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OBSERVATIONS
GÉNÉRALES
SUR LES MALADIES
DES CLIMATS CHAUDS. --- Page 4 ---
Se trouve A SAINT-DOMINGUE,
Chez M. DUFOUR DE RIAMS, Imprimeur du Roi
au Cap. --- Page 5 ---
OBSERVATIONS
GENÉRALES
SUR LES MALADIES
DES CLIMATS CHAUDS,
LEURS CAUSES, LEUR TRAITEMENT,
ET LES MOYENS DE LES PRÉVENIR;
Par M. DAZILLE, Médecin du Roi à S. Domingue,
Pensionnaire de Sa Majesté, Correspondant de la
Société royale de Médecine, ancien ChirurgienMajor des troupes de Cayenne, des hôpitaux de
l'ile de France, &c,
A PARIS,
Chez PIFRRE-FRAXCOIS DIDOT le Jeune, Libraire
Imprimeur de MONSIEUN,quai des Auguftins.
M. DCC. LXXXV.
AVEC APPROBATION,ET PRIVILÈGE EDU Ro.. --- Page 6 ---
: --- Page 7 ---
PREFACE
L'OBJET de cet Ouvrage eft d'inf
truire les Médecins qui fe deftinent à
paffer dans les Colonies, & quine fauroient être trop préparés aux objets nouveaux quiles occuperont. Jaijugé que
mes Obfervations pourroient abréger
leur travail, & totrner à-la-fois au profit de l'art & au bien de T'humanité.
En voyant le tableau de tant de maIadies produites par l'influence du climat des Colonies, le leSteur pourra
croire d'abord que c'eft un féjour infect,
& bénira la deftinée qui Ta fait naitre
en Europe : mais je le prie de confidéa Ly
aux objets nouveaux quiles occuperont. Jaijugé que
mes Obfervations pourroient abréger
leur travail, & totrner à-la-fois au profit de l'art & au bien de T'humanité.
En voyant le tableau de tant de maIadies produites par l'influence du climat des Colonies, le leSteur pourra
croire d'abord que c'eft un féjour infect,
& bénira la deftinée qui Ta fait naitre
en Europe : mais je le prie de confidéa Ly --- Page 8 ---
vj
PRÉFACE
rer que nous avons dansl'ancien monde
une infinité de maladies dont le tableau
rapproché feroit frémir un Américain,
qui croiroit que I'Europe doit être dépeuplée par l'effet de tant de calamités.
Nos meilleurs Auteurs attribuent à l'influence de l'air les maladies épidémiques qui iparcourent notre continent, &
quiy font les plus affreux ravages. En
reconnoifiant aux maladies qui règnent
dans les Colonies cette même caufe, 9
parmi tant d'autres que j'ai indiquées : 9
j'avertis les Adminiftrateurs des moyens
qu'ils ont entre les mains pour y remédier.
Les foins, Ies précautions à prendre
pour la confervation des hommes S 3 --- Page 9 ---
PRÉFACE
yij
principalement des foldats & des matelots, font de la plus grande importance
pour le Gouvernement. J'ai obfervé, 2
dans une de nos Colonies, que, pendant les années, 1767 & 1768, on ne
perdit pas plus de ces hommes précieux,
qu'iln'en périt ordinairement en France
dans les meilleures garnifons, parce que
le. principal Adminiftrateur étoit en
même temps phyficien inftruit & vraiment ami de Thumanité; &, comme je
l'ai fait obferver dans mon Ouvrage fur
les maladies des Nègres (note 8,p.25),
il faifoit entrer du riz & du vinaigre
dans la ration des foldats ; & tous les
jours, un homme de chaque ordinaire
étoit obligé d'aller cherchér du creffon
a ZV --- Page 10 ---
vilj
PREFACE
fur le bord des rivieres, où il eft trèsabondant.
Depuis le retour de cet AdminiftrateurenEurope,lestroupesy onté éprouvé
de très-grandes mortalités. Onvoit, par
cette différence d'adminiftration, quel
bien peuvent faire les lumières & les
connoiffances, lorfqu'elles fe trouvent
réunies à la bienfaifance & à l'humanité. --- Page 11 ---
AVERTISSEMEI N T.
Ex décembre 1783, j'eus ordre du
Gouvernement de réunir en un volume
les Obfervations, générales que je publie
aujourd'hui, & qui auroient paru dès les
premiers mois de l'année 1784, fi des
circonfances particulières n'en avoient
retardé l'impreffion.
M. de Gardanne a fait imprimer depuis un Ouvrage fur les maladies des
Créoles en Europe, 9 avec la manière de les
traiter 3 6 des Oéfervations fier celles des
Gens de mer, & far quelques autres plus
fréquemment obfervées dans les climats
chauds.
Si M. deGardanne s'étoit bornéà traiter des maladies des Créoles en Europe,
il lui eût peut-être fuffi d'être 55 né dans
>> un port de mer, d'être naturellement
>> initié à la connoiffance de l'art du na-
>> vigateur, tant par un long féjour dans
>>les places maritimes, que par Phabitude
>> de viyre au milieu de perfonnes quiont
autres plus
fréquemment obfervées dans les climats
chauds.
Si M. deGardanne s'étoit bornéà traiter des maladies des Créoles en Europe,
il lui eût peut-être fuffi d'être 55 né dans
>> un port de mer, d'être naturellement
>> initié à la connoiffance de l'art du na-
>> vigateur, tant par un long féjour dans
>>les places maritimes, que par Phabitude
>> de viyre au milieu de perfonnes quiont --- Page 12 ---
X AVERTISSEN MENT.
> embraffé cet état, de n'avoir rien né-
>5 gligéd'ailleurs pours s'infiruirelfondde
>> ce qui pouvoit avoir rapport à fon fu-
>jet, foit en méditant les Auteurs qui
> l'ont devancé dans la carrière, foit par
>5 des conférences affidues avec des per-
> fonnes très-éclairées fur ce fujet(1)-
Mais qu'à l'aide de ces avantages M.
de Gardanne ait affez préfumé de la pdnétration de fon génic,de la profondeur
de fa théorie, même de fon expérience
dans nos climats, pour fe permettre par
induction des réflexions fur quelques maladies obfervées dans les climats chauds,
qui même, dit-il, ne doivent étre regardées
que comme le préliminaire d'un plus grand
Ouvrage furThiftoire de cellesquirègnent
le plus communément dans ces contrées
bralantes, &c. (2)on ne doit pas être furpris de le trouver fréquemment éloigné
a del lexaditude & de la vérité,mème dans
(r) Voyez fon Avertifement,page II.
(2) Ibidem, page 6. --- Page 13 ---
AVERTISSEMENT. xj
les endroits les plusimportans de cetOuvrage.
En effet, fans avoir été dans les Colonies, fans avoir fait de longs voyages
fur mer , d'habiles Médecins peuvent
fort bien recueillir des Otfervations fur
les maladies des Créoles 6 des Européens
dans les Colonies, & des Marins à bord
des vaiffeaux, faites par d'autres fur les
lieux mêmes; mais pour les faire, 9 ces
oblervations, & les publier, il eft d'une
indifpenfable néceffité d'avoir long-tems
pratiqué la médecine dans les Colonies
& à bord des vaiffeaux 9 d'y avoir été
tres-employé,de pouvoir y compter des
fuccès multipliés, en un mot d'écrire
d'après ce qu'on a vu Il n'appartient
même qu'à cette claffe de Médecins d'en-
(:) Si le Dogteur Lind, cet homme juftement célèbre,
& le traduéteur de fon dernier ouvrage, Médecin d'un
vrai mérite, avoient été aux iles de France & de Bour.
bon; le premier n'eût point écrit, & celui-ci n'eût pas
tranfmis dans notre langue (page 103 du premier volume), que ces Colonies font des lieux mal-fains, tandis
après ce qu'on a vu Il n'appartient
même qu'à cette claffe de Médecins d'en-
(:) Si le Dogteur Lind, cet homme juftement célèbre,
& le traduéteur de fon dernier ouvrage, Médecin d'un
vrai mérite, avoient été aux iles de France & de Bour.
bon; le premier n'eût point écrit, & celui-ci n'eût pas
tranfmis dans notre langue (page 103 du premier volume), que ces Colonies font des lieux mal-fains, tandis --- Page 14 ---
xij AVERTISSEME E N T.
tre les tropiques, de juger fi les obfervations de ces fortes de recueils font
fidèles, & peuvent être de quelque utilité aux Médecins & aux Chirurgiens de
la Marine & des Colonies, parce qu'eux
feuls ont vu les différences qui exiftent
entreles maladies de ces contrées & celles
des diverfes parties de l'Europe.
D'ailleurs, de tous les arts quiintéreffent T'humanité, celui de guérir étant le
premier,il n'en eft point ohl'expérience
perfonnelle foit auffi néceffaire, autant
pour l'exercer avec fruit, que pour en
écrire avec certitude.
Au refte, M. de Gardanne n'ayant jamais paffé les mers, fon dernier Ouvrage
& ceux du même genre qu'il promet, ne
doivent être regardés que comme T'extrait de tous ceux qui ont paru fur cette
que de toute la terre habitable c'eft un des pays les plus
falubres * s où l'on n'éprouve d'autres maladies que
celles qui y font apportées du dehors.
Voyez la page 2; de mes Obfervations fur Ics, Maladies
des Nègres.
€ --- Page 15 ---
AVERTISSEM E NT. xiij
matière, anciens & modernes, bons ou
mauvais; ce qui fait fuppofer qu'en écriwant, il les a tous fous les yeux, rangés
par ordre de dates & de matières.
D'après cela, j'avoue que j'ai été furpris d'entendre M. de Gardanné fe plaindre, page 153, qu'il n'eft pas fait mentiondeladéco@ion blanehedeSydenham
dans les Ouvrages les plus récens fur les
maladiesquirègnent entre les tropiques,
& que cette raifon l'a déterminé à en
donner la recette, pour qu'on pût l'employer dans les cas qu'il a indiqués.
On peut voir mes Obfervations fur
les maladies des Nègres (publiées en
1776), page 162, note 25; on y trou.
vera la manière de faire cette décodtion;
on y verra même queje l'ai fouvent ordonnée dans les diarrhées & les dy fenteries yénériennes; & que fij'ai confeillé
d'employer feize onces de mie de pain'
furtrois chopines d'eau,(au lieu de deux
onces fur fix chopines confeillées par M.
de Gardanne). c'eft parce que dans ces --- Page 16 ---
xvj AVERTISSEMENT,
portes : je crois avoir fuffifamment démontré dans cet Ouvrage, combien il
feroit dangereux de fuivre les principes
& les ordonnances de cet Auteur.
Au refte, comme ce n'eft point ici
une critique particulière de TOuvrage
de M. de Gardanne que j'entreprends,
je bornerai cet Avertiffement aux obfervations que je viens de faire : elles
fuffiront fans doute pour prouver ce que
jaiavancé, qu'iln'appartient qu'aux Mé
decins qui ont, ainfi que moi, longtemps pratiqué au-delà des mers, & confacré leurs veilles à l'étude des maladies
de la zône torride, de prononcer fur
leurs caufes & leurs effets.
OBSERVATIONS
de M. de Gardanne que j'entreprends,
je bornerai cet Avertiffement aux obfervations que je viens de faire : elles
fuffiront fans doute pour prouver ce que
jaiavancé, qu'iln'appartient qu'aux Mé
decins qui ont, ainfi que moi, longtemps pratiqué au-delà des mers, & confacré leurs veilles à l'étude des maladies
de la zône torride, de prononcer fur
leurs caufes & leurs effets.
OBSERVATIONS --- Page 17 ---
A
AAoTa
OBSERVATIONS
GENÉR AL E S
SUR LES MALADIES
DI E S
CLIMATS CHAUDS.
L'HISTOIRE des grands événemens eft
prefque toujours T'hiftoire des malheurs
publics. Celle des maladies de nos importantes Colonics, qui eût fourni de fi
utiles leçons & épargné tant de maux à A
Thumanité, eft la feule qui ait été négligée. L'énormité des dépenfes abfor-,
bées par ces établiffemens, l'effrayante
confommation d'hommes qu'ils entrainent, ont fixé les regards d'un Miniftre
patriote fur le fort de ces poffeflions éloiA --- Page 18 ---
M A L A D I E S
gnécs : occupé de la confervation & du
bonheur de cette partie de nos concitoyens, , fa bienfaifance a diété l'ordre
qu'il nous a donné d'éclairer l'avenir par
le tableau des maux paffés.
Vingt-cinq années de travail & d'obfervations, un ouvrage fur les maladies
des Nègres, des comptes rendus fur la
nature de nos fervices, ont fans doute
déterminé un choix qui nous honore
autant qu'il nous flatte. Nous fentons
d'avance combien cette tâche eft difficile à remplir; mais fi nos vues étoient
infuffifantes & nos travaux infrudueux,
il n'en fera pas moins glorieux pour
d'avoir
la caufe de Thumanous
plaidé
nité.
LaMédecine étant une fcience de faits
& dexpérience,nous dirons ce que nous
avons vu, nous aurons le courage de
mettre au jour les caufes d'une mortalité
exceffive, d'avouer jufqu'à nos propres
fautes : le moyen le plus sûr d'ètre utile
aux Colonies & à leurs habitans, eft d'é- --- Page 19 ---
DES CLIM ATSCHAUDS, 3
clairer ceux d'entre eux qui courent la
même carrière que nous.
La pofition de nos différentes Colonies,la nature & la diverfité de leur fol,
rendent tellement diffemblables les maladies qui y règnent, O
que celles d'un
quartier ne fontjamais exatement celles
d'un autre : il eft donc indifpenfable,
comme nous l'avons obfervé ailleurs,
d'examiner fcrupuleufement la fituation
du pays, les lieux élevés, les marais &
leur diflance des habitations, les vents
qui règnent le plus ordinairement, les
qualités des caux, le genre de vie des
habitans,1 leurs mceurs, leur nourriture,
leurs travaux, leur manière de fe vétir.
La connoiffance de la fituation d'un
pays, & de fes producions, tient de
très-près à celle des maladics de fes habitans; ceux d'un pays bas oùt les eaux
féjournent, ont prefque toujours la fibre
relàchée : delà la ftafe des fluides, les
différentes efpèces defevres,les obftructions & toutes les maladies chroniques.
Aij
, leur nourriture,
leurs travaux, leur manière de fe vétir.
La connoiffance de la fituation d'un
pays, & de fes producions, tient de
très-près à celle des maladics de fes habitans; ceux d'un pays bas oùt les eaux
féjournent, ont prefque toujours la fibre
relàchée : delà la ftafe des fluides, les
différentes efpèces defevres,les obftructions & toutes les maladies chroniques.
Aij --- Page 20 ---
M A L A D I'E S
contraire, les habitans des lieux
Au
fecs, arides, brûlés par le foleil, éprouventdes maladies oppofées, dépendantes
de Pérétifme, de la féchereffe & de la
trop grandé action des folides.
Les grandes chaleurs de la zone torride développent ces caufes & leur donou moins d'adtivité, mais elles
nent plus
caufe
n'en font pas, elles-mêmes,
première; nous en avons la preuve dans.
les maladies violentes & opiniâtres des
habitans de Saint-Domingue, & princidans celles des arrivans d'Eupalement
tandis qu'à Pondicheri on en eft,
rope; ainfi dire, exempt, quoique la
pour chaleur
foit beaucoup plus grande,
y
méridiotant à caufe de fa latitude plus
nale, que par fa fituation particulière.
Nous le répétons : par - tout les
hommes qui vivent près des eaux ftafont très-expofés aux maladies;
gnantes
des foldats & des matelots
la mortalité
en eft
qui habitent dans leur voifinage
: mais cette morune preuve frappante --- Page 21 ---
DESCLIMATSCHAUDS. 5
talité a d'autres caufes, dont les principales font la mauvaife fituation de nos
hôpitaux, les vices de leur adminiftration, le mauvais choix des alimens',
relativement au climat & aux diverfes
pofitions dans lefquelles fe 1 trouvent les
malades, la diftribution mal entendue
des jours des différentes falles, qui empêche le renouvellement de l'air, &c.
On auroit peine à croire que de toutes
les nations la Françoife foit la feule qui
ne tienne point fes troupes cantonnées
dans les montagnes, 2 d'ou elles viéndroient faire le fervice des villes par détachemens. Il eft encore plus étonnant
que dans nos Colonies, au moins dans les
principales, nous n'ayons feulement pas
un hôpital de convalefcens, de manière
qu'en fortant d'un lieu infect, le foldat
reprend tout de fuite avec fon fervice
la vie des cafernes, & le matelot celle
de fon vaiffeau, ce qui tres-siirement
eft une des caufes principales de leurs
rechûtes, très-fouvent mortelles.
A iij
par détachemens. Il eft encore plus étonnant
que dans nos Colonies, au moins dans les
principales, nous n'ayons feulement pas
un hôpital de convalefcens, de manière
qu'en fortant d'un lieu infect, le foldat
reprend tout de fuite avec fon fervice
la vie des cafernes, & le matelot celle
de fon vaiffeau, ce qui tres-siirement
eft une des caufes principales de leurs
rechûtes, très-fouvent mortelles.
A iij --- Page 22 ---
6.
M A L A D I E S
Lc médecin praticien obfervateur ne
doit ricn négliger: :fouvent des maladies
rebelles, des épidémies défaftreufes ne
tiennent qu'à de petites caufcs, qui,
fans ceffe,
n'étant pas sapporques,agilfient
& mettent enfin des pays entiers dans
le plus grand danger.
Çolonies la
Dans prefque toutes nos
conftruétion des cafernes & des hopitaux
eft vicieufe, contraireàt tousles principes
de la phyfique & de la raifon.
Dans les nouvelles conftru@tions que
lon pourroit faire de ces établiffemens,
le médecin citoyen & patriote doit faire
les repréfentations que la confervation
des hommes exige; l'élévation du fol,
la diftribution des croifées pour faciliter
la circulation de l'air, la proximité des
eaux courantes, tout, en un mot, juflatrines demande la plus
ques : aux
médecin,
grande attention de la part du
qui s'honore & s'ennoblit toutes les fois
qu'il fert Phumanité & prévient fes malheurs. --- Page 23 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 7
Les préceptes doivent toujours être
fages, mais variés fuivant les circonftances & les pofitions dans lefquelles fe
trouvent les Colonies & les malades.
Je frémis toutes les fois que je penfe
à la fituation malheurcufe des hopitaux
de l'armée navale commandée par M.
Dubois de la Motte, à Louisbourg, en
1757, & à tout ce que la maladie peftilentielle fit fubir aux habitans de Breft
lors de notre arrivée dans ce port.
L'épidémie des hopitaux de Saint-Barnabé, en Canada, après le naufrage du
vaiffeau du Roi, T'Aigle, en 1758, ne
fut pas moins défaftreufe ; plus de la
moitié des malheureux habitans de cette
contrée furent victimes de leur humanité; malgré mes foins & mon zèle à
empêcher la communication, 7 prefque
tout fut détruit par la contagion, à deux
lieues de diftance du foyer de la maladic.
En 1764, celle des hôpitaux de
Cayenne & de la province de Guyane
Aiv
du Roi, T'Aigle, en 1758, ne
fut pas moins défaftreufe ; plus de la
moitié des malheureux habitans de cette
contrée furent victimes de leur humanité; malgré mes foins & mon zèle à
empêcher la communication, 7 prefque
tout fut détruit par la contagion, à deux
lieues de diftance du foyer de la maladic.
En 1764, celle des hôpitaux de
Cayenne & de la province de Guyane
Aiv --- Page 24 ---
M A L A D I E S
fut des plus affreufes,malgré) la fagefle,
le zèle & les foins des adminiftrateurs
fur les lieux;les miniftres des autels, les
officiers de fanté, tous les hommes publics furent frappés de la maladie peftilentielle, & la plupart fes viéimes.
L'ordre naturel prefque entièrement
détruit dans cette Colonie pendant ce
défaftre, montre combien l'on doit prendre de précautions lorfqu'on veut raffembler un grand nombre d'hommes, 3
particulièrement dans des climats brûlans, 7 près des marais & des eaux ftagnantes.
Enfn, pendant la dernière guerre ,
en 1781, 82 & 83, la mortalité devint
exceffive dans les hôpitaux de l'ile de
Saint-Domingue, établis dans la dépendance du Cap pour les armées Françoife
& Efpagnol de terre & de mer. Tout
eût été détruit, fi l'on n'eût difperfé
les foldats François & Efpagnols dans
les campagnes, fur des habitations bien
établies, où ils reçurent des foins & des --- Page 25 ---
DESCLIMATS CHAUDS. 9
fecours fans lefquels ils né fuffentjamais
retournés en Europe ; Saint-Domingue
ett été leur tombeau. Placé au milieu
de l'une & de l'autre armée, 2 j'eus le
bonheur de fecourir également les François & les Efpagnols, de leur partager
mes foins, & de les mettre à même de
revoir leur patrie.
Cette mortalité eut pour principales
caufes la fituation des hopitaux près des
marais, leurs vices de conftrudtion, de
diftribution, & fur-tout les abus d'une
adminiftration auffi défaftreufe & auffi
dévorante que l'eft l'entreprife 2 dans
des éloignemens où la cupidité revêt
toutes les formes, où trop fouvent elle
a l'adreffe & l'audace de fe montrer
comme amie de Phumanité.
Lesdétailsinfitructifsdechacune deces
épidémies feroient la matière d'autant
de volumes; ; mais pour nous conformer
aux vues du Gouvernement, nous nous
bornerons dans ce premier travail aux
objets les plus preffans : nous ferons
'entreprife 2 dans
des éloignemens où la cupidité revêt
toutes les formes, où trop fouvent elle
a l'adreffe & l'audace de fe montrer
comme amie de Phumanité.
Lesdétailsinfitructifsdechacune deces
épidémies feroient la matière d'autant
de volumes; ; mais pour nous conformer
aux vues du Gouvernement, nous nous
bornerons dans ce premier travail aux
objets les plus preffans : nous ferons --- Page 26 ---
IO
M A LADTES
connoître les vices des hôpitaux, les
abus de leur adminiftration, les moyens
de remédier aux uns & aux autres ; nous
examinerons les avantages que peuvent
fournir les eaux minérales de nos Colonies, & le parti qu'on peut tirer de leurs
produ@ions médicinales ; enfin nous
déterminerons les circonftances oùl les
fujets du Roi ont néceffairement befoin
obtenir leur
de repaffer en Europe pour
guérifon; ces retours auffi ruineux pour
la caiffe du roi, que deftruéifs du bien
de fon fervice, ne devant être accordés
que dans les cas indifpenfables.
Nous nous occuperons principalement
dans cet ouvrage de l'Ile Saint-Domin1. parce qu'elle eft la plus vafte
gue;
des Colonies Françoifes ; 2°. parce que
font
confidérables &
les hopitaux y
plus
à
plus multipliés que par-tout ailleurs,
raifon de fa population & du nombre
de troupes & d'employés de tout ge.are
ques S. M. y entretient; 3". enfin, parce
le giffement de cette Colonie entre
que --- Page 27 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
II
les tropiques, la prodigieufe élévation
de fes montages, la diverfité de fes eaux
& des courans d'air qui modifient fon
atmofphère, préfentent, fous tous les
afpedts poifibles, les mêmes avantages
& les mêmes inconvéniens qui fe rencontrent dans toutes nos poffeffions audelà des mers.
Les deux chefs - licux de la colonie
Françoife de Saint-Domingue, font le
Cap & le Port-au-Prince. Le premier,
fitué au nord de tous nos établiffemens,
eft une ville confidérable, bâtic au. pied
d'une très-haute montagne, prefque à
pic, dans le petit efpace qui s'étend
entre cette montagne & le bord de la
mer ; de forte que cette capitale fe
trouve dominée par un rocher immenfément élevé, formant à peu près les deux
tiers d'un entonnoir, qui, à la manière
des néverbénes,rapproche, concentre &
réfléchit fur elle les rayons d'un foleil
brûlant.
A cc vice de fituation de la ville du,
d'une très-haute montagne, prefque à
pic, dans le petit efpace qui s'étend
entre cette montagne & le bord de la
mer ; de forte que cette capitale fe
trouve dominée par un rocher immenfément élevé, formant à peu près les deux
tiers d'un entonnoir, qui, à la manière
des néverbénes,rapproche, concentre &
réfléchit fur elle les rayons d'un foleil
brûlant.
A cc vice de fituation de la ville du, --- Page 28 ---
M A L A D I E S
Cap, fejoignentles dangereux effets des
mauvaifes qualités des eaux, & la proxifeuls
mité des marais, 7 inconvéniens qui
auroient à jamais dû faire rejeter le projet d'y bâtir une ville, encore moins d'y
former un arfenal, d'y conftruire des
cafernes, & tous les édifices publics néceflaires à un établiffement de cette imdeftiné à remplir des objets fi
portance,
grands & fi multipliés.
Le lieu le plus propre pour bâtir cette
étoit l'embarcadère de
ville principale,
la Petite-Anfe, fituéà unel lieue des monà l'entrée d'une des plus vaftes
tagnes, 2
de T'univers.
& des plus riches plaines
Là nul obftacle ne fe fàt oppofé à la circulation de l'air; & la Grande-Rivijère,
qui n'en eft pas éloignée, offroit un
bien fimple de le tempérer enmoyen core : il eût été facile de faire paffer fes
eaux, en tout ou en partie, dans toutes
les rues, par une diftribution à peu près
femblable à celle qu'at très-heureufement
exécutée M. le Franc, pour les eaux de --- Page 29 ---
DES CLIMATS CHAUDS 13
- la Grande-Rivièredela, plaine du Cul-deSac dul PortauPrinc.llarépanticeseaux
avec tant d'art & de jufteffe fur toutes
les habitations des plaines voifines,qu'il
a eu à-la-fois le bonheur de faire la fortune des habitans & de conferver leur
fanté. Que de milliers d'hommes ont
péri par la funefte fituation de la ville
du Cap, qui, dans un lieu plus heureufement choifi, & par de plus fages combinaifons, euffent été confervés à la Colonie & àlÉrat!
Un des grands avantages de la PetiteAnfe eût été la faculté de s'étendre en
tous fens, tandis que le terrain du Cap
eftellement circonfcrit, que, pour fuppléerà ce défaut, on a été forcé de bâtir les maifons très-près les unes des autres, & de les élever au point que dans
un tremblement de terre un peu confidérable, la ville ne pourroit manquer
d'être culbutée, & fes habitans d'être
enfevelis fous fes ruines ; on a même
été quelquefois obligé de rapporter des
endre en
tous fens, tandis que le terrain du Cap
eftellement circonfcrit, que, pour fuppléerà ce défaut, on a été forcé de bâtir les maifons très-près les unes des autres, & de les élever au point que dans
un tremblement de terre un peu confidérable, la ville ne pourroit manquer
d'être culbutée, & fes habitans d'être
enfevelis fous fes ruines ; on a même
été quelquefois obligé de rapporter des --- Page 30 ---
M A L A D I E S
terres, & de bâtir dans la mer. Partoutes
coup-d'ceil jufte &
ces caufes, qu'un
prévoyant eût pu facilement prévenir
dans les premiers temps de la Colonie,
l'air eft arrêté dans fa circulation ; les
rayons du foleil, au lieu d'être brifés,
fc trouvent par-tout tellementréfléchis,
que les chaleurs y font infupportables.
Parmiles viéimes du vice de fituation
des villes de Saine-Domingue,on compte
des hommes précieux, des Adminiftrateurs dont les vertus étoient peut-être
encore au deffus de leurs talens. Nous
ne citerons que M. de Larnage, génie
heureux, qui,s s'il eût préfidé à Tétabliffement de la Colonie, n'eût jamais bâti
au Cap une ville principale.
Dans ces derniers temps, quelques
Adminiftrateurs bienfaifans ont porté les
habitans à corriger l'infalubrité du Cap,
monticules voien applaniffant quelques
favorifér la
fines de cette capitale, pour
circulation de l'air : ils les ont particulièrement engagés à deffècher les ma- --- Page 31 ---
DES CLIMATS CHAUDS 15
rais, pour rendre cet élément, fi effentiel à la vie, 2 plus pur, plus élaftique,
& par conféquent plus propre à agir fur
les organes de la refpiration : mais CC
defféchement, ouvrage de Romains, ne
fera peut-être jamais achevé.
C'eft dans les mêmes vues qu'on a
confiruit quelques fontaines publiques,
Où l'on a conduit les eaux d'une montagne voiline ; mais dans une ville confidérable, ou les chaleurs font exceffives
& continuelles 2 la confommation d'eau
eft telle, que plus des trois quarts des
citoyens fe fervent encore des eaux des
puits (1).
Ceseaux depuits sfonttoutesterreufes,
très-contraires: àla fanté, &f funeftes pour
les malades, comme on va le voir.
En 1777, le médecin des hopitaux
étant à toute extrémité, 2 j'eus ordre de
me charger de fon fervice. Dès trois
heures du matin, je vifitois hors de la
(r) Dans les grandes féchercfles ces fontaines font
entièrement à fec.
eaux des
puits (1).
Ceseaux depuits sfonttoutesterreufes,
très-contraires: àla fanté, &f funeftes pour
les malades, comme on va le voir.
En 1777, le médecin des hopitaux
étant à toute extrémité, 2 j'eus ordre de
me charger de fon fervice. Dès trois
heures du matin, je vifitois hors de la
(r) Dans les grandes féchercfles ces fontaines font
entièrement à fec. --- Page 32 ---
M A L A D I E S
ville fept à huit cents malades à l'hôpital
des Frères de la Charité, fans cependant
que nous euffions de vaiffeaux deguerre,
ni d'autres troupes, que celles des régimens du Cap, d'Agénois & de Gâtinois.
Les maladies étoient principalement des
fièvres doubles-tierces., des diarrhées,
des dyffenteries & le fcorbut.
Cette épidémie attaqua un fi grand
nombre d'officiers, que MM. les Adminiftrateurs furent obligés de les réunir
dans une maifon de la ville, qui leur
tint lieu d'hôpital. Quoique les vifites
d'unauffi grand nombre de foldats, éloignés du Cap d'un quart de lieue, fuffent déja très-fatigantes, j'eus ordre de
faire également celles des officiers, &c
de me charger de leur traitement.
Nous en perdimes très- peu ; mais
leurs maladies aigués fe terminoient
avec tant de difficultés, leurs rechûtes
étoient fi fréquentes, fi fouvent accompagnées d'obltructions & même d'aedématies, que craignant pour.quelquesuns --- Page 33 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 17
uns d'entre eux, je leur confeillai de repafferen France,u ufage pratiqué en pareil
cas depuis Tétabliffement de la Colonie.
Le premier fut M.1 le chevalier de Cau4
mont. Je voyois de jour en jour la perte
de ces homies précieux devenir inévitable ; je m'appliquois vainement à en
rechercher la caufe : le parti auquel je
me conformois étoit coûteux fansdoute,
mais c'étoit le feul moyen connu, parce
qu'il n'y a point encore de maifon de
fanté établie dans les montagnes. Je favois bien que l'air pur & élaftique de la
mer rétabliroit le ton & le reffort de
leurs folides trop relàchés, au point que
plufieurs d'entre eux feroient même
guéris avant leur arrivée en France.
Cependant Tentrepreneur gagnoit
confidérablement; je l'entendois quelquefois dire au public, à fes malades, &
il me difoit à moi-même d'une manière
très-énergique : C'eft mon puits qui fait
bouillir ma marmie, J'avoue que ces paroles ne me préfentoient d'autre fens,
B
leurs folides trop relàchés, au point que
plufieurs d'entre eux feroient même
guéris avant leur arrivée en France.
Cependant Tentrepreneur gagnoit
confidérablement; je l'entendois quelquefois dire au public, à fes malades, &
il me difoit à moi-même d'une manière
très-énergique : C'eft mon puits qui fait
bouillir ma marmie, J'avoue que ces paroles ne me préfentoient d'autre fens,
B --- Page 34 ---
M A L A DII E $
finon qu'il falloit de l'eau pour extraire
les principes des fubftances végétales &
animales qui faifoient les foupes, les
bouillons & les tifanes des malades de
Thofpice dont il avoit Tentreprife.
Au refte je venois d'arriver dans la
Colonie;jy avois été envoyé pour faire
des obfervations fur les maladies qui affligent depuis long-temps fes habitans ;
les vifites journalières & multipliées que
faifois régulièrement deux fois par
je
jour à cet hofpice 1 2 étoient la befogne
devoit red'un de mes confrères, qui
prendre fon fervice dès fon rétabliffement: : mon voyage à Saint- Domingue
n'avoit pas pour but principal l'analyfe
devoient être condes eaux fimples, qui
je ne pouvois
nues depuis long-temps;
de
& ne devois même pas m'occuper
la connoiffance des eaux minérales dans
Je dois plutôt,
un temps d'épidémie.
me difois-je 2 tous mes foins aux fujets
du Roi, qui en ontle plus grand befoin.
Eh!Tétois bien éloigné de penfer alors --- Page 35 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
queles eaux du puits de l'hofpice étoient
un obftacle à la guérifon des malades;
en effet, ne devoient-elles pas être conhues depuis des années ?
Enfin le moment de faire mes expériences arrivc. L'objet principal de ma
miffion étoit de connoître les qualités
des eaux minérales, leurs propriétés, &
leur application dans les maladies, pour
éviter les retours trop multipliés des
fujets du Roi en Europe;il m'étoit pref
crit en même tems de m'occuper des
qualités des eaux fimples : les moyens
quej'avois donnésau publicp pourlesconnoitre, m'avoient précédé dans la Colonie,ils étoient dans les mains de toutle
monde; &, encore une fois, j'étois loin
de penfer qu'il me fit réfervé de faire
connoitre les eaux fimples d'une ville
aufanciennement établie.
Je parcours tous les établiffemens de
cette vafte Colonie; je m'arrête à celui
des eaux minérales de Boynes, aux fouces puantcs près du Port-au-Prince,
Bij
noitre, m'avoient précédé dans la Colonie,ils étoient dans les mains de toutle
monde; &, encore une fois, j'étois loin
de penfer qu'il me fit réfervé de faire
connoitre les eaux fimples d'une ville
aufanciennement établie.
Je parcours tous les établiffemens de
cette vafte Colonie; je m'arrête à celui
des eaux minérales de Boynes, aux fouces puantcs près du Port-au-Prince,
Bij --- Page 36 ---
M A L A D'I ES
à TÉtang falé, tout le tems néceffaire
bien remplir les ordres que j'avois
pour du Gouvernement. Enfin, mes
expériences reçus
fur les eaux finiffentau Cap,
en avril 1783 : nous étions en paix;
Thopital de MM. les officiers étoit changé; la fortune de l'entrepreneur étoit
faite; la maifon qui leur fervoit d'hofpice dans les années précédentes étoit
occupée,lors de mon retour, par un de
mes amis chez qui j'acceptai un logement. Cet ami avoit depuis long-temps
la fiévre quarte. Plufieurs médecins
avoient été appelés 9 & avoient emdes remèdes différens : les apériployé les inartiaux fur-tout, avoient été
tifs,
remédier
long-temps continués, pour
relâchement des fibres, en rapprocher
au
la chaleur & le
les élémens, augmenter
mouvement, avant d'en venir au quinle ialade montoit à cheval à des
quina; convenables, faifoit un exercice
heures
proportionné à fes forces; mais le ventre
reftoit toujours un peu plus gros qu'il --- Page 37 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 21
ne devoit l'être, parce que les obftructions des vifcères du bas-ventre, principalement du méfentère, n'ont jamais
été détruites; fon teint étoit pale, rembruni, même tant foit peu plombé, ce
quel'on nomme à l'Amérique de couleur
patate ; fon vifage s'alongeoit, fes jambes devenoient plus grèles; il n'y avoit,
je le répète, que le ventre qui ne diminuoit pas : les accès étoient beaucoup
moindres, mais ils continuoient de revenir : en un mot, ce malade étoit dans
le cas des officiers dontjev viens de parler
& que j'avois vus ne pas guérir dans
cette maifon. Celui-ci alloit mieux, mais
avec les fecours les plus convenables,
il ne guérifioit pas complettement; de
plus fes affaires ne lui permettoient pas
de repaffer en France, pas même d'aller
habiter la montagne. Je le quittai, je
T'avoue,' avec inquiétude, lors de mon
départ pour aller faire des expériences fur les eaux minérales de la Colonie, &c,
Biij
avois vus ne pas guérir dans
cette maifon. Celui-ci alloit mieux, mais
avec les fecours les plus convenables,
il ne guérifioit pas complettement; de
plus fes affaires ne lui permettoient pas
de repaffer en France, pas même d'aller
habiter la montagne. Je le quittai, je
T'avoue,' avec inquiétude, lors de mon
départ pour aller faire des expériences fur les eaux minérales de la Colonie, &c,
Biij --- Page 38 ---
M A L A D I E S
De retour au Cap, mon domeftique
m'ayant apporté de l'eau de ce, même
puits pour me faire la barbe, je ne pus
jamais y délayer affez de favon pour me
rafer : cette difficulté me frappa vivement; je touchois enfin au moment de
m'éclairer fur la nature de l'eau de ce
puits,réputé fameux, fans doute, parce
étoit abondante & fort claire.
qu'elle y
Mon premier mouvement fut de la goiter; fa faveur étoit fi fade & fi crue 2
qu'à linftant même je ne doutai plus
que cette eau n'eût produit tous les
mauvais effets que j'avois obfervés précédemment.
J'étois très - impatient de vérifier
complettement cette expérience: : fur le
champ je pris un gobelet de cette eau,
&jy verfai de Palkali fixe; elle devint
très-blanche:j je répétai la même expérience avec de l'eau mercurielle qui produift le même effét, & leur précipité
fut confidérable. Pour m'en affurer davantage, malgré la répugnance de mon --- Page 39 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 23
eftomac, je me déterminai à en boire
plufieurs verres dans la matinée; elles
me fatiguèrent beaucoup;je digéraimal,
& pour peu que je les euffe continuées,
elles auroient dérangé mes digeftions,
m'auroient occafionné des coliques, ou
la diarrhée, des obftrucions & la fièvre,
comme à plufieurs des malades quej j'avois traités dans cette maifon.
Celuiquiloccupoit alors, 2 inftruit par
fa malheureufe expérience, fit venir fon
eau, d'après mes confeils, de fon habitation de la montagne voiline, & défendit même expreffément à fes Nègres de
boire à l'avenir de l'eau de fon puits :
par ce moyen il a été guéri en très-peu.
de tems, & continue de fe bien porter;
il ne cric plus après les remèdes & les
médecins; il rapportoit à l'infuffifance
de l'art & de leur capacité, des maux
qu'ils ne pouvoient guérir, & pour la
cure defquels il lui a fuffi de fe procurer une bonne, eau qui ne contient ni
terre grofière,ni felénite.
Biv
de l'eau de fon puits :
par ce moyen il a été guéri en très-peu.
de tems, & continue de fe bien porter;
il ne cric plus après les remèdes & les
médecins; il rapportoit à l'infuffifance
de l'art & de leur capacité, des maux
qu'ils ne pouvoient guérir, & pour la
cure defquels il lui a fuffi de fe procurer une bonne, eau qui ne contient ni
terre grofière,ni felénite.
Biv --- Page 40 ---
M A L A D I E S
L'art de guérir les maladies eft précieux fans doute, 2 mais celui de les
prévenir Peftinfiniment davantage. Juf
qu'ici les médecins n'ont fait qu'indiquer les traitemens de ces fléaux de
Fhumanité,d'apetsles defcriptionsqu'ils
en ont donnécs; ils fe font moins occupés de leurs caufes(qu'on a trop fouvent
attribuées aux chaleurs de ces climats).
J'ai fuivi une marche oppofée dans mon
ouvrage fur les maladies des Nègres; les
colons obfervateurs, les médecins en
ont paru fatisfaits ; & mes nouvelles expèriences, 2 mes nouvelies obfervations
furles maladies des Colonies en général,
& de Saint-Domingue en particulier,
font trop confirmatives des premières,
pour ne pas fuivre le même plan dans
celui-ci. Tel eft d'ailleurs l'ordre auquel
je me fuis conformé dans la tenue de
mes journaux ; de forte que pour les
defcriptions des maladies & de leurs
caufes - 2 je n'aurai fouvent befoin que
d'ouvrir ce dépôt de mon travail & de --- Page 41 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 25
le fuivre, - m'étant particulièrement attaché à connoitre les caufes d'une deftruction trop funefte & trop continuelle pour
ne pas frapper tout obfervateur.
