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P
E 2 TIT IO N
PRÉSE N T E
NATIONALE;
A L'ASSEMBLÉE
Dans la Séance du II Décembre 1791, -
P A R
M.
G ATERA U,
HABITANT DE S.-DOMIN G U E;
IMPRIMÉI PAR ORDRE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE.
MESSIEURS,
ARRÉTÉ au Cap - Français, le I5 Juillet dernier;
par ordre du Comité fecret de l'Affemblée Provinciale du
Nord; jeté dans les cachots; dépouillé de mon état & de
la France au milieu des téma fortune; embarqué pour arrivé à Marleille après une
nèbres de la nuit, je fuis
du
irès-longue traverfée. C'eftau moment ohjapprochois
Pétitions No :
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Sanétuaire des Lois pour y dénoncer tous ces actes de
les Commiflaires de S,-Domingue ont olé
tyrannic, défigner en que moi Tun des principaux autcurs des troubles
quidéfolent cette riche &cmalheureufe Colonie. Il faut donc
arracher le mafque à ces vils impofteurs qui,f frappés euxmêmes de la foudre qu'ils allumoient contre la Patrie,
encore; mentir à leur confcience, en imputant
peuvent
les crimes de leur orgueil & de leur
a la Philofophte
mort
mauvaife foi. Sans doute ils nie croyoient
lorfqu'ils
de m'accufer devant vous; ils croyoient
ne enfevelies craignoient avec pas moi les vérités que je vais mettre fous
ces vérités, Meflieurs, vous conduiront à la
fource VOS yeux des : troubles, & vous indiqueront les moyens de
la tarir.
à
une Coalition
veut la
1I cxife
S.-Domingue
qui d'une
contre-révelution, ou l'indépendarce fous Tégide
Puiffance étrangère. Par la contre-révolation, elie échapà la faifie-réclle: par la protedtion d'une Puiffance
peroit étrangère clle n'échapperoit pas à la faifie- réelle, mais
elle fe difpenferoit de payer les dettes immenfes quielle a
contractées envers la France. Cette Coalition eft foutenne de
les Ouvriers blancs, qui déteftent les Hommes
par
gens fans aveu, qui vivent de fa honteufe
couleur, 8cparles
des
magnificence. Elle a fait éloigner
Affemblées prinaires
les honnêtes Colons blancs & les Hommes de couleur
fur Fâne, & pendre dans l'oclibres; elle a fait promener s'avifoient de blâmer fes violences, ou
cafion, ceux qui
Pétitions
réclamer l'exercice
de préfenter de fimples
de pour toutes les places dans
de leurs droitssrelle s'eft emparée
Affemblées coloniales, adminiftratives & muricipales;
les
renverfé le Gouvernement & les Tribuoars: liclle a
décrété
emprifonné
cencié les Troupes,
T'indépendance,
la
arbitrairement des Citovens qu'elle a embarqués pour arFrance. fonlé aux pieds le figne facré de la Liberié,
de
Ics Comunilfavres
boré la cocarde noire,menacé pendre
le s'eft emparée
Affemblées coloniales, adminiftratives & muricipales;
les
renverfé le Gouvernement & les Tribuoars: liclle a
décrété
emprifonné
cencié les Troupes,
T'indépendance,
la
arbitrairement des Citovens qu'elle a embarqués pour arFrance. fonlé aux pieds le figne facré de la Liberié,
de
Ics Comunilfavres
boré la cocarde noire,menacé pendre --- Page 5 ---
des 3
les
interdu Roi aux vergues
Navires qui
porteroient
cepté &c ouvert les lettres des honnêtes gens' qu'elle op-
& jeté la terreuir dans les ames, Par Tappareil
formidable primoit, de fes fatellites trompés. -
Moi feul, Meflieurs, j'ai ofé dire la vérité atl milieu
des poifons & fous le couteau des affaflins ; j'al tonné
contre les infraéteurs des Lois, dela Morale ScdefHonneur;
Jai foulevé le voile impur de T'Hypocrific nuancée des couIcurs emptuntées du patriotifme ; jai montré à découvért
& dans toute leur horreur ces crimes qui,
