--- Page 1 --- --- Page 2 ---
JOLS
Jubit Carter Srown
Cihmry
Bromi) Mnitersity --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 --- --- Page 6 --- --- Page 7 --- --- Page 8 --- --- Page 9 ---
P R E C I S
DES FAIT S
R LELATIFS A PASSASSINAT
D E M M. L E C 0 M T E
DE GUITON ET DE MOLET,
En forme de Journal; ;
Commencé par le premier, et continué
par madame DE MorEzS/afuur
Po
A SATNTENATC
DE Pimprimerie de P. CATINEAU&
compagnic. 1792. --- Page 10 ---
- Ro --- Page 11 ---
CIS S
P RE
E S
E A I T S
D
AT
RELATIFS A L'ASSASSIN,
D E M M. L E C O MI T E
T
GUITON E' DE MOLET,
DE
En forme de Journal ;
le premier, et continué
Commencé par
madame DE Moixr,Jafur.
par
des
Le mercredi 4 avril nous partons mari,
de Moler, fon
Gonaives, 2 madame
dans le baleurs deux enfans & moi,
A --- Page 12 ---
(2)
reau du fieur Chigarail,
denave.
capiraine BorLe jeudi 5 nous tenons la
le
mer fous
Cap-aux-Fous, & nous
entre lui et la
mouillons
vent d'Efforcé, plate-forme, 2 à caufe d'un .
qui était
route.
debout à notre
Le vendredi 6 nous
fur les neufheurcs
entrons au Môle, 3
du
mencent nos malheurs. matin.--L. comLe capitaine de notre
à terre
bateau defcend
2 pour remplir les formalités
d'ufage. Il revient à bord
heure après, difant
une demil'a traité lui
que la
et
le ficur municipalité
armateur, d'ariftocrates Chigarail, fon
& de mauvais
citoyens, 2 & qu'elle n'a
nos
pas voulu vifer
était paffe-ports, > parce que lun d'eux
expédié de Saint. -
nous en venions. On
Marc, & que
le
nous oublie
port toute la
dans
journéc, & nous n'avons --- Page 13 ---
(3)
même la vifite des commiffaires de
pas
rade. Nous nous couchons, & nous
étions tous dans le calme du fommeil,
quand, à dix heures & demie, 9 dix à
douze hommes armés montent à bord,
pofent des fentinelles partout, appellent
M. Chigarail, & lui demandent les gens
de couleur qu'il a dans fon bateau.
Nous avions quatre mulâtres, nos domeftiques & nos efclaves : ils font compris dans la demande que motive un M.
Jeanvier, fe difant & étant commiffaire
de port. Profondément endormi, j'ignorais ce qui fe paffait, quand un de nos
malheureux mulâtres vint me tirer par
le bras, & me dire qu'on les emmenait
tous à terre. Je vais fur le pont, & je
m'informe à M. Jeanvier du fujet de cet
enlèvement; il me dit que c'eft pour
les formalités omifes le matin; ;
remplir
qu'il n'arrivera rien à nos gens, & qu'ils
feront rendus le lendemain matin.
nous
A 2
ais ce qui fe paffait, quand un de nos
malheureux mulâtres vint me tirer par
le bras, & me dire qu'on les emmenait
tous à terre. Je vais fur le pont, & je
m'informe à M. Jeanvier du fujet de cet
enlèvement; il me dit que c'eft pour
les formalités omifes le matin; ;
remplir
qu'il n'arrivera rien à nos gens, & qu'ils
feront rendus le lendemain matin.
nous
A 2 --- Page 14 ---
(4)
mulâtres de s'embarJe dis à nos quatre
fans
quer; ; je les raffure; ils obéiffent
réfiftance, & ils partent avec les dix
hommes armés & le commifaire. Nous
2 de
Une demi-heure
nous recouchons.
après, le fieur Jeanvier & quelques patriotes reviennent & font une vifite
dans le batiment;i ils font ouvrir la malle
les lettres, 2 lifent
du capitaine, prennent
dans la
les fufcriptions, les remettent
la ferment, & regardent tout
malle, 2
différens
qui
autour d'eux les
objets
étaient dana la chambre &c qui nous apM. Jeanvier fait ouvrir un
partenaient.
contenant du linge de
grand coffre 2
il fait fermer
table: : fa vifite eft rapide; ,
&c s'en va. Nous nous recoule coffre,
chons.
Le lendemain 7 1 , à huit heures du
matin, M. 2 Jeanvier 1e
revient avec quinze
hommes, & ordonneà M. Chiou vingt
& de degarail d'ôter fon gouvernail --- Page 15 ---
(5)
fcs voiles. L'on procède à cette
gréer
& le gouvernail eft
dernière opération,
laiffé en place.
du filence que nous
Un patriote parle
&
envers la municipalité ,
avons gardé
de nous être embarqués
nous reproche
defcendu
à Saint-Marc, &c de n'avoir pas
le jour de notre arrivée, pour nous pré- à
fenter à elle. Je nie Pembarquement
Saint-Marc, & j'offre de prouver le fait,
nos
- ports 3
non - feulement par
paffe
des
que
mais encore par
renfeignemens
aux Gonaives,
je demande qu'on prenne avait vifé lefdits
dont la municipalité
mars &x
aux dates des 31
paffe-ports, 2
en deux mots Pu4 avril. Je repréfente
qui eft contraire à ce que des paffafage defcendent fans permis, & j'en
gers
de rade, juge en
appelle au commiffaire
dià la lettre, nous
cette partie. Quant
nous fommes prèts à Técrire;
fons que
n'avions ni fujet de
que jufques-la nous
vifé lefdits
dont la municipalité
mars &x
aux dates des 31
paffe-ports, 2
en deux mots Pu4 avril. Je repréfente
qui eft contraire à ce que des paffafage defcendent fans permis, & j'en
gers
de rade, juge en
appelle au commiffaire
dià la lettre, nous
cette partie. Quant
nous fommes prèts à Técrire;
fons que
n'avions ni fujet de
que jufques-la nous --- Page 16 ---
(6)
le faire, 9 ni moyens de la faire
nir, puifque nos gens n'avaient parvelevés que la veille à dix
été enmie du foir, &
heures & dede rade
que M.le
nous
commiffaire
ayant dit que c'était
formalité, & qu'ils nous
par
le lendemain
feraient rendus
matin, nous ne
pas témoigner
pouvions
qu'en outre d'impatience à cet égard - 9
vions
>. pendant la nuit, nous
eu aucun moyen d'écrire à la n'anicipalité. Enfinjep
mudu
procèdeà cette lettre,
même confentement, je dirai, du confeil
de M. Jeanvier,
charger de la
qui veut bien fe
réclamer
Porter, & elle confifte à
nos mulâtres & notre récmbarquement pour le Cap;
redreffement des
j'ajoute, pour le
nons point de
fairs, que nous ne VeSaint-Marc, mais bien des
Gonaives, & j'offre de le
des enquêtes. On me
prouver par
lettre, & l'on
preffe de finir cette
me crie de deffus le
que le peuple s'affemble
pont
bre fur le
en grand nomrivage, & je vois en effet, --- Page 17 ---
(7)
des fenêtres de cette chambre,
par une
T'eflervefeence. On enle tumulte &
coups de fufil, preftend tirer quatre
diftingue deux,
qu'en même tems ; j'en
de piftoque je prends pour des coups
meurces coups
lets; 1 je juge où portent
nos malheutriers, & je me repréfente palpitans fur le a
reux & fidèles mulâtres
M. Jeanvier le juge égalecarreau :
fe
à
ment, &x me le dit, en préfentant
de la chambre, & en me prefla porte
finale
fant de finir. J'en étaisà unephrafe clédont
la
fur le peuple,
jinvoquais efclaves,
ces malheureux
mence pour
dans les termes de la
& je l'achevai
grande confiance, ne croyant gueplus
M. Jeanvier était
res à ce que j'écrivais.
