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Azol
+3 te man --- Page 3 --- --- Page 4 ---
2788.
64)
reuse patrie a l-elle été si souvent trompée sur les événemens de
Saint-Domingue ?
pourquoi les vrais patriotes de cette
ont-ils été si long-tems méconnus isle,
Leur fidélité, leur
?
meté
courage et leur ferne finiront qu'avec la triste existence
dans laquelle ils sont précipités
longue suite d'errenrs.
par une
Loin de leur patrie, ils nes soupirent
pour ellé; mais leurs voeux
que
peine parvenir aux
reuvent à
représentans de la République : tout est intercepté, ef nous
sa vons que le comits colonial ferme
cesse les yeux de la France sur Saint-Do- sans
mingue, sur cette source de ses richesses.
Depuis la révolution 2 la France est
trompée : nous en sommes les
comme elle, malgré tout ce victimes,
avons fait pour lui découvrir les que nous
les plus intéressantes.
vérités
Cependant il en est encore tems, et les
forces qu'on nous apnonce, dirigées
des chefs attachés aux.
par
tout
faire
colanies, peuveut.
changer..
Nous vons adressons le dernier cri de
doulenr des colons de
s'il n'est
Saint-Domingue :
pas entendu, si leur voix est
Aiwma
14 SLRL
>. --- Page 5 ---
CONVENTION NATIONALE,
RELATIO N DETAILLÉE
Des événemens malleureia qui se sont
passés au Cap depuis Parrivée du cidevant général Galbaud,jusgu'aui moment
oit ilafait briller cette ville et a pris la
fitite.
PAR LES DÉPUTÉS DE LA PARTIE DU NORD
DE SAINT-DOMINGUE.
A LA CONVENTION NATIONALE,
AVEC U N SUPPLÉMENT DES ÉVÉNEMENS
SUBSÉQUENS.
IMPRIMÉ PAR ORDRE DU COMITÉ D'INSTRUCTION PUBLIQUE,
A P AR I S,
DE LIMPRIMERIE NATIONALE,
L'an deux de la République. --- Page 6 ---
-
Sre
bun
R --- Page 7 ---
i
AVERTISSE MENT
Pour faciliter lintelligence des faits contenus dans la
relation, & pourfaire connottre & diflinguer les digerentes faclions qui ont regné dans ceutè malheureufe
colonie
Ownaj jamais f en France la vérité fur les coloniest
Gl y a toujours eu trop de partis divers intéreffes à la
cacher. Ceux à qui elle eft parvénue & qui auruient pu
inftruire la France, ont été des traîtres & des intrigans
qui fé font toujours vendus à la cour qui vouloit fe faire
des poffefions féparées, & de la France, & de fa conftitution; enfin 2 établir des colonies royales.
Depuis 4 ans, la colonie de Saint-Domingue eft en
proie à toutes les calamités, & déchirée par toutes fortes de partis & de factions différentes 3 mais tous les dangers auxquels elle a été expofée ont toujours été l'ouvrage
de la pafion, de l'orgueil & des projets d'indépendance
A
qui vouloit fe faire
des poffefions féparées, & de la France, & de fa conftitution; enfin 2 établir des colonies royales.
Depuis 4 ans, la colonie de Saint-Domingue eft en
proie à toutes les calamités, & déchirée par toutes fortes de partis & de factions différentes 3 mais tous les dangers auxquels elle a été expofée ont toujours été l'ouvrage
de la pafion, de l'orgueil & des projets d'indépendance
A --- Page 8 ---
des colons. Sans lours compluts contre les citoyens de
couleur & contre les décrets des 8 & 28
fermentation n'ett
mars, aucune
pr's un ficheux caraétère, & les arif
Tucrates, royaliftes & contre-revchutionmaies
furement pas eu fibean jeu pour y exciter l'infurrection r'auroient
des noirs, & les foulever au nom du
tyran,
Dars le principe de la révolution, les habitans de SaintDomingue voulurent linger T'Affemblée
me elle faire des décrets,
confituante, Comcomme elle ils vouloient confitrerlos colonies. Chaque jour leur ambition
tôt ils ne gardèrent plus de
saccrut: : bienmefures; ils marchèrent Oul-.
vertement à l'indépendance, croyant que la France fcroit trop occupée pour les arrêter dans leurs projets. Ils
avoient mal calcaléleur plan 1 révolationnaire; ils
ne rencontrer aucun obfacie, mais ils trouvèrent croyoient
réfiftance tres-opiniStre de la part du
une
taire, qui, , jaloux de conferver fon gouvemnement niliautorité, s'oppofuit
toujours à toutes leurs opélations,
Les conner-évelosictraiges vouloient
tout
enlever les colonies à la révolution, & l'autre fimplement
loit-les enlever à ia Frauce, &
les
parti voupayer
dittes
1IIT
décret d'indébendance. Ces
par
derniers, les révelutionnaires,
venloient renverfer les ageus du gouvernemnent, les détrôner; non paspoar Tavantage de la révolution
paife,mais 2fn de s'emparer de l'autorité & de f frantre à leur placc. Ils foat pasifans de la rérclution met-
: oui!
les enlever à ia Frauce, &
les
parti voupayer
dittes
1IIT
décret d'indébendance. Ces
par
derniers, les révelutionnaires,
venloient renverfer les ageus du gouvernemnent, les détrôner; non paspoar Tavantage de la révolution
paife,mais 2fn de s'emparer de l'autorité & de f frantre à leur placc. Ils foat pasifans de la rérclution met-
: oui! --- Page 9 ---
nous en convenons, mais de la révolution qu'ils pouloient
faire pour eux s à leurprofir uniquement,
On voit que ces deux partis étoient également ennemis
de la tévolution/run,ajt, & tendoient tous deux au mêne
but avec des vues differentes, c'eft-à-dire, à la profcrire de
Saint-Dominguc, Iis fe font long-temps combattus; ils fe
déchiroient, s'outrageoient, s'injurioient, difoient des horreurs les uns des autres. Ce qu'il y a de fingulier, c'eft
qu'ils avoientraifon. tousdeux dans tout le mal qu'ils difoient
fun del'autre, danstoutes lesinculpations qu'ils fe faifoient:
ils étoient également coupables. lis avoient raifon l'un
contre l'autre, mais tous deux tort contre la France. Ceia
explique le mal que les foi-difant patriotes difoient de
Blanchelande & autres contrerévolationaires en grand
nombre dans notre pays, CC qui a fait à nos prétendus
patriotes de Saint-Domingue beaucoup de partifans, & a
induit en erreur beancoup de vrais patriotes de France,
qui feront d'autant plus indignés d'avoir été trompés. Ce
n'eft pas le mal qu'on peut dire d'un contre-révolutionnare, parce qu'ila contrarié nos vues. 2 qui peut faire un
patriote.
L'audace des deux partis prit de jour en jour de nouvelles forces par la réfiftance qu'oppofoit le parti contraire. Tous les deux cherchoient à augmenter le nombre de leurs partifans; touS les deux haiffoient égalemens
les citoyens de coulcur: mais le gouvernement avoit eu
l'adreffe de les rallier d'abord à fon parti.
A 2
volutionnare, parce qu'ila contrarié nos vues. 2 qui peut faire un
patriote.
L'audace des deux partis prit de jour en jour de nouvelles forces par la réfiftance qu'oppofoit le parti contraire. Tous les deux cherchoient à augmenter le nombre de leurs partifans; touS les deux haiffoient égalemens
les citoyens de coulcur: mais le gouvernement avoit eu
l'adreffe de les rallier d'abord à fon parti.
A 2 --- Page 10 ---
Le parti des indépendaus s'étoit affocié Cc qu'en langage de grands planteurs on appeloit avec mépris les
petits blancs, c'eft-à-dire la claffe des ouvriers, économes, gérans, marins, &s., qui font très-nombreux
dans les colonies. Ces hommes font plus eftimables, fans
doute, plus près d'être amis dela France que les colons
g ands planteurs ; mais ils font égarés 8c trop orgueilleux
de ce que la nature les a fait blancs, comme s'il y avoit
une priorité decouleurautre que la moralité. Il ferenforçoit
auffi de queiques foldats, bien intentionnés fans doute,
mais qu'il parvenoit à féduire également.
Ce parti aigriffoit, excitoit fans ceffe fes fatellites contre les citoyens de corleur; &c l'efprit de domination fi
naturel i tous les hommes, cette foiblefle humaine
qui
nous égare fi fonvent, rendoit ces exécuteurs fiufeeptibles de toutes lesimpulfions qu'on vouloit leur donner.
De l'autre cété, le gouvernement & tous fes
a'nfi que tous les colons qu: s'étoient rangés sde Ce agens, parti,
animoient à leur tour les citoyens de couleur : ainli ils
brouilloient, ils divifoient tout, & par la perfidie la plus
raffinéc, ils mettoient leurs ennemis aux prifes entre eux,
afin de les detrvire les 1172.5 par les autres: ainfi ils marchoientrà leur but en fatisfaifant leur orgueil.
Les malheitreux citoyens de couleur étoient opprimés
par un parti, foutenus par l'autre, déteftés par tous deux.
lls étoient le jouct du gouvernement & les inftrumens
rouilloient, ils divifoient tout, & par la perfidie la plus
raffinéc, ils mettoient leurs ennemis aux prifes entre eux,
afin de les detrvire les 1172.5 par les autres: ainfi ils marchoientrà leur but en fatisfaifant leur orgueil.
Les malheitreux citoyens de couleur étoient opprimés
par un parti, foutenus par l'autre, déteftés par tous deux.
lls étoient le jouct du gouvernement & les inftrumens --- Page 11 ---
aveurgles de fon ambition. Le gouve:nement fentoit bien
que c'é:oit la feule force des colonies, & qu'il ne pou,
voit fe foutenir &arriver à fcs fins que par cux; il avoit
Tart de les exciter, de les irriter. contre l'autre
&
pari 2
paroiffoit les protéger, 9 les foutenir contre l'oppreffion.
Cette divifion favorifoit d'autant plus les vues du gouvernement; car G la. réunion des citoyens de couleur avcc
ceux qui vouloient détruire le gouvernement s'étoit faite
de bonne foi, celui-ci eût été anéanti du premier coup
qu'on auroit porté; & f ceux qui s'appeloient révolutionnaires, patriotes * euffent été fincères, avoient travaillé
pour la France & non pour C13, la: colonie étoit fauvée & n'auroit jamais
la moirdre
S
éprouvé
commotion;
on auroit évité tous les mouvemens de guerre civile &
tous les maffacres qui ont eu Het dans diverfes
D1
OCcafions. Mais cesyens qui crioient vive la Nation: fec croyoient
toujours ILTZ peuple à part, une prifences &. leng mot
d'ordre étoit, vize nous. 2 Narion,nous, peupie fouverain,
peuple à part. Tis avoient fait placer dans linté:ieur de la
falle de TAffemblée coloniale un tableau allégorique qui
prouvoit leur amour pour la révolation,non pourcelle de lz
France. , mais pour celle qu'ils vouloient fiaire pour eux.
La liberté du commerce étoit repréfentéc parl'alicence
des pavillons étrangers, & y avoit une forterefle dont
Te canon tiroit ou étoit braqué far un navire français,
Cela n'efil pas un emblème bien caractérifé d'indépendance?
Ces indépendans 2 CCS révolutionnaires de Saint-DominA3
it leur amour pour la révolation,non pourcelle de lz
France. , mais pour celle qu'ils vouloient fiaire pour eux.
La liberté du commerce étoit repréfentéc parl'alicence
des pavillons étrangers, & y avoit une forterefle dont
Te canon tiroit ou étoit braqué far un navire français,
Cela n'efil pas un emblème bien caractérifé d'indépendance?
Ces indépendans 2 CCS révolutionnaires de Saint-DominA3 --- Page 12 ---
gue, qui compofoient. qai ont touiours compofé, du
moins en majorité les affemblées coloniales, ne vouloient
abfolument fe prèter à rien fur lc compte des citoyens
de couleur; ils ne vouloient pas entendre parler d'égalité, ni que ces citoyens puiffent jouir d'aucun droit
litique, ils aimoient mieux n'en avoir aucun eux-mémes pogue'de les partager apec ce qu'ils appeloient les gens de
couleur, &c en Ce fens, malgré leur haine pour les contre-révolutionnaires (ce qui n'ef pas pourtant du patriotifine), ils auroient volontiers fecondé, protégé la contre-révolation, le retour de l'ancien régime, tant l'orgueil avoit d'empire fr leur efprit. Il faut que l'on fc
perfuade, avant de-lire la moindre chofe de Ce qui a
rapport aux colonies, que tous les préjugés que l'on a
détruits en France, que toutes les ariftocraties anéanties, t
l'ariftocratie nobiliaire, l'ariftocratie facerdotale, T'arifto- s
cratie parlementaire, &c., ne font rien en raifon du
juré de la nobleffe des couleurs dans les colonies. L'or- prégreily eft la bafe, lc mobile de toutes les actions. Les
deux partis, quoiqu'ennemis jurds, fe. fort fouvent
rapprochés & fe font toujouts réunis aufiôt qu'une loi de
la Fiance attaquoit leur orgueil. A T'époque du décret du
15 mai, & le parti des a.lemblées coloniales, & celui
da gouvernement, fe réunirent entièrement pour y oppofer la pies grande réliftance. Cette oppofition a caufé
bien des maux.
Depuis, à lépoque de l'infurredtion, pour engager
ennemis jurds, fe. fort fouvent
rapprochés & fe font toujouts réunis aufiôt qu'une loi de
la Fiance attaquoit leur orgueil. A T'époque du décret du
15 mai, & le parti des a.lemblées coloniales, & celui
da gouvernement, fe réunirent entièrement pour y oppofer la pies grande réliftance. Cette oppofition a caufé
bien des maux.
Depuis, à lépoque de l'infurredtion, pour engager --- Page 13 ---
les citoyans de couleur às'armer pour combattre les noirs,
Faflemblée coloniale avoit promis de faire pour les citoyens de couleur, plus même que n'accordoit le décret
du 15; mais elle n'a pas tenu parole. Pendant qu'elle
faifoit Ces promelfes elle ne vouluit que gigner du temps;
eile attendoit le décret du 24 feptembre, qui révoquoit
le décret du 15 mai, & laiffoit les colons maitres du
fort des hommes de couleur, décret tant follicité & fi
bienachoté au traitre Barhave." Cette counable affemblée
coloniale auroit pu ufer de cette puiflance pour fairele
bien, mais Ce qui prouve fa mauvaife foi, c'eft qu'clle
ne fit rien, rien du tout. Il falloit bien à fes membres
un prétexte, ils en cherchent fans ceffe &: en trouvent
toujours. On prétendit qs'il y avoit, depuis l'infura
rection des noirs,quelques citoyensde couleur maélés pari
eux, & qui avoient embraffé leur parti, parce que lc
gouvernensent avoit e:t Padreffe de les arimer contre le
jugement rendu contre Osé, Ic:r frre, que le gouvernement lui-meme avoit conccury à faire affafliner. L'affemblée coloniale d'alors, prétendit qu'il falloit que les
hommes de couleur mifient provifeirement bas les armes, après cela qu'elle verroit ce qu'elle auroit à faire
pour eux.
Ceux des citoyens de couleur qui avoient été obligés
de fe refugier dans les montagncs pour fuir leurs tyrans 2
& qu'on difoit engagé: dans 1 rarti des noirs infirrgés,
fentirent bien que s'ils épient rentrés dans la ville,ou
A4
iale d'alors, prétendit qu'il falloit que les
hommes de couleur mifient provifeirement bas les armes, après cela qu'elle verroit ce qu'elle auroit à faire
pour eux.
Ceux des citoyens de couleur qui avoient été obligés
de fe refugier dans les montagncs pour fuir leurs tyrans 2
& qu'on difoit engagé: dans 1 rarti des noirs infirrgés,
fentirent bien que s'ils épient rentrés dans la ville,ou
A4 --- Page 14 ---
avoient rendu le urs armes (en fuppofant qu'ils fufent
armés),en étoir fait d'eux, ils étoient tous enchaînés
& livrés au fapplice. Ils fe fouvenoient. qu'à l'époque du
décret du 15 mai on avoit voulu les affalliner tous; qu'on
couroit fur eux comme fur des bêtes fauves; & ils ne
volurent pas confentir à la propolition qui leur étoit
faite par la perfide aflemblée coioniale, Les deux pactis reftèrent donc divifés, la guerre continua, fans doute, felon les voeux des agens du gouvernement, mais toajours
par Torgueil des colons.
On doit obferver que les quarre-vinge-dix-neuf
tièmes des citoyens de couleur qui étoient reftés dans cen- les
villes ou dans leurs quartiers, & qui même avoient: combattu avec les blancs contre les inflirgés, ne devoient point
exciter, la colère des colons, mais bien plutôt leur reconnoiflance, ni porter la peine de leurs freres (quand méme ils auroient été coupables ): on auroit donc dû ftatuer fur leurs droits politiques ; mais l'orgueil T'emporta
toujours. On vouloit gagner du temps, on attenduit la
eontre-révolaution, on ne fit ricn du tout pour eux,
Il eft à remarquer que ia conduite des agens du
gouvernement, ariftucrates, conte-résolatonaisei,
liftes, &c., étoit abfolument différente, & tendoit royacependant au même but; ils protégeoient de temps en temps
les citoyens de conleur ouvertement, mais fans plus de
bonne foi. Ils plaidoient pour cux; ils crioient tous :
C'elt une horreuz de re pas fatuer fur leurs droits
po-
ricn du tout pour eux,
Il eft à remarquer que ia conduite des agens du
gouvernement, ariftucrates, conte-résolatonaisei,
liftes, &c., étoit abfolument différente, & tendoit royacependant au même but; ils protégeoient de temps en temps
les citoyens de conleur ouvertement, mais fans plus de
bonne foi. Ils plaidoient pour cux; ils crioient tous :
C'elt une horreuz de re pas fatuer fur leurs droits
po- --- Page 15 ---
itiques ; il faut leur' accorder ce qu'on leur a promis.
Mais entre eux ils difoient: : Qu'eft-ce que Cela fait? accordons-leur tout 2 cent fois plus qu'ils ne demandent
nême : comme la contre-révolution eff Jire, c'efe comme
on ne leur accordoit rien Quelle perfidie ! quelle
nfamie! quelle horreur! ils vouloient à toute force emécher la révolution de pénétrer, de s'établir dans les
olorics.
Enfin, vint le décret du 4 avril qui, étant fondé firr
a juftice, devoit nous fauver, & qui cependant nous a
aufé encore bien des maux.
II faut fe bien perfutader qu'il en a été pour Ce décret
omme pour tous les autres, qu'on a toujours été de mauaife foi, que l'orgueil a toujours tout conduit, & que
cux qui paroiffoient en réclamer l'exécution avec le plus
e chaleur, ne cherchoient que leur intérêt & non celui
€ la France, & ne vouloient que fervir leur Parti ou
atisfaire leurs paffions s; leur ambition. Il y a dans'laloi
a 4 avril un article favori des colons, qui dit "qu'il
era formé une affemblée coloniale. Les indépendans f
ont fiur-tout pafionnés pour cet article, &c ont paru 2Céder à cette loi, uniquement afin d'obtenir l'erécution
e cet article. Voici comme ils ratfonnoient : Nc paciffons pas nous oppofer à la loi du 4 avril; difons
u'elie eft exécurée: 'alors la miflion des commiflaires
ivils envoyés potr l'ezécation de cette loi & pour réblir l'ordre, fe trouve nies alors ils s'en vont : nous
avons pius de contradicteurs, & nous pouvons faire
der à cette loi, uniquement afin d'obtenir l'erécution
e cet article. Voici comme ils ratfonnoient : Nc paciffons pas nous oppofer à la loi du 4 avril; difons
u'elie eft exécurée: 'alors la miflion des commiflaires
ivils envoyés potr l'ezécation de cette loi & pour réblir l'ordre, fe trouve nies alors ils s'en vont : nous
avons pius de contradicteurs, & nous pouvons faire --- Page 16 ---
IO
tout Ce que nous voulons. Il cft bien vrai qu'auffirà
qu'ily aura dans ce pays une affemblée coloniale éta
biie, elle parviendra toujours à paralyfer, à maitrifer,
anéantir Tautorité nationale. Ily a encore un tres-gran
avantage pour ces entrepreneurs de révolutien, à
avoir adopté la loi du 4 avril & à expulfer des paroitr délé
gués de la France qui airoient toujours des
verts fir leur conduite; c'eft
yeux OL
exécutée, l'articie
qu'alors que cette loi e
XV, qui dit gu'eucuns officiers gene
néraux, adminiftrateurs ou ordonnateurs,
mes pour le
quiferont non
rétablifrent de l'ordre dans les
ne pourront étre choifs parmi les
colonic
prictés dans les
citoyens 4 ayant des pr
colonies, fe trouve anéanti; & alors
çolons efpèrent, fous le nom & fous le
teur de localités, ohtenir
prétexte impo
pour chefs, foit civils, f
militaires, des colons avant des Fropriétés dans les C
lonies, ou tenart à ceux qui en ont, Oil des
de
homm
Fancienneafienntice de Saint-hiare, ou de leurs prot
gésdans ce temps, ou des honmes de l'ancicnne Aller
blée conftituanie, Oil enfin desgens à leur déyotion, à
s'il le faut, ils pourront procurer des
en failant acheter, afin de les conduire prop:iétés en le
& de les dirig
par leur propre intéréy; ou bien ils fe les ariocieroic
par un mariage à leur conyenance : en un mot, il n'y
pas de moyens qu'ils n'emploieroient pour les féduure.
