--- Page 1 --- --- Page 2 ---
Axol
GAUDEO
L L /
Eaides Morn --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 --- --- Page 6 ---
- o --- Page 7 ---
NOU VEAU
V( OYAGE
AUX ISLES
DE LAMERIQUE:
CONT E NANT.
L'HISTOIRE NATURELLE DE CESPAYS,
l'Origine, les Mceurs, la Religion & le Gouvernement des Habitans anciens & modernes.
LesGuerres & les Evenemens finguliers.quiy! yfont
arrivez pendant le féjour quelAuteury a fait.
Par le R. P. L A B A T' 9 de rOrdre
des Freres Précheurs.
Nouvelle Edition augmentée confidérablement, &enrichie de Figures en Tailles-douces,
TOME SEPTIEME.
Ra
APARIS, RUE S. JACQUES,
Chez GUILLAUX M E CAVELIE 3e R Pere,
Libraire , au Lys sd'or.
M. DCC.
XLIL
Avec Approbation G Privilege du Roy. --- Page 8 --- --- Page 9 ---
UAN CARHER
EROWN
TABLE
DES CHAPITRES
contenus en la feptiéme Partie.
CHAP. "V Oiage de PAuteur à S.
Domingse. Il palfe à S.
Chrifophe. Defcription de cette Ife,
I
CHAP. II. L'. Auteur
de S. ir
tophe. Defcription Mt LIRe de Sainte
Croix,
CHAP.III. Hiftoire abrégée de TIRe de
S. Domingue,
CHAP. IV. L'Antenr arrive An CAP
François. Defcription de ce Rani
tier,
I19
CHAP. V. Defcription du Quartier X
e
dn Fort de Port-Paix, 6 du refe
de la Côte jofgn'a Léogane,
CHAP. VI. Defcription ds Qyartier de
la petite Riviere,
CHAP. VII. Defcription ds Ogartier y
de
Tom. VII,
a1j --- Page 10 ---
iv
TABLE E
FERerre. Mariage d'un Gentilhemme,
Gafton, >
CHAP. VIII. De la Plaine de Léogane. 165
Des fruits, e des arbres
viennent. Des Chevawx, 6 des quiy
vares. Des Caymans O1 Chiom/aur: Crocodiles.
Hifoire duw Chirargien >
CHAP.IX. Lainge delAurenr de TEF
terredla Caye de S. Loiis. Du Commerce avec les Efpagmoli.
d'un Boncan,
Defeription
CHAP. X. Deftription de la Caye de 218 S.
Loitis, 6 di fond de PIfe à Vache 3
CHAP. XI. L'Autenr ef ponrfnivi 239
les Forbans, C pris par les
par
Leur maniere de wiure. Culte Elpagrols. gu'ils
rendent a 8. Diegos
CHAP.XII. Maniere de pofer les Senti- 270
melles, ce gne c'ef que le Baratto.
Deffeix de LEquipage de la
le Vraifean Efpagnal. Ils Bargne far
continment leur
partent G
CHAP. XIII.
voyage, s
Tempite. Vde de la Cate1 line. De Port-Ric. Deftemté au
A mort, callle à Crabes. Pommes Cofie
de Ragpestes, G leur
CHAP. XIV. Defription rIRe des. 308
Thomas.fax Commerce. Indiennes a
bon marché. Quantitede poilffon dans
atto.
Deffeix de LEquipage de la
le Vraifean Efpagnal. Ils Bargne far
continment leur
partent G
CHAP. XIII.
voyage, s
Tempite. Vde de la Cate1 line. De Port-Ric. Deftemté au
A mort, callle à Crabes. Pommes Cofie
de Ragpestes, G leur
CHAP. XIV. Defription rIRe des. 308
Thomas.fax Commerce. Indiennes a
bon marché. Quantitede poilffon dans --- Page 11 ---
DES CHAPITRES.
V
les Vierges. Serpent marin,
CHAP. XV. De FIfle appellée la Négade,6 da Tréfor quion
érre. De
la Sombrere. Defcription
celles de
Saba erde Saint Exjiache,
CHAP. XVI. L'Auteur debargue a S.
Chriftophe. Vanité du Général des Anglois. Arrivée à la Gxadeloupe. DifFerend que lAuteur ent avec Un Commis du Domaine,
CHAP. XVII. De larbre appellé Gommier. Hiffoire du Patron Jofeph,r
du Capitaine Daniel. Du bois de Savonnette, des larmes deJobs du Courbari e de fonfruit,
CHAP. XVIII. De la Poufolanne des
Ifles. Du Plâtre. M. le Comte Defnots Gouverneur Géneraldes IRes. Ef
prodigienx ds Soleil
une Terfets
fiur
rafe de plomb 5
CHAP. XIX. Des arbres appellez Balatas 6 Paind' Epices, 6 de la maniere
de fcier le Gommier,
CHAP. XX. Abus gui fe commettoient
dans les travanx publict. Melfe de Requiem, cbantée d'une maniere extraordinaire. Partage de lafiucceffion de
M Hinfelin >
CHAP.XXI. Déclaration de la Guerre.
Duel entre denx Corfaires. Tremble- --- Page 12 ---
vj TABLE DES CHAPITRES.
wzent de terre. Jubilé. Remedes pour
les Panaris 6 les Ruptares,
CHAP, XXII. Prife de la Partie Françoifa de Saint Chripophe par les Anglois,
Fin de la Table des Chapitres de la
feptiéme Partic,
MEMOIRES --- Page 13 ---
SPJCE --- Page 14 ---
Jom2.P0 re
Frut de Courbari
Entier
Coupe dane
Ja hauteur --- Page 15 ---
M E M ( OIRES
DES
NOUVEAUX VOYAGES
FAITS
AUX ISLES FRANCOISES
DE L'AMERIQUE.
SEPTIEME PARTIE,
CHAPITRE PREMIER.
de PAuteur à Saint Domingue.
ToTue a Saint Chrifophe. Defcripsion
de cette IRe.
E 18 Novembre 1700. nous
fûmes furpris de voir arriver
le Pere Cabaffon notre Supé- 1700.
rieur Général, à la Guadeloupe où je demeurois. Ils'en alloit à
Saint Domingue faire fes vifites, &
Tome FIL
A
ISES
DE L'AMERIQUE.
SEPTIEME PARTIE,
CHAPITRE PREMIER.
de PAuteur à Saint Domingue.
ToTue a Saint Chrifophe. Defcripsion
de cette IRe.
E 18 Novembre 1700. nous
fûmes furpris de voir arriver
le Pere Cabaffon notre Supé- 1700.
rieur Général, à la Guadeloupe où je demeurois. Ils'en alloit à
Saint Domingue faire fes vifites, &
Tome FIL
A --- Page 16 ---
Nonveaux Voyager anx
mettre ordre à quelques différens TRes
1700. étoient entre nos Religieux. Nous
fimes
2ef
quelques difticultés fur le
qu'il entreprenoir, ce qui fit voyage me
propofa d'y aller en qualité Commiffaire, avec un plein
de
tituer le Supérieur de fa pouvoir
def
jugeois à propos, & d'en Charge, établir fi je 2 le
tre: : &cilm'en expédia la Patente. un auIl ne fallut pas me preffer
pour me réfoudre à faire ce beaucoup
outre que je ne fuis gueres plus voyage;c car
un licu qu'à un autre, j'érois bien atraché à
de voir Saint Domingue fans
aife
d'y demeurer. Deux
èteobligé
gea de
jours après il chandroiravec réfolution, & me dit qu'il vienmoi pour
ce que je ferois. Comme appuyer cola davantage n'étoir
tout-à-fair dans l'ordre, je voulus pas
rendre fa Patente ; mais fans la vouloir lui
reprendre, il me dit qu'il vouloit
je vinffe avec lui, & qu'il fe retireroit que
dans un quartier pendant
dans l'autre. J'en fus
que j'agirois
partimes sle 26 de Novembre content, & nous
Vaiffeau de Bordeaux
dans un
qui étoit commandé chargé de Vin S
Trebucher. C'éroit par un nommé
qui n'étoit
un petit ivrogne,
avoit bû, & pas raifonnable dès qu'il
que par malheur on nc --- Page 17 ---
Francoifes de LAmbrigne.
trouvoit jamais à jeun, à quelque heure
qu'on fe levât.
1700.
Nous rangeâmes d'affez près l'Ifle de PrétenMontlarrat,& nous en aurions fait au- rion des
tant à celle de Nieves; mais nous nous Anglois,
en éloiguâmes hors de la portée du Canon, parce que les Anglois s'étoient
mis en tète de faire faluer leur Pavillon
par tous les Vaiffeaux qui paffoient à
la portée de leurs Batteries, fur lef
quels ils tiroient pour les contraindre
au falut.
Iln'yavoit que tres-peu de tems que
M. de Modene Capitaine des Vaifleaux
du Roi, revenant des grandes Indes
avec trois Vaifleaux de guerre, fut falué de quelques coups de canon à balle
-en paffant devantNieves. Ilbrouilla fes
voiles pour attendre un Canot qui vCnoit de terre, par lequel il fçut les prétentions des Anglois. Il dit al'Officier
qui étoit venu lui parler, que la chofe
lui paroiffoit raifonnable, &
pourvû qu'on voulût lui rendre 126 falut en
bonne forme, il feroit faluer le Pavillon Anglois
fcs trois Vaiffeaux.
L'Anglois le ilipe promit, & s'en retourna à terre fort content de cette réponfe;
& dès quil fut arrivé, il fit défarmer
les canons des Batteries, pour rendre le
Ai 1j
dit al'Officier
qui étoit venu lui parler, que la chofe
lui paroiffoit raifonnable, &
pourvû qu'on voulût lui rendre 126 falut en
bonne forme, il feroit faluer le Pavillon Anglois
fcs trois Vaiffeaux.
L'Anglois le ilipe promit, & s'en retourna à terre fort content de cette réponfe;
& dès quil fut arrivé, il fit défarmer
les canons des Batteries, pour rendre le
Ai 1j --- Page 18 ---
falut Nonveanx Foymger anx Iles
qu'on leur alloit faire.
1700, dene qui avoit fait
M.de Motionsa fes deux Vaiffeaux Içavoir fes intenla grande Batterie des
s'approcha de
à tirer vivement
Anglois, & fe mit
les deux
deffiis, en même tems
Rr le
autres Vaiffeaux tiroient
Leur Bourg & fur une autre Batterie.
Batteries canon fut fi bien fervi, que les
dans
des Anglois furent en
un
défordre
moment,
un
pasà
parcil falut. carilsnesamendoient Comme ils étoient
accourus en grand nombre
d'un falur
jouir
quiflattoit fi bien 1
en
icbrtu
ily
eut quelques-uns tués, vanité,
eftropiés, & beaucoup de maifons d'autres
dommagées. Leurs Vaiffeaux Marchands enqui.éroient en rade, s'étant avifés
tirer fur ceux de M. de
de
rent en palfant quelques Modene, bordées reçuincommoderent beaucoup,
quiles
Malgré cette correétion
les
fraternelle 3
Angloisnelailferentg pas de hifferleur
Pavillon, & de nous tirer un
canon à balle,
coup de
étions, nous rendit L'éloignement où nous
n'euflions été, fi plus fiers
nous
nous avions Roet
proches 5 & nous palfimes fans
plus
ni mettre notre
faluer,
Arrivée Nous
Pavillon.
delAuarrivâmes à la rade de.
tour à S, Chriltophe fur les dix heures du Saint
matiz --- Page 19 ---
Françoifes de r-Amerigne.
le Dimanche 28 Novembre. Le P. Girard Supérieur desJéfiites, s'étant trou- 1700.
vé par hazard au bord de la mer quand Chrifto.
nous mimes pied à terre, nous reçut le phe. 1
plus honnètement du monde, & nous
obligea de ne point prendre d'autre maifon que la leur pendant le féjour que
nous ferions dans l'ifle. Nous allâmes
dire la Meffe al'Eglife Paroifliale qu'ils
deffervent, après quoi nous fûmes faluer
M. le Comte de Gennes Capitaine des
Vaiffeaux du Roi, commandant dans
l'Ifle,ilaplace du Commandeur de Guitaut, Lieutenant au Gouvernement Général, qui en étoit Gouverneur, Il nous
retint à diner avec le P. Girard. Après
dîné nousallâmes voir le fieur de Châteauvieux, un des Licutenans de Roi,
& quelques autres Officiers de nos amis,
& puis nous nousrendimes chez les Peres Jéfuites. Ils n'étoient que trois; le
"P. Girard, qui étoit le Supérieur, le P.
Chartier, & un Irlandois nommé Galovay. > que l'on tâchoit de faire paffer
pour un Italien, & qu'on nommoit pour
cela le P. Realini. Nous paffamesle ref
te de laj journée à voir leur Habitation,
&c à recevoir force vifites des perfonnes
quiavoient demeuré dans notre Paroide
du Moiillage à la Martinique pendant
A 11j
que trois; le
"P. Girard, qui étoit le Supérieur, le P.
Chartier, & un Irlandois nommé Galovay. > que l'on tâchoit de faire paffer
pour un Italien, & qu'on nommoit pour
cela le P. Realini. Nous paffamesle ref
te de laj journée à voir leur Habitation,
&c à recevoir force vifites des perfonnes
quiavoient demeuré dans notre Paroide
du Moiillage à la Martinique pendant
A 11j --- Page 20 ---
la 6:
Noureaux Yoyages Anx
gueric pallée,
Mes
1700, 1688.
c'eit-d-dire, celle de
Le lendemain le Comte
nous vint rendre vifite, & de Gennes:
diner chez lui avec les PP. nous mena
éroit logé dans la maifon du Jéfiites. Il
Guarigue, J'allai me
ficur de la
foir aux environs du promener fur le
foir par les mazures & Bourg. Il paroif.
maifons, qu'il avoit éré parlesfolages des
bâti & fort confidérable. autrefois bien
l'avoient entierement
Les Anglois
détruit,
tranfporter chez eux les materiaux julqu'a
pierres de taille des
& les
François avoient déja encognures. rebâti
Nos
de maifons,
beaucoup
comme s'ils euffent travailloient été
à s'établir
paix éternelle.
affurés d'une
De'crip. tion. de
J'avois entendu parler de
l'Ie de d'une maniere qui m'en
cette Ifle
S. Chrif. cevoir une idée
avoit fait conrophe. qu'elle eft en
toute différente de ce
gurée
effet: car je me l'étois fi- e
toure comme une terre toute plate &
unie; & cependant
voir de loin, elle ne
quand on la
une groffe montagne paroir que comme
plus petite far une de 2r en porte une
peur-être cette
pointes. C'eft
ner le nom de figure Saint qui lui a fait donbien que parce qu'elle Chritophe. fut découverte auffi
le --- Page 21 ---
Françoifes de PAmériqué.
jour de la Fête de ce Saint, ou parce que
P'Amiral Colomb porroit cei nom. Lorf- 1700
qu'on fe trouve en mer à une diftance
railonnable de cette Ile, on remarque
que cette grolfe montagne fe divife en
plufieurs autres
fonr"plufieurs têtes
dans le milieu 2T l'Ie, fefquelles forment de beaux valons avec une
douce & commode
vaj
EaME
qui jufqu'au
de la Mer; de forte que du bord de la
mer jufqu'au pied des montagnes il y a
dans bien des endroits jufqu'à deux
lieuesd'un pais tout uni, à l'exception
de quelques ravines dans lefquelles on
a pratiqué des chemins fi commodes,
qu'on peut faire tout le tour de l'Ile en
caroffe.
M. Lambert Capitaine de Flibuftiers,
mon bon ami, nous vint prier le jour
fuivant d'aller paffer un jour ou deux a
fon Habitation. Il étoit affocié avec un
de fes oncles, nomméle feur Giraudel
Confeiller au Confeil Souverain. Ils avoient une fort belle Habitation éloignée d'environ cinq quarts de lieues du
Bourg, Leurs bâtimens étoient encore
peu de chofe, mais ils faifoient déja du
Sucre qui étoit fort beau, &c qu'on fabriquoit avec une facilité que je n'avois
point vû autre part.
Aiv
Il étoit affocié avec un
de fes oncles, nomméle feur Giraudel
Confeiller au Confeil Souverain. Ils avoient une fort belle Habitation éloignée d'environ cinq quarts de lieues du
Bourg, Leurs bâtimens étoient encore
peu de chofe, mais ils faifoient déja du
Sucre qui étoit fort beau, &c qu'on fabriquoit avec une facilité que je n'avois
point vû autre part.
Aiv --- Page 22 ---
Nowveanx
Nous eûmes Vayages -
anx Mles
un divertiflement au1700. quelje ne m'artendois pas, ce fut d'aller
Chafle le foir à la chaffe des
des Sin- que les
Singes. Pendant
ges,
Anglois éroient demeurés maitres' des terres des François, dontla plus
*
grande partie refterent en friche, les
Singes qui s'étoient échapés des maifons
des François pendant la guerre, multiplierent tellement, que quand on reprit
polleflion de l'Ie, on les voyoir
grolfes troupes. Ils venoient voler
ques dans
EZ
lesmaifonss &1 lorfqu'on
toit des cannes, des
planchofes, il falloir
patates, ou autres
y faire fentinelle
& nuit, fi on vouloit que ces animaux jout
n'emportaffent mis
pas tout ce qu'on avoit
en terre.
Onplantoir des cannes chezM.Lambért dans une terre aflez proche de la
montagne de ronde, qui éroit un des repaires
ces animaux. Nous fûmes nousembufquer environ une heure avant le
coucher du Soleil. Nous n'y demeurâmes pas une heure; que nous eûmes le
plaifir de voir fortir des brouffailles un
gros Singe.q qui après avoir regardé exactement de tous côrés, grimpa far un
aibre, d'oi il confidera encore tous les
environs : à la fin il fit un cri auquel
plus de cent VoIx différentes répondi- --- Page 23 ---
Françoifes de LAmériqut.
rent dans le moment, & incontinent
après nous vîmes arriver uné grande 1700.
troupe de Singes de différentes grandeurs qui entrerent en gambadant dans
cette piece de cannes , & commencerent à les arrâcher & à s'en charger :
quelques-uns en prenoient quatre ou
cinq morceaux quils mettoient fur une
épaule, &c fe retiroient en fautant fur
les deux picds de derriere ; les autres en
prenoient un à leur gueule, & s'en alloient en faifant mille gambades. Nous
tirâmes quandnous etimes affez confidéré leur manége: nous en tuâmes quatre, s
entre lefquels ily avoit une femelle
avoit fon
fur fon
qui ne petit
dos,
quitta point. Illa tenoitembrailée à
près comme nos
Negres
MReddect
petits
leurs meres. Nousle primes, on T'éleva,
& ildevintle plusj joli 1
animal qu'on pâr
fouhaiter.
Ce fut en cette occafion que je man- dis La chait Sin,
geai du Singe pour la premierc fois. Il ges eft
eft vrai que leds d'abord quelque répu- excellen.
quand Je vis quatrc tètes fiar la tc.
Em qui reffembloient à des têtes de
enfans; mais dès squej'en eus gonEE 2 je pallai aifément fur cette confidération, & je continuai d'en manger avec
plaifirs car c'eft une chair tendre, déliAv
er.
Ce fut en cette occafion que je man- dis La chait Sin,
geai du Singe pour la premierc fois. Il ges eft
eft vrai que leds d'abord quelque répu- excellen.
quand Je vis quatrc tètes fiar la tc.
Em qui reffembloient à des têtes de
enfans; mais dès squej'en eus gonEE 2 je pallai aifément fur cette confidération, & je continuai d'en manger avec
plaifirs car c'eft une chair tendre, déliAv --- Page 24 ---
zo Norveaue
cate,
Tayages AHx Mes
1700. qui à eft blanche. également pleine d'un bon fuc, &2
de fauce qu'on la bonne dquelque forte
d'unSine Hfloire A propos de ce mette.
ge & une avanture au P. petit Singe, il arriva
Aannt-rite dicateur,
d'être mife ici. Caballon, Il avoit qui mépetir animal qui s'affeaionna élevé ce
Alui, qu'il ne le
tellement
te qu'il alloitlenfermer quittoir jamais; de fortes les fois que le Pere alloit avec à foin toucarilnlavoit point
VEglife,
cher. Il
dechainepouriata
allé cacher séchappa au-deflus une fois; & s'étant
il
de la Chaire du
Preédieareur, fon Maitre
ne fe montra que quand
lors il s'aflit commença fur le
à précher. Pour
les geftes
bord, & regardant
les imitoit que daus faifoit le
le Prédicareur, il
maces & des poftures moment avec des gritoutle monde. Le P. Cabaffon qui faifoient rire
deftic, fravoit pas le fijet d'une pareille qui ne
les en reptic
immode douceur; mais d'abord avec affez
de rire
voyant
les éclats
nuer, il augmentoienr entra
au Res de dimicommença d'invectiver dansune fainte colere, &
très-vive contre le peu de d'une maniere
avoient pour la parole de refped Dieu. qu'ils
mouvemens plus violens
Ses
firent augmenter les
qu'al'ordinaire
grimaces & lespoc --- Page 25 ---
Francoifts, de PAmerique.
II
tures de fon Singe, & le rire de - PAL
femblée. A la fin quelqu'un avertit le 1700.
Prédicateur de regarder au-deffus de fa
tète ce
palloit. Il n'eût pas plutôt
apperçh AE manege de fon Singe, qu'il
ne put s'empècher de rire comme les
autres; & comme iln'y avoit pas moyen
de prendre cet animal, il aima mieux
abandonner le refte de fon Difcours,
n'étant plus lui-mème en état de le con-:
tinuer, ni les Auditeurs de l'écouter.
Après avoir démeuré un jour chez
M: Lambert, je le priai de nous faire
avoir des Chevaux
faire le tour de
Pile quejavois eateds de voir toute entiere, puilque j'en avois la commodité, en attendant que notre Capitaine
Trebuchete@kachevelecorumere qu'il
vouloit faire. Nous eûmesdes Chevaux,
& M. Lambert nous accompagna.
Nous partimes d'allez bon matin 3
afin de pouvoir, fans nous prelfer, aller:
diner a la pointe de Sable, où nous
couchâmes contre notre réfolution, parce que la famille de M. Pinci, 4 qui
nous' étions allez rendre vifite, ne nous:
voulut jamais laiffer aller plus loin.
M. Pinel, dont j'ai parle, au commen- Mort M.Pinel: def
cement de ces Mémoires, avoit été tué
smalhcureuf@menrdepusr quelques mois,?
A-vj,
in de pouvoir, fans nous prelfer, aller:
diner a la pointe de Sable, où nous
couchâmes contre notre réfolution, parce que la famille de M. Pinci, 4 qui
nous' étions allez rendre vifite, ne nous:
voulut jamais laiffer aller plus loin.
M. Pinel, dont j'ai parle, au commen- Mort M.Pinel: def
cement de ces Mémoires, avoit été tué
smalhcureuf@menrdepusr quelques mois,?
A-vj, --- Page 26 ---
f2 Nonveanx
aux Tfes
& toute la Colonie Tayages de Saint
1700. en étoit encore dans l'affliétion. Chriftophe Son"
bon ceur, les fervices qu'il rendoit à
fes compatriotes, les charités
faifoit aux pauvres, s le faifoient qu'il regarder
comme l'Ange tutelaire de cette ifle. II
trouva la mort dans l'exercice de la charité, Une pauvre famille étant arrivée
de la Martinique àla Baffeterre de Saint
Chriftophe, le pria de lui donner paffage dans fon Brigantin,
de Sable ou 0 clle alloit pour s'érablir allerala
ETRTC le lui accorda avec la joic qu'il avoit 5
toujours, quandil trouvoit l'occalion de
rendre fervice, &c de faire du bien. I
donna ordre au Maître de fon
tin, de faire charger fes meubles Brigande ces
pauvres étoient gens, & pendant que fes gens
occupés d'ce travail, il
la
barre du gouvernail, le Brigantin prir érant
déja fous voile. Le fentinelleq qui étoit à
la Batterie de la rade ayant été relevé
pendant qu'on étoit occupéà
ter ces
& ces meubles à tranfporavoir
bord,fans
que le maitre du
sienis
tin avoit parlé a l'Officier de garde Brigan- felon la coutume, & voyant ce Bâtiment
qui s'en alloit, crut qu'il partoir fans
congé, & fans autre examen ni ordre,
il mit le feu à un Canon
pour l'obliger --- Page 27 ---
Frangoifes de PAmbriqne.
de mouiller. Le boulet rompit le bordage du Bâtiment, & emporta le bas- 1700.
ventre & la cuiffe de M. Pincl, qui mourut quelques momens après, avec une
entiere rélignation à la volonté de Dieu,
& en bon Chrétien, comme il avoit
toujours vécu. Sa mort confterna toute
lIle, on la reffentit vivement dans les
autres Colonies, & l'on peut dire, que
l'affliétion fut générale, parce que la
perte étoit commune. L'Officier & le
Sergent deg garde furent arrètés. Le Soldar penfa ètre mis en pieces par lePeuple. On fit leur procès: l'Officier & le
Sergent furent déchargés, & le Soldat
condamné aux Galeres.
Le lecond jour de notre voiage nous
fames dîner à l'Ance Louvet chez M.
de Courpon Lieutenant de Roi, Commandant du Quartier de la pointe de
Sable, qui nous retint à coucher. Etle
troifiéme jour nous arrivâmes chez M.
Lambert, après avoir diné chez un Anglois de fa connoillance appellé le Major Cripts.
Je fus très-content de mon voiage ,
&je fatisfis entierementla curiofité
long-tems de voir, &
E
j'avois depuis
connoitre eette Ile. Elle eft petite à la
vérité, mais clle eft très-belle, 2 & bien
du Quartier de la pointe de
Sable, qui nous retint à coucher. Etle
troifiéme jour nous arrivâmes chez M.
Lambert, après avoir diné chez un Anglois de fa connoillance appellé le Major Cripts.
Je fus très-content de mon voiage ,
&je fatisfis entierementla curiofité
long-tems de voir, &
E
j'avois depuis
connoitre eette Ile. Elle eft petite à la
vérité, mais clle eft très-belle, 2 & bien --- Page 28 ---
Mananrtoapr anx Mes
1700,
udode.Lererandefrd
laBaffeterre eft
Cabelterre &d de
l'air y eft très-pur, admirablement & ficlle
féconds
mieux fournic d'eau
étoit un
y cût un Port, ce feroir pour boire; &
téc. Elle
avoir
une Ille
Ea
de tour , Font
quinzeà feize lieiies
longue, & affez
une pointe fort
la pointe des
qu'on appelle
L
Pattage
Salines.
de l'le
C'eft la premiere Ifle
S. Chrif. çois & les
que les Frantophe
le
Anglois ont
entre
habirée,
les
hazard les y eût
après
Franghis dnt
affemblés. Elle
&1
partagée entre les deux
glois, se-manleres que les
Nations, de
bouts,
François ont les deux"
c'eit-a-dire, le côté de lEA &c
celuidelOuch, & le Sud. La & les Anglois le Nord'
commence à la partic riviere Françoife de
de I'EfE
finit à celle de la Pentecôre. Cayonne, &
de l'Oueft commence à la riviere Laj partie"
pointe de Sable, & finit à
de la
ravine,
une gtande
pe, la ravine quisappelle, à
fi je ne me tromii
Quartiers
Cabrittes. Ce que les
geux, eft qu'ils Anglois ont de plus avanta-)
chemin qu'ils ont fcomaniquenr fait dans la
par un
au lieu que les deux
montagne,
ne peuvent fe
quartiers François
par ceux des Anglois. communiquer fans pafler
toujours libres cn tems Lespallages de
font
Paix, mais". --- Page 29 ---
Françoifes de PAmérique.
rs
dès que la Guerre eft déclarée en Europe
entre les deux Nations, il faurquelune 1700,
des deux chaffel'autre del'ifle. Onavoit
fait autrefois des Concordats pour uine
neutralité perpétuelle : comme les Annes'en font fervis que pour tâcher
Sez furprendre les François, on ne fc fie:
plus que dans la force des armes.
Dans la guerre qui commença en
1688. nous chaffâmes les Anglois de'
leurs Quartiers, & ils étoient accoutumés à ce manege depuis 1627. que lesi
deux Natonssetoienrcmbleiendaolife,
où les François, 2 quoiqu'en plus
nombre, avoient toujours été les
EONE
tres des Anglois, & avoient toujours eu
de f bons Gouverneurs , qu'on pouvoit
dire quele Gouverneur Françoisde Saint
Chriftophe étoit l'arbitre de la Nation
Angloite. Je ne fçai comment la fortune s'eft laffée de nous favorifer ; mais"
nous fûmes chaffés de l'Ifle en 1690. On
peut voir ce que j'en ai dit ci-devant en
parlant de M. de la Guarigue.
La Baffeterre Angloife eft plus montagncufe que la nôtre. Leur Cabefterre
& la nôtre font à peu près femblables.
Mais comme ils ont plus de montagnes
que nous, ils ont aulli plus de rivieres Ss
& par une fuite néceffaire leur rade eft
ifer ; mais"
nous fûmes chaffés de l'Ifle en 1690. On
peut voir ce que j'en ai dit ci-devant en
parlant de M. de la Guarigue.
La Baffeterre Angloife eft plus montagncufe que la nôtre. Leur Cabefterre
& la nôtre font à peu près femblables.
Mais comme ils ont plus de montagnes
que nous, ils ont aulli plus de rivieres Ss
& par une fuite néceffaire leur rade eft --- Page 30 ---
16 Nowveaux
meilleure que celle Toyages AHX Hles
1700, vant notre Bourg que nous avons des
Anglois,
principal. Lar rade des
grande rade, qu'on eft appelle fimplement la
eft bon, & comme profonde, elle 2 lencrage y
les deux cuiffes de la grande eft formée par
elle donne quelque abri
montagne,
Avec tout cela, nic eux, ni aux Vailfeaux.
aucun endroit pour les nous n'avons
tems des ouragans.
retirer dans le
de Les la Anglois ont un Fort au-deflous
grande rade, il eft à
avec quelques dehors. Il eft cinq Baftions
d'une hauteur à côté de la commandé
la Fort de Ce pofte a toujours fervi à Souphriere.
de Rate Fort, c'eft ce qui a obligé les prendre le
depuis qu'ils l'ont
Anglois
conftruire un Fortin repris fur en 1690. de
afin de conferver
cette haureur,
principale Forterefle. plus long-tems leur
puis juger en palffant, & Autant en que j'en
exprès, fous prétexte de
m'arrétant
(
ric qui en eft
voir une Sucrevent, on feroit voifine, bien-tôt qui a un moulina
Fortin,
maitre de ce
qu'onle
-
autre benra qui n'en peur eft battre d'une
cens pas, & pendant
pas à deux
on pourroit attacher le qu'on le battroir,
petits
mineur fous fes
d'autant ouvrages, & les faire fauter avec
plus de facilité, que tout CC --- Page 31 ---
Frangoifes de P Amérique.
terrain fe coupe prefque aufli aifément
que de la ponce.
fe- 1700.
