs
journées déaftienfs demander à Galbaud, qui faifoit le TUL
a tord du Jupiter, la permiffion de partir, & que Galbaud mnzis lu
répond t: oui, vous pouvex partir, nous partirens cuffi .
guand cette ville fera brilé:, en lui montrant le Cap.
Voili le fyltème des indépendans & des ariftocrates da pays
enân réalifé, celui de dérruire lca villes. --- Page 59 ---
combattans, & montre dans toutes les occafions Ic plus
grand courage & la plas grande intrepidité, ainfi que
Villate, citoyen du 4 avril, alors capitaine d'une
compagpie francle, & anjourd'hui licutenant-columel;
ils furent fapérieurement fecondés par Bunnefoi, Hilarion, Larivière & Nicolas, CeS quatre derniers citoyens du 4 avril, & par Achile, un des noirs efclaves
avoit, pris les armes pour la délenfe des commiflaires
E la iépublique & des citoyens du 4 avril. Le citoyen
Bedet.aijourdhuil licutenant colonel au fuizante-rciziime
régiment, leur a été auffi fort utile par, fa fidélité, fa
vigilance & le bon ordre qu'il a maintenu aux cafcrnes.
Mais les braves & intrépides foldats de la patrie ne
pouvoient fe trouver par-tout en même temps, & le
refte de la troupe de Galbaud qui étoit encoré à terre 5
incendioit, affaflinoit & pilloit toujours dans les quattiers éloignés. On prit à ces hommes une infinité de
drapeaux de toutes couleurs, avec ces légendes la nation,
la loi & le roi; & quelques-uns aux cravates blanches
parfemées de fleurs de-lys. En moins de trois heures la
ville entière fut cn feu. Il a été impoffible de calculer
le nombre dhommes, de femmes & d'enfans de couleur
péris par les fammes dans leurs maifons, & préférant
cette mort aux coups aflaffins de Ienrs meurtriers, qui
dans leur ivrefle exerçoient envers eux toutes fortes de
cruautés. Cette ville étoit comme unc arêne oà Galbaud
avoit lancé des bêtes féroces, qu'il - avoit d'abord animées
afin d'exterminer fes ennemis.
I.es commiffaires étoient au camp Bréda pendant
ces fcènes d'horreur (c paffuient ci ville. Les LeLte
efclaves de la plaine du Nord, inftruits par les Aammes
& lcs coups de canon des événemens extraordinaires qui
fe paffoient au Cap, vinrent par bandes fe préfenter aux
D 3.
it lancé des bêtes féroces, qu'il - avoit d'abord animées
afin d'exterminer fes ennemis.
I.es commiffaires étoient au camp Bréda pendant
ces fcènes d'horreur (c paffuient ci ville. Les LeLte
efclaves de la plaine du Nord, inftruits par les Aammes
& lcs coups de canon des événemens extraordinaires qui
fe paffoient au Cap, vinrent par bandes fe préfenter aux
D 3. --- Page 60 ---
commillaires civils, & leur demander en grace, parl'or:
gane de leurs chels, de les cmployer au fervice de la
nation.
Les commiffaires virent fans doute l'occafion heureute, dans les maax dont ils étoient accablés, de faire
ceffer la révolte des elclaves, & de tirer un parti avantageux pour la république des nègres habitués depuis
deux at S aux exercices de la guerre, & qu'ils regardoient comme impoflible de faire rentrer dans l'état d'ef
clavage d'où ils étcient fortis.
La mefure que lcs commiffaires civils alloient prendre
étoit d'autant pius politique, que les Elpaenols, nos
ennemis & nos voifins, avoient déja féduit & corrompu
quelq les principaux chels, alaide defquels ils font entrés depuis fir notre territoire: en contéquence, les commiffaires déclarèrent, le 21, que la volonté de la république françaife & celle de fes déléqués étoit de doaner
la liberté à tous les nègres guerriers qui combattroient
pour la république, tant contre les Efpaznols que contre
les auttes ennemis, foit de l'intérieur, foit de Textérieur;
ils annoncèrent en même temps l'intention bien prononcée d'adoucir &c d'améliorer le fort des autres efclaves.
La proclamation fit far les nègres l'effet que les commiffaires en attendoient; beaucoup des premiers arrivés
fe détachèrent dc leurs bandes, & retournèrent en plaine
aaancer à leurs camarades
les commiffaires vouJoient améliorer leur fort. Le Arcalir fut tel
plus de
quinze mille nègres fc rendirent au camp Dalas dans la
journée, & furent d'cux-mèmes & fans ordre pour combattre les fatellites de Galbaud, & revinrent chargés des
débris de ce qu'ils arrachoient aux Aammes; ils'en trouva
méme beaucoup parmi cux qui pillèrent les maifons in.
èrent en plaine
aaancer à leurs camarades
les commiffaires vouJoient améliorer leur fort. Le Arcalir fut tel
plus de
quinze mille nègres fc rendirent au camp Dalas dans la
journée, & furent d'cux-mèmes & fans ordre pour combattre les fatellites de Galbaud, & revinrent chargés des
débris de ce qu'ils arrachoient aux Aammes; ils'en trouva
méme beaucoup parmi cux qui pillèrent les maifons in. --- Page 61 ---
tadtes dans les environs de la v.lle, mais ils ne tucient
que les honmes armés, & amenoient dans nofe camp
les femmes & les cnfans,
C'eft une providence protechice & divine qui a veillé
pendant CCS jours d'anarchic, de défordre, de fang &
de feu, à la confervation du refte de la population
blanche & même de celle appelléc de couleur, car il fe
trouvoit quinze nègres elclaves armés pour un homme
libre ; mais nous dirons, , malgré la grofiereté, ou plutôt
la nullité des principes de ces peuples encore brutes, &
dont beaucoup même viennent des hordes d'antropophages, & que la guerre qu'ils faifoient aux blancs depuis trois ans avoient rendus rlus féroces, nous dirons
que les délegués de la France furent toujours refpedtés
par Ce mélange de. nations qui n'ont aucune idée de
nios coutumes, de nos lois & de nos ufages, Sc qui
font habitués à ramper fervilement fous des defpotes.
22 juin 1793.
Dans la nuit du 21 au 22, Galbaud écrivit aux COnl
miflaires, en prenant le titre de goeverncur-generad des
illes Sous-le-Vent, une lettre conçue a-peup près en CCS
termes :
( Parmi les prifonniers que j'ai faits hier, fe trouve
B lc fils du citoyen Polverel; mon frère eft aufli prifon-
> nicr, L'intérêt du citoyen Polverel eft de ravoir fon
D fils, mon intérêt eft de ravoir mon frerc.
> Jc vous propofe cct échange. Signé Galbaud.
