--- Page 1 --- --- Page 2 ---
CINQVIENE SECSIOK.
S. 6. L'expression de ce théorême peut être fort variée
et en particulier des six manières suivantes. Lorsqu'un
colonne d'air a par-tout une méme température et un
même nature chimique, on doit considérer-comme décrois
sant en séries géométriques >
1°. La densité de l'air;
20. Son poids'spécifique ;
3°, Le poids de l'air supéricur ;
4". La pression que lair subit et exerce;
5°. L'élasticité de Pair;
6°. La hauteur barométrique.
Les no I et 2 ne sont que l'expression différente d'une
seule chose. Les 19* 3, 4, 5et 6 ne sont aussi que de
amanières diverses de considérer une chose unique en soi
car le poids de l'air supérieur n'est que la pression soufferte
d'après un principe comu des proportions, comme la somme du
premier et du second terme est au second , ainsi la somme du
troisième et du quatrième terme est à ce dernier ; c'est-à-dire
a: b= =b: C.
On démontre de la même manière que b : C: = C :d; de
=
plus
que c: d: d:e, ctc.
Les poids a, b,c, d, e, etc. 1 forment donc une série géome
trique; ; mais comme les densités c, 2. B, 7; 8, etc., sont proportionnelles à ces poids d'après la loi de Mariotte, elles forment
aussi une série géométrique:
Cette preuve n'est rigoureusement exacte que pour les couches
infiniment petites. Mais c'est une propriété des séries géomnétriques,
que, lorsqu'on en détache quelques uns des membres intermédiaires, ces membres détachés forment. de nouveau une série
géométrique, pourvu seulement qu'il y ait un nombre égal de
termes entre ceux quel'on a délachés. 11 est clair, ,
cela,
que le principe conserveson exactitude, lors même d'après les
;
gue hauteurs
égales AE, CC,01,1E,0, sont des grandeurs finies. --- Page 3 ---
JK RNA5JS
RELATION
DE LA DEPORTATION
ETDE de LEXIL
A CAYEN N E
D'UN JEUNEFRANGAIS,
SOUS LE CONSULAT DE BUONAPARTE,
E N 1802.
EN SEPT LETTRES.
A PARIS.
DELAUNAY, 1 Libraires, au Palais-Royal.
Chez PÉLICIER,
MAGIMEL, Libraire, rue Dauphine.
TESTU, IMPRIMEUR DE LL. AA SS ngr. LE DUC D'ORLÉANS ET
NONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONDE, RUE HAUTEERILEE,N, 15,
1816,
ANGAIS,
SOUS LE CONSULAT DE BUONAPARTE,
E N 1802.
EN SEPT LETTRES.
A PARIS.
DELAUNAY, 1 Libraires, au Palais-Royal.
Chez PÉLICIER,
MAGIMEL, Libraire, rue Dauphine.
TESTU, IMPRIMEUR DE LL. AA SS ngr. LE DUC D'ORLÉANS ET
NONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONDE, RUE HAUTEERILEE,N, 15,
1816, --- Page 4 ---
Nota. Par l'effet de retranchemens faits
pendant l'impression, la série numérale des
notes est interrompue depuis s3jusqu'à5 bis,
mais correspond avec les chiffres de renvoi
du texte. --- Page 5 ---
PREFACE
Izyar maintenant onze ans quej'écrivis.
cette histoire, immédiatement
mon arrivée de Cayenne aux
Eo
Unis d'Amérique. Je n'avais pas alors
l'espérance de pouvoirjamais la publier
sans danger; car le Gouvernement de
France,ou plutôt Thomme qui travaillait dans l'ombre avec T'hypocrisie de
César ou d'Octave à occuper un jour le
trône, paraissait affermi si bien, que la
Providence seule pouvait l'arrêter dans
sa marche. Mon dessein donc n'était
que de montrer ou léguer mon manuscrit à mes amis.
Je publie l'histoire de mes malheurs
expressément pour désarmer les mal1 intentionnés 1 2 ceux des Etats-Unis d'Amérique particulièrement. Je ne les
redoutai jamais; mais, comme pendant
les onze années que je passai dans ce --- Page 6 ---
(ij)
pays, ils travaillèrent avec l'adresse la
plus làche et la plus atroce, à me perdre
dans Topitiondeshonnttes gens, je saisis
cette occasion pour me mettre moimême à ma place; parce que je ne crois
pas avoir rien à me reprocher, qui
touche Phonneur.
Combien d'embiches ces scélérats ne
me tendirent-ils pas ! Au récit de mes
aventures, ils s'empressèrent de publier
que j'avais été du complot de la machine
infernale. Dix-huit mois après., je reçus
quelques secours de mon père. 2 parlentremise d'un vénérable militaire de l'ancien régime; et dès-lors, ils insinuérent
que mon histoire était un mensonge,
queje n'avais pas été exilé, et que j'élais
l'agent secret de Buonaparte. Il importait à leurbonheur d'empécher les fedé
ralistes de medonnerleur estime. Quand
ensuiteje fis un voyage au nord de I'Europe par lIrlande et l'Angleterre, ils
me firent passer pour un agent secret
de Louis XVIII. En mon absence, on
ancien régime; et dès-lors, ils insinuérent
que mon histoire était un mensonge,
queje n'avais pas été exilé, et que j'élais
l'agent secret de Buonaparte. Il importait à leurbonheur d'empécher les fedé
ralistes de medonnerleur estime. Quand
ensuiteje fis un voyage au nord de I'Europe par lIrlande et l'Angleterre, ils
me firent passer pour un agent secret
de Louis XVIII. En mon absence, on --- Page 7 ---
d iij )
chercha à détruire le bonheur de mes
proches par des lettres anonymes.
J'en appelle à vous, Messieurs les
Américains, qui, par VOS vertus ou par VOS
talens, avez place au tribunal de la censure : je passai chez vous cing ans, sans
rien faire, qu'étudier et écrire; et quand
j'eus perdu tout espoir de retourner dans
ma patrie, ne sachant aucun métier,
car j'avais reçu une éducation qui me
donnaitdroità quelqu'emploihonorable;
j'embrassai enfin laj profession delibraire
quej'ai suivie avec honneur, et j'osedire,
avec quelqu'intelligence,
Je pourrais aussi m'enorgueillin d'avoirsu, par ma bonne conduite, acquérir et conserver l'estime ct même la
conliance de LL. EE. MM. les Ambassadeurs de Russie et d'Espagne, résidans en Amérique.
Mais, revenons à mon arrestation.
Certaines personnes avaient alors tant
soif d'une victime, que je fus arrêté et
exilé sous le nom de Fournagues, qui
esi bien différent du mien. --- Page 8 ---
(iv )
Enfin me disculperai-je d'avoir écrit
Alafemmedu premier consul, unel lettre
indécente, insultante et que personne
n'edtjamais pu écrire emémeàune femme
de la plus détestable compagnie? Le
bruit en courut après mon départ de la
prison de Paris, d'oà je lui avais adressé
la lettre respectueuse, et même humiliante pour moi, que je mentionne dans
cette histoire. Elle n'y eut aucun égard.
Ag quoi m'edt pu servir d'écrire une lettre
injurieuse àl la femmedupremier rconsul?
D'autre part, sij'eusse été disposé ou encouragé à ravaler ou à rendre ridicules
certains personnages de cet abominable
régime, etj j'aimais assez mon pays pour
luisouhaiter, sinon une monarchiet empérée, au moins un gouvernement qui
eût garanti toutes les libertés raisonnables, ne savais-je pas que le moyen
d'arriver à mes fins était de rendre la
satire, ou le ridicule, le plus publics
possible, et non pas d'écrire une simple
lettre? --- Page 9 ---
(v)
Mais je soumets à l'examen de mes
honnêtes compatriotes, le certificat des
griefs qui furent le motif ostensible de
ma captivité,
Paris, le 25 janvier 1816.
e Lesecrétaire généraldu ministère de
D la police générale certifie, d'après les
> renseignemens existant aux archives
> delapolicegénérale (dossier n°.13,3;
série 2) que M.Jean Louis Fernagus a
6 étéarrêtél ler5 nivôse an dix, et détenu
> à la Préfecture de Police, pour avoir
composeidesromans satiriques dans les-
> quelsonpouvaitrecomnattrelespersonnes
5 lesplus distinguées dansla sociétéet dans
( le gouvernement, et pour avoir gardé
chez lui des couplets et des épigrammes
dirigés contre Buonaparte, safamille
D et le Gouvernement, et avoir énoncé
5 clairement son opinion dans son inter2 rogatoire. )
D BERTIN DE VEAUX D:
Jeme trouveraisavjourdhui fortheu:
fecture de Police, pour avoir
composeidesromans satiriques dans les-
> quelsonpouvaitrecomnattrelespersonnes
5 lesplus distinguées dansla sociétéet dans
( le gouvernement, et pour avoir gardé
chez lui des couplets et des épigrammes
dirigés contre Buonaparte, safamille
D et le Gouvernement, et avoir énoncé
5 clairement son opinion dans son inter2 rogatoire. )
D BERTIN DE VEAUX D:
Jeme trouveraisavjourdhui fortheu: --- Page 10 ---
(vi)
reux d'avoir travaillé avec quelque efficacité à rendre méprisable et indigne
d'un grand et généreux peuple, ce pré
tendu gouvernement si astucieusement
usurpé; et plit à Dieu quej'eusse donné
au chef de ce gouvernement un motif
plausible de m'imposer tant de souffrances! Mais aussi il ne manquait alors
en France, ni commissions militaires ou
spéciales, ni tortures raffinées ni guillotine pour m'ôter la vie, si en effet
j'eusse commis l'ombre d'un crime.
Je n'ai qu'une chose à dire pour ma
justification, C'est que composer n'est pas
publier. Au reste, je ne composai jamais
rien.
Les mots gardé chez lui sont admirables.
Républicsinedetonulepsgslhomme
à idées libéraleslvoyez et jugez. J'en ap:
pelle à vous.
Paris, 18 février 1816,
RELATION --- Page 11 ---
RELATION
De la Déportation et del lExil ct
Cayenne d'un jeune Français,
sous le consulat de Buonaparte, en 1802.
PREMIERE LETTRE.
A M. de
Prison de la police générale de Paris,
6 janvier 1802.
Iryadonc un asyle pour les honnêtes gens,
quoiqu'en disent les philosophesbonrrus de
nosjours; car,jes suis, eil ce moment, et pour
long-temps, sans doute, à l'abri des intempéries et mémedel'aspect del la canaille. Vous
savez ce que ce mot signifie maintenant.
Hier, à l'aurore, sept grands coquins, armés de Tordredu citoyen Fouché de Nantes,
ministre de la police générale, et vélus de
grandes redingottes, sous lesquelles ils tcnaient caché chacun un bâton ferré par le
A
car,jes suis, eil ce moment, et pour
long-temps, sans doute, à l'abri des intempéries et mémedel'aspect del la canaille. Vous
savez ce que ce mot signifie maintenant.
Hier, à l'aurore, sept grands coquins, armés de Tordredu citoyen Fouché de Nantes,
ministre de la police générale, et vélus de
grandes redingottes, sous lesquelles ils tcnaient caché chacun un bâton ferré par le
A --- Page 12 ---
(s)
bas-bout, sept grands scélérats, à la barbe
cheveux huileux et platsdu jacorouge,aux
binisme, et aux nageoires épaisses quis'unissent sous le menton pour former un collier
velu,sont venus m'as saillir dans mon appartement. Je dormais 2 lors qpuilaheurèrenirndementla portedu corridor. Mono domestique
s'éveilla en sursaut, alla ouvrir en tremblant,
ont les manières douceset citant cescitoyens bruit
fit lun des coquins, en
viles. Au
que
lisant mal mon nom surfontresaingaericigu levai
ne le portait pas bien non plus, je me deet volai en chemise à l'anti-chambre. Que m'a
mandez-vous, lui disje?-La portière
dit que c'estici quedemeure le nomméFourEst-ce vous ? Mais non! cela n'est
naguez.
vousn'avez pasdel barbe... Votre
pas posible! demeure-t-il ici? -I Non. 1 Cependant,
père
n'est pas à Paris.- Comoùl est-il7-Ohl11
Ouais!11 a
ment ? Aurait-il échappé? 1
y
qu'il n'est plus à Paris. - Ou sont
long-temps ? En même temps, ses six acolytes
vos papiers
Jeurs bâtons
entrérent avec joie, placèrent
fouildans différens endroitsde ma chambre,
lèrent dans les armoires, meubles, etc., jeouvrirent
tèrent ambtuedtoam-desmeer même dans les cheminées,
tont,regardèrent saisi d'effroi à l'aspect de ces
pendaut que, --- Page 13 ---
(3)
terribles agens, dec cequ'on est convenu d'appeler la vengeance. dupeuple,jel lisais l'ordre
fatal que le complaisant chefdes Sbires me
montrait d'une main. Bientôt on apporta de
tous côtés sur une table les papiers, manuscrits etlivres que ces Messieurs n'avaient pas
sans doutetrouvés propres à leur usage particulier. lls me demandèrent une serviette
ponrlesymestre,etsije désirais apposer mon
cachet sur la fermeture du paquet qui allait
être portéà la police. J'étais toujours en che.
mise, mais ils me dirent qu'il fallait que je
anhalilisepourlosibore L'and'eux,àma
prièrc, alla chercher un fiacre;mais il faisait
si froid, et il était si grand matin
2 qu'il ne
s'en trouva pas sur la place. J'ai été donc
obligé de marcher une demi-lieue, entrequatre de ces coquins qui, vous le savez, ont
la fguresigebltaqpueh.amefhsmmcleplns étrangerà la capitale,ne peut manquer de les reconnaitre.
Je fns conduit au ci-devant hôtel d'Aligre,
où est la préfecture de police. Un chefde division ou de bureau, qui.avait lés gestes toutà-fait militaires, m'ordonna de m'asseoir, à
six pieds de lui, vis-à-vis la fenétre, probablement pour micux saisir lci jeu de mon visage. Une sentinelle fut postée derrière ma
Az
fhsmmcleplns étrangerà la capitale,ne peut manquer de les reconnaitre.
Je fns conduit au ci-devant hôtel d'Aligre,
où est la préfecture de police. Un chefde division ou de bureau, qui.avait lés gestes toutà-fait militaires, m'ordonna de m'asseoir, à
six pieds de lui, vis-à-vis la fenétre, probablement pour micux saisir lci jeu de mon visage. Une sentinelle fut postée derrière ma
Az --- Page 14 ---
(4)
chaise, et une autre à la porte, et la fenêtre
était garnie de barreaux de fer.
Il serait ennuyeux pour vous autant qu'il
a été vexant et tyrannique pour moi, d'entendre toutes les mortelles et saugrenues fadaisesdont ce vil coquin s'cst occupé pendant
huit oul neuf heures, sans me permettre de
manger, ni boire. Ceci est un des plus puissans moyens de cctte infernale inquisition,
pour arracherde vous des aveux ou desmensonges conformes à leurs vues. Il suffira de
dire quc, pour la forme, on me fit reconnaitre mon cachet, on glissa lestement surle
passeport prussien qui se trouvait dans mes
papiers, passeport daté de Konigsberg, visé
à Londres,et parl le marquis sde Luchesini,
Paris. Le jacobin m'observa rudement que
j'avais mauvaise grâce à me dire prussien,
ieiogpejmualapysigmnesis française, que
je ne pourrais parlerallemand cing minutes
avec quiconque il 1 ferait appeler desmembres
de la police. J'objectai que je pouvais des:
cendre, comme bien d'autres, de Français
victimes dela révocation del'édit de Nantes,
desquels Berlin et plusicurs villes du Nord
étaient peuplées. Il me demanda avec ironie
des nouvelles des princes. Prenez garde, me
dit-il, voire salut dépend de votre franchise. --- Page 15 ---
(5)
Nous avons ici un valet du prince de Conde.
Il vous reconnaitrait, sans doute. M'ayant
demandé ce que j'étais venu faire à Paris,
je lui répondis s:mes affaires, et quecela était
tout naturel, puisque la paix préliminaire
entre la France ctl'Angleterre était signée.
Il me demanda sije n'avais pas émigré. A
quoi je lui répondis que la loi m'excuserait,
puisque j'aurais été bien an-dessous de 14
ans, lors de l'émigration.
Si j'aimais l'ordre de choses présent en
France, si je n'avais pas quelque prédilection pour la monarchie, gouvernement, dit
mon argus, 2 dont lenom seul fait frémir et
dispose à la révolte les ames nobles et faites
pour la liberté. Il me montra successivement
l'épigramme de M. de C. *** (1),9 que je niai
être demoi, sans désavouer qu'elle fût copice
de ma main; la comédie, appelée les Trois
Quartiers de Paris; l'épigramme sur les
chevauxda Venise; celle sur les robes auix (2)
trente mille francs; celle sur (3) l'exposition
de la galerie de peinture de l'année dernière;
cellc surle globe-montre;. et enfin, celle sur
le soleil ct la lune.
Cct interrogatoire fut deux fois suspendu;
etdansles intervalles,Tétais encore plus surveillé par les sentinelles. A trois heurcs de
A 3
les Trois
Quartiers de Paris; l'épigramme sur les
chevauxda Venise; celle sur les robes auix (2)
trente mille francs; celle sur (3) l'exposition
de la galerie de peinture de l'année dernière;
cellc surle globe-montre;. et enfin, celle sur
le soleil ct la lune.
Cct interrogatoire fut deux fois suspendu;
etdansles intervalles,Tétais encore plus surveillé par les sentinelles. A trois heurcs de
A 3 --- Page 16 ---
(6)
T'après-midi, je n'avais pas encore dejeûné;
la faim me pressait. Je témoignaide la mauvaise humeur : ce qui me fit avoir un verre
d'eau. Alors, on medemanda qui je fréquentais à Paris, en m'observant que je voyais
beaucoup de monde.Je: répondis que j'avais
peu de choses à faire, et que je m'étais lié
avec nombre de personnes qui se trouvaient
dans le même cas.
Quel àge avez-vous ?- Environ 19 ans.
Parquelle singularité y a-til dans ces papiers un certificat de conscription d'un nommc
Ilme le donna lors de son départ pourl'Espagne. -Ainsi, vous étiez très-lié avec lui.
Qu'est-il alléfaire en Espagne?
- Mais, je pense, ses affaires. Son passeport qu'il obtint du minitre de la police, à
l'instigation de madame H. *** lui donnal la
qualité de négociant espagnol.
Linterrogateur-diparutencore pourqucl
que temps ; et alors il me dit :
Vous savez certainement.que leduc d'Euglein, àla tête d'une poignée de dragons, fat
cru, pendant trois jours, tué ou pris parles
républicains. Le prince de Condé, dit-on,
pleurait à chaudes larmes.-Jene sais rien
de tont 'cela, --- Page 17 ---
(7)
Vous parlez anglais ? -Un peut.
Connaissez-vous des Anglais ' - Non.
Vous avez été avec deux Anglais chez
M. de Segur, faubourg Saint-Honoré, et delà chezlegénéral Moreau?Quel pouvait être
l'objet de la visite de ces Messieurs? Le
Préfet m'a observé que vous mentez sans
cesse, et que vous vous perdrez à persister
Lorsque la comtesse de Bourmont se
fut jetée à genoux aux pieds du premier
consul, dans le grand vestibule, elle perdit
connaissance, ayant été repoussée un peu
brusquement (5 bis) par un de ses premiers
lieutenans. On la porta sur un fauteuil, et
elle fut secourue par plusieurs dames anglaises. Vous étiez deleur société.Lemédecin
Corvisart vint. Vous fûtes vu. Vous porticz
la cocarde (6) noire. Comme ensuite vous
futes vu aux bals et fêtes donnés au comte
de Livourne par les ministres, à Neuilly, à
Thôtelde Brissac, chez le ministre de l'intérieur, etc. Leministre de Ja policegénérale
envoya à un de VOS amis une carte d'invitation à un thé chez lui; et lorsqu'il se présenta avec vous, 2 vous fûtes refusés.!
Enfin, l'on me fit mille questions singulières sur madame de SaintChamont, maA4
ensuite vous
futes vu aux bals et fêtes donnés au comte
de Livourne par les ministres, à Neuilly, à
Thôtelde Brissac, chez le ministre de l'intérieur, etc. Leministre de Ja policegénérale
envoya à un de VOS amis une carte d'invitation à un thé chez lui; et lorsqu'il se présenta avec vous, 2 vous fûtes refusés.!
Enfin, l'on me fit mille questions singulières sur madame de SaintChamont, maA4 --- Page 18 ---
(8)
dame de Poulpiqué, le prince Giustiniani,
madame de Fontanges, mademoiselle de
Monaco; messieurs de.l'Aigle, d'Espinchal,
madame de Charost, etc, à quoi jer répondis
fort peu de choses.
Alors on fit un signe aux gardes, qui imelivrèrent à un gcolier qui prit mon signalement. Ce fut en CC moment quej'entrai pour
la première fois dans le cloaque où Thaleine
douce et tranquille des bous se mêle au
souffle brûlant et empesté du pervers.
0 France!o ma patrie!
Mon âme se brise. Je suis tout près de la
mort. Mille pensées qui me viennent à-la-fois,
et qJui toutes se perdent sans se succéder,
portent au fond de mon coeur un feu qui
le dessèche rapidement. Je ne vis plus que
de misanthropie et d'espoir de vengeance.
Qu'il doit être doux d'écraser son ennemi!
Mais en faisant machinalement le tourde
ma prison, je remarque qu'une fenêtre
donnesurla courdel la préfecture, et commc
sije n'avais pas assez de ma rage ct de mon
désespoir pour m'occuper entièrement, ma
prison se trouve si près d'un des bureaux,
quejene puis m'empécher de voir ce qu'on
y fait. Croiriez-vons que Ja police vend à
rertaines femmes, la permission écrite de --- Page 19 ---
(9)
professer dans Paris, le métier d'anti-vestales ?
Il entre ici de quart d'heure en quartd'heure, un ou deux prisonniers. L'un est
un anglais qui murmure, frappe du talon, et
vient de briser les vitres; un autre est un
émigré français, quil'engage en mauvais anglais, à prendre patience; un autre est une
dame qui a quitté son département sans
passeport, et même un militaire qui a perdu
une jambe et un oeil au Delta, n'est pas àl'abri des recherches, ct surtout de l'ignorance
crasse et brutale de ces vils inquisiteurs appelds inspecteurs de police ; en sorte qu'il
faut être au moins muet, sans bras, et peutêtre sans jambes, pour se croire libre en
Francc.
Il est dix heures et demie du soir. Tous
ces prisonniers sont allés al'interrogatoire.
L'on m'envoie d'autre compagnie. La singularité du personnage et de tout ce qu'il me
dit vrai ou faux, mérite bien la peine de vous
raconter cette anecdote, qui i'a dérobéquelquesi instans de douleur.
44 0 Dieu! ô Dieu vengeur, mais non as55 SCZ vengeur ! s'écria mon original, s'ap55 prochant du poële dela prisonlemouchoir
>5 aux yeux, 2 pourquoi m'avez-vous donnéle
.
L'on m'envoie d'autre compagnie. La singularité du personnage et de tout ce qu'il me
dit vrai ou faux, mérite bien la peine de vous
raconter cette anecdote, qui i'a dérobéquelquesi instans de douleur.
44 0 Dieu! ô Dieu vengeur, mais non as55 SCZ vengeur ! s'écria mon original, s'ap55 prochant du poële dela prisonlemouchoir
>5 aux yeux, 2 pourquoi m'avez-vous donnéle --- Page 20 ---
(1o) )
>5 jour ! pourquoi... ! Ahlil n'est plus de
>5 bonheur pour moi ! Hortense va
>5 dans les bras d'un Oh! Ciel, assistez- passer
>% moil etil se frappait la poitrine des
deux mains.
Le personnage n'avait pas fait sur moi
l'impression qu'on reçoit pour T'ordinaire,
à la vue d'un malheureux
qui porte figure
humaine, Celui-là était vêtu mal-proprement;
maisd'une manièrequitenait cependant
de la négligence et d'un entier abandon plus des
vanités du monde, que d'une pauvreté absolue. Il avait un mauvais chapeau à trois
cornes, les cheveux sales et noués en catogan, la barbe longue, et toutle reste à l'avenant.
Quelques heures auparavant, j'avais demandéau geolier une
dans
le dessein de combattre fioled'eau-de-vic,
-
mon chagrin, et surtout de bien dormir. Mon vilain aperçut la
fiole, et dès qu'il l'eût convoitée, je lui dis
qu'il en pourrait faire usage comme moi. Je
luioffris même de partageravec lui le matelas que le geolier m'avait loué. Il songeait
plus à boire qu'à dormir. Bientôt il me dit:
4s Puisque vous mele permettez, ,je vais me
>5 rafraichir un peus. Et ensuite <J'aime
25 à croire que vous êtes ici pour peu de --- Page 21 ---
(Ix)
> choses. Puis-je toutefois vous en demander
>> la cause ? Des prisonniers comme nous ne
aven95 se cachent dienaichimontaisggns
ture en substance. 11 meplaignait, faisaitdes
exclamations, joignait ses mains à chaque
mot que je proférais. Enfin,J'observai qu'il
m'écoutait avec beaucoup trop de complaisance: aussi, commençai-je bientôtà luifaire
des questions. <Vous mep paroissez aussiassez
95 malheureux, lui dis-je; et,je vous avoue-
% rai que, quand je vous ai vu entrer ici
>5 avec des gestes et une agitation si vifs et si
>> plaintifs, je vous ai cru un homme perdu,
>5 disposéà à se donner la mort; et j'étais d'aus5 tant plus fondé à
ainsi, que les
>> hommes innocens,
quelque malheuNenere
>5 reuse occurrence cqu'ils se trouvent, ont
5 toujours l'oeil sec etle front serein. 1 Ah!
55 Monsieur 2: reprit-il; il est des circons-
>5 tances où l'homme leplus ferme manque
> de courage. L'amour 1 Comment, lui
>> dis-je, vous aussi êtes victime d'une
46 femmes? Alors, il commença à pleurer,
et balbutia ces mots :
45 Jetadore,operfide Hortense! et je t'ab-
>% horre, 6 mère de monamantex!) Etse tournantvers moix*Cematin,je comm encais ma
% promenade favorite à la même heure que
-il; il est des circons-
>5 tances où l'homme leplus ferme manque
> de courage. L'amour 1 Comment, lui
>> dis-je, vous aussi êtes victime d'une
46 femmes? Alors, il commença à pleurer,
et balbutia ces mots :
45 Jetadore,operfide Hortense! et je t'ab-
>% horre, 6 mère de monamantex!) Etse tournantvers moix*Cematin,je comm encais ma
% promenade favorite à la même heure que --- Page 22 ---
( 12 )
55 j'avais fait régulièrement pendant cinq
>5 mois. Je passais sous les fenêtres de mon
55 Hortense. Jela vis; elle m'envoya un léger
55 salut. Tampentideptsijaveuliep pénétrer
55 dans le palais des Tuileries. Je voulais la
29 voir,mejeter às ses priels;unesentinelle me
59 défendit l'entrée de la galeric basse qui
>5 donne sur le parterre. Madame Buona-
>5 parte sut mes tentatives; et bientôt son
46 hemn-rére(colonelds cinquième erégiment
>5 dedragons) vint à moi, et me dit : klep pre-
% micr consul avait espéré que les troisjours
55 de prison qu'il vous a fait subir, vous au-
>5 raient.corrigé et éloigné d'ici. Vous étes
55 malheureux :illesait. Voici (me remettant
55 une bourse de 25louis) ce que son épouse
>5 m'a chargé de vousdonner, sous la condi-
>5 tion que vous ne mettrez plus jamais Ies
>5 pieds anx Tuileries; ou s'il faut vous le
>> dire, Monsieur, apprenez de la bouche
>5 même de l'amant aimé de Mademoiselle
>5 Hortense de Beauharnais, que jel'épouse
2> demain; ct que le plus cher de mcs de-
>> voirs serait de vous punir pour jamais des
>> insultes que vous lui feriez après cct aver-
>5 tissement, insultes qui réjailliraient sur
55 moi. Mon nom est Louis Bonapartes.
55 Il me quitta ; je vociférai, et deux gre- --- Page 23 ---
(i3 )
55 nadiers me conduisirent à la grille du ma-
>> nège.
>5 Mais,mon coeur était rempli de rage et
>> d'humiliations. N'y étais-je pas autorisé ?
>> Oui, Monsieur, continna-t-il, en me mon-
> trant unebaguede cheveux qu'il portait :
> Voici,ses cheveux; elle-même m'a donné
>5 cet anneau, à Fontainebleau, en présence
>> de sa mère, et a reçu de moi, au même
55 instant, une bague que je lui aimise moi-
>> même.
>> Mais, repris-je, l'aventure était termi-
>> née ce matin par votre sortic des Tuile55 ries. Pourquoi vous a-t-on emprisonné ?
>5 Commeje connaispresque tous les gens
>> de la maison de madame Bonaparte,
% j'avais su, vers le soir, où clle irait; ct CC
5 devait étré au théatre Louvois. Vers neuf
>> hetres ct demie, peu avant la fin de la
>5 première pièce, je m'étais' embusqué près
>> du théatresj'avais reconnu le chiffre et la
> livrée. Les élégantes descendaient déjà.
>> Elle parut avec sa fille et son gendre pré-
> tendu. Les deux dames étaient déjà en
>5 carrosse 1 Jorsque je m'élançai poury en-
>> trer aussi. Alors mon rival mc fit saisir
>5 par lés gardes, ct conduire ici. Telle est
>> Thistoiredu plusinfortuné des hommess;
tais' embusqué près
>> du théatresj'avais reconnu le chiffre et la
> livrée. Les élégantes descendaient déjà.
>> Elle parut avec sa fille et son gendre pré-
> tendu. Les deux dames étaient déjà en
>5 carrosse 1 Jorsque je m'élançai poury en-
>> trer aussi. Alors mon rival mc fit saisir
>5 par lés gardes, ct conduire ici. Telle est
>> Thistoiredu plusinfortuné des hommess; --- Page 24 ---
14 )
etaprès quelques minutes de silence, < mal-
>% grétoutes cesi malheureuses
conjonetures,
j'espère encore d'obtenir, sous peu de
>> temps ma liberté; mais ce ne sera,je crois,
>5 qu'après le fatalhymen. Alors, je pourrai
>5 avoir de nouveau accès au pavillon
>5 Ony fait, je vous assure, plus de cas (7).
55 peut-être vous ne pensez, d'après la que
5 vreté des mes habits, del'ex-comte d'Ar- pau-
>5 zac. A ces mots, je le regardai plus fixe-
>5 ment. Au reste, dit-il, vous pouvez me
>> donner une supplique pour madame Bo-
>5 naparte, que vous dites avoir connue et
>5 vue dans différens cercles. Je vous,
>5 mets dela lui remettre moi-mémes. proQuepouvais-je penser de cet homme singulier qui m'a harcelé de
questions plus ou
moins déplacées: : d'ailleurs, d'un commerce
très-agréable, et de la meilleure compagnie,
et parlant sa langue avec le charme
donner seule l'éducation la
que peut
plus
et
complète,
une Jongue habitude du grand monde ?
Il vint se coucher à mon côté, après minuit. Jedormis bien;
etdesl'aurore,je volai,
comme un soldat, qui a passé la nuit au bivouac,à ma fiole d'ean-de-vie; mais l'amant
d'Hortense aimait aussi Bacchus : le flacon
était vide. --- Page 25 ---
(15)
Le soleil se levait pour éclairer de nouveaux forfaits. Aussi, arriva-t-il à la prison
douze ou quatorzc Français ou étrangers qui,
il est vrai, n'y restèrent pas long temps. C'est
une coutume assezg généralement observéede
faire prendre ainsil'airdu bureau à ceux qui
viennentpourla première fois à Paris, moyen
excellent de persuader à tout l'univers que
c'est ici que l'on fait le plus exactement la
police.
Un de ces nouveaux prisonniers était un
Français émigré, borgne, et assez gros, 7 portant un nom allemand. Ilavait un passeport,
datéde Vienne en Antriche.lln'cut pas plutôt vul'ex-comte, qu'il lui dit:<Vous êtes de
>> Grenoble, Monsieur ? - Oui, Monsieur.
> Votre nom estd'Arzac.. ? Le mien est... (8).
>> J'étais député de cette ville à l'assemblée
> constituante. - - Où sont messieurs vOS
55 frères?Je sais que l'un d'eux vient de se
>> marier en Bassigny. - Cela estvrai, Mon-
> sieur, répartit le comte, en.rougissant.
55 - Vous avicza autrefois un frère quivivait,
99 rueduBacq.. Oui,Monsienr,dit-il, en bal-
>5 butiant; mais, nousne nous voyons pas>.
Bientôt mon ex-comte appela lc geolier.
Deux gardes vinrent; il sortit; et deux minutes après, nous le viines se promener seul
ux vient de se
>> marier en Bassigny. - Cela estvrai, Mon-
> sieur, répartit le comte, en.rougissant.
55 - Vous avicza autrefois un frère quivivait,
99 rueduBacq.. Oui,Monsienr,dit-il, en bal-
>5 butiant; mais, nousne nous voyons pas>.
Bientôt mon ex-comte appela lc geolier.