Un peu au-delà de la riviere qui
pare le Quartier Amglois du Quartier
François appellé la pointe dc Sable 5
nous vimes un petit Fort à Etoile,
François Fort
Mlez bien
E
nous trouvâmes
réparé.
de la
Ouvrages avoient plus de propreté que poineede Sable.
de folidité. Iln'auroit pas été befoin de
faire de grands efforts pour s'en rendre
maitre. il y avoit en Garnifon 2 une
Compagnic détachée de la Marine.
Ily avoit un Fort à côté du Bourg de la François Fort
Bafleterre tout délabré. Je l'allai voir s de la
ce n'a jamais été grand.chole 5 cepen- Bafletere re,
dant il me parut qu'on auroit pû le rendre meilleur, & avec affez peu de dépenfe & de travail, &c qu'on en auroit
tiré plus de fervice que des retranchemens
le fieur Binoit faifoit faire autour ds Bourg, qui n'étoient
capables de la moindre défenfe, t de demeurer far pied, feulement trois mois,
quandils n'auroient eu d'autres ennemis
que la pluye, les crabes, & les tourlouroux. Aufli n'éroient-ils compofés que
de méchans piquets de toutes fortes de
bois mols, avec des fafcines d'herbes,
pour empècherle fable & la ponce dont
le fieur Binoit faifoit faire autour ds Bourg, qui n'étoient
capables de la moindre défenfe, t de demeurer far pied, feulement trois mois,
quandils n'auroient eu d'autres ennemis
que la pluye, les crabes, & les tourlouroux. Aufli n'éroient-ils compofés que
de méchans piquets de toutes fortes de
bois mols, avec des fafcines d'herbes,
pour empècherle fable & la ponce dont --- Page 32 ---
rs Nowveaus
ils éroient remplis Foyger de ANx Her
3700. deux côtés.
fe répandre des
plus Ileftcerrain' inutile
que rien au monde n'eft
quine fervent que ces fortes d'Ouvrages,
& confumer le gu'à tems fariguerles deleurs Habitans,
des corvées qu'on exige
efclaves par
fouvent de
d'eux, & trésprétextes aux
pour exercer leur mauvaife Commandans,
ceux qui ont le malheur de humeur fur
plaire.
leur déL'Ile de Saint
thaintenir dans un Chriftophe tems de ne fe peur
par la bonne conduite de Guerre, fon
que
neur, & labravoure de fes habitans. Gouver.
Troupes réglées que lel Roiy
Les
autrefois- luppléoientsa chtretenoit
des Habitans, & on
petit nombre
fur elles, parce
pouvoir compter
lons entiers des vieux que c'éroient des Batailce, comme de
Régimens de Frandie, de Poitou & Navarre, de Normandats étoient
autres, dont les Solplufieurs
aguéris, & avoient fait
étoient Campagnes en Europe,&
commandés par des Officiers qui
dexpérience les dérachemens & de fervice : au lieu
à
de la Marine
préfent ne font
quiy
Onz
vailes recriés que" compofés les Officicrs que de maulevent à --- Page 33 ---
Frangoifes de FAmérique.
feurs dépens,en échange du Breverqu'on
leur donne.
On peut encore ajoûter que les Officiers & Commandans n'ayant jamais
fervi que fur les Vaifleaux, font dans
un pais qui ileur eft inconnu, quand ils
fe trouvent furterre:il eft vrai qu'ils ont
du cceur, de l'intrépidité autant qu'on
en peur defirer, mais cela ne fuffi:
il faut de l'expérience, & c'elt CC
leur manque.
Les Anglois ne font pas mieux
nous en Soldats & en Officiers 5 il
eE
vrai qu'ils nous furpaffent en nombre . 2:
&c que la fituation de Saint Chriftophe
au milieu des Ifles Angloifes, leur donne la facilité de la fecourir fans peine
quand il - eft néceffaire'; au lieu que nous
fommes privés de cet avantage par l'éloignement de nos Ifles.
ilyades falines naturelles sàla pointe, & Salines: fouf
qui en porte le nom, qu'on pourroit frieresda:
augmenter fans beaucoup de dépenfe > S, tophe, Chtife"
& rendre meilleures qu'elles ne font. Le
fel qu'elles produifent eft parfaitement
blanc. Il eft plus corrofif que celui de
France. Je ne doute
qu'on ne pûc
corriger ce défaut, Ro on vouloit s'en.
donner la peine. Les falines font communcs aux deux Nations quoiqu'elles:
e, & Salines: fouf
qui en porte le nom, qu'on pourroit frieresda:
augmenter fans beaucoup de dépenfe > S, tophe, Chtife"
& rendre meilleures qu'elles ne font. Le
fel qu'elles produifent eft parfaitement
blanc. Il eft plus corrofif que celui de
France. Je ne doute
qu'on ne pûc
corriger ce défaut, Ro on vouloit s'en.
donner la peine. Les falines font communcs aux deux Nations quoiqu'elles: --- Page 34 ---
20 Neuveaux
foient dans la Fayager Anx Tes
1700, melasouphriereTelly partic Françoile, comqu'elle foit dans la partie pareillement, bien
Comme cette Iile avoit Angloife. été
miere habitéc, fesHabitans
la preplus de tems que
avoient eu
& ils étoient devenus lesautresafe fi
décraffer,
qu'on auroit eu de la polis & fi civils,
plus de politelfe dans les peine à trouver
les d'Europe. De forte meilleures Vilproverbe, que la Nobleffe qu'on étoit difoit en
Chriftophe, les
à Saint
loupe, les Soldats Bourgeois à la
à la Guadeles Pailansal la Grenade, Martinique, &
à préfent bien
Les chofes font
ont amené la changées. Les richeffes
le bon goûr à polirelle, la
la magnificence,
tans fans ceffer Martinique, d'être
fes Habivenus infiniment
braves, font deSaint Chrillophe polis, les familles de
après leur déroure qui s'y font érablies
tribué à cet heureux n'ont pas peu conquantiré de Nobleffe changement, &la
joinre au foin que les qui s'y elkretiréc,
de faire élever leurs Habitans ont pris
ils n'épargnent rien enfans à Paris, oi
une bonne
pour leur donner
Ile la plus éducation, foriffante ont rendu cette
France ait jamais euc, Colonic que la
L'airdeSain
Chriftophe eft trespur,. --- Page 35 ---
Françoifes de PAmérique.
ce qui fait que le fang y eft très-beau,
le teint des femmes eft admirable, & 1700.
leurs traits fort réguliers; l'un & l'au- Gréolles
tre fexe eft plein d'efprit, & de vivacité. de Chrifto- Saint
Ils font tous parfairement bien faits, & phe.
cela eft commun à tous les Créolles de
l'Amérique Françoife & Angloife, où
il eft aufli rare de trouver des bolfuis,
des borgnes, & des boiteux naturellement, gqu'il eft ordinaire d'en voir en
Europe.
Le bon
des Habitans de Saint
Chriftophe REtE remarquoit dans la diftribution du terrain de leurs Habitations.
Quoiqu'il n'y eût qu'environ un an
qu'ils fuffent rentrés dans leurs biens
quand nous arrivâmes, & qu'ils les euffent trouvés dans le. dernier défordre, 3
nous les trouvâmes aufli propres, & auffi bien entretenus que s'ils n'en fuffent
point fortis. Il eft vrai que les maifons
ayant étédémolies ou brilées par les Auglois, n'étoient pas encore réparées entierement 5 mais ce qui étoit rétabli,
étoit propre & bien entendu, &
avoit déja beaucoup plus de maifons
dt
pied dans le Bourg, qu'il n'y en avoit
dans celui de la Guadeloupe c, qui avoit
eu bien plas de tems à fc rétablir,
Le fpirituel de la Baffeterre de Saing
ft vrai que les maifons
ayant étédémolies ou brilées par les Auglois, n'étoient pas encore réparées entierement 5 mais ce qui étoit rétabli,
étoit propre & bien entendu, &
avoit déja beaucoup plus de maifons
dt
pied dans le Bourg, qu'il n'y en avoit
dans celui de la Guadeloupe c, qui avoit
eu bien plas de tems à fc rétablir,
Le fpirituel de la Baffeterre de Saing --- Page 36 ---
22 Nouveaux Voyages aux Tles
Chriftophe étoit adminiftré avec beau1700, coup de piété & d'exactirude
Paroifs PeresJéfuites; & celui de
par les
de Saint re par les
la CabefterChriftoCapucins. Iln'y avoit qu'une
phe, Eghfe Paroifliale pour toute la Baffeterre, elle étoit dans le Bourg, &
tenoit aux ilabitans. Elle pouvoir appar- avoir
cent vingt-cinq à cent trente pieds de
long far trente-fix pieds de
deux
large > avec
Chapelles, , qui faifoientla
& une Sacriftie en
croifée,
Eglife de rierele maître Autel. formed'appentise derS Chrif.
de
Les murs étoient
tophe. épais
près de cinq pieds, mais leur
hauteur n'étoit point du tour
tionnée à une épaiffeur fi confidérable, proporpuilqu'ils n'avoient tout au plus
douze pieds dehaur. Les
ccintrées, &c
ntibienit
garnics de contrevents fort
épais. La couverture d'effents étoit foûtenue par une charpente très-forte, maf.
five, bien liée. En généralcerte
fe étoir pefante & matérielle.
Eglile avoit de meilleur, c'eft Cequel les
dans étoient trèspropres, que
devoit contenir beaucoup de qu'elle monde, pouréfifter à la violence des
&c
font fréquens dans cette Ifle. ouragans, qui
Les Anglois l'avoient confervée, &
s'en fervoient comme d'un
de
Garde, ou d'un Fort pour fe retirer, corps & --- Page 37 ---
Frangoifes de PAmbrigue.
fe mettre à couvert des defcentes que
nos Corfaires faifoient pendant la Guer- 1700,
re. Pour cet effet, ils avoient percé des
meurtrieres dans les contrevents des
fenètres, & avoient fait faire de petits
fabords aux portes de l'Eglife, & de la
Sacriftie 2 pour faire jouer le canon
qu'ils avoient en dedans, & pour don-
"ner l'alarme aux autres Qnartiers. Ces
précautions n'avoient pourtant pas empêché M. Lambert de les furprendre e,
&de fc rendre maitre de ce poite, après
avoir égorgé la fentinelle avancée; & il
auroit pris le Général Cedrington, , qui
logeoir dans laMaifon de M. de la Gua- Les Ans
riguedu un demi quart de lieie du Bourg, glois P'i 1S par fure
fansun contre-tems qui arriva à fesgenssie Capiquis'étant féparés en deux bandes, pour taine Laberts
envelopper plus facilement la maifon,
tirerent les uns fur les autres , fans fe reconnoître, fe prenant réciproquement
pour ennemis. Cela donna l'alarme, &
fit que ce Général eut le tems de fe fauver. Sa maifon ne laiffa pas d'être pillée,
& beaucoup d'autres du Bourg 5 on enleva plufieurs Negres, fans que les Anglois puflent inquietter nos gens dans
lcur retraite qu'ils firent en bon ordre,
& chargés débutin.
L'Habitation des Peres Jéfuites étoit
fe reconnoître, fe prenant réciproquement
pour ennemis. Cela donna l'alarme, &
fit que ce Général eut le tems de fe fauver. Sa maifon ne laiffa pas d'être pillée,
& beaucoup d'autres du Bourg 5 on enleva plufieurs Negres, fans que les Anglois puflent inquietter nos gens dans
lcur retraite qu'ils firent en bon ordre,
& chargés débutin.
L'Habitation des Peres Jéfuites étoit --- Page 38 ---
24 Nonveaux
Aux
un peu au-deffus Foyages du Bourg. IRes Elle étoit
1700. belle, il y avoit deux Sucreries. Leur
ancienne maifon étoit de maçonnerie,
grande, & peu réguliere autant que j'en
bout. pus juger par le peu qui en reftoit deToute fa folidité ne l'avoit
garantir des effers d un tremblement pà de
terre, qui l'avoit prefque entierement
renverfée avant la Guerre de 1688.
Habita. étoient
dans une
Ils
ticn & foft
logés
maifon de bois
maifon
propre, dont ils nous céderent
desJ Jé falle, & une
la
fiites,
chambre, malgré tout cc
que nous pàmes faire pour les empècher
defedélogeracaufe denous. Ilsavoient
encore une Habitation à deux lieiies de
là dansla montagne, dans un licua
lé la Tuilleric ou la briqueterie, appelétoit pour lors entierement abandon- qui
née,
Habita. L'Habitation des
cion
Carmes étoit à une
Carmes, delieiie ou environ du Bourg, Elle ne me
parut pas grand'chofe par fon étendue,
On m' 'affura
c'étoit une des meilleures terres dero tout le quartier, oil'on
peurdire, qu'elles font exccilentes. Leur
Eglife qui n'étoit pas Paroifliale ne laif
foit pas d'être fort
bitans qui étoient fréquentée par - les Hacloignés du
Ses murs, & ceux des autres Bâcimens Bourg.
quiétoient ençore debout ne me donne.
rent --- Page 39 ---
Françoifes de PAmérique.
rent pas une aufli haute idée de leur
magnificence, que celle que j'en avois 1700.
conçue far le rapport de ces bons Religieux.
Ily avoit un Hermite à Cayonne 2 L'Herdont on n'a jamais bien connu l'efpece. mite de
C'étoit un homme d'efprit, riche, qui ne. Cayontraitoit magnifiquement ceux qui venoient chez lui. Son Habitation éroit
fur la Frontiere, & même en partie fur
les terres des Anglois. Ilavoirune Chapelle qu'il faifoit deffervir, tantôt par
des Prètres féculiers, tantôt par les Jéfuites, & tantôt par les Capucins. Les
Aattant les uns après les autres de l'efpérance de fa fucceflion, qui étoit confidérable. A la fin il la donna aux Capucins, & mourut prefque auffitôt. Mais
ces Peres n'eurent paslet tems d'enj joitir;
car la Guerre de 1688.étant farvenue,
I'Hermitage & la Chapelle avec toutes
fes dépendances furent prifes & ruinées,
& ne fembloient plus qu'un amas confus de ruines, quand jallai me promener en cet endroit, qui eft très-bien fitué, dans un bon air, & avec une vûe
des plus belles & des plus étendués.
Outre cette Chapelle les Peres
cins avoient deux Eglifes à la RCRE Eglifes
re. L'une al'Ance Louver, & l'autre à pucins des Ca- à
Tome VII,
B
es dépendances furent prifes & ruinées,
& ne fembloient plus qu'un amas confus de ruines, quand jallai me promener en cet endroit, qui eft très-bien fitué, dans un bon air, & avec une vûe
des plus belles & des plus étendués.
Outre cette Chapelle les Peres
cins avoient deux Eglifes à la RCRE Eglifes
re. L'une al'Ance Louver, & l'autre à pucins des Ca- à
Tome VII,
B --- Page 40 ---
26 Nonveanx Voyages aux
la pointe deSable. Eles
1700. glifes
d'Emdn
Paroifliales s quoiqu'elles leur
la Ca- appartinffent. Elles n'avoient
beltetre, ruinées par les Anglois, J'entrai point été
celle de TAnce Louvet. Elle étoit dans de
maçonnerie, des
bâtie à la Capucine, avec
bancs de pierre tour au tour,
étoit fort propre. Ils avoient un petit elle
corps de logis i côté del T'Eglife,
en trois ou quatre chambres ou partagé
avec un fort beau jardin. Je n'entrai fales,
ble. point dans celle de la pointe de SaJe vis auffi en paffant les deux Temples
les Anglois ont à la Cabefterre.
Si IarSL Religion eft aufli fimple que leurs
Temples, on peur direqu'elle l'eft beaudcs Temple An- coup. Ils étoient au milieu d'une favanglois. ne, tous deux àp peu près de même grandeur, c'eft à-dire, d'environ
pieds de long fur dix-huit à
quarante
de large, Au bour
à vinge la
pieds
y avoit une longue
avec porte, il
une arTEAE
moire à côté, & un fauteuil. Tout le
refte étoir rempli de bancs à
avec une ailée au milieu, le tout doflier, fans aucuns ornemens de quelque nature que ce
pur être.
Les Peres Jéfuites avoient une Chapelic à Cayonne, & une à la pointe des --- Page 41 ---
Frangoifes de PAmbrique.
Salines. Toures deux avoient été ruinées
pendant la Guerre.
1700.
Les Religieux de la Charité s'étoient
établis à côté du Bourg de la Baffeterre,
ils avoient une fale pour leurs malades, qui leur fervoit en même-tems de
Chapelle, avec quelques petits logemens détachés pour les deux Religieux
qui y étoient. Ils ont une chofe aux Les Reli-
-Ifles, qui m'a toujours extrêmement
de
c'eft d'avoir l'Autel
Chari.
fom
choqué,
où repofe cés
le Très-Saint Sacrement dans le mème
lieu oi font les malades. I1 me femble
que c'eft une indécence, à caufe des irrévérences qui fe commettent à tous
momens par les malades, par ceux qui
les fervent, & par ceux qui les viennent vifiter. Sans compter l'incommodité que les malades reçoivent de ceux
qui viennent entendre la Meffe, & fouvent les Mefles hautes > & les Vepres
que ces bons Religieux chantent de leur
mieux aux dépens de la tête de leurs malades qui en font étourdis.
La Juftice étoit adminiftrée par un Juftice
Juge Ruyal, qui réfidoit au Bourg de la de l'ifle,
Balleterre, 3 avec un Procureur du Roi,
un Greffier, des Notaires, & autres
Suppôts de Juftice. Ily avoit aufli un
Arpenteur Royal, 11 me femble que le
Bij
ces bons Religieux chantent de leur
mieux aux dépens de la tête de leurs malades qui en font étourdis.
La Juftice étoit adminiftrée par un Juftice
Juge Ruyal, qui réfidoit au Bourg de la de l'ifle,
Balleterre, 3 avec un Procureur du Roi,
un Greffier, des Notaires, & autres
Suppôts de Juftice. Ily avoit aufli un
Arpenteur Royal, 11 me femble que le
Bij --- Page 42 ---
28 Nonzeaue Foyager anx Ifes
Juge avoit un Lieutenant, un
1700. du Procureur du Roi, & un Subltitar Commis
Greffier à la pointe de Sable,
le
Quartier de la Cabefterre. Les pour
des Sentences étoient
appels
jugés au Confeil
Supéricur,
Confeil mois au
Sacefenbiptnomiosdeas
SouveBourg de la Baffeterre. Il étoit
rain ou compofé de dix Confeillers
Supc- les plus lettrés, & les
Habitans,
ricur. gens qu'on avoit
plus honnètes
verneur ou le Commandant pu trouver. Le Goutenans de
& les Lieubérative. Roiy ont entrée & voix déliLe Gouverneur
mais c'eft le plus ancien Confeiller y préfide ;
va aux opinions, qui prononce, qui &
qui figne les Arrêts. Ces Confeillers
comme ceux des autres Ifles
& de cappe, ou fi on veut, fontd'épée, ils font
poil & ala plume.
au
A l'égard du Gouvernement politiQuc, il étoir entre les mains de M. le
Comre de Genes comme
en l'ablence du Commandeur Commandant de
Erat Ma. taut qui en étoit Gouverneur
Guijor.
mais qui réfidoit alors à la en titre,
en qualiré de Lieutenant au Martinique
ment Général des Ifles & Terre Gouvernedel l'Amérique Françoife. Ilyavoir ferme
core deux Lieutenans de
cnRoi, un Major & un Aide-Major. Le plus ancien --- Page 43 ---
Françoifes de PAmtriqne.
de ces deux Lieatenans de Roi, étoirun
vieux Gentilhomme Provençal, appel- 1760.
lé Châreau-vieux qui avoit été longtems Capitaine de Grenadiers cn France, & qui avoit du fervice. L'autre 3
étoit le fieur de Courpon ancien Habitant de lIle , Capitaine de Milice, &
Confeiller au ConfeilSouverain. Ils'étoit trouvéà Verfailles dans le tems de
la conclufion de la Paix deRifwick;&
lorfqu'on avoit eu befoin d'un homme
qui connût bien le pais, & qui fit en
érat de donner les lumieres dont on
avoit befoin alors, il fe produifit all
Bureau de M. de Pontchartrain, & en
obtint cette Charge avec le Commandement en particulier du Quartier de la
pointe de Sabie où étoit fon bien.
Les Ifles de Saint Martin B de Saint
Barthelemi dépendent du Gouverneur
de Saint Chriftophe. Elles étoient
vernées par M. de Valmeiniere FEREOTE
de la Martinique, & Lieutenant de
Roi.
La Garnifon de Saint Chriftophe
confiftoit en quatre Compagnies détachées 5 une delquelles étoit au Fort de
la pointe de Sable, les trois autres
étoient dans un Parc, qu'on appelloit
le Çamp, attenant le Bourg. La ColoBiij
de Saint
Barthelemi dépendent du Gouverneur
de Saint Chriftophe. Elles étoient
vernées par M. de Valmeiniere FEREOTE
de la Martinique, & Lieutenant de
Roi.
La Garnifon de Saint Chriftophe
confiftoit en quatre Compagnies détachées 5 une delquelles étoit au Fort de
la pointe de Sable, les trois autres
étoient dans un Parc, qu'on appelloit
le Çamp, attenant le Bourg. La ColoBiij --- Page 44 ---
30 Nonveaur
aux
nie qui faifoit
Ifles
1700. mille
plus de
PLEOEC
hommes portant les armes, quatre
Garnifon faifoit pas alors trois
n'en
& Habi.
cent cinquante,
tans. parce
depuis la déroute de flfle en
1690. frr familles qui avoient été tranfportées à Saint Domingue, la MartiniZeieit la Guadeloupe, & autres Ifles,sy
établies, & ne jugeoient
a
propos de tenir dans un lieu où fen ne
Pourroient pas demeurer, dès
auroit la moindre Guerre
qu'il y
entre les deux Nations,
en Europe
Commeles
tems néceffaire Angloisavoient eu toutle
pour réparer les dommages que lec commencement de la Guerre
deic88.avoit cauféàleurs Habitations
quand les François s'en rendirent mai- s
tres 5 aufli les
Les
trouvâmes-nous
mai. très-bon état.
dans un
fons des
Ilsont peu de maifons de
Angloise maçonnerie; elles font
toutes
font
de bois pein:es en
prefque
peintes,: fées fort
dehors, & lambrif
je dis qu'elles proprement en dedans. Quand
fontpeintes, ilne faut
s'imaginer que ces peintures foienr Rc
perfonnages, ou des ornemens; ce n'eft
le qu'une fimple couche de couleur à huidre pour conferver le bois, & le défendel'cau, & dela
une faite néceffaire de pourriture, la chaleur quieft & de
Thumidité du climat. Cela ne laife
pas --- Page 45 ---
Francoifes de T Amérigue.
d'ètre agréable. La diftribution despieces eft ingénicufe & bien entendue, la 1700.
propreré y. eft très-grande, & les meubles magnifiques.
Les Habitans chez lefquels f'ai mantant en ce voyage, qu'i mon retour
& Saint Domingue, avoient beaucoup
d'argenterie, & fur tout de ces cuvettes
ou jattes, où ils fontla ponche, le fang
gris, & autres boiffons. Ils ont un talent merveilleux pour accommoder le
boeuf falé. Une poitrine de beeuf d'Irlande eft
de réfiftance
ML
toujours la piece
qu'on fert fur table, & c'eft ce que j'ai Ear
trouvé de meilleur chez eux 3
l'il
ht
quoiqu'
y ait une très-grande abondance de toutes fortes de viandes & de gibier. On
dit qu'ils entendent bien les ragoûts;
mais pour le rôti, ils le font d'une maniere qui ne plait pas aux François, parce qu'ils l'arrofent de rant de beurre s
qu'ii en eft tout imbibé, fans compter
celui dont ils rempliffent les plats où ils
mettent la viande.
C'eft la Maîtreffe du logis, qui coupe les viandes, & qui fert; Oul la fille
ainée quand la mere juge qu'elle peut
s'en bien acquiter. Elles le font avec
beaucoup de
s & de bonne
grace. Elles tNtt à merveille, pour
Biv
pas aux François, parce qu'ils l'arrofent de rant de beurre s
qu'ii en eft tout imbibé, fans compter
celui dont ils rempliffent les plats où ils
mettent la viande.
C'eft la Maîtreffe du logis, qui coupe les viandes, & qui fert; Oul la fille
ainée quand la mere juge qu'elle peut
s'en bien acquiter. Elles le font avec
beaucoup de
s & de bonne
grace. Elles tNtt à merveille, pour
Biv --- Page 46 ---
32 Nonveanx
aux
exciter la compagnie Froyager d'en
IRex
1700. Les Anglois font toijours faire autant,
de differens vins, & pourvûs de
de
Rd de liqueurs des
toutes
gnés : comme ils font paisles riches plus éloiplapart, ils fe font honneur de pour la
bien, & n'épargnent rien
leur
à ceux qu'ils traitent une
idée donner
leur
de
TaGer
opulence & de leur générofité.
Il y avoit chez le Major
Miniftre qui avoit déja Cripts un
ket femmes depuis environ
perdu
Minifesqu'il étoit dans IIAe.
trois ans
Peu mnés,
Il paroiffoit fort
rempredée
en recouvrer une
me. On Pom railla
troifiéde foin qu'il prenoit beaucoup de les far le peu
Je remarquai pendant ce conferver.
plufieurs autres occafions, repas, & en
fieursavoient peu de
que ces Mef
Ieurs Miniftres. Je ne confidération Igaific'eft pour
religion, ou fi c'eft la conduire des par irniftres qui leur attire ce
Mi
Les femmes
mépris,
àla
Angloifes font habillées
Françoife, du moins leurs
Habits mens
habilledes fem. - riches enapprochent &
Ils
mes,
beaucoup:
font
très-bon magnifiques, & feroient d'un
goûr, fi elles
rien du leur; mais comme n'y elles mettoient
toujours enchérir fur les modes veulent
viennent de France, ces hors-d'euvies qui --- Page 47 ---
Frangoifes de TAmérigme.
gitent toute la fimétrie & le bon goûr
quis'y trouveroit fans cela. Je n'ai ja- 1700.
mais vu tant de franges d'or, d'argent
& de foye, qu'ily en avoit far ces Dames; elles en paroilfoient couvertes depuis la tête jufqu'aux pieds. Elles ont
de fort beau linge, & desdentellestrèsfines.
La coutume des Anglois eft de tirer Maniere
tous leurs vins de quelque pais qu'ils glois des Anpuiffent être dans de
bouteilles pour confer.
d'un verre épais, à
court, & qui ver leurs
une
font plus! larges que hautes. Elles tien- vins.
nent un peu plus des trois quarts de la
pinte de Paris. Ils les bouchent foigneufement avec desbouchons de liege,
& de cette maniere ils confervent leurs
vins, & leurs autres liqueurs fans craindre de les voir fc gârer. Il faut qu'ils
fallent une grande confommation de
ces bouchons, puilque je n'ai jamais va
de prife Angloife dans laquelle il 1 n'y
eût de groffes futailles remplies de bout
chons. On les fait pour l'ordinaire beaucoup plus gros quiln'eft néceffaire
remplir le trou du goulot. Pour FET y
faire entrer fans les conper,il
a qu'a
les faire boiiillir dansl'eau, ils : refferrent par ce moyen tant qu'on veut, &
quand on les a mis dans T'ouverture de
Bv
, puilque je n'ai jamais va
de prife Angloife dans laquelle il 1 n'y
eût de groffes futailles remplies de bout
chons. On les fait pour l'ordinaire beaucoup plus gros quiln'eft néceffaire
remplir le trou du goulot. Pour FET y
faire entrer fans les conper,il
a qu'a
les faire boiiillir dansl'eau, ils : refferrent par ce moyen tant qu'on veut, &
quand on les a mis dans T'ouverture de
Bv --- Page 48 ---
34 Nonueaux
la bouteille, ils Fayages anx Mes
1700. leur volume & leur reprennent en féchant
premieregrolleur, &
te
trou fans
Loeperhmentet
qu'ils cn fortent,
crainpetit bourlet en
qu'ils font un
en
a:Lees
plus que le col de la bouteille, sclargillant
toujours un pcu pluslarge
qui eft
bourlet de T'entrée
au-dellous du
commencement du > qu'il ne l'eft au
tes leurs bouteilles trou. Lorfque touchées, ils les
fontremplies & bou
arrangent les unes fur les
d: autres,, Canon comme dans on arrange les boulets
pas un ornement un Arcenal, ce qui n'eft
Celliers.
indifférent pour leurs
La Bierre quileur vient
delanouvelle Angleterre, d'Europe ou
Bierre forte,
faurtour cette
eft renfermée qu'on danis de appelle Mommne's
teilles bouchées de la lemblables même
bouMais comme cette
maniere,
extraordinaire, & liqueur a une force
tous les bouchons du qu'elle feroit fauter
un fil d'archal fur le monde, on croife
l'attache en le tortillant bouchon, & on
bourlet du goulot de la bouteille. au-deflous du
Cidre d'Europe & de la Nouvelle Leur
gleterre eft renfermé de la
AnCette manicre de boucher mémefaçon. les
teilles fait allez connoûtre la
bounécelliré --- Page 49 ---
RPJCE --- Page 50 ---
Em2p23e
Rawier du bordde la mer.
a 28
P 6
Rameau de
Tamarin. --- Page 51 ---
Françoifes deLAmtrigue.