être d'une
différente, n'en découloient pas
de la même
tasaTa
fource,jai efpèce
fait trembler lcs. méchans, & les méchans n'ont
ébranler ma fermeté, ma conftance intrépide à les faire
pu connoître : c'eft moi qui, par un Joutnal tres-répandu,
arrêtois les complots de ces hommes perdus de dettes,
qui ont ouvert dans la Colonie T'abime affreux que yous
cherchez à combler; c'eft moi qui avois prédit le Décret
d'indépendance de la première Affemblée Coloniale, deux
mois avant qu'il fût rendu, & qui ai publié fes plus fecrètes manceuvres; c'eft moi qui, par de fages confeils,
ai long-tems. préfervé les troupes de ligne des infinuations
perfides des Municipalités de T'Oueft &c du Sud qui, dans
ces deux Provinces, font enfin. parvenues à détourner la
fotce publique de fa véritable deftination, pour la faire
fervir aux finiftres projets de la Coalition dont elles faifoient partic; c'eft moi qui aurois confervé à l'Amérique
feptentrionale un dès Héros de fon indépendance, àlArmée françaife un de fes Officiers les plus braves & les
plus diftingués, à l'Affemblée Nationale un homme
d'honneur qui,lié
fon ferment, étoit lc plus fir garant de Texécution S fcs Décrets, fi celui de mes Journaux qui dénonçoit le faux- Décret en date du 17 Décembre, & Thorrible deffein de faire affaffiner le Colonel
Mauduit all nom de. l'Affembléc Conftituante, n'eut été
retenu à la pofte du Port-au-Prince; c'eft. moi qui ai
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l'Affemblée Nationale un homme
d'honneur qui,lié
fon ferment, étoit lc plus fir garant de Texécution S fcs Décrets, fi celui de mes Journaux qui dénonçoit le faux- Décret en date du 17 Décembre, & Thorrible deffein de faire affaffiner le Colonel
Mauduit all nom de. l'Affembléc Conftituante, n'eut été
retenu à la pofte du Port-au-Prince; c'eft. moi qui ai
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prouvé que les Membres de la Municipalité du Port-an:
Prince avoient été complices du meurtre.
C'eft moi qui ai fait aux Bataillons d'Artois & de
Normandic des Adreffcs qui les auroient fait rentrer dans
le devoir fans la moindre fecoufle, 2 fans le moindre
danger
les traîtres qui les avoient égarés,sil n'eût
été de ioris intérêt de perpétuer T'erreur de ces Soldats
parriotes; c'eft moi qui, tantôt par de fages confeils,
tantôt par des éloges mérités, ai maintenu le Régiment
du Cap dans la fubordination; c'elt moi qui, fouténant
les débris de Forganifation fociale dans Ia Province' du
Nord, ranimois dans toute la Colonie lefpoir des Propriétaires de toutes les couleurs, que les brigandages & les violences de quinze mille gens fans aveu, envoyés de France
les quatre-singr-cing & autorifés par le filence des
: Affemblées par
& des Municipalités, mettoient dans T'alternative cruelle ou de fe voir riinés, ou de fe joindre aux
factieux qui faifoient agir cette horde aveingle & barbare;
ceft moi qui ai confervé à la Mère-Patrie les Colons
honnêtes & tranquilles, les feuls dont l'attachement foit
fincère, &c dont le filence forcé ne fauroit être coupable.
Ils ne vous ont point envoyé de Députés pour vous
demander des troupes; ils nont à groflir ni moyens
ni moyens de réliftanicé. à vOS Décrets: les
deg
preffion,
heureux! Lils n'ont point d'armée: ils ne font forts' que de
leurs vertus; ils attendent,-dans les angoiffes de la crainte
& de la douleur, gu'une voix. feccurable dirige votre main
bienfaifante vers la caverne affreufe où les rugiflemens de
la Trahifon étouffent la voix plaintive de FInnocence &
de la Fidélité.
