--- Page 1 --- --- Page 2 ---
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TV 2576 /
CAFT E 0John Carter Srotom. --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 --- --- Page 6 --- --- Page 7 --- --- Page 8 --- --- Page 9 --- --- Page 10 ---
Helalt tin Deme aube
Elaim --- Page 11 ---
NOUVEAUX
VOYAGES
D. A N S
L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. --- Page 12 --- --- Page 13 --- --- Page 14 ---
Le T.-llier erdp:
de SAubun Jdol. --- Page 15 ---
thath
JME
NOUVEAUX
VOYA GES
DAN S HOmY
L'AMÉRIQUE SIFTIENTNONRE
C ONT E N A N T
Une colledtion de
BRONO)
Lettres écritesfur les lieuz, par
PAuteur; à fon ami, M. DoUIN, Chevalier,
Capitaine dans les troupes du Roi, ci- devant
fon camarade dans le nouveau Monde,
Par M. BOSSU,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de SaintLouis e ancien Capitaine d'une Compagnie de Ha
Marines
bhesouse
A AMSTERDAM,
Chez CHANGUION, à la Bourfe,
M. DCC. LXXVIL --- Page 16 --- --- Page 17 ---
à
t ei
A SON ALTESSE S ÉRE ÉNISSIME,
M ONSEIGNE E U R
PHILIPPE DE LIMBOURG,
Duc de Schlefwig-Holfein des Stormariens &
Dithmarfiens, , de la Frife (eptentrionale 7 & de
Wagrie; Comte régnant de Limbourg- Styrum
Prince, Comte de Halitein-schuumboung & HRI
nenberg; ; Comte de Bronckorft &de Sternberg;
Seigneurd de Wifch, Borckelohe, Gehmen, , Oberftein & Wilhermsdorf; Seigneur Banneret héréditaire du Duché de Gueldres, & du Comté de Zulphen ; Grand-Maitre élu de l'illuftre Ordre d'ancienne Noblefle, & de celui de Saint-Philippe.
MONSEIGNEUR,
La protection dont vous honorez le Correfpondant de ces Lettres, m'engageà vous
a iij --- Page 18 ---
EPITR E.
vj
bien agréer thommage
fupplier de vouloir Peut-être Votre Alteffe
que j'ofe vous offrir.
des Anecdotes
Sérénifime trouvera-tielle Elle y remarquera
qui pourront lui plaire. je fais du pays &
dans la defcription que occidentaux, que
des moeurs des Indiens
& Barbales Européens appellent Sauvages
d'héPeuples font fufceptibles
res, que ces
& de fentimensverrucux.
roline,dhumanied
MOxSEIGNEUR,
Ce n'eft qu'à ces titres 5
intéreffer,
TOuvrage a droit de vous
que
amufer un moment un
Heureux s'il peut
fa naiffance, que
Prince auffi illuftre par
fes actions,
la vertu qui dirige toutes
par
généralement les Sciences
& qui protége
& les beaux Arts,
Je fuis, avec le plus profond refpeêt,
MONSEIGNEUR,
De Votre Altelfe Séréniflime >
le très-humble ferviteur,
Le Chevalier BOSSU.
titres 5
intéreffer,
TOuvrage a droit de vous
que
amufer un moment un
Heureux s'il peut
fa naiffance, que
Prince auffi illuftre par
fes actions,
la vertu qui dirige toutes
par
généralement les Sciences
& qui protége
& les beaux Arts,
Je fuis, avec le plus profond refpeêt,
MONSEIGNEUR,
De Votre Altelfe Séréniflime >
le très-humble ferviteur,
Le Chevalier BOSSU. --- Page 19 ---
vij
AVERTISSE MENT
DE FÉDITEUR.
Ce Lettres nous étant tombécs entre
les mains, nous les avons recueillies avec
empreffement. Nous les donnons au Public
dans l'efpérance qu'il les lira avec quelque
plaifir , puifqu'elies ne font que la fuite
d'un Ouvrage du même Aureur, (imprimé
à Paris en 1768, chez le Jay, Libraire, &
à Amfterdam, chez Changuion, en 1769)
qui a été favorablement accueilli.
Elles nous ont paru auffi intéreffantes
qu'amufantes, puifqu'à leur fingularité 9
elles joignent une variété piquante, & qu'elles offrent un tableau fimple & vrai des habitans de l'autre hémifphere.
Les réflexions ingénicufes & juftes que
l'Auteur fe permet, font toutes tirées du
fujet, fouvent tres-importantes, & méme
trés-inftrudtives par les fagesremarquesdont
a iy --- Page 20 ---
viij
AYERTISSENENT.
le . récit de fes événemens 9
il accompagne
Fhonneur, & conformes
toujours diétées par
Par-tout c'eft un
à la morale la plus pure.
un obPolitique inftruit par T'expérience,
intelligent, un vrai Philofophe,
fervateur
un ami des hommes. Boffu fait
fon
dont M.
partà
Les projets
vraiment patrioami, découvrent une ame
de fon
tique, qui n'a en vue que la gloire
& le bonheur de fes Concitoyens.
Prince,
& nous ne craignons pas
Nous n'héfitons,
principal qu'a eu
d'avancer 7 que l'objet
voyage
M. Boffu, dans fon. troifieme
en vue
Monde, a été de puifer dans
au nouveau
qui puffent conla nature des connoiffances de fes femblables;
tribuer à la confervation noble & bien dimotif affurément grand, qui, après avoir
Militaire
gne du courageux
(1), qu'en Amécombarru, tant en Europe
fervoit durant les guerres d'Italie; ;
(1) M. Boffu
actions, & nommément à
il s'eft trouvé à diverfes fitué dans les Alpes, oà
celle de Chireas-Dauphin, entrant un des premiers
bleffé en
il fut griévement
femblables;
tribuer à la confervation noble & bien dimotif affurément grand, qui, après avoir
Militaire
gne du courageux
(1), qu'en Amécombarru, tant en Europe
fervoit durant les guerres d'Italie; ;
(1) M. Boffu
actions, & nommément à
il s'eft trouvé à diverfes fitué dans les Alpes, oà
celle de Chireas-Dauphin, entrant un des premiers
bleffé en
il fut griévement --- Page 21 ---
AYERTISSENENT.
ix
rique & fur mer 2 pour Ia défenfe de la
Patrie, dans la derniere guerre qu'elle a
foutenue contre les Anglois & les Sauvages
leurs alliés, dédaigne le repos que la paix
lui offre, & que, fes fervices diftingués ont
bien mérités, fe propofe encore de lutter
contre les flots, & de franchir de nouyeau
les barrieres du redoutable
fe
Océan, pour
rendre utile au genre humain.
Nous ne dirons rien du ftyle de ces Lettres; l'Auteur eft militaire & fans prétentions: : mais il ne nous en a pas moins paru
facile, clair, précis, & plein de force dans
les endroits où il doit l'étre.
Lesdifcours des Sauvages, dont elles font
parfemées, nous ont femblé d'une éloquence
mâle, 3 nerveufe & perfuafive. Heureux
paru une des embrâfures du canon de cette place, qui
fut emportée d'affaut par les Brigades de Poitou &
de Conti s le 19 Juillet 1744. L'époque de cette
brillante journée fera à jamais mémorable dans
l'hiftoire de la vie de S, A.S. Monfeigneur le Prince
de Conti, & dans les faites de la France, --- Page 22 ---
X
en
AYERTISSEMENT.
FEditeur, fi le Public porte
Y'Auteur &
L'un fe tronveroit bien
le même jugement.
laborieufes,.
dédommagé de fes recherches
de fes foins & de fes dépenfes.
& l'aurre
ISTORTANTES R.
FAUTES
A corriger dans ce Volume.
retirer fes effets, lif,
Paers.! ligne 2 Tienz y
Clugny
en retirer .14, le Baron de Clugny, lif.de
niEE 6, lig,
de Nuis. 19, décharger, lif. allégir. lij, ceux de Sa
Rag-7.lig lig.21, ceux Sa Majefté,
Peg. 143
Majelté.,
garder.
Pag. 29, lig. 14-fapromet 21, elle part, if. elle partit.
Pag. 40, lig.
même plus, lif. mémeauff. lif.
Pag. 44, lig. .derniere, vous n'avez que des vertus,
Pag.
lig. avez 22, les vertus. lif.lui en fournit.
vous SAdE farc fournit,
Pag. 55, lig.9, lig. 1, femblerent, lif. femblent.
Pag, 61,
M. Amiot, lij. M.Amelot, hafard.
Pag. I19 7 note, cet hafard, lif: ce
Pag. 15I , lig. lig. : fupprimet affez.
1f 278, lig. 92. mettre; d'abus, lif: porter. tif: abufive,
Pag. 296, lig. 6,
nit.
vous SAdE farc fournit,
Pag. 55, lig.9, lig. 1, femblerent, lif. femblent.
Pag, 61,
M. Amiot, lij. M.Amelot, hafard.
Pag. I19 7 note, cet hafard, lif: ce
Pag. 15I , lig. lig. : fupprimet affez.
1f 278, lig. 92. mettre; d'abus, lif: porter. tif: abufive,
Pag. 296, lig. 6, --- Page 23 ---
xj
TABLE
DES LETT RES
Contenues dans ce Volume.
LETTRE PREMIERE,
DEPART de PAuteur pour Za nouvelle Orléans ; récitfuccint des Evènemens & de Za
Révolution de 11 Louifiane ; mort tragigue
de quelgues Officiers de cette Colonie. Projet d'un établifement en fayeur des foldats
invalides de la Marine. Hifoire d'une
Princelle d'Allemagne (Epoufe du Crarowitt, fils de Pierre le Grand) qui a palle
plufieurs années inconnue dans cette partie
du monde , G comme elle fut reconue a
Paris par Ze Comte de Saze.
page I
LETTRE SECONDE,
Idée du gouvernement du Mexique. Valdivia,
Gouverneur du Chili, vidime de fon
infatiable cupidité, Mort tragique de --- Page 24 ---
TABL E.
xij
habitant du Cap-Frangois;
M. Denoyer,
de Madamefon Épouft,
ftuation rouchante méme Ville.
page 53
Créole de la
TROISIEME.
LETTRE
de la nouvelle Orléans. Ses
TAuteur part
font enlevées par un
provifions de voyages d'éviter fiur terre ce
Crocodile. Maniere Arrivée de PAuteur au
cruel amphibie. ; fa réception. Féte
pays des Akangas
Partie de chalfe
donnée à cette occafion. tres-curicufe. Autre
aux snureusfauvagest
aquatiques 9
partic de chafle aux oifeauz
Lac d'eau douce. Defeription
fur un vafle
au-delà de leur Riviere.
de cette Contrée
fabrique d'amidon,
Projet d'une nouvelle végétales tirées du
avec des fubflances
d'ende PAmbrique 1 3 à Tefict
continent
des grains dans le
tretenir Pabondance
Royaume de France.
QUATRIENE
LETTRE
TamathleConverfon & mort du Cacique d'une Tribu
mingo, grand Chefà Médaille
Allibamonne ;il ef enterré avchashonnaurs
le
au-delà de leur Riviere.
de cette Contrée
fabrique d'amidon,
Projet d'une nouvelle végétales tirées du
avec des fubflances
d'ende PAmbrique 1 3 à Tefict
continent
des grains dans le
tretenir Pabondance
Royaume de France.
QUATRIENE
LETTRE
TamathleConverfon & mort du Cacique d'une Tribu
mingo, grand Chefà Médaille
Allibamonne ;il ef enterré avchashonnaurs --- Page 25 ---
TAB L E.
xij
militaires. L'Auteur imite les Jongleurs
Indiens. 1lfait une cure qui, toute fimple
qu'elle eft, palle pour un prodige parmi les
Sauvages. Leur fuperfition à Loccafion
d'un Inoculateur accufl de forcellerie,
qu'on yeut briler. Difcours éloguent d'un
vieillard Médecin parmi les Akanças.
Origine du mot boucaner. Propriété de la
fumigation pourchafer les rhumatifines, ,la
goutte G la gravelle. Effafurprenant d'une
feuille venéneufé qui caufa la mort à une
jeune Négrelle.
page 135
LETTRE CINQUIEME,
Courte defcription des moeurs des Akangas.
Propriété de la fameufe racine appellée par
les Sauvages Gareul-Oguen, 6 par les
Chinois e les Tartares Genz-eng, Précis
hiforigue de ce qui arriya danslIfe d'Amboine, à Dom Pedre d'Acuhna, Amiral
Portugais. E/pece de Comédic donnée a
lAuteur, par les Akangas, qu'ils appellent la danfe de chafle des bétes fauvages. Harangue de M, de Boisbriand
au Peuple Illinois. Cruauté gue commi- --- Page 26 ---
T A B L E.
xiv
Indienriés
rent trois Pranpeiaforanfamilt page 185
LETTRE SIXIEME.
part du pays des Akangas pour
EAuteur
le Calumet de paix chez une
aller porter
Cadodaquio. Son difcours
Nation appellée
qui ayoient cré
atoccafion de leursfemmes, étourdis Akangas. Il
enleyées pardejeunes
des deuz
fait la pair à conduit la fatisfadion enfitite chez une
Parties. Ilef
Natchitoche, G de-là
autre Tribu appellée lui donnent des guides
chez les Cénis, qui
pourfer erendre au Pays des. Atakapa.jadis font
thommes. Ces Peuples
mangeurs
Maursé Religion
les
memipsnmftentd
E/pagnols,
d'un Peuple appellé par pourquoi ils font
Indios Bravos. Raifon Nations du Continent
la guerre àtoutes les
Fable d'un
Septentrionale.
de rAmtrigue
Elégie amourufe d'un
Orateur Indien.
1llinois, ,aloccafion .
Dipunt-dkanpacletlail
d'une jeune Frangoife. SEPTIEMI 1 E.
LETTRE
d'étre dévoré
Danger que Sans-peur courut
les
memipsnmftentd
E/pagnols,
d'un Peuple appellé par pourquoi ils font
Indios Bravos. Raifon Nations du Continent
la guerre àtoutes les
Fable d'un
Septentrionale.
de rAmtrigue
Elégie amourufe d'un
Orateur Indien.
1llinois, ,aloccafion .
Dipunt-dkanpacletlail
d'une jeune Frangoife. SEPTIEMI 1 E.
LETTRE
d'étre dévoré
Danger que Sans-peur courut --- Page 27 ---
TABI L É.
X
par une tigrefe. Superfition des Sauvages
à cette occafion. IZ ef guéri par la langue
de fon chien : maladie épigootique de ces
animauz, qui regne a la Louifiane, &
comment ils font préfervés de la rage 3
leur inflinat pour éviter d'étre dévorés par
les crocodiles, en traver/ant une riviere Ou
un lac. Rufe d'un Jongleur pour donner
de la vénération à lafameufe idole Viflipuliquikapouc 3 que Sans- peur brifa à
l'entrée de la caverne.
page 277
LETTRE HUITIEM E.
L'Auteur part de la nouvelle Orléans. Un
Sauvage Médecin s'embarque dans fon
vaifeau pourle fiivre en France; la crainte
de périr fir merle fait débarquer. Difcours
éloguent de ce Sauvage fir les dangers de
lanavigation, Grfiurles premiers Européens
qui arriverent au nouveau Monde. Le
gouvernail de fon vaiffeau fe brife enz
defeendanciefeue de Miffellipi. Levaifleau
fait trois pieds d'eau à Pheure, GlAurur
ef obligé de reldcher à la Hayane, dans
TIle de Cuba. Idée de cette Hle, 6 ce gui --- Page 28 ---
T ABL E.
xvj
MilordAlbemarle
yariva dans.le tempsque la rédudion de
étcit Gouverneur après
y
à LAngleterre. On remet à la
cette Place
fiurieufe dans le canal de
yoile. Tempéte
topographigue &
Bahama. Defeription
hiforigue de TIe de Saint-Domingue.
page 323
LETTRE NEUVIE MI E.
Manieré dont les Negres fontespofts en vente.
Méthode cruelle que pratiguent! tles habitans
marquer leurs Efclayes.
des Ifles, pour
une qui ne tient pas
M. Douin en. propoft
d'un E/
de Pinhumanité. Trait de courage
clave qui refufa de faire les fondions de
bourreau. Maniere de conferver les Negres
pendant la traverfée d' Afrique en
enfanté
Métamorphofe finguliere d'un
Amérique. Mahacat. LAuteur part du
infedle nommé
Son
PonasPHngpeurnmeaire en Europe.
arrivée à Bordeauz. Trait de bienfaifance
à Pépogue de fon
de Paugufe Dauphine,
mariage.
NOUVEAUX
courage
clave qui refufa de faire les fondions de
bourreau. Maniere de conferver les Negres
pendant la traverfée d' Afrique en
enfanté
Métamorphofe finguliere d'un
Amérique. Mahacat. LAuteur part du
infedle nommé
Son
PonasPHngpeurnmeaire en Europe.
arrivée à Bordeauz. Trait de bienfaifance
à Pépogue de fon
de Paugufe Dauphine,
mariage.
NOUVEAUX --- Page 29 ---
:t 0le
>
NOUFEAUX
VO Y A G 2 ES
DANS
L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE,
LETTRE PREMIERE.
A M. DoUIN.
Divunrdt-duurpuurh nouvelle Orlians;récii
fuccint des Evéneméns & de la Révolution de la
Louifane; de cette Colonic. mort tragigue de quelques Oficiers
faveur des foldats Projet invalides d'un erablifoment de la Marine. erz
Hifoire d'une Princeffe
du Crarowitz fils de Pierre d'Allemagne le Grand) (Époufe gui a
du Palle plufieurs années inconnue dans cette partie
monde, le Comte & comme elle fit reconnue à Paris
par
de Saze.
Vors avez fans doute appris, Morifieur
& cher ami, que le Roi s'étant fait rendre
compte enfon Confeil, concernant l'affaire
A --- Page 30 ---
Nouyeduz Voyages
SaMajefté, toujours eme
de la Louifiane,
les fervices de fes
preffée à récompenfer la bonté de charfujets, voulut bien avoir
SecréM. le Duc de Praflin, Miniftre &
ger
de la Mataire d'État au Département
de me
rine & des Colonies Françoifes,
du
qu'Elle étoit très-farisfaite
témoigner javois montré en toute rencontre
zele que
le bien de fon fervice.
pour
Sa Majefté chargea ce
En conféquence,
traitement qui
Miniftre de me régler un
& d'y
mit en état de me foutenir,
me
fomme de 1200 livres par graajouter une
tification extraordinaire.
de la nouVous faurez donc qu'en partant
effets
Orléans, jy avois laiffé mes
velle
Surpris de n'en
entre des mains étrangeres. durant mon féjour
pas' recevoir de nouvelles
à la
déterminai à repaffer
à Paris, je me
mon deffein à
Louifiane. Je communiquai dontjailhonM.le Comte de Schonberg,
ayant
neur d'être connu depuis long-temps,
de fervir avec lui en Europe.
eu l'avantage forti d'une famille auffi noCe Général,
Phéroifme que par
ble par la vertu & par
hommes
les titres pompeux des grands
étrangeres. durant mon féjour
pas' recevoir de nouvelles
à la
déterminai à repaffer
à Paris, je me
mon deffein à
Louifiane. Je communiquai dontjailhonM.le Comte de Schonberg,
ayant
neur d'être connu depuis long-temps,
de fervir avec lui en Europe.
eu l'avantage forti d'une famille auffi noCe Général,
Phéroifme que par
ble par la vertu & par
hommes
les titres pompeux des grands --- Page 31 ---
dans PAmérique Septenitionale
qu'elle a produits, voulut bien dans cette
occafion me donner des marques fenfibles
de fa bienveillance. Il fit au Miniftre de
juftes repréfentations qui furent bien re-*
çues, Monfieur le Duc de Praflin lui
accorda mon paffage jufqu'à Saint-Domingue aux frais du Roi, ni'y ayant plus
de navires expédiés dans nos ports pour la
Louifiane, depuis la prife de poffefion de
cette Colonie, &c me remit en conféquence
une Lettre pour M. Miftral, CommiflaireGénéral de la Marine, &c. Ordonnateur au
Havre de Grace.
M. le Comte de Schonberg, quin'oblige
que pour le plaifir d'obliger, eut encore la
bonté de me procurer une autre Lettre de
M.le Comte de Fuentes, Ambaffadeur du
Roi d'Efpagne, pour M.le Comte d'OReilly, Lieutenant-Général des Armécs de
Sa Majefté Catholique, & Commandant en
chefauGouvernement de la Louifiane. Cette
Lettre étoit à cachet volant, écrite de fa
main, & d'un ftyle tres-énergique, Vous en
jugerez par la traduétion quej'en fis faire
à Saint-Domingue, par M,I Palenqué, Ca
Aij
de Fuentes, Ambaffadeur du
Roi d'Efpagne, pour M.le Comte d'OReilly, Lieutenant-Général des Armécs de
Sa Majefté Catholique, & Commandant en
chefauGouvernement de la Louifiane. Cette
Lettre étoit à cachet volant, écrite de fa
main, & d'un ftyle tres-énergique, Vous en
jugerez par la traduétion quej'en fis faire
à Saint-Domingue, par M,I Palenqué, Ca
Aij --- Page 32 ---
Nouveauz Voyages
& qui
pitain e de Port au Cap-François,
parle Efpagnol,
A Paris, cezo Décembrexg6gi
>7 Très-excellent Seigneur, 2
ne
me difpenfer de recomman-
>> Je
puis
CaM. Boffa,
> derà votre Excellence,
qui
dans les Troupes Françoifes
>> pitaine
à la Louifiane, oû il
>> fervoient ci-devant
en T retirer fes effets. Ila em-
>> repaffe pour
de moi la perfonne que
>> ployé auprès
je le recomi-
>> j'eftime le plus, pour que
mande à votre Excellence, afin que cet
>>
foit
dans le cas de fouffrir
>> Officier ne
pas
tracafferies de ceux qui pourroient
>> des
attendu que la liberté de
> lui en fufciter,
d'eni fortir
>> refter dans la Colonie, où
fes effets eft accordée à chacun ; je
> avec
de T'honorer de votre proS vous prie
s'il vouloit refter
5 teâtion, & de Tobliger
en le recommandant ex5 à la Louifiane,
fuccédera; je
à celui qui vous
> preffément
réuffira ainfi que je le
5 me perfuade qu'il
conftante
delire. Je vous réitere l'amitié
--- Page 33 ---
dans PAmérique Septentrionale,
> & cordiale que je vous ai vouée en tout
>> temps & pour toujours.
>> Je prie Dieu qu'il vous conferve, &ci
Signé, le Comte DE FUENTES.
Muni de ces deux Lettres, je me rendis
au Havre de Grace, 9 oùt je m'embarquai
fur un vaifleau marchand nommé Paimable
Genevieve, appartenant à MM. Euftaches
freres. Ce bâtiment était commandé par le
Capitaine Gamot, marin tres-expérimenté,
Nous avions à notre bord M. de Boisforét, quialloit fervir en qualité d'Ingénieur
en chef au Département du Cap-François,
dont la place étoit vacante depuis la retraite
de M.Duportail, Lieutenant-Général des
Armées du Roi,
Nouslevâmes l'ancre le 19 de Mars
& nous fimes voile pour Saint-Domingue, 1770,
Après quarante-trois jours d'une trayerfée
heurcufe, nous entrâmes dans la rade du
Cap-François. En y débarquant, je fus rendrc mes devoirs à M. le Vicomte de Choifeul, Brigadier des Armées du Roi, &
commandant la partic Françoife de cette
Iile nommée la Bande du Nord. Je lui fis
Aiij
,
Nouslevâmes l'ancre le 19 de Mars
& nous fimes voile pour Saint-Domingue, 1770,
Après quarante-trois jours d'une trayerfée
heurcufe, nous entrâmes dans la rade du
Cap-François. En y débarquant, je fus rendrc mes devoirs à M. le Vicomte de Choifeul, Brigadier des Armées du Roi, &
commandant la partic Françoife de cette
Iile nommée la Bande du Nord. Je lui fis
Aiij --- Page 34 ---
Nouyeauz Voyages
ce Général
part du fujet de mon voyage;
m'embarquer
m'accorda un paffeport pour
bâriment qui partiroit pour
fur le premier
J'ai trouvé le
la colonie de la Louifiane.
tiers.
Cap-Frangois agrandi de près d'un
dédiée à faint Louis, 2
L'églife paroiffiale, achevée, depuis plus
n'étoit point encore
ans qu'elle a été commencée.
de vinge-cinq
Elle eft bâtie en pierres de taille, appordu Port de Nantes fur des vaifleaux
tées
& qui ont ferviauffi
leftés de ces matériaux,
de cazernes fià Pédifice d'un beau corps
reffemble à
tuées au-deffus de la Ville, qui
M. le Baron de Clngnygenuis
un amphithéatre. Intendant de cette Colonie,
forfqu'il étoit
vafte Place qui porte fon
y a fait faire une
Fontaine
clle eft ornée d'une fuperbe
nom 5
qui a été achevée fous le
placée au milieu, de M. le Comte d'Eftaing.
gouvernement
qui faifoit route
Je profitai d'un brigantin Orléans. Nous
pour le Port de lanouvelle
entre le
le 22 Mai: nous pafTames
parimes Paix & PIle de la Tortue (célebre
Port de
Vérabliffement de ces Aventuautrefois par fous le nom de THbufiers,qui
giers connus
de Louis le
fe font fignalés fous le regne
--- Page 35 ---
dans PAmérique Septentrionale
Grand, dans les Indes Occidentales). Elle
eft fituée par les vingt degrés quarante minutes nord, Nous élongedmes I'Illede Cuba,
qui forme l'entrée du fameux Golfe du
Mexique. Nous approchions des côtes du
Continent de la Louifiane, lorfque nous
effuyâmes un furieux coup de vent du fudouelt, Les ténebres nous empéchoient de
voir les terres, qui font extrémement baffes
dans ces parages. C'eft pourquoi nous jerâmes l'ancre par les vingr-fix braffes d'eau,
pour attendre le jour; mais par le frottement continuel notre cable fe rompir, &
l'ancre fut perdue.
Nous louvoyâmes pendant deux jours,
au bout defquels nous entrâmes à P'embouchure du grand fleuve de Miffiffipi. Comme
notre bâtiment ne tiroit qu'onze
nous paffâmes la Barre fans
Jc
avec
LAET
débarquai
deux paflagers à la Balifc 2
où nous primes trois hommes, avec une
grande pirogue, & nous voguâmes pendant
l'efpace de trente lieues en montant le fleuve
à la rame. Le troifieme jour nous arrivâmes
à la nouvelle Orléans. Je la trouvai encore
dans la confternarion où l'ont jeté les événeA. iv
nous paffâmes la Barre fans
Jc
avec
LAET
débarquai
deux paflagers à la Balifc 2
où nous primes trois hommes, avec une
grande pirogue, & nous voguâmes pendant
l'efpace de trente lieues en montant le fleuve
à la rame. Le troifieme jour nous arrivâmes
à la nouvelle Orléans. Je la trouvai encore
dans la confternarion où l'ont jeté les événeA. iv --- Page 36 ---
Nouyeauz Voyages
dont cette capitale a été ie
mens tragiques
ferai
le récit
ghéarre. Je ne vous en
point
circonftancié; tous ces faits ont été
bien détaillés dans les gazettes Angloifes.
affez bornerai à quelques traits que vous
Je me
doute. Je penfe qu'avant d'en
ignorez fans
inutile de vous tracer
venir là, il ne fera pas Lettre de Louis XV
exaéte d'une
une copie
Commandant de la Louià M. d'Abbadie, de la ceffion de cette Colofjane, au fujet
nie à la Couronne d'Efpagne,
lez1 Avril 1764.
'A Verfailles,
d'Abbadie, par un adte parr
5> Monf.
le 3 Noà Fontainebleau
5> ticulier palfé
cédé de ma pleine
ayant
5 vembre 1762, très-cher & amé coufin
à mon
33 volonté,
& à fes fucceffeurs &
5> le Roi d'Efpagne,
purement
en toute propriété,
5 héritiers,
& fans aucune exception,
S & fimplement,
fous le nom de la
S tout le pays connu la nouvelle Orainfi que
S Louifiane,
elle eft fituée;
léans & PIle dans laquelle
S
autre aête paflé à FEfcurial,
S> & par un
le 3 Novembre
S figné du Roi d'Efpagne,
Catholique
de la méme année, Sa Majefté
# --- Page 37 ---
dans PAmérique Septentrionale.
$
$ ayant accepté la ceffion du pays de la
3> Louifiane, & de la ville de la nouvelle
S Orléans, conformément à la copie def-
> dits aétes que vous trouverez ci-jointe,
>> je vous fais cette lettre pour vous dire
5> que mon intention eft qu'à la réception
3> dela préfente & des copics ci-jointes, foit
> qu'elles vous parviennent par les Officiers
S> de Sa Majefté Catholique, ou en droiture
>> par les bâtim ens François qui en feront
>> chargés, vous ayez à remettre entre les
> mains du Gouverneur, 3 ou Officier à ce
>> prépofé par le Roi
d'Efpagne, 3 ledit pays
5> & colonie de la Louifiane & poftes en
>> dépendans, 2 enfemble la ville & I'Ifle de
> la nouvelle Orléans, telles qu'elles fe
>> trouveront au jour de ladite ceflion
> voulant qu'à l'avenir elles appartiennent 2
>> à Sa Majefté Catholique, pour être
S vernée & adminiftrée par fes Gouver- gou3> neurs & Officiers, comme lui apparte.
S nant en toute propriéré & fans
> tion.
cxcep-
>> Je vous ordonne en conféquence, aufff-
> tôt que le Gouverneur & les troupes de
S> ce Monarque feront arrivées dans lefdits
jour de ladite ceflion
> voulant qu'à l'avenir elles appartiennent 2
>> à Sa Majefté Catholique, pour être
S vernée & adminiftrée par fes Gouver- gou3> neurs & Officiers, comme lui apparte.
S nant en toute propriéré & fans
> tion.
cxcep-
>> Je vous ordonne en conféquence, aufff-
> tôt que le Gouverneur & les troupes de
S> ce Monarque feront arrivées dans lefdits --- Page 38 ---
Nouveauz Voyages
IG
vous ayezà les en mettre
P pays & colonie, & à retirer tous les Offi3> en poffeffion,
à mon fervice
Soldats & Employés
S ciers,
pour envoyer
5 qui y feront en garnifon,
Colonies
ou dans mes autres
> en France,
ceux qui ne trouveroient
S del'Amérique,
fous la dominaà
de refter
2 pas propos
> tion Efpagnole.
Tentiere
defire de plus qu'après
S Je
& ville de la
defdits port
S évacuation
à raffemOrléans 2 vous ayez
5> nouvelle
relatifs aux finances
5> bler tous les papiers de la colonie de la
2 & à l'adminiftration
en France en
venir
S Louifiane, 7 pour
2 rendre compte. eft néanmoins que vous
> Mon intention Gouverneur ou Officier
3 remettiez audit
& documens
tous les papiers
>> prépolé
fpécialemen le gouverS qui concernent colonie, foit par rapde cette
5> nement
limites, foit par rap
>>
portau rerritoirede
différens Poftes,
& aux
> port aux Sauvages tiré les reçus convenables
S après en avoir
& que vous don-
>> pour votre décharge, tous les renfeigneaudir Gouverneur
S niez
32 mensq
etiretaiemr-ses --- Page 39 ---
dans PAmérique Septentrionale
ii
p9 en état de gouverner ladite colonie à la
5 fatisfaction réciproque des deux Nations.
>> Ma volonté eft qu'il foit donné un inVentaire figné double entre vous & le
5 Commiffaire de Sa Majefté Catholique
>
3 de toute l'artillerie $ effets > maga-
> fins, hopiraux, bâtimens de mer, &c.
> qui m'appartiennent dans ladite colonie,
> afin qu'après avoir mis ledit Commiffaire
>> en poffeffion des bâtimens & édifices ci-
>> vils 3 il foit dreffé enfuite un procès-
> verbal d'eftimation de tous lefdirs effets
>> qui refteront fur les lieux, & dont le
>> prix fera rembourfé par Sa Majefté Ca-
> tholique fur le pied de ladite eftimation.
3> J'efpere en méme-temps, pour l'avan5> tage & la tranquillité des habitans de la
5> colonie de la Louifiane, & je me pro-
> mets en conféquence de l'amitié & affec-
> tion de Sa Majefté Catholique, qu'elle
voudra bien donner des ordres à fon
Gouverneur , & à tout autre Officier
>> employé à fon fervice dans ladite colonie
>> & ville de la nouvelle Orléans
s pour
a que les Eccléfiaftiques & maifons reli-
>> gieufes qui deffervent les cures & les
5> colonie de la Louifiane, & je me pro-
> mets en conféquence de l'amitié & affec-
> tion de Sa Majefté Catholique, qu'elle
voudra bien donner des ordres à fon
Gouverneur , & à tout autre Officier
>> employé à fon fervice dans ladite colonie
>> & ville de la nouvelle Orléans
s pour
a que les Eccléfiaftiques & maifons reli-
>> gieufes qui deffervent les cures & les --- Page 40 ---
Nouveaur Voyages
leurs fonaions , &
5> miffions , y continuent
&
des droits, privileges
52 y jouiffent
leur ont été attribués
>> exemptions qui
établiffemens; que
> par les titres de leurs
ainfi
ordinaires continueront
D les Juges
à rendre la
le Confeil Supérieur,
2 que
les loix, formes & ufages
> juftice fuivant
les habitans y foient
3 de la colonie ; que
de leurs
confirmés dans les propriétés
>
fuivant les conceffions qui en ont
2 biens,
Gouverneurs & Or2> été faites par les
&
de ladite colonie ;
que
>> donnateurs
foient cenfées & réconceffions
>> lefdites
Sa Majefté Caconfirmées par
>> putées
ne T'euffent pas
quoiqu'elles
> tholique,
moi, efpérant au furplus
> encore été par
vondra bien
Sa
Cacholique
>>
que
Majefté de la Louifiane les
b> donner aux fujets
& de bienveilde protedion
2 margues
fous ma do2 lance qu'ils ont éprouvées feuls malheurs de
& dont les
> mination,
de reffentix
la
les ont empêché
5 guerre
>> les plus grands effets. faire enregiftrer
> Jc vous ordonne de
lettre au Confeil Supérieur
S ma préfente
Orléans, afin que les
A de ia nouveile --- Page 41 ---
dans PAmérique Septentrionale:
x3
S différens états de la colonie foient infor35 formés de fon contenu, > & qu'ils puiffent
> y avoir recours au befoin, 2 la préfente
>> n'étant à d'autres fins.
>> je prie Dieu, Monf, d'Abbadie,
> qu'il
> vous alt en fa fainte garde. SignéLouis,
> e plus bas, le Duc de Choifeul.
M. d'Abbadie fut nommé CommandantGénéral de la partie de la
Louifiane, > que
le Roi s'étoit réfervé par le traité de paix.
En attendant l'arrivée des Efpagnols, la
ville eut le titre de comptoir, & M.d'Abbadie en eut la diredtion ; il réunit les deux
charges de Gouverneur & d'Ordonnateur
de cette malheureufe colonie. Mais une
année après que la lettre du Roi lui fut
parvenue, 9 ce Commandant mourut d'une
maladie prétendue colique depeinitre. Quelques-uns prétendent que fa mort ne fut pas
nacurelle ; je ne donnerai point pour certain ce qui n'eft fondé que fur de fimples
conje@ures, ne prétendant ajouter aucun
nouveau poids aux foupçons qu'on forma
contre quelques perfonnes : elles font mor-
ateur
de cette malheureufe colonie. Mais une
année après que la lettre du Roi lui fut
parvenue, 9 ce Commandant mourut d'une
maladie prétendue colique depeinitre. Quelques-uns prétendent que fa mort ne fut pas
nacurelle ; je ne donnerai point pour certain ce qui n'eft fondé que fur de fimples
conje@ures, ne prétendant ajouter aucun
nouveau poids aux foupçons qu'on forma
contre quelques perfonnes : elles font mor- --- Page 42 ---
Nouvedur Voyages
jugées au tribunal
tcs, & par conféquent
de FEternel.
qui avoit obtenii
M. Aubry, Capicaine,
refa
des fix compagnies
le commandement
réformées au mois
tantes de nos troupes,
alors le comde Septembre 1763, prit
de la
mandement général de la partie
Louifiane qui nous reftoit en attendané
Meffieurs les Efpagnols. fut nommé GouEn 1766, M. de Ulloa
ordre de Sa
verneur de la Louifiane, par
Carholique. Arrivé à la Havane,
Majefté
il écrivit au Confeil
dans l'ille de Cuba,
la lettre fuiSupérieur de la Louifiane
vante.
A la Havane, ce IO Juillet 1766.
Meffieurs $ dernierement les ordres
5> Ayant reçu
paffer
5> de Sa Majefté Catholique, pour
& la recevoir en fon nom, $
3> à votre ville,
de Sa
trèsde ceux
Majefté
32 en conféquence failis cette occafion pour
2> Chréienne, je
fera bientôt que
5 vous faire favoir que ce
chez vous
de me rendre
>> j'aurai Phonneur
>> pour remplir cette commifion. --- Page 43 ---
dans PAmérigue Septcntrionale
TS
5 Je me flatte d'avance qu'clle pourra
> me procurer des occafions favorables
2) pour vous témoigner combien je defire
2> vous rendre tous les fervices que vous
3 & Meffieurs les Habitans peuvent fouD> haiter; ; c'eft de quoi je vous prie de les
>> affurer de ma part.
5 J'ai l'honneur d'étre, &c. Signt, Don
2 Antonio de Ulloa.
Les efpérances flatteufes qu'on avoit congues fur cette lettre ne fe réaliferent point ;
on s'attendoit à vivre fous un gouvernenement fage & paifible, lorfqu'on vit le
trouble, 2 le défordre & la confufion fe réI pandre dans toute l'étendue de la colonie.
La lettre de Sa Majefté trés-Chrétienne,
B
écrite de Verfailles, en date du 21 Avril
1764, comme vous l'avez vu, enjoignoie
à M. d'Abbadie, 9 de remettre au premier
Officier prépofé par Sa Majefté Carholique,
Iedit pays & colonie de la Louifiane 2 les
villes & dépendances 2 &c.
M. Aubry avoit fuccédé à M. d'Abbadie; Don Antonio de Ulloa débarqua à
la nouvelle Orléans en 1766 : il eft bien
date du 21 Avril
1764, comme vous l'avez vu, enjoignoie
à M. d'Abbadie, 9 de remettre au premier
Officier prépofé par Sa Majefté Carholique,
Iedit pays & colonie de la Louifiane 2 les
villes & dépendances 2 &c.
M. Aubry avoit fuccédé à M. d'Abbadie; Don Antonio de Ulloa débarqua à
la nouvelle Orléans en 1766 : il eft bien --- Page 44 ---
Nouveduz Voyages
dés
cet Officier E(pagnol,
furprenant que
Sa Majefté Cathofigné Gouverneur par
dans Ia colonie
lique, ait refté deux ans
ai nom du
fans en avoir pris poffefion fans avoir fait prèter
Roi d'Elpagne 9 &
de fidélité qui eft
aux Habitans le ferment
fous la domid'ufage lorfqu'un pays palle Il eft effennation d'un autre Souverain.
que fi
néceffaire de remarquer
tiellement
eûr été faite fuivant la régle,
cette formalité
qu'après cet aéte auil n'eft pas douteux
euffent été auffi
thentique 1 2 les François Roi d'Efpagne s
fidelement artachés au
&
ci-devant à leur premier
qu'ils rétoient
légitime Souverain. un abus de fon autoM. de Ulloa, par
établie foliderité qui n'étoit pas encore mécontens. Les
fit beaucoup de
du
ment ,
aigris, & les altercations
efprits furent
du
Gouverneur avec le Procureur-Général la révolte,
Confeil Souverain, préparerent préfenterent
c'eft-adire que les Habitans
qui exif
Supérieur
une requête au Confeil
la juftice au
toit, & qui rendoit toujours cette requéte
du Roi de France :
nom
cent cinquanté per-:
étoit.fignée de cinq
fonnes * --- Page 45 ---
dans PAmérique Septentrionale.
fonnes, tendante à lexpulfion de M. de
Ulloa, & à fon retour en Efpagne, A
l'égard des Efpagnols qui étoient
venus
avec ce Gouverneur, ils furent traités
avec
besucoupdhonnéreré de la part des habitans
François.
M. de Ulloa apprit alors combien les
perfonnes deftinées à remplir des places éminentes doivent pefer leurs paroles. La
de poffefion de cette Colonie,
ptife a
que la France, par des arrangemens particuliers, mais
relatifs au traité de paix, avoit cédée à
l'Efpagne enindemnitédes fraisde la guerre,
ne fe fit que lc 18 Août 1769, par M. le
Comte d'O-Reilly, chargé de cette commiflion dc la part de Sa Majefté Catholique.
M. de Ulloa (1), quoique bon Officier,
fans qu'on puiffe rien lui reprocher fur les
fentimens d'honneur & de probité, n'étoit
(I) Il étoit du nombre des Officiers Elpagnols
qui accompagnerent les Académiciens François qui
furent envoyés au Pérou pour y mefurer le
& déterminer fa figure ; Mellieurs
globe,
& la Condamine : ce dernier
Godin 2 Bouguer
dans fa
nous a fait connoitre
relation, ces vaftes déferts 2 ainfi que le
cours de cette fameufe riviere des Amazones.
B
'honneur & de probité, n'étoit
(I) Il étoit du nombre des Officiers Elpagnols
qui accompagnerent les Académiciens François qui
furent envoyés au Pérou pour y mefurer le
& déterminer fa figure ; Mellieurs
globe,
& la Condamine : ce dernier
Godin 2 Bouguer
dans fa
nous a fait connoitre
relation, ces vaftes déferts 2 ainfi que le
cours de cette fameufe riviere des Amazones.
B --- Page 46 ---
-
Nouvzduz Voyages
auroit
Ce Gouverneur
nullement politique.
envers une nades ménagemens
alloit
dà garder
& belliqueufe qu'il
tion indufrieufe
avoir Thonneur de commander. deux membres
Les habitans dépucerent de Sainételette &
Confeils Supérieur (M.
du
aller faire des repréfentale Saffier } pour France ; mais la politique
tions à la Courde fouvent faire des chofes
& la nécelflité font l'intention n'ont prefque
où le coeur &
point de part.
la conduite de M. de
On peut dire que malheureufe affaire, a
Ulloa, dans cette
nombre de braves
caufé la perte d'un grand a Tagrandifement
qui avoient coopéré
en fougens Etats de leur prince légitime, des nades
cruelles contre
détenant des guerres alliées des Anglois, pour
tions barbares
de ces infulaires les
fendre contre l'avidité
dans cette partie
domaines de la Couronne fauroit s'empécher
de Punivers ; l'on ne caufe la dévaftation
d'artribuer à la même
foixante & dix
d'une Colonie qui, depuis l'établir des fomavoit coûté pour
années,
une émigra
immenfes, & occafionné
mes
rion confidérable. --- Page 47 ---
dans PAmérique Septentrionale.
Pour revenir à M. d'O-Reilly , ce Cénéral, trois jours après fon arrivée, fit arrêter,
à l'hôtel du Gouvernement, douzenotables
de la Colonie, qui avoient eu le plus de
part au renvoi de M. de Ulloa; fix d'entr'eux furent fufillés ; les fix autres furent
condamnés à être transférés prifonniers d'État au Fort Mooreà la Havane, dans l'Ille
de Cuba (1):
Ce fut la funefte journée du 27 Septembre qui caufa la défolation & la frayeur des
habitans de la nouvelle Orléans. Ils fe retirerent à la campagne dans leurs habitations,
pour ne point être fpeétateurs du trifte fort
qu'on alloit faire fubir à leurs parens, amis
& concitoyens. Le Général O-Reilly Ordonna que les portes de la Ville fuffent fermées, & que toutes les troupes priffent les
armes ; un corps de.g grenadiers, comman-
(T) Sa Majefté Catholique, par une clémence qui
lui eft naturelle leur accorda la liberté , à la follicitation du Roi très-chrétien. M. le Maréchal Duc
de Broglie a rendu à ces prifonniers tous les bons
offices dont ce Général François, défenfeur de la Patrie, étoit capable dans cette cricique circenftance,
B ij
toutes les troupes priffent les
armes ; un corps de.g grenadiers, comman-
(T) Sa Majefté Catholique, par une clémence qui
lui eft naturelle leur accorda la liberté , à la follicitation du Roi très-chrétien. M. le Maréchal Duc
de Broglie a rendu à ces prifonniers tous les bons
offices dont ce Général François, défenfeur de la Patrie, étoit capable dans cette cricique circenftance,
B ij --- Page 48 ---
Nouveduz Voyages
de Liboa, Colonel d'infanterie;
dé par M.
efcorte les prifonniers
conduifit avec cette appellée le Champ
fur une grande place, autrefois exercer
de Mars, oùt nous allions
des armes ;
nos foldats au maniment fcélerent de leur
c'eft-là oùt ces infortunés à leur Roi, &
fang leur attachement
lamour envers leur patrie. cher ami, que
Cen'eft qu'en tremblant, de cette fanglante
je vous fais le détail douleur qui me pénetre
tragédie : 7 car la
de regret, lorfme fait verfer des larmes
les farals poencore
que je me repréfente des viaimes, & percés
teaux teints du fang
ont donné la mort
des bales meurtrieres qui
malheureux
à nos illuftres camarades, plus paroitre dans cet
criminels, qui frent
que terrible la vertu la plus courageufe
inftant
héroique : vous en
&c la fermeté la plus
le petit difcours
jugerez, Monfieur, par Capitaine dans
M. Marquis,
ci-devane
que prononga de Halwil Suiffe 2
le Régiment
Marine & des Colonies
au fervice de la
Cet Officier
Frangoifes de l'Amérique. fermeté d'ame au
montra la plus grande il ne voulut jamais
moment du fupplice ; --- Page 49 ---
dans PAmérigue Septentrionale. 21
qu'on lui bandât les yeux, difant : qu'ayant
tant de fois bravé la mort pour le fervice du
Roi de France fon Maitre, 9 il ne les avoit
jamais fermés ni détournés devant fès ennemis. A l'imitation des Américains cet
Officier fit une courte harangue,
>
Mourons, dit-il à fes compagnons d'infortunes, pui/qu'ilfaut mourir; mais mourons en homme. La mort n'a rien d'efrayane
pour moi.
Après avoir demandé une prife de tabac
avec un fang froid qui n'a point d'exemple,
Meffieurs les Efpagnols 2 continua-t-il,
foyeg témoins que nous mourons pour avoir
youlu étre toujours Frangois; ; oui, facheg-le,
quoiqu'étranger, mon caurafrungaisyiladeé
toujours pour Louis Ze bien aimé, alL fervice
duguel jai facrifié trente 6 quelques années
s
Bje me fais une gloire que mon amour pour
lui foit la caufé de ma mort.
Aprés ces paroles 2 ce brave Officier
déchira fa chemife, & montra fon eftomac
cicatrifé de bleffures reçues à la guerre,
en difant, tireg Dourreaua.
Vous jugez fans doute, mon cher camarade, qu'il emporta les regrets de toute
B iij
fervice
duguel jai facrifié trente 6 quelques années
s
Bje me fais une gloire que mon amour pour
lui foit la caufé de ma mort.
Aprés ces paroles 2 ce brave Officier
déchira fa chemife, & montra fon eftomac
cicatrifé de bleffures reçues à la guerre,
en difant, tireg Dourreaua.
Vous jugez fans doute, mon cher camarade, qu'il emporta les regrets de toute
B iij --- Page 50 ---
Nouveauz Voyages
les partagea fut le
la Colonie. Celui qui
m'a affuré qu'il
Chevalier de Noyant ; on
fe fauver s'il eut voulu charger
auroit pu
en difant
M. de la Freniere fon beau-pere,
du Roi quil'avoit
que c'étoit ce Procureur
affaire ; mais
engagé dans cette malheureufe
Chevalier de Noyant eut la générofité
le
d'ame de préférer la mort
& la grandeur tacher fon nom par aucune
plutôt que de
aéion indigne de fon fang.
avoir
Ce brave gentilhomme , 1 après
avec diftinaion en
fervi le Roi en Europe
ayant
de Capitaine de Cavalerie 3
qualité
repaffa à la Louiété réformé à la paix 7
avoit été
fiane fa patrie s où fon pere Orléans
Lieutenant de Roi de la nouvelle
;
de M. de Bienville (1) que
il étoit neveu à Paris, qui fut un des prevous avez vu
de la Louifiane, après
miers Gouverneurs d'Iberville fon frere ainé,
la mort de M.
dit
de Vaiffeau ; & comme jel'ai
Capitaine
de T'hiftoire de mes
dans la premiere partie Officier qui découvrit
Voyages, c'eft cet
Gouverneur mourut à Paris en
(I) Cet ancien
4767, âgé de 89 ans. --- Page 51 ---
dans PAmérique Septentrionale. 23
par mer l'embouchure du fameux fleuve
de Miffiffipi - en l'annéé 1696. Ce fut
M. de Bienville qui jeta les premiers fondemens de la nouvelle Orléans en 1718,
fous la régence du Duc d'Orléans, dont elle
porte le nom. Ces Meflieurs étoient quatre
freres dans la Colonie, dont M. de Serigny
auffi Capitaine de Vaiffeau, à fon retour
en France, époufa une Béthune ; ils étoient
grands oncles du Chevalier de Noyant, digne d'un meilleur fort. Il étoit d'une figure
diftinguée & d'un caraétere aimable. Enfin
cet Officier, qui en partant de Paris me fit
fes adieux, ne penfoit pas, ni moi non plus
qu'il dût terminer fa carriere par un événement fi trifte à l'âge de 31 ans, & dans
une ville dont fon grand oncle avoit pofé
la premiere pierre pour être la capitale de
cette vafte Province. Son frere, M. de
Bienville, eft actuellement Lieutenant de
Vaiffeau ; cet Officier plein de mérite eft
inconfolable de la perte d'un frere qu'il
aimoit tendrement.
Le Chevalier de Noyant a laiffé pour
pleurer fa mort une tendre & vertueufe
époufe, âgée de 16ans, fille du ProcureurB 1 iv
grand oncle avoit pofé
la premiere pierre pour être la capitale de
cette vafte Province. Son frere, M. de
Bienville, eft actuellement Lieutenant de
Vaiffeau ; cet Officier plein de mérite eft
inconfolable de la perte d'un frere qu'il
aimoit tendrement.
Le Chevalier de Noyant a laiffé pour
pleurer fa mort une tendre & vertueufe
époufe, âgée de 16ans, fille du ProcureurB 1 iv --- Page 52 ---
Nouveauz Voy
Général de cette Colonie 2
filié malgré les proteftations
n'étoit point fujet du
qu'il
qu'il vouloit être jugé par
(1) La Province de Bourgogn
des fommes fi confidérables
payé fait avec les Suiffes en 15
traité
de
tabliffement des fortifications
pour la rançon du R
de nouveau
le
F
à la bataille de Pavie, 2
diftingua dans cette circonflance
indépendamment des im
autres ;
elle fit faire une coleéte
naires, ,
produifit de grandes
taires, qui
vint deman
Viceroi de Naples,
du traité de Madrid, par lequel
devoit être cédé à Charl
gogne convoqués S & les Comp
États
refuferent de foufcri
confultées,
à fo
Souverain, &c s'oppoferent
qu'ayant P4
Érats repréfenterent
Couronne, 8 par leur choir, 2 de
pas de la V
Tes, il ne dépendoit
de les céder ainfi. La noblef
que
elle prendroi
Roi l'abandonnoit,
de fe défendre, & de s'afiranchi
& qu'elle répan
de dominations, jufqu'à la derni
néreux deffein, --- Page 53 ---
dans PAmérigue Septentrionale,
Le Révérend Pere
d'Agobert, Supérieur
des Capucins, & Curé de certe Capitale,
fut trouver M. O-Reilly
lui
>
pour
dire que
M. de la Freniere proteftoit
contre la Senfang. Pour toute réponfe au Viceroi de
le fitafifter à l'audience des
Naples, on
Députés de
à
Bourgogne
Cognac, 2 & on lui fit la déclaration de la fainte
Ligue faite entre Clément VII, les Rois de France
&c d'Angleterre. Elle fut nommée fainte,
Ie Pape en étoit le Chef
parce que
Le traité de Madrid portoit
tion du Comté
également la reddid'Auxonne 2 qui avoit alors fes Etats
particuliers & féparés de ceux du Duché ; il fur
auflia arrêté, le 8 Juin 1526, dans une affemblée folemnelle, ou fe trouverent les Nobles, les
& les Echevins des plus
Curés,
gros Bourgs &
qu'on ne fe départiroir pas de l'obéiffance Villages, à la Couronne de France, 2 quelqu'aliénation
fait faire
qu'on en eût
au Roi; on envoya quatre Députés à Ia
Régente pour lui faire agréer cette réfolution, &
lui demander des lettres au Lieutenant du
afin d'être affifté de forces en cas de
Duché,
voir dans le petir
fiége. On peut
précis hiftorique deJurain
le nom des principaux
(16I1),
Seigneurs qui affifterent à
cette affemblée. Charles-Quint
le
ayant envoyé depuis
Seigneur de Launoi avec cinq cents chevaux &
deux Régimens d'Infanterie, fommer la ville
xonne dofs
d'Au-
lettres au Lieutenant du
afin d'être affifté de forces en cas de
Duché,
voir dans le petir
fiége. On peut
précis hiftorique deJurain
le nom des principaux
(16I1),
Seigneurs qui affifterent à
cette affemblée. Charles-Quint
le
ayant envoyé depuis
Seigneur de Launoi avec cinq cents chevaux &
deux Régimens d'Infanterie, fommer la ville
xonne dofs
d'Au- --- Page 54 ---
Nouveauz Voyages
mais
contre lui;
tence de mort prononcée Pere Capucin de
chargea ce
auffi
ce Général
du Roi qu'il étoit
dire au Procureur aujourd'lui, comme
fur qu'il alloit mourir
foleil.
il eft certain qu'il y a un
Commiffaire
de M. Foucaut,
A légard
Confeil Supérieur,
Ordonnateur & Chefdu
de la Requi avoit figné pour Timpreffion le renvoi de
quête des Habitans concernant arrêté avec les
de Ulloa, il fut auffi
M.
P'envoya interroger:
autres. M. O-Reilly répondit qu'il étoit
mais cet Ordonnateur au Roi de France
François, & comprable
qu'à ceux
fon maitre, qu'il ne répondroit de lui deferoient chargés de fa part Toutes ces
qui
compte de fa conduite.
à
mander
M. O-Reilly
repréfentations engagerent
du Comté,
repouffé par les Gentilhommes Duché qui étoient
zeufement gens de guerre du même d'ètre furpris
& quelques enfermer ; il manqua
à la.
venus s'y
où il s'amufoit fut
dans la forêt des Crocheres, fe fauver à Dole ; il
chaffe ; à peine put-il
flle d'Auxonne, qui
averti à temps par une jeune fur quelque prétexte, &
fe rendit dans fon camp la nuit
fes troupes délogerent du Duché de Bourgogne.
(*) Abrégé de THiftoire --- Page 55 ---
dans PAmérique Septentrionale.
le faire embarquer pour la France ; & à
fon arrivée à Paris, il: fut mis à la Baftille (1).
Ce malheureux événement a été funefte
à la Louifiane, qui, depuis cette époque,
n'offre que des campagnes totalement défertes. Cette terre de promiffion eft devenue
une terre de défolation. Plufieurs habitans
qui en étoient fortis avec leurs effets ont
péri fur mer. La plupart de ceux quiy font
reftés, coulent les jours les plus triftes dans
le fein de la mifere. On diroit que le fléau
de la guerre vient d'écendre fes ravages
dans cette contrée.
Je ne blâmerai cependant ni ne juftifierai
les habitans de cette Colonie. Ils avoient
fans doute eu tort de demander au Roi de
refter toujours fous fa domination. N'auroient-ils pas dû fentir que les ordres de Sa
Majefté fur le fort de la Louifiane étoient
irrévocables P Le parti le plus fàr & le plus
avantageux étoit de s'y foumettre. Ne les
jugeons cependant pas à la derniere rigueur.
(I) M. Foucaut , après dix-huit mois de détention, eft forti ; il a eu une gratification du Roi, &
une place d'Ordonnateur aux Grandes Indes.
uroient-ils pas dû fentir que les ordres de Sa
Majefté fur le fort de la Louifiane étoient
irrévocables P Le parti le plus fàr & le plus
avantageux étoit de s'y foumettre. Ne les
jugeons cependant pas à la derniere rigueur.
(I) M. Foucaut , après dix-huit mois de détention, eft forti ; il a eu une gratification du Roi, &
une place d'Ordonnateur aux Grandes Indes. --- Page 56 ---
Nouveauz Voyages
leur ft peut-être paffer les
Le motif qui
bien excufable: il
bornes eft un fentiment
éloges dans
auroit été digne des plus grands l'enthoucirconftances. Cétoit
routes autres
l'amour de notre Souvefiafimne de la patrie,
& fes loix.
aimant fa domination
rain,
les Efpagnols
D'ailleurs, rappellez-vous 2
que
(1) de
encore pris poffelion
n'avoient pas
de M. .d'Ul-
& quelaconduite
la Louifiane,
de tout reproche. II
loa n'eft point à Tabri
de M.
ont blâmé celle
Aubry,
y en a qui
fommé de prendre pofde ne l'avoir pas
que c'eftàtort.
feflion. Je crois pofitivement
s'agit
On conviendra du moins que lorfqu'il
astions des hommes, le plus
de juger Ies
& de
fàr cft de préfumer à leur avantage,
qu'ils cnt eu de bonnes raifons pour
croire
que de les
comme ils ont fait, plutôr
agir précipicamment. 7 & de s'imaginer
blâmer
mauvais motifs.
qe'ils ont été pouffés parde M. Aubry ; il
J'ai connu particulierement
M. de Ulloa attendoit des troupes d'E(pagne,
(1)
cérémonie avec plus de pompe.
afin de faire cette
de poffeffion en.
Voila ce qui a différé cette prife
regle. --- Page 57 ---
dans PAmérique Septentrionale:
a été mon camarade & mon ami, & nous
étions cnfemble à Ia baraille de Coni en
Piémont > à l'armée que commandoi:
Monfeigneur le Prince de Conti.
J'ai toujours admiré en cet Officier un
grand fonds de Religion, dcs fentimens
d'humaniré, & de la bravoure : il en a
donné des preuves dans toutes les occalions
où il a été employé pour la défenfe de la
Louifiane.
Ce Commandant étoit fort embarraffé.
On avoit réformé, comme vous favez, en
1763, nos Compagnies 2 & l'on n'en avoit
confervé que fix pour gerder la Police d'une
étendue de pays auffi confidérable,
Meffieurs de Grand-Maifon, 2 Major de
ces troupes, & Aubert, Capitaine, AideMajor, deux Officiers d'un rare mérite,
fe comporterent le plus fagement dans
cette critique circonfance : il n'y eut pas
une goute de fang répandu.
Il eft certain que fi M. Aubry eût eul des
troupes à oppofer à tous les habitans armés
de la Capitale & des environs, la révolte
auroit été étouffée dans fa naiffance. La préfence des Officiers, à la tête de leurs Com-
aine, AideMajor, deux Officiers d'un rare mérite,
fe comporterent le plus fagement dans
cette critique circonfance : il n'y eut pas
une goute de fang répandu.
Il eft certain que fi M. Aubry eût eul des
troupes à oppofer à tous les habitans armés
de la Capitale & des environs, la révolte
auroit été étouffée dans fa naiffance. La préfence des Officiers, à la tête de leurs Com- --- Page 58 ---
Nouveauz Voyages
cé
eût impofé à la populace :
pagnies, en
pour ces côlons.
qui auroit été un bonheur
Oll
Peu de remps après ces événemens, Conful
ci-devant
apprit que M. d'Uriffa,
avoit
à Bordeaux,
de la Nation Efpagnole
Catholique Inété nommé pas Sa Majefté & étoit déjà arrivé
tendane de la Louifiane,
hommes de
avec huit cents
à la Havane,
ordre d'y prendre quatre
troupes. Il avoit
de la vente des biens
millions provenants de cette Ville, pour
des Jéfuites expulfés
Louifiane. de Auffifubvenir aux dépenfes sdela
de ces fàIntendant fut inftruit
tôt que cet
il fe crut obligé d'y refter
cheufesnouvelles,
jufqu'à nouvel ordre.
qui avoit été enLe Chevalier Deffales,
M. Aubry avec un dérachement la
voyé par
M. de Ulloa jufqu'à
pour accompagner les commiffions avanHavane, y vit toutes
étoit chargé pour
tageufes dont M.d'Uriffa
dans les fix
François employés
les Oficiers
A Tégard des réforcompagnies reftantes.
dans la miils auroient été tous placés
du
més,
avec les appointemens
Ice nationale,
font trés-confidérables
qui
Roi d'Efpagne,
dans les Indes. --- Page 59 ---
dans PAmérique Septentrionale.
3r
Avant mon départ de France vous me
témoignâtes que vous feriez charmé d'apprendre quelque chofe touchant M.de Villeret, ci-devant Ecrivain de Roi pour le Département de la Louifiane. Il eft mort, &
fa fin a été bien tragique. Cet Ecrivain s'6toit embarqué dans une pirogue fur le Miffic
fipi, avec fes efclaves, afin de gagner les
poffeffions Angloifes, auffi-tôr qu'on eut
annoncé l'arrivée des Efpagnols commandés
par M.O-Reilly, Mais ayant reçu une Lettre
dans laquelle M.Aubry, d'après les affurances que lui avoit données ce Général, lui
marquoit qu'il pouvoit revenir en toute fu
reté, M. de Villeret, dans cette confiance
defcendit le fleuve, pour fe rendre à la nou- >
velleOrléans. Quelle fut fa furprife lorfqu'en
fe préfentant à la barriere, il fe vit arrêté!
Senfible à cet outrage, il ne put modérer
foni indignacion. Dans un premier tranfport,
il donna un coup de poing dans l'eftomac
de l'Officier Efpagnol qui commandoit le
corps-de-garde.Ses foldars'élancerents auffitôt fur lui, & le percerent de coups de
bayonnetres.Ifut. emporté dans une frégate
Quelle fut fa furprife lorfqu'en
fe préfentant à la barriere, il fe vit arrêté!
Senfible à cet outrage, il ne put modérer
foni indignacion. Dans un premier tranfport,
il donna un coup de poing dans l'eftomac
de l'Officier Efpagnol qui commandoit le
corps-de-garde.Ses foldars'élancerents auffitôt fur lui, & le percerent de coups de
bayonnetres.Ifut. emporté dans une frégate --- Page 60 ---
Nouveauz Voyages
oùt il mourut quelques
qui étoit au port,
jours après.
futlafflidion
Vouscomprenczal affezquelle
Ce Commandant François
de M. Aubry.
moins funefte, par
n'éprouva pas un fort
embarqué
un autre genre de mort. Ils'étoit France.
avec fa troupe pour retourner en brifé à
Le bâtiment qui le portoit s'étant vis-àT'entrée de la riviere de Bordeaux,
fut englouti fous
vis la tour de Cordouan,
nommé
les flots. Iln'y eut que le Capiraine,
le Chirurgien major ? un fergent
Jacquelin, matelots qui furent affez heureux
& deux
fur les débris de ce navire 2
pour fe fauver
d'un million, tant en
qui contenoit plus
pelleteries,
piaflres gourdes, qu'en indigo,
& autres produ@tions du pays. font entrés au
Plufieurs de nos Officiers
D'autresn'ont pas quitté
fervice d'Efpagne. mais je doute (fur ce que
leurs habitations ;
Chef du Bureau
me dit M. de la Riviere,
Miniftre leur
desfonds des Colonies ) que le
Je
faffe toucher leur penfion de réforme.
crois qu'il faut qu'ils fc rendent en France,
fur les
du Roi en Amérique.
ou
poffelions
A --- Page 61 ---
dans PAmérique Septentrionale.
A l'égard des foldats, il y en a quelquesuns qui fe font enrôlés dans les troupes d'Ef
pagne ; d'autres fe font faits coureurs de
bois & boucaniers, c'eft-à-dire, chaffeurs - de
profeflion.
Vous favez peut-être que ceux qui font
paffés en France ont la demi-folde; mais
peuvent-ils svivreavec ce foible fecours?J'en
ai vu moi-même mendier leur pain ; d'autres
fe font retirés au château de Bicêtre. La fituation déplorable de ces défenfeurs de la
Patrie doit attendrir toutes les ames fenfibles. Quel fruit recueillent-ils de leurs
courfes de mer, de leurs fatigues, de leurs
dangers, de leurs exploits P La gloire? On
eft aflez injufte pour ne l'attribuer qu'au
chef, fans daigner faire attention qu'elle rejaillit fur tous les membres qui compofent
l'armée vitorieufe.
Quel fera donc le motif qui animera le
foldat marin ou des Colonies à bien fervir
la Patrie P Quel fera l'aiguillon qui excitera
la jeuneffe à s'enrôler au fervice du Roi, fi,
confidérant l'avenir, elle envifagele danger
inévitable de manquer de tout, lorfque,pris
C
qu'au
chef, fans daigner faire attention qu'elle rejaillit fur tous les membres qui compofent
l'armée vitorieufe.
Quel fera donc le motif qui animera le
foldat marin ou des Colonies à bien fervir
la Patrie P Quel fera l'aiguillon qui excitera
la jeuneffe à s'enrôler au fervice du Roi, fi,
confidérant l'avenir, elle envifagele danger
inévitable de manquer de tout, lorfque,pris
C --- Page 62 ---
Nouveauz Voyages
fous ie
ou courbée
vée de fes membres, vieilleffe, elle fera ren*
poids d'une précoce
voyée comme inutile. moi, Monfieur, que
Vous favez comme
dans le coeur
faire renaitre & nourrir
du moins
pour
r'amour de la gloire ou
du foldat
il lui faut nécelfairement
celui de la Parrie,
de la réd'émulation & Tefpoir
à
des fujets
Louis XIV
compenfe. C'eft ce qui porta Invalides, pour
établir PHôtel royal des Militaires qui ont
fervir de retraite aux membres au fervice
perdu la fanté ou leurs
honore autane
de PÉtar. Cet érablifement que fon amour
la fagefle de ce Monarque encore un bienThumanité. Il manque
& il l'at
pour foldat qui fert fur mer,
de
fait au
& éclairée
tend de la bonté paternelle qui regne aujourLouis XV, le bien-aimé, coûteroit très-peu
d'hui. Ce bienfait, qui
d'un Hôtel
à l'Etat > eft Tétablifement la Marine. Il ne feroyal des Invalides de
un
néceffaire de conftruire
roit pas même
feulemene
cet
objet. Ilfaudroit
édifice pour
Maifons royales que
confacrer une de ces
de nos
y
du féjour ordinaire
leur éloignement --- Page 63 ---
dans LAmérique Septentrionale.
Rois, rend inutiles & même à
charge au
Gouvernement, tel que Chambord. Iln'eft
point de lieu plus propre à étre propolé
que ce château ; on pourroit y loger un
grand nombre de Soldats & Matelots
la vieilleffe ou les infirmités
que
mettent hors
d'état de continuer le fervice.
On laifferoit aux Invalides l'option de
fe retirer chez eux avec la demi-folde;
alors la Maifon royale ne feroit occupée
que par des infirmes : ceux qui feroienc
furpris à mendier, n'ayant plus d'excufes à
donner, 2 feroient renfermés pour toujours
au châreau de Bicêtre.
Un tel érabliffement tourneroir même au
profit de la Marine (1); on formeroit une
Manufaéture de voiles & de cordages
les vaiffeaux du Roi, à
pour
laquelle on employeroit tous les Soldats en état d'y travailler. On pourroit y envoyer les Enfans
(I) Un monument fi utile & fi néceffaire au foui
Jagement des anciens défenfeurs de la Patrie
très-digne de Louis XVI le bienfaifant, > feroit
yerne la France avec tant de fageffe.
qui gouCij
la Marine (1); on formeroit une
Manufaéture de voiles & de cordages
les vaiffeaux du Roi, à
pour
laquelle on employeroit tous les Soldats en état d'y travailler. On pourroit y envoyer les Enfans
(I) Un monument fi utile & fi néceffaire au foui
Jagement des anciens défenfeurs de la Patrie
très-digne de Louis XVI le bienfaifant, > feroit
yerne la France avec tant de fageffe.
qui gouCij --- Page 64 ---
Nouyeauz Voyages Villes da
& des autres
trouvés de la Capitale
fourniqui 1 , devenus grands, de bons SolRoyaume, Marine de Matelots &
roient la
& pour les Colonies
dats pour les vaiffeaux
Orientales & Occidentales.
des Indes
fiheureufe quece
Iln'eft point de pofition eft fituéà quatre
(il
château de Chambord,
de la riviere
dans le fond
lieues de Blois, milieu d'un parc de fept
du Coffon, & au
fervir d'entrepôt &
lieues de tour) pour
de magalin de chanvre.
des toiles
Il feroit facile d'y fabriquer
& de
les vaiffeaux,
& des cordages pour
les
à caufe
fur
ports,
les faire tranfporter Loire. Rien n'empéde la
de fa proximité
élevât une Ecole
éheroit non plus qu'on an'y
& Pilotes,
de Marine pour les Matelots le befoin la Made recruter dans
capables
(1)-
milicaire & commergante
rine
formé fur
(1) Le dépôt des Gardesfrancoifes, par lesi foins de M.le
de la Capitale,
une
les boulevards
eft en même temps
Maréchal Duc de Biron, & Técole de ce Régipépiniere de bons foldats,
lordont toute la Nation vante aujourd'hui difciplines
ment,
du fervice & la bonne
dre, T'exadigade --- Page 65 ---
dans PAmérique Septentrionale,
Ce double objet d'utilité, fans parler de
T'encouragement qu'on donneroit aux Soldats qui font astucllement dans le fervice,
& à ceux qui fe propofent d'y entrer, ne
pourroit que faire accueillir ce projer dicé
par le feul amour de P'humanité,
Voilà, Monfeur & cher ami, les réflexions que mon zele m'a fuggéré pour le
bien du fervice, pour le bonheur demesfemblables, & pour la gloire de notre augufte
Monarque. J'ai cru devoir en faire parc
au vrai militaire, au bon citoyen, à l'homme
vertueux & compâciflant (1).
(I) Ce projer a été envoyé dans le temps au Miniftre : l'Auteur en a reçules deux Lettres fuivantes.
Paris, 29 Juin 1772.
J'ai reçu 2 Monfieur, le mémoire que vous m'avez
adreffé, concernant un érabliffement pour les Invalides de. la Marine, & je l'ai lu avec attention.
Cet ouvrage prouve votre zele pour le fervice du
Roi, & je ne puis que vous en favoir tout le gré
poffible.
J'ai l'honneur d'être, &c. figné, de Boynes.
A Verfailles le 4 Juillet
Je ne puis que vous favoir beaucoup de 1772. gré,
Ciij
2 Monfieur, le mémoire que vous m'avez
adreffé, concernant un érabliffement pour les Invalides de. la Marine, & je l'ai lu avec attention.
Cet ouvrage prouve votre zele pour le fervice du
Roi, & je ne puis que vous en favoir tout le gré
poffible.
J'ai l'honneur d'être, &c. figné, de Boynes.
A Verfailles le 4 Juillet
Je ne puis que vous favoir beaucoup de 1772. gré,
Ciij --- Page 66 ---
Nouveauz Voyages
oublier
digreffion ne m'a point fait
Cette
Thiftoire de la Princeffe
que je vous dois
dit avoir habité dans
d'Allemagne, qu'on
Quand même vous
du monde.
cette partie
demandée, je ne croirois
ne me T'auriez pas
artention. Ce récit 9
abufer de votre
avoir
pas
lui-même pour
trop intéreffant par étrangers, vous préfenbefoin d'ornemens
frappant des jeux
tera le tableau le plus
de la fortune. Quel prodigieux
bifarres
pas fur le grand
changement ne fe palfe-cil
fouvent
de PUnivers ! Nous voyons
théâtre
jouer un rôle bien difprodes perfonnages y
lequel ils étoiengnés.
à celui pour
portionné
le Prince de Wolfenbutel
On fait que
l'ainée fut mariée à
eut deux filles, dont
l'autre époufa le
Charles VI,
T'Empereur
vous m'avez adreffé, conMonfieur, du projet que
de faire a
cernant l'établiffement que vous propofez &c des Invalides
Chambord, en faveur des Soldats &je vois avec plaifir
font hors d'état de fervir;
peut tourner à
qui vous vous occupez de ce qui
; mais les
que
du fervice & de Thumanité; d'adopter
V'avantage préfentes ne permettent pas
circonflances
cette idée.
de Boynes.
Je fuis, &c. nigné, --- Page 67 ---
dans PAmérique Septentrionale.
Czarowitz, > fils indigne du Czar Pierre
le Grand. Cette aimable Princeffe ne put
venir àbout, par fes graces naturelles, par'
les plus rares qualités du coeur & de l'ef
prit, d'adoucir les moeurs de ce Prince féroce. A fon air affable & prévenant 2 à fes
difcours honnétes & affetueux, ce fauvage
ner répondoit que par des manieres brufques,
des paroles outrageantes, & méme par les
traitemens les plus durs. On aura peut être
de la peine à croire qu'il porta la brutalité
jufqu'à l'empoifonner trois fois; heureufement, la Princeffe reçut un prompt fecours
qui arrêta les effets du poifon.
Pour furcroit de malheur, il n'y avoit
alors perfonne dans cette Cour qui pût
s'oppofer aux violences du Czarowitz ;
Pierre le Grand parcouroit T'Europe, pour
fortir de l'obfcurité où fes prédéceffeurs
avoient vécus, & pour fe mettre en état
de créer un nouvel Empire (1).
Un jour 2 la Princeffe étant groffe de
huit mois, fon marilui donna tant de coups
(I) Ce Prince étoit aufli grand dans les chantiers
d'Amfterdam, , qu'à la bataille de Pultava,
Civ
W
ofer aux violences du Czarowitz ;
Pierre le Grand parcouroit T'Europe, pour
fortir de l'obfcurité où fes prédéceffeurs
avoient vécus, & pour fe mettre en état
de créer un nouvel Empire (1).
Un jour 2 la Princeffe étant groffe de
huit mois, fon marilui donna tant de coups
(I) Ce Prince étoit aufli grand dans les chantiers
d'Amfterdam, , qu'à la bataille de Pultava,
Civ
W --- Page 68 ---
Nouveauz Voyages
la trouva
dans le ventre 3 qu'on
de pied
dans fon fang. Après
évanouie & baignée
fon ouvrage
temps contemplé
avoir quelque fatisfaits, le barbare partie
avec des yeux
maifons de campagne.
pour une de fes
du fort de cette
Des perfonnes, touchées réfolurent de l'arrainfortunée Princelle,
époux. Les
jamais à fon indigne
cher pour
on écrivit au Czafemmes furent gagnées; Le Prince dérowitz qu'elle étoic morte.
ordonner
auffi-tôt un Courier pour
pêcha
fans cérémonie. Il croyoit
qu'on P'enterràt
la connoiffance des
par-là ôter au public
avoit fairéproumauvais trairemens qu'illui
ver la veille.
mere de
La Comtelle de Konigfmark, la fit évader
Maurice, Comte de Saxe,
elle lui
Palais ou elle étoit renfermée;
du
de confiance
donna un vieux domeftique
& une
l'allemand & le françois, 2
qui favoit Taccompagner ; elle partirinfemme pour
reffoarce que le peu
cognito, n'ayant pour
ramaffer.
d'argent & de bijoux qu'elle put d'une bâche
PEurope porta le deuil
Toure
mife dans fon cercueil.
qu'on avoit --- Page 69 ---
dans PAmérigue Septentrionale,
La Princeffe arriva à Paris ; mais craignant d'y être reconnue > elle en partit
pour fe rendre à l'Orient, d'où partoient
les vaiffeaux de la Compagniedes Indes,
à qui le Roi avoit concédé la Louifiane,
s
qu'on appelloit auffi le Mififfipi. Elles'embarqua avec les huit cents Allemands qu'on
envoyoit pour peupler cette contrée nouvellement découverte. La Princeffe, accompagnée defon fideledomeftique, qu'elle
faifoit paffer pour fon pere, & de fa femme
de chambre, arriva à bon port à la Louifiane.
Cette illuftre inconnue ne tarda pas à y
fixer les yeux & l'admiration de tous les
habitans. Le Chevalier d'Aubant,
2 Officier
plein de mérite, 2 qui avoit été autrefois,à
Saint-Péterfbourg pour y folliciter de l'emploi, reconnut la Princeffe ; iln'ofad'abord
s'en rapporter au témoignage de fes yeux;
mais après avoir examiné bien attentivement fa démarche, fon air, les traits de
fon vifage 2 réfléchiffant d'un autre côté
fur le caradtere odieux du Czarowitz, il ne
put douter que ce ne fût elle-même : il euc
mérite, 2 qui avoit été autrefois,à
Saint-Péterfbourg pour y folliciter de l'emploi, reconnut la Princeffe ; iln'ofad'abord
s'en rapporter au témoignage de fes yeux;
mais après avoir examiné bien attentivement fa démarche, fon air, les traits de
fon vifage 2 réfléchiffant d'un autre côté
fur le caradtere odieux du Czarowitz, il ne
put douter que ce ne fût elle-même : il euc --- Page 70 ---
Nouveauz Voyages
& fe
de fe taire,
cependant la prudence
que
rendit fi utile au vieux domeftique, Il fe
lui donna toute fa confiance.
celui-ci
& lui déclara qu'il avoit
dit Allemand,
former une haune fomme fuffifante pour de Mififfipi.
bitation fur les bords du fleuve
en fe
qui étoit très-entendu,
D'Aubant 2
unit fes petits
chargeant de l'exploiter,
acheter
fonds à ceux de létrangere, 2 pour
des Negres de fociété.
Chevalier ne négligea rien pours'atti.
Le
à laquelle il
Teftime de la Princeffe,
rer
les occafions des noudonnoit dans toutes
de fon
de fon intelligence,
velles preuves
Unjour qu'ilfe
zele & de fon dévouement.
le maître
feulavec elle, ilne fut plus
trouva
d'une tendrefTe
le filence : plein
de garder
il tombe à fes genoux, & lui
sefpectucufe, 2 connoit. Cet aveu jeta d'aavoue qu'il la
de débord la PrincelTe dans une efpece
mais fe raffurant fur T'épreuve
fefpoir 5
de la prudence de cet
qu'elle avoit faite
fa reconnoifOfficier, elle lui en témoigna
infance, & lui fit jurer qu'il garderoit
fecret.
violablement ce funefte --- Page 71 ---
dans PAmérique Septentrionale.
Quelque temps après > on apprit à la
nouvelle Orléans, par les gazettes d'Europe,
la cataftrophe arrivée en Rufie, & la mort
du Czarowitz en 1719, qui s'étoit révolté
contre Pierre le Grand. Ce Prince dénaturé
s'étoit vanté, pendant l'abfence de fon pere,
qu'il déferoit après fa mort tout ce que CC
génic créateur avoit fait.
La Princeffe, morte civilement en Europe, ne voulut point y'retourner. Lefouvenir
de fes malheurs paflés lui fit fans doute préférer les douceurs d'une vie privée. Le bon
vieillard qu'elle daignoit appeller fon pere, $
& qui, fi je puis le dire, en rempliffoic
tous les devoirs, lui fut enlevé dans le
même temps.Samort la pénétra d'une douleur qu'on ne fauroit exprimer. Elle fentoit
qu'elle avoit perdu fon plus cher appui,
Phomme à qui elle devoit tout, depuis
qu'elle étoit devenue la viétime des caprices
du fort.
L'amour du Chewalier d'Aubant n'avoit
pas échappé à la pénétration de la Princeffe,
quoique toujours couvert du voile de l'attachement & du refpedt. Elle n'avoit plus que
ême temps.Samort la pénétra d'une douleur qu'on ne fauroit exprimer. Elle fentoit
qu'elle avoit perdu fon plus cher appui,
Phomme à qui elle devoit tout, depuis
qu'elle étoit devenue la viétime des caprices
du fort.
L'amour du Chewalier d'Aubant n'avoit
pas échappé à la pénétration de la Princeffe,
quoique toujours couvert du voile de l'attachement & du refpedt. Elle n'avoit plus que --- Page 72 ---
Nouveauz Voyages:
lui
confolateur & pour confident; ;
lui pour
foutien de fa vie. Auffi ce fut
feul étoit le
toujours les honneurs
alors qu'en lui rendantt redoubla fes foins
dûs aux Souverains 2 il
& pour lui
lui faire oublier fes peines,
Sa
pour
les agrémens poffibles.
procurer tous
& fon empreffement à
droiture , fa capacité
la bienveillance
la fervir lui avoient gagné
foname
Princeffe. Bientôt elle ouvre
de la
tendre & plus généà un fentiment plus
à couronner
reux ; & elle ne balança pas
les voeux du Chevalier.
d'un Capitaine
La voilà donc femme
Negres,
d'Infanterie, dans un pays peupléde & de gens
milieu d'une nation fauvage,
au
Princeffe forde toute efpece, & cependant de T'héritier
tie d'un fang augufte, veuve du monde, &
d'un des plus vaftes Empires d'Occident ; ne s'ocfoeur de TImpératrice
avec fon
que du devoir de partager
noucupant
pénibles qu'exige une
mari les travaux mille fois plus heureufe
velle habitation, &
étoit dans le
dans cet état que lorfqu'elle & peut-être
Palais Impérial à Pétersbourg, le trône des
même FE que fa foeur fur --- Page 73 ---
dans TAmérique Septentrionale. 45
Céfars. Le ciel donnaà ces vertueux époux,
pour fruit de leur union, une fille que Madame d'Aubant nourrit elle-même, & à qui
elle apprit l'allemand fa langue naturelle.
Quelquesamésaprès, le Chevalierd'Aubant ayant été attaqué de la fiftule, vendit
fon habitation, & alla à Paris pour s'y faire
rraiter. Madame d'Aubant foigna elle-méme
fon mari, avec toute l'affection de la plus
sendredn@padin.Pesdar la convalefcence
du Chevalier, elle alloit quelquefois fe
promener aux Tuileries, avec fa fille. Un jour
comme elle parloir allemand, le Comte de
Saxe, qui paffoit dans la même allée, entendant parler la langue de fon pays, s'approcha. Quelle fut fa furprife, en reconnoiffant
la Princeffe ! Elle le priainftamment deg
garder le fecret, & lui raconta de quelle maniere la Comteffe de Koniglmnark avoit favorifé fon évafion de Pétersbourg. Le Comte
de Saxe ne lui diffimula point qu'il en parleroit au Roi. La Princeffe lui demanda en
grace de ne le faire que dans trois mois. Le
Comte y confentit, & lui demanda la permiflion de l'aller voir, Elle la lui accorda, à
en reconnoiffant
la Princeffe ! Elle le priainftamment deg
garder le fecret, & lui raconta de quelle maniere la Comteffe de Koniglmnark avoit favorifé fon évafion de Pétersbourg. Le Comte
de Saxe ne lui diffimula point qu'il en parleroit au Roi. La Princeffe lui demanda en
grace de ne le faire que dans trois mois. Le
Comte y confentit, & lui demanda la permiflion de l'aller voir, Elle la lui accorda, à --- Page 74 ---
Nouveauz chez Voyages elle que la nuic j
condition qu'il In'iroit
& fans témoins. Chevalier d'Aubant, déjà
Cependant le
voyoit fes fonds prefrérabli de fa maladie, & obtint de la Comque épuilés. Ilfollicita
de PIle de
pagaie des Indes la Majorité Saxe alloit de temps
Bourbon. Le Comte de
d'Aurendre fes devoirs à Madame
en temps
mois expirés, il ne manqua
bant. Les trois chez elle avant de parler all
pas de fe rendre
de fon éconnement ,
Roi, Il ne put revenir Madame d'Aubant étoit
lorfqu'il appric que mari & fa fille, pour les
partie, avec fon
fuite
Orientales. Le Comseallarourde le
Indes
qui envoya chercher
informer le Roi,
d'écrire au GouMiniftre, & lui ordonna Madamed'Autraiter
verneur de Bourbondes diftinétion. Sa Mabant avec la plus grande main une Lettre à
jefté écrivit de fa propre
en guerre
la Reine d'Hongrie, quoiquilfir du fort de fa
Finftruire
avec elle, pour remercia le Roi, & lui
Tante. La Reine
Madame d'Aubant,
adrefla une Lettre pour follicitoit de fe rendre
dans laquelle elle la
fon mari &c
auprès d'elle, & d'abandonner --- Page 75 ---
dans PAmérique Septentrionale.
fa fille, dont le Roi de France prendroic
foin.
Cette généreufe Princeffe refufa de fouf
crire à une pareille condition. Elle refla à
PIfle de Bourbon jufqu'en 1754. Devenue
veuve, après avoir perdu fa fille, elle retourna à Paris, où elle vécut ignorée. On
m'a dit qu'elle s'étoit retirée à Montmartre,
& qu'elle y étoit encore en 1760; d'autres
difent à Bruxelles, où l'illuftre Maifon de
Brunfwick lui faifoit une penfion de foixante
mille florins, dont cette refpectable Princeffe donnoit les trois quarts aux pauvres,
qui l'appelloient leur mere.
Voila, Monfieur, le précis de fon hiftoire,
Jeme fuis informé, comme vous ie defiriez,
des principales circonftances de fa vie, depuisl'époque de fon infortune;mais perfonne
ne m'a pu donner des éclairciffemens politifs
fur la fin de cette Princeffe. Le Chevalier
d'Arensbourg, Suédois, (qui s'eft trouyé à
la Bataille de Pultava avec Charles XII) &
quicommandoit ci-devant une contrée d'Allemands habitans de cette Colonie, s'eft borné à me direqu'une Dame Allemande, qu'oa
z,
des principales circonftances de fa vie, depuisl'époque de fon infortune;mais perfonne
ne m'a pu donner des éclairciffemens politifs
fur la fin de cette Princeffe. Le Chevalier
d'Arensbourg, Suédois, (qui s'eft trouyé à
la Bataille de Pultava avec Charles XII) &
quicommandoit ci-devant une contrée d'Allemands habitans de cette Colonie, s'eft borné à me direqu'une Dame Allemande, qu'oa --- Page 76 ---
Nouveduz Voyages
dans
étoit venue
foupgonnoir être Princeffe,
de fon
Colonie dès les commencemens.
la
érabliffement.
quoique je tienne tous
Je vous avoue que
nombre de perfaits d'un alfez grand
ces
de foi, je ne voudrois cepenfonnes dignes
T'auchenticité.
dant pas en garantir vous dife un mot fur
Il eft temps que je
arrivée à la
me concerne. A mon
Géce qui
je ne trouvai plus le
nouvelle Orléans,
M. le Comte
néral O-Reilly, pour lequel
Léttre de
m'avoit donné une
de Fuentes
Il étoit parti pour Masecommandasion.
& la prife de pof
drid, après fon exécution
de Sa Mafeffion de cette Colonie au nom
de
Quant aux dépofitaires
jefté Catholique.
été
les aules uns ont
proferits,
mes effets s
la révolution 5 ce
tres toralement ruinés par
de mon
les rifques, les fatigues
qui, outre
de mes effets, m'a caufé
voyage & la perte
J'aurois cependes easgacatisesien m'auroit fourni
dant trouvé un débouché qui Louis Unzaga,
reffources, 2 fi Don
quelques
de fréter un peGouverneur, m'edr permis
J'aurois
Saine-Domingue.
tit bâtiment pour
pris --- Page 77 ---
dans LAmrigue Septentrionale.
pris en payement de mes débiteurs du bois 49
de charpente, quin'eft de nulle valeur à la
Louifiane, ce pays n'étant prefque qu'une
vafte forét. Je me ferois amplemenr dédommagé de mes pertes par une vente avantageufe de ce bois, qui auroit fervi à rebâtir
les magafins du Roi & l'hôtel du Gouvernement de la Capitale de la partie
de cette Ifle,
Françoife
lefquels ont été entierement
détruits pari un terrible tremblementderere
qui s'eft fait fentir le 3 Juin dernier.
Quoique les nouveaux revers m'ayene
privé d'une tranquille aifance, je n'en fuis
pas moins heurcux. Le courage & l'efpoir, voilà mes deux plus fermes foutiens.
D'ailleurs, 2 cette aimable région a
moi des charmes bien capables de
pour
me faire
perdre le fouvenir de mes malheurs. Gardons-nous de donner à ces
le
de barbares ou dc
peuples
nom
fauvages. Les barbares
& les fauvages font ceux qui, dévorés
l'ambition & par la foif de l'or, n'ont par ulé
de leur force que pour porter le fer & la
flamme dans ce nouvel hémifphere.
Loin de nous l'image affreufe de
toutes
D
des charmes bien capables de
pour
me faire
perdre le fouvenir de mes malheurs. Gardons-nous de donner à ces
le
de barbares ou dc
peuples
nom
fauvages. Les barbares
& les fauvages font ceux qui, dévorés
l'ambition & par la foif de l'or, n'ont par ulé
de leur force que pour porter le fer & la
flamme dans ce nouvel hémifphere.
Loin de nous l'image affreufe de
toutes
D --- Page 78 ---
Nouveauz Voyages étéle thed
5o horfeurs dont TAmérique a
TEules
de ces hommes que
tre. Oui, le fang
regarde d'un
du fein de la molleffe, vengeance
rope,
criera toujours
la
ceil dédaigneux, de TEternel, contre
du trône
au pied
de leurs' sbourreaux.
cruauté inouie
cher ami, avec la plus
J'ai appris, mon
vous viendrez peutfarisfadion, que
Hâtezgrande
terre de promifion.
- étrerevoir cette
barriere immenfe que
vous de franchir cette
nous & fes enfans
avoit mife entre
la faralité
la nature Ne dites point que c'eft fois chez
légitimes.
attirer une feconde
qui doit vous
font fi douces,
Celui dont les moeurs
toutes
eux. dont la valeur & Téquité reglent eft la
celui
celui dont Punivers des
les démarches, trouver par-tout que
patrie, ne peut
freres & des amis. des hommes que l'on
donc revoir
Vous
N Venez
humains.
doit nommer les véritables les vices denorre
n'apporterez pas chez eux les vertus : vous
Europe 5 vous n ivez que pour ne pas juger
prix,
en
Scomaifteatrople dignes de vos regards
celles de ces peuples,
& de votre admiration. --- Page 79 ---
dans TAmérique Septentrionale.
5t
Dans le moment que je vous parle, il me
femble déjà voir le petit hunierh hile, & entendre le coup de canon qui vous appelle à
bord. Partez, mon cher ami, fous lés aufpices de celui à qui les vents & la mer
obéiffent, Jetez un regard
philofophique fur
ce vafte Océan. Puiffe un vent favorable'
vous éloigner de tous les écueils, & vous
rendre bientôt aux embraffemens de
meilleur ami !
votre
Je fuis, &c.
A la nouvelle Orléans, > le 25 Juillet 1770;
P. S.
Un ouragan des plus furieux s'eft fait fentir dans un licu appellé Chapitula, à trois
lieues de la nouvelle Orléans, fur la rive
droite en montant le Miffiffipi, Cetourbillon.
enleva tout CC qui fe rencontra fous fa direcion, entr'autres une maifon confruite
en bois de cyprès, Ce vent impétueux,
va en tournoyant, s'emboucha
qui
par les fenétres & la porte de cet édifice, l'enleva
en
l'air, avec une Négrefie quis'y trouva, &
dont on n'a jamais oui parler
depuis. Cc
Dij
rive
droite en montant le Miffiffipi, Cetourbillon.
enleva tout CC qui fe rencontra fous fa direcion, entr'autres une maifon confruite
en bois de cyprès, Ce vent impétueux,
va en tournoyant, s'emboucha
qui
par les fenétres & la porte de cet édifice, l'enleva
en
l'air, avec une Négrefie quis'y trouva, &
dont on n'a jamais oui parler
depuis. Cc
Dij --- Page 80 ---
Nouveauz Voyages
peut-être extraorphénomene vous paroitra
obferver que
mais ileft bon de vous
dinaire ;
éloignée que d'un bon
cette maifon n'étoit
qui comde lieue du Lac Maurepas,
quart
La marée jointe au vent,
muniqueatOcian.
habitation Aotau large cette
aura emporté
gante.
S
#
a --- Page 81 ---
dans LAmérique Septentrionale.
LETTRE
SECONDE,
Au MÉME.
Idée du gouvernementdu Mexigue. Valdivia
Gouverneur du Chili, vidime de fon
infatiable cupidité. Mort tragique de
M. Denoyer, habitant du
fituation touchante de
Cap-Frangois;
Créole de la
Madamefontpoufis
même Ville.
Av d'aller voir.mes
vages du pays des
enfans, 3 les fauAkangas, mon cher
rade, j'ai voulu vous écrire
camad'un bâtiment
par l'occafion
qui va au Port-at-1 Prince.
Pourrois-je ne pas faifir toutes celles qui fe
préfentent, pour m'entretenir avec un homme vrai, dont le commerce m'eft le
cher & le plus précieux P Que
plus
tout, > à converfer avec le
j'aime, fur.
gent, le philofophe
fpeétareur intellicord avec
aimable, > toujours d'aclui-même, dont la noble
me peint la candeur des anciens fimplicicé
Tout paroît ici fort
!
tranquille, Les EC
Diij --- Page 82 ---
Nouveauz Voyages
plus qu'à donner une
pagnols ne s'occupent
Jene fais
forme folide à leur gouvernement.
de la
fi la Louifiane relevera de T'Audiençe
Havane, ou de celle de Mexique ou Mexico.
riche ville eft le fiége de P'ArchevéCette
demeure du Vice-Roi. Le pour
que & la
à
des loix &
voir de celui-ci s'étend porter
à donner les ordres convedes ordonnances, 2
à l'état des chofes, &
nables ou néceflaires
à la
à terminer les procès des particuliers,
réferve des caufes qui font d'uneimporrance
le Confeil d'Efpagne.
à être jugées par
dont l'étendue eft
Ily a dans ce pays-là,
goude plus de cinq cents lieues, plufieurs
dépendent tous du Vice-Roi.
vernemens qui
en font les
de ces Gouverneurs
La plupart
pas de lui
créatures; ; auffi ne manquent-ils être contifaire de grands préfens 7 pour
Le roi
nués dans Texercice de leurscharges.
lui donne tous les ans, 9 à prendre
d'Elpagne
la fomme de
fur les deniers de fon épargne,
de fon
mille ducats, pendant le temps
cent
eft ordinairement de
qui
gouvemnement, Mais, vous le favez, dans notre
cinq années.
fàre &
l'argent ouvre une voie
Europe
éatures; ; auffi ne manquent-ils être contifaire de grands préfens 7 pour
Le roi
nués dans Texercice de leurscharges.
lui donne tous les ans, 9 à prendre
d'Elpagne
la fomme de
fur les deniers de fon épargne,
de fon
mille ducats, pendant le temps
cent
eft ordinairement de
qui
gouvemnement, Mais, vous le favez, dans notre
cinq années.
fàre &
l'argent ouvre une voie
Europe --- Page 83 ---
dans PAmérique Septentrionale,
facile aux plus grands honneurs. Par S5 le
moyen des préfens que fait le Vice-Roiaux
Courtifans du Roi d'Efpagne, & aux membres du Confeil des Indes, il conferve fa dignité pendant cinq, dix années au-delà du
terme de fa commiffion.
Si le Vice-Roi de Mexique eft dominé
par l'intérét, il ne lui eft que trop facile
d'affouvir cette vile paflion. Le négoce luien
fournit un moyen infaillible. Mais il s'en
faut bien que fon commerce particulier
tourne à l'avantage du commerce général.