Les commiffaires lui répondirent ainfi:
e S'il exiftoit aucune efpice de droit des gens entre
D 4
( Parmi les prifonniers que j'ai faits hier, fe trouve
B lc fils du citoyen Polverel; mon frère eft aufli prifon-
> nicr, L'intérêt du citoyen Polverel eft de ravoir fon
D fils, mon intérêt eft de ravoir mon frerc.
> Jc vous propofe cct échange. Signé Galbaud.
Les commiffaires lui répondirent ainfi:
e S'il exiftoit aucune efpice de droit des gens entre
D 4 --- Page 62 ---
> un criminel de lèze nation révolté & les dépofitaires
> de la paiflance nationale, 2 vous n'auriez pas mcmc
> Tavaniage de l'avoir obfervé.
> Polverel fils a été pris & arrêté contre toutes les
> lois, il étoit en parlementaire chargé de lire aux
> hommes quc vous avez fi indignement ézarés l:
) veeu de Ja cominiflion civile ; votre frère, au con-
> traire, a été arrêté, défarmé, à la téte de ces mêmes
> hommes dirigeant fur nous leur trop aveugle fareur;
) il n'y a aucune comparaifon à faire entre CCS deux
> hommes; Thonneur de la république ne ncus permet
)) pas d'accepter cet échange; ce prifonnier, crimincl
A ds lize-nation, appartient à la république e, & nous
)) n'avons pas le droit d'en difpofer.
> II nous en coûte, fans doute, pour faire taire h
> voix de la nature & du fang 3 cile n'eft rien auprés
> de l'amour de la patric, & notre devoir ne toutfre
) aucuce confidération.
>, Quant à vous, q.ui feul avez caufs toules les hor-
> reurs dont vous vous plaignez, tous les excès qut dés-
)) honorent votre révoite, vous n'avez, fans doute, eu'un
)) moyen de losfaire ceffer, c'cl de vous rendre a bord
)) de la Normande, 8c l d'y attendre ros ordres.
)) Chaffés par vous de h vilie du Cap, forcés d'an
)> fortir par la plus altreufe des trahifons, hous n'avons
)) plus la puiffance phylique d'arrêter ce défordre; nous
1 recevrons dans le camp qui nous fert de' refuge, les
)) jemnes & les enfans q'e vous voulez avoir fur la
) Aotte. Unafil: sûr fcra toujours au milieu de nous
)) pour les malhenreux que vous avez faits.
22 Juin 1792.
Enfin, le vingt-deuiv. prefque tous les matelots échappés de la bagarre étoient rentrés à leur bord; mais Tin-
)) plus la puiffance phylique d'arrêter ce défordre; nous
1 recevrons dans le camp qui nous fert de' refuge, les
)) jemnes & les enfans q'e vous voulez avoir fur la
) Aotte. Unafil: sûr fcra toujours au milieu de nous
)) pour les malhenreux que vous avez faits.
22 Juin 1792.
Enfin, le vingt-deuiv. prefque tous les matelots échappés de la bagarre étoient rentrés à leur bord; mais Tin- --- Page 63 ---
$7
cendie continuoit toujours fes ravages, & les nègres
de la Plaine attirés par Tappôt de pillage afleoient tellement en ville, que fous les dernicrs temps oû le feu
avoit prefque tout confimé, ils fc tiroient des coups de
fulil les uns aux autres pour s'arracher le butin. Il étcit
prefque impollible d'arréter ces horreurs: ces nègres n'entendoient le frangais qu'avec difficulté, &, dominés
de
à
les créoles
eat
l'efprit
pillage, peine
pouvoient-ils
faire eniendie raifon.
Mais tous les crimes de Galbaud n'étoient pas encore
parvenus à la connoitlance des commiffaires: ils-eurent
bientôt les preaves convaincantes qu'il avoit enlevé les
poudres de l'arfenal; qu'après en avoir donné aux divers (
bâtimens de la république,, il avoit charge le refte à
bord de deux navires marchands qu'il avoit fit farle-champ couler à fond; qu'il avoit fait cnclouer tous les
caro"s & mortiers des forts St-Jofeph & Picclet, ainti
que tous ceux de l'arfenal & des batteries qui défendent
la ville; & qu'il avoit, en outre, fait
à la mcr
toutes les gargouffes qui fe trouvoient
Tcleer
Si les Efpagnels ou les Anglais étoient venus nous
atraquer lc lendemain du départ de Galbaud, que feroit
devenue la fouveraineté nationale (1,?
Mais le combie du deftin & de la perfidie, c'eft qu'il
envoya le 21 un crdre aul traitre Nully, lieutenantcolonel du patteving-cqmatrième régiment 2 qui commandoit alors lc cordon de l'oueft, d arrêter les Joi difant
conimiffaires civils Polverel & Santhonax (2).
Nully envoya far-le-champ copie de cet ordre au
(:) 1! ft piller I- magafin généra! desvivres, percer les barriques de vin, & défoncer les barrils de farine, afin de
de tour fecours & même de toute fubfifiance, ce qui reltoit SE
Francais tid-les.
(2)Ces pièecs ont éti adreffies à la convention nationale.
les Joi difant
conimiffaires civils Polverel & Santhonax (2).
Nully envoya far-le-champ copie de cet ordre au
(:) 1! ft piller I- magafin généra! desvivres, percer les barriques de vin, & défoncer les barrils de farine, afin de
de tour fecours & même de toute fubfifiance, ce qui reltoit SE
Francais tid-les.
(2)Ces pièecs ont éti adreffies à la convention nationale. --- Page 64 ---
commandant de la garde nationale du Gros-Morne,
avec ordre do le mettre à exécution.
A cette époque les citovens du 4 avril, toujours pleins
damour, de reipect & de reconr piffance pour lcs délégués de la république françaile, fupplèrent le commiffaire Polverel de ne puint rejeter la propofition qu'ils
alloient laire à Galbaud, d'accepter un certain nombre
d'entr'eux pour rendre Polverel fils à fon pèrc (1;
Polverel leutr répondiit fur le-champ:
Fréres & amis,
e Mon fils eft heureux puifque, jeunc encore, il a
D pu vous intéreffer. Je ne puis confentir
foit
))
qu'il
échangé, parce que les délégrés de la république ne
)) peuvent pas traiter avec Galbaud comme avec un
W ennemi; iis re peuvent voir cn lui qu'un rebelle:
>> mon fils ne pouvoit pas même être confidéré comme
)) prifornier, fuivant lcs lois de la guerre; 5 car il étoit
)) parlementaire, 8c rempliffoit une fonation de laquelle
)) il ne pouvoit fe difperfer: : tout échange accepté leroit
> un attentat à la fouveraineté nationale, & un adte
) déshonorant pour moi.
