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PREMIER RECUEIL
D E
PIÈCES INTERESSANTES,
R E M I S E S
PAR les COMMISSAIRES de la COLONIE
DE SAINT-DONINGUE,
A MM. LES NOTABLES,
LE 6 Novembre 178 S.
C
N T E N A N T :
Lettre des Commiflaires aux Notables. .du 4 Novemère 17SS.
Lettre des Commiffaires au Roi.
du 31 Aviit. .id.
Lettrc des Commiffaires au Miniftre de la
Marine
du 3 Sepsembre...id.
Scconde Lettre des Commiffaires au Roi..du 3 Novemsre...id.
Mémoire Inftruétif fur le Régime &:
l'Importance de la Colonie,
,di 4 Novembre...id. --- Page 6 --- --- Page 7 ---
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2 rbra 2 ALEISS M3 L a. ths 1, at
sAit Cantde Doyek Danfr vontte Tonite Ar AEY A
LE' TTR E
DES COMMISSAIRES DE LA COLONIE DE
SAINT - DOMINGUE,
A MESSIEURS LES NOTABLES.
MONSIEUR,
DÈs que SA MAJESTÉ eut manifelté, il y a un an 3
J'intention de convoquer les Etats-Cénéraux de fon
Royaume , aucune Province de fon Empire 3 quelqu'éloignéc qu'elle fe trouvât du centre commun > ne put
mettre en doute le droit d'affifter s par SES DEPUTES, à
cette affemblée de la grande famille.
LES PROVINCES COLONIALES ont partagé cette fécurité que leur importance actuelle doublait encore,
A --- Page 8 --- --- Page 9 ---
* V
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a roy Ls 4 L a - HAEY
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LETT R E
DES COMMISSAIRES DE LA COLONIE DE
SAINT - DOMINGUE,
A MESSIEURS LES NOTABLES.
MONSIEUR,
Dès que SA MAJESTÉ cut manifefté, il y a un an 3
l'intention de convoquer les États- - Cénéraux de fon
Royaume, aucune Province de fon Empire > quelqu'éloignée qu'elle fe trouvât du centre commun s ne put
mettre en doute le droit d'affifter 3 par SES DEPUTES, à
cette affemblée de la grande famille.
LES PROVINCES COLONIALES ont partagé cette fécurité que leur importance actuelle doublait encore,
A
ès que SA MAJESTÉ cut manifefté, il y a un an 3
l'intention de convoquer les États- - Cénéraux de fon
Royaume, aucune Province de fon Empire > quelqu'éloignée qu'elle fe trouvât du centre commun s ne put
mettre en doute le droit d'affifter 3 par SES DEPUTES, à
cette affemblée de la grande famille.
LES PROVINCES COLONIALES ont partagé cette fécurité que leur importance actuelle doublait encore,
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(2)
SAINT-DOMINGUE, que fon étendue, fes produétions,
fon Commerce doivent faire confidérer comme un fecond
Royaume, aurait pu laiffer à fa prépondérance le foin de
parler pour ellc..
Mais la crainte d'ètre foupçonnés
d'une infouciance coupable, a bientôt infpiré à fes habitans 3 un plan de conduite à la fois patriorique & refpectueufe, dont ils ne s'écarteront jamais.
ILS ont formé un vocu dans la Colonie; ils ont arrété
de faire parvenir ce voeu & leurs hommages à Y'oreille de
leur Souverain 3 ils fe font adreffés, pour remplir cette
miffion, à leurs compatriotes réfidans en France.
CES REPRESENTANS NATURELS, > revêtus des pouvoirs
de leurs Frères, fanctionnés par des milliers de fignatures,
fe font à leur tour réunis à Paris.
LEUR premier foin a été d'adhérer, fans héfiter, aux
voeux de Jeurs Concitoyens d'outre-mer; le fecond > de
tranfmettre tous les pouvoirs que ces derniers leur avaient
délégués, à une COMMISSION compofée de GRANDS
PROPRIETAIRIS, qui puffent porter aux pieds du Trône,
Ja jufte demande de la Colonie.
VEUILLEZ bien remarquer, MONSIEUR, > que ces Commiffaires font RÉELLEMENT les Commiffaires de la Co- --- Page 11 ---
(3)
Ionie , puifqu'ils ont réuni les fuffrages des Colons réfidans
en France; &: que ceux-ci étaient fondés à voter; d'après
les pouvoirsfpécizux des habitans réfidans â St.-Dominguc.
UNE Eleétion auffi CONSTITUTIONELLE femblait leur
impofer l'obligation d'éclairer toutes leurs démarches, du
flambeau de la conftitution &: de la loi.
PRECEDES par de tels guides, ils fe font adreffés d'abord
à M.le Marquis DU CHILLEAU, Gouverncur-général de
Ja Colonie, pour lors en France. Sous fcs aufpices, ils
ont expofé à M. le Comte DE LA LUZERNE l'objet de
leur miffion, &: ont préfenté à SA MAJESTÉ, par l'entremife du Miniftre de la Marine, une Lettre qui contenait les hommages Sc les voenx des Colons.
ILS en ont attendu la réponfe avec refpect, 8n'ont pu
interprêter défavorablement un filence qui leur étaic
commun avec toutes lcs Provinces, & qui n'avait d'antre
motif, fans doute, que celui de réunir plus de lumières
avant de ftatuer fur la forme importante de la convocation
des Ltats.
CETTE conjeôture a été changée en certitude par la
publication du célèbre Arrêt du Confeil du 5 Odubre
dernier, dont les fages difpofitions font également tl'éloges
A 2
êter défavorablement un filence qui leur étaic
commun avec toutes lcs Provinces, & qui n'avait d'antre
motif, fans doute, que celui de réunir plus de lumières
avant de ftatuer fur la forme importante de la convocation
des Ltats.
CETTE conjeôture a été changée en certitude par la
publication du célèbre Arrêt du Confeil du 5 Odubre
dernier, dont les fages difpofitions font également tl'éloges
A 2 --- Page 12 ---
(4)
& du Miniftre qui l'a provoqué, & du Souverain qui
l'a rendu.
DEPUIS cette époque, nous attendions, MONSIEUR,
avec impatience celle qui devoit réunir les Confeillers
refp-clables, dcftinés à former cette Affemblée augufte
que l'on peut appeller la LUMIÈRE DU SOUVERAIN 8c le
CONSEIL DE LA NATION.
AI'INSTANT odelles s'ouvre, nous paraiffons devant elle,
nous déployons les pouvoirs honorables de la plus grande
de nos Colonies, nous adreflons nos refpects au SOUVERAIN MAGISTRAT quipréfide, nousinftruifonsnotre caufc
devant le Membres intègres de fon nouveau Confeil,
& nous les fupplions d'opiner fur notre demande, AVANT
TOUTE AUTRE 3 puifque la pofition de nos conflituans
femble requérir une décifion plus prompte > fur ce qui
les concerne.
BIENTOT nous la leur ferons parvenir; bientôt leurs
Repréfentans COMPLETIERONT l'Affemblée Nationale, fi
les mers 8les vents d'accord avec leurjufleimpatience, ne
les éloignent point de vos rivages.
MAIS dans le cas > MONSIEUR, où des élémens S
difficiles à maitrifer retiendraient pour quelque temps >
loin de nos bords a les DEPUTES de cette intéreffante --- Page 13 ---
(5)
Province, , devrait-elle renoncer à l'avantage d'affifter aux
Délibérations de la grande famille 5 parce que les vents
lui auraient été contraires ?
NoN, fans doute; ; cctte privation ne lui fera point imimpofée, puifqu'il eft un moyen de lui en épargner la
douleur.
LES Colons qui réfident en France, forment > fans
contredit, la majeure partie & la plus riche portion des
Propriétaires. planteurs de Saint-Domingue. Revêtus de
TOUS LES POUVOIRS de leurs compatriotes d'Amérique. ,
ajoutés à leurs droits perfonnels 3 ils n'attendent qu'un
ordre de SA MAJESTÉ, pour fe réunir & nommer des
DÉPUTES qui 3 provifoirement, affifteraient aux féances,
jufqu'à l'arrivée de ceux d'outre-mer, & les mettraient
au fait > alors > de tous les objets qui auraient été
traités. Cette miflion remplie, ils céderaient leur place à
ces derniers > à moins qu'ils n'euffent eux-mèmes été
compris fpécialement dans le nombre des REPRESENTANS
nommés à Saint-Domingue 3 par la Colonie.
VOILA, MONSIEUR, la demande jufte que nous fommes
autorifés à vous fupplier de préfenter favorablement à
SA MAJESTÉ. La Colonie a tout prévu; c'eft elle qui
vous parle par notre bouche: nous ne fommes aujourd'hui
iflion remplie, ils céderaient leur place à
ces derniers > à moins qu'ils n'euffent eux-mèmes été
compris fpécialement dans le nombre des REPRESENTANS
nommés à Saint-Domingue 3 par la Colonie.
VOILA, MONSIEUR, la demande jufte que nous fommes
autorifés à vous fupplier de préfenter favorablement à
SA MAJESTÉ. La Colonie a tout prévu; c'eft elle qui
vous parle par notre bouche: nous ne fommes aujourd'hui --- Page 14 ---
(6)
que Ics organes de fes voeux, nous ferons un jour les
interprêtes de fa reconnaiflance.
SUR un point auffi fimple que celui que nous traitons,
il femble, MONSIEUR, que l'hiftorique qui précède, dût
fuffire pour inflruire Je Confeil de SA MAJESTE; mais
notre délicateffe nous prefcrit d'aller: au-delà du néceffaire,
& de vous fournir des armes irréfittibles contre les objections vagues que l'ignorance, le préjugé, 3 ou l'envie chercheraient à fufciter contre nous. C'eft fous ce rapport que
nous vous faifons hommage de quelques Pièces citées dans
cctte Epitre, ou analogues au fujet.
LA PREMIÈRE eft la Lettre que nous écrivimes le 31
Aoit, à SA MAJESTE.
LA SECONDE, celle que nous adrefsàmes, le 3 Septembre, à M. le Comte DE LA LUZERNE.
LA TROISIÈME eftla nouvellc Lettre quc nousavons fait
préfenter hier au Rom.
LA QUATRIEME eft un Mémoire inftructif, fur les us 3
coutumes, droits, priviléges, prérogatives des Colonies,
fur leur importance pour la France, fur la nécefité d'admettre leurs Députés, &: fur celle de régler la forme de
leur Fleétion.
Nous recommandons Ces Pièces A VOTRE ATTENTION
LA PLUS SERIEUSE, ) el Sigclinum lticaw
mabartil, --- Page 15 ---
(7)
ELLIS promèneront votre efprit dans un autre monde;
ELLES éclaireront votre religion.
ELLES fatisferont votre coeur, enlui fourniffant des lumières à tranfmeitre atl Souyerain qui les reclame.
ELLES auront rempli notre but, fi clles valent vos
fuffrages à la Colonie , & votre indulgence à fes Commiffaires.
Nous fommes avec une haute &: refpectueue eflime >
MONSIEUR,
Vos très-humbles &: trèsobéiffans ferviteurs :
Les Commiffaires de la Colonie de Saint-Domingue,
LE Duc DE CHOISEUL PRASLIN.
LE MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
a
DE PEYRAC.
LE COMTE DE MAGALLON.
Signés
LE CHEVALIER DoUGE.
a Ls MARQUIS DE PERRIGNY.
LE COMTE DE VAUDREUIL
LE MARQUIS DE Goux D'ARSY, (Commifaire
Rapporteur.
Paris, + Novembre 1788.
(*)M. le Duc de CIRESTE-BRANCAS, dontla fignature fetrouve au
bas des premières rédaétions du Comité , s'étant retiré le 29 Septembre,
pour raifon de fanté, M. le Comte DE VAUDRLU:L a été élul les Odobre,
& depuis cette épo.que 9 cC nouvcau"Comatifaire. a figné toutes les Pièces
expédiéespar la Commiffion.
Rapporteur.
Paris, + Novembre 1788.
(*)M. le Duc de CIRESTE-BRANCAS, dontla fignature fetrouve au
bas des premières rédaétions du Comité , s'étant retiré le 29 Septembre,
pour raifon de fanté, M. le Comte DE VAUDRLU:L a été élul les Odobre,
& depuis cette épo.que 9 cC nouvcau"Comatifaire. a figné toutes les Pièces
expédiéespar la Commiffion. --- Page 16 --- --- Page 17 ---
C -
d. La - L 1. L d
e
vasit Vagite Doaltt X K S,
LETT R E
DES COMMISSAIRES DE LA COLONIE
DE SAINT-DOMINGUE, AU ROI
SIRE;
A L'INSTANT od VOTRE MAJESTÉ a témoigné à fes
Sujets la plénitude de fa tendreffe, en manifeftant l'intention où elle était, de les réunirautour de fon Trône,
une fenfation délicieufe a preffé tous les coeurs Français,
& prompte comme l'éclair, cette commotion fi douce
s'eft propagée AU-DELA DES MERS.
Vos COLONS DE SAINT-DOMINGUE n'attendaient
que ce fignal > pour voler aux pieds de leur Souverain.
S'ils n'ont pas le bonheur de vivre fous fes yeux, > ils
Cette Lettre a été remife le 4 Sepeembre 1788, par les Commilfaires fouilignés, à M.LE COMTE DE LA LUZERNE, Minittre de
la Marine, , qui s'eft chargé de la préfenter au ROI.
A --- Page 18 ---
LJ
n'en font pas moins fes Sujcts les plus fidèles, & chaque jour , lorfque fous un Ciel brûlant ils fécondent
une terre defféchée en l'arrofant de leurs fueurs, > ils
fongent avec délices, que l'ceuvre de leurs mains tranf
portée dans la Métropole, produit heureux effet, oul
de foulager le pauvre, ou d'augmenter lesjouiffances
du riche, 8: fur-tout, de doubler par une circulation
rapide, les richefies du PÉRE COMMUN qui ne les prife
que pour les reverfer fur SES ENFANS.
C'EsTainfi, qu'au commencement du fiècle dernier. 2
des milliers d'hommes curent le courage de renorcer
alix douceurs de la MERE-PATRIE, dè braverl les dangers des tempètes, & ceux d'un climat rigoureux, >
pour aller fonder dans un autrel hémifphère une PATRIE
NOUVELLS, dontTorganilation fit telle, qu'elle ne ceffat
jamais de correfpondre avec la Métropole, & de lui
devenir néceffaire, en augmentant fon territoire > fes
productions, fes échanges & fcs rapports.
Nous fommes, SIRE, les defcendans de ces Enfans qui
ont formé une NOUVELLE BR. ANCHE dans votre Empire.
Nous avons reçu de nos Pères, comme un dépôt précieux > les Mocurs > les Loix, 3 les Coutumes qui régiffaient votre Royaume : ils les adaptèrent aux nouvelles
Provinces qu'ils venaient de foumettre à votre domination : nous les avons confervé comme le feu facré;
& c'eft à ce figne non équivoque, qu'il nous fer2 totl-
mes, SIRE, les defcendans de ces Enfans qui
ont formé une NOUVELLE BR. ANCHE dans votre Empire.
Nous avons reçu de nos Pères, comme un dépôt précieux > les Mocurs > les Loix, 3 les Coutumes qui régiffaient votre Royaume : ils les adaptèrent aux nouvelles
Provinces qu'ils venaient de foumettre à votre domination : nous les avons confervé comme le feu facré;
& c'eft à ce figne non équivoque, qu'il nous fer2 totl- --- Page 19 ---
D3I
jours facile de prouver notre confraternité avec le
Continent, fi les liens qui nous ont rapproché dèslors, & que nous avons fu doubler depuis, n'étaient
pas une preuve vivante de P'union intime, 3 quel le befoin,
& des intérêts réciproquies refferrent tous lesjours.
DEPUIS cette époque éloignée, depuislagar@gaionde
ces nouvelles PROVINCES que l'on appelle COLONIES,
les Rois voS auguftes prédéceffeurs, empéchés par le
malheur des tems > oul par des guerres étrangères ,
n'ont jamais réuni leurs Sujets, pour conferer fur les
affaires communes. De cette longue privation pour les
Peuples. 3 avait réfulté une langueur qui aurait dégénéré
en une maladie nationale, fi VOTRE MAJESTÉ ne
s'était hâtée d'y porter remède; ;il vous était réfervé,
SIRE, d'entrevoir le mal , d'en chercher la fource , &
d'adopter le meilleur de tous lcs moyens pour la tarir.