Cc fut dans cette vue & d'après ces
principes, que je continuai l'analyfe des
caux du Cap. Mes expériences prouvent
que depuis le carénage jufqu'au bac de
la rivière du haut du Cap, efpace d'environ un quart de lieue qu'occupe tout
le.bas de la ville,les eaux fontles mémes;
toutes blanchiffent beaucoup par l'alkaii.
fixe, la diffolution d'argent Où l'eau mercurielle, & dépofent à peu près la même
quantité de terre groffière; leur faveur
eft crue, le favon s'y délaye difficilement, les légumes n'y cuifent qu'imparfaitement; ces eaux enfin péfent fur l'eftomac, & occafionnentàl lalonguetoutes
les maladies dont nous avons parlé,
Mais à mefure que l'on approche de la
montagne, 2 ces eaux perdent peu à peu
& prefque infenfiblement ces mauvaifes
qualirés. J'ai analyfé avec foin les caux
groffière; leur faveur
eft crue, le favon s'y délaye difficilement, les légumes n'y cuifent qu'imparfaitement; ces eaux enfin péfent fur l'eftomac, & occafionnentàl lalonguetoutes
les maladies dont nous avons parlé,
Mais à mefure que l'on approche de la
montagne, 2 ces eaux perdent peu à peu
& prefque infenfiblement ces mauvaifes
qualirés. J'ai analyfé avec foin les caux --- Page 42 ---
M A L A D I E S
de toites les parties de cette ville, qui
& il
forme une efpèce d'amphithéâtre;
réfulte de mon travail que les eaux des
puits creufés à la hauteur de la place
Montarcher font moins mauvaifes que
celles du bas de la ville, 8 fur-tout du
bord de la mer. En s'élevant un peu
plus, les eaux des puits, à la hauteur du
Gouvernement 2 dépofent encore un
peu moins de terre 2 font moins infipides, moins pefantes. Celles enfin des
à la hauteur des cafernes & de la
puits Guinée, partie la plus élevée de
petite
ville
moins mauvaifesque
la
9 fontencore:
ces dernières.
fur les
J'ai continué mes expériences
eaux des petites habitations entre les
voifins dominans la ville du
mornets
Cap : elles n'ont aucune des mauvaifes
qualités de celles des puits de la ville;
dansl les temps
elles fontbonnes, excepté
elles entraide pluie 2 parce qu'alors
nent des terres du fommet des monts 9
qu'elles dégradent peu à peu ; mais dans --- Page 43 ---
DE'S CLIMATS CHAUDS. 27
ce cas, elles n'ont befoin que d'être repofées, &, mieux encore, filtrées, pour
reprendre leurs premières qualités.
Ces eaux font, pour la plus grande
partie, pluviales, & coulent rapidement
fur des cailloux : par cette agitation continuelle, elles dépofent les malpropretés
& terreftréités dont elles fe chargent;
maisla meilleure preuve, la preuve inconteftable de leurs différences en qualités & en propriétés, eft la fanté plus
confantc des habitants de ces mornets,
& la différence de' leurs maladies, qui
font infiniment plus rares, & qui, étant
produites par d'autres caufes 3 ceffent
quand ces caufes difparoiffent, & reviennent avec elles, comme nous aurons
occafion de l'obferver dans la defcription
des maladies particulières à chaque
canton.
Dans la ville, au contraire, les maladies font vives, opiniitres,
9 longues, &
les rechites fréquentes, , parce que le
mauvaifes qualités des eaux agiffent fans
iniment plus rares, & qui, étant
produites par d'autres caufes 3 ceffent
quand ces caufes difparoiffent, & reviennent avec elles, comme nous aurons
occafion de l'obferver dans la defcription
des maladies particulières à chaque
canton.
Dans la ville, au contraire, les maladies font vives, opiniitres,
9 longues, &
les rechites fréquentes, , parce que le
mauvaifes qualités des eaux agiffent fans --- Page 44 ---
M A L A D I E S
ceffe, ainfi que les miafmes putrides qui
s'élèvent à chaqueinftant des eaux croupiffantes & marécageufes du voifinage
du Cap.
Les bornes de CC premier travail ne
d'entrer dans les déme permettant pas
tails des produits de l'analyfe de ces dif-.
férentes eaux, je ne préfente ici que des
réfultats, me propofant de ne rien omettre dans le tableau analytique que
aider ceux
voudront
A2
ferai, pour
qui
les mêmes expériences.
Malgré des effets auffi inconteftables
& auffi funeftes, chaque habitant de la
ville du Cap, ou plutôt chaque propriétaire de maifon, fe fait illufion fur
l'eau de fon puits ou fur celle du puits
de fon voifin. >> Les eaux de la ville, 2
>5 dit-il, font mauvaifes, jele crois;mais
dont fais
elle doit
> pour celle
je
ufage,
> être exceptée : de tout temps, feu M.
55 TAdminiftrateur en envoyoit chercher
& même
>> pour boire; M. FIngénieur
>> M. le Médecin n'en buvoient pas d'au- --- Page 45 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
> tre:elle eft effedivement claire comme
>> del l'eau de roche;donc elle eft
bonne;
& la préférence qu'on lui accorde
>> bien méritée : auffi le retour de mes 2
> vilaines petites fièvres & la groffeur
> der ma rate ne fauroient venirde lufage
>> que j'en fais : au refte, il y a quatre-
> vingts ans quel'on boit de cette eau
Mais comment le fimple particulier raifonneroit-il autrement ? Ne m'a-t-il
fallu moi-même voir & éprouver les pas funeftes effets de ces eaux, plufieurs annéesavantd'en faire T'analyfe chymique,
que j'avois jugée jufqu'alors inutile
parce que,d'après ce quej j'en entendois
dire, je les croyois analyfées depuis
long-temps ? & en effet, elles auroient
dû l'être avant ou peu de temps après
Tétabliffement de cette ville.
Qui ne connoît l'empire de T'habitude, &c les difficultés prefque infiurmontables que Phomme mème le pluis éclairé
éprouve à en fecouer le joug!
Ce colon citadin qui ne fe rétablit
pas
ile
parce que,d'après ce quej j'en entendois
dire, je les croyois analyfées depuis
long-temps ? & en effet, elles auroient
dû l'être avant ou peu de temps après
Tétabliffement de cette ville.
Qui ne connoît l'empire de T'habitude, &c les difficultés prefque infiurmontables que Phomme mème le pluis éclairé
éprouve à en fecouer le joug!
Ce colon citadin qui ne fe rétablit
pas --- Page 46 ---
M A L ADIE S
dans fa maifon, voit pourtant mourir
autour de lui fes voifins, fes parens, 9
fes amis même les plus intimes, pour
ne s'être pas déterminés à aller paffer
leur convalefcence dans les montagnes
les mieux habitées & les plus convenables à leur état. Comment peut-il s'aveugler au point de ne pas voir qu'il
va fubir le même fort, & laiffer, quelquefois à des étrangers,une fortune confidérable qui lui auroit permis de paffer
en Europe & d'y vivre honorablement,
en recouvrant une fanté précieufe fans
laquelle tout le reftc n'eft rien ? C'eft
qu'il eft maîtrifé par Thabitude, qu'il
tient à fes ufages, à un pays où l'on fe
permet de vivre plus librement que dans
nos villes d'Europe.
Aujourd'hui que la médecine rejette
entièrement les hypothèfes, pour s'apuniquement fur des faits, contipuyer nuons de les raffembler pour en former
des réfultats.
La ville du Cap eft mal-faine, fes --- Page 47 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
plaines le font moins, & prefque toutes
les montagnes font falubres : l'habitant
de la ville eft, en général, fouvent malade; celui de la plaine Peft moins fréquemment, tandis que celui des montagnes jouit d'une fanté brillante; fon
agilité, fon vilage frais, coloré, fa force
& fa vigueur font des effets des bonnes
qualités des eaux qui l'abreuvent, & de
la pureté de l'air qu'il refpire. Obfervons encore qu'il a moins de facilité
le citadin & T'habitant de la plaine que
fe procurer non - feulement l'aifance, pour
mais encore les objets de première né- 9
ceflité.
Invitons donc, par la jufteffe & l'évidence de nos obfervations, les habitans
de la. ville & même ceux de la plaine
à aller paffer leur convalefcence dans les
Montagnes.
VICES DES HOPITAUX DU CAP.
D'après les détails précédens fur les
vices de fituation de la ville du Cap,
& T'habitant de la plaine que
fe procurer non - feulement l'aifance, pour
mais encore les objets de première né- 9
ceflité.
Invitons donc, par la jufteffe & l'évidence de nos obfervations, les habitans
de la. ville & même ceux de la plaine
à aller paffer leur convalefcence dans les
Montagnes.
VICES DES HOPITAUX DU CAP.
D'après les détails précédens fur les
vices de fituation de la ville du Cap, --- Page 48 ---
M A L A D I E S
que n'avons-nous pas à dire de fes hôpitaux mal fitués, mal aérés, loin des eaux
vues d'utilité dans leur
courantes, 2 fans
diftribution, fans ordre, fans tenue 2
livrés à lentreprife 8c à tous les maux
qui en font la fuite inévitable?
Mais, parmi toutes les caufes d'une
deftruétion auffi conflante, celles des
mauvaifes eaux, & d'un air auffi chaud
& chargé d'émanations malfaifantes 9
font fans contredit les plus pernicieufes. En effet le meilleur air fe corrompt -
s'il n'eft renouvelé : à Saint-Domingue
comme ailleurs, il eft de grands agens
qui,énle déplaçant fans ceffe,Tépurent
par le mouvement; les brifes, fur-tout
celles de la mer, font par leur fraicheur,
d'un avantage inapprèciable pour les
habitans des montagnes & la plupart de
ceux des plaines, tandis que la majeure
partie des habitans des villes en font priyés : les obfervations météorologiques
prouvent que cette différence efto de7à8
degrés, 8x quelquefois de 9 à IO.
Mais --- Page 49 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 33
Mais l'air des montagnes différe encore plus de celui qu'on refpire dans les
hôpiraux,ou cet élément fi effentiel à la
vie, s'échauffe, perd fon élaflicité & fcs
autres propriétés dans la même proportion qu'il fe charge d'une plus ou moins
grande quantité de phlogiftique, & de
différentes émanations animales
nant d'un grand nombre de malades prove- raf
femblés.
Les globules du fang, atténtés & divifés dans les vaiffeaux capillaires des
parties les plus éloignées du coeur, ne
peuvent par une telle atmofphère être
condenfés & rapprochés dans les
mons; le fang perd fes propriétés d'au- poutant plus promptement, que le
chement de fes parties ne peut pas rappro- être
fait à la fuperficie du
air ambiant.
corps avec un tel
Les vaiffeaux relâchés parl le concours
de tant de caufes, & principalement
un air auffi chaud & aufli chargé,
par
leur adion; le fang s'épaiffit, la perdent férofité
C
fés & rapprochés dans les
mons; le fang perd fes propriétés d'au- poutant plus promptement, que le
chement de fes parties ne peut pas rappro- être
fait à la fuperficie du
air ambiant.
corps avec un tel
Les vaiffeaux relâchés parl le concours
de tant de caufes, & principalement
un air auffi chaud & aufli chargé,
par
leur adion; le fang s'épaiffit, la perdent férofité
C --- Page 50 ---
M A L A D I E S
ne s'y mêle que difficilement, & forme,
parfont fijour,depetites flafes8cmèmede
légères echymofes que la couleur terne
de la peau rend, à la vérité, peu apparentes, mais qui cependant n'échappent
point à un ceil obfervateur. Le malade,
qui redoute Thôpital, femble fe trouver
mieux ; il demande à fortir, parce qué
l'efpérance le foutient encore. A Thôpital, il n'a point de légumes, au moins
cela a-t-iliété ainfi pendant toute la dernière guerre;il n'en a point aux cafernes
où P'air n'eft pas meilleur; il n'en a pas
non plus à bord de fon vaifleau, où il
a contre lui la malpropreté fi contraire
à un convalefcent.
Le foldat & le matelot deviennent
tant foit peu bouffis;leurs vifcères s'obf
truent, s'empâtent & s'élèvent; le corps
prend plus de volume; la trifteffe s'emd'eux;ils perdentle fommeil, l'appare
pétit, & ne retournent à Thôpital, que
parce qu'ils y font forcés.
En arrivant, ils font remis à la diète; --- Page 51 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
parce que c'ef l'ufage; pendant que ces
malheureux auroient befoin de lair de
la montagne, de confommés, de vin de
Bordeaux, de plantes antifcorbutiques,
fi abondantes dans la Colonie, excepté
dans le voilinage des villes & dans les
hôpitaux ; ils auroient befoin fur-tout
d'une eau très-purc & d'un exercice à
l'air libre, proportionné à leurs forces.
Iisont, comme on voit, tout contre eux:
mais la nature fait de nouveaux efforts;
elle lutte contre tant de caufes réunies
& paroit fe dégager encore ; les malades
fe croient mieux; ils fortent une feconde
fois de T'hôpital; mais nécellairement &
malheureufement les mêmcs caufes
duifent les mêmes effets : forcés d'y pro- rentrer,l'efprit vital s'affoiblit, les principes
du fang & des liqueurs en flagnation fe
diffocient, tombent en
tous
déliquefcence,
les défordres augmentent; enfin les
malades périffent.
Je le répète, ils ont contre eux le
climat, le fite des hôpiraux, la mauvaife
Cij
cellairement &
malheureufement les mêmcs caufes
duifent les mêmes effets : forcés d'y pro- rentrer,l'efprit vital s'affoiblit, les principes
du fang & des liqueurs en flagnation fe
diffocient, tombent en
tous
déliquefcence,
les défordres augmentent; enfin les
malades périffent.
Je le répète, ils ont contre eux le
climat, le fite des hôpiraux, la mauvaife
Cij --- Page 52 ---
M A L A D I E S
des eaux, la corruption de l'air, &
qualité
de l'enfur-tout la cupidité inféparable
treprife. Ajoutonsâtouto cela qu'ilséprouvent quelquefois encore un mauvais traitement; & dans de tels hôpitaux, quand
font bien faites, fontles ordonnances
elles exécutées ? L'infâme avarice ne
trouve-t-elle pas toujours des prétextes
pourles éluder? fait le facrifice de fa
Le médecin qui
fanté & de fa vie, qui confacre fes jours
à fervir Fhumanité fouffrante, parce que
T'intéreffe le pénètre d'un
tout ce qui
voir l'ordre du
profond refpe@t, ne l'amour peut
de fon état
fervice interverti :
luiimpofel la néceffité de faire des repréfentations; il a recours à l'autorité fupérieure : on l'écoute une première fois,
& on avertitles entrepreneurs quin'exé
cutent rien. Il réitère fes repréfentations ; MM. les Adminiftrateurs généla multiplicité des affaires
raux 2 que
eux-mêmes, écouempêche de voir par
tent quelquefois les entrepreneurs qui --- Page 53 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
ne manquent jamais de fe rejeter fur la
néceffité des circonflances; ils excitent
adroitrementparleurs: marmuresdesfoupçons fur les talens du médecin, qui cherche, difent-ils, à s'excufer de la perte
de fes malades. Alors celui-ci n'eft plus
écouté que foiblement; fon zèle eft ridiculifé; les malades continuent d'être priveadel@gumes,defiuits, del bonne eau.Le
relâchement va plus loin encore;la cupidité devenue plus avide, économife fur
le nombre des infirmiers, fur celui des
apothicaires, des aides chirurgiens &c.;
& l'air devient de jour en jour plus contagieux. Enfin le médecin veut parler
plus haut, mais il n'eft pas même reçu
alaudience;i il donne des mémoires
ne
font
qui
pas lus; tout va de pis en pis, la
mortalité devient exceffive; le médecin
perdi fon état,les miladesleurappuismais
Pentrepreneur: fait une fortune énorme.
Ce n'eft point ici ma caufe que je défends. Pendant toute la dernière
en ma qualité de médecin du Roi guerre, hono- 3
Ciij
decin veut parler
plus haut, mais il n'eft pas même reçu
alaudience;i il donne des mémoires
ne
font
qui
pas lus; tout va de pis en pis, la
mortalité devient exceffive; le médecin
perdi fon état,les miladesleurappuismais
Pentrepreneur: fait une fortune énorme.
Ce n'eft point ici ma caufe que je défends. Pendant toute la dernière
en ma qualité de médecin du Roi guerre, hono- 3
Ciij --- Page 54 ---
M A L' AD I E S 1
raire,Jai traité fans rétribution les officiers & les foldats malades, François &
fur les habitations :
Efpagnols, 2 répartis
voifines du Cap. J'étois à portée de voir
les hôpitaux & de les vifiter de tems en
tems ; fi j'en avois été le médecin, avec
appointemens,je n'aurois pas éprouvé
les défagrèmens dont jc viens de parler,
donné ma démiffion,
parce que'Taurois
& que je l'aurois motivée de manière
à prévenir par la fuite de pareils malheurs.
Lhôpital où ces défordres paroiffent
avoir été portés le plus loin, eft celui
qui étoit placé au bord de la mer, près
du bac, & vis-à-vis de la maifon du fers
mier de ce paffage. Dans cet hofpice,
des mourans ont reftô dans leur ordure
pendant des 24 heures, fans avoir pu
obtenir d'être changés de linge;ils croupiffoient dans ce cruel état pendantlintervalle d'une vifite à T'autre; & le médecin, ne pouvant obtenir des entreprefeule auroit dû
neurs ce que Phumanité --- Page 55 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
les déterminer à faire, fut obligé d'en
porter des plaintes à MM. les Adminiftrateurs généraux,en préfence dcs entrepreneurs qu'il en avoit prévenus : fcène
aviliffante pour Phumanité, qui devroit
faire profcrire à jamais des Colonies,l'adminiftration des hopitaux par entreprifc,
La barbare avarice fut portée fi loin,
que l'on creufa des puits dans la cour
de cet hofpice (qui fervoit de caferne
amparavant), quoique dans les grandes
marées, les eaux de la mer montaffent
jufqu'à fes murs; & ccla pour épargner
un efcalin (IO fous de France) que coûtoit alors le tranfport de chaque barrique
d'eau, depuis le haut de la ville jufqu'à
cet hofpice: : auffi ia mortalité s'y accrytelle au point que prefque tout y périt.
On.ne peut m'objeéter que je me
trompe fur les caufes de ces pertes CXceffives, car, après cette mortalité, on
leva T'hofpice qui fut remis aux chefs de
l'armée Efpagnole. Ceux-cien firentégalement un hopital pour une partie de
Civ
barrique
d'eau, depuis le haut de la ville jufqu'à
cet hofpice: : auffi ia mortalité s'y accrytelle au point que prefque tout y périt.
On.ne peut m'objeéter que je me
trompe fur les caufes de ces pertes CXceffives, car, après cette mortalité, on
leva T'hofpice qui fut remis aux chefs de
l'armée Efpagnole. Ceux-cien firentégalement un hopital pour une partie de
Civ --- Page 56 ---
M A L A D I E S
leurs foldats, ils T'adminiftrèrentp par économie aux frais du Roi d'Efpagne; comblèrentles puits que les François avoient
creufés, firent venir leurs eaux du haut
de la ville, &, aux yeux de l'une & de
l'autre nation,ils fauvèrent prefque tous
leurs malades.
Mais indépendammentde cetexemple .
trop frappant pour Saint - Domingue, 2
n'avons-nous pas les malheurs de plufieurs de nos établiffemens, & les épidémies défaftreufes de nos armées navales,
caufees en grande partie par les mauvaifes qualités des eaux?] La maladie peftilentielle qui, en 1744, détruifit pref
qu'entièrement, à Chibougou,l l'efcadre
du duc d'Anville & qui fut caufée par
les eaux corrompues dès le commencement de la campagne; celle qu'éproules efcadres & armées
vèrent, depuis 2
de MM. de Piozin en 1748, & Dubois
de la Motte en 1757 ? L'exemple (1)
(*) Rapporté dans mon ouvrage fur les maladies des
Nègres page 236, note 31. --- Page 57 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 41
effrayant d'économie du vaiffeau la Paix;
lexemple plus effrayant encore de M.de
la Bourdonnaie, dont le génie & le courage fauvèrent la petite colonie naiffante
du Port-Louis de l'ile de France d'une
épidémie terrible, en faifant venir les
eaux de la grande rivière (1); font autant
de preuves des faits que j'avance.
Il en eft ainfi de la nouvelle colonie
de Cayenne & de Ia province de Guyane
qui, abreuvée également par les eaux
des puits creufés au bord de la mer, 2
reconnues mauvaifes après l'établiffement, périt par une épidémie affreufe.
Nous le répétons, les eaux croupiffantes des marais, des étangs & de la
plupart des puits, produifent toujours
les plus funeftes effets. Les fièvres & les
obfiruétions des habitans de Rochefort
& de toutes les parties bafles de la Charente; le vifage hâve, les jambes grêles
& le gros ventre des habitans de la Solo-
(:) Page 283 note 45.
rit par une épidémie affreufe.
Nous le répétons, les eaux croupiffantes des marais, des étangs & de la
plupart des puits, produifent toujours
les plus funeftes effets. Les fièvres & les
obfiruétions des habitans de Rochefort
& de toutes les parties bafles de la Charente; le vifage hâve, les jambes grêles
& le gros ventre des habitans de la Solo-
(:) Page 283 note 45. --- Page 58 ---
M A L A DI E) S
42.
viennent principalement de cette
gne,
dans toutes les parties de
caufe. Ainfi,
l'Europe, comme à Saint-Domingue, à
Cayenne, dans le Bengale, & autres établiffemens en Afie 2 en Afrique & en
Amérique, par-tout, les eaux chargées
de terres groflières & de félénite font la
fource des mêmes défordres (1)-
L'ile de Saint-Domingue eft fans ceffe
battue par la mer & par les vents : fes
& confidérablemontagnes irrégulières
donnent aux vents des
ment élevées,
diredtions différentes, connues fous le
nom de brifes, auffi précieufes pour la
fanté des habitans, que les calmes qu'ils
éprouvent dans toutes les partics baffes
(1) On verra dans les détails de l'analyfe des eaux
des plaines de Saint-Domingue, que les boeufs, les chevaux, les mulets & autres animaux abreuvés par des
eaux courantes dans les habitations voifines des rivières,
font en bon état & s'entretiennent gras; tandis que dans
les habitations où ces animaux boivent des eaux croupiffantes de mares fouvent infedtes, ou des eaux de puits,
ils font maigres, fujets aux maladies, & vivent beaucoup
moins. --- Page 59 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
leur font funeftes; parce que la chaleur
y eft exceflive, & que, comme nous
l'avons démontré, faute de mouvement
& de circulation, l'air y refte furchargé d'émanations dangereufes detoute efpèce,
C'eft pour des raifons auffi folides que
les Anglois dans le Bengale & les Hollandois à Batavia, tiennent leurs troupes cantonnées dans des lieux élevés,
d'oi elles viennent faire par détachemens le fervice des villes fituées dans
des bas-fonds. Sans cette fage précaution, leurs garnifons fubiroient le fort
funeftes des nôtres.
Les malheurs conftans des garnifons
du Cap rendent pour elles cette tranflation d'une néceflité indifpenfable,
parce
qu'indépendamment du vice de fituation
de cette ville, le nombre de fes troupes
eft confidérable, & que par-tout oùt les
hommes font trés-rapprochés, & furtout les foldats, ils font beaucoup plus
expofés aux maladies.
ution, leurs garnifons fubiroient le fort
funeftes des nôtres.
Les malheurs conftans des garnifons
du Cap rendent pour elles cette tranflation d'une néceflité indifpenfable,
parce
qu'indépendamment du vice de fituation
de cette ville, le nombre de fes troupes
eft confidérable, & que par-tout oùt les
hommes font trés-rapprochés, & furtout les foldats, ils font beaucoup plus
expofés aux maladies. --- Page 60 ---
M A L A D I E S
Ily a long-tems que l'on crie contre
le voifinage du cimetière de la ville du 1
Cap :l'on eft trop d'accord fur les maux
qui peuvent en réfulter, pour m'arrêter
dans cet abrégé - à les développer; ils
trouveront leur place dans les détails
particuliers des vices de fituationdecette
ville.
Je ne faurois me perfuader que les
dépenfes faites pour Pétabliffement des
cafernes du Cap, puiffent être un obftacle fuffifant pour empêcher le Gouvernement d'imiter les Anglois & les
Hollandois, en transférant la garnifon
de cette ville au fuperbe quartier du
Dondon, qui in'en eft diftant que de huit
lieues. Ce quartier eft coupé & arrofé
dans toutes fes parties par des rivières
d'où plufieurs habitans conduifent les
eaux, par des canaux & à peu de frais,
à leurs moulins, dans les bâtimens, les
jardins & par-tout où elles font utiles.
Les confidérations qui doivent furtout déterminer cette tranflation, font --- Page 61 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 45
la variété des côteaux de ce quartier,
la force & la vigueur de la végétation
de fes plantations, la fraicheur & la falubrité de l'air, la pureté & l'excellence
de fes eaux, la beauté & la folidité de fes
chemins de
communication, qui vont
julqu'à permettre à plufieurs habitans de
voyager en chaife entre ces monts (1);
&plus particulièrement ençore, 2 la fanté
forte & robufte de fes habitans.
D'ailleurs le Gouvernement a toujours eu des vues de défenfe & de retraite
fur ce quartier en cas d'attaque : en
conféquence de ces deffeins, il 1 y a fait
conftruire une poudrière; il a manifefté
& étendu fes projets jufqu'à ouvrir des
routes de communication de ce quartier
avec la colonie Efpagnole ; les beaux
chemins qu'il y a fait conftruire vont
jufqu'au bourg de cette nation, appelé
Saint-H Raphaël, diftant d'une lieue &
demie des limites Françoifes, pour la
(s)Appeléscrétes dans le pays.
ces deffeins, il 1 y a fait
conftruire une poudrière; il a manifefté
& étendu fes projets jufqu'à ouvrir des
routes de communication de ce quartier
avec la colonie Efpagnole ; les beaux
chemins qu'il y a fait conftruire vont
jufqu'au bourg de cette nation, appelé
Saint-H Raphaël, diftant d'une lieue &
demie des limites Françoifes, pour la
(s)Appeléscrétes dans le pays. --- Page 62 ---
M A L A D I E S
jonêtion des troupes de Pune & de l'autre colonic, le tranfport des vivres,, des
munitions de guerre 8c principalement
d'artillerie.
L'établiffement des troupes au Dondon eft fous tous les rapports poffibles
plus conforme aux vues du Gouvernement: que pourroient en effet des foldats toujours malades, valétudinaires &
mourans? Comment en exécuteroientils les projets ? que pourroit-on raifonnablement efpérer & entreprendre avec
de telles troupes 2 puifque fans la fanté
il n'y a point de force, & que fans la
force il n'eft point de vigtoire?"
On joindroit all logement des foldats
un terrain fuffifant pour y faire des jardins, y planter des arbres fruitiers, y
cultiver les légumes & les fruits indifpenfables pour prévenir l'alkalefcence
des humeurs, & tempérer en même tems
les chaleurs de CCS climats'; ; quoiqu'elles
y foient fort modérées dans ce quartier
par la fréquence des pluies, dont les --- Page 63 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 47
plaines & les villes font malheurcufement privées pendant la majeure partie
de l'année : la modicité de la paye du
foldat l'a privé jufqu'ici de ces avantages, parce que les habitans des villes &
une partie de ceux de la plaine reçoivent
leurs légumes des montagnes 7 ce qui
y met néceffairement un prix trop haut
pour que les foldats & les matelots puif
fent s'en procurer.
Ce que je propofe ici s'exécute dans
plufieurs garnifons de France ; c'eft à
l'exemple des Romains, qu'on a accordé
aux foldats de l'artillerie des morccaux
de terre voifins des fortifications de
Douay & autres villes marécageufes 2
afin que le foldat pit s'y acclimater &
y vivre comine les habitans du pays.
Chefs del'artillerie, homies précicux!
en enfeignant un art deftruéteur devenu
néceffaire, 2 vous n'avez point négligé
l'art confervateur; vous avez par VOS
lumières & votre humanité fu pratiquer
la première partie de la médecine, celle
terre voifins des fortifications de
Douay & autres villes marécageufes 2
afin que le foldat pit s'y acclimater &
y vivre comine les habitans du pays.
Chefs del'artillerie, homies précicux!
en enfeignant un art deftruéteur devenu
néceffaire, 2 vous n'avez point négligé
l'art confervateur; vous avez par VOS
lumières & votre humanité fu pratiquer
la première partie de la médecine, celle --- Page 64 ---
M A L A D I E S
de conferver la fanté & de prévenir les
maladies.
Cette réfidence des troupes dans les
montagnes habituera le foldatà vivre des
produéions du pays; les légumes, les
fruits, les farineux feront la majeure
partie de fa fubfiftance;il éléverà facilement dans ces montagnes fertiles, des
animaux domeftiques qui remplaçeront
dans peuavec un avantage inappréciable
les falaifons qu'on lui donne depuis fi
long-tems. Les viandes falées font fi pernicieufes, principalement quand leurs
fels ne font pas émouffés par des fubftances végétales fraiches, qu'elles ne
manquent jamais, dans ce dernier cas, 2
de difpofer le foldat à la cachexie fcorbutique; affection qui complique toutes
fes maladies, & dont il eft impoffible
qu'il fe rétabliffe dans les hôpitaux mal
fitués, dans les cafernes & fur les vaiffeaux.
Il n'eft que ce moyen pour conferver
cette précieufe efpèce d'hommes, dont
les --- Page 65 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
les remplacemens continuels ont tant
d'inconvéniens, , qu'il faut ou renoncer
à leur fervice dans les Colonies, ou faire
tout ce que leur confervation exige :
fans cette fage précaution, les dépenfes
de leur entretien, les fommes énormes
qu'ils coûtent dans les hôpitaux, tomberont à jamais en pure perte pour le
Gouvernement.
En tenant les foldats loin des cités,
en les occupant fur-tout, vous les éloignerez en même tems des Négreffes infiniment plus mal-faines dans les villes
que fur les habitations, principalement
dans celles des montagnes : vous conferverezleurs moeurs qui font par-tout d'un
figrand prix,8 & quiinfluentà un tel point
fur les maux phyfiques & les malheurs
de lhumanité, que cette confidération
eft de la dernière importance.
L'homme inoccupé ne fauroit être
heureux, 2 il eft dans tous les pays à
charge aux autres & à lui-même; ; lcs
foldats, dans Ics colonies, ont un befoin
D
habitations, principalement
dans celles des montagnes : vous conferverezleurs moeurs qui font par-tout d'un
figrand prix,8 & quiinfluentà un tel point
fur les maux phyfiques & les malheurs
de lhumanité, que cette confidération
eft de la dernière importance.
L'homme inoccupé ne fauroit être
heureux, 2 il eft dans tous les pays à
charge aux autres & à lui-même; ; lcs
foldats, dans Ics colonies, ont un befoin
D --- Page 66 ---
M A L A D I E S
de plus de travailler, pour ne pas fe
livreràla boiffon,au tafia fur-tout, dont
les mauvaifes qualités rendent encore
l'excès plus nuifible.
Je n'ai jamais compris comment on
a pu jufqu'à préfent permettre, contre
toutes les ordonnances & la fageffe des
réglemens, ou plutôt tolérer la vente de
cette liqueur aux foldats. Le tafia conferve après fa diftillation une âcreté qu'il
ne perd qu'avec le tems ; il ne devroit
même être permis d'en vendre en détail
aux particuliers, qu'après l'avoir gardé
deux ans en tonneau, c'eft-à-dire, lorfqu'il a perdu fes qualirés mal-faifantes.
L'excès de cette liqueur eft condamnablc; mais, comme nous l'avons dit
dans nos Obfervations fur les Maladies
des Nègres (1), mêlé avec une fuffifante
quantité d'eau, de jus de citron & de
fucre : cet enfemble fait une boiffon corroborante, très-convenable pour les fol-
(1) Pour de plus grands détails, voyez page 271 8:
fuivantes de cet ouvrage. --- Page 67 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
dats, principalement lorfqu'ils font trèsexercés; & comme ils pourroient abufer
du tafia, on ne doit leur délivrer cette
boiflon qu'après l'avoir ainfi mélangée.
Le fervice des rives feroit fait
détachemens qui feroient relevés tous par
les huit ou tous les quinze jours ; la
police & la difcipline y gagneroient :
l'air, la nourriture, tout enfin fortifieroit le foldat, au lieu de le détruire; &
lorfqu'en tems de guerre il feroit privé
des farines d'Europe, il auroit appris à
s'en paffer.
Les hôpitaux, dans les montagnes
comme dans les villes des Colonies
doivent être adminiftrés
aux frais du
Roi par économie; cela fe pratiquoit
ainfi en Canada, où ils étoient tenus
par des religieufes cloîtrées; nulle
T'humanité ne fut mieux fervie, nuile part
part auffi les frais de ces établiffemens
ne furent plus légers pour le Gouvernement.
Dans lei même tems & jufqu'en 1760,
Dij
hôpitaux, dans les montagnes
comme dans les villes des Colonies
doivent être adminiftrés
aux frais du
Roi par économie; cela fe pratiquoit
ainfi en Canada, où ils étoient tenus
par des religieufes cloîtrées; nulle
T'humanité ne fut mieux fervie, nuile part
part auffi les frais de ces établiffemens
ne furent plus légers pour le Gouvernement.
Dans lei même tems & jufqu'en 1760,
Dij --- Page 68 ---
M A L ADIE S
Thôpital de la marine de Rochefort a
été également foigné par des foeurs grifes de S. Vincent de Paule, fous linfpefion du Commandant de ce port,
de l'Intendant & du Commiffaire de la
marine
chargé de cet
2 fpécialement
objet. La propreté, la clarté, la netteté,
l'ordre, les fecours, e les foins utiles &
confolans, l'économic; tout étoit digne
d'admiration.
Depuis, les mêmes religieufes font
devenues adjudicataires; elles ont pris
cet hopital à l'entreprife : mais par le
relâchement qui s'y eft introduit, l'infalubrité de cet hôpital eft telle, qu'il ne
refte d'autres reffources que de le changer de lieu : on affure même qu'il eft
à craindre que, pour prévenir de plus
grands malheurs, on ne foit obligé de
le brûler.
Tel Teftlef funefte effet de l'entreprife.
Ce qui fe pratiquoit avec fuccès en
Canada & à Rochefort, pourroit également s'exécuter à Saint-Domingue; les --- Page 69 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
Erpagnols nous en ont fourni un exemple chez nous-mêmes : il fuffiroit pour
cela d'un officier d'adminiftration., ou
d'un des principaux employés qui eût
travaillé dans les hôpitaux que je viens
de citer, ou feulement qui eût connoiffance de cette manière de les diriger
& de les conduire : elle eft fi fimple &
fi aifée, qu'il eft fouvent arrivé à un
feul officier de fanté (1), de fe trouver
chargé en Europe & dans les Colonies,
de fix à fept cents malades. En 1760,61
& 62, il y eut au Port des Barques,
fur les bords de la Charente, près de
Rochefort, dans de fimples maifons de
particuliers, à peuj près un pareilnombre
de malades & de fujets pour les traiter;
on perdit très-peu de monde, le plus
grand ordre y fat obfervé; les chefs de
l'armée navale 2 leurs foldats & leurs
matelots furent également fatisfaits (2).
(1) Avec un Ecrivain & quatre Aides Chirurgiens.
(2) Dans ces circonfances, 3 les frais font fi peu de
chofe, que l'on coaferve aux foldats & aux matelots
Diij
un pareilnombre
de malades & de fujets pour les traiter;
on perdit très-peu de monde, le plus
grand ordre y fat obfervé; les chefs de
l'armée navale 2 leurs foldats & leurs
matelots furent également fatisfaits (2).
(1) Avec un Ecrivain & quatre Aides Chirurgiens.
(2) Dans ces circonfances, 3 les frais font fi peu de
chofe, que l'on coaferve aux foldats & aux matelots
Diij --- Page 70 ---
M.A L A D' I E S
Un point effentiel dans les Colonies
comme ailleurs, eft de ne pas complil'adminiftration des hôpitaux, de
quer
tenir le plus qu'il fera poffible les malades éloignés les uns des autres, & furde maladies ait
tout que chaque efpèce
une falle qui lui foit particulièrement
affeétée. Des épidémies affreufes ont
trop fouvent eu pour caufe le défaut de
cette attention. Les confidérations particulières pourroient en pareil cas devenir de la plus dangereufe conféquence.
J'ai vu à cet égard des Adminiftrateurs
ne pouvoir obtenir cette réforme & le
mélange des malades continuer, malgré
les promeffes des Entrepreneurs : jai
également vu les Adminitratsur-generaux ne pouvoir obtenir des latrines
leur paye entière abfolument fans aucune retenue.
C'eft M. Duvivier, Chirurgien Major en chef de ce
département, qui étoit chargé de ces hofpices ; je me
rapellerai toujours avec plaifir que c'eft fous les ordrés
de ce célèbre Chirurgien que j'ai eu le bonheur de faire
mes premières campagnes & de le feconder dans le
hôpitaux du port des Barques. --- Page 71 ---
DES CLIMATS CHAUDS. - 55
féparées pour' les malades attaqués de
diarrhées & de dyffenterie. Avec le tems
on s'accoutume à voir avec indifférence
lesabus les plus pernicieux, &àr regarder
comme difficultueux & tracaffiers les
hommes qui par leur état & leurs lumières font obligés d'en exiger la réforme.
L'ancienneté d'un ufage ne prouve
ni fa bonté ni fon utilité. Il y a lieu
d'efpérer que le Gouvernement fe déterminera à transférer les troupes fur
les montagnes, & à changer l'adminiftration des hopitaux : il feroit même à
defirer que l'on y envoyât des foeurs
grifes. Les avantages qui doivent les
faire préférer aux hommes auprès des
malades, font leur douceur, leur patience, leur propreté, l'habitude de la
vie fédentaire, leur affiduité, leur conftance, leur dévouement, vertus qu'ellés
doivent à leur fexe, à la manière dont
elles ont été élevées, autant qu'ati voeu
deleurinftitur. Nous en avons à Cayenne
Div
irer que l'on y envoyât des foeurs
grifes. Les avantages qui doivent les
faire préférer aux hommes auprès des
malades, font leur douceur, leur patience, leur propreté, l'habitude de la
vie fédentaire, leur affiduité, leur conftance, leur dévouement, vertus qu'ellés
doivent à leur fexe, à la manière dont
elles ont été élevées, autant qu'ati voeu
deleurinftitur. Nous en avons à Cayenne
Div --- Page 72 ---
M A L A DIE S
& aux Iles de France & de Bourbor,
qui, malgré la pauvrété de ces Colonics,y font le plus grand bien; il leur
feroit infiniment plus aifé de l'opérer
dans un pays riche comme Saint-Domingue.
Dans cette Colonie il en a coûté au
Roi jufques à 24 liv. par jour pour chaque journée d'officier malade, & 6 liv.
15 fous, argent du pays, pour celle de
chaque foldat & de chaque matelot :
encore pour ces derniers le Roi fourniffoit-il une partie des fubfiftances &
même des uftenciles néceffaires à ces
hofpices.
Si on eût eu à Saint-Domingue des
foeurs grifes établies avant la guerre 2
que de fommes épargnées 2 combien
d'effets perdus qu'elles auroient confervés 8 qui fe trouveroient aujourd'hui!
Mais, un bien plus précieux encore eft
le nombre d'hommes que leurs foins généreux & leur humanité auroient arrachés à la mort : je ne me perfuaderai --- Page 73 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
jamais qu'avec des foeurs grifes, malgré
le climat & la fituation de cette ville,
la confommation en hommes de recrue,
eût été, chaque année, 2 au moins de.
trois fur cinq, comme elle l'eft depuis
l'établiffement de la Colonie.
Les grands malheurs des hôpitaux
des Colonies ont deux caufes principales : le changement trop rapide des
Adminifizateurs & l'empire de Phabitude. Il eft des hommes qui ne voient
jamais les abus;les chofes les plus claires
leur paroiffent toujours enveloppées de
nuages': : d'autres croient que tout eft
abfolument égal; rien ne les frappe, rien
ne réveille leur attention, & c'eft à la
faveur de cette funefte indifférence que
les abus les plus expreffément proferits
par les ordonnances paffent en ufage
(1) J'ai vu la place d'Apothicaire du Roi follicitée,
parce qu'on croit dans le pays que la fourniture des
médicamens eft un droit de cette place,'tandis que la.
fagefle des ordonnances de 1747 & 81, défendent au
contraire au Médecin du Roi, au Chirurgien Major,
ur de cette funefte indifférence que
les abus les plus expreffément proferits
par les ordonnances paffent en ufage
(1) J'ai vu la place d'Apothicaire du Roi follicitée,
parce qu'on croit dans le pays que la fourniture des
médicamens eft un droit de cette place,'tandis que la.
fagefle des ordonnances de 1747 & 81, défendent au
contraire au Médecin du Roi, au Chirurgien Major, --- Page 74 ---
M A L A DI d E S
auffi s'eft-on moqué de moi, lorfque
jai parlé des affemblées des Officiers
de fanté, de la tenue de leurs regif
tres, des comptes qu'ils doivent rendre
tous les trois mois au Miniftre &c 8c
cela ne m'a point étonné. Mais ne craipoint de le dire, la licence étant
gnons
arrivée à ce terme, les bons principes
s'altérent, tombent en deffuétude, l'ou-.
bli des règles amène néceffairement
celui des devoirs : les mceurs difparoiffent, tout fe confond, tout eft perdu.