lui remets ma
déja dans fon canot ; je
lettre, fans la cacheter, & fes rameurs
le portent à terre.
Toute la journée fe paffe fans communication de notre bateau à la terre :
fe clédont
la
fur le peuple,
jinvoquais efclaves,
ces malheureux
mence pour
dans les termes de la
& je l'achevai
grande confiance, ne croyant gueplus
M. Jeanvier était
res à ce que j'écrivais.
lui remets ma
déja dans fon canot ; je
lettre, fans la cacheter, & fes rameurs
le portent à terre.
Toute la journée fe paffe fans communication de notre bateau à la terre : --- Page 18 ---
(8)
feulement nous étions affez près du ridiftinguer tous les objets, &
vage pour
Une ou deux
même les reconnaitre.
que ma foeur avait
des quatre négrefles
avait laiffécs,
avec elle, & qu'on nous
nègre valet de chambre de
ainfi qu'un
voir enlever
mon beau-frère, crurent
des membres épars du corps-de-garde
vis-à-vis de nous 2 &c les réunir fur
: c'était les triftes
deux tombereaux
domefreftes de trois de nos infortunés
tiques, & ceux de trois autres hommes
libres, qui, lors de Finfurde couleur
la
du Nord,
reêtion des noirs dans.l partie
refugiés chez les Efpagnols .
s'étaient s'étaient rendus aux Gonaives:
& de-la
de fabre d'une
Pun d'eux avait un coup
lui avait coupé le nez
joue à Pautre, qui
deux, & il doit avoir reçu ce coup
en
lefquels avaient tué
des nègres révoltés,
différens comtrois de fes frères, dans
les
bats foutenus par eux pour & avec
blancs. Les deux autres étaient deux
jeunes --- Page 19 ---
(9)
gens de 14 & 16 ans, enfans
jeunes
aud'une négreffe libre, > ayant quatre
enfans depuis dix jufqu'à deux ans, s
trcs
bateau
la
& embarqués fur notre
par
des Gonaives pour le Cap,
municipalité lordre établi & fuivi envers les
fuivant
de couleur reftés fidèles aux blancs,
gens Pinfurreétion des noirs dans la
depuis
partie du Nord.
mulâtre avait échappé
Notre quatrième
en fe courbant &c en fe tenant
aux coups,
de fes camarades, que
entre les jambes
&c fur
les affaillans frappaicnt au vifage
le haut du corps', et quife renverfaient
fur celui qui fe tenait
par ce moyen de telle forte que le corps de
courbé,
viétimes lui
chacune des fix malheureufes
fervait de rempart, en tombant fucceffivement fur lui. Ce mulâtre échappé aux
& trouvé fous les cadavres de fes
coups
on a été les prendre
camarades, quand
donné liew.
pour les enterrer, parait avoir
B
appaicnt au vifage
le haut du corps', et quife renverfaient
fur celui qui fe tenait
par ce moyen de telle forte que le corps de
courbé,
viétimes lui
chacune des fix malheureufes
fervait de rempart, en tombant fucceffivement fur lui. Ce mulâtre échappé aux
& trouvé fous les cadavres de fes
coups
on a été les prendre
camarades, quand
donné liew.
pour les enterrer, parait avoir
B --- Page 20 ---
(1o) )
qui nous font perfonnelles,
aux difgraces datent du foir même de cette
& qui
Soit
foit conjournée cruelle.
peur,
foit méchanceté, ( & nous ne
trainte, 2
dernière caufe)
foupçonnions pas cette
dirons même qu'il nous eft revenu
nous mulâtre a été conduit fur la fofle
que ce
& que la des piftolets
de fes camarades, fabres levés fur lui, il a fallu
braqués, des
Ce mulâtre a donc déparler ou périr.
Saint-Marc,
claré qu'ils'était embarquéà
& qu'il était partià onze heures du foir;
mon beau-frère & moi nous avions
que
avec les mulatres contre les
combattu
& autres imblancs de notre quartier,
groflières de cette efpèce, que
poftures
dément, que les
la notorieté publique
faits détruifent, & qui nous paraiffent
contraires à ceux qui les recueillent
plus
Au furcontraires à nous-mêmes.
que
fachant ceci que par des redites
plus, ne
étant voués sa des
à peine prononcées,
réels comme à des imputations
to urmens --- Page 21 ---
(I)
fans en favoir la caufe, ; je
menfongères, faits feuls, & je vats les
me réduis aux les ai laiffés, & les rereprendre où je
tracer fidèlement.
du famedi s'était donc
La journée
communication de
paffée fans aucune & il était environ fix
nous à la terre,
mon
heures 8x demie du foir, quand
rafbeau-frère apperçut un nombréux
femblement de peuple fur la plage visà-vis de nous & nous en avertic, ainfi
était dans la chambre
que ma fceur, qui
cnfans. J'avais un
avec moi & fes deux
dc fievre qui durait depuis
mouvement &
dans ma cabane.
la veille, 2
j'étais
fe remNous voyons plufieurs canots
les
plir de monde; nous appercevons lueur dela
bayonnettes & les fabres à la
canots s'avancent vers notre
lune. Quatre
entendons crier de veilbateau, & nous
perfonne ne
ler aux fenêtres, pour que
le
s'échappe, & de coucher en jcue baz
B 2
ievre qui durait depuis
mouvement &
dans ma cabane.