: aufli tous
d'avoir des tirebouchons
Anglois & Angloifes en font très-bien 1700.
pourviis, & en ont de fort propres, &
de très-bien travaillés.
Il eft rare qu'on foit obligé de s'en
de
fervir pour déboucher les bouteilles de laB.erre. Force
Momme: car cette liqueur eft fi forte
qu'elle fait fauter en lair les bouchons
auflirôt qu'on alevé le fil d'archal qui
étoit deffus.
Lorfqu'on la veut boire plus douce,
& empécher qu'elle ne donne à la tête
d'une maniere aufli frieufe qu'elle a accoutumé
donner, on y mèle autant d'accom- Maniere
d'eau que : Bierre, avec un peu de moder' la
Sucre pour Fadoucir, & on la bat dans momme.
deux vafes,
bien mèler les deux
liqueurs, & Rota faire mouffer. Cela augmente (a qualité, & la rend plus agréable.
Ilyabeancoup de Tamarins dans tout
le Quartier Anglois de Saint Chriftophe, On fe fert de cet arbre pour orner
les cours, & les entrées des maifons.
Outre fa beauté, on prétend que fon
ombre eft très-faine. Cet arbre vientaf
fez grand, 8cétendu comme un parafol.
Je ne (çai f cela lui eft naturel, ou fi
lart lui fait prendre cette figure. Son arbre. Tamarin Sa
tronc eft toujours fort droit & rond; defcripBvj
ins dans tout
le Quartier Anglois de Saint Chriftophe, On fe fert de cet arbre pour orner
les cours, & les entrées des maifons.
Outre fa beauté, on prétend que fon
ombre eft très-faine. Cet arbre vientaf
fez grand, 8cétendu comme un parafol.
Je ne (çai f cela lui eft naturel, ou fi
lart lui fait prendre cette figure. Son arbre. Tamarin Sa
tronc eft toujours fort droit & rond; defcripBvj --- Page 52 ---
36 Nosveaux
couvert d'une écorce Kgages aax Ifes
1700, fc & tailladée fort brune, allerépait
tion, & chesqui font
près à près. Sesbranfon ufa. bre font
menues, & cn grand nomge.
petites feuilles longues, & bien garnies de
longues,
>
fortes, & toûjours
étroites, alfez
un peu pâlc. Le haut couplées, du d'un verd
branches ont
tronc & les
nes, Le cceun beaucoup de l'arbre de petites épiaffez tendre. Il
eft
&
née de
deux
l'anEe
aflez
petites dbarara d'un blanc fale,
femblables aux fleurs
tout-a-fair
d'oranges
fort douce, touvertesselles & fort
ont une odeur
aromatique. Les filiques agréable, un peu
àces Aleurs viennent
qui fuccedent
font lvertes au
par bouquets. Elles
groffeur du petit commencement de la
doigt, &c de
Lentiene ou environ de longueur. quatre Ellcs
rempliesdune pulpe grife,
veloppe de petits fruits à
quiencomme des feves, alfez tendres peu près
mencement : de couleur
au comd'un goût aigreler, & fort violette, &
On s'en fert àce qu'on dit agréable.
dans la Médecine.
beaucoup
Onconfir ces fruitsou tous entiersavec
leurs filiques, bien avant
mirs 2 ou dépouillés de leurs qu'ils foient
loriqu'ils font mûrs, mais avant Giliques, qu'ils --- Page 53 ---
Frargoifes de PAmbrique.
foient fecs, De
maniere qu'on
les falle confire, SrBR font très-agréables, 1700.
lâchent le ventre, & fortifient en mème TamaCeft
rins con
tems la poitrine.
ainfiqu'en parlent fis.
les Elculapes de l'Amérique. Les Anglois ufent beaucoup de cette confiture
ou cfpece de conferve,
qu'ils font
fujetsà des ESTARAEREN qui font
les fuites de leur intempérance dans le
manger. Ils ont un foin tout particulier des
grands chemins. Je n'en avois point vû
jufqu'alors en fi bon état, f bien entre-.
tenus, & fi commodes. Ils ont raifon
d'en ufer ainfi: car eux aufli bien
ne retournent
Res
les François
gueres
eux après avoir fait un repas chez leurs
amis 2 qu'il n'y, paroille ; de maniere
qu'ils ne font plus en état de conduire
leurs chevaux qui auroient trop d'affairess'ils étoient obligés de
ou de
trainer leurs Maitres, f Rerti chemins.
étoient mauvais.
Après avoir parlé des maifons des
Anglois, il eft julte de dire un mot de la
plus belle maifon qui ait été dans les
ifles, & qui feroit encore, fi un furieux
tremblement de terre n'en eût ruiné la
plus grande partie, & les Anglois le,
rcfte. Ceft celle de feu M. le Bailli de Château
'affairess'ils étoient obligés de
ou de
trainer leurs Maitres, f Rerti chemins.
étoient mauvais.
Après avoir parlé des maifons des
Anglois, il eft julte de dire un mot de la
plus belle maifon qui ait été dans les
ifles, & qui feroit encore, fi un furieux
tremblement de terre n'en eût ruiné la
plus grande partie, & les Anglois le,
rcfte. Ceft celle de feu M. le Bailli de Château --- Page 54 ---
33 Noneane
Poincy, ci-devant Payages aux Mfles
1700. des Mles. On la Goliverneur Généraf
du Hailly de la
nommoit le Châteur
ay. da Poin tic fir montagne, une
parce qu'elle étoit
.
mie da Bourg, montagne à une lietie & bâ- deêtre plus belle, La ni fituation la
ne pouvoir
& plus diverfifiée.
vàe plus étendue
ena donné un deffein Le Pere du Tertre
qui me fervit à la dans fon Hiftoire',
j'en allai voir les reftes reconnoître, quand
a; préfent qu'an amas de qui ine font plus
lieu de plufieurs
ruines au miquoient la
rerralles, qui mar-
& le bon magnificence, > les richeffes,
conftruire gour de celui qui avoir fait
ce bel édifice.
core quelques
Jy trouvaienbaflins dont on grottes avoir affez entieres, des
delesréfervoinse
enlevé le plomb,
dont la fource deseaux eft à
d'une fontaine,
Fon:aine plus haut dansla
une demie lieiie
de la
J'allai voir cette montagne.
monta.
fource quieft Punigne,
qui foit dans tout ce
ac eft affez
quartier-la;
pourroir être conduire abondante, & fon eau
fion faifoit la dépenfe jufqu'au d'un
Bourg,
oude Canaux de
Aqueduc,
cuite, pour la renfermer. plomb ou de Terre
rant le bois aux environs de En parcouce,j je remarquai
cette fours
tites fontaines, dont beaucoup les d'autres peeaux fe per. --- Page 55 ---
Fyançoifes del P Amtriqne.
dent dans les terres qui font toutes trèslegeres, & fort ponceufes. Il me parat 1700.
qu'on pourroiraifements raffembler toutes ces petires fources, & les joindrc
à la principale. Peut-ètre même qu'en
cherchant au-deffous de certaines éminences qui font aux environs, on poutroit trouver d'autres veines pour angmenter la principale fource, & condutre le tout au Bourg qui en a grand befoin, puifqu'on n'y a d'autre cau que
cellequelon recueille dansles citernes,
ou de quelques puits allez mauvais.
€ J'ai dit dans plus d'un endroit, que
les richeffes des Habitans confiftoient
dansleurs Efclaves. Cc font leurs bras,
fans lefquels les terres demeureroient en
friche : car il ne faut pas fonger de trouver des gens de journée comme en Europe, on ne (çait ce que c'eft; il faut
avoir des Elclaves, ou des Engagez, G
on veut faire valoir fon bien. De forte
que PHabitant quia un plus grand nombre d'Efclaves eit le plus en état de faire
une fortune confidérable.
Les Anglois nous forpaffent infiniment en ce point. Ils ont des Negres
tant qu'ils veulent, & à bon marché.
Un Negre piece d'Inde, c'eft-à-dire, de
dix-huità vingr ans, bien-fait,robufte,
avoir des Elclaves, ou des Engagez, G
on veut faire valoir fon bien. De forte
que PHabitant quia un plus grand nombre d'Efclaves eit le plus en état de faire
une fortune confidérable.
Les Anglois nous forpaffent infiniment en ce point. Ils ont des Negres
tant qu'ils veulent, & à bon marché.
Un Negre piece d'Inde, c'eft-à-dire, de
dix-huità vingr ans, bien-fait,robufte, --- Page 56 ---
Nowseanx
& fans défaut, Foyager aux Mles
1700. gu'a cent ou fix ne leur revient jamais
Facilité Ilya des vingt écus.
glois des An- comme en France, Compagnies en Anglererre
pour a- pouvoir de
qui feules ont le
yoir des côtes
trafiquer des Negres fur les
Negres,
d'Afrique, de les apporter al'Ametique, & d'empécher les
glois de faire ce commerce autres Anmiflion. Maiso cela
fansl leur perAnglois n'aillent n'empèche traiter fur la pas côte queles
frique, faufieux d'avoir affez de d'ARerc fc défendre contre les Vaiffeaux force
prendre, Compagnies, &cils font qui ont droir de les
que s'ils éroient ennemis d'aufli bonne prife,
Vaic, Ces Vaiffeaux
de la Nation.
fesuxap-t pellésin- toujours bien armés. pour cette raifon font
ieslop. pes,
terloppes Quandilsont Onlesappelle Inen Guinée, >. ils viennent faicleur traire
tion Negres aux Ifles, avec toute vendre la leurs
que doivent prendre des précau:
craignent d'être pris & confiqués, gens
les
Prenne ala mer,foir qu'on les
en,
Re
Quelques
débarquant les Negres.
gens m'ont afliuré,
gres ne Peuvent plus être que lesNe
hiqués, quand ilsi ont une failis, fois ni concinquante pas que les Princes paflé les
vent tout autour des Ifles, & fer referqu'on ne
même
peutinquiéter ceux quiles sont --- Page 57 ---
Frangoifes delAmérique.
achetés. Je ne donne
ceci comme
fort certain, quoique ET l'aye appris de 1700.
quelques Anglois. Ce feroit une chofe
fort commode, mais les François n'en
jouiffent point. Quoiqu'il en foit, les
Interloppes font toujours fort fur leurs
gardes; comme ils ont tout à craindre, 2
ils ne fe laiffent approcher d'aucun Bâtiment, à moins qu'il ne falle le fignal
de reconnoillance; dont leurs Agens
font convenus, & dont ils ont foin de
les inftruire : car ils le changent à tous
lesvoiages, de
de farprife. LesInterloppes 1SEESE leurs Negres à meilleur marché quel les Compagnies. Cela
fait qu'on achete d'eux plus volontiers,
quoiqu'on fe mette aux rifques de
dre ce
a acheté, &
Paes
qu'on
d'effuyer
procès. Cependant comme ily a remede à tout excepté à la mort, & qu'on
trouve le moien d'aprivoifer les animauxlesplus farouches, les Anglois qui
fonttrès-habiles, gens, > ont humanifé les
Commis de leurs Compagnies 5 & les
François qui fe piquent d'imiter tout ce
qu'ils voyent faire aux autres, ont rendula plapart des Commis de leurs Compagnics les gens les plus traitables : 2 &
les plus honnêtes qui foient au monde.
On s'accommode avec eux, & tout le
à la mort, & qu'on
trouve le moien d'aprivoifer les animauxlesplus farouches, les Anglois qui
fonttrès-habiles, gens, > ont humanifé les
Commis de leurs Compagnies 5 & les
François qui fe piquent d'imiter tout ce
qu'ils voyent faire aux autres, ont rendula plapart des Commis de leurs Compagnics les gens les plus traitables : 2 &
les plus honnêtes qui foient au monde.
On s'accommode avec eux, & tout le --- Page 58 ---
42 Nowveaux
monde eft
Vayages Anx Ifles
1700, fés des
content, excepté les Intéretfaute. Il Compagnies eft vrai
3 mais c'eft leur
fe conferver dans que leurs les Commis pour
air de fidélité à toute Emploisavec un
tems en tems quelque épreuve, font de
en cela qu'on
capture 3 8c c'eft
car ils ne furprennent remarque leur prudence,
plus
jamais que les
on ne manvaitNegres, fe foucie
& les rebuts dont
pasf fort d'être
que les
privé, fans
Bâtimens, ou ceux qui les conduifent, ou ceux quiont acheré
gres, foient jamais faifis ni
lesNeManicre C'eft cette
reconnus.
Anylois dontles ont d'avoir des facilité que les Anglois
traitent les
Negres, qui fait
leurs Ne- traitent ménagent fort peu, &
qu'ils
gres,
prelque aufli durement qu'ils les
Portugais. La pliparte leur
que les
Samedi,
donnent le
qu'ils font c'eft-adire, ce jour-là, 3 que le travail
doit les entrétenir de eft pour cux, &
mens, 3 fans que le Maitre vivres & de vêtepeine d'autre chofe
fe mette en
re travailler.
que de les bien faiLes Anglois ne baprifent
efclaves, foit
point leurs
quelque autre
négligence > ou par
ne fe
ReuPas
point en peine de leur faire mettent
levrai Dieu, & les laiffent connoitre
la même
vivre dans
Religion oi ils les trouvent, --- Page 59 ---
Françoifes de LAmbrique.
foit Mahométifme s foit Idolâtrie.
Leurs Miniftres, avec qui j'ai fou- 1700.
vent eu occafion de m'entretenir far ce Raifons
point, difent pour excufe, qu'il eft in- -
desMini- ftres pour
digne d'un Chrérien, de tenir dans-l'ef ne pas
clavage fon frere en Chrift, c'eft ainfi les baptifer Nequ'ils s'expliquent. Mais ne peut-on gres.
pas dire qu'il eft encore plus indigne
d'un Chrétien, de ne pas procurer à des
amesracherées du Sang 0 deJefus-Chrift,
la connoiffance d'un Dieuàqui ils font
redevables de tout ce qu'ils font? Je
laiffe cela au jugement des Leéteurs.
Cependant ces raifons n'ont point de
lieu chez eux, quandils peuvent
dre de nos
Ils
fort
Tisen
Negres.
fçavent
qu'ils font Chrétiens: ils les voyent faire à leurs yeux les exercices de leur Religion, & en porter les marques autant
quils peuvent..lls: ne fgauroient donter
qu'ils ne foient leurs freres en Chrift,
& cela ne les empèche nullement de
les tenir dans l'efclavage, & de les traiter tout comme ceux qu'ils ne regardent pas commeleurs freres. Derépondre comme ils font, qu'ils peuvenrbien
les tenir efclaves, puifque les François,
les Efpagnols & les Porcugais s'en font
fervis enla même qualiré aprèsles avoir
baptifés, c'eft une mauvaife conféquen-
qu'ils ne foient leurs freres en Chrift,
& cela ne les empèche nullement de
les tenir dans l'efclavage, & de les traiter tout comme ceux qu'ils ne regardent pas commeleurs freres. Derépondre comme ils font, qu'ils peuvenrbien
les tenir efclaves, puifque les François,
les Efpagnols & les Porcugais s'en font
fervis enla même qualiré aprèsles avoir
baptifés, c'eft une mauvaife conféquen- --- Page 60 ---
44 Nowveanx
ce; car fi les François Priyager font Aux Mles
1700. fervir comme efclaves
mal de s'en
fait Chrétiens, ils font après les avoir
que les François en les encore plus smal
teis, leur confcience ne rerenant leur
comme
de le faire, lorlque
le permetrant
Re les recounoiffent
par Baprème
en Chrift, Si au contraire comme leurs freres
font bien de les
les François
les imitent-ils bapnfer, pourquoi ne
viennent
pas ? Il faut qu'ils conexcufes qu'ils n'ont que de mauvaifes
gion, & pour la colorer leur peu de Relitres.
négligence de leurs Minif
Ce font ces manieres fi
maximes que Saint
éloignées des
tant de foin & de force Paulinculgmnoir avec
quiont obligé un grand aux Chrétiens,
gres François de ic 6
nombre de Nebois & les
cantonner dans leg
phe, après montagnes leurs de Saint Chriftochaflés, & ds s'y
Maitres en firent
que nos
maintenir jufqu'à ce
les aller fibufionsayent chercher.
éré en état de
On
core après la Paix de Rifwick, ena trouvé entabliflemenr des François dans &leré.
quis'éroient maintenus dans les cette Ie,
far le fommet des
bois &
ELREEELONERS mouragnes, & qui
uieenaempetin deleurs soat --- Page 61 ---
Frangoifes de PAmbrique.
Ces exemples de fidélité ne peuvent s'attribuer qual l'inftruction dans la Foi que 1700.
ces pauvres
avoient reçué de leurs
Maitres, & PETA la crainte qu'ils avoient
de la perdre, en vivant fous des Maitres qui fe mettent fi peu en peine du
falut de leurs Domeftiques.
Je dois rendre cette juftice aux Hollandois, que s'ils ne font pas baptifer
leurs elclaves, 3 ils ont du moins foin de
les entretenir dans la Religion Chrétienne quand ils fçavent qu'ils Font embraffée. Jai été prié par des perfonnes
de confidération de cette Nation, en
paffant dansles lieux où ils étoient établis, de confeffer leurs Negres Chrétiens, de les inftruire, & de les fortifier dans la Foi qu'ils avoient reçie au
Baptème. Jai fçu
ces mêmes efclaves que leurs Saetec avoient un foin
très-particulier qu'ils fiffent leurs prieres foir & matin, & qu'ilss'approchal
fent desSacremens quand ils pouvoient
leur en trouver l'occafion, fans avoir
jamais fait la moindre démarche, ou
pour leur faire changer de religion ou
pour leur en donner le moindre éloignement.
ifier dans la Foi qu'ils avoient reçie au
Baptème. Jai fçu
ces mêmes efclaves que leurs Saetec avoient un foin
très-particulier qu'ils fiffent leurs prieres foir & matin, & qu'ilss'approchal
fent desSacremens quand ils pouvoient
leur en trouver l'occafion, fans avoir
jamais fait la moindre démarche, ou
pour leur faire changer de religion ou
pour leur en donner le moindre éloignement. --- Page 62 ---
46 Nowveaux Froyages anx Ifles
1700.
CHAPITRE II.
L'Anteur part de Saint Chriftophe. Def.
cription deylIRe de Sainte Croix.
N Ous partimes de Saint Chriftophe
dansle Vaiffeau du Capitaine Trebuchetle 15 Décembre fur le foir. Nous
vimes un peu lIfe de Saint Euftache,
la nuit nous la cacha bientôt, aufli-bien
que celle de Saba qui n'en eft pas éloignéc. Nous découvrimes Sainte Croix
le17 au matin, & en même tems nous
fimes farpris d'un calme fi
que nous demeurâmes deux profond, jours fans
prefque changer de place. Nous
Pêche mes ce tems
pallàde Re Requiens.
enndycux à prendre des
quiens,
Je crois qu'ils tenoient quelque affemblée en ce licu-li, car i eft
bre. impoffible Le fond d'envoir un plus grand nomde la mer depuis Saba juf
qu'i Sainte Croix eft d'un fable tout
blanc; & quoiqu'il foit
cette couleur lapproche très-profond, tellemènt
qu'il femble qu'ony aille toucher
>
la main. C'étoit fiar ce beau fond avec
nous voyions promener ces poiffons que car- --- Page 63 ---
Françoifes de T Amérigue.
naciers. Le premier que nous primes
étoit une femelle qui avoit cinq petits 1700.
dansle ventre: : ils avoient environ deux
picds & demi de
: les dents leut
viennent avant de
Devingt-cinq
IeOLL
à trente perfonnes que nous étions dans
le Vailfesu,p pas une n'en avoit de fibelles & en fi grand nombre. Nous ne laif
fàmes pas de les manger, après les avoir
tenus une journée dans une grande baille
ou cuve pleine d'eau de mer pour les
faire dégorger. Pour cC qui eft de la
mere, elle étoit trop dure; elle nous
fervit an régaler les autres Requiens, & à
couvrir notre hameçon. Les Matelots
prirent feulement quelques pieces fous
le: ventre, qui eft toujours le
gras
&le
tendre. Nous eûmes
tur
plus
plaifir
d'en prendre un grandnombre, & commc nous ne Içavions qu'en faire, nous
nous en divertiflions en différentes manieres.
Nous attachâmes un baril bien bouché& bien lié àl la quetie d'un
nous
tenions fafpendu 5 & après RE avoir
coupe un aileron, nous paffàmes une
corde au deffous des ouies pour décrocher l'hameçon, & quand il fut décroché, nous filâmes la corde dont un des
bouts étoit attaché au Vaifleau, afin que
ne Içavions qu'en faire, nous
nous en divertiflions en différentes manieres.
Nous attachâmes un baril bien bouché& bien lié àl la quetie d'un
nous
tenions fafpendu 5 & après RE avoir
coupe un aileron, nous paffàmes une
corde au deffous des ouies pour décrocher l'hameçon, & quand il fut décroché, nous filâmes la corde dont un des
bouts étoit attaché au Vaifleau, afin que --- Page 64 ---
Nowveanx
le poillon pûr s'cnfuir. Troyager ANx Hes
170p. tes fes forces dès
Il le ft de tou.
mais le baril
qu'il fe fentit libre;
commodoit gu'il avoir àla queiie l'inchoirde
fitienfement, &
courir, & d'ailleurs T'empequoir un aileron. C'étoit illui manvoir les mouvemens
un plaifir de
pour fe débarafler de qu'il fe donnoit
.compagnon. Il
cet imporrun
Soit: mais le baril plongeoir, le
il s'enfonen haut, &
retiroir toujours
qu'il auroit voulu l'empéchoit de faire ce
défendre contre fes pour fe.fauver & fe
rés parle
qui fortoit confieres, de fa qui attile mirent EEER en
bleffure,
rent. Nous en fimes pieces, ainfi & le dévorefieurs à qui nous nous
mourir plucouper la queie, ou un contentions de
de les décrocher
aileron avant
que les autres les 2 étant bien affurés
wite.
expédieroient bien
Les courans nous porterent
près de Sainte Croix,
enfin fi
obligés de moitiller. que nous fûmes
vis de la riviere Salée, Nous étions vis-àvant le principal
où étoit ci-deColonie, environ Etabliffement à demie
de la
terre. Je priai notre
lieiie de
prêter fa Chaloupe Capitaine de nous
cher un Cochon
pour y aller chermaron : iile fit d'affez
bonne --- Page 65 ---
Françoifes de LAmbrique.
bonne grace. Je menai avec moi nos
deux Negres. Trois de nos Paffagers > 1700;
qui étoient des Flibuftiers de Saint Domingue, s'y embarquerent avee quatre
Matelots & le Pilote. Nous avions des
armes & bonne provifion de pain & de
vin, Le Pere Cabaffon vit bien que
nous coucherions à terre, & me jetta
mon hamac comme nousdebordionsda
Vaiffeau. Nous.entrâmes dans sla riviere falée environ un quart de lieiie, &
mimes à terre vis-à-vis des murs d'une
Sucrerie qu'on auroit pû rétablir à de frais. Après avoir amarrénotre iA
loupe, & laiffé un des Marelots & un
Négre armés pourlag garder, & faire un
Ajoupa & du feu, nous nous mimes à
challer, Nous tuâmes d'abord un Veau
d'environ fix mois, gras à pleine peau.
Sa mere qui n'en fut pas contente vint
fur nous la tète baiffée, & fe fir tuer par
compagnic. Nous l'envoyâmes fur le
champ au Vaiffeau, avec la moitié du
Veau, pour réjouir notre Capitainc >
en cas qu'il fût en état d'entendre raifon. La Chaloupe nous rapporta un
cinquiéme Matelot & deux pallagets s
&c le Pere Cabaffon me fit dirc de l'envoyer chercher le lendemain aul point
du jour. Jamais je ne me fuis trouvé
Tome VII.
C
par
compagnic. Nous l'envoyâmes fur le
champ au Vaiffeau, avec la moitié du
Veau, pour réjouir notre Capitainc >
en cas qu'il fût en état d'entendre raifon. La Chaloupe nous rapporta un
cinquiéme Matelot & deux pallagets s
&c le Pere Cabaffon me fit dirc de l'envoyer chercher le lendemain aul point
du jour. Jamais je ne me fuis trouvé
Tome VII.
C --- Page 66 ---
go Nowveaux
AuX
a chafle plus Yoyages
Ifes
1700. Verfailles n'étoit abondante, rien
le Parc de
én
Nous tuâmes en moins d'une comparaifon. lieiie de
pais fept Sangliers & autant de Marcaflins ; des Coqs & des Poulescommunes qui éroient deventics fauvages, &
qu'à caufc de cela nous appellions des
Gelinores, & des Coqs de bruyere, des
Pigeons, des Ramiers & des
tant quenous en voulimes. Nousfimes Cabrittes,
grand chere feu, grand boucan, , & grande
toute la nuit, & le
nous avions ne nous permit plailir gueres
dormir
0d:
: à quoi il faut ajoûrer que la
compagnie importune des
&c des Maringoins fit des Moultiques merveilles
pour nous en. empècher. Jc ne laiffai
pas de dormir quelques heures
queré dans mon hamac.
empaDès le point du jour notre
nc tira un coup de Canon pour Capiraipeller à bord. On lairépondiravec
ou dix
cadt
coupsde fufil, & nous
la Chaloupe conduite par trois envoyâmes Flibuftiers & nos deuxNegres chargés de viande, avec ordre de lui dire de faire
du fel, & que nous lui eavoyerions piler fa
provifion pour fon voiage. Comme il
faifoit calme tout plat, il prit allez bien
ce qu'on lui dit. Le Perc Cabaflon vint --- Page 67 ---
Françoifes de I Amérique.
paffer la journée avec nous. Nous A
mes vifiter le triftes reftes de notre, Era- 1700.
bliflement. Les halliers couvroient déja
prefque toutes les murailles. En vérité
c'eft une chofe criante d'avoir détruit
une fi belle Colonie pour un vilintérêt,
& d'avoir réduit à la mendicité quantité de bons Habitans qui étoient fort
bien accommodés dans cette Ile, qui a
la réferve de l'eau qui y eft affezrare en
bien des endroits, nous parut un lieu
charmant. C'eft un terrain prefque euni: Defcripiln'ya que des collines,ou pour parlerle tion de
langagee des Ifles, ilr n'y a des mornes
Croixa Sainte
vers le milieu de l'Ifle: les pentes en dnc
douces: ils font couverts des plus beaux
arbres du monde. Les Acajous, les bois
d'Inde, les Acomas > les Balatas, les bois
rougesde toutesles fortesy font en abondance.Nous vimes encore de très belles
Cannes malgré les ravages que les Cochons & les autres beftiaux y font. Ilya
des Orangers & des Citroniersen quantité.Nousy trouvâmes encoredu Manioc,
& des Patates excellentes, Nous vimes
la mer de la Cabefterre de toutcs les
collines où nous montâmes, ce qui me
fit conjecturer qu'il n'y avoit gueres
que trois lieiies d'une mer à l'autre dans
l'endroit où nous étions. On nous dit
Cij
encore de très belles
Cannes malgré les ravages que les Cochons & les autres beftiaux y font. Ilya
des Orangers & des Citroniersen quantité.Nousy trouvâmes encoredu Manioc,
& des Patates excellentes, Nous vimes
la mer de la Cabefterre de toutcs les
collines où nous montâmes, ce qui me
fit conjecturer qu'il n'y avoit gueres
que trois lieiies d'une mer à l'autre dans
l'endroit où nous étions. On nous dit
Cij --- Page 68 ---
5:2 Nonueaux Voyages Aux IRes
que c'était le plus éiroit de life. La
N.700. partie qui eftalER teft
a la
pluslarge. Quant
longueur , autant qu'on en
juger à la vuc en la côroyant
peut
nous fimes, clle peut avoir dix à comme douze
lieiies de longucur. Norre
nous affura qu'elle étoit à dix-huit Capitaine dégrés quinze minutes de latitude Nord.
Quant àla longirude, elle eft environ
a trente lieiies fous le vent de S. Chrif-
- > huit lieiies de Port Ric, fix
de l'Ile à
i2tie
Crabes ou
& cinq lieiies de S. Thomas. Boriquen,
préfentement
Iln'y a
qu'à fçavoir au jufte la
longitude de S.Chrillophe, ou dequelde ces autres ifles, & on aura
le moment celle
1STE
de Sainte Croix,
Le Pere Cabaffon - s'en retourna coHcher à bord. Le lendemain matin le
Pilote nous ayant dit qu'il y avoit
parence de vent, nous déjeunâmes ap- &
retournâmes au Vaiffeau thargés de
grofle viande, de gibier & de fruits,
plus que nous n'en pouvions confommer en1s jours. Le Vents'étantlevé fur
le midi, nous levâmes T'ancre, & courâmes de l'ayant allez bien
Coffte à Coffre à mort que lesEfpagnols jufqu'au
morr. lent Bomba d'infierno. Celt un Iflet appel- enyiron vers le milicu de la longueur de --- Page 69 ---
Frangoifesde FAmbrique.
S3
Port Ric, qui a prefque une lieite de
-
long. Le calme nous reprit en cet en- 1700,
droit; mais les courans qui porroientau
Nord Oueft, nous poufferent dans-le
Détroit qui eft entre Port Ric &*Saint
Domingue. Nous vimes le jour de
Noel les trois Rochers ou petites Ifles
qui font au commencement de ce paffa- LaMoge. On les nomme la Mone, la Moni- ne.laMo- nique &
que & Zachée. Comme je n'étois pas Zachée,
préfent quand on leur a impofé CCS
noms, on me difpenfera d'en dire la
rai'on. Nous doublâmes la pointe de
l'Enganno le jour de Saint Etienne.
Nous commençames farle foir rà trouver du vent,
par fa fraicheur nous
fit efpérer de Aif bientôt cet ennuieux
voyage. Mais notre petit Capitaine &c
fon Pilote aufi yvrognes lun que l'autre, & pour le moins anfli ignorans, J
n'eurent pas plicé: fait cinquante cinq
ou foixante lieties au-delà de ce Cap, 3
qu'ils fc mirent en tête qu'ils avoient
dépallé le Cap François, 8c jettoient
Tun frrl'autre la caule de cette erreur
d'une maniere fi vive >: qu'ils furent
ving: fois prèts à en venir aux mains.