> Croyez, frères 8c amis, que je fens tout le prix de
)) l'amitié que vous manifeftez à mon fils & à moi: c'eft
)) au nom de cette amitié même, que je vous
de
D
ptie
renoncer à votre projet. Mon fi's & moi faurons
)) mourir toutes les fois que notre devoir l'exigera : mais
) nous ne fouffrirons jamais que perfonne compromette
)) pour nous fa vie ou fa libérté. >
Cependant, après plufieurs confeils de guerre 2 tenus à
bord du Jupiter, & tous contradictoires les uns aux
autres, ce qui décèle évidemment l'embarras des cou-
() Ils offrirent de livrer cent d'entre eux.
ie
renoncer à votre projet. Mon fi's & moi faurons
)) mourir toutes les fois que notre devoir l'exigera : mais
) nous ne fouffrirons jamais que perfonne compromette
)) pour nous fa vie ou fa libérté. >
Cependant, après plufieurs confeils de guerre 2 tenus à
bord du Jupiter, & tous contradictoires les uns aux
autres, ce qui décèle évidemment l'embarras des cou-
() Ils offrirent de livrer cent d'entre eux. --- Page 65 ---
pables, on prit un arrêté qui décidoit le départ duconvoi. Il eft 7 remarquer quc le confeil de guerre qui
accordoit une fewve-garde à Galbaul, au lieu de fe remertre anx commitfaires civils, étoit compofé des officiers
de marine & des citoyens émigrans qu'ilsa avoient réunisauprès d'eux, pa ens ou amis des émigrés, & tous complices
de Galband, qi'on avoit admis, pour délibérer farfon
fort. On les evoit T jages dans leur propre caufe (1).
Oh peat aufli remarquer l'adreffe avec lnquelle Cambis
commente la proclamation des commillaires civils, &
femble linfirmer, parce quc, dit-il, elle ne
envers Galbaud, Cercey, Can.bis. aucune deftiturtion prononce (2).
Quelle fourberie! Ef-ce que Galbaud n'étoit pas déja def
titué? eft ce que Cambis & Cercey l'ignoroient?
24 Juin.
Enfin le 24 & le 25, tous les bitimens français de la
Républiqus & du commerce fortirent de la rade, &
firent voile foi-difant pour la France (3).
(r), Ily avoit entre autres un Delmas, ci-devant
au régiment du Cap, um des chefs de la fédition clirurgien du 2 décenbre 1792, un des plus mauvais citoyens du Cap, un des
plus grands ennem's de l'autorité nationale & des citoyens de
couleur, enfin un des phus zélés & des plus ardens
de Blanchelande. Il avoit encore un Valentin, parrifans
fortant du régiment Vateat dir du Roi, & refugid chirurgien, à St-Domingue, comme le fecond Coblentz.
(2) Toutes ccS différentes pièces ont été adreffées à la cenvention nationale.
de On a rapporté aux commiffaires civils qu'avant de fortir
8 rade, ces chefs auffi cruels que féditieux ont fait
fur un acon, à la vue duc aconvoi, plufieurs citoyens du placer
entre autres Jes citoyens Lasortue & Auguftin Riche, tous 4 avil, deux --- Page 66 ---
Ce fut ainfi q:e le plus fcélérat des hommes échappa
zu glaive vengeur des luis. Pourroit-il feirouver furlaterre
une Fuilance affez corrompne pour donner protection au
crime Les Dicurpourroisnt-ils laifler tant de forfaitsimpunis C'eft lui, C: monftre de Galbaud, qui, avec
iesliches complices, a été l'affaffinde tous les citoyens du
4 avril, que la fermeté des commiflaires civils a préfervés dun maflacre général. C'eftlui qui a été l'affaflin de'
tous ces braves marins qui cnt fuccombé dans Ces journées
de malheurs,
ont verfé leur fang honteufement en
s'armant contre
tandis
Ce
devoit
'eft lui, C: monftre de Galbaud, qui, avec
iesliches complices, a été l'affaffinde tous les citoyens du
4 avril, que la fermeté des commiflaires civils a préfervés dun maflacre général. C'eftlui qui a été l'affaflin de'
tous ces braves marins qui cnt fuccombé dans Ces journées
de malheurs,
ont verfé leur fang honteufement en
s'armant contre
tandis
Ce
devoit patrie,
que
fang ne
coaler que pour ellc. que poar fa gloire, que pour 1 la
libené,
pour légalité. C'eft fur lui que doit retomber Teder Que tous les marins 2 que tousles Français,
Jeurs frères,leur pardonnent ! le perfide Galbaud a agité
to.ites leurs paffions, & jufqu'i leurs vertus (paifquil
lour a parié de patriotifme), pour les égarer & les féditire. Leurs torts ne leur appartiennent pes. Grand dieu!
potvoient gagner les matelots à la ruine du Cap !
E pain du ma'elot, qui,en temps de paix, s'emploie
atl fervice du négociant, ne peut s'acheter par la ruine du
commace. Excufous ces honmes foibles qui fe font lailés
érarer, Ce font desinfenfés qui étoient conduits par des
monftres; 8: fans doute Ces braves matelots, en confeffant lears fauttes, feront les premiers à dénoncer les coupables, & nôme àles livrer à la févérité dela juftice de
l: Convention nationale. qui ne fera pas depe de leurs
difcours ni de leur défenfe, quoique étayée par des proc's-verbaux: ; & fans doute clle verra clairement que les
oficiers de la marine ont voulu couvrir leurs crimes ca
capita'n's de compagnics franches & excellens officiers, & leur
on: fait couper la tôte, comme pour les punir d'avoir donné
lesemple de la fidélité à la France & à ics délégués 6 avoir
eu l'audice d'accepter ds places d'aficier.
ni de leur défenfe, quoique étayée par des proc's-verbaux: ; & fans doute clle verra clairement que les
oficiers de la marine ont voulu couvrir leurs crimes ca
capita'n's de compagnics franches & excellens officiers, & leur
on: fait couper la tôte, comme pour les punir d'avoir donné
lesemple de la fidélité à la France & à ics délégués 6 avoir
eu l'audice d'accepter ds places d'aficier. --- Page 67 ---
rejetant tout far Tinfurreétion des équipages, qu'ils avoient
préparée & fomentée. C'eft Tufage des ariflocrates &
des contre-sévolutionnaires : quand ils excitent une infurredtion, ils ont la politiqus perfide de précher avec
affeétation la paix & l'ordre à ceux qu'ils ont foulevés.
L'ordre alloit s'établir à Saint-Domingue, alors ils en
ont été cffrayés : tout ordre pour eux eft un
Ils ont juré de perdre la liberté par les excès de
chic.