la veille, 2
j'étais
fe remNous voyons plufieurs canots
les
plir de monde; nous appercevons lueur dela
bayonnettes & les fabres à la
canots s'avancent vers notre
lune. Quatre
entendons crier de veilbateau, & nous
perfonne ne
ler aux fenêtres, pour que
le
s'échappe, & de coucher en jcue baz
B 2 --- Page 22 ---
(12)
pour tout tuer, fi quelqu'un fait
reau,
réfifter. Mon beau-frère lève les
mine de
mains au ciel & crie: nous fommes perdus Je ne croyais pas qu'on nous
mais
le coup mieux
en voulût;
iljugeait
moi, & bientôt on va voir ceux qui
que
nous font portés. Deux canots paffent
à droite, & deux à gauche: à leur apfoeur fort la
de la
proche, ma
première
chambre, & monte fur le pont, tenant
de chaque main fes deux enfans. Mon
beau-frère fuit, & moi fortant de ma
en marchant, je
cabane & m'habillant
rends aufli. En un clin d'oeil nous
m'y
le
fe couvrir de patriotes
voyons
pont
embarque!
furieux, quicrient: embargue!
tout le monde à terre, excepté
menons femmes & les enfans. Cette fcène
les
Mon beau-frère
eft horrible à retracer.
de ce qu'il avait de plus
fc voyant féparé
eft fon crime, &
cher, demande quel
de fon innocence; fes enfans le
protefte
le
tiennent cmbraffé 2 le ferrent,
fup- --- Page 23 ---
(3)
de refter avec eux. Les malheuplient innocens fondent en larmes, 9 en
arrachent reux
à leur père & à leur mère; ;
; je leur ferre la main, s
ils m'invoquent:
demander quel
& je m'en detache pour
m'adieffe
eft le chef de cette troupe; je blanchis
à un homme dont les cheveux
plus de confiance;
par le tems m'infpirent
&
eft homme,
qu'il
il me répond qu'il
homme,
faut le fuivre a terrc. Un jeune
à barbe & fourcils noirs, appuye d'un
air abfolu Pavis du vieillard, & tire fon
les ariftocrates,
fabre, en maudifant
qu'il appelle du gibier. Je réponds que
je fuis homme ; que ce titre feul fuffit
être confiant, & que je foufcris à
pour
ou l'on voudra me conaller par-tout
une voix qui s'6duire: alors J'entends
lève, & je vois un grand jeune homme, 2
d'un air affez noble, qui dit formellement qu'il ne fouffrira pas qu'on enfreigne les ordres de la municipalité,
nous ferons conduits à
qui portent que
appelle du gibier. Je réponds que
je fuis homme ; que ce titre feul fuffit
être confiant, & que je foufcris à
pour
ou l'on voudra me conaller par-tout
une voix qui s'6duire: alors J'entends
lève, & je vois un grand jeune homme, 2
d'un air affez noble, qui dit formellement qu'il ne fouffrira pas qu'on enfreigne les ordres de la municipalité,
nous ferons conduits à
qui portent que --- Page 24 ---
(14)
bord du commandant de la rade. Je m'adreffe à lui; je lui demande de ne pas
de ma foeur & de fes ennous féparer
fans, & de les mener avec nous. Ily
confent On s'élève contre lui en
grand nombre, & Phomme aux cheveux
blancs parlait plus fort que tous les
homme s'offre à
autres. Un autre jeune
lui dema vue, & à fon air honnête je
crédit fur cette
mande s'il a quelque
troupe ; il me dit que non, mais qu'il
eft le lieutenant du commandant de la
rade, & qu'il eft porteur de Pordre de
la municipalité de conduire mon beaufrère & moi à bord dc fon navire, &
confentir à
il ajoute qu'il ne peut pas
conduire ma foeur d0 3 mais qu'il me
y
d'honneur d'aller follidonne fa parole
la réunir à
citer un fecond ordre pour
font honnous. Toutes mes réponfes
&j
alors mon
nêtes &crefigntes, j'appelle
malheureux beau-frère, qui ne pouvait
s'arracher de fa femme & de fes enpas --- Page 25 ---
(15 )
tous étaient affis fur le bord du
fans, qui demandaient à venir mourir
batcau &
fefcavec nous à terre. Les fignes que borfaient la plupart de ces hommesqui
daient le bateau & les canots dans toute
leur longueur 2 mais qu'heureufement était
tant elle
ma foeur ne voyait pas,
abforbée dans fon mari & fes cnfans,
laiffaient
de doute furle fort
ne. me
pas
&c les cheveux
qui nous était preparé, fois; mais les
m'en ont dreffé plufieurs
les têtes étaient monfabres étaient tirés, 2
& plus de réfiftance de notre part
tés, fait tomber les nôtres, &c nous
aurait
réfra@aires en apparence à
aurions péri
la loi de la municipalité, dont perfonne
cependant ne nous avait donnéune connaiffance officielle & regulière, &c que
nous ne connaiffions que par l'organe de
des deux jeunes gens que je viens
défigner. Enfin le cruel facrifice s'opère,
nos coeurs faile - déchirement fe fait,
le
gnans, mais infpirés par Phonneur,
tomber les nôtres, &c nous
aurait
réfra@aires en apparence à
aurions péri
la loi de la municipalité, dont perfonne
cependant ne nous avait donnéune connaiffance officielle & regulière, &c que
nous ne connaiffions que par l'organe de
des deux jeunes gens que je viens
défigner. Enfin le cruel facrifice s'opère,
nos coeurs faile - déchirement fe fait,
le
gnans, mais infpirés par Phonneur, --- Page 26 ---
(16)
courage & par une obéiffance paflive,
méconnue même de nos tyrans, 2 nous
foutiennent, & nous nous féparons auffi
forcément de trois
volontairement que
êtres que toutes nos démarches jufquesla avaient tendu à fecourir, 2 protéger,
à garder à vue, pour les préferver des
malheurs qui pèfent fur toutes les têtes
Avant de defcendre
un peu marquantes. recommandé ma
dans le canot, j'avais
foeur & fes enfans au premier jeune
homme dont j'ai parlé, & j'avais reçu
d'honneur (àlaquelleje croyais)
faparole lui ferait rien
& qu'il ne
ne
fait,
qu'il
Pabandonnerait pas.