Vous avezréfolu d'appeller vos Sujets autour de Vous;
Vous avez réfolu dc donner à l'Europe le fpectacle
impofant de 24 MILLIONS D'HOMMES, délibérantavec
franchife devant leur Souverain.
Au moment de convoquer cette Affemblée augufte,
VOTRE MAJESTÉ, par une fuite de fa bonté prévoyante > a fenti que les formes anciennes pouvaient
être infuffantes. Le changement des tems 3 l'augmen.
tation de VoS Domaines, femblaient exiger une modification effenticile dans la compofition du Sénat dela
A 2 --- Page 20 ---
[4J
France. Vous avez cru ne devoir confulter , fur un
objet auffi important, que la NATION elle-même, , &
les intentions paternelles que Vous lui avez manifeftées à ce fujet, le 5 Juillet &le 8 Aoit demier, refteront à jamais" gravées dans le coeur de tous les
Français.
BIENTÔT, chaque Province a ouvert le dépôt de fes
Chartes : les Savans ont interrogé les anciens Manufcrits : chaque Ordre a mis en avant fes prétentions >
fes titres..
Nous, SIRE, nous n'en avons d'autres que d'être
les ENFANS de VOTRE MAJESTE. Nous tenons dans
nos mains les DEUX ARRÉTS qu'elle vient de rendre.
Forts de ces titres précicux, > enhardis par les droits
qu'ils nous donnent, nous venons offiir à notre Père,
notre amour , ài notre Souverain , notre fang : dès longtems déja 3 nous avons fu le répandre pour fon fervice:
mais, ce n'eft qu'aujourd'hui feulement, 3 qu'il nous eft
libre de lui en préfenter, EN CoRPS, 3 le refpectueux
hommage.
EN cffet, lors des derniers Etats, nos Ayeux n'avaient
pas encore traverfé les mers, & la BRANCHE vigoureufe
que nous formons aujourd'hui n'était point encore
féparée du TRONC.
QUEL accroiffement, SIRE, dans un fècle & demi!
fervice:
mais, ce n'eft qu'aujourd'hui feulement, 3 qu'il nous eft
libre de lui en préfenter, EN CoRPS, 3 le refpectueux
hommage.
EN cffet, lors des derniers Etats, nos Ayeux n'avaient
pas encore traverfé les mers, & la BRANCHE vigoureufe
que nous formons aujourd'hui n'était point encore
féparée du TRONC.
QUEL accroiffement, SIRE, dans un fècle & demi! --- Page 21 ---
1s1
nous avons été défricher des terres inconnues 3 nous
avons bâti des Villes 5 nous avons prefque fondé un
Empire. Viétimes du climat, nous avons bravé la mort
pour augmenter VOS Poffeflions, &: quand enfin , il a
été bien reconnu que la nature refufait aux Françaisla
force de corps néceffaire pour cultiver un fol brilé fous
une zone ardente, nous avons confervé nos tétes pour
ordonner les travaux, & nous ayons été chercher aul
fein de l'Afrique un Peuple entier d'habitans acclimatés: : nous leur avons prefcrit d'enrichir la Métropole
& notre Souverain, & pour prix d'un travail, tribut
que lc pauvre paie par-tout allx riches , nous les traitons par humanité 8c par intérêt 9 comme nos Enfans,
cn dépit des affertions erronées de quelques Philofophes novateurs.
AUJOURD'HUI, SIRE, nous mettons à VOS pieds le
réfultat heureux de tant de peines, de tant de travaux 3
de tantde courage 3 detant d'amour; AGRÉEZ LES SUCCÈS
DE DEUX SIÈCLES, 8c daignez un mcment en apprécier
la valeur :
Du haut de votre Trône , promenez. VCS regards far
toutes lcs Provinces del la France; mefurez leur étendue;
que votre ceil, enfaite,fanchiferOchifcfOcéan:qwilemba#
limmenfe Pays que nous repréfentons; ; qu'il compte
SOIXANTE VILLES ou Bourgs, SIX MILLE HADITA- --- Page 22 ---
[6]
TIONS, qui font autant de Villages 3 200 LIEUES de
côtes : qu'il voie la NAVIGATION entretenue par nous, >
LE COMMERCE vivifié par nous, DEUX CENTS MILLIONS
mis en circulation par nous 5 qu'il voic > en tems de
guerre, nos biens, nos perfonnes, lcs premières VICTIMES DE L'ENNEMIS qu'il nous voie alors les PREMIERS DÉFENSEURS DE L'ETAT, & daignez, à ces
titres,ous affigner, 3 comme à vos autres Enfans, NOS
FRERES, une Place dans lAffemblée prochaine de l3
GRANDE FAMILLE.
LE choix de nos Députés ne faurait être embarraffant:
nous fommes tous propriétaires > tous égaux , tous
Soldats, tous Officiers, 3 tous nobles; nous ne formons
qu'un feul ordre 3 comme nous n'avons qu'un coeur à
vous offrir.
CEPENDANT, SIRE 2 nos intérêts font tellement
importans, notre territoire f vafte 3 les différences de
climats & de productions fi variées, que CC ferait
tromper VOTRE MAJESTÉ, que de ne pas lui faire
connaitre, que SEPT DÉPUTES, , AU MOINS, de chacunc des grandes divifions de la Colonie 3 font indifpenfablement néceffaires pour lui apporter dans toute fon
intégrité : le voeu de Saintc-Domingue,Gar CENE SONT
PAS DES DOLEANCES, CE SONT DES VEUX que nous
avons à faire entendre.
climats & de productions fi variées, que CC ferait
tromper VOTRE MAJESTÉ, que de ne pas lui faire
connaitre, que SEPT DÉPUTES, , AU MOINS, de chacunc des grandes divifions de la Colonie 3 font indifpenfablement néceffaires pour lui apporter dans toute fon
intégrité : le voeu de Saintc-Domingue,Gar CENE SONT
PAS DES DOLEANCES, CE SONT DES VEUX que nous
avons à faire entendre. --- Page 23 ---
VOTRE MAJESTÉ, en prefcrivant les formes de
T'éleétion , ordonnera que les VINGT ET UN DÉPUTÉS
foient choifis librement, ou par les Propriétaires réfidens
à Saint-Domingue, fi le tems le permet : ou, ce qui
reviendrait au même, par l'Affemblée générale des
Colons réfidens en France, qui forment le plus grand
nombre des grandsPropriétaires, > 8c dont la plupart ont
l'honneur d'approcher tous les jours de votre perfonne.
OUI, SIRE, les liens du fang, Ces liens que rien ne
faurait rompre 3 ont uni pour jamais votre nobleffe
avec Saint - Domingue. Votre Cour eft DEVENUE
CRÈOLE par alliances, & nous nous félicitons de penfer que nulle Province du Continent n'a l'avantage
d'cntourer VOTRE MAJESTÉ d'auffi près que fes
Colonies de F'Amérique.
QUANT à nous 3 SIRE, que tous les Colons de ce
fecond Royaume ont honoré de leurs fuffrages, chargés de mettre fpécialement leurs hommages aux pieds
de VOTRE MAJESTÉ, nous approchons de votre
Trône, > avec cette confiance qui accompagne toujours
des Enfans foumis, 3 lorfqu'ils adreffent à un Père tendre une demande jufte.Nous nous glorifierons à jamais
de notre miffion, fi nous avons le bonheur d'annoncer
à nos Conftituans, que VOTRE MAJESTÉ a daigné
jetter fur eux un regard paternel; ; &c pénétrés de cette
douce cfpérance, nous la fupplions d'agréer le feul --- Page 24 ---
[81 ]
tribut digne d'Elle que nous puffions lui offrir, celui
d'une gratitude fans bornes, & d'un abfolu dévouement.
Nous fommes, avec refpect,
SI R E,
DE VOTRE MAJESTÉ,
Les très-humbles, très-foumis,
& très-fidèles Sujets.
LE Dvc DE CHOISEUL-PRASLIN.
LE MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
DE PEYRAC.
Signé LE COMTE DE MAGALLON.
LE CHEVALIER Dovcé.
LE MARQUIS DE PERRIGNY.
LE Duc DE CERESTI-BRANCAS.
I CommifLE MARQUIS DE Goux-D'ARSY, ELKs RapParis, ce 31 Aoit 1788, --- Page 25 ---
C
t 4. L 2 L
Ae
mite VOAtE * CARR SP
LETTR E
DES COMMISSAIRES DE LA COLONIE
DE SAINT- DOMINGUE,
A M. LE COMTE DE LA LUZERNE,
Miniftre de la Marine.
Paris, le 31 Aoit 1788,
MONSEIGNEUR,
LES Colons de Saint-Domingue, qui n'ont pu fe confoler de vous voir quitter le Gouvernement de leur Ifle,
qu'en vous voyant fiéger au Confeil comme Miniftre de
la Marine, viennent aujourd'hui avec cette confiance
que Vos bonnes intentions leur ont toujours infpirées,
vous fupplier de mettre fous les yeux du Roi, la lettre
qu'is ont cru devoir adreffer à Sa Majefté dans les circonftances actuelles.
Depuis un an 3 Monfeigneur > le Souverain a maniA
ue, qui n'ont pu fe confoler de vous voir quitter le Gouvernement de leur Ifle,
qu'en vous voyant fiéger au Confeil comme Miniftre de
la Marine, viennent aujourd'hui avec cette confiance
que Vos bonnes intentions leur ont toujours infpirées,
vous fupplier de mettre fous les yeux du Roi, la lettre
qu'is ont cru devoir adreffer à Sa Majefté dans les circonftances actuelles.
Depuis un an 3 Monfeigneur > le Souverain a maniA --- Page 26 ---
[ 2 ]
feflé l'intention où il était d'affembler la Nation. Dès
que fa volonté a été connue à Saint-Domingue > les
Habitans n'ont puavoir le moindre doute quele titre de
Français > le feul dont ils fe glorifiaffent, ne leur ouvrit
l'entrée des Etats. lls n'afiftèrent poin: à ceux de 1614,
parce qu'alors la Colonie n'exiftait point encore 5 mais
depuis qu'elle cft devenue un fecond Royaume ( & vous
en connaiflez les forccs & l'étendue) ), depuis qu'elle
procure à la Métropole le débouché de toutes les denrées, depuis qu'elle lui donne en échange les productions précieufes qu'elle cultive dans fon fein, &: dont
le luxe a fait des denrécs de première néceffité; depuis
qu'elle alimente le Commerce, qu'elle forme des Matelots pour la Marine Royale 3 depuis qu'elle eft devenue
Tagented'unccitelationdeplusdecroxe CENS MILLIONS
qui vivifie tout; Saint-Domingue eft aufli devenue pour
la France, la plus précieufe. de fes Provinces, & même
d'une toute autre importance que plufeurs Provinces
réunies.
Dans cet état des chofes, les Propriétzires > habitans
dans la Colonie fe font affemblés : ils ont arrété, d'une
voix unanime, qu'uneRequétecn) leurnom feraitportéeau
pied du Trône, &ils ont faitpaffer enFrancelesmosifse dc
cette Requète, fanctionnés par DES MILLIERS de fignatures.
Les Propriétaires réfidens en France, en ont pris --- Page 27 ---
13] ]
connoiffance; ils fe font empreffés d'adhérer au voeu
général de leurs compatriotes: & en vertu dcs pouvoirs
fpéciaux que leur avaient envoyés ceux-ci, iis ont fait
un choix de neuf Commiffaires qui fe trouvent réunir
les voeux de toutela Colonie 3 &: être revétus de tous
pouvoirs pour rédiger la jufte demande des Colons 3
la faire agréer atl Minifre du Roi 3 & obtenir de
lui qu'il veuille bien la mettre favorablement fous les
yeux de Sa Majelté.
Nous fommes, Nonfcigneur 3 ces Commiflaires que
la voix de nos concitoyens a chargée dev vousoftirl'hommage de leurs fentimens, & de préfenter au Roi celui
de leurs refpects. Notre Commifion eft bien fatteufe,
puifque fon objet etjufte, puifqu'ellenonsagscched'un
Minitte équitable, > qui ne veut que le bien de tous, &
dontle coeur ne faurait être indifférent pour une Colonie
dont ilcommençait àdevenirlopère, lorfqueleSouverin
Ia appellé pour en être le protecteur.
La place que vous occupez vous rend le VICE-Ror
des deux Indes. Vous étes notre Miniftre, notre Juge,
notre Chancelier.
que de moyens de nous rendre
heureux!
Nous le ferons , Monfeigneur, fi vous daignez vous
pénétrer, avec CC difeemnemen: quivous ceractérife, de
la force &c tout à la fois del la fimplicité des raifons fur
lfquelles rous appuycas notre demande.
A 2
en être le protecteur.
La place que vous occupez vous rend le VICE-Ror
des deux Indes. Vous étes notre Miniftre, notre Juge,
notre Chancelier.
que de moyens de nous rendre
heureux!
Nous le ferons , Monfeigneur, fi vous daignez vous
pénétrer, avec CC difeemnemen: quivous ceractérife, de
la force &c tout à la fois del la fimplicité des raifons fur
lfquelles rous appuycas notre demande.
A 2 --- Page 28 ---
[ 4 ]
Nous n'avons qu'un Roi, qu'une Loi, qu'une Coutume, qu'une Patrie, c'eft la France 5 nous fommes
donc tous Français : & fous quelle autre dénomination
ferait-il poffible de nous envifager :
Nous avons fondé , défriché , cultivé la plus grande,
Ja plus belle, 3 la plus produétive Province de France;
nous formons donc une des principales Provinces de cet
Empire: & fous quel autre point de vue ferait-il poffible
de confidérer une Colonie fi utile :
Le Roi, dans fa fageffe, appelle autour de lui les
Députés de toutes les Provinces. LES DÉPUTÉS de SaintDomingue doivent àl l'inftant fe préfenterau pieddu' Trône: 8c fous quel rapport ferait-il poffible deles en exclure?
Nous n'avancerons pas, fans doute, qu'il fit jufle de
priver une feule Province du droit qu'elles ont toutes
de fe faire repréfenter aux Lrats-Généraux. Cependant
fi de deux contrées limitrophes une feule députait au
nom de toutes deux, quel inconvénient pourrait-il en
réfulter ? Mêmes Loix, même climat, mêmes productions : ce qui ferait bon pourl'une, le ferait pour l'autre;
8 fi Fune avait maintenu fes droits, ceux de la Province voifine ne feraient point lézés.
Mais LES COLONIES.
qui peut les repréfenter?
Mais SAINT-DOMINGUE, qui pourra parler pour elle s
fi des Députés choifis librement par les Colons euxmêmes, étaient exclus par une loi, qui apparemment, --- Page 29 ---
1S1
ferait rendue exprès contr'eux, de lAffemblée de la
Nation dont ils font des Membres néceffaires. Oui,
Monfeigneur, nous ne craignons pas de dire que leur
préfence eftindifpen@blement néceffaire dans les ÉtatsGénéraux 5 nous n'avançons rien que de vrai, en affurant que fans eux l'Affemblée ferait incomplette.
Et fi les Provinces du Continent 3 pour diminuer les
charges qui leur font impofées, propofaient d'en rejetter une partie fur les Provinces Coloniales, qui ferait
là pour accepter ce fardeau, pour en évaluer le poids ?
qui ferait là pourj prouver peut-étre que fans aucun impôt
nominatif, il n'eft point de Province qui paic tant à
TEtat, que celles qui font au-delà des mers :
Cette propofition paradoxale ferait pourtant rigoureufement démontrée, s'il s'agiffait de défendre fon
propreintérêt, dans une circonftance où il ne s'agit que
d'affurer l'intérêt général : mais cette démonftration, 3
ou tout autre, ne peut être donnée quep pardesDEPUTES.
Toutes les obfervations fur l'attaque, fiur la défenfe de
cettelfleprécieufe 3 furlalégiflation 3 fur le commerce de
la Colonie, ne peuveat être faites que par des DÉPUTES.
Enfin il faudrait que Saint Domingue n'exiflat pas, ou
qu'elle n'appartint plus à la France 3 ou qu'elle ait fes
REPRESENTANS dans PAffemblée des Ltats.