Les Flibultiers que nous avions à bord,
&les Matelots du Navire fe moquoient
de ces deux habiles Pilotes, 8c ne traCiij
cinq
ou foixante lieties au-delà de ce Cap, 3
qu'ils fc mirent en tête qu'ils avoient
dépallé le Cap François, 8c jettoient
Tun frrl'autre la caule de cette erreur
d'une maniere fi vive >: qu'ils furent
ving: fois prèts à en venir aux mains.
Les Flibultiers que nous avions à bord,
&les Matelots du Navire fe moquoient
de ces deux habiles Pilotes, 8c ne traCiij --- Page 70 ---
S4 Nouveanx
vailloient
F'oyages AHX IRles
1700. d'accord : point du tout à les mettre
au contraire ils flattoient le
Capitaine fur la juftefle de fon
ce qui le mettoit de fibonne citime,
qu'il"faifoit aufli-tôr
humeur 3
res pieces de vin, & percer faifoit les meilleufon monde comme à des nôces. boire tout
pendant la conteftation
Cefolut de virer de bord, croiffant, il réau vent pour chercher le & de remonter
fant plus de foixante lieiies Cap, fc faide fon Navire,
de l'avant
excellent voilier, qu'il difoit être un trèsrité ce fir la
quoique dans la vé-
& la plus mal plus atteléc mauvaife charrette a >:
jamais fortie de Bordeanx. qui fur pcucêtre
vis
cette mauvaife
Comme je
Rerctire perdre bien du mancenvre nous
le moment de le trouver tems, je cherchai
nable; & l'ayant trouvé, un peu raifondaidene point
, je le perfinapromit de fuivre changer de route. Il me
Monte Le lendemain
mon confeil, & le fit.
Éhrifto. te Chrifto.
au foir nous vîmes Monfort
C'eft une groffe montagne
rée remarquable, & une marque affûpour trouver le Cap. Cette
verte réjoitit toutle monde. Comme découétoit tard, on mit à la
il
nuit, Le matin nous
cappe toure la
calme. Levent étant nous trouvâmes en
revenu, nous fi- --- Page 71 ---
Françoifes de PAmérique.
fnes fervir nos voiles, & nous entrâmes
dans le Port du Cap François à une de- 1700.
mie heure de nuit. Les Pilotes Cotiers
s'éroient rendus à bord un peu après
midi; &c nocre Capiraine n'ayant plus
rien à faire, fc mit à boire mieux qu'il
n'avoir encote fait, &c fit fi bien les
honneurs de fon Vaiffeau, qu'on ne l'avoit point encore vit fyvre. Les Pilotes Cociers.n'étoient gueres plus raifonnables; de forte que nous nous vimes
cent fois prèts à nous brifer contre les
rochers fous leur conduite.
Il étoit fi tard quand on eût achevé
d'amarrer le Vaifleau, que nous réfolûmes de coucher à bord. Nous eûmes
tout le loifir de nous en repentir 5 car
tant que la nuit dura, le Vaiffeau fut
toujoursplein de gens qui fe fuccédoient
les uns aux autres, pour demander des
nouvelles ou placor pour boire. Notre
Capitaine failoit merveille: il fembloit
à la fin qu'il fc défenyvroit à force de
boire. Il buvoit à tous venans, & fes
Marelots fuivoient parfairement bien
fon cxemple, le tout aux dépens de la
Cargaifon, ou de ceux qui la devoient
acheter, qui achetent le plus fouvent
autant d'eau que de vin, car on a foin
de tenir toujours les futailles pleines >
Civ
placor pour boire. Notre
Capitaine failoit merveille: il fembloit
à la fin qu'il fc défenyvroit à force de
boire. Il buvoit à tous venans, & fes
Marelots fuivoient parfairement bien
fon cxemple, le tout aux dépens de la
Cargaifon, ou de ceux qui la devoient
acheter, qui achetent le plus fouvent
autant d'eau que de vin, car on a foin
de tenir toujours les futailles pleines >
Civ --- Page 72 ---
56 Nonzeane
&la plus grande Tarore AuX IRles
pérer de ces fortes de qu'on puiffe efrempliflenr d'eau
gens eft qu'ils les
ne fe donnent douce, car fouventils
cher d'autre pasla peine d'en chers'embarraffer que celle de la mer, fans
vin
qu'elle gâte abfolumentle
danslequel on la met..
CHAPITR E III.
Hifoire abrégée del TIfe de S. Domingue.
'Ifle de Saint
1701. I
Domingue ou deSaint
fondre Dominigue, avec
qu'il ne faut pas conune des Antifles,
par les Caraibes, appellée la habirée
que; la Domenica, oul'Ife de Domini- Dimanche, parce qu'elle fut découverte à
pareil jour, 2 eft firuée entre le dix un
tiéme & demi & lc vingriéme dégré feplatitude Seprentrionale. Elle fut
de
verte par Chriftophe Colomb dans' décou- fon
Kaifon bitans premier la voiage en 1492. fes anciensHa
de du nom nomma nommoient Ayti. Colomb la
S.Dod'abord
mingue, dire, la petite
Hifpaniola, c'eft-dfois nommée Elpagne; on l'a quelqueReine
Ifabelle, à caufe de la
d'Elpagne, qui portoit ce nom. --- Page 73 ---
Pave $6.
Tome
Ta
L
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-
Barox
nihrdeMizas
de
1de aVache deferte
aptiere
on Ybaca
- Prbt 173u
u ialas 4 nL. Vela
Loboo ouBeatr
t. LaRrte
GOLFE
DE
2. Latale
Isler 4
1sle Beata
MEXIQUE
Jes ner
3 Penthnd
4. Bac de tatrabemte.
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MEXIQUE
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3 Penthnd
4. Bac de tatrabemte.
. de
d lea Ve --- Page 74 ---
PACE --- Page 75 ---
Françoifes de PAmérique.
Mais fa Ville Capitale ayant été bârie
en 1494. & nommée Saint Dominique 1704.
ou Domingue, ce nom s'eft étendu à
toute l'ifle, & on ne l'appelle
autrement chez les Nations qui y fotate établies, & parmi toutes celles qui y trafiquent, ou qui la mettent dans leurs.
Cartes.
Cette Ille à qui on donne quatre cent
lieties de tour, en la mefurant de
te en
poinpointe, & près de fix cent, fi on
mefure les contours des Ances, des
Bayes, & des Culs-de-Sacs, étoit partagéc anciennement en cinq Royaumes,
qui avoient chacun leur Cacique ou
Souverain.
Celui où aborda Colomb en venant Anciene
des Ifles Lucayes, qu'il avoit
ne divireconnunon des,
d'abord, & qui étoit àl labande du Nord Domin.
& à l'EC de Monte Chrifto, fe nom- guc.
moit Marien. Ily fit un petit Fort de
bois qu'il nomma la Navidad, &y
laiffa trente hommes, avec un Commandant, peadant qu'il retourna en E(-
pagne porter la nouvelle de fa découverte. Mais ces hommes s'étant mal
comportés avec les Indiens, les pillant,
enlevant leurs femmes, & leur faifant
d'autres injuftices, ceux-ci trouverent
moyen.de les faire mourir,& brûlerent
C Y --- Page 76 ---
58 Nowveaux
le Fort: deforte Frujages anx Mles
1701.
ifon retour l'année que Colomb fut obliSE bâtir une Ville plus forte fnivante 1493.
ma lfabelle, au bord d'une qu'il nomdans un endroit plus fûr & riviere, &
de pour l'abord des
plus commofut qu'en l'année Vaifleaux, Ce ne
Ville de Saint
1494. qu'il bâtit la
autres, dont il Domingue, ne refte plus & plufieurs
extrêmement déchics que trois ou
Srelite elles étoient autrefois,
de l'état
regarder plûrôr
& qu'on doit
comme des
que comme des Villes, telles Bourgs s
San] Jague del los Cavalleros, que font
tion,Zeibo, As, S.Jean de laconcepLe Royaume qui étoit Gonave, à la &c.
de PIle vers l'Eit fe nommoir tète
guei > celui de l'Oucft
Hilui du Midi
Xaraga, ceMaguana, & celui
étoit au centre dellfle, Magua, Il qui
longrems que ces divifions &
ya
ne fubliftent plus, Tout ce ces noms.
étoit une fourmiliere de
grand
les Elpagnols virent bientôr peuples, la ECE
les critautés qu'ils exercerent fur fin, par
par les travaux dont ils les
eux 3
rent, & furtour par celui des furchargeoli's firent périr en très-pen mincs, de
tos les Habitans de cette
tems
au.res qui en font voifines, Ile, de & des
forte
&
ya
ne fubliftent plus, Tout ce ces noms.
étoit une fourmiliere de
grand
les Elpagnols virent bientôr peuples, la ECE
les critautés qu'ils exercerent fur fin, par
par les travaux dont ils les
eux 3
rent, & furtour par celui des furchargeoli's firent périr en très-pen mincs, de
tos les Habitans de cette
tems
au.res qui en font voifines, Ile, de & des
forte --- Page 77 ---
Frangoifes de PAmbrigne.
qu'an rapport de Dom Barthelemy de
las Cafas Religieux de notre Ordre, 8 1701.
Evèque de Chiappa, ils ont dépeuplé
en moins de quarante ans non feulement les Ifles de Port Ric, de Saint
Domingue, de Couve, de.la Jamaique, & les petites Ifles des environs,
maisencore la plus grande partic de la
Terre-ferme qu'ils avoient découverte
& conquife.
On ne connoît point de Pais au monde plus abondant que cette Ifle, la terre y eft d'une fécondité admirable >
profonde, & dans une pofition
rit ne ceffer jamais de produire tout ce
qu'on
defirer. On trouve dans les
forèts Scr arbres de toutes les cfpeces :
d'une hauteur & d'une groffeur fomie
nante. Les fruits y font plus gros 2 Fertilité
mieux nourris, plus ficculens que dans de mingue, S:Dos
les autres Ifles. Ony voit des favannes
ou prairies naturelles, d'une étendue
prodigieufe, qui nourriffent des millions de Baufs, de Chevaux & de Cochons fauvages, dont on eft redevable
aux Efpagnols, qui en ont apperté les
cfpeces d'Europc. Ilyap
dePais au
monde ot l'on trouve ECP plus belles,
dep plus grandes rivieres, en pareil nomDIC, & aufli poiffonneufes. Ily a des
Cvj --- Page 78 ---
60 Nouveanx
mines d'or,
Thyager AHX IRes
1701. ont été autrefois d'argent & de cuivre, que
quirendroient encore très-abondantes - > &
étoient
beaucoup fi ielles
Epagnols, travaillées; mais la foibleffe des -
qui leur fait toujours craindre,queles autres Européensneleschaf
fentabfolament cheravec foin du pais, les obliged Cacelles qui font dans leurs
Quartiers; tréfors
de forte qu'ils poffedent des
fans ofer s'en
&
en friche des terres fervir, laidlent
pourroient entretenir, immenfes, & même qui
chir des millions de
enritelligentes, & plus laboricufes perfonnes plus infont.
quilsne
Il eft vrai que le Pais étoit affcz
cultivé dans les
bien
le
commencemens qu'ils
découvrirent, ce
je dirai
en parlant du fond 307 Pillea ci-après
Caufes fera une preuve; mais la
Vache en
Hel'a- la
découverte de
bandon
Terre-ferme, & les richeffes
de S.Do- trouverent y attirerent bientôt qu'ils y
mingue. bitans de Saint Domingue: les Hademeuroient à l'Oueft furent Ceux les qui
miers à quitter leurs Habitations precourir au Mexique, prendre
pour à la
forrune de leurs compatriores, part
aider à pénétrer dans
& les
de forte qu'il n'y eûr ces la riahes Pais :
L'EA & lesenvirons
parcie de
uly Ville de Saint
& les richeffes
de S.Do- trouverent y attirerent bientôt qu'ils y
mingue. bitans de Saint Domingue: les Hademeuroient à l'Oueft furent Ceux les qui
miers à quitter leurs Habitations precourir au Mexique, prendre
pour à la
forrune de leurs compatriores, part
aider à pénétrer dans
& les
de forte qu'il n'y eûr ces la riahes Pais :
L'EA & lesenvirons
parcie de
uly Ville de Saint --- Page 79 ---
Francoifes detAmbrigue.
6r
Domingue qui demeurerent peuplés, 1
qu'érant fous les yeux du Préfi- 1701.
LenE qui réfidoit en cette Ville avec une
autorité aulli étendue, & aufli abfolue
que celle d'un Vice-Roi, il empèchoit,
pour bien des raifons, dans lefquelles
je ne dois pas entrer, que fes Peuples
ne l'abandonnaffent, & ne fe retiraffent dans des Pais-qui-ne devoient
être de fa Jurifdiétion. On peut
abec
regarder la découverte du Mexique &c
du Pérou, comme la premiere, & peutêtre la principale caufe du dépeuplement de lifle de Saint Domingue.-
La feconde caufe a été la mort des
Indiens. Les Efpagnols feals n'étoient
pas capables de cultiver leurs terres >
& ils n'avoient point encore desE(claves d'Afrique, dont les Portugais ont
été les premiers à fe fervir, &c à en
érablir le commerce & la vente.. Mais
ce qui.lesa obligés enfin à abandonner
abfolument la plus grande partic de
cette ifle, & furourlapartie del l'Oueft,
ou pour parler plus juite, la grande
moitié du Pais,. en la. prenant depuis
Monte Chrifto jufqu'au Cap Mongon, s
ou jufqu'à celui de la Béate, font les
defcentes & les pillages continuels que
les Européens ennemis des E(pagnols > --- Page 80 ---
6z Nozenw
ou jaloux de leurs Phyages Anx TRes
*701. tous les jours fur leurs fortunes, côtes faifoiene
chafferent, &
d'oi ils les
le caeur de ce pais, pénétrerent jufques dans
proie des
qui devint ainfi la
dant
François &
un grand nombre des'Anglois d'années,
pourtant
Fae
fàt d'y établirune qu'aucun de ces Peuples s'avi11 eft vrai
demeure fixe.
étoient que plufieurs de ces Peuvenus dans le nouveau
pour y faire
At
tager
la courfe, &
ore aux aveclesElpagnols Indiens,
ce qu'ils .iat
mens, & s'étant ayant fauvés perdu leurs Bârirent à tuer des Boeufs, à terre, fe mifauvages d'abord
& des Cochons
attendant
pour s'entretenir, en
fur lequel Te paffar quelque Vaiffean,
enfirite
puffene fe rembarquer, &
qu'ils pour amaffer les peaux des Baufs
à faire toient, dont ils commencerent
un trafic
Vaiffeaux qui venoient avantageux avec les
pour fe charget de exprès à la côte,
leur donnoient
ces cuirs, & qui
provifions dont ils en échange toutes les.
Cette vie libertine avoient befoin.
d'avoir des charmes qui ne laiffoir pas
modités dont elle étoit malgré les incomattira en peu d'années bien accompagnée des
çois & des Anglois à la côte.
FranSoirquils
ufs
à faire toient, dont ils commencerent
un trafic
Vaiffeaux qui venoient avantageux avec les
pour fe charget de exprès à la côte,
leur donnoient
ces cuirs, & qui
provifions dont ils en échange toutes les.
Cette vie libertine avoient befoin.
d'avoir des charmes qui ne laiffoir pas
modités dont elle étoit malgré les incomattira en peu d'années bien accompagnée des
çois & des Anglois à la côte.
FranSoirquils --- Page 81 ---
Frangoifes de PAmtrique.
fuffent en Guerre ou en Paix en Europc, ils étoient amis dès qu'ils mettoient 170Iie
dans cette Ifle, & ne connoifEDT plus d'autres ennemis que les EC
pagnols, qui de leur coténépargnoient
rien
les détruire, Sc qui ne leur
tsceer point de
quand ils fe
trouvoient tles plus Rimntene 5 mais aufli
n'en avoient point à efpérer,
eR3E
tomboient entre les mains de ces Chaffeurs, qu'on nomma dans la fuite Boucaniers du nom des Ajoupas ou Boucans, oiils fe retiroient pour paffer la
nuit, & les mauvais tems qui ne leur
permettoient pas d'aller à la chafle, ou
dont ils fe fervoient pour fécher & fumer les chairs qu'ils vouloient conferver, qu'onappelle viandes boucannées.
Tels ont éré les premiers Europeens
qui fe font érablisà" S. Domingue après
les E(pagnols; mais il n'eft
pofible
de fixer
que lesi
ROtIE
précifément
François & les Anglois ont commencé
àsy retirer, ou en fe fauvant des naufrages, en y allant exprès, & s'y dégradant, pour me fervir de leurs termes >
dansle deffein de chaffer les Boeufs fauvages, 8c faire des cuirs.
Tout le monde fçait que les François res Premies dé.
ont été les premiers qui ont fait des couveg" --- Page 82 ---
6s
a AHX
NansoneTapger
découverres en
Ipes
1701. tôt que les
Amérique prelque auf
tés des le chemin Efpagnols en curent ouvert
Fraugois ler du
aux-autres Nations.
Capitainé Thomas
Sansparle Roi Louis XII.
Aubert, que
vrir F'Amérique envoya pour décou1504.& qui en effet Septentrionale en
de la Caroline & de découvrit la Côte
cette année-là
Canada, depuis
conftant
julques en 15o8. ifcf
fut
que Jean Veraflano Florentin
envoyé en 1524.
pour continuer les
par François I.
voient été commencées découvertes fous
qui acefleur.. I découvrit
fon Prédépoffellion au nom du en effet, & prit
ces vaftes Provinces Roi, de toutes
du Golphe du
qui font-au Nord
noiflons
Mexique,
nous conaujourd'hui fous Stc nom dela.
Lamifiane, les qu'on
de la Floride, & de cella
nomme à préfent tla Caroline,
Virginic, 3 la nouvelle
>
Canada,en un mot tour Anglererre, ce
le:
contre depuis le 25 dégré de qui fe renSeptentrionale
latitude
tude depuis le jufqu'an 54 & en longiMais les 225 iufuansyo
France eut à longues fourenir Guerres que la
tantôt avec les
Etraugers 3 tantôr avec les Hérétiques, qui s'éleverent dans fon fein
empécherent qu'clle ne pûc profiter de 3
Caroline,
Virginic, 3 la nouvelle
>
Canada,en un mot tour Anglererre, ce
le:
contre depuis le 25 dégré de qui fe renSeptentrionale
latitude
tude depuis le jufqu'an 54 & en longiMais les 225 iufuansyo
France eut à longues fourenir Guerres que la
tantôt avec les
Etraugers 3 tantôr avec les Hérétiques, qui s'éleverent dans fon fein
empécherent qu'clle ne pûc profiter de 3 --- Page 83 ---
Frangoifes de PAmérigut.
ces grandes découvertes. & s'érablir
dans ces beaux Pais ou du moins fou te- 1701.
nir les établiffemens qu'elie
avoit
commencés, ainfi que je l'ai fat voir
dans la Préface de ma premiere Partie;
mais elle n'empècha pas fes Sujets d'armer en courfe, & d'alier faire le dégât,
8 piller 2 les ennemis de leur patrie, &
de leur Roi. Outrela.gloire de venger
leur Nation, ils y trouvoient encore
desavantages confidérables, & la Franeey y en trouvoit auffi de très grands
l'argent, & les marchandifes PASRE
fes qu'ils répandoient à leurs retours.
Enfin V nombre de ces Chaffeurs ou
Boucaniers, s'étant beaucoup augmenré, quelques-uns
à
de
fe retirer fiar l'Ile TT la FAEOPO afin
d'avoir une retraite au cas qu'ils vinffent
a ètre pouffés
vivement parles EC
pagnols. Et aug. afin que leurs Magafins de cuirs & autres marchandifes faffent en fûreté. Plufieurs d'entr'eux fc
mirent à défricher cette Ifle déferte &c
inhabitée, & y planterent du tabac,
dont ils faifoient un négoce d'autant
plus confidérable avecles Vaiffeaux qui
venoient trafiquer avec eux, que ce tabac étoit exquis, &égaloit celui de Vérinc,. qui eft le plus exeellent. Cette: --- Page 84 ---
66 Nowueanx
Voyages aux Ifes
marchandife, & cette
5701. roiffoit affez affiurée, retraite, qui paayant encore augMenuéconufid@nblemenl le nombre des
Boucaniers, fit craindre aux
qu'ils ne les chaffaffent enfin Epagnols
ment de la grande terre, c'eft entiere- ainfi
qu'on nomme Saint Doiningue,
rapport à lIfle de la Tortue; de tohe
quel'Amiral de l'armée navale
eut ordre de détruire cette d'EfpaScr Roucaniers,
retraite
voleurs, & de les 3 qu'ils appelloient des
lépéc. C'eft ce
paffer tous au fil de
Comme ils
qu'il exécuta en 1638.
Les Ef. tue nil Fortereffe, n'avoient ni encore àl la Torfupren pagno's glé, il fat facile à Gouvernement cet
rénent la avoit des
Amiral, qui
Tortue ries, de Troupes nombreufes & aguer-
&lara
fiurprendre des gens fans
wagent, écartés les uns des autres dans les Chef,
chés qu'ils avoient faits dans l'Ifle, défridont le plus grand
&c
braves, & les plus nombre, les plus
grande terre
aguerris étoient à la
faire fécher occupés à la Chaffe, & à
leurs cuirs; tout cela
na un avantage fi confidérable donpagnols fur ceux qui étoient reftés aux Ef
rille de la Torne, qu'ils firent
dans
facre général de tous ceux qui un maf
rent entre leurs mains, & eurent tombere la cruauté de faire pendre
encocontre le
défridont le plus grand
&c
braves, & les plus nombre, les plus
grande terre
aguerris étoient à la
faire fécher occupés à la Chaffe, & à
leurs cuirs; tout cela
na un avantage fi confidérable donpagnols fur ceux qui étoient reftés aux Ef
rille de la Torne, qu'ils firent
dans
facre général de tous ceux qui un maf
rent entre leurs mains, & eurent tombere la cruauté de faire pendre
encocontre le --- Page 85 ---
Françoifes de LAmérigne.
droit des
ceux qui vinrent implorer leur RTeNLOtLETE en offrant de fe 1701.
retirer en Europe. Ces manieres inhumaines
farent fçies de ceux qui reftoient, T obligerent de fe retirer dans
les lieux du plus difficile accès, & de
tenir cachés, & lorfque les EfpaE après avoir fait le dégât partout
où ils plrene pénétrer, , fe furent retirés,
ceux qui s'étoient fauvés pafferent à la
grande terre, chercherent leurs compagnons, & s'étant raffemblés au nombre
de trois cens, ils retournerent à la Tortue,où ils choifirent pourleur Chefun
Anglois, qui faifoit depuis longtems le
métier de Boucanier s en qui ils avoient
remarqué dela prudence & dela valeur.
Cependant le Commandeur de Pois
étant arrivé à S. Chriftophe atl mois
% Février 1639 avec la qualité de Lieutenant général de toutes les Ifles del'Amérique, fut averti de ce qui fe paffoit
à la Torrué. Il crut que cette occafion
lui venoit tout-à-propos pour fe débarraffer d'an de (escompagnons de fortune, qui l'avoit fuivi à S. Ch hriftophe.
Il s'appelloit le fieur le Valfeur homme Ic feur
d'efprit, entreprenant, & fort brave taa Vaf- étamais comme il'étoit Haguenot, & desbiGouplus zélés pour fa Secte, il ne conve- verneur --- Page 86 ---
68 Nouveaux Yoyages AuX Ifes
noit guéres à un Chévalier de
I701. de l'avoir pour ami &c
Malre
delsTer. lui propola donc de lai pour confeil. II
rus.
vernement de la
donner le Goucier
Tortue, & de s'affoavec lui, pour faire un établiffement, & un commerce confidérable,
dont is partageroient le
Pere du Tertre mon Confrere, profit. Le
porte rout au long les articles de rap- leur
traité à la fin de la premiere Partie de
fon Hiftoire
588. dont le
étoir la liberté R2E confcience premier
deux Religions. Cetendroit pour les
foit pas bonneur aul Commandeur qui ne faiPoincy étoit dircétement
de
Ordonnances du Roi,
oppofé aux
ment de la Compagnic des pour Ifles létabliffe de P'Amérique du mois de Février
lesautres articles ne. regardoient 1635. leurs
inrérèts particuliers. Cet trairé que. eft du 2
Novembre 1641.
Lc fieur le Vaffeur Partit aufli-tôr de
Saint Chriftophe dans une
fur achetée, & armée aux dépens Barque, a2t
fociéré,8 arriva aul Port Margot dans
PIfle S. Domingue, éloigné d'environ
fept lieiies de la Tortuc. Il amalla en
cet endroit foixante Boucaniers Frangois, qu'il joignit aux quarante
ou cinquante hommes
cinq
quilavoit ame-
1641.
Lc fieur le Vaffeur Partit aufli-tôr de
Saint Chriftophe dans une
fur achetée, & armée aux dépens Barque, a2t
fociéré,8 arriva aul Port Margot dans
PIfle S. Domingue, éloigné d'environ
fept lieiies de la Tortuc. Il amalla en
cet endroit foixante Boucaniers Frangois, qu'il joignit aux quarante
ou cinquante hommes
cinq
quilavoit ame- --- Page 87 ---
Françoifas de PAmtrique.
miés aveclui de S.Chriftophe, quiérant
de fa Religion, avoient été ravis de le- 1793,
fuivre. En cet état, il: alla mouiller àla
Tortue , & envoya dire à l'Anglois
nommé Willis qui y commandoit, qu'il
cât à fortir fur le.champ dellle avec
ceux de fa Nation, s ou autrement il
alloit venger fur cux la mort de quelFrançois qu'ils avoient affaflinés.
fecr François qui étoient mèlés avec les
Anglois, ayant pris les armes danslinf
tant, &c s'érant joints à la troupe du
fieur le Vaffeur, les Anglois furent fi
confternés qu'ils s'embarquerent auflitôr, & laillerentles François en polfef
fion de l'Ifle.
Le feur le Vaffeur ayant préfenté la
Commniflion qu'il avoit de M. de Poincy, fut reconnu pour Gouverneur, &
s'appliqua anfli-tôrà conftruire unel Fortereffe quile mit, lui, les Habitans, &
leurs biens hors d'infulte, & en état de
réfifter aux Anglois, s'il leur prenoit
fanraific de revenir, &c aux Efpagnols
s'ils svouloient les inquiéter, & lès chaffer de ce pofte: il trouva un endroit
fort commode, & fort aifé à fortifier,
inaccellible du côté de la rade qu'il défendoit très-bien, & tellement couvert
*environné de précipices, & de bois --- Page 88 ---
70 Nowveanx Poyages Anx Tes
épais, & impraticables du côré de
1700. rerre, qu'ille jugeai impénétrable de la
côté-là. C'eft ce qu'on nomma dans ce la
fuite le Fort de la Roche, ou le
de la Tortuc.
refuge
Cet afile &cle magafin que ces deux
Meflieurs Aflociés établirent dans le
Bourg, qui étoit au pied de la Roche,
toujours bien rempli de vin, d'eau-devie, de toiles, d'armes, de
& autres marchandifes, y munitions, attira
tôt ttous les Boucaniers, dontle bienaugmentoir à vûe d'ail, &
nombre
te néceffaire, les dégats qu'ils par une fuifur les terres des Eipagnols croiffoient faifoient
de plus en plus. Cela obligea le Préfident de S. Domingue, de lever fix
cens Soldats avec un bon nombre de
Matelots, qu'il mit fur fix
& qu'il envoya à la Tortue Vaifleaux, détruire entierement l'érabillement pour desFranCes Bâtimens s'étant
Rotra de la Tortué, furent préfentés au
canonés fi vivement, qu'ils farent contraints d'aller
mouiller deux lieiies fous le
un endroit qu'on nomma
vent, en
Les Ef ce de la Plaine des
depuis, l'Anpagnols
Efpagnols. Ils y déartaquent barquerent leurs troupes & vinrent attala Tor. quer la Fortereffe avec
tue &
une extrême vigueur. : mais le fieur le Vaffeur lcs reçut
de la Tortué, furent préfentés au
canonés fi vivement, qu'ils farent contraints d'aller
mouiller deux lieiies fous le
un endroit qu'on nomma
vent, en
Les Ef ce de la Plaine des
depuis, l'Anpagnols
Efpagnols. Ils y déartaquent barquerent leurs troupes & vinrent attala Tor. quer la Fortereffe avec
tue &
une extrême vigueur. : mais le fieur le Vaffeur lcs reçut --- Page 89 ---
Prangoifes de PAmérigne,
& les repoufla avec tant de fermeté &.-
de bravoure, qu'après en avoir tué une 170I,
bonne partie, i contraignit le refte de font bate
s'enfuir du côté de leurs Bâtimens, & tus.
de fe rembarquer en confufion, abandonnant leurs morts, leurs bleffés, &
tourl'attirai: qu'ils avoient mis à terre,
Ceci arriva au mois de Janvier 1645.
Jufques alors le fieur le Vaffeur avoit
paru fort modéré, & il avoit traité fcs
Habitans: avech beaucoup de douceur &
d'honnêtété; mais cette vidtoirel'enfa
tellement, qu'il devint tout d'un coup
méconnoiflable. Il crut que rien ne lui
pouvoir réfifter, & queles mefures
avoit gardées sjufqu'alors avec fes
CRAREE
tans & les Boucaniers de la Côte, n'étoient plus de faifon. Il devint cruel
jufqual'exces, & encore
avare. Il
impofa des droits
fur tout
ceontpans
ce qui entroit & fortoit de fonl Ifle. Il
fe rendit maître de tout le Commerce;
lui feul pouvoit vendre & acheter : il
fit des profits immenfes, &c devint en
peu d'années extrêmement riche, fans
pourtant vouloir partager les biens qu'il
avoit acquis avec fon Affocié & fon
bienfaiteur, le Bailli de Poincy. Il paffa outre, & fit bientôt voir que le zele
qu'il avoit fait paroitre pour fa Secte > --- Page 90 ---
72 Nowveanx Yayager ANX
n'étoit qu'un malque
Hes
1701. vices & fes pallions, fartour dontil.achoit les
tés-car il challa fon Miniftre, fon impicla Chapelle on les Catholiques & biila
deurs exercices de
faifoient
aufli chaflé le Prêtre Religion, qui leur aprèsavoir
Curé, de forte
fervoit de
cice public d'aucune quiln'y eut plus d'exertuc.
