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OBSERVATIONS
N.10.
Sur quelques Epidémies de SaintDomingue,
compliquées de symptômes de la fièvre
dite jaune ;
Présentées en soutenues à la Faculté de Médecine de Paris,
le 9 mars 1810,
PAR RENÉLE MONNIER, de la Guerche
(Département d'Ille et Vilaine),
Ancien Chirurgien de première classe aux armées ; de Saint-Domingue ; Membre de la Société d'Instruction médicale.
Cognitio morbi epidemici est duz, acus nautica In
assequendis immensis aliis affectionibus morbosis
corregnantibus.
STOLL.
A PARIS,
DE LIMPRIMERIE DE DIDOT JEUNE,
Imprimeur de la Faculté de Médecine, rue des Maçons-Sorbonne, n. 13.
1810. --- Page 4 ---
FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS.
M. THOURET.Dores
M. BAUDELOCQUE,
M. BOURDIER,
M. BOYER.
M. CHAUSSIER.
M, CORVISART.
M. DEYEUX
M. DUBOIS,
M, HALLÉ.
M. LALLEMENT,
M. LEROY.
M. PELLETAN,
Professcurs. M. PERCY.
M. PINEL.
M. RICHARD.
M. SABATIER,
M. SUE.
M. THILLAYE, Ezaminaleur.
M. LEROUX, Ezaminateur.
M. PETIT-RADEL, Bcaminatenr.
M. DES GENETTES, Président.
M. DUMERIL, Ezaminaleur.
M. DEJUSSIEU, Ezaminaleur.
M. RICHERAND.
Pardélibcratiou du rofrimairean 7, F'Ecole a arréie que Jes opinions éinises
dinles dissertations qui hri sont présentées, doivent ftre considérées eonrne
propres à lears auterrs; qu'elle n'entend leur donner aucune apprcbation bi
improbation --- Page 5 ---
A
MES PERE ET MERE.
lémoignage de respect et d'amour filial.
R. LE MONNIER. --- Page 6 ---
--- Page 7 ---
(5)
OBSERYATIONS Sur quelques Epidémies de, Saint-Domingue,
compliquées des symptômes de la fèvre dite
jaune.
Aucuss climats n'exigent plus impérieusement les mesures séyères
de la police médicale que ceux qui sont situés sous la zone torride.
Là les maladies marchent avec tant de rapidité et de violence, que
la médecine n'offre plus de ressouces à I'homme de l'art pour en
ariêter les progrès, Spectateur inutile de tant de calamités, le médecin ne, peut que, se répandre en vains reproches, 1: si sa sagesse avait
prescrit aux chefs les régles de T'hygiène, qui peuvent seulcs détournerl'orage. Envain recoure-t-on alors avec empressement à toutce que l'urgence d'une position désastreuse paraît indiquer : efforts
superflus! le mal, dès l'invasion, est déjà à son comble , les victimes
sont désignées, les sources de la vie sont altérées, et souvent quelques heures suffiseut pour en supprimer le cours. Bien plus, ces
mesures trop tardives répandent Talarme, et la terreur vient paralyser un reste d'énergie vitale qui peut-être pourrait soustraire
quelques victimes.
Maisil ne m'appartient point de traiter ici une pareille matière que
tant d'hommes justement célebres et de diverses nations ont éclairci
dans tous ses points, et mis hors de doute; il me suffit d'avoir été
pénétré de Patilité de leurs principes dans diverses maladies que
d'une maniereépilémique. Jen'ai.
jjai vues réguer aSaint-Domingue
alyser un reste d'énergie vitale qui peut-être pourrait soustraire
quelques victimes.
Maisil ne m'appartient point de traiter ici une pareille matière que
tant d'hommes justement célebres et de diverses nations ont éclairci
dans tous ses points, et mis hors de doute; il me suffit d'avoir été
pénétré de Patilité de leurs principes dans diverses maladies que
d'une maniereépilémique. Jen'ai.
jjai vues réguer aSaint-Domingue --- Page 8 ---
(65
que des observations à présenter; je-les décrirai telles que je les
ai observées sur les lieux, et je choisis celles qui, sous le type de
fièvre double-tierce, au commencement de l'épidémie, m'ont offert
des symptômes graves, ataxiques, putrides, et quelquefois ceux de
la maladie désignée par le nom de fèvre jaune. Cette dernière n'est
peut-être que le summum de cette fièvre maligne, plus ou moins
intense' 9 qui attaque isolément chaque individu qui passe de FEurope
aux Antilles, Très-rarement un seul. échappe au tribut qu'elle exige
pour se créoliser, suivant l'expression du pays ; mais tout léger qu'il
soit pour quelques privilégiés it ne leur permet pas moins d'babiter
sans danger les lieux ravagés. par la fièvre jaune la plus intense; té,
moin le séjour de nos malbeureux réfugiés de Saint-Domingue au
milieu des épidémies de Philadelphie, de Baltimore et autres villes
du Nord-Amérique! Il cst de fait qu'aucun d'eux ne fut atteint de
ce flcau, qui pendant un cours de quelques mois enleva un quart
de la population de ces villes naissantes.
f1
Le type d'une maladie, quand elle est légère, est bien indifférent,
sans doute, et il le paraît également lorsqu'elle est grave, anomale,
ataxique, parce qu'alors elle n'en suit aucun ; cependant, si elle
règne dans le cours d'une épidémie, elle se rattachera toujours aux
premicrs caractères qu'elle aura démontrés, et qui auront permis
de la désigner. D'ailleurs le type de double-tierce est reconnu pour
être le plus ordinaire dans les fièvres, par la majeure partie des
auteurs qui ont écrit sur les maladies des Antilles et de la partie du
continent Américain situé entre les tropiques. lls n'en ont déduit aucune conséquence;j je m'en permettrai une : c'est que, sousce type,
j'ait toujours observé que les vomissemens et les évacuations alvines
étaient le plus constamment verdâtres. Quand ce symptôme
siste, on est sûr de voir les affections neryeuses prendre de per- l'intensité.