Dans le cas où le Gouvernement ne
prendroit aucun des partis que je viens
de propofer & fe détermineroit à laiffer
les chofes in Ratu quo ; j'ajouterai qu'il
vaudroit encore mieux pour le bien de
la Colonie, le falut des troupes & la
caiffe du Roi, renoncer entièrement aux
principalement à l'Apothicaire en chef, d'avoir aucun
rapport avec les fourniffeurs; parce que ces Officiers
de fanté font les Infpeéteurs de la qualité des remèdes,
& qu'il répugne à la délicateffe d'être à la fois Fournif:
feur & Infpefteur. --- Page 75 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
hopitaux, traiter les foldats dans les
cafernes,, & qu'ils fuffent conduits par
les Officiers de fanté attachés à leurs
corps : on les tiendroit difperfés autant
que les circonflances le permettroient;
& il feroit très-aifé d'avoir une chambre
particulière pour les foldats malades de
chaque compagnie Par ce moyen
bien fimple on les préferveroit de l'air
empoifonné des hopitaux, & ils auroient
Tavantage d'être traités par les Officiers
de fanté (2), pécialement chargés de
veiller à leur confervation, &, pour
ainfi-dire, fous les yeux des Officiers
de leur compagnie. Ceux-ci connoif-
(1) Ceft ce que j'ai propofé, en 1777, pour les
Régimens du Cap, d'Agénois & de Gâtinois, qui, pour
n'avoir pas alors fuivi mes confeils, furent réduits à 'un
fortpetit nombre,
(2) Pourvu toutefois qu'ils ne fuffent pas intéreffés
dans l'entreprife, comme cela eft déja arrivé; il ef
abfolument effentiel que ce foit aux frais du Roi &
par économie, comme on Pa vu pratiquér par les
Eipagnols,
1777, pour les
Régimens du Cap, d'Agénois & de Gâtinois, qui, pour
n'avoir pas alors fuivi mes confeils, furent réduits à 'un
fortpetit nombre,
(2) Pourvu toutefois qu'ils ne fuffent pas intéreffés
dans l'entreprife, comme cela eft déja arrivé; il ef
abfolument effentiel que ce foit aux frais du Roi &
par économie, comme on Pa vu pratiquér par les
Eipagnols, --- Page 76 ---
M A L A D'I E S.
fant les qualités & Ies défauts de leurs
foldats, releveroient leur courage,! leur
donneroient des foins & des confolations, fi néceffaires en pareil cas, que,
dans l'état contraire & aétuel des chofes,
plufieurs d'entre eux défirent autant la
mort que leur rétabliffement.
Difons plus : le Gouvernement perdroit encore moins d'hommes, files malades étoient livrés & abandonnés à euxmêmes ; l'exemple des Nègres marons
qui font leurs maladies dans les bois,
nous en fournit une preuve convaincante.
> Un Nègre eft incommodé; il fouffre
5> toute la nuit, il s'endort enfin, & le
% grand jour le furprend fans qu'il ait
>> entendu la cloche; la crainte du fouet
>5 le fait déferter; ; fa maladie eft une
55 petite-vérole confluente qui fans foins,
>5 fans abri, fans autres fecours que de
55 leau froide & l'influence del'air libre,
>> parcourt fans accidens tous fes tems
% & fes périodes; & cet infortuné bien --- Page 77 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
55 rétabli & couvert de cicatrices, vient
> fe jeter aux pieds de fon maitre (1). 44
Il faudroit renoncer aux Colonies de
l'Amérique & à leurs productions, fi
l'habitant faifoit en Nègres la cinquième
partie de la perte que le Roi fait en
foldats; cependant le Nègre eft nud ou
prefque nud; ; il travaille continuellement; fes reffources dans fes maladies
fe réduifent à très-peu de chofe;il n'eft
ordinairement vifité parlcChirurgien(a)
chargé de le conduire, que trois fois la
femaine, 2 tandis que le foldat l'eft au
moins une fois tous les jours : mais en
fanté comme en maladie, le Nègre vit
d'alimens du pays, n'eft pas foulé dans
la caze qui lui fert d'hôpital; enfin il eft
fous les yeux de fon maître ou de fon
repréfentant.
(1)Je tiens ce fait & plufieurs autres du méme genre
de M. Fournier de Varenne Commandant de quartier
à Saint-Domingue, dont l'efprit & le coeur font honneur
àlhumanité.
(2) Il y a très-peu d'habitations qui foient à portée
d'êtrevifitées par un Médecin.
caze qui lui fert d'hôpital; enfin il eft
fous les yeux de fon maître ou de fon
repréfentant.
(1)Je tiens ce fait & plufieurs autres du méme genre
de M. Fournier de Varenne Commandant de quartier
à Saint-Domingue, dont l'efprit & le coeur font honneur
àlhumanité.
(2) Il y a très-peu d'habitations qui foient à portée
d'êtrevifitées par un Médecin. --- Page 78 ---
MA L A D - I E S
Quoique les effets du mauvais air
foient plus dangereux dans les pays
chauds, les avantages de la difperfion
des foldats & matelots malades ne font
pas moins frappans dans les pays froids
& tempérés. En France, nos régimens
de cavalerie font répartis en tems de
paix, dans les petites villes ou villages,
dans le voilinage des rivières & des
prairies;il n'y a quelquefois que la compagnie Colonelle & une ou deux autres
qui foient à portée de quelques hofpices de charité & du Chirurgien Major
du régiment; les autres compagnies font
a 3,4, 5 & 6 lieues : le foldat malade
eft traité dans fa chambre par un foldat
Chirurgien qui fait faigner & faire quelques panfemens : cependant quelque
humides, quelque mal-fains 2 quelque
dénués de fecours que foient ces lieux,
on y perd moins de foldats que dans
les hopitaux, par cela feul que les malades y font ifolés.
J'ai fait la même obfervation dans --- Page 79 ---
DES CLIMATS CHAUDS
nos ports de mer, principalement au
département dc Rochefort, où lorfque
les matelots malades obtiennent la permiffion de fe faire traiter dans leurs
logemens, il en meurt incomparablement moins que dans les hôpitaux.
Avanages d'une Maifon de Santé au
Dondon ; motifs qui doivent en déterminer l'établiffement.
Quel que foit le parti que l'on prenne
fur le choix du lieu où l'on tiendra les
troupes du Cap, il eft d'une néceffité
abfolue d'établir une maifon de fanté
dans la montagne, pour les Officiers &
les foldats convalefcens ; fans cet éta-:
bliffement indifpenfable, leurs retours
en Europe continueront toujours, quelque contraires qu'ils foient au bien du
fervice & quelle qu'en foit la dépenfe.
Les officiers convalefcens cherchent
il eft vrai, les occafions de fe rétablir
dans la Colonie, 2 avant de demander
leur retour en Europe; en conféquence --- Page 80 ---
M A L' A DI E S
ils vont dans les plaines voifines chez
les habitans avec qui ils font liés; mais
les habitations de la plaine font fi différentes par la diverfité de leur fituation,
qu'il y en a de falubres & d'autres qui
font auffi mal-faines que les villes.
Toutes les plaines de Saint-Domingue
font arrofées par des rivières qui prennent leurs fources dans les montagnes,
& vont en ferpentant fe jeter dans la
mer; c'eft fur les terrains féparés par
ces rivières, que font établies les riches
fucreries de cette importante Colonie.
Le quartier Morin, un des plus confidérables, commence à la ville du Cap,
comprend toutes les terres du bord de
la mer jufqu'à la Grande - Rivière, &
s'étend à plus de 3 lieues vers la mon- -
tagne.
A la droite du quartier Morin font
les quartiers de la Petite-Anfe,du Campde-Louife & de la plaine de P'Acul; ce
dernier fe prolonge jufqu'à la haute
montagne du Limbé, derrière laquelle
fe
Colonie.
Le quartier Morin, un des plus confidérables, commence à la ville du Cap,
comprend toutes les terres du bord de
la mer jufqu'à la Grande - Rivière, &
s'étend à plus de 3 lieues vers la mon- -
tagne.
A la droite du quartier Morin font
les quartiers de la Petite-Anfe,du Campde-Louife & de la plaine de P'Acul; ce
dernier fe prolonge jufqu'à la haute
montagne du Limbé, derrière laquelle
fe --- Page 81 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 65
fe trouve le quartier de même
forme une plaine confidérable, nom, qui
d'un côté par la mer, & dans le bornée refte
de fa circonférence
par une chaine de
montagnes fur le penchant defquelles
font fituées en partie les diverfes habitations de cette plaine.
Les brouillards, les pluies fréquentes
du Limbé, le rendent fi différent du
quartier Morin, & plus particulièrement
encore de ceux adjacens à la partie
che de celui-ci,
gauque, quelque bonnes
que foient fes terres 2 queique belles
qu'en foient les cannes, elles readent
environ un quart moins de fucre,
celles des quartiers Morin & de Limo- que
nade.
Les pluies accélèrent la végétation
de ce rofeau précieux; maisfes fels font
moins élaborés, moins
même dans les terrains très-bas rapprochés ; &
dont la culture eft mal
ou ceux.
entendué, la
canne a dans fon milieu un parenehyme
cotonneux entouré d'eau peu fucrée,
E --- Page 82 ---
M A L A DI E 5
Cette différence dans la fituation du
fol, la végétation, les productions,
& dans la fréquence des pluies, exifte
également dans les maladies : les habitans du Limbé éprouvent des affections
des obftrutions, 2 la cacatarrhales 2
chexie, en un mot toutes les maladies
dépendantes du relâchement des folides,
de la ftafe & de l'épaiffifiement des fluides ; tandis que dans les quartiers fecs,
fablonneux 2 plus éloignés des montagnes & placés fous un plus beau ciel,
les habitans font plus fujets aux fièvres
inflammmatoires, aux fluxions de poitrine, aux dyffenteries & à toutes les
maladies 2
qui tiennent plutôt à la trop
grande aétion des folides, qu'à la ftafe
& à Tépaifliffement des Aluides.
Les plaines fituées fur la gauche du
quartier Moring comprennent d'abord
celui de Limonade fi diverfifié & fi diffemblable par les qualités de fon fol,
fes produéions & la fortune de fes habi-'
tans, que la partie connuc fous le nom
dyffenteries & à toutes les
maladies 2
qui tiennent plutôt à la trop
grande aétion des folides, qu'à la ftafe
& à Tépaifliffement des Aluides.
Les plaines fituées fur la gauche du
quartier Moring comprennent d'abord
celui de Limonade fi diverfifié & fi diffemblable par les qualités de fon fol,
fes produéions & la fortune de fes habi-'
tans, que la partie connuc fous le nom --- Page 83 ---
DES CLIMATS CHAUDS 67
de PIfler de Limonnde, eft un terrain
des plus produétifs & des plus riches;
tandis que la partie de ce quartier.
appelée les Savannes de Limonade, eft 2
fi aride, qu'elle n'eft fufceptible d'aucune, efpèce de culture.
En parcourant enfuite le bord de la
mer, on traverfe les quartiers de Cara-,
col, de Jacquezy, du Trou, du TerrierRouge, des Fonds-Blancs, la Ville, le
quartier du Fort-Dauphin & le quartier
de Maribarou, qui s'étend le long de
la rivière du Maffacre, laquelle
& limite les poffeffions
fépare
Françoifes &
Elpagnoles.
Quoique la culture de ces divers
quartiers foit principalement la canne
à fucre (1) & Tindigo, ils font
dant plus ou moins élevés, & cepen- leurs
habitations plus ou moins éloignées des
rivières. Ces rivières varient dans leur
largeur, la nature de leur lit, la rapidité
cultive (1) En général à Saint-Domingue ce rofeau ne fe
que dans les plaines,
Eij --- Page 84 ---
M A L A. D-I E S
la
de leurs courans, 9 la quantité & qualité
dans
de leurs eaux (1), très-abondantes
les tems de pluies, & fi rares dans les
longues féchereffes, que quelques-unes
rivières tariflent & reftent à fec
de ces
pendant des mois entiers.
Ces diverfités frappantes produifent
des différences, d'un' quartier à
encore
dans la fanté & dans les maun autre,
exemple,
ladies des habitans. Ainfi, par
dans le quartier de la Petite-Anfe dont
la terre eft compaête & où les eaux
Thumidité de l'air produit
féjournent,
des fièvres habituelles, des obftructions,
des diarrhées, beaucoup plus rares au
quartier Morin qui n'en eft féparé que
rivière, mais dont
par une très-petite
plus fales terres étant plus légères,
blonneufes, les eaux s'y filtrent mieux,
féjournent moins, 8 s'évaporent plus
y
promptement. ces différences fe font
Il y a plus,
c'eft
fentir d'habitation à habitation :
()Vo yezla note de la page 75.
obftructions,
des diarrhées, beaucoup plus rares au
quartier Morin qui n'en eft féparé que
rivière, mais dont
par une très-petite
plus fales terres étant plus légères,
blonneufes, les eaux s'y filtrent mieux,
féjournent moins, 8 s'évaporent plus
y
promptement. ces différences fe font
Il y a plus,
c'eft
fentir d'habitation à habitation :
()Vo yezla note de la page 75. --- Page 85 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 69
ainfi, que dans le quartier Morin déja
cité, les fucreries qui font fituées au
bord de la mer, celles dont les terres
ne s'étendent pas jufques aux rivières
& qui ne s'abreuvent pas d'eaux courantes, font plus expofées aux maladies, particulièrement à des maladies
vives, longues 2 opiniâtres, & le plus
fouvent mortelles; tandis que l'habitation voifine, qui cependant n'en eft
féparée que par une haie, n'a prefque
point de malades.
J'ai été également à portée de faire
cette obfervation dans le même quartier fur une de ces habitations marécageufes du bord de la mer, dans un
tems de féchereffe pendant lequel les
mares où l'on fait boire ordinairement
les animaux, étoient prefque à fec &
répandoient une odeur infeéte: nous y
éprouvâmes une épidémie, principalement fur les enfans dont un grand
nombre fut attaqué de maux de gorge
gangréneux, de fièvres putrides & maliEiij --- Page 86 ---
M A L A D I E S
gnes, tandis que Thabitation qui touche
immédiatement celle-ci n'avoit point
de malades, parce qu'il n'y a point de
mares & qu'elle eft près des eaux courantes.
La caufe principale de ce fléau étoit
manifefte; il falloit faire ceffer la putréfaction des eaux trop voifines des bâtimens & mêmelde la grande cage, ou
continuer d'éprouver les funeftes effets
des miafmes qui s'en élevoient continuellement; les chefs étoient déja tous
attaqués de fièvres intermittentes, qui
fe feroient bientôt changées en fièvres
continues. Le défordre auroit été plus
loin encore, f le fondé de procuration,
dont les connoiffances en phyfique & en
chimie étoient d'accord avec les miennes, ne fe fit déterminé, d'après mes
confeils, à faire jeter dans ces mares IO
barils de chaux, qui en abforbèrent entièrementlé gaz ou acide méphitique(1).
(1)Ce font ces mêmes vapeurs méphitiques qui font
le danger des mines, des puifards, des foiles d'aifance &c.
, f le fondé de procuration,
dont les connoiffances en phyfique & en
chimie étoient d'accord avec les miennes, ne fe fit déterminé, d'après mes
confeils, à faire jeter dans ces mares IO
barils de chaux, qui en abforbèrent entièrementlé gaz ou acide méphitique(1).
(1)Ce font ces mêmes vapeurs méphitiques qui font
le danger des mines, des puifards, des foiles d'aifance &c. --- Page 87 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 71
Les maladies' cefsèrent, & nous parvinmes ainfi, à peu de frais, à prévenir les
malheurs qui auroient été la fuite de
cette funefte putréfadtion,
Les enfans furent les premicrs atta :
qués, parce que leurs pores font infiniment plus ouverts que ceux des adultes,
par la foupleffe de leurs fibres, & la délicateffe de l'organifation de leurs
poumons, femblables à ces éponges fines
qui abforbent avec promptitude la plus
légère humidité; tandis que la texture
sèche & ferrée des groffes éponges les
empèche de s'en pénétrer.
A mefure que l'on s'éloigne du bord
de la mer, les habitations deviennent
plus falubres; c'cft par cette raifon que
celles du milieu du quartier Morin le
font plus que celles du bas; & que,
pargradation,Ton fe porte encore mieux
dans le haut. Enfin les habitans du quartier de la Grande-Rivière, qui commence où finitcelui-ci,& qui eft prefque
oerfrlamontigne/époieacrerhien.
Eiy --- Page 88 ---
M A L A D I E 3
Ceci eft généralement vrai pour le
quartier Morin, parce que les terres
vont toujours en s'élevant infenliblement depuis le bord de la mer jufqu'à
la montagne, , mais dans ce quartier
comme dans les autres 2 le féjour des
eaux dépend toujours des divers niveaux
des terrains.. Ily a des habitations fituées
dans le milieu de quelques quartiers s
fur lefquelles les eaux féjournent une
partie de l'année, quoique leurs terrains paroiffent inclinés vers la mer :
telles font quelques habitations du milieu des quartiers de Limonade & de
la Petite-Anfe, dont l'infalubrité eft
égale à celles des habitations des bords
de la mer.
Il ne fuffit pas qu'une habitation foit
éloignée des marais, pour convenir au
rétabliffement des convalefcens; il faut
encore, comme je me flatte de l'avoir
démontré, que les:e eaux qu'on y boit
foient de bonne qualité, & que l'expofition de cette habitation foit telle que
Limonade & de
la Petite-Anfe, dont l'infalubrité eft
égale à celles des habitations des bords
de la mer.
Il ne fuffit pas qu'une habitation foit
éloignée des marais, pour convenir au
rétabliffement des convalefcens; il faut
encore, comme je me flatte de l'avoir
démontré, que les:e eaux qu'on y boit
foient de bonne qualité, & que l'expofition de cette habitation foit telle que --- Page 89 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
les brifes de la mer en balayent les
infedtes & les animalcules ; fans ces
avantages, nul rétabliffement, nulle
fanté à efpérer.
Je fais bien qu'un malade, de quelque état & de quelque rang qu'il foit,
fier de la viétoire qu'il vient de remporter fur la maladie & le climat, quoiqu'à peine convalefcent, s'occupe
de ces différences de falubrité ou d'in- peu
falubrité entre les habitations , entre
celles fur-tout d'un même quartier : &
T'habitant Ini-même, qui lui offre généreufement un afile, eft fans doute bien
loin de penfer que les mauvaifes qualités de l'air & des eaux de fon habitation
peurentnon-feulement prolongerlaconvalefcence de l'homme qu'il veut obliger, mais même lui caufer une rechûte.
On croit qu'il fuffit, pour obtenir fon
rétabliffement, de fortir de la ville &
de fe rendre à la campagne ; le plus
fouvent l'Officier va paffer fa convalefcence fur une habitation oû il n'ef --- Page 90 ---
M A L A,D I E S
recommandé que par quelqu'un de fes
amis. Il s'informe moins des qualités
de l'air & des eaux du lieu qu'il va
habiter, que des commodités qu'il y
trouvera : la proximité de la plaine, la
facilité de s'y rendre en chaife, de s'y
vifiter & de fe procurer promptement
les douceurs de la ville; la bonne-chère
qu'on y fait: tels font les motifs qui déterminent la préférence que l'on donne
à la plaine fur les montagnes 2 toujours
plus cloignées, & dans lefquelles on eft
ordinairement obligé de voyager à cheval; tandis que tout, jufqu'à la frugalité, rend cC dernier féjour préférable
pour le convalefcent.
On fait fi peu d'attention au fite de
T'habitation oùr l'on va pour fe rétablir,
que j'ai fouvent vu plufieurs Officiers
convalefcens fur une de ces habitations
du milieu de la Petite-Anfe; quoique
depuis très long-tems les Chirurgiens
qui y ont fait leur réfidence foient
prefque tous morts des fuites des ma-
que tout, jufqu'à la frugalité, rend cC dernier féjour préférable
pour le convalefcent.
On fait fi peu d'attention au fite de
T'habitation oùr l'on va pour fe rétablir,
que j'ai fouvent vu plufieurs Officiers
convalefcens fur une de ces habitations
du milieu de la Petite-Anfe; quoique
depuis très long-tems les Chirurgiens
qui y ont fait leur réfidence foient
prefque tous morts des fuites des ma- --- Page 91 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 75
ladies qu'ils y ont éprouvées; que les
pertes des Nègres y foient très-confidérables, & qu'il ne foit pas rare dans
les mois de juin,juillet & aout, d'y voûr
prefque tous les blancs attaqués à la
fois des maladies dont j'ai détaillé les
caufes; & dont la principale eft la corruption des caux croupiffantes de cette
habitation & de plufieurs autres de fon
voifinage.
A mefure que ce travail avance, on
voit de nouvelles preuves fe réunir en
faveur de l'indifpenfable néceffité d'établir une maifon de fanté au Dondon,
pour les Officiers & les foldats de la
ville du Cap & de fa dépendance.
Cette maifon ferviroit auffi pour les
troupes de la ville du Fort-Dauphin 1.
dont la fituation eflégalement vicieufe,
tant à caufe des marais .. qu'elle a dans
fon voilinage & des mauvaifes qualités
de fes eaux de puits (r), que par, les
(:) Les fubftances contennes dans ces eaux, font les
terres guartzeufe,calcaire, marneufe,argilenfe & maghé- --- Page 92 ---
M A L A D IE $
abus de l'adminiftration de fes hopitaux
par entreprife.
Les mêmes caufes qui font le malheur des troupes du Cap, font également le fléau - de fes garnifons, comme
dans
on le verra plus particulièrement
les détails des vices de fituation de
cette ville, des maladies qui en fontla
fuite néceffaire, s & dans ceux de l'analyfe de fes eaux; détails que la briéveté
de cet ouvrage, comme nous l'avons
déja obfervé, ne nous permet pas de
placer ici.
Les befoins d'une maifon de fanté
dans les montagnes voifines des villes
de Léogane, de Saint-Marc 8 du Port
de Paix, ne . font pas à beaucoup près
auffi preffans, parce que les garnifons
fienne. Les fels neutres qu'elles forment par leurs combinaifons avec les acides minéraux, font principalement; calla félénite, compofée d'acide vitriolique & de terre
caire;le nitre calcaire, d'acide nitreux &x de terre calcaire;
le fel marin calcaire, d'efprit de fel & de terre calcaire;
le fel d'Epfom, d'acide vitriolique & de magnéfie,
, parce que les garnifons
fienne. Les fels neutres qu'elles forment par leurs combinaifons avec les acides minéraux, font principalement; calla félénite, compofée d'acide vitriolique & de terre
caire;le nitre calcaire, d'acide nitreux &x de terre calcaire;
le fel marin calcaire, d'efprit de fel & de terre calcaire;
le fel d'Epfom, d'acide vitriolique & de magnéfie, --- Page 93 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 77
de ces trois établiffemens font très-peu
nombreufes, & qu'un des grands inconvéniens des hopitaux eft d'y raffembler
beaucoup de malades. Il en eft ainfi de
la ville du Port-au-Prince, qui eft heureufement fituée, & dont lhopital eft
bien entendu, bien diftribué. Mais une
maifon de fanté dans la montagne voifine en diminueroitroujours beaucoupla
monalitéiquoiquelle y foit d'une moindre néceffité qu'au Cap, au Fort-Dauphin, aux Cayes Saint- Louis & au
Petit-Goave, dans lefquels cet établif
fement peut feul faire efpérer le retour
de la fanté des convalefcens.
Enfin, quand on confidère les avantages & les reffources d'une maifon de
fanté dans la montagne, le peu de dépenfe qu'entrainerojt la conftruction de
fes bâtimens, & fur-tout combien l'adminiftration en feroit aifée & peu coûteufe,oneftfurpris que cerétabliffement
n'ait pas été fait depuis long-tems.
Il ne faut pour médicamens qu'une --- Page 94 ---
M A L A D I E S
petite pharmacie portative; encore la
maifon de fanté de Thopital du PortLouis de l'ile de France, en 1767, 68 -
& 69, n'en avoit elle point du tout, de
crainte qu'on n'en abusât, & les malades
s'y rétabliffoient promptement. Pour la
conduite, l'ordre & la tenue de l'adminiftration particulière, un feul Chirurgien &. un Économe fidèle fur qui les
chefs puffent compter, feroient fuffifans.
Le jardin feroit cultivé & le fervice de
Thôpital fait par des Nègres en nombre
proportionné à l'étendue de ce jardin,
à la quantité des troupes de la garnifon
& à celle des malades.
Dans le cas oùl l'on transféreroit dans
la montagne les troupes de la garnifon
du Cap, Thopital principal ne pouvant
être placé ailleurs, la maifon de fanté
des convalefcens' n'en feroit alors qu'une
dépendance,
Quant aux détachemens qui feroient
le fervice des villes, à lexemple des
compagnies de cavalerie en France,
ce jardin,
à la quantité des troupes de la garnifon
& à celle des malades.
Dans le cas oùl l'on transféreroit dans
la montagne les troupes de la garnifon
du Cap, Thopital principal ne pouvant
être placé ailleurs, la maifon de fanté
des convalefcens' n'en feroit alors qu'une
dépendance,
Quant aux détachemens qui feroient
le fervice des villes, à lexemple des
compagnies de cavalerie en France, --- Page 95 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 79
un des aides de l'Oilicier de fanté du
régiment leur fuffiroit.
Huit, dix ou douze Sceurs-grifes feroient de la plus grande utilité. Nous
le répétons, plus on compliquera l'adminiftration des hôpitaux, & plus on
perdra de malades. La multiplicité de
Dire@teurs, d'Infpe@teurs, &c. ne fauroient tenir lieu de bonne eau & d'un
air falubre; ces employés coûtent d'ail-'
leurs beaucoup, & entrainent les plus
grands inconvéniens dans les Colonies.
Je ne reviens pas d'étonnement lorfqueje vois des hommes en place préférer
Fadminifiration par entreprife, à l'adminiftration économique (1). Dans les
temps malheureux d'épidémics, où trop
(1) Nous ne pouvons mieux faire fentir les vices de
T'entreprife, qu'en la comparant à un marché conclu à
Touloufe avec un homme, qui, moyennant le
des élagages des arbres des promenades publiques,s'eft produit
chargé de veiller à leur entretien & à leur confervation;
qu'arrive-t-il? Cet homme exécute fi bien fon marché,
qu'en coupant prefque toutes les branches,il prive aufli
Je public de toute efpèce d'ombrage. : il eft même arrivé --- Page 96 ---
M A L A D I E S
fouvent la difette & la cherté des objets
de première néceffité forcent à une
augmentation de dépenfe, qui mieux
le Roi peut en fupporter les frais?
que
Ne donne-t-on pas toujours en pareil
cas des indemnités à TEntrepreneur?Er
dans les cas ordinaires où il y a beaucoup à bénéficier fur le prix fixé pour
chaquejournée dhopital,quipeumieus
les Commiffaires de la marine ou
que
Officiers d'adminiftration, faire
autres
bénéfice dans la caiffe de
rentrer ce
fi
S. M.; toutefois avec une économie
fage, fi prudente & fi jufte, qu'elle ne
puiffe nuire à Phumanité fouffrante?
D'ailleurs, MM. les Admtiniftrateurs
généraux ne font-ils pas toujours les
maîtres de charger de ce foin important & délicat, les hommes qui auront
mérité leur conflance ? Il feroit trop
affligeant de penfer qu'ils ne trouvent
entreprife a fait périr en peu de
au Cap qu'une allée pareille d'arbres qui étoit de la plus grande
temps une
y.
utilité,
perfonne
ire à Phumanité fouffrante?
D'ailleurs, MM. les Admtiniftrateurs
généraux ne font-ils pas toujours les
maîtres de charger de ce foin important & délicat, les hommes qui auront
mérité leur conflance ? Il feroit trop
affligeant de penfer qu'ils ne trouvent
entreprife a fait périr en peu de
au Cap qu'une allée pareille d'arbres qui étoit de la plus grande
temps une
y.
utilité,
perfonne --- Page 97 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 8r
perfonne qui en foit digne & l'adminiftration par entreprife ne les force-telle pas de s'en rapporter fur beaucoup
d'objets aux Entrepreneurs? Qu'ils en
faffent des Économes pour le Roi,
méme des Adminiftrateurs; qu'ils proportionnent les récompenfes & les dignités, à l'étendue des fervices qu'ils.
auront rendus, 2 & à la grandeur des'
facrifices qu'ils auront faits; que malgré
la confiance qu'ils leur accordent, ils
les furveillent encore; qu'ils établifient
fur-tout un tel ordre, que la fraude
& la rapine en foient épouvantées, &
qu'il foit impofible à tout employé de
s'y livrer fans être reconnu pour un
malhonnète homme.
En vain m'oppofera-t-on un ou deux'
exemples d'hôpitaux bien dirigés, bien
conduits, & cependant livrés à l'entreprife. Ces exemples font trop rares &
ne peuvent empècher qu'on ne confidère cette manière de les régir comme
deftruéive & meartriére; & d'après le
F --- Page 98 ---
M A L A D I E S
fentiment d'un homme d'un grand mél
rite (1), affurons que la régie des
économie, furveillée par
hopitaux par
fermes 8c
des Adminiftrateurs généraux
éclairés, eft la feule admiffible dans les
Colonies, ou trop fouvent la cupidité
fe
de toutes lcs vertus qu'elle ne
pare
ceffe d'opprimer.
Nous n'avons pu jufqu'ici nous OC- -
effentjellement des caufes de la
cuper
fans
dépopulation de nos Colonies,
parler des vices de fituation de leurs villes
des différentes qualités de
ou bourgs,
les
lair qu'on y refpire & des eaux qui
arrofent ou les abreuvent; ceft-ce que
fait dans
nous avons particulièrement
recherches fur les caufes de la mornos
talité des troupes de l'ile Saint-Domin-
& nous ofons nous flatter que nos
gue, obfervations fur la fituation des hopiétabliffemens; fur les
taux & des autres
(1)M. Dumas, ancien Gouverneur Général des iles
de France & de Bourbon.
lair qu'on y refpire & des eaux qui
arrofent ou les abreuvent; ceft-ce que
fait dans
nous avons particulièrement
recherches fur les caufes de la mornos
talité des troupes de l'ile Saint-Domin-
& nous ofons nous flatter que nos
gue, obfervations fur la fituation des hopiétabliffemens; fur les
taux & des autres
(1)M. Dumas, ancien Gouverneur Général des iles
de France & de Bourbon. --- Page 99 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
plaines & les montagnes qui les avoifinent, enfin fur le parti que l'on peut en
tirer pour conferver la fanté & prévenir
les maladies, mériteront lapprobation
des gens de l'art.
Indépendamment de ces moyens de
confervation, la Colonie de Saint-Domingue renferme encore dans fon fein
différentes eaux
minérales, 2 qui font à
autant de préfens de la nature pour la
guérifon des maladies qui réfiftent aux
traitemens ordinaires; telles que les obf
tructions, les fquirrhes, les dartrés &
autres que l'on éprouve trop fouvent
après un long ufage de mauvaifes eaux,
& principalement de celles qui font faua
mâtres, chargées de fel marin calcaire.
D'après le plan que nous nous fommes
propofé dans cet ouvrage
nous
préliminaire,
allons faire connoître les eaux
minérales de Saint-Domingue & particulièrement celles de Boynes, dont les
vertus & les propriétés ont opéré les
plus grandes curès 2 pour déterminer
Fij --- Page 100 ---
M A L A D I a E S
enfuite l'application de ces différentes
dans le traitement qui convient à -
eaux
chaque'efpèce de maladies.
EAUX MINÉRALES.
L'utilité reconnue des eaux minérales pour le traitement des maladies
chroniques, plus dangereufes & plus
opiniâtres encore dans les pays chauds
dans les autres climats, a déterque miné le Miniftre à recommander aux
Médecins du Roi dans les Colonies-,
effentiellement de ces dif
de s'occuper
8c
férentes eaux ; d'en faire Tanalyfe
leurs réfultats d'obfervations
d'appuyer
déterminer plus pofitiveprécifes pour
ment éncore la confiance qu'elles peumériter, & éviter aux fujets du Roi
vent
fouvent Jongs,
des retours en Europe
quelquefois inutiles, & toufatigans,
très-coiteux pour le Gouvernejours
ment.
les enToute eau qui en traverfant
trailles de la terre en a pris différentes --- Page 101 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 85
fubftances étrangères à fa nature & les
tient en diffolution, eft appelée 1 eau
minérale.
II n'y a point d'eau minérale qui ne
contienne quelques fubftances terreufes,très-élaborées, diffoutes à la faveur
ou d'un gaz, ou d'un acide ou même
d'un alkali.
La terre quartzeufe pure, confidérée
comme élémentaire oul principe atténué
par l'action des éiémens, devient terre
calcaire.
Celle-ci atténuée davantage & mife
dans un commencement d'état falin 2
par l'incorporation d'une petite quantité
d'acide vitriolique, devient marne, participant de la craie & de l'argile.
La terre argileufe a encore un degré
d'atténuation fupérieur à celui de la
marne, & contient un peu plus d'acide
vitriolique.
La térre magnéfienne eft d'un genre
particulier,qui pourtant fe rapporte plutôt à celui de la marne qu'à tout autre:
Fiij
commencement d'état falin 2
par l'incorporation d'une petite quantité
d'acide vitriolique, devient marne, participant de la craie & de l'argile.
La terre argileufe a encore un degré
d'atténuation fupérieur à celui de la
marne, & contient un peu plus d'acide
vitriolique.
La térre magnéfienne eft d'un genre
particulier,qui pourtant fe rapporte plutôt à celui de la marne qu'à tout autre:
Fiij --- Page 102 ---
M A L ADIES S
Ces fubftances dont l'eau fe charge
s'y trouvent fi parfaitement combinées,
que la plupart des eaux minérales font
inimitables; l'art mêle bien des fubftances femblables à celles que l'on obtient
par lanalyfe, mais on ignore les proportions que la nature obferve dans
le mélange de ces combinaifons : ; &
c'eft auffi pourquoi leurs vertus & leurs
propriétés ne peuvent être plus particulièrement déterminées que par l'obfervation & l'expérience, d'après leur
fuccès dans le traitement des maladies.
Les eaux minérales, fi diverfifiées en
Europe & même dans les quatre parties
du monde, le font également à l'ile
Saint-Domingue.
Celles dela partie Françoife, connues
jufques à préfent; font;
Celles de Boynes, au quartier du
Port-à-Piment;
Des fources chaudes, au quartier de
Jérémie;
Du quartier des Irois ; --- Page 103 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 87
Du Cap Tiberon ou Tiburon;
- Celles enfin des fources puantes, au
quartier des Arcahayes : toutes propres
à guérir les mêmes maladies, 2- principalement celles de la peau , quoique
ces eaux aient des différences dans leurs
principes.
De toutes ces eaux il n'y a que celles
de Boynes pour lefquelles on ait formé
un établiffement propre à recevoir les
malades. Quant aux autres, les perfonnes à qui elles conviennent, font
obligées d'y camper en quelque forte,
& dy faire porter tout ce qui leur eft
néceffaire pour les befoins de la vie :
auffi font-elles rarement employées &
leurs propriétés peu connues du public.
Il n'en eft pas de même des eaux
de Boynes; le grand nombre de cures
opérées dans des affections différentes,
ne laiffe aujourd'hui aucun doute fur
leurs qualités éminentes, & leur efficacité dans le plus grand nombre des
maladies chroniques. C'eft fans doute
Fiy --- Page 104 ---
M A L A DI E $
ce qui détermina MM. les Adminiftrateurs généraux à y former un établiffement pour traiter les Officiers, les
foldats & autres fujets du Roi. Quelques
habitans des parties les plus éloignées
de cet établiffement y ont même fait
bâtir des maifons pour y prendre les
eaux plus commodément.
Ce concours de circonflances en
faveur des eaux de Boynes exige dans
cet abrégé des détails particuliers, nonfeulement fur la nature de ces eaux &
fur leur établiffement; mais encore fur
l
le fite de ce quartier, & les moyens
de le rendre fufceptible de fournir aux
malades les objets de première néceffité, que l'entrepreneur tire de.troploin.
Depuis Tétabliffement de ces eaux &
leur analyfe faite en 1772, par MM.
Polony & Chatard, les cures qu'elles
opéroient chaque jour n'ont point empéché les Officiers de fanté des villes
principales de Saint-Domingue, d'élever
mais encore fur
l
le fite de ce quartier, & les moyens
de le rendre fufceptible de fournir aux
malades les objets de première néceffité, que l'entrepreneur tire de.troploin.
Depuis Tétabliffement de ces eaux &
leur analyfe faite en 1772, par MM.
Polony & Chatard, les cures qu'elles
opéroient chaque jour n'ont point empéché les Officiers de fanté des villes
principales de Saint-Domingue, d'élever --- Page 105 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
89.
des doutes fur leurs qualités & leurs
propriétés, au point que quelques-uns
répugnoient à lcs confeiller aux Officiers & aux foldats attaqués d'obftructions, de cachexie, & fur-t tout des
maladies de la peau. ; pour le traitement
defquelles cet établiffement a été fpécialement formé.
Cette indécifion mettoit ces malades
dans le cas de paffer en France pour
obtenir leur guérifon; ce parti toujours
ruineux pour la caiffe du Roi, devenoit
en temps de guerre deftrugif du bien
de fon fervice; ce fut fans-doute cette
confidération qui engagea M. le Gouverneur général à me charger de faire
une feconde analyfe de ces eaux, projetée depuis long-temps par les deux
derniers Généraux morts dans cette
Colonie; d'examiner les qualités de l'air
de ce quartier, de fes productions &
fur-tout la fituation de Thôpital; ce
que j'aie exécuté, non-feulement pour
Tanalyfe des eaux de Boynes, mais --- Page 106 ---
M A L" A DIE S
encore pour toutes celles de la Colonie.
En conféquence, au commencement
de 1783,je partis du Cap pour le Port
de Paix; je traverfai plaines & montavérifiant les qualités des eaux
gnes,
confidans tous les endroits un peu
dérables. J'analyfai fur-tout celles qui
étoient foupçonnées de mavaifes qualités ; ce voyage a été long & trèspénibie, parce que la connoiflance des
inhabitées étoit auffi diffimontagnes
cile qu'importante, 2 & parce que ma
miffion embraffant tout ce qui intéreffe
la fanté, je devois aul moins m'arrêter
dans ces différens endroits le temps
néceffaire pour les bien connoître.
Boynes eft diftant de 15 lieues du
Port de Paix. En fortant de cette ville
& côtoyant les mornes qu'on laiffe à
gauche & la mer fur la droite 2 on
deux fucreries,
ne rencontre plus que
indigoteries de loin en loin &
quelques hattes malheureufes, fur lefquelques
la fanté, je devois aul moins m'arrêter
dans ces différens endroits le temps
néceffaire pour les bien connoître.
Boynes eft diftant de 15 lieues du
Port de Paix. En fortant de cette ville
& côtoyant les mornes qu'on laiffe à
gauche & la mer fur la droite 2 on
deux fucreries,
ne rencontre plus que
indigoteries de loin en loin &
quelques hattes malheureufes, fur lefquelques --- Page 107 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
quelles font des cfpèces d'ajoupas ou
cabannes, fervant d'abri à un ou plufieurs Nègres, gardcurs d'animaux. La
terre commence ici à perdre de fes
qualités produdtives, & ce quartier eft
prefque entièrement privé d'eau.
Mais, à mefure que l'on avance vers
Boynes, 2 le pays devient de plus en
plus hideux; on n'y voyage qu'avec des
guides & par des fentiers très-étroits 9
entre la montagne de la Barre & celle
du Mouftique.
A environ huit lieues du Port de
Paix & à fept de Boynes, far l'habitation de M. Hatrel 2 1e eft une fontaine
connue fous le nom de Petite-Anne,
dont l'ean eft chaude avant le foleil
levé,& perd peu à peu fa chaleur à
mefure que cet aftre s'élève, au point
qu'à midi, elle fe trouve très-fraiche.
Par l'analyfe, l'eau de cette fontaine,
a été trouvée excellente, & l'ufage la
confirme telle : M. Hatrel, fa famille
& fes Nègres n'en boivent point d'au- --- Page 108 ---
M A L A D I E S
tre, & jouiffent tous d'une bonne fanté.
On continue la route de Boynes en
laiflant le Port de Paix au nord, la
montagne de la Barre à Toueft & celle
du Mouftique à T'eft; on joint la hatte
Barguet : enfin, à environ trois lieues
de lhabitation' Hatrel a 2 on arrive au
fuperbe chemin qui conduit à Boynes,
M. Brabant,
pratiqué, en 1782, par
commandant au quartier du Port-àPiment. C'eft à cet Officier que l'on
doit tout ce qui exifte d'utile dans ces
déferts affreux, oi, faute de chemins,
les voyageurs & les malheureux naufragés n'ont que trop fouvent trouvé la
en 1764, lors de
mort, principalement,
Tétabliffement des Allemands au môle;
la misère & lefpoir d'un meilleur fort
les faifoient déferter & fe répandre au
hafard dans toutes les parties inhabitées de cette dépendance (1). Aujour-
(1) En 1766, une mère malheureufe, mourant de
befoin, abandonna au milieu de ces déferts, fa fille agée
de 6à 7 ans. Un Nègre, gardeur d'animaux, rencontre
lors de
mort, principalement,
Tétabliffement des Allemands au môle;
la misère & lefpoir d'un meilleur fort
les faifoient déferter & fe répandre au
hafard dans toutes les parties inhabitées de cette dépendance (1). Aujour-
(1) En 1766, une mère malheureufe, mourant de
befoin, abandonna au milieu de ces déferts, fa fille agée
de 6à 7 ans. Un Nègre, gardeur d'animaux, rencontre --- Page 109 ---
DES.CLIMATS CHAUDS. 93
d'hui, par le zèle & la prévoyance de
M. Brabant, en deux heures, à cheval,
& en trois à pied, on parcourt sûrement
& tranquillement ce que l'on ne pouvoit faire qu'avec danger en une ou
plufieurs journées, à moins d'avoir, un
guide.