PVeCE
Lc vaiffeau lAmerica fut le feul qui alors ne mit
la voile, ainfi que la frégate la Fine, qui étoit regardéa pasi
comme incapable de tenir la mer (1).
26 Juin.
Le 26, les commiffaires envoyèrent dans la ville du
Cap de forts détachemers pour y rétablir l'ordre, autant
quil fe pourroit.
Jamais fpectacle aufli hideux ne s'étoit préfenté à la
vue des hommes : la ville entière, réduite en cendres Sa
infectéc de cadavres, malgré ceux que la flamme avoit
confumés. Le feul fauxbourg du
à
l'entrée de la rade, avoit
2 Petit-Carénage,
échappé , comme par miracle, aux torches incendiaires. Trois fois les Galbaud
(1), L'América, le jour de lattaque du 20 juin, avoit bien
fourni quelques détacliemens & de mate'ots & de fa
mais il" ne s'étoit pas emboffé & n'avoit pas fuivi les autres garnifon ;
leur fuite. Sa conduite annonçoit encore quelque attachement dans
àl la caufe de la république 2 ou au moins que ques remords; mais
depuis fidele à la coalition des offciers de marine & à la réfolution de laiffer la colonie dénuée de toutes forces navales,afin
qu'clle fat plus facilement enyahie par nos, ennemis, il a
déferté comme les autres,
auffi
boffé & n'avoit pas fuivi les autres garnifon ;
leur fuite. Sa conduite annonçoit encore quelque attachement dans
àl la caufe de la république 2 ou au moins que ques remords; mais
depuis fidele à la coalition des offciers de marine & à la réfolution de laiffer la colonie dénuée de toutes forces navales,afin
qu'clle fat plus facilement enyahie par nos, ennemis, il a
déferté comme les autres,
auffi --- Page 68 ---
avoient tenté d'y mettre le fou, & trois fois ils avoient
été furpris & chaffés.
Le premier foin fat de purifier l'air empefté de la
on fit creufer de vaftes foffesà cet cffet, dans le fond ville; defquelles on dreffa des échafauds en forme de bichers;
delcendit des barrils de goudron,
on y
&caprès y avoir inis le
feu, on y jeta environ douze cents cadavres ramaffés
les rues.
dans
Il étoit urgent néanmoirs de trouver les
de
mener promptement l'ordre dans la ville, moyens et de mettrc raun frein au pillage & au meurtre auxquels fe livroient les
nègres de la plaine.
Les commiflaires rendirent une proclamation à cet
effet.
Les confpirateurs 2 les contre-révolationnaires étant
diflipés, on fe préparoit à goûter
alloit s'occuper de rétablir l'ordre dans quelque repos 2 &on
& de prévenir dans les autres cantons des toute maiheurs la colonie 9
blables à ceux qu'on venoit d'éprouver.
femMais bientôt lcs commiffaires virent éclater de tottes
parts le complot général de contre-révoletion; l'incendie
de Cap étoit lc fignal des coups
devoient
enfemble les ennemis intérieurs &
porter
les
Tditet
Cap
confpirateurs & les traîtres dirigeoient Pendantqu'at far lcs
vrais Français, > pendant plufieurs jours, un feu continuel -
d'artillerie & de moufguetterie, ou les affaffinoit par leurs
fenêtres, étant barricadés dans leurs maifons. AJerimic
aux Cayemittes & aux Abricors, ils armoient des hordes 2
d'efclaves, ils fc retranchoient dans des
ils refufoient de recevoir les commiffaires
camps, le
mandant militaire &: la force armée pacificateurs, les
comeivils yavoient envoyés pour rétablir l'ordre que & commiffaires faire exécu-
uetterie, ou les affaffinoit par leurs
fenêtres, étant barricadés dans leurs maifons. AJerimic
aux Cayemittes & aux Abricors, ils armoient des hordes 2
d'efclaves, ils fc retranchoient dans des
ils refufoient de recevoir les commiffaires
camps, le
mandant militaire &: la force armée pacificateurs, les
comeivils yavoient envoyés pour rétablir l'ordre que & commiffaires faire exécu- --- Page 69 ---
ter la loi; ils combattoient l'armée del la République.
A la Marmelade, ils ofoient entrer en négociation avec
les Efpagnols, et annoncer leur vou pour fe mettre fous
leur domination.
Nully, lieutenant-colonel du quatre-vingt quatrième
régiment, commandant du cordon de I'Oueft, après avoir -
envoyé des ordres circulaires pour faire arrêter les délégués
de la République, avoit déferté fon pofte & pafé dans la
partie efpagnole, 2 avec trois officiers de fon régiment.
Lafenillée, officier au régiment du Cap & commandant du pofte important de Ouanaminthe, place forte
qui fépare, dans T'ER, la partie françaife de la partie
clpagnole, l'avoit livrée aux Elpagnols fitr une
fommation, 2 quoique cette place fàr défendue fimple une
nombreufe gamifon & une artillerie formidable. par
Queiques jours après, environ mille ou onze cents
hommes de troures de ligne, féduits & trompés par leurs
officiers, ont pallé à l'Efpagnol & ont rejoint Nally.
Quelle étoit donc, quelle eft encore cette ligue for.
mée contre la République françaife? Quels font les confpirateurs & quel eft le lien qui les unit?
Les confpirateurs font la prefque totalité des blancs
qui font à Sain-Domingue, les uns perdus de
avec l'air de T'opulence > les autres, avides dettes, de pil
lage, parce qu'ils n'ont rien : Ce font la plupart des
chefs des corps militaires venus de France,
n'ont
préféré Saint - Domingue à Coblentz, que qui
ont Cru pouvoir y fervir plus efficacement la parce contre-ré- qu'ils
volution.
Tous veulent de grands mouvemens, de grands défaftres; les premiers, pour fatiguer la
amener
République,
l'indépendance & confommer les banqueroutes qu'ils --- Page 70 ---
e ont préparées au moment même de la formation de
leurs propriétés ou de l'établiffement de leurst maifons
commerciales: ; les feconds, parce qu'ils ne peuvent exifter
que dans l'anarchie : les derniers, parce qu'ils efpèrent
encore reffufciter l'ancien régime,
Non: la colonie ne périra pas; elle ne courbera pas
la tête fous le joug des tyrans 3 elle renaîtra de fes cendres, elle fera régénérée & fervira d'exemple aux autres. La France n'abandonnera pas fes enfans quand ils
font malheureux; cette colonie deviendra, comme faifant
partie de la France, la terre de la liberté & de l'égalité;
on
reconnoitra enfin les droits de l'homme qui y ont
été K long-temps profanés, & la République frangaife y
raffemblera des enfans dignes d'elle.