II eft à remarquer que toajours les colons ont été
>
coutumés à prendre dans tous les décrets, foit qu'ls le
foient perfonnels, foit qu'ils foient particuliers à lalgan
en failant acheter, afin de les conduire prop:iétés en le
& de les dirig
par leur propre intéréy; ou bien ils fe les ariocieroic
par un mariage à leur conyenance : en un mot, il n'y
pas de moyens qu'ils n'emploieroient pour les féduure.
II eft à remarquer que toajours les colons ont été
>
coutumés à prendre dans tous les décrets, foit qu'ls le
foient perfonnels, foit qu'ils foient particuliers à lalgan --- Page 17 ---
II
tout ce qui peut convenir à leurs intérêts & Aatter leurs
pallions; mais aufli ils rejettent également tout Ce qui
pourroit les contrarier.
Nous avons été ainfi victimes de tous les partis, &
déchirés en tous fei.s.
Les Briffotins, ies Girondins, qui d'abord avoient paru
voulcir fauver notre pays, & qui avoient profeffé les,
guands principes pour fe popularifer, fe font ligués
avec nos ennemis pour nous trahir.
Pour fe faire aimer du peuple, pour captiver fa bienveillance, il falloit bien parler fon langage : c'eft Cc que.
irent Briffot & fes anis. Dans l'affaire des colonies, ils
e rangérent du parti de la juftice, & défendirent la caufe
les citoyens de couleur, fans doute plutôt par amour
propre & par haine pour Barnave fon ennemi, que par
honorable fentiment d'humanité, comme l'a fait Robefbierre.
Comme le peuple eft jufte par inflinét, Briflot parut
ufte Far politique,
Aufitôt qu'il eutt démafqué la faction dominante alors,
qu'il avoit attaquée, combaitue 8c renverfée, uniquement
pour prendre fa place, alors il te confulia plis que fon
intérêt; &, jaloux de gouvemer, il fe vendit à la cour,
promit de fervir fa caufe, & établit fon fylième de
domination, d'accord avec fes complices.
Mais il falloit bien avoir quelques complaifances pcar
iflot parut
ufte Far politique,
Aufitôt qu'il eutt démafqué la faction dominante alors,
qu'il avoit attaquée, combaitue 8c renverfée, uniquement
pour prendre fa place, alors il te confulia plis que fon
intérêt; &, jaloux de gouvemer, il fe vendit à la cour,
promit de fervir fa caufe, & établit fon fylième de
domination, d'accord avec fes complices.
Mais il falloit bien avoir quelques complaifances pcar --- Page 18 ---
I2
la cour & feconder fes deffeins. Là commencent, fuivant
nous, les crimes de Briflot fur les colonies, & c'eft 1
la caufe des derniers malheurs que nous avons éprouvés
depuis.
A cette époque, il s'agiffoir d'envoyer des commiffaires
civils & un gouverneur à Saint-Domingue, Il eût été
trop grofker de nommer pour cette expédition tous hom
mes de l'ancien régime & connus par leur conduite arif
tocratique ou feaillantine. II falloit bien, pour en im
pofer, nommer des hommes qui avoient une réputation
de patriotifme, afin de faire paffer les autres. On fuivi
la tadtique accoutumée, de mélanger fi bien les choix, de
manière à les rendre abfolument nuls. C'étoit là la force
d'inertie fi familière à la cour. On choifit donc adroite
ment Polverel & Santhonax, qui étoient membres de
Jacobins (malgré la kaine qu'on portoit à cette Jociété)
mais on leur donna pour collegue Aillaud, robinocra'd
entêté de fes préjugés, feuillantin ridicule, modéré
pa
foiblefle & par ignorance; ; enfin un homme d'une nul
lité parfaite. Par ce moyen, on femoit d'avance la divi
fion entre eux trois; on étoit bien sûr que les jacobin
&0 l'ariftocrate feuillantin re feroient jamais d'accord
& pour peu que les deux jaccbins vinffent enfitite
différer entre eux d'opinion, je ne dis pas même furle
principes, mais fur les moyens, on cfpéroit les mettr
auX prifes enfemble. Desh les divifions, les prétention
de l'amour propre, les haincs & les chances de trombl
&. de guerre civile.
étoit bien sûr que les jacobin
&0 l'ariftocrate feuillantin re feroient jamais d'accord
& pour peu que les deux jaccbins vinffent enfitite
différer entre eux d'opinion, je ne dis pas même furle
principes, mais fur les moyens, on cfpéroit les mettr
auX prifes enfemble. Desh les divifions, les prétention
de l'amour propre, les haincs & les chances de trombl
&. de guerre civile. --- Page 19 ---
Ce n'étoit pas aflez: en choififfant Defparbès 2 ancien
favori de Louis XV, par conféquent ariftocrate incurable, cet homme qui, malgré fes Jvixante-quatorie ans,
étoit dévoué pour fervir la cour au point de s'expatrier à dix-huit cents lieues (ce qui feul devoit le rendre
fufpest), on étoit bien str de femer la divifion entre
tes autorités civiles & militaires; &, de peur de manquer fon coup, le miniftère d'alors avoit fait expédier à
Defparbès un brevet copié mot' à mot fur celui des
gouverneurs de l'ancien régime (du temps où ils étoient
lépolitaires de l'autorité la pius defpotique ). Voilà comme on commença par paralyfer cette expédition, qui devoit fauver la plus importante de VOS colonies.
Les intrigans qui avoient conçu ce projet perfide, ne
nanquérent pas leur coup. Les divifions commencèrent
ntre les commiffaires civils & le gouverneur, dès le prenier jour de l'arrivée a Saint-Domingue, même avant
ic defcendre à terre ; & les membres de l'affemblée cooniale d'alors, compofée de deux partis rivaux l'un de
autre, mais non affez ennemis pour ne pas fe réunix
ontre les lois de la France, s'applaudirent de voir les
ommiffaires & le général divifés entre eux; & par infinct, par habitude, par gott mêmc, fe rangèrent du
arti du ci-devant grand Jeigneur, du lieutenant-général
les armées du roi, du cordon rouge, enfn du ci-deant comte. Tous les colons grands planteurs
2 qui
ont tous nobles, tous hauts & puiffans feigneurs, tous
orinces fix lcurs terres, fe rangèrent auffi du même cêté.
irent de voir les
ommiffaires & le général divifés entre eux; & par infinct, par habitude, par gott mêmc, fe rangèrent du
arti du ci-devant grand Jeigneur, du lieutenant-général
les armées du roi, du cordon rouge, enfn du ci-deant comte. Tous les colons grands planteurs
2 qui
ont tous nobles, tous hauts & puiffans feigneurs, tous
orinces fix lcurs terres, fe rangèrent auffi du même cêté. --- Page 20 ---
Vos délégués reftirent fcals, &: sûirement ils
ne furen
pas peu embarraffés dans leur début, d'autant
prefque tout l'état - major venu avec
plus que
compofé de la même
Defparbès, étoi
manière; & fa conduie
julifie bien tout Ce que nous venons de
depui
vous expofer
Les intrigans Briffotins, Girondins & autres
avoien
voula fervir la cour, n'avoient plus rien à defirer. qui II
avoit lieu de croire, ou que tout réufliroit au
de
leurs delirs, c'eft-à-dire,
le
gré
que
parti de la cour triom
pheroit, ou qu'au moyen des germes de divifion
avoient été f bien diftribués,
9u
rien du
au moins il ne fc feroi
tout ; ce qui, d'une autre manière, éroit
la cour.
fervi
Leur plan étoit G bien conçu & fut fi bien exécuté
que cette expédition, vous le favez, n'a cul aucun
cès. C'eft le même parti
firc
couleur
qui a facrifié les hommes d
qu'il avoit fervis dans les commehcemnens de 1
révolutions & 6 ce parti n'avoit pas été
étions perdus fans reffource.
démaiqué, nou
Depuis Tarrivée de Defparbès à
que les intrigans fuffent les maîtres Saint-Domingue, de
quoi
ont abandonné la colonie de
tout diriger, il
Saint Domingue à cile
même, ils nous ont laiffé fans nous donner
nouvelle : il y a dix mois que nous fommes dans aucun
ignorance complète de ce qui fe palfe en France. un
ne laide rien Fafler: les Anglais, d'accord
O
lons & les intriguans qui défoloient
avec les co
la France, intercepten
les intrigans fuffent les maîtres Saint-Domingue, de
quoi
ont abandonné la colonie de
tout diriger, il
Saint Domingue à cile
même, ils nous ont laiffé fans nous donner
nouvelle : il y a dix mois que nous fommes dans aucun
ignorance complète de ce qui fe palfe en France. un
ne laide rien Fafler: les Anglais, d'accord
O
lons & les intriguans qui défoloient
avec les co
la France, intercepten --- Page 21 ---
outes les communications, On ne laiffe paffer qu'une
eule cfpèce de nouvelies, que la France eft déchirée,
ju'elle va êtte partagée entre toutes les puilfances, ou
bien que Loais XVII eft fur le tronc, que les déparemens marchent fur Paris; &c.
Ce filence envers la colonie, ce flence dont nous
ous plaignons, étcit fi coupable, que feul il pouvoit
ous perdic. Dans un pays éloigné, il vaudroit mieux
voir de maavaifes nouvelles, s'il en exifloit, que de
'en avoir pas du tout oil que d'en avoir d'incertaines,
'avoir de ces braits vagues qu'accréditent la méchaneté & la perfidie. Les colons mal intentionnés
répanoient les nouvelles les plas finiftrcs; iis difoient : (( La
France nous abandonne; elle ne veut plus de nous 5
elle veut nous laiffer indépendans >. Par-là ils perfiraoient aux uns qu'ils étoient dégagés kde tout envers la
rance, & par ces tableaux impoftenrs ils épouvantojent,
S alarmoient les gens timides; c'eft ainfi qh'ils
oient à détacher, a aliéner tous les cprits & tous parve- les
curs, de la France.
Ce flence étoit fic coupable, qu'il laiffoit à eux-mêmes
cux hommes qui avoient un pouvcir immenfe & qui.
ouvoient en abufer. Ce que nous difons eft d'autant
lus vrai, qu'il elt néceflaire que Ce pouvoir immenfe
xifte quand on eft à dix- huit cents lieues, fur-tout
ans un temps de révolution; & il y a un grand vice
ans lc gouverkement qui nous dirige
actuellement, Car --- Page 22 ---
Ce pouvoir eft trop fort pour n'être remis qu'à deux a
trois perfonnes. Nous voulons, dire que VOS délégués
Saint-Domin gue font trop peu pour un fi geand pou
voir, & qu'un f grand pouvoir eft trop pour deux.
Les colons intrigans ne vous ont pas préfenté cett
vérité fous le même jour que nous; 3 ils fe garderot
bien de vous demander une nouvelie autorité civile
puiffante, clairvoyante, dirigée par dcs hommes connt
par un patriotifine à toute épreuve, & qui ne let
foient pas dévonés; enên, pris parmi les meilleurs pi
triotes des Jacobins. Ils vous demanderont une aflem
blée coloniale, afin de tuer l'autorité nationale; da:
cette affemblée, ils régneront fous le nom de VOS com
miflaires, ou bien ils paralyferont, rendront nulle let
autorité.
Nous, au contraire, nous donjurons le Peuple frar
gais de nous accorder les hommes les plus févères, 1
plus rigoureux , les plus difficiles en patriotifme, no:
vous demanderons avec cela quelques guillotines &c U
bon tribunal révolutionnaire.
Ne vous laiffez pas égarer par le mot localités ; cha
cun de vous qui n'a pas été. dans les colonies, en fa
autant que nous, pour les gouverner : il ne vous fau
pour réuffir, que des intentions pures, un coeur droi
de la patience, de la bonne foi, de la juftice.
Sur-tout, pour grace expreffe, nous vous demand
xons, pour Ce moment de révolution &: d'organifation
d
quelques guillotines &c U
bon tribunal révolutionnaire.
Ne vous laiffez pas égarer par le mot localités ; cha
cun de vous qui n'a pas été. dans les colonies, en fa
autant que nous, pour les gouverner : il ne vous fau
pour réuffir, que des intentions pures, un coeur droi
de la patience, de la bonne foi, de la juftice.
Sur-tout, pour grace expreffe, nous vous demand
xons, pour Ce moment de révolution &: d'organifation
d --- Page 23 ---
des hommes qui n'aient point été dans les colonies, parce
qu'ils n'auront point de préjugés; & fir-tout qu'ils n'y
aient point de propriétés: Nous pourrions aufli vous
demander qu'aucun de CeiX qui ont fégé dans des affemblées coloniales OlL corps populaires avant l'exécution
de la loi du 4 avril, ne puiffent occuper aucunes places
dans noS colonies avant fix ans après la tranquillité rétablic.
Mais revenons à la fuite des événemens de Saint-Domingue.
Vos délégués ont déporté des agitateurs; les intrigans
que vous avez punis, qui ne vouloient pas fauver SaintDomingue, les ont protégés, fixon ouvertement, au
moins comme ils étoient ligués, avec tous VOS ennemis, ils n'ont pas voulu faire punir ceux qui étoient
leurs agens, ou les agens de leurs complices.
Ces agitateurs ont échappé aux châtimens qu'ils méritoient, & n'ont pas été pourfuivis.
De-là font venus fucceffivement tous nos maux, parce
que limpunité encourage le crime. Ces meneurs, CCS
foi-difant direéteurs de la' révolution, étoient bien éloignés de faire punir les faétieux quifavorifoient leurs projets
perfides; ils fe font même ligués, à T'époque du fédéralifine, avec tous les colons, 2 ou négocians ariftocrates &
royaliftes, dans nos principales villes de commerce, parce
que ce fyftème étoit parfaitement cenferme aux vues de
Relation détaillée, Erc.
B
urs, CCS
foi-difant direéteurs de la' révolution, étoient bien éloignés de faire punir les faétieux quifavorifoient leurs projets
perfides; ils fe font même ligués, à T'époque du fédéralifine, avec tous les colons, 2 ou négocians ariftocrates &
royaliftes, dans nos principales villes de commerce, parce
que ce fyftème étoit parfaitement cenferme aux vues de
Relation détaillée, Erc.
B --- Page 24 ---
ceux-ci; puifqu'en créant à chaque
fance particulière, e'étoit
département une puisaccorder aux colons ce
intérieur, Ce corps légiflatif qu'ils demandent régime
depuis Gi
long-temps , c'eft-à-dire, cette indépeudance de fait
defirée par eux.
tant
Voilà comme les ennemis ont fait la
fin de tourner leurs
paix entre cux,
armes contre la
ne vous y
République ; car, 2
trompez pas, Ces colons qui ont
fi
nés contre Briffot ; étoient, je le
paru acharliftes & fédéraliftes,
répète, comme royafecrètement d'accord avec lui; mais
cependant ils n'ont pas été fâchés de voir la culbute
le fapplice de Briffot,
fe
&
avoit fi bien
pour
venger de ce qu'il les
connus,
Les fidèles agens des colons, en France, font
&
ont
Bruley 2 qui
été envoyés commiflaires vers Page. le
uniquement, avec des inftructions
tyran
le
&
fe
pour ne traiter qu'avec
tyran, pour fouftraire àtoute Affemblée ou Convention nationale. Et on n'imagineroit
commiffaires
pas par qui ces
ont été envoyés? Par une réunion de COlons, fans titre, fans qualité, s'intitulant affemblée coloniale, mais ne l'ayant jamais été. Il eft vrai qu'ily avoit
un décret qui ordonnoit qu'ily auroit une affembléc COloniale; mais il étoit dit qu'eile feroit établie fuivant les
formes prefcrites par le décret du 8 mars & les inftructions du 28 mars. Jamais ces formes n'ont été
il n'y a donc jamais el d'afemblée coloniale. fuivies ;
demande à CCS prétendus commiflaires d'exhiber Qu'on
leur
jamais été. Il eft vrai qu'ily avoit
un décret qui ordonnoit qu'ily auroit une affembléc COloniale; mais il étoit dit qu'eile feroit établie fuivant les
formes prefcrites par le décret du 8 mars & les inftructions du 28 mars. Jamais ces formes n'ont été
il n'y a donc jamais el d'afemblée coloniale. fuivies ;
demande à CCS prétendus commiflaires d'exhiber Qu'on
leur --- Page 25 ---
miflion. D'ailleurs, quand cette affemblée coloniale auroit
été légale, elle n'avoit donné.qu'une commiflion adhoc,
uniquement pour obtenir la fanction du tyran fir un
arrêtéde cette foi-difant affemblée coloniale; arrêté gu'elle
vouloit appeler décret, comme un acte de fa fouveraine
puiffance.
Cette affembléc coloniale a la furcir de faire parler
d'elle,& veut toujours repréfenter & être repréfentée partout, méme enAngleterre. Les colons contre-révolutionnaires
font la parodie des émigrés ; ils croient repréfenzer la
colonie, comme les émigrés vouloient repréfenter la' Nation à Coblentis en nommant le frère du tyran à la régence.
Pour mettre le comble à tous fes crimes, la coalition
de fédéraliftes avoit eu foin de nous envoyer à SaintDomingue, Galbaud, le perfide Galbaud, qui, fidèle à la
miflion que lui avoit donnée fon général Dumouriez, eft
venu, tout bouleverfer, dévafter &c briler la ville du
Cap. C'eft à lui, c'eft à Ce monftre, & fans doute à
Briffot &c à tous fes complices, qui l'étoient de Dumourjez, à qui nous devons toutes les calamités dont
vous allez voir l'affreux tableau. Nous gémiffons fous le
poids de nos maux, & nous fommes f fatigués par l'indignation que nous infpirent de pareilies atrocités, qu'à
peine nous refte t-il la force de vous les retracer. Lifez,
lifez, & confultez tous ceux arrivés depuis peu de SaintDomingue, non pas les déportés, les énigrés, ni Ceux
B : 4 --- Page 26 ---
qui ont fui avec Galbaud; mais ceux qui ont refté à leur
pofte. Que l'on interroge Jonney, colonel du bataillon
de la Loire-Inférieure ; Maublanc, capitaine des grenadiers
du régiment n. 16,enfin tous ceux qui arriveront fucceffivement du parti oppofé aux contre-révolutionnaires, & on
pourra juger. Qu'on interroge auffi, filon veut, une douzaine de dragons dufeizième régiment,nouvellement arrivés
en France, que nous ne connoiffons pas, mais qui nous
ont toujours paru trop fidèles à la République pour que.
nous n'ayoas pas une grande confiance dans le témoignage d'aufli bons foldats.
D
Pénétrez-vous bien d'une grande vérité, c'eft que Ie
patriotifine de ce qu'on appeloit colons, eff la haine de
la France, & qu'ils w'étoient pas même bons Français
dans l'ancien régime.
lement arrivés
en France, que nous ne connoiffons pas, mais qui nous
ont toujours paru trop fidèles à la République pour que.
nous n'ayoas pas une grande confiance dans le témoignage d'aufli bons foldats.
D
Pénétrez-vous bien d'une grande vérité, c'eft que Ie
patriotifine de ce qu'on appeloit colons, eff la haine de
la France, & qu'ils w'étoient pas même bons Français
dans l'ancien régime. --- Page 27 ---
RELATION DÉTAILLÉE
Des épénemens malheureux qui Je font pafès au Cap
depuislarrivée du ci-devant général Galbaud sjufqu'as
moment oit ila fait briler cette ville 6 a pris laj fuite 5
PAR LES DÉPUTÉS DE LA PARTIE DU NORD DE
SAINT-DOMINGUE,
A LA CONVENTION NATIONALE.
AVEC UN SEPPLIMENT DES ÉYÉNEME: NS
SUBSÉQUENS.