A mefure que l'on avance dans les
bas de ce quartier vers l'établiffement
des eaux de Boynes, la dégradation de
la terre & de fes produétions fe manifefte de plus en plus; mais toujours infenfiblement. Ces déferts ne produifent
plus que le carata (2), la raquette (3),
la patte de tortue (4), le téte-anglois (5),
cette infortunée fans connoiffance, prête à expirer; ;1 T'humanité parle au coeur de Fefciave, il lui fouffe de l'air
dans les poumons;1 l'enfant fait des mouvemens & revient
àla vie; M. Venot maitre de l'efclave adopte cette enfant
l'élève & conferve une citoyenne à la patrie,
(2) Bromelia caratas Linnaei,
(3) Caclus opuntia Linnai.
(4) Efpèce de raquette, mais plus grande,
(s) Petite efpèce de raquette, --- Page 110 ---
M A L A D I E S
quelques arbres de vrai gayac (1),de
bois appelé gras-galle, de gayac bâtard
dont la graine fait périr les cabrits, &
quelques autres arbuftes ; mais, une
lieue avant d'arriver à Boynes, ces dernières produéions deviennent rares; on
ne rencontre que les premières, encore
font-elles de la plus petite efpèce &
y
abfolument dégénérées.
Toutes ces contrées font privées
d'eau; ; on n'en trouve qu'au pied des
montagnes; les animaux font quelquefois
s'abreuver, dans les années de
féchereffe, pour jufques à 5 & 6 lieues, & il
n'eft pas rare de les voir tomber morts,
excès de laffitude & par la trop
par
avidité avec laquelle il s'effo:-
grande
leur foif.
cent vainement d'appaifer
Dans ces temps où la nature femble
prète à s'embrafer, les animaux errans
dans ces déferts s'y nourriffent de carata, de patte de tortue & autres plantes
(1) Gayacum officinale Linnai,
à 5 & 6 lieues, & il
n'eft pas rare de les voir tomber morts,
excès de laffitude & par la trop
par
avidité avec laquelle il s'effo:-
grande
leur foif.
cent vainement d'appaifer
Dans ces temps où la nature femble
prète à s'embrafer, les animaux errans
dans ces déferts s'y nourriffent de carata, de patte de tortue & autres plantes
(1) Gayacum officinale Linnai, --- Page 111 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 95
femblables, quoiqu'elles aient des piquans fort longs & très-confifians. Tout,
en un mot, dans la partie baffe de ce
quartier porte l'empreinte du malheur
& de la défolation.
Mais, en fortant de ce défert affreux,
T'afpedt de la plus riante verdure, offert
par les environs des différentes fources
de Boynes, vient frapper agréablement
l'oeil du voyageur, étonné de voir ainfi
dans la nature les deux extrêmes fe
toucher de fi près. Cet établiffement
eft fitué fur le penchant d'une colline,
à deux lieues de la mer, au fud des
montagnes du Mouftique & au nord
de celle de terre-neuve. On ne rencontre, en approchant de Boynes, que
des hattes dont les animaux font dans
le meilleur état (1); le ciel y eft pref
que toujours ferein, & l'air pur, quoi-
(:) Ils viennent de très-loin boire de ces eaux,quoique leur chaleur foit en tout tems de 38, 40,41,42
& même de 43 degrés, --- Page 112 ---
M.A L A D I E S
très-chaud (1); il n'y a point de
que rofée, 8x cependant les nuits y font
quelquefois un peu fraiches & les brifes
règlées.
En arrivant à Boynes on trouve feptà
huit maifons appartenantes à divers particuliers, & on parvient enfn à Lentoude Tétabliffement des eaux par une
rage
belle avenue plantée d'arbres toujours
verds,
de figuiers du.
2 principalement
pays & de quelques chênes & ormeaux;
cette avenue elt coupée par plufieurs
autresallées de traverfe, plantées de bois
laiteux (2), & taillées en efpalier ; cet
arbriffeau eft prefque roujours fleuri, &
fon odeur approche beaucoup de celle
du jafmin. Ily a auffi un bouquet des
mêmes bois qui ne laiffe pas d'orner
cet enfemble.
(1)) Le premier de mars 1783 , le thermomètre étoit de
21 à 28 degrés, & perfonne de létabliflement ne fe plaignoit del la chaleur, bien plus confidérable fans doute en
juin, juillet & août.
(2) Tabernae montana citrifolia Linnei,
Deux
&
fon odeur approche beaucoup de celle
du jafmin. Ily a auffi un bouquet des
mêmes bois qui ne laiffe pas d'orner
cet enfemble.
(1)) Le premier de mars 1783 , le thermomètre étoit de
21 à 28 degrés, & perfonne de létabliflement ne fe plaignoit del la chaleur, bien plus confidérable fans doute en
juin, juillet & août.
(2) Tabernae montana citrifolia Linnei,
Deux --- Page 113 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
- Deux fontaines jailliffantes décorent
une cour fpacieufe, autour de laquelle
font quinze bâtimens fervant d'hôpital,
de magafins, de logement pour la garde,
& le refte pour les Officiers de fanté &
autres perfonnes employées au fervice
des malades : favoir, les falles de bains,
de douches, baignoires, &c. le tout bâti
en bois.
Dans l'enceinte fe trouvent les fources, d'eau de Valière, de la Ferronnois,
de Montarcher, de Vaivre, de Rameru,
Dangeville & des Dames, toutes entourées & couvertes en maçonnerie; 5 les
fources de Vaivre & Danéteville n'ont
étédécouvertes que depuis peu d'années.
Aidé par M. Dubri, Chirurgien Major
de Boynes, 2 & par les employés de cet
établiffement, accompagnés de plufieurs
notables qui ont figné avec nous les
procès - verbaux d'analyfes; j'ai plongé
deux thermomètres de Réaumar dans
chacune de ces fourées; ils ont monté
dans celle de la Ferronnois à 40 degrés;
G --- Page 114 ---
M A L A D 0e I E S
de Rameru
dans celle de Montarcher,
& de Valière à 43 degrés ; dans celle
de Vaivre à 445 dans ceile des Dames
dans celle du
à 38 degrés :; enfin,
baflin des boues, 7 3 près de la fource
Dangeville, à 40 degréss.
Les détails analytiqués feroient trop
longs à rapporter ici; les réfultats fuffd'autant mieux que nous avons
ront, féparément fur les eaux de chaopéré
fourcès; ellés
cune de ces différentes
toutes, les mêmes principes, puif
ont,
avons obtenu les mêmes proque nous différence de leur chaleur vient
duits;la
des.
de leur plus ou moins d'éloignement
feux fouterrains, 8 d'après nos expériences tant fur les eaux 8 leur réfidu,
fur la terre prife à leur fource, elles
que
de la terre
contiennent principalement calcaire & du fouargilenfe, de la terre
combiné avec de T'alkali minéral.
fre( (1),
n'érant jamais diffous dans les eaux miné.
()Lefoufre la faveur d'une fubftance alkaline ou calcaire,
rales,qu'àl
celle d'un foie de foufre: .
leur odeur éft toujours
ériences tant fur les eaux 8 leur réfidu,
fur la terre prife à leur fource, elles
que
de la terre
contiennent principalement calcaire & du fouargilenfe, de la terre
combiné avec de T'alkali minéral.
fre( (1),
n'érant jamais diffous dans les eaux miné.
()Lefoufre la faveur d'une fubftance alkaline ou calcaire,
rales,qu'àl
celle d'un foie de foufre: .
leur odeur éft toujours --- Page 115 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
Les émanations qui is'en font élevées
pendant nos opérations ont toujours
été fulphureufes, & ces eaux : ont en
effet tous les caraétères de celles
contiennent du foufre; leur précipité qui
fait effervefcence avec les acides, il a
l'odeur d'ceufcouvé, & elles font graffes
au toucher.
L'acide vitriolique, verfé fur la terre
prife al la fource de chacune de ces
eaux, fait avec toutes la même effervefcence, & chauffe le verre au point
qu'il eft difficile de le tenir dans la
main, preuve certaine qu'elles contiennent une trés-grande quantité de terre
calcaire.
Le précipité de ces eaux mis fur des
charbons ardens' a répandu une odeur
de foufre, qui a obligé plufieurs d'entre
nous de rentrer dans l'appartement.
Le cours de ces eaux eft du nord au
fud. Sortant de leurs fources, leur chaleur fe conferve plus long-temps
celle de l'eau ordinaire chauffée que
au
Gij --- Page 116 ---
M A L A DIES S
IOO
étant
même degré; enfin ces fources
éloignées les unes des autres, nous
peu
avoir la même origine.
ont L'ofeille, paru
ainfi que toute autre planté
conferve fa
verte, mife dans' ces eaux,
couleur & fa fraicheur, tandis qu'elle
fe Alétrit à l'inftant dans l'eai commune
d'un même degré de chaleur. Peut-être
le foufre contenu dans ces eaux 2
que
de ces plantes &
enduit la fuperficie
Yont
retarde Fation du feu, comme
obfervé MM. Poloni & Chatard.
de
Il s'élève de toutes les fources
fur-tout le matin, des vapeurs
ces eaux,
en raifon de
plus ou moins épailles,
lola fraicheur de Tair, qui frappent Un
odeur de foufre.
dorat d'une légère de l'autre de ces
verre de lune Où
à leurs fources, a également
eaux pris
odeur fulphureufe.
une légère
ces eaux fe reMais à mefure que
fadeur,
froidiffent, elles perdent leur
& leur odeur fe diffipe, fur-tout quand
à l'air libre ; au
elles font expofées.
ifon de
plus ou moins épailles,
lola fraicheur de Tair, qui frappent Un
odeur de foufre.
dorat d'une légère de l'autre de ces
verre de lune Où
à leurs fources, a également
eaux pris
odeur fulphureufe.
une légère
ces eaux fe reMais à mefure que
fadeur,
froidiffent, elles perdent leur
& leur odeur fe diffipe, fur-tout quand
à l'air libre ; au
elles font expofées. --- Page 117 ---
DES CLIMATS CHAUDS. IOI
point - qu'elle eft infenfible 15 ou 18.
heures après : pendant leur refroidiffement. on apperçoit à leur fuperficie
une pellicule très-fine dont les couleurs
font variées comme celles de l'arc-enciel; d'ailleurs ces eaux font claires, 2
limpides & tranfparentes comme l'eau
de fontaine la plus pure.
Enfin, entièrement refroidies, 2 ces
eaux n'ont aucune odeur & font d'un
goût excellent; mifes fur le feu, elles
font plus de temps à entrer en ébullition que l'eau ordinaire ; le lait mélé
avec elles, eft auffi plus de temps fans
fe coaguler, 2 preuve qu'elles n'ont aucun
acide développé, & elles font en effet
plutôt alkalines qu'acidules.
On les prendroit au toucher pour
des eaux dans lefquelles on a délayé
du favon, tant elles font onaueufes;
l'cau ordinaire paroit rude comparativement à elles : verfécs dans les yeux
ou fur des plaies récentes, elles n'excitent aucune cuiffon.
Giij --- Page 118 ---
IO2
M A L A D I E S
Dans toutes les faifons de l'année
ces eaux confervent le même degré de
chaleur & le même volume 2 ce qui
prouve que leurs fources font très-profondes.
Sans entrer dans les détails relatifs
à la nature des différentes couches de
& fans m'éterre qu'elles traverfent,
carter des bornes de cet ouvrage, je
me permettrai d'obferver que la. partie
onêueufe de ces eaux eft très-rapprochée, & le dépôt qu'elles forment continuellement dans leurs canaux, fi gras,
qu'on le prendroit pour de la glaife.
Ce dépôt mis fur les charbons ou
calciné dans un creufet, répand une
odeur fulphureufe très - forte, & fon
réfidu eft une terre calcaire très-atténuée.
Ainfi par les intermèdes chimiques,
Tévaporation, la diftillation, tous les
réfultats démontrent que ces eaux font
fulphureufes, & contiennent; 2 comme
nous l'avons obfervé, beaucoup de terre --- Page 119 ---
DES CLIMATS CHAUDS. IO3
calcaire, combinée avec la terre argileufe & de l'alkali minéral.
Mais les proportions que la nature
obferve entre les différens principes de
minéralité de ces eaux & la jufte combinaifon qu'elle en fait, échappent aux
analyfes les plus exaûtes : c'eft pourquoi, après avoir reconnu par cette
voie les principes dont -une eau minérale eft compofée, il faut encore, par
des épreuves fagêment conduites, rechercher dans quels cas elle peut être
utile ou nuifible.
En effet, le moyen le plus sûr, celui
auquel on ne peut rien oppofer, eft
l'expérience ; pendant mon féjour à
Boynes & pendant tout le temps que
jai refté dans la Colonie, je me fuis
appliqué à connoître file grand nombre
de cures que ces eaux ont opérées a
fait exagérer leurs vertus & leurs propriétés, & fi les reproches qu'on leur
faifoit avoient quelque fondement : d'après des recherches & des examens
Giv
En effet, le moyen le plus sûr, celui
auquel on ne peut rien oppofer, eft
l'expérience ; pendant mon féjour à
Boynes & pendant tout le temps que
jai refté dans la Colonie, je me fuis
appliqué à connoître file grand nombre
de cures que ces eaux ont opérées a
fait exagérer leurs vertus & leurs propriétés, & fi les reproches qu'on leur
faifoit avoient quelque fondement : d'après des recherches & des examens
Giv --- Page 120 ---
M A L A DI E S
particuliers, il a été démontré qu'il n'y
a point de meilleur remède pour guérir
toutes les maladies de la peau, excepté
dans les cas de complication des vices
vénérien, fcorbutique, ou autres, , qui
ont befoin d'être traités en même temps
avec leurs antidotes; ; les gens de l'art
quiont fuivi leurs malades aux eaux de
Boynes, m'ont affuré, ainfi qué TOfficier de fanté qui y eft établi, que,
étoient
dans ces cas mémes,lesguérifons
promptes, & que les difficultés qu'ils
avoient éprouvées, venoient toujours
des irrégularités des malades, foit dans
le régime, foit dans leur conduite:
Ces eaux font principalement apéritives, diurétiques, & diaphorétiques,
conviennent dans tous les cas d'engorgeinens. & d'obfitructions, où la fibre a
perdu de fon ton & de fon reffort..
Ainfi les malades attaqués de cachexie, d'hydropifie, d'engorgemens
dans les vifcères, 2 fuite des maladies
aigues, R doivent aller prendre les eaux --- Page 121 ---
DES CLIMATS CHAUDS. IO5
de Boynes; elles font emménagogues
dans le chlorofis chez les femmes; opèrent la réfolution des tumeurs, 2 amolliffent les anciennes cicatrices, & rendent aux membres leur foupleffe dans 4
les affections rhumatifmales.
Les bornes de cet ouvrage préliminaire ne me permettent pas derapporter
ici les détails de la paralyfie de M. de
Verneuil, Commandant d'artillerie au
Port de Paix, furvenue, en 1779, à la
fuite d'une tranfpiration
répercutée 2
principalement fur la fibre motrice, qui
lui avoit ôté l'ufage de tous fes membres : maladie de laquelle il fut guéri,
en deux mois & demi, par Tufage des
eaux de Boynes en douches, en bains
& en boiffons.
Dans le traitement de chaque maladie
je donnerai la manière d'adminiftrer ces
eaux tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
Je parlerai également des cas où il faut
les couper avec le lait ou autres alimens
médicamenteux, ou même en fufpendee
avoit ôté l'ufage de tous fes membres : maladie de laquelle il fut guéri,
en deux mois & demi, par Tufage des
eaux de Boynes en douches, en bains
& en boiffons.
Dans le traitement de chaque maladie
je donnerai la manière d'adminiftrer ces
eaux tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
Je parlerai également des cas où il faut
les couper avec le lait ou autres alimens
médicamenteux, ou même en fufpendee --- Page 122 ---
M A L A D I E S
l'ufage chez des fujets d'un tempérament
irritable, dont la fibre eft trop tendue
& trop roide.
Il eft des malades qui ont befoin de
boire ces eaux auffi chaudes qu'ils peuvent les fupporter; chez d'autres elles
doivent être prifes plus ou moins tièdes
& même froides, felon le tempérament
& la maladie.
Il en eft ainfi des bains & des douches ; on trouve peu de malades qui
puiffent refter plus de fix ou huit minutes dans la fource même, aufli ne
les confeille-t-on que dans les cas
de relâchemens exceffifs ; &, pour
le bain de la cuve, quoique Peau foit
tirée de la veille, elle conferve encore
de 36 à 38 & 39 degrés de chaleur: ce'
qui fait que beaucoup de malades ne I
peuvent y refter que dix ou douze minutes.
Au fortir du bain, on prend pour le
malade les précautions par-tout ufitées,
avec l'attention de le retenir encore au --- Page 123 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 107
lit pendant une bonne demi-heure après
la tranfpiration ceffée.
Dans les maladies chroniques, les
malades ont befoin d'un choix d'alimens
analogues à leur fituation, & d'un exercice proportionné à leurs forces, pour.
faciliter la circulation, aider l'efficacité
des remèdes & fur-tout des eaux minérales.
Le quartier du Port-à-Piment, a, par
fes finuofités, environ 17 lieues de côtes
& fept de largeur : pour me rendre aux
eaux de Boynes,Jai traverfé les déferts
de ce quartier qui ne font fufceptibles
d'aucune efpèce de culture; je vais en
achever la defeription, parce que la
variété de fon fol & Tinégalité de fes
pofitions, offrent uneinfinité dereffources aux malades & des points de vue
différens qui ont auffi leur utilité.
La majeure partie du Port-à-Piment
n'eft propre qu'à faire des hattes (1);
(1) Surlefquelles il yavoit déja,en 1783,2000 bêtes
4 cornes, 1200 cavalines & 2500 cabris.
je vais en
achever la defeription, parce que la
variété de fon fol & Tinégalité de fes
pofitions, offrent uneinfinité dereffources aux malades & des points de vue
différens qui ont auffi leur utilité.
La majeure partie du Port-à-Piment
n'eft propre qu'à faire des hattes (1);
(1) Surlefquelles il yavoit déja,en 1783,2000 bêtes
4 cornes, 1200 cavalines & 2500 cabris. --- Page 124 ---
M A L A DI I E S
mais Tétabliffement de Boynes eft peu
diftant de la montagne deTerre-Neuve,
de celle du Mouftique & de plufieurs
mornets plus voifins encore, dont la
pente & les vallées font fufceptibles de.
toutcs cultures ; le revers de la trèshaute montagne du Mouftique, ainfi
que les terres du bras d'Adroit, celles
de Terre-Neuve & de la plaine du
Parc, dépendans de ce quartier, ont
tous aez d'eau pour les befoins de la
vie, même dans les grandes fécherefles.
Il y a déja 12 indigoteries & 12 cafeteries toutes établies.
Il faut conîdérer que ce quartier
habitans,
n'avoit, en 1768, que fept
40 en 1774, & qu'aujourd'hui on peut
mettre près de 200 hommes fous les
armes; mais il n'a que 622 Nègres. Les
bords de la mer y font très-poifionneux, il y a huit pêcheurs établis 2
dont trois ont de très-belles falincs,
fufceptibles d'une grande augmentation;
le gibier, la volaille & tous les animaux
e --- Page 125 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 109
qu'on y élève y font d'un goit excellent.
A Boynes on n'eft point incommodé
par cette foule d'infeôtes qui dévorent
dans prefque toutes les autres partics
de la Colonie; & il ne faut que des
encouragemens. & une bonne adminiftration pour cultiver dans les vallées
voifines de cet établiffement, les légumes; les fruits & les plantes médicinales, indifpenfables pour la guérifon
des malades, afin d'éviter les retours
multipliés des fujets du Roi en Europe.
On ne peut cfpérer aucun de ces
avantages tant que l'hofpice de Boynes
ne fera pas adminiftré par économie :
les reproches qui ont été faits' à fes J
eaux ne doivent être imputés qu'à l'entreprife; c'eft elle qui détruit & renverfe peu à peu un établiffement aufi
précieux ; les fubftances de première
néceffité y manquent fouvent, & celles
que l'on fournit aux foldats font de
qualités inférieures. Le pain y eft le
avantages tant que l'hofpice de Boynes
ne fera pas adminiftré par économie :
les reproches qui ont été faits' à fes J
eaux ne doivent être imputés qu'à l'entreprife; c'eft elle qui détruit & renverfe peu à peu un établiffement aufi
précieux ; les fubftances de première
néceffité y manquent fouvent, & celles
que l'on fournit aux foldats font de
qualités inférieures. Le pain y eft le --- Page 126 ---
IIO
M A L A DIE S.
plus Ordinairement fait avec de vieilles
farines, dont Tufage continué pendant
un certain temps conduit toujours au
fcorbut.
Point de creffon aux environs des
fources de ces eaux, où il viendroit
fi facilement; point de raves, aucune
efpèce de légumes dans les vallées :
on envoye chercher fur la ti.e des
Nègres, à de très-grandes diftances, le
peu que l'on en fournit aux foldats,
ce qui fait que loin d'en avoir affez,
ils en manquent le plus fouvent; on a
feulement Pair de leur en fournir, tandis, je le répète, que ces fubftances
abfolument néceffaires à leur rétabliffement , pourroient être cultivées à
Boynes même, & dans le voifinage.
Cela eft fi vrai, que M. Brabant a
dans fes conceflions, à une lieue de
cet établiffement, au penchant d'une
coline parallèle à celle de Boynes, un
très-joli jardin dans lequel il diftribue
une excellente eau courante, 2 qui, le --- Page 127 ---
DES CLIMATS CHAUDS. III
fertilifant dans toutes fes partiès, produit principalement les légumes & les
fruits du pays, fans lefquels non-feulement on ne peut fe rétablir, mais
encore efpérer de vivre long- temps
dans ces climats.
On a réuni dans ce jardin l'utile à
l'agréable, en y faifant des tonnelles
de vignes qui donnent beaucoup d'ombrage avec d'affez bons raifins;la vége
tation y eft fi forte ; que jy ai vu du
petit mil de I2 à 15 pieds de haut;
il ne s'agit que d'étendre la culture de
ce jardin en proportion des befoins de
létabliffement dè Boynes.
Quelques Nègres anciens fuffifent
aduellement pour la culture de ce jardin; on en proportionneroit le nombre
à l'étendue qu'on lui, donneroit. Il y a
déja plufieurs cafes de faites, dont une
J fert à M. Brabant lui-même,
2 lorfqu'il
- veut refpirer un air plus frais que celui
de fon habitation.
Au refte, c'eft l'avis de M. Brabant,
jardin en proportion des befoins de
létabliffement dè Boynes.
Quelques Nègres anciens fuffifent
aduellement pour la culture de ce jardin; on en proportionneroit le nombre
à l'étendue qu'on lui, donneroit. Il y a
déja plufieurs cafes de faites, dont une
J fert à M. Brabant lui-même,
2 lorfqu'il
- veut refpirer un air plus frais que celui
de fon habitation.
Au refte, c'eft l'avis de M. Brabant, --- Page 128 ---
II2
M A L A DIES
que j'ai vu difpofé à faire le facrifice
de ce morceau de terre en faveur de
Tétabliffement de Boynes & des malades
que leurs infirmités obligent d'y aller
prendre les eaux.
C'eft un malheur fans doute que le
Gouvernement n'ait pu jufqu'à préfent
faire jouir les Officiers, 2 les foldats &
les matelots du bien que ces eaux font
journellement aux particuliers, qui,
avec de l'argent, fe procurent des alimens analogues à leurs befoins; mais,
c'eft encore une fuite des inconvéniens
de T'entreprife, que lintérêt du moment
arrête toujours, & qui peut même, avec
l'air de la meilleure volonté, fe couvrir de Téloignement des villes & de
la fatalité des circonftances.
On remédiera.aifement à tout, je le
répète encore, en adoptant l'adminiftration par économie, & en engageant
des foeurs-grifes, par des procédés convenables à leur fexe & à leur état, à
traverfer les mers & à fe charger des
détails --- Page 129 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
détails des hôpitaux du Roi & de leurs II3
maifons de fanté,
A Boynes cela devient plus facile
que par-tout ailleurs; Pérabliffement &
fes dépendances, les. Negres, les meubles & la majeure partie des uftenciles
qui fervent aux malades, appartiennent
à Sa Majefté. Pour ôter toute follicitude aux Adminiftrateurs généraux,
le Gouvernement invite M. Brabant que à
fe charger de la furveillance
de cet hofpice; fa fortune & la générale
de fes habitations, l'ont mis à polition
fournir,
même de
feul, les chaifes, les
& les Nègres néceffaires cabroucts,
turer les malades;
pour y voique ce qu'il a fait
jufqu'à préfent par humanité fafle
de fes obligations,
partie
des
&, avec le fecours
Reragades,fendlifemnenr de
nes ne manquera plus de rien.
BoyLa plupart des maladesg qui iont befoin
des eaux thermales étant hors d'état de
voyager à cheval, fur - tout parmi de
hautes
montagnes, ont la facilité de fe
H
roucts,
turer les malades;
pour y voique ce qu'il a fait
jufqu'à préfent par humanité fafle
de fes obligations,
partie
des
&, avec le fecours
Reragades,fendlifemnenr de
nes ne manquera plus de rien.
BoyLa plupart des maladesg qui iont befoin
des eaux thermales étant hors d'état de
voyager à cheval, fur - tout parmi de
hautes
montagnes, ont la facilité de fe
H --- Page 130 ---
M A L A DI I E $
rendre à Boynes par mer, & de débarquer foit au grand Port-à-piment (1),
foit à la baie de Vallière 2 foit à la
pointe des Mangles; les voitures vont
les chercher (2) jufques fur le bord de
la mer'd'autant plus facilement, que les
chemins font de la plus grande beauté;
ils ont été pratiqués par M. Brabant,
principalement en faveur des malades
les plus éloignés de cet établiffement,
qui en font quelquefois féparés par des
précipices.
Cet Officier pourroit même, avec fes
Nègres marins & fes embarcations, fe
charger du tranfport des foldats 8 matelots, tant de la dépendance du Cap
que de celle du Port-au-Prince.
Enfin, pour éviter les dangers des
voyages par mer, en temps de guerre,
(:) C'eft-là qu'eft placé le magafin du Roi.
(2) In'y en a point encore d'attachées à létabliffement de Boynes; c'eft M, Brabant qui les fournit,
comme ie l'ai at --- Page 131 ---
DES CLIMATS CHAUDS. IIS
& procurer des facilités aux malades
moins éloignés, M. Brabant a fait encore ouvrir par les Cabanes, des routes
de communication de Boynes au GrosMorne, & de celui-ci au Port-de-Paix.
Après avoir examiné les qualités des
eaux des fources des Cabanes, de TerreNeuve & de celles des trois Moulins,
qui fe font trouvées très-bonnes;
pris la route des Gonaives,
; jai
tant le long de la rivière en de remonNetive qui coule entre deux
Terreirrégulièrement
montagnes
rapprochées, & dont
l'afped n'eft point agréable; dans beaucoup d'endroits, cette rivière étoitpref
que tarie par la grande fécherefle de
ce quartier.
M. Brabant excelle dans l'art d'ouvrir
des communications, au point que l'on
voyage en chaife dans la majeure
des mornes de fon quartier; mais partie
fes poffeffions finiffent les beaux che- avec
mins.
Pour arriver au fommet de la monHij
approchées, & dont
l'afped n'eft point agréable; dans beaucoup d'endroits, cette rivière étoitpref
que tarie par la grande fécherefle de
ce quartier.
M. Brabant excelle dans l'art d'ouvrir
des communications, au point que l'on
voyage en chaife dans la majeure
des mornes de fon quartier; mais partie
fes poffeffions finiffent les beaux che- avec
mins.
Pour arriver au fommet de la monHij --- Page 132 ---
II6
M A L A D I E S
tagne qui fépare le quartier du Port-àPiment d'avec celui des Gonaives, , on
ne trouve que des fentiers très-étroits
& mal entretenus. Ce contrafte prouve
que les chofes les plus effentielles au
bonheur & à la fortune des citoyens,
dépendent trop fouvent de la différence qu'il y a d'un homme à un autre.
De plus grands détails fur le Port-àPiment feroient étrangers à mon fujet;
& fans les précieufes qualités des eaux
thermales qu'il renferme, leur utilité,
leur importance pour le bonheur des
colons,le falut dcs troupes, la diminution des dépenfes & la profpérité della
Colonié ; je me ferois difpenfé d'entrer
dans les dérails d'un quartier compté
pour fi peu de chofe comparativement
aux autres, qu'il n'a encore ni curé',
ni médecins, ni maréchauffées, 8 pas
un feul Officier dejuflice:l les différends
font terminés par le Commandant des
milices, 8 les grands évènemenss tels
que les affaires criminelles, reffortif- --- Page 133 ---
DES CLIMATS CHAUDS. I17
fent du Port de Paix : de forte que le
quartier du Port-à-Piment qui dépend
d'un tout (1) où chaque partie à fon
adminiftration très-diftingte & très-féparée, eft cependant reflé dans le même
état où étoient toutes nos Colonies
dans les premiers temps de leur établiffement.
Les Gonaives, Cantidanie,.Suin-Mtac,
Léogane e le Petit-Goave.
La haute montagne qui fépare le
quartier du Port-à-Piment de celui des
Gonaïves eft trés-cfcarpée. On n'y.
voyage qu'avec danger par un fentier
très-étroit & nullement entretenu. On
n'y trouve pendant plus de deux heures aucune trace d'établiflement, parce
que les pluies y étant très-rares, la
terre eft trop peu fufceptible de cul-
(1) Il eft entouré de cing paroiffes, favoir, des
Gonaives, du gros Morne, du Port-de-Paix, de Jean
Rabel & de Bombarde,
Hij
On n'y.
voyage qu'avec danger par un fentier
très-étroit & nullement entretenu. On
n'y trouve pendant plus de deux heures aucune trace d'établiflement, parce
que les pluies y étant très-rares, la
terre eft trop peu fufceptible de cul-
(1) Il eft entouré de cing paroiffes, favoir, des
Gonaives, du gros Morne, du Port-de-Paix, de Jean
Rabel & de Bombarde,
Hij --- Page 134 ---
M A L A D I E S
ture. Les arbres y font cependant rapprochés &. confervent même leur verdure,p plus que dans les autres quartiers.
Ils font chargés d'un duvet très-long,
appelé Barbe Efpagnole.
La culture des premières habitations
eft le café, l'indigo & le coton; mais
ces plantations font fouvent privées
d'eau; & dans des terres fablonneufes
elles ont un air languiflant, & même
quelquefois brûlé.
La terre de la plaine des Gonaives
eft très-légère, & ce n'eft que depuis
qu'on a réuni les eaux de la montagne, que l'on a pu y établir quelques
fucreries avec des moulins à eau ; la
fituation du fol de quelques habitations
a même permis que la terre y fût nivellée (4) & arrofée.
Sans la réunion de ces eaux 2 ce
(1) On emploie jufqu'à 3000 journées de Nagres
pour le nivéllement de chaque pièce de cannes 2 confiftant ordinairement en quatre carreaux de 350 pieds
quarrés chacun. --- Page 135 ---
DES CLIMAIS
quartier feroit refté dans la langueur.
Les terres légères font bien les plus
propres pour la culture de la canne à
fucre, mais il faut de l'eau de temps
en temps pour faire croître ce rofeau
précieux & le conduire à fa maturité :
c'eft pourquoi, dans les terres arrofées
fuivant leurs befoins, la canne vient
de la plus grande beauté; aufli eût-il
été plus avantageux de joindre encore
à ces eaux celles de la rivière du GrosMorne.
Parcette double réunion on auroit eu
fuffifamment d'eau pour toutes les habitations de ce quartier, & fur-tout pour
les befoins de la vie des habitans du
bourg des Gonaives (1), que la néceffité de boire des eaux croupiffantes
(:) Ce bourg, fitué fur le bord de la mer, s dans la
partie baffe du quartier $ confifte en 80 & quelques
maifons, réunies comme elles le font dans nos bourgades de France, fervant à loger des ouvriers de toute
efpèce, utiles aux cultivateurs, tels que des charpentiers,
des maçons, de charrons, des forgerons & autres.
Hiv
Gonaives (1), que la néceffité de boire des eaux croupiffantes
(:) Ce bourg, fitué fur le bord de la mer, s dans la
partie baffe du quartier $ confifte en 80 & quelques
maifons, réunies comme elles le font dans nos bourgades de France, fervant à loger des ouvriers de toute
efpèce, utiles aux cultivateurs, tels que des charpentiers,
des maçons, de charrons, des forgerons & autres.
Hiv --- Page 136 ---
M A L : A D I E S
rend très-fouvent malades; & dans l'état
aétuel des chofes, l'humanité n'invite-telle pas à leur fournir une portion de
celles que lçs habitations plus élevéés
emploient à leur arrofage?
Par l'analyfe, leau de la rivière des,
Gonaives s'eft trouvée très-bonne, &
confrmée telle par T'afage. On trouve
auffi fur l'habitation de M. des Cahaux,
fituée à mi-morne, 2 une eau excellente, principalement apéritive, & qui
contribue beaucoup au rétabliffement
des convalefcens. Son précipité a été
léger & un peu jaunâtre; l'acide vitriolique y a fait efervefcence, & a un
peu chauffé le verre; le même acide n'a
rien produit far le précipité des eaux
de la rivière.
Ily a. encore dans la partie baffe de
cette même habitation une eau : faumâtre, chargée de fel marin calcaire,
&e de principes bitumineux; ; dans les
grandes féchereffes les animaux qui
font forcés d'en boire, périffent de lan- --- Page 137 ---
DES CLIMATS CHAUDS. I2I
gueur ; elle eft connue fous le nom
d'eau de la balfe défolée.
Tout ce que nous avons dit du
fol, 1e des plantations & de la culture des
terres des Gonaives, eft abfolument
applicable à la vafte plaine de PArtibonite, adjacente à celle des Gonaives.
La terre de l'Artibonite eft généralement bonne; mais tant que lés habitans ne fe procureront pas les eaux de
leur grande & belle rivière pour l'arrofage,ils ne tireront qu'un foible parti
de leurs habitations, à caufe de la rareté
des pluies, & des chaleurs (1) exceffives
qu'éprouve cette partie de la Colonie.
La rafte plaine de l'Artibonite prend
fon nom de la rivière la plus confidérable de Saint-Domingue, qui la
partage dans toute fa longueur ; ce fleuve
coule fur la crête de cette plaine, &
invite depuis long-temps les colons
(1) Dans les quinze premiers jours de mars
le thermomètre étoit de 21 à 29 degrés,
1783,
, & des chaleurs (1) exceffives
qu'éprouve cette partie de la Colonie.
La rafte plaine de l'Artibonite prend
fon nom de la rivière la plus confidérable de Saint-Domingue, qui la
partage dans toute fa longueur ; ce fleuve
coule fur la crête de cette plaine, &
invite depuis long-temps les colons
(1) Dans les quinze premiers jours de mars
le thermomètre étoit de 21 à 29 degrés,
1783, --- Page 138 ---
IVI A L A DI E S
riverains à prendre les précautions néceffaires pour remédier, par l'arrofage,
à la féchereffe de cette terre, 8c la rendre
par fa fécondité une des plus riches de
la Colonie Françoife; l'accroiffement &
la profpérité de la ville de Saint-Marc
dépendent de cette grande opération.
Parmi les montagnes de P'Artibonite,
dans un lieu appelé la Roche, coule
par intermittences une fontaine d'eau
chaude, connue fous le nom de fource
à Carteau. On m'aaffuré que dans l'efpace de 22 ans, , elle avoit paru trois
fois, & qu'à chacune de ces époques
on en a éprouvé des effets falutaires,
principalement dans le traitement des
maladiés cutanées. Mes expériences fur
les eaux de ce quartier ayant été faites
pendant l'abfence des eaux de cette
fontaine, j'ai été dans l'impofibilité
d'en faire l'analyfe. Ce phénomène tient
fans doute à ce que cette importante
Colonie à de plus intéreffantà obferver,
& peut-être de plus à craindre. --- Page 139 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 123
Le quartier de l'Artibonite s'étend
jufqu'à Saint-Marc, une des cinq villes
principales de la Colonie Françoife.
Quoique cette ville n'ait qu'environ
200 maifons, fon port en fait un lieu
important; elle reçoit dans fes magafins, comme en entrepôt, les denrées
des quartiers voilins, & elle leur fournit toutes les marchandifes d'Europe.
La ville de Saint-Marc, fituée au fond
d'une baie, a fur fes derrières une rivière qui coule fur un terrain beaucoup
plus élevé que fon fol; il feroit auffi aifé
qu'utile de faire paffer fes eaux dans
toutes les rues de cette ville : M.de Loppinot quiy commandoit en 1783, étoit
fort occupé de ce projet; & c'eft en effet
le feul moyen d'empêcher que l'habitant
continue de boire des eaux de puits (1),
(:) Dans tous les pays il eft difficile de changer l'habitude; la ville d'Orléans nous en fournit un exemple.Ses,
habitans ne boivent que des eaux de puits, pendant que
les murs de cette ville font baignés par les excellentes
eaux d'un des plus grands fleuves du royaume.
1783, étoit
fort occupé de ce projet; & c'eft en effet
le feul moyen d'empêcher que l'habitant
continue de boire des eaux de puits (1),
(:) Dans tous les pays il eft difficile de changer l'habitude; la ville d'Orléans nous en fournit un exemple.Ses,
habitans ne boivent que des eaux de puits, pendant que
les murs de cette ville font baignés par les excellentes
eaux d'un des plus grands fleuves du royaume. --- Page 140 ---
M A L A' D. I E S
8 d'éprouver les maladies qui en font
la fuite inévitable.
n
Cet Officier, avéctrès-peu demoyens,
avoit déja beaucoup fait pour la fanté
des habitans ; plufieurs endroits lagoneux, dans iefquels les eaux fe corrompoient & d'où ellcs répandoient dans
l'air des émanâtions infeêtes, venoient
d'être remblayées nouvellement; & fur
le bord de la mer, il achevoit de faire
niveller une étendue de terrain trèsconfiderable, pour y planter de jeunes
arbres, qui, en formant la plus belle
avenue de Saint - Domingue : 2 contribucront encore à la falubrité.
Les eaux de la rivière qui coule
derrière la ville de Saint-Marc fe font
trouvées excellentes par l'analyfe, ainfi
celles de PArtibonite. Mais les eaux
que
des puits de cette ville ont une faveur
crue, 2 contiennent beaucoup de terre,
& font conféquemment très-mauvaifes,
En fuivant le bord de la mer 8 laif
fant les montagnes à gauche, on traverfe --- Page 141 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 125
les terrains fecs & arides du- quartier
du Mont-Roilis. ; on arrive à celui des
Arcahayes, dont la terre eft plus produétive; elle eft fur-tout devenue telle,
depuis l'arrofage (1); & ce n'eft auffi
qu'à cette époque que la fortune des
habitans a changé de face : ils doivent
leurs richeffesàce partage, à cette difiribution des eaux faite avec tant d'art &
de jufteffe, queleur volume eft toujours
déterminé pour chacun, en proportion
de la quantité de terre fufceptible d'être
nivellée & arrofée.
En fortant des Arcahayes, 2 à l'embouchure du Cul-de-Sac & au milieu
d'une terre fans culture 2 appelée la
Saline, , parce qu'elle contient en effet
beaucoup de fel marin, on trouve, à
quelque diftance du bord de la mer,
deux fources dont les eaux jailliffent
(r) Cette terre eft la première de toutes celles de la
Colonie, qui ait été arrofée d'après les confeils de
M. de Larnage, Adminiftrateur dont le nom fera à
jamais cher aux habitans de Saint-Domingue.
& au milieu
d'une terre fans culture 2 appelée la
Saline, , parce qu'elle contient en effet
beaucoup de fel marin, on trouve, à
quelque diftance du bord de la mer,
deux fources dont les eaux jailliffent
(r) Cette terre eft la première de toutes celles de la
Colonie, qui ait été arrofée d'après les confeils de
M. de Larnage, Adminiftrateur dont le nom fera à
jamais cher aux habitans de Saint-Domingue. --- Page 142 ---
M A LADI I E S
verticalement du fein d'une terre calcaire, & rempliffent deux excavations
de trois à quatre pieds de profondeur,
fur vinge-cinq ou trente de circonféd'ou elles s'échappent
rence irrégulière,d
& vont fe perdre dans la mer.
Ces eaux font tranfparentes, mais
dans leurs fources les plantes aquatiques qui y croiffent & s'y pouriflent,
forment un limon qui leur donne une
couleur verdâtre.
L'odeur de ces eaux eft infecte, & fe
fait fentir à plus d'un quart de lieue;
elles tiennent de la nature des eaux
croupiffantes & des diffolutions de foie
de foufre;leur goit participe de l'amer
& du faumâtre; au toucher elles graiffent & faliffent les doigts , à peu près
comme une eau de vaiffelle.
Les alkalis n'en précipitent rien de
fenfible;la folution de mercure par Ta
cide nitreux n'y a produit qu'un nuage
gras, formé de terre gyisatre, colorée
par un enduit bitumineux. --- Page 143 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 127
Si fon met du fer dans ces eaux
pendant 24 heures, il s'y forme une
efpèce de boue noirêtre, produite par
des particules qui fe détachent du fer
même, diffous par les fels alkalis volatils dont ces eaux font furchargées.