Ces vérités, Monfeigneur, ne font point nouvelles
pour vous; elles font imprefcriptibles comme nos droits.
la défenfe de
cettelfleprécieufe 3 furlalégiflation 3 fur le commerce de
la Colonie, ne peuveat être faites que par des DÉPUTES.
Enfin il faudrait que Saint Domingue n'exiflat pas, ou
qu'elle n'appartint plus à la France 3 ou qu'elle ait fes
REPRESENTANS dans PAffemblée des Ltats.
Ces vérités, Monfeigneur, ne font point nouvelles
pour vous; elles font imprefcriptibles comme nos droits. --- Page 30 ---
1s1
Vous daignerez les développer à Sa Majefté > lui dire
que fa juftice, fon intérêt, notre amour, militent en
notre faveur : vous ferez notre Patron, & la bonne
caufe nes'altérera pas dans vos mains.
Nous fommes avec refpect, Monfeigneur,
Vos très-humbles & trèsobéifans ferviteurs,
Les Commiffaires de la Colonie de Saint-Domingus.
LE Duc DE CHOISEUL-PRASLIN.
LE MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
DE PEYRAC.
Signé LE COMTE DE MAGALLON.
LE CHEVALIER DoUGE.
LE MARQUIS DE PERRIGNY.
LE Duc DE CERESTE-DRANCAS.
S CommifLE MARQUIS DE GOUY-D'ARSY, dpmA Rep- --- Page 31 ---
a
-
i
L ETT P E *
DES CONMISSAIRZS DE LA COLONIE
DE SAINT-DOMINGUE
AU ROI
Sme,
LoRSQU'UN Monarque, qui règne fur 26 millions
de Français, déclare folemnellement à fon Peuple * > que * Arré: du
Confeil, du
le concours général des fencimens & des opinions ef rour lui
$ Olobra
d'un prix inefimasle, gu'ilveuy mettre Jiforee, quil veut 1788.
y chercher fox bonheur, & guilficondera de fepaifance les
eforts de tous ceux qui, dirigés par U12 véritable efpris de
Patriotifme > front dignes d'étre afocits à fes intentiors
bienfaifantes > CC Monarque fe dreffe à lui-méme des
Catte Lettre a été remife le 4 Novembre 1788, par les Cemmiffaires fou.lignés, à M. LE COMTE DE LA LUZERNE, Miniftre du
la Marine, qui s'eft chargé de la préfenter au Roi, comme la préc@-
dentc du 4 Septemere dernier.
A --- Page 32 ---
1s ]
Vous daignerez les développer à Sa Majefté 3 lui dire
que fa juftice, fon intérêt, notre amour, militent eir
notre faveur : vous ferez notre Patron, & la bonne
caufe ne s'altérera pas dans vos mains.
Nous fommes avec refpeêt, Monfeigneur,
Yos très-humbles &: trèsobéiflans ferviteurs,
Les Commifaires de la Colonie de Saint-Domingus.
LE Duc DE CHOISEUL-PRASLIN.
LE MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
DE PEYRAC.
Signé LE COMTE DE MAGALLON.
LE CHEVALIER DoUGÉ.
LE MARQUIS DE PERRIGNY.
LE Duc DE GERESTE-BRANCAS.
S CommijLE MARQUIS DE Gouy-D'ARSY, Jaire RepLporeur
,
Yos très-humbles &: trèsobéiflans ferviteurs,
Les Commifaires de la Colonie de Saint-Domingus.
LE Duc DE CHOISEUL-PRASLIN.
LE MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
DE PEYRAC.
Signé LE COMTE DE MAGALLON.
LE CHEVALIER DoUGÉ.
LE MARQUIS DE PERRIGNY.
LE Duc DE GERESTE-BRANCAS.
S CommijLE MARQUIS DE Gouy-D'ARSY, Jaire RepLporeur --- Page 33 ---
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DESCONMISSAIRES DE LA COLONIE
DE SAINT-DOMINGUE.
AU ROI
Sie,
LORSQU'UN Monarque, qui règne fur 26 millions
de Français, déclare folemnellement à fon Peuple * > que * Arrérdu
Confil, du
le concours général des fencimens 6 des opinions efe Four lui Oltobre
$
d'un prix inefimable, qu'ilyeus y méttre feforec, qu'il veut 1788.
y chercker fou bonheur, 8 quilfrcondera de fapuifance les
eforts de tous ceux qui, dirigés par un véritable efprit de
Patriotifine > feront dignes d'être affociis à fes intentions
bienfrifantes, ce Monarque fe dreffe à lui-mème des
Cette Lettre a éts remife le 4 Novembre 1788, par les Cemmilfaires fou.lignes, i M. LE COMTE DE LA LUZERNE, Miniftre da
la Marine, qui s'eft chargé de la préfenter au Ror, comme la précédeate du 4 Septembre dernier.
A --- Page 34 ---
(2)
autcls dans le coeur de fes Sujets, &x a droit d'attendre
de leur amour les preuves qu'il exige de leur zèle.
DANS les tranfports d'une expanfion fi douce, le fentiment connaitrait-il des diftances? Non, SiE,il franchit
les Mers comme le bienfait, & VOS COLONS DE
SAINT- DOMINGUE, malgré l'efpace qui les fépare
de VOTRE MAJESTE, ne feront pas les derniers à
méttre aux pieds de fon Trône lcs expreflions de
leur gratitude.
PÉNÉTRES d'un même attachement pour la Métropole,
&: pour leur Ille, ils ne diftinguent point entre ces
deux Contrées; elles fe réuniffent dans leur cocur
pour n'y former qu'une vaite Patrie que traverfe un
grand fleuve.
CEST ainfi que notre Souverain porte tons fes Sujets
* Arrêcdu dans fon cceur paternel, lorfqu' 'il déclare * que les ProsOabre, vinces réunies à Ja Couronne depsis 1614, repréfentene
aujourd'hui près de la feptième partie du Reyaume, encore
dans cette évaluation n'a-t-on en égard qu'à la population 8c non à l'étendue des terres, puifque la Colonie
de Saint-Domingue formerait, pour ainfi dire,à elle feule
Un fecond Royaume.
* Arrêcdu dans fon cceur paternel, lorfqu' 'il déclare * que les ProsOabre, vinces réunies à Ja Couronne depsis 1614, repréfentene
aujourd'hui près de la feptième partie du Reyaume, encore
dans cette évaluation n'a-t-on en égard qu'à la population 8c non à l'étendue des terres, puifque la Colonie
de Saint-Domingue formerait, pour ainfi dire,à elle feule
Un fecond Royaume. --- Page 35 ---
(3)
MAIS qu'imporeaujourdhuil'éiendue de fon territoire?
qu'importe que Saint - Domingue préfente à fon Roi
200 LISUES DE CÔTES couvertes des plus riches productions de la nature : qu'importe que MILLE VAISSEAUX,
chaque année, viennent chercher fes richeffes territoriales
pour les répandre dans los deux Mondes : qu'importe
que la NAVIGATION &c la MARINE ROYALE foient
entretenues par ces chargemens, que le COMMERCEI foit
vivifié par ces échanges ? qu'importe quc 2go MILLIONS
foient mis en circulation chaque année par ces réfiultats?
qu'importe enfin que dans le Chapitre intéreffant de la
balance du Commerce, Saint-Domingue procure tous
les ans au Royaume une créance de 30 MILLIONS DE
NUMERAIRE, c'eft-à-dire la quatrième partie de l'or 8:
de l'argent que FEurepe reçoit chaque année : qu'importent tous ces avantages, fi cette Ifle précieufe ne vetit
point en faire ufage,fi maigré la prépondérmncsiscalctlable que fa poftion lui donne, elle n'afpire poin: à
devenir une ViCE-RoYAUT, mais qu'elle ait la modellie
de fe contenter d'êtreune: SIMPLEPROVINC: del lEmpire?
f enfin,SIRE, elle n'a point de GRACES à demander CII
ce moment à VOTRE MAJESTÉ, & qu'elle ne reclame
que SA JUSTICE..
Ah! fa Juftice, elle cft fire
dc l'obtenir; yous l'en avez fi noblement affuré dans
A2 --- Page 36 ---
(4)
* Arécdu le célebre Arrêt du 5 Octobre * : Le Roi veut que les
5 Oltobre. Etats-Généraux foient compofis d'une manicre confitutionnelle. Donc le Roi yeut que tous fes Enfans y
prennent place, car il n'y aurait point de confitution,
là oi tous les Conftituans ne feiaicnt pas appellés, &
VOS FRANÇAIS DE SAINr-DONISGUE ne conftituent
pas moins lEtat, que VOS FRANÇAIS DE CORSE, od
VOS FRANÇAIS DES Evicnis.
Ibidem. Lr Roiveutqueles anciens ufagesfoiezt: refpcilisdens toutes
ics difpeftions corformes à laraifon, & aA vex ligitimes
de la Nazion, Donc le Rci veut que nos Repréfentans
ne foient autres que des Trogricusines-flanteurs choifis
librement, par tous les Prepnictuires-Flantcus, > leurs
Pairs 8: leurs Compatriotes, commc c'était l'ufage il
ya cent ans.
C'Esràce fcul objet que fe bornent nos vo2ux, les
Ibidem. voeux ligitimes de la plus grande partie de la Colonie,
que nous repréfentons.
EN compofant ainfi les Etats - Généraux de votre
Royaume, VOTRE MAJESTÉ réalifera ceite régénération
Ibidem. du bonheur public, cet afermifiment de puifance de
TEmgire Frangais, qui fait fes plus chères efpérances.
Elle pouvait opérer tant de biens à elle feule, dès-là
les
Ibidem. voeux ligitimes de la plus grande partie de la Colonie,
que nous repréfentons.
EN compofant ainfi les Etats - Généraux de votre
Royaume, VOTRE MAJESTÉ réalifera ceite régénération
Ibidem. du bonheur public, cet afermifiment de puifance de
TEmgire Frangais, qui fait fes plus chères efpérances.
Elle pouvait opérer tant de biens à elle feule, dès-là --- Page 37 ---
(5)
que tous les moyens exiftoient dans fon coeur. Mais
puifque jaloufe de réunir plus de lumières *, elle a cru *Arrèt da
devoir étendre fom Confeil en appellant de nouveau les 5 O@tobre.
Notables, c'eft avoir prefcrit à toutes les Provinces
qui n'ont point affifté aux derniers Etats, 3 de préfenter
à ces Confeillers vertueux, le Tableau refpectif de
leurs Us, Coutumes 3 des Priviléges 8: Prérogatives
dont elles jouiffent.
AVEC quel empreflement, SIRE, n'obeifions-nous pas
à cet ordre paternel de VOTRE MAJESTÉ : Nous allons
mettre vOs Notables à même d'éclairer la religion du
fouverain Magiftrat qui les prélide 3 pour qu'il puiffe
régler définitivement la forme dns Lagselle la Colonic
de Saint-Domingue, 2 commme fes aucres Provinces, devra Ibidem.
concourir à l'éleition de fes Députés aux E:ats-Ginéraux.
CSTTE mefure fage écartera à jamais de T'Augufte
Affembléc toutes ces reclamations 3 toutes ces contefa- Ibidemn.
tions gzi confommerent une grande partie de lz terue des
deraiers Etats,
VOTRE fageffe aura été le PRÉCURSEUR de ccuv-ci,
lunion de tous les Ordres en fera la SUITE, le bonheur
de fes Peuples, le RÉSULTAT.
QUANT à Nous, , SIRE, qu'une grande Colonie a --- Page 38 ---
(6)
revétu de fes pouvoirs, nous devons la mettre fpécialement fous la proteétion de VOTRE MAJESTÉ, &c la
Arrérdu fupplier de * l'afocier à fes intentions bierfaifantes. Notre
5 Otobre.
Ibidem. Miflion expreffe eft de lui prouver qu'elle en eft digne,
en lui découvrant combien eft pur l'efprit de patriutifme
Ibidem. qui nous dirige, puifqu'il porte des Sujets cloignés à
Ibidem. franchir l'Océan pour unir leurs cforts à ceux de leurs
Frères, & préfenter CCS efforts &c leurs voeux réunis à
leur Père comman.
Nous fommes avec refpect,
SIRE,
DE VOTRE MAJESTÉ,
Les tr2s-humiles, très. feumis
& très-fdeles Sujets :
LE Duc DE CHOISEUL-PRASLIN,
LE MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
DE PEYRAC.
Signé LE COMTE DE MAGALLON.
LE CHEVALIER DoUGi.
LE MARQUIS DE PERRIGNY.
LE COMTE DE VAUDREUIL.
LE MARQUIS DE Gouy-D'ARSY, 3 Commifsire
Rapporceur.
Paris, ce 3 Noverzbre 1788.
-humiles, très. feumis
& très-fdeles Sujets :
LE Duc DE CHOISEUL-PRASLIN,
LE MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
DE PEYRAC.
Signé LE COMTE DE MAGALLON.
LE CHEVALIER DoUGi.
LE MARQUIS DE PERRIGNY.
LE COMTE DE VAUDREUIL.
LE MARQUIS DE Gouy-D'ARSY, 3 Commifsire
Rapporceur.
Paris, ce 3 Noverzbre 1788. --- Page 39 ---
MÉMOIRE INSTRUCTIF,
ADRESSÉ AUX NOTABLES,
SURLEREGINEET LIMPORTANCE DE
LA COLONIE DE SAINT-DOMINGUE.
Porsee'aekas *175 ans d'interruption dans les
feances des Etats-Généraux, , &: après de grands changemens fervenus dansplufeurs parties effentielles de l'ordre
pubte,leReifoagpide diverfes confidérations imporiantes,
a erz ne devoir pas refferrer dans for Confeil, l'examen
d'uze des plus grandes difpofitions dont le Gorvernement
aitjamais étéduns le cas de s'osceperspaifque SA MAJESTÉ
a pris le parti fage d'appelier auprès d'elle les Notables
de fon Royaume, pour être aidée de leurs confeils; toutes
les PROVINCES intéreffées à la caufe célèbre, dont
leur Tribunal va connaitre 2 doivent fe hiter de leur
préfenter leurs TITRES 8: de folliciter leur OPINION.
MAIS de toutes celles qu'ils donneront, la plus
PRESSÉE, fans doute, à obtenir, eit celle qui concerne
* Voyez l'Arrét du Confil d'Etar du Roi, du 5 Ofobre 1788,
A --- Page 40 ---
(6)
revétu de fes pouvoirs, nous devons la mettre fpécialement fous la proteétion de VOTRE MAJESTÉ, 8c la
* Arrètdu fupplier de * l'affocier à fes intenzions bienftifantes. Notre
5 Octobre.
Ibidem. Miflion expreffe eft de lui prouver qu'elle en ef digne,
en lui découvrant combien eft pur l'efprit de patriotifme
Ibidem. qui nous dirige, puifqu'il portc des Sujets cloignés à
Ibidem. franchir l'Océan pour unir leurs cforts à cenx de leuzs
Frères, &c préfenter ces efforts & leurs voeux réunis à
leur Père commun.
Nous fommes avec refpcét,
SIRE,
DE VOTRE MAJESTÉ,
Les trs-humiles , très-J fuumis
6 tres-fidcles Sujets :
LE Duc DE CHOISEUL-PRASLIN.
LF MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
DE PEYRAC.
Signé LE COMTE DE MAGALLON.
LE CHEVALIER DouGE.
LE MARQUIS DE PERRIGNY.
LE COMTE DE VAUDREUIL.
LE MARQUIS DE Gour-D'ARSY, Commiftire
Rapporteur.
Paris, 3 Novembre 1782.
JESTÉ,
Les trs-humiles , très-J fuumis
6 tres-fidcles Sujets :
LE Duc DE CHOISEUL-PRASLIN.
LF MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
DE PEYRAC.
Signé LE COMTE DE MAGALLON.
LE CHEVALIER DouGE.
LE MARQUIS DE PERRIGNY.
LE COMTE DE VAUDREUIL.
LE MARQUIS DE Gour-D'ARSY, Commiftire
Rapporteur.