Les maladies sur lesquelles je me propose de donner des observations ont régné d'une manière épidémique, et toutes différentes
qu'elles ont été dans les trois cantons que je cite plus bas, elles
conséquence;j je m'en permettrai une : c'est que, sousce type,
j'ait toujours observé que les vomissemens et les évacuations alvines
étaient le plus constamment verdâtres. Quand ce symptôme
siste, on est sûr de voir les affections neryeuses prendre de per- l'intensité.
Les maladies sur lesquelles je me propose de donner des observations ont régné d'une manière épidémique, et toutes différentes
qu'elles ont été dans les trois cantons que je cite plus bas, elles --- Page 9 ---
(7)
ont toujours affecté le type de fèvre double-tierce. A Saint-Domingue plus qu'ailleurs, par le concours de causes diverses > les maladies doivent nécessairement varier. Le so!, coupé par, des chaines
de montagnes plus ou moins clevécs, dont la direction trace anx
brises si salutaires le courant qu'elles doivent suivre 7 couvert eu
d'autres endroits de forêts immenses ou de plaines dont la pente
est quelquefois insensible, et laisse séjonrner plus ou moins de
temps les caux qui, dans lcs plus fortes chaleurs, sont versées par
torrens ; les fatigues, les affections morales des nouveaax débarqués, voisings de la nostalgie; la manière de vivre des habitans,
f1 J:
leur genre de culture; que de causes "influaates!
Toutes ces considérations établissent naturellement des différences daus les maladies. Elles sont de la plus haute importance dans
tous les pays, et,doivent faire l'objet d'ane étude particulière, surtout anx, colonies. Ces différences sont, si frappantes à Saint-Domingue, que. d'une habitation à l'autre le traitement exige des
modifications; et comme l'observe judiciensement M. Dasille:4Les
( maladies.d'un. quartier ne sont jamais.celles, d'un autre. >
! C'est en pratiquant la médecinexdansun paysiéloigné. et presque
nouveau, sous le ropportideices: élablissemensy que. l'on sent le
besoin, l'urgence d'une topograplie générale, afic de rallier ses
idées et ses observations particulières à un centre de connaissances
aussi étendues que solidemeat établies. Làple médecin., presque
toujo TS isolé dans sa pratique à Saint-Domingue, puiscrait, dès
son début, les matériaux de ses premières observations comparatives. Iloen naitraiti sans doute un. traité bien intéressant (puissions-nous être à même del l'exécuter!); mais cet ouvrage ne peut
être'eelui d'un seul homine : d'ailleurs a-t on dodné à cet objet si
important l'encouragement dont ila besoin?
D'apits le plair que je me suis. preserit, je dois me renfermer
dans la descriptica des maladies que j'ai ohservées sous le type de
deuble tierre, ayant du rapport avcc la fievre dite jaune, ou qui
é bien intéressant (puissions-nous être à même del l'exécuter!); mais cet ouvrage ne peut
être'eelui d'un seul homine : d'ailleurs a-t on dodné à cet objet si
important l'encouragement dont ila besoin?
D'apits le plair que je me suis. preserit, je dois me renfermer
dans la descriptica des maladies que j'ai ohservées sous le type de
deuble tierre, ayant du rapport avcc la fievre dite jaune, ou qui --- Page 10 ---
(-8)
ont coexis@avecglc.Jeie concentrerai encore plus dans la localité
cu j'ai fait mes observatious, puisque la plus grande distance d'an -
quartier à l'autre est de six lieues; j'en donnerai une topographie
relative seulement à sa pricipale influence sur les maladies.
Définition de la Fièore double-tierce.
Une fièvre dont les accès des jours impairs se correspondent, et
dans laquelle ceux
pairs suivent la même
Te
desjours
marche, mais ont
lieu à une heure différente des premiers, est' appelée Hiéore doubletierce ; elle peut être rémittenté ou intermittente. Oa
suppose s
d'après cette définition, deux accès distincts et ayant lieu les jours
impairs à une leure différente de' célle des jours pairs. Ce n'est
point, ainsi que je l'ai'observé; elle n'est à mon avis qu'une fièvre
tierce dont l'accès commence le soir, 'et le lendemain vers midi
le paroxisme s'annonce avec plus de violence : frisson, nausées,
vomissemens, mais Panxiété est moindre. Jusqu'au paroxisme, il
y a érétbisme, : stupeur même;' toutes'les secrétions sont altérées,
la force médicatrice ne paraît prendre le dessus que lorsqu'elle
peut produire une réaction assez puissante pour développer le paroxisme dm inilieu du jour ; s'il parcourt ses périodes avec un peu
de régularité; il y a toujours soulagement, le matin du troigième'
jour le malade est ou dans l'apyrexie, ou avec rémission trèsmarquée.