Religion. dla Tora
M. de Poincy ne
de
fentir vivement le manqua pas
ref
fieur le Vaffeur, Il mauvais lui
Procédé du
côtés des plaintes des excès venoir de tous
mettoit, mais iln'éoir
qu'il comvoir d'y
du remede. pas en fon pouplufieurs REPE de l'attirer à
Il tâcha
phe, & toujours en vain. S. A Chrifto- la.fin
ptitréfolution de le tirer
il
fa forterelle, & de lui
force de
EReTE faire fon
procès.
Dans le tems qu'il en cherchoit les
moyens > le Chevalier de Fontenai
mouilla dla rade,de
Chevalier
S.Chriftophe. Ce
à Malthe oùt après il s'étoit avoir longtems fervi
grande
acquis une trèsla Marine réputation, de
fut employé dans
France. Il montoit alors
une.Frégate 0
du Roy de
Canons, & il venoit de vingt-deux
de fon
dans perdre une partie
Équipage
un combar qu'il
avoit
moyens > le Chevalier de Fontenai
mouilla dla rade,de
Chevalier
S.Chriftophe. Ce
à Malthe oùt après il s'étoit avoir longtems fervi
grande
acquis une trèsla Marine réputation, de
fut employé dans
France. Il montoit alors
une.Frégate 0
du Roy de
Canons, & il venoit de vingt-deux
de fon
dans perdre une partie
Équipage
un combar qu'il
avoit --- Page 91 ---
Frangoifes de LAmérigue.
avoit foutenu contre deux Vaifleaux
plus forts que lui. Il cherchoit dcs VC- I701.
lontaires pour remplacer fes morts, &c
aller croifer far les Elpagnols. M. de
Poincy lui propofa d'aller mettre à la
raifonle fieur le Vaffeur, lui promit non
feulement les hommes & les munitions
dont il avoit befoin
cette expédition, mais encore de ler faire accompagner par le fieur de Treval fon neveu
avec un Vaifleau de parcille force quel le
fien, bien pourvà d'hommes & de munitions, & de lui-donner le Gouvernement de la
& de l'affocier
Tortue, a
avec
lui, comme avoit été le fieur le Vaffeur.
LeP.du Tertre rapporte le Traité qu'ils
firent enfemble, à la page 591. de la
premiere Partie de fon Hiftoire. Ilelt
du 29 Mai 1652.
Le Chevalier de Fontenai s & le
fieur de Treval s'étant trouvés à l'endroit de l'INe de S. Domingue où ils
s'etoient donné rendez-vous, apprirent
le fieur le Vaffeur venoit d'ètre afpar lesnommés Thibaut
RItIE
& Martin, Capitaines de fa Garnifon, qioiqu'il leur eût fait de grands biens, &
qu'illeseût déclaré fes héritiers. Ilsfcurentaufli,que ces deux Officiers étoient
maîtres de la Forterefle, où ily avoit Le Chge
Tome /II,
D --- Page 92 ---
74 Nonveawr Yoyages aux Mes
apparence qu'ils fe
1701.
defendroiens
l'extrémité. Ils ne laifferent jufqu'a
valier de pas de fe préfenter au
pourtant
Fontenaj tue, mais ils furent Havie de la TorlaTortue aitague ment à coups de
répoullés fi vive-
&ia
contraints d'aller canon, > qu'ils farent
prend. rade fous lc Vent, mouiller oi ils en une autre
environ cinq cens hommes debarquerene fans
Habitans y fient la moindre que les
tion. En effet, quoiqu'ils n'euffent oppofifujet de regretter lc ficur le
pas
ne pouvoient regarder fes Vafleur, ils
qu'avec horreur &
meurtriers
ceux-ci is'étant apperçus indignation de la
; &
difpofition des Habitans 3 Jeur mauvaife
rendirent la Fortereffe au Chevalier égard, de
Fontenai aufli-tôt qu'il les
mer de la rendre. On'ft envoya fomeux, bien plusavantageux un traité avec
ritoient; & le Chevalier qu'ils de ne méfut reconnu
Fontenai
pour Gouverneur, avec
Tapplaudiilement & la joie de tous les
Habitans, il rétablit aufli-tôr la Religion fit bâtir Catholique, qui avoir été bannie,
Peuples difficiles une Eglife, & gouverna ces
ce,de douceur, avec tant de pruden-
& de fermeté,
s'attira bientôt leur amour & leur qu'il cfime, & augmenta par ce moyen trèssonlidérablement lc nombre dçs Habi-
reconnu
Fontenai
pour Gouverneur, avec
Tapplaudiilement & la joie de tous les
Habitans, il rétablit aufli-tôr la Religion fit bâtir Catholique, qui avoir été bannie,
Peuples difficiles une Eglife, & gouverna ces
ce,de douceur, avec tant de pruden-
& de fermeté,
s'attira bientôt leur amour & leur qu'il cfime, & augmenta par ce moyen trèssonlidérablement lc nombre dçs Habi- --- Page 93 ---
Françoifes de LAmérique.
tans de fa Colonie, & celui des Boucaniers & des Flibuftiers; c'eft ainfi qu'on 1701.
appelle ceux qui vont en courfe.
Un de fes freres nommé le fieur Hotman le vint trouver, & lui amena un
Vaiffeau avec une cargaifon confidérable, & un bon nombre de gens qui ive-.
noient
à fa fortune. Ilarma ESNR Hsthintcné pour courir fur
les Elpagnols, & permit un
trop
facilement à fes Habitans 4boqr quitter
leurs Habitations pour aller en courfe;
& ce fut à la fin ce qui fut caufe dela Les EC
de fa Colonie. Car les Efpagnols pagnols
EsRes des pertes qu'ils faifoient tous les p:ennene la Torjours far mer, & des pillages où ils tre.
étoient fans ceffe expolés, firent un
armement confidérable au mois de Février 1654. & quoiqu'ils euffent été
repouffés avec vigueur, & quele grand
feu qu'on fit fur eux les eût empèchés
de mettre à terre dans le Havre de la
Tortue, ils allerent faire leur defcente
plus loin fous le Vent, & repoufferent
a leur tour le fieur Hotman , qui avoit
voulu s'y oppofer avec cinquante ou
foixante hommes, qui étoit tout ce que
fon frere lui avoit pû donner,
que la plapart des Habitans LRAENE
alors en courie. Ils ayancerent donc 3
Dij --- Page 94 ---
76 Nouveaux Poyages Aux Ifles
& fe pofterent dans un endroit avan1700, rageux , d'oi ils bloquerent la Forte,
refle. . n
Le Chevalier de Fontenai
toit qu'elle a
étoit inacceflible du qui côté fe flaNord à caufe des bois, des rochers du
& des précipices dont elle étoit envi- 3
ronnéc, fat bien éronné de voir
que
Ltfreehmwwraneern à force
de bras quelques pieces de Canon fur
une hauteur qui commandoit fon réduit, d'ou ils le battoient fi rudement,
qu'après lui avoir tué & eftropié bien
du monde, fes
perdirent caeur
& le forcerent Scter rendre la Place
s
Elpagnolsà des conditions honorables, aux
mais qui ne furent point obfervées. Il
fallut même qu'il leur laiffat fon frere
le fieur Horman en orage, jufqu'à ce
qu'ils fuffent arrivés à la ville des. Domingue, où ils retournerent tous triomphans de cette conquête, qu'ils - devoient
plàrôr à la terreur panique, & à la trahifon de quelques Habirans, qu'à leur
valeur. Ce fut ainfi que l'Ile & le Fort
de la Tortue revinrent une feconde fois
au pouvoir desEfpagnols,
mirent
un Commandant avec une Garnifon. quiy
Cependant le fieur Hotman étant veRu réjoindre fon frere, trouva qu'un
. Domingue, où ils retournerent tous triomphans de cette conquête, qu'ils - devoient
plàrôr à la terreur panique, & à la trahifon de quelques Habirans, qu'à leur
valeur. Ce fut ainfi que l'Ile & le Fort
de la Tortue revinrent une feconde fois
au pouvoir desEfpagnols,
mirent
un Commandant avec une Garnifon. quiy
Cependant le fieur Hotman étant veRu réjoindre fon frere, trouva qu'un --- Page 95 ---
Françoifes de PAmérique.
Vaiffeau Hollandois qui venoit ordinairement traiter à la Tortue , Tavoit 17014
aidé à remettre en état celui que les Efpagnols lui avoient laiflé pour fe retirer
de voiles,
en Europe : ill'avoit pourvà & de vivres.
de cordages, de munitions
Ils réfolurent de faire une tentative 2 5
reprendrale pofte qu'ils venoient
Sere perdre; ils railemblerent les Boucaniers qui étoient répandus dans la
de terre, & les Flibuftiers qui
lasrent
revenus de courfe, &6 firent un corps
d'environ trois censhommes. Ils mirent
àterre dans le lieu même où les E(pagnols avoient fait leur defcente, malgré tout ce que ceux-ci purent faire LesFrafi- gois atpour s'y oppoler. Ils les battirent en- raquent
core fur le chemin de la Fortereffe, la rue Tora &
une troifiéme fois auprès de la Fontaine, 5 font rea
où ils furent obligés de s'arrèter, pour pouffée,
fe repofer > & fe rafraichir. Ils paffehommes
rent au fil de l'épée cinquante
gardoient une efpece de Foft de
St.e où étoit la batterie qui avoit été
caufe de la perte du Fort : ils s'emparerent du Canon, & de quelques munitions qu'ils y trouverent, & fe mirent
à canonneryla Fortereffe tant qu'ils eurent des boulets & de la poudre. Mais
ccs deux chofes venant à leur manquer, --- Page 96 ---
78 Nowvean
& les Elpagnols Yroyages anx Hes
1701, me tems un fecours ayant reçu dans le me.
rent obligés de confidérable, ils fupillé, & fair O le fe retirer après avoir
Les deux freres dégar dans toute l'Ile.
les Boucaniers revinrent &
en France, &c
renri leurs
Flibuftiers rerournefe&c de courfe. sexercicesordinsires Ceci
de chaf.
de l'année
arriva far la fin
1654.
Defcrip- L'lfle de la
tion de de celle de Tortue eft fituée au Nord
IIe de
S.
laTor. n'eft éloignée Domingue, dont elle
zue.
Elle en a environ que dedeux fix de petires liciies.
Oueft, & deux dans fa longueur EC &
geur Nord & Sud. On plus lui grande larnom de Tortue,
a donné le
qu'érant regardée d'un parce qu'on prétend
vié, elle a la figure de certain point de
l'ai confidérée de bien des cet animal, Je
férens, fans avoir pu découvrir endroits dif-
; il faut que je ne l'aye
cette vue fia
Eenr côré, Toute la
pas
du
Nord eft extrêmement partie qui eft au
elcarpée, & environnée haute, > hachée,
feur d'eau, quilarendent de rochers à
ceflible, Iln'ya que les Canots prefque inacpar des gens bien expérimentés, conduits
connoiffent bien la côte
& qui
aborder. Le côté du Sud qui y paiflene
Nord de S,
qui regarde le
Domingue 3 cft plus uni,la
côré, Toute la
pas
du
Nord eft extrêmement partie qui eft au
elcarpée, & environnée haute, > hachée,
feur d'eau, quilarendent de rochers à
ceflible, Iln'ya que les Canots prefque inacpar des gens bien expérimentés, conduits
connoiffent bien la côte
& qui
aborder. Le côté du Sud qui y paiflene
Nord de S,
qui regarde le
Domingue 3 cft plus uni,la --- Page 97 ---
Frangoifes de LAmbrigue.
longue montagne
fait le milieu &
toute la longueur 21 lIle, s'abaille in- 1701,
fenfiblement, &c laiffe une étendué de
cinq à fix lieiies d'un très-beau pais, . oû
la terre quoique de différentes efpeces,
ne laiffe pas d'être très-bonne, & de
produire abondamment tout ce qu'on
lui veut faire porter, comme Tabac, >
Sucre, Indigo, Cotton, Gingembre s
Orangers s Citroniers > Abricoriers 5
Avocats, Pois, Bananes s Mahis, &
autres chofes proptes à la nourriture des
hommes, & des animaux, &c au commerce. Les arbres dont les montagnes
font couvertes, font d'une groffeur &
d'une beauté furprenante. On y trouvoit autrefois quantité de Cedres qu'on
appelle Acajous aux Ifles du Vent. Les
bois d'inde ou Lauriers aromatiques y
font communs & très-gros. Il y a des
Sangliers ou Cochons marons, & dans
la faifon des graines, & furtout de celles de bois d'ande, on y voit une infinité de Ramiers, de Perroquets 2 de
Grives, &x autres oifeaux. La côte du
Sud eft très-poitfoneufe. Le moûillage eft bon par toute la même côte, depuis la poinre au Maçon, jufqu'à la
vallée des E(pagnols; le meilleur endroit cependant & qu'on appelle le HaDiv --- Page 98 ---
80 Nonveauxh
anx
vre
de la Tortue, Poyates elt devant Iles le
1701. tierdela Bafleterre. C'eft
Quar.
profonde, formée par deux une Bayeaflez
langues de terre qui avancent pointes affez ou
mer, far l'une delquelles ily y avoit une en
bonne Batteric. Le
de cet enfoncement Bourg étoit au fond
dont la grande Courtine fous-la Fortereffe,
Baftions faifoient face à la & les deux
fendoient très-bien l'entrée mer, &c dé
lage de la Baye. Cette
& le moiik
te,,auroit pi être mife lilequoique au
petimeilleures que les François polledentà rang des
lAmérique, fi elle avoit été mieux
pourvic d'eau; mais il n'y avoit
ne riviere, & les petits ruiffeaux aucufortent de quelques fources
trouve dans
que
at
les pentes des
font fi foibles, qu'ils fe perdent montagnes 3
les terres, & ne vont pasjufqu'à la mer: dans
il n'y a que la fource de lal Forterefle,
qui foit affez confidérable,
duire fes eaux. Julques-la les pour Habicans conremédioiencàced défaut par
où ils confervoient les eaux desciternes, de
On comptoit
Quartiers dans pluye.
Ifle lorfqu'elle TS habitée.
cette
étoit le plus à l'EA fe nommoit Celui la qui
te au Maçon, les autres étoient poinnc, la Baileterre, la Montagne, Cayon- le Rin:
al Forterefle,
qui foit affez confidérable,
duire fes eaux. Julques-la les pour Habicans conremédioiencàced défaut par
où ils confervoient les eaux desciternes, de
On comptoit
Quartiers dans pluye.
Ifle lorfqu'elle TS habitée.
cette
étoit le plus à l'EA fe nommoit Celui la qui
te au Maçon, les autres étoient poinnc, la Baileterre, la Montagne, Cayon- le Rin: --- Page 99 ---
Frarpoifes del'Ambrigume.
8r
le Milplantage, & la Cabefterre.
Ea dernier qui étoit prelque aufli grand 1701.
que tous les autres entemble, n'éroit
prefque pashabité, parce que la mer y
étoit trop rude, & l'embarquement trop
difficile
charger les marchandifes S 5
& que Rcaerte tranfport à la Baffeterre au
travers des montagnes, étoit trop pénible & trop dangereux.
Voilà quelle étoit l'Ile de la Tortue, cette motte de terre 8-de rochers,
qui a tant donné de peine aux Efpagnols, quia été fi fouvent prife & reprife, & qui
a periteffe & fon
de valeur, mSee être regardée compeu
me la mere des Aoriffantes Colonies
:
nous avons au Cap, au Port
PARITEE
gane, all petit Goave, à PIfle à Vache,
& dans les autres endroits qui déperdent de ceux queje viens de nommer.
Cette Ifle dont les E(pagnols connoiffoient limportance, & qu'ils youloient fe conferver en y mettant une
Garnifon confidérable, > ne demeura cependant paslongtems entre leurs mains:
car quoique les Boucaniers & lès Flibuf
tiers euffent été contraints de fe retirer
avec les fieurs Hotman fous la conduite
defquels ils avoient entrepris de la reprendrc en 1654. ils ne perdirent jaDv --- Page 100 ---
82 Noxvean
mais de vûé ce dellem Foyager ANX Mfes
1701, dant qu'il fe préfentir 5 mais en attenEtabiir favorable de le faire
occalion
fement chaffer les
ils allerenc
adein
de:F.an tit
Efpagnols qui
çois au
Goave, scsy
étoient au peperit Goave, que fans avoir de établitrent, Fortereffe de maniere
& vivant à
ni de chef,
lement libre peu près en République telqui lui Barclerd ils chacun faifoit tout ce
peu les Elpagnols de débufquerent toute la
peu à
lile, qui eft depuis les
partic de
grand Goave julqu'au montagnes du
Aullitôr les Vailleaux Cap Tiberon.
& Hollandois,
François, Anglois
quenter la côte. recommencerent Le Port du
à fréfegendit fameux Par le
petit Goave
cuirs-&c du tabac, & commerce des
buftiers y amenoient parce les que les Flifaifoient far les
prifes qu'ils
tant de formaliésycommer Elpagnols, ou fans
faites fans ordre de
ilslesavoiene
mandoient aufli à perfonne, ils ne detion, & la permiflion perfonne de les ladjudicaLeur
vendre,
rent nombrciaugmentant, leur Chaffe & leurs
ils étendiau-deli de la grande
Boucans bien
& défolerent tellement plaine de Leogane,
que pour fe débarraller des les Elpagnols,
ils fc imirent cux-mémesàf faire Boucahiers, le
&càtuer fans diftinction toutes les dégâr, béces,
perfonne, ils ne detion, & la permiflion perfonne de les ladjudicaLeur
vendre,
rent nombrciaugmentant, leur Chaffe & leurs
ils étendiau-deli de la grande
Boucans bien
& défolerent tellement plaine de Leogane,
que pour fe débarraller des les Elpagnols,
ils fc imirent cux-mémesàf faire Boucahiers, le
&càtuer fans diftinction toutes les dégâr, béces, --- Page 101 ---
Frangoifes del P Ambriqne.
efpérant que nos gens ne trouvant fe nourrir, plus ni 1701.
dc Cochons marons avoir pour les cuirs, fede Baufs pour en
d'abandonner
roient à la fin contraints
Mais
le.pais, & de les laifler en repos. contraire.
cela produifit un effet tout
le
La diminution de la Chafle augmenta
nombre des Flibuftiers, & celui des Habitans: de fortesqu'au lieu que les Bouà
caniers ne fongeoient prelque point fc
faire des établifemens fxes, & qu'ils
t
contentoient de vivre au jour la journéc, il Y en ent un bonnumbre qui fe
mirenr à cultiver l'Indigo & le Tabacs
pendant-que leurs compagnons allant
en courfe enlevoient tous les Bâtimens
ruinoient entierement
des Elpagnols, &c les tenoientdans des
leur commerce, continuelles, ,
à caufe des defallarmes
failoient
centes, & des pillages qu'ils
tous les jours fur leurs Côtes.
Cc manege dura quatre ou fuffent cinqans, en
fans que Mellieurs Hotman leur revanche,
état de revenir prendre de Poincy fongeir à enni que le Bailly
de challer
voyer des Troupes capables
les E(pagnols de la Tortue,
Vers la fin de 1659. un Gentilhonde
nommé du Roffey > fors
me Périgord & fort aimé des Boucanicrs,
connu,
Dvj --- Page 102 ---
84 Nowveaue
Parce qu'il avoit été Toyages leur aux IRes
1701. chaffe & de courfe
compagnon de
années, repaffa de France pendant à S. plufieurs
gue dans le deffein de
Domintue. Il parla à fes anciens reprendre la Torleur propofa fon
camarades,
trouvés difpofés à deffein, le
& les ayant
fnivre, afin de fe débarraffer feconder & a le
ne fois de ces importuns une bonmalgré leur foibletfe,
voifins, qui
delcs traverfer en bien ne des laifloient pas
ilen affembla environ fix occalions';
'armés & bien réfolus. cens tous bien
dans la Tortue devoit Leur defcente
ment fecrette,
être extrèmetoutleur
> Parce que la réuflite de
fe, n'étant projer confiftoit dans la furpriprendre la
du tout en état de
d'une autre
fema
niere, parce qu'ils sn'avoient aucune machofes néceffaires
faire
des
cette voie toute dangereufe pour
un Siége:
rut, étoit cependant la
qu'elle pace que n'ayant que des plus ficile,p
avoient la commodiré
Canots , Fa
cacher leurs
toute entiere de
Le jour étant mouvemens pris, & la aux forme Elpagnols, de
taque réglée, ils firent embarquer l'at-
"hommes
prirent la route du cerit
de l'Ile its
Nord
<nuit, & ayant débarquerene après migrimpé cette Côte 6
pour
un Siége:
rut, étoit cependant la
qu'elle pace que n'ayant que des plus ficile,p
avoient la commodiré
Canots , Fa
cacher leurs
toute entiere de
Le jour étant mouvemens pris, & la aux forme Elpagnols, de
taque réglée, ils firent embarquer l'at-
"hommes
prirent la route du cerit
de l'Ile its
Nord
<nuit, & ayant débarquerene après migrimpé cette Côte 6 --- Page 103 ---
Françoifes de PAmérigne.
8;
roide, & fi entrecoupée de précipices,
ils furpritent un peu avant le point du 1701.
jour les Efpagnols
gardoient le Fort
d'en haut oùt étoit Batterie,
RE
quiavoit
été caufe de la perte de la Fortereffe de
la Roche. Rien ne fut plus complet que Quatrié me
cette
pas un Efpagnol n'échapELRUE
ils farprife; donnerent avis à leurs camara- les tue Frane par
Berd de leur réuflite par quelques coups çois,
de fafil.
de la Fortereffe étonLe Gouverneur
né de ce bruit, fit fortir une partic de
da Garnifon, pour voir de quoiil s'agiffoit, & en cas de befoin, pour rcpouffer ceux qui attaquoient le Fort, ne
pouvant s'imaginer qu'ily eût des François fi près de lui > & encore moins
qu'ils fc fuffent emparés du Fort. Mais
ceux
étoient fortis furent prefque
ET enveloppés parle gros des Boucaniers
avoient fait leur defcente
pendant T nuit à TEit de la Forterelle,
& qui étoient en embufcade fur le
chemin du Fort d'en-haut. Leur réfiftance fut des plus petites, ceux qui ne
furent pas tués fur la place voulurent
reprendre le chemin de la Fortereffe,
les François qui les fuivirent y entrerent
pefle-mefle avec eux, &l'on peut juger,
fans que je le dife, que le carnage fat --- Page 104 ---
Maseansraygrs aux
grand. Le Gouverneur fe IRes
1701. peine dans fon
fauva avec
Donjon, & fur
momens après de fe rendre obligé à
avecle
I
pà fer retirer
de gens qui avoit
la
Becittet
Forterelfe
Onlesgarda dans
quoi on les pendant quelque tems, >
EE
tranfporta en llfle de
la Ce fiut ainfi que lINe & les Forts de
Tortue
Le fieur la
revinrent aux
du Rofquatriéme fois. M, du François pour
fey Gou. connu pour
Roffcy fut reverneur dela l'avoicnt aidé Gouverneur à faire > Par ceux qui
Tortué dont il eut foin de donner cette avis conquète,
enssp.cc à fes amis,
lui
en Francommiflion de T Cour; procurerent une
& la Tortue
recommença pler anffi bien tout de nouvean à fc
de terre
que la Côte de la gran- peudepuis quilui eft oppofée, que fona
appellée le Port-Paix.
du Je ne içai où mon Confrere le Pere
Tertre a pèché Thiftoire
débite de M. du
qu'il nous
du Erreurs Pere Pen, de l'abandon Roffey, de l'Amiral
duTet. firent de la
les Elpagnols
tre.
Tortue, e fa
Anglois nommé
prife par un
de celui-ci
Eliazouard.del la fuite
fey, & enfin àlapproche de la
de M. du Rofdouble
Françoife & Angloife donti ille Commiflion
teur. Ily a tant de contradictions LS
débite de M. du
qu'il nous
du Erreurs Pere Pen, de l'abandon Roffey, de l'Amiral
duTet. firent de la
les Elpagnols
tre.
Tortue, e fa
Anglois nommé
prife par un
de celui-ci
Eliazouard.del la fuite
fey, & enfin àlapproche de la
de M. du Rofdouble
Françoife & Angloife donti ille Commiflion
teur. Ily a tant de contradictions LS --- Page 105 ---
Françoifes de TAmérigne.
ce narré, & rant d'anacronitmes, que
j'ai
à y. reconnoitre le Pere du 1701.
ELEES G louable dans une infinité de
rencontres par l'exaétitude avec laquelle il rapporte les faits dont il parle.
Ceux qui voudront fe convaincre de
la vérité de ce: que je dis, n'auront
lire la page 126. & les fuivantes.
T troiliéme Tome de fon Hiftoire
générale des Antifles de l'Amérique',
pour connoître clairement qu'il a écrit
fur des Mémoires manifeftement faux >
& remplis de contradiétions.
M. du Roffey gouverna les Habitans
de la Tortue , ou plirôt vécut avec eux
à la maniere, & felon la liberté du
c'eft-à-dire, fans beaucoup de
pais,
-
Aubordination jufqu'en 1663. qu'ayant
été attaqué d'une maladie dangéreule y
il fut obligé de paffer en France pour
trouver du foulagement. Il laiffa fon
neveu le fieur de la Place, du confentement des Habitans, pour commander en fon abfence.
Cependant la Nouvelle Compagnie
que le Roi avoit établie au mois de
Mai 1664. ne jugeant pas à
de
fe fervir du fieur du Roiley qui
trouEEA
voit alors à Paris, & appréhendant que
s'il retournoit à la Tottuë avant qu'elle --- Page 106 ---
88 Nomveane Voyages AHX
en eût pris
Mes
1701. caniers, ,les imtenenemetiieaes Flibultiers
tans, dontilé éroitfort &les autresHabis
recevoir les
aimé, à refufer de
qu'elleavoit Officiers, & les Commis
tint de la Cour dellein d'ye envoyeryelleobperfonne du fieur qu'on du s'aflireroit de la
qu'elle fàr en paifible Rofley jufqu'a ce
quele Roi venoir de lui Poffefion céder. des
exécuté:d du Rolfey far mis
Cela rat
d'ou il ne fortit
dla Bakille,
pagnic eût nouvelle, qu'après que la Cométoit entre les mains
que la Tortue
leyavoit
desOficiers qu'ella Place étoit envoyés, & que le fieur de
le mit en liberté, en France : pour lors on
fomme de feize mille & on liquida à la
tentions qu'il avoit
livres les pré
gnic.
contre la CompaM, Do- - M. Dogeron
Gouver. geron lui fuccéda. Il avoit Gentilhomme été
Angevin
neur de de cette
un des Allociés
la Tor- fe
malheureufe
zue en
forma en 1656. pour Compagnie, faire
qui
166;, établiffement à Ourabiche
faire un
re ferme de TAmérique. dans la' Tercette entreprife
échoua L'hiftoire de
d'un an n'eft pas 1 ces
en moins
fieur Dogeron après avoir Mémoires. Le
des pertes, & fait
fouffert bien
France, & à S.
plaficurs voiages en
.
Domingue, ou la ne-
heureufe
zue en
forma en 1656. pour Compagnie, faire
qui
166;, établiffement à Ourabiche
faire un
re ferme de TAmérique. dans la' Tercette entreprife
échoua L'hiftoire de
d'un an n'eft pas 1 ces
en moins
fieur Dogeron après avoir Mémoires. Le
des pertes, & fait
fouffert bien
France, & à S.
plaficurs voiages en
.
Domingue, ou la ne- --- Page 107 ---
Francoifes de LAmbrique.
cellité l'obligea de faire pendant queltems le métier de Boucanier, ayant 1701,
2 aidé de fes parens revint à S. Domingue avec un Navire, des marchandifes, & des Engagés, & s'érablit att
Port Margot, dans le tems que le ficur
du Rofley étoit Gouverneur de la Tortuc. M. de Clodoré Gouverneur de la
Martinique, qui étoit ami particulier
du fieur Dogeron, , ne manqua pas de
le faire connoitre aux Direéteurs de la
Nouvelle Compagnie, & de folliciter
lui les Provifions de Gouverneur
Eet la Tortuë, Côte S. Domingue.
