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- --- Page 2 ---
- Asoe
Babr Carfer Bromn
Lilratru
Brumnt, Hitrersitr
- --- Page 3 --- --- Page 4 ---
(74)
une dette énorme 21 par tout ce qui peut diffoudre un
empire, alors j'ai expofé ma tête pour concourir à
fauver Pétat. Et aujourd'hui en mars 1791, quelques
hommes, aveuglésparje ne fais quels motifs, confpit
fent contre la profperité nationale 2. veulent lafciffion
des colonies d'avec la métropole, la ruine du commerce, de l'agriculture 2 la-révolte contre la conftitution, &je ne me montrerois pas..! Yeit-il, comme
alors, mille dangers pour ma vie, elle eft àlap patrie, &
je la lui dévoue encore !
MOREAU DE SAINT-MÉRY,
Député de la Martinique à l'Affembléc nationale. --- Page 5 ---
16.
OPINION
DE
M. MALOUET,
SUR la Législation des Colonies, 2 relativement à l'état des personnes et ak
régime intérieur. --- Page 6 ---
Nota. Cette opinion, queje n'ai pas prononcée,
parce qu'on m'a refusé la parole, peut être utile
à publier, si, comme on nous en menace 2 on
veut revenir encore sur cette question dans la
prochaine législature. --- Page 7 ---
aaiset ACPELEN
OPINIO d N
DE M. MALOUET,
Sur la Législation des Colonies, relativement à Pétat des personnes et au:
régime intéricur.
MESSIEURS,
LE décret du I5 mai est devenu l'occasion
et le motif du nouveau plan que vous présentent
les comités sur la législation des colonies, dont
il s'agit de :épartir les détails et la
au
compérence,
quant
régime extérieur et intérieur, entre
l'assemblée nationale et les assemblées coloniales.
Ce plan développé dans un rapport plein de Vues
justes et vraimént politiques, est artaqué dans
sa base par ceux qui soutiennent le décret du
IS mai, qui en proclament la justice et qui,
nient ou dissimulent la sensation
dans les colonies ; il faut donc qu'il a faite
traiter encore
A 2 --- Page 8 ---
(4)
de l'état politique des gens de
cette question évitons au moins cette fois toute
couleur; mais
dans les faits et les principes.
équivoque
l'état antérieur
Les faits, dans cette cause,sontl
les
de couleur dans les colonies, et
des gens
subit de
événemens résultans du changement
cet état.
cause, sont non les
Les principes, dans cette
de
généraux de votre constitution ou
principes
politique e, mais seulement
tout autre système
des colonies et du
les principes conservateurs leur existence. Je
régime auquel elles doivent
établir les faits et le point
commence donc par
précis de la difficulcé.
L'instant où l'on a agité en France, avec
les questions relaune
grande inconsidération; esclaves et des
tives à la condition des noirs
libres, étoit celai où le régime,
gens de couleur
auroit reçu par
relatif aux uns et aux autres >
leurs vrais
les colons mêmes, plus éclairés sur
l'amélioration dont il est susceptible,
intérèts,
toutefois au terme que leur pres:
en s'arrêtant
la sûreté des colonies. Il
crivent l'existence et
ineffaçable
avoit ci-devant une démarcation
dont la
y
les blancs et les gens de couleur,
entre
le plus de leur source.
filiation même s'éloignoit
,
gens de couleur
auroit reçu par
relatif aux uns et aux autres >
leurs vrais
les colons mêmes, plus éclairés sur
l'amélioration dont il est susceptible,
intérèts,
toutefois au terme que leur pres:
en s'arrêtant
la sûreté des colonies. Il
crivent l'existence et
ineffaçable
avoit ci-devant une démarcation
dont la
y
les blancs et les gens de couleur,
entre
le plus de leur source.
filiation même s'éloignoit --- Page 9 ---
(5)
Ce n'est pas tout, ce préjugé s'étendoit sur les
blancs mêmes qui avoient quelque affinité avec
les gens de couleur ; et ce qui n'étoit, dans
l'origine, 2 qu'une précaution politique, s étoit
devenu un aliment de vanité.
Il ne s'agit plus maintenant de conserver à
ce préjugé toute son extension, 3 et d'interdire
indéfiniment aux gens de couleur toute parité
avec les blancs dans l'exercice des droits politiques. - Tout ce qui peut se concilier en ce
genre avec le régime domestique des colonies,
ne leur sera plus contesté par les blancs; mais
tout ce qui est indispensable pour le maintien
de ce régime, ne peur leur être accordé.