Topographie particulière des yrois cantons oi Pai observé,
Tout le monde connait la latitude de Saint-Domingue entre les
17 et 20 degrés, nord : Pour ne pas sortir des bornes dans lesquelles je veux me renfermer, s je vais passer de suite à la description topographique de ces trois quartiers (Aquin, Saint-Michel
et le Rochelois ), situés à la partie la plus est du département du
sud de cette colonie, et séparés par des montagnes, dont le gisse- --- Page 11 ---
(9)
ment principal est de l'est à l'ouest ; ils sont, comme je l'ai déjà
n'est
six licues de Saint-Michel,
observé, asse Z voisins, Aquin
qu'à
et ce dernierà deux seulement du Rochelois. de trois
I." Aquin est un petit bourg bâti au milieu d'une plaine
lieues de l'est à l'ouest, et une et demie du sud au nord, cernée
au trois quarts par une chaîne de montagnes; le reste est ouvert
au sud, et la mer en baigne les bords. La pente en est généralement
trop douce; une très petite rivière passant à l'ouest du bourg coule
avec lenteurdu nordaus sud.Le bord de la mer est coupé de plusieurs
baies,dont la principale est très-profonde (clle se comble de jour en
jour). Les esters couverts de mangliers s'étendent ati loin;après les
d'insectes; au temps de
pluies ils donnent une quantité prodigieuse
Thivernage,l'eau couvre de grandes surfaces que le soleil dessèche,
et qui deviennent ainsi chaque année la source de fièvres intermittentes.
est du bourg coule
avec lenteurdu nordaus sud.Le bord de la mer est coupé de plusieurs
baies,dont la principale est très-profonde (clle se comble de jour en
jour). Les esters couverts de mangliers s'étendent ati loin;après les
d'insectes; au temps de
pluies ils donnent une quantité prodigieuse
Thivernage,l'eau couvre de grandes surfaces que le soleil dessèche,
et qui deviennent ainsi chaque année la source de fièvres intermittentes. 2.° Le bourg de Saint-Michel, composé sculement de quelques
maisons, est situé sur un morne trop peu élevé pour le garantir de
l'air infect que lui porte chaque jour le vent d'est, en balayant la
surface d'un marais de plusieurs lieues d'étenduc, nommé ctang
de Miragoane. Cela seul suffit pour établir l'insalubrité de ce quartier,. en se rappelant surtout que la chaleur à Saint - Domingue
n'est tempérée que par les denx brises est et ouest ; mais principalement celle de l'est, la seule régulière et qui règne quinze à vingt
heures; en outre, la montagne du Rochelois se terminant vers le
sud-ouest prive ce bourg du bienfait de la brise d'ouest. 3.° La montagne du Rochelois,élevée de plusieurs centaines de toises
au-dessus du niveau dela mer,a une longueur de quatre à cinq lieues,
et presque partout une lieue de largeur. Cette montagne couverte
de café 2 aussi intéressante par sa situation que par sa richesse,
forme le plateau le plus agréable. Quoique située comme SaintMichel, sous le ventdes, marais,le vent d'est qu'elle reçoit a passé
trop au-dessus d'eux, Là le teint des habitans contraste assez avec
--- Page 12 ---
(10)
celuide ceux qui séjournent dans les plaiues et au bord de la
pour prouver la salubrité de ce local privilégié. mer, s
C'est dans ces trois quartiers, qui diffèrent encore sous tant d'autres
rapports (il serait déplacé de les rapporter ici), et oà j'ai
la médecine, , que jai observé les maladies dont la
pratiqué
La différence de
description suit,
température est si grande entre eux,
homme
,
qui dans la canicule, passerait successivement
qu'un
un jour dans l'un et
l'autre, ne pourrait pas dire avoir habité sous la même latitude,
se formaituncidée de la chaleur
s'il
raison
isoghespe.oinmenuam
de chaque degré plus rapproché de l'équateur; ; il serait qu'en dans. l'erreur, puisqu'au bourg d'Aquin le thermomètre
marquait 30, dans un jour assez chaud, et au Rochelois (Réaumur) à
peine 20. Observations recueillies au bourg d'Aquin. Il n'cst pas rare de voir dans le bourg d'Aquin et ses
régner deux fois l'an des fievres assez ordinairement bilieuses. dépendances
les années pluvieuses elles sont fréquentes, mais aussi moins Dans
gereuses ; les évacuations se font avec facilité, elles
danamener Ja prostration: $ mais si la sécheresse
soulagent sans
d'est soit faible, il y a tout à redouter
persiste, que la brise
privation d'eau de bonne
pour cette commune ; la
qualité peut être mise en
toutes les sources tarissent.
