--- Page 1 --- --- Page 2 ---
Babir Carter Brolun
Srummi Libmrg llutncratity
The John Carter Brown
Library A
Brown
a
University
* x -
Purchased from the
Ok
*
Louisa D. Sharpe Mctcalf Fund
* --- Page 3 ---
CUVRES CHOISIES
DE
G. F. BRUEYS D'AIGALLIERS;
Ancien Major du régiment d'Angoumois
membre des Académies de
Nismes, de Caen, des Arcades de
Rome, et des Ricoverati de Padoue,
'A NISMES,
DE L'IMPRIMERIE DE LA VEUVE BELLE, -
An 1805, --- Page 4 --- --- Page 5 ---
MATIÈRE 8. DESCRIPTION ET
RELATIONS DIVERSES.
OBJET I.
QUELQUES DÉTAILS
SUR LA PARTIE FRANÇOISE
DE LISLE DE S*-DOMINGUE. --- Page 6 ---
PELTO
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QUELQUES DÉTAILS
SUR LA PARTIE FRANÇOISE
DE LISLE DE S.-DOMINGUE (I).
(6 Meminisse gaudet. s Epigrammatum
delectus. Londini, 1686; sententice
brevis, n.o 64.
A Saint - Louis ; en l'ile de SaintDomingue,
LE 26 MARS 1764:
ne
J.
saurois, mon très-cher Père; 5
vOus donner- des détails bien étendus
sur ce pays, ne m'étant point encore
(I) A mon Père, --- Page 8 ---
Zp
Quelques détails
attaché à Ie connoître de manière à en
pouvoir faire la description. Cependant;
pour ne pas entièrement frustrer votre
attente, après vous en avoir dit ce qu'il
n'est pas possible d'ignorer aussitôt
a mis
qu'on
y
le pied, je vous ferai part du
peu d'observations que j'ai eu occasion
de faire sur les' moeurs des gens qui
Phabitent. Jc ne vous réponds point
ces observations soient bien justes; mais que
je vous les garantis sincères : ainsi si
vous n'avez point ce quie est, vous aurez
du moins ce que j'ai cru qui étoit.
Saint-Domingue, ile de cent trente
4ieues environ de longueur 'de lest
à l'ouest, sur une trentaine I peu près
de hauteur, du sud au nord, appartient aux Espagnols et aux François.
Ce qui est aux François se divise en
trois parties 2 1 auxquelles on donne ici
communément le nom de Bandes.
La Bande du nord est la plus florissante. Ler Cap-François est da capitale 2 non-seulement de cette Bande,
mais même de toute - la Colonie françoise.
C'est la que réside le Préfet apostolique, que siège une des deux Cours
souveraines qui administrent ici la jus
tice, 2 sous le nom de Conseils Supérieurs, et que se fait le plus gros com-
trois parties 2 1 auxquelles on donne ici
communément le nom de Bandes.
La Bande du nord est la plus florissante. Ler Cap-François est da capitale 2 non-seulement de cette Bande,
mais même de toute - la Colonie françoise.
C'est la que réside le Préfet apostolique, que siège une des deux Cours
souveraines qui administrent ici la jus
tice, 2 sous le nom de Conseils Supérieurs, et que se fait le plus gros com- --- Page 9 ---
sur St-Domingue:
P
merce. Les autres villes de la Bande
du nord sont le Fort-Dauphin et le
Port-de-Paix. Je ne parle point de
quelques petits Bourgs qui s'y trouvent
aussi répandus.
La Bande de l'ouest tient le second
rang. Le Port-au-Prince oà est établi
l'autre Conseil Supérieur, St-Marc
Léogane, le petit Goave et le grand
Goave que je n'ai nommé qu'après le
petit, parce que, quoique leurs noms
semblent dire le contraire, 2 celui-ci est
peuplé et
important que celuià cause
Fort
le
E"
Ra
qui
défend:
ces cinq villes, dis-je, tiennent toute
la Bande de l'ouest, qui commence au
Mole St-Nicolas et finit au Cap-Tiburon.
La Bande du sud, enfin, est la
moins considérable des trois. J'entends
même dire qu'elle perd chaque
au lieu
jour,
de gagner. Les Cayes, où
tre Compagnies du Régiment
quamandées par mon Oncle, sont 2 en comnison; St-Louis, d'oà je vous écris, gar- et
où sont nos cinq autres Compagnies avec
FEtat-Major ; et Aquin. : très-petit endroit, sont les trois seules villes qu'on
trouve sur cette bande. Elle commence
là où finit celle del'ouest, c'est-à-dire,
au Cap-Tiburon, et s'étend jusqu'aux
a --- Page 10 ---
j
Quclques détails
possessions espagnoles, lesquelles comprennent tout le reste de la côte du
sud, celle de l'est en entier 1 et la
grande moitié de celle du nord, allant
fnir à quelques lieucs seulement du
Cap-François.
Les villes, que je viens de vous nommer sont toutes sur le bord de la mer.
Ce sont comme autant de clefs de plaines qui s'étendent derrière elles, à la
distance de deux ou trois lieucs au
moins, et de sept à huit au plus, au
bout desquelles s'élèvent les Mornes,
pour parlei comme on fait ici, c'esti-dire, des montagnes extrèmement
hautes, mais dont les plus basses et
les plus voisines des plaines sont ordinairement cultivées et habitées.
Des négocians, des ouvriers en
nombre, et les divers employés du Bot
vernement, peuplent les villes. Les agriculteurs se tiennent dans les plaines ou
dans les mornes. Ce sont eux qu'on
nomme plus particulierement Habitans,
et dont lcs maisons portent le nom
d'Habitations proprement dites. Les
Habitans des plaines sont les plus riches, parce que CC n'est que là que
se fait le sucre, qui est la denrée la
plus précieuse du pays; T'indigo, le
vriers en
nombre, et les divers employés du Bot
vernement, peuplent les villes. Les agriculteurs se tiennent dans les plaines ou
dans les mornes. Ce sont eux qu'on
nomme plus particulierement Habitans,
et dont lcs maisons portent le nom
d'Habitations proprement dites. Les
Habitans des plaines sont les plus riches, parce que CC n'est que là que
se fait le sucre, qui est la denrée la
plus précieuse du pays; T'indigo, le --- Page 11 ---
sur S1-Domingue.
pij
café ret le coton ne se cultivant ordinairement que dans les mornes.
La vie qu'on mène dans les villes
de la Colonic, est à peu près la même
que celle des bonnes villes de France;
aussi presque tous les Blancs qu'on y
voit sont-ils nds en Europe. Les Habitans blancs, dont la plupart, au contraire , quoique Européens d'origine 9
sont Créoles, d'est-à-dire, nés dans le
pays, se donnent continuellement de
grands repas les uns aux autres : et reçoivent aussi, avec beaucoup de plaisir
et de politesse, 9 les habitans des villes
qui viennent les visiter ou changer d'air
chez eux. Je ne sais trop comment
ccla se fait; mais avec de très-riches
possessions et quoiguetoutleuririn n'ait
rien de magnifique, il en est peu qui
n'aient des dettes : et dont la fortune
fut bien liquide s'ils vouloient compter
exactement. Ce ne seroit également
point'sans une grande diminution qu'ils
entreprendroient de la réaliser et de la
transporter en Europe.
Il n'y a guère plus d'exercice de Religion parmi eux que parmi les peuples les plus sauvages du nord de TAmérique : mais ily a cctte différence,
qu'autant on dit que ceux-ci sont su-: --- Page 12 ---
Pit)
Quelques détails
perstitieux, autant les habitans de StDomingue sont cloignés de toute superstition. L'esprit de liberté qui règne
ici, le petit nombre des églises, et la
vie peu régléc de la plupart des Prétres, font que les Colons, tant ceux
des villes que les Habitans, proprement
dits, , entendent à peine sept à huit
messes par an, encore est-ce plus par
occasion ou pour profiter d'une espèce
de rendez-vous commun 2 qu'en vue de
remplir un devoir religieux, qu'on les
voit ainsi se rendre quelquefois à P'Eglise. Mais, quoiqu'tis vivent de cette
manière, comme n'ayant pour ainsi dire
point de Foi, je doute
s'exprimât
proprement, en disant
qu'ils sont
Ta
Incrédules. Il seroit plus sûèr de les regarder comme ne songeant point à la
Religion 1 que comme y ayant renoncé;
et tout portés qu'ils seroient peut-être
à se croire des esprits forts, je penserois qu'il y a dans tout leur fait, à
cet égard, plus d'insouciance que d'abandon, et plus de libertinage que de
philosophie.
Ils ne cultivent pas davantage les
Belles-Lettres. Ce'n'est pas qu'iln'y ait
iei beaucoup de gens d'esprit : il est
même rare d'y trouver ce qu'on appelle
Religion 1 que comme y ayant renoncé;
et tout portés qu'ils seroient peut-être
à se croire des esprits forts, je penserois qu'il y a dans tout leur fait, à
cet égard, plus d'insouciance que d'abandon, et plus de libertinage que de
philosophie.
Ils ne cultivent pas davantage les
Belles-Lettres. Ce'n'est pas qu'iln'y ait
iei beaucoup de gens d'esprit : il est
même rare d'y trouver ce qu'on appelle --- Page 13 ---
sur St-Domingue:
3 ia
précisément des gens bétes. Mais les
affaires ou les plaisirs les détournent
de l'étude. Ils trouveroient même des
obstacles réels àsy appliquer. Premièrement, on ne pourroit lire ici autant
Europe, ni avec la même, atten-
; on seroit à
sûr
Scet
peu près
d'être
pris d'un violent mal de tête au bout
d'une heure ou deux d'une lecture sérieuse. En second lieu, 2 l'on ne peut
y conserver des'livres ; ilsy met, au
bout de fort peu d'années, 2 une sorte
de vers dont on n'a pas trouvé encore
moyen de,se garantir, et qui les gâtent
au point de ne pouvoir bientôt plus
s'en servir.
Il vient pourtant de s'établir une Imprimerie au Cap-François, et cet établissement a tout aussitôt donné naissance,
sous le nom de Gazette de St-Domingue, à une feuille périodique, que. celui
qui en est rédacteur 1 appareiment
faute de nouvelles ou de pièces
intéressantes. 2 n'a jusqu'à présent Elet
que des vers qu'on lui a adressés de
tous les coins de la Colonie. Il y en
a d'extrémement mauvais, et les meilleurs ne valent pas grand' chose ; ainsi
je ne vous en copierai aucuns.
Je ne m'étendrai pas davantage sur --- Page 14 ---
k Quelques détails sur
un
St-Domingue:
étudié pays que je n'ai point encore assez
pour en bien parler. Il Se
roit seulement
dans
pourque,
une de mes
donner premières lettres, je cherchasse à vous
une idée des femmes
bitent.
qui I'haFIN --- Page 15 --- --- Page 16 --- --- Page 17 ---
MATIÈRE 8. DESCRIPTION ET
RELATIONS DIVERSES.
OBJET 2.
DESCRIPTION
DE L'ISLE
DE SAINT-DOMINGUE, --- Page 18 --- --- Page 19 ---
a 52
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DESCRIPTION
DE L'ISLE
DE SAINT-DOMINGUE
'Aux Cayes-Saint-Louis, dans Pile
de Saint-Domingue,
EN DÉ CEMB RE 1764.
Vous qui, bien mieux
Cythérée,
A Paphos donneriez des as ;
Vous que l'amour eût préférée
A la beauté dont il fit choix;
vous, enfin, Mademoiselle., car je ne
connois rien d'aimable dont votre nom 1
ne rappelle le souvenir ; vous me demandez le tableau de cette ile; vous
(I) A Mademoiselle Vicaire 9 de Caen ;
devenue, depuis, M,me Le Douls de la Fayerie.
CEMB RE 1764.
Vous qui, bien mieux
Cythérée,
A Paphos donneriez des as ;
Vous que l'amour eût préférée
A la beauté dont il fit choix;
vous, enfin, Mademoiselle., car je ne
connois rien d'aimable dont votre nom 1
ne rappelle le souvenir ; vous me demandez le tableau de cette ile; vous
(I) A Mademoiselle Vicaire 9 de Caen ;
devenue, depuis, M,me Le Douls de la Fayerie. --- Page 20 ---
Description
exigez méme que j'entre dans le détail
du genre de vie qu'on y mène.
Vous exigez : amour veut. Il menace ;
Il m'encourage. II faut vous contenter.
Phébus en vain prétendroit zésister :
Est-il besoin des secours du
Quand par l'amour on se sent VPemtns assister
Ma description va détruire l'idée que
vous avez de ce séjour. Mais ne soyez
point surprise de vous en être formé
une image agréable. Mille choses que
vous en avez pu entendre dire, étoient
bien propres à vous prévenir favorablement. Ici,
Un sol riche et fécond, par son suC nourrissant,
Répare Sur larbre incessamment Pherbe qui le colore.
toujours vert, la Aleur qui vient d'éclore
Ombrage le fruit mdr près du fruit mdrissant.
C'est le jardin des Hespérides ;
Mais prodigues de leurs trésors,
Laissant aux bras vaillans 2 laissant aux mains
timides,
Sans combats ni dangers, cueillir leurs pommes
d'or.