Or, qu'est-ce qui est. indispensable P c'est
que non-seulement l'esclave, mais sa famille,
ses parens affranchis, ne puissent jamais être en
parité avec les blancs.
De-li suit la nécessité d'une classe intermédiaire dont la race des affranchis ne peut sortir
que par deux conditions; la propriété et l'inserruption de toute affinité avec les esclaves.
C'est parce que Pune de ces conditions est
entièrement violée par le décret du I5 mai, qu'il
est inexécutable.
A 3. --- Page 10 ---
(6)
Je fonde la nécessité de la révocation du
:décrer sur deux, principes incontestables.
Le premier est qu'une loi reconnue
est
mauvaise,
nécessairement révocable.
Le second, qu'une loi bonne ou
mais qui ne peur être exécutée
mauvaise,
que.par la force
et non par l'assentimeht de ceux
est
pour qui elle
faite, est nécessairement révocable.
Une loi est mauvaise non-seulement
blesse les principes généraux de la lorsqu'elle
la
justice et de
raison; mais encore lorsqu'elle attaque les
bases et les appuis du régime social
lui
qu'on veut
soumettre, quand même elle seroit, dans ce
cas-la, conforme aux principes généraux de la
justice et de la raison.
Ainsi, il pourroit être juste et raisonnable de
proposer aux Mahométans des loix différentes ou
contraires à plusieurs préceptes du
Mais il seroit
Koran. -
extravagant, en voulant maintenir
parmi enx le mahométisme, de leur
des lois qui réduisissent les
proposer
dogmes de Mahomet
au rang des contes absurdes.
Ainsi, lorsqu'an peuple a volontairement
adopté, comme le Danois, la monarchie absolue, ce seroir une mauvaise loi que celle qui
raisonnable de
proposer aux Mahométans des loix différentes ou
contraires à plusieurs préceptes du
Mais il seroit
Koran. -
extravagant, en voulant maintenir
parmi enx le mahométisme, de leur
des lois qui réduisissent les
proposer
dogmes de Mahomet
au rang des contes absurdes.
Ainsi, lorsqu'an peuple a volontairement
adopté, comme le Danois, la monarchie absolue, ce seroir une mauvaise loi que celle qui --- Page 11 ---
(7)
soumettroir toutes les magistratures à des élections populaires.
Montesquieu vous l'a dit : il faut qu'un
gouvernement soit conséquent à ses principes
et à ses moyens. Or, quels sont les principes
du régime colonial P quels sont les moyens de
culture dans les colonies de la zône torride?
l'esclavage des noirs.
Si donc vous ne voulez pas détruire l'esclavage, si vous ne le croyez pas possible il
ne faut pas appliquer, à un tel ordre de choses, 9
les principes politiques d'un autre ordre de
choses. - Il ne faut pas poser sur les mêmes
bases, soumettre à la même théorie deux régimes,
non-sculement différens, mais absolument contradictoires.
Et si, dans ce régime
d'esclavage s vous
transportez VOS idées politiques, VOs maximes
Vos principes de liberté absolue, vous faites
nécessairement de mauvaises lois qui seront,
pour les colonies, ce que seroient pour les Turcs
la liberté de la presse et les assemblées primaires, en supposant qu'avec ces institutions,
vous eussiez le projet d'y maintenir la religion
de Mahomet et le despotisme du sultan.
A 4 --- Page 12 ---
T8)
Il s'agit donc de savoir si vous voulez détruire
l'esclavage, et je dirai franchement que telle
est l'intention des promoteurs du décret du I5
mai, car tel a été l'objet de l'établissement et
des premiers travaux de la société des amis des
noirs, en France comme en Angleterre; lorsqu'ilsn'ont pu arriver droit au but, ils ont pris,
l'une après l'autre, des voies détournées pour Y
parvenir.
Ainsi ils ont attaqué la traite; obligés de
céder encore sur ce point, ils ont considéré la
classeintermédiaire entre les noirs et les blancs,
comme un premier échelon de la servitude qu'il
falloit détruire, > et en cela ils agissent rrèsconséquemment. - Mais pourquoi nient-ils cette
conséquence, lorsqu'on leur en fait l'objection?