Mes expériences, d'accord avec l'ufage, prouvent que ces eaux ne contiennent aucun principe dangereux. ; mais
elles répugnent tellement au plus grand
nombre des malades, qu'il leur eft impoffible d'en avaler. Il eft pourtant de
notoriété publique qu'elles defséchent
les vieux ulcbres, guériffent radicalement le pian, les dartres & autres
maladies de la peau 2 lorfqu'on peut
furmonter cette répugnance & fe déterminer à en ufer tant en boiffon, qu'en
bains & en douches.
Les fources puantes font diftantes de
fix lieues de la ville du Port-au-Prince,
devenuc, en 1751,la capitale dela Colonie Françoife. Cette nouvelle cité eft
infniment plus falubre, depuis que 9 --- Page 144 ---
M AL A D I E S
de très-beaux & très-folides canaux,
par conduit de fort loin d'excellentes
on y à des fontaines dont une eft déja
eaux
digne à tous égards de les recevoir.
Ces eaux viennent de deux bonnes
fources, mais celles de la fontaine Turgeot font encore plus parfaites que
celles de la fource Marquifan. Elles
coulent fans interruption pendant toute
l'année, & fournifent aux habitans une
eau fuffifante pour tous les befoins de
cette grande ville.
Cesfontaines magnifiques, & prefque
tous les beaux érabliffemens de cette
partie de la Colonie, ont été faits
Padminifration de MM. de
pendant
Vallière & de Vaivre.
Depuis quelques années le nombre
dcs maifons dc la ville du Port-au-Prince
confidérablement par les riaa augmenté
cheffes des quartiers voifins, & principalément de la plaine du Cul-de-Sac,
leurs produ@ions, mettent en
qui, par
acion un commerce immenfe.
La
, & prefque
tous les beaux érabliffemens de cette
partie de la Colonie, ont été faits
Padminifration de MM. de
pendant
Vallière & de Vaivre.
Depuis quelques années le nombre
dcs maifons dc la ville du Port-au-Prince
confidérablement par les riaa augmenté
cheffes des quartiers voifins, & principalément de la plaine du Cul-de-Sac,
leurs produ@ions, mettent en
qui, par
acion un commerce immenfe.
La --- Page 145 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 129
La terre du Port-au-Prince & de fes
environs eft d'une blancheur qui fatigue
la vue; les maifons de cette ville font
très-diftantes les unes des autres, &
forment des rues fort larges 2 ce qui
lui donne une grande étendue; fon fol
s'élevant d'une manière infenfible depuis le bord de la mer jufqu'à l'extrémité oppofée de fon enceinte, 2 forme
un très-joli amphithéâtre.
Le Port-au-Prince, bâti en 1751, a
déja été deux fois prefque entièrement
détruit par des tremblemens de terre.
Lorfque cette ville éprouva le dernier,
en 1770, elle étoit à peine rétablie des
maux que lui avoit faits le premier; de
forteque,malgré fa tranquillité actuelle,
ce n'eft qu'avec crainte que l'habitant
élève fes maifons; elles n'ont, la plipart,
qu'un rez-de-chauffée; elles font bâties
en bois & maçonnées entre
poteaux, 7
ayant prefque toutes des galeries fur le
devant.
La terre ébranléc par les longues --- Page 146 ---
M A L A D I E S
fecouffes du 3 juin 1770, s'affaiffa en
plufieurs endroits de la plaine du Portau-Prince; il s'y fit plufieurs crevaffes
d'une très-grande étendue. Tout ce qui
fe trouva dans leur direction fut renverfé ou englouti; quelques bâtimens;
les plus effentiels des importantes manufactures de cette plaine, ont difparu
entièrement, & il s'eft fait des excavations fi confidérables, que les remblais
continuels n'ont pas encore fuffi pour
redonner à la terre le niveau qu'elle
avoit auparavant.
rivière du
J'ai remonté la grande
Cul-de-Sac, très-loin au-deffus de l'ingénieufe diftribution de fes eaux, qui,
leurs divifions & fubdivifions, fertipar
nombre de fucreries.
lifent un grand
L'enfemble de cet ouvrage eft peutêtre ce qu'ily a de plus beau, de
& de
d'être vu à
atiert
utile
plus digne
Domingue.
Ces caux fortent des montagnes:elles
roulent entre deux rochers efcarpés,
ul-de-Sac, très-loin au-deffus de l'ingénieufe diftribution de fes eaux, qui,
leurs divifions & fubdivifions, fertipar
nombre de fucreries.
lifent un grand
L'enfemble de cet ouvrage eft peutêtre ce qu'ily a de plus beau, de
& de
d'être vu à
atiert
utile
plus digne
Domingue.
Ces caux fortent des montagnes:elles
roulent entre deux rochers efcarpés, --- Page 147 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 131
tellement rapprochés & élevés; que
l'obfervateur a fouvent fur fa tête des
maffes énormes fulpendues à plus de
400 pieds de haut.
Des parties de ces rochers croulent
quelquefois dans cette rivière, même
dans les temps les plus calmes. Les fecouffes violentes du tremblement de
terre du.g juin 1770, en détachèrent
de fi confidérables & en f grande quantité, que le cours des eaux en fut fufpendu pendant près de 48 - heures.
Avant la malheureufe époque du 3
juin, ces rochers étoient couverts d'arbres; dans cejour de défolation ils furent
tous renverfés, déracinés & emportés
avec les débris des rochers dans la profondeur de la vallée où coule aujourd'huila rivière dont nous venons de parler; & depuis cette funefle révolution,
ces rochers efcarpés fontdénués detoute
efpèce de verdure, & font reftés d'une
blancheur dotfeieidiognubsmon
affedé.
Iij --- Page 148 ---
M A L A DI E S
Si l'on confidère la hauteur prodigieufe des rochers qui bordent cette
rivière ; leur dégradation abfolue; ; la
direétion conftante des fecouffes de la
terre, de l'eft à l'oueft, vers la fameufe
montagne de la Selle, inconnue dans
fon intérieur; les cavités formées dans
les montagnes de la côte parles vagues
qui viennent s'y brifer avec un fracas
épouvantable; les crevafles qui ont fuccédé au défaftre du 3 juin, également
dirigées de Peft à l'oueft;les bruits menaçans du gouffre, finiftre avant-coureur
de chaque tremblement de terre;'enfin
le voifinage du fameux étang falé dans
lequel,avant le bouleverfement de1770,
on trouvoit des requins 8c autres poiffons de mer, & où il n'y a aujourd'hui
que dus orphis: que d'objets deréflexion
dignes d'être approfondis par tout phyficien obfervateur!
Les eaux de cette rivière font excellentcs. Leur analyfe s'eft trouvée trop
fort
conforme au grand ufage qu'en
de terre;'enfin
le voifinage du fameux étang falé dans
lequel,avant le bouleverfement de1770,
on trouvoit des requins 8c autres poiffons de mer, & où il n'y a aujourd'hui
que dus orphis: que d'objets deréflexion
dignes d'être approfondis par tout phyficien obfervateur!
Les eaux de cette rivière font excellentcs. Leur analyfe s'eft trouvée trop
fort
conforme au grand ufage qu'en --- Page 149 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 133
les habitans pour en placer ici les détails.
Le defir de donner encore plus d'étendue à mes obfervations, m'a conduit
jufqu'à ces étangs falés fi renommés par
leur fituation.
Le premier,appelé rÉtang! faumdtre,
appartient partie aux Efpagnols & partic
aux François. Il eft fitué dans P'eft de
la Colonie Françoife, à 8 lieucs du Portau-Prince. Il a 5 lieues de long dans fa
direéion de l'eftal'ouefi, & eft prefque
entouré de montagnes, excepté du côté
du Cul-de-Sac. A côté de cet étang, à
500 pas au plus, fur le terrain de MM.
Manneville, fe trouvent plufieurs fources d'une eau exccllente, qui, par leur
réunion, forment un ruiffeau profond
qui va méler fes eaux à celles de cet
étang.
A trois lieues à l'eft de l'étang faumâtre, & dans la Colonie Efpagnole,
fetrouve PÉtangfalé, dontles eaux font
abfolument femblables à celles de la
Iij --- Page 150 ---
M A L A DIE S
mer. Il a fept lieues de long, avec un
ilet dans fon milieu, par-tout également
diftant des bords de cet étang.
Enfin, dans Teft-fud-eft, à 20 lieues
de la mer & à 4 de l'étang falé, fe trouve
TÉtanglong, dont les caux font femblables à celles de l'étang faumâtre.
La diffolution mercurielle ne produit
fur ces eaux qu'un très-léger changecontiennent une
ment, parce qu'elles
très-grande quantité de fels; les alkalis.
n'y font rien, & l'acide vitriolique en
fépare une grande quantité d'air.
La montagne de la Selle qui fépare
ces érangs,a, comme nous l'avons déja
dit, de grandes cavités dans prefque
toutes fes parties. Tout annonce qu'il
a des gouffres d'eau à de grandes dif-.
y
fur-tout dans la partie Efpatances,
gnole,au bas des montagnes appelées
Coies de fers ce qui fait préfumer que
lcs grands bruits connus fous le nom
d'efeis du guifre, n'ont d'autre caufe
que la précipitation avec laquelle l'eau
fépare
ces érangs,a, comme nous l'avons déja
dit, de grandes cavités dans prefque
toutes fes parties. Tout annonce qu'il
a des gouffres d'eau à de grandes dif-.
y
fur-tout dans la partie Efpatances,
gnole,au bas des montagnes appelées
Coies de fers ce qui fait préfumer que
lcs grands bruits connus fous le nom
d'efeis du guifre, n'ont d'autre caufe
que la précipitation avec laquelle l'eau --- Page 151 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 135
de la mer, pouffée dans ces cavités,
chaffe l'air devant elle; ; & cette opinion eft d'autant plus probable, qu'aux
grands tremblemens de terre fuccèdent
toujours de grands affaiffemens. Ces
bruits du gouffre s'entendent de trèsloin, fur-tout pendant le calme qui
précède ce fléau dans cette partie de
l'ile Saint-Domingue.
Léogane, diftant de 8 lieues du Porau-Prince, partagca les malheurs du 3
juin 1770. Cette ville, encore le fiége du
gouvernement en 1750,fut prefque entièrement détruite par ce défaftre. Il ne
reftaaucuno de fes éslificcspablica.féghie
croula fur fes fondemens; l'hôpital, dont
la perte en bâtimens fut évaluée à un
demi-million, enfevelit fous fcs décombresle plus grand nombre desmalades.
Cetétablillement, malgréles sreffources
de fes revenus en fucre, en indigo, en
coton, n'eft pas encorc relevé des pertes
qu'il éprouva lors de ce funefte évènement.
Iiv --- Page 152 ---
M A L A DI E S
Cette ville, fituée fur un terrain uni,
a adtuellement 200 maifons bâties en
bois, peu élevées, très-diftantes les unes
des autres, avec dés galeries maçonnées
entre poteaux; quelques-unes ont même
été conftruites en forme d'équerre, pour
foutenir plus facilement les fecouffes des
fréquens tremblemens de terre,auxquels
eft fujette cette partie del la colonieFrançoife.
La plaine de Léogane a plus de 60
fucreries. Ses terres étant légères, auroient le plus grand befoin d'être arrofées : malheureufement ce qu'elle reçoit
d'eau de la grande rivière, de la Rouillonne & de plufieurs ruiffeaux, eft infuffifant pour une étendue de deux lieues
de profondeur fur quatre de largeur.
Toutes ces eaux font excellentes, furtout celles de la fource de Thôpital. Il
n'en eft pas ainfi des eaux de la rivière
Abaret, au petit Goave, diftant de cinq
lieues de Léogane. Elles vont fe perdre
& croupir dans des marécages, d'ou elles
grande rivière, de la Rouillonne & de plufieurs ruiffeaux, eft infuffifant pour une étendue de deux lieues
de profondeur fur quatre de largeur.
Toutes ces eaux font excellentes, furtout celles de la fource de Thôpital. Il
n'en eft pas ainfi des eaux de la rivière
Abaret, au petit Goave, diftant de cinq
lieues de Léogane. Elles vont fe perdre
& croupir dans des marécages, d'ou elles --- Page 153 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 137
répandent dans l'air tant d'émanations
infedtes, que cette infalubrité, jointe à
la férilité d'une partie des terres de ce
quartier, en ont, pour ainfi dire, fait
abandonner le port, ce port qui fut f
célèbre du tems des Flibufliers, 2 le premier fiége du gouvernement & de lajuc
tice, &auquel il refleàpeine aujourd'hui
quelqueslégers vefliges de fon ancienne
fplendeur. La rade du petit Goave eft
excellente;les vaiffeaux du premier rang
y font en sureté : elle peut être d'une
grande reffource en tems de guerre.
J'ai terminé l'analyfe des eaux de la
colonicFrangoife, par celle des eaux du
quartier du Mirebalais, fur lequel font
placées les limites qui féparent les deux
colonies.
Il étoit intéreffant de s'affirer fi les
fources d'eaux minérales qui exiftoient
dans ce quartier, en 1738; pendant le
gouvernementdeM.del Larnage,a avoient
effedtivement difparu. La chimie étoit
alors peu connue dans les colonies. On --- Page 154 ---
M A L A D I E. S
l'analyfc de M. Defen peut juger par
portes, Médecin du RoiàS. Domingue,
homme, à la vérité, zélé & infatigable,
mais trop occupé d'hiftoire naturelle(1).
On verra dans mes obfervations particulières à chaque maladie, que la pratique
deceMadecinn'elipas celle qui convient
dans de tels climats.
Pour obferver plus particulièrement,
& éviter que la nuit ne me furprit dans
ces lieux inhabités, je me trouvai, au
point du jour, au pied des hautes mon-,
tagnes qui féparent la vafte plaine du
Port-au-Prince d'avec le Mirebalais. La
plus grande partie de ces monts, du côté
du Port-au-Prince, n'eft fufceptible.d'aucune culture, parce qu'elle eft tellement
privée d'eau, quel la vallée dans laquelle
immédiatement après, n'a été
on arrive
nommée le fond au diable, que parce
(:) Voyez fon Mémoire fur T'analyfe des eaux minérales du Mirehalais, pages 311 & fuivantes de fon
troifième volume fur les maladies de Saint-Domingue.
. La
plus grande partie de ces monts, du côté
du Port-au-Prince, n'eft fufceptible.d'aucune culture, parce qu'elle eft tellement
privée d'eau, quel la vallée dans laquelle
immédiatement après, n'a été
on arrive
nommée le fond au diable, que parce
(:) Voyez fon Mémoire fur T'analyfe des eaux minérales du Mirehalais, pages 311 & fuivantes de fon
troifième volume fur les maladies de Saint-Domingue. --- Page 155 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 139
que, même à 80 pieds de profondeur,
on n'en trouve pas une goutte.
- Cette privation abfolue n'a pas empêché qu'un particulier n'ait fait bâtir, en
faveur dcs voyageurs, dans cette vallée
éloignée de toute habitation, i2 cabaret
pour lequel il eft obligé d'aller chercher
de l'eau à deux grandes lieues.
Lanéceffité dutranfport desd denrées du
Mi-bdsumoindiemimote Vallière
& M.de Vaivre. a faire ouvrirune routede
communication au travers de ces montagnes, danslefquelles ona quelquefois été
obligé de couper à plus de 80 pieds de
profondeur. Ce grand ouvrage, entrepris
pour la profpérité de la colonie, & le
bonheur des habitans, alloit finir, lorfque
la mort enleva le Gouverneur général. Il
nereftoit,& il ne refte encore qu'unquart
de lieue pour achever cette communication.
Le: revers de ces montagnes, du côté
du Mirebalais, ne préfente que quelques
habitations à café, & quelques indigo- --- Page 156 ---
M A L A D I E S
teries languiflantes : on voyage encore
pendant près de deux heures parmi des
mornets 2 avant d'arriver au bourg du
Mirebalais, fitué dans la plaine, fur le
bord d'une branche de l'Artibonite, &
confiftant en 70 maifons peu confidérables, bâties en bois.
Les terres de cette partie de la colonie
Françoife font en général fablonneufes:
leur culture eft Tindigo, le coton & le'
café; la plupart des habitations font mal
établies; tout dans le Mirebalais fe reffent de l'aridité & de l'inftabilité de fon
fol, de léloignement de nos principaux
établiffemens, & du voifinage de la colonie Efpagnole.
Dès 1738, époque de l'analyfe de
M. Defportes, les fources d'eaux minérales du Mirebalais ne couloient déja que
intervalles. Ce furent ces interruppar
les Adminiftrations qui empêchèrent
former un établiffeteurs généraux d'y
ment pour les malades.
Ces eaux fe font méléesdepuis à celles
ignement de nos principaux
établiffemens, & du voifinage de la colonie Efpagnole.
Dès 1738, époque de l'analyfe de
M. Defportes, les fources d'eaux minérales du Mirebalais ne couloient déja que
intervalles. Ce furent ces interruppar
les Adminiftrations qui empêchèrent
former un établiffeteurs généraux d'y
ment pour les malades.
Ces eaux fe font méléesdepuis à celles --- Page 157 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 141
des ravines, ou à celles de la rivière du
Fer-à-cheval, qui, à leur tour, groffiffent
les eaux de l'Artibonite;' quelques branches de ce fleuve, qui traverfent le Mirebalais, ont elles-mèmes, depuis cette
époque, changéleur cours; de forte que
mes recherches ont été inutiles. Je n'ai
trouvé dans ce quartier aucune eau minérale.
COLONIE ESPAGNOLE
DE SAINT-DOMINGU E.
Après avoir rempli ma miffion dans
nos établiffemens,je: n'avois plus qu'à me
rendre au Cap, d'où j'étois parti. Par la
route ordinaire, j'étois obligé de rétrograder ; mais le defir de rendre mon
voyage plus utile, me détermina à vifiter
les poffeffions Efpagnoles;à y examiner,
comme je venois de le faire dans la colonie Françoife, les qualités des eaux, &
tout ce qui peut intéreffer la fanté.
J'étois déja rendu au pied de la haute
montagne du Hayti, qui fait la fépara- --- Page 158 ---
M A L A D I E S
tion de Fune & de l'autre colonie. Les
difficultés fans nombre ne m'arrêtèrent
point. Je ne pouvois plus être guidé par
des François, dans toutes ces contrées
où Ofl ne trouve aucune efpèce de chemins. Nous avions à gravir des rochers à
pic, & à franchir une chaîne de montagnes fi confidérable, que depuis quatre
heures du matin, nous n'en pâmes fortir
qu'à une heure après midi.
Le grand nombre de ces rochers font
de la nature du filex, ou pierre afufil.
Les tremblemens de terre ont détaché
de leur fommet des portions tranchantes
& en fi grande quantité, que prefque
toutes les vallées en font remplies, &
qu'elles y forment des précipices, qui,
je T'avoue, m'ont fait repentir quelquefois de n'avoir écouté que mon zèle dans
Souvent,
éviter
cette entreprife.
pour
nous étions forcés de rétroces dangers,
grader, & de fuivre, pour tout guide,
le lit que les torrens des inondations
fe font ouvert à travers.les d4hris des
antes
& en fi grande quantité, que prefque
toutes les vallées en font remplies, &
qu'elles y forment des précipices, qui,
je T'avoue, m'ont fait repentir quelquefois de n'avoir écouté que mon zèle dans
Souvent,
éviter
cette entreprife.
pour
nous étions forcés de rétroces dangers,
grader, & de fuivre, pour tout guide,
le lit que les torrens des inondations
fe font ouvert à travers.les d4hris des --- Page 159 ---
DES CLIMATS CHAUDS.
bouleverfemens auxquels cette partie de
Saint-Domingue eft expofée.
Les plaines de ces contrées font encore toutes couvertes d'arbres, tels
l'oranger, le citronnier, le gouyavier; que
on y trouve même l'acajou, le bois
chandelle, & autres d'efpèces auffip précieufes pour la confruction des bâtimens.
Ces plaines fort coupées & arrofées
par de belles rivières dont les eaux font
excellates.Cependanty prefqueperfonne
ne s'y établit, parce que le caraétère.de
ces Efpagnols; la nature du Gouvernement, & fur - tout l'empire monacal,
font perdre aux colons leur temps en
pratiques fuperfitieufes, , qui, les éloignant des travaux de l'agriculture & du
commerce, les tiennent dans une enfance perpétuelle : de forte que les
hommes font encore à former,1 les terres
à défricher, & les fciences & les arts à
créer dans ces poffeffions.
Il n'y a d'ailleurs que très-peu de --- Page 160 ---
M A L A D I E S
blancs, encore les races Efpagnoles qui
font établies, tiennent-clles plâtot de
y la couleur noire que de la blanche. Ils
ne s'occupent qu'àélever des animaux,
fumerleur pipe, boire du taffia, &apjal
modier dans une langue qu'ils n'entendent point.
Leur pareffe dégoûtante les éloignant
de la chaffe qui leur eft même interdite
par los Padres, 2 ils laifent dévorerleurs
miférables plantations par le gibier.
Je ne m'arrêtai aux bourgs de Hinche
& de Saint-Raphaël que le temps néceffaire pour reconnoître les qualités des
eaux fimples, & mafurerqpilayapoint
d'eaux minérales dans toute cette partie
de Saint-Domingue.
Les ufages de cette nation, fi différens
des notres, ,& fur-tout fa manière de préparer les alimens, ne me permirent pas
d'y faire un plus long féjour. Mes guides
Efpagnols étoient des fuperititieux à la
fois imbécilles & méchans; mais le défaut de chemins me les rendoit d'une
néceffité
qualités des
eaux fimples, & mafurerqpilayapoint
d'eaux minérales dans toute cette partie
de Saint-Domingue.
Les ufages de cette nation, fi différens
des notres, ,& fur-tout fa manière de préparer les alimens, ne me permirent pas
d'y faire un plus long féjour. Mes guides
Efpagnols étoient des fuperititieux à la
fois imbécilles & méchans; mais le défaut de chemins me les rendoit d'une
néceffité --- Page 161 ---
DES CLIMATS CHAUDS
néceffité
indifpenfable, & je fus
de m'en fervir jufqu'aux limites qui
parént les
E
poffeffions Françoifes des
feflions Efpagnoles.
pofLes terres des environs de SaintRaphaëlfont également
de rivières & de favannes; boifées,coupées leur culture
principale efti le manioc, le mais, le tabac
& unp peudecafé:ces colons en laiffent la
majeure partie en friche; ils ne s'occupent qu'à faire des vivres pour leur confommation, & à élever des boeufs, des
chevaux, des mulets & des cochons qu'ils
conduifent par troupeaux dans les établiffemens de la partie Françoife,8equ'ils
échangent pour des objets néceffaires à
leur manière d'exifter : de forte que lcs
établiffemens languiffans & malheureux
des Efpagnols fervent à F'accroiflement
& à la richeffe des habitations
Françoifes
portées aujourd'hui à un très-haut
de culture.
degré
Ce qu'ily a de plus furprenant, c'eft
que le voilinage de nos fuperbes habiK --- Page 162 ---
M A L A DI E S
tations, & nos fréquentes communications n'éclairent pas ces peuples furl'état
de langueur, d'inertie & de misère, dans
lequelunefuperfition: aviliffantelestient
enchainés.
Les fatigues de mon voyage ner m'ayant
pas permis d'aller jufqu'à Banica, pour
faire l'analyfe des feules eaux minérales
dans la Colonie
connues jufqu'à préfent
Efpagnole, jy ai fuppléé, en faifant apporter de ces eaux 2 pour m'affurer de
leurs principes, & examiner les cas dans:
lefquels elles pourroient mériter la préférence furles eaux minérales de la partie
Françoife de Saint-Domingue. L'analyfe
quej'en aif faite, les renfeignemens queje
mefuis procurés fur ces eaux, & le nombre de malades que j'ai eu occafion d'y
envoyer pour les prendre àleurs fources
mêmes,m'ont mis à portée de connoître
dans le
e leurs qualités, & les maladies
traitement defquelles elles peuvent être
employées.
Si.on agite ces eaux, il s'en dégage.
minérales de la partie
Françoife de Saint-Domingue. L'analyfe
quej'en aif faite, les renfeignemens queje
mefuis procurés fur ces eaux, & le nombre de malades que j'ai eu occafion d'y
envoyer pour les prendre àleurs fources
mêmes,m'ont mis à portée de connoître
dans le
e leurs qualités, & les maladies
traitement defquelles elles peuvent être
employées.
Si.on agite ces eaux, il s'en dégage. --- Page 163 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 147
beaucoup d'air, & elles ne rougiffent pas
la teinture de tournefol.
Les aftringens ne les colorent ni en
verd ni en pourpre.
La folution de fublimé corrofif les.
rend d'abord citrines, & puis laiteufes.
Elles dépofènt peu, & le favon s'y délaye
parfaitement fans fe grumeler.
Les alkalis, foit'fixes, foit volatils,
excitent d'abord une couleur
y
elles s'eclairciffent enfuite, laiteufe;
2 après avoir
dépofé un précipité peu confidérable.
Ces eaux évaporées laiffent un dépôt
dans lequel le goût du fel marin domine,
& il s'y forme en effet des criftaux cubiques dans la proportion de Ioà 12 grains
par pinte.
Les principes conflituans de CCS eaux
font un gat fiveftre ou efprit élaflique
aérien, un peu d'alkali fixe minéral, du
fel marin, & très-peu de félénite,
J'aurai foin d'indiquer dans les détails
relatifs au traitement de chaque maladie,
les cas où ces eaux pourroient mériter
Kij --- Page 164 ---
M A L ADIE S
Ja préférence fur celles de la Colonie
Françoife.
Je fortis enfin des poffeffions Efpagnoles, & me trouvai, en avril 17833 aux
limites des deux nations, fur ces belles
montagnes du Dondon cultivées en café
jufques àleur fommet. Ces arbuftes chargés de fleurs dont l'odeur eft fi fuave;
ces beaux chemins, ces haies de citronniers fi bien entretenues, me firent le
plus grand plaifir.J'oubliai une partie de
mes fatigues,8 & des privations quejavois.
éprouvées dans la Colonie Efpagnole. --- Page 165 ---
DES MÉDICAMENS
TourEs les Colonies, tant de l'Amé
rique que de PAGe & de PAfrique, produifent une infinité de plantes médicinales, d'arbres & d'arbuftes de toutes les
claffes, dont les vertus & les propriétés
pour la guérifon des maladies de ces
divers climats, font préférables à la majeure partiedes remédesqu'on tranfporte
à grands frais d'Europe, & fur-tout aux
préparations officinales qui fe décompo.
fent dans les longues traverfées, par la
fermentation que les chaleurs ye excitent.
En fe décompofant, ces médicamens
perdent non-feulementleurs propriétés,
mais ils en acquièrent d'oppofées, qui,
loin de remplir l'objet, ajoutent de nouveaux dangers à ceux de la maladie.
Frappé depuis long-temps de ces vérités, jai imprimé, page 91, note 17,
de mes Obfervations fur les Maladies.
Kiij
po.
fent dans les longues traverfées, par la
fermentation que les chaleurs ye excitent.
En fe décompofant, ces médicamens
perdent non-feulementleurs propriétés,
mais ils en acquièrent d'oppofées, qui,
loin de remplir l'objet, ajoutent de nouveaux dangers à ceux de la maladie.
Frappé depuis long-temps de ces vérités, jai imprimé, page 91, note 17,
de mes Obfervations fur les Maladies.
Kiij --- Page 166 ---
M A L A D I E S
des Nègres, >> que l'on ne devroitjamais
>> envoyeraux Colonies d'éleâtuaires tout
>> compofés, parce qu'ils fe décompofent
95 danslatraverfee,par) la fermentation.s
On a multiplié les defcriptions de la
grandeur, de la forme, de la figure &
des moindres particularités de ces producions;prefque tous ceux qui s'en font
occupés ont fuivi le plan de Plumier; il
fembleque parleurs travaux plus curieux
qu'utiles, il aient voulu féparer la botanique de la médecine, en s'abftenant de
défigner les maladies dans le traitement
defquelies ces fubftances peuvent entrer
avec fuccès.
Le médecin praticien peut feul fur les
lieux tirer avantage des travaux des Plumier, des Chevalier, des Aublet,8 autres
qui ont décrit une partie des fubftances
médicamenteufes de ces contrées éloignées; la nature ne les a pas; diverfifiées
fans defcin:ellefemblean contraire,par
cettevariétéde formes & de figures,inviterle médecin plyficien Sc obfervateura --- Page 167 ---
DE ES CLIMATS CHAUDS. I5I
en diftinguerles propriétés, pour en faire
de fages applications dans le traitement
des maladies.
L'homme del'art deftiné pour les Colonies doit être également inftruit de la
médecine pratique proprement dite, de
la chirurgie, dela botanique, & de la chimie, parce qu'il eft impoffible de réunir
dans ces poffeflions éloignées, & particulièrcment dans les campagnes, des
fujets capables dans chacune des parties
qui conftituent l'art de guérir.
Dès l'année 1735, M. de Larnage fit
un mémoire fur la néceffité de former,
dans nos écoles & dans nos hôpitaux, 2
des fujets pour les Colonies, de les inf
truire de toutes les parties de la médecine, pour les rendre propres à remplir
les vues du Gouvernement, de les engager par des encouragemens à fe mettre
en état de fe faire recevoir dogeurs en
médecine & en chinngie,afiaquliaspuif
fent exercer cette dernière. partie fans
déroger àla dignité du doctorat; ce font
Kiy
,
dans nos écoles & dans nos hôpitaux, 2
des fujets pour les Colonies, de les inf
truire de toutes les parties de la médecine, pour les rendre propres à remplir
les vues du Gouvernement, de les engager par des encouragemens à fe mettre
en état de fe faire recevoir dogeurs en
médecine & en chinngie,afiaquliaspuif
fent exercer cette dernière. partie fans
déroger àla dignité du doctorat; ce font
Kiy --- Page 168 ---
M A L AD IES
les, propres expreflions de ce célebre
adminiftrateur, quiregardoitavee raifon
l'exercice féparé des différentes parties
delamédecine dans les Colonies,comme
une des caufes principales de leur dépopulation.
Sile plan de M. de Larnage eût été
mis à exécution, les propriétés de ces
produgtions diverfes feroient connues
dépuis long-temps, & leur application
dans les maladies, au lieu d'être déterminée par une routine aveugle, fouvent
funefte, produiroit les bons effets d'une
adminiftration fage & éclairée.
Lesmontagnes, & mémelaplusgrande
partie des plaines des iles de France &
de Bourbon, de l'ile de Madagafcar >
des Antilles, 8 principalement de SaintDomingue, 3 produifent une très-grande
quantité de plantes, d'arbres 8 d'arbuftes
de toute efpèce, & fouvent dans le
même lieu. Ainfi à côté du gombeat,
plante dont le mucilage eft auffi parfait,
que l'eft en Earope celui des fleurs de --- Page 169 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 153
guimauve, de violeties & autres ferbiables, fe trouvent placées des plantes
flimulantes de tous les genres les aromatiques, les labiées, les ombellifères,
les crucifères; ; ou, en confidérant leurs
vertus, les céphaliques, les antifcorbutiques, les hépatiques, les emménagogues, les laxatifs & les
font tout auffi
hydragogucs, y
multipliés que les acides,
ouaigres-doux, les oranges fur-tout &les
citrons dontles fucs font G utiles; pourdiminuer la trop grande attion des fibres
des nouveau-venus d'Europe, tempérer
l'âcreté de leurs humeurs & en prévenir
T'alkalefcence.
Les aromates au contrairequiaugmen
tent l'ofcillation des fibres, agiffent efficacement fur les humeurs des anciens
colons, & fur-tout des naturels, qui,
dans ces climats brilans, perdent continuellement par la tranfpiration.
Cocuanemrgroneiliage
nérefcence & àl la putriditédes humeurs,
donnent, pour ainfi-dire, une nouvelle
Europe, tempérer
l'âcreté de leurs humeurs & en prévenir
T'alkalefcence.
Les aromates au contrairequiaugmen
tent l'ofcillation des fibres, agiffent efficacement fur les humeurs des anciens
colons, & fur-tout des naturels, qui,
dans ces climats brilans, perdent continuellement par la tranfpiration.
Cocuanemrgroneiliage
nérefcence & àl la putriditédes humeurs,
donnent, pour ainfi-dire, une nouvelle --- Page 170 ---
M A L ADI I E S
vie : auffi dans tous ces climats, la nature
a tellementmultiplié les efpèces de baumes, que toutes les campagnes en font
couvertes, fur-tout les terreins incultes.
L'auteur de la nature a donc par-tout
multiplié & diverfifié les fecours en raifon de la diverfité des maux;il ne faut
que des hommes inftruits & laborieux
pour en faire une jufte application dans
le traitement des maladies 2 avec un
apothicaire-chimilte dans chaque ville
principale 2 qui foit capable d'extraire
les principes de ces. produétions locales,
pour aider le médecin praticien chargé
de les adminiftrer.
Cesfubftances ont,comme en Europe,
les mêmes principes des remèdes connus
fous les dénominations de céphaliques 9
de Romachiques, d'hépatigues, de Ipléniques, d'hydragogues : 2 d'emménagogues,
de drafiques, &c. mais ces dénominations font-elles juftes?les céphaliques
guériffent-ils les maladies de la têtes
les flomachiques çelles de T'eftomac, les --- Page 171 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 155
hépatiques remédient-ils aux affections
du foie? &c.
En un mot, eft-il dans la nature des
remèdes qui agiffent plus particulièrement fur un vifcère que far un autre ?
peut-on parleurufage intérieur efpérer
d'augmenter ou de diminuer le ton des
fibres d'une partie fans produire le même
eftet fur toutes celles du corps?
La dénomination impofante de Ipécifque, ne vient que de ce qu'on a trop
fouvent attribué aux remèdes des effets
qui n'étoient dûs qu'à la nature ; le
grand art eft d'en faire une application
raifonnée,de ne s'en point laifferimpofer par des apparences trompeufes,8de
faifir au premier coup-d'ceil, s'il faut
employer les toniques ou les relâchans.
Quelques exemples fuffiront pour
prouver CC que J'avance.
La plupart des emménagogues agiffent
par leurs principes, amer &. odorant: il
y en a même beaucoup de fétides.
Leur première action fe porte fur l'ef-
eft d'en faire une application
raifonnée,de ne s'en point laifferimpofer par des apparences trompeufes,8de
faifir au premier coup-d'ceil, s'il faut
employer les toniques ou les relâchans.
Quelques exemples fuffiront pour
prouver CC que J'avance.
La plupart des emménagogues agiffent
par leurs principes, amer &. odorant: il
y en a même beaucoup de fétides.
Leur première action fe porte fur l'ef- --- Page 172 ---
M A L A D I E S
tomac. Ils augmentent l'énergie des fucs
de ce vifcère. Ce n'eft que par-là qu'ils
agifent puiffamment fur tout le corps,
conféquemment fur lutérus, mais jamais
d'une manière direête, comme le croit
le vulgaire.
Par un événement quelconque, 7 les
règles d'une femme fe fuppriment toutà-coup;les orifices des vaiffeauxdelamatrice fe crifpent; delà la tenfion du basventre,& piniplemensethypogpites
les douleurs vives, les mouvemens fpafmodiques 9 vont quelquefois jufqu'aux
convulfions : dans ce cas, la faignée du
bras, les bains dégourdis, les boiffons (
adouciflantes & tempérantes, les lavemensé émolliens, des cataplafmes faits avec
la pulpe des mêmes herbes : en un mot,
tous les délayans deviennent emménagogues, fpécifiques puiffans, puifque eux
feuls rétabliffent le cours des règles.
Mais dans les cas opposés, où le défaut
de règles vient de la laxité de la'fibre,
del la foibleffe des digeftions, les femmes --- Page 173 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 157
font pâles, ont une tendance àla bouffif
fure: c'eft alors quelarue, leb botrys,Jes
ariftoloches font véritablement emménagogues, parce que les'martiaux &tout
ce qui peut rétablir graduellementle ton
& le reffort des folides relâchés, rétabliroit également le cours des règles, &
guériroit la maladie.
Abfolumentparlant, iln'y a donc; point
d'emménagogues, puifque dans le premier cas, ce font les relâchans, les mucilagineux & les antifpafnodiques, qui
rétabliffent les défordres; & dans le fecond, ce fontles toniques, les fortifians,
quifontles vrais /pécifiques: auffi l'ariftoloche, le fouci, l'armoife, la matricaire
& la fabine que l'on emploie fi fouvent,
&quelquefois fi mal-à-propos dans Thyf
téricifme (1), conviendroient au contraire dans la cachexie, la bouffiffure 8c
(1) Les huiles effentielles de ces plantes agiffent trop
fortement fur des fibres délicates & prefque toujours
difpofées au fpafme par le mauvais état de P'utérus,
principalement lorfque la caufe de la maladie eftmorala,
ine que l'on emploie fi fouvent,
&quelquefois fi mal-à-propos dans Thyf
téricifme (1), conviendroient au contraire dans la cachexie, la bouffiffure 8c
(1) Les huiles effentielles de ces plantes agiffent trop
fortement fur des fibres délicates & prefque toujours
difpofées au fpafme par le mauvais état de P'utérus,
principalement lorfque la caufe de la maladie eftmorala, --- Page 174 ---
M A L A D II E, S
l'hydropifie des hommes, auffi bien que
dans celles des femmes, parce que chez
les uns comme chez-les autres, il faut
atténuer 8 divifer. Il ne peut y avoir
qu'une routine aveugle &le défaut d'obfervation, qui puiffent empêcher de reconnoitre à ces fubftances les qualités
apéritives & fomacligueain@guecdlias
d'emménagogues ; puifqu'en pénétrant
le tiffu des nerfs, elles agitent tles efprits,
& réveillent toutes les fonétions. Elles
conviennent également à l'intérieur & à
lextérieur, dans les tremblemens, la relaxation des membres &claparalyfie,quorqu'il ne foit point d'ufage de les y em-'
ployer.
D'après cela, c'eft donc la méthode
&le traitementquel'on pourroit appeler
emménagogues.
La faignée du pied fi ufitée dans le
premier cas quejai cité, loin d'être émménagogue, eft abfolument contraire,
parcequefimnmerfiond des piedsdansl'eau
chaude, en attirant une plus grande quan-) --- Page 175 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 159
tité de fang fur les parties baffes déja furchargées, augmente Tengorgement &c
tous les défordres; aulieu que la faignée
dubras remadief@erincominieailin pléthore & à l'engorgement qui fuccèdent
àlafappreffion : auffi dans les inflammations du bas-ventre, la faignée du pied
confeillée par M: Defportes, dans plufeurs endroits de fon ouvrage fur les
maladies de Saint-Domingue, a-t-elle
caufé de grands maux dans toute l'Amérique.
Tout ce que nous avons dit des emménagogues, eft abfolument applicable
auxl hépatiques & aux fpléniques, ou fpécifiques dans les affections du foie &
de la rate. Les maladies de ces vifcères
font aigués, ou chroniques. Dans les
premières, il faut diminuer le ton & le
reffort des folides; dans les fecondes, il
fautl'augmenter; & dans les unes commé
dans les autres, il s'agit de mettre le foie
en état de bien féparer la bile du fang, &
de la perfedtionner, pour la rendre pro-
fpléniques, ou fpécifiques dans les affections du foie &
de la rate. Les maladies de ces vifcères
font aigués, ou chroniques. Dans les
premières, il faut diminuer le ton & le
reffort des folides; dans les fecondes, il
fautl'augmenter; & dans les unes commé
dans les autres, il s'agit de mettre le foie
en état de bien féparer la bile du fang, &
de la perfedtionner, pour la rendre pro- --- Page 176 ---
M A L A D I E S
pre aux ufages auxquels elle eft deftinée:
Dans quelques-uncs des maladies aiguès de ces climats brûlans, ce vifcère
s'élève & fe tuméfie, au point que fes
fonétions font fufpendues. La fièvre eft
des plus opiniâtres; la foif exceffive; la
bile n'étant plus féparée, refte dans le
fang, & le malade dewient abfolument
jaune. Dans ce cas, les hépatiques font
les faignées du bras répétées, en proportion des forces & de l'intenfité de la
mailadie,8quelquefois savecl'application
des fangfues aux vaiffeaux hémorrhoidaux, ies bains dégourdis, les boiffons
tempérantes & fur-tout acidulées.
Dans les cas oppofés,la maladie étant
produite par le défaut d'action, de ton
& de reffort des folides (1), l'obftruction
& l'engorgement fe forment peu à peu;
la teinte jaune fuit dans la même proportion, ainfi que les autres accidens.
(1) Si exceffivement relâchés, que ce vifcère prend
quelquefois le double de fon yoiume, principalement
chez les enfans,
Les --- Page 177 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 161
Les maladies chroniques de ce vifcère
fortle plus fouventp produites; parde mauvaifes digeftions ; alors le chyle n'ayant
pas les qualités néceffaires, s'arrête dans
les vaiffeaux biliaires, & ce font les
purgatifs,lestonigues,ens un mot, les ftomachiques qui deviennent ici hépatiques;
mais les remèdes connus fous la dénomination d'apéritifs,p produifentle même
effet, parce qu'ils font toniques, & qu'il
ne s'agit dans ce dernier cas que de rétablir le reffort des folides: ainfi dans cette
même circonftance, les eupatoires & le
polypode, valent la grande chélidoine,
& les fels d'Epfom & végétal, ceux de
Glauber & polychrefte, attendu
petite dofe tous les fels neutres qu'à font
apéritifs, & qu'à dofe plus confidérable
ils font évacuans.