Paris, 3 Novembre 1782. --- Page 41 ---
MÉMOIRE INSTRUCTIF,
ADRESSÉ AUX NOTABLES,
SURLEREGINS ET FINPORTANCE DE
LA COLONIEDE SAINT-DONINGUS,
Perseu'apaas *175 ans d'interraption dans les
feances des États-Cinéraux, , &: après de grands changemens farvenus dans plufeurs parties efentielles de l'ordre
pubtic,teReifragpis de diverfes confiuérations importantes,
a cru ze devoir Fas refferrer dans fon Confeil, l'examen
d'une des plus grandes difpofitions dont le Gouvernemens
aitjamais étédans le cas des'occoperspaifqse SA MAJESTÉ
a pris le parti fage d'appelier auprès d'elle les Notables
de fon Royaume, pour être aidée de leurs confiils; toutes
les PROYINCES intéreffées à la caufe célebre, dont
leur Tribunal va connaitre, doivent fe hâter de leur
préfenter leurs TITRES 8: de folliciter leur OPINION.
MAIS de toutes celles qu'ils donneront, la plus
PRESSEE, fans doute,à obtenir, eft celle qui concerne
* Voyaz PArrêt du Confil d Etat du Roi, du 5 OSobre 1788,
A --- Page 42 ---
[ 2 J
LES COLONIES; en effet, fi l'on appellait d'abord les
Provinces les plus voifines, il eft conftant que les plus
éloignées fe feraient long- -temps attendre : ainfi, fi
l'on veut faire difparaitre, en quelque forte, la diftance
qui fépare nos Ifles de la Métropole; il importe de
régler d'abord la forme de l'Eleétion de leurs Repréfentans > pour que ceux ceux-ci traverfent les Mers ,
pendant qu'on déterminera & qu'on réalifera dans
le continent la conyocation des autres Provinces.
ToUr le monde fera d'accord de cette vérité.
Ici UNE GRANDE QUESTION SE PRÉSENTE,
DES perfonnes, apparemmcnt peu inflruites de la
confitution des Colonies, ont élevé des doutes fur
leur RÉGIME & fur leur IMPORTANCE.
QUELQUE mobiles que foient les bafcs de Ieurs
objections, il nous importe tant d'éloigner la féduétion
des Juges intègres, au Tribunal defque!s nous nous
adreffens : il nous importe tant de dominer l'opinion
publique ce Juge des Juges qui prononce en dernier
reffort, & qui finit par réfoudre totites lcs queftions, 3
que nous ne devons rien négliger pour éclairer ceux
qui ne font pas inflruits 3 & pour convaincre ceux
qui ne font pas perfuadés.
PoUR y réuffir, expofons d'abord loyalement, &c
fns les affaiblir tous les doutes dc nos Adverfaires,
nous importe tant de dominer l'opinion
publique ce Juge des Juges qui prononce en dernier
reffort, & qui finit par réfoudre totites lcs queftions, 3
que nous ne devons rien négliger pour éclairer ceux
qui ne font pas inflruits 3 & pour convaincre ceux
qui ne font pas perfuadés.
PoUR y réuffir, expofons d'abord loyalement, &c
fns les affaiblir tous les doutes dc nos Adverfaires, --- Page 43 ---
combattons-les enfuite AU PLUS PRÈS; leur défaite
en fera plus certaine , notre triomphe en fera plus
glorieux.
DOUTE S
REPANDUS PAR DES ADVERSAIRES.
PREMIER DOUTE
LES Colonies ont-elles le DROIT de députer aux
Etats-Généraux?
SECOND DOUTE
A fuppofer qu'elles euffent Ce droit, eft t il bien
néceffire de les en faire JOUIR; & quel inconvénient
y aurait-il à les en PRIVER :
>
TROISIINE DOUTE.
UN Royaume comme la France ne faurait-il donc
fe paffer des Colonies?
QUATRIENT E DOUTE.
ENFIN, quand même Onl accorderait aux Colonies
ce qu'elles demandent, n'eft-il pas, dans les circonftances aétuclles, ONEREUX pour elles-mémes 3 d'exercer ce prétendu droit :
VOILA à quoi fe réfument toutes les objedtions
que l'on a femées, &: qui commencent à fermenter
dans le public. Totit cft l 3 jufqu'àl'intérét oficieux
A 2 --- Page 44 ---
cle l'on nous marque, & qui ne nous féduit pas.
Nous allons effayer de leverconvenablement ces doutes,
en tâchant de prouver , fans réplique, QUATRE ASSERTIONS qui leur font diamétralement oppofées, & que
voici:
PREMIÈRE ASSERTION.
LES Colonies ont le DROIT de députer aux EtatsGénéraux.
SECONDE ASSERTION,
1L eft indifpenfable de lcs faire JOUIR de ce droit,
& les INCONVÉNIENS lcs plus graves réfulteraient de
l'injuitice qui prétendrait les cn FRIVER.
TRC 01S1 E M E ASSER: TI O N.
L'ABANDON dela Colonie parle Gouvernement, que
nous n'ofons pas même entrevoir, ferait le plus grand de
touslesmalheurs; politiques, puifqu'un Royaume comme
ja France ne peut abfolument fc PASSER DE Colonies.
QUATRIE M E ASSERTIO N.
ENFIN, le droit de repréfentation, follicité à fi
jufte titre, ne faurait en aucun temps être onéreux
pour elies, & il cfHONORABLE dans les circonftances
actuclles, que ce mérite double encore l'avantage de
Yexercer.
entrevoir, ferait le plus grand de
touslesmalheurs; politiques, puifqu'un Royaume comme
ja France ne peut abfolument fc PASSER DE Colonies.
QUATRIE M E ASSERTIO N.
ENFIN, le droit de repréfentation, follicité à fi
jufte titre, ne faurait en aucun temps être onéreux
pour elies, & il cfHONORABLE dans les circonftances
actuclles, que ce mérite double encore l'avantage de
Yexercer. --- Page 45 ---
E5]
SI tout cela eft démontré, de part ni d'autre
il ne reftera rien à dire : nous entrons en matière.
P RENIÈRE ASSERTIO N.
LES Colonies ont le droit de députer aux Etats-Genéraux.
CETTE VÉRITÉ appartient à toutes les Colonies.
Mais comme > pour la prouver > il faut emprunter
fes argumens à l'hiftoire > & que nous écrivons POUR
SAINT-DOMINGUE; c'eft dans l'origne de cette Colonie
que nous puiferons les preuves 2 qui mettront notre
propofition dans tout fon jour. Il n'y aura plus que
des applications à faire.
QUELQUES S altérations que les abus ou les temps
aient pu produire, il elt toujours facile de retrouver
la mefure jufte des droits primordiaux d'une Nation.
Il ne s'agit que de remonter à l'époque oû elle s'elt
foumife , d'obferver la faiblefe ou la force qui la
caractérifait alors, & le befoin plus ou moins preffant
qu'elle avait d'être protégée. Ses befoins auront didté
fon Contrat, & CCt Aête facré doit être le garant
de fa liberté ou le premier chainon de fa fervitude.
PÉNETRES dc cet axiome politique, jettez les
yelix fur SAINT-DOMINGUE; elle n'a étd ni conquife,
ni achetée, ni foumife. Elle appartenait aux Efpagnols, >
lorfqu'en 16;0, des Français valeureux, indépendans,
qui n'appartenaient à la France que par leur cocur >
A 3 --- Page 46 ---
L6J
qui n'habitaient que les mers, qui n'avaient de patrimoine que leur courage. 3 chafferent les Efpagnols 8
Jes Anglais de cette Ife, & s'y établircnt.
CETTE CONQUÉTE faite en leur PROPRE NOM,
avec leurs PROPRES FORCES, était leur PROPRE BIEN.
Ils la gardèrent DIX années fous lc titre deFLIBUSTIERS.
SOUVERAINS de cette poffeflion, qui, toute inculte
qu'elle était alors, pouvait devenir fiimportante un jour;
ils étaient les Maitres ABSOLUS de la donner à cclui
des Rois de l'Europe qu'ils en auraient cru le plus
digne. Lc fang Français coulait dans leurs veines; ils
n'héfitérent pas à fe donner à la France. Affurément
on ne peut contefter à leurs defcendans une origine
Françaife. Leurs ayeux étaient Français de naiffance ;
ils fe firent Français par choix Qui penferait aujourd'hui pouvoir les dépouiller de ces deux titres indélebiles? Bientôt à ces droits inhérents à leur effence,
vinrent s'allier des droits de conventions. Les Flibuftiers, en fe rangeant fous la protection de la F'rance,
reçurent la PAROLE ROYALE d'ètre défendus dans
leurs poffeflions, d'être foutenus dans leurs propriétés,
d'être confervés dans la faculté de S'IMPOSER LIBREMENT, d'être A JAMAIS à l'abri des recherchcs du fifc,
&: de la rapacité des Traitans.
D'ADORD ce traité s'exécuta de bonne foi. Troupes,
des droits de conventions. Les Flibuftiers, en fe rangeant fous la protection de la F'rance,
reçurent la PAROLE ROYALE d'ètre défendus dans
leurs poffeflions, d'être foutenus dans leurs propriétés,
d'être confervés dans la faculté de S'IMPOSER LIBREMENT, d'être A JAMAIS à l'abri des recherchcs du fifc,
&: de la rapacité des Traitans.
D'ADORD ce traité s'exécuta de bonne foi. Troupes, --- Page 47 ---
[71
armes, artillerie. , munitions, tout ce qui concerne la
défenfe, fut fourni à la Colonie, fans exigeance d'aucune efpèce.
EN 1713, pour la première fois, dans la détreffe
od fe trouvèrent les Finances, LoUis XIV demanda
à fes fidèles Colons un OCTROI qui pit fuppléer à
une partie des dépenfes de la chofe publique.
L'OCTROI fur accordépour CINQ ANS feulement;
depuis, il fe renouvella fous la MÉME FORME, tous
les cinq ans, & s'étendit en raifon des dépenfes de
la Colonie, des befoins de l'Etat, & de la MUNIFICENCE des Colons > pour qui l'or fut toujours moins
précieux que leurs priviléges, 2 & qui ont eu foin, chaque
fois > de recueillir de SA MAJESTÉ, fa PAROLE ROYALE
de n'y porter aucune atteinte.
Eux feuls firent toujours la répartition de cette
taxe volontaire; mais par qui fut-elle d'abord fanctionnée, ( & cette obfervation eft bien importante
aujourd'hui) par les Repréfentans naturels de la Nation, par des Magiftrats qui formaient les deux Confeils Supérieurs alors établis , lefquels Magiftrats, tous
PROPRIETAIRES - PLANTEURS, ava:ent REUNI les
fuffrages de leurs Compatriotes > pour être les Patriarchcs de la Famille Coloniale > & les Arbitres
GRATUITS de leurs différens.
A 4 --- Page 48 ---
[8J
AnnÉrONS-NoUS un moment &: contemplors
ce tableau. Je vois un Peuple encoref faible qui fe livre
à condition d'être défendu pendant fon enfance. A peine
fes forces commencent-elles à fe développer, qu'on lui
propofe delcscon@icreril@apreri@aprepredéfanfs.llyaequiefce,
par l'organe de Celx qa'il a chargé de fes intérêts.
De cette époque, fon éducation ne cotte plus rien à
fa Mère adoptive, mais il lui fait chaque année l'hommage de toutes fes récoltes. Les riches productions de
fon fol, il ne les donne qu'à ELLE SEULE & à BAS
TRIX 5 les befoins qu'il éprouve, il ne les reçoit que
DE SES MAINS > au prix qu'elle VEUT Y METTRE; enfin
de tous les enfans de lEtat, il eft le MOINS A CHARGE,
il devient le plus UTILE, il fe montre le plus INDUSTRIEUX.
Sous quel prétexte donc imaginerait-on
de le dépouiller d'un droit inhérent à fon effence,
d'un droit que fon origine lui a acquis, que fes travaux lui ont mérité, que fon induftrie doit rendre aufli
précieux à la Mère-Patrie, qu'il lui femble cher à luiméme, du droit qu'ont toutes les Provinces FRANÇAISES d'étre Parties CONSTITUANTES de la Nation,
& d'être admifes aux Délibérations de la grande Famille, quand ellcs font appellées aux contributions
qu'elle exige,
Tous prétextes manqueraient à cette injuttice. En
cffer, fi Saint-Domingue avait été CONQUISE, elle
ont mérité, que fon induftrie doit rendre aufli
précieux à la Mère-Patrie, qu'il lui femble cher à luiméme, du droit qu'ont toutes les Provinces FRANÇAISES d'étre Parties CONSTITUANTES de la Nation,
& d'être admifes aux Délibérations de la grande Famille, quand ellcs font appellées aux contributions
qu'elle exige,
Tous prétextes manqueraient à cette injuttice. En
cffer, fi Saint-Domingue avait été CONQUISE, elle --- Page 49 ---
19]
aurait les mêmes droits que les PAYS CONQUIS, de
députer aux États.
SI St-Domingue avait été REUNIE à la Couronne,
par l'effet de quelques difpolitions, ou matrimoniales
ou tellamentaircs, elle aurait le même droit que lcs
Provinces LEGUEES d'envoyer fes Repréfentans.
QUANDau contraire Saint-Domingue SOUVERAINE
s'elt donnée librement 3 volontairement, fous la foi
des Traités & de la parole d'un grand Roi, a-t-elle
voulu, a-t-elle PU rendre fon fort moins favorable que
celui de toutes les Provinces ACQUISES ou CONQUISES?
Non, fans doute. FRANÇAISE d'origine, FRANÇAISE
d'adoption, clle eft incontcflablement fous ces deux
rapports une Province FRANÇAISE 5 cile eft la Province
la plus FRANÇAISE de l'Empire FRANGAIS, &l'Empire
FRANÇAIS ne fauroit être en entier là où les Reprefentans de Saint-Domingue ne fe trouveront point.
DONC CETTE COLONIE A LE DROIT DE DEPUTER
AUX ÉTATS.
SECONDE ASSERTION
Iz ef indifpenfable de la faire jouir de CC droit, e les
inconvéniens les plus graves réfulteraient de l'injufice
qui prétendrait l'en priver.
CETIE propofition en renferme deux. Nous ne --- Page 50 ---
[1oJ
penfons pas que la première foit difputée, ni qu'elle
mérite difcuffion.
LE DROIT une fois reconnu, on ne peut fe DISPENSER juftement d'en faire JOUIR CELUI qui le pofsède,
La Juftice diftributive cft placée dans la main des
Rois, pour fe répandre égalemen: fur tout CC qui eft
foumis à leur domination. Le Monarque populaire &c
bienfaifant s qui pouvait fe ditpenfer de réunir fes
Peuples, n'a pas adopté cette mefure de reftauration,
pour faire lin choix, & des jaloux. Il manifefte fa volonté de RASSEMBLER fes Sujets, & auffi-tôt TOUS
fes Sujets doivent accourir de toutes parts 5 il faudrait
que les COLONIES ne fuffent pas SUJETTES pour
n'avoir pas été comprifes dans cet appel. Elles font
appellées par le droit, & par le fait, 8: déja elles fcraient aux pieds de fon Trône, fi elles n'avaient à
folliciter du Souverain, L'ORDRE qui doit régler LA
FORME de leur convocation. C'cft-là le feul objet de
leurs demandes. Il eft indifpenfable de le leur accorder
promptement pour les mettre à mêine de jouir de LEUR
DROIT.
LES INCONVÉNTENS LES PLUS GRAVES RESULTERAIENT DE L'INJUSTICE QUI PRÉTENDRAIT LES EN
PRIVER. En effet, tout ce qui tend à féparer ce qur
naturellement doit étre uni, eft, en adminiftration 2
commc en politique > la fource des plus grands maux.
cft-là le feul objet de
leurs demandes. Il eft indifpenfable de le leur accorder
promptement pour les mettre à mêine de jouir de LEUR
DROIT.