Nos bois en sont pleins ; et nos haies
ne sont guère formées que de citronniers. On voit. aussi dans nos, jardins
des orangers mélés avec d'autres arbres
fruitiers ; également chargés, en- tout
temps de fleurs et de fruits. Mais com- --- Page 21 ---
de St-Domingue.
ment vous peindre ces derniers ? comment vous décrire leurs productions ?
Que dire du Sapotillier 9
Du Mariocolis et du Corosollier P
Pour une oreille délicate 9
Quel nom
celui de Patate !
Et quel est T hardi rimeur 2
Un peu jaloux de son honneur,
Qui ne frémisse des entraves
Qu'onrencontre en cherchant une rime à Goyaves?
Il est pourtant dans nos vergers
Des arbres dont les noms vous sont moins
Tels sont étrangers. l'avocatier, cher aux meilleures tables;
Le Pommier-Acajou ; l'immense Abricotier.
Mais entre les plus remarquables, 9
Tel est surement le figuier,
Dont Eve se couvrit, honteuse d'être nue a
Après qu'elle-méme déçue
Par un serpent malin, à nous nuire excité,
Elle eut tenté le premier homme, 2
Et perdu, pour manger une maudite pomme,
Le Paradis terrestre et l'immortalité.
Ce n'est point du Figuier qui croit en
Europe que je veux parler : les feuilles
du nôtre ont quatre ou cinq pieds de
longueur, sur un au moins de largeur.
Son fruit, qu'on nomme Figue-banane,
diffère en tout de la figue de France;
de sorte qu'il n'y a que le nom de
commun entre le figuier de ce pays et
le vôtre.
Et perdu, pour manger une maudite pomme,
Le Paradis terrestre et l'immortalité.
Ce n'est point du Figuier qui croit en
Europe que je veux parler : les feuilles
du nôtre ont quatre ou cinq pieds de
longueur, sur un au moins de largeur.
Son fruit, qu'on nomme Figue-banane,
diffère en tout de la figue de France;
de sorte qu'il n'y a que le nom de
commun entre le figuier de ce pays et
le vôtre. --- Page 22 ---
D -
Description
La Sapotille est de la couleur et de
la grosseur de la Reinette grise ; mais
elle a plus de saveur que quelque
pomme que ce soit, et est plus fondante que la pêche même.
La Goyave, sans avoir la forme du
coing, en a presque le goût et les propriétés.
L'arbre qu'on nomme ici Abricotier;
et le fruit qu'il porté 2 ne ressemblent
en rien à ceux qu'on connoît en France
sous le même nom. Les abricots de
ce pays sont gros comme la tète, et
ont, deux noyaux sans amande, tous
deux de la grosseur du
La
chair de ce fruit se détache poing. difhcilement; elle a beaucoup de parfum : assez
ordinairement on se contente de la
mâcher sans l'avaler. L'excellente liqueur 7 nommée Créole, dans la composition de laquelle on fait entrer la
fleur de ce fruit, en rappelle parfaitement le gout. L'Abricotier est d'ailleurs un des plus beaux arbres qui soient
au monde, plus élevé, mieux arrondi
et d'un plus beau vert que le plus beau
noyer.
La Pomme-d'acajou est rouge ou
jaune, pleine d'eau, d'un gout
et a, pour se reproduire, au lieu àpre, de
'excellente liqueur 7 nommée Créole, dans la composition de laquelle on fait entrer la
fleur de ce fruit, en rappelle parfaitement le gout. L'Abricotier est d'ailleurs un des plus beaux arbres qui soient
au monde, plus élevé, mieux arrondi
et d'un plus beau vert que le plus beau
noyer.
La Pomme-d'acajou est rouge ou
jaune, pleine d'eau, d'un gout
et a, pour se reproduire, au lieu àpre, de --- Page 23 ---
de St-Domingue:
pepins, une sorte de grosse fève ou
de petit marron, qu'on nomme Noixd'acajou. C'est cette noix qu'on estime
le plus dans ce fruit, en dehors et audessous duquel elle est attachée. Ce
qu'elle renferme est excellent à manger; ; mais sa coque porte une huile
corrosive qui bràleroit les lèvres et les
gencives, si on s'avisoit d'y, porter les
dents. Il faut ouvrir la Noix-d'acajou
avec un couteau, et avoir attention que
l'huile de la coque ne se répande pas
sur le cerneau qu'on en tire. On ne
doit point confondre le Pommier-acajou
celui-ci
avec l'Acajou proprement dit;
ne porte point de fruit et on ne lemploie
menuiserie.
Re a la forme et la grosseur
d'une belle poire. Sa peau, verte ou
violette, se détache quand le fruit est
mûr, et laisse à découvert une chair
jaunâtre qui a le gout de la noisette
et la consistance du beurre.
Voilà quels sont nos principaux fruits.
Nous enavons beaucoup d'autres ; mais
il me paroit inutile de vous en faire
la description.
Nos forêts, au premier coup-d'ceil;
ne vous paroitroient pas moins agréables que nos vergers. On n'en voit point
--- Page 24 ---
IO
Description
dans les plaines susceptibles de culture;
qui presque par-tout ont été défrichées.
Mais elles courounent nos
et renferment, outre beaucoup montagnes d'orangers qui, comme je l'ai déjà dit,
croissent naturellement, les arbres dont y
on recherche le plus en Europe le bois
ou les productions.
Ces magasins de Ia nature
Sont pour les habitans de ces bords écartés,
Une source abondante et sure
De biens en d'autres lieux à grand prix achetés.
D'innocens Une
animaux y trouvent leur pâture.
écorce, que l'art rend propre à leur
S'y vient offrir à nos beautés.
parure,
Pour calmer les ardeurs d'une fièvre
La Casse y fait mirir sa moëlle
bralante,
Le Palmier, jusqu'au ciel élevant bienfaisante. ses
Y semble offrir aux Dieux le lait de ses rameaux, Cocos.
LA Dont croût le le bois Bois-de-fer; nom que reçut un arbre
est plus dur et plus lourd
le
marbre.
que
Et C'est-là parmi ceux encor gui sy font
le
remarquer 9
Contre le puedr Gayac fournit sa gomme utile
Le Peuple dur vengeur et her qui dont se vit attaquer
De-là se tire, enfin,
dépeupla cette Ile.
PAcajou moucheté
Que TAnglois arrondit en tables pour le thé.-
Je ne dois point oublier le Mancenillier 1 dont on peut également faire
de fort beaux meubles, et
une pomme aussi agréable à la qui vue porte
que
le
remarquer 9
Contre le puedr Gayac fournit sa gomme utile
Le Peuple dur vengeur et her qui dont se vit attaquer
De-là se tire, enfin,
dépeupla cette Ile.
PAcajou moucheté
Que TAnglois arrondit en tables pour le thé.-
Je ne dois point oublier le Mancenillier 1 dont on peut également faire
de fort beaux meubles, et
une pomme aussi agréable à la qui vue porte
que --- Page 25 ---
de St-Domingue.
'II
la pomme d'api; mais qui est si dangereux, qu'on ne peut l'abattre ou le
mettre en ceuvre lorsqu'il est encore
frais, sans. de grandes précautions, de
crainte d'en faire jaillir le suc
bràleroit
vif les
corps
jusqu'au
parties
auxquelles il auroit touché. On mourroit dans des douleurs affreuses si on
en avaloit le fruit, et l'ombre même
du Mancenillier est nuisible après un
orage.
Vous vous attendez bien sans doute
que j'entrerai dans quelque détail sur
cet autre arbre que yai dit que nos
femmes avoient trouvé le secret d'employer. à leur parure. On le nomme
Bois-dentelle 1 parce qu'effectivement
les différentes feuilles de son écorce
sont comme un véritable point qu'on
peut, selon la broderie qu'on y ajoute,
faire ressembler à quelque espèce de
dentelle que ce soit. Mais dois-je vous
parler d'ajustemens, 1 à vous qui,
la
la
recherchée, ne
ILReE
parure
plus
que nous dérober quelques-uns de vOS
charmes naturels : vous qui embellissez
tout ce qui est fait pour donner de
l'éclat aux autres.
Une singularité de cette ile, longue
d'environ cent soixante lieues, sur une --- Page 26 ---
Description
trentaine de largeur, c'est qu'elle ne
renfermoit aucune espèce de quadrupèdes ; car on ne sauroit appeler ainsi
trois ou quatre sortes de petits animaux,
dont le plus gros ne l'est pas plus qu'une
marmote 2 et qui sont les seuls que les
Espagnols y aient trouvés, et que les
naturels du pays y connussent; les chevaux, les boeufs, les moutons et les
autres bestiaux qu'on y voit aujourd'hui
y ayant été apportés d'Europe.
L'accès de nos forêts est très-difficile, Plusieurs sortes de plantes qu'on
nomme Lianes 2 toutes plus grosses et
plus fortes que VOS lierres, y entrelacent lés arbres de cent manières différentes ; s'accrochant à tout ce qu'elles
rencontrent, embrassant tout ce qu'elles
atteignent, montantjusqu'aux branches
les plus élevées, passant de là à de nouveaux rameaux, ou retombant
terre pour y prendre racine, et jusqu'à
duire ainsi de nouvelles plantes pros'attachent, s'entortillent, s'élèvent, ut
cendent et se renouvellent de la même
manière : ce qui en mille endroits forme
entre les différens arbres des barrières
aussi difficiles à rompre que l'aspect en
est varié et bizarre.
Mais lorsque le besoin ou seulement
usqu'aux branches
les plus élevées, passant de là à de nouveaux rameaux, ou retombant
terre pour y prendre racine, et jusqu'à
duire ainsi de nouvelles plantes pros'attachent, s'entortillent, s'élèvent, ut
cendent et se renouvellent de la même
manière : ce qui en mille endroits forme
entre les différens arbres des barrières
aussi difficiles à rompre que l'aspect en
est varié et bizarre.
Mais lorsque le besoin ou seulement --- Page 27 ---
de St-Domingue.
la curiosité portent à surmonter ces obstacles, la vue des riches tableaux qu'on
rencontre, et les autres sensations qu'on
éprouve, font bientôt oublier la peine
qu'on a eue à pénétrer dans ces vastes
retraites.
Tantôt en voyant la beauté et l'abondance des fruits, la force des arbres,
l'épaisseur de leur feuillage; à l'air frais
qu'on respire ; au parlum
lent les Orangers 2 les Citronniers
ER
mille autres plantes aussi odoriférantes,
on se représente ccs premiers temps oà
la nature 2 sortant d'ètre animée par le
Créateur, 7 étoit dans toute sa force et
dans toute sa magnificence: Mais aussi
quelquefois
Lorsqu'au milieu d'arbres sans nombre,
Sc croisant de leurs bras nerveux,
On se sent pénétrer. sous cette voûte sombre,
Du sentiment religieux
Qu'inspirent le silence et l'épaisseur de Pombre;
Voyant autour de soi mille effets désastreux
Du temps 7 qui sourdement exerce son ravage;
Ou des noirs ouragans 2 dont le cours ruineux
Renverse tout sur leur passage.
On croit toucher à ces momens affreux
d
Oit, loin de son orbe entrainée,
Notre Planète infortunée
Rentrera dans le sein du chaos ténébreux.
Les traces de ces destructions ne sau- --- Page 28 ---
Description
roient être plus fortes, ni plus diverses.
Ici, d'immenses colonnes 2 formées
des lianes qui, après avoir détruit, par à
force de les presser, les arbres auxquels elles s'étoient
attachées, 9 se sont
étouffées
elles-mémes, penchent, et de
tous côtés semblent prêtes à vous écraser.
Là, des arbres d'une grandeur dérnesurée, arrachés et entrainés par les vents
et les orages, sèchent, étendus sur le
penchant des
montagnes, 9 loin du sol
qui les portoit depuis tant de siècles.
Plus loin encore, 1 attirés par le bruit
d'une onde qui se précipite,
Voulant suivre le cours de ce torrent fougueux,
Qui par son choc impétueux
Détruisit dés long-temps toutes ses barricades
On le voit s'abymer en des antres
D
D'ot son Rot réjaillit et retombe en profonds, cascades
Jusques dans le creux des vallons.
L'oeil s'arrête à la fin sur des rochers
Que le temps détacha de la cime des énormes, 9
Et
roulés au sein de ces humides monts, 9
Les tat par-tout de leurs masses informes. fonds,
Dans ces lieux écartés, l'ame ne pent
supporter long-temps l'effroi dont elle
elle est saisie $ et la vue fatiguée demande également à se reposer sur des
objets plus riants. Heureusement, sans
sortir des mêmes forêts, mais près d'une
à la fin sur des rochers
Que le temps détacha de la cime des énormes, 9
Et
roulés au sein de ces humides monts, 9
Les tat par-tout de leurs masses informes. fonds,
Dans ces lieux écartés, l'ame ne pent
supporter long-temps l'effroi dont elle
elle est saisie $ et la vue fatiguée demande également à se reposer sur des
objets plus riants. Heureusement, sans
sortir des mêmes forêts, mais près d'une --- Page 29 ---
de St-Domingue.
eau'plus calme, ou dans des bois moins
épais,
Les habitans ailés de ce séjour sauvage
Y viennent étaler aux ycux
Les richesses de leur plumage.
