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SUR LES TROUBLES
DE SAINT-D OMINGUE; .
F AIT
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
PAR CHARLES TARBÉ,
DÉPUTÉ DE LA SEINE INFÉRIEURE,
AU NOM DU COMITÉ COLONIAL;
Le 10 Décembre 1791 5
IMPRIMÉ PAR ORDRE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
A PA RIS S,
DE LIMPRIMERIE NATIONALE.
1 7 9 1.
Colonics, no, 12,
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SUR LES TROUBLES
DE SAINT-DOMINGUE,
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A L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
PAR CHARLES TARBÉ,
DÉPUTÉ DE LA SEINE INFÉRIEURE,
AU NOM DU COMITL COLONIAL,
Le 10 Décembre 1791 3
IMPRIME PAR ORDRE DE L'ASSEMIELÉE NATIONALE,
P R :. E M IE RE P ARTIE
M.. S I E U R S 3
De grands troubles ont affligé la colonie de
Snint-Domingue : empressés d'en prévenir les
suites fâcheuses, vous avez voté des secours
visoires : vous avez fait tout çe qu'exigeoient pro- les
A --- Page 6 ---
(4)
besoins. du moment. Mais vous avez
même-temps qu'il étoit de
pensé ert
votre sagesse de
procurer l'histoire fidèle desagitations
vous
convulsives
auxquelles cette colonie est.en proie,
révolntion, et d'en rechercher
depuis la
remèdes.
les causes et les
Votre comité, Messicurs, auroit désiré
donner à ce Iravail les soins
ponvoir
qu'exigeoit
tance de la matière : forcé de
l'imporvous faire son
rapport dans un délai déterminé, il ne s'est plus
occupé que de vous présenter des faits exacts
et le plan qu'il s'est prescrit à cet
;
égard est tel,
qu'il peut vous garantir la vérité des
dont
il m'a chargé de vous rendre
faits,
compte.
La première époque des troubles de SaintDomingue fut celle de notre révolution. Le
grand
mouvement imprimé en ce moment à la métropole, se transmit rapidement aux autres
de
parties
l'empire ; et le sentiment de la liberté dut
exciter dans les colonies une commotion d'autant plus grande 2 que le pouvoir arbitraire
étoit absolu, 9 et que les longues vexations du y
gouvernement y avoient naturalisé l'esprit de
haine contre tous les dépositaires de l'autorité.
Lcs premiers mouvemens qui eurent lieu ne
présentent aucunes particnlarités frappantes ; ils
n'offrent que la lutte de la liberté contre le despotisme,
'empire ; et le sentiment de la liberté dut
exciter dans les colonies une commotion d'autant plus grande 2 que le pouvoir arbitraire
étoit absolu, 9 et que les longues vexations du y
gouvernement y avoient naturalisé l'esprit de
haine contre tous les dépositaires de l'autorité.
Lcs premiers mouvemens qui eurent lieu ne
présentent aucunes particnlarités frappantes ; ils
n'offrent que la lutte de la liberté contre le despotisme, --- Page 7 ---
(6)
Celui-ci succomba, et cela'devoit être. Mais,
ce qui arrive ordinairement aussi dans l'enfance
de la liberté, la colonie abusa de cette première
victoire, 2 en se permettant. des actes d'autorité
réprdliensibles. Tel- fut, par exemple, le rétablissement du Conseil supérieur du Cap, qui
avoit été supprimé par un édit de 1787; telle
fut encore la réjection d'un plan d'organisation
d'assemblée coloniale, qui lui avoit été envoyé
par les ordres du Roi, ct l'adoption d'un autre
plan d'organisation, queles comités des trois parties de la colonie concertèrent de leur
propre autorité , ét d'après lequel la première assembiée
oolonlaie se constitua, et se fixa à Saint-Marc
le 14 avril 1799.
Ici commence la seconde époque, et avec elle
une plus grande complication de faits et d'intérêts.
Votre comité, 3 Messieurs, a cru devoir entrer
dans quelques détails sur les événemens de cette
époque et sur les personnes qui y ont joué le
plus. grand role, afin de prévenir la confusion
que l'on fait ordinairement de la première assemblée coloniale de
Saint-Domingue ayec l'assemblée actuelle.
La joie, 3 qu'avoit répandu l'anéantissemewt du
A 2 --- Page 8 ---
(6)
pouvoir arbitraire > avoit été troublée presque
aussitôt par la nouvelle reçue de France, et consignée dans les papiers publics, qu'une société
déja connue sous le nom d'amis des noirs, 9
faisoit les efforts les plus actifs, pour étendre aux
colonies françaises les principes de liberté et
d'égalité consacrés par la déclaration des droits
de Phomme.
Déja, des hommes de couleur, armés dans la
plaine de T'Artibonite, venoient de réclamer la
jouissance des droits accordés aux colons blancs:
ils-avoient été dissipés par les volontaires-patriotes
de Saint-Marc 5 mais ce premier exemple d'insurrection, sembloit devoir inquiéter les colons
blancs, surles événemens ultérieurs dont ils étoient
menacés.
Aussi, alarmés des effets que pourroit produire
d'innovation, ils s'étoient adresses de
Çe systême
suite à l'assembiée nationale, et l'avoient priée
de prononcer sur la constitution particulière des
colonies. Mais la grande distance des lieux, la
multiplicité et la haute importance desautres travaux du corps constiteant, emp@chèrenteqmelgue
temps ce, dernier de statuer sur leurs réclamations.
Ce ne fut qu'au mois de mars 1790 qu'il put s'en
occuper; ct, avant que la nouvelle en eût pu parvenir dans la colonie de Saint-Domingue, l'assemblée coloniale, dont j'ai parlé, a avoit eu le
temps de se former et de se constituer sous le
colonies. Mais la grande distance des lieux, la
multiplicité et la haute importance desautres travaux du corps constiteant, emp@chèrenteqmelgue
temps ce, dernier de statuer sur leurs réclamations.
Ce ne fut qu'au mois de mars 1790 qu'il put s'en
occuper; ct, avant que la nouvelle en eût pu parvenir dans la colonie de Saint-Domingue, l'assemblée coloniale, dont j'ai parlé, a avoit eu le
temps de se former et de se constituer sous le --- Page 9 ---
(7)
titre d'assemblée générale de la partie française
de Saint-Domingue.
La première séance de cette assemblée fut remarquable par un discours véhément que pro:
nonça son président', et dans lequel il ne respecta guères les droits de la métropole. Ce discours devoit êure repoussé par. UIL cri d'indignation : il ne le fut point ; et dès-lors, les hommes
qui connoissent la marche du coeur humain, 9
durent présager que ccux dont les oreilles n'étoient pas choquées pardes principes anti-civiques,
ne tarderoient pas à oublier leurs devoirs et
outrepasser leurs droits.
C'est ce que justifia bientôt l'expérience. Le
secret des lettres fut violé ; des citoyens, sans
distinction dage, d'état ct de distance, furent
mandés ala barre; 3 et bientôt encore, l'assemblée
coloniale élevant plus haut ses prétentions, prétendit marcher l'égale de l'assemblée constituante,
en décrétant l'inviolabilité de ses membres, et
déclarant aux paroisses qu'elles n'avoient plus de
droits sur leurs députés.
Toutes ces détermiinations furent l'ouyrage de
12 jours ; et tel étoit l'état des choses, lorsque
lon reçut à Saint-Domingue le décret de l'assemblée nationale du 8 mars 1790, ct les instructions
du 28 du même mois, relatives à Porganisation
des colonies.
A3 --- Page 10 ---
(8)
Qnoique l'assembléenationale connoisse déja ces
deux actes du cerps constituant 2 il n'est pas
inutile d'en rappeler l'esprit et l'objet sommaire.
Par le décret du 8 mars, l'assemblée nationale
déclaroit CC qu'en considérant les colonies comme
>> une partie de l'empire français, et désirant les
> faire jouir des fruits de l'heureuse régénéra39 tion qui s'y étoit opérée, elle n'avoit jamais
>> entendu cependantlcs comprendre dans la cons-
> titution décrétée pour le royaume 2 et les as55 sujétir à des lois qui pourroient être incompa-
>> tibles avec leurs convenances locales et. parti-
>> culières ; et elle autorisoit chaque colonieà faire
>> connoître son voeu'sur la constitution, la légis-
>> lation ctl'administration convenables à la pros-
>> périté ct au bonheur de ses habitans 3 à la
35 charge de se conformer aux principes généraux
>> qui lient les colonies à la métropole 9 et qui
>2 assurent la conservation de leurs intérêts res-
>> pectifs >.
L'instruction du 28 mars prescrivoit ec les condiS> ditions d'éligibilité à T'assemblée coloniale, et le
> nombre des députés qui devoient la composer à
> raison du nombre des citoyens éligibles 3 elle
D portoit que les dépatés élus se rendroient im-
> médiatement à Léogane 7 et y détermineroient
>> le lien oldoit siégerlasembléecoloniale.enléecoloniale:enfin,
> elle déterminoit l'étendue des fonctions déléb2 guées aux assemblées coloniales, et posoit les
à T'assemblée coloniale, et le
> nombre des députés qui devoient la composer à
> raison du nombre des citoyens éligibles 3 elle
D portoit que les dépatés élus se rendroient im-
> médiatement à Léogane 7 et y détermineroient
>> le lien oldoit siégerlasembléecoloniale.enléecoloniale:enfin,
> elle déterminoit l'étendue des fonctions déléb2 guées aux assemblées coloniales, et posoit les --- Page 11 ---
(9)
de celles coniiées aux agens du pouvoir
D limites
92 exécutifs.
deux
ne fussent pas transQuoique ces
pièces
comme on ne pouvoit pasles
mises officiellement,
elles furent reçues au Cap,
révoquer en doute,
des transà Saint-Marc, et au Por-au.-Prince,aveo
de joie et de reconnoissance, et ces sentiports
aussitôt dans toute la colonie.
mens serépandirent
l'assembléo nationale
Onétoit convaincu enfin que
constituante avoit mis au rang de ses premières
obligations , celle de faire participer les colonies
bienfait de la révolution, et de leur donner
au
à leur position et à
une constitution appropriée
leurs besoins.