Les commiffaires civils de la République, délégués i
Saint Domingue 2 veillant, comme c'étoit leur
les intérêts dela France
devoir, fur
2 après avoir découvert une confpiration qui fe tmanoit contre la fouveraineté
/
& dont le foyer étoit au
nationale,
Port-au-Prince, fe tranfportérent e
dans cêtte ville au mois d'avril dernier, foumirent les
B; --- Page 28 ---
rebelles par la force, embarquerent les
Ienvoyèrent par devant la
fadieux, qu'ils
être jugés, enfin, y rétablirent Coavention T'ordre nationale pour y
Hélas! ils étoient fans doute bien loin de & la tranquillité.
coup funefte qui vient de mettre la prévoir alors le
denx doigts de fa perte, &
colonie entière i
dre tout lc fruit de leurs qui a penfé leur faire perlongs & péniblés travaux
Les provinces de l'Oueft & du Sud
d'une paix long-temps defirée après les jouiffoient enfin
ges; les conmiffaires venoient de
plus violens oracivils & militaires, & ils avoient fait réorganifer les corps
leux d'honimes qui leur avoient
un choix fcrupuaux lois.
parus les plus attachés
La machine politique, arrêtée depuis G
commençoit enfin à reprendre du mouvement long-temps,
donnateur de lOueft promettoit de
: déjà T'orde la province la fomme de
fournir, des caiffes
fubvenir aux befeins de celie 200,000 du Nord. liv. par mois, pour
Les bâtimens du commerce
fes les faéticux
les commiffaires fuarlefquels étoient dépoqués, étoicnt
civils avoient embarpartis
le
a
lc point de la réunion & pour du
Cap, lieu choifi pour
claves' iafitrgés de la plaine da départ Cul-de-fac du convoi. Les efrendus dans leurs atcliers refpectifs, à la fuite étoient d'une tous
entrevue que les déiégués de la
feule
leurs chefs à la Crofr-des-Bouguets, République eurent avec
C'eft dans cet état de chofae que les commiffaires civilsapprirent, corde
par la voix publique, que la frégate la
venue de France en 28 jouts, , & arrivée atl Con- Cap
Convention (1) Ils ont fans doute rendu compte de cette epération à la
nationale,
pectifs, à la fuite étoient d'une tous
entrevue que les déiégués de la
feule
leurs chefs à la Crofr-des-Bouguets, République eurent avec
C'eft dans cet état de chofae que les commiffaires civilsapprirent, corde
par la voix publique, que la frégate la
venue de France en 28 jouts, , & arrivée atl Con- Cap
Convention (1) Ils ont fans doute rendu compte de cette epération à la
nationale, --- Page 29 ---
a3
le 7 mai dernier, apportoit le général Galbaud, fon frère,
&c pluficurs officiers d'adminiftration.
A peine la nouvelle de l'arrivée de Galbaud fut-elle
parvenue au Port-au-Prince, où les commiflaires civils
étoient alors, que la faction des indépendans, vaincue,
mais non foumife, répandit avec le délire, dela vengeance
dans toutes les parties de l'ifle, 2 que le nouveau général
venoit avec une immenfaté de pouvoirs bien fupérieurs à
ceux que la République avoit délégués aux commiffaires
civils; que Galbaud avoit ordre de les embarguer. 6 de les
envoyer en France rendre compte de leur conduite,
7 Mai 1793.
Les perfonnes qui répandoient ces bruits en- connoif
foient toute labfurdité, mais furieux d'avoir vu l'autorité nationale triomphante, ils profitèrent de l'arrivée de
Galbaud
ébranler dc nouveau les esprits, les
parer à tonitc leurs projets.
p:eperfides 2. ou tout aul moins
à empécher qu'ils ne les entravaffent.
Cependant les délégués de la République apprirent
le moniteur général da 9 mai, no. 174, que Galbaud par
s'étoit fait recevoir en fa qualité (1), ainfi que tous les
officiers d'adminiftration venus avec lui, & ils virent bientôt fon brevet dans toutes les feuilles publiques de Saint.
Domingue, brevet dont le confeil exécutif auroit dû changer le protocole - qui e/t abfolument le méme que celui
des brevets des anciens gouverneurs : 8 que dans un
où l'ariftocatie domine, on s'eft plu à interpréter EUE
ordres (1) On du verra ci-apris qu'il n'avoit pas cc daoit, &
les
confeil exécutif luip prefcrivoient d'être reçu & que infiallé
par les conmiffaires civils.
B 4
if auroit dû changer le protocole - qui e/t abfolument le méme que celui
des brevets des anciens gouverneurs : 8 que dans un
où l'ariftocatie domine, on s'eft plu à interpréter EUE
ordres (1) On du verra ci-apris qu'il n'avoit pas cc daoit, &
les
confeil exécutif luip prefcrivoient d'être reçu & que infiallé
par les conmiffaires civils.
B 4 --- Page 30 ---
manière fi contraire aux intérêts de la
Les
République
commiffaires furent encore par des lettres
1es
particulieque CC qui avoit donné lieu aux bruits dont il vient
d'être parié, c'eit que pendant leslongs difcours
tant
qu'ilprononça,
à la commiffion intermédiaire
la municipalité, il ne celfa de parler de't'extenfion fes poupoirs, ciz répétant fouvert que les corps civits 6 militciTes lui étoient fubordemnes, 2 fans jamais prononcer une
feule phiafe qui pût faire penfer qu'ii reconneiloit les
commiffaires civils & leur autorité, Aufliies partifans des
hommes qu'il avoit embarqués, & qui étcient alors
en rade du Cap, fient tous leurs eirorts auprès de Galbaud pour l'engageral lesfaire débarquer; mais Galbaud,
trop nouvellement arrivé, & ne fachant encore s'il pouvoit compter fir uparti, n'ola prendte fur lui une mefure qui cût annoncé ouvertement le projet de faire la
guerre aux délégués de la République. 1l fe contenta de
ioufiir que l'on débarquit quelques prifonniers fous prétexte de maladies, & de icur laiffer dans la ville une libre
commumication,
20 mai 1793.
Lczomaie dernierles commiffaires civils étoientà à Jacmel,
lorfqu'un diagondordonancieir apporta des paquets de
Galbaud, contenant des copies certifiées par lui de fon
brevet, des inftructions à lui données par'le confeil exécutif, & une lettre fignée dc lui leur annonçoit ces pièces.
Dans cette lettre il leur repréfentoit P'urgente nécellité de
faire partir le convoi, & leur propofcit de le divifer, ainfi
que lcs forces deftinécs à fon efcorte , pour en envoyer
(1) On avoit fait imprimer Çc brevet; tout le monie au Cap
en avoit des copies; on fe le communiquoit, on le commnentoir, c'itoit le fajet de toutes les converations & l'objet de Ja
joie généraie. On y royoit la réfurredtion de l'ancien regime.
cellité de
faire partir le convoi, & leur propofcit de le divifer, ainfi
que lcs forces deftinécs à fon efcorte , pour en envoyer
(1) On avoit fait imprimer Çc brevet; tout le monie au Cap
en avoit des copies; on fe le communiquoit, on le commnentoir, c'itoit le fajet de toutes les converations & l'objet de Ja
joie généraie. On y royoit la réfurredtion de l'ancien regime. --- Page 31 ---
partie à la Nouvelle-Ansletere, &cl'autre partic en France.
Il les menaçoit formeilement de faire partir le convoi
s'ils n'arrivoient pas fous quinze, jours, d'après un arrèté
pris dans un confeil qu'il avoit convoqué, & ot il avoit
appelé les négocians & les capitaines de navires du Cap,
& duquel il leur envoyoit copic.
Les commiffaires civils luir irépondirentqa'ilep préfamoient
qu'il étoit trop fage pour faire partir le convoi après les
quinze jours qu'il avoit plu à fon confeil de leur accorder; ils lui annoncèrent leur tres-prochain retour, & lui
ordonnèrent de laiffer:les chofes en leur état jutqu'à
leur arrivée.
En effet quelques jours après les commiffaires civils
partirent de Jacmel pour fe rendre au Port-au-Prince;
à' leur arrivée ils trouvèrent dans les papiers publics
deux proclamations dc Galbaud; dans la premire, en
date du 12 mai, il annoneoit à fes concitpyens que la
métropole Pavoit fpécialement chargé de fes intéréts $
qu'il ne foufriroit jamais que perfonne franchtt la ligne
de démarcation qui fe trouve entre Thomme libre 6lesclave ; mais rien ne donnoit même à entendre qu'il dét
fe concerter fur rien avec les commitlaires civils, ni
qu'il fàt foumis à l'empire de leurs réquifitions. Parla
proclamation du 17 du même mois quil adreffoit aux
mutliaites, il portoit lc coup le plus funefle au crédit
national, coup dont l'effet fut fi fubit, que des néguciants du Cap eurent l'infamic, dès le lendemain. 2 de
n'accepter les lettres de change fur la tréforerie nationaie
qu'à plus de quatre-vingt pour cenedeperte. )) Dans cette
) même pro.lamation il y dépeint la France dans l'état
) d'embarras le plus crucl. Il'y dit: : cependant aul mi-
> lieu de fes embarras elle ne veus a point perdu de
> vue,c.
fut fi fubit, que des néguciants du Cap eurent l'infamic, dès le lendemain. 2 de
n'accepter les lettres de change fur la tréforerie nationaie
qu'à plus de quatre-vingt pour cenedeperte. )) Dans cette
) même pro.lamation il y dépeint la France dans l'état
) d'embarras le plus crucl. Il'y dit: : cependant aul mi-
> lieu de fes embarras elle ne veus a point perdu de
> vue,c. --- Page 32 ---
> Vous n'ignorez pas qu'elle fait tous fes
)) affignats; cependant ne voulant point en paiemens ordonner en
)) circulation dans fes colonies, eile s'efi pue
la
)) cheier du numéraire, p.
forcéc d'a-
> Deux cent mille piaftres -
> cent mille livres en argent gourdes,qui de France, cottent valent onze, à
> patrie deux millions erz afgnats ).
la
) dinf vous voyer que l'etat a
> le double que vous.recevrere
dépenfé d-peu-pris
> D'après cet expofé, il eft clain
) fomme auroit entraîné la
qu'une
forte
D
fes au-deffis
République dans
E
de fes moyens, &c.
dépenGalbaud, après avoir ainfi prociamé dans la colonie
entière que les aflignats perdoient en France 45 pour
cent, peignoit encore la République au bout de fes ref.
fources, lnifant, il eft vrai, un dernier effort
enfans d'outre-mer, & prête à fuecomber en pour fes
fes colonics.
fouténant
4 Juin 1793.
Les commiffaires civils accélérèrent leurs
pour fe rendre fitr-le-champ aul Cap, & tâcher orérations
venir les funeltes effets de cette
d'y préIls. partirent du Po-t-au-Prince, & proclamation ils fe rendirent perfide.
même jour à Saint-Marc fur le vaiffeau
Je
Ils laifsèrent enfin les provinces de TOueft & l'América. du
dans WH calme parfait, & les habitans raffirrésileur Sud, témoignérent leur reconnoiffance dans des fètes
caines qu'ils leur donnèrent peu avant leur
républiy promenoit en triomplie les nouveaux drapeaux départ ; de on la
garde nationale du Port-au-Prince, fur lefquels on
cette légende fublime, figne oftenfible d'une réconcilia- lifoit
ifsèrent enfin les provinces de TOueft & l'América. du
dans WH calme parfait, & les habitans raffirrésileur Sud, témoignérent leur reconnoiffance dans des fètes
caines qu'ils leur donnèrent peu avant leur
républiy promenoit en triomplie les nouveaux drapeaux départ ; de on la
garde nationale du Port-au-Prince, fur lefquels on
cette légende fublime, figne oftenfible d'une réconcilia- lifoit --- Page 33 ---
tion fincère : l'igalité entre lcs homines libres ou la
mort.
1O Juin 1793.
Ils furent obligés de paffer trois jours à Saint - Marc
y organifer des corps adminiftratifs K judiciaires ;
E en partirent le7, par terre, & arrivèrent le IO juin
ait Cap; ils y. entrèrent aux acclamations du
(1) 8c ils regardèrent l'enthoufialime que produifit
iartes
arrivée comme un augure heureux du rctour' de la paix
& de l'ordrc.
Les commiffaires civils fe rendirent dans le fcin de la'
commiflion intermédiaire où Galbaud, Maffc, & les
officiers d'adminiftration venus fur la Concorde, vinrent
les affurer de leur dévouement à la caufe & aux. intérêts
de la République.
Les commiffaires civils, quelques heures après leur arfidèles
rivée au Cap, furent inftruits par queiques citoyens
àla France que Galbaud, depuis fon arrivée, avoitintrigué
en tout fens pour fe faire un parti des habitans fe difant
grands planteurs, & des riches négucians ; qu'si avoit
manifefté un éloignement marqilé pour les délégnés de ela
République, & le plus grand mépris pour leur autorité ; quil n'avoit jamais prononcé leurs noms ni dans
fes difcours publics. ,ni dans aucune de fcs proclamations 5
qu'il avoit accueilli très-favorablement tous les ariftocrates,
& que quoiquiledremprumnté le'mafque du patriotifme : &
prodigué les mots, citoyens, loi, nation, Répubiique,
(1) Il eft 2 remarquer que cette joie fc manifefia 'particulièrement parmi les citoyens de couleur, & môme parmi les
efclaves: tous paroiffoieut dans l'ivréffe.
dans aucune de fcs proclamations 5
qu'il avoit accueilli très-favorablement tous les ariftocrates,
& que quoiquiledremprumnté le'mafque du patriotifme : &
prodigué les mots, citoyens, loi, nation, Répubiique,
(1) Il eft 2 remarquer que cette joie fc manifefia 'particulièrement parmi les citoyens de couleur, & môme parmi les
efclaves: tous paroiffoieut dans l'ivréffe. --- Page 34 ---
&c., il avoit toujours traité, non-feulement avec la
grande indififrence, mais même avec humeur & le plus dédain le plus caradtérifé, le perit nombre d'hommes attachés à la France & à l'égalité; & lur-tout qu'il voyoit
avec la plus grande répugnance les citoyens de couleur
être lcs égaux Jes blancs,
d'en
quoiqu'ilait eu Thypochrifie
prendre un pour aide-de-camp & un
fecrés
taire. (1)
pour
Lc bruit s'étoit déjà répandu précédemment
les
commiffaires ne paroitroient plus au
leur en feroit
que
Cap,
Reeue
interdite 9 & que Gi on vouloit bien les y
recevoir, Ce ne feroit que pour leur laiffer traverfer la
ville afin d'être embarqués,
La réception qu'avoient reçue les délégués de la Réy
(:) Galbaud, dans fa première proclamation, avoit
e'pèce deligne de démarcation &
rracéune
il adreffe 'a
difingué diverles clafies; d'abord
il s'adreffe enfuite purolesiparémentaux, aux ciroyens de grands couleur; propriétaires planteurs,
à unc clafle à part. Dans le premier
féparément aux comme
colons, il leer parloit avec douceur, paragraphe avic bonté; je princes
YOS peines, difoit-il, &c, et aux citoyens de couleur, partage dans
troifiéme
le
paragraphe 9 il leur parle
avec le ton
nicnace. Je vous déclare, difoit-il, prefque &c.. ; enfin i! fembloit de la
annoncer des droits, lintention d'établir l'égalité des peincs, mais ton celle
Ces derniers font les feuls qu'il
dans
fa proclamation 2 conune fi CC nom n'étoit appeile pas fait citoyers pour les
grands planteurs ou les riches négocians. Le mot citoyen, employé genéralenent, n'y eftqu'une fois, & à la fin encore; il n'eft
bern ménie en tête dela proclamation, ce qui annonee une diftinétion
marquée, Dans uneréponfe publique faite
tation de citoyens régénérés, laquelle réponfe parluia elt inférée unedepu- au
monircur du Cap,du IO mai, n. o 175, il" dit qu'il faut un peu
compofer avec les préjugés; qu'on ne peut les vaincre tout de
fuites.. qu'il faut prendre patience. .
loi commande: eft-cc que CC n'ef pas une dette Patience! paysblcà quand yue? la
marquée, Dans uneréponfe publique faite
tation de citoyens régénérés, laquelle réponfe parluia elt inférée unedepu- au
monircur du Cap,du IO mai, n. o 175, il" dit qu'il faut un peu
compofer avec les préjugés; qu'on ne peut les vaincre tout de
fuites.. qu'il faut prendre patience. .
loi commande: eft-cc que CC n'ef pas une dette Patience! paysblcà quand yue? la --- Page 35 ---
publique, , dérangea un peu les projets des contre-révolutionnaires & de Galbaud leur chef. Ils furent confternés le jour de l'arrivée des
commiffaires, 2 mais il ne
perdireat
l'efpoir; voyant qu'ils ne pouvoient les embarquer ahe beaucoup de dificultés, 2 ils réfolurent de -
s'en défaire, de quelque manière que ce fût, fut-ce en
les affaflinant,
11 Juin 1793.
Le lendemain de leur arrivée au Cap, le II
les commiflaires civils engagérent Galbaud & Mafle juin, à
fc réunir chez eux pour conférer fur l'état de -la chofe
publique.
12 Juin.
Le 12, ils écrivirent à Galbaud d'engager fon frère à
donner fa démiffion d'adjudant général, & de le
à repaffer en France
lui
difpofer
pour
éviter, 3 ainfi qu'à cux, les
défagrémens de la honte d'une deftitution.
la
indifpenfable,
d'après
conduite qu'il avoit tenue
Galbaud, dans fa réponfe aux commiffaires civils, au
fujet de la. démiflion de Céfar Galbaud, fon frère, leur
difoit que la loi lui défendoit de donner fa démillion,
qu'ils pouvoient le deftituer (2).
(1) Ce Céfar Galbaud, frère du général, depuis fon arrivée
à St-Domingue, avoit fait parade publiquement de la haine &
du mépris le plus prononcé eontre les delégués de la
& tous leurs ordres. I1 en parloit de la manière la plus république outrageante. Les. commiflaires ont recueilli une foule de
contre
déclarations
lui, toutes plus fortes les unes que les autres.
(2) Onn'avoit pas même befoin de le deftituer, ,car il n'étoit
rien i St-Domingue : il étoit nommé pour la Martinique, A StDomingue il étoit fans fondions ; malgré le refus de la com-
de la
& tous leurs ordres. I1 en parloit de la manière la plus république outrageante. Les. commiflaires ont recueilli une foule de
contre
déclarations
lui, toutes plus fortes les unes que les autres.
(2) Onn'avoit pas même befoin de le deftituer, ,car il n'étoit
rien i St-Domingue : il étoit nommé pour la Martinique, A StDomingue il étoit fans fondions ; malgré le refus de la com- --- Page 36 ---
Il ajoutoit : > quant à moi je vous déclare
ne
> puis me regarder comme l'infrument palf des
> faires
ARLALE
civils,
que je rifquerois de me rendre coupable
5 fje pramettois d'obéir aveuglement à tous les ordres
> qu'ils pourroient me donner. Je vous frpplie donc de
)) m'autorifer à m'embarquer avec ma femme & mes en-
) fans; la loi vous y antorife, puirqu'elle défend de donner
)) aucun commandement dans la colonie aux
)
propriétaires; tout vous oblige à faire exécuter la loi(1) ).
23 Juin 1793.
En conféquence, le 13, les commiffaires civils répondirent à Galbaud, après lui avoir laiffe le tems de la
réflexion , que leur détermination étoit prife à l'égard de
fon frère; qu'il feroit deftitué & renvoyé à la convention 5
depuis le peu de tems qu'il étoit dans la colonic, F: avoit manifefté lesfentimens les plus inciviques,
& les plus contraires à l'efprit du républicanifme qui
doit animer. tout bon français, Quant à lui il leur avoit
donné, par fa réponfe, la mefure de fon patriotifme ;
que cependant ils-n'établiffoient point une nouvelle doctrine en exigeant de lui l'obéiffance due aux déléqués de
lar république. Qu'ils le rappeloient fimplement à robfervation des principes confituitionnels qui commandent impérieufement la foumillion du pouvoir militaire al'autorié
civile & à lexécution des lois des 22 juin, II & 17
août, 8 novembre 1792 & 5 mars 1793. Que dans
miffion intermidiaire d'enregiftrerg fon brevet parce qu'il étoit
pour Ja Martinique, il en a toujours prislet titre à
& en a remp'i les fondions.
St-Doningue
(1) 1le eft bien vrai que e'dans lap polition ou étoient les chofes à
Se-Domingue, le titre feul de pro.riérire étoit un obfiacle
infurmonzable pour y opérer le bien, en commandant en
étant trop intéreffe à perpétuer le fyfteme colonial,
chef,
trerg fon brevet parce qu'il étoit
pour Ja Martinique, il en a toujours prislet titre à
& en a remp'i les fondions.
St-Doningue
(1) 1le eft bien vrai que e'dans lap polition ou étoient les chofes à
Se-Domingue, le titre feul de pro.riérire étoit un obfiacle
infurmonzable pour y opérer le bien, en commandant en
étant trop intéreffe à perpétuer le fyfteme colonial,
chef, --- Page 37 ---
ces circonftances il ne pouvoitplus refter à St-Domingue;
qu'il retourneroit en France rendre compte de fa conduite àla convention nationale
jugeroit dans fa fageffe
s'il avoit bien ou mal mérité
ia république péndant
fon court féjour dans la colonie. Ils lui ajoutèrent qu'il
etit à leur faire paffer dans le jour toutes les inftruations
& les lois qu'il avoit reçues du miniftre ,E pour qu'ils puilent
les tranfmettre au citoyen Lafalle.
