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coyig --- Page 3 ---
CONVENTION NATIONALE.
RELATION DÉTAILLÉE
Des évènemens mallicureux qui se SOTLE -
passés au Cap depuis P'arrivée du cidevant général Galbaud,usqw'ae moment
oit ilafait briller cette ville et a pris la
fiite.
PAR LES DÉPUTÉS DE LA PARTIE DU NORD
DE SAINT-DOMINGUE,
A LA CONVENTION NATIONALE,
AVEC UN SUPPLENENT DES ÉVÉNEMENS
SUBSÉQUENS.
IMPRIMÉ PAR ORDIE DU COMUrÉDTaBTAUCTION PUBLIQUE,
A PA RR I S,
DE LIMPRIMERIE NATIONALE,
L'an deux de la République. --- Page 4 --- --- Page 5 ---
I
Aa
AVERTISSE MENT
Pour faciliter lintelligence des faits conterus dans la
relation, 6 pour faire connoitre 6 difingusr les differentes factions qui Ont rigné dans ceite malheureufe
colonie.
I Oxna jamais fi en France la vérité fur les colonies:
ily a toujours eu trop de partis divers intéreffes à la
cacher. Ceux à qui elle eft parvenue & qui auroient pu
inftruire la France, ont été des traîtres & des intrigans
qui fe font toujours vendus à la cour qui vouloit fe faire
des poffeflions féparées, & de la France, & de fa conftitution; enfin, établir des colonies royales,
Depuis 4 ans, la colonie de Saint-Domingue eft en
proie à toutes les calamités, & déchirée par toutes fortes dc partis & de factions différentes 5 mais tous les dangers auxquels elle a été expofée ont toujours été l'ouvrage
de la paffion, de l'orgueil 6 des projets d'indépendanee
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des colons. Sans leurs complots contre les citoyens de
couleur & contre les décrets des 8 & 28 mars, aucune
fermentation n'eût pris un fâcheux caraétère, & les arif
tocrates, royaliftes &c contre-révolutionnaires n'auroient
fûrement pas eu fibeau jeu pour y exciter l'infurrection
des noirs, & les foulever au nom du tyran.
Dans le principe de la révolution, les habitans de SaintDomingue voulurent fingerl l'Affemblée conftituante, comme elle faire des décrets, comme elle ils vouloient conftituerles colonies. Chaque jour leur ambition s'accrut: bientôt ils ne gardèrent plus de melures; ils marchèrent ouvertement à T'indépendance, croyant que la France feroit trop occupée pour les arrèter dans leurs projets. Ils
avoient mal calculéleur plan révolutionnaire; ils croyoient
ne rencontrer aucun obftacle., mais ils trouvèrent une
réfiftance très-opiniâtre de la part du gouvernement militaire, qui , jaloux de conferver fon autorité, s'oppofoit
toujours à toutes leurs opérations.
Les contrer-évolutionnaires vouloient tout fimplement
enlever les colonies à la révolution, & l'autre parti vouloit les enlever à la France, 2 &: payer fes dettes par un
décret d'indépendance. Ces dernicrs, les rérolutionnaires,
vouloient renverfer les agens du gouvernement; , les détrônex, non paspour l'avantage de la révolution franpaife, mais afin, de s'emparer de l'autorité & de fe mettre à leur place. Ils font partifans de la révolution : oui!
loient tout fimplement
enlever les colonies à la révolution, & l'autre parti vouloit les enlever à la France, 2 &: payer fes dettes par un
décret d'indépendance. Ces dernicrs, les rérolutionnaires,
vouloient renverfer les agens du gouvernement; , les détrônex, non paspour l'avantage de la révolution franpaife, mais afin, de s'emparer de l'autorité & de fe mettre à leur place. Ils font partifans de la révolution : oui! --- Page 7 ---
hous en convenons, mais de la révolution qu'ils vouloient
faire pour eux > à leurprofit uniguement.
On voit que Ces deux partis étoient également ennèmis
de la révolution/ungaife, & tendoient tous deux au mêmé
but avec des vues différentes, 2 c'eft-à-dire, à la profcrire de
Saint-Domiague, Ils fc font long-temps combattuis; ils fe
déchiroient, s'outrageoient, s'injurioient, difoient deshorreurs les uns des autres. Ce qu'il y a de fingulier, c'eft
qu'ils avoientraifon tous deux dans toutle mal qu'ils difoient
l'un del'autre, dans toutes les inculpations qu'ils fc faifoient:
ils éroient également coupables. Ils avoient raifon l'un
contre l'autre, mais tous deux tort contre la France. Cela
explique le mal que les foi-difant patriotes difoient de
Blanchelande & autres
contre-révolutionnaires en grand
nombre dans notre pays, Ce qui a fait à nos prétendus
patriotes de Saint-Domingue beaucoup de partifans, & a
induit en erreur beaucoup de vrais patriotes de France,
qui feront d'autant plus indignés d'avoir été trompés. Ce
n'eft pas lc mal qu'on peut dire d'un contre-révolationnaire, parce qu'ila contrarié nos vues, 2 qui peut faire un
patriote,
L'audacc des detix partis prit dc jour en jour de nouvelles forces par la réfifiance qu'oppofoit le
traire. Tous les deux cherchoient à
parti conbre de leurs
augmenter le nompartifans; tous les deux haifoient également
les citoyens de coulcur: mais le gouvernement avoit et
Tadreffe de les rallier d'abord à fon parti.
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ationnaire, parce qu'ila contrarié nos vues, 2 qui peut faire un
patriote,
L'audacc des detix partis prit dc jour en jour de nouvelles forces par la réfifiance qu'oppofoit le
traire. Tous les deux cherchoient à
parti conbre de leurs
augmenter le nompartifans; tous les deux haifoient également
les citoyens de coulcur: mais le gouvernement avoit et
Tadreffe de les rallier d'abord à fon parti.
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Le parti des indépendar s'étoit aflocié CC qif'enlangage de grands planteurs on appcloit avec mépris les
petits blancs, c'eft-à-dire la claffe des ouvriers, économes, gérans, marins, 8cc., qui font très-nombreux
dans les colonies. Ces hommes font plus cftimables, fans
doute, plus près d'être amis de la France que les colons
g ands planteurs ; mais ils font égarés & trop orgucilleux
de ce que la nature les a fait blancs, comme s'il y avoit
une priorité decoulcurautre que la moralité. Il fereniorçoit
auffi de quelques foldats, bien intentionnés fans doute,
mais qu'il parvenoit a foduire également.
Ce parti aigriffoit 2 excitoit fans ceffe fes fatellites contre les citoyens de couleur; & l'efprit de domination 6
naturel à tous les hommes, Cette foibleffe humaine qui
nous égare fi fouvent, rendoit ces exécuteurs fufceptibles de toutes les impulfions qu'on vouloit leur donner,
De l'autre côté, le
&
fes
:
gouvernement
tous
agens,
ainfi que tous les colons qui s'étoient rangés de ce parti,
animoient à leur tour les citoyens de couleur : ainft ils
brouilloient, ils divifoient tout, & par la perfidis la plus
raffinéc, ils mettoient leurs ennemis aux prifes entre eux,
afin de les détruire les uns par les autres: ainfi ils marchoient à leur but en fatisfaifant leur orgu cil.
Les malheurcux citoyens de couleur dtoientopprimés
par in parti, foutenus par T'autre, déteftés par tous deux.
étoient lc jouet du gouvernement & les inftrumens
couleur : ainft ils
brouilloient, ils divifoient tout, & par la perfidis la plus
raffinéc, ils mettoient leurs ennemis aux prifes entre eux,
afin de les détruire les uns par les autres: ainfi ils marchoient à leur but en fatisfaifant leur orgu cil.
Les malheurcux citoyens de couleur dtoientopprimés
par in parti, foutenus par T'autre, déteftés par tous deux.
étoient lc jouet du gouvernement & les inftrumens --- Page 9 ---
aveugles de fon ambition. Lc gouvernement fentoit bien
que c'étoit la foule force des colonies, & qu'il ne pouvoit fe foutenir & arriver à fcs fins que par citx; il avoit
l'art de les exciter, de les irriter contre l'autre parti, &
paroiffoit les protéger 2 les foutenir contre l'opprelfion.
Cette divifion favorifoit d'aatant plus les vues du gouvernennent; car fi-la réunion des citoyens de couleur avec
ceux qui vouloient détraire le gouvernenent s'étoit faite
de bonne foi, celui-ci eût été anéanti du premicr coup
qu'on auroit porté; & fi ceux qui s'appeloient révolutionnaires, patziotes, euffent été fincères, avoient travaillé
pour la France & ncn pour eux, la colonie étoit fauvée & n'auroit jamais éprouvé la moindre commotion;
on auroit évité tous les mouvemens de guerre civile &
tous les maffacres qui ont eu lieu dans diverfes occafions. Mais cesgéns quicrioient vive la Nation ! fc croyoient
toujours un peuple à part, une puiffance 5 & leur mot
d'ordre étoit, vive nous 2 Nation, nous, peuple fouverain,
peuple à part. Iis avoient fait placer dans l'intérieur de la
falle de l'Affembléc colcniale uin tableau allégorique qui
prouvoitleur amour pour la révolution, non pourcelle de la
France, mais pour celle qu'ils vouloient faire pour eux,
La liberté du commerce étoit repréfentée par l'afluence
des pavillons étrangers, & il y avoit une fortereffe dout
le canon tiroit ou étoit braqué fur un navire français,
Cela n'eft-il pas un emblême bien caraétérifé d'indépendance?
Ces indépendans 2 Ces révolutionnaires de Saint-DominA 3
voitleur amour pour la révolution, non pourcelle de la
France, mais pour celle qu'ils vouloient faire pour eux,
La liberté du commerce étoit repréfentée par l'afluence
des pavillons étrangers, & il y avoit une fortereffe dout
le canon tiroit ou étoit braqué fur un navire français,
Cela n'eft-il pas un emblême bien caraétérifé d'indépendance?
Ces indépendans 2 Ces révolutionnaires de Saint-DominA 3 --- Page 10 ---
gue, qui compofoient, qui ont toujours compofé, du
moins cn majorité les affemblécs coloniales, ne vouloient
abfolument fc préter à rien fur Ie conpte des citoyens
de couleur; ils nc vouloient pas entendre parler d'égalité, nique Ces citoyens puiffent jouir d'ancundroit politique, iis aimoient mieux n'en avoir aucun eux-mémes
que de les partager avec ce qu'ils appeloient les gens de
couleur, & en Ce fens, maigré leur haine pour les contre-révolutionnaires (ce qui n'ef pas pourtant du patriozifme), ils auroient volonticrs fecondé, protégé la contre-révolation, le retour de l'ancien régimc, tant l'orgueil avoit d'empire fur leur efprit, II faut que l'on fe
perfuade, avant de lire la moindre chofe de ce qui a
rapport aux colonies, que tous les préjugés que l'on a
détruits en France, que toutes les ariftocratics anéanties,
lariftocratic nobiliaire, l'ariftocratie facerdotale, T'ariftocratie parlomentaire, Sc., ne font rien en raifon du préjugé de la nobleffe des couleurs dans les colonics. L'orgueil y eft la bafe, le mobile de toutes les aftions. Les
deux partis 2 guoigu'ennemis jurés, fc fort fouvent rapprochés & fe font toujours réunis auflitôt qu'ine loi de
la France attaquoit leur orgucil. A lépoque da décret du
15 mai, &c le parti des affembiées coloniales, & celui
du gouvernement, fe réunirent entièremont pour) y oppofer la ples grande réfiflauce. Cette oppofition a caufé
bien des maux.
Depuis, à lépoque de Tiofureckon, pcur engager
, fc fort fouvent rapprochés & fe font toujours réunis auflitôt qu'ine loi de
la France attaquoit leur orgucil. A lépoque da décret du
15 mai, &c le parti des affembiées coloniales, & celui
du gouvernement, fe réunirent entièremont pour) y oppofer la ples grande réfiflauce. Cette oppofition a caufé
bien des maux.
Depuis, à lépoque de Tiofureckon, pcur engager --- Page 11 ---
les citoyens de coulenr à s'armer pour combaltre les noirs,
l'affemblée coloniale avoit promis de faire pour les citoyens de couleur, plus même que n'accordoit le décret
du 155 mais elle n'a pas tenu parole. Pendant qu'clle
faifoit ces promeffes elle ne vouloit que gagner du temps;
elle atterdoit le décret da 24 feptembre, qui révoquoit
le décret du ES mai, & laifoit les colons maîtres du
fort des hommes de coulour, décret tant follicité & fi
bien acheté aul traitre Barnave. Cotte coupable aflemblée
coloniale auroit pu ufer de cette puiffance pour fairele
bien, mais ce qui prouve fa mauvaife foi, c'eft qu'elie
ne fit rien, rien du tout. Il falloit bien à fes membres
un prétexte, ils en cherchent fans cefle & en trouvent
toujours. On prétendit qu'il y avoit, depuis Tinfurredion des noirs,quelques citoyeusde couleur méiés parmi
ellx, & qui avoient embraffé leur parti, parce que le
gouvernement avoit eil ladrefle de les animer contre le
jugement rendu contre Ogé, leur frère, 2 que le gouvernement lui-même avoit concourt à faire affaffiner. L'affemblée coloniale d'alors, prétendit qu'il failoit que les
hommes de couleur mifent provifoirement bas les atmes, après cela qu'eile verroit Ce qu'eile auroit à faire
pour eux.
Coux des citoyens de coulcut qui avoient été obligés
de fe refugier dans les montagnes pour fair lours tyrats,
& qu'on difoit engagés dansls parti des noirs infurgés,
fentirent bien que s'ils étoient rentrés dans la ville,ou
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ée coloniale d'alors, prétendit qu'il failoit que les
hommes de couleur mifent provifoirement bas les atmes, après cela qu'eile verroit Ce qu'eile auroit à faire
pour eux.
Coux des citoyens de coulcut qui avoient été obligés
de fe refugier dans les montagnes pour fair lours tyrats,
& qu'on difoit engagés dansls parti des noirs infurgés,
fentirent bien que s'ils étoient rentrés dans la ville,ou
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S
avoient rendu leurs armes (en fuppofant qu'ils fuffent
nrmés),c'en étoit fait d'eux, ils étoieit tous enchainés
& livrés ail frpplice. Ils fe fouvenoient qu'à Tépoque du
décret du 15 mai on avoit voulu les affalliner tous; qu'on
couroit fur eux comme fur des bétas fauves; & ils ne
volurent pas confentir à la propofition qui leur étoit
iaitc par la perfide affemblée coloniale. Les deux partis reftèrent donc divifés, la guerre continua, fans doute, fclon les voeux des agens du gouvernement, mais toujours
par l'orgueil des colons.
On doit obferver que Jcs quatre-vingt-dix-neuf centièmes des citoyens de couleur qui étoient reftés dans les
villes Ou dans leurs quartiers, & qui même avoient combattu avec les blancs contre les infurgés, ne dcvoient point
exciter la colèrc des colons, mais bien plutôt leur reconnoiflance, ni porter la peine de leurs frères (quand méme ils auroient été coupables ): on auroit donc dû ftatuer fu: lcurs droits politiques 5 mais l'orgueil Temporta
toujours. On vouloit gagner du temps, On attendoit la
contro-révolttion, on ne fit rien du tout pour eux.
Il cft à ranarquer que la conduite des agens du gouvernement, ariftocrates, contre-révolutionnaires, royaliftes, 8cc., étoit abfolument différente, & tendoit cependant at même but; ils protégeoient de temps en temps
Jes citoyens de coulcur ouvertement, mais fans plus de
bonne foi. Ils plaidoient pour eux; ils crioient tous :
C'eft une horrcur de ne pas ftatuer far lcurs droits poà
ne fit rien du tout pour eux.
Il cft à ranarquer que la conduite des agens du gouvernement, ariftocrates, contre-révolutionnaires, royaliftes, 8cc., étoit abfolument différente, & tendoit cependant at même but; ils protégeoient de temps en temps
Jes citoyens de coulcur ouvertement, mais fans plus de
bonne foi. Ils plaidoient pour eux; ils crioient tous :
C'eft une horrcur de ne pas ftatuer far lcurs droits poà --- Page 13 ---
litiques; il faut leur accorder ce qu'on leur a promis.
Mais entre CHX ils difoient: Qu'eft-ce que ccla fait? accordons-leur tout 2 -cent fois plus qu'ils nc demandent
comme
même : conme la contre-révolution eft fire, c'efe
f 012 ne leur accordoit rich Quelle perfidic : quelle
infamie! quelie horreur! ils vouloient à toutc force empécher la révolution de pénétrer, de s'établir dans les
colonies.
Enfin, vint le décret du 4 avril qui, étant fondé fur
la juflice, devoit nous fauver, & qui cependant nous a
caufé encore bien des maux.
Il faut fc bien perfizader qu'il en a été pour ce décret
comme pour tous les autres, qu'on a toujours été de mauvaife foi, que l'orgueil a toujours tout conduit, 8 que
ceux qui paroiffoient en réclamer l'exécution avec le plus
de chaleur, ne cherchoient que leur intérêt & non celui
de la France, & ne vouloient quc fervir leur parti ou
fatisfaire leurs paflions, leur ambition. Il y a dans la loi
du 4 avril un article favori des colons, qui dit qu'il
fera formé une affemblée coloniale. Les indépendans fe
font fur-tout paffionnés pour cet article, & ont paru accéder à cette loi, uniquement afin d'obtenir l'exécution
de cet article. Voici comme ils raifonnoient : Ne paroiffons pas nous oppofer à la loi du 4 avril; difons
qu'elle eft exécutée: alors la miflion des commiffaires
civils envoyés pour l'exécution de cette loi & pour rétablir l'ordre, fe trouve finie; alors ils s'en vont : nous
n'avons plus de contradicteurs, & nous pouvons faire
ont paru accéder à cette loi, uniquement afin d'obtenir l'exécution
de cet article. Voici comme ils raifonnoient : Ne paroiffons pas nous oppofer à la loi du 4 avril; difons
qu'elle eft exécutée: alors la miflion des commiffaires
civils envoyés pour l'exécution de cette loi & pour rétablir l'ordre, fe trouve finie; alors ils s'en vont : nous
n'avons plus de contradicteurs, & nous pouvons faire --- Page 14 ---
IO
tout Ce que nous voulons. Il eft bien vrai qu'auffitôt
qu'il y aura dans Ce pays une affemblée coloniale établie, elle parviendra toujours à paralyfer, à maitrifer, à
anéantir l'autorité nationale. II y a encore un très-grand
avantage pour CCS cntrepreneurs de révolution, à paroître
avoir adopté la loi du 4 avril & à expulfer des délégués de la France qui auroient
toujours des yeux cuverts fur leur conduite; c'eft qu'alors que cette loi cft
exécutéc, l'article XV, qui dit gu'aucuns officiers génénéraux, adminifrateurs ou ordonnateurs, quiferont nommés pour le rétablifement de l'ordre dans les colonics,
ne pourront être choifis parmi les citoyens ayant des proprictés dans les colonies, fc trouve anéanti ; & alors les
colons efpèrent, fous le nom & fous le prétexte impoftcur de localités, obtenir pour chefs, foit civils, foit
militaires, des colons ayant des propriétés dans les COlonies, Ou- tenant à ceux qui en ont, ou des hommes
de l'ancienne affemblés dc Saint-Marc, ou de leurs protégés danis Ce temps, ou des hommes de l'ancienne Affemblée conftituanie, ou enfin desgens à leur dévotion, qui,
s'il le faut, ils pourront procurer des propriétés en leur
en faifant acheter, afin de les conduire & de les diriger
par leur propre intérêt; Oul bien ils fe lcs allocieroient
par un mariage à leur convenance : en un mot, il n'y a
pas de moyens qu'ils n'emploicroient pour les féduire.
II eft à remarquer que toujours lcs coions ont été aceoutumés à prendre dans tous les décrets, foit qu'ils leur
foient perfonnels, foit qu'ils foient particuliers à la France,
procurer des propriétés en leur
en faifant acheter, afin de les conduire & de les diriger
par leur propre intérêt; Oul bien ils fe lcs allocieroient
par un mariage à leur convenance : en un mot, il n'y a
pas de moyens qu'ils n'emploicroient pour les féduire.
II eft à remarquer que toujours lcs coions ont été aceoutumés à prendre dans tous les décrets, foit qu'ils leur
foient perfonnels, foit qu'ils foient particuliers à la France, --- Page 15 ---
II
tout CC qui peut convenir à leurs intérêts & fatter leurs
paflions; mais aufli ils rejettent également tout Ce qui
pourroit les contrarier.