Lhasembléegénérale reçut aussi ces décretsavec
et, le jour
lesignes de la plus grandesatisfactions
namême, elle vota des remeroogematsseadien
tionale.
délibération ne fut pas exécutée;
Mais cette
et des doutes élevés
des réflexions postérieures,
de l'article IV des instrnctions,
sur l'interprétation
enthousiasme' des memavoient refroidile premier
lire la destrucbres de T'assemblée,qui croyoienty!
tion d'un ordre de choses, auquel ils attachoient
importance. Cet article portoit :
la plus grande
la
du
après
proclamation
C Qu'immédiatement
décret ct de l'instruction - 2 toutes les personnes
de vingtcinq ans accomplis - proptiétaires
âgées
à défaut d'une telle proptiété,
d'immeubles, on,
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(10)
domiciliées dans la paroisse depuis deux ans, et
payant une contribution 3 se réuniroient pour formcr l'assemblée provinciale >>.
Quelques personnes craignirent quel les hommes
de couleur libres, privés jusqu'alors de l'exercice
des droits politiques, ne voulussent, d'après cet
article isolé 2 se présenter dans les assemblées
paroissiales ; et quoiqu'à cette époque ce droitne
fit point réclamé par les hommes deicouleur s
la crainte des difficaltés auxquelles l'interprétation de cet articie 4 sembloit pouvoir doriner
lien, contribua beaucoup à entrainer l'assemblée
générale dans les mesures inexcusables, qui ont
amené sa dissolition.
Voici colles de ces mesures quisont les plus remarquables. L'assemblée gérérale se déclara permanente 3 enjoiguit àlordonnateur des finances
de trausporter ses burcaux et sa caisse auprès
d'elle ; manda à sa barre des commandans militaires 5 suspendit toutes réunions et coneessions
des domaines 5 organisa les municipalités ; enfin
rendit le famenx décret du 28 mai 1790, par lequel, entre autres principes erronés et attentatoires à la souveraineré nationale, elle déclara,
10. qu'a ellea appartenoit, essentiellement etnécesS airement, le droit destatuer sur son régime intérieur ; 20, qu'en ce qui concerne les rapports
commer ciaux ; et les autres rapports communs
entre Saint -Domingue et la France, le nouyeau
5 organisa les municipalités ; enfin
rendit le famenx décret du 28 mai 1790, par lequel, entre autres principes erronés et attentatoires à la souveraineré nationale, elle déclara,
10. qu'a ellea appartenoit, essentiellement etnécesS airement, le droit destatuer sur son régime intérieur ; 20, qu'en ce qui concerne les rapports
commer ciaux ; et les autres rapports communs
entre Saint -Domingue et la France, le nouyeau --- Page 13 ---
(1r)
contrat devoit être formé d'après le veeu, les besoins et le consentement des parties contractantes;
3°. que tout ce qui est relatifaux subsistances ne
fait point partie des objets compris dans la classe
des rapports communs de Saint-Domingue avec la
France ; 4°. que ce décret, > constitutionnel pour
SalntDoningnm,serots envoyéen France pour être
présenté à l'acceptation de l'assemblée nationale
et du roi.
Lorsque l'assemblée générale rendit ce décret,
les lois
elle n'avoit pas encore reçu officiellement
des 8 et28 mars. Ellesne lui parvinrent que quatre
jours après, leier. juin 3 et sur-le-champ elle rendit
un. décret , par lequel; elle déclara 9 10. qu'elle
adhéroit au décret du 8 mars, en tout ce qui n'étoit pas contraire à son arrêté du 28 mai; 2o.que,
sans rien préjuger sur les instructions du 28 mars,
elleinvitoit les paroisses à se réunir et à délibérer
si elles vouloient que'l'assemblée générale continuât ses fonctions. Tous ces décrets étoient des
contraventions formelles aux lois et aux droits
de la Métropole 2 ; mais il s'en falloit bien qu'ils
obtinssent l'approbation de la colonie entière.
et notamment cellcs de la
Diverses paroisses,
Petit-Goave, du FondCrois.des-Bouqnets 2 du
des-Nègres, du Môle, de Jacmel , de P'Acul et 1
delAnse-à-Vemi, prirent, du 20 au 25,mai, des
délibérations vigoureuses , dans lesqueiles elles
l'exécution des décrets de l'assemblée
3 réclamoient
nationale.
ssent l'approbation de la colonie entière.
et notamment cellcs de la
Diverses paroisses,
Petit-Goave, du FondCrois.des-Bouqnets 2 du
des-Nègres, du Môle, de Jacmel , de P'Acul et 1
delAnse-à-Vemi, prirent, du 20 au 25,mai, des
délibérations vigoureuses , dans lesqueiles elles
l'exécution des décrets de l'assemblée
3 réclamoient
nationale. --- Page 14 ---
(12 )
La commune duPortau Prince désavouaauthentiquement tous principes qui seroient contraires
aux lois de l'assembilée constituante.
L'assemblée provinciale du nord, surtout.
s'éleva avecla plus grande force contre le systême 9
d'innovation de l'assemblée générale; et,
la suprématie d'antorité affectée
malgré
par celle-ci, elle
ne craignit pas de délibérer CC qu'elle ne permet-
> troit, à l'avenir, la promnigation d'aucune
S
loi,
>> assemblées
FMs
provinciales, revêtue de la sanction
S Mmrnghalvatrmae
parles
>> sauf la décision définitive de l'assemblée mots, natio-
> nale, et la sanction du roi >9,
Cependant, l'assemblée coloniale ayant convoqué la totalité des paroisses pour délibérer, aux
termes de l'instruction du 28 mars, si elle seroit
continuée dans l'exercice de SeS fonctions, elle
fat confirmée à une légère majorité, et de ce moment elle ne mit plus de bornes à ses espérances
et à ses projets.
S'ilis'agissoit en ce' moment de prononcer sur
la conduite de cette assemblée de Saint-Marc ; ou
si tous les faits, relatifs à cette époque des troubles
de Saint-Domingue, n'étoient enveloppés sous le
voile de l'amnistic prononcée parl l'assemblée constituante; ; je pourrois vous rappeler ici un grand
nombre de décrêts de l'assemblée de Saint-Marc, --- Page 15 ---
(13)
danslesquels vous reconnoitriez. toujours cet esprit
inquiet et dominateur qui a provoquié sa dissolution.
Le comité se
Messieurs,
contentera,
s de vous
retracer les traits qui caractérisent le mieux sa
marche systématiqae. Le 20 juillet s elle ouvrit
tous les ports aux étrangers ; le 22 s elle se
rendit maitresse du magasin à poudre de Léogane ; le 27, elle licencia l'armée, , et la réorganisa sous le nom de.gardes nationales soldées de
la partic française de Saint-Domingue 3 le même
jour, elle enjoignit au commandant du vaisseau de
ligne le Ldopard, de ne point quitter la rade du
Port-au-Prince.
Le gouverneur 2 inquiet des entreprises' de l'assemblée générale , et après avoir essayé inutilement de la ramener aux principes, fit une proclamation danslaquelle il déclara les membres de
l'assemblé générale traîtres à la patrie, et il invita
tous les bons citoyens à se réunirà lui pour concourir à sauver la patric.
Cette proclamation étoit du 29 juillet.. Le même
jour, dans une assemblée à Jaqnelle se trouvoient
tous les chefs militaires, après une longue délibération sur les moyens employés par l'assemblée
générale pour soustraire le vaisseau le Léopard à
l'obdissance du gouyernenr, il fut résolu d'arrêter
quelques m embres du comité du Port-au-Prince,
oyens à se réunirà lui pour concourir à sauver la patric.
Cette proclamation étoit du 29 juillet.. Le même
jour, dans une assemblée à Jaqnelle se trouvoient
tous les chefs militaires, après une longue délibération sur les moyens employés par l'assemblée
générale pour soustraire le vaisseau le Léopard à
l'obdissance du gouyernenr, il fut résolu d'arrêter
quelques m embres du comité du Port-au-Prince, --- Page 16 ---
(14),
pour servir de garans de la conduite de l'assemblée
générale. L'expédition fut confiéa à M. Mauduit,
qui, depuis, a payé bien cherfhonneur du succès de cette entreprise.
Il est difficile de peindre la situation de l'assemblée générale à la nouvelle de cette expédition. Elle fit à la hâte une proclamation pour
inviter toutes les paroisses à se réunir.
Elle présental'espédition del M. Mauduit comme
un projet de contre-révolution : elle le proscrivit,
et le déclara traître à la patrie 2 ainsi que les
autres chefs militaires.
Elle déclara M. de Peynier, déchu de fait. du
gouvernement de la colonie ; et déféra le commandement général à MI. Fierville 2 commandant particulier de la ville de Cayes : enfin elle
autorisa les mulitres et nègres librès à prendre
les armes, 3 et à se réunir aux citoyens armés qui
se vonoient à la défense de l'assemblée générale.
L'acte de proscription que-l'assemblée générale
avoit prononcé contre les officiers militaires fut
inmédiatementsuivid'meexéeéaution violente dans
la ville des Cayes. La Municipalité extraordinaire
de cette villelavoit intercepté des lettres adressées
par le commandant en second de la colonie, à
M. de Candère, commandant pour le Roi dans
la partic du sud. Elle fit arrêter cet oflicier, ct
le fit condaire dans les prisons de la ville des
Cayes. Bicnto:, % il en futarraché parle peuple --- Page 17 ---
(15)
qui le traîna sur la place publique; ct, malgré la résistance apparente des officiers municipaux, ce citoyen, non entendu, non jugé, y
péric de 'deux coups d'armes à feu, au milieu des
plus affreuses violences.
Tandis que dans la ville des Cayes, on secondoit
d'une manière si barbare les projets de vengeance
de l'assemblée générale, l'orage grondoit surcelleci, 2 et l'instant approchoit où elle devoit se trouver anéantie.