Deux gardes vinrent; il sortit; et deux minutes après, nous le viines se promener seul --- Page 26 ---
(16) )
etles bras croisés, dans la cour. L'ex-constituant me témoigna alorsl beaucoup d'intérêt,
haussa les épauless; et, sans dire un mot,
fit assez comprendre combien il s'en voulait
de s'être laissé abuser sur la situation présente de la France. Tous Ies prisonniers
prononcèrent que M. d'Arzac pouvait étré
un espion de police, qui se faisait enfermer
ainsi, pour tirer le secret des prisonniers.
Vers dix heures, l'on me permit d'écrire,
mais mes lettres ne devaient passer qu'après
avoir été examinécs. J'écrivis à m adame de
C 2 ct à M. le marquisde Luchesini, que
j'étais en prison; j'écrivis aussi à madame
Bonaparte, dans les termes les plus respectueux, pour lui demander sa protection et
mon pardon. Je m'attachai fortemeut à la
prier de saisir cette occasion, pour mériter
encore minihrepetationgeolesvaitfare
sensible, bonne, et surtout généreuse.
Ma lettre fut envoyée par le préfet de
lice au
des Tuileries, par une
dater
palais
nance. Deux heures après, un chef de bureau me vint dire que ma lettre avait étérecue et lue; que le préfet Dubois m'invitait
à prendre patiencejasqu'au lendemain ; que
sans doute il me ferait lui-même la réponse;
qu'il SC rendait tous les soirs au palais
consulaire, --- Page 27 ---
( 17 )
consulaire, pour y faire ses rapports, et y
prendredes ordrcs; mais queles préparatifs
du voyage pour la consulta, à Lyon, pourraient causer quelque retard, et que je n'avais rien à craindre.
DEUXIEME LETTRE.
Prison de Versailles.
Hren,àdenx heures quatre minutes, lorsque jeme berçais de l'espérance que le préfet m'avait donnée, un brigadier de gendar.
meric et un simple gendarme entrèrent.dans
ma prison, me nommérent; et me regardant
trés-attentivement le visage, me mettent des
fers aux deux pouces, si fortement qu'ils
m'arrachent des larmes de douleur. L'un
d'eux prépare une longuc corde, dont il
m'entoure les bras et le corps, me pressant les coudes dans les hanches. Je sor's
dans cet équipage, lcs larmes aux yeux et le 3
désespoir dans l'ame. Un fiacre est prèt
moi et mesg gardés. Ils me soutiennent et pour m'y
portent. 0 vous, Anglais, qui vous arrétâtes
là pour me regarder, qu'avez-vous pensé de
B
'eux prépare une longuc corde, dont il
m'entoure les bras et le corps, me pressant les coudes dans les hanches. Je sor's
dans cet équipage, lcs larmes aux yeux et le 3
désespoir dans l'ame. Un fiacre est prèt
moi et mesg gardés. Ils me soutiennent et pour m'y
portent. 0 vous, Anglais, qui vous arrétâtes
là pour me regarder, qu'avez-vous pensé de
B --- Page 28 ---
(18 )
moi? Dieu vous garde de passer aux mêmes
épreuves ! Pour être étrangers, vous n'en
êtes pas exempts.
La voiture allait vite, et je ne doutais plus
que l'on ne me conduisit au Temple (9);
mais, arrivé au Pont-Neuf, le brigadier ordonna au cocher de conduire à Vaugirard,
barrièrc au sud-oucst. Je vous conjure, Messieurs, demedireotivonsmemenezl-HNons
44 sortonsde Paris (r0),dillebrigndier. Vous
>> ne ponvez rien savoir de plus>. Alors, le
gendarme toucha la cordequi me ceignait lc
corps, ct le brigadier le regarda avec l'air
d'une colère concentréc, mais méprisante.
Je connus ainsi mes deux gendarmes. Lel brigadier avaitla figure donce etl belle;le. soldat
avait l'air d'un orateur déguisé des comités
révolutionnaires. *
Arrivés à la barrière, les gendarmes trouverent leurs chevaux prêts. Ils chargèrent,
devantmoi,leurs carabinesetleurs pistolets,
et m'ordonnèrent de marcher devant eux.
Le brigadier me desserra un peu les bras;
et de son cheval il tenait la corde qui m'entourait. Il faisait brumeux, et le pavé élait
verglassé. Tout le reste du jour, j'ens l'idéc
que l'on me conduisait à Rochefort ou à la
Rochelle. J'étais percé de froid; car,l'ordre --- Page 29 ---
(19)
Rerrible des malheureux qui m'ont arrêté,
m'avait tellement bouleversé, que je nc me
couvris alors que des mêmes légers habits
de bal dela nuit précédente ; et d'ailleurs,je
croisbien que les différentes lettres que j'dcrivis dela prison de Paris, n'ont pas étéremiscs. Comment donc aurais-je reçu des
marques d'intérêt ou de dévouement des
personnes de qui j'aurais pu en attendre?
Raffinement inoui ide cruautéetd'hypocrisie
digue des Néron et des Robespierre!
Dieu veut-il m'accabler?.. . e Non, c'est
du : courage qu'il m'inspire! Le geolier est
un brutal, un tigre! sa femme a bien lair
froid ct sournois de la déesse de la Mort!
Qu'importe! 45 Voulez-vous souper? me dit-
> elle;nous ne pouvons pasl laisserlespeison-
:
2 niers avec nous. Voici une livre et demie
>5 de pain noir que la loi vous accorde. Si
59 vous avez de) l'argent, vous pouvez souper
55 un peu mieux 59. * S Je n'ai pas faim,lui
55 dis-je; pourtant il faut s'efforcer de man5> gcr : préparez-moi ce cue vous pourrez
59 mc donner >x. Alors le geolier m'ordonne
de le suivre ; il ouvrit plusieurs verroux ;
je descendis devantlui vingt ou vingt-quatro
degrés qui condaisaieut à ull grand souterrain, dont lc sol et les parois étaient blancs
B 2
souper
55 un peu mieux 59. * S Je n'ai pas faim,lui
55 dis-je; pourtant il faut s'efforcer de man5> gcr : préparez-moi ce cue vous pourrez
59 mc donner >x. Alors le geolier m'ordonne
de le suivre ; il ouvrit plusieurs verroux ;
je descendis devantlui vingt ou vingt-quatro
degrés qui condaisaieut à ull grand souterrain, dont lc sol et les parois étaient blancs
B 2 --- Page 30 ---
(20) )
de salpêtre. << C'est ici que vous coucherez,
>> me dit-il; mais nous allons remonter pour
>5 souper >5,
Je luidemandai quelques bottes de paille,
un matelas, des draps et des convertures :
il me promit tout; mais je n'eus enfin, pour
benncoupd'argent, qu'un monceau de vieille
paille hachée par un long usage, un drap
sale et humide, et une mauvaise couverture.
Je ne me déshabillai point; ; mon mouchoir
et mon chapeau me garantirent la figure des
crapauds qui grimpaient sur le reste de mon
corps. Après avoir essayé de passer toute la
nuit debout appuyé contre lun des angles
du câchot, je me sentis enfin si fatigué, que
je me jetai sur cet horrible grabat.
C'est seulement depuis que j'ai respirélair
des cachots, que je ne sens plus de latmes
rouler sur mnes joues ; il me semble que je
n'ai déjà plus d'ame, et que mon corps n'est
plus qu'une substance factice qui va s'éteindre bientôt ct sans émotion; etj j'aurais déjà
oublié l'existence, sans le souvenir presque
confus de mes parens et de mes amis.
Mais je suis sorti de mon cachot. Ma geolière m'interroge et m'assure que je suis bien
malbeurens.Jeregeide mes sens en ce moment, je la regarde ctlui disqu'ellear raison, --- Page 31 ---
( 21 )
Elle me conscille d'écrire bien vite à mcs
comaissances à Paris, parce que, dit-elle,
une fois cloigné de la capitale, je serai bientôt oublié, et qu'il est essentiel de remucr
les machines, tandis qu'on n'a pas encore
oublié mon affaire; que si j'ai des amis à
Paris, il est certain qu'ils pourront provoquer monjugement, et obtenir au préalable,que je reste enferméà Versailles. Vous
allez à Brest, monsieur, continua-t-elle.
à Brest? dis-je, qu'y fairc? - Comment!
qu'y faire ? pour être embarqué, probablement. 1 Mais en quelle qualité? 1 Commc
soldat, puisque c'est ainsi qu'on vous qualific sur la feuille de route avec laquelle les
gendarmes vous condaisent. C'est un tourde
perfidie, et je n'aurais pas cru monsicur Bonaparte si méchant que ça... ça m'étonne,
car on dit partont du bien de lui.
C'est donc à Tinstigation de ma geolière
queje vous écris.
Mon frère ne doit pas faire la moindre
démarche en ma faveur. La fortune de sa
femme en souffrirait. Madame de C dont
le second mari n'est pas rayé de la liste, ne
doit non plus rien risquer. Elle pourrait
perdre toutes ses espérances.
B 3
'aurais pas cru monsicur Bonaparte si méchant que ça... ça m'étonne,
car on dit partont du bien de lui.
C'est donc à Tinstigation de ma geolière
queje vous écris.
Mon frère ne doit pas faire la moindre
démarche en ma faveur. La fortune de sa
femme en souffrirait. Madame de C dont
le second mari n'est pas rayé de la liste, ne
doit non plus rien risquer. Elle pourrait
perdre toutes ses espérances.
B 3 --- Page 32 ---
22 )
Communicnez ceci à mes parens et à tous
ceux qui s'intéressent à moi.
Je viens de recevoir de M. de P... de Versailles, à qui j'ai écrit par un de mes gendarmes, trente louis.
Jc passerai à Alençon, Laval, Vitré,
Rennes, Lamballe, Saint-Brienc, Guingamp,
Morlaix et Brest. Tàchez de m'écrire.
Mon plus grand chagrin maintenant est de
savoir SI ceci vous parviendra, quoique la
geolière m'assure qu'elle donnera ma lettre
à un cocher de sa conpaissance. Les gendarmes ont ordre de ne pas me. laissenécrire.
Adieu.
TROISIENE LETTRE
Château de Brest, le 13 avril.
Quorourje n'aye recu aucune lettre ni de
vous ni de persoune, à qui ma lettrede Versaillesapa étre commumniqucsjewiquésjenrinferepas,
je vous prie de le croire, que vous n'ayez
pas éprouvé comme quelques dignes personnes que j'avais l'honneur de connaiire à
Paris, toute la douleur que le récit de mes --- Page 33 ---
(23 )
malheurs devait causer même aux ames les
plus froides. Bien loin de là, je vous ai retrouvé dans mon imagination, vous ct cCs
dames gémissant sur la fatalité de l'évènement et sur ma destinée. Cette idée seule
peut quelqucfois alléger le poids de ma
peine; car je m'attends bien que mon inexorable père va me donner tous les torts dans
cette affaire, et crier quej'ai toujours trop
aiméà parler, et quela leçon est bonne. C'est
un exemple, dira-til stoiquement à ma mère,
qui de son côté, fondra en larmes.
Ohloui, c'est un exemple; mais qu'il est
terriblelohiqu'il grave à jamais dans l'esprit de tous ceux qui. sauront mesurer de
sang-froid la futilité de la fauteavec les mille
douleurs de la peine infligée la nécessité de
n'ouvrir jamais la bouche; ou bien sila démangeaison est trop vive, commeilarrive si
souvent en France, de chercher un asile loin
des coups despotiques de la tyrannie régnante.
Mais c'en est fait, et je ne pleure plus.
Chaque jour je narche cinc ou six lieues,
quelquefois sept, toujours à pied ct environné de mes gendarmes. Pendant huitjours
jaiea les bras et les mains libres ; mais chaque soir il faut franchir le pas affreux, CilB 4
la bouche; ou bien sila démangeaison est trop vive, commeilarrive si
souvent en France, de chercher un asile loin
des coups despotiques de la tyrannie régnante.
Mais c'en est fait, et je ne pleure plus.
Chaque jour je narche cinc ou six lieues,
quelquefois sept, toujours à pied ct environné de mes gendarmes. Pendant huitjours
jaiea les bras et les mains libres ; mais chaque soir il faut franchir le pas affreux, CilB 4 --- Page 34 ---
( 24 5
trer dans uu cachot; et bien que je sois censé
militaire, ne pas être traité comme tel : car,
il faut vous le dire, VOS petits démagogues,
serviteurs de plus grands et de plas affreux
sous l'empire desquels vous avez ie malheur
de vivre, ont eu soin d'ajouter à la perfidie
la mieux combinée, qui est de m'avoir fait
soldat, le tour d'adresse le plus atroce et le
plus mûri. Bref, CCS ressoi ts vivans du crime,
afin qu'en cffet jor ne fusse jamais considéré ni traité comme simple soldat, ont fait
mettre sur la feuille de route en vertu de
quoilon m'a fait voyagerjusqu'a Brest, ces
mots : 54 La plus stricte surveillance est re-
> commandée aux gendarmes > (11).
Si donc il est vrai que je dois êire soldat,
la loi permettant à tout homine de se racheter pour300 fr, pourquoi ferais-je exception
à Ja règle? Oh! que de erimes votre simulacre de Gouvernement peut commettre chez
un peuple aussi aisé à manier! Quel honnête
patriote de l'ancienne Rome, ou de TEurope
modernc, n'eût pas voué à l'exécration de
toute la terre. , la pasquinade de Saint-Cloud?
Qael homme an monde avait droit soit directement, ou soit parleplus inique artifice,
de dissoudre un Gonvernement faible, mais
constitué par vingt-cinq millions d'hommes? --- Page 35 ---
(25 3 )
Pourquoi vous répéterai-je, ce que vous
savez probablement, que je montrai à madame de M. e
2 dans son salon (12)
du petit hôtel, devant douze personnes, les
différens couplets ct épigrammes que vous
aviez vus déjà?
Il faut aussi que vous sachicz, et qae tout
le moude sache que j'attribuc mon arrestation au dévouement officicux et intéressé de
deux ou trois Euménides créoles de la Martinique, qui, Dieu seul sait à quel droit,
étalent des titres pompeux chez d'autres, 9
mais piteux chez elles, de dames de qualité.
Mais chut! n'y sont-elles pas autorisées par
leur assiduité à faire deux heures chaque
jour, antichambre chez la Reine des créoles,
concurremment avec madame Minctte (13)
et le Carrossier? Mais ces dames sont ruinées, et trouvent dans cct excès d'avilissement unnouvean moyen de corrigerlingratitude de la fortune. Et si l'on joue deux
heures par vingt-quatre le rôle vil de courtisan, au moins en, a-t-on encore vingtdeux pour penser aussi, de son côté, à faire
marcher tous les ressorts de son petit empire.
Je ne l'ai pas volé, comme dit le vulgaire,
,
concurremment avec madame Minctte (13)
et le Carrossier? Mais ces dames sont ruinées, et trouvent dans cct excès d'avilissement unnouvean moyen de corrigerlingratitude de la fortune. Et si l'on joue deux
heures par vingt-quatre le rôle vil de courtisan, au moins en, a-t-on encore vingtdeux pour penser aussi, de son côté, à faire
marcher tous les ressorts de son petit empire.
Je ne l'ai pas volé, comme dit le vulgaire, --- Page 36 ---
(26) )
Car vous savez avec quelle chaleur j'ai combattu les sectes de: Lesbos et deGomorre; etl le
patriarche de cette dernière secte, eût-il seul
travaillé à se venger, des plaisanteries améres
qu'on faisait généralement sur ses promenades nocturnes au Palais - Royal, le
voir attaché au rang de magistrat de Tihes
tre république, ne suffisait-il pas pour m'écraser?
Mais sije suis soldat, au moins n'aurai-je
pasà me reprocher quelque jour d'être devenu général sans avoir passé par les grades,
comme pourraient savouerquclqucs-ims de
MM. les grands Officiers, s'ils voulaient examiner leur conscience 3 et quand même je
retournerais à Paris, je n'aurai jamais beSoin de me faire précipiter du haut du pont
de Sèvres dans un grand trou pratiqué au
milieu des glaces, pour me guérir d'un mal
qu'on n'acquiert que dans l'intimité des
grands du jour, ou de ceux qui se piquent
de leur ressembler par tous les côtés.
J'ai traité troplong-tems un sujet qui seul
mérite toute la vengeance du ciel.
Jasqu 'à cinquante lieues de Paris, , jen'ai
trouvé constamment dans les prisons que
des-voleurs, des assassins et des soldats. Le --- Page 37 ---
( 27.)
geollerdeNonanconet m'adit avoir eugrand
soih d'une Princesse royale de France qui
y fut enfermée quelques jours avec, un : petit
enfant. Il eut aussi sous sa garde un, jeune
de Brienne, qui, me dit-il, futensuite fusilléà
Quimpercorentin; iln'avait que dix-huitans.
Jene pense pas comme ces pitoyables jolis
fats qui trépignent tout ce qui n'éclate pas
comme eux par le luxe. -
o J'ai plaint
bien sincèrement,et) je plains tous. les jours
le.
ces malheureux soldats, l'exemple plus
certain et le, plus constant du pouvoir. infernal des tyrans ; nulle part ailleurs, que. je
sache, on n'enchaine des milliers de pauvres
diables dont le crime est d'avoir fuil'armée,
pour. lc plaisir si naturelderevoirane bonne
mère, un vieux père, une maîtresse éplorée
et chérie. .
e On.les. enchaine, me disent,
les gendarmes, mais on ne les bâtonne
pas comme en Allemagne, par exemple. Les
verges aussi ont été supprimées, grâces à la
Révolution. Mais, leur dis-je, ne comptezvous; pour ricn les cinq ans de galère qu'on
fait subir aux déserteurs ? - Cela est vrai,
me disent-ils; mais si vous saviez comme on
les traite (et ils ne sont pas confondus avec
des voleurs ou des déprédateurs pubiics ), 9
vous ne les plaindriez pas tant; ils nc por-
comme en Allemagne, par exemple. Les
verges aussi ont été supprimées, grâces à la
Révolution. Mais, leur dis-je, ne comptezvous; pour ricn les cinq ans de galère qu'on
fait subir aux déserteurs ? - Cela est vrai,
me disent-ils; mais si vous saviez comme on
les traite (et ils ne sont pas confondus avec
des voleurs ou des déprédateurs pubiics ), 9
vous ne les plaindriez pas tant; ils nc por- --- Page 38 ---
(28 5
tent au pied gauche qu'un léger anneau de
fer," sont bien nourris; etc. Oh! vivent les
Français pour effleurer les sentimens, et
prendre gaiement au mieux ce-qui Jeur àrrive de pis ! C'cst encore un mérite qu'a
cette nation dessus les autres. Ne vous rappelez-vous pas une jeune dame dansant à
un bal de cent personnes, six heurcs après
la mort de son enfant qu'elle chérissait probablement autant que son mari? Les belles
femmes," il le faut dire, s'humanisent avec
leurs maris les premiers jours de chaque
mois, 2 jours de. sacrifice au sentiment, et
pendant lesquels on veut bien ne pas faire
lit à part:
Et pour seconde preuve, ne vous rappelezvous plus ce grand benêt de roitelct cagneux,
dansant à Paris, près du tombeau de son parent, dernier Roi des Français, avec uneplébeienne, et à Lyon ensuite? Le charmeopère
aussi sur les étrangers.
Et les Lyonnais ne dansent-ils pas sur la
place Belcourt, surle pavé teint à jamais du
sang de leurs pères - héros ? tout dégénère
enfin.
Et ces pauvres soldats, que jeplains tant,
ne se plaignent pas: au contraire, ils chantent de tout leur coeur sur la route, jurent --- Page 39 ---
29)
bien fermement de réparer leur faute, dès
qu'ils seront devant l'ennemi, et cela nonobstant la mauvaise nourriture, les mauvais traitemens et la prison sale et méphytique ouils n'entrent jamais, sans ôterleurs
chapeaux et dire un gracieux bon soir au
geolier, quivient dc fermer les verroux sur
eux. Avec de tels hommes, une poignée
d'ambitieux (pourvu toutefoisqu'ils sachent
composer quelques phrases en style oriental,) réussiront toujours à se tenir fermes
au faite des grandeurs, capteront même
l'esprit facile de quelques étrangers, et
pourront enfin mourir non comme Cromwel qui, devenu protecteur, perdit toute
la bravoure frénétique qu'il avait étant soldat, mais du moins avecla férocesntisfaction
d'avoir vécu comme un Denys ou un Néron, assez paisiblement, ruinant non-sculement l'ancienne France, maisles Belges et
les Savoyards et les Grenevois, sans omettre
les Suisses paralytiques, l'Italie abâtardie, et
lcs mesquins et piteux (14) Espagnols, uniquement pour repaitre le nez de la canaille
de Paris, dcla fumée dequelques beaux feux
d'artifice, et à l'Opéra, du spectacle de cinq
ou six Phrynés, chargées des diamans de la
triple tiarc, ou troqués contrele Saint Ignace
et
les Savoyards et les Grenevois, sans omettre
les Suisses paralytiques, l'Italie abâtardie, et
lcs mesquins et piteux (14) Espagnols, uniquement pour repaitre le nez de la canaille
de Paris, dcla fumée dequelques beaux feux
d'artifice, et à l'Opéra, du spectacle de cinq
ou six Phrynés, chargées des diamans de la
triple tiarc, ou troqués contrele Saint Ignace --- Page 40 ---
(30 )
d'argent, ou contre Notre-Dame-de-Lorette (15).
Mais, je l'avoue sans rougir, mon coeur
redevient sensible, quand je me rappelle
Paris. Je regrette,autant que Julien, sa Lutèce enchanteresse; et malgrétout ce qu'elle
renferme d'horrible et de crimes inconnus
aux Nations civilisées,Tagrde avec vous que
c'est encorelà oule cosmopolite trouvera des
jouissances qu'il n'aura pas connues dans.le
restc du monde; et, Messieurs de Paris, ne
vous enorgueillissez pas de cet aveu. , ct examinez plutôt si la main invisible du TrèsHaut qui seul faittout bien, etquiveut vous
faire aimer le luxe, les vanitds et le libertinage,afin que vous trouviez dans vOS affcctionsle principe de votre destruction,si, disje,cette main invisiblen'est: pasla causeque
vous avez plus squele reste de la terre, deces
bolles créaturesdontPhidins et Praxitèle nous
avaientdonnél'ideal.Pourln beautédel'ame,
n'en parlons pas; et, puisque vous dédaignez
les belles qualités départies à Thomme, pourquoi demanderiez-vons que vOS femmes, qui
vous imitent ct doivent vous imiter en tout,
possédassent tous lcs précienx dons de la Nature dans sa purcté? Car, ma philosophie,
aigrie du spectacle des crimes de votre ville, --- Page 41 ---
(3r)
ne m'empéche pas de le dire sans cesse:
4 Oui, la première femumefutdonnéean,
pre-
>5 mier homme pour qu'il en fit son idole,
95 et qu'il eût toujours sous les yeux l'image
>5 de la, Divinité; mais, à n'en juger seule55 ment que par vos Lais de Paris; par VOS
>5 (16) Egyptiennes; ; ah ! que Dieu a bien eu
55 raison de maudire sa ressemblance (17)!
Mais c'est avoir beaucoup trop dit pour
mériter un sort bien plus terrible que le
mien. Sila police voit cette lettre, on me
fera enfin subir un jugement; et même il
n'est pas improbable que, vû l'urgence du
cas, le premier consul fit dresser un Sénatus-Consulte exprès, pour me faire mourir
d'une manière nouvelle. Mais vous,
n'auriez-vous pas à craindre? Louez donc que
une fois les faiseurs de révolutions d'avoir
renversé la Bastille; car pour ne plus faire
mentir le proverbe de la canaille,à qui l'on
avait persuadé qu'il y avait des oubliettes
dans ce château, on en ett construit exprès
pour des criminels de lèze-majesté comme
vous. (18).
Dieu est le grand-maitre, et j'en
le caractère ferme et la sérénité juge par
qu'il me
prête pour recevoir les mauvais traitemens, les apostrophes et les sarcasmes de
ille; car pour ne plus faire
mentir le proverbe de la canaille,à qui l'on
avait persuadé qu'il y avait des oubliettes
dans ce château, on en ett construit exprès
pour des criminels de lèze-majesté comme
vous. (18).
Dieu est le grand-maitre, et j'en
le caractère ferme et la sérénité juge par
qu'il me
prête pour recevoir les mauvais traitemens, les apostrophes et les sarcasmes de --- Page 42 ---
(3a)
quelques bandits gendarmes à pied, noyeurs
dc profession sous Carrier à Nantes : mon
silence obstinéles décourage, etils se taisent.
Sijen'ainulle consolation dans mes maux,
je trouve du moins quelque distraction, et
même matière à affermir mon dégoût pour
les hommes.
Cene sont plus des parisiens ou des gens
voisins de cette ville impure, que je rencontre dans les prisons : c'est une classe
d'hommes prétendus coupables non pas d'avoir volé, brilé, chauffé, tué, déserté, mais
d'avoir porté les armes pour Dieu et le Roi.
Cesont de francs Bretons, hommes de bonne
foi, dont le zèle désintéressé les porta à soutenir une guerre aussi juste que destructive,
pour dloignerdeleurs provinces le poison des
innovations, d'où devaient naitre l'athéisme
et l'anarchie. Ils' allaient au combat avec le
premier ontil aratoire trouvé sous la main,
quand l'alarme sonnait, sans marques militaires 2 et comme ces Romains qui ne connaissaient d'autre salaire que le salut de la
patric.
Cette guerre offre dcs résultats singuliers.
Henri fit décapiter Biron et d'autres principaux conspirateuts. Ici, les simples soldats
sont sacrifiés ; tous les jours on en fusille
cquelques-uns --- Page 43 ---
I 33 )
quelques-uns en Bretagne: Ici des machines,
des hommes sans génie sont décimés; et les
plus coupables (politiquement parlant), les
chefs de l'armée royale et catholique ont eu
leur pardou, et n'ont pu résister à l'offre
d'ane fortune agréable que leur fit faire
votre premier Consul, par Hédouville et
Brune.
En effet, si vous vous êtes montrés braves
à Granville, à la Gravelle, à Vitré, vous
n'avez jamais eu l'universalité de talens départis si à propos par le ciel au petit Prêtre
italien, à l'ail sournois et au wisage cuivre,
que vous avez reconnu pour votre cheflégitime: car, un peu plus prévoyans, ne deviez-vous pas concevoir que votre premier
pasa aurait étéd'entreraParis bien surveillés,
et le second d'aller gémir le reste de VOS
jours dans quelque bastille moderne?
Mais non!
vous n'y gémissez pas
toujours!Vous dansez! vous chantez la Marseillaise, le matin; ; et ViveHenri IV, le soir.
Mais, tout Français que vous êtes, l'heure
où le cog chante arrive, et vous faites alors
mille réflexions qui,jele pense comme vous,
sont bien amérès! vos yeux se sont donc dessillés? Mais les 50,000 francs de rente que
le premier Consul vous avait assurés, sont
C
?
Mais non!
vous n'y gémissez pas
toujours!Vous dansez! vous chantez la Marseillaise, le matin; ; et ViveHenri IV, le soir.
Mais, tout Français que vous êtes, l'heure
où le cog chante arrive, et vous faites alors
mille réflexions qui,jele pense comme vous,
sont bien amérès! vos yeux se sont donc dessillés? Mais les 50,000 francs de rente que
le premier Consul vous avait assurés, sont
C --- Page 44 ---
( - 34)
déjà affectésà rentrer dans le coffre des économies, qui ne s'ouvrira que lorsqu'il contiendra Je milliard (19) promis aux défenseurs de la patrie. Vous mangez du pain
d'ivraie, et votre philosophie est fort tranquille, lorsqu'il vous vient dans la tête, une
fois par quinzaine,que VOS trésors, vos chères
et divines moitiés peut-être se fatigueront de
votre absence.
Jamais les étrangers n'eurent plus réellement l'occasion de frapper au coeur de la
France, que parles côtes de Bretagne. Tous
les bras des fervens Bretons leur étaient ouverts; tous les coeurs lesa appelaient à grands
cris. Tout était possible alors: mais peut-être
le ciel vit en pitié les dames de Paris, comme
il avait fait celles de Champagne, lorsque le
Roi de Prusse quitta Verdun, et retourna
droità Postdam, pour fairesauter, d'un coup
de canon, un moulin qui masquait une des
perspectives de Sans-Souci.
Le geolier déverrouille les portes ; je n'ai
que le tems de cacher tout ceci dans ma paillasse.
Le facteur de la poste m'apporte une lettre, et se retire avec le geolier. J'éprouve
la joie que procure une bonne nouvelle, dès
long-tems sonhaitée.Pointde signature;n mais --- Page 45 ---
((35 )
j'ai déjà reconnu l'écriture de ma bonne et
vieille amie madame de SaintChamont, qui,
au nom de mademoiselie Félicité DapetitThouars, et au sien propre, m'invite à aller
rendre visite à quatre principaux de Brest,
parmilesquels M. Terrasson, officier de l'ans
cien régime. Cctte lettre m'informe
sieurs dames, , après trois jours de que démar- pluches et de recherches dans tous les bureaux,
les ministères, 7 etc. sont parvenues à savoir
du commandant de la place de Paris
j'étais soldat, conduit en cette qualitéj jusqu'à que
Brest, et que j'avais reçu, avant mon départ
de Paris, un habit complet de militaire.
Que de bonté! que de dévouement chez
ces dames! et que de perfidie chez les tyrans
qui ont machiné ma perte ! Hé! je ne suis
point soldat; c'était un prétexte pour m'allarmer moins aussi bien que mes amis; c'était pour m'escamoter sans éclat. Loin de
pouvoir servir mon pays,j'en suis jugé indigne. Bientôt je vais perdre de vue cette
terre natale, hors de laquelle un vrai Français ne saurait vivre. Déjà je vois les voiles
favorisées, etle pilote sc réjouir de la brise..
Enfin je vais être déporté. En vain j'ai demandé par dix Icttres au général Meunier
et au préfet Caffarclli la permission de porter
C 2
oter sans éclat. Loin de
pouvoir servir mon pays,j'en suis jugé indigne. Bientôt je vais perdre de vue cette
terre natale, hors de laquelle un vrai Français ne saurait vivre. Déjà je vois les voiles
favorisées, etle pilote sc réjouir de la brise..
Enfin je vais être déporté. En vain j'ai demandé par dix Icttres au général Meunier
et au préfet Caffarclli la permission de porter
C 2 --- Page 46 ---
(36 )
les armes pour mon pays. Cen'est plus des
soldats qu'il faut . ; la terre est repue de
sang : les hommes ne seront plus guillotinés,
noyés, fusillés. Ces moyens de tyrannie sont
usés : mais on les enverra à deux mille lieues
de l'Europe, sans jugement, sur un simple
ordre ministériel dicté d'après le Je veux
du tyran, pour trainer une vie de misère,
de pleurs et de toutes les privations, dans
des déserts devenus dès long-tems la sentine
de l'Europe, ou dans des climats brûlans où
l'on a l'unique plaisir de se sentir mourir.
: Je vais être transportéà Saint-Domingue.
Des ordres, qui me concernent, sont arrivés
ici,ily a plus d'un mois, et ont été envoyés,
par le vaisseau le Tourville, au général Leclerc, gouvernenr de cette colonie. Je m'attends bien à n'être pas ménagé, et d'autant
moins encore, si madame Leclerc, qui saisirait toutes les occasions pour (20) regagner
les bonnes grâcesde son frère, le toul-puissant,savaitequejaidémérité, un seulinstant,
de la Déesse de votre monde.
J'ai appris cette nouvelle désastreuse de
Padjudant- : général Mailler, qui est venu exprès pour mel'annoncer, au nom du général
Meunier, et m'a fait un charmant compliment, àla républicaine, en me disant: 4. Je --- Page 47 ---
( (37)
>> suis venu, de la part du général de lerre,
ss à qui vous avez écrit, pour savoir quelle
66 espèce d'homme vous étiez>. La politesse
moderne n'est-elle pas exquise ?
Dansfaccablemento; jesuis,jaipourlant
une consolation,qui. est de penser quej je supporte seul et avec. une fermeté presque audessus de mes forces, les souffrances qu'il
m'étaitsi facile de faire partager à plusieurs
personnes 9 en lcs nommant dans mon interrogatoire. Mais aussi, pensé-je que mes amis
me plaignent, et qu'ils n'ont pas craint, un
moment, une telle lâcheté.
J'ai reçu ;à Alençon età Brest,delargent,
sans lettre. Je nc sais donc qui en remercier.
Ilme faut direun éterneladieu à ma bonne
ct trop sensible mère, à mon père, à tous
mes amis, à ma déplorable patrie! Je vois
ma mèrc entourée de ses enfans, demander
mon pardon au Dieu demiséricorde, fondue
en Jarmes, et mourir. Ah! du moins, je ne
l'ai pas déshonorée; ma fantene m'a pas flétri; ctije mourrai aussi,mais toujours digne
d'clle.
Mes respects et mon amitic à tous ces Messieurs et ces Dames;et vous, acceptez la dernièrc ligue que je trace en France, comme
C3
ma déplorable patrie! Je vois
ma mèrc entourée de ses enfans, demander
mon pardon au Dieu demiséricorde, fondue
en Jarmes, et mourir. Ah! du moins, je ne
l'ai pas déshonorée; ma fantene m'a pas flétri; ctije mourrai aussi,mais toujours digne
d'clle.