LES INCONVÉNTENS LES PLUS GRAVES RESULTERAIENT DE L'INJUSTICE QUI PRÉTENDRAIT LES EN
PRIVER. En effet, tout ce qui tend à féparer ce qur
naturellement doit étre uni, eft, en adminiftration 2
commc en politique > la fource des plus grands maux. --- Page 51 ---
LI ]
Si lunion ell le fimbole de la force, la défunion eft
le préfage de la faibleffe. Plus une famille fe raffemble
fouvent , plus elle refferre les noeuds qui, de toutes les
parties, forment un enfemble indiffoluble. Le Membre
exclus de cette Affemblée fe trouve bientôt &: faible
&: ifolé. Bientôt auffi, il perd cette énergie qu'il puifait dans la fource commune de toutes les forces réunies. De cette privation fuit le découragement, la
langueur , l'oifiveté, la misère &la mort On ne peut
s'empècher de frémir en APPLIQUANT cette vérité à
SAINT-DOMINGUE,
JusQu'ICI elle a payé à la Métropole en échange
de la proteétion qu'elle en a reçu, le tribut des riches
productions que le fol des Antilles fait éclore exclufivement. De ces échanges continuels a réfulté pour
toutes deux une prodigicufe augmentation de forces &c
de richeffes. La Colonie a confommé le SUPERFLU dcs
denrées de la Métropole. La Métropole a ACCAPARE
toutes les denrées de la Colonie, &a ouvert dans fes
Ports un Marché abondant ou l'Europe & l'Afrique &:
l'Afe viennent s'approvifionner fans ceffe. La France
ne peut recevoir le prix de ces marchandifes, fans en
faire refluer quelques parties vers la Colonie. La Colonie
en profite pour augmenter fa culture ; & par conféquent les bénéfices de la Mère-Patrie. C'eft de ce
Aux & reflux continuel de rapports entre la France --- Page 52 ---
[12J
&: elle-méme 3 qu'eft réfultée cette profpérité commerciale, qui lui donne dans la balance de l'Europe
wocpregenbonncilagpcle nulle Nation ne peut atteindrc. Quel accroiffement de pofpérité ne réfulterait-il
pas d'une UNION PLUS INTIME, entre lcs Colonies
8: le Continent 5 union que doit cimenter naturellement
la grande Affemblée qui fe prépare?
MAIS fi de cet AUGUSTE RENDEZ - VOUS de la
Nation Françaife > on parvenait à exclure les Colonies
qui font peut-être le plus riche Aeuron de la Couronne,
féparées du Trone, coime des branches parafites 3
que devizndraicnt-elles dans cet ifolement honteux :
Cette élevation d'ame, qui eft l'appanage naturel des
Tranco-Américsins, ferait transformée en une foumiflion
fervile, humiliante. Ce reffort moral qui peut foul foutenir leur phyfique contre les influences d'un atmofphère
brilant , fe détendrait en peu de momens; l'émulation
de la culture fuirait loin d'eux 5 aucun ne voudrait
féconder une terre ingrate, qui ne donnerait pas même
à fon Cuitivateur > le DROIT DE CITOYEN Français.
On vendrait à tous prix des Habitations jadis fi PRECIEUSES, alcrs AVILIES, pour métamorpholer leur
modique produit en un PETIT FIEF, 9 prefque fans
valeur, mais qur fitué dans le Continent > ne feraiz
pas un motif de RÉPROBATION pour fon Pofleffeur.
bientôt toutes ces' terres, fi recherchées pendan: deux
rate, qui ne donnerait pas même
à fon Cuitivateur > le DROIT DE CITOYEN Français.
On vendrait à tous prix des Habitations jadis fi PRECIEUSES, alcrs AVILIES, pour métamorpholer leur
modique produit en un PETIT FIEF, 9 prefque fans
valeur, mais qur fitué dans le Continent > ne feraiz
pas un motif de RÉPROBATION pour fon Pofleffeur.
bientôt toutes ces' terres, fi recherchées pendan: deux --- Page 53 ---
[s 1
fiècles dans le Nouveau Monde > fi produdtives, fi
libérales, foraient abandonnées, & en peu de temps, 3
feraient recouvertes de ces lianes rampantes > de ces
forêts épaiffes, dont le défrichement avait coûté tant
d'hommes &: tant de fueurs, & qu'une végétation
puiffante ne tarderait pas à fubllituer à ce rofeau
balfamique qui nous donne LE SUCRE, à cette plante
précieufo qui fournit L'INDIGO, à cet arbriffeau agréable
qui produit LE CAFÉ.
VOILA les bleffures qu'un refus peu réfléchi ferait
aux Colons.
EH! quoi, > tandis que toutes les Sciences, 2 dont
le germe fe développa fur le globe il y a deux
mille ans, ont franchi les bornes que la faibleffe de
J'efprit humain femblait avoir pofé à leur accroiffement,
la politique ferait-elle donc la SEULE qui chercherait
à rétrograder vers fa fource? Tandis que les connoiffances morales ont pour ainfi dire inondé dans ce
fiècle l'Amérique & l'Europe, la politique tenterait-elle
SEULE de: fe replonger dansl'obfcurité ou dans ia barbarie
des premiers ages ?
IL faudrait pourtant bien le croire 3 fi le tableau
que nous venons de tracer, fi l'exclufion. fatale des
Colonics & l'abandon de CCS Ifles précieufes > qui
en ferait la fuite infaillible, fe réalifait. --- Page 54 ---
[141
C'EST alors que nous adreffant à ces Politiques
défaftreux, nousleurdirionsavec patrioti@me:ARRÉTEZ,
ne confommez point votre ouvrage. Si les argumens
puiffans que nous employons gliffent fur VOs ames
prévenues, regardez derrière vous 5 ouvrez les Annales
de PHifloire; confultez les faftes du monde, & cédez
à l'expérience des fiècles, ce que vous refufez à la
raifon. Il fut un peuple Maitre de lUnivers 3 dont
la bravoure fut l'appanage mais dont la politique fit
Jes fuccès. Suivez la marche de fes Conquètes. Le
courage les ébauchait; mais le courage qui envahit des
Provinces, 3 ne les conferve pas. Les LEGIONS plantaient
l'Aigle Romaine au milieu d'un Pays, & LE SÉNAT
trouvait le fecret d'cnvoyer ces mèmes Légions à d'autres victoires, fans que ce Pays, récemment conquis,
fongcat feulement à brifer fes fers. Quel magie produifait cet effet merveilleux? L'Hiftoire nous l'apprend.
ROME qui voulait tout conquérir , mais qui ne
pouvait pas toltt garder, fe hâtait de donner à fa noulvalle Conquète > le nom de PROVINCE ROMAINE. Par
ce titre fallueux, > auquel l'éclat de la Capitale de PUnivers donnait un prix infini, elle affociait à fa gloire
le peuple qui avait fervi à fon triomphe; il oubliait
gu'il avait été foumis, en fongcant qu'il était Romain;
il oublicit qu'il avait été libre , pour travailler à forge:
les fers que Rome deflinait anx Nations voifines. Il
donner à fa noulvalle Conquète > le nom de PROVINCE ROMAINE. Par
ce titre fallueux, > auquel l'éclat de la Capitale de PUnivers donnait un prix infini, elle affociait à fa gloire
le peuple qui avait fervi à fon triomphe; il oubliait
gu'il avait été foumis, en fongcant qu'il était Romain;
il oublicit qu'il avait été libre , pour travailler à forge:
les fers que Rome deflinait anx Nations voifines. Il --- Page 55 ---
E 15 ]
oublizit les douceurs de la Souveraineté, pour ne penfer
qu'à l'honnaur d'envoyer fes REPRÉSENTANS vôter dans
L'ASSEMDLÉE du Peuple Romain, &: prendre part aux
Arrêts qu'il diétzit à PUaivers. Enfin, enivré d'être
Romain s ce Peuple conquis oubliait qu'il avait été
lui-même. Qu'edt-ce été, s'il n'eût point été conquis , s'il fe fit donné volontairement : Qu'cit-ce été,
s'iledt été Romain d'origine , comme nos Colons font
Français de naifance.
C'EST ainfi que les deux Siciles, l'Illyrie, la Trace,
PAMfyrie, la Grèce, l'Archipel, les Gaules 3 l'Afrique
& Carthage elle-méme, quin'étaient pourtant que des
Conquètes & des COLONIES Romaines, devinzent les
remparts de l'Empire, les PARTIES INTÉGRANTES de
la République, & cn favorifant fon commerce, en
2ugmentant fes richeffes du produit de leurs tréfors,
lui donnèrent la force de conquérir le refte de I'Univers.
QUEL exemple pour la France qui n'a point, il
elt vrai, befoin de Conquètes, mais qui a befoin de
commerce, & qui ne peut plus déformais garder la
place qu'elle occupe parmi les Puiffances, 3 fi par un
fyftème mal-entendu, elle rifquait de perdre fes COLONIES, qui font la plus riche portion de fon territoire.
PoUR s'en convaincre davantage, il fufit de jetter
un coup - d'cril fur la plaie, dont cette fauffe démarche
frapperait P'Etat.
de Conquètes, mais qui a befoin de
commerce, & qui ne peut plus déformais garder la
place qu'elle occupe parmi les Puiffances, 3 fi par un
fyftème mal-entendu, elle rifquait de perdre fes COLONIES, qui font la plus riche portion de fon territoire.
PoUR s'en convaincre davantage, il fufit de jetter
un coup - d'cril fur la plaie, dont cette fauffe démarche
frapperait P'Etat. --- Page 56 ---
[161
DEPUIS près de deux fiècles, que des intérêts
combinés ont réuni les deux Mondes, les productions
exotiqucs de l'Amérique font devenues, par les relations du commerce, comme indigènes dans les Ports
Européens. Le SUCRE > TINDIGO, le CAFÉ, le
COTON, garniffent nos Marchés; comme le BLED,
la GARANCE, le MAis & le LIN. Aucun Pays ne
peut aujourd'hui SE PASSER d'aucune de ces denrées,
& celui qui n'en recueille pas fur fes Poffellions, eft
cbligé d'aller chercher chez TEtranger tout ce qui elt
néceffaire à fa propre corommaiom.Sidonc,ls Colons
Français, humiliés de l'efpèce de profcription lancée
contre eux, abandonnaient la culture de nos Ifles, la
France privée de leurs riches produétions > qui font
àp préfentdenécefité première, ferait contrainte, elleq qui
en fourniffait toute l'Europe > d'aller humblement i
fon tour s'cn approvifionner chez fes induftrieux voifins.
Les autres productions de fon fol étant déja deftinées
8: employécs à d'autres échanges 3 ce nouvel approvifionnement ne pourrait lui être livré que contre
ARCENT. Ainfi, au lieu d'attirer chez. elle le numéraire
desNations vcifines, elle leur porterait à chaqueingant,
le tribut du fien; & comme le numéraire eit le Repréfentant des forces d'un Pays, la France aurait la douleur
de voir chaque année diminuer fenfblement les fiennes >
& doubler celles des Peuples qui font ou deviendraient
fes Adverfaires un jour.
DANS
approvifionnement ne pourrait lui être livré que contre
ARCENT. Ainfi, au lieu d'attirer chez. elle le numéraire
desNations vcifines, elle leur porterait à chaqueingant,
le tribut du fien; & comme le numéraire eit le Repréfentant des forces d'un Pays, la France aurait la douleur
de voir chaque année diminuer fenfblement les fiennes >
& doubler celles des Peuples qui font ou deviendraient
fes Adverfaires un jour.
DANS --- Page 57 ---
[171
DANS ce CaS malheureux, où ferait f Marine pour
défendre fcs Cotes : SAINT-DONINGUE, &: le cominerce dont elle ell L'AME, font devenus li pépinière
des Matelots : fi l'on retranche cette Colonie du Corps
National, elle perd fa vigueur, fa prépondarance, fa
culture, fon commerce, fon exiflence entière. Abandonnée, délaiffée, au moment où l'on pouvait doubler
& fa valeur &: les richefles qu'elle procure à la Métropole, elle devient nulle pour la France; le commerce
tombe au même inttant; le numéraire s'échappe de
toutes parts, car les befoins reftent; la Marine s'anéantit; nos voifins s'enrichiffent de nos dépouilles, de notre
argent, de notre faibleffe; & voilà la France réduite
déformais à l'étar d'une Nazion bornée dans Jes refources,
au lieu d'avoir confervé la marche d'une Natioz riche * e
TEL elt l'apperçu des plaies politiques qui affigeraient la Mère-Patric, fi par une dureté hors de faifon,
elle défféchait tout-à-coup l'efprit patriotique qui vivifie
nos Colonies 2 & dont l'exaltation eft fi intimement
liée à la profpérité de la Métropole.
Donc LES INCONVENTENS, LES PLUS GRAVES,
RESULTERAIENT DE L'INJUSTICEQUI PRÉTENDRAIT
LES PRIVER D'UN DROIT, DONT ON NE PEUT SE
DISPENSER DE LES FAIRE JOUIR.
* Adminiftration des Finances, tome 11, page 152.
B --- Page 58 ---
t18J
TROISIÈME ASSERTION.
L'AZANDOX des Colonies par le Gouvernement, que
nous r'ofons pas même entrevoir,. ferait le plus grand
de tous les malheurs politigues > puifeu'un Royaume
comme la France ne peut abfolument fepaferde Colonics.
Nous venons de voir, 3 combicn il ferait facheux
en refufant aux Colons l'exercice d'un droit IMPRESCRIPTIBLE, INNÉ, de chercher à flétrir leur cocur,
de porter le découragement dans leurs ames, & de
les forcer ainfi à abandonner peu-à-peu un fol brilant,
qui ne ferait plus fufceptible d'ètre cultivé par des
FRANÇAIS; dès-là, qu'une efpèce de DÉSHONNEUR
ferait attachée à fa culture, ou du moins, qu'elle ne
procurerait pas les mêmes faveurs que celle des terres
du Continent.
CET article méritait d'étre difcuté, 3 &: demandait
toute notre attention j mais nous arrétrons-nous fur CES
difcours f légercment hagardés fiur Pinutilité des Colories,
& fur l'examen du fyftème erroné de les abandonner
toutes P
Cr qu'on leur vend, dit-or tranguillement, on le vendrait aux Nations ctrangères. Le Royaume ne perdrait
rien à cette révolution.. Mais créc-t-on ainfi des Achegeurs à fon gré? Cer n'ef pas faute d'une grande quantité
&: demandait
toute notre attention j mais nous arrétrons-nous fur CES
difcours f légercment hagardés fiur Pinutilité des Colories,
& fur l'examen du fyftème erroné de les abandonner
toutes P
Cr qu'on leur vend, dit-or tranguillement, on le vendrait aux Nations ctrangères. Le Royaume ne perdrait
rien à cette révolution.. Mais créc-t-on ainfi des Achegeurs à fon gré? Cer n'ef pas faute d'une grande quantité --- Page 59 ---
[19]
ve toiles, de draps ou d'étofes de fuie, qu'on n'en verd
pas davantage aux autres Nations ; ce font les limites de
leurs befuins gui circonferivent leurs demandes, & non
l'impuifiance d'y) fatisfuire : ainfi, c'eft une belle idéc politigue que de convertir une partie des denrées O2 des ouvroges
d'indufrie du Royaume, dans une forte de biens étrangers
à Jorfol82 fon climat, & dont cependant aucun pays
de L'Europe re peut aujourd'hui fe paffer.
D'AILLEURS les marchandifes qui viennent des Colonies, ne fort pas feulement le prix des produdtions Nationales que la France y envoye s foit direâtement, Joit
indiredtement par fas échanges à la côte d'Afrique : toutes
ceS exportations équivalent à peine à la moitié des retours
dAmérigue ; le farplus en la repréfentation, & des frais
de navigation , & des bénéfices du commerce, & des revtnus que les Colons dépenfen: dans le Royaume.
Qur Fraitcesf en négligean: des pelfefions f précieufes, ou f en les perdant jamais , la France fe trouvait
privée de la créance de commerce qu'clle acguiert annuellement Far l'exportation des denries de fes Colonics? Qie
ferait-se, f clle avait encore à acheter, des Etrangers
même, 3 la partie de Ces denrées qui cf necefiaire aujourd'lui
à fa propre corfommation ! Une pareille révolaion fafirait pour fxire fortir de France annuellement beaucoup plus
d'argent gu'ilh n'y en entre aujourdt'hui. C'e, donc une PROB 2
privée de la créance de commerce qu'clle acguiert annuellement Far l'exportation des denries de fes Colonics? Qie
ferait-se, f clle avait encore à acheter, des Etrangers
même, 3 la partie de Ces denrées qui cf necefiaire aujourd'lui
à fa propre corfommation ! Une pareille révolaion fafirait pour fxire fortir de France annuellement beaucoup plus
d'argent gu'ilh n'y en entre aujourdt'hui. C'e, donc une PROB 2 --- Page 60 ---
[ 20 ]
TRIETE MAGNIFIQUE que celle des Colonies d'dmirigue :
Iegrandeur de la puifance de la France femble en afurerla
longue pofeficn ; mais les autres Nations peuvent augmenter leur culture ; mais les Etats-Unis, f voifns du
ricke Jol gui produit le fucre & les cafis, ne viendront
pas chercher ces denrées en Europe ; & filon l'accès plus
O: moins libre gu'onfera forcéde leur ouvrir 4T jour dans
les Colonies, comment défigner lagert qu'ils prendront aux
ichanges gui enrickifent la France ? Refferrés dans les
bornes d'un Précis, nous ne prétendons PCS traiter à
fond dis quefions , liées à dcs cornexiors & a ces traités
politigues, mais, ce qu'il ef 21 moins important de con.
fdirer, c'eff à quelpoint l'intégrité du commerccef effenziel au maintien de la profpérité du Royaume,
OR, plus de commerce en grand, fans COLONIES,
8: fur-tout fans SAINT-DONINGur, que l'on pourrait
appeller la CAPITALE des Colonies.