L'assemblée provinciale du nord n'avoit cessé
de réclamer contre l'usurpation des pouvoirs de
T'assembiéegénérale : elle crutdevoir enfin prendre
une mesure vigoureuse et décisive. Dans une
assemblée à laquelle furent appelés tous les militaires, et membres des corps administratifs, il
fut arrêté qu'il seroit envoyé quatre commissaires
à M. de Peynier, pour le requérir d'opérer la
dissolution de l'assemblée générala ; cette démarche eut le succès qu'oa en espéroit.
Le 6 août, M. de Vincent, quiavoit été chargé
de cette expédition, fit sommer l'assemblée genérale de se séparer dans 42 heures, sous peine
d'y être contrainte par la force : celle-ci, ne se
sentant pas ten état de résister, s'embarqua à
bord du vaisseau le Léopard, et fit voile pour
la France.
Avant son départ, clle fit une adresse touchante
; cette démarche eut le succès qu'oa en espéroit.
Le 6 août, M. de Vincent, quiavoit été chargé
de cette expédition, fit sommer l'assemblée genérale de se séparer dans 42 heures, sous peine
d'y être contrainte par la force : celle-ci, ne se
sentant pas ten état de résister, s'embarqua à
bord du vaisseau le Léopard, et fit voile pour
la France.
Avant son départ, clle fit une adresse touchante --- Page 18 ---
(16)
dans laquelle elle protestoit de son dévouement A
pour la coionie, et de sa fidélité pour la métropole, au sein de laquelle ellerne craignoit pas,
disoit-elle, d'aller chercher des juges, et odelle
espéroit obtenir une vengeance éclatante de ce
qr'elie appeloit les forfaits de MM. Mauduit et de
Vincent. Ls ton de sensibilité qui régnoit dans
cette adresse,et cet intérêt naturel que l'on porte
aux malheurens, hbgeseditrenb-sscoup d'esprits. Présente, on ia suspectoit; absente 3 on
Ja plaignit; et de tous côtés on s'empressa bientôt
de la justifier,
On a vu que les écarts de l'assemblée générale
avoient été l'effet de son inquiétude sur les intentions de la métropole, relativementaux hommes
de couleur, et peut être ausside quelque velléité
d'indépendance. Telles furent aussi les bases du
décret rendu, le 12 octobre 1790, par l'assemblée
constituante.
G L'assemblée générale fut déclarée déchue de
ses pouvoirs 5 M M. de Peynier, 3 Mauduit et
Vincent furent remerciés, ainsi que l'assemblée
provinciale du nord, les troupes patriotiques du
Cap, les volontaires de Saint-Marc et du Portau-Prince ; et l'assemblée annonça sa ferme volonté d'établir comme article consucuuionnel dans :
les colonies qu'aucunes lois sur l'état des personnes ne seroient décrétées pour les colonics --- Page 19 ---
( J 17 )
que sur la demande précise et formelle des
colonies >>.
Nous remplirions imparfaitement, Messieurs
l'obligation d'impartialité que nous impose notre 2
mission, si nous ne vous rendions compté ici d'un
grand nombre de pièces qui inculpent le
neur de
gouverSaint-Domingue et l'assemblée provinciale du nord, dans leur conduite à l'égard de
l'assembléc coloniale de Saint-Marc.
Les uns ont cru.voir en M. de Peynierun
secret des contre-rérolationnaires,
agent
duite, les
2 et dans sa convengeances de l'aristocratie contre les
dépositaires d'une autorité élevée sur les ruines
de la sienne : les autres croient entrevoir dans
la conduite de l'assemblée provinciale du nord
les traces d'une jalousie secrète, et les vengeances
de l'esprit de corps.
On ne sauroit juger les intentions ; mais nous
devons à la vérité, de déclarer que les actes privés
et publics de la correspondance de M. de Peynier,
qui sont venus à notre connoissance
2 portent
tous les caractères de l'obéissance aux décrets de
l'assemblée nationale, et que les arrêtés 2 les
proclamations et'les autres actesauthentiques de
l'assemblée provinciale du nord, sont généralement conformes aux principes de la constitution.
On conçoit, d'ailleurs, combien il est difficile de
déméler les fils secrets d'une révolution quis'est
s de la correspondance de M. de Peynier,
qui sont venus à notre connoissance
2 portent
tous les caractères de l'obéissance aux décrets de
l'assemblée nationale, et que les arrêtés 2 les
proclamations et'les autres actesauthentiques de
l'assemblée provinciale du nord, sont généralement conformes aux principes de la constitution.
On conçoit, d'ailleurs, combien il est difficile de
déméler les fils secrets d'une révolution quis'est --- Page 20 ---
(18)
opérée à 1800 lieues de nous, lorsque nous igno-.
rons encore lcs vrais coupables des scènes sanglantes qui ont déshonoré la nôtre.
Nons passons aux événemens de la troisième
époque > : elle embrasse l'intervalle de la dissolution de l'assemblée générale dans les premiers
jours d'août 1790, - à la formation de la nouvelle
assemblée coloniale qui a eu lieu du 3 au 10
août degnier, c'est-adire, l'espace d'une année
à-peu-près.
Les événemens arrivés à Saint-Domingue pendant cet intervalle n'ont point de liaison suivie,
et tiennent un peu de la désorganisation dea pouvoirs de la colonie à cette époque. IlS jeteront
néanmoins un nouyeau jour sur les causes des
troubles de la colonie.
Après le départ de l'assembléé générale pour
la France, à bord du navire le Léopard, beaucoup de paroisses de l'Ouest crièrent à la vexation et à la violence. Une confédération fut résolue; et Léogane fut indiqué pour lieu de réunion. Des troupes s'y rendirent de différents
endroits. L'état-major de celte.petite armée prit
le titre de-Conseil-général de guerre et de politique, et s'occupa d'abord du plan de son organisation.
Une --- Page 21 ---
I
C
(ig)
Une députation da district du Port-au-Prince
se renditauprès des confédérés, lenr fit "I tableau
énergiqbe desualheurs qu'entrainerotent
res intestines, et les invita, au nom de desguer-. la
lonie en danger, à abandonner une
COentreprise
qui occasionneroit nécessairement de
sordres.
-
wure
grands déCes paroles de paix produisirent l'effet
attendoit la députation ; les confédérés arrêtèrent qu'en
de faire des propositions à M.
deFeynier; et des
commissaires furent chargés de les lui
Le gonverneur-général y
présenter.
répondit avec modération,mais avec fermeté : lesconfédérésr
à Jeurs projets, se relirerent dans lattrs renoncèrens
et la tranquillire fut encore une fois paroisses,
la colonie.
a
rendue à
1380 0
Un incident cependant avoit failli
Lorsque les paroisses ge conféléroiont, Talbigner.
nonçoient des projets hostiles
et ancontre le
neur, M. Mauduit usant d'un
gonyersemblée
moyen dont l'asi
générale avoit fait usage le 3
s'étoit décidé à inviter) les mulâtres et
aott,
à s'armer et se réunir A lui.
nègres libres
L/urmementetle rassemblement de ces
sur l'habitation du sieur
mulâtres
la Créto-l-Piquant,
Baudy-des-Tnaiires de
près Léogane,
diverses municipalités voisines. Celle nvoientalarmé dc
se décida à y envoyer un
Léogane
détachement de
Colonies, 110, a 12,
B
gardes
âtres et
aott,
à s'armer et se réunir A lui.
nègres libres
L/urmementetle rassemblement de ces
sur l'habitation du sieur
mulâtres
la Créto-l-Piquant,
Baudy-des-Tnaiires de
près Léogane,
diverses municipalités voisines. Celle nvoientalarmé dc
se décida à y envoyer un
Léogane
détachement de
Colonies, 110, a 12,
B
gardes --- Page 22 ---
20 )
nationales,et de maréchaussée; mais à la première
attaque le sieur Dambouville - 9 commandant de
ayant été tué, le reste se retira.
ce détachement,
La municipalité de Léogane se plaignit au goudemanda les procès-verbaux et autres
verneur, qui
actes relatifs à cet événement: et, comme rien ne
constatoit que le sieur Baudry-des-Lozieres eût
donné lieu à l'envoi de forces répressives sur son
habitation
le
représenta qu'on ne
S
gonvernenr
pouvoit lui faire un reproche d'avoir repoussé
l'incursion faite chez lui à main armée. Cette
affaire n'eut pas de suite.
Il y eut, dans les premiers jours de septembre,
et dans diverses parties de la paroisse du PetitGoave, des mouvemens de nègres, dont un mulâtre, nommé Sinth-Dopson 7 étoit soupçonné
d'être l'instigateur. Ces désordres furent réprimés
aussitôt que connus.
Vers la fin du mois suivant, la tranquillité
de la colonie fut encore une fois troublée. Un
mulâtre, nommé Ogé, qui avoit passé un an à
Paris, débarqua, le 21 octobre, dans la colonie,
sous le costume d'un matelot américain, et SO
trouva, dès le 28, à la tête d'une petite armée
de
de couleur, désarmant les blancs, engens
des actes de viorolant des nègres, et exerçant
lence de tous genres. --- Page 23 ---
(21)
Il s'étoit fixé dans le quartier de la
rivière : sa troupe étoit de six cents
grande
à - peu - près , et elle grossissoit
hommes 2
L'assemblée
tous les jours.
provinciale du nord sentant qu'il étoit
prudent de prévenir un plus grand
se hâta
rassemblement,
de sO réunir aux commandans militaires, pour concerter les moyens de
les révoltés.
repousser
Ogé, et un nommé
Chavanne, autre mulâtre
qu'il avoit associé au géndralat, écrivirent
au
alors
gouverneur-genéral de la
mandant pour le roi
Colonie, au comau Cap, et à l'assemblée
provinciale du Nord. Ogédisoit, dans
dont copies officielles
ses lettres,
sont déposées au comité,
qu'il avoit concouru à obtenir le décret du 9
mars, qu'il venoit en demander
qu'il emploieroit,
l'exécution, et
pour réussir, la force
la force.
contre
Chavanne écrivoit, qu'ils étoient sûrs de
ver vingt-cinq mille hommes
troupour faire
ce Décret, et qu'ils
exécuter
emporteroient la victoire
les précautions qu'ils avoient prises.
par
Le décret du 28 mars, réclamé
par Ogéet Chavanne 2 n'étoit qu'un prétexte. Ce décret avoit
pour uniqne objet d'indiquer le mode d'élection provisoire de l'assemblée
y avoit six mois
générale ; il
que cette' élection étoit faite 3
l'assemblée coloniale existoit encore : il
donc aucun motif,
n'yavoit
aucune raison sérieuse deréB a
qu'ils avoient prises.
par
Le décret du 28 mars, réclamé
par Ogéet Chavanne 2 n'étoit qu'un prétexte. Ce décret avoit
pour uniqne objet d'indiquer le mode d'élection provisoire de l'assemblée
y avoit six mois
générale ; il
que cette' élection étoit faite 3
l'assemblée coloniale existoit encore : il
donc aucun motif,
n'yavoit
aucune raison sérieuse deréB a --- Page 24 ---
(22)
clamer l'exécution de cette loi : il n'y en avoit
surtout: de le faire d'une manière hospoint 2
tile et offensive, et d'appuyer cette demande par
des menaces et des violences.