Les commifairesrendirent dansle même jour une proclamation, dans laquelle ils déclarérent que Galbaud n'avoit
jamais été rèçu gouvereur de St-Domingue 5 parce que,
fuivant les dernières inftructions que le confeil exécutif
leur avoit adreffées, & qui ne leur étoient parvenues que
lejour de leur arrivée aii Cap, c'étoit à eux feuls à faire
recomnoitrele.gouverneur ,l'ordonnateur civil, & les nouvcaux officiers d'adminiftration (1).
Ils fentirent, fans doute,. qu'il étoit terns de Gxer ixvariablement lopinion publique fir lordre & la hiérarchie
des autorités conftituées, 8c fir lcs rapports légalement
établis entre elles; iis déclarèrent que Galbaud n'avoit
pu être nommé à cette place, que parce qu'il avoit laidé
ignorer ail confeil exécutif quil poliédoit des propriétés
a St-Domingue : ils fipulèrent que preffes entre la fqumiffion à la loi 8 leur déférence pour les atles émanés
du confeal cxécutif, ils étoient encore dans l'indécifion fur
(1) Galband avoit gardé jufqu'à ce., jour tous les paquets apportés de France ponrles comniffaires 7 quoiqu'ily elt 35jouis
qu'il fàt arrivé. il r'avoit pas dit un mot de la nomination de'
Delpech à la place de troifième commiffaire civil, quoiqu'il ne
pàt l'ignorer 7 puifque la nomination eft du 26 février, &
Galbaud n'eft parti de France que le gayril, Il vouloit par ans
accréditer &'rendre plus vraiffemblab'ele bruit queles commif
faires étoient rappeles, ce qu'on n'auroit jamais pu croire L
en avoit appris qu'on leur donnoit un collègue.
de la nomination de'
Delpech à la place de troifième commiffaire civil, quoiqu'il ne
pàt l'ignorer 7 puifque la nomination eft du 26 février, &
Galbaud n'eft parti de France que le gayril, Il vouloit par ans
accréditer &'rendre plus vraiffemblab'ele bruit queles commif
faires étoient rappeles, ce qu'on n'auroit jamais pu croire L
en avoit appris qu'on leur donnoit un collègue. --- Page 38 ---
le parti
avoient à prendre, foit pour la reconnoiffance, ARL pour le relus provifoire de Galband,) julqu'à
ce quils cuflent une certitude officielle, foit de Tabtogation de l'article XV de la loi du 4 avril 1792, foit
do la coanoiflance qu'avoit le confeil exécutif des propriétés que Galbaud avoit dans la coloniede St-Domingue.
Puis rappelant les expreffions de fa lettre de la veille,
ils annoncèrent au public, dans la même proclamation >
que Galbaud avoit mis fin à leur irréfolution d'une manière facheufe.
/
Les commiffaires civils ajoutèrent qu'ils étoient forcés
d'adhérer au voeu qu'il leur avoit exprimé, & qu'ile y
adhéroient fans regret, parce qu'ils n'avoient pas eut le
tems d'apprécier fes talens nilitaires ni fon républicanifine.
Ils faifoient l'expofition de fa conduite & des.torts qu'ils
avoient à lui reprocher en conféquence ils le deftituérent
& lui ordonnèrent de fe rendre à bord de la Normande, 2
pour être conduit en France & y rendre compte de fa
conduite à la convention nationale (1).
Galbaud s'embarqua dans la même journéc à bord de
la Normande. Céfar Galbaud, fon frère, s'étoit embarqué
la veilie. C'eft de là qu'ils croyoient exécuter plus furemeni le projet perfide d'anéantir l'autorité nationale i StDomingue.
Le 14 il nC fe paffa rien d'extraordinaire.
15 Juin 1793.
:.
Le 1S, les commifaires rendirent une proclamation
() Nous avions 1-s pièces à l'appui de tout ce que neus
avancons. elles nous ont été prifes à Philadelphie parles cmigrés
franceis, ma's nous croy ons avoir apporté des duplicata au
comité de falut public. Au refte nous les aurens, nos collègues
qui vont arriver en apporteront des doubles.
relative
C fe paffa rien d'extraordinaire.
15 Juin 1793.
:.
Le 1S, les commifaires rendirent une proclamation
() Nous avions 1-s pièces à l'appui de tout ce que neus
avancons. elles nous ont été prifes à Philadelphie parles cmigrés
franceis, ma's nous croy ons avoir apporté des duplicata au
comité de falut public. Au refte nous les aurens, nos collègues
qui vont arriver en apporteront des doubles.
relative --- Page 39 ---
relative au. paiement à faire aux Américains pour la valeur des comeftibles qu'ils avoient fournis à f'adminiftration, laquelle fourniture avoit donné lieu à diverfes affem.
blées inconttitutionnelles 2 convoquées par Galbaud, où il
avoit rétabliles corporations, puifqu'il les avoit
d'une chambre de commerce, de la marine de compofées de
celle du commerce, de la municipalité, des officiers l'état, de
l'adminiftration & de la commiflion intermédiaire, ainli
que des habitans planteurs & de l'état-major de l'atmée (1).
Sans confulter les commiflaires eivils, Galbaud,avoit
formé ces affemblées & fonné l'alarme fur de
dénuement abfolu de toute efpèce
prétendu
quoique les magafins de la ville & les dapprovifionnemens, bâtimens qui étoient s
en radc fuffent abondamment pourvus de tous les
de première néceffité, Il avoit, dans cette affemblée, objets
les tableaux les plus exagérés de l'état de détreffe où fait if
fuppofoit la métropole, & il aveit alarmé toms les efprits.
Il paroît que les commiffaires civils, dans leur
clamation, ne voulurent pas d'abord cenfitrer les
abfurdes & illégales
rLEEs
qui avoient été prifes dans ces affemblées, & que leur unique but étoit d'affurer l'exécution
des promeffes faites au commerce américain, afin d'empécher que la loyauté de la république françaife ne fic
foupçonnée.
Les, jours fitivans, les commiffaires civils fentant l'uri
gente néceffité d'expédier le convoi, s'occupèrent des
moyens de le faire partir le plus promptement
ils communiquérent au contre-amiral Cambis les poflible; dernières inftructions du confeil exécutif relativement à l'ef.
(I) Ceci reffemble fort aux affemblées de fections
cette époque à Toulon & ailleurs,
qu'on faifoit
Relation détaillée, Gc.
C
iffaires civils fentant l'uri
gente néceffité d'expédier le convoi, s'occupèrent des
moyens de le faire partir le plus promptement
ils communiquérent au contre-amiral Cambis les poflible; dernières inftructions du confeil exécutif relativement à l'ef.
(I) Ceci reffemble fort aux affemblées de fections
cette époque à Toulon & ailleurs,
qu'on faifoit
Relation détaillée, Gc.
C --- Page 40 ---
corte du convoi ; ils F'engagerent à affembler les capitaines
leurs
& à
celui
de navires, 9 à réunir
avis,
propofer même à leur qui
lui paroitroit le meilleur. Ils l'engagérent
les
préfenter, conjointement avec les officiers compofant
états-majors des différens bâtimens de la république, leurs
oblervations fur toutes les difpofitions qui leur paroîtroient
les plus convenables pour affurer le convoi fans compromettre la colonie (i).
Pendant que les commiffaires fe livroient à tous les
adminiftratifs, enfin aux diffétravaux civils, militaires,
fous
rentes parties du gouvernement qui toutes palient
& fon
étoient à bord deleurs yeux, 2 Galbaud
frère, qui
ploficurs jours, n'avoient négligé aucun moyen de
foulever puis.
les équipages contre les délégués de la république.
DepsatiepmeilaCuhed avoient femé la défiance,
la crainte & répandu des alarmes 5 ils vouloient mettre
& entretenir toutes lcs têtes.en fermentation. Ils faifoient
publier.. dans la ville, par leurs agens & parles négo*
cians, leurs amis s qu'il devoit y avoir un foulèvement
de noirs; que les commiffaires civils alloient faire fouiller
dans toutes les maifons pour s'emparer du numéraire &
de largenterie (2). On répandit dans la rade qu'on alloit, 2
décharger les navires
voir fi
par leur ordre 9 faire
pour
Les commiffaires civils ont envoyé à la convention nationale () &au miniftre CCS diverses pieces.
Tous les riches négocians et leurs partisans étoient si bien
inftruits (2). de ce qui devoit arriver, avoient fi bien concerté leurs
ures,
avoient cu la' précaution de faire transporter
mc- à bord de qu'i's divers bâtiaens de guerre ou du commerce tout
leur argent & Jeurs effet les plus précieux : auffi n'ont-ils rien
fi ce n'elt que'ques meshles; il u'y a que leurs créans
perdu, ciers qui seront leis dupes, 2e & les gens de bonne foi soumi
lois,ou qui du moins ne vouloient y mettre aucune oppo
aux
avoient fi bien concerté leurs
ures,
avoient cu la' précaution de faire transporter
mc- à bord de qu'i's divers bâtiaens de guerre ou du commerce tout
leur argent & Jeurs effet les plus précieux : auffi n'ont-ils rien
fi ce n'elt que'ques meshles; il u'y a que leurs créans
perdu, ciers qui seront leis dupes, 2e & les gens de bonne foi soumi
lois,ou qui du moins ne vouloient y mettre aucune oppo
aux --- Page 41 ---
les capitaines n'avoient pas acheté ou chargé des denrées
provenant des émigrés. Tis vouluient ablolument ruinerle
crédit national. Pour c: citer les matelots & lès inquiéter
fixr leur propre fabfiftance, ils faifoient courir le bruit
qu'on alioits'emparer des vivres qu'ils avoient à bord
en remplir les magalins dè l'état. Ils avoiert cu de pour
la fcélérareffe de profiter de l'inftant de mécontentement plus
des matelots & des états majors, ath fujet d'un ordre de
police de fc retirer à bord 17 heures du foir, ordre
duné pour éviter toutes rixes & tous rallemblemens nocturnes. Ils travailloient tous les marins & les préparoient
au projet exécrable qu'ils mirent à exécution le lendemain.
Les négocians contre-résolatiomaires, qui étoient les I
amis de Galbaud, avoient ramaflé dans la ville des
fommes confidérables, pour fournir aux frais de fa criminelle entieprife dont ils avoient connoiffance, &
en affirrer le ficcès ; il y avoit des aflembiées chez pour plufieurs d'entre eux, notamment che un négociant de la
rue du Confeii, ami de Galbaud & partifan des plus
dévoués à la fecte des léopardins &c des indépendans. Là
chacun étoit venu faire fon, offrande : und'entre eux avoit
donné en un feul. jour 13,200 liv.; d'autres cent portugaifes; &c., &c. (1)..
On avoit eu foin de.diftribuer de l'argent aux matelots. On attiroit dans les principales maifons du
Ies officiers mariniers, les maîtres déquipares;A l, Cap tous
lcs conte-révclationnaites concertoient leurs, plans avec
les contre-amiraux Cambis & Ceicé, les atitres officiere
de la marine militaire & tous les riches rérocians,
fit.on, qui ontété lcs. v.Cimes de leu.s manceuvres ariitocrariques.
La plupert viernent dacheterdes-terres à la Nouvelie : An-.
gleterre, avec ce qu'ils ont enleyé à Jeurs C éanciers.
(s) Les commillaires ont rcueilli des renséignemiens certaina
C2
leurs, plans avec
les contre-amiraux Cambis & Ceicé, les atitres officiere
de la marine militaire & tous les riches rérocians,
fit.on, qui ontété lcs. v.Cimes de leu.s manceuvres ariitocrariques.
La plupert viernent dacheterdes-terres à la Nouvelie : An-.
gleterre, avec ce qu'ils ont enleyé à Jeurs C éanciers.
(s) Les commillaires ont rcueilli des renséignemiens certaina
C2 --- Page 42 ---
19 Juin 1793.
Dars la foirée du 19 juin, une foule innombrable
mateiots raflemblés fur les cales de la ville, &
de
tous pris de boillon, ou ivres, infultèrent Sc
prefque
des patrouilles de citoyens du4 avril, de fervice menacèrent
là, en leur criant que fion ne reconnoiffoit
le cejour
Gaibaud, ils mettroient tout à feu & à
pas & général
lailieroient point pierre fur pierre.
fang, quils ne
Auffi-tor que les commiflaires civils furent
ce qui fe paffoir, ils firent redoubler les
inftruits de
tiplier les patrouilles. La contenance de la gardes ville & mulpofa tellement aux matelots, qu'ils fe
en imfur les quatre heures du matin, & rembarquèrent tous
leur bord.
regagnérent chacun
Les commiffaires favoient que les prifonniers du
au-Prince ; qui fe trouvoient en rade, au nombre de Portde deux cents. s dilperfés fur plufieurs
dant de tous leurs
bâtimens,
sis
baud, dans
effurts les criminels projets de Galle
l'efpoir de recouvrer la liberté, avoient
patriotifme des équipages 2 & les avoient même égaré
cidés, au nom de la republique frangaife, fe battre déGalbaud,en leur dépeignant cet acte comme le
pour
trait d'attachement à leur patric.
plus grand
Les commiffaires favoient en outre
le
du Cap n'attendoit que le moment de rallier commerce
de
au
Galbaud pour le faire
parti
- là au paiement des
triompher & J foufraire par.
clanation du 25, Ang'o-Amertcains, & dont le terme venoit exigé par la
d'expirer. FTS
sur les diyers souscripteurs, faisant les fonds de cette
entrepris:. Iis en ont envoyé les noms à la
infame
Avec les preuves de ces odicuses manacuyres, Convention nationals
endoit que le moment de rallier commerce
de
au
Galbaud pour le faire
parti
- là au paiement des
triompher & J foufraire par.
clanation du 25, Ang'o-Amertcains, & dont le terme venoit exigé par la
d'expirer. FTS
sur les diyers souscripteurs, faisant les fonds de cette
entrepris:. Iis en ont envoyé les noms à la
infame
Avec les preuves de ces odicuses manacuyres, Convention nationals --- Page 43 ---
$7 les fadtieux de la ville
n'ignoroient pas non plus le que monient où la fcène comépioient avec impatience fe
du parti contraire aux délémenceroit, pour
ranger
gués de la République.
so juin 1793*
commiffaires civils requirent, le 20 juin aul matin,
Les
de la
du Nord, de metLaveaux, commandant
province état de défenfe, & de prentre fur-le-champ la ville en
contenir ou rédre une attitude affez impofante du pour dehors.
primer les factieux du dedans &
douloureux o, forcés
Nous voici arrivés au moment frères
de déchirer le cceur fenfible de nos
commis d'Europe tg
le récit fincère des atrocités & des crimes n'avons
les effroyables journées des 20 & 21, de nous lui comparer, pas
même la trifte & cruelle confolation des journées auffi fangut
dans les faftes de T'antiquité, la Saint-Barthelemi, ne
naires : les Vépres ficiliennes, du niveau des horreurs,
peuvent pas même approcher
affreux de crime &c
des cruautés exercées dans ces jours
de fubverfion.
Galbaud, Céfar GalLe 20, neuf heures du matin,
des foldats &
baud, fon frère, quelques aides-de-camp, dans le grand canot
d'autres perfonnes,, s'embarquèrent cris de. vive lc géréral Galbaudt
dc la Normande, de aux la Aûte la Normande, & furent déqui partoient à bord du vaifleau le Jupiter, d'oà, après quel- les
barqués
de filence , on entendit, fe renouveler
ques momens
Galbaud Il fe rendit,avec la
cris de vive le bord génèral de tous les bâtimens de la Répumême fuite, à
du vaiffeau VAmérica $ & l'on vit
blique, à Texception bâtiment où ils alloient, les équipages:
a bord de chaque
d'arière, paroiflant écouter ert
réunis far le gaillard
C3
à, après quel- les
barqués
de filence , on entendit, fe renouveler
ques momens
Galbaud Il fe rendit,avec la
cris de vive le bord génèral de tous les bâtimens de la Répumême fuite, à
du vaiffeau VAmérica $ & l'on vit
blique, à Texception bâtiment où ils alloient, les équipages:
a bord de chaque
d'arière, paroiflant écouter ert
réunis far le gaillard
C3 --- Page 44 ---
filence: une lecture à la firde laquelle ils faifoient retentir
larcade des cris de vive le genercl Gelbaud: C'étoit la
lecture du faral & inconftitationnel
conimet
Galbaud
brevet.qui
gouverneur général des ifles fous le vent; brevet tide duquel Galbuud s'etoit ferné f rapidement
un parti confider-ble à S-ixt-Domingue. Ils étoient encore porteurs d une proclamation
tendoit à foulever
les équipares contre les délégués S la République; &c
après cette lecture, ils demandoient auix mateluts s'ils ne
recunnoifuient pas le général Galband pour gouverneur
de Saint Domingue, & par conféquent pour leur chef;
& les équipares, féduits & émarés par les mancenvres
pe.fides des fcélérats qu'on avoit envoyés à bord de tous
les bâtimens, & qui les excitoient encore en ce môment,
de concert avec la fuite de Galbaud, répordoient oui!
oui!
Galband faifoit dire anx équipares, par fon frére" &
fes fatellites, qu'ii étoit un républicain choif 6 envoyé
par la Républque Françaife, & que les commiffaires
étoient des royulifes encoyés par ie roi, & n'avoient
des pouvoirs que du temps du roi, Gc.
Les frères Galband frent encore promettre aux équipages de s'armer pour-dafcendee à terre avec eux au
premier fiznal qai en feroit fait à bord du Jupiter, ce
quils promirent encore. Les denx Galband fe rembarquérent alors pour retourner fur le Jupiter.
Galbaud, cn traverfant la rade-anx cris de vive Galbaudt qute fes partifans avoient provuqués, annonçoit à
tous les bâtimens que les citoyens faits prifonniers, de
fordre des commiffaires, étoient délivrés & abfous.
A midi, le ci devant général Galbaud fit prévenir les
équipares gu'à deux heures on feroit le fignal à bord du
Juptet, pour deicendre à terre en armes. Tous les na-
traverfant la rade-anx cris de vive Galbaudt qute fes partifans avoient provuqués, annonçoit à
tous les bâtimens que les citoyens faits prifonniers, de
fordre des commiffaires, étoient délivrés & abfous.
A midi, le ci devant général Galbaud fit prévenir les
équipares gu'à deux heures on feroit le fignal à bord du
Juptet, pour deicendre à terre en armes. Tous les na- --- Page 45 ---
vires du commierce avoient déja reçu l'ordre de fc retiret
démafquer les vaifleaux qui étoient emau large, pour
exécutérent
boffés. Les navires du commerce
ponétuellement l'ordre, & le fignal de defcendre ne fut donné qu'a
trois heures,
un pavillon bleu que: le Jupiter ar- de
bora à fon nlta d'artimon, & qu'il affura d'un coup
canon. Alors toutes les chaloupes des vaiffeaux, armées
d'obufiers, & tous les canots de la rade', tant de la marine de l'état que de celle du commerce, débordèrent de de
leurs bords relpedtifs pour defcendre à terre, chargés
matelots & de foldats des garnifons des vaifleaux, que:
Galbaud avoit corrompus & égarés, & auxquels il avoit
joint les prifonniers du Port-au-Prince, foldais & autres. de
Les affaillans s'excitoient mutuellement par les cris
Galbaud! embarquons les.
vive Galbaudt vive le général
l'état
commiffaires 1 Ces cris hors de nature annonçoient foibles & fans
de fureur où lon avoit mis ces hommes
leur avoit
connoiffance, par les liqueurs fortés qu'on
prodiguées avant de defcendre:
Ils débarquèrent, fur les quatre heures du foir. à la
cale de l'état, & armés.de pied en cap, au nombre d'environ 2,300 &c quelques hommes (cc fait eft de l'aveu
même de Céfar Galbaud). Les deux Galbaud étoient à
la tète; ils divisèrent leur troupe en deux colonnes, formèrent des. avant-gardes qu'ils détachèrent, & fe mirent à
la tête du refte de chaque colonne. Le ci-devant général
Galbaud dirigea fa route vers la rue du Confeil & fit
halte au Marché aux Blancs; là, fa colonne engageuit
les citoyens qu'elle rencontroit à s'unir à cile. Il continua fa route pour monter à la maifon des commiffaires. Dans toutes les rues oi il paffoit, il étoit accueilli
des battemens de mains & des cris de joie de la
par des femmes
étoient aux fenêtres & dans les balpart cons. A ces cris Ead mêlés ceux de vive Galbaud!
C4
rue du Confeil & fit
halte au Marché aux Blancs; là, fa colonne engageuit
les citoyens qu'elle rencontroit à s'unir à cile. Il continua fa route pour monter à la maifon des commiffaires. Dans toutes les rues oi il paffoit, il étoit accueilli
des battemens de mains & des cris de joie de la
par des femmes
étoient aux fenêtres & dans les balpart cons. A ces cris Ead mêlés ceux de vive Galbaud!
