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CHAMBRE DES
DÉPUTES.
RAPPORT
FAIT
AU NOM DE LA COMMISSION DES PETITIONS,
Pan M. BORNE-DESPOURNEAUX,
Sur les Demandes de plusieurs Propriélaires
des Colonies.
IMPRIMÉ PAR ORDRE DE LA GHAMBRE,
Séance du 16 septembre 1814.
Maess
LES propriétaires de la belle colonie de SaintDomingue se sont adressés à la Chambre des
Députés à l'effet d'appeler sur eux, 3 sur leurs
Fon no 55, --- Page 4 ---
RR
(2).
malheurs, sur leur détresse, l'attention de la
Chambre; ils vous prient de considérer limportance, 2 lurgence même de leurs demandes, dans
l'intérêt de la France toute entière.
Votre Commission des Pétitions m'a chargé de
vous présenter un Rapport sur ce double objet;
c'est le devoir que je viens remplir aujourd'hui
prés de vous.
Parler des Colonies en général, Messieurs
c'est appeler votre attention sur tout ce qui constitue la force, la puissance 2 la richesse et la
prospérité de la France ; c'est vous entretenir tout
a la fois de tout ce qui intéresse son agriculture,
ses manufactures, sa navigation, son commerce
et ses: arts.
Il serait consolant, Messieurs, de pouvoir fixer
exclusivement votre admiration sur l'étonnante
et industrieuse activité des grands planteurs de
Saint-Dominigue , et sur" ée petit nombre de
guerriers français, étrangers à toutes les factions,
disputant, avec une noble opiniâtreté, à des armées
considérables d'ennemis, la possession d'une colonie contre laquelle ont échoué successivement
les forees compinées de I'Angleterre et de l'Espagne, --- Page 5 ---
(5)
Mais au souvenir de cette ancienne opulente
et de ces trophées de la valeur française, au
tableau brillant d'une prospérité achetée par tant
de travaux / et de sacrifices, vient se méler le
spectacle déchirant de l'anarchie, substituant aux
douces jouissances d'une vie laborieuse et patriarchale les fureurs de la guerre 2 et les ravages
qu'elle entraine aprés elle.
Ge n'est point ici le cas, Messieurs, de développer les causes qui ont amené ces affreuses
catastrophes; votre Commission ne s'est occupée
que des meyens de mettre un terme à tant de
calamités, et de l'avenir que le retour de l'Auguste maison des Bourbons au Trône de France,
présente environné d'espérance et de bonheur,
La Chambre, en délibérant sur la pétition des
Colons, en pesant dans sa sagesse leurs interêts;
en mesurant impartialement leurs
rapports aveç
ceux de la France entière, doit examiner si leur
demande, quelque juste qu'elle soit, s'accorde
avec les intérêts du Royaume : elle doit sur-tout
s'assurer si l'importance de cette Colonie, si les
produits à en espérer, sont dans une proportion
relative à la charge qui résultera pour le Gouvernement, des dépensés à faire pour opérer la restauration.
ons, en pesant dans sa sagesse leurs interêts;
en mesurant impartialement leurs
rapports aveç
ceux de la France entière, doit examiner si leur
demande, quelque juste qu'elle soit, s'accorde
avec les intérêts du Royaume : elle doit sur-tout
s'assurer si l'importance de cette Colonie, si les
produits à en espérer, sont dans une proportion
relative à la charge qui résultera pour le Gouvernement, des dépensés à faire pour opérer la restauration. --- Page 6 ---
(4)
En conséquence, la première question qu'il
nécessaire d'examiner, c'est celle de
vous a paru
Colonie; l'examen de cette
Limportance de cette
nous conduira naturellement à celle des
question
le
et des rémoyens d'en opérer rétablissement,
sultats à en attendre.
Je vais me livrer à l'examen de la première de,
ces questions; et pour le faire avec quelque avanje consulte les comptes de la mémorable
tage, administration de Monsieur le Comte de Marbois, en qualité d'Intendant de cette Colonie; et
j'ouvre l'écrit imprimé et publié en 1805, sur
l'importance de nos Colonies occidentales, par
estimable collaborateur, M. Wante, qui a
son
administré cette Colonie dans un moégalement où il était difficile de le faire avec honneur
ment
et distinction.