Nous avons été ainfi victimes de tous les partis, &
déchirés en tous fers.
Les Briflotins, les Girondins, qui d'abord avoient paru
vouloir fauver notre pays, & qui avoient profeffé les
grandis principes pour fe popularifer, fe font ligués
avec nos ennemis pour nous tralir.
Pour fc faire aimer du peuple, pour captiver fa bienveillunce, il falloit bien parler fon langage: c'eft ce que
ficnt Briffot & fes amis. Dans l'affaire des colonics, ils
fe rangèrent du parti de la juflice, &c défendirent la caufe
des citoyenis de couleur, fans doute plutôt par amour
propre & par haine pour Barnave fon ennemi, que par
Thonorable fontiment d'humanité, comme l'a fait Robefpierre.
Comme le peaple eft jufte par inflinet, Briffot parut
jufte par politique.
AuffitSt qu'il eut démafqué la faction dominante alorss
qu'ilavoit attaquée, combattue & renverfée, uniquement
pour prendre fa placc, alors il ne confulta plus quc fon
intérêts &, jaloux de gouverner, il fe vendit à la coura
promit de fervir fa canfe, & établit fon fyftème de
domination, d'accord avcc fes complices.
Mais il falloit bien avoir quelques complaifances
pour
ut
jufte par politique.
AuffitSt qu'il eut démafqué la faction dominante alorss
qu'ilavoit attaquée, combattue & renverfée, uniquement
pour prendre fa placc, alors il ne confulta plus quc fon
intérêts &, jaloux de gouverner, il fe vendit à la coura
promit de fervir fa canfe, & établit fon fyftème de
domination, d'accord avcc fes complices.
Mais il falloit bien avoir quelques complaifances
pour --- Page 16 ---
la cour & feconder fes deffeins. Là commencent, fuivant
nous, les erimes de Briffot fur les colonies, & c'eft là
la caufe des derniers malheurs que nous avons éprouvés
depuis.
A ceite époquc, il s'agiffoir d'envoyer des commiffaires
civils & un goutverneur à Saint-Domingue, Il cût été
top grofker de nominer pour cette expédition toushommes de l'ancien régime & connus par leur conduite ariftocratique ou feuillantine. II falloit bien, pour en impofer, nommer des hommes qui avoient une réputation
de patriotifme, alin de faire pafler les autres. On fuivit
la tactique accoutumée, de mélanger fi bien les choix, de
nianière à les rendre abfolument nuls. C'étoit là la force
d'inertie fi familiere à la cour. On choilit donc adroitement Polverel & Santhonax, qui étoient membres des
Jacobins (malgré la haine qu'on portoit à cetie fociété);
mais on leur donna pour collègue Aillaud, robinocrate
entêté de fes préjugés, fcuillantin ridicule, modéré par
foiblefle & par ignorance; cnfin un homme d'une nullité parlaite. Par CC moyen, on femoit d'avance la divifion entre cux trois; on étoit bien sûr que les jacobins
& l'ariftocrate leuillantin ne feroient jamais d'accord;
& pour peu que les deux jacobins vinffent enfuite à
différer entre eux d'opinion, je ne dis pas même fur' les
principes, mais fur lcs moyens, on efpéroit les mettre
aux prifes cnfemble. De-là les divilions, les prétentions
de l'amour proprc, les haines & les chances de trouble
& de guerre civile.
toit bien sûr que les jacobins
& l'ariftocrate leuillantin ne feroient jamais d'accord;
& pour peu que les deux jacobins vinffent enfuite à
différer entre eux d'opinion, je ne dis pas même fur' les
principes, mais fur lcs moyens, on efpéroit les mettre
aux prifes cnfemble. De-là les divilions, les prétentions
de l'amour proprc, les haines & les chances de trouble
& de guerre civile. --- Page 17 ---
Ce n'étoit pas aflez: en choififfant Defparbès, ancien
favori de Louis XV, par conféquent ariftocrate incurable, Cet homme qui, malgré Jes fuixante-quatore ans,
s'étoit dévoné pour fervir la cour atl point de s'expatrier à dix-huit cents lieues (cc qui feul devoit le rendre
fufpeét), On étoit bien str de femer la divifion entre
les autorités civiles & militaires; &, de peur de manfon roup, le minifère d'alors avoit fait expédier à
quer
Defparbis un brevet copié mot à mot fir celui des
gouverneurs de l'ancien régime ( du temps où ils étoient
dépofitaires de l'autorité la plus defpotique). Voilà comme on commença par paralyfer cette expédition, qui devoit fauver la plus importante de vos colonies.,
Les intrigans qui avoient conçu ce projet" "perfide ne
manquèrent pas leur coup. Les divifions commencèrent
entre les commiffaires civils & le gouverneur, dès le premier jour de l'arrivée à Saint-Domingue, même avant
de defcendre à terre ; & les membres de l'affemblée COloniale d'alors, compofée de deux partis rivaux l'un de
l'autre, mais non affez ennemis pour ne pas fe réunir
contre les lois de la France, s'applaudirent de voir les
commiffaires & le général divifés entre eux; & par inftinét, par habitude, par goit mêmc, fe rangèrent du
parti du ci-devant grand feigneur, du lieutenant-général
des armées du roi, du cordon rouge, enfin du ci-devant comte. Tous les colons grards planteurs 2 qui
font tous' nobles, tous hauts & puiffans feigneurs, tous
priaces fur leurs terres, fc rangèrent aufli du même côté.
nt de voir les
commiffaires & le général divifés entre eux; & par inftinét, par habitude, par goit mêmc, fe rangèrent du
parti du ci-devant grand feigneur, du lieutenant-général
des armées du roi, du cordon rouge, enfin du ci-devant comte. Tous les colons grards planteurs 2 qui
font tous' nobles, tous hauts & puiffans feigneurs, tous
priaces fur leurs terres, fc rangèrent aufli du même côté. --- Page 18 ---
Vos délégués reftèrent feuls, & sûrement ils ne furene
pas peu embarraffés dans Ieur début, d'autant plus
que
prefque tout l'état - major venu avec Defparbès, étoit
compofé de la mémc manière; & fa conduite depuis
juftific bien tout Ce quc nous venons de vous expofer.
Les intrigans Briffotins, Girondins & autres qui avoicnt
voulu fervir la cour, n'avoient plus rien à defirer. Ily
avoit licu de croire, ou que tout réuffiroit au gré de
leurs defirs, c'eft-à-dirc, que le parti de la cour triompheroit, ou qu'au moyen des germes de divifion qui
avoient été fi bien diftribués, au moins il ne fe feroit
rien du tout; ce qui, d'une autre maniere, étoit fervir
la cour.
Leur pian étoit fi bien conçu & fut fi bien exécuté,
que cette expédition, vous le favez, n'a eu aucun fiaccès. C'eft le même parti qui a facrifié les hommes de
couleur qu'il avoit fervis dans les commencemens de la
révolution; & fi ce parti n'avoit pas été démafqué, nous
étions perdus fans reffource.
Depuis l'arrivée de Defparbès à Saint-Domingue, quoique les intrigans fuffent les maitres de tout diriger, ils
ont abandonné la colonie de Saint Domingue à eilemême, ils nous ont laiflé fans nous donner aucune
nouvelle : il y a dix mois que nous fomnes dans une
ignorance complète de Ce qui fe pafle en France. On,
ne Jaiffe rien pafler: les Anglais, d'accord avec les COlons & les intrigans qui défoloient la France, intercepien:
bès à Saint-Domingue, quoique les intrigans fuffent les maitres de tout diriger, ils
ont abandonné la colonie de Saint Domingue à eilemême, ils nous ont laiflé fans nous donner aucune
nouvelle : il y a dix mois que nous fomnes dans une
ignorance complète de Ce qui fe pafle en France. On,
ne Jaiffe rien pafler: les Anglais, d'accord avec les COlons & les intrigans qui défoloient la France, intercepien: --- Page 19 ---
toutcs les communications. On ne laiffe palfer qu'une
feule cfpèce de nouvelles, que la France eft déchirée,
qu'elle va être partagée entre toutes les puiffances, ou
bien quc Louis XVII eft fur le trône, que les
temens
déparmarchent fur Paris, &c.
Ce filence envers la colonie, ce filence dont nous
nous plaignons, étoit f coupable, que feul 1l pouvoit
nous perdrc. Dans un pays éloigné, il vaudroit mieux
avoir de mauvaifes nouvelles, s'il en exifloit,
de
n'en avoir pas du tout ou que d'en avoir d'incertaines, que
d'avoir de ces bruits vagues qu'accréditent la méchan-.
ceté & la perfidie. Les colons mal intentionnés
doient
répanles nouvelles les plus finiftres; ils difoient : C La
)) France nous abandonne; elle ne veut plus de nous;
> elle veut nous laiffer indépendans >. Par-là ils perfiadoient aux uns qu'ils. étoient dégagés de tout envers la
France, & par ces tableaux impofteurs ils épouvantoient,
ils alarmoient les gens timides; c'eft ainfi qu'ils
noient à détacher, à aliéner tous les efprits & tous parve- les
cacurs, de la France.
Ce filence étoit fi coupable, qu'il laifloit à eux-mêmes
deux hommes qui avoient un pouvoir immenfe &
qui
pouvoient en abufer. Ce que nous difons eft d'autant
plus vrai, qu'il eft néceffaire que Ce pouvoir immenfe
1e
exifte quand on eft à dix-huit cents lieues, fur-tout
dans Z12 temps de révolution $ & il y a un grand vice
dans le gouvernement qui nous dirige
aétuellement, car --- Page 20 ---
ce pouvoir eft trop fort pour n'être remis qu'à deux ou
trois perfonnes. Nous voulons dire que VOS délégués à
Saint-Domingue font trop peu pour un G grand pouvoir, & qu'un f grand pouvoir eft trop pour deux.
Les colons intrigans ne vous ont pas préfenté cette
vérité fous le méme jour que nous; ils fe garderont
bien de VOUS demander une nouvelle autorité civile,
puiflante, clairvoyante, dirigée par des hommes connus
par UIR patriotifme à toute épreuve, & qui nic leur
foient pas dévoués; enfin, pris parmi les meilleurs patriotes des Jacobins. Ils vous demanderont une afiemblée coloniale, afin de tuer l'autorité nationale; dans
cette aflemblée, ils régneront fous le nom de VOS commiffaires, ou bien ils paralyferont, rendront nulle leur
autorité,
Nous, aul contraire, nous conjurons le Peuple français de nous accorder les hommes les plus févères, les
plus rigoureux, les plus difficiles en patriotifme, nous
vous demanderons avec cela quelques guiliotines &c un
bon tribunal révolutionnaire.
Ne vous laiffez pas égarer par le mnot localités; chacun de vous qui n'a pas été dans les colonies, en fait
autant que nous pour les gouverner : il ne vous faut,
pour réuffir, que des intentions pures, un coeur droit,
de la patience, de la bonne foi, de la juftice.
Sur-tout, pour grace exprefle, nous vous demanderons, pour ce moment de révolution & d'organifation 2
des
erons avec cela quelques guiliotines &c un
bon tribunal révolutionnaire.
Ne vous laiffez pas égarer par le mnot localités; chacun de vous qui n'a pas été dans les colonies, en fait
autant que nous pour les gouverner : il ne vous faut,
pour réuffir, que des intentions pures, un coeur droit,
de la patience, de la bonne foi, de la juftice.
Sur-tout, pour grace exprefle, nous vous demanderons, pour ce moment de révolution & d'organifation 2
des --- Page 21 ---
des hommes qui n'aient point été dans les colonies, parce
qu'ils n'auront point de préjujés; & fur-tout qu'ils n'y
alent point de propriétés. Nous pourrions aufli vous
demander qu'aucun de ceux qui ont fiégé dans des affemblées coloniales ou corps pepclaires avant Terécution
de la loi du 4 aviil, ne puiffent occuper aucures Flaccs
dans nos colonies avant fx ans apris la tranguillité rétablie.
Mais revenons, la fuite des événemens de Saint-Domingue.
Vos délégués ont déporté des agitateurs; les itrigans
que vous avez punis, qui ne vouloient pas fauver SaintDomingue, les ont protégés, finon ouvertement 2 aul
moins comme ils étoient ligués, avec tous VOS ennemis, ils n'ont pas voulu faire punir ceux qui étoient
leurs agens, ou lcs agens de leurs complices.
Ccs agitatenrs ont échappé aux châtimens qu'ils méritoient, & n'ont pas été pourfitivis.
De-là font venus fiucceflivement tous nos maux. 2 parce
que limpunité encourage le crime. Ces meneurs, Ces
foi-difant direéteurs de la révolution, étoient bien éloigné; de faire panir lesfastieux qui favorifoient leurs projets
perfides; ils fe font même ligués, à l'époque du fédéralifme, 2 avec tous les colons, Ou négocians ariftocrates &
royaliftes, dans nos principales villes de commerce, parce
qric Ce fvftême étoit pariaitement conforme aux vues de
Relation détaillée, Gc.
B
eneurs, Ces
foi-difant direéteurs de la révolution, étoient bien éloigné; de faire panir lesfastieux qui favorifoient leurs projets
perfides; ils fe font même ligués, à l'époque du fédéralifme, 2 avec tous les colons, Ou négocians ariftocrates &
royaliftes, dans nos principales villes de commerce, parce
qric Ce fvftême étoit pariaitement conforme aux vues de
Relation détaillée, Gc.
B --- Page 22 ---
ceux-ci, puifqu'en créant à chaqnc département une puis.
fance particulière, c'étoit accerder aux colons CC régime
intéricur, Ce corps légiflarif qu'ils demandent depuis fi
lone-remps, c'eft-à-dire, cette ndépendence de fait tant
defiréc par cux.
Voila comme les enrenis cnt fait la paix entre cux,
fin de tourner leurs armes contre la
car.
Républiques 2
ne vouS y trompez pas, Ces colons qui ont paru fi acharnés contre Briffot, étoient, je le répète, comme rovaliftes & fédéraliftes, fecrètément d'accord ayec lai; mais
cependant iis n'ont pas été-fichés de voir la culbite &
le fitpplice de Briflot, pour fc venger de ce qu'il les
avoit f bien connus.
I.cs fideies agens des colons, en France, fost Page &
Braley, 2 qui ent été envoyés commiffaires pers le tyran
uniguement, avec des inftruétions pour ne traiter qu'avec
le yTan, & pour fe fouftraire à toute Affemblée 011 Convenrion nationale. Et on n'inagineroit pas par qui CCS
commiffaires ont été envoyés? Par une réunion de CJIons, fans titre, fans qualité, s'intitulant affemblée coleniale, mais ne Fayant jamais été. II eft vrai qu'ily avoit
LHI décret qui ordonnoit qu'ily auroit une aflemblée COloniale; mais ii étoit dit qu'clle fcroit établie fuivant les
formes preferites par le décrct du 8 mars & les inftructons du 28 mars. Jamzis CCS formes n'ont cté fuivics; ;
i r'y a donc jamais cu d'effemblie coloniale. Qu'on
demande à Ces prétendus commiftaires d'exbiber leur -
eft vrai qu'ily avoit
LHI décret qui ordonnoit qu'ily auroit une aflemblée COloniale; mais ii étoit dit qu'clle fcroit établie fuivant les
formes preferites par le décrct du 8 mars & les inftructons du 28 mars. Jamzis CCS formes n'ont cté fuivics; ;
i r'y a donc jamais cu d'effemblie coloniale. Qu'on
demande à Ces prétendus commiftaires d'exbiber leur - --- Page 23 ---
nilion. D'ailleurs, quand cette afemblée cclonials auroit
été légale, elle n'avoit donné qu'ine commiflion ad hoc :
uiquement pour oblenir la fanfion du tirai fur un
arrêté de cette foi-difant aflembiée colonialo; arrété qu'elie
vouloit eppeier décret, comme un acte de fa fouveraine
puiflance.
-
Cettc affemblée coleniaie 2 la fureur de"faire parler
d'elle.8 veuttoujours repréfenter & êure repréfentée partout, momc cnningleterre. Lès colons contre-rétolaitionnaises
fort la Farodic des émigrés 5 ils croicnt repréfenter la
colonie, cotme lcs dmigrés voulcicne reprefenter i Nation d. Coblenti,s eil nonmant ie fière du tyrent dla re
gencc.
-
Pour mettre le comble à tous fes crimes, la coalition
de fédéraliftes avoit eu foin de nous envoyer à Saint-"
Domingue, Gaibaud, le peride Gaiband, qui, fdele dla
mifion que Ini avoit donnée fon général Dumouriez, eft
venu tout bouleverfer, dévafter & bréler Aa ville du
Cap. C'oft à lui, c'eft à ce monfre, & fans doute à
Briffot & à tcus fes complices, qui l'étoient de Dumouvicz, à qui nons devons toutes les calamités dont
vcus allez voir l'affieux tablenu. Nous gémiffons fous le
poids de nos maux, & nous fommes 6
fatigués par l'indignation que nous infpirent de parcilles atrocités, qu'à
peine nous refte t-il la force de vous les retracer. Lifez,
lifez, & conful:ez tous ceux arrivés depuis peur de Sainie
Domingue, non pas les déportés, les énigrés, ni Ceux
B: 2 --- Page 24 ---
s0
qui ont fui avec Gaibaud; mais CCtix qui ont refté à leur I
pofte. Que l'on interroge Jonney, colonel du bataillon
de la Loire-Inférieure ; Maublanc, capitaine des grenadiers
du régiment no. 16,cnfin tous ceux qui arriveront fucceflivement du parti oppofé aux.contre-révolutionnaires, & on
pourra juger. Qu'on interroge aufli, fi l'on veut, une douzaine de dragons du feizième réginent, nouvellement arrivés
en France, que nous ne connoiffons pas, mais qui nous
ont toujours paru trop fideles à la République pour que
nous n'ayons pas une grande confiance dans le témoiguage d'auffi bons foldats.
Pénétrez-vous bien d'une grande vérité, c'eft que le
patriotifme de ce qu'on appeloit colons, ef la haine de
la France, & qu'ils n'étoient pas méme bons Français
dans l'ancien régime.
nouvellement arrivés
en France, que nous ne connoiffons pas, mais qui nous
ont toujours paru trop fideles à la République pour que
nous n'ayons pas une grande confiance dans le témoiguage d'auffi bons foldats.
Pénétrez-vous bien d'une grande vérité, c'eft que le
patriotifme de ce qu'on appeloit colons, ef la haine de
la France, & qu'ils n'étoient pas méme bons Français
dans l'ancien régime. --- Page 25 ---
RELATION DÉTAILLÉE
Des événemens malheurcux quife font paffés all Cap
depuisl'arrivéc du ci-devant général Galbaud,/ufgu'o
moment oic ila fait briler cette ville 6 1 a pris lafuite :
PAR LES DEPUTÉS DE LA PARTIE DU NORD DE
SAINT-DOMINGUE,
A. LA CONVENTION NATIONALE.
AVEC UN SEPPLEMEXT DES LVÉNEM E NS.
SUBSEQUENS.
Les commiffaires civils de la République, délégués à
Saint Domingue, ) veillant, comme c'étoit leur devoir, fur
les intérêts dela France, ,2 après avoir découvert une confpiration qui fe tramoit contre la fouveraineté nationale,
& dont le foyer étoit au Port-au-Prince, fe tranfportérent
dans cette ville ail mois d'avril dernier, foumirent les
B; --- Page 26 ---
xcbelles par la force, embarquerent les factieux,
renvoyèrent par devant la Conrention nationale 2 yu'lls
être jugés, enfin, y rétablirent lordrc & l
pour y
Holaslils étoiont fans doute bien loin de prévoir tranquillité, alors le
csup finette qui vient de meltre la colonie entière
denx doigrs de fa perte, & qui a penfs leur faire
à
dre tout le fruit de leurs longs &
per. pénibles travaux (1). Les provinccs de POueft &: du Sud
enfin
d'une paix long-temps defirée
jouifloient
les commiffaires
aprèslesplus viviens Orages;
venoient de
les
civils & militaires, x ils avoient fait réorganifer un choix corps
leux d'hories qui leur avoient parus les
ferapu- attachés
aux lois. plus
La machine politique, atrêtée depais G Iong-iemps,
conmençoit enfin à reprendre da mouvement : déja l'ordonnateur-de POueft promettoit de fournir, des caiffes
de la province - la fomme doico,coo liv. par mois,
fubvenir 21X befuins de celle da Nord. pour
Les bâtinens du commerce fari lefquels étoient
fès les fadtieux
les commiffaies civiis avoient embar- dépoqués, étoient a partis pour le Cap, licu choifi pour
ic point de la réunion & du départ du convoi, Les efclaves infargés de ia plaine du Cuil-de-fac étoient tous
rendus dans lénrs ateliers refpedtils, à la fiite d'unc feule
entrevue que les délégués de la République eurent avec
leurs chels à la Crolxdes-Beugsebs,
C'efl dans cet état de chofes que les commiflaires civilsapprirent, pari la voix nublique 2 que la frégate la Concorde venne de France en 28 jours, & arrivce au Cap
(:) ils ont fns doure readu conpte de cette operetion à la
Convcasion nationa'e.