Pourquoi disent-ils qu'ils n'entendent pas changer
le sysrême colonial, ni les régimes domestiques
sur lesquels ilrero e P - Quoi ! c'est à ceux qui
abhorent le plus ce régime, que nous nous en
rapportons pour le choix des moyens propres à
le conserver; et les colons, dont la vie et la
prospérité y sont attachés, vous paroferont seuls
suspects dans cette discussion! C'est, messieurs,
j'ose le dire, une manière aussi neuve que
déraisonmalle dejuger de telles questions. - Ec
rême colonial, ni les régimes domestiques
sur lesquels ilrero e P - Quoi ! c'est à ceux qui
abhorent le plus ce régime, que nous nous en
rapportons pour le choix des moyens propres à
le conserver; et les colons, dont la vie et la
prospérité y sont attachés, vous paroferont seuls
suspects dans cette discussion! C'est, messieurs,
j'ose le dire, une manière aussi neuve que
déraisonmalle dejuger de telles questions. - Ec --- Page 13 ---
(9)
qte faut-il donc pour vous éclairer sur l'erreur
funeste datis laquelle cn Vous entraîne,'s SI vous
n'en n'appercevez pas le dernier résultat, celui
même que les adversairés des colonies ne" dissimule que maladroitement?
Ne vous ont-ils
pas dit ici: périssent les colonies plutôt
gie nos
principes 2-Ne disenc-ils pas ensuite avec une
grande assurance, queleurs innovations tendent
à la conservation, à la prospériré des
colonies ?
Etl lorsqu'on leur démontre l'extravagance dekerte
sécurité, lorsqu'on les presse dans leurs derniers
retranchemens 2 ne vous préparent-ils pas adroitement des consolations sur la ruine du commerce
et des coloniest A les entendre, c'est
de
peu
chose; cette plaie se cicatrisera facitement; le
produit des coionies, et leurinfuence ne sont
ce que l'on croit. Lisez M. Brissor, voici pas
ses
propres paroles: - IlFaut réduire considérablement ces calculs ezagérés sur la circulation
qu'occasionnent les colonies. Vous y verreguen
partant de l'estimation la plusforte, ily auroit
à partager 267 millions entre 8 millions d'ouvriers, ce qui ne fait que treige deniers
d'oi ilsuit que ces journaliers onta d'autres par tite;
de
moyens
subsistet, OIL qu'il n'y a pas Un si grund
nombre d'hommes à alimenter par les cclenies,
Cette assertion paroir, au premier coup-d'ail,
A S --- Page 14 ---
(10)
unc démonstration; elle est simple, sensible - ;
l'homme le plus borné comme l'homme d'esprit,
sans expérience, croit y voir tous les caractères
de la vérité, et vous allez être effrayés de son
absurdité.
Premièrement, le produit des colonies s'élève
aujourd'hui à plus de 240 millions au lieu de
167. 20. Personne n'a jamais prétendu
eût huit milliens d'hommes subsistans qu'il y
avec 240
millions de livres; mais il n'est personne qui,
avec un peu d'attention, n'apperçoive, dans un
tel calcul, la plus grossière ignorance des effets
que produit, dans le mouvement du commerce
la circulation ou la soustraction d'un grand capiral. >
A-t-on jamais imaginé de partager d'abord entre
les journaliers la valeur totale de la marchandise
qu'ils fabriquent ou de la denrée qu'ils cultivent ? N'y a-t-il pas à prélever le prix de la
matière première, le bénéfice du fabricant ou
du propriéraire, si c'est une marchandise
neuve,-
et duf fermier, s'il s'agitde culture? Certainement
la plus petite partie revient au journalier; et
en suivant le compte de M. Brissor, chaque
homme n'auroit pas trois deniers. Mais qui ne,
sait qu'an million mis en circularion dans le
commerce, peut produire dix et vingt millions,
de travail, comme le mobilier d'une ferme
pro-
le prix de la
matière première, le bénéfice du fabricant ou
du propriéraire, si c'est une marchandise
neuve,-
et duf fermier, s'il s'agitde culture? Certainement
la plus petite partie revient au journalier; et
en suivant le compte de M. Brissor, chaque
homme n'auroit pas trois deniers. Mais qui ne,
sait qu'an million mis en circularion dans le
commerce, peut produire dix et vingt millions,
de travail, comme le mobilier d'une ferme
pro- --- Page 15 ---
(I.)
duit, touslesans, plus que sa valeur, et nourrit,
sans se détériorer, s le propriétaire et le fermier, 2
sa famille et ses valets ; comme un champ de s
lin converti en dentelles, alimente cent fois plus
d'ouvriers qu'il n'en n'a fallu pour le cultiver?