Crn'efgu'en verdant pour 220 à 230 millions de marchandifes, ou manufaiturces on arportées des Colonics ,
que la Frarce obtiert une balance de commcrce de 70
millions. Ce réfultat efp immenfe, & l'or nc doit jamais
le perdre de vue, cfim de ne point s'endormir fur une profpérité dont on: ne connaitrait pas les fondemens, & que
Fon ne faurait entrétenir avec trop de foin. Tel fera
l'avis unanime de tous les VERITABLES Adminiftra-
, ou manufaiturces on arportées des Colonics ,
que la Frarce obtiert une balance de commcrce de 70
millions. Ce réfultat efp immenfe, & l'or nc doit jamais
le perdre de vue, cfim de ne point s'endormir fur une profpérité dont on: ne connaitrait pas les fondemens, & que
Fon ne faurait entrétenir avec trop de foin. Tel fera
l'avis unanime de tous les VERITABLES Adminiftra- --- Page 61 ---
[2]
teurs 5 mais, alors il fe trouvera des perfonnes difpofies à arrêter leur attention jufques Fur les évènemens
invraifimélasles, & qui demanderont peut-être : qu'arriverait-il, ou que faudrait-il faire, fi par fyftême > par
aveuglement, par infouciance, ou enfin par une revolution quelconque & extraordinaire, Ce double commerce
d'exportation venait à défaillir ou à diminucr confidirablement? On peut bien appercevoir vaguement l'étendue
d'un parcildéfafre ; mais on en décrirait dificilement toutes
les conféquences. Lc befoin des matières premières gu'ore
tire de l'étranger, diminuerait fans doute à mefure qu'on
venarait moins d'ouvrages manufalturés aux autres Nations & aux Colonics, e l'on tacherait d'alimenter les
Fabriques nécefaires à la confommation Nationale, en
augmentant de tout Jon pouvoir, au fcin de la France,
la production des foies, des chanvres & des laines, Oz
repoufferait plus que jamais l'introduction de toutes les
produdions de l'indufrie : que de privations à
s'impofer ! On multiplierait fes Forges e Jes Ufines,
afin de fe paffer de fer trranger : cn viendrait à bout de
perfaitionner fes falaifons 3 afr de n'avoir plus befoin de
celles quefournifent aûtucllement l'Irlande & d'autres pays;
enfin, la France ne pouvant plus vendre beausoup aux Nations Etrangères 3 ni aux Colonies, fc défendrait tant
qu'elle pourrait, d'acheter d'elles.
Mats, malgré tant de foins, elle ne pourrait jamais
B 3
afin de fe paffer de fer trranger : cn viendrait à bout de
perfaitionner fes falaifons 3 afr de n'avoir plus befoin de
celles quefournifent aûtucllement l'Irlande & d'autres pays;
enfin, la France ne pouvant plus vendre beausoup aux Nations Etrangères 3 ni aux Colonies, fc défendrait tant
qu'elle pourrait, d'acheter d'elles.
Mats, malgré tant de foins, elle ne pourrait jamais
B 3 --- Page 62 ---
[22 J
rigarer le préjudice immenfe que porterait à fa richeffe 5
afa population, la perte qu'elle éprouverait.F fon double
commerce d'exportation venait à difaillir, ou à diminucr
comficérablement,
TELLE ferait pourtant la fuite néceffaire de l'abandon de nos Colonies, ou du découragement infpiré aux
Colons; car tout eft relatif dans V'Adminiftration &
dans la Politique; lcs chainons des opérations utiles
doivent fe tenir comme les heures de la vie. La moindre
folution eft la MORT.
HrERzUSZMEXT que de pareilles révolutions font
loin d'être probables 5 mais aufi n'en faudrait-il pas tant
pour entrainer de grands effets : on doit encore obferver,
à cette occafion, comme une vérité importante, que f le
Royaume de France jouit, dans fon état aduel, de moyens
incomparables de richeffes, for adminifration auffi ef
conforme à cet état d'aifance ; enforte que les revers du
commerce & de la fortune 5 enforte que les privations des
adendalAm@iges@reinet d'autant plusfenfioles qu'on
y eff peu préparé. Les libéralités , le fape, l'abandon >
tous ces attributs de l'opulence fiasfiftent en France depuis
Long-temps, & ce n'ef que par intervalle qu'on a voulu y
rétablir l'ordre, la règle & l'économie. C'ef aufi cette
richefe naturelle de nos Colonies qui ef caufe qu'un f
grand nombre de Minifres médiocres ont paru fafire 2 --- Page 63 ---
[ 23 ]
ladminifration. de ces Ifles importantes, 3 tandis qu'ils
étaient fimplemenefarportés par l'abondance & l'excellence
de leur produir. Et comme on a vL f fouvent tant d'erreurs
f réparer, & tant de jouiffances précieufes s'oublier en
peu de tems, infenfiblement 3 peut-être, on ne croira plus
à l'importance de ces mères nourrices du commerce,
du luxe, de la population & de la marine , fi les
REPRESENTANS des Colonies clles-mémes, placésentre
elle & la Métropole, 3 pour ferrer chaque jour les liens
qui les uniffent 3 ne fe trouvent pas à portée de préfenter fans ceffe au Gouvernement , d'une main, le
tableau ACTUEL de ces Ifles privilégiées, & de l'autre
le plan poflible de leur PROSPÉRITÉ FUTURE.
Fux feuls prouveront que les refforts d'une Adminiftration Nationale, uniforme, fage, font feuls affez
doux & affez puiffans pour DOUBLER les richeffes
des Colons > les profits du commerce, le mouvement
de la circulation, & augmenter ainfi fenfiblement &
en peu de tems la population du Royaume &c les revenus du Ror.
SI tous les biens que nous venons de propofer ne
doivent s'opérer que par les moyens que nous propofons, fi ces vérités font rigoureufement démontrées
par T'AUTEUR CÉLÈBRE qui les crayonna, fi les pemwrlulnlue
scUe de la France ont été favamment calculés par cet:
B 4.
mouvement
de la circulation, & augmenter ainfi fenfiblement &
en peu de tems la population du Royaume &c les revenus du Ror.
SI tous les biens que nous venons de propofer ne
doivent s'opérer que par les moyens que nous propofons, fi ces vérités font rigoureufement démontrées
par T'AUTEUR CÉLÈBRE qui les crayonna, fi les pemwrlulnlue
scUe de la France ont été favamment calculés par cet:
B 4. --- Page 64 ---
[241
ADNINISIRATEUR HAEILE *, auquel une étoile heureufe accorda, entre deux Niniftères, quelques jours
de retraite pour méditer ce qu'il avait yu, &: pouvoir
enfuite exécuter Ce qu'il avait écrit; fi ST.-DOMINGUE
cft une des bafes de fon calcul, fi POUVRAGE IMMORTEL, dans lequel nous avons copié fidèlement des argumens irréfiftibles, a mérité d'être dénoncé par les contemporains eux-mêmes à la Poftérité 3 comme la
SAUVE-GARDE DES PEUPLES & le MANUEL DES
RoIs, & fi cet Ouvrage dit en termcs exprès : que
tout l'avantage de la France dans les
échanges > repofe
Jur le commerce extérieur de Jes manufactures & des denrées dAmirique, que le commerce de ces denrées compefe
les trois quarts des cxportations du Royaumne; enfin que
ia France doit aux denrées de fes Colonies une balance de
foixante & dix millions 3 nous fommes fondés à conclure
avec lui que les Colonics fonz dignes de la plus grande
attention, 6 que l'Admitifiration Frangaife ne faurait
vciller avec trop de foin far la grande fomme de profperitégu'elle pefstds.
DoNc UN ROYAUME COMME LA FRANCE NE
Voyez l'Adminiftration des Finarces, par M. NECKER, tomc II,
depuis la page 153 jafqu'à la page 165. On y a copié fidèlement
tour ce qui fe trouve en caractères italiques dans Cctte Scllior, 2,
depuis la page 13 jufqu'à la page 24 du préfent Mémoirc.; --- Page 65 ---
[253
PEUT SE PASSER DE COLONTES, DONC L'ABANDON
DES COLONIES SERAIT LE PLUS GRAND DE TOUS LES
MALHEURS POLITIQUES.
QUATRIÈME ASSERTION,
Ls droit de Repréfentation ne faurait en aucun tems étre
onéreux pour les Colonies 5 & il eRA honorable dans
les circonfances adluelles, que ce mérite double encore
l'avantage de l'exercer.
Si l'on a daigné lire avec attention CC qui
précède 3
il ne doit plus refter le moindre doute fur le droit
qu'ont les Colonies de DÉPUTER, fur les INCONVÉNIENS qui réfulteraient de leur exclufion, & fur le
BESOIN que la France a de fes Colonies. Eh
bien, S
de la démonftration de ces trois Propofitions, & furtout de la dernière, découle naturellement l'évidence
de notre QUATRIÈME Affertion.
Nous avons prouvé que la France ne peut fe paffer
de fes Colonies; nous avons prouvé qu'il exifte entrc
ellcs & la Mère-Patrie une communication intime,
une analogie de rapports qui rend toutes leurs fenfations communes. Dans cet état fympathique 3 le bonheur des Colonics ne peut importer à la Métropole,
fans que la profpérité de la Métropole n'influc beaurcoup fur les Colonies. Or, nous avons démontré irré-
ion.
Nous avons prouvé que la France ne peut fe paffer
de fes Colonies; nous avons prouvé qu'il exifte entrc
ellcs & la Mère-Patrie une communication intime,
une analogie de rapports qui rend toutes leurs fenfations communes. Dans cet état fympathique 3 le bonheur des Colonics ne peut importer à la Métropole,
fans que la profpérité de la Métropole n'influc beaurcoup fur les Colonies. Or, nous avons démontré irré- --- Page 66 ---
26 I
fiftiblement combien il était avantageux pour la Métropole d'appeller les Colons aux Etats 3 DONC il eft
avantageux pour les Colonies de s'y trouver; DONC
il ne faurait être ONEREUX pour Saint-Domingue de
venir prendre la place que le droit naturel, le droit
des gens & lc droit public lui ont marqué dans
l'Affemblée de la grande Famille.
RÉFUTERONS-NOUS cette obfervation frivole qu'un
zèle fpécieux s'eft empreffé de faireà plufieurs Colons
>> Votre demande eft de toute juitice; mais gardez-vous
>> d'en folliciter le fuccès. Vous n'auriez pas plutôt
> pris place dans l'affemblée de la grande Famillle
>> qu'on vous impoferait la loi de contribueraux charges
>> de l'Etat cc !.. EH bien oui, NOUS Y CONTRIBUERONS 3 répondrons-nous avec affurance. Nous fommes
même affez heureux pour pouvoir y contribuer plus
puiffamment que les autres Provinces de T'Empire 5 nous
n'attendrons point qu'elles fixent la quotité de cette
contribution ; c'eft à nous-mêmes de leur indiquer le
fecret, le feul qui exifte, fans doute > de mettre à profit
notre dévouement, & de DOUBLER les richeffes de la
Métropole, en augmentant nos revenus.
QUOIQUE la confraternité & l'intérêt uniffent indiffolublement] P Amérique & I'Europe ,la nature prévoyante
8clibérale n'a point voulu, pour le bonheur del'homme, --- Page 67 ---
[27 1
qu'ilyedr fimilitude entre ces contrées éloignées. Quand
leur fol, leur climat, leurs ufages ne peuvent s'affimiler
à ceux du Continent 3 quand pour l'extenfion de nos
jouiffances , leurs productions different abfolument des
nôtres, l'impôt ne fauroit être le même.
DANS le Continent la culture principale eft celle
de première néceflité. Deltinée à nourrir le peuple
elle fe confomme fur les lieux, ou circule de Province
à Province 5 le fuperfu feul de cette confommation
néceffaire paffe chez l'étranger > & fert aux échanges
qui procurent à la France les denrées que fon fol ne
produit pas. Mais comme à la rigueur la vie animale ne
tient poinr à ces denrées d'importation > le Royaume
pourroit abfolument fe Paffer quelques inftans de commerce extérieur.
MAIS dans les Colonies 3 dans les Antilles 3 la culture
principale n'a aucun rapport à la fubfiftance & prefque
point du tout à la confommation du dedans. Tout ce
qui fe fabrique eft deftiné par fa nature à être exporté;
ainfi, point de commerce intérieur ; ainfi la fubfiftance
& le revenu, > c'eft-à-dire, la VIE & la RICHESSE font
précaires à Saint-Domingue.
LA GUERRE ce fléau du monde 3 toujours funeite
aux Européens 3 devient un vampire afalin pour les
infulaires Américains. Dans le Continent, en épuifant
confommation du dedans. Tout ce
qui fe fabrique eft deftiné par fa nature à être exporté;
ainfi, point de commerce intérieur ; ainfi la fubfiftance
& le revenu, > c'eft-à-dire, la VIE & la RICHESSE font
précaires à Saint-Domingue.
LA GUERRE ce fléau du monde 3 toujours funeite
aux Européens 3 devient un vampire afalin pour les
infulaires Américains. Dans le Continent, en épuifant --- Page 68 ---
L 28 I
les revenus publics, en obftruant tous les canaux de
la circulation, il eft le prétexte & la caufe de nouveauximpôts. Dans les Colonies au moment où fa trompette meurtrière fc fait entendre, le commerce extérieur
ceffe tout-à-coup, 3 & tout ceffe avec luis plus de ventcs',
plus d'achats, plus d'échanges; les dons précicux d'une
terre féconde ne font plus que des productions inutiles
dès-là que les ManufaStures n'en trouvent plus le débit.
Le Colon, au milieu de fes richeffes, dévore le pain
des larmes qui peut-être lui manquera demain. Les frais
de la fabrication ne peuyent plus fe payer. Elle ceffe
en entier , tout languit, tent meurt, &le même pays
quichargeoit hier CENT vaifeaux des fruits de fa culture,
en attend UN SEUL aujourd'hui, qui peut-étre n'arrivera
pas affez tôt pour fauver fcs habitans du défefpoir, &
de la mort.
CEST donc uniquement du commerce extérieur que
dépendent l'exiltence & le revenu des Colonies. Mais
dans tous les pays l'impôt ne fc recueille que fur les
revenus; DONC l'impôt > dans les Colonies, doit fuivre
en tout la marche du commercc maritime.
CE commerce confifte à exporter & à importer fans
ceffesainfiles droits fur les forties, 3 far! les entrécs feront
les feules taxes admifiblcs. Mais l'exportation varie en
raifon de la culture, &: l'importation en raifon de l'opu- --- Page 69 ---
[29)
Jence &: des befoins; d'oli réfulte que le produit des
droits variera en raifon de la profpérité du commerce
ou de f décadence. Lors donc qu'on voudra rendre
plus produétifs CCS droits deftinés à enrichir le tréfor de
la Nation, cn aura foin de favoriferla cultureen laiffant
aux Colons toute l'étendue de lours moyens. Le Colon
enrichi par unc récolte plus abondante voudra connoitre
le luxe des villes, & tirera de la Métropole les ccuvres
de l'induftrie cn échange de fes denrées. Alors
augmentation de DROIIS pour le Souverain, augmentation de
REVENUS pour le Cultivateur, augmentation de DÉBOUCHES pourla.Méropole, augmentation de richeffes
& de CIRCULATION pour PEtat.
IL cil denc UII mcyen pour les Colonics de contribuer
puiffamment aux charges de PEmpire, &: ce moyen,
puifqu'en méme-temps il double les rcvenus dcs Colons
ne LEUR EST ONEREUX fous aucun rapport.