, à la fiite d'unc feule
entrevue que les délégués de la République eurent avec
leurs chels à la Crolxdes-Beugsebs,
C'efl dans cet état de chofes que les commiflaires civilsapprirent, pari la voix nublique 2 que la frégate la Concorde venne de France en 28 jours, & arrivce au Cap
(:) ils ont fns doure readu conpte de cette operetion à la
Convcasion nationa'e. --- Page 27 ---
Ic 7 mai dernier, apportoir rle général Galbaud, fon frere,
& plufieurs officiers d'adminifration. A peine la nouvélle de l'arrivée de Galbaud fut-elle
parvenuc all Pont-au-Prince, où Ics commifaires civils
étoient alors, que la faction des indépendans, vaincue,
mais non foumife, répandit avec le délire dela vengeance
dans toutes les partics de itlle, que le nouveau genéral
venoit avec une immenfité de pouvoirs bien fupérieurs à
ceux que la République aroit déligués aux comimiaires
civils; que Galbaud avoit ordre de les embarquer 8 de les
enroyer CI2 France rendre- compte de lcur conduites
7 Mai 1795. Les perfonnes qui répandoient Ces bruits en connoif
foient toute l'abfurdité, mais furieux d'avoir VIT T'autoriré nationale triomphantc, 2 ils profitèrent de l'arrivée de
Galbaud
ébranler de nouveau les esprits, lcs préparer à
leurs
2 ou tout au
bonder
projets perfides
moins
a empècher qu'ils ne les entravafent. Cependant les délégués de la République apprirent
le moniteur général du 9 mai, no. 174, que POECRLEI
s'étoit fait recevoir en fa qualité (1), ainfi que tous les
officiers d'adminiftration venus avec lui, &c ils vitent bientôt fon brevet dans toutes les feuilles pabliques deSaintDomingue, brevet dont le confeil exécutif auroit di chcrger lc prosocole - qui e/t abfolument le même que celui
desbrevets des anciens gouverneurs 2 & que dans un pays
ou l'ariftocatie domine, on s'eft plu à interpréter d'une
(1) On verra ci-apr's qu'il n'avoit pas ce droit, & que les
ordres du confeil exécuti: lui'p preferivoient d'etre recu & infialié
par les commiffaires ciyils.
cutif auroit di chcrger lc prosocole - qui e/t abfolument le même que celui
desbrevets des anciens gouverneurs 2 & que dans un pays
ou l'ariftocatie domine, on s'eft plu à interpréter d'une
(1) On verra ci-apr's qu'il n'avoit pas ce droit, & que les
ordres du confeil exécuti: lui'p preferivoient d'etre recu & infialié
par les commiffaires ciyils. B 4 --- Page 28 ---
maniere fi contraire aux intéréts de la
Les commiflaires firrent encore
des République (F).
par
lettres
res
CC
particulieque
qui avoit donné lieu aux bruits dont il vient
d'ètre paris, c'eft que pendant leslongs difccurs
nonça, tant à la commiflion intermédiaire
qu'il pronicipalité, ili ne cefla de parler
gu'a la, nudel'exterfion de fes
voirs, en repetant fouvent que les corps cirils 8 militai- pouTes lui etoienr jubordc mnes, fans jamais prononcer une
feule phrafe qui pit faire pe.fer qu'il reconneificit les
commiflaires civils & leur autorité, Aulliles partifans des
honnes qu'il avoit embarqués, & qui étoient alors
en rade du Cap, firent tous leurs efforts auprés de Galbaud pour l'engager à les faire débarquer; mais
trop nouvellement anivé, & ne fachant encore Galbaud, s'il
voit compter fur un parti, n'ofa prendre fur lui une, poi- mefure qu eût annoncé ouvertement lc projet de faire la
guerre aux délégués de la République, Il fc contenta de
fouffir que l'on débarquit quelques prifonniers fous
texte de maladies, & de leur lailier dans la ville une libre précommanication,
20 mai 1793.
Lezcmai dernier les commiffaires civils étoient à Jacmel,
lorfqu'un dagondondomnarclaur apporta des paquets de
Galbaud, contenant des copies certifiées par lui de fon
brevet, des inftructions à lui données parle confeilexécutif, & une leitre fignée de lui leur annonçoit Ces rièces.
Dans cette lettre il leur repréfentoit Targente néceliéde
faire partir lc convoi, & leur propofoit del le divifer, ainfi
que lcs furces deftinées à fon elcorte 2 pour cn cavorer
(1) On avoit fait imprimer CC brevet, : tout le monde au
cn avoit des CO ics; on fe le comimuniquoir, on le comn:en- Cap
toit, c'ctoit le fajet de toutrs les con.eracions X l'objet dela
joie généra'e. On y royoit la réfirrection de T'ancien rigime.
& leur propofoit del le divifer, ainfi
que lcs furces deftinées à fon elcorte 2 pour cn cavorer
(1) On avoit fait imprimer CC brevet, : tout le monde au
cn avoit des CO ics; on fe le comimuniquoir, on le comn:en- Cap
toit, c'ctoit le fajet de toutrs les con.eracions X l'objet dela
joie généra'e. On y royoit la réfirrection de T'ancien rigime. --- Page 29 ---
partie à la Nouvclle-Ancletere, &l'autre partie en France.
Il les menaçoit formellement de faire partir le convoi
s'ils n'arrivoient pas fous quinze jours, d'après un arrèté
pris dans tin confeil qu'il avoit convoqué, & où il avoit
appelé les négocians & les capitaines de navires du Cap,
& duquel il leur envoyoit copic,
Lcs commiffaires civik-laiseépondirent qu'ils préfumoient
qu'il étoit trop fage pour faire partir le convoi après les
quinze jours qu'il avoit plu à fon confeil de leur accorder; ils lui annoncérent leur très-prochain retour, & lui
ordonnèrent de laifler les chofes en leur état jufqu'à
leur arrivée.
En cffet quelques jours après lcs commiffaires civiis
partirent de Jacmel pour fc rendre au Port-au-Prince ;
a leur arrivée ils trouvérent dans" "les papiers publics
deux prociamations de Galbaud; dans la pfemière 5 en
date du 12 mai, il annoncoit à fes concitoyens que la
métropole lavoir Ipécialement chargé de Jes intérêts,
gu'il ne foufriroit jamais que perfonne franchit la ligre
de demarcction qui fe trouve entre lhomme libre Giesclave : mais rien ne donnoit même à entendre qu'il dût
fe corcerter fur rien" avec les commiflaires civils, ni
qu'll far foumis à l'empire de leurs réquifitions. Parla
proclamation du 17 du même mois quil adreffoit aux
militaires 2 il portoit le coup lc plus funefte aul crédit
national. coup dont l'effet fut fi fubit, que des négociants du Cap eurent l'infamie, dès le lendemain 2 de
n'iccepierles lettres de change far la créforerie nationale
quini plus de custre-vingt pour cen: de perte. > Dans cetie
> meme pro lamation il y dépeint la France dans l'état
)) d'embarres le plus cruel. II y dit : cependant aul mi-
)) lien de fes embarras cile ne vous a point perdu dc
)) vue,8c.
fi fubit, que des négociants du Cap eurent l'infamie, dès le lendemain 2 de
n'iccepierles lettres de change far la créforerie nationale
quini plus de custre-vingt pour cen: de perte. > Dans cetie
> meme pro lamation il y dépeint la France dans l'état
)) d'embarres le plus cruel. II y dit : cependant aul mi-
)) lien de fes embarras cile ne vous a point perdu dc
)) vue,8c. --- Page 30 ---
)) Vous n'ignorez pas qu'elle fait tous fcs paicmens CIt
) aflignats; cependant ne voulant point en Ordonner la
)) circalation dans fes colonies, elle s'iff pue forcée d'a-
>) cheter du numéraire >.
) Deux cent mille piaftres -
valent cnze
.
gourdes,qui
> cent mille livres en argent de France, coûtent à la
)) patrie deux miliions en afignats )).
> Ainfi veus PONCT que l'état a depenfe à-peu-près
> le double que vous receprez.
> D'après cet expolé, il eft clair qu'une plus forte
) fomme auroit entrainé lz République dans des dépen-
)) fes au-deflus de fes moyes, &c.
Galbaud, après avoir ainfi prociamé dans la colonie 1
entière que les affignats perdoient en France 45 pour
cent, peignoit encore la République all bout de fes reffources, fafant, il ett vrai, un dornier effort pour fes
enfans d'oute-mer, 8: prête à ficcomber en foutenant
fcs colonics.
4 Juin 1793.
Les commidaires civils accélérèrent leurs opérations
pour fe rendre fur-lo-champ au Cap, & tâcher d'y prévenir lcs funeites cffcts de cette proclamation pertide,
Ils partirent du Port-au-Prince, & ils fc rendirent le
méme jour à Saint t- Marc fur le vaifleau I'América.
Ils laifsérent enfin les provinces de l'Ouctt & du Sad
dans WR caime parlait, & les babitans raffurés Ieur témoignerent leur ieconnoiflance dans'des fêtes républicaines qu'ils leur donnérent peu avant leur départ; on
y promenoit en triomphe les nouveaux drapeaux de la
garde nationale du Port-an-Princs, far lefquels on lifoit
cette légende fublinc, fgne oftenliblo d'une réconcilia-
.
Ils laifsérent enfin les provinces de l'Ouctt & du Sad
dans WR caime parlait, & les babitans raffurés Ieur témoignerent leur ieconnoiflance dans'des fêtes républicaines qu'ils leur donnérent peu avant leur départ; on
y promenoit en triomphe les nouveaux drapeaux de la
garde nationale du Port-an-Princs, far lefquels on lifoit
cette légende fublinc, fgne oftenliblo d'une réconcilia- --- Page 31 ---
tion fincère : Légalité entre ies hommes libres Cu Iz
mori.
10 Juin 1393.
ils furent obligés de pafer trois jours à Saint- Marc
y organifer des corps adminiftratifs cr judiciaires 5
Iren en partirent le 7, pa:terre, & arrivèrent le Io jrin
au Cap; ils y entrèient airx acclamations du peuple,
(1) & ils regardèrènt l'enthoufiafime que produific leuc
arrivée comme Uil augure heureux du retuar de la paix
& de l'ordre.
Les commiffeires civils fc rendirent dans le fein dela
commiflion intermédiaire oà Galbaud, Maffe, &c les
ofliciers d'adminifration venus fir la Concorde, vinrent
les affurer de leur dévouemeat à la caufe & aux intérêts
de la République.
Les commiffaires civils, quelques heures après leur arrivéeau Cap, furent infraits par queiques citoyens fidelos
àla France que Gaiband, depais fonarrivée, avoitintrigué
en tout fens pour fe faire un parti des habitans fe difant
grands planteurs, & des riches négocians; qu'il avoit
manifelté un éloignement marqué pour les délégués de 2 la
Répeblique, & le rius grand mépris pour leur atitorité; 5 quil n'avoit jamais protoncé ieurs noins ni dais
fes difcours publies.ni dans aucunede fcs proclamations 5
qu'il avoit accueilli tres-lavorablement tous les ariftocrates,
& que guniquileitemepuumté le mafque du patriotifme, &c
prodigué les mots, citoyens, loi, nation, République,
(1) I! clt à remarçuer que cette joie fe manifefta particulierement parmi les citoyens de coulour, & mme parnii les
efclaves: tous paroiffo cat dans livrele,
.ni dans aucunede fcs proclamations 5
qu'il avoit accueilli tres-lavorablement tous les ariftocrates,
& que guniquileitemepuumté le mafque du patriotifme, &c
prodigué les mots, citoyens, loi, nation, République,
(1) I! clt à remarçuer que cette joie fe manifefta particulierement parmi les citoyens de coulour, & mme parnii les
efclaves: tous paroiffo cat dans livrele, --- Page 32 ---
&C., il avoit toujours traité, non-feulement avec la
grande indifférence, mais même avec humeur & le plus dédain le plus caractérifé, le petit nombre d'honmes
tachés à ia France & à légalité; & fur-tout
atavec ia plus grande répugnance les citoyens qu'il de voyoit:
être les ézaux des blancs,
couleur
d'en
quoiqu'ilait eu Thypochrifie
prendre un pour aide -de-camp & un
fecrétaire. (1)
pour
Le brait s'étoit déjà répandi précédemment que les
commifaires ne paroitroient plus au
lour en feroit interdite, &
Cap, que l'entrée
que fi on, vouloit bien les y
recoroir, Ce ne feroit que pour leur laiffer traverfcr la.
ville afin d'être embarqués.
La réception qu'avoient reçue les délégués de ia Ré.
(1) Gaibaud, dans fa première
€ pecedeligne de démcation & diftingué proclamation, diverfes avoit tracé.une
il adreffe'a parole séparémentaux grand. propriétaires claffes; d'abordil s'adreffe enfiite aux ciroyens de
planteurs,
2 une claTe à part, Dans le premier couleur, féparément comne
coluns, il leer pa.loit avec douceur, paragraphe avec bonté; aux je princes
vOS peincs, difoit-il, &c. et aux citoyens de couleur, partage dans le
rcoitième paragraphe, il leur parle pre.que avec le ton de la
nienace. Je rous déclare, difoit-il, &c.. 3 enfin i! fembloit
rmnoncer Tinuntion d'érablir 1éga ité des peines, mais non celle
dis dreits. Cs derniers fontles leuls qu'ii
citovens dans
f p oclamacion, comme G ce nom n'éroit appe.le pes fait
les
prands planreurs ou les riches négocians. Lc mot citoyen, pour eniployé, en rJdement, n'y efiqu'unefois, & à la fin encorc; il n'eit
pasméue entétedela proclanati on, ce qui annonce une dittingion
W'emmarguée, Dans wcriponfepubliqee faite
tR'on de citozens rénéuer.s, laquelle réponie parluid ei inferée unedepu- att
etoniter dut Cip,du 1O mai, n. 175, il" dit qu'il faut un
meefer avee ies préjugéss qu'ou ne Peut les vaincre tout peu de
geil fut pr ndre paticice." - Patience! quand la
Licoommands! eii-cc que ce n'eit pas une dette payable à vue?
criponfepubliqee faite
tR'on de citozens rénéuer.s, laquelle réponie parluid ei inferée unedepu- att
etoniter dut Cip,du 1O mai, n. 175, il" dit qu'il faut un
meefer avee ies préjugéss qu'ou ne Peut les vaincre tout peu de
geil fut pr ndre paticice." - Patience! quand la
Licoommands! eii-cc que ce n'eit pas une dette payable à vue? --- Page 33 ---
publique - 2 dérangea un peu les projets des contre-révolutionnaires & de Galbaud leur chef. Ils furent confternés le jour de l'arrivée des commifiaires, mais il nc
perdirent pas Tefpoir; voyant qu'ils ne pouvoient les entbarquer fans beaucoup de dificultés 2 ils réfolurent de
s'en défaire, de quclque manière que ce fit, fat-ce en
Ies aflaflinant.
11 Juin 1793.
Le lendemain de leur arrivée au Cap, le IT juin,
Jes commiffaires civils engagérent Galbad & Maife à
fe réunir chez CUIX pour conféret fur l'état dc la chofe
publique.
13 Juin.
Le 11, ils écrivirent à Galbaud d'engager fon frère à
donner fa démillion d'adjudant général, & de le dilpofer
à repaller en France pour, lui éviter, ainfi qu'à eux, les
défagrémens de la honte d'une deftitution indifpenfabic,
d'après la conduite qu'il avoit tenue (1).
Galbaud , dans fa réponfe aux commiffaires civiis, au
fijet de la démiflion de Céfar Galbaud, fon frère. leur
difoit que la loi lui défendoit de donner fa démiflion 0 2
qu'ils pouvoient le deftituer (2).
(1) Ce Céfar Galbaud, frère du général, depuis fon arriyée
à Sr-Domingue, avoit fait parade publiquement de la haine &
du m-pris le plus prononcé contre les délégués de la répub' 'ique
& tous leurs ordres. Il en parloit de la manière la plus outrageante. Les commiffaires ont recueilli une oule-de déclarations
contre lui, toutes plus fortes les unes que les autres..
(2), On n'avoit pas même befoin de le deftituer ,car il n'étoit
ricn à St-Domingue : il étoit nommé pour la Martinique. A StDomingue il étpit fans fonéions ; malgré le refus de la com-
délégués de la répub' 'ique
& tous leurs ordres. Il en parloit de la manière la plus outrageante. Les commiffaires ont recueilli une oule-de déclarations
contre lui, toutes plus fortes les unes que les autres..
(2), On n'avoit pas même befoin de le deftituer ,car il n'étoit
ricn à St-Domingue : il étoit nommé pour la Martinique. A StDomingue il étpit fans fonéions ; malgré le refus de la com- --- Page 34 ---
Il ajoutoit : ) quant à moi je vous déclare
1ie
> puisme regarder comme L'infirament
des queje conmif
>
faires civils, 6 que je rifquerois de me paty rendre
))
coupable
Fje promettois doieir avcuglérrent d tous les urdres
> gu'ils pourroient me donner. Je vous fupplie donc de -
>> n'iutorifer à m'embarquer avec ma femme & mes en-
>) fans;la loivous y autorife, paifqu'elledéfend
)>
dedonner
aucun commandement dans io culonie a"x propric7) taires; tout vous oblige à fire exécuter la li(s).
23 Juin: 1793.
En conféquence ;le 13, les commiflaires civils
dirent à Gaibaud, après Tui avoir laiffe le tems répon- de la
riflerrion - que leur détermination étoit prife à l'égard de
fon frère; qu'ii feroit daftitué & renvuyé à la conventions que depuis le peu de tems qu'il.étoit dans in colonic, il avoit manifeité les fentimens. les plus
& les plus contraires à l'efprit du républicanifime inciwiques,
doit animer tout bon français. Ouant. à lui il leur avoit qui
douné, par fa réponfe, Ja mefure. dc fon patriotifmne;,
que cependant'ils n'éablifloient point une nouvelle doctrinc en exigeant de lni Tobéiffance due aux. déléguésde
la républiqne. Qu'its le rappeloient fimplementa T'obfervation dec princines ce-fitutionnels qui commandent impérioufement ia foumifion du pouvoir militaire Al'attorité
civile &c à Iaicudon. des.lois dos 22 juin, 11 &
aoit, 8 novembre 1792, & 5 mars, S/1793.Que dans 17
mion intermid'nire d'enregitirer fn brévet
pour la Nartiniqe,eHa toujour;
titre parce qu'il étoit
& en 2 remp'i lcs fonaions.
prisjet aSt-Domingue
T
(t)"ef bicn vrai que dans la pofition ou étoient lcs chofes A
Se-ioamingue. le titre fenl de
Cloit un
irhrmorable pour Y opster le
en commandant ca obtincle
erant
int.rf e
chel,
sariden
trop
perpeluerler fyieine colonial,
brévet
pour la Nartiniqe,eHa toujour;
titre parce qu'il étoit
& en 2 remp'i lcs fonaions.
prisjet aSt-Domingue
T
(t)"ef bicn vrai que dans la pofition ou étoient lcs chofes A
Se-ioamingue. le titre fenl de
Cloit un
irhrmorable pour Y opster le
en commandant ca obtincle
erant
int.rf e
chel,
sariden
trop
perpeluerler fyieine colonial, --- Page 35 ---
ces circonfances il ic pouvoit plus reflerà St-Domingue;
qu'il retourneroit en France rendre compte de fa conduite àla convention nationale qui jugeroit dans fa fazefle
s'il avoit bien Oil mal mérité dc la répablique pendant
fon coutt fejour dans la colonie. Ils lai ajoutérent qu'il
cfràleur faire pafer dans le jour toutes les inftruétions
&les lois quilavoit reçues du miniftre 2 pour qu'iis puitfent
les tranfinettre aul citoyen Lafalle.