SUPPIENENT
fes cendres, elle fera régénérée & fervira d'exemple aux autres. La France n'abandonnera pas fes enfans quand ils
font malheureux; cette colonie deviendra, comme faifant
partie de la France, la terre de la liberté & de l'égalité;
on
reconnoitra enfin les droits de l'homme qui y ont
été K long-temps profanés, & la République frangaife y
raffemblera des enfans dignes d'elle.
SUPPIENENT --- Page 71 ---
SUPPLÉMENT EXPOSITIF
Des événemens arrivés à Saint-Doningue depuis la
fuite de Galbaud.
Av milieu des cendres & des décombres dont la malheureufe ville du Cap étoit couverte, les citoyens du
4 avril, les citoyens nouveaux du 20 juin, &c le petit
nombre de Français fidèles qui reftoient auprès des commiffaires civils, fe font rendus en armes au Champ-deMars, le 14 juillet, entourant les délégués de la République. Des citoyens avoient planté un arbre de la liberté devant l'autel de la patric 7 au bruit du canon &
des cris de vive la République, vive l'égalité, vive la
liberté; ils ont tous renouvelé le ferment de fervir la République, de lui être à jamais fidèles, & de mourix
Relation détaillée, Gc.
E --- Page 72 ---
pour fa défenfe k pour fa gloire La cérémonie fut
terminée par Thymne de la patrie.
() Voici lc difcours Fronorci, le 14 juillet, par le comm.fire To'verel:
<Ciroyens, ce n'efi point Fovr célébrer une fite q"e vous
étes affimblés. Conment pourr. ons-nous nos cccup.r de fétes
au milicu des cendres des ruines dont l'iniene Gaibaud nous
a environnés!
>> Nous avors dans ce moment un devoir plus facré à remplir. Hy a aujourd'hui quatre ans quc le Peu le francais f:le
premicr pas vers le liberté & porta le prenier coup à la tyrannic; ily y a aujourd liui quere ans qu'il fc fit une fidérzt'on entre tous les opprimés contre tous les opo refleurs.
>> Lrs Op. rim's étoicn: 'les foldats,qu'en faifoit marcler 1
cours de plat d: fbre, qu'on menoit à la boncherie pour
venger es qu-relles des rois, qui couroient tous les
de
la guerre & qui n'aveien: aucure part àl la gloire ni pirils aux récomp:nf.s.
>> Les opprimés étoient les culrivoteure qui fecondoient la
terre de leurs fucurs d n'en partageoient pas les fruits.
>> Les op:rimés étoiznt ls Aricains que les rois & 1 urs
fatelli icS cavoyoieut zcheter, far Lursfovers, de rois qui n'avoient pas 1: droit de 1:s vendre, Four es coadam. ier, en
Amirique,à à un cfe'avage éternel.
>> Les"opprmés étoient les def:enians des Africains,
lors même cu'ils av.nentrcesuvr 'eur liberté, ctoient réputés qui,
inligneside jauir des drnits. de l'homme.
> Ls oopreffenrs font tous les rois qui trifiquent de la vie
& de llib créldes hommes de tous les piysi& de touies les
couleurs.
>> T'es opaefeurs foat tous les traitres & les Ir gands
veulend refufciter ia royanté S leclava.e.
qui
s Mencuyelons cette Litte féddration : jurons tous une guerre
liberté, ctoient réputés qui,
inligneside jauir des drnits. de l'homme.
> Ls oopreffenrs font tous les rois qui trifiquent de la vie
& de llib créldes hommes de tous les piysi& de touies les
couleurs.
>> T'es opaefeurs foat tous les traitres & les Ir gands
veulend refufciter ia royanté S leclava.e.
qui
s Mencuyelons cette Litte féddration : jurons tous une guerre --- Page 73 ---
Cependant la corfpiration de Galbaud, concertée avec
tous fes compliccs, s'étoit propagée dans tous les points
de la cclonie, où il avoit répandu des agens affidés.
Elle devoit éclater par-tout, prefque au même moment;
& de tous cotés,les ennemis de la France tendoient tous
au même but par les mémes moyens. Ces morftres
avoient juré de porter le- coup de mort à la colonie.
Aux Cayes, dans la partic du Sud, le jour de la f6dération du 14 juillet manqua d'être fonillé Far le
ho:rible des attentats: les orgucilleux blancs
TEe
choifi pour le maffacre général des citoyens du 4 avril.
Tout étoit arrangé pour l'exécution' de ce complot perfides on avoit, comme au Cap, corrompu Téquipaze
de la frégate, &: ceux des bâtimens de commerce, & ils
devoient tous defcendre à terre pour feconder les projets dcs contre-révolationnaires. Les fignaux étoicnt collvenus. les cartouches diftribuécs aux affaffins : &, de
même que Galbaud avoit fait au Cap,'on s'étoit eniparé de l'arfenal. Le commriflaire Delpech a déjoué cet
à mort contre tous Ls ruis, con:re tous les ennemis de la liberté & de l'égelité,
>> Jurons d'etre fideles jufqu'au dernier onpir à la Rirubiigue francaife, & d'exécuter ponftuellement zout S Jes loi que
la Convention nationale a rendues & cell.s qu ele pourra rendre à l'avenir >>,
Alors tous les ciroyens affemblés ont prité ce ferrent avec
nous, & ont témoigns leur at:achement inviolalle à la République françaife, par des cris redoublés de vive la République!
vive la Convent.on nationale !
L'bymne des Marfeillais ayant éts clanté par tous les citovens, pénétrés du frint cathoufisfne de la liberté & de légalité, nous nous fommes retirés dans le même ordre que nous
nous érions resdus fur'ia place.
E2
ferrent avec
nous, & ont témoigns leur at:achement inviolalle à la République françaife, par des cris redoublés de vive la République!
vive la Convent.on nationale !
L'bymne des Marfeillais ayant éts clanté par tous les citovens, pénétrés du frint cathoufisfne de la liberté & de légalité, nous nous fommes retirés dans le même ordre que nous
nous érions resdus fur'ia place.
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horrible complot, ayant été merveilleufement fecondé
par la bravoure de
citoyen du 4 avril, commandant de la partic FERA Sud.
A la même époque, plufieurs paroiffes de T'Oueft s'étoient coalifées & avoient fait un accommodement avec
les Efpagnols pour fe livrer à cêtte puiflance ou fc mettre
fous fa protedtion avec un roi. Ce traité s'étoit figné à
la petite rivière de T'Artibonite, aux Cahos, &cc. (1).
Le commiffaire Polverel ettt connoiflance de cette trahifon, & fon arrivée fubire dans lc quartier en empécha
Teffet; il fe préfenta au milieu des con@pirateurs, en impar fa préfence fenle, fit arrêter les chefs
des
préfens,
ordres
Rotr
pour s'affurer de ceux qui étoient abfens, & déjoua ainfi cette nouvelle confpiration (2).