C'eft donc encore ici la méthode
l'onp Tenbeommerlépuiprag que
fplénique, &1 non pas telou tel remède.I Ilen eft
ainfi de quelques plantes aromatiques,
appelées carminatives,parce qu'en augL
d'Epfom & végétal, ceux de
Glauber & polychrefte, attendu
petite dofe tous les fels neutres qu'à font
apéritifs, & qu'à dofe plus confidérable
ils font évacuans.
C'eft donc encore ici la méthode
l'onp Tenbeommerlépuiprag que
fplénique, &1 non pas telou tel remède.I Ilen eft
ainfi de quelques plantes aromatiques,
appelées carminatives,parce qu'en augL --- Page 178 ---
M A L A D I E S
mentant le relfortdesinteftins ellesdiffipent les vents , mais elles ne produifent
ceteffet que parce qu'elles fonttoniques.
C'eft auffi pour cela que les obftructions du méfentère fe traitent comme
celles du foie, plus difficilement à la
vérité, attendu que par la communication des vaiffeaux du ventricule, les molécules adtives des remèdes fe rendent
plusinmidiatementicer vifcère, & pour
ainfi-dire fans avoir fubi d'altération; il
ne s'agit donc que d'augmenter l'action
des glandes méfentériques pour faciliter
le paflage du chyle & lui donner les
qualités néceffaires,afin qu'il pafle librement dans les vaiffeaux lactés; les ftomachiques, les apéritifs & les évacuans
fagement adminiftrés, rempliront cet
objet, avec un choix d'alimens & un
exercice proportionnés aux forces du
malade.
Il en eft ainfi des plantes labiées,
odorantes,8 des ombelliferes qui font res
conuces pour être les céphaliques par --- Page 179 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 163
excellence ; elles mériteroient effeGivement cette dénomination fi elles fortifioient particulièrement le cerveau,
ajoutoient à la mémoire, rendoient le
jugement plus fain, l'elprit plus libre,
en un mot, fi elles remédioient fpécialement aux dépravations occalionnées
le mauvais état de ce vifcère.
par
L'efptit redteur de ces plantes a
beaucoup d'affinité avec l'efprit vital; il
eft propre à réveiller les fonéions du
cerveau : mais dans l'état de maladie,
fur-tout dans les putrides & les malignes o les fonétions de cet organe font
quelquefois fiufpendues parl'inaction des
folides & la dépravation de lefprit vital,
les huiles effentielles odorantes, les baumes de Judée & de la Mecque & les
alkalis volatils font
font
infufmifans; ils ne
pas plus d'effet que les
& les apéritifs, Il n'en eft
cruciferes ainfi
pas
des
acides, de ceux fur-tout qui font tirés
des végétaux & principalement des odorans,tels que les citrons, les fucs d'oran:
Lij
la dépravation de lefprit vital,
les huiles effentielles odorantes, les baumes de Judée & de la Mecque & les
alkalis volatils font
font
infufmifans; ils ne
pas plus d'effet que les
& les apéritifs, Il n'en eft
cruciferes ainfi
pas
des
acides, de ceux fur-tout qui font tirés
des végétaux & principalement des odorans,tels que les citrons, les fucs d'oran:
Lij --- Page 180 ---
M A LAD I E S
& d'ananas bien mûrs;en s'oppofant
ges à la putréfaction, ils deviennent céphapuifqu'ils remédient à la détéliques, rioration del'efprit vital &x détruifent le
principe de la maladie, pendant que,
felon fes différens temps & fes difféFadminiftration de Pérentes périodes,
&
métique, du camphre, du quinquina
des véficatoires conjointement avec les
acides, arrachent le malade à la mort.
Les diaphorétiques excitent Finfenfiblétranfpiration, 8cl lorfque cette excrétion eft augmentée jufqu'à un certain
degré par ces remèdes, ils prennent
le nom de fudorifiquess ces différences
n'exiftent que du plus au moins : en
l'action des folides & les
augmentant
atténuent & divifent
forces de la vic,ils
de-là leur font venus les
les fAluides;
&
noms d'alexitères, d'alecsipharmaques
même de dompte-venins.
méritent f
Mais les diaphoréiques
2 leur effet eft fi
peu ces dénominations, fouvent, au lieu de
incertain, que lep plus --- Page 181 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 165
porteràlapeau, ils augmentent la fécrétion & l'excrétion des urines, ils deviennent diurdigues,epériufs ; quelques-uns
barmingandiasnigeerdentjsondastnayfin
fuges: : enfin on trouve parmi les diurétiques des fubftances tempérantes & adouciffantes;mais ceux quiont une propriété
marquée font tous fomachiques.
Le plus grand nombre de ces fubftances nous viennent des fles de lArchipel,
de l'Amérique, de l'Afie & de TAfrique.
Leurs effets dépendent auffi quelquefois
du tempérament du malade & de la difpofition de fes humeurs.Ils conviennent
dans un grand nombre de cas; ils nuifent
à ceux' qui ont la fibre grèle, sèche,
contra@ile, & font auffi trop rarement
employés dans toutes les. maladies de
relâchement, telles que l'oedème & la
cachexie, fur-tout pour les pituiteux &
les grands dormeurs. Au refte, les détails
de ces. différences ne peuvent être rapportés. qu'en,t traitant chaque maladie en
particulier..
Li
eurs.Ils conviennent
dans un grand nombre de cas; ils nuifent
à ceux' qui ont la fibre grèle, sèche,
contra@ile, & font auffi trop rarement
employés dans toutes les. maladies de
relâchement, telles que l'oedème & la
cachexie, fur-tout pour les pituiteux &
les grands dormeurs. Au refte, les détails
de ces. différences ne peuvent être rapportés. qu'en,t traitant chaque maladie en
particulier..
Li --- Page 182 ---
M A L A D I E S
Ce que nous venons d'obferver eft
entièrement applicable aux galadopées,
aux/permatopées, < aux ophthalmiques, aux
vulnéraires, & principalement aux remèdes qu'on emploie à l'extérieur comme
déterfifs, mondicatifs, incarnatifs, cicatrifans, &c. remèdes qui ne deviennent
tels que par la manière de s'en fervir,
pour aider la nature & la mettre à même
d'opérer ces différens effets, ce que le
plus fouvent cette favante mère faitfeule
& fans le fecours de l'art.
Ce font les effets qui ont fuivi en diverfes circonftances l'adminiftration des
remèdes dont nous avons parlé,qui leur
ont fait-donner différens noms & les
ont fait placer dans des clafles oppofées
c'eft ainfi, par exemple,qu'on trouvele
coquelicot tantôt dars la claffe des béchiques, tantôt dans celle des diaphorétiques
&c quelquefois dans celles des narcotiques.
C'efencoresinfique quelques auteurs
placent tous les béchiques dans la claffe
des évacuans, & d'autres dans celle des --- Page 183 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 167
altérans. Les difficultés ont multiplié les
erreurs;les ellébores ont d'abord été mis
dans la claffe des purgarifs, enfuite dans
celle des emménagogues * puis des déterffs,8 enfin dans celle des flernutatoires
ou ils doivent être ; il en eft ainfi de
quantité d'autres que les bornes de cet
ouvrage ne me permettent pas de rapporter ici.
A mefure qu'on s'eft éclairé par l'obfervation fur les effets des remèdes, on
a rayé de la claffe des purgatifs, les
cholagogues, les phlegmagogues & les
penchimagogues. Enfin dans des temps
plus reculés, le defir de multiplier lcs
claffes avoitétéportéjufqu'areconnoitre
des inteftinaux & même des méfentéricaux, tandis qu'il fuffifoit de difinguer
les purgatifs en majeurs & en mineurs;
& cette diftinétion eft établie fur les principes mêmes quiles confuituent, fur leur
action, leurs effets & leur utilité dans le
traitement des maladies ; on conferve
pourtant encore la dénomination d'hyLiy
le defir de multiplier lcs
claffes avoitétéportéjufqu'areconnoitre
des inteftinaux & même des méfentéricaux, tandis qu'il fuffifoit de difinguer
les purgatifs en majeurs & en mineurs;
& cette diftinétion eft établie fur les principes mêmes quiles confuituent, fur leur
action, leurs effets & leur utilité dans le
traitement des maladies ; on conferve
pourtant encore la dénomination d'hyLiy --- Page 184 ---
M A L A D I E S
dragogues aux draftiques réfineux,1 lesplus
agifs de la clafle des purgatifs majeurs
dontleprincipe rapprochéirrite, 1
ftimule,
fond, atténue, & qui font, comme nous
l'avons obfervé ailleurs, 9 confacrés pour
le traitement des maladies chroniques,
telles que T'aedème, les infiltrations 2
les épanchemens, les obfiruétions, dans
lefquellesil elinéceffaire non-feulement
d'évacuer les humeurs, mais encore de
s'oppofer à leur formation, en rappelant
le ton & le reffort des parties relâchées.
Tandis que dans les aiguès où l'action
des vaifleaux eft montée trop haut, on
ne peut fe permettre que l'ufage des
purgatifs mineurs, dans lefquels le principe adtif divifé & étendu, eft encore
bridé par un mucilage.
Abftraction faite de la diverfité de
forme, de grandeur & de couleur des
plantes,je penfe que d'après leurs principes confituans, & fur-tout d'après
leurs effets, on peut les réduire, ainfi
que tous les médicamens, à deux claffes --- Page 185 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 169
fous la dénomination de remedium movens & de remedium fftens.
Dans les maladies aigués oùt il faut
prefque toujours relâcher & détendre,
les bains, les faignées, les boiffons tempérantes, rafraichifantes, mucilagineufes & adouciffantes, feront le remedium
Mflens,qu'il faut employer au moins tant
que la violence des fymptômes inflammatoires fubfifte; ils font d'ailleurs préparatoires des évacuans, principalement
des émétiques, qui, malheurcufement,
font trop fouvent les feuls qu'on puiffe
fe permettre dans le commencementdes
aigués; encore, dans les climats trèschauds, la tenfion des folides eft quelquefois telle, qu'il feroit très-dangercux
de les employer in primo gradu morbi,
ainfi que tout autre remede aftif.
Dans les maladies chroniques au contraire où il faut, pour ainfi-dire, reffufciter le ton & le reffort des fibres par
les remèdes les plus adtifs, les toniques
& les évacuans les plus puiffans feront
permettre dans le commencementdes
aigués; encore, dans les climats trèschauds, la tenfion des folides eft quelquefois telle, qu'il feroit très-dangercux
de les employer in primo gradu morbi,
ainfi que tout autre remede aftif.
Dans les maladies chroniques au contraire où il faut, pour ainfi-dire, reffufciter le ton & le reffort des fibres par
les remèdes les plus adtifs, les toniques
& les évacuans les plus puiffans feront --- Page 186 ---
M A L ADIE S
les premiers du remediam movens ; ceux
dont l'adtion eft moins marquée feront
les feconds.. Quant aux médicamens qui
font mal claffés, parce qu'ils ne produifent réellement aucun effet, ils feront
rayés du catalogue 5. les croyans & le
vulgaire continueront de les placer oiz
bon leur femblera : je ne prétends point
refferrer le domaine de la botânique sje
l'ai étudiée dans ma jeuneffe avecautant
de plaifir que de foin;mais ce n'eft qu'à
la pratique de médecine feule que je
dois le peu de connoiflance que J'ai de
la matière médicale, dont la botanique
fait fans-doute une belle partie. J'avoue
quejsipeudeconfanced dansles remèdes
très-compofés; je penfe même que les
ordonnances compliquées de beaucoup
de médicamens cachent fouvent fous des
dehors fcientifiques une groffière ignorance: ; d'après cela je. fuis perfuadé que
dans les Colonies, fur-tout dans les campagnes, un bon médecin pourroit remédier à tous les cas, en un mot faire --- Page 187 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 171
la médecine, avec l'émétique, 9 Tipécacuanha, la faignée, le quinquina, l'éther,
lemiel, le vinaigre,1 le mercure,Topium,
lejalap, la crême de tartre, quelques fels
neutres & les véficatoires.
Les antidotes, 7 même les Ipécifigues
par excellence, tels que le quinquina,
la racine du Bréfil,le: foufre, le mercure
& autres, trouveront place dans le remedium movens ou le remedium Mftens.
L'abus qu'on a fait de l'adminiftration
de ces remèdes précieux dans les maladies où ils font abfolument contraires,
& dans celles même pour lefquelles ils
font confacrés, en les employant dans
des temps & des périodes où ils ne manquent jamais de déranger les crifes de
la nature, prouvent combien il eft effentiel de diftinguer les cas où ils font utiles
d'avec ceux où ils font nuifibles.
Ce n'eft que par de tels moyens 2
& ceux que j'ai déja propofès , que
l'on peut efpérer de connoître & de
guérir les maladies malignes, qui, de
pour lefquelles ils
font confacrés, en les employant dans
des temps & des périodes où ils ne manquent jamais de déranger les crifes de
la nature, prouvent combien il eft effentiel de diftinguer les cas où ils font utiles
d'avec ceux où ils font nuifibles.
Ce n'eft que par de tels moyens 2
& ceux que j'ai déja propofès , que
l'on peut efpérer de connoître & de
guérir les maladies malignes, qui, de --- Page 188 ---
M A L A D 1e I E S
tems immémorial, à Saint-Domingne ;
fous le nom defièvre double-tierce de mauvais genre,àl la Martinique, fous celui de
fièvres jaunes, & à la Guadeloupe, fous
la dénomination de Caufos, enlèvent les.
hommes les plus précieux de ces poffeffions éloignées, trop fouvent fans que
ceux quiles traitent fedoutent queleurs
malades foient frappés de maladie maligne.
En général, ily a beaucoup de maladies dans les Colonies, beaucoup trop
de gens qui fe mêlent de guérir, & trèspeud'obfervateurs. Cependant, en aucun
tems, l'obferyation ne fut plus néceflaire
pour fe garantir de l'efprit de fyftême &
d'erreur, qui, de nos jours, a ufurpé
l'empire des fciences & des arts, & qui,
de la Capitale & de nos Provinces, a
paffé dans les' Colonies.
-
Quoique ce foit principalement par
le coup-d'ceil 8cl le tact que les différences
dans ces cas difficiles font apperçues, &
quel'un & l'autre fe tranfmettent diffici- --- Page 189 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 173
lement, cependant avec des préceptes
fages, fondés furles principes de la phyfique, de la raifon, & fur l'expérience, 2
en mettant au moins les gens inftruits en
état de juger, on diminuera beaucoitp
le nombre des viétimes de cette groffière
ignorance, qui, depuis l'établiffement
des Colonies, fait leur défolation.
Les bornes de cet ouvrage ne nous
permettant pas d'entrer dans les détails
des propriétés de chaque produétion médicinale de nos colonies, le réfultat de
nos obfervations fur cette partie de la
médecine, 7 relativement à ces climats,
fuffira pour faire juger de l'inutilité de la
plupart des médicamens qu'on y envoie,
entre lefquels il en eft un très-petit nombre dont la fupériorité foit affez marquée
pour leur mériter la préférence fur ceux
de ces pays mêmes.
Je commencerai par les purgatifs
qui peuvent fuppléer efficacement ceux
qu'on y tranfporte, & dont la confommation eft très - confidérable. On verra
ces climats,
fuffira pour faire juger de l'inutilité de la
plupart des médicamens qu'on y envoie,
entre lefquels il en eft un très-petit nombre dont la fupériorité foit affez marquée
pour leur mériter la préférence fur ceux
de ces pays mêmes.
Je commencerai par les purgatifs
qui peuvent fuppléer efficacement ceux
qu'on y tranfporte, & dont la confommation eft très - confidérable. On verra --- Page 190 ---
M A L A D I E S.
quecesre remedesindigines, pourdevenir
d'un ufage auffi fréquent que ceux qu'on
emploie journellement, n'ont befoin que
d'hommes capables de les préparer, &c
d'en faire une jufte application dans le
traitement des maladies.
Le premier de ces remèdes, 2 celui
dont la vertu eft la plus éprouvée, eft
la liane purgative, fi commune dans nos
Colonies, & principalement dans tout
T'Archipel de l'Amérique.
Les lianes de toutes efpèces font également multipliées en Afie, en Afrique
& en Amérique:elles ont toutes des propriétés marquées 9 principalement les
lianes à ail, à fquine, à vers, à favon,
au mal aux yeux, à ferpent, à caleçon,
à Minguet Il en eft ainfi d'une infinité d'autres qui ne font encore employées que dans les arts, parce qu'on
(r)La liane à Minguet,exifte, dans toutes nos Colonies,
quoique le particulier qui lui a donné fon nom n'ait
parlé que de celle qu'il a découverte à Saint-Domingue, --- Page 191 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 175
n'ae encore rien fait pour découvrir leurs
vertus médicinales, 9 & que l'on ignore
jufqu'aux principes qui les conftituent.
La liane purgative mérite par fes propriétés, comme.la racine de jalap, d'être
placée à la tête des draftiques réfineux:
lun & l'autre font d'excellens purgatifs,
& viennent dans les mêmes climats. Adminiftrésàpetite dofe, ils fontégalement
atténuans, fondans, apéritifs puiflans;
mais pour tirer parti de ce remède, &
lui donner dans le commercele rangqu'il
y doit avoir, il faut dans chaque ville de
nos Colonies, au moins un ApothicaireChimifte, capable de préparer en grand
toutes ces productions.
On fe fert déja avec fuccès des feuilles
de liane pilées, pour guérir les vieux
ulcères, comme de celles du médecinier,
du karatas, de Therbe-à-bled, & autres
femblables, qui conviennent fur-tout
lorfque les chairs ont befoin d'être ranimées.principalementchezles pituiteux,
les bouffis & les fcorbutiques : & c'eft
un ApothicaireChimifte, capable de préparer en grand
toutes ces productions.
On fe fert déja avec fuccès des feuilles
de liane pilées, pour guérir les vieux
ulcères, comme de celles du médecinier,
du karatas, de Therbe-à-bled, & autres
femblables, qui conviennent fur-tout
lorfque les chairs ont befoin d'être ranimées.principalementchezles pituiteux,
les bouffis & les fcorbutiques : & c'eft --- Page 192 ---
M A L A D I E S
d'après ces expériences , que, malgré
mon refpeêt pour les Savans qui ont écrit
fugces matières, je ne crois point que la
liane ait fait partie des plantes avecle fuc
defquelles les fauvages empoifonnoient
leurs flèches : le plus fouvent même ces
fortes de bleffures ne deviennent mortelles, 2 que parce qu'elles font petites
& profondes, & qu'elles ne peuvent être
telles, fans intéreffer des parties aponévrotiques ou tendineufes, qui, dans ces
climats, font préfque toujours fuivies
du tétanos, lorfque l'on ne fc décide pas
fur le champ à les dilater par des incifions capablesdep prévenir Tétranglement
& tous les accidens funcftes qui en font
la fuite inévitable.
La liane purgative, ainfi que toutes
les fubftances végétales qui fourniffent
parlexpreflion un fuclaiteux oujaunâtre,
fontgonuno-éfncufay & conféquemment
purgatives. Pour être adminiftrées à l'intérieur, elles ont befoin de correctifs,
tels que les fels fixes que l'on retire de,
toutes --- Page 193 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 177
toutes les fubftances végétales par l'incinération, ou d'être triturées avec les
corps muqueux, comme les fucres, le
miel & autres de même nature : par ce
moyen, 2 on les neutralife, pour ainfi
dire, on émouffe au moins leurs particules âcres, de manière qu'elles ne font
plus fufeeptibles d'irriter, d'enfammer,
& d'occafionner des défordres àl'effomac
& aux inteftins, comme cela n'eft malheureufement arrivé que trop fouvent,
avant que la chimie eût éclairé la médecine furl'adminiftration des médicamens."
Après avoir indiqué les moyens de
connoitre les purgatifs majeurs, ou draf
tiques réfineux, celui de les corriger &
de s'en fervir fans danger, il fuffit d'indiquericiles principaux, ceux dontl'action eft la plus marquée, & qui fe trouvent par-tout, même dans les haies &
fur les grands cheminsstels font les liferons quiviennent dansl les lieux incultes,
comme dans les jardins. Le petit liferon
ell aux plantes cultivées, ce que la liane
M
connoitre les purgatifs majeurs, ou draf
tiques réfineux, celui de les corriger &
de s'en fervir fans danger, il fuffit d'indiquericiles principaux, ceux dontl'action eft la plus marquée, & qui fe trouvent par-tout, même dans les haies &
fur les grands cheminsstels font les liferons quiviennent dansl les lieux incultes,
comme dans les jardins. Le petit liferon
ell aux plantes cultivées, ce que la liane
M --- Page 194 ---
M A L A D I E S
il s'attache à elles, les
eft aux arbres;
entoure en tout fens, & les étouffe ordinairement.
Ils font tous purgatifs; on a même
donné le nom de Méchoachan, de fcammonée del'Amérique, de rhubarbe blanche, à la racine d'une cfpèce de liferon,
qui, quoiqu'elle ait été apportée en
Europe de la province de Méchoachan
de la nouvelle Efpagne d'ou elle tire fon
nom, fe trouve également dans toutes
nos Colonies, tant en Afie & en Afrique
qu'en Amérique: clle a eu beaucoup de
réputation, & c'eft effedivement un bon
purgatif, foit qu'on la tire du Méchoachan, de Madagafcar, du royaume de
Bengale, de Saint-Domingue ou de la
Guyane, 8tc.
Tous les médeciniers croiffent également en Afie, en Afrique & en Amérique, & dans plufieurs endroits ils fe
muliplient au point de nuire àl'agriculture. Malgré leurs différences en grandeur & en groffeur, malgré la variété --- Page 195 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 179
de leurs feuilles & de leurs fruics, &
quoique les uns foient réputés poifoas,
& les autres remèdes, ils font tous plus
ou moins purgatifs majeurs de la premièrecafs.leuraction eft plus ou moins
vive, en raifon de la quantiti de parties
réfineufes qu'ils contiennent, attendu
que tous les évacuans préparés & adiiMedrcommbimmigolitst. tandis
que pris en trop grande quantité ou fans
correéifs ils font réellement poifons
Par exemple,le fruit du grand médecinier rou ricin, dont le goit approche de
celui de la noifette, fait périr ceux qui
en mangent une certaine quantité, lorf-
(1)La rôtic au vin,confeillée par M. Poupée Defpor,
tes, page 5 de fon troifième volume, ne fauroit remédier
aux fuires facheufes desf fuperpurgations quii
des draftiques réfineux fans correétifs: ce fuiventlufage font les acides
qu'ilfaut employer en boiffons, en Javemens, ileftmême
eflentiel de répandre du vinaigre dans l'atmofphère de
Tappartement du malade, en en verfant fur des pelles
rouges. On voit que les refTources de la chimie étoient
bienpeu connues dans les Colonies du temps de M. Def:
portes.
Mij
urgations quii
des draftiques réfineux fans correétifs: ce fuiventlufage font les acides
qu'ilfaut employer en boiffons, en Javemens, ileftmême
eflentiel de répandre du vinaigre dans l'atmofphère de
Tappartement du malade, en en verfant fur des pelles
rouges. On voit que les refTources de la chimie étoient
bienpeu connues dans les Colonies du temps de M. Def:
portes.
Mij --- Page 196 ---
M A L A D I E S
qu'ils ne font pas fecourus à temps:j jai
été affez heureux
guérir tous ceux
pourlefquels/ai
&quiavoient
cacaufiea
commis cette imprudence, enleur adminiftrant d'abord des fels alkalis,8 enfuite
des adouciffans mucilagineux dans fuffifante quantité d'eau.
Ccfipincipalementàssint-Domingus
quejai eu occalion de m'affurer dcl'efficacité de cette méthode; les premiers
malades de ce genre quej j'ai eu à traiter
furent trois foldats du régiment de Touraine, qui étoient fans connoillance, ,&
pourlefquels M. de Vaubercey, Officier
de ce régiment, me fit appeler : on les
croyoit . fans reffource, cependant ils
furent promptement tfurp pied;T'employai
par préférence à tout autre fel fimple,
celui d'abfynthe fait à lar manière de Tachénius.
D'après ces fuccès, j'ai fouvent purgé
fansla moindre tranchée eavec2, 3,40us 5
femences du ricin, fuivant leur groffeur,
legenre de la maladie &le tempérament --- Page 197 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 181
du malade, en les triturant dans un mortier de marbre avec deux gros de femences, foit de citrouille, de courges, de
melons ou de concombres, qui croiffent
dans toutes les Colonies, quatre gros de
fucre & quatre onces d'eau.
Cependant, dans tous ces climats,
le feul nom de ricin fait frémir le plus
grand nombre, tandisque danscesmèmes
lieuxles ènfans qui ont des vers font purgés avec l'huile quel'on tire de la graine
du palma-chrifli, ,qui eft une des petites
efpèces demédecinieronladoonnemème
avecfuccès à petite dofe pours'oppoferà
larégénérefcenced desvens,kellefleftc.
tivement anthelmintique 3 puifqu'elle
augmentele ton &le reffort de l'eflomac
& des inteflins, que les chaleurs de ces
climats & la manière de vivre relâchent
continuellement, fur-tout chez les enfans.
Ainfila liane purgative, les liferons &
les pignons d'Inde, font drafliques réfineux, confequemment les premiers du
M iij
égénérefcenced desvens,kellefleftc.
tivement anthelmintique 3 puifqu'elle
augmentele ton &le reffort de l'eflomac
& des inteflins, que les chaleurs de ces
climats & la manière de vivre relâchent
continuellement, fur-tout chez les enfans.
Ainfila liane purgative, les liferons &
les pignons d'Inde, font drafliques réfineux, confequemment les premiers du
M iij --- Page 198 ---
M A L A D I E S
remedium movens. Viennent enfuite la
racine d'acajou, de nicotiane, de tithymales, la gratiole & le glaieul;on trouve
même dans prefque toutes ces contrées
quelques efpèces de féné fauvage & d'ipécacuanha, dont des hommes inftruits,
fages & laborieux, peuvent tirer parti,
foit qu'ils en compofent des firops ou
des éleétuaires, ou qu'ils les adminiftrent en poudre, toutefcis en obfervant
que les principes aclifs des fleurs, des
feuilies & des racines de quelquesunes de ces fubftances y font dans des
proportions fi dinérentes,que quelques
Auteurs ont penfé que leurs vertus
& leurs propiétés n'étoicnt pas les mêmes; mais jai obfervé qu'clles ne différoient que du plus au moins, & que
ces différences dépendent prefque toujours de la manière dont on fait l'extraction de leurs principes. II y a dans toutes
ces contrées un grand nombre de plantes
qui n'ont de vertu que par leurs parties
volatiles, lefquelles s'évaporent & fe dif --- Page 199 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 183
fipent entièrement par T'ébullition: tels
font les crucifères, les aromatiques, &
même le plus grand nombre des acides
que Pon retire des citrons, de l'ananas, 9
& fur-tout du tamarin, qui par-là perd
entièrement fes propriétés antiputrides.
Les purgatifs mineurs font la caffe
& le tamarin. Le caflier ou caneficier
eft indigène cu naturalifé dans toute
T'Afie, l'Afrique & l'Amérique, & partout d'une grande reffource dans-le
traitement des maladies aiguès : on fe
fert de fes fieurs, de fes feuilles & de
fes fruits. Avec fes fleurs, on peut préparer un firop auffi bon que le font en
Europe nos firops purgatifs, 2 tels que
ceux de pécher &c de rofes-pales.
Le tamarin vient également dans
toutes ces contrées. 2 & quoiqu'il Y foit
un peu moins purgatif que celui du Le-,
vant, iln'en eft pas moins précieux. Son
golt eft excellent : il tempére l'âcreté
des humeurs, rafraichit fans rebuter les
eftomacs ; & dans les maladies infamMix
uffi bon que le font en
Europe nos firops purgatifs, 2 tels que
ceux de pécher &c de rofes-pales.
Le tamarin vient également dans
toutes ces contrées. 2 & quoiqu'il Y foit
un peu moins purgatif que celui du Le-,
vant, iln'en eft pas moins précieux. Son
golt eft excellent : il tempére l'âcreté
des humeurs, rafraichit fans rebuter les
eftomacs ; & dans les maladies infamMix --- Page 200 ---
M A L A D I E S
matoires, dans celles fur-tout qui font
compliquées, il difpofe les premières
voies à recevoir fans danger des remèdes
plus actifs; de forte que lufage du tamarin eft en quelque manière préparatoire
de l'émétique & de lipécacuanha, lorfque cCs remèdes actifs doivent être adminiftrés comme évacuans; mais, je le
répète, il faut abfolument que cette préparation fe faffe à froid. La meilleure
"
manière, après en, avoir ôté les graines,
eft d'en divifer la pulpe avec de l'eau
dans un mortier de bois ou de verre,
à la dofe de deux, trois à quatre onces
par pinte d'eau, fuivant que la pulpe de
ce fruit eft plus ou moins acide, & felon
l'exigence des cas, en obfervant de ne
jamais fe fervir pour cette divifion, de
mortiers de pierre ou de métal, attendu
que tous les acides, même ceux qui font
tirés des végétaux, agiffent fur ces fubf
tances, & peuvent, fur- tout avec le
cuivre, devenir des remèdes dangereux.
Le coqueret ou alkekenge fe trouve --- Page 201 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 185
dans toutes nos Colonies: il efta apéritif.
On l'emploie fouvent dans les douleurs
de rhumatifine & pour les gravelleux.
Il en eft ainfi de Pherbe à collet, qui
eft diurétique à un très-haut degré, furtoutfaracine:) l'extraction doit s'en faire
à froid.
L'eupatoire vient également dans toutes nos colonies : à Saint-Domingue on
lui a donné le nom de langue-d-chat.
Elie eft regardée comme un excellent
apéritif, un des meilleurs vulnéraires:
elle eftauffi emménagogue dans le chlorofis, oul'eftomac faitmal fes fonctions,
parce qu'elle eft tonique à un affez haut
degré. Je m'en fuis bien trouvé en lavemens dans les anciennes diarrhées, principalement lorfque le fiége du mal cft
dans les gros inteftins (1). En un mot,
(:) Dans ces circonftances, il eft effentiel d'examine
attentivement. les qualités des déjections. Dans toutes nos
Colonies j'ei fait principalement la médecine de confultation, & dès mo. arrivéeà à Saint-Domingue, je fus mandé
pour M.Morand de la Sauvagère, qui étant dans un Cas
trouvé en lavemens dans les anciennes diarrhées, principalement lorfque le fiége du mal cft
dans les gros inteftins (1). En un mot,
(:) Dans ces circonftances, il eft effentiel d'examine
attentivement. les qualités des déjections. Dans toutes nos
Colonies j'ei fait principalement la médecine de confultation, & dès mo. arrivéeà à Saint-Domingue, je fus mandé
pour M.Morand de la Sauvagère, qui étant dans un Cas --- Page 202 ---
M A L A DI E S
I'eupatoire eft d'un grand ufage dans des
maladies différentes, & elle mérite en
effet d'être employée toutesles fois que
lc ton & le reffort de la fibre ont befoin
d'être augmentés.
Toutes les efpèccs de thym, celui de
Crète ou de Candie, comme le thym
des jardins & autres, croiffent abondamment dans tous les pays chauds, furtout dans les lieux incultes: : leur odeur
fémblable & tellement exténaé pari une dyffenterie,qu'on
le regardoit comme un homme perdu, particulièrement
parce qu'il rendoit le fang pur;je fus d'un avis contraire,
attendu que) le fang qui vient deloin, c'eft-à-dire desinteftins grèles, eft toujours mêlé, tandis que celui des gros
boyaux ne T'eft pas,& que dans ce dernier cas on al'avantage de porter le remède fur le mal mêmc, par le moyen
des lavemens; ce qui ne peur ayoir lieu lorfque le fiège
da mal eft aux menus boyaux, à canfe de la valvule du
ccecum. Ce moyen réuflit chez M. Morand, malgré fa
pofition défefpérée; les lavemens compofés d'après ia
nature des déjections, & un régime convenable le mirent
en état de partir pour France où la fraicheur de l'air a
achevé fa guérifon. J'en ai plufiears autres exemples, tant
à Saint-Demingue que dans nos autres Colonies. Le plus
fouvent même les malades ne font point obligés de repaf:
fer en France;lair de la montagne leur fuffit. --- Page 203 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 187
eft fuave ; ils parfument les favannes
comme'lesjardins : mais leurs propriétés
médicinales, comme" leur odeur, font
plus ou moins marquées, en raifon de
la diverfité des lieux 2 quoiqu'ils foient
tous aromatiques, fomachiques excellens.
L'herbe à bledeft plus ou moins commune dans toutes nos poffeflions, fuivant la diverfité de leur fol:elle cftégalement tonique, & pourroit être employée dans beaucoup de circonflances.
Lefucrier de montagne eft un des plus
grands & dcs plus beaux arbres de PArchipel de I'Amérique, on le trouve auffi
en Afie & en Afrique; mais ily eft plus
rare. Les différens ufages auxquels ileft
propre,1 le rendent infiniment précieux,
principalement le baume que l'on retire
par incifion de fon écorce, & auquel on
a donné le nom de baure fucrier.
A Saint-Domingue on l'appelle bois
à cochon, parce que les cochons marons
bleffés par les chafieurs, fe guériffent en
Amérique, on le trouve auffi
en Afie & en Afrique; mais ily eft plus
rare. Les différens ufages auxquels ileft
propre,1 le rendent infiniment précieux,
principalement le baume que l'on retire
par incifion de fon écorce, & auquel on
a donné le nom de baure fucrier.
A Saint-Domingue on l'appelle bois
à cochon, parce que les cochons marons
bleffés par les chafieurs, fe guériffent en --- Page 204 ---
M A L A D.IE S
tirant avec leurs défenfes le fuc gommeux de l'écorce de cet arbre, qu'ils
étendent fur leurs plaies; auffi le baume
fucrier eft-il regardé par les anciens COlons comme fouverain pour toutes fortes
de bleffures.
Mais il convient encore mieux à lintérieur, dans tous les cas où la fibre a
perdu de fon ton & de fon reffort, & dans
lefquels on emploie avec fuccès les toniques fous les dénominations d'apéritifs,
d'hépatiques, def fébrifuges, d'amers, 8c.
Jeluiai fur-tout yu opérer de prompts
& bons effets dans les maux d'eftomac
caufés par les mauvaifes digeftions,, que
l'on éprouve fi fouvent dans les pays
chauds, particulièrement les gourmands
& ceux qui ne broient pas leurs alimens.
Le baume fucrier étant très-amer, &
ayant beaucoup de partics volatiles, il
feroit difficile de le prendre autrement
qu'en bol avecl le fucre en poudre.
L'arbre connu à l'Amérique fous le
nom de bois-marie, eft un des plus beaux --- Page 205 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 189
des Antilles : on le trouve, comme le
fucrier des montagnes 3 également en
Alie & en Afrique. On retire de fon
écorce, par incifion, un fuc gommeux
verdâtre qui s'épaiffit. En général les
François en font peu ou point d'ufage;
mais les Eipagnolsle préférent tau baume
du Pérou & à celui de Copahu : ils lui
ont enfin reconnu tant de propriétés 2
qu'ils l'ont appelé Balfamum del Maria.
Le pois puant eft connu dans toutes
nos Colonies pour un excellent apéritif: fa racine a beaucoup de réputation
comme diurétique, & elle la mérite :Tes
feuilles font très-réfolutives.
Le chardon étoilévient également dans
toutes nos poffeffions : il eft petit, rampant, & très-piquant; fon odeur eft trèsforte.Ileft très- commundansle/anenes
La mélilfe puante eft connue dans toute
l'Amérique comme. dans nos autres poffeffions : dans quelques endroits on lui
a donné le nom de véronique, 2 quoiqu'elle n'en airnil'apparence nila fleur;
:Tes
feuilles font très-réfolutives.
Le chardon étoilévient également dans
toutes nos poffeffions : il eft petit, rampant, & très-piquant; fon odeur eft trèsforte.Ileft très- commundansle/anenes
La mélilfe puante eft connue dans toute
l'Amérique comme. dans nos autres poffeffions : dans quelques endroits on lui
a donné le nom de véronique, 2 quoiqu'elle n'en airnil'apparence nila fleur; --- Page 206 ---
M A L A D I E S
elle imite plutôt la menthe des jardins.
Ces deux plantes font par-tout eflimées
par les gens de l'art comme emménagogues, ainfi que la liane à caleçon, & furtoutl'avocaticr, dans lequel on a la plus
grande confance : c'eft un bon apéritif.
Il en eft de même de la liane à Javons
fon bois eft blanc, fpongieux, amer: on
lui croit la propriété de déterger les ulcères des reins,de la veffie & de l'urètre;
c'eft cn effet un bon diurétique.
Lafquine a encore pius deréputation,
comme dépurative du fang: elle vient
en Alie, en Afrique, en Amérique, &
par-tout dans la plus grande abondance.
Ses propriétés font pius ou moins marquées, en raifon de la diverfité du fol &c.
de Texpofition des lieux.
La fcolopentre vient également "dans
toutes nos pofieffions; & elle eft auffi
eftimée comme apéritive.
Les mapou ou fromagers fonttrès-multipliés dans toutes nos Colonies. Ces arbres fi grands, fi beaux, fi utiles dans les --- Page 207 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 191
arts, ne le font pas moins en médecine,
& d'un ufage journalier, comme apéritifs 8c adouciffans, &c.
L'herbe - aux-charpentiors croit dans
toutes nos Colonies; elle fe cultive dans
-les jardins, quoiqu'elle fe trouve également dans les champs & le long des
haies: elle eft apéritive à un haut degré.
Toutes les cfpèces d'aloès font indigènes dans les climats chauds; & quoique l'on donne la préférence dans le
commerce à celui de l'ile Socotra, il
n'en eft pas moins vrai que l'aloès d'Afrique efta auffi beau & auffi parfait : je préférerois même celui du Cap de BonneEfpérance 2 tant il eft traniparent, &c
parce qu'il n'y coûte que 12 à 15 I la
livre (1). Ceftdel làqu'on devroit le tirer
pour les iles de France & de Bourbon,
& pour nos établiffemens dans FInde,
jufqu'à ce que nous ayons dans chaque
ville de nos Colonies un Chimifte capable
d'extraire les fucs des aloès qui fe trou-
(1) Argent dcl France,
is même celui du Cap de BonneEfpérance 2 tant il eft traniparent, &c
parce qu'il n'y coûte que 12 à 15 I la
livre (1). Ceftdel làqu'on devroit le tirer
pour les iles de France & de Bourbon,
& pour nos établiffemens dans FInde,
jufqu'à ce que nous ayons dans chaque
ville de nos Colonies un Chimifte capable
d'extraire les fucs des aloès qui fe trou-
(1) Argent dcl France, --- Page 208 ---
M A L A D I E S
vent dans toutes nos poffeffions, ou plutôt quiveuille en prendre la peine, 2 puifqu'il ne s'agit pour cela que d'exprimer
le fuc de cette plante, & de le faire évaporerjufqu'à confiftance d'extrait. Parce
moyen nous cefferions de payer cette
drogue jufqu'à fix francs la livre, pour
la renvoyer enfuite à grands frais, &
avec beaucoup d'inconvéniens, dans les
licux de fon origine (1).
L'aloès eft purgarif, ftomachique CXccllent, difcufif, antipurride,vermifage
à un très-haut degré, Il n'y a point de
remède plus employé en médecine, &
qui mérite plus de T'être, fur-tout dans
les Colonics, oh, par les chaleurs excef
fives & les tranfpirations continuelles 2
la fibre eft prefque toujours au deffous
du ton qu'elle doit avoir. Quoique je
(1)1 en eft ainfi des préparations dansleiquellesentrent
ou peuvent entrer la rofe & I'ceillet çui fe trouvent dans
plufieurs de nos Colonies &c notamment aux iles de France
& de Bourbon, où prefque toutes les haies quibordent)
les chemins font faites d'une efpèce de ces mêmes rofiers
employés en médecine.
faffe --- Page 209 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 193
faffe grand cas & grand ufage de l'aloès;
je ne l'emploie jamais comme purgatif;
mais dans le traitement des maladies
chroniques,il entre dans prefque toutes
mes formules, principalement pour les
femmes, les enfans, & fur-tout pour les
Negres, dont les humeurs font toujours
dans un état de dépravation tendant à la
putridité, & particulièrement aux maladies vermineufes, tant par l'infipiditéde
leur nourriture, & fon peu d'élaboration 2 que par plufieurs autres caufes
dont le détail feroit ici déplacé.
Je me permettrai feulement d'obferver que dans toutes nos Colonies & fur
toutes les habitations, , je confeillois 2
comne antivermineux, de donner tous
les matins à chaque Négrillon une cuillerée de tafia, dans lequel on avoit dif
fous un gros d'aloès par pinte, & que
par-tout où l'on a fuivi exagement cette'
méthode, on a eu la fatisfaction de prévenir ou au moins de diminuer confidé
rablement leurs maladies.