Ces menaces et ces violences n'eurent heureusemcnt pas de suite. Ogé, à la tête de sa petite
armée, avoit pillé et assassiné, le 29 octobre 9
les sieurs Sicard ct Prion, habitans. - - Le même
jour portant leurs têtes avec des piques en
sigue : de triomphe, Ogé vint attaquer le bourg
du Dondon ; il y tua quelques personnes, mais
il fut repoussé. - Peu de temps après, il opposa
la résistauce ouverte aux troupes de ligne et aux
milices patriotiques du Cap : mais, repoussé de
nouveau avec perte, et abandonné des siens qui
déclarèrent depuis qu'il les avoit forcés Ale suivre 1 il sC retira sur le territoire espagnol.
Le gonvernenr français le réclama ; et 3 peu
de jours après, Ogé, un de ses frères, > le
nommé Chavanne 2 et treize autres chefs de
été
furent rendas à la
son parti, 2 ayant
arrêtés,
France en vertu de l'article VI du traité de
1777Ogé arété jngé et condamné à mort par arrêt
du conseil supérieur du Cap. L'instruction de ce
procès ne laisse aucun doute sur le projet d'une
insurrection générale de la part des hommes de
couleur. Son jeune frère, par son testament de
mort, du 9 mars 1791, qu'il confirmale lende- --- Page 25 ---
(23)
7 main, déclara que les nommés Fleury et PHi:
rondelle , députés des gens de couleur auprès de
l'Assemblée Nationale 7 étoient revenus dans
la colonie sur un bâtiment bordelais ; que leur
présence dans la colonie soutenoit le soulèvement des gens de couleur; et que, sans le débordement des rivières, CeS hommes de couleur,
réunis à des nègres au nombre de onze mille
seroient venus 3 au mois de février dernicr, fondre s
sur la ville du Cap et la livrer au piliage. Il dénonça
en outre les principanx agens de ces
dont
troubles,
plusieurs sC trouvoient déja compris au procès, et Il indiqua les points de railiement et les diverses mesures quiavoient éte prises pour exécu
ter ce complot abominable.
Ce qui prouve que l'entreprise d'Ogé étoit liée
à un plan général, c'est qju'au même instant,
et dans toutes les parties de la colonie
les
hommes de couleur et nègres libres firent desmou- >
vemens pius ou mnoins inquiétans ; mais par- tout
CCS mouvemens furentréprimés dès leurnaissance
-
et l'on dut particulièrement ce succès à l'activité 5
- des chefs militaires 7 età la grande subordination
des troupes de ligne, à l'époque de la fin de l'année 1790.
Malhéurensement ponr Ia colonie, cette subordination ne dura pas long-temps.
B 3
nègres libres firent desmou- >
vemens pius ou mnoins inquiétans ; mais par- tout
CCS mouvemens furentréprimés dès leurnaissance
-
et l'on dut particulièrement ce succès à l'activité 5
- des chefs militaires 7 età la grande subordination
des troupes de ligne, à l'époque de la fin de l'année 1790.
Malhéurensement ponr Ia colonie, cette subordination ne dura pas long-temps.
B 3 --- Page 26 ---
(24)
Les forces de terre et de mer qui étoient parties
de Lorient le 3 Février 1791, arrivèrent sur la
rade du Port-an-Prince le 2 mars suivant, 2 portant un bataillon d'Artois, un bataillon de Nordu
d'Armandie, et un détachement
Corps-Royal
tillerie.
Les casernes du Port-au-Prince ne suffisant pas
loger ce renfort de troupes, M. Blanchepour lande ordonna à M. Devillage, commandant de
la station, d'allerles débarquer au Môle SaintNicolas. Les équipages et la troupe avoient été en
insurrection pendant toute la traversée : à leur
l'insubordination
arrivée au Port-au-Prince,
augmenta, et M. Devillage se trouva dans l'impossibilité d'exécuter les ordres du gouverneur. Les
volontaires patriotes du Port-an-Prince, les troude ligne et les équipages de la station. se
pes
Les députés
firent des députations respectives.
d'Artois et de Normandie furent reçus au Portdes
et il
au-Prince ail milieu
applaudissemens,
eut des illuminations dans toute la ville.
y
Le récit de l'accueil qui leur avoit été fait
exalta toutes les têtes. Tous demandèrent à être
débarqués 5 et le commandant se trouva dans la
nécessité d'y souscrire.
Artois et Normandie firent comnoissance avec
le régiment du Portau-Prince, commandé par M.
Mauduit ; 'lcs habitans prodiguèrent les fêtes et --- Page 27 ---
(25)
le vin aux nouveaux débarqués ; la journée se
passa dans une alégresse bruyante, mais point orageuse.
Cependant, - les anciens partisans de l'assemblée
générale et du comité provincial de l'ouest, dissous par M. Mauduit dans la nuit du 29 au 30
juillet 1799,mécontents du décret du 18 octobre
1790, crurent l'occasion favorable pour se venger. Ils assurèrent aux soldats enivrés, qu'un nouveau décret du mois de décembre, avoit pleinement justifié l'assemblée générale, et improuvé
cette expédition du 29 au 30 juillet 1790 ; et ils
leur firent entendre que c'étoit une tache pour le
régiment du Port-au-Prince, qui avoit concouru
à cette expédition.
Une démarche ostensible et dirigée dans la
même vue, vient assurer le succès de ces projets criminels. Une députation des officiers des
districts se rendit avec appareil chez M. Maxduit, et le somma de la part du peuple, de remettre les drapeaux enlevés de la maison du
comité dans la nuit du 29 au 30 juillet. Il offrit de les délivrer à l'instant; mais on s'y refusa, en exigeant qu'il vint, à la tête de son régiment, les remettre lui-même dans le lieu d'oit
ils avoient été enlevés. On fixa l'heure; ; il s'y
rendit: et, à la porte de ce comité, au milieu,
de son régiment, au milieu de la ville entières
il fut assassiné par ses propres soldats. Sa tête
B4
dans la nuit du 29 au 30 juillet. Il offrit de les délivrer à l'instant; mais on s'y refusa, en exigeant qu'il vint, à la tête de son régiment, les remettre lui-même dans le lieu d'oit
ils avoient été enlevés. On fixa l'heure; ; il s'y
rendit: et, à la porte de ce comité, au milieu,
de son régiment, au milieu de la ville entières
il fut assassiné par ses propres soldats. Sa tête
B4 --- Page 28 ---
(26)
fut coupée et placée an haut de la potence, de
Ja ville ; son corps dépouillé de vêtemens fut
trainé dans toutes les rues au milieu des cris
d'une joie effrénée ; et l'on n'abandonna son Çadavre en lambeaux que pour se livrer au pillage
de sa maison.
M. Blanchelande avoit eu beauconp de peine
à se soustraire aux farieux, et s'étoit retiré au
Cap. Après soIl dopart, il se forma au Port-auPrince une nouvelle municipalité qui s'empara
de tous les ponvoirs.
ilonti nS
Cette ville ne jouit pas long-temps des. fruits
de son criminel triomphe. Un régiment qui s'64
toit livré à de- pareilles violences ne pouroit
aisément rentrer dans le devoir. Le nouveau commandant y fit de vains efforts; l'insabordination
devint extrême : et la municipalité, après avoir
fait marcher contre lui les bataillons d'Artois. et
de Normandie, après l'avoir désarmé,le fit: embarquer et partir pour la France.
Lm
La nouvelle du décret du premier février dernier
le roi étoit prié d'envoyer
7. : par lequel
trois commissaires civils dans la colonie, avec
pouyoir de suspendre tout jugement d'affaires.
relatives aux derniers troubles, avoit rétabli le
calme à Saint-Domingue. La métropole avoit
annoncé authentiquement vouloir s'occuper de
tous les moyens propres à assurer le bonheur et --- Page 29 ---
(27)
la' tranquillité des colonies; elle avoit promis de
leur donner une constitution appropriée à leur
position, compatible avec leurs besoins et leurs
usages particuliers 3 elle avoit annoncé qu'il ne
seroit statué sur l'état - des personnes dans les
colonies, que sur leur initiative; ; le dernier décret annonçoit l'envoi très-prochain, d'instructions selatives à l'organisation du régime colonial : ics colonies paroissoient devoir respirer 9
lorsque le décret. du 15 mai, en anéantissant
l'effet de ces promesses, vint exciter de nouvelles
conyulsions à Saint-Domingne.
Nous ne prononçons point, Messieurs, 2 sur le
fond de ce décret. Il contenoit trois dispositions
principales :
La première , cc Que le corps législatif ne dé-
>> libéreroit jamais sur l'état politique des hommes
> de conlour, qui ne seroient pas nés de père
> et mère libres P > ;
La seconde, < Que les assemblécs coloniales
>> acinellement existantes continueroient leurs
>> fontions >> ;
E
La troisième, rc Que les hommes de couleur
>> nés de père et mère libres seroiontadmis dans
>. toutes les assemblées coloniales et provinciales
> fatures, s'ils avoient d'ailleurs les qualités re-
>5 quises >>.