Lc mauvais fuccès de toutes leurs entreprifes n'a jamais découragélorgueil de CCS vils ariftocrates, vendus
aux royaliftes & aux émigrés. S'ilséchouent dons un dc
leurs projets, à l'inftant ils forment un nouveau complot. Ils marchent toujours de forfaits en forfaits.
Ils fc font empreffés de corrompre la garnifon du Môle
& de s'aflurer de cetre place importante, le dépôt de
toutes nos munitions, afin de sy ménager une retraite,
ou le moyen de la livrer à nos ennemis.
La garnifon étoit compofée de partie du quatre-vingtfeptième régiment, ci-devant Dillon, qu'il leur a été d'au-
(r) Le comriffaire Polrerel a di envover à la Convention
ec traité, avec toutes les pièces y relatives,
(2) Le commiffaire Polvercl venoit d'crablir une cour martiale pour faire juger tous les coupables.
toutes nos munitions, afin de sy ménager une retraite,
ou le moyen de la livrer à nos ennemis.
La garnifon étoit compofée de partie du quatre-vingtfeptième régiment, ci-devant Dillon, qu'il leur a été d'au-
(r) Le comriffaire Polrerel a di envover à la Convention
ec traité, avec toutes les pièces y relatives,
(2) Le commiffaire Polvercl venoit d'crablir une cour martiale pour faire juger tous les coupables. --- Page 75 ---
Go
tant plus facile
que la plupart des foldats ne
font pas Français.
commiffaires fc
à
erLa
difpofoient changer cette garnifon: : en attendant ils envoyèrent au Môle
le capitaine Adelon, commandant la corvette de la République le Las- Cafas, pour.y chercher des munitions de
guerre dont on avoit au Cap le plusg grand befoin, depuis l'enlevement & la deftruction que Gaibaud avoit
faits de celles qui y étoient.
- Defheux,roficier d'artillerie, qui commandoit au Mole,
aflifté de Jaunas, fe difant adjudant de place, d'Offorel, commandant du quatte-vingt-feptièmne régiment, &
Chaumet, habitant de Jérémie, commandant de la
garde nationale du Môle, ont relufé de livrer les munitions de guerre, & même ont ofé faire tirer les canons
du fort fur le Las-Cazas; ils en ont fait autant fur le
bricq TAaif, & fur la goelette la Convention nationale,
deux autres bâtimens de la République.
Ceci n'étoit que le prélude de leurs projets criminels;
ils étoient d'inteligence avec noS ennemis. Ils avoient appelé les Anglais, lisles attendoient avec impatience 5 &x
le 23 feptembre ils ont mis le comble à leurtrahifon,en
livrant ce Gibraltar du nouveau monde aux Anglais,
quiy font entrés'n'ayant d'autre force qu'un petit vailleau
de 50 canons, mal armé, une Corvette & un bricq
- (:) Le départ du vaiffeau TAmérica, fans ordre, a été lederaier Agnalq qui a appelé les Anglais. Ceu-ci pouvoient ils
fe refufer aux invitations, aux offres qu'on leur adreffoit,
on leur faifoit fi beau jeu, & qu'ils étoient furs de ne rencon- quand
trer aucun obitacle? Voila unc vidtoire bien glorieufe. &
doit bien les énorgueillir ! Comment peut-on voulor ne tenir qui
fes fucc.s que de la tralifon?
Relation détaillée, Gc.
El 3
lederaier Agnalq qui a appelé les Anglais. Ceu-ci pouvoient ils
fe refufer aux invitations, aux offres qu'on leur adreffoit,
on leur faifoit fi beau jeu, & qu'ils étoient furs de ne rencon- quand
trer aucun obitacle? Voila unc vidtoire bien glorieufe. &
doit bien les énorgueillir ! Comment peut-on voulor ne tenir qui
fes fucc.s que de la tralifon?
Relation détaillée, Gc.
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7?
Les Anglais y ont envoyé depuis environ 4 i 5oo hom:
mes du treizième régiment, commandés par un Lieutenant-colonel qui a débaté
publier une proclaination qu'il a fait parvenir fatet % partie françaife, avec
ilu traité pallé ertre, les colors émigrés & le gouvernemert anglais, lequel, traité a été fané a Londres en f6vrier 1793 (vieux Ayic), 8: ratifé depuis par les colons
à Ssint-Domingue.
Par ce rranélils fe mettent fousia protection de PArgleterre & fe foumettent à fes lois, fous la condition,
cuf commode pour cux que peu delicnt, qr'ils ne paieront 'de IO ans aucun de lers crianeiers, & que les
cns de couleur refteront dans leur ancien état, énhin
Lssegritaorelenile deroir(c'ed-3-lire dans l'aviliflement), reconnoitront ce cu'ils doirent à des pères &
à des bienfaiteurs f humains. Lc gouvernement anghis a
ed la générofité d'accorder ces articles fans dificalté. J
Le gouverneur de la Janaiae, dans la proclamation,
cfe encere bien davantage. Apres avoir annoncé quil va
faire rentrer les hommes de cculeur à leur place 6 les
noirs dans la fervitude, il demande aux colons de lui
nommer Ies victimes quiis veulent immoler, &: de fe réanir pour les lui livrer, qu'il en fera' jukicc. II leur dit
qu'ils devroient déja être vengése Enfuite il injurie les
commiflaires de la République, & l'on voit ciairement
que C3 font eux qu'il déficne pour être victimes. Afin
d'encourager les colons, il parle de la France comme fi
elle avoit fuccombé, comme f elle étoit foumile. II
dit qu'elle eft bloquée de tontes parts, menacée par toutes les' paiffances, ne peut envoyer de-fecours à fes Colonies, & s'étonne déja elle-même de leur patience.
-
Comment le gouvernement anolais a-t-il pu ainti fe
hiffer aller aux infinuations des. colons français, & ferendre leur organe ! comment a-t-il pu fc rendre lexécu-
parle de la France comme fi
elle avoit fuccombé, comme f elle étoit foumile. II
dit qu'elle eft bloquée de tontes parts, menacée par toutes les' paiffances, ne peut envoyer de-fecours à fes Colonies, & s'étonne déja elle-même de leur patience.
-
Comment le gouvernement anolais a-t-il pu ainti fe
hiffer aller aux infinuations des. colons français, & ferendre leur organe ! comment a-t-il pu fc rendre lexécu- --- Page 77 ---
teur de parcils crimes, inviter au meurtre & à laffaffinat
Cette conduite odieufeinfpirera lindignation & l'horreur
à tous les hommes qui connoiflent & qui refpectent le
droit desgens
Aufitôt que cette proclamation & ce traité furent
connus au Cap, les ciroyens fe railemblèrent à la maifon commune s &yj jurérent de périr tous jufqu'au dernier,
plutôt que d'accéder aux conditions propefées, plutôt
de recevoir la loi, ni des Anglais , ni d'aucune autre que
puiflance étrangére. Pénétrés de là pius profonde indignation, ils ont fait le fermenit folemnel de défendre 1;
terrein pied à pied, par-tout cu ils feroient attaqués, &
de nc fc replier qur'en réduifant en cendres& en ravageant
entiércment lc pays qu'ils feroient forcés d'abandonner.