quin et ses
régner deux fois l'an des fievres assez ordinairement bilieuses. dépendances
les années pluvieuses elles sont fréquentes, mais aussi moins Dans
gereuses ; les évacuations se font avec facilité, elles
danamener Ja prostration: $ mais si la sécheresse
soulagent sans
d'est soit faible, il y a tout à redouter
persiste, que la brise
privation d'eau de bonne
pour cette commune ; la
qualité peut être mise en
toutes les sources tarissent. tête, presque
Cest dans une pareille circonstance qu'au mois de septembre
j'eus occasion d'observer, 3 au milieu d'une fièvre
1795,
lieuse, 9 dont plus de la moitié des habitans furent double-tierce biéymptômes tres-graves,
atteints, des
d'intensité
ataxiques, adynamiques; ils augmentaient
en raison de la quantité de malades réunis dans la même
maison. Presque tous avaient le pouls misérable, la peau sèche, la
chaleur inégalement repartie 3 des vomissemens verdâtres: fles
tions, en petite
déjecmême
quantité, peu consistantes, presque aqueuses, avaient la
teinte; chez les femmes créoles sartout, la
cctte couleur généraledes évacuations
peau participait à
parles voies digestives; ily en
quantité de malades réunis dans la même
maison. Presque tous avaient le pouls misérable, la peau sèche, la
chaleur inégalement repartie 3 des vomissemens verdâtres: fles
tions, en petite
déjecmême
quantité, peu consistantes, presque aqueuses, avaient la
teinte; chez les femmes créoles sartout, la
cctte couleur généraledes évacuations
peau participait à
parles voies digestives; ily en --- Page 13 ---
()
avait qui portaient cette couleur assez forte pour que, ne considérant
gue la leinte verdâtre, on eût pu appeler aussi cette maladie
feore verte ; fort peu succombèrent, parce qu'après le premier
tenaire au neuvième ou onzième jour il survenait des évacuations sepalvines de bonne nature. Mon traitement général consista en boisscns mucilagineuses, limonade végétale, fort peu de minérale, lavemens, fomentations , cataplasmes, quand le malade pouvait les
supporter,avec le gombo 5 (ketmia d/ricanefiutesccn), la raquelte
(opuntia herboriarum) > l'ipécacuanha, comme vomitif, la casse aiguisée, les tamarins, quelquefois le camphre et le nitre, le quinquina purgatif. .
le séjour à la montagne peadant la conva*
lescence.
Presque dès le début de cette épidémic, quelques malades jeunes,
vigoureux, parmi les blancs ou les noirs, furent atteins de plusieurs
symptômes qui caractérisent la fièvre jaune, céphalalgie
table, chaleur âcre de la peau,soif, douleur à
insupporl'épigastre ou oppression, puis cessation subite de la fièvre, vomissement, et surtout
suppression de l'urine; mais chez aucun je ne vis la suffusion ictérique. Cette maladie, , que nous'regardons d'abord comme uue fièvre
ardente, le causos s fit périr les sept buitièmes avant le septième
jour. L'alarme se répandit dans les environs, à Saint-Louis, et mêine
aux Cayes;les médecins de ces villes, remplis de la description de
la fièvre jaune, qui depuis 1793 avait été si meurtrière au nordAmérique 9 nous demandaient cellede l'épidémie qui nous ravageait,
de la fèvre jaune, en un mot. Un médecin de la faculté de
M. Tournay 3 ayec lequel j'étais lié, vint, à ma sollicitation, Nancy, se convaincre que cette cruelle maladie avait marqué ses victimes chez
ceux-là mêmes qui avaient plus de droits à la vie, 9 les jeunes gens
d'une constitution robuste; en effet,il ne périt qu'un très-petit
nombre de femmes. Toutes les ressources de la mnédecine furent
vainement employées, et pour mieux dire,elle ne nous en fournit
aucune; il suffit d'en citer quelques exemples pour regarder cette
maladie comme au-dessus de tous nos moyens,
convaincre que cette cruelle maladie avait marqué ses victimes chez
ceux-là mêmes qui avaient plus de droits à la vie, 9 les jeunes gens
d'une constitution robuste; en effet,il ne périt qu'un très-petit
nombre de femmes. Toutes les ressources de la mnédecine furent
vainement employées, et pour mieux dire,elle ne nous en fournit
aucune; il suffit d'en citer quelques exemples pour regarder cette
maladie comme au-dessus de tous nos moyens, --- Page 14 ---
(12)
I.re OBSE R V A T I O N.
M. du Languedoc, habitant St.-Domingue depuis sept ans s
âgé de vingt-quatre à vingt-cing ans, d'une constitution athlétique,
barbe et cheveux noirs, d'uneforce estraordinaire,et. se complaisant à
l'exercer, se rend à pied, pendant la plus forte chaleur, au bord de
la mer, distante d'une lieue de sa demeure, s'y fatigue beaucoup,
en faisant embarquer des sacs de café, De retour avaut le coucher du
soleil,il va se promenerencore le soir avec un de ses amis. A8 beures,
céphalalgic, augmentant à chaque minute, d'une intensité extrême,
lorsque je fus appelé à IO heures, Pouls petit, serré; face rouge 1
pourpre ; ceil saillant, injecté; délire menacant, presque furieux;
saignée copieuse, apparence de calme jusqu'à minuit, lavement
émollient, puis porgatif, aucune évacuation; langue seche , épaisse;
douleur à l'épigastre; refus de toute autre boisson que l'eau, et qu'il
ne prend que par un mouvement d'impatience; délire plus furieux à
l'approche du jour. Seconde saignée: aucun soulagement ; quelques
vomissemens noirs, 3 sans douleurs à l'épigastre ; suppression de
l'urine; puis abdomen tendu, excessivement douloureux. A midi, la
face est d'un rouge noirâtre, elle se décompose ; la céphalalgie est
obtuse , la bonche béante; langue noire, plus épaisse; assoupissement continuel, qui est encore augmenté par l'effet d'un bain, dans
lequel le plongent des femmes se mêlant de la médecine ; quelques
momens après, le ventre n'est plus douloureux; elles l'attribuent au
bain, et en conseillent un second dans lequel il meurt. La maladie
n'eut pas un cours de 24 heures.
