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59e S
OPINIO N
DE M. MALOUET,
Sur le projet de décret relatif à Pétar des
perfonnes dans les colonies.
Séance du IO mai.
MESSIEURS,
Le préopinant vous propofe de prononcer immédiatement & fans délai fur l'état des gens de
couleur ; il vous dit que vous en avez le droit
le devoir 3 le poxvoir. Je ne fuis pas de cet
je fuis plus frappé des obfervations de M. de Cler- avis;
mont-Tonnerre fur la fouveraineré des colonies,
que de celles auxquelles il a répondu, &
vais aulli combattre. En
que je
regardant fes
comme inattaquables en théorie, j'efpere principes bien
que vous ne mettrez ni les colonies, ni la métropole dans la néceffité d'en admettre les conféquences rigoureufes.
C'eft, en général, une chofe bien dangereufe
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(2)
en matiere de gouvernement, que d'accorder
aux abftractions 2 aux fyllogilines, une telle
puiffince 9 qu'on fe laifle emprifonner dans
le pofte où vous place un bon ou un mauvais
raifonnement.
En fuivant exaétement la ligne de M. de Clermont-Tonnerte, vous aurez la théorie d'un fyftême colonial, dont la logique triomphera de
toutes les attaques de fes adverfaires; ; mais les
produits de VOS colonies ne feront que'précairement en VOs mains, & pourront vous échapper
à tout inftant.
En fuivant la ligne &. les raifonnemens de M. de Tracy > vous opérerez,
par un déchirement effroyable, la ruine des Colonies & des défaftres incalculables dans le
royaume.
Je marcherai, mellieurs, entre ces deux écueils,
dont l'un eft encore plus. dangereux que l'autre ;
car, s'il faut nous livrer à des fyftèmes, je préfere,
fans balancer, celui qui conferve une fociété par
l'indépendance, a celui qui la détruit par de mauvaifes loix.
La fin principale de l'économie politique eft
la confervation 3 comme celle de l'économie rurale eft la
reprodudtion.
Ainfice n'eft pas ce qui doit être, mais ce qui
selt;c'ef l'état actuel des chofes & leur commnan-
;
car, s'il faut nous livrer à des fyftèmes, je préfere,
fans balancer, celui qui conferve une fociété par
l'indépendance, a celui qui la détruit par de mauvaifes loix.
La fin principale de l'économie politique eft
la confervation 3 comme celle de l'économie rurale eft la
reprodudtion.
Ainfice n'eft pas ce qui doit être, mais ce qui
selt;c'ef l'état actuel des chofes & leur commnan- --- Page 5 ---
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dement abfolu qui doit fixer d'abord l'attention
du légiflateur. S'ils'en, diftrait pour fe faifir du
beau idéal, c'eft un romancier dangereux, dont
il faur honorer les intentions & repouffer l'influence. Ce n'eft point à M. de Clermont-Tonnerre que s'adreffe cette réflexion ; fes raifonnemens font juftes, & c'eft à vous, meflieurs, à
en éviter. les confequences, & à conferver la
fouveraineté fur les colonies, parce qu'elle vous
eft éminemment utile. Or, iln'y a plus de fouveraineté là où celfe la protedtion, la bienfaifance, l'aétion tutélaire & confervatrice, alors
commence la tyrannie : c'eft à quoi on voudroit
vous conduire, 2 en refufant l'initiative aux Colon
niesfurl'état des perfonnes & furleur conftitution.
Avant d'entrer dans les détails de cette queftion, je me permettrai de jetter un coup-d'ail
rapide far la fituation aétuelle des colonies. Il
elt véritablement étonnant qu'une aufli. importante difcuflion s'ouvre aujourd'hui pour la premiere fois.
On ne reprochera strement point à cette affemblée de manquer de lumieres ; toutes les
claffes de la fociéré, tous les genres de talens,
d'induftrie, de commerce, de propriété, trouveroient ici des confeils & des appuis; & un des
plus grands intérèts poliriqnes de l'empire, fes
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(4)
poffellions, ne fe font encore
plus importantes
fous un voile qu'un de
préfentées à vous que
étendu ou foulevé.Je
vos comités a feul jufqu'ici
les
l'accufe
Je fais que les piéventions,
ne
pas. avoit à vaincre juftifient la ciraifficultés qu'il
confpection du comité colonial.
de funeftes commotions ont agité
Cependant éloignées : on a tantôt favorifé 3
tes provinces diffimulé les caufes de ces commotions, &
tantôt
le
conftamment négligé de vous en montrer
danger.