N
ai feulement d'obferver que dans toutes nos Colonies & fur
toutes les habitations, , je confeillois 2
comne antivermineux, de donner tous
les matins à chaque Négrillon une cuillerée de tafia, dans lequel on avoit dif
fous un gros d'aloès par pinte, & que
par-tout où l'on a fuivi exagement cette'
méthode, on a eu la fatisfaction de prévenir ou au moins de diminuer confidé
rablement leurs maladies.
N --- Page 210 ---
M A L A D I E S
Le calebalfier eft un grand arbré qui
croit également en Afie, en Afrique &
La
des habitans
en Amérique.
plupart
de ces trois parties du monde regardent
la pulpe de fon fruit comme une panacée pour un grand nombre de maladies,
& principalement pour celles de la poitrine.
La liqueur contenue dans la calebaffe -
s'adminiftre., de diverfes manières ; mais
de toutes Ces préparations, celle qui eft
le plus en ufage eftle frop. La calebafle
eft apéritive à un affez haut degré : elle
convient aux tempéramens mous, pituiteux; mais elle réufit rarement, malgré
qu'on ne Padmifa répcitation 7 parce
niftre le plus fouvent que dans la fuppuration des poumons, 8 fur-tout dans
la; pulmonie.
n'en feL'expérience a prouvé qu'il
roit pas de même, fi les malades faifoicnt ufage de'ce remède dès que la
poitrine commence à s'affecter, avant
lafièvre ne - devienne Jente,& furquc --- Page 211 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 195
tout avant que la fueur nocturne & le
dévoiement colliquatifne furviennent.
Toutes les efpèces de fauges croiffent
dans les pays chauds, &c quoiqu'elles diffèrent par la forme & la couleur de leurs
feuilles, fuivant la diverlité du fol & des
degrés de chaleur, leurs fleurs font toutes reffemblantes entre elles; cependant
à raifon de ces diverfités, clles font plus
Ou moins odorantes, & auffi plus ou
moins cordiales.
L'épine jaune croit dans tous les pays
chauds; elle a des racines aflezgroffes, &
qui font apéritives à un haut degré,
Quoiquele mais vienne dans les quatre
partics du monde, il n'en eft pas moins
propre dans les climats chauds, àadoucir
Pâcreté des humeurs. Il devient diurétique, apéritif excellent.
Toutes les efpèces de ronces viennent
également dans tous les pays : l'acide de
leurs fruits & de leurs feuilles eft affez
développé pour rougir par-tout le papier bleu : auffi font-elles aftringentes
Nij
,
Quoiquele mais vienne dans les quatre
partics du monde, il n'en eft pas moins
propre dans les climats chauds, àadoucir
Pâcreté des humeurs. Il devient diurétique, apéritif excellent.
Toutes les efpèces de ronces viennent
également dans tous les pays : l'acide de
leurs fruits & de leurs feuilles eft affez
développé pour rougir par-tout le papier bleu : auffi font-elles aftringentes
Nij --- Page 212 ---
M A L A DII E S
dans les quatre partics du monde. On
prépare des firops excellens avec leurs
fruits : leurs feuilles entrent dans les sgargarifmes; &, appliquées fur les vieux
ulcères, elles font mondificatives.
Le grénadier domeflique, le grenadier
Fauvage, comme le grenadiernain d'Ame
viennent dans toutesles Colonies:
rigue, ils fonti indigènes ou naturalifés ; auffi
eit-ilinutile y
pour ces poffeffions de faire
venir du Levant les fleurs doubles-du
grenadier, fous le nom de balauftes.
Le fuc de grenade contient un acide
fugace, comme celui d'orange, de grofeille, d'épine-vinette & autres de ce
Il convient dans prefque toutes
genre. les maladies aigués. Son premier effet eft
de calmer la chaleur de la bouche & de
l'eftomac. Ilfe combine avecles matières
alkalefcentes & fiulphureufes ; il en empêche même le développement, & les
rend mifcibles à nos humeurs.
Lorfque ces fruits font en parfaite mawteaaalaras --- Page 213 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 197
de leur huile fur-tout, eft parfaite : ils
rafraichiffent, tempèrent, calment, &
s'oppofent âla putréfadtion : auffi le plus
fouvent les malades les defirent-ils avec
pafion.Jen'sijamais compris pourquoi,
dans ces circonflances, quelques Médecins préférent les acides minéraux, qui
neremplifentpaslesn mamesindications,
parce qu'ils ne font qu'acides étendus
d'eau, privés de mucilage, & qui font
plus convenables dans les cas d'hémorrhagie 7. où l'on a befoin d'une forte.
aftridion.
Engénéral,les fruits conviennent aux
tempéramens gras & pituiteux, auix perfonnes qui ont des rapports alkalins,
chez lefquelles les urines fe corrompent
promptement, & dont les matières fercorales ont beaucoup d'odeur. Les petits
enfans les aiment beancoup,a ainfi quelos.
acerbes.parce queleurs fibres molles ont
befoin d'être animées.
On fe fert quclquefois auffi des acides
végétauxà àlextérieur, lorfq ue la chaleur
N 111
tempéramens gras & pituiteux, auix perfonnes qui ont des rapports alkalins,
chez lefquelles les urines fe corrompent
promptement, & dont les matières fercorales ont beaucoup d'odeur. Les petits
enfans les aiment beancoup,a ainfi quelos.
acerbes.parce queleurs fibres molles ont
befoin d'être animées.
On fe fert quclquefois auffi des acides
végétauxà àlextérieur, lorfq ue la chaleur
N 111 --- Page 214 ---
M A L AI D I E S
de la partie malade eft trop confidérable.
En la tempérant, ils facilitent la réfolution; mais il faut s'en fervir avec prudence, fans quoi ils deviendroientrépercuflifs.
Lafeur du grenadier& fon écorce font"
afringentes : clles font l'une & l'autre
d'un grand ufage en médecine.
Le gouyavier eft un arbre qui vient
également en Afie, en Afrique & en
Amérique. Son fruit a de Pafrieion 1 2
quoiqu'il foit d'un goit agréable & trèsmucilagineux. On en prépare des gelées
qui valent la conferve de cynorrhodon.
Toutesles; parties de cet arbre fontaflringentes, principalement fes flcurs & fon
fruit. On en peut préparer un firop aufli
bon que celui d'églantier, & qui lui
fera même préferable dans les climats
chauds.
Toutes les poffeffions des Européens
dans ces trois parties du monde, fourniffent des efpèces de quinguina, appelé
par les Elpagnols, palo de calenturas 2 --- Page 215 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 199
(bois des fièvres). A Saint-Domingue,
on en connoit quatre efpèces: : savoir, le
quinquina, arbriffeau appelé par les -
naturels oulikaéra ; enfuite le quinquina
des montagnes; puis le petit quinquina;
enfin, le faux quinquina queles naturels
nomment ouletouhou.
Ilen eftainfi du quafia, ou bois amer,
découvert à Surinam, il y a environ 20
ans, par le Nègre Quafi. C'eft la racine
d'une efpèce de quinquina, quife trouve
auffi à la Guiane, & même dans nos iles
de l'archipel de l'Amérique.
Elleimprime furlalangucle fentiment
d'une forte amertume. L'extraglion de
fes principes doit être faite à froid. Chaque once de ce bois contient environ 40
gosinsdestmaitfironneus, f exceflivement
amer.
Le quaffia eft tonique à un très-haut
degré,ftomachique excellent;@equoique
P'amertume ne foit pas unie au principe
aftringent dans le quaflia, comme elle
l'eft dans Fécorce du Pérou, quelques.
Niv
fentiment
d'une forte amertume. L'extraglion de
fes principes doit être faite à froid. Chaque once de ce bois contient environ 40
gosinsdestmaitfironneus, f exceflivement
amer.
Le quaffia eft tonique à un très-haut
degré,ftomachique excellent;@equoique
P'amertume ne foit pas unie au principe
aftringent dans le quaflia, comme elle
l'eft dans Fécorce du Pérou, quelques.
Niv --- Page 216 ---
M A L A D I E S
Praticiens (1)le regardent comme meilleur fébrifuge. Ils l'emploient non-feulement dans le traitement des fièvres intermittentes, mais encore dans celui des
fièvres continues. Les Médecins - Chimiftesfe fervirontdanslafuite,des fleurs,
des feuilles & de toutes les autres parties
du quaffia, qui ont plus ou moins de
propriétés, en raifon de la diverfité des
lieux.
A la Guadeloupe & à la Martinique,
on s'eftfervi avec fuccès de l'écorce d'un
arbre, nommé dans ces Colonies quinquina - piton. M. Badier, voyer & habitantde la Guadeloupe, envoya àl M.MalJet, Médecin de la Faculté de Paris, une
branche, des feuilles, des fieurs, quelquies fruits, avec une certaine quantité
de l'écorce de cet arbre; & d'après l'examen, l'analyfe & les applications qui en
ont été faits, il réfulte I°, que le
quina piton a les mêmes caraétères
Rder
(r) Voyez la thèfe que foutint fur ce bois M. Bloom,
à Uplal, en 1763. --- Page 217 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 20I
niques que celui du Pérou ; 2°.que fon
écorce contient un principe favonneux
amer, très-abondant, très-bien combiné
& entièrement foluble dans leau froide;
3o.qu'ila a la propriété fébrifuge du quinquina du Pérou (1).
Toutes ces efpèces de quinquina ont
des propriétés marquées. On les emploie
avec fuccès principalement fur les lieux
mêmes ; mais l'écorce du Pérou bien
choifie m'ayant mieux réuffi,jelui idonne
la préférence; 8, comme dans ces climats 2 fil'on manquoit l'inftant d'adminiftrer ce remède, on ne le retrouveroit
plus, & que le Médecin doit toujours
faifir avec empreffement l'occafion de
changer en mieux l'état d'un malade, il
(1) Ce travail eft configné dans 1117 mémoire de
M. Maller,lu à la feancepublique dela facul:é daParis,
pour l'année 1778. Les obfervations de pratique qui s'y
trouvent, eppartiernent à ce Médecin. CefM. Defcemet
quis'eft occupé del'examen botanique, 8l'analyfe chimique en a été faite par M. de la Pianche, tous trois de
la même faculté,
'un malade, il
(1) Ce travail eft configné dans 1117 mémoire de
M. Maller,lu à la feancepublique dela facul:é daParis,
pour l'année 1778. Les obfervations de pratique qui s'y
trouvent, eppartiernent à ce Médecin. CefM. Defcemet
quis'eft occupé del'examen botanique, 8l'analyfe chimique en a été faite par M. de la Pianche, tous trois de
la même faculté, --- Page 218 ---
M A L A DI E S
ne doit fe fervir dcs différens quinquina
dont je viens de parler, que lorfque l'écorce précieufe du Pérou, de première
qualité, lui manquera.
J'obferverai que lorfque ces amers feront adminiitrés 2n poudre, il eft effentiel de les rendre auffi impalpables que
l'amidon & le tabac d'Efpagne. L'expérience m'a démontré qu'a ce degré de
divifion, un demi-gros produit autant
d'effet qu'un gros de poudre ordinaire de
lamême fubfianes.C'ef.M.delaPlanchefM.delaPlanche,
Apothicaire à Paris, qui m'a fourni le
quinquina à ce degré de perfedtion.
Toutes les efpèces de ciironnier viennent également en Afie, en Afrique &
dans tout l'archipel de l'Amérique. Ils
y font plus beaux que dans les pays méridionaux del l'Europe :leurs fleurs, leurs
fruits, leurs feuilles, leurs écorces, leurs
femences, & toutes les partiesdel'arbre,
contiennent plus de fels volatils ; leurs
principes étant plus parfaitement combinés, ils ont auffi plus de propriétés. --- Page 219 ---
DES. CLIMATS CHAUDS. 203
L'acide de leurs fruits eftinfiniment plus
agréable au goût; leurs femences contiennent plus d'huile; leur amertume ell
plusmarquée.! N.Dofpones-.furemins,
page 48 de fon : volume, que l'écorce
ducitronnier pulrerif@eluiamieux créuffi
quele quinquina, dans le traitementdes
fibvresintermittentes.L'écorceducitronnier eft effedtivement très-cordiale, trèsfiomachique; &, dans celles des fièvres
intermittentes, ou, pour difliper Phumeur fibrile, & procurer de bonnes digeflions, il ne faut qu'augmenter le ton
&le reffort de l'efomac & des inteflins,
l'écorce du citronnier peut très-bien
valoir le quinquina, remède précicux,
je le répète, & d'un fi grand ufage dans
ces trois parties du monde, que Poa eft
fouvent obligé de l'adminiftrer dans les
fièvres continues; tant la fibre a befoin
d'ètre remontée dans ces climats.
Les trois efpèces de mangle ou paletuviers, font très-multiplices en Afe, en
Afrique, & principalement dans toutes
,
l'écorce du citronnier peut très-bien
valoir le quinquina, remède précicux,
je le répète, & d'un fi grand ufage dans
ces trois parties du monde, que Poa eft
fouvent obligé de l'adminiftrer dans les
fièvres continues; tant la fibre a befoin
d'ètre remontée dans ces climats.
Les trois efpèces de mangle ou paletuviers, font très-multiplices en Afe, en
Afrique, & principalement dans toutes --- Page 220 ---
M A L A D I E S
les fles de I'Amérique, ils croiffent fur
tous les bords de la mer, dans la mer
même, & fur les hauts fonds, pour peu
qu'ils découvrent à marée balfe.
Les feuilles de ces arbres, leurs fleurs,
leurs fruits & leurs écorces ontbeaucoup
d'amertume, & font fouvent employés
comme febrifuges. Quelques Médecins,
dur nombre defquels seft M.I Defportes (1),
affurent que Pécorce de mangle eft conforme à celle du Pérou : ils emploient
également avec fuccès l'écorce de l'épineux-jaune, qui, quoique plus rare, fe
trouve dans toutes nos Colonies.
Parmile grandnombrede réfolutifs que
fournifient ces trois parties du monde,
je n'en connois point de meilleur & de
plus commun, que la racine de manioc
fnichementrapée, dont les colons tirent
un fi grand parti pour la nourriture de
Jeurs Nègres, & qui leur devient $ funefle, lorfqu'iis le mangent crud (1),
(:) Voyez page 48 de fon troifième volume.
(:) Cet accidentn'arrive ordinairement qu'aux Nègres --- Page 221 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 205
le fuc laiteux, âcre & délétère contenu
dans fon parenchyme, étant un véritable
poifon.
nouvellement arrivés de la traite, & à ceux qui aiment
le goût de cette racine.
Une demi-heure ou trois-quarts d'heure après en avoir
mangé,ilstombent fans connoiffance,les: foibleffes deviennent fréquentes,la peau froide, le pouls s'échappe fous
les doigts, le vifage s'altère : viennent enfuite les fueurs
froides & les convulfions, d'abord dans les mufcles de
la face, puis de l'eftomac, & de proche en proche ceux
des extrémités fe contraétent avec violence. Ces malheureux écument comme dans les fortes attaques d'épilepfie,
& effrayent à tel point, que l'on trouve peu de perfonnes
qui puiffent refter auprès d'eux.
Quoique cet état affreux finifle ordinairement parla
mort ,Jai eu le bonheur de fauver tous ceux pour qui
j'ai été appelé dansles deux premières heures de cet accident, en leur faifant avaler dans les intervalles des convulfions, d'abord des folutions alkalines, & enfuite des
mucilagineux, comme à ceux qui ont eu l'imprudence de
manger le fruit du grand médecinier.
La première fois que j'ai eu occafion d'employer cette
méthode pour détruire les funeftes effets du manioc,
a été à Saint-Domingue pour un très-beau Negre nommé
Antoine, de l'habitation d'Aux du quartier Morin. Il eut
près de huit heures de convulfions, qui par ce moyen
diminuèrent peu à peu, & ilfe trouva guéri.
M. Giboin, Chirurgien-Major del la marine de Rochegort, fe trouvoit alors fur çette habitation, où je l'avois
cette
méthode pour détruire les funeftes effets du manioc,
a été à Saint-Domingue pour un très-beau Negre nommé
Antoine, de l'habitation d'Aux du quartier Morin. Il eut
près de huit heures de convulfions, qui par ce moyen
diminuèrent peu à peu, & ilfe trouva guéri.
M. Giboin, Chirurgien-Major del la marine de Rochegort, fe trouvoit alors fur çette habitation, où je l'avois --- Page 222 ---
M A L A DI E S
P Une fois quc le fuc a été enlevé par
Texpreffion, le marc exprimé & lavé, fe
prépare en gâteaux ou caffave & en farine:lefenacheved'endiffperles parties
volatiles àcres, de manière qu'ilne refte
abfolument que la partie nutritive que
l'on mange fans le moindre danger; le
fuc lui-même perd par Pébullition, fes
qualités malfaifantes; & fon réfidu bien
lavé eft une fubftance nutritive trèsblanche, à laquelle on a donné le nom
de fecule (1)- Elle eft propre à faire des
appelé en confultation pour M. de Suzanet, un de fes
Officiers fapérieurs, attaqué d'ane fievre maligne, qui,
à cetté époque,fe trouvoit fans connoiffance, & que
nous mimes en état de repaffer en France : M. Giboin
m'a dit plufieurs fois ccmbien la guérifon du Negre
Antoine lui avoit paru fu prenante. Ce fut la folution
du fel d'abfinthe fait à la maniere de Tachénius que
j'employai d: préférence à t-utautre fel fimple, comme
tres-favouneux;il en pit4 gros dans deux pintes, d'eau
en 5 heures de temps. il eiti incroyable que M. Defportes
confeille à la fois en parcille ci conftance l'orviétan 1 la
thériaque, le mithrida:e, les potions fudorifiques > la
faigrée & les bains. Vide page 218 du de fong" volume.
(1) C'eft ainfi que l'on prépare dans nos pharmacies
les racines âcres d'anum ou pied de veau, de bryone --- Page 223 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 207
bifcuits excellens & diverfes boiffons, en
y ajoutant du fucre ou du firop, & même
quelquefois du fel ou du piment, fuivant
les gouts, les coutumes, & les befoins
des naturels de ces différens pays.
Lenremideanagifantpan diredtement
furtel ou tel vifcère, il ne peuty en avoir
qui fortifient les poumons d'une manière
particulière. Ainfi, les béchiques ou expe@torans, qué les Anciens nommoient
thorachiques, feront. Ies adouciffans, les
mucilagineux, les délayans, les relàchans, les tempérans, les calmans, les
incraffans, les incififs, & même quelquefois les vomitifs & les flernutatoires,
fuivant la nature de la maladie, & la diverlité des tempéramens (1)-
& autres de ce genre, defquelles on retire une fécule
qui devient très-douce par la préparation, & qu'on
employe en médecine comme adouciflant.
(:) C'eft principalement dans le traitement des maladieschroniques des poumons quele médecin doit apporter la plus grande attention aux qualirés de l'air que les
malades doivent refpirer.
Les exemples de guérifons dans ce cas par le feul aban-
adie, & la diverlité des tempéramens (1)-
& autres de ce genre, defquelles on retire une fécule
qui devient très-douce par la préparation, & qu'on
employe en médecine comme adouciflant.
(:) C'eft principalement dans le traitement des maladieschroniques des poumons quele médecin doit apporter la plus grande attention aux qualirés de l'air que les
malades doivent refpirer.
Les exemples de guérifons dans ce cas par le feul aban- --- Page 224 ---
M A L A D I 2 E S
Dansles différentes affections des poumons, ileft fouvent néceffaire de calmer
la toux; ; mais il eft auffi quelquefois indifpenfable de Pexciter : c'eft pourquoi
Tapplication de ces différens moyens ne
peut être déterminée qu'en traitant chaquemaladie de cet organe en particulier;
ce qui démontie en même temps limpoflibilité de faire une claffe de remèdes
béchiques.Nous nous contenterons d'indiquer ici les fubftances adouciffantes
qu'on emploie dans les affeétions de poitrine, & qui fe trouvent également en
Afie, en Afrique 8 en Amérique.
Quoique la réputation de ces fubftances foit différente, ellesontlesmnémes
principes; ; & la pratique de médecine
don des villes, & le féour des campagnes bien fituées,
font fi multipliés dans toutes les parties du monde, que
je mc difpenferai d'en rapporter aucun.
Le choix de l'appartement du malade dans le traitement des aigués eft également trop négligé, ainfi que
l'exercice modéré tant à pied qu'à cheval, pour prévenir les unes 8x les autres de CCS maladies, & fur-tout la
phthific,
les --- Page 225 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 209
a pronve qu'elles produifent, auffi, toutes
lés mêmes effets.
Dans ces trois parties du monde, 2 il
n'en eft point de plus multipliées que le
gombo (efpèce de ketmia). Ses fleurs,
fes fruits &c fes feuilles font très-adouciffans : ils font fouvent employés en
tifanes & en cataplafmes. Toutes les
parties du gombo entrent dans les ragoits des naturels de'ces différens pays; ;
& les Créoles, comme les Européens 5
trouvent dans le fruit de cet arbufte un
aliment excellent. On ne fauroit trop
recommander aux arrivans d'Europed'en
faire ufage, pour prévenir les maladies
inflammatoires, qu'il leur eft fi difficile
d'éviter.
On trouve dans toutes ces contrées
des efpèces de capillaires auffi adouciffans que celui du Canada: on en prépare
des firops, des potions & des tifanes
d'un grand ufage dans les maladies de
poitrine,
La réglife vient également dans les
O
un
aliment excellent. On ne fauroit trop
recommander aux arrivans d'Europed'en
faire ufage, pour prévenir les maladies
inflammatoires, qu'il leur eft fi difficile
d'éviter.
On trouve dans toutes ces contrées
des efpèces de capillaires auffi adouciffans que celui du Canada: on en prépare
des firops, des potions & des tifanes
d'un grand ufage dans les maladies de
poitrine,
La réglife vient également dans les
O --- Page 226 ---
M A L A D I E S
quatre parties du monde;elle entre dans E.
un grand nombre de tifanes. On en
prépare des extraits (1) & pâtes, trèsemployés dans les affeétions de poitrine;
& dans ces climats, les principes de la
régliffe y étant plus élaborés, elle y eft
auffi plus douce, & préférable à celle
d'Europe.
Toutesleselpeces decorosniercroifient
égalementen.Afie, en Afrique,&g généralement dans tous les pays fitués entre les
tropiques. Autant les produits de ces
arbres font utiles à nos manufadures,antant dans ces climats leurs feuilles,leurs
bourgeons & leurs fleurs font précieux en
médecine, dans tous les cas oû l'on emploie avec fuccès en Europelaguimauve
(*) Le fuc de régliffe qui fe diftribue danslecommerce
& qui pour la plus grande partie vient d'Efpagne, eft
très-mauvais & devroit être proferit de la médecine.
M. de la Planche, Maitre en Pharmacie de Paris, a
démontré de la manière la plus frappante que ces fortes
d'extraits contiennent beaucoup de parties de cuivre à
nud, & qu'ils font à demi-brulés,
Voyez Journal de Médecine, Janvier 178j.. --- Page 227 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 21I
&lagrandeconfoude.Lesflcursde.Lesfeursdecoronnier fur-tout contiennent un fuc onctueux & balfamique 2 très-c convenable
dans les premiers temps des Aluxions de
poirrine.
Quoique j'aie déja parlé du fromager
& de fes qualités adouciffantes, j'obferverai ici que fes fleurs, fes fruits, fes
fommités & fes feuilles, ayant les mêmes
principes & le même mucilage que les
feurs & les bourgeons du cotonnier,Fai
employé indifféremment, dans la pratique de médecine, 2 celui des deux qui
étoit le plus à ma portée, & que Fen ai
obtenu les mêmes effets.
Il en eft ainfi dufsunchipanier, fi commun dans toutes les Antilles, & plus
rare aux iles de France & de Bourbon,
ainfi que dans' nos autres établiffernens.
La feur de cet arbre plait aux veux par
le brillant & la vivacité de fes coulcurs;
par la fuavité de fon parfum, elle eft
très-agréable à l'odorat, & par fon fuc
onétueux & aromatique, très-utile dans
Oij
ets.
Il en eft ainfi dufsunchipanier, fi commun dans toutes les Antilles, & plus
rare aux iles de France & de Bourbon,
ainfi que dans' nos autres établiffernens.
La feur de cet arbre plait aux veux par
le brillant & la vivacité de fes coulcurs;
par la fuavité de fon parfum, elle eft
très-agréable à l'odorat, & par fon fuc
onétueux & aromatique, très-utile dans
Oij --- Page 228 ---
M A L A D I 1e E S
le plus grand nombre des maladies de
poitrine.
L'acajou vient également en Afie, ent
Afrique & en Amérique. La chair de fon
fruit bien mûr eft rafraichiffante & aftringenté. Il tranffude de cet arbre une
gomme qui a une petité teinte rouge,
fans odcur, mucilagineufe & adouciffante comme les gommes adraganth &
arabique, & qu'on peut empioyer en
médecine dans les mêmes circonftances,
Le monbain ou prunier des Antilles,
fe trouve également dans nos autres Colonies. Il vient par - tout de bouture.
Lorfque fon fruit eft à parfaite maturité,
ileftrafaichifantée cependantafiringent
comme la pomme d'acajou. On fait de
lun & de l'autre des marmeladès excellentes, très-convenables dans les dévoiecelles
font
mens, particulièrement
qui
préparées avecle fruitdu monbain. Il découle auffi de cet arbre une gomme d'un
jaune clair, très - tranfparente a > mucilagineufe & adouciflante comme les gomy --- Page 229 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 213
mes adraganth, arabique & d'acajou, &
ayantles mêmes propriétés eni médecine.
La canne à fucre, 2 fi précieufe à nos
manufactures, ne l'eft pas moins en médecine. Elle croit en Afie, en Afrique
& en Amérique. Fraichement coupée,
fon fuc eft doux, nourriffant, & un des
meilleurs balfamiques qu'on puiffe employer dans toutes les boiffons adouciffantes. Avec ce rofeau feul, on prépare
une tifane pedoraletres-convenable dans
les premiers jours du traitement de
toutes les maladies de poitrine. Enfuite,
fuivant leurs temps,leurs périodes & les
différens tempéramens des malades, on
y ajoute les acides ou autres remèdes
propres à atténuer & divifer:en un mot,
de fuc de la canne à fucre adoucit lcs
fubftances âcres, émouffe Ics acides 2
rend les acerbes plus doux, & mérite fa
réputation : la bonne fanté des Negres
marons qui ne vivent que de cannes, en
eft.une preuve convaincante.
Quoique la mouche à miel foit plus
Qiii
ades, on
y ajoute les acides ou autres remèdes
propres à atténuer & divifer:en un mot,
de fuc de la canne à fucre adoucit lcs
fubftances âcres, émouffe Ics acides 2
rend les acerbes plus doux, & mérite fa
réputation : la bonne fanté des Negres
marons qui ne vivent que de cannes, en
eft.une preuve convaincante.
Quoique la mouche à miel foit plus
Qiii --- Page 230 ---
M A L A DI E S
ou moins commune en Afe,en. Afrique
& en Amérique, cet infelte admirable
fe trouve dans toutes nos Colonies ; &
comme la douceur & les autres qualités
du mielfontrelativ esàl'efpècede plantes
fur lefquelles l'abeille récolte 3 les principes des fleurs étant plus élaborés, plus
atténués dans tousles pays méridionaux,
le mielya a plus de goût, plus de parfum
qu'en Enrope; ; fes propriétés font plus
analogues aux befbins de leurs habitans , plus convenables dans le traitement de. leurs maladies, & fur-tout de
celles de la poirrine. Cesmiels enfin divifent Phumeur bronchiale, adouciffent &
facilitent plus ou moins l'expe@toration,
en raifon de la plus ou moins grande
quantité de particules aftives dont ils
fent chargés.
Les mucilagineux font fi communs en
Afie, ( en Afrique & en Amérique, qu'il
n'ya pas une habitation dans toutes ces
parties du monde s où l'on ne trouve
toutelannée des femences de melons, de --- Page 231 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 215
eitrouilles, de courges & de concombres.
Toutes les efpèces de chacune de ces
fubftances' y font même fi multipliéés 7
qu'il n'y a pas un feul Nègre qui n'en
ait dans fon jardin (1), fur-tout la citrouille, qui fournit un aliment tempérant & adouciffant.
Dans ces climats brilans, le melon
d'eau y ett excellent; & dans les maladies aigués, un morceau de la chair de
ce fruit fait plaifir au malade; en tempérant fa chaleur, en modérant fa foif,
il lui laiffe un goût agréable.
Dans tous les cas oùi la fibre eft trop
tendue, où ily a érétifme, chaleur, oiz
les humeurs fontâcres, il faut, pour hàter la réfolution, diminuer l'action des
folides, calmer & adoucir. On écrafera
lafemence de la première de ces fubftances qu'on trouvera, avec une fuffifante quantité d'eau &c de fucre: les ma-
(1) Morceau de terre oùt il cultive fes alimens, doa
il vend le fuperfu, le Dimanche, lorfqu'il en a,
Oiy
me, chaleur, oiz
les humeurs fontâcres, il faut, pour hàter la réfolution, diminuer l'action des
folides, calmer & adoucir. On écrafera
lafemence de la première de ces fubftances qu'on trouvera, avec une fuffifante quantité d'eau &c de fucre: les ma-
(1) Morceau de terre oùt il cultive fes alimens, doa
il vend le fuperfu, le Dimanche, lorfqu'il en a,
Oiy --- Page 232 ---
M A L 1 A DI I E S
lades fe trouvent très-bien de cette boif
fon, qui doit être variée fuivant leurs
befoins & leur goût.
On obtiendra le même effet avec les
adouciffans tirés des graminées, fi multipliées dans ces trois parties du monde,
& dontle mucilage eft préférable à celui
des femences dont je viens de parler,
dans le traitementde plufieurs maladies,
telles que la diarrhée, la dyfenterie, les
affedtions de poitrine & les épuifemens,
dans lefquelles, en émouffant les âcres, 2
il faut en même temps donner de la confiftance aux humeurs & foutenir les malades. Le favant Hippocrate n'ordonnoit
que de la tifane d'orge dans le traitement
des maladies aiguès.
a
Les mucilagineux tirés des graminées
non: fermentées (1)font d'un grand ufage
àl l'extérieur, pour ramollir, tempérer &
adoucir dans les flegmons. Ces fubftances
confervent long-temps leur humidité;
(*) La fermentation en détruit le mucilage, --- Page 233 ---
DES CLIMATS CHAUDS 217
auffi n'efl-ce qu'èn relâchant qu'elles deviennentréfolutives.
Dans ces brûlantes contrées, un trop
Jongulagedes mucilagineux & des adouciffans diminue encore le ton de la fibre;
ils lâchent même quelquefois l'eftomac
au point qu'il ne fe fait plus que des digeltions imparfaites; & la dépravation
du chyle, qui en eft la fuite néceffaire 2
caufe alors des défordres irréparables -
dans toute l'économie animale, fur-tout
chez les femmes & les enfans.
Dans lesaffedtions de poitrine méme,
les mucilagineux font contre-indiqués
toutes les fois que le poumon eft humide, & que la maladie dépend plutôt
de la congeftion des fluides, que de l'irritation & de la contraction des folides;
en un mot, le relâchement qu'ils produifent jette quelquefois les malades,
fur-tout les Nègres, dans un épuifement
qui les conduit au tombeau.
Le froment qui ne fe cultive que dans
quelques-unes de nos Colonies, telles
me,
les mucilagineux font contre-indiqués
toutes les fois que le poumon eft humide, & que la maladie dépend plutôt
de la congeftion des fluides, que de l'irritation & de la contraction des folides;
en un mot, le relâchement qu'ils produifent jette quelquefois les malades,
fur-tout les Nègres, dans un épuifement
qui les conduit au tombeau.
Le froment qui ne fe cultive que dans
quelques-unes de nos Colonies, telles --- Page 234 ---
M A L A D:I E S
que lesiles de France & de Bourbon (1),
viendroit également dans'les montagnes
des Antilles, dans celles fur-tout qui
font les plus éloignées de léquateur;
mais par-tout les habitans récoltentdeux
fois par an le bled de Turquie ou mais s
ainfi que toutes les efpèces de mil (2)
ou millet, qui contiennent beaucoup
de mucilage, &qui font affez multipliées
dans toutes nos poffeffions pour faire,
avecle manioc, la nourriture des Nègres.
Les terres font employées à la culture
des denrées coloniales, dont le produit
en argent eft f différent de celui que
rapporteroit la culture du froment, que
T'habitant gagnera toujours à faire venir
fes farines d'Eitrope. Le riz & toutes les
cfpécesdegramen font fi multipliés dans
toutes ces contrées, que pour manquer
de mucilagineux, il faudroitignorer que
(1) Situées entrele21 &le 22 degrés de latitude méridionale & prefque fous le Tropique du Capricorne.
(2) A la Guyane le mil fe récolte deux mois après
qu'il eftfemé, --- Page 235 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 219
les principes adoucifàns de ces diverfes
fubftances fefuppléent réciproquement,.
& produifent les mêmes effets en médecine, fuivant lamanière dont on faitlextraction de ces principes
I En parlant des femences mucilagineufes, jai obfervé que la chair du melon d'eau convient dans les fièvres ardentes; ; & à l'article du citronnier & du
grenadier, on a vu combien les acides
végétaux font précieux dans les fèvres
putrides & malignes. Toutes les efpèces
d'ofeilles font très-multipliées dans ces
trois parties du monde.
Le ceriferde l'Amérique vient également dans toutes les Antilles. Son fruit
contient trois femences ailées : l'acide
de ce fruit eft très -2 agréable & très-rafraichifiant, fur-tout en tifane & en compote.
Indépendamment des diverfes fubf
(1) Lorfque CCS fubftances font sèches, les principes
extractifs de leurs écorces font aftringens,
d'ofeilles font très-multipliées dans ces
trois parties du monde.
Le ceriferde l'Amérique vient également dans toutes les Antilles. Son fruit
contient trois femences ailées : l'acide
de ce fruit eft très -2 agréable & très-rafraichifiant, fur-tout en tifane & en compote.
Indépendamment des diverfes fubf
(1) Lorfque CCS fubftances font sèches, les principes
extractifs de leurs écorces font aftringens, --- Page 236 ---
M A L A D I E S
tancesemployéesenmédecine defquelles
j'ai parlé, il y en a une infinité d'autres
dans toutes nos poffeffions, qu'on peut
leur fubftituer, telles que les abfinthes
bâtardes, l'aouara ou chou palmifte l'amourette blanche épineufe, le balifier ou
gingembre bàtard, le bois d'anifeue, le
bois-chandelle, le bois laiteux, 9 l'arapabaca ou brainvilliers, le canelier plus ou
moins aromatique, fuivant la nature du
pays, la chélidoine; les crelfons de /avane,qui font des efpècesde cardamine,
Ics épinards fauvages, les gommiers, 5 les
guimauves, 2 Pherbe à plomb, efpèce de
ronce, T'hy/ope de T'Amérique ou millegraines, ,les jafmins, Ficaquier, la langue
de bouf, les lis de l'Amérique, la' morelle appelée laman à Saint-Domingue,
le nénuphar, Porie, le papayer, les patates, les pimens 2 le myrthe ou laurier
cromatique, le pourpier, la raquene, le
fapotlilier (aux Antilles feulement), les
Jarienes, le fimarouba, le thé, les verveines par-tout très-multiplices, & une --- Page 237 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 22E
infinité d'autres dont l'énumération feroit inutile ici.
On trouve encore dans nos poffeffions un grand nombre d'arbres & d'arbuftes dont les fleurs & les feuilles font
employées comme béchiques ; mais
comme ces fubftances font particulières
à quelques Colonies,& que leurs propriétés font moins marquées que celles
dontjai parlé,je me difpenferai de les
placer dans ces généralités.
J'en excepte l'immortel, appelé par
quelques-uns arbre de feus parce que fes
fleurs en ont à-peu-près la couleur :
elles naiffent avant fcs feuilles; leur fuc
eft très-onétueux & aromatique. On en
prépare un firop excellent,t: très-employé
dans les affections de poitrine. Cetarbre
eft très-commun à Saint-Domingue : on
en * trouve, peu dans nos autres Colonies.
On trouvera encore plufieurs autres
fubftances dans le troifième volume de
M. Poupée Defportes, 2 fur-tout dans fes
formules, malheureufement fi furchar-
iffent avant fcs feuilles; leur fuc
eft très-onétueux & aromatique. On en
prépare un firop excellent,t: très-employé
dans les affections de poitrine. Cetarbre
eft très-commun à Saint-Domingue : on
en * trouve, peu dans nos autres Colonies.
On trouvera encore plufieurs autres
fubftances dans le troifième volume de
M. Poupée Defportes, 2 fur-tout dans fes
formules, malheureufement fi furchar- --- Page 238 ---
M A L A D I E S
gées, qu'il feroit fouvent difficile, pour
ne pas dire impoffible, de les exécuter $
par les courfes & les recherches qu'elles
exigeroient.
Comme l'Ouvrage de M. Defportes a
de la réputation, & qu'il eft répandu
dans toutes nos Colonies, je me crois
obligé de prémunir les jeunes Médecins
contre fes ordonnances, dont je vais rapporger ici mot à mot quelques - unes 2
telles que fa zifane apéritive mineure
(page 87 de fon 3 e volume) ) & fa tifane
majeure apéritive.
Tifane apéritive mineure.
>> Prenez des racines de chicorée fau-
>5 vage, d'herbe à bled, d'herbe à clo-
>> ques, de verveine blanche, des écor-
>> ces de citronnier & de tamarin 5 de
>5 chacune une once; de l'anis, un gros.
>> Faites-les bouillir dans fix chopines
5 d'eau, jufqu'à diminution du tiers.
>5 Mettez dans la colature deux gros de --- Page 239 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 223
snitre purifié, & fuffifante quantité de
> régliffe de France ou du pays. S
M. Defportes ajoute :
55 Les racines & écorces des plantes
35 ci-après nommées, s peuvent fuppléer.
>> Griffes de chat, rofeau, mapou, bois-
>> trompette, balifier,1 liancàperfil, herbe
>> à bouton, efpèce de gratteron, & les
55 racines de la grande ortie : les graines
> de fapotille font tres-apéritives. Les
>> fleurs de giraumon font pareillement
% fort eftimées pour la jauniffe, & la
25 racine de petit balifier pour le mal
P caduc.<
Tifane apéritive majeure.
> Faites bouillir avec les plantes de la
55 tifane précédente, de l'antimoine cru
> pulvérifé, & delal limilledacierqu'on
55 fufpendra dans un nouet, de chacun
>. deux onces ; du fel de tartre, deux
>> gros. Faites-en boire tous les matins
2 une pinte, par gobelets.
2 Cette tifane fera plus forte, fi l'on
mal
P caduc.<
Tifane apéritive majeure.
> Faites bouillir avec les plantes de la
55 tifane précédente, de l'antimoine cru
> pulvérifé, & delal limilledacierqu'on
55 fufpendra dans un nouet, de chacun
>. deux onces ; du fel de tartre, deux
>> gros. Faites-en boire tous les matins
2 une pinte, par gobelets.
2 Cette tifane fera plus forte, fi l'on --- Page 240 ---
224 .
M A L A D I E S
>> y met les feuilles, > fleurs & fruits
>> d'herbe à cloques, de liane à caleçon,
>> d'avocatier, de verveine puante & de
>5 pois puant: 45
M. Defportes auroit pu fupprimer les
deux tiers au moins des fubftances de fa
tifane mineure ; elle eût encore été trèséchauffante 3 parce que dans tous les
pays, principalement dans ces climats
brôlans, un gros de nitre par pinte, fans
autre remède adtif, augmente feul l'action des vaiffeaux à tel point, qu'au lieu
de faire uriner, il occafionne une chaleur
affez grande pour irriter la veffie' & caufer la fuppreffion des urines, indépendamment de ce que toutes les racines &
écorces de fa tifane mineure font toniques.
Dans tous les pays méridionaux on ne
doit mettre que depuis quatre jufqu'à
huit ou dix-g grains de fel,de nitre par
pinte, fuivant les circonftances.
Il faut encore obferver que parmi les
fubftances que M. Defportes indique
pour --- Page 241 ---
DES. CLIMATS CHAUDS. 225
pour fiupplément, il s'en trouve dont les
propriétés font oppofces : par exemple,
les principes de l'ortie font
même
toniques 2
aftringens, & ceux du mapou font
adouciffans.
Sa tifane majeure apéritive ne pourroitétre employée que comme apozème,
encore feroit-il trop actif dans une infinité de cas.
Je ne conçois pas la compofition de
la tifane que M. Defportes appelle à-lafois pedtorale, réfolutive ou apéritive, Tafraichifante. Je vais également la tranfcrire ici mot à mot. Voyez page 95 de
fon 3 volume..