les 80
s'aPendant ce tems,
patrictes
en tout fens dans le bateau &
gitaient
nousle canot. Nous nous embarquâmes
deux d'entr'eux feulement dans
mêmes,
le canot avec nous, & le licutenant pord'ordres de la municipalité, & nous
teur rendimes à bord du navire comnous
mandang --- Page 27 ---
(17)
mandant. En y entrant; 3 le lieutenant
lui parle
appela le maitre d'équipage,
bas, ce qui me donna quelques foupMais hélas! J'étais loin de penfer
çons.
un fort fait pour
qu'on nous préparait
notre
les feuls criminels: on apprètait
dirai notre fupplice, &c
humiliation, 2 je
reftâmes fur le
pendant ce tems nous
matelots & la garde qu'on
pont,avecles laiffée. Un quart d'heure fe
nous avait
où nous
paffa à-peu-près du moment
étions entrés à bord à celui où un jeune
fort honnète, nous propofa de
pilotin, 9
Dans notre pofition tout
nous coucher.
nous, & nous acétait des ordres pour
Alors ce jeune homme s'apceptâmes.
beauprocha de nous, & en s'excufant
dit
venait de recevoir,
coup 3 nous
qu'il
avait ordre de la municipalité
ou qu'il
Mon beau-frère,
de nous mettre aux fers.
& dont une
dontl'ame naive & franche,
variée à fon entréc dans le
exiftence
monde &cheureufe dans fondomeltique,
C
tout
nous coucher.
nous, & nous acétait des ordres pour
Alors ce jeune homme s'apceptâmes.
beauprocha de nous, & en s'excufant
dit
venait de recevoir,
coup 3 nous
qu'il
avait ordre de la municipalité
ou qu'il
Mon beau-frère,
de nous mettre aux fers.
& dont une
dontl'ame naive & franche,
variée à fon entréc dans le
exiftence
monde &cheureufe dans fondomeltique,
C --- Page 28 ---
(18 a )
au milieu d'une femme de mérite &
fans
d'enheureufement nés, n'ajamais 1
P'adverfité,
connu
3 ni foupçonné la perfidie, les
complots & la vengeance,
frère, peu préparé à
mon beauun châtiment auffi
peu mérité & auffi
teré, & il ne
rigoureux, en fut alclamation
répondit que par une exprofonde 3 qui me
coeur, Jc me
perça le
&
contins, 2 je furmontai
je demandai à aller dans le lieu tour,
notre tourment. On nous
de
la dunette du navire,
conduifit dans
petits matelats
où nous vimes deux
rapprochés l'un
placés fur le plancher,
del'autre,
P'attitude
& indiquant bien
gênée dans laquelle
lions paffer la nuit. Le
nous alcollègue arrivèrent
maître & fon
fur CC lit de
; nous nous jetâmes
mifère, & nous
mes nos membres glacés
prélentàranimés par unei innocente d'horreur, mais
anneaux raboteux & durs noblefle, aux
deftinée
d'une barre
aux forfaits. L'état de mon malheureux beau-frère ne peut pas fe pein- --- Page 29 ---
(19)
dre. Qu'on fe figure une ame vierge &c
de feu, un corps robufte &c agile qui
ne connut jamais la contrainte, un mari
tendre & fidèle, 3 un père profondément
touché des gràces naives & de Padolefcentc faiblefTe de deux enfans charmans; ;
qu'on fe figure un homme d'honneur, 2
fidèle à fon Roi, à fon Dieu &c à fa Loi,
jeté dans un tel état de dégradation!
Non.
Mon fort le plus pénible eft
de revenir fur une pofition auffi douloureufe &c de m'oublier moi-mème, pour
retracer les tourmens de ceux que j'aime.
Ma pauvre foeur, gardée à vue & tourmentée de fon côté par des craintes bien
fondées fur un frère &c fur un mari,
n'ayant de moyens de croire à leur vie
ou à leur mort qu'en prétant une oreille
attentive à ce qui fc paffait fur le rivage,
fe livre, 2 apiès quelques momens bien
longs & bien poignans, à l'efpoir que
nous n'étions pas immolés, puifqu'elle
n'avait entendu ni les cris ni les coups
C 2
& tourmentée de fon côté par des craintes bien
fondées fur un frère &c fur un mari,
n'ayant de moyens de croire à leur vie
ou à leur mort qu'en prétant une oreille
attentive à ce qui fc paffait fur le rivage,
fe livre, 2 apiès quelques momens bien
longs & bien poignans, à l'efpoir que
nous n'étions pas immolés, puifqu'elle
n'avait entendu ni les cris ni les coups
C 2 --- Page 30 ---
(20) )
Le lieutenant, l'honnête lieudu peuple. m'avait donné fa parolc de
tenant qui ordre
la réunir à nous,
folliciter un
pour
& Pobtenait effeétivement.
le demandait
réunion fi
Mais qu'elle fut longue cette
défirée, fi invoquée de Dieu par mon
beau-frère & par moi, fi utile, fi conne
folante pour nous deux, puifqu'elle
s'opéra qu'une heure après notre arrivée
à bord du navire la Lydie ! On nous
Nous nous metannonça un canct...
voir de plus
tons fur notre féant, pour
enfans
les deux
loin: : nous appercevons fidèles dc leur mère,
chéris,compagnons mère plus chérie en-
& peu après cette
core:ils entrent; ils ne voyent que nous,
dont on
& non les fignes d'opprobre
avait couverts ; ils fe précipitent
nous
nous avoir
fur nous , & ce n'eft qu'après
ferrés dans leurs bras qu'ils apperçoivent
fers. Dieux ! quelle vue pour des
nos
&encore impregnées
amestoutes neuves
Des
du fccau primitif de Pinnocence! --- Page 31 ---
(21)
la mère & les enfans,
cris font jetés par étouffent notre voix au
& des fanglcts
faeur, couramême inftant. Mais ma foeur, frappée au
geufe & grande; ma
d'un père
coin du caraétère fupérieur & au-deffus de
vertueux 9 philofophe ramenéé à la raiPhumanité; ma fceur,
les
fa tendreffe pour fes enfans,
fon par
calme & nous fournità nousrappelle au
de faire tète à Pomêmes les moyens
rage
de mon malheu-
(Ici finit le journal
reux frère ).
foeur, époufe &c
Ceft donc à moi,
le récit
infortunée, de pourfuivre
mère
! Ceft donc à moi de
de nos malheurs de la poftérité la rage
peindre aux yeux làches affaffins! C'eft
& Pavidité de nos
les fcélérats
donc à moi de démafquer leurs atroces
qui, après avoir plongé
après
dans le fang le plus pur,
mains
finit le journal
reux frère ).
