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CHAMBRE DES
MPIESSIONS
PAIRS.
N81.
1826.
Séance du 22 avril 1826.
OPINION
DE M. LE COMTE D'ARJUZON,
Sun l'article additionnel proposé par la Commission,
relativement aux dettes des colons.
Mrssreuns,
L'histoire ne présente point de catastrophe plus
déplorable que la révolution de Saint-Domingue;
La fortune des colons et le gage de leurs créanciers
ont étéà à-la-fois engloutis dans le même abyme.
Nul espoir ne leur restoit:
La sollicitude paternelle du Roi vient à leur secours, et l'ordonnance du 17 avril leur procure une
indemnité aussi nécessaire qu'inattendue.
Aucune loi ne pouvoit régir une aussi étrange
sition; les Chambres sont appelées à créer une po- législation spéciale pour protéger leurs intérêts et
que ceux qui ont éprouvé les mêmes infortuncs, pour
soient admis à un partage égal du bienfait.
Déja lordonnance du 17 avril promet aux colons
le dixième de la valeur des biens qu'ils ont perdus,
et la loi présentée assure aux créanciers le dixième des
sommes qui leur sont dues. --- Page 4 ---
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Mais, Messieurs, cctte égalité cesse bientôt, et le
sort des colons se trouve aggravé par le silence de la
loi, qui n'interdit point aux créanciers le droit de les
poursuivre dans l'emploi de leur indemnité.
Dans cet état de choses, Tamendement de votre
commission est une nécessité; il est de toute justice
que les créances soient acquittées, pour toujours,
T'effet de la saisic-arrêt du dixième, de même que
par
les propriétés des ( olons sont à jannais perdues par
l'acceptation du dixième.
Cestainsi que vous établirez une parité entre eux;
c'est ainsi que vous seconderez les sentiments bienveillants du Monarque; sa première pensée, en siguant le traité, fut, vous n'en doutez point, en faveur
de ces infortunés colons, toujours fidèles, si longsi cruellement sacrifiés; et c'cst bien à eux que
temps,
s'adressoient ces consolantes paroles Je veux fermer
encore tne plaie de la révolulion.
Le rejet de famendement d'un honorable membre de la Chambre des Députés a porté la consternation" dans Tame des malheureux colons; espérons
Chambre, touchée des nouvelles doléances
que'cette
qu'ils font cntendre, adoptera, dans sa sagesse,Tamendement qui vous est proposé, dont les dispositions
sont dictécs par la justice et léquité; ainsi les deux
pouvoirs recevront un tribut de reconnoissance de
cette classe infortunée.
On
aux réclamations des colons les règles
oppose
du Code, dont l'application nc doit avoir lieu quedans
les cas prévus; mais ici, pour me servir des expressions de votre noble rapporteur, tout n'est-ilpas extraordinaire dans les évènements qui motivent la loi présentée.
endement qui vous est proposé, dont les dispositions
sont dictécs par la justice et léquité; ainsi les deux
pouvoirs recevront un tribut de reconnoissance de
cette classe infortunée.
On
aux réclamations des colons les règles
oppose
du Code, dont l'application nc doit avoir lieu quedans
les cas prévus; mais ici, pour me servir des expressions de votre noble rapporteur, tout n'est-ilpas extraordinaire dans les évènements qui motivent la loi présentée. --- Page 5 ---
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Je le demande, Messieurs, a quoi bon la loi que
si l'on devoit se conformer aux lois
nous discutons,
existantes?. A quoi bon sur-tout ce qui est relatifaux
créanciers et à leurs. débiteurs, puisque le droit commun auroit pourvu à tout, auroit tout réglé?
Vainement on objecte le droit commun ; déja on
s'en est écarté en bornant la saisic-arrêt aut dixième
des créances, etl'on y rentreroit aussitôt, en laissant
aux mêmes créanciers le droit de poursuivre les débris delindemnité, ce qui, évidemment, impliqueroit
contradiction.