Les colons blancs sej plaignirent que la troisième
de père
> et mère libres P > ;
La seconde, < Que les assemblécs coloniales
>> acinellement existantes continueroient leurs
>> fontions >> ;
E
La troisième, rc Que les hommes de couleur
>> nés de père et mère libres seroiontadmis dans
>. toutes les assemblées coloniales et provinciales
> fatures, s'ils avoient d'ailleurs les qualités re-
>5 quises >>.
Les colons blancs sej plaignirent que la troisième --- Page 30 ---
(28)
infraction aux décrets des
disposition étoit une
alors
8 mars et 12 octobre 1790, et répétèrent
jamais cessé de dire : Que
ce qu'ils n'avoient
de cet intermédiaire politique
de la suppression
résulteroit nécesentre les blancs et les noirs
sairement la subversion de la colonie.
l'attente des hommes de
Dun autre côré,
remplie. L'excouleur libres ne se trouva pas
par la loi contre ceux qui
clusion prononcée
méconn'étoient pasnés de père et mère libres,
cette dernière classe > que
tenta singulièrement
l'on assure être la plus nombreuse,et qui paroissollicité le
vivement le décret.
soit avoir
plus
La nouvelle de ce décret fut donc un germe
de discorde entre les blancs et les mufaneste
dernière classe, entre les
lâtres ; et, dans cette
mère libres.
affranchis et ceux nés de père et
fut
et extrême.
Le mécontentement
général
mile
au
N'exigez pas (écrivoit gouverneur
nistre de la marine), n'exigez pas que je vous
>>
toutes plus violentes
S fasse part des propositions,
ce dé-
> les unes que les autres, anxquelles la
donné lieu. La
civile
plus
3) cret a
guerre
être
et la
de la colonie peuvent
>> affreuse,
perte
des esprits.
>> les suites de la disposition présente
de ce décret sur les esclaves
> La première partic
des
;
même
à l'égard
propriétés
>> ne rassure
pas
déeret
disposition qu'an
> on n'y voit qu'une
propositions,
ce dé-
> les unes que les autres, anxquelles la
donné lieu. La
civile
plus
3) cret a
guerre
être
et la
de la colonie peuvent
>> affreuse,
perte
des esprits.
>> les suites de la disposition présente
de ce décret sur les esclaves
> La première partic
des
;
même
à l'égard
propriétés
>> ne rassure
pas
déeret
disposition qu'an
> on n'y voit qu'une --- Page 31 ---
(29)
> subséquent
abrogera, comme
> la promesse du 12 octobre.
celui-ci anéantit
> La garantie accordée par le
5 (écrivoit le
premier article
procureur-; général du
S périeur du Cap ) est regardée
conseil-snS veau
comme un noupacte, 3 aussi vain que celui du 12
>> aussi facile à violer >>.
octobre,
Ecoutez les membres de l'assemblée
ciale, s écrivant à l'assemblée
provin3> première exécution de
nationale : CC La
votre décret,
>> seroit désastreuse
la
disent-ils,
pour
colonie.
>> coeurs sont ulcérés; les
Tous les
>> sommes témoins,
agitations dont nous
> sion
peuvent amener une explogénérale 9 affreuse dans ses
>> nous n'avons
effets : alors
qu'à
une
>>
envisager
résistance
désespérée, et un vaste tombeau
> lonie.
dans la COLe désordre est au comble
> capitaine du
( écrivoit un
Havre, le 22
> Saint - Domingue
juillet dernier ) ;
>> plutôt
de s'ensevelira sous ses ruines,
que
souffrir la
> décret du 15 mai. Tout
promulgation du
est en
bas de la cote,
combustion au
surtout au
> où l'on
Port-an-Prince,
vouloit, au départ du
> en dérive les navires
courrier, mettre
Il n'est.
bordelais >>,
pas intile, Messieurs,
causes de cette animosité
d'indiquer les
contre les Bordelais.
particulière des colons
Bordeaux
Les corps administratifs de
avoient fait une adresse de félicitation --- Page 32 ---
(30)
à l'Assemblée nationale, au sujet du décret duz
15 mai; ; ils l'avoient suppliée de prendre les mesures les plus promptes et les plus efficaces pour
l'erécution de ce décret; ctlui avoient offert le secours des gardes nationales du département. CGes
dispositions, qui contrarioient l'esprit dominant
à Saint - Domingue 7 avoient aigri les colons
contre les capitaines, les équipages ctles passagers
arrivant de Bordeaux.
Ce qui acheva d'effrayer les colons sur les
dispositions de la métropole, fut la' lettre fameuse d'un membre de l'Assemblée constituante,
qui écrivoit que Lientôt le soleil n'éclaireroit
plus en Amérique que des hommes libres. Les
colons sentoient que de pareilles espérances
données aux colons pouvoient avoir les suites
les plus ficheuses; ; et l'expérience prouve aujourd'hui que leurs inquiétudes n'étoient'pas sans
fondement.
Cependant quelques - uns de ceux qui avoient
le plus appuyé le décret du 15 mai, commençoient à sentir la difficulté de son exécution ; le
gouverneur écrivoit que si la loi parvenoit officiellement, il ne prendroit pas surlui d'en ordonner la promulgation; toutes les places maritimes,
toutes les villes de commerce, tontesles mannfactures du royaume 3 faisoient des réclamations S:
ient'pas sans
fondement.
Cependant quelques - uns de ceux qui avoient
le plus appuyé le décret du 15 mai, commençoient à sentir la difficulté de son exécution ; le
gouverneur écrivoit que si la loi parvenoit officiellement, il ne prendroit pas surlui d'en ordonner la promulgation; toutes les places maritimes,
toutes les villes de commerce, tontesles mannfactures du royaume 3 faisoient des réclamations S: --- Page 33 ---
(31)
l'assemblée constituante, éclairée par Ce crigénéa
ral, convaincue que l'incertitude des esprits sur
les principes de la Métropole avoit été la première
cause des troubles des colonies
s reconnoissant
enfin la nécessité de donner une constitution à
cette partie intégrante et précieuse de l'Empire
Français, décréta constitutionnellement pour les
Colonies 2 les quatre articles ci-après :
A R T I C L E P R E M I E R.
cc L'Assemblée nationale législative statuera exclusivement, 2 avec la sanction du roi, sur le régime extérieur des Colonies; en conséquence, elle
fera, 10. les lois qui règlent les relations com- -
merciales des Colonies, celles qui en assurentle
maintien par l'établissement des moyens de surveillance, la poursuite 3 le jugement et la punition
des contraventions, et celles qui garantissentl'exdcution des engagemens entre le commerce et les
habitans des Colonies; 2°. les lois qui concernent
la défense des Colonies,
7 les parties militaires et
administratives de la guerre et de la marine.
A R T. I I.
s Les assemblées coloniales pourront faire, shr
les mêmes objets > toutes demandes et représentations; mais elles neseronto considérées que comme
de simples pétitions 2 et ne pourront être conyerties dans les Colonies en règlemens provisoires; --- Page 34 ---
(32)
sauf néanmoins les exceptions extraordinaires et
momentanées, relatives à l'introduction des subsistances, lesquelles pourront avoir lieu à raison
d'un besoin pressant, légalement constaté, et d'après un arrêtédes assemblées coloniales,approuvé
par les gouverneurs.
ART. III
>> Les lois concernant l'etat des personnes non
libres, et l'état politique des hommes de couleur 9
nègres libres, ainsi que les règlemens relatifs à
l'exécution de ces mênies lois, 9 seront faites par
les assemblées coloniales s s'exécuteront provisoirement avec l'approbation des gouverneurs des
Colonies, S pendant un an pour les Colonies Américaines, et pendant deux ans pour les Colonies
Asiatiques, et serontp portées directement à la sanction du roi, sans qu'aucun décret antérieur puisse
porter obstacle au plein exercice du droit conféré
par le présent article aux assemblées coloniales.
A R T. IV.
>> Quant aux formes à suivre pour la confection.
des.lois du régime intérieur - , qui ne concernent
pas l'état des personnes désignées dans l'article
ci-dessus, elles seront déterminées parle pouvoir
législatif, ainsi que le surplus de l'organisation
des Colonies 2 après avoir reçu le voct que les
la sanction du roi, sans qu'aucun décret antérieur puisse
porter obstacle au plein exercice du droit conféré
par le présent article aux assemblées coloniales.
A R T. IV.
>> Quant aux formes à suivre pour la confection.
des.lois du régime intérieur - , qui ne concernent
pas l'état des personnes désignées dans l'article
ci-dessus, elles seront déterminées parle pouvoir
législatif, ainsi que le surplus de l'organisation
des Colonies 2 après avoir reçu le voct que les --- Page 35 ---
( 1 33 )
assemblées coloniales ont été autorisées à exprimer sur leur constitution >>.
Cette loi, qui devoit assurer invariablement la
tranquillité des colonies, n'a pu malheureusement
y arriver assez tôt pour prévenir les événemens
affreux qu'embrasse la quatrième époque, dont il
me reste à vous rendre compte.
Ici, Messieurs, commence un nouvel ordre de
choses. La révolte des noirs éclate ; les événemens, 2 les délibérations, les dispositions militaires
se succèdent avec rapidité ; et l'homme sage, qui
ne veut pas juger légérement s est obligé de se
recueillir pour suivre le fil des faits, et pour apprécier les mesures qui furent adoptées dans ces
circonstances critiques.
J'épargnerai à votre sensibilité un nouveau récit
des faits particuliers dont l'atrocité vous a déja
fait frémir plusieurs fois; ; je me bornerai à vous
indiquer la marche générale des révoltés, et les
moyens que leur ont opposés le gouverneur et
l'assemblée coloniale.