Lescommifiairesrem.lirent dansle même jourune procla-.
mation, dans lacuelle iis déciarérent que Galbaud n'avoitjamais été reçu gouverneur de St-Domingue 2 parce qile,
fiivant les dernièrcs inftruétions que le confeil exécutif
leur avoit adrelldes. 89 qui ne leur étoient parvenues que
le jour de ieur arrivec Gu Cap, c'étcit à eux feuls à faire
reconnoitrele BureoneroPorlonaweur civil, & les nouveaux ofliciers d'adminiftration (1).
Ils fentirent, fans' doute, qu'il étoit teras de fixer invariablement Popinion publique firl'ordre & la hiérarchie
des autorités conftinées, & far les rapporis légalement
établis entrei elles; ils déciarèrent que Galband n'avoit
pa être nommié à cette place que parce g'tl avoit laiflé
A
ignorer at confeil exécutif qu'il pofiédoit des propriétés
a SL-Domingue : ils fipulerent guc prcfes entre lafoumifion d la loi & leur deferenre pour les adles énanis
du confeel extcurif,ils étoient encors. dans lindécifion fur
(1) Galbaud avoit garde jaqu'a ca jéur tous les paquets anportisde France our es commiffires 1 quoiqu'ily cit 35j jours
qu'i: fur arrird. Il a'avoit prs dit ua mot dela nomination de
Delpech à la placc de troifieme commifilaire civil, quoiqu'il ne
pût lignorer, pufue la nomination. eft du, 25 tertitaque
Galbaud n'eit parti de Frince Gue le 2avril. Il vouloit parla
accréditer &: rendre plas vraiffembiab clc bruit queles commif
fuires étwient-rappelis, ce qu'on n'auroit jamais pu croire fi
on avoit appris qu'oa leur donnoit un collègue,
ch à la placc de troifieme commifilaire civil, quoiqu'il ne
pût lignorer, pufue la nomination. eft du, 25 tertitaque
Galbaud n'eit parti de Frince Gue le 2avril. Il vouloit parla
accréditer &: rendre plas vraiffembiab clc bruit queles commif
fuires étwient-rappelis, ce qu'on n'auroit jamais pu croire fi
on avoit appris qu'oa leur donnoit un collègue, --- Page 36 ---
fe parti qu'ils avoient à prendre, foit pour la rcconnoiflance, foit pour le refus provifoire de
ce
euffent une
Galbaud,jufqui
qu'ils
cercitude officielle, foit de labrogation de l'articie XV de la loi du 4 avril 1792, foit
de h coxnoiffance qu'avoit le confeii exécutif des
priétés que Galbaud avoit dans la coloniede StI
Pais
les
Dentfte
rappelant
expreffions de fa lettre de la veille,
ils annoncè ent au public 2 dans la même proclamation 1,
que Galbaud avoit mis fin à leur irréfolution d'une manière fàcheufe.
Les commiflaires civils ajoutèrent qu'ils étoient forcés
d'adhérer au voeu qu'ii leur avoit exprimé, & qu'ils
adhéroient fans regret, parce qu'ils n'avoient pas eu. /
tems d'apprécier fes talens militaires ni fon républicanifme.
Ils faifoient lexpofition de fa conduite &c des torts
avoient
qu'ils
à lui reprocher; en conféquence ils le deftituérent
& lui ordonnèrent de fc rendre à bord de la Normande,
pour être conduit en France & y rendre compte de fa
condnite à la convention nationale (1).
Galbaud s'embarqua dans la même journéc à bord dc
la Normande. Céfar Galbaud, fon frère, s'étoit embarqué
la veille. C'eft de.là qu'ils croyoient exécu:er plus firement le projet perfide d'anéantir l'autorité nationale à StDomingue.
Le 14 il ne fc paffa rien d'extraordinaire.
15 Juin 1793.
Le I5, les commiflaires rendirent une proclamation
(:) Nous avions 1-s pièces à Tappui de tout ce que nous
avancons : clles nous ont été priles a Plilad Iphie parles émigrés
irancais, mas nous croyons avoir apporté dcs duple cata au
comité de falut public. Au reftc nous Jesaurons, nos collègues
qui ront arriver en apporieront d.s doubles.
relative
'extraordinaire.
15 Juin 1793.
Le I5, les commiflaires rendirent une proclamation
(:) Nous avions 1-s pièces à Tappui de tout ce que nous
avancons : clles nous ont été priles a Plilad Iphie parles émigrés
irancais, mas nous croyons avoir apporté dcs duple cata au
comité de falut public. Au reftc nous Jesaurons, nos collègues
qui ront arriver en apporieront d.s doubles.
relative --- Page 37 ---
relative au paiemeni à laire aux Américains pour la valeur des comettibles qu'ils avoient foucnisà l'adminiftration, inquello fourmure avoit donné licu à diverfes aflenblées inconfitatiommells, convoquécs par Galbaud, oii il
avoit réabilescopuradiont, paifqu'il les avoit compofées
d'une chambre de commerce, de la marine defetet, de
ceile du commerce, de ia mmicipalité, 2 des officiers de
Padmsiniftration & de la commifion intermédiaire, aua
que des habitans planteurs 8c de létat-major de Tannée(t).
Sans confalter les commiffaires eivils. Galbaud avoit
formé ces aliemblées & fonsé Talarme fur lc prétenda
dénuement abfolu de toutc clplee - daphrovifiomnemens, 5
quoique les magafinsde la ville S: les bârimens qui étoient
cn rade fuffent abonlanment pourvas de tous les cbjets
de première nécellité. Iavoit, dans cette aflemblée, fait
les tableaux les plus evagérés de létat de détrelfe ci il
fuppofbit la métropoie, &k il avoit alarnié toas les efprits.
II paroit que les commifaires civils, dans leur DrOclamation. ne vonjurent pas d'abord confirerles mefures
abfirrdes &c illégales qui avoint été prifes dans ces.affemblées, & queleur unique but étoit d'aflarer l'exécution
des promeffes faites aul commerce américain. afn d'empécher que la loyauté de la république françaife ne fut
fonpgomnée.
Les jours fiivans, les commiffaires civils fentant Purgente néceflité d'expédier le convoi, s'occupéren: des
moyens de le faire partir le plus promptement poffible;
ils communiquérent au contre-amiral Carabis les dernières infruétions du confeil exécatif relativement à l'ef-
(1) Ccci reffemble fortaux affemblées de fections quoon faifoit'
à cette époque à Toulon & ailleurs.
Relarion détaillic, Ec,
C --- Page 38 ---
corte du convoi ; ils l'engagérent à affembler les capitaines
de navires, à réunir leurs avis, & à propofer celaiqui
lui paroîtroit le meilleur. Ils l'engagérent même à leur
préfenter, conjointement avec les ofciers compofant les
états-majors des différens batimens de la république leurs
obfervations fur toutes les difpofitions qui leur paroîtroient
les plus convenables pour aflurer le convoi fans compromettre la colonie (1). Pendant que les commiflaires fe livroient à tous lcs
travaux civils,, militaires, adminiftratifs, enfin aux différentes partics du gouvernement qui toutes pafient fous
leurs yeux. 2 Galbaud & fon frère, qui étoient à bord depuis pluficurs jours, n'avoient nécligé aucun moyen de
foulever les équipages contre les délégués de la république. Depuislong-tempsl lesGalb-aud avoient femé la défiance,
la crainte 8c répandu des alarmes; ils vouloient mettre
& entretenir toutes les têtes cn fermentation.
atifs, enfin aux différentes partics du gouvernement qui toutes pafient fous
leurs yeux. 2 Galbaud & fon frère, qui étoient à bord depuis pluficurs jours, n'avoient nécligé aucun moyen de
foulever les équipages contre les délégués de la république. Depuislong-tempsl lesGalb-aud avoient femé la défiance,
la crainte 8c répandu des alarmes; ils vouloient mettre
& entretenir toutes les têtes cn fermentation. IIs faifoient
publier, dans la ville, par leurs agens & par les négocians, ieurs amis, qu'ii devoit y avoir Lll foulèvement
de noirs; que les commifaircs civils alloient faire fouiller
dans toutes lcs maifons pour s'emparer du numéraire &
de l'argenteric (2). On répandit dans la rade qu'on alloit,
par leur ordre 5 faire décharger les navires pour voir fi
Les commifiires civils ont envoré à la conventien nationale & al miniftre CiS diveises 3 iéces,
(2). Tou-lsriches négocians erl leurs partisans éto'ent si bien
inftruits cie ce qui devoit arriver, avoient fi bien con - rte lcurs
mesure:, quis avoient eil la précaution de faire transporter
à bord de di vers batimens de guerre ou du commerce rout
Jeur argent & leurs cifets les plus précieux : ai n'ont-i's rien
perdu, fi cC n'eft quelques meubles; il n'y a que leurs créanciers qui seront Jeurs dupes, & les gens de bonne foi soumi
aux luis,ou qui du moins ne vouloient y mettre aucune opps
--- Page 39 ---
les capitaines n'avoicnt pas achcté oll chargé des denrées
provénant des émigrés. Us vouloient abfolument ruiner le
crédit national. Pour exciter les matelots & les inquiéter
fur leur propre fubfiftance, ils faifoient courir le bruit
qu'on alioits'emparer dos vivres qu'ils avoient à bord pour
en remplir les magafins de Tétat. Is avoient ei de plus
la fcélérateffe de profiter de lioftant de inc.contentenient
des matelots & des états majors, au fajet d'un ordre de
police de fe retirer à bord à 7 heares du foir, ordre
donné pour éviter toutes rixes & tous rallemblemens nocturnes. Ils travailloient tous les marins & les préparoient
ail projer exécrable qu'ils mirent à exécution le lendemain. Les négocians contre-sévolationnsires, qui étoient les
amis de Galband, avoient ramaflé dans la ville des
fommes confidérables, pour fournir aux frais de fa criminelle entreprife dont ils avoient connoiffance. & pour
en affirer le fuccès 5 il y avoit des affemblées chez plufieurs d'entre eux, notamment chez un négociant de la
rue du Confeil, ami de Gaibaud & partifan des pius
dévoués à la fccte des léopardins &: des indépendans. La
chacun étoit vcnu faire fon cffrande: : und'entre eux avoit
donné en un feul jour 13,200 liv.; d'autres cent portugailes, 8cc., &cc. (1). On avoit eu foin de diftribucr de l'argent aux mate
lots. On attiroit dans les principales maifons du Cap
les officiers mariniers, les maitres diéquipegess & l,1ous
les contre-révolutionnaires concertoient leurs pians avec
les contre-amiraux Cambis & Cercé, les autres officiers
de la marine militaire &: tous les riches nézocians.
né en un feul jour 13,200 liv.; d'autres cent portugailes, 8cc., &cc. (1). On avoit eu foin de diftribucr de l'argent aux mate
lots. On attiroit dans les principales maifons du Cap
les officiers mariniers, les maitres diéquipegess & l,1ous
les contre-révolutionnaires concertoient leurs pians avec
les contre-amiraux Cambis & Cercé, les autres officiers
de la marine militaire &: tous les riches nézocians. fition, qui ont cté les viétimes de leurs mancevres ariftocratiques. La plupart viennent d'achetrr des terresà la Nouvelle - Angleterre , avec ce qu'ils ont Ln eve 2 leurs C éanciers. () Las commif.ires ont recueilli des renesigneniens certains
Cz --- Page 40 ---
19 Juin 1793.
Dans la foirée du 19 juin, uncfoule innombrable de
matclots raffemblés fur les cales de la ville, & prefque
tous p'is de boiflon, oul ivres, infulièrent 8c menacèrent
des patronilles de citoyens du 4 avril, de fervice cejour
I, chleur criant que fion ne reconnoiffoit pas le général
Gaibaud,ils mettroient tout à feu & à fang, 8c quils ne
laitieroient point pierre far pierre.
Auli-tôt que les commiflaires civils furent inftruits de
ce qui fc pafloit, ils firent redoubler les gardes &c multiplier les patronilles. La contenance de la ville en impofa tellement aux matelots, qu'ils fc rembarquèrent tous
fur les quatre heures du matin, & regagnèrent chacun
lcur bord.
Les commiffaires favoient que les prifonniers du Portau-Princc, quife trouvcient en rade, all nombre de
de deux
difperfes far plufieurs bâtimens,
Meres
cents,
dant de tous leurs cfiurts les criminels projets de Galbaud, dans l'efpoir de recouvrer la liberté, avoient égaré
le patriotifme des équipages, & les avoient même décidés, aul nonde la république frengaife,à fe-battre pour
Galband,enlent dépejenant cet acte comme le plus grand
trait d'attachement à leur patrie.
Les commifaires favoient en outre qae le commerce
da Cap n'attendoit que le moment de ic rallicr au parti
de Gaibaud ponr le faire ttiompher 8P fouftraire parZii au paicnent des ainglo-Aimerisuinss exigé par la proclanation du 15, & dont le terme venoit d'expirer. Ils
sur les divers rouscripteurs, faisant les fonds de cette infame
entrepris:. its en ont envoyé les noms à la Convention nacionale
avec les preuves de CCS odicuses nianc uyres.
it que le moment de ic rallicr au parti
de Gaibaud ponr le faire ttiompher 8P fouftraire parZii au paicnent des ainglo-Aimerisuinss exigé par la proclanation du 15, & dont le terme venoit d'expirer. Ils
sur les divers rouscripteurs, faisant les fonds de cette infame
entrepris:. its en ont envoyé les noms à la Convention nacionale
avec les preuves de CCS odicuses nianc uyres. --- Page 41 ---
n'ignoroient pas non plus que les faétieux de Ja ville
épioient avec impatience le monent où la fcènc commenceroit, pour fe ranger du parti contraire aux délégués de la République.
20 juin 1793.
Les commiffaires civils requirent, le 20 juin all matin,
Laveaux, commandant de la provir ce du Nord, de mettre firr-le-champ la ville en état de défenfc, & deprendre une attitude affez impofante pour contenir ou réprimer les faéticux du dedans & du dehors.
Nous voici arrivés ail moment douloureux o, forcés
de déchirer lo ccour fenfible de nos frères d'Europe par
le récit. fincère des atrocités & des crimes commis dans
les effroyables journées des 20 & 21, nous n'avous pas
même la trifte & cruelle confolation de lui comparer,
dans les faftes de l'antiquité, des journées aufi fanguinaires : les Véptes ficiliennes, la Saint: Barthelemi, ne
peuvent pas même approcher du niveau des hotreurs,
des cruautés exercées dans Ces jours affreux de crime &
de fubverlion.
Lc 20, neuf heures du matin, Galbaud, Céfer Galbaud, fon frère, quelques aides-de-camp, des foldats 3
d'autres perfonnes, s'embarquèrent dans le grand chnot
de la Normande, aux cris de vive le général Galband:
qui partoient de la fâte la Normande, & furent débarqués à bord da vaiffeau le Jupiter, d'ou, aprts quelques momens de filence, 011 entendit fc renouveler lcs
dis de vive le géréral Galbaud! II fc rendit, avec la
nime fuite, à bord de tous les bâtimens de la République, à Fexception du vaiffeau PAmérica ; & I'on vit
à bord de chaque bâtiment où ils ailoient, les équipages
réucis fur le gailiard d'arière, &c paroiffant écouter en
C3
vaiffeau le Jupiter, d'ou, aprts quelques momens de filence, 011 entendit fc renouveler lcs
dis de vive le géréral Galbaud! II fc rendit, avec la
nime fuite, à bord de tous les bâtimens de la République, à Fexception du vaiffeau PAmérica ; & I'on vit
à bord de chaque bâtiment où ils ailoient, les équipages
réucis fur le gailiard d'arière, &c paroiffant écouter en
C3 --- Page 42 ---
filence unelodture à la fin de laquelle ils faifoient retenti
la rade des cris de vive le géneral Galbaud! C'étoit la
cture de fatal & inconftitutionnel brevet qui commet
Galband gouverneur général des ifles fous le vent ; brevet Paide duquel Galbsud s'étoit formé f rapidement
372 parti confdérable à Sains-Domingue. Ils étoient encore porteuis d'une proclamation
tendoit à foulever
les équipages contre les déléqués
la République; &
S:
après cette leéture, ils demandoient aux matelots s'ils ne
recornoiffoient pas le général Galbaud pour gouverneur
de Saint-Doninque. 8c par conféquent pour leur chef;
& les équipaues, féduits & égarés par les mancuvres
perfides des fcélérats qu'on avoit envovés à bord de tous
les birimens, & qui les evcitoient encore en ce moment,
de concert avec la faite de Galbaud, répordoient oui!
oni!
Galband faifoit dire aux équipages, par fon frère &
fes farcllites, qu'il étoit un républicatin.chogf & envoyé
Par la Répuélique frangaife, 6 quc . les commiftires
étoierr des rovaliftes enveyés per le roi, & r'avoicnt
des pouvoirs que du temps du roi, Bc.
Les frères Galbaud firent encore promettre aux équipages de s'armer pour defcendre a terre avec eux all
premier fienal qui C1 feroit fait à bord du Jupiter, CC
qu'ils promirent encore. Les deux Galbaud fe rembarquérent alors pour retourner fur le Jupiter.
Gaibaud, en traverfant la rade aux cris de rive Galbaud! que fos partifans avoient provoqués. annonçoit à
tous lcs bâtimens que Jes citoyens faiis prifonniers, de
Fordre des commifiaires, étoient délivrés & abfous.
A midi, lc ci-devant général Galband ft prévenir les
éqsipages qu'i deux heures on feroit le fignal à bord du
Jupiter, pour defcendrc à terre cn armes. Tous les na-
averfant la rade aux cris de rive Galbaud! que fos partifans avoient provoqués. annonçoit à
tous lcs bâtimens que Jes citoyens faiis prifonniers, de
Fordre des commifiaires, étoient délivrés & abfous.
A midi, lc ci-devant général Galband ft prévenir les
éqsipages qu'i deux heures on feroit le fignal à bord du
Jupiter, pour defcendrc à terre cn armes. Tous les na- --- Page 43 ---
vires du commerce avoicnt déja reçu Tordre de fc retirer
ics vaifleaux
étoient emau large, pour démafquer
qui
bollés. Les navires du commerce cxécutérent ponétuellement l'ordre, &c le fignal de defcendie ne fut donné qu'à
trois heures,
un pavillon bleu que le Jupiter arbora à fon Ae d'artimon, & qu'il aftura d'un coup de
canon. Alors toutes lcs chaloupes des vaiffeaux, armées
d'obufiers, & tous les canots de la rade, tant de la marine de l'état que de celle du commerce, débordèrent de
leurs bords refpectifs pour defcendre à terre, chargés de
matelots & de foldats des garnifons des vailleaux, que
Galband avoit corrompus & égarés, &c aurquels il avoit
joint lcs prifonniers du Port-au-Prince, foldats & autres.
Les aflaillans s'excitoiert mutuellement par les cris de
vive Galbaud! vive le général Galbaud! embarquons les
commiffaires ! Ces cris hors de nature annonçoient l'état
de fureur où l'on avoit mis ces hommes foibles & fans
connoiffance, par les liqueurs, fortes qu'on leur avoit
prodiguées avant de defcendre.
Ils débarquèrent, fur les quatre heures du foir, à Ia
cale de Pétat, & armés de pied en cap, au nombre d'environ 2,300 &c quelques hommes (ce fait eft de l'aveu
même de Céfar Galbaud). Les deux Galbaud étoient à
la tête; ils divisèrent-leur troupe en deux colonnes, formèrent des avant-gardes qu'ils détachèrent, & fc mirent à
la tête du refte de chaque colonne. Le ci-devant général
Galbaud dirigea fa route vers la rue du Confeil & fit
halte au Marehé aux Blancs; là, fa colonne cngageoit
les citoyens qu'elic rencontroit à s'unir à elle. I! continua fa route pour monter à la maifon des commiffaires. Dans toutes les rues oit il pafloit, il étoit accueilli
des battemens de mains & des cris de joie de la
part par des femmes qui étoient aux fenêtres & dans les balcons. A ces cris étoient mélés ceux de vive Galbaud!
C4
& fit
halte au Marehé aux Blancs; là, fa colonne cngageoit
les citoyens qu'elic rencontroit à s'unir à elle. I! continua fa route pour monter à la maifon des commiffaires. Dans toutes les rues oit il pafloit, il étoit accueilli
des battemens de mains & des cris de joie de la
part par des femmes qui étoient aux fenêtres & dans les balcons. A ces cris étoient mélés ceux de vive Galbaud!