Mes respects et mon amitic à tous ces Messieurs et ces Dames;et vous, acceptez la dernièrc ligue que je trace en France, comme
C3 --- Page 48 ---
(38)
Thonmage de la plus. chère confiance et
croyez aux sentimens respectueux, avec
lesquels 2 etc.
QUATRIEME LETTRE:
Prison de la Providence, Cap-FrançaisSaint-Domingue, 20 juin 1802,
DiEu ne veut pas la mort du pécheur, me
disait quelquefois ma bonne mère; mais, je
vous assure qu'il ne veut pas plus celle des
malheureasyear.jaibien souffert,jesoufire
l'agonie, tous les jours; et pourtant, je sens
que j'ai longtemps encore à vivrc.
L'homme s'accoutume à tout, dit nonchalamment une petite maitresse dans son boudoir bien chauffé et garanti du froid par lès
six ou huit doubles portes bien fourrées de
son appartementiou bien un soldat français,
qui, revenu de la guerre, avec une seule
jambe, boitun verre de vieux vin à côtédesa
maîtresse, à l'ombre de quelques ormeaux.
Dites-leur, vous qui pouvez les voir, qu'ils
se trompent grossièrement, et que les chefs
de votremauequin dez république ont inventé --- Page 49 ---
( à 39 )
des
supplices, 7 au prix desquels la guerre et
le bivonne, et ce que vous appelez adversités, ne sont vraiment qu'un jeu : telle est
ma situation que, jour et nuit je délibèresur
les moyens de medonner la mort. Caton, me
dis-je, s'est tué, tenant le livre de Platon sur
limmortalité de l'ame; mais, je n'ai pas ce
livre, pas même un clou. Enfin, soit couardise,soit un reste d'attachement à la vie, je
délibère toujours, et ne m'arrêle à aucune
ferme résolution.
Pendantma détention au château de Brest,
un homme qu'on avait arraché des bras de
sa femme et de ses enfans pour le rendre à
son régiment, qu'il avait déserté, se leva un
certain jour de grand matin, et avec un outil de sa profession de
couvreur, vint au
pied de mon lit se couper à fond trois doigts
de la main droite. Cet homme n'a
pas eru,
je pense, 9 se fermer par là les portes de l'éternité, Il voulait s'exempter d'aller à la
guerre, etil savait bien qu'il en serait quitte
pour être l'objet d'ane loi spéciale, qui transmettrait son action prétendue lâche, et son
nom à la postérité. Mais à quoi bon me couper les doigts, ou un bras? monamen'en sera
pas moins souffrante, et je me serai rendu
ridicule aux yeux du moins philosophe.
Cé
mer par là les portes de l'éternité, Il voulait s'exempter d'aller à la
guerre, etil savait bien qu'il en serait quitte
pour être l'objet d'ane loi spéciale, qui transmettrait son action prétendue lâche, et son
nom à la postérité. Mais à quoi bon me couper les doigts, ou un bras? monamen'en sera
pas moins souffrante, et je me serai rendu
ridicule aux yeux du moins philosophe.
Cé --- Page 50 ---
( 40 )
Qu'un huron,selon Voltaire, ait voulu se
douner la mort, et qu'il eûtt le droit de le
faire; ceci est bon dans un roman. Notre
vie est-elle à nous? mais elle est un bien pénible fardeau quelquefois. Un fat se pendra
pour avoir été moqué, un amourenx pour
ne plus essuyer les rigueurs d'une bégueule;
et nous voyons queiquefois des'amiraux ou
des générauxse briser noblement la cervelle,
pour prouver d'autant mieux qu'ils n'ont
jamais été làches, et que la capricieuse fortuné n'a pas voulu Jeur sourire.
Maisj'ai beau raisonner; jei n'en suis pas
moins en prison, au secret, depuis trentetrois jours, 2 et Dieu sait si j'en sortirai autrementque les pieds les premiers. Un nègre
m'apporte à deux beures le morceau de pain
convoité dès le matin. J'ai encore quelqu'argent; mais les prisonniers au secret, ne
peuvent manger que Ja ration de la répubiique,
Ceci me donne oecasion de faire des rapprochemens bien douloureux, car combien
ai-jeété maltraitéparr mes geoliers de France!
mais aussi je me rappelle avec une sorte d'ivresse,la manière dont j'ai été reçu à Rennes,
cette ville qu'on dirait habitée par des parisiens du tems de Henri IV. --- Page 51 ---
(4r.)
Deux stations avant cette capitale de la
Brdagle.ndfgeudarme m'avaient déclaré
ecrisedfatrplakegenl pied. J'étais
malade, desséché par le chagrin ct la fatigue. Un commissaire des guerres ordonna
pour moi, jusqu'àn nouvel ordre, un cheval
ou une charrette. Je partis de Vitré, dans
une mauvaise voiture, non couverte, etayant
pour siége une demi-botte de paille. Vers le
soir, nous entrâmes dans un faubourg de
Rennes. Les balcons et les fenêtres étaient
remplis de curieux. Jugez quelle souffrance
ce. fut pour moi de passer, enchainé par le
milieu du corps, , portant du linge sale et un
habit encore assez bon. Bientôt, nous fmes
entourés de lay populace, parmi laqueile se
trouvaient quelques dames de bon air,
2 jusqu'ala porte de Latour-le-Bat, où je fus enformé avec deux cents prisonniers. Je fis
alors - cette réflexion : Pourquoi, par tout
pays, les femmes montrent-elles plus desensibilité queles hommes? Celles-ci, au moins,
n'ont pas cessé d'être femmes;mais les hommes sont devenus des tigres, sans s'en
cevoir. A Paris, une dame de bonne aper- mine
redouteles occasions de répandre edes larmes,
et va, du méme pied léger, aux concerts de
Garat, ou à Bagatelle; ou bien se placer aux
iers. Je fis
alors - cette réflexion : Pourquoi, par tout
pays, les femmes montrent-elles plus desensibilité queles hommes? Celles-ci, au moins,
n'ont pas cessé d'être femmes;mais les hommes sont devenus des tigres, sans s'en
cevoir. A Paris, une dame de bonne aper- mine
redouteles occasions de répandre edes larmes,
et va, du méme pied léger, aux concerts de
Garat, ou à Bagatelle; ou bien se placer aux --- Page 52 ---
(42 )
fenêtres de la place de Grève,
supplicier soit un
pour y voir
tendu
chauffeur(2),s soit un pré.
conspirater( (22).
Ici je fus enfin traité comme
pour la première fois; je
militaire ; et,
air queles soldats. Les
respirai le même
une autre cour. L'on criminels étaient dans
n'en avais
me donna un lit, je
pas eu depnis Paris.
Le lendémain, une dame aussi noble
les traits et le maintien
dans
sa profession
que respectable par
gieuse de l'ordre évangélique, de la
une soeurrelichaque soldat se
Conception, et que
soeur Mariecomplaisait à appeler sa
Anne, vint dans la prison accompagnée d'un vieillard
être un charitable
que j'ai su depuis
médecin
del la ville. Je demeurai coi cldesplus estimés
soeur Marie-Anne
dans mon lit. La
médecin
s'approcha et observa au
arrivé. quej'étais probablement un nouvel
plaisant, Bientôtlegeolier, homme bon et comà moi et quoique sévère sur son devoir, vint
m'engagea à descendre à. la geole Ou
pistole. Cest-là que passent, le jour, les
sonniers qui Ont
priJ'ytronvai
quelqu'argent à dépenser.
mine.J J'eus quelques personnes d'assez bonne
dans
bientôt appris qu'ils avaientservi
l'armée royale et
étaient en prison depuis catholique; qu'ils
plus de dix mois --- Page 53 ---
(43 )
sans avoir jamais été interrogés. Ils m'invitérent à diner; cC que j'acceptai de bonne
grace,et finirent par m'accabler de ces questionsdeprovince surla mode, les collets noirs
our verts, les cravattes et les cols, les chemises à la victime, les bras et le sein nus
des dames de la nouvelle France, sur leur
manière de parler, de drapper un cachemire
et placer un diadéme, sur la politesse de la
Chaussée-d'Antin, sur les couleurs favorites
pour les chapeaux de femmes et pour les
habits d'hommes 2 pour les chiens et pour
les singes, sur le grand singe vert de madame de L.
sur la walse etla gavotte,
les chansons, arriettes, épigrammes, calembourgs, sigisbés etdamesàla mode, sur Garat
et Elleviou, sur les invalides qui habitaient le
château de Versailles, sur ce qu'on entendait
par-lesTgyptiennes,lanouvelle: Danaé, un canezou , un ridicule, des suppléans, sur: la
quéteuse de Saint-Roch, sur le thé et le café,
la sauce Robert, le beef-stake et l'ami de
madame de L...
Heureusement la dame
religieuse vint. Sa présence mit fin à toutes
ces sottises.
e Elle était accompagnée d'une dame de
Coigny ou de Coiguac dont le fils se trouvait
en prison. (lin'y resta que trois jours ). Ccs
Tgyptiennes,lanouvelle: Danaé, un canezou , un ridicule, des suppléans, sur: la
quéteuse de Saint-Roch, sur le thé et le café,
la sauce Robert, le beef-stake et l'ami de
madame de L...
Heureusement la dame
religieuse vint. Sa présence mit fin à toutes
ces sottises.
e Elle était accompagnée d'une dame de
Coigny ou de Coiguac dont le fils se trouvait
en prison. (lin'y resta que trois jours ). Ccs --- Page 54 ---
( 44) )
dames s'excusèrent sur leur curiosité à savoir monhistoire, enm'assurant qu'ellesm'interrogeaient par pur intérêt pour moi. Leur
air noble et de bonne compagnie m'encouragea. Je leur racontai toutes les circonstances de mon arrestation ; et, comme tous
ces Messieurs en prison, clles parurent singulièrement étonnées. Ils avaient tous perdu
le souvenir des tems de justice de Robespierre, Saint-Just et Couthon. Madame de
Coignac me quitta en disant qu'elle allait
écrire à madame de Mirabeau, son amie,
à Paris.
La bonne soeur Maric-Anne.ne me perdit
plus de vue pendant les onze jours que je
passai en prison à Rennes. Elle alla prier le
général Brune, commandant militaire alors,
de me laisser reposer quelques jours. Elle
lui demanda ma libertéà condition
que j'entrerais dans l'armée. Le général Brune réponditque madestination était Brest, que le
gouvernement avaitprobablement quelques
motifs particuliers desed débarrasser demoi.
Celte belle et excellente dame passe sa vie
à répandre ses soins et les consolations
savent donner seulesles filles de Dieu.ll suffit que
d'être un malheureux soldat pour occuper
sa belle ame tout entière. Elle est secondée --- Page 55 ---
( / 45 )
dans cette vie de bonnes oeuvres par trois ou
quatre autres dames de la même congrégation,1 lesquelles vivent en séculièresàl Rennes,
depuis la suppression des couvens. La soeur
Marie-Anneac dans la prison une petite chambre
très-propre, 7 ornée de tableaux et d'une
petite chapelle. Elle avait, il est vrai,
noncé de nouveaux voeux. Vous allez frémir. proSous le régime à jamais excréable et honteux pour la France, lorsque Robespierre,
semblable à la terrible mort, promenait de
Paris jusqu'aux confins de ce malheureux
pays sa faulx sur toutes les têtes qui avaient
joui du respect qu'imposent la bravoure, les
dignités, la beauté, toutes les vertus, la religion, 1 les talens et la fortune, une dame
aussi charitable et pieuse quela soeur MarieAnne ne pouvait échapper au glaive. Elle fut
donc arrêtée et sans forme de
duite à lagnillotine,
procès conqui pourlorsétait en
manence à Rennes. Déjà on lui ceignait per- le
corps avecles courrois dela bascule. Ses
cheveux venaientd'être
longs
coupés parune: main
quin'ett jamais dû approcherque des criminels. Elleravait conservé sa raison et sa dignité. La religion lnidonnait ce courage. Toute
la garnison, au nombre de six millehommes,
était sous les armes. Douze soldats
furieux se
ès conqui pourlorsétait en
manence à Rennes. Déjà on lui ceignait per- le
corps avecles courrois dela bascule. Ses
cheveux venaientd'être
longs
coupés parune: main
quin'ett jamais dû approcherque des criminels. Elleravait conservé sa raison et sa dignité. La religion lnidonnait ce courage. Toute
la garnison, au nombre de six millehommes,
était sous les armes. Douze soldats
furieux se --- Page 56 ---
(46 )
font jour à travers la foule, le sabre dans les
dents, les pistolets dans les mains, haranguent, en trois mots, leurs frères n soldats,
qui demeurent atterrés, volent sur l'échaAnljonhngpsarlereauliy patiente,qu'ils
entourent, font de leurs corps et de lenr rage
un rempart inexpugnable, et portent en
triomphe leur troplée vivant jusques dans
lears casernes, où, fondant en larmes de reconnaissance, elle jura, ahautewoiz devant
Dieu et devant les hommes, de consacrer SE
vie au soulagement spirituel et temporel des
soidats prisonniers qui passeraienta Rennes.
Ces messieurs prisonniers pendant Ics
quatre ou cing premiers jours se tinrent
avec moi sur une réserve qui fut hauteur
bieupuérile sansdoute, puisqu'ils étaient pri
sonniers comme moi, et qu'ils n'avaient ni
de irès-grands noms ni de très-hauts faits à
alléguer en leur faveur. L'un deux un matin vint m'apporter une gazette de Paris contenant un rapport du ministre de la policegéuérale sur une arrestation qui eut lieu le
même jour quela mienne. Ce monsieur prétendait que ce devait être moi; que le ministre peut-être avait changé le noi à-dessein, ou bien que je ne portais pas le mien
propre. Je lus cette gazette. Si ce rapport du --- Page 57 ---
(47 )
ministre me concerne, c'est un tissu de mensonges atroces. Il dit que l'homme arrêtés'était lié avec plusieurs ofliciers de la
de
maison
Bonaparte, que quelquefois ils s'était
jusques dans les cuisines,
glissé
savez bien
etc., ? etc. Vous
que je n'ai vules Bonaparte
dans des maisons tierces,
que
dais et tchesmadamede.3.. aucollége des Irlansent trop les contrefaconsj Mais ce rapport
laj prétenduc
jacobines, comme
à
somttontatmeitast
gues Vénise, la machine infernale fabriquée par Buonaparte
appela la seconde Journéc lnimemeratmairequron des
que les prétendus chefs
Dupes, 5 puisqu'iln'y eut de sacrifiés purent se sauver, et
têle
que des hommesàla
exaltée, mais quiavaientsurlenre
la faute d'exécrerles
compte
Et ne
tyrans det tousles noms.
peut-on pas aussi, avec raison, y faire
entrer en comparaisoule
alOpéra.par Ceracchi, Demerville, projetd'assassinat,
etc. Est-il bien vraiquele
Arena,
eut un poignard sous son seulpteur-Cerachi habit? Ils
rent innocens, mais avec le
mouruhéros.
courage des
Ily a donc de la trahison dans le
pro forma du
rapport
ministre, en admettant
Jaic éte T'objet de ce
que
n'a-t-il
rapport : car pourquoi
pas employé mon nom ? Il est tout
comparaisoule
alOpéra.par Ceracchi, Demerville, projetd'assassinat,
etc. Est-il bien vraiquele
Arena,
eut un poignard sous son seulpteur-Cerachi habit? Ils
rent innocens, mais avec le
mouruhéros.
courage des
Ily a donc de la trahison dans le
pro forma du
rapport
ministre, en admettant
Jaic éte T'objet de ce
que
n'a-t-il
rapport : car pourquoi
pas employé mon nom ? Il est tout --- Page 58 ---
(48) )
aussi sage de croire que ce n'est pas moi
qu'il a voulu dire. Dans ces tems fameux
ou lesmlégers Français dorment sur la clémence du premier Consul et desa femme,
on arrête plus dun homme en un jour à
Paris. Robespierre est ressuscité, et il sait
maintenant monter à cheval.
Si vous voulez voir son Ménechme,allez
au Caveau des Avengles, péristile de Radziwille, Palais -Royal, et demandez Louis,
l'un des valets : vous verrez là le masque de
votre illustre ! Dit-on jamais que le fils de
Philippe, ou bien César, aient trouvé quelque part leur ressemblanec?
Mon voyage de Rennes à Brest'a été aussi
monotone, aussi accablant, que de Paris à
Rennes. J'ai entendu raconter bien des horreurs commises par les soi-disant républicains.
la guerre de la Vendée. Mais
7 pendant
les crimes commis au nom du Gouvernement sont devenus si fréquens, que les Français se sont familiarisés avec le régime de
la terreur. A Nantes, O11 parle légérement
des mariages républicains de Carrier, le représoutant du peuple; et à Lyon, des motions da shilanthrope Chalier: ce nouveau
Procrustea éépanthéonisé. AParis, au PalaisRoyal, lax eanailleva voir dansun cavean
une --- Page 59 ---
(49 )
une figure d'homme habillée en sauvage,
c'esta-dire, que tout son corps est couvert
de soie couleur de chair, et ses hanches,
d'une grosse peau de mouton noire; il bat
sur deux tambours admirablement bien: : on
va en foule le voir, 2 et cet adroit comédien
estihommequia coupéla tête deLouisXVI!
A Guingamp j'ai trouvé en prison MM.
Dugasperne et Boisboissel: ce sont des émigrés rentrés; le second est fort gai et bon
musicien, l'autre a perdu la tête.
Le geolier créole de la Basse-terre de la
Guadeloupe, et sa jolie femmem'ont comblé
de bontés; ils m'ont procuré des douceurs
que je n'avais pas eues depuis Paris. Quand
je partis, je voulus leur donner de
ils le refusèrent et pleurèrent : les l'argent,
à pied se moquèrent d'eux et se gendarmes mirent
colère. Dans toute la Basse-Bretagne
en
mis sous la garde de
j'ai été
quatre et quelquefois
de six gendarmes.
Un ancien capitaine de cavalerie est venu
tous les jours voir ces messieurs; c'cst
hommc de très -bonne
un
compagnie : il me
remit une lettre de recommandation
le maire de Morlaix son ami. J'y arrivai pour le
Jendemain, le maire ne fit rien pour
vis la maison oùt naquit l'immortel Morear moi;je
D
agne
en
mis sous la garde de
j'ai été
quatre et quelquefois
de six gendarmes.
Un ancien capitaine de cavalerie est venu
tous les jours voir ces messieurs; c'cst
hommc de très -bonne
un
compagnie : il me
remit une lettre de recommandation
le maire de Morlaix son ami. J'y arrivai pour le
Jendemain, le maire ne fit rien pour
vis la maison oùt naquit l'immortel Morear moi;je
D --- Page 60 ---
(50)
M. de Trogoff m'a permis de partager son
lit, dans la prison de 2 à Saint-Brieux.
Enfin nous gagnâmes Brest ; elle n'est pas
très-fortifiée du côté de la terre ; les rues
sont larges, droites, pavées de grès, et illuminées comme Paris; un théâtre, deux ou
trois places publiques . l'esplanade plantée
d'arbres qui domine la rade, des maisons de
pierre de taille: voilà Brest.
La ville est séparée du port par des grilles
de fer, et le port l'est de la rade par une
chaîne mobile.
Le port n'est qu'un canal d'une petite
lieue de long. Du côté de la ville est un
quai fort large, surmonté des ateliers, magasins 7 corderies, 2 etc. 9 tous établis par
Louis XIV; l'autre côté est une petite ville
appelée Pontaniou, qu'on peut regarder
comme un faubourg de Brest.
Dela fenêtre de ma prison, je vois la sortie de la rade intérieure au-delà du goulet.
Tous les jours de nombreux corps detroupes
s'embarquent pour Saint-Domingue et pour
la Guadeloupe, et toutes les minutes je vois
des galériens passer dans le château.
Ces misérables sont enchaînés deux à deux,
fontles trayaux du port, nétoyent les vais- --- Page 61 ---
(56))
seaux et les rues. Les gardes de la chiourme
sont méprisés.
Dans l'ancien régime on y voyait des
prétres, des magistrats. Aujounthutluya
plus que des voleurs, des assassius, ou des déprédateurs publics. Les soldats condamnés
aux galèrcs, sont dans d'autres ports.
Iya a peu de tems qu'un de ces galériens
s'échappa, ct parvint à passer par la porte
de terre à la campagne, déguisé en général
de brigade, ayant sur sa tête rasée une perruqueblonde. Bientôt, selon la coutume, l'on
tira trois coups de canon. Le soi-disant général courait à travers les champs, et comme
lcs généraux ne voyagent pas à pied, il fut
bientôtarrété et remis àlagalèré.
4 Avant-hier. 3 la citadelle et les forts tirèrent
lecanon pourcélébrerla paix qui vientd'être
signée à Amiens. J'augurai favorablement
d'unesig grande nouvelle, € etj j'aimais à penser
qu'une telle époque serait le terme de mes a
maux et un tems de clémence et de pardon
pour tous ceux qui n'avaient pas commis de
crimes. Que j'étais fou de supposer quelque
générosité chez dcs tigres! vers le soir, l'adjudant de place Potel, ct six soldats me conduisirent en rade à bord de la corvette la
Bacchante. Là,je fus consignéansititquem.
D 2
aimais à penser
qu'une telle époque serait le terme de mes a
maux et un tems de clémence et de pardon
pour tous ceux qui n'avaient pas commis de
crimes. Que j'étais fou de supposer quelque
générosité chez dcs tigres! vers le soir, l'adjudant de place Potel, ct six soldats me conduisirent en rade à bord de la corvette la
Bacchante. Là,je fus consignéansititquem.
D 2 --- Page 62 ---
( 52 )
barqué. Deux officiers me firent quelque politesse etl beaucoup de questions, après quoi
le capitaine, M. Carpentier, 9 me fit donner
un hamac et une place parmi les passagers.
J'ai appris qu'il y avait à bord d'un vaisseau de guerre, un prisonnier d'état, arrivé
de Paris. Son nom est Dupaty.
Les plus notables de ces passagers étaient
des officiers de toute arme qui rejoignaient
leurs corps à Saint-Domingue. Un autre était
remarquable par sa volubilité, son langage
mielleux, et surtout son air entendu. Aussi
était-ce un Toulousain qui, fournisseur à
l'armée d'Italie lors de la première campagne des Français dans ce pays, avait fait
une fortune colossale, et dévoré aussitôt un
bien si mal acquis avec les enchanteresses
de Milan et de Gênes, et qui-allait dans
l'autre hémisphère pour faire une nouvelle
tentative du même genre, et regagner, disaitil, ce quiluiavait été volé par les Français.
Un autre se disait parent de Bonaparte, et
se faisaitappeler Grimaldi,
La rade de Brest doit être une des plus
belles du Monde; elle a six lieues de largesur
cinq; elle reçoit plusieurs rivières, et se précipite dans la mer par un goulet au milieu --- Page 63 ---
(53 )
duqquel est la roche Mingan. Toutl le
est armé de batteries à fleur d'eau. passage
Après trente-trois jours de
nous aperçumes la terre. C'était Porto-Rico. navigation,
Le capitaine fit diminuer de voiles. Il se
gnait de ne voir aucun navire ni pilote. plai- Il
inférait que l'expédition contre Saint-Do- en
mingue avait échoué, Le soir, nous reconnûmes les écueils appelés les
lun des plus beaux vaisseaux SeptFrères, de
où
cette expédition périt
guerre de
La brise de terre vint corps et biens.
l'odeur de mille
nous embaumer de
parfums. Il serait difficile
d'exprimer la joie des voyageurs à cette
odeur aromatique et balsamiqne, qui
à la langueur, bientôt à la
dispose
berce l'ame et l'invite
volupté, et enfin
être
au repos. Ce pays doit
un paradis, disait l'un. On
être
bien heureux!vons
doity
sombre et
n'y voyez pas le Ciel
lugubre de T'Europe; la nature
n'y parait jamais dans sa paleur et dans sa
hideuse léthargie; et les chagrins domestiques etl'ennui, et les maux que la
tion a donnés aux hommes, doivent civilisaici bientôt.
s'oublier
Le lendemain un pilote nous fit
la passe sous le fort Picolet ; elle n'a franchir
plus de cent pieds ds Jarge. Le guères
vaissean
D3
ity
sombre et
n'y voyez pas le Ciel
lugubre de T'Europe; la nature
n'y parait jamais dans sa paleur et dans sa
hideuse léthargie; et les chagrins domestiques etl'ennui, et les maux que la
tion a donnés aux hommes, doivent civilisaici bientôt.
s'oublier
Le lendemain un pilote nous fit
la passe sous le fort Picolet ; elle n'a franchir
plus de cent pieds ds Jarge. Le guères
vaissean
D3 --- Page 64 ---
((54)
lOcéan, en entrant en rade il y a quelques
mois, foudroya le fort. Ce magnifique bassin'
n'est aceessible qu'ici; une chaîne de rescifs
je ferme jusqu'à la petite passe, qui n'ést
praticable que pour des bateaux.
Ce spectacle m'a fait éprouver de bien
douces sensations. Que de merveilles
quin'aurait pas vu ailleurs les grandes
Beur
tés de la nature! ! La rade du Cap Français
ést superbe;à gauche eest le village de Limonade. Les bords de la Loire et ceux di lac
de Genève sont bien pittoresquès, mriais on
Jes oublie ici. Vous nc voyez ici ni châteaux,
ni immenses apanages entourés de grilles et
de murailies; ; mais 011 ne se lasse pas d'admirer Limonade, tous les bords de la rade,
la plaine dont l'étendue embrasse une ouverture d'angle de cent degrés, et augmente
de plus cn plus jusqu'a six ou sept lienes,
où s'élève tout-à-coup unc chaîne de moniagne toutes coniques, amphithéatrales, et
que des mnages épais et immobiles semblent
couper en zônes; à différens intervalles, la
jolie ville du Cap, et ses hauteurs inaccessibles à l'ocil, et dont la chaîne entoure à
mnoitié la ville sans la cacher; et cette chaine
se prolongeant en retour jusqu'an fort Picolet; au pied dés collines, à mi-côte, on --- Page 65 ---
(5 55 )
sur leurs sommets, d'innombrables habitations de pierre blanche, à deux ou trois
étages, ornécs de jolies galeries peintes diversement, et assez saillantes pour qu'on y
jouisse du grand air de la brise de
craindre la terrible
mer, sans
impression du soleil; des
jardins symétriques, des statues, des vases
de marbre, partont l'air de la richesse et
de la prospérité qui semblent régner d'accord avec la nature qui, constamment
tive, prodigue ici les fleurs et les fruits ac- si
vantés, si recherchés en Europe, et
ici
sont le produit de travaux faciles. qui
Nous monillâmesa un mille de la ville, en
face; il y avait à l'ancre quelques
de navires marchands, et en tête centaines
vaisseaux de
cinq ou six
guerre. Quelques douzaines de
canots couverts de draperies, de
et de fleurs, et d'oà l'on entendait fenillages les
de la
volaient
sons
rade. musette, Il
en tous sens sur la
plui quelques minutes, etj
tôt des colonnes de
jevisaussidet toutes les
vapeurs épaisses s'élever
parties de la ville, et même des
habitations. Quelle horreur
incendiée ! Le Cap fumait
qu'une ville
de feu; tous les murs étaient encore de sang et
noirs, les toits
ruinés ou en cendre. La belle
palais du Gouvernement
façade du
1 où demeurait
D4
musette, Il
en tous sens sur la
plui quelques minutes, etj
tôt des colonnes de
jevisaussidet toutes les
vapeurs épaisses s'élever
parties de la ville, et même des
habitations. Quelle horreur
incendiée ! Le Cap fumait
qu'une ville
de feu; tous les murs étaient encore de sang et
noirs, les toits
ruinés ou en cendre. La belle
palais du Gouvernement
façade du
1 où demeurait
D4 --- Page 66 ---
((56.)
Toussaint Lonverture, avant l'incendie,
raissait seule avoirbravéla
pa-i
flamme, et commander encore à un monceau de ruincs,
Jarge de deux milles.
Le sixième jour, après bien des démarches du capitaine de la corvette, après bien
des prières de ma part, je fus débarqué
sous l'escorte d'un officier et d'un sergent.
Quel triste spectacle ! les rues, naguères si
propres, si régulières, étaient encombrées
de ruines ; les maisons sans portes, et cà et
là quelques fantômes au teint de l'agonie;
beaucoup de soldats, dont les visages,iln
a que quelques mois si animés,
n'y
ment
siagréablecolorés par l'air vif et froid des bords
du Rhin et du Danube, étaient déjà flétris
par l'impression brûlante du Soleil, et par
l'air d'une contagion plus destructive encore. Cette ville perd tous les jours deux
ou trois cens personnes; les nègres seuls sont
à l'abri de ce fléau. Un superstitieux en inférerait que le ciel veut la destruction totale
du sang européeni wdans ces climats.
Je fus conduit chez le général Duguat,
commandant la ville. Son secrétaire, joli cavalier bien important et qui tire toute son
illustration du nom de sa soeur ou sa mère
comédienne du théâtre Français de Paris 2 --- Page 67 ---
(57 )
me dit, après avoir lu un petit écrit que venait de lui remettre un de mes gardes,sah!
sah!.. vous êtes M..
Ily a long-tems
>> quenous vous attendons..
On dit
>> vous svembesncoupdapdt).
que
Asseyez-
>> vous donc je vous prie.
a >5. Et l'instant
d'après, 44 à propos, vous allez aller en
prison Savez-vous cela'Hé, repartis-jeàce
barbare railleur, avecl'accent de la rage,sje
>m'yattendaisbien et je saurai braver votre
>5 tyrannie, moi qui souffre les vexations les
>> plus inouies, toutes les privations, la prison,
> les fers depuis plus de quatre mois>. =Il
expédia un ordre au geolier et appela deux
seab@auaegsinaconaduidrent au cachot. Hélas!
me dis-je encore une fois; en tems de guerre
j'aurais pu espérer de tomber au pouvoir des
Anglais!
Nouvel acte révoltant du despotisme du
gouvernement militaire, ou l'homme quia
déplu au tyran, ou à quil'on ne peut trouver
un crime assez grand pour lui couper la téte
ou l'envoyer à la galère
juridiquement, se
trouve en but aux outrages, aux rigueurs,
au petit despotisme de toute l'infernale va- 2
letaille des proconsuls et des satrapes du Vitellius moderne. Je ne serais pas étonné
d'entendre les Français regretter le régime
de la terreur.
militaire, ou l'homme quia
déplu au tyran, ou à quil'on ne peut trouver
un crime assez grand pour lui couper la téte
ou l'envoyer à la galère
juridiquement, se
trouve en but aux outrages, aux rigueurs,
au petit despotisme de toute l'infernale va- 2
letaille des proconsuls et des satrapes du Vitellius moderne. Je ne serais pas étonné
d'entendre les Français regretter le régime
de la terreur. --- Page 68 ---
(5 58 )
ly a dans cette prison, depuis l'arrivée
de l'armée, de trois à quatre cents détenus.
Il n'est pas indigne de remarque que dans
le nombre se trouve un colonel ou lieutenant-colonel qui a les fers aux pieds et un
boulet attachéà ces fers, Les soldats prisonniers l'accablent d'injures. Pour moi je suis
au secret dans une cellule de six pieds carrés.
Il y a quatre ou cinq malheureux qui gé
missent dans les cellules voisines. La' plu:
part sont accusés d'avoir trop penché
la easedeTonsmsintciLousaint-Lonrventure L'un d'eux pour
est chirurgien de l'armée. Il me dit un jour
de sa fenêtre, ces mots :
o1
54 J'étais de l'expédition partie d'Europe
pour la reconquête de Saint-Domingue.
eut
Iy
dans différens ports 45,000 soldats d'embarqués et environ 25,000 matelots. Lepoint
de ralliement des flottes devait être Samana,
petite ile en arrière de la colonie. La jonc- 9
tion se fit difficilement très-près du Cap.
%5 Le pavillon francais flottait sur les forts,
ce qui surprit beaucoup tous les-militaires.
Bientôt nous entendimes une vive altercation dans la chambre de l'amiral. Le premier
consul, , dit Villaret-Joyeuse au général Leclerc, m'a fait part de ses' volontés. Et celuici: 4 Mon frère ne désapprouvera jamais ce --- Page 69 ---
59)
que lcs circonstances m'auront paru nécessiter. Le bruit cessa et un parlementaire fut
dépéché à Toussaint-Louverture.
55 Trois heures après, le parlementaire rèvint. Les matelots dirent: >% Ah! nous avons
vu des milliers de nègres armds et bien insolens. Tous les blancs sont en fuite vers les
montagnes. Les magasins sont fermés et tous
les navires marchands lèvent l'ancre,
>> Bientôtnous entendimes une autre querelle entre les généranx. Leurs femmes y.
prirent part. Quelqu'uan dit: nous sommes
assez forts. Il faut patientér jusqu'au bout.
55 Lelendemain un autre parlementaire fut
expédiéetrevint presqu'aussitot. Les signaux
ou vigies flottans sur les écucils de la rade;
furent ôtés par des nègres à nos ycux. Alors
le général Leclerc déchira ct perça de son
épée un superbe habit chargé d'or et un
chapeau à trois panaches enrichi d'un diamant, lesquels nous présumâmes avoir été
destinés par le premier consul pour le genéral nègre; : et le cri de guerre! guerre! se
fit entendre par-tout.