La formation de la nouvelle assemblée coloniale s que diverses circonstances avoient retardée
jusqu'à ce moment, a s'étoit enfin opérée à Léogane --- Page 36 ---
(34)
le 1o août dernier, et cette assemblée s'étoit constituée de suite sous le nom d'assemblée générale
de la partie française de SaintDomingue,
Le même jour on avoit agité la question de
savoir si l'assemblée continueroit ses travaux à
Léogane, ou si, conformément à la faculté que
lui en accordoit l'instruction du 28 mars 2 elle
choisiroit une autre ville pour lieu de Ses séances.
Les opinions s'étoient trouvées partagées :les uns
préféroient Léogane, comme point.central de la
colonie ; les autres insistoient pour le Cap 2 par
la raison que cette ville avoit de plus grandes liaiSOn1S avec la Métropole, et parce que, disoientils encore 2 c'étoit le moyen de détruire entièrcment les anciens germes de division : on fut au
scrutin : au troisième tour, le Cap obtint la majorité,t la rénnion générale dans cette ville fut
ajournée au 25. L'assemblée se sépara ensuite.
Il n'est pas inutile, Messieurs, de vous rappelerquelques délibérations que l'assemblée générale avoit prises au moment de sa formation ct
de sa rénnion provisoire.
A l'ouverture de SCS séances, le 3 août, elle
avoit exigé que tous ses. membres prétassent
serment, et jurassent sur Phonneur et au nom
du salut de la colonie cn danger, de se réunir
d'esprit, de coeur et d'intention avec leurs collègues, et d'ensevelir dans une nuit éternelle
quelques délibérations que l'assemblée générale avoit prises au moment de sa formation ct
de sa rénnion provisoire.
A l'ouverture de SCS séances, le 3 août, elle
avoit exigé que tous ses. membres prétassent
serment, et jurassent sur Phonneur et au nom
du salut de la colonie cn danger, de se réunir
d'esprit, de coeur et d'intention avec leurs collègues, et d'ensevelir dans une nuit éternelle --- Page 37 ---
(35)
fes discussions qui avoient précédé leur
blement.
rassemK Le 9,-elle déclara ne vouloir laisser
doute sur la pureté de ses intentions
aucun
et de ses
principes, jusqn'a ce qu'elle eût pu les manifester plus formellement en s'occupant de la
constitution de Saint-Domingue s 'et elle arrêta
en conséquence qneSaiscDoringnetant,
de l'empire français
elle
portion
reconnoissoit qu'à
l'Assemblée nationale seule appartenoit irrévocablement le droit de prononcer sur les
rapports
politiques et commerciaux qui unissent Saint. Domingue à la France, d'après les plans
roient présentés
qui separ l'assemblée générale. Elle
déclara en outre, 3 qu'elle mettoit sous sa sauvegarde , et sous celle de la loyanté des
les créances, tant des négocians de France citoyens,
de Saint-Domingne; qu'elle maintiendroit l'obser- que
vation des lois qui en assurent 0e les paiemens, dans
toute leur vigueur , et qu'elle provoqueroit, à cet
effet toute l'influence des opinions et de la force
publique.
Ces arrêtés., et celui par lequel elle avoit
déterminé de se fixer au Cap, fureat adressés et
soumis au représentant du roi par des commissaires nommés à ceteffet, et cette formalité fut
étendue anx diverses déibérations prises postéricurement par l'assemblée générale.
Colonies, no, 12.
C --- Page 38 ---
(36)
Conformément à celui du 10 août, les membres
s'étoient séparés, résolus
de l'assemblée générale
de se rendre au Cap au jour indiqué.
Dans leur route 9 quelques-uns d'entre eux
furent témoins, le 16 août, de l'incendie d'une,
à
sur l'habitation Chabeau, au
case
bagasse,
du Limbé; plusieurs 1 9 dont deux sont
quartier
traversèrent des sucreprésentement en France,
incendiées, et eurent beaucoup de peine à
ries
révoltés;
autres, enfin 9
échapper aux
quatre
massacrés en se rendant
ont été impitoyablement
paisiblement à leur poste.
l'assemblée générale fat réunie, le
Avant que
du Nord fit
22 Août, l'assemblée provinciale
M. Blanchelande d'être présent:à la déclaprier
blanches et de couleur"
ration dediverses personnes
arrêtées la veille par des patrouilles.
qu'il existoit un
Ces personnes déposéront
de conspiration, dirigé particulièrement
projet la ville du Cap. Ce projet devoit s'effeccontre
On devoit mettre le feu à des hatuer la nuit.
un
bitations voisines du Cap; et, à ce signal,
devoit avoir lieu dans. toutes
massacre général
les parties de la ville.
prit aussitêt des mesures
M. Blanchelande
prévenir ce désastre : mais elles ne purent
s'étendre pour
à toute la partie du Nord qui sC trouyoit
menacée.
ront
de conspiration, dirigé particulièrement
projet la ville du Cap. Ce projet devoit s'effeccontre
On devoit mettre le feu à des hatuer la nuit.
un
bitations voisines du Cap; et, à ce signal,
devoit avoir lieu dans. toutes
massacre général
les parties de la ville.
prit aussitêt des mesures
M. Blanchelande
prévenir ce désastre : mais elles ne purent
s'étendre pour
à toute la partie du Nord qui sC trouyoit
menacée. --- Page 39 ---
(37)
Pendant la nuit 9 des nègres révoltés sur
l'habiration Noé,Al'Acul, y assassinent les blancs,
passent sur lhabitation Clément, y signalent
également leur rage, pénètrent aux trois habitations Galifet,et y commettent les mêmes horreurs.
Le 23 au matin, 3 on vit arriver de divers
quartiers, des blancs fuyant leurs habitations.
Les uns annonçoient la révolte de plusieurs atteliers, $ les autres racontoient les massacres
se
qui
commettoient dans la plaine ; tous demana
doicnt l'asyle ou des secours.
Le comandant-général envoya aussitôt une
compagnie du régiment du Cap sur l'habitation
Noé,et il invita les dragons patriotes à les
y
accompagner,
L'assemblée provinciale a
de son côté
des troupes à cheval et des volontaires envoya
du Cap, cà M. Blanchelande
au haut
établit ensuite un
fort détachement de troupes de ligne.
Les membres de l'assemblée générale arrivoient
successivement au Cap, à travers les plus grands
dangers. Ils se formèrent d'abord en comité, et
arrêterent que sur-le-champ on donneroit avis
anx provinces de l'Ouest et du Sad des malheureux événemens qui affligeoient les environs du
Cap : le président fut spécialement chargé de
cette commissiou.
Ca --- Page 40 ---
(38 )
Les premières dispositions faites par le gouyerneur et l'assemblée provinciale du Nord,
avoient un peu dissipé la terreur qui s'étoit répandue dans la ville; ; mais cette situation ne
fut pas de longue durée.
A chaque instant on apprenoit des nouvelles
plus fâcheuses les unes que les autres : tous ceux
qui arrivoient de la plaine rapportoient que les
violences des révoltés augmentoient avec leur
nombre, et que le mal s'étendoit progressivement a toute la partie du Nord.
La position particulière du Cap n'étoit pas toutà-fait tranquillisante. Cetteplace qui contienthuit à
dix mille nègres mâles, fourmillé, comme toptes
lesgrandes villes, d'une foule d'aventuriers, rebut
de l'Enrope entière. Comme on découvroit à tout
moment des complots qui prouvoide quelarévolte
étoit concertée entre la ville et la plaine, l'assemblée- générale et l'assemblée provinciale du
Nord craignirent que, dansle cas d'une attaque extérieure, il ne se manifestât une révolte au-dedans,
et elles firent part de leurs inqniétudes an général,
qui se détermina à rappeler le poste de la baie
de lAcul pour couvrir le Cap.--I1 y eut, dans
cette marche, une escarmouche entre ce détachement et les révoltés : 50 nègres restèrent sur le
champ de bataille.
Cependant il s'opéroit successiyement des jonc-
dansle cas d'une attaque extérieure, il ne se manifestât une révolte au-dedans,
et elles firent part de leurs inqniétudes an général,
qui se détermina à rappeler le poste de la baie
de lAcul pour couvrir le Cap.--I1 y eut, dans
cette marche, une escarmouche entre ce détachement et les révoltés : 50 nègres restèrent sur le
champ de bataille.
Cependant il s'opéroit successiyement des jonc- --- Page 41 ---
(3) )
tions d'attcliers nouvellement révoltés : la province du Nord étoit en proie aux plus grands désordres, et les divers corps de troupes patriotiques de cette province, agissant sans concert,
ne produiscient presque aucun effet.
à Le 24 août, l'assemblée générale pria M. Blanchelande d'en prendrèle commondement,et de
pourvoir par lui seul à tout ce qu'exigeoit la sitreté publique. Il accepta, et s'occupa de suite de
former un plan général de défense.
Il établit au haut du Cap un poste d'environ
deux cent cinquante hommes, tant d'infanterie
que,de cavalerie, dont il confia le commandement à M. Touzard; il enyoya à la petite Anso
un antre détachement d'environ deux cents hommes, avec l'artilleric conrenable;il forma divers
corps-de-garde, fit embosser la corvette la Fauvette et la frégate la Prudente pour battre sur
les chemins et intercepter les passages, s et prit
tontes les précautions nécessaires pour mettre le
Cap en sûreté.
Comme l'assemblée générale observoit que
l'attroupement des mnègresaugmentoit chaque jour,
et que bientôtles villes mêmes seroient dans l'im-.
possibilité de SO déferdre, si la colonie ne recevoit des renforts du dchors, elle arrêta d'expédier
promptement plusieurs petits bâtimens 2 pour de.
mander aux puissances yoisinesdes secours d'homC3 --- Page 42 ---
(40)
mes, et des munitions de guerre et de bouche. II
est essentiel de rappeler ici les' expressions mêmes
de cet arrêté, pris le 24 août,
C Arrêté que M. le général seul traitera cette
5 affaire importante avec les commandans des pos-
> sessions espagnoles ; mais que pour traiter avec
>> les autres puissances, M. le général et l'assems blée feront les réquisitions en commun.
>> Arrêté en outre que ces réquisitions seront
> précédées d'une proclamation de l'assemblée
S générale,qui constate l'urgente nécessité de re-
> courir à cette ressource extraordinaire >.