C4 --- Page 46 ---
répétés par tous les hommes qui étoient avec
qui faluoient le lieutenant de Dumouriez & levoient elles, leurs &
chapeaux en l'air, en figne de joie de voir
contre- révolution f defirée. Il avoit l'air de faire enfin la
trée
une enofficier triomphale. de marine, Son avant-garde U 2 commandée par un
rières de la comédie, marchoit toujours & gagnoit les dermaifon dite le
qui fait face à T'aile droite de la
de la ville du gouvernement. Cap,
Là, les volontaires à cheval
telots, auxqueltsétoient voyant venir l'avant-garde des made la ville du
joints. les volonrairesà pied auffi
de
Cap, ce qui formoit
un
300 hommes, commencèrent à à-peu-près tirer des
corps de
carabine & de piftolets fur un détachement coups
20 hommes du pofte du gouvernement, où les d'environ
faires civils
commifbataille devant logeoient, 9 & qui fe trouvoient rangés en
leur corps-de-garde, fur
rue par où les matelots montoient, Le l'avancée de la
pofta avec courage à T'attaque des volontaires détachement-ri- à
qui étoient au nombre de 5o, mais
cheval,
rent bientôt les matelots & les volontaires auxquels fc joigniCap, formant l'avant-garde de la colonne du à ci-devant pied du
général fut bientôt Galbaud. Le pofte des 20 hommes du 4 avril
affailli & prefque cerné par cette
qui faifoit un feu continuel & de tous côtés. avant-garde, Alors Mars
Belley, citoven du 4 avril, commandant en fecond
fixième bataillon, qui fe trouvoit l pour faire les
du
fitions' néceffairesà la défenfe, envoya demander difpofort au pofte du gouvernement,
du ren-
& ordonna à fa troupe de fe replier pour garnir fitr le jardin,
bon ordre, &, en continuant fon feu, de ce pofte de en
plus près la demeure & la perfonne des délégués protéger de la
République.
Mais cette attaque fubite avoit été fi
n'y avoit alors, pour toute force au peu prévue, qu'il
mmes du 4 avril qui compoloient gonvernement, la garda de :
er difpofort au pofte du gouvernement,
du ren-
& ordonna à fa troupe de fe replier pour garnir fitr le jardin,
bon ordre, &, en continuant fon feu, de ce pofte de en
plus près la demeure & la perfonne des délégués protéger de la
République.
Mais cette attaque fubite avoit été fi
n'y avoit alors, pour toute force au peu prévue, qu'il
mmes du 4 avril qui compoloient gonvernement, la garda de : --- Page 47 ---
commiflion civile. On en détacha quelquesuins qui fe
joignirent à la troupe de Belley, & il donna avec tant
d'ordre, de courage & de vivacité fur la troupe des
attaquans,
déja s'étoient difperfes en entrant en foule
au jardin # gouvernement, & qui croyoient déja la
viétoire affurée, qu'il ne leur laifla pas le temps de fe
reconnoître, & qu'en moins de cinq minutes il leur fit
lévacuer le jardin, les pourchafla julqu'ait milieu de la
ville, & leur tua ou bleffa beaucoup de monde. Mais
alors, des citoyens de la ville, complices de Galbaud,
qui étoient retranchés dans leurs maifons, eurent l'atroce
lacheté de lui tirer des coups de ful de leurs fenêtres,
& lui tuèrent & blefsèrent plufieurs foldats de fon détachement; le commandant Belley reçut lui-même fix
bleffurés (r).
Cependant Céfar Galbaud étoit arrivé fiur la place
Harmes, oû fon frère l'attendoit. Là ils concertoient enfemble les moyens de s'emparer de l'arfenal, pour fe
procurer une force impofante d'artillerie, & pour nous
enlever la reffource des munitions : lorfqu'ils" virent àrriver le traître Maletty, officier du vaiffeau T'Eole 9
avec l'avant-garde qu'il commandoit, avoit enlevé
:
bbufiers à un pétit détachement de dragons du feizième
régiment, qui venoient de les prendre à l'arfenal , en
vertut des ordres du commandant, & qui les conduiToient au pofte du gouvernement ? pour protéger les délégués de la République. Auflitôt que les déux obufiers
furent arrivés fur la place d'armes, les cris de vive Gala
paud redoublèrent. Alors Céfar Galbaud prit un, des
eux obufiers & marcha vers la place du Champ-de-
(t) Il efb aujourd'hui capitaine au feiziéme régiment d'infanteric, & un des députés de la partie du Nord de Saint-Do-.
mingue à la Çonvention nationale,
ger les délégués de la République. Auflitôt que les déux obufiers
furent arrivés fur la place d'armes, les cris de vive Gala
paud redoublèrent. Alors Céfar Galbaud prit un, des
eux obufiers & marcha vers la place du Champ-de-
(t) Il efb aujourd'hui capitaine au feiziéme régiment d'infanteric, & un des députés de la partie du Nord de Saint-Do-.
mingue à la Çonvention nationale, --- Page 48 ---
Mars, avec une partie de fa
difperfé de foi-méme
colonne, car le refte s'étoit
man:hands.
pour piller dans les maifons des
détachement Mais, en arrivant au
de citoyens régénérés Champ-de-Mars, un
trépidité fans
força, avec une in-
& de fa
exemple, aul milieu du feu de fon artillerie
linégalité moufqueterie, des
& après un choc fanglant, vu
le quart du combattans, monde de 2 le détachement, qui n'avoit
la
E. 9 laiffa le champ de
colonne, s'empara de l'o-
&c de
bataille jenché de cadayres
officiers mourans, 2 fit Céfar Galbaud
ou élèves de la marine, prifonnier avec huit
quelques citoyens de Ia ville (1). Ce quelques héros matélots &
Jationnaire s'eft laiffé défarmer &
contre-révoTâche 5' en difant: Ne me faites
prendre comme un
perdu ! citoyens, furis
point de mal! je fuis
je
un bon républicain! &c.
Déjà la guerre civile étoit allumée
tiers de la ville; c'étoit la
dans tous les
opinions, à T'exception
guerre des couleurs & a1
d'un très petit nombré de per-
() Voici leurs noms :
Céfar Galbaud, frère du général.
Lamalerti, enfeigne du vaiffeau lEole."
Desinisteurs, alpirant du bord de T'Fole.
Kervenau, Defrotoures, afpirant du bord de la Surveillante.
Merré, afirant afpirant de Ia de la marin:, du bord de T'Éole,
Pradel,
du bord marine, de TEolc. du bord de TEole.
Picor, AAtaa du bord de I Éole.
mandée Nora. Il eftà remarquer que la Surveillante avoit été
TEole, précédemment par Cercei, qui alors commandoir comArchambaud, citoyen du Cap.
Duney, chez Bertrand & Boulinot,
négocians au Cap.
&
7Neolifaenummin, Baruc',
économe-rainicur fu: fhabitation Menou
de T'Éole,
Pradel,
du bord marine, de TEolc. du bord de TEole.
Picor, AAtaa du bord de I Éole.
mandée Nora. Il eftà remarquer que la Surveillante avoit été
TEole, précédemment par Cercei, qui alors commandoir comArchambaud, citoyen du Cap.
Duney, chez Bertrand & Boulinot,
négocians au Cap.
&
7Neolifaenummin, Baruc',
économe-rainicur fu: fhabitation Menou --- Page 49 ---
fonnes quis'étoient réunies auprès des commiffaires, telles
que les membres compofant la commiffion intermédiaire (rs Mafle ordonnateur, & : quelques citoyens
vrais patriotes français aufi . rangés auprés d'eux : prefque
tous les habitans de la ville étcient complices de
Galbaud; les uns étoient en armes avec lui, les autres
faifoient des veeux
la contre-révolution, & le plus
grand nombre Tenlonu tiroit des maifons fur les citoyens
du 4 avril, & fur lc peu de troupes reftées attachées
au fervice. de la république : les tours de l'églife étoient
remplies d'hommes armés qui tiroient aufli furles citoyens
du 4 avril par Jes ouvertures qui donnent du jour à T'efcalier, & aufli de l'enceinte qui renferme les cloches (2):
ces blancs féroces, fanguinaires, affaflinoient indiftinétement tout ce qu'ils voyoient d'hommes de couleur libres ou efclaves; & de l'autre côté les hommes de couleur, fi inférieurs en-nombre, & fentant qu'il ne leur
reftoit d'autre reifource que dans leur courage, vendoient
chèrement leur vie ; ils déployoient tant de bravoure, 2
tant d'intrépidité, que 25 hommes attaquoient avec affurance des détachemens de I5o hommes ennemis; & toujours ils feroient revenus victorieux, fans les fcélérats
qui. cachés dans leurs maifons, & faifant de leurs fenêtres un féult terrible fur eux, contre balançoient toujour $
leurs fuccès. Enfin, le mafque étant tombé, lcs deux
(:) Il eft à remarquer que dans cette journée liberticide aucun membre de la manicipalité ne parut; elle étoit entiérement
dévouée à Galbiud,& fecondoit fes deffeins criminels.
(2) Les contre-évolutionai. ess'atjerdoient fi bien à uneaf
faire générale, que tout étoitréglé d vance, que tout leur monde
s'eft trouvé fous les armes à a même heure, que tous ls polies
étoient affignés à chacen, & que lc mot d'ordre & de ralliement,
donnépar Ga.baud,:oir connu de tous: céroit Patis a SainteGeneyieve.
biud,& fecondoit fes deffeins criminels.
(2) Les contre-évolutionai. ess'atjerdoient fi bien à uneaf
faire générale, que tout étoitréglé d vance, que tout leur monde
s'eft trouvé fous les armes à a même heure, que tous ls polies
étoient affignés à chacen, & que lc mot d'ordre & de ralliement,
donnépar Ga.baud,:oir connu de tous: céroit Patis a SainteGeneyieve. --- Page 50 ---
partis étoient bien reconnus; Galbaud avoit
toute la population blanche de la rade & de la pour Iui
B les commiflaires n'avoient
foutenir
ville ;
toute la ville, & d'après le contrôle pour
la loi dan's
& quclques citoyens du
fait, que trois cents
I fidèles
du
4 avril, les braves & toujours
n'alloit dragons
feiziène régiment, dont le nombre
de
pas à cinquante, & une petite poignée de foldats -
ligne qui ne fe laifla pas corrompre. Jamais
ne s'étoit trouvée auffi dégarnie de
de la ville
ils avoient prefque tous été employés citoyens à
couleur;
du dchors.
garder les poftes
Cependant les coups de fufils partoient de tous les
points de la ville, la nuit arrivoit, & Galbaud
rendu maître de l'arfenal, lequel avoit été livré s'étoit
trabifon ; & fous les apparences de paroles de par une
avoit invité les matelots & les citoyens du paix avril 2 on
s'embrafler; & au moment où on exécutoit 4 cette de
pofition, en ligne de réconeiliation, tout le monde proies armes; mais les hommes de Galbaud,
pofa
leur leçon faite, plus agiles que les citoyens qui du avoient
qui ne foupçonnoient aucune trabifon,
4 avril,
armes de ces derniers & de tous les canons s'emparèrent des
genn, , capitaine de la Concorde, ami de Galbaud, 5 Wanden- fut
le premicr, à ce que tout le monde
donna l'exemple, & fc précipita pour fe allire, failir des qui en
nons : les citovens du 4avril n'eurent plus alors à cafenal d'autre reffource que la fuite; une
l'arfut faite prifonnière & reçut les plus mauvais partie d'entr'eux
ainfi qu'un détachement dcs braves du feizième traitemens,
ment,
fat enveloppé dans le même monient régiCEALEE & une foule innombrable de
par les
eurent plulieurs d'entr'eux maflacrés, les matelots; ils
dignement outragés,
autres furent inde cale
de battus, mutilés, enfin jetés à fond
chargés
fers.
arfut faite prifonnière & reçut les plus mauvais partie d'entr'eux
ainfi qu'un détachement dcs braves du feizième traitemens,
ment,
fat enveloppé dans le même monient régiCEALEE & une foule innombrable de
par les
eurent plulieurs d'entr'eux maflacrés, les matelots; ils
dignement outragés,
autres furent inde cale
de battus, mutilés, enfin jetés à fond
chargés
fers. --- Page 51 ---
Galbaud avoit donc alors en fa poffefion toute Tartilleric & toutes les munitions; tandis que les défenfeurs
de la loi étoient auprès des délégués de la république,
faris canons, &, n'ayant prefque point de munitions pour
la moufqueterie ; il ne leur reftoit d'autre-appui, d'autre
elpoir que leur courage & la juftice de la caufe qu'ils
défendoient. 1
Galbaud étoit inquiet de fon frère.; il avoit envoyé
une forte colonne avec une pièce de canon pour le protéger ou le délivrer en cas de befoin ; mais à peine fc.
préfenta-t-elle devant les portes du gouvernement,
les citoyens du 4 avril fondirent deffus à I'arme
BL.Rer
&, méprifant l'effet de leur moulqueterie & même le feu
dela pièce, après quelques minutes d'un combat acharné,.
T'enlevérent triomphans.
Les fatellites de Galbaud fentoient & craignoient te'u
lement la fupériorité des hommes de couleur,
de
de
de ces mêmes
lirmnis
fimples patrouilics
quatre
mettoient en fuite des détachemens de vingt ou vingtcinq ennemis. Il y eut dans cette journée de fang des
traits fublimes d'hérolfime, d'intrépidité, ide générofité,
des
du avril. Et ce font là les
de la : part
citoyens'
ofoient autrefois ca-.
hommes que les blancs orgueillenx
lomnier,quils regardoient comme dec@nresvils,comme une
race profcrite, jetée fur la terre pour être T'objet de leur
mépris & le jouet éternel de leur. vanité ! Ils s'appelloient, eux, une race privilégiée, fupérieure en vertu,
en courage 5 & dans les journées dés 20 & 21 juin,
dans cette guerre fratricide fufcitée par eux, ils n'ofoient
fe mefitrer avec eux ni les combattre en face. O honte!,
Ils préfércient de les aflafliner en fet tenant cachés derrière leurs jaloufies. Que ces braves citoyens du 4 avril
fe montrèrent: grands dans ces jours de calamité od
toutes les boiches prononçoient leur arrêt de mort!.
vertu,
en courage 5 & dans les journées dés 20 & 21 juin,
dans cette guerre fratricide fufcitée par eux, ils n'ofoient
fe mefitrer avec eux ni les combattre en face. O honte!,
Ils préfércient de les aflafliner en fet tenant cachés derrière leurs jaloufies. Que ces braves citoyens du 4 avril
fe montrèrent: grands dans ces jours de calamité od
toutes les boiches prononçoient leur arrêt de mort!. --- Page 52 ---
Ils fe font couverts de gloire, &
grande générofité cnvers ces mêmes ont, montré la plus
vaincus.
blancs, aprés sles avoir
Il étoit fix heures du foir. Les
voulant éviter tous les maux qu'ils commiffaires civils,
fumant que les matelors finiroient prévoyoient, & préles crimes. qu'on leur avoit fait par ouvrir les yeur fur
fides fuggeltions, firent
commettre par de perles balles & les
publier, à trave.s les boules,
ces
poignards, une
termes : (( Les commiffaires proclaination civils
conçue en
néraux Galbaud, Cambis &
faven: que les ge-
> qu'iis vOuS ont forcés d'être Cercey vous ont égarés,
> blique; livrez-les aux
parjures à la répu-
> délézués de la Convention mandataires de la F ance 2 aux
> pardonnés.
nationale, & vous , êtes
D Vous tous, bons
> que les fastieux foient citoyens, venez autour de nous;
D gu'ils aillent
punis feuls;
recevoir en France le
qu'ils partent
> faits. ))
prix L de leurs fots
Les inftans étoient précieux; les
toient encore quc ces hommes, chez commiflaires compétoit anéanti, reviendroient de leurs qui tout fentiment
gérent F. Polverel, fecrétaire de la
erreurs; ils charmulguer leur proclamation, afin d'être cumtifion, de prole fat : ils donnèrent queiques
plus sûrs qu'elle
pour Taccompagners mais à peine perfonnes à F. Polverel
tachement de matelots à
arriva-t-il, qu'iun dédre, fondit fur lui
1 qui il voulat fe faire
au lieu de léconter, le 6t
entenmalgré fon caradtère facré de
prifonnier
mena, ainfi que les perfonnes quis parlemenraire, fe
& l'em-l
luis tous furent conduits à bord de l'Eole trouvèrent avec
pitor.
ou du Ju-
compagners mais à peine perfonnes à F. Polverel
tachement de matelots à
arriva-t-il, qu'iun dédre, fondit fur lui
1 qui il voulat fe faire
au lieu de léconter, le 6t
entenmalgré fon caradtère facré de
prifonnier
mena, ainfi que les perfonnes quis parlemenraire, fe
& l'em-l
luis tous furent conduits à bord de l'Eole trouvèrent avec
pitor.
ou du Ju- --- Page 53 ---
"47
Toutes ces fcènes n'étoient cependant quele préluds
des projets de Galbaud, Furieux de favoir fon fràre prifonnier, il jura dès cet inftant Tanéantiflement de ia
ville Il eft entière. bon d'obferver ici
pour décider les matelotsà feconder les projets dmnale fonnés contre, Tautorité nationale, on leur'avoit promis le pillage.
D'abord les fatellites sde Galbaid, échauffes, enflammés,
défoncèrent les magafins de vin & s'enivrèrent; mais
l'effet en fut tel, que bientôt ils ne reconrurent plus de
frein ; ils défoncèrent & pilièrent toutes les miaifons fans
diftinétion ; ils maffacrèrent femmes, enfans 2 tout ce quiis
rencontrérent, & finirent, dans leur état de furenr,
s'entre-tuer eux-mêmes, Ce
auigmentoit Thorreurd
afes
qui
fpedtacie abominable, c'eft que la nuit la. plus profonde
enveloppoit toutes ces horretirs d'un voile funebre, que
le filence de la peur n'étoit interrompu que par les cris
des nouvelles viétimes qu'on facrifioit, qui on entendoit
en expirant le mot touchant de pardon. Hélas?
n'accufons prononcer pas nos' marins de tous ces crimes qui ne
doivent retomber que fur les chefs & les inftigateurs! :
Mais le courage des troupes qui combattoient pour
la république avoit tellement infpiré de terreur dans
la horde de Galbaud, qu'elle n'ofa , dans la nuit, tenter
aucune entreprife, ni même fortir de l'arfenal.
Une grande partio du'
avoit été tranfportécà bord,
&Ton avoit envové des Nusa frais pour remplacer! les
morts,les bleffés & ceux que l'ivrefle rendoit incapables
de fervir. Ces nouveaux hommes qui éroient reftés
des bâtimens,
d'étonnement à
Tras
la garde
tranfportés
des richefles de leurs camarades. * defcendirent avec Y'efpoir
I
d'en acquérir autant par les mêmes voies (1).
fur I'Fole, qui eft aujour02 (1) Le citoyen Pelleticr,eafrigne que ie vaiffeau Eole étoit comme
l'huial TOrient, Bous.a.dit
. Ces nouveaux hommes qui éroient reftés
des bâtimens,
d'étonnement à
Tras
la garde
tranfportés
des richefles de leurs camarades. * defcendirent avec Y'efpoir
I
d'en acquérir autant par les mêmes voies (1).
fur I'Fole, qui eft aujour02 (1) Le citoyen Pelleticr,eafrigne que ie vaiffeau Eole étoit comme
l'huial TOrient, Bous.a.dit --- Page 54 ---
Mais la force armée qui entouroit les commiffaires de
la république, voyant qu'aucun citoyen blanc ne fe
gnoit à elle & qu'ellen'avoit été renforcée
joicitoyens de couleur, & une compagnie que franche par quelques de
hommcs s commandée par Villate, fentant en outre approcher l'inftant qui devoit décider à jamais du fort de
St-Domingue, fe réfolurent à la plus vigoureufe réfiftance &à tout facrifier
protéger&c fauver les mandataires de la France. Eomy cette extrémité
les citoyens du 4 avril profitérent de la bonne fâcheufe, velonté
d'une foule immenfe d'efclavesinteligens, & tous pour la
plupart employés dans la ville auprès des blancs comme
domeltiques ou ouvriers, i qui vinrent s'offrir àeux
fervir dans leurs compagnies & pour défendre les com. pour
miffaires de la France. Les citoyens du 4 avril
tèrent leurs offres s & environ huit cents nègres efclaves accepfurent armés s fe battirent avec les citoyens de. couleur
& firent des prodiges de valeur.
21 juin 1793.