Ils ajoutoient : nous nous retirerons dans les
nous y vivrons de racines & d'eau, jufqu'à.ce montegnes, que la
France. nous cnvoie des fecours; &c fi les munitions de
guerre nous manquent, nous nous délendrons avec des
rochee, Cc fentiment étoit général, l'enthoufiafme étoit
au comble, Ainfi,la proclamation du commandantanglais,
&le traite des contic-évolationnaites français, n'ontp
duit d'autre effet que de ralliér tous les caeurs 2 tous pro- les
eprits, & d'accruitre leur énergie.
a Voili cependant les hommes qu'on ofe calomnier, a
qui l'on refufoit la qualité d'homme (1), & qu'on juge
( On ne vouloit
les citoyens de couleur fuffent
des per/ornes. L'article T Rec infirucions du 38 mars
dirit, toutes perfonnes libres, &c.; on ne vouloit pas qu'il 1790
purentyétre com: "r's. Quant aux noirs qu'on
on neles regardoit pas comme dcs hommes : c'etoient appeloit des efclaves,
des botrs de fervicc. Les gens les plus modérés, les colons brutes,
k-fopies ks appeloient des
phi-
-
infrumens araroires,
fuffent
des per/ornes. L'article T Rec infirucions du 38 mars
dirit, toutes perfonnes libres, &c.; on ne vouloit pas qu'il 1790
purentyétre com: "r's. Quant aux noirs qu'on
on neles regardoit pas comme dcs hommes : c'etoient appeloit des efclaves,
des botrs de fervicc. Les gens les plus modérés, les colons brutes,
k-fopies ks appeloient des
phi-
-
infrumens araroires, --- Page 78 ---
n'ètre pas faits pour la liberté! Heureufement pour Thymanité, les commiffaires civils n'ont pas partagé ceshorribles préjugés qui outragent la raifon & la juftice.
II paroit
dans les circonflances critiques où fe
trouvoit au E le commiflaire civil, après l'incendie
de cette ville, dans le dénsement de toute reffource
éc d'appovifionnsmens de tout genre, n'fpérant plus
pour maintenir Fautorité nationale que dans les forces des
citoyens nouveaux qu'il falloit attacher à leur patrie, il
s'eft vu chaque jour amené à la grande mefure de la
liberté générale dans le Nord. La plupart des efclaves de
cetle partic étoicnt cn infurrection depuis deux ans, & on
ne ponvoit pas cfpérer de les faire rentrer jamais dans le
devoir. Les autres avoient étéappeiés à la liberté, pour récompenfe d'avoir défendu les lois de la France & les
délégués de la république contre le criminel Galbaud &
fes complices. I ne reftoit prefque
que les femmes &
les enfans, puifque les hommes fe
& vouloient étre
l.
guerriers pour obtenir par-là leur libené. Chaque jour lcs
demandes &1 les follicitations de cescitoyens nouveaux (dont
Ceux quiavoient combattu pour la république avoient de
juftes droits à fa rxconmoifr-cjdevandiea, plus
ik imploroient le commiflaire civil pour leurs
&
entoere
leurs enfans. K Pourngci, difoient-ils, feroient-ils plus mal-
>) heureux quic hous? pourquoi êtes-vous juftes envers nous ?
> pourquoi faricz-vous injuftcs envers notre poftérité, qui
> notcamnanient.&qur cerfennen'a jamaiseuledroit deré-
) duire a T'efclavace ?Cc font nos enfans, c'eft notre fang,
>1 notre cotfelstion.que nous vous.demandons: ). I! étoit à
craindre que ces querriers, dans leur ardeur, ne penfalent à employer leurs armes pour conquérirla liberté
dejeurs femmcs & de leurs enfans, fi l'on s'obftinoit a
les refufer, Alurs la colonic fe trouvoit replongée dans
tin nouveau chaos dont. rien n'auroit pu la tirer, & la
fcureraincié nationale fe feroit trouvée compromi(e.
stion.que nous vous.demandons: ). I! étoit à
craindre que ces querriers, dans leur ardeur, ne penfalent à employer leurs armes pour conquérirla liberté
dejeurs femmcs & de leurs enfans, fi l'on s'obftinoit a
les refufer, Alurs la colonic fe trouvoit replongée dans
tin nouveau chaos dont. rien n'auroit pu la tirer, & la
fcureraincié nationale fe feroit trouvée compromi(e. --- Page 79 ---
D'ailleurs, le commiffaire civil étoit inftruit de toutes lcs
manceuvres des émigrés & des royaliftes qui, de concert
avec les Efpagnois & les Anglais, cherchoient à attirer
tous les noirs dans leur parti ( les Epagnols leuravoient
même déja donné des liberés).I1 paroit
ce commif
fairc avoit aufli connoiflance du traité Rousireg
les colons émigrés avec l'Angleterre, dans le mois pafé de par lé-1
vrier précédent : alors il jugea, fans doute, qu'il n'yavoit
pius à balancer & qu'il ne pouvoit demander du temps;
l'extrémité où étoit la colonie ne lui en auroit vraifemblablement point accordé: il jagea fans doute qu'ii falloit
créer à la France un grand nombre de défenfeurs, Our: attacher davantage àfa caufe ceux qui lui étoient déja dévoués, & qui faifoicnt à St - Domingue la principale
force.