II. OBSE R V A T I O M.
Un jeune créole de vingt à vingt-deux ans, d'une forte constitution, très-adonné aux
d'une
femmes, est pris : subitement, après son diner,
céphalalgie très-intense; il vomit ses alimens; douleur vive
omens après, le ventre n'est plus douloureux; elles l'attribuent au
bain, et en conseillent un second dans lequel il meurt. La maladie
n'eut pas un cours de 24 heures.
II. OBSE R V A T I O M.
Un jeune créole de vingt à vingt-deux ans, d'une forte constitution, très-adonné aux
d'une
femmes, est pris : subitement, après son diner,
céphalalgie très-intense; il vomit ses alimens; douleur vive --- Page 15 ---
(13)
aux lombes. Je ne fus appelé qu'au milieu de la nuit, après que ses
parens eurent employé quelques drogues. Alors face tuméfiée,
yeux sensibles à la lumière, regard hardi, audacieux ; réponses
brèves, langue sèche, soif peu marquée, chaleur comme halitueuse , pouls dur, très-serré : même céphalalgie, urine rare et trèsrouge. ; saignée qu'on réitère le soir; pédiluve chaud; boisson émolliente nitrée. La nuit Sc passe assez bien, maisle pouls ne se développe
point; la langue est sèche, la soif se fait sentir; l'urine plus abondante, toujours rouge et brûlante. A midi, céphalalgie, chaleur
excessive, agitation extrême, peau chaude et sèche, pouls plus fréquent, ceil menaçant, impatience du malade; ; saignée, et cependant
le soir augmentation de toutes les symptômes. Après minuit, un moment de rémission; lavement avec la casse et le sel; évacuation de
matières sèeches,dures, fétides. A 6heures, le matin, 2 eau de casse avec
le suc d'orange commune ; trois petites évacuations d'une fétidité insoutenable, aucune douleur à l'abdomen, Le jour suivant, par le
défaut de brise, la chaleur fut étouffante : alors anxiété extrême,
délire; le malade abandonne son lit et se couche tont nu sur le
carreau, sinapismes ; le soir, vomissement de matières vertes, toujours même céphalalgie; agitation extrême 3 tremblemens, soif
plus forte. Le quatrième jour, langue sèche, bràlée, tremblante;
sputation fréquente ; vomissement de matières noires,
douloureux, plus d'urine ; lavement laxatif, point d'évacuation épigastre
mêmes boissons camplrées et nitrées. Le soir, pouls très-petit, 7
toujours serré; délire, paroles plus incohérentes, perte de connaisance; évacuationsi involontaires de matières noires, fétides; sin-.
eopes, mort dans la nuit..
Observationsfaites au camp de Saint-Michel.
Au mois de septembre de l'an 10, on fortifia le camp de SaintMichel, de plusieurs compagnies de troupes de
postcs du
ligne.Junque-1a,ler
Cordon du Sud avaient été occupés par les tronpes du
, 7
toujours serré; délire, paroles plus incohérentes, perte de connaisance; évacuationsi involontaires de matières noires, fétides; sin-.
eopes, mort dans la nuit..
Observationsfaites au camp de Saint-Michel.
Au mois de septembre de l'an 10, on fortifia le camp de SaintMichel, de plusieurs compagnies de troupes de
postcs du
ligne.Junque-1a,ler
Cordon du Sud avaient été occupés par les tronpes du --- Page 16 ---
(14)
pays; aussi n'avais-je eu pendant six mois que quelques fièvres intermittentes, tierces, s fort peu de quartes. Ailleurs je n'aurais
malade.
pas euun
Les Français ne furent pas quinze jours bien portans, dans les diverspetits postes situés, dela manièrel la plus
vent dc l'étang. Il faut noter
désavantageuse, sous le
que ces troupes, débarquées
mois, avaient séjourné deux ou trois ans dans l'isle de Corse. depuis six
plupart des hommes de cette demi-brigade n'avait
La
tard et avec beaucoup moins d'intensité
les éprouvé que plus
dites du
que autres, 9 les maladies
cruellement pays. Malheureusement 7 leur confiance fut par la suite
déçue ; au fait, ils n'étaient point acclimatés.
La maladic commença par un lietitenant , jeune homme de
six à trente ans, d'une constitution
vingtlymphatiquebiliense, Cet
distingué par son mérite, avait fatigué
officier,
le terrain; son poste était le plus avancé, beaucoup Le
pour reconnaître
accès de fièvre
vint
Jendemain d'un second
tierce,il
me trouver, Le 30
accès de fièvre tierce ; à II heures, frisson septembre,t de demi-heure. troisième
de céphalalgie, point de soif , urine assez abondante, mais
Peu
légère moiteur à 4 heures. Dès le soir même la fièvre aqueuse; 2
caractère de
prend le
double-tierce; céphalalgie eassez vive, poulspetit,
peau sèche, 3 soif,urinetoujours. aqueuse, mais beaucoup moins serré, abondante, insomnie, Le lendemain r.eF octobre,
céphalalgie sus-orbitaire, A
bouche pâteuse, soif, -
II heures 3 froid des extrémités >
augmentation des autres symptômes, vomissemens de matières visqueuses peu amères, chaleur âcre de la peau,"uriue
de sueur après l'accès ; cependant nuit
rare, point
Le 2, ipécacuanha 36
assez bonne, sommeil.:
grain à
grains 3 tartrite de potasse antimonié un
prendre en deux doses ; vomissemens et
Le soir, céphalalgie sus-orbitaire,
plusieurs selles.