Ces Meflieurs les lui accorderent avec
plaifir, étant bien-aifes de mettre à la
tète de cette Colonie alors difficile à
gouverner, un Officier comme le fieur
Dogeron
avoit toute la (agefle, la
bravoure 1 , politelle, le défintérelfement & la fermeté, qui étoient néceffaires à un Chef, & qui avoit acquis
pendant quinze ans, qu'il avoit été Capitaine dansle Régiment de la Marine,
dans l'art Mitoute l'expérience poflible
litaire.
de
Il reçut fa Commiflion au mois de
Février 1665. & tous les Habitans de
Ja Tortue & de la Côte en témoigne- --- Page 108 ---
90 Nowveaux
rent une joie
P'ayager aux IRes
1701. mele bur de extraordinaire. toures les
Maiscomde S'attribuer tout le Compagnies eft
nies, en fe réfervant à profic des Colole Commmerces &
eiles feules tout
autres, les Habitans linrerdifane de la
à tous
tout ceux du perir Goave Côre, & de & furne, qui vouloient
Léogaque, fans
S'ériger en Républine pirenr dépendre fouffrir de qui que ce fur,
pagnic leur
que la nouvelle Combre qu'ils avoient empéchât le Commerce liles Vaifleaux
toujours fait avec tous
mans, qui venoient François 3 Anglois-&c Fla-
& comme Par le défaut trafiquer à la Côte;
merçans ils vinrent à
de ces Comfieurs chofes, & à ne manquer de plubit de leurs cuirs & de pas trouver le déchandifes, ily eut bientôr leursautres des
marses.quiéclaterente enfin, & quialloient murmuprodiuireune lédition
blement ruiné la nouveile quiauroitinfailli-
& peur-être la Colonie, file Compagnie, fieur
geron n'eût employé fort à
Dou
lagetfe, fa fermcté & (a
propos fa
lar réprimer, & fartont la prudence
infinie que ces
Foamsuacien
à caufe de fes Peuplesavoient pour lui
biens qu'il leur faifoit rares qualités, & des
Mais en même
tous les jours,
tems qu'il calma ces
lédition
blement ruiné la nouveile quiauroitinfailli-
& peur-être la Colonie, file Compagnie, fieur
geron n'eût employé fort à
Dou
lagetfe, fa fermcté & (a
propos fa
lar réprimer, & fartont la prudence
infinie que ces
Foamsuacien
à caufe de fes Peuplesavoient pour lui
biens qu'il leur faifoit rares qualités, & des
Mais en même
tous les jours,
tems qu'il calma ces --- Page 109 ---
Frangoifes de LAmbrique.
efprits irrités, il eut foin d'avertir la
, que puifqu'elle n'étoit
170E.
en état
fourenir le Commerce
STE
CUEE
le avoit entrepris, & de fournir à fes
Habitans ce quil leur étoit néceflaire >
il étoit à propos qu'elle leur laiflât la
liberté du Commèrce, & qu'elle trouveroit fon avantage en fc contentant
de cinq pour cent pour fes droits d'entrée & de fortie de toutes les marchandifes qu'on apporteroir dans le Pais,
ou qu'on en feroit fortir. La Compagnie agréace projet, & dès le mois de
Juiller de l'année fuivante 1666. elle
caffa tous fes Commis, s fon Commis
principal, & autres femblables gens :
elle fit vendre ce qui étoit dans fes Ma-
& laifla le Commerce libre aux
gafins, Habitans aux *
conditions que je viens
de Ce dire. bon office acheva de gagner les
cceurs de tous les Habitans à M. Dogeron. Le calme & la tranquillité q.il
vit dans fa Colonie lui donnerent lieu
d'exécuter les projers qu'il avoit faits
pour l'augmenter, & pour l'encichit.
ilfembla fe dépouiller entierement de
la qualité de Gouverneur, pour ne fe
revèrir que de celle de
de tous fes
Habitans. Illes aidoit raLmp fap proteétion, --- Page 110 ---
92 Nonveaux
de fes avis, de fa Yayages anx
1701. jours prêt dei
bouste : il T toit
qu'il voyoir dans répandre le fon bien fur ceux
venoit, & les mettoir befoin : il les préce qu leur étoit nécellaire en état d'avoir
mencer, ou pour foutenir
comfemens. Onlai eft redevable Sberen établif
grande partie de ceux qui fe de firent la plus
long dela Côte de
le
Culde-Sac, & Léogane, & jufqu'au
jufqu'an delà du depuis le Port Margor
obligea peud Cap François, dont il
céder le terrain, peules Elpagnols de nous
la partie de
& de fc retirer vers
de S.
T'ER, & autour de la Ville
Domingue.
Quoiqu'il cirun foin
les Peuples
ès-particalier
2er Habirations, sappliquatlent à faire
TIndigo, le Rocou, cultiver &
le Tabac,
bles
auffes femblanégliger marchandifes, il n'eût garde de
d'entretenir les
tre le profit que la Coloniey Flibufters, Ouc'étoit un moyen sûr
y trouvoir,
monde; & la jeunelle d'y attirer du
la Guerre, fourniffoir qui s'exerçoit à
des gens braves,
au Gouverneur
à la fatigue, & intrépides, endurcis
faire, quand il falloit toujours prêts à bien
quer les Elpagnols & repouffer lcs
ou attamis de la Nation. Onn'aj autres ennejamais vû de
le profit que la Coloniey Flibufters, Ouc'étoit un moyen sûr
y trouvoir,
monde; & la jeunelle d'y attirer du
la Guerre, fourniffoir qui s'exerçoit à
des gens braves,
au Gouverneur
à la fatigue, & intrépides, endurcis
faire, quand il falloit toujours prêts à bien
quer les Elpagnols & repouffer lcs
ou attamis de la Nation. Onn'aj autres ennejamais vû de --- Page 111 ---
Frangoifes de PAmérigue.
Gouverneur plus défintéreilé que lai
A peine vouloit-il recevoir une légere 1701.
portion de ce qui lui revenoit pour fon
droit des Commiflions qu'il donnoit
quand nous étions en Guerre. Et lorfque nous étions en Paix avec les Efpagnols, & que nos Flibuftiers n'ayant
rien à faire auroient pû fe retirer chez
les Anglois de la Jamaique, &
conduire lcurs prifes, il avoit foin de leur
faire venir des Commiflions de Portugal qui étoit pour lors en Guerre avec
FE(pagne, en vertu defquelles nos Flibuftiers continuoient de fc rendre redoutables aux Elpagnols, répandoient
les richefles & l'abondance dans la Colonie, &sy affeétionnoient tellement,
que quand ils étoient las du métier, ou
qu'ils étoient affez riches pour fe paffer
de la courfe, ils prenoient des Habitations à la Côte, & ont enfin formé cette Colonie fr riche, fi étendué & fi Aoriffante, que l'on voit aujourd'hui, qui
doit reconnoûtre par tous ces endroits
M. Dogeron pour fon pere & fon Foni
dateur. Il mourut en 1679.
Ileut
Succeffeur le fieur de Cuf- M. de
fy. Netirus un Officier fort expétimen. Gouver- Cully
sé, fort fage & fort brave. Comme il neur ia Tot- de
vit que malgré tous fes foins & ceux de tus, --- Page 112 ---
94 fon Nowveauz Voyages aur Hes
Prédeceffeur l'ine de la
1701. dépeuploit tous les jours, Torcue fe
terrain en étoit ufé,8
que le
qu'il étoit
plus
.Emend
plus découvert, il
fec,
ne falloit pas balancer
crut
une Fortereffe" fur
davanrage à
2u
afin d'avoir PIfle de S. DeminSECA quelque
une retraite, en cas
nie qui sétendoit difgrace, & que, Ja Colode la Côte, eût un tous lieu les de jours le long
écrivit en Cour, Le Roi agréa refuge. le Ilen
qu'il propofa, & on fit bàtir le Fort projet du"
Porr-Paix, Jene dirai vis-a-vis l'Ie de la Tortué.
refle,
rien à préfent de cette Forteamplement parce
J'en dois parler affez
moires.
ae la fuite de ces MéLa Guerre de 1688. étant
les Flibuftiers
furvenné,
ges infinis fir François les Côres firent des ravades Anglois & des
des Efpagnols,
ruinerent teliement Hollandois, leur
& is
qu'ils obligerent Ces trais Commerce, Nations de 2
s'unir enfemble pour tâcher de détruire
laColonic de
fa ruine fergit SDomingue.efpéranre en même tems celle
Flibuftiers.
des
Les Elpagnols feuls n'ofoient
y penfer. Ils avoient expérimenté
infinité de fois qu'il ne leur convenoit une
pointde fe kndiatsrarecintimngsuns
inerent teliement Hollandois, leur
& is
qu'ils obligerent Ces trais Commerce, Nations de 2
s'unir enfemble pour tâcher de détruire
laColonic de
fa ruine fergit SDomingue.efpéranre en même tems celle
Flibuftiers.
des
Les Elpagnols feuls n'ofoient
y penfer. Ils avoient expérimenté
infinité de fois qu'il ne leur convenoit une
pointde fe kndiatsrarecintimngsuns --- Page 113 ---
Françoifes de PAmbrique.
ilsavoient appris à leurs dépens que dans
toutes les occalions où ils avoient voulu 1701.
faire.quelques tentatives far nos érabliffemens, ils avoient toujours été reponffés avec
& quet bien loin de diminuer FaREUES & le courage de nos gens,
ils n'avoient fait que réveilier en eux le
fouvenir des cruautésqu'ils avoient exercées fur ceux qui éroient tombés entre
leurs mains, & s'étoient tout de nouveau attiré de nouvelles troupes de Flibultiers far les bras, qui par leurs defcentes continuelles fur leurs Côies, l'enlevement de - leurs Vaiffeaux, & les pillages de leurs Villes, les avoient prefque
réduits à la néceflité d'abandonner leurs
Quartiers & leur Ville Capitale. Ils
avoient repris coeur fe voyant puillamment fecourus par leurs Alliés Anglois
& Hollandois. Ils firent un Corps de
plus de quatre mille hommes, avec leils s'avancerent le long de la Côte
I Nord, pour ruiner les établiffemens que nous avions de CC côté, & en
particulier celui du Cap. Cet endroit
n'étoit point fortifié du côté de la terre.
Le Bourg qui eft à préfent une Ville réguliere & confidérable, n'avoit pas la
moindre enceinte. Iln'y avoit que
Batteries
défendoient l'entrée
:
qui --- Page 114 ---
96 Noweveaux Foyager Aux IRes
Port, & qui n'étoient d'aucun
1701. pour le Bourg,
fecours
Le fieur de Cuffy ayant
les
ennemis s'affembloient à Içà que
hàra de les aller joindre, Baiaha, fe
contrer les uns ou les autres elpérant renfe fulfent tous rétinis. Iln'avoit avant qu'ils
qu'environ cinq cens hommes-q avec qui lui lui
parurent fufifans. & qui
Combat effer pour battre les
l'étoient en
ot M.de
&
Elpagnols, ou les
Cufi eft Anglois
Hollandois, s'il les
tué.
trouvés féparément.
avoit
Ilauroit pu raffembler un plus
nombre de Troupes, mais il
grand
eu de limprudence de le faire, y auroit
qu'il auroit falla pour cela dégarnir parce les
Qnartiers dupetic Goave, de
& le Port-Paix, qui étant Léogane,
les uns des autres, & très-éloignés
hors d'état de fe fecourir, par conféquent
être infulés,
auroient pû
les Anglois dont emportés, & ruinés par
deffeins, &
on ne Içavoit pas les
de vouloir faire qu'on des pouvoit defcentes
Quartiers de
dans
EEE
Elpagnols
l'Oueft, pendant que les
les plus sàl l'EA. attaqueroient Le fieur de ceux qui font
Cully s'avança donc avec fon petir Corps de Troupesjulqu'au Quarticr de Limonade,
Étoit la Fronticre qui nous féparoit des qui
Elpagnols,
& ruinés par
deffeins, &
on ne Içavoit pas les
de vouloir faire qu'on des pouvoit defcentes
Quartiers de
dans
EEE
Elpagnols
l'Oueft, pendant que les
les plus sàl l'EA. attaqueroient Le fieur de ceux qui font
Cully s'avança donc avec fon petir Corps de Troupesjulqu'au Quarticr de Limonade,
Étoit la Fronticre qui nous féparoit des qui
Elpagnols, --- Page 115 ---
Françoifes de LAmbrique.
Elpagnols, & ne doutoit point de les
défaire, s'il les
combattre (épa- 1701.
rément. Mais CSTRE fat furpris, quand fes
courenrs apptirent que ces ttois Nations étoient unies, & qu'il les alloit
avoir fur les bras dans quelques momens. Tout autre que le fieur de Cufly auroit pris le parti de fe retirer, & d'aller
fe polter dans quelque défilé, ou dans
quelque autre polte avantageux, où il
auroit pà les attendre, &c 18s combattre
avec moins dè danger, & plus de facilité, Mais lui, &c les fiens étoient tellement accoutumés à vaincre, qu'ils continuerent des'avancer. Ils fe trouverent
bientôt en préfence, on fe battit avec
extrème, & malgré la fuune vigueur des Ennemis, la viétoite depériorité balance
de deux
meura en
pendant fe feroit-elle près
déheures, & peut.êire le fieur de Cufclarée pour nous, lorfque
travers du
fy reçit un coup de fufil au terre :1 il fc
corps, qui.le renverfa par & continua de
releva
s'aflit,
donner ordres, & de combattreavec
-
fomaaa
tua encore de fa
tant de fermeté, qu'il
main trois des ennemis, avant de recevoir un autre coup qui lui ôralavic. Sa
mort confterna nos gens, ils fe retireTomcVII.
E --- Page 116 ---
98 Nonvieanx Voyages anx
rent en défordres &
Hes
1701.
nétant plus en état
des'oppoler aux Ennemis, ilsa
nerent le Bourg du Cap, & fe abandonfur les hauteurs du Port
pofterent où il
leur étoi: aifé de fe défendre Margor, fi
eût atraqué, Ce Combat fe donna on les
la favanne de Limonade le 21
dans
169 I.nous y perdimesle fieur de Janvier
quelques Officiers, & environ cent Cuffy, hommncs tués fur la place, ou qui étant
& reftés far le
de
bleffés
inhumainethent champ bataille, 3 furent
mis.
égorgés par les EnneAprès cette victoire, ils s'étendirent dans les Quartiers des
qu'au Cap,ilsp pillerent & Françoisjuftes les Habitations, & les bralerentroun'ofant aller
maifons, &
chez
plus avant, ils fe retirerent
eux triomphans d'un avantage
qu'ils devoient pliroealeur grand dnombre, &c à la mort du fieur de
leur valeur, & àleur condnite, Culy,qua mais
leur étoit d'autant plus gloricux qui
étoient moins accoutumés d'ena avoir quils de
femblable, puifque c'étoit le
qu'ils euffent remporté fur les premier
en rafe campagne.
François
dir Le Caffe fieur Le ficur du Cafle Capitaine de Vaic
Couver. feau fur nommé en la
du
JaTor- peur.de Cuffy. Ses belles
place
fieur de
aétions, & les récomape.
penfes éclatantes qu'il a reçàés du Roi,
moins accoutumés d'ena avoir quils de
femblable, puifque c'étoit le
qu'ils euffent remporté fur les premier
en rafe campagne.
François
dir Le Caffe fieur Le ficur du Cafle Capitaine de Vaic
Couver. feau fur nommé en la
du
JaTor- peur.de Cuffy. Ses belles
place
fieur de
aétions, & les récomape.
penfes éclatantes qu'il a reçàés du Roi, --- Page 117 ---
Françoifes delAmérigue,
l'ont aflez fait connoitre dansle monde,
fans que je m'étende ici fur ce que j'en 1701.
pourrois dire 5 & d'ailleurs, if ne me
manquera pasd'endroirsd'en parler dans
la fuic. Il vint à S. Domingue, & prit
poffetlion de fon Gouvernement fur la
hn delamême annéeI 1691. Ils'appliqua
d'abord à réparer les dommages que les
E(pagnols & leurs Alliés avoient fait à
fa Colonie. Il fit réparer le Bourg du
Cap, rétablit les Batteries, & engagea
les Habitans quiavoient peine à fc réfoudre à demeurer dans les Quartiers
voifins des Efpagnols,ireprendre leurs
Habitations, & àles remettre en valeur.
Il favorifa beaucoup les Flibuftiers, &
par fes manieres généreufes, libérales s&
prévenantes, il en attira un très-grand
nombre, qui donnerent bien de l'exercice aux Ennemis de la Nation. Ilache.
va dej policer, & de civilifer fa Colonie,
ce qui n'étoit pas un petit ouvrage; 8c
fcs foins ont eu un fi heureux fuccès
qu'on voit régneraujourdhui la politelfe, L bon goûir, la générofité, & les
autres bonnes manieres, qui diftinguent
les honnètes gens, au lieu des manieres
impolies; & fauvages, en un mot, au
licu des manieres boucanieres qui y
étoient autrefois.
Eij --- Page 118 ---
IOQ Nonveanx Froyages anx Iles
L'avantage que les E(pagnols &c les
1701. Anglois & Hollandois leurs Alliés
Prife du avoient eu fur nous au
en
Port- leur fit efpérer de nous Cap
1691.
Paix par fait
chafler tout à
les Elpade l'lile, s'ils pouvoient fc rerdre
guels enmaîtres de la Fortereffe du
#694. Ils firent des efforts extraordinaires Port-Paix,
pour mettre en mer une Flotte confidé- s
rable,&ca affembler denombreufesTrou.
pes, qui attaquerent la Fortereffe du
Port-Paix au mois de Juin mil fix cens
nonante-quatre,
Le fieur du Caffe qui étoit alors au
petit Goave,ne fut averri del l'entreprife
des Efpagnols, que quand il ne fut
tens d'y apporter du remede. Le plus
Fort
fut pris & ruiné en partic, comme je le
dirai ciaprès; le Bourg fut brûlé auffi
bicn que celui du Cap, & les Ennemis
ayant
que le fieur du Cafle raffembloir
& Troupes, qu'il avoitrappel.
létous les Flibuftiers qui étoient en mer,
fe retirerent chez eux, fans
aucun butin, & fans que lc prefque
nous
dommage
qu'ils
avoient caufé, put ni les enrichir, ni payerles frais de leur armc
ment, ni nous nuiré affez, pour nous
ebligeriabandonner nos Quartiers. Le
fieur du Calle y mit un fi bon ordre,
gu'en trés-peu de tems, ce qui étoit
qu'il avoitrappel.
létous les Flibuftiers qui étoient en mer,
fe retirerent chez eux, fans
aucun butin, & fans que lc prefque
nous
dommage
qu'ils
avoient caufé, put ni les enrichir, ni payerles frais de leur armc
ment, ni nous nuiré affez, pour nous
ebligeriabandonner nos Quartiers. Le
fieur du Calle y mit un fi bon ordre,
gu'en trés-peu de tems, ce qui étoit --- Page 119 ---
Frangoifes de PAmérique.
IoI
brûlé fut rétabli, & les Habitans encouragés par fa préfence; reprirent le foin 1701.
de leurs Terres, & de leurs Manufaétures avec
d'ardeur que jamais. .
Mais shag i'en demeura pas là:il crut du Le Cale fieit
qu'il falloit faire une correétion frarer-
&
nelle aux Anglois de la Jamaique, 8 it.ane de
leurapprendre ine pasfeméler de nous lijpt Jamavenir inquiéter. Ilfe fervit
CC def que.
fein de
Vaifleaux
Roi, qui
HEFACE
quatre
pafferent àla Cote:ilyjoignit quelques
Navires Marchands,quilarms en guerre, avec tous les Bâtimens des Flibuftiers. 1lmitfur cette Flotte quinzeàfcize cent de fes Habitans & Flibuftiers;
çar les Vaiffeaux n'ayant que leurs Equipages, ne fournirent aucunes Troupes
de débarquement, & il fit voile du petit Goave le 16 Août de la même année
1694. Il fit fa premicré defcente le 20 du
mème mois à la rade des Vaches dans
l'Ilede la, Jamaique, quiappartient aux
Anglois, qui eft la plus grande de toutes leurs liles, & la plus riche, la plus
nombreufe, & la plus confidérable de
leurs Colonies. Les Anglois furpris, ne
purent s'oppofer àl la delcente: ils fe rallierent cependant en aflez grand nombre, & eurent la fatisfaction de fe faire
Ei iij --- Page 120 ---
102 Nonveanx
bien battre, & dètre Troyages anx Ifes
1702. moins du
enfaite les téde plus de pillage que les François firent
d'ouils
fepe lieties de leur Pais,
enleverent grand nombre
claves, de meubles, d'attirails
d'EL
rics,de matchandifes,
deSucreautres effets
d'argenterie &
lieux étoient précieux. A mefure que les
& on détruifit pillés, on y mettoit le feu,
fond en comble ainfi, & on ruina de
Sucreries &
toutes les Habitations,
dans cette étendue Villages qui fe trouverent
Le fieur du Caffe de pais.
le butin, &
ayant fait charger
alla faire fa feconde rembarquer fes Troupes,
Moran 3 c'eft un endroit defcente au Port
lap pointe de FEC de lai mêmel confidérable Ifle.
à
quel'entrée de ce Port fat
Quoideux fortesredoutes, far défendne par
les il y avoit dix-huic
l'une delquel-
& fix farl l'autre, la Flotte pieces de Canon,
d'y entrer: on y fit une nouvelle ne lailla pas
cente > & on pilla, & brûla
def
Sucreries avec les Villages quantiré de
verent à trois lieiies à la qui fe trouquoi on fe
ronde, après
Le fieur du rembarqua Caffe détacha une feconde fois.
fon Major le ficur de de cet endroit
cinq Bârimens Flibuftiers, Beauregard avec
ravager, piller & brôler tous qui les allerent Villa-
Flotte pieces de Canon,
d'y entrer: on y fit une nouvelle ne lailla pas
cente > & on pilla, & brûla
def
Sucreries avec les Villages quantiré de
verent à trois lieiies à la qui fe trouquoi on fe
ronde, après
Le fieur du rembarqua Caffe détacha une feconde fois.
fon Major le ficur de de cet endroit
cinq Bârimens Flibuftiers, Beauregard avec
ravager, piller & brôler tous qui les allerent Villa- --- Page 121 ---
Frangoifes de l Amérique!
clesSucreries del la Côte du Nord.
ES enleverent aufli felon l'ordre qu'ils 1701.
en avoient reçà, toutes les Barques &
Bâtimens qu'ils trouverent, & les chargerent de butin, les leurs en étant fi
pleins, qu'ils ne fçavoient oà placer celui que leurs dérachemens apportoientà
tous Pour momens. le fieur du Caffe, il alla avec le
gros de fa Flotte & de fes Troupes deVant le Fort Royal, & quoique fon deffein ne fûr que d'y donner une fauffe allarme,
y attirer les Troupes & les
Milices betn l'Ille, fes gens emportés par
leur courage, ne laiflerent pas d'y mettre à terre, ayant écarté & dillipé, avec
une valeur fiurprenante, le grand nombre de Troupes & de Milices, quis'étoient oppoléesà leur defcente. Ilsmirent aufliot le feu à quelques endroits,
& s'étant rembarqués pendant la nuit,
ils allerent moiilier à Ouatiou, où ils
firent une quatriéme defcente malgré la
vigourenfe réfiftance de fept cens hommes'de pied, & d'un gros Efcadron de
Cavalerie, qui étoient couverts d'un
bon retranchement, foutenu d'un Fort,
où il y avoit douze pieces de Canon.
Nos gens les chafferent Tépée à la main
de ce retranchement, les mirent en fuiE iv --- Page 122 ---
To4 Nonveanx
-
te, prirent le Fort, Yrayager anx
1701. pendant huit
sy
&c
aia
jours entiers qu'ils y demeuretent, nos Partis
ceffe en
qui étoient fans
les Ennemis, campagne, battirent toujours
brôlerent tout ravagerent, le pais à
pillerent &
lieiies à la ronde: de forte quatre & cinq
qu'or.com-
&
Villages noasavions plus brûlé - de
à
PN
Bourgs
la
Anglois & Ics E(pagnols Jamaique, que les
lé de maifons dans
n'avoient briDomingne. Le fieur nos du Caile Quartiers de S.
endroitun butin
fit dans cet
en argent monnoyé, prodigieux en Efclaves,
bles, aftencilles de Sucreries argenterie, meuchandifes. Il fit tout embarquer & marpreller, & lorfqu'il far
à fans fe
fit rafer le Fort, & créver prét les partir, il
dont il ne jiugea pasd
de Canons fe
>
ger, Il arriva à Léogane propos le
du charde Septembre fans autre 17
mois
viron cent cinquante perte que d'enqu'on eûclivré une infinité hommes, de
quoi-
& qu'on eût tué plus de
combats,
mes aux, ennemis.
fept censhomfa Le dommage que cette'
aux ennemis a été de plus entreprife de douze caumillions, Guerre de fans compter un Vaiffeau de
enleva, & cinquante Canons qu'on leur
quantité de Vaifleaux Mar-
ogane propos le
du charde Septembre fans autre 17
mois
viron cent cinquante perte que d'enqu'on eûclivré une infinité hommes, de
quoi-
& qu'on eût tué plus de
combats,
mes aux, ennemis.
fept censhomfa Le dommage que cette'
aux ennemis a été de plus entreprife de douze caumillions, Guerre de fans compter un Vaiffeau de
enleva, & cinquante Canons qu'on leur
quantité de Vaifleaux Mar- --- Page 123 ---
Françoifas de Amérigue.
IOS
chands, & autres Bâtimens qu'on prit, 9
ou qu'on fit écheoir, ou qu'on brila far 1701.
la Côte. Les Efclaves Negres qui furent
partagés, étoient ait nombre de dix-huit
cens, mais ceux qui furent enlevés par
les particuliers, &c
ne furent poine
rapportésàlazs mafle 1 butin, étoient en
bien plus grand nombre , & quantà
l'argent monnoyé ou travaillé, aux meubles, aux marchandifes, & aux uftenciles des Sucreries, il a étéimpoflible jufqu'à préfent d'en fixer au juite la valeur.
Ifufit de dire, que ce quiaé été rapporté à la maffe commune a enrichi u trèsgrand nombre deF Flibuftiers & d'Habitans de la Côte, &
M.du Caffe &
fes Officiers y ont Rc des fortunes fi
confidérables, qu'elles auroient pir faire
de l'Euenvie aux plus richesparticuliers
rope. Cette affaire piqua extraorlinairement
les Anglois, ils crurent qu'ily alloit de
leurhonneur dene pasdemenrer en refte
avec M.du Caffe. C'eft pourquoi ils raffemblerent autant de troupes qu'il leur
fut pollible, & les mirent fur quatre
Vailleaux de Guerre quileur étoient venus d'Angleterre, & fur d'autres Navires qu'ils joignirent à cette Efcadre avec
des Bâtimens plats, pour faire des deft
Ev --- Page 124 ---
106 Nouveanx Troyages AHX
centes, Ils parurent devant l'Efterre Ifles
170I. principal Quartier de
Les An mencement du mois de Léogane, au comglois Ca- même année
Novembre del la
nonnent
1694.& firent
le Qutar- marches, de
qnantité de
tier de tes, tantôt d'un contremarches, &c de feinl'Efterte.
côté, & tantôr de l'autre,, pour attirer nos gens, & les fatiguer, afin de trouver un moment favorable, pour faire leur defcente. Mais le
fieur du Caffe mit fi bon ordre tout le
long de la Côte, , qu'ils n'oferent
tenter un
jamais
terent de débarquement : ils fe contenconfommer quantiré de
dre, & quatre ou cing mille
fans autre fruit
de
CE
mes, &
que
tuer cinq Homquelques Chevaux, &
une maifon. Ils prirent feulement d'abattre deux
mauvais Vailleaux Marchands vuides &
abandonnés, & en firent échouer deux
autres qu'on déchargea, &
brila.
Tels furent les exploits de cette qu'on Armée
Navale ; ils répondirent fi
à
qu'on en devoit attendre, & peu à la dé- ce
penfe que les Jamaiquains avoient faite
ies pour cet armement, qu'ily eut de grof
conteftations entr'eux & les Commandans de la Flotte. Ils furent heureux
cependant que nous n'avions
un feul Vaifleau de
pas alors
nos Corfaires étoient Guerre, & que tous
en mer : car felon
furent les exploits de cette qu'on Armée
Navale ; ils répondirent fi
à
qu'on en devoit attendre, & peu à la dé- ce
penfe que les Jamaiquains avoient faite
ies pour cet armement, qu'ily eut de grof
conteftations entr'eux & les Commandans de la Flotte. Ils furent heureux
cependant que nous n'avions
un feul Vaifleau de
pas alors
nos Corfaires étoient Guerre, & que tous
en mer : car felon --- Page 125 ---
Françoifes de PAmbrigue.
les apparences, > ils ne fcroient pas tous
retournés chez eux.
1701.
La Colonie de S. Domingue fat aug- LaColomentée de celle de l'Ifle de Sainte Croix nie de
Siinttranfporta le 2 Février 1695. Lc Croix
2Eur % Galifet Gentilhomme Proven- tranft
çal, & Capitaine d'une Compagnie dé- portée S. Do- a
tachée de la Marine, étoit à la tète minguc,
comme Commandant. Ildevoit ce pofte au Comte de Blenac Gouverneur Général des Iles, qui l'avoit envoyé pour
commander à Sainte Croix, après la
mort du Gouverneur, en attendant que
la Cour y eût pourvà. Le fieur de Galifet eut en arrivant à S. Domingue la
qualité de Lieutenant de Roi, puis celle de Gouverneur Titulaire de Sainte
Croix, & de Commandant au Cap,, &
enfin celle de Gouverneur du Cap'; ily
a demeuré julqu'en 1715. qu'il eft repaffe en France avec des biens immenfes, que le pillage de Cartagene, fon
induftrie & fon économie lui avoient
fait amaffer.
Le fieur du Cafle à la tête de quatorze ou quinze cens hommes de fa Colonie, Habitans, Flibuftiers, & Negres,
fervit avec une diftinétion finguliere à
la prife de Cartagene 5 & on doit dire,
fans faire tort à perfonne,
le fieur
--- Page 126 ---
108 Nonveaux
de Pointis
Voyages anx Ifes
1701.
qui commandoit cette
de prife, 2 lui eft redevable & à fes entrela gloire & du profit
cette expédition.
qu'il a IREAE de
L'Efcadre du fieur de Pointis
étoit partie de la Rade de Breft le qui
Janvieri l'Ille 1697.arriva au petit Goave dans 9
Elle S. Domingue le 7.de Mars. fuivant.
Expédi. le 18 joignir lestroupes du fieur du Cafle
tion de
au Cap Tiburon. Toute la
Cartage- en particle 26 &
Flotte
ne,
Rade de
mouilla le 7 Avril à la
Le 15 le Sombaye fieur du Cafle ATER dc Cartagene.
un Parti de Flibuftiers, mit à terre avec
tre le licu ou l'Armée pour reconnoiquer plus facilement, & plus pouvoit débar-
& pour découvrir s'il
farement,
d'embufcades,
n'y avoir point
dontpour l'ordinaire les
Eipagnols ne font point avares. Les
troupes que le fieur de Pointis
amenées au nombre d'environ avoit
mille fept cens hommes
trois
Soldats, & Matelors, fireot Volontaires leur
cente fort tranquillement,
defparle fieur du Cafle, &les & précédés
elles
flibuftiers,
chica, s'approcherent du Fort de Bocaqui défendlentrée du Port d'une
maniere fi avantagenfe, qu'iln'ef
ceflaire, poflible d'y entrer, & par une fuite pas né.
maitres > de d'artaquer la Ville fans être
ce Port.
mille fept cens hommes
trois
Soldats, & Matelors, fireot Volontaires leur
cente fort tranquillement,
defparle fieur du Cafle, &les & précédés
elles
flibuftiers,
chica, s'approcherent du Fort de Bocaqui défendlentrée du Port d'une
maniere fi avantagenfe, qu'iln'ef
ceflaire, poflible d'y entrer, & par une fuite pas né.
maitres > de d'artaquer la Ville fans être
ce Port. --- Page 127 ---
Francoifes de P Amérique.