25 De ce moment le vaisseau l'Océan entra
en rade en tirant sur le fort Picolet ; toute la
flottesuivit et bicntôt tnous vimeslespectacle
le plus horriblement beau que j'aie jamais
superbe habit chargé d'or et un
chapeau à trois panaches enrichi d'un diamant, lesquels nous présumâmes avoir été
destinés par le premier consul pour le genéral nègre; : et le cri de guerre! guerre! se
fit entendre par-tout.
25 De ce moment le vaisseau l'Océan entra
en rade en tirant sur le fort Picolet ; toute la
flottesuivit et bicntôt tnous vimeslespectacle
le plus horriblement beau que j'aie jamais --- Page 70 ---
( 60 )
vu. Une ville de deux milles de
de
large sur un
profondeur, était devenue une mer de
feu et de fumée de toutes les couleurs,
qu'éloignaient çà et là des explosions
de mines, de barils de poudre à d'artifices,
signal du
canon. Le
débarquement fut donné: : alors
généraux, soldats, matelots, tous mirent
pied à terre les armes à Ia main : mais
avait plus dans les rues que quelques iln'y vieillards blancs des deux sexes,
le petit nombre des soldats expirans; et.
sèrent
à
qui ne s'amupas disputer aux flammes les richesses les plus portatives, purent voir des
bataillons de négres armés
fuyant, Ies
grimper, en
montagnes qui dominent cette
malheureuse ville.
>L'arméepritses quartiers dans Ia ville et
aux environs. Le général Leclerc fit aussitôt
publier une proclamation aux habitans
blancs de la Colonie, pour les instruire de
son arrivée et des intentions du
Consul. Quelques dixaines de
premier
enfans dans les
veaves, leurs
bras,reparurent, après avoir
échappé d'un côté aux nègres révoltés, de
l'autre aux soldats, dont un grand nombre,
autorisé sans doute pleinement à cet effet,
s'était occupé à assassiner et piller le
de vieillards qui étaient demeurés dans leurs peu --- Page 71 ---
(6r)
habitations. Ces vieillards, n'ayant jamais
maltraité leurs esclaves > avaient cru
ceux-ci auraient respecté l'asile de la vieil- que
lesse et de l'enfance. Et comment auraientils prévu que l'armée française venait,
le prétexte de rendre la Colonie à la métro- sous
pole, pour en décimer les habitans et
leurs trésors ? Ils ne savaient
piller
avait en Europe des milliers de scélérats pas qu'il y
n'ayant pu jusqu'alors acquérir une fortune qui,
de quelques millions, au milieu du désordre
général de la révolution, avaient tourné
leurs yeux sur les fortunes colossales de
Saint-Domingue. Par exemple, le
L avait demandé au premier Consul général
commandement de cette
le
disant:<Tu: sais
expédition, en lui
queje n'ai que. 1,800,000
>5 et pourtant je me suis montré aussi bien fr.,
> que M. . 2 qui a douze ou quinze fois
ss plus que moi >>, Mais vous devez savoir.
continua mon voisin
la demande de L. prisonnier, pourquoi
. 2 qui d'abord. fut
accordée, resta sans succès. Les
de madame Leclerc, pendant les prodigalités trois derniers mois de son séjour à Paris,
cause que Son mari, aussi méchant furent
nistrateur qu'ignare
admitacticien, eut le
vernement de
gouSaint-Domingue : promotion
M. . 2 qui a douze ou quinze fois
ss plus que moi >>, Mais vous devez savoir.
continua mon voisin
la demande de L. prisonnier, pourquoi
. 2 qui d'abord. fut
accordée, resta sans succès. Les
de madame Leclerc, pendant les prodigalités trois derniers mois de son séjour à Paris,
cause que Son mari, aussi méchant furent
nistrateur qu'ignare
admitacticien, eut le
vernement de
gouSaint-Domingue : promotion --- Page 72 ---
( 62 )
que les initiés regardérent comme une disgrace et un exil. Au reste, M. Benezech,
ancien ministre de l'intérieur, lui avait été
adjoint comme administrateur civil, par le
premier Consul, qui n'avait jamais douté
de l'impéritie de SOil beau-frère.
55 Hélas! toute la gloire du nom français
s'est éclipsée ici. Jc n'ai vu, parmiles genéraux, que de lâches pillards, ; parmi les
soldats, que les mêmes mauvais sujets, qui
sont ordinairement triés dans les armées
européennes, pour les garnisons des Colonies.
55 Si l'intention du premier Consul était
pure, celleduProconsul etde ses subalternes
a été constamment d'acheverla ruine de ce
malbeureux pays. De tous les généraux des
différentes divisions del Tarmée,pas un n'entreprit de faire la guerre selon les règles. On
s'est bornéà quelques escarmouches. A Plaisance, un général s'est. caché derrière une
masure; et jai vu quinze mille soldats s'emparerd'un fortgesikawieuthegue pendant
trois jours, et où l'on ne trouva pas un des
trois mille nègres qui en composaient la garnison la veille encore. Voilà des faits notoires, et qui révoltent l'ame; car, comme
j'ai dit souvent(ct c'est pourquoi j'ai étémis --- Page 73 ---
( 63 )
en pri son), puisqu'il avait été fait tant d'innombrables sacrifices pour la reconquête de
Saint-Domingne, et pour la destruction des
nègres, les généraux devaientépuiser tousles
moyens, pour un succès qu'il était alors possible d'obtenir.
55 Mais, non! Cependant, Toussaint-Lonverture vient de capituler. Cet homme, sans
génie, sans moyens, ,s'est laisséprendre aux
promesses fallacieuses du gouverneur; et
vous savez avec quelle loyauté l'on suit
maintenant les traités.
>5 Chaquejour, on fusille, on canonne
lement blancs eti noirs. Il n'y a point de éga- tribunaux organisés; et tel homme que vous entendez dans les cours voisines, perdra la tête
peut-être demain, peut-être ce soir.
95 Ceux qui ont déplu, mais qu'on nepeut
convaincre d'aucun crime, sont arrêtés et
déportés à l'ile de France>.
Le lendemain matin, le geolier vint, dès
l'aurore, m'avertir de me préparerà partir.
Une heure après, je sortis de prison; ; mais
où me conduit-on! Six gendarmes blancs
noirs m'entourent; 1 moi etdeux blancs enchai ou
nés, et dontle visage, le langage et lesgestes
annoncent des hommes familiarisés avec le
crime. Cette fois-ci, jer nej portepasdechalnes.
l'ile de France>.
Le lendemain matin, le geolier vint, dès
l'aurore, m'avertir de me préparerà partir.
Une heure après, je sortis de prison; ; mais
où me conduit-on! Six gendarmes blancs
noirs m'entourent; 1 moi etdeux blancs enchai ou
nés, et dontle visage, le langage et lesgestes
annoncent des hommes familiarisés avec le
crime. Cette fois-ci, jer nej portepasdechalnes. --- Page 74 ---
(64) )
Un des soldats a la bonté de me
paquet, composé de deux livres à porter moitié mon
chirés, et une tasse de fer blanc,
dédont la
paquet
légéreté me met d'accordavec Diogène et Senèque.
Nous fûmes conduits à bord du vaisseau,
commandant la rade, et monté
touche-Tréville. Un de ses lieutenans par M.Labieatotallerabord
nous fit
dela corvettel la Nathalie,
oùj je fus accueilli par le même lieutenant
devait la commander, et
les
qui
par
aspirans de
marine, qui me donnèrent toute liberté de
finir cette lettre.
J'aiécrit aussitôt. au généralLeclere,
le prier de renvoyer au général du
pour de
Brest, ce que celui-ci pourrait lui adresser port
pour moi, au nom de mes parens ou de mes
amis. Vous inférerez de ceci que
de retourner en France.
j'ail l'espoir
Mais,j je vois à bord
dix-neuf prisonnicrs, la plupartde l'état-majorde
Torwsinnbarvertare,es qui vont être
enchainés et même cramponnés,
le capitaine de la corvette les
encore que
cret.
plaigne en seJ'apprends que ces deux hommes, demauvaise mine, auxquels j'ai étéaccolé depuis la
prison, étaient I'un canomnier, etl'autre forgeron surle vaisseau l'Océan, et ont égorgé
et --- Page 75 ---
(65) )
et pillédes vicillardseuropéens sur une habitation près du Cap.
Cette circonstance me fait faire de facheuses conjectures. Le capitaine ne veut
pas direla destination de son navire. Il m'assure qu'ilme servira de tout son pouvoir, et
que Tsminallatouch-Txerile lui a parlé en
ma faveur.
: Nous appareillerons vers minuit. Adieu.
Communiquez ceci à mes amis.
GINQUIÈNE
-
LETTRE
Prison de Nancibo, à 18 lieues
de Cayenne, janvier 1803,
Recoxxairatsvoes l'écriture d'un mal
heureux expirant dans les déserts de la
Guyanne? Si du moins jen'étais
j'irais dans les immenses forêts pas de captif,
ce, pays
sauvage, disputer aux tigres et aux
.
: Nous appareillerons vers minuit. Adieu.
Communiquez ceci à mes amis.
GINQUIÈNE
-
LETTRE
Prison de Nancibo, à 18 lieues
de Cayenne, janvier 1803,
Recoxxairatsvoes l'écriture d'un mal
heureux expirant dans les déserts de la
Guyanne? Si du moins jen'étais
j'irais dans les immenses forêts pas de captif,
ce, pays
sauvage, disputer aux tigres et aux unenourriture debeaucoup préférable, singes
doute, à la cassave moisie, aux bananes sans
vertes, et à la ration de harengs pourris
le Gouvernement de cette colonie, plus itie
E --- Page 76 ---
( ( 66 )
bare mille fois que les bètes féroces, m'accorde au nom de la république:
Il me faut donc mourir ici sans nourriture, sans secours, 1 sans la douce consolation d'arroser de mes dernières larmes une
lettrede vous ou de mes parens.
Ah! que les ordres des despotes sont mal
exécutés; ou plutôt, combien les hommes
sont toujours disposés à être méchans! Victor Hugues, cet effroyable tyran,g qu'il suffit
denommer pourindiquerl rPhomme puissant
qui réunit lui seul les penchans homicides
des Denys, des Néron et des Robespierre,
Victor Hugues pouvait rendre ma condition supportable; mais il a depuis quinze
ans toujours à coeur de renouveler les supplices Jongs et exécutés avec autant de sangfroid que de barbarie calculée, rapportés
dans les anciennes annales et dans le martyrologe. Vos républicains despotes ne pleureraient-ils pas cnfin de repentir,s'ils voyaient
comme on altère ici la forme des châtimens
imposés de leurs palais européens ?
ily a environ un an, j'étais en prison à
Paris. Depuis, jai porté des fers pendant
160 liettes. J'ai couché dans dix cachots et
vingt prisons, souvent au milieu des criminels. J'aitraversé 4000 lieues de mer, dans --- Page 77 ---
-
(67 )
l'attente continuelle dela mort.
suis
enfin arrivé à ma destination. Mais,je
Conamama ct
Senamary sont devenus fertiles de la dissolution des cadavres dec cinq cents prêtres,
lateurs, généraux, hommes d'état. Un légis- troisième désert sera fertilisé de mes restes
tcls etde ceux des malheureuses
morme succéderont dansles
victimes qui
Comment
prisons de Nancibo.
ferai-je pour consacrer ma
gratitude envers le lieutenant de
M. Fournier, qui commandait la vaisseau,
la Nathalie, cet homme généreux corvette
comblé de biens et de consolations qui m'a
voyage du Cap à Cayenne? Il m'a durant donné le
table; et sans. ses soins je serais arrivé ici sa
aussi nu et, dépourvu que les malheureux
officiers (23) de Tassaiue-toventurey
pourtant avaient fait
qui
embarquer trente ou
quarante malles pleines dé riches vêtemens.
Après cinquante-quatre
nous sentimes les
jours - de mer,
courans de la rivière des
Amazones, dont l'embouchure a,
soixante lieues. Elle. est
dit-on,
l'équatenr; et la
perpendiculaire à
chaleury est si forte, qu'il
sersitimposibledly vivre, si ce n'était
y règne éternellement une douce brise qu'il
cependant ferait encore préférer les étés qui
bràlans de Séville ou de Naples.
E 2
nous sentimes les
jours - de mer,
courans de la rivière des
Amazones, dont l'embouchure a,
soixante lieues. Elle. est
dit-on,
l'équatenr; et la
perpendiculaire à
chaleury est si forte, qu'il
sersitimposibledly vivre, si ce n'était
y règne éternellement une douce brise qu'il
cependant ferait encore préférer les étés qui
bràlans de Séville ou de Naples.
E 2 --- Page 78 ---
( . 68 )
Nous atteignimes enfin les petites iles appelées le Père, la Mère, les Filles. Ce futsur
uncdeces iles que Victor Hugues fit enchainer parle cou et par le corpsles dix-sept déplorables victimes de la déloyauté du général Leclerc.
Toutes ces petites iles offrent le spectacle
le plus séduisant. Ces masses coniques, d'un
ou deux milles de tour, sont touffues d'arbustes et de fleurs, deleurs sommets jusques
dans la mer. Elles sonthabitées parquelques
nègres et blancs attaqués du mal rouge. Ce
mal est fort commun dans la Colonie; et on
le dit le même que la lepre.
Malgré toutes les humiliations que j'avais
souffertes jusqu'ici, mon amourpropre renaquit à l'idée que j'abordais une terre
ou.avaient respiré les Pichegru, les BarbéMarbois, les Villot, les Barthelemy; que
comme ces hommes illustres par leurs malheurs non moins que par leurs vertus;j'allais être soumis à des épreuves auxquelles
ne résistent jamais les ames vulgaires.
La villede Cayenne est sitnéeagréablement
etdéfendnepar un monticule rond letapplani
à sa cime. C'estlà lefort de Cayenne. Iin'y a
aucune autre fortification dans la Colonie, --- Page 79 ---
( 69 )
qui est bornée par de grands fleuves et
la mer.
par
Toute la côte est plate et presque inaccessible. A Cayenne, il y a au plus seize pieds
d'eau. Les frégates mouillent dans la rade
extérieure, à six millés du fort. Ily a de bons
mouillages pourd des navires de 300 tonneaux
à Oyapoc, Kouron,Aproungue et Senamary.
Ce fut à quelques lieues de ce dernier
village de la Guyanne, vers la frontière
la sépare du Surinam, (à
qui
furent
Conamama) que"
transportés plus sde cinq cents prêtres,
la plupart hommes de bonne foi, et surtout
lettrés. Tous avaient résolu de mourir plutôt
que dé préter serment de fidélité à un code
qui avait ébranlé la religion
France.
catholique en
470 moururent en trois mois. Ce lieu
que le gouverneur d'alors avait assigné
leur tombeau, est sur le bord de la mer,à pour
T'embouchure d'une rivière du même nom.
Jamais il n'avait été habité, pas méme
les indigènes"
par
Non-seulement ces illustres victimes du:
despotisme de Robespierre avaient été dépouillées de leur patrimoine, même de quelqu'argent ou bijoux cachés à.la rapacité de
leurs gardes en France, pendantle voyage de
mer et pendant Jeur captivité à la Guyane:
E 3
leur tombeau, est sur le bord de la mer,à pour
T'embouchure d'une rivière du même nom.
Jamais il n'avait été habité, pas méme
les indigènes"
par
Non-seulement ces illustres victimes du:
despotisme de Robespierre avaient été dépouillées de leur patrimoine, même de quelqu'argent ou bijoux cachés à.la rapacité de
leurs gardes en France, pendantle voyage de
mer et pendant Jeur captivité à la Guyane:
E 3 --- Page 80 ---
(70)
on les avait pour ainsi dire abandonnés à
eux-mémes 2 quoique gardés par
soldats. Raremént ils recevaientde quelques
le tiers ou la moitié des alimens Cayenne
à la vie; encore était-cele
nécessaires.
alimens
plus souvent des
communs aux nègres esclaves ou
quelqnefois des provisions gâtées ou dès
tems pourries au fond des magasins. longQuand cet atroce gouverneur, digne ministre d'un gouvernement tqui isanctifiait tous
Jes crimes, vit que le but etait à-peu-près
rempli, c'est-à-dire, que presque tous. les:
prisonniers avaient succombé, il envoya à
Conamama, Desvienx, général de la Colonie,
qui, après. avoir examiné pendant
minutes ce laboratoire de la mort, quelques où l'in
confessait son voisin mourant, où un autré
récitait les prières de l'agonie tenant ia main
d'un vieux chanoine qui exhalait le dernier
soupir 9 commença à se frotterle front, en
disant : 44 Diable! diable! je ne savais
cela.. . Mes amis.
pas
. Je vais vous faire
transporter à Senamary. Vous y vivrez plus
agréablement. fût
Je ne pensais pas que ce
si mal sain.
Mais aussi vous pays
de l'eau salée..
buvez
Pourquoi boire de l'eau
salde?= Général, iln n'y a pas d'eau douce
ici, et pour en avoir, il faut aller à plu- --- Page 81 ---
(71)
sieurs milles dans les bois qui ne sont habités que par des tigres des serpens et surtout par des maringouins et mille autres insectes qui ont tué plusieurs de nos amis 2
etd'ailleurs nos gardes sont là pour nous empécher de sortir de nos hamacs. Desvieux
les fit transporter au petit fort de Senamary
où presque tous moururent,
Quelques années après, Pichegru, Villot,
Barthelemy et les autres fructidorisés furent
transportés de Cayenne à ce même fort. Jeannet, neveu de Danton, gouvernait alors.
Ceux-ci éprouvérent des rigueurs sans
doute, mais Pichegru, prisonnier dans la
Guyane, était un objet de terreur pour le
gouverneur et pour le général, et de respect pour tous. Et certes, beaucoup de ses
consorts durent à sa présence les ménagemens dont le gouverneur usa envers tous
lesfructidorisés. Ils pouvaient s'éloignerjus
qu'à cinq lieues, et l'on voyait tousles jours
Pichegru chasser sur le bord de la mer.
Le gouverneur lui envoya cinq ou six des
plus belles quarteronnes pour son ménage.
Pichegru un jour dit au général Desvieux
qui venait lui communiquer des ordres du
gouverneur. 4 Tu viens me lire des ordres...
Qui es-tu?=Je suis le général Desvieux,
E 4
lesfructidorisés. Ils pouvaient s'éloignerjus
qu'à cinq lieues, et l'on voyait tousles jours
Pichegru chasser sur le bord de la mer.
Le gouverneur lui envoya cinq ou six des
plus belles quarteronnes pour son ménage.
Pichegru un jour dit au général Desvieux
qui venait lui communiquer des ordres du
gouverneur. 4 Tu viens me lire des ordres...
Qui es-tu?=Je suis le général Desvieux,
E 4 --- Page 82 ---
(7 7a)
=Jen'ai jamais oui parler des exploits d'un
"el général... Je ne te connais pas.. e Pour
noi, je suis Pichegru, 55
Vous avez probablement lu la narration
de la déportation du conquérant de la Hollande, et de sa fuite avec quelques braves
de ses camarades vers la colonie de Surinam qui était alors au pouvoir des
A
Anglais.
Aussitôt que nous etmes jeté l'ancre, le
capitaine alla porter ses dépêches au gouvernement. Il revint bientôt me dire quele
gouverneur désirait de me voir: Il me conduisit aussitôt à lui.
Victor Hugues était dans sa
baignoire, 2
le corps nu, dans un grand appartement où
ily avait pour tout meuble quelques chaises:
il nous fit asseoir.
Jexoulusluiadreser la parole, en commencantper-Mfouiau.lleoreponilitquiladat
pas un Monsieur, qu'il était le commissaire
général délégué dans la Guyane Française.
Quel est votre nom? continat-ilijecrois
que vous étes le même scélérat chevalier
de Ferragues qui prit part au premier incendie du Cap-Frangais : quel àge avezvous ?
Environ vingt ans; il y a dix ans au moins
que cet incendie eut lieu. --- Page 83 ---
(73) 5
Le général Leclerc m'a envoyé des dépêches ; tenez, lisez vous i même ce qu'il
m'écrit.
La lettre contenait ce qui suit:
Leclerc, 2 capitaine général de I'Ile de
Saint-Domingue,
Au citoyen Victor Hugues, commissaire du Gouvernement délégué dans
Guyane Française.
46 Citoyen,
55 Je vous envoie vingt prisonniers, parmi
5 lesquels sont dix - sept nègres et- trois
>> blancs.
55 Seize de ces nègres étaient officiers de
% l'état-major de Toussaint Louverture:
>5 Le dix-septième est un ci-devant juge5 de-paix, nommé Belair, convaincu d'es-
>5 croquerie.
55 Les trois blancs sont:
>5 Hainaut, canonnier de ma55 rine; et Blocquerst, forgeron, assassins.
>> à bord du vaisseau T'Océan,
>5 Et F.
couvert de crimes.
35 Je vous recommande de condamner les
Seize de ces nègres étaient officiers de
% l'état-major de Toussaint Louverture:
>5 Le dix-septième est un ci-devant juge5 de-paix, nommé Belair, convaincu d'es-
>5 croquerie.
55 Les trois blancs sont:
>5 Hainaut, canonnier de ma55 rine; et Blocquerst, forgeron, assassins.
>> à bord du vaisseau T'Océan,
>5 Et F.
couvert de crimes.
35 Je vous recommande de condamner les --- Page 84 ---
€ 24)
* dix-septnègres aux trayauxles
* reux de la Colonie
plus rigou55 ils doivent
que vous commandez;
toujours porter des fers.
>> Salut et fraternité.
LECLERG.
Au Palais du Gouvernement,
Cap-Frangais,a8 Roréalan 10,
A ces mots : couvert de crimes,
cri de rage et de désespoir.
2 je fis un
dit: : Il est singulier qu'on
Alors Hugues
hommes
m'envoie ainsi des
de celui-ci? sans être jugés ; quel est le crime
Dites-moi ce que vous avez fait?
-J'aimontré des épigrammes et des
sons a Mde,
et, à plusieurs
chanqui se trouvaient chez elle à
personnes le
lendemain j'ai été arrêté
Paris;1 surnistre de la police
par ordre du migénérale.
Si vous dites vrai, reprit-il, vous n'êtes
qu'un royaliste; et en vérité ç'aurait été une
triste peccadille auxyeux du premier Consul,
Eh, mon Dieu! ! quel est le Français
n'a
pas fait quelques
qui
fortes de
plaisanteries plus ou moins
ce genre l? Nous-mémes,
nous divertissons
nous
de Bonaparte; quelquefois sur le compte
pris qu'il s'est fait dernièrement consul à nous avons apfait là-dessus
vie: nous avons
une plaisanterie. --- Page 85 ---
(75 )
Mais,si vous croyezavoir quelque titre à
la clémence du premier Consul, écrivez-lui;
J'apostillerai votre pétition que j'insérerai
dans mes dépêches qui partiront demain
pour Dunkerque : allez faire votre pétition,
et me l'apportez.
Je r'etournai en hâte faire cette pétition, 1
que je présentai à Hugues. Les deux jours
suivans j'allai à terre en touteliberté. Hugues
m'y vit plusieurs fois;le troisième jour, il se
promenait avec ses officiers sur le bord de la
mer; il les quitta, vint à moi et me dit: Oi
allez-vous? retournez à bord, je saurai bien
vous empécher d'en sortir. Deux heures
après, le lieutenant de la corvette reçut ordré de me consigner.
Les dix-sept nègres restaient toujours enchainés, mais ils furent débarqués quelques
jours après, commej'ai déjà dit, sur une des
petites iles au vent de Cayenne, ou ils furent
cramponnés et enchainés par le col et
le corps, debout. Ils moururent tous en R
septjours.
Le lieutenant de la corvelte, M. Barré,
m'avait toujours témoigué quelque amitié.
Il me permit de faire des extraits du Neptune,
et me donna uncboussole de térre qui, disait-
gres restaient toujours enchainés, mais ils furent débarqués quelques
jours après, commej'ai déjà dit, sur une des
petites iles au vent de Cayenne, ou ils furent
cramponnés et enchainés par le col et
le corps, debout. Ils moururent tous en R
septjours.
Le lieutenant de la corvelte, M. Barré,
m'avait toujours témoigué quelque amitié.
Il me permit de faire des extraits du Neptune,
et me donna uncboussole de térre qui, disait- --- Page 86 ---
(76 )
il, pourrait me servir quelque
fuir de la colonie.
jour, pour
Le lendemain, deux
gadier vinrent
gendarmes et un briblancs
me prendre avec les deux
assassins. On nous mit dans une
barque à rames.Jen n'eus pas le tems de
adieu au bon capitaine Fournier.
diré
dier vint à moi en disant,
Le brigade me mettre les fers
qu'il avait ordre
aux mains. Lies deux
Nhancsassesinaresirenty parfaitement libres.
Nous montâmes alors la rivière la
de Cayenne,
Comté ou
d'oij
jusqu'au chantier de Nancibo,
je vous écris.
Deux milles avant d'arriver, il faisait
core nuit. Nous vimes de la
enpaisseur des brouillards barque, dans l'élégère lueur.
de la rivière, une
Je demandai ce que c'était,
parce qu'elle était immobile et bien
grosse que le feu des mouches à
plus
sont énormes etinnombrables
feu, qui
ci, On me répondit
dans ce paysd'un certain
que c'était un morceau
arbre, qui brûlait aussi doucement que le coton enfermé dans du
que cette espèce de cierge brûlait suif, et
d'un carbet d'Indiens
au milieu
chés autour
qui étaient tous coudans des hamacs
cette habitation était entourée suspendus;
d'arbustes
d'arbres et
épais à dix pas des bords de la
rivière. --- Page 87 ---
(77 )
Nous entendimes alors le coup de canon
du réveil et le tambour qui battait, comme
dans les citadelles de France. Je ne doutai
plus alors de mon sort. Je prévis que j'allais
être bien gardé, et probablement bien malheureux,
Nous arrivâmes à Nancibo à l'aurore. Les
gendarmes nous : conduisirent à la grande
case. Gruitton était lévé; deux flambeanx
étaient sur une table. Huit ou dix
armés de fouets étaient aussi
la nègres
dans case ou
sous la galerie. Guitton me parut avoir alors
quarante ans, Ilétait vélu d'une veste de
laine et d'un pantalon de nankin, Sa tête
était entourée d'un mouchoir à la manière
des créoles du pays, qui le gardent tout le
jourméme sous le chapeau,pour: se garantir,
disent-ils, des coups de soleil. Illut
ton d'importance, la lettre de V. avec un
que le chef de nos gendarmes venait Hugues, de lui
remettre, J'avais un sac. Bientôt Guitton
merdemanda mon nom, me fit ôter mes
cettes, et m'ordonna de vider mon sac. pouavait dedans deux cahiers de papier à Iy
un' encrier, des plumes, un couleau. lettre,
de la pommade, une brosse à dents, anglais, deux
tomes delav viedadamphinpereder eLouisXVI,
quelques linges et vétemens, et winge-trois
, de lui
remettre, J'avais un sac. Bientôt Guitton
merdemanda mon nom, me fit ôter mes
cettes, et m'ordonna de vider mon sac. pouavait dedans deux cahiers de papier à Iy
un' encrier, des plumes, un couleau. lettre,
de la pommade, une brosse à dents, anglais, deux
tomes delav viedadamphinpereder eLouisXVI,
quelques linges et vétemens, et winge-trois --- Page 88 ---
(78 )
piastres. Guitton ordonna à un nègre de
s'emparer de toutes ces choses, et me fit
rendre mon sac. Aussitôt nous fûmes mis
prison.
en
Ce moment fut Je plus désastreux
passaijamais. Jer ne balançai
que je
ce petit cloague, au milieu pasà croire que
potéaà et des chaines, était le daquel était un
de mon
nec plus ultra
voyage terrestre. Je vouai Victor
Hugues aux Enfers; mais la perte de mon
encrier, 2 de mes plumes, de mon
mon livre, chér et seul Jivre papier,etde
et qui était rempli des'
qui me restât,
et du courage du père vertus, du
de la sagesse
des' Rois, et dans leqhel plus malhcureuz
j'aurais
tant de bonnes
pu puiser
maximes, et trouver tant de
fortitude, la perte de tout ce qui me 10
tait dans ce désert où j'allais être
resmonde sensible, m'irrita
séparé du
visage était bralant;
encore plus. Mon
je versai
mes. Je. songeai à me tuér.
quelques lar
Mes acolites juraient comme tous les
bles , faisaient déjà des' projets de fuir diase venger. Uned cloche
et de
de T'appel. On
sonna, c'était le signal
passe Lous les matins les
gres en revue avant de' les'
nevail. Nous entendimes
envoyer au traciférer. Deux minutes crier 7 appeler, voaprès nous vimes à --- Page 89 ---
(79 )
travers unel légère
dont
otrenuietoitok/Bincig
est capable un' homme puissant et inhumain, Notis vimes, moi c'était lal première
fois de ma vie, une esclave de vingt-six ou -
vingt-sept ans, attachée à un' gros
dont l'écorce avait étéenlerée dès oranger
par les coups de fouet: Les mains long-tems seules
étaientattachées par des poucettes, en sorte
qu'elle embrassait l'arbre qui allaitservir à
son supplice. Le bourreauhittomber le cami
surd, espèce de petite jupe croisée sur la
hanche, formée dedeuxon trois mouchoirs
en pibces, qui tombej jusqu'aux genoux:Illui
ôta aussi sa warreuse 5 petité chemise haute
de huit poucesq queles élégantes
négresses emploient pourse couvrir un peu la gorge, etc qui
adel longues manches; fortlarges. L'ordre'af
freux se fitentendre de Guitton.J
ces
Jedistinguai
mots: 44 Capitaine, rappelle-toi que c'est
wlecongen.Celai: signilieque cette femme,
avait été condamnée à un certain
qui de
:
détention à Nancibo, qui est aussi temps
maison de correction, avait passé ce appelé
et qu'elle allait ce jour-1 là être renvoyée temps, à
SOt maitre,avécun papier écrit de
'ordre'af
freux se fitentendre de Guitton.J
ces
Jedistinguai
mots: 44 Capitaine, rappelle-toi que c'est
wlecongen.Celai: signilieque cette femme,
avait été condamnée à un certain
qui de
:
détention à Nancibo, qui est aussi temps
maison de correction, avait passé ce appelé
et qu'elle allait ce jour-1 là être renvoyée temps, à
SOt maitre,avécun papier écrit de Guitton.
Lecapitaine, ou bourreau, donna" 45
de fouet affreux à lai pauvre victime. coups A
chaque coup; elle poussait un cri, Éf chaque --- Page 90 ---
(80)
coup nous vimes le sang sortir de ses
Horreur tigres!.
reins..
je nej puis
vos, cruautés! !.: je ne les avais vues pluspeindre
Thistoire..
que dans
Asjoundhutpaequters la
que Phomme estl le plus barbare des étres. preuve
Lar négresse fut débarrassée deses'
tes. Elle: ramassa son camisard et sa poucetet partit en poussant des cris affreux, warreuse,
autre négresse subit après le même
Une
un nègre reçut; 142 coups.
supplice;
Iy, avait environ deux heures
étions en
que nous
prison >. quand Guitton se la fit
ouvrir ; nous fûmes conduits par lui à
vers la cour des supplices, à Tune des trade bois qui étaient
cases
faces d'une
rangées sur les quatre
la
grande cour: le pavé est ce
nature l'a fait. Il yaà gauche et à droite que
deux lits-de-camp, chacun assez grand
dix personnes, Au milieu de la
pour
une porte pour toute
case, qui a
exhaussement et
ouverture; est unj petit
quelques pierres; c'est ici
lefoyer: c'esticiquechacune des
fait cuire, à tour: de rôle, son prisonniers riz,
nanes et sa ration de hareng.
ses baGuitton nousi
indiqua.ichacun; nos
et se retira.. Bientôt on appela. les places,
wenus. : e'étaitpournouse donnerdes nouveau
vivresdu
pays, ou la ration accordéepar le Gouver.
nement --- Page 91 ---
(81) y
ment aux prisonniers. Nous avions tous grand
faim; et nous goiitâmes le comc, espèce de farine en gruneaue, faite de la racine du manioc, ct plus cuite qué la cassave qui est faite
dela même: racine. Les prisonniersq quiétaient
au nombre de Sept, dont deux Français et
cinq Allemands, nous indiquérent la ma
nière de le manger ; ils nous prétèrent des
couis ct callebasses, dans lesquelsnous mimes
notre couac à trempér: cette farincboitlenn
à vue d'oeii; elle cst un peu aigre, et assez
agréable au goût; les nègres la préférent à
la cassave,
La cloche sonua bientôt, c'était pour annoncern neufheures; on retourne au travail,
à ce coup de cloche, jusqu'à midi, En déjettnant nous interrogcâmes les Allemands et
les Francais, sur les causes de leur détenlion.