férieurs,
lassitude dans les membres inléger sentiment de froid, suivi de chaleur,
développé, peau sèche, moins bralante,
de
pouls assez
lavement purgatif,éracuations
peu sommeil. Le 3,
bilieuses âcres; à midi, le redouble
menisles.purgatif, cweaigunéeanecleanrie acidule de potasse,
vomissemens et
Le soir, céphalalgie sus-orbitaire,
plusieurs selles.
férieurs,
lassitude dans les membres inléger sentiment de froid, suivi de chaleur,
développé, peau sèche, moins bralante,
de
pouls assez
lavement purgatif,éracuations
peu sommeil. Le 3,
bilieuses âcres; à midi, le redouble
menisles.purgatif, cweaigunéeanecleanrie acidule de potasse, --- Page 17 ---
(15)
Enfin la fièvre continue avec ce type double-tierce bien intermittent jusqu'au septième ; il n'y eut point de soulagement par les
crises, elles furent incomplètes. Point d'apyrexie entre l'accès du
7 et celui du 9. Vésicatoires aux jambes ; le 10, peau aride
sèche, muqueuse, délire taciturne ; il parle de son
> langue de
mère: le soir, assoupissement ; sinapisme, vésicatoires pays,
sa
laveinent de kina purgatif, II refuse tout ; levres encroûtées, aux cuisses,
brune
langue
rugueuse s extrêmement sèche : même état jusqu'au
alors
13:
respiration un peu gènée, haleine excessivement fétide; ; nouveaux sinapismes, 9 large vésicatoire entre les deux épaules , ceux
des jambes deviennent livides; mort dans la nuit.
Nul doute que,'sans la nostalgie 3 cette fièvre n'eit marché régulièrement, et avec une issue heureuse.
Dans l'espace de vingt jours, plus de cinquante militaires furent
successivement aiteints de fièvre double-tierce, , les uns dès l'invasion;
chez d'autres, ily avait eu quelques accès de cette fièvre tierce insidieuse. Tant que les évacuations bilieuses se
tous
guérirent le
soutinrent, presque
septième, on au plus tard le neuvième. Mais le
nombre des malades augmentant, les
logemens séparés me manquerent; ; je fus obligé de me servir d'un logement destiné à la
fabrication du sucre,percé de fenêtres d'un seul côté, dans un local
bas. Ces malheureux étaient entassés au nombre de plus de soixante
dans une partie de ce bâtiment, sans linge Bientôt la fièvre devint.
continue, et avec elle chaleur insoutenable 7 peau d'une âcreté excessive, , peu d'urine ou suppression totale ; en attendant leur translation à l'hôpital d'Aquin, beaucoup périrent le 2, le 3." jour,
quelques-nns avec la suffusion ictérique, d'autres plus tard, avee
tous les symptômes caractéristiques de la fièvre jaune observée atz
Port-au-Prince, aux Cayes; anxiétés, vomissemens noirs, absence
totale de l'urine et de la fièvre après le trois ou le quatrième jour;
jamais, malgré Purgence d'une position aussi déplorable, on ne
put forcer les entrepreneurs à transférer sur les lieux leur hôpitai
d'ambulance,
ques-nns avec la suffusion ictérique, d'autres plus tard, avee
tous les symptômes caractéristiques de la fièvre jaune observée atz
Port-au-Prince, aux Cayes; anxiétés, vomissemens noirs, absence
totale de l'urine et de la fièvre après le trois ou le quatrième jour;
jamais, malgré Purgence d'une position aussi déplorable, on ne
put forcer les entrepreneurs à transférer sur les lieux leur hôpitai
d'ambulance, --- Page 18 ---
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Observations du Rochelois.
Enfin le troisième et dernier quartier où j'ai fait des observadont
tions , est sur la montagne du Rochelois 9 plateau'r 'magnifique
l'atmosphère tempérée offre à l'Européen qui arrive la presque
certitude de s'acclimater.
Après avoir chassé les noirs insurgés de l'antique et insalubre
ville du Petit-Goave, le général enyoya à la montagne des troupes
arrivaient de France, après une traversée de quarante ou cinqui
l'arquante jours. Elles ne prirent point part à l'action 9 formèrent
n'entrèrent
dans la ville.
rière-garde, et par conséquent
point
Trois ou quatre cents hommes de ces nouvelles troupes furent
du cordon, Réduit là, comme je
destinés pour ce poste principal
l'avais été précédemment, > par le même vice d'administration. 9 à
trouver des ressources dans le local même, je fis rassembler des
lits, des médicamens épars sur les habitations. Les militaires avaient
cinq lieues à faire pour aller prendre leurs rations au port le plus
voisin. Le manque d'animaux pour ce transport, et les chemins
difficiles, engagèrent le commandant à les laisser se nourrir des
vivres du pays, abondans et de bonne qualité dans cette montagne.