Suivez la barique de sucre quiva payer des cuivres en Suède, de la soie dans le
Levant, et
voyez combien d'ouvriers, employés à façonner
le cuivre et la soie, peuvent devoir leur subsistance à cet échange.
C'est ainsi que les absurdités les plus palpables ne coûtent rien aux promoteurs obstinés
de l'affranchissement des
noirs; et j'avoue
c'est une belle cause à défendre en ne la consi- que
dérant que sous les rapports généraux des' droits
de lhomme, et des principes de la société;
je vais, en ce genre, plus loin que les àmis
des noirs, car je ne balance pas à
seulement
dire, nonque l'institution des colonies est vicieuse dans tous ses moyens primicifs; mais
que la découverte de
encore
l'Amérique est un des
grands malheurs de l'Europe. De-li sont nés de
nouveaux moyens et de nouveaux besoins d'un
luxe corrupteur ; de-là sont nés les plus subtiles
combinaisons, les effortsles plus opiniâtres d'une
cupidité dévorante ; enfin, nous lui devons
nos plus sanglantes guerres, nos plus funestes
A 6 --- Page 16 ---
( (12)
épidémies ; mais si, de ces réfexions affligeantes 2 nous descendons dans le méchanisme
intéricur des sociétés, si en laissant à l'écart les obstructions, les principes généraux,
on s'arrête aux faits, aux besoins qui nous
pressent, à cette organisation intérieure de notre
industrie actuelle, de nos ports, 2 de nos atteliers, de nos manufactures, et àcette mulaitude
immense d'hommes sans propriété,qui en reçoivent la subsistance par le travail, on trouve
que les. colonies et leur produit sont le premier
anneau de cette chaine, et qu'on ne pourroit
briser cet anneau sans occasionner une subversion générale de la fortune publique, sans laisser
tour-à-coup, sans travailer sans subsistance, des
milliers d'hommes dont le désespoir et la misère
produiroient une série de malheurs incalculables;
on trouve que c'est non-seulemere un projet
chimérique, mais barbare que celui d'affranchir
cinq. cents mille noirs; que quand il n'y auroir
d'autre obstacle que l'impossibilité de leur assiguer des propriétés sur un territoire qui appartient aujourd'hui, dans sa totalité, aux hommes
libres, cet obstacle est sans remèdes; ; on trouve
quela servitude corporelle érablie dans un
pays,
comme seul moyen de culcure, ne peut être
modifiée à la longue que par la servitude de la
imérique, mais barbare que celui d'affranchir
cinq. cents mille noirs; que quand il n'y auroir
d'autre obstacle que l'impossibilité de leur assiguer des propriétés sur un territoire qui appartient aujourd'hui, dans sa totalité, aux hommes
libres, cet obstacle est sans remèdes; ; on trouve
quela servitude corporelle érablie dans un
pays,
comme seul moyen de culcure, ne peut être
modifiée à la longue que par la servitude de la --- Page 17 ---
(13)
glebe, et celle-ci par le régime féodal, avec
lequel les grandes manufactures coloniales s'évanouiroient : car tous les calculs imaginaires qui
ont été faits pour prouver qu'on peut cultiver
le sucre et le café avec des journaliers libres
>
sont d'une absurdité évidente 3 et le passage
subit de la servitude à T'affranchissement,
sans
les intermèdes que je viens d'indiquer, détruiroit tout à la fois et les blancs et les noirs.
Or, - comme le devoir éminent du législateur
est premièrement la conservation de la société
qu'ilreprésente et non d'une autre; comme toutes
les considérations doivent céder à celle-là, le
salut du peuple que nous représentons, nous
ne pouvons. 2 sous aucun prétexte, ordonner les
colonies que conséquemment aux, bases etaux
conditions. de leur existence; ; il n'y a pas de
principes, ili n'y a pas de théorême qui ne doive
fécir devant celui-là.