L'éclat en est si merveilleux,
Qu'il scmbleroit que la nature
Edt pris plaisir à former leur parure
Des matières du
grand prix.
L'Amétiste, l'Azur,, P Saphir, le Rubis,
Et l'Emeraude la plus pure
Sont prodigués sur leurs habits.
L'oeil enchanté
les admire
Ne fut jamais frappé A plus vives couleurs;
Et Pémail des oiseaux chez nous pourroit se dire,
. Comme chez vous on dit lémail des fleurs.
Le Perroquet, le Colibri, l'Oiseaumouche, le Flamant, le Caleçon-rouge
en sont les principales espèces 1 et sont
très. - communs 1 excepté le Flamant,
qui est plus aquatique que terrestre.
Celui-ci, blanc comme un Cigne en
naissant, ne tarde pas à être couleur
de rose. 1 et il devient, en achevant de
se former et après avoir ainsi passé par
toutes les nuances du rouge, d'une couleur de feu très-vive, qu'il garde sans
altération jusques à la fin de sa vie. Il
a cela de commun avec une fleur de
ce pays, qu'on nomme Rose de Jéri
cho, avec cette différence que les muta-: --- Page 30 ---
Description
tions de celle-ci se font en un seul jour
soit qu'on la cueille, soit sur la plante
même, de manière qu'éclose toute blanche au matin, elle est couleur de rose
à midi, et d'un rouge très-foncé sur
le soir.
Vous connoissez le Perroquet. Nous
n'en avons que de verts ; les gris viennent de la côte d'Afrique. Mais 2 ce
que vous ne connoissez pas, parce qu'on
ne peut le transporter, c'cst ce qu'on
appelle ici Perroquet de tepre. Cet
oiseau, qui n'est pas plus gros que le
pouce, 2 est admirable par sa petitesse
même, par le beau vert qui le couvre,
et par le nid qu'il fait dans la terre 9
en ia creusant avec le bec qu'il a pointu,
à la différencc des autres Perroquets.
Comment du Colibri décrire la merveille ?
Se nourrissant comme l'Abeille,
Quoique plus aimable en ses moeurs 2
Il ne vit que du suc des fleurs.
Telle qu'on vous verroit, Lucie,
Assise en un joyeux festin,
Avec grâce armer votre main
D'une coupe à moitié remplie
De muscat ou de malvoisic;
Promener d'abord sous vOS yeux
Ce breuvage délicieux;
Puis, par sa couleur enhardies.
Le flairer avec volupté;
Le reporter avec vivacité
veille ?
Se nourrissant comme l'Abeille,
Quoique plus aimable en ses moeurs 2
Il ne vit que du suc des fleurs.
Telle qu'on vous verroit, Lucie,
Assise en un joyeux festin,
Avec grâce armer votre main
D'une coupe à moitié remplie
De muscat ou de malvoisic;
Promener d'abord sous vOS yeux
Ce breuvage délicieux;
Puis, par sa couleur enhardies.
Le flairer avec volupté;
Le reporter avec vivacité --- Page 31 ---
de St-Domingue.
17.
Dessous vOs paupières mi-closes, 2
Et pour dernier emportement,
D'une ou deux gouttes seulement
En mouiller vos lèvres de roses :
Tel lc plus charmant des oiseaux,
Quand son appétit se réveille, rians berL'appaise entre des fleurs 2 sous de
ccaux 2
vermeille.
Au sein de la plus fraîche ou de la plus
Voltigeant à lentour, comme un léger zéphir,
On diroit qu'à la voir il borne son desir;
Et la suçant avec délicatesse,
Il paroit bien moins s'en nourrir,
Qu'il ne semble qu'il la caresss.
Plus petit que le Perroquet de terre ;
le Colibri est encore plus richement
vêtu. Toute sa robe est d'une moire
verte et or, à Texception des plumes
de la gorge, qui, également dorées à
l'extrémité, sont d'un fond violet.
L/Oiseau-mouche, plus petit encore,
a le corps paré des mêmes couleurs ;
mais sa gorge est grise et n'est point
dorée.
Le Caleçon-rouge, enfin, espèce de
Merle, dont Ia partie supérieure du
corps est noire 9 a effectivement toute
l'iniérieure écarlate : tel est à peu près
Pantalon à la comédie italienne.
Ce pays doit vous paroitre charmant.
Des oiseaux ravissans par leurs couleurs; --- Page 32 ---
Description
une verdure éternelle ; des arbres en
fleur, 9 chargés de fruits en même
temps: : tout cela vous enchante. Ajoutez-y que dans cette ile,
Jamais une voute de glace
Ne cache le courant des eaux; :
Nul tapis de neige n'efface
L'aspect varié des coteaux.
Toujours fraiche, toujours vermeille,
L'aurore amortit au matin
L'ardeur dont les fcux de la veille
Avoient embrasé le terrain.
Vainqueur des plus épais
Et quelquefois couvert, mais jamais nuages, obscurci,
Phébus en un instant dissipe des orages,
Par qui tout l'air est rafraîchi.
Point de jour où ce Dieu, de ses flammes puissantes 3
N'adoucisse Phorreur des
sombres forêts;
Point de nuit où le Ciel TRLLe les guérets
Du feu de ses lampes errantes.
Les laissant se guider à ces clartés
On ne renferme point sous de tristes brillantes, abris
Ni le boeuf mugissant, ni la douce brebis.
L'étable du cheval est la verte savane (1);
Le Nègre même à sa cabane,
Quand ses sens à l'amour ne sont point asservis,
Préfère le couvert des célestes lambris ;
Et quoique
l'intempéranee
Et par la Teaitades affoiblis, 3
C'est bien moins par besoin que par magnificence,
(r) Nom du terrein réservé au
de chaque habitation,
paturage
, abris
Ni le boeuf mugissant, ni la douce brebis.
L'étable du cheval est la verte savane (1);
Le Nègre même à sa cabane,
Quand ses sens à l'amour ne sont point asservis,
Préfère le couvert des célestes lambris ;
Et quoique
l'intempéranee
Et par la Teaitades affoiblis, 3
C'est bien moins par besoin que par magnificence,
(r) Nom du terrein réservé au
de chaque habitation,
paturage --- Page 33 ---
de St-Domingue.
Et peut-étre un peu par décence, habits.
Que les Blancs portent des
N'est-il pas vrai que vous voudriez
pouvoir vous transporter tout d'un
dans un climat
paroit si
femncott
qui
Hé bien! je vais acheyer ma peinture,
et vous jugerez ensuite lequel, de ce
pays ou du vôtre, mérite la préférence.
Vous vous plaignez sans doute de
ce que l'inégalité des saisons vous empêche de jouir en tout temps, comme
nous + des beautés de la campagne. Mais
quels dédommagemens la ville ne vous
offre-t-elle pas de cette unique privation!
Axembleinembreuxes, grands soupers,
bals, concerts, spectacles, sans compter le plaisir réel qu'on prend à se
chauffer. Vous n'éprouvez pas du moins
les dégotts de T'uniformité. Les ravages
Fhiver fait dans vOS campagnes
que rendent
encore les
vous
plus précieuses
richesses dont elles se couvrent pendant
l'été; et bientôt, réparant toutes YOS
pertes 9
Phébus au haut de sa carrière
Vient par ses feux vous ranimer.
A voS yeux la nature entière
Semble renaître pour aimer.
Flore, Cérès, Bacchus, Pomone --- Page 34 ---
Description
Règnent tour à tour - dans vOS champs.
Pendant neuf mois tout se couronne
De leurs magnifiques présens.
Vous jouissez, à leur naissance,
De l'espoir de les recueillir ;
Mirs, ils vous donnent l'abondance ;
Et, viennent-ils à défaillir,
Les renfermant avec prudence,
Ces soins de votre prévoyance
Sont pour vous un nouveau plaisir.
Mais, sous cette zône brdlante
On est peu sensible à ces dons;
Et la chaleur qui nous tourmente
Nous fait regrelter vOS glaçons.
Les forêts, quand même l'abord en
seroit plus facile, ne pourroient être
pour nous un asile habituel, l'air y
étant on ne peut pas plus mal sain.
Du bord de plusieurs ruisseaux -
dont la fraicheur et la limpidité invi- 9
teroient à s'y baigner, sortent, sous le
nom de Caymans, de véritables Crocodiles qui; quoique moins déliés
ceux d'Egypte, ne seroient pas moins que
dangereux.
Nous ne profitons point de Ia fraicheur des soirées et des nuits, comme
vous faites en France pendant les grandes chaleurs : le serein plus nuisible
ici que par-tout ailleurs 2 occasionne
les plus grandes incommodités à ceux
la limpidité invi- 9
teroient à s'y baigner, sortent, sous le
nom de Caymans, de véritables Crocodiles qui; quoique moins déliés
ceux d'Egypte, ne seroient pas moins que
dangereux.
Nous ne profitons point de Ia fraicheur des soirées et des nuits, comme
vous faites en France pendant les grandes chaleurs : le serein plus nuisible
ici que par-tout ailleurs 2 occasionne
les plus grandes incommodités à ceux --- Page 35 ---
de St-Domingue.
qui
exposent, et donne même souvent E maladies mortelles.
Ces oiseaux qui charment la vue, ou
sont criards comme la Corneille, 1 ou
n'ont qu'une voix sourde, tenant plus
du bourdonnement que du chant. Il en
est un pourtant, très-commun quant au
plumage,
a bien voulu ici appeler
EE
Comme un enfant nomme trompette
Son grèle et fréle chalumeau, Parc
Ou bien comme un Gascon nomne
et
Château
Son jardin et sa maisonnette.
Presque tous les arbres qui, à la
vérité, sont sauvageons 1 et qu'on n'a
point essayé d'améliorer en les greffant,
si tant est qu'ils soient susceptibles de
cette culture, , portent des fruits d'une
acidité insoutenable, ou d'une fadeur
dégoûtante. Nous n'avons pour nous
rafraichir 2 ni pêches 2 ni poires 2 ni
aucun de VOS autres bons fruits de France.
On ne Sait ici Ce que c'est que neige
et que glace ; de sorte que la limonade,
Teau de Tamarin et les autres boissons
de cette espèce, dont s'inondent ceux
qui n'ont pas encore fait un long
séjour dans ce pays, semblent plutét --- Page 36 ---
Description
irriter qu'éteindre la soif qui les consume.
Enfin, mille insectes, mille reptiles
nous font une guerre continuelle, Je
conviens que la piqàre d'aucun de ces
animaux, même des serpens de différente espèce, dont ce pays fourmille,
n'est mortelle mais ne suffit-il
pour se plaindre, que ces msutese ?
quelquefois accompagnées de fièvre 5
soient toutes du moins ou douloureuses
ou l'on ne peut pas plus incommodes?
Une société seroit-elle supportable, par
la raison qu'il ne s'y trouveroit point
d'assassins, si elle n'étoit d'ailleurs composée que d'hommes méchans ou manquant absolument de discrétion P De
tant d'animaux incommodes, je ne vous
parlerai que de la Chique, espèce de
puce 2 qui entre dans la chair des pieds,
Sy nourrit, y, dépose ses ceufs, et qui
y feroit les plus grands ravages, si la
démangeaison qu'elle y cause au bout
d'un ou deux jours 2 n'avertissoit de
I'en rotiror : opération facile et
n'est pas de Negre qui ne sache faire, qu'il
en s'aidant seulement de la pointe d'une
épingle. On raconte qu'un Capucin eut
l'idée de porter jusqu'en France une
Chique qu'il avoit déjà au pied quand
-
rit, y, dépose ses ceufs, et qui
y feroit les plus grands ravages, si la
démangeaison qu'elle y cause au bout
d'un ou deux jours 2 n'avertissoit de
I'en rotiror : opération facile et
n'est pas de Negre qui ne sache faire, qu'il
en s'aidant seulement de la pointe d'une
épingle. On raconte qu'un Capucin eut
l'idée de porter jusqu'en France une
Chique qu'il avoit déjà au pied quand
- --- Page 37 ---
de St-Domingue.
1-s'embarqua. Il paya cher cette sotte
fantaisie : la plaie que lui fit ce petit
animal empira si fort pendant la traversée ,
1 pour lui sauver la vie :
on fut Sorat de lui couper la jambe,
Voilà déjà de quoi vous faire rabattre
considérablement de l'opinion avantageuse que vous aviez pu prendre de
ce pays. Que sera-ce quand je vous
dirai à quels dangers la vie même y est
exposée ?
Des humains mortelle ennemie, 2
Et plus cruelle encor que le Dieu des combats,
L'inévitable maladie
Atteint de ses cent bras
Tous ceux que Pintérêt, le devoir 2 la folie
Arrachent, pour ces bords, à de plus doux climats.
Quelques-uns, il est vrai, trompant sa barbarie hélas 1 3
Résistent à ses coups; mais ils semblent,
Moins rendus à la vie,
Que réduits à languir aux portes du trépas,
Non-seulement les Européens qui abordent à St-Domingue, mais les Créoles
même quiy revicnnent après une lonabsence, éprouvent les influences
gue de cet air meurtrier. On dit de ceux
qui réchappent de l'attaque qu'ils en
essuyent à leur arrivée 1 qu'ils ont payé
le tribut. Mais s'il est vrai qu'on soit
moins sujet alors à d'aussi violentes --- Page 38 ---
Description
secousses 2 il n'est du moins point de
jour, sous ce Ciel de fer, où l'on jouisse
d'une santé parfaite, et où l'on ne ressente quelque incommodité. Votre sexe
a, de ce côté, un grand avantage sur
le nôtre en ce pays. Les femmes y sont
rarement malades, et elles y vivent ordinairement plus long-temps que les
hommes ; aussi rien n'est plus commun
que d'y voir des femmes à leur second
ou- à leur troisième mari, tandis qu'il
est bien rare qu'un homme y passe à
de secondes nôces.
Parlons actuellement des habitans de
cette - ile. Vous savez que Christophe
Colomb, qui le premier fut à la recherche d'un nouveau Monde 2 dont
ses méditations lui avoient fait
çonner l'existence, est aussi le premier soupÉuropéen qui soit descendu à St-Domingue. L'espoir rd'y recueillir de grandes richesses 2 qui s'étoit joint aux motifs de gloire qui le portèrent à cette
grande entreprise, fut justifié par l'immense quantité d'or que lui apportèrent
les naturels du pays; peuple doux et
hospitalier,
Ces hommes nouveaux, étonnés à Ia
vue des vaisseaux d'Europe, qu'ils crurent être des maisons ailées, et cffrayés
du
uropéen qui soit descendu à St-Domingue. L'espoir rd'y recueillir de grandes richesses 2 qui s'étoit joint aux motifs de gloire qui le portèrent à cette
grande entreprise, fut justifié par l'immense quantité d'or que lui apportèrent
les naturels du pays; peuple doux et
hospitalier,
Ces hommes nouveaux, étonnés à Ia
vue des vaisseaux d'Europe, qu'ils crurent être des maisons ailées, et cffrayés
du --- Page 39 ---
de St-Domingue:
de la flamme et des effets
du bruit,
du trait invisible des
violens et rapides
armes à feu, prirent les Espagnols pour
des Dieux.
Tranquilles dans leur hémisphère,
Ces bonnes gens ne pensoient pas
Que nous eussions un même père.
Et nous, s qui ne portions nos pas
Dans ces régions étrangères,
Que
des biens imaginaires,
Dont Pdeme ne faisoient aucun cas, hélas !
Nous fimes peu touchés,, trouver des frères.
4 Du bonheur e
d'y
Transplantés, on ne sait comment, dans
à des centaines de lieues de
cette ile,
avoir
ils sembloient
notre Continent, entre leurs meurs et les
voulu mettre
nôtres 2 une différence proportionnée
à Yétendue de mer qui nous séparoit
déjà. On n'auroit pas moins, pu les
distinguer de nous par la figure que
Leur vie même *
par. : les habitudes. avoit des bornes enquant à la durée,
la
et;
core. plus resserrées que
nôtre, avoit
jusqu'aux passions, tout,en eux
dégénéré.
Un rouge obscur coloroit leur visage.
L'homme, chez eux, n'avoit pas au menton
Cette forte et mâle toison
Qui parmi nous le. dédommage 3 --- Page 40 ---
Description 3
Des charmes plus touchans que Ia femme edt
en don.
L/amour qui, pur sa frénésie, donne tant de soin,
Ses caprices, 2 ses jeux, nous
Exempt pour eux de jalousie,
D'humeur et, de coquetterie,
Leur étoit à peine u besoin.
Pleins de paresse et d'ignorance ;
Sans desirs et sans prévoyance, 2
Ils n'étoient point ambitieux,
Point inquiets,, point envieux; de la terre
Et, sans la déchirer, climat recèvant cultivoit pour eux,
Les fruits que le
y
sans
Sans procès, sans noise 2 du guerre,
le maître' tonnerre
Ils ne fatiguoient clameurs, point ou d'inutiles voeux.
Par d'injustes
-
Vous êtes instruite de Finhumanité
envers des hommes si
des Espagnols
renpaisibles. Ils: commencèrent parles à
dre esclaves, et ne tardèrent pas, traiforce de massacres ou de mauvais de
temens, à les détruire entièrement;
sorte qu'il ne reste pas même aujourd'hui
d'indice, sur cette terre, d'une population de deux millions d'hommes qui
lorsque les Espagnols la
la couvroient,
reconnurent-et s'y établirent.
Ces maîtres cruels ne tardèrent pas
recevoir le châtiment dû à tant de
à
forfaits. Ils. avoient chargé plusieurs
vaisseaux de Tor qui se: trouve en: abondance dans les montagnes-de St-Do=
à les détruire entièrement;
sorte qu'il ne reste pas même aujourd'hui
d'indice, sur cette terre, d'une population de deux millions d'hommes qui
lorsque les Espagnols la
la couvroient,
reconnurent-et s'y établirent.
Ces maîtres cruels ne tardèrent pas
recevoir le châtiment dû à tant de
à
forfaits. Ils. avoient chargé plusieurs
vaisseaux de Tor qui se: trouve en: abondance dans les montagnes-de St-Do= --- Page 41 ---
de S1-Domingue:
mingue - : la moitié de ces trésors et de
leurs féroces conducteurs fut engloutie
la mer. Mais une punition plus
par terrible encore 2 et dont devoient se
ressentir tous les autres Peuples, les
attendoit dans les maladies, les,guerres
furent les suites
et Ia dépopulation, 2 qui
de la découverte du Nouveau-Monde.
Répandus sur toutes les. çôtes de l'ile,
les Espagnols furent bientôt attaqués et
constamment: vainçus par les Flibustiers,
les chassèrent d'une partie de ces
qui
établissemens.
premiers
raconte de
Tout - ce que l'antiquité n'a rien
ses plus fameux Héros;
qui
la valeur dont cette Miliee ;
surpasse de pirates, d'aventuriers et
composée de bandits de toutes sortés de Nations,
a donné l'exemple.
Si dans la nuit des temps.leurs noms se sont
" Si perdus, le Styx 2. les a confondus
31 Avec ceux de Pobscur Vulgaire 9
Sans doute jusqu'à nous ils seroient parvénus, >.
Si ces. Achilles inconnus: Homère,
Avoient pu trouver. un
L
Acharnés et cruels seulement envers
leurs :
ennemis 1 et infatigables à les
les Flibustiers offrent d'ailpoursuivre, --- Page 42 ---
Description
leurs le parfait modèle de la
lité et de la bonne
cordiahommes devroient intelligence dont les
les autres, et qu'il user faudroit les uns envers
voir
du moins
entr'eux régner, sur ceux qui ne forment
qu'une même société, Les' baraques qu'ils avoient construites de disleurs tance en distance, pour s'y délasser de
courses et de leurs combats, toujours ouvertes, étoient
de
et de hardes qu'aucune rémplies clef
vivres
moit, et dont chacun d'cux ne usoit renferson besoin: Ils ne reconnoissoient selon de
chef
lorsqu'ils alloient en
Le pler brave alors et le plus guerre.
menté étoit, nommé
expérichacun lui obéissoit avec Commandant; une soumission et
entière, rité née ne redoutant point une autode la confiance, 2 et finissant
donné toujours lieu avec à
T'expédition qui avoit
l'établir.
5 On assurer que, dans ces premiers
voient temps, quelques femmes qui se trouparmi eux ne troubloient
leur union, et ne vivoient. pas moins point
d'accord entr'elles; et lon en donne
pour preuve ce bon- mot d'une des'plus
anciennes qui, au sujet de quelques disputes que f'amour avoit fait naitre
le quartier qu'elle
dans
habitoit, se mit à dire:
finissant
donné toujours lieu avec à
T'expédition qui avoit
l'établir.
5 On assurer que, dans ces premiers
voient temps, quelques femmes qui se trouparmi eux ne troubloient
leur union, et ne vivoient. pas moins point
d'accord entr'elles; et lon en donne
pour preuve ce bon- mot d'une des'plus
anciennes qui, au sujet de quelques disputes que f'amour avoit fait naitre
le quartier qu'elle
dans
habitoit, se mit à dire: --- Page 43 ---
de St-Domingue.
Mais, mon Dieu, voyez quelle rage ! -
Prendre de Phumeur en aimant !
De mon temps on étoit plus sage;
On vivoit cordialement.
Nous étions trois 2 pas davantage ;
Nos hommes étoient bien cinq cent :
Et tout le monde étoit content.
Les Flibustiers S 9 après s'être ainsi
établis sur quelques points des côtes de
T'ile, se donnèrent à la France. Ils voulurent peupler et cultiver les terres
qu'ils avoient conquises avec tant de
valeur. On leur envoya des femmes
pour aider à ces trois excellentes citoyennes qui, quelque bonne volonté
qu'elles eussent, n'auroient pu suffire
à des hommes dont le nombre augmentoit chaque jour. Voilà comment s'est
formée la Colonie la plus riche que
les François possèdent en Amérique -
et celle de toutes qui leur a le moins
coûté à établir. Le Cap-Frangois en
est la capitale, 5 commc la ville de SanDomingo l'est de la partie dont les Espagnols sont restés maitres ; partie qui,
outre la grande moitié des côtes, comprend presque tout l'intérieur du pays;
ce qui n'empèche pas que la nôtre ne
soit la plus florissante 7 par la manjère
supérieure dont clle est cultivée. --- Page 44 ---
Deseription
Vous concevez l'espèce d'éducation
qu'auroient
donner à des enfans
une troupe L brigands, Anglois, Flamands, Normands ou Gascons. Aussi
les plus sages prirent la
de faire élever les
précaution
leurs en France, Un
soin si nécessaire , et d'un autre côté
le commerce perpétuel de la Colonie
avec la France, l'aisance dans
se trouvèrent bientôt les Colons laquelle les
établissemens et les mariages
; formèrent dans le pays les
que
les Intendans, les Officiers Gouvemeurs, des
les Magistrats et les autres troupes,
de toute espèce,
le
employés
ft
9 que
Gouvernement
y
passer ; tout cela a contribué
à introduire la politesse dans lile, et
à faire des habitans de
un véritable peuple de SL-Domingue
quelques particularités
François 9 à
près, qui distinguent encore ceux-ci des François
d'Europe.
En France lon tire avantage
De Péclat du sang, du
Du savoir, des biens ou courage, du
Mais pour se croire un
rang;
Laissant-là tout cet
personnage,
. Il suffit ici d'être BLANC: dtalage,
C'est le titre par excellence, BLANC et
à introduire la politesse dans lile, et
à faire des habitans de
un véritable peuple de SL-Domingue
quelques particularités
François 9 à
près, qui distinguent encore ceux-ci des François
d'Europe.
En France lon tire avantage
De Péclat du sang, du
Du savoir, des biens ou courage, du
Mais pour se croire un
rang;
Laissant-là tout cet
personnage,
. Il suffit ici d'être BLANC: dtalage,
C'est le titre par excellence, BLANC et --- Page 45 ---
de St-Domingue:
NÈGRE sont les états distincts, les deux.
seules conditions des hommes qui habitent cette terre ; et il n'est pas d'autre
pays où la différence du blanc au noir
peut être mieux sentie.
Ces Blanes, si fiers de lêtre, 2 sont
de deux sortes : les Habitans,
ment dit,
sont ceux qui se
EE
qui
nent habituellement dans les possessions
qu'ils ont à la campagne, lesquelles ,
tant les champs même que la maison,
s'appellent aussi plus particulièrement
Habitations ; et les Blancs qui demeurent toujours à la ville. Ces derniers
vivent peu en société entr'eux, et ne
ensemble
la Cose trouvent guère
qu'à
médie, sorte de divertissement encore
toute nouvelle dans la Colonie, et introduite seulement dans les deux ou
trois principales villes de la partie française. Mais, mon Dieu, quelie comédie!
Le rebut de Thistrionnage,,
Las d'être ailleurs, hué, sifflé,
Vient s'étaler sur cette plage,
Toujours ou plat ou boursoulilé, soufflé.
Et toujours à voix haute à chaque vers
Actéurs, 2 dont Tameur-propre égale lignorance, *
Se croyant sottement dignes d'être applaudis;
Ils sont sans naturel, sans grâce, sans aisance 2
De Melpomène enfans maudits ;
Et d'un ton cadençé manquant à la odsure --- Page 46 ---
Description
Des Et leur grands vers leur emphase accourcit la mesure
courte mémoire alonge les petits.
Ce n'est guère 2 comme je l'ai dit,
pour entendre d'aussi misérables due
médiens, que les Blancs qui demeurent
dans les villes se rassemblent. Quelques-uns, Officiers civils ou militaires,
passent à la campagne, $ chez les Habitans de leur connoissance, les
mens dont leurs fonctions leur 2
motent de disposer à leur gré. Quelques permetautres, Négocians, ou plutôt Facteurs,
chargés de vendre aux Habitans les marchandises et les Nègres apportés dans
P'ile par les vaisseaux d'Europe, qu'ils
chargent en retour des denrées de la
Colonie, s'occupent continuellement de
ces échanges. Les derniers, enfin, Ardisans, c'est-à-dire, gens ayant en propriété des Negres auxquels ils ont fait
apprendre le métier qu'eux-mèmes faisoient en Europe, surveillent et dirigent les travaux de ce qu'en France
on nommeroit leurs garçons, mais qu'ici
ils appellent leurs commis. Un commis
de Cordonnier! vous avez quelque peine
à vous faire à cette manière de parler :
que voulez-vous ? :
Tel est l'usage en ce pays;
échanges. Les derniers, enfin, Ardisans, c'est-à-dire, gens ayant en propriété des Negres auxquels ils ont fait
apprendre le métier qu'eux-mèmes faisoient en Europe, surveillent et dirigent les travaux de ce qu'en France
on nommeroit leurs garçons, mais qu'ici
ils appellent leurs commis. Un commis
de Cordonnier! vous avez quelque peine
à vous faire à cette manière de parler :
que voulez-vous ? :
Tel est l'usage en ce pays; --- Page 47 ---
de St-Domingue:
Un Garçon se nomme Commis; ;
Un Commis est un Sccrétaire Commissaire ;
LEcrivain de vaisseau S'appelle VIntendant;
Le simple Commissaire est deux Monsieur! arpens de terre,
Et, ne posséda-t-on que moins le litre d'Habitant,
On n'en prendroit pas
aux Habitans et à leurs
Habitations, Mais passons d'où je tirerai tout ce qu'il
reste à vous dire de cette ile.
me
force de bras que Pon
Ce n'est qu'à
la
cultive la terre ; et comme
trop
y
les Eurogrande chaleur empécheroit
de suite
péens de se livrer long-temps de le faire
à ce travail; on a imaginé
faire par des Negres esclaves, ainsi qu'on déCes êtres,
achète en Afrique. toute la richesse du pays,
gradés, font
mille, apOn a pu en compter Habitant; jusqu'à mais compartenant au le même nombre n'en est que de
munément deux à trois cents, dans les Habitations 101
même les plus riches.
-
Entre les différentes cultures qui ont
succédé ici à la fouille des mines, trop
meurtrière pour qu'on sy soit longattaché, celle qui donne le
temps revenu est la culture de la
bra
à-sucre. de
Aussi Pétat de Sucrier 2 qui
est le nom que reçoivent et que prennent eux-mêmes ceux qui font du sucre;
--- Page 48 ---
Daseription
il c'est-l-dire, l'état riche qui ont une sucrerie, estdu pays, et fait-il
une. idée d'opulence
naitre
se forme en
pareille à : celle
Hen
parlant des richesses
gens qu'on nomme
Le sucre est le jus de millionnaires. la
sucre, qu'on a fait cuire
canne-àait cessé d'être liquide jusqu'à ce qu'il
extrait de la
2 aprés l'avoir
espèce de
canne, en passant cette
touchant roseau entre des cylindres se
contraire. presque, et tournant en sens.
la LIndigo est, après le sucre, Ia denrée
plus précieuse de la Colonie.
une plante mise en pâte dans de C'est
et séchée ensuite au soleil;
Feau,
par les opérations les
ce qui se fait,
ce qui suffit pourtant plus
et
cette matière le
à fond de EN plus touchante, de la plus riche ou de la
agréable de toutes les couleurs,
les diverses
s
à celle-ci, nuances qu'on fait prendre
entre toutes celles dont
est susceptible.
elle
Et Couleur dont qui sert si bien la douceur de vos
De POcéan aux calmé plus beaux jours se revêtent les
teint la
COCEI
Qui rehausse l'éclat. qui des Lis d'or plaine de immense; la
Et brille en ce cordon si desiré, si beau, France,
Dontlesplashattse emplois, la plusl shaute naissance
les couleurs,
les diverses
s
à celle-ci, nuances qu'on fait prendre
entre toutes celles dont
est susceptible.
elle
Et Couleur dont qui sert si bien la douceur de vos
De POcéan aux calmé plus beaux jours se revêtent les
teint la
COCEI
Qui rehausse l'éclat. qui des Lis d'or plaine de immense; la
Et brille en ce cordon si desiré, si beau, France,
Dontlesplashattse emplois, la plusl shaute naissance --- Page 49 ---
de St-Domingue:
Reçoivent un lustre nouveau.
Couleur, des cheveux blonds compagne favorite;:
Enfin mais sur ce point sujette à caution,
Symbole convenu de la discrétion,
Difficile et rare mérite
De la plus belle passion.
Après le Sucre et l'Indigo, il- n'ya
guère ici d'autres productions d'un revenu un peu considérable, que le Café
etle Coton.
Le Café, lorsqu'il est encore sur la.
plante, ressemble beaucoup à la Cerise.
il renferme, dans une membrane qui
en fait le noyau, deux graines qu'on
tire de cette enveloppe au moyen d'un
moulin qui la brise Jorsqu'elle est sèche.
Chacume de ces graines est un grain
de café, tel qu'on vous l'apporte.
Le Coton est produit par un arbre 9
laisse croître à peu près à la
du Pecher. Cet arbre
Ritul
porte des
gousses qui, s'ouvrant d'elles-mèmes
Jorsqu'elles sont mûres, laissent à découvert le Cotôn qu'elles renfermoient;
duvet, comme vous le savez, d'une
blancheur éblouissante, 2 et d'un usage
universel.
Souvent il forme le tissur
Du voile, aux yeux impénétrables --- Page 50 ---
Description
Que nous trouvons insupportable, 9
Et que vous appelez Fichu.
Le Cacao, qui entre dans Ia composition du Chocolat, et qui en est
même la base, étoit autrefois d'un produit considérable dans la Colonie; mais
un ouragan ayant fait périr tous les
Cacaoiers de St-Domingue, il a cessé
d'y être un objet de commerce. Les
Negres en font pourtant quelquefois un
petit trafic; mais en général le Cacaoïer
n'est regardé ici que comme un arbre
de jardin ou comme une plante d'agrément.
Le Tabac de St-Domingue, enfin,
quoique renommé en France' 2 n'est
guère cultivé que par quelques Nègres
libres ou par quelques-uns des plus
pauvres habitans.
Des récoltes, en même temps si riches et si utiles ou si agréables, n'auroient fait qu'ajouter aux autres douceurs de la vie, si les moyens de se
les procurer n'étoient autant d'outrages
faits à l'humanité. Je vous ai dit que
la terre étoit cultivée ici par des Nègres
esclaves. La nature est révoltée de la
dureté de leur condition. En vain assure-t-Qn qu'ils sont paresseux, men-
habitans.
Des récoltes, en même temps si riches et si utiles ou si agréables, n'auroient fait qu'ajouter aux autres douceurs de la vie, si les moyens de se
les procurer n'étoient autant d'outrages
faits à l'humanité. Je vous ai dit que
la terre étoit cultivée ici par des Nègres
esclaves. La nature est révoltée de la
dureté de leur condition. En vain assure-t-Qn qu'ils sont paresseux, men- --- Page 51 ---
de St-Domingue.
teurs 1 et pleins de malice ; ces vices, 1
si communs chez les hommes blancs,
ne pourroient l'ètre davantage chez les
Nègres , que par l'effet même de leur
esclavage : et ce seroit alors bien plus
sur ceux qui les y réduisent, que sur
eux-mêmes, que devroient tomber le
reproche et la honte de leur plus
grande perversité, En vain regardet-on comme une nécessité de prévenir
par la crainte, 9 en des esclaves trente
fois plus nombreux que leurs maitres 9
tout sentiment de cette supériorité de
force de leur part ; quelque vérité et
quelque justesse qu'il puisse y avoir
dans ces accusations et dans ces vues 3
on ne peut envisager sans pitié et sans
indignation le sort des hommes qui en
sont l'objet; car, sans parler même de
la disproportion et du trop de rigueur
des châtimens qu'ils essuient pour de
véritables fautes. ils sont, en outre,
exposés au caprice et à l'injustice d'un
maitre absolu qui, dans un mouvement
de colère, peut se porter contre eux
aux derniers excès de la cruauté. Louis
XIV, il est vrai, a déterminé, par des
règlemens insérés dans ce qu'on appelle
le Code-noir, les peines qui peuvent
leur être infligées 5 mais il est si aisé --- Page 52 ---
Description
au maître de violer la loi, et l'esclave
a si peu de moyens de la réclamer en
sa faveur, que celle dont je parle n'est
ni un frein pour l'un, ni une sauvegarde pour l'autre , et que chez un
Habitant en qui Phumanité a cessé de
se faire entendre, on ne voit que Nègres
déchirés à coups de fouct, ou chargés
de chaines , ou même qu'on mutile,
comme il arrive en certains cas ; celui,
par exemple, où ils auroient, en fuyant,
tâché d'échapper à quelque châtiment,
ou tenté même de mettre Gn à leur
servitude (1)-
Hélas. ! notre délicatesse
Est la source de tant de maux ;
Pour fournir à notre mollesse
Quelque aise, quelques mets nouveaux *
Une foule de misérables,
Sous. des maitres impitoyables 9
Souffrent mille tourmens affreux :
Songez, mortels insatiables,
Que vos vétemens, que vOS tables
Sont teints du sang des malheureux.
A Dieu ne plaise que je veuille faire
(I) Communément On ne punit leur fuite
%r, par le fouet ; mais quand on va jusqu'à
mutiler, c'est en leur coupant les oreilles
Dy les jarrets,
ets nouveaux *
Une foule de misérables,
Sous. des maitres impitoyables 9
Souffrent mille tourmens affreux :
Songez, mortels insatiables,
Que vos vétemens, que vOS tables
Sont teints du sang des malheureux.
A Dieu ne plaise que je veuille faire
(I) Communément On ne punit leur fuite
%r, par le fouet ; mais quand on va jusqu'à
mutiler, c'est en leur coupant les oreilles
Dy les jarrets, --- Page 53 ---
de St-Domingue.
regarder tous les Habitans comme coupablés de cette dureté envers leurs Nègres. Ilen est, même cn grand nombre,
qui, pleins de douceur à leur égard,
ne sont oceupés que du soin de rendre
leur èsclavage supportable. J'ajouterai
même que chez ceux-là un Negre laborieux et fdelle peut vivre heureux,
puisqu'il a sa subsistance assurée, 9 et
qu'il peut compter, dans ses maladies, 7
sur des secours dont vOS paysans manquent quelquefois. Mais enfin il existe
pourtant ici des maitres que ni réflexion,
ni bonté naturelle ne retiennent, et des
esclaves desquels la vie n'est qu'un triste
et douloureux mélange de erainte et
de souffrance ; et vingt hommes pareils
seulement dans la Colonie, 9 suffiroient
pour faire déplorer à tout ce qui ne
leur ressemble pas, que les Européens
se soient fait autant de besoins 2. de
mille superfluités qu'ils ne peuvent se
du bonheur de
procurer qu'aux dépens
tant d'autres humains.
- Les Habitations 7 je veux dire les
maisons des Habitans, ne sontni grandes, ni jolies, ni commodes. La cui-.
sine et les autres dépendances du ménage forment un et quelquefois deux,
bâtimens séparés de celui qui fait le, --- Page 54 ---
Description
corps de logis. Ce dernier, de même
les précédens, n'est qu'à un étage.
Bt huit à dix pièces en tout gui le
composent 2 une seule est commune.
Aucunc n'a de plancher d'en haut, et
les cloisons qui séparent les unes des
autres nes'élèvent qu'à la hauteur de la
naissance du toit; de sorte qu'en montant sur une échelle, on pourroit, de
la première, lancer une pomme
ques à la plus éloignée, et de
voir ce
rtcitite
qui se passe dans celles qui
l'avoisinent.
Là donc, non-seulement, comme en tous autree
lieux,
Les murailles ont des oreilles ;
Mais les toits mêmes ont des yeux.
Et cependant ici, plus d'un conte joyenx
Prouveroit, tant l'amour sait faire des merveilles,
Qu'on peut, lout comme ailleurs, en des chambres pareilles,
Mettre en défaut les curieux.
Aussi n'est-ce point uniquement, je
crois, le desir de satisfaire leur curiosité qu'on a. eu en vue en adoptant ce e
genre de construction; on a bien voulu
plutôt par là que l'air pàt circuler d'un.
bout de la maison à Tautre, et empécher que la chaleur ne se renfermât
dans les appartemens ; mais sur-tout
peut, lout comme ailleurs, en des chambres pareilles,
Mettre en défaut les curieux.
Aussi n'est-ce point uniquement, je
crois, le desir de satisfaire leur curiosité qu'on a. eu en vue en adoptant ce e
genre de construction; on a bien voulu
plutôt par là que l'air pàt circuler d'un.
bout de la maison à Tautre, et empécher que la chaleur ne se renfermât
dans les appartemens ; mais sur-tout --- Page 55 ---
de * St-Domingue.
on a cherché à rendre ainsi moins multipliés et moins funestes les effets des
tremblemens de terre 9 qui sont fréà, St-Domingue, Le toit,
la manière
vient de le
am;
TT
qu'on
N sert de plancher commun aux différentes
n'est que de Bagace - 1 c'est-àSA de cannes-à-sucre séchées au SOdeil, après qu'on en a eu extrait le jus.
Nulle tapisserie, peu ou point de sièges
garnis d'étoffe, soit dans le salon, soit
dans les chambres; et cela de crainte
des Ravets , sorte de scarabée de la
grosseur du hanneton, 9 qui se glissent
par-tout 1 rongent tout et, indépendamment du dommage qu'ils causent,
sentent fort mauvais.
Ce manque de meubles dans des
maisons presque entièrement construites
en bois et. couvertes de chaume, achève
de leur donner un air assez rustique.
Il y a plus de recherche, 2 quoiqu'aussi
peu de luxe apparent, dans le vêtement des Colons. Les femmes ici
tent peu d'étoffes de soie. Un
CROLESE
autour de la tête leur sert
tout temps de coëffure, et toute"
SS
magnificence consiste dans la beauté des
toiles peintes ou unies dont elles font
leurs robes et leurs déshabillés, et dans --- Page 56 ---
Description
la finesse de leur linge de
hommes y sont
eorps. Les
toujours en veste de
toile, ne mettant d'habit qu'au moment
d'entrer dans les maisons où ils vont
en visite de cérémonie, et pour le
temps seulement qu'ils mettent à saluer
les personines qu'ils vont voir; car le
premier compliment qu'on reçoit dans
ces sortes de visites, est une prière de
se mettre à son aise ; invitation
s'empresse de faire le Gouverneur que de
la Colonie, comme le moindre Habitant, à laquelle personne ne se
et qui, avec la permission de refuse,
son habit, renferme aussi pour les quitter hommes qui portent perruque, la liberté
de s'en
debarrasser, ce que l'on fait
en mettant en place un bonnet de toile
ou de batiste.
Ainsi la vanité d'une riche Habitante,
Ou d'un opulent
Loin d'étaler aux yeux Sucrier, un luxe 2 financier,
Du leste Comme vous voyez, se contente
Ou des accoutrement atours dont d'un galant cuisinier,
Une blanchisseuse use, habile en son mélier,
élégante.
La vie qu'on mène dans les Habitations ne sauroit être plus uniforme.
L'ardeur du soleil, le danger
auroit à essuyer un orage ou à s'exposer qu'il y
d'une riche Habitante,
Ou d'un opulent
Loin d'étaler aux yeux Sucrier, un luxe 2 financier,
Du leste Comme vous voyez, se contente
Ou des accoutrement atours dont d'un galant cuisinier,
Une blanchisseuse use, habile en son mélier,
élégante.
La vie qu'on mène dans les Habitations ne sauroit être plus uniforme.
L'ardeur du soleil, le danger
auroit à essuyer un orage ou à s'exposer qu'il y --- Page 57 ---
de St-Domingue.
au serein 2 le défaut d'emplacement,
tout cela fait que la chasse, la pêche,
les longues promenades, les comédies
de société, en un mot la plupart des
divertissemens auxquels vous vous livrez
dans vos maisons de campagne, sont
des plaisirs pour ainsi dire inconnus aux
Habitans à St-Domingue. Ils ys suppléent
du mieux qu'ils peuvent
les festins
font à l'occasion far mariage ,
Tt la naissance ou du baptême d'un
enfant, ou du retour dans da Colonie
de ceux qu'ils ont fait élever en France.
Ces grands repas, 1 presque toujours suivis dun bal, car on danse beaucoup
ici malgré la chaleur, sont une sorte
de fête continuelle, chaque Habitant
en donnant ou en rendant de.s semblables, à chacune de ces occasions que
j'ai dit qui
donnoient lieu. Un autre
sera plus iaate que moi, peut-être, à
qualilier le goût
préside à l'apprét
des mets :
celui qui en règle
F
quant
la quantité,
La table même ot fut jetée
La
qui causa de si sanglans débats,
- PCTi ploya point sous plus de platsQue dans cette terre écartée
On en prodigue en ces repas.
Pour fournir à cette abondance --- Page 58 ---
Description
Le Au mouton le plus. -gros s'accolent par avance
porc le plus pesant et le veaut le plus
Tel Abraham ou tel Achille,
gras.
Exerçant Phospitalité,
Fondoient sur les tributs de maint
fertile
La pompe d'un repas digne d'un tel troupeau asile,
Et par eux-mémes apprêté,
Nos Colons, aussi magnifiques,
S'abstiennent seulement, moins saints ou moins
héros,
de leur main ces pauvres animaux;
également à des bras
PAsesie
La fatigue et T'honneur de les domestiques cuire à propos.
On s'attendroit en vain à voir Ia table
un peu allégée au dessert. Cent différentes compotes 9 qui à tout
ne sont, les unes comme les prendre autres
gue du sucre bien cuit, s'y serrent à 9
côté d'autant d'assiettes de fruits d'une
assezbelle apparence, mais à la saveurde
la plupart desquels on a besoin d'être accoutumé
avoir envie d'y goûter une
ou deux Baen au plus dans toute une année. L'Ananas est pourtant au nombre de
ces fruits; mais quelque supériorité
ait pour la bcauté et pour le parfum, qu'il
non-sculement sur ceux qui.l'accompagnent ici, mais même sur tous les
fruits du monde, il n'est guère moins
négligé que les premiers ; la chair en
étant si filandreuse gu'on la rejette d'ordinaire après l'avoir sucée et le
?
jus
'y goûter une
ou deux Baen au plus dans toute une année. L'Ananas est pourtant au nombre de
ces fruits; mais quelque supériorité
ait pour la bcauté et pour le parfum, qu'il
non-sculement sur ceux qui.l'accompagnent ici, mais même sur tous les
fruits du monde, il n'est guère moins
négligé que les premiers ; la chair en
étant si filandreuse gu'on la rejette d'ordinaire après l'avoir sucée et le
?
jus --- Page 59 ---
de St-Domingue.
si acide, que,
moins aigre au
gout que celui
citron, T'usage trop
g
fréquent de Yun seroit peu-être encore
plus nuisible à l'estomac que celui de
l'autre. On joue peu dans les Habitations ;
si ce n'est à des jeux de hasard, et
entre hommes seulement.
Les femmes, dont il me reste à vous
parler,
au plaisir de jouer ou
de .Ire celui de demeurer à ne
rien faire.
Leur
n'a rien de particulier.
On en tst de fort belles, de moins
bien et de très-laides; brunes et blondes comme chez vous. II y. en a même
qui ont la peau de la plus grande blan- -
étonnant
cheur; ce qui peut bralant, paroitre Mais si la
sous un Ciel aussi
à les
chaleur de l'air ne suffit point
noircir, elle a pourtant la puissance de
leur décolorer entièrement le teint. Nos
Dames se mettent peu en peine de Cacher ce défaut, 00 et ce n'est guère qu'aux
jours de fêtes et. de grande parure
qu'elles suppléent par un rouge artificiel à celui que le climat leur refuse.
Que vous dirai-je de leurs manières
et de leur caractère ? J'aurois désire
pouyoir me dispenger de vous en entre- --- Page 60 ---
Description
tenir; mais c'est
côté que vous avez prineipalement voulu
de ce
il faut donc
lcs connoitre:
essayer de vous les peindre.
Une assez sotte gravité
Chez elles tient lieu de décence.
Elles Le ton prennent hautain pour de dignité
Pour réserve un froid T'opulence affecté, ;
L'amour de soi pour la
La nonchalance pour des bonté,
L'air de mépris pour la Ents
Lemportement Et pour des mines pour la gaicté,
De ces erreurs de leur des grimaces,
On leur passeroit la sottise, esprit
Si leur coeur étoit micux instrait ;
Mais, d'une' parcille méprise,
Coquettes sans ralinement,
Jalouses sans attachement,
Voluptueuses sans
Elles n'ont rien du tendressé, sentimént
Qui seul excuse. une
Et tels sont leurs bisarres foiblesse;
Qu'on obtient plutôt leurs faveurs caeurs, $
Que l'aveu du feu qui les blesse.
Ajoutez à cela peu de gout
lés
talens, aucun pour la
pour beaucoup, en revanche, , pour lecture: tous les
sirs bruyans, au milieu desquels plaidant elles conservént Fair le
cependolent : voilà
plus in3 quelles sont nos femmes.
Je'ne vous parle pas de ces Créo-
seul excuse. une
Et tels sont leurs bisarres foiblesse;
Qu'on obtient plutôt leurs faveurs caeurs, $
Que l'aveu du feu qui les blesse.
Ajoutez à cela peu de gout
lés
talens, aucun pour la
pour beaucoup, en revanche, , pour lecture: tous les
sirs bruyans, au milieu desquels plaidant elles conservént Fair le
cependolent : voilà
plus in3 quelles sont nos femmes.
Je'ne vous parle pas de ces Créo- --- Page 61 ---
de St-Domingue.
les que leur peu de fortune retient
dans les petites Habitations qu'elles ont
dans les Mornes, c'est-à-dire 2 sur
les Montagnes peu élevées de l'ile.
Celles-ci, ridicules aux yeux mêmes
de leurs concitoyens, ont été élevées
avec si peu de soin, et sont si ignorantes, que les traits que je pourrois
citer de leurs manières et de leurs discours, vous paroitroient avoir été faits
à plaisir.
Vous me demanderez, sans doute ;
si, dans la classe aisee, les Habitantes
ressemblent toutes au portrait que je
viens d'en faire ? Non, certainement;
à cela comme à tout ily a des exceptions, et nous avons ici des femmes qui
n'ont fourni -aucun trait à mon tableau,
J'en connois de qui la sagesse 2
La sensibilité; le maintien et le ton,
Méme en d'autres climats pourroient faire leçon
De conduite et de politesse.
Sans doute qu'àleurs pas onm'edt vu m'attacher;
Si. mon coeur. poursuivant une image si belle,
Sans aller au loin la chercher,
N'en eût d'abord en vous reconnu le modèle.
Je crois même
si Pon peut reprocher
au plusgrand
tatenrmtetrees
paru les déparer, 2 on ne doit l'attribuer
qu'au peu dé soin qu'on a pris de leur
. --- Page 62 ---
a Deseription
édueation; car celles qu'on n'a pas ainsi
négligées ont acquis, soit dans le
méme, soit pendant le séjour
pays
ont fait en France, tout ce qui qu'elles
vos plus aimables Françoises. distingue
Voilà, à peu près,
ce
qu'il y, a de plus particulier Mademoiselle; à 2
pays, en laissant de côté tout ce ce
est relatif, esclavage à part, à ces créa- qui A
tures à peau noire, ou plus ou moins
basanées, qu'on méprise ici aussi
temps qu'elles offrent aux
longqu'il reste dans la mémoire yeux - ou
trace de leur origine, et avec quelque
on ne pourroit faire alliance lesquelles
couvrir d'opprobre. Me taisant donc sans se
le libertinage qui, à raison même sur
peut-être de l'avilissement où on les ,
tient, règne parmi les femmes de cette
espèce ; libertinage qui ne les diffame
point, et dont au contraire elles tirent
vanité; et sans parler non plus du fatal
de penchant qui porte les hommes blancs
ce pays à préférer leur commerce
dangerenx de plus d'une façon, il me 2
suflit de vous avoir fait connoître les
principales productions d'une terre si
étrangère à celle que vous
de vous avoir donné
habitez, et
manière -dont elle
une idée de la
est
:
peuplée et des
habitudes
; libertinage qui ne les diffame
point, et dont au contraire elles tirent
vanité; et sans parler non plus du fatal
de penchant qui porte les hommes blancs
ce pays à préférer leur commerce
dangerenx de plus d'une façon, il me 2
suflit de vous avoir fait connoître les
principales productions d'une terre si
étrangère à celle que vous
de vous avoir donné
habitez, et
manière -dont elle
une idée de la
est
:
peuplée et des
habitudes --- Page 63 ---
de St-Domingue:
habitudes de ceux dont le genre de
vie avoit excité votre curiosité.
Peut-être, 9 et je le crois, les Habitans ne tarderont pas à se défaire de
quelques coutumes bisarres ou déraisonnables qui les distinguent encore. 2.
à leur désavantage, des François d'Europe. Par exemple, il est d'usage parmi
eux qu'une Négresse couche dans la
chambre mêmè où le mari et la femme
reposentensemble pendant la nuit. Leurs
enfans ne sont baptisés qu'à l'age de
cinq à six ans, c'est-à-dire, beaucoup
trop tard ou beaucoup trop tôt. Ils se
servent, dans leurs voyages, de chaises
qu'ils nomment à une place et demie,
parce qu'effectivement cCs voitures sont
trop larges pour une personne seule 7 I
et trop étroites pour deux. S'ils ont
des relais, ils les font courir avec eux.
Is achèveront aussi, vraisemblablement,
d'épurer leur langage, beaucoup trop
semblable encore à celui des hommes
de mer, comme dans ces mots : larguer : pour làcher ; amarrer, 2 pour attacher ; être à la dérive, pour être
bien malade, et une infinité d'autres ,
dont quelques -uns 1 regardés ailleurs
comme peu honnêtes, sont pourtant
le nom de plusieurs quartiers de la
--- Page 64 ---
Deseription
Colonie, et par là sortent
de la bouche même de fréquemment
de sorte qu'il est
nos Dames ;
qui ont l'oreille délicate, dangereux de pour ceux
à une Créole quel est le lieu demander de.sa
résidence.
J'ai tâché de ne mettre ni
ni prévention dans la description humeur,
je viens de vous faire, et
que.
ce seroit d'autant plus
je pense que 2
me feroit un
injustement qu'on
reproche de ce que j'ai
quelquefois parlé
soit de ce pays méme déavantageusement, soit
-
quilhabitent,
de ceux
sol et du climat que les inconvéniens du
doivent être regardés
comme ces défauts naturels du
dont une personne raisonnable, corps 9
est
qui en
affigéc, ne se sent point humiliée;
et que ce qu'il peuty avoir de
sible dans les moeurs et dans repréhen- les
nières des
maHabitans. peut aisément se,
corriger, qu'on le voit en effet s'affoiblir chaque jour, et que la trace même
ne tardera surement pas à s'en effacer
entièrement. On me feroit du moins
gràce en faveur des restrictions
qui accompagnent chaque détail. En tout cas,
je dirois à ceux qui se refuseroient à
d'autres excuses :
humiliée;
et que ce qu'il peuty avoir de
sible dans les moeurs et dans repréhen- les
nières des
maHabitans. peut aisément se,
corriger, qu'on le voit en effet s'affoiblir chaque jour, et que la trace même
ne tardera surement pas à s'en effacer
entièrement. On me feroit du moins
gràce en faveur des restrictions
qui accompagnent chaque détail. En tout cas,
je dirois à ceux qui se refuseroient à
d'autres excuses : --- Page 65 ---
de St-Domingue:
Loin de ce qui nous intéresse 5
Quand on a perdu la santé,
Tout déplait, tout choque, tout blesse à
Et le coeur, , ainsi tourmenté,
Qui croit ne faire, en sa détresse,
Que se plaindre avec liberté,
Blâme souvent avec rudesse
Ce que, peut-être, en sa tristesse
Il juge avec sévérité.
Oui: peut-être n'ai-je écouté, pour
vous parler de St-Domingue, que le
chagrin
j'ai de vivre si loin de vous.
Quoi 48 en soit,
Les objets les plus délectables
Y naîtroient en vain sous mes pas: :
Le moyen de trouver aimables
Des lieux que vous n'habitez pas.
FIN. --- Page 66 --- --- Page 67 ---
MATIÈRE 8. DESCRIPTIONS ET
RELATIONS DIVERSES.
OBJET 3.
DE L'EMPLOI
QUE LES HABITANS DE ST-DOMINGUE
FONT DE LEURS REVENUS. --- Page 68 ---
- E0 --- Page 69 ---
casal
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* * * * * * * * * * * * * * *
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DE LEMPLOI
QUE LES HABITANS DE Sr-DOMINGUE
FONT DE LEURS REVENUS.
ANNÉE 1764.
N ne parle que de la richesse des
Habitans de la partie françoise de StDomingue, et cependant ils n'ont ni
luxe dans leur ameublement, ni magnificence dans leurs vêtemens, ni faste
dans leur train de vie. Que font-ils
donc de leurs revenus ? Ils les emploient
à payer leurs dettes. Leurs dettes! Eh
comment 2 vivant de cette manière 9
ont-ils des dettes ? C'est ce qu'il est
aisé d'éclaircir.
Les Colons sont riches, il est vrai;
N ceux au moins qui font du sucre. Unie
ue, et cependant ils n'ont ni
luxe dans leur ameublement, ni magnificence dans leurs vêtemens, ni faste
dans leur train de vie. Que font-ils
donc de leurs revenus ? Ils les emploient
à payer leurs dettes. Leurs dettes! Eh
comment 2 vivant de cette manière 9
ont-ils des dettes ? C'est ce qu'il est
aisé d'éclaircir.
Les Colons sont riches, il est vrai;
N ceux au moins qui font du sucre. Unie --- Page 70 ---
Habitans
sucrerie bien montée, , et sur
il y a seulement deux cents laquelle
passe pour rapporter cent mille Nègres, francs 9
de rente. Il est encore vrai
toute
la dépense des Habitans se que borne
quant à ce qui leur est personnel, à 2
lentretien deleur
chat des
garde-robe, et à l'agrosses provisions de bouche;
leurs troupeaux et leur basse-cour fournissant de reste à tout ce qui est encore
nécessaire pour la table, et malgré cela
presque tous ont des dettes.
Les uns doivent le prix de leur Habitation qu'ils ont achctée toute défrichée, 7 bàtie et garnie de
à
d'autres Habitans
Nègres 2
qui se sont retirés en
France. D'autres sont débiteurs envers
les Négocians de ce que ceux-ci leur
ont avancé pour en établir une, c'està-dire 2 pour défricher un terrein, le
couvrir de bâtimens etle peupler de Nè.
gres. Il en est dont presque tout le
revenu passe à acquitter les intérêts de
la dot de leurs filles qu'ils ont mariées en
France, ou les frais de l'éducation de
leurs autres enfans gu'ils y font élever.
Quelques-uns acquittent péniblement,
dans le cours de huit à dix années, la
dépense d'un seul hiver passé à Paris,
et qui leur codte, si ce n'est même
le
couvrir de bâtimens etle peupler de Nè.
gres. Il en est dont presque tout le
revenu passe à acquitter les intérêts de
la dot de leurs filles qu'ils ont mariées en
France, ou les frais de l'éducation de
leurs autres enfans gu'ils y font élever.
Quelques-uns acquittent péniblement,
dans le cours de huit à dix années, la
dépense d'un seul hiver passé à Paris,
et qui leur codte, si ce n'est même --- Page 71 ---
de St-Domingue.
davantage, deux, trois et jusqu'à quatre
ou cinq années de leurs revenus ; et à
ce propos il est bon de savoir qu'un
voyage à Paris est pour les habitans des
iles ce que le voyage de la Mecque est
pour les Mahométans. Le desir d'aller
étaler des richesses, vraies ou prétendues, (car il est de faux riches en
Amérique, comme de faux Nobles en
France ) étant à un Créole ce que la
dévotion à Mahomet est à un Musulman,
A ces causes particulières il s'en joint
fréquemment de générales qui mettent
plusieurs années de suite, les Coà l'étroit. Souvent
kou
un ouragan ravage leurs plantations. On a vu à StDomingue des tremblemens de terre
détruire des villes entières 2e 2 et ruiner
dans les campagnes les moulins à sucre
et tous les autres bâtimens d'exploitation. La petite vérole ou d'autres épidémies leur emportent quelquefois les
Nègres par centaines 2 et suspendent
tous les travaux dans les habitations.
La guerre avec I'Angleterre, sur-tout
lorsqu'elle est malheureuse pour la
France, les met également dans la détresse tout le temps qu'elle dure, en
forçant les Habitans, soit à emmagasiner leurs denrées jusques à la
paix, 2
--- Page 72 ---
58 Habitans de St-Domingre.
I:
soit à les vendre à vil prix pendant la
guerre, soit à en payer! l'assurance à un
taux
absorbe presque l'entier montant 3t produit.
tes Voilà commentils se fait que les Habitans,. ces Américains qu'on croit et
qui.se donnent pour être si opulens,
ont, presque tous des dettes, et qu'avec
des Tonds de terre plus précieux que
les mines les plus abondantes, ils ne
sont, pour la plupart et pour toute
Jeur vie, que des riches mal aisés.
FIN. --- Page 73 ---
MATIÈRE 8. DESCRIPTIONS ET
RELATIONS DIVERSES.
OBJET 4.
RELATION
D'UN VOYAGE PAR MER
DES CAYES A LÉOGANE, --- Page 74 ---
T --- Page 75 ---
/
& Z K
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Lascsesese-tetattatotatabdesudtebattsel
= A / 4
RELATION
D'UN VOYAGE PAR MER;
DES CAYES A LÉOGANE (1).
A bord du Chebec le Rusé, 2 samedi
13 aprili 1765, d 4 heures du soir.
Je n'attends pas notre arrivée à Léogane, mon cher Comte 2 pour vous'
écrire. Peut-être, en arrivant, les embarras d'un nouvel établissement m'empécheroientils de m'entretenir avec vous
aussi longuement que je le desirerois.
D'ailleurs J'ai pensé que vous pourriez
être bien aise d'apprendre les circonstances de notre voyage.
Je vous dirai donc que notre em-
(1). A M. le Comte de Sercey, Habitant de
la Plaine des Cayes, Fond de Pile à
à St-Domingue,
Vaches,
7,
ut-être, en arrivant, les embarras d'un nouvel établissement m'empécheroientils de m'entretenir avec vous
aussi longuement que je le desirerois.
D'ailleurs J'ai pensé que vous pourriez
être bien aise d'apprendre les circonstances de notre voyage.
Je vous dirai donc que notre em-
(1). A M. le Comte de Sercey, Habitant de
la Plaine des Cayes, Fond de Pile à
à St-Domingue,
Vaches,
7, --- Page 76 ---
Yoyage
barquement se fit hier de la manière
suivante. Les quatre premières Compagnies du Régiment (s), avec leurs
Officiers ; Messieurs Dumouchet qui
commande;.. de Larray, de Malaval,
de Forestier, de Rais, de Sarcus, des
Sources et Michel; Legrand, quartier.
maitre ; Platon 2 porte-drapeau ; les
deux drapeanx 2 ; et moi
l'emploi
de Sous-aide-Major 9 et Ritalees du
Major et de P'Aide-Major constituent
Major-général des troupes de l'Escadre:
tout cela 2 dis-je, s'embarqua hier à
bord de ce Chebec nommé le Rusé,
et commandé par M. de Matty, GardeMarine.
Messicurs de Champlois et de Tacherot, , avec environ 70 Soldats, s'embarquérent sur le Brigantin le Phéniz,
commandé par M.F de Blangue.
Enfin, Messieurs du Rognon et Mac
carti, et 60 hommes, ,. faisant le reste
du Régiment, montèrent à bord du
Bateau le Frélon, 9 aux ordres de M.*
d'Arey.
Ce matin, à la pointe du jour, nous
avons levé l'ancre. et la brise de terre
ayant commencé à donner, nous avons
(:) Le Régiment de Forest. --- Page 77 ---
des Cayes à Liogane.
mis à la voile à six heures. A huit,
nous étions déjà au-delà del'ile à Vaches.
C'est alors que n'étant plus distrait
par le mouvement de l'embarquement
et du départ, j'ai vivement senti combien il en coûte de quitter ceux qui
nous sont chers. J'ai presque desiré de
vous moins aimer, tant mon départ me
causoit de regrets.
La brise de mer s'est levée à neuf
heures. Elle a été si forte , que nous
voici déjà vis-à-vis Tiburon. J'ai eu le
mal de mer assez fortement jusques à
midi.
Toujours Samedi, à 5 heures
du soir.
Le vent baisse. Cependant nous espérons encore doubler le Cap-Tiburon
avant la nuit.
M." de Matty, 2 qui commande notre
bâtiment, paroit être un homme aimable. Il nous a bien logés et nous
fait faire bonne chère.
Dimanche 14, à 8 heures
du matin.
Je souffris beaucoup du mal de mer
ici déjà vis-à-vis Tiburon. J'ai eu le
mal de mer assez fortement jusques à
midi.
Toujours Samedi, à 5 heures
du soir.
Le vent baisse. Cependant nous espérons encore doubler le Cap-Tiburon
avant la nuit.
M." de Matty, 2 qui commande notre
bâtiment, paroit être un homme aimable. Il nous a bien logés et nous
fait faire bonne chère.
Dimanche 14, à 8 heures
du matin.
Je souffris beaucoup du mal de mer --- Page 78 ---
Voyage
hier après avoir écrit. Nous doublâmes
Tiburon avant la nuit. Les courans
nous poussèrent au large. Jc vous quitte
venir souhaiter le bon jourà M.me
pour
de Sercey.
En vérité, Madame, vous me plaindriez si vous voyez l'état où je suis.
Me voici sur ce bâtiment comme une
femme grosse 2 dégouté de tout ce que
je mange, et vomissant tout ce que je
prends. Et pourquoi cela ? pour m'éloigner de vous 7 pour quitter des lieux
où J'aurois voulu passer ma vie. Ah !
croyez qu'il n'étoit pas besoin de ce que
je souffre pour me les faire regretter.
Assurez, je vous prie, M." et M.me
Solon (1) de ma reconnoissance pour
leurs bontés. Vous souvient-il de m'avoir
promis une place dans votre souvenir ?
Toujours Dimanche % à 9
heures du matin.
Nous venons de travailler comme des
forçats à prendre un Requin; mais ç'a été
en vain. Nous l'avons harponné trois fois;
trois fois il s'est dégagé par le trop de
hâte des gens de l'équipage qui, au lieu
(I) Père et mère de M,me de Sercey. --- Page 79 ---
des Cayes à Léogane.
de laisser filer la corde jusqu'à ce qu'il
eût perdu tout son sang, s'obstinoient
à vouloir le hisser à bord, encore plein
de vie et de force. Nous l'avons enfin
perdu de vue.
Lundi 15, à 8 heures du matin.
Nous. fimes peu de chemin hier, naviguant toujours au plus près et par un
vent foible. Voila cependant le Cap
Dame-Marie doublé: aujourd'hui ile vent
est fort. Nous comptons doubler avant
midi la Pointe aux Seringues.
Nous ne voyons plus le brigantin de
M." de Blangue, à bord duquel est
l'ami Champlois, 9
Si triste, quoique sans chagrin;
Si pensif, quoique sans idée;
Et pourtant, ayant l'air si fn,
Et la minc si.décidée.
Ce Bâtiment a toujours eu de l'avance sur nous. Le bateau de M.F
d'Arcy s'aperçoit à peine sur nos der
rières.
Je. souhaite le bon jour chez vous à
tout le' monde. Allez-vous diner aujourd'hui chez votre voisine aux gros
jurons ? Jarni-Dieu, quelle femme P
is, 9
Si triste, quoique sans chagrin;
Si pensif, quoique sans idée;
Et pourtant, ayant l'air si fn,
Et la minc si.décidée.
Ce Bâtiment a toujours eu de l'avance sur nous. Le bateau de M.F
d'Arcy s'aperçoit à peine sur nos der
rières.
Je. souhaite le bon jour chez vous à
tout le' monde. Allez-vous diner aujourd'hui chez votre voisine aux gros
jurons ? Jarni-Dieu, quelle femme P --- Page 80 ---
Yoyage
Nous sommes mal sur ce Bateau ;
Mais j'aimerois mieux, sur mon ame,
Passer dix ans ainsi sur P'eau,
Que dix jours près de cette Dame.
Mardix6, à 7 heures du matin.
Je ne pus rien vous dire hier au soir.
Le vent avoit si fort augmenté dès
midi, qu'il ne fut plus posible d'écrire
de tout le reste du jour. La nuit n'a
pas été plus calme. Plusieurs de nous
n'étoient pas sans inquiétude. Mais je
crois en vérité que notre Capitaine des
Grenadiers a eu une véritable peur.
Quand le Batiment penchoit d'un côté,
il se jetoit vite de l'autre, comme: pour
contrebalancer le poids des vagues qui
nous prenoient en flanc. Il m'a'
pclé ce Messire Olivier de
?
Ternaer
que Joinville qnalifie de plus vaillant
et hardi Chevalier qiie je connus onqgues (dit-il) en la terre sainte; mais
(a ajoute Joinville) il n'osa demeurer
en la nef, .et se fit descendre en l'ile
de Chyppre. Le Roi Saint-Louis qui s'en
revenoit en France sur le même Vaisseau, ne voulut pourtant point en sortir,
et
acheva le trajet avec la Reine sa
fadute et trois de ses enfans, quelqué --- Page 81 ---
des Cayes à Léogane.
6;
endommagé que fut ce Navire. Vous
pouvez me croire quand je vous assure
.que je n'ai pas eu la moindre frayeur,
ne voyant, dans cette prétendue tempête. qu'une brise renlorcée.
Bon jour. Je vous quitte, car je
n'écris pas encore fort à mon aise. Je
reviendrai à midi causer un peu avec
M.me de Sercey,
Toujours Mardi, à II heurès
du matin.
Le vent qui avoit un peu baissé à
la pointe du jour, a si fort augmenté
vers les sept heures, que, malgré la
hardiesse dont je me vantois ce matin
je n'ai pas été faché du parti qu'on a pris
de mouiller. C'est ce que nous venons
de faire, entre la grande et la petite
Caymite ; et c'est aussi de là que je
vais adresserla parole à M.me de Sercey.
Me le permettez - vous 2 Madame ?
Puis-je 2 sans trop présumer, espérer
vous vous souvenez encore un peu
vous
3e
quelqu'un que
ne pourriez ertièrement oublier sans ingratitude; puisque, ni les incommodités que nous
éprouvons, ni le danger
dit que
nous' venons de courir, Abary pu vous
entre la grande et la petite
Caymite ; et c'est aussi de là que je
vais adresserla parole à M.me de Sercey.
Me le permettez - vous 2 Madame ?
Puis-je 2 sans trop présumer, espérer
vous vous souvenez encore un peu
vous
3e
quelqu'un que
ne pourriez ertièrement oublier sans ingratitude; puisque, ni les incommodités que nous
éprouvons, ni le danger
dit que
nous' venons de courir, Abary pu vous --- Page 82 ---
Voyage
faire sortir un moment de mon esprit.
Je ne doute pas même que votre image
ne me suive à la chasse où nous devons aller dès que nous aurons diné.
Je ne vous en demande pas tant, et
suis loin de prétendre
la mienne
vous soit aussi
;
seulement
Tes
présente
quelquefois, ce pauvre d'A.. combien nous avons ri ensemble, et de
quel coeur!
Toujours Mardi, 27 heures
du soir.
Notre équipage ayant été faire de
l'eau après diner, à la grande Caymite, nous y sommes aussi descendus,
six de mes Camarades et moi ; tous
sept armés d'un bon fusil,et nous promettant de faire de grands abatis de
Ramiers et de Perroquets. Mais nous
avons trouvé d'abord des bois inacces-.
sibles, et au lieu de faire la guerre à
des oiseaux, nous avons eu à nous défendre contre des milliers de Moustiques, de Maringouins et de toutes les
autres espèces possibles de Bigailles (1)
(1) C'est ainsi qu'on nomme en Amérique
tout ce qi est çompris en France sous le nom
de Cousins: --- Page 83 ---
des Cayes à Léogane.
quinous piquoient jusqu'au sang, pouvant de là facilement, comme dit La
Fontaine :
apprendre
( Que tel est pris qui croyoit prendre n.
Ce que nous avons eu de mieux à faire,
pour nous empècher d'être entièrement
dévorés, a été de nous plonger jusqu'au
cou dans la mer 7 et de rester ainsi
jusqu'à ce que, notre eau étant faite,
nous soyons rentrés dans la chaloupe $
pour regagner notre bord où nous venons d'arriver.
La grande Caymite a environ deux
lieues de long. Sa figure est très-irrégulière. Ses côtes au nord et à l'ouest
sont bordées de rochers à pic. Les deux
autres côtes, m'a-t-on dit, et partie. même
des- deux premières , sont plates et d'un
bon fond de sable. Mais on ne sauroit
y aborder sans de grandes précautions,
à cause des Vigies ou bas-fonds qui
entourent l'ile. Les Caymites sont remplies d'oiseaux de toute espèce. Il n'y
a d'autre eau que de Feau de pluie,
qui se conserve bonne - à boire et naturellement, dans des creux sur des
rochers.
autres côtes, m'a-t-on dit, et partie. même
des- deux premières , sont plates et d'un
bon fond de sable. Mais on ne sauroit
y aborder sans de grandes précautions,
à cause des Vigies ou bas-fonds qui
entourent l'ile. Les Caymites sont remplies d'oiseaux de toute espèce. Il n'y
a d'autre eau que de Feau de pluie,
qui se conserve bonne - à boire et naturellement, dans des creux sur des
rochers. --- Page 84 ---
Yoyage
Mercredi 17, à midi.
Nous sommes encore à l'ancre. La
nuit a été tranquille. Nous vimes en
pleine mer, hier au soir, deux feux
que nous crûrnes être les faneaux du
Brigantin et du Bateau. M.T de Matty
a envoyé ce matin à la pêche ; elle a
été si abondante, que les Matelots et
les Soldats ont eu chacun, pour leur
part, plusieurs livres de poisson. Le
vent, quoique moins fort, est toujours
contraire. Nous doutons de pouvoir remettre à la voile de tout le jour.
Jeudi18, à 8 heures du matin.
Jamais tant de contre-temps dans un
voyage.que nous croyons devoir être si
court.
Nous avions passé hier fort agréablement notre après-dinée 1 et nous l'avions
terminée par aller voir donner un coup
de Seine (1). Le temps étoit beau
quand nous revinmes, la mer calme.
Enfin nous n'attendions qu'un peu de
bon vent pour nous remettre en route 7
(I) Pécher avec le filet nommé Seine. --- Page 85 ---
des Cayes à Léogane.
quand, de la chambre où nous étions
nous sentimes que le Bâtiment rouloit
beaucoup. Nous montâmes surle pont,
M.* de Matty et moi, et nous vimes
un grain fort noir venant droit à nous.
Notre crainte fut que le vent ne devint
nord, ce qui nous auroit fait filer sur
notre anere et forcés enfin à entrer
dans la baie que forment la grande et
la petite Caymite avec la grand'terre,
non sans danger, au travers des rochers
qui bordent ces iles. Heureusement
nous en avons été quittes pour être fort
incommodés du roulis, et par voir nos
Soldats mouillés jusqu'aux OS. Le vent
qui est tombé ce matin ne souffle pas
plus favorablement pour nous, 2 et je
ne sais quand je pourrai enfin dater de
Léogane.
Toujours Jeudi, à 7 heures
du soir.
Nous voilà en route depuis ce matin.
Je vous souhaite autant d'appétit que
j'en ai en ce moment. Je vais me mettre
à table. Bon soir.
Vendredi 19, 2 une heure
après-midi.
Nous voici au-delà du Tapion. Mais
OS. Le vent
qui est tombé ce matin ne souffle pas
plus favorablement pour nous, 2 et je
ne sais quand je pourrai enfin dater de
Léogane.
Toujours Jeudi, à 7 heures
du soir.
Nous voilà en route depuis ce matin.
Je vous souhaite autant d'appétit que
j'en ai en ce moment. Je vais me mettre
à table. Bon soir.
Vendredi 19, 2 une heure
après-midi.
Nous voici au-delà du Tapion. Mais --- Page 86 ---
Yoyage
le vent est si foible, que je doute
nous puissions arriver ce soir à LE
gane, quoique nous nous aidions de nos
Avirons.
Sije n'ai plus de sujet de vous écrire
d'ici, je le ferai dès en arrivant à Léogane 2 et sijy trouve quelque nouvelle,
je la joindrai à ce journal, pour vous
envoyer le tout par le premier courrier.
Puisse mon exactitude vous engager
à satisfaire l'impatience que jai de recevoir de VOS nouvelles.
Toujours Vendredi , 2 5
heures du soir.
DANS LA RADE DE LÉOGANE.
Le vent ayant augmenté à deux heures, nous avons retiré nos Avirons 9
forcé de voiles, et nous voici enfin à
la rade de Léogane. Mais il étoit écrit
que nous n'arriverions pas sans dommage.
Au moment de mouiller, 2 il a fondu
sur nous un grain des plus forts. Nous
avons pourtant jeté l'ancre ; mais le
vent qui étoit violent, nous a fait chasser
dessus 7 et a fait aborder l'arrière de
notre Chebec contre un gros Navire mar- --- Page 87 ---
de Cayes à Léogane.
chand, nommé le Comte d'Estaing, t
étoit en rade, et qui," n'ayant plus donCable, n'a pu en Aler pour nous
comme nous le lui demanner passage, le
Ce choc, qui
dions avec
porte-voix.
pouvoit nous briser, n'a causé que peu
de dégât. Nous en rions actuellement, et
pourtant le haut de la chambre, appelée
Carrosse par nos Marins 2 a été emporté
et le fracas tel, qu'un de nos Sergens
nommé S
qui se trouvoit sur
du bruit
le toit de ce Carrosse, 2 effrayé
briet de la ruine des planches
Chebec se
saut
3e
soient, n'a fait qu'un
sur le' Navire marchand. Le QuartierMaitre du Régiment et moi avons aussitôt mis Tépée àla main pour empêcher
d'autres Soldats d'en faireautant, comme
disposer,
nous en voyons plusieurs tomber sy dans la mer.
au grand danger de
demain. La pluie
Le Sergent sera cassé
et'elle tombe"
n'a pas tardé à venir,
Vous
sur nous' à seaux en ce moment.
vous en apercevrez à mon papier, quoi- dans
sois un peu à couvert ici
que je coin. Nos femmes de Soldats,
un petit
et toutes mouillées, - 9
encore des effrayées cris à faire peur et en même
jettent
temps à faire rire.
voyons plusieurs tomber sy dans la mer.
au grand danger de
demain. La pluie
Le Sergent sera cassé
et'elle tombe"
n'a pas tardé à venir,
Vous
sur nous' à seaux en ce moment.
vous en apercevrez à mon papier, quoi- dans
sois un peu à couvert ici
que je coin. Nos femmes de Soldats,
un petit
et toutes mouillées, - 9
encore des effrayées cris à faire peur et en même
jettent
temps à faire rire. --- Page 88 ---
74: Voyage des Cayes a Llogane.
Samedi 20, à 8 heures du matin.
A LÉOGANE.
La pluie ayant cessé un instant hier
au soir, je m'embarquai dans la Chaloupe pour venir ici annoncer notre arrivée et préparer le logement de la
Troupe. Mais, à peine à terre, la pluie
recommença plus forte. qu'auparavant,
ce qui pourtant ne m'arrèta pas. J'arrivai, tout percé; au bout d'une heure.
Heureusement le Brigantin et le Bateau étoient arrivés avant nous. Je trouvai
Champlois, du Rognon et nos deux
autres Camarades tout établis à Léogane. Is me prétèrent du linge, me
frent bien souper et me voilà remis.
Il n'y ici aucune nouvelle.
Nos Soldats viennent d'arriver ; je
vais les faire loger.
Adieu, mon cher Comte. Respects
et Complimens chez vous, et un baiser
à votre aimable et très - beau petit
Garçon.
FIN, --- Page 89 ---
ERRATA
Objet I, pag. I, lign. I, et
Objet 2 7 pag. 3, lign. I,. lisez DESCRIPTIONS
au pluriel,
Même Objet, pag. 31, lign, 5, peut être 3
lisez pàt étre. --- Page 90 ---
E805.
Concllgs
B8890
Miag 76 --- Page 91 --- --- Page 92 ---