Les Allemands nous dirent naivement
qu'un soir étant en ribotte, ils rencontrérent
Victor Hugues dans les rues de Cayenne,et
qu'ils Jui dirent en eréole, en lui envoyant
leurs. savatles à la tête : Voleur, voleur de
soldats,tu as de beaux habits, achetés à nos
dépens. Gloritie-toi de tes soldats qui n'ont
pas de souliersaux piels; ou si tu doutes que
cela soit vrai, vois-les toi-méme, en loi
F
soir étant en ribotte, ils rencontrérent
Victor Hugues dans les rues de Cayenne,et
qu'ils Jui dirent en eréole, en lui envoyant
leurs. savatles à la tête : Voleur, voleur de
soldats,tu as de beaux habits, achetés à nos
dépens. Gloritie-toi de tes soldats qui n'ont
pas de souliersaux piels; ou si tu doutes que
cela soit vrai, vois-les toi-méme, en loi
F --- Page 92 ---
( 82 )
jetant leurs savattes à la figure. Victor Hugues, en homme prudent, se retira dans une
maison voisine. Lessoldats continuèrent leur
route, en chantant, en jurant. Ils allèrentà la
garnison àlhenrefixe. Mais, vers dix heures,
ilsfurent saisis, chargés de fers,et conduits
à Nancibo, oà ils gémissaient et travaillaient
aussi rigoureusement que les esclaves, depuis plus de sept mois. Ils étaient tout jaunes et fort maigres. Je ne plains pas, au
reste, ces Allemands,qui paraissent être de
fort mauvais sujets. Ils se volent les uns les
autres.
Les autres prisonniers, comme j'ai déjà
dit, étaient des Français. C'était un nommé
Pavilliot, ancien sergent 2 sachant lire et
écrire, ce qui est un prodige dans ce paysci,mémeauxy yeux des blancs. 1l1 était ivrogne
et voleur.
Ledernier étaitLeclerc, cordonnier, natif
de Lyon ou du Bugey. C'était un homme vigoureux, mauvais sujet, ivrogne, traitre,
dénonciateur, et qui avait été déjà environ
sept ans dans la Guyane. Il avait été déporté en même tems que beaucoup de prétres qu'on avait embarqués à Rochefort. Le
gouverneur lui avait donné la liberté après
deux ou trois ans de captivité. Il eut que- --- Page 93 ---
(183 )
relleavec un habitant de Senamary qu'il assassina d'un coup de rasoir.
Vous voyez que je suis entouré de braves
gens, et que Nancibo a remplacé le Senamary,le Conamama et Cayenne, toutes places
célebres parl l'exil de bien des brigands et de
bien des honnêtes gens.
Nancibo est une simple habitation sur le
bord de la rivière. On l'appelle poste, parcequ'il est gardé par seizc soldats et un officier des sapeurs noirs, et quelques petits canons. C'est pour y tenir en obéissance une
centaine de nègres condamnés au même supplice que moi, c'est-à-dire, à travailler surla
crête des montagnes tout le jour, leurs corps
ruisselant desueur sous l'ardeur assommante
d'un soleil sans nuages, et qui dès qu'ils sont
rentrés le soir à Phabitation, sont emprisonnés.
Ces victimes de la cupidité des Européens
sontdevenues rebelles à leurs maitres. L'un a
déserté, un autre a volé des fruits, un autre
s'est mélé de sortilège, etc.; mais tous avaient
reçu au commencement de la révolution,
l'heureux don de laliberté;ct Victor Hugues,
sans employer le mot d'esclavage, a su les
asservir de nouveau, et les punir plus rudement que dans l'ancien régime.
F 2
és.
Ces victimes de la cupidité des Européens
sontdevenues rebelles à leurs maitres. L'un a
déserté, un autre a volé des fruits, un autre
s'est mélé de sortilège, etc.; mais tous avaient
reçu au commencement de la révolution,
l'heureux don de laliberté;ct Victor Hugues,
sans employer le mot d'esclavage, a su les
asservir de nouveau, et les punir plus rudement que dans l'ancien régime.
F 2 --- Page 94 ---
( 841)
Alors ils s'estimaient heureux, quoique
bien loin du bonheur que le droit de la nature leur avait sans doute assigné comme à
tous les hommes. Le petit coin de terre qu'ils
avaient reca de Jeurs. maitres, suffisait à
leur ambition. Ils trouvaient dans la forêt
voisine,le bois et les feuillages propres à la
construction deleurs cases.La terre prodigue
ici, leur donnait en échange de quelques
soins, le manioc, les bananes et les fruits des
tropiqnes. Chaque qainzaine, ils avaient un
jourpoure euliverlenr propre terre, chaque
dimanche, ils dlevaient leurs coeurs vers le
Tout - Puissant, chaque soir, hommes,
femmes, enfans, dansaient au son dn bamboula, tambour dont battaient les pius
vieux.
Iyaici uneautre classe denègres, appelés libres. Plusicurs d'eux appartenaient à
M. delaFayette. (
Ils trawaillentrutant-que les
autres, lic sont pas payés, et des soldats les
mènent aux travaux. On les fouette sans
miséricorde pourla plus légèref faute.
Mais la barberie da chefde cet établissement (Guitton, né à Rennes en Bretagne,
autrefois chapelier),se manifeste surtout,
ct le visage de, ce scélérat rayonne de joie,
chaqque foisqu'ilya, commei il dit, des expé- --- Page 95 ---
(85 )
ditions à faire. C'estla coutume dc faire lever
trois heures avant le jour les nègres prisonniers. Ils marchent nus pour l'ordinaire, et
ont une chaine au corps ct à l'un des pieds.
Leurs capitaines sont obligés de courir après
eux dans une vastc cour, en leur donnant
des coups de fouet. Si le capitaine ne fait
pas son devoir, il n'a pas sa ration de tafia,
et il est fouetté lui-même par un autre capitaine.
Tout nègre ou négresse, même les quarteronnes, envoyés en punition ici, aussitôt
qu'ils arrivent, sont attachds par les mains
à l'oranger, el reçoiventici vingt-cing et souvent jusqu'à cent coups de fouet. Généralement au neuvième ou dixième coup, le corps
sanglante, dejà. J'ai vu d'habiles fouetteurs
enlever à chaque coup des tranches de la
peau, longues de douze ou quinze pouces.
J'ai vi des piqueurs, pour se venger des
rebuffades de qtclques belles négresses qui
leur avaient refusé leurs faveurs, ordonner
aux fouetteurs de piquer 2t la gorge, afin de
Jes rendre difformes Ou corriger leur COquetterie. Qeand un prisonnier ou prisonnière a consommé le tems dela correction,
pour congé on lui donne toujours vingtcing coups de fouet: il n'y a guères que
F 3
ou quinze pouces.
J'ai vi des piqueurs, pour se venger des
rebuffades de qtclques belles négresses qui
leur avaient refusé leurs faveurs, ordonner
aux fouetteurs de piquer 2t la gorge, afin de
Jes rendre difformes Ou corriger leur COquetterie. Qeand un prisonnier ou prisonnière a consommé le tems dela correction,
pour congé on lui donne toujours vingtcing coups de fouet: il n'y a guères que
F 3 --- Page 96 ---
( 86 )
celles qui iont été choisies par Guitton,
ses femmes, qui échappent au congé. pour
Au reste, la plupart de ces nègres, fatigués d'une vie passée dans les souffrances et
dans les travaux rigoureux, s'empoisonnent
les uns les autres, se tuent ou se donnent
des plaies qui deviennent bientôt mortelles.
Chaque capitaine marche armé d'un fouet
de neuf lignes de diamètre, et d'un sabre.
Moi, les deux assassins et les soldats de la
garnison de Cayenne, qui ont insulté Victor
Hugucs, sommes sous les ordres d'un de ces
capitaines.
Le citoyen Guitton a un adjoint digne de
lui dans Monnet, premier piqueur; ; il est
impossible d'avoir un masque plus féroce.
Une nuit, lorsqu'il était couché dans son
hamacau milieu des bois, un nègre, récemment arrivé d'Afrique et fort bon charpentier, marcha doucement à lui,et lui assena
un vigoureux coup de sabre qui lui fendit
le front et Jui enleva un oeil, Le nègre est
depuis deux ans assis sur une planche, ayant
un collier de fer de trois pouces au col, un
cercle de fer autour du corps, et cent livres
au moins de chaines qui l'empéchent de
mouvoir plus de six pouces dans une direclion quclconque du potcau; il ne peut chan- --- Page 97 ---
(87) )
ger de posture 1 même pour dormir ; il est
très-maigre, et ne peut plus articuler; il a
le teint blafard d'un albino.
Mais quel doit avoir été mon crime! Moi,
à vingt ans et demi, élevé dans un genre de
vie plus qu'aisé, ignorant jusqu'à l'époque
de mon arrestation, la rigueur des travaux
qui s'exécutent dans les deux mondes, par
la portion la plus malheureuse et la plus laborieuse du genre humain, je suis conduit,
chaque matin, par un nègre armé, à un
mille de Thabitation, ot il faut être arrivé
au lever du soleil, pour abattre des arbres
énormes, et qui refusent la hache par leur
dureté! Ma tâche n'est que d'un tiers moins
que celle du nègre le plus vigoureux. Si la
fièvre, qui ne, me quitte guère que pour
m'assaillir bientôtaveeplus de violence,m'oblige de suspendre mon travail, le secours
que je reçois le soir est de coucher la nuit
en prison, les fers aux pieds, le plus souvent
sans avoir eu la permission d'y porter moimême une planche pour me. garantir de la
fraicheur du sol.
Chaque matin, je cours comme les esclaves prendre ma hache et mon sabre. Je
suis presque nu, (car la république ne me
donne aucun vêtement, et les habits et linge
F 4
eplus de violence,m'oblige de suspendre mon travail, le secours
que je reçois le soir est de coucher la nuit
en prison, les fers aux pieds, le plus souvent
sans avoir eu la permission d'y porter moimême une planche pour me. garantir de la
fraicheur du sol.
Chaque matin, je cours comme les esclaves prendre ma hache et mon sabre. Je
suis presque nu, (car la république ne me
donne aucun vêtement, et les habits et linge
F 4 --- Page 98 ---
( - 88 a )
mnelcbon ncapitaine
sont
Fournisracwsichonnés
en Jambeaux:) ) sans soiliers même et
n'ayant pour tout qu'une chemise de gros
coton et un pantalon trop couridesiepotices,
cequi m'expose au venin des mauvaises herhes et àla morsure des serpens. Chaque jour
il faut abattre, tronçonner et élever entre
deux piquets une corde du bois le plus compact etle plus propre à faire debon charbon.
En outre, je suis charbonnier. Le chef de
cet autre atelier est l'un des assassins venus
de Saint-Domingue, Chaque quinzaine nous
recevons ordre deiransporter commeilnous
convient, soit sur la tête ou sur le dos, à
un demi-mille de distarice, chacun le bois
qu'ila coupé. Nous en faisons sies monceaux
réguliers et coniqnes; la partic rade de ce
travail lest deveillerantou:du. fourneau
pour
T'empécher de se fairejour. La veille ést de
quaire heures, pendant.lesquclles les autres
dorment cutourés de tigres, de serpens et de
mille espsèces de béies fauves et d'oiseaux de
nuit dontles crissont effrayans. Nous Jescloignons cn entretenant degrands feux autcur
de nous.
-
Jeg poarrais vous entretenir long-tems du
récit de mnes autres coryées, des petites tyrannies, des maux en tout geure auxquels --- Page 99 ---
( 89 )
je suis en proie. Vous souffriricz trop du
Técit de choscs qui me sont devenues familières.Jene vous dis pas cela pour vous rassurer sur la rigidité de ma condition, mais
parce qu'il est très-vrai que je-suis devenu
insensible. La paume dé mes mains est dure
comme roche. Je travaille comme un Hercule. je suis laid commc ua Thersite, mais
je dors comme un moine. Je mange de Ja
cassave et deshananes, je couche en prison
sur un mauvais lit de camp, et le dimanche
je fais ma lessive dans la rivière oûj je reste
jusqu'a ce que mon linge soit scC.
Il n'y avait qu'an mois que j'étais arrivé
à Nancibo lorsque j'effectuai le. pius extravagant projet imaginable, que Tincertitnde
de voirjamais le férme de ma captivité avait
fait naitre, ct qui né pouvait se concevoir
que danslardenr de la fievre uim'embrà.
sait toujours depais mon arrivée: Jusques-là
j'avais reçu les soins paternels sdu capitaine
Fournier. Je n'avais pu me faire une idéc
vraie des supplices qui attendent ici ceux
quilont dépla au premier consul et par conséquent à Victor Hegues: Mais arrivéà Nancilo,jo connus bientôt mon sort. Dès-lors,
je ne vis abendomné de toute la nature, observe par plasieurs scélérats dont le chef
ievre uim'embrà.
sait toujours depais mon arrivée: Jusques-là
j'avais reçu les soins paternels sdu capitaine
Fournier. Je n'avais pu me faire une idéc
vraie des supplices qui attendent ici ceux
quilont dépla au premier consul et par conséquent à Victor Hegues: Mais arrivéà Nancilo,jo connus bientôt mon sort. Dès-lors,
je ne vis abendomné de toute la nature, observe par plasieurs scélérats dont le chef --- Page 100 ---
( (90.)
Guitton, cet-infernal jacobin dont je vous
ai parlé, me disait avec ironie toutes les fois
j'avais la fièvre: 44 quand vous viviez
que dans votre Paris, vous n'aviez jamais la fièvre.
Apprenez que quand on a la fièvre dans ce
le meilleur remède est de prendre
pays-ci,
une hache et d'aller se fatiguer quelques S'il
heures. Allez voir le chirurgien Bellicot.
vous ayez la fièvre, il vous fera
consent que
mais je suis ici le premier
entrer à Phôpital;
>5 Et après
chirurgien : voyons votre pouls.
avoir tâté mon pouls moile camp,
monsieur. le baron.
fainéant ! Venin
qu'on m'a envoyé pour irriter ma bile deux
Comme si je n'avais pas assez de punir
. .> Je retournais en pleucens nègres!. d'oû
chassé et appelé
rant à ma case
j'étais soit
tremprendre ma hache,
que je
pour blasse d'un frisson mortel, soit que je fusse
accablé d'une sueur brûlante qui suivait
toujours ce frisson.
et résolu à
Irrité de tant d'humiliations,
soustraire, je me procurai quelques
m'y
fis cuire à la cuisine de Thôignames queje
m'y avait donné un lit
pital; ; le chirargien
de nègres moudans une chambre pleine là
dans la
rans; j'étais moins surveillé que
prison. La cour était entourée de palissades --- Page 101 ---
(gr)
assez hantes, mais que je jugeai pouvoir
franchirsj forte
je remarquai dans la cuisine une
hache et un sabre dont je résolus de
m'emparer, raient utiles , prévoyant bien qu'ils me sepour effectuer mon projet,
de Après fièvre;j six jours d'hopital, je n'avais plus
je pris ma dernière
la nuit suivante, je volai la hache résolution, et,
et franchis la
et le sabre,
ignames à mon palissade; cou dans je suspendis mes
choir, et en moins de un mauvais mouperdu de vue les abattis du vingt minutes j'eus
ma petite boussole
chantier, J'avais
lieutenant de la Nathalie que m'avait donnée le
plutôt je
; je marchai, ou
dans les bois, volai,Tespace de cing ou six milles
les
brossailles, les arbres
criques, les marais ; les cris des abattus, bêtes
rouches ne m'alarmaient plus.
fagnais le plus (il était nuit, etj Cequeje craivers minnit), c'était de marcher j'avais déserté
serpent. Je suais sang et eau, et sur quelque
toujours en me disant : Je suis je courais
à Para ou à
libre, , j'irai
je me servirai Surinam; de
quand il fera jour,
girilfallait
ma boussole. Je savais
à Snrinam; j'avais
NRCaee
droite,jen'anrais pu calculer qu'en ligne
dix lieues. à
pas plus que quatre-vingtparcourir. D'après les renseigne-
. Je suais sang et eau, et sur quelque
toujours en me disant : Je suis je courais
à Para ou à
libre, , j'irai
je me servirai Surinam; de
quand il fera jour,
girilfallait
ma boussole. Je savais
à Snrinam; j'avais
NRCaee
droite,jen'anrais pu calculer qu'en ligne
dix lieues. à
pas plus que quatre-vingtparcourir. D'après les renseigne- --- Page 102 ---
(92 )
mens pris en feuilletant lc Neptune de la
Nathalie, je savais aussi la vraie distance de
Cayeune à Para : je ne balançai pas à décider
en fayeur de celte capitale dela Guiane portugaise,sur Ja certitude où j'étais qu'arrivé
à Surinam, leg gouverneur Frédérici en serait instruit, et qu'il me rendrait à Victor
Hugues, si celui-cilexigenit, Cette certitude
était fondée sur la sujétion où la France
tient aujourd'huiles malheureux Holiandais.
A Para; au contraire, personne ne communique avec Cayenne; les Portugais n'ont jamais rendu les déserteurs,jy serai en streté;
je ne sais pas le portugais, mais je parle un
peu latin ; quelque prêtre m'entendrais VOlonsà Para !
Chaque soir je bâtirai un ajoupa, et j'allumerai, avec mon briquet et mes pierres,
quatre ou cing grands feux autour de mon
ajoupa, pour éloiguer les tigres,1 les scrpens
et les moustiques 3 quand je n'aurai plus de
provisions , j'examinerai quels graines et
fruits les singes préférent; Dieu m'aidera
pour le reste. Si je suis mordu d'un serpent
( car le bas de mcs jambes est nu, et d'ailleurs les serpens sautent aux mains, à la
poitrine et à la figure de Phomme),je ferai
rougir en hâte mon couteau au feu, et je
l'appliquerai sur la blessure. --- Page 103 ---
393 )
Le jourparnt enfin.Je me trouvaisau pied
d'un monticnle escampé et couvert de beaux
arbres. Les feuillages épais megarantissnient
pour toutle voyage; de l'ardeur du soleil; et
de ce moment, je fis usage de ma boussole,
et marchai vers l'est. Si j'allais au nord-est,
je courais risque.de retourner à Cayenne.
J'avais à parcourir plus de quarante lieues à
l'est, avant de pouvoir faire bonne route, et
plus de cent vingtlienes en ligne droite, pour
arriver à Para; mais jen'avais pas prévu que
jer rencontrerais sur ma route douze ou quatorze grandes rivières 1 plus de cinquante
criques étroites, peut-être, mais profondes;
qu'enfin, je pourrais manquer de vivres,et
qu'il me faudrait mouririsoléde toutela Nature, même des sauyages qui n'habitent jamais que les bords des rivières vers leurs
embonchures.
Ahuitheures,] j'avais faim,j'avais déjà bu
vingt foisdansles criques qai sont tris-nombreuses. Je gravis encore une montagne,an
haut delaquelle je m'ardtai,cffrayéi la vue
d'un long ct hant animal, depoil
et
rougeltre,
que je pris d'abord pour un tigre; mais,
ayant mieux examinéla hauteur et la finesse
Mosjpete.Fummppili que ce pouvait
être unc bichc. J'avançai, 9 ct elle s'dloigna,
t foisdansles criques qai sont tris-nombreuses. Je gravis encore une montagne,an
haut delaquelle je m'ardtai,cffrayéi la vue
d'un long ct hant animal, depoil
et
rougeltre,
que je pris d'abord pour un tigre; mais,
ayant mieux examinéla hauteur et la finesse
Mosjpete.Fummppili que ce pouvait
être unc bichc. J'avançai, 9 ct elle s'dloigna, --- Page 104 ---
(94)
un doux cri. Je m'assis sur un
en jetant
vent, et mangeai des
gros arbreabattu parle
mes armes
ignames. J'avais mis à mes pieds
J'eus bientôt mangé. Jei reet ma boussole.
ma hache et mon sabre, et non mabouspris
de deux
et demi carrés,
sole. Sa boite,
feuille pouces morte. Je me levai
était de couleurde
de la monhâte
aller boire au pied
en
Je pour n'avais pas fait trente pas, que
tagne.
quejen'avais pas ma boussole.
jem'apereas l'arbre, les peaux des ignames
Je retrouvai
cherchai inutilement ma
mangés, mais je
boussole. Je tournai les feuilles mortes,j'en
désunis ensuite avec
fis un monceau que je
ma
beaucnmpaautention J'étais à genoux.
étaitplus, ou du moins Ja crainte
boussolen'y
m'empécha dela voir.
de nepasla retrouver,
,ômon Dieu!
suis
Ca.trrmmiemsmme
puis-je faire à présent?Je
peut-être
que lieues de Nancibo; mais, dis-je? devraisàsix
retonrner?Nontson) 1Jamais!..
jesongerày devenir?. 1 - . que puis-je faire esans
mais que
abimé
boussole? Je restai une demi-heure
de
dans la tristesse, agenouillé près du tas
repris
et
tabsomtreaet
hache, mon sabre et mon mouchoir,
ma
traces du chemin quej'acherchai quelques
de la montagne; la
vais parcouru. Au pied --- Page 105 ---
(95 )
nécessité me fit imaginer un moyen de retrouver Nancibo.Le vent d'est ou desud-est
souffle régulièrement dans ce pays. Je
donc bientôt m'orienter; mais
pus
dans quel
ne sachant
Irumbdevent se trouvait Nancibo,
par rapport à moi, je fis le nord,
de trouver au moins la rivière
persuadé
Au haut de chaque
quiydescend.
le vent qui devait venir montagne, je cherchais
sur mon côté
tant queje faisaisbonneroute.
droit,
Al'aide d'une
épinglefichée perpendienlairement sur quelqu'arbreabattu, Jaquelle me donnaitla
teur du
hausoleil, et à l'aide du vent constant,
je; pouvais présque savoirlheure,
fait bonne route. Enfin,
etsijayais
heures de marche
après plusieurs
précipitée, quoiqu'incertaine, je me trouvai sur une montagne de
T'habitation de M. Borde, à deux lieues
dessus de Nancibo
au2 sur le bord dela rivière.
Bientôt j'arrivai dans les abattis de cette
misérable prison. J'étais fait comme
diable, le visage noir, couvert de
un
de
sueur et
poussière, mes habits en lambeaux, ma
hache sur l'épaule. J'allai droit à la
blanc, ou maison du maître, en langue créole. case
Guitton était à Cayenne depuis
jours. J'avais profité de son absence plusieurs
m'échapper ; mais il était remplacé pour
par le
ientôt j'arrivai dans les abattis de cette
misérable prison. J'étais fait comme
diable, le visage noir, couvert de
un
de
sueur et
poussière, mes habits en lambeaux, ma
hache sur l'épaule. J'allai droit à la
blanc, ou maison du maître, en langue créole. case
Guitton était à Cayenne depuis
jours. J'avais profité de son absence plusieurs
m'échapper ; mais il était remplacé pour
par le --- Page 106 ---
(96) )
piqueur Monnet que j'ai déjà mentionné,
C'est un ancien sergent au régiment d'AL
sace, né en Lorraine, homne du coeur le
plus atroce. Ab! ah! me dit-il lorsque jarrivai; d'où diablevenez-vons 7 mouseigneur?
-Jeluiracontai naivement quejavais voulu
me sauver, que j'étais trop malheureux,et
que je préférais la mort aux tourmens que
j'endaris sous la tyrannie du monstre Vic-i
tor-Hlngues.-Aller en prison,me.lit-il. Monsieur Guitton reviendra dans huit jours. Il
cst le maitre. Je vais écrire au gouverneur.
L'officier de la garnison était un allemand
fort brutal, Ii me frappa sur le dos. Jc lui
jetai un caillou à la têle. Alors il me jeta:
dans un cachot où un nègre me mitles fers
aux pieds ct aux mains, ct je demeurai dans
cet élat de anortjusqu'an retoarde Guitton.
Ce fut vers ce tems-là que mes cheveux
blanchirent en peu de jours:
Enfin cc jourde désespoir arriva. Guitton
à peine débarqué, sC Lait ouvrir le cachot.
Il était suivi d'aa nègre nommé Bellegrace,
l'un des capitaines Fonciteurs,ayantum fonet
à Ia main. Je pus deviner bientôt CC qui
m'allait arriver. Guitton commanda à un
autre nègre de m'ôter les fers des poiguets,
puis il mc dit: Hébien! Nous y voila! Vous
êles --- Page 107 ---
(97 )
étes le plus mauvais sujet le
quin... le plus infamc!.. Vous plus Come
avez voulu
compromettre en fuyant... Vous saviez
quej'étais responsable devous... Etvous:
volez ma hache et vous avez une boussole me
sans que je lc sache.
Qui vous a donné
cetteboussole? Bellegrace, attache ce
au poteau, Le nègre allait m'aider à coquin
ver; mais me lançant sur mon
me lejurai que je me tuerais plutôt couteau, je
laisser soniller parles mains d'un que de me
reau.
e Tuez-vous
nègre ebourdonc, me dit Guitton.
Voyons si vous avez du courage.
Au mémeintantTofieler du
Guitton. Ils conversèrent
poste appela
lui-ci revint et me dit: sJe. un moment ct cecette fois-ci, mais
vous Pardonne
fairela
prenez garde de ne jamais
plus légère fautc. Songezà vos
J'ai su depuis que ce pardon fut reins.ss
mandé par la crainte plus
comdulgence. Lorsque le
que par l'innègre se
me fouetter 2 dix soldats
préparait à
porte du cachot, et leur murmuraient officier
à la
coup de peine à les faire rentrer eut beautier.
au quarCe futunj jeune homme, tambour,
Coelus, originaire de
nommé
Liège, qui
ses camarades en leur
rassembla
disant: 55 SonffrironsG
ce pardon fut reins.ss
mandé par la crainte plus
comdulgence. Lorsque le
que par l'innègre se
me fouetter 2 dix soldats
préparait à
porte du cachot, et leur murmuraient officier
à la
coup de peine à les faire rentrer eut beautier.
au quarCe futunj jeune homme, tambour,
Coelus, originaire de
nommé
Liège, qui
ses camarades en leur
rassembla
disant: 55 SonffrironsG --- Page 108 ---
(98 )
nous qu'on fouette un blanc en notre presence! Vogue la galère, mais cela ne sera
pas. - - %5 Ce brave jeune homme m'avait
témoigné de l'amitié auparavant. Il me donnait souvent une portion de son pain.
J'ai également une obligation sans bornes,
et ma reconnaissance durera toute ma vie,
des soins et des bienfaits du chirurgien
M. Bellicot, et d'un colon (M. Borde)
qui m'a envoyé plusieurs fois secrèlement,
du vin, de la viande fraiche et des lettres
amicales et pleines de consolation. J'ai été
deux fois près de mourir, et le digne chirurgien m'a soigné ct veillé les nuits comme
il eût fait pour son enfant. Que ne puis-je
an'acquitter envers ces honnêtes gens, autrement que par des mots!
Adieu, monsieur Communiquez ceci
à nos amis; et croyez que, quelque part que
je me trouve, mon dernier soupir sera pour
vous tous et pour les bons Français.
J'ai lhonneur d'étrc, etca --- Page 109 ---
( - 99 )
SIXIÈME LETTRE.
De Phôpital de Cayenne;
le 10 février 1804.
Jevis encore, 2 j'en suis étonné, il est vrai,
mais vous le serez sans doute plas que moi.
Ma dernière lettre a dû vous allarmer sur
la fin de mon sort, mais j'ai sauté le mauvais pas ou plutôt bien des mauvais pas;
c'est-à-dire j'aitravaillé dix-sept mois comme
un esclave. J'ai été en proic comme lui à
toutes les plus cruelles tyrannies, ct malgré
tout,avecl'aide de Dieu, jesuis maintenant
à Thôpital de Cayenne. Vous voyezdonc que,
récapitulation faite, 7 j'ai assez bien subi le
sort de soldat qu'on avait feint de m'avoir
assigné dès mon départ de Paris, car j'ai été
deprison en prison, ctje n'ai quitté la prison
que pour entrer dans un hépital,
Il est vrai que celui de Cayenne n'est
pas à comparer aux hopitaux de France ni
des armées. Il est gouverné par des dames,
soeurs de la charité, Les malades y reçoivent de grandes consolations, ct j'en reçois
G 2
ite, 7 j'ai assez bien subi le
sort de soldat qu'on avait feint de m'avoir
assigné dès mon départ de Paris, car j'ai été
deprison en prison, ctje n'ai quitté la prison
que pour entrer dans un hépital,
Il est vrai que celui de Cayenne n'est
pas à comparer aux hopitaux de France ni
des armées. Il est gouverné par des dames,
soeurs de la charité, Les malades y reçoivent de grandes consolations, ct j'en reçois
G 2 --- Page 110 ---
( 100)
tous les jours de ces dignes servantesde Dieu.
Quel changement dans ma fortune! Ilya
un an, la mort me seiblait inévitable. Je
ne la fuyais plus. Je la désirais même. Le
ciel m'a pardonné.
Ily a environ huit mois que les secours
d'hommes et d'argent demandés par Hugues
au premier consul, arrivèrent à Cayenne.
La garnison étaitdevenue: insuffisante parles
ravages d'une 9pilisatape-bolbg-ase
venait de mourir. D'ailleurs Victor Hugues
avait reçu-l'ordre de rétablir l'esclavage sur
l'ancien pied. llfut promulgué aussitôt après
le déharquement des troupes.
Dès-lors, 2 ces misérables nègres, 2 dont j'ai
partagé si long-temps les travaux et les misères, furent rendus à leurs propriétaires
respectifs. Ceux de M. Delafayette furent déclarés esclaves de la République.
Ainsi la prison de Nancibo se trouva vide;
la garnison retourna à Cayenne, les déportés blancs seuls restèrent prisonniers :
mais il n'y avait plus ni gardes, ni canons.
Guitton s'entoura de ses deux piqueurs
blancs, qui, après nous avoir enfermés
chaque soir, avaient grand soin de se retrancher dans leurs cases avec des armes et
des munitions. --- Page 111 ---
(IOI )
Pendant mon esclavageà Nancibo,il m'était défendu d'avoir ni encre, ni papier. Un
commissaire militaire vint, après le
de la garnison, visiter le chantier; départ
gendarmes noirs étaient avec lui. Un plusieurs d'eux
passa, un dimanche, devant ma case;i il
raissait me plaindre: : à ma prière il me pacura de l'encre et du papier.
proJ'écrivis à cet officier une lettre pleine de
fierté et de faits vrais ; je m'appliquai à lui
exposer que je n'avais jamais cru que ce fàt
par ordre du gouverneur de la Colonie
j'étais si mal nourri, condamnéaux
que
des esclaves,
travaux
emprisonné tous les soirs, dépourvu de vêtemens et de souliers
enfin tous les jours menacé du fouet. Je même,
nai cette lettre au gendarme
donnoir, et lui recommandai de ne la présenteraloficier
quandils seraient loin de Nancibo,
que
Un mois après Guitton alla à
et en revint bientôt fort mécontent. Cayenne, Il
appeler et dit: Ahlah!..
me fit
donc contre moi?.
vous écrivez
- Vous voulez ma
perte! .
Prenez garde à vous, continua -t-il entrant en fureur
dois aucun
; je ne vous
compte : mais n'oubliez
je puis vous faire enchaîner tout à Theure, pas que
Le lendemain il vint nous voir à l'atelier
G 3
mois après Guitton alla à
et en revint bientôt fort mécontent. Cayenne, Il
appeler et dit: Ahlah!..
me fit
donc contre moi?.
vous écrivez
- Vous voulez ma
perte! .
Prenez garde à vous, continua -t-il entrant en fureur
dois aucun
; je ne vous
compte : mais n'oubliez
je puis vous faire enchaîner tout à Theure, pas que
Le lendemain il vint nous voir à l'atelier
G 3 --- Page 112 ---
(102 )
du charhon, y causa avec beauconp de familiarité, ct nons dit qu'à compter de ce
jour Jà, nous recevrions chacun une livre
et demie de pain, et huit onces de viande
salde. Je remerciai, avec des tranports de
joie, cet homme atroce, qui bientôt me dit:
45 Vous avez écrit contre moi, ct moi j'ai
>5 prié pour vous ; je rends le bien pour le
>> mal >>. Jeleremerciai encore, mais j'étais
persuadé que cette amélioration de mon
sort n'était due qu'à ma lettre.
Cette décision subite et si favorable a dit
me donner une meilleure idée de Victor
Hugues : cet homme implacable, qui m'a
d'abord fait des politesses, ensuite m'a fait
souffrir toutes les cruautés imaginables S,
ct enfin-m'nccorsinit dans ce tems là toute
Ja justice que je réclamais à grands cris.
Mais tel est le bon ton en politique, qu'il
faut être aujourd'hni très-hon, demain
crael, sourd à la voix du malheureux : et
Victor Hugues serait bien faché de n'être
pas réputé grand politique.
Cct animal limpur est, comme des milliers
d'anires,sorti, à Ja faveurdu chaos de la révolution, du bourbier qu'ils s'aviserent un
jour d'avaler : c'est pourquoi on les voil si
gras maintenant. --- Page 113 ---
(103 )
Il trouva le champ libre, ct SC crutaussitôt fait exprès pour recevoir les hommages
publics, pour occuper lcs grandes charges.