Ces caufes forit de plufieurs genres.
les
des efprits dans
Le mouvement général
de la révolution 2 s'eft rapidecommencemens
dans toutes les parties du
ment communiqué
françois. Etoitglobe oû il exifte des établiffemens
de fafuccès même de la révolution
il utile au
le
? Jc ne
penfe pas;
vorifer cette impulion
du corps léG lou
fous les yeux
car
éprouve
fans inconvénient
gillatif, qu'on ne détruit pas
les refTorts de l'ancien gouvernement pour
tous
n'avoit-on pas à
en inftituer un nouveau; 2 que
eraindre de la diffolation fubite & inconfidérée
adminiftration des colonies, 7 lorfde l'ancienne
lén'exiftoit far les lieux aucune puiffance
qu'il
d'un
reétifier & modérer l'impéruoficé
gale pour
premier mouvement? 1
, qu'on ne détruit pas
les refTorts de l'ancien gouvernement pour
tous
n'avoit-on pas à
en inftituer un nouveau; 2 que
eraindre de la diffolation fubite & inconfidérée
adminiftration des colonies, 7 lorfde l'ancienne
lén'exiftoit far les lieux aucune puiffance
qu'il
d'un
reétifier & modérer l'impéruoficé
gale pour
premier mouvement? 1 --- Page 7 ---
(5)
douteux que le nouvel ordre de
Il n'étoit pas établiriez dans le royaume 2 ne
chofes que vous
les miniftres,
s'érablit aufli dans les colonies ; que
n'y fuffent foumis aux mêmes
les adminiftrateurs
légilatifs, à la même refponfabilité,
principes
donc être aidés, mais au conVous ne pouviez
d'infurtraire fort embarraffés' par toute efpece réfulter
redtion dans les colonies ? Il. en devoit
beaucoup de foins, d'inquiéce qui eft artivé;
les réprimer. Vous
tudes & de dépenfes, pour autorifant provideviez donc lès prévenir > en
foirement & fous la loi de la refponfabilité,
,
déterminant ftricl'ancienne adminiftration, en rédactions de plans &
tement & nettement à des
de loix toute Pinfluence des premieres
projets
coloniales., & en vous préfervant de
aflemblées
innovation qui pât les inquiéter.
toute
tel éroit l'intérêt, bien entendu
J'ajouterai que devoient éviter avec le plus
des colons, qu'ils
intéricure, toute engrand foin, toute agitation
;
antieipée fur leur propre adminiftration
treprife fuffifoit de confidérer les dangers qui
qu'il leur
leurs habitations, dans leurs
les environnent fur
inffupporrer encore quelques
ateliers, pour
étoient fi impatiens de brirans le joug qu'ils
arriver enfin 0e 2 avec le plus grand
fer, pour
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(6)
ordre, aux changemens 3 aux améliorations de
régime: qu'ils avoient droit de provoquer.
Voilà ce qu'ils devoient faire ; voilà ce que
nous aurions dû preferire ; mais tout a concouru
à égarer les Colons & à diftraire votre artention
de tout ce. qui les concerne, - Le talent fi facile-de déciamer contre les
miniftres, 2 l'impoflibilité de faire adoprer des: mefures fages & vigoureufes, lorfqu'on- les préfente comme tne
fuggeltion ou un appnidu defpotifime, & plus
que tout cela, les innovations dangereufes
que
provoquoit une philofophie, bienfaifante dans
fes vues, mais inconfidérée, mais barbare dans
fes moyens ; voilà les élémens de ce terrible ouragan qui défole en cet infant, . & qui peut ruiner
de fond en comble tout P"Archipel françois de
l'Amérique.
C
Sur cette terre brilante, qui porte à regret les
habitans- de notre continent, , & les dévore par
milliers; on entendit tour-à - coup des cris d'infurrection, dont le bruit & le pactacle ne
voient qu'être funeftes àl'éxiftence de ces pou- établiffemens..
C'eft dans le défordre de ce premier: mouvement que les Colons fe voient attaqués detoutes
parts parles écrits k les éfforts les plus menaçans
l'Amérique.
C
Sur cette terre brilante, qui porte à regret les
habitans- de notre continent, , & les dévore par
milliers; on entendit tour-à - coup des cris d'infurrection, dont le bruit & le pactacle ne
voient qu'être funeftes àl'éxiftence de ces pou- établiffemens..
C'eft dans le défordre de ce premier: mouvement que les Colons fe voient attaqués detoutes
parts parles écrits k les éfforts les plus menaçans --- Page 9 ---
(7)
leur
& leur fûreté. Alors il n'y
contre
propriété
ni concert ni mefure dans leurs comeut plus
fur leurs droits, fur leurs
binaifons politiques
relations ; & lorfqu'ils fe croyoient expofés à
ils étoient fans donte excufables de
tout perdre,
même
rout tenter ponr fe défendre. Mais,divifés
entr'eux fur leurs prétentions; i fur les moyens de
les faire valoir, la difcorde aggrava leurs maux;
la néceflité de cal-
& lorfque vous avez reconnu
de rétablir l'ordre & la
mer leurs inquiétudes,
paix parmi eux, & de les inveftir d'ane garantie
inviolable dans l'exercicede leurs droits, ils vous
reftoit encore l'obligation d'en pofer vous-mèmes
les bafes, par un décret folemnel, 0e qui n'eft que
Paccomplilfement de vos promeffes, de vos déclarations antérieures.
Telle eft la difpofition qu'on attaque aujourd'hui: Voilà les promelles, les efpéranices qu'on
veut vous faire rétraéter. Et fur quel - fondement?
quels motifs? A quoi fe réduifent rous les
par
Aux principes
raifonnemens de nos adverfaires?
dans la confitution, à la déque vousavez pofés tandis
vous avez foclaration des droits;
que
lemnellement reconnu & déclaré que la confticonvénir aux Cotution du royaume ne pouvoir
lonies. Mais je fuppofe que cela n'eft pasj que
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(8)
vous n'avez pris aucun engagement, , que vous
n'avez rendu aucun décret qui vous lie; examinons quels font vos droits & vos devoirs à l'égard
des Colonies.
La déclaration des drairs eft l'exorde de votre
confticution, & tous VOS décrets peuvent être confidérés comme des conféquences des principes
pofts par cette déclaration. Ainfi vous avez ordonné le royaume, fans égard aux exceptions
que
pourroient exiger les Colonies; & alors, ou vous
avez voulu foumettre les Colonies à l'univerfalité des nouveaux principes qui régiffent le
royaume, ou vous aveg voulu en excepter les
Colonies.
Dans le premier cas, votre volonté équivau.
droit à celle d'anéantir les Colonies, de les retrancher du tronc 3 ou de. n'en réunir que les
cendres. Dans le fecond, les exceptions que vous
reconnoilfez néceffaires ne peuvent être invariablement prononcées, & folidement maintenues
qu'en leur accordant Pinitiative pour leur propre
conftitution.
Je reprends chacune de ces propofitions. Pour
foumettre les Colonies à l'univerfaliré des nouveaux principes qui régiffent le royaume, il' fan.
droit que leur exiftence & le régime néceffaire
. n'en réunir que les
cendres. Dans le fecond, les exceptions que vous
reconnoilfez néceffaires ne peuvent être invariablement prononcées, & folidement maintenues
qu'en leur accordant Pinitiative pour leur propre
conftitution.
Je reprends chacune de ces propofitions. Pour
foumettre les Colonies à l'univerfaliré des nouveaux principes qui régiffent le royaume, il' fan.
droit que leur exiftence & le régime néceffaire --- Page 11 ---
(9)
a leur exiftence, fuffent, finon les
moins
mêmes, au
analogues aux modes & aux
par lefquels la métropole exifte
conditions
Or, non-feulement
& fe régit.
il
il n'y a pas
mais
y a diffemblanice, il
d'analogie,
modes & les
9 y a oppofition entre les
condicions de l'exiftence & du
gime de la métropole & des Colonies.
réCe n'eft fealement pas dans le fol & le
mat, les cultures & les
cliproduits
ces différences & €es
que confiftent
lement dans la
oppofitions ; c'eft effentiel-
& i'efpèce
population, 3 c'eft dans le nombre
d'hommes qui compofent cette
lation, dans leur emploi, dans leur
popudans leurs moyens, leurs
deflination,
habicudes,
mceurs & toutes leurs
II ne s'agit pas de confidérer
qu'il peur y avoir de
en cet inftant ce
chofes, & ce qu'il feroit vicieux dans toutes ces
il s'agit de favoir fi
défirable de réformer;
une telle maniere
peur fe concilier avec les
d'exifter
racion des droits. Or cela priscipes de la déclapopulation des Colonies ne fe peut pas ; car la
eft
libres &
compofée d'hommes
d'efclaves, 3 & la fociété
donnez eft uniquement
que vous orIl ne s'agit
compofée d'hommeslibres.
pas d'examiner fi l'inftitution de
Fefelavage peut être foutenue en droit &
en prin- --- Page 12 ---
(ro)
cipe, aucun homme de fens non dépourvu de
moralité ne profelfe cette doétrine.
Ils'agit de favoir s'il eft pollible, fans une accumulation de crimes & de malheurs dont vous
fcriez effrayés, de changer un tel état de chofes
dans vos colonies.
Or f la difcuflion s'ouvre fur ce point, je me
charge de prouver, de démontrer moralement &
politiquement que cet amour, du bien &c de T'humanité qui provoqueroir de tels changemens 2
feroit la croifade la plus fanguinaire - , la plus
défaftroufe qu'on pûe prècher contre les François.
Je vous démontrerois qu'il en réfulteroit nonfeulement la profcription de rous les Colons ,
mais la ruinede vos ports de, vos ateliers-maritimes &. du plus grand nombre de VoS manufactures., Eot
Il eft, donc impoflible d'appliquer aux colonies
la déclaration des droits fans exception.
Mais,fi-nous fommes forcés d'eninterdire l'application, d'en contrarier l'efprit fur quelques
point, il ell-inconféquenf, il eft très-dangereux
d'en rappeller les principes & de les appliquer
anx colonies: fur: d'autres points.
Dans. un.enchainemens: de maximes qui fe
lient a an premier anneau, qui fe déduifent les
., Eot
Il eft, donc impoflible d'appliquer aux colonies
la déclaration des droits fans exception.
Mais,fi-nous fommes forcés d'eninterdire l'application, d'en contrarier l'efprit fur quelques
point, il ell-inconféquenf, il eft très-dangereux
d'en rappeller les principes & de les appliquer
anx colonies: fur: d'autres points.
Dans. un.enchainemens: de maximes qui fe
lient a an premier anneau, qui fe déduifent les --- Page 13 ---
(1r)
unes des autres, quelles font celles que vous
admettre ifolément en les fépatant de
pouvez
Jeurs conféquences.
Il eft donc nécellaire de déterminer., fpécinlement pour les colonies, des principes confticutifs
affurer leur confervation
L qui foient propres à
fuivant le feul mode d'exiftence qu'elles puiffent
avoir. Car il eftimpoflible qu'elles exiftent comme
colonies, comme moyen de richeffes & d'aliment
pourle commerce & les manufactures nationales,
fi VoUIS ne prenez toutes les mefures néceffaires
poitt conferver & protégerleurs propriétés &leurs
cultures dans l'état, & avec les conditions qui
peuvent feules leur faire remplir leur deltination.
Il y a donc une différence fenfible entre la
conflitution convenable aux colonies & celle décrétée pour la métropole.
- Les dangers d'un autre fyftème, l'impolibilité
de Pétablir, l'inutilité de le tenter, font d'une
telle évidence, que tout l'art oratoire des anciens
& des modernes, appuyé des plus véhémentes
intonations, ne' "fauroit les effacer; & dans le cas 1
oû il s'éleveroit à cet égard quelques doutes dans
l'affemblée, ou elle défireroir entendre des obfervations contradicoires fur un ou plufieurs points
du fyftème calonial 2 2 du fyféme que la nécefitéia --- Page 14 ---
(12)
nous commande, je ne me refule
plusimpérieufe
c'eft froidement par
à aucun genre de difcufion;
faut traiter
les principes & par les faits qu'il
aux lieux communs
chaque queftion en renonçant
qui ne prouvent
& aux mouvemens pallionnés
rien.
s'appliquent à la quefCes réflexions générales
des gens de couleur.
tion particuliere
immédiatement fur
Voulez - vous prononcer
les droits que
leur fort & les inveftir de tous
leur affure votre déclaration ?
Vous foumettez alors nos colonies à l'univerde votre contitution ; & j'ai
falité des principes
prouvéqu'elle
trteaurmeteanees
d'un pays n'étant que l'expofé
La conftitution
néceflaires à fa
& le développement des moyens
confervation & à fa profpérité, & les moyens qui
fin dans le continent, la contraoperent cette
dans les colonies > il leur
trariant évidemment conftitution & d'autres prinfaut donc une autre
cipes confervateurs.
Vous ne pouvez donc
prononcerimmnidite
fur la condition des gens de couleur en
ment
de tous les droits que vous avez
les inveltiffant
déclarés.
mefure pour régler les
Il faut donc une autre
de celui des
changemens d'état & l'amélioration
à fa profpérité, & les moyens qui
fin dans le continent, la contraoperent cette
dans les colonies > il leur
trariant évidemment conftitution & d'autres prinfaut donc une autre
cipes confervateurs.
Vous ne pouvez donc
prononcerimmnidite
fur la condition des gens de couleur en
ment
de tous les droits que vous avez
les inveltiffant
déclarés.
mefure pour régler les
Il faut donc une autre
de celui des
changemens d'état & l'amélioration --- Page 15 ---
(13)
de couleur. - - Cette mefure ne peut être
gens Pintérêt général du pays auquel ils apparque
confidéré comme moyen de richelfes
riennent,
& aliment du commerce de la métropole.
L'intérèt général de ce pays, calculé fur d'autres
vous avez adoptées, fur des
bafes que celles que
circonftances rrès-différentes de celles qui vous
environnent, ne contrarie point les prétentions
légitimes des gens de couleur, mais il en modes colonies
difie T'exercice. - L'intérèr général
les noirs & les mulâtres libres
leur préfente
comme des auxiliaires des co-propriétaires, qu'il
de rendre contens de leur fort.
leur importe
l'exercice de tous les droits
Ainfi, premiérement,
fut
contefté, mais Texercice
civils ne leur
jamais
des droits politiques eft trop récemment rendu
habitans des colonies, pour qu'il ne leur imaux
&
pas d'examiner de quel développement
porte
reftriétions il peut être fufceptible
de quelles
telle ou telle claffe de propriétaires.
pour
teconnoiffez la néceflité de ne pas
Ec fi yous
vous 4
les fubordonner à vOs principes généraux,
refufer à celle de les laiffer déne pouvez vous
car ils - connoiffent
libérer fur les exceptions ;
mieux que vous les différences qui les
encore
domeftique & admiféparent de votre régime
niftratif, les intérêts qui les preflent, les dangers
qui les menacent. --- Page 16 ---
(14)
Tout le pouvoir de la loi fur les propriétés
eft de les conferver, de les proréger ; celui qui
les détruit eft l'abus de la force, auquel on
& à la charge
n'obéit jamais que provifoirement
de l'appel,
font
( vous ne
Si ces raifonnemens
juftes,
immédiatement fur le fort des
pouvez prononcer
les principes de votre
gens de couleur, d'après
conftitution, il eft inutile d'examiner ce qu'ils
prefcrivent, ce qu'ils accordent aux gens de couleur qui ne font pas deftinés à vivre fous une
conftitution, mais fous celle des colonies,
telle
être femblable à la vôrre.
laquelle ne peut
l'ai
dans
Je n'admets, point comme je
déjàdit,
leur extenfion les conféquences des printoute
fur la foucipes de M. de Clermont-Tonnerre
eft effentielverainete des colonies, parce qu'il
utile à la profpérité de cet empire, de
lement détacher aucune des parties qui y tiennent
n'en
& divers ; mais f vous
par des liens réciproques
érroitement
foin de réunir encore plus
ne prenez
favorife elle-même Ia fépacelles dont la nature
cerrainemnent comme
ration, vous nous affligerez
être aucun
François, vous ne nous ferez peutColons.