Ce renfort mit le pofte du gouvernement à même ds
multiplier fes patrouilles, & il y eut, dès le matin du 21,
plufieurs cfcarmouches entre les patrouilles de la
blique & celles des révoltés. Mais, fur les IO heures, répa- Galbaud, , après avoir pris fes mefitres, envoya de
une
colonne formidable compofée de citoyens de Tarfenal la
de matelots & de volontaires du Cap, avec quelques vilie, efelavesqu'ils avoient armés. Cette colonne avoit deux pièces
une foire, qu'il y. a acheré lui-même 3 des matelots
mifes de femme tres-fines, avec une dentelle de trois 9 des che- aux
manches & au tour de gorge, moyennant une gourde, doigts ce
5 liv. 10 fous tournois ; qu'on y vendoit tout dans la qui même fait
proportion, le taxt lelpillage étoitjabondant 5 &
la femme de
Cereey, conumandant du vailleau,en cidire clle-meme.
de
ire, qu'il y. a acheré lui-même 3 des matelots
mifes de femme tres-fines, avec une dentelle de trois 9 des che- aux
manches & au tour de gorge, moyennant une gourde, doigts ce
5 liv. 10 fous tournois ; qu'on y vendoit tout dans la qui même fait
proportion, le taxt lelpillage étoitjabondant 5 &
la femme de
Cereey, conumandant du vailleau,en cidire clle-meme.
de --- Page 55 ---
+49
de canon, l'uné à la tête & Faittre àlar quene i & en
avançant fur le gouvernemient relle répétoit le.cri de la
veille: Nous voulons les commilfaires. Celfat-leumoment
où l'intrépide Chanlatte, citoyen, du 4 avril, commandant de la garde nationale à St-Marc, qui avoit fuiviles
commiflaires de St-Marc afexpédition du Port-au-Prince,
& du Port-au-Prince all Cap 2 donna les preuves les plus
évidentes de fon: 1 fang-froid & de fa valeunil Il Tcommandoit la force armée fous les "ordres de Laveaux , commandaht de la province duNord, qui, par-caule de maladie, ne pouvoit exécuter lui - même : Mes amis, cria
Chanlatte à fes foldats 2 vaincre ou mourtr 5' ilfaut enporter leur pièce 2 & il fonce fur la colorine en: criant:
elle efi à nous; elle eft à nous. En cffet 5: après avoir,
avec quatre cents hommes, difperfé & mis. en-fuite cette
colonne d'environ quinze cents., il revint vainqueur à
fon polte avec la piéce de canon & un drapeau ticolor,
à la vérité, mais au bout duquel Aottoient. les cravattes
blanches. Mais Chanlatte avoit perdu beaucoup de monde
vu fon petit nombre 5 fes foldats étoienit harraflés, & la
viétoire momentanée dont il jouiffoit avoit coûté du fang
à fa petire armée. II rallia toutes fes troupes àu pofte du
gouvernement, leur diftribua de nouvelles muntions &
les exhorta à fe tenir préres à recommencer,
Les révoltés furieux de voir qu'ils ne pouvoient gagner
un pouce de terrein fiur des hommes qui n'avoient d'autre
artillerie que l'obufier & les deux pièces en bronze qu'ils
avcient emportées les armes à la main > abandonnerent le
projet d'attaquer en face. Ilsfe replièrent donc à l'arfenal
& montèrert une heure après une pièce de dix-l huit en
bronze fur le petit Morne qui domine l'aile droite de la
façade du, gouvernement. & la feconde cour oà les foldats de la république étoient rangés en bataille.
Lesi révoliés avoient trouvé un ravin fi avantageux pour
Relation détaillée, Bc.
main > abandonnerent le
projet d'attaquer en face. Ilsfe replièrent donc à l'arfenal
& montèrert une heure après une pièce de dix-l huit en
bronze fur le petit Morne qui domine l'aile droite de la
façade du, gouvernement. & la feconde cour oà les foldats de la république étoient rangés en bataille.
Lesi révoliés avoient trouvé un ravin fi avantageux pour
Relation détaillée, Bc. --- Page 56 ---
so
placer leurs pièces, à pique fuar nos tètes, qu'il étoit de
toutc impoflibilité que nos boulets puflent les atteindre,
ils palloient bien au deffus, mais n'y touchoient
En moins d'un
d'heure le gouvernement point. fat
criblé de leurs Moulis.i leséclats de pierre qu'ils brifoient
voltigeoient jufque dans les chambres occupées par les
commiflaires civils, 8c, ils avoient affoibli un des
gnons de la maifon. Les balles de leurs hommes
pi- tiroient ventre à terre, nous tucient beaucoup de monde. qui
La rage s'emparoit du caeur de nos foldass; ils firent
faire par Chanlatte, aux commiffaires civils, la
fition de fe mettre hors- de danger, en difant propo- ne
s'en
qu'ils
battroient que mieux; que fi les, commiffaires venoient à être victimes, tout feroit perdu par le découragement qu'cecafionneroit dans l'armée Ja perte des délégués de la république.-Les commiffaires refusérent obftinément de fe retirer,8 nos foldats tinrent bon; mais
cinq minutes après les révoltés démontèrent la feule 5 picce
qui pouvoit les atteindre & qui njus fervoit. Alors Chanlatte revint une feconde fois engager les commiffairescivils,
au nom du-falut de l'armée, à faire retraite fur-le-champ.
3 Les commiffaires fentirent dès lors que leur préfence
ne pouvoit rien opérer pour le bien publics & ils fortirent
en ordre avec une efcorte des citoyens reftés fidèlesà leur
parti; ; ils traversèrent la rue Efpagnoie dans toute fa longueur, non fans clfuyer les fufillades des patrouilles de
Galbaud, qui s'embufquoient aux coins des islets
les canarder.
pour
Ils enmenèrent les prifonniers qu'ils avoient faits, &
ils fe réfugièrent aul camp Bréda, au haut. da Cap, à
une petite licue de la ville.
Mais avant d'y arriver ils effuyèrent le feu du fort
St-Michel qui battoit la routa où ils pafloient : Ce fort
étoit alors gardé par les volontaires à pied ds la vilie
du Cap, & par les matelots.
quoient aux coins des islets
les canarder.
pour
Ils enmenèrent les prifonniers qu'ils avoient faits, &
ils fe réfugièrent aul camp Bréda, au haut. da Cap, à
une petite licue de la ville.
Mais avant d'y arriver ils effuyèrent le feu du fort
St-Michel qui battoit la routa où ils pafloient : Ce fort
étoit alors gardé par les volontaires à pied ds la vilie
du Cap, & par les matelots. --- Page 57 ---
5"
Les commiffaires civils ont bien fait de ne pas accéder
à la propofition qui leur fut faite de fe retirer aux cazernes qui font derrière la maifon du gouvernement : car
on eft certain qu'ily avoit li des homines apoftés pour les
égorger au moment où ils entreroient, & les coupables
euffent été perdus dans la foule. Tous les mauvais citoyens qui s'y étoient réfugiés euffent ambitionné, àl'envi
Pun de Tautre, le criminel avantage 2 ou de frapper les
premiers coups, ou de fauver les affaflins. lly avoit
auffi ( & cette affertion n'eft pas hazardée) dans le veftibule
du gouvernement &c dans les falles d'en-bas des hommes.
qui n'attendoient que le moment d'affaillir & les. commiflaires civils & les citoyens du 4 avril qui les entouroient. Ces brigands mercenaires attendoient avec impatience l'inftant où les fatellites de Galbaud auroient pénétré dans le gouvernement.
Le cic! n'a pas permis que tant de crimes fuffent
commis dans un même jour, & que le pacriotifme ficcombitfousle couteau de fcélérats, vils rebuts dc TEurope
& même de l'humanité.
Les bors citoyens français, fur-tout ceux du 4 avril,
tranquilles fitr le fort des commiffaires civils, fe réunirent bientôt avec un nouvcau zile & une ardeur nouvelle pour combatire. les réveltés. Galbaud, furieux
d'avoir vu échapper fa proie, c'eft-à-dire los mandataires
de la république, ne mit plus dc, frein à fes fureurs; il
alia jufqu'à faire tirer à boulets rouges fir nos foldats 2
8 commença par cet infime moyen l'incendie de la ville
da Cap (1), pendant que fes fatellites-la propageoient la
torche àla main.
(1) Des boulets roures ont éeé éteints dans diverfs maifons 9
& onalacertitude queles chefs descentre-rdreluitonnainsavoint
D 2
république, ne mit plus dc, frein à fes fureurs; il
alia jufqu'à faire tirer à boulets rouges fir nos foldats 2
8 commença par cet infime moyen l'incendie de la ville
da Cap (1), pendant que fes fatellites-la propageoient la
torche àla main.
(1) Des boulets roures ont éeé éteints dans diverfs maifons 9
& onalacertitude queles chefs descentre-rdreluitonnainsavoint
D 2 --- Page 58 ---
L'embrafement, qui avoit commencé précifément &c à
dellein par le quartier qu'habitoient ordinairement les
citcyess du 4 avril, mit le comble à leur défefpoir;
leur courage fe monta à la hauteur des événemens; &
voyant que Galb-aud ne vouloit faire de la ville qu'un
monceau de cendres, ils volerent d'eux-mémes à la
mort; ils montèrent firt les endroits les plus cfcarpés,
s'emparèrent des canons, forcèrent les révoltés jufque
dans leurs retranchemens, ies debufquerent de tous les
pofkes, les taillèrent en pièces, &c pourfuivirent Galbaud
de fi près. qu'il n'eut quie le temps de fe jeter à la mer
pour s'embarquer, en criant aux matelots : A moi TLCS,
emis, fauver-moi. C'eft ainfi que Gaibaud, toujours
lâche, qui prefque toujours avo't été à la queue de la
colonne ou à l'abri à Farfenal, ft fa retraite à bord du
Jupiter.
Dans ces diverfes attagues, nous devons principalement nos fuccès à Martial Bez, citoyen du 4 avril,
oflicier P ein de courage & de fang-froid, ayant fervi
en France avec honneur, atjourd'hui conmandant le
camp du Terrier-Rouge; il refta toujours à la tête des
placé de difianee cn diftance des tralnées de poudre avec des
barils de poudre, afin dc faire fauter les maifons & de conlmnniquer l'incendie.
Un capitzine américain, nommé Warneth, déclaré, devant
Dufay & Carnct, deux des députés de la Convention nationale, devant 25 perfonnes, chez. les commiffaires civils, qu'un
capitaine américain, fon compatriote, alla, dans une de ce,
journées défaftieuf.s demander à Galband, qui faifoit le roi
à bord du*Jupiter, la permiffion de partir, & que Gaibaudlu
répond t: oui, vous pouver partir, nous partirohs auffi - mais
guard cette yille jera briiée, cn lui montrant le Cap.
Voilà je fyfiinie des independans & des ariitocrates du pays
enfin réalife, celui de déruize les villes.
fon compatriote, alla, dans une de ce,
journées défaftieuf.s demander à Galband, qui faifoit le roi
à bord du*Jupiter, la permiffion de partir, & que Gaibaudlu
répond t: oui, vous pouver partir, nous partirohs auffi - mais
guard cette yille jera briiée, cn lui montrant le Cap.
Voilà je fyfiinie des independans & des ariitocrates du pays
enfin réalife, celui de déruize les villes. --- Page 59 ---
combattans; & montra dans toutes les occafions lc plus
grand: courage 8c ja plus grande intrépidité, ainfi que
Villate 2 citoyen du 4 avril, alors capitaine d'une
compagnie franche, & auiourd'hui lieutenant-coionel ;
ils furent fupérieureifent fecondés par Bonnefoi, Hilarion, Larivière. & Nicolas, ces quatre derniers citoyens du 4 avril, &: par Achile, un des: noirs elclaves
avoit: pris les armes pour la défenfe des commiffaires
T la république & des citoyens du 4 avril. Le citoyen
Bédox aujourd'hui Hieutenans-colonel, au foixante-treizième
régiment, leur a.été auli fort utile par fa fidélité, fa
vigilance: & le, bon ordre qu'il a. maintenu aux- cafernes.,
Mais les braves & intrépides foldats de la patric ne
pouvoient fe trouver par-tout en même temps, & le
refte de la troupe de Galbaud qui étoit encore à terre 9
incendioit, affaffinoit &c pilloit toujours dans les quartiers éloignés, On prit à ces. hommes une infinité de.
drapeaux de toutes couleurs, avec ces légendes la nation,
la loi 6 le roi; & quelques- uns aux cravates blanches
parfenées de Aeurs de-lys. En moins de trois heures la
ville enticro.fut en feu. Ia été. impofible de calculer
le nombre d'hommes 2 de femmes & d'enfans de coulesr
péris par les fammes dans leurs maifons, & préférant
cette mort aux cogps affaflins de leurs meurtriers 5 qui
dans leur ivreffe exercoient envers eux toutes fortes de
cruautés. Cette, ville étoit comme une arêne où Galbaud
avoit lancé des bêtes féroces, qu'il avoit d'abord animées
afin d'exterminer fes ennemis.
Lcs commiffaires étcient au camp Bréda pendant
ces fcènes d'horreur fe paffoient en. ville. Les at
efclaves de la plaine dit Nord, inftruits, par les fammes
& les çoups de canon des événemens extraordinaires qai
1e paffoient all Cep, vinrent par bandes fc préfenter aux,
D 3
avoit lancé des bêtes féroces, qu'il avoit d'abord animées
afin d'exterminer fes ennemis.
Lcs commiffaires étcient au camp Bréda pendant
ces fcènes d'horreur fe paffoient en. ville. Les at
efclaves de la plaine dit Nord, inftruits, par les fammes
& les çoups de canon des événemens extraordinaires qai
1e paffoient all Cep, vinrent par bandes fc préfenter aux,
D 3 --- Page 60 ---
commiffaires civils, & leur demander en grace, parlorgane de leurs chels, de les employer au fervice de la
nation.
Les commiffaires virent fans doute l'occafion heureufe, dans les maux dont ils étoient accabiés, de-faire
ceffer la révolte des efclaves, & de tirer un parti avantageux pour la république des mègres habinés depuis
deux ars aux exercices de la guerre, & qu'ils regardoient comme impoffible de faire rentrer dans l'état d'efclavage d'ot ils étoient fortis.
La mefitre que les commiffaircs civils alloient prendto
étoit d'autant plus
les
politique, que
Efpagnols 2 nos
ennemis & nOS voifins, avoient déja féduit & corrompu
quelques principaux chefs, à Taide defquels ils font entrés depuis ftr notre territoire : en conféquence, les commillaires déclarérent, le 21, que la volonté de la république françaife & ceile de fes délégués étoit de donner
l liberté à tous: les nègres guerriers qui combartroient
potr la république, tant contre les Efpagnols qie contre
les a:tres ennemis, foit de l'intérieur, foit de
ils
Textérieurs
annoncèrent en même temps l'intention bien
noncée d'adoucir & d'améliorer le fort des autres pro- efclaves.
La proclamation fit far-les nègres l'effet que les commiflaires en atteadoient; beaucoup des premiers arrivés
fe détachèrent de leurs bandes, 8 retournérent en plaine
anaoncer à leurs camarades que les commiffaires vouloient améliorer leur fort. Le réfultat fut tel que plus de
quinze mille nègres fe rendirent au camp Bréda dans la
journéc, & furent d'eux-mêmes & fans ordre ponr combattre les fatellites de Galbaud, & revinrent chargés des
débris dc CC qu'ils arrachoient aux flammes; il s'en trouva
meme beaucoup parini Cux qui pillèrent les maifons in.
anaoncer à leurs camarades que les commiffaires vouloient améliorer leur fort. Le réfultat fut tel que plus de
quinze mille nègres fe rendirent au camp Bréda dans la
journéc, & furent d'eux-mêmes & fans ordre ponr combattre les fatellites de Galbaud, & revinrent chargés des
débris dc CC qu'ils arrachoient aux flammes; il s'en trouva
meme beaucoup parini Cux qui pillèrent les maifons in. --- Page 61 ---
tactes dans les environs de la ville, mais ils ne tuoient
que les hommes armés, 8 amenoient dans notre camp:
les femmes & les enfans.
C'eft une providence protectrice & divine qui a veillé
pendant ces jours d'anarchic, de défordre, de fang &
de feu, à la confervation du refte de la population
blanche & mane de cclle appelléc de couleur, car il fc
trouvoit quinze nègres eiclaves armés pour un homme
libre 3 mais nous dirons, malgré-la grofireté,,ou plutôt
la nullité des principes de ces peuples encore brutes, &
dont beaucoup même vicnnent des hordes d'antropophages, & que la guerre qu'ils faifoient aux Blancs depu's trois ans avoient rendus plus féroces, nous dirons
que les délégués de la France furent toujours refpeatés
par ce mélange de nations qai n'ont aucune idée de
nos coutumes, de nos lois & de nos ufages, Sc qui
font habitués à ramper fervilement fous des defpotes.
22 juin 1793.
Dans la nuit du 21 au 22, Galbaud écrivit aux commiffaires, en prenant le titre de gouverneur-général des
ifles Sous-le-Vent, une lettre conçue à-peu-près en CCS
termes :
( Parmi les prifonniers que j'ai faits hier, fe trouve
> le fils du citoyen Polverel ; mon frère eft aufli prifon.
D nier. L'intérêt du citoyen Polverel eft de ravoit fon
> fils, mon intérêt eft de ravoir mon frère.
> Je vous propofe cet échange. Signé Galbaud.
Les commiflaires lui répondirent ainfi:
R S'il exiftoit aucune efpèce de droit des gens entre
D 4
Parmi les prifonniers que j'ai faits hier, fe trouve
> le fils du citoyen Polverel ; mon frère eft aufli prifon.
D nier. L'intérêt du citoyen Polverel eft de ravoit fon
> fils, mon intérêt eft de ravoir mon frère.
> Je vous propofe cet échange. Signé Galbaud.
Les commiflaires lui répondirent ainfi:
R S'il exiftoit aucune efpèce de droit des gens entre
D 4 --- Page 62 ---
)) un criminel de leze-r -nation révolté &c les
)). de la puillanee nationale, 2 vous n'àuricz dépofitaires pas même
> Tavaniage de l'avoir obfervé.
)) Polverel fils a été pris & arrêté contre toutes les
)) lois, il étoit en parlementaire chargé de lire aux
> hommes que vous a avez fi indignement égarés le'
> vocu de la commiflion civile 5 votre frère, an cori-
> traire, a été arrêté, défarmé, à la tête"de ces mémes
) hommes dirigeant fur nous leur trop aveugie
) il n'y a aucune comparailon à faire entre ces fureur; deux
> hommes; Phonnepr de la république ne nous
))
d'accepter cet échange; ce prifonnier, criminel periet
> S lèze-nation, appartient à la république , & nous
)) n'avons pas le droit d'en difpofer.
) Il nous en cotite, fans doute,
faire taire
))
voix de la nature & du fang 5 eile pour n'eft rien
la
)) de l'amour de la patrie, &c notre devoir ne auprès
) aucune confidération,
fouffie,
)) Quant à vous, qui feul avez caufé toutes
hor-
>) rcurs dont vous vous plaignez, tous les
les
)) honorent'votre révolte, vous
excès qui désn'avez, fans
) moyen de les faire ceiler, c'eft de vous donte, qu'un
>, de la Normande, & là d'y attendre
rendre a bordnos ordres.
)) Chaffés par vous de la ville du Cap, forcés d'en
)) fortir par la pluis afficufe des trabifons, nous
) plus la puiffance
n'avons
phylique d'arrêter Ce défordre
> recevrons dans le camp qui nons fort de
3 nous, les
)) femmes & les enfans qute vous voulez avoir reluge, fir a
) flotte. Unafile, sûr fera toujours au milien de nous
)) pour les maiheureux que vous avez faits.
22 Juin 1792.
Enfio, le vingt-deux, prefque tous les matelots.6 échappés de la bagarre étcieit renirds à leur bord; mais Ii
'avons
phylique d'arrêter Ce défordre
> recevrons dans le camp qui nons fort de
3 nous, les
)) femmes & les enfans qute vous voulez avoir reluge, fir a
) flotte. Unafile, sûr fera toujours au milien de nous
)) pour les maiheureux que vous avez faits.
22 Juin 1792.
Enfio, le vingt-deux, prefque tous les matelots.6 échappés de la bagarre étcieit renirds à leur bord; mais Ii --- Page 63 ---
cendie continutoit toujours fes ravages, & les nègres
de la Plaine attirés par Tappât du pillage affluoient tellement en ville, que fous les derniers temps où lc feu
avoit prefque tout confumé,.ils fe tiroient des coups de
fulil lcs uns aux autres pour s'arracher le butin. Il étoit
prefque impolible d'arrêier ces horreurs: ces nègres n'entendoient le français qu'avec difficulté, &, dominés par
Telprit de pillage, à peine les créoles pouvoient-ils leur
faire entend:e raifon.
Mais tous les crimes de Gaibaud n'étoient pas encore
parvenus à la connoitlance. des commiflaires: ils eurent
bientôt. les preuves convaincantes qu'il avoit cnlevé les
poudres de f'arfenal; qu'après en avoir donné aux. divers,
bâtimens de la république 2 il avoit chargé le refte à
bord de deux navires marchands qu'il avoit fait furlc-champ couler à fond; qu'il avoit fait enclouer tous les
canons & mortiers des forts St-Joteph &c Picolet, ainfi
que tous ceux de l'arfenal & des batteries qui défendent
la ville; &c qu'il avoit, en outre, 2 fait jeter à la mer
toutes les gargoulles qui fe trouvoient faites.
Si les Efpaznols Ol les Anglais étoient venus nous
attaquer le Jendemain du départ de Galbaud, que feroit
devenue la fouveraineté nationaie (1)?