Enfin, Messieurs, en remettant une somme dans
les mains du colon, on sembleroit dire au créancier:
( Ne la perdez point de vue, employez avec adresse
G toutes les attaqués, tous les moyens possibles pour
4 vous en emparer, la loi vous le permet, vous êtes en-
<core à découvert des neuf dixièmes. >
Mais, Messieurs, les colons sont aussi à découvert
des neufdixièmes; quels moyens, quelles armes leur
laisserez-vous pour aller les reconquérir dans les plaines de Saint-Domingue:
Ne laissons point dans la loi une lacune. quiappelleroit sans cesse l'intrigue et la mauvaise foi, d'une
s'emparer de lindemnité, et de l'autre
part pour
pour la conserver.
Plus d'industrie, plus de commerce pour le colon, 7
étranger à la patrie, il sera exclu de la classe des propriétaires, et privé pour toujours des droits attachés
à la propriété; vainement il inscriroit sur sa chaumière: Produit de lindemnité, tout seroit impitoyablement saisi, même le champagrandi par ses économies,
ctl'on'verroit ces mêmes pères defamille, jadis siopu-
'autre
part pour
pour la conserver.
Plus d'industrie, plus de commerce pour le colon, 7
étranger à la patrie, il sera exclu de la classe des propriétaires, et privé pour toujours des droits attachés
à la propriété; vainement il inscriroit sur sa chaumière: Produit de lindemnité, tout seroit impitoyablement saisi, même le champagrandi par ses économies,
ctl'on'verroit ces mêmes pères defamille, jadis siopu- --- Page 6 ---
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Jents, venir encore mendier les secours du Gouvernement, un certificat d'indigence à la main...
Dans uneloi qui ne repose que sur des
craignons de continuer, involontairement, exceptions,
fausse application de principes l'infortune par une
lons, dont les
des COpropriétés ont péri dans la tourmente
révolutionnaire, par un perfideappel aux principes.
Souvenons-nons aussi que c'est du sol fertile de
Saint-Domingue, qu'ont été extraites, en grande
tie, les richesses des principales villes de
parl'abandon des propriétés des colons, les commerce ;
conditions du
traité, vont rouvrir à la France une nouvelle source
de prospérité, qui tournera sans doute au
de
ces mêmes créanciers dcs colons.
profit
Jc le répète, e'est au sol de
la
de
Saint-Domingue et sous
garantie ses produits que les négociants faisoient
leurs avances, ce sol est perdu pour cux, comme
leurs débiteurs; il seroit peu humain de
pour
lons sous l'empire de la nécessité,
placerles COleur
quand il s'agit de
intérêt, et de les ramener ensuite dans le droit
commun, 2 lorsqu'il est question de leurs
celles qu'ils ont contractées à Saint-Domingue obligations;
étoient
régies par des exceptions, et une législation bien différente de celle de la métropole, et c'est à raison des
dangers auxquels les préteurs étoient exposés
mettoient leurs secours à un plus haut prix. Vous qu'ils ne
voudriez point les placer dans une meilleure position
en leur accordant des garanties qu'ils n'avoient point,
quand ils ont traité.
On a dit à la tribune delautre
Chambre, ( Quand
cun vaisseau périt dans la tempête, les officiers, les
Gj passagers, 2 les anatclots, devenus égaux dans l'infor- --- Page 7 ---
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4 tune, se font un toit commun des débris échappés
wau naufrage > ; c'est cette communauté que votre
commission vous propose d'établir entre les colons et
leurs créanciers.
On a da, sans doute, vous observer que plusieurs
colons possédoient aussi des biens en France, mais
depuis plus de cinq années que le sursis est aboli,
leurs créanciers les ont poursuivis, et ont pu obtenir
leur paiement; on vous propose d'ailleurs de les
maintenir dans tous leurs droits sur les biens possédés ou acquis antérieurement au t*avril dernier.
La mesure proposée par votre commission, etdéveloppée avec beaucoup de talent par son noble rapporteur, est fondée sur la plus exacte justice distributive,
et c'est pour des milliers de colons plongés dans
la misère, que jai l'honneur de vous en proposer
Tadoption.
Je vote pour l'amendement de la commission. --- Page 8 ---
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