foeur, époufe &c
Ceft donc à moi,
le récit
infortunée, de pourfuivre
mère
! Ceft donc à moi de
de nos malheurs de la poftérité la rage
peindre aux yeux làches affaffins! C'eft
& Pavidité de nos
les fcélérats
donc à moi de démafquer leurs atroces
qui, après avoir plongé
après
dans le fang le plus pur,
mains --- Page 32 ---
(22)
avoir fpolié la veuve &
encore F'impudence de fe P'orphelin, ont
lomniés, & ont ofé en
prétendre caTant de crimes,
demander juftice!
vent-ils entrer dans tant le d'hypocrifie peuO mon frère ! modèle coeur humain2.
l'amour fraternel!
le plus parfait dè
& de Phumanité! Phonneur de la raifon
cens l'éloquence prête à mes faibles acfédais fi iéminemmentEst perfuafive que tu pofamilp père tendre &
toi! mon digne
ame courageufe & vertueux! ami fidèle!
cher & funefte
franche ! homme vrai!
dreffe!
objet de toute ma tenfondre infpirez-moi, les
de manière à conPuiffé-je tigres qui vous ont déchiré!
forfaits, porter un jour terrible fur
2 & en obtenir
leurs
capable d'en impofer
une vengeance
en
aux forcenés (s'il
fi
eu
mes
ADewtearefembiaro:
j'ai
le courage de
amis!
mes enfans,
vous furvivre,
font la loi: c'eft trop le jeunes encore, m'en
que je puiffe leur faire, plus grand facrifice
Chaque jour je --- Page 33 ---
(23) )
les entretiendrai de votre fin malheureufe;ilsa apprendront de moice que vous
avez fait & ce que vous vouliez faire
pour eux ; nos larmes fe confondront;
ils béniront votre mémoire; peut-être ils
la vengeront.. Mais c'eft affez parler
de fentimens qui ne s'éteindront qu'avec
moi: je paffe aux faits.
Le dimanche 8 , mon mari et mon
font
de leurs fers (4 & n'éfrère
dégagés
d'une
prouvent pas moins d'humiliation
n'en avaient ressentelle gràce qu'ils
cette
tien les recevant )- Nous paffons
& le lundi à bord, fans voir
journée
les lettres inftantes de
perfonne, malgré
favoir
mon frère à la municipalité, pour
d'elle les raifons de notre détention &
traitement qu'ils avaient
de Pindigne
éprouvé; il en écrivit quelques-unes, 7
à M. Jeanton, en fa
particulièrement
qualité de maire; toutes demeurèrent
fans réponfe. Le lundi au foir un offi-
Nous paffons
& le lundi à bord, fans voir
journée
les lettres inftantes de
perfonne, malgré
favoir
mon frère à la municipalité, pour
d'elle les raifons de notre détention &
traitement qu'ils avaient
de Pindigne
éprouvé; il en écrivit quelques-unes, 7
à M. Jeanton, en fa
particulièrement
qualité de maire; toutes demeurèrent
fans réponfe. Le lundi au foir un offi- --- Page 34 ---
(24)
cier de la Lydie vint nous
nous allions être conduits annoncer à la
que
de-P'Artibonite
Saline-
( jufques la aucune dénonciation, aucun accufateur, & nous
fommes transférés en criminels
de nos délits
aux lieux
apparemment
y fubir notre
fuppofés,pour
jugement: &c l'on verra
comment ony; procéda).. A minuit, deux
commiffaires ( MM, Mendouce &c Caftille) viennent nous prendre à bord de
la Lydie, & nous ramènent fur le bateau
du fieur Chigarail, & fous
de 15 hommes:
une garde
la Salinele mardi nous apparcillons pour
lâmes le
matin; nous y mouilmercredi à une heure
midi. Les deux cemmiffaires
après
à terre, & ces MM. les
defeendent
leurs
prient de faire
repréfentations auprès de la municipalité & de faire conflater
par elle
(dont tous les membres nous cennaif
faient parfaitement ) notre innccence
prouvée par notre vie entière,
chable à tous égards; ils étaient irreproen même
tems --- Page 35 ---
(25)
de deux
lune de
tems
chargés
lettres;
mon mari à M. Didier jeune, commandant de la Saline, l'autre de mon frère
à M. Defdunes, mairé. Ces commiffaires
ces lettres fuffent de ces
ignoraient que
meflieurs quilesl 2 leuravaient faitremettre
Môle
une main tierce. Nous refau
par
tâmes dans cet état jufqu'au jeudifoir,
qu'une garde de 15 hommes de la Saline
vint relever cclle qui nous avait accompagnés du Môle, qui paffa furle champ
fur un autre bateau oùt étaient déjà les
deux commiffaires du Mole, & ils appareillèrent pour y retoirner 7 après avoir
faitpaffer furhotre bateau mon quatrième
mulâtre., 3 qui avait échappé par miracle
au maffacre de fes mialheureux camarades, lequel fut mis à la barre dircêtement au-deffus de ma chambre. Le lendemain vendredi nous entendimes beaucoup de coups de canon, &c nous vimes
arriver à bord des femmes qui fuyaient
du camp de-la Saline, 9 dont, les hommes
D
ole, & ils appareillèrent pour y retoirner 7 après avoir
faitpaffer furhotre bateau mon quatrième
mulâtre., 3 qui avait échappé par miracle
au maffacre de fes mialheureux camarades, lequel fut mis à la barre dircêtement au-deffus de ma chambre. Le lendemain vendredi nous entendimes beaucoup de coups de canon, &c nous vimes
arriver à bord des femmes qui fuyaient
du camp de-la Saline, 9 dont, les hommes
D --- Page 36 ---
(26)
fe retiraient eux - mêmes avec la plus
grande précipitation. Le mêmefoir, nous
apparcillâmes pour retourner au Mole,
où M. Defdunes, maire 2 avait remis à
fur ces meflieurs. Le bateau
prononcer
voile, qu'un nommé
ne fucpas plutôcàla
Gentil affaflina à coups de fabre mon
mulâtre, dontles gémiffemens s&les cris
retentifent encore à mon oreille. (J'ometais de dire que, depuis notre arrivée
leurs
à'la Saline, > ces meffieurs, > malgré
inftances réiterées, n'avaient pu obtenir
T'agrément de defcendre à terre, pour
crime on leur imfavoir au moins quel
putait , & s'en juftifier Mais en
avaient-ils befoin? Il leur fuffifait de
qu'ils étaient MM. Molet & Guiprouver
feule
eut détruit
ton, &c cette
preuve
lombre du foupçon). Nous y
jufqu'a arrivâmes le dimanche 15 au matin, &
le Bofquet d'Or, canous y attendimes
mupitainé Guibert, > fur lequel paffaitla
nicipalité de la Saline. (Ce n'eft point --- Page 37 ---
(27)
inutile que de faire conune digreflion
de la Saline, 9
naitre cette municipalité
une
formée d'abord à Saint-Marc, par
cabale dont le partia anéanti la Colonie.