Mais le comble du deftin & de la perfidie, c'eft qu'il
envoya le 21 un ord:e aul traître Nully, licutenantcolonel du qumtre-vingt.qtatsiàime régiment , qui commandoit alots lc cordon de Poueft, d'arrêter les Joi-difant
commiffires civils P'olverel & Santhonax (2).
Nuily envoya fur-le-champ copie de Cet ordre au
(t.II G: piller le magalin genéral des vivres,percer les barriques de vin, & défonger les barrils de farine, afin de priver
de tout fecc"rs & môme de toute fubfiffance, ce qui reftoit de
Francais Adeles.
(2) Ces prèces ont été adreffées à la convention nationale.
Joi-difant
commiffires civils P'olverel & Santhonax (2).
Nuily envoya fur-le-champ copie de Cet ordre au
(t.II G: piller le magalin genéral des vivres,percer les barriques de vin, & défonger les barrils de farine, afin de priver
de tout fecc"rs & môme de toute fubfiffance, ce qui reftoit de
Francais Adeles.
(2) Ces prèces ont été adreffées à la convention nationale. --- Page 64 ---
commandant de la garde nationale du
avec ordre de le mettre à exécution.
Gros-Morne,
A cette
les citoyens du 4 avril, toujours pleins
d'amout, frae rclpedt & de reconnoillance pour les déde la république françaife, fupplièrent le commifPolverel de
Et
ne point rejeter la propofition
alloient faire à Galband,
quils
d'accepter un certain nombre
d'entr'eux pour rendre Polverel fils- à fon père (1).
Polzerel.leur répondit fur le-chanip:
Frères & amis,
E Mon fils eft heureux puifque,
il a
D pu vous intéreffer. Je ne puis confentir jeune encore, foit
)) échangé, parce que les délégués de la
qu'il ne
)). peuvent pas traiter avec Gaibaund comme république
> ennemi; ils ne peuvent voir en lui qu'un avec un
) mon fils ne pouvoit pas même être confidéré rebelle: comme
) priformier, fuivant les lois de la
car il étoit
) parlementaire. de 2 & rempliffoit une fonction guerre; de
)) il ne pouvoit fe difpenfer: : tout échange
laquelle
>
accepté ieroit
un attentat à la fouveraineté
& un acte
) déshonorant pour moi,
nationale,
> Croyez, frères & amis, que je fens tour le
de
> Tanitié que vous manifeftez à mon fils & à moi: prix c'eft
) au nom de cette amitié même,
je vous -
de
))- renoncer à votre projet. Mon f & moi prie faurons
) mourir toutes les fois que notre devoir l'exigera mais
) nous ne fouffrirons jamais que perfonne
)) pour nous fa vie ou fa liberté. )
compromette
bord Cependant, après plufieurs confeils s'de guerre 2 tenus à
du Jupiter, & tous contradictoires les uns aux
autres, ce qui décèle évidemment@fenbars des cou-
(1) Ils offrirent de livrer cent d'entre eux.
oncer à votre projet. Mon f & moi prie faurons
) mourir toutes les fois que notre devoir l'exigera mais
) nous ne fouffrirons jamais que perfonne
)) pour nous fa vie ou fa liberté. )
compromette
bord Cependant, après plufieurs confeils s'de guerre 2 tenus à
du Jupiter, & tous contradictoires les uns aux
autres, ce qui décèle évidemment@fenbars des cou-
(1) Ils offrirent de livrer cent d'entre eux. --- Page 65 ---
pables, on prit un arrêté qui décidoit le départ duconvoi. Ileft I remarquer que le confeil de guerre qui
accordoit une fauve-garde à Galbaul, au lieu de fe redes officiers
mettre aux commflaires civils, étoit compofé
de marine.& des citoyens émigrans qu'ils avcient.réunisauprès d'eux, 2 parens ou amis des énigrés 2 & tous complices
délibérer far fon
de Galbaud, qu'on avoit admis, ? pour
fort. On les avoit a juges dans leur propre caufe (t):
On peut aufli remarquer ladreffe avec laquelle Cambis
commente la prociamation des commiffaires civils, &
femble l'infirmer. 5 parçe que, dit-il, elle ne prononce
envers Galbaud, Cercey, Cambis. aucune deftitution (2).
Quelle fourberie! Ef-ce que Galbaud n'étoit pas déja def.
titué? eft-ce que Cambis &c Cercey lignoroient2
24 Juin.
Enfin le 24 & le 25, tous les bâtimens français de la
République & du commerce fortirent de Ia rade, &
firent voile foi-difant pour la France (3)-
(). II y avoit entre autres un Delmas, ci-devant chirurgien du déau régiment du Cap,, un des chefs de la fédition
2.
cembre 1792,un des plus mauvais citoyens du Cap., un des
plus grands ennemis de l'autorité nationale & des citoyens de
couleur, enfin un des plus zélés & des plus. ardens partifaus
de Blanchelande. Il y avoit encore un Valentin, chirurgien,
fortant du régiment ci devant dit du Roi, & refugié à St-Domingue 2 comme de fecond Coblentz.
(2) Toutes ces différentes pièces ont été adreffées à la e convention nationale.
(3) On, a rapporté aux commiffaires civils qu'avant de fortir
de la rade, ces che's aufi cruels que féditieux ont fait placer
fur un acon, àla vue daconvoi, plufieurs citoyens du 4 aviil, deux
entre autres les citoyens Latortue & Auguftin Richè, tous
, & refugié à St-Domingue 2 comme de fecond Coblentz.
(2) Toutes ces différentes pièces ont été adreffées à la e convention nationale.
(3) On, a rapporté aux commiffaires civils qu'avant de fortir
de la rade, ces che's aufi cruels que féditieux ont fait placer
fur un acon, àla vue daconvoi, plufieurs citoyens du 4 aviil, deux
entre autres les citoyens Latortue & Auguftin Richè, tous --- Page 66 ---
6o
Cc fut ainfi gie le plus fcélérat des hommes
au glaive vengeur des lois. Pourroit-il fc trouver échappa
une puiffance affez coirompne pour donner furlaterre
crime Les Dieuspourroicat-ils laifler
protection au
punis C'eft
tant def forfaitsimfes laches
lai, CC monftre de Galbaud, qui, avec
complices a. été l'aflaffinde tous les citoyens du
vés 4 avril, que la fermeté des commiffaires civils a.
d'un maffacre général. C'eft lui qui a été
préfertous ces braves marins
laflalin de
de
qui ont fuccombé dans ces jourées
malheurs, qui ont verfé leur fang honteufement
s'armant contre keur patrie, tandis
ce
en
couler
que
fang ne devoit
liberté, que pour elle, que poar fa gloire, que pour la
ber leur ,
pour légalité. C'eft fur lique duit retomQue tous les
LELP
Jeurs frères, leur
masins, que tousles Français,
pardonnent ! le perfide Galbaud
toutes leurs paffions, &c
Jeurs
a agité.
leur a parlé de patriotifme), jufqu'à
vertus (puifqu'il.
duire. Leurs torts
pour los égarer & les féne leur apparticnnent pes. Granddieu!
fe pain pouvoient du
gagner les matclots à la-ruine du Cap I :
matelot, qui, en, temps de
atl fervice du négociant, ne peut s'acheter paix, s'emploia
commerce. Excufons Ces hommes foibles par lai ruine du
qui fe font laiflés
égaret, CC font des infenfés qui étoient conduits
des
monftres; & fans doute Ces bravos
par
fant leurs fautes, feront les premiets matelots, à dénoncer cn les confefa
pables, & même alos livrer à la févérité dela
coula Convention nationaie,
juftice de
difcours ni de leur défenfe, qui ne fera pas dape de lears
cès-verbaux; ; & fans doute quoique elle,
élayée par dee proofficiers de la marine Oilt voula verra ciairement que les
couvrir leurs. crincs en
capitaines de compagnies franches & excellens
ont fait couper la' tetc, 9 comme pour les punir officiers., d'aroir & leur.
l'exemple de la fidélité à la France & à les
donns
6u Ioudace d'accepter des places d'officier.
délégucs & avoir-
cès-verbaux; ; & fans doute quoique elle,
élayée par dee proofficiers de la marine Oilt voula verra ciairement que les
couvrir leurs. crincs en
capitaines de compagnies franches & excellens
ont fait couper la' tetc, 9 comme pour les punir officiers., d'aroir & leur.
l'exemple de la fidélité à la France & à les
donns
6u Ioudace d'accepter des places d'officier.
délégucs & avoir- --- Page 67 ---
6t
rejetant tout fur l'infurreation des
qu'ils avoient
préparée & fomentée. C'eft l'ufage RARIPgET ariftocrates &.
des' contre-révolutionnaires : quand ils excitent une infurrection, ils ont la politique perfide de précher avec
affectation la paix &c l'ordre à ceux qu'ils ont foulevés.
L'ordre alloit s'établir à Saint-Domingue, alors ils en
ont été effrayés : tout ordre pour eux cft un
Ils ont juré de perdre la liberté par lés excès de
PVRECE
chie.
Le vaiffeau PAmerica fat le feul qui alors ne mit pas à
la voile, ainfi que la frégate la Fine, qui étoit regardée
comme incapable de tenir la mer (1).
26 Juin.
Le 26, les commiffaires envoyèrent dans la ville du
de forts détachemens pour y rétablir l'ordre, autant
fe pourroit.
e
Jamais fpéctacle anffi hideux ne s'étoit préfenté à la
vue des hommes : la ville entière, réduite en cendres &
infectée.de cadavres, malgré ceux que la flamme avoit
confumés. Le feul fauxbourg du Petit-Carénage 2 à
l'entrée de la rade, avoit échampé > comme par miracle, aux torches incendiaires. Trois fois ies Galbaud
(t), L'Amdrica, le jour de l'attaque du 20 juin, avoit bien
fourni quelques détackemens & de mate' ots & de fa garnifon ;
mais il ne S étoit pas emboffé & n'avoit pas fuivi les autres dans
leur fuite. Sa conduits annoncoit encore quelque attachement
à la caufe de la républiqve,u au moins queiques remords; mais
depuis fidele à la coalition des officiets de marine & à la réfolution de laiffer la cclonie dénuée de toutes forces navales,afin
fit plus facilement eavahie par nos enncmis, ila aufi
copame les autres,
:
0els
is il ne S étoit pas emboffé & n'avoit pas fuivi les autres dans
leur fuite. Sa conduits annoncoit encore quelque attachement
à la caufe de la républiqve,u au moins queiques remords; mais
depuis fidele à la coalition des officiets de marine & à la réfolution de laiffer la cclonie dénuée de toutes forces navales,afin
fit plus facilement eavahie par nos enncmis, ila aufi
copame les autres,
:
0els --- Page 68 ---
avoient tenté d'y meltre le feu, & trois fois ils
éié furpris & chaflés.
avoient
Le premier foin fut de purifier l'air empefté
on
fit creufer de vaftes folles à cet effet, dans le de.la fond ville; defqeclles.on dreffa des échafauds en forme de
on
defcendit des barrils de goudron, &
bôchers; y
feu, on y jeta environ douze cents cadavres après ya avoir mis le
les rues.
ràmaffés dans
Il étoit urgent néanmoins de trouver les moyens de ramener'promptemenr l'ordre dans la ville, et de
un frein aut
& au meurtre auxquels fe livroient mettre les
nègres de la fisz
Les commiffaires rendirent une proclamation à cet
effet.
Les confpirateurs 5 les centro-révolutionsaires étant
diflipés, on fe préparoit à goliter
ailoit s'occuper de rétablir l'ordre dans quelque repos , &on
& de prévenir dans les autres cantons des toute la colonie s
blables à ceux qu'on venoit d'éprouver.
malheurs,femMais bientôt les commiffaires virent éclater de toutes
parts le complot général de contze-révolution; l'incendie
dir Cap étoit le fignal dcs coups
devoient
enfemble les emnemicintérieurs & extérieurs. que
porter
Cap les confpirateurs & les traîtres dirigeoient Pendantqu'au fur les
vrais Français, pendant piufieurs jours, I7A feu continnel
d'artillerie & de moufquetterie, ou les affafinoit par leurs
fenêtres, étant barricadés dans leurs maifons.
aux
Cayemittes & aux Abricots, ils armoient AJersmie des hordes 2
d'efclaves 2 ils fe retranchoient dans des
ils
foient de recevoir les commiffaires
camps,
refumandant militaire & H force armée pacificateurs, lcs
le comcivils y evoient envoyés
gue
commifiaires
pour rétablirlordre & faire exécu-
les affafinoit par leurs
fenêtres, étant barricadés dans leurs maifons.
aux
Cayemittes & aux Abricots, ils armoient AJersmie des hordes 2
d'efclaves 2 ils fe retranchoient dans des
ils
foient de recevoir les commiffaires
camps,
refumandant militaire & H force armée pacificateurs, lcs
le comcivils y evoient envoyés
gue
commifiaires
pour rétablirlordre & faire exécu- --- Page 69 ---
ter la loi; ilscombattoient l'armée de la Républiqae.
A la Marmelade, ils ofoient entrer en négociation avec
les Efpagnols, et annoncer leur vaeu pour ic mettre fous
leur domination.
Nully, lientenant-colonel du quatre- vingt quatrième
régiment, conmandant du cordon de TOueft, après avoix
envoyé des ordres circulaires pour faire arrêter les délégués
de la République, avoit déferté fon pofte & paffé dans la
partie efpagnole, 2 avec trois officiers de fon régiment.
Lafenillée, officier all régiment du Cap & commandant du pofte important de Guananinthe, place forte
qui fépare, dans PER, la partie françaife de la' partie
efpagnole, l'avoit livrée aux Efpagnols fir une fimple
fommation 2 quoiqué cette place fnt défendue par une
nombreufe garnifon & une artillerie formidable.
Queiques jours après, environ mille ou onze cents
hommes de troupes de ligne, féduits & trompés parleurs
officiers, ont paflé à lEpagnol & ont rejoint Nuily.
Quelle étoit donc, quelle eft encore cette ligue forméc contre la République françaife? Quels font les confpirateurs & quel eft le lien qui les unit?
Les confpirateurs font la prefque totalité des blancs
qui font à Saint-Domingue, les uns perdus de dettes, 2
avec Tair de l'opulence 1e s les autres, avides de pil.
lage, parce qu'ils n'ont rien : ce font la plupart des
chefs des corps militaires venus de France, qui n'ont
préféré Saint - Domingue à Coblentz, que parce qu'ils
ont cru pouvoir y fervir plus efficacement la contre-révolution.
Tous veulent de grands mouvemens, 2 de grands défaftres; les premiers, pour fatiguer la République, amener l'indépendance & confommer les banqueroutes qu'ils --- Page 70 ---
ont préparées au -moment même de la formation de
leurs propriétés ou de l'établifiement de leurs? maifons
commerciales; les feconds, parce qu'ils ne peuvent exifter
que dans l'anarchie ; les derniers, parce qu'ils efperent
encore reffufciter l'ancien régime.
Non: la colonie ne périra pas; elic ne courbera pas
la tête fous le joug des tyrans 5 elle renaîtra de fes cendres, ellc fera régénérée & fervira d'exemple aux alltres. La France n'abandonnera pas fes enfanis quand ils
font malheureux; cette colonie deviendra, comme faifant
partic de la France, la terre de la liberté & de l'égalité;
on y. reconnoîtra enfin les droits de l'homme qui y ort
été 6 long-temps profanés, &c la République françaife y
raffemblera des enfans dignes d'elle.
SUPPLÉMENT
ellc fera régénérée & fervira d'exemple aux alltres. La France n'abandonnera pas fes enfanis quand ils
font malheureux; cette colonie deviendra, comme faifant
partic de la France, la terre de la liberté & de l'égalité;
on y. reconnoîtra enfin les droits de l'homme qui y ort
été 6 long-temps profanés, &c la République françaife y
raffemblera des enfans dignes d'elle.
SUPPLÉMENT --- Page 71 ---
SUPPLÉMENT EXPOSITIF
Des événemens arrivés à Saint-Domingue depuis la
fuite de Galbaud.
Av milieu des cendres & des décombres dont la malheureufe ville du' Cap étoit couverte, les citoyens du
4 avril, les citoyens nouvéaux du 20 juin, & lc petit
nombre de Français fidèles qui reftoient auprès des com:
millaires civils, fe font rendus en armes au Champ-deMars, le 14 juillet, entourant les délégués de la République, Des citoyens avoient planté un arbre de la liberté devant l'autel de la patrie, 2 au bruit du canon 8
des cris de vive la Répablique, vive l'égalité, vive ia
liberté; ils ont tous renouvelé le ferment de fervir la République, de lui être à jamais fidèles, & de mourir
Relation détailléc, Gc.
E --- Page 72 ---
pour fa défenfe & pour fa gloire (1). La cérémonie
terminée par T'hymne de la patric.
fut
(t) Voici le difcours prononcé, le
miffaire Polverel:
14 juillet, par le cométes & affemblés. Citovens, ce n'eft point pour célébrer une fête que vous
Conment
au milieu des cendres. & des pourrions-nous ruines dont nous occuper de fêtes
a environnés!
l'infame Galbaud nous
I >> Nous avons dans ce moment un devoir
plir. 11 y a aujourd"hui
plus facré à Fempremier
vets la liberté quatre & ans
le Peuple francais fit lo
rannie;
porta
P y a aujourd'hui
premier coup à la tytion entre tous, les opprimés quatre contre ans qu'il fe fit une fédératous les
> Les oporimés étoient les foldats
oppreffeurs.
coups de plat de fabre,
qu'on faifoit marcher i
venger les querelles des rois, qu'on menoit à la boucherie pour
la guerre & qui n'avoient qui couroient tous les périls de
comprnfes.
aucune part à la gloire ni aux ré-
>> Les opprimés étoient les
terre de leurs fueurs & n'en cultivateurs qui fécondoient la
partageoient pas les fruits.
>> Les opprimés étoient les Africains
fatellires enyoyoient acheter, fur leurs gue les rois & leurs
voient pas le droit de' les vendre, foyers, de rois qui n'aAmérique, à un cfclavage éternel. pour les coxdamner, en
> Les opprimés étoient les
lors même qu'ils avoient recouvré defcendans leur des Africains, qui,
indignes de jouir des droits de Thomme, liberté, étoient réputés
& 5> de Lcs la libetté oppreffeurs font tous les rois qui
de
des hommes de tous les trafiquent la vie
couleurs.
Pays & de toutes les
> Les oppreffeurs font tous les
reulent refufciter la royauté & traîtres & les brigands qui
Tefelavage.
s Renouvelops cette fainte fedération:
jurons tous une guerre
endans leur des Africains, qui,
indignes de jouir des droits de Thomme, liberté, étoient réputés
& 5> de Lcs la libetté oppreffeurs font tous les rois qui
de
des hommes de tous les trafiquent la vie
couleurs.
Pays & de toutes les
> Les oppreffeurs font tous les
reulent refufciter la royauté & traîtres & les brigands qui
Tefelavage.
s Renouvelops cette fainte fedération:
jurons tous une guerre --- Page 73 ---
de Galbaud, concertée avec
2 - Cependant la confpiration, s'étoit propagée dans tous les points
tous fes complices, oû il avoit répandu des agens afidés.
de la colonie,
au même moment;
Elle devoit éclater par-tout, prefque dela France tendoient tous
& de tous côtés, les ennemis
Ces monftres A
mème but par les mêmes moyens.
au
de
le coup de mort à la colonie.
avoient juré.
porter
le
de la TéAux Cayes, dans la partic du Sud, fouillé jour le
du
juillet manqua d'être
par plis
dération
T4
blancs l'avoient
horrible dés attentats.: les orgueilieux des citoyens du 4 avril..
choifi pour le maflacre général T'exécution de ce complot per:
Tout étoit arrangé pour
corrompH léquipage
fide; on avoit, comme au Cap, de commerce, & ils
de la frégate., & ceux des bâtimens: feconder les
devoient tous defcendre à terre pour"
étoient pro- çonLes fignaux
jets des comreréroliationsaliek diftribuées aux afallins ; &, de:
venus, les cartouches
em-
-
Galbaud avoit fait atl Cap, on s'étoit
mème que
Delpech a déjoué cet:
de T'arfenal. Le commiffairé
paré
ruis, contre tous. les ennemis de la li-.
à mort contre zous Ls
berté & de Tégalité.
dernier foupir à la Républi-
> Jurons. d'être fidèles jufqu'au
tout S les,lois que
: que françaile, & d'exécuter rendues ponétuellement & celles qu'elle pourra renJa Coavention nationale a
dre à l'ayenir >..
avec.
les
affemblés ont prité ce ferment
Alors tous citoyens leur attacliement inviolable à la Répunous, & ont témoigné des cris r:doublés de vive la République!
-blique franesife,"par nationale !
vive la Conventon
Marfeillais ayant été c-anté par tous les ciL'hymne des
de la liberré S de 1é-.
tovens,. pénétrés du faint enthouliafme retirés dans le même ordre qis nous
galité, nous nous fommes
nous étions rendus fur la place,
E 3
cliement inviolable à la Répunous, & ont témoigné des cris r:doublés de vive la République!
-blique franesife,"par nationale !
vive la Conventon
Marfeillais ayant été c-anté par tous les ciL'hymne des
de la liberré S de 1é-.
tovens,. pénétrés du faint enthouliafme retirés dans le même ordre qis nous
galité, nous nous fommes
nous étions rendus fur la place,
E 3 --- Page 74 ---
horrible complot, ayant été
par lai ibravoure de Rigaud, citoyen merveilleufement du
fecondé
mandant de la partic du Sud.
4 avril, comAla même époque, plufieurs
toient coalifées & avoient fait paroiffes de l'Oueft s'éles Efpagnols pour fe livrer à cette un - accoimmodement avec
fous fai protection avec un roi. Ce puiffance traité ou fe mettre
Ja petite rivière de l'Artibonite,
s'étoit figné à
aux Cahos, &c. (I),
Le-commiffaire Polverel eut connoiflance de
hifons &c fon arrivée fubite dans le
cette traT'ofets ilfe préfenta aul milien des quartier en empécha
par fa préfence feule, fit arrêter confpirateurs, les chefs en imdes ordres
TE
fens, & déjoua ainfi pour s'aflurer de ceux qui étoient préfens, abcette nouvelle confpiration (2).
Le manvais finccès de toutes leurs
mais découragé l'orgucil de
entreprifes n'a jaaux royaliftes & aux émigrés. ces vils ariftocrates, vendus
leurs projets, à l'inftant ils S'ils échouent dans un de
plot. Ils marchent toujours de forment forfaits un nouveau comen forfaits.
Ils" fe font empreffés de
& de, s'aflurer de cetre corrompre la garnifon du Môle
toutes nos munitions, afin place de importante, 5 le dépôt de
ou le moyen de la livrer à sy ménager une retraite,
nos ennemis.
La garnifon étoit compofée de partie du
feptième régiment, ci-devant Dillon, qu'il quatre-vingiTeur a été d'au-
(r) Le commiffaire Polrerel da
CC traité, avec toutes les pièces a
envoyer à la Convention
y relativas,
tiale Le commiffaire Polvercl renoit
pour faire juger tous les coupables. d'érablir une cour mar-
dépôt de
ou le moyen de la livrer à sy ménager une retraite,
nos ennemis.
La garnifon étoit compofée de partie du
feptième régiment, ci-devant Dillon, qu'il quatre-vingiTeur a été d'au-
(r) Le commiffaire Polrerel da
CC traité, avec toutes les pièces a
envoyer à la Convention
y relativas,
tiale Le commiffaire Polvercl renoit
pour faire juger tous les coupables. d'érablir une cour mar- --- Page 75 ---
facile
la plupart des foldats nc
tant plus
commiflaires que
fc difpofoient à chanfont pas Français,
fe
: en attendant ils envoyèrent au Mole
ger cette garnifon commandant la corvette de la Réle capitaine Adelon,
chercher des munitions de
publique le Las-Cafas, pour y le
befoin , deguerre dont on avoit au Cap
plus grand Galbaud avoit
puis l'enlèvement & la deftruction que
faits de celles qui y étoient.
Defneux; officierd'artillerie, qui commandoit au d'Offo- Mole,
aflifté de Jaunas, fe difant adjudant de place, régiment, &
rel, commandant du quatre-vingt-feptième commandant de la
Chaumet, habitant de Jérémic, refufé de livrer les munigarde nationale du Mole, ont ofé faire tirer les canons
tions de guerre, & même ont
fait autant, fur le
du fort fur le Las-Cazas; iis en Convention ont
nationalc,
bricq PAAif, & fur la goelette la
deux autres bâtimens de la République.
Ceci n'étoit que le prélude de leurs projets criminels;
étoient
àvec nOS ennemis. Iis avoient apils
d'intelligence isles attendoient avec impaticnce 5 8c
les Anglais, ils ont mis le comble aleurtrahifon ,en
P 23 feptembre Gibraltar du nouveau monde aux Anglais,
livrant ce
d'autre force qu'un perit vaiffeau
qui y font cntrés n'ayant une corvette & un bricq (1)-
de 5o canons, mal armé,
Le départ du vaiffeau T'América, fans ordre, a été le
dernier (:) fignal qui a appelé les Anglais. Ceux-ci leur adreffoit, pouvoient quand ils
fc refufer aux invitations, aux & offres qu'on étolent firs de ne renconon leur fuloit fi beau Voilà jeu, unc qu'ils viétoire bien gloricuie, 7 & qui
trer aucun-oblincle? les
Comment peut-on vouloir ne tenir
doit bien
énorgueillir!
fes fuccès que de la trahifon?
Relation détaillée, Bc.
E 3
qui a appelé les Anglais. Ceux-ci leur adreffoit, pouvoient quand ils
fc refufer aux invitations, aux & offres qu'on étolent firs de ne renconon leur fuloit fi beau Voilà jeu, unc qu'ils viétoire bien gloricuie, 7 & qui
trer aucun-oblincle? les
Comment peut-on vouloir ne tenir
doit bien
énorgueillir!
fes fuccès que de la trahifon?
Relation détaillée, Bc.
E 3 --- Page 76 ---
Les Anglais ont envoyé depais environ
mes da Rueidee réziment,
4 a 500 homi
nant-colonel
commandés par un Lieutetion
a débuté par y publier une
gh'il a 12 parvenir dars la partie
prociamauin traité paile cntre les colons
françaife 2: avec
ment anglais,
émigrés & le gouvernevrier
lequel traité a été figné à Londres en fé
1793.( vicux ftyle), & ratifié
à Saint-Domingue.
depuis par les colons
Par ce trané,ils fe mettent fousla proteation de
gleterre & fe foumettent à fes lois, fous la
l'Anaufi commode pour eux que peu délicate,
cundition,
ront de IO ans aucun de leurs créanciers qu'ils ne paiee
gens de couleur refteront dans leur
2 & que les
ancien état, enfn
danscaqgaisappallnt) tle devoir (c'eft-à-dire dans
ment), 5 reconnoîtront ce: qu'ils doivent à des Laviife
à des bienfaiteurs f humains. Le
pères &
cu la gunérofité d'accorder ces articles gouvernement fans dificulté. anglais a
Le gouverneur de la Jamaiqus, dans la
ofe encore bien
proclamation,
faire
davamiage. Après avoir annoncé
Tentrer les hommes de couleur à leur
qu'il va
noirs dans la fervitude, il demande
place & les.
nommer les viétimes qu'is veulent
aux colons de lui
nir pour les lui livrer,
immoler, &c de fe réaqu'ils devroient
qu'il en fera juftice. Il leur dit
commiffeires de déja la être vengés. Enfuite il injurie les
République, & l'on voit
gue Ce font eux qu'il déligne pour être victimes. clairement Afin
d'encourager les colons, il parle de la France
elic avoit faccombé, CO mme fi elle étoit commc f
dit qu'eile eft bioguée de touies
foumife. Il
tes lcs puiflances, ne peut envoyer parts, de fecours menacée à par toulonies, & s'étonne déja clle-même de lcur
fes COpatience,
Comment le Rouvernement anglais a-t-ilp
laiffer allcr aux infinaations des colons
puainfi fe
dre leur orgâne ! comment a-t-il pu français. fe rendre 8c-feren- l'exécu-
it commc f
dit qu'eile eft bioguée de touies
foumife. Il
tes lcs puiflances, ne peut envoyer parts, de fecours menacée à par toulonies, & s'étonne déja clle-même de lcur
fes COpatience,
Comment le Rouvernement anglais a-t-ilp
laiffer allcr aux infinaations des colons
puainfi fe
dre leur orgâne ! comment a-t-il pu français. fe rendre 8c-feren- l'exécu- --- Page 77 ---
teur de pareils crimes. - inviter au meurtre & à l'afaflinat?
Cette conduite odieufe infpirera l'indignation & Thorreur
C
à tous lés hommes qui connoifient & qui refpedtent le
droit. des gens.
Arfitét que cette proclamation & ce traité furent
connus au Cap, les' cicoyens fe raffemibièrent à la maifon commune 2 & yjurèrent de périr tous jufqu'au dernier,
plurêt que d'accéder aux conditions propofées, plutôt que
de recevoir la loi, ni des Anglais, 2 ni d'aucunc autre
puiflance étrangère. Pénétrés de la plus profonde indignaticn; ils ont fait le ferment folemnel de défendre ie
terrein pied à pied', par-tout oû ils feroient attaqués, &
de ne fe replier qu'en réduifant en. cendres & en ravageant
entièrement lc pays qu'ils fcroient forcés d'abandonner.
Ils ajoutdient : ncus nous retiierons dans les montagnes,
nous y vivrons de racines & d'enn, jufqu'à ce que la
France nous envoie des fecours; & f les munitions de
zuerre nous manquert, nous nous défendrons avec des
oches. Ce fentiment étoit général , l'enthoulialine étoit
AI comble. Ainf,la proclamation du commandant anglais,
le traité des contte-révolationnaires français, n'ont proluit d'autre eftet que-de rallier.tous lcs cours., 2 tous tes
fprits, & d'accroitre leur énergic,
Voilà cependant les hommes qu'on ofe calomnier, à
jui l'on. relufoit la qualité d'honune (1), & qu'on juge
() On ne vouloit pas quc les citoyens de couleur fuffent
les perfonnes. L'art de IV des inftructiens du 28 mars 1700,
ifnit, toutes perfonnes libre, &c. : on ne vouloit pas quils
ulfenty être compris. Quant aux noirs qu'on aspeloit efclaves,
n ne les regardoit pas comne des.hommes : c'etoient des brutes 2.
es bétes de fervice. Les * ris lesplus modérés, les colons phiJophes lcs appeloient des inftrumens aretoires.
couleur fuffent
les perfonnes. L'art de IV des inftructiens du 28 mars 1700,
ifnit, toutes perfonnes libre, &c. : on ne vouloit pas quils
ulfenty être compris. Quant aux noirs qu'on aspeloit efclaves,
n ne les regardoit pas comne des.hommes : c'etoient des brutes 2.
es bétes de fervice. Les * ris lesplus modérés, les colons phiJophes lcs appeloient des inftrumens aretoires. --- Page 78 ---
n'ètre pas faits pour la liberté! Heurcufement pour Phumanité, les commiffaires civils n'ont pas partagé ces horribles préjugés qui outragent la raifon & la juftice. 4
Il paroit que dans les circonftances critiques où fe
trouvoit aul Cap le commiflaire civil, aprcs l'incendie
de cette ville, dans le dénuement de toute reffource
& d'approvifonnemens de tout genre, n'efpérant
maintenir l'autorité nationale
dans les forces
ti
pour
falloit que à leur
il
citoyens nouveaux qu'il
attacher
patrie 2
s'eft vu chaque jour amené à la grande mefure de la
liberté générale dans le Nord. La plupart des efclaves de
cette partie étoient en infurredtion depuis deux ans, & on
ne pouvoit pas efpérer de les faire rentrer jamais dans le
devoir. Les autres avoient été appelés à lal liberté, pour récompenfe d'avoir défendu les lois de la France & les
délégués de la république contre le criminel Galbaud &
fes complices. I ne reftoit prefque plus
les femmes &
les enfans, puifque les bommes fe difoient : vouloient être
guerriers pour obterir par-là leur liberté. Chaque jour les
demandes &cles follicitations de cescitoyens nouveanx (dont
ceux quiavoient combattu pour la république avoient de
juftes droits àfa recomoifc-ro)dereadiem,
preffantes;
ils iniploroient le commiflaire civil pour
femmes &
En
Jeurs enfans. A Pourquoi, difoient-ils, feroient-ils plus mal-
> heureux que nous? pourquoi êtes-vous juftes envers nous ?
> pourquoi fcriez- vous injuftes envers notre poftérité, qui
en'a jamais seule droit deré.
) nous sappartient, 8cque perfonne
)) duire à T'efclavage ?Ce -
font nos enfans, c'eft notre fang,
)) notre confolation, que nous vous demandons >. Il étoit a
craindre que ces guerriers, dans leur ardeur, ne penfaffent à employer leurs armes pour conquérir la liberté
de Jeurs femmes &c de leurs enfans, fi l'on s'obftinoit à
les refufer. Alors la colonie : fe trouvoit replongée dans
un nouveau chaos dont rien n'auroit pu la tirer, & la
fouveraineté nationale fc feroit trouvée compromife.
,
)) notre confolation, que nous vous demandons >. Il étoit a
craindre que ces guerriers, dans leur ardeur, ne penfaffent à employer leurs armes pour conquérir la liberté
de Jeurs femmes &c de leurs enfans, fi l'on s'obftinoit à
les refufer. Alors la colonie : fe trouvoit replongée dans
un nouveau chaos dont rien n'auroit pu la tirer, & la
fouveraineté nationale fc feroit trouvée compromife. --- Page 79 ---
D'ailleurs. 2 lc commiffaire civil étoit inftruit de toutes les
mancuvres des émigrés & des royaliftes qui, de corcert
avec les Efpagnols & les Anglais, cherchoient à attirer
tous les noirs dans leur parti (les Efpagnols leuravoient
même déja donné des libertés )-II paroit que ce commiffaire avoit aufi connoiffance du traité criminel pal6 par
les colons émigrés avec l'Angleterre, dans le mois de février précédent : alors il jugea, fans doute, qu'il n'yavoit
plus a balancer & qu'il ne pouvoit demander du temps;
T'extrémité où étoit la colonie ne lui en auroit vraifemblablement point accordé: il jugea fans doute qu'ilfalloit
créer à la France un grand nombre de défenfeurs, ou attacher davantage af canfe ceux qui lui étoient déja dévoués, & qui faifoient à St - Domingue la principale
force.
La fermentation des efprits augmentoit de joir en
jour : on avoit déja adreilé à la municipalité du Cap
plufieurs pétitions 'revêtués d'un grand nombre de fignatures, pour demander une atlemblés de commune, foidifant à l'effet de délibérer fur les moyens d'affurer la
tranquillité publique. La municipalité, après avoir confulté le commiffaire civil, avoit.déja même éludé
fieurs
plude ces demandes, Vers le 20 août, ces demandes
devinrent encore plus preffanies, & les pétitions fe répétoient fréquemment; les unes adrefces par, Un2 granle
&
nombre de ciroyens du 4 avril,, qui imploroient la jaflice
du commiffaire civil en faveur de ceux qui les avoient
courageufement fecondés 8c. défendus contre Galbaud;.
les autres étoient rédigées. par des blancs
Français reftés fideles & attachés à la républigue). (quelques
vouloient fubftituer à l'ambition de dominer les noirs qui
celle de les rendre heureux, & qui, pénétrés des. grands
principes; rougifloient. de voir les droits facrés de k
nature indignement violés, & des hommes fembiables a
ement fecondés 8c. défendus contre Galbaud;.
les autres étoient rédigées. par des blancs
Français reftés fideles & attachés à la républigue). (quelques
vouloient fubftituer à l'ambition de dominer les noirs qui
celle de les rendre heureux, & qui, pénétrés des. grands
principes; rougifloient. de voir les droits facrés de k
nature indignement violés, & des hommes fembiables a --- Page 80 ---
eux , vendus & paffant de main en main comme des
troupeaux. L'affemblée de commune fut enfin accordée
par la municipalité, qui: en fixa lc jour. Dans cette
affemblée, après plafieurs debats & difcuflions, on déeida d'aller en corps devant le déléqué de la république,
pour le frpplier dc lie pas laiffer languir plus long:
temps dans T'efclavage les femmes & les enfans de ceux
qui s'étoient généreufement dévoués à la défenfe de la
Trauce & de fes lois. Cette députation fut fort nombreufe; une fouie immenfe de femmes trainoient avec
elles leurs enfans, fuivoient les pétitionnaires, eriant
avec attendriffement : Vive la république françaife ! pive
la liberté! Arrivés chez le commiffaire civil, précédés
du bonnet de la liberté porté en triomphe comme figne
de ralliement & fymbole d'union', 2 femmes & enfans
tombèrent tous à fes pieds, tandis que les pétitionnaires
préfentoient leur demande. Le commiffaire promit de la
prendre en confidération., & qu'il feroit favoir dans
quatre Ou cinq jours fa décifions en même -temps it
les affura de fon dévouement à leur caufe & à leur
bonheur.
Arriva le 29 août, jour où le commiffaire déclara',
au nom de la républiqne françaife, la liberté & l'écalité
pour tous les individus dans la partie du nord 1e d 5 de
quelque couleur qu'ils foient, &c en annorçant que la
France les adoproit au nombre de fes enfans (1),
L'occafion parut alors favorable au commiffaire "civil
.
(1) Le délégui de la Répub'ique a accomparné cette procla
mation dun rènlement pour artacher att travail & à la cul-ure
les ouvricrs dis vles,8 les hommes des atelie s de la' plaine
movennant un falaire railonnable ou une part ennature dans ke
revenus. Cc règlument a été remis par nous au comité de falu
public.
es enfans (1),
L'occafion parut alors favorable au commiffaire "civil
.
(1) Le délégui de la Répub'ique a accomparné cette procla
mation dun rènlement pour artacher att travail & à la cul-ure
les ouvricrs dis vles,8 les hommes des atelie s de la' plaine
movennant un falaire railonnable ou une part ennature dans ke
revenus. Cc règlument a été remis par nous au comité de falu
public. --- Page 81 ---
d'exécuter le décret du 22 août 1792, qui manilelte la
volonté de l'affemblée nationale de donner aux colonies
des repréfentans; il a profité du moment oà la trahifon
de Galbaud & la fuite de fes complices avoient délivré
la partic du nord du plus grand nombre des ennemis
de la révolution françaile, pour faire cette nomination.
Regardant Tépoque de cette députation comme un hommage de foumiflion & de fidélité à la nation françaife
de la part des habitans & colons reftés fidèles, il a
convoqué les affemblées primaites dans les diverfes comla nomination
munes de la partie du nord (2), pour
à la
des électeurs, & ceux-ci ont élu leurs fix députés
Convention qui fe font empreffés de fe rendre en
France, où its efpèrent fc faire remarquer, fur-tout pat
leur dévouement â la république &c à la caufe de laliberté & de l'égalité. Ils appellent fur eux l'ceil févère de
l'opinion publique 5 ils ne veulent connoître ni parens,
devant lintérêt
ni
amis, ni propriétés partieulières
genéral : l'amour, le bonheur & la gloire de la patric 2
c'eft-a-dire de la France entière, fera pour cux une religion dominante.
Médiocreté ou pauvreté, mais la tiberté 6 Pégalite.
fierté de caraétère, courage, incorruptibilité, horreur
du defpotifimne ainfi que des indépendans, fédéraliftes &
les lois de la France,
royalifes; ; refpect inaltérable pour
voilà leur
& fidélité à la république une 6 indivifible:
profeffion de foi, voilà ce qu'ils promettent, 8 ce qu'ils
tiendront.
(2) Les députés des parties del'Ousfi & du Sud vont.artiver
inceffamment.
PARIS, DE LIMPRIMERIE NATIONALF.
reur
du defpotifimne ainfi que des indépendans, fédéraliftes &
les lois de la France,
royalifes; ; refpect inaltérable pour
voilà leur
& fidélité à la république une 6 indivifible:
profeffion de foi, voilà ce qu'ils promettent, 8 ce qu'ils
tiendront.
(2) Les députés des parties del'Ousfi & du Sud vont.artiver
inceffamment.
PARIS, DE LIMPRIMERIE NATIONALF. --- Page 82 --- --- Page 83 ---
A LA
CONVENTION NATIONALE,
De la maison d'arrét de Lazare 1 l'an deuxième
de la République une ct indivisiblc.
RemntsexTANs,
Polverel et Sonthonax sont décrétés d'aceusation depuis plus d'un an, et ils sont en liberté
dans Paris ! Accusé par Dufay , leur créature
et leur complice. 2 j'ai été arrêté au moment de
mon débarquement, et sans avoir été entendu;
j'ai été confondu avec les conspirateurs et les
traîtres !
I
Législateurs , ce n'est point ici le moment
d'examiner pourquoi Polverel et Sonthonax ne
se sont rendus au décret lancé contre eux
que
huit mois après en avoir eu connoissance, Il
n'est pas encore tems de rechercher les motifs
qui ont déteiminé ces deux dictateurs à convoquer de prétendues assemblées primaires dans
une ville qu'ils avoient détruite, (1) dont ils
(1) Il existe parmi mes papiers 1 déposés au comité de sûreté
générale de 1 un plan gravé du Cap incendié. On y verra que le
tandis quartier
l'arsenal, lc
dont j'étois le maitre * est resté intact 5
que
reste de la ville 2 occupé
les
Polverel ct Sonthonax y avoient fait entrer, par est
brigands que
ment bralé,
presque entiére.
A --- Page 84 --- --- Page 85 ---
Egas
-028be
V.
4o6 --- Page 86 ---