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EXTR AIT
D'UNE LETTRE AUTHENTIQUE
D.U CAP FRANÇOIS
A Saint-Domingue, ce 20 février 1789s
Jrp profite d'un vaiffcau fous voiles, pour vous faire
part, MONSIEUR LE COMTE, des grands événemens qui, 2 depuis un mois, occupent la Colonie.
ACCABLÉE de malheurs, écrafée fous le poids de
rautorité arbitraire, elle avoit chargé, dès lc mois
de mai dernier, ceux de fes enfans qui réfident en
France, de lui obtenir, du Pere commun, s l'entrée
de la grande affemblée de famille qui fe préparc,
Sr l'infortune y donne une place 2 qui peut lui
difputer celle qu'elle follicite? :
LEs Colons du Continent (cette juftice leur eft
bien due) ont fait, en cette occafion, ce que leur
a infpiré le patriotifine le plus énergique : ils ont
nommé un Comité, compofé d'un Préfident, de fepe
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Commiffaires, & d'un Rapporteur, auxquels cette
malhcureufe Colonie fera redevable de fon falut.
CE Comité s'eft adreffé au Roi, à fon Confeil,
à fes Notables. Par-tout il a trouvé devant lui, s
conme un obftacic incxpugnable s un Miniftre
odieux, dignc cfclave d'un Loménie, digne allié
d'un Lamoignon.
LES doléances fi touchantes de Saint Domingue
ont coulé comme l'eau, fur le triple airain de ce
caur endurci. Rien n'a rebuté nos défenfeurs.
Si le Tyran de la Marine a eu le trifte crédir
d'abufer, jufqu'à la fin, du defpotifme miniftériel;
silaeul la cruelle jouiffance d'excrcer, quclques inftans
de plus, 3 fon defpotique empire 3 fi, fidele à fes
défaftreux modcles, il a eu l'infamie de tromper fon*
Roi & la Nation, en repoufiant les vaux unanimes
d'une Colonie puiffante, qu'il n'efpere pas étouffer
plus' long-temps les cris aigus du défefpoir. Le Public
lcs a entendus; lc Public, toujours jufte, a vengé nos
Commiffaires des rebuffades miniftériclles 9 par un
accucil & dcs éloges qui ont enflammé leur courage.
ILS ont compofé s publié des écrits admirables
qui nous font parvenus, &: qui leur ont valu des
autels dans nos COEurS,
ie puiffante, qu'il n'efpere pas étouffer
plus' long-temps les cris aigus du défefpoir. Le Public
lcs a entendus; lc Public, toujours jufte, a vengé nos
Commiffaires des rebuffades miniftériclles 9 par un
accucil & dcs éloges qui ont enflammé leur courage.
ILS ont compofé s publié des écrits admirables
qui nous font parvenus, &: qui leur ont valu des
autels dans nos COEurS, --- Page 5 ---
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Nous avons cru ne pouvoir mieux faire que de
fuivre,avec exaétitude, le Plan con/litutionnel . qu'ils
Rous avoient trace,
Nousnous fommes adreffés, d'abord humblement,
aux Adminiftrateurs de la Colonie, aux Repréfentans
du Souverain: : quels Repréfentans, grand Dieu, d'un
fil bon Roi Dignes fuppôrs du Miniftre, ils nous
ont, comme lui, repouffés pendant fix mois.
ENFIN, quand ils ont Vu qu'un concert unanime
s'élevoit contre eux, & que lanimadverfion générale
pouvoit avoir des fuites très-facheufes, ils n'ont pas
cu honte de payer quelques têtes viles s pour leur
adreffer une requête miférable, qu'ils ont eu, dans
leur aveuglement s la maladreffe d'oppofer à nos
inftances patriotiques. QUATRE MILLE POIX
libres de notre côté 5 QUARANTE-DEUX POIX
achetées du leur, voilà leurs armes &clesnôtres: ET
C'EST AVEC CELA QU'ON TROMPE LES Rois
SUR cette requête abfurde, 3 ils ont rendu une
Ordonnance verbeufe, digne du prétexte. Il faut lire
cette piece originale; il faut lirc anfil'adreffe, pleine
de logique &c d'éloquence s par laquelle notre
a
héroique Chambre d'Agriculture y a répondu, pour
avoir une idée juite des écarts où le defpotifme peut
entrainer les Tyrans,
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Cr nouvel abus d'autorité 9 attentatoire aux
volontés du Souverain & à nos droits, n'a plus laiflé,
à la Colonie victimée, le choix de deux partis: elle
a faivi les fages confeils de fesenfans da Continent;
& défolée d'êtrc la Jeule Province de IEmpire,
quoique la plus importante fans doute, qui n'eûc
pas reçu la plus légere marque du fouvenir de fon
Roi,elle a encore eu la magnanimité de s'aftreindre,
autant qu'clle a pu s à toutes les formes que le
Monarque a prefcrites aux contrées heureufes que
des Miniftres pervers n'ent point fouftraites à fcs
regards, & firr lefquelles ila a répandu fes bienfaits.
Ex vertu du droit imprefcriptible, acquisà tous les
hommes 3 de s'occuper paifiblement des grands
intérêts communs, Saint-Domingue a convoqué tous
fcs habitans libres Sc majeurs.
ILs fe font, à jour marqué, affemblés par Paroiffe;
tà, ala face du Ciel qu'ils ont prisirémoin des refus
reitérés de leurs Tyrans, ils ont élu un Préfident,
un Secréraire, ont exprimé leurs VuuX, rédigé leurs
doléances, & nommé des Eledteurs auxquels ils ont
conféré lcs pleins pouvoirs de leur infortune & de
leur confiance.
Crs derniers fe font réunis dans les trois Capitales
des Principaux départemens de TIfle, poury procéder
, ala face du Ciel qu'ils ont prisirémoin des refus
reitérés de leurs Tyrans, ils ont élu un Préfident,
un Secréraire, ont exprimé leurs VuuX, rédigé leurs
doléances, & nommé des Eledteurs auxquels ils ont
conféré lcs pleins pouvoirs de leur infortune & de
leur confiance.
Crs derniers fe font réunis dans les trois Capitales
des Principaux départemens de TIfle, poury procéder --- Page 7 ---
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à la rédadion des cahiers & à la nomination des
Députés aux Etats Généraux.
Les Eleéteurs de la partie du Nord, au nombré
de trente-huit, fe font aflemblés au Cap. Nobles &c
Plébéiens 3 tous unis par le même fentiment de
douleur, ont arrêté de ne point fc féparer. Ils ont
fait enfemble le récit de leurs longs malheurs, &c
enfuite ils ont procédé au choix des Colons patriotes
qu'ils chargeroient de ce précieux dépôt.
LES différens ferutins ayant été formés & ouverts
en préfence des Scrutateurs, leurs différens réfiltats
nous onto donné pour cette dépendance fept Députés,
all choix defquels nous ne pouvons qu'applaudir a
& dont je joins ici, M. le Comte, la nomination
dans l'ordre où elle a été faite, &c avec le nombre
de voix qu'ils ont réunies fur les trente-huit votans 3
favoir :
M. le Marquis de Gouy d'. Arfr, Commifaire-Rapporteur du ComiréColonial
de France e
38voix.
M. le Marquis de Paroy, Membre du
Comité Colonial de France.
38voix,
M. le Comte de Vaudreuil, Membre du
Comité Coloniai de France.
37voix.
F M. le Comte de Reynaud, Membre du
Comité Colonial de France..
37voix. --- Page 8 ---
78) )
M. de Chabanon Defalines, Habitant
réfidant à Paris.
37voix.
M.de Laborie, Secrétaire de la Chambre
d'Agriculture du Cap. -
29voix.
M. Arnaud de Marfilly 2 SecrétaireAdjoint du Comité Colonial de SaintDomingue
27voix.
ET POUR REMPLACEMENT:
M. de Thebaudieres 3 ancien Procureur Général,
réfidant à Saint-Domingue.
M. le Préfident du Plaa, Membre du Comité
Colonial de Irance.
M. Larchevéque Thibault, Commil@aire-Rapporteur du Comité Colonial dc Saint-Domingue.
M.le Comte de Villeblanche, Major des Vaifleaux
du Roi, réfidant en France.
M. le Comte de Noë, Maire de Bordeaux, réfidant
en France.
M. lc Marquis de Rouvray, Maréchal de Camp,
réfidant à Saint-Domingue.
Tous ces Elus ont obtenu, foit aul premier tour
de ferutin, foit dans lcs deux tours fuivans, plus
de la moitié des fuffrages, condition que le Comité dc France nous avait impofée comme effenticlle. Nous ne doutons pas de Tacceptation de
ccux qui réfident en Francc; ceux qui font ici fc
Noë, Maire de Bordeaux, réfidant
en France.
M. lc Marquis de Rouvray, Maréchal de Camp,
réfidant à Saint-Domingue.
Tous ces Elus ont obtenu, foit aul premier tour
de ferutin, foit dans lcs deux tours fuivans, plus
de la moitié des fuffrages, condition que le Comité dc France nous avait impofée comme effenticlle. Nous ne doutons pas de Tacceptation de
ccux qui réfident en Francc; ceux qui font ici fc --- Page 9 ---
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difpofent à partir avec lc plus grand empreffement,
quoique les dernieres nouvelles de nos chers
Correfpondans nous affurent que les Etats Généraux ne
s'ouvriront pas avant le premier de Mai,
ILS nous ont envoyé un arrêté du Parlement de
Paris, du 5 Décembre 1788, dont nous avons
admiré la fageffe, &c qui va faire la bafe dc nos
Cahiers.
AvEC quclle effifion de coeur ne demanderonsnous pas la périodicité des Etats Généraux, & furtout la relponfabilité des Miniftres!
Sr l'on avait la faibleffe, dans votre Continent,
de ne pas donner à cette julte demande un effet
rétroactif, nous nous ferons un devoir de fournic
lcs premieres vidlimes à la Loi; nos Dépatés font
chargés de dénoncer à la Nation, non feulement
cet Intendant & Ce Procureur Général, tyrans fibalternes qui nous égorgent depuis trois ans, mais
cncore le Miniflre incpte ou barbare, qui, fans racheter par aucun talent l'impéritie du fameux LoRD
NORTH, a fait comme lui tout ce qu'il fallair
nous féparer d'unc Mère-Patric que nous adorons pour
& que nous n'abandonnerons jamais
s
, malgré la
facilité &c les exemples, à moins qu'une main facrilége ne vienne rompre tous les liens qui nous
uniffent indiffolablement à elle, --- Page 10 ---
(I Io)
APRÈS tant de tentatives inutiles, M.I le Comte,
puifque le Cerbère de notre Département nous cmpêche depuis huit mois d'approcher dc notre bonz
Roi, il ne nous refte donc plus qu'à nous jeter
entre lcs bras de Ia Nation,
AVEC quelle confance ne faifons-nous pas cette
démarche fraternelle! Sc pourroit-il, hélas! que la
Francc affemblée ne trouvât pas qu'il lui manque
quelque chofe, quand une partie dc fes frères ne
fera pas au milieu d'elle? Oubliera-telle des cnfans,.
des amis qui, fous un ciel brôlant - 2 fécondent, à
deux mille licues d'elle, un fol aride, le feul qui
puiffe lui procurer abondamment le fucre, le café,
lc coton & l'indigo; un fol qui, arrofé de nos fiteurs,
vivific la Métropole, en produifant chaque année la
cargaifon de mille bâtimens s reffource du commerce, s & pépiniere de Mateiots pour la marine
royale?
Nox, les Percs de la Patric réunis peferont,
dans lcur équiré, nos juftes réclamations, & dans
leur politique, notre importance. Ils nc repoufleront
pas leurs Freres qui tendent les bras vers eux 5 ils
n'éconduiront pas des Cultivateurs laborieux, qui,
toux lcs ans, font avec eux un commerce de DEUX
CENTS MILLIONS, &c qui, fans. compter NEUF
MILLJONS d'impôt direét, & plus de SOIXANTE
MILLIONS d'impôt indircét que la prohibition leur
,
dans lcur équiré, nos juftes réclamations, & dans
leur politique, notre importance. Ils nc repoufleront
pas leurs Freres qui tendent les bras vers eux 5 ils
n'éconduiront pas des Cultivateurs laborieux, qui,
toux lcs ans, font avec eux un commerce de DEUX
CENTS MILLIONS, &c qui, fans. compter NEUF
MILLJONS d'impôt direét, & plus de SOIXANTE
MILLIONS d'impôt indircét que la prohibition leur --- Page 11 ---
(11)
enleve, valent encore à la Métropole, en dernicre
analyfe, un bénétice de QUARANTE MILLIONS
de livres tournois, dans la balance du commerce
Européan.
VOILA les titres que nous apportons; le defporifime
odieux qui nous affervit les réprouve, mais la Nation
les allouera. Pour nous rendre digne d'elle, nous
lui offrons encore le tribut de nos coeurs 2 & nous
la fapplions de réfléchir que c'cft dans un moment
où elle eft accabiée de charges immenfes, dont il
s'agit de partagerle fardeau, qu'une Province, libre
de toutes dettes, vient réclamer le titre de Saur,
dans lequel la politique étroite de nos Adminiftrateurs
vouloit nous faire trouver naguères des inconvéniens 5 que la générofité Américaine ne calcule
pas (1).
AH ! payons, payons avec vous les charges de
S'Etat, & partageons avec vous les avantages de la
(1) Le Gouverneur & l'Intendant ont ofé
une
dans
de leurs produétions monftrueufes dernicrement
publiquement à éviter les occafions de > nous exhorter
d'un Royaume accablé de dettes, difoient-ils nous rapprocher
que nous avons le bonheur de n'en avoir aucune. > tandis
Cet avis falutaire a fait horreur à toute la Colonic
Eh! ne fommes-nous donc pas François! --- Page 12 ---
97-32
E789
(12)
Q22:
confraternité, en terevant de VOS mains une conftitution libre, fc vien réel vers lequel l'homme
vraument homn ( doit diriger fans ceffe tous les
efforts dorit il eit apable,
RTPO --- Page 13 --- --- Page 14 ---
a