Je vois, Messieurs, dans les comptes rendus par
M. de Marbois 1 qu'en 1789, époque justement
de la
de
considérée comme l'apogée
prospérité
la Colonie de Saint -J Domingue, la France en
exportait en denrées de toutes natures, qui n'appartiennent qu'au sol des Antilles, pour une valeur déclarée de plus de 160 millions, à quoi
ajoutant la valeur des produits enlevés en fraude --- Page 7 ---
(5)
des droits, et par l'interlope, environ 20 millions,
cette masse d'exportations présente la somme de
180 millions : je remarque que dans cette exportation déjà énorme, le sucre blanc n'est évalué
qu'à
> liv.
15s.
la livre,
>
le sucre brut,
II
le café, le coton,
))
l'indigo,
les autres denrées dans une pareille proportion.
Que l'on juge de la somme énorme que représenterait une pareille exportation, si l'on en
calculait la valeur sur le prix auquel nous les
payons aujourd'hui aux étrangers qui en sont
presque les seuls possesseurs.
Or, Messieurs, point d'exportation d'un pays
sans y supposer une importation; et cette importation est le produit de notre sol, de nos manufactures, de notre industrie, des frais de navigation, de nos échanges à la côte d'Afrique, des
bénéfices du commerce, et des revenus que les
Colons dépensaient dans le Royaume.
Quel heureux concours de rapports entre la
valeur sur le prix auquel nous les
payons aujourd'hui aux étrangers qui en sont
presque les seuls possesseurs.
Or, Messieurs, point d'exportation d'un pays
sans y supposer une importation; et cette importation est le produit de notre sol, de nos manufactures, de notre industrie, des frais de navigation, de nos échanges à la côte d'Afrique, des
bénéfices du commerce, et des revenus que les
Colons dépensaient dans le Royaume.
Quel heureux concours de rapports entre la --- Page 8 ---
(6)
Métropole et sa Colonie! Combien de chances
favorables il ofire au génie spéculatif d'une Nation pour s'étendre et se développer!
Examinons maintenant, Messieurs, la répartition de cette exportation de 180 millions, que
nous fournissait la seule Colonie de Saint-Domingue. J'ai consulté des négocians s, et j'ai - appris
So millionsser répandaient chez les cultivateurs,
que
les vignerons, les manufacturiers, les artisans,
pour prix des produits de nos blés, nos vins, nos
huiles, nos salaisons, nos savons, 7 nos soieries,
nos toiles, notre bonneterie, nos cotonnades, nos
verreries, nos fayences, nos instrumens aratoires,
et tous les objets nécessaires à l'existence, au vêtement de la population de cette Colonie, et à
l'entretien de sa culture.
Vingt millions, environ, servaient à payer les
marins, les constructeurs, , les voiliers 3 les cordiers,
les forgerons, et tous les ouvriers employés à
l'armement et équipement des navires nécessaires
et d'exportation de
au commerce d'importation
cet immense établissement.
Quatre-vingt-dix millions étaient employés en
eonsommations Faites en France, des produits --- Page 9 ---
(7)
coloniaux; et l'excédant de ces consommations
servait encore à nous acquitter des objets que nous
allions chercher chez les étrangers.
Vous voyez, Messieurs, par le tableau que j'ai
Thonneur de vous présenter, combien est précieuse
la Colonie de Saint-Domingue pour la France. Si
nous étions assez malheureux pour ne pouvoir la
pacifier ou la soumettre, elle serait réduite à se'
procurer ailleurs la partie de ces denrées indispensable à son immense consommation; ; l'extraction du numéraire ne serait plus en proportion
avec sa rentrée; elle perdrait à T'instant-méme non
seulement les avantages de cette prépondérance
absolue dans le commerce, qu'elle avait en 1789;
mais cette concurrence relative, à laquelle elle
pourrait encore prétendre malgré les effets désastreux de ses crises politiques. La France,
bornée aux faibles ressources d'un cabotage servile, tomberait, infailliblement, dans la dépendance de ses voisins.
Telles seraient cependant, Messieurs, les conséquences funestes d'un système inerte et passif,
aussi contraire aux intérêts de la France qu'à la
dignité de sa puissance.
Tous nos efforts doivent donc tendre à la con-
à laquelle elle
pourrait encore prétendre malgré les effets désastreux de ses crises politiques. La France,
bornée aux faibles ressources d'un cabotage servile, tomberait, infailliblement, dans la dépendance de ses voisins.
Telles seraient cependant, Messieurs, les conséquences funestes d'un système inerte et passif,
aussi contraire aux intérêts de la France qu'à la
dignité de sa puissance.
Tous nos efforts doivent donc tendre à la con- --- Page 10 ---
(8)
servation de nos anciennes transactions commerciales. Il faut, pour obtenir cette balance de
70 millions qui existait en notre faveur en 1790,
parvenir à débiter, dans les marchés de F'Europe,
230 millious de marchandises manufacturées dans
nos Colonies, et apportées dans nos ports par les
vaisseaux de la Nation.
On pourrait peut-être me demander comment,
depuis près de vingt ans que la France ne possède
plus cette Colonie, il arrive que son numéraire
n'a pas disparu d'une manière au moins apparente : je répondrai, Messieurs, que la puissance
de cette balance de commerce, si universellement
reconnue et si justement appréciée, > a été remplacéeparles énormes tributs et contributions levés
depuis 1801 enAllemagne, en Prusse,en Hollande,
dans les villes Anséatiques, en Italie, en Espagne,
en Portugal; par la cession de la Louisiane faite
au gouvernement fédératif des Etats-Unis, enfin
par tons ces moyens extraordinaires à la faveur
desquels s'alignaient les dépenses des budgets, à
la faveur. desquels, dis-je, la France pouvait s'acquitter envers l'étranger du prix des denrées coloniales dont elle avait été obligée de réduire considérablement sa consommation, et de la valeur
de ces matières premiéres dont ses manufactures --- Page 11 ---
(9)
ont ressenti plus d'une fois l'absence et le besoin,
malgréles prix excessifs qu'elle en donnait.
Nous ne craignons pas de le dire, Messieurs,
la masse de ces moyens extraordinaires s'élève,
depuis douze ans, 9 à plus de 1,200 millions, dont
la présence dans les deux royaumes a dû nécessairement remplacer en circulation la nullité de cette
balance de commerce sur laquelle je ne puis trop
appeler votre attention.
Mais la France, aujourd'hui rendue à un Gouvernement ami de la paix, revenue à un régime
plus conforme aux besoins , aux moeurs et aux
goits de ses habitans, doit renoncer aux ressources
odieuses que procurent la force et la violence.
Essentiellement maritime et commerçante, elle
doit posséder des Colonies, activer sa navigation,
recréer sa marine; elle doit enfin s'occuper sérieusement dela restauration de Saint-Domingue,
auquel elle était redevable de sa splendeur commerciale, et d'une importation sept fois plus considérable que celle de la Martinique et de la Guadaloupe.
C'est assez, sans doute, Messieurs, sur la question de l'importance de la Colonie de Saint-Do-
**
urent la force et la violence.
Essentiellement maritime et commerçante, elle
doit posséder des Colonies, activer sa navigation,
recréer sa marine; elle doit enfin s'occuper sérieusement dela restauration de Saint-Domingue,
auquel elle était redevable de sa splendeur commerciale, et d'une importation sept fois plus considérable que celle de la Martinique et de la Guadaloupe.
C'est assez, sans doute, Messieurs, sur la question de l'importance de la Colonie de Saint-Do-
** --- Page 12 ---
(10)
mingue; les tableaux, joints à lécrit qui la démontre 2 ne laissent rien à désirer à votre Commission.
Livrons-nous donc mainlenant à l'examen des
moyens d'en opérer le rétablissement. Aucun
rapport authentique n'a, jusqu'à présent, appris
positivement au Gouvernement les dispositions
dans lesquellcs se trouvent les chefs qui se partagent l'autorité de cette Colonie.
L'esprit de parti, la divergence des opinions,
l'intérêt particulier ont donné naissance à cette
foule de nouvelles contradictoires et controuvées,
dont l'effet est d'accroitre notre incertitude, et
de nous inspirer une dangereuse sécurité. Les
journaux ont retenti de la puissante diversion faite
Martial Besse en faveur de Pétion : il est de
par
fait cependant, Messieurs, qu'il est mort le 23
février 1815, d'après la lettre que j'ai reçue d'un
Général de couleur fort connu 3 lettre que j'ai
mise sous les yeux de votre Commission. Quel
dégré de consistance peuvent avoir, d'après cela,
les nouvelles que l'on répand journellement!
Cependant, Messieurs, je crois personnellement connaître assez Christophe, commandant
la partie du nord jusqu'à T'Artibonite; Pétion, --- Page 13 ---
IL )
la province de fouest jusqu'à Mirogouane; Bor
gela, la partie du sud, et Gourand, Jérémie et
la plupart des quartiers qui T'avoisinent, pour ne
douter de leur empressement à reconnaitre la
pas
souveraineté du Roi.
droit
reconnu chez ces difLe sens
que j'ai
férens chefs m'en donne la confiance et m'en
inspire la juste espérance : en raisonnant en cette
hypothèse, votre Commission pense que Sa Majesté doit étre suppliée d'accorder à ces différens
de leur soumission, tous les
chefs, pour prix
avantages honorifiques et pécuniaires que comleur situation et celle de la Colonie. Chrisporte
Borgella, Gouraud, Vernet, Rotophe, Pétion,
main, Rouanez > Toussaint-Brave, Noël-Joachim,
Etienne Magny, Philippe - Daux, Jasmin et
Achille peuvent tout attendre dc la grandeur,
de la magnanimité, de la justice du Souverain
La
entière de la
qui nous gouverne.
population
Colonie doit tout se promettre du Roi qui apà la France elle-méme, cette Charte consporta
la
titutionnelle qui assure aux Français jouissance
de leurs droits, et tout ce, qui doit constituer
leur bonheur.
fondées'
Néanmoins, Messieurs, quellesque
que
y, Philippe - Daux, Jasmin et
Achille peuvent tout attendre dc la grandeur,
de la magnanimité, de la justice du Souverain
La
entière de la
qui nous gouverne.
population
Colonie doit tout se promettre du Roi qui apà la France elle-méme, cette Charte consporta
la
titutionnelle qui assure aux Français jouissance
de leurs droits, et tout ce, qui doit constituer
leur bonheur.
fondées'
Néanmoins, Messieurs, quellesque
que --- Page 14 ---
12 )
soient mes espérances de trouver ces chefs disposés à apporter aux pieds du Trône,1hommage
de leur: obéissance et de leur dévoûment, la
Chambre ne doit pas se dissimuler la possibilité
de Thypothèse contraire; et dans tous les cas,
elle doit supplier Sa Majesté de prendre des
mesures nécessaires pour faire concourir une
tion de ses forces de terre et de mer
porpour occuper cette Colonnie, et y rendre désormais
manent, le drapeau blanc, ce précieux embléme pere
d'une amnistie générale.
Croyez en, Messieurs, un militaire qui a servi
longtems à Saint-Domingue; il n'est pas aussi
difficile d'en assurer la possession qu'on se plait
à le dire, ou que pourrait le faire croire l'issue
malheureuse de la dernière expédition. Des fautes
nombreuses qu'on y a faites sont presque une
garantie du succès de toute expédition nouvelle,
conduite avec discernement et sagesse; avec la
connaissance des hommes, des choses et des lieux,
et sur-tout avec cette expérience du passé, qui
promet des succès dans l'avenir; et enfin, avec
cette confiance des Colons, dont je sais combien
il faut ménager la bravoure, consulter la
prudence, et seconder les efforts. --- Page 15 ---
(15)
j'ai souvent conféré avec
Au surplus, Messieurs,
le Ministre de la Guerre sur l'importance de cette
expédition : je lui ai remis, d'après sa demande,
sur la nécessité de pacifier
tous les mémoires, 1
armée
cette Colonie; sur la composition de son
et sur Forganisation de sa
et de son Etat-Major,
partie administrative.
Il ne peut entrer, je crois, dans les intentions
de la Chambre, de parler ici de la nature et
de la quotité des forces militaires et navales qui
doivent assurer le succès de l'expédition de SaintDomingue; mais en supposant même, (ce que je
nous ne tardions pas à
me plais à espérer) que
sur les inobtenir des assurances tranquillisantes,
tentions des différens chefs, je n'en penserai pas
moins que la France doit déployer, en transportant les Colons à Saint-Domingue, une force suffisante pour s'assurer qu'ils jouiront de leurs propriétés, et qu'ils y exerceront sans danger, leur
infatigable activité.
Je le proclame ici, Messieurs, avec l'assurance,
avec la confiance d'un homme pénétré de son
objet. Le résultat heureux d'une expédition à
Saint-Domingue ne peut être douteux, soit que
la France soit réduite à y développer des moyens
de- force et de puissance, soit qu'au contraire,
, une force suffisante pour s'assurer qu'ils jouiront de leurs propriétés, et qu'ils y exerceront sans danger, leur
infatigable activité.
Je le proclame ici, Messieurs, avec l'assurance,
avec la confiance d'un homme pénétré de son
objet. Le résultat heureux d'une expédition à
Saint-Domingue ne peut être douteux, soit que
la France soit réduite à y développer des moyens
de- force et de puissance, soit qu'au contraire, --- Page 16 ---
(14)
(comme nous devons tous le desirer), les propriétaires y soient appelés par le voeu de la population entière.
Mais ilne faut pas vous le dissimuler, Messieurs,
des succès obtenus, pour être durables, dépendent des dispositions suivantes :
Il faut que le Gouvernement, en arrivant dans
la Colonie, aborde franchement et loyalement la
grande question de létat des noirs : il faut quil
leur fasse toutes les concessions que comportent
les progrès de la civilisation de l'Europe, combinés avec l'existence nécessaire et indispensable
des Colonies; il faut que les noirs y soient bien
convaincus que la France exige d'eux un travail
fixesurles habitations auxquelles ils sont attachés,
un travail assidu, un travail régulier, sans vagabondage, sans excès; mais aussi, un travail récompensé, 3 sans mauvais traitemens.
i Il faut que les Colons retournent sur leurs propriétés avec le désir et la volonté d'y faire des
revenus, d'y créer des produits, d'y soigner leurs
cultivateurs avec humanité et bienveillance: il
faut que les fonctionnaires publics qui seront appelés à remplir des emplois dans Ia Colonie, con- --- Page 17 ---
(15)
courent par leur intégrité et leur vigilance, au
maintien de ses nouvelles Lois organiques, et ne
sacrifient pas, au désir de faire une prompte
fortune, les devoirs sacrés que leur imposent la
justice du Roi et le bonheur de ses sujets.
Il faut que le commerce de France prenne
confiance dans les efforts du Gouvernement, dans
ses intentions bienfaisantes, et qu'il les seconde
de toute sa puissance.
Il faut enfin que le chef qui gouvernera la
Colonie, donne, le premier l'exemple de la modération et de l'économie, seal moyen réparateur
des établissemens épuisés.
Si je me permets, Messieurs, d'indiquer ici tous
les moyens propres à atteindre le but de la restauration de la Colonie de Saint-Domingue, c'est
que je l'ai habitée assez longtems pour avoir pu) y
remarquer;
i°. Les espérances démesurées, inspirées aux
noirs de la Colonie;
2°. Les prétentions des hommes de toutes couleurs;
5°. Les dispositions des Colons à vouloir gonverner et administreer la Colonie, au lieu de ne
Si je me permets, Messieurs, d'indiquer ici tous
les moyens propres à atteindre le but de la restauration de la Colonie de Saint-Domingue, c'est
que je l'ai habitée assez longtems pour avoir pu) y
remarquer;
i°. Les espérances démesurées, inspirées aux
noirs de la Colonie;
2°. Les prétentions des hommes de toutes couleurs;
5°. Les dispositions des Colons à vouloir gonverner et administreer la Colonie, au lieu de ne --- Page 18 ---
(16)
s'occuper que de l'administration de leurs
propriétés;
4". L'esprit d'ambition et de cupidité de beaucoup de fonctionnaires publics;
5°. Le système exclusif que professe le commerce de France, sans penser qu'il existe des
natures d'objets de première nécessité pour les
Colonies, qu'il ne peut fournir, et qu'elles ne
peuvent obtenir que de l'étranger.
Et finalement, parce quejai vu trop souvent,
que les prodigalités et le luxe du chef de la Colonie, servaient d'exemple et d'excuse à celles des
Colons.
Je reviens donc, maintenant, à Ia pétition des
propriétaires de Saint-I Domingue : ils vous exposent, Messieurs, que des délais peuvent apporter de nouveaux obstacles au rétablissement
de l'ordre dans cette Colonie.
Que des secours, des capitaux sont nécessaires,
et qu'on ne peut les obtenir qu'avec des garanties
et des suretés qu'il faut déterminer;
Que d'immenses créances pésent sur presque
tous les propriétaires; que leur remboursement
nécessite des mesures legislatives pour régler --- Page 19 ---
(17)
l'ordre de leur concurrence avec les nouvelles
réclame le rétablissement des usines
avances que
et des cultures;
Qu'enfin il est indispensable d'adopter, pour
le régime intérieur de Saint-Domingue, des modifications que les circonstances actuelles prescrivent,
des demandes contenues dans
La récapitulation
connaitre la
cette pétition, suffit pour en faire
justice : votre Commission pense donc que la
Chambre doit la prendre en considération.
Relativement aux délais qui paraissent inquiéter
les Colons de Saint-Domingue, votre Commission
l'utilité de faire arriver Texest d'avis, qu'attendu
chaleurs, il est bien
pédition avant les grandes
desirable qu'elle parte dans les commencemens
de novembre.
Mais indépendamment de cette considération,
combien de motifs puissans doivent décider le
Gouvernement à ne point l'ajourner au delà de
cette époque!
Oui, Messieurs, lorsque la Colonie, en proie à
des guerres intestines et sanglantes, marche à
grands pas à sa perte, vous ne pouvez rester dans
Texest d'avis, qu'attendu
chaleurs, il est bien
pédition avant les grandes
desirable qu'elle parte dans les commencemens
de novembre.
Mais indépendamment de cette considération,
combien de motifs puissans doivent décider le
Gouvernement à ne point l'ajourner au delà de
cette époque!
Oui, Messieurs, lorsque la Colonie, en proie à
des guerres intestines et sanglantes, marche à
grands pas à sa perte, vous ne pouvez rester dans --- Page 20 ---
(18)
une coupable inaction; une destruction totale
prochaine serait le résultat infaillible des convul- et
sions auxquelles elle est livrée, si les malheurs
d'une portion considérable de VOS
concitoyens, et
l'intérét immense de tout ce qui constitue le commerce du Royaume, n'obtenaient que l'expression
stérile de votre compassion.
En conséquence, votre Commission est d'avis
de proposer à la Chambre de supplierhumblement
Sa Majesté de présenter,
1°. Une Loi qui règle le régime intérieur de
Saint-Domingue, quant à l'état des noirs déjà
existans, ou qui pourraient y être introduits;
2. Une autre Loi qui fixe les droits civils et
politiques à accorder aux hommes de toutes couleurs, propriétaires dans la Colonie;
3°, Une Loi qui détermine lépoque du reniboursement de toutes les sommes dues par les
propriétaires, antérieurement au 1er avril 1814,
pour tout ce qui concerne des avances faites dans
la Colonie; de telle sorte queles dettes anciennes
ne puissent venir qu'à une époque
donnée, 7 en
concurrence avec les dettes par eux nouvellement
contractées, pour le rétablissement de leurs cultures et leur retour dans cette Colonie; --- Page 21 ---
(19),
4°. Que Sa MAJETÉ sera également suppliée
d'ordonner les dispositions nécessaires pour l'expédition et l'envoi à Saint-Domingue des Colons
et des forces de terre et de mer qu'elle jugera
nécessaires au succès d'une opération qui intéresse si éminemment la prospérité de la France, et
dont les résultats heureux doivent rappeler son
commerce à son ancienne splendeur.
HACQUART, Imprimeur de la Chambre des Députés,
rue Git-lo.Coeur, no, 8. --- Page 22 ---
E814
873lr
07-130 --- Page 23 --- --- Page 24 ---