La fermentation des efpris augmentoit de jour en
jotr : on avoit déja adretlé à la municipalité du Cap
piufieurs pétitions revêtues d'un grand nombre de fignatures, 2 pour demander une affembiéc de commune, foi.
difant à l'cffet de délibérer far lcs moyens d'affurer la
tranquillité publique. La municipalité, après avoir confulté le commiffaire civil, avoit déja même éludé
fieurs de ces demandes, Vers le 20 août, ces demandes pludevinrent encore plus preffantes, &c les pétitions fe répétoient fréquemment; les unes adrefies par un
nombre de citayens du 4 avril, qui imploroicnt la grand
du commiffaie civil en faveur de ceux qui les avoient juftice
courageufement fecondés & défendes cuntre Galbaud;
les autres étoient rédigées par des blancs (quelques
Français rcftés Gdeles & attachés à la république),
vouloient fublituer à lambition de dominer lcs noirs qui
celle de les rendre heureux, &
pénétrés des grands
principes, rougiffoient de voir T droits facrés de la
nature indignement viclés, & des hommes femblables 3
les avoient juftice
courageufement fecondés & défendes cuntre Galbaud;
les autres étoient rédigées par des blancs (quelques
Français rcftés Gdeles & attachés à la république),
vouloient fublituer à lambition de dominer lcs noirs qui
celle de les rendre heureux, &
pénétrés des grands
principes, rougiffoient de voir T droits facrés de la
nature indignement viclés, & des hommes femblables 3 --- Page 80 ---
ens,vendus & pagant de main en main comme des
troupeaux. L'aflemblée de commune fut enfin accordée
Par la municipalité. qui en fixa le joar. Dans cette
afembiés, apr.s plufieirs deba's & difcuffions, on décida d'aller en corps devant lc déléqué de la république,
Tour le fiprlier de ne pas laiffer languir plus'longtemps dars lefciavare les femmes & lcs cnfans de ceux
qni s'éroient généreafement dévoués à la défenfe de la
Frauce &c de ics lois. Cette députation fut fort nombreufes une forie immente de femmes trainoient avec
ciles leurs cnlans, fulvoient les pétitionnaires, criant
avec a'tmdrifemsnt: Vivela républigue frangaife ! vive
Za liberte! Arrivés chez le conamiffaire civil, précédés
dibonnet de h lberté porté en triomphe comme figne
de ralliement 8c fombole d'union, femmes & enfars
tombérent to:s à fes pieds, landis que les pétitionnaires
peéfenesient ler domande. Le commiffaire promit de ia
peendrc Ci corfidération. & qu'il feroit favoir dans
Guaire Oit cinq jours fa décifion; cn même tenips il
lus afra de fon dévouement à leur caufe & à leur
bonheur.
Arriva l 29 aoft, jour on lc commiffaire déclara,
21pom de la répuhlione françaife, la liberté & Tégalité
phar tous les individes dans la partie du nord, de
euclque couleur qu'ils.foient, & en anronçant que la
France les adoproit att nombre de fes enfans (t).
L'cccalion parut alors favorable au commiffaire civil
(n) Le déléquide 1a Pépubigre accompa-né cette prochmacion dun rod'erent pour attocher u travail & àla cul ure
iserindsvla, les homm s des atelic S de la pla ne,
: enuht urfalaire ri'onnall: cu une 1 art en natire dans les
rev nus. Ce regl:ment a étd renis Fa: nous au ccmité de falut
public.
enfans (t).
L'cccalion parut alors favorable au commiffaire civil
(n) Le déléquide 1a Pépubigre accompa-né cette prochmacion dun rod'erent pour attocher u travail & àla cul ure
iserindsvla, les homm s des atelic S de la pla ne,
: enuht urfalaire ri'onnall: cu une 1 art en natire dans les
rev nus. Ce regl:ment a étd renis Fa: nous au ccmité de falut
public. --- Page 81 ---
d'exécuter le décret du 22 août 1792, qui maniAo la
volonté de l'allemblée nationale de donner aux colonies
des repréfentans; il a profité du morneut oû la tabifn
de Galbaud & la fuire de fes complices avolent delivié
la partie du nord du plus grand nombre des ennemis
de la révolution françails, pour faire cette nominatior,
Regardant lépoque d: ceite députation comme un honmage de foumifion & de fidéliré à la narion françuife
de la part des habitans & culons reftés fidiles, il a
convoqué les allemblées primaires dans les diverfes cor
munes de la partie du nord (2), pour la nomination
des électeurs, & ceux-ci ont éla leurs fix dépurés à la
Convention :, qui fc fint empreffés de fe rendre en
France, oû ils clpèrent fe faire remarquer, frr-tout par
leur dévouement à la république & à ia caufe de la liberté & de l'égalité, Ils appetient far eux T'oil févère de
l'opinion publique 3 ils ne veulent conucitre ni parens,
ni amis, ni propriétés particulières devant T'intérêt gonéral : l'amour, lc bonheur & la gloire de la
c'eft-a-dire de la France entière, fera pour eux une patrie, re- 2
ligion dominante.
Médiocreté ou pauvreté, mais lz liberté G légalité,
fierté de caraétère, ccurage, incorruptibilité, horreur
du defpotifme ainfi que des indépendans, fidératifies &
rovaliftes; refpedt inaltérable pour les lois de la
&
France,
fidélité à la république une 6 indivifole: voilk leur
profeffion de foi, voilà Ce qu'ils promettent, & Ce qu'ils
tiendront.
(2) Les députés des parties del'Oueit & du Sud vont ariiver
inceffamnient.
-.
ib
A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE, --- Page 82 ---
/
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de fes enfans (t).
L'calion parut alors favorable au commiffaire civil
(n) Le déléquide 1a Pépubigre accompa-né cette prochmacion dun rod'erent pour attocher u travail & àla cul ure
iserindsvla, les homm s des atelic S de la pla ne,
: enuht urfalaire ri'onnall: cu une 1 art en natire dans les rev nus. Ce regl:ment a étd renis Fa: nous au ccmité de falut public. — Page 81 — d'exécuter le décret du 22 août 1792, qui maniAo la volonté de l'allemblée nationale de donner aux colonies des repréfentans; il a profité du morneut oû la tabifn de Galbaud & la fuire de fes complices avolent delivié la partie du nord du plus grand nombre des ennemis de la révolution françails, pour faire cette nominatior,
Regardant lépoque d: ceite députation comme un honmage de foumifion & de fidéliré à la narion françuife
de la part des habitans & culons reftés fidiles, il a convoqué les allemblées primaires dans les diverfes cor munes de la partie du nord (2), pour la nomination des électeurs, & ceux-ci ont éla leurs fix dépurés à la
Convention :, qui fc fint empreffés de fe rendre en
France, oû ils clpèrent fe faire remarquer, frr-tout par leur dévouement à la république & à ia caufe de la liberté & de l'égalité, Ils appetient far eux T'oil févère de
l'opinion publique 3 ils ne veulent conucitre ni parens, ni amis, ni propriétés particulières devant T'intérêt gonéral : l'amour, lc bonheur & la gloire de la
c'eft-a-dire de la France entière, fera pour eux une patrie, re- 2
ligion dominante.
Médiocreté ou pauvreté, mais lz liberté G légalité, fierté de caraétère, ccurage, incorruptibilité, horreur du defpotifme ainfi que des indépendans, fidératifies & rovaliftes; refpedt inaltérable pour les lois de la France, fidélité à la république une 6 indivifole: voilk leur profeffion de foi, voilà Ce qu'ils promettent, & Ce qu'ils tiendront.
(2) Les députés des parties del'Oueit & du Sud vont ariiver inceffamnient. ib
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