Elle fixa bientôt Pattention & Panimadtous les citoyens de
verfion de prefque
enfin obligée de
cette paroifle, 9 & fut
d'aller tenir
fe retirer de cette ville, &
fcs féances à la Saline,oh, fous fes yeux
immédiate, fc forma un
& fa protcation
de tous les pays
attroupement de gens
caufé la ruine
& de toute efpèce, quia
).
les malheurs de PArtibonite
& tous
dans,la matinée.
le mercredi
- Il mouilla
de notre arrivée au
Dans Pintervalle
d'Or, une déMole a celle du Bofquet
Mole
de la municipalité du
putation
de M.
compofée du commis-greffier, dont
Folin fils, & d'un autre monfieur
le nom, vint à notrebord, pour
jignore
& nous engager à
nous tranquillifer
Parrivée de la
prendre patience jufqu'a
municipalité de la Saline, qui prononD 2
- Il mouilla
de notre arrivée au
Dans Pintervalle
d'Or, une déMole a celle du Bofquet
Mole
de la municipalité du
putation
de M.
compofée du commis-greffier, dont
Folin fils, & d'un autre monfieur
le nom, vint à notrebord, pour
jignore
& nous engager à
nous tranquillifer
Parrivée de la
prendre patience jufqu'a
municipalité de la Saline, qui prononD 2 --- Page 38 ---
(28)
cerait
furement, 2 nous difaient-ils,
manière fatisfaifante
d'une
démarche
pour nous. Cette
confolante fit une
profonde fur l'ame de deux impreflion
qui, depuis notre detention, infortunés
rien entendu d'humain. Ils
n'avaient
rent leur reconnaifance.
en marquepartient aux malheurcux Comme ilapleur payaile même
de la fentir, je
dance de.
tribut, par une abonlarmes-qui leur en fit
verfer.
également
Nous attendimes vainement
journée Piffuc de ce
toute la
jugement fidéfiré
&c
provoqué par les vives inflanccs de
frère auprès de MM. les maires du mon
& de la Saline, dans
Môle
peignait l'état de
lefquelles il leur
& la maladie
gène cu nous étions
(une retention
dont il était lui-méme
d'urine)
affecté.
M. Defduncs leur fit répendre
lement par un homme de la garde verbaqu'il --- Page 39 ---
(29)
ne pouvait s'occuper de notre affaire;
qu'il était fatigué &c d'ailleurs cccupé
du déchargement de fcs cffets; quily
penferait. On fent aflez les mouvemens
dut
que cette coupable tranquillicé
produire fur des hommes qui avaient des
idées fi différentes des devoirs d'un
homme en place : & celui-ci fe difait
lami de ma famille depuis quarante ans!
Le jeudi & le vendredi on parut s'occuper de nous ; on nous le dit du moins: :
car on niégligea encore dans cette occafion à notre égard toutes les formes,
tous lcs ufages reçus (nulinterrogateire,
nulle confrontation ), comme on avait
oublié toute pudeur & toute bienféance
depuis notre captivité,
La maladic de mon frère, de moment
devenait plus
Il deen moment,
grave.
manda un chirurgien: on ne daigna pas
même lui répondre. M. Ténct, ancien --- Page 40 ---
(30)
chirurgien du Roià Saint-Marc, qui fe
trouvait en ce moment au Môle, fut fon
état &c offrit à la municipalité de lui
donner fes foins: il n'en put obtenir la
permifion.wm En lifant ceci, qui pourrait croire que nous euffions affaire à un
peuple civilifé & à fes repréfentans ?
Le famedi matin un homme de la
garde nous dit que notre affaire était
jugée; qu'on nous transférerait au Portau-Prince fous une nouvelle garde, qui
devait relever celle qui était à bord de
notre bateau, et qui, par la perfide nédu fieur Dumontellier qui la
gligence
commandait, ne le fut pas; ce qui fuppofc qu'il était d'intelligence avec nos
affaffins.
La journée fepaffa dans cette attente.
Enfin vers les huit heures & demie du
un grand bruit fur
foir nous entendimes
le rivage 8z nous jugeàmes qu'ilyavair
au-Prince fous une nouvelle garde, qui
devait relever celle qui était à bord de
notre bateau, et qui, par la perfide nédu fieur Dumontellier qui la
gligence
commandait, ne le fut pas; ce qui fuppofc qu'il était d'intelligence avec nos
affaffins.
La journée fepaffa dans cette attente.
Enfin vers les huit heures & demie du
un grand bruit fur
foir nous entendimes
le rivage 8z nous jugeàmes qu'ilyavair --- Page 41 ---
(3r)
d'effervefcence. On héla notre
beaucoup la fentinelle qui y était demanda:
bateau;
& la nouvelle
eft-ce M. Dumontellier
Oui,
garde qui demandent la chaloupe?
le capitaine du bateau orrepondit-on;
de conduire la chadonna à fcs nègres
& cctte
loupe à terre : ils s'y rendent,
de
chaloupe revint à bord accompagnéc
d'hommes
plufieurs autres, toutes pleines
de
du Môle, de la Saline, du régiment
armés de fufils &c fabres nuds.
Dillon,
y avait auffi pluOn m'a rapporté qu'il
fieurs foldats du régiment du Cap: je
n'affure pas ce fait, n'ayant pas reconnu
Funiforme; mais jaffirme qu'il y en avait
nombre de Dillon, dont trois
un grand
& beaucoup
feulement en uniforme,
d'autres en chemifes décolletées, que j'ai
à leur langage étranger. Ils
reconnus tous à bord, & difent qu'ils
montent chercher MM. Guiton & Molet
viennent
Mon mari
de la part de la municipalité.
de
grâce fpéciale & à la faveur
qui,par --- Page 42 ---
(32)
lanuitavait obtenu la
fur le pont, s'y
permiffion de refter
il vint dans
trouvait en ce moment;
frère qui était notre chambre dire à mon
ladie:
couché. à caufe de fa
012 vient nous chercher.
malevons, & aprèsm'étre
Nous nous
je monte fur le
habillée à la hâte,
furieux &cleur
pont, m'approche des
dis:
venir la nuit chercher meffieurs, 2 pourquoi
Un gros & grand foldat ces' meflicurs?
répond: c'eft
de Billon me
Jelui
pour éviter T'effervefcence.