Cessez donc, novateurs inconsidérés
9 Vos
dangereuses tentacives; songez que quand vous
remporteriez cette victoire, et quandivous serez
fièrement assis sur-les ruines de nos manufactures et de nos colonies, il vous restera encore
bien des regrers, bien des voeux à former, bien
du sang à répandre avant d'avoir établi en Asie, --- Page 18 ---
(14)
en Afrique et dans le reste de l'Europe la
liberté et l'égalité,
$
Si donc vous ne voulez pas détmuire l'esclavage, il faut bien consentir à ne pas détruire
les seuls préjugés qui maintiennent
une subordination nécessaire de la race des esclaves
envers celle des hommes libres. -Il faut
que
ceux qui sont dans le dernier terme de la dépendance, apperçoivent, dansla classequi s'éleve
au-dessus d'eux, une inférioriré réelle envers
leurs maîtres; il faut que le spectacle de cette
infériorité soit une des consolations de leur état,
et une barrière de plus pour les y contenir par
l'impuissance de parvenir à l'égalité,
Souvenez-vous bien, messieurs, qu'on n'a pu
vous persuader de la justice de ce systême d'égalité entre les blancs et les hommes de couleur
libres, qu'en partant de cet autre principe, si
facile à développer, P'injustice de Pesclayage des
noirs. - Mais si vous convenez de la fâcheuse
nécessité de maintenir cet esclavage, il est impossible de soutenir qu'on n'en détruit pas les
moyens en ne présentant plus aux noirs ce spectacle d'infériorité, de déférence et de respect des
hommes libres de couleur pour tous les blancs.
Je vous ai dit d'oà vient ce zèle ardent, cette
'en partant de cet autre principe, si
facile à développer, P'injustice de Pesclayage des
noirs. - Mais si vous convenez de la fâcheuse
nécessité de maintenir cet esclavage, il est impossible de soutenir qu'on n'en détruit pas les
moyens en ne présentant plus aux noirs ce spectacle d'infériorité, de déférence et de respect des
hommes libres de couleur pour tous les blancs.
Je vous ai dit d'oà vient ce zèle ardent, cette --- Page 19 ---
(15)
tendre sollicitude des philantropes pour les mulâtres; ne savoient-il pas, en effet, que ceux-ci
sont aussi possesseurs d'esclaves ? Et s'ils ne regardoient pas leur élévation comme un moyen
prochain de détruire la servitude des noirs
leur intérêt ne se seroit pas détourné de s
son
véritable objet, 5 pour s'attacher à un autre qui
lui seroit étranger.
Mais tout décèle l'ancien projer et les espés
rances prochaines des philantropes, dont la bienfaisance couronnée est une véritable hostilité,
une attaque meurtrière contre la société à laquelle ils appartiennent comme
sujets, ou
comme représentans.
Quand je dis que tout les décele, il suffit
de lire et d'entendre leurs diatribes
contre les
colons qu'ils attaquent, tantôt en masse dans
l'universalité de leur régime et de leurs intérêts,
tantôt en les opposant ies uns aux autres: ; les
grands propriétaires aux petits blancs, et les
hommes de couleur à ces deux classes.
Lisez le dernier plaidoyer d'un des plas ardens
avocats de cette cause, qui vous a été distribué
avant-hier.
Cene sont d'abord que les petits blancs,sclon
lui, quis'opposent au décrer, espèce d'hemmes, --- Page 20 ---
(16)
dit-il, qui n'attend que le désordre et le
pillage.
Ensuire, c'est la ville du cap toute entière;
mais elle n'est composée, suivant M. Brissor,
que d'avocats, de procureurs et d'huissiers, espèce d'hommes attachés à l'ancien régime.
Viennent ensuite les militaires, les officiers,
Jes agens du gouvernement; mais ces gens-là,
dit M. Brissot, sont des contre-révolutionnajres,
il est tout simple qu'ils s'opposent au décret.
Enfin, il reste les grands propriétaires ; oh!
pour ceux-là, c'cst leur orgueil, c'est le démon
de l'aristocratie qui les tourmente.
Ainsi, d'après les calculs de M. Brissot, 3 il
n'y a pas une classe d'hommes dans les colonies, pas un individu, excepté les gens de couleur et ceux qui leur tiennent par alliance, qui
ne soit opposé au décret. Et d'après ses assertions, sans Ies intrigues du comité colonial, sans
la négligence du ministre, et avec le secours des
gardes nationales de Bordeaux, le décret n'auroit
éprouvé aucune opposition.