Avant la révolution, il avait étc à Paris, et
son amour-propre avail souffert de voir des
milliers de nobles effleurer le pavé dans dcs
chars brillans de dorures et de richesses, ct
emportés par des coursiers fougueux, ct fiers
de leurs parures 3 tandis que le mesquin fils
du marchand de fer de Marseille était SoUvent éciaboussé par les chars et les chevaux
de ces aristocrates. Il résolut de se faire
riche, pour éclabousser à son tour les piétons : mais la révolution n'était pas encore
assez prochaine. Il passa donc à Saint-Domingue, ou il fut matelot, contrebandlier,
boulanger, 7 imprimeur ou compilateur de
rapsodies, prit part aux horribles seditions
de cette Colonie; retourna en Frauce, oû il
devint général sans avoir été soldat; ft en
cette qualité massacrer) les plus respectables
familles de Rochefort, alla à la Guadelonpe
d'ou il chassa les Anglais 9 commit dans
cette Colonic un grand nombre d'horreurs
inouies,y occasionna le suicide d'une vertueuse épouse qu'il avait subornée, en lui
promettant de lui rendre son mariincarcérd
ou fugitif; retourna à Paris, où ilfat conG4
Frauce, oû il
devint général sans avoir été soldat; ft en
cette qualité massacrer) les plus respectables
familles de Rochefort, alla à la Guadelonpe
d'ou il chassa les Anglais 9 commit dans
cette Colonic un grand nombre d'horreurs
inouies,y occasionna le suicide d'une vertueuse épouse qu'il avait subornée, en lui
promettant de lui rendre son mariincarcérd
ou fugitif; retourna à Paris, où ilfat conG4 --- Page 114 ---
(104 )
iraint de se battre en ducl (il a été grièvement blessé); enfin obtint du Directoire exécutif le gouvernement de la Guadeloupe,
ou il ne désirait pas de retourner, et échangea celte commission.pour celle de gouverneur de la Guyane, sous le bon plaisir des
cing Sires.
Ily a près de cinc ans qu'il a cet emploi.
Il a épousé une créole de Ja Martinique,
qpi lui a donné plusieurs enfans ; elle a,
dit-on, beaucoup d'empire sur lui: mais, à
l'instar du grand homme, il ne donne que
rarement audience à sa femmc, à qui il a
recommandé de ne lui jamais demander de
grâces : le bon goût perce jusqu'à Cayenne.
Il est riche de plusieurs millions ; il a
quelques beaux navires qu'il envoic à la
Coted'Afrique pour y prendre des esclaves,
ou bien aux Antilles pour y porter du bois
de construiction et de menuiserie.
Les Américains seuls font le commerce
du pays, qui n'a qu'un port d'entrée; le
capitaine qui y arrive dispose de sa cargaison comme il lui plait; mais, quand il veut
charger son navire, il est obligé d'avoir recours au gouverneur qui a soin d'acheter
toutes les récoltes qu'il fait déposer au magasin de la république 2 ou plutôt à celui --- Page 115 ---
- 105 )
de Victor Hugues. Celui-ci ne parait
prendre la moindre part à ce singulier pas
un commanditaire est là pour faire et exécu- trafic;
ter les marchés: : Victor Hugues est donc ici
le seul vrai négociant.
Il' a donné des lettres de
sieurs navires ; les
marque à plumulâtres et de nègres équipages composés de
lui
libres, ont été mis
en réquisition : ces corsaires ont
par
négrier anglais portant trois
Pris un
ves, et ont enlevé aux
cent-vingt esclaréc, où ils ont
Anglais lile de Gonègres.
trouvé quatre-vingt-trois
Ces nègres n'ont pas été
les a envoyés à Thabitation la vendus; Hugues
Gabrielle,
appartenait au Roi ou à M. de la
qui
avant la révolution. On y cultive le Fayette,
la récolte produit maintenant,
giroflier;
forte, environ 300,000
chaque année
conde année environ
fr.; et chaque sea la forme d'un
100,000 fr. Le giroflier
de
pin ou if; sa hauteur est
quinze à dix-huit
pieds; en fleur il est
superbe : la récolte du fruit est très-vétilleuse.
Hugues exporte 2 sans
Antilles, une grande
interruption, aux
quantité de bois
cieax, qui, à Cayenne, se vendent
prénément 48 sous le pied
commucourant; ; et aussi du
année environ
fr.; et chaque sea la forme d'un
100,000 fr. Le giroflier
de
pin ou if; sa hauteur est
quinze à dix-huit
pieds; en fleur il est
superbe : la récolte du fruit est très-vétilleuse.
Hugues exporte 2 sans
Antilles, une grande
interruption, aux
quantité de bois
cieax, qui, à Cayenne, se vendent
prénément 48 sous le pied
commucourant; ; et aussi du --- Page 116 ---
(IOG )
bois de construction: : ce commerccluidome
plus de 100,000 liv. par an.
Le premier Consul lui alloue 40,000 fr.
de traitement, et 12,000 liv. pour sa table,
chaque année.
Hugues a du bon sens, parle mauvais français avec l'accent provençal, ct est passablement poli avec ceux qui s'étudient à lui
plaire. Tous lcs habitans, par un sentiment
de terreur saus doute, osent à peine prononcer son nom, et ont grand soin d'applaudir
à tout ce qu'il fait.
Madame veuve Dallemand dont le mari,
pour quelque service rendu au Gouvernement de Frànce, avait reçu du Roi, avant
la révolution, une habitation; madame DalJemand alla un jourdemander gnelqnegrice
à Victor Hugues : illa traita de vieille f. .
aristocrate,
. il l'accabla d'injures 3 et,
lorsqu'elle fuyait, effrayée, dans le grand
escalier, il l'atteignit, et lui donna un coup
de pied dans le dos.
Il se déguise quelquefois la nuit pour savoir ce qui se passe. Une nuit, ,il vit, de loin,
dans la nouvelle villeappelée la Savanne, un
homme grimpant à un premier étage. Victor
Hugues arrive ct ordonne à l'homme de descendre, ct lemepacede le faire prendre par --- Page 117 ---
71 107 )
la garde, s'il ne descend. Lc pauvre amoureux descend saisi de frayeur. Hugues le recomnait, lui dit: <s Oh!c'est vous II suf.
5> fit... Remontez... ..59, L'homme s'y refuse.
Hugues le menace'dele faire prendre par la
garde, s'il ne remonte. L'homme obcit en
tremblant. Le lendemain au déjeuner, oit
assistaient l'état-major et tonjours plusieurs
dames, Hugues adressela parole à unde ses
officiers 44 Monsieur un tel est-il en ville?
Non, citoy en Gouverneur;il a traversé la
rade hier, vers quatre heures, pour aller à
sou habitation. -< Oh! dit Hagues; ; je ne
>> suis plus étonné d'avoir vu,Monsieur un
>5 tel monter par une fenètre, cette nuit,
5 chez sa femmes.
Ila parmi ses aides-de-campun très-jeune
homme,d dmnchbeilefgarevp'on m'a dit être
lefilsorphelin: ( d'unedesnombrenses victimes
quilafatt@gorgeral Rochefort. On diti icique
lejeune homme était fort pauvre, quand il
est arrivé, et que Victor Hugues le traite
comme son fils. Si ceci est vrai, le monstre
s'est bien adouci.
Pour moi,j'ai habitéla prison de Nancibo
jusques vers la fin de décembre dernier. J'6tais alors dangereusement malade d'une
fièvre brûlante, depuis dix jours. Cuitton
'unedesnombrenses victimes
quilafatt@gorgeral Rochefort. On diti icique
lejeune homme était fort pauvre, quand il
est arrivé, et que Victor Hugues le traite
comme son fils. Si ceci est vrai, le monstre
s'est bien adouci.
Pour moi,j'ai habitéla prison de Nancibo
jusques vers la fin de décembre dernier. J'6tais alors dangereusement malade d'une
fièvre brûlante, depuis dix jours. Cuitton --- Page 118 ---
(108 )
vint à ma case, où j'étais seul; et me dit:
4 J'envoie, tout-à-Pheure, une barque à
>5 Cayenne. Vous partirez dessus. C'est. à
>5 vous d'user de toute l'adresse et surtout
55 dela discrétion quela circonstance exige...
>5 Ily a plusieurs navires américains dans la
>5 rade. Tachez de vous embarquer sur quel55 qu'un d'eux. Deguises-vons.; mais sur-
> tout ne perdez pas de tems. Le Gouver-
>5 neur ne sera instruit de votre départ de
% Nancibo que dans quatre ou cing jours.
55 Jehifensilnehistarenmi surtont,quit-
>> tez Ia Colonie, avant cinqjours,s sans quoi
55 vous seriez arrêté, et moi compromis..
>> Adieu eti il me serra la main; puis,
revenant sur ses pas,ili me dit: 4 Croyez que
>5 je ne suis point un homme méchant. Je
59 vous ai fait cruellement souffrir : c'était
>5 mon devoir.Jepuis vous montrerlesordres
>5 du Gouverneurà votredgard...Jep prends
55 sur mon compte de vous remettre deux
>> lettres à votre adresse, lesquelles j'ai de-
>> puis long-temps. Je ne vous les ai pas re55 mises, parce que j'ayais ordre de ne vous
>5 laisser communiquer avec personne. Un
55 capitainea américain vint un jour ici. Ilde5 manda à voir les déportés de France.Jele
55 luirefusai net, --- Page 119 ---
( 109 )
% Ce même capitaine vint, une: autre fois,
>5 avecdes officiers de l'état-major du Gou55 verneur . Nous jouâmes aux cartes; et ces
>% messieurs avaientdécidé que le gain serait
>5 donné aux prisonniers. Mais, il m'était
>5 défendu de vous laisser aucun argent;et
>5 le gain fut donnéà un nègre enchaîné,
>5 Pardonnez-moi en faveur du bien
>>- vous souhaite. Adieu>.
que je
Bientôt jem'embarquai.
crus
Long-tempsjeme
révant. Je trouvais mon bonheur si incroyable, ma situation si changée en - deux
minutes, que mon coeur était serré de
et de rage. Que les hommes sont scélérats! joie
Je suis couvert de crimes, selon le général
Leclerc, qui l'aura su de son beau-frère; et
cependant, on me rend la liberté.
Alors, j'offris mon coeurà Dieu en actions
de gràce. Je retrouvai bientôt tout mon courage. La fièvre m'avaitdéjà quitté.Jenem'occupais plus que d'agréables projets. Je reverrai mes parens, mes amis, .Ipuis, l'instant d'après, des idées, plus conformes aux
dangersq quej'avais encoreà courir, venaient
détruirele charmedel l'illusion ; et. les larmes
coulaient de mes yeux, lorsque je pensais
quejes ne pourrais peut-être jamais regagner
ma patrie. Quelquefois,) je me trouvais en-
déjà quitté.Jenem'occupais plus que d'agréables projets. Je reverrai mes parens, mes amis, .Ipuis, l'instant d'après, des idées, plus conformes aux
dangersq quej'avais encoreà courir, venaient
détruirele charmedel l'illusion ; et. les larmes
coulaient de mes yeux, lorsque je pensais
quejes ne pourrais peut-être jamais regagner
ma patrie. Quelquefois,) je me trouvais en- --- Page 120 ---
(IIO y
core plus malheureux qu'étant en prison.
Quelqucfois aussi, mepeignantles délicesde
ma liberté future, je contemplais les bords
dela rivières je regardais avec admiration
lcs fleurs etl les fruits de ces climats sauvages,
la verdureéternelle, et les forêts sans finremplies d'innombrables oiscaux des plus brillantcs couleurs et des formes les plus étrangéres.
En effet, cette portion de l'Amérique offre
des tableaux bien dignes de l'attention et de
la sensibilité d'un européen. La Nature qui,
dans les zônes tempérées, semble étaler ses
richesses à regret, t,les prodigueicis sans cesse.
Tout y est gigantesque. Toujours de la
verdure, toujours des fleurs, tonjours des
fruits.
Le règne animal n'est pas moins digne
d'admiration. At tl pied du même arbre, dont
les branches soutiennent un énorme nid de
fourmis, un nid d'oiseaux, et une masse de
cases, louvrage et l'asile d'abeilles qui produisent la soie; se repose à l'ombre un serpent long de six pieds, revétu des couleurs
les plus symétriquement variées et les plus
vives. Ce serpent quelquefois monte aussi
danslarbre, puis il en descend pour alleràla
chasse. Sa proie favorite est une sorte d'é- --- Page 121 ---
III )
normes crapauds, dontle croassement imite
le cri d'un enfant. S'il sent un de ces crapauds,ill lui ôte bientôt la facultéde respirer.
Le crapaud enfle, et est enfin entouré du
serpent qui le bat et le fait crever.
Les différentes espèces de tigres, dont plusicurs sont ici, sont décrites dans le livre de
M. de Buffon.
Le colibri et T'oisean-mouche, ou gobemouche, ne fatiguent jamais le curieux. Ce
dernier à la légèrcté du papillon. Il voltige
sans cesse. Scs ailes sont plus fines que la
soie, ct son petit corps est un mclange des
plus riches couleurs. Il s'appropric le suc des
fleurs, et quand il trouve la moindre difficulté, il exerce vivement sa colère. C'est la
la miniature du règne animal. Le colibri est
toujours de mauvais augure, atl dire des
Nègres et des Indiens.
Tous les oiscaux ont les plus brillans et les
plus fins plumages; ; mais leurs chants ne
sont point mélodlicux. Jc n'en ai jamais vu
qu'un, dont le ramage m'a rappelé le rossiguol d'Europe.,
Les singes y sont en grand nombre, ct de
bien des espèces. On les dirait paitagés
familles. Très-souvent on en voit plus d'une par
centaine, voyager ou plutôt voler d'arbre
et des Indiens.
Tous les oiscaux ont les plus brillans et les
plus fins plumages; ; mais leurs chants ne
sont point mélodlicux. Jc n'en ai jamais vu
qu'un, dont le ramage m'a rappelé le rossiguol d'Europe.,
Les singes y sont en grand nombre, ct de
bien des espèces. On les dirait paitagés
familles. Très-souvent on en voit plus d'une par
centaine, voyager ou plutôt voler d'arbre --- Page 122 ---
I I12 )
les uns après les autres, quelqueen arbre,
et s'assembler en
fois s'arrêter tont-i-coup, délibérer, puis le capicercle comme pour
la
taine rompre le cercle, et recommencer suioàtousle
marche jusgwenbasdelarhre remonter sur un autre arbre.
vent un à un, et font la chasse à coups de
Les Indiens leur
flèches, et les mangent avec plaisir. Quand
un a été tué ou blessé, toute la troupe crie
la
terrible et la plus cOde la manière plus
mique.
sont beaux; mais on les diLes perroquets
aux
rait encore barbares, comparativement avoir des chefs et des
singes, qui semblent
lois.
Enfin, T'enthousiaste peut exercer amplescrutateur dans le règne vément son esprit
bois de fer,le bois de
gétal. On trouveicile innombrable de bois
rose, et une quantité leur dureté et les
les plus précieux par,
des plus riches couleurs,
nuances disparates le vert, le rouge, le
comme quelquefois le blanc de neige dans le même
jaune, et
bois.
carbets
J'ai vu sur mon passage plusieurs
habités par des Indiens. Ce sont de simples
couverts des énormes feuilles de
hiangars,
balalou. Ces indiens
l'arbrisseau appclé
sont --- Page 123 ---
(113 )
sont de couleur de cuivre rouge, ont les cheveux très-noirs et plats, point de barbe,
marchent presque nus comme leurs femmes;
sont couverts de colifichets,ser nourrissent de
péche et de chasse. Ils aiment à s'enivrer:
Les femmes font la liqueur enivrante
mâchant quelques végétaux. et des cannes en à
sucre, qu'elles crachent dans des calebasses.
On appelle cette liqueur, quand elle a fermenté deux ou trois jours, cachery.
Si vous voulez en sa voir plus sur cette
pladeysa religion et ses singulières cérémo- peunies, consultez le livre appelé J la Maison Rustique de Cayenne.
Arrivé à Cayenne à l'aurore, sans
avec
la crainte terrible d'être
argent;
reconnu de
Victor Hugues ou de ses espions, ne voyant
aucun navire français dans la rade, je résolus de passer les rochers au-dessons du fort,
et de me cacher dans le bois voisin de la Savanne. La nuit, tous.les canots sont enchainés à terre, et je ne pouvais ainsi aller à
bord des navires Américains
le jour.
que pendant
desavaisqu'lyavait des soeurs religieuses
à Thôpital. Pressé par la faim, je résolus de
les aller voir. Cet hôpital est isolé, sur
le bord de la mer.La sentinelle me laissa
H
les rochers au-dessons du fort,
et de me cacher dans le bois voisin de la Savanne. La nuit, tous.les canots sont enchainés à terre, et je ne pouvais ainsi aller à
bord des navires Américains
le jour.
que pendant
desavaisqu'lyavait des soeurs religieuses
à Thôpital. Pressé par la faim, je résolus de
les aller voir. Cet hôpital est isolé, sur
le bord de la mer.La sentinelle me laissa
H --- Page 124 ---
ti4)
Les bonnes dames étaient à prier.
entrer.
la permission de leur exposer
Bientôt j'eus
situation. Elles me répondirent qu'elles
ma
et d'ailleurs sous la ferétaient très-pauvres
ferais bien d'aller
rule du gouverneur, queje commissaire orvoir M. Benoist Cavay 1
donnateur de la marine, qui, ajoutèrentest un saint homme, doux et poli.
elles,
entrée à Thô-
< Il vous donnera pent-être
pital. >> L'une d'elles me conduisit jusqu'ala m'offrit
où, se mettant à pleurer, clle
porte
de cuivre.
une piastre en petités pièces où résidait
J'allai droit à lintendance
Benoist Cavay. Je me fis annoncer
M.
matelot. Lorsque jarrivai à lui, je
comme
donner une audience secrète.
le priai de me
dit
Son commis se retira. Aussitôt que malheu- j'eus
il s'écria: <4 Comment,
mon nom, homme, vous êtes en ville... En
reux jeune
venez chez moi. . . Vous êtes
plein jour vous des Le commissaire du
le plus indiscret
dit qu'il voulàt
gouvernement ne-m'a pas Guitton ditesvous laisser vivreà Cayenne.
Nancibo.
vous, vous a permis de quitter bien il avait
Guitton,s'est compromis.. . ou
Vous
ordres... Maisje n'en crois rien...
des
Mais le gouveravez été bien maltraité...
furicux s'il
Il sera
neur est inexorable --- Page 125 ---
(115 1 )
sait que vous êtes ici Retournez à Nancibo, a ets'il montrequelques dispositions plus
favorables à votre égard, il sera toujours
tems de revenir. Retournez. . Je n'ai pas
d'autres conseils à vous donner, >5 Je
congé de lui aprèsluiavoir promis de suivre pris
ses ordres.
Je sortis de la ville et retournai dans le -
bois. Je restai long-tems abimé dans la douleur et la perplexité. Je dormis quelques
heures pendant la grande chaleur. Vers
cinq heures du soir, je n'avais encore rien
mangé. Je m'éveillai et jurai de ne jamais a
retourner à Nancibo. Vers la brune,je repris pnon chemin derrière le fort, et avec
trois des pièces de cuivre de la bonne religieuse, je me fis conduire à bord d'un navire américain de Boston.
Le capitaine était en ville. Son secondn'entendait pas le français, mais il me reçut bien
et m'offrit la moitié de son souper que je
dévorai. Le capitaine arriva vers dix heures,
et voyant un étrangerdormir profondément
sur son banc de quart, me. secoua rudement.
en ertantupFho7dbereiOsi, est-la?) Ilyavait
avec lui son fils, très-joli homme et le Subrécargue d'un autre navire américain, lequel parlait bon français. Il me fit des quesH 2
il me reçut bien
et m'offrit la moitié de son souper que je
dévorai. Le capitaine arriva vers dix heures,
et voyant un étrangerdormir profondément
sur son banc de quart, me. secoua rudement.
en ertantupFho7dbereiOsi, est-la?) Ilyavait
avec lui son fils, très-joli homme et le Subrécargue d'un autre navire américain, lequel parlait bon français. Il me fit des quesH 2 --- Page 126 ---
(116 )
tions, je lui racontai mes aventures, il les
répéta à son ami le capitaine. Alors on m'offrait du genièvre ctà souper. Ccs messieurs
beause quiltèrent après m'avoir témoigné
coup de bonté et m'avoir assuré qu'ils feraient tout pour m'emmener avec eux le
lendemain à Surinam. Mais il fallait corrompre le pilote quia l'ordre de visiter tous
les bâtimens partans 2 pour éviter la désertion des soldats.
Lelendemain. vers deux heures, le navire
dinitalavollethorsdedaugens, Le pilote eor
donne à ses nègres rameurs de visiterla cale.
L'un d'eux, dans l'obscurité, la parcourt
et marche sur un de mes bras. Il appelle son
camarade et me voilà enlevé sur le pont. Le
pilote me fitjeter dans son canot, tandis que
le capitaine Smith lui offrait des poignées
de piastres. J'avais perdu mon chapeau et
le capitaine me jeta le sien.
Le pilote descendbientôt dans la pirogue,
ct me dit: Qui étes-vous Je ne vous connais pas.. Je n'ai pas besoin de votre secret. Mondevoir est rempli. Je pourrais vous
faire mettre en prison.. Je ne dirairien de
ce qui vient d'arriver... Si ces coquins de
nègres n'avaient pas été là,je me serais laissé
séduire sans recevoir l'argent du capitainc, --- Page 127 ---
( à I17 )
entendez-vous ? mais ils m'auraient dénoncé
etj'étais perdu. - e e Où voulez-vous débarquer? Au pied du fort, lui dis-je, et, il m'y
débarqua.
Cependant je marchais vite le chapeau sur
le nez, , et je forme de nouveau le projet de
passer par terre à Surinam, Sur la Crique
je rencontre un nègre (Cupidon Bibiane),
qui préparait sa barque pour la péche; il me
dit qu'il part le lendemain matin pour Kourou,à douze lieues,sousl le vent de Cayenne,
il me promet passage dans sa barque. Je
n'avais pas d'argent; je lui offre une chemise
bleue que j'avais dans ma poche, c'était tout
mon butin. N'importe, me dit-il, vous irez
sans payer, puisque vous êtes pauvre; vous
souperez avec nous ce soir, vous coucherez
dans mon hamac, et moi sous la moustiquaire avec ma femme.
Le lendemain cette bonne négresse me
donna des fruits et du pain qu'elle avait
achetés, et elle me serra la main, en me
disant adieu.
Vers midi nous arrivâmes à Kourou;j'avais dessein de faire encore cinç ou six
lieues ie même jour, de traverser le lendemain le Senamary, et enfin le poste des gendarmes d'Iracoubo; un lieutenant de genH 3
soir, vous coucherez
dans mon hamac, et moi sous la moustiquaire avec ma femme.
Le lendemain cette bonne négresse me
donna des fruits et du pain qu'elle avait
achetés, et elle me serra la main, en me
disant adieu.
Vers midi nous arrivâmes à Kourou;j'avais dessein de faire encore cinç ou six
lieues ie même jour, de traverser le lendemain le Senamary, et enfin le poste des gendarmes d'Iracoubo; un lieutenant de genH 3 --- Page 128 ---
(118y
darmerie vint au nègre pécheur, et lui demanda des nouvelles de Cayenne; pendant
qu'ils conversaient, je marchais doucement
pour éviter les yeux du gendarme. Il mé
vit; et me demanda où j'allais? qui j'étais?
Je lui répondis que j'étais un matelot laissé
à Phopital par mon capitaine, et quej'allais
à Senamary m'embarquer sur un bateau
suédois chargé de sel. Hl trouva mon histoire extraordinaire, et me dit quejen'avais
l'air d'un matelot; il me conduisit an
corps-de-garde pas
où je passai la nuit, et le
lendemain il me fit escorter à Cayenne par
un gendarme.
être conduit à Victor
Rentrer à Cayenne,
Hugues, de là être jeté en prison, tout cela
fat Paffaire d'un moment. Je passai encore
vingl-denx jours dans cet antre de douleurs
et de privations, au milieu des innocens et
des coupables, de blancs voleurs, et der nègres
qui avaient empoisonnéleurs camarades.La
fièvre m'attaqua de nouveau ; trois jours
après un sergent vint me prendre et me
conduisit à la salle des consignés, dans l'hôpital de Cayenne : c'est un cloaque fermé
aux verroux, 9 ou Barthélemi et Lafondavant"
Ladebat ont vécu quelques jours
d'être transportés à Senamary. --- Page 129 ---
(1I9 )
28 février.
A dix heures ce matin, M. Lemoine,
commissaire des guerres, a passé Thôpital
en revue; il a ordonné que je fusse transporté dans la salle des malades libres.
29 février.
A dix heures du matin, M. le commissaire des guerres, en grande uniforme, est
venuj ici, il a prononcé mon nom en entrant;
j'étais au lit,etj je me suis levé sur mon séant.
Il m'a dit:
4 Monsieur, je suis chargé par le Gou-
> vernement de vous dire que la consigne
>> qui vous tenait renfermé est levée; ainsi
>> vous pourrez aller prendre l'air sur le
>5 bord de la mer ; le gouverneur a pensé
>5 que cela pourra rétablir votre santé >9.
Et s'approchant de mon oreille : 44 Saisissez
5 cette occasion pour fuir enfin votre
5> tivité: car tel est votre sort, que, si cap- vous
55 ne partez pas cette fois-ci, le tems de votre
>5 exil n'étant pas limité, vous courez
29 d'être prisonnier ici aussi long-tems risque
> le premier Consul
que
gouvernera. Sauvez5 vous ; gardez-vous de paraitre aux yeux
9> du gouverneur 5 il se promène le matin
H4
ille : 44 Saisissez
5 cette occasion pour fuir enfin votre
5> tivité: car tel est votre sort, que, si cap- vous
55 ne partez pas cette fois-ci, le tems de votre
>5 exil n'étant pas limité, vous courez
29 d'être prisonnier ici aussi long-tems risque
> le premier Consul
que
gouvernera. Sauvez5 vous ; gardez-vous de paraitre aux yeux
9> du gouverneur 5 il se promène le matin
H4 --- Page 130 ---
(120 )
>5 et le soir, vous pouvez faire vos affaires
>> pendant la grande chaleur; il parait ne
>> pas vous aimer. Je suis sensiblement flatté
>5 que le' gouverneur m'ait choisi pour son
>> interprète dans une aussi agréable mis-
>> sion : mais mon bonheur serait complet,
2 si moimêmeje pouvais faire des heureux.
>> Beaucoup de succès et de courage! une
5> nouvelle vie s'offre à vous : au revoir,
35 monsieur >%.
Je suis libre! Je suis rendu au monde!
Je puis écrire! Je puis remercier les honnêtes gens qui m'ont fait du bien! Je peux
fuir! Hommes exécrables! si, il y a vingtsept mois, j'étais couvert de crimes, ai-je pit
les expier par les travaux, la faim, le dénuement, les vexations et la fièvre? J'étais
couvert de crimes,mais vous n'avez pu trouver un seul motif assez puissant pour'me livrer à la justice comme un vil criminel,on
à vos sbires pour me faire fusiller.
Adieu. Je n'ai ni argent ni vêtement. Je
vais travailler à fair... Mais comment éviter les pilotes!. Je vous embrasse de toute
mon âme... Je tâcherai de passer à Londres Adieu. --- Page 131 ---
d0 I2I )
SEPTIEME LETTRE
Philadelphie, Etats-Unis d'Amérique,
25 avril 1804.
ENFIN je suis libre et à l'abri de toute tyrannie. Ma joie est si parfaite que je ne puis
m'empécher de vous la faire partager.
Aussitôt après la dernière visite du commissaire des guerres, je reçus des témoignages d'intérêt et d'amitié de vingt personnes,
comme du chirurgien en chef, M. Tresse,
le médecin en chef, M. Noyer, 2 du commissaire des guerres, 2 de mesdames les sceurs
de P'hôpital qui me prodiguèrent leurs soins,
leurs visites de consolation et 2 malgré moi,
leur argent pourdes choses d'agrémentqu'on
n'à jamais dans un hôpital, et du digne commissaire ordonnateur M. Benoist Cavay. C'est
icile lieu de leur témoigner mon respect et
ma tendre reconnaissance.
Dès le premier mars j'allai à bord de plusieurs navires américains pour m'y engager
"comme matelot. Les capitaines parurent se
les sceurs
de P'hôpital qui me prodiguèrent leurs soins,
leurs visites de consolation et 2 malgré moi,
leur argent pourdes choses d'agrémentqu'on
n'à jamais dans un hôpital, et du digne commissaire ordonnateur M. Benoist Cavay. C'est
icile lieu de leur témoigner mon respect et
ma tendre reconnaissance.
Dès le premier mars j'allai à bord de plusieurs navires américains pour m'y engager
"comme matelot. Les capitaines parurent se --- Page 132 ---
I 122 )
soucier fort peu de moi. Je ne me rebutai
Le lendemain, je fis visite à M. Bepas. noist Cavay qui me félicita sur ce qui m'était arrivé, etquimed dit quilseferait unplaisir d'avancer l'argent tncesairepoarmiide
jusqu'au premier port étranger. Jele remerciai avec transport: Aussitôt j'allai engager
mon passage à bord du brig américain Jane,
de Philadelphie, commandé par M. PeterRidge. Il me fit entendre que, comme j'étais pauvre, 2 je ne paierais que quarante vivres et
piastres, que je me procurerais mes
que je travaillerais comme les matelots.
à la libéralité
Peu de jours après; grâces
de M. Benoist Cavay et des dames religieuvoulurent bien me dispenser de
ses qui
démarche, toutes les provisions
faire aucune
et même quelques sujugées indispensables
à bord. Ifallatatperfluités furent portées
tendre quelques jours.
fois faire des visites à ces
J'allai plusieurs
bonnes et respectables soeurs de Thopital.
Elles me dirent quele gouverneurs savaitque
je venais les voir et que, comme clles le connaissaient bien, mes visites pourraient leur
nuire au moins antant qu'à moi, Je reconençore ici linfluence terrifique de Vicnus --- Page 133 ---
(123 )
tor Hugnes; je ne fs plus de visites, excepté
lc jour du départ.
La villede Cayenne n'a quetrois ou quatre
rues ct une place. La principale rue est sinueuse et pavée. La Savanne, a'on peut
appeler la nouvelle ville, est régulière; mais
On n'y voit que des baraques et de grands
jardins. La citadelle est bien armée. il y a
àl'est un petit canal pour faciliter l'arrivage
des denrées ; toutes les communications du
pays se font par eau.
Cettc Colonic ne s'est. jamais élevée m@me
au rang des Colonies secondaires. 11 y a quarante ans, douze mille Européens et Acadiens y trouvèrent la mort. Alors, les bords
de la rivière la Comté étaient peuplés jusqu'à
vingt-six ou trente lieues de la rade, même
au-dessus d'anecataracte, praticableà peine
pour les petits batcaux. Aujourd'hui, tout
est désert.
Il est raisonnable d'attribuer l'anéantissement subit de la Colonie à Tinexpérience ou
à la pusillanimité de ses Gonverneurs. Il n'y
a d'habité,à bien dire, que l'ile de Cayenne,
et la côte entre la rade de ce nom et Senamary. Cette étendue de côtes est à-peu-près
devingt-quatrelieues. Onycultive tout aveo.
succès. Ony chavircla tortue.
ourd'hui, tout
est désert.
Il est raisonnable d'attribuer l'anéantissement subit de la Colonie à Tinexpérience ou
à la pusillanimité de ses Gonverneurs. Il n'y
a d'habité,à bien dire, que l'ile de Cayenne,
et la côte entre la rade de ce nom et Senamary. Cette étendue de côtes est à-peu-près
devingt-quatrelieues. Onycultive tout aveo.
succès. Ony chavircla tortue. --- Page 134 ---
( 124 )
Le plus grand empêchement à la prospérité de cette Colonie, sera pour long-temps
la facilitéqu'ontles eiehwededecrter.Solt
ils mécontens ou fatigués du travail?ils marchent vingt minutes, et peuvent jouir dèslors des biens de la liberté dans les immenses
forêts d'Amérique.
Depuis le rétablissement de l'esclavage,
trois habitations considérables ont perdu
tous leurs nègres, qui sont partis en, masse,
la chaudière sur. le dos, et.sont allés, dit-on,
former une peupladeà cinquante ou soixante
lieues dans les forêts. Il est probable qu'ils
iront grossir la ville des. Nègres indépendans.
formé,il
J'appelle ainsi un établissement
y a cinquante ans au moins, à quatre-vingt
lieues de T'embouchure du fleuve Marony,
fleuve
fait frontière entre les
sur ce
qui
hollandaise. Il
Guyannes française et
s'y
trouve plus de dix mille Nègres, des deux
Nations. Ils ne reçoivent chez eux ni Européens, ni Indiens, ni sang mixte.
Ils y ont un Roi, une citadelle, des canons
etdela poudrequ'ils vontprendrciSardaan,
ou l'on a reconnu dès long-temps leur indépendancé, en échange du coton, sucre et café
quilyenvoient dans de fortes barques. --- Page 135 ---
(125 )
Le dernier Gouverneur royal de Cayenne
demanda à fraterniser avec ce Roi nègre qui
lui envoya deux de ses fils. Aussitôt qu'ils
furent arrivés, on leur donna une gardé
d'honneur. Ils restèrent un mois dans cette
ville. Ils allaient. à la messe, tous les jours, et
logeaient chezle Gouverneur; mais,bientôt
ennuyés de vivre avec des Européens, ils se
rembarquèrent. LeGouverneuriest fitaccompagner d'un officier et de quelques soldats
jusqu'àl'embouchure du fleuve Marony.
Si les métropoles de la Haye et de Paris
continuent de négliger ces Colonies, il se
pourrait que la ville des Nègres indépendans, de concert avec les Nègres des deux
Guyannes, exterminât, quelque jour, tous
les Européens quiy.demeurent. Les esclaves
de Cayenne ont fait un grand pas vers la
liberté. Beancoup savent lire, et raisonnent.
Il pourra y avoir aussi ici de grandes révolutions.
On ne verrait plus dans cette petite ville
un certain nombre de riches négocians, qui
furent fouettés et marqués en France, avant
leur exil. La terre s'ouvrirait pour dévorer
Ies cadavres d'unemultitude de gueux vomis
de l'Europe, et dontles moeurs et. les opinions
font rougir T'humanité, Peut-être le Ciel fe.
é. Beancoup savent lire, et raisonnent.
Il pourra y avoir aussi ici de grandes révolutions.
On ne verrait plus dans cette petite ville
un certain nombre de riches négocians, qui
furent fouettés et marqués en France, avant
leur exil. La terre s'ouvrirait pour dévorer
Ies cadavres d'unemultitude de gueux vomis
de l'Europe, et dontles moeurs et. les opinions
font rougir T'humanité, Peut-être le Ciel fe. --- Page 136 ---
126 )
rait également justice des deux inséparables
amis, Victor Huges et Billaud-Yarennes, qui
y triomphent aujourd'hui.
J'ai vu faire à Cayenne une expérience
qui,je crois, n'est usitée qu'en Egypte : ce
sont des bains de sable brûlant, pris ver 'S
midi, sur le bord de la mer 1 pour guérirles
paralysies.
Le climat est brûlant. L'ileetlescôtes sont
régulièrement rafraichies de fortes brises.
Dans l'intérieur, on ne les sent qu'à la
proximité des grandes rivières. Il y pleut,
huit mois par an; dans l'ile,pas plus de cing
constamment. Il a plu, à Nancibo, pendant
cinquante-trois jours et autant de nuits,
presque sans discontinuer. La rivièrey avait
haussé de vingt-un pieds en quarante-huit
heures. Les Nègres y travaillent, malgré la
pluic. On n'y connait guères les douleurs
thumatinmnic_Pinsienn; y vivent fort vieux.
L'air est toujours humide et rongele fer;
c'est pourquoi toutes les ferrures sont de
euivre. On ne pent y conserver mile linge,
ni les livres, qui y sont quelquefois dévorés
en quelques heures, parune fourmi rouge et
de bois.
grosse Les scorpious 2 arpeldepeux ct les vampires y sont fort
nombreux. Ceux-ci sont affreux comme les --- Page 137 ---
(r27 )
autres, et fort grands. Ils pénétrent aisément
partout, caril n'y aj pas de vitres
à cause de
danslepays
l'excessive chaleur. Ils volent légerement autour de vous, vous endorment
encore mieux en rafraichissant l'air, et enfin
plongent sur vous entre les yeux ou aux talons. Là, ils sucent votre sang à plaisir, et
toujours en grande abondance. 1
Tous les cinq ou six ans, il y a à
une épidémie qui n'atteint jamais les Cayenne
Les
Negres.
Européens en sont exempts, s'ils sont
d'une faible constitution.
Ilyaquelques homnêtes gens dans ce pays,
sil'on fait abstraction des
chés à tous les climals chauds. vicesgrossiers attablancs
lly a peu de
qui n'aient pas une concubine noire
ou jaune outre leurs femmes légitimes. Les
blanchesy sontignorantes, sans gaité, vieilles
de bonne heure, libertines dansl
dans l'action,
slelangagect
mal-saines, et tres-paresseuses.
Elles sont nus pieds dans leurs appartemens,
et le plus souvent au lit, ou dans le hamac
qu'elles fontmouvoirpar une
tandis qu'une autre leur chatouille petitenégresse, doucement les pieds pour les faire dormir. Vous
voyez quelquefois de ces indolentes à
lon supposerait à peine la force demarcher, qui
prendre un fouet, ct appliquer de vigou-
l
dans l'action,
slelangagect
mal-saines, et tres-paresseuses.
Elles sont nus pieds dans leurs appartemens,
et le plus souvent au lit, ou dans le hamac
qu'elles fontmouvoirpar une
tandis qu'une autre leur chatouille petitenégresse, doucement les pieds pour les faire dormir. Vous
voyez quelquefois de ces indolentes à
lon supposerait à peine la force demarcher, qui
prendre un fouet, ct appliquer de vigou- --- Page 138 ---
(128 )
coups du manche sur les épaules des
reux
servantes, qui
quarteronnes, ou métisses
toutes.sont belles, grandes et bien faites.
Les dames se font porter en hamac parles
les
Nègres. Cela est moins somptueux que
palanquins.
vis
Quelques jours avant mon départ, je
célébrer le carnaval. Victor Hugues, ni lel
commissaire ordonnateur n'y étaient pas.
Tous étaient travestis. Le général l'était en'
tamhour-major; les officiers en chapeau
noir, les soldats en officiers.
rond, en habit
d'une orTous étaient ivres. lls revenaient
à un mille de la ville. Leurs jambes
gie
revêtues de-bas rouges et noirs. Pluétaient officiers avaient des jupes, avec la
sieurs
barhouillée. Ce n'cst pas ainsi
figure s'amuse toute à Paris, à Venise ou à Rome.
qu'on J'ai vu une autre horreur, une inaison
d'esclaves à vendre, et des dames alpleine examiner trois cents de ces misérables
lant accablés de faim, de misère et de servitude,
choisir les plus beaux, dire leurs défauts out
physiques. Voyons, faites-moi venir
qualités nègre, cet autre grand, cette femme
ce pelit
a a un enfant dans les bras, au collier
qui
dit une des dames
rouge et aul pagne vert,
suOh! 1 le nègre a les épaules
au gardien.
perbes; --- Page 139 ---
A 129 )
perbes; dis-lui de se tourner... Il est
iln'a pas de barbe, ildeviendra
jeune,
fort,
ses mains et sa languc, c'est un nègre voyons mould.
Jean, marque à mon nom cCs denx
et ces trois négresses, et mc les
negres
case. Alors on passa au cou de envoye à la
corde à laquelle pendait
chacun, mne
plomb.
une margae de
On voit à T'embouchure des
rivibres, des
caymans dormir sur l'eau ou aller à terre.
Ony yoitdes Jamantins qui, dit-on, ont
sein d'une
le
femme, et quiitent l'cau
ter quelque tems sur le
pour resdeux petits dans leurs ailerons. sable,ayant un OuL
aussi vers le mois de juin,
Les tortues
et font dans le sable, des sortent dela mer, 3
trous anssilarges.
qu'elles,c'estadire de quatre ou
où eiles disposent leurs cenfs. ciug pieds,
qu'on cherche à les
C'est alors
Om les sale ct on les vendaux renverser ou chavirer.
m'a assuré quele lamantin allaite étrangers. L'on
Le
ses pelits.
bradypus ou mouton
fort gros, monte sur les
paressenx est
lent qu'il met
axbres,, et est si
plusieurs heures à
d'un arbredesoixnnté
descendre
La vache américaine Ou quatre vingt piedls.
est t11l petit
on Tappelle vache
éléphani;
a le goût. Celle 2 parce que sa chair ei
quie j'ai vue, 7 ct dont I
I
ite étrangers. L'on
Le
ses pelits.
bradypus ou mouton
fort gros, monte sur les
paressenx est
lent qu'il met
axbres,, et est si
plusieurs heures à
d'un arbredesoixnnté
descendre
La vache américaine Ou quatre vingt piedls.
est t11l petit
on Tappelle vache
éléphani;
a le goût. Celle 2 parce que sa chair ei
quie j'ai vue, 7 ct dont I
I --- Page 140 ---
(130 )
mangé à Nancibo, avait au plus deux pieds
et demi de haut ; la peau était d'un gris
sale et sans poil ; elle avait deux défenses
et une proboscide, de pelits yeux, la queue
courte, les pieds un peu fendus, et ceux
du devant plus petits et plus courts que
ceux de derrière.
Les cochons sauvages sont très-nombreux;
ils ont des défenses, ils nagent très-) bien 2
voyagent dans les bois, un à un comme les
Indiens;) Jeur piloté ou capitaine est toujours
leur
cst très-rude;
un des pius petits;
poil
ils sont très-braves, et ne craignent guères
les serpens. Un jour il cnl parut une
que troupe à Nancibo, ils criaient beaucoups
tout le monde s'arma de fusils', haches,
sabres, etc. : dix-neuf furent tués, et nourrirent pendant trois jours tous les prisonniers et la garnison.
Ily a dans la Colonie plus de cinquante
espèces de serpens $ il n'y en a guères que
six ou huit qui soient à craindre; plusieurs
sont terribles et énormes. Le serpent gruge
ou à damier, et le serpent qui combat le feu,
et passe en fureur sur les charbons ardens,
sont épouvantables, parce queleur morsui e
est mortelle.
On voit rarement des couleuvres; ily en a --- Page 141 ---
(13r )
tne empaillée au gouvernement de Cayenne,
elle mesure presque quarante pieds de Jang.
Les Indiens et quelques nègres ne redontent pas les serpens ; ils assurent pouvoir
s'inoculer le venin, par une incision dans
lcs vertèbres. Cette inocnlation, qui SC fait
avec quelque cérémonie superstitiense, les
rend tres-malades pendant douze ou quinze
jours, avec la fièvre; ils prennent alors des
potions fortcs ct amères: ; la plaie se ferme,
le malade se guérit et se croit à labri dés
morsures, On n'en est pas moins mordu de
nouveau, mais O1l croit généralement
le venin n'a plus autant de pouvoir : les que Indiens ont aussi leurs jongleurs, leurs SOIciers et leurs médecins.
Laguman, nom créole d'u petit lézard,
est, dit-on, fort dangerenx ; il fuit Phomme
en frappant de la queue, il se plait sur les
arbres pourris : comme le caméléon il
la couleur de VOS vétemeas. Les Indiens prend
redoutent, disent
les
qu'il n'y a pas de remede
contre leur morsure, et quelhomme mordu
maigrit de plus cn plus pendant
ét meurt.
neufluncs,
Hy a aussi d'énormes lézards de
ou cinq pieds de Jong, et si lestes quatre
les voyez à peine courir, 1l
que vons
y en a de petits
I 2
ris : comme le caméléon il
la couleur de VOS vétemeas. Les Indiens prend
redoutent, disent
les
qu'il n'y a pas de remede
contre leur morsure, et quelhomme mordu
maigrit de plus cn plus pendant
ét meurt.
neufluncs,
Hy a aussi d'énormes lézards de
ou cinq pieds de Jong, et si lestes quatre
les voyez à peine courir, 1l
que vons
y en a de petits
I 2 --- Page 142 ---
( 132 )
domestiques ou privés, qui entrent dans les
appartemens, ct cherchent les mies de pain
ou de cassave.
Ony trouve l'anguille tremblante ou torpide, qui, si vous la touchez, vous donne
un choc égal à celui de la machine électrique.
Que ceux qui aiment la nature n'imaginent pas la trouver dans toute sa beauté
terrifique en Europe ; qu'ils se rappellent
qu'ily a dans les Guyancs des steppes ou
prairies couvertes d'herbe dite à crapaud,
sur laquelle vous êtes épouvanté de voir des
robes de serpens tout fraichement quittées.
Le voisinage du serpent se devine par son
atmosphère empoisonnée et musquée, qui
quelquefois rend la respiration très-difficile.
Si un Indien, de sa barque, bande son
arc vers une troupe de singes, 9 dans les
arbres, ils jetteut des cris terribles. Les Indiens n'osent pas aller tout de suite prendre
le singe tué. On rirait en Europe de lire que
des hommes craignent des singes. L'homme
le plus vigoureux qui n'aurait d'armes que
ses bras, ses pieds et ses denls, ne. pourrait
jamais se débarrasser de trois singes, et ccrtainement mourrait de leurs blessures. --- Page 143 ---
(1 133 )
Ilya différentes nations d'Indiens. Ils sont
en général pacifiques. Ils ont des costumes
de guerre ctde cérémonie; mais toutes leurs 1
races dépérissent par l'usage immodéré de
Tean-de-vie. Ceux
les arbres,
d'Oyapoc, , qui vivent sur
sont presque tous morts. Il en
a une tribu féroce sur le Marony.Lcs y
à
verneurs hollandais et français nourrissent goucet esprit de férocité en leur donnant un
nombre déterminé del bouteilles de tafia
tête morte ou vive de désertcurs
par
raient tenté de
qui aupasser d'une Guyane à
l'autre.
Lcs Indiens sont grands ennemis des nègres. Dans les excursions faites pour découVrir etdétruire les plantations des negres déserteurs, à soixante ou quatre-vingt lieues
dans les terres, ily a toujours en lête un Indien qui, à ce que l'on croit généralement,
a la faculté de sentir les nègres de fort loin.
L'inimitié des Indicns pour ceux-ci ne peut
s'expliquer que parThorrenrqu'ils ont pour
un travail régulier et, forcé: ou bien il fant
supposer à l'indien assez de dignité ct d'amour de la liberté pour mépriser des êires
qu'ils croient assez lâches pour se laisser enchaîner par les blancs et réduire au déplorable et honteux état de la servitude.
I 3
,
a la faculté de sentir les nègres de fort loin.
L'inimitié des Indicns pour ceux-ci ne peut
s'expliquer que parThorrenrqu'ils ont pour
un travail régulier et, forcé: ou bien il fant
supposer à l'indien assez de dignité ct d'amour de la liberté pour mépriser des êires
qu'ils croient assez lâches pour se laisser enchaîner par les blancs et réduire au déplorable et honteux état de la servitude.
I 3 --- Page 144 ---
1 134 )
Et pourtant, donnez ane mniforme et des
arines aux nègres , ils apprennent vitel'exercice et la petite tactique, et sont généralementintrépides'tct susceptibles de discipline,
On a toujours cherchéà ravaler cette race
d'hommes déjà si dégradéc. Les dix-sept of
ficiers de T'état-major de Toussaint-Louvertare, étaient ou mulitres on nègres. Tous
non-seulement savaient écrire melettre trèscorrectement, mnais parlaient avec la politesse d'un homme de bonne compagnie. 11
est
leur éducation
-
vrai qu'ils avaient reça
en France. ll y a en Europe des armées où
l'on ne irouverait pas aisément dix-sept officiers capables d'écrire en six minutes une
lettre très-polie et du style le plus pur. Aux
Fints-Unisd'Amérique ily a des dix milliers
de nègres qui apprennent aussi vite que les
blancs, à lire, écrire, ealculer,les métiers, etc.
Plusieurs y ont acquis de grandes fortunes.
Je me rappelle qu'en revenant prisonnier
dé Senamary à Cayenme,je vis sur la route;
à laurore et près d'une habitation, un negre
n, attaché à un arbre, la tête inclinée sur
Tépaule, et tout le corps couvert de sang
cnillésucden: abondanceparles maringouins,
moustiques, macques, brulôts, tousinsectes
avides de sang. Ce malheureux avait ainsi --- Page 145 ---
(135 )
pespsutdnrepourgacdgse fautel légère,s succombant à la douleur affreuse dcs piqitres
de milliers de ces insectes.
Comment la rerHbleadesiatbaingue
se murit-elle Ily avait dès long-lems un
levain d'insurrection dans tous les coeurs nègres. Nul n'ignorait qu'un Cob de Limonade, avait jeté plusicurs de ses esclaves
dans son four. Parmi cent traits de barbarie
commis envers les esclaves, en voici un qui
vous donnera la mesure de la férocité de
l'homme. Un habitant fort riche avait invité plusieurs de ses voisins à diner. Après
qu'on se fut levé de table, il leur dit qu'il
voulait les faire rire. Un nègre, ce jour-là,
n'avait pas fait son devoir. On le fit appeler.
Ou commanda une fosse pour lui, Lc
teur
plancependant avertit un de ses amis de demander la grâce du nègre quand il serait
dansla fosse. La désastreuse scène commence,
Le nègre 2 les larmes aux yeux, 3 mais chantant avecl'atelier ou tous les nègres présens,
descend dans Ia fosse profonde de six pieds.
Deux ou trois nègres sont préparés àl le COuvrirdé terre. Dans ce moment le convive
demande pardon pour le nègre qui répond
avec fareur et avec une grandeur d'ame inexprimable: Moi pas w'lez (je ne veuapas.)
I 4
se. La désastreuse scène commence,
Le nègre 2 les larmes aux yeux, 3 mais chantant avecl'atelier ou tous les nègres présens,
descend dans Ia fosse profonde de six pieds.
Deux ou trois nègres sont préparés àl le COuvrirdé terre. Dans ce moment le convive
demande pardon pour le nègre qui répond
avec fareur et avec une grandeur d'ame inexprimable: Moi pas w'lez (je ne veuapas.)
I 4 --- Page 146 ---
( 136 )
Les teaitre aussi-tôt le Ot couvrir de six pieds
de terre.
Vous devinercz aisément cqJuelles peuvent
être les mocurs, chez un peuple privé d'établissemens d'éducation, et vivant sous le
elimat de la Zône Torride. Chaque maison
présenic le tableau d'un gouvernement asiatique. Tous les ordres sont exécutés sans
murmure; tous les chatimens sont terribles; 1
toules les passions tiennent de la fureur ;
toutrespirela servitudelaplusabjecte.Avant
la révolution du moins, ilyavait des prêires
dansles colonies francaises. CommeleZaubo
ou PIndien du Mexique va réclamer la protection du Cacique de la penplade, le nègre
francais allait demander pardon à son maitre
chez le pastear de la Bourgade.
Onappelait le Cap-Français, le Paris de
TAmérique, c'est-à-dire, qu'il s'y voyait
plus deluxe, plus d'impureté, plus de richesses et plus d'infamie.
En 1788,1 lorsque la mode chez les dames
fut de perter des boutous de métal à leurs
robes,plus de deux cents femmes de cotleur,
eniretennes, - paraisasientanthéite avec des
quadruples, au lien de boutons.
Le Juxe, enfant de l'opulence, et qui
amoliit les coeurs ct détruie les empires, a --- Page 147 ---
( 137 )
étéleplus actifdestructeur de cctte Colonie.
Lc peuple y était plus que mûr, il fallait
qu'il périt. Les nègres ont joué le rôle. des
Croloniates, et la Sybaris américainen'ofre
plus que des ruines.
Il estdignede remarque que, dans les Colonies anglaises et espagnoles, mais particulièrement dans celles-ci, les nègres sont infiniment moins maltraités que dans les Colonics françaises. Ce sujet pourrait donner
matière à un volume.
Mais revenons à la Guyanne.
Le bois de rose s'y trouve; il est droit,
majestucux, et haut comme le cèdre du
Liban ; le bois est d'un jaune d'or, trèscompact, et, jusqu'aux feuilles, toutl'arbre
a une odeur délicicuse.
On y voit aussi le bois de fer, aussi dur,
aussi compact que celui dont les Chinois font
leurs, ancres. L'arbre à suif. et le gayac y
sout communs. L'arbre au quinquina y
existe, dit-on, aussi bien que la vanille,
vers le fleuve Arowari. L'arbre à pain, le
manglier y sont naturalisés. Le conani, arbrisseau qui enivre le poisson, y est commun. Presque tous les fruits sauvages sont
aigrclets et gommeux : presque tous les arbrcs ont celte dernière qualité, il. y ena
ancres. L'arbre à suif. et le gayac y
sout communs. L'arbre au quinquina y
existe, dit-on, aussi bien que la vanille,
vers le fleuve Arowari. L'arbre à pain, le
manglier y sont naturalisés. Le conani, arbrisseau qui enivre le poisson, y est commun. Presque tous les fruits sauvages sont
aigrclets et gommeux : presque tous les arbrcs ont celte dernière qualité, il. y ena --- Page 148 ---
(138-) )
dont les sucs sont de couleur de sang. Les
arbres des steppes et des prairies sont en
général de bois mou, et cernés de masses
semblent comme des hommnes
de lianes, qui
très-hauts et très-fréles, coalisés et disputant
lavie,l'air etle terrein aux énormes C olonnes
des forêts. Sur les montagnes 10 7 les arbres
et de la plus belle
sont durs, majestueux
suis
venue. Mais je m'arrête : je ne
point adnaturaliste, je ne sais point décrire, j'ai
miré, La nature aaeibedtenbersainadet
des Cordelières, et généralement
aux pieds
de
à vingt degrés sud ou nord
Péquateur. hu- .
d'une nature
Tout ce qui participe
; les
mide est gigantesque aux Guyanes abonsont énormes ; les rivières
poissons
lamantins,
dent en caymans ou aligators,
vieilles, requins. Les serpens, les crapauds,
qui aiment les lieux bas, sont
les lézards, Mais les animaux qui se plaimonstrueux.
secs et sur les monsent dans les terreins
sont
les oiseaux, tous les volatiles,
tagnes,
Europe. La
moins gros qu'en
généralement
le cochon saubiche n'est pas plus grande,
vage est moins gros que lesanglier-dEarope les bords
Les oiseaux pécheurs qurhabitent beaux; il y en a de
des fleuves sont forts
etleb bcc fort long.
blancs,avec la tête rouge --- Page 149 ---
( 13g )
II n'y a pas d'aigles. Iy a une cspèce de
lion dégénéré; point d'éléphans. On y voit
le ligre rouge, énorme, mais pas aussi féroce que ceux de l'autre continent. Le chattigre qu'on y trouve, est le tigre-royal rabougri.
Le pays recèle des mines de bien des cspèces, beaucoup de fer, des pyrites et des
cratères éteints.
DelasiviaredesAmazonesjusqwlicayenne
les terres sont très -hautes. Les masses des
montagnes, viennent sC perdre preque perpendiculairement dans la mer Sous.le vent
de Cayenne, les terres sontaliuviales jusqu'à
dix OuL douze milles des côtes; et là commencent les montagnes. La côte est plate
de là jusqu'a l'embonchure de TOrénoque.
L'intérieur est montneux, très - bien arrosé
et très-fertile; mais la pluie qui tombe en
torrents; , enlève, aux cimes des montagnes,
leur terre végétale.
Un heureux hasard m'a abouché ici à la
bourso avec M. James Lalimer, négociant,
propriétaire du brig sur lequel je suis venu
de Cayenne. Cet thomme généreux m'a offert
de quoi acheter des vêtemens, payer ma
pension, et aller à l'école pour l'anglais. J'ai
accepté dans l'espoir de pouvoir lui rendre
qui tombe en
torrents; , enlève, aux cimes des montagnes,
leur terre végétale.
Un heureux hasard m'a abouché ici à la
bourso avec M. James Lalimer, négociant,
propriétaire du brig sur lequel je suis venu
de Cayenne. Cet thomme généreux m'a offert
de quoi acheter des vêtemens, payer ma
pension, et aller à l'école pour l'anglais. J'ai
accepté dans l'espoir de pouvoir lui rendre --- Page 150 ---
7140. )
tout cela quelque jour. II m'a fait faire la
connaissance d'un négociant français, Louis
Clapier, qui aussi m'a prété de T'argent. On
dit ici qu'il a rendu de grands services aux
Français expatriés de Saint-Domingue.
J'ai le même tribut de reconnaissance à
offrir à M. Joseph Sansom, quaker; mais
fort instruit. Il a voyagé en Europe.
J'ai cté voir successivement M. Merry,
ambasadeurdAsgatome, et M. Thornton,
chargé d'affaires. J'ai peint ma situation à
ces messieurs; ils m'ont fait des politesses.
Je vais tâcher de partir pour l'Angleterre!
Il est possible qu'un jour je vous donne une
description du pays qui a vu naitre Franklin
et Washington.
J'ai I'honneur, etc. --- Page 151 ---
( 141 )
P.S.Mevoiciaux Etats-Unis d'Amérique,
le plus beau fleuron de la couronne d'Angleterre. Il est perdu pour elle. Il est perdu,
vous savez pourquoi et comment, Sans être
anglomane,je croisqu'ily a eu toujoursbcaucoup desagesse dansle cabinet dela GrandeBretagne. Par exemple, comment les Espagnolslui cédèrent-ils si facilement la belle ile
de la.Trinité, et pourquoi les Anglais désire.
rent-ils tant de l'avoir ? C'est que cette ile est
fortprès delaterre ferme, et qu'en une deminuit on peut rencontrer de-là les contrebandicrs de Cumana, L'ile de Curaçao nevaut
rien non plus que par son voisinage de la
terre-ferme.
Autrefois les Anglais avaient grand soin
de n'établir leurs Colonies que dans les zones
tempérées. Aujourd'hui, ils savent braver
tous les climats. Et il est trop vrai que la
mer commande à la terre, Je voudrais
la France honorât le commerce de la que
mer
par toutes les récompenses humaines. En
Angleterre, un manufacturier, un banquier,
un pilote, un capitaine de navire marchand,
peuvent parvenir à la noblesse.
me.
Autrefois les Anglais avaient grand soin
de n'établir leurs Colonies que dans les zones
tempérées. Aujourd'hui, ils savent braver
tous les climats. Et il est trop vrai que la
mer commande à la terre, Je voudrais
la France honorât le commerce de la que
mer
par toutes les récompenses humaines. En
Angleterre, un manufacturier, un banquier,
un pilote, un capitaine de navire marchand,
peuvent parvenir à la noblesse. --- Page 152 ---
(149)
Regardez la carte de l'Amérique, vous
verrez au nord les Canadas, lel beau fleuve
Saint-Laurent, ou les vaisseaux de cent canons montent jusqu'à cent ciniquanté lietes
de la mer; les lacs immenses séparés les uns
desa autresp pardes persgesileqedgiesisies;
toutes les rephboakresasbbrae
gleterve, ouachctéés par elle, son commerce
frapper et commander le tribut aux forêts
sans fin jusqu'à - la mer Pacifique.
L'or et l'argent des Méxiques va se verser
à Calcutta età la Chine. C'est la faute des indolens Espagnols. Qu'ils remuent le sol de
leurs délicieux climats 2 qu'ils ferment les
mines; ils auront des vertus, et toutle giobe
en sera heureux.
Carthagène et ses hautes terres dela Magdalena formeront, quelque jour, un grand
empire. Celte rivière est navigable jusqu'i
cent cinquante lieues de la mer. Quel
spectacle!
Caraccas ou Venezucla est moins riche. Il
y fait trop.chaud.Le Pérou, àl'opposite; est
également. brilant, et n'a pas de navigation.
Le Brésil n'est-il pas réservé à jouer un
grand rôle ? 1l est sur laj route des GrandesIndes: c'est tamaile pays sde lor et de toutes --- Page 153 ---
(143 )
les richesses. La population d'aujourdhuiy
est dégoitante; mais, que le Brésil ait de
bonnes lois , et ce sera un maguifique
royaume.
Jevois enfin un autre immense empire s'élever: Buenos-Aires, l'Uraguay et le Chili,
qui peuvent fournir à toute la terre toutes
les matières grossières, mais si utiles, que
la Norwège, la Suède et la Russie vendentà
toute l'Europe. De la rivière de la Plata à la
terre de Feu, on trouve le chanvre, la mâ--
ture,lefer,lecuisre, le snif,les peaux, tout
dansl'abondance dela Nature primitive.
serait
Que
ce pays, s'il était peupléd'hommes ha-.
bitués à travailler, pour obteuirtoutle bonheur possible ?
Pour les iles,elles sont, parleursituation,
destinées à devenir tributaires de la terreferme. Les Etats-Unis sont aux portes des
Colonies, ct auront des iles, quand il leur
plaira.LEurope entière ne pourra plus bien.
tôt les en empécher.
Quel merveilleux pays!.. Iln'a rien d'attrayant pour Thommedur monde, sansdonte;
mais la nalion est-là, qui croût et pullule
comme les forêts. Toutes les races du monde
s'y croisent à plaisir. On n'y suit guères
les lois de la nature,
que
parce que chacun cn
sont aux portes des
Colonies, ct auront des iles, quand il leur
plaira.LEurope entière ne pourra plus bien.
tôt les en empécher.
Quel merveilleux pays!.. Iln'a rien d'attrayant pour Thommedur monde, sansdonte;
mais la nalion est-là, qui croût et pullule
comme les forêts. Toutes les races du monde
s'y croisent à plaisir. On n'y suit guères
les lois de la nature,
que
parce que chacun cn --- Page 154 ---
(144) )
travaillant est sûr d'y gagner sa subsistancel
Il embrasse tous les climats.
Le peuple voulût-il, par frénésie, déclarer la guerre à tout le monde civilisé? Cent
mille matelots iraient courir les hasards de
la fortune sur les flottes qu'on peut y bâtir
dans les forêts même; les citadins abandonneraient leurs villes toutes bâties sur les fleuves pour la plus grande commodité du commerce, et reculeraient avec le Palladium de
leur indépendance, d 2 jusqu'aux montagnes
inaccessibles et dans le fond des bois.
Anglais,il Ivous chtfallngarderlAmérique
duNord,queB Buenos-Ayres contre-balancera
sous tous les points de vue, et aujourd'hui
vous commanderiez à toute l'Amérique. Aux
Etats - Unis, il y a a un vieux proverbe de
Francklin dans toutes les bouches: Le soleil
del'Angleterre est couchépourjamais.e 'The
sun ofEngland is set forever.>
Je vous ai parlé avec enthonsiasme du
nouveau monde. Gardez-vous bien de vous
méprendre. Ily manque desbras par-tout. Il
y faut des hommes de moeurs rudes, demisauvages, point de ccs aimables habitans des
grandes villes de T'Europe, qui ne peuvent
vivre que dans le luxe et toutes les délicatesses. Ceux-ciy) mourraient bientôt d'ennui
ou --- Page 155 ---
( 145 )
ou de leurs propres vices. La corruption est
sinaturelle. à tous les climats! ! et les grandes
villes du nouveau monde comme Quéhec,
New-York, Philadelphie, les jolies villes de
Virginie, des Carolines ct de Géorgie, la
Nouvelle Orléans, Mexico et la Puebla de
Los Angelos, la Havanne, Kingston de.laJamaique, Santa Féde Bogota, Lagoyra et Maracaibo, Carthagène, les deux grandes villes
du Brésileteufin Buenos-Ayres recèlent déjà
tous les fléaux de la civilisation ct n'en rougissent plus.
Si toute T'Amérique est destinée à former
de vastes empires indépendans les uns des
antres; elle n'y arrivera pas sans combatire
bien des obstacles. Pour les Etats-Unis,
par
exemple,quel rôle jouera enfin le million de
nègres eschaves ct toujours prêts à la révolte
dans les états-méridionnux? Qnedeviendront
tous les Indiens guerriers de la Zône tempérée,les Féroces Moxos en terre ferme
au
sud, lcs nègres affranchis de Saint-De- plus
mingue, les fugitifs des montagues bleues à
la Jamaique, la ville des nègres libres du Marony 2 et par-tout les grands et opulens
prictaires d'un côtéde la bataille, etde l'au. protre,lesNegres,les Indiens, les Sambos, toutes
les castes nées dans la misère ou dans la mnediocrité?
K
ces Moxos en terre ferme
au
sud, lcs nègres affranchis de Saint-De- plus
mingue, les fugitifs des montagues bleues à
la Jamaique, la ville des nègres libres du Marony 2 et par-tout les grands et opulens
prictaires d'un côtéde la bataille, etde l'au. protre,lesNegres,les Indiens, les Sambos, toutes
les castes nées dans la misère ou dans la mnediocrité?
K --- Page 156 ---
(1 146 )
Venezuela, que Miranda prétendait vouJoir rendre libre, avait déjà constitué son
pavenseecatindopendaut Le tremblement
de terre quiys arriva peu après, et quibouleversa toutes les villes et deux cents lieues
de pays, rendit tout à la métropole. Qu'une
autre grande secousse physiques'y fasse sentir, on croira fermement par-tout avoir offensé le Ciel, et se devoir aux Rois.
Ce n'est pas ici le lieu de vous décrire les
climats, les moeurs, les avantages et Jes
vices du nouveau monde. Je désire de pouvoir un jour vous en donner le tableau.
La Gayamne,souslerapport des améliorations, en mérite un particulier, comme appartenant à la France.
Adieu.
7 IN. --- Page 157 ---
( 2 147 )
NOTES.
(i) LÉPICRANNE n'était pas de moi. La police non
plus ne me dit pas alors que j'en fusse l'auteur. M. de
C..
jeune homme fort aimable, était alors bien
venu dumedenequtesergaituneialluenetris flatteuse.
Rentré tout récemment en France, il parvint à entremettre cette dame dans l'obtention de lélimination de
son nom de la liste des émigrés. Ses parens avaient péri
ou de chagrin en Allemagne, ou par la guillotine en
France. Elle suivit l'affaire avec chaleur; mais Buona
parte sachant qu'une femme avait fait des démarches en
faveur du jeune homme, au lieu d'approuver lélimination proposée, la biffa. Le jeune homme ne connaissant
plus nul moyen d'obtenir justice, voulut se venger en
écrivant plusieurs épigrammes contre le régine militaire.
Il me les montra, je les copiai, et elles furent saisies
parmi mes papiers.
(2) Madame de Pompadour, danssesj jours de favenr,
avait porté une robe de 12,000 livres: Madame Buonaparte, sa lille, mesdames Murat et Le Clerc parurent
chcz Madame
avec des robes chacune de
30,000 francs.