IG9
Les Flibufhers & les Negres allerent
fe pofter prefque fur le bord du Foffé, 170I.
d'on ils firent un fi grand feu, que de Prife de
trois Barques chargées de Troupes, que Locachi- le
le Gouverneur de Cartagene envoyoit fieur ca par du
pour renforcer la Garnifon du Fort, une Caffe Fli &
furobligéedes'en retourner, & lesdeux les buft. ers.
autres ayant débarqué leurs Troupes à
la faveur d'une fortie, qu'une partie de
la Garnifon du Fort fit pour lesy introduire, les Flibuftiers les couperent, les
taillerent en pieces, & donnerent un
affauràla place G vif& Gopiniatre,que
le Gouverneur craignant d'être emporré, s'ily y revenoient une feconde fois,
battit la chamade, & ferendit à difcrétion le fecond jour de l'attaque.
Les Vaiffeaux eurent ainfi l'entrée du
Port libre le 17 Avril. On s'approcha
enfuite des Forts de Sainte Croix,* "de
S.Lazare & des Anglois, on lescanonna, &c on y jetta des bombcs, qui obligerent les Efpagnols de les abandonner, & la tranchée fut ouverte devant
la Haute Ville le 28 du même mois. Le
fieur du Caffe & fes gens étant à la tranchée le son'eurent pas la patience d'attendre que la breche fûr plus grande, &c
plus praticable: : quoiqu'elle n'eit
viron quatre toifes de large, & que
geEa --- Page 128 ---
110 Nonveaux Voyages AHX
montée fut
Hes
1701. péc,
tres-difficile, & très-efcars
Prife de qu'ils ilsy.donnerent un affaut fi furieux,
la Haure ala emporterent la Ville Haute
Ville
main, ce
l'épée
les ILI de capituler, quiobligeale & de
Gouverneur
ftiers. de la Ville Balle
fortir le 4 de Mai
étoit encore de dix-huir avec fa Garnifon, qui
&
cens hommes,
defirer.
cpeminmungeadiemeute quilpût
qu'on Iln'eft pas néceffaire
je dife ici
trouva des richelles que
cette Ville, tout le monde le infinics dans
ce qui n'eft pas venu à la fçait; mais
de toutle monde, &
connoillance
mer la poltérité, c'eft dontjc doisinforPointis, qui devoit que le fieur de
conquète dla valeur des cette importante
blia ce qu'il leur avoit Flibultiers, ouchallepartic quiavoit été promis faire par la
au.Cap Tiburon, & au
avec eux
ner la part qui leur devoit lieudeleur donjuftement du butin, il voulut revenir les
fi
écus comme des Matelots, à raifon de Payer
par mois.
cinq
irrita. fi fort, qu'ils Cetreinjultice alloient crianteles
juftice à
fe rendre
étar de le cux-mèmes, faire, fans le & ils étoient en
té que M.du Cafle
crédit & l'autoriempêcha d'en venir avoit far enx; il à les
& leur promit
aux voies de fair,
quc le Roi leur feroit
revenir les
fi
écus comme des Matelots, à raifon de Payer
par mois.
cinq
irrita. fi fort, qu'ils Cetreinjultice alloient crianteles
juftice à
fe rendre
étar de le cux-mèmes, faire, fans le & ils étoient en
té que M.du Cafle
crédit & l'autoriempêcha d'en venir avoit far enx; il à les
& leur promit
aux voies de fair,
quc le Roi leur feroit --- Page 129 ---
Françoifes de LAmérigue.
III
donner ce qui leur étoit dû. Cela en appaifaquelqucs-unsq quis'en retournerent 1701,
avec le fieur du Calle à S. Domingue;
mais les autres rentrerent dans la Ville,
la pillerent de nouveau, & trouverent
encore,àce qu'on prétendsplus de quatre millions. ils fe rembarquerent avec
ce butin, & fe feroient confolés du tort
leur avoit fait le fieur de Pointis: >
3tt n'eufent point rencontré la Flotte
Angloife-qui venoit au fecours des EC
pagnols, & à laquelle le fieur de PointIs étoit échappé par un bonheur extraordinaire. Cette Flotte qui étoit-de
27 Vaifleaux de Guerre rencontra ceux
des Flibuftiers au nombre de dix, 3 tous
affez petits, très-chargés, & fort mal
équipes, comme c'eft leur ordinaire.
Nialgrélinégalitcé prodigicule
avoit entr'eux & les Anglois, ils batEy
tirent pendant un jour comme des défelpérés; à la fin fix ayant été entierement démâtés, & prèts à couler bas furent pris, & les quatre autres fe fauverent, & arriverent au petit Goave fort
délabrés àl la vérité, màis riches & bien
chargés de butin. Cependant il s'en
fallur peu
les Anglois ne s'emparaf
fent du Soitirc que nous avions fait à
Cartagene. Ils avoient fçà, je ne fçai --- Page 130 ---
II2 Nowveaus
quelle voie,
du anx IRes
1701.
que
Caffe avec
E
MONE
ils Flibuftiers étoit au petit Goave, où
expédition, Metmeraesatirieces de leur
siln'yavoit avee autant de fécuriré que
monde. Ils point eu d'ennemis dans le
Tiburon aul nombre viurent moiiller au Cap
Anglois &
de 24 Vaiffeaux
Hollandois, &
24 Chaloupes avec douze déracherent
de debanquement,
censhommes
dre le Bourg du
qui vinrent furpren.
22 de Juiller. Leur perit Goave la nuit du
fi bien conduite
entreprife avoit été
M. du
qu'ils penferent enlever
fauver Calle, qui eut le bonheur - de fe
maifon, par une porte de derriere de fa
donnoit fur pendant la rue. qu'on forçoir rcelle equi
fufil ayant éveillé Quelques coups de
leur ayant fait prendre nos Flibutiers, -8c
Calle fe mit ala tête du lesarmes, M, du
ton quifeforma, & ayant premier chargé les pelo- Ennemis, qui étoient
la
cupés à piller les temtfonan à plupart OCsen rendoient
mefure qu'ils
maîtres, il les repoufla
vivement, & fa
tous momens, illes Troupe groflitlant à
donner la plus grande contraignit d'abanpillage, avecune
partic de leur
& de blelfes, & cinquantaine de morts
Els mirent le feu quelques à deux prifonniers.
ou trois mai-
les pelo- Ennemis, qui étoient
la
cupés à piller les temtfonan à plupart OCsen rendoient
mefure qu'ils
maîtres, il les repoufla
vivement, & fa
tous momens, illes Troupe groflitlant à
donner la plus grande contraignit d'abanpillage, avecune
partic de leur
& de blelfes, & cinquantaine de morts
Els mirent le feu quelques à deux prifonniers.
ou trois mai- --- Page 131 ---
Françoifes de PAmérigue.
II3
fons,! lorfquils fe virent prelfés; ce fut
ce qui les fauva, parce
qu'il 1701.
falloit courir au
fonger
TRER
plus
Eet
plirôt à arrêter l'incendie, qu'à les empècher de fe rembarquer, comme ilauroit été aifé de faire.
M. du Caffe pafla en France en 1700.
il fut fait Chef d'Efcadre des Armées
du Roi, & le fieur Auger Gouverneur
de la Guadcloupe fut nommé en fa place Gouverneur de la Tottue & Côre S.
Domingue. Pendant l'abfence du fieur
du Cafle, ce futle fieur de Boifli Ramé,
qui eut le Commandement de toute la
Colonie , d en qualité de Gouverneur du
Cap, dont ila a eu le premier la qualité,
& étant mort allez peu de tems après fa
nomination, 5 le fieur de Galifet fut nommé en fa place.
Les Provifions du fieur Auger font
du mois de Mai 1793. II prit poffeflion
de fa Charge all mois d'Oétobre de la
mème année, & mourut au commencement de l'année 1706. Il ne fe
palla rien de confidérable dans la Colonie pendant le tems de fon Gouvernement. Quant à la perfonne du fieur
Auger, je me réferve d'en parler, lorf-.
que je ferai le détail de l'irruption
les
firent dans PIe de la
Potae
Anglois --- Page 132 ---
114 Nowveanx Yoyager ans
deloupe en 1703.
Mfes
1701. étoit alors Gouverneur, dont le ficur Auger
Le Com. Le Comte de.
te de
plus braves, & des Choifeuil, l'un des
Choi- taines des
plus anciens
feuil
da; il
Vaiffeaux dur Roi, lui
Gouver.
prir
EE
neurde ment en poffeflion de fon Gouverne
laTore
1707. fon mérite
tue, fa difinguoit encore
perfonnel le
mort, qui ne pouvoir être plas que fa naiffance,
éclarante. C'éroit plus
un
ilatre.scpias
béral, bienfaifant, homme fage, liment poli, dont la Colonie doux & ex-rèmevernée avec beaucoup de quilagon.
grectera longtems la
prudence, repartienlicres, & celles perre. de Ses affaires
Fobligeant de faire un
la Colonie
f.alVemburma firr le voiage en FranlaThéus, qui efcortoit Vaillean du Roi
deVailleaux Marchands, un bon nombre
qués par deux Vaiffeaux de Ils furent attaglois, dont le moindre éroit Guerre Anfort que la Thétis. LeCombar bien plus
très-rade & trèslong, donna qui fut
Vaiffeaux Marchands de
lica aux
forte que pas un ne tomba séchaper: : de
mains des Anglois.
entre les
été
Maislal Thétis
leure démirée, & ayanr perdu la ayant
partie de fon
meil
obligée de fe rendre. Equipage, fat enfin
Cholfeuil qui avoit Le Comte de
donné dans ce
éroit Guerre Anfort que la Thétis. LeCombar bien plus
très-rade & trèslong, donna qui fut
Vaiffeaux Marchands de
lica aux
forte que pas un ne tomba séchaper: : de
mains des Anglois.
entre les
été
Maislal Thétis
leure démirée, & ayanr perdu la ayant
partie de fon
meil
obligée de fe rendre. Equipage, fat enfin
Cholfeuil qui avoit Le Comte de
donné dans ce --- Page 133 ---
Frangoifes de LAmérique. TIS
Combat des marques de fon expériencc, de fa bravoure, & d'une intrépi- 1701:
dité furprenante s fut bleffé mortellement, & mis à terre à la Havanne Ville Capitale de l'Ife de Couve, où il
mourut. La nouvelle de fa mort ayant
été apportée à S. Domingue, toute la
Colonie le pleura, on rendit à fa mémoire les devoirs Funébres, avec toute
la magnificence poflible, &c le Pere Nicolas Jouen Religieux de notre Ordre, 3
de la Province de S. Louis, Profeffeur
en Théologie, & Curé de l'Efterre,
prononça fon Oraifon Funebre avec un
applaudillement univerfel.
Le fieur de Valernod Maréchal des
Camps 8 Armées du Roi, fut nommé
par la Cour pour commander pendant
l'abfence du Comte de Choifeuil: on
ne doutoit point qu'iln'eût le Gouvernement, mais à peine vécur-il fix mois
à S. Domingue, il y mourut de maladie, & fut extrèmement regretté, on
attendoit beaucoup de lui: car il avoit
toute l'expérience, la fermeté, la
dence, & les autres
Fone
qualités qui
néceffaires au Chef d'une Colonie auffi
confidérable que celle de Saint Domingue. Il mitla premiere pierre àl'Eglife,
quia donné lc commencement: à la now- --- Page 134 ---
116 Nonveanx
velle Ville de
Toyages Aux Ifes
1701. lendroit nommé Léogane, que l'on a bâtie
la
d'une petite demie lietie Ravine, del 3 éloigné
tre les Bourgs del'Efterre la mer, enRiviere, dont
& de la
de
on a obligé les
tranfporter leurs
CRLESUS
Mprdtedroits Ville de
pour former maifons cette
en cet enLéogane, le, quieft à préfenr la
nouvelle Vilverneur géneral, de demeure du Gouautres
l'Intendant & des
Royale Pilfancess! & du
le fiége de la Juftice
partie de lIle, Confeil Supérieur de cette
Viere de
qui commence à la RiMongon fur l'Artibonite la Côte & finit au Cap
du Sud.
del'autre partie de Plfe
Alégard C
re de l'Arribonite
depuis la Rivieeft de la Jurifdiction julqu'a Bayha, elle
feil Supérieur
le d'un autre ConVille du
que Roi a établi en la
Cap en 1702.
de Je dirai ci après en parlant de la Ville
la bâtir Léogane, 5 que le deffein avoit été
en un lieu
le
de
can. Le Chevalier appellé grand Bougénéral de la Marine Reynau Ingénicur
ié en 1700. Je doute l'avoir ainfi difpol'on a choifi en 1712.
l'endroit que
aufli
r
de, & en aufi bon air. Cette commoVille peut être
nouvelle
vironnée par la traverfée, grande
ou même end'eile-mème par un lit tou Riviere canal qui y va
naturel,
ffein avoit été
en un lieu
le
de
can. Le Chevalier appellé grand Bougénéral de la Marine Reynau Ingénicur
ié en 1700. Je doute l'avoir ainfi difpol'on a choifi en 1712.
l'endroit que
aufli
r
de, & en aufi bon air. Cette commoVille peut être
nouvelle
vironnée par la traverfée, grande
ou même end'eile-mème par un lit tou Riviere canal qui y va
naturel, --- Page 135 ---
Françoifes de PAmérigne.
I17
qu'ilne faur qu'ouvrir tant foir peu pour
ly faire coaler, ce qui ne feroit pas une 1701.
petite commodité pour cette Ville 5
mais aufli eft- ce la feule qu'on lui puiffe
procurer : car elle eft fituéc dans un tcrrain bas & fangeux, aflez près del la mer
pour en avoir les incominodités, &
trop éloignée pour défendre les Vaiffeaux qui font en Rade, & pour avoit
les marchandifes qui viennent d'Europe, autrement que par le fecours des
Charettes, ce qui eft une dépenfe, &
un inconvénient confidérable, Onaété
obligé de faire une efpece de Fort fur
le bord de la Mer,
garder la Rade
en cas de befoin. detr auroit beaucoup
mieux fait de bâtir la Ville fur le bord
de la mer,c'eft la fituation naturelle de
toutes les Villes de Commerce, ou fi
on a eu des raifons pour ne la pas bâtir
en cetendroit-là, il me femble qu'ilauroit fallu fuivre le delfein, & le choix
duChevalier Reynau & de M.du Caffe,
& la placer au grand Boucan, où le
terrain eft plus élevé, fec, fablonneux,
en meilleur air, plus expofé au vent 2
& autour duquel on auroit pû faire paf
fer la grande Riviere, avec encore plus
de.facilité. Le Comte de Blenac Chef d'Efcadre Le Comte deBl --- Page 136 ---
11S Nowveanx
des Armées Navales
anx IRes
1701.
Roi, fils
12M0
Comte de Blenac, qui a été
du
nac Gou Gouverneàr
fi longrems
verneur ferme de
général des Ifles & Terrede général S.Do- gue à la fin T'Amérique, de
vint às. Dominmingue,
1713.. il a été le
quia eu la qualité de
premier
ral de S.
Gouverneur géné.
Il fat relevé Domingue. dla C fin de
Marquis de Châreau-Morand 1716. par le
d'Efcadre, dont les
aufli Chef
fitions le rendant fréquentes indifporer dans le pais, ild peu
à demeua la
fon
TaaRieend
Cour, & fut relevé far la rappel fin de
l'année derniere 1719. par le fieur de
SorelInfpecteur général de la Marine,
quiy eft aujourd'hui. Tous deux
la qualité de Gouverneurs
ont eu
le fieur Mithon
généranx, &c
longrems les
qui y exerçoit depuis
Le) Mar- général
fonctions de Commiffaire
Château- quis de toutes chofes Ordonnateur, & qui faifoit en
Morand
les fonétions
Ble Ceur a eu cette
dintendant,
desorel que le fieur qualité de
dans le même tems
Gouver.
Sorel a été nommé.au
neurs ge. Gouvernement général.
néraux
J'ai dit
de S,Do- a eu la
ci-devant de que le premier
mingue,
qualité
Gouverneur
qui
lier du Cap François, étoit le EUE fieur
Boilli-Ramé, fieur de
qui cut pour fucceffeurle
Galifer. Le fieur de Charite
Licutenant de Roi lui fuccéda en 1706.
de
dans le même tems
Gouver.
Sorel a été nommé.au
neurs ge. Gouvernement général.
néraux
J'ai dit
de S,Do- a eu la
ci-devant de que le premier
mingue,
qualité
Gouverneur
qui
lier du Cap François, étoit le EUE fieur
Boilli-Ramé, fieur de
qui cut pour fucceffeurle
Galifer. Le fieur de Charite
Licutenant de Roi lui fuccéda en 1706. --- Page 137 ---
Françoifes de PAmérique.
& eut en 1716. la Lieutenance au Gouvernement général. Le Comte d'Ar- 1701,
quian eft prélentement Gouverneur du
Cap.
Le Roia retiré la partie du Sud, qu'il
ayoit donnée à une Compagnie, appelléela Compagnie del'lflca Vache,qu'on
nommoit par honneur la Compagnie
de S.1 Domingue, en cette année 1720,
de forte que le Gouverneur général a
fous fesordres, les Gouverneurs du Cap,
de S. Louis, ou Ifle à Vache, & les
Commandans du Port-Paix & du petit
Goave,
- Je parlerai dans les Chapitres fuivans
plus en particulier de la Colonie de S,
Dominguc : je croi que ce queje viens
d'en dire, fuffit, pour en donner une
idée affezjufte,) jufqu'ice quej'en puiffe
donner une Hiftoire plus circonftanciée, comme j'efpere faite dans un allr
tre Ouvrage. --- Page 138 ---
120 NonseansYgari AnX Ifles
3701,
CHAPITRE IV.
LAnteur arrive an Cap Francois. Def
cription de ce Quartier.
E Nfn le Samedi premier jour de
fur les l'année 1701. nous
fept heures du marin. débarquimes Nous
mes porter nos hardes dans un
fi-
& nous fimes a
Cabaret,
Melle. Le Pere TEglife, pour dire la
du
Capucin qui étoit Curé
roiffe Bourg, à trois lictics deffervoit encore une Pade:iln'étoit
deliapellée Limonarevenir
pas chez lui, & ne devoit
que fur les dix heures
la Meffe. Le Marguillier à pour dire
me dit, que je ferois
qui ije parlai
à tout le
de plaifir au Curé &
T'heure
Peuple
dire la Meffe à
huit & ordinaire, c'eft-ddire, entre
il alloit neufheures, & quie fije voulois,
tir le Pere envoyer un exprès, pour averafin
Capucin de notre arrivée,
qu'il ne fc donnâr pas la
de
venir. Je lui fis dire de
peine
dirois encore la Melfe le plus, que je
&c qu'il pouvoit fer repofer jour fixr fuivant, du
foin de faParoilfle,
moi,
s'ilavoit des
au licu où il étoit,
affaires
Lc
il alloit neufheures, & quie fije voulois,
tir le Pere envoyer un exprès, pour averafin
Capucin de notre arrivée,
qu'il ne fc donnâr pas la
de
venir. Je lui fis dire de
peine
dirois encore la Melfe le plus, que je
&c qu'il pouvoit fer repofer jour fixr fuivant, du
foin de faParoilfle,
moi,
s'ilavoit des
au licu où il étoit,
affaires
Lc --- Page 139 ---
Françoifes de P Amérique.
I2I
Le Cap François, ou fimplement le
Cap a , eft prefque au milieu de la lon- 1701.
gueur de l'INE de S. Dominique, ou Cap Fricommc difentles Efpagnols, ,S.Domin- çois de
gue, far la côte qui regarde le Nord. S. DoTout le monde fçait que cette Ifle fut mingue,
découverte par Chriftophe Colomb en
1492. & que ce furent les Indiens de
Guanahami autrement S. Salvador, la
plus orientale des Lucayes, qui la lui
indiquerent, ou qui Py conduifirent.
Elle fut d'abord appellée la petite Ef
& la premiere Ville que CoLEFL bâtit fur la côte du Nord où il
avoit abordé, fut nommée Ifabelle, en
l'honneur de la Reinelfabelle, quiavoit
fourni de fes deniers une partie de l'argent, qui fut employé au premier armement de Colomb. On peut dire que
les dix-fept mille écus qui furent employés
cette découverte, furent
une fentont bien féconde, qui a produit aux Efpagnols, & à tout le refte de
I'Univers des tréfors infinis, fans
ter ce
la mer en a abforbé, COPE par
perte dee tant de Vaiffeaux richement
chargés, qui font péris dans cet élément.
Les Géographes la mettent fous le
dix-huitiéme dégré de latitude SeptenTome VII.
F --- Page 140 ---
trionale, 122 Nonveaux Woyages anx IRes
& au trois cens fixiéme
1701, de longitude, Je ne fçai s'ils
dégré
cette laticude du centre de
prennent
Cap
l'ille, ou du
François ou du
ces différens points cauleroient Cap Mongon, car
reurs confidérables.
des erAlégard delalongitude, je ne rapporte celle de S. Domingue, rien n'ek que pour avertir le Leéteur 1 ?
incertain, & que tous
moyens
R
on s'eft
TAur
prélent pour trouver les fervi jufqu'a
n'ont encore rien produit longieudes, de fixe &
d'afluré,
La partie de l'Ifle
les
François, commence à occupée une
par
ne à TEA du Cap appellée grande plaiily avoit dans le tems
Bahaia, oùt
dansle; pais de très-beaux que je me trouvai
de cette plaine en cottoyant établifemenss la
Nord en allant al'Ouelt, & bandedu
à IEA par la bande du Sud jufqu'au retournant
Mongon, qui eft prelque à une Cap
diftance de la pointe de TER & de égale
de l'Oueft, on
ceile
Françoife, Le parcourt le toute la partie
appeilé le
Cap plus à l'Oueft eft
Cap Tibéron ou
ou comme difenr les
Tubéron,
Tuberones, c'eft à-dire, Elpagnols, des
de los
qu'ils ont ainfi nommés, foir Requiens,
Ayent trouvé beaucoup de ces fortes qu'ils de
qui eft prelque à une Cap
diftance de la pointe de TER & de égale
de l'Oueft, on
ceile
Françoife, Le parcourt le toute la partie
appeilé le
Cap plus à l'Oueft eft
Cap Tibéron ou
ou comme difenr les
Tubéron,
Tuberones, c'eft à-dire, Elpagnols, des
de los
qu'ils ont ainfi nommés, foir Requiens,
Ayent trouvé beaucoup de ces fortes qu'ils de --- Page 141 ---
Frangoifes de P'Amérigue.
poiflons en cet endroit, foit pour quelqu'autre raifon quin n'eft pas venué, a ma 1701.
connoiffance. Cette partie en fuivant
tous les contours des Ances & dugrand
Cul-de-Sac de Léogane, doit avoir plus Circuit
de trois cens lieiies de tour. Mais f on delapar. tie Fran.
la confidere comme on mefure ordinai- goife,
rement les côtes, c'eft-à-dire, de pointe en pointe, elle n'en a
plus de deux
cens. Le refte du tour te YIe appartient aux Efpagnols - il eft à peu près de
même grandeur, de maniere
toute
la circonférence de l'Ifle eft d: quatre
cens lieiies. Les Ecrivains Efpagnols lui
donnent fix cens lieiies de tour, c'eft ap- Circonparemment en la mefurant avec tous les férence de toute
contours des Ances. Quoiqu'il en foit, I"lle,
on voit affez par cC que je viens de dire,
cette Ifle eft fort grande 5 mais il
8: faut infiniment qu'elle ne foit peupléc comme elle l'étoit lorfqu'elle fut
découverte par Chriftophe Colomb. Je
n'yai pasdemeurés allez longtems, & je
n'en al pas fait le tour par terre avec autant d'exaétitude
de celle de la Guadeloupe; ainfi je den ferai pas une defcription auffi exacte que celle que j'ai
faite de cette Ile-là 5 & comme mon
deffein n'eft
de copier ce que ceux
qui m'ont Alter ont écrit avant moi,
Fij --- Page 142 ---
ni 124 Nowveanx
aux
tout cC que j'ai Forager entendu Ifes
1701. que cela peut être fujet à caution, dire, parce
contenterai de rapporter
je me
que Jai remarqué pendant fimplement le
ce
jy al fait,
féjour que
Lel Bourg Le Bourg du
dCap. brâlé deux fois Cap avoit été ruiné &
1688. par les pendant la Guerre de
joints enfemble. Elpagnols & les Anglois
Ilsétoit rétabli
ce tems la, & rien n'étoir plus depuis
puifque toutes les maifons
facile,
de fourchesent
n'éroient que
tourées de Palmiftes terre, palifladées, ou envertes de taches,
refendus, & coucePaïs-la, les
comme on appelle en
Palmiftes.
queiies ou les guaifhes des
Ily avoit au milieu du
une affez belle place d'environ -
trois Bourg
pas en quarré, bordée de maifons cens
me celles que je viens de décrire. com.
des côtés étoit
Un
entr'autres bâtimens, par un gatis Magafin
fervià mettre les munitions du qui avoit
fervoit alors
Roi. Il
que celui qu'on d'Hôpiral, bariffoir à en attendant
lietic du
fàt achevé. un quart de
fept à huit feats ou
Il y avoit
aboutifloient à elpeces de rués, qui
étoient
cette place, lefquelles
maifons. compofées d'environ trois cens
L'Eglife Paroifliale étoit dans une rue
Magafin
fervià mettre les munitions du qui avoit
fervoit alors
Roi. Il
que celui qu'on d'Hôpiral, bariffoir à en attendant
lietic du
fàt achevé. un quart de
fept à huit feats ou
Il y avoit
aboutifloient à elpeces de rués, qui
étoient
cette place, lefquelles
maifons. compofées d'environ trois cens
L'Eglife Paroifliale étoit dans une rue --- Page 143 ---
Françoifes de LAmérigue.
dcôré gauche de laplace, bâtie comme
les maifons ordinaires, de fourches en 170I.
terre 5 elle étoit couverte d'effentes. Le
derriere du Sanétuaire, & environ dix Eglife du
pieds de chaque côté, étoient garnis de Cap.
planches. Toutle refte étoit ouvert, &
palifladé de Palmiftes refendus feulementjufqu'al hauteurd d'appui, afin qu'on
entendre la Meffe de dehors comme
SEr dedansl'Eglife. L'Autelétoit un des
plas fimples, des plus mal ornés & des
plus mal-propres qu'on peut voir. Il) y
avoit un fautcuil, unp prie-Dieu & un careau de veloursronge du côté de FEvangile. Cet appareil étoit pour le Gouverneur. Le reite de lEglile étoit rempli
de bancsde différentes figures, sl'elpa
ce
étoit au milieu de l'Eglife entre
ERLee étoit auili propre que-les rués s
qui ne font ni pavées, ni balayées, c'eftà-dire s qu'il y avoit un demi pied de
poufliere quand let tems étoit fec, & autant de boue quand il pleuvoit. Je me
rendis fur les neuf heures &c demie à
cette Eglife. En attendant que le Peuple es'aflemblât, je voulus fçavoir du Sacriftain qui faifoirantiloffice de Chantre, s'il chanteroit l'Introite > ou s'il
commenceroit fimplement par les Kye
ric eleifon; mais il me répondit que .ce --- Page 144 ---
126 Nonveaux
n'étoit
la coutume Trayagers de aux IRes
1701. qu'on rbeet contentoit d'une tant chanter,
courte, & expédice
Meffe bafle &
qu'on ne chantoit qu'aux promptement; &
Je ne laiffai pas de benir enterremens,
alperfer le Peuple,
l'eau, & d'en
mençai la Melle;sc après quoi jc comquandf'eus diclEvangile, je crusque la folemniré
demandoit
dujour
quelque peu de Prédication.
Jeprechaidonc, & Javertis
fnivant je dirois encore la que lejour
que je me rendrois de bonne Melle, &
FEglife pour confeffer
heure à
droient commencer-lannée ceux qui voude Religion, en
par un acte
cremens, à quoi je s'approchant les exhortai de des Samicux. Après
mon
que l'eusachevé 1 mes fonGions, je rerournai à l'Horellerie
étoient nos hardes. Le Pere Cabaffon oà
m'y artendoit; nous
M. de nous fûmes rendre dinâmes, & puis
Charite te
vifite àM.de ChariLieu-e.
Lieutenant de Roi,
nantde. enchef dans tout le qui commandoit
Roi,
fence de M. de Galifet Quartier, en l'abtulaire de Sainte Croix, Gouvernear &
tidant au Cap François, quis'érant Comman- trouvé
chargé du Gouvernement de toute la
séroir partic allé Françoife depuis que M. du Caffe
Quartier en Enrope, séroit rendu an
principal qu'on appelle Léo-
ite te
vifite àM.de ChariLieu-e.
Lieutenant de Roi,
nantde. enchef dans tout le qui commandoit
Roi,
fence de M. de Galifet Quartier, en l'abtulaire de Sainte Croix, Gouvernear &
tidant au Cap François, quis'érant Comman- trouvé
chargé du Gouvernement de toute la
séroir partic allé Françoife depuis que M. du Caffe
Quartier en Enrope, séroit rendu an
principal qu'on appelle Léo- --- Page 145 ---
Frangoifes de PAmérigne.
gane. Nous famesfort bien reçûs de cet
Officier. Sa maifon étoit fitnée fur une 1701.
petite hauteur derriere le Magafin dela Maifon
munition, qui fervoit alors d'Hôpital. de Chatite, M. de
Elle commandoit tout le Bourg, &c les
environs. Sa vûe du côté du Port étoit
belle & très-étendué. Elle étoit bornée
par derriere , par des montagnes affez
hautes, dont elle étoit féparée par un
large vallon. Cette maifon avoit appar:
tenu aux Capucins, & Gonl les eut voulucroire, elle leur appartenoit encore;
parce que le Religieux qui en avoit accommodé M. de Charite, n'avoit pû
fans le - confentement de fes Confteres
faire cet échange, qui nc paroiffoit
fort à leur avantage, à moins qu'il
E
eûto queique retour dout on n'avoit
d'inftruire le
Rat
jugeà
public.
de dtrtens nous offrit fa maifon, &
nous preffa beaucoup de la prendre; je
fuis perfuadé qu'il le faifoit de bon
caeur, car il eft tout-à-fait honnête &
généreux. Il étoit fenl alors, Madame
fon époule étant depuis quelque tems
auprès de fa mere qui étoit malade.