Nous devons
obferver 3 &: cette remarque cft infnimen: importante, que le moyen que nous venons de
propofer peut être confidéré comme une terre abfolument neuve, d'autant plus produdtive que les fels n'en
ont jamais été épuifés, & que l'Etat, en la culivant,
ne diminuera en rien les autres revenus que luiprocure,
dès-i-préfent la Colonic,
CEs revenus font de deux efpeces; limpôt direct,
8: l'impôt indireét,
ver 3 &: cette remarque cft infnimen: importante, que le moyen que nous venons de
propofer peut être confidéré comme une terre abfolument neuve, d'autant plus produdtive que les fels n'en
ont jamais été épuifés, & que l'Etat, en la culivant,
ne diminuera en rien les autres revenus que luiprocure,
dès-i-préfent la Colonic,
CEs revenus font de deux efpeces; limpôt direct,
8: l'impôt indireét, --- Page 70 ---
[3o1
PAR impôt direét nous cntendons le droit qui fo
perçoit fur les denrées importées ou exportées, &: qui
d'après des calculs très-exaéts s'élève aujourd'hui à
151 pour ICO > non pas de nos revenus, mais des produits ERUTS de la Colonie.
PAR l'impôt indireét > nous entendors la perte que
nots faifons par la prohibition impofée aux Colons de
vendre leurs denrées à d'autres Puiffances qu'àla MèrePatrie 3 & d'en acheter aucune que d'clle-méme. Cettc
prohibition peut être le jufte prix de la protection que
la France nous accorde 3 mais lorfque dans l'enfance
de Saint-Domingue elle fe réferva le privilége de commercer exclufivement avec cette Colonie, pouvoit-elle
prévoir que notre culture s'accroitrait au point de nons
mettre à même d'approvifionner I'Europe 3 & que fi
dans cet érat d'abondance il nous était permis d'ouvrir nos ports à l'étranger , la concurrence qui en réfulterait produirait aux Colons un bénéfice immenfe; le
bénéfice qui LEUR ÉCHAPPE tourne en entier au profit
du COMMERCE, au profit de T'INDUSTRIE, au profit
de la CULTURE de la Métropole; > ce bénéfice n'eft point
forcé quand nous ne le portons qu'à 30 Four cent des
produits BRUTS de notre Ifle ; mais déja nous avons
vu que les drcits fur les denrées s'élevaient à 15 POUR
CENT des mêmes produits, DONC la Colonie de Saint- --- Page 71 ---
[ 31 J
Domingue apporte à l'Etat l'offrande de 45 POUR CENT
de tout ce qu'elle pofsède.
QUELS vingtièmes > quelle taille 3 quelle capitation >
quels autres droits pcuvent égaler cette dixme immenfe!
Ce tribut magnifique , dont la Nation quand elle
voudra peut doubler la valeur en accordant à nos
juftes demandes tous les avantages qui réfultent d'une
conftitution folide que l'abus n'altère plus, d'une Légiflation fage que l'humanité bénit, d'une égale diftribution de la. Juftice que nulle confidération ne fuifpend,
d'une adminiftration paternelle qui, abjurant le pouvoir
arbitraire, confacre la liberté individuelle, & la confervation des propriétés ?
CEsbienfaits quel'intérêt de la Mère-Patrie femble
lui prefcrire de ne plus refufer à fes enfans, n'en feront pas moins pour eux d'éternels motifs de gratitude.
Et quand ces points capitaux de la félicité publique,
font l'objet des défirs de toute la France , comment
ne feroient-ils pas un fujet d'envie pour les Colonies
Françaifes qui , par leur pofition locale & la vicifitude
perpétuelle de leur adminiftration 3 en fentiraient doublement le prix. Quels regrets pour clles, de n'avoir
point participé aux délibérations patriotiqucs d'une
Allemblée qui affurera la jouiffance de tant de biens
aux Membres quil'auront compofé!Quel Colon pourrait
des défirs de toute la France , comment
ne feroient-ils pas un fujet d'envie pour les Colonies
Françaifes qui , par leur pofition locale & la vicifitude
perpétuelle de leur adminiftration 3 en fentiraient doublement le prix. Quels regrets pour clles, de n'avoir
point participé aux délibérations patriotiqucs d'une
Allemblée qui affurera la jouiffance de tant de biens
aux Membres quil'auront compofé!Quel Colon pourrait --- Page 72 ---
réfifter à ce motif déterminant ? Qui pourrait ne pas
fe convaincre, 3 que de CES grandes maffes dc bonheurs > découle même l'augmentation certaine de
ces richefles METALLIQUES dont on exaltc tant la
valeur. En effet, fur quoi repofent-elles? fur l'augmentation de la culture 5 &: la culture. : fur ics befoins;
&: les befoins ? fur les rapports. Mais nous avons
démontré que P'inion intime des Colcnics & de la
Métropole doublerait néccffairement leurs rapports réciproques; DONC elle doublera leurs befoins, 5 DONC elle
doublera leur culture, DONC elle doublera leurs revenus.
Or 3 lcs revenus, produits naturels de l'agriculture
Coloniale, S ne fauraient s'accroitre fans augmenter les
bénéfices de l'Etat; DONC, dans un moment oi l'Etat
a des befoins , on ne faurait s'occuper trop féricufement de confacrer un droit qui augmentera fenfiblement
les RICHESSES DES COLONS, &: par conféquent > le
tréfor public. Mais l'exercice de CC droit eft tout à-lafois > avantageux aul Cultivateur, utile à la Patrie :
Donc, CE DROIT NE SAURAIT ÉTRE ONEREUX
POUR LA COLONIE DE SAINT-DOMINGUE, ET DANS
LES CIRCONSTANCES ACTUELLES, IL DEVIENT HONORABLE POUR ELLE DE L'EXERCER AVEC ECLAT.
Nous voici parvenus au but que nous nous étions
preferit.
DEs --- Page 73 ---
[3J
Dzs propres termes de l'Arrèt du Confeil du S
Odlobre qui convoque LES NOTABLES, nous avons
déduit la néceflité de nous pourvoir à leur Tribunal.
LA, nous avons rapporté > avec franchife, 3 tous les
DOUTES de nos adverfaires. Là nous leur avons oppofé
autant D'ASSERTIONS contraires.
LA nous avons prouvé bien clairement, par le Précis
HISTORIQUE de l'établiffement de la Colonic de SaintDomingue, & Far l'efprit de nos CHARTES s que nous
étions FRANÇAIS, que nous contribuions aux charges
du Royaume, , & qu'ainfi les Colonics avoient LE DROIT
de DEPUTER aux Etats.
LA nous avons démontré que la JUSTICE, l'intérêt
individuel des COroxs, , l'intérêt non moins facré de
L'ETAT, la grandeur de la
France 3 le maintien de
fon infuence , LA POLITIQUE & l'exemple fi prépondérant des Romains reclamaient hautement le droit inhérant à l'effence de Saintdont
Domingue ,
l'exécution
ne pouvait fouffrir le moindre délai fans qu'iln'en réfultât
des inconvénicns infiniment facheux.
LA nous avons démontré, J par un examen faivi de
l'importance de nos Colonies, , que la France leur devait
fa profpérité commerciale, , le commerce fon induftrie,
la Nation le quart du produit des mines du Mexique
&: du Pérou, & toutes ces preuves profondément difcu-
dont
Domingue ,
l'exécution
ne pouvait fouffrir le moindre délai fans qu'iln'en réfultât
des inconvénicns infiniment facheux.
LA nous avons démontré, J par un examen faivi de
l'importance de nos Colonies, , que la France leur devait
fa profpérité commerciale, , le commerce fon induftrie,
la Nation le quart du produit des mines du Mexique
&: du Pérou, & toutes ces preuves profondément difcu- --- Page 74 ---
132J
réfifler à ce motif déterminant : Qui pourrait ne pas
fe convaincre, que de CES grandes maffes de bonheurs , découle méme l'augmentation certaine de
ces richeffes METALLIQUES dont on exalte tant la
valeur. En effct, fur quoi repofent-clics? fur l'augmentation de la culture ; &: la culture : fur les befoins;
&: les befoins ? fur les rapports. Mais nous avons
démontré que l'inion intime des Colonies &: de la
Métropole doublerait néceflairement leurs rapports réciproques; DONC elle doublera leurs befoins, DONC elle
doublera leur culture, DONC elle doublera leurs revenus.
Or, les revenus, prodnits naturels de l'agriculture
Coloniale, 2 ne fauraient s'accroitre fans augmenter les
bénéfices de 'Etat; DONC, dans un moment oi P'Etat
a des befoins > on ne faurait s'occuper trop férieufement de confacrer un droit qui augmentera fenfiblement
les RICHESSES DES COLONS, &: par conféquent, le
tréfor public. Mais l'exercice de Ce droit eft tout à-lafois , avantageux all Cultivateur, utile à la Patrie :
DONC, CE DROIT NE SAURAIT ÉTRE ONÉREUX
POUR LA COLONIE DE SAINI-DONENGUE, ET DANS
LES CIRCONSTANCES ACTUELLES, IL DEVIENT HONORABLE POUR ELLE DE L'EXERCER AVEC ECLAT.
Nous voici paryenus au but que nous nous étions
prefcrit.
DES --- Page 75 ---
Dzs propres termes de l'Arrêt du Confeil du S
Odobre qui convoque LES NOTABLES, nous avons
déduit la néceflité de nous pourvoir à leur Tribunal.
LA, nous ayons rapporté, avec franchife, tous les
DOUTES de nos adverfaires. Là nous leur avons oppofé
autant D'ASSERTIONS contraires.
LA nous avons prouvé bien clairement, par le Précis
HISTORIQUE de l'établiffément de la Colonic de SaintDomingue, & par l'efprit de nos CHARTES, > que nous
étions FRANÇAIS > que nous contribuions aux charges
du Royaume, & qu'aini les Colonies avoient LE DROIT
de DEPUTER aux Etats,
LA nous avons démontré que la JUSTICE, l'intéret
individuel des COLONS 3 l'intérêt non moins facré de
L'ETAT, , la grandeur de la France le maintien de
fon infuence 3 LA POLITIQUE & l'exemple ff prépondérant des Romains reclamaient hautement le droit inhérant à l'effence de SaintDomingue, 3 dont l'exécution
ne pouvait fouffrir le moindre délai fans qu'iln'en. réfultàt
des inconvéniens infiniment facheux.
LA nous avons démontré, par un examen ftivi de
limportance de nos Colonies J que la France leur devait
fa profpérité commerciale 3 le commerce fon induftrie,
la Nation le quart du produit des mines du
Mexique
2r du Pérou, &c toutes ces preuves; profondément difcu-
, 3 dont l'exécution
ne pouvait fouffrir le moindre délai fans qu'iln'en. réfultàt
des inconvéniens infiniment facheux.
LA nous avons démontré, par un examen ftivi de
limportance de nos Colonies J que la France leur devait
fa profpérité commerciale 3 le commerce fon induftrie,
la Nation le quart du produit des mines du
Mexique
2r du Pérou, &c toutes ces preuves; profondément difcu- --- Page 76 ---
HC,LITTÉRALENENT extraites de cet ouvrage célebre
que l'on peut regarder comme un PRÉSENT FAIT AUX
EMPIRES ne permettent plus de douter que l'abandon
des Colonies ne fût le plus grand de tous les malheurs
politiques, , & démontrent évidemment que la France 2
toute privilégiée qu'eile eft de la nature > ne peut abfolument SE PASSER de Colonies.
LA nous avons démontré, par la cornbinaifon des
intérêts réciproques, par le tableau des grands objets
qui doivent occuper la Nation > par la RESTAURATION
qui doit s'opérer dans toutes les parties, par l'image du
BONHEUR qui ne faurait manquer d'en réfulter pour
tous les individus 3 par l'accroiffement des richeffes
particulières, & du tréfor public, que L'INTERÉT de
Saint-Domingue était de députer, 8: que fa gloire trouverait fon compte à cette députation.
ToUr EST DONC PROUVÉ déformais aux yeux des
Juges éclairés qui vont prononcer fur une des plus
grandes queftions politiques qui ait occupé ce fiècle..
Oui, tout eft prouvé, & déja leurs fuffrages ouyrent à
Saint-Dominguela, porte des Etats.Notre tâche ferait donc
remplie fi les connaiflances profondes que nous avons
acquifes fur la conititution & le régime de la Colonie,
ne nous avaient mis à même de dreffer UN PLAN DE
CONYOCATION que nous croyons le plus conftitutione! --- Page 77 ---
[351
& le plus fage, & fi, chargés de fupplier SA MAJESTÉ
d'agréer cette rédaction, nous n'avions pas cru devoir
en faire hommage à SES NOTABLES. Elle ne peut
parvenir au Souverain par des mains plus pures, &
qui lui foient plus agréables.
LE Duc DE CHOISEUL PRASLIN.
LE MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
DE PEYRAC.
Commifaires
de la ColoSigné LE COMTE DE MAGALLON.
nie de SaintDomingue,
LE CHEVALIER DOUGE,
ALE MARQUIS DE PERRIGNY,
LE COMTE DE VAUDREUIL.
LE MARQUIS DE Goux D'ARSY. CommiffaireRapporteur.
J.
PLAN
C2
ain par des mains plus pures, &
qui lui foient plus agréables.
LE Duc DE CHOISEUL PRASLIN.
LE MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
DE PEYRAC.
Commifaires
de la ColoSigné LE COMTE DE MAGALLON.
nie de SaintDomingue,
LE CHEVALIER DOUGE,
ALE MARQUIS DE PERRIGNY,
LE COMTE DE VAUDREUIL.
LE MARQUIS DE Goux D'ARSY. CommiffaireRapporteur.
J.
PLAN
C2 --- Page 78 ---
P L 1 A N
D'UNE CONYOCATION
CONSTITUTIONNELLE+
Des Proprittaires - Planteurs de la Colonie de SaintDomingue s pour precidurtÉludion ct leurs Députés
aux Etets-Ginéraux du Royaume.
EXTRAIT des Regiftres des Délibérations du Comité
Colonial de Saint-Domingue, réfdent à Paris, du :0
Odobre 1788.
Us des Membres du Comité a dit :
MESSTEURS, le Roi veut que les Etats- Généraux
foient compofés d'une manière conflitutionnelle. Donc le
Roi veut que tous fes cnfans y prennent place; car il
n'y aurait point de conftitution là où tous les Conftituans ne feraient pas appellés 5 DoNc le Poi a appellé
fes Français de Saint-Domingue en méme-temps quc
fes Français de Corfe, que fes Français de Lorraine
que fes Français d'Alface & des Trois-Evéchés. DoNC
* Ce plan a été dreffé d'après les bafes érablies dans unc Confultation fignée le :8 Septembre par quatre Jurifconfultes, anciens Avoats au Parlement, & qui vient d'ètre publié. --- Page 79 ---
[37J
LA Colonie que nous repréfentons doit SONGER A
DEPUTER.
Lr Roi veut que les anciens ufages fvient refpeités
dans toutcs les difpoftions conformes à la raifon & aux
vaux ligicimes de la plus grande partic de la Nation.
DONC le Roi veut que nos Repréfentans ne foient
autres que des PROPRIETAIRES-PLANTEURS, choifis
librement par tous les Proprictaires-Planteurs, leurs
Pairs & leurs Compatriotes, comme c'était l'ufage il
y a cent ans. DoNC la forme actuclle, qui n'efl en
vigueur que depuis 176+, SERA ABROGÉE comme
contraire aux anciens ufages.
Lr Roi croit devoir étendre for Confeil, en appellant
de rouveaufes Notasles. Doxc le Roi entend que toutes
lcs Provinces qui n'ont point affifté aux derniers Étas,
préfentent à ces Confeillers vertueux le tableau refpectif
de leurs us , coutumes, priviléges, prérogatives. Doxc
nous devons, en Sujets foumis 3 nous hâter de mettre
fous leurs yeux la forme dans laquelle nous penfons
que la Colonie de Saint-Domingue, comme les autres
Provinces, doive concourir à lÉlectiox de fes Députés
aux Etats.