réponds que j'avais entendu
coup de bruir far le
beauou on avait demandé rivage au moment
fans doure la
la chaloupe;
mulitude - y était
que
que'la'ntit ne pouvait
reftée, &
attentats ou elle
que favorifer les
empécherles braves pourrait fe porter, &
Ilrepliqua:
gens de s'y oppofer.
occafionné muim.etiafalt
maintenant que par le monde
eft
à bord; iln'ya
qui
de la mer qued quelques
plus au bord
(ilya avait un
hommes de garde
corps-de-garde en face de
notre
chaloupe;
mulitude - y était
que
que'la'ntit ne pouvait
reftée, &
attentats ou elle
que favorifer les
empécherles braves pourrait fe porter, &
Ilrepliqua:
gens de s'y oppofer.
occafionné muim.etiafalt
maintenant que par le monde
eft
à bord; iln'ya
qui
de la mer qued quelques
plus au bord
(ilya avait un
hommes de garde
corps-de-garde en face de
notre --- Page 43 ---
(33 - )
bateau) & je vousréponds de ces
notre
meffieurs.
fera du moins permis, lui iréIl me
de defcendre avec eux 8cdc
pondis-je,
mes enfans.-Non,
les accompagneravecs
demande
la
ne
madame, 3
municipalité follicitai de me
que ces mellieurs.--Jele afin d'être plus
laiffer defcendre à terre,
lui
à portée d'avoir de leurs nouvelles 2
promettant de ne pas les fuivre.--Non,
vous ne defcendrez pas.-A ces
non, fanguinaires, qui nous firentprefparoles
Pétendue de nos malheurs, 2
fentir toute
mari fe précipita dans mes bras ;
mon
fes étreintes étaient
fes mouvemens,
le plus affreux
convulfifs & exprimaient
défefpoir. Nous nous tinmes long-tems
enfans s'attachaient à
embraffés; mes
les
lui
les mains,
leur père, >
prenaient de ne pas les
baifaient, en le conjurant
de Dillon
abandonner. Ce même foldat
prit alors par le bras, en me difant t:
me
E --- Page 44 ---
(34)
qu'eft-ce que c'eft que ces bétifes-la ?
Entrez dans votre chambre.--Er s'adreffant à ma
fille, > noyée dans fes Jarmes:
taifez - vous, 3 mademoifelle; allez dans
votre chambre.
Ence moment, mon frère
de
s'approche
moi, me prend la main, la ferre fortement & me dit: adieu, 2 ma fceur
Dieulquel adieu!Je fentis
dernier, & mefurai
que c'était le
toute la
de l'abime où cCs fcélérats profondeur
taient. Il demande la
me précipià mon mari:
chaloupe : 2 & dit
Molet, embarquons-nous !
On'me force de rentrer, fans doute
m'empécherd'obf@rver la route
pour
drait la
que.prenchaloupe . j'écoutai alors, avec
la plus grande
attention, 2 pour tâcher de
diftinguer le moment de leur debarquement, & je n'entendis rien. Une demiheure après, un homme dit fur le
qu'il venait chercher madame Molet pont &
fes enfans. M, Molet les a demandés
avec
, embarquons-nous !
On'me force de rentrer, fans doute
m'empécherd'obf@rver la route
pour
drait la
que.prenchaloupe . j'écoutai alors, avec
la plus grande
attention, 2 pour tâcher de
diftinguer le moment de leur debarquement, & je n'entendis rien. Une demiheure après, un homme dit fur le
qu'il venait chercher madame Molet pont &
fes enfans. M, Molet les a demandés
avec --- Page 45 ---
(35 )
d'inftancesà lai amunkcipalic,ajouretant qu'elle n'a pu s'y refufer. Je fors 9
t-il,
dans la chaloupe: il
pour m'embarquer
j'en marque mon
ne s'en trouve point; eft venu me cherétonnement & dis: on
vois'autour du bateau ni
cher, &je ne
On parait alors
chaloupe ni embarcation.
d'attention, & op
me donner beaucoup commode: on veut
me cherche un fiége
de la demarm'étourdir fur la fingularité
faité
de moi, en me
che qu'on a
auprès
fefant demander par la municipalité 2
canot fut venu à bord. On
fans qu'aucun
avait abordé à trime dit que le canot
commcde pour
bord, & qu'il était plus
de defcendre à babord, & qu'on
moi
faire le tour au
fefait, pour cette raifon,
La vérité eft que, dans ces entrecanot.
d'avoir la chaloupe
faites, on s'occupait
près de
d'un brick qui était mouillé tout
bateau, &x qui fervit en effetà me
notre defcendre à terre, On me donna pour
efcorte deux enfans'de 15à 16 ans, dans
E 2
e --- Page 46 ---
(36)
lefquels je n'avais pas grande confiance.
Je demandai un nègre du bateau,
j'obtins à force de
que
prières, 2 & accompagnée de mes enfans, je me rendis à
terre. Je trouvai en débarquant huit à dix
hommes armés de fufils & de
à la tête defquels
fabres,
je crus reconnaitre le
collègue de M. Médouce,
commiffaire,
qui nous avait conduits à la
dit à un de ces hommes
Saline, qui
armés:f fufiliers,
conduifez madame à la municipalité, &
qu'il y ait le moins de monde
pour éviter tout accident. Je poflible 3
conduire
me laiffai
par ce fufilier, & chemin fefant, je rencontrai un gros homme vêtu
d'une redingote bleue, qui eut Phonné
teté de me donner la main,
m'aider à paffer les ruiffeaux
pour
les
qui traverfent
rues du Môle. Arrivée à la municipalité, je ne trouvai que le commisgreffier, qui était venu une fois à notre
bord, & qui était couché fur un des
bancs de la falle; il fe leva & m'offrit
ilier, & chemin fefant, je rencontrai un gros homme vêtu
d'une redingote bleue, qui eut Phonné
teté de me donner la main,
m'aider à paffer les ruiffeaux
pour
les
qui traverfent
rues du Môle. Arrivée à la municipalité, je ne trouvai que le commisgreffier, qui était venu une fois à notre
bord, & qui était couché fur un des
bancs de la falle; il fe leva & m'offrit --- Page 47 ---
(37)
chaife. Je lui demandai: que font
une
meffieurs ? Il me répond:
devenus ces
Une demiils vont venir tour-à-Pheure. des memheure fep paffe;je vois entrerun Bobeuf)
bres de la municipalité (M.
parle à Poreille du commis-greffier:
qui
vers moi, il me
enfuite, 2 fe retournant
défire :
falue 8 me demande ce que je
lui réponds que j'ai été appelée par
je
êtes - vous; mala municipalité-Qui
fortezdame 2--Je me nomme.--D'ob
?--Du bateau du fieur Chigarail; 9
vous
Bordenave.-Tour cela eft tout
capitaine
moi.--Ou font donc ces
nouveau pour
les enlever du
mefficurs; on eft venu
ordre de la municipalité,
bateau, par fut venu me chercher 2--
avant qu'on
de la
C'eft fans doute la municipalité
Saline: fi vous le défircz, je vais vous
y conduire.