Le même jour et les quatre suivans, l'assemblée générale prit divers autres arrêtés relatifs aux
circonstances.
Elle déclara qu'elle tiendroit ses séances jour
et nuit; 1 elle chargea l'assemblée provinciale
de nommer une Commission prévôtale dont les
fonctions seroient de juger leg homies pris les
armes à la main ou en état de révolte ; 1 elle
accepta l'offre faite par les hommes de couleur
de s'armer pourla défense commune; 1 elle empècha l'embarcation de l'argent sur les bâtimens
qui étoient en rade, dans la vue d'arrêter la disparition du numéraire et le refroidissement
du zèle de plusieurs citoyens propres à la défense publique; 1 ella mit un embargo sur tous
les nayires de longs cours qui existoient dans les
ou en état de révolte ; 1 elle
accepta l'offre faite par les hommes de couleur
de s'armer pourla défense commune; 1 elle empècha l'embarcation de l'argent sur les bâtimens
qui étoient en rade, dans la vue d'arrêter la disparition du numéraire et le refroidissement
du zèle de plusieurs citoyens propres à la défense publique; 1 ella mit un embargo sur tous
les nayires de longs cours qui existoient dans les --- Page 43 ---
141)
et laissa aux assemblées proports de la colonie,
et municipalités 9
vinciales, corps administratifs
cet embargo sur les bâtimens
la liberté de lever
le
:
seulement, si le cas
requéroit
de cabotage
du gouverneur ,
elle forma, sous l'approbation de
de Saintsous le titre
gardes
deux régimens,
les soumit à toutes les
Domingue, soldés, et
et police
ordonnances relatives à la discipline
dans la colonie.
militaire, en vigueur
les offres de
Le général de son côté acceptoit
qui demandoit à occuper
la marine nationale,
il nommoit des chefs
le Morne de Saint-Michel :
l'Ile de la Tordans les divers points : ilfortifioit
d'observail établissoit des petits bateaux
tue; 6
croiser depuis Caracole jusqu'au port
tion, pour
dernier lieu dans le canal de
Margot, et de ce
couler bas toutes les
la Tortue s avec ordre de
celles
embarcations suspectes, et sur-tout
petites
à leur bord des nègres révoltés; il
qui auroient
depuis la
s'emparoit des gorges et des passages
Marmelade jusqu'à le mer.
de faire
Peu de jours après, 3 le général proposa
inviter les nègres à renune proclamation pour il offrit de se mettre en
trer dans le devoir, et
réduire et écraser les révoltés
campagne pour
la
On crut
continuaient de saccager
plaine.
qui
C 4 --- Page 44 ---
(42) )
que son projet de proclamation ne produiroit pas
l'effet qu'il en attendoit, ce qui empêcha de l'adopter ; et la crainte, encore subsistante, d'un
soulèvement intérieur, fit rejeter également sa
proposition de se mettre en campagne ayec la
plus grando partie de la force armée.
On se borna à régler la marche des troupes
destinées à protéger, la province de l'Ouest, afin
d'empêcher les progrès de l'incendie, et d'intercepter toute commonication des atteliers de la
province du nord avec ceux de la province de
l'ouest et du sud,qni n'étoient pas encore infectés de l'esprit de sédition.
Les circonstances deyenant pius critiques de
jour en jour, l'assemblée générale et l'assemblée
provinciale arrêtèrent qu'en cas d'attaque, leurs
membres prendroient eux-mêmes les armes, tant
pour partager les périls des citoyens que pour raninerleur zele et couserver l'ordre; et, pour servir de signe de reconnoissance et de railiement,
il fut ariêté le 28 août que les membres de l'assemblée générale porteroient en séance.et sous
les armes une écharpe de crèpe noir,et les membresde l'assemblée provinciale une'écharpe rouge,
image du-sang dont leur territoire étoit arrosé;
il fut arrêté en outre que le président porteroit,
pour être reconnu et pour qu'on obéit à sa voix,
une écharpe rouge et noire : il fut arrêté enfa
iement,
il fut ariêté le 28 août que les membres de l'assemblée générale porteroient en séance.et sous
les armes une écharpe de crèpe noir,et les membresde l'assemblée provinciale une'écharpe rouge,
image du-sang dont leur territoire étoit arrosé;
il fut arrêté en outre que le président porteroit,
pour être reconnu et pour qu'on obéit à sa voix,
une écharpe rouge et noire : il fut arrêté enfa --- Page 45 ---
(43 1 )
que ces écharpes ne seroient portées que durant
létat de guerre où se trouvoit la colonie.
: Le 20, l'assemblée générale arrêta que l'officier
d'administration faisant les fonciions d'intendant
se transporteroit au Cap avec ses bureaux et les
titres relatifs aux finances de Saint-Domingue,
vu qril. étoit plus important que jamais de connoite. l'état de ses finances, et que les retards
ocpasionnés par l'éloignement du trésorier pourreient produire des effets funestes.
Le 2 septembre, l'assemblée générale prit un,
nouvelarrêté relativementaux cargaisons destinées
pour France. Il est intéressant de rappeler ici le
dispositif littéral de cet arrêté.
cc L'assemblée générale 9 considérant qu'il se
trouve surles bâtimens mouillés actuellément sur
la rade du Cap, des chargemens de denrées et de
piastres appartenans aux habitans de Saint-Domingue, et dont la destination est d'être vendus
en France pour leur compte 3
> Considérantque ce secours leur devient d'autant plus nécessaire dans le moment de crise actuel, que la plupart, ayant toutperdu, sont hors
d'état de se procurer même les premiers besoins
de subsistance ; considérant enfin quc la partie
du nord de Saint-Domingue étant dénude de tout
secours, menacée de tous les besoins, il est de sa --- Page 46 ---
(44)
sagesse de conserver la' plus grande masse de res
sources pour se les procurer:
32 A arrêté que tous propriétaires ou chargeurs
dedenrécs ou de piastres sur la rade, sont autorisés
à retirer lesdites denrées et piastres.
c Tout capitaine à qui la, réclamation en sera
faite sera tenu de les remettre aux propriétaires
ou chargeurs à leur première demande, à la
charge par lesdits propriétaires ou chargeurs de
payer les frais de chargement et de déchargement.
>> Ne pourront les capitaines prétendre aucune
indemnité pour raison de fret.
>> Le présent arrêté aura son exécution à la
simple notification qui en aura été faite auxdits
capitaines.
a Sera bien et valablement déchargéle capitaine
des marchandises contenues an connoissement, par
la déclaration que mettra le propriétaire ou chargeur au dos dudit connoissement, que les marchandises lui ont été remises >>,
Cet arrêté, qui, comme tous les autres 3 fut
soumis à l'approbation du gouverneur s douna
naissance à une décision rendue le 5 septembre,
qui renvoie aux juges de l'amirauté les contestations qui pourroient s'élever en conséquence,
parce que (porte cette décision) l'assemblée ne
pouvoit en méme-temps dicter les lois et les faire
exécuter.
udit connoissement, que les marchandises lui ont été remises >>,
Cet arrêté, qui, comme tous les autres 3 fut
soumis à l'approbation du gouverneur s douna
naissance à une décision rendue le 5 septembre,
qui renvoie aux juges de l'amirauté les contestations qui pourroient s'élever en conséquence,
parce que (porte cette décision) l'assemblée ne
pouvoit en méme-temps dicter les lois et les faire
exécuter. --- Page 47 ---
(45)
L'assemblée générale prit depuis, et suivant
les circonstances, divers arrêtés, dont voici les
plus importans,
Elle accorda la liberté à un nègre commandeur,
qui avoit*préscrvé un attelier de la révolte 9 et
avoit dénoncé divers instigateurs de troubles.
Elle restreignit provisoirement la liberté de la.
presse, et la vente et la distribution d'aucuns
écrits relatifs aux affaires politiques et à la révolution française,
Un sieur Fournier 2 commandant le Triton de
Bordeaux, refusuit de fournir de la farine aux
habitans du Bongre, parce que ceux-ci, épuisés
en ce moment, 2 ne pouvoient le payer comptant :
l'assemblée arrêta qu'eu égard àla circonstance. 2
ce capitaine seroit tenu de fournir des vivres au
commissaire des habitans du Bongre, jusqu'à la
concurrence de 6,600 liv. payables en trois mois,
sous la solidité de tous les gens de la paroisse.
Elle augmenta le droit de sortie sur les sucres
et café, dans la vue, porte l'arrêté, d'établir la
balance entre les recetles et la dépense.
Elle permit aux habitans des Etats-Unis d'Amérique de s'expédier deux à-la-iois, dans la.
crainte qu'il ne vint pas du secours de ce pays 2
si on y apprenoit l'embargo général.
Elle suspendit provisoirement le droit d'aubaine à l'égard des étrangers établis dans la C9- --- Page 48 ---
(46)
lonie, qui, dans ces circonstances difficiles
;
auroient pris - les armes, comme les autres citoyens,
pour la défense de la colonie.
Snr la lecture d'une lettre venue de France,
qui anonçoit qu'une foule d'émigrans passoit 2
journellement à Saint-Domingue, avec des- principes contraires à son état politique, l'assemblée
arrêta que CC tout particnlier arrivant dansla partio
française de Ssint-Domingne, qui. n'auroit pas
de proprieté dans le pays, ou qui ne seroit
pas adressé', 2 et qui ne pourroit pas se faire
réclamer de parens 2 tels que père, fils, frère,
oncle et neven, propriétaires ou citoyens domiciliés et connus 3 ie pourroit être débarqué, et
resteroit consigné, soit à bord du navire qui l'auroita amené, soit à bord du navire de la nation qui
se trouveroit dans la rade où le navire auroit
monillé.
Lcs 5,6 et 14 septembre, sur la proposition
spontanée de quelques-uns de ses membres,elle
délibéra sur les moyens d'améliorer l'état des
hommes de conleur libres. - Le 5, on arrêta qu'il
seroit formé une Commission chargée spécialcment de ce travail, et à laquelle les hommes de
couleur librespourroient adresser leurs pétitions,
et que cette Commission seroit tenue de présenter
son travail à l'assemblée dans le plus bref délai.