(3) Dans Tancien régime on ouvrait chaque année.
au public, la galerie d' Apolion, au Louvre. Les portraits
de la reine et des enfans de France y élaient exposés
saris nom, sans numéro. En 1801, madame
:
Buonaparte
y Gt mettre le sien également sans nom, comme pour
faire entendre qu'elle ne devaitpas être moins connue du
peuplequ'une reine méme.
K 2
avec des robes chacune de
30,000 francs.
(3) Dans Tancien régime on ouvrait chaque année.
au public, la galerie d' Apolion, au Louvre. Les portraits
de la reine et des enfans de France y élaient exposés
saris nom, sans numéro. En 1801, madame
:
Buonaparte
y Gt mettre le sien également sans nom, comme pour
faire entendre qu'elle ne devaitpas être moins connue du
peuplequ'une reine méme.
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( 148 )
(5 bis.) Elle s'était jetée aux genoux de Buonaparte;
elle était belle et en pleurs; elle marchait sur ses genoux,
écheveléc,et demandant la liberté de son mari. Buonaparte tourna la tête, et aussitôt un des premiers lieutenans la poussa vigoureusement à trois ou quatre pieds,
où elle tomba sans connaissance.
Le Comte de Bourmont et d'autres chefs de l'armée
royale de Bretagne avaient signé une amnistie. Onleur
avait imposé l'obligation de se marier et de demcurer à
Paris.
On ft courir le bruit ( sans doute pour préparer la
victime au sacrifice) que quelques heures après l'explo.
sion du tonneau appelé machine infernale, circonstance ou l'on put bien juger que le peuple était enchainé
pour long - tems, 1 puisqu'en quelques minutes on vit
accourir dans toutle quartier del l'Opéra et du Théâtre
français, plusieurs milliers de gardes à cheval, de la
cavalerie consulaire, le sabre nu, sans officiers, et en
chemise, jurant conme des possédés et cherchant partout des victimes; on ft courir le bruit, dis-je, que
quelques heures après cette explosion, le comte de Bourmont s'était rendu au palais consulaire, et avait dit à
Buonaparte : ( On attente à votre vie. J'aiici trois mille
6 homnes qui me sont dévoués 1 et dont je disposerai
> en votre faveur, s'il.vous plait.s. Buonaparte ne pouvant manquer de redouter un homme qui en avait trois
mille à sa dévotion, fit emprisonner M. de Bourmont,
ct l'envoya à la citadelle de Besançon, d'oà il s'échappa
et passa en Espagne. Je ne crois pas à l'offre faite des
trois mille homnies, et personne n'y a cru. Mais M. de
Bourmont étaità craindreounétait pas aimé, et Buonaparte n'a jamais manqué de moyens pour sacrifier un
homme,
redouter un homme qui en avait trois
mille à sa dévotion, fit emprisonner M. de Bourmont,
ct l'envoya à la citadelle de Besançon, d'oà il s'échappa
et passa en Espagne. Je ne crois pas à l'offre faite des
trois mille homnies, et personne n'y a cru. Mais M. de
Bourmont étaità craindreounétait pas aimé, et Buonaparte n'a jamais manqué de moyens pour sacrifier un
homme, --- Page 159 ---
( 149 )
(6). La cocarde noire est de cérémonie dans tous les
pays.
Les hommcs de marque de toutes lcs nations la por
taient à ces bals qui, quoique brillans, ne pouvaient
entrer en comparaison avec les fêtes de cour de Vienne,
d'Angleterre et de Russie. Les Français à peine revenns
deleur longue stupeur, paraissaient émerveillés de cette
magnificence. C'était, il cst vrai, unc bigarrure frap-"
pante. On y voyait des étrangers de la plus grande distinction, et leurs dames éblouissantes de beauté et de
richesses, mélés avec les Français, dont un certain
nombre, eux et leurs femmes, auraient certainement
joué un méchant rôle devant un tribunal rigoureux de
justice, de politesse et de bonnes moeurs.
Le Comte de Livourne étoit le même Prince qui accepta bientôt après la couronne d'Etrurie, de la munificence de Buonaparte. Les petites maitresses de Paris
affectaient encore de supprimer les r en parlant, et
appelaient cette couronne la courenne des Tueries.
(7). Le pavillon de Flore, que la Reine occupait anx
Tuileries. C'était là que la femme du premier consul donnait. ses audiences. Il y avait de beaux grenadiers en sentinelle au pied de l'escalier et au second vol. Après assez
de difficultés, on avait accès chez un délicieux petitmaitre, secrétaire de la reine nouvelle. Il vous donnait
rendez-vous pour un autre jour, et quelquefois on parvenait jusqu'au sallon d'apparat, où sa majesté consulaire
affectait de vous promettres sa protection en toutes choses,
mais oi l'on ne pouvait jamais rester que quelques minutes.
(8). Je désire de toute mon âme que ceci soit vu par
cet honnéte ex-constitnant, Je voudrais aussi témoigner
ma reconnaissance de vive voix à l'anglais prisonnier,qui
K 3
ine nouvelle. Il vous donnait
rendez-vous pour un autre jour, et quelquefois on parvenait jusqu'au sallon d'apparat, où sa majesté consulaire
affectait de vous promettres sa protection en toutes choses,
mais oi l'on ne pouvait jamais rester que quelques minutes.
(8). Je désire de toute mon âme que ceci soit vu par
cet honnéte ex-constitnant, Je voudrais aussi témoigner
ma reconnaissance de vive voix à l'anglais prisonnier,qui
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(150 )
m'offrit si généreusement sa bourse pour acheter du
pain. Je n'étais pas accoutumé alors à manger lc pain
amer des victimes du despotisme et du crime triomphant.
(9). J'yavais visité, peu de tems auparavant, au nom
d'une dame, plusieurs Français, qui y avaient gémi plus
d'ime année sons avoir été une seule fois interrogés.
(1o). A Paris, sil'on arrête quelqu'un, ct quele public apprenne que c'est un voleur, chacun se tait, ou
dit : c'est bien, il faut que justice se fasse.
Mais, 6 Parisiens! pendant toute votre révolution de
vingt-cing ans 1 vous vites tous les jours dans vOS rues,
de certaines voitures longues ;fortes et fermécs, courant fort vite. Vous vous contentiez de dire : e C'est
quelque prisonnier. >> C'était en effet, un ou plusieurs
prisonniers accompagnés de gendarmes, et allant à
quelque caveau d'agonic, et bientot de mort dans les
forteresses. Pourquoi cette hâte P Il fallait bien dérober
les victimnes à vOS enquêtes, et ne pas provoquer votre
espeitedindipendanc Vons réfléchissiez pent-être, que
ces voitures expéditives pouvaient renfermer quelque
prisonnier d'Etat. Et vous vous étiez plaints amèrement
des lettres de cachet avant la révolution P..
Vos gouvernemens de la hache et de la bayonnelte
vous redoutaient en effet. Avec quel plaisir ai je vii quelquefois ces vigoureux charretiers-brasseurs débarrasser
des griffes dc l'espionnage de l'infernale police, ct à la
grande satisfaction du peuple, de malhenreux conscrits,
qui probablement s'étaient cachés par la seule raison
qu'ils étaient la dernière ressource de leurs vieux parens
(11)- La feuille de route Atait signée de
alors gouvegneur de Paris. Quelques scmaines anpara-
vous redoutaient en effet. Avec quel plaisir ai je vii quelquefois ces vigoureux charretiers-brasseurs débarrasser
des griffes dc l'espionnage de l'infernale police, ct à la
grande satisfaction du peuple, de malhenreux conscrits,
qui probablement s'étaient cachés par la seule raison
qu'ils étaient la dernière ressource de leurs vieux parens
(11)- La feuille de route Atait signée de
alors gouvegneur de Paris. Quelques scmaines anpara- --- Page 161 ---
f - 1 151 )
vant, il se trouvait vers onze heures du soir, dans lcs sa 1
lons et le jardin de Frescati, quelques centaines d'élégans et de jolies femmes. Tout-à-coupil se Gt un grand
bruit dans lcs appartemens du premier étage, oû se tenaient des jeux. Les femmes effrayées, de fuir avec les
hommes. Je montai par curiosité, et je vis la scène la
plus scandaleuse.
Ce général était vis-à-vis les banquiers du jeu, en habit de cheval, chapeau rond et bottes, cravache à la
main , et un aide-de-camp dans le même costume à son
côté, 'l'ous deux étaient ivres. Le général avait successivement couchè, gagné, ou perdu plusieurs rouleaux cachetés et tous de la même forme. Ce sont généralement
des rouleaux de cent louis, simples ou doubles. On ne
les décachète pas. Enfin, il coucha un rouleau précisément de la même forme que les autres, et gagna. Le
eroupicr ou tailleur, lui poussa avec son rateau, un
rouleau de la même forme, en paiement. Le général refuse d'accepter. Les maitres du jeu se lèvent et con-.
sultent l'audience, qui prononce à T'unanimité qu'ils ont
payé ce qu'ils devaient, puisque le rouleau joué était de
cent louis en apparence. II jure comme un furieux et d6clare que son rouleau contient soixante mille francs
en billets de banque. La Galerie ritel traite celangage
de folie. On commence à penser à l'intention d'cscroquerie. Il devient enrage, et dit: ( Coquins, ne savez-
> vous pas que vous avez affaire au Gouverneur de
D Pariss ? Aussitôt les appartemens SC vident, les
maitres du jeu eux-mémes fuient épouvantés. Le général et son aide-de-camps'emparent de la caisse et des
cartes : de leurs cravaches, . ils brisentles lampes, et avec
leurs éperons, des glaces magnifiques de. la hauteur des
appartemens.
Sept ou huit cents persoanes surent les détails de
K 4
savez-
> vous pas que vous avez affaire au Gouverneur de
D Pariss ? Aussitôt les appartemens SC vident, les
maitres du jeu eux-mémes fuient épouvantés. Le général et son aide-de-camps'emparent de la caisse et des
cartes : de leurs cravaches, . ils brisentles lampes, et avec
leurs éperons, des glaces magnifiques de. la hauteur des
appartemens.
Sept ou huit cents persoanes surent les détails de
K 4 --- Page 162 ---
(152 )
cette scène, Le lendemain on s'attendait à apprendre la
disgràce du général. Il continua d'être gouverneur de
Paris, Ilfaut croire qu'ilétait comme Bernadotte et Lasne,
très-rédoutable à Bnonaparte.
(12) Il n'était que dix heures et demie,, lorsque je
montrai à madame de:
ces épigrammes qu'elle
me rendit par dessus son épaule, en souriant. Vers minuit, une grande et assez belle femme assise sur un SOpha, m'appela après que j'eus dansé. ( Montrez-moi,
> je vous prie, ce qui a fait rire madame de.
> iN Oh! non, s'il vous plait, madame. Cela n'en vaut
> pas la peine. >> Il semblait que je prévisse mon malheur. Je refusai, elle persista : mc flatta par tant de politesse que jel Ini montrai les coupléts et épigrammes.
Elle me les rendit en me disant que cela était fort joli
et fort bien fait.
J'étais, en vérité, bien inconsidéré. Il n'y avait
que peu de jeurs que, me promenant avec un
homme de fort bonne compagnie dans le jardin des
Tuileries, et qui me fit remarquer un fort bel homme,
d'un beau nom, il me dit: ( connaissez-vous ce bet
homme ? Oni... répondis-je : il ne m'aime pas 7 parce
qu'il sait que je vais chez sa femme et qu'elle m'a dit sa
conduite abominable envers elle, un certain vol considérable fait impunément pour en mel tre le produit aux
pieds d'une célebre danseuse. ( Prenez garde, me répondit mon ami, il va dans lc grand monde, au faubourg Saint-Germain. 9 à la Chaussée-d' Antin. II est es--
pion secret de la police depuis quelques jours. - Cela ne
peut étré. Je Tai vu chez madame.
( D'ou venez-
> vous donc? Sachez que madame.
quoiqu'elle
> tienneun très grand cercle, est ruinée, et quele gou-
> vernement hi donne une grosse somme d'argent pour
>) tenir une itaisun somptueuse. C'est dans CC mélange
grand monde, au faubourg Saint-Germain. 9 à la Chaussée-d' Antin. II est es--
pion secret de la police depuis quelques jours. - Cela ne
peut étré. Je Tai vu chez madame.
( D'ou venez-
> vous donc? Sachez que madame.
quoiqu'elle
> tienneun très grand cercle, est ruinée, et quele gou-
> vernement hi donne une grosse somme d'argent pour
>) tenir une itaisun somptueuse. C'est dans CC mélange --- Page 163 ---
(3 153 )
> du grand monde, ministres étrangers, nobles du
s vieux régime, nouveaux venus , femmes de ton, etc.
> que Buonaparte a déterminé de connaîtrela mesure de
D l'opinion publique à l'égard de son gouvernement. >
(13) Madame. Minette était alors la marchande lingère à la mode. Toutes les élégantes allaient chez clle
comme chezle Roi, pourles shawls-cachemires et chez
Armand pour la coiffure. Que de brillantes sottiscs !
Madame Minette, il est vrai, fournissait beaucoup au
pavillon, mais ne recevait jamais rien. Le premier Consul
n'ayant alors que 500,000 fr. d'appointemens, 1 que pouvait-il donner d'honnête à sa femme pour la toilette,
les diamans, le jeu, les dquipages 1 lcs libéralités et les
charitès? Elle travaillait régulièrement à acquérir la
réputation d'être la meilleure, la plus compatissantes
la plus charitable des femmes. Ce fut à- peu près dans
ce tems-là qu'elle ft son arrangement poura avoir chaque
année six millions sur les licences des jeux.
(14)Jedemande aujourd'hui mille pardons à l'Italie
ct aux Espagnols. Lorsque j'écrivis ceci j'avais raison.
L'Espagne et le Portugal viennent de donner une grande
leçon au monde. Les scenes plus que scandaleuses des
conférences de Bayonne, ont tout-à-coup fait revivre
le sang des Viriate et des Albuquerque, des Gonzalve, des Cortez et des Charies - Quint. L'Espagne
peut-étre, sera avent cinq ans, une des grandes nations du monde.
(15) Les connaisseurs n'en faisaient pas mystère :
les diamans étaient beanx, mais mal taillés : iis avaient
été répartis entre cing ou six grandes dames de France
et d'Italic.
(16) On appelaitlesEgypticmmesles dames gaiavaient
en des cufans en labsence de leurs maris alors en
Egypte.
Gonzalve, des Cortez et des Charies - Quint. L'Espagne
peut-étre, sera avent cinq ans, une des grandes nations du monde.
(15) Les connaisseurs n'en faisaient pas mystère :
les diamans étaient beanx, mais mal taillés : iis avaient
été répartis entre cing ou six grandes dames de France
et d'Italic.
(16) On appelaitlesEgypticmmesles dames gaiavaient
en des cufans en labsence de leurs maris alors en
Egypte. --- Page 164 ---
(154 )
(17) Lirréligion était devenue si générale 1 que Te
livre le plus infame qui fut jamais publié dans le monde
chrétien (la Guerre des Dieux), se vendit ouvertement
au nombre de vingt-cinq ou trente mille exeniplaires.
I (18)Cetteprédiction: a étéa accomplie. Dès quela France
eut perdu Cayenne, et Buonaparte la chance d'envoyer
sans danger un seul vaisseau en mer, 2 comme il n'osait
à-la-fois toutes ses victines, il décréta Térecpas égorger
tion de huit prisons d'état pour les crimes dont ni les
tribunaux civils, ni les commissions militaires ne
pouvaient connaitre. Et cependant la France, deux
ou trois ans auparavant, , avait été obligée d'accepter
une demi-douzaine de codes, malgré ses dents ! Eh!
Messieurs les amis du grand homme 1 plaignez-vous du
rétablissement de l'inquisition en Espagne! :
Linquisition. bien dirigée peut être un très-salutaire
établissement. Pour nous, restons en paix; unis , nous
n'avons plus à craindre detyrans. Respectons notre Gouvernement. 2 et cultivons notre religion.
Comme j'ai mentionnéi iciun décret diniquitéetd'insulte faiteà toutela Nation, je vais en mentionnerunautre
non moins révoltant. Le même homme qui, en Italie, en
Egypte et en France 2 faisait précéder ses arrêts, ses
ordres et même ses lettres des mots Liberté, Egalité,
défendit, il n'y a que quatre ans 1 aux femmes qui auraient eu plus de 6,000 fr. de rente, de se marier
sans sa permission. Je vais tâcher d'expliquer cette
énigme, ce décret en est une pour beaucoup de
monde.
1l y avait en France des milliers de demoiselles ou
de veuves à marier; elles appartenaient à la classe des
anciens nobles, ou à d'anciennes familles de la robe,
ou enfin à d'honnètes bourgeois ; toutes avaient reça
de léducation. Ces femmes ont des principes tout op-
de 6,000 fr. de rente, de se marier
sans sa permission. Je vais tâcher d'expliquer cette
énigme, ce décret en est une pour beaucoup de
monde.
1l y avait en France des milliers de demoiselles ou
de veuves à marier; elles appartenaient à la classe des
anciens nobles, ou à d'anciennes familles de la robe,
ou enfin à d'honnètes bourgeois ; toutes avaient reça
de léducation. Ces femmes ont des principes tout op- --- Page 165 ---
(155 )
posés à la révolution , ou au succès de ceux qui, par un
long artifice bien ménagé, ont enfn gagné leur but,
celui de prendre la place des autres, du moins quant
aux richesses. Ces femmes voyant tous les hommes un
peu agréables enlevés pour la guerre, sans distinction
de rang, fortune , mérite ou talens, restaient vierges.
Quclques-unes, peut-être, vivaient, en secret, avec des
hommes qu'edlesn'estimaient pas assez pour leur donner
leur main et leur fortune. D'autres enfin. préféraient
d'épousér dejeunes paysans sans expérience, et de moeurs
rudes et innocentes. 7 espérant d'en faire, avec le secours
del'amour et du tems, des hommes d'honneur, et peutètre même présentables à la meilleure compagnie.
Buonaparte savait toutes ces choses; et. calculant que
sans doute quelquej jour il ne pourrait plus trouverde prétexte pour continuer la guerre, ct qu'alors il aurait à récompenser vingtou trentemnilleoficiers sans patrimoine,
et nés dans les classes plébeiennes, il se détermina à
lancer ce décret abominable, dans le dessein d'assigner,
par force, des (emmes et des majorats à cette armée
d'officiers, plus épouvantable pour lui qu'une armée
étrangère ct ennemie. Le décret n'a pas eu completement son eflet : et il faut espérer que l'amour et cctte
douce sympathic, quiaccorde les cceurs, marieront plus
de couples que n'en a fait le décret.
(19) Une des assemblées législatives en 1792 avait
décreté la répartition entre les défenseurs de la patrie,
d'un m.lliard à prendre sur le produit de la vente des
biens nationaux. Jamais cetterépartition ne se 6t. Quelle
dérision etgncileinsulte faite à une armée, 1 particulièrement au tems où le décret fut émis! car, la plupart des
soldats étaient volontaires, et combattaient de bonne
foi pour (C ou'on appelait alors la liberié.
(20)Leginéral Lasne devait commander T'expédition
défenseurs de la patrie,
d'un m.lliard à prendre sur le produit de la vente des
biens nationaux. Jamais cetterépartition ne se 6t. Quelle
dérision etgncileinsulte faite à une armée, 1 particulièrement au tems où le décret fut émis! car, la plupart des
soldats étaient volontaires, et combattaient de bonne
foi pour (C ou'on appelait alors la liberié.
(20)Leginéral Lasne devait commander T'expédition --- Page 166 ---
(156 )
de Saint-Domingue; et je le crois avec d'autart plns
de raison, qu'il était du petit nombre de ceux qui fai
saient trembler Buonaparte. Aussi, lorsqu'il fut tué en
Autriche, Buonaparte, qui affccta de pleurer sa perte
et d'ordonner un monument à sa mémoire, fut-il vu
riant de tout son coeur derrière une porte.
J'ai oui dire pourquoi Lasne ne partit pas pour SaintDomingue. Leclerc bean-frèrc de Buonaparte, fils d'un
meûnier 3 de petite taille, blond et sans aucuns talens,
était traité fort légèrement par. Buonaparte ct parl'armée.
Madame Leclerc qui aussi portait une des robes aux
30,000 francs, joua gros jeu un soir chez madame de
M..
Elle perdit 36,000 francs, qu'elle paya en un
billet comptable le lendemain, à Phôtel. Cet incident
détermina Buonaparte à envoyer Leclerc et sa femme à
Saint-Domingue. C'était un adieu à la Corse. Leclerc y
mourut. Elle y avait établi une compagnie de très-beaux
hommes pris dansl'armée, et dont elle fit sa garde d'honneur. Elle même choisitl'uniforme, Elle montaitquelquefois à cheval et courait à leur tête.
Voici une anecdote sur Lasnc, Il commandait alors Ia
cavalerie de la garde consulaire.
Le soir du 18 brumaire an Io,jour de la commémoration de la fameuse journée de Saint-Cloud, où les
Heprésentans de la Nation furent chassés du lieu de
leurs séances par Baonaparte, quand on tirait le feu
d'artifice de dessus un temple immense construit sur la
Seine, Buonaparte et plusieurs de ses parens et intimes
étaient auxf fenêtres du parillon de Flore. Madame Bacciochi et madame Leetitia Buonaparte, en robes de Pekin gris, et en baignenses, tournaient le dos au peuple, qui était en belie humeur et siffla. Buonapartefut
très-irrité de ces sifflets qui certainement étaient envoyés par des personnes très-pea favorables à son avè-
us un temple immense construit sur la
Seine, Buonaparte et plusieurs de ses parens et intimes
étaient auxf fenêtres du parillon de Flore. Madame Bacciochi et madame Leetitia Buonaparte, en robes de Pekin gris, et en baignenses, tournaient le dos au peuple, qui était en belie humeur et siffla. Buonapartefut
très-irrité de ces sifflets qui certainement étaient envoyés par des personnes très-pea favorables à son avè- --- Page 167 ---
( 157 )
mement au pouvoir suprême; cart les gens sensés n'ia
gnoraient plus son dessein. On le pouvait deviner par
l'espèce d'étiquette aulique qui s'observait déjà dans le
palais. Euonaparte, furieux, envoya chercher le chef
de la garde consulaire, qui était alors Lasne. La cavalerie consulaire étaità ses postes sous les fenêtres de la
grande galérie de Henri IV. Le général Lasne était à son
hôtel 1 appartenant autrefois à la maison de Noailles. Il
se rendit à la prière du premier Consul, qui lui dit,
furieux : ( Pourquoi n'êtes-vous pas à votre poste P
rendez - moi compte de ces sifflets. Qui a siffé P,
Les ministres étrangers sont aux fenêtres dela galerie..
Ils ont tout vu. Tu te moques de moi, répondit Lasne.
Je me f... des sifllets. Le peuple s'amuse... Il est en goguettes... Cataujoundhuljour de fête. D - Buonaparte
lui répondit. c Lasne, rappelez-vous que je suis premier
consul, et que je ne suis plus votre égal, Faites votre
devoir. > Tu ne me disais pas cela à l'armée, quand
tu avais besoin de moi. Tes camarades te tutoyaient
alors. Général, rendez-vous aux arrêts > $ cria-t-il furieux, mettant la main sur l'épée. Lasne se retira en
jurant eta alla s'enfermer dans son hôtel. Il était dix heures
du soir. Une demi-heure après, il reçut un message
avec des lettres de créance près la cour de Portugal, 1l
répondit au messager : ( Dites au premier consul que je
ne sortirai de Paris que quandil me plaira >. Dès l'aurore,
il demanda sa voiture. A sept heures, il était à la porte
du trésor public. Il demanda le ministre, et donna son
nom. Le ministre était déjà à son cabinet. Lasne entre,
place ses pistolets sur une table etlui donne un écrit conçu
en ces termes :
( Lors du passage des canons à travers les Alpes,
> avant la bataille de Marengo, moi, général Lasne,
ai prétéau Consul Bonaparte 420,000 francsen leltres
aira >. Dès l'aurore,
il demanda sa voiture. A sept heures, il était à la porte
du trésor public. Il demanda le ministre, et donna son
nom. Le ministre était déjà à son cabinet. Lasne entre,
place ses pistolets sur une table etlui donne un écrit conçu
en ces termes :
( Lors du passage des canons à travers les Alpes,
> avant la bataille de Marengo, moi, général Lasne,
ai prétéau Consul Bonaparte 420,000 francsen leltres --- Page 168 ---
(158 S
5 dechangesurlal banque de Venise.Jepriele citoyen..
2) de me compter la même somme sous cinqminutes >.
Le Ministre trembla et paya. Lasne, satisfait, se retire à son hôtel. Le Ministre des finances et le premier
Consul savent bientôt lévénement. Celui-ciinvite Lasne
au palais. Le général s'y rend en grand uniforme. Buonaparte lui fait doucement des reproches , et lui dit qu'il
était capable de lui payer cette dette, sans qu'il allâtinsulter à un ministre.. Lasne répond qu'ilen est fàché pour
le ministre; mais que lui est content. Buonaparte, de
son ton mielleux,alors lui dit: (C Il me faut un homme
>) comme vous à la cour de Portugal. J'espère que vous
il te
a
ne me refuserez pas.-Jirai maintenant où
plaira.
>> - Quand voulez-vous partir?, 1 Il me : faut deux
>) jours pourme préparer >.
Deux jours après, - à l'aurore, tout T'équipage du g6néral était prét. A sept heures et demic, 1 il prit la route
de Bordeaux. Il était à peine a deux lieues de Paris, que
soixante dragons se saisirent de Ini, au nom du Gou-:
vernement, et le conduisirent à une citadelle.
Tel est l'événement qi a empêché Lasne d'avoir le
commandenient de l'expédition de Saint-Domingue, ll
resta peu de jours en prison, et partit enfin pour Tambassade de Portugai, oi il traita plusieurs fois la vieille
reine de vieille f P.. en présence de la cour.
(a)Liexistence de cette compagnie de Chauffeurs a
toujours été douteuse. Iy avait, il est vrai, en France,
beancoup de voleurs dc diligences. 11 est au moins certain qu'on méla souvent parmi ces prétendus chauffeurs
beaucoup de royalistes et beaucoup d'officiers et desol--
dats de l'armée de Moreau, qui s'étaient ouvertement
prononcésenf faveur de ce général : c'était des fournées à
la manière de Robespierres
Jc voudrais quil me fit permis de dire tout cC que je
été douteuse. Iy avait, il est vrai, en France,
beancoup de voleurs dc diligences. 11 est au moins certain qu'on méla souvent parmi ces prétendus chauffeurs
beaucoup de royalistes et beaucoup d'officiers et desol--
dats de l'armée de Moreau, qui s'étaient ouvertement
prononcésenf faveur de ce général : c'était des fournées à
la manière de Robespierres
Jc voudrais quil me fit permis de dire tout cC que je --- Page 169 ---
( - 159 )
Sais. Trente mille gendarmes à pied, répandussur l'Ouest
et le Midi de la France, ne suflisaient-ils pas pour écraser ces compagnies de prétendus chauffeurs ? Buonaparte arma alors l'impériale de chaque voiture publique
de cinq des meilleurs fusiliers ou carabin' ers. D'ou pouvaient sortir donc ces chauffeurs si terribles 1 qu'il fallaie
tant d'adroits fusiliers pour protéger particulièrement
les envois d'argent jusqu'à Paris ? Qui expliquera l'6nigme?"
Moreau, que tes mânes m'entendent ! II suffit du nom
de la ville où tu naquis, pour avoir la certitude que ton
coeur était droit, et aimait sa chère et belle France, et
les vrais pères de ton pays. Je te vis modeste avec des
lauriers plus beaux encore dans ta disgrace. Je te via
ensuite rèvant à tonsort qui devait mettre toute l'Europe
en larmes, ou rendrel la France àl l'honneur età ses Roisa
Ta noble et belle épouse t'aida plus d'une fois des forces
de sa grande ame.
(22) Arena, d'origine Corse, ci-devant général de
l'armée d'Italie, et parent d'Arena qui, à l'affaire des
Dupes, à Saint-Cloud, fut un des premiers à vouloir
frapper le nouveau César, 7 Arena, dis-je, fut impliqué
dans les deux prétendues conspirations de LOpéra et de
la machine infernale. Cet infortuné périt en héros avec
ses amis Demerville , Ceracchi,etc.
On a remarqué que 7 le soir de l'explosion de la machine infernale,le carrosse de madame Bnonaparte, qui
partit une denii-minute avant celui du premier Consul,
ne prit pas le chemin accoutumé, mais par la rue où
étaient les Petites-Ecuries, passage tortueux, et qui
n'était jamais fréquenté parles voitures du palais. Pourquoi chercher un passage si détourné et si étroit, pour
aller à la rue Saint-Honoré ?
On a aussi remarqué gue parmi les victimes de cette
soir de l'explosion de la machine infernale,le carrosse de madame Bnonaparte, qui
partit une denii-minute avant celui du premier Consul,
ne prit pas le chemin accoutumé, mais par la rue où
étaient les Petites-Ecuries, passage tortueux, et qui
n'était jamais fréquenté parles voitures du palais. Pourquoi chercher un passage si détourné et si étroit, pour
aller à la rue Saint-Honoré ?
On a aussi remarqué gue parmi les victimes de cette --- Page 170 ---
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07-143
F3bar
(160 )
prétendue conspiration, il se trouvait des royalistes 2 des
républicains 2 desjacobins, des buveurs de sang. Quatrevingt-trois furent exilés à Madagascar. Pourquoi à Madagascar. , quand on avait Phabitude d'exiler. à Cayenne P
Enfin, comment l'effet de l'explosion ne se fit-il bien
sentir qu'à l'ouest de la ruc Saint-Nicaise, et nullement de l'autre côté? L'artifice était certainement disposé de manière à agir, horizontalement. Les vitres du
châtcau furent brisécs de l'explosion ; mais, lest de
Paris ne sentit presque rien.
La main du diable était là.
En un mot, sices hommes étaient coupables de conspiration contre TEtat, ou d'homicide, etc., ils méritaient la mort,
Il n'ya en Europe qu'un ou deux hommes qui pussent expliquer ces mystères.
(23) Tousaint-Loukerture ct ses officiers avaient
sauvéla Colonie. Elleétait très-florissante quand Leclerc
y arriva. Tous ces officiers, accoutumés au respect public, ne demandaient qu'à être conservés dans leurs dignités. Ils leméritaient. C'était tous des hommes fort
polis, fort braves, et bien pénétrés des sentimens de
lhonneur.
Leurs quarante malles de riches vêtemens furent enfoncées pendant le voyage. Tout fut réparti entre cinq
ou six chefs matelots. Le capitaine de la corvette'connaissait les coupables:iln'osa dire mot; peut être l'équipage se fàt révolté, eût égorgé l'état-r major , et donné
la liberté aux Nègres enchainés. 9 pour prix de leurs richesses. Digne conséquence d'un régime oit nul homme
n'est plus ramené aux idées d'honnêteté et de subordination, que par ia crainte de Téchafaud!
F I N.
matelots. Le capitaine de la corvette'connaissait les coupables:iln'osa dire mot; peut être l'équipage se fàt révolté, eût égorgé l'état-r major , et donné
la liberté aux Nègres enchainés. 9 pour prix de leurs richesses. Digne conséquence d'un régime oit nul homme
n'est plus ramené aux idées d'honnêteté et de subordination, que par ia crainte de Téchafaud!
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DES CORPS AÉRIFORM: E.S.
22g
rlair placé au-dessous, ou exercée par ce même air dans
élat d'équilibre. De plus, la pression qu'une masse d'air
erce est égale à son élasticité, et la hauteur baroméique est la mesure de la pression.
Ainsi , d'après la loi de Mariotte, les nos 1 et 2 d'une
rt,ct lcs 1199 3,4, 5 et 6, de Pautre, se rapportent entre
X, ct par conséquent le sens général du théorême est
lui-ci : En admettant la loi de Mariotte 9 les propriétés
diquées nos I et 2 décroissent dans les mêmes rapports que
lles exprimées nos 3, 4, 5ct 6, ct réciproquement,
S. 7. Comme la condition de notre théorême est que la
lonne d'air a par-tout une même température ct une
ême nature chimique, on ne doit pas s'attendre à trour dans la réalité ce déeroissement géométrique de la
ensité psfiatementesad.Mais cependant ce scrait conclure
vec trop de précipitation 2 que de considérer la loi de
lariotte ) ct le théorême qui s'en déduit, comme une
mple hypothèse qu'on peut admettre ou rejeter à son gré.
n ne peut refuser de reconnaitre cette loi, à moins qu'on
e regarde aussi la loi de la chute dcs corps pesans commc
ne hypothèse arbitrairc, paree que, dans la réalité, 2 les
hénomènes s'en écartent à cause de la résistanee de l'air.
ous lcs mouvemens qui se passent dans l'atinosphère ne
ont que des efforls continuels dc la nature pour rétablir
équilibre que les causes secondaires troublent à chaque
astant. Il doit donc y avoir effectivement une tendance
ontinuelle vers cet équilibre. Le physicien ne peut pas
ejeter lcs lois générales, ou les changer à volonté ; mais il
oit chercher à connaitre l'influence des forces perturbarices, ct à la mesurer s'il cst possible. --- Page 172 ---