Je crois, messieurs, vous avoir prouvé les
vices de cette loi relativement à son objet, relativement à l'intérêt colonial lié à celui de la
:
métropole; sous ce premier rapport, elle est done
révocable.
ne soit opposé au décret. Et d'après ses assertions, sans Ies intrigues du comité colonial, sans
la négligence du ministre, et avec le secours des
gardes nationales de Bordeaux, le décret n'auroit
éprouvé aucune opposition.
Je crois, messieurs, vous avoir prouvé les
vices de cette loi relativement à son objet, relativement à l'intérêt colonial lié à celui de la
:
métropole; sous ce premier rapport, elle est done
révocable. --- Page 21 ---
(17)
Elle l'est encore par l'impossibilité de son
exécution, ou par la nécessité d'y employer la
force, et une furce oppressive ; vous ne pouvez, à cet égard,avoiraucun doure, et d'aprèsles
relations qui vous sont parvenues, d'après les
péritions de toutes les places de commerce 3
d'après les calculs même de M. Brissot sur les
différentes classes d'opposans, qui sont en somme
totale > déduction faite des gens de couleur 2 2
l'universalité des colons. Mais quand M. Barnave vous a dit, que parmi les gens de couleur
même il y en avoit d'opposant, il n'a pas
donné à ce fait toute la consistance qu'il doit
avoir, car il limpute à la seule considération
de leur sureté, Je vais vous faire entendre comment très-réellement un grand nombre de mulâtres ne désire point l'exécution du décret. Le
préjugé de la couleur est pour eux, vis-à-vis
des noirs, ce qu'il est pour nous vis-a-vis des
mulâtres, c'est-à-direq qu'un mulâtrese croit supé.
rieuràun negre libre, comme un blancà a un mulatre.I Il paroît donc injuste, insupportableiceuxde
cette classe, qui n'auroient point les droits de
citoyen actif, d'en voir investi un negre libre,
et c'est la véritable raison qui rend rous les
hommes de couleur libres, non propriétaires,
plus qu'indifferens sur la, nouvelle loi, - --- Page 22 ---
(18)
Si donc vous considérez cette masse
d'op:
position, de la part des colons biancs, fondée
sur le plus grand intérêt
qu'ils ont ou croient
avoir à résister, si vous voulez bien
suader
vous perque ce décret est pour eux ce que seroit,
pour les propriétaires de France, la loi
agraire,
je vous demande si vous
pouvez vous promettre de la faire
exécuter; je vous demanderai
même si vous avez le droit de le tenter, lorsque vous avez reconnu celui de résistance à
l'oppression. Ces réflexions
2 messieurs, > me
conduisent à une conséquence plus étendue et
bien plus importante que la révocation du décret , et j'irai, en ce genre J plus loin
que
les comités. - - Vous avez voulu dévoiler
au
peuple toutes les vérités ; il en est une que
vous ne pouvez plus dissimuler aux colonies,
et qui sortiroit, malgré vous, de Vos principes
et de leur développement.
Si je ne vous l'ai pas présentée plurôt, c'eft
que je crains que les colonies ne soient
pas
encore en état d'en profiter, et c'est avec inquiétude queje vois que, par de mauvaises lois,
vous les avez forcés de s'en saisir; ; cette vérité,
messieurs, c'est que vous n'avez pas le droit
de faire, pour les colonies, d'autres lois
que
cclles, relatives à la protection qu'elle reçoivent
Vos principes
et de leur développement.
Si je ne vous l'ai pas présentée plurôt, c'eft
que je crains que les colonies ne soient
pas
encore en état d'en profiter, et c'est avec inquiétude queje vois que, par de mauvaises lois,
vous les avez forcés de s'en saisir; ; cette vérité,
messieurs, c'est que vous n'avez pas le droit
de faire, pour les colonies, d'autres lois
que
cclles, relatives à la protection qu'elle reçoivent --- Page 23 ---
(19)
de la métropole ; mais tout ce qui concerne Ieur
régime intérieur ne peut être, dans le
nement représentatif
gouverque vous avez adopté, déterminé que dans les colonies même
leurs
3 et par
représentans 2 sur leur propre territoire.