& il me conTacceptel la propofition,
maire de cette
duit chez M. Defdunes, --- Page 48 ---
(38 )
municipalité. Jc le trouve au lit;
demande fi la municipalité
je lui
bléc? Ilme
était affemrépond qu'il
depuis trois
il
Tignore; que
rien,
jours
ne s'eft mélé de
parce qu'il a la
va s'en informer. Il fiévre; mais qu'il
nègres appeler M. la envoye un de fes
de Saint-Marc
Caille, machoguer
& membre de la
cipalité, 1 , qui arriva chez M.
munien bonnct de nuit. Ce coftume Defdunes,
le peu d'efpoir qui m'animait détruifit
un jour affreux vint:
encore :
dans ce moment leur m'éclairer, & je lus
fon exécution.Je
arrêt de mort &
parole, de chez M. fortis, fans proférer une
l'accueil
Defdunes, indignée de
glacial qu'il me- fefait, & me
rendis, non fans
Loménil,
peine, > chez madame de
où j'eus reçu (s'ileur été
fible de les
les
pofgodrer)
plus sconfolantes
attentions de Pamitié, Là, abforbéc dans
une douleur trop légitime &
ne
finira qu'avec moi,j je devins indifférente qui
à tous, & cette digne amics'occupa
pour
dunes, indignée de
glacial qu'il me- fefait, & me
rendis, non fans
Loménil,
peine, > chez madame de
où j'eus reçu (s'ileur été
fible de les
les
pofgodrer)
plus sconfolantes
attentions de Pamitié, Là, abforbéc dans
une douleur trop légitime &
ne
finira qu'avec moi,j je devins indifférente qui
à tous, & cette digne amics'occupa
pour --- Page 49 ---
(3 39 )
moi des moyens de m'éloigner d'unlien
fi funefte.
J'ai fu depuis que le moment de ma
fortie du bateau avait été le fignal du pillage, &x que tous les fcélérats qui avaient
mon mari & mon frère, encore
égorgé
étaient revenus dans
chauds de leur fang,
dépouilles.
lebateau pourfe partagerleurs dans ce
Il est encore à remarquer que
ils firent le mal pour leplaifir
brigandage
déchirant des papiers auxde le faire, en
aucun inquels ils ne pouvaient prendre mutilant
terêt ni direét ni indireêt, en
& autres horreurs de ce
des tableaux,
à la vérité, dire un fait
genre. Je dois, Pauteur, c'eit qu'il y ept
dont j'ignore
qui fe paffait,
quelqu'un quilnformédece fauver les débris
fut aflez généreux pour
me font parvenus
de nos bagages, qui
depuis.
T'ometais une circonftance quiproure --- Page 50 ---
(40)
jufques à Pévidence que la mort de ces
meffieurs ne peut être attribuéc à aucun
mouvement féditieux, mais bien à une
trame ourdie de longue main & à une
fcélérateffe bien refléchic. M. Didier
charpentier à Saint-Marc, &
jeune,
commandant général de lattroupement
de la Saline, porteur d'un compte (que
mon mari lui devait, comme fondé de
procuration de madame du Boderil,pour
de charpente qu'il avait faits fur
ouvrages Phabitation de ladite dame), le préfenta
contre Pufage &c la
à fon acceptation,
où ilfut faloi, l'avant veille du jour
crifié: ce qui donne de fortes préfomptions qu'il était informé du coup qui le
menaçait. Ilya; plus: : ce même Didier, 2
déjà embarqué pour fe rendre au Cap 2
entendant le tumulte qu'occafionnait
Pexécution de ces mefficurs, fefit mettre
à terre 2 &c ne revint à bord de Pembarcation qui iétait déjà fous voiles, qu'après
s'être affuré de la caufe de ce tumulte,
c'eft-à-dire : 3
Pilafsa lomor T --- Page 51 ---
(4t)
c'eft-à-dire du dénouement de cette
& cependant à fon arrivée au
tragédic,
coloniale, dont
Cap, il fit à Paffemblée
il eft membre, un rapport des mouvedu Môle & de la preffante néceffité
mens
une frégate &x
qu'il y avait d'envoyer
des ordres pour fauver ces mefficurs,
bord du bateau qui Pavait
tandis qu'à
il avait dit devant
tranfporté au Cap,
ces
plufieurs témcins irrécufables que
allaient être transférés au Portmeffieurs
au-Prince.
tous les hommes
Je finis eninvoquant
leurs devoirs obligent au maintien
que
ordre, toutes les autorités hudu bon
les intérêts de l'innomaines, à prendre
avec la
&c à pourfuivre
cence opprimée les fcélérats qui ont pu
dernière rigueur
fc porter à de fi grands forfaits.
GUITON DE MOLET.
,
ces
plufieurs témcins irrécufables que
allaient être transférés au Portmeffieurs
au-Prince.
tous les hommes
Je finis eninvoquant
leurs devoirs obligent au maintien
que
ordre, toutes les autorités hudu bon
les intérêts de l'innomaines, à prendre
avec la
&c à pourfuivre
cence opprimée les fcélérats qui ont pu
dernière rigueur
fc porter à de fi grands forfaits.
GUITON DE MOLET. --- Page 52 ---
ERRATA:
10, tigne 5, foupconnions, s lifez foupconnonss
Page
1. II-Nous en aventit-Menaverit
Page II,
pafive-Ajoutt à la.loit
Page 16, I. T-Obéiffance
Page 17, I. 2-Patle--Parla.
Page 18, 1.6 87-Alteré-Attert
Page 38, 1. 23-A tous-A tout.
dois à Ia vé4
I. 1S-Je dois, àl la vérité, dire-Je
Page rité 39, de dire.
Page 40, 1. P-Boderit-Bobenil
Idem; 1. 1s-Dedfents-préfiants
d --- Page 53 --- --- Page 54 --- --- Page 55 --- --- Page 56 --- --- Page 57 --- --- Page 58 --- --- Page 59 --- --- Page 60 --- --- Page 61 ---
E772
G968P --- Page 62 ---