--Le 6, sur le rapport de cette Conmission, elle
antorisa les hommes de couleur libres, sans exceptions, àse réumirpaisiblement dansletirsparoises,
hommes de conleur libres. - Le 5, on arrêta qu'il
seroit formé une Commission chargée spécialcment de ce travail, et à laquelle les hommes de
couleur librespourroient adresser leurs pétitions,
et que cette Commission seroit tenue de présenter
son travail à l'assemblée dans le plus bref délai.
--Le 6, sur le rapport de cette Conmission, elle
antorisa les hommes de couleur libres, sans exceptions, àse réumirpaisiblement dansletirsparoises, --- Page 49 ---
(47)
et. à rédiger des' pétitions tendantes à fixer leur
état; et elle enjoignit aux
municipalités, 2 corps.
populaires et commandans, de protéger ces assemblées d'hommes de couleur libres, afin que l'émission de leur voeu parvint plus librement et le
plus promptement possible. .-Le 14 elle autorisa
les hommes decouleurlibres, alors sous les armes,
à former des assemblées, dans leurs camps même,
pour la rédaction de leurs pétitions.
Pendant que l'assemblée générale s'occupoit,
dans la partie du Nord, des moyens d'améliorer
l'état des hommes de couleur libres., 2 ceux de la
partie de l'Ouest s'étoient armés auprès du Portan.Prince, et avoient réuni sous leurs ordres un
assez grand nombre de nègres. Un détachement de
troupes de ligne et de gardes patriotiques, envoyé
pour les réduire, fut. repoussé avec perte. Les
hommes de couleur et les troupes patriotiques
nommèrent respectivement des commissaires
pour
proposer des articles de paix, et cette conférence
se termina par le concordat dont vous avez connoissance.
Cependant les noirs révoltés continnoient leurs
forfaits dans la partie du Nord : leurs échecs sembloient ajouter à leur. audace, et l'on assuroit.
qu'ils avoient grande provision d'armes et de munitions. de bouche et de guerre. --- Page 50 ---
(48)
M. Blanchelande, après avoir mis le Cap à
couvert, disposa les forces qu'il avoit à ses'
ordres, de manière à faire une attaque vigoureuse, , et annonça l'intention de se mettre en
campagne. Un grand nombre d'aventuriers du Cap
se présentèrent pour marcher aveclui, s'il'vouloit
leur accorder les deux tiers du pillage qui seroit
fait sur les habitations incendiées; mais M. Blanchelande rejetaleur offre avec indignation. Il mar-.
cha ensuite contre les révoltés, les battit, les mit
en fuite sur les habitations d'Agoult et Galifet, et
leur enleva huit pièces de canon et beaucoup
d'effets.
Ces avantages cependant ie tranquillisoient
point parfaitement le général; ses forces ne lui
paroissoient pas assez considérables pour combattre long-temps une armée de cent mille nègres
bien armés, dans un pays ou nos troupes s'cpuisent promptement, par la chaleur et la fatigue.
Il écrivit au chef espagnol, et lei demanda des
secours, en exécution de l'article IX du traité du
3 juin 1777 ; mais ce dernier lui répondit froidement : < Cen'est pasle cas prévi par le traité.
des dissentions intestines
> Ce sont, ajoutoit-il,
élevées dans l'intérieur de votre gouS qui se sont
et
font le
d'une rixe entre
>7 vernement,
qui
sujet
d'un même
sur la rériprocité
> des sujets
prince
t des droits >,
ol, et lei demanda des
secours, en exécution de l'article IX du traité du
3 juin 1777 ; mais ce dernier lui répondit froidement : < Cen'est pasle cas prévi par le traité.
des dissentions intestines
> Ce sont, ajoutoit-il,
élevées dans l'intérieur de votre gouS qui se sont
et
font le
d'une rixe entre
>7 vernement,
qui
sujet
d'un même
sur la rériprocité
> des sujets
prince
t des droits >, --- Page 51 ---
(49).
refusoient ainsi de
"Tandis que les Espagnols
leurs fronsecourir leurs alliés, ils garnissoient
les
etr
avec cruauté
tières de troupes 9 repoussoient contre la barcherchoient un asyle
Français qui
fournissoient des munitions de
barie des nègres 2
à 130 livres
auxrebelles, etl leur livroient,
guerre
malhenreux frères, qui bientôt pépar tête, 2 nos
révoltés.
rissoient sous le fer des
sur
Ce n'est pas ici le moment de prononcer
ennemis et barbares; vous avez rences procédés lexamen de cette affaire à vos Comités
voyé déja
sans
diplomatique et colonial, qui s'empresseront
doute de vous en faire le rapport.
L'assemblée coloniale avoit arrêté, le 9 septemdans le plus bref délai, il seroit expébre, que,
France mais l'incertitade de
dié deux avisos en
;
de l'Ouest,
l'état danslequel se trouvoitla province
fit suspendre le départ d'nn de ces avisos.
l'effet de la prescription
Le 18, elle suspendit
écheoir
qui auroientpu
des créances pourlesobjets
commencé les
depuis le a3,époque oà avoient
malheurs de la colonie.
arrivèrent le 21.
Les secours de la Jamaique
la frégate.
commandant
Le commodore Alfleck,
mit pied à terre,
qui avoit apporté ces secours 5 dans la salle de
et se présenta avec le général
Président.
l'assemblée, où il fut remercié parle
avoit besoin de fonds,et
L'assemblée générale --- Page 52 ---
(150)
sentoit l'impossibilité de s'en procurer de France
avant cinq ou six mois : enhardie par la générosité des Anglais, elle arrêta qu'il seroit fait à la
Jamaique un emprunt de 180 mille livres sterlings, et elle nomma des députés pour traiter
cette importante affaire.
Le 20 septembre, l'assemblée générale, craignant que les gens de coulenr ne fussent pas
encore parfaitement satisfaits des arrêtés qu'elle
avoit pris les 5, 6et 14 du même mois 2 crut
devoir en prendre un nouveau, dont je vais avoir
l'honneur de vous donner lecture.
L'assemblée générale de la partie française de
Saint-Domingue 2 après avoir délibéré pendant
quatre séances, arrêté et arrête :
A R TI C L E P R E M I E R.
cc Qu'elle ne s'opposera point à l'exécution de
la loi du 15 mai s concernant les hommes de
couleur libres, lorsqu'elle sera connue officiellement.
An T. II.
s Déclare que voulant'donner aux hommes de
conleur libres, même de père et: mère non libres,
et qui ne participent pas au bénéfice de ladite
loi du 15 mai, une preuye non équivoque de la
bienyeillance qu'ils ont méritée par leur empressement
R.
cc Qu'elle ne s'opposera point à l'exécution de
la loi du 15 mai s concernant les hommes de
couleur libres, lorsqu'elle sera connue officiellement.
An T. II.
s Déclare que voulant'donner aux hommes de
conleur libres, même de père et: mère non libres,
et qui ne participent pas au bénéfice de ladite
loi du 15 mai, une preuye non équivoque de la
bienyeillance qu'ils ont méritée par leur empressement --- Page 53 ---
(51) )
sement à défendre la cause publiqne, elle se pro-
: provisoirement avec l'approbation de M. le pose
lieutenant ou gonvermeurgéndral, et définitivement avec l'approbation de l'Assemblée Nationale
et la sanction du roi, d'améliorer leur état aussitôt après la promulgation de ladite loi : intention qu'elle a déja manifestée par ses arrêtés des
5, 6 et 14 de ce mois.
An T. III
> Déclare en outre Passrmbléeg@nérale, qu'elle
dénonce à la nation française 2 comme traîfres à
la nation, à la loi et au roi , les hommes de couleur libres, qui, aussitôt après la proclamation
du présent arrêté, 2 ne voleront pas à la défense
de Saint-Domingue, en danger, et qui tranquilles
spectateurs de l'incendie et des assassinats 2 voudroient justifier leur inaction par le doute sur les
intentions de l'assemblée générale >.
> L'assemblée générale charge son président de
se retirer pardevers M. le lieutenant ou gouverneur-général, pour lui communiquer le présent
arrêté, avoir son approbation, l'inviter de le faire
notifier de suite aux assemblées administratives,
quidemeureront chargées de le notifier aux municipalités 2 corps populaires et civils, etc. >>.
Tel étoit l'état des choses, lorsque des députés de SaintDomingue sont partis pour se rendre --- Page 54 ---
(52)
auprès de vous, Messieurs; etc'est à cette
aussi que cessent les avis officiels
époque
qui nous sont
parvenus.
Cependant la révolte continue à
les bruits
St.Domingne:
particuliers reçus de cette Colonie, annoncent que les - noirs dans la partic du
et les mulâtres dans la partie de
Nord,
cent encore les actes de violence les l'Onest, exertans. Les
plus inquiéprincipaux auteurs de ces révoltes sont.
arrêtés; on instruit leurs procès ; il en résultera
nécessairement de grandes
à vous
lumidres;e et, appelés
indiquer les causes de ces derniers événemens, nous regrettons, a
Messieurs, que votre
empressement à vous éclairer pour tout ce
peut contribuer à rétablir le calme dans les Co- qui
lonies, ne vous ait pas permis de nous accorder
an délai plus considérable.
tin --- Page 55 ---
R A P PO R T
SUR LES THOUBLES
DE SAINT-DO MIN G UE,
FAIT
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
PAR CHARLES TARBÉ,
DÉPUTÉ DE LA SEINE-INTERIEVRE,
AU NOM DU COMITÉ COLONIAL,
Le 10 Janvier 1792;
IMPRIMÉ PAR ORDRE DE L'ASSEMELÉE NATIONALE,
SECONDE PARTIE
MESSIEURS,
Je viens, au nom de votre comité colonial,
vous soumettre la suite de son rapport sur les
troubles de Saint-Domingue.
Cette seconde partie, destinée à vous être préA --- Page 56 ---
E791
Ti79r --- Page 57 --- --- Page 58 ---