Avant de prouver cette proposition,
wous dire
je veux
pourquoi je suis fâché que vous en
ayez rendu la preuve nécessaire.
C'est que les colonies n'apperçoivent de dangereux, dans VOS nouvelles institutions,
qui est relatif à l'état des
que ce
personnes; et cependant
je maintiens qu'en adoptant votre régime administratif, municipal et judiciaire, elles n'auront
sur aucun point le gouvernement et la
qui conviennent à leur sûreté.
police
C'étoit pour les colons un grand spectacle,
une leçon instructive que cette révolution;
ils
mais
pouvoient et ils devoient, sans y prendre un
rôle actif, s'en approprier les bienfaits
les orages. -
et non
Aussi aurois-je défendu devant vous
des principes de l'assemblée de
plusieurs
n'avois
Saint-Marc, si je
improuvé ses moyens.
Je reviens maintenant aux motifs qui
vous
doivent
faire abandonner la législature intérieure
des colonies.
Qu'est-ce qu'an gouvernement représentatiff --- Page 24 ---
(20)
et quelles sont les conditions absolues, indispensables d'un gouvernement représentatif?
Pour répondre à ces deux questions, il faut
abandonner cette métaphysique obscure, à l'aide
del laquelle on faitparoitre et disparoître à volonté
la souveraineré du peuple. Il faut dire plus simplement et avec plus d'évidence, qu'en dépouillant la souveraineré de la forme sensible SOUS
laquelle elle se montre dans la personne d'un
prince, ou dans un sénat inamovible, la société
qui s'cn saisit ne la reconnoit plus que dans les
principes et les actes de justice et de raison
gu'elle commande à ses délégués. -
La souveraineté, dans la personne d'un prince
ou d'un sénatinamovible, s'annonce dans un seul
point, par une volonté toute puissante et une
force redoutable qui attend ses commandemens:
l'idée de résistance ne se présente que comme
ane possibilité morale entourée d'obstacles; mais
lorsque la souveraineté se replace en abstraction
sur tous les individus de la société, ses délégués
n'ont de pouvoir effectif et durabie que celui de
l'intérêt commun; aussitôt qu'il paroit blessé,
l'idée de résistance se présente â chaque section
de la société, comme un droit de la souveraineté.
D'oà il suit que le gouvernement représentatif, qui n'est pas le plus sage, le plus juste a
comme
ane possibilité morale entourée d'obstacles; mais
lorsque la souveraineté se replace en abstraction
sur tous les individus de la société, ses délégués
n'ont de pouvoir effectif et durabie que celui de
l'intérêt commun; aussitôt qu'il paroit blessé,
l'idée de résistance se présente â chaque section
de la société, comme un droit de la souveraineté.
D'oà il suit que le gouvernement représentatif, qui n'est pas le plus sage, le plus juste a --- Page 25 ---
21 )
le pius parfait possible, est nécessairement le
plus foible, ou devient le plus tyrannique.
Ilnes'agit doncpas, dans un tel gouvernemenr,
de dire telle est la volonré du législareur; mais
bien, tel est l'intérêt général démontré ; et
comme chaque partie de l'association a un droic
et un intérêt égal à l'exercice et dla délégation
des pouvoirs, aucune partie ne peut ètre, relativement à une autre, dans la condition de
sujets; c'est-à-dire, que toutes les parties de
l'association doivent avoir, dans la souveraineté,
une représentation proportionnelle et une pariré
d'intérêt qui se défendent mutuellement dans
la délibération commune.
Telle devoit être la position des colonies dans
e pacte sociale;, pour que vous ayez le droit
de leur donner des lois; et c'est précisément
ce qui n'est pas et ce qui ne peut être, ainsi
que je vais vous le démontrer
Les quatre-vingr-trois départemens ont entre
eux une représentation proportionnelle et une parité d'intérêt quise défendent mutuellement ainsi;
il n'y a pas loi générale qui offense ou protège
les propriétés et.les personnes, dans un déparrement plus que dans un autre; ainsi la majorité
des représentans de ces départemens, peur stipuler pour la minorité > qui n'a à défendre --- Page 26 ---
(22)
aucun intérêt différent ni contraire à ceux de la
majorité. -
Il n'en est pas de même des colonies, où
tout est différent, où plusieurs parties du régime
social sont mèine contraires à celui de la métropole; ainsi en admettant même leurs
sentans
reprédans l'assemblée législative, comme ils
y sont toujours dans la proportion de deux à
quareving-trois,cetre énorme minorité ne
les soumettre à la volonté
peur
d'une majorité, s 1 prononçant sur des intérêts, des maeurs, des habitudes et des moyens d'existence, totalement dissemblables de ceux des quatre-vingetrois
départemens.