de
à la
de tous leurs repas;je
Je me chargeai présider
préparation
fus assez payé de mes soins, puisqu'aucun soldat ne fut incommodé
ces alimens aussi nouveaux pour eux que le sol sur lequel ils
par venaient de débarquer. La viande salée qu'ils recevaient pour toute
ration les porta à manger une grande quantité de porc frais
Avec ce régime, les courses fatigantes pendant le jour, et les
veilles nécessitées par notre position au milieu d'un pays insurgé,
un mois entier s'écoula avant que j'eusse un seul malade. Les preaccès
miers en furent quittes pour un embarras gastrique, quelques
de fièvre qui cédèrent à un émétique, l'ipécacuanha, et dix à douze
jours après ils furent en état de reprendre leur service. Mais bientôt --- Page 19 ---
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cette fiivre bilieuse simple, ou sculement embarras gastriquesprit tle
intermittente; je me hâtai dès le début de
type de double-tierce
ensuite aux seuls laxalifs
faire vomir ayec lipécacuanha, et j'associai
je possédais (la casse et le tamarin ) 1 les amers et aromatiques
que
J'eus quelques malades dont la fièvre plus forte n'en lut
indigènes. homme d'un tempas plus dangeureuse; ; tel fut un caporal, jeune
bilieux, sanguin,qui, après un repas copieux de porc frais et
pérament (dioscorea) ), eut dans la nuit une indigestion.
faire vomir ayec lipécacuanha, et j'associai
je possédais (la casse et le tamarin ) 1 les amers et aromatiques
que
J'eus quelques malades dont la fièvre plus forte n'en lut
indigènes. homme d'un tempas plus dangeureuse; ; tel fut un caporal, jeune
bilieux, sanguin,qui, après un repas copieux de porc frais et
pérament (dioscorea) ), eut dans la nuit une indigestion. Le matin 5
d'ignames
sus-orbitaire, douleur aux lombes 3 chagerminal an 11, céphalalgie
leur, courbatures générales, langue couverte d'un enduit jaunâtre,
mais sec; à dix heures frisson assez long, puis chaleur âcre de la
pouls dur: céphalalgie; limonade nitrée, pédiluve; moiteur. peau,
accès sans frisson, ,nuit agitée, face trèi-colorée. Le six au seir', nouvel
Le
larmoyans : petite saignée, lavement ; à II heures,
sept, yeux
5 âcre. Le 8,ipécacuauha. , vomissefrisson, urine rare, très-rouge,
à
même état jusqu'au 1O germinal, sepment abondant, peu près
évacuations abondantes,
tième jour de la maladie: casse aiguisée ;
fétides, mais toujours de la céphalalgie; enfin terminaison par une
le neuvième jour depuis l'invasion. Convalescence
sueur critique
prompte. Au milieu de plus de soixante malades 1 disséminés, autant que
l'avais pu, autour de la maison principale, qui était retranque je
Montfalcon, commandant tout le cordon, est atteint,
chée, M. de
le
d'une fièvre bilieuse putride, conservant quelque
27 germinal,
dévastait les
villes ; aidle-deempreinte de la fièvre qui
grandes
du général Dugas, il était dans la colonie depuis un an. Cet
camp
bilieux 1 avait excessiveofficier, d'un tempérament lymphatique
inutilement
pour rassembler quelques noirs épars
ment et
fatigué,
habitations voisines. Dès le premier jour, lassitudes, dégoût
sur les
la langue dans l'état naturel, cépour les alimens ; cependant
fis
molle, peu chaudc. Le troisieme jour, je le
phalalgie 1 peau
les évacuations furent abondantes,
vomir avec T'ipécacuanha ;
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fièvre dans la nuit, cbaleur assez forte, ainsi que la céphalalgie. Le 4, ilre réyeille après une heure de sommeil, avec de la douleur à l'épigastre, de Pinquiétude ; la fièvre est presque nulle :
nausées ; potion tonique et antispasmodique,sinapisme, lavement
irritant; évacuation fétide, brune, séreuse. Le 6 au soir, le pouls
se relève, l'anxiété diminue en proportion ; dans la nuit la céphalalgie devient intense $ la chaleur de la peau excessive. Le septième
jour, délire : vésicatoire aux jembes , lavement avec. Phuile de ricin; éyacuation fétide toujours brune; dans le jour; quelques cuillerées d'huile de ricin. Dans la nuit, prostratiou après deux selles;
elle augmente le huitième jour ; mais les évacutions alvines se
soutiennent, et sont de meilleures qualités 3 quelques cuillerées de
vin. Même état jusqu'au 9 au soir, perte de connaissance, délire,
langue sèche, brune.
aux jembes , lavement avec. Phuile de ricin; éyacuation fétide toujours brune; dans le jour; quelques cuillerées d'huile de ricin. Dans la nuit, prostratiou après deux selles;
elle augmente le huitième jour ; mais les évacutions alvines se
soutiennent, et sont de meilleures qualités 3 quelques cuillerées de
vin. Même état jusqu'au 9 au soir, perte de connaissance, délire,
langue sèche, brune. Le IO, paroles plus incohérentes, prostration plus marquée;! les deux jours suivans, même état à peu près,
urine plus rare encore, trouble, noire; assoupissement, vésicaloire
aux cuisses > chaleur extrême et froid des pieds : sinapismes. Le
treizième jour, depuis l'invasion, nous reçumes l'ordre d'évacuer;
je le fais transporter dans un hamac. Après douze heures de
marche, je le place à bord, et lorsque nous sommes à deux lieues
en mer, il recouyre sa copnaissance ; Ia langue, toujours noire,
commence à s'humecter. Je découvre le lendemain une escharre
gangreneuse à la cuisse près le pli de la fesse. Quoique retenu au
Port-au-Prince, la convalescence marcha assez promptement ; elle
fut exempte de rechûte,
Sur plus,de soixante malades que j'accompagnai avec le commandant dans cette marche péuible 9 je ne perdis que deux convalescens
qui mourur ent subitement; surpris par quelques coups de fusil que
nous tiraient des hordes d'insurgés épars dans les bois, à chaque halte
que nous étions forcés de faire.