LA matière mife en Délibération, Meffieurs les
Commiffaires, confidérant :
QUE la Colonie de Saint-Domingue > qui eft fans
C3
umes, priviléges, prérogatives. Doxc
nous devons, en Sujets foumis 3 nous hâter de mettre
fous leurs yeux la forme dans laquelle nous penfons
que la Colonie de Saint-Domingue, comme les autres
Provinces, doive concourir à lÉlectiox de fes Députés
aux Etats.
LA matière mife en Délibération, Meffieurs les
Commiffaires, confidérant :
QUE la Colonie de Saint-Domingue > qui eft fans
C3 --- Page 80 ---
[38 J
contredit Te plus riche feurcn de la Couronne , n'a été
ni achetée, ni foumite, ni conquife, qu'elle ETAIT
INDÉPENDANTE, 8: qu'elle s'eft donnée librement :
QUE depuis cette époque 3 8 pendant 134 années s
elle a joui du droit de fe réunir, en Corps, dans des
Affemblées compofées de Propriétaires-Planteurs, députés librement par chaque Quartier :
Qu'EN 1764, on fe permit pour la première fois
d'altérer les droits Coloniaux : que depuis 3 différentes Ordonnances, rendues le 19 Février 1766, le 20
Septembre 1769, le 16 Décembre 1776, ont changé
la Confitution > en fubfituant à des Confeillers, CoIons, Planteurs > &c rendant gratuitement la Juflice,
des Magiftrats ÉTRANGERS & GAGES par le Gouvernement :
QUE le premier Janyier 1787, une Ordonnance
de Sa Majefté , ayant abfolument fupprimé les
Majors & les Commandans de Quartier 3 jufques-là
Membres des Afemblécs Provinciales, ON A NEGLIGE
de défigner ceux qui déformais remplaceraicnt, dans lcs
Affemblées Coloniales, ces Mcmbres néceffaires, dont
l'abfence réduirait cette prétendue Affemblée aux
Membres GAGES des deux Confeils Supéricurs :
MAIS que, dans la même année 1787, un nouvel Arzêt ayant fupprimé P'un de CCS Confeils (celui --- Page 81 ---
[3 39 J
du Cap) pour en réunir toute la Jurifdiction à celui du
Por:au Prince, on a ENCORE NÉGLIGÉ de défigner ceux
qui, dans la prétendue Affemblée Coloniale, 3 fuccéderaient à ces Magiftrats deftitués; ce qui diminue d'autant
les Membres de la prétendue Affemblée Coloniale 3 &
la réduit à quelques Confeillers APPOINTÉS par le
Gouvernement 3 qui, fous aucun rapport > ne PEUVENT
ni ne DOIVENT repréfenter la Colonic:
CONSIDÉRANT, d'un autre côté, qu'il n'y a
POINT DE CLERGE à Saint-Domingue 3 puifque les
Religieux-Miffinnaires qui deffervent les Cures, &: le
Préfet Apoftolique qui les furveille, n'ont point de
propriétés :
Qu'IL n'y a point de TIERS-ETAT, puifqu'il n'y a
point de Peuple libre, les Efclaves remplaçant cette
claffe laborieufe:
Qu'ENFIN il n'y a qu'un feul ordre de Citoyens,
celui des PROPRIÉTAIRES-PLANTEURS, quifont fous ce
rapport tous égaux, tous Soldats, tous Ofliciers 3 &c tous
aptes par conféquent à jouir des priviléges de LA
NOBLESSE :
Qu'IL eft indifpenfable dans une circonflance aufi
importante que celle d'envoyer aux Ltats-Généraux des
DEPUTES revêtus du titre de Mandataires d'une grande
C 4
feul ordre de Citoyens,
celui des PROPRIÉTAIRES-PLANTEURS, quifont fous ce
rapport tous égaux, tous Soldats, tous Ofliciers 3 &c tous
aptes par conféquent à jouir des priviléges de LA
NOBLESSE :
Qu'IL eft indifpenfable dans une circonflance aufi
importante que celle d'envoyer aux Ltats-Généraux des
DEPUTES revêtus du titre de Mandataires d'une grande
C 4 --- Page 82 ---
[40]
& puiffante Colonie, de procéder, dans une forma
régulière à la convocation d'une Affemblée, de laquelle puiffe émanerle véritable voeu de cette Colonie s
pour que les pouvoirs de fes Députés, & le droit
d'acquiefcer à ce qui fera arrêté aux Etats, ne puife
en aucun temps être contefté par la fuite: :
ONT RÉSOLU d'adopter la feule forme qui fo.t
vraiment analogue à la Confitution & aux anciens ufngrs,
& de la foumettre â l'examen de l'Affemblée des Notables, comme il fuit :
ARTICIE PREMI I E R.
EN vertu de l'Arrêt du Confeil d'Etat du Roi à
intervenir, & que les Adminifirateurs de la Colonie
feront publier dans toutes les Paroiffes, tous les Colons , propriétaires de 25 NIGRES au moins, s librcs
dans la difpofition de leurs biens & majeurs, s'affembleront en vue du clocher de ladite Paroiffe.
A RTICL: E I I.
Dis qu'ils feront réunis, ils nommeront entre cux
un PRESIDENT & un SECRETAIRES lun, pour rappeller à l'ordre, l'autre pour écrire les Délibérations
& fuffrages de Affemblée.
ARTICI: E IIL
CETTE double nomination 5 néceffaire pour la --- Page 83 ---
E41]
bonne règle une fois faite, l'.Affemblée PAROISSIALE,
fuivant l'étendue de la Paroiffe &r le tableau proportionnel que nous pourrons fournir, choifira deux, trois
ou quatre Membres à la pluralité &: ces Membres
choifis feront les ÉLECTEURS dellinés à élire à lcur
tour les Repréfentans futurs, ou DEPUTES aux EtatsGénéraux.
ARTICLE I V.
APRÈS l'éledtion de ces Eleéteurs, l'Affemblée
Paroiffiale leur donnera une feuille, conténant les obfervations de la Paroiffe & les moyens qu'elle propofe
pour corriger les abus exiftans. Enfin, l'Affemblée ne fe
féparera qu'après avoir figné par duplicata 3 fa Délibération, fon arrêté, fes doléanccs, & les pouvoirs
qu'elle aura conférds à fes Eleéteurs.
ARTIC L E V.
LES Éleéteurs des 52 Paroiffes de la Colonie > au
nombre de Ijo en tout pour toutes lefdites Paroiffes,
une fois munis des pouvoirs, doléances, arrêtés, de
leurs Conflituans, fe rendront lc jour convenu au cheflicu du département, c'eft-à-dire, les uns au CAP,
les autres aux CAYES, les autres au PORT-AU-PRINCE,
car il eft inutile pour cette fois, 8: ce ferait perdre
un temps précieux, que de vouloir raffembler les trois
partics de l'Ifle.
en tout pour toutes lefdites Paroiffes,
une fois munis des pouvoirs, doléances, arrêtés, de
leurs Conflituans, fe rendront lc jour convenu au cheflicu du département, c'eft-à-dire, les uns au CAP,
les autres aux CAYES, les autres au PORT-AU-PRINCE,
car il eft inutile pour cette fois, 8: ce ferait perdre
un temps précieux, que de vouloir raffembler les trois
partics de l'Ifle. --- Page 84 ---
42 J
Dis que les Eleéteurs des Paroiffes feront artires
dans le lieu de F'éleétion des DEPUTÉS le Gouverneur
& l'Intendant, ou leurs repréfentens comme CoMMISSAIRES du Roi, doivent entrer dans l'affemblée,
& y déclarer lc fujet de la convocation 2 puis ils
doivent fe retirer à l'inftant , afin de Ja laiffer abfolument libre. Aufli-tôt ces ELECTEURS nommeront entre
eux un Préfident pour tenir T'Affemblée, & un Secrétaire pour cn rédiger les Aêtes. Ils fe communiqueront leurs pouvoirs refpectifs, & les mettront
fous les yeux du Préfident. Après cette formalité, ils
procéderont à la pluralité, à l'élection d'un DEPUTÉ
aux Etats 3 puis d'un fecond s puis d'un troifième, &c.
Ils feront libres, comme de raifon, & ceci eft bien
cffentiel à obferver, de choifir ces Députés, foit
parmi les Propriétaires qui réfident aétuellement à
Saint-Domingue foit parmi ceux quil habitentenFrance,
pourvu qu'ils les croient propres à remplir l'importante miffion à eux confiée.
ARTICII E V I.
NUL ne fera éligible pour être DÉPUTÉ qu'il n'aic
2; ANS accomplis, 3 5o NÈGRES alt moins de fon chef
ou par alliance 3 la libre difpofition de fon bien, fon
domicile dans la Colonie ou en France, &: qu'il n'ait
renoncé à toute place comptable ou appointée dans --- Page 85 ---
[41
les Finances de SA MAJESTE, ou dans la Subdélégation de FIntendance.
ARTICLE VII
L'ELECTION fe fera au SCRUTIN &: à la PLURALITE. Le fcrutin fera recommencé jufqu'à ce que
Pun des Candidats ait réuni plus de la moitié des
fuffrages.
ARTICLE VIIL
Dès que les DÉPUTÉS feront nommés, on les
proclamera, & on demanderi à ceux qui feront préfens s'ils acceptent, car il ferait poflible qu'il y en
cût tel qui répugnât à entreprendre dans une faifon
rigoureufe un voyage long & pénible. Siun ou plufieurs
s'excufaient, on élirait d'autres Députés à leur place.
Quantà ceux quihabitent cn France , il eft très-probable
qu'aucun ne refufera une miflion flatteufe, &c que
nul prétexte ne peut les empècher de remplir > puif
qu'ils n'ont pas de mers à traverfer, de faifons à
braver. Cependant comme le naufrage 5 la maladie
ou la mort font des empêchemens communs à tous
les hommes, 3 &: qu'une grande Colonie doit affurer
fes intérêts contre tous les coups du fort, il fera important de prévoir le cas ou l'un des Députés viendrait à manquer, CC qui fera prévu dans les ponvoirs
ci-après.
cher de remplir > puif
qu'ils n'ont pas de mers à traverfer, de faifons à
braver. Cependant comme le naufrage 5 la maladie
ou la mort font des empêchemens communs à tous
les hommes, 3 &: qu'une grande Colonie doit affurer
fes intérêts contre tous les coups du fort, il fera important de prévoir le cas ou l'un des Députés viendrait à manquer, CC qui fera prévu dans les ponvoirs
ci-après. --- Page 86 ---
E41
ARTICIE I X.
L'ELECTION une fois confomméc, 3 le Préfident formera un cahier de toutes les feuilles de doléances que
les Eleéteurs auront dépofées fur le Bureau, & il
remettra un cahier aux DEPUTES-GENERAUY qui en
feront tirer des expéditions en bonne forme pour en
emporter deux, & en laiffer une fur le licu entre les
mains du Secrétaire de FAffemblée. On ajoutera à ces
cahiers lcs doléances générales quc la réunion des
Fleéteurs indiquera devoir étre préfentées aux "EtatsGénéraux.
ENFIN l'Affemblée Provinciale ne fe féparera poine
fans avoir rédigé par duplicata 3 non-feulement fa délibération, fon élcétion, fon arrêté, le cahier des
doléances, mais encore les pouvoirs conférés aux
REPRESENTANS DE LA COLONIE, &: qui feront! libellés
comme il fuit :
Nous foufignés, tous Proprictaires Plantcurs de toutes
les Paroifis de la dépendance de
en lIfc de Saint- Domingue, & to:s Eledleurs choifs
lib-ement par leftites Paroifes, revétus de; pouyoirs ad hoc,
affimblis rigulitrement > dans la Ville de
ou
dans Thalitation du Sieur
d'après
la convocation des Adminifrateurs de cette Colenits --- Page 87 ---
[4 45J
evons nommé d'abord librement pour nous préfider 3
M.
8 pour rédiger nos délibérations
M.
en préfence defquels avons voté
librement, 6 nommé à la pluralité dis fafrages 7 Députés pour le département oic nous procédons *, favoir:
MM.
Proprittaires dans cette Colonie,
yfaifant leur fjour, 8 qui ont accepté cette nomination, 9
MM.
Propriétaires dans cctte Colonie,
réfidens en France, auxquels rous donnons tous pouvoirs
de fe tranfporter à Paris, o: dans tour autre lieu indiqué
par le Roi,pour, li, f réuair avec Ls Membres élas
comme eux, par toutes les Provinc:s du Rayaume,prendre
plase en qualité de nos Reprefentans dans LAffimblic
générale de la grande Famille,fos lesyeure di Pirecommun,
y entendre 8 césattre tous les objets qui y Front traités
pour le bien de LEtat, vciller az maintien de nos droits,
à la confervation de nos priviliges, porter aux pieds du
Trône, en préfence dela. Nation, nos doliancarofpidurefar,
obtenir le redrefement de nos griefs, en un mot, fuivre
toutes les infruitions particulières à eux par nous données,
6 d'après iefaites infructions , faire généralement tout ce
qu'ils aviferont bon étre, pour allier la plus grande profpérité de cette Colonie avec le plus grand avantage de la
Ce qui fait 21 pour route la Colonie , à raifon de 7 pour
ie Nord, 7 pour ie Sund, & 7 pour l'Oueft,
pidurefar,
obtenir le redrefement de nos griefs, en un mot, fuivre
toutes les infruitions particulières à eux par nous données,
6 d'après iefaites infructions , faire généralement tout ce
qu'ils aviferont bon étre, pour allier la plus grande profpérité de cette Colonie avec le plus grand avantage de la
Ce qui fait 21 pour route la Colonie , à raifon de 7 pour
ie Nord, 7 pour ie Sund, & 7 pour l'Oueft, --- Page 88 ---
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Mirc-Patrie, dont les intérêts font infiparables des nôtres,
8r réciproguement.
Er comme il ferait polfible, ce qu'h Dieu ne plaife, que
des naufrages, la maladie > ou la mort, nous privaffent
c'un ou de plafieurs de ceux de nos Compatrictes en gai nous
plagons toute notre confiance ; comme auffi nous avons jugé
que des intérêts auffi chers ne pouvaient pas être corvenablemert furveillés pdr moins de Jept Membres pour chaque
partie 6 de 21 pour toute lIRe, vii l'étendue de notre
territaire, e la variété de fes productions, nous avons
conné, 8 donnons par ces préfentes, plein 8 entier pouvoir
à nos Repréfentans de remplacer, à la plaralité des voix
entr'eux par des Propriétaires, ros Compatriotes réfidens
en France, ceux qui nommés aujourd'hui par nous ne
pourraient, pour quelque caufe que ce Joit, paraitre dans
LAffemblée des Etats. Nous regarderons ces nouveaux
Députés comme nos véritables Repréfentans à l'égal de
ceux que nous avons nommé nous-mèmes , 8 nous promettons
folemnellement avoir pour agréable tout ce que cette Députation aura arrêté librement en vertu de fes infrudlions
dans LAfemilie-ginirale du Peuple Frangais, de l'aveu
de la Nation, en préfence du Chef de l'Empire.
Fait en Affemblée Provinciale 8 Nationale, dans la Ville
de
(ou) dans Phabitation de
près la Ville de
à Saint-Dumingue,
ce
1788.
Signé, &c. &c. &rc. --- Page 89 ---
[473
ARTICLE E X.
AUSSI-TOT cette Éleation confommée 3 les
DEPUTES-GENERAEX des trois Départemens de la Colonie, fous les aufpices des Adminiftratears, qui leur
donneront toutes les facilités convenables, fe mettront
en mer pour venir completter l'Affemblée de la grande
Famille, & participer aux heureux effets dont fa convocation folemnelle cft le préfage.
ARRÈTÉ cn Comité > la précédente Délibération, & le préfent Plan de Convocaticn, pour être
foumis fans délai à l'examen de PAffemblée des NoTABLES. A Paris, ce trentième jour d'Otiobre de l'année
1788.
LE Duc DE CHOISEUL-PRASEIN,
LF MARQUIS DE PAROY.
LE COMTE DE REYNAUD.
DE PEYRAC.
Commifaires
de la ColoSigné LE COMTE DE MAGALLON.
nie de SaintDomingue.
LE CHEVALIER Doucé.
LE MARQUIS DE PERRIGNY.
LE COMTE DE VAUDREUIL.
LE MARQUIS DE Gour-o'Ansy,? Commifaire
Rapporseur. --- Page 90 ---
83-03
Thomes Scheler
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EB
S137
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