>5 Prenez des racines d'épinards doux,
2> des feuilles & tiges de liane appelée
>> griffes de chat, de la mauve appelée
59 herbe à bled, du capillaire de Canada,
>> des racines de rofeau ordinaire,
2 de
55 chacun une pincée; de la limaille de
> fer renfermée dans un nouet une
55 once: faites-les bouillir dans deux 2
ou
2 trois pintes d'eau, jufqu'à la diminuP
>5 Prenez des racines d'épinards doux,
2> des feuilles & tiges de liane appelée
>> griffes de chat, de la mauve appelée
59 herbe à bled, du capillaire de Canada,
>> des racines de rofeau ordinaire,
2 de
55 chacun une pincée; de la limaille de
> fer renfermée dans un nouet une
55 once: faites-les bouillir dans deux 2
ou
2 trois pintes d'eau, jufqu'à la diminuP --- Page 242 ---
M A L ADI ES
>> tion du quart. En tirant la décoftion
>5 du feu, ajoutez du creffon de favanne
>> & de la régliffe du pays, de chacun
>> une demi-poignée; faites-les infufer
>5 une demi-heure, & paffez enfuite cettel
5 tifane.
e > Je la prefcris dans la phthifie fèche,
5 c'eft-à-dire aux malades attaqués d'une
75 toux sèche & d'un; grand enrouement. <4
M. Defportes appelle phthifiques les
malades enroués & dont la toux eft fèche : mais fouvent ce n'eft- qu'une incommodité qui fe guérit avec une fimple
tifane faite avec la canne à fucre ou tout
autre adouciflant. Dans la maladie grave
dont parle M. Defportes, dans les autres affeRions de poitrine, comme dans
les plus fimples rhumes - 7 la limaille de
fer eft abfolument contre - indiquée. Si
cet ouvrage eût été imprimé du vivant
de fon auteur,il en auroit fupprimé une :
partie & reétifié l'autre, principalement
fes formules. Je ne. conçois pas * comment M. Guettard, de lAcadémie des --- Page 243 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 227
Sciences, a pu faire l'éloge de cet Ouvrage au point d'en confeiller l'imprefion, & d'ajouter qu'il feroit un condugteur fir pour les Médecins que la
Cour enverroit dans les Colonies. Voyez
la fin du 3 volume.
Pour prouvercombien il feroitimportant de refaire en entier les formules de
cet Ouvrage,je rapporterai encore les
trois ordonnances fuivantes.
M. Defportes appelle eau de caffe
fimple la formule ci-après, pag. II3 &
I15 du même volume.
> Prenez de la pulpe de caffe fraiche55 ment tirée, trois onces ; du fel végé-
>> tal, demi-once : délayez-les dans une
>> pinte de tifane commune on de petits
9; lait. On fera prendre un gobelet de
> cette eau de deux en deux heures. On
>5 peut mettre à la place du fel végétal,
> le fel d'Epfom jufqu'à la dofe d'une
>> once,ou du fel de nitre jufqu'à la dofe
% de trois gros, fuivant
l'indication. 44
Pour beaucoup de
Médecins, cette
Pij
demi-once : délayez-les dans une
>> pinte de tifane commune on de petits
9; lait. On fera prendre un gobelet de
> cette eau de deux en deux heures. On
>5 peut mettre à la place du fel végétal,
> le fel d'Epfom jufqu'à la dofe d'une
>> once,ou du fel de nitre jufqu'à la dofe
% de trois gros, fuivant
l'indication. 44
Pour beaucoup de
Médecins, cette
Pij --- Page 244 ---
M A L A D'I E S
ordonnance feroit non-feulement compofée, mais encore furchargée. M. Defportes met dans fon eau de caffe compofée, trois onces de manne, un gros
de jalap en poudre, demi-once de fel
d'Epfom. Voyez la même page.
Tifane hyférique 3 pour rappeler les règles
oll vidanges Iapprimier.(pagegs 696
du même volume).
55 Prenez feuilles tendres d'avocatier
5> & de liane à caleçon, des racines &
%5 des feuilles d'herbes à cloques,de cha-
>5 cune une pincée ; faites-les bouillir
5 dans trois chopines d'eau jufqu'à di-
>> minution du tiers : faites infufer dans
55 cette décoction, pendant une demi-
>> heure, un fcrupule de fafran oriental,
>> & paffez la tifane.
55 On la rendra plus forte, fi on ajoute
> les racines de pois puant, de verveiner
>> puante, de thamnus puant & du fchce-
#7 nanté de PAmérique. Les femences --- Page 245 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 229
55 de pois puant rôties, broyées & bouil55 lies en façon de café, paffent pour un
55 excellent hyftérique; mais il n'y en a e
> pas de plus efficace que la décofion
>5 de la pomme de merveille 7 que les
>> femmes d'Amérique appellent nexi-
>5 quen & qu'elles eftiment tellement,
>> qu'on lui donne la vertu. de réfoudre
> toutes fortes d'obltructions, & de gué
55 rir les coliques. 54
% Quelques-uns mettent en ufage le
>5 chardon puant, la mauve puante, la
>5 méliffe puante & les femences de la
55 liane à boîte à favonnêtte : mais plata
55 Dieu que ces plantes fuffent incon-
>. nues !xc
Dans Tes cas de fuppreffion des règles
ou de lochies, fans difpofition inflammatoire, une légère infufion de feuilles
d'avocatier fuffit pour les rappeler. Le
refte de l'ordonnance eft furcharge; &,
pour peu qu'ily ait de fenfibilité aThypogaftre, ce ferontles mucilagineux, les
délayans & les tempérans, qui devienP iij
u que ces plantes fuffent incon-
>. nues !xc
Dans Tes cas de fuppreffion des règles
ou de lochies, fans difpofition inflammatoire, une légère infufion de feuilles
d'avocatier fuffit pour les rappeler. Le
refte de l'ordonnance eft furcharge; &,
pour peu qu'ily ait de fenfibilité aThypogaftre, ce ferontles mucilagineux, les
délayans & les tempérans, qui devienP iij --- Page 246 ---
M A L A DI E S
dront emmnénagogues. Ainfi cette longue
énumération de remèdes plus ou moins
toniquesplaceaprisTordonnance pour
la rendre plus forte (1), fans défigner les
cas où ils doivent être employés, ne peut
fervirqu'à embarralferlejeune Médecin,
& le jeter dans uneincertitude trop fouvent funefte.
M. Defportes ne s'explique pas plus
politivement en formulant les lavemens
que les tifanes : l'ordonnance fuivante
en eft la preuve (P- 149 de fon 3vol
Lavement purgatif pour la colique de
Poitou.
>5 Prenez des feuilles de féné, 2 de Ia
55 pulpe de coloquinte coupée par mor95 ceaux, de chacune deux gros : faites55 les bouillir dans l'eau de mer: ; & dans
55 une chopine de la colature, délayez
55 quatre onces de pulpe de caffe. On
(r) C'eft, comme on vient de le voir,l'expreflion de
M. Defportes, --- Page 247 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 231
55 peut y ajouter quelquefois deux ou
22 trois onces de vin émétique. 44
M. Defportes ne détermine point la
quantité d'ean de mer (:) dans laquelle
ilcroit que doit être faite la décolion de
la coloquinte, non plus que cclle du vin
émétique ; cependant Pun & l'autre de
ces remèdes ne doivent être adminiftrés
qu'avec la plus grande circonfpedion: le
premier eft une fubfance réfino-gommeufe,qui contient une huile tràs-icre,
dontladionef fiviolente,que) - les médecins inftruits ne s'en fervent que dans les
cas extrêmes, telsquelapoplexie féreufe,
oùr il faut fecouer violemment &c promptement; tandis que la colique de Poitou,
particulièrementdans ces climats, eftune
maladie inflammatoire des plus vives,
dans laquelle les faignées répétées, les
boiffons adouciffantes & tempérantes,
en u mot les antiphlogiftiques, font les
(:) L'eau de mer feule eft purgative; d'ailleurs iln'y
a point d'eau de iner dans l'intérieur des terres.
Piv.
fecouer violemment &c promptement; tandis que la colique de Poitou,
particulièrementdans ces climats, eftune
maladie inflammatoire des plus vives,
dans laquelle les faignées répétées, les
boiffons adouciffantes & tempérantes,
en u mot les antiphlogiftiques, font les
(:) L'eau de mer feule eft purgative; d'ailleurs iln'y
a point d'eau de iner dans l'intérieur des terres.
Piv. --- Page 248 ---
M A L A D I E S.
feuls remèdes que l'on puiffe employer,
Ainfi tout cathartique, tout acrimonieux, ne peut que hâter la mort: on
s'abftient même de toute efpèce de tonique dans toutes les maladies fpafmodiques des inteflins; d'ailleurs un demigros ou un gros d'un remède aufiviolent
que la coloquinte, dans une décoction
émolliente > 2 fuffit pour un lavement.
Quant aul via émétique 2 il devroit
être profcrit de la médecine, attendu
queles vins ne diffolvent de parties antimoniales qu'en raifon du plus ou moins
d'acide tartareux qu'ils contiennent, ce
qui rend cette préparation incertaine &
dangereufe.
En pareil cas, 2 l'émétique bien préparé diffous dans le vin, àla dofe depuis
quatre jufqu'à huit grains pour un lavement, remplit cet objet fans inconvénient.
On trouve dans les jardins de toutes
nos poffeffions au-delà des mers, les légumes employés comme médicamens, --- Page 249 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 233
tels que les différentes efpèces de chicorées, les alperges, le pourpier, la pimprenelle, le céleri, la fcorfonnère, les
épinards, le cerfeuil, les raves, la moutarde, le creffon de fontaine 9 les choux,
Ies carottes, les poireaux & autres d'efpèces particulières à chaque Colonie.
Les unes & les autres de ces fubflances
font encore plus ou moins diverfifiées &
multipliées, en raifon de la différence de
leur fol, &c dé leur fituation plus ou
moins élevées vers l'équateur.
Le, 3 gayac vient également en Afie, en
Afrique & en Amérique, particulièrement dans toutes les régions fituées fous
la zône torride: il eft très-commun dans
les montagnes de Saint-Domingue, On
fe fert en médecine de toutes les partics
de cet arbre, qui contiennent beaucoup
de fel & d'huile. Sa gomme eft un tonique excellent, très-employé, & qui mérite de Têtre, notamment dans les douleurs rhumatifinales. On fe fert le plus
fouvent de fpiritueux pour diffoudre de
Amérique, particulièrement dans toutes les régions fituées fous
la zône torride: il eft très-commun dans
les montagnes de Saint-Domingue, On
fe fert en médecine de toutes les partics
de cet arbre, qui contiennent beaucoup
de fel & d'huile. Sa gomme eft un tonique excellent, très-employé, & qui mérite de Têtre, notamment dans les douleurs rhumatifinales. On fe fert le plus
fouvent de fpiritueux pour diffoudre de --- Page 250 ---
M A L A DIES
cette gomme. Il eft incroyable que M.
Defportes emploie les feuilles de cet arbre comme purgatives. Voyez I P. 8 de fon
3 e volume.
Lorfque les fibres font trop tendues,
on diminue leur fenfibilité avec les narcotiques, tels que la belladona, la mandragore, & fur-tout avec l'opium. Ces
fubftances ont un principe vireux (1),
fubtil, d'une odeur défagréable. Elles
agiffent fur l'efprit vital. On fe fert des
unes à l'intérieur & des autres à l'extérieur, lorfque les douleurs font vives,
dans les irritations, les mouvemens fpafmodiques les convulfions: ellcs calment
& tranquillifent 2 en attendant que la
caufe de la maladie puiffe être attaquée.
A petite dofe, les riarcotiques font
calmans : à dofe moyenne, 2 ils engourdiffent;& à dofe plus fortc.i ils: font affoupiffans. On s'en fert principalement pour
(:) En perdant l'odeur vireufe, elles perdent beaucoup
de leur propristé narcotique. --- Page 251 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 235
arrdiegfesexcretions(ymptomatiquesles
dévoiemens trop forts, les pertes,leshémorrhagics, qui jetteroient les malades
dans lépuifement;leur: : fuccès'eft marqué
dans les vomiffemens,les dyfenteries,le
choléra-morbus, & dans plufieurs autres
maladies; mais il faut beaucoup de fagelfe & d'expérience pour les employer
à propos. La dofe de Yopium bien préparé, eft depuis un demi-grain jufqu'à
deux grains, fuivant les circonfiances.
Les narcotiques diminuent toutes les
fécrétions , excepté la tranfpiration 9
qu'ils augmentent. Ons'en abfient dans
le commencement des maladies aigues,
parce qu'en diminuant l'aGtion des vaiffeaux, ils fixeroient I'humeur morbifque. En général ils font contraires tant
que la nature travaille à faire la coltion;
on ne peut alors s'en fervir que pour réprimer les mouvemens défordonnés des
nerfs, encore ce ne doit ètre qu'àpetite
dofe.
Les narcotiques ne doivent être admi-
, excepté la tranfpiration 9
qu'ils augmentent. Ons'en abfient dans
le commencement des maladies aigues,
parce qu'en diminuant l'aGtion des vaiffeaux, ils fixeroient I'humeur morbifque. En général ils font contraires tant
que la nature travaille à faire la coltion;
on ne peut alors s'en fervir que pour réprimer les mouvemens défordonnés des
nerfs, encore ce ne doit ètre qu'àpetite
dofe.
Les narcotiques ne doivent être admi- --- Page 252 ---
M A L ADI E S
miniftrés aux vieillards qu'avec la plus
grande circonfpedtion, ainfi qu'aux enfans & aux femmes groffes. Ons'en abf
tient dans les excrétions critiques, ainfi
que pour les fujets gras, pléthoriques,
chez lefquels ces remèdes produifent des
engorgemens d'autant plus prompts, que
leurs maladies dépendent de l'inacion de
la fibre.
Les narcotiqueslongtemps continués,
pincent l'eflomac 2 caufent des convulfions : à dofe plus forte, ils font périr
ceuxqui en réchappentrefientreftentimbécille
ou paralytiques, & le plus fouvent l'un
& l'autre en même temps(1).
(1)Jai vu chez M. le Breton, Maitre en Chirurgie,
un enfant de IO ans, paralyfé des extrémités inférieures,
à qui un Apothicaire de province avoit fait prendre une
trop forte dofe d'opium, fans que cet enfant fût malade,
&par cela feulement qu'il crioit trop la nuit. Vigime malheureufe de cette groffiere ignorance, il fut cinq jours &
cinq nuits fans fe réveiller, &c; ufqu'à l'age de 4 ans 2
il n'a manifefté aucun fentiment de peine ou de plaifir,
buvant & mangeant indifféremment ce qu'onlui donnoit:
aujourd'hui il met encore peu de diférence dans les
alimens, froids Qu chauds, 2 bons ou mauvais. --- Page 253 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 237
Lorfque les narcotiques ont trop agi,
on remédie à P'état d'engourdiffement toù
ils laiffent les malades, avec tous les acides, & fur-tout le vinaigre, 2 adminiftré
de la même manière qu'à ceux qui ont
trop pris de draftiques réfineux. Il eft
fur-tout effentiel d'enimprégner l'atmofphère de Tappartement, en le verfant
fur des pelles rouges. On le fait entrer
auffi dans les lavemens &c la boiffon.
Cesfubflancesfont trés-multipliées en
'Afie, en Afrique, comme dans toutes les
Antilles (1); mais ily en a plufieurs qui
paffent pour poifons, & qui ne le font
pas : par exemple 2 Tarapabaca (2) ou
Brainvilliers(3), dont le nom feul, dit M.
Defportes (page 216,3* vol), annonce
les qualités vénéneufes 2 n'en eft pas
(1) Excepté le pavot qui ne fe cultive pas dans l'archipel de l'Amérique. 2 & dont le fuc épaiffi eft connu
fous le nom d'opium : le pavot y viendroit comme dans
les autres parties du monde.
(2) Plumier.
(3) (Spigelia anthihelmia L.)
iers(3), dont le nom feul, dit M.
Defportes (page 216,3* vol), annonce
les qualités vénéneufes 2 n'en eft pas
(1) Excepté le pavot qui ne fe cultive pas dans l'archipel de l'Amérique. 2 & dont le fuc épaiffi eft connu
fous le nom d'opium : le pavot y viendroit comme dans
les autres parties du monde.
(2) Plumier.
(3) (Spigelia anthihelmia L.) --- Page 254 ---
M A L A D I E S
moins un exceilent vermifuge. Ala Martinique, on fait avec l'extrait des principes de cette plante, un firop antivermineux excellent, & qui conferve toujours fa réputation. Si l'on envoie dans
les Colonies des hommes capables d'obfervation en fait de matière médicale,
les médicamens qu'il fera néceffaire d'y
faire paffer fe réduiront à bien peu de
chofe.
Quoique le mancenillier foit très-multiplié dans toute la zône torride, que
fes qualités délétères, ennemies de lef
prit vital, foient bien conftatées, il eft
infiniment: trare de voir périr des malades
dansTétatviolent dontquelques Auteurs
nous ont tracé le tableau effrayant. Il
n'en eft pas ainfi des poifons qui détruifent peu à peu la membrane interne de
l'eftomac. Je n'en ai que trop fouvent vu
les funeftes cffets. Un ami intime, un
citoyen rempli de qualités m'a été en-.
levé, il y a quelques années, de cette
horrible manière. --- Page 255 ---
DES CLIMATSCHAUDS. 239
D'après ces obfervations générales fur
les produéions médicinales de toutes
nos Colonies, il fuffira d'envoyer dans
chacun de ces établiffemens les fubftances médicamenteufes qui fuivent.
I.
(vitriolique,
Les acides nitreux.
(marin.
Le foufre.
L'alun.
(blanc.
Les vitriols yvert.
(bleu.
Le vert-de-gris.
La litharge.
Le mercure.
L'antimoine.
II.
La falfepareille.
Lipécacuanha,
La rhubarbe,
3I --- Page 256 ---
M A L A DI E S
Le jalap.
Le falep.
Le quinquina.
Le féné.
Le fafran.
Les têtes de pavot blanc.
L'agaric de chêne.
L'opium.
La manne.
Le tartre.
La crême de tartre.
Le fel ammoniac.
Le nitre.
IIL
Les cantharides.
La cire.
CONCLUSION, --- Page 257 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 248
CONCLUSIO N.
Lss vices du fite des villes de la Martinique, de la Guadeloupe, de l'ile de
France, font à-peu-près les mêmes qu'à
Saint-Domingue. La ville du Fort-SaintPierre fur-tout eft bâtie au pied d'une
très-haute montagne 2 qui prive les habitans de la fraicheur bienfaifante de la
brife de TEf, de telle forte que l'air y
eft fans mouvement, & fatigue la refpiration des hommes même les plus forts
& les plus robuftes.
Nos colonies font hachées & entrecoupées de montagnes, diverfifiées par
leurs formes, leurs figures, leur élévation ; par la nature de leurs rochers,
celle des terres qui les couvrent &c des
eaux quiles arrofent (r). Tout attefte
que ces différences font la fuite des ex-
(i) Cela eft fur-tout frappant à la Marrinique, cà elles
font excallentes en quelques endroits, & fi mauvaifes en
d'autres, qu'il faut leur fubftituer pour la boiffon, celles
que l'on ramalfe dans ies faifons pluvieufes.
Q
par la nature de leurs rochers,
celle des terres qui les couvrent &c des
eaux quiles arrofent (r). Tout attefte
que ces différences font la fuite des ex-
(i) Cela eft fur-tout frappant à la Marrinique, cà elles
font excallentes en quelques endroits, & fi mauvaifes en
d'autres, qu'il faut leur fubftituer pour la boiffon, celles
que l'on ramalfe dans ies faifons pluvieufes.
Q --- Page 258 ---
M A L A D I E S
plofions d'anciens volcans, des fecouffes
& des ébranlemens qu'elles éprouvent de
temps en temps.
La Martinique - 2 la Guadeloupe, la
Grenade, ont des eaux thermales comme
Saint-Domingue.
Lesprincipesdes plantes, des arbres &
arbuftes font par-toutles mémes;leurvégétation eft plus ou moins accélérée, 2 en
raifon de la nature de leur fol, & de fa
diftance de la ligne équinoxiale.
Delalavariété de leurs formes, le plus
ou moins de fels fixes ou volatils, de mucilage ou terre fubtile, d'atténuation, de
divifion ou de rapprochement de leurs
principes, quijele répéte font par-tout
les mêmes : ces modifications feules sles
différencient en toniques ou en relàchans, fous les dénominations dont nous
nous fommes fervis dans ces généralités.
Quoiqu'il y ait en général beaucoup
de maladies, 2 & qu'elles foient encore
plus diverfifiées dans les Colonies qu'en
Europe 1 1 , cependant elles participent --- Page 259 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 243
toutes, , ou de la trop. grande tenfion des
fibres, ou de leur relâchement.
Dans les premières, 9 la tenfion de la
fibre augmentée jufqu'a un certain degré, eft l'éréthifmne; cette même tenfion portée plus haut 2 eft le fpalme ;
enfin le dernier degré eft la convulfion.
Le premier état a lieu dans toutes les
maladies aigués ; il produit toutes les
maladies fébriles, ou au moins il en eft
inféparable.
Les mouvemens fpafimodiques & les
convulfions furviennent principalement
dans les inflammations des parties les
plus effentielles à la vie.
Au contraire, dans les maladies caufées par le relàchement des fibres ouleur
famolliflement, les principes de cohéfion fe défuniffant, prodnifent d'abord la
pâleur, les viceadesdigeiltions,.cs embarras,1 les obftrucions, &, pour peu que le
relâchement augmente, l'edème, la cachexie, les épanchemens, & toutes les
maladies appelées a ferofa colluvie.
Qij
la vie.
Au contraire, dans les maladies caufées par le relàchement des fibres ouleur
famolliflement, les principes de cohéfion fe défuniffant, prodnifent d'abord la
pâleur, les viceadesdigeiltions,.cs embarras,1 les obftrucions, &, pour peu que le
relâchement augmente, l'edème, la cachexie, les épanchemens, & toutes les
maladies appelées a ferofa colluvie.
Qij --- Page 260 ---
M A L A DI E
Les vices de fituation; de confrudion
& d'adminiftration des hôpitaux, dontj'ai
parlé, font àa-peu-près les mêmes dans
toutcs nos poffeffions : par-tout l'humanitéexigela même réforme.lleftfur-tout
indifpenfable que tout hépital, tant du
Roi que des particuliers, ,foit placé fous le
vent des villes, &à une certaine diftance.
Il en eft ainfi des cimetières, des boucheries & des tanneries, qui, dans CCS climats
brûlans, comme dans toutes les grandes
cités,ne peuvent être placés dans le voifinage des villes, dans quelque partie du
monde qu'elles foient fituées, fans faire
courir les plus grands dangers à leurs
habitans.
La police doit également veiller ràce
qu'ilne foit point employédans les botlangeries publiques, de farines altérées
a
ou corrompues.
Lese épidémies occafionnéespour, avoir
mangé des boeufs attaqués du charbon,
nous avertiffent combien il eft à fouhai-
- ter que le Médecin du Roi dans chaque
--- Page 261 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 245
ville puiffe vifiter tous les animaux qui
fonttués dans les boucheries publiques,
& que,conformément aux ordonnances
du Roi, il tienne la main à ce qu'il ne
fe vende dans les magafins aucun médicament corrompu.
Travailler au bonheur de fes concitoyens, veiller à leur confervation, font
des foins dignes de l'attention des Adminiftrateurs, comme ils font le premier devoir des Officiers de fanté. Pénétrés de ces vérités, ils adopteront mes
principes ; & il fera flatteur pour moi,
dans ma retraite, d'avoir été utile aux
habitans de ces contrées éloignées.
La difficulté d'avoir en même temps
des Médecins & des Chirurgiens, oblige
ces derniers d'exercer toutes les parties
de l'art de guérir, fur-tout dans les campagnes : cependant, lors de leur réception, ils ne font examinés que fur l'anatomie & la chirurgie, ainfi que cela fe
pratique dans tout le royaume. Ayant
à traiter les maladies internes les plus
Qiij
utile aux
habitans de ces contrées éloignées.
La difficulté d'avoir en même temps
des Médecins & des Chirurgiens, oblige
ces derniers d'exercer toutes les parties
de l'art de guérir, fur-tout dans les campagnes : cependant, lors de leur réception, ils ne font examinés que fur l'anatomie & la chirurgie, ainfi que cela fe
pratique dans tout le royaume. Ayant
à traiter les maladies internes les plus
Qiij --- Page 262 ---
M A L A DIE
graves, en attendant qu'il fe foit formé
des fujets, comme l'a propofé M. deLarnage 5 le Médecin du Roi doit les examiner fur la médecine-pratique proprement dite 2 qui enfeigne à connoître les
maladies & les moyens d'y remédier, &
fur la matière médicale ou fcience des
médicamens, qui donne la connoiffance
de leur nature, de leurs vertus, de leurs
propriétés.
Dans toute la zône torride, les opérations de chirurgie étant fouvent fuivies
du tétanos, on ne doit fe fervir du biftouri qu'avec la plus grande circonfpection (r). D'ailleurs Texpérience journa-
(1)Jai eu occafion d'en faire plufieurs fois l'obfervation, & notamment à Saint-Domingue, fur trois fujets
du quartier Morin. Le premier fut une vieille Négrefle de
Thabitation de M. de Menoud, dont la main fut prife
entre les rouleaux du moulin ;le fecond, un vieux Nègre
de l'habitation d'Aux;l le troifième, une jeune Négreffe de
Thabitation.Mazères,quiavoientéprouvé éle même accident.
Je ne fus point de l'avis de l'amputation dans cette circonftance, parce qu'il n'y avoit point d'hémorrhagie,
quoique les phalanges fuffent écrafées. Les panfemens
furent faits avec la charpie sèche feulement. La fuppura-
leaux du moulin ;le fecond, un vieux Nègre
de l'habitation d'Aux;l le troifième, une jeune Négreffe de
Thabitation.Mazères,quiavoientéprouvé éle même accident.
Je ne fus point de l'avis de l'amputation dans cette circonftance, parce qu'il n'y avoit point d'hémorrhagie,
quoique les phalanges fuffent écrafées. Les panfemens
furent faits avec la charpie sèche feulement. La fuppura- --- Page 263 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 247
lière démontre que les Chirurgiens peuvent favoir parfaitement faire la taille,
tion détacha toutes les parties brifées; les cicatricés fe
firent; & ces trois fujets guéris en 1777, vivoient encore
en 1783, malgré le grand age des deux premiers.
Dansl'amputation c'eft fouvent la ligature des vaifleaux
qui occafionne les grands accidens; c'eft pourquoi lorfque
le retranchement d'un membre eft indifpenfable, il faut
dans ces climats fe fervir de l'agaric,& faire avec la main
une doucecompreflion furle moignon.J'ai même pratiqué
l'amputation fur un Nègre de Phabitation d'Efglereaux,
fans ligature, fans agaric & fans autre compreflion que
celle d'un bandage convenable. La charpie & ce moyen
furent fuffifans : ce Nègre guérit promptement & fans
accident;mais ce cas étant une exception très-particulière,
ilfaut au moins employer l'agaric & la compreffion.
Il eft furprenant que des gens de Tart, qui même ont
del la réputation, fe perfuadent qu'il eft poffible de trouver
de guérir le tétanos dans
un remède fpécifique capable
tous les cas. Dans ies climats de la zône-torride cette
maladie furvenant dans les inflammations des vifcères,
comme à la fuite des bleffures, & même dans les fièvres /
putrides, ainfi que je l'ai obfervé page 54 & fuivantes
de mes Obfèrvations fur tes Maladies des Nègres;il eft
effentiel de porter la plus fcrupuleufe attention à diftinguer dans ces cas différens les caufes qui le produifent:
fans cela on s'expoferoit à commettre des erreurs funeftes.
Je n'ai point parlé du tétanos qui vient fans bleffures, fans infammations, fans maladies putrides, ,& que
Qiv
-
putrides, ainfi que je l'ai obfervé page 54 & fuivantes
de mes Obfèrvations fur tes Maladies des Nègres;il eft
effentiel de porter la plus fcrupuleufe attention à diftinguer dans ces cas différens les caufes qui le produifent:
fans cela on s'expoferoit à commettre des erreurs funeftes.
Je n'ai point parlé du tétanos qui vient fans bleffures, fans infammations, fans maladies putrides, ,& que
Qiv
- --- Page 264 ---
M A L A D I ES
la cataradte, le trépan, 2 même toutes les
grandes opérations de chirurgie, & conje regarde comme tétanos effentiel. Il furvient dans tous
les pays du monde,principalement lorfqu'étant en fueur,
on s'arrête dans des lieux bas trop frais ou trop humides.
Le traitement eft le même par-tout. Ils s'agit de rappeler
la tranfpiration répercutée, par des friétions feches, fouvent répérées, par des boiffons chaudes, fur-tout celles
qui portent à la peau, telles qu'une légere eau de fureau,
la limonade chaude, l'orangeade, la bigarade. leau de
jentilles, l'éther ou la liqueur minérale d'Hoffmann, à des
dofes proportionnées à l'age du fujet & à la circonftance.
Les deux derniers que j'ai eu occafion de traiter ( en
1783)du tétanos effentiel, & quej'ai guéris par cette méthode, font encore exiftans fur l'habitation de M. Pons 2
au quartier Morin,
J'aidéja recommandé dans le cours de ces Obfervations,
de ne fe fervir du biftouri entre les tropiques qu'avec
la plus grande circonfpeStion. Le tétanos furvenu au
plus grand nombre des bleffés à qui on avoit fait des
amputations ou autres opérations chirurgicales pendant
les deux dernieres guerres, tant en Afie qu'en Afrique
& fur-tout en Amérique, font des malheurs trop récens,
pourn n'avoir pas convaincules médecins & les chirurgiens
de la fageffe & de Potilité de cette obfervation. Il eft
bien ma'heureux que de tant d'amputations faites dans
les combats de terre & de mer des efcadres de MM. Daché
& de Saffren dans TInde, d'Eftaing 2 de Guichen &
de Grafle à la Martinique,la Grenade & Saint- Chriftophe,ilyenaireufir peu quin'aient été fuivies du tétanos.
On a obfervé que les grands bleffés de l'efcadre de
& de Potilité de cette obfervation. Il eft
bien ma'heureux que de tant d'amputations faites dans
les combats de terre & de mer des efcadres de MM. Daché
& de Saffren dans TInde, d'Eftaing 2 de Guichen &
de Grafle à la Martinique,la Grenade & Saint- Chriftophe,ilyenaireufir peu quin'aient été fuivies du tétanos.
On a obfervé que les grands bleffés de l'efcadre de --- Page 265 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 249
duire mal les maladies internes les plus
fimples, au point de les faire dégénérer,
parle traitement, en maladies mortelles.
Combien de victimes dépofent de cette
trifte vérité!
: Il eft contraire à tout principe de raifon, d'équité & d'humanité, queles malades détenus dans les prifons des Colonies, foient privés des vifites du Médecindul Roi,quidoit fes confeilsal'homme
fouffrant par-tout où il fe trouve, fans
diftinéion d'état, de rang & de fortune.
Tout - réglement contraire à ces principes
doit être révoqué; & il faut en même
temps ordonner que le Médecin du Roi
foit chargé de traiter, dans les hofpices,
les maladics internes, & le ChirurgienMajor de la place, les maladies chirurgicales. Cet article eft digne de l'attention
des Adminiftrateurs, 3 & de tout homme
fenfible.
M. Daché dans PInde,quiont été débarqués, ont tous
ou prefque tous péri du tétanos; tandis que de ceux des
bleffés que les circonftances ou le hafard ont fait refter
à bord, il en eft guéri un plus grand nombre, --- Page 266 ---
M A L A DIES
Pendant près d'un fiècle, la faignée a
été, pour ainfi dire,le feul remède employé dans ces régions éloignées. On
abufoit à tel point de cette évacuation,
que douze, quinze ou vingt faignées
faites brulquement, n'étoient pas un
nombre exceffif dans chaque maladie :
auffi ceux qui réchappoient à cette méthode, avoient des convalefcences trèslongues 5 ou périffoient de diffolution.
Depuis un certain nombre d'années, on
a, pour ainfi dire, profcrit la faignée;
mais, par un.excès contraire, on abufe
fi étrangement de la purgation, que dans
prefque toutes les maladies, on purge au
moins de deux jours l'un. Afin de prévenir ces extrêmes, 1 toujours contraires à
Phumanité,! le Médecin du Roiindiquéra
aux gens de l'art arrivant dans les Colonies, celui ou ceux des Ouvrages qu'ils
pourront confulter dans les cas difficiles,afin de les aider dans unecarrièrequi
exige tant de zèle, de favoir, de courage
& de patience. J'ai les plus grandes obli-
dans
prefque toutes les maladies, on purge au
moins de deux jours l'un. Afin de prévenir ces extrêmes, 1 toujours contraires à
Phumanité,! le Médecin du Roiindiquéra
aux gens de l'art arrivant dans les Colonies, celui ou ceux des Ouvrages qu'ils
pourront confulter dans les cas difficiles,afin de les aider dans unecarrièrequi
exige tant de zèle, de favoir, de courage
& de patience. J'ai les plus grandes obli- --- Page 267 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 25P
gations au Traité des Fièvres d'Huxham.
En me bornant dans cet ouvrage àdes
obfervations générales jai cru devoir in-.
fifter particulièrement fur la néceffité de
lat tranflation des troupes dans les montafur Tétabliffement des maifons de
gnes,
fanté indifpenfables à leur confervation;
& d'après l'adminiftration que jai propoféepour ces divers établifemens,avec le
fecours des eaux minérales,je ne crains
pas d'affurer que les cas où les fujets du
Roi feront obligés de repaffer en France
pour la guérifon de leurs maladies, deviendront infiniment rares.
J'en excepte la noflalgie ou maladie
du pays, à laquelle on eft fujet dans les
Colonies plus que par-tout ailleurs. Les
chagrins, les peines morales, 2 en altérant l'efprit vital, en le dégradant infenfiblement, portent le trouble & le défordre dans toutes les fonctions (1)- La
(:) Ce fut une des principales caufes de la maladie
peflilentielle del'arméenavalec commandéeparM, Dabois
de la Mothe, --- Page 268 ---
M ALADIE S
noftalgie, ce fléau deftruéeur des hommes fenfibles & malheureux, donne auffi
fouvent lieu aux maladies violentes, 9
qu'aux engorgemens 2 aux obfiruétions,
à la cachexie, produits par le relâchement de la fibre. Ces différences extrêmes dépendent de celles des tempéramens.
L'Européen fort & vigoureux, nouvellement débarqué, qui a la fibre roide,
les paflions vives ; celui fur - tout qui,
dans ces climats, avec une telle conftitution,écarte fes chagrins par des liqueurs
fortes, ou qui s'expofe à l'ardeur du foleil, eft enlevé par un phrénitis noftalgique, du 3 au 4, ou du 5 au 6° jour de
maladie; tandis que celui qui a la fibre
molle, les hypocondres élevés, qui eft
d'un caraétère foible, irréfolu, en un
mot, d'un tempérament oppofé,
d'abord l'appétit; fes digeftions
fered
nent laborieufes ; enfuite les obftructions, 2 la fièvre lente avec une teinte
jaune, le conduifent également au tom-
au 4, ou du 5 au 6° jour de
maladie; tandis que celui qui a la fibre
molle, les hypocondres élevés, qui eft
d'un caraétère foible, irréfolu, en un
mot, d'un tempérament oppofé,
d'abord l'appétit; fes digeftions
fered
nent laborieufes ; enfuite les obftructions, 2 la fièvre lente avec une teinte
jaune, le conduifent également au tom- --- Page 269 ---
DES CLIMATS CHAUDS. 253
beau, quoique plus tard, à moins que
fes peines & fes chagrins ne viennent à
ceffer.
Dans ces circonflances, plus le découragement eft grand, plus il eft inftant d'agir fur l'efprit par des reffources
ingénieufes, tirées de la morale & de la
prudence. Le Médecin fidèle à fes devoirs, ne doit jamais prêter fon miniftère
en favorifant ceux qui fuppofent des
maladies pour repaffer en Europe, de
quelque rang & de quelque état qu'ils
foient; mais dans cette occafion, tirant
fes reffources de fon coeur 2 il redouble
fes foins, fes attentions, fes prévenances, il eft même l'organe defes malades
auprès des Adminiflratcurs généraux.
Ainfi, en portant 12 confolation dans
l'ame de Phomme malheureux, le Médecin jouit de la douce fatisfadtion de
guérir en même temps fes maux phyfiques.
FIN, --- Page 270 ---
Extrait des regiftres de la Société Royale
de Médecine.
Du 24 mai 1785:
LASociétéR Royale de Médecine nous a chargés
d'examiner un manufcrit intitulé Obfervations
Générales fur les Maladies des Climats chauds,
leurs caufes, leur traitement, & les moyens de
lesprévenir, par M. Dazille,fon Correfpondant,
Médecin du Roi, penfionnaire de Sa Majefté,
ancien Chirurgien - Major des troupes de
Cayenne, des hôpitaux de l'ile de France, 8c.
M. Dazille qui a pratiqué, pendant 28 ans
entre les tropiques, la médecine &la chirurgie,
&
eft déja connu par un traité très-eftimé
-
qui
fur les Maladies des Nègres,offre aujourd'hui à
la fociété des généralités fur tout ce qui peut
intéreffer la fanté dans ces pays éloignés; travail
dont il a été chargé par le Miniftère.
Dans cet ouvrage, après avoir fait connoitre
les vices de fituation de la plupart des villes
des Colonies, ceux de leurs hôpitaux & les
abus de leur adminiftration, M. Dazille donne
les moyens de remédier aux uns & aux autres ;
il démontre enfuite les avantages que peuvent
fournir les eaux minérales de ces poffeffions
intéreffer la fanté dans ces pays éloignés; travail
dont il a été chargé par le Miniftère.
Dans cet ouvrage, après avoir fait connoitre
les vices de fituation de la plupart des villes
des Colonies, ceux de leurs hôpitaux & les
abus de leur adminiftration, M. Dazille donne
les moyens de remédier aux uns & aux autres ;
il démontre enfuite les avantages que peuvent
fournir les eaux minérales de ces poffeffions --- Page 271 ---
éloignées & leurs produétions médicinales; : il
indique enfin les circonftances dans lefquelles il
eftindifpenfable de permettre aux fujets du Roi
de repaffer en France pour le rétabliffement de
leur fanté,
Les réformes que M. Dazille propofe pour
l'ile de Saint-Domingue, nous paroiffent, ainfi
qu'à lui, également importantes pour toutes
nos autres Colonies.
Les fervices que M. Dazille a rendus par fes
travaux & fur-tout par l'analyfe des eauxfimples
& minérales, font conftatés par le rapport que
MM, les Adminiftrateurss généraux enontfaitau
Gouvernement. Nous fommes convaincus que
ce qu'ily a der mieux à fairepour arrêter la mortalité 2 eft de mettre à exécution les moyens
indiqués par ce Médecin.
M.Dazille termine fes obfervations par une
notice des fubftances imédicamemeufeaquelion
doit envoyer dans ces poffeffions. Ce catalogue
eft court ; & d'après les reffources locales que
ce Médecin a trouvées dans fa pratique 2 tant en
Afie, qu'en Afrique & en Amérique, nous penfons avec lui qu'il peut encore être raccourci,
Nous regardons l'ouvrage de M, Dazille
comme très-utile,& nous penfonso que la Société
doit l'approuver & permettre à l'auteur de le --- Page 272 --- 0277 A
RD. eu
faire imprimer fous le privilège de la Compagnie: Au Louvre,le 24 mai 1785.
Signe, POISSONNIER, GEOFFROY,
DESPERRIERES & ANDRY.
1 La Société Royale de Médecine ayant en-.
tendu, dans fa féance tenue au Louvre le 24
anai préfent mois, laleéturedu rapport ci-deffus,
en a entièrement adopté les conclufions ,8 a
penfé que l'ouvrage de M. Dazille étoit trèsdigne de fon approbation & d'être imprimé
fous fon privilège.
En foi de quoi j'ai figné le préfent. A Paris
le 27 mai 1785.
VicQ-D'AZYR,
Sécretaire Perpétuel. )
, dans fa féance tenue au Louvre le 24
anai préfent mois, laleéturedu rapport ci-deffus,
en a entièrement adopté les conclufions ,8 a
penfé que l'ouvrage de M. Dazille étoit trèsdigne de fon approbation & d'être imprimé
fous fon privilège.
En foi de quoi j'ai figné le préfent. A Paris
le 27 mai 1785.
VicQ-D'AZYR,
Sécretaire Perpétuel. ) --- Page 273 ---
rrefervatifs contre le mal vénérien. 517
ance? Et n'eft-il pas évident. que la
pn de ces moyens, faite furtout par
de l'art , pouvant en impofer à la
: elle devient plurôt une fource fémaux, qulun avantage pour PhuCependant il faut convenir que T'aproûtant qu'exigent certaines méthodes,
par' exemple, celle de Waren & celle
vin, n'eft pas fort engageant, & que. le
fecrets vantés en met à P'abri le
id nombre des hommes. C'eft furtout
ue ces préfervatifs ne prendront pas
p,8 fl'on y ajoute les malheureufes
: de certaines perfonness.on. a tout
croire qu'ils tomberont enfin dans le
qu'ils méritent.
OLXXVII. Je paffe fur les moyens
fit mettre en ufage, pour conftater la
nue efficacité de ces préfervatifs, Sans
ele eft humain de s'occuper à chercher
siède qui tariffe enfin la fource d'un
mme la vérole. Mais il faut en même-
: faire d'une manière qui ne. foit pas
nfible par les loix civiles-& par celles
nneur. On a fçu par le DoSteur Waren
citoyen généreux avoit pris de la maeurement imprégnée du virus vérolique,
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