On a vu des Vice-Rois s'arroger le privilege exclufif de la vente de certaines denrées, comme froment, mais, &c.Cepouvoir
excellif,joint à l'avarice du Comte de Gelves, Viceroi en 1624, & à l'orgueil Ide Don
Alfonfe de Zerna, Archevéque de Mexi,
que, penferent caufer la ruine de cette grande ville, où ily eut un foulevement
populaire; ce qui fait fentir combien il eft dangereux & préjudiciable d'envoyer dans les
Colonies des Gouverneurs intéreffés,
Quels ravages & quels défordres n'a
caufés une poignée d'Efpagnols jetés dans pas
Div --- Page 84 ---
Nouyeauz Voyages
des Indes Occidentales!
les vaftes provinces
eftfi immenfe, que
Cette partie du monde
del'avoir vu;
particulier
c'eftt tbeaucoupiun de l'avoir fubjuguée,
que n'eft-ce donc pas
d'hommes ? Ces
avec un fi petit nombre défarmés & nus ont été
d'Indiens
troupeaux
ou dévorés commedes
abattus par la faulx,
furieux. Autrefois
agneaux par des loups
avoient
Ifles de Cuba & des Luckayes
les
mille habitans ; elles n'en
plus de fix cent
Bartholomeo
vingt.
ont pas préfentement Évêque de Chiapa, ,nous
de la Cazas, 2 digne
apprend que dans fille Hifpagniola,appel- de trois
Saint-Domingue,
lée aujourd'hui
il n'en reftoit plus de
millions d'Indiens,
d'autres. pays, ils
fon temps; & que dans
millions
tué, dit-il, près de quinze
en ont ferme. > Ils ne tiennent aucun
en terre de leurs ames, qui font immorD compte
les nôtres, non plus que
S telles comme
n'étoient que des
Indiens
> fi ces pauvres
S bêtes >>.
comment il infUn Efpagnol, interrogé
Indiens, répondit : Que
truifoit ces pauvres
bafave per ello,
los dava al diablo, logue
fon temps; & que dans
millions
tué, dit-il, près de quinze
en ont ferme. > Ils ne tiennent aucun
en terre de leurs ames, qui font immorD compte
les nôtres, non plus que
S telles comme
n'étoient que des
Indiens
> fi ces pauvres
S bêtes >>.
comment il infUn Efpagnol, interrogé
Indiens, répondit : Que
truifoit ces pauvres
bafave per ello,
los dava al diablo, logue --- Page 85 ---
dans? Amérique Septentrionale.
c'eft-idire, je les donne au diable, c'eftaffez
pour eux, Quand ils les pendoient par douzaine, ils difoient que c'étoit en P'honneur
de Notre Seigneur & des douze apôtres,
> Ils haiffent Votre Majefté, dit ce faint
D Évêque au Roi
Carholique, 2 & ont Dieu
> mémeen horreur, à caufe des maux
>
leur fait fous prétexte de la
qu'on
Religion. Ils
> louent leurs idoles, fous lefquelles ils
> avoient vécu avec tant de douceur, &
D> renoncent à la Religion Chrétienne, à
>> caufe des cruautés qu'on leura fait éprou-
>> ver. Il n'y a point de pefte > ajoute-t-il,
5> ou de maladie contagieufe
qui pûr avoir
S> dépeuplé deux mille cinq cents lieues de
>> pays auparavant très-peuplé, comme les
2> Efpagnols ont fair. Pour avoir prétexte
P> de les maltraiter, ils les accufoient de
>> fodomie, & d'avoir auffi commerce
>> l'Ange des ténebres >.
avec
Le bon Evêque affure que cela eft faux,
& porte rémoignage de leur innocence
qu'au contraire les Caftillans leur
;
ont enfeigné leurs vices, noramment de blafphémer le faint nom de Dieu, lo gual no Zo --- Page 86 ---
Nouveauz Voyages
finon folamente por lo
digen porb blafphemia
L'un des moyens
oyen degir à los Chrifianos. leurs femmes
les vexer, pour violer
pour
c'eft qu'on les accufoit d'é-
& avoir leur or,
gre idolâtres.
avons vu de nos yeux (dit rApô-
>> Nous
Occidentales) dix grands
>> tre des Indes
n'eft FEfpaplus grands que
S Royaumes,
peuplés, être réA gne, & beaucoup plus
& Thorles cruautés
5 duits en folitude, par
rible boucherie qu'ils y ont exercée >>.
>
tire des Jarmes d'attenSa proteftarion
dit le même Prédriffement. >> Ils ont fait,
de quinze millions d'hom-
>> lat, périr plus
de Dieu & de la
5> mes, au déshonneur
Les aveugles le verront 2
>> fainte Religion.
& les fourds l'oui-
>> les muets le crieront,
les
Je
Dieu à témoin, tous
S> ront.
prends
les hommes
5> anges, tous les faints, tous
vivent & qui vivront ci-après, que
> qui
que ce fera la
>> je le dis en confcience, Il dit aufli: > Ce
>> ruine de TEfpagne >.
innocent crie vengeance jufqu'au
> fang
attentats inouis fe
> Ciel; le bruit de ces
toute la terre, & d'autant que
>> répand par
u à témoin, tous
S> ront.
prends
les hommes
5> anges, tous les faints, tous
vivent & qui vivront ci-après, que
> qui
que ce fera la
>> je le dis en confcience, Il dit aufli: > Ce
>> ruine de TEfpagne >.
innocent crie vengeance jufqu'au
> fang
attentats inouis fe
> Ciel; le bruit de ces
toute la terre, & d'autant que
>> répand par --- Page 87 ---
dans PAmérique Septentrionale.
5 ces défordres font inhumains >. Tan inhumanas,y epantofas, comofon peryodio,
6 infamia de la gente E/pagnnola.
Ces Indiens étoient dans la loi de nature *
& dans une innocence de moeurs qui faifoit honte aux foldats Efpagnols. On a traité
ces malheureux Américains, 3 non comme
des ennemis, mais comme des bétes; les
écoles ont difpuré s'il les falloit réputer
hommes. Les écrits de Supelveda, contre
lequel Dieu fufcita Bartholomeo de la
Cazas > font tout-à-fait abominables. Ça
été leur maxime durant long-temps, que les
Indiens font des chiens indignes du Chrif
tianifme. L'horreur & la folitude ont marché après leurs armées ; & les Ifles peuplées par des millions d'hommes, ont été
en fort peu de temps tout-à-fait dévaftées.
Cet or & cet argent qui en viennent, &
qui ont gâté tant d'efprits dans les Empires
de l'ancien monde, font tout couverts du
fang des peuples du nouveau. Iln'y a point
de mine qui n'ait coûté la vie à des çentaines de millions d'hommes.
L'Evéque Bartholomeo ajoute, a fi on --- Page 88 ---
Nouveauz Voyages
d'un côté,
mettoit l'or qu'on en retire
>>
des malheureux In2 & de P'autre le fang
le tiles Efpagnols
>> diens avec lefquels
l'or.
le fang peferoit plus que
>> rent,
infariable de T'or, dont fut
C'eft cette foif
du Chili 1,
dévoré Valdivia, Gouverneur & fi fanalluma une guerre fi longue
qui
& ces Brefilliens,
glante entre les Efpagnols
& auffi havaillans, robuftes, courageux,
manier la lance & à tirer une arquebiles à
mêmes.
les Européens
bufe, 7 que
étoit fi paffionné pour ce
Ce Gouverneur
fouffrir que les Inmétal, qu'il ne pouvoit tout lor & P'ardiens en euffent chez eux ;
maifons leur
brilloient dans leurs
gent qui
Ils les faifoient traiter plus
étoient enlevés.
balançoient à les lui
durement, lorfqu'ils
donner 5 il en ft même mourir plufieurs,
le faire. Illes obligeoit
pour avoirmanquédel avec ordre delui en
àt travailler aux mincs >
chaque jour une certaine quantités
apporter
d'eux leur
mais comme ce qu'il exigeoit réfolurent de
les Indiens
étoit impofible, formerent le deffein de
ne lui plus obéir, &
Ils s'afe
raffafier tout d'un cour fon avarice,
durement, lorfqu'ils
donner 5 il en ft même mourir plufieurs,
le faire. Illes obligeoit
pour avoirmanquédel avec ordre delui en
àt travailler aux mincs >
chaque jour une certaine quantités
apporter
d'eux leur
mais comme ce qu'il exigeoit réfolurent de
les Indiens
étoit impofible, formerent le deffein de
ne lui plus obéir, &
Ils s'afe
raffafier tout d'un cour fon avarice, --- Page 89 ---
dans PAmirique Septentrionale.
6E
femblesent ; & s'écant mis en état de combattre, ils vont, chargés d'une grande quantité d'or, trouver le Gouverneur, & lui
tiennent ce difcours : 55 Valdivia, tu CS
>> tellement affamé de ferjaune, que, juf2 qu'à préfent 9 nous n'avons pu t'en raffaS ficr; ; mais nous avons enfin trouvélemoyen
>> de fatisfaire pleinement ta paffion. En
>> voici affez, & il faut que tu en boives
>> tout ton faoul >>. Ils fe jeterent aufli-tôt
fur lui, & lui verferent de l'or fondu
dans ia gorge, dont il expira dans le moment, laiflant à cette Ville fon nom, qui
eft encore en exécration dans le pays.
On peut dire, cher ami, que les effets
de toutes les paffions font très-funeftes ;
mais je crois qu'il n'en eft aucûne dont les
fuites foient plus terribles que celle de la
cupidité. Peut-on lire les hiftoires du nouveau monde 2 fans s'écrier avec le Poère
latin :
Quid non mortalia pedlora cogis
Aurifacra fames.
terre ! falloit-il que les humains avares
Déchirallent ton fein pour devenir barbares : --- Page 90 ---
Nouvediz Voyages
leur cachois-tu tes funeftes bienfaits ;
Que ne
l'or, trouva mille forfaits.
Celui qui trouva
M. Méro.
Poëme de Côme de Médicis, par
mieux terminer cette Lettre,
Je ne puis
donnant un précis dé
Monfieur, qu'en vous
Les coeurs
Fhiftoire de Madame Denoyer.
les ames vertueufes ne pourront
fenfibles,
fituation où
attendris fur la cruelle
qu'être
& infortunée
fe trouva cette courageufe
monfVous frémirez de Texcès
Créole.
deux fcélérats guidés
trueux oû fe porterent
par un vil intérêt.
habitant du'Cap-François,
M. Denoyer,
fortune forma le
vouladt améliorer fa
à Sad'aller établir une habitation
deffein
de PIfle de Saintmana, qui fait partie
Il
appartenante à TEfpagne.
Domingue, à fon époufe , qui approuva
le communiqua
en conféIls s'embarquerent
fon projet.
bâtiment
fur une goëlette ou petit
quence
qui leur appartenoit, avec
de tranfport
un autre à la maun enfant de fept ans 2
leur domeftique > .
meile, & une Négrelle
nommée Catherine.
Maun an de féjour à Samana,
Après
le de Saintmana, qui fait partie
Il
appartenante à TEfpagne.
Domingue, à fon époufe , qui approuva
le communiqua
en conféIls s'embarquerent
fon projet.
bâtiment
fur une goëlette ou petit
quence
qui leur appartenoit, avec
de tranfport
un autre à la maun enfant de fept ans 2
leur domeftique > .
meile, & une Négrelle
nommée Catherine.
Maun an de féjour à Samana,
Après --- Page 91 ---
dans PAmérique Septentrionale.
dame Denoyer follicita fon mari à retourner au Cap-François 9 où l'air nâtal lui
étoit plus favorable. M.Denoyer chériffoit
trop fon époufe, pour ne pas acquiefcer
à fa demande, Dans le temps qu'il fe préparoit à faire voile pour cette ville, un,
petit bâtiment Anglois périt fur la côte,
l'équipage eut le bonheur de gagner terre,
& de fe fauver. Comme il y avoit à Samana un petit navire François qui fe difpofoit à partir, ces naufragés, au nombre
de huit > prierent le fieur Verrier qui le
commandoit, de les recevoir fur fon bord,
& de les conduire au Cap-François, ou à
Monte - Chrifo. Celui-ci fe trouvant trop
chargé de monde, propofa à M. Denoyer
de prendre deux de ces hommes dans fa
goëlette ; l'un d'eux fe nommoit le Capitaine John, & l'autre Young.
M. Denoyer, 3 par un aôte d'humanité
quil lui étoit naturelle, lesreçutavec plaifir;
il leur donna du linge & des hardes pour
fe changer, & les combla de mille honnétetés ; ceux-ci promirent de donner en
route tous les fecours poffibles à leur bienfaiteur. --- Page 92 ---
Nouvedux Voyages
encore
M. Denoyer appareilla 2 ayant
fur fon bord deux Matelots François à fes
Comme ils fuivoient la côte terre
gages,
furent auprès d'une haà terre, lorfqu'ils
bitation du nommé Manuel Borgne 2 à
quelques lieues de l'endroit de leur départ,
les deux Matelots François prierent M. Dede les mettre à terre, lui repréfennoyer
fe paffer d'eux, , parce
tant qu'il pouvoir
à qui il avoit donné
que ces deux Anglois,
Thofpicalité, & qui paroiffoient même eXdans l'art de la navigation, le
périmentés très-bien. M. Denoyer foufcrivic
ferviroient
à leur propofition; ; mais cette complaifance
lui coûta bien cher.
vers les dix heures du
Le lendemain,
matin, M. Denoyer, aidédes deux Anglois,
mit à la voile ; ils allerent mouiller le foir
à Pendroit nommé Grigri, une lieue audeffus de Portoplata. Ils fouperent enfemble près de terre, non loin d'une habides Efpagnols, où l'on
tation occupée par
ordinairement des rafraichillemens ;
prend
après le fouper, on plaça fur la dunerte,
couvrit de feuilles de palmier, & au
gu'on
bout
matin, M. Denoyer, aidédes deux Anglois,
mit à la voile ; ils allerent mouiller le foir
à Pendroit nommé Grigri, une lieue audeffus de Portoplata. Ils fouperent enfemble près de terre, non loin d'une habides Efpagnols, où l'on
tation occupée par
ordinairement des rafraichillemens ;
prend
après le fouper, on plaça fur la dunerte,
couvrit de feuilles de palmier, & au
gu'on
bout --- Page 93 ---
dans PAmérigue Septentrionale, 65
bout de laquelle on tendir une toile, Hnt
matelas qui fervit de lic à Madame Denoyer 9 à fes deux enfans & à la Négreffe.
M. Denoyer fe jeta fur un autre matelas,
aux pieds de fon époufe 7 tandis que les
deux Anglois étoient couchés fur l'avant
de la goélette.
Leur fommeil fut tranquille jufqu'au milieu de la nuit, qu'il fut
les cris de leur petite fille interrompu par
; après avoir
tiré le lait d'une chevre qu'ils avoient
embarquée pour allaiter l'enfant, M. Denoyer
fe recoucha. Vers les trois ou quatre heures
du matin, fon époufe fut réveillée par le
bruit d'un grand coup fourd, qui lui paruc
être un coup de hache donné far le lit de
fon mari, qu'elle entendit pouffer un foupir. Tremblanze & efirayée, elle éveille la
Négreffe, en s'écriant : grand Dieu ! Catherine, on tue M. Denoyer; elle leve dans
le même inftant fon pavillon, lorfquelAnglois nommé John, s'élance fur fon lit,
tenant une hache à la main, & d'un air
furieux la menace de la tuer fi elle ne baille
auffi-tôt la toile > & fi elle fait le moindre
E --- Page 94 ---
Nouveaur Voyages
mouvement pour fe lever : de-là ce perfide
encore deux fois fa viétiaflaffin va frapper
des monftres
me. Après cette adtion, digne
du
féroces, Young pric la barre
les plus
John mit à la voile
gouvernail, tandis que
Yorck.
faire route vers la nouvelle
pour
du
on fe trouva à
A la pointe
jour,
deux lieues de terre. Madame Denoyer s
la crainte, eut à peine la force
glacée par
Quel horrible
de fortir de fon pavillon.
flotter
s'offre à fes yeux ! elle voit
fpeétacle
le matelas oùt étoit étendu le
fur les eaux
venoit
fanglant de fon mari, qu'on
corps
dérive. Alors le barbare John,
de jeter en
la raillerie la
confommant fon crime par
foyez tranquille, lui ditil,.
plus amere, mari eft à la mer, & dort d'un provotre fommeil. Un inftant après, il revient
fond
& lui devers elle, armé d'un poignard,
fon mari, & les
mande les armes qu'avoit
clefs de fes coffres.
donne. Ce fcéMadame Denoyer les lui
fouillé par-tout, fans avoir trouvé
lérat ayant
les lui rendre : alors la
de l'argent, va
dont la
grifte veuve fondant en larmes,
mari eft à la mer, & dort d'un provotre fommeil. Un inftant après, il revient
fond
& lui devers elle, armé d'un poignard,
fon mari, & les
mande les armes qu'avoit
clefs de fes coffres.
donne. Ce fcéMadame Denoyer les lui
fouillé par-tout, fans avoir trouvé
lérat ayant
les lui rendre : alors la
de l'argent, va
dont la
grifte veuve fondant en larmes, --- Page 95 ---
dans PAmérique Septentrionale.
douleur & l'effroi fembloient jufqu'alors
avoir tari la fouree, lui demanda
pourquoi
il avoit tué fon mari, puifqu'il n'avoit
point d'argent ? E'affaffin lui répond
c'étoit pouravoir fa goëlette, & la conduire que
à la nouvelle Yorck. Après ces paroles, ce
monftre parut s'adoucir ; il offrit à cette
malheureufe dame des alimens, du thé &
du chocolat. Celle-ci lui ayant répondu
qu'elle n'avoir befoin de rien, Jonh lui
dit de ne point fe chagriner, qu'il n'avoit
point envie de lui faire aucun mal; qu'au
contraire, il alloit la débarquer en terre
Françoife avec tout fon bagage. Illui laiffa
pendant tout le refte du jour la liberté de
fe livrer toute entiere à fa douleur.
On juge bien que la nuit fes yeux ouverts aux larmes, ne purent fe fermef au
fommeil. L'image de fon mari égorgé à fa
vue, par des traîtres qu'ilavoit comblé de
bienfaits, la pourfuivoit fans ceffé ; leur
cruauté, leur brutalité, , leur noirceur redoubloient fes craintes, & les rendoient encore
plus vives, quand elle jetoit les yeux fur
fes chers enfans. Pendant que fon efprit fe
E ij --- Page 96 ---
Nouyeauz Voyages
des idées les plus triftes & les plus
repaiffoit
elle entendit les deux bouraccablantes, 2
former le deffein de
reaux de fon époux
la femme
lui faire fubir un outrage que
même:
vertucufe redoute plus que la mort
Tinfâme John, difoit à fon compaJohn,
la Négrelfe, je prendrai la
gnon, prends
refufé le parti, ces
maitreffe ; Young ayant
fcélérats, après avoir amarré le gouvernail
fe coucherent. La Né-
& mis à la cape,
les
avoit imaginé de leur crever! yeux
greffe
leur fommeil; mais
avec un clou pendant
femblant
elle penfa qu'ils faifoient peut-être
de
de dormir, & cette raifon l'empécha
T'entreprendre.
lueurs de
Le lendemain, aux premieres
ils mirent à la voile & tirerent
l'aurore, Madame Denoyer leur demanda
au large.
T'emmener à la nouvelle
s'ils prétendoient
fi elle vouloit
Yorck? ils répondirent que
Pun d'eux T'y conaller au Cap-François,
ainfi quefes enfans & fa Négrelle,
duiroit,
qu'ils avoient à bord. L'indans la pirogue
la vue de ces bricertitude de fa deftinée,
fituateints du fang de fon mari, fa.
gands
& tirerent
l'aurore, Madame Denoyer leur demanda
au large.
T'emmener à la nouvelle
s'ils prétendoient
fi elle vouloit
Yorck? ils répondirent que
Pun d'eux T'y conaller au Cap-François,
ainfi quefes enfans & fa Négrelle,
duiroit,
qu'ils avoient à bord. L'indans la pirogue
la vue de ces bricertitude de fa deftinée,
fituateints du fang de fon mari, fa.
gands --- Page 97 ---
dans PAmérique Septentrionale.
6g
tion, la crainte 2 la douleur, , tout la détermina à accepter cette propofition, quoique la pirogue fût extrêmement petite, &
trop foible pour être expofée à la furcur
des flots. Sur fa réfolution, John lui dit de
faire un paquet de fon linge, ne pouvant
embarquer fes coffres à caufe de leur grand
volume. Ilmit lui-méme une mauvaife paillaffe au fond de la pirogue, quatre galettes
de bifcuir, 9 une cruche contenant environ
quatre pintes d'cau douce, fix ceufs & un
peu de cochon maron falé, avec un bouloir. John 1, aprés y avoir fait defcendre
les deux enfans & la Négreffe, fouilla dans
les poches de Madame Denoyer, & ytrouva
T'agrafe de col & les boucles d'argent des
fouliers de fon mari, qu'il lui enleva, de
même que le linge qu'elle avoit' 'empaqueré. -
Defcendue enfin dans la pirogue; ; elle attendoit avec impatience le condu@eurqu'on
lui avoit promis, lorfqu'elle vit Young
couper l'amarre de la pirogue, prendre la
barre du
gouvernail, 3 John orienter les
voiles, &le bâtiment s'éloigner de fes yeux;
elle ne voit plus que le ciel & l'eau.
Eiij --- Page 98 ---
Nouveduz Voyages
70 Abandonnée au milieu des ondes, hors'
d'aucune côte, la veuve éplorée
de la vue
du fecours aux affaffins
s'épuife à demander
avec toute
de fon mari ; elle les conjure
d'une mere tendre d'avoirquelT'éloquence fes deux enfans. Sa voix ne
que pitié de
entendre, elley fupplée par
peueplus fe faire
les fignes
les geftes les plus exprefifs, par Ses bourtouchans. Vains efforts!
les plus
elle veut avoir la plus grande
reaux, à qui
plus durs que le
obligation, fes bourreaux,
Les barmarbre, font fourds à fes prieres.
lui font figne de la main de fuivre fon
bares
fort. Elle ne les voit plus.
malheureux
de fon accableSa confternation, 9 l'excès
lui refte
le danger preffant de ce qui
ment,
la
dans
de plus cher au monde,
plongent fiévanouiffement. Son Efclave
un profond
les foibles fecours qu'elle
delle épuife tous
retirer. Elle repeut employer, pour l'en
vient à la vie, mais pour mieux voir l'abyme
ouvert fous fes pieds, pour mieux déplorer
& la fituation affreufe de fes chers
Tinfortune
devenir la proie des monf
enfans, qui vont
fon fein,
tres marins. Elle les preffe contre
ans
de plus cher au monde,
plongent fiévanouiffement. Son Efclave
un profond
les foibles fecours qu'elle
delle épuife tous
retirer. Elle repeut employer, pour l'en
vient à la vie, mais pour mieux voir l'abyme
ouvert fous fes pieds, pour mieux déplorer
& la fituation affreufe de fes chers
Tinfortune
devenir la proie des monf
enfans, qui vont
fon fein,
tres marins. Elle les preffe contre --- Page 99 ---
dans TAmérique Septentrionale:
elle les arrofe de fes
7*
larmes; & à
o
inftant qu'elle
chaque
lescontemple, elle croit
fur eux fes derniers regards.
jeter
défaillantes
De fes mains
elle offre celui qui eft à la mamelle au Confervateur univerfel,
Arbitre de
au fuprême
nosjours, au jufte
du
crime & de la fcélérateffe, Elle vengeur
zierement aux foins de la divine fe livre en-
& laiffe voguer la
Providence,
& fous la
pirogue au gré des ondes
conduite de fa Négreffe,
Mais les approches horribles d'une nuit
obfcure augmentent bientôt le
&
doublent fes allarmes. Pour
péril, recomble de dif
grace, les vents grondent avec plus de fureur, les flots fe foulevent,
pouffent, & dans leur choc s'agitent, fe
Jame fondit
impécueux une
tour-à-coup dans la pirogue.Le
bifcuit eft emporté; la cruche eft renverfée,
Cependant la Négrefle, dans fa façon de
gouverner, étoit affez adroite pour éviter
que d'autres lames n'entraffent dans la
rogue.
piQuelle nuit! qu'elle fur terrible! qu'elle
paruc longue à ces infortunés!
Le jour enfin, cejour fi defiré, ramena,
Eiv --- Page 100 ---
Nouveaux Voyages
le calme; mais il ne leur apporta pasd'autre
confolation. Elles ne voyoient que le ciel &
T'eau, fans favoir de quel côté diriger leur
route. Dans cette fituation défefpérante 2
Madame Denoyer ne ceffoit d'implorer le
fecours de la Providence, feul appui des
malheureux.
Elles pafferent fept jours & fept nuits
luttant contre les flots, expofées aux injures de l'air pendant la faifon la plus rigoureufe, fans boiffon, & fans autre nourriture
de cochon maron falé. Epuifée de
qu'un peu
à chaque
fatigues, la veuve afoiblie perdoit
inftant le peu de force qui lui reftoit. Elle
étoit fur le point de fuccomber ; mais l'image
lui étoit bien moins
d'une mort prochaine
affreufe
l'état déplorable de fes chers
enfans. En que les quitrant, elle veut leur donner la marque la plus précieufe de fa tendrefematernelle. Elle alloirs'ouvrirlaveine,
prolonger la vie de ce petit innocent
pour étoit collé fur fon fein, lorfque la Néqui
A cette nougreffe vit au loin un bâtiment.
velle, Madame Denoyer fe ranime. L'une
& l'autre jettent des cris; elles font des
d'une mort prochaine
affreufe
l'état déplorable de fes chers
enfans. En que les quitrant, elle veut leur donner la marque la plus précieufe de fa tendrefematernelle. Elle alloirs'ouvrirlaveine,
prolonger la vie de ce petit innocent
pour étoit collé fur fon fein, lorfque la Néqui
A cette nougreffe vit au loin un bâtiment.
velle, Madame Denoyer fe ranime. L'une
& l'autre jettent des cris; elles font des --- Page 101 ---
dans PAmérique Septentrio nale.
fignes. Bientôt elles s'apperçoivent qu'on
voit leurs fignaux, & qu'on vient à leur fecours. Mais un nouveau danger l'arréte.Les
James brifoient contre le bâtimenr, & elles
faifoient craindre que la pirogue ne. fût fubmergée en l'abordant. Cependant, par la
bonne manceuvre du Capiraine, ou plurôt
par le fecours du Ciel, la veuve, fes enfans
& la Négreffe furent reçus à bord du bâtiment. L'Equipage, ravi de joie, chanta le
Te Deum en aétion de grace.
Ce bâriment arriva à bon port dans la
rade de la nouvelle Orléans, lieu de fa deftination.
Madame Denoyer eut le bonheur d'y trouver M. Rougeor, Notaire Royal aux Natchitoches, & fon proche parent, quila reçut
avec beaucoup de joie & de tendreffe, ainfi
que les enfans de cette infortunée veuve,
qui fortoit pour ainfi dire du tombeau.
>
Les habitans de la Louifiane, par une
générofitébien digne d'eux, firent unequête
dans la Colonie, > où chacun feft un plaifir,
dans cette malheureufe circonftance
de
contribuer au foulagement de cette Dame, --- Page 102 ---
Nouveauz Voyages
de 4000 livres.
à qui on remit une fomme
paffer par fon parent
Madame Denoyer.fit la liberté de fa Néle contrat concernant de fon infortune ; mais
greffe, compagne
reconnoillance de
fille, fenfible à la
cette
voulu T'abandonner,
fa maitreffe, n'a point
ne la quitteroit qu'à fa mort.
difant qu'elle
au
Madame Denoyer fit fa dépofition
où elle donna le
Greffe de cette Capitale,
On
des affaffins de fon époux.
fignalement
deux fcélérats à la
envoya les noms de ces
nouvelle Yorck; mais foitqu'ils aient péris
châtiment de la Providence, ou
par un jufte
de faux noms, on n'en a
qu'ils euffent pris
jamais eu de nouvelles.
la
Pour établir encore plus folidement
de Madame Devérité de la dépofition
le Capitaine qui l'avoit recueillie
noyer,
joignit fon atteftation,
fur fon bâtiment y
Greffe de
qui fut pareillement confignée au
la nouvelle Orléans ; en voicila copie.
Majors & Mariniers
S Nous, Officiers,
nommé le Dogre la Fortune s
S du Bateau
faifant.
S du Port de la nouvelle Orléans,
de
dans lIlle
2 route du Port-au-Prince,
rité de la dépofition
le Capitaine qui l'avoit recueillie
noyer,
joignit fon atteftation,
fur fon bâtiment y
Greffe de
qui fut pareillement confignée au
la nouvelle Orléans ; en voicila copie.
Majors & Mariniers
S Nous, Officiers,
nommé le Dogre la Fortune s
S du Bateau
faifant.
S du Port de la nouvelle Orléans,
de
dans lIlle
2 route du Port-au-Prince, --- Page 103 ---
dans PAmérigue Septentrionale.
d'oà
Saint-Domingue,
nous avons appa-
>> reillé le premier du préfent mois,
> ledit lieu de la nouvelle Orléans, pour
étant
>> nord & fud de l'Ifle de Cuba, environ
>> dix lieues de terre,
gouvernant au norda oueft, fous la grande voile & fon
>> gros vent de la partie de l'eft, la foc,
>> groffe; aurions eu connoiffance d'une mer
>> rogue en dériye s & ayant fait
pi3> deffus, nous nous ferions
porter
apperçus qu'il
> y avoit une femme blanche, deux enfans
> & une Négreffe, que nous avons été affez
>> heureux de recueillir à notre bord, laif-
> fant enfuite aller la pirogue,
S
laquelle
Dameblanche nous auroit dit qu'en
> tant de Samana, qui fait partie de PIfle par-
>> de Saint-Domingue, elle,fon
>> mé M. Denoyer, fes deux mari, nomenfans, dont
un à la mamelle, & leur Négreffe,
>> mée Catherine, ladite Dame &
nomtous leurs
>> effets dans unes goëlette à eux
>> pour retourner au
appartenant,
ils
>>
Cap-François,
avoienr donné paffage à deux
5> naufragés, lefquels,
Anglois
après avoir à
5> de hache coupé le cou à fon mari, coups s'é4 --- Page 104 ---
Nouveauz Voyages
rendus maitres de ce bâtiment &
S toient
étoit à bord, &les auroient
5> detout ce qui
envoyés en dérive dans une petite
> enfuite fans vivres & fans linge; ce que
> pirogue,
véritable. En foi de quoi
>> nous affirmons
fervir
avons dreflé le préfent, pour
>> nous
2 & valoir ce que de raifon.
A bord dudit Dogre la Fortune;
le II Mars 1766.
Signé, GUION & PIERRE PLACEY.
Adieu, cher ami; je vous écrirai de la
contrée des Akanças, qué
belle & charmante
reverrai avec plaifir. Je fuis, &c.
je A la nouvelle Orléans, s le 12 Septembre 1770:
Copie du Certificat de M. le Salfier.
Confeiller au Confeil Souverain du de
Port-au-Prince, Je foufigné, Capitale de la partie la Françoife relation ciPIfle de Saint-Domingue, Boffu, > certifié a aEdo donnée par Dedeffus rapportée Marie le parM. Veuf, Créole du Cap-François, Ville; &
moifelle veuve de M, Denoyer , habitant de la qu'en même fit ladite
que le tout eftconforme à la Port dépolition de la nouvelle OrDame , en débarquant de la Louifiane, au
où j'étois alors mem- la
léans , Capitale
de cette Province avant
bre du Confeil Supérieur
En foi de
ceflion dudit Pays à la Couronne Certificat. d'Efpagne,
guoi j'ai figné le préfent
1776. LE SASSIER,
A Paris, ce I Janvier
, Denoyer , habitant de la qu'en même fit ladite
que le tout eftconforme à la Port dépolition de la nouvelle OrDame , en débarquant de la Louifiane, au
où j'étois alors mem- la
léans , Capitale
de cette Province avant
bre du Confeil Supérieur
En foi de
ceflion dudit Pays à la Couronne Certificat. d'Efpagne,
guoi j'ai figné le préfent
1776. LE SASSIER,
A Paris, ce I Janvier --- Page 105 ---
dans PAmérique Septentrionale, 77
LETTRE TROISIEME,
AU MÉME E.
PAuteur part de la nouveils Orléans. Ses
provifions de voyages fJont enlevées par un
Crocodile. Maniere d'éyiter fur terre ce
cruel amphibie. Arrivée de lAuteur au
pays des Akangas j fa réception. Féte
donnée à cette occafion. Partie de chafle
aur caureausfauvages très-curieufe. Autre
partie de chaffe aur oifcaur aguatiques,
fitr un vafle Lec d'eau douce, Defeription
de cette Contrée au-deld de leur Riviere,
Projet d'une nouvelle fabrique d'amidon,
avec des fubfances végétales tirées du
continent de PAmérique : > à Tefet d'entretenir l'abondance des grains dans Ze
Royaume de France.
M: voici depuis quinze jours Mon2
fieur & cher camarade, pour la troifieme
fois, dans le pays des Akangas, où je fuis --- Page 106 ---
Nouveaux Voyages
bonne fanté. Vous attendez, fans
arrivé en
circonftancié de
doute, de moi un récit
Je vais vous le faire, en le
mon voyage. chofes les plus curieufes que je
femant des
jugerai relatives au fujet.
très-heureufement à la
Nous voguâmes
le fleuve
rame & à la voile en remontant
dont le courant n'étoit pas
de Mififipi,
rapide, à caufe que les eaux k.
beaucoup
dans cette faifon, font exordinairement
de la
trémement baffes. Aux approches
nuit du huitieme jour, nous nous cabanàà Pentrée de la riviere Rouge qui fe
mes
jette dans ce Aeuve, environ cinquante
lieues au-deffits de la nouvelle Orléans. Le
Iendemain matin, nous fimes defcendre un
faite d'un tronc
Negre dans une pirogue
de cyprès, où nous avions un boeuf fauvage
boucant, avec un cochon falé 2 pour nous
de quoi déjeûner avant de partir.
apporter
auffi-tôt tout tranfporté
Cet efclave remontea
difant
& comme hors de lui-même, nous
le mauvais efprit avoit enlevé toutes
que
mais il fe trouva que le
nos provifions 5
crocomauvais efprit n'étoit autre qu'un
Negre dans une pirogue
de cyprès, où nous avions un boeuf fauvage
boucant, avec un cochon falé 2 pour nous
de quoi déjeûner avant de partir.
apporter
auffi-tôt tout tranfporté
Cet efclave remontea
difant
& comme hors de lui-même, nous
le mauvais efprit avoit enlevé toutes
que
mais il fe trouva que le
nos provifions 5
crocomauvais efprit n'étoit autre qu'un --- Page 107 ---
dans PAmérique Septentrionale.
dile, qui, pendant notre fommeil, 79
avoit
eu l'inftinét de les faire tomber dans l'eau
pour mieux s'en repaître à fon aife.
Ces fortes d'animaux font très-avides de
viande. Ils remarquent fort bien les endroits
où la foif conduit les boeufs, Làils fe tiennent enfoncés dans la vafe, fans faire
aucun
mouvement. Lorfque les quadrupedes commencent à boire, les crocodiles les faififfent
par le mufle , les entraînent au fond de
l'eau, & les font noyer. Ils vont enfuite les
manger fur le
rivage, parce que ces amphibies ont la gueule fi grande,
s'ils
que
T'ouvroient, ils fe rempliroient d'eau.
Ces animaux ne font pas moins friands
de chair humaine. On a remarqué
qu'ils
attaquent fur-tour les
à
Negres, s caufe d'une
certaine exhalaifon qui fort de leur
lorfqu'ils tranfpirent.
peau
Un jour, plufieurs Indiens entre lefquels
étoit un Negre,
paffoient une riviere à la
nage ; le Negre fut faifi à la jambe
par un
crocodile; il étoit adroit & vigoureux; il
tira fon couteau qu'il avoit dans une gaine
pendue à fon col, & tua l'animal, quiavoit --- Page 108 ---
Nouveauz Voyages
de longueur. ilfaut quela
près de cinq pieds
venimeufe 7
dent du crocodile ne foit point bleffure; mais
guéric delal
puiuerAfiains monftre lui avoit, par fa mor-
-comme ce
nerfs & les tendons, il
fure, déchiré les
en refta eftropié.
les lacs & les
Dans la Baie-Lovifiane,
fi gros
font infeftés de crocodiles,
rivieres
dévorent fouvent
& fi dangereux, qu'ils
laver
qui vont fans précaution
des Négreffes
par ces
dans les lieux fréquentés
le linge
années, qu'une
animaux : il y a quelques habitant de la
à un
Efclave appartenaite entrainée dans le Aeuve
Poinre-Coupée; fut
monftres qui
par un de ces
de Mififipi,
fut heureufelui coupa un bras; CC qui
de la
la caufe qu'on eut le temps
ment
repécher.
extrèmement épouNous fumes unjour
Iléroit
vantés un
crocodilemonftrueux.
par
duquel nous paffions,
forti d'un lac auprès
: d'eau où il
& fe baignoit dans' une mare
fa proie.
fc tenoit en travers,. en attendant avions cru que
A la premiere vue 2 nous avoit abattu :
c'étoit un gros arbre qu'on
ce
un bras; CC qui
de la
la caufe qu'on eut le temps
ment
repécher.
extrèmement épouNous fumes unjour
Iléroit
vantés un
crocodilemonftrueux.
par
duquel nous paffions,
forti d'un lac auprès
: d'eau où il
& fe baignoit dans' une mare
fa proie.
fc tenoit en travers,. en attendant avions cru que
A la premiere vue 2 nous avoit abattu :
c'étoit un gros arbre qu'on
ce --- Page 109 ---
dans PAmérique Septentrionale. 8f
ce caiman étoit fi vieux, 2 que fon dos &
fa téte étoient tout couverts de mnouffe,
Ce n'eft .pas feulement dans les caux
queceta amphibie s'acharne contre l'hoime:
il ofe encore, lorfqu'il a faim, l'artaquer
fur la terre. Mais le moyen de n'cn étre
pas atteint, quand il vous pourfuit, c'eft
de courir en tournant à droite & à gauche;
le crocodile, ne pouvant fe replier fur luiméme, à caufe de la groffeur & de la roideur de fes vertébres, ne change qu'avec
la plus grande peinc la direétion de fa
courfe. Il faut qu'il meuve entierement fa
lourdemafe, pour faire de pareils détours.
Le long-temps qu'il y emploie, fuffit aul
fuyard pour fc dérobér à fes pourfuites ;
ou bien l'animal lui-méme, épuifé de fatigue, eft bientôt contraint de s'arréter.
incore un mot far ces amphibies.
La femeile du crocodile fait jufqu'à cinquante ceufs dans le cours de l'année ; ils
font pius gros que dés oeufs de poules
d'Inde : elle les dépofe fur le fable au bord
de l'eau,o Phumidité jointe à la chaleur
du foleil fait éciore les petits : mais il femF --- Page 110 ---
Nouveauz Vo
S2
a f
ble que la providence
cruels & vo
à ces animaux
pêcher qu'ils ne fe multip
font-ils éd
peine les petits
feaux de proie 7 artentifs
pour s'en régaler, > ne ma
enlever. Le crocodile, po
reftent, les prend dans fa
vomir à l'eau, oû ils nag
cachent dans la fange.
Voici, Monfieur, un
ration, & que peut-être
Europe, qui n'ont point
auront peine à cro
rique,
avez vu les quatre parti
très-vraifem
le trouverez
récit de M. de Livoy, n
pitaine d'une compagnic
rine, entretenue ci-deva
Louifiane.
Cet Officier avoit un
fur les bords de la rivier
de fix lieues de la
tante
dans la B
viere fe jette
ou le Aux & refux de la
ici, Monfieur, un
ration, & que peut-être
Europe, qui n'ont point
auront peine à cro
rique,
avez vu les quatre parti
très-vraifem
le trouverez
récit de M. de Livoy, n
pitaine d'une compagnic
rine, entretenue ci-deva
Louifiane.
Cet Officier avoit un
fur les bords de la rivier
de fix lieues de la
tante
dans la B
viere fe jette
ou le Aux & refux de la --- Page 111 ---
dans LAmérique Ssptentrionale.
& la marée montante y fait
tité
entrer une quanprodigieufe de poiffons de toute
ce quiy attire les crocodiles.
efpece,
Cette rivicre
charie, comme toutes celles de ce vafte
continent, des arbres que le courant déracine de fes bords ; on en voit fouvent
avec leurs rameaux ou branches
dériver
Le
vertes.
27 Septembre 1762, vers les dix
heures du marin, M. de Livoy étant à
fidérer, de fon
conhabitation, la marée
dante, , apperçut quelques
perfur la furface de l'eau,
rameaux verds
defcendre,
lefquels, au lieu de
remontoienr dans le plus fort du
courant, ce quilui parut
fachant
extraordinaire, ne
pas ce que ce pouvoit étre. Ayant
confitéréarrentivement, il vit qu'il ne s'étoit
point fait illufion. Il demanda à
Jupiter fon
Negre ce que ce pouvoit être, & comment
il fe faifoit que cet arbre dont il
pas le tronc, pûr remonter
ne voyoit
& le courant de la
contre la marée
riviere,
dans fon baragouin
Jupiterrépondit, 1 3
negre : Vous
mire
donc Maitre à moi,
pes
ga Caiman qui
monde 2 moi déjdvu béte tant
mange
ci-là, qui
grofe comme
gagneferdoches en haut dos dlys
Fii --- Page 112 ---
Nouveauz Voyages
84 c'eft-à-dire, > Ne voyez- vous pas, mon
c'eft un Crocodile qui dé-
> Maître, que
vore les hommes? J'en ai vu de pareils
>
fur leur
>> dans ces parages, qui portoient
rameaux ou branches vertes.
> dosdes petits
M. de Livoy voulant s'affurer de la vérité
du fait, démarra une pirogue qui étoit au
bord de l'eau, & s'y embarqua pour fuivre
& examiner de près ce phénomene fingumais
fut à une certaine diflier ;
lorfqu'il
fond
tance, il vit les rameaux plonger au
de Feau. Il louvoya autour de cet endroit,
croyant que ce pouvoit être un tournant ou
comme il s'en trouve dans les fleugoufre,
ves, qui engloutiffent tout ce qui en approche. L'Officier fut convaincu par fes yeux
fon Negre avoit dit vrai; c'étoit effecti.
que
vement un crocodile des plus monftrueux, 9
s'étant élevé fur la furface de
car l'amphie
Feau, quoiqu'on ne vit pas tout fon corps >
M. de Livoy remarqua fa tête & fa queue
très-difin@ement: ; & ce crocodile, qui étoic
affurément le doyen de cette contrée, pouvoit bien être auffi gros que fa pirogue ;
mais illui parut plus long.
Negre avoit dit vrai; c'étoit effecti.
que
vement un crocodile des plus monftrueux, 9
s'étant élevé fur la furface de
car l'amphie
Feau, quoiqu'on ne vit pas tout fon corps >
M. de Livoy remarqua fa tête & fa queue
très-difin@ement: ; & ce crocodile, qui étoic
affurément le doyen de cette contrée, pouvoit bien être auffi gros que fa pirogue ;
mais illui parut plus long. --- Page 113 ---
dans PAmérique Septentrionale.
Voici l'obfervation que je me permets fur
ce végétal anté furl'animal On voit, comme
je l'aid dit, dans les lacs & fleuves de la BaffoLouifiane, des crocodiles fi gros & fi vieux
qu'ils ont de la mouffe fur la tête & fur le
dos; ces amphibies pafient l'hiver dans la
vale: ila arrive fouvent que les bales de fufil
les ayant atteints, elles reflent quelquefois
ou font des trous dans l'épailleur de leur
peau hideufe. Ils demeurent plulieurs mois
imobiles ou engourdis dans la boue & la
fange; de forte qu'il tombe daas ces cavités
des graines d'ormes, de faules, ou d'autres
arbriffeaux dont les rivieres de ce pays font
bordées. Ilne faut que de l'humide pour
opérerla végétation;1 l'expérience le prouve.
D'après cela, il eft donc croyable que les
graines ou femences (fe répandant entre le
cuir & la chair dcs vieux crocodiles, couverts d'ailleurs de mouffe & de boue) y
croiffent & y prennent racine lorfqu'il y a
dcs difpofitions à CCt effct. Les crocodiles, 9
qui étoient comme gelés, reprennent au
princemps leur chaleur & leur mouvement >
reviennent fur l'eau, & les perits rameaux
F ii) --- Page 114 ---
$6
Nouveaur Voyages
des
végeté, paroiffent fur la furface
ayant
végétaux nagent
eaux lorfque ces amphibies
les
dans les rivieres. On fait d'ailleurs que
font comme des rochers, c'eft-àcaimans font tout d'une piece, faus poudire, qu'ils
ni fe renverfer comme les
voir fe retourner;
quadrupedes.
à-peu-près
Les rameaux fe produifent
fur
fe produifent quelques plantes
comme
d'efpece très - différentes :
d'autres plantes
ou autre champipar exemple, PAgaric, & autres fortes de
gnons; la Pulmonaire, la mélaife & fur le
mouffes; le Gui fur
&c. Tout cela s'opere par le moyen
chêne,
font répandues par les
des femences qui
vents.
T'embouchure de la riviere
En quittant
avoient été
Rouge, où toutes nos provifions
fûmes
enlevées par un de ces animaux, ,nous
de louer deux Sauvages de ia nation
obligés
chaffer pendant le cours
des Tonikas, pour
abonde notre voyage. Ils nous procurerent le Aeuve.
dammentdequoi vivre en montant
faiAu lever du foleil, un jour que nous
du Mififipi, lun de ces
fions la traverfée
ure de la riviere
En quittant
avoient été
Rouge, où toutes nos provifions
fûmes
enlevées par un de ces animaux, ,nous
de louer deux Sauvages de ia nation
obligés
chaffer pendant le cours
des Tonikas, pour
abonde notre voyage. Ils nous procurerent le Aeuve.
dammentdequoi vivre en montant
faiAu lever du foleil, un jour que nous
du Mififipi, lun de ces
fions la traverfée --- Page 115 ---
dans PAmérique Septentrionalt. S7
deux Indiens me fit remarquer fur la furface
de l'eau un éclat pareil à celui du diamant.
A mefure que nous approchions, cet éclat
devenoit plus vif.Je fus bien furpris de voir
de près un ferpent à fonnettes. Ce monftrueux reptilerraverfoit le fleuve, quoique
large d'une bohne demi-lieue dans cet endroit.. Lorfqu'il Ifucàune portée dei moufquet
de notre bateau, le Sauvage me demanda
mon fufil, quej'avois chargéà plomb, pour
tuer au vol des outardes & des canards fauvages. L'Américain tira fi jufte dans la tête
du ferpent, que CC brillant efcarboucle qui
avoit jeté un fi grand éclat, le perdit pour
jamais. Quelques inftans après, l'animal venimeux reparut à nos yeux, flottant au gré
de l'onde teintedel fon fang. Si fes yeux éclatans n'avoient pas été endommagés par le
plomp à giboyer, , j'aurois tâché de le faire
pécher, pour vous l'envoyer bien empailié.
Les pectateurs ayant donné des applaudifiemens à l'Indien, jamais Hercule, lorfqu'il vainquit le terrible dragon qui veilloit
à la porte du jardin des He/pérides, nc montra une fierté pareille à la fienne. Pour leroFiv --- Page 116 ---
Nouveaux Voyages
compenfer de la défaite de ce dangereux
animal, qui alloit infefter les terres des Ef
pagnols nos alliés &c ci-devant nos compatriotes, je fis préfent au Sauvage chaffeur
d'une bouteille de taffia, pout célébrer fa
victoire avec fon camarade. A notre arrivée
où cette aétion a fait beauaux Akanças,
coup de bruit, & fur le rémoignage avantanous avons rendu de la dextérité
geux que
il a été décoré du titre de
de ce chafleur,
Capitaine des hommes rouges, & en même
Chevalier du Serpent à fonnettes ;
temps c'eft-à-dire, qu'on lui a defliné & piqué autour du corpsla figure d'un ferpent, dont la
tête tombe fur un endroit que les Dames me
permettront de leur laiffer deviner.
Monfieur,
lorfVous faurez donc, 3
que
qu'on paffe le pays des Natche?, fur-tout
dans le temps que les eaux font balles, on
voit fouvent de nombreux troupeaux de
boeufs fauvages qui viennent s'abreuver
au feuve. Ce fpeétacle dédommage amplement les voyageurs de lennui que caufe
cette pénible route. Le feul plaifir dont
ils puiffent jouir dans cette vafte & déferte
iner.
Monfieur,
lorfVous faurez donc, 3
que
qu'on paffe le pays des Natche?, fur-tout
dans le temps que les eaux font balles, on
voit fouvent de nombreux troupeaux de
boeufs fauvages qui viennent s'abreuver
au feuve. Ce fpeétacle dédommage amplement les voyageurs de lennui que caufe
cette pénible route. Le feul plaifir dont
ils puiffent jouir dans cette vafte & déferte --- Page 117 ---
dans PAmérique Septentrionale.
région, eft celui de la chaffe aux animaux
volatiles, amphibies & quadrupedes. Mais
ce diverciffement penfa nous être bien
funeftc.
Le 27, vers les huit heures du matin,
nous traverfâmes le Mifliflipi : 3 quelques
inftans après nous vîmes fur une bature (r),
à cent pas de laquelle il y avoit un bois
fort épais 2 des chevreuils 7 des ours >
des vaches fauvages,avec leurs veaux, qui
paroiffoient vouloir tetter leur mere. Nous
crûmes voir des géniffes & de jcunes taureaux bondir & jouer enfemble. Le patron
de notre bateau, qui les avoit remarqués
le premier 2 nous dit : doucement ; leveg
ram, mes amis. Bonne capture 2 jour de
Dieu! des baeufs fauvages ! aur armes :
nous voilà tous en même temps dans l'impatience où vous jugez que doivent être
des voyageurs affamés à la vue de CCs troupeaux champêtres. Nous nous attendions
à réparer avec ufure la perte que nous
(1) C'eft une étendue de fable ou de limon que
les eaux laiffent à découvert en baiflant. --- Page 118 ---
Nouveaux Voyages
faite à l'entrée de la riviere Rouge.
avions
du
Un ancien foldat de ma Compagnie,
pordelGaomme,& dont le nom de guerre
devenu, depuis la réforme
était Sans-peur,
c'eft-à-dire
boucanier,
>
de nos troupes 2
de bois ou chaffeur de profellion,
coureur
d'avance le plaifir de me régaler
goltoit
Il fe
des filets de ces animaux.
préparoit
à m'offrir la peau d'un ours, qu'il craignoit
qu'eile lui paroiffoit
mêmede percer 7 parce
d'unbeaunoir, & affez grande pour mettre
matelas de voyage. Un autre
fous mon
tirer que fur les vadifoit qu'il ne vouloit
chair des
ches, (parce que, difoit-il, la
afin d'avoir leurs
taureaux eft coriace)
veaux qui font fort tendres.
les écoutcient en
Nos deux Sauvages
enfin à rire aux
filence. Ils commencerent
le fujet.
éclats ; nous leur en demandâmes
qu'ils ne pouvoient
Ils nous, répondirent
nous allions
s'empécher de rire, 2 voyant que
tête baiffée dans le piége que nous
donner
Chikachas, nos
avoient tendus les Sauvages
de
embufqués dans le bois, près
ennemis,
demettre
T'endroit oû nous nous propofions
enfin à rire aux
filence. Ils commencerent
le fujet.
éclats ; nous leur en demandâmes
qu'ils ne pouvoient
Ils nous, répondirent
nous allions
s'empécher de rire, 2 voyant que
tête baiffée dans le piége que nous
donner
Chikachas, nos
avoient tendus les Sauvages
de
embufqués dans le bois, près
ennemis,
demettre
T'endroit oû nous nous propofions --- Page 119 ---
dans PAmérique Septentrionale. 91
pied à terre ; que ces peuples, connoiffant
toute l'ardeur des François à courir après
les boeufs fauvages, quelques-uns d'entr'eux
s'étoient revêtus de peaux de ces animaux
pour nous attirer dans la forêt, oû leur
deffein étoit de nous lever la chevelure ou
de nous faire prifonniers ; & que fi nous
ne prenions au plus vite le large, nous
ferions, fans doure, accablés d'une gréle
de Reches. A ces paroles, qui nous frapperenr d'étonnement & de crainte, nous
obfervâmes autentivement l'allure de ces
prétendus ours, vaches, veaux & chevreuils.
Nous reconnûmes en effet, à leur marche &
à leurs mouvemens, que c'étoient des hommes mafgués en bétes. Le vol que nous avoit
fait le crocodile fur la riviere Rouge, fe
rerraça aufli-tôt à mon fouvenir; & vous
jugez que je fus très-enchanté d'avoir éprouvé ce petit malheur, puifqu'il nous obligea
à prendre les deux Américains à qui nous
devons la vie; tel eft l'enchainement des
caufes qui influent fur l'exiftence de ihomme. Les plus petits événemens produifent
fouvent les plus grands effets ; un vil ani- --- Page 120 ---
Nouveaur Voyages
92 Phorreur du genre humain, eft la
mal,
caufe éloignée de la confervation de nos
jours.
Les deux Sauvages farent largement récompenfés, & nous nous hâtâmes de traverfer de l'autre côté du Aeuve. Nos gens
n'ont jamais ramé d'un fi grand courage.
Sans-peur ravouair ingénuement que dans cette
circonftance, il avoit démenti fon furnom.
Nous allâmes cabaner à fix lieues delà dans
une petite Ille que forme le Miffiffipi. C'éroit celle oà les Soldats de mon détacheGouverneur lorfque je defment mer reçurent
cendis cefleuve en 1757. Après avoir fait de
férieufes réflexions fur le péril auquel nous
venions d'échapper - 2 nous réfolûmes, pour
éviter toute furprife, de faire bonne garde
pendant la nuit; comme nos gens éroient
fatigués, je fis faire une chaudiere de café
j'avois apporté tout moulu de la Ville,
que
calebaffe
dont chacun but plein une petite
(qui fert de taffe aux Sauvages), pour ne
nous pas laiffer furprendre par le Dieu Morphée.
Les deux jours fuivans 7 notre navigation
auquel nous
venions d'échapper - 2 nous réfolûmes, pour
éviter toute furprife, de faire bonne garde
pendant la nuit; comme nos gens éroient
fatigués, je fis faire une chaudiere de café
j'avois apporté tout moulu de la Ville,
que
calebaffe
dont chacun but plein une petite
(qui fert de taffe aux Sauvages), pour ne
nous pas laiffer furprendre par le Dieu Morphée.
Les deux jours fuivans 7 notre navigation --- Page 121 ---
dans lAmérigue Septentrionale.
fut très-lente. Le vent de nord, quifouffloir
avec violence, hous étoit contraire. Nous
ne fimes que trois lieues en deux jours &
demi. La faute en fut auffiàr nos Sauvages,
qui, fiers du fervice qu'ils nous avoient
rendu, prenoient la liberté de s'écarter bien
loin du rivage, 3 pour fe donner le plaifir
de la chaffe. Nous étions, àla vérité, bien
dédommagés du temps que nous perdions
à les attendre, par la quantité de failans,
de gélinotes, &c de poules d'Indes qu'ils
nous apportoient.
Lorfque nous ne fûmes plus qu'à quinze
lieues du pays des Akanças, nos deux Sauvages nous quitterent pour aller annoncer
notre arrivée. Quatre jours après, un Indien Illinois (1), qui fe trouva alors chez
les Akanças 2 vint au-devant de moi dans
une pirogue, m'apportant des rafraichifle-
(1) C'étoit le Sauvage que l'Auteur avoir tenu
fur les fonts, lorfque le Pere de Guienne, Jéfuite,
lui conféra le baptême 2 dans le temps qu'il étoit en
garnifon au Fort de Chartres, en 1756, au pays des
Illinois. --- Page 122 ---
Nouveauz Voyages
Cet Iifimens de la part de ces Indiens. fériie,
nois me dit que fa langue étoit trop
&
la voix lui manquoit pour exprimer
que
reffentoit de me revoir ; que
la joie qu'il
avec impatience,
les Akangas m'attendoient à célébrer mon heu-
& qu'ils fe préparoient:
reufe arrivée par des fêtes & des réjotiffances
extraordinaires, à leur maniere.
nous fûmes à la vue de la
Auffi-tôt que
accoururent en
Bourgade : 3 ces Sauvages
& chantant,
foule vers la riviere, danfant (1); je ne
tenant à la main un chichikoi
de répondre
manquai pas, en defcendant,
préfens
à leur civilité, par quelques petits n'excédoit
dont la valeur
en quincaillerie,
pas une piaftre gourde. dont je fus réçu : on me
Voici la maniere
d'abord le fameux Calumet de paia,
préfenta
enfuite le Cacique & les Chefs
pour fumer; ferrerent la main Tun après
de guerre, me
cette céPautre, en figne d'amitié. Après
de graine. 2 dont
(1) Efpece de gourde remplie
ils fe fervent pour battre la mefure.
illerie,
pas une piaftre gourde. dont je fus réçu : on me
Voici la maniere
d'abord le fameux Calumet de paia,
préfenta
enfuite le Cacique & les Chefs
pour fumer; ferrerent la main Tun après
de guerre, me
cette céPautre, en figne d'amitié. Après
de graine. 2 dont
(1) Efpece de gourde remplie
ils fe fervent pour battre la mefure. --- Page 123 ---
dans PAmérique Septentrionale.
rémonie, on me porta au bain ; il faur,
difent-ils, fe laver & fe baigner lorfqu'on
a fait une longue route, afin d'être plus
fain & plus frais.
Le pays des Akanças eft très-fréquenté
par les Indiens occidentaux qui y vicnnent
prendre les bains ; car, il y a certaines eaux
chaudes qui fortent des mines du Mexique,
& qui font trés-cftimées par les Médecins
du pays, qui prétendent qu'elles font auffi
corroboratives.
On étendit donc une grande peau de
cerf, paffée en blanc, fur laquelle on me
fr affeoir ; quatre Guerriers des plus vigoureux la prirent chacun par un bout,
& la foutenoient avec leurs arcs.
Au fortir des bains, on me conduific
dans la grande cabane du Confeil de la
Nation ; c'eft-là où ces Peuples donnent
audience aux Députés qui viennent en Calumct, c'eft-à-dire, en parlementaires.
On m'avoit préparé un fiége fait d'un
tronc d'arbre creufé, couvert d'une peau
de-tigre ou de léopard ; & l'on mit fous
mes pieds des peaux de loutres. --- Page 124 ---
Nouveaur Voyages.
m'avoir féliciré de mon heureux
Après dans leurs terres, les femmes & les
retour
filles des Guerriers m'apporterent un vafe,
une gamelle de bois, remplie de
ou plutôt
bled d'Inde concaffé comme
fagamité, mondé, ou
& cuit avec de la viande
de l'orge
des filets de
de poules d'Indes fauvages,
chevreuil en grillades, & des langues d'ours
boucanées. Après quoi on me fervit des
fruits du pays, & pour boiflon de la cafine
dans une calcbaffe.
Pendant ce repas; 3 que je fis avec grand
appétit, le Chancelier ou POrateur, compofa une harangue; & après s'être recueilli
il vint me la réciter; ce dif
en lui-même,
cours contient des expreffions fi fingulieres,
je vais vous en donner la traduétion.
que
fe leva, & après avoit
Le Porte-parole
falué le Cacique & Taffemblée, parla en
ces termes.
> Il y a long-temps, mon pere 9 que
2> nous n'avions vu ton vifage; route la
>> Nation eft en joie de voir aujourd'hui
>> que tu marches fur notre terre qui eft
> blanche
iter; ce dif
en lui-même,
cours contient des expreffions fi fingulieres,
je vais vous en donner la traduétion.
que
fe leva, & après avoit
Le Porte-parole
falué le Cacique & Taffemblée, parla en
ces termes.
> Il y a long-temps, mon pere 9 que
2> nous n'avions vu ton vifage; route la
>> Nation eft en joie de voir aujourd'hui
>> que tu marches fur notre terre qui eft
> blanche --- Page 125 ---
dans PAmérique Septentrionale,
> blanche (1), puifqu'elle n'a jamais été
>> teinte de ton fang, Tous tes enfans, les
>> Akangas, t'ont
pleuré, 3 parce qu'ils ne
>> favoient pas ce que tu étois devenu de5 puis quatorze récoltes & fix lunes. Nous
5> croyions que tu étois allé au pays des
>> ames ; mais ce qui nous fâchoit le plus,
> c'eft que nous ne connoiffons point le
>> chemin du pays des efprits, & que nous
>> étions malheureufement privés de rece-
> voir de tes houvelles.
>>. Nous efpérons cette fois que tu ne
>> repafferas plus le grand lac d'eau falée
>> & amere, pour recourner au grand vil3> lage des François, où tu as été, comme
> nous venons de
l'apprendre, 3 renfermé
>> dans une cabane forte (2), parce que
(I) C'eft-à-dire qu'ilsn'ontjamais tué de François.
(2) La Baftille. L'Auteur fupporta ce revers avec
la conftance & la fermeté qui accompagnent ordinairementl'innocence. Les calomnies qu'on avoit écrite;
contre fa perfonne 2 retomberent fur ceux qui (n
avoiert étéles miférables inventeurs. Le Roi s'étanc
fait rendre compte de cette affaire en fon Confeil,
au rapport d'un célebre Magiftrat, (M, le Noir
>
G --- Page 126 ---
Nouveauz Voyages
avoit fait voler fur Pécorce parlante
S> Ton
paroles contre
de mauvaifes
>> (le papier)
parmi nous, tu n'aufitu étoisrefté
> toi;
traitement;
un pareil
> rois pas éprouvé
point le plus
le
fort n'opprime
>> ici plus
foible; ici le méchant ne profpere point,
>
n'eft point puni ; ici les hommes
> & le bon
comme les
n'y
point,
>
rouges
égorgent freres
de
blancs, leurs
> pour
>> hommes
(de Tor), qu'ils
>> la térre & du fer jaune
nourrit en
; ici la terre nous
>> méprifent
ceux à qui elle
cultivant fans peine ;
> la
n'entaffent point leur ré-
>> donne le plus,
& de mais,
> colte de parates, d'ignames, conferver, Ou
bled d'Inde, pour le
5> ou
du malheur des
profiter
>> plutôt pour de leur ôter la fubfiftance : >
afin
> autres,
Confeiller d'Erat, & Lieutenant-Gaéuellement
remplit les voeux de la Nation.)
néral de Police, qui
M. le Duc de
Sa Majefté eut la bonté de charger Marine, d'affurer cet
Prallin, alors Miniftre de la avoit det fes fervices.
Officier de la fatisfaction qu'elle
lui promit
éclatante , Sa Majefté
Après cette juftice
la premiere promotion.
la Croix de Saint-Louis pour
: >
afin
> autres,
Confeiller d'Erat, & Lieutenant-Gaéuellement
remplit les voeux de la Nation.)
néral de Police, qui
M. le Duc de
Sa Majefté eut la bonté de charger Marine, d'affurer cet
Prallin, alors Miniftre de la avoit det fes fervices.
Officier de la fatisfaction qu'elle
lui promit
éclatante , Sa Majefté
Après cette juftice
la premiere promotion.
la Croix de Saint-Louis pour --- Page 127 ---
dans PAmérique Septentrionale.
>> comme font les Européens; ; au contraire,
5> les Américains , comme tu en as été
>> témoin oculaire, fe font une joye & un
>> plaifir indicibles, d'en fecourir la veuve,.
>> l'orphelin, les vieillards & les plus pauvres;
> c'eft ici oùt l'on peur vivre content, fans
> être agité de paflions violentes ccmme
les hommes blancs, fouvent fouillés de
>> meurtres & de crimes horribles ; ici
3 tout eft foumis à la volonté du grand
>> E/prit, ou de l'Etre fuprême. C'eft ici
>> qu'il eft fervi de la maniere la plus
> agréable, dans un temple fimple & fans
>> appareil, (au pied d'un arbrc touffi &
S auffi ancien que le monde, d'oà découle
>> une gomme aromatique qui lui fert d'en-
>> cens) fans fubrilicé de la part dc nos Jon-
>> gleurs ou Prétres, comme nous apprenons
>> qu'il eft d'ordinaire chez les autres Nations. Le coeur feul l'adore, & lui offre
>> des paroles de vérité; ilfuffit de le fentir
>> ce cher bienfaiteur, CC Maitre de la vie.
> Nous nous flattons que tu voudras bien
> enfin te fixer parmi tes enfans, les guer-
>> riers Akangas, quit'en conjurent, ayant
G ij --- Page 128 ---
Nouveauz Voyages
confeils pour les conduire
>> befoin de tes
faire redouter de ces
& les
> à la guerre,
devenus nos ennede Chikachas,
> chiens
depuis qu'ils ont tué &
>> mis implacables
avec le chef de la
des François,
>> brûlé
(un Mifionnaire).
>> priere
étant adopté
es bien le maitre 7
>> Tu
de choifir une flle de
> chefde guerre 7
femme. Nos guerêtre ta
>> Cacique pour
fur Tennemi commun
>> riers iront frapper
qui te
faire fur eux des prifonniers
>> pour
d'efclaves ; les Chaffeurs tue-
>> ferviront
& les Pécheurs
>> ront du petit gibier, lacs & les rivieres les
dans les
>> prendront
délicats pour te faire
>> poiffons les plus
devant toi
vivre. Les garçons joueront
S
& les jeunes filles danfe-
>> à la raquette, des airs agréables pour
>> ront & chanteront ofera attenter à ta perQui
>> te réjouir.
à coups de
nous Taffommerons
>> fonne ,
miféricorde.
> maffue, fans
& Porateur
finie, le Cacique
La harangue
mesjoues
vinrent m'embraffer, en mouillant Le réfulde larmes de joie & de tendreffe. célébrede Faffemblée ayant été qu'on
cat
la raquette, des airs agréables pour
>> ront & chanteront ofera attenter à ta perQui
>> te réjouir.
à coups de
nous Taffommerons
>> fonne ,
miféricorde.
> maffue, fans
& Porateur
finie, le Cacique
La harangue
mesjoues
vinrent m'embraffer, en mouillant Le réfulde larmes de joie & de tendreffe. célébrede Faffemblée ayant été qu'on
cat --- Page 129 ---
dans PAmérique Septentrionale.
IOI
roit une fête à l'occafion de mon arrivée,
chacun fe retira pour en aller faire les préparatifs. Cette fête, ou plurôt cette bacchanale, dura toute la nuit, Les rues de la Capitale (:) étoient illuminées. On avoit planté
en terre, de diftance en diftance, des bâtons de bois de pin, qui font fort communs
dans certaines contrées de ce pays, & dont
les Sauvages fe fervent pour s'éclairer. Le
a
pin faitl'effer d'unetorche. . On danfajufqu'au
jour. Après toutes ces réjouiflances, les
Akanças parlerent beaucoup du piége que
nous avoient tendu les Chikachas lorfque
nous montions le fleuve de Miffifipi. Ils
n'en furent point furpris, connoiffant
parfaitement toutes les rufes de guerre de leurs
ennemis. Pour me venger de cette fupercherie, le Cacique affembla le Confeil. Les
Capitaines & les Guerriers furent tous d'avis
qu'il falloit fe munir d'une grande quantité
de pieds d'ours, de cerfs, de chevreuils &
(I) Peut-être qu'un jour cette Bourgade deviendra la Capitale d'un puiffant Empire, comme la Cabane de Romulus eft devenue celle du monde.
Giij --- Page 130 ---
Nouveaur Voyages
fauvages, & aller aux endroits
de taureaux
des
de chaffes des Chikachas, oùt une partie
marqueroient fur le fable ou fur la
guerriers
des pieds de ces animaux,
terre l'empreinte
où
attirer Fennemi dans ce labyrinthe,
pour inveftiroient fans qu'il leur en pût
ils les
échapper un feul.
Le Cacique m'ayant fait part de ce projet, qulilfe préparoit d'exécuter lui-méme,
lui fis mille remerciemens fur fon zele à
je
des Chikachas, quinem'avoient
me venger fait ni mal ni peur, ajoutant que
cependant
du
des hommes rouj'étois trop avare fang
particulierementr mes amis les Akangas,
ges,
envie de voir tous les
& que j'avois trop
de voir régner
chemins blancs (c'elt-àdire,
danla paix), pour les expofer au moindre
d'une nouvelle guerre; que j'étois extréger
fenfible à la part que Sa Majefté
mement
les braves guerriers de
Akancienne & tous
mais
fa nation prenoient à mes intérêts;
devoient rélerver leurs bras & leur
qu'ils
la défenfe de la Patrie,ne foncourage pour
qu'à bien goiter le plaigeant actuellement
fi
abfir de les revoir tous après une longue
,
danla paix), pour les expofer au moindre
d'une nouvelle guerre; que j'étois extréger
fenfible à la part que Sa Majefté
mement
les braves guerriers de
Akancienne & tous
mais
fa nation prenoient à mes intérêts;
devoient rélerver leurs bras & leur
qu'ils
la défenfe de la Patrie,ne foncourage pour
qu'à bien goiter le plaigeant actuellement
fi
abfir de les revoir tous après une longue --- Page 131 --- --- Page 132 ---
Lorecett Perttp --- Page 133 ---
dans PAmérique-Septe'-Septentrionale'Septentrionale. 1o3
fence, & à boire de l'eau defeu à la fanté du
Roide France, notre grand-pere commun.
Ces paroles eurent l'effet que je defirois.
Les Akangas renoncerent à leur deffein, &
tout fut tranquille.
Huit jours après mon arrivée, ces peuples me donnerent le divertiTement de la
chaffe aux taureaux fauvages, dont l'efpece
eft très-commune dans cette partie du nouveau monde, ainfi que les boeufs apportés
d'Europe, qui font devenus fauvages dans
les forêts. Les habitans François font contraints de les tuer à coups de fufil.
Les Akangas avoient ceintré ces taureaux
dans une grande prairie qu'ils appellent
Savana; les chaffeurs étoient montés fur des
chevaux d'Efpagne, dont la race a éréapportée d'Europe. Les uns étoient armés d'une
forte lance; les autres tenoient une longue
perche, au bout de laquelle il y avoit en
forme de croiffant un fer tranchant & bien
affilé. Le chaffeur, en piquant fon cheval à
Ia pourfuite de CCS animaux, tend le bras en
avant, & leur coupe avec cet inftrument les
mufcles du jarret. Auffi-tôt ce bocuf abattu
Giv --- Page 134 ---
Nouveauz Voyages
1C4 allommé à coups de hache ou de maffue
eft
fuivent à pied. La lépar les fauvages qui
& l'adreffe des Akangas rend cette
gereté
de chaffe très-curieufe & très-récréapartie Elle n'offre cependant pas toujours un
rive.
que le tauplaifir pur : il arrive quelquefois
devenu furieux,s'élance fur lecheval,
reau,
& fait courir de
Téventre avec fes cornes,
grands rifques au cavalier.
Les Sauvages retirent un grand avantage
ils en font boucanerla chair,
de ces boeufs;
cette maniere, fe conferve fans avoir
qui,de Les femmes fondent la graiffe dans
étéfalée.
faire des
des chaudieres de cuivre, pour
pains de fuif, qu'elles vendent ou troquent
ol aux Anglois pour des maraux François
leur fervent
chandifes d'Europe. Les peaux
de lits & de couvertures, ou à faire des robes
d'hiver ; elles en filent le poil, qui eft une
laine très-fine, dont elles font des ceintures
couvrir la nudité de leurs maris. Elles
pour
des facs
mettre leurs effets
en font auffi
pour
de.
lorfqu'elles font en voyage. Les cornes
viennent, par le travail des Sauvages, dcs
cuillers qu'ils appellent micouenes, pour
ifes d'Europe. Les peaux
de lits & de couvertures, ou à faire des robes
d'hiver ; elles en filent le poil, qui eft une
laine très-fine, dont elles font des ceintures
couvrir la nudité de leurs maris. Elles
pour
des facs
mettre leurs effets
en font auffi
pour
de.
lorfqu'elles font en voyage. Les cornes
viennent, par le travail des Sauvages, dcs
cuillers qu'ils appellent micouenes, pour --- Page 135 ---
dans PAmérique Septentrionale. 105
manger leur, fagamité, ou des poires à poudre pour la chaffe. Les nerfs leur tiennent
lieu de corde pour tendre leurs arcs; ils en
tirent auffi du fil pour coudre leurs fouliers,
que les femmes font avec la peau de cet
animal. Les OS leur fervent de poinçons &
d'alênes. On trouve dans la partie de l'oueft
dcs vaftes prairies où paiffent les bceufs fauvages. Les peuples couvrent leurs cabanes
avec les cuirs de ces animaux, & fe fervent
de la fente pour faire du feu, & cuire leur
viande.
Iln'y a point de pays où les femmes foient
plus laborieufes. Outre les foins de la cuifine, du ménage & de leurs enfans, elles
font obligées d'aller dans le bois chercher le
gibier, de paffer les peaux pour faire des
fourrures & des mitaffes (1), de cultiver un
jardin, où elles font venir des girorions 9
(1) Efpece de bas fans pieds, 2 faits de peaux de
chevreuils pifon.giforwemtsabue-et pour aller
à la chaffe dans le bois, & pour les garantir des
épines & des ronces, comme auffi de la morfure des
ferpens à fonnettes. --- Page 136 ---
Nouveaur Voyages
efpece de citrouilles, des patates, des piflaches, des melons d'eau, du mais & des calebaffes, dont on mange le fruit, & dont l'écorce fert de feau, de gamelle & de taffe.
C'eft un charme de voir ces femmes valeurs ouvrages fans faire la moinqueràtous
adonnant même en chantant >
dre plainte, s'y
éclate fur leur vifage.
& avec un plaifir qui
Elles font du refte très-aimables, & ont une
grande affection pour les François; elles les
préferent aux. Efpagnols, qu'elles ne peuvent
fouffrir. On fait que plufieurs de nos compafemmes dès le comtriotes en prirent pour
mencement de leur établiffement, au défaut
de blanches.
Au bout de la Savana, ily a un beau &
grand lac d'eau douce, rempli d'excellens
poiffons, que les naturels tuent fort adroireLes armes dont ils fe fervent font des
ment.
un bout, &
cannes de rofeau aiguifées par
qu'ils font durcir au feu. Ils attachent cette
de dard ou harpon au bout d'une
efpece
d'arbriffeau reffemcorde faite d'uneécorce
blant à la feuille de Paloës, qu'ils appellent
Ils vont fur le lac, dans un canot ou
pitre.
i d'excellens
poiffons, que les naturels tuent fort adroireLes armes dont ils fe fervent font des
ment.
un bout, &
cannes de rofeau aiguifées par
qu'ils font durcir au feu. Ils attachent cette
de dard ou harpon au bout d'une
efpece
d'arbriffeau reffemcorde faite d'uneécorce
blant à la feuille de Paloës, qu'ils appellent
Ils vont fur le lac, dans un canot ou
pitre. --- Page 137 ---
dans PAmérique Septentrionale. 1O7
tronc d'arbre creufé en forme d'une huche;
&, fans lâcher la corde, ils lancent le dard
fur le poiffon avec une dextérité merveilleufe; le poiffon bleffé furnage, & le
pécheur va le prendre auffi-tôt à la main.
Vers la fin de l'automne, on remarque
fur celacune multitude innombrable d'oyes,
d'outardes, de farcelles, de poules d'eau, &
de canards de toute efpece. Les Akanças,
pour faire cette chafle, ont ordinairement
des oifeaux aquatiques privés ou empaillés,
qu'ils placent fur la furface de l'eau. Lesautres, trompés par l'appas qui les attire, ne
craignent point de s'approcher. Alors les
jeunes Sauvages, nageant entre deux eaux
comme les poiffons (i), faififfent ces volariles par les pattes, les attachent à leur cein-
(I) L'Hiftoire des Indes Occidentales nous apprend que lorfque les premiers vaiffeaux desCaftillans
aborderent à la Floride, des Sauvages alloient en
plongeant couper les cables, & enlever les ancres
de leurs navires, qui périffoient enfuite à la côte.
Ces Indiens faifoient autant de cas du fer de ces ancres > que les Européens en faifoient de l'or du Perou
& du Mexique. Et voilà les hommes! --- Page 138 ---
Nouyeauz Voyages
la tête, & les apportent vivans.
ture par
leur arrachent les plumes des
Enfuite, ils
dansl'enceinte de leurs
ailes, & les mettent
dans lebeloin,
habitations, pour les manger
lorfque la chafle ne donne point.
de
J'ai déjà dit, dans la premiere partie
imprimée en
Thiftoire de mes Voyages,
les Akangas font non - feulement
1768, que
& à la chaffe, mais trèsadroits à la péche
ce
eft
induftrieux pour fe procurer tout qui beauté
néceffaire à la vie. J'ai parlé de la n'ai
de leur pays ; mais je
& de la fécondité
de leur riviere
décrit que la partie en-deçà
Celle
fe jette dans le Aeuve de Mififipi.
qui
au-delà n'eft pas moins agréable,
qui s'écend
deplus schar-
&l'on ne fauroit rien imaginer
mant.
Mexique, on
En tirant vers le nouveau
voit des vallécs & des plaines couvertcs
d'arbres d'unet tellegroffeur, que dixhommes
les embraffer en fe tenant
pourroient à peine
des allées femées
par la main. Lh, CC font
des berceaux
d'un gazon frais, qui forment
de liannes
couverts de vignes fauvages ou Ici, CC
du foleil.
impénétrables aux rayons
rien imaginer
mant.
Mexique, on
En tirant vers le nouveau
voit des vallécs & des plaines couvertcs
d'arbres d'unet tellegroffeur, que dixhommes
les embraffer en fe tenant
pourroient à peine
des allées femées
par la main. Lh, CC font
des berceaux
d'un gazon frais, qui forment
de liannes
couverts de vignes fauvages ou Ici, CC
du foleil.
impénétrables aux rayons --- Page 139 ---
dans PAmérique Septentrionale. 1og
font des bouquets d'arbres fruitiers plantés
çà & là par la nacure, fur le penchant des
collines, qui offrent une peripective mille
fois plus gracicufe que les compartimens
les plus fymmétrifés. Dans quelques-uns de
ces bocages délicieux, coulent de petits
ruiffeaux fortis d'une même fource, & qui,
après avoir fait mille détours, fe réuniffent
pour fe jeter dans la riviere. Les terres font
d'une très-bonae qualiré, Celles que les
Akanças enfemencent, comblent, prefque
toutes les années, les efpéranccs du cultivateur.
Cette vafte plaine reffemble à un verger,
qui produit en abondance toutes fortes de
fruits, dont pluficurs font inconnus en Eu
rope. Les eaux de la riviere, claires & limpides dans la belle faifon, invitent à fe rafraîchir fur fes bords, couverts d'une infinité
de taureaux fauvages, de cerfs, de chevreuils, d'ours, & d'autres animaux.Je vous
avoue, Monfieur, que fi cette belle & fertile
contrée n'eût point été cédée à TE(pagne, 3
j'aurois été bien tenté de fixer mon féjour
parmi nos bons amis les Akanças, &je fens --- Page 140 ---
IIO
Nouveauz Voyages
j'aurois fuccombé à la tentation ; mais
que
l'a
fur
l'amour de ma chere Patrie
emporté
tout autre motif.
de
Ces peuples m'ont paru confternés
cette ceffion; &1 n'ayant aucune connoiffance
du fyftéme politique des Cours Européenils m'ont réitéré ce qu'ils me dirent à
nes,
queles premiers hommon premier voyage:
étoient des
mes blancs qu'ils virent ici,
François; qu'ils les reçurent à l'exclufion de
mais qu'ils étoient autout autre peuple; étonnés de voir que nous les
jourd'hui fort
fans cependant nous en
avions abandonnés,
feavoir donné aucun fujet; qu'ils ne s'y
attendus, s'étant facrifiés pour
roient jamais
Nation dans la guerre qu'elle porta
notre
qui avoient donné rechez les Chikachas,
après le maffacre de nos
traite aux Natchet
compatriotes établis chez ces derniers.
Vous ne fauriez imaginer l'accucil que
m'ont fait les Sauvages, dans la perfuafion
où ils font que je fais parfaitement la médecine. La prétendue réfurreétion (1) d'un
dans T'hiftoire de fes
(1) L'Auteur en parle
guerre qu'elle porta
notre
qui avoient donné rechez les Chikachas,
après le maffacre de nos
traite aux Natchet
compatriotes établis chez ces derniers.
Vous ne fauriez imaginer l'accucil que
m'ont fait les Sauvages, dans la perfuafion
où ils font que je fais parfaitement la médecine. La prétendue réfurreétion (1) d'un
dans T'hiftoire de fes
(1) L'Auteur en parle --- Page 141 ---
dans PAmérique Septentrionale. III
chat tigré, laquelle ils font encore bien
éloignés de révoquer en doute, me fit regarder comme un médecin incomparable,
Ils ont voulu, pour me retenir chez eux,
me donner une femme rouge, alliée d'un
Cacique de leur tribu. On accourut en foule
pour me voir. Tous les hommes &les femmes des peuplades qui éroient à la chaffe,
font venus m'apporter du gibier, des volailles, de toutes fortes de fruits du pays,
& des plantes médecinales ; car tous les Sauvages, les femmes même & les enfans, ont
une connoiffance des fimples, la néceffité
les ayant obligés de fe fervir de ceux qu'ils
s'imaginoient être bons pour la guérifon de
leurs maladies 7 ou que l'expérience leur
Voyages. Il raconte à quelle occafion > en montant
la riviere des Allibamons, il prit une peau de chat
tigré, à laquelle il avoit attaché ou colé des yeux
d'émail. Il mit dans cette peau un écureuil, qu'il fit
marcher > au grand étonnement des Sauvages. Il avoit
auffi mis dans cette peau une veflie de cochon remplie
de crin, & aux deux bouts deux petites trompettes
ou anches de hautbois. Cette peau imitoit parfaitement le cri d'un animal plaignant, lorfqu'on marchoit deffus. --- Page 142 ---
Nouyeaur Voyages
tels. Commec'eft une chofe
avoit fait juger
de chercher les
affez naturelle à Phomme
de fe conferver en fanté, ou de la
moyens
c'eft le
recouvrer, s'il l'a perdue, puifque
des humains, il n'eit
bien le pius précieux
d'émulation
furprenant de voir tant
pas dans tous les pays du monde, pourchercher
de certaine
le foulagement ou la guérifon
maladie.
Bien loin d'abufer de la crédule fimplicité
je leur ai protefté que je
de ces peuples,
n'étois ni magicien ni jongleur; mais toutes
ont été inutiles. Plus ils
mes proteftations
dont
voyoient que je refufois les honneurs
plus ils s'obftinoient à
ils me combloient,
attribuant mes
m'en rendre de plus grands,
refusà mamodeftie. L'interprete quejavois
pris, (parce que pendant mon féjour en
France, j'ai un peu oublié la langue des
Akangas) me difoit fans ceffe qu'il falloit
entretenir ces peuples dans leur fauffe opinion; que tant que je pafferois pour un
grand jongleur (1), j'aurois une autorité
(1) Les Médecins jouiffent de la plus haute confidération parmi les Américains,
abfolue
de plus grands,
refusà mamodeftie. L'interprete quejavois
pris, (parce que pendant mon féjour en
France, j'ai un peu oublié la langue des
Akangas) me difoit fans ceffe qu'il falloit
entretenir ces peuples dans leur fauffe opinion; que tant que je pafferois pour un
grand jongleur (1), j'aurois une autorité
(1) Les Médecins jouiffent de la plus haute confidération parmi les Américains,
abfolue --- Page 143 ---
dans PAmérique Seprertrionale. 113
abfoluefur eux., & que je ne ferois occupé
toute la journée qu'à recevoir des préfens.
En conféquence, il ne ceffoit d'un côté de
léur exalter ma prétendue habileté dans la
jonglerie, 3 tandis que de l'autre ilme preffoit d'accepter tous leurs dons, jugeant bien
que j'en ferois rejaillir une graade partie
fur lui.
Ces bonnes gens m'auroient donné de l'or
s'ils en avoient eu ; mais ils penfoient que
ce qu'ils me donncient me feroit plus utile:
d'ailleurs, ils ne conuoillent point ce précieux & funefe métal. Qaoiqu'il y ait
beaucoup de mines dans leur contrée, ils
n'en exploitert pas." Je vous avouc que s'il
leur arrivoit jaiais de me préfenter de
lor, je l'acceprerois volonciers, quoique
je ne fois guerre poirié de l'amour des
richeffes. Je dirai hardiment que la Clpidité ne m'a jamais rien fait entreprendre
contre mon honaeur, & le devoir de mon
état. Je dirai, comme ion comparricre
(S. Bernard) : f tout Punivers fe bandoit
contre moi pour me faire entrepren.dre : quelque chofe contre la Majefit du Roi, je r'er
H --- Page 144 ---
Nouveauz Voyages
1I4
craindrai le Maitre de la vie 3
ferois rien : je
pour rien au monde, offenfer
6 ne youdrois,
le Roi établi par lui. Epitre 170.
Vous favez, mon cher camarade, qu'à
des
exercées ici penla vue
dépradations
des abus
dant la derniere guerre, indigné
ceffoit de faire de l'autorité au méqu'on ne
& des regles du ferpris des Ordonnances
vice, las de m'oppofer en vain aux injuftices
je demandai à me
qui s'y commettoient 3
retirer & à paffer en France, oà j'arrivai
ne m'étant point enrichi
les mains pures 9
de P'Etat ni des habitans.
aux dépens
arrivée, chaque jour amene
Depuis mon
de nouvelles fêtes, , de nouvelles réjouif-
& la variété dans les jeux. Je fuis
fances,
d'autant plus fenfible aux foins que prennent
pour me rendre ce féces bons Akangas,
font
jour agréable, que rout ce qu'ils
porte
le caraêtere de la franchife & de la candeur.
de joie qu'ils font éclater
Les tranfports
font ceux du coeur.
en ma préfence,
autant de
J'oferai dire qu'ils goûtent
plaifir à donner 3 qu'un avare en éprouve
à recevoir.
dans les jeux. Je fuis
fances,
d'autant plus fenfible aux foins que prennent
pour me rendre ce féces bons Akangas,
font
jour agréable, que rout ce qu'ils
porte
le caraêtere de la franchife & de la candeur.
de joie qu'ils font éclater
Les tranfports
font ceux du coeur.
en ma préfence,
autant de
J'oferai dire qu'ils goûtent
plaifir à donner 3 qu'un avare en éprouve
à recevoir. --- Page 145 ---
dans PAmérique Septentrionale. 115
Toujours même zele, même empreffes
ment à couvrir ma table de ce qu'ils peuvent avoir de plus délicat.
On m'a régalé ces jours paffés avec des
canards fauvages, que je trouvai d'auffi bon
goût que les cannerons que je mangeai à
Rouen, à mon paffage pour le Havre. Je
me fuis informéd'oi provenoit lexcellence
de ces volatiles aquariques 9 qui, pour
l'ordinaire, fentent le marais & le poiffon.
J'ai appris des habitans François qui demeurent dans cette contrée, que la chair
de ces canards fauvages n'eft bonne qu'au
commencement de Thiver, c'eft-à-dire,
pendant le temps qu'ils fe nourriffent de
folle avoine.
Cette efpece de grain eft très-commune
chez les Peuples de l'Amérique Septentrionale. Leurs marais & leurs lacs en font
tout couverts. Ce grain s'éleve en touffes,
au - deffus de l'eau ; il a la tige extrémement haute. Les Sauvages en font chaque
année d'abondantes récoltes. Ils le réduifent
cn
dans un mortier de
de la
à
farine,,
bois,
même maniere qu'ils pilent le mais pour
faire leur fagamité.
Hij --- Page 146 ---
Nouveaux Voyages
Les Akangas m'en envoyerent en préfent
plein la peau d'un chevreuil faite en fac,
lorfque je montois le fleuve de Miffiffipi,
venir ici. Nous mangeâmes de cette
pour
&c en bouillie, que je troufarine en crêpe
vai très-bonne & très-rafrzichillante.
Du refte 2 la folle avoine n'exige aucun
& pour croître; le vent
foin pour germer
agitant les épis, fait tomber quelques grains
qui fe reproduifent l'année fuivante.
Ne pourroit-on pas arracher des marais
de notre France 7 les joncs & les rofeaux
& effayer de les femer
qui les couvrent >
les hommes & les
de ce précieux grain?
Lcs
animaux y trouveroient leur avantage.
Officiers qui ont fervi dans le Canada, ont
fouvent mangé de cette farine de folie
avoine, dans leurs voyages de long cours.
Ceux que la paix a ramené en France s
donner à Meffieurs de la Société
pourroient
Royale d'Agriculture, des éclairciffemens
fur la maniere de le faire venir. Je croirois
poufferoit très-bien dans les
fans peine qu'il
parce que le climat
terres marécageufes,
de la France a quelque reffemblance avec
Canada, ont
fouvent mangé de cette farine de folie
avoine, dans leurs voyages de long cours.
Ceux que la paix a ramené en France s
donner à Meffieurs de la Société
pourroient
Royale d'Agriculture, des éclairciffemens
fur la maniere de le faire venir. Je croirois
poufferoit très-bien dans les
fans peine qu'il
parce que le climat
terres marécageufes,
de la France a quelque reffemblance avec --- Page 147 ---
dans PAmérigue Septentrionale. TIT
le climat de ce pays-ci. Celui qui réuffiroit
dans une pareille entreprife > feroit cent
mille fois plus utile à fa patrie, que celui
qui apporte des coquillages qui fervent à
embellir les cabinets d'hiftoire naturelle
des gens riches, qu'on recherche avec des
frais immenfes, & dont quelques uns même
n'ont point de prix.
On devroit ériger unc ftarue à celui qui
le premier apporta de P'Amérique en Europe cette plante alimentaire, connue fous
le nom de pomme de terre (1), qui ont
réuffi extraordinairement dans nos climats; ;
aufli ce végétal a fauvé la vie à une infinité
de pauvres habitans des campagnes 3 qui
en ont tiré un avantage réel dans les années de difette.
Ne voit-on pas dans notre patrie, 3 les
(I) Les Anglois font les premiers qui apporterent
du Bréfil du plan de patate 2 fous le regne de la
Reine Elifabeth. Sa: récolte ne manque jamais, parce
qu'elle eft à l'abri des gelces & des ouragans dans
la terre ; auffi c'eft la reffource des Habitans des
Ues de l'Amérique, 2 pour nourrir leurs Efclaves.
H iij --- Page 148 ---
Nouveauz Voyages
T18
fouvent de pain, & manpayfans manquer
racines que les bêtes de ce contiger des
de brouter ? Qui les
nent dédaigneroient extrémité ? c'eft le
réduit à cette affreufe
a
Villes, quileur ôte la
luxe de nos grandes
la faire
nourriture la plus précieufe, pour
voler fur les têtes évaporées des Coquettes
(1). Il faut de la
& des Petits-Maitres
dit le Citoyen de
poudre à nos perrugues s
n'ont
Geneve, , voilà pourguoi tant de pauvres
pas de pain. alimens dont le pauvre peuLes mauvais
de fe nourrir durant la
ple a été contraint
du
ont caufé de fréquentes
cherté
pain >
des Aux de fang ou
maladies, entr'autres
Je
dyfenteries, dont plufieurs moururent.
témoin de CC trifte
fus. malheureufement
L'impératrice Reine deHongrie &de Bohème,
(1)
qui défend aux
rendit en 1774, une Ordonnance
& leur orSoldats de fes troupes de fe poudrer,
donne de mettre en queue leurs cheveux. Le GouDe Copenlague, le 30 Septembre défendre 1775: la diftivernement de Danemarck vient de
Gazettc de
Iation des grains 2 àcaufe de leur cherté,
France, du 27 Oétobre 1775.
atrice Reine deHongrie &de Bohème,
(1)
qui défend aux
rendit en 1774, une Ordonnance
& leur orSoldats de fes troupes de fe poudrer,
donne de mettre en queue leurs cheveux. Le GouDe Copenlague, le 30 Septembre défendre 1775: la diftivernement de Danemarck vient de
Gazettc de
Iation des grains 2 àcaufe de leur cherté,
France, du 27 Oétobre 1775. --- Page 149 ---
dans PAmérique Septentrionale. 1ry
fpe@tacle dans une contrée ftérile du Duché
de Bourgogne;le progrèsen fut arrêté par la
vigilanced'un Intendant (1) refpedtableàtous
égards par fon amour pour le bien général
& pour le foulagement de l'humanité fouffrance 3 puifqu'il a fait foigner & médicamenter ces infortunés ; & les honoraires
des Médecins & Chirurgiens, ont été payés
fuivant fes ordres, par le Tréforier général des Etats de la Province.
Cette poudre, en effet, 2 qui fert Gi bien
notre vanité , n'eft autre chofe que de la
farine ; on s'en fert encore pour coller les
cartes à jouer, & a bien d'autres ufages sde
frivolité qui entretiennent le luxe & la molleffe dans l'Etat.
Perfonne n'ignore qu'il fe confomme en
France une quantiré prodigieufe de bleds
de toute efpece, qu'on employe à faire
del'amidon & de la poudre à poudrer. Voilà
donc une fubfiftance bien réelle enlevée au
Peuple, qui n'éprouve que trop cette trifte
(I) M. Amlor, actuellement Miniftre & Sécretaire d'Etat.
Hiv --- Page 150 ---
1s0
Nouveduz Voyages
l'exceflive cherté du pain. Caverité, par
lamité qui fe fait fentir dans prefque goutes
les Provinces du Royaume.
D'un autre côté, malgré les précantions
le Gouvernement a prifes pour reméque
qui réfultent du médier aux inconvéniens
des matieres étrangeres dans l'amilange
fe piaignent, furdon, plufieurs perfonnes
tout les Cartiers, qu'on y met de ia chaux,
du piâcre & du blanc d'Efpagne (1), ce
occafionne le décolage des cartes." Ces
qui
dans la pou-.
minéraux font très-dangereux
dre à poudrer. Ils caufent des démangedifons à la tête, déracinent les cheveux, &c
nuifent à la vue.
à
Les confifeurs mémc, qui travaillent
ne craignent pas de nous emnos tables,
châteaux & des bonpoifonner avec des
bons fucrés de toute efpece, dans lefquels
il entre un grand tiers de ces matieres empoifonnées , que nos élégantes croquent
nonchalamment, fans fonger qu'elles ava-
(1) En décompolant de la poudre, apportée de
France en Amérique , on y a trouvé de ces minéraux.
vue.
à
Les confifeurs mémc, qui travaillent
ne craignent pas de nous emnos tables,
châteaux & des bonpoifonner avec des
bons fucrés de toute efpece, dans lefquels
il entre un grand tiers de ces matieres empoifonnées , que nos élégantes croquent
nonchalamment, fans fonger qu'elles ava-
(1) En décompolant de la poudre, apportée de
France en Amérique , on y a trouvé de ces minéraux. --- Page 151 ---
dans PAmérique Septentrionale. 12I
lent un poifon pernicieux 2 quoique les
effets n'en foient pas fi prompts que ceux
de l'arfenic & du fublimé corrofif.
Or, il eft démontré phyfiquement qu'on
peut faire de l'amidon avec toute forte de
végétaux, & fur-tour les farineux, tels
que les racines de manioc s les ignames >
les patates, le mais, & cette folle avoine
dont je viens de parler.
Pourquoi donc ne le feroit-on pas P
Queiles difficultés pourroient s'oppofer à
cette entreprife P Rienne. feroit plusaifé que
de former un érablifemenr au Mole SaintNicolas dans PIfle de Saine-Domingue;
(I) Ce Mole Saint-Nicolas eft un Cap qui forme
unepointe qui s'avance au Nord ; il fervoit, durant
la guerre derniere, d'afyle aux Corfaires Anglois 2
qui alloient enlever aux Habitans du Cul-de. Sac &
de la côte adjacente , leurs Efclaves &leurs beftiaux.
M. le Comte d'Efaing, dans le temps qu'il étoit
Couverneur de Ssint-Domingue > y fit conftruire
un Fort &c des Cafernes, pour une garnifon, & y
érablit un Etat Major. Ce Général, toujours actif
pour le bien du fervice, fentant de quelle importance deviendroit cet établiffement 3 qui n'étoit --- Page 152 ---
Nouveauz Voyages
122 feroit à portée de tirer du continent
là on
toutes les
de PAmérique Septentrionale,
qui font néceffaires à
maticres premieres
cette fabrication.
Dès-lors, on laifferoit au Peuple fon enfubfiftance, & l'on verroit des grains
ticre
abonder dans notre patrie.
de toute efpece
Le bled ne feroit employé qu'à T'ufage
le befoin; ; & les gruaux, reimpofé Far
de bon bled, que
coupes & recoupettes
ferviroient
confomment les Amidonniers,
desbeftiaux, dont l'efpece
à T'engraiffement
devient tous les jours plus rare en France
à caufe du vice des alimens qu'on leur
tiens d'un Médecin (1) connu,
donne : je
lui
repaire de Pirates Anglois en temps
avant qu'un
lui-mème
de guerre 9 a pouffé le zele jufqu'à porter les oudes pierres & du mortier $ pour encourager car
vriers. Auffi a-t-iljoui du fruit de fes travaux,
moins de dix ans 9 ce défert fec & aride, eft
en
une Ville riche
devenu un beau Port très-fréquenté, l'induftrie de
& marchande, dans laquelle il a eu
faire paffer une riviere qui en étoit très-éloignée.
CeMédecin eftimable eftM. Paulet,qui vient
(1)
ordre, du Roi, des recherches les
de publier, par
i a-t-iljoui du fruit de fes travaux,
moins de dix ans 9 ce défert fec & aride, eft
en
une Ville riche
devenu un beau Port très-fréquenté, l'induftrie de
& marchande, dans laquelle il a eu
faire paffer une riviere qui en étoit très-éloignée.
CeMédecin eftimable eftM. Paulet,qui vient
(1)
ordre, du Roi, des recherches les
de publier, par --- Page 153 ---
dans PAmérique Septentrionale. 123
avantageufement du Public, par des ouvrages qui ne refpirent quele bien de l'humanité, que toutes les fois que les beftiaux
fe nourriffent de mauvais alimens tirés du
regne végétal, fufceptibles de corruption,
tels que le fon de froment que les Amidonniers donnent aux beftiaux après en avoir
tiré, par la purréfadtion, leurs amidons &c
d'autres fubftances anaiogues, ilen réfultera
des maladies putrides parmi les animaux,
& que l'ufage qu'on pourroit faire de leur
chair ne pourroit être que très-dangereux.
Qu'on ne dife point qu'on ne fait l'amidon qu'avec du bled gâté, ou, des farines
échauffées. Ne fait-on pas qu'au défaut de
celui-ci on fe fert du bon P Malgré les Arrêts & les fages Ordonnances de Police (r)
plus profondes fur les maladies des beftiaux. Ony
grouve tout ce qu'on peur defirer fur les caufes qui
y donnent lieu,
(I) Sur les requifitions du Procureur-Général. 3
le Parlement de Dijon > toujours attentif à ce qui
peut contribuer au bien des Peuples de fon reffort,
a profcrit, en 1772 2 un genre de fabrication connu
en Bourgogne fous le nom de cuirs à l'orge, parce --- Page 154 ---
Nouyeaux Voyages
de
rendus à ce fujet, on ne laiffe pas que
contrevenir fouvent aux Loix. D'ailleurs,
de cette nouvelle fabrique, ces
au moyen
les
mauvaifes farines feront employées par
Diftillateurs à faire del l'eau-de-vie, àl'exemde ce que la
qu'il a été reconnu qu'indépendamment de fabriqualité des eaux ne favorifoit pas ce genre
cation > les cuirs perdoient d'une part beaucoup au
d'ceil, lorfqu'on vouloitleur donner le temps
coup
fécher, & que de l'autre, ces cuirs
réceffaire pour
étoient d'un mauvais
fpongieux & mal fabriqués
ufage. Il eftavoué, par les meilleurs Fabricans 2 que
à la chaux, & encore mieux à la
la préparation
chofe
fait aveç de la
jufée, quin'eft autre
quele jus
dans
les cuirs ont féjourné,
vieille écorce 2
laquelle
eft préférable tant pour l'épargne, que pour la qualité du cuir. Terminons, ditM, de Courte-Epée, cette
réflexion de M. de la Lande, notre favant compatriote.
ou mêine deux boiffeaux &
Deux boiffeaux d'orge,
demi, que prend un cuir pefant quatre-vingt livres,
nourriroient un homme pendant un mois, dans les
Pays où l'on met de l'orge dans le pain; ils fervi-
&
conféquent à
roient du moins aux beftiaux, par
de l'entretien des hommes, de la cull'augmentation
du
humain.
ture des terres & de la population genre
Abrégé de T'Hiftoire du Duché de Bourgegne.
iffeaux &
Deux boiffeaux d'orge,
demi, que prend un cuir pefant quatre-vingt livres,
nourriroient un homme pendant un mois, dans les
Pays où l'on met de l'orge dans le pain; ils fervi-
&
conféquent à
roient du moins aux beftiaux, par
de l'entretien des hommes, de la cull'augmentation
du
humain.
ture des terres & de la population genre
Abrégé de T'Hiftoire du Duché de Bourgegne. --- Page 155 ---
dans PAmérique Septentrionale. 125
ple des Peuples du nord de PEurope. Cette
liqueur, outre qu'elle fercit bonne pour les
Hôpitaux & pour les toilettes de Damcs,
pourroit être d'une grande utilité aux Maréchaux ferrans, , aux Verniffeurs & autres
Ouvriers qui employent des liqueurs fpiritueufes.
Que ferions-nous alors detoutesnos eauxde-vies, dira-t-on P Nous nous en fervirions toujours à tous les ufages où on les
employe intérieurement, &. le fiurplus, nous
les exporterions dans le Nord, avec nos
vins, dont tous les Peuples font beaucoup
de cas ; il en rentreroit de l'argent dans le
Royaume, ou d'autres denrées en échange,
comme du bois de conftrudion,du cuivre,
de la cire, & rout ce qui peut être reverfible à notre avantage. Ce feroit-là une
autre branche de coimerce lucrative àlEtat. Il me revient à ce fujet une réflexion
qu'il faut que je vous communique. Il
croît quantité de genievre dans les deux
Bourgognes, dans les forêts de Fontainebleau > & dans beaucoup d'autres lieux.
Les Hollandois, dont l'induftrie commer- --- Page 156 ---
Nouveauz Voyages
& Féconomie font une vertu, vost
çante
les
tous les ans en France en chercher
graifont diftiller chez eux, & en font
nes qu'ils
eau-de-vie qu'ils nous apportent (1),
une
(1) Tout le monde fait que les Hollandois autre-
& y achetoient la terre
fois alloient en Normandie, bâtimens de cette Nafous prétexte de lefter les
obligea Louis XIV à défendre aux
tion ; ce qui
lieux, de vendre la
Habirans de Bernay & autres
à
; mais celle qu'ils prenoient
terre aux Etrangers
étoit celle qu'ils
Ravene, près de Dunkerque 2
à faire des pipes blanches 2 qu'ils nous
employoient enfuite, & fur lefquelles ces induftrieux
revendoient
immenfes; : c'eft après
Bataves ont fait des profits
des Manuque les François ont établi
ces procédés blanches à Rouen & a Dunkerque,
fadtures de pipes
autrefois fournir la France
La Louifiane auroit pu Toutes fes terres font propres
de tabac & de riz.
de
de quinze
denrées. C'étoit un objet
plus
à ces
2 avec lesbeurres
millions qui paffoit en Angleterre
falées d'Irlande. I1 n'eft pas jufqu'à
& les viandes
de toile dont on fait
nos rebuts même, & les chiffons
ne foient recherchés
ufagé dans les Papeteries 2 qui
commelesr meilleurs qu'ilsconnoiffent.
des Etrangers,
de
nous les enlevent au préjudice
Les Hollandois
& les payent (en Bournos propres Manufadtures dans fon Abrégé hiftogogne > dit M. Courte-Epée,
falées d'Irlande. I1 n'eft pas jufqu'à
& les viandes
de toile dont on fait
nos rebuts même, & les chiffons
ne foient recherchés
ufagé dans les Papeteries 2 qui
commelesr meilleurs qu'ilsconnoiffent.
des Etrangers,
de
nous les enlevent au préjudice
Les Hollandois
& les payent (en Bournos propres Manufadtures dans fon Abrégé hiftogogne > dit M. Courte-Epée, --- Page 157 ---
dans PAmérique Sepientrionale. 147
& qu'iis répandent par-tour IUnivers. Que
n'embraflons-nous cette branche de commerce ? Il feroit méme trés-avantageux
qu'on cultivât du genievre dans les terres
peu fertiles & fablonneufes. On peut l'appliquer à tant d'ufages diférens ! on fait
'de cette graine une efpece de confiture,
qui efttrès-bonne pour les poitrines foibles.
Le bois de ces arbriffeaux fert pour des
tifanes fudorifiques ; & la fumée de ce bois
comme fa graine a la propriété d'embaumer
& de purifier l'air des Hopiraux.
Je crois, mon cher ami, que le projet
que je viens d'expofer en peu de mots $
pour fabriquer l'amidon fans farines ni
gruaux, augmenteroit, 2 s'il étoit accueilli,
la reconnoiffance des Peuples enversle Goulzique de cette Province) un tiers plus que les chiffonsdes autres pays ; foit que les chanvres que nous
cultivons foient de meilleure qualité, & qu'ils
ayent des fibres plus déliés & plus propres à faire
une bonne pâte de papier ; foit que les cendres de
nos bois, qu'on employent dans nos leffives, ne fan
tiguent pas autant le linge que celles des autres pays.. --- Page 158 ---
Nouveauz Voyages
(:) ). Je ne doute point que
vernement
Vous
vousnel'ayez lu avec quclque plaifir.
du moins reconnu le vrai Citoyen,
y avez
Je me fuis toujours
l'ami de Thumanicé,
d'unAufait une loi d'adopter les maximes
j'ai fans ceffe fous
teur célebre (2) que
de fes réfieles yeux. Voici quelques unes
J'écris à un ami, & je ne dois pas
xions.
falle le
de m'écraindre qu'il me
reproche il eft ainfi
carter de mon fujet. D'ailleurs,
qu'on ne fauroit jamais
que moi, perfuadé
les bonnes
fe lafler de dire & de répéter
chofes.
artentions de tout
> Une des premieres
doit être T'entretien
>> Gouvernement fage,
l'amidon a été préfenté à
(I) Ce projet pour
des Finances , par
M. Turgot, Conraleur-Général
Prélat
M. de Brienne, Archevèque de Touloufe, d'auzélé Citoyen, qui s'en chargea avec plaifir, les vues
ne tendoit qu'à remplir
tant plus qu'il
chéri qui regne anjourbienfailantes du Monarque
modele le bon
d'hui, & qui femble avoir pris pour
rendre
Fci Henri IV $ qui ne defiroit vivre que pour
fes Peuples heureux.
(2) Muratori.
5> &c
leur-Général
Prélat
M. de Brienne, Archevèque de Touloufe, d'auzélé Citoyen, qui s'en chargea avec plaifir, les vues
ne tendoit qu'à remplir
tant plus qu'il
chéri qui regne anjourbienfailantes du Monarque
modele le bon
d'hui, & qui femble avoir pris pour
rendre
Fci Henri IV $ qui ne defiroit vivre que pour
fes Peuples heureux.
(2) Muratori.
5> &c --- Page 159 ---
dans PAmérigue Septentrioncie, 129
>> & Pabondance des grains. La vie des ci-
>> toyens eft labafe de ia félicicé pubfquo;
>> & comment la foutenir fans painf Toute
>> dépenfe cft légere, quand i ef quelion
5 de fournir ce, fouien;dat-on déponiller
>> un État de tout l'or qu'il poflede. Tour
>> que les habitans d'une Ville foient hcu-
> reux, il faut qu'ils trouvent, dans les
>> années de difette comme dans cclles d'a-
> bondance, une quantiré de grains pro-
>> portionnée aux récoltes & aux befoins
D des particuliers, de quelque rang qu'ils
>> foient.
5 Quelles louangesine méritent point les
> magiftrats d'une Villequifer réfervent tout
>> le droit de la ditiibuticn des grains,-80
> qui les maintiennent dans le même prix
> durant la difette comme dans l'abon-
> dance! La perte quien réfultera
P1
Fartha5 fard ne peut étre que. très-foible, & le
>> profit, au contraire, confidérable. Mais
> de quelque façon que cette partie du
5> Gouvernement foit adminiftrée, ony doit
>> veiller extrémement à CC quel l'avidité de
> quelques particuliers ne falfe pas dans ce
I --- Page 160 ---
Nouveauz Voyages
exceffifs fur le peuple.
>> genre des profits
les Boulangers,
cependant que
> Ileftjufte
faffent un profic
les marchands,
> comme
en voulant prévenir
fans cela,
>> honnête;
tomberoit dans un autre.
>> un excès, on
le defir de
aux premiers
>> On infpireroit
en ceuvre des
>> fe venger 9 en mettant mal le pain, &
en cuifant
>> grains gâtés, même le poids, fi les Ma-
>> en diminuant à veiller avec moins
>> giftrats venoient y cefferoient de faire
Les autres
>> d'attention.1
Etrangers, & le
des
des Pays
>> venir
grains
en feroit la viétime.
5> pauvre peuple
doit s'entendre
>> Ce qui fe dit des grains
denrées.
les autres fortes de
> de toutes
I
oà-l'on fe trouve n'en fournit
>> Si le pays
d'ailleurs la
5> pas, on doit s'en procurer Un Roi doit s'apfuffifante >>.
>> provifion
fa fortune que dans
plaudir de ne trouver
le
l'abondance & la félicité de rout Royaufrémir en portant les
me. >> Ilyade quoi
bleds
par la
fur Particle des
pris
>> yeux
d'Angleterre >
>> France dans le Royaume
la
On trouve que
>> depuis un demi-fiecle.
millions de
77 France a reçu pour huit cent
pas, on doit s'en procurer Un Roi doit s'apfuffifante >>.
>> provifion
fa fortune que dans
plaudir de ne trouver
le
l'abondance & la félicité de rout Royaufrémir en portant les
me. >> Ilyade quoi
bleds
par la
fur Particle des
pris
>> yeux
d'Angleterre >
>> France dans le Royaume
la
On trouve que
>> depuis un demi-fiecle.
millions de
77 France a reçu pour huit cent --- Page 161 ---
dans PAmérique Septentrionale.
5> bled dans l'efpace de cinquante
Ijr
ans; fom-
>> me exhorbitante, qui auroit ruiné
3> autre Puiffance : les années
toute
>
1746,1747,
1749 & 1750 feuleiment, ont coûré cent
5 quatre-vinge millions, qui ont paffé dans
3 les Illes Britanniques, fans
la
que France
>> ait rien eu de réverfible
fon
pour
avan-
> tage, puifqué l'Angleterre en a fait tout
>> le tranfport par fes vaifleaux & fes
>
équipages. L'exportation du bled de toute
5 efpéce eft un objet fi confidérable,
> peine peut-on croire qu'un
qu'à
3 comme
Royaume
l'Angleterre puiffe en fournir une
D fi grande quantité >>.
Je vous laiffe, mon cher
à
flexions
ami, ces réa
fages & vraiment patriotiques
mais ilr me vient une idéé qu'il faur
;
vous
que je
communique avant de terminer cette
Lettre. Vous avez fervi plus de douze ans à
Saint-Domingue; ; vous y avez eu une Compagnie détachée des Troupes de la Marine
avant
Tincorporation, vous étes encore en
aétivité de fervice,
3 & c'eft du corps de ces
Troupes qu'on a toujours tiré les
de Roi des Colonies
Lieutenans
; que ne follicitez-vous
Iij --- Page 162 ---
Nouveaux Voyages
ce Commandement ; nous pourrions établir
cette fabrique d'amidon capable de fournir
à toute la France. Les poffeffions immenfes
vous avez en Géorgie, du chefde Maque
nous fourniroient des
dame votre Époufe, 9
matieres premieres, fans toucher aux vivres
de la Colonie, Jugez de ce que nous euffions
défriché & planté de terreins incultes près
du Mole Saint-Nicolas, fi nous en euffions
demandé la concefion.
Je fuis, &c.
Du Pays des Akanças, le 3 Novembre 1770.
I --- Page 163 ---
dans PAmérique Septentrionale. 133
LETTRE
QUATRIEME,
Au MÉM E.
Converfon G mort du Cacique Tamathlemingo, grand Chef a Médaille d'une Tribu
Allibamonne egil denmnéonchatonun
militaires. L'Auteur imite les Jongleurs
Indiens. Ilfait urte cure qui, route Ample
qu'eile ef, palfe pour un prodige parmi les
Sauvages. Leur fisperfition à Toccafion
d'un Inoculateur accufe de forcellerie,
gu'on veut briler. Difcours éloguent d'un
vicillard Médecin parmi les Akangas.
Origine du mot boucaner. Propriété de la
fumigation pourchaferlest rhumatifines, la
goutte Gla gravelle. Efatfurprenant d'une
feuilie venéneufe qui caufa Za mort à une
Jeune Négrefe.
viens, mon cher
Je
camarade, de faire
un petit voyage dans la contrée qu'habitent
les Allibamons. Ces peuples ont été enchantés de me revoir, & m'ont fait l'accueil le
Iiij
as.
Origine du mot boucaner. Propriété de la
fumigation pourchaferlest rhumatifines, la
goutte Gla gravelle. Efatfurprenant d'une
feuilie venéneufe qui caufa Za mort à une
Jeune Négrefe.
viens, mon cher
Je
camarade, de faire
un petit voyage dans la contrée qu'habitent
les Allibamons. Ces peuples ont été enchantés de me revoir, & m'ont fait l'accueil le
Iiij --- Page 164 ---
Nouveauz Voyages
134 fatisfaifant & le plus gracieux. Mais je
plus
je n'ai pas été plus fenfible
vous avoue que
à mon arriàla joie qu'ils ont fait paroitre
vifregret qu'ils m'ont témoigné
vée, qu'au fous la domination des Frande n'être plus
artachés,
çois. Ils nous font fncerement
volonm'ont déclaré qu'ils fe facrifieroient
avoir le bonheur de fe rallier avec
tiers pour
fans ceffe de notre
nous. Ils me parloient
encore
augufte Monarque, qu'ils nomment
jamais, me
leur pere. >> Nous n'oublierons
de notre
les dernieres paroles
> difoient-ils,
Tamathlemingo,
>> brave Cacigue >>. C'étoit
il fut honoré
grand Chef à Médaille, dont
feconde
le Roi. J'en ai parlé dans la
par
Vous avez pu y
partie de mes voyages.
les
refufa conftamment tous
prévoir qu'il
vouloient le combler *
fens dont les Anglois
des
difant qu'il ne vouloit rien recevoir
ennemis de fon pere le Roi de France. Ah!
de méme ! Il avoit
fi tous les Chefs penfoient
de
; il
tous les François un coeur
pere
pour
fes enfans, parce que, difoit-il,
les appelloit
terres. Ce Cacique
je les ai vu naître fur mes
fa feule
s'étoit élevé à ce rang fuprême par --- Page 165 ---
dans PAmérigue Septentrionale. 135
vertu ; les Allibamons ne connoiffent point
la nobleffe du fang; ils ne font cas que de
la nobleffe de l'ame. Ce font bien-là vos
principes, mon cher camarade, à vous qui
defcendez en ligne direéte d'unelongue fuite
de Rois d'Angleterre, atteftée & prouvée
dans la forme la plus auchentique, & qui ne
vous reffouvenez de votre illuftre naiffance
(dont vous ne parlez jamais ) que pour vous
affermir de plus en plus dans les principes
de Phonneur & de la vertu.
Vous favez qu'en 1714 les Allibamons
conftruifirent fur les bords de leur riviere,
pour la fûreté des François, un Fort qui fut
nommé dans la fuite le Fort Touloufe. J'y
étois en garnifon en 1759, fous lecommandement de M. Aubert, Officier non moins
honnête que vaillant, également chéri de
fes compatriores & des Sauvages de cette
contrée.
Lors de la ceffion des Allibamons, faite
en 1762, par le Roi de France aux Anglois, Tamathlemingo devint furieux en
apprenant que les Troupes de cette Nation
venoient en prendre poffeffion. Il vouloit à
Iiv
étois en garnifon en 1759, fous lecommandement de M. Aubert, Officier non moins
honnête que vaillant, également chéri de
fes compatriores & des Sauvages de cette
contrée.
Lors de la ceffion des Allibamons, faite
en 1762, par le Roi de France aux Anglois, Tamathlemingo devint furieux en
apprenant que les Troupes de cette Nation
venoient en prendre poffeffion. Il vouloit à
Iiv --- Page 166 ---
Nouveaur Voyages
force empécher les François de fortir
toute
M. le Chevalier de la Noue,
de fcs terres.
le
commandoit alors dans le Fort, prit
qui
artrifter ce chef Inparti, pour ne point
la nuit tous les
dien, de faire embarquer
bareaux du
François avec leurs effets fur des
Ils defcenRoi, deftinés à ce tranfport.
fe
dirent la riviere des Allibamons, pour
replier à ia Mobile.
Le Cacique ne voyant plus les François 9
fe livra à tout fon défefpoir. Ilne voulut pas
du Fort que fa
que les Anglois profitalfent nôtre. Il ordonna
Nation avoit bâti pour la
à fes gens d'y mettre le feu,
en conféquence cafernes & à toutes les maifons
ainfi qu'aux
ordres furent fur le
de la Bourgade. Ses
n'étoient
champ cxécutés. Mais fes voeux
fatisfaits, Ilne vouloit point vipas encore
chers amis, dût-il
vre féparé de fes. plus
à fon
faire le facrifice qui coûtoit le plus
Son enrhoufialine pour notre Nation
coeir.
dans lui dc. lamour delal Patrie. II
triompha
où tous
convoqua une affemblée générale,
jufqu'aux femmes & aux enles Sauvages,
Là,après
fans, eurent ordre de fe trouver.) --- Page 167 ---
dans PAmérique Septentrionale. 137
avoir exprimé dans les termes les plus pathétiques fes fentimens à l'égard des François, dont il fit un pompeux éloge, il propolaà fes compatriotes d'abandonner, pour
les fuivre, leur pays natal, un des plusbeaux
cantons de P'Amérique Septentrionale (1),
après avoir néanmoins brûié toutes leurs habitations, & ravagé toute la contrée. Son
avis fut unanimement applaudi: Les cabanes
des Sauvages furent auffi-tôt abattues, leurs
jardins totalement détruits, les arbres coupés ou brûlés; & Tama:hlemingo partit le
même jour pour laMobile, à latête de tous
fes fujets les Allibamons.
Peu de temps après qu'ily fut arrivé, ce
Cacique tomba malade. Il ne put, à caufe
de fon grand âge, réfifter à la violence du
mal, qui empiroit de jour en jour. Ses forces entierement affoiblies lui ayant fait juger
qu'il étoit près de fa fin, il demanda à être
inftruit dans la médecine Frangoife, c'eft-àdire, qu'il fe difpofa à recevoir le Baptême.
(I) Le pays des Allibamons eft limitrophe de la
: Caroline méridionale & de la Floride Efpagnole.
Il ne put, à caufe
de fon grand âge, réfifter à la violence du
mal, qui empiroit de jour en jour. Ses forces entierement affoiblies lui ayant fait juger
qu'il étoit près de fa fin, il demanda à être
inftruit dans la médecine Frangoife, c'eft-àdire, qu'il fe difpofa à recevoir le Baptême.
(I) Le pays des Allibamons eft limitrophe de la
: Caroline méridionale & de la Floride Efpagnole. --- Page 168 ---
Nouveaur Voyages
facrement lui fut adminiftré par le Pere
Ce
Ferdinand, Capucin, Mifionnaire Apofto-
& Curé de la Mobile. Les beaux fenlique,
d'admitimens qu'ilfit paroitre ; remplirent
ration tous les affiftans. On le vit, pénétré
de la foi la plus vive & de la charité la plus
fe faire foutenir par deux foldats,
pure,
ainfi
recevoir à genoux ce facrement,
pour
que le faint viatique.
dit
Après la cérémonie, Tamathlemingo
qu'il étoit bien content de mourir chrétien,
il feroit au pays des
parce que, 2 difoit-il,
Ildemanda qu'on
ames à côtédes Frangois.
dont le Roi
T'enterrât avec la Médaille
de fon attal'avoit décoré en confidération
chement à fa perfonne. Puis,fe tournant
vers fon fils, fes patens. & les plus notables
il réunit
de fa Nation qui l'environnoient, exhortoutes les forces de fon ame pour les
vivement à imiter fon exemple, en abjuter
embraffer
rantl'erreur de leur Manitou pour
le Chriftianifmne, afin qu'ils fuffent encore
amis des François dans le pays des Efprits s
Il leur reoù ils feront unis éternellement.
la
commanda fur-tout de ne jamais quitter --- Page 169 ---
dans PAmérique Septentrionale. 139
parole Françoife, de leur garder une fidélité à l'épreuve de tout événement, un
attachement inviolable jufqu'au tombeau >
où il alloit bientôt defcendre, pour rendre
compre de toutes fes aétions au Maitre de
la vie. > J'ai vécu en homme, ajouta-t-il,
> je vais mourir de même >. Ces paroles
frent couler des larmes de ceux quil'entouroient ; & le jeune Tamathlemingo 3 qui
l'avoit écouté attentivement, étoit comme
ravi d'admiration. Quelques momensaprès,
cebon Caciquie expira, le 12 Décembre1763.
Il montra jufqu'au dernier foupir une conf
tance & une fermeté héroique.
Le jour qui précéda fa mort, il affembla
les principaux chefs de guerre des Allibadonner à fon fils en leur prémons: , pour
fence toutes les inftrudtions qu'un bon Cacique, un bon pere, auffi affeétionné à fes
fujets qu'à fes enfans, pouvoit être capable
de donner pour le bonheur des uns & des
autres.
Tamathlemingo avoit toutes les qualités
du coeur qui auroient honoré un homme policé : il étoit fenfible, reconnoiffant, géné-
les principaux chefs de guerre des Allibadonner à fon fils en leur prémons: , pour
fence toutes les inftrudtions qu'un bon Cacique, un bon pere, auffi affeétionné à fes
fujets qu'à fes enfans, pouvoit être capable
de donner pour le bonheur des uns & des
autres.
Tamathlemingo avoit toutes les qualités
du coeur qui auroient honoré un homme policé : il étoit fenfible, reconnoiffant, géné- --- Page 170 ---
Nouyeauz Voyages
amifincere & magnanime,
reux,équitable,
incapable
déteftant la rufe & la duplicité,
&
de fe laiffer corrompre par la Aatterie
Il avoit de Tintelligence,
par les préfens.
& étoit doué du
T'efprit vif, pénétrant,
à fa
don de la parole. Aufli emporta-t-il
des Européens & de tous
mort les regrets
gouvemé.avec
quilavoir
fcs comparriotes,
On ne
beaucoup de fageffe & de jugement.
qu'un feul défaut :
pouvoit lui reprocher
c'étoit un amour excefif pour les liqueurs
& fur-tout pour le Taffia (1),
fpiritueufes,
confidérabledont Tufageimmodéré abrege
la vic. Un grand nombre de François
ment
ont fait ici la trifte
& de Sauvages en
brûle le
épreuve. Cette violente liqueur même
deffeche les humeurs, de
fang (2)
forte, tirée de gros firop de fucre
(1) Liqueur
par diftiilation.
fait curieux
Note de piditeur. On trouve un
(2)
de Verdun, du mcis de Juin 1749.
dans le Journal
ans > étant affife,
Une Dame d'environ quatre-vingts
fon
mcis, dans fon fauteuil, auprèide à
ily a quelques
s'abfenta un moment :
feu, fa,f femmede-chambre --- Page 171 ---
dans PAmérique Septentrionale.
que dans les climats chauds les ardeurs du
foleil deffechent la terre, & font fouvent
périr les plântes qu'elle porte.
fon retour, , elle trouva fa maitreffe tout en flamme :
elle crie, on vient, quelqu'un veut abattre le feu
avec fa main, le feu s'y attache; on jette de l'eau
en abondance, le feu n'en devient que plus vif, &
ne s'éteint point que toutes les chairs de la Dame ne
foient confumées. Nulle apparence que le feu du
foyer eût pris aux habits ; la Dame étoit dans la
même place où elle fe tenoit d'habitude ; le feu
n'étoit point extraordinaire, & elle n'étoit point
tombée.
Notez qu'elle s'étcit mife à l'eau-de-vie pour
toute boiffon depuis plufieurs années. Sa dofe étoit
de guatre pors par mois.
.
M. Le Cat, célebre Chirurgien de Rouen, &
Membre de l'Académie, 2 à qui on expoia le fait dans
une Lettre, 2 commence par obferver qa'il n'eft pas
nouveau. > quoique fort fingulier; & aprèsavoir rapporté quelques autres exemples 2 i! établit & prouve
par divers phénomenes, que tous les animaux portent
en eux-mêmes un principe d'incendie ; qu'ils font pénétrés, environnés même d'une matiere fulphureufe,
phofporale,ignée, en un mot d'un feu fubtil, auquel,
fi on en ajoute de nouveaux , par l'ufage continu des
liqueurs fpiritueufes, comme le vin, & fur-toutl'éau.
& aprèsavoir rapporté quelques autres exemples 2 i! établit & prouve
par divers phénomenes, que tous les animaux portent
en eux-mêmes un principe d'incendie ; qu'ils font pénétrés, environnés même d'une matiere fulphureufe,
phofporale,ignée, en un mot d'un feu fubtil, auquel,
fi on en ajoute de nouveaux , par l'ufage continu des
liqueurs fpiritueufes, comme le vin, & fur-toutl'éau. --- Page 172 ---
Nouvedur Voyages
avoit été traité durant
Tamathlemingo
de fa maladie aux frais de Sa
tout le cours
LicuMajehéris.-Chrisieme. M. de Velle,
alors à la
tenant de Roi, & Commandant
lui fit rendre après fa mott les
Mobile, militaires qu'on rend à un Général
honneurs
eriterré au bruit de l'artillerie
d'armée.Ilfut
réfultera autour de nous une efpece
de-vie, ii en
auffi inflammable que la matiere
d'atmofphere prefqué qu'embrafe le feu del l'électricité.
de Tefprit-de-vin,
s'étend vraifemblablemene
Cette atmofphere , qui de notre corps, ne manà plufieurs pieds de diftance
d'une
donc pas de s'embrafer à l'approche
quera
&c de porter l'incendie dans
flamme quelconque,
aufquelles elle eft continos liqueurs fulphureufes, lumiere
de
comrie une
approchée
nue ; à-peu-près
nouvellement éteinte la rallula fumée d'ure bougie
me dans le moment. Médecin de Diéppe > avoit l'efpric
Jean Pequet ,
vif & adtif; mais cette vivacité le jetoit quelquefois
Il confeilloit comme
dans des opinions dangereufes. de l'eau-de-vie : elle fue
un remede univerfell l'ufage
fes jours, >
pour lui une eau de mort, en avançant Il mouqu'ilauroit pu employerà l'utilité publique.
Il lavoit été Médecin du célebre
rut à Paris, en 1674.
Fouquet. Didionnaire hiftoriqut. --- Page 173 ---
dans PAmirique Septentrionale.
de la place; toutes les Troupes
nifon
(de la garqui n'étoit pas encore évacuée) fe
mirent fous les armes, & firent trois décharges de leur moufqueterie fur fa fofle.
Tous les Allibamons qui aflifterent à
ces
funérailles, 9 éroient dans un excès de furprife & de joie, voyant qu'on inhumoit
avec tant de pompe leur Chef, qui avoit
abjuré leur religion & leur Manitou. Le
jeune Tamathlemingo avoit été fi vivement
zouché du difcours de fon
pere mourant,
wavienprefifembraferis Chrifianifme,
II fuc inftruit par le Pere Ferdinand,
&
reçur le Baptême avec des témoignages
traordinaires de joie & de fatisfaction. exM. d'Abbadie, Commandant
général de la
Louifiane, & qui éroit venu à la Mobile
pour y faire les préfens dûs aux Sauvages
Chadas, ayant été parrain du nouveau
félyte, fic célébrer une fête à cette profion ; il y eut de la mufique, dcs occa-
& l'on fir beaucoup de
danfes,
décharges d'arcillerie. Les Indiens idolâtres de la contrée
rent auffi part à la réjouiflance.
priJe fuis perfnadé que fi dans CCS
temps
, & qui éroit venu à la Mobile
pour y faire les préfens dûs aux Sauvages
Chadas, ayant été parrain du nouveau
félyte, fic célébrer une fête à cette profion ; il y eut de la mufique, dcs occa-
& l'on fir beaucoup de
danfes,
décharges d'arcillerie. Les Indiens idolâtres de la contrée
rent auffi part à la réjouiflance.
priJe fuis perfnadé que fi dans CCS
temps --- Page 174 ---
Nouveaur Voyages
avoient porté lÉvangile
des Mifionnaires
recueilli des
à ces peuples, ils auroient
fruits abondans de leur mifion. Les François qui ont ici des habitations, m'ont dit
les Allibamons montroient le plus vif
que
& l'ardeur la plus fincere à
empreffement
recevoir le Baptême. C'eft dommage que
Sauvages ne foient plus des nôces pauvres
foit paffée fous la
tres, & que leur contréc
ils fuivent nadomination des Anglois ; car
une maxime de Jefus S- Chrift,
turellement
le mépris des richeffes :
qui recommande
établir le culte de
on y auroit bientôt vu
T'Eglife Romaine.
fuivie des
La tribu de Tamathiemingo,
habitans François, fe retira, bientôt après
la mort de ce Cacique, dans le pays qu'elle
Elle fut très-bien achabite préfenrement.
de
cueillie des Akanças, en confidération
fon alliance avec nous. La plus parfaite intelligenice regne entre les deux Nations.
Elles fc donnent muruellement des fecours
dans le befoin. II y a1 même quelques princimembres du Confeil qui paroiffent
paux
portés --- Page 175 ---
dans PAmérigue Septentrionale. 145
portés à fc réunir fous un même Chef, &
àne faire qu'un feul peuple.
Quoiquevous connoilliez affez, ,mon chee
camarade, lc caraétere, les moeurs & l'efprit des Indiens
Septentrionaux, vous ne
trouverez pas hors de propos le nouvel
exemple que je vais vous citer de la fimplicité de ces Américains. Voici une fcene oùt
je jouai un rôle qui vous paroîtra affez Co=
mique, mais qui fut trés-intéreflance
pour
ces peuples, fur-tout pour le Sauvage que
j'arrachai des bras de la mort.
Vousn'ignorez pas que j'aiautrefois paffé,
chez les Allibamons
3 pour Jongleur, OU
plurôt pour un grand Magicien. Vous avez
dà juger, par ce que j'avois fait, que les
Sauvages ne font pas éloignés de croire
qu'ily a des forciers & des hommes à
diges, Les effets de ce qu'ils appellent pro- mé
decine ou magie leur paroiffent miraculeux,
parce que, ne découvrant pas les caufes 1 toutes fimples de ces effets purement nâcurels,
ils font perfuadés que cet ouvrage furpaffe
les forces de Phomme. Ajoutez à cela la
fubtilité de leurs Jongleurs,
qui, pour renK
ages ne font pas éloignés de croire
qu'ily a des forciers & des hommes à
diges, Les effets de ce qu'ils appellent pro- mé
decine ou magie leur paroiffent miraculeux,
parce que, ne découvrant pas les caufes 1 toutes fimples de ces effets purement nâcurels,
ils font perfuadés que cet ouvrage furpaffe
les forces de Phomme. Ajoutez à cela la
fubtilité de leurs Jongleurs,
qui, pour renK --- Page 176 ---
Nouveauz Voyages.
eftimable & plus fublime,
dre leur art plus
dans
font accroire qu'il y a du myftere
leur médecine. Jc me trouvai dernierement
leur
leurs hordes, où j'eus occafion
dans une de
une chofe
de faire une cure qui leur parut
c'eft-à-dire, furnaturelle.
de yaleur,
une fi grande
Un Sauvage but un jour
de Taffia, qu'elle lIe plongea dans
quantité
contraint de quitter
livrefle. La nuit T'ayant
de bouteille, il ne put gagner
fes camarades
Auffi-rôt
fa cabane que long-temps après.
il alluma de la braife qui
qu'ily fut entré,
Sans doute
& s'endormit.
avoit érémouillée,
maligne de cettel braife, proque la vapeur
le charbon, lui
duifant le même effer que
& létourdit (1)-
monta au cerveau,
fes parens le trouverent
Le lendemain,
liv. 9. chap. 12, & dans VoOn lit dans Fulgole,
Jovien, preffé de
lateran, liv. 23, que PEmpereur d'hiver, fur contraint,
fe rendre à Rome en temps
de s'arrêter dans
l'excellive rigueur du froid,
par
nommée Dadafane, qui eft
une perite Bourgade
Il y coucha dans une
entre la Galatie & la Bithinie. de chaux, où l'on
chambre nouvellement enduite
la faire fécher.
avoit brûlé beaucoup de charbon pour --- Page 177 ---
dans PAmérique Septentrionale.
immobile & fans connoiffànce.
Surpris &
confternés, ils ne doutérent pas qu'il ne fûc
mort : l'un d'eux fe rappella que j'avois aus
trefois reffufcité un chat tigré, Ils viennent,
fondant en larmes, me prier d'aller lui adminiftrer les fecours de mon art. Je me
tranfportai à la cabane. Je vois ce Sauvage
étendu, ne donnant aucun figne de vie, &
fans la moindre apparence de pouls. Toué
fon corps étoit glacé. J'avois beau le pincer, il ne donnoit aucune marque de fenfibilité, Ses parens, fes amis, tous les fpedtateurs le pleuroient déjà comme mort. Cependant fes membres n'avoient pas la rois
deur de ceux qui font privés de la vie; &
la facilité que je trouvois à faire agir fes
mâchoires, me fit juger qu'il ne l'étoit
Ce qui me perfuada
pas.
que mon jugement
étoit bien fondé, c'eft qu'en lui paflant la
main fur la région du cceur, j'y fentis encore un mouvement quoiqu'extrémement
Vers le minuit, il fut étouffé par la vapeur
du charbon. II étoit dans la trente-unieme année maligne
fon age, & dans le huitieme mois de fon
de
regne.
Kij
mâchoires, me fit juger qu'il ne l'étoit
Ce qui me perfuada
pas.
que mon jugement
étoit bien fondé, c'eft qu'en lui paflant la
main fur la région du cceur, j'y fentis encore un mouvement quoiqu'extrémement
Vers le minuit, il fut étouffé par la vapeur
du charbon. II étoit dans la trente-unieme année maligne
fon age, & dans le huitieme mois de fon
de
regne.
Kij --- Page 178 ---
Nouveauz Voyages
alors t'efpérance, ou pour
foible. Je conçus
alluré de le tirer
mieux dire, je me crus
Je
de cet accès léthargique.
promptement
fus enchanté de cet évévous avoue que je
alloit me donner un
nement, 2 dont la-fuite-:
nouveau relief parmi ces Américains.
donc aufli-tôt à exercer
Je me préparai
la faire avec
la grande jonglerie ; & pour
décorai
convenable, je me
tout Tappareil
du Doftorat, en
des marques glorieufes
barbe
m'attachant aul menton une grande
J'endoffai une longue robe, faite
pofliche.
loutres coufues enfemble. Je
de peaux de
bonnet, dont
couvre mon chefd'un large le ciel; je
la pointe fembloit menacer
charge mon nez de grandes lunettes, pour
donner encore un air plus important.
me
d'une main, & de
Je prends un livre (1)
viens, je
Je vais, je
l'autre une loupe.
feignant à
cours 3 je m'agite par degrés,
Bible fut imprimée à Mayence,
(1) La premiere
vinrent a Paris vendre les
en 1455; ; & ceux qui
magiciens. On
premiers exemplaires 2 pafferent pour
mettoit de la magie par-tout. --- Page 179 ---
Aiis t/ --- Page 180 --- --- Page 181 ---
dans PAmérique Septentrionale, 149
la maniere des Jongleurs Sauvages) d'évoquer IElprit. 11 me failit, il me tranfporte.
Me voilà hors de moi. Ma démarche eft
fougucufe & incertaine ; un mouvement
convulfif & comme involontaire agite tous
mes membres ; je pouffe, par intervalles s'
des élans étouffés. Je fais mille contorfions
hideufes. Tantôt de mes mainstremblantes,
je feuillete mon livre avec précipitation ;
tantôt je lance vers le ciel des regards effarés; tantôr je regarde le foleil avec une
loupe. Tous les fpectateurs, 2 ravis & extafiés, font dans le plus refpedtueux filence.
Ils ne me regardent plus comme un homme
ordinaire.
Soyez étonné, mon cher camarade, que
j'aie joué un rôle auffi fingulier avec une
graviré admirable, fans m'être abandonné
à des éclats de rire ; jele fuis encore moimême. Cependant le calme revient peu-àpeu dans tous mes fens. Mon vifage reprend
fon air paifible & ferein. Je m'avance à
pas comptés, & je leur dis d'un férieux
impofant : puifque vous croyez que votre
frere eft au pays des ames, vous ne devez
Kiij
é un rôle auffi fingulier avec une
graviré admirable, fans m'être abandonné
à des éclats de rire ; jele fuis encore moimême. Cependant le calme revient peu-àpeu dans tous mes fens. Mon vifage reprend
fon air paifible & ferein. Je m'avance à
pas comptés, & je leur dis d'un férieux
impofant : puifque vous croyez que votre
frere eft au pays des ames, vous ne devez
Kiij --- Page 182 ---
Nouveauz Voyages
15o
craindre que je lui faffe du mal.
donc pas
étendre le Sauvage dans la
Je fis auffi-tôt
cale:
& j'ordonnai de jeter plufieurs
rue 3
fraiche fur la poitrine du mabaffes d'eau
d'heure, il
lade. Au bout de trois quarts
quelques mots ; il reprit infenfibleproféra
& fe mit fur fon féant (1)-
ment fes efprits, entendu les cris de joie
Ah! fi vous aviez
lesS Sauvages!
& d'admiration que poufferent
retentiffoit de leurrapplaudi@iemens
'Tout
II cft heureux pour ce Sauvage que cette idée
(1)
M. Fizes, célebre Médecin de
mife en pratique par
qu'il opéra d'un Gen
Montpellier 7 dans la guérifon
dans l'efprit de
tilhomme Efpagnol 2 foit venue
pluficurs perT'Auteur; mais il eft malheureux pour de la vapeur
fonnes étouffées depuis fon retour 2 lettre n'ait point
du charbon, que Pextrait de cette alors entre les
été imprimée en 1772 : elle étoit
d'Artilynains de M. Pingeron 2 ci-devant Capitaine de Pologne,
Jerie, au fervice de la République enfuite entre
qui la garda plus d'un an. Elle paffa
s'étoit
mains du fieur Lejay 2 Libraire , qui
les
de la donner aux Journaliftes pour l'annonchargé
auroit-clle fervi à rappeller quelques
cer.Peutêtre
perfonnes à la vie. --- Page 183 ---
dans PAmbrigue Septentrionale:
réitérés. Jeles voyois
ISR
s'empreffer, fe pouffer, fe frapper même pour venir
fidérer de plus prés. Ils me
me condévoroient des
yeux, faifis du plus grand étonnement.
Tu
es Un véritable Jongleur, s'écrioient-ils
me faifant mille careffes : oh
en
que ta médecine
a de valeur ! Le bruit qui fe répandit de
cette cure attira de tous côtés ce qn'il
avoit de plus habiles Docteurs
y
vinrent
Indiens, qui
pour me voir, & même me confulter, comme la perle des Jongleurs. En
mon
abfence, on confultoit
laiffoit
Sans-peur, qui ne
pas que de faire fon profic de cec
hafard, qui étoir une bonne aubaine
lui.
pour
Le prétendu mort reffufcité, m'adopta
fur le champ pour fon pere. Il ne trouvoit
point d'expreffions affez fortes,
2 pour me
témoigner toute fa reconnoifance. II
ceffoit de me dire
ne
qu'il ne me quitteroit
jamais, parce que fans moi, il auroit été
au Pays des ames, où il avoit déjà un
Aprèsm'avoir fait les remerciemens pied.
affedueux, ils'olrit
les plus
pour être mon Chaf
feur, voulant, difoit-il, me faire vivre,
Kir
. Il ne trouvoit
point d'expreffions affez fortes,
2 pour me
témoigner toute fa reconnoifance. II
ceffoit de me dire
ne
qu'il ne me quitteroit
jamais, parce que fans moi, il auroit été
au Pays des ames, où il avoit déjà un
Aprèsm'avoir fait les remerciemens pied.
affedueux, ils'olrit
les plus
pour être mon Chaf
feur, voulant, difoit-il, me faire vivre,
Kir --- Page 184 ---
Nouveauz Voyages
puifque je lui avois rendu la vie (1h
Comme il avoit appris qu'un crocodile
avoit manqué de m'entraîner dans la riviere
de Tombekbl, lorfqu'en 1759, commandant un convoi par eau, j'étois campé ou
cabané fur fes bords, ce Sauvage engagea
fes compatriotes à chanter la chanfon de
guerre, pour détruire ces amphibies. Les
Allibamons , qui en avoient ci-devant un
Manitou, c'eft-à-dire, Dieu pénate,
pour le jererent dans le feu, & lui fubfituerent
de vautour). Depuis
un Karankrau (efpece
ils font la guerre aux- crocodiles
ce jour,
avec le plus vif acharnement (2).
(1) On peur dire que fi les Sauvages font cruels
envers leurs ennemis, ils font auffi
& vindicatifs ils n'oublient jemais le bien qu'on
reconnoiffants: ;
les faire
leur a fait, & rien au monde ne peut
changer contre leur bienfaiteur : bien différens en
cela de la plupart des Européens, comme on l'a vu
à Foccafion de M. Denoyer.
(2) Les Sauvages autrefois n'ofoient tuer des cro*
codiles, de peur de s'attirer de grands malheurs :
ainfi la fuperfition faifoit que ces animaux multiplioient extrêmement. --- Page 185 ---
dans PAmérique Septentrionale. 153
Quelques jours après cette merveilleufe
opération, je vis arriver ici un Révérendiffime Padre & créole du Mexique. En
parlant de la fimpliciré de ces Peuples signorans & crédules, je lui racontai la fcene
qui venoit de fe paffer. La converfation
tomba fur la magic. Ce bon Miflionnaire
me foutint, avec toute l'éloquence dont il
éroit capable 2 que lcs Indiens étoient fort
adonnés au fortilege, & que par le pouvoir
du Démon, avec quiils étoient en relation,
ils faifoient d'érranges chofes. Vous voyez
bien, Monfieur, que ce Padreignare éroit
bien perfuadé que le Démon apparoiffoit
aux Sauvages, qui lui rendoient un culte s
& qu'il ajoutoit foià tous les contes qu'on
lui faifoit des forciers. Il me dit que lorfqu'il étoit Curé d'une Bourgade Indienne $ -
dans la contrée des Adayes, il avoit vu
plufieurs perfonnes mourir de langueur, &
dire en mourant qu'elles avoient été enforcelées par une femme âgée de plus de cent
ans. Cette vieille fémme, difoit-il, qui,
avant que CCS perfonnes tombaflent malades, les avoit menacées de lcs faire mourir,
'on
lui faifoit des forciers. Il me dit que lorfqu'il étoit Curé d'une Bourgade Indienne $ -
dans la contrée des Adayes, il avoit vu
plufieurs perfonnes mourir de langueur, &
dire en mourant qu'elles avoient été enforcelées par une femme âgée de plus de cent
ans. Cette vieille fémme, difoit-il, qui,
avant que CCS perfonnes tombaflent malades, les avoit menacées de lcs faire mourir, --- Page 186 ---
Nouveaur Voyages
T54
autour de leur cabane 2 : ent
leur apparut
menaces; & cepenleur faifant les mémes
dant perfonne ne la vit que ces malades.
Je répondis à çe Moine Mexicain, que
la chofe étoit impofible : quej'étois même
furpris qu'il ajoutât foi auxapparitions noc-
& aux fables des gens fimples & fucures
qui croyoient voir réellement
perflitieux,
la caule de ces vifions
des fantômes ; que
rendoit
n'étoit qu'une fievre chaude, qui
vuide le cerveau des malades. J'ajoutai que
le Chrift étant venu fur la terre pour
fauver tous les hommes, avoit entierement
détruit l'empire du Démon & des forciers 5
Tégard des idoles qui avoient paru
qu'à
rufe des Prêtres idoparler, c'étoit une
intéreflés à entretenir les Peuples
lâtres,
dans T'erreur.
Cet A pôtre des Indes, entêté dansfafaçon
& qui m'auroir volontiers livré
de penfer, 2
s'il
redontable de MInquifition,
au tribunal
fit auffi-tôt paroitre
en avoit eu le pouvoir,
avoit
devant moi un de fes profélytes qu'il
lequel P'avoit averti qu'ily y avoic
baptifé,
une caverne ou
2u pied d'une montagne --- Page 187 ---
dans PAmérique Septentrionale. 155
Étoit une idole qui parloit. Je ne pus m'empécher de rire; & pour toute réponfe s
j'appellai quelques Indiens chrétiens, 2 étant
réfolu de m'éclairer par mes propres yeux,
É de confondre l'idolâtrie; je leur dis que.
s'ils l'étoient véritablement 3 ils n'avoient
qu'à me conduire au lieu oû étoit l'idole,
& venir avec moi combattre le diable leur
ennemi & le pere du menfonge, pour convaincre les payens de leur erreur, en leur
faifant voir le peu de puiffance de leur
Manitou. Ma propofition les fit trembler.
Ils me confeillerent de ne point m'expofer
au danger , me difant qu'infailliblement
l'idole, , ou ces Prêtres idolâtres, me feroient mourir 2 fi j'étois affez téméraire:
d'aller les troubler dans leur culte. Je
leur répliquai que je me moquois d'eux
& de leur faux Dieu ; qu'il s'agiffoit
de la gloire du Maitre de la vie, que pour
cet effet s ils ne devoient pas balancer à
m'accompagner, & qu'ils priffent leursarmes pour tuer du gibier, afin d'avoir de
quoi vivre en route.
Nous partimes le lendemain au lever du
fi j'étois affez téméraire:
d'aller les troubler dans leur culte. Je
leur répliquai que je me moquois d'eux
& de leur faux Dieu ; qu'il s'agiffoit
de la gloire du Maitre de la vie, que pour
cet effet s ils ne devoient pas balancer à
m'accompagner, & qu'ils priffent leursarmes pour tuer du gibier, afin d'avoir de
quoi vivre en route.
Nous partimes le lendemain au lever du --- Page 188 ---
Nouyeaur Voyages
foleil, au nombre de neuf, y compris mor
grenadier Sans-peur. Nous traverfâmes une
vafte favana remplie de taureaux fauvages,
dont nous tuâmes un jeune, que nous fimes
boucaner 2 pour manger au befoin. Tous
ces endroits font déferts & cultivés par les
feules mains de la nature. Il y a bien de
la différence de la population de l'ancien
monde à celle du nouveau. Je me reffouviens d'avoir lu dans le quatrieme tome du
Voyage autour du monde, traduit de PItalien de Gemelli, que s'étant rendu à Nankin, ville impériale, & autrefois la capitale de l'Empire Chinois, il nous affure
qu'elle a au mcins quatorze lieues de circuit, compris les fauxbourgs, & fi peuplée, que l'Evèque de Nankin, & d'autres
Miffionnaires dignes de foi, l'avoient affuré,
le favoir d'un Mandarin bien informé,
pour avoit huit millions de portes ou
qu'il y
maifons qui payoient tribut ; que ne prenant que quatre perfonnes pour chaque
maifon, on eftimoit cette Ville peuplée de
trente-deux millions d'ames. S'il n'y a point
d'exagération dans ce fait, ily auroit plus --- Page 189 ---
dans PAmérique Septentrionale. IS7
de monde à Nankin, que dans toute PAmérique Septentrionale,
Cependant, pour difpofer le LeSteur à
concevoir aifément la grande multitude de
peuple de ce vafte empire s comme l'eft
aujourd'hui Pekin, il lui fait obferver qu'afin
que la jeunefle ne fe.corrompe pas fi aifément 3 comme elle fait ailleurs, on n'y
fouffre point de courtifannes publiques, &
qu'on punit févérement celles qui font re
connues pour telles. Que fuivant la maxime
chinoife, un jeune homme tomberoit dans
le mépris 9 s'il ne fe marioit pas ; que
quand il y auroit dix garçons dans la maifon, ils fe marient tous 1 & prennent autant
de femmes qu'ils en peuyent entretenir;
quelques uns en ayant jufqu'à cent, ycompris les concubines,
Le célebre Pere Grimaldi, Jéfuite très.
accrédité alors à la Cour de Pekin, depuis
plusde trente ans, 9 a affuré M. de Gemelli,
que dans la vieille & la nouvelle ville de
Pekin, compris les feize fauxbourgs, &
ce qui étoit fur les barques, dont les Ça-
1 & prennent autant
de femmes qu'ils en peuyent entretenir;
quelques uns en ayant jufqu'à cent, ycompris les concubines,
Le célebre Pere Grimaldi, Jéfuite très.
accrédité alors à la Cour de Pekin, depuis
plusde trente ans, 9 a affuré M. de Gemelli,
que dans la vieille & la nouvelle ville de
Pekin, compris les feize fauxbourgs, &
ce qui étoit fur les barques, dont les Ça- --- Page 190 ---
158,
Nouveauz Voyages
naux font toujours couverts s il y avoit au
moins feize millions d'habitans.
Pour détromper l'incrédulité de ceux qui
auroient de la peine à croire que le territoire de la Chine, quelque vafte que foit
fuffifamment des
l'Empire 7 pût produire
pour
anirbimsitehi-mbbie
grains
de fes habitans, M. Gemelli leve toutes
les difficultés en nous apprenant que les
terres de la Chine produifent deux moiffons
fort abondantes tous les ans, fans jamais
les laiffer repofer, qu'on les feme & moiffonne de fix mois en fix moïs ; & qu'ont
l'a affuré que la feule Province de Chiarton, lorfqu'on y fait une bonne moiffont
fuffifoit à nourrir tout fort
dans l'année, 3
peuple pendant dix ans, les autres à proportion. D'ailleurs, il a vu qu'iln'y avoit
un feul petit canton de terre ftérile ni
pas
doit être attribué à la viinculte, ce qui
gilance des Peuples, & à la bonne police
de l'Etat.
Mais revenons à mon hiftoire 9 interAu bout de
sompue. par cette digreffion. --- Page 191 ---
dans PAmérique Septentrionale. 159.
la favana, il y avoit une riviere que nous
paffames au gué, oû nous eûmes de l'eau
jufqu'à la ceinture. Après nous entrâmes
dans un petit bois planté de faffafras, dont
les Prêtres payens brûloient les racines pour
parfumer leur Manitou. Nous trouvâmes
du côté du nord-oueft un chemin battu que
nous fuivimes pendant l'efpace d'un demide lieue. Là, nous vîmes des offequart
mens d'animaux qu'on avoit égorgé, fans
doute, pour des facrifices ; ce qui nous fic
juger que nous n'étions par éloignés de cç
lieu de ténebres. En effet, à une portée
de carabine, nous apperçàmes des débris
de pots de terre dans leiquels les Jongleurs
faifoient brôler de l'encens qu'ils offroient
à leur Manitou. A cinquante pas de l,
nous trouvâmes ce que nous cherchions.
L'idole étoit placée fur une efpece d'autel de pierre brute. Elle étoit faite d'un
bois qui croît dans la Baye de Campéche,
& qui fert aux Européens pour la teinture.
Vous favez qu'il eft extrêmement dûr.
Ils avoient peint leur idole avec du vermillon pour lui donner un air plus terrible.
encens qu'ils offroient
à leur Manitou. A cinquante pas de l,
nous trouvâmes ce que nous cherchions.
L'idole étoit placée fur une efpece d'autel de pierre brute. Elle étoit faite d'un
bois qui croît dans la Baye de Campéche,
& qui fert aux Européens pour la teinture.
Vous favez qu'il eft extrêmement dûr.
Ils avoient peint leur idole avec du vermillon pour lui donner un air plus terrible. --- Page 192 ---
Nouveauz Voyages
haut de fon corps étoit de forme huLe
celle d'un
maine, & le bas repréfentoit
fon vifage étoit hideux, fes yeux
caiman ;
fur fon front une
hagards ; clle portoit
elle
de cornes de bouc fauvage ;
paire
de fon bras droit un ferpent
tenoit autour
un dard; elle
à fonnettes, & du gauche,
avoit fur fon dos des ailes de parchemin
& conftruites en la forme
peintes en noir,
l'autei étoit
de celles de chauve-fouris: ;
de miel, de fruits fecs, de mais,
couvert
d'ours boucanées. Nous
de mil & de langues
enlevâmes toutes ces offrandes, au grand
fcandale des Prêtres & des Sauvages payens.
d'entendre de mes pro:
J'étois impatient
oreilles parler Pidole. Je témoignai
-
pres
combien je ferois
au chef des Jongleurs
de CC
charmé d'étre moi-même le témoin
faifoit tant de bruit dans le
prodige, qui
à combler mes
pays. Le Prêtre s'emprelfa
l'idole
defirs. Il interrogea Pidole; &
padireêtement à fes queftions,
rut répondre
étoient remplis
Les fimples Américains
auroient
d'étonnement & de refpeêt; ils
s'ils avoient vu le
été bien plus furpris,
méchanifme --- Page 193 --- --- Page 194 --- --- Page 195 ---
dans LAmirique Septentrionale. 16t
méchanilme de M. de Vaucanfon. Vous
jugez bien queje ne fus pas la dupe dé ces
impofteurs.
Je vilitai toutes les cavités du rocher,
& je découvris leur fourberie Ces rua
fés Jongleurs avoient pratiqué dans le rOcher une fente imperceptible. Ils y avoient
mis un de ces rofeaux qui croiffent à la
baffe Louifiane, fur les bords du fleuve
Miffiflipi, & qui viennent extrémément
gros & longs. Ilsavoient fait paffer un bout
de cette canne dans le corps de l'idole, 3
l'autre bout répondoit dans un petit réduit
obfcur taillé dans le roc. C'eft-là qu'uri
Acolyte fe tenoit caché, & répondoit par
le tuyau aux queftions que fon collegue
(I) Note de PEditeur. Acofa remarque, liv. Si
chap. 26, Hiftoire des Indes Occidentales, qu'il y
àvoit des Prêtres, dans la ville de Merico, qui fe
vantoient de conférer fouvent avec leurs Dicax;
mais que cen'étoit jamais qu'après s'être frotés d'un
certain onguent qu'il décrit, fi abominabie & fi
infect, qu'alors les bêtes mêmes les fuyoient ; il les
rendoit fans peur , fort cruels, > & apparemment
leur donnoit des vifions de leurs faux Dieux,
L
identales, qu'il y
àvoit des Prêtres, dans la ville de Merico, qui fe
vantoient de conférer fouvent avec leurs Dicax;
mais que cen'étoit jamais qu'après s'être frotés d'un
certain onguent qu'il décrit, fi abominabie & fi
infect, qu'alors les bêtes mêmes les fuyoient ; il les
rendoit fans peur , fort cruels, > & apparemment
leur donnoit des vifions de leurs faux Dieux,
L --- Page 196 ---
Nouveauz Voyages
Aufli-tôt que j'eus découfaifoit à lidole.
convenu
le
je fis le fignal
vert ftraragéme,
une hache.
à Sans-peur, qui avoit apporté enfuite le
Il mit en piece le. Manitou 2
bràla, & les Indiens Chrétiens poferent
une croix. Je fus bien fecondé
en la place
convertis.
par ces néophites ou nouveaux Sauvages
vivement aux
Alors je repréfentai
n'étoit qu'un
Pobjet de leurs adorations
que de bois façonné par la main des hombloc
fi leur Manitou avoit quelque
mes ; que il le feroit voir dans ce moment;
puilance, ne le failoit pas 3 c'étoit un
que puifqu'il
de leur
-
mépris,
Dieu imaginaire $ digne
devoient ouvrir les yeux en recon-
& qu'ils
des chrétiens pour le vrai
noiffant le Dieu
j'ai du
Dieu du ciel. La connoiffance que
des Indiens fauvages & fuperftitieux,
génie
raifons
me donnoir de juftes
d'appréhender
cataftrophe; car des Indiens, pa
quelque Prétres idolàcres, & qui, par leur
rens des
avoient part aux
initiation au myfere >
comoffrandes que donnoient leurs fimples
répétoient fans cefle à ces fupatriores,
que puifque ce
perflitieux Américains 3 --- Page 197 ---
dans PAmérique Septentrionale. 163
morceau de bois avoit parlé, ainfi qu'ils
en été plufieurs fois les témcins, ils devoient croire que leur Dieu réfidoit dans le
corps de l'idole, & que par cette raifon,
elle méritoit d'étre adorée ; proteftant que
ceux qui avoient ofé porter leurs mains facrileges fur ce Manitou, mourroient d'une
mort funefte, moi 5 fur-tout , qui étoit
l'auteur de cette grande profanation. J'eus
beau réitérer mes repréfentations 7 & leur
citer en preuve la découverte que je venois
de faire : chez tous les Peuplesdu monde, la
prévention eft une chofe étrange; & il eft
prefqueimpofmible de faire revenir les homs
mesde leurs préjugés. Ne voit-on pas en Europe même des gens qui favent, àn'en pouvoir douter, qu'ils ont été trompés par
des charlarans, avouer cependant quelquefois qu'ils ont étég guéris par l'art de ccs charlatans même P & c'eft cet aveu qui donne
du crédit à tant de fourbes & ignorans
empiriques.
Je viens d'être témoin de l'impreffion
qu'à produit', fur lefprit de ces Peuples,
l'inocuiation de la petite vérole. On fait
L ij
en Europe même des gens qui favent, àn'en pouvoir douter, qu'ils ont été trompés par
des charlarans, avouer cependant quelquefois qu'ils ont étég guéris par l'art de ccs charlatans même P & c'eft cet aveu qui donne
du crédit à tant de fourbes & ignorans
empiriques.
Je viens d'être témoin de l'impreffion
qu'à produit', fur lefprit de ces Peuples,
l'inocuiation de la petite vérole. On fait
L ij --- Page 198 ---
Nouveaus Voyages
font lés premiers qui l'ent
que les Anglois
leurs Colonies da
mife en prarique dans
nouveau monde. enfoncés daris les térres
Les Akangas,
point cettè
du continent j ne connoiffoient
maladie avarit T'arrivée des Européens dars
leur pays; c'eft ainfi que nous avons rendu
à PAmériqué, ce qu'elle nous
en petit
La petite vérole ne
avoit donné en gros.
fait fentir depuis long-temps
s'étoit pas
avant laventure que jé
dans leur tribu >
d'avancé
vais vous raconter. Je vous attefte
vérité du fait, qui s'eft paffé fous mes
la
yeux.
edés Allibamons, hommé AL
UnSauvage
été
lekci, c'eft-à-dire 3 Jongleur, ayant les
témoin de T'inoculation prariquée par
s'avifa de vouloit
Anglois de la Caroline,
chez
les imiter ; c'eft pourquoi il retourna
de croûtes
lcs Indiens avec une, pacotille de les inode petite vérolé, dans lintention
culer. De-là il vint ici poury faire la même
opération.
d'abord comme
Cet Allekci s'annonça
une médecine efficace, pour préportant --- Page 199 ---
dans PAmérique Septentrionale. 165
ferver de la petite vérole, & d'une infinité
de maux ; après avoir expofé, à la maniere
des charlatans, 3 les rares avantages qu'elle
procureroit, il déclara qu'il alloit effayer
de remplir le principal & le plus utile objet de fes vues, c'eft-à-dire, de prévenir
une des plus cruelles & des plus dangereufes
maladies 5 mais qu'il étoit d'une néceffité
abfolue que les perfonnes qui auroient recours à lui, fuiviffent ponétuellement fes
ordonnances & le régime qu'il prefcriroits
qu'elles devoient fe réfoudre à garder la
diete, à prendre des racines purgatives &c
des vomitifs pour fe préparer; ajoutant qu'il
falloit une grande conftance pour fupporter
Fopération.
Les Américains ne font pas moins avides
denouveauté que les Européens. D'ailleurs,
pleins de force & de courage 2 on les
voit fouffrir la douleur avec une fermeté
merveilleufe. Quelques - uns d'entr'eux fe
firentinoculer; maismalheureufement pour
TInoculateur, fa médecine ne produifit pas
les mêmes effets à l'égard de tous ceux
auxquels ils les adminiftra. Deux de fes
L iij
ains ne font pas moins avides
denouveauté que les Européens. D'ailleurs,
pleins de force & de courage 2 on les
voit fouffrir la douleur avec une fermeté
merveilleufe. Quelques - uns d'entr'eux fe
firentinoculer; maismalheureufement pour
TInoculateur, fa médecine ne produifit pas
les mêmes effets à l'égard de tous ceux
auxquels ils les adminiftra. Deux de fes
L iij --- Page 200 ---
Nouveaur Voyages
inoculés moururent des fuites de l'opéra=
tion. Un troifieme perdit un oeil, - & devint
hideux. Ces accidens jeterent l'épouvante
parmi les Akangas. Ils fe
& l'indignation
crurent dès ce jour des victimes dévouées
à un mal épidémique qui 3 jufqu'à notre
arrivée dans leur pays, leur avoit été inconnu. Bien loin d'attribuer la mort de leurs
compatriores à la difpofition ou à l'intempérance des malades, ils Pattribuerent
à la drogue cmpoifonnée de VAllekci, ou
plutôr à un fort qu'il avoit jeté dans leur
corps ( 1): 1lfe fit une grande rumeur dans
toute la Bourgade. Tous crioient contre
Pinoculateur, & demandoient une prompte
Le Confeil des anciens affemvengeance.
blé, délibéra que le Jongleur qui étoit venu
(I) Galien fut foupçonné de magie à Rome pour
avoir détourné 2 en moins de deuxjours, une fluxion
le
d'une faignée. Naude,
de poitrine 2 par moyen
Apol. pag. 4-tde Marigni étoit principaLe procès d'Enguerand
le
lement fondé fur l'image de cire conjurée, par
moyen de laquelle il étoit accufé d'avoir voulu tuer
le Roi, Demonom. de Bodin. p. 16. --- Page 201 ---
dans Amérique Septentrionale. 167
chez eux étant un forcier 9 il falloit, fans
l'affommer à coups de maffue, &
différer,
le brûler enfuite avec toute fa médecine,
afin de préferver le refte de la Nation d'un
fléau qu'eile ne redoutoit pas moins que
nous ne redoutons la pefte en Europe.
On fehâte d'élever un bûcher. On fe faifit
de PAllekci, il eft conduit au lieu du fupefcorté des parens des défunts & du
plice,
devoit faire
Sauvage privé d'un ceil, qui
les fonétions de bourreau (1). Attiré par
la foule & le bruit, j'accourus fur la place.
Le trifte fort de FInoculateur me toucha.
Je demandai à haute voix qu'on fufpendit
l'exécution, parce que je voulois plaider
la caufe du prétendu forcier, plus malMais j'avois affaire
heureux que coupable.
(I) Chez les Sauvages, les parens du mort font
en droit de tuer le Médecin charlatan, s'il eft foupçonné de lui avoir adminiftré un mauvais remede.
Mais s'il arrive que le malade recouvre la fanté, on
récompenfe largement le Medecin : les Sauvages font
à cet égard, plus reconnoiffans que les hommes
policés.
Liv
du prétendu forcier, plus malMais j'avois affaire
heureux que coupable.
(I) Chez les Sauvages, les parens du mort font
en droit de tuer le Médecin charlatan, s'il eft foupçonné de lui avoir adminiftré un mauvais remede.
Mais s'il arrive que le malade recouvre la fanté, on
récompenfe largement le Medecin : les Sauvages font
à cet égard, plus reconnoiffans que les hommes
policés.
Liv --- Page 202 ---
Nouvedur Voyages
quime répon:
à des peuples fuperfitieux, homme, qui
dirent quec'étoir un méchant
dans leur pays à deffein de les
étoit venu
fa médccine étoit bien
empoifonner ; que
les madiférente de la mienne qui guériffoir
les morts; que c'étoit le
lades & reffufcitoit
dans leur
Maitre de la vie quim'aveit envoyé
mais que ce Jongieur dangereux conpays;
le mauvais efprit qui ne fait
verfoit avec
jouiffoient
faire quedu mal, tuoir ceux qui
fanté, ou les rendoit difford'une parfaite
ils avoient des raifons
mes 3 que d'ailleurs,
fufcité
Chicroire qu'il avoit éré
parles
pour
ennemis mortels, pour venir
bachas, leurs
magique (1)-
les dérruire par ce fratagême
(1) Les Indiens de Saint-Domingue prenoient
d'abord les navires & les voiles pour des ouvrages
des diables qui
de magie, & les Efpagnols foudres pour & les tonnerres
vencientles détruire avec les
Didtion.
de leurs arquebufes, canons & piftolets.
Crit, t.. P. 591.
fous Domitien,
Apollonius fut accufé de magie 3
&
Ce Prince ordonna qu'on lui coupât les cheveux
la barbe : je ne m'attendois pas, dit ce Philofophe
que m2s chevaur & les poils de ma barbe
en rianr,
& les Efpagnols foudres pour & les tonnerres
vencientles détruire avec les
Didtion.
de leurs arquebufes, canons & piftolets.
Crit, t.. P. 591.
fous Domitien,
Apollonius fut accufé de magie 3
&
Ce Prince ordonna qu'on lui coupât les cheveux
la barbe : je ne m'attendois pas, dit ce Philofophe
que m2s chevaur & les poils de ma barbe
en rianr, --- Page 203 ---
dans PAmbrique Septenrionale. 169
Avant de leur répliquer, je commençai
aux parens des
par faire un petit préfent
étoit
morts; & je donnai au borgne, qui
dufent courir quelque rifque dans cette affaires
irrité de cette raillerie > commanda
L'Empereur, lui mit 7 les fers aux pieds & aux mains, & qu'on
qu'on
Si fuis Magicien, ajouta
le menât en prifon. je,
à boutd: m'enApollonius. 2 comment viendret-vous étant venu le
chainer? Un efpion de P'Empercur
fon
trouver dans la prifon, & feignant de plaindre
fort, lui demanda comment fes jambes pouvoient
les entraves qui le ferroient : je n'en fais
fapporter
ailApollonius, car mon efprit eff
rien, répondit
leurs. Didionnaire hiftorique.
foient forIln'eft pas éronnan: que des Sauvages
qu'il y a des forciers , puifque
tement perfuadés policés, il eft encore des hommes
chez les peuples
dans notre
qui croyent à la magie. Eft-il pofible que
femfiecle, on renouvelle ces affreufes fcenes qui
bloient devoir être oubliées, ainfi que le fiecle d'iqui les avoit enfantées. Durant le cours
gnorance
deslettresde Kalifel en Pologne,
del'année 1775,
de cette barbarie 7 en
nous ont cité un exemple
avoit fait brôler
nous apprenant qu'un Gentilhomme
neufvieilles femmes accufées de magie, & d'avoir,
rendu ftériles les terres des canpar un fortilege,
d'Hollande.
rons qu'alles habitoient. Gagette --- Page 204 ---
Nouveauz Voyages
chargé de lexécution, une
principalement
bouteille detaffia, qu'ilbut dans le moment
d'autres. L'ivreffe où le plongea cette
avec le mit, ainfi que je l'avois prévu 2
liqueur
hors d'état de faire fes fonétions; ce quime
donna le temps de folliciter la grace du
Jongleur.
les
refJe repréfentai aux vieillards
plus
pe@tables, que le malheureux qu'ils venoient
n'étoit nicoupable ni forcier,
de condamner
comme ils fe Timaginoient; que s'ill'étoit
réellement, ilfauroitbien fe fouftraire au fupplice, en les faifant tous mourir furl'heure;
à
qui étois
CaScenanterdr
ils devoient s'en rapporter moi,
fa médecine n'étoit point un fortrès-farque
dans l'ancien monde les
rilége, parce que
& que j'en
hommes blancs s'en fervoient,
faire ufage avec quelavois vu moi-méme
fuccès; que parmi eux on ne tue point
que
dont Tintention eft toujours
les Médecins,
puiffent être;
bonne,qualgpeignorense qu'ils
difpofer de nos
mais qu'ils ne peuvent pas
la
comme le Maitre de la vie, qui
jours donne & qui l'ôte quand il lui plait; que
ien monde les
rilége, parce que
& que j'en
hommes blancs s'en fervoient,
faire ufage avec quelavois vu moi-méme
fuccès; que parmi eux on ne tue point
que
dont Tintention eft toujours
les Médecins,
puiffent être;
bonne,qualgpeignorense qu'ils
difpofer de nos
mais qu'ils ne peuvent pas
la
comme le Maitre de la vie, qui
jours donne & qui l'ôte quand il lui plait; que --- Page 205 ---
dans PAmérique Septentrionale. 171
d'ailleurs, ceux de leurs compatriotes qui
étoient morts dansle courant du traitement,
s'étoient tués eux-mémes, puifque, contre
l'ordonnance de FInoculateur, ils s'étoient
baignés dans le temps de Téruption. A l'égard de celui qui étoit privé d'un ceil, je
leur montrai un François coureur de bois,
qui fe trouva par hafard dans ce canton. Il
étoit borgne & marqué de la petite vérole.
Je me fervis de cet exemple pour les faire
revenirdeleur prévention contre le Jongleur
Indien. Je leur dis encore que le Médecin
blanc qui avoit inocuié le François borgne
n'avoit point été tué; qu'au contraire il avoit
été très-bien payé de fes peines ; & qu'ils
devoient en cela imiter les hommes blancs,
plus éclairés que les rouges, qui n'ont pas
Pécorce parlante pour s'inftruire fur Part de
la Médecine.
Un vieillard, quiétoit lc chef & le doyen
de la Jonglerie, me répliqua à-peu-près en
ces termes :
S La Médecine que cet homme a appor-
>> tée dans notre Nation n'eft point natu-
> relle; c'eft tenter la puiffance du grand --- Page 206 ---
Nouveauz Voyages
>> Efprit. Tu as beau prendre fon parti, il
> n'en a pas moins tué deux de nos gens
très-bien. Tu ne difcon-
>> quife portoient
> viendras pas que s'il ne fût venu ici apnous aurionsdeux
>> porter cette contagion,
de
pour défendre la
> braves guerriers plus
>> Patrie : l'autre ne feroit point difforme, s
> & auroit encore fes deux yeux. Le papier
s'il enfeigne aux
5> babillard a grand tort,
> hommes blancs une pareille Médecine.
faisla Mé-
> II y a bien long-temps que je
S> decine, moi : je n'ai pas comme eux
mais le Maitre de la vie
> Pécorce parlante ;
du
& m'a rendu dépo-
>> m'a donné
talent,
> fitaire de plufieurs racines précieufes dont
fers avec fuccès. Tous ceux qui en
>> je me
> ont fait ufage, ont vécu long-temps.Les
même qui ont eu confiance en
> François
reffenti les falutaires effets.
>> moi, en ont
>> J'en connois auffi de ces racines qui fonc
& non moins nuifibles
>> très-pernicicufes,
>> àl la fanté que la poudre que cet Allekci
> a apportée ici >.
d'une
En même temps il prit la graine
dont j'ignore le nom, & dont lui feul
plante
> ont fait ufage, ont vécu long-temps.Les
même qui ont eu confiance en
> François
reffenti les falutaires effets.
>> moi, en ont
>> J'en connois auffi de ces racines qui fonc
& non moins nuifibles
>> très-pernicicufes,
>> àl la fanté que la poudre que cet Allekci
> a apportée ici >.
d'une
En même temps il prit la graine
dont j'ignore le nom, & dont lui feul
plante --- Page 207 ---
dans PAmérique Septentrionale. 173
avoit la connoiffance; il en fit avaler à un
poulet d'Inde, qui mourut fur le champ.
> Ne mériterois-je pas la mort, continua5 t-il; fi au lieu dè donner la bonne méde-
> cine, je faifois prendre la mauvaife? >>
Je lui tépondis qu'il penfoit très-bien, &
qu'il raifonnoit avéc jufteffe. Je le louai
béaucoup fur la profondeur de fon jugement
& fur la pénétration de fon efprit. J'afoctai
de lui dire que je lé regardois comme un
véritable Médecin. Il fut extrêmement fens
fible à cet éloge. La Aatterie eftle plus fûr
moyen d'obtenir quelque chofe des Sauvages (1). Jele priai de repréfenter à fes
freres qué le Jonglear qui étoit venu dans
leur pays n'étoit point forcier, mais plutôe
digne de pitié, & de faire en forte qu'on me
le livrât.
Pour l'engager à m'accorder fa grace, je
tirai de ma poche une loupe, avec laquelle
je fis du feu en la préferitant aux rayons du
(1) Je penfe que tous lcs hommes font fauvages
fur cet article. Tu maduli, difoit un Pape à un
flatteur, md tu mi pince: --- Page 208 ---
Nouyeaux Voyages
foleil, Le vieillard, étonné de ce nouveau
prodige,medemands: avec inflance ce verre
ardent. Je lui fis entendre que c'étoit une
chofe de trop grande valeur, pour que je
me déterminaffe à la lui céder. Il me répondit que fi je la lui donnois, ilfe flattoit de
faire abolir l'arrét de mort prononcé contre
TInoculateur, pour qui je prenois un fi vif
intérêt. Je refufai encore 3 afin de redoubler fes defirs. Il réitéra fes prieres. Enfin
je la lui donnai, à la condition qu'il s'étoit
impofée.
Auffi-tôt qu'il l'eut entre les mains, il
s'empreffa de faire la même expérience que
moi. Il alluma au foleil, par le moyen de'
cette loupe, des feuilles feches, avec lef:
quelles il mit heureufement le feu au bûcher
préparé pour brûler le Jongleur & fa pacotille. Un Sauvage ayant regardé le foleil
avec ce verre ardent, dit qu'il avoit vu comme un grand lac de feu.
La fentence du Jongleur fut changée eri
une défenfe expreffe de ne jamais revenir
fur les terres des Akanças. Leur Chef, pour
prévenir la contagion du mal, défendit à
pe, des feuilles feches, avec lef:
quelles il mit heureufement le feu au bûcher
préparé pour brûler le Jongleur & fa pacotille. Un Sauvage ayant regardé le foleil
avec ce verre ardent, dit qu'il avoit vu comme un grand lac de feu.
La fentence du Jongleur fut changée eri
une défenfe expreffe de ne jamais revenir
fur les terres des Akanças. Leur Chef, pour
prévenir la contagion du mal, défendit à --- Page 209 ---
dans PAmérique Septentrionale. 179
tous fes fujers, fous les peines les plus rigoureufes, d'avoir aucune commnunication
avec les Tribus où regne la perite vérole.
On ne doit pas même recevoir celles qui
viendront avecle Calumet, c'cft-à-dire, eri
parlementaire.
Vous jugez fans doute, ainfi que moi,
que la conduite de ce Cacique eft affurément
très-fage, & mérite de grands éloges. Le
fait que je viens de vous rapporter donne
lieu à bien des réflexions, dignes d'être
pefées par ceux qui veillent à Ia confervarion de lefpece humaine.
Je vous ai dit que les Jongleurs font ici
les fonétions de Prêtres, de Médecins, de
Chirurgiens,& veulent fe faire paffer pour
Devins. Ces peuples n'ont pas la moindre
connoiffance de l'anatomie, ni des inftrumens dont fe fervent les anatomiftes pour
faire des ampurations. Ils ne peuvent pas
même comprendre comment un homme
peut vivre privé d'uri membre. Ils font encore bien plus étonnés lorfqu'on leur dic
qu'ily a dans l'ancien monde des hommes
auxquels on a ravi la faculté de produire --- Page 210 ---
176Nouyeaur
leurs femblables,
Voyages
pour les faire
la chaferé des
gardiens de
femmes, Ou pour leiur
ver la voir enfantine
confer
f1).
Ces Américains
plus Tufage où font n'approuvent les
pas non
tiler les animaux
Européens de mu:
la Nature,
domeftiques. LAureur de
Ila donné difenr-ils, n'a rien fait en vain.
deux oreillcs au chien
fervir
pour lui
d'ornement, au boeuf & au
une longue queuc
cheval
chaffer les
garnie de crins; pour
maringouins & les
les tourmentent
mouches qui
le plus pur de leur cruellement, en leur fuçant
ils avoient
fang, & contre lefquels
fendus. Si nécefirement befoin d'être dénous les leur ôtons, nous
l'ouvrage du grand E/prit,
gâtons
avec fageffe. C'eft à
qui a tout faic
TPhomme, chétive
ture, d'admirer
créamonde;
Touvrage du Maitre du
puifque tous les êtrcs
fur la terre, dans Pair & fous qui exiftent
chofes de valeur,
l'eau font des
c'eft-à-dire, des chefs-
(I) Un Pape philofophe
mencé d'abolir dans fes Etats (Benoît XIV) a comdigne des Afiatiques,
cet ufage barbare &
d'ceuvre
faic
TPhomme, chétive
ture, d'admirer
créamonde;
Touvrage du Maitre du
puifque tous les êtrcs
fur la terre, dans Pair & fous qui exiftent
chofes de valeur,
l'eau font des
c'eft-à-dire, des chefs-
(I) Un Pape philofophe
mencé d'abolir dans fes Etats (Benoît XIV) a comdigne des Afiatiques,
cet ufage barbare &
d'ceuvre --- Page 211 ---
dans PAmérique Septéntrionale. : i77
d'oeuvre dans leur efpece. Ils difent auffi
la faignée n'eft pas néceffaire, parce
que faut conferver le fang comme étant la
qu'il
fource de la vie.
Il eft vrai que la nature a fait naître les
Sauvages dans un pays où ils ne font jamais
comme les Européens, à avoir lcs
expofés,
membres écrafés fous des édifices en pierre,
fracaffés
les effets funeftes
emportés ou
par
de la poudre à canon, d'une bombe ou d'un
boulet: Ils font auffi à l'abri des accidens
caufés par une voiture quelconque, n'en
connoiffant d'aucune efpéce.
Leurs armes offenfives & défenfives font
des maffues, des lances faites d'un bois
dur, des arcs & des fleches. Lorfqu'ils font
bleffés à la guerre, & que la fleche eft
reftée dans la bleffure, les Jongleurs ne ba-i
lancent
à l'arracher; mais fielle eft bien
avant dans pas le corps, ils la font paffer d'outre
en outre 2 parce que s'ils la retiroient touc
naturellement, cette fleche, faite d'une ef
de pierre à fufil taillée en langue de
pece
déchireroit les chairs. Cette opéferpent,
ration faite, le Jongleur fuce la plaie, la
M --- Page 212 ---
Nouveaur Voyages
avec une eau vulnéraire compofée
nettoye
du
de racines, d'écorce
de plantes
pays,
d'arbre & de différentes fortes de fimples
ont une vertu admirable. Ils fouffent
qui
la fait
enfuite fur la plaie une poudre qui
fécher, & une autre qui la fait cicatrifer,
fe fervant ni de charpie, ni de plune
fembleroit prouver que la
maffeau; ce qui
nature feule guérit toutes les plaies.
fe font auffi boucaner, c'eftLes Sauvages!
à-dire, paffer par une forte de fumigation.
L'étymologie de ce mot vient des Indiens
antropophages, qui, après avoir
fauvages quartiers les prifonniers qu'ils
coupé par
les mettoient fur
avoient faits à la guerre,
des claies fous lefquelles ils allumoient du
feu. Ils nommoient ces claies Barboka (1),
le lieu boucan, & P'aétion boucaner, qui
fignifie rôtir & fumer tout enfemble. Nos
aventuriers François adopterent ce mot 9
(1) Les Créoles & les blancs de l'Amérique apfaire un barboka, une efpece de fête champelloient où le plat de fondation eft un cochon maron
pêtre, l'on fait griller tout entier fur les charbons.
que
umoient du
feu. Ils nommoient ces claies Barboka (1),
le lieu boucan, & P'aétion boucaner, qui
fignifie rôtir & fumer tout enfemble. Nos
aventuriers François adopterent ce mot 9
(1) Les Créoles & les blancs de l'Amérique apfaire un barboka, une efpece de fête champelloient où le plat de fondation eft un cochon maron
pêtre, l'on fait griller tout entier fur les charbons.
que --- Page 213 ---
dans LAmirique Septentrionate.
lorfqu'ils s'établirent
parmi les
pour
chaffer. Ils firent boucanerde Sauvages
de; ils nommerent le lieu de
la vianl'action boucan, & les acteurs boucaniers.
Cettef fumigacion eft, je penfe, infaillible
pour chaffer les rhumacifmes, la
la gravelle & d'autres
goutte s
qu'on applique le remede infirmités, pouryu
ne foit invétéré,
avant que le mal
J'ai été moi-méme témoin
de Pépreuve qu'a fait un Européen de
méthode de boucaner.
cette
Ily avoit environ fix
femaines qu'il avoit au pied droit
teinte violente de
une atleurs les
goutte 2 avec des douplus aigues. Ilréfolut de fe mettre
entre les mains d'un fameux
nation
Jongleur de la
appellée Tonika, qui le traita de la
maniere fuivante.
Il fit bouillir dans une chaudiere
fortes de
toutes
fimples s des feuilles de laurier
rouge & blanc, du baume, de la
des racines de bois de
cicronnelle,
branches de
fallaffras, avec des
pin & de cirier, arbriffeau
croît dans la Caroline
qui
la Louifiane,
méridionale & dans
Mij --- Page 214 ---
Nouyeaux Voyages
Ce Sauvage Médecin plaça enfuite la
chaudiere fous une efpece dedôme fait avec
des cerceaux, fur lefquels il étendit une
de cerf paffée pour concentrer la fupeau mée des racines & des herbes odoriférantes.
II fit mettre au goutteux le pied malade
immédiarement au-deffus de la chaudiere ;
il répéta plufieurs fois cette opération, &
TEuropéen fe trouva parfaitement guéri.
Je l'ai vu depuis aller à la chaffe, & vaquer
à toutes fes affaires fans reffentir la moindre incommodité. Vousv voyez vous-même,
mon cher ami, que ce remede eft tout
naturel. II eft aifé de concevoir que les
efprits les plus fubtils & les fels volatils des
fimples, enlevés par la vapeur, pénetrent
entierement Ies humeurs coagulées qui
caufent la douleur. L'effet de cette fumigation étant d'empécher l'humeur gourteufe
de fe fixer fur aucune partie, en la rendant
fuide, la fait circuler plus aifément, dif
fout les vifcofités d'une lymphe épaiflie. A
l'égard de la gravelle, dont tant de gens
ont le malheur d'être affligés, cette méf
la vapeur, pénetrent
entierement Ies humeurs coagulées qui
caufent la douleur. L'effet de cette fumigation étant d'empécher l'humeur gourteufe
de fe fixer fur aucune partie, en la rendant
fuide, la fait circuler plus aifément, dif
fout les vifcofités d'une lymphe épaiflie. A
l'égard de la gravelle, dont tant de gens
ont le malheur d'être affligés, cette méf --- Page 215 ---
dans PAmérique Septentrionale. 181
thode eft la plus fure & la meilleure, à
caufe qu'elle fait évacuer l'urine par les
pores (1).
C'eft avec un plaifir inexprimable que
je vous fais part de cette découverte : rien
n'eft plus cher au monde que la confervation de l'efpece humaine; I'homme fenfible
doit fans doute en faire le principal objet
heude fes recherches. Que jem'eftimerois
reux fi le remede que je viens de vous indiquer pouvoit contribuer à la guérifon ou
(1) A Paris, une perfonne qui ne pouvoit uriner
fans reffèentir les douleurs les plus vives, fut tout
de cette cruelle maladie par la
d'un coup foulagée
Elle lui fut ordonnée
méthode de cette fumigation.
M. Paulet, qui confacre fi utilement & avec
par zele
toutes fes veilles pour foulager
un
infatigable
les maux qui affiégent Phumanité.
fudoriIl eft tout fimple que la vapeur des plantes
fiques & diurétiques provoque la fueur, k paffant
dans le corps à travers les pores de la peau, doit
néceffairement faciliter la fortie des pierres en dilatant le canal de l'uretre fans lui caufer des irritations comme pourroitfaire! la fonde, en crifpant cette
qui eft extrêmement fenfible & délicate ; ce
partie, caufe l'inflammation & la gangrene : le malade
qui
fuccombe après avoir bien fouffert.
M 11) --- Page 216 ---
Nouveauz Voyages
des goutteux !
du moins au foulagement atteint le but que
Je me féliciterois d'avoir
je m'étois propofé.
artaquées de ce mal pourLes perfonnes
faire l'effai de ce remede,
ront fans danger
eft fort naturel & fort fimple.
puifqu'il
qui ont été boucanès,
Tous les François
s'en font très-bien trouvés (1).
Ily a bien des gens en Europe qui penles Sauvages ne peuvent point emfent que
Ce
j'ai dit du
poifonner les Aeches (2).
que
vieillard Jongleur peut me fournir une
du contraire. Si d'après ma propre
preuve
befoin d'autres
expérience j'avois encore
La méthode de I'Auteur
(I) Note derbditeur. d'habiles Médecins & par d'experts
eft adoptée par fe font honneur de leur art. Elle ne
Chirurgiens qui
à divers Lecteurs dans toutes
déplaira pas non plus
l'intérêt qu'ils
fortes d'états & de conditions, par
doivent y prendre.
des effais faits à Leide
(2) On a connoiffance
rapportées
en 1744, avec des fleches empoifonnées,
qui
du nouveau monde par M. de la Condamine, & de
piqua, en préfence de feu M. Mushembroek qui exMM. Van-Swieten & Albimus 2 deux poulets
pirerent quelques minutes après.
eurs dans toutes
déplaira pas non plus
l'intérêt qu'ils
fortes d'états & de conditions, par
doivent y prendre.
des effais faits à Leide
(2) On a connoiffance
rapportées
en 1744, avec des fleches empoifonnées,
qui
du nouveau monde par M. de la Condamine, & de
piqua, en préfence de feu M. Mushembroek qui exMM. Van-Swieten & Albimus 2 deux poulets
pirerent quelques minutes après. --- Page 217 ---
Septentrionale. 18;
dans Amtrigue citer la relation d'un
autorités, je pourrois
célebre Chirurgien qui a habité long-temps
& fur-tout PIle de la Tortue.
T'Amérique,
au fujet de la plante
Voici ce qu'il rapporte
& avec
vénéneufe qui croit dans ce lieu,
affurément empoifonner
laquelle on peut
feulement l'édes Aeches, qui, en effleurant
les
des hommes & des animaux,
piderme
font mourir promptement. dela' Tortue avoit
>> Une Dame de PINe
elle
Efclave noire fort jolie :
>> une jeune
par un garçon
>>
fut long-temps pourfuivie Efclave; mais
étoit auffi
>> du lieu, qui
lui, elle le
d'amitié pour
>> n'ayant poine
& lui dit qu'elle
>> maltraita de paroles,
à fa maitreffe. Trois jours
>> s'en plaindroit
la jeune Né-
>> après, ce garçon furprit
fur une nate pendant
>> greffe qui repofoit
Tendroit où
>> la chaleur du jour. Comme
&
elle dormoit étoit ouvert,ily entra,
>>
de la fille, il lui mit des
> s'approchant
entre les deux or-
>> feuilles d'une plante
la Dameap-
>> teils. Quelque tempsaprès,
Elle fut
fa
mais en vain.
>>
pella Négreffe,
& l'ayant trou-
> obligée de la chercher;
M iv --- Page 218 ---
Nouveaur Voyages
fortement pour PéS vée, elle la pouffa
Efclave
Mais cette malheureufe
> veiller.
fommeil dont on ne re-
> dormoit d'un
voyant un acSa maitreffe,
5> vient jamais.
& me
fi funefte, me ft appeller,
S cident
comme je viens de le
>> raconta le fait
d'un petit
Elle l'avoit appris
>> rapporter. avoit vu le Negre amoureux
> enfant qui
de la Négreffe.
5 mettre la feuille aux pieds
voir
Pouverture du cadavre, pour
5) Je fis
Je ne trou-
> s'il n'étoit point empoifonné.
les
trace du poifon; je pris
> vai aucune
trouvées entre les ofavoit
33 feuilles qu'on
fur un
en faire Texpérience
5> teils, pour
de même.
chien endormi. Il en mourut
xc
fis autant fur un autre qui ne dormoit
33 J'en
reffentit aucun mal. Tous
52 pas; maisiln'en ainfi
moi, étonnés
S les affiftans furent
que
redoude voir la force du poifon de cette
S table plante >,
parce que
Cette Lettre eftun peu longuc,
féparer des faits qui ont
jc ne voulcis pas
avec les autres,
beaucoup dc rapport les uns
flatter votre curiofité.
& qui peuvent
Scc.
Je fuis,
Au Pays des Akangas, le 13 Décembre 1770.
mal. Tous
52 pas; maisiln'en ainfi
moi, étonnés
S les affiftans furent
que
redoude voir la force du poifon de cette
S table plante >,
parce que
Cette Lettre eftun peu longuc,
féparer des faits qui ont
jc ne voulcis pas
avec les autres,
beaucoup dc rapport les uns
flatter votre curiofité.
& qui peuvent
Scc.
Je fuis,
Au Pays des Akangas, le 13 Décembre 1770. --- Page 219 ---
Septentrionale. 185
dans PAmérique
CINQUIEME
LETTRE
Au M É M E.
defeription des mceurs des Akangas.
Courte
Propriétl de la fameufe racine appellée par
Gareul-Oguen, 6 par les
les Sauvages
Précis
Chinois & les Tartares Genz-eng.
de cequi arriya danslIfle dAmhiflorigue
Amiral
boine, à Dom Pedre d'Acuhna,
E/pece de Comédie donnée a
Portugais.
PAuteur, par les Akangas, qu'ils apla danfe de chafe des bétes faupellent
de M.de Boisbriand
vages. Harangue
commiau Peuple Illinois. Cruauté que
Indienne.
renttrois Eranpainfrancfamille
M: voici enfin, Monfieur, au comble
voeux. J'ai reçu votre lettre avec
de mes
au-deffus de toute expreflion.
un plaifir relue & la relis encore la plume
Je Pailue, Je vois lame de mon ami peinte
à la main.
lettre. Toujoursmémes
dans cette précieufe
L'homfentimens; toujours même langage. --- Page 220 ---
Nouveauz
me
Voyages
vrai n'en connoît jamais
parlez-vous toujours
qu'un ; auffi
Je m'étois
celui de la franchife,
adieu
imaginé que vous aviez dit
aux Mufes. Je fuis enchanté
trompé, puifque vous voulez, édem'étre
de votre vie, cultiver les
jufqu'à la fin
lettres
ment. La petite
par amufepiece qui
votre lettre, eft toute charmante, accompagne
en eft. ingénieux ;
Le plan
le dénouement l'incrigue bien conduize,
fujet. J'ai
exaétement tiré du fond du
trouvé le ftyle aifé,
fleuri dans certains endroits,
gracieux,
énergique dans
d'autres, en un mot toujours
chofes que vous trairez. La
propre aux
ple, douce,
poéffe eft fimje puis m'y harmonieufe; mais autant que
connoître, un peu
vers le milieu, Je fens bien tropnégligée
l'étre dans cet endroit;
qu'elle devoit
mais feulement jufqu'à un certain point, & il me paroit
vous avez été au-delà. Voilà
que
cette négligence
Pourquoi
très-bel
3 qui auroit produit un
effet, fi elle n'avoit été un
trop affeétée 3 m'a paru un défaur. peu Ce
morceau tropdépourvu
mon
d'ornemens, eft, à
avis, un peu fec & languiffant. Ily
cet endroit;
qu'elle devoit
mais feulement jufqu'à un certain point, & il me paroit
vous avez été au-delà. Voilà
que
cette négligence
Pourquoi
très-bel
3 qui auroit produit un
effet, fi elle n'avoit été un
trop affeétée 3 m'a paru un défaur. peu Ce
morceau tropdépourvu
mon
d'ornemens, eft, à
avis, un peu fec & languiffant. Ily --- Page 221 ---
Septentrionale. 187
dans TAmérique
d'ailleurs dans la piece des images touta
à-fait riantes.
du ruiffeau qui coule auLa defcription
de la cabane, 5 offre des idées neuves.
près
font parfaitement deffinés, 9
Les caraéteres
& forment un contrafte des plus piquants.
fimplicité du bon
J'aime à voir la groffiere
avec la fineffe de dame
Nicaife 3 figurer
Jeannette ? elle ne
Margor. Et la petire
eft.
fut pas fi fotte, toute ingénue qu'elle
Vraiment, mon cher ami, c'eft bien dom-
,
refferré dans votre
mage que vous ayez
forfijoli. Il ne
porte-feuille un badinage
tira
du mien, puifque vous l'exigez.
pas
moins vrai (foit dit en
Mais il ne fera pas
vous faites un
paffant & fans flatterie I que
encore une fois,
vol au public. Quoique,
des beaux arts que
vous ne vous occupiez
de revendivotre plaifir, il a droit
pour
tout ce qui fort de votre plume (1).
quer
M. Douin s'eft occupé dans le fein de la paix.
(1) donné. au Public une Tragédie, un Opéra, s
Il a
de Flore,
une bagatelle fous le nom d'Almanach livret tavec
qui plut beaucoup au feu Roi; un petit --- Page 222 ---
Nouveauz Voyages
Oui, tout ce qui peut l'amufer ou l'inf
truire, lui appartient inconreflablement.
Je vois, par le détail que vous me faites
de VOS amufemens, que vous n'avez rien
changé à la diftribution de VOS
Des bras d'une femme aimable, momens.
que vous
avez été chercher au nouveau
monde, &
que vous chériffez autant qu'elle mérite de
T'être, vous allez à votre cabinet; de
votre
cabiner 2 s vous allez parcourir les fociétés
aimables & utiles : de-là, votre goûr &
votre penchant vous attire aux fpo@tacles.
Vous êtes dans cette bruyante ville de Paris, au milieu d'un cercle de
plaifirs décens qui fe renouvellent tour-à-tour.
foixante-deux eftampes d'un deffein
titulé Etrennes
précieux, infouhaiter
d'Efope aur François. Il feroit à
que cet Officier, qui a parcouru une grande
partie du globe 2 voulut mettre au jour les
qu'il a fiits, tant en Afie qu'en
voyages
blic les verroit
Amérique. Le Pupeut - être avec autant de plaifir
que d'intérêt ,M, Douin ayant accompagné M. Dupleix dans le temps de fes glorieufes
& dans le temps que la Compagnie floriffoit expéditions >
l'Inde, & que le nom François étoit
dans
Rois & des Peuples d'Afie.
refpecté des
2 voulut mettre au jour les
qu'il a fiits, tant en Afie qu'en
voyages
blic les verroit
Amérique. Le Pupeut - être avec autant de plaifir
que d'intérêt ,M, Douin ayant accompagné M. Dupleix dans le temps de fes glorieufes
& dans le temps que la Compagnie floriffoit expéditions >
l'Inde, & que le nom François étoit
dans
Rois & des Peuples d'Afie.
refpecté des --- Page 223 ---
dans PAmérique Septentrionale. 189
Mais que fait mon ami, vous écriezvous avec une curieufe inquiérude ? que
fait mon ami parmi une nation d'hommes qu'on nomme fauvages ? Gardezvous de le plaindre , cher camarade. Il
jouit du plus charmant fpeétacle dont on
puiffe jouir ; contemplant 'Auteur de tant
de merveilles. Il goûte avec un plaifir
inexprimable tout ce que peut lui procurer
ce nouveau monde. Ils'occupe à herborifer, tantôt dans des vallons, dans des forêts, tantôt fur des collines, ou dans des
plaines incultes, 2 bornées par des lacs &
des rochers. Il fait les plus utiles réflexions
dans une contrée oùt la nature a prodigué
des richeffes qu'elle a refufées aux autres
parties de la terre. Outre les mines d'or
& d'argent qu'elle y a placées, elley fait
croître les plantes les plus précieufes &
les plus falutaires.
Les animaux qui vivent dans le nord
fourniffent des fourrures rares & recherchées. Ces tréfors attirent l'attention de
F'Europe,qui, dans fon fyftême politique,
les
de l'Améne néglige point
productions --- Page 224 ---
Nouveauz Voyages
rique, Ses habitans
grofliers en
toute la valeur, Leurs moeurs
ignorene
retracent
fimples nous
peut-étre le tableau des premiers
hommes. Tout préfente ici de quoi intéreffer le Philofophe, le Nacuralifte
Commerçant,
& lc
Le long féjour que j'ai fait dans ce
m'a mis à portée de le connoître pays,
m'infruire de tout CC qui
2 & de
& coutumes des
concerne les ufages
rives du
peuples qui habitent les
grand fleuve de Miffifipi.
voyageurs exaéts
Quelques
duétions
2 en confidérant les
de cette terre, 3 ont marqué pro- leur
étonnement de ce qu'on les
ont fait entrevoir les
négligeoit. Ils
duftrie & l'activité
avantages que linJ'aifuivileurs
pourroient en retirer,
obfervations, & j'yjoins celles
que j'ai eu occafion de faire fur les
dudtions de ce climat. On ne fauroit prorépéter ce qui eft utile, D'ailleurs trop
petits dérails dans lefquels
7 les
feront, fans
je vais entrer
doute, intéreffans
étre qui penfe.
pour tout
Jc le dirai encore ; les
peu connus, s ne méritent Sauvages s trop
pas l'efpece d'a-
ervations, & j'yjoins celles
que j'ai eu occafion de faire fur les
dudtions de ce climat. On ne fauroit prorépéter ce qui eft utile, D'ailleurs trop
petits dérails dans lefquels
7 les
feront, fans
je vais entrer
doute, intéreffans
étre qui penfe.
pour tout
Jc le dirai encore ; les
peu connus, s ne méritent Sauvages s trop
pas l'efpece d'a- --- Page 225 ---
dans PAmérigue Septentrionale. 191
viliffement où ils font dans l'opinion générale. Leurs Bourgades, peu nombreufes,
reconnoiffent des chefs. Chezquelques-uns, 2
des diftinations établies. Leurs gueril y a
& redoutent
riers font fenfibles à la gloire,
linfamie. La plupart des vices civilifés leur
Leurs loix, auffi fimples
font inconnus.
mettent un frein à ceux
que leurs moeurs,
eux. Ils ont une
qui fe font gliffés parmi
elle eft
religion. Dans plufieurs endroits,
fans cérémonie. Mais par-tout on trouve
l'idée d'un Etre fuprême. Tous
toujours
reconnoiffent la néceflité; ;
les hommes en
Fidolâtrie monf
& les erreurs abfurdes de
font
trueufe auxquelles plufieurs Nations
toujours P'univerfalité
livrées 3 prouvent Dans tous les temps &
de cette croyance.
ont redans tous les lieux 2 les Peuples
Pexiftence de la Divinité, 2 & fenti
connu
avoient de fon appui. Avec
le befoin qu'ils
des idées auffi pures, ces Peuples ne faudes ufages qui paroiffent
roient adopter
font
contraires à la nature 2 & qui
puifés
dans la fociété de ceux qui en font trèséloignés. --- Page 226 ---
Nouveauz Voyages
Il me fouvient d'avoir lu dans
Auteurs s que les Sauvages alloient plufieurs
fulter le diable fur les
convérirable
myfteres & fur leur
nature 2 & qu'ils fe
fur
far réponfe, Je
régloient
puis vous affurer fur ma
pre expérience que cela eft abfolument profaux. Bien loin de fouhaiter d'avoir
grande familiarité
une fi
avec le Prince des ténebres, ils adreffent, dans les affaires difficiles, tous leurs voeux à leur Manitou
faux Dieu, fans jamais
ou
à fes
penfer à Satan ni
fuppors 2 qu'ils craignent beaucoup.
D'après cette crainte,
ces
quieftgénérale parmi
Peuples, & qui leur eft infpirée dès
l'enfance, voudroient -ils le
agir en
confulter, &
conféquence de fes réponfes P Ce
que j'ai trouvé de bien louable
hommes
parmi des
que nous avons la barbarie
peller barbares, c'eft
d'apeux de
qu'iln'y a point chez
pauvres qui aillent
autres pour vivre, ni de importuner les
ces mendians de
profeffion qui fe mettent des
des feuilles corrofives
plantes &
fur leurs membres
pour les enfler & y faire des
s
afin d'exciter Ia
playes >
compaffion des palfans,
ce
'ai trouvé de bien louable
hommes
parmi des
que nous avons la barbarie
peller barbares, c'eft
d'apeux de
qu'iln'y a point chez
pauvres qui aillent
autres pour vivre, ni de importuner les
ces mendians de
profeffion qui fe mettent des
des feuilles corrofives
plantes &
fur leurs membres
pour les enfler & y faire des
s
afin d'exciter Ia
playes >
compaffion des palfans,
ce --- Page 227 ---
dans Amérique Septenirionalt. 193
ce qui fait que ces miférables prennent
une vie fainéante & à
du goût pour
le voit
charge à la fociété 2 comme cn
chez les Peuples de FEuropé. Il eft honceux-ci n'imitent point les Améteux que
ricains, chez lefquels la veuve & l'orphelin
font nourris au dépens du public. Ceux
travailler à de péqui ne peuvent point
font
à chaffer -
nibles exercices 3
employés
& épouvanter les étourneaux qui viennent
leur récolte de mais, lorfqu'il eft
manger
font des hara
encore tendre. Quelques-uns
les pécheurs, des arcs & des
pons pour les chaffeurs ; & de cette mafleches pour
niere, ils ne font pas inutiles à la fociété
dont ils font membres,
Lesaccouchemens: font ici fort commodes
pour les hommes. Les femmes ne reftent
long-temps couchées ; & l'on ne fait
pas
très-petite dépenfe en T'honneur du
qu'une
nouveau né. Je me trouvai un jour 3 par
hafard, dans un lieu où une femme roige
étoit en travail desfat.lesckiesmsdips
pouffer le moindre cri, ni faire la moindre
plainte, même au plus fort de la douleurs
N --- Page 228 ---
Nouvezur Voyages
qui ne dura tout au plus qu'un
après lequel temps elle alla quart-dhenre; fe laver
fon enfant.
avec
Les femmes Indiennes
tr'elles. La nature les
s'accouchent enart. Elles difent
a inftruites dans cet
bien
que les Européennes font
plus indécentes que les Américaines,
quin'employent pas le miniftered deshommes
pour cette opéracion, quiregarde direêtement les femmes, inftruites à cet effet
la dextérité de leursmains,
par
celles des hommes.
plus petites que
On ne connoît point ici
tout cet attiraildemenues hardes,
des langes, desbandeaux,
comme
desbeguins, &c.
cependant les enfans eroiffent extrêmement
vite, & font mieux conftirués &
que les nôtres. Auffi-tôr
plus fains
que l'enfant eft
on T'enveloppe dans une peau fine &
né,
& on le porte au
paffée,
Jongleur, ou
qui lui donne le nom d'un facrificareur,
le renard, le
animal, tel que
tigre, l'ours,. &c.
Je me rappelle qu'en
montois la riviere de la 1759, lorfque je
Mobile
au pays des Allibamons,
pour aller
je m'arrérai dans
une
S perite Bourgade Indienne, nomméa
'enfant eft
on T'enveloppe dans une peau fine &
né,
& on le porte au
paffée,
Jongleur, ou
qui lui donne le nom d'un facrificareur,
le renard, le
animal, tel que
tigre, l'ours,. &c.
Je me rappelle qu'en
montois la riviere de la 1759, lorfque je
Mobile
au pays des Allibamons,
pour aller
je m'arrérai dans
une
S perite Bourgade Indienne, nomméa --- Page 229 ---
dans Pimériquie Septentrionaie. 195
Tenfa. Le patron de mon bateau me fic
rémarquer une femme rouge qui venoit
d'accoucher dé deux énfans, d'un garçon
blanc ou metif, & d'uné fille noire. La
couleur dé cette derniere frappa tellement
la mere, qu'elle la jeta dans la riviere, &t
nourrit & éleva le blaric : voila, comme
vous voyez, Monfieur , dans un individu
trois nuances diférentes : une mere rouge
un enfant blane ou metif, & uné
ou cuivrée,
fille noire.
n'eft point nouveau eri
Ce phénoméne
Amérique. Je crois àvoir lu quelqué part
fémme de la Virginie accoucha d'un
qu'uné
enfantblanc; 5 & vingt-quatre heures après;
d'uri autre quiétoitnoir ce qui prouvoié
manifeftement au mari linfidélité de fori
époufe. Mais cêtte rufée Angloife trouva
encore le moyen de fe juftifier du crime
d'adultere qu'elle avoit commis avec un
efclave Negre, en difant qu'après que
(1) Quand on dit noir, c'eft-à-dire d'une teinté
tendante au noir ; car les enfans negres naiffent
blancs, & noirciffent par degrés.
N ij --- Page 230 ---
Nouyeauz Voyages
fon mari fur forti d'auprès
alla la
d'elle, un Negte
trouver dans fon lit, armé d'un poignard, la menaçant de lui percer le fein fi
elle réfiftoit. Elle fauvaainfi, fans avoir
la Lucrece, fa vie & fon honneur
fait
des hommes, & fut abfoute. du aux yeux
fon mari lui avoit intenté
procès que'
en juftice.
La curiofité eft naturelle à l'homme. Ce
penchant 3 fi utile lorfque
eftimable, m'a
l'objet en eft
porté à lire dans le livre
de la nature. Je me fuis adonné,
recherche des mines
non à la
des
d'or, mais à celles
fimples qui croiffent dans cette
du monde, J'ai trouvé dans
partie
racine
ces forêts une
que les Sauvages appellent gareuloguen, qui fignifie dans leur langue cuifled'homme. Les Chinois & les Tartares la
nomment
gent-eng , qui fignifie la même
chofe, Ne doit-on pas conjeéturer de
dénomination
cette
commune chez ces différens
Peuples 3 que TAmérique Septentrionale
tient à la Tartarie
s ou à quelque pays
contigu, ou à l'un & l'autre? Comment
en effet leurs habitans auroient-ils
le méme nom à la méme
donné
plante P
, qui fignifie dans leur langue cuifled'homme. Les Chinois & les Tartares la
nomment
gent-eng , qui fignifie la même
chofe, Ne doit-on pas conjeéturer de
dénomination
cette
commune chez ces différens
Peuples 3 que TAmérique Septentrionale
tient à la Tartarie
s ou à quelque pays
contigu, ou à l'un & l'autre? Comment
en effet leurs habitans auroient-ils
le méme nom à la méme
donné
plante P --- Page 231 ---
Septentrionale: 197
dans Amtrigue Louifiane eft fitué dans la
Le pays de la
de PAmérique Seppartie la plusnord-ouelt
dont
tentrionale, vis-à-vis la Tartarie,
croyent que font venus les.
quelques-uns
monde.
premiers habitans de ce nouveau
occidentale de PAmérique ne
Si la partie
continent avec la Tarforme pas un même
tarie elle n'en fauroit être féparée que
détroit. Les peuples les plus
par un petit
fuivent les faifons
proches de la Tartarie,
leur bétail de la même ma-
& font paitre
ici
niere que les Tartares. Il ne s'agit pas
desmots corrompus & qu'on
de T'étymologie
rétablit jamais qu'en les forçant. Ils'agit
ne
de leur fignificarion.
des
Le geng-eng eft fi précieux aux yeux
P'achettent fouvent le poids
Chinois, qu'ils
plus. Le Roi de
de.l'or 3 & quelquefois
Tartarie un
Siam envoye tous les ans en
détachement de dix mille Soldats pour
dont la récolte eft
cueillir cette plante, s
Médecins
Les
interdite aux particuliers.
des titres
Chinois ont décoré cette racine
Ils la qualifient de preles plus pompeux.
N iij --- Page 232 ---
Y98
Nouveauz Voyages
miere plante du monde, de recette
mortalité, d'efpric pur de la terre, d'imElle croît nacurellement dans les
de la Louifiane & du Canada,
forêts
pagnie des Indes en a tiré de
La Comlonies
ces deux Coune grande quantité, qu'elle a fait
tranfporter en Afie, & qu'elle a vendu fur
le pied de celui de Tartarie,
cians Chinois. Ce
s aux Négocommerce auroit duré
long-temps, & auroir apporté des richefles
immenfes dans le Canada & dans la Louifiane, fi l'avidité de quelques
ne l'avoir
particuliers
tout-à-coup fait tomber. Ces Né
gocians, au lieu d'en faire la récolte
mois de Septembre, qui eftle
au
parfaite
temps de fa
maturité, le cueilloient au mois
de Juin. Ce
bonae
geng-eng, qui avoit perdu fa
qualité & toute fa force
bientôt dans le difcrédit,
s tomba
& les marchands
refta invendu :
ja confiance des perdirent pour toujours
Chinois.
Le connoifance de cette racine m'a été
donnée par
des
Atakilabemingo 2 doyen & chef
Jongleurs du pays des Akanças, Ce bon
ite
temps de fa
maturité, le cueilloient au mois
de Juin. Ce
bonae
geng-eng, qui avoit perdu fa
qualité & toute fa force
bientôt dans le difcrédit,
s tomba
& les marchands
refta invendu :
ja confiance des perdirent pour toujours
Chinois.
Le connoifance de cette racine m'a été
donnée par
des
Atakilabemingo 2 doyen & chef
Jongleurs du pays des Akanças, Ce bon --- Page 233 ---
Septentrionale. 199
dans Amérique
eft âgé de plus de cent ans, puifhomme connoiffance d'avoir vu M. de
qu'il avoit
cet Officier deflorfqu'en I 683
la Salle,
découvrir l'emboucendit le Mififipi pour
Médecin
chure de ce Aeuve. Ce Sauvage
fi
affuré qu'il étoit parvenu à un âge
m'a
d'une boiffon faite du
avancé par le moyen
les François qui
fuc du geng-eng, 2 & que
auffi ref
avoient fait ufage, en avoient
en
bons effets, puifque pendant leur
fenti les
ils n'avoient
féjour au pays des Akanças,
befoin ni de Médecins, ni d'Aporhieu
caires Européens (1 ).
Botanifte ne
Il eft furprenant qu'aucun
la
étudié à connoitre
fe foit jufqu'à préfent
dont les
vertu & les propriétés des fimples remedes.
Sauvages compofent tous leurs
crois fermement que les fimples feroient
Je
L'Académic des Sciences de Paris s'exprime
(1)
1718, art. Gent-eng : Ses principales
ainfi , année
le fang, de fortifier l'eftovertus font de purifier
foible, de
de donner du mouvement: au pouls
mac 7
chaleur naturelle, & d'augmenter I'huréveiller la
meur radicale,
N iv --- Page 234 ---
200.
Nouveauz Voyages
plus falutaires & plus
efficaces, 3 même fur
les Européens qui habitent T'Amérique,
les médicamens
que
qu'on nous apporte d'Europe. Quand nousles recevons, la plupare
font gârés T 2 & ont perdu leur plus grande
force. D'ailleurs, il fe fait un changement
fenfible dans notre tempéramment à caufe
des alimens du pays, &c de l'air que nous
refpirons. Il paroir certain que les remedes
de ce continent opéreroient plurôt & plus
radicalement la guérifon de nos maladies.
Le théamériquain a naturellement, auffibien qu'à la Chine, l'odeur de violette. Il
eft vrai qu'il l'a moins forte foit
parce
qu'ila été cueilli avant fa parfaite marurité,
ou trop long-temps après que les feuilles
ont été mûres, foit parce qu'on les a ex-.
pofées au foleil, qui fair, par fa chaleur,"
évaporer Jeur odeur natureile, comme on
le voit dans Jes fleurs d'oranges & de citronniers, les rofes, les jafmins & les tubéreufes. Les fleurs expofées au folcil ne
rendent prefque pas d'odeur 2 tandis que
la nuit, le foir & le matin elles embaument
l'air. Il eft cependant conftant que le thé
'on les a ex-.
pofées au foleil, qui fair, par fa chaleur,"
évaporer Jeur odeur natureile, comme on
le voit dans Jes fleurs d'oranges & de citronniers, les rofes, les jafmins & les tubéreufes. Les fleurs expofées au folcil ne
rendent prefque pas d'odeur 2 tandis que
la nuit, le foir & le matin elles embaument
l'air. Il eft cependant conftant que le thé --- Page 235 ---
dans PAmérique Septentrionale. 201
de T'Amérique a naturellement cette odeur
de violette; ; & il ne feroit pas difficile de
dui'en donner autant qu'à celui de la Chine.
Il s'agiroit de chercher avec un peu plus
d'application quel eft le temps propre à le
cueillir, & la maniere de le faire fécher.
Selon le rapport du Pere Labat, un Chirurgien d'un vaiffeau de Nantes, qui charde la Trinité de la
geoit au Cul-de-Sac
Martinique, avoit amaflé une quantité confidérable de thé du pays, qu'il vendit trèsbien en France fur le pied de celui de la
Chine. Tous ceux qui en avoient acheté
s'en louoient beaucoup, & auroient perfifté dans le même fentiment, file vendeur
n'eût eu l'imprudence de dire que ce thé
venoit de la Martinique, & qu'il avoit eu
feulement la peine de le cueillir & de le
faire fécher fur un linge au foleil, en le
remuant fouvent , afin qu'il fechât plus vite
& plus également. II ne lui en fallut pas
davantage pour décrier fa propre marchandife. Dès-lors on y trouva des défauts
qu'on n'yavoit point remarqué, & dont on
ne fe feroit peut-être jamais apperçu. Tant --- Page 236 ---
Nouveauz Voyages:
Timagination préoccupée a
il eft vrai'que
la raifon à nos
fouvent plus de part que
ufé
enfuite ce
jugemens ! >> J'ai
, ajoure
Setiee, plufieurs fois de ce thé , & j'en
fait
à des gens qui paffoient
> ai
prendre
ils n'ont
> pour connoiffeurs. Cependant Martile thé de la
>> jamais pu diftinguer
je
de celui de la Chine 3 quoique
> nique
de deux tafles qu'on
> les euffe avertis que
des
> leur préfentoit, 3 il y en avoit une
>> Iles Françoifes.
lettre fur le
Ce que j'ai dit dans cette
commerce du geng-eng, que T'imprudence de la
& P'avidité de quelques Négocians m'a fait
Compagnie des Indes fit tomber,
arriva à PIfle d'Amreffouvenir de ce qui
Amiral
boine, une des Moluques, à un
Portugais, lorfque cette Nation, autrefois
découvrit ces Ifles fameufes,
fc conquérante,
dont les Hollandois fe font depuis emparés
C'eft d'un de fes defcenexclufivement.
à Lifbonne, que je
dans, que j'ai connu
tiens cette anecdote.
de
Dom Pedre d'Acuhna ( c'étoit le nom
découvrit que les Ifles d'Am
P'Amiral)
1-Daminicain
une des Moluques, à un
Portugais, lorfque cette Nation, autrefois
découvrit ces Ifles fameufes,
fc conquérante,
dont les Hollandois fe font depuis emparés
C'eft d'un de fes defcenexclufivement.
à Lifbonne, que je
dans, que j'ai connu
tiens cette anecdote.
de
Dom Pedre d'Acuhna ( c'étoit le nom
découvrit que les Ifles d'Am
P'Amiral)
1-Daminicain --- Page 237 ---
dans PAmérique Septentrionale. 203
en abondance, & fans
boine produifoient
mufcade, le macis & le gérofle,
culture, 2 la
Marfeillois alloient
que les Vénitiens & les
acheter à grand frais à Alexandrie, & venau poids de l'or. Il dedoient en Europe
s'émanda au Roi Liliboi, dont l'Empire
Ifles de Céran & de Banrendoit jufqu'aux
da, de charger fa flotte d'épices, en payant
retour de ces marchandifes 2 un prix
en
Amboiniens, mais
de grande valeur pourles
bien
confidérable aux yeux des Portupeu derrès-mauvais couteaux, des
gais. Cétoit
de petits miroirs,
cifeaux de même qualité,
du vieux linge, de la vieille ferraille, & des
grains de verre de toutes couleurs, qu'on
dans le commerce raffade & verroappelle
terie.
d'Amboine étoit le pere de fes
Le Roi
Peuples. Il fut ravi de trouver une pareille
occafion de les enrichir. Il careffa beauPAmiral d'Acuhna, le combla d'honcoup
lui
neurs extraordinaires 3 au point qu'il
d'entrer à fon audience publique à
permit
& qu'il tourna vers le Portucloche-pied,
P'audience fut
gais fon cul royal, quand --- Page 238 ---
Nouveauz Voyages
finie, pour difpenfer "'Amiral de s'en
tourner à
requatre pattes, comme le porte
l'étiquette.
Ce ne fut pas tout. La Reine
âgée de cent
mere s
vingt-trois ans (1), mâcha à
moitié un Bethel(2), & le mit elle-méme
de fa main majeftueufe & tremblante
la bouche de lAmiral. Le
dans
hafard favorifa
même le Seigneur Portugais
que la derniere dent de la jufques-la,
maftication du
Reine, que la
bethel avoir enlevée de fon
antique alvéole, pafla de fa bouche
dans celle de l'heureux
royale
d'Acuhna.
(I) On vit long-temps à Amboine. M.
dans fon
Gemini,
Indien voyage autour du monde, nous parle d'un
qui mourut vers le commencemenr du
dent fiecle, âgé d'environ
précénal de
quatre cents ans, JourVerdun, Février 1720.
(2) Les Indiens mélent des feuilles de
plante avec des noix d'Areck & un
de cette
Ils
peu chaux.
appellent ce mélange ladon. En mâchant le
bethel, ils en tirent un certain fuc
avalent. Puis ils crachent un
rouge qu'ils
refte dans la bouche
marc rouge qui leur
> après qu'ils ont tiré
vertu de la drogue,
toute lz
cents ans, JourVerdun, Février 1720.
(2) Les Indiens mélent des feuilles de
plante avec des noix d'Areck & un
de cette
Ils
peu chaux.
appellent ce mélange ladon. En mâchant le
bethel, ils en tirent un certain fuc
avalent. Puis ils crachent un
rouge qu'ils
refte dans la bouche
marc rouge qui leur
> après qu'ils ont tiré
vertu de la drogue,
toute lz --- Page 239 ---
dans PAmérique Septentrionale. 205
: La Cour fourioit à l'Étranger, en frémiffant de rage de le voir comblé de faveurs
aufli inouies. Mais le bon Roi Liliboi enrichiffoit fes Peuples, il étoit heureux ; &
fes bontés pour l'Amiral augmentoient chaque jour.
la récolte faite, la fotte PorCependant
tugaife ne fe trouva qu'à moitié chargée.
L'Amiral obtint la permiflion d'hiverner à
Amboine, afin d'y attendre le retour de la
faifon pour achever fon chargement. Quarre
mois fe pafferent fans trafic, parce qu'il n'y
avoit plus d'épices. Mais bientôt les vivres
vinrent à manquer aux Portugais; nouvelle
branche de commerce pour les heureux
Amboiniens. Les Portugais furent contraints de rouvrir leurs tréfors. Les grains
de verre & la vieille ferraille recommencerent à fortir de leurs vaiffeaux. Lesavides
Indiens forçoient nature, & couroient juf
qu'à Poulo, Cambelu, & même à trente &
quarante lieues de diftance, pour en apporter à la flotte des boeufs, des poules, outardes, bled d'Inde, ,riz, parares,ignames,
bananes, millet, & autres comeftibles de
toute efpece, --- Page 240 ---
Noiveauz Voyages
Bientôt les vivres devinrent chers
boeuf qui deux mois
; & tel
auparavane fe vendoié
pour une vieille chemife, avoit monté à
miroir de fix
un
fols, 2 un & même deux cou=
teauxà manche de corne; & fouvent même
étoit-on obligé d'y ajouter
vieux clous rouillés. Les
quatre ou cinq
Amboinieris
cians chantoient victoire. Ils
négodes richeffes immenfes.
accumuloient
foient la
Les Pigri (1) faiquête, en mangeoient une
& après avoir troqué le refte
partie ;
tugais
avec les Porpour des richeffes
employoient
Européennes, ils
fagement leurs fonds en
fons dans la
&
maiCapirale
en belles tertes feigneuriales; le tout fans préjudice d leuryau
de pauvreté,
Les Grands affermérent leurs
proportion du
terres à
prix des denrées, c'eft-àdire, qu'ils triploient leurs baux. Le
croyoit étre riche,
peuple
porter le luxe
parce qu'il les voyoit
au point d'orner leurs éléphans de colliers de verre, dont
quelques
(1) C'eft ainfi qu'on appelle à Amboine
moines mendians,
certains
le tout fans préjudice d leuryau
de pauvreté,
Les Grands affermérent leurs
proportion du
terres à
prix des denrées, c'eft-àdire, qu'ils triploient leurs baux. Le
croyoit étre riche,
peuple
porter le luxe
parce qu'il les voyoit
au point d'orner leurs éléphans de colliers de verre, dont
quelques
(1) C'eft ainfi qu'on appelle à Amboine
moines mendians,
certains --- Page 241 ---
dans Amérique Septentrionale. 207
d'ua vieux luftre de Liftns, provenant
comme des ceufs. Les
bonne, étoient gros
étoient toujours pleines lesjours
guinguettes
On y buvoit le thari ou
de Tamafah (1).
vin de palme avec excès ; quand On avoit
bien bu, on oublioit qu'on avoit eu faim la
veille, & qu'on auroit faim le lendemain.
Cependant les femmes qui travailloient,
qui mangeoient peu & qui ne buvoient que
de l'eau, les enfans, qui ne travailloient pas
& qui euffent bien voulu manger, demanderent du riz ou l'équivalent à leurs maris
Ceux-ci déferterent leurs
& à leurs peres.
fureurs de leurs
maifons pour fe dérober aux
femmes & aux cris aigres de leurs enfans.
Sept à huit mille, tant maris que peres, s
affemblés fur la grande Place, 9
fe trouverent le Palais du Roi Liliboi. La garde
devant efcortoit alors le dîrier du bon Monarque.
Onfe jeta fur la nef. Ur pas vers la fédition
conduit bientôt à une rebellion ouverte,
fur-tout quand il y a huit mille rebelles dans
compofé d'environ vingt-cinq
un Royaume
(1) Ce font les dimanches à Amboine. --- Page 242 ---
Nouveauz Voyages
mille habitans. Ce fut le cas à
tout fut en armes, tout cria à la famine. Amboine;
Le Vifir Sapori, de la race des
eut le courage de
Olimas,
que les
repréfenterau Roi Liliboi
Etrangers qui l'avoient enrichi de
fuperfuités, l'avoient réellement rendu le
Prince le plus pauvre de toutes les Moluques. Le Roi & fon Confeil en
aifément; la
convinrent
Les
preuve exiftoit dans la révolte,
Portugais qui étoient à terre furent
maffacrés & mangés comme ennemis. Leurs
magafins furent pillés; &
à la voile, s'écrioit
T'Amiral,mettane
: Que les
font ingrats ! L'Amiral avoit Amboiniens
pouvoit les accufer
tort, Il ne
que d'avoir été
& avides; & il eût dà convenir aveugles
été lui-même
qu'il avoic
avare & imprudent.
Les Akangas font toujours
foin deme
occupés du
procurer les divertiflemens qu'ils
jugent les plus agréables. Ils viennent
me donner une efpece de comédie
de
exécurent
qu'ils
fouvent, & qu'ils appellent la
danfe de chaffe des bétes
fauvages. Ils ont
plufieurs airs pour cette danfe, & fe fervent
du chichikois ou bien de
pots couverts de
parchemin,
ic
avare & imprudent.
Les Akangas font toujours
foin deme
occupés du
procurer les divertiflemens qu'ils
jugent les plus agréables. Ils viennent
me donner une efpece de comédie
de
exécurent
qu'ils
fouvent, & qu'ils appellent la
danfe de chaffe des bétes
fauvages. Ils ont
plufieurs airs pour cette danfe, & fe fervent
du chichikois ou bien de
pots couverts de
parchemin, --- Page 243 ---
dans 1. Amérique Septentrionale. 209
fur lequel ils frappent avec un
parchemin 9
bâton garni au bout de laine enveloppée
dans des peaux, pour marquer la cadence
le fon des Aûtes faites
& pour accompagner
de rofeaux.
Les aéteurs pouffent de grands cris, &
les uns
font un dhatahtenibie,ropelies
les autres, & parlant éntr'eux au fujet de
l'animal qu'ils chaffent. Ils font tous couverts
de peaux de tigres, d'ours, de loups; de
cerfs & de taureaux fauvages, & portent
des bonnets de la même forme que la tête
de ces animaux. Ils tiennent à la main des
bâtons, des lances & des dards, des maliues
ou des haches, avec iefquclles ils menacent
de tuer la béte qu'ils pourfiuivent:
Ily en a qui, comme s'ils chalibient déjà
la bête, courent après un home de ia méme maniere que des animaux féroces pourfuivroient dans un défert un Sauvage pour le
dévorer.
Celui qui eft ainfi pourfuivi, doit être
fort agile & léger à la courfe. Le fuyard eft
dans la même agitition & fait les mêmes
mouvemens qu'un homme qui feroit envi0 --- Page 244 ---
Nouveauz Voyages
ronné de monftres acharnés
contre lui. Il
court, il fe débat, il frappe çà & là fur
prérendus animaux, qui,
ces
après bien des
courfes, le prennent & font femblant de le
manger. Cette danfe eft pleine
d'adtion, de
cris,dehurlemens, Elle approche
de la danfe de
beaucoup
guerre ou dechevelure, dont
j'ai donné la defcription dans
mes précédens
Voyages.
Cette fête a été fuivie de troubles.
eft ici en combuftion. De
Tour
jeunes étourdis
Akangas, coureurs d'allumettes
enlevé des femmes d'une
(1), onr
Nation appellée
Cadodaguio. Vous jugez bien que ceux-ci
veulent tirer vengeance de cette infulte.
Pour prévenir une
guerre, qui ne pourroit
(I) Dans le nord de
reurs d'allumettes les T'Amérique, on appelle coldes maitreffes, Ils
Sauvages qui vont chercher
ailument un morceau de bois de
pin gras, & vont à la porte de la cabane de la fille
qu'ils recherchent pour femme; & fi elle
elle fouffe l'allumette, & alors le
l'agrée 2
fommé : mais f le
mariage eft congalant ne lui plait pas, elle lui
tourne le dos, & le galant' fe retire, pour aller
chercher fortune ailleurs.
érique, on appelle coldes maitreffes, Ils
Sauvages qui vont chercher
ailument un morceau de bois de
pin gras, & vont à la porte de la cabane de la fille
qu'ils recherchent pour femme; & fi elle
elle fouffe l'allumette, & alors le
l'agrée 2
fommé : mais f le
mariage eft congalant ne lui plait pas, elle lui
tourne le dos, & le galant' fe retire, pour aller
chercher fortune ailleurs. --- Page 245 ---
dans PAmérique Septentrionale. 211
qu'étre funefte à CCS deux braves Nations,
leur ai propofé d'aller moi-méme chez
je
fairc les fonêtions de
les Cadodaguio, pour
médiateur. Je compré partir après-demain,
accompagné de deux notables Akangas, &
Soldat Sans-peur. Je ferai muni du
de mon
de la Nation qui me donCalumet de paix
le caraétere d'Ambaffadeur. Il m'er
nera
d'eau-de-vie, quelcoûtera quelques pots
rouleaux de tabac pour les hommes;
ques
& des colifichets ou babioles en quincailleles femmes. Mais ces
rie d'Europe pour
dans la circonfpetits facrifices doivent-ils,
tance préfente, être comptés pour quelque
chofe?J'en ferois volontiers de plus grands,
empêcher Pefufion du fang humain,
pour & fur-tout celui de mes chers Akanças.
M. de Santilly, ancien Capitaine dans
m'a raconté une hiftoire arrinos Troupes, M. de Bienville étoit Gouvée du temps que
verneur de la Louifiane.
Des aventuriers François, ou plutôt des
barbares, y commirent une aation qui déshonore Phumanité. Ces coureurs de bois rendans un lieu ifolé, près du facontrerent,
Oij --- Page 246 ---
Nouvedur Voyages
meux lac Maurepas, une pirogue dans laqueile il y avoit un Sauvage, fa femme
fon fils, d'une Nation
&
appellée
amie &alliée delanôtre. Ces
Chadas,
Indiensavoient
fait pendant i'hiver une affez bonne
& venoient à la Mobile
chaffe,
y traiter des
de pelleteries en
paquers
échange avec des marchandifesd'Europe, car les Sauvages,depuis
l'arrivée des François dans leur
pays, ne
peuvent plus s'en paffer comme ils faifoient
ci-devant.
Ils étoient fur le bord du lac, cabanés à
l'entrée du bois qui le termine, où ils faifoient tranquillement bouillir leur chaudiere. Ces brigands, indignes du nom François, mais avides de peaux d'ours, de chevreuils & de tigres, bien plus cruels
animaux
que ces
mêmes, (puifqu'ils ne détruifent
point leur elrece, qu'au contraire lorfque
deux ours fe rencontrent dans les
ils fe lechent & fe careffent déferts, 9
mutuellement. I ) ces perfides Boucaniers,
dis-je, 5
(I) Réflexion d'un Sauvage. Mémoires fur la
Louifiane, parM. le Sage.
aux d'ours, de chevreuils & de tigres, bien plus cruels
animaux
que ces
mêmes, (puifqu'ils ne détruifent
point leur elrece, qu'au contraire lorfque
deux ours fe rencontrent dans les
ils fe lechent & fe careffent déferts, 9
mutuellement. I ) ces perfides Boucaniers,
dis-je, 5
(I) Réflexion d'un Sauvage. Mémoires fur la
Louifiane, parM. le Sage. --- Page 247 ---
dans LAmérique Septentrionale. 213
l'abominable deffein de maffacrer
formerent
Indiens 3 qui comptoient être
ces pauvres bons
& qui leur offrirent
avec leurs
amis,
généreufement une gamelle de fagamité
qu'ils avoient apprêtée pour manger enfemble.
diftance du théatre où fepalla
A quelque
tragédie, le hafard voulut
cette fanglante
petit garçon Sauvage avoit ce jourqu'un
fur un arbre fort élevé & extrêlà grimpé
dans Pintention d'y dénimement touffu,
les
cher des oifeaux nommés Moqueurs par
François, (& par les Anglois Mocking- -birds)
en font fort curieux. J'ai parlé de ces
qui
oifeaux dans la feconde partie de mes VoyaLe jeune Indien, du haut de cet arges. bre, vit commettre le meurtre, fans être
apperçu ; il eut la prudence de fe tenir
caché dans le creux de l'arbre, & d'y refter
jufqu'à la nuit tombante, qui le déroba aux
regards des meurtriers.
Ce petit garçon, auffi léger à la courfe
qu'un chevreuil, arriva tout effoufflé dans
fa tribu ; il y raconta le trifte événement
arrivé à fes compatriotes, duquel il venoit
Oi iij --- Page 248 ---
Nouveauz Voyages
d'être témoin ; mais cet enfant ne
reconnoitreles aflaffins : ilaffiura
Pouvoit
fimplemene
que c'étoit trois hommes blancs,
chacun d'un baton
> armés
creuz, avec lequel ils
avoient fait feu comme le
deux hommes
tonnerre, fur
rouges & une femme de méme couleur, qui prenoient leurs repas fur
le bord du lac; qu'enfuite ces hommes méchans s'étoient approchés de leurs victimes,
& avoient achevé de les affommer
ayec le
gros bout de leurs bâtons
creur, comme on
feroit des bétes feroces i que pour lui il
s'étoit caché comme un écureuil, dans la
crainte d'éprouver un pareil traitement fi
malheureufement il eût été découvert
ces barbares, qui l'auroient fans doute tué par
pour avoir fes oifeaux, & peut-être mangé,
Le bruiz de cet affaffinar fe répandit bienrôt à la Mobile, Sur cet indice, M. de Loubois, alors Licutenant de Roi, & Commandant pour Sa Majefté dans cette contrée,
donna ordre à M. de Santilly, Oflicier de
cette garnifon, d'en partir fur le champ,
avec un détachement moitiéfoldats &moitié
Sauvages, pour alier à la rencontre de ces
oute tué par
pour avoir fes oifeaux, & peut-être mangé,
Le bruiz de cet affaffinar fe répandit bienrôt à la Mobile, Sur cet indice, M. de Loubois, alors Licutenant de Roi, & Commandant pour Sa Majefté dans cette contrée,
donna ordre à M. de Santilly, Oflicier de
cette garnifon, d'en partir fur le champ,
avec un détachement moitiéfoldats &moitié
Sauvages, pour alier à la rencontre de ces --- Page 249 ---
dans PAmérique Septentrionale. 215
boucaniers ou chaffeurs François, foupçonnés d'avoir eu la dureté d'égorger cette famille Indienne. L'Officier exécuta poncruellement les ordres de fon fupérieur, fecondé d'un fergent brave & intelligent. Ils
trouverent le furlendemain les trois homicides cabanés à la maniere des boucaniers.
Ces miférables faifoient rôtir une longe de
chevreuil, des poulets d'Inde & des gelinotes de bois, comprant fe bien régaler ;
mais ils furent lourdement trompés, & leur
gibier ne leur caufa point d'indigeftion, car
les foldats, qui étoient preffés de la faim, S
s'en repurent délicieufement.
Ces affaffins étoient donc en grande fécurité,ne croyant pas qu'ils fuffent découverts.
Au premier fignal que fit M. de Santilly 2
les gens de fon efcorte faifirent les trois criminels. Le Sergent leur dit en même temps,
d'une voix terrible : >> Ah ! maiheureux,
>> qu'avez-vous fait ? Vous avez égorgé, un
> tel jour, fur le bord du lac Maurepas,
de nos
fideles alliés.
>> trois perfonnes
plus
> Oui,dit le Caporal, le Ciel a ététémoin
> de cette méchante action, & le gibet ne
Oiv --- Page 250 ---
Nouveauz Voyages
>> perd point fes droits >. A ces paroles
quifurent un coup de foudre pour ces lâches 2
alaflins, leur ame fut refferrée, & la terreur s'empara tellement de leurs fens,
leur confeience,
de
que
chargée
ce crime fiattroce,& preffée de remords, fur caufe qu'il
y en eut un qui reprocha à fon compagnon
de Favoir engagéà commettre cette cruauté
par un motifde vil intérêt, c'eft-à-dire,
pour avoir la dépouille des bétes
fauvages;
mais qu'il reconncifoit viliblement
c'éroit parun décret du Tout puifant
que
du crime quiavoit permis qu'ils fufent vengeur
amétés,
puifque ame vivante ne pouvoit les avoir
vus dans ce lieu folitaire. >> Oui,dit-il,
>> nous fommes coupables, tant envers le
> Créateur qu'envers fes créatures ; nous
>> fommes indignes de marcher fur la terre,
> après Favoir fouillée & teinte du fang >
> innocent : nous méritons la mort >>. Par
cet aveu volontaire, le crime fut bien confraté, quoique fuivant les loix du Royaume
il fille deux témoins oculaires, & qu'un
mcurtrier ne puifle point être fon accufatcur. Mais dans cette circonftance, il étoit
tant envers le
> Créateur qu'envers fes créatures ; nous
>> fommes indignes de marcher fur la terre,
> après Favoir fouillée & teinte du fang >
> innocent : nous méritons la mort >>. Par
cet aveu volontaire, le crime fut bien confraté, quoique fuivant les loix du Royaume
il fille deux témoins oculaires, & qu'un
mcurtrier ne puifle point être fon accufatcur. Mais dans cette circonftance, il étoit --- Page 251 ---
Septentrionale. 217
dans TAmtrique
& même de la politique
de la bonne police
nombre parmi
des François établis en petit
Colonie
des Nations fauvages, de purger la
de ces trois monftres.
à la Mobile,
Ils furent donc embarqués
lieues
fur le lac Maurepas, qui a cinquante Or-
& amenés à la nouvelle
de traverfe,
militairement par
léans, oit ils furent jugés
effet. Les
de guerre tenu à cet
un Confeil
le compofoient
opinions des Officiers qui
atteints &
furent que ces trois frélérats,
d'avoirlachement: maffacré cette
convaincus
réparation de leur
famille Indienne, pour
feroient transférés de la nouvelle
crime,
afin d'y être paffés
Orléans à la Mobile,
d'une
les armes, & cela en préfence
par
affemblée de Sauvages Chadas,
nombreufe
recevoir les
qui devoient venir à ce pofte y
le Gouverneur étoit obligé tous
préfens que
ordre du Roi,
les ans de leur diftribuer par
entretenir cette Nation belliqueufe
pour
qu'elle pouvoir: metdans nos intérêts, parce
fur pied.
tre alors quatre mille guerriers la bonne
Depuis cette juftice éclarante,
entre les hommes blancs
harmonie regne --- Page 252 ---
Nouveauz Voyages
& les hommes rouges de cette contrée (1 ):
M. le Marquis de Vaudreuil, fucceffeur
de M. de Bienville, a maintenu ces Peuples
en bonne intelligence avec notre Nation ;
il a même été fouvent médiateur des différends entr'eux & leurs voifins : auffi le nom
de Vaudreuil eft encore en vénération dans
cette partie du monde.
Je terminerai certe lettre par une anecdote connue des anciens habitans François
établis au pays des Illinois, à l'occafion de
M, de Boifbriand, Lieutenant de Roi &c
Commandant de cette Contrée. Je tiens ce
fait du méme M. de Santilly, adtuellement
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
Sain-Louis,ancien Capitaine dans les troupes que le Roi enrretenoir ci-devant à
la Louifiane.
M. de Boifbriand, s Officier d'un mérite
difingué,n'avoit point ces avantages de la
nature qui préviennent les gens cn leur faveur : il étoit né avec une épaule plus haute
(I) Cette hiftoire renferme une morale qui pourroit être d'une grande utilité.
uellement
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
Sain-Louis,ancien Capitaine dans les troupes que le Roi enrretenoir ci-devant à
la Louifiane.
M. de Boifbriand, s Officier d'un mérite
difingué,n'avoit point ces avantages de la
nature qui préviennent les gens cn leur faveur : il étoit né avec une épaule plus haute
(I) Cette hiftoire renferme une morale qui pourroit être d'une grande utilité. --- Page 253 ---
dans PAmtrique Septentrionale. 219
Tautre, ce qui le rendoit un peu voûté.
que
défeêtuofités n'empécherent cCToutes ces
M. de Bienville, alors Goupendant pas
de le propofer
yerneur de la Louifiane >
du Fort
au Roi pour le Commandement
de Chartres, conftruit par les François,
des Illinois. Auffi-tôt qu'il y fut
au pays
de chaque
rendu, il y reçut des Députés
du corps de la nation
Tribu dépendante
Illinoife. Ces délégués étoient tous beaux
hommes (1), & même choifis pour repréfenter la Nation auprès du nouveau Commandant François : fa petite ftature chod'abord ces Américains ; mais après
qua
ils furent frappés du difcours éloquent que
(1) Les Illinois font par les quarante degrés latitude nord, Les Peuples de cette belle & fertile
Contréefont d'une taille avantageufe. Pendant près
années
ai refté, je n'y ai point vu
de fix
que j'y
comme dans
d'hommes ni de femmes mal tournés,
l'ancien continent. J'ai expliqué, 2 dans THiftoire
le méchanifme qui caufe la bonne
de mes Voyages,
conftitution du corps des Amdicsienéptenadiense imiles Nations hyperboréennes de l'Europe
que
avec le plus grand fuccès.
tent aujourd'hui --- Page 254 ---
Nouveauz Voyages
M. de Boifbriand leur adreffa
3 qui étoit
analogue au génie de ces Peuples
Je croirois n'avoir
fauvages.
fi
pas rempli mon
je ne vous en donnois
objer,
l'analyfe.
Après que ce Commandant
reçu des mains du
François eut
Cacique nommé
pechengouya, le facré Calumet de Papavous favez, Monfieur,
pair, car
de fumer à la Cour que c'eft l'étiquette
des Indiens occidentaux, la cérémonie faite, M.de Boilbriand
harangua lui-méme, fans le fecours de l'interprete ; voici à- peu - près fes
> Illuftre & valeureufe
termes :
Nation
> alliée & amie des
Illinoife,
François,
> oreilles
ouvrez vos
pour écouter ma parole
>> vraie, auffi
qui eft
pure & claire que le
> qui paroir
foleil
aujourd'hui fur T'horifon &
> que je prends à témoin,
>
>> du Maitre de Punivers, comme l'agent
>> Le grand Chefdes François
> vous ne l'ignorez
au-delà demeure,
pas,
du
>> lac d'eau
grand
falée, 3 dans l'ancien
>> où des hommes
monde,
blancs, fes fujets, font
> en auffi grand nombre que les feuilles
> des arbres de VOS forêts. Ce
puiffant
aujourd'hui fur T'horifon &
> que je prends à témoin,
>
>> du Maitre de Punivers, comme l'agent
>> Le grand Chefdes François
> vous ne l'ignorez
au-delà demeure,
pas,
du
>> lac d'eau
grand
falée, 3 dans l'ancien
>> où des hommes
monde,
blancs, fes fujets, font
> en auffi grand nombre que les feuilles
> des arbres de VOS forêts. Ce
puiffant --- Page 255 ---
dans PAmérique Septentrionale. 221
été informé, par récorie
5 Monarque ayant fideles alliés & enfans
$5 parlante 2 que fes
leurs
rouges Illinois, ainfi que
5 les hommes
Kaskakias, Mitles braves
5> confédérés
Kaokias
Penhenguichids 7
>> chigamias, 6c. lui avoient donné enl
> Tamaroës 7
de
des
fignalées
> toute rencontre
preuves
fa
inviolable envers
5> leur artachement
&
le bien dé fa Colonie,
5> couronne pour
a bien voulu m'honorer pàr
D Sa Majefté
faire de ma
S le choix qu'Elle a daigné
venir réfider fur vos
> perfonne 3 pour
conférver toujours
> terres, afin de les
des
& pour vous donner
S> blanches (1),
de fa bonté pater-
>> marques authentiques c'eft à jufte titre
>> nelle, puifqu'il fait que
les hommes rouges Illinois fe qua-
>> que de fes enfans. Cette prédileftion
> lifient
Empereur des Fran-
>> de la part du grand
m'au-
&
me flatte infiniment,
>> çois, qui
même
quie
3> torife à vous dire en
temps
fuis
de corps, mon coeur eft
>> fi je
petit
dans
loger, comme
> allez grand pour y
Parabole qui fignife terre où la paix regne.
(1) --- Page 256 ---
Nouveaur Voyages
>> une fpacieufé cabane 9 tous nos enfaris
>> les hommes rouges Illinois.
>> Je viens donc pour vous ratifier
cette
s parole 2 qui eft celle du plus tendre
>> pere & du meilleur Roi de la
> puifque je fuis chargé de
terre s
vous
>>
de fes magafins, des marchandifes apporter
>>
qu'il
vous envoye pour couvrir VOS femmes
>> & vOs jeunes filles ; car le coeur de ce
> grand Chef des hommes blancs fouffre
> beaucoup de favoir que fes enfans les
>> hommes rouges, font dignes de pitié;
> (c'eft-à-dire qu'ils ont le
corps nu) en
>> outre, pour les faire vivre de viande de
>> chaffe, les faire redouter & les défendre
>> contre VOS ennemis mortels les Renards,
>> je leurapporte des armes blanches', des
> fufils, de la poudre & des bales. Et
> comme un véritable pere, ily a ajouté
de fon lait (1) pour réjouir & donner de la
>) vigueur aux vénérables vicillards de la
(I) Les Sauvages de la Louifiane appellent l'eaude-vie de l'eau de feu, ou le lait des François. Je
me reffouviens que Iorfqu'ils venoient voir M, de
,
>> je leurapporte des armes blanches', des
> fufils, de la poudre & des bales. Et
> comme un véritable pere, ily a ajouté
de fon lait (1) pour réjouir & donner de la
>) vigueur aux vénérables vicillards de la
(I) Les Sauvages de la Louifiane appellent l'eaude-vie de l'eau de feu, ou le lait des François. Je
me reffouviens que Iorfqu'ils venoient voir M, de --- Page 257 ---
dans PAmbrique Septentrionale. 223
afin qu'ils confeillent fagement
5 Nation,
&: leur recommanS les jeunes Guerriers,
de ne point perdre ref5 dent expreffément
c'eft-à dire, de ne jamais fe moquer
>> prit,
du Maitre de la vie ou de Etre faprime,
>
contre la nation des
5 qui vous protégera
> fins Renards, vOs ennemis perpétuels.
ils étoient affez téméraires
> Et fiaprès,
> pour venir vous morguer pendant que je
s réfiderai fur vOs terres 2 vous me verrez
je marcherai alors
3) élevé,c'efl-a-dire que
des
à la tête de tous
5 fur la plante
pieds,
valeureux
François & I25 mes
guerriers
à >> linois, avec des gros fulils (petites pieces
)
ces auda-
>>
d'artillerie I qui foudroyeront
& nous ferons des
35 cieux fanfarons 2
2) bourres à canon de leurs chevelures.
faurez donc
le grand Chef
>> Vous
que
> de tous les François ne manquoit nulde
mieux faits & bien
> lement
Capitaines
moi
venir dans
>> plus grands que
2 pour
Macarty, notre Commandant aux Illinois, ces Indiens difoient, nous allons voir notre pere, & en
même temps pour tetter de fon lait. --- Page 258 ---
Nouvedur Voyaget
3> votre pays; mais cet augufte Souverai
>
apprébendoit, avec jutteraifon,
s'il
>> en eût
que
envoyé un autre que moi
>> expliquer fa parole royalé
pour
; cet autre
>> François n'eut pu la rendre à fes enfans
>5 les hommes rouges avec la même
force
>> ou la même intelligence;
>> été informé
parce qu'il a
que je parle comme vous
>> la langue illinoife (1); voilà
>> pourquoi le bon
précifément
Monarque des
>>
m'a
François
préféré aux Capitaines plus
>> de fon vafte
grands
Empire - 5 pour venir dans
>> votre pays, avec fes marchandifes &
>> munitions de
fes
guerre, 2 afin que je vous
>> en fafle la répartition fuivant fes
> que j'exécuterai
ordres,
ponétuellement fans
>> en foit détourné
qu'il
une aiguille (2),
(I) L'idiôme Illiriois eft extrêmement diilicile à
aprendre.Cependant M. de Boilbriandfi
les difficultés de cette langue
furpaffaroures
fi
barbare, & il l'apprif
parfaitement, que par l'ufage qu'il en
eût dit qu'elle lui étoit naturelle.
ft, l'on
(2) Ii s'eft commis des abus inouis à la Louifiane
durant la derniere guerre, concernant les
des Sauyages. On a vu à la nouvelle Orléans préfens
, des
Ce
re.Cependant M. de Boilbriandfi
les difficultés de cette langue
furpaffaroures
fi
barbare, & il l'apprif
parfaitement, que par l'ufage qu'il en
eût dit qu'elle lui étoit naturelle.
ft, l'on
(2) Ii s'eft commis des abus inouis à la Louifiane
durant la derniere guerre, concernant les
des Sauyages. On a vu à la nouvelle Orléans préfens
, des
Ce --- Page 259 ---
dans PAmbrigie Sepientrionale. 225
Ce difcours fut écouté avec le plus profond filence, auquel fuccéderent des applaudiffemens de toute l'affemblée.
En réponfe, le plus ancien Orateur de
ia Nation fit une haranguc. Ces difcours
donnent fouvent occafion à des réfexions
morales & fublimes. Vous en jugerez $
Monfieur, par le fens que renfermé la tra=
duction fuivante.
a
dans nos coeurs
>> Ta parole pénétré
le trait d'un arc.
5 auffi promptement que
>> Nos guerriers & nos jeunes gens, qui foufur
, t'a-
>> vent ne jugent que
lapparence
>> voient auparavant, comme designorans,
5 méprifé ; mais ils reconnoiffent préfenteS ment, avec juftice 7 que tu es plus haut
>> en lumiere & en valeur, que ne font
5 les étoiles fur nos têtes, & que tu es
en
& en con-
>> plus profond
pénétration
les
du fleuve de
> noiffànce que
goufres
le Miffifipi ou
> Méchallepi ( appellé
marchandifes forties des magafins du Roi pour les
préfens , qui ont été fouftraites & vendues enfuite
pour le compte de Sa Majefté,
P --- Page 260 ---
Nouveauz Voyages
>> le fleuve
Saint-Louis, par Ics
>> ils penfent comme moi,
François);
>> de ton efprit
que c'eftla force
qui a empéché ton
>> de croître. Auffi le Maitre de la corps
>> l'Auteur de la
vie, ou
nature,. t'a
>> dédommagé de la petite copieufement taille
>>
de ton
corps > en r'accordant la grandeur de
>>. l'ame, avec des fentimens vraiment
5 roiques, pourdéfendre &
hé-.
> leurs ennemis, les hommes protégercontre
>> nois & leurs alliés,
rouges Illiqui s'cfforceront
>> gagner ton amitié, & en même
de
5> qui chériffent T'adopcion
temps
qu'a bien voulr
>> faire de notre Nation le grand
22 reur des François.
Empe:
>> En conféquence, nous te
très
5> inflamment de mander, dans prions
Pécorce
>> parle, à notre pere, le grand
qui
>>.
Chefdes
hommes blancs, que nous ne trouvons
>> point dans notre langue des termes affez
> expreffifs Pour le. remercier de l'atten-.
>> tion paternelle qu'il a bien voulu avoir.
>> -pour notre Nation, en
>> fur notre terre afin de la envoyant réfider
>> jours
conferver toublanche, un Capitaine de valeur.
ès
5> inflamment de mander, dans prions
Pécorce
>> parle, à notre pere, le grand
qui
>>.
Chefdes
hommes blancs, que nous ne trouvons
>> point dans notre langue des termes affez
> expreffifs Pour le. remercier de l'atten-.
>> tion paternelle qu'il a bien voulu avoir.
>> -pour notre Nation, en
>> fur notre terre afin de la envoyant réfider
>> jours
conferver toublanche, un Capitaine de valeur. --- Page 261 ---
Septentrionale. 227
dans PAmérique
pénétrés d'amour enSS tel que toi.Aufli,
Chef, & pour lui én marS vers ce digne
fincere & vive reconnoilance,
5 quer notre
des confidérés ou des no22,, nous dépurerons
aller de l'autre côté du grand
> tables pour
dans
> lac d'eau àcre, affurer notre pere
des
:
cabane, au grand village
> fa grande
que nous voulons vivre
> François (1),
fes
Sdeles alliés & enfans
5> & mourir
plus
hommes
Illinois.
> les
rouges
contient l'éloge le plus
Ce compliment
J'ai fait mention, dans la premiere Partie de
(1)
Américains qui
mes Voyages, de ces Ambaffadeurs
pafferent en France en 17253 ils furent préfentés
décora le Chefd'une médaille avec fon
au Roi, qui avoir auff ld flle d'un Cacique, de
portrait ; il y
Ia Nations des Miffouris, que M. de Bourmont, qui
commandoit ie Fort d'Orléans dans cette partie de
la terre > amena avec lui en France. Cette Indienne
fut baptifée dans T'Eglife de Notre-Dame de Paris.
la Princefe des Mifouris- J'ai vu,
On l'appelloit
mariée en
en 1751, deux de fes enfans 2 ayant été
France avec M. Dubois, Officier d'Infanterie, &
du Roi pour la langue Illinoife; il fut
Interprete enfuite Commandant chez les Miffouris.
nommé
P ij --- Page 262 ---
Nouveaur Voyages
flatteur de M. de Boifbriand, dont la més
moire eft encore chere aux Indiens de cette
partie de l'univers. Je vous écrirai à mon
retour pour vous apprendre le fuccès de
ma négociation. Je fuis, &c.
Du Pays des Akanças 2 Le 22 Féyrier 17716 --- Page 263 ---
dans PAmérique Septentrionale. 229
LETTRE
SIXIE ME
Au MÉME.
L'Auteur part du pays des Akangas pour
aller porter le Calumet de paiz chet une
Nation appellés Cadodaquio. Son difcours
aloccafion de leursfemmes, qui avoient été
enlevées pardejeunes étourdis Akanças. IL
fait la pair à la farisfadion des deur
Parties. IZ eft conduit enfiite cheg une
autre Tribu appellée Natchitoche, & de-là
lui donnent des guides
cheg . les Cénis, gui
pourferendre au Pays des Attakapas,jadis
mangeurs dhommes. Ces Peuples font
Religiongouvernés perunchrmme-Aeume
d'un Peuple appellé par les Efpagnols,
Indios Bravos. Raifon pourguoi ils font
la guerre àtoutes les Nations du Continent
Fable d'un
de TAmérique Indien. Septentrionale. Elégie amoureufe d'un
Orateur
Député Largrhinisendtode
d'une jeune Françoife,
Jr fuis on ne peut pas plus farisfait,
Monfieur, de mon ambaflade chez la Tribu
des Cadodaguio, puifqu'àl la farisfaction des
deux Parties j'ai parfaitement réuffi à les
P iij.
Raifon pourguoi ils font
la guerre àtoutes les Nations du Continent
Fable d'un
de TAmérique Indien. Septentrionale. Elégie amoureufe d'un
Orateur
Député Largrhinisendtode
d'une jeune Françoife,
Jr fuis on ne peut pas plus farisfait,
Monfieur, de mon ambaflade chez la Tribu
des Cadodaguio, puifqu'àl la farisfaction des
deux Parties j'ai parfaitement réuffi à les
P iij. --- Page 264 ---
Nouveauz VoyagesT
réconcilier. Je m'étois rendu chez eux
pacifier les troubles qui s'étoient élevés pour -
tr'eux & les Akangas, au fujet de
enl'enlevement des femmes dont je vous ai déjà parlé,
Préfentement ces deux Nations vivent en
bonne intelligence. Je portois lefacré Calumet de Paix, garni de plumes blanches. En
arrivant, je les préfentai toutes déployées
au Chefdes Cadodaquio, avec une carotte
de tabac pour fumer, fuivant
&
l'ufage, une
caiebaffe pleine de taffia. Ce
Cacique commença par boire un coup de cette liqueur,
dont le gour le flacra extrémement. Scs Capitaines & fes guerriers
&
dirent
l'imiterent, me
après qu'ils fe trouvoient dans un
état bien différent. Ils redoublerent
encore,
jufqu'à ce que je les vis animés d'une cerraine gaicté, Ils étoient d'une humeur toutà-fait pécillante. Après avoir fait expliquer
le fujet de mon voyage, je remis au lendemain, fuivant leur coutume, à parler des
gricfs qu'ils avoient contre les Akanças.
Le Chef des Cadodaquio
convoqua une
affembléc des plus confidérés de fa Nation,
Je m'y rendis à T'heure indiquée,
accom- --- Page 265 ---
Septentrionale. 231
dans LAmérique
qui rapporta au
pagnéde mon Interprete,
Je lui
Confeil mot pour mot ma harangue.
donné, pour les idées & pour le ftyle,
avois
analogue au génie & au caracune tournure
rere des Indiens Sauvages.
Elle étoit conçue en ces termes :
Notables & Guerriers de la va-
>> Chefs,
leureufe & noble Nation Cadodaquio ,
>
oreilles pour entendre ma pa-
> ouvrez vos
la bouche de
2> role qui eft de valeur, par
Jefuis avare du fang des
>> mon Interprete..
dans mon
>> hommes rouges, que je porte
viens
femer des divi-
> coeur. Je ne
point
ils
vos freres : au contraire,
fions parmi
favoir que lorfque nous appre-
>> doivent
des diférends entr'eux,
>> nons qu'ils ont
Chefs deshommes blancs font deman-
>> les
der les Chefs des hommes rouges pour
>>
ils ne leur donnent jamais
> leur parler;
ont
bonnes
puifqu'elles
>> que de
paroles,
Nation,
but le bicn de leur
> toutes pour
à même de rendre tous
>> & de les mettre
les
chemins blancs, de façon que
> les
aller d'un
>> femmes & les enfans puiffent
terre à P'autre fans couriraucuri
>> bout de la
Piv
>> rifque.
hommes blancs font deman-
>> les
der les Chefs des hommes rouges pour
>>
ils ne leur donnent jamais
> leur parler;
ont
bonnes
puifqu'elles
>> que de
paroles,
Nation,
but le bicn de leur
> toutes pour
à même de rendre tous
>> & de les mettre
les
chemins blancs, de façon que
> les
aller d'un
>> femmes & les enfans puiffent
terre à P'autre fans couriraucuri
>> bout de la
Piv
>> rifque. --- Page 266 ---
Nouveauz Voyages
>> J'ai appris, avec autant de douleur
5 que de furprife, que l'efprit de paix ne
>> regne plus, & que la terre eft brouillée,
3 parce que de jeunes écervelés de la con-
> trée des Akanças ayoient enlevé quel-
>> ques unes .de VOS femmes. Comme ces
>> fortes de rapts occalionnent fouvent entre
>> vos voifins &c VOS alliés des cruelles
guer3> res (1), troublent le repos des maris &
5> la paix des ménages, l'objerdema miffion
S> en venant ici, eft devous apprendre
que
5 les Akanças défavouent hautement
tout
> ce qu'ont fait ces jeunes étourdis qui
a avoient perdu l'efprit ; & pour obvier
>> dorénavant à de pareils attentats, les
>> premiers qui commettront un crime fem2> blable feront trairés comme perturbateurs du repos public, & recevront com3> me tels le coup de maffue ou de cafle-téte.
(1) Pâris s'étant rendu à la Cour de Ménélas,
Roi de Sparte, profita de fon abfence pour enlever
Hélene, époufe de ce Prince ; ce qui caufa la fameufe guerre de Troye & l'embrafement de cette
Ville, après dix ans de fiége. --- Page 267 ---
Septentrionale. 233
dans Amérique
& reprit
L'interprete fit ici une paufe,
fon difcours.
donc bien fur ma parole s
>> Réféchillez
le
grand
je n'ai en vue que plus
5 puifque des hommes rouges, que je porte
> intérêt
entrailles. J'ai lieu d'efpérer
p dans mes
& que
vous écouterez mes paroles,
> que
auxréflexions qu'elles
3> vous ferez attention
&
afin qu'elles foient acceptées
> méritent,
parcequ'elles
>>
auffi parce
spmendewsenfentemeag
&
mais
> font juftes équicables,
folide la
tendent à rendre plus
>> qu'elles
demande entre vous & les
>> paix que je
laquelle je me facrifierai,
> Akanças, pour le bonheur & la tran-
> ne defirant que
Voilà ce qui
S> quillité des hommes rouges.
détourner
>> m'a fait venir ici, pour vous
freres
contre vOS
> de rien entreprendre aétuellement fous
qui font
>> les Akanças,
guerriers
du grand Chefdes
>> la proteâion
des Nations fans nom-
>> de feu (1), auquel
(I) Nom que les Indiens donnerent aux Efpa- des
lorfqu'ils arriverent dans leur pays avec
gnols
armes à feu.
defirant que
Voilà ce qui
S> quillité des hommes rouges.
détourner
>> m'a fait venir ici, pour vous
freres
contre vOS
> de rien entreprendre aétuellement fous
qui font
>> les Akanças,
guerriers
du grand Chefdes
>> la proteâion
des Nations fans nom-
>> de feu (1), auquel
(I) Nom que les Indiens donnerent aux Efpa- des
lorfqu'ils arriverent dans leur pays avec
gnols
armes à feu. --- Page 268 ---
Nouveauz Voyages
>> bre obéiffent, puifque l'étendue de terres
>> de fa domination eft f grande, que, le fo-
>> leil, quin'a point d'occident dans l'Em-
>> pire d'Efpagne, peut lui feul la mefurer
>> par fa courfe (1).
>> Vous faurez donc qu'il eft parent du
>> grand Chefde tous les François, devenu
>> par fonâgeavancé grand-pere des hommes
>> rouges. Gardez-vous bien auffi de déplaire
>> au Chef de tous les Chefs, c'eft-à-dire,
> à LAuteur de tous les Etres.
5> Ne feroir-il pas en effet bien honteux
>> que des hommes de vafcurs'entreruafent
>> pour des femmes infidelles, des profti-
>> tuées, qui ont prété la main à leurs ra-
>> vifleurs? Si elles avoient bien aimé leurs
> maris, elles ne les auroient jamais aban-
> donnés par une fuite clandeftine & crimi-
> nelle. Bien loin de répandre du fang pour
5 ces femmes impudiques, il faut plutôt
les oublier & les avoir en exécration
(I) Les Elpagnols firent imprimer une Lettre du
Roide Perfe à Charles-Quint, quiavoit pour fufcription: Au Roi qui a le foleil pour chapeau. --- Page 269 ---
Septentrionale. 235
dans PAmtrigue
leur confe font rendues, par
P paifqu'elles
indignes de frayeravec
> duite fcandaleufe,
des guerriers de yaleur.
fur
P
difcours fit une vive impreffion
Ce
& toute
Fefprit de ces héros Américains, s'étant
applaudit. Le Cacique
Pallemblée
la main, fuivant la
Jevé, vint me prendre
difant : >> Nous
çoutume des Sauvages, en elle a coulé de
recueilli ta parole :
> avons
dans nos coeurs ; elle y reftera
ta bouche
Nation exiftera
>> gravée tant que notre
qu'elle a
la furface de la terre, parce
> fur
3) la force des Aeches,
au comble de
Je lui répondis que j'étois
dans
de le voir, ainfi que fes fujets,
la joie
jexhortois viveces bons fentimens; que
de fa Nament tous les vaillans guerriers &, pour y
tion à bien garder ma parole; lui dis-je,
voila,
ajourer un nouveau poids,
donne avec
un : collier de raffade que je te
fumer.
paix, ,&d durabac pour
ce Calumetde
le fit allumer par un
Ce Chef T'accepta,
Bannarr(eoba-dine, apprentifa -
guerjeune
fumer. Je tirai
rier) ) & me le préfenta pour
& je le
une touche de boucane ou fumée,
riers &, pour y
tion à bien garder ma parole; lui dis-je,
voila,
ajourer un nouveau poids,
donne avec
un : collier de raffade que je te
fumer.
paix, ,&d durabac pour
ce Calumetde
le fit allumer par un
Ce Chef T'accepta,
Bannarr(eoba-dine, apprentifa -
guerjeune
fumer. Je tirai
rier) ) & me le préfenta pour
& je le
une touche de boucane ou fumée, --- Page 270 ---
Nouveauz Voyages
lui remis. Il le préfenta enfuite aux deux
députés Akangas & à
FInterprete, qui en
firent de même. Cette cérémonie mit le
fceau à la paix, & renouvellal la bonne amitié
qui régnoit ci-devant entre ces deux Nations. Le Cacique me fit mille remerciemens
fur le bon confeil que je lui avois donné.
Comme j'avois une extrême envie d'aller
voir la Nation appellée Attakapas, jadis
mangeurs de chair humaine, devenue célebre depuis la captiviré de M. de BelleIfle, qui fut enfuite adopté & bien traité
par ces Peuples, le Chef me donna fix
hommes pour m'efcorter, & des provifions
de bouche fuffifantes pour m'y rendre. Ces
guides me conduifrent chez les Natchitoches & chez les Cénis. Nous arrivâmes le
quatrieme jour au pays des Attakapas ( I).
(1) Lorfque j'étois obligé de voyager dans des
pays déferts, je portois avec moi ma maifon &c mon
lit, c'eft-à-dire. 2 que j'avois foin de me munir d'une
couverture de laine 011 de peau, avec une natte de
jonc pour cabaner, & me mettreà l'abri des injures
de l'air. A l'égard d'un matelas & d'un oreiller, --- Page 271 ---
Septentrionale. 237
dans tAmlrigue
& traité fort civilement par
Je fus reçu
me faanciens antropophages : plufieurs
ces
ce qui eft leur figne de
luerent de la main,
auffi d'ex*
bienveillance. Ils me régalerent
& de bluet, petit fruit qui
cellent gibier
& qu'ils font fécher
croît dans les bois,
faifons le raifin. Ils me don=
comme nous
que ces
boiffon une liqueur
nerent pour
Iakchita. Elle reffemble
Sauvages nomment
mais
à du lait d'amande pour la blancheur; la fait
plus épaille. On
elle eft beaucoup
qu'onappelle
avec du mais ou bled d'Inde,
France bled de Turquie. Ils le cueillent
en
en avoir ex*
lorfqu'il eft tendre; ; & après
effet des
préparées & coufues
j'avois pour cet
peaux dedans avec un tuyau d'une
proprement ; en foufflant
de vent : le lencanne de rofeau, 2 je les remplifois repliois la natte & le
demain je lâchois le vent > je de la felle de mon chelit, que je mettois à l'arçon chofe foir & matin lorf
val, &je faifois la même
les Indiens qui m'ont
que j'étois en route. Ce font
C'eft ainfi que la
appris cette aifance économique. & leur apprend
néceffité rend les hommesingenieux, phyfiques & morales
à fe procurer les commodités inhabitées,
de la vie, dans ces contrées
je lâchois le vent > je de la felle de mon chelit, que je mettois à l'arçon chofe foir & matin lorf
val, &je faifois la même
les Indiens qui m'ont
que j'étois en route. Ce font
C'eft ainfi que la
appris cette aifance économique. & leur apprend
néceffité rend les hommesingenieux, phyfiques & morales
à fe procurer les commodités inhabitées,
de la vie, dans ces contrées --- Page 272 ---
#38
Nouveaur Voyagei
primé le fuc dans une grande calebaffe,o
ymet du fucre de canne ou d'érable. Cetre
boiffon eft non-feulement fort nourriffante
mais fortifie l'eftomac, &
$
tempere l'acrimo
nie du fang. La plupart des femmes blan
ches qui veulent entretenir la fraicheur de
leur teint, en prennent en décodtion, &s'en
lavent la peau du vifage.
J'ai obfervé auffi que parmi les Américains & les Africains on ne voit pas, comme
chez les Européens, des gens qui aient les
dents gâtées & pourries de bonne heure.
Les perfonnes extrémement âgées les ont
très. - faines, 3 & d'une blancheur d'albâtre (1) )5 ce qu'on peut attribuer à la diférence des alimens. Les leurs ne font
point s
comme les nôtres, alfaifonnés de toutes,
fortes d'ingrédiens : auffi les docteurs Indiens qui voyent nos cuifines, difent-ils
les
que
Européens creufent leur tombeau avec
(1) Les Negres & les Négreffes font confifter:
leur beauté dans la blancheur de leurs dents ; ils les:
nertoyent avec du charbon de bois de faule pilé:- --- Page 273 ---
Septentrionale. 259
dans PAmérique
leurs dents (1)- Le fang des Européens de-
& la lymphe corrolive; ce qui.
vient âcre,
Note de PEditeur. C'eft une queftion alfez
(1)
auteur Efpaproblématique > felon dArgenfole,
de favoir lequel auroit été plus avantageux
gnol ,
humaine de n'avoir jamais eu connoifà la fociété
les épices, ou de les
fance des Iles où viennent
en
D'un côté, les avantages qu'on
avoir connues.
produifent, font fort
retire, & les revenus qu'elles
qu'elles
confidérables.1
Nunmeimnadhemntmns
périlleufes qu'elles
ont allumées 7 les navigations caufé la
d'une inffait
ont
perte
ont entreprendre, Les épices onti tréveillé la cupidité
nité de vaiffeaux.)
éloignées. On a équipé des
des Nations les plus
routes nouvelles ; on a,
flottes; on a cherché des fous des montagnes cou-.
paffe des détroits inconnus,
la luvertes de neige & de glace, non pour porter mais
à des Peuples barbares >
miere de T'Evangile
ces fatales drogues, qui
feulement pour y charger de défordres. C'eft dans ces
ont été la fource de tant
des Rois
aromates que confifte la puiffance
les
précieux
& c'eft-là ce qui a fait naître
des Molugues ;
foutenir. Qu'il faut fouvent
guerres qu'ils ont eu à
deshommes !
de chofe pour irriter la coavoitifé
peu
les rend ingénieux à
Que leur extrême corruption d'abufer de ce que la na*
trouver le malheureux meilleur! art
On peut bien nomture leur fournit de
fource de tant
des Rois
aromates que confifte la puiffance
les
précieux
& c'eft-là ce qui a fait naître
des Molugues ;
foutenir. Qu'il faut fouvent
guerres qu'ils ont eu à
deshommes !
de chofe pour irriter la coavoitifé
peu
les rend ingénieux à
Que leur extrême corruption d'abufer de ce que la na*
trouver le malheureux meilleur! art
On peut bien nomture leur fournit de --- Page 274 ---
Nouveaux Voyages
fait tomber les dents, même
aux jeunes
perfonnes.
La conttée des Attakapas,
n'eft pas moins beile que le pays Monfieur, des Akangas. Un jour de beau temps, le
la Tribu me propofà
Scigneurde
nade
une partie de
avec les premiers Guerriers. A promeeûmes-nouis fait deux lieues,
peine
vris une
que je découprairie charmante, coupée par une
petite riviere; ce qui formoit une des
belles perfpedtives du monde,
plus
La dignité de Cacigue, chez les
de l'Amérique
Sauvages
Septentrionale, n'eft poin:
héréditaire. Les
la
Caciques ne regnent que
par
vertu ; ils ne font obéis
qu'ils donnent eux-mêmes
qu'aurane
tôt qu'un Cheffe
l'exemple.Aufimontre lâche ou
ils en élifent un autre. Il;
injufte,
n'y a que celui qui
mer, par exemple, le gingembre un fruit de dif
corde, à beaucoup plus jufte titre que la
d'or de la Fable, puifqu'il a été un fujer de pomme
tion & de combats. Si les Poëtes Grecs & conteftaqui ont Farlé des Hiles Gorgones vivoient Latins
d'hui, que ne diroient-ils point des Illes
aujourMoluques ?
a faic --- Page 275 ---
dans TAmbrique Septentrionale. 241
éclatantes à la guerre, pour
a fairdesactions
ait le droit d'afla défenfe de la Patrie, qui
à la fouveraineté. Il ne fe paffe rien
pirer
ni dans T'éleation ni dans ia
de remarquable du Chef. On fe contenre de le
réception
affemblé pour cet effet,
préfenter au peuple
de
& qui applaudit par des acclamations
joie. Enfuite, le plus ancien vieillard prononce. un difcours fur les qualités éminentes
du nouveau Cacique, & ne manque pas de
celle de fes ancêtres. Il détaille le
rappeller
nombre des ennemis qu'il a tués,des prifonniers qu'il a faits, de chevelures qu'ila a enlevées, & le butin qu'il a procuré à la Nation
efclaves & en beftiaux. Il s'étend enfin
en
fur fa bonne conduire & fur
fur fa valeur,
fon expérience dans l'art de la guerre. Les
réjouillances durent trois jours; pendant ce
temps on danfe, & toute la Capitale efttraitée aux frais de la Nation.
Je ne puis me laffer d'admirer le Chef
Cacique d'une Tribu. Son attention à
ou
le bien-être & lat tranquillité à fes
procurer fujets, qu'il regarde comme fes enfans, eft
lui mérite à jufte titre le
une qualité qui
Q
fur fa valeur,
fon expérience dans l'art de la guerre. Les
réjouillances durent trois jours; pendant ce
temps on danfe, & toute la Capitale efttraitée aux frais de la Nation.
Je ne puis me laffer d'admirer le Chef
Cacique d'une Tribu. Son attention à
ou
le bien-être & lat tranquillité à fes
procurer fujets, qu'il regarde comme fes enfans, eft
lui mérite à jufte titre le
une qualité qui
Q --- Page 276 ---
Nouveauz Voyages
de famille. Avec quelle
glorieux nom de pere
ardeur ne les garantie-il point de tout ce qui
leur nuire ! quels foins ne fe donnepourroit
les défendre des furprifes &
t-il pas pour
les
des piéges de T'ennemi, pour prévenir
moindres troubles qui pourroient s'élever
eux ! On pourroit fans doute le comparmi
bon Roi dont le nom fera éterparer à ce
dont il étoit
nellement chéri des François,
le
& l'ami, puifqu'il ne defiroit vivre
pere
faire leur félicité. (henri A)
que pour
foin que le
Les Américains ont toujours
Chef foit avancé en âge; on ne voit que
très-rarement de jeunes gens 2 & encore
fouvent des femmes élevées à cette
moins
toute la Contrée des
dignité. Cependant
domination d'une
Attakapas eft fous la
femme, nommée
Quiadeslathaly.celà-dire, Régente ; elle regne avec autant
de fagelle & de conduite qu'un
de courage,
le faire. Auffi les Sauvahomme pourroit
Pont farnommée la femme de valeur,
ges
héroine. Une brillante jeunelle
c'eft-à-dire,
les cheaccompagnée de tous fcs charmes,
beau noir du monde, les traits
veux du plus --- Page 277 ---
dans PAmérique Septentrionale. 243
du vifage les plus réguliers, des yeux vifs,
teint uni, une taille majeftueufe, & fi
un
qu'il étoit impofible
bien proportionné,
belle
&
de ne la pas admirer ; une
gorge,
autant qu'il en faut pour
de Tembonpoint
de mots fon
être bien faite ; voilà en peu
La nature l'a douée des qualités
portrait.
la diftinguent
du coeur & de Tefprit, qui
Ce font
de fon fexe.
des autres perfonnes
lui ont
feules
fi eftimables qui
ces
qualités
auffieft-elle
fait obtenir Fautorité fuprême,
les Atrakapas, comme une
regardée par
fàche
chez les
divinité ; car je ne
pas que
Indiens de T'Amérique feptentrionale, ily
contrée où les hommes foient
ait une autre
femme. Suivant la façon
gouvernés par une
monde,
de penfer des Peuples du nouveau
les femmes ne doivent point commander
difentles véritables hommes , parce que,
eux
ont fait les loix, &c
ils, ce font
qui
les femmes, légeres & inconftantes,
que doivent fe méler que des affaires du méne
la
n'étant point du reffort de
nage ; guerre
timide &
ce fexe doux, naturellement
paQij
foient
ait une autre
femme. Suivant la façon
gouvernés par une
monde,
de penfer des Peuples du nouveau
les femmes ne doivent point commander
difentles véritables hommes , parce que,
eux
ont fait les loix, &c
ils, ce font
qui
les femmes, légeres & inconftantes,
que doivent fe méler que des affaires du méne
la
n'étant point du reffort de
nage ; guerre
timide &
ce fexe doux, naturellement
paQij --- Page 278 ---
< Nouveauz Voyages
cifique (1), fait pour peupler & non pour
(1) Deux illuflres Princeffes nous fourniffent
deux grands exemples du contraire. La premiere,
au nord de l'Europe, eft PImpératrice de
qui regne
le modele des Rois. L'univers 5
toutes les Ruffies,
de
étonné de fa puifance, eit encore plus furpris
l'éclat de fes vertus : & le Philofophe charmé $
admiration l'amour des fciences & des
voit avec
beaux arts, renaître des qualités les plus héroiques.
Légiflatrice d'un des plus vaftes Empire du monde,
Souveraine a la gloire d'avoir vaincu
cette augufte
fon
des
les fiers Ottomans. Elle foulage
peuples
la guerre avoit rendus néceffaires, &
impôts que
Aleziowitz avoit fi heureuacheve ce que Pierre
fement commencé. C'eft autant par ce grand ouvrage
les qualités éminentes qui diftinguent Sa
que par
Catherine II méritera d'êtré
Majefté Impériale 2 que
dans T'Hiftoire à côté de Pierre Ze Grand.
placée
à 1'Occident, eft Marie
La feconde > qui regne
Thérefe, Impératrice Douairiere, Reine Apoftolique
de Hongrie & de Bohême, qui fait l'ornement du
la
de fon fexe & P'affection de fon
trône, gloire
qui de plus a donné le jour à P'aimable
peuple,
de fes vertus, & chérie des FranReine héritiere
çois.
donneroit lieu à un Poëte
Ce feroit-là un fujet qui
du
de faire un joli Poëme: 2 intitulé le Triomphe
beau fexee --- Page 279 ---
dans PAmérique Septentrionale. 245
Cette Régente a bien fes raifons
détruire.
fe marier, crainte de partager
pour ne pas
fans en avoir jamais
fon autorité ; imitant,
d'Anla fameufe Elifabeth
entendu parler,
goûter le plaifir
gieterre. Cependant, pour
moins
ne recherche pas
de l'amour 3 qu'elle
célebre
vivement que ne le faifoit cette
elle a chez elle un jeune efReine (1),
fous
clave bien fait, à qui il eft défendu,
de la vie, de contraêter une liaifon
peine
lorfque cet efclave
avec une aure-femme;
elle a recours au channe lui plait plus,
Mais Phiftoire du paysn'offre point
gement. d'aucun favori difgracié qui ait
d'exemple
que le malfini fes jours aufi tragiquement
heureux Comte d'Efez. On dit même que
a affez d'honnêteté pour n'en
cette Régente
l'on doit conavoir qu'un à la fois, ce que
modération.
fidérer comme une grande
beaucoup de femmes de ce
Trouveroit-on
Les Anglois donnerent le nom de Virginie à
(1)
de l'Amérique feptentrionale 2 qu'ils
une découvrirent Contrée fous le regne de cette Souveraine D
qui paffoir alors pour vierge,
Qiij
heureux Comte d'Efez. On dit même que
a affez d'honnêteté pour n'en
cette Régente
l'on doit conavoir qu'un à la fois, ce que
modération.
fidérer comme une grande
beaucoup de femmes de ce
Trouveroit-on
Les Anglois donnerent le nom de Virginie à
(1)
de l'Amérique feptentrionale 2 qu'ils
une découvrirent Contrée fous le regne de cette Souveraine D
qui paffoir alors pour vierge,
Qiij --- Page 280 ---
Nouveaur Voyages
carastere, qui pouvant en toute liberté, 9
& fans redouter la médifance, 2 farisfaire
defirs ne réfervaffent leurs faveurs
leurs
que pour un feul ?
de l'un
Il y a ici quantité de perfonnes
& de l'autre fexe, qui s'abftiennent pour
du
mais beaucoup plus
un temps mariage,
d'hommes. On voit cepende femmes que
d'Indiens terminer leur carriere
dant peu
mariés à moins qu'ils ne
fans avoir été
s
jeunes. Les filles ne fe marient pas
meurent
qu'elles
fi facilement que les garçons 1 parce
nombre. Il faut qu'elles
font en plus grand
attendent que quelqu'un les recherche.Mais,
je l'aidit dans la feconde partie de
comme
en parlant des
THiftoire de mes Voyages,
Allibamones, elles ne reffentent pas pour
cela la peine de la moindre privation. Elles
fort bien fe paffer de maris ; &
peuvent
vécu plufieurs années avec
quoiqu'elles ayent
les eftides hommes qui les louent, on ne
moins. Elle ne laiffent pas de troume pas
qu'elles n'ayent point
ver à s'établir, pourvu
les
eu d'enfans 5. car fi elles ont été meres 2
Sauvages n'en veulent point, 2 difant qu'elles --- Page 281 ---
Septentrionale. 247
dans PAmerigue
femmes. Celles
ne font plus filles, mais
ont
qui ne fe marient jamais 2
cependant
de
- 2 & font répurées
le nom
proflituées contraéter quelque
telles. S'il leur arrive de
honteufe, comme cela eft prefque
maladic
elles font dans Pétat le plus
inévitable ,
fecours, abanmiférable, dénuées de tout
données de tout le monde; elles meurent
Ces Peudans Topprobre & Tignominie. un châples regardent cette mort comme
&
bien dà à leur vie déteftable,
timent
d'autant de
difent que la fociété eft délivrée
membres corrompus.
Monfieur, deux
Je yous dirai en palfant,
Si
fur les mariages des Attakapas.
mots
recherche une fille qui ait fon
un Sauvage
à lui ; alors le pere lui
pere, il s'adreffe
s'il eft bon
demandes'il eft brave guerrier,
s'il fait faire des harpons pour
chaffeur, 2
fur les lacs
& darder les poiffons
attraper
& les rivieres.
à toutes
l'amoureux a répondu
Après que
une calebafe
le pere prend
ces queftions,
deux pintes, il y verfe
qui tient environ
d'un arbriffeau
une boillon faite de feuilles
Qiv
ere, il s'adreffe
s'il eft bon
demandes'il eft brave guerrier,
s'il fait faire des harpons pour
chaffeur, 2
fur les lacs
& darder les poiffons
attraper
& les rivieres.
à toutes
l'amoureux a répondu
Après que
une calebafe
le pere prend
ces queftions,
deux pintes, il y verfe
qui tient environ
d'un arbriffeau
une boillon faite de feuilles
Qiv --- Page 282 ---
Nouveauz Voyages
qu'ils nomment Caline, & qu'ils préparent
de la même maniere que nous faifons bouillirle thé.Illa boit tout d'un feul traity remplic la calebalfe, & la préfente à fon gendre
furur, qui la boit de même, Le pere lui
fait auffi-tôr jurer qu'ilne maltraitera point
fon époufe. Le prérendu, après avoir pris
le foleil à témoin qu'il ne lui fera jamais
aucun mauvais traitement,
2 reçoit la fille
pour fa femme; ; & les nouveaux mariés fe
retirent fans autre cérémonie.
Leur premiere occuparion eft d'élever
une cabane. La femme raffemble tous les
marériaux néceffaires, & I'homme la bâtit.
IJ fait auffi une habitation que la femme
plante de toutes fortes d'arbres fruitiers,
dont ils fe nourriffent. Elle a de même le
foin de l'entretenir, 2 & de préparer tout
ce qui en provient pour boire & pour manger. La femme va tous les matins peigner
fonmari, & lui apporte à déjeûner. Après
quoi celui-ci va à la chaffe ou à la pêche.
& à fon retour , fa moitié apprêre le gibier ou le poiffon. Outre le travail 4 ordinaire du ménage d de l'habitation, la fem- --- Page 283 ---
dans PAmérigue Septentrionale. 249
à filer de la laine de boeuffaume s'occupe
dont le mari fe fait des ceintures
wage,
fe couvrir. S'ils font contens l'un de
pour
Fauere, ils ne fe quittent qu'à la mort.
Les Sauvages qui habitent bien avant dans
font incomparablement plus féles terres,
veres à punir les crimes que ceux qui
font voifins des François & des Anglois.
L'adultere, chez eux, eft un crime capital. Ils font mourir fans rémiffion Phomme & la femme coupables, s'ils font pris
en flagrant délit (1); à moins, cependant,
qu'ils ne payent, > ou leurs parens pour eux,
une forte amende en efclaves, pelleteries
(1) Cependant, admirez 5 Monfieur, la variété
qu'il y a dans la façon de penfer des différentes Nations répandues dans ce vafte continent, fur-tour
parmi cellesde la partie du nord-oueft del la Louifiane.
Les Miffouris ne font nullement jaloux de leurs
femmes ; & même la politeffe des maris de cette
contrée, lorfqu'ils reçoivent la vifite d'un étranger,
après le premier compliment, 2 c'eft de lui demander
s'il eft magié; & fi l'étranger répond que oui, la
civilité de ces bons maris confifte à offrir leurs femmes à leur hôte. Auffi lorfque les Miffouris les vi-
del la Louifiane.
Les Miffouris ne font nullement jaloux de leurs
femmes ; & même la politeffe des maris de cette
contrée, lorfqu'ils reçoivent la vifite d'un étranger,
après le premier compliment, 2 c'eft de lui demander
s'il eft magié; & fi l'étranger répond que oui, la
civilité de ces bons maris confifte à offrir leurs femmes à leur hôte. Auffi lorfque les Miffouris les vi- --- Page 284 ---
Nouveauz Voyages:
La crainte d'une peine fi ri-
& chevaux.
arrête très-fougoureufe eft un frein qui
les hommes ; mais ilne fauroit arrêter
vent
qui cherchent tous les moyens
les femmes,
le moment où un
poffibles. Elles épient
homme eft feul. La femme va auffijeune
à lui abfolument nue, elle
tôt fe préfenter
fes
râche d'abord, par fes manieres, par
de le féduire. Si celui-ci réfifte,
careffes,
fatiselle protefte que s'il ne veut point
de
faire fa paffion, elle va l'accufer auprès
de l'avoir follicitée au crime.
fon mari,
homme
Cette feule menace rend le jeune
defirs de fa féduétrice. Car futdocile aux
iif fuffiroit, pour
il auffi chafte que Jofeph ,
trouvât dans
qu'il fàt condamné, qu'on le
cet
feul avec une femme en
une cabane
fe juftifier ; on
état. En vain voudroit-il
&
fermeroit l'oreille à toutes fes raifons,
la femme feroit crue fur fa parole.
fitent à leur tour > le maître de la cabane , s'ila d'agir une
femme ou une concubine ne doit pas manquer
fans quoi ce feroit une impoliteffe
avec réciprocité,
fauvages.
impardonnable parmi ces Peuples --- Page 285 ---
dans LAmlrigue Septentrionale. 251
Y'adultere foit fi féverement puQuoique
y font tolérécs. C'eft
ni, les filles publiques
chez
un mal devenu aujourd'hui néceffaire
toutes les Nations.
Laj jaloufie accompagne prefque toujours
l'amour. Ces deux paffions font fi fortement
unies enfemble, que quoiqu'elles produifent
des effets contraires, il eft très-rare qu'elles
Quelque jaloufes que les
foient féparées.
maris, elles
Américaines foient de leurs
n'ofent fe plaindre, ni même rien dire quand
leurs époux ont des liaifons avec d'autres
femmes. Mais elles tâchent de les ramener
la douceur, & par toutes fortes de capar
Certaines Dames Européennes, au
reffcs.
lieu de fe livrer à de vains emportemens qui
donnent à rire au public, 2 ne feroient pas
mal de fuivre leur exemple. Quelque peu
fenfibles qu'on puiffe fuppofer leurs maris,
elles réuffiroient fans doute à les faire triomde leurs foiblefles, & à les rendre plus
pher
fideles à la foi conjugale.
Comme la polygamie eft permife parmi
les Indiens fauvages, il y en a beaucoup
qui ont deux femmes. Les hommes parta-
livrer à de vains emportemens qui
donnent à rire au public, 2 ne feroient pas
mal de fuivre leur exemple. Quelque peu
fenfibles qu'on puiffe fuppofer leurs maris,
elles réuffiroient fans doute à les faire triomde leurs foiblefles, & à les rendre plus
pher
fideles à la foi conjugale.
Comme la polygamie eft permife parmi
les Indiens fauvages, il y en a beaucoup
qui ont deux femmes. Les hommes parta- --- Page 286 ---
Nouveauz Voyages
252 leurs faveurs entr'elles, de forte que
gent
chacune a fon tour ; & on ne voit jamais
chercher à empiéter fur les droits de
Tune
l'autre. La paix regne dans le ménage :
deux femmes vivent enfemble comme
çes véritables fceurs : je conviens que Ce
deux
font des Seuvagefes.
AttaQuand je parlois de religion aux
les convertir, ( car vous favez
kapas, pour
chez les
j'ai fait autrefois des profélytes
que
fi Dieu
Illinois) ils me répondoient que
il n'a que faire d'eux ni
eft tout-puiflant,
s'il avoit voulu les apde leurs prieres ; que
il n'aupeller depuis que le monde exifte,
roit
attendu jufqu'à ce temps. Ils croient
pas qu'ils ont une ame ; mais ils ne
pourtant
donner la moindre définition.
fauroient en
ne font pas
Les plus grands philofophes Américains.
plus habiles que ces Sauvages
la
Ils font même quelques cérémonies après
qu'ils croyent à l'immorcalité
mort; preuve
de l'ame.
Nation m'ont deLes anciens de cette
mandé des nouvelles de Blakveique . , qui
Thomme blanc barbu. C'étoit lo
fignific --- Page 287 ---
dans P Amérique Septentrionale. 253
avoient donné à M. de
nom que ces Peuples
Belle-Ifle, lorfqu'ils le trouverent égaté
dans le bois , après avoir été abandonné
(comme vous avez vu dans fon hiftoire ) à
Saint -Bernard. Je remerciai ces
la Baye
avoient de
bons vieillards de la bonté qu'ils
s'informer de lui. Je leur dis qu'il avoit
fur la terre depuis les
marché long-temps
bons traitemens dont ils l'avoient comblé
après l'avoir adopté lorfqu'ils le trouverent
à fuccomber de faim ; qu'ilavoit vécu
prét foixante & douze récoltes, & qu'il n'y en
au pays des ames (1);
avoit quehuitquiléroits
étoit
qu'ilavoit laiffé un filsdigne de lui, qui
aétuellement Capitaine des arméesdu grand
Chef des guerriers de feu, c'eft-à-dire du
Roi d'Efpagne (2).
(1) M. de Belle-Ife mourut au mois d'Avril à
Paris, en 1763; il fut enterré à Saint-Euftache.
(2) M. le Comte O-Reilly propofa à Sa Majefté
Catholique le fils de M. de Belle-Ifle > qui fur ende Capitaine des armées & Comployé en qualité
d'Allemands, > à dix lieues aumandantdine Bourgade
deffus de la nouvelle Orléans.
d'Efpagne (2).
(1) M. de Belle-Ife mourut au mois d'Avril à
Paris, en 1763; il fut enterré à Saint-Euftache.
(2) M. le Comte O-Reilly propofa à Sa Majefté
Catholique le fils de M. de Belle-Ifle > qui fur ende Capitaine des armées & Comployé en qualité
d'Allemands, > à dix lieues aumandantdine Bourgade
deffus de la nouvelle Orléans. --- Page 288 ---
Nouveaux Veyages
font voifins d'une Naciort
Les Autakapas
les Efpagnols nomment Indios brayos ;
que qu'ils n'ont jamais pu les réduire.
parce
L'opinion commune dans ce pays, eft qu'ily
autrefois des Indiens adroits, robuftes
a eu
dont la maniere de com-
& courageux,
battre & de fe défendre étoit fort finguliere: Au moment qu'on en venoit aux
mains avec eux, & qu'on s'imaginoit les
tenir, ils fe déroboient en un inftant ; &
quand on les croyoit bien éloignés ? ils
paroiffoient tout-à-coup en préfence de leurs
ennemis, & les affailloienc de toutes parts.
Ils fuyoient d'une viteffe fans égale > &6
pourfuivoient de même leurs adverfaires.
Mais ce qui étoit le plus extraordinaire,
& en même temps le plus dangereux, c'eft
lançoient des Aeches à la maniere des
qu'ils Parthes, auffi adroitement que s'ils
anciens
avoient regardé l'ennemi en face. Lorfque
la néceffité les contraignoit, ou que l'occafion les invitoit à combattre de près, ils
attachoient plufieurs petites feuilles de
de
inftrumens
métal au manche
quelques
de
dont ils fe fervoient en guile de
fer, 3 --- Page 289 ---
dans PAmérique Septentrionale. 255
dard. Au moyen du tintement nombreux
de ces feuilles, ils s'animoient au combat,
& chargeoient d'une impéruofité inconcevable ; ou , comme je viens de le dire,
s'échappoient en un inftant lorfqu'ils ne pouvoient réfifter ; s'il leur étoit impoffible de
fuir, ils faifoient auffi-tôt la tortue & fa
cachoienttout entiers fousdegrandesécaillos
en forme
de ces amphibies , qu'ils portoient
d'écus ; en forte qu'aucune partie de leur
n'étoit à découvert. On affure encore
corps travers toutes fortes d'armes, même
qu'au
d'armes à feu , on les a vus s'élancer en
défefpérés fur ceux quiles preffoient de trop
près, & en courant ainfi à la mort. > arracher la vie à leurs vainqueurs.
Quoique les Indiensdecette contrée ayent
beaucoup dégénéré de leurs ancêtres, ils
ne laiffent pas de fe faire redouter encore
des Efpagnols 3 & d'étre toujours à leur
égard Indios bravos.
Nos aventuriers François traitoient autrefois avec ces Peuples, qui iles accommodoient de tout ce dont ils avoient befoin,
& recevoient en échange des haches, des
, & en courant ainfi à la mort. > arracher la vie à leurs vainqueurs.
Quoique les Indiensdecette contrée ayent
beaucoup dégénéré de leurs ancêtres, ils
ne laiffent pas de fe faire redouter encore
des Efpagnols 3 & d'étre toujours à leur
égard Indios bravos.
Nos aventuriers François traitoient autrefois avec ces Peuples, qui iles accommodoient de tout ce dont ils avoient befoin,
& recevoient en échange des haches, des --- Page 290 ---
Nouveauz Voyages
ferpes, des couteaux & d'autres infrumens
de fet. Ce commerce auroit vraifemblablement duré long-temps, fi quelques aventuriers n'avoient été les premiers à le romune aétion bien noire. Ayant uti
pre par
d'Indiens dans
jour rencontré une troupe
la Baye de Bocca del toro, il les engagerent à aller chez eux avec leurs femmes.
Ceux-ci s'y rendirent, & furenttrès-bien réOn mangea beaucoup; on but engalés.
les
core plus. On devint gai: : peu-à-peu
s'animerent : on plaifanta ; on railia.
efprits de la raillerie, on en vint aux injuMais
des outrages
ves,.des injures aux outrages,
leur
à la fureur. Les aventuriers , dans
ruerentquelques' Indiens, & enleveivreffe, femmes. Cette perfidie fut-elle
rent leurs
ne doit-elle être attribuée
préméditée, ou
l'excès du vin ? C'eft ce qu'on ignore.
qu'à
a de certain 5 c'eft que depuis
Ce qu'il y
Indios bravos ne voulucette époque, 3 les
jamais entendre parlernide commerce,
rent)
avec les aventuriers
ni de réconciliation
Européens.
de Bocca del toro a vingtCette Baye
cinq --- Page 291 ---
Septentrionale. 257
dans Amerique
&
à trente lieues de circonférence 7
cinq
de petites Ifles. On
on y voit beaucoup
fortes
trouve dans cette contréc plufieurs
d'Indiens qui ont différens langages, & qui
continuelle. Les Efpafe font une guerre
à caufe
gnols n'ont jamais pu les affujettir, 7
& de la fertilité de leurs
de leur courage fournifient de quoi vivre
terres 2 qui leur
foient obligés de les beaucoup
fans qu'ils
culiver.
fe font
Voici Torigine de cette guerre que
les Indios Brayos. Les Efpagnols voulant
réduire ces Sauvages 3 en tourmenterenc
de la maniere la plus cruelle.
une partie
s'accouL'autre partie s'étant échappée,
à vivre de la chaffe, de la pêche &
tuma
viennent naturellement dans
des fruits qui
contrée. Ceux-là font encore errans
cette
n'ofant avoir un lieu fixe
& vagabonds ,
dont
ni commercer avec d'autres Indiens,
la plupart s'étant foumis aux Efpagnols,
leurs aident à réduire ceux qui ne le font
Voilà pourquoi ils fe combattent fans
pas. ceffe, avec autant d'acharnement que s'ils
étoient d'une nation diférente.
R
de la pêche &
tuma
viennent naturellement dans
des fruits qui
contrée. Ceux-là font encore errans
cette
n'ofant avoir un lieu fixe
& vagabonds ,
dont
ni commercer avec d'autres Indiens,
la plupart s'étant foumis aux Efpagnols,
leurs aident à réduire ceux qui ne le font
Voilà pourquoi ils fe combattent fans
pas. ceffe, avec autant d'acharnement que s'ils
étoient d'une nation diférente.
R --- Page 292 ---
Nouveauz Voyages
chofe étrange & déplorable de
C'eft une
;
voir les inimitiés qui divifent ces Peuples
inimitiés fondées fur mille rapports défa-
& fur mille faux préjugés. L'ivantageux,
où ils font de la langnorance réciproque ennemis les mettant ldans l'imgue de leurs
de s'éclairer & de fe détromper,
poflibilité
leur haine & leur anine fait qu'entretenir
mofité.
Les Indios Bravos n'ont aucune religion,
du moins extérieure. Nous lifons cependant
ancêtres avoient leurs Dieux &
que leurs
Ces facrifices étoient bien
leurs facrifices.
Ils donnoient
bifarres & bien finguliers.
tous les ans, à leurs Jongleurs ou Prêtres,
devoit repréfenter I'Idole
un efclave qui
cet efadoroient. Au moment que
qu'ils
on le faifoit
clave alloit entrer en office,
revêtoit
dans le bain ; enfuite on le
purifier
du faux Dieu, on
de tous les ornemens
tout
lui donnoit le même nom, & pendant
de l'année, il étoit honoré comme
le cours
efcorté de
la Divinité. Il étoit toujours
liberté
douze hommes de garde; il avoit la
où il vouloit; mais fi mald'aller par-tout --- Page 293 ---
dans PAmérique Septentrionale. 259
il s'évadoit, 2 le chef de la
heureufement
étoit mis
garde, qui en étoit refponfable,
à fa place.
Ce captif avoit le plus honorable logis
mangeoit, rous les
du temple. Lorfqu'il
Nation le ferprincipaux Seigneurs de la
dans l'ordre & dans
voient régulierement voit briller à la table des
Fappareil qu'on
auffi dans les
Grands. Ils Taccompagnoient
alors une petite Aute, dans
rues. Il portoit
laquelle il fouffoit de temps en temps pour
fa
Aufli-tôt les femmes
annoncer préfence.
lui
fortoient avec leurs enfars 2 qu'elles
être bénis de fa main, &
préfentoient pour
elles lui rendoient les mêmes hommages
Dieu. La nuit, on enfermoit Pefqu'àleur
clave dans une forte cabane, crainte qu'il
la fuite. Enfin 5 on obfervoit la méne prit
jour de la fête, où
me cérémonie jufqu'au
il étoit facrifié à la Divinité du pays.
Les Mexicains ont immolé des hommes
à leur fuperftition ; les Efpagnols à leur
intérêt : lequel de ces deux Peuples eft le
moins excufable ? Ces Idolâtres croyoient
honorer leur Dieu, par ce facrifice ; les
Ri ij
'il
la fuite. Enfin 5 on obfervoit la méne prit
jour de la fête, où
me cérémonie jufqu'au
il étoit facrifié à la Divinité du pays.
Les Mexicains ont immolé des hommes
à leur fuperftition ; les Efpagnols à leur
intérêt : lequel de ces deux Peuples eft le
moins excufable ? Ces Idolâtres croyoient
honorer leur Dieu, par ce facrifice ; les
Ri ij --- Page 294 ---
Nouveduz Voyages
fatisfaire leur
Efpagnols ne penfoient qu'à
avarice. Les Indiens, contens des
infatiable
de leurs terres; $ fouloient aux
produdtions
les vains ornemens de
pieds l'or & tous
luxe; ils difent même encore qu'ils
notre
vivent nus, & qu'ils
naiffent nus; 7 qu'ils
fe
veulent mourir de même : les Efpagnols
vers les mines des chemins tout
frayoient
fur des tas de corps
fanglans, & marchoient
du fein de
maffacrés, pour aller arracher
la terre les tréfors de la fortune.
Les Indios Bravos fe gouvernent à-peuIls ne reconnoiffent
près en républicains.
qui ait fur eux
ni Roi, ni aucune perfonne
la moindre domination.
ils choifif
Quand ils vont à la guerre,
leur Chef, le plus expérimenté
fent pour
exemple,
& le plus vaillant ; celui, par
fait le
de prifonniers ou enlevé
qui a
plus
ennemis (1).
le plus de chevelures aux
Les Sauvages ne confient le commandement
(1) Partis de guerre qu'à, des anciens Capitaines, 2
des
difent qu'il faut favoir fe guider
par la raifon qu'ils
foi-même avant gue de guider les autres. --- Page 295 ---
Septentrionale. 261
dansPAmbrique
du combat, ce ComQuand ils reviennent
il eft feulement
mandant n'a plus d'autorité;
regardé comme un brave citoyen.
Dans le temps que la Louifiane étoit
le Roi de France, j'ai fouvent
pollédée par
de cêtte vafte région faire
vu des Sauvages
rendté
céiits lièues, pour
trois ou quatre
aux autres Offiune vifite au Gouvetnéut ou lui dans difféciers qui commandoient fous
rens poftes de cette Colonie.
On
dire que ces Indiens ont toujouts
peuc
aux Oficiets
porté un fort grand refpeét
dans leur
appellent,
de nos troupes, qu'ils
dire Chef ou Calangue, Mingo, qui veut
ils fe
Lorfqu'ils venoient les voir,
picaine.
beaux ajuftemens.
paroient de leurs plus
ceux
Les plus notables portoient toujours donle Roi étoit dans l'ufage de leut
que
& qu'ils confervoient pour
ner en préfent,
Le Chef de Ia
les jours de cérémonie
(1) Lés Sauvages fe trouvent extrèmement genés
avec les culottes à la Françoife. Ils ne peuvent sac- les
coutumer à les porter comme nous. Cependant
les mettoient par
Chefs & les principaux guerriers
Rij
oient de leurs plus
ceux
Les plus notables portoient toujours donle Roi étoit dans l'ufage de leut
que
& qu'ils confervoient pour
ner en préfent,
Le Chef de Ia
les jours de cérémonie
(1) Lés Sauvages fe trouvent extrèmement genés
avec les culottes à la Françoife. Ils ne peuvent sac- les
coutumer à les porter comme nous. Cependant
les mettoient par
Chefs & les principaux guerriers
Rij --- Page 296 ---
Nouveaux Voyages
avoit foin d'étudier une. harandéputation
du Roi de France, du Gougueà) la louange
Officiers, & enfn
verneur de la Colonie, des
de la Nation entiere.
Les Indiens font très-abondans en ex-.
Leurs difcours, qu'ils embelliffent
preffions.
ou des fimilicudes pour
par des paraboles
de cirleurs penfées, font pleins
exprimer
je demeurois des
conlocutions. Quelquefois
heures entieres pour entendre ces orateurs
Ils parloient avec élégance, en
Sauvages.
du corps, de la main
faifant des mouvemens
& des bras, avec des graces naturelles que
qu'ils venoient rendre vifite aux
décence les jours
confidéré, de la
Officiers commandants. Un Sauvage
des Tonikas, ayant reçu autrefois, à la nouNation
un habit
velle Orléans, du Gouverneur François, culotte, la
complet, cet Indien l'endoffa, prit la
mit fous fon bras gauche, & fe promena ainfi par la
lui
que ce n'étoit
Ville. Sur ce qu'on
repréfenta
avoient
point fa place, il répondit que les François
les
couvrir leur tête, & qu'ils
des chapeaux pour
lui en faifoit de même de
portoient fcus le bras ; que
puiffa culotte, afin de la conferver précieufement,
c'étuit un préfent venant de la part de fon pere
que
le Roi de France. --- Page 297 ---
Septentrionale. 263
dans PAmérique
imiter, & qui
aucun Européen n'a pu
jamais
quoique ce langage, tram'enchantoient,
eûc
littéralement dans notre langue,
duit
& dénué de fens. Auffi, en
paru barbare m'inftruifois plus par l'étude
les écoutant, je
faifois. En leur répon:
particuliere que j'en
& des expreffions
dant par des métaphores
je tâchois de
femblables aux leurs, comme leur eftime,
affuré de gagner
le faire,Tétois
leur aurois
d'obtenir d'eux tout ce que je
&
le bien du fervice & pour.
demandé pour
lintérêt de la Colonie.
conciinfaillible pourfe
Un autre moyen
c'eft de
des Sauvages,
lier la bienveillance
à Tégard de
garder de grands ménagemens bien funefte exemleurs Chefs. On a vu un
dans le maffacre général
ple du contraire,
mauvaife
firent les Natchet en 1730.La:
que
& P'avarice d'un Commandant
conduite
Nation à la venFrançois exciterent cette
vouElle fut indignée de voir qu'on
geance. le Chef d'un Village nommé la
loit forcer
Pomme à quitter le lieu où il réfidoit, pour
ailleurs. En conféquence, lés
aller s'établir
& Pon délibéra,
vieillards s'affemblerent,
R iv
du contraire,
mauvaife
firent les Natchet en 1730.La:
que
& P'avarice d'un Commandant
conduite
Nation à la venFrançois exciterent cette
vouElle fut indignée de voir qu'on
geance. le Chef d'un Village nommé la
loit forcer
Pomme à quitter le lieu où il réfidoit, pour
ailleurs. En conféquence, lés
aller s'établir
& Pon délibéra,
vieillards s'affemblerent,
R iv --- Page 298 ---
Nouveaur Voyages
comme vous l'avez Vu dans Phiftoire de mes
précédens, d'exterminer, dans un
Voyages
& à la même heure, tous les
même jour
François établis à la Louifiane : le coup auroit étég général, fans une femme qui aimoit
un Officier de la garnifon.
Monfieur, le précis de ThifJe joins ici,
toire de Ferdinand Soto, que vous m'avez
demandée pour fervir de matériaux au plan
vous avez formé d'en faire une tragédie.
que Suivant la tradition du pays, ce Soto fut
le premier Capitaine Caftillan qui pénétra
jufques dans la contrée des Akanças, après
Jean Ponce de Léon, en cherchant la
que Fontaine de Jouvence, eut découvert cette
partie du nouveau Monde, qu'il n'omma.
alors Floride, à caufe qu'il y aborda le dimanche des Rameaux, & que les camétoient couvertes de fleurs.
pagnes
Ferdinand Soto, célebre pouravoirachevé
d'exterminer la race des Incas, Souverains
du Pérou (1), & encore enflé de fes gloPizarro ne fut ni moins cruel ni moins de
mauvaifefoi (1)
envers les Rois qui régnoient au Pérou, --- Page 299 ---
Septentrionale. 265
dans TAmbrique
voulut en faire de même
rieux exploits,
habitent les rives du
fur les Peuples qui
Caftillan
fleuve Miffiffipi; mais ce fameux
Cortez ne l'étoit à l'égard de Monteque Fernand
les fit moudu Mexique, , puifqu'il
quma 2 Empereur
de la vie , ils lui euffent
rir, , quoique, > fous promelTe
à la
mis leurs tréfors entre les mains. Ilft appliquer
avoit fait prifonniers 7
queftion les Princes qu'il
fon avidité
avoir tout l'or &c les bijoux que
traipour
&les fit pendre enfuite. Un fi cruel
demandoit, luiattira ce reproche d'un de ces malheureux
tement
lui dit-il, del lafauffeté
Princes: : > Je fais convaincu,
: tu devois me donner la mort lorfque
> de ta parole
devois me l'être donnée
> je te l'ai demandée; je
tu m'affafle jour de ta victoire,puifque
s moi-même
mais j'efpere que les Dieux
>> fines fi injuftement ;
> t'en châtiront >.
deux vaiffeaux chargés
Cortez envoya en Efpagne
plus d'un million
de butin, furl lefquelsily avoit pour
Frand'or. Un armateur
de pieces de huit en plaque
enleva, & les conçois les ayant rencontrés, les François premier
duifit dans un port de France.
& le
difoit un jour, à fon lever : > Charles-Quint
fe font partagés le nouveau
> Roi de Portugal
tenir ce droit que
> Monde; comme ils ne peuvent
ils de5 du teftament d'Adam notre pere commun 2. fi
vroient bien me le communiquer, 3 pour voir je
>>:
pour
Frand'or. Un armateur
de pieces de huit en plaque
enleva, & les conçois les ayant rencontrés, les François premier
duifit dans un port de France.
& le
difoit un jour, à fon lever : > Charles-Quint
fe font partagés le nouveau
> Roi de Portugal
tenir ce droit que
> Monde; comme ils ne peuvent
ils de5 du teftament d'Adam notre pere commun 2. fi
vroient bien me le communiquer, 3 pour voir je
>>: --- Page 300 ---
Nouveaux Voyages
inconfidérément dans Ies terres de
s'enfonça
fans connoître ni la carte ni la
ce vafte pays,
valeur des habitans S auffi le vainqueur des
Enfans du Soleil trouva-t-il chez les Indiens occidentaux une autre réfiftance que
chez les méridionaux. Son expédition eut
un fuccès tout-à-fait contraire, car ce fier
Soto y périt d'une mort bien funefte, en
l'an 1549, ainfi que les principaux Officiers
de fon armée, qui furent affommés à coups
de maffue par les Floridiens, lefquels écorcherent les prifonniers, dont les prêtres ido-
& s'il m'a entierement fruftré de mon
S fuis bâtard,
> droit de fucceffion >).
Alexandre VI ayant donné, l'an 1492 les Indes
Occidentales à Ferdinand d'Aragon, &x les OrienPrince de Portugal, comme le porte la fatales au
le Roi du Pérou trouva
meufe Bulie du 4 Mai 1492 s
étrange ce procédé, difant qu'il ne pouvoit faire cas
à lui,
d'un Pape qui difpofoit de ce qui n'étoit pas
contenoit
Un Moine lui préfenta un breviaire qui
Jéfus-Chrift partant du monde, avoit laiffé un
que
diftribuer les Royaumes à fa volonté, Ce
Pape pour fon breviaire au nez ; le Moine fe mit à
Roi lui jeta
Prince fut auffi-tôr maffacré.
crier au facrilége, & le --- Page 301 ---
Septentrionale. 267
dans rAmlrigue
de
les cuirs fur le temple
lâtres expoferent
& les peaux des
leur. Manitou ou faux Dieu,
àfaire des tamboufoldats furent employées
des mufila voix
rins pour accompagner battre la mefure dans
ciens barbares, & pour
danfes de réjouiffance pour les viétoires
les
& pour les céréremportées fur lennemi,
monies religieufes de ces Payens.
femble entendre la funefte prophéIl me
adreftie d'un Caciguedu pays des Akangas,
fée à Ferdinand Soto avant fa caraftrophe.
où conduis-tu ces avides foldats ?
> Barbare,
troublerla paix de nos climats?
> Pourquoi viens-tu
étoient les feuls afyles.:
> Nos forêts des vertus
rives
en eft rems encor 2 fuis ces
tranquiles.
> S'il
Deftin les immuables loix ;
>> Ecoute du t'annonce, > & frémis à ma voix.
> Voici ce qu'il
autorifant tescrimes,
nous punir
>> Les Dieux, pour mains le fang de tes victimes; :
> Vont verfer par tes
les fiers Américains
Mais,
toi-même inftruits 2
>
par bientôt la foudre de tes mains.
> Arracheront de toi l'art cruel de Ia guerre, 9
> Ils apprendront
qui vomit le tonnerre 2
> Et, creufant cet airain
fureurs,
à leur tour par tes propres
> Barbares
détruira leurs vainqueurs.
> Le fer qu'ils poliront
Defa brûlantel haleine
>> Mais quel Dieu lespourfuit?
éricains
Mais,
toi-même inftruits 2
>
par bientôt la foudre de tes mains.
> Arracheront de toi l'art cruel de Ia guerre, 9
> Ils apprendront
qui vomit le tonnerre 2
> Et, creufant cet airain
fureurs,
à leur tour par tes propres
> Barbares
détruira leurs vainqueurs.
> Le fer qu'ils poliront
Defa brûlantel haleine
>> Mais quel Dieu lespourfuit? --- Page 302 ---
Nouveaur Voyages
> Le venin dans leur fang (1) coule deveine en veine.
> L'époufe languilante , en volant dans fes
A A fon coupable
bras, 3
époux a porté le trépas.
5 Dans leurs flancs, indigné de tant de perfidie,
> L'amour a corrompu la fource de la vie,
s Vois ton Europe en pleurs, déteftant nos tréfors,
3 T'accufer des malheurs qui défolent fes bords
>> A la poftérité tranfmettant
:
tes miferes,
a Punir dans fes enfans les crimes de leurs
>> Quels Peuples attirés par l'or dans ces peres.
>
climats,
Défertent leurs foyers, & volent fur tes ?
A Condamnés au travail, leurs main;
pas
enfanglantéet
D Va déchirer les fancs de la terre irritée
S La mort cruelle habite au fein de nos métaux ;
(2);
Les monts par eux creufés deviennent leurs
tombeaux.
3 Vois ces drapeaux fanglansque la
guerre
Cent
déploie ;
Peuples au vainqueur ont difputé fa
;
3 Er ces Peuples altiers, de leurs fuccès proie
>
jaloux,
Bientôt contre leur fein tournent I:urs
propres
coups.
Amifemens Phitofophiques.
Vous faurez donc, mon cher ami,
que
pendant le féjour que j'ai fait dans ce Pays-
(1) Les maux vénériens > apportés d'Amérique à
en Elpagne & en France,
Naples,
(2) Les travaux des mines. --- Page 303 ---
Septentrionale. 269
dans PAmbrique
une Comédie en cinq aêtes,
ci,faicompolé intitulée les Jongleurs ou Charlaque j'ai
Cette Piece, ou plucôt cette
tans Indiens.
cenfure indifarce comique, n'eft qu'une
reête des moeurs & ufages des Peuples de
l'ancien Monde, mis en oppofition & quelquefois en parallele avec ceux des habitans
du nouveau, 5 concernant les extravagantes
hiftoires de toutes fortes d'apparitions nocd'enchantemens & autres fuperftiturnes,
dans les deux hémitions qui fe prariquent
je lui
fpheres. Si,queiqu'un me critique,
ces deux vers du fatyrique
répondrai par
Boileau :
S Ecrive qui voudra; chacun à ce métier
impunément de l'encre & du papier.
s Peut perdre
J'avois oublié, Monfieur, de vous enFable qu'un orateur Indien
voyer une petite
à F'occafion d'un
compola en fa langue, 2
de fa Tribu qui avoit attrapé
petit garçon
de crocoun jeune caiman vivant (efpece
dile) fur les bords du Aeuve Miffifipi; je
l'ai traduite en françois le mieux que j'ai
avec l'aide de Pinterprete Akanga.
pu,
s Peut perdre
J'avois oublié, Monfieur, de vous enFable qu'un orateur Indien
voyer une petite
à F'occafion d'un
compola en fa langue, 2
de fa Tribu qui avoit attrapé
petit garçon
de crocoun jeune caiman vivant (efpece
dile) fur les bords du Aeuve Miffifipi; je
l'ai traduite en françois le mieux que j'ai
avec l'aide de Pinterprete Akanga.
pu, --- Page 304 ---
Nouyeauz Voyages
L'Auteur s'appelle
Tepinichoulakdningo j
c'eft-à-dire, Traditionnaire ou Chef des
Poëtes de la Nation. Comme elle renferme
une morale qui m'a paru fort faine pour un
Indien Sauvage, j'ai cru vous faire plaifir
de vous la rapporter dans cette Lettre.
L'ENFANT SAUVAGE
ET LE PETIT CROCODILE,
FABL E.
UN jeune Enfant, d'humeur maligne,
S'amufoit l'autre jour à pêcher à la ligne :
Sur les bords du Miffiflipi,
Notre drôle étoit accroupi.
Un jeune caiman, imprudent & novice 3.
Sans fe douter de l'artifice,
Se préfente , & bientôt attrape avec effort
Le funefte aliment qui doit le mettre à mort.
La beauté de l'appât, la faim, tout l'y convie ;
Il va chercher fa perte, & croit trouver'la vie.
L'amphibie ignorait, en fretillant autour,
Qu'il étoit exprès là pour lui ravir le jour.
Il s'accroche ; l'enfant, tout tranfporté de joie,
Saifit avec ardeur une fi belle proie.
Jamais chat à l'affut, attrapant fouriceau, >
Ne prit plus de plaifir que notre jouvenceau;
Il le couve des yeux, > & fonge qu'à fon peres
A fon retour, il va procurer chere entiere. --- Page 305 ---
dans PAmérique Septentrionale. 271
Le perit monftre, s'agitant
Sur un fable aride &c brûlant,
Se plaignoit d'un ton lamentable :
Mais d'un tyran impitoyable
En vain il veut toucher le coeur :
L'efpiegle infulte à fon malheur,
Et, joignant les coups à l'outrage,
Lui tient ce mordicant langage :
Maître gourmand. , te voilà pris,
Pleure,fi tu veux, moi, j'én rise
pas qu'une chair menfongere
Tu ne foupçonnois
Receloit à tes yeux la ligne meurtriere.
lui trouve-tu ? Tu voudrois à préfent
Quel goût
élément.
T'en retourner à jeun au liquide
tout morceau t'eft propice (1):
Pour affouvir ta faim
d'un bon repas tu feras le délice (2).
Hé bien,
L'enfant railloit fon malheureux captif.
Un vieillard près de là pêchoit dans un efquif;
& crut qu'à Ia folle jeuneffe
II T'entendit,
infpirer la fageffe.
Cet exemple pouvoir
mon fils, hélas!
fort t'attend, 9 dit-il,
> Un pareil
t'offrira fes appas.
3> Un monde féducteur
eft formidable dans l'eau ; il fe jette fur les
(1) Le crocodile
1l avale des morceaux de bols
hommes comme fur les animaux. lefter fon corps 1 & empè.
pourris, 1 & même des cailloux > pour défaut d'alimens.
cher le tiraillement de fes entrailles > au
lcs jeunse
(2) Les Sauvages de la Baffe-Louifiane mangent
crocodiles.
t'offrira fes appas.
3> Un monde féducteur
eft formidable dans l'eau ; il fe jette fur les
(1) Le crocodile
1l avale des morceaux de bols
hommes comme fur les animaux. lefter fon corps 1 & empè.
pourris, 1 & même des cailloux > pour défaut d'alimens.
cher le tiraillement de fes entrailles > au
lcs jeunse
(2) Les Sauvages de la Baffe-Louifiane mangent
crocodiles. --- Page 306 ---
Nouveaux Voyages
tu trouveras des cceurs cruels, avides,
> Par-tout
>> Des hommes jaloux & perfides, 7
>> Des afpics cachés fous les fleurs 2
>> Telle fillette aux yeux trompeurs,
> Qui, dans fon métier trop habile,
> Vengera bien ton crocodile.
> Cher enfant, retiens ma leçon 3
> Ne mords jamais à l'hameçon.
Le génie des Akangas eft vraiment poétique; & il eft certain que Properce, Tibulle, & Horace lui-méme, n'ont jamais
l'amour plus délicatement que ne le
peint
dans mille, chanfons que
font ces Peuples,
nommerois volontiers des odes dignes
je
En effet, fi leurs chanfons de
d'Anacréon.
mort ont tout le fublimedes héros d'Homere,
leurs naives élégies font dignes du pinceau
du tendre & délicat Ovide ; je vais en donner une preuve.
j'étois détaché au Pays
En 1756, lorfque
des Illinois, un orateur Akanga, nommé
dire Chef
Rostatniasndermieie:
touche le cceur, vint de la
du langage qui
c'eft-à-dire,
part de fa Nation en Calumet,
auprès de M.de Macarty,
en Parlementaire,
Commandant François au Fort de Chartres,
en --- Page 307 ---
dans PAmérigue Septentrionale. 273
renouveliement d'alliance entre netre
en Nation & les Naturels du Pays de cette
contrée. L'Indien étoit jeune & bien faic;
fpiritucl, cn n'en dourera pas d'apres
pour
Onlereçue
l'anecdore que je vais rapporter.
au pofte avec toure la diftination pofibie,
& M. de Macarty donna en fa faveur un bal
(1)
brillant, dont Rand-duckaibuténing,
fut le roi, car on le lui fit ouvrir avec Mademoifelle Manon Robert, jeune perfonne
fille d'un des plus riches
de quatorze ans,
établis chez les Illinois,
habitans François
fou
de laquelle il étoit devenu amoureux
dès la premiere vue. L'Ambafladeur Américain fit de très-bonne grace une révérence
elle, & Fembrafia fans fe le faire dire.
avec
les François) Jl ne la quitta
(il avoit copié
dura
un moment pendant le bal, qui
pas la nuit. On la plaça auprès de lui à
toute
(1) Il étoit fils d'un Cacique Akenga, & peritfils d'un Matelot Bas-Breton 2 nommé Rutel, quif fe
M. de la Salle defcendit le
perdit en 1683 > lorique
de cC fameux
Miflitfipi pour aller à la découverte
Fleuve.
S
la quitta
(il avoit copié
dura
un moment pendant le bal, qui
pas la nuit. On la plaça auprès de lui à
toute
(1) Il étoit fils d'un Cacique Akenga, & peritfils d'un Matelot Bas-Breton 2 nommé Rutel, quif fe
M. de la Salle defcendit le
perdit en 1683 > lorique
de cC fameux
Miflitfipi pour aller à la découverte
Fleuve.
S --- Page 308 ---
Nouveauz Voyages
qui fut des plus élégans ; &-l'aflemT'ambigu,
blées'amufoit infiniment de la manierenaive
dont il lui déclara (par le mi-
& pallionnée
reffentoit
niftere de FInterprete) ce qu'il
elle. Enfin, dans un moment de tranfpour
il voulut engager Madeport amoureux,
moifelle Manon à ôter un mouchoir léger
qui lui couvroit la gorge. La belle rougit;
il infifta : mais fur les repréfentations que
lon lui fit que chaque Pays avoit fes ufages,
fût très-fimple qu'une Dame
& que quoiqu'il
découvert, il étoit
Akancienne eût le fein
derniere indécence à une Françoife de
de la
fuivre le même coftume, Rurcl-Autikaloumot; il baiffa la tête,
bémingo ne répondit
trèsfut environ un quart-d'heure à réfléchir
artentivement, puis il fe leva après s'être
recueilli, &, avec un air noble & tendre,
difcours qu'il venoit de
il proféra un petit
méditer, & que FInterprete nous expliqua
enfuite le mieux qu'il lui fut poffible. Je fus
fi frappé de la nouveauté de fes idées, que
j'écrivis de fuite la
je pris mes tablettes,
Indien
mauvaife profe que le Truchement
françois; &,
nous rendit en très-mauvais --- Page 309 ---
dans LAmérique Septentrionale. 275
de conferver autant qu'il m'a été
tâchant
le tour & fur-tout le génic de l'origipoflible rendu ainfi la charmante Elégie de
nal, j'ai
l'Envoyé Indien Ratel-Arutaloatésing
A MAN O N.
Pourquoi, jeune MANON, tenir emprifonné
de rigueur ce blanc fein nouveau né ;
Avec nul tant mortel n'a vu, dont nuile main encore
Que N'a fu cueillir la fleur, , qui ne vient que d'éclorei ?
Quelle barbare loi te force"à refferrer
Ces jolis prifonniers ? Laiffes-les refpirer.
Tendres êtres, hélas! innocentes victimes,
étouffer? quels furent donc vos crimes?
Pourquoi vous
Ufez de tous vos droits; laiffez à l'avenir,
Si vous en abufez, le foin de vous punir.
Jeunes infortunés ! Lorfque MANON refpire,
Voyez leurs mouvemens, que le dépit infpire.
Le peu que j'entrevois de leur joli contour
Fait naître dans mon coeur le defir & l'amour.
Que j'ai peine à le voir, ce fein que j'idolâtre, d'albâtre!
Lancer contre un mouchoir fesdeux globes
tendre chevreau, jeune, vif & charmant,
Tel qu'un
lutiner & bondir librement.
lls voudroient
Exempts de préjugés, ils redoutent la gêne;
Les captiver ainfi, c'eft être une inhumaine.
A peine font-ils nés, vous penfez bien, MANON,
vous, ils ont moins de raifon.
Que, plus jeunesque
Sij
j'idolâtre, d'albâtre!
Lancer contre un mouchoir fesdeux globes
tendre chevreau, jeune, vif & charmant,
Tel qu'un
lutiner & bondir librement.
lls voudroient
Exempts de préjugés, ils redoutent la gêne;
Les captiver ainfi, c'eft être une inhumaine.
A peine font-ils nés, vous penfez bien, MANON,
vous, ils ont moins de raifon.
Que, plus jeunesque
Sij --- Page 310 ---
Nouveaur Voyages
De l'auftere vertu ils ignorent l'ufage.
Et vous-même étiez-vous plus prudente à leur âge?
On n'emmaillote point les enfans au berceau ;
Ce qui n'eft pas gêné n'en devient que plus beau :
MANON, de troubler la cervelle
Mais fi tu crains ,
De quicongue verra cette gorge fi belle,
les malheurs,
Si, pour de tes amans prévenir
leurs coeurs,
Tu veux punir leur vue en épargnant
bouche
Voile donc tes beaux yeux, voile donc cette
l'éclatnous enflamme &dont lefon noustouche; 3
Dont
certaine des coups que portent tes attraits,
Et,
des mortels ne te montre jamais.
Aux regards
termine ici ma Lettre, & fuis, &c.
Je
Au Pays des Akanças, le I Ayril 1771. --- Page 311 ---
dans LAmérique Septentrionale. 277
LETTRE SEPTIEME.
Au M ÉM E.
Danger que Sans-peur courut d'étre dévoré
des Sauvages
par une tigrelfe. Superflition
à cette occafion. Il ef guéri par la langue
de fon chien : maladie épigootique de ces
animauz, qui regne à la Louifiane, &
comment ils font préfervés de la rage ;
leur infina pour éviter d'étre dévorés par
les crocodiles, en trayerfant une riviere ou
un lac. Rufe d'un Jongleur pour donner
de la yénération à la fameufe idole Viftipuliquikapouc, que Sans-] peur brifa à
Tentrée de la caverne.
I faut que je vous régale, 9 Monfeur s
d'une farce qui a paru furprenante parmi
idolâtres de cette partie de l'uJes Peuples
comédie étoit un
nivers. L'auteur de cette
Prêtre de P'idole appellée par les Indiens
Vifipaliguikapoue ; c'eft la même que le
brifa par mes ordres à
Soldat Sans- peur
Siij
Sans-] peur brifa à
Tentrée de la caverne.
I faut que je vous régale, 9 Monfeur s
d'une farce qui a paru furprenante parmi
idolâtres de cette partie de l'uJes Peuples
comédie étoit un
nivers. L'auteur de cette
Prêtre de P'idole appellée par les Indiens
Vifipaliguikapoue ; c'eft la même que le
brifa par mes ordres à
Soldat Sans- peur
Siij --- Page 312 ---
Nouveaur Voyages
T'entrée de la caverne dont j'ai parlé dans.
Lettres.
mes précédentes
fameux JonVous y avez appris que ce
anathéme contre moi &
gleur prononga
contre mon Soldat, difant que cet impie
blanc éprouveroit bientôt la colere
guerrier de fon Manitou ou faux Dieu, vengeur du
crime,
avoir été sfiez téméraire, &
à 9 la pour face du foleil, mettre fes mains
ofé,
fur l'idole rerrible qui habitoit
profanes
dans ce lieu confacré par leurs refpectables
ancêtres, pour aller rendre un culte faint,
des
&
y faire des facrifices 9 brûler
parfums,
des offrandes pour l'entretien de
y porter autel & la fubfiftance des Prêtres.
fon
Enfin, ce grand Pontife ou Sacrificateur
protefta hautement que fon Dieu, jufteque les inftigament irrité, permettroit
teurs & les auteurs du pillage & de l'incendie du temple de l'idole outragée, lavaffent de leur fang impur Thorrible facrilége commis envers le grand Manitou
proreéteur de tous Ics
Vifipuliguikapouc,
hommes rouges qui croyent à fa toute-puif
fance. Cc Moine, piqué en vrai Moine --- Page 313 ---
dans TAmérique Septentrionale. 279
nous avions détruit ce
payen de ce que
des
honteux, s'avifa d'un Aratagême
temple
conferver & pour augplus finguliers pour
le Dieu
la vénération dont jouiffoit
menter
de fa Tribu,
entendre à fes proféCe Jongleur faifoit
de
le feul nom
lytes, qu'en prononçant
mauvais
Vafipuligutikapouc, > un forcier ou
paroiffoit dans la bourgade fous
elprit, qui
noir, difparoitroit
4a forme d'un petit tigre
confur le champ s & qu'ils en feroient
leurs propres yeux. Ce Prêtre
vaincus par
avoit
adroit, comme vous l'avez appris,
ci-devant cette célebre
réuffi à faire parler
rofeau en forme
idole, par le moyen d'un
Il trouva, par hafard, un gros
de tuyau.
chofe affez
matou noir, aux yeux jaunes, des terres du
rare, fur-tout dans Tintérieur
d'Amérique, où la race de ces
continent
d'Euanimaux domeftiques a été apportée fourope (1). Ce fingulier Jongleurséroit
Dans les premiers temps de la découverte les
(1)
un chat y a été vendu, par
de T'Amérique,
foixante piaftres
Efpagnols Européens 7 jufqu'à de France.
gourdes, trois centsl liyres argent
Siv
unes, des terres du
rare, fur-tout dans Tintérieur
d'Amérique, où la race de ces
continent
d'Euanimaux domeftiques a été apportée fourope (1). Ce fingulier Jongleurséroit
Dans les premiers temps de la découverte les
(1)
un chat y a été vendu, par
de T'Amérique,
foixante piaftres
Efpagnols Européens 7 jufqu'à de France.
gourdes, trois centsl liyres argent
Siv --- Page 314 ---
Nouveauz Voyages
vent exercé à faire claquer un fouer de
pof
tillon, lorfqu'ilétoir feul dans fa
cabane, en
frappant rudement cet animal, & criant
de toute fa force: Vifipuliguikspoue.
Un jour que le chat noir fur attiré
la faim dans une cabane Indienne, le par
s Prêtre
idolâtre prononça auffi-tôr, de fon ton ordinaire, ce nom barbare. Le prétendu démon ou forcier partit comme un éclair, en
paflant par la fenétre, dont les chaffis n'étoient que de feuilles de lataniers (1).
(I) Note de PEditeur. Les Sauvages, dont la
crédulité égale l'ignorance & la fuperftition. , ne
font pas les feuls Peuples qui croyent aux forciers
& aux faux miracles.
ASavieres, Village diftant d'environ quatre lieues
de Troyes, demeuroit un Pâtre nommé Pierrot Richard, qui, parvenu à l'âge de trente ans, n'avoit
Fu apprendre à Jire : toute fa fcience fe bornoit à la
connoiffance de la vertu de quelques plantes, employces par tous les Bergers dans les maladies de
leurs béftiaux; il les indiquoir aux bonnes femmes
pour les maladies du corps humain, ajoutant qu'il
falloit y jeindre de l'eau vénite, des prieres, des
pater, des ave, avec des fanta, &c.
En 1767, il fe trouva à Savieres un concours
, n'avoit
Fu apprendre à Jire : toute fa fcience fe bornoit à la
connoiffance de la vertu de quelques plantes, employces par tous les Bergers dans les maladies de
leurs béftiaux; il les indiquoir aux bonnes femmes
pour les maladies du corps humain, ajoutant qu'il
falloit y jeindre de l'eau vénite, des prieres, des
pater, des ave, avec des fanta, &c.
En 1767, il fe trouva à Savieres un concours --- Page 315 ---
Septentrionale. 281
dans PAmérique
affurerent qu'ils avoient
Les fpe@tateurs
réellement vu ce mauvais efprit difparoitre
d'habitans de la Champagne & des Provinétonnant
Taumaturge n'étoit plus
ces voifines, où le nouveau
fous le nom du Saint de Savieres.
connu que
pour aller
Un particulier de Troyes 2 partant
&
dans la haute Brie, voir une de fes parentes >
dans fa chaife devant la porte d'un autre
paffant
2 & une place à côté
parent, lui propofa ce voyage
qu'à condition qu'il
de lui. Le parent ne P'accepta bonnet de nuit ;
iroit en robe de chambre & en
effedtivement il monta en chaife en cet équipage.
les lieux où ils mettoient pied à terre 2
Dans tous
robe de chambre, on s'emà la vue de Phomme en
étoit malade,
preffoit de demander fi ce Monfieur
venoit du Saint de Savieres. Oui, ré-
& s'il ne
pas
: il a deux mois que
pondoit l'ami ; & il ajoutoit
y
diable n'étoit forti de fon lit &c de fon
le pauvre
il marche à préfent. Cette
fauteuil 2 voyez comme
plailanterie fit gagner, en vingt-quatre heures, qualieues de pays à la renommée
rante ou cinquante
de rhumadu Saint. Parmi la foule de gens affligés
8cc. qui venoient de quinze
tifmes, de fciatiques,
dans les chaà vingt lieues 2 plufieurs trouverent
releurs du mois de Juillet & d'Août, un excellent
forçant la tranfpiration ordinaire, emmede, qui,
du mal le Saint de Savieres en
porta les caufes
;
le fit bientôt diceut tout l'honneur. Sa renommée
ante ou cinquante
de rhumadu Saint. Parmi la foule de gens affligés
8cc. qui venoient de quinze
tifmes, de fciatiques,
dans les chaà vingt lieues 2 plufieurs trouverent
releurs du mois de Juillet & d'Août, un excellent
forçant la tranfpiration ordinaire, emmede, qui,
du mal le Saint de Savieres en
porta les caufes
;
le fit bientôt diceut tout l'honneur. Sa renommée --- Page 316 ---
Nouveaur Voyages
aller fans doute préfider dans une afpour
fous la
femblée noéturne & diabolique >
tinguer des Bergers ordinaires des Villages voifins,
fur T'heureux fuccès' de quelques unes de fes
qui, ordonnances, femerent le bruit qu'il faifoit des miracles, Des milliers de témoins affurerentle fait avec
route la bonne foi poffible ; ils ne manquerent pas
de le répandre en peu de temps dans toute la partie
de la Champagne arrofée de la Seine.
L'Intendant de cette Province voulut alors favoir ce que c'étoit que ce Saint de Savieres. II
donna, en conféquence, des ordres à fon Subdélégué de Troyes 2 dont le Clerc, en fon abfence,
examina & queftionna le Saint > qui, interrogé s'il
le
ils le
faifoit des miracles 2 répondit : Ils difiont,
vouliont que ça foit comme ça. Cette efpece d'enquête, qui n'étoit que de pure curiolité, n'apporta
cependant aucun trouble à la poTefion du Saint.
Un Grenadier du Régiment de Poitou > nommé
Sans-raifon, allant à Bourbonne pour y prendre
les eaux & les bains qu'exigeoir le rétabliffement
Savieres , voulut voir le
de fa fanté, paffant par
fur le bruit de fa renommée ;
faint perfonnage 2
il luidemais n'en ayant reçu aucun foulagement ,
manda ce que c'étoit que des fanta ; il répondit :
font des fanta. Le Grenadier fe mit à
des, fanta le Saint ; & fans le fecours des bonnes
jurer contre --- Page 317 ---
Septentrionale. 28;
dans LAmérigue
d'un petit tigre noir ; qu'ils avoient
forme
merveille, & qu'ils la
été témoins de cette
fois
par toute la terre. Chaque
publieroient
d'un Indien
le chat noir étoit apperçu
que
déclinoit le nom terrible de
idolâtre, qui
comme Satan
leur Manitou, T'animal fuyoit
fuit l'eau bénite : à la fin, ce pauvre matou,
des fouers, &
du claquement
épouvanté
le redoutable nom du
farigué d'entendre
aller
faux Dieu, difparut tout-à-fait pour
dans les déferts de
chercher fa tranquillité
Monde, & hors de la portée
ce nouveau
Bien des gens
fauvages.
des fuperftitieux Monde font auffi fauvages que
de Pancien
lesAméricains,
yomargaltoecmnebecropese
aux forciers.
alloit doubler le Saint de la
femmes, Sans-raifox
bonne maniere. époufé la femme qui recevoit fes
Ce Berger ayant de temps après tout fon créoffrandes, perdit peu de foi à un Saint qui avoit
dit ; carl'on n'eut plus de cette derniere les a
une femme ; & l'avarice
ils étoient cifait revenir dans la mifere, comme de Savieres, par
devant. Obfervation fur le Saint
M. Grofley. A Troyes, le7 Février 1774).
de la
femmes, Sans-raifox
bonne maniere. époufé la femme qui recevoit fes
Ce Berger ayant de temps après tout fon créoffrandes, perdit peu de foi à un Saint qui avoit
dit ; carl'on n'eut plus de cette derniere les a
une femme ; & l'avarice
ils étoient cifait revenir dans la mifere, comme de Savieres, par
devant. Obfervation fur le Saint
M. Grofley. A Troyes, le7 Février 1774). --- Page 318 ---
Nouveauz Voyages
Ce chat me fait reffouvenir de ceux qu'on
brûle à Metz, la veille de S.Jean-Baptifte,
On plante, 3 pour cet effet, entre la Citadelle & la Ville, un grand mât, au bout
duquel on place une cage de bois, où on
renferme trois chats vivans, & l'on vient en
cérémonie mettre le feu à un tas de
grande
fagots qui entourent le mât. C'eft ordinairement le Gouverneur, à la tête des Magiftrats & du Clergé, ou, en fon abfence,
le Lieutenant de Roi, qui a le droit d'allumer le bâcher où ces malheureux chats
font brûlés vifs, afin d'expier les prétendus
crimes de leurs ancêtres.
Cet ufage s'eft confervé comme un refte
d'un ancien préjugé où étoit le peuple, qui
croyoit réellement qu'il y avoit dans Metz
un grand nombre de forciers & forcieres.
Voilà, Monfieur, l'origine de cette cérémonie qui s'eft pratiquée jufqu'à nos jours.
Il y a encore d'autres Villes en France &
en Allemagne où on fait aufli ridiculement
qu'à Metz cette ridicule cérémonie.
Dans une partie de chaffe que nous fimes,
il y a huit jours, avec les Boucaniers Fran- --- Page 319 ---
Septentrionale. 285
dans PAmérique
çois de cette contrée, le Soldat Sans-peur
où peu s'en fallut qu'il
courut un danger
étions cabanés de
ne perdit la vie. Nous
l'autre corédelariviere des Akanpas,lorique
écarté du cabanage, il dés'étant un peu
où une ticouvrit un gros arbre creux 2
de
avoit dépofé fes petits au nombre
greffe Le Soldat fut charmé d'avoir trouvé
deux.
m'en apporter uh tout
cette occalion pour
étoient déjà de
vivant. Mais ces animaux
iffus d'un
la groffeur d'un chat domeftique;
dent
féroce, ils fe défendirent & de la
fang
Sans-peur attrapa un bâton
& de la griffe.
vexa
d'un bois dur & pointu, aveclequelil
qui fe retrancherent dans
les petits tigres,
revenu au
le fond de l'arbre. Le Soldat,
cabanage, nous fir part de fa découverte.
II exhorta vivement fes compagnons Boucaniers à s'armer de leurs fufils pour aller
au tronc de l'arbre s'y pofter à l'affut, afin
frement le pere &
de pouvoir tuer plus
la mere de ces animaux, dont ils vendroient
bien les peaux. Mais quelle fut notre furprife, en voyant un inftant après la tigrefle
accourir vers nous en fureur, & s'élancer
,
cabanage, nous fir part de fa découverte.
II exhorta vivement fes compagnons Boucaniers à s'armer de leurs fufils pour aller
au tronc de l'arbre s'y pofter à l'affut, afin
frement le pere &
de pouvoir tuer plus
la mere de ces animaux, dont ils vendroient
bien les peaux. Mais quelle fut notre furprife, en voyant un inftant après la tigrefle
accourir vers nous en fureur, & s'élancer --- Page 320 ---
Nouveauz Voyages
direétement fur mon Soldat , qu'clle diftinà quelques gouttes de fang qui avoient
gua rejailli fur fon capot, fait de peau de cerf,
qu'il portoit à la manicre des Coureurs de
fous la dent & la griffe de
bois. Sans-peur,
ni la tête ni
cette cruelle bête, ne perdit
qui lui étoient fi néceffaires dans
le courage
d'ailleurs, extrécette occafion périlleufe ;
mement fort & adroit, il terraffa la tigrelfe.
Cependant nos gens auroient bien voulu
tirer fur l'animal; ; mais la crainte de tuer
Phomme auffi, les arrêtoit. Comme je favois
expérience que le feu fait fuir les tipar je faifis auffi-tôt un tifon ardent que
gres,
brufquement aux yeux de la
je préfentai
tigreffe, qui lâcha prife dans le moment ;
& nos gens firent une décharge générale
fur lanimal, qui expira écumant de rage.
Sans-peur avoit reçu une morfure au bras ;
& malgré fon capot de peau qui avoit paré
des griffes du monftre
la dent, T'empreinte
Allekci
paroiffoit fur fes reins. Un jeune
Jongleur, qui étoit avec nous,
ou apprentif.
du bleflé, à plufuga le fang des plaies
de la tificurs reprifes, & dit que la peau --- Page 321 ---
Septentrionale. 287
dans PAmérique
écorchée feroit du bien au Soldat.
greffe
la dépouilla dans un inftant,
Ce Sauvage
Sans-peur, qui,
après quoi nous en revétimes
fes douleurs, avoit encore le mot
malgré
difoitpourrire. >> Cadédis! je reffemble,
dans fon
Gafcon, 3 à Hercule
5 il
patois
coubert de la
du lion de Némée,
>
peau fandis ! s'il y aboit un
>> qu'il vainquit :
ferois
nous autres, je me
>> Peintre parmi
fous cet havillement >>. L'opé-
> peindre
eut de
ration réuffit au mieux; Sans-peur
plus la gloire d'avoir immortalifé fon nom
parmi les Sauvages, qui,depuis cette épol'ont nommé Phomme de yaleur. Mais
que,
des Prêtres idolâtres faifirent
les partifans
occafion. Alors il fe répromptement cette
bruit
avoit déjà,
pandit un
que Sans-peur
éprouvé la jufte colere de leur Dieu; prôle
blanc François qui
nant que
guerrier Manitou de leur Nation
avoit ofé mettre le
en pieces à coups de hache,avoit été attaqué par une bête féroce, & que j'aurois
mon tour 5 ce qui étoit arrivé n'étoit que
le prélude d'un plus grand malheur que
leur Dieu nous préparoit. Mais je répondis
avoit déjà,
pandit un
que Sans-peur
éprouvé la jufte colere de leur Dieu; prôle
blanc François qui
nant que
guerrier Manitou de leur Nation
avoit ofé mettre le
en pieces à coups de hache,avoit été attaqué par une bête féroce, & que j'aurois
mon tour 5 ce qui étoit arrivé n'étoit que
le prélude d'un plus grand malheur que
leur Dieu nous préparoit. Mais je répondis --- Page 322 ---
Nouyedux Voyages
de l'erreur, que je me moaux partifans
& de leur Dieu. Je
quois des prophetes
leur remontrai que Paccident qui étoit arrivé à mon guerrier, n'avoit rien d'extraordinaire; que le choix qu'avoit fait la tigreffe, étoit tout naturel; que cet animal
avoit fait ce que leurs chiens font à la challe
des bêtes fauves, qu'ils fuivent à la trace
l'odorat ; que le fang des jeunes tigres,
par
fur le capot du Soldat Franqui avoit rejailli
aniavoit attiré la mere de ces petits
çois,
Ils conmaux, qu'elle trouva enfanglantés.
mes raifons étoient phyfiquevinrent que
ment vraies.
Monfieur, bien
Vous ferez peut-étre,
été
comment Sans-peur a
aife d'apprendre
de fes bleffures. Il
fi promptement chien guéri de chaffe à la maniere
avoit dreffé un
étoit
Boucaniers. Cet animallui
des anciens
artaché; auffi lui en donnaextrémement bien fenfibles dans la cataft-il des preuves
qu'il éprouva contre la tigrefle, qui,
trophe
fut mile à mort après qu'clle
heurcufement
de corps avec ce Soidat.
eut fait féparation
fur la reine des
Son chien étoit fi acharné
forêts --- Page 323 ---
dans PAmérique Septentrionale. 289
forêts de cette contrée (1), qu'il la déchiroit à beiles dents, pour venger fon maitre;
fort contre le Sauvage Jongleur
il grondoit
de fes plaies. Cet animal
qui fuçoit le fang
qui
s'imaginoit qu'il mordoit Sans-peur,
la fuite d'autre Jongleur que fon
n'eut par
fidele animal léchoit plufieurs
chien, car ce
douloureufes que
fois par jours les bleffiures
& les dents
lui avoient caufées les griffes
terribles de la béte'la plus féroce de cette
contrée. Ce chien s'en acquittoit avec une
affeétion admirable 3 ce qui produifit en
du Boupeu de temps la parfaite guérifon
canier.
nous fut d'autant
Cette bonne langue
ni
plus utile, que nous n'avions ni linge,
liqueur fpiritueufe néceffaire au panfement
du bleffé, pour qui je prenois l'intérêt le
plus vif & le plus fenfible, puifque c'étoit
zele pour moi que cet accident lui
par
étoit arrivé.
(1) I1 n'y a point de lion à la Louiliane. Oa appelie tigre, un animal qui eft gros comme un dogue
d'Angleterre : il n'a pas la peau mouchetée comme
ceux d'Afrique 1 & il n'eft pas f dangereux.
T
du bleffé, pour qui je prenois l'intérêt le
plus vif & le plus fenfible, puifque c'étoit
zele pour moi que cet accident lui
par
étoit arrivé.
(1) I1 n'y a point de lion à la Louiliane. Oa appelie tigre, un animal qui eft gros comme un dogue
d'Angleterre : il n'a pas la peau mouchetée comme
ceux d'Afrique 1 & il n'eft pas f dangereux.
T --- Page 324 ---
Nouveaux Voyages
290 J'ai donc eu occafion de remarquer pendant cette cure qué la langue des chiens
eft fil bénigne, qu'il y a tout lieu de croire
qu'il en diftille une liqueur balfamique, qui
excellent remede avec lequel ces
eft un
animaux guériffent toutes leurs plaies quelenvenimées qu'elles foient. La nature les
que inftruit au défaut de raifon, car nous voyons
fouvent
lorfqu'un chien a mangé avec
cherche auffi-tôt à faire évaexcès, qu'il
fon eftomac du poids des alimens qui
cuer
Tincommodent.
des
L'inftinét lui indique d'aller chercher
comme chiendent &
herbes purgatives >
autres. J'en ai vu qui n'étant point à portée
avaloient des plud'avoir de ces plantes,
ou de la
afin de fe procurer
mes
paille,
auffi-tôt.
un vomiffement qui les foulageoit
Commela plupart des rivieres dela BalleLouiliane font remplies de crocodiles avides de la chair de chien 1 ceux qu'ont les
un inftinét fingulier . 2 quand
Sauvages, par
veulent traverfer une riviere ou un cheils
& fe préferver d'être dénaldu Mififipi,
vorés par ces cruels amphibies 2 s'appro- --- Page 325 ---
dans PAmerique Septentrionale. 291
chent des bords, & aboyent le plus fort
qu'ils peuvent en battant l'eau avec leurs
pour attirer dans cet endroit tous
pattes,
ils
les crocodiles des environs, après quoi
prennent leurs dimenfions pour traverfer
rapidement la riviere dans un endroit où
d'ennemi. Dieu a
ils ne rencontrent point
donné aux chiens des inclinations fi conformes & fi approchantes de la raifon, qu'après l'éléphant, qui furpaffe en cela tous
les autres animaux, il n'y en a point qui
participe davantage à cette faculté; on
en a vu des exemples dans Phiftoire que
j'ai rapportée de M. de Belle-Ifle, lorfqu'il étoit perdu à Ja Baye Saint-Bernard,
où fon chien lui fauva la vie.
Après l'entiere guérifon de Sans-peur,
ce boucanier ne put réfifter à la démangeaifon d'aller à la chaffe, qui eft devenue fon
élément depuis la réforme de ma compagnic. Ayant traverfé un lac, il apperçut
au pied d'un pacanier ( - efpece de noyer qui
porte une noix amandée) un ferpent à fonnettes, qui venoit d'artirer dans fa gueule un
Tij
lui fauva la vie.
Après l'entiere guérifon de Sans-peur,
ce boucanier ne put réfifter à la démangeaifon d'aller à la chaffe, qui eft devenue fon
élément depuis la réforme de ma compagnic. Ayant traverfé un lac, il apperçut
au pied d'un pacanier ( - efpece de noyer qui
porte une noix amandée) un ferpent à fonnettes, qui venoit d'artirer dans fa gueule un
Tij --- Page 326 ---
Nouveauz Voyages
202 écureuil noir : Sans-peur, pour venger
gros
tira fon coup de
le quadrupede grimpant,
bleffa danfufil fur l'animal rampant, qu'il
gereufement; ; s'étant approché enfuite pour
confidérer ce monftrueix reptile, & prendre les fonnettes de fa queue, qui étoient
nombre de dix-neuf (1), ce ferpent
au
malgré fa profonde blefvouloit encore,
Télafticité
fure, qui lui ôtoit pour toujours
Son
s'élancer fur le chaffeur.
de fon corps,
devoir de Parrêter; mais
chien fe mit en
fut mordu à la
& la pauvre
il en
gorge,
fa
bête n'ayant pu y atteindre avec langue
fon baume & en tirer le
pour y porter enfla aufli - tôt ; Sans - peur eut
venin 3
dans les convulle chagrin de voir expirer
fions ce fidele animal. J'en eus beaucoup
de regret, ainfi que tous ceux qui avoient
qu'il avoit
connu les fervices importans
de fes
avoit rendus à fon maître, qui paya
marquent les années
(1) L'on prétend qu'elles dont la morfure eft morde cette efpece de ferpent,
telle, fi l'on n'eft pas fecouru à temps. --- Page 327 ---
dans PAmérique Septentrionale. 293
larmes le tribut qu'il devoit à cet ancien
domeftique.
Pourquoi T'afpic affreux, 9 le tigre, , le panthere
N'ont jamais adouci leur cruel caradtere;
Et que, reconnoiffant la main qui le nourrit,
Le chien meurt en léchant le maitre qu'il chérit?
Bornes de lefprit lumain.
Il regne dans cette Colonie, depuis fix
chiens,
mois, une maladie épizootiquefurlese
qui les faic prefque tous mourir. Cett:maladie les tient dans les reins ; leur fang devient épais; on voit fuinter, à travers les
pores de leur peau, une matiere verdâtre,
oléagineufe, approchante du favon gras
dont fe fervent en France les Bonnetiers,
pour dégraiffer leur laine.
J'ai encore obfervé, pendant mon féjour
dans cette partie de l'Amérique Septentrionale & je me fuis alfuré d'après le
9 des anciens Colons de la nouvelle
rapport
n'y ont jamais vu ni renOrléans 2 qu'ils
contré aucuns chiens ni loups enragés.
En voici fans doute, Monfieur, la raifon
phyfique, fuivant mes foiblesiumieres. Vous
favez comme moi que le vafte pays de la
T iij
.
J'ai encore obfervé, pendant mon féjour
dans cette partie de l'Amérique Septentrionale & je me fuis alfuré d'après le
9 des anciens Colons de la nouvelle
rapport
n'y ont jamais vu ni renOrléans 2 qu'ils
contré aucuns chiens ni loups enragés.
En voici fans doute, Monfieur, la raifon
phyfique, fuivant mes foiblesiumieres. Vous
favez comme moi que le vafte pays de la
T iij --- Page 328 ---
Nouveduz Voyages
294 Louifiane eft arrofé par plufieurs grandes
ruifleaux, fontaines 3 lacs, qui
rivieres,
Aeuve de Miffiffipi, à
forment le fuperbe
remonté,
la fource duquel on n'a pas encore
Aufi les animaux trouvant par-tout à boire,
à cette maladie, qui orne font pas fujets
le défaut d'eau.
dinairement eft'caufée par
Iln'en eft pas de même dans notre Europe;
d'avoir vu dans un hameau
jemereffouviens
de la France, , un jeune garçon quifurmordu Les
& quile devint auffi.
d'un loup enragé,
les InPayfans du lieu, plus ignorans que
de remede
diens fauvages, ne fachant point
maladie, 3 crurent donc
à cette dangereufe
d'étouffer l'enfant
que le plus court étoit
des matelas, parce qu'ilavoit voulu,
entre
mordre fa mere au bras;
me dirent-iis, des accidens funeftes qui
& pour prévenir
en réfulter, ils employerent
auroient pu
cette cruelle méthede.
les quaII eft certain, Monfieur, que
de T'efpece carnivore ne tranfpidrupedes
chaleurs de
Dans les grandes
rent jamais.
ici
la terre, &s'y
T'été, on les voit
gratter ils tirent la
enfevelir jufqu'au cou. Alors --- Page 329 ---
dans Ambrique Septentrionale. 295
& il leur fort de la gueule une
langue 2
celle d'une fournaife ; leur
chaleur comme
le défaut de la tranfpenueft fi aride, par
piration, qu'ils font cruellement tourmentés par les puces.
tradurant une longue
J'ai eu occalion,
difette
verfée fur mer, oùt nous eûmes
de remarquer un chien limier
d'eau douce,
avoit méétoit à bord, & à qui on
qui
excrémens reffembloient à
nagé P'eau; fes
calcinée comme de la chaux : ce
une terre
d'une chaqui provient vraifemblablement
anileur concentrée dans l'eflomac de ces
les defféchent & les alterent
maux , qui
les
bientôt, ce qui fait que le tranfport
de leur cerveau fe défaifit; les organes
& ils mordent dans l'accès de rage
rangent,
& même
tout ce qui fe préfente à eux, 9
leurmaitres : leurs yeux deviennent hagards.
Le remede eft de leur caffer la tête. J'aurois bien d'autres réfléxions à ajouter fur
le fujet de cette horrible maladie ; mais
n'ai
envie de faire d'une Lettre d'aje
pas differration fur la rage, ni fur
mitié, une
la maladie de Naples. J'abandonne y
cette
Tiv
rage
rangent,
& même
tout ce qui fe préfente à eux, 9
leurmaitres : leurs yeux deviennent hagards.
Le remede eft de leur caffer la tête. J'aurois bien d'autres réfléxions à ajouter fur
le fujet de cette horrible maladie ; mais
n'ai
envie de faire d'une Lettre d'aje
pas differration fur la rage, ni fur
mitié, une
la maladie de Naples. J'abandonne y
cette
Tiv --- Page 330 ---
Nouveaux Voyages
matiere à gens plus habiles que moi dans
la fublime fcience d'Hipoerate,
Voici un fait, Monfieur, que je ne dois
omettre de vous rapporter dans cette
pas Lettre. C'eft un tour de Finvention de Sanspeur, qui a relevé comme dabuslexcommunication du grand Pontife idolâtre, &
qui s'eft bien fignalé dans cette affaire. Il
s'agiffoir d'un Soldat de ma fuite, qui avoit
été tué par un Sauvage dont j'ignorois le
nom & même la Tribu. En conféquence de
événement
je m'adreffai au
cet
tragique,
Chef de la Nation où je foupçonnois qu'étoit celui qui avoit fait le coup. Jedis à ce
depuis plufieurs jours il me
Cacique que
bien
manquoit un guerrier blanc; que j'étois
fàr qu'il n'avoit point déferté, puifqu'après
la ceffionde nos érablffemens àla Couronne
tous nos Soldats avoient eu leur
d'Efpagne,
fe retirer oû bon leur
congé abfolu pour
fembleroit. remontrai qu'il étoit de Pintérêt des
Jelui
hommes rouges de chercher ce guerrier
farement ils le trouveroiene
François ; que
qu'audans lc bois s'il s'étoit égaré, parce --- Page 331 ---
dans PAmérique Septentrionale. 297
trement l'on pourroit foupçonner quelqu'un
de fes gens de l'avoir tué; qu'il n'ignoroit
d'ailleurs le Paôte quiavoit été fait entre
pas les hommes blancs & les hommes rouges, 2
c'eft-à-dire, que celui d'une Nation qui en
tueroit un autre, fubiroit la loi du talion.
Ce Chef me répondit avec gravité que le
guerrier blanc qui me manquoit auroit vraifemblablement pu aller à la chafle dans le
défert, qu'ayant tiré fon coup de fufil fur
un tigre ou léopard, & que l'ayant bleffé
légerement, la bête féroce l'auroit peut-être
dévoré.Jel luirépliquai que Panimal n'auroit
mangé ni fon fufil ni fes habits; que s'il envoyoit fes guerriers à la recherche de ce
François, on devoit furement en trouver
des vefliges, fice malheur étoit arrivé comme il le fuppofoit.
Je m'apperçus que cet homme tergiverfoit, & je me retirai; mais je queftionnai à
l'écart un jeune guerrier nommé Embryoukia, qui m'étoit extrêmement attaché. Je
fis entendre à ce Sauvage que s'il pouvoit
me dire au jufte de quelle nation pouvoit
être le meurtrier de mon Soldat, je lui don-
vefliges, fice malheur étoit arrivé comme il le fuppofoit.
Je m'apperçus que cet homme tergiverfoit, & je me retirai; mais je queftionnai à
l'écart un jeune guerrier nommé Embryoukia, qui m'étoit extrêmement attaché. Je
fis entendre à ce Sauvage que s'il pouvoit
me dire au jufte de quelle nation pouvoit
être le meurtrier de mon Soldat, je lui don- --- Page 332 ---
Nouveauz Voyages.
nois ma parole d'honneur de lui en garder
un éternel fecret ; que s'ilme procuroit des
éclairciffemens fur cette mort, je le récomlargement, & que le Roi qui a le
penferois
de l'autre côté du grand
foleil pourchapeau,
lac d'eau falée, en feroit informé par Vécorce
parlante.
me
Dans cette confiance, 3 Embryoukia
dit tout; il m'avoua que c'étoit un homme
Kanoatino. C'étoit ce
de la Tribu appellée
je demandois pour jouer ma comédie.
que Le Soldat défunt étoit l'intime de Sanspeur; ; celui-ci, pour venger fon camarade,
l'idée de faire auffi la Jonglerie, &
conçut
farce intimider la Nation
voulut par une
d'une maniere furnaturelle s
du meurtrier
le fait & livrer le
afin de lui faire avouer
coupable.
Cependant, pour ne point compromettre
Sauvage, & affurer la réuffite de
le jeune il étoit de la derniere importance
l'affaire,
c'étoit lui qui m'avoit
gu'on ignorât que
Il falloit
décclé le meurtrier du François.
donc, dans cette circonftance critique, agir
& conferver toujours des
politiquement, --- Page 333 ---
Septentrionale. 299
dans PAmérique
& des ménagemens pour les Caciégards
befoin. On tenoit
ques, dont on a fouvent
dans la
auffi en même temps ces Peuples
perfuafion oà ils font encore queleshommes
blancs favent tout ce qui fe paffe dans les
deux Mondes, & qu'on ne peut guere les
; c'eft, comme vous favez, Montromper
fauffe
des Américains
fieur, cette
opinion.
qui les tient en refpet envers les Européens
répandus en Gi perit nombre dans ce vafte
Pays.
m'avoit communiqué fon proSans peur
merveilleux, & fort aifé
jet ; je le trouvai
fuà exécurer, fur-tout parmi des peuples
perftitieux & ignorans. Auffi approuvai-je
fur le deffein qu'il en
beaucoup ce Gafcon
avoit formé.
Voici comment Sans-peur s'y prit pour
Indiens, mais dans un
imiter les Jongleurs
effet
tout diférent. Il fit pour cet
genre d'un arbre qui croît à la Louifiane,
choix
femblable à la figue baqui porte un fruit
hafeminane, & que les Naturels appellent
à
nier. Les Sauvages emploient lécorce
faire de petits coffres qu'ils appellent ca/fot
deffein qu'il en
beaucoup ce Gafcon
avoit formé.
Voici comment Sans-peur s'y prit pour
Indiens, mais dans un
imiter les Jongleurs
effet
tout diférent. Il fit pour cet
genre d'un arbre qui croît à la Louifiane,
choix
femblable à la figue baqui porte un fruit
hafeminane, & que les Naturels appellent
à
nier. Les Sauvages emploient lécorce
faire de petits coffres qu'ils appellent ca/fot --- Page 334 ---
Nouveauz Voyages
300 mettre des fruits, & à couvrir leurs
pour
cabanes,
Le Soldat Gafcon alluma un grand feu
autour del'arbre, afin d'en accélérer la feve,
enlever plus promptement & plus facipour
foin de
lement l'écorce. Il eut auffi grand
cacher fa manceuvre aux Indiens (parce que
c'étoit le noeud de la queftion ), & de conftruire de cette même écorce, coufue avec
du pitre, & enduite de gomme de prunier
fauvage, un inftrument en forme de trompetre d'une grandeur énorme, pour porter
la voix au loin, comme font les gens demer.
Lorfque Sans-peur eut achevé l'inftrument de fa Jonglerie, il parcit incognito, 9
une nuit très-obfcure, pour n'être point
par
fon fufil, avec des munitions
vu, & emporta
& de l'eau
de bouche dans fon havrefac,
dans une caleballe ou gourde; il fe munit
auffi d'une peau d'ours pour lui fervir de lit,
& d'une robe debceuf ou de bifon pour fe
couvrir & fe mettre à l'abri des injures de
l'air. II fut fe pofter fur une haureur favorable à fon grand deffein, car il avoit pris
fes dimenfions avec autant d'étude
toutes --- Page 335 ---
dans Amérique Septentrionale. 301
Général d'armée auroit pu faire pour
qu'un
une bataille décilive. La
livrer & gagner
dans
fituation du lieu étoit fi heureufe, que
nuit fereine il pouvoit fe faire entendre
une à plus de trois milles à la ronde.
Il parloit dans ce porte-voix une langue
barbare & inconnue aux Américains. Ce
bruit effroyable, que les Sauvages croyoient
venir du Ciel, ne manqua pas d'épouvanter
& de jeter une grande allarme parmi ces
Peuples,, plus encore parmi les femmes,
naturellement timides, qui difoient que le
Maitre de la vie ou VAuteurde la nature étoit
irrité contre leur Nation, & que cette voix
formidable leur
gémiffante & quelquefois
pronofliquoit une grande calamité.
le lendemain à midi
En conféquence,
les vénérables vieillards vinrent me
tous
trouver avec FInterprete, pour me confulfinouveau & fiétrange
ter fur ce phénomene
pour eux.
fur la comédie que
Je contrefis l'ignorant
jouoit l'intrépide Soldat, qui, toujours fans
leur en donna une furieufe. Je leur
peur,
dis que depuis la mort de mon guerrier
quelquefois
pronofliquoit une grande calamité.
le lendemain à midi
En conféquence,
les vénérables vieillards vinrent me
tous
trouver avec FInterprete, pour me confulfinouveau & fiétrange
ter fur ce phénomene
pour eux.
fur la comédie que
Je contrefis l'ignorant
jouoit l'intrépide Soldat, qui, toujours fans
leur en donna une furieufe. Je leur
peur,
dis que depuis la mort de mon guerrier --- Page 336 ---
Nouveaux Voyages
repofer; que toutes
blanc,jen ne pouvois plus
les nuits j'entendois de mon lit la voix terrible d'un Efprit qui rodoit autour de ma
cabane, fans cependant rien voir ; que cette
d'un ton lamentable : >> Je fuis
voix difoit,
blanc, de la fuite du Ca-
> un tel guerrier
qui ai été tué par un
>> pitaine François,
Nation des Ka-
> homme de la Tribu ou
François, vengez ma mort 2
>> noatinos.
>> vengez mon fang >.
gardedesimaCes pauvres gensn'avoientg
du
giner que ce fût une parade ingénieufe
facétieux Gafcon, pour leur faire découvrir
le crime & le criminel. En effet, ces fimples
Indiens n'oferent diffimuler
& fuperflirieux
pluslong-temps, dès que je les eus perfuadé
c'étoit P'ombre du Soldat mort. Ils me
que
donnant
excufe
confefferent le tout,
pour
qu'à la vérité Phomme rouge deleur Village
avoit eu le malheur de tuer mon guerrier
blanc ; mais que celui-là avoitperdu Pelprit,
le Soldat François lui avoit fait
parce que
l'eau-deboire beaucoup d'eau de feu (de
vie),dans l'intention del'enivrer pour jouir
de fa femme. --- Page 337 ---
dans PAmérique Septentrionale. 303
Je répondis aux anciens qu'il n'y avoit
de cette accufation, qu'il
aucune preuve
blanc eût été
auroit fallu que mon guerrier
délit; qu'en ce cas il auroit
pris en flagrant
été coupable; que même, dans cette fuppofition, Phomme rouge auroit dû faire fubir
le même traitement à fa femme adultere;
les chofes ne s'étant pas paffées ainfi,
que
fuivant les loix de convention,
cet homme,
entre les deux
(quidoivent être réciproques
méritoit la mort, puifque fi un
Peuples)
homme blanc tue un homme rouge en
traître & fans fujet, il doit avoir la tête
caffée ; j'ajoutai qu'ils ne pouvoient fe difpenfer d'en ufer de même envers le meurtrier de mon Soldat François.
Enfin, ces Sénateurs fauvages, après avoir
bien plaidé la caufe de leur compatriore,
furent contraints de fe rendre à mes raifons,
qu'ils trouverent juftes.
Le plus ancien des vieillards ayant recueilli les voix, le Cacique ordonna à fes
fatellites d'aller fur le champ fe faifir du
coupable, l'amarrer, & le conduire devant
moi pour être facrifié, afin, difoit-il, d'ap-
mon Soldat François.
Enfin, ces Sénateurs fauvages, après avoir
bien plaidé la caufe de leur compatriore,
furent contraints de fe rendre à mes raifons,
qu'ils trouverent juftes.
Le plus ancien des vieillards ayant recueilli les voix, le Cacique ordonna à fes
fatellites d'aller fur le champ fe faifir du
coupable, l'amarrer, & le conduire devant
moi pour être facrifié, afin, difoit-il, d'ap- --- Page 338 ---
Nouveauz Voyages
304 les manes (1) du guerrier François 3
paifer
infernales, 3 à
qui évoquoit les puiffances
fur
l'efet de venger fa mort & fon fang
toute la Nation.
de
Mon deffein n'étoit cependant pas
que je
laiffer mourir ce Sauvage, parce
mon Soldat l'avoit provoqué
favois que
à cette adion, qui
par fon imprudence
d'ailleurs 7
n'avoit point été préméditée ;
devoit
ignorer qu'il y a
ce Soldat ne
pas
oùt les hommes
des contrées en Amérique
Les Sauvages ne font pas les feuls Peuples
(1) l'on ait obfervé cette terreur panique. Les
chez qui
étoient de véritables fléaux pour la
efprits nocturnes
habitent l'ancien continent >
plupart de ceux qui
à proportion qu'il
parce que T'homme eft peureux les éclipfes > les
eft fuperftitieux. Les météores , Mazarin étant
comètes le confternent. Le Cardinal
veille
malade 7 & fon Médecin lui ayant annoncé,la
paroiffoit une comtrestraonlinaive
defa mort, qu'il
trainée de Jumiere qu'on apdans le ciel, avec une tantôt barbe, tantôt queue ;
pelle tantôt chevelure,
comme dite pour
ce Miniftre regarda cette nouvelle il lui répondit: :
lui, & en fe moquant de l'augure,
la comète me, fait trop d'honneur.
font --- Page 339 ---
dans PAmériquie Septentrionale. 305
font éxceffivement jaloux de leurs femmes,
quoique d'ailleurs les fillés y foient libres s
& maitreffes de leur corps & de leurs VO*
lortés.
Afn de ne point faire fufpeéter le jeune
Indien, nommé Embryoukia, qui m'avoit
révélé la Nation du meurtrier de mon Soldat, je T'employai pour aller comme à mon
infu, faire folliciter fortement par la femme du Cacique des Kanoatinos, la grace
de lIndien coupable. Elle fit faire cette
démarche par un Capitaine ou Chef de
guerre des hommes rouges fon parent, 1 à
qui je dis d'affurer la Princeffe que je n'avois rien à lui refufer, & que c'étoit à fa
feule confidération que j'accordois la grace
du meurtrier du François.
Aufli-tôt on lui coupa les courroies avec
lefquelles il étoit amarré. Le Cacique lui fit
une courte harangue en forme de mercului difant : tu étois mort mais le Cariale, 2
;
pitaine des guerriers blancs te relfufcite à la
follicitation de la femme Chef.
On me préfenta enfuite le Calumet de
paiz pour fumer ; l'ayant pris, je tirai une
V
'accordois la grace
du meurtrier du François.
Aufli-tôt on lui coupa les courroies avec
lefquelles il étoit amarré. Le Cacique lui fit
une courte harangue en forme de mercului difant : tu étois mort mais le Cariale, 2
;
pitaine des guerriers blancs te relfufcite à la
follicitation de la femme Chef.
On me préfenta enfuite le Calumet de
paiz pour fumer ; l'ayant pris, je tirai une
V --- Page 340 ---
Nouveduz Voyages
de boucane, je le remis après entie
touche
les mains du Chéf. Tout le monde fut contres-fatisfait de fon intent; & Sans-peur,
dividu pour avoir fi bien joué fon rôle,
fuivant les ordres que je
revint me joindre
lui fis paffer fecretement par mon émiflaire
Embryoukia. A légard de fon inftrument,
bien que le fin Gafcon ne
vous préfumez
pas de réduire en cendres ce promanqua
qui lui avoit fi bien
digieux porte-voix,
fervià faire la jonglerie, en intimidant ces
pauvres Sauvages.
Lelendemain,farlese dix heures & demie,
les notables & les anciens guerriers de la
Nation vinrent me faire des remerciemens ;
ils me demanderent des nouvelles de ma
fanté; je parus à leurs yeux avec un vifage
bien plus ferein 2 que lorfque Sans- peur
contrefaifoit Fefprit de fon camarade fur la
montagne.
Il faut fouvent, 2 comme vous favez, pardevenir un Protée, afin de
mi ces gens-ci
mieux parvenir à fon but.
Je reçus donc ces Députés avec douceur
& contentement, les allurant quey'oubliois --- Page 341 ---
dans PAmérique Septentrionale. 307
le paffé, & quc j'étois ravi de joie de les
voir tranquilles ; que pour moij'avois trèsbien repofé depuis que lefprit éroit fatisfait, & qu'il y avoit tout lieu de croire
reviendroit plus du pays des ames les
qu'ilne
tourmenter 3 à moins que les jeunes gens
ffent encore les fous, c'eft-à-dire, ne
ne
des François à l'écart. Ils me ré*
ruaffent
pondirent qu'ils veilleroient foigneufement
fur eux, leur infinuant que l'efprit des guerriers blancs étoit redoutable 2 même après
la mort ; qu'ils ne pouvoient en douter,
puifqu'ils venoient d'en voir une preuve
bien frappante.
L'homme que je venois de délivrer vint
encore tout éploré, fejeter à mes pieds, &
me témoigna une vive & fincere reconnoiffance s en proteftant de ne plus à l'avenir
tuer de François. C'étoit tout ce que je
demandois; la bonne harmonie entre les
hommes blancs & les hommes rouges étoit
le voeu de mon coeur.
Avant de finir cette Lettre, je vais vous
donner une idée des Indiens chrétiens, du
les Révérends Peres Jéfuites
temps que
Vij
jeter à mes pieds, &
me témoigna une vive & fincere reconnoiffance s en proteftant de ne plus à l'avenir
tuer de François. C'étoit tout ce que je
demandois; la bonne harmonie entre les
hommes blancs & les hommes rouges étoit
le voeu de mon coeur.
Avant de finir cette Lettre, je vais vous
donner une idée des Indiens chrétiens, du
les Révérends Peres Jéfuites
temps que
Vij --- Page 342 ---
Nouveauz Voyages
des Miflions de la Louiétoient Direêteurs
la
fiane. Je me reffouviens que pendant
& lorfque j'étois en garderniere guerre ,
Juifs
nifon à la nouvelle Orléans, plufieurs
& de Curagao étoient venus
de la Jamaigue
faire le comdans cette Colonie, pour y
merce interlope ou prohibé,
avec un
Un Indien converti ayant troqué,
des pelleteries pour des marde ces Juifs,
celui-ci trompa le Sauchandifes d'Europe, Marchands François,
vage, qui en parla àdes caufe de la concurennemis des Juifs, à
de
Ceux-ci lui dirent que les gens
rence.
étoient maudits, & en exécette Nation
ne fe faicration par toute la terre ; qu'ils
chréde tromper les
foient aucun ferupule
celui-là étoit un defcendant
tiens, & que
crime énorde ceux qui avoient commis un
mourir
dans P'ancien monde, en faifant
me
fur un cadre, comme un
ignominisufemenr le fils du Maitre de las vie, ,notre Sauvoleur,
l'Indien converti entra
veur. A ces paroles,
auroit auffi-tôt
dans une telle fureur, qu'il
fi
immolé le Juif à fon reffentiment t,
Officier François, créole de
M. Broutin, --- Page 343 ---
dans Amérigue Septentrionale. 309la nouvelle Orléans, 3 ne l'eût arrêté, en lui
difant que les ancêtres de cet hébreu avoient
perdu l'efprit lorfqu'ils commirent cette
aétion ; & que le fils du Grand-E/prit leur
pardonné fa mort 2 il devoit limiayant
ter. Ce Juif fe nommoit Dias-Arias ; il étoit
né à la Jamaique, & débarqua au Port de
la nouvelle Orléans en 1759 2 contre les
Ordonnances du Roi, qui défendoient aux
Juifs l'entrée de nos Colonies, ainfi qu'aux
vaiffeaux interlopes d'approcher des côtes
àmoindre diftance d'uné
de nos poffeffions,
lieue.
M. de Rochemore,
En conféquence 2
Ordonnateur de la
Commiffaire Général, &
Louifiane , fit faifir, au nom du Roi, le
navire & les marchandifes du Juif DiasArias, qui étoit d'ailleurs fortement foup.
çonné d'avoir été envoyé par M. Morre,
Gouverneur de la Jamaique, pour prendre
connoiffance, comme efpion, du local &
des forces de la Colonie. Mais M. de Kercaffa & annulla la failie
lerec, Gouverneur,
faite
Y'Ordonnateur, qui,
de ce vailleau,
par
V iij
du Roi, le
navire & les marchandifes du Juif DiasArias, qui étoit d'ailleurs fortement foup.
çonné d'avoir été envoyé par M. Morre,
Gouverneur de la Jamaique, pour prendre
connoiffance, comme efpion, du local &
des forces de la Colonie. Mais M. de Kercaffa & annulla la failie
lerec, Gouverneur,
faite
Y'Ordonnateur, qui,
de ce vailleau,
par
V iij --- Page 344 ---
Nouveauz Voyages
à foutenir les intérêts du
toujours integre la haine du Gouverneur.
Roi, s'attira fe mit aufi-tôt entre ces deux
La divifion
font deChefs, qui, depuis cette époque, l'un &
irréconciliables. Ils écrivirent
venus
Fautre en Cour ; il s'éleva un procès qui
Vous aurez fans doute
dura fort long-temps.
qu'il ne fut jugé qu'en 1769, par
appris
la conle Confeil du Roi, qui approuva
des
de M. de Rochemore & celle
duite
Gouverneur avoit opprimés
Officiers quele
fes complaiqu'ils n'avoient pas,été
parce
fans.
Major Général des
M. de Belle-Iile,
Chevade la Louifiane, & M. le
proupes
Capitaine, avoient
lier d'Erneville, premier
du Gouverété caffés fur les faux expofés
dermais Sa Majefté a réintégré ce
neur ;
defes appoinremens.
nier, avec lajouiflance
de chadu premier, il mourut
A Tégard
avant le jugement du procès.
grin
revenir aux Indiens que les Jéfuites
Pour
divers Saints reavoient baptifé, voyant
d'eux,
préfentés avec quelque animal auprès S. Ancomme S. Jérôme avec un lion, --- Page 345 ---
Septentrionale. 311
dans PAmbrique
S. Roch, 7 un chien,
toine, un cochon, S.Jean, un aigle, &cc.
S. Luc, untaureau,
Saints étoient de
ils s'imaginoient que ces & que ces anila même croyance qu'eux,
faétoient les Manitous ou efprits
maux
qu'ils
milliers de ces pieux perfonnages,
ont fuivi au tombeau.
elle
cette opinion foit fauffe, 2
Quoique de leur donner du goûr pour
ne laiffe pas
qu'elle a du rapnotre religion ; perfuadés de leur croyanport avec ce qui fait l'objet
ils ont
ce. C'eft une raifon pour laquelle Saints.
vénération pour ces
une f grande infniment limage de faint
Ils réverent auffi
comme un des
Michel , qu'ils regardent
fur la
braves Saints qui ayent paru
plus
difent-ils, c'eft lui qui
terre, parce que, mauvais efprit, qu'il a tera combattu le
raflé, dardé & tué de fa lance.
fuis trouvé, en montant le Aeuve
Je me
avec M. votre
Mimffipi, de compagnie Général des rebeau-pere, Sur-Intendanc
du Roi d'Angleterre, en Amérique;
venus
du Capitaine Brail étoit dans la goëlerte
T'Ingénieur
deley, , qui portoit auffi paflager
V iv
que, mauvais efprit, qu'il a tera combattu le
raflé, dardé & tué de fa lance.
fuis trouvé, en montant le Aeuve
Je me
avec M. votre
Mimffipi, de compagnie Général des rebeau-pere, Sur-Intendanc
du Roi d'Angleterre, en Amérique;
venus
du Capitaine Brail étoit dans la goëlerte
T'Ingénieur
deley, , qui portoit auffi paflager
V iv --- Page 346 ---
Nouveaur Voyages
312 chef de Perfacola, que le Gouverneen
ment Britannique envoye à Menchak,y trad'une Ville, fur celui de la
cer le plan
nouvelie Orléans. Les Anglois doivent
auffi faire de nouveaux érabliffemens fur la
riviere d'Ohio, & dans toutes les contrées
nous leur avons cédées. Vous avez vu
que
le traité de paix, ils ont l'entrée
que par
remondu feuve Mifffipi, qu'ils peuvent
ter depuis fon embouchurejulqua.a fource;
lefpace eft immenfe.
Ces Infulaires, avides de terre comme
Caftillans l'étoient de lor, font la caufe
les de la ruine & de la perte de plufieurs milliers d'hommes qui ont péri dans ce vafte
continent, qui caufera vraifemblablement
la ruine de la Grande-Bretagne. L'on peut
dire que s'ils nous ont envahi le Canada,
& exigé une portion de la Louifiane 7 il
puifqu'avec un petit
leur en a coûtécher,
nombrede troupes, çonnues fous le nom de
Compagnies franches de la Marine, avec
la Milice du pays, foutenue par quatorze
envoyés de France en
baraillons d'Euiope,
Canada, & répandus dans lefpace de plus --- Page 347 ---
Septentionale. 313
dans Amtrique
de mille lieues de pays, 1 ces troupes ont
contre des arcombattu affez long-temps Compagnies 4
mées formidables. Ces mêmes
fait des prodiges de valeur
franches ont
Françoifes
défendre les poffeffions
pour
du nouveau Monde, que
dans cette partie
avoient médité de nous ufurper
les Anglois
ni fans aucune
fans déclaration de guerre,
rupcure:
franche
Un Capitaine d'une Compagnie
nommé le
de la Marine, à la Louifiane,
de
Chevalier de Villiers, l'un des freres
partit en 1755, au mois
M. de Jumonville,
du Fort de Chartres dans le Pays
d'Avril,
fecond M. de
des Illinois : il avoit pour
Officier de la même garnifon, avec
Volfey,
de Soldats & de Sauvages,
un détachement
à la tête duquel étoit Papapkchengouia,
Chefdes Naturels de cette contrée, qui lui
fervoit de guide à l'effet d'aller venger la
frere cadet de
mort de M. de Jumonviile,
le
cet Officier affaffiné par les Anglois
23 Mai 1754furM. de Villiers, rendu en Virginie,
& enleva un Fort aux Anglois, qui fe
prit
avec
Volfey,
de Soldats & de Sauvages,
un détachement
à la tête duquel étoit Papapkchengouia,
Chefdes Naturels de cette contrée, qui lui
fervoit de guide à l'effet d'aller venger la
frere cadet de
mort de M. de Jumonviile,
le
cet Officier affaffiné par les Anglois
23 Mai 1754furM. de Villiers, rendu en Virginie,
& enleva un Fort aux Anglois, qui fe
prit --- Page 348 ---
Nouveaur Voyages
314 rendirent à difcretion, & dont les prifonniers furent partagés entre l'Officier François commandant & le Chef des guerriers
Indiens Illinois, quiles firent efclaves; mais
commifération nousrachetâmes ces malpar
d'être
heureux, qui auroient couru rifque
faubrulés, parce que ces Peuples, quoique
étoient outrés de T'affaffinat quiavoit
vages,
du frere de cet
été commis en la perfonne
d'une Lettre de M. de
Officier, porteur
Contrecceur, Commandant François, au
Commandant Anglois, pour le fommer de
fortir des domaines du Roi fon maître.
En 1755, M. Dumas, Capiraine dans
les troupes de la Marine dérachées en Canada, (adtuellement Brigadier des armées
du Roi, & ancien Commandant Général
des troupes des Ifles de France & de Bourbon) Officier auffi habile que vaillant, avec
d'environ fix cents Soldats & Miun parti
liciens, auxquels fe joignirent des Sauvages
nos alliés, attaqua & défit 2 dans un défilé ou une gorge, l'armée Angloife 2 comM. Bradock, Gémandée en perfonne par
néraliflime des troupes de la nouvelle An- --- Page 349 ---
Septentrionale. 315
dans PAmbrique
: ce Général venoit, , quoiqu'en
gleterre
fans autre droit que la loi
temps de paix,
du Fort Dudu plus fort, pour s'emparer
environ
mais il perdit la vie, avec
quelne 5
compofoient fon
trois mille hommes qui
armée.
Capitaine dans
En 1759, M. Aubry,
détaché
de la Louifiane, érant
nos troupes
reçut les ordres de
au pays des Illinois 2
du Fort de
M. de Macarty 2 de partir
d'environ
Chartres avec un détachement fecourir
cents hommes, pour aller
quatre
menacé d'une invafion
le Fort Duquefne,
moins
des Anglois, ou au
pour
de la part
les munitions & T'arle rafer & en enlever
fur
tillerie. Il s'embarqua avec fa troupe
Aeuve Miffiffipi ; & l'ayant defcendu
le
confluent de POhio, qu'ilremonta
jufqu'au
dans la riviere de
enfuite, il entra après
heureufement fa
Marenguelé. Il y conduifit
avoir effuyé dans le trajet
troupe 7 après
lieues des Illi-
(qui eft de quatre cents
innombranois) des fatigues & des périls
bles.
étant arrivé au Fort DuLe lendemain,
ve Miffiffipi ; & l'ayant defcendu
le
confluent de POhio, qu'ilremonta
jufqu'au
dans la riviere de
enfuite, il entra après
heureufement fa
Marenguelé. Il y conduifit
avoir effuyé dans le trajet
troupe 7 après
lieues des Illi-
(qui eft de quatre cents
innombranois) des fatigues & des périls
bles.
étant arrivé au Fort DuLe lendemain, --- Page 350 ---
Nouveaux Voyages
quefne, il apprit que le Général Gicent, 9
Anglois, étoit pofté dans le bois, à peu
de diftance du Fort, avec un corps de
douze cents hommes. M. Aubry forma le
projet de le furprendre, & il partit avec
fon détachement de quatre cents hommes.
Son attaque fut fi bien dirigée, & en même temps fi impétueufe 7 que la troupe.
fe croyoit alors à couvert
Angloife > qui
de toute furprife dc la part des François 2
fut entierement mife en déroute ; trois
cents Anglois refterent fur la place, le refte
fur difperfé ou fait prifonniers ; les Sauvages firent beaucoup de chevelures.
M. Aubry, ayant appris qu'ilreftoit encore à quelque lieues du Fort Duquelne ,
une armée de quatre mille Anglois, pric
le parti de faire rafer ce Fort, d'en enlever
l'artillerie, & il revint aux Illinois. Quelmois après, il fut chargé de partir
ques fon même détachement pour Niagara :
avec
il entreprit & exécuta ce pénible & long
voyage. 1l engagea dans fon parti plufieurs
Nations Sauvages, qui, jointes aux François
qu'il commandoit, compofoient un parti --- Page 351 ---
dans PAmérigue Septentrionale. 317
neuf cents hommes. II fut attad'environ
qué, à peu de diftance de Niagara 7 par
de quatre mille Anglois. Malgré
un corps
de leur nombre, la viétoire
la fupériorité
lorfque les Sauvafe déclaroit pour nous,
effrayés dubruit des tambours quibarges,
de canon qui
roient la charge, ,8desboulets & les Chefs
des leurs,
tuerent quelques-uns
haranfe faire entendre pour
ne pouvant
les Guerriers
guer, fuivant leur courume,
les encourager dans le combat,
rouges, pour
fubirement, difant qu'ils
lâcherent le pied
tenir avec leurs armes contre
ne pouvoient
& que
des gros fufils qui les foudroyoient,
la partie n'étoit pas égale.
M. Aubry 84 quelques Officiers, avec
environ trois cents Soldats ou Miliciens,
foutinrent le combat avec la plus grande
ils furent enfin écralés par le
intrépidité;
recut deux coups de
nombre. M. Aubry
fufils, dont lun à la tête ; il fut conduit au
des Anglois, comme un homme qui
camp
deux heures à vivre. Il eut cen'avoit pas bonheur de recouvrer fa fanté
pendant le
dans la
& fes forces; ; & ayant été échangé
ers, avec
environ trois cents Soldats ou Miliciens,
foutinrent le combat avec la plus grande
ils furent enfin écralés par le
intrépidité;
recut deux coups de
nombre. M. Aubry
fufils, dont lun à la tête ; il fut conduit au
des Anglois, comme un homme qui
camp
deux heures à vivre. Il eut cen'avoit pas bonheur de recouvrer fa fanté
pendant le
dans la
& fes forces; ; & ayant été échangé --- Page 352 ---
Nouveaux Voyages
fuite, ainfi que M. de Villiers, qui étoit
fon fecond, ils revinrent -
en France, où ils
obtinrent la Croix de S. Louis. Ils repartirent pour la Colonie en 1762, avec le
Régiment d'Angoumois, qui y venoit renforcer la garnifon de la nouvelle Orléans.
M. Aubry reçut à la paix le brevet de
Commandant des fix Compagnies qu'on
avoit confervées ; il a rempli, à la mort
les fonations de Goude M. d'Abbadie,
verneur, comme je l'ai dit au commenceM. Aubry périt le
ment de ces Lettres.
18 Février 1770, dans un funefte naufrage,
à la vue du Port, avec fa troupe qu'il raUne
de fix cents
menoit en France.
penfion
livres, accordée par le Roi à fon frere, &
une autre à fa foeur, font un témoignage
honorable à la mémoire de cet Officier,
fenfible de la diftinétion de
& une preuve
fes fervices.
j'ai interPour revenir à mon fujet, que
en faveur de
rompu par cette digreffion
anciens camarades, je vous dirai qu'un
mes de bon fens, & Chef d'une tribu
Indien
Allibamone, habitué avec les François, --- Page 353 ---
Septenrionale. 319
dans Amérique
difoit lP'autre jour que les blonds (c'eft
me
appellent les Anglois)
ainfi que cès Peuples fous d'être venus de
avoient été de grands
domaines & de
fi loin nous chaffer de nos
leurs femfacrifier
nos habications, $ pour de la terre qu'ils
blables, afin de pofféder
défricher;
occuper, ni même
ne peuvent
il étoit content de celle qu'il
que pour lui,
de long fuffifoient
avoit, puifque fix pieds
le conduire au pays des efprits; que
pour
de l'autre côté du grand lac 2
les blonds,
le monde entier , &
vouloient conquérir
habiter la
qu'ils voudroient apparemment chercher dans la lune
région planétaire, & celui du nord du
du caftor plus fin que
Canada.
m'a dit M. votre beauSuivant ce que
grands
quia palféàl Bollon,ohilade
pere, les habitans de cette capitale murbiens, 2
contre les aétes d'autorité
murent beaucoup
&
arbitraire du Parlement d'Angleterre 7
qu'on veut érablirdans cette
des impofitions
dont les habitans, , enforiffante Colonie,
à
thoufiaftes de la liberté, font difpofés
entreprendre les plus grandes chofes $ &
beauSuivant ce que
grands
quia palféàl Bollon,ohilade
pere, les habitans de cette capitale murbiens, 2
contre les aétes d'autorité
murent beaucoup
&
arbitraire du Parlement d'Angleterre 7
qu'on veut érablirdans cette
des impofitions
dont les habitans, , enforiffante Colonie,
à
thoufiaftes de la liberté, font difpofés
entreprendre les plus grandes chofes $ & --- Page 354 ---
Nouveaur Voyages
ne chetcheront que l'occalion de fecouér fe
de la Métropolet de & de fe Tendre in=
joug
dépendants, comme les Hollandois firent
autrefois fous Philippe II, Roi d'Efpagne.
Lel Parlement, enivréd'orgueil, ou plutje
de frénéfie, perfuade au Roi d'Angleterre
de foumettre à fes volontés les AngioAméricains.
En jetant un coup d'oeil politique fur
la population de cette partie du nouveau
continent, où ily a déjà eu des guerres
fanglantes pour des chimeres & des limites
inconnues aux Souverains de lEurope, on
s'empécher d'eri prévoir les fuites
ne funeftes. peut Tous les fiecles nous ont fourni
des révolutions d'Etats, des rénverfemens
de Religions, des Puiffances affoiblics, &
d'autres élevées fur leurs ruines ; tous ces
malheurs font attachés à Thumanité, &c
font partie effentieile de Pharmonie préérablie, comme dit fort bien PA uteur de Candide.
Enfn le temps, quieft un grand maître,
nous découvrira fi le miniltere de Londres
a tort cu raifon d'en agir ainfi envers un
peuple
teguiarawin LI 77 --- Page 355 ---
dans PAmérique Septentrionale. 321
belliqueux, & qui a les mêmes :
peuple
droits à la liberté Anglicane, que ceux qui
habitent les trois Royaumes' en Europe.
Les Américains d'aujourd'hui veulent des
freres, des amis, & non des maîtres.
Carthage eût confervé fon éclat, fi elle
fe fàt maintenue dans les bornes de la mo=
dération. L'orgueil lui fit perdre, par fa
deftruction, tout ce qu'elle avoit poffédé
pendant tant de fiecles.
Il eft certain, comme le penfe M. Randall votre beau-pere, qui cohnoit la politique & la façon de penfer de fes comles Bofoniens, que fi leurs intépatriotes
rêts communs les portént une fois à foutenir
leur liberté à main armée, ils trouveront
dans leur pofition, dans leur valeur 8: dans
leurs forces des reffources inconnues aux
Européens 3 & qu'ils les mettront en oeuvre
dès la premiere occalion que les aétes du
Parlement Britannique feront naître. Un pareil bouclier ne peut qu'avoir les fuites les
plus fàcheufes ; car vous le favez, & un
grand Politique Pa dit : quand on a une
X --- Page 356 ---
Nouveaur Voyages
322 tiré
contre fon Souverain, il faut
fois
lépée
jeter le fourreau au feu.
Voilà, mon cher ami, la derniere Letvous recevrez du continent de
tre que
Je vais quitter
T'Amérique feptentrionale.
&
la charmante contrée des Akangas 2
defcendre le fleuve de Mififlipi, pour aller
à la nouvelle Orléans. Si j'y trouve un
vaiffeau pour paffer à Saint-Domingue 5
profiterai ; je vous écrirai de cette Ifle.
j'en
Du Pays des Akangas, 2 le 27 Ayrilry7t.
mon cher ami, la derniere Letvous recevrez du continent de
tre que
Je vais quitter
T'Amérique feptentrionale.
&
la charmante contrée des Akangas 2
defcendre le fleuve de Mififlipi, pour aller
à la nouvelle Orléans. Si j'y trouve un
vaiffeau pour paffer à Saint-Domingue 5
profiterai ; je vous écrirai de cette Ifle.
j'en
Du Pays des Akangas, 2 le 27 Ayrilry7t. --- Page 357 ---
dans PAmérique Septentrionale. 323
LETTRE HUITIEME
Au M. ÉM E.
PAuteur part de la nouvelle Orléans. Un
Sauvage Médecin s'embarque dans fon
yaifeau pourle fitisre en France; la crainte
de périrjur merlefait débarguer. Difcours
éloquent de ce Sauvage fur les dangers de
la navigation, efiurles premiers Européens
qui arriverent Gil nouveat Monde. Le
gouvernail de fon vaiffeau fe brife en
deftendantiefeuve de Millilipi. Les vaifeau
fairtmois pieds d'eau à theure, eTAuteur
ef obligé de relacher à la Havane, dans
£lfle de Cuba. Idée de cette Ife, d 6ce qui
y arriva dans le tempsque MilordAibemarte
étoit Gouverneur après la rédudion de
y
Place à PAngleverre. On remet à la
cette
dans le canal de
voile. Tempéte fiurieufe
Bahama. Defcription ropographique
hiforigue de iIfle de Saint-Domingue.
Casr avec un véritable regret, Mcnfieur, que je me fuis féparé de mes chers
Akangas, que vraifemblablement je ne reverrai peut-être plus. La douleur qui les
Xij --- Page 358 ---
Nouvedux Voyages
& dont ils me donnoient les
pénétroit les moins équivoques; ne faifoit
marques
reffentois. Ils
qu'augmenter celle que je
m'arrofoient de leurs larmes ; je ne pus retenir les miennes. Ils vinrent en foule m'acjufqu'au Aleuve de Miffifipi. Ils
compagner demeurerent fur le rivage, levant les mains
vers le Ciel, & pouffant de grands cris,
le bateau eût difparu à leurs
jufqu'à ce que
yeux.
fauvé la vie chez
Le Jongleurà quij'avois
m'en avoit témoigné la plus
ces Peuples,
fuivant
vive reconnoiffance au moment que,
l'arrét porté contre lui par le Confeil des
anciens, il alloit fortir des terres des AkanIlm'avoir fait part du deffein qu'il avoit
ças.
formé de paffer le grand lac avec moi, pour
aller voir le grand village des François
(Paris), difant qu'il brûloit d'envie de voir
aufi le Roi de France. J'applaudis à fon
deffein; mais je lui confeillai de demander
Gouverneur & Chef
à Don Louis Unzaga,
des Efpagnols de cette contrée, la permiflion de T'exécuter. Ce Sauvage mc répondit qu'il étoit né homme rouge, par con-
avoit
ças.
formé de paffer le grand lac avec moi, pour
aller voir le grand village des François
(Paris), difant qu'il brûloit d'envie de voir
aufi le Roi de France. J'applaudis à fon
deffein; mais je lui confeillai de demander
Gouverneur & Chef
à Don Louis Unzaga,
des Efpagnols de cette contrée, la permiflion de T'exécuter. Ce Sauvage mc répondit qu'il étoit né homme rouge, par con- --- Page 359 ---
dans LAmérique Septentrionale. 325
féquent libre d'aller où bon lui fembleroit,
du Maitre de la vie (1).
ne dépendant que
Il réitéra fi fort fes prieres, quej je lui promis de le faire mon compagnon de voyage.
Lorfque le vaiffeau dans lequel je devois
paffer fut prét à mettre à la voile, je fis
Doéteur Indien de fe rendre à
avertir mon
la nouvelle Orléans. II ne tarda pas à y
arriver, accompagné de fes parens & amis.
A peine fut-il embarqué, que fe fentant
feconé fans ceffe par le mouvement du navire, il demanda à defcendre à terre, difant
la tête lui tournoit, & qu'il avoit peur
que
dans la cabane yolante (2).
de perdre l'efprit
(I) Les Sauvages de l'Amérique Septentrionale
fe regardent comme libres & indépendans.
(2) La poltronnerie de cet Américain rappelle
l'anecdote des Officiers du Régiment de G.
l'ordre de s'embarquer à Breft
qui 2 ayant reçu
franen 1757, pour aller fecourir nos Compagnies les
ches du Canada, attaquées de tous les côtés par
Angloifes & les Sauvages leurs alliés, refutroupes
difant qu'ils n'avoient nulle envie
ferent d'aller d'y fe faire paffer, boucaner & manger par les Sauvages
X iij --- Page 360 ---
3:6
Nouveauz Voyages
Quoi,lui dis-je, n'es-tu pas un homme comje crains le
me moi i? >> Ah! merépondit-il,
lac. J'ai peur que cette grande
s grand
vaiffeau) ne me ferve de cer5 pirogue (le
déS cueil, & que mes OS ne foient jamais
dans le même tombeau que ceux dé
S pofés ancêtres. Ilme femble déjà voir, fur
>> mes
desmonftres affamés prêts
S> la grande eau,
> à me dévorer, ou la tempête mugiffante
fondre furmoi, pour me précipiter dans
>>
vaftes
J'ai manqué 3 tu le
S> ces
abymes.
avoir voulu imi-
>> fais, à être boucané pour
les
& je ne veux point m'ex-
> ter Anglois;
Les hommes blancs
> pofer à être noyé.
des
de confier leur vieà
S ont perdu l'efprit
être
> milliers de planches, qui peuvent
ou mangées des vers, fur un
5 pourries
Thomme de
5 élément perfide qui engloutit
yaleur comme Thomme fenme. J'aime en-
>
fincerement,
>> core mieux, à te parler
fur la terre d'où je fuis forti, &
> marcher
de ce Continent. Sur le rapport que M. d'Argenfon Offien fit au Roi, Sa Majefté caffa une partie des
ciers de ce Régiment.
efprit
être
> milliers de planches, qui peuvent
ou mangées des vers, fur un
5 pourries
Thomme de
5 élément perfide qui engloutit
yaleur comme Thomme fenme. J'aime en-
>
fincerement,
>> core mieux, à te parler
fur la terre d'où je fuis forti, &
> marcher
de ce Continent. Sur le rapport que M. d'Argenfon Offien fit au Roi, Sa Majefté caffa une partie des
ciers de ce Régiment. --- Page 361 ---
Septentrionale. 327
dans PAmérique
mon arc &
3> où j'ai le pied ferme, avec
faire
tuant du gibier pour me
>> mes fleches,
con-
& ramaffant des Gimples pour
>> vivre,
fanté & celle de mesamis, que
> ferver ma
de faim & de foif
à mourir
> de m'expofer
mâme,
falée & amere. Quand
S> fur l'eau
comme un
>> après un naufrage, je nagerois
la terre, peut-être
> poiffon pour gagner
chien
au rivage, le premier
>> que parvenu
feroit qu'une bou-
>> de mer (un requin) ne
ont
de mon corps. Les blancs qui
>> chée
malheu-
>> découvert le Pays des rouges,
eux & pour nous, puifque
>> reufement pour
d'hommes ont péri,n'étoient-
>> desmillions d'abandonner leur famille &
> ils pas fous
hémiPatrie, pour venir dans cet
> leur
les écueils les plus re-
>> fphere, à travers
& des
à la merci des vents
> doutables,
Au lieu de remercier le Grand-EF
>> flots.
à leurs fureurs, ils
> prit d'être échappés
>> fe font encore eux-mêmes des guerres
& envenimées pour des chimeres
> cruelies
Au lieu de peupler
> que nous ignorons.
éten-
>> & de cultiver en paix cette grande
due de terre fertile & déferte qui leur
>>
Xiv --- Page 362 ---
Nouveaux Voyages
il femble au contraire
> ouvre fon fein,
plaifir à l'arrofer du fang
> qu'ils prennent
dû
>> des hommes. Les Européens auroient
imiter Ces mêmes Américains à qui ils
>>
le nom de Sauvages. Il eft vrai
55 donnent
>> que ces derniers n'ont pas comme eux
>> Pécorce parlante ; mais contens d'habiter
où le Maitre de la vie les a
fous le ciel
>> placés, ils auroient cru lui déplaire,s'ils
envie d'aller dans un autre cli-
> avoient eu
le
des Peuples tran-
>> mat, troubler repos
> quilles qui ne leur ont fait aucun mal.
>> Les Européens ont-ils penfédemême?
les Américains,
> Ils font venus égorger
de leur faire aimer les Ma-
>> fous prétexte
nitous des Chrétiens. Mais on abien re-
>>
leur véritable idole eft le fer
> connu que
> jaune, qui leur a fait tout entreprendre
facrifier
le
CeMa-
> & tout
pour poffeder.
de
> nitou ne les empèche pourtant pas
comme les hommes rouges; &
>> mourir,
hommes blancs n'emporcent avee
>> ces
> eux, dans le pays des ames, qu'un rela haine & le courroux
> mords éternel,
> du Grand-Efprit, qu'ils ont offenfé,Pour-
ritable idole eft le fer
> connu que
> jaune, qui leur a fait tout entreprendre
facrifier
le
CeMa-
> & tout
pour poffeder.
de
> nitou ne les empèche pourtant pas
comme les hommes rouges; &
>> mourir,
hommes blancs n'emporcent avee
>> ces
> eux, dans le pays des ames, qu'un rela haine & le courroux
> mords éternel,
> du Grand-Efprit, qu'ils ont offenfé,Pour- --- Page 363 ---
dans PAmérique Septentrionale. 329
étes-vous venus de filoin
>> quoi, en effet,
des
faux Dieux, & maffacrer
5 chercherde
les be3> Peuples innocens qui ignoroient
vous leur
? Vous
>>
foins que
avezmulripliés
chez eux vos vices,
> avez encore apporté
ils
& vos rapines. Oui,
>> VOs injuftices
> vous ont vus, difent-ils, vous moquer
eft pourtant bon,
> du Grand-Efprit, qui
>> felon ce quenous en difent tous les jours
(les Francifcains), puif-
>) les robes grifès
>> qu'il eft venu lui-même dans votre Pays
chemin
vous ne fuivez
>> vous tracerle
que
fi nous euffions été affez heu-
>> pas. Ah!
l'avoir vu & connu comme
>> reux pour
aurions bien empéché qu'on
>> vous, nous
5> Pattachât à un cadre, en brûlant ceux
> qui Pont fait mourir innocent >>,
Après ce difcours, que je trouvai plein
de vérité & de bon fens, j'embraflai le Philofophe Indien. Il me fit fcs adieux la larme
3 l'ceil, & me témoigna le regret fenflible
qu'il avoit de me quitter, en me difant que
j'avois bien tort de m'expofer aux dangers
du grand lac & à la brutaiité des monftres
qui Phabitent, puifque je méritois d'étre --- Page 364 ---
Nouveaux Voyages
330 né dans fon Pays (1).1 Ilme pria d'accepter,
de fon fouvenir & de fa recomme gage
fachet fait d'une peau de
connoiffance, un
rempli de fimples & de racines préloutre,
dit-il,
le préfent
cieufes. >> C'eft-là,
pour
mais le Maitre de la
>> toute ma richefle ;
>>. II joignit à ce préfent
>> vie y pourvoira
fes
& la
fon arc, fon carquois 2
fleches,
peau
lui fervoir de lit. Il fe déd'un ours qui
même d'une robe faite de plufieurs
pouilla
coufues enfemble, & me
peaux de caftors
l'offrit, en difant qu'il étoit venu nu, & qu'il
retourneroit de même, pourvu que la
s'en
chofe, quin'étoit de valeur, me fût agréable.
Les Sauvages croyent faire l'éloge le plus
(1)
en le comparant à eux. Cette
Aatteur d'un François, d'une fierté d'ame, d'une
idée ne peut provenir que
de noble, & qui
prévention quin'a rien en foi que
les
doit paroitre bien fondée, fi nous confidérons Voilà
moeurs fimples &c les vertus de ces Peuples. l'on
fans doute d'ou vient que toutes les fois que
la Tragédie d'Hirga ou les Illinois, par
repréfente
ces vers d'Hiaskar:
M. de Sauvigny > on applaudit
De ta haute vertu que mon cceur eft jaloux !
>
tu méritois d'être né parmi nous.
>> François,
rien en foi que
les
doit paroitre bien fondée, fi nous confidérons Voilà
moeurs fimples &c les vertus de ces Peuples. l'on
fans doute d'ou vient que toutes les fois que
la Tragédie d'Hirga ou les Illinois, par
repréfente
ces vers d'Hiaskar:
M. de Sauvigny > on applaudit
De ta haute vertu que mon cceur eft jaloux !
>
tu méritois d'être né parmi nous.
>> François, --- Page 365 ---
dans PAmérique Septentrionale. 33T
que le préfent eft
> Je fais, ajoura-t-il,
Je
mon coeur eft grand >.
5 petit ; mais
l'acceprai, perfuadé que mon refus l'afflige-
&
le dédommager, je lui donnai
roit; pour
de voyage, fait d'une couvermon capot
bucheron, une
ture de laine, un couteau
petite hache que les Sauvages appellent
cafe-tete, de la poudre, des bales, avec un
fafufil de traite. Il fut on ne peut pas plus
tisfait de cette arme à feu. Il me dit qu'il:
fur les crocodiles de la
alloit me venger
m'avoit faite un de ces monftres,
peur que
fur les bords de la riviere
en m'entrainant
de Tombekbé, & que le premier qui fe préfenteroit à lui feroit immolé & pendu à un
arbre pour fervir d'exemple aux autres (r)-
(1) Guiape raconte, comme témoin oculaire,
qu'un cochon ayant tué un enfant à Châlons-furfon
lui fut fait dans les formes; il fut
Saône 5
procès
condamné à être pendu , & la Sentence furgravement
exécutée. La même aventure arriva à Saint-Omer,
à-peu-près dans le mème temps. A Caen, en 1396,
Sentence fut mife à exécution contre une
pareille
un enfant au berceau; le Maitruie qui avoit mangé --- Page 366 ---
Nouveaur Voyages
Commej'avois envie d'en avoir un empaillé
cabinet d'hiftoire naturelle, il
pour votre
nous euffions mis à
me l'apporta avant que
la voile. Je vous le ferai palfer avec le carl'arc, les Aeches & les farbatanes
quois,
m'avez demandés.Je les adrefferai
que vous
Avocat-Général au
à M. Vincent Bureau,
Bureau des Finances, à la Rochelle. C'eft
homme plein de mémon Correfpondant,
rite, & qui a été la dupe de fon bon coeur,
le font ordinairement les honnêtes
comme
que tous les autres leur
gens, qui croyent
étoit ici fon débiteur
reffemblent. Celui qui
& le mien étoit un faux ami, qui nous a
indignement, Mais reyenons à mon
trompé
voyage.
Je m'embarquai à la nouvelle Orléans,
bàriment nommé la Foi du Port de
fur un
commandoit
Dieppe. Le Capiraine qui le
Pécheur de morue du Banc de
éroit un
de mer, & bon maTerre-Neuve, vrai loup
du Vicomte de Falaife, IO fols
tre del'ceuvre reçut
falaire. (Bailli
TO deniers & une paire de gands pour
de Caen, page 152,)
voyage.
Je m'embarquai à la nouvelle Orléans,
bàriment nommé la Foi du Port de
fur un
commandoit
Dieppe. Le Capiraine qui le
Pécheur de morue du Banc de
éroit un
de mer, & bon maTerre-Neuve, vrai loup
du Vicomte de Falaife, IO fols
tre del'ceuvre reçut
falaire. (Bailli
TO deniers & une paire de gands pour
de Caen, page 152,) --- Page 367 ---
dans Amérique Septentrionale. 333
les Côtes de Normandie & dans le
rin fur
de la Manche, mais très - mauvais
Canal
où il n'étoit jaPilote dans ces Parages,
Dans le
mais venu qu'une fois par hafard.
defcendions le feuve de
temps que nous
voulut dériver la
Miffiffipi, ce Capitaine
à la faveur de la lune. Je lui repréhuit,
pas le Aeuve comfentai qu'il ne connoiffoit
Manche & le
me il pouvoit connoître la
Banc de Tetre-Neuve; qu'ily avoit cepen-
& qu'il
dant bien une grande différence,
d'attendre le jour, par
feroit prudemment d'arbres Aottans dont
rapport aux embarras
étoit
fur-tout dans la faifon
lefleuve
couvert, à caufe de la fonte des neioû nous étions,
& des glaces provenant de plufieurs
ges
rivieres du Nord qui débouchent
grandes fameux fleuve. Ce Capitaine, au
dans ce
demon avis, ayant continué fa routes
mépris
du vaiffeau fut brifé. Il rele gouvernail
fans être
connut alors, mais trop tard, que
marin, un homme qui a de l'expérience
de bons confeils à
peut donner quelquefois
un Pilote. Il envoya chercher un Charpentier à la Nouvelle Orléans, pour conftruire --- Page 368 ---
Nouveauz Voyages
ce qui nous retint penun autre gouvernail;
dant quinze jours au bas du fleuve, oû nous
des armées de marinétions affiégés par
heureufement que j'avois emporté
gouins;
me fervit bien dans cette
un moufiquaire , qui
occafion.
Auffi-tôt que le vent fut favorable, nous
fimes voile de la balife pour aller reconnoitre la Havane, où nous arrivâmes-huit jours
Il étoit temps; 3 car notre
après notre départ.
des
bâciment, qui étoit pourri & mangé
faifoit environ trois pieds d'eau à
vers,
T'heure.
cherchoit la voie d'eau,
Pendant qu'on
le vaiffeau dans le
& qu'on raccommodoit
plaifir à
Port de la Havane, je prenois Ifle de
dans cette vafte
m'aller promener
& eft fituée
Cuba. Elle s'étend Eft& Oueft,
23 de latitude
par les 20 degrés jufqu'à
Elle
feptentrionale, & 300 de longitude.
de cinq cents lieues Françoifes de
a près
deux cents de longueur, &
tour, environ
cinquante de largeur.
On voit de hautes montagnes qui renferment des mines de cuivre, d'argent.&
je prenois Ifle de
dans cette vafte
m'aller promener
& eft fituée
Cuba. Elle s'étend Eft& Oueft,
23 de latitude
par les 20 degrés jufqu'à
Elle
feptentrionale, & 300 de longitude.
de cinq cents lieues Françoifes de
a près
deux cents de longueur, &
tour, environ
cinquante de largeur.
On voit de hautes montagnes qui renferment des mines de cuivre, d'argent.& --- Page 369 ---
Septentrionale. 335
dans Amérique
aucune. Il y a
d'or; mais on n'en exploire
d'ou il fort une grande quanune montagne enflammé. La campagne offre
titéde bitume
d'animaux
mille belles prairies, couvertes
ou
de fangliers
fauvages & domeftiques,
de taureaux & dechevaux
cochons marons,
trouve les mêmes
devenus fauvages. On y
oiarbriffeaux, reptiles,
arbres, plantes,
dans PIlle de Saintfeaux, infeêtes que
descorbeaux. Cela
Domingas,Afexopsied d'autant plus que ces
eit affez furprenant,
l'une de Pautre.
deux Ifles font très-proches PIlle de la TorOn a remarqué que dans trois lieues de
tue, qui n'eft qu'à deux ou
on n'a
diftance de celle de Saint-Domingue,
élever ni nourrir des corbeaux.
jamais pu
mais
Plufieurs perfonnes y en ont apporté;
favoir s'ils y font morts, ou
elles n'ont pu
des
s'ils s'en font allés. Les Indiens fauvages
fe venger des
Ifles Caraibes ont voulu, pour
peupler PIlle de Cuba de ferpens
Efpagnols,
des petites Antilles.
qu'ils avoient apportés
qu'ils n'y
Plufieurs chaffeurs rapportent
vu; & prétendent qu'ils n'y
en ont jamais
dans
vivre. Enfin, on ne trouve
peuyent --- Page 370 ---
Nouveduz Voyages
336 PIle de Cuba aucun animal venimeux.
Il y a des Villes fort marchandes dans
du Sud-Eft, C &trois fameufesl : Bayes,
lapartie oû il arrive tous les ans un grand nombre
viennent des Ies Canaries,
de navires qui
& de toutes forchargés de vins d'Efpagne
resdemarchandife qu'on donne en échange
des cuirs verts, du fucre & du trèspour tabac. On tranfporte ce tabac dans
bon
les endroits des Indes, ainti
prefque tous
après l'avoir réduit en
qu'en Efpagne, oû,
on le met dansdesboites de plomb.
poudre, même tabac qu'on nomme tabac de
C'eft ce
on
Dans PAmérique,
Séville ou d'Efpagne.
ufe fort
en poudre, mais beaucoup
en
Des peu feuilles de ce tabac, qui ne
en fumée.
commé celles qui croiffent
font point filées
de
fur les bords du Mifliffipi, on fait petits
boulets roulés, que les Efpagnols nomment
cigaros, & qu'on fume fans pipe.
Capitale de PIlle de Cuba;
La Havane,
Villes de toute
eft une des plus grandes
de trente.
r'Amérique. On y compte plus
mille habitans. Il y a des voitures qu'ils
& qui fervent de fiacres,
nommentealechcf,
comme
é celles qui croiffent
font point filées
de
fur les bords du Mifliffipi, on fait petits
boulets roulés, que les Efpagnols nomment
cigaros, & qu'on fume fans pipe.
Capitale de PIlle de Cuba;
La Havane,
Villes de toute
eft une des plus grandes
de trente.
r'Amérique. On y compte plus
mille habitans. Il y a des voitures qu'ils
& qui fervent de fiacres,
nommentealechcf,
comme --- Page 371 ---
dans PAmérique Septentrionale. 337
comme à Paris, moyennant quatre réaux
heure, qui font environ vingt-cinq fois
par
monnoié. C'eft-là le dépôt de tout
de notre
qui vient du MexiPor & l'argent monnoyé
& où rous les navires Efpagnols &
que,
vienrient mouiller, afini
ceux de P'Amérique
d'y prendre ce dont ils ont befoin pour retourner en Efpagne.
Ily y a un Gouverneur qui rend compte
a
direêtement au Roi, & une forte garnifon:
Son Port eft grand, & défendu par trois
Châteaux qu'on y a bâris depuis que cette
Ville fut prife en 1662 par les Anglois:
Deuxde ces Châteaux dominent furlel Port;
& le troifieme eft du côté de la terre. C'eft
de ce dernier que les Anglois firent leur
s'emparerent de cette
defcente lorfqu'ils
la feconde fois.
Place en 1762, pour
appellé lé
On a rebâti le Fort principal,
& les fortifications en ont été
Fort Moore,
Depuis la
confidérablement augmentées.
n'a
ceffé d'y travailler, afin de
paix on
pas
Place à l'abri de
mettre cette importante
infulte. M. lc Comte O-Reilly 3 qui
toute fervoit fous le Gouverneur, a faic manceuY
Y --- Page 372 ---
Nouyeauz Voyages.
les
ainfi que les Millvrer Troupesrégiées,
qu'il a mis fur un bon picd,
ces nationales, très-fouvent, malgré la chaen les exerçant
leur du climat, qui n'eft pas auffifupportable
gu'en Europe.
de
Depuis la Havane jufqu'à la pointe
Maity, qui eft la partie orientale de PIlle 3
rien de confidérable que la faon ne voit
meufe Bayede. Matança. C'eft-là qu'en 11 627,
le célebre. Pierre Steyne,Amiralde) Hollande,
battit Ia flotte des galions d'Efpagne, & la
prit prefque toute. Les richeffes immenfes
dont cette fotte étoit chargée remirent les
Provinces-1 Unies en état de continuer la
guerre. On prétend que TAmiralHollandois
trouva dix millions en argent, & à-peuy
près la même valeur en marchandifes.
lorfque j'étois à la
Je me rappelle que
nouvelle Orléans, logé avec le Chevalier
de Bonrepos, ancien Officier dans nos trouil me raconta une chofe affez extraorpes, dinaire dont il avoit été témoin pendant la
derniere guerre.Je ne doute pas, mon cher
nevous
ami, oenmefulomestemeiauies
falle plaifir, mais encore que vous n'en fafliez
près la même valeur en marchandifes.
lorfque j'étois à la
Je me rappelle que
nouvelle Orléans, logé avec le Chevalier
de Bonrepos, ancien Officier dans nos trouil me raconta une chofe affez extraorpes, dinaire dont il avoit été témoin pendant la
derniere guerre.Je ne doute pas, mon cher
nevous
ami, oenmefulomestemeiauies
falle plaifir, mais encore que vous n'en fafliez --- Page 373 ---
dans PAmérique Septentrionale. 339
à M. le Baron de Bonvouft, que vous
part
Gouverneur de T'Ille de la Greavez connu
relâchâmesavec M. de
nade, lorfque nous y
& commanPlace 1 2 Capitaine de vaiffeau,
des
le convoi deftiné à porter
dant en 1758
Le Chevalier de Bonfecoursà la Louifiane.
Goueft proche parent de cet ancien
repos
verneur.
été obliLe Chevalier de Bonrepos ayant
des affaires de famille, de regé, pour
le bâtiment qui
paffer en France en 1762,
Corfaire
le portoit fut rencontré par un
Anglois, qui le prit dans les parages de
TINe de Cuba. Le Capitaine ennemi conduifit le navire François & les prifonniers
étoient deffus, à la Havane. Cette Ville
qui
réduite
l'efcadre de Sa
venoit d'être
par
Britannique. Le Chevalier de BonMajefté
au Lord
repos fut conduit en débarquant,
fit à
Albemarle, alors Gouverneur 2 qui
Officier François l'accueil le plus gracet
& linvita fouvent à manger à fa
cieux,
la bonté de lui faire
table ; il cut même
avoiért
rendre une partie de fes effets, qui
été pillés par les Matelots du Corfaire.
Yij --- Page 374 ---
Nouveduz Voyages
avoit réparti fes
Le Gouverneur Anglois
vietorieufes dans tous les Forts &
troupes
de la Cité, Mais malgré.
différens quartiers
Général adif
la vigilance desgardes, que ce
avoit établies pour la fûreté publique, &
Tordre qu'on doit obferver dans de pareilles
circonftances, il ne fe paffoit guere de femaines qu'il n'y eut, dans les rues écartées,
des Anglois affaffinés à coups de dague ou
dans
de ftylet, que les Efpagnols portoient
manches. Ils avoient auffi fur leurs
leurs
épaules un large manteau, qu'ils appellent
lascapa ; leur tête étoit couverte d'un grand
rabattu qui leur fert de parafol dans
chapeau climat chaud, & qu'ils appellent fomce
Les meurtriers, après avoir fait leurs
brero.
auffi-tôt dans les coucoups, fe réfugioient
fous
vens & dans les églifes, fe metcant
la protedtion du lieu faint; & dans cet afyle
à la fubfacré, les Moines pourvoyoient
affaffins (I )-
fiftance de ces abominables
(I) Frédegonde > toujours occupée d'affreux projets, & trouvant toujours des fcélérats prêts à les
exécuter, envoye des affaffins en Auftrafie & en
auffi-tôt dans les coucoups, fe réfugioient
fous
vens & dans les églifes, fe metcant
la protedtion du lieu faint; & dans cet afyle
à la fubfacré, les Moines pourvoyoient
affaffins (I )-
fiftance de ces abominables
(I) Frédegonde > toujours occupée d'affreux projets, & trouvant toujours des fcélérats prêts à les
exécuter, envoye des affaffins en Auftrafie & en --- Page 375 ---
dans PAmérique Septentrionale. 341
Mais le Lord Albemarle 9 revêtu de
l'autorité fapie.or dans cette Place conférieufemea: à arrêter de
quife 2 fongea
le
pareils excès ; il crut, avec raifon, que
de Dieu ne devoit nullement fervir
temple
& à des fanatiques.
d'afyle à des meurtriers
éclairé & jufte, ordonna en
Ce général,
d'arrêter les coupables, quis'éconféquence
fe fouftraire à la putoient réfugiés, pour
maifons
nition de leurs crimes, dans les
& dans leséglifes ; il voulut quils
religieufes
& même arrachés du pied
y fuffent pris,
fur le champ,
des autels, & qu'on les pendit
de
On arrêta donc ces
fans forme
procès.
affaffins, & on les conduifit au gibet, accomdes bons Padres deftinés à leur donpagnés
fe défaire des deux Rois. Gontrand
Bourgogne , pour fois, dans fa chapelle, des gens
furprend plufieurs
Ces horribles artentats
qui alloient le poignarder.
ceux
demeurerent autant de fois impunis, 2 parce que
avoient été pris dans i'équi en étoient coupables lieu confacré au cuite divin, eût
glife. Comme fi un
le
dû fervir d'afyle à ceux qui venoient profaner
par le plus déteftable parricide,
Abrégé de P'Hiftoire du Duché de Bourgogne.
X lij --- Page 376 ---
Nouveaux Voyages
fecours fpirisuels dont ils avoient
ner les
Harin pour le falut de
fans doure grand
à mourir
de les encourager
leur ame,-wfin
cela, difoit
bons cKrétiens. Mais tout
en Soldat Anglois, ne fait pas revenir nos
un
qui ont été
compatriotes & nos camarades,
lâchement égorgés par des fcélérats.
En effet, cet exemple n'empéchoit pas
de temps à autre, des Anqu'on ne trouvât,
maffacrés. Enfin, le Lord Albemarle
glois
imagina un moyen des plus finguliers pour
fin à ces affafinats réitérés S il renmettre
dit donc une Ordonnance qui fut proclamée
à fon de trompe, le premier Oatobre 1762;
dorénavant le premier haclle portoit que
bicant de la viile ou de la campagne, > qui
feroit trouvé atteint & convaincu d'avoir,
méchamment & par furprife, tué un Anferoit pendu fans confeffion (1),
glois ,
(1) On doit à ia priere de Philippe le hardi,
la fameufe Ordonnance de
Duc de Bourgogne 2
de Pénitence
Charles VI, qui accorde le Sacrement leur avoit
aux Criminels condamnésà mort ; ce qui
éré refufé jufqu'à ce temps. Ordonnance de nos
Rois, tom.
P. 122,
d'avoir,
méchamment & par furprife, tué un Anferoit pendu fans confeffion (1),
glois ,
(1) On doit à ia priere de Philippe le hardi,
la fameufe Ordonnance de
Duc de Bourgogne 2
de Pénitence
Charles VI, qui accorde le Sacrement leur avoit
aux Criminels condamnésà mort ; ce qui
éré refufé jufqu'à ce temps. Ordonnance de nos
Rois, tom.
P. 122, --- Page 377 ---
dans LAmerique Septentrionale. 343
& enfuite expolé dans les chaînes (1)-
croire, Monfieur, l'effet
Vous ne fauriez
cette menace fur l'efprit de
que produifit
) car depuis cette époque,
ces fanatiques;
aucun Anglois égorgé, 2 mêon ne trouva
dans les endroits les moins fréquentés
me
de cette grande Ville.
Ce fut ainfi que la feule crainte d'aller
monde fans avoir été abfous
en Pautre
dans tous les temps frent donc ce qu'ils
Les Sages
de la vercu, k pour ne point
purent pour infpirer
mais auffi
réduire la foibleffe humaine au défefpoir;
n'en
il y a des crimes fi horribles, qu'aucun myftere qu'il
l'expiation. Néron, tout Empereur
accorda
fe faire initier aux myfteres de Cérès;
étoit, ne put
de Zozime, 2 ne put obtenir
Conftantin, au rapport il étoit fouillé du fang de
le pardon de fes crimes :
c'étoit
de fon fils & de fes proches ;
fa femme ,
humain, que de fi grands forfaits
l'intérêt du genre
afin que l'abfolution
demeuraffent fans expiation 7
l'horreur unin'invitât pas à les commettre, & que
arrêter quelquefois les fcélérats. Queff.
verfelle pût
fur PEncycl.
après avoir pendu les affailins
(1) Les Anglois,
fur les grandes
de grands chemins, les fufpendent
renfermés dans des chaînes.
goutes 2
Yiv --- Page 378 ---
Nouveaur Voyages
un Padre en Dios, mit un
en celui-ci par
frein aux crimes de ces furieux, qui étoient
gu'en immolant un hérétique à
perfuadés
& qu'ayant été enfuite
leur fuperftition,
confeffés, ils alloient après leur mort, droit
des bienheureux. Vous penfez
au féjour
bien, mon cher camarade, que tous ces
forfaits n'étoient commis que par la vile
qui n'eft ici compofée que de
porulace, *
racesde muldtres, métis, quarterons, , jambos (1), pétris de tous Ics vices des différentes Nations dont ils defcendent : car
fortis d'un fang
les véritables Caftillans,
pur & fans mélange 2 2 font très-honnétes
auffi attachés & auffi fideles
aux Etrangers,
(1) Nom qu'on donne dans les Indes occidentales
aux enfans nés d'un Negre & d'une Indienne, ou
d'un Indien & d'une Négrelfe. Ceux qui font nés
d'un Indien & d'une Efpagnole, font appellés mltis, & ceux d'un Sauvage & d'une Métive font
nommés jambos ; ils font tous différens en couleur,
ce qui fait une aflez finguliere bigarrure d'hommes
bafanés ou cujblancs, noirs 2 rouges, jaunes,
vrés, &c,
aux enfans nés d'un Negre & d'une Indienne, ou
d'un Indien & d'une Négrelfe. Ceux qui font nés
d'un Indien & d'une Efpagnole, font appellés mltis, & ceux d'un Sauvage & d'une Métive font
nommés jambos ; ils font tous différens en couleur,
ce qui fait une aflez finguliere bigarrure d'hommes
bafanés ou cujblancs, noirs 2 rouges, jaunes,
vrés, &c, --- Page 379 ---
dans PAmérigue Septentrionale. 345
l'êrre à leur Souque les François peuvent
verains.
des Dames créoles de cette
A Tégard
Ifle, elle font fort aimables, quoiqu'adonnées au luxe & à la coquetterie 9 à-peuailleurs.
près comme par-tout
aventure
Le même me raconta auffi une
Chevalier de Saintarrivée à M. Dupleffis,
Louis ancien Capiraine dans nos troupes,
des Armées de
& aétuellement Capitaine
depuis la ceffion
Sa Majefté Catholique 2
Cet Officier fut pris en
de la Louifiane.
Corpallant en France, en 1757, par un
faire de l'Ifle de la Providence. Avant que
de fe rendre à l'Anglois 9 il propofa un
marché à un Matelot de fon bord; c'étoit
d'avaler des louis & des piftoles d'or d'Ef
pagne, à moitié profit. Ce dernier accepta
l'ofire, il en ft defcèndre jufqu'à dix-fept
dans fon eftomac, & les rendit fans en
avoir été incommodé,
Vous jugez bien, Monfieur, que les
Matelots de ce navire corfaire ne croyoient
pas que le corps du Marelot François recélât un tréfor; car ils l'auroient fans doute --- Page 380 ---
Nouveauz Voyages
Pauroientpurgé violemment, 2 ou peut-être
ils anatomifé tout vivant, non pour chercher les veines ladles, mais bien celles de.
la mine d'or, fi le remede n'eût point fait
Perfonnen'ignofon efitafezprumptemene.1
le métier de ces écumeurs demer eft
re que
fentimens d'humanité.
incompatibleavec les
Lorfque notre vaiffeau fut en état, nous
fortir du Port de la
appareillâmes pour
dans le redoutaHavane ; nous entrâmes
ble canal de Bahama, où nous effuyâmes,
pendant la nuit, une des plus violentes
tempêtes. La mer en un moment devint
écumante & parut tout en feu. On n'y
, la faveur des éclairs, qui fe fucvoyoit qu'à
fiffle-.
à
cédoient prefque fans intervalle. Les
horribles des voiles & des cordages
mens
du
les vents, le bruit effroyable
agités par
tonnerre quig grondoit fans relâche, porterent
dans le coeur des Matelots. La
Tépouvante
imploplupart, humblement profternés,
roient le fecours du ciel. Il y en eut même
qui firent voeu d'aller en pélerinage, pieds
vifiter les lieux faints. C'eft ainfi
nus >
dévots. Je
que la peur rend les hommes
du
les vents, le bruit effroyable
agités par
tonnerre quig grondoit fans relâche, porterent
dans le coeur des Matelots. La
Tépouvante
imploplupart, humblement profternés,
roient le fecours du ciel. Il y en eut même
qui firent voeu d'aller en pélerinage, pieds
vifiter les lieux faints. C'eft ainfi
nus >
dévots. Je
que la peur rend les hommes --- Page 381 ---
Septentrionale. 347
dans PAmérique
les plus intrépides n'auroient
vous avoue que
dans un danger
conferver leur fang-froid
pu
Tout offroit l'image affreufe
fi preffant.
le vaiffeau, élevé
d'une mort inévitable; fembloit dans le'
fur des montagnes d'eau,
fond des
même inftant fc précipiter au
Ce qui redoubloit nos craintes,
abymes.
étoit vieux,
c'eft que ce bâtiment , qui
étoient
des'entrouvrir; les lames
menaçoit
fon
fi groffes, qu'il y yur une qui, par
enfonça le fabord qui fermoit
impétuofité, fenêtre de la poupe ; la chambre fut
la
étoient à
auffi-tôr inondéc, & nos malles
flots. Ce fabord ayant été promptement
refermé, l'eau s'écoula.
Je ne cefTois dans le péril d'encourager
de Téquipage : je difois aux Males gens
devions
craindre
telots que nous ne
pas
d'être fubmergés, parce que la cargaifon
navire n'étant compofée que de
de notre
couler
bois de conftruétion, il ne pouvoir
qu'il feroit l'effet d'un radeau.
à fond,
naturelle.
Cette obfervation étoit toute
Nos gens, un peu raffurés, reprirent couà T'exception d'un paffager qui mourage, --- Page 382 ---
Nouveauz Voyages
& d'un autre qui crioit fans
rut de peur,
ceffe qu'on lui avoit volé un fac de piaftres
Peut-être difoit-il vrai 5 mais les
gourdes. Matelots difoient que le pauvre diable n'y
le bruit terrible du tonétoit plus, que
nerre & la crainte du naufrage lui avoient
dérangé les organes du cerveau.
à celui qui commande à
Enfn, graces
douze heures de tourla tempête, après
Nous
mente, l'orage & la mer fe calmerent.
en fàmes quittes pour nos voiles déchirées,
eûmes le bonheur de fortir de ce
& nous
la quantité
canal fi redouté & fic célebre par
de vaiffeaux qui ont péri dans ces parages,
fans doute, 2 les naufrages fréauxquels,
des
ont fait donner le nom d'Ifles
quens
Martyrs (1),
favorables, le
Les vents étant devenus
il
de la nouvelle Orléans un
(1) En 1773 2 partit
&
de la
vaiffeau chargé de tous les papiers comptes Habitans
colonie de la Louifiane, & de plufieurs domination
n'avoient pas voulu refter fous la
qui
& qui fe retiroient fur les poffeflions
E(pagnole,
avec leur famille 2
Françoifes, à Saint-Domingue, fortunes. Mais le vaiffeau fut
leurs efclaves & leurs
ant devenus
il
de la nouvelle Orléans un
(1) En 1773 2 partit
&
de la
vaiffeau chargé de tous les papiers comptes Habitans
colonie de la Louifiane, & de plufieurs domination
n'avoient pas voulu refter fous la
qui
& qui fe retiroient fur les poffeflions
E(pagnole,
avec leur famille 2
Françoifes, à Saint-Domingue, fortunes. Mais le vaiffeau fut
leurs efclaves & leurs --- Page 383 ---
Septentrionale. 349
dans PAmérique
fit route pour le Cap-François,
Capitaine deftination. Tous ceux qui ont
lieu de fa
favent que pour y arriété en Amérique,
les Ifles Turon doit aller reconnoître
ver,
Tandis que
ou celle des Caiques.
gues,
encore éloignésdecesliles
nous croyionsétre
tombâmes la nuit
que nous cherchions, nous
C'étoit
fur une que nous ne cherchions pas.
Ille déferte & ftérile, à
la petite Inague,
fous les flots dans le canal de Bahama.
englouti
nombre de perfonnes de tout
Il y périt un grand
qui avoit
M. Bobé Defclaufeau,
état, entr'autres,
d'Ordonnateur; (Ce Comrefté faifant les fonctions
créole,
miffaire venoit d'époufer une jeune & jolie
fille de feu M. le Chevalier Dorgon,
âgée de I5 ans >
de la Louifiane & ComCapiraine dans les troupes
étoit fils naturel
mandant aux Natchets 9 cet Officier
Madame
du Prince Lambefc)la veuve deM. Dorgon :
du Contrôleur de la Marine , & fes
Carlier, époufe dont l'ainée devoit fe miarier en
deux Demoifelles,
époufe d'un Capitaine
arrivant ; Madame Duroullin,
fes enfans, fon
des troupes de la Colonie, avec
en
frere & fa belle-foeur; M. Amelot, Ingénieur
Major des trouChef, & M. Garderat, Chirurgien
& de T'Hopital militaire de la nouvelle Orléans,
pes
de mérite.
ainfi que bien d'autres perfonnes --- Page 384 ---
Nouyeauz Voyages.
350 lieues de Saint-Domingue 5 heurétitrente
j'étois alors fur le pont ; j'apperfement,
des exhalaifons qui
çus des feux, ou plurôt
s'élevoient dans les airs, & je fus perfuadé
c'étoit une terre 2 mais non pas celle
que
voulions reconnoitre.
que nous obfervé, dans mes différens voyaJ'avois
les montagnes des Ifles Hi/pages, que de celle de Cuba produifoient
niolas &
à caufe des mines, des vale même effet,
nitreufes & fulfureufes que ces morpeurs
oecafionne des
nes renferment 3 ce qui
pendant la nuit. Ma
feux phofphoriques
vimes
conje@ture fe trouva jufte. Nous
T'obfcurité, les roches toutes blanmalgré
nous n'eûmes que le temps
ches d'écume;
de bord. Le jour ayant paru, 5
de revirer
nous avions
nous reconn@mes le danger que
d'être fracaflés contre ces brifans.
couru
fut caufe qu'au
Cette erreur du Capitaine
doulieu d'aller au Cap-François A 2 nous
blâmes le Mole Saint-Nicolas.
quelques jours de navigation 3
Après
cette erreur nous
pour regagner le vent que
dans le
avoit fait perdre, nous entrâmes
ume;
de bord. Le jour ayant paru, 5
de revirer
nous avions
nous reconn@mes le danger que
d'être fracaflés contre ces brifans.
couru
fut caufe qu'au
Cette erreur du Capitaine
doulieu d'aller au Cap-François A 2 nous
blâmes le Mole Saint-Nicolas.
quelques jours de navigation 3
Après
cette erreur nous
pour regagner le vent que
dans le
avoit fait perdre, nous entrâmes --- Page 385 ---
dans PAmérique Septentrionale. 351
Cul-de-fac du Pon-au-Prince, oû je devois remettre à M. le Comte de Novilos,
Maréchal des Camps & Armées du Roi,
& fon Lieutenant - Général au Gouvernedeux caiffes d'arment de Saint-Domingue,
briffeaux rares du continent de la Louifiane, avec une carotte de tabac pefant qua-
&
boîtes de tabac de
rante livres,
quatre
la Havane, que lui envoyoit M. le Chevalier de la Houflaye, mon ami, &ancien
Major Général des troupes de la Louifiane,
& Major de la Place de la nouvelle Orléans,
avoit été fon camarade, dans
, qui
le Régiment des Gardes-Frangoiles. Ces
arbriffeaux s'étoient parfaitement confervés
en route ; ilsavoient même végété, parce
que j'avois eu foin de les arrofer d'eau
douce pendant la traverfée.
J'étois fondé de procuration de M. de
la Houffàye, pour terminer un procès qu'il
a depuis fept ans; s pendant au Confeil Supérieur du Port-an-Prince, contre le feur
du Long, habitant du Cap-Tuberon, qui
jouit depuis long-temps d'une habitation
appartenante à Madame de la Houflaye, --- Page 386 ---
Nouveauz Voyages
héritiere de M. Petit de Livilier,
tomme Officier des vaiffeaux du Roi,
fon frere,
& tué dans un combat naval au commendes hoftilités commifes par les Ancement
Mais la falle d'audience
glois en 1755. dans le défaftre du trem:
ayant été détruite
de la
blement de terre, toutes les affaires
Colonie font en fouffrance.
J'ai fait paffer à M. d'Agueffeau, Confeiller d'Etat, très-proche parent de M.de
les lettres que lui écrit cec
la Houffaye,
à demander au
Officier, afin de l'engager
du département de la MaMiniftre chargé
rine & des Colonies, une recommanda
de MM: les Adminifrateurs
tion auprès
accélérer le ju*
de Saint-Domingue 3 pour
gement de cette caufe.
Je profite, cher ami, du féjour que je
fais dans cette Colonie, pour vous en donidée. Cette Ifle eft une des plus
ner une
Antilles, & la plus vafte après
grandes des
diférens noms;
celle de Cuba. Elle a porté
mais celui de Saint-Domingue a prévalu:
Elle eft entourée de hautes montagnes; 3 au
defquelles on voit des plaines extrépied
mement
omingue 3 pour
gement de cette caufe.
Je profite, cher ami, du féjour que je
fais dans cette Colonie, pour vous en donidée. Cette Ifle eft une des plus
ner une
Antilles, & la plus vafte après
grandes des
diférens noms;
celle de Cuba. Elle a porté
mais celui de Saint-Domingue a prévalu:
Elle eft entourée de hautes montagnes; 3 au
defquelles on voit des plaines extrépied
mement --- Page 387 ---
Septentrionale. 353
dàns Amérique
fertiles, dont quelques-unes ont
mement
lieues d'étendue, & même
jufqu'à vingt-cinq François rétirént de célles
davantage. Les
immenfes,
qu'ils occupent 3 des richelles
confidérables que celles que
& bien plus
les mines
les Efpagnols fe procurent par
exploitent dans les
d'or & d'argent qu'ils
de l'Amérique.
autres parties
cents liéues de
Elie a aui moins quatre
circonférence, & près de cent quarre-vingt
eft-oueft; fa largeur varie, &
en longueur
éndroits.
n'a que trente lieues en quelques énviron
la latitude de TIle entiere s'érend
eft
les dix-huit degrés; fa longirude
entre
degrés à loccident du
à foixante-quinze
méridien de Paris: La France en poffede
de la moitié. Ce qu'elle occupe s'éprès
la riviére du Mafacre (i), dans
tend depuis
la riviere de Neybe,
l'eft de TIlle, jufqu'à
la plus fud de fes poffeions. foit fous la
Quoique Saint-I Domingue
Ainfi nommée à caufe que les E(pagnols maffa-
(1)
des François qui venoient de
crerent > par furprife, tuer des cochons marons.
PIle de la Tortue, pour y
Z --- Page 388 ---
Nouveaur Voyages
354 torride, l'air y eft affez tempéré, &
gone
le territoire bon en général. On y crouve, $
comme dans le continent, les métaux les
plus précieux; mais on n'y exploite aucune
mine. Les denrées que la Colonie produit,
mieux ; les arbres
valent incomparablement
croiffent avec plus de force qu'en aucun
y
& les fruits en font meilleurs :
autre lieu,
quand les Efpagnols y arriverent, ils eurent
foin de planter la femence des fruits qu'ils
mangeoient ; auffi voit-on dans cette Ile
de grandes plaines couvertes d'orangers,
de citronniers, & de toutes fortes d'arbres
fruitiers.
L'abricotier de Saint t- Domingue eft un
arbre de la hauteur d'un chêne d'Europe,
il al les feuilles femblable, au laurier fauvage,
T'écorce, comme celle du poirier; 9 la chair
de fon fruit reffemble à nos abricots, quoila figure en foit fort différente, en ce
que qu'ils font fort gros, s couverts d'une peau
dure & affez épaiffe. Ils ont le gout meilleur, & l'odeur plus forte que les nôtres.
Les Efpagnols cultivent ces arbres avec
foin, & font des confitures de leur fruit.
,
il al les feuilles femblable, au laurier fauvage,
T'écorce, comme celle du poirier; 9 la chair
de fon fruit reffemble à nos abricots, quoila figure en foit fort différente, en ce
que qu'ils font fort gros, s couverts d'une peau
dure & affez épaiffe. Ils ont le gout meilleur, & l'odeur plus forte que les nôtres.
Les Efpagnols cultivent ces arbres avec
foin, & font des confitures de leur fruit. --- Page 389 ---
Septenittionale. 355
dans tAmérigue
toute PIfe: Les cochons
Ii en croît par
dans la faifon, ce
marons s'en nourriffent
excellente.
qui fait que leur viande eft bien
bon cuit avec
Cet abricot eft parfiitement
le
la chair de cet animal ; mais lorfqu'en
cru, il eft très-dur à digérer.
mange
eft un arbre qui produit la
Le cacoyer
nomment cacao,
femerice que les Efpagnols
Son fruit
de laquelle on fait le chocolat.
certaine
qui 10 croîten fon tronc,
eft une
gouffe
concombre & de
de la groffeur d'un perit
la même forme, excepté qu'il commence
; le dedans de cette goufle
& finit en pointe
blancs; il eft plein
forme un tiffu de fibres
bon à étancher
de fuc un peu acide, & fort
fibres
la foif; mais on n'en mange guere,Les
contiennent dans leur milieu dix, douze,
de couleur de viojufques à quatorze grains
& fecs
lette, qui font gros comme le pouce,
eft
de chêne. Ce grain
comme un gland
l'oucouvert d'une petite écorce ; lorfqu'on
feulement en deux
vre, il ne fe fépare pas
mais eni
comme les amandes ou les noix,
fix
au milieu defquelles eft
cinq ou
pieces,
fort tendre
un petit pignon qui a le germe
Zij --- Page 390 ---
Nouvedur Voyages
& difficile à conferver. C'eft de cette fem
mence que les Efpagnols firent les premiers la célebre boilfon de chocolat. Lorfqu'ils eurent conquis ce pays, les Indiens
leur firentboire de cette liqueur, qu'ils trouverent fi bonne & fi utile pour la fanté s
qu'ils la mirent en ufage, non-feulement
mais auffi en Europe ;
dans PAmérique,
quoique les Efpagnols fe foient toujours
réfervé le fecret de la bien préparer. En
quelque lieu que ce foit, on ne fauroit boire
du bon chocolat, s'il ne vient d'Efpagne.
Cette boiffon nourrit tellement le corps,
& le conferve dans un figrand embonpoint,
vivre fans avoir befoin de
que l'on pourroit
prendre autre chofe.
J'ai vu, durant mon féjour à la Grenade,
M. de Poinci, ancien Gouveren 1758,
vivoit
de
neur de cette Ifle 7 qui ne
que
chocolar,'8 & qui fe portoit à merveille,
quoiqu'âgé de plus de quatre-vingts ans.
De toutes les Nations qui habitent l'Amérique, iln'yaque les Efpagnols quifachent
bien cultiver le cacoyer. Il y a des particuliers à qui un fcul verger 2 planté de ces
ant mon féjour à la Grenade,
M. de Poinci, ancien Gouveren 1758,
vivoit
de
neur de cette Ifle 7 qui ne
que
chocolar,'8 & qui fe portoit à merveille,
quoiqu'âgé de plus de quatre-vingts ans.
De toutes les Nations qui habitent l'Amérique, iln'yaque les Efpagnols quifachent
bien cultiver le cacoyer. Il y a des particuliers à qui un fcul verger 2 planté de ces --- Page 391 ---
dans PAmbrigue Septentrionale. 357
plus de trente mille écus
arbres, rapporte
de rente.
Ifle de très-belles faOn voit dans cette
du fel auffi
lines, qui, fans foin, donnent
blanc que la neige : fi on les exploiroit, elles
fournir plus que toutes les
en pourroient France. On trouve de ces falifalines de la
à Lines au midi, dans la Baye Docao,
monade, à Monte-Chrifo. Ily en a encore
endroits. Outre ces falien plufieurs autres
des mines de fel de
nes marines, 2 on trouve auffi beau & auffi
roche ou gemme 2 qui eft
crainbon que le fel marin. On ne doit pas
que la partiede PIlle de Saint.
dre d'avancer
forles François,
Dominguc, > occupée par
Aoriffante Colonie du nouveau
me la plus
étendent leur doMonde. Les Efpagnols
mination depuis le Cap Labos, ou le Cap
Beata, qui eft auffi au midi, jufqu'au Cap
de Samana, qui eft au levant, & de-là à
Monte-Chrifo, au nord; il eft vrai que ces
par-tout. Ce pays
lieux ne font pas peuplés
les
contenir autant de monde que
pourroit
Provinces de France. Le
deux plus grandes
terrein y eft excellent, quoiqu'il préfente
Z iij --- Page 392 ---
Nouveauz Voyages
endroits un fol différemment fa--
en divers
vorifé dc la nature.
Si i'on ajoute foi aux pompeufes defcripfait de cette Ile les Auteurs
tions qu'ont
Thiftoire elle étoit du
qui en ont écrit
cemps de fa découverte extreordinairement
peuplée; ; mais de cette prodigieufe multitude de naturels du Pays, dont ils nous
parlent, on n'en trouveroir pas aujourd'hui
un feul qui en defcende fans mélange. Une
aufi crueile qu'imprudente, fie
politique les uns dans la terre ferme; &
tranfporter refterent furent captifs, & partagés
ceux qui
entre les habitans,
à
Cette politique a été peu avanrageufe
l'Efpagne 3 la colonie de Saint - Domingue
lui a toujours été plus à charge qu'à profit;
font, à la vérité, d'une pareffe
fes habitans
aucun fruit du
extrême ; ils ne retirent
plus beau pays du monde. Lenr induftrie
fe borne à élever du bétail qu'ils vendent
cultiver quelque peu de
aux François, 3 &à
le foutien d'une vie fingulierevivres, pour
ment frugale.
des François à tires
Ladivinéindufriedfe
3 la colonie de Saint - Domingue
lui a toujours été plus à charge qu'à profit;
font, à la vérité, d'une pareffe
fes habitans
aucun fruit du
extrême ; ils ne retirent
plus beau pays du monde. Lenr induftrie
fe borne à élever du bétail qu'ils vendent
cultiver quelque peu de
aux François, 3 &à
le foutien d'une vie fingulierevivres, pour
ment frugale.
des François à tires
Ladivinéindufriedfe --- Page 393 ---
dans PAmérique Septentrionale. 359
des nombreux établiftout le parti pollible
dans PIile, leur a
femens qu'ils ont fondés
des fortufait trouver les moyens de faire
& rapides. Auffi en a-t-on
nes promptes
Mais elles font
vu des plus furprenantes.
des
par la multiplicité
rares aujourd'hui, viennent de toutes ies parties
perfonnes qui
l'indigo, le coton,
de l'Europe. Le fucre,
denrées que les François
le café, & plufieurs
rendent leur Corecueillent abondamment,
utile.à la méropole, qui doit la prolonie
la meilleure & la plus contéger, comme
poffede
fidérable de toutes celles qu'elle
dans le nouveau Monde.
Saint-Domingue eft fort peuplé,& pourII n'y a point de
roit r'être davantage.
Franà faire entre ia partie
comparaifon
ne
: celle-ci
çoife & la partie Efpagnole
contient qu'une Ville capitale > appellée
Santo-1 Domingo, ( parce que Chryftophe
aborda un Dimanche ) & quelques
Colomb y
environnées de terres
perites Bourgades
aucontraire, offre
incultes. La Françoife, le plus riant ; fon
de tous côtés Vafpedt Il fournit chaque
commerce eft immenfe.
Ziv --- Page 394 ---
Nouveaur Voyages
360 à
& à l'exportation de
année Timportation
près de quatre cents navires, partis des
de France, & richement chargés; il
ports
regne par-tout un air d'opulence capable
de frapper les Etrangers. : On y voit plufieurs Villes quine le céderoient pasà quelques unes de France ; divers Bourgs qui
pourroient paffer pour de petites Villes.
Les principales font : le Cap-François, 2 le
Port-au-Prince, Léogane, Saint-. Marc,
les Cayes 5, le petit Goave, le Port-dePaix , le Fort Dauphin, 3 le Mole SaintNicolas ; cette derniere a été établie depuis la paix, par M, le Comte d'Eftaing.
Iln'y a dans la Colonie Françoife que
deux Jurifdiations 2 les Siéges ordinaires
Royaux & Amirautés, & lesdeux Confeils,
où les appellations font jugées en dernier
reffort, tant en matiere civile qu'en matiere
criminelle. Le Confeil Supérieur du Portau-Prince fut érigé par Edit du moisd'Août
1685. Il fut d'abord établi au Petit-Goave,
& enfuite transféré à Leogane > d'oà il a
été tranfporté au Port-au-Prince e, Ville
établie pour la capitale & le chef lieu de
Royaux & Amirautés, & lesdeux Confeils,
où les appellations font jugées en dernier
reffort, tant en matiere civile qu'en matiere
criminelle. Le Confeil Supérieur du Portau-Prince fut érigé par Edit du moisd'Août
1685. Il fut d'abord établi au Petit-Goave,
& enfuite transféré à Leogane > d'oà il a
été tranfporté au Port-au-Prince e, Ville
établie pour la capitale & le chef lieu de --- Page 395 ---
36r
dans PAmbrique Septentrionale.
la Colonie. Comme elle a été entierement
dérruite le 3 Juin de l'année derniere, par
terrible tremblement de terre, 3 on l'a
un
au lieu de pierre, comme
rebâtie en bois,
elle étoit ci-devant.
des
Cetre terre porte encore lempreinte
accident. Croiravages qu'a caufé ce funefte
reffenti
riez-vous que cette nuit méme, j'ai
d'aflez fortes fecouffes. J'ai conjecturé qu'eldes cavités fouterreines.
les provenoient
à aller voir, à quelC'eft ce quim'a engagé
eft un des
ques lieues d'ici, un goufire qui
terribles effers produits par ce tremblement
de terre ; auffi-tôt que je me fuis approché,
j'ai entendu un horrible mugiffement capacoeur le plus incrépide. Une
ble de glacerle
s'exhaloit du fond de
odeur fulfureufe, qui
l'abyme, m'a contraint à faire quelques pas
me prit : reen arriere ; un étourdiffement
à
j'ai frémi du danger auquel
venu moi,
de trop
je m'étois expofé en m'approchant
J'oferai vous dire, Monfieur, (mais
près.
de comparaifon) que je me
au moins point
la fin tragique
fuis rappellé dans ce moment
du célebre Pline, qui fut étouffé en obfer- --- Page 396 ---
Nouyeaur Voyages
vant le fameux voican du Mont-véfuye,
décrit par Pline le jeune.
Je n'imiterai point ce malheureux Savant,
Qui des feux de T'Etna fcrutateur imprudent 3
Marchant fur des monceaux de bitume & de cendre,
Fut confumé du feu qu'il cherchoit à comprendre.
Bornes de Pefprit humain.
m'accompagnoient ont
Les Negres qui
fondé à la hâte ce gouffre énorme; mais ils
trouver la profondeur. Ils fe
n'en ont pu
font retirés, en difant que c'étoit le féjour
infernal qui s'étoit ouvert en cet endroit;
les mugiflemens qu'on entendoit jour
que
étoient farement les cris des mal-
& nuir,
heureux damnés qui fouffroient des tour-
& que Fodeurdu foufre étoit
mens affreux,
Je leur ai dit que s'ils
Fhaleine du diable.
étoient bons chrétiens, fideles aux François
& à leurs maitres, ils ne devoient pas craindre d'y aller après leur mort, & que tant
ferviroient le Maitre de la vie dans
qu'ils la fincérité de leur coeur, le mauvais
toute
fur eux. Ils
Efprit n'auroit aucun pouvoir
m'écoutoient, & paroilloient touchés de ces
réflexions.
affreux,
Je leur ai dit que s'ils
Fhaleine du diable.
étoient bons chrétiens, fideles aux François
& à leurs maitres, ils ne devoient pas craindre d'y aller après leur mort, & que tant
ferviroient le Maitre de la vie dans
qu'ils la fincérité de leur coeur, le mauvais
toute
fur eux. Ils
Efprit n'auroit aucun pouvoir
m'écoutoient, & paroilloient touchés de ces
réflexions. --- Page 397 ---
Septentrionale. 363
dans PAmbrigue
dit-on vulgairement,
Deux montagnes,
jamais. Dans cc défaftre,
ne fe rencontrent
une vallée aflez
on en a vu deux, féparées par L'une de ces
(1)-
éredur,denrechoquer
& il en eft
s'eft affaiffée,
deux montagnes
arrofe a@tuellement les
forti un torrent qui
& qui fait aller un moulin
terres voifines,
à fucre d'un habitant,
eft fituée au
La Ville du Port-au-Prince nommé le Culfond d'une efpece de canal
l'air eft ici
de-fac. La raifon pour laquelle
mal fain qu'ailleurs, c'eft que nous
plus
entourés dehaur
fommes prefqu'entieremenr
la nuit
d'où fortent pendant
tes montagnes,
& le matin un
des vapeurs enflammées, odeur de foufre,
brouillard qui répand une
l'air.
& qui doit néceffairement condenfer
payent
Lap popundnmmreerdi@urei
des tremblemens de terre, en
(I) Pline, parlant
qui arriva aux envirapporte un fort extraordinaire s'entrechoquerent
rons de Rome : deux montagnes bruit & un grand fracas;
plufieurs fois avec un grand
l'une de
&c dans le temps qu'eiles fe rapprochoient tourbilions
T'autre, il fortoit entre deux de grands
de famme & de fumée. --- Page 398 ---
Nouveauz Voyages
le tribut, & font attaqués de divers maladies peu après leur arrivée. Cependant >:
s'ils vivoient d'une maniere plus fobre, le
nombre des malades & des morts feroit
fans doute moins grand. Le taffia, comme
je l'ai dit, enflamme le fang, & fait beaucoup de mal dans les climats chauds, lorfqu'on en boit trop. Mais les Européens s'accoutument tellement à cette liqueur, qu'il
ne leur eft prefque pas poffible des'en priver; d'aiileurs, outre les excès des veilles,
des nuits paffées au jeu, du vin & des liqueurs fortes, ils fe livrent à Ia débauchedes
femmes noires, qui leur font perdre leur
fortune, leur fanté & leur vie. Souvent on
attribue au climat ce qui n'eft dû qu'à l'intempérance de ceux qui T'habitent.
On remarque que les femmes blanches
vivent ici plus long-temps, parce qu'elles
font plus fobres que les hommes. On eft
fort fujet dans cette Ville, ainfi qu'au CapFrançois, aux dyfenteries. Elles proviennent de la chaleur du climat & de la trop
grande tranfpiration, qui doit néceffairement relâcher les fibres, empêcher la COC-
attribue au climat ce qui n'eft dû qu'à l'intempérance de ceux qui T'habitent.
On remarque que les femmes blanches
vivent ici plus long-temps, parce qu'elles
font plus fobres que les hommes. On eft
fort fujet dans cette Ville, ainfi qu'au CapFrançois, aux dyfenteries. Elles proviennent de la chaleur du climat & de la trop
grande tranfpiration, qui doit néceffairement relâcher les fibres, empêcher la COC- --- Page 399 ---
dans PAmérique Septentrionale. 365
tion des alimens dans l'eftomac, intercepter
la digeltion, détruire les forces de la poitrine, & par conféquent caufer de fréquentes maladies. Quand une fois la dyfenterie eft invétérée, elle mine infenfiblement
le malade, quin'a d'autre moyen, pour recouvrer la fanré, que de repaffer en Europe, ou d'aller habiter les pays élevés,oi
l'air eft toujours tempéré & plus frais. Mais
pour éviter cette dangereufe maladie, on
doit étre affez prudent, en arrivant, pour
ne manger des fruits du Pays qu'avec difcretion, fur-tout ceux qui font trop acides.
J'en dis de même des alimens indigeftes.
Le riz doit être la nourriture des perfonnes
qui, ayant l'eftomac foible, digerent dificilement. Il eft très-commun dans nos Colonies, & à bon marché. La vanille, qui
croît dans la partie Efpagnole de cette Ille,
ne fert que pour le chocolat. Elle a la propriété d'échauffer & de fortifier l'eftomac;
ce qui augmente la vertu du chocolat, qui
eft plus chaud que froid, & qui, à proprement parler, eft anodin, parce qu'il tempere toutes ies grandes douleurs d'encrailies.
Il croît à Saint-Domingue un arbrc ve- --- Page 400 ---
Nouveauz Voyages
auffi haut que le poirier.
néneux quidevient
feuilles font comme celles du laurier
Ses
Il
un fruit
fauvage, & en ont Podeur. porte
femblable à des pommesd de reinette, & qui
auffi l'odeur. C'eft pourquoi les Efpaen a
arbot de maganillas, qui
gnols le nomment
fignific, arbre portant de petites pommes.
fruit renferme un venin fi fubtil, que
Ce il tombe dans la mer, il le communiquand
qui en mangent. Le tagar
que aux poiffons
fort friands
& la bégune font deux poiffons
de
On reconnoit
de cette efpece
pommes. dents, qui font
qu'ils en ont mangé à leurs
alors de couleur livide ou noirâtres. Cet
deux Soldats de reindice n'a pas empéché
péri
d'eni
Auffi auroient-ils
crue
manger.
leur avoit donné un
empoifonnés, fi O1l ne
prompt fecours. ordinairement pour contre=
On prend
rôtie &
poifon l'arrête de cemême poiffon,
dans du vin. Mais dans cette
détrempée
de remede plus
occafion, je ne trouve point
fàr que de boire de Phuile d'olive.
IesNaturels du Pays ont un autre moyen
fi ce poiffon a mangé du made reconnoitre
chemitte; (c'eft ainfi que lcs Frangoisappel-
és, fi O1l ne
prompt fecours. ordinairement pour contre=
On prend
rôtie &
poifon l'arrête de cemême poiffon,
dans du vin. Mais dans cette
détrempée
de remede plus
occafion, je ne trouve point
fàr que de boire de Phuile d'olive.
IesNaturels du Pays ont un autre moyen
fi ce poiffon a mangé du made reconnoitre
chemitte; (c'eft ainfi que lcs Frangoisappel- --- Page 401 ---
dans PAmérique Septentrionale. 367
lent par corruption le fruit dont je parle)
c'eft d'en goûrer le coeur. S'ils le trouvent
piquant fur la langue 5 ils n'en mangent
point ; mais s'ils le trouvent doux, ils en
mangent en coute affurance.
Les nouveaux venus d'Europe s'empoifonnent quelquefois en mangeant de ce
fruit. Il eft fi agréable à la vue & à l'odoqu'il eft bien difficile de réfifter à la
rat, tentation. Tout le fecours qu'on donne à
celui qui en a mangé, confifte à le lier, &
à l'empécher de boire pendant l'efpace de
vingt-quatre heures. Cette privation eftp pour
lui le plus cruel des tourmens. On entend
fans ceffe ce malheureux crier qu'il bràle;
en effet, tout fon corps devient auffi rouge
que le feu, & fa langue auffi noire que du
charbon.Si par malheurila tropmangédece
fruit, iln'ya prefque pas moyendel lefauver.
d'avoir. lu dans d'ArJe me reffouviens
genfola, auteur Efpagnol, que dans PIlle
de Celebes il croit pluficurs chofes extraordinaires, entre lefquelles on peut mettre
un arbre qui caufe des effets furprenans.
Si quelqu'un fe couche au pied de cet arbre --- Page 402 ---
Nouveauz Voyages
du côté de Foccident, l'ombre eft capable
de lui caufer la mort, à moins qu'il ne fe
pour aller fe mettre
releve promptement Je voudrois bien qu'on
du côté oppofé.
m'expliquàr ces deux effets fi finguliers.
Les perfonnes qui font trop échauffées
ici du mais blanc concaffé, après
prennent bien fait bouillir & l'avoir paffé par
l'avoir
On peut, fil'on veut,metun linge propre. fucre dans cetté décoation,
tre un peu de
très-rafraiqui eft, comme j'ai déjà dit,
chiffante.
Les rhumes de cerveau fonttrès-communs
à Saint-I Domingue : ces maladies proviendu changement de l'air, principalenent
de chaud & de
ment dans une alternative
qu'on
froid; ; ce qui produit un engorgement
enchifrenement.
appelle vulgairement
dans toutes
Je me fuis toujours appliqué,
à acquérir quielquecomeifiance
mes courfes, être utile ou contraire à la
de ce qui peut
vôtre, mon cher ami,
fanté. Confervez la
lui foit
puifqu'il n'eft point de tréfor qui
comparable. Je fuis, &c.
le 12 Juin 1771:
Au Port-au-Princt,
LETTRE
roid; ; ce qui produit un engorgement
enchifrenement.
appelle vulgairement
dans toutes
Je me fuis toujours appliqué,
à acquérir quielquecomeifiance
mes courfes, être utile ou contraire à la
de ce qui peut
vôtre, mon cher ami,
fanté. Confervez la
lui foit
puifqu'il n'eft point de tréfor qui
comparable. Je fuis, &c.
le 12 Juin 1771:
Au Port-au-Princt,
LETTRE --- Page 403 ---
dans PAmlrigue Septentrionalt. 369
LETTRE NEUVIEME
Au MÉM E.
Maniere dont les Negres font expofés en
vente. Méthode crueile que pratiquent les
habitans des Ifles, pour marquer leurs
Efciaves. M. Douin en propofe une qui ne
tientpas de Pinhumanité. Trait de courage
d'un Efclave qui refufa de faire lesfondions
de bourreau. Maniere de conferverles Negres
en fanté pendant la traverfée dAfrigue en
Amérigue. Métamorphofe finguliere d'un
infede nomme Mahacat. L'Auteur part du
Port-au-Prince pourreveniren. Europe. Sori
arrivée à Bordeauz. Trait de bienfaifance
de Taugufe Dauphine, à Pépoque defon
mariage.
Jx réçu, Monfieur & cher ami, la Lettré
que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire.
Elle m'eft parvenue en très-peu de temps
le navire nommé TAigle, qui a fait voir
par
fans raifon qu'on lui a donné
que sen'eft pas
Aa --- Page 404 ---
Nouveaur Voyages
vous avoue que votre filence me
ce nom.Je
je ne favois à
donnoit déjà de Tinquiétude;
l'attribuer. Peu s'en eft fallu que je ne
quoi
d'indifférence. Je fens bien
vous aye accufé
que vous ne méritez pas un pareil reproche;
mais quand même je vous l'aurois fait, vous
euffiez jugé le motif digne d'excufe.
Je fuis ravi que vous ayez été fatisfait de
que j'ai tracée des moeurs &
la defcription
Indiennes
ufages des différentes Peuplades
habitent les rives du grand Aeuve de
Miffifipi. qui
Je ne fuis pas moins charmé que
les moyens que j'indique
vous approuviez
pour prévenir les maladies
aux Européens
débarqués. lis
qui attaquent les nouveaux
ufer de ménagemens, & ils fen'ont qu'à
fàrement à l'abri du danger. En effet,
ront
reffentent ces maux accablans
que ceux qui
a la faveur du Hams'attachent à confidérer,
beau de la raifon, la caufe qui les a produits; ils verront bien clairement que ce
dont ils accufent la nature du climat, n'eft
l'effet de leur négligence à conferver
que
leur fanté, de leur malheureux empreflement à fatisfaire des penchans déréglés, &
rement à l'abri du danger. En effet,
ront
reffentent ces maux accablans
que ceux qui
a la faveur du Hams'attachent à confidérer,
beau de la raifon, la caufe qui les a produits; ils verront bien clairement que ce
dont ils accufent la nature du climat, n'eft
l'effet de leur négligence à conferver
que
leur fanté, de leur malheureux empreflement à fatisfaire des penchans déréglés, & --- Page 405 ---
dans PAmérigue Septentrionale. 371
d'intérêt qu'ils prennent à bien diridu peu
qui les
& qui trouger des paffions
égarent
blent la paix de l'ame. Oui, il faut convenir
Phomme eft prefque toujours l'agent
que & P'auteur des maux qui le tourmentent.
affez fujet aux infirmités & aux
N'eft-il pas
luidouleurs? Pourquoi les provoque-t-il
habitudes qu'il n'a
même par les mauvaifes
honté de contraéter ?
pas Il vient d'arriver en ce Port un vaiffeau
de Negres, dont on a fait la traite
chargé
d'Angola. Voici la maniere dont
fur la côte
on les expole en vente.
viatimes de
Lorfque ces malheureufes
fonedébarquées, on les amene
notre cupidité
pent nommer le Marché
fur une place qu'on
hommas. Après les avoir mis entiereaux
fans diftinétion de fexe, on les
ment à nu,
font
vifite par-tour, & P'on fépare ceux qui
atteintsdequelque maladie honteufe.Ceux1à refteroient invendus, fi les Chirurgiens
les
& pour très-peu de chofe,
ne achetoient,
le prix des remedes
parce qu'on juge que excéderoit la valeur
pour les faire guérir
des
de FEfclave. Se peut-il, mon ami, que
Aa ij --- Page 406 ---
Nouveaur Voyages
êtres qui penfent, faffent un trafic de ces
hommes nés auffi libres qu'eux, & qu'ils les
eftiment quelquefois moins que des bêtes
de fomme (1).
Je vous avoue que durant ces fortes de
vifites, qui fe font dans la forme la plus rigoureufe, j'ai vu, non fans étonnement,
quelqués femmes ne point rougir. Je n'ai
cependant pas ofé conclure qu'ellesn'avoient
ni honte ni pudeur. Les reproches de la
confcience, les fentimens de modeftie font,
il eft vrai, monter [e rouge au vifage. Mais
auffi Pinnocence ne rougit jamais.
Vous favez que celui ou celle à qui l'uni
de ces malheureux a été adjugé, l'eftampe,
c'eft-à-dire, qu'il le marque avec un fer
chaud, où eft fon nom ou fon chiffre. Vous
vousêtcs courageufement élevé contre cette
méthode que pratiquent les habitans du
(1) J'aivu autrefois à la Louifiane des habitans
jouer leurs Efclaves au brelan. Il y en eut un, à ce
que l'on m'a raconté, qui troqua un Negre contre
un chien de chaffe dont il avoir envie. Le Negte,
indigné de ce parallele, fe péndit dans le bois.
ud, où eft fon nom ou fon chiffre. Vous
vousêtcs courageufement élevé contre cette
méthode que pratiquent les habitans du
(1) J'aivu autrefois à la Louifiane des habitans
jouer leurs Efclaves au brelan. Il y en eut un, à ce
que l'on m'a raconté, qui troqua un Negre contre
un chien de chaffe dont il avoir envie. Le Negte,
indigné de ce parallele, fe péndit dans le bois. --- Page 407 ---
Seprentrionale. 373
dans rAmtrique
Efclaves. Le
reconnoicre leurs
Pays pour
aviez imaginé, pour abolir
projet que vous
courume G barbare, eft trèsingénieux,
une
d'humanicé. Je me
très - fage, & plein
faire frapper,
rappelle que vous vouliez
& l'apdu Gouvernement
avec Fagrément
Adminiftrateurs des
probation de MM.les
en cuiColonies Françoifes, des médailles
des chiffres relatifs au nom du
vre, avec
de PIle ou eft fon
maître & au quartier
l'auroit portée
habitation. Chaque Efclave
des livres
penduc à fon col; & par le moyen
Tadminiftration, on eût aifément
tenus par Efclaves. Pour diftinguer des
reconnu les
leurs maîEfclaves ies Negresaffanchis par les Mulàtres & devenus libres, ainfi que
tres & Métis libres de mnifiance,ceus-ciauroient porté une médaille d'argent 7 qu'ils
payée de leurs deniers. Il y en auauroient
ornées d'unemarque
roit eude plus grandes,
fignadiftindtive, pour ceux qui fe feroient
aétion d'éclat à la guerre, ou
lés par quelque
confpira-.
qui auroient découvert quelque
les habirans Francois de nos
tion contre
des MuColoniçs, & pour les Capiraines
Aa iij --- Page 408 ---
Nouveaur Voyages
la Maréchauffée
lâtres libres qui compofent
rien
de TIlle. Ces diftinétions ne coâteroient
& formeroient un reau Gouvernement, qui pourroit être emvenu confidérable,
entretenir des
ployé àconftruire des ponts ,
chemins, & payer des Maréchauflées. Elles
l"émuferoient naître & entretiendroient
formercient des fujets, & les attalarion,
inviolablement aux blancs.
cheroient
j'étois au fervice des
Dans le temps que
de lal Louifiane, on me raconta qu'on
troupes voulu forcer un Efclave Negre, fur
avoir
du Roi, à fervir de bourreau
Thabication
déferteur arrêté fur
pour pendre un Soldar
refufa
ennemi. Ce fier Efciave s'y
le Pays
difant dans fon langage :
conftamment,
pasfaire mal à moi; ; pourguoi
Elanc-là ly
Moi pas vlé déstoi y'lé moi faire malà ly?
ben
honorer famille d moi. Moi Negre, ga
ma moi gagné fentiment tout comme
yrai;
c'elt-adire:nces Soldatne m'a
blancs mémes;
voulez-vous
jamais fait de mal; pourquoi
déshonoje lui en falle? Je-ne veux pas
que famille. Je fuis Negre, il eft vrai;
rer ma
fentiment qu'ua Franmais j'ai autant de
-là ly
Moi pas vlé déstoi y'lé moi faire malà ly?
ben
honorer famille d moi. Moi Negre, ga
ma moi gagné fentiment tout comme
yrai;
c'elt-adire:nces Soldatne m'a
blancs mémes;
voulez-vous
jamais fait de mal; pourquoi
déshonoje lui en falle? Je-ne veux pas
que famille. Je fuis Negre, il eft vrai;
rer ma
fentiment qu'ua Franmais j'ai autant de --- Page 409 ---
dans PAmérique Septentrionale. 375
faire une fonétion fi
çois>. Pour ne point
de
aviliffante, ce Negre fe donna un coup
hache fur le poignet 5 ayant attrapé la jointure, il tomba par terre. Cetrait de courage
le ft admirer des François & de fes compatriotes.I II fut traité aux frais du Roi, comme
Invalide. La fidélité de certains Efclaves eft
à toute épreuve : on en a vu fe facrifier généreufement pour leur maitre, lorfqu'ils en
ont été bien traités.
Pour revenir à mon fujet, , je crois devoir
concernant la fanté & la
vous dire deuxmots
la
confervation des Negres, dont on va faire
traite fur les côtes d'Afrique. Voici, felon
une bonne maniere de les foigner
mon fens,
fouvent
pendant la traverfée, où il en meurt
un tiers, & quelquefois la moitié.
qu'on les amene de
Vous n'ignorez pas
Pintérieur des terres fur les côtes. C'eft-là.
que les vaiffeaux (qu'on nomme Négriers)
Européens les atrendent," pour les tranfporoù des Chrétiens font le
ter en Amérique,
maquignonnage de ces' hommes, parce qu'ils
la
noire. Ces malheureux, arraont
peau
chés de force pour la plupart à une familleAa iv --- Page 410 ---
Nouveauz Voyages
chéric, liés & chargés de fers comme les
grands criminels, incertains du fort
plus
aller dans
qu'on leur prépare, s'imaginent
àleur arrivée, ils feront grillés
un Pays oi,
fervir de mets à leurs tyrans, ou être
pour facrifiés à leurs Dieux. Cette idée les affeête
profondément, & les réduit dans un état
digne de compaffion. Ils tombent dans des
langueurs qui leur caufent des maladies qui
deviennent fouvent contagieufes, par l'impoflibilité où l'on eft de féparer les fains de
ceux qui ne le font pas. Joignez à cela que
eft très-contraire à la fanté
cette navigation
des hommes, & que ceux qui la font faire
font des Armateurs fouvent dupes de leur
avarice. Ils fe fervent, en effet, de Chirurà qui ils ne donnent que des
giens ignorans,
apeatereméemaliend & ces Chirurgiens, qui ne font le voyage fur la côte d'or
que pour en rapporter de cette précieufe
à la.confervapoudre, ne s'intéreffant guere
tion de ces individus noirs, en laiffent périr.
Ces Armateurs. trouveune grande partie,
&
roient fans doute leur avantage à choifir
d'habiles hommes,
à payer génércufement
en effet, de Chirurà qui ils ne donnent que des
giens ignorans,
apeatereméemaliend & ces Chirurgiens, qui ne font le voyage fur la côte d'or
que pour en rapporter de cette précieufe
à la.confervapoudre, ne s'intéreffant guere
tion de ces individus noirs, en laiffent périr.
Ces Armateurs. trouveune grande partie,
&
roient fans doute leur avantage à choifir
d'habiles hommes,
à payer génércufement --- Page 411 ---
dans PAmérique Septenrionale. 377
de Meffieurs de l'Académie Royale
reconnus
qui leur coûteroient 7 à la véde Chirurgie,
rendroient
mais quileur
rité, un peu plus,
des Fraters.
de plus grands fervices que
leur
Ces Chirurgiens apporteroient toute
laiffer entrer dans le
attention à ne point
du
vaiffeau de tranfport les Negres attaqués
vénérien, & fur-tout du pian. Ils imitemal
roient les Hollandois dans la grande probrille dans leurs navires. Ces EC
preté qui
enchaiclaves tout nus, entalfes péle-méle,
de
nés dans un fi petit efpace, & couverts
fueur, fous un ciel brulant, exhalent une
& qui peut caufer
odeur infedte, mal-faine,
bien des maux.. Pourquoi, lorfque le temps
le permet, ne les fait-on pas tous les jours
fortir de l'entrepont, en prenant toutefois
ordinaires contre les révolles précautions
Pair far le
tes, afn qu'ils aillent refpirer
pont ? Pourquoi ne les fait-on pas baigner
Baye, avec de l'eau de la
dans une grande
ces foins, qui ne font
mer ? Sil'on prenoit
bien pénibles, il n'eft pas douteux que
pas
toujours propres & frais,
ces malheureux,
dans le même état de
ne fe confervaffent --- Page 412 ---
Nouveaur Voyages
fanté. Les ventoufes (1), comme le pratiferoient ainfi de la plus
quent les Anglois,
grande utilité.
Il faudroit auffi veiller ferupuleufement
empêcher que les matelors ne fréquenpour
défordre qui devient
raflent les Négreffes,
très-pernicieux aux équipages.
difette d'eau
Comme on, a quelquefois
douce, &c que les vivres, faute de foins,s'6chauffent & fe corrompent, le fcorbut gagne
les Efclaves & les gens du vaiffeau. On devroit donc faire provifion d'une grande
de citrons. Ce fruit acide, qui eft
quantité très-commun dans toute TAfrique, ainfi que
dans les Ifles de TAmérique, où il croît naturellement dans les forêts, eft un remede
fouverain à ce mal contagieux.
Il feroir encore à fouhaiter qu'on nourrit
mieux. Les feves de maces Captifs un peu
rais, le mil, le mais & le riz, font une ex-
(1) Les ventoufes, ou plurôr ventilateurs, , font
des efpeces d'entonnoirs faits en voiles goudronnées,
dont le haut eft furl le pont & le bout dans la cale,
ce quirenouvelle l'air du vaiffeau.
eft un remede
fouverain à ce mal contagieux.
Il feroir encore à fouhaiter qu'on nourrit
mieux. Les feves de maces Captifs un peu
rais, le mil, le mais & le riz, font une ex-
(1) Les ventoufes, ou plurôr ventilateurs, , font
des efpeces d'entonnoirs faits en voiles goudronnées,
dont le haut eft furl le pont & le bout dans la cale,
ce quirenouvelle l'air du vaiffeau. --- Page 413 ---
Septentrionale. 379
dans TAmerique
Il ne
cellente nourriture pour les Negres. founégliger non plus de laver
faudroit pas
On fuivroit en cela
vent les entreponts.
durant fon voyaT'exemple du Lord Anfon,
ge autour du monde.
frappés du préJ'ai dit que les Negres,
vont les
jugé oir ils font que les blancs ne
leur
les manger, & boire
acheter que pour
de langueur
fang, périffent pour la plupart
de trifteffe. Pour prévenir un fi grand
&
les Armateurs ffent
mnal, je voudrois que
fur leurs vaiffeaux des Negres
embarquer
de TAlibres, habitans des Illes Françoifes
les langues de Guimérique, qui parlaflent
les nouveaux
née. Ceux-là détromperoient les hommes
Captifs de lidée qu'ils ont que
leur difant qu'ils vont
blancs les mangent, trouveront de leurs padans un Pays oà ils
Il feroit égarens & de leurs compatriores.
fur cesvailfeaux
lement néceffaire quilyeôr
muliciens ou joueurs de queldes Negres
en
inftrument. Nous en avonsbeaucoup
que
dans les Régimens, qui feroient
France,
utiles dans ces fortes de
mille fois plus
la
Nul moyen plus propre que
voyages. --- Page 414 ---
Nouveauz Voyages.
mufique pour diftraire ces pauvres Efclaves
de la mélancolie où ils font plongés. Vous
favez que les Africains font
touchés des fons de l'harmonie fingulieremene ; leur oreille
eft fi fine, que dans leur danfe ils tombent
tous en mefure, & fe relevent de même.
J'ai fouvent obfervé
pendant mon féjour
à la Louifiane, oàl'on fait tous les
voyages
par eau, fur les lacs & le grand fleuve de
Milifipi, que les Negres chantoient toujours en ramant dans les bareaux pour s'animer; & dans leur travail, le mouvement
de leurs bras & de leurs pieds s'accordoit
avec la mefure de leur chanfon.
J'ofe croire que fi, durant la traverfée
d'Afrique en Amérique 2 on traitoit les
Efclaves de la maniere dontj je viens de l'indiquer, le nombre des malades & des morts
feroit infiniment moins grand. Je ferois crèsfatisfait, fi ce que j'ai dit bien des fois à
ce fujet aux Capitaines & Armareurs de
Guinée, pouvoit engager les perfonnes qui
y font intéreflées à refléchir elles-mémes
fir les vues que je viens de donner. Mes
obfervations peuvent être perfedtionnées &
oit les
Efclaves de la maniere dontj je viens de l'indiquer, le nombre des malades & des morts
feroit infiniment moins grand. Je ferois crèsfatisfait, fi ce que j'ai dit bien des fois à
ce fujet aux Capitaines & Armareurs de
Guinée, pouvoit engager les perfonnes qui
y font intéreflées à refléchir elles-mémes
fir les vues que je viens de donner. Mes
obfervations peuvent être perfedtionnées & --- Page 415 ---
dans PAmlrigue Septentrionale. 38r
portées beaucoup plus loin. Je fouhaite que
entreprénne de le faire pour le
quelqu'un
& furbien du commerce de nos Colonics,
tout de T'humanité,
mon cher ami, que je vous
Je penfe, 2
ferai plaifir en vous rapportant une métamorphofe finguliere d'un infeéte nommé
iahacat, qui vous a peur-être échappée.
doute
dit celui qui en a été
>> Je ne
pas,
5> lui-même le témoin, que ce phénomene
>> ne paffe dans l'efprit de plufieurs per-
& j'en aurois
S> fonnes pour fabuleux;
porté
>> le mêmé jugement, fi je n'étois auffi
le fuis
le témoi3> convaincu que je
par
>> gnage de mes fens. C'eft un prodige qui,
femble
cho5> en quelque façon,
également
5 quér le bons fens & la vérité. Cependant
>> c'eft un fait que je donne pourt très-affuré,
> Cet animal eft un ver tout blanc, de
d'un
Ila a la tête noire
35 la longueur
pouce.
brun
avec deux rangées
5> ou d'un
foncé,
3> dc pattes fous le ventre. Il eft ordinaire5> ment fort gras, & a la peau fi fine, qu'il
C'eft le même qu'on
>> eft tout tranfparent.
a appelle à la Martinique ver de palmife, --- Page 416 ---
Nouyeaur Voyages
>> que les Martinicains mangent avec plai:
mon avis fa forme foit
> fr, quoiqu'à
> affez dégoûtante.
L'Auteur qui raconte un fait fi furprenant, dit avoir trouvé un de ces mahacats
dans un vieux tronc d'arbre, pourri depuis,
plufieurs années. L'animal étoit pétrifié >.
& de la confiftance d'une pierre ponce qui
de
Il n'avoit rien
étoit remplie
pores.
d'endommagé; chacunedefes pattes, ainfi
fes barbes, étoient garnies de racines
de que la longueur de cinq à fix lignes 9 &
formoient des branches à - peu- près
qui
les rameaux de la corne de cerf;
comme
iln'avoit encore ni tronc nil branche, mais,
elles n'auroient
fuivant toute apparence >
tardé à fe former. L'Auteur confipas
déroit attentivement cet animal, lorfque
fon Negre l'aborda. Tout furpris de fon
étonnement - , il lui fit comprendre qu'il,
n'y avoit rien que de naturel dans ce qu'il,
voyoit, lui difant que dans fon pays 7 il
avoit vu plufieurs de ces infeêtes devenir
arbriffeaux de trois pieds de haut, dont les
feuilles étoient femblables à unc plante qu'il.
arence >
tardé à fe former. L'Auteur confipas
déroit attentivement cet animal, lorfque
fon Negre l'aborda. Tout furpris de fon
étonnement - , il lui fit comprendre qu'il,
n'y avoit rien que de naturel dans ce qu'il,
voyoit, lui difant que dans fon pays 7 il
avoit vu plufieurs de ces infeêtes devenir
arbriffeaux de trois pieds de haut, dont les
feuilles étoient femblables à unc plante qu'il. --- Page 417 ---
Septentrionale. 383
dans TAmbrique
affez
jui montra auffi-tôt, & qui approche
de celle de noyer.
dit le même Au-
>> Que les Nacuraliftes,
expliquent, fuivant leurs principes,
teur,
fi étrange, je leur en laiffe
ce phénomene moi, je me fuis contenté d'en
le foin ; pour
l'animal
être P'admirareur 7 & d'emporter
l'ont conchezmoi, où plufieurs perfonnes
fidéré. Je l'avois renfermé dans une boite
un de
de fer blanc. Mais malheureufement fecret
enfans, agé de cinq ans, eut le
mes fe faifir de la boîte en mon abfence, &
de
l'animal, qu'il mit en pieces ;
de prendre
d'avoir tant différé à en
J'eus regret alors
tirer le deffein, comme je me l'étois propofé >.
fait reffouvenir de ce
Cette anecdote me
m'a dit aucrefois M. de Belle-Ifle. Cet
que
été abandonné
Officier me raconta qu'ayant
P'Améri-
& égaré dans les vaftes forêts de
& étant prêt à fuccomber de la faim,
que, heureufement trouvé à la Baye Saintilavoit
des vers
Bernard, dans des arbres pourris, 3
blancs, & gros comme le pouce, qu'il faifur les charbons, & qui étoient
foit griller --- Page 418 ---
Nouveaur Voyages
lui, dans ce défert, une manne & un
pour
mets délicieux.
J'étois parvenu à cet endroit de ma Letmon cher ami, dans l'idée que je fetre, ,
rois un plus long féjour au Port-au-Prince:
Une occafion favorablem'a fait encemoment
changer dedeffein. Un vaiffeau de Bordeaux
doit mettre à la voile après-demain pour
M.le Comte de Novilos veut bien
l'Europe.
fur ce bâtiment, aux
me faire embarquer
faveur
frais du Roi. Je profiterai de cette
retourner dans le fein de ma patrie.
pour Je ferai donc le porteur de ma Lettre.
Cependant, comme je ferai charmé de
féjourner quelques jours dans cette Aoriffante ville de Bordeaux, je vous ferai paffer
y avoir joint lé récit de
la préfente, après
fur le grand lac, auffi-tôt que
mon voyage
j'aurai mis pied à terre. Je vous laiffe, pour
faire mes malles.
cnfin arrivéà
Me voici, mon cher ami,
mois d'une travérfée
Bordeaux, aprèsdeux
heureufe. J'ai fatisfait mon penchant pour
les voyages, & j'en fuis enchanté. N'ai-je
raifon de l'être ? J'ai vu les différentes
pas
contrées
avoir joint lé récit de
la préfente, après
fur le grand lac, auffi-tôt que
mon voyage
j'aurai mis pied à terre. Je vous laiffe, pour
faire mes malles.
cnfin arrivéà
Me voici, mon cher ami,
mois d'une travérfée
Bordeaux, aprèsdeux
heureufe. J'ai fatisfait mon penchant pour
les voyages, & j'en fuis enchanté. N'ai-je
raifon de l'être ? J'ai vu les différentes
pas
contrées --- Page 419 ---
Septentrionale. 385
dans Amérique Monde, jy ai étudié
contrées du nouvéau
les
des Peuples eftimables qui
les moeurs
occupé à
habitent : je me fuis quelquefois
adlire dans le livre de la naturé, & j'ai
fés merveilles & les trémiré & contémplé
hémiffors qui fe troivent dans cet autre
qué la
phere; les nombreufes produ@ions
offre
à chaqué pas aux yeux
terre
prefque J'ofe dire que ce n'a pas été
des curieux.
ai puifé quelques
tout-à-fait fans fruit. J'y
connoiflances qui pourront m'être utiles $
ainfi qu'à mes amis. En attendant quéj'aye
le plaifir de vous embralfer, je vais vous
Voici le court détail
tenir ma promelfe.
de notre navigation. à la voile à la faveur
Après àvoir mis
dans
d'une brife (1), ( carabinée, nous primes,
le Cul-de-fac du Pore-au-Prince, en palfant
devant uri éndroit nommé PArcahaie, un
Européen quine s'étoit. furement pasabftenu
arrivés de France
de ce que les nouveaux
le plus
dans les Illes, doivent fuir avec
(1) C'eft ainfi qu'on appelle à Saint-Domingue
à la faveur defquels les vaiffeaux
des vents réglés,
fortent.
entrent dans le port, & en
Bb --- Page 420 ---
Nouveaur Voyages
grand foin pour conferver leur fanté, L'état
de ce malade excita ma compaffion, lorfqu'on l'amena à notre bord; vous l'euffiez
vu traîner avec peine les reftes languiflàns
d'un corps ufé par tous les excès imaginables des plaifirs déréglés. On eût dit
que c'étoit un cadavre ambulant. Cet homme avoit amaffé beaucoup de bien, dont il
deftinoir une partie à fe faire guérir. Il
comptoit arriver en France, pour fc mettre
entre les mains de plus habiles Chirurgiens
que les Charlatans auxquels il s'étoit livré
en Amérique, & qui lui avoient ruiné le
tempérament, à force de lui faire prendre
du Mercure & des corrofifs. Depuis
longremps ce malade avoit été obligé de fe borner pour fa nourriture à l'ufage du lait, qui
lui avoit tellement affoibli l'eftomac, qu'il
n'auroit pu digérer aucun aliment. C'eft
pourquoi il avoit fait embarquer deux chèvres, dont une étoit préte à mettre bas;
mais la mort de fes deux meres nourricieres, qui périrent pour avoir mangé des
giromons (1), qui fe trouverent pourris,
(I) Les bâtimens qui partent des Ifles de l'Amé-
pour fa nourriture à l'ufage du lait, qui
lui avoit tellement affoibli l'eftomac, qu'il
n'auroit pu digérer aucun aliment. C'eft
pourquoi il avoit fait embarquer deux chèvres, dont une étoit préte à mettre bas;
mais la mort de fes deux meres nourricieres, qui périrent pour avoir mangé des
giromons (1), qui fe trouverent pourris,
(I) Les bâtimens qui partent des Ifles de l'Amé- --- Page 421 ---
Septentrionale. 387
dans I Ambrique
du feul foutien de fa vie.
priva cet infortuné
tomba dans une foiblefle & une langueur
Il
Le Capitaine le fit
à laquelle il fuccomba.
&
lui, fon matelas,
jeter à la mer, >
après
avoit fervi
fes draps, & tout le linge qui luia
dans fa maladie.
débouquement des Ifles Caiques,
Aprèsle
effuyâmes un calme de huit jours, qui
nous
abondante pêche de donous procura une
que la
rades. Dans ces parages 2 un jour
fàétoit auffi unie qu'une glace, nous
mer
furpris de voir une mulmes agréablement
s'élancer
titude innombrable de poiffons
la fois au-deffus de l'eau, à plus de
tous à
fix pieds de hauteur.
Le troifieme jour de ce calme, plufieurs
réfifter à l'enmarins & paffagers ne purent
le
du bain fous la gone
vie de goûter plaifir
une grande quantité de giromons,
rique emportent
dans des flets faits à
pendus derriere le vaiffeau,
fe conferve
Cette efpece de citrouille
cet ufage.
dans la foupe, & on en
jufqu'en France. On en met
en font fort avides;
mange auffi fricaffés. Les chevres étoit pourri, moucelles qui mangerent de celui qui dans les convulheures après,
rurent vinge-quatre
fions.
Bb ij --- Page 422 ---
Nouveaur Voyages
gorride. Ils en demanderent la permifion au
maître du navire, 3 qui la leur accorda.
Nous n'en fûmes pas fâchés, parce
nous efpérions nous diftraire de l'ennui que
nous caufoit le calme, en
que
voyant ces hommes fe récréer fur l'onde falée.
Un navire Anglois, venant de la Jamaique, étoit alors à quelque diftance de nous.
Ily avoit autour de fon bord un requin d'une
groffeur prodigieufe, qui attendoit fa proie,
Le Capitaine Anglois ayant apperçu avec
fa longue vue, nos gens à la mer, qui couroient le rifque d'être dévorés par ce redoutable animal, &ne pouvant fe faire entendre par le moyen de fon porte - voix,
fe détermina à faire tirer un coup de canon,
A ce fignal, nos nageurs remonterent bien
vite dans le vaiffeau ; d'autant plus que notre
Contre-maitre, qui étoit un vieux routier,
leur cria que. le coup de canon tiré de ce bâriment, étoit vraifemblablement pour nous
avertir de quelque danger, & qu'il croyoir
lui-même voir un reguin. En effet 2 bientôt
aprés, ce monfre marin arriva à notre gouvernail; foit que l'odeur des nageurs l'eût
attiré, foit que la commotion & le bruic
iffeau ; d'autant plus que notre
Contre-maitre, qui étoit un vieux routier,
leur cria que. le coup de canon tiré de ce bâriment, étoit vraifemblablement pour nous
avertir de quelque danger, & qu'il croyoir
lui-même voir un reguin. En effet 2 bientôt
aprés, ce monfre marin arriva à notre gouvernail; foit que l'odeur des nageurs l'eût
attiré, foit que la commotion & le bruic --- Page 423 ---
Septentrionale. 389
dans Amtrique
Teût
On avoit préparé
du canon
épouvanté.
de la vianTattraper, un émérillonavec
pour
dont ces chiens de mer font
de falée ; appâr
animal vorace
fort friands ; auffi-tôt cet
fur le dos (1) pour faifir fa proie.
fe tourna faifi lui- même par le moyen
Mais il fur
; on le hiffa fur
d'une poulie, ou d'un palan
furieule pont, oà il fe débattoit encore
& faifoit trembler tout le monde;
fement,
avoient une élaftifes nageoires & fa queue
force terrible. S'ilen avoit frappé
cité & une
brifé les OS. Comme
quelqu'un, il lui auroit
on ne
le requin n'eft pas bon à manger (2),
Favoit enlevé dans le vaiffeau, que pour
donner du divertiffement à Téquipage.
le travers de TIle de la BerEtant par
d'une groffeur
mude, nous vimes un poiffon
extraordinaire; il nous parut plus gros que
navire. Il jetoit l'eau de fes narines
notre
de hauteur' ; il paffa
à plus de vingt pieds
lui tirâmes un
f près de nous 9 que nous le fit caler. Ce
çoup de canon à boulet, qui
a la gueuleendellbus, &e eft vivipare.
(r)Cepoiffon
fe fervent de fa peau pour li-
(2) Les Menuifiers
mer le bois. --- Page 424 ---
Nouveaur Voyages
eft
poiffon, qui eft une efpece de baleine,
nommé fouffleur par les marins.
En arrivant fur les côtes de Portugal, nous
primes à T'hameçon une fi prodigieufe quantitédethons, quenous aurions pu en charger
le navire. Cela n'eft pas furprenant ; ces
parages en font remplis.
Je me fuis acquitté avec bien du plaifir
de la commiffion que vous m'avez donnée
pour Madame votre époufe ; j'ai apporté
de Saint-Domingue un beau perroquet, qui
vient du pays des Amagones. Je vais vous
le faire parvenir par le carroffe de voiture.
J'ai promis douze livres au cocher, quis'engage à le rendre mort ou vif. Comme on
ne pourra pas le changer, je vous préviens
étant venu fur
qu'il ne parle qu'Efpagnol,
un navire de cette Nation. Je lui ai appris
feulement à dire bonjour de ma part à
Madame Douin ; & fij'avois eu le temps,
je lui en aurois appris davantage; je fouhaite que cet oifeau arrive à Verfailles fans
accidens, & qu'il vous y trouve l'un & l'autre en bonne fanté.
Vous avez peut être appris, Monfieur
& cher ami, l'aventure de M. de Gamont,
enu fur
qu'il ne parle qu'Efpagnol,
un navire de cette Nation. Je lui ai appris
feulement à dire bonjour de ma part à
Madame Douin ; & fij'avois eu le temps,
je lui en aurois appris davantage; je fouhaite que cet oifeau arrive à Verfailles fans
accidens, & qu'il vous y trouve l'un & l'autre en bonne fanté.
Vous avez peut être appris, Monfieur
& cher ami, l'aventure de M. de Gamont, --- Page 425 ---
Septentrionale. 39E
dans PAmbrique
fervoient ciCapiraine dans les troupes qui
On vient de m'en
devant à la Louifiane.
récit. Le navire fur lequel cet Offifaire le
repafferenFrance,
cier sétoitembarqué pour
un
le travers des Hles Açores,
effuya, par
En un moment la
coup de vent terrible, furieufe. Les flots
mer s'enfla & devint
qu'une lame pallant parétoient fi agités,
la chambre du bâdeffus le navire emporta
qui y
timent, engloutit quarre perfonnes mifes.
& les malles qu'on y avoit
étoient,
Circé qui avoit été EnMonfieur de
& un Cadet,
feigne dans ma Compagnie,
nomfils du Sergent Major de nos troupes, inforfurent du nombre des
mé Dubourg,
Une Dame créole de la
tunés qui périrent.
de M. de Bomnouvelle Orléans, 3 veuve
d'Infanterie, fut un peu
belles, Capitaine
froiflée par les malles, & en fut quitte pour
Notre camarade Gamont perdit
la peur.
tous fes effets >
dans ce funefte accident,
renfermée
jufqu'à fa' croix de Saint-Louis,
robe
dans fa malle. Arrivé à la Rochelle, eil
de chambre & en bonnet de nuit 7 il fut
d'avoir recours à la bourfe de fes
obligé
s'habiller & fe mettre en état
amis, pour --- Page 426 ---
Nouveauz Voyages
392 rendre à la Cour. Ily arriva à Pheude fe
de Madame la
reufe époque du mariage
à qui il eut l'honneur de préDauphine 7
contenant le détail dé
fenter un mémoire
fon infortune. Cette augufte Princeffe, auffi
chérie des François qu'elle mérite de l'étré,
fenfiblement touchée du fort de cet
fut
Officier ; & par un trait de bienfaifance qui
luieftnaturelle, elle fit obtenirà cet Officier
de quinze cents livres, >
unc grarification
Elle
avec une autre croix de Saint-Louis.
fa générofité jufqu'à vouloir bien parporta ler à M. le Duc de Praflin, Miniftre &
Secrétaire d'Etat, ayant le département de
la Marine & des Colonies,, pour lui recommander expreffément M.de Gamont.
dans
Il y avoit alors au Port-de-Paix,
une place de MaPIe de Saint-Domingue, le Miniftre la
jor Commandant, vacante ;
Je vais lui écrire pouf'J Jui en
lui procura.
faire mon fincere compliment.
Je fuis, &c.
A Bordeaur, lezs Aoiit 1771.
F I N.
ht
re &
Secrétaire d'Etat, ayant le département de
la Marine & des Colonies,, pour lui recommander expreffément M.de Gamont.
dans
Il y avoit alors au Port-de-Paix,
une place de MaPIe de Saint-Domingue, le Miniftre la
jor Commandant, vacante ;
Je vais lui écrire pouf'J Jui en
lui procura.
faire mon fincere compliment.
Je fuis, &c.
A Bordeaur, lezs Aoiit 1771.
F I N.
ht --- Page 427 --- --- Page 428 ---
-
-
*
V
A à --- Page 429 ---
ESS SAI
SUR LISLE
D'OTAHITI,
SITUÉE
DANS LA MER DU SUD;
E T
SUR L'ESPRIT ET LES MEURS
D'E SES HABITANS.
à
N;
A AVIGNO
Et fe trouve APARIS,
ChezFrouuté, Libraire, PontNotre-Dame.
M, DCC, LXXIX. --- Page 430 --- --- Page 431 ---
A
E
* * -
MADAM
Ci 1 E Peuple né pour la Vertu,
Que n'a-t-il le bonheur, 2 fglé, de vous connaître 1
Le vice en vous voyant paraitre
Serait pour jamais confondu;
La pudeur brillerait de fes graces nouvelles;
Vertueufes dès leur printems,
Lakmenemaomdeset queplusbelles,
Et les maris moins inconftans.
ahrke
aij --- Page 432 ---
iv
AVERTISSEMENT
LE Peuple dont on entreprend
de décrire les maeurs & les uages,
eft une des Nations des Indes plus
intéreffante encore par la forme de
adminiftration intérieure relafon
tivement à elle - même , que par
Putilité qu'elle peut procurer aux
de PEurope. Ce
vues politigues
Peuple cft donc plus fafeeprible
d'être confidéré philofophiguement,
politiquement. La découverte
que de
n'eft pas ancienne s
PIfle , qui
habitans,
e la connaiffance de fes
fur Le/prit 8 le caractère defquels
on n'a eu julqu'a préfent que des
notions fort obfcures > ne peuvent --- Page 433 ---
AVERTISSEMENT. V
procurer à la curiofité que.pat.de
Faits, qui ont exigé beaucoup de
recherches & déude, par. les difficultés qu'il y a eu à furmonter
pour s'en affirer. Les Voyages
autour du monde de. MM. Bank
e Solander, 3 de M. Cook 2e , celui
de M. Bougainville $ les réflexions
judicieufes de ces favans Navigateurs ; celles d'un autre ordre d'hommes non moins éclairés > ont fervi
efentiellement à la forme de cet
E(Jfai. L'opinion que nous avons
nous-mëmes de leurs différens jugemens , nous a fait hararder quel
quefois d'ajouter nos fentimens aux
fentimens de ceux : qui. confacrent
leur tems. ,, leurs avantages 2 S gui
facrifient même la portion la plus
cfentielle de leur exiftence > pour
aiij
favans Navigateurs ; celles d'un autre ordre d'hommes non moins éclairés > ont fervi
efentiellement à la forme de cet
E(Jfai. L'opinion que nous avons
nous-mëmes de leurs différens jugemens , nous a fait hararder quel
quefois d'ajouter nos fentimens aux
fentimens de ceux : qui. confacrent
leur tems. ,, leurs avantages 2 S gui
facrifient même la portion la plus
cfentielle de leur exiftence > pour
aiij --- Page 434 ---
vj
AVERTISSEMENT.
fe livrer à Pétude des découvertes.
Nous ferons trop fortunés , f le
récit que nous faifons de leurs
dipofttions peut fatter la fenpbi-.
lité d'une efpèce d'hommes qui eft
au-delfus de tout éloge. --- Page 435 ---
V1
GRAGE (
% a opar ape 9499944499 VS T
INTRODUCTION.
I ferait fatisfaifant pour Tefpric
humain, que la Philofophic s'exerà donner des notions exaétes
çât
fur les mceurs,
& circonftanciées
le caradtère & Tefpric
les ulages,
nommons
des Nations que nous
fur les mceurs & coufauvages,
civilifés ; &
tumes des Peuples
formât par fuite de cette
qu'elle
un paralmaffe de connaiflances,
démontrât la variété.
Tele qui en
Une pareille entreprife parvenue
ferait
à fon terme de perfedtion,
le
dans l'ordre moral,
peut-étre,
humaximum des connaiffances
maines, d'apres lefquelles on pourrait entrevoir de certains rapports
a iv --- Page 436 ---
viij
INTRODUCTION.
entre les hommes > & fc fixer
fur un degré connu de leurs opinions, relativement à. des objets
fur lefquels il y a eu tant de difcuflions, qu'il eft prefque impof
fible de rien déterminer. La découverte du Nouveau Monde, &
celles que les Navigateurs ont
faites depuis Cette époque 2 prêtent beaucoup à démontrer que
les hommes font par-tout cC que
le climat & l'opinion les rendent (a) : bons ou méchans, voilà
(a) Cette infuence du climat & du fol fr le caraétère & l'efpriz des Nations 1 eft palpable. On a
obfervé que les Peuples qui habitent les mantagnes &
les pays couverts par les bois, font chaffeurs ; ils ont
conféquent les vices relatifs, ta rapine & le vol :
par les habitans des plaines cultivées 9 dont la grande
occupation eft le foin de la terre qui leur procure
la vie & l'aifance, ont des paffions plus modérées 3 --- Page 437 ---
INTRODUCTION,
ix
les deux extrêmes. Ileft un terme
moyen, qui fe rapproche infiniment de ces deux termes 5 & c'eft
péut-être cclui qu'il convient le
plus de fuppoler à tous les hommes. Formons une courte anade Thomme fauvage & de
lyle
Thommé civilifé - > & confidérons
les différencés d'apres les réfulLhomme fauvage va nud,
tats.
les
parce: qu'il ne. craint point
intempéries des faifons, & qu'étant né libre, iline porte rien
qui lui affigne aucune marque
de Tefclavage : d'ailleurs fes moudes l'enfance
vemens acquérant
s'acde Aexibilité qui
un degré
plus tranquillés. Cette différence eft manifefte, fi l'on
veut y réféchir.
rencés d'apres les réfulLhomme fauvage va nud,
tats.
les
parce: qu'il ne. craint point
intempéries des faifons, & qu'étant né libre, iline porte rien
qui lui affigne aucune marque
de Tefclavage : d'ailleurs fes moudes l'enfance
vemens acquérant
s'acde Aexibilité qui
un degré
plus tranquillés. Cette différence eft manifefte, fi l'on
veut y réféchir. --- Page 438 ---
X
INTRODUCTIO N.
croît en faifant ufage de fes membres, augmentent d'élafticité en
proportion de lâge qu'il acquiert,
& de Thabitude d'agir. Sa nourriture eft infiniment fimple & frugale; elle fe borne le plus communément à des végétaux Tulage des
lui étant inliqueurs fpiritueules
connu 5 l'eau & le jus des fruits
qui font fa boiffon la plus ordinaire, laiflent fuer dans fon fang
une lymphe pure, qui répandant
fa limpidité bienfaifante fur le
genre de fes nerfs extrêmement
forts quoique élaftiques, ajoute
en même tems à la foupleffe de
fes membres & à la rapidité de
fes mouvemens. Il eft lefte à la
courfe
qu'il n'a jamais
> parce
été gêné par aucun lien qui por- --- Page 439 ---
INTRODUÉTION.
xj
tât obftacle à Tulage libre de fes
articulations. Sa force s qui eft
extrême, prend fon origine dans
la pureté de fon fang, 2 qui recontinuellement par la fimplicité çoit
des alimens > une Auidité
fufffante, qui'eft effentielle aux
diverfes opérations du corps. L'exiftence phyfique de Phomme fauinfue néceffairement fur
vage exiftence morale. Ileft franc
fon
& fincère 2 parce quil ne conde feindre, d'oà
nait aucun fujet
lextrême
réfulte effentiellement
confiancé: Ses paflions & fes défirs ne font pas exceflifs ; fon
tempérament modifié par diverfes caufes, eft la caufe de fa modération. Il n'eft point vindicaennemi de la haine & de
tif; --- Page 440 ---
xij
INTRODUCTION
baffes
ont de tout
ces pallions
qui
tems dégradé Tefprit des Nations
où les Arts ont fait leurs.. trop
rapides progrès s il a la colere
& la vengeance du moment 5
elles ne peuvent avoir de longues fuites 2 parce que l'action
n'eft pas réféchie. Satisfaire à fes
befoins 3 & n'être point géné
dans les habitudes s, font les feuls
biens qu'il cherche à fe conferver. Il fait défendre fà. vie, fa
- fes
& ne cherpropriété 2
biens,
che point à envahir ceux de fes
femblables. C'eft ainfi que la
nature a fait l'homme 5 content
de fon fort' parce qu'il n'en connaît point de meilleur 20 2 il conil admire fa bienfaitemple >
trice > & n'emploie point de
3 & n'être point géné
dans les habitudes s, font les feuls
biens qu'il cherche à fe conferver. Il fait défendre fà. vie, fa
- fes
& ne cherpropriété 2
biens,
che point à envahir ceux de fes
femblables. C'eft ainfi que la
nature a fait l'homme 5 content
de fon fort' parce qu'il n'en connaît point de meilleur 20 2 il conil admire fa bienfaitemple >
trice > & n'emploie point de --- Page 441 ---
INTRODUCTION xiij
vains efforts pour la reétifier.
Lhomme civilifé reçoit en
naifant les premiers fignes d'un
cfclavage 5 qui sappelantit par
autant fur fa maniere
degrés
fur fa maniére d'adexifter, que
eft foumife à
gir: Son enfance
font
une infinité de peines qui
inconnues à la nature 2 & que
Tart a fait naîitre ,. pour le dande Texiftence même. Ses cris
ger
de fes plaintes 5
font l'expreffion
la
mais comme il eft né pour
la fenfibilité > compadouleur, >
femble fe regne de la nature,
fufer à fcs gémifemens, & toute
la cruauté des hommes sexerce
far fon être faible & languiffant.
Cet état de langueur qui fuit
à pas les momens de Ten:
pas --- Page 442 ---
xiv
INTRODUCTION.
n'eft
le plus grand
fance, >
pas Parvenu à un
mal qui l'attend.
où il comterme d'accroifement
mence à reffentir les atteintes nanéturelles d'un développement
ceffaire s ce moment eft Tépofatale de fon exiftence ; il
que
fans
jouit de Tes droits, >
pouvoir
ufer des facultés qui en font inlui.la
féparables : on gêne pour
&
lui-même juf
nature ;
gêné
dans fa liberté, il n'en apques
Tombre, il eft dans
perçoit que
Telclavage. Si T'ordre phyfique
eft troublé dans fa puiflance, par
des obftacles à fon extenfion >
T'ordre moral ne Teft pas moins
diverles infuences. Le prepar mier effor de la liberté appade Phomme civilifé, fe marente --- Page 443 ---
INTRODUCTION.
XV
nifefte par Teffet de fes paflions
& de fes goits. Comme les premieres impreffions qu'il a reçues
étaient contraires à la nature 2
il fc livre fans réferve à tout ce
la fougue & Topinion lui
que
Avide de tout cC qu'il
fuggérent.
voit
jufqu'à Texcès 2
cruel, , emporté fi on ofe le dire, s il rejette la voix de la raifon même,
dans fes loix.
pour la contraindre
Accablé par les préjugés : 9 qui
font la fuite de fa faibleffe, eXtrême dans fes perceptions comdans fa maniere d'être > il
me
fes fens mêmes, en chertyrannife
d'en divifer inchant le moyen
définiment le pouvoir. Lillufion
quil fe fait d'un prétendu bonheur, fert à l'en éloigner, & le
rejette la voix de la raifon même,
dans fes loix.
pour la contraindre
Accablé par les préjugés : 9 qui
font la fuite de fa faibleffe, eXtrême dans fes perceptions comdans fa maniere d'être > il
me
fes fens mêmes, en chertyrannife
d'en divifer inchant le moyen
définiment le pouvoir. Lillufion
quil fe fait d'un prétendu bonheur, fert à l'en éloigner, & le --- Page 444 ---
xvj
INTRODUCTION.
rend. viétime de l'effet qu'il en
attend. Il n'y a.que la ccflation
des caufes phyfiques, qui ont réduit Thomme dans un parcil état,
qui puiffe l'en fouftraire, ou un
effort de raifon, 3 dont les regles
font gravées dans fon cceur, quand
il veut les connaitre & s'y arrêter. Il acquiert alors . ce. degré
de fenfibilité effentiel. à toutes fes
actions 5 il trouve en lui des armes propres à le défendre contre les atteintes du préjugé & des
Aléaux qu'il entraîne. Son bonheur saugmente en proportion
des progrès qu'il fait dans fcs
réfexions fur T'abfurdité de fa premiere exiftènce - 1 > & fur les biens
qu'il doit attendre, en fe conformant --- Page 445 ---
INTRODUÉTION. xvij
loix fublimes de la raimant aux
fon & de la nature.
de l'état
Ce tableau fommaire
& moral des Peuples
phylique
civiliés,
fauvages & des Peuples
narurellement à conclure
conduit
différence entr'eux,
quil y a cette
font de petites
que les premiers
fur lefquelles
Nations difperlées,
droit imTopinion n'ayant aucun avoir une
médiat, elle ne peut y lieu
influence générale 5 au
que
civilifés font de granles Peuples
fc réu"
des Nations, qui, pouvant d'informer un tout
nir, peuvent d'idées qui les rapproche
térêts &
J'on a cités. Il
des extrêmes que
différence
réfulte donc de cette
de faits
naturel
un enchaînement relatifs qu'il ferait
analogues &
b --- Page 446 ---
xviij INTRODUCTION
important de connaître; d'oû Pon
peut tirer les' conféquences fuivantes qui tiennient à lefprit polirique de toutes les Nations.
I°. Que les différens Peuples
des Illes font plus portés à la liberté que les Peuples des continens, parce que les Illes font ordinairement d'une petite étendue ; une partie du Peuple ne
peut pas être employée à opprimer Tautre; la mer les féparant
des grands Empires, la tyrannie
la main ;
ne peut pas y préter
les conquérans étant arrêtés par
la mer, les Infulaires ne font pas
enveloppés dans la conquête, ils
confervent plus ailément leurs
Loix.
2°. Que les Peuples des con+
la liberté que les Peuples des continens, parce que les Illes font ordinairement d'une petite étendue ; une partie du Peuple ne
peut pas être employée à opprimer Tautre; la mer les féparant
des grands Empires, la tyrannie
la main ;
ne peut pas y préter
les conquérans étant arrêtés par
la mer, les Infulaires ne font pas
enveloppés dans la conquête, ils
confervent plus ailément leurs
Loix.
2°. Que les Peuples des con+ --- Page 447 ---
INTRODUCTION xix
font efclaves en raifon intinens
affure la liberté
verle de ce qui
ceux-là
des Infulaires, parce que
les
étant réunis & dominés par fe
mêmes Loix, ils ne peuvent
fouftraire aux aétes de violence
néceffairement Tuqu'entrainent
qu'ils
furpation & la tyrannie 3 réufont accablés par les forces
nies des conquétés qui peuvent le
s'étendre aTinfini fans trouver
moindre obftacle.
Que la caufe qui produic
3°.
dans les Illés
tant de fauvages
la terre
eft, que
de TAmérique,
& fans culy produit d'elle-méme
dont on
de fruits
ture beaucoup
fe nourrir. Si ces Peuples
peut
de leurs cabanes
cultivent autour
le Mais Y
un efpacc de terre,
bij --- Page 448 ---
XX
INTRODUCTION.
vient aufli-tôt 5 la chaffe & la
pêche libres achevent d'y mettre
les hommes dans T'abondance:
De plus , les animaux qui paif
fent y réufliffent mieux que les
bêtes carnacieres. La différence
qu'ily a entre ces climats & TEueft
on laiffait en
rope,
que,fi
Europe les terres incultes., il n'y
viendrait que des forêts, des ché-
& d'autres arbres ftériles. Il
nes,
eft vrai que les hommes ; par
a
leurs foins & par des loix relationt rendu la terre plus
ves, y a devenir leur demeure :
propre voit des canaux ou étaient
on
des marais & des
auparavant
laes; c'eft un bien que la nature
n'a point fait, mais qui eft entretenu par elle. --- Page 449 ---
INTRODUCTION.
xxj:
Qu'en général, quand les:
4°.
libreNations ne. cultivent pas
ment. les terres, voici dans quelle
le nombre des homproportion
trouve. Comme le promes Sy.
duit d'un terrein inculte eft au
d'un terrein cultivé; le
produit
nombre des Sauvages dans un
eft au nombre des civilifés
pays
felon la même
dans un autre pays,
Ceux-là ne
fuite de proportions.
donc pas former une
peuvent.
grande Nation (a).
oû.la tem5°. Que par-tout
L'on ne craint point de dire que la plus grande
(a)
articles a été puifée dans le Lipartie de ces de quatre l'E(prit des Loix, ainfi que plufieurs
vre fublime l'on verra dans la fuite de cet Ecrit. Oi
Notes que
de meilleures maximes, fi ce n'eft
peut on prendre de l'homme de génie qui les a fi mûredans l'efprit
ment. & fi long-tems réfléchies?
.la tem5°. Que par-tout
L'on ne craint point de dire que la plus grande
(a)
articles a été puifée dans le Lipartie de ces de quatre l'E(prit des Loix, ainfi que plufieurs
vre fublime l'on verra dans la fuite de cet Ecrit. Oi
Notes que
de meilleures maximes, fi ce n'eft
peut on prendre de l'homme de génie qui les a fi mûredans l'efprit
ment. & fi long-tems réfléchies? --- Page 450 ---
sxij INTRODUCTION
pérature de Tair eft égale & douoi la fertilité du fol répond
ce,
a - la douceur du climat 5 & le
rend propre à recevoir & à nourrir toutes les plantes, tous les
fruits viennent à une parfaite maturité; lesanimaux fe multiplient,
& leurs races fe perfedtionnent ;
oû la nature enfin ne seft pas
bornée à enrichir la furface de"
la terre, & cache dans fes entrailles des tréfors fans nombre.
Un pays fi favorilé de la nature
devoir être un établiffeparaît
ment préféré, & l'objet particulier des principales vues des Peuples.
réuTant de caufes phyfiques
nies doivent néceffairemene inAuer fur l'ordre moral, & devenir --- Page 451 ---
INTRODUCTION. xxilj
Tefquille d'un fyftéme qui doit
adopté par
être généralement
eft
les hommes. Car il en
tous événemens comme de toutes
des
les choles humaines : ceux qu'on
attendu > fe font
a long - tems
& les imd'aurant plus défirer;
font
prellions qu'ils produifent, 2
d'autant plus fenfibles.
Dans l'état aétuel des choles, >
des Nations ancienfi la plupart
fe font rendues
nement (auvages
c'eft
à Tempire de la civilifation,
commerçe & à la politique
au
des hommes civilifés à qui
réunie
d'opérer la révoluil appartient
&
tion générale & tant défiréc,
à qui Tefpric humain devra un
l'affociation libre, entiere &
jour
de tous les hommes. Qué
parfaite --- Page 452 ---
xxiv INTRODUCTION
fi, dans leurs ufages S > leurs
dans leurs Loix mêmes,
mceurs, les Nations du monde contoutes
nu n'ont pas des affinités géométriquement exactes, il régnera
du moins entr'elles une harmonie
doit déterminer l'avantage &
qui
de T'efpèce humaine.
le bonheur
P
ESSAI --- Page 453 ---
S1R
P
34hk
ESSAI
SURPISLE
DOTAHITL
A plupart des Navigateurs 5 fur Opinion ia déentr'autres le Capitaine Cook, couverte de
Anglais, dans fon Voyage au- Pife hiti, d'Ota- & fur
monde en 1772, 1773, 1774 fon pom.
tour du
la découverte de
& 1775., attribuent
appareillant de
cette Illeà Quiros, qui,
le
Lima au Pérou en 1605, l'apperçut donna
Février 1606,81 lui
premierl le 1O
Le Capitaine
le nom de Sagistaria (a).
III.
nommée CIfe de Georges
Wallisl'a
(a) Cook, t. I, P. 298. & des Découv. dans la mer
Abrégé des Voyages
1 L. I.
du Sud, 1 par M. d'Alrymple
A
cette Illeà Quiros, qui,
le
Lima au Pérou en 1605, l'apperçut donna
Février 1606,81 lui
premierl le 1O
Le Capitaine
le nom de Sagistaria (a).
III.
nommée CIfe de Georges
Wallisl'a
(a) Cook, t. I, P. 298. & des Découv. dans la mer
Abrégé des Voyages
1 L. I.
du Sud, 1 par M. d'Alrymple
A --- Page 454 ---
ESSAI
Le Capitaine Cook, dans fon premier
Voyage, a donné à cette Inle le nom
d'Otaheité. M. Forfter 2 qui a fait le
même voyages dit qu'on doit l'appeller
Otakiti. M. Bougainville dans fon Voyaautour du monde; femble s'accorder
ge
avec ce dernier (a).
parriculiérement
les
D'ou l'on peut conclure , d'après
témoignages des Naturels même 5 que
cêtte Ifle peut être appellée Otahiti:
eft l'expreffion Ancar Otaheité, qui
LHe
glaife, & Otahiti font fynonimés.
Sagrandeur
n'a
moins de 40 lieues de
& fa fitua- d'Otahiti
pas.
diation.
circonférence, & fon plus grand
mètre eft d'environ 15 lieues, (b). Elle
eft fituée dans le Tropique du Capricorne, & fa longitude eft de igo d, 40
17à T'Oueft de Paris (c). M. BougainNombredes ville ne fait monter le nombre de fes
habitans.
mais il peut être
habitans qu'à 70,000;
(a) Note du Trad. Cook, t. I, p. 271.
(b). Bougainville, , t. III, P. 62.
(c) Bougainv. t. II, P. 65. --- Page 455 ---
PISLE DOTAHITI. 3
SUR
calcul alTez jufte, fait par
évalué fur un
P'armement d'une
M. Cook s d'après
En
fotte dont on verra la defcription. de
admettant, dit-il, que chague Diftrid
en a 40) arme le même nomPIfle, (ily
celles dont on verra le
bre de pirogues que
PIfe peut dquipnombres 0n trouvera que
& 68,000
per 1720 pirogues de guerre batiment. 2
Et
hommes, 240 pour chague
les guerriers ne peuvent pas prencomme
des deux
dre plus du tiers de lap population
compris les enfans, 2 toute. Elfte
fexess , y
habitans;
doit contenir au moins 240,000
paroit incroyable au premier
nombre qui
à ces
moment i mais quand on réfléchit
de Taitiens qu'on rencontre partout
effains
on refte convaincu que
oi Pon fe trouve, 2
forte. Rien
eette évaluation ri'ef pas trop & la richelfe du
mieux la ferzilité
ne prouve n'a que 40 lieues de tour
pays, qui
offre de loin une perf Defcription de llie.
Orahiti, qui
& dont la beauté fe
peétive agréable 2
(a) Cook, tom. II, P. 367.
Aij
it
de Taitiens qu'on rencontre partout
effains
on refte convaincu que
oi Pon fe trouve, 2
forte. Rien
eette évaluation ri'ef pas trop & la richelfe du
mieux la ferzilité
ne prouve n'a que 40 lieues de tour
pays, qui
offre de loin une perf Defcription de llie.
Orahiti, qui
& dont la beauté fe
peétive agréable 2
(a) Cook, tom. II, P. 367.
Aij --- Page 456 ---
Es S A I
développe à fon approche, devient plus
enchantereffe à mefure qu'on fait des
excurfions fur la plaine. L'Ile eft enviun récif de rochers de COronnée par forme des baies & des porta
rail, qui
eft affez vafte,
excellens. Le mouillage
& l'eau eft affez profonde pour conte*
nombre de gros vaiffeaux.
nir un grand
borde la mer, la
Excepté la partie qui
elle
furface du pays. eft tres-inégale :
hauteurs qui traverfent le mi
s'éleve en
forme des montalieu de TIle, & y
affez élévées. Entre le pied de ces
gnes
& la mer 3 il y a une bormontagnes baffe,
environne prefdure de terre
qui
toute TIfle, & ily a peu d'endroits
que
aboutiffent direétement
où les-hauteurs T'Océan. Sur le fommet
fur les côtes de
le fol eft par-tout exdes montagnes,
arrofé
trêmement riche & fertile 2
par
nombre de ruiffeaux d'une
un grand
d'arbres
eau excellente 2 -& couverts
f
fruitiers de diverfes efpeces, & en
qu'ils forment un bois
grande quantité, --- Page 457 ---
PISLE DOTARITI: 3
SUR
la cime des montacontinu. Quoique
ftérile & bralée
gnes foit en général
donne cepenpar le foleil, 2 la terre y
endant des produétions en plufieurs
Les vallées & la terre bafle font
droits.
de - PIe qui foient hales feules parties
bitées (a)-
havre oùt mouillent les
Le principal
La plaine de ce
vaiffeaux, eft très-petit: étant aflez refcôté au pied des collines
l'image de la fertilité,
ferrée, préfente & du bonheur. Elle fe
de Fabondance les collines, & forme une
partage entre étroite, couverte de planlongue vallée
Les
entremélées de maifons.
pentations collines revêtues de bois 2 fe
tes des
& les autres des deux
coupent les unes
& derriere la vallée on appercôtés,
de l'intérieur du pays
çoit les montagnes
féparées en différens pics, & entr'auitres,
remarquable (b), 2 dont le
une pointe
(a) Relat. de Cook, Bank & Soland. t. I, P.444-
(b) Pointe de VénusAiij
entremélées de maifons.
pentations collines revêtues de bois 2 fe
tes des
& les autres des deux
coupent les unes
& derriere la vallée on appercôtés,
de l'intérieur du pays
çoit les montagnes
féparées en différens pics, & entr'auitres,
remarquable (b), 2 dont le
une pointe
(a) Relat. de Cook, Bank & Soland. t. I, P.444-
(b) Pointe de VénusAiij --- Page 458 ---
Ess A I
fommet courbé d'une maniere effrayanfemble à chaque inftant fur le point
te, de tomber. La férénité du ciel, la douce
chaleur de lair, la beauté du payfage,
tout amufe & enchanté Timagination,
& infpire la gaieté (a).
L'hiver ne refroidit pas l'air, comme
dans les climats éloignés du Tropique;
c'eft cependant le tems où la végétation
recrée les fucs qui ont formé la derniere récolte, & en amaffe de nouveaux.
dépofent alors leurs
Plufieurs plantes
meurent jufqu'à
feuilles ; quelques-unes
la racine; les autres fe defféchent, parce
font privées de la pluie. Il ne
qu'elles
le
pleut plus dans ce tems 9 parce que
foleil eft dans un hémifphere oppofé.
Un brun pâle & fombre couvre toutes
les plaines; les montagnes élevées confervent feulement des teintes un peu
brillantes dans leurs forêts humecplus
fur
tées par les brouillards qui pendent
(e) Cook, t. I, P. 313- --- Page 459 ---
sURtIsLE D'OTAHITI:
Les Naturels tirent de ces
leuts cimes.
quantité de plantains
forêts une grande
herbe parfufauvages Vahdes. & cette
ils donnent
mée E-abai, avec laquelle de COCOS une
à leur huile de noix délabrement oà
odeur très-f fuave. Le
yoit le fommet des montagnes 2
Ton
avoir été caufé par un tremblefemble
& les laves qui comment de terre ; des rochers ; & dont
pofent la plupart
outils, proules Infiulaires font plufieurs un volcan
vent qu'il y a eu autrefojs fol des plaines 3
fur cette Ille. Le riche
mélé de déqui eft un terreau végétal, fable de fer noir
bris de volcans & de
des
trouve fouvent aux pieds
qu'on
cette affertion. Les
collines, confirment
qui font
des collines,
allées extéricures
fériles 2 conquelquefois extrèmement
beaucoup de glaizes jaunâtres, *
tiennent
de la terre ferrugineufe 2 ;
mêlées avec
de termais les autres font couvertes hautes
& boifées comme les plus
reau,
rencontre des mormontagnes : on y
A iv
cans & de
des
trouve fouvent aux pieds
qu'on
cette affertion. Les
collines, confirment
qui font
des collines,
allées extéricures
fériles 2 conquelquefois extrèmement
beaucoup de glaizes jaunâtres, *
tiennent
de la terre ferrugineufe 2 ;
mêlées avec
de termais les autres font couvertes hautes
& boifées comme les plus
reau,
rencontre des mormontagnes : on y
A iv --- Page 460 ---
E's S A I
ceaux de quart. Les Voyageurs n'ont
cependant rien vu qui indiquât des minéraux précieux, ou des métaux d'aule
qui même
cune efpece, excepté fer,
eft:en petite quantité dans les terres
ramaffe. L'intérieur des monqu'on y
des mines de fer
tagnes cache peut-être
aflez riches pour être fondues. Quant
aux morceaux de fer qu'un Voyageur a
dit être une produétion de Taiti, il eft
permis de révoquer en doute ce fait,
puifque le falpêtre natif n'a jamais été
trouvé en mafle folide (a).
Les Naturels appellent Toooa-oroo
Defeription
une
de la vallée un lieu de cette Ile qui préfente
deMatavai.
anivallée délicieufe, perpétuellement
mée parla pureté du ciel & de l'athmof
phère. On y voit par-tout des plantations fort étendues & en bon ordre,.
& des habitations conftruites en plufieurs endroits. On y apperçoit les Naturels travaillant à la conftruction des
(a) Cook, t. I, P. 348. --- Page 461 ---
PISiE D'OTAHITI:
SUR
Toute cette contrée annonce
pirogues. l'abondance & le bonheur : des troude cochons 5 qui eft l'animal le
peaux
dans ce pays, rodent
plus commun
cabane. On ne paffe
autour de chaque
les
devant une hutte fans que
jamais
invitent les voyageurs d'enhabitans n'y
trer & de prendre des rafraichiffemens:
fe défendre de leur invitaon ne peut
être touché de leur cition, & ne pas
environ à un
vilité naive. En avançant
mille, la colline, fur le côté oriental,
de 40
offre une coupe perpendiculaire forde hauteur, dont le deffus
verges
inclinaifon, eft revêtu d'armant une
élévation confidébriffeaux jufqu'à une
rable. Une belle cafcade tombe perpétuellément de cette partie feftonnée
dans la riviere, & anime la fcene, qui
d'ailleurs eft trifte & fauvage, mais
pittorefque. En avançant davantage 2
angles de ce
on obferve que plufieurs
fe projettent en
rocher perpendiculaire
faillies ; & lorfqu'on a marché dans
revêtu d'armant une
élévation confidébriffeaux jufqu'à une
rable. Une belle cafcade tombe perpétuellément de cette partie feftonnée
dans la riviere, & anime la fcene, qui
d'ailleurs eft trifte & fauvage, mais
pittorefque. En avançant davantage 2
angles de ce
on obferve que plufieurs
fe projettent en
rocher perpendiculaire
faillies ; & lorfqu'on a marché dans --- Page 462 ---
IO
E S SAI
l'eau pour arriver au pied, on le trouve
compofé de colonnes réelles d'un balnoir & compaét, dont les Natuzate rels font des outils. Ces colonnes font
debout, paralleles & jointes l'une à
l'autre ; leur diamètre ne femble pas
excéder 15 ou 16 pouces ; on n'y reou deux angles qui foient
marque qu'un
les Naturaliftes
faillans. Comme tous
fuppofent que le balzate eft une production de volcans , c'eft une nouvelle
preuve que Taiti a éprouvé beaucoup
de bouleverfemens par l'aéion des feux
fouterreins 2 où la nature a un laboratoire immenfe, propre aux opérations
de la chymie les plus étonnantes (G).
qu'il en foit, il parait prefque
Hiftoire
Quoi
de mines; les
naturelle. certain qu'il n'y a point
habitans n'ont aucune idée des métaux
(b). Pour fuivre littéralement la defcription de l'ifle d'Otahiti, il faut confidé-
(a) Cook, t. II, P. 346. Relat. de Forf
(b) Bougainy. t. II, P.71. --- Page 463 ---
PISLE D'OTAHITI. If
SUR
différentes efpeces de producrer les
On trouve dans
tions & leurs ufages.
d'Opparrée
vallées
une des premiercs
a
arbre fiuperbe > 9 qu'un voyageur
un
Baringtonia. II y a une grande
nommé
feurs
larges que des
abondance de
plus
excepté
blanches,
lis 2 & parfaitement nombreux filets, qui
la pointe de leurs
Les Naturels,
eft d'un cramoifi billant.
dhuddoo,
donnent à P'arbre le nom
qui
foi du monde,
affurent de la meilleure
brife le fruit qui eft une groffe
que fi on
l'avoir mêlé avec des
noix, & qu'après
le
fur
à coquilles, on
répande
poiffons
& enivre les poif
la mer, il enchante
de maniere
fons pendant quelque tems, de l'eau, &
qu'ils viennent à la furface à la main. Il
qu'ils fe laiffent prendre
maque diverfes plantes
eft à remarquer
Tropique ont cette
ritimes des climatsdu
de
propriété (a). Les palmiers
finguliere
au-dellus des autres
ce pays s'élevent
(4) Cook, t1, P. ;80.
pande
poiffons
& enivre les poif
la mer, il enchante
de maniere
fons pendant quelque tems, de l'eau, &
qu'ils viennent à la furface à la main. Il
qu'ils fe laiffent prendre
maque diverfes plantes
eft à remarquer
Tropique ont cette
ritimes des climatsdu
de
propriété (a). Les palmiers
finguliere
au-dellus des autres
ce pays s'élevent
(4) Cook, t1, P. ;80. --- Page 464 ---
EssA 1
arbres; les Bananiers déploient leurs larges feuillages : , & on apperçoit quelBananes bonnes à manger. D'auques arbres couverts d'un verd fombre,
tres
portent des pommes d'or, qui par le jus
& la faveur 2 reffemblent à PAnanas.
Les efpaces intermédiaires font remplis
de petits mûriers dont les Infulaires
emploient l'écorce à fabriquer des étoffes de différentes efpeces d'Arum, ou
deddées
de cannes de fucre,
2 dignamn,
&c. (a). Il y a dans lIfle une quantité
dernieres
dont les
de ces
produéions
Naturels ne font d'autres ufages que de
les mâcher, & même cela ne leur arrive
habituellement. Ils en rompent feupas lement un morceau lorfqu'ils paffent
hazard dans les lieux oùr croit cette
par
(b). Les cabanes des Naturels,
plante. à l'ombre des arbres fruitiers,
placées
font affez éloignées les unes des autres,
(a) Cook, t. I, P.3 315.
(b) Bank & Soland. t. II, P. 156. --- Page 465 ---
PISLE D'OTAHITI. 13
SUR
odorans; tels
&c entourées d'arbriffeaux
& le
la Guettarda,
que le Gardenia,
charmé de
Calophyllaum. On eft autant
ftruéture
élégante de leur
la fimplicité
naturelle des bocages
que de la beauté
Les longues feuilquil les environnent.
fervent de
les du Pandang ou palmier foutenus par
couverture à ces édifices
Comme
des colonnes d'arbres à pain.
les
toit fuffit pour mettre
un fimple
des
& des rofées
habitans à l'abri
pluies climat de cette
de la nuit, & que le
délicieux
Ile eft peut-être un des plus
les maifons font ouvertes
de la terre,
cependans les côtés ; quelquesunes fecretes,
dant deftinées aux opérations des Bamfermées avec
font entiérement
tranfverfales
boux réunis par des pieces donner l'idée
de bois, 2 de maniere à ont commu-
*d'une vafte cage; celles-là où l'on entre, ce
nément un trou par
On
eft fermé par une planche.
trou devant chaque hutte, des groupobferve
couchés ou affis comme
perdhalians
terre,
cependans les côtés ; quelquesunes fecretes,
dant deftinées aux opérations des Bamfermées avec
font entiérement
tranfverfales
boux réunis par des pieces donner l'idée
de bois, 2 de maniere à ont commu-
*d'une vafte cage; celles-là où l'on entre, ce
nément un trou par
On
eft fermé par une planche.
trou devant chaque hutte, des groupobferve
couchés ou affis comme
perdhalians --- Page 466 ---
ESSAI
c'eft-à-dire, accroupis
les Orientaux,
ou fur une herbe féche,
fur un gazon
fortunés
& paffant ainfi des momens
dans la converfation ou dans le repos.
Lorfque des étrangers viennent à eux,
fe levent & fe joignent à la
les uns
de fuivre ;
foule qui ne manque pas
d'un
mûr reftent dans
mais ceux
âge
la même attitude, fe contentant de crier
qui eft le terme de civilité lorfTayo,
près d'eux. Une variété coni
qu'on paffe
fidérable de plantes fauvages s'apperçoit
milieu des plantations; dans ce beau
au défordre de la nature qui eft fi admirable, & qui furpaffe infiniment la fymmétrie des jardins les plus réguliers.
On y trouve plufieurs herbes, qui,
plus rares dans les pays du
quoique
nord, cependant en croiffant toujours
femblent fraichir & former
à l'ombre,
des lits de verdure d'une extrême moleffe. Il y a d'ailleurs aflez d'humidité
dans le fol pour nourrir les arbres. De
oifeaux rempliffent les bocages S
petits --- Page 467 ---
PISLE D'OTAHITII 15
SUR
quoiqu'on
leur chant eft tres-agréable,
les
en Europe que
dife communément chauds font privés
oifeaux des climats
du talent de Tharmonie. De très-petits
d'un joli bleu de faphir habipéroquets cime des cocotiers les plus életent la
d'autres d'une couleur
vés, tandis que
de rouge, fe monverdâtre & tachetés
bananes &
ordinairement parmiles
trent
dans les habitations des Natufouvent
& qui eftiment
rels qui les apprivoifent
Le Marleurs plumes rouges.
beaucoup d'un verd fombre avec un
tin-pécheur la même couleur fur fon
collier de
col blanc, le gros coucou, & plufieurs
& de tourtérelles s
fortes de pigeons branche à l'autre, tanfe juchent d'une bleuâtre fe promène
dis que le heron les bords de la mer 5
gravement fur
à coquilles &
mangeant des poiffons ruiffeaux qui roudes vers. De beaux
fur des lits
lent leurs ondes argentées
vallées
de cailloux , defcendent des dans la
étroites, & à leur embouchure
le gros coucou, & plufieurs
& de tourtérelles s
fortes de pigeons branche à l'autre, tanfe juchent d'une bleuâtre fe promène
dis que le heron les bords de la mer 5
gravement fur
à coquilles &
mangeant des poiffons ruiffeaux qui roudes vers. De beaux
fur des lits
lent leurs ondes argentées
vallées
de cailloux , defcendent des dans la
étroites, & à leur embouchure --- Page 468 ---
Ess A I
mer offrent leurs eaux aux voyageurs qui
ont befoin (a). Ily avoit en 1767 &
en
de
1768 à Otahiti une grande quantité
volailles & de cochons. La chair de ces
derniers n'a rien de cette faveur fade
fait qu'on s'en dégoûte fitôt en
qui
quand il n'eft pas falé. On
Europe 2.
des cochons
peut comparer la graiffe
d'Otahiti à la moëlle 2 & le maigre
le
du veau. Les végéa prefque
goût
forte de COtaux : que mangent cette
chons, femblent être la caufe principale
différence; ils
même
de cette
peuvent
avoir influé fur l'inftinét naturel de ces
animaux. Ils font de cette petite race
communément chinoife,
qu'on nomme
ils n'ont pas ces oreilles pendantes 2
fuivant M. de
caraétere de l'efclavage,
Buffon. Il font aufi infiniment plus
les cochons d'Europe', &
propres que
fuivre le fale ufage
ils ne paroiffent pas
dans la fange. Il eft cerde fe vautrer
(a) Cook, t, I, P. 315.
tain --- Page 469 ---
SUR PISIE DOTAHITI:
animaux font partie des ritain qué ces
Otahitiens. On en
cheffes réelles des
les Navoit un grand nombre, quoique les cacher aux
turels aient grandfoin de
Cependant T'extirpation enétrangers.
tiere de cette race ne leur cauferait pas
d'autant qu'aéuelleune grande perte,
de luxe
ment ils font devenus un objet
aux Chefs de la Nation.
qui appartient
des cochons
En général, ils ne'tuent
très-rarement 3 ou dans certaines
que
folemnelles ; mais alors les
occalions
du porc avec toute la
Chefs mangent
gourgloutonneric & la voracité qu'un
mangerait des ortolans:
mand d'Europe
Le peuple en mange à peine quelques
quoiquil ait toute la peine
morceaux; nourrir & de les engraiffer. On
de les
à deux çaufes .la rareté
peut attribuer
d'abord à la
des cochons à Otahiti,
& à
quantité qu'on en a confommée, Vaiffeaux
les
celle qu'en ont emportée
relâchent, & enfuite aux guerres
qui y
fe font les deux Royaufréquentes que
B
Europe
Le peuple en mange à peine quelques
quoiquil ait toute la peine
morceaux; nourrir & de les engraiffer. On
de les
à deux çaufes .la rareté
peut attribuer
d'abord à la
des cochons à Otahiti,
& à
quantité qu'on en a confommée, Vaiffeaux
les
celle qu'en ont emportée
relâchent, & enfuite aux guerres
qui y
fe font les deux Royaufréquentes que
B --- Page 470 ---
Ess A I
On en connait deix depuis 1767
mes.
aétuellejufqu'en 1773. La paix regne
ment entre les deux péninfules 5 mais
les Indiens ne femblent pas avoir béaud'amitié les.uns pour les autres (a),
coup d'érendue de TIne & fon vafte
Le peu
du continent oriental ou
éloignement
du continent oueft, ne comporte pas
variété d'animaux ; on n'y
une grande
des cochons,
voit en quadrupedes que
& des. quantides chiens domeftiques,
les Natutés incroyables de rats, que
rels laiffent courir en liberté fans jamais
de les détruire. Ily ya aflez d'oieffayer
feaux - , affez de poiffons 2 parce que
cette claffe d'animaux parcourt
de l'Océan à
f:
aifément une partie
& fur-tout dans la Zone torride;
tre 2
font communes
oùr certaines efpeces
trois
autour du monde (6). Deux ou
croiffent
fans
A
arbres à pain qui
prefque
(a) Cook , t. I, P. 452.
(6) Cook, t. 1, P. 322. --- Page 471 ---
SUR r'Isie
culture, & qui fubliftent B'OTANITI. ty
que la vie d'un
plus longtems
chaque particulier homme, fourniffent à
che & abondante une nourriture frailes trois
Iannée; ils en
quarts de
en
font
:
confervent pour les fermenter, trois
2 & ils
Les plantes qui à
autres mois.
de
Orahiti exigent le
foins, comme les
plus
nes d'Eddo,
choux & les
3 en
racique les
exigent beaucoup moins
plante un végéraux arbre de nos jardins. On
une de fes
à pain, en dérachant
terre à une @ branches qu'on enfonce' en 1
banane, dont moyenne la riche profondeur. La
poids trop pefante
grappe femble au
cée, fe reproduit du pour une tige herbaLe palmier royal, pied de la racine.
Tornement del la
qui eft tout-ha-fois
utilité aux
plaine & d'une extrême
beaucoup habinns, la pomme d'or
fi grande d'autres fruits, y viennent &c
peine, abondance & avec fi
en
nés
qu'on peut les
peu de
(a):
appeller (ponta-
(e) Cook, ul, P-36c,
Bij
grappe femble au
cée, fe reproduit du pour une tige herbaLe palmier royal, pied de la racine.
Tornement del la
qui eft tout-ha-fois
utilité aux
plaine & d'une extrême
beaucoup habinns, la pomme d'or
fi grande d'autres fruits, y viennent &c
peine, abondance & avec fi
en
nés
qu'on peut les
peu de
(a):
appeller (ponta-
(e) Cook, ul, P-36c,
Bij --- Page 472 ---
EssAI
Les habitans d'Otahiti font grands;
Strudure
des habide
& d'une figure
tans : leur bien faits 9 agiles, difpos, hommes en
corps, leut agréable. La taille des
gefgure.
néral eft de S pieds 7 à IO pouces; il
foient plus petits, ou
y en a peu qui
celle des femd'une taille plus haute:
mes, de 5 pieds 6 pouces. Le teint des.
hommes eft bazané, & ceux, qui vont
bronzés
fur l'eau font beaucoup plus
reftent toujours à terre s
que ceux qui
climats. Leurs cheainfi que dans nos
font ordinairement noirs, & quek.
veux
rouges oul blonds 9 ce
quefois bruns,
tous
qui eft digne de remarque, puifque
les cheveux de tous les Naturels d'Afie,
font noirs fans
d'Afrique & d'Amérique
feule
Ils les nouent dans une
exception. fur le milieu de la tête, ou les
touffe
deux parties ; d'autres cedivifent en laiffent Aottans, & alors ils
pendant les
de roideur : les
frifent avec beaucoup
enfaps des deux fexes les ont ordinaiblonds. Leurs cheveux font af
rement
quoiqu'ils ne
rangés très-proprement; --- Page 473 ---
PISLE D'OTAHITI:
SUR
T'ufage de fe peigner ;
eonnoiffent pas
à
on donne. des peignes, 2 fa"
ceux qui
s'en fervir. C'eft un ufage
vent très-bien s'oindre la tête avec une
parmi eux. de
ils infuhuile de COcOS, dans laquelle
d'une. racine qui a une
fent la poudre
de celle de la rofe.
odeur approchante
Toutes les femmes font jolies $ & quelbeauté reques-unes d'une très-grande
lativement à nos climats (a). Il eft nale climat & fes
turel de penfer que
hom- produétions contribuent à l'égard des
plutôr qu'à la force
mes à la foupleffe
de leur corps ; & à l'égard des femmes;
de leurs formes. Les hom:
à l'élégance les traits de la douceur, & leur
mes ont
l'empreinte des
vifage ne porte poin;
leurs fourpaffions; leurs. grands yeux,
& leur front élevé, doncils arqués,
nent de la nobleffe à leur tête qu'ornent
barbe fournie & de beaux
d'ailleurs une
ont dit
cheveux. Quelques Navigateurs
(a) Bank & Soland. t, 11,, P. 15e, Biij
leurs formes. Les hom:
à l'élégance les traits de la douceur, & leur
mes ont
l'empreinte des
vifage ne porte poin;
leurs fourpaffions; leurs. grands yeux,
& leur front élevé, doncils arqués,
nent de la nobleffe à leur tête qu'ornent
barbe fournie & de beaux
d'ailleurs une
ont dit
cheveux. Quelques Navigateurs
(a) Bank & Soland. t, 11,, P. 15e, Biij --- Page 474 ---
EsSA I
les Taîtiens s'arrachent les poils
que
de la levre fupérieure 5 de la poitrine
& des aiffelles : mais cette coutume
n'eft pas générale; ; les Chefs, & en particulier le Roi lui-1 même 2 confervent
leurs mouftaches (a).
univerfel
les
Ufage de C'eft un ufage
parmi
fe peindre. hommes & les femmés, de fe peindre
les feffes & le derriere des cuiffes avec
des lignes noires très - ferrées, & qui
repréfentent diverfes figures. Ils fe pila peau avec la dent d'un inftruquent
ils
ment' aflez reffemblant à un peigne;
mettent dans les trous une efpece de
(a) Cook, tom. II 1 P. 360.
n'ont
Les peuples qui ne cultivent point les terres 3
même l'idée du luxe. Qu'on fe reffouvienne de
pas T'admirable fimplicité des Germains; ; les arts ne travaillaient point leurs ornemens 1 ils les trouvaient
dans la nature. Si la famille de leur Chef devait être
remarquée par quelque figne, c'était dans cette même
devaient le chercher : les Rois des Francs,
nature qu'ils
diades Bourguignons & des Vifigoths 9 avaient pour
dème leur longue chevelure. (Montefg. E(p. des Loixa
tom. I, P. 401.2 --- Page 475 ---
SUR PISLE D'OTAHITI. 23
compofée d'huile & de fuie, qui
pâte
Les petits
laiffe une tache ineffacable.
& les petites filles au-deffous
garçons
ces
de douze ans s ne portent point
hommes qui
marques. Il y a quelques
de
fe piquent les jambes en échiquier
la même maniere; ceux-là ont un rang
& une autorité fur les autres
difingué
Infulaires (a).
des Infulaires, Maniere
La plus grande partie
de ler. s'habilfont abfolument
parmi les jeunes gens, hommes & des
des
nuds. L'habillement
& leur
femmes a affez bonne grace 2
fied fort bien : il eft fait d'une efpece
fournit l'écorce
d'étoffe blanche queleur
d'un arbufte, & qui reffemble beaucoup
de la Chine. Deux pieau gros papier
forment leur vêteces de cette étoffe
milieu
ment 3 Tune qui a un trou au
les
paller la tête, pend depuis
pour y
mijambes devant & derépaules jufqu'à
(a) Bank & Soland. t,II, P. 150.
Biv
ied fort bien : il eft fait d'une efpece
fournit l'écorce
d'étoffe blanche queleur
d'un arbufte, & qui reffemble beaucoup
de la Chine. Deux pieau gros papier
forment leur vêteces de cette étoffe
milieu
ment 3 Tune qui a un trou au
les
paller la tête, pend depuis
pour y
mijambes devant & derépaules jufqu'à
(a) Bank & Soland. t,II, P. 150.
Biv --- Page 476 ---
Essa 2
riere ; l'autre a 4 ou 5 verges de Ion
gueur, & environ une de
largeur : ils
l'enveloppent autour de leur
fans
la ferrer. Cette étoffe n'eft corps
elle eft fabriquée,
point tiffue,
comme le
avec les fibres ligneufes
papier, 3
térieure
d'une écorce inqu'on a fait macérer 3 &
a enfuite étendues & battues
qu'on
fur les autres. Les
les unes
les
plumes 2 les feurs,
coquillages & les perles font
de leurs ornemens & de leur partie
ce font les femmes fiur-tout
parure;
les perles ; elles font d'une qui portent
couleur affez
brillante, mais elles font toutes écaillées par les trous qu'on y fait. Les femmes, pour leur commôdité
de plufieurs manieres
3 arrangent
Vant leurs talens & leur différentes, fiple draperie d'une
goût, la fimlongue étoffe blanche. Il n'y a point parmi eles de
des qui les
moTe défigurer affujetiflent, par opinion a * à
comme en Europe:une
naturelle
grace
accompagne leur fimplicité (a).
(e) Bank & Soland, te II, P.150, --- Page 477 ---
as
SUR PIsL E DOTAMITI: des Habits de
Les habits de deuil, compofés lIle & deuil.
produ@tions les plus rares de
T'environne, & travaillés
de la mer qui
adreffe extrêmes ;
avec un foin & une
doivent être parmi eux d'une prix confidérable. Cet ajuftement remarquable
fa bifarrerie, confifte en une planpar
d'une forme demi-circulaire
che légère
de long, & de 4 à
d'environ 2 pieds
eft
de large. Cètte planche
5 pouces
de nacre de
garnie de cinq coquilles à des cordons
perles chaifies, attachées dans les bords
de bourre de cacos; , paffés
trous
& dans plufieurs
des coquilles
: une autre COdont le bois eft percé
de la même efpece > mais plus
quille
feftonnée de plumes de pigeons
grande,
à chaque extrêmité
grisbleu, eft placée dant le bord concave
de cette planche, Au milieu de la pareft tourné en haut.
qui
tie concave 2 il y a deux coquilles d'environ
forment enfemble un cercle
de diamètre, & au fommet
6 pouces
il y a un très-grand
de ces coquilles,
dont le bois eft percé
de la même efpece > mais plus
quille
feftonnée de plumes de pigeons
grande,
à chaque extrêmité
grisbleu, eft placée dant le bord concave
de cette planche, Au milieu de la pareft tourné en haut.
qui
tie concave 2 il y a deux coquilles d'environ
forment enfemble un cercle
de diamètre, & au fommet
6 pouces
il y a un très-grand
de ces coquilles, --- Page 478 ---
Es's A I
morceau de nacre de perle oblong; 8'6:
largiflant un peu vers l'extrêmité fupérieure 2 & de 9 à IO pouces de hauteur. De longués plumes blanches de
la queue des oifeaux du Tropique, forment autour un centre rayonnant. Du
bord convexe de la planche 1 9 pend
un tiffu de petits morceaux de nacre
de perle , qui par l'étendue & la forme
reffemble à un tablier ; on y compte
1O ou 15 rangs de pieces d'environ I
: de long, & t de pouce de larpouce chacune eft trouée aux deux extrêge; mités, afin de pouvoir fe pofer fur d'autres rangs. Les rangées font parfaitement
droites, & parallèles entr'elles; les fupérieures coupées & extrêmement courà caufe du demi-cercle de la plantes, che; les inférieures font auffi communément plus étroites, & aux extrêmités
de chacune eft fufpendu un cordon orné
de coquillages, & quelquefois de grains
de verre d'Europe. Du haut de la planche, flotte un gland ou une queue ronde --- Page 479 ---
PISLE DOTARITI: 27
SUR
fur chaque
de plumes vertes & jaunes la
la
côté du tablier, ce qui eft
partie cetté
brillante du vêtement. Toute
plus
corde attachée
parure tient à une groffe
L'ajufteautour de la tête du pleureur. devant
ment tombe perpendiculsirenent 8 fon
lui. Le tablier cache fa poitrine fon col &
eftomac; la planche couvre
COfes épaules, & les deux premieres Une de ces
quillés mafquent le vifage.
à
eft percée d'un petit trou 2
coquilles lequel celui qui la porte regarde
travers
La coquille fupérieure
pour fe conduire.
dont elle eft en-
& les longues plumes moins 2 pieds
tourée s'étendent à au
de la hauteur naturelle de T'homau-delà refte de T'habit n'eft pas moins
me ; le
met d'abord
remarquable. Le pleureur
c'eft-àle vêtement ordinaire du pays, d'étoffe
dire, une natte, ou une piece été dit;
trouée au milieu, 2 comme il a
de la
il place deffus une feconde piece de
mais dont la partie
même efpèce,
jufqu'aux
devant, qui retombe prefque
hauteur naturelle de T'homau-delà refte de T'habit n'eft pas moins
me ; le
met d'abord
remarquable. Le pleureur
c'eft-àle vêtement ordinaire du pays, d'étoffe
dire, une natte, ou une piece été dit;
trouée au milieu, 2 comme il a
de la
il place deffus une feconde piece de
mais dont la partie
même efpèce,
jufqu'aux
devant, qui retombe prefque --- Page 480 ---
EssAz
pieds ; eft garnie de boutons de
de noix de cocos, Une corde coques
brune & blanche attache
d'étoffe
autour de la ceinture.
ce vêtement
teau de rézeau
Un large manentouré de
mes bleuâtres
grandes plucouvre tout le
un turban d'étoffes
dos, &
brunes &
retenues par de petites cordes jaunes >
& blanches,
brunes
3 eft placé fur la tête. Un
ample chaperon de
parallèles &
rayures d'étoffes
>
alrernacivement
jaunes & blanches
brunes,
fur le col & fir les 3 defcend du turban
épaules, afin
ne voie de la figure humaine qu'on
moins polfible.
que le
Ordinairement le
proche parent du mort
plus
billement bifarre. Il
porte cet hadeux
tient dans une main
grandes coquilles
lefquelles il
perlieres, avec
produit un fon
dans Lautre un bâton armé continu, &
goulu, dont il
de dents de
frappe tous les. Naturels
qui s'approchent par hazard de lui.
n'a jamais
On
pu découvrir quelle a été
l'origine de cette finguliere
coutume i --- Page 481 ---
PISLE DOTAHITI. 29
SUR
eft deftinée à inf
mais il femble qu'elle
bide Thorreur 5 & Yajuftement
pirer
vient de déerire, ayant cette
farre qu'on
& extraordinaire. que
forme effrayante
& aux
les femmes attribuent aux efprits.
on eft tenté de croire qu'il
fantômes, 9
cachée fous cet
fuperfition
y a quelque
Peut-être imagineneils
ufage funéraire.
un tribut d'afl'ame du mort exige
que
& c'eft pour cela
Aiétion & de larmes,
renconqu'ils appliquent à ceux qu'ils
Ils
de dent de goulu.
trent des coups mieux cette maxime 9
accompliraient
eux-mêmes (a).
s'ils s'en frappaient diftinéion parmi Ufage"
C'eft un ufage de
les ongles de les
de
E
les Otahitiens que
porter que pour longs.
des doigts fort longs, parce
il
laiffer croitre de cette longueur;
les
de travailler.
ne faut pas être obligé coutume. Cet
Les Chinois ont la même chez beauufage fingulier eft répandu
Nations. Les premiers
coup d'autres-
(4) Cook, t.1 1I, Relat de Foreft, P 312,
Ufage"
C'eft un ufage de
les ongles de les
de
E
les Otahitiens que
porter que pour longs.
des doigts fort longs, parce
il
laiffer croitre de cette longueur;
les
de travailler.
ne faut pas être obligé coutume. Cet
Les Chinois ont la même chez beauufage fingulier eft répandu
Nations. Les premiers
coup d'autres-
(4) Cook, t.1 1I, Relat de Foreft, P 312, --- Page 482 ---
Ess At
Voyageurs ont rapporté cette
coutume, mais ils n'en donnent finguliere
caufe. M. de Meunier
pas la
tif dans
en trouve le mol'exemple des
ont l'ongle de l'index & Epagnols, du
qui
fort longs, afin de s'écurer petit doige
& de pincer de la
les oreilles
la
guittare : d'ou il tire
conféquence que: les Otahitiens ont
peut-être adopté le même ufage
jouer de quelque inftrument
pour
on verra par la fuite;
la (a). Mais
de leurs
par defeription
dont ils infirumense, & par la maniere
s'en fervent; que leurs
font fiuperflus
ongles
Ufage par- Les
pour cet ufage.
ticulier,re- latif à leur
Infilaires ont T'habitude de faluer
origine,
ceux qui éternuent, en leur difant: Evas
roua-tEaroua, que le bon Eatoua te ré.
veille, ou bien que le: mauvais Eatoud
net'endorme pas. Voilà des termes d'une
origine commune avec les Nations
l'ancien Continent
de
(B).
(a) E(p. des ufages des
P- 201.
différeus Peuples , t, II,
(b) Boug. t, II, P. 8s. --- Page 483 ---
SUR LISLE D'OTAHITI.
Les Naturels
fabriquent leurs
en battant l'écorce fibreufe
étoffes Travaux,
Ils fe fervent
du mûrier. fabrication des étoffes,
de bois
pour cela d'un morceau
quarré, qui a des fillons longitudinaux & parallèles,
ferrés fiivant les
plus ou moins
fervent de
différens côtés. Ils fe'
maillet pour bâttre, & d'une
poutre au lieu de table ; ils
dans une gouffe de noix de mettent
efpece d'eau glutineufe,
COCOS une
vent de
dont ils fe ferfemble tems à autre pour coller enles pieces de l'écorce. Cette
colle, qui vient de Thibicus
eft abfolument effentielle
efculenmus,
que de cès immenfes
dans la fabriqui ayant quelquefois pieces d'éroffcs,
ges de
deux ou trois verlarge, & 5o de long, font compofées de petits morceaux d'écorce
bres d'une très-petite
d'ars
minant avec foin leurs épaiffeur. En exaplantations de
mbriers, on n'en trouve jamais un feul
de vieux; dès qu'ils ont deux
les abat, & de nouveaux
ans 2 On
fa racine
s'élevent de
: car il n'y a pas d'arbre qui
ayant quelquefois pieces d'éroffcs,
ges de
deux ou trois verlarge, & 5o de long, font compofées de petits morceaux d'écorce
bres d'une très-petite
d'ars
minant avec foin leurs épaiffeur. En exaplantations de
mbriers, on n'en trouve jamais un feul
de vieux; dès qu'ils ont deux
les abat, & de nouveaux
ans 2 On
fa racine
s'élevent de
: car il n'y a pas d'arbre qui --- Page 484 ---
Ess A 1
davantage; & fi on le laif
fe multiplie
fait croitre jufqu'à ce qu'il fàt en fleurs,
des fruits, peut-être
& qu'il pût porter
couvrirait-il bientôt le pays. Il faut tou
enlever l'écorce des jeunes arbres.
jours foin
leur
devienne lonOn a
que
tige
gue fans. aucunes branches : 2 excepté
feulement au. fommet ; de forte que
l'écorce eft la plus entiere poffible. Les
femmes occupées du travail qu'on vient
de décrire, portent de vieux vêtemens
déguenillés & fort fales, & leurs mains
accoutumées à ces fortes de travaux
affez pénibles pour un fexe faible, font
très-dures & très-calleufes (a).
Ily a des vallées dans TINe affez ferTravaux. Eclufes, tiles, où des ruiffeaux en coulant fuient
vers la mer. Les Naturels y ont conffortes d'éclufes, afin d'étruit plufieurs & de la conduire dans leurs
lever l'eau,
plantations de Tarro arcum efculentum 3
qui exige un fol très-humide, & quelquefois inondé (5).
(a) Cook, t. I, P. 319.
(b) Cook, t. 1, P- 374.
Les --- Page 485 ---
LISLE D'OTAHITI. 33
SUR
font de ConftrucLes pirogues de ces peuples
font tion des pidifférentes efpèces. Quelques-unes
rogues. Leur ufage.
d'un feul arbre, & portent
compofées deux à fix hommes 3 ils s'en fervent
de
D'autres font
fur-tout pour la pêche.
enfemble
conftruites de planches jointes
trdsadroitement ; elles font plus ou
& portent de dix à quamoins grandes, Ordinairement ils en
rante hommes.
& entre lune
attachent deux enfemble,
l'autre ils dreffent un mât, & quel-
&
fimples n'ont
quefois deux. Les pirogues
&
qu'un- mât au milieu dua bâtiment,
balancier fur un des côtés. Avec
un
ils font voile bien avant
ces navires 2.
jufques
dans la mer 2 & probablement
dans d'autres Iles, dont ils rapportent
des bafcance, des
des fruits du plane 2
êtte plus abonignames , qui femblent y
encore une
dans qu'à Otahiti. Ils ont
de pirogues, qui paraiffent
autre efpèce
de plaifirs & aux
deftinées aux parties
baCe font de grands
fêtes d'appareil.
dont la forme refrimens fans voiles, 2
C
P
ufques
dans la mer 2 & probablement
dans d'autres Iles, dont ils rapportent
des bafcance, des
des fruits du plane 2
êtte plus abonignames , qui femblent y
encore une
dans qu'à Otahiti. Ils ont
de pirogues, qui paraiffent
autre efpèce
de plaifirs & aux
deftinées aux parties
baCe font de grands
fêtes d'appareil.
dont la forme refrimens fans voiles, 2
C
P --- Page 486 ---
Ess A I
femble aux gondoles de Venife ; iis
élevent au milieu une efpèce de toît :
ils s'affeyent les uns deffous 5 les autres
deffus. Ces promenades ne fe font que
dans les beaux jours, & les Naturels y
font parés d'une maniere diftinguée.
Pour ce qui eft de la conftruation des
pirogues, ils fendent un arbre dans la
direétion de fes fibres, en planches aufli
minces qu'il leur eft poffible, & c'eft
de ces différens morceaux qu'ils les
conftruifent. Ils abattent d'abord l'arbre
avec une hache faite d'une efpèce de
pierre dure & verdâtre, à laquelle ils
adaptent fort adroitement un manche.
Ils coupent enfuite le tronc, fuivant la
longueur dont ils veulent en tirer des
planches 5 ils brûlent un des bouts, juf
qu'à ce qu'il commence a fe gercer 2
ils le fendent enfuite avec des coins
d'un bois dur. Quelques - unes de ces
planches ont deux pieds de largeur, &
quinze à vingt pieds de long, Ils en
applaniffent les côtés avec de petites --- Page 487 ---
SUR PISLE D'OTAHITI
font de pierre. Six, ou huit
haches qui
quelquefois fur la
hommes travaillent
Comme leurs inftrumens
même planche.
chaque ouvrier
font bientôt émouffés,
de noix de
a près de lui une coque
remplie d'eau, & une pierre poCOCOS
il aiguife fa hache preflie, fur laquelle
à toutes les minutes : ces planches
que
l'épaiffeur d'un pouce.
ont ordinairement
ils font
Afin de joindre ces planches, 2
avec un OS attaché à un bâdes trous. leur fert de vilebrequin ; mais
ton qui
les Européens leur ont apdepuis que
dont ils font fort aviporté des clous,
Ils
ils s'en fervent avec avantage.
des, dans ces trous une corde trefpaffent lie fortement les planches Tune
fée, qui
font calfatées
à l'autre 5 les coutures l'extérieur du
avec des joncs fecs, &
bâtiment eft enduit d'une gomme que
quelquesuns de leurs arbres,
produifent
très-bien T'ufage de la
& qui remplace bois dont ils fe fervent pour
poix. Le
leurs grandes pirogues, eft une efpèce
Cij
avantage.
des, dans ces trous une corde trefpaffent lie fortement les planches Tune
fée, qui
font calfatées
à l'autre 5 les coutures l'extérieur du
avec des joncs fecs, &
bâtiment eft enduit d'une gomme que
quelquesuns de leurs arbres,
produifent
très-bien T'ufage de la
& qui remplace bois dont ils fe fervent pour
poix. Le
leurs grandes pirogues, eft une efpèce
Cij --- Page 488 ---
Es SA1 I
très-droit, & qui s'éleve
de pommier confidérable. Ily en a
à une hauteur
qui ont jufqu'à 8 pieds de circonférence
au tronc, & 24 à 40 de contour à la
hauteur des branches. Les plus petites
pirogues ne font que le tronc creux
d'un arbre à pain, 2 qui eft plus léger &
plus fpongieux encore que celui du pommier
l'eft déja beaucoup (a).
3 qui
des
riviere
poif
Maniere
Lap principale
produit
de pêcher, fons de plufieurs manieres, & de belles
écreviffes à peu de diftance de la côte.
Les Naturels pêchent avec des lignes &
des hameçons de nacre de perle, des
de mer, qu'ils aiment fi paf
perroquets fionnément
ne veulent pas en
2 qu'ils
tout le
vendre aux étrangers 9 malgré
prix poffible qu'on y attache. Ils ont
encore de très-grands filets à petites
mailles, avec lefquels ils pêchent certains poiffons de la grandeur des fardines (6).
(e) Bank & Soland. t. II, P. 157.
(6) Bank & Soland. t, II, P. Ijo. --- Page 489 ---
PISLE D'OTAHITI. 37
SUR
donné la defcription des Funérailles
Après avoir il faut donner celle des
habits de deuil,
funérailles, qui n'eft pas moins extraordinaire. Les Infulaires appellent Morai,
les lieux où ils vont rendre aux morts
Ils font faits en
des cultes religieux.
forme de
dont la
pierre en
pyramides, Ces bâtibafe eft un parallélogramme.
mens ont environ 44 pieds de hauteur.
Outre le nombre immenfe de pierres
entre dans la ftruéture de ces fortes
qui d'édifices, le corail blanc y eft employé
On eft étonné de voir
avec profufion.
conftruites fans infde pareilles maffes
trument de fer pour tailler les pierres,
& fans mortier pour les joindre; cependant la ftruéture eft auffi compaête 8c
auffi folide que les édifices d'Europe:
Aux environs de ces Morai, il y a des
Ewaltai ou petits autels, en affez grande
quantité; ils fervent à placer des provifions de toute efpèce en offrande à
leurs Dieux (a).
(a) Cook, Bank & Soland. t, II, p.422.
Ciij
pour tailler les pierres,
& fans mortier pour les joindre; cependant la ftruéture eft auffi compaête 8c
auffi folide que les édifices d'Europe:
Aux environs de ces Morai, il y a des
Ewaltai ou petits autels, en affez grande
quantité; ils fervent à placer des provifions de toute efpèce en offrande à
leurs Dieux (a).
(a) Cook, Bank & Soland. t, II, p.422.
Ciij --- Page 490 ---
E S S A I
Le hangard fous lequel on place le
eft joint à la' maifon qu'il habimort,
fa vie. L'un des bouts de
tait pendant
& le refte eft
ce hangard eft ouvert ,
d'ofier. La biere
fermé par un treillage
fur laquelle on dépofe le corps mort 9
de bois, 2 le fond eft de
eft un chaflis
la natte, & quatre poteaux le foutiennent; le corps eft enveloppé d'une natte,
d'une étoffe blanche. On
& par-deffus
place à fes côtés une maffue de bois s
qui eft une de leurs armes de guerre 5
& près de la tête qui touche au bout
fermé du hangard, deux coques de noix
de COCOS, de celles dont ils fe fervent
puifer de l'eau. A l'autre bout du
pour hangard, on plante à terre, à côté d'une
pierre de la groffeur d'un COCOS 2 quelbaguettes féches & des feuilles verques
tes liées enfemble. Il y a près de cet
dont les Inendroit une jeune plane,
diens fe fervent pour emblême de la
paix, & à côté une hache de pierreBeaucoup de noix de palmiers enfilées --- Page 491 ---
LISLE D'OTAHITI. 39
SUR
font fufpendues à l'extrêen chapelet,
& en demité couverte du hangard,
hors les Indiens plantent en terre la tige
Au fommet de cet arbre, 2
d'une plane.
de noix de COCOS remil y a une coque Enfin on attache au
plie d'eau douce.
fac
côté d'un des poteaux, un petit
qui
quelques morceaux de fruits
genferme
On n'y met pas ces
à pain tout grillés.
car les
tranches dans le même tems 2
font fraiches pendant quel les autres
unes
(a). Il parait que ces alimens
font gàtées
préfentent à
font des offrandes qu'ils
leurs Dieux ; ils ne fuppofent cependant
les Dieux mangent 2 mais c'eft
pas que
de refpeêt & de reconun témoignage
de folliciter la
naiffance, & un moyen
Divinité.
immédiate de la
préfence plus
Ges endroits font ornés de figures grof
fculptées d'hommes 9 de femfiérement, chiens & de cochons 5 les Names, de
de tems en tems d'un
turels y entrent
Relat. de Cook, Bank & Soland. t. 1I,P-335-
(c)
Civ
eft
pas que
de refpeêt & de reconun témoignage
de folliciter la
naiffance, & un moyen
Divinité.
immédiate de la
préfence plus
Ges endroits font ornés de figures grof
fculptées d'hommes 9 de femfiérement, chiens & de cochons 5 les Names, de
de tems en tems d'un
turels y entrent
Relat. de Cook, Bank & Soland. t. 1I,P-335-
(c)
Civ --- Page 492 ---
EssAr
pas lent & avec la contenance
douleur. Le milieu de
de la
bien pavé avec de
ces hangards eft
des ; mais il faut qu'ils grandes pierres ronfoient peu fréquentes 9 puifque l'herbe y croit
tout (a). Il y a un autre lieu où les parrens du défunt vont payer le tribut paleur
de
douleur'; On y trouve une quantité
infinie de pieces d'étoffes, fur
les pleureurs verfent leurs larmes lefquelles
& leur
fang; car dans les tranfports réitérés
de leur chagrin, c'eft un ufage
eux de fe faire des bleffures
parmi
dent d'un goulu de
avec la
mer. On enterre les
Os des morts dans un lieu voifin
celui où l'on éleve les
de
les laiffer tomber
cadavres pour
en pourriture. Ii eft
impofflible de favoir ce qui
introduit
peut avoir
parmi ces peuples Tufage d'é.
lever les morts au-deffus de da
jufqu'à ce que la chair foit
terre s
par la putréfadtion,
confumée
3 & d'enterrer en-
(a) Bank & Soland. t, II, P. 157. --- Page 493 ---
PISLE D'OTAHITI 41
SUR
du
fuite les OS. Le principal perfonnage
du corps quelques
deuil profere près
fon retour chez
mots qu'il récite jufqu'à
de
lui. Les Otahitiens ont coutume
s'enfuir à la vue du convoi, le princirefte feul après la cérépal perfonnage
ont affifté au
monie. Tous ceux qui
convoi vont fe laver dans la riviere s
leurs habits ordinaires. Cette
& prendre de fe laver vient de T'ufage
coutume barbouiller de noir depuis les
de fe
Les femmes
pieds jufqu'aux épaules.
même fe font cette opération, & font,
les hommes, dans l'état total
ainfi que
de nudité (a).
confiftent Defcription
Les bâtimens de guerre
de d'une fotte
infinité de doubles pirogues Otahitienen une
bien équippées, ne.
4oàso pieds de long,
armées.
& bien
bien approvilionnées
Les chefs & tous ceux qui occupent
de combats, font reles plate-formes
c'eftvêtus de leurs habits militaires,
à-dire, d'une grande quantité d'étoffes,
(a) Relat. de Cook, Bank & Soland. t. 11,P-393.
âtimens de guerre
de d'une fotte
infinité de doubles pirogues Otahitienen une
bien équippées, ne.
4oàso pieds de long,
armées.
& bien
bien approvilionnées
Les chefs & tous ceux qui occupent
de combats, font reles plate-formes
c'eftvêtus de leurs habits militaires,
à-dire, d'une grande quantité d'étoffes,
(a) Relat. de Cook, Bank & Soland. t. 11,P-393. --- Page 494 ---
ESSAI
de turbans ; de cuiraffes & de cafquesi
La longueur de quelques-uns de ces cafembarraffe beaucoup ceux qui les
ques
leur
femble mal
portent ; tout
équipage
imaginé pour un jour de bataille , &
plus propre à repréfenter qu'à fervirQuoi qu'il en foit, il donne de - la grandeur à ce fpeétacle, & les guerriers ne
de fe montrer fous le
manquent pas
Le
point de vue le plus avantageux.
vêtement de ces guerriers eft très - bigarré; il confifte en trois grandes pieces d'étoffes trouées au milieu, & pofées les unes fur les autres : celle du
defTous & la plus large, eft blanche - 9
la feconde eft rouge, & la, fupérieure
& la plus courte eft brune. Leurs boucliers ou cuiraffes font d'ofier 2 couverts de plumes & de dents de goulu.
Il y. a des cafques d'une grandeur fi
énorme, qu'ils ont près de cinq pieds
de haut. Ce font de longs bonnets d'ofier cylindriques ; la partie antérieure
eft cachée par un demi-cercle plus ferré, --- Page 495 ---
PISLE D'OTAHITI: 43
SUR
devient plus large au fommet 5
& qui
enfuite, du cylindre, de
il fe détache
courbe. Ce fronmaniere à former une
de la largeur de quatre pieds 5
teau,
de plumes luifantes
eft revêtu par-tout
de pibleues & vertes d'une efpèce
de
& d'une aflez jolie bordure
geon, bleues ; un nombre prodigieux
plumes
d'oifeaux
de longues plumes de queues fes bords en
divergent de
du Tropique,
reffemble à l'auréole
rayons 9 ce qui
communément
dont les Peintres ornent
Saints. Les
les têtes des Anges & des
Commandans fe diffinguent
principaux
compode longues queues rondes,
par
vertes & jaunes qui penfées de plumes
les fait reffemdent fur leur dos, ce qui L'Amiral en
bler aux Bachas Turcs.
defquelles
cinq à T'extrêmité
porte des cordons :
de bourre de COCOS
fottent entremélés de plumes rouges. Il ne porte
. mais un turban. Des
point de cafque,
décorent les
des banderolles
pavillons, 2
forment un
pirogues, deforte qu'elles
vertes & jaunes qui penfées de plumes
les fait reffemdent fur leur dos, ce qui L'Amiral en
bler aux Bachas Turcs.
defquelles
cinq à T'extrêmité
porte des cordons :
de bourre de COCOS
fottent entremélés de plumes rouges. Il ne porte
. mais un turban. Des
point de cafque,
décorent les
des banderolles
pavillons, 2
forment un
pirogues, deforte qu'elles --- Page 496 ---
Ess A I
majeftueux. Des maffues, des
fpeétacle
les infpiques & des pierres compofent
trumens de guerre. Les bâtimens font
rangés les uns auprès des autres 2 la
tournée vers la côte, le vaiffeau
proue
le centre. Entre les bàAmiral occupe
timens de guerre 2 il ya encore des'
doubles pirogues plus petites ; qui portent toutes un pavillon peu fpacieux ,
& un mât & une voile, ce dont manles: pirogues de guerre. Ces baquent
:
timens font deftinés aux tranfports & à
a
l'avitaillement: ; car les Naturels ne laiffent dans les pirogues, de guerre aucune
efpece de provifions. Chaque pirogue
contiént environ quarante hommes 2 ce
qui donne fept mille fept cens foixante
hommes pour trois cens trente bâtimens dont cette flotte eft compofée.
Le fpectacle d'une pareille flotte augmente encore les idées de puiffance
& de richeffes que l'on a de cette Ille;
&l'on eft dans un étonnement extrême
aux outils dont fe fervent
en penfant --- Page 497 ---
SUR I'ISLE D'OTAHITT.
7 ces peuples pour leurs travaux
45,
admire la patience
; & l'on
qu'il leur a
pour abattre des arbres
fallu,
couper & polir leurs branches énormes, s pour
fin pour porter ces lourds
3 & enun fi haut degré de
bâtimens à
avec une hache de
perfestion, C'eft
un morceau de corail pierre, un cizeauy
raye, 2 que ces habitans & une peau de
duifent de pareils
induftrieux problanche eft
ouvrages, Une étoffe
de
placéer entre les deux becs
de chaque pirogue, 3 ce qui tient lieu
pavillon, & le vent l'enfle
une voile. D'autres
comme
bariolée de
portent une étoffe
reconnaitre les rayures rouges , qui fert à
mandant. Ces divifions de chaque Comrames qu'à voiles. pirogues vont autant à
chaque bâtiment On remarque dans
& de longues
de gros tas de piques
de
maffues s ou des haches
bataille, $ dreffées contre la
me. Chaque guerrier tient plate-forla main. une
d'ailleurs à
pique ou une
a auffi des amas de
maffue; ily
groffes pierres, Sur
rayures rouges , qui fert à
mandant. Ces divifions de chaque Comrames qu'à voiles. pirogues vont autant à
chaque bâtiment On remarque dans
& de longues
de gros tas de piques
de
maffues s ou des haches
bataille, $ dreffées contre la
me. Chaque guerrier tient plate-forla main. une
d'ailleurs à
pique ou une
a auffi des amas de
maffue; ily
groffes pierres, Sur --- Page 498 ---
Ess A I
quelques-unes des petites pirogues oni
apperçoit une affez grande quantité de
feuilles de bananes, c'eft-là oùt l'on dépofe les morts : ils donnent à ces bâtimens le nom de Ewaa no teatua, ou
pirogues de la Divinité (a).
de Ces Infulaires ont beaucoup d'agilité
Maniere combattre. dans les différentes manieres de combattre homme à homme. Ils parent fort
adroitement les coups que leurs adverfaires effayent de leur porter ; ils font
un faut en l'air pour éviter les coups
de maffue qu'ils tâchent de s'appliquer
fur ies jambes ; & afin d'éviter ceux qui
menacent leur tête 2e 2 ils fe courbent un
& fautent de côté, de maniere
peu, le
tombe à terre. Ils parent
que
coup de
& de dards, àl'aide
les coups
piques
droite devant
d'une pique qu'ils tiennent
eux;i ilss'inclinent enfuite plus ou moins,
fuivant la partie du corps qu'attaqhe
leur ennemi, & qu'ils veulent garantir.
(a) Cook, tom. II, P. 300. --- Page 499 ---
SUR PISIE D'OTARITI.
Ces
champions ne portent auçun vêtement fuperflu, 9 car ils font
nuds (a).
prefque
Les conquérans
choires des ennemis emportent les mâ- Trophées.
& les réuniffent
qu'ils Ont vaincus,
les
dans un même lieu en
fafpendant dans une efpèce d'enceinte 2 ainfi que les" Sauvages de l'Amérique feptentrionale
phe les chevelures
portent en triomdes hommes
ont tués (6).
qu'ils
: Les Infulaires de l'Ifle
tretiennent dans l'art de d'Orahitis'en- la
de Combats lute.
des combats qui fe font
guerre par
d'appareil; c'eft
avec une forte
grande
ordinairement dans une
place paliffadée de
d'environ trois pieds de haut. bambous, Le
s'aflied dans la partie
Chef
fipérieure de l'amphithéître, & les principales
de fà fite font rangées
perfonnes
à fes côtés,
en demi-cercle
ce font les juges qui doi-
(a) Cook, t. II, P. 354.
(b) Relat. de Cook, Bank & Solând, t. II,
P.4254
avec une forte
grande
ordinairement dans une
place paliffadée de
d'environ trois pieds de haut. bambous, Le
s'aflied dans la partie
Chef
fipérieure de l'amphithéître, & les principales
de fà fite font rangées
perfonnes
à fes côtés,
en demi-cercle
ce font les juges qui doi-
(a) Cook, t. II, P. 354.
(b) Relat. de Cook, Bank & Solând, t. II,
P.4254 --- Page 500 ---
EssA d I
Quand
vent applaudir au vainqueur:
eft
dix ou douze hommes 2
tout
prêt,
& qui n'ont
qui font les combattans, ceinture d'éd'autre vêtement qu'une
font
entrent dans l'arêne ; ils en
toffe, lentement & les regards baifiés,
le tour
fur la poitrine : de la
la main gauche à
ils frappent
droite 2 - qui eft ouverte 2
avec
fouvent T'avant-bras de la premiere
le coup produit
tant de roideur 9 que
le
d'un
fon affez aigu ; c'eft
figne
un
fe font les combattans
défi général que
adreffent
les uns aux autres, ou qu'ils des défis
Ils fe donpent
aux fpe@tateurs. chacun choifit fon adparticuliers, &
préliminaire
verfaire. Cette cérémonie
&
confifte à joindre le bout dgs doigts,
fur la poitrine , en reà les appuyer
tems les. coudes en
muant en même
de viteffe.
haut & en bas avec beaucoup s'adreffe, 9
Si Phomme à qui le lutteur
mêmes
le défi', il répéte les
accepte
tout auffi - tôt
fignes ; ils fe mettent
de comFun & l'autre dans l'attitude
battre. --- Page 501 ---
PISLE DOTAHITI. 49
SUR
Une minute après 1e , ils en vienbattre.
eft de
nent aux mains. Le grand point . ou par
faifir Tadverfaire par la cuiffe,
&
le bras, les cheveux ou la ceinture, eft
Lorfque le combat
de le renverfer. applaudilient au vainfini, les vieillards
toute l'af
queur par quelques mots que fur une ef
femblée répéte en choeur
eft ordipèce de chant, & la viétoire cris de
nairement célébrée par trois
auxquels des oreilles européennes
joie,
de la peine à s'accoutumer.
auraient
on exécute des
Pendant le combat 9
& des chants. Il eft à remarquer
danfes
montre à fon adque. le vainqueur ne d'orgueil & de fufverfaire aucun figne
fifance, & que le vaincu ne murmure
de la gloire de fon rival ; penpoint
on voit fe foutedant tout le combat,
& la bonne-humeur.
nir la bienveillance environ deux heuCes combats durent
reaprès lefquels il y a un grand
res,
reffemblent
Ces fortes de combats
pas.
mais d'une maniere grotefque 2
allez,
D
à fon adque. le vainqueur ne d'orgueil & de fufverfaire aucun figne
fifance, & que le vaincu ne murmure
de la gloire de fon rival ; penpoint
on voit fe foutedant tout le combat,
& la bonne-humeur.
nir la bienveillance environ deux heuCes combats durent
reaprès lefquels il y a un grand
res,
reffemblent
Ces fortes de combats
pas.
mais d'une maniere grotefque 2
allez,
D --- Page 502 ---
ESSAI
so
combats des Athletes de l'antiquiaux
té (a).
des Otahitiens
Les principales armes
Armes.
des bâtons noueux
font des maffues 2
lanle bout, & les pierres, qu'ils
par avec la main ou avec la fronde.
cent
des arcs & des féches-; cellesIls ont
mais feulement
ci ne font pas pointues,
Leur
terminées par une pierre ronde.
maniere de tirer eft finguliere : ils s'agenouillent, & au moment où la Aéche
ils laiffent tomber l'arc ; ils ne
part ,
tuer des oifeaux,
s'en fervent que pour
fur-tout des tourterelles affez graf
&
fes, dont ils ont une aflez grande quantité (6). maniere de défigner la paix 5
Leur
Signes
une large feuille verte qu'ils
de paix. eft d'agiter
des actiennent en main, en pouffant
clamations réitérées de Tayo-e. La tige
jettent à ceux avec lef
de plantin qu'ils
(a) Relat. de Cook, Bank & Soland. t. II, p:362.
(b) Bank & Soland. t. Il, P. 160. --- Page 503 ---
SUR LISLE D'OTANITI
quels ils cherchent à lier
Sr
un fymbole de paix. Ils font amitié, eft,
férens préfens
encore dif
fes
2 qui confiftent en diver:
produaions du pays (a).
Lorfque les Infulaires voilins
former une attaque
veulent Guerre,
que Diftria d'Orahiti, contre lIle, chadement d'un Earée
fous le commande fournir
ou Chef, eft obligé
fon contingent de
pour la défenfe
foldats
ces réunies de l'Ile commune; & les fora
font
par l'Earée vahée ou Roi (5). commandées
On trouve dans la vie de
laires
Ces InfutTuniformité du bonheur.
Maurs
levent avec le foleil; ils
Ils fe & Ulag-s.
la riviere ou à
vont fe laver à
le matin à
une fonzaine; ils paffent
travailler ou à fe
jufqu'à ce que la chaleur
promener
fel retirent alors dans leurs augmente ; ils
ou ils fe repofènt à l'ombre habitations,
Là ils s'amufent à liffer
d'un arbre.
leurs cheveux,
tions. Occupa-
(a) Cook, t. I, P. 300.
(6) Relat, de Cook, Bank & Soland.
t.I II, P. $220
Dij
aver à
le matin à
une fonzaine; ils paffent
travailler ou à fe
jufqu'à ce que la chaleur
promener
fel retirent alors dans leurs augmente ; ils
ou ils fe repofènt à l'ombre habitations,
Là ils s'amufent à liffer
d'un arbre.
leurs cheveux,
tions. Occupa-
(a) Cook, t. I, P. 300.
(6) Relat, de Cook, Bank & Soland.
t.I II, P. $220
Dij --- Page 504 ---
Es 3 A I
d'huile odorante; ou
ou à les parfumer
ou
de la Alûte & chantent ,
ils jouent
des oiénfin ils écoutent le ramage
feaux. A midi ils dinent; après leur
ils reprennent leurs travaux ou
repas,
domeftiques, & l'on
leurs amufemens
afremarque dans cet intervalle une
mutuelle répandue dans tous lés
feaion
coeurs; les voyageurs ont fouvent joui
d'innocence & de bonde ce fpestacle
fans malice, les
heur. Les faillies gaies
la danfe joyeufe & un
contes fimples 2
le foir. On fe
fouper frugal amenent
fois à la riviere, & on
lave une feconde
&
finit ainfi la journée fans inquiétude
fans peine. : Si l'on faifait un parallele
vie
avec celle des peude cette
fauvage
contrafte? Ou trouples civilifés, quel
verait-on la vraie jouiffance ? C'eft ce
qui refte à penfer (a).
(a) Cook, t. II, P- 360.
font
Les Indiens croient que le repos & le néant ou elles
le fondement de toutes chofes, & la fn --- Page 505 ---
LISLE D'OTAHITI. 53
SUR
des étoffes eft un paffeLa fabrique
des
& la conftruétion
tems agréable;
les
cabanes & des pirogues, ainfi que
manufaôtures des outils & des armes 9
amufantes, parce
font des occupations
jouiffent du fruit de
que les ouvriers
Ils
donc la pluleurs travaux.
paffent
dans un cercle de
part de leurs jours
d'un
jouiflances variées & au milieu
où la nature a formé des payfages
pays
de l'air
charmans, où la température
mais rafraichie fans cefle
eft chaude,
oùr enfin le ciel
une brize de mer;
par
donc l'entiere inaétion coriaboutiffent. Ils regardent
de leurs défirs. Ils
me l'état le plus parfait & l'objet d'immobile. Les
donnent au fouverain Etre le furnom confifte à n'être
Siamois croient que la félicité fuprême & de faire agir
point obligé d'animer une machine, exceffive énerve
un corps. Dans un pays od la chaleur
accable, le repos eft fi délicieux & le mouvement
&
de
parait
f pénible, que ce fyftême
métaphyfique pornaturel. Malgré cela, 9 plus les caufes phyfiques moraies
tent les hommes au repos, plus les caufes
(Montefq. Efp. des Loix, tI,
les en doivent éloigner.
P. 312.)
Diij
obligé d'animer une machine, exceffive énerve
un corps. Dans un pays od la chaleur
accable, le repos eft fi délicieux & le mouvement
&
de
parait
f pénible, que ce fyftême
métaphyfique pornaturel. Malgré cela, 9 plus les caufes phyfiques moraies
tent les hommes au repos, plus les caufes
(Montefq. Efp. des Loix, tI,
les en doivent éloigner.
P. 312.)
Diij --- Page 506 ---
EssA I
S4
eft prefque toujours ferein (a).
de leurs
Maifons. : Pour former l'emplacement
cafes, ils ne coupent des arbres qu'autant qu'il leur en faut pour empécher
le chaume dont elles font couverque
tes ne pourriffe par l'eau qui dégoutterait
des branches 2 de maniere qu'en fortant de fa cabane, l'Otahitien fe trouve fous un ombrage le plus agréable
Ce font
qu'il foit poflible d'imaginer.
fur-tout des bocages de fruits fans brouf
failles, & entrecoupés de chaque côté
des fentiers qui conduifent d'une
par habitation à l'autre. Les maifons ne
mais éloifont pas rangées en villages,
gnées les unes des autres d'environ cinverges, & environnées de petiquante
Rien n'eft plus délicieux
tes plantations.
climat fi
que ces ombrages dans un
chaud; il eft impolible de trouver de
belles promenades. Un air pur y
plus circule librement, & les maifons n'ayant
(a), Idem. --- Page 507 ---
PISLE D'OTAHITI. SS
SUR
les
de murailles, elles reçoivent
point & les vents du côté où ils
zéphirs
d'autres maifons beaufouffent. Il y a
bâties
plus grandes, qui font
pour
coup
à tous les habitang d'un
fervir de retraite
deux cents
ont
canton. Quelquesunes de large & vingt
pieds de long, trente conftruites &
d'élévation : elles font
du Dif
entretenues aux fraix communs
lequel elles font deftinées 3
triét pour
de paliffades. Les
elles font environnées
maifons n'ont point de murailles, parce
na pas befoin de lieux
que ce Peuple
retirés.
II Caraétère.
Il n'a aucune idée de T'indécence. fes
à fes befoins, à
fatisfait en public
fans aucun fcrudefirs,, à fes pallions
Des hommes qui n'ont point
pule.
rapport aux
d'idée de la pudeur par
avoir relaadions, ne peuvent pas en
Auffi la convertivement aux paroles.
fur
Infulaires roule-telle
fation de ces
de leurs plaifirs $
ce qui eft la fource
de tout fans
& les deux fexes y parlent
Div
de T'indécence. fes
à fes befoins, à
fatisfait en public
fans aucun fcrudefirs,, à fes pallions
Des hommes qui n'ont point
pule.
rapport aux
d'idée de la pudeur par
avoir relaadions, ne peuvent pas en
Auffi la convertivement aux paroles.
fur
Infulaires roule-telle
fation de ces
de leurs plaifirs $
ce qui eft la fource
de tout fans
& les deux fexes y parlent
Div --- Page 508 ---
ESSAI I
retenue ; dans les termes les plus fimples, &"agiffent de même. D'ailleurs
la douceur de leur caraétère fe montre
dans leurs regards & dans leurs aétions.
Ils donnent des marques de tendreffe
& d'affection en prenant les mains, en
s'appuyant fur les épaules de ceux qu'ils
aiment, ils. les embrafTent (a).La confiance de ce Peuple, & fa conduite cordiale
& familiere fe montre dans un-jour le
plus favorable, & l'on eft convaincu, >
en vivant avec eux, que le reffentiment
des injures & l'efprie de vengeance
tourmentent peu les bons & fimples:
Taitiens (b).
(a) Cook, t. I, P. 30z.
(b) Cook, t. I, P. 356.
A mefure que les hommes vivent en fociété, &
s'uniffent fous l'empire des loix & d'une police réguliere, leurs mceurs s'adouciffent; les fentimens d'humanité naiffent en eux. Les droits & les devoirs font
mieux connus. La férocité des guerres s'affaiblit; &
même au milieu des combats 3 les hommes 'fe fouviennent de ce qu'ils fe doivent mutuellement. Le fauvage combat pour détruire, le citoyen pour conqué- --- Page 509 ---
SUR L'ISLE
: A a
D'OTARITI
Il eft doux de
tropie femble
penfer qne la piilannaturelle à tous les
mes , & que les idées
homfiance. & de haine
fauvages de déde la
ne font que la fuite
dépravation des moeurs
peut exifter chez
> qui ne
un Peuple. qui
pas même l'idée. On
n'en a
de cette réflexion
puife la preuve
Le
dans le fait fuivant.
Capiraine Wallis, le 18 Juin
ayant eu un différent
1767,
rels
avec les Natuil d'Orahiti, il fit faire feu
en bleffa & tua un affez
deffus s
bre. Ce bon
grand nomoubliant
Peuple quelque tems
ce défaftre, fit la
après
Navigateur.
paix avec le
Anglais, & lui fournit beaurir. Le Premier eft inaccefible à
pargne perfonne; le dernier a toute pitié, & n'éadoucit fes fureurs. Il eft acquis une fenfibilité qui
des Indes à qui ce degré de encore beaucoup de péuples
étranger. La barbarie avec fenfibilité eft totalement
eft telle qu'on ne peut
laquelle ils font la guerre
font bien imparfitement s'empécher d'en conclure qu'ils
toute à la gloire des peuples civilifés, d'Orahiti. Cette réfexion ett
par Robertfon, t. II, P. 288.)
(Hift.del'Amer.
oucit fes fureurs. Il eft acquis une fenfibilité qui
des Indes à qui ce degré de encore beaucoup de péuples
étranger. La barbarie avec fenfibilité eft totalement
eft telle qu'on ne peut
laquelle ils font la guerre
font bien imparfitement s'empécher d'en conclure qu'ils
toute à la gloire des peuples civilifés, d'Orahiti. Cette réfexion ett
par Robertfon, t. II, P. 288.)
(Hift.del'Amer. --- Page 510 ---
ESSAT
de rafraichiffemens en fruits 2 en
coup
volailles & en cochons (a).
qu'on
Ils font
Malgré ces qualités naturelles
tés au MRSt
dans le caraôtère des Otahiremarque
obferve auffi des vices
tiens 2 l'on y
dominans ; celui du vol eft le plus général; ils font les plus grands voleurs
les
déterminés de la terre. Mais
&
plus
Peuil faut confidérer auffi que ces
fentimens de la
ples, par les fimples
confcience naturelle, ont une connaiffance du jufte & de l'injufte, & qu'ils
eux-mêmes : 2 lorfquils
fe condamnent
font aux autres ce qu'ils ne voudraient
qui leur fut fait. Il eft plus que
pas
fentent la force des oblicertain qu'ils
gations morales ; & s'ils regardaient
indifférentes les aétions qu'on
comme
feraient
fi fort
leur impute, ils ne
pas fauflorfqu'on leur démontre Ha
agités
On doit fans doute
Réfexions feté de laccufation.
la
à ce fujet. juger. de la vertu de ce Peuple par
(a) Cook, t. I, P. 298: --- Page 511 ---
SUR L'ISIE DOTAniri.
feule'regle fondamentale
F5
& par la conformité
de larmorale;
à
de leur conduite
l'égard de ce qu'ils croient être
Mais on ne doit
jufte.
vol fuppofe dans leur pas conclure que le
caraétère la méme
dépravation qu'on rencontrerait
un Européen qui aurait
dans
actions. Leur tentation commis ces
la vue des
eft fi forte, à
être utiles objets qu'ils croient leur
de
s que fi ceux qui ont plus
connaifances, de meilleurs principes, & de plus grands motifs de
ter à T'appât d'une adtion
réfif
& mal-honnéte
avantageufe
s en éprouvaient une
pareille, ils feraient regardés
des hommes d'une
comme
avaient le
probité rare 9 s'ils
Indien
courage de la furmonter. Un
au milieu de quelques
de la valeur d'un fol, de la couteaux
de morceaux de
raffade, &
le méme état verre rompu, 9 eft dans
nier. des' valets d'épreuves à
3 que le dercôté de
-coffres ouverts
plufieurs
3 remplis d'or & de bi-
ils feraient regardés
des hommes d'une
comme
avaient le
probité rare 9 s'ils
Indien
courage de la furmonter. Un
au milieu de quelques
de la valeur d'un fol, de la couteaux
de morceaux de
raffade, &
le méme état verre rompu, 9 eft dans
nier. des' valets d'épreuves à
3 que le dercôté de
-coffres ouverts
plufieurs
3 remplis d'or & de bi- --- Page 512 ---
Essar
joux (a). D'oi l'on
fi les Orahitiens
peut conclure que
n'eftpas fi
font portés au vol, il
haiffable parmi eux
nous. Un Peuple qui fatisfaie que parmi
à fes
fi aifément
befoins, & chezi lequel les
mes detous les
homrangs vivent de
ont peu de motifs de
méme,
vols. Les maifons
commettre des
tes, fans
ouvertes, fans porbien fenfibles grillages, font des preuves
de leur fécurité
Nous fommes
mutuelle.
plus blâmables
puifque nous les expofons à des qu'eux,
tions trop fortes en leur
tentaobjets
préfentant des
inconnus, à la vue
ne peuvent réfifter. Ils
defquels ils
leurs attacher
femblent d'ailpeu d'importance à leurs
larcins, peut-étre parce
ne pas occafionner
qu'ils croient
de grands dommages,
Repas,
Dans la vie fimple & toutefois
relle que menent ces Infulaires natu9 leurs
(a) Relat.de Cook, Bank & Soland, ta II, P. 3434. --- Page 513 ---
PISLE DOTAHITI 6il
SUR
paffent
quoique fans tables,fe
repas,
leurs mets
avec beaucoup de propreté;
nom:
font trop fimples & en trop petit
y regne de Toftentation:
bre pour quil ordinairement feuls ; ceIls mangent
étranger les vifite ;
pendant lorfqu'yn quelquefois à manger avec
ils F'admettent
s'aflied fous un arbre
eux. L'Otahitien Ta maifon : fa nappe eft
vis-à-vis de
de feuilles ; un
une certaine quantité
& des
contient fa proviGion 9
panier de noix de COCOS font fes bour
coques
contiennent de l'eau falée
teilles, qui
Les Naturels d'un
& de l'eau douce.
fe lavent
plus élevé que le peuple,
rang
& les mains avant, après 8c
la bouche
du repas: Ces Péuples
pendant le cours
étonnante d'aliprennent une quantité
ils dorment
mens - dans un feul repas 5
qui
après; il n'y a que les jeunes gens Teffere
reftent éveillés par l'aétivité &
les
de leur âge (a). Quoique
e vefcence
Bank & Soland. t,1I, 1 p.457-
(e) Relat. de Cook,
les mains avant, après 8c
la bouche
du repas: Ces Péuples
pendant le cours
étonnante d'aliprennent une quantité
ils dorment
mens - dans un feul repas 5
qui
après; il n'y a que les jeunes gens Teffere
reftent éveillés par l'aétivité &
les
de leur âge (a). Quoique
e vefcence
Bank & Soland. t,1I, 1 p.457-
(e) Relat. de Cook, --- Page 514 ---
Ess. A I
Naturels aiment affez les manieres eu*
ropéennes, ils ont beaucoup de. difficultés à les fuivre. Le Capitaine Four:
fait manger un des Infuneaux ayant
bienlaires avec lui; celui-ci entreprit
tôt de fe fervir du couteau 9
& de la
fourchette dans le repas ; mais lorfquil
avait pris un morceau avec la derniere,
à conduire.
il ne pouvait pas parvenir la main à fa
cet inftrument, il portait
bouche,. entraîné par.la force de Phabitude, & le morceau qui était au bout
de la fourchette, allait paffer à côté
de fon oreille.
Les Otahitiens fe nourriffent de CONourritures
volailles, de chiens & 'de
chons, de
poiffons , de fruits à pain., de bananes,
d'ignames, , de pommes 5 & d'un autre
fruit aigre, qui n'eft pas bon de luimême, mais qui donne un goût fort
agréable. au fruit. à pain grillé avec
lequel ils le mangent fouvent. Il y de
dans l'Ile beaucoup de rats 2 mais. les
Naturels n'en mangent point, La ri --- Page 515 ---
PISLE D'OTAHITI.
SUR
mais
fournit de très-bons mulets, 2
viere
ni
ni ep grande quanils ne font gras,
fur le récif
tité. Les Infulaires trouvent
d'autres
des moules &
des conques ,
à la marée
coquillages quils prennent cruds avec du
baffe, & qu'ils mangent
à terfruit à pain, avant de retourner
re (a).
de faire cuire la vian- Maniere
Leur maniere
d'apprèter les alimens.
Ils produifent
de eft affez ingénieufe. bout d'un mordu feu. en frottant le
de bois fur le côté d'un autre 5
ceau
creux d'un demiils font enfuite un
e
& de deux ou trois
pied de profondeur
de circonférence : ils en pavent
verges
de
cailloux unis 5
le fond avec
gros bois fec, des
ils font du feu avec du
feuilles & des coques de noix de COleurs pierres font aflez
COS. Lorfque
les charbons, &
chaudes, 2 ils féparent
côtés ils
retirent les cendres fur les
;
le foyer d'une couche de
couvrent
(e) Baok & Soland. 1, 11, P. 150e
circonférence : ils en pavent
verges
de
cailloux unis 5
le fond avec
gros bois fec, des
ils font du feu avec du
feuilles & des coques de noix de COleurs pierres font aflez
COS. Lorfque
les charbons, &
chaudes, 2 ils féparent
côtés ils
retirent les cendres fur les
;
le foyer d'une couche de
couvrent
(e) Baok & Soland. 1, 11, P. 150e --- Page 516 ---
EssA1
feuilles vertes de cocotiers 3 & ils y
placent l'animal qu'ils veulent cuire 5
l'avoir enveloppé de feuilles de
après
plane. Si c'eft un petit cochon, ils l'apprètent ainfi fans le dépecer, , ils le
coupent en morceaux s'il eft gros. Lorfqu'il eft dans le foyer., ils le recouvrent de charbons, & ils mettent pardeffus une autre couche de fruits a
pain 8 d'ignames, également enveloppés dans des feuilles de plane ; ils y
répandent enfuite le refte des cendres,
des pierres chaudes 2 & beaucoup de
feuilles de COCOS : ils revêtent le tout
de terre, 2 afin d'y concentrer la chaleur. Ils ouvrent le trou après un certain tems proportionné au volume de
l'animal qu'il contient ; alors ils en
tirent la viande", qui eft tendre, pleine
de fucs, & beaucoup meilleure. que fi
elle avait été apprêtée d'une autre maniere. Le jus des fruits & l'eau falée
forment toutes leurs fauces.. Ils n'ont
d'autres couteaux que des .coquilles,
avec --- Page 517 ---
SUR rISzE D'OTAHITI
avec lefquelles ils
6g
tement 9 & dont découpent ils fe
très-adroijours (a). Ils n'ont
fervent tou+
poterie qui
pas de vafe ou de
ils n'ont
fupporte l'action du feu ;
ni de
aucune idée de l'eau
fes effets ; & comme ils chaude,
auçun vafe pour la contenir
n'ont
mettre à la chaleur
& la fouçoivent
ignée ils ne conpas plus qu'on puiffe échauffer
l'eau, que de la rendre folide
Leur maniere de
(6),
fon. eft auffi
préparer leur boif Boiffons.
La liqueur
fimple que dégodrante,
qu'ils font avec la
Ava-dua, s'exprime de la racine. plante
fieurs perfonnes mâchent
Pluces racines
jufqu'à ce qu'elles foient molles
tendress enfuite elles les crachent &
un même plat de bois.
dans
ont mâché une quantité Quand elles en
y mettent
fiufffance, elles
plus ou moins
vant que le jus de la racine d'eau, 3 fiieft plus
(3) Bank & Soland. t. II,
-(6)
P.154.
Robert(on, 3 Hift, de T'Amérig. LI,
P. 517.
E
chent
Pluces racines
jufqu'à ce qu'elles foient molles
tendress enfuite elles les crachent &
un même plat de bois.
dans
ont mâché une quantité Quand elles en
y mettent
fiufffance, elles
plus ou moins
vant que le jus de la racine d'eau, 3 fiieft plus
(3) Bank & Soland. t. II,
-(6)
P.154.
Robert(on, 3 Hift, de T'Amérig. LI,
P. 517.
E --- Page 518 ---
EsSA I
moins fort. Dès que le jus eft ainfi
ou
on le
à travers une étoffe
délayé, 2
paffe lieu de
: la
fibreufe, qui tient
preffoir
liqueur dès ce moment eft potable;
elle fe fait au moment où on veut la
boire ; elle a un goût de poivre, malcela elle eft affez infipide. Quoigréqu'elle foit enivrante, 2 elle ne produit
fouvent fon effet fur les Naturels,
pas
boivent avec modération & peu
qui en
Ils mâchent fouvent cette
à la fois.
racine comme les Européens mâchent
tabac, 2 & ils avalent leur falive. Plule
des morceaux. de cette
fieurs mangent
-
racine (a).
des Infulaires d'OraOutre T'ufage
Propreté.
de fe laver la bouche & les mains
hiti
ils fe laplufieurs fois dans les repas 2.
conflamment toutle corps
vent encore
trois fois.
dans une eau courante, 2
par
diftance qu'ils foient
jour, à quelque
(a) Cook , tom, I, P. 456. --- Page 519 ---
SUR LIStE
de la mer
D'OTANITI, 87
ou de
ne trouve fur leurs quelque riviere. On
taches ni
vêtemens aucunes
dans une affemblée malpropreté ; enforte que
nombreufe
hitiens, On n'eft
d'Orade la chaleur, On janais.incommodé que
de même des fociétés n'en peut pas dire
de I'Europe
les plus brillantes
(R).
La maniere
ploient
que. les Otahitiens empour fe délaffer,
Maniere
turelle. Les femmes
3 eft affez na- de fe décet emploi
font chargées de laffer,
envers les
frottent de leurs mains écrangers. Elles
jambes, 9 & elles
les bras & les
les mufcles
preffent doucement
entre leurs doigts. On
peut pas dire fi cette
ne
lite la circulation
opération facileur élafticité
du fang, ou rend
naturelle aux mufcles
tigués; ce qu'il y a de
fague l'effet de ce
certain, y c'ef
mement falutaire. frottement eft extréCet ufage eft comiw
(c) Relat, Cook, Bank &
Soland, t. I.p-477.
Ej
les mufcles
preffent doucement
entre leurs doigts. On
peut pas dire fi cette
ne
lite la circulation
opération facileur élafticité
du fang, ou rend
naturelle aux mufcles
tigués; ce qu'il y a de
fague l'effet de ce
certain, y c'ef
mement falutaire. frottement eft extréCet ufage eft comiw
(c) Relat, Cook, Bank &
Soland, t. I.p-477.
Ej --- Page 520 ---
EssA I
aux Chinois , - & dans toutes les
mun Orientales. Ce rafinement de voIndes
des Romains mê
lupté était connu
mes
traité del la civilité de ces
Coutumes On a déja
ils
relatives à Infulaires à l'égard des étrangers 5
la politelle.
outre des démonftrations qui
ont en
doivent aux
expriment le refpest qu'ils
C'eft une marque, de relpeet
fupéricurs:
d'avoix
dû au Souverain du pays, 5 que
lui les épaules 8 la tête nues ;
devant
Seigneurs ne font pas
les plus grands
Les Taitiens
exceptés de cet ufage.
ordinairement les cheveux
portent & les porter longs eft un pricourts 2
Princeffes du Sang
vilége accordé aux
ceLeur rang ne les difpenfe
Royal.
d'avoir les épaules découpendant pas
du Roi, cérémonie
vertes en préfence
les occafions
qui procure aux femmes
(a) Cook, t. I, P. 384. --- Page 521 ---
SUR L'ISLE D'OTARITI.
de développer toute l'élégance de leurs
formes (a).
On a déja dit que ces Infulaires fe
couchaient une heure après le
tions. Occupa- du
cule du foir.
crépuf foir.
Lorfqu'il eft nuit 2 &
qu'ils font raffemblés
chantent
en famille 2 ils
des couplets de chanfons; &
quoiqu'ils n'aient pas befoin de feu
fe chauffer, ils fe: fervent
pour -
feu artificiel
pourtant d'un
entre le coucher du
& le tems. où ils vont fe
foleil,
Les
repofer (6).
Otahitiens font toujours ainfi
que les enfans
Caradtéres
des Jarmes
> prêts à exprimer par
tous les mouvemens de l'ame
dont ils font fortement
agités, & comme eux 5 ils paraiffent les oublier dès
qu'ils les ont verfées
la fenlibilité
(e); is ont donc :
du moment. Mais il n'eft
pas étonnant que le chagrin de
Peuples fans art foit
ces.
palfager, & qu'ils.
(a) Cook, t, I, P. 360.
(b) Relat. de Cook, Bank & Soland. t,
(e) Relat. de Cook, Bank & Soland. IL, P-457.
t. II, P- 3+4.
Eiij
ils paraiffent les oublier dès
qu'ils les ont verfées
la fenlibilité
(e); is ont donc :
du moment. Mais il n'eft
pas étonnant que le chagrin de
Peuples fans art foit
ces.
palfager, & qu'ils.
(a) Cook, t, I, P. 360.
(b) Relat. de Cook, Bank & Soland. t,
(e) Relat. de Cook, Bank & Soland. IL, P-457.
t. II, P- 3+4.
Eiij --- Page 522 ---
E S S A Z
expriment fur-le-champ & d'une ma
niere forte les fentimens de leur ame.
Ils n'ont jamais appris à déguifer ou à
cacher ce qu'ils fentent ; & comme ils
n'ont point de ces penfées habituelles
rappellent fans ceffe le paffé , &
qui
anticipent l'avenir 2 ils font affeêtés
tautes les variations du moment s
par
le caraêtère, & chanils en prennent
de difpofitions toutes les fois
gent les circonftances changent. Ils ne
que
d'un
à
fuivent point de projets
jour
ces fuT'autre, & ne connaiffent pas
jets continuels d'inquiétude 2 dont la
de
penfée eft la premiere qui s'empare
T'efprit au moment du réveil 2 & la
derniere que l'on quitte au moment
du fommeil. Cependant, fi l'on.admet
qu'ils font plus heureux que nous 2 it
faut dire que l'enfant eft plus heureux
que T'homme, & que nous avons perdu du côté du bonheur en perfeétionnant notre nature, en augmentant nos --- Page 523 ---
SUR L'ISLE D'OTANITI,
comaifincer, & en étendant
par la civilifation.
nos vues
La population eft
un pays où les femmes nombreufe dans Population:
neuf ou dix
font nubiles à
enfans
ans, & où elles font des
pendant l'efpace de
nées. La
vingt anfur
penfée fe porte naturellement
Theureufe limplicité dans
les Taitiens
laquelle
paffent leur vie ; car ce
manque d'inquiétude
pre de la vie
3 qui eft le prola plus
fauvage, 5 eft la caufe de
grande population (a).
Le Capitaine Cook, dans fon
à Otahiti,
Voyage
rapporte un fait
Desfemmes en
que les femmes en
qui prouve général.
pas fort réfervées
général ne font
fur la libre
tion de leur perfonne. Il dit difpofifait monter fur fon Vaiffeau qu'ayane
Naturels du pays des deux quelques
eut une femme
fexes, ily
qui eut fort envie d'une
paire de draps qu'elle vit fiir
un lit ;
(a) Cook, t.I, P. 373.
Eiv
Otahiti,
Voyage
rapporte un fait
Desfemmes en
que les femmes en
qui prouve général.
pas fort réfervées
général ne font
fur la libre
tion de leur perfonne. Il dit difpofifait monter fur fon Vaiffeau qu'ayane
Naturels du pays des deux quelques
eut une femme
fexes, ily
qui eut fort envie d'une
paire de draps qu'elle vit fiir
un lit ;
(a) Cook, t.I, P. 373.
Eiv --- Page 524 ---
ESSAT
fur le refus que fon conduéteur
lui en
fit, elle infifta, & lui
promit en échans
ge quelques faveurs ; celui-ci
ne les
dédaigna pas : & comme 2 dit le Navigateur Anglois, la victime
approchait
de.lauel de PHymen, le
Vailfeau toucha : cet événement impréyu
interrompis
la folemnité (a).
(a) Cook, tom. I, P. 30g.
Dans la plus grande partie des Indes qu'un nombre
infini d'Iiles & la fituation du terrein ont divifées en
une infinité de petits Erats, oi il n'y a que des mi-
(érables qui pillent, & des miférables qui font pillés;
ceux qu'on appelle des, Grands, n'ont que de très-petifs
moyens ; ceux qu'on appelle des gens xiches, n'ont que
leurfubfiftance. La clôture des femmes n'y peut être affez
exaéte pour contenir. la corruption de leurs moeurs qui
y eft inconcevable. C'eft-la que l'on voit jufqu'à quel
point les vices du climar laiffés dans une grande liberté
peuvent porter le défordre. C'eft-là que la nature a une
force,ô la pudeurunef foibleffe quel'on ne peut.comprendre.lifemble' que dans ces pays-là les deux fexes perdent
jufqu'à leurs propres loix. En Guinée, quand les femmes rencontrent un homme s elles le faififfent & le
menacent de le dénoncer à leur mari, s'il les méprife,
Elles fc gliffent dans le Jit d'un homme, elles le réveit --- Page 525 ---
SUR L'ISLE D'OTANITI.
Il-eft cerrain
que ces Infiulaires ne
paraiffent pas regarder la
comme une vertu. Les continence
vendent leurs faveurs
Orahitiennes
brement &
aux étrangers li-
& leurs freres publiquement; ; leurs
les amenent même
vent
teez
eux-mémes, afin de
cet article : ils connaiffent tranfiger fur
le prix de la beauté, de & la cependant
falaire
valeur du
qu'on demande pour la
d'une femme,
jouiffance
nelle à
s eft toujours
fes charmes. Ce n'ef proportionfage à Otahiti
pas l'uque les hommes,
quement occupés de la
2 uniguerre, laiffent
pêche & de la
les
au fexe le plus foible
travaux pénibles du
la culeure;
ménage & de
une douce oifiveté dans
climats eft le
ces
le foin de
partage des femmes, &
plus férieufe plaire aux hommes eft leur
occupation (a).
lent; & s'il les refufe, elles le
prendre fir le fait, (Montefg. menaçent de fe laiffer
358. Voyag. de Guinée, Part. E(p. des Loix, LI,P.
(e). Bougainv, t. II, P. 86, II, P. 192.)
ménage & de
une douce oifiveté dans
climats eft le
ces
le foin de
partage des femmes, &
plus férieufe plaire aux hommes eft leur
occupation (a).
lent; & s'il les refufe, elles le
prendre fir le fait, (Montefg. menaçent de fe laiffer
358. Voyag. de Guinée, Part. E(p. des Loix, LI,P.
(e). Bougainv, t. II, P. 86, II, P. 192.) --- Page 526 ---
Es S A I
Education
Dans nos climats & dans
des filles,
beaucoup
d'autres, on retient les filles par une
éducation analogue aux ufages ; on a
foin d'écarter de leur efprit toutes les
idées qui tiennent à l'amour. Il arrive
précifément à Otahiti tout le contraire.
Les jeunes filles danfent entr'elles,, &
s'y donnent des pofitions & des geftes
extrêmement lafcifs, 3 auxquels. on accoutume les enfans dès le bas - âge.
Cette danfe eft accompagnée de chants
qui expriment encore plus clairement
la lubricité. Ces amufemens permis à
une jeune fille, lui font interdits dès
le moment qu'elle eft devenue femme;
elle peut mettre en pratique & réalifer
les fymboles de la danfe. D'après cela
on ne peut pas fuppofer que ces Peuples eftiment beaucoup la chafteté, L'infidélité conjugale, même dans la femme,
n'eft punie que par quelques paroles dures & par quelques coups légers (a).
(a) M. de Montefquieu rend en peu de mots rai- --- Page 527 ---
rISt E D'OTAHITI:
SUR
des deux Sociétés
des Orahitiens
mèlées.
La plupart
fociétés bien extraorfexes forment des
femmes font
dinaires oà toutes les
les hommes. Cet arcommunes à tous
une
met dans leurs plaifirs
rangement
dont ils ont tellevariété continuelle,
homme &
ment befoin, que le même
de
même femme n'habitent pas plus
la
enfemble. Si une Cruautés à
deux ou trois jours
devient ce fujet,
des femmes de cette fociété
ce qui arrive rarement par
enceinte 9
l'enfant eft étouffé au
raifon phyfique,
afin qu'il
moment de fa naifance 2
n'embarraffe pas le pere dans fes occu-
& qu'il n'interpations journalieres 2
Dans les climats du nord,
fon de ce défordre apparent. de Pamour a-t-il la force de
dit-il, à peine le phyfique Dans les dlimats tempérés, Vaferendre bien fenfible.
rend agréade mille accelfoires ,Je
mour accompagné
d'abord femblent être lui-méme,
ble par des chofes qui lui. Dans les climats plus chauds,
8 ne font pas encore lui-méme, il eft la caufe unique du
on aime Pamour pour
E(p. des Loix, t. I,
bonheur, ilefla vie. (Montefq.
P-3 308.)
à peine le phyfique Dans les dlimats tempérés, Vaferendre bien fenfible.
rend agréade mille accelfoires ,Je
mour accompagné
d'abord femblent être lui-méme,
ble par des chofes qui lui. Dans les climats plus chauds,
8 ne font pas encore lui-méme, il eft la caufe unique du
on aime Pamour pour
E(p. des Loix, t. I,
bonheur, ilefla vie. (Montefq.
P-3 308.) --- Page 528 ---
EssA J
rompe pas la mere dans les plaifirs de
fon abominable proftitution.
Quelquefois la mere., par fenfibilité, furmonte
cette paflion effrénée de la brutalité
plutôt que de l'inftiné ; alors on ne
lui permet pas de fauver la vie de fon
enfant, à moins qu'elle ne trouve un
homme qui l'adopte comme étant de
lui; dans ce cas, ils font tous deux
exclus de la fociété, & perdent
pour
toujours tout droit aux priviléges &
aux plaifirs de FArreoy 3 nom qu'ils
donnent à cette fociété infame (a).
Ce vice
Malgré'ce défordre,
n'eft pas
2 qui n'eft pas
général. général chez ces Infalaires, les fem-:
mes d'Otahiti, comme l'ont affuré fans
fondement quelques
font
Voyageurs 2 ne
pas toutes portées à accorder les
dernieres faveurs à ceux qui veulent
les payer. Il eft auffi difficile dans ce
pays 2 comme dans tout autre 3 d'avoir
(e) Relat. de Cook, Bank & Soland, t. II, P-457+ --- Page 529 ---
PISLE DOTAHITI. 77
SUR
avec les femmes mades familiaricés celles qui ne le font pas,
riées & avec
toutefois les filles du
fi Fon en excepte
ces dernieres,
peuple; & même parmi font chaftes. Il
il y en a beaucoup qui
comme
eft vrai quily a des proftituées, nombre en eft
ailleurs ; le
par - tout
grand, & telles
peutêtre encore plus viennent à bord
font les femmes qui
qu'en les
Vaiffeaux. Il eft certain
des
indifféremment les
voyant fréquenter & les femmes du prefemmes chaftes,
d'abord porté à
mier rang, on eft
la même concroire qu'elles ont toutes
d'autre
duite & qu'il n'y a entr'elles
celle du prix. Il faut
différence que
telle eft leur nature,
avouer auffi que leur parait pas comUne proftituée ne affez noirs 2 pour
mettre des crimes fociété des comperdre T'eftime & la
femmes font
En général, les
patriotes.
dans l'art de la coquettoutes verfées
par ce moyen
terie, elles fe permettent dans leurs protoutes fortes de libertés
d'autre
duite & qu'il n'y a entr'elles
celle du prix. Il faut
différence que
telle eft leur nature,
avouer auffi que leur parait pas comUne proftituée ne affez noirs 2 pour
mettre des crimes fociété des comperdre T'eftime & la
femmes font
En général, les
patriotes.
dans l'art de la coquettoutes verfées
par ce moyen
terie, elles fe permettent dans leurs protoutes fortes de libertés --- Page 530 ---
Essa 1
pos. Il n'eft donc
pas étonnant qu'on
les ait taxé de
libertinage ; mais encore une fois, il n'eft
pas général (a),
Maladies,
Il ya peu de maladies chez
un Peuple dont la nourriture eft fi
fimple, &
qui en général ne s'enivre prefque
mais (b). Ils ont
jaquelquefois la colique, & font fujets aux
éréfypeles & à
une éruption cutanée de puftules écailleufes qui approchent de la lépre. Ceux
des Naturels qui font malades,
totalement
2 vivent
éloignés du refte des habi-
(a) Cook, ,I, P. 457.
(b) L'ivrognerie, dit M. de
ve établie par toute la terre dans Montefquieu, la
fe troufroideur & de Thumidité du climat. Proportion de la
teur jufqu'à notre pole, vous
Paffez del l'équavrognerie avec les degrés de latitude. y verrez augmenter Tiéquateur au pole oppofé,
Paffez du même
aller vers le midi
vous y trouverez l'ivrognerie
Ce font. les diiférens comme elle avair été vers le nord,
befoins dans les différens
qui ont formé les différentes
climats
les hommes, Les
manieres de vivre parmi
chaud, & les uns boivent parce qu'ils ont trop
(Montefg. E(p. des autres Loix, parce qu'ils ont trop froid.
t.I, P. 316.) --- Page 531 ---
PISLE FOTAHITI. 79
SUR
les Européens ont pétans. Depuis que Inle, & qu'ils y ont
nétré dans cette
on voit
la maladie vénérienne, 2
porté
Natureis couverts d'ulcères
quelques
virulens ; ils les laiffent
qui paraiffent
des mouches,
à Tair 8 à la difcréion attention. Iln'y
fans y faire la moindre
où
de Médecins dans un pays
a pas
point de
lintempérance ne produit
l'Otamaladies. C'eft pourquoi lorfque
fouffre, il a recours à la fuperf
hitien
Prêtres font les feuls Métition, 8 les
fuivent pour
decins. La méthode qu'ils
la guérifon, , confifte en prieres,
opérer
récérémonies & en fignes 2 qu'ils
en
le malade meure
pétent jufqu'à ce que
ou recouvre la fanté.
font Connaiffan
Leurs connaiffances en chirurgie de ces chirure
prefque point gicales.
allez étendues ; iln'ya foit,. qui ne
Naturel, tel bleffé quil
Solander
(a). MM. Bank &
fe guérille
dans laquelle un
citent une occafion
Relat. de Cook, Bank & Soland. f II, P: 499,
(4)
en
le malade meure
pétent jufqu'à ce que
ou recouvre la fanté.
font Connaiffan
Leurs connaiffances en chirurgie de ces chirure
prefque point gicales.
allez étendues ; iln'ya foit,. qui ne
Naturel, tel bleffé quil
Solander
(a). MM. Bank &
fe guérille
dans laquelle un
citent une occafion
Relat. de Cook, Bank & Soland. f II, P: 499,
(4) --- Page 532 ---
E S S A 1
matelot Anglois s'étant mis une écharde
dans le pied . 2 en fouffrait extrêmement ; un vieil Otahitien préfent à
cette feène, examina le pied du matelot, il alla fur le rivage prendre un
coquillage qu'il rompit avec fes dents,
& au moyen de cet inftrument, il ouvrit la plaie 2 & en arracha l'écharde
dans l'efpace d'une minute. Il avait
apporté une efpèce de gomme qu'il
appliqua fur la bleffure, ill l'enveloppa
d'un morceau d'étoffe 2 & en deux
jours le malade fuc parfaitement guéri
(c). Ils ont l'ufage de faigner, mais ce
n'eft ni au bras ni au pied; un Taoaa,
Médecin ou Prêtre inférieur, frappe
avec un bois tranchant fur le crâne du
malade, il ouvre par ce moyen la veine
qu'on nomme Sagittale 2 & lorfqu'il a
coulé fuffifamment de fang, il ceint la
tête d'un bandeau qui affujettit l'ouver-
(a) Bank & Soland. t, II, P. 156.
ture : --- Page 533 ---
D'OTAMITI. 8t
SUR LISLE
on lave la: plaie
ture : le lendemain
avec de Peau (a).
en 1973, Suite des
Les Taitiens fe plaignaient,
com- maladies.
Vaiffeau Européen leur avait
qu'un
qui., à ce qu'ils
muniqué une maladie,
le gofier &
difaient, affeétait la tête,
mouTeftomac, & qui enfin les faifoit
la redouter beaucoup;
rir. Ils paraiffent
ils ont demandé à
& depuis ce tems,
l'avaient. Ils
plufieurs Voyageurs s'ils
appellaient cette maladie Apa-no-peppe, vénéils appellent la maladie
comme
maladie Anrienne Apa-no - pretane 2
univer-
-
conviennent
glaife 2 quoiqui'ils
de M. de
fellement que la Fregate dans leur Ifle.
Bougainville l'a apportée
Quoi qu'il en foit 5 on pourrait con-. de
clure que long-tems avant l'arrivée
Vaiffeaux Européens > ces Inquelques avaient cette maladie, ou quelfulaires
beaucoup;-
que autre qui lui reffemblait
M. Cook leur a entendu parler
car
(e) Boug. t, II, P. III,
F
glaife 2 quoiqui'ils
de M. de
fellement que la Fregate dans leur Ifle.
Bougainville l'a apportée
Quoi qu'il en foit 5 on pourrait con-. de
clure que long-tems avant l'arrivée
Vaiffeaux Européens > ces Inquelques avaient cette maladie, ou quelfulaires
beaucoup;-
que autre qui lui reffemblait
M. Cook leur a entendu parler
car
(e) Boug. t, II, P. III,
F --- Page 534 ---
E3SA1
d'Indiens morts avant cette époque 3
d'une maladie qu'il a jugé être la ma-,
vénérienne. D'ailleurs elle n'eft
ladie
moins répandue qu'elle ne l'écait
pas.
ce Voyageur vifita
en 1769 2 quand
fois
ces Ifes pour la premiere
(a)Ce
qu'il y a de conftant, c'eft qu'en.1767
maladie n'avait pas pénétré chez
cette
d'Otahiti. Suivant MM.
les habitans
homme de
Bank & Solander, aucun
contraêta la maladie
leur Equipage n'y
vénérienne; comme les Anglais eurent
commerce avec un grand nombre de
femmes, c'eft une preuve évidente que
cette maladie n'était pas encore répandue dans cette Ifle. Ceft à M. de Bougainville ou à moi, dit M., Bank, à
PAngleterre ou à la France , qu'il- faut
reprocher d'avoir infelé de cette pefte terrible une race de Peuples heureuxs mais
la confolation de pouvoir difculper ,
j'ai
maniere évidente, 0 &
Jur cet article,d'une
(a) Cook, LI, P. 450. --- Page 535 ---
PISLE D'OTAHITI 83
SUR
Cet aveu eft établi
ma patric & moi.
Journaux foigneufur des Liftes & des
& des morts
fement tenus, des malades différentes malaqu'ont occafionnées
à PAmirauté
dies. La copie eft dépofée
& fignée par les convar
d'Angletetre,
un malefcens. On y voit qu'excepté fur une
lade renvoyé en Angleterre
maflûte, le dernier enregiftré pour
fa
vénérienne, eft déclaré, par
ladie
le
du Chirurfignature & par rapport Décembre
avoir été guéri le 27
gien,.
de fix mois avant F'arrivée
1766, près
Anglais à Otade ces deux Navigateurs
Juin
hiti, où ils débarquerent en
1767,
infcrit pour la même
& que le premier
été mis entre
maladie, au retour 9 a
Février
les mains" du Chirurgien en Navifix mois après que lefdits
1768,
lIle 9 d'ou ils
gateurs eurent quitté
en Juillet 1767. Le Capitaine
partirent
fur l'EndeaCook, dans fon Voyage établie dans
vour, trouva cette maladie
le Voyage de M. de BougainlIle 2
F ij
7,
infcrit pour la même
& que le premier
été mis entre
maladie, au retour 9 a
Février
les mains" du Chirurgien en Navifix mois après que lefdits
1768,
lIle 9 d'ou ils
gateurs eurent quitté
en Juillet 1767. Le Capitaine
partirent
fur l'EndeaCook, dans fon Voyage établie dans
vour, trouva cette maladie
le Voyage de M. de BougainlIle 2
F ij --- Page 536 ---
EssAt
ville a été antérieur au fien : d'apres
cela., il eft aifé de conclure (a).
Les Otahitiens ont une fagacité étonfancesnatu- Connaif- nante à prévoir le tems qui arrivera s
relles:
du moins le côté d'où fouffera le
ou
manieres' de
vent. Ils ont plufieurs
pronoftiquer cet événement. Ils difent entre autres chofes, que la voie lactée'eft
toujours courbée latéralement t, tantôt
direétion
tantôt dans une
dans une
Sur les autre 2 & que cette courbure eft un
cems. effet de T'aétion que le vent exerce fur
elle de maniere que fi la courbure
une nuit, le vent
continue pendant
correfpondant fouffera le lendemain.
Ce principe s'oppofe diamétralement
idées
nous avons de la voie
aux
que
il eft auffi impoffilastée, 9 fur laquelle
ble que les vents aient de Tinfluence,
fur la puiffance qui la dirige. Mais
que
méthode
il fuffit de dire que quelque
qu'ils emploient pour prédire le tems 2
(4) Bank & Soland. t. II; P: 362, --- Page 537 ---
PISLE D'OTAHITI. 8s.
SUR
foufilera, ils
ou au moins le vent qui Dans leurs plus. Aftronofe trompent rarement.
fur le.mic.
ils fe dirigent
grands voyages,
& fur les étoifoleil pendant le jour,
toula nuit. Ils diftinguent
les pendant féparément par des noms;
tes. les étoiles
partie du
dans quelle
ils connaiffent
à chacun des mois
ciel elles. paraicront 2. fur T'horifon ; ils
oùr elles font vifibles
qu'on
favent auffi avec plus de précifion de Y'ancroire, le tems
ne le pourra
à paraitre &
née où elles commencent divifent le tems par Divifion
Ils
du tems
à dhifparaitre.
lunes : ils comptent
Malama ou par
& recommencent
treize de ces lunes,
de cette révoenfuite: par la premiere qu'ils ont une.
lution; ce qui démontre folaire. Il eft impofnotion de l'année
ils calcufible de connaître comment treize de
lent leurs mois, de façon que
en y
jours. 2
ces mois ont vinge-neuf
dans. leun de ces jours
comprenant
vifible. Ils. anquel la lune n'eft pas
gueres, fur
noncent, & ne fe trompent
F iij
de ces lunes,
de cette révoenfuite: par la premiere qu'ils ont une.
lution; ce qui démontre folaire. Il eft impofnotion de l'année
ils calcufible de connaître comment treize de
lent leurs mois, de façon que
en y
jours. 2
ces mois ont vinge-neuf
dans. leun de ces jours
comprenant
vifible. Ils. anquel la lune n'eft pas
gueres, fur
noncent, & ne fe trompent
F iij --- Page 538 ---
EssA I
le tems qu'il doit faire dans chacurt
des mois pour lefquels ils ont des noms
particuliers, Ils donnent un nom
ral à tous les mois pris
génd.
enfemble, quoiqu'ils ne s'en fervent que lorfqu'ils
ient des myfteres de leur
parjour eft divifé
Religion. Le
le
en douze parties 3 fix
pour jour, & fix pour la nuit; chaque partie eft de deux heures. Ils déterminent ces divifions avec affez d'exadtitude par l'élévation du foleil, lorf.
qu'il eft au-deffus de Thorifon. Il
encore quelques Naturels
y a
mentés qui pouffent plus loin plus leurs expéri.
connaiffances, en difànt à la feule
tion des étoiles quelle heure infpecs il
mais il y en a peu qui aient
eft;
de notions.
ces fortes
Nombres.
En comptant, ils vont de un à dix,
nombre des doigts des deux mains ; : &
quoiqu'ils aient pour chaque nombre
un nom différent, ils prennent ordinairement leurs doigts un- par un 5 & paf
fant.d'une main à l'autre,
jufqu'à ce --- Page 539 ---
D'OTARITI. 87.
SUR PISLE
nombre qu'ils
foient parvenus au
quils
Quand ils comptent
veulènt exprimer.
le nom de
au-delà de dix, ils répétent le mot plus :
ils y ajoutent
dix &
ce nombre,
onze;
dix & un de plus, 9 fignifie
& ainfi
douze 9
deux de plus, fignifie
verbale des
de fuite, c'eft l'exprellion arrivent à dix &
fignes d'algebre. S'ils
nouvelle dédix de plus 9 ils ont nombre. une
Lorfquils
pour ce
ils
nomination dix de ces vingtaines >
calculent
exprimer deux cens.
ont un mot pour
d'autres termes
On ne fait s'ils ont
nomde plus grands aient
l'exprellion
quils en
E ; il ne parait pas dix fois répétés,
befoin : car deux cens quantité fi forte
montent à deux mille;
pref
ne fe rencontre
pour eux, qu'elle leurs calculs (4). Ils
que jamais dans
plus fmple de
Les Mexicains ont une méthode
cela des
(a) les nombres. Is ont inventé pour La figure du
aéfigner caracteres ou fignes de pure Elle convention. fe répéte pour expricercle repréfente T'unité,
Fiv
quils en
E ; il ne parait pas dix fois répétés,
befoin : car deux cens quantité fi forte
montent à deux mille;
pref
ne fe rencontre
pour eux, qu'elle leurs calculs (4). Ils
que jamais dans
plus fmple de
Les Mexicains ont une méthode
cela des
(a) les nombres. Is ont inventé pour La figure du
aéfigner caracteres ou fignes de pure Elle convention. fe répéte pour expricercle repréfente T'unité,
Fiv --- Page 540 ---
Essa r
connaiffent encore moins l'art de mes
furer les diflances, que celui de former des nombres. Ils n'ont qu'un terme
qui répond à notre braffe : lorfqu'ils
parlent de la diftance d'un lieu à un
autre, ilss s'expriment, comme les Afiatiques, par le tems qu'il faut pour la
sner les petits nombres; des fignes particuliers
ment les nombres plus grands, & ily en a pour expri- défigner tous les nombres cardinaux depuis 20 jufqu'à
8000, Ils divifent l'année en r8 mois, chacun de 20
jours, qui tous enfemble font 36ojours. Ils ontobfervé
enfuite que le foleil ne faifait pas fa révolution toute
entiere dans cette période, ils ont ajouté cinq
à l'année. Ces cing jours intercalaires font joura
d'un nam fynonyme de furnuméraires
appellés
comme ils n'appartiennent à
au perdus. Et
aucun mois , pendant
toute leur durée il ne fe fait aucun travail, ni aucune
cérémonie religieufe. Si une différence tant approchée
entrel'année des Mexicains & l'année vraie, prouveque
ces peuples ont porté quelqu'attention à des recherches
& à des fpéculations aftronomiques; on peut en deduire à-peu-près le même principe à l'égard des Otahitiens relativement à leurs connaifances, d'ou l'qn
pourrait conclure que l'origine de ces peuples n'a pax
été dans un état parfait de barbarie. (Hift. de l'Amér.
par Robertfon, 4 II, P. 286.) --- Page 541 ---
E'OTAHITI 85
SUR PISLE
vers le
Il y a en France, lon exparcouric.
Provinces où
midi, quelques heures la diflance des
prime par des
lieux (a).
prérendent que Langage.
Tous les Voyageurs Infulaires eft facile à
la langue de ces les confonnes aigres
Toutes
apprendre. en font bannies 9 parce que
& fifflantes finiffent par une voyelle;
tous les mots
extrèmement. Il faut
ce quiles adoucit
difinguer les
une oreille délicate pour deleurs voyelmodifications nombreufes
délicadonnent une grande
les 9 qui
L'o & l'e font
teffe dans Yexprellion. devant la plus
les articles qu'ils mettent fubftantifs (b):
grande partie de leurs fe faffe fentir 9
La feule difficulté qui d'inflexion qu'ont
confifte dans le peu
Cette langue
les noms & les verbes.
d'un
de noms qui aient plus
a peu
de verbes qui aient plus
cas, & peu
Relat. de Cook , Bank & Soland, t. II, p-499
(a) (b) Cook, t, I, P. 303+
ion. devant la plus
les articles qu'ils mettent fubftantifs (b):
grande partie de leurs fe faffe fentir 9
La feule difficulté qui d'inflexion qu'ont
confifte dans le peu
Cette langue
les noms & les verbes.
d'un
de noms qui aient plus
a peu
de verbes qui aient plus
cas, & peu
Relat. de Cook , Bank & Soland, t. II, p-499
(a) (b) Cook, t, I, P. 303+ --- Page 542 ---
Ess A I
d'un tems. Malgré cela 2 ils joignent
à leurs paroles des geftes fi expreffifs
qu'un étranger peu facilement
s
dre ce qu'ils difent (a).
comprenMufique, Ces Infulaires n'ont pas pouffé à un
fi haut point de perfeétion l'art de la
mufique, que les autres connaiffances,
Ils jouent d'une flôte de bambou à trois
trous ; iis foufflent dedans avec le nez,
tandis que d'autres Naturels chantent.
Toute la mulique vocale & inftrumentale confifte en trois ou quatre notes
entre les
s
demi-notes, 2 & les quarts de
notes ; car ce ne font ni des tons 2 ni
des demi-tons. Ces notes, fans variété
& fans ordre 9 produifent feulement
une efpèce de bourdonnement léthargique, qui ne bleffe pas l'oreille par
des fons difeordans, mais qui ne fait
aucune impreffion agréable fur l'efprit.
Il eft furprenant que le goût de la mufique foit fi général fur la terre, tan-
(a) Relat. de Cook, Bank & Soland. tH, P. 499 --- Page 543 ---
TOTARITI 51
SUR TISLE T'harmonie font fi
dis que les idées de. Nations diverfes:
ditiéientes parmi les
inftruOtahitiens ont auffi pour
Les
de tambour, 2 fur lement une efpèce leurs mains & leurs
quel ils font agir
(a). Il eft à
doigts au lieu de baguettes
ces
dans les danfes 5
remarquer que
la mefure avec auInfulaires obfervent de
que
d'exa@litude 8
précifion
tant
danfeurs fur les théâtres
les meilleurs
d'Europe.
Ile, outre le Commercei
Les habitans de cette
qu'ils font
commerce extraordinaire les échanges de
avec les étrangers par
contre des
cochons 8 de volailles 2 & des ufclous, des plumes rouges, continuel
tenfiles en fer 2 en ont un" font à l'eft
les Illes voifines qui
à
avec
commerce confifte
d'Orahiti. Leur étoffes 8 des provifions
changer leurs
des perles fines &
de bouche, contre
feraient fort
des foies de barbets, qui
(4) Cook, t. I, P-331
avec les étrangers par
contre des
cochons 8 de volailles 2 & des ufclous, des plumes rouges, continuel
tenfiles en fer 2 en ont un" font à l'eft
les Illes voifines qui
à
avec
commerce confifte
d'Orahiti. Leur étoffes 8 des provifions
changer leurs
des perles fines &
de bouche, contre
feraient fort
des foies de barbets, qui
(4) Cook, t. I, P-331 --- Page 544 ---
Essa T
eftimées dans nos climats. Il eft à obs
ferver que toutes les graines
d'Europe,
excepté celles du melon, de
& de
moutarde
creffon-, y croiffent facilement
& avec abondance
(a). Ce qui contribue le plus à cette
elpèce de commerce
de ces Infulaires
aveç ceux . des Ifles
voilines, c'eft que l'air y étant
ceux-ci ne
pur 2
craignent pas de prendre
(a) Bougainv. t. III, P. 88.
Les Indiens ont leurs
maniere de vivre, Notre arts, qui font adaptés à leur
ni nos befoins être
huxe ne fauraie être le leur,
demande, ni ne leur leurs befoins. Leur climat ne leur
vient de nos climats. Ils permet prefque rien de ce qui
le Peu de vêtemens
vont en grande partie nuds;
nit convenables. Hs qu'ils ont, le pays le leur fourtaux, qui. leur font n'ont donc befoin que de nos mé.
infiniment
fer, qui font les fignes de valeurs effentiels 9 fur-tout le
ils donnent des marchandifes
9 & pour, lefquels
ture de leur pays leur
que leur frugalité & la naAinf de tous les
Procurent en grande abondance.
Voyageuraqui tems 1 comme aéluellement 9 les
négocieront aux Indes y porteront
métaux, & n'en rapporteront
des
à réféchir fur le bien
pas. C'cft à ta politique
ou le mal de cette
merce. (Montelq. Elp. des Loix,
elpèce de comtI, P. 468.) --- Page 545 ---
PISLE D'OTAHITI: 93
SUR
Infulaires, &
des maladies des autres
y eft
L'air en général
réciproquenient.
la chaleur qui eft
fi pur, que malgré
les alimens s'y
quelquefois excréme,
que dans des
confervent plus long-tems
climats où il fait une chaleur également ni
forte. On n'y trouve ni grenouilles, efpèce:
ni ferpens d'aucune
crapauds 7 & les mouches qui y font
Les fourmis
font les feuls infeétes
en petit nombre,
fud-eft de FIle
incommodes. La partie
être mieux culivée & plus peufemble
Chaque jour il y
plée que les autres. chargés de différens
arrive des bateaux les étrangers qui
fruits 3 de forte que
des provifions
y abordent, y trouvent &
conféquantité , par
en tres-grande bas prix que dans tout
quent à plus
PIne. Le Aux & le
autre : canton de
font peu confirefux de la marée y eft irrégulier 2
dérables, 8 fon cours
les vents
parcequielle eft maitrifée par de Teft
foufflent ordinairement
qui y
ce font le plus
au fud-fud-eft, &. que
que
des provifions
y abordent, y trouvent &
conféquantité , par
en tres-grande bas prix que dans tout
quent à plus
PIne. Le Aux & le
autre : canton de
font peu confirefux de la marée y eft irrégulier 2
dérables, 8 fon cours
les vents
parcequielle eft maitrifée par de Teft
foufflent ordinairement
qui y
ce font le plus
au fud-fud-eft, &. que --- Page 546 ---
Ess A f
fouvent de petites brifes (a). Il
quelque diftance d'Orahiti
ya,à
nommée Bolobola,
2 : une Ifle
qui dans
fuivant le rapport des
Forigine,
à faire un lieu d'exil Naturels, a fervi
nels. Cet
pour les, crimiufage a duré pendant quelques années ; mais le nombre des exilés s'accrut tellement par les transfuges
qui vinrent s'y rendre volontairement;
pour fe foufraire la punition de leurs
ctimes, que les: produéions de cette
Ille devenant infuffifantes pour la fubfiftance des habirans, la néceflité
fait des pirates, Ils font
en' a
fouvent : en
guerre avec les Orahitiens, à caufe des
prifes des pirogues qu'ils font
lement , (6).
journelment. Gouverne-: Quoique cette caufe foit réellement
un manque de bonheur dans la maniere
d'être des
Otahitiens, 5 l'on va voir que
plulieurs autres caufes font
pour ces
(a) Bank & Soland. t. II; P. 161,
(5) Bougainville, t.III, P. 100. --- Page 547 ---
PISLE D'OTAHITI. 95
SUR
puifPeuples des motifs encore plus d'ef
même
fans de déplaifirs 2 peutêtre de leur Gouclavage, 2 dans la forme Loix, de leur
vernement 2 de leurs dans ce
Religion. En général,
pays, durades campagnes alfez
la fertilité
le
même pendant Thiver 2 peut
ble,
riches payfages qu'ait
difputer aux Nature plus fur les diverfes parrépandu la
La douceur du climat,
ties du globe.
pref
& la bonté du fol, qui produir
culture toutes fortes de végéque fans
femblent affurer la
taux nourriffans., 2
En confidérant
félicité des Naturels.
le bonheur dans ce monde,
ce qu'eft de Nation dont le fort pail n'eft pas
celui des Otaraifle plus défirable que
accroît en
hitiens. La popularion s'y
les
de la culture : car plus
proportion de fublifter font faciles , plus
moyens
nombre, delà
les befoins font en petit
les plaines
T'aifance. Ona déja dit que les feules
& les vallées étroites font
des
habitées, quoique la plupart.
partics
ce monde,
ce qu'eft de Nation dont le fort pail n'eft pas
celui des Otaraifle plus défirable que
accroît en
hitiens. La popularion s'y
les
de la culture : car plus
proportion de fublifter font faciles , plus
moyens
nombre, delà
les befoins font en petit
les plaines
T'aifance. Ona déja dit que les feules
& les vallées étroites font
des
habitées, quoique la plupart.
partics --- Page 548 ---
Ess A Z
collines foient très-ptopres à la culture , & capables de nourrir un nombret infini d'hommes.
dans la
Peut - être que
frite, fi la population s'accroif
fait confidérablement
les
Naturels
mettraient en culture les diftriêts
leur font maintenant
qui
inutiles &
flus. La diftinéion
fupertrop manifefte des
rangs, qui fubfife à Otahiti, n'affeéte
pas autant la félicité du peuple qu'on
ferait porté à le croire.
Ilyà un Souverain 2 Général, &. différentes claffes
de fujets, telles que celles d'Arie, de
Manachouna & de Towtow
, qui ont
quelques rapports éloignés avec le
vernement féodal. La fimplicité de Gote
maniere de vivre ; tempère ces diftinctions; & ramene l'égalité. Dans une
contrée où le climat & la Coutume
n'exigent pas un vêtement
où il eft aifé de cueillir à complet ;
affez de plantes
chaque pas
habitation
pour en formér une
décente, commode &
reille à toutes les autres
pa3 ou, avec
peu --- Page 549 ---
PISLE DOTAHITI. 297
SUR
individu fe propéu de travail, chaque
à la vie,
cure tout ce qui eft néceffaire connaitre
on ne doit pas beaucoup Il eft vrai que
l'ambition & Y'envie.
preffamilles poffédent
les premieres
quelques articles de
que exclufivement le poiffop 2 la voluxe, les cochons, mais le défir de
laille & les étoffes ;
tout au plus
fatisfaire fon appétit, peut individus, mais
rendre malheureux les
de
la Nation. La populace
non pas
eft infortunée,
quelques Etats policés mettent aucun
que les riches ne
parce
: mais à Otahiti,
frein à leurs plaifirs élevé & T'homentre Thomme le plus
cette difle.
vil, il n'y a pas
me
plus
dans les Etats polifubfifte
tance qui
& un Laboucés, entre un Négociant Infulaires pour
L'affedion des
reur.
remarque dans toules Earées 2 qu'on donne lieu de fup:
tes les occafions,
comme une
pofer qu'ils fe regardent
leurs
feule famille 20 2 & qu'ils refpeêtent de leurs
dans la perfonne
vicillards
G
plus
cette difle.
vil, il n'y a pas
me
plus
dans les Etats polifubfifte
tance qui
& un Laboucés, entre un Négociant Infulaires pour
L'affedion des
reur.
remarque dans toules Earées 2 qu'on donne lieu de fup:
tes les occafions,
comme une
pofer qu'ils fe regardent
leurs
feule famille 20 2 & qu'ils refpeêtent de leurs
dans la perfonne
vicillards
G --- Page 550 ---
EssAI
chefs, d'où l'on peut conclure
que
lorigine de ce Gouvernement eft patriarchale : & qu'avant que la conftitution eût pris la forme actuelle, la
vertu : élevait feule peut-6 être au titre
de Pere du peuple. La familiarité qui
regne entre le Souverain & le
offre
fujet 2
encore des reftes de la fimplicité
antique. Le dernier homme de la Nation parle auffi librement au Roi qu'à
fon égal; il a le plaifir de le voir auffi
fouvent qu'il le défire. Ces entrevues
deviendront plus difficiles dès que le
defpotifne commencera à s'établir. Le
Prince pour donner des marques d'égalité, 2 s'amufe quelquefois à faire les
mêmes travaux que fes fujets ; & n'étant pas encore dépravé par les fauffes
idées de nobleffe & de grandeur
il
rame fouvent fur fa pirogue, fans croire
qu'il déroge à fa dignité (a). On ne
(a) Les Relations de la Chine parlent de la céréma.
nie d'ouvrir les terres que l'Empereur fait tous les ans, --- Page 551 ---
PISLE D'OTAHITI. a 99
SUR
fi
combien durera une égalité
fait pas
Tindolence des Chefs
heureufe, 2 puilfque
à fa deftruétion,
eft un acheminement inépuifable du fol.
malgré la fertilité chargés de la culQuoique les Towtoiws maintenant le
fentent à peine
ture,
infenfiblement il s'appoids du travail,
le nombre des
pefantira fur eux ; car
en
chefs & des riches doit s'augmenter
plus grande proportion que
beaucoup
la raifon feule
leur propre claffe 2 par abfolument rien.
les chefs ne font
que
de travail produira
Cet accroiffement
ils
mauvais effet fur leur phyfique,
un
& leurs OS
deviendront mal conformés,
les peuples au travail par un acte
On a voulu exciter
public & folemnel:
de la troifeme DynafVanty, troifieme Empereur fes
mains, & fit tratie, cultiva la terre de Palais, propres TImpératrice & fes
vailler. à la foie, dans fon
femmes. (Hifade la Chine.) il avait un jour de l'anChez les anciens Perfes, leur Y fafte pour manger
née où les Rois quittaient des Perfes.)
avec les laboureurs. (Relig.
Gij
lu exciter
public & folemnel:
de la troifeme DynafVanty, troifieme Empereur fes
mains, & fit tratie, cultiva la terre de Palais, propres TImpératrice & fes
vailler. à la foie, dans fon
femmes. (Hifade la Chine.) il avait un jour de l'anChez les anciens Perfes, leur Y fafte pour manger
née où les Rois quittaient des Perfes.)
avec les laboureurs. (Relig.
Gij --- Page 552 ---
1OO
Essat
s'affibliront, de robuftes qu'ils
Plus expofés à l'aion du
étaient:
peau fe
foleil, leur
noircira ; 1 en profituant leurs
filles dès le
Grands,
bas-age aux plaifirs des
2 la race deviendra infiniment
petite. Ces êtres
bien nourris & précieux, bien
au contraire,
ferveront tous les
entretenus 3 conavantages d'une taille
extraordinaire 3 d'une élégance
rieure de formes & de
fupéteint plus
traits, & d'un
blanc, en fe livrant à leur
appétit vorace, & en paffant leur vie
dans une entiere oifiveté, Enfin le
ple s'appercevra de cet
peucaufes qui l'ont
efclavage & des
produit , & le fentiment naturel des droits de l'homme fe
ranimant en lui,, il doit y avoir une
révolution néceffaire. Tel eft le cercle
naturel des. chofes humaines ; mais rien
n'annonce de fitôt un pareil
ment. On ne faurait
changeEuropéens,
trop répéter aux
que Tintroduallon des befoins faétices hâtera cette fatale
S'il en coûte le bonheur des Nationa époque, --- Page 553 ---
PISLE D'OTAHITI. tof
SUR
connaitre le caraétère de quelques
pour
il ferait à délirer que la mer
indvidus;
inconnue à YEurope
du Sud fut reftée
Le Roi
habitans (a).
& à fes inquiets
de confeils
entouré
eft continuellement
part au
qui ont une grande
judicieux 7
On ne fait pas au jufte
gouvemement
comme
s'étend fon pouvoir
jufqu'oh
autorité il a fur les
Roi, ni quelle
concourir
chefs; tout parait cependant
Relat. de Forfter s. Gook., t. L,P. 393.
(a)
qui a donné aux
La, nature, dit M. de Montefquicu, les rendtimides, leur
Indiens en ginéralune faiblefe af qui vive que tout lès frappe
a donné aufi une imagination accorder cette faiblefe avea
à Pexcès. Mais comment leurs coutunes. , leurs pénitenees
leurs adions atroces 2
cantons 2 il en faut
barbares ? Les Indiens de quelqus autres, tyfounct
excepter ceux d'Orahiti & quelques les femmes s'y brilens
tant à des maux incroyabfes; toutes vivantes.; voila
elles-mémes, ou senfevelillne dé faiblelfe. Mais cette mâme
bien de la force pour tant leur fait craindre la mort, fert
délicatelf d'organes qui mille chofes plus que la mort.
aufi à leur faire redouter leur fait fuir tous les périlss
C'oflan même femfibilits qui
Efp. des Loix,
6 les" leur fait tous braver. (Montelg.
LI, p.3:0.)
Giij
; toutes vivantes.; voila
elles-mémes, ou senfevelillne dé faiblelfe. Mais cette mâme
bien de la force pour tant leur fait craindre la mort, fert
délicatelf d'organes qui mille chofes plus que la mort.
aufi à leur faire redouter leur fait fuir tous les périlss
C'oflan même femfibilits qui
Efp. des Loix,
6 les" leur fait tous braver. (Montelg.
LI, p.3:0.)
Giij --- Page 554 ---
EsiSA I
àl'état floriffant de I'Ille. Il eft facheux
qu'on sonnaiffe fi
fuperficiellement ce
gouvernement; Car on ne fait pas par
quelle liaifon & par quel rapport tant
de claffes, 2 d'ordres, de fonêtions. &
d'emplois différens - 2 forment un corps
politique. A. bien réfléchir, 3 on
cependant afligner à ce
peut
gouvernement,
comme on l'a déja dit, la forme d'une
adminiftration féodale; à en juger fur
le rapport des Voyageurs & des Philofophes, 9 elle a de la ftabilité, & fa
forme n'a prefque rien de vicieux, Les
Eowas & les Whannos
jours avec le Roi;
mangent touexcepté les
il n'y a. aucun Infulaire
Towtows,
de
qui foit exclus
ce privilége : mais il n'eft point queftion de femmes ; elles ne.
mais avec les hommes,de mangent jaqu'elles foient,
quelque rang
Malgré cette efpèce
d'établiffement
fonne du Roi monarchique 2 la pern'a rien qui puiffe le
ditinguer, aux yeux d'un étranger, du
refte de fes
fujets : il eft vêtu d'une --- Page 555 ---
PISLE D'OTAHITI. 103
SUR
piece d'étoffe commune > enveloppée
de maniere qu'il
autour de fes reins 2
il
femble fuir toute pompe inutile ;
affeête même de mettre plus de fimplicité dans fes manieres, qu'aucun-audes Grands de fa.Cour. En génétre les Chefs de ces Illes font plus
ral,
le
: ne
aimés que craints par
peuple
peut- on pas en conclure qu'ils gouvernent avec douceur & équité ?
& Loix.
les Earées
C'eft un ufage parmi
Infulaires d'un rang diftingué,
les autres
àvec les Towtows,
de ne jamais fe marier
à la leur.
ou dans des claffes inférieures
des
eft probablement une
Ce préjugé
les fograndes caufes qui produifent
Eaéotes, oùr un grand
ciétés appellées & de femmes fe réunombre d'hommes & mettent en comniffent en corps,
maris.-Ileft
leurs époufes & leurs
mun
fociétés empéchent incertain que ces
des claffes fufiniment l'accroiffement
dont elles font uniquement
péricures,
Giv
leur.
ou dans des claffes inférieures
des
eft probablement une
Ce préjugé
les fograndes caufes qui produifent
Eaéotes, oùr un grand
ciétés appellées & de femmes fe réunombre d'hommes & mettent en comniffent en corps,
maris.-Ileft
leurs époufes & leurs
mun
fociétés empéchent incertain que ces
des claffes fufiniment l'accroiffement
dont elles font uniquement
péricures,
Giv --- Page 556 ---
EssA I
compofées. Dans ces fociétés, les freres
& les foeurs peuvent fe conjoindre
La conftitution
(a).
politique de cette Ifle,
eft la même que celle des
Peuples anciens dans beaucoup de manieres. Les
Chefs des Diftriats de Taiti,
par exemple, n'ont aucun refpeét pour le' Souverain par excellence (6). Ceci revient
affez à ce que l'on a toujours
que les hommes
penfé 3
parvenus au même degré de civilifation 3 fe reffemblent les
uns les autres plus qu'on ne le croit,
même aux deux extrêmités du monde. 2
S'il furvient des conteftations entre les
habitans touchant la propriété de terres, 3 le plus fort fe met en poffeffion
du terrein contefté ; mais le plus faible
porte fes plaintes à T'Earle, qui, dans
les vues politiques de maintenir
lité entre fes
l'égafujets, 2 manque rarement
(4) Cook, t. II, P. 369.
(6) Relat, de Forfter, Cook, t. II, P. 356. --- Page 557 ---
LISLE D'OTAHITII 105
SUR
la terre qui
d'accorder au plus pauvre
Quoique ce Peuple,
était en litige (a).
l'art d'écrire, ,
qui ignore entiérement
avoir
conféquent ne peut
& qui par fixées
un titre permades Loix
par vivre fous une
nent 2 ne paraiffe pas
il
forme réguliere de gouvernement 2
cependant parmi les Naturels
regne fubordination qui reffemble beauune
état de toutes les
coup au - premier
lors du GouverNations de l'Europe, 2
li-,
féodal, -qui accordait une
nement
nombre
berté licentieufe à un petit
&x qui foumettait le refte
d'hommes 2
difvil efclavage. II y a quatre
au plus ordres dans la fociété ; PEarée
férens
le
PEarée ou Baron;
rahée ou Roi;
& le Towtow ou
Manahounis ou vaffal,
deux
L'Ie étant divifée en
payfan.
il
a dans chacune un
péninfules, 9
y
Earée rahée, 2 qui en a la fouveraineté.
Ces deux efpèces de Rois font traités
(4) Boug- tom. III, p.78.
au plus ordres dans la fociété ; PEarée
férens
le
PEarée ou Baron;
rahée ou Roi;
& le Towtow ou
Manahounis ou vaffal,
deux
L'Ie étant divifée en
payfan.
il
a dans chacune un
péninfules, 9
y
Earée rahée, 2 qui en a la fouveraineté.
Ces deux efpèces de Rois font traités
(4) Boug- tom. III, p.78. --- Page 558 ---
IO6
Es S AI
avec beaucpup de refpeêt par les Taitiens de toutes les claffes ; mais ils ne
paraiffent pas exercer autant d'autorité
que les Earées en exercent dans leurs
Diftriats. Les Manahounis cultivent le
terrein qu'ils tiennent du Baron, &
les Towtows font les travaux les plus
pénibles ; ils cultivent la terre fous la
direétion des
Manahounis, qui ne font
que des cultivateurs de nom (a). Ils
vont chercher le bois & l'eau, ils
apprêtent les alimens 2 & font auffi le
métier de pêcheurs.. En général, chacun des Earées a une efpèce de Cour,
compofée des fils cadets de fa Tribu,
qui ont chacun différens emplois au-
(a) La culture des terres eft le plus grand travail des
hommes. Plus le climat les porte à fuir ce travail, plus
les loix doivent y exciter. Ainf les loix des Indes qui
donnent les terres aux Princes, & aux fujets la peine de
les cultiver, ôtent aux particuliers l'efprit de propriété,
augmentent les mauvais effets du climat,
la
c'etsà-dire,
pareffe naturelle & le dégoût du travail. (Montef.
Elp. des Loix, I, P.312.) --- Page 559 ---
PISLE DOTAHITI: 107
SUR
(a). Il eft d'ufage
près de fa perfonne
la
enfant foit Souverain pendant
qu'un
fuivant la coutume
vie de fon pere ;
naiffant au titre
du pays, il fuccède en
choifit alors
& à l'autorité du pere. On
; mais le pere du nouveau
un Régent
ordinairement fa
Souverain conferve
fon
place, à ce titre, , jufqu'à ce que lui.
fils foit en âge de gouverer par de cet
même. On s'écarte: quelquefois Souufage, lorfque le pere du nouveau
fait
aétion éclatante
verain a
quelque
dans la guerre ; mais pour prévenir 2
mal, les défordres
par un plus grand
la commune
que pourrait occafionner à fuccéder à la
prétention des enfans
cruelle
fouveraineté, ily a une politique
Il
les fait étouffer en naiffant (b).
qui
que fous un
eft difficile d'appercevoir
& fi grofGouvernement fi imparfait
admidiftributive foit
fier, la juftice
Relat.de Cook, Bank & Soland. t. 1I, p.522
(a) (P) Relat. de Cook, s Bank & Soland. t,1I, P.407-
la
prétention des enfans
cruelle
fouveraineté, ily a une politique
Il
les fait étouffer en naiffant (b).
qui
que fous un
eft difficile d'appercevoir
& fi grofGouvernement fi imparfait
admidiftributive foit
fier, la juftice
Relat.de Cook, Bank & Soland. t. 1I, p.522
(a) (P) Relat. de Cook, s Bank & Soland. t,1I, P.407- --- Page 560 ---
Es S A I
niftrée fort équitablement : mais il doit
aufli y avoir peu de crimes dans un
pays où il eft fi facile de fatisfaire fes
goûts & fes palfions, & où par conféquent les intérêts des hommes ne
font pas fouvent oppofés les uns aux
autres (a).,
Les Otahitiens n'ayant ni monnoie,
ni figne fiétif qui lui reffemble, il n'y
a donc dans l'Ifle aucun bien
permanent dont la fraude ou la violence
puiffent s'emparer 3 & fur lequel elles
puiffent exercer leur empire (b). On
(a) Le peuple des Indes eft doux, tendre, compatiffant ; auffi fes légiflateurs ont-ils une grande confiance en lui. Ils ont établi peu de peines, , & elles font
peu féveres; elles ne font pas même rigoureufement
exécutées. Il femble qu'ils ont penfé que chaque citoyen devait fe repofer fur le bon naturel des autres,
Heureux climat qui fait naitre la candeur des mceurs,
& produit la douceur des loix : (Montefq. E(p. des
Loix,t.I,P P- 323.)
(b) Ce qui affure le plus la liberté des peuples
ne cultivent point les terres, c'eft que la monnoie leur qui
eft inconnue, Les fruits de la chaffe, de la pêche, ne --- Page 561 ---
PISLE D'OTAHITI 109
SUR
où les Loix
doit ajouter que par-tour
au compoint de reftridion
ne mettent
il y a peu' d'adulmerce des femmes, 2 hommes: Ces Intères de la part des
comme chez
fulaires font voleurs; mais
de
ne peut éprouver
eux perfonne
ou tirer de grands
grands dommages, il n'a pas été nécefprofits du vol,
délit
des châfaire de réprimer ce
par T'adultère
Cependant le vol '&
timens.
les couquelquefois , quand
fe puniffent
délit : dans
pables font pris en flagrant
la
ou de délit 2
tous les cas d'injure
de Fofdu coupable dépend
punition
la punition n'eft autofenfé. Comme
ni fe gars'affembler en affez grande trouve quantité en état de corpeuvent der affez, pour qu'un homme fe lieu que lorfqu'on a des
rompre tous les autres 5 au faire un amas de ces fignes
Signes de richeffes, on peur l'on veut. Chez les peuples qui
&cles diftribuer à qui chacun a peu de befoins, &
n'ont point de monnoie,
L'égalité eft donc
les fatisfait aifément & également. font-ils point defpotiquese
forcée, auffr leurs Chefs ne
(Montelg, Efp- des Loix, tI, p-390.)
qu'on a des
rompre tous les autres 5 au faire un amas de ces fignes
Signes de richeffes, on peur l'on veut. Chez les peuples qui
&cles diftribuer à qui chacun a peu de befoins, &
n'ont point de monnoie,
L'égalité eft donc
les fatisfait aifément & également. font-ils point defpotiquese
forcée, auffr leurs Chefs ne
(Montelg, Efp- des Loix, tI, p-390.) --- Page 562 ---
IIO
EsSA I
rifée par aucune Loi, & qu'il n'y a
point de Magiftrat chargé de la vindiéte publique 3 le coupable échappe
fouvent au châtiment 2 à moins que
l'offenfé ne foit le plus fort. Cependant un Chef punit fes fujets immédiats, quand ils commettent des fautes
à l'égard les uns des autres 5 il châtie
même les Infulaires qui ne dépendent
pas de lui, - lorfqu'ils font furpris coupables de quelque délit dans fon propre Diftriet (a). Malgré cela, la dif
tinétion des rangs eft fi marquée à Otahiti , & la difproportion fi cruelle, 9
que. les Rois & les Grands ont droit
de vie & de mort fur leurs efclaves
& valets ; il y a même une claffe de
ces malheureux qu'on choilit pour fervir de viétimes dans les facrifices (6).
Les Morai, dont on a déja parlé 2
Religion.
(a) Relat. de Cook, Bank & Soland. t II, P. 525.
(b) Bougainv. t. II, P. 108. --- Page 563 ---
PISLE D'OTAHITII I1T
SUR
Cimetieres que des
font autant des
approche
-lieux de culte. L'Orahitien & une
de fon Morai avec un refpeat
Il ne croit pas
dévotion incroyables. renferme rien
cependant que ce lieu
adorer une
de facré , mais il y vient
n'en
Divinité invifible ; & quoiqu'il
de récompenfe , & qu'il I
attende pas
de châtiment 2 il exn'en craigne pas
adoration & fes
prime toujours fon
la
refde la maniere
plus
hommages
humble. Lorfqu'il
pedtueufe & la plus
d'un Morai pour y rendre un
approche
fon ofculte religieux, ou qu'il porte
frande à l'autel, qui confifte en pluqu'ils nomment Oora 2 &
mes rouges fur la tête d'un perroquet
qui croiffant
comme des fymverd; font employées
ou des Divinités ;
boles des Estuas,
religieudans toutes leurs cérémonies
il fe découvre toujours le corps
fes (a), ,
(e) Cook; t. H, P. 371.
d'un Morai pour y rendre un
approche
fon ofculte religieux, ou qu'il porte
frande à l'autel, qui confifte en pluqu'ils nomment Oora 2 &
mes rouges fur la tête d'un perroquet
qui croiffant
comme des fymverd; font employées
ou des Divinités ;
boles des Estuas,
religieudans toutes leurs cérémonies
il fe découvre toujours le corps
fes (a), ,
(e) Cook; t. H, P. 371. --- Page 564 ---
E S S A. 1
jufqu'à la ceinture : fes regards & fon
attitude montrent aflez que la difpolition de l'ame répond à l'extérieur. Ces
Peuples ne font pas idolâtres ; ils n'a-.
dorent rien de ce qui.eft l'ouvrage de
leurs mains, ni aucune partie vifible de
la création ;. ils adoptent feulement certains oifeaux particuliers, auxquels ils
attachent des idées fuperftitieufes relativement à la bonne & à la mauvaife
fortune ; ils ne les tuent jamais, & ne
leur font aucun mal ; cependant ils ne
leur rendent aucune efpèce de culte (a).
(a) Relat. de Cook, Bank &c Soland. t. II, P. 52r.
Dans quelques tribus des Indes, une des plus grandes marques d'un refpect fuperftitieux eft, que ces Ind
diens ne connaiffent point de bonheur plus grand. que
celui de tenir en mourant la queue d'une vache. Comme ces peuples croient àla métemplycofe, ils s'imaginent que dans cette attitude leur ame paffe en direction dans le corps de cet animal, & ils ne peuvent pas
lui fouhaiter une demeure plus agréable. On faitl'ufage
qu'ils font de fes excrémens dans leurs ablutions &
leurs purifications. Euffent-ils commis le plus grand
crime, ils fe croient fanélifiés dès qu'ils s'en font frottés depuis les pieds jufqu'àla tête: (Hift, des Indes.)
Le --- Page 565 ---
PISLE D'OTAHITI. 113
SUR
fabLes Otahitiens croient quel'ame d'ailla mort; ils imaginent
fifte après
du lieu our lon.
leurs qu'elle erre autour elle était unie; -
a dépofé le corps auquel adions des vivans, &
qu'elle oblerve les
du plaifir de voir des témoignages
goûte
& de douleur. Leur religion
d'affedion.
& défigude myfteres,
eft enveloppée.
apparentes.
rée par des contradidlioss eft différent du
Leur langage religieux Un des Chefs, dit le
langage ordinaire
demanda très-f6Capitaine Cook, nous
Dieu eatua
ricufement 2 f nous avions un
& f nous.le prions.
dans notre pays, dimes
nous reconnaif
Quand nous lui invifible que qui a créé toufions une Divinité
lui adrefions nos
tes chofes, & que nous
il
des reil fut 2 fort content; fit
pridtes,
& il femblait
fur. nos réponfes.,
flexiogs
les idées de fes companous. avouer que
aux nôtres en ce
triotes correfpondaient
points (a).
(4). Cook, t. I, P. 345.
H
dimes
nous reconnaif
Quand nous lui invifible que qui a créé toufions une Divinité
lui adrefions nos
tes chofes, & que nous
il
des reil fut 2 fort content; fit
pridtes,
& il femblait
fur. nos réponfes.,
flexiogs
les idées de fes companous. avouer que
aux nôtres en ce
triotes correfpondaient
points (a).
(4). Cook, t. I, P. 345.
H --- Page 566 ---
Ess A I
Tout fertà nous convaincre que l'idée
fimple &j jufted'un Dieuaété conrue des
hommes dans tous les âges & dans tous
les pays; & que ces fyfémes embrouillés & abfurdes d'idolâtrie,
3 qui déshonorent T'hiftoire de prefque. toutes les
Nations, ont été inventés par des impofteurs. L'amour de la domination ou
le goût du plaifir & de l'indolence inf
pirerent toujours aux Prêtres paiens Pidée d'affervir l'efprit des
éveillant la
peuples en
fuperftition.
Idées rela- Les Otahitiens
tives à la
imaginent que tout
Keligion, ce qui exifte daris l'univers
provient
originairement de l'union de deux êtres.
Ils donnent à la Divinité
fuprême un
de ces deux premiers êtres, le nom de
Taroataihércomoo ; ils appellent Tepapa
l'autre qu'ils croient avoir été un rocher;
ils ont engendré concurremment &
par
conjonêtion les 13 mois & les jours. Ils
fuppofent que les Dieux, qui font le
foleil & la lune, ont engendré une certaine quantité d'étoiles, & qu'elles fe --- Page 567 ---
PISLE DOTAHITII IIS
SUR
d'elles-mémes. Ils ont
font mulripliées
le même fyftême par rapport aux planeIls fuppofent que les, éclipfes
tes (a). être le tems de la copulation.
doivent
la
que la plus
Ils font dans perfiafion
à
partie de la terre eft placée
grande
diftance à l'orient de leur
une grande
détachée du continent,
Ifle, qui a été
vers la
la Divinité le trainait
tandis que
s'être décidé fur la forme
mer, avant de devait lui faire pren-
& l'afpest qu'il
aufli qu'il y a une
dre (b). Ils croient
nominférieure de Dieux qu'ils
race
ils leur actribuent la forment eatuas j
homme; ils étaient
mation du premier
mâles & femelles 2 car ils prétendent
homme entrainé
encore que ce premier
fon
l'inftinét univerfel à propager
par
d'autre femelle que
efpèce, n'ayant pas
s'unifen eut une fille, & que
fa mere,
fille ils donnerent naiffant avec cette
Relat. de Cook, Bank & Soland. t. II, p:514
(4) (b) Boug, tom, III, P. 77.
Hij
mation du premier
mâles & femelles 2 car ils prétendent
homme entrainé
encore que ce premier
fon
l'inftinét univerfel à propager
par
d'autre femelle que
efpèce, n'ayant pas
s'unifen eut une fille, & que
fa mere,
fille ils donnerent naiffant avec cette
Relat. de Cook, Bank & Soland. t. II, p:514
(4) (b) Boug, tom, III, P. 77.
Hij --- Page 568 ---
I16
Ess A I
fance à plufieurs enfans qui fe'muleiplierent pour peupler le monde. Mawwe, quieft le Dieu des tremblemens de
terre, eft le fujet de leur offrande dans
leurs repas, au commencement defquels
ils mettent à l'écart quelques morceaux
de mets préparés. Tano eft le Dieu auquel ils adreffent le plus fouvent leurs
prieres, parce que c'eft celui qui prend
une plus grande part aux affaires des
humains. Ces peuples en admettant
l'ame eft immortelle,
que
même
admettent en
tems deux états de différens
degrés de bonheur. Ils imaginent
les Chefs & les principaux
que
de l'Ille entreront dans le premier perfonnages
& les Naturels d'une qualité inférieure rang,
dans le fecond: car ils ne penfent
que leurs aétions ici-bas puiffent avoir pas
la moindre influence fur l'état
ni même qu'ils foient connus de fucur, leurs
Dieux en aucune maniere (a). Ils
pei.
(a) Cook, Bank & Soland. t. II. P. S14- --- Page 569 ---
PISLE DOTAHITI. 117
SUR
eft trop élevé
fent que YEtre fiuprème
être affecté
au-deffus des mortels pour
fur
peuvent exercer
des actions quils religion n'influe pas
la terre (a). Sileur elle eft au moins définfur leurs moeurs, bien & le mal qu'ils
téreffée, , & le
de l'inftinét, ou
ou
font, proviennent Par-tout où le pende leur faibleffe. reconnaitre, à adochant de T'homme à
Puiffance fupérieure 2 prend
rer une
modérée, & fe porte à
une diredion
l'ordre & la
admirer & à contempler réellement dans
bienfaifance qui exiftent
eft
l'efprit de fuperftition
la nature 2
contraire des êtres imadoux. Lorfqu'au
de la crainte & de
ginairer, ouvrages
font fiuppofés
l'indolence des hommes,
l'obconduire Funivers 3 & deviennent
du culte religieux 2 la fuperfition
jet
formes
bifarres & plus
prend des
plus
atroces.
(a). Boug. t. I1L, 2e P. 76,
H iij
l'efprit de fuperftition
la nature 2
contraire des êtres imadoux. Lorfqu'au
de la crainte & de
ginairer, ouvrages
font fiuppofés
l'indolence des hommes,
l'obconduire Funivers 3 & deviennent
du culte religieux 2 la fuperfition
jet
formes
bifarres & plus
prend des
plus
atroces.
(a). Boug. t. I1L, 2e P. 76,
H iij --- Page 570 ---
ESsAr
Des
Le caraétère des
Prétres.
Prêtres eft héréditaire dans les maifons ; il
aux cadets de famille, & appartient
cet état eft
répandu dans tous les ordres des familles. Ils font prefque autant
queles Rois mêmes. Toute leur refpeatés fcience
confifte à favoir les noms des différens Dieux & leurs principaux
& à les invoquer. Ils
rangs ;
de lumieres fur la
ont auffi pluis
Navigation & fur
l'Aftronomie que le refte du
& le nom de Tahowa
peuple 3
qu'on leur
ne fignifie autre chofe
donne,
éclairé
qu'un homme
(a).
Sacrifices. La Religion de ces Infulaires
auffi des facrifices
admet
humains. Des hommes criminels accufés de certains crimes s font condamnés à être facrifiés
aux Dieux, s'ils n'ont pas de quoi fe
racheter. Cela fuppofe qu'en certaines
occafions, 3 ils jugent ces fortes de fa-
(e) Relat, de Cook, Bank & Soland, t. H,P-514 --- Page 571 ---
PISLE D'OTAMITI. 1.19
SUR
crifices nécellaires 2- & qu'ils prennent qui
vidtimes les hommes
fur-tout pour
les Loix du
dévoués à la mort par de la clafle inpays, font pauvres &
ont
Des Voyageurs
férieure du peuple.
fales Naturels mêmes 9 quils
fu par
hommes à T'Etre fisprècrifiaient des
dépendent le plus foume. Les viatimes
qui
du Grand-Pretre,
vent du caprice
folemnelles fe redans lès Affemblées la maifon de Dieu,
tire feul au fond de tems : en fortant, >
& y palle quelque
qu'il a vu le
il annonce au peuple converfé avec lui,
grand Dieu 2 &
feul de ce privicar ce Pontife jouit demande un facrilége ; & que Dieu
avoir réféchi
fice humain ; qu'après
il défire
fur le choix de fa viatime 9 laquelle
préfente, contre
telle perfonne vindicatif a vraifemblablele Prêtre
On tue fur-le-champ
ment quelque grief:
ainfi vietime
& it périt
cet infortuné,
qui,
du Grand-Prètre,
du relfentiment
a aflez d'adreffe
fans doute au befoin,
Hiv
rilége ; & que Dieu
avoir réféchi
fice humain ; qu'après
il défire
fur le choix de fa viatime 9 laquelle
préfente, contre
telle perfonne vindicatif a vraifemblablele Prêtre
On tue fur-le-champ
ment quelque grief:
ainfi vietime
& it périt
cet infortuné,
qui,
du Grand-Prètre,
du relfentiment
a aflez d'adreffe
fans doute au befoin,
Hiv --- Page 572 ---
ESSA I
pour perfuader que le mort était un
méchant (a).
Mariages. Le mariage chez ces Peuples n'eft
qu'une convention entre l'homme
& la femme 2. dont les Prêtres ne fe
mélent point 3 il eft cependant un engagement pour la vie. Dès qu'il eft
contraété 2 ils en obfervent les conditions ; mais fi les parties fe féparent
d'un commun. accord, dans ce cas, le
divorce fe fait avec auffi peu d'appareil que le mariage (6).
(a) Cook , t. I,P-455.
Les préjugés de la fuperfition 1 lorfqu'elle eft
jointe encore à la haine & à l'idée de vengeance, font
fapérieurs à tous les autres préjugés, & fes raifons à
tautes les autres raifons. (Montefg. E(p. des Loix a
t. 1, P. 39:.)
(b) Relat. de Cook, Bank & Soland. t.II, P- 520:
Ily a cette diiférence entre le divorce & la
tion, que le divorce fe fait par un confentement répudia- mutuel
à l'occàfon d'une incompatibilité mutuelle, au lieu
la répudiation fe fait par la volonté & pour l'avantage que --- Page 573 ---
POTAHITI: 121
SUR LISLE
n'accorde au-
- La coutume du pays femme 5 maisSouvérain qu'une feule de fe choifir
elle lui laiffe la liberté
(a).
nombre de concubines
un certain
ait pas de taxe fixée
Quoiquil n'y
nuptiale, ,
les Prêtres à la conduite
des
par
font cependant appropriés
ils fe
ils retirent des avancérémonies dont
celles
confidérables 2 telles que
la
tages
de fe piquer
de T'ufage
provenant
de fendre Opérations
ainfi que Yopération
à ce fujet.
peau 2
du prépuce 5 pour
la partie fupérieure ne recouvre le gland.
empécher qu'il
tout-à-f fait
n'eft pas
Cette opération
2 qui eft
la même que la circoncifion qui n'eft
circulaire
une amputation
Comme
d'ufage chez ces Peuples.
pas
feuls faire ces opéles Prêtres peuvent c'eft le plus grand
rations 9 & que.
de la volonté
d'une des parties 2 indépendamment Efp. des Loix,
& de l'avantage de l'autre. (Montefq.
t. I, P- 362.)
(e) Boug. t, III, P. 74.
Cette opération
2 qui eft
la même que la circoncifion qui n'eft
circulaire
une amputation
Comme
d'ufage chez ces Peuples.
pas
feuls faire ces opéles Prêtres peuvent c'eft le plus grand
rations 9 & que.
de la volonté
d'une des parties 2 indépendamment Efp. des Loix,
& de l'avantage de l'autre. (Montefq.
t. I, P- 362.)
(e) Boug. t, III, P. 74. --- Page 574 ---
Essir
déshonneur de n'en pas porter les
marques 9 ces cérémonies peuvent être
confidérées comme très-lucratives
aux
Prétres, en proportion des facultés &
du rang des parties (a).
Cérémonie Il eft
relative au
d'ufage dans l'Ifle
mariage. que les
d'Ochiti,
premiers momens deftinés au
mariage foient employés
En
publiquement.
conféquence les nouveaux.
facrifient à Vénus devant
époux
breufe
une nomaffemblée, fans paraitre attacher aucune idée d'indécence à leur
aétion ; ils ne s'y livrent au contraire:
que pour fe conformer à
Parmi les
T'ufage.
fpeétateurs s il y a
femmes
plufieurs
difinguées ; & celle
fide à la cérémonie
qui prétime des
9 donne à la vicinfructions fur les épreuves
multipliées qu'elle doit fubir. En genéral , quoique les filles
qui paffent
par ces épreuves foient
jeunes 3 elles
(e) Relat, de Cook, Bank & Soland. t.
II, P 5213 --- Page 575 ---
D'OTAHITI. 123
SUR PISLE
avoir be:
pas toutefois
ne paraiffent
Cette cérémonie
foin de confeil (a).
T'examen.
fervir dans
finguliere peut
a été long- tems:
d'une queftion qui
: La honte
difcutée par les Philofophes acions que
certaines
qui accompagne
comme innotout le monde regarde eft-elle imcentes en elles - mémes,
dans le coeur de Thomme par
primée
- elle de T'hala nature s ou provient ? Si la honte n'a
bitude & de Tufage
des
origine que la : coutume
d'autre
fail ne fera peut - être pas
Nations,
à la fource de cette
cile de remonter
qu'elle
quelque générale
coutume s
honte eft une fuite de
foit : fi cette
fera pas plus
l'inftinét naturel, il ne
elle eft
comment
facile de découvrir
ces Peuanéantie ou fans force parmi
on n'en trouve pas
ples, , chez qui
en con
la moindre trace. Cependant
Bank & Soland. t,11, P-374i
(a) Relat, de Cook,
,
à la fource de cette
cile de remonter
qu'elle
quelque générale
coutume s
honte eft une fuite de
foit : fi cette
fera pas plus
l'inftinét naturel, il ne
elle eft
comment
facile de découvrir
ces Peuanéantie ou fans force parmi
on n'en trouve pas
ples, , chez qui
en con
la moindre trace. Cependant
Bank & Soland. t,11, P-374i
(a) Relat, de Cook, --- Page 576 ---
Ess. A E
fidérant l'homme fauvage dans fes actions & dans fes habitudes, on apperçoit que la honte ne doit pas exifter
dans l'état de pure nature, parce qu'il
avoir de honte où l'on n'adne peut y
elle n'eft donc
met point de crime :
imprimée dans le coeur de l'homme
pas
mais
l'influence des
par la nature 2
par relatives à des
Loix, qui font encore
raifons de climat. Dans les régions
où les habitans font perpéglacées s
le
tuellement couverts par tout
corps 9
de paraitre nud comme les fauvages
Indiens, ferait regardé non-feulément
comme un aête extrême, mais encore
comme un aéte indécént. Il y a des
civilifés où les femmes montrent
pays leur bufte en entier ; dans d'autres ,
C'eft
elles le cachent précieufement.
crime énorme à une femme Chiun noife
de montrer fon pied ; en.
que
l'art
Europe 9 les femmes emploient
faire paraitre leurs pieds dans.
pour --- Page 577 ---
PISLE D'OTAMITI. 125
SUR
de leurs formes. D'atoute l'élégance
conclure que la
près cela 3 on peut
qu'elle n'eft
honte n'eft que relative ;
dans la nature de T'homme 2 puif
pas lui faut des Loix pour lui faire
qu'il
les excès, 2 qui
connaitre & réprimer
font les principes de cette honte.
Tels font dans les moeurs & le goudes Otahitiens, 9 les traits
vernement
le faire
les plus frappans qui peuvent
trèsregarder non comme un Peuple dont
civilifé 2 mais comme un Peuple diffèrent
le caraêtère & les inftitutions des infinfiniment peu du caraétère &
titutions des autres Nations les plus
civilifées des Indes.
FIN. --- Page 578 ---
--- Page 579 ---
4A/ Le
T - Arsus
ylay fuy Luse) 2 sldilli
1A9
Koteo
v21. lho. 1A6. 280
8g.u6.
ppages
281.
65.6.71 10.118. 122.
iogpo SS --- Page 580 --- --- Page 581 --- --- Page 582 --- --- Page 583 --- --- Page 584 --- --- Page 585 ---
E797
E7s6r --- Page 586 ---