Je, n'affligerai. pas VOS regards du tableau des cruautés
dont j'ai été le témoin. C'eft à vots, Mcflieurs, qu'il
apparlijent d'envoyer fir cette terre de défolation, 2 des
hommes juftes, humains, éclairés. Qu'ils aillent y fonder
les plaics des honnêtes colons blancs, des hommes de
de
la Trahifon étouffent la voix plaintive de FInnocence &
de la Fidélité.
Je, n'affligerai. pas VOS regards du tableau des cruautés
dont j'ai été le témoin. C'eft à vots, Mcflieurs, qu'il
apparlijent d'envoyer fir cette terre de défolation, 2 des
hommes juftes, humains, éclairés. Qu'ils aillent y fonder
les plaics des honnêtes colons blancs, des hommes de --- Page 7 ---
5.
couleur libres perfécutés tantôt au nom de la Nation &c
de la Loi, tantôt au nom de la fûreté des propriétés
mobiliaires,
la mauvaife foi des débitcurs
2 toujours par
infolvables : quils aillent fonder les plaies de ces dignes
C ilons; ils y trouveront les dards acérés d'une coalition
fcélérate qui s'offre à toutes les nations, & que toutes
les Nations rebutent avec mépris : à chaque pas ils rencontreront des preuves de perfidie; ils verront un Goueft
verneur qui n'ofe feulement pas écrire la vérité, qui
obligé de communiquer aux Afemblées fes lettres & le
livre od il les configne; ils trouveront des Comités fecrets,
les lettres,
des - Commiffaires prépolés pour intercepter
des Caifles publiques vides, des regiftres de geole qui les
feront frémirs ils trouveront des Commiffaires de rade
qui depuis les premiers jours de la Révolution vifitent
tous les navires, toutes les poches, & faififfent des écrits
qui n'apprendroient rien aux negres efclaves parce qu'ils
ne favent pas lire, qui n'apprendroient rien aux hommes
de couleur libres parce quils ont toujours connu leurs
droits ; ils découvriront bientôt
la feule vérité contenue dans le rapport de la iype.ls de Saint-Domingue
eft le défordre affreux dont ellc vous a fait le tableau.
Elle n'a pas
de ccs 'cris imprudens & perfides
j'ai moi-même LRL & dont bien d'autres que aci
furent indignés : elle n'a
dit qu'àlarrivée du Décret du
15, Mai, on faifoit crier let les villes & par! les campagnes,
que l'Affemblée Nationale alloit bientôt rendre aux Negres
la liberté;
tout retentifloit de ce menfonge meurtrier,
tandis quie RD Décret du IS Mai 'ne regardoit que les hommesdecouleur libres. Mais il falloit rallier, enles alarmant
fur leurs propriétés, tous ceux dont le coeur breloit
encore de l'amour de la patrie : & les fadtieux, entièrement livrés à ce coupable calcul, ne fongeoient pas qu'ils
étoient parmi des Efclaves.
Ceuxà qui vous acorderez votre confiance, après avoir
tout retentifloit de ce menfonge meurtrier,
tandis quie RD Décret du IS Mai 'ne regardoit que les hommesdecouleur libres. Mais il falloit rallier, enles alarmant
fur leurs propriétés, tous ceux dont le coeur breloit
encore de l'amour de la patrie : & les fadtieux, entièrement livrés à ce coupable calcul, ne fongeoient pas qu'ils
étoient parmi des Efclaves.
Ceuxà qui vous acorderez votre confiance, après avoir --- Page 8 ---
S
acquis quelques connoiffances locales 2 feront bientôt
convaincus
non-feulement la publication du Décret
du I5 Mai fE pu caufer aucun trouble mais encore
quelaj juftice & la faine politique avoient diété les difpofizions de ce Décret.