Nous tronvâmes en fortant de chez
M. de Charite quelques Officiers des
Troupes que nous avions connus à la
Martinique : ils venoient de notre HOFiv --- Page 146 ---
128 Noveane
telleric, où ils avoient Koyagei AMX Ifes
1701. cher. Nous nous
été nous cherM
tems avec eux, & promenâmes quelque
Comm.f Marie M. Marie Commilfaire puisnous fimes faluer
faireInt. de la Marine,
& Infpechenr
peateur d'Intendant. qui faifoit les fonétions
delaMa.
Nous le
rine, peu 3 cependant comme connoiflions il
affez
mement honnète &
étoir' extrèparfaitement bien, & poli, il nous reçhit
force nous retenir chez vouloir à toute:
Nous apprimesà
lui.
tellerie, quele
notre retour à I'H6de la Charité étoit Supérieur des Religieux
Il entra prelque dans venu lc pour nous voir.
fon
moment avec
Negres Compagion, qu'il
& quatre ou cinq
Apiès les
avoit amenés avec lui.
complimens
nous dit, gu'il venoit ordinaires 2 il
duire à IHopiral,
pour nous conn'avoir pas un
qu'il étoir fâché de
qu'ilne
Palais à nous offrir, mais
laifloirpas
donnerions la
d'elpérer que nous lui
qui nous avoienr préférence offert far tous ceux
puifqu'étant
leurs maifons,
elle fembloit Religieux lui être dûe. comme nous >
mes nous excufer ; mais fans Nous voulàdonner le tems, il
nous en
dre nos hamacs, & à commença faire
à détenbagage far les épaules des charger notre
avoit amenés avec lui, Negres qu'il
Nous climes
, mais
laifloirpas
donnerions la
d'elpérer que nous lui
qui nous avoienr préférence offert far tous ceux
puifqu'étant
leurs maifons,
elle fembloit Religieux lui être dûe. comme nous >
mes nous excufer ; mais fans Nous voulàdonner le tems, il
nous en
dre nos hamacs, & à commença faire
à détenbagage far les épaules des charger notre
avoit amenés avec lui, Negres qu'il
Nous climes --- Page 147 ---
Frangoifes derAmérigne.
mème bien de la peine à obtenir qu'il
nous laiffàt payer la dépenfe que nous 1701.
avions faite à I'Hôtellerie. Cet obligeant Religieux s'appelloit le Pere Augufte.
Il étoit Maltois de nation, fort ex- LeP.Au.
pert dans la Médecine & dans la Chi- gulteSururgie,
officieux, plein de périeur de la
zele, de & de charité : en un Charité,
mot, il avoit tous les talens qu'on peut
fouhaiter dans un homme qui eft chargé
du foin des pauvres. Ileft prefque incroyable combien il a travaillé pour
eux, & comment il a établi, meublé,
& fondé PHopital du Cap en fix ou fept
ans qu'ily a été Supérieur.
Je ne manquai
de me rendre le
lendemain de oate heure à l'Eglife.
J'eus totit le tems de me préparer rà dire
la Meffe; perfonne ne fongend faire fes
dévotions. Je célébrai la Meffe, & je
préchai. Je ne puism'empecherde dire,
fus infiniment fcandalifé du peu
Tra Religion
je vis dans ce Peuple,
Je AREtSCItt nués, & tranfporté dans un monde nouveau, quand
je penfois à nos Habitans des Ifles du
Vent, & que je comparois leur dévotion, leur exactitude à s'approcher des
Sacremens, leur refpect pour leurs PalFv --- Page 148 ---
130 Nowveanx Yoyages aux
teurs, leur modeftic dans
Ifles
1701. manieres licentieufes & l'Eglife, aux
deceux-ci. Ilséroient exttaordinaires
me à quelque aflemblée, danslEglifecom- oud
fpectacle profane ; ils s'entretenoient quelque
enfemble, rioient & badinoient.
tout ceux qui éroient appuyés fur la ba- Sur
luftrade, 5 quiregnoit au tour de l'Eglife,
la parloient Melle, plus haut que moi, quidifois
dans leurs & méloient le nom de Dieu
jene
difcours d'une maniere que
pus fouffir. Je les avertis trois ou
douceur quatre fois de leur devoir avec toute la
n'opéroit pollible; &c voyant
cela
d'une
tien, je fus obligé de faire
Officiers manicre, à leur qui obligea quelques
Un honnète impofer homme filence.
me dire après la Melle, cur la bonté de
être
qu'il falloir
la
fi indulgent avec les Peuples de
on
RtRe
Je lui répondis, vouloit vivre avec eux.
tiers fon avis,
je fuivrois volonn'y feroit
agtl lagloire de Dieu
point inrereflée.
Je ne doure nullement que les Peres
Jéfuites qui ort fuccédé aux
n'ayent mis ces Peuples fur Capucins un autre S,
fions pied, lcs Carjai vû dans toutes leurs Mif
chofes très-bien réglées; &
guclque libertinage qu'ils trouvent dans
RtRe
Je lui répondis, vouloit vivre avec eux.
tiers fon avis,
je fuivrois volonn'y feroit
agtl lagloire de Dieu
point inrereflée.
Je ne doure nullement que les Peres
Jéfuites qui ort fuccédé aux
n'ayent mis ces Peuples fur Capucins un autre S,
fions pied, lcs Carjai vû dans toutes leurs Mif
chofes très-bien réglées; &
guclque libertinage qu'ils trouvent dans --- Page 149 ---
Frangoifes de l Amérigue.
les lieux dont on les charge, il eft rare,
ou plitôt il eft inoûi quelearzele, leurs 1701,
bons exemples, & leur piété n'en foient
venus à bout.
Tous ceux que nous avions vifités,
ne manquerent pas de nous venir voir,
& de nous donner à manger les uns
après les autres. Jen'avoisj jamais mangé qu'en cet endroit du Cochon boucané en éguillettes. Nous n'avons pas àffez de Cochons marons ou de Sangliers
dans les Iflesdu Vent, pour les semployer
à cet ulage 5 & les Barques qui remontent de Saint Domingue aux Ifles ne s'en
chargent pour l'ordinaire > qu'autant
qu'elles en ont befoin pour leur voiage.
Je trouvai cette viande excellente, &
d'un tout autre gout que le Cochon Ou
le Sanglier qu'on mange en Europe.
Voici la maniere d'accommoder cette
viande; on me lexpliqua au Cap, &
j'en ai vû la pratique au Cap Dona Maria, oi nous demeurâmes trois
jourssquand je retournai aux Iiles du
Vent, en paffant
le Sud de l'Hle de
S. Domingue. TEerA avant d'entrer dans
ce détail, il eft bon de fçavoir, quily
a deux fortes de gens à S. Domingue *
dont le métier eft d'ètre continuellement dans les bois pour chafler. Ceux
Fvj --- Page 150 ---
qui chaffent Nasmaenugn les
Anx ffes
1701. pour en avoir le cuir, Taureaux feulement
Bouca- caniers. Leur
sappellent Bouniers & mains
Hiftoire cit entre les
Chafleuts
detourle munde.
de S.Do- fent les Cochons
Ceuxo quichaf
mingue. pour en avoir la chair marons & la ou Sangliers
pellent fimplement Chaffeurs, graifle, s'apManiere Loriqu'ils ont tué un Cochon, ils lé
d'accom- corchent, & coupent toute
moder le éguillettes d'un
la chair en
Cochon feur ou
pouce & demi de grofmaron
environ, & autant
en éguil. le peut
le
longues
lertes, qu'ils permettre morceau de cour
découpent. Ils faupoudrent
sementes@ouilleres y laiffent
de felb battu,
pendane vinge-quatre
après lelquelles ils fecouent le heures,
étendent toutes ces
fel, &
étages ajourd'une éguilletres far des
en maniere d'étave, petite cale bien clofe
laquelle ils font
far leplancher de
quel ils
un feu clair, dans leOS des Cochons jettent les peaux, & tous les
ces
qu'ils ont tués. Dès
peaux & ces OS
une fumée
fententlefeu,ist voue
elle tous les fels épaille, qui fortent qui emporre de
avec
re
la matiefément quilaproduits les
& ces fels pénétrant aichairs qui font fur les
y demenrent renfermés
érages,
viennent à fe
quand clles
dans cette cafe fécher; car on les laifle
qu'onappelle un Boucan,
, & tous les
ces
qu'ils ont tués. Dès
peaux & ces OS
une fumée
fententlefeu,ist voue
elle tous les fels épaille, qui fortent qui emporre de
avec
re
la matiefément quilaproduits les
& ces fels pénétrant aichairs qui font fur les
y demenrent renfermés
érages,
viennent à fe
quand clles
dans cette cafe fécher; car on les laifle
qu'onappelle un Boucan, --- Page 151 ---
Françoifes de PAmérique.
jufqu'à ce qu'elles foient feches comme
du bois. ôn en fait alors des paquets 1701.
de centlivres chacun, qui fe donnoient Prix du
autrefois pour trois picces de huit, c'eft- cent fant d'é- péà-dire, trois piaftres ou écus d'Efpagne, guilletqu'on appellc pieces de huit, parce que tes.
chaque piece vaut huit réalles. Mais les
Cochons étant devenus plus rares par
lesmallicresindifcrets quel les Chaffeurs
en ont faits; le paquer valoit cinq à
fix pieces quand jétois à Saint Domingue.
Cette viande peut fe conferver lesannées entieres, pourvà qu'on la tienne
dans un lieu fec. Dans cet état elle eft
brune, & ne donne aucune envie d'en
manger. Mais elle changede couleurdès
l'a mife quelques momens dans
Rcats tiede. Elles'enfle, devient vermeille, d'une odeur agréable: : elle femble
delachair fraiche. Onla peut mettre de Maniere fc fetfur le gril, àla broche, au pot, en ra- vir desé.
goûr; en un mot, en toutes les fauces tes, guilleroù l'on met le Porc frais, avec cette
différence qu'elle eft infiniment plus favoureufe & plus délicate, parce qu'elle
eft impregnée des fels qui font fortis
des peaux, & des sosbrillés, quine peuvent être que très-bons.
Le Bourg du Cap François n'eft point --- Page 152 ---
fermé 134 Norveaux de
Tayager Aux Ies
murailles, nl de
Il
1701, n'eft pas même dans un endroit palitfades.
à être fortifié, érant extrêmement propre
mandé du côté du Sud & de l'Oueft. com- Il
n'y avoit alors pour toute défenfe
deux Batteries, une à l'entrée du Port, que
&l'aurre devant le Bourg; toutes deux
très-mal placées, s & encore
mal
Garni entrerenues. La
plus
fon & fée de
Garnifon étoit compoBatieries
quatre Compagnies détachées
du Cap. laN Marine,
pouvoient faire deux de
hommes. Rtr étoit
cens
dans un tems de Paix, plus qu'il ne falloit
étions alors, &
comme nous
beaucoup moins
n'auroit été néceffaire dans un tems qu'il de
Guerre. Il eft vrai qu'en quelque tems
que ce foit, on ne compte pas
far ces troupes, mais
beaucoup fur
les Habitans,
uniquement
qui ayant été prefque tous
Boucaniers ou: Flibuftiers, içavent
faitement bien fe battre, & y font par- plus
leurs obligés que perfonne, pour conlerver
biens, & leurs familles.
Toute lobligation qu'on a auix Troupes de la Marine, c'eft d'avoir introduit
Tufage & le cours des fols marqués; ;on
nc connoiffoit avant leur arrivée que les
piecedequatre fols, & les demiesréalles d'Elpagne
petite
Juftice La Juftice bour adminiftrée monnoye.
au Cap
bien fe battre, & y font par- plus
leurs obligés que perfonne, pour conlerver
biens, & leurs familles.
Toute lobligation qu'on a auix Troupes de la Marine, c'eft d'avoir introduit
Tufage & le cours des fols marqués; ;on
nc connoiffoit avant leur arrivée que les
piecedequatre fols, & les demiesréalles d'Elpagne
petite
Juftice La Juftice bour adminiftrée monnoye.
au Cap --- Page 153 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 135
par un Juge Royal, aveclesaurres Ofticiers Subalternes, qui lui étoient né- 1701.
cellaires; & les Appels de fes Sentences deS.I Doétoient portés au Confeil Supérieur > mingue.
qui s'aflembloit att Quartier de Léogane, à plus de quatre-vingt lieties à
I'Oueft duCap. Depuis l'année ryoa.le
Roi a établi un Confeil Supérieur au
Cap, pour juger les Appels des Sentences rendues Par les Juges qui font, ou
ferontdepuislal Riviere de f'Artibonite,
jufqu'à la frontiere des Efpagnols en allant àl'Eft. La Jurifdiction de celui de
Léoganesétend dans tout le refte de la
partic Françoife, en commençant à la
mème Riviere del'Artibonite.
Dans les promenades que nous fimes
à une ou deux lieiies aux environs du
Bourg, nousremarquimes detrès-belles
terres & profondes, un pais beau, 8
agréable > & qui paroilloit d'un trèsgrand rapport. On commençoit à étaBlir beaucoup de Sucreries, au lieu de
Findigo qu'on y avoit cultivé jufqu'alors. Les Religieux de la Charité commençoient une Habitation auprès du
nouvel Hôpital qu'ils faifoient bâtir
dans un fort bel endroit, en bon air,
& fitué d'une maniere à joitir d'une vûe
charmante. --- Page 154 ---
136 Nonueanz
LePere Capucin Farater Curé du Anx IRes
1701. j'avois fait dire,
Bourgaqui
Paroiffe julqu'a que j'aurois foin de fa
chez lui quele Jeudy notre départ, ne revint
nous voir, & nous après midi. Ilvint
per chezlui.
engagea d'aller fouCHAPITRE V.
Defcription du Ogartier e du Fort de
Port-Pate, e du refe de la Côte
jn/gm'a Lingane.
L E Vendredy 7 Janvier nous nous
tois enbarqitimes qui alloira
far un Vaiflean Nançoit dès-lorsà à faire Léogane. ce chemin On commenmaispeu de gensTenureprenoient, par terre;
que beaucoup plus court,
quoiquatre-vinge licies ou environ n'y ayant du que
Léogane, parce qu'oitre fa
Capa
& qu'on étoit obligé de
difficulté >
en bien des endroits, camper à l'air
affuré d'être toujours volé on étoit comme
les terres des Elpagnols, en pallanr fir
obligé de faire. Ce chemin comme on eft
fent plus ouvert, &
eft à préaiment mieux le
beaucoup de
prendre, que FET fe
court,
quoiquatre-vinge licies ou environ n'y ayant du que
Léogane, parce qu'oitre fa
Capa
& qu'on étoit obligé de
difficulté >
en bien des endroits, camper à l'air
affuré d'être toujours volé on étoit comme
les terres des Elpagnols, en pallanr fir
obligé de faire. Ce chemin comme on eft
fent plus ouvert, &
eft à préaiment mieux le
beaucoup de
prendre, que FET fe --- Page 155 ---
Françoifes de PAmbrique.
rembarquer. On trouve des logemens
par tout, excepté en un feul endroit, oû 1700
fon elt obligé de fe faire des ajoupas,
ou de tendre fes hamacs à des arbres. Il
ya des Canots pour paffer la Riviere de
fArnbonite; &c on n'ad fc garder
des mains des
à
il
a
Efpagnols, qui
aufli naturel de dérober, qu'aux femmes de pleurer quand clles veulent. Voi- Chemin'
ci la route telle qu'elle m'a été donnée par du Capa terre
par un de nos Mitlionnaires qui a fait ce Léogane,
chemin plus d'une fois.
Du Cap on vac coucherà àun endroitappellé la Porte', > chez un François, habitant pourtant fur le terrain des Elpagnols. Onl'appelle Compagnon. Cette
traite eft d'environ douze lielies.
De la Porte on va à l'Atalaye, gite
Efpagnol, & par conféquent mauvais
& dangereux, il y. a dix-huit lieties.
De l'Atalaye au Petit-Fond il y a quinze lieiies. On campe en cet endroit, &
l'on foupe, f on a eu foin d'apporter
des provifions, oul fi on a tué du gibier
chemin faifant. Du Petit-Fond aui Bac
-
del'Artibonite quatorze lieties.
Du Bac au Cul-de-Sac de Léogane
dix-huit lieties.
Du Cul-de-Sacàl Léogane dix lieties,
ce qui fait quatre-vingt cinq lieiies ou
environ. --- Page 156 ---
138 Nowveaux Yroyager aux Ies
Le chemin n'étoit pas alors allez
1701. tiqué, pour nous donner envie d'y paf- prafer; nous partimes donc dans ce Vaiffeau de Nantes un
Capitaine étoit
peu après midi. Le
plus poli
nele font
pour l'ordinaire les gens de5 mer de cC
pais-l., nous eâmes fajet d'en être contens. Comme nous rangions la Côte
d'aufli près qu'il étoit poilible, à caufe
de quelques Forbans,
avertis de
donton nous avoit
la
nous garder, nous cimes toute commodité de la confidérer. Elle
eft haute prelque par tont , avece de
grandsenfoncemens dans lesterres comme des Ports naturels, dont le plus confidérable s'appelle le Pott Margot 5 il
eft fitué à quelques lieiies fous le vent
du Cap.
Port. Nous
Faix.
artivâmes le Samedy au foir au
Port Paix. Cet endroit étoit autrefois
le plus confidérable de toute la partie
Françoife. C'eftlepremier lieu dontles
François fe font emparés dans l'ifle de
S. Domingue, après s'être établis dans
celle de la Tortue, comme je l'ai dit
dans la Préface de ma premiere Partie.
C'étoit aufi la demeure du Gouverneur
avant que le Fort eût été abandonné,&
le Bourg ruiné pendant la Guerre de
1688.
et endroit étoit autrefois
le plus confidérable de toute la partie
Françoife. C'eftlepremier lieu dontles
François fe font emparés dans l'ifle de
S. Domingue, après s'être établis dans
celle de la Tortue, comme je l'ai dit
dans la Préface de ma premiere Partie.
C'étoit aufi la demeure du Gouverneur
avant que le Fort eût été abandonné,&
le Bourg ruiné pendant la Guerre de
1688. --- Page 157 ---
Françoifes de LAmérigut.
Ce Port n'eft qu'une grande Ance en
forme de Croillant, couverte du côté 1701,
du Nord par l'Ifle dela Tortue,qui en
eft éloignée d'environ deux lieiies.
L'ancrage y eft affez bon. On dit que
lap paffe Mlowtddnrgantgd
le vent vient du Nord ou du NordOueft.
L'Ille de la Tortné étoit enticrement Ie de la
déferte. Tous - lesHabitans quiyéroient Tortuë,
autrefois font paffés
longrems à
ja Grande Terre, c'eft
qu'on nomKe
me S. Domingue par rapport dla Tortuc, qui autant que j'en al pû
à la
vuc, n'a
de cinq à fix
de
R2ELS
pas plus
large. J'avois fort envie d'y aller,
voirlesreftes du Fort dela Roche, Ront
le Pere du Tertre a pailé dans fon HiC
toire, & dont O11 a.donné une defeription dans celle des Boucaniers : mais il
éroit défendu dy paffer fous quelque
prétexte
ce pûir ètre, de peur qu'on
ne eeidlite les bètes qu'on y avoit mis
multiplier, & dont on vouloit fe
Eentar pour la nourriture des Ouvriers,
lorfqu'on feroit travailler à rétablir le
Fort.
Nous nous! logeâmes dans un Cabaret
a trente fols par repas, 2 aimant mieux
foltenir cette dépente pendant que no- --- Page 158 ---
anx.
tre Vaiffeau Nanstatarager feroit fon
Ies
1701. d'être à charge à queiques Commerce, Habitans que
nous avoient offert leurs maifons qui de
fort bonne
quid'ailleurs étoient
éloignés de RAerd mer.
Autant que j'en pus
par les mazures, & par les (olages RCT maifons
avoient été brâlées pendant la Guerre, qui
ce Bourg avoit été confidérable & bien y
bâti. Iln'étoit point encore rétabli. Il
n'y avoit pas plus de vinge maifons fir
pied, toutes de fourches en
Bourg d: couvertes de
terre, &
Port
taches, LEglife étôit de
Paix, charpente paliffadée de
couverte
planches,
d'effentes, & infiniment plus
pre que celle du Cap. C'étoit un
Séculier
tentee
qui la deffervoit,
fûr de laj Jurifdiéion des Capucins. quoiqu'elle Mais
comme ils manquoient de
on prenoir desE Ecclefiaftiquess Religieux tels
les poavoit trouver; & cela n'empéchoir qu'on
far qu'il n'y eût encore bien des Paroif
vacantes, à caufe quele mauvais air,
le mal de Siam, & les fiévres
& malignes n'épargnoient pas pourprées plus les
Pafteurs que les autres, Cemème Ecclél
fiaftique dellervoir encore une Paroiffe
à trois lieiies de-la,appellée Saint Louis.
Le Marguillier l'envoia avertir
nous dirions la Melle au Bourg, afin que
choir qu'on
far qu'il n'y eût encore bien des Paroif
vacantes, à caufe quele mauvais air,
le mal de Siam, & les fiévres
& malignes n'épargnoient pas pourprées plus les
Pafteurs que les autres, Cemème Ecclél
fiaftique dellervoir encore une Paroiffe
à trois lieiies de-la,appellée Saint Louis.
Le Marguillier l'envoia avertir
nous dirions la Melle au Bourg, afin que --- Page 159 ---
Françoifes de LAmbrigue.
qu'il ne fe donnât
la peine de revenir de G loin
" dire, ce qu'il ne 1701.
pouvoit faire Et s'incommoder beaucoup, parce qu'il faifoit ordinairement
tout ce chemin à pied.
Il nous vint voir le Lundy matin, &
nous fit beaucoup de remercimens du
foin que nous avions eu de fa Paroiffe,
lejour précédent. J'avois chantélaMeffe,faitle Prône, & l'expofition de P'Evangile. Nous savions chanté Vèpres, 8c
javois fait le Catéchifme aux enfans &
aux) Negres. Cebon Prètre étoit Bafque, Séculier Prêtte
fort homme de bien. Il s'étoit mis en Curé du
tète de fe faire une Habitation pour fe Paix., Portretirer quand les Capucins auroient des
Religieux
remplir leurs Paroiffes.
Mais il Sndre fi mal choifi fon terrain,
que je crois qu'il avoit pris le plus mauvais qui firdans toutle Quartier. Ils'étoit allocié avec un pauvre garçon,
étoit
à moitié
&
a
déja
hydropique,
travailloient tous deux à il'envidfe creufer une folle,plio: qu'àfe faire un établiffement. Les Habirans me prierent
de lui en parler; j'allai pour cet effet
voir ce vénérable défiché, qui étoit environ à cinq quarts de lieiie du Bourg,
dans des. ravinages où iln'yavoi; debon
que beaucoup d'eau & de bigaille,c'eft- --- Page 160 ---
142 Noxveanx
à dire, de
Troyages anelfer
1701, gouins, & mouftiques de
& de marinniers. Jeluien disma quoi planter des Banainurilement. Ricn penfée, mais fort
perfader de
ne fut capable de le
de forte queje prendre fas
un autre terrain s
obligé delelaiffer
repos, ne doutant
queles deux en
vriers ne fuffent
la
Ou-,
leur
Se14E
rravail,
proye de
Nous ne
Maifon rendre fa manquâmes
de lui aller
du Curé bord
vifite. Sa mafon étoit
de Portdu ruiffeau,
fur le
Paix, Bourg, placée à merveille qui palfe derriere le
mangé des maringouins, la pour être
& la plus mauvaile qui
plus fimple,
lieies aux environs, Elle fitje croi à dix
en deux chambres
étoit partagée
Rofeaux, une Chevre par une clôture de
fans,avec fon affocié & fes deux cnmiere, qui fervoit encore occupoientla de
pre-
& ild occupoir la feconde,quil cuifinc;
librement laiffer ouverte fans pouvoit
les voleurs, car it n'y avoir
craindre
mac qu'ilemportoit
que fon halui, quand if alloit travailler apparemment à fon tavec
friché, un méchant coffte, &
déche furlaquelle étoit fon
une planquelques pots de terre, & Bréviaire, des
avéc
n'ai jamais vû une pauvreté coiis, Je
rouslesHabirans en étoient dans femblable; l'éton-
laiffer ouverte fans pouvoit
les voleurs, car it n'y avoir
craindre
mac qu'ilemportoit
que fon halui, quand if alloit travailler apparemment à fon tavec
friché, un méchant coffte, &
déche furlaquelle étoit fon
une planquelques pots de terre, & Bréviaire, des
avéc
n'ai jamais vû une pauvreté coiis, Je
rouslesHabirans en étoient dans femblable; l'éton- --- Page 161 ---
Frangoifes de PAmérique. 143
aement, &c ne pouvoient comprendre
qu'un homme qui n'étoit point du tout 1701.
débauché, ni au vin, ni au jeu, ni à
aucune autre chofe, qui n'avoit point
de pauvres: à entretenir, , & qui jotiffoit
de plus de fepr cens écus de revenu
les deux Paroiffes qu'il deffervoit, EH fi
mal accommodé, & toujours de l'avant
de fa Penfion.
Nous paflâmesle tems que nous fames
obligés de demeurer au Port-Paix à faire
des vifites, & à enrecevoir. UnOfficier
de Milice du Quartier me conduifir au
Fort; il étoit alors fans Officiers & fans
Garnifon.
Ileft fitué fur une hauteur, qui peut Fort de
avoir environ quatre cent cinquante pas Port- Paix.
de long, fur cent cinquante àdeux cens
pas de large. Le côté du Nord regarde
la mer qui bat au pied de fon efcarpe >
qui naturellement eft inacceffible de ce
corélà. La pointe de l'EC regarde le
Bourg ; elle eft couverte d'un Baftion,
&d'un demi iBaltion, : avec un follé, &
un chemin couvert paliffadé, Le côtédu
Sudades redans & des plateformes auflibien quelecô.é,oul la; pointe de lOueft.
L'angie qui joint ces deux côtés étoit
couvert d'un Baftion, que les Batteries
Gcs ennemisavoient éboulé. CeFort teft --- Page 162 ---
144 Nonveaux Poyages ANX
élevé de quinze à dix-huitt TRes.
1701. fius du terrain ou le Bourg ttoifesandef eft
tout le côté du Sud & de l'Oueft bâti, &
gu'à la mer, eft environné d'une juf
ne de cingàf fix cens
de
favan.
termine a une côre T la même darge,
à peu
LSLÉ
que celle où le Fort elt fitué,
côré du
DETLENAS
te de l'ER qui forme Bourg, l'ànce & fir la
ou lel
a une
Lret
ily
hauteur qui commande le
Fort, mais qui en eft
de
de huit à neufcens éloignée plus
Toute l'enceinte RTt Fort eft debonne maçonnerie, & fort entiere,
ayant de ruiné que le Baltion du Sud- n'y
Oucft & la mailon du Gouverneur. C'6
toir un ouvrage dc M. de Cuffy , qu'on
regarder comme le pere, & le fonCIEuC de la Colonic
Françoife de Saint
Domingue, quoiqu'il n'ait pas été le
premier qui ait porté le titre de Gouverneur. Cette maifon étoit fituée à la
gauche de l'entrée de la Fortereffe
dans une très-belle fituation. Elle éroit S
en plateforme > grande, & fi folidement bâtie, que les Ennemis avoient
été obligés de la miner pour la détruire.
Il y avoit encore quantité de
de folives, & d'autres bois entremèlés pourres,
glanslesruines. Ilnccoûteroir pas beau.
coup
é le titre de Gouverneur. Cette maifon étoit fituée à la
gauche de l'entrée de la Fortereffe
dans une très-belle fituation. Elle éroit S
en plateforme > grande, & fi folidement bâtie, que les Ennemis avoient
été obligés de la miner pour la détruire.
Il y avoit encore quantité de
de folives, & d'autres bois entremèlés pourres,
glanslesruines. Ilnccoûteroir pas beau.
coup --- Page 163 ---
Frangoifes de PAmérigne.
coupàla rétablir, & elle lemérite bien;
mais les intérèrs de ceux qui font tra- 1701.
vailler pour le Roi, O1l pour le Public
dans ces Pais éloignés snesaccommodent
pas avec l'économie qu'on pourroit
avoir dans ces fortes d'Ouvrages, &
fouvent les Minifc'eft ce qui empèche
On voit autour
tres deles sentreprendre.
de cette maifon beaucoup de ruinesde
bârimens, comme de Magalins, Offices,
d'une maifon de
& autres dépendances
conféquence : il en a même encore
lriente debout, & tout
quelquiesunsqui entiers. Le côté du Fort qui regarde la
mer étoit rempli de bâtimens, > qui
étoient fclon les apparences les loge
mens de la Garnifon, & des Officiers,
qui pour la plapart étoient encore en
allez bon état, un d'eux fervoit de prifon. L'efpace entre ces derniers bâtimens & la maifon du Gouverneur fervoit de Place d'armes. Les Corps de
Garde des deux côtés de la Porte, & le
Pont levis étoient tout entiers. Lapoin-.
te du Fort du côté de l'Oueft étoit occupée
un jardin, qui avoit été trèsbeau, par &
bien que négligé depuis
tant :E étoit encore le plus beau
quejeulfe vû en Amérique.
Ce Fort fut attaqué par les Efpagnols Atraque
Tome VII.
G --- Page 164 ---
146 Nowveanx Tayages aux ifes
& les Anglois unis enfemble pendant la
1701. Guerre de 1688. Ils avoient, felon ce
& prife que me dit cet Officier avec
de ce tois, trois Batteries. Celle lequeljéFort"par la
qui éroit à
Ies Epa- pointe de l'E( tiroit dans le Fort
gno's & qu'elled découvroit
Jes An- me elle étoit fort beaucoup; ; mais comglois, meilleures
éloignