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M, d.
d P I N IO N
DE M., J. F. MICHON,
Député du Département de Rhône-s-Loire.
SuR le projet de décret de M. Brissot >
concernant les troubles des Colonies.
Isseair des derniers pour parler fur les
je n'ai
l'efpoir de pouvoir développer à colonies, la tribune
Eanlan furles grandes queftions
fera naître
doute ,le rapport du comité ecisair : je prends donc 2 fans
le parti de les expofer au public, & de réfuter par
la voie de l'impreflion, trois des principales queftions
de M. Briffot. Les talens & linfluence du membre
qui préfente une opinon, rendent plus impérieux le
devoir de la combattre à tous ceux de fes'collegues
qui la croient erronée,
Colonies. D.
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(RPJCB
(a)
Quand l'origine des défordres qui viennent d'anéantir une partie de la colonie de Saint-Domingue
feroit auffi connue que leurs funeftes réfultats les 2 for- on
feroit fans doute embarraffé de déterminer
&
on devroit pourfuivre
mes d'après d'auffi lefquelles énormes attentats : mais lorique
faire punir reftent encore cachés fous un voile épais;
ces crimes
mutuelles,
dénuées
lorfque des imputations
vagues, de probanon-feulement de preuves, vraifemblance,, non-feulement
a été
bilités, mais la plupart de
quei
étonnement de voir un membre de T'Affemblée
mon
froidement de déclarer gu'il y
nationale lieu a propofer accufation contre les premières vietimes
avoit
nous devons chercher à éteindre !
de lincendie avoit que
befoin des refforts de la,fenSi la juftice
douce jamais émotion de l'ame auroit dans
fibilité, circonftance cette
lui fournir des armes bien
cette
appuyer pu fes droits ; mais on ne doit
puiflantes cherchera pour toucher que ceux
ne peut convain-
& Téloquence devroit EC bannie du temple
cre,
des lois.
de
Pour affurer, il faut un commencement
mais
comme tel les
ELEISL
ves;
regardera-t-on lyftématique de Mbnifotliegerderm-t-on
delathéorie
de preuves des récrimicomme un commencement juftes, mais qui ne font encore apnations peut-étre d'aucun fait cerlain? Regardera-t-on comme
puyées
de preuves T'embargo mis fur
un commencement navires, dans un inftant où l'on avoit un fi
tous.les befoin de toutleur fecours, dans un inftant
preffant oû l'excès du danger pouvoit confeiller des mefures ?
- mais
cet excès même juflifioit
imprudentes regardera-t-on ?
que comme un commencement
Enfin,
l'avifo envoyé à la Jamaique avant d'en
de preuves
un en France? Mais dans un péril imavoir dépéché
mis fur
un commencement navires, dans un inftant où l'on avoit un fi
tous.les befoin de toutleur fecours, dans un inftant
preffant oû l'excès du danger pouvoit confeiller des mefures ?
- mais
cet excès même juflifioit
imprudentes regardera-t-on ?
que comme un commencement
Enfin,
l'avifo envoyé à la Jamaique avant d'en
de preuves
un en France? Mais dans un péril imavoir dépéché --- Page 3 ---
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minent on s'adrefle à fon voifin le plus
il notre
proche, fat.
nité les ennemi, parce qu'on attend de fon humaplus prompts fecours. On impute, il eft
des arreftations illégales à l'affemblée coloniale; vrai, mais
d'abord a-t-on examiné fi ces emprifonnemens étoient
en effet illégaux? D'ailleurs, s'il eft des circonftances
où la néceffité ne permet pas de recourir à la lenteur
des formes de la loi, la fituation où fe trouvoit SaintDomingue n'en eft-elle
une des plus
La, municipalité de ROeLlATA n'a-t-elle preflàntes? obtenu
des applaudiffernens pour avoir
pas
galement le fieur Tardi? La arrêté, sûreté quoique illétoujours i première des lois. Enfin, c'eft publique à l'occafion' fera
de la révolte des negres, qu'on propofe d'accufer les
colons : ceux-ci chargent à leur tour les amis des
noirs d'avoir provoqué cette infurredtion. Eh
ce qui eft le plus probable, c'eft
ni les bien, uns
ni les autres ne méritent de telles imputations, que
Lorfque les François dans leurs fublimes efforts brisèrent
en un inflant des fers rivés avec art
douze
cents ans, fit-on un crime à des éerivains pendant
d'avoir révélé aux nations leurs forces & leurs philofophes droits?
Lavéritépeut elle n'eft criminelle bien étrequelquefois impolitique : mais
fe cache fous le voile qu'à le là cour des tyrans: la, elle
trer toute nue aux regards plus d'un épais; elle peut fe monbien plus naturel de penfer
le peuple libre. I! eft
que fentiment de la lidans qui peut fommeiller 7 mais qui vit toujours
coeur du
vil
La
énergie dans l'ame plus de
efclave, s'eft réveillé avec
quelques.negres fiers & courageux ; qu'ils ont communiqué ce fentiment à leurs
compagnons d'infortunes &quelétincelle, fortie d'un
cerveau qui, quoique fous une toifon de
eft
capable de fortes conceptions, a éleétrifé negrc, tous ceux
qui ont brifé leurs chaines.
A 2
ommeiller 7 mais qui vit toujours
coeur du
vil
La
énergie dans l'ame plus de
efclave, s'eft réveillé avec
quelques.negres fiers & courageux ; qu'ils ont communiqué ce fentiment à leurs
compagnons d'infortunes &quelétincelle, fortie d'un
cerveau qui, quoique fous une toifon de
eft
capable de fortes conceptions, a éleétrifé negrc, tous ceux
qui ont brifé leurs chaines.
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Mais fuppolons un inftant les colons coupables.
D'après quelles lois les jugera-t-on? ? quel fera le tribunal compétent pour reconnoitre leurs crimes, &
en prononcer le châtiment. Ils ne font encore gouvernés que par leur ancien code, qui peut fuffire
pour les délits ordinaires; mais dans un temps de révolution ( & ils font encore dans ce temps, leur
conftitution n'étant point faite), doit-on juger des
crimes de haute-trahilon, daprèsles loix rédigées par
le defpouifme ? S'il en étoit ainfi, ceux à qui la patrie
doit dos autels auroient pu périr fur un échalfaud.
Seroit-ce à la haute-cour nationale
devroient
être renvoyés? Mais ils n'ont point
mais ils
Rlae
ne doivent jamais fournir aucun membre au tribunal
de caffation; ils n'ont point de jurés; & certes G un
tribunal eft incompétent à leur égard, c'eft celui à
T'établiffement, à la compofition duquelils n'ont pas
concouru.
M. Briffot propofe cnfuite d'envoyer dans les colonics des commifnires civils choilis par le corps iégillatif: mais ou CCS commillaires ne feront revêtus
d'aucun pouvoir, ou ils auront celui de faire exécuter des lois. Dans le premier cas > quolle peut être
Tutilité de cctte miffion? Dans le fecond, le corps
légiflatif pourroit-il déléguer des fonéons effenticllement Lparces des fienncs, & empicter de la forte
fur le pouvoir saquelincon@iuuion a coufié expreffsment Texécution des lois? Un principe généralement reconnu. ef que nul ne peut déléguer un droit
wina ni ne peut ayoir. D'ailleur, quelles feront lcs
lois que feroient exccuter ies commillaires ? Mes refexions furla troifième prepofition de M. Brillot démontreront pout-bure combien froit difficile la déffgnation de celles dont on leur confieroit lexécution.
La quattieme proji-fition de M. Briffot eft bien
des lois? Un principe généralement reconnu. ef que nul ne peut déléguer un droit
wina ni ne peut ayoir. D'ailleur, quelles feront lcs
lois que feroient exccuter ies commillaires ? Mes refexions furla troifième prepofition de M. Brillot démontreront pout-bure combien froit difficile la déffgnation de celles dont on leur confieroit lexécution.