Coloniale auroit, l'année derLa dernière Aflemblée hommes de couleur l'exercice de
nière, accordé aux
tous leurs droits, fi, lorfqu'elle leur fit écrire
MM.
Guerin & Saintard, ils euflent voulu accepter
qu'on
TRlit
leur faifoit des habitations des proferits; mais ils refuferent avec indignation, & ne voulurent pas acheter par
des batfefles, des avantages qu'ils tenoient de la nature.
Pourquoi n'auroit-on pas craint alors de détraire la fibordination, dans les ateliers, en cfaçant la ligne de démarcation
fépare les Colons Blancs des gens de couleur?
C'eft a cette époque on étoit, comme aujourd'hui,
rénétré dc cette grande vérité, que lcs propriétaires de
couleur, avilis de tous les temps, & cependant.toujours
obéis par leurs efclaves, exerceroient fur eux. une puiffance morale bien plus active, fi,étant libres, ils avoient
enfin Texiftence civile & politique des blancs.
Meflieurs, il eft donc évident que lc Décret du
de
coalition
regne
Mai n'eft que le prétexte
la
qui
de
St.-Domingue, & que la faifie-réclle eft Tobjet réel
fes Entourée craintes. de forces confidérables, clle vous a demandé
des fecours pour repouffer les Nègres rebclles que les feuls
hommes de couleur pouvoient contenir. Puifle-telle n'avoix pas égaré votre fenfibilité paternelle! Mais tout m'annonce que ceux qui oferent lutter d'autorité avec PAfbien aufli ofer lutter de
femblée Conftituante, pourront
forces avec vous.
fans doute exagérée à ceux
Cette prédidtion paroîtra
ne connoiffent pas le caur des méchans, à ceux qui
qui n'ont jamais parcouru les détours de ce labyrinthe effrayant
voient contenir. Puifle-telle n'avoix pas égaré votre fenfibilité paternelle! Mais tout m'annonce que ceux qui oferent lutter d'autorité avec PAfbien aufli ofer lutter de
femblée Conftituante, pourront
forces avec vous.
fans doute exagérée à ceux
Cette prédidtion paroîtra
ne connoiffent pas le caur des méchans, à ceux qui
qui n'ont jamais parcouru les détours de ce labyrinthe effrayant --- Page 9 ---
oà la vertu timide n'oferoit pénétrer; mais d'après ce que
jaivu.je dois vous préparer à de nouveaux événemens.
Au nom de la patrie, Meflieurs, au nom de l'humahâtez-vous
à St.-Domingue des hommes
nité,
& d'envoyer fermes, avec des Gardes Nationales bien
incorruptibles informées de leur deftination. Qu'ils y, parlent au. nom de
la deuxième Légiflature Françaife; quils difent aux honnêtes Colons Blancs & aux hommes de couleur libres :
vous avez ététrompés, vOS droits ont été
(. Jufqu'à préfent
Nous venons vous arraméprifés, vOs efpérances terraffer déçues. le menfonge, & faire régner
cher à Toppreflion, Auflitôt ils les verront voler fur leurs traces; auflila Loi. )
de l'ordre & lc triomphe de la Conf
tôt le rétabliffement affurés à St.-Domingue. Ces hautes montitution feront
des
retentiront
tagnes, qui ne répètent que
gémiffemens, bénis dans le Noudu cri de la reconnoiffance; vous ierez
veau-Monde; & vous pourrez vous dire à vous-mêmes:
de montrer le courage de
< C'eft à nous qu'il appartenoit
la vertu. >>
laiffe à votre juftice le foin
Quant à moi, Mellieurs, je
&
de fixer les indemnités qui me font dues,
d'indiquer
les hommes qui doivent les fiupporter.
DE L'IMPRIMERIE NATIONALE --- Page 10 ---
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