C4 --- Page 44 ---
répités par tous lcs hommes qui étoient avec ciles, &
qui falacient le lieutenant de Dumouriez & levoient leurs
chapeaux en Tair. en fmnc de joie de voir enfin la
contre-révolution f defiréc. Ii avoit Tair de faire une entrée triomphair, Son avant-garde. commandée par uin
officier de iarine. marchoit tonjours & cagnoit les derrières de la comddie, qui fait face à l'aile droite de la
maifon dite le gouvernament, LA, les volontaires à cheval
de la ville du Cap, voyant venir lavant-garde des matelots, auxquels s'étoient joinrs les volonrairesà pied auili
de la ville du Cap, ce qui formoit à-peu-près un corps
de 200 bommes, commencèrent à tirer des coups de
carabine & de piftolets far un détachement d'environ
20 hommes du pofte du gouvernement, où les commiffaires civils logeoient, & qui fe trouvolent rangés cn
bataille devant leur corps-de-garde, fur lavancée de ia
rue par oà les matilots montoient. Le détachement ripoila avec courage à Tattaque des volontaires à cheval,
qui étoicnt ail nombre de 59, mais auxquels fc joignirent bientôt les matelots & les volontaires à picd du
Cap, formant Tavant-garde de la colonne du ci-devant
générai Galbaud. Le pofte des 20 hommes du 4 avril
fut bicatôt affailli 8 profque cerné par cette avant-garde,
qui faifoit un fou continuel & de tous côtés. Alors Mars.
Belley, citoyen da 4 avril, commandant cn fecond du
fisième bataillon, qui fe trouvoir I pour faire les difpofitions néceffairosa'la défenfe, envova demander du yenfort aul pofte du gouvernemient, pour garnir ie jardin,
82 ordonna à fa troupe de fe replicr fir ce polte cn
bon ordre, 8, en continuant fon fea, de protéger de
plus près la demeure &c la perfonne des délégués de ia
République.
Mais cette attaque fubite avoit é:6 G peu prévue, qu'il
n'y avoit alors, pour toute force au motvernement,
hommes du avril
la
de
5o
qui corpofuiens garde
ofte du gouvernemient, pour garnir ie jardin,
82 ordonna à fa troupe de fe replicr fir ce polte cn
bon ordre, 8, en continuant fon fea, de protéger de
plus près la demeure &c la perfonne des délégués de ia
République.
Mais cette attaque fubite avoit é:6 G peu prévue, qu'il
n'y avoit alors, pour toute force au motvernement,
hommes du avril
la
de
5o
qui corpofuiens garde --- Page 45 ---
commifion civile. On cn détacha quelques-uns qui fe
joignirent à la troupe de Bciley, &c il donna avec tant
d'oidre, de courage & de vivacité fur la troupe dcsatraquans, qui déjas'étoient ditperfes eix entrant en foule
au jurdin du gouvernement, & qui croyoieut déja la
victoire affurée, qu'il nc lcur laiffa pas le temps de fe
rcconnoître, & qu'en moins de cinq minutes il leur fit
évacuer le jardin, les pourchafla juigu'au milieu de la
ville, & leur tua ou blefla beaucoup de monde. Mais
alors, des citoyens de la ville, complices de Galbaud,
qui étoient retranchés dans leurs maifons, curent.latroce
lacheté de lui tirer des coups de fuGl de lcurs fenêtres,
& lui tuèreut & blefsèrent plufieurs foldats de fon détachement; le comandant Belley reçul lui-meme fix
bleflures (1).
Cependant Céfar Galbaud étoit arrivé fur la place
d'armes, où fon frère l'attendoit. Là ils concertoient enfemble les moyens de s'emparer de Tarfenal, pour fe
procurer une force impofante d'artillerie, & pour nous
enlever la reffource des munitions; lorfqu'ils yirent ariver le traitre Maletty, officier du vaificau T'Eole. qui,
avec F'avant-garde qu'il commandoit, avoit enlevé deux
obufiers à un petit détachément de dragons du feizième
réginient, qui venoient de les prendre à Tarfenal, en
vertu des ordres du commandant, & qui les conduifoient au pofe du gouvernement, pour protéger les délégués de ia Répablique. Auflitôt
les deux obufiers
fureat arrivés for la place d'arnics, Re cris de vive GalPaud redoublèrent. Alors Céfar Gaibaud prit un des
deux obuliers & marcha vers la place du Champ-de-
(t) Il eff aujourdhui capitaine 2u feirième régiment d'infanteric, &x un des députés de la partie du Nord de Saint-Domingue à la Conyention nationale.
éger les délégués de ia Répablique. Auflitôt
les deux obufiers
fureat arrivés for la place d'arnics, Re cris de vive GalPaud redoublèrent. Alors Céfar Gaibaud prit un des
deux obuliers & marcha vers la place du Champ-de-
(t) Il eff aujourdhui capitaine 2u feirième régiment d'infanteric, &x un des députés de la partie du Nord de Saint-Domingue à la Conyention nationale. --- Page 46 ---
Mars, avec une partic de fa colonne, car le refte s'étoit
difperfé de foi-même pour piller dans les maifons des
marchands. Mais, en arrivant au Champ-de-Mars, un
détachement de citovens régénérés força, avec une intrépidité fans excmple, au milieu du feude fon artillerie
& de fa moufqueterie, & après un choc fanglant, vu
l'inégalité des combauans. le détachement, qui n'avoit
pas lc quart du monde de ia colonne, s'empara de l'o.
bufier, laifla lc champ de bataille jonché de cadavres
& de mourans, fit Céfar Galbaud prifonnier avec huit
officiers ou élèves de la marine, queiques matelots &
quelques citoyens de la ville (1). Cc héros contrerévolittionnaire s'eft laiffé défarmer & prendre comme un
lâche, en difant: Ne me faites point de mal! je fiuis
perdu ! citoyens, je fuis un bon xépublicain! &c.
Déjà la guetre civile étoit allumée dans tous les
tiers de la ville; c'étcit la guerre des couleurs & AaEE
opinions, à l'exception d'un très petit nombre de per-
(1) Voici leurs noms :
Céfar Galbaud, frère du général.
Lamalecti, enfeigne du vaiffeau TTole.
Deshaureurs, afpirant du bord de Eole.
Kervenau, afpirant du hord de la Surv-illante.
Defrotoures, afp'rant de la marin-, du bord de T'Eole.
Mervé, afpirant de h marine. du bord de T'Eole.
Pradel, a'pirant du bord de TEole.
Picot, afpiran: du bord de TEole.
Neca. Il c à remarg"er que In Surveiilante avoit étd commandée précédemment par Cercei, qui alers commandoit
I'Eole.
Archambaud, citoyen du Cap.
Damey, cliez Berirend : Boulinct, négocians an Cap.
Holementmanead fur Phabitation Menou
& Barac!,
afpirant de h marine. du bord de T'Eole.
Pradel, a'pirant du bord de TEole.
Picot, afpiran: du bord de TEole.
Neca. Il c à remarg"er que In Surveiilante avoit étd commandée précédemment par Cercei, qui alers commandoit
I'Eole.
Archambaud, citoyen du Cap.
Damey, cliez Berirend : Boulinct, négocians an Cap.
Holementmanead fur Phabitation Menou
& Barac!, --- Page 47 ---
fonnes quisétoient réunies auprès des commiffaircs, telles
les membres compofant la commiflion interméEe (1), Maile 2 ordonnateur, & quelques citoyens
vrais patriotes français aufli rangés auprès d'eux : prefque
tous les habitans de la ville étoient complices de
Galbaud; les uns étoient C1 armcs avee lui, les autres
faifoient des voeux pour la contre-révolation, & le plus
grand nombre d'entr'eux tiroit des maifons fur les citoyens
du 4 avril, & fur le peu de troupes reftées attachées
au fervice de la république: les tours de l'églife étoient
rempliesd'hommes armés qui tiroient aufli fur'les citoyens
du 4 avril par les ouvertures quidonnent du jour à T'efcalier, & auffi de l'enceinte qui renferme les clockes (2):
ces blancs féroces, fanguinaires, affaffinoient indiftinétement tout ce qu'ils voyoient d'hommes de couleur libres Oll efclaves; &c de l'autre côté les hommes de couleur, fi inférieurs en nombre, & fentant qu'il ne leur
xeftoit d'autre reffource que dans leur courage, vendoient
chèrement leur vies ils déployoient tant de bravoure, 2
tant d'intrépidité, que 25 hommes attaquoient avec affurance des détachemens de I5o hommes ennemis; & toujours ils feroient revenus viétorieux, fans les fcélérats
qui, cachés dans lours maifons, & faifant de leurs fonétres ui feu terrible fur eux, contre-balançoient toujour S
leurs fuccis. Enfin, ic mafque étant tombé, les deux
(1) Il eft à remarquer que dans cette journée liberticide aueln membre de la nunicipalité ne parut; elle étoit entiérement
dévouée, à Galbaud,& fecondoit fes deffeins criminels.
(2) Les comtre-révolutionnsircs s'attendoient fi bien à unca affaire génerale, que tout étoitt riglé d'avance, que tout leur monde
eeft trouvé fous les armes à la même heure, que tous les poltes
étoient affignés à chacun, & que lc mot d'ordre & de ralliement,
donné par Gaibaud,drolt connu de tous : c'étoit Paris 8 SainteGirevieye.
a
fecondoit fes deffeins criminels.
(2) Les comtre-révolutionnsircs s'attendoient fi bien à unca affaire génerale, que tout étoitt riglé d'avance, que tout leur monde
eeft trouvé fous les armes à la même heure, que tous les poltes
étoient affignés à chacun, & que lc mot d'ordre & de ralliement,
donné par Gaibaud,drolt connu de tous : c'étoit Paris 8 SainteGirevieye.
a --- Page 48 ---
partis étoient bien reconnus; Galbaud avoit pour lui
toute la population blanche de la rade & de la ville 5
& lcs commigaires n'avoient pour foutenir la loi dans
toute la ville, & d'après ie contrôle fait, que trois cents
& quelques citoyens du 4 avril, les braves &c toujours
fidèies dragons du feizieme régiment, dont le nombre
n'alloit pas à cinqyante, & une petite poignée de foldats
de ligne qui ne fc laiffa pas corrompre. Jamais la ville
ne sétoit trouvée aufli dégarnic de citoyens de couleur;
ils avoient preique tous été employés à garder les poftes
du dehors.
Cependant les coups de fufils partoient de tous les
points de la ville, la nuit arrivoit, & Galbaud s'étoit
rendu maitre de l'arfenal, lequel avoit été livré par une
trabifon ; & fous les apparences de paroles de
2 on
avoit invité les matelots & les citoyens du 4 paix avril de
s'embraffer; & au momert où on cxécutoit cette propofition, en figne de réconciliation, tout le mondo pofa
ies armes; mais les hommes de Galbaud, qui avoient
leur leçon faitc, plus agiles que les citoyens du 4 avril,
qui ne foupçonnoient aucune trahifon, s'emparèrent des
armes de ces derniers & de tous les canons 5 Wandengenn, capitaine de la Concorde, ami de (albaud, fut
le premier, à Ce que tout le mnonde affure 2 qui en
doraa Pexemple, & fo précipita pour fe faifir des canons : les citoyens du 4 avril n'curent plus alors à l'arfenal d'autre reffource que la fuite; une partie d'entr'cux
fut faite prifonnière & reçut les plus mauvais traitemens,
ainfi qu'un détachement des braves du foizicme régiment, qui fut enveloppé dans le même moment par les
volontaires & une foule innombrable de matclois; ils
eurent plufieurs d'entr'eux mailacrés, les antres farent indignenient outragés, battus, mutilés, cnfin jetés à fond
de cale chargés de fers.
d
; une partie d'entr'cux
fut faite prifonnière & reçut les plus mauvais traitemens,
ainfi qu'un détachement des braves du foizicme régiment, qui fut enveloppé dans le même moment par les
volontaires & une foule innombrable de matclois; ils
eurent plufieurs d'entr'eux mailacrés, les antres farent indignenient outragés, battus, mutilés, cnfin jetés à fond
de cale chargés de fers.
d --- Page 49 ---
Galbaud avoit donc alors Cil fa poffeflion toute Partillerie & toutes les munitions, tandis que lcs délenfeurs
de la loi étoicnt auprès des délégués dc la république,
fans canons, & n'ayant prefoie point de munitions pour
la moufqueterie; il nc leur reftoil d'autre appui, d'autre
efpoir que leur courage & la juftice de la caufe qu'ils
defendoient.
Galbaud étoit inquict de fon frère; il avoit envoyé
une forte colonne avec une pièce de canon pour le protéger ou le délivrer en cas de befoin ; mais à peinc fc
préfenta-t-elle devant les portes du gouvernement, que
les citoyens du 4 avril fondirent deffus à l'arme bianche,
&, méprifant l'effet de leur moulqueterie & même le feu
dela picce, après quelques minutes d'un combat acharné,
l'enlevérent triomphans.
Les fatellites de Galbaud fentoient & craignoient telJement la fupériorité des hommes de couleur, que de
fimples patrouilles de quatre de CCS mêmes hommes
mettoient en fuite des détachemens de vingt ou vingtcing ennemis. Il y eut dans cette journée de fang dés
traits fublimes d'héroilme, d'inrépidié, de générofité,
de la part des citoyens du 4 avril. Et Ce font Ià les
hommes que les blanes orgueilienx ofoient autrefois Calomnier, qu'ils regardoisntcomme desctrexvilsucommue une
Iace profcrite, jelée fur la terre pou éire l'objet de leur
mépris & le jouet éternel de leur vanité! Iis s'appelloient, eux, une race privilégiéc, fupéricure en vertu,
en courage 5 & dans les journées des 20 & 21 juin,
dans cette guerre fraurieide fufcitée par ciix, ils n'ofoient
fe mefttrer avec cux ni les combattre en lace. O1 honte!
Ils préféroient de les affafliner en fe tenant cachés dorrière leurs jaloufies. Que ces braves citoyens du 4 avril
fe montrérent grands dans CCS jours de calamité où
toutes les bouches prononçoient leur arrêt de mort'!
courage 5 & dans les journées des 20 & 21 juin,
dans cette guerre fraurieide fufcitée par ciix, ils n'ofoient
fe mefttrer avec cux ni les combattre en lace. O1 honte!
Ils préféroient de les affafliner en fe tenant cachés dorrière leurs jaloufies. Que ces braves citoyens du 4 avril
fe montrérent grands dans CCS jours de calamité où
toutes les bouches prononçoient leur arrêt de mort'! --- Page 50 ---
Ils fc font couverts de gloire, & ont montré la plus
grande générofité cnvers ces mêmes blancs, aprèslesavoir
vaincus.
II étoit fix heures du foir. Les commiffaires civils,
voulant éviter tous les maux qu'ils prévoyoient, & préfimant que les matelois finiroient par ouvrir les yeux far
les crimes qu'on leur avoit fait commcttre par de perfides fuggeltions, firent publier, à travers les boulets,
les balles & les poignards, une proclamation conçue en
ces termes : (( Les commiffaires civils favent que les gé5 néraux Galbeud, Cambis & (ercey vous ont égarés,
) qu'ils VOUS ont forcés d'être parjures à la répu-
)) blique; livrez-les aux mandataires de la F ance, aux
> délézués de la Convention nationale, & vous êtes
> pardonnés..
>> Vous tous, bons citoyens, venez autour de nous;
D que les faétieux foient punis feuls; qu'ils partent 3
> qu'ils aillent recevoir en France le prix de leus for-
)) faits. ))
Ecs inftans étoient précieux; les commiflaires comptoient encore que ces hommes, chez qui tout fentiment
étoit anéanti, reviendroient de leu:s erreurs; ils chargérent F. Polverci, fecrétaire de la commilion, de promulguer leur proclamation, afin d'être plus stirs qu'elie
le fut : ils donnèrent quciques perfonnes à F. Polverel
pour Taccompagmer; mais à peine arriva-til, qu'un détachement de matelots, à qui il voulut fc faire entendre, fondit fiur lui aul lieu de lécouier, le fit prifonnier
malgré fon caradère facré de parlementaire, & l'emmena, ainfi que les perfonnes qui fc trouvèrent avec
lui; tous farent conduits à bord de TEole Oll du Jupiter.
fut : ils donnèrent quciques perfonnes à F. Polverel
pour Taccompagmer; mais à peine arriva-til, qu'un détachement de matelots, à qui il voulut fc faire entendre, fondit fiur lui aul lieu de lécouier, le fit prifonnier
malgré fon caradère facré de parlementaire, & l'emmena, ainfi que les perfonnes qui fc trouvèrent avec
lui; tous farent conduits à bord de TEole Oll du Jupiter. --- Page 51 ---
Toutes ces fcènes n'étoient cependant que le prélude
des projets de Galband. Furieux de favoir fon frérc prifonnier, il jura dès cct initant Tancantifement de la
ville entièrc.
II eft bon d'obferver ici que pour décider les matelots à feconder les projets criminels formés contre l'asttorité nationale, on leur avoit promis le pillage.
D'abord les fatellitesde Galbaud, échauffis, enflammés,
défoncèrent les magafins de vin & s'enivrérents mais
l'effet en fut tel, que bientôt iis ne recomnurent plus de
frein ; ils défoncèrent & pillèrent toutes les maifons fans
diftinétion ; ils maffacrèrent femnies, enfans, tout Cc qu'ils
rencentrèrent, & finirent, dans Jour état de fucetr, par
s'entrc-tuer eux-mêmes. Ce qui augmentoit Thorreur dece
ipectacle abominable, 2e c'eft que la awit la pius prolonde
enveloppoit toutes ces horreurs d'un volte funebre, que
le filence de la peur n'étoit interrompu que per les cris
des nouvelles vidtimes qu'on facsifioit, 2 qui on entendoit
prononcer en expirant le mct touchant de pardon. Hélas!
n'accufons pas nos marins de tout ces crimes qui nc
doivent retomber que fur les chels &: les inftigateurs!
Mais le courage des troupes qui combattoient pour
la république avoit tellement infpiré de terzeur dans
la horde de Galbaud, qu'elle n'ofa. dansla nuit, tenter
aucune entreprife, ni même fortir de l'arfenal.
Une grande partic du
avoit été tranfporrée à bord,
&l'on avoit envové des ribaeets frais pour reraplacer les
morts, les bleffés & ceux que Livrefle renduit incapables
de fervir. Ces nouveaux hommes qui éroiend roftés pour
la garde des bâtimens, tranfportés d'éronnement àli vue
des richefles de leurs camarades - dofcandirent avec lefpoir
d'en acquérir autant par les mémes voies (1'.
(:) Le'citoyen Pelletier, enfeigne fur TEole, qui cf aujoun.
d'iui à lOrient 1 Rus a dit que le vaiffeau IEole étoit comme
refle renduit incapables
de fervir. Ces nouveaux hommes qui éroiend roftés pour
la garde des bâtimens, tranfportés d'éronnement àli vue
des richefles de leurs camarades - dofcandirent avec lefpoir
d'en acquérir autant par les mémes voies (1'.
(:) Le'citoyen Pelletier, enfeigne fur TEole, qui cf aujoun.
d'iui à lOrient 1 Rus a dit que le vaiffeau IEole étoit comme --- Page 52 ---
Mais la force armée qui entouroit les commiffaires de
la république, voyant qu'aucun citoyen blanc ne fc joignoit a elle & qu'clien'avoit été renforcée que par quelques
citoyens de couleur, & une compagnie franche de 60
hommes, commandés par Filiate, fentant en outre approcher l'inftant qui dovoit décider à jamais du fort de
Sc-Domingue, fe réfolurent à la plus vigoureufe 1éfftance &à tout facrifer
protéger & fauver les mandataires de Ia France. Eumy cette extrémité facheufe 2
les citoyens du 4 avril profitérent de la bonne velonté
d'unc foule immenfe d'efelavecinteligens, & tots peurla
employés dans la ville auprès des blancs comme
ou! ouvriers, qui vinrent S'offinà eux pour
NEe
fervir dans leurs compagnics & pour défendre les commifaires de la France. Les citovens du 4 avril acceprèrent leurs ofies, & environ huit cents negres efclaves
furent armés s fe battirent avec les citoyens de couleur
& firent des prodiges de valeur.
21 juin 1793.
Ce renfort mit le pofte du.gouvemement à même de
multiplier fes patrouilles, &iiy eut, dèsle matin das1,
pluficurs efcarmouche: entre les patrouilles de la république & celles des révoltés. Mais, far Jes 19 heures, Galbaud, après avoir pris fes mefures envova de Parfenal
une colonne formidable compofce de citoyens dela ville,
de matelots & de volontaires du Cap, avec quclques cf
clavesqu'ils avoient armés. Cette colonnc avoit deux pilces
unc foire, qu'il y, a aclicté lui-memes des mate'ots, des chemifes defemme tres-fines, avec une denrelle de trois doig'saux
manches xau tour de gorge, moyennant un-court.ccqui fit
5 liv. IO fous tournois ; qu'on y vendoit tout dans la même
proportion,tunt le'pil'age étoigabundant; & gue la fen me de
Cercey, le conmmandant du vaiffeau, en achietoit clie-meme.
de
unc foire, qu'il y, a aclicté lui-memes des mate'ots, des chemifes defemme tres-fines, avec une denrelle de trois doig'saux
manches xau tour de gorge, moyennant un-court.ccqui fit
5 liv. IO fous tournois ; qu'on y vendoit tout dans la même
proportion,tunt le'pil'age étoigabundant; & gue la fen me de
Cercey, le conmmandant du vaiffeau, en achietoit clie-meme.
de --- Page 53 ---
di canon, l'une à la tête & Tautre' ila quexc, &: cn
avançant fur le gouvernement clle répétoit le cri de la
veille: Nous voulons les commifaires. Cc fut le IL. oment
cu l'intrépide Chanlatte, citoyen du 4 avril, commandant de la gardenationale à St-Marc, qui avoit fiiviles
commiflaires de S-MarciTespé.lition du Port-an-Princs,
&: du Port-au-Prince all Cap 7 donna les preaves lés plus
évidentés de fon fang-froid & de fa valcur. II comman
doit la force armée fous les ordres de Laveaux, , comman-lant de la province dul Nord,qui, par caufe de maladic, nc pouvoit evéculer lui- mêinc : iles amis, cria
Chanlatte à fes
paincre Ol mourir 5 il faut Cill--
porter leur pièce PMEA 2 & fonce fur la cclonne cn criant:
elle ef à nous; cile cll à R2OUS. En cflet, après avoir,
avec quatre cents honmes, difperfé Sc inis en fuite cette
colonne d'environ quinze cents , il revint vainqueur à
fon pofte avec la pièce de canon & un drapeau, tricolor,
à la vérité, mais au bout duquel Bottoient les cravattes
blanckes. Mais Chanlatte avoit perdu beaucoup de monde
vu fon petit norabre ; fes foldats étoient harraffés, & la
victoire momentanée dont il jouiffoit avoit coûté du fang
à fà petite arinée. Il rallia toutes fes troupes aul pofte du
gouvernement, leur diftribea de nouvelles munitions 8c
lcs exhorta à fe tenir prêtes à recominencer.
Les révoltés furieux de voir qu'ils ne pouvoient gagner
un pouce de terrein fur des hommes qui n'avoient d'autre
artillerie que l'obufier & les deux pièces en bronze qu'ils
avoient emportées les armesà la main, abandonnérent le
prcjst d'attaquer en face. Ilsfe replizrent donc à Tarfenal
& montérent une heure après une pièce de dix huit en
bronze fur le petit Morne qui domine l'aile droite de la
façade du gouvernement, & la feconde cour où les foldats de la république étoient rangés en bataille. .
Lesrévoltés avoient trouvé un tavin fi avanrageux pour
Relation détaillée,6c.
D
les armesà la main, abandonnérent le
prcjst d'attaquer en face. Ilsfe replizrent donc à Tarfenal
& montérent une heure après une pièce de dix huit en
bronze fur le petit Morne qui domine l'aile droite de la
façade du gouvernement, & la feconde cour où les foldats de la république étoient rangés en bataille. .
Lesrévoltés avoient trouvé un tavin fi avanrageux pour
Relation détaillée,6c.
D --- Page 54 ---
so
placer leurs pièces, à pique fur nos têtes,
étoit de
toute impofibilié quc nos boulets puffent les qu'il atteindre,
ils pafloient bien au deffus, mais n'y touchoient
En moins d'un quart d'heore ie gouvernement point. fut
criblé de leursboulets, leséclats sde pierre qu'ils brifcient
voltigeoient jufque dans les chambres occupées par les
commiflaires civils, & ils avoient affoibli un des
gnons de la maifon. Les balles de leurs homnes
pi- tiroient ventre à terre, 2 nous tuoient
de qui
La rage s'emparoit du cceur de nos beaucoup foldas; ils monde, firent
faire par Chanlatte, aux commiffaircs civils, la
fition de fe mettre hors de danger, en difant propo- ne
s'en battroient que mieux ; que fi les commifaires qu'ils venoient à être victimes, tout feroit perdu par le découragement qu'occa(ionneroit dans l'armée la perte des déléguésde la république. Les commiflaites refusérent obftinément de fc retirer, & nos foldats tinrent bon; mais
cinq minutes après les révoltés démontèrent la feule pièce
qui pouvoit les atteindre & gui nous fervoir, Alors Chanlatte revint une feconde fois
lescommiflairese civils,
au nom du falut de T'armée, TRRT retraite fiurle-champ.
Les commiffaires fentirent dès lors que lour
nc
préfarice
pouvoit rien opérer pour le bien public, & ils fortirent
en ordre avec une efcorte des citoyens reftés fidelesà leur
parti; ils traversèrent la rue Efpagnole dans toute fa Jongueur, non fans cffiyer les fufillades des patrouilles de
Galbaud, qui s'embufquoiest aux coins des islets pour
les canarder.
Ils emmenèrent les prifonniers qu'ils avoient faits, &
jls fe réfugièrent au camp Bréda, atl haut du Cap, à
une petite lieuc de la ville.
Mxis avant d'y arriver ils effuyèrent le fou du fort
St-Miche! qui battoit la route oà ils pafloient : ce fort
éloit alors gardé par lcs volontaires à pied de la ville
du Cap, & par les matclots.
bufquoiest aux coins des islets pour
les canarder.
Ils emmenèrent les prifonniers qu'ils avoient faits, &
jls fe réfugièrent au camp Bréda, atl haut du Cap, à
une petite lieuc de la ville.
Mxis avant d'y arriver ils effuyèrent le fou du fort
St-Miche! qui battoit la route oà ils pafloient : ce fort
éloit alors gardé par lcs volontaires à pied de la ville
du Cap, & par les matclots. --- Page 55 ---
Les commiffaires civils ont bien fait de ne pas accéder
à la propofition qui leur fut faite de fc retirer aux cazernes qui font derriere la maifon du gouvernement : Car
on oft certain qu'ily avoit li des hommes apoftés pour les
égorge: a: moment ou ils enticroient, & les coupables
euflent été perdus dans la foule. Tous lcs mauvais citoyens qui s'y étoient iéfugiéscuflent: 23 ambitionné,afenvi
lun delantre, 2 le crimirei avaatage, 2 Cil de frapper ies
premiers coups, Oil de fauver les aflaflins. lly avoit
aufli (8 cette aflertion n'eft pas hazagdée dans le veftibule
du gonvernement &c dans les falles d'cn-bas des hommes
qui n'attendoient qtie le moment d'affaillir &c les commiffaires civils & les citoyens du 4 avril qui les entouroient. Ces brigands mercenaires attendoient avec
tience l'inftant où les fatellites de Gaibaud auroient impanétré dans le gouvernement,
péLe ciel n'a pas permis que tant de crimes fuffent
commis dans un même jour, & que le pacriotifme ficcombirfousle coutcaut de fcélérats, vils rebuts de
& même de l'humanité.
FEurope
Les bons citoyens français, fiur-tout ceux du 4 avril,
tranquilles fur le fort des commifaires civiis, fe réunirent bientôt avec un nouveaut zelc & une ardeurronvelle pour combattre les révolrés. Galbaud, furieux
d'avoir Vu échapper fa proic 2 c'oft-à-dirc les mandataires
de la république, ne mit plus de frein à fes frreurs; il
alla jufqu'à faire tirer à boulets rouges fur nos
& commença par Cct infâme moyen l'incendie dela feidais, ville
du Cap (1), pendant que fes fatellites la propagcoient la
torche à la main.
(1) Des boul-ts rouges ont été éreints dons diverfos
& onalacertitude quelese chefs seaoksmiaument maifons >
D 2
irc les mandataires
de la république, ne mit plus de frein à fes frreurs; il
alla jufqu'à faire tirer à boulets rouges fur nos
& commença par Cct infâme moyen l'incendie dela feidais, ville
du Cap (1), pendant que fes fatellites la propagcoient la
torche à la main.
(1) Des boul-ts rouges ont été éreints dons diverfos
& onalacertitude quelese chefs seaoksmiaument maifons >
D 2 --- Page 56 ---
L'embrifemnent, qui avoit commencé préciffment &c à
defein par le quar'ier qu'habitoient ordinairement les
citoyens du 4 avril, mit le comble à leur défefpoir;
leur courage f monta à la hauteur des événemens; &
voyant que Galbaud ne vouloit faire de la ville qu'un
monccau de cendres, ils volbrent d'eux-mémes à la
mort; ils montèrent far les endroits les plus cfcarpés,
s'emparèrent des canons, forcèrent les révoltés julque
dans leurs retranchomens, ies débufquerent de to:s les
poftes, les taillèrent en pièces, & pourfuivirent Galband
Ze fi près qu'il n'eut que le temps de ie jeter à la nier
pour s'embarquer, en criant aux matelots: A moi mnes
amis, fauver-moi. C'eft ainfi que Gaibaud, toujours
liche, qui prefque toujours avo.t été à la queue de la
colonne ou à l'abri à farfenal, fit fa retraite à bord da
Jupiter.
Dans ces diverfes attacues, nous devons principalement nos faccès à Mariiel Ecz. citoyen du 4 avril,
oihicier p'ein de courage &c de fang-froid, ayant fervi
cn France avec honneur, aujourd'hai commandant lo
cainp du Terrier-Rouge; ii refta toujours à la tête des
placé de diltanse en diftance des trinjes de poudre avec des
barils de pondre, afia de faire fauter les mailons & de cuinmanniquer lincendic.
Un capiraine américain, nommé Warneth, déclaré, devant
Dufay & Garnot, deux des depurés de la Convension nat'onle, devent 25 perfonnes, che: les commiffaires civils, qu'un
capitane américain, fon compatriote, ails, dans une de C.fa
journécs déaftrenfs demander à Galbaud, qui faifeit le TOL
R tord du Jupiter, la permiffion de partir, & que Galaudlu
répond t: oui, voRs pouver partir, nous partirens cuf, anzis
suand cette ville fera brilés, en lui mentrant le Cap.
Voil le fyftème des indépendans & des arittocrates da pays
enfin réalifé, celui de dérruire les villes.
atriote, ails, dans une de C.fa
journécs déaftrenfs demander à Galbaud, qui faifeit le TOL
R tord du Jupiter, la permiffion de partir, & que Galaudlu
répond t: oui, voRs pouver partir, nous partirens cuf, anzis
suand cette ville fera brilés, en lui mentrant le Cap.
Voil le fyftème des indépendans & des arittocrates da pays
enfin réalifé, celui de dérruire les villes. --- Page 57 ---
com.battans, & montra dans toutes les occafions Ic pluts
grand courage &: la plas grande insrepidité, ainfi cue
illate, citoyen du 4 avril, alors capitaine d'une
compagpie franche, & aujourd'hui lieanohant-columel;
ils furent fapéricurement fecondés par Bonpefoi, Hilarion, Larivière & Nicclas, CCS quatre derniers citoyens du 4 avril, & par dchile, un dcs noirs efclaves
avoit, pris les armies pour la délenfe des commiflaires
2 la iépublique & des citoyens du 4 avril. Lc citoyen
Bidoi, aujourdhui licutenant colonc! au fuizante-treizime
régiment, leur a été aufli fort utile par fa fidélité, fa
vigilance & le bon ordre qu'il a maintenu aux cafernes.
Mais les braves & intrépides foldats de la patrie ne
pouvoient fe trouver par-tout en même temps, & le
refte de la troupe de Galbaud qui étoit encore à terre 5
incendioit, aflaflinoit & pilloit toujours dans les quattiers éloignés. On prit à ces hommes une infinité de
drapeaux de toutes couleurs, avec ces légendes ia ration,
la loi & le roi; & quelques-uns aux cravates blanches
parfemées de fleurs de-lys. En moins de trois heures la
vilie entière fat en feu. Il a été impoffible de calculer
le nombre dhommer, de femmes & d'enfans de coulenr
péris par les famnies dans leurs maifons, & préféraut
cette mort aux coups aflaflins de Ieurs meurtriers, qui
dans leur ivrefle exerçoient envers eux toutes fortes de
cruautés. Cette ville étoit comme une arêne oi Galbaud
avoit lancé des bêtes féroces, qu'il avoitd'abord animées
afin d'exterminer fes ennemis.
L.es commiffaires étoient au camp Bréda pendant que
ces fcènes d'horreur fe pafluient ci ville. Les nagres,
efclaves de la plaine du Nord, inftruits par les Aammes
&c lcs coups de canon des événemens extraordinaires qui
fe paffoient ae Cap, vinrent par bandes fe préfenter aux
D 3.
avoit lancé des bêtes féroces, qu'il avoitd'abord animées
afin d'exterminer fes ennemis.
L.es commiffaires étoient au camp Bréda pendant que
ces fcènes d'horreur fe pafluient ci ville. Les nagres,
efclaves de la plaine du Nord, inftruits par les Aammes
&c lcs coups de canon des événemens extraordinaires qui
fe paffoient ae Cap, vinrent par bandes fe préfenter aux
D 3. --- Page 58 ---
commiflaires civils, & Jeur demander en grace, parl'organe de leurs chels, de les cmployer au fervice de la
nation.
Les commiffaires virent fans doute l'occafion heureute, dans les maux dont ils étoient accablés, de faire
ceffcr la révolte des eiclaves, S de tirer uin parti avantageux pour la république des négres habirués depuis
deux al S aux exercices de la guerre, & qu'ils regardoient commc impoffible de faire rentrer dans l'état d'efclavage d'ou ils étoient fortis.
La mefure que les commiffaires civils alloient prendre
étoit d'autant plus politique, que les Elpagnols à nos
ennemis & nos voifins, avoient déja féduit & corrompu
quelq les principaux chefs, à l'aide defquels ils font entrés depuis fr notre territoire : en cenféquence, les commiffaires déclarèrent, ie 21, que la volonté de la république françaife & celle de fes délégués étoit de doaner
la liberré à tous les nègres guerriers qui combattroient
pour la répablique, tant contre les Efpaznols que contre
les auties enemis, foit de l'intérieur, foit de Textérieur;
ils annoncèrent en même temps l'intention bien prononcée d'adoucir & d'améliorer le fort des autres efclaves.
La proclamation fit firr les nègres l'effet que les commiffaires en attendoient ; beaucoup des premiers arrivés
fc détachèrent de leurs bandes, & retournèrent en plaine
anaancer à leurs camaiades que les commiflaires vouloient améliorer leur fort. Le réfiultat fut tel
plus de
quinze mille nègres fe rendirent au camp Delds dans la
journée, & furent d'eux-mémes & fans ordre pour combattre les fatellites de Galbaud, & revinrent chargés des
débris de ce qu'ils arrachoient aux flammes; il s'en trouva
raéme beaucoup parmi cux qui pillèrent les maifons in.
anaancer à leurs camaiades que les commiflaires vouloient améliorer leur fort. Le réfiultat fut tel
plus de
quinze mille nègres fe rendirent au camp Delds dans la
journée, & furent d'eux-mémes & fans ordre pour combattre les fatellites de Galbaud, & revinrent chargés des
débris de ce qu'ils arrachoient aux flammes; il s'en trouva
raéme beaucoup parmi cux qui pillèrent les maifons in. --- Page 59 ---
tadtes dans les environs de la ville, mais ils ne tuoient
que les hommes armis, & amenoient dans notre camp
les fennes & les cnfans.
C'eft une providence protect:ice & divine
a veillé
pendant Ces joucs d'anarchie, de défordre, 2 fang &
de fea, à ia confervation du refte de la population
blanche & même de cells appeilés de coulear, car il fe
trouvoit quinze negres elclaves armés pour un homme
libre 5 mais nous dirone.malgré la groffièreté, ou plutôt
la nullité des principes de ces peuples encore brutcs, &
dont beaucoup même viennent des hordes d'antropophages, & que la guerre qu'ils faifoient aux blancs dopuis trois ans avoient rendus rlus féroccs, nous dirons
que les déligués de la Francé furent toujours refpeltés
par Ce mélange de. nations qui n'ont aucune idée de
fos coutumes, de nos lois & de nos ufages, S qui
font habitués à ramper fervilement fous des defpotes.
22 juin 1793.
Dans la nuit du 2I aul 22, Galband écrivit auX conmiflaires, enz prenant le titre de gouverncurgeaéral des
ifles Sous-le-Vent, une lettre conçue a-peu-p près en ces
termes :
( Parmi les prifonniers que j'ai faits hier, fe trouve
D le fils du citoyen Polverel'; mon frère eit aufli prifon-
)) nier, L'intérêt du citoven Polverel eft de ravoir fon
D fiis, mon intérêt eft de ravoir inon frere.
n Jc vous propofe cet échange. Signé Galbaud.
Les commiffaires lui répondirent ainfi:
( S'il exiftoit aucune efpèce de droit des gens entre
D 4
Parmi les prifonniers que j'ai faits hier, fe trouve
D le fils du citoyen Polverel'; mon frère eit aufli prifon-
)) nier, L'intérêt du citoven Polverel eft de ravoir fon
D fiis, mon intérêt eft de ravoir inon frere.
n Jc vous propofe cet échange. Signé Galbaud.
Les commiffaires lui répondirent ainfi:
( S'il exiftoit aucune efpèce de droit des gens entre
D 4 --- Page 60 ---
)> un crimincl de leze nation révolté & les dépofitaires
)) de la paifance nationale, vous n'auriez pas meac
> T'avantage de l'avoir obfervé,
> Polverei fis a été pris & arrêté contre toutes les
)) lois, ii étoit en parlementaire charge de Iire anx
> horames que vouts avez fi indignement égarés le
> Voett de la cominillion civile ; votre frère, au con-
) traire, a été arrêté, défarmé, à lu tête de ces mémes
)) hommes dirigeant fur nous leur trop aveugle fareur;
)) il n'y a aucune comparaifon à faire entre Ces deux
> hommes; Phonneur de la république ne nous permet
))
d'accepter cet échange; cC prifbnnier, criminel
2 R lize-nation, aopartient à la république, &c nous
> n'avous pas le droit d'ce difpofer.
>) II nous en cotite, fans doute, pour faire taire l
>) voix de ia nature 8 du fang ; elle n'ef rien auprés
>> ds1 l'amour de la patrie, & notre devoir ne touttre
) aucure confidération.
>, Quant à VOuS, qui feul avez caufs toutes les bor-
> reurs dont VOuS vous plaignez, tous les excès qui dés-
>> honorent votre révolte, vous n'avez, fans doute, qu'un
>) moyen de lesfaire coffer, c'oft de vous rendre a bord
)) de la Nornande, 80 D d'y attendre ros orcires.
J) Chafles par vous de h ville de Cap, forcés d'on
7) forir par la plus aihreufe des trahifons, nous navons
31 pius la puiffance phyfique d'arrêter ce défordre'; nous
1 recevrons dans le camp qui nous fert de reluge, les
> Jemies & les enians que vous voulez avoir fur la
3, Soite. Unalis sir fcra toujours au milicu de nous
> pour les malhenreux que vous avez faits.
22 Juia 1792.
Enlin, le vingt-Jeux. profque tous les matelots échappisde la bagares étoient rontrés à leur bord; mais Jn-
la puiffance phyfique d'arrêter ce défordre'; nous
1 recevrons dans le camp qui nous fert de reluge, les
> Jemies & les enians que vous voulez avoir fur la
3, Soite. Unalis sir fcra toujours au milicu de nous
> pour les malhenreux que vous avez faits.
22 Juia 1792.
Enlin, le vingt-Jeux. profque tous les matelots échappisde la bagares étoient rontrés à leur bord; mais Jn- --- Page 61 ---
cendie continuoit toujours fes ravages, & les négres
de la Plaine attirés par Tappât de pillage afleoient tellement en ville, que fous les dernicrs temps où le feu
avoit prefque tout confamé, ils fe tiroient des coups dc
fulil les uns aux autres pour s'arracher le butin. II étcit
prefque impollible d'arrêier ces horreurs: ces nègres n'entendoient le frangais qu'avec difficuité, &, dominés
P'efprit de pillege, à peine lcs créoles
TRa
pouvoient-ils
faire entendie iaifon.