La quattieme proji-fition de M. Briffot eft bien --- Page 5 ---
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plus fpécièufe, & la bonté des motifs dont il fe fert
l'appuyer, ne fauroit être révoquée en doute.
Eoree concordat dont tous les principes découlent de
la nature & de lajuftice 2 propofé & exécuté folemnellement entre des hommes égaux en droits, doit
réunir de
l'avantage d'étouffer toutes les femences de RLbIrs & de difcorde entre des Colons divifés
par l'orgueil, mais unis par le même intérêt, d'une
couleur différenté 2 mais fouvent d'un même
Certes, je regarderai comme un des beaux jours
la
E
légiflature, celui où les Colons viendront
une loi que demandent impérieufement Phumanité propofer
la raifon, T'égalité & leurs intérêts; un cri univerfel
de joié fera retentir lesvoûtes de la falle ; les fuffrages
unanimes des repréfentans de la France l'approuveront au milieu des applaudiffemens de tous les amis
de T'humanité.
Mais pour faire une loi, il ne fuffit pas
foit jufte, qu'elle foit fage; il faut encore en qu'elle avoir
lc droit. Examinons donc quel eft celui que PAffemblée légiflative peut exercer à l'égard des Colonies.
L'Allemblée conftituante, dépolitaire de tous les
pouvoirs de la nation, compolée des repréfentans
de toutl'empire françois. avoit le droit d'établir une
conflitution pour Tintégrité de ce même empire. Des
confidérations
folidement appuyées fur les
différences de BatH de culture, de climats, de mocurs,
d'habitudes, de relations, la. déterminèrent à ne
comprendre les Colonies dans:la, conflitution Rte
çoife. Il ne s'agit pont ici d'examiner fi les inconvéniens qui réfultoient des diverfités dont jai parlé font
balancés
ceux que peuvent faire naitre deux conf
titutions Ranc le même empire. Le fait eft
T'a
ainfi décidé, 8 qu'il n'appartient pas à PAffemblée qu'elle
nationale feule de changer ceite décifion. Je n'ai pas
èrent à ne
comprendre les Colonies dans:la, conflitution Rte
çoife. Il ne s'agit pont ici d'examiner fi les inconvéniens qui réfultoient des diverfités dont jai parlé font
balancés
ceux que peuvent faire naitre deux conf
titutions Ranc le même empire. Le fait eft
T'a
ainfi décidé, 8 qu'il n'appartient pas à PAffemblée qu'elle
nationale feule de changer ceite décifion. Je n'ai pas --- Page 6 ---
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mème befoin d'examiner fi le décret du 24 feptembre
eft confitutionnel ou non, & s'ileft pollible, foit - comme confon l'a avancé dans la tribune, dont qu'un il doit décret faire la règle,
titutionnel pour les peuples le
fait les loix. Cette
& ne le foit pas
dans corps la bouche qui
des delpotes,
maxime feroit
taar
croient bien
leurs fujets devoient obéir à leurs
qui loix, mais qui Senteunitue pas y être eux-mêmes
foumis. Il feroit cependant facile de prouver que
PAffemblée conftituante, en déclarant, le 3 feptemrien
à la confbre, qu'elle ne pouvoit plus
changer n'ententitution françoile, qui fe trouvoit terminée, aux Codoit pas fe démettre du pouvoir de donner
bafes
lonies une conftitution dont les premières
n'étoient pas encore le décret polées. du 24 feptembre ne feroit
Mais quand
T'Aflemblée nationale adtuelle
a-t-elle pas conftitutionnel, le droit de fubftituer fpontanément le concordat à ce décret? tenir le droit de donner des loix aux
Elle ne peut des Colons eux-mèmes, ou de PAffemColonies que
A
autre titre, les loix étant
blée conftituante.
quel
& tous les citoyens ayant
l'expre(fion de la volonté genérale,
leurs
droit de coucourir perfonnellement ou par dis-je, repréfentans un corps
à leur formation, à quel autre titre,
des Colonies
qui n'a dans fon fein aucun repréfentant de leur diater des
pourroit-il s'inveftir de la puillance
des Colonies
loix ? De ce défaut de repréfentant il réfulte qu'elle
dans P"Affemblée nationale actuelle, émané de P'Affemblée
ne peut ufer que d'un alors pouvoir lexercice de ce pouvoir eft
conftituante; latitudequ'elle : mais
a tracée, aux formes qu'elle
reftreintàla
déclaré
Pinitiative des loix coa preferites. Élle a
que Colonies. Voyons fi le
Joniales appartenoit confidéré à nos
eomme une initiative.
concordat peut être
ulte qu'elle
dans P"Affemblée nationale actuelle, émané de P'Affemblée
ne peut ufer que d'un alors pouvoir lexercice de ce pouvoir eft
conftituante; latitudequ'elle : mais
a tracée, aux formes qu'elle
reftreintàla
déclaré
Pinitiative des loix coa preferites. Élle a
que Colonies. Voyons fi le
Joniales appartenoit confidéré à nos
eomme une initiative.
concordat peut être --- Page 7 ---
(7)
ardent Encore eft une dev voir fois, je répète que mon voeu le plus
première pierre furi laquelle préfenter doit ce être concordat affife comme la
tion. Je déclare même
la conflitu.
timent à aucune difpofition que je ne dounerai mon aflenles principes d'égalité, de juftice qui pourroit contrarier
jours former le noeud focial.
2 qui devroient toufion Comme de la la-loi, volonté l'initiative ne peut être que Pexprefgénérale légalement
préfentée officiellement au corps ou à recueillie, &
doit lui donner la fanéion. Le concordat lindividu qui
point ces caraétères effentiels : c'eft une ne réunit
paffée entre des particuliers fans
tranfaction
délibération préliminaire, quine convocation, fans
qui l'ont foufcrite, bien différente peut obligerque ceux
foumet à fes
en cela de la loi,
Seair ou qui n'ont difpolitions ceux qdi n'ont pas
& la minorité même pas pu affifter à la délibération,
plus, le concordat 2 qui n'y a pas confenti. De
de M, de
vous eft parvenu par l'organe
n'eft
Blanchelande, qui, en fait de
point ni ne peut être
légilation,
des Colonies. Il n'eft donc l'intermédiaire ou l'agent
puifliez regarderle concordat pas poffible
vous
& que fous ce titre il puiffe être comme une
TEalter
libération.
foumis à votre déinflruits D'ailleurs, je ne doute
que les Colons
par l'expérience E le
la reconnoiflance qu'ils doivent malheur, pénétrés
narte
leur, & de la fainteté d'un
auxhommes de coutrop récent pour être déjà engagement très-folemnel,
taire les préjugés& l'orgueil, oublié, ne faflent enfin
Ja raifon & de la vérité, Mais 2 pour écouter la voix de
dent d'attendreque les fentimens comme il feroit imprujour de leur délivrance
les animeront au
vroient être invités à 2 puiffent refroidir, ils depréfenter, 2 dans le plus'brefdé- --- Page 8 ---
E791
e3So.
M6258
(8) )
lai, les bales de leur conftitution. Il feroit monftrueux
que plus long-temps, dans le même empire, une
partie des citoyens eut uûe conftitution, pendant que
l'autre en feroit privée.
Je ne peux qu'applaudir à la quatrième difpofition
du projet de M. Brillot; & en la confidérant fous les
rapports commerciaux fur lefquels nous pouvons 2
dès-à-préfent Aatuer, je penfe comme lui que les
habitations fituées aux Colonies, doivent être affujéties aux mêmes hypothèques & aux mêmes failies
que les biens fitués en France.
Je conclus donc en demandant la queftion préalable fur les trois premières difpofitions du projet de
M. Briffot, ainfi que fur les articles qui y ont rapport,
& le renvoi de la quatrième aux comités de légillation & des Colonies.
DE LIMPRIMERIE NATIONALE.