Daignez, meflieurs,
tort comme
derniere obfervation;
recevoir avec bonté cette
ici des diffentimens poliriques
il ne s'agit plus
avec la
mis
en oppofition
a
qui'm'ont
quelquefois
réciproques
érroitement
foin de réunir encore plus
ne prenez
favorife elle-même Ia fépacelles dont la nature
cerrainemnent comme
ration, vous nous affligerez
être aucun
François, vous ne nous ferez peutColons.
Daignez, meflieurs,
tort comme
derniere obfervation;
recevoir avec bonté cette
ici des diffentimens poliriques
il ne s'agit plus
avec la
mis
en oppofition
a
qui'm'ont
quelquefois --- Page 17 ---
(1S)
majorité de cette affemblée. Ce n'eft plus une
opinion particuliere que je défends;ce n'eft plus
les Colons que je parle; c'eft au nom de
la pour nation toute entiere que je vous conjure de
lui conferver fes colonies; & fi vous ne calmez
leur défiance, fi vous n'élevez une barriere inatraquable entre elles & les miffionnaires qui les
pourfuivent; fi par un entraînement d'opinions,
dont je déplore d'avance les effets, vous facrifiez à la philofophie, le trophée que vous lui
éleverez fera, je vous l'annonce avec douleur,
compofé des débris de VoS vaiffeaux, de vos
manufa@ures, du fang des Colons, & du pain
d'un million d'ouvriers qu'alimentent vos cOlonies.
POSTSCRIPT U M.
Du 13 Mai.
C'eft après trois jours de difcufion & fept heures
de féance chaque jour > que les adverfaires du plan
propofé par les comités, vaincus dans chaque féance,
ont eu, non pas le talent > mais les moyens d'éloigner la décifion, encore incertaine aujourd'hui.
C'eft toujours en appliquant aux colonics & aux
gens de couleur les principes de la conftitution, l'égalité des droits civils & politiques, décrétéc pour
tous les François qu'on prétend démontrer Pinjufactifs,
tice de ne pas reconnoitre comme citoyens
dans les colonies, les gens de couleur &c negres
libres qui les habitent.
dans chaque féance,
ont eu, non pas le talent > mais les moyens d'éloigner la décifion, encore incertaine aujourd'hui.
C'eft toujours en appliquant aux colonics & aux
gens de couleur les principes de la conftitution, l'égalité des droits civils & politiques, décrétéc pour
tous les François qu'on prétend démontrer Pinjufactifs,
tice de ne pas reconnoitre comme citoyens
dans les colonies, les gens de couleur &c negres
libres qui les habitent. --- Page 18 ---
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(116)
-
-
On convient que l'affemblée nationalé a dit aux
colons: Propofeg-nous vous-mèmes la conflitution qui vous
eff propre. Perfonne ne contefte cette intention 3 cette
expreffion pofitive des décrets antérieurs ; &, par une
inconféquence incroyable, on ofe fourenir, dans le
même infant, que cette conftitution n'eft plus à faire,
qu'elle eft faite $ qu'elle eft femblable à celle du
royaume, quant à l'égalité des droits politiques,
pour tous les citoyens ; qu'ainfi les negres & mulâtres libres > propriétaires ou contribuables
de plein droit, citoyens attifs. On ofe fouténir s font,
tel étoit leur état
quie
primitif 3 leur état légal.
Cette derniere affertion réduifant la queftion à un
point de fait, & la négative étant bien authentiquement prouvée, il refte aufi démontré que par cette
feule innovation on veut décréter la conftitution
des Colonies fans les entendre, fans recevoir la
pofition de leurs affemblées
pros malgré l'engagemcrit
formel qu'on a pris envers elles. - J'efpere toujours
qu'une auffi grande faute ne fera point reprochée
à l'affembiée nationale. L'éloquent difcours de M.
l'abbé Maury a répandu trop de lumieres fur le danger qu'il y auroit à accorder fans modification à tous
les gens de coulcur l'exercice des droits politiques,
pour que nous ayions à redouter l'influence de cette
maxime funefte, profcflée aujourd'hui dans laffemblée : il vaudroit encore mieux facrifier les colonies
les principes. Si cet amour de ce qu'on
que
appelle principes 3
devenoit la paffion dominante de l'affemblée il
dévoreroit bientôrlan métropole, ainfi que les colonies s --- Page 19 --- --- Page 20 ---