esse. Quoique retenu au
Port-au-Prince, la convalescence marcha assez promptement ; elle
fut exempte de rechûte,
Sur plus,de soixante malades que j'accompagnai avec le commandant dans cette marche péuible 9 je ne perdis que deux convalescens
qui mourur ent subitement; surpris par quelques coups de fusil que
nous tiraient des hordes d'insurgés épars dans les bois, à chaque halte
que nous étions forcés de faire. Pendant un mois, je vis mes convalescens se promener dans la
ville du Port-au-Prince : jusque-là aucun ne fut atteint de la fièvre --- Page 21 ---
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janue qoi y réguait encore. Cette simple fièvre bilieuse lcs en aurat-clle préservés plus long-temps, Oul aura-t-elle suffi pour les acclimater?Cest ce dont je doute, ct ce que je regrette de n'avoir pu
observer.
Parmi les amers et aromatiques que j'émployai dans les malaladies qui font le sujet de cette dernière observation 3 je peux citer
le bon cffet que j'obtins de l'écorce du malambo (1), donnée à
la dose de 2 à 3 grammes en poudre, et souvent en décoction à
vaisseau clos, 5 ij par pinte, en teinture alcoolique.
On voit, d'après ces observations, que la fièvre jaune peut se déclarer aux Antilles ati milieu d'une épidémie, même bénigne, si
on néglige la propreté, et surtout l'isolement des malades.
A Aquin, elle avorte en quelque sorte par ces seules précautions,
et après quelques victimes, la maladie est ramenée à son type ordinaire d'une fièvre doublc tierce bilieuse compliquée d'ataxie. 4
A Saint-Michel, les soldats furent dl'abord affectés de fievres
tierce et de double-tierce, intermittente, qui cédaient ait quinquina ; mais ce, remède souverain devint inutile et même dangereux, lorsque la maladie offrit les caractères de Ta fievre jaune,
C'est là que j'observai une plus grande réunion des symptômes qui
la caractérisent. Chez beaucoup, 9 la suffusion ictérique, dès le troisième ou lc quatrième jour, précéda la mort de quelques heures
sculement.
Sur la montagnc du Rechelois, une fèvre double tierce bilieuse
atteint des militaires nouvellement débarqués, tandis que leur chef
offre, pendant le cours d'ane maladie graye 5 quelques symptômes
de la fievre jaune. II avait séjourné plusieurs mois dans les villes
où elle sévissait, à chaque heure, les officiers entraient dans sa
I
(r) Voy. le Journal de la société médiçale d'émulation de Paris. Féyrier
1808.
agnc du Rechelois, une fèvre double tierce bilieuse
atteint des militaires nouvellement débarqués, tandis que leur chef
offre, pendant le cours d'ane maladie graye 5 quelques symptômes
de la fievre jaune. II avait séjourné plusieurs mois dans les villes
où elle sévissait, à chaque heure, les officiers entraient dans sa
I
(r) Voy. le Journal de la société médiçale d'émulation de Paris. Féyrier
1808. --- Page 22 ---
(20)
chanbre ; ceux d'enure eux qui furent ensuite malades n'offrirent
aucue facheux symplôme qui pàt faire soupçonaer la contagion.
Cependant M, de Monfalcon avait bien la maladie dite fievre jaunc.
Dans la plaine, il aurait couru toutes les chances fâcheuses de cette
épidémie si redoutable.
Quant au traitement considéré d'une manière générale, partout
je m'occupai de débarrasser les premières voies , Tipécacuanha,
comme émétique, et non le tartrite de potasse antimonié scul, les
doux purgatifs quelquefois aiguisés. A Aquin, aux stimulations cutanées, je joignis l'usage fréquent des antispasmodiques, Péther:
principalement. A Saint-Michel, j'eus recours de bonne beure, et
nême de suitc chez quelques-uns, au quinquina , puis à des toniques d'une autre espèce, lorsque l'éréthisme m'en interdit l'administration. Au Rochelois, le caractère de fievre bilieuse simple se conservant, je n'employaique lesévacuans,les boissons acidules, ensuite
légèrement toniques.
Malgré le. désir d'ouvrir les cadavres de ccux dont j'avais suivi
exactement les observations, nulle part il ne me fut permis de me
satisfaire. Je n'ai pas une autopsie à rapporter. --- Page 23 ---
(ar)
HIPPOCRATIS APHORISMI
Ez aured editione HIERONYMI MERCURIALIS).
I.
Incipientibus morbis si quid movendum videtur, move; vigentibus verb 3 quietem agere melius est. Sect. II, aple, 29.
I I.
In morbis minhspericlitantur quorum naturae, et setati, et habitui,
et tempori morbus magis affinis fuerit, quàm hi quibus non affinis
in aliquo horum existit. Ibid, apl. 34
III.
Quibuscunque morbis incipientibus, si atrabilis aut sursum 3 aut
deorsàm prodierit, 9 lethale est. Sect. IP aph. 28.
I V.
Quibus in febribus morbus regius fit ante septimum diem, malum, Ibid., aph. 62.
V.
Sit timor et tristitia multo tempore perseverent, atrabiliariam hoc
signum est. Sect., VI, aph. 23.
VI.
Morbo regio laborantibus hepar durum fieri, malum est, Ibid.,
aph, 42. --- Page 24 ---
CSio
L5570
S126