Mais tous les crimes de Gaiband n'étoient pas encore
parvenus à la conncitlance des commiflaires: iis eurent
bientôt les preuves convaincartes qu'ii avoit enlevé les
poudres de l'arfenal; qu'après en avoir donné aux divers (
bâtimens de la république 2, il avoit chargé Ic refte à
bord de deux navires marchands qu'il avoiz fizit firle-champ couler à fond; qu'il avoit fait enclouer. tous les
carors & mortiers des ferts St-Jofeph & Picclet, ainti
que tous ceux de l'arfenal & des batteries qui défendent
la ville; & gu'il avoit, en outre, fait
à la mcr
toutes les gargouffos qui fe trouvoient
ler
Si les Efpagncls ou les Anglais étoient venus nous
atraquer Je lendemais du dépare de Galbaud, que feroit
devenne la icuveraineté nationale (1?
Mais le combie du deftin & de la perfidie, c'eft qu'il
envora le 21 un erdre all traître Nully, lieutenantcolonel du opame-vingr-qmairiàme réginient, qui commandoit alors le cordion dePoueft, d' arrêter les foi difant
commiffaires civils Polverel & Santhonax (2).
Nuily ervoya far-lo-champ copie de cet ordre au
(t) 11 ft pille: 1- magafin genéra! dessives,percer les barriques de vin, & défoncer les barrils de farine, afin de priver
de tout fecours &: mèmc de toute fubfiiance, ce qui reltoit de
Francais tid-les.
(2)Ces pièecs ont été adreffics i la convention nat'onale.
difant
commiffaires civils Polverel & Santhonax (2).
Nuily ervoya far-lo-champ copie de cet ordre au
(t) 11 ft pille: 1- magafin genéra! dessives,percer les barriques de vin, & défoncer les barrils de farine, afin de priver
de tout fecours &: mèmc de toute fubfiiance, ce qui reltoit de
Francais tid-les.
(2)Ces pièecs ont été adreffics i la convention nat'onale. --- Page 62 ---
commandant de la garde nationale du
avec ordre de le mettre à exécution.
Gros-Morne,
A cette époque les citovens du 4 avril, toujours pleins
d'amour, de reipoct & de reconr biflance po.r les dés
légués de la république françaite, fupplérent le commif
faire Polvecel de ne puint rejeter la propofition
alloient laire à Galbaud,
qu'ils
d'entr'eux
d'accepter ul certain nombre
pour rendre Polverel fils à fon père (1jPolverel lettr répon.lit firr le-champ:
Frères & amis,
e Mon fils eft heureux puifque, jeunc encore, il a
D pa vous intéreffer. Je ne puis confentir
)) échangé, parce que les délégrés de la
qu'il foit
)) penvent
république ne
pas traiter avec Gaibaud comme avec
N ennemi; iis ne peuvent voir en lui
un
)) mon fils ne pouvoit pas même être confidéré qu'un rebelle:
)) prifonnier, fuivant les lois de la
car comme il
)) parlcmentaire, &
guerre;
étoit
rempliffoit une fonction de
)) il ne pouvoit fe difpenfer: tout échange
laquelle
)) un attentat à la fouveraincté
accepté & leroit
> déshonorant
nationale, 2
un adte
pour moi.
) Croyez, frères 8 amis, que je fens tour le
de
) l'amitié que vous manifeftez à mon fils & à moi: prix c'eft
)) au nom de cette amitié même, que
vous
de
D renoncer à votre projet. Mon fils & je moi pric
> mourir toutes les fois que notre devoir
faurons
)) nous ne fouffrirons jamais
perfonne lexigera; mais
)) pour nous fa vie ou fa libérté. que )
compromette
bord Cependant, du
après pluficurs confeils de guerre 2 tenus à
Jupiter, & tous contradictoires les uns aux
autres, CC qui décile évidemment l'embartas des cou-
(1) Ils offrirent de livrer cent d'entre cux.
je moi pric
> mourir toutes les fois que notre devoir
faurons
)) nous ne fouffrirons jamais
perfonne lexigera; mais
)) pour nous fa vie ou fa libérté. que )
compromette
bord Cependant, du
après pluficurs confeils de guerre 2 tenus à
Jupiter, & tous contradictoires les uns aux
autres, CC qui décile évidemment l'embartas des cou-
(1) Ils offrirent de livrer cent d'entre cux. --- Page 63 ---
pables, on y prit un arrêté qui décidoit le départ daconvoi. Ieft à remarquer qte le confeil de
accordoit une fwve-garde a
guerre e qui
Gelbaud, an licu de lc remettre aux commitlàires civils, étoit compofé des officiers
de narine &: des citoyens émigrans qu'ils avoient réunisauprés d'eux: pa eis ou anis des émigrés, & tous complices
de Galbaud, q'on y avoit adimis, pour délibérer far fon
fort. On lesevoit fait jages dans leur propre caufe (1).
On peat aufli remarquer ladreffe avec laquelle Cainbis
commente la proclamation des commiffaires civils, &
femble l'infirmer, parce que, dit-il, cle ne prononce
envers Galbaud, Cercey, Cambis. aucune deftitution (2),
QQuelle fousberie! Eft-ce que Galbaud n'étoit pas déja def
titué? eft-ce que Cambis & Cercey l'ignoroient?
24 Juin.
Enfin le 24 & le 25, tous les bitimens français de la
Répablique & du commerce fortirent de la radc, &
firent voile foi-difant pour la France (3).
(1), Ily v avoit entre autres un Delmas, ci-devant
aul réginient du Cap, , u des chefs de la fdition clirurgien du 2 décembre 1792, un des plus mauvais citoyeus du Cap., un des
plus grands ennem's de l'autorits nationale & des ciroyens de
couleur, enfin un des phus zélés & des plus ardens
de Blanchelande. Il Y. avoit encore un Valentin, chirurgien, partifans
fortant cu régiment ci-devant dit du Roi, & refugié à St-Domingue, 2 comme le fecond Coblentz.
(2) Toutes ces différentes pièces ont été adreffées à la cenvention nationale.
(3) On a rapporté aux commiffaires civils qu'ayant de fortir
de la rade, ces chefs aufi cruels que fédirieux ont fait
fur un acon, à la vue due convoi, plufieurs citovens du placer
entre autresles citoyens Latortue & Auguftin Riche, tous 4 aviil, deux
Roi, & refugié à St-Domingue, 2 comme le fecond Coblentz.
(2) Toutes ces différentes pièces ont été adreffées à la cenvention nationale.
(3) On a rapporté aux commiffaires civils qu'ayant de fortir
de la rade, ces chefs aufi cruels que fédirieux ont fait
fur un acon, à la vue due convoi, plufieurs citovens du placer
entre autresles citoyens Latortue & Auguftin Riche, tous 4 aviil, deux --- Page 64 ---
Ce fut ainfi que le plus fcélérat des hommes
au glaive vengeur des luis. Pourroit-il fc trouver furlaterve échappa
une puillance aflez corrompuc pour donner protection au
crime Les Dicuspourroisnt-ils laifler tant dof forfaitsimpunisi C'oftlui, ce monftre de Galbaud, qui, avec
fesliches complices, a été Taflalinde tous les citoyens du
4 avril, que la fermeté des commiffaires civils a préfervds d'un maflacre général. C'eftlui qui a été laffalfin de'
tous cesbraves marins qui cnt fuccombé dans ces journéss
de malheuss,
ont verfé lcur fang honteufement cn
s'armant contre
patie, tandis
ce
1:
couler
que
fang ne devoit
que pour clle, que poar fa gloire, que pour la
Hhené, que poitr légalité.. C'eft fur lui que doit retomber leurfaute. Que tous lcs marins 2 que tousles
Jeurs freves, leur pardonnent ! le perfide Galbauda Français, agité
to.ites leurs pailions, & jufqu'à leurs vertus (puifqu'il
Jour a parié de patriotifme), pour les égarer &: les fédaire. Leurs torts ne leur appartiennent pes. Grand dieu!
potvoient gagner les matelois à la ruine du Cap !
E paiu du marelot, qai, en temps de paix, s'emploie
2it fervice dn négociant, ne peut s'acheter par la ruine du
comm:ice. Excufons CCS hommes foibles qui fe font laiffés
égarer, ce font des infenfés qui étoient conduits par des
monftres; 8: funs doute ces braves matelo:s, en confef.
fant leurs fautes, feront les premiers à dénoncer les coupables, & nême àlcs livrer à la févérité dela juftice de
1 Contenter.rationale, qui nc fera pas dupe de leurs
difcours ni de leur défenfo, quoique étayéo par dos proc's-verbaux; & fans doute cllc verra clairement que les
cficiers de la marine ont voula coavrir leurs crimes Cil
capitz'n's de compagnics franches & excellens officiers, Sc leur
ont fair couper la tite, comme pour les punir d'avoir donne
lesemple de la fidélité à Za France & à ics délégués 6 avoir
eu Paudice d'accepser displacc, d'aficier.
de leur défenfo, quoique étayéo par dos proc's-verbaux; & fans doute cllc verra clairement que les
cficiers de la marine ont voula coavrir leurs crimes Cil
capitz'n's de compagnics franches & excellens officiers, Sc leur
ont fair couper la tite, comme pour les punir d'avoir donne
lesemple de la fidélité à Za France & à ics délégués 6 avoir
eu Paudice d'accepser displacc, d'aficier. --- Page 65 ---
rejetant tout fer l'infurreéion des
qu'ils avoient
& fomentée. C'cft Tufage
ariftocrates &
rat
préparée des conitresévolutiomaines : quand ils excitent une infurrection, ils ont la politique perfide de précher avec
affectation la paix & l'ordre à ceux qu'ils ont foulevés.
L'ordre alloit s'établir à Saint-Domingue, alors ils en
ont été cffravés : tout ordre pour cux eft un fupplice.
Is ont juré de perdre la liberté par les excès de Tanarchie.
Lc vaiffeau PAmerica fut le fenl qui alors ne mit pas à
la voile, ainfi que la frégate la Fine, qui étoit regardés
comme incapable de tenir la mer (1).
26 Juin.
Le 26, les commiffaires envoyèrent dans la ville du
Cap de forts détachemers pour y rétablir l'ordre, autant
quil fe pourroit.
Jamais fpedracle aufi hideux ne s'étoit préfenté à la
vue des hommes : la ville entière, réduite en cendres Sc
infeétéc de cadavres, malgré ceux que la flamme avoit
confumés. Le feul fauxbourg du Petit-Carénage 2 à
l'entrée de la rade, 2 avoit échappé > comme
miracle, aux torches incendiaires. Trois fois les
Eaismna
(1), L'América, le jour de l'attaque du 20 juin, avoit bien
fourni quelques détachemens & de mate'ots & de fa garnifon
mais il ne s'étoit
emboffé & n'avoit pas fuivi les autres
g:
leur fuite. Sa conduite pas annonçoit encore quclque attachement
à la caufe de la république, ou au moins que ques remords; mais
depuis fidele à la coal'tion des offciers de marine & à la réfolution de laiffer la colonie dénuée de toutes forccs navales,afin
qu'elle fit plus facilement enyahie par nos ennemis, ila auffi
déferts conme les autres.
boffé & n'avoit pas fuivi les autres
g:
leur fuite. Sa conduite pas annonçoit encore quclque attachement
à la caufe de la république, ou au moins que ques remords; mais
depuis fidele à la coal'tion des offciers de marine & à la réfolution de laiffer la colonie dénuée de toutes forccs navales,afin
qu'elle fit plus facilement enyahie par nos ennemis, ila auffi
déferts conme les autres. --- Page 66 ---
avoient tenté d'y mettre le fou, & trois fois ils
été furpris & chaffés.
avoient
Le premier foin fat de purifier l'air empefté de la
on Gt creufer de vaftes follesà cet effet, dans lc fond ville; defquelles on dreffa dcs échafauds en forme de bichers; on
delcendit des barrils de goudron,
y
&caprès y avoir mis le
feu, on y jeta environ douze cents cadavres ramaflés
les rues.
dans
Il étoit urgent néanioins de trouver les
de
mener promptement l'ordre dans la ville, moyens et de
raun frein au pillage & au meurtre auxquels fe livroient mettre les
nègres de la plaine.
Les commiffaires rendirent une
effct.
proclamation à cet
Les confpirateurs 9 les comre-xévolationairer étant
diflipés, on fe préparoit à goûter
alloit s'occuper de rétablir l'ordre dans quelque repos. 2 &on
& de prévenir dans les auitres cantons des toute la colonie s
blables à ceux qu'on venoit d'éprouver.
malheurs femMais bientôt lcs commiffaires virent éclater de totttes
le complot général de contre-révolttion; l'incendie
Sere Cap étoit lc fignal dcs
enfemble les ennemis intérieurs coups & extérictrs. que deveient porter
Cap les confpiateurs & les traîtres dirigecient Pendantqu'au far lcs
vrais d'artillerie Français, pendant pluficurs jours. - un feu continael -
& de moufquetterie, ou les affaffinoit par leurs
fenêtres, éiant barricadés dans leurs maifons.
aux
Cayemittes & aux Abricots, ils armoient AJiremic, des hordes 2
d'efclaves, ils fe retranchoient dans des
ils refufoient de recevoir les commiffaires
cam:ps, le
mandant militaire &: la force armée pacificateurs. quc les
comeivils yavoient envcyés pour rétablir l'ondre & commiffaires faire exécu-
ou les affaffinoit par leurs
fenêtres, éiant barricadés dans leurs maifons.
aux
Cayemittes & aux Abricots, ils armoient AJiremic, des hordes 2
d'efclaves, ils fe retranchoient dans des
ils refufoient de recevoir les commiffaires
cam:ps, le
mandant militaire &: la force armée pacificateurs. quc les
comeivils yavoient envcyés pour rétablir l'ondre & commiffaires faire exécu- --- Page 67 ---
ter la loi; ils combattoient l'armée del la République.
A la Marmelade, ils ofoient entrer en négociation avoc
les Efpagnols, et annoncer leur Vl pour fe mettre fous
leur domination.
Nullv, Hieutemant-colonel du quatre-vingt quatrième
réciment, conmandant du cordonde TOueft, après avoir
envové des ordres circalairespour! faire arrêter les délégués
de la République, avoit déferté fon pofte 8 palfe dans la
partie efpagnole, avec trois officiers de fon régiment.
Lafenillée,oficier au réviment du Cap & commandant du pofte important de Ouanaminthe, place forte
qui fépare, dans YER, la partie françaife de la partie
elpagnole, l'avoit livrée aux Efpagnols fiur une fimple
fommation, 2 quoique cette place fur défendue par une
nombreufe garrifon & une artilierie formidable.
Queiques jours après, environ mille ou onze cents
hommes de troupes de ligne, féduits & trompés parleurs
officiers, ont patlé à l'Efpagnol & ont rejoint Nuliy.
Quelle étoit donc, quelie eft encore cette ligue for.
mée contre la République françaife? Quels font les confpirateurs & quel elt le lien qui les unit?
Les confpirateurs font la prefque totalité des blancs
qui font à Saine-Domingue, les uns perdus de dettes,
avec l'air de l'opulence , les autres, avides de pillage, parce qu'ils n'ont rien : Ce font la plupart des
chels des corps militaires venus de France, qui n'ont
préféré Saint - Domingue à Coblentz, que parce qu'ils
ont cru pouvoir y fervir plus efficacement la contre-révolution.
Tous vculent de grands mouvemens, de grands défaftres ; les premiers, pour fariquer la République, amener Tindépendance & confommer les banqueroutes qu'ils --- Page 68 ---
ont préparées au moment mêne de la formation de
leurs propriélés Ol de l'érablifement de leursi maifons
commerciales; les feconds, parce qu'ils ne peuvent exifter
que dans l'anarchie ; les derniers, parce qu'ils efpèrent
encore reffufcitcr l'ancien régime,
Non : la colonie ne périra pas; cile ne courbera pas
la tête fous le joug des tyrans; elle renaîtra de fes cendres, elle fera régénéréc & fervira d'exemple aux autres. La France n'abandonnera pas fes enfans quand ils
font malheureux; cette colonie deviendra, commie failant
partie de la France, la terre de la liberté 8c de l'égalité;
on
reconnoitra enfin les droits de l'homme qui y ont
été & long-temps profanés, & la République françaife y
raffemblera des cnians dignes d'elle.
Surpi ÉMENT
cendres, elle fera régénéréc & fervira d'exemple aux autres. La France n'abandonnera pas fes enfans quand ils
font malheureux; cette colonie deviendra, commie failant
partie de la France, la terre de la liberté 8c de l'égalité;
on
reconnoitra enfin les droits de l'homme qui y ont
été & long-temps profanés, & la République françaife y
raffemblera des cnians dignes d'elle.
Surpi ÉMENT --- Page 69 ---
SUPPLÉMENT EXPOSITIF
Des événemens arrivés ce Saint-Domingue depuis la
fuite de Galbaud.
Av milieu des cendres & des décombres dont la malheureufe ville du Cap étoit couverte 2 les citoyens du
avril, les citoyens nouveaus du 20 jsin, &c le petit
nombre 4
de Français fidèles qui reftoient auprès des commiffaires civils, fe font rendus en armes au Champ-deMars, le 14 juiilet, entourant les délégués de la République. Des citoyens avoient planté un arbre de la liberté devant l'autel de la patrie, 2 au bruit du canon &
des cris de vive la Républiqne. 2 vive l'égalité, vive la
liberté; ils ont tous renouvelé le ferment de fervir la République, de lui être à jamais fidèles, & de mourix
Relation détaillée, Bc.
E --- Page 70 ---
pour A défenfe k pour fa gloire (1). Ia cérémonie fut
terminée Par Phyene de la patrie.
() Voici I: difeours prononci, le 14 juillet, par le commire Polyercl:
'Citovens, ce n'eft point pour célibrer une fate qe vous
êtes affemblés. Coment pourr ons-nous nos cccup.r defetes
au milicu des cendresk des ruines dont linfene Galbaud nous
a environnés!
>> Nous avors dans ce moment un devoir plus facrdà Fempli 11 y a aujourd'hui quatre ans que le Peu:le francais ftle
premier pis Vets le li-erté S porta le premier coup à la tyrannir; iy a aujourdii qare ans qu'il fe fit une Euderzt'on entre tous les opprimés contre tous les ep-reffeurs.
>> Lrs op rim.'s dtoicn: 'les foldats qu'en failoit marcler
cours de plat d: fibra, quon menoit à l2 boucheric pour
venger es qu-relles des rois, qui Cou roient tous les p'eils de
la gierre & qui naveien: cucure part à la gloire ri aux récompenfis.
>> Les opprimés éroient les culciunteure qui ficondoientla
terre de lears facurs de n'en partieolent pas les fruits.
>> Les op-rimés étoieat Is Africains que les rois &lu
fatellies Cavuyoient eccter,far hursfovers, de rois quin'avoient pas 1: droit de l:s vendre, jour es coadamier, en
Amirique, à un efe'avage éternel.
>> Les- opprimés étoient les d.fendans des Alricrins, qui,
lors mane ca'ils nyuient-rceouves 'eur liberté, ctuienz réputés
indignes de jnuir des droits de f.omme.
>2 Les oopreffers font tous les rois qui tmiquene de la vie
&del ib.rré des hommes de tous les PUs 8o de touie les
couleurs.
>> Ties opeffeurs Prot tous les trakre: & les Irigands qui
veulent reffufciter ia royaisé * leclivc.
n Tencuvelons cette Liite fidscatien: juroas tous une guerre
eur liberté, ctuienz réputés
indignes de jnuir des droits de f.omme.
>2 Les oopreffers font tous les rois qui tmiquene de la vie
&del ib.rré des hommes de tous les PUs 8o de touie les
couleurs.
>> Ties opeffeurs Prot tous les trakre: & les Irigands qui
veulent reffufciter ia royaisé * leclivc.
n Tencuvelons cette Liite fidscatien: juroas tous une guerre --- Page 71 ---
Cepandant la confpiration de Galbaud, concertée avec
tous fes complices, s'étoit propagée dans tous les points
de la colonic, ott il avoit sépandu des agens affidés.
Elle devoit éclater par-tout, preique au méme moment;
& de tous côlés, les ennemis del la France lendoient teus
aut mème but par les mêmcs moyens. Ces monftres
avoient juré de pcrier le coup de mori à la colonie.
Aux Cayes, dans la partic du Sud, le jour de la fédération du 14 juillet mancua d'être fouillé par le plus
horrible des attentats: les orgucilieux blancs T'avoient
choifi pour le mafacre générail des citoyens du 4 avril.