Iln'y a qu'un point de contacte et de parité
qui puisse les lier à la souveraineré
c'est la protection, d'une
nationale,
part; et de l'autre, le
service à acquitter en échange de cette
taction.
proC'est ici que se placent naturellement, dans
le contrat social del la métropoole et des colonies,
leurs relations politiques et commerciales ; à cet
égard, la protection emporte la
et
le monopole du
dépendance,
commerce est le tribut nécessaire qui doit payer les frais de garde et de
défense.
Mais il est manifestement
injuste autant
c'est la protection, d'une
nationale,
part; et de l'autre, le
service à acquitter en échange de cette
taction.
proC'est ici que se placent naturellement, dans
le contrat social del la métropoole et des colonies,
leurs relations politiques et commerciales ; à cet
égard, la protection emporte la
et
le monopole du
dépendance,
commerce est le tribut nécessaire qui doit payer les frais de garde et de
défense.
Mais il est manifestement
injuste autant --- Page 27 ---
(23)
qu'impolitique de les soumettre, quant à leur
législation intérieure, > à toute autre autorité
qu'à la sanction du roi; ; et c'est à
conclads, ainsi qu'à la révocation
quoi je
décrets
de tous les
antérieurs.
M. Barnave a prévenu et attaqué. d'avance:
toutela latitude de ma proposition par des raisons
plus spécieuses que solides ; car ni les représentans que vous avez donnés aux colonies dans
le corps législatif, ni la différence de leur
organisation projettée s à celle des colonies
anglaises, > ni la plus grande influence du roi
d'Angleterre 3 comparativement à celle du roi
de France, ne peuvent altérer le systême de
gouvernement et de souveraineté que vous avez
consacré, Vous avez fait tant de choses
des raisonnemens et des principes,
avec
ne
que vous
pouvez plus en récuser la puissance.
Je sais bien que l'organisation des colonies
anglaises est très L supérieure à celle
qui se
prépare pour les nôtres ; mais cette diférence
ne change ni les rapports ni les droits consacrés.
Or, les rapports des colonies françaises
des colonies
comme
anglaises avec la métropole, se réduis
sent à la prorection, d'une part; eral la
du
dépendance
commerce, de l'autre ; et quant aux droits,
ceux que vous avez teconnus a tous les citoyens 3 --- Page 28 ---
63.
(24)
sont de ne reconnoitre pour loix que celles auxquelles ils consentent par eux- mêmes ou par
leurs représentans. Or, je vous ai prouvé que
les colonies ne peuvent être représentées, quant
à leur législation intérieure, que'sur leur
propre
territoire; donc vous ne devez pas vous en
méler. C'est au chef suprême de tout l'empire
à les rallier au systême national par sa sanction
et Sa surveillance; c'est à vous à les y tenir
attachés par une constante protection, dont le
prix légitime est le monopole du commerce que
vous pouvez alors défendre avec toute justice,
par la force, et tout autre emploi de force seroit
tyrannie.
J'amende donc le projet de décret des comités,
s
en attribuant aux assemblées coloniales, sous
l'autorité et la sanction du roi, toutes les lois
et réglemens concernant leur régime intériear. --- Page 29 ---
R
AP - P.O
R T.
FAIT
AU NOM DU COMITÉ DE LA MARINE,
PAR M. DECURT,
DÉRUTÉ DE LA CUADELOUPE,
Sur PAdminiftration des Ports 6 Arfenaus,
Le 14 Janvier 1790,
IMPRIMÉ PAR ORDRE DE 'ASSEMBLÉR NATTONALE.
MESSIEURS,
VoTRE Comité de la Marine
NOS ordres, de l'examen des pièces dont JetRcupé, vous
d'après
tendre la lecture. Pénétré de' l'importance des venezd'en- queftions
qu'elles préfentent, & voulant en approfondir tons les
Rappors, il a cru devoir interroger le Miniftre de la
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L051d
V2
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