Tout étoit arrangé pour l'exécution' de ce complot pcrAdes on avuit, comme au Cap, corrompu réquipare
de la
&: ceux des bitimens de commerce, Bcils
frégate, o
devoient tous defcendre à torre pcur feconder les projels des contre-évulationtzaites Les figraux étoient convenus. les cartouches diftribuées aux aflalfins : 8:, de
méme que Galband avoit fait all Cap,"on s'étolt enlparé de l'arfenal. Le commiffaire Delpech a déjoué cet
à mort contre tous ls rois, co:re tous les ennenis dela liburté & de T'égalicé,
>> Jurons d'êrre fideles jufqu'au dernier fonpir à la Rirubiigse francaife, & d'exécuter ponctuetlenkns routs Jes loi que
ja Convention nationale a rendues & ccll.s qu'ele pourra rendre à l'avenir >>.
Alors tous les citoyens affemblis ont prité ce ferrent avcc
nous, &c ODt témoignd leur atrachement inviolahle à la Pépublique francnife, par des cris redoublés de vive la République!
vive la Conyent.on nationale !
Lbynne des Marfrillais ayant éts clanté par tous les citovens, pénder's du faint eathoafisfine de la liberté & de 16gelitd, nous nous fommes retires dans le même ordre que nous
nous érions reudus fur la place.
E: 2
nous, &c ODt témoignd leur atrachement inviolahle à la Pépublique francnife, par des cris redoublés de vive la République!
vive la Conyent.on nationale !
Lbynne des Marfrillais ayant éts clanté par tous les citovens, pénder's du faint eathoafisfine de la liberté & de 16gelitd, nous nous fommes retires dans le même ordre que nous
nous érions reudus fur la place.
E: 2 --- Page 72 ---
horrible complot, ayant été merveilleufement fecondé
par la bravoure de Rigaud, citoyen du 4 avril, commandant de la partie du Sud.
A la même époque, plufieurs paroiffes de l'Oueft s'étoient coalifées & avoient fait un accommodement avec
lcs Efpagnols pour fe livrer à cette paiffance oul fe mettre
fous fa protedtion aveC un 10i. Ce traité s'étoit figné à
la petite rivière de T'Artibonite, aux Cahos, 8c. (1).
Le commilfaire Polverel eltt connoiflance de cette trahifon, & fon arrivée fubire dans le quartier en empécha
T'effet; il fe préfenta aul milieu des confpirateurs, 2 en impar fa préfence fenle, fit arrêter les chefs préfens,
des ordres
s'affurer de ceux
goter
pour
qui étoient abfens, & déjoua ainfi cette nouvelle confpiration (2).
Lc mauvais fccès de toutes leurs entreprifes n'a jamais décourapélorgueil de CCS vils ariftocrates, vendus
aux royaliftes & aux émigrés. S'ils échouent dans un de
leurs projets, à l'inftant ils forment un nouveau complot. Ils marchent toujours de forfaits en forfaits.
Ils fo font empreffés de corrompre la garnifon du Môle
& de s'aflurer de cetre place importante, le dépôt de
toutcs nos munitions, aftn de sy ménager une retraite,
ou le moyen de la livrer à nos ennemis.
La garnifon étoit compofée de partie du quatre-vingtfeptième régiment, ci-devantI Dillen, qu'l leur a été d'au-
(r) Le commiffaire Polcrel a a1 envoyer à Ja Coavention
ee traité, avec toutes les pièces y relativen,
(:) Le commiffaire Polverel venoit d'émbir une cour martiale pour faire juger tous jes coupadles.
, aftn de sy ménager une retraite,
ou le moyen de la livrer à nos ennemis.
La garnifon étoit compofée de partie du quatre-vingtfeptième régiment, ci-devantI Dillen, qu'l leur a été d'au-
(r) Le commiffaire Polcrel a a1 envoyer à Ja Coavention
ee traité, avec toutes les pièces y relativen,
(:) Le commiffaire Polverel venoit d'émbir une cour martiale pour faire juger tous jes coupadles. --- Page 73 ---
G9
tant plus facile dégarer, que la plupart des foldats ne
font pas Français. Les commiffaires fe difpofoient à chanRer cette garnifon : en attendant iis envoyèrent atl Môle
le capitaine Adeion, cemmandant la corvette de la Répubiique le Las- Cafas, pour y chercher des munitions de
guerre dont on avoit au Cap le plusgrand befoin, 2 depuis lenlèvement 8z la deftruction quc Galbaud avoit
faits de celles qui y étoient.
Defheux, officier d'artillerie, qui commandoit au Mole,
affifté de jaunas, fe difant adjudant de place, d'Offorel, commandant du guate-vinge-feptiène régiment, &
Chaumet, habitant de Jérémie, commandant de la
garde nationale du Mole, ont refufé de livrer les munitions de guerre, & même ont ofé faire tirer les canons
du fort fur le Las-Cazas; ils en ont fait autant fur le
bricq PACtif, & fur la goèlette la Convention nationale,
deux autresbitimens de la République.
Ceci n'étoit que le prélude de leurs projets criminels;
ils étoient d'inteligence àvec ICS ennemis. Ils avoient appelé les Anglais, ilsles attendoient avec impatience 5 &
le 23 feptembre ils ont mis le comble aleurirahifon, en
livrant ce Gibraltar du nouveau monde aux Anglais,
quiy font entrés'n'avant d'autre force qu'un petit vaiffeau
de 50 canons, mal armé, 2 une corvelte & un bricq(1).
(:) Le dépar: du vaiffeau TAmérica, fans ordre, a été le:
dernier lignal qui a appelé les Anglas. Ceu: -Ci pouv oient ils
fe reufer aux invitations, aux offres qu'on Jeur adreffoit, quand
on leur faifoit fi beau jeu, & qu'ils étoient furs de ie rencontrer aucun obitacle? Voili une viétoire bien gloricufe. & qui
dit bien les énorgueillir! Comment psur-on voulo:r ne tenr
ies fucc.s que dela tralifon?
Relation ditailiée, Gc.
E 3
dernier lignal qui a appelé les Anglas. Ceu: -Ci pouv oient ils
fe reufer aux invitations, aux offres qu'on Jeur adreffoit, quand
on leur faifoit fi beau jeu, & qu'ils étoient furs de ie rencontrer aucun obitacle? Voili une viétoire bien gloricufe. & qui
dit bien les énorgueillir! Comment psur-on voulo:r ne tenr
ies fucc.s que dela tralifon?
Relation ditailiée, Gc.
E 3 --- Page 74 ---
7?
Les Anginis y ont envoyé depuis environ 4 à 5o0 hom:
mes du treizième régiment, commandés par un Lieutenant-colonel qui a débuté par y publier une proclamation qu'il a fait parvenir dans la partie françaife, avec
ui traité pallé erire les colons émigrés & le goivernemert anglais, lequel traité a 6t6 fané à Londtes en février 1795 (vieux Ayle), 3: ratifé depuis par les colons
à Siint Domingue.
Par ce traté,ilsfe mettent fousia protection de PABgleterre & fe foumettent à fes lois, fous la condition,
zufi commode pour cux que peu delicnte, qur'ils ne paieront de Io ans aticun de leus crianciers, & que les
rons de couleur refteront dans leur ancien état, enfin
Kamscegpilksappelkenels dooir(ded-l-dire dans l'avilifement), reconnuitront ce qu'ils doivent à des pères &
à des bienfaiteurs f Tumcins. Lc gouvernement anghis a
eil la générofité d'accorder ces articles fans difliculté.
Lc goaverdeur de la Jamatque. dansia proclamation,
ofe encere bien cavantage. Apres avoir annoncé quil va
faire rentrer les Tommes de cculeur d leur place & les
noirs dms la fervirude, il demande aux colons de lai
normer les viétimes qu'his verient immoler, &c de fe réunir pour les lui livrer, qu'ii cn fera jufice. Il leur dit
qu'ils devroient déja être vengés. Eafiite ii injurie ics
commiflaires de la Répsblique, & lon voit clairement
que ce font eux qu'il défigne pour être vietimes. Afin
d'encourager les colons, il parle de la France comme fi
elle avoit fiuccombé, comme f elle étoit foumife. II
dit qu'elle eft bloquée de tontes paris, menacée par toutesles puiflances, ne peut envoyer de fecours à fes co:
lonics, &c s'étonne déja elle-mém: de leur patienec.
Comment le pouvernement anolais a-t-il Pu ainti fe
hifer aller aux infinuations des colonsfrançais, &c ferendre leur organc! comment a-t-il pu fc rendre fexécu-
fiuccombé, comme f elle étoit foumife. II
dit qu'elle eft bloquée de tontes paris, menacée par toutesles puiflances, ne peut envoyer de fecours à fes co:
lonics, &c s'étonne déja elle-mém: de leur patienec.
Comment le pouvernement anolais a-t-il Pu ainti fe
hifer aller aux infinuations des colonsfrançais, &c ferendre leur organc! comment a-t-il pu fc rendre fexécu- --- Page 75 ---
teur de parcils crimes, inviter au meurtre & à laffafinat?
Cette conduite odicufeinfpirera lTindignation & Thorreur
à tous les hommes qui connoiflent & qui refpectent le
droit desgens.
Anfitôt
cette proclamation & Ce traité furent
connus au E les citoyens fe railembiérent à la maifon commune, 9 &yjurèrent de périr tous jufqu'au dericr,
plunôt que d'accéder aux corditions propofées, plutô: quc
de recevcir la Joi, ni des Anglais 2 ni d'aucune autre
priflance étrangère. Pénétrés de ià pluts profonde indignation, ils ont fait le ferment foicmnei de délendre l
terrein pied à pied, par-tout cà ils feroient attaqués, &
de nc fc replier qu'en réduifant en cendres &c en ravageant
entiérement lc pays qu'ils feroient forcés d'abandonner.
Ils ajoutoient : nous nous retirerons dans les montagnes,
nous y viwrons de racines & d'eau, jufqu'à.ce que la
France nous cnvoie des fecours; & f les munitions de
Querre nous manquent 2 nous nous délendrons avec des
roches, Cc fentiment étoit général, l'enthoufiafimc étoit
atl comble. Ainfi,la proclamation du commandant anglais,
&le traite des conire-révolutionnaires français, n'ont produit d'autre effet que de railier tous les cceurs 2 tous lcs
efprits, &: d'accroitre leur énergie.
Voilà cependant les hommes qu'on ofe calomnier, a
qui Pon refufoit la qualité d'homme (1), &.qu'on juge
( On nc vouloit pas
les citoyens de couleur fuffent
des perfonnes. Jarticle IV s infiruéticns du 38 mars 1790
difit, toutes perfonnes hbres, 8cc.; on ne vouloit pas quils
pu "enry ctre com r's. Quant aux noirs qu'oa appeloit efclaves,
on neles regardoit pas comme dcs hommes: c'ctoient des brutes,
des botrs de fervice. Les gens les plas modirés, les colons phiIfoples kes appeioient des inftrumens araroires.
fuffent
des perfonnes. Jarticle IV s infiruéticns du 38 mars 1790
difit, toutes perfonnes hbres, 8cc.; on ne vouloit pas quils
pu "enry ctre com r's. Quant aux noirs qu'oa appeloit efclaves,
on neles regardoit pas comme dcs hommes: c'ctoient des brutes,
des botrs de fervice. Les gens les plas modirés, les colons phiIfoples kes appeioient des inftrumens araroires. --- Page 76 ---
n'être pas faits pour la liberté! Heureufement pour Thymanité, les commiflaires civils n'ont pas partagé ces horribles préjugés qui outragent la raifon & la juftice.
Il paroit que dans les circonftances critiques où fe
trouvoit au Cap le commiflaire civil, après l'incendie
de cette ville, dans le dénsement de toute reffource
& dapprosationnenens de tout genre, n'efpérant plus
maintenir Famtoriténationale que dans les forces des
poar citoyens nouveaux qu'il falloit attacher à leur patrie, il
amené à la grande mefirre de ia
s'eft vIl chaque dans jour ie Nord. La
des efclaves de
liberté généralc
plupart
cette partie étoient en infurrection depuis deux ans, & on
dc les faire rentrer jamais dans le
ne pouvoit pas clpérer
à la
rédevoit. Les atttres avoient été'appeiés
liberté, pour
compenfe d'avoir défendu les lois de ia France & les
délégués de la république contre le criminel Galbaud &
fes complices. I! ne reffoit prefque plus que les femmes &
les enfans, puifque les hommes fe difoient & vouloient être
ruerriers pour obtenir par-là leur liberté. Chaque jour les
demandes &:les follicitations de cescitoyens nouveaux (dont
combattu
la
avoient de
ceux quiavoient
pour république
juftesdroits à fa comnmifrcojdascadient, plus preffantes;
ils imploroient lc commiflaire civil peur leurs femmes &
malJeurs enfans. ( Pourauci, difoient-ils, feroient-ils plus
nois?
êtes-vous juftes envers nous :
) heureux quc
pourquoi
5; pourquoi fariez-vous injuftes envers notre poftérité. qui
8que sorfennen'a jamais seu ledroit dere-
>> nousarwactient,
notre
)) duir a Fafelavane?Cef font nos enfans, c'eft
fangt,
nous vous demandons ). I étoit à
> noire cotfelaticm,que
dans leur ardeur, ne pencraindre que ces queniers,
liberré
falent à empioyer leurs armes pour conquérirla
de jeurs femmes & de leurs enfens, G lon sobftinoit a
les retufer. Alors da colonic fe trouvoit replongée dans
un nouveau chaos dont rien n'auroit pu la tirer, &c la
fcuveraineté naionale fe feroit troavée compromife.
demandons ). I étoit à
> noire cotfelaticm,que
dans leur ardeur, ne pencraindre que ces queniers,
liberré
falent à empioyer leurs armes pour conquérirla
de jeurs femmes & de leurs enfens, G lon sobftinoit a
les retufer. Alors da colonic fe trouvoit replongée dans
un nouveau chaos dont rien n'auroit pu la tirer, &c la
fcuveraineté naionale fe feroit troavée compromife. --- Page 77 ---
D'ailleurs, le commiffaire civil étoit inftruit de toutes lcs
mancuvres des émigrés &c des royaliftes qui, de concert
avec les Efpagnois & les Anglais, cherchoient à attirer
tous les noirs dans Jcur parti ( les Efpagnols lcuravoient
même déja donné des libertés ).II paroit quc ce commif
faire avoit aulli connoillance du traité crimincl pafe par
lcs colons émigrés avec l'Angleterre, dans le mois de Té-1
vrier précédent : alors il jugea, fans doute, qu'il n'yavoit
pius à balancer & qu'ii ne pouvoit demander du iemps;
l'extrémité où étoit la colonic lie lui en auroit vraifemblablement point accordé: il jugea fans doute qu'ii falloit
créer A la France un grand nombre de défenfeurs, ouattacher davantageàfa caufe Ceux qui lai étoient déja dévoués, & qui faifoient à St-Domingue la principale
force.
La fermentation des ofpris augmentoit de jour en
jour : on avoit déja adreflé à ia municipalité du Cap
plufieurs pétitions revêtues d'un grand nombre de fignaturcs, pour demander tie afembice de commune, foidifant à l'cffct de délibérer fir lcs moyens d'affarer la
tranquillité pablique. La municipalité, après avoir confulté le commiflaire civil, avoit déja même éludé plufieurs de CCS demandes. Vers le 20 août, ces demandes
devinrent encore plus preffantes, & ics pétitions fe répétoient fréquemment; les unes acrefies par 1172 grand
nombre de càtoycns du 4 april, qui imploroient la juftice
du commiffaite civil en faveur do ceux qui lcs avoient
courageufement fecondés & défendus contre Galbaud;
les antres étcient rédigées par des blancs (qitelques
Français refés Gdeles & attachés à la républiqne), qui
vouloient fubftimer à Tambition de domincr les noirs
celle de les rendre herreux, & qui, pénétrés des grands
principes, rougifcient de voir les droits facrés de la
nature indignoment violés, & des hommes femblabies à
lcs avoient
courageufement fecondés & défendus contre Galbaud;
les antres étcient rédigées par des blancs (qitelques
Français refés Gdeles & attachés à la républiqne), qui
vouloient fubftimer à Tambition de domincr les noirs
celle de les rendre herreux, & qui, pénétrés des grands
principes, rougifcient de voir les droits facrés de la
nature indignoment violés, & des hommes femblabies à --- Page 78 ---
eux, vendus & pafant de main ell main comme des
troupeaux. L'afenblée de commune fut enfin accordée
PF Ta minicipalié, qui en fixa le jour.-I Dans cette
affemblé:, apris plufieass deba's &c difcuffions, on décida d'aller en corps devantled déléqué de la république,
your lo fopulier de ne pas laiffer languir plus' longtemps dars Pefciavare les femmes & les cnfans de ceux
q'il séroient géndrenfement dévoués à la défenfe de la
rance &c ds fcs lois. Cette dépatation fut fort nombroufe; une forle immente de femmes trainoient avec
clles leurs culans, firivoient les pétitionnaires, criant
avec arondrit
Pocla république frangaife ! pire
Zalilertel Arrivés chez le commiffaire civil, précédés
daboncet de l liberté porté cn triomphe comme figne
de rallement 8or fymbole d'inion, fenmes & enfans
tomberest 1015 à fes piadds, tandis que les pétitionnaires
peéfentsient leur dominde. Le commifiaire promit de la
jeendre cn confidération. & qu'il feroit favoir dans
quatre on cinq iours fa décifion; cn même - temps il
les Affura de fon dévosement à leur caufe & à ieur
honheur.
Ariva ls 27 aoit, jour où lc commiffaire déclara,
:i pom de ia répuhliqne françaife, la liberté & Tégalté
pour tois les individes dans la paric du nord, de
cueique coulcur qu'ils.feient, & en annonçant que la
France les adopoit att nombre de fes enfans (1).
L'occafion parat alors favorable au commiflaire civil
( Te délémide la Pipub'iqne a accompané cett- proclsmadion dun Po7 'ement pour arrocler t travail & à la cul ure
Isorvri 2S dsyles, les homm. s des atelie S de la pla ne 7
: ennant u1 talaire ri'onnall: ou une art en natire dans les
rey nas, Ce reglement a ttd remis par nousau comité de falut
public.
'occafion parat alors favorable au commiflaire civil
( Te délémide la Pipub'iqne a accompané cett- proclsmadion dun Po7 'ement pour arrocler t travail & à la cul ure
Isorvri 2S dsyles, les homm. s des atelie S de la pla ne 7
: ennant u1 talaire ri'onnall: ou une art en natire dans les
rey nas, Ce reglement a ttd remis par nousau comité de falut
public. --- Page 79 ---
d'exécuter lc décret du 22 août 1792, qui manif-fe la
volonté dc l'aflemblée nationale de durner aux colonies
des repréfentans; il a profié de moreut ot la trabifn
de Galbaud & la fuite de fes copplices avolent delivié
la partie du nord du Tlus grand nombre des cnncmis
de la révolation françaile, pour faire cette nominatior
Regardant l'époque de certe dépt'ation comme un hommage de foumifion & de Gleliré a ia nation françaife
de la part des habitans & colons reftés ficles, il a
convoqué les aflemblées primaives dans les diverfes COIA
muines de' la partie du nord (2), pour la nomination
des éledteurs, & ceux-ci ont dla lours fx dépurés à la
Convention 2 qui fc fnt empreffés de fe rendre en
France, où ils elpérent fc faire remarquer, frr-tout par
leur dévouement à la république & à la caule de laliberté & de l'égalité, Is appelient far eux T'eeil Tévère de
l'opinion pablique 3 ils ne veulent connoltre ni parens.
ni amis, ni propriérés particulieres devant Tintérér gon
néral': famour, le bonheur 8c la gloire de la patrie, 2
c'elt-a-dire de lz France entière, fera pour CuIx unc rcligion dominante.
Médiocreté C11 pauvreté, mais 7z liberté G légelité,
ferté de carnétère, ccurage, incorruptibilité, horreur
du defpotifme ainfi que desindépendans, fidératifies &
rovalifcs; refpeét inaltérable pour les lois de la Frances
& fidélité à la répablique une 8 indivifivle:. voila leur
profellion de foi, voilà ce qu'ils promettent, & Ce qu'ils
tiendront.
(2) Les députés des parties del'Queli & du Sud vont arriver
inceffamment.
A PARIS, DE L'IMPRIMERIS NATIONALE, --- Page 80 --- --- Page 81 ---
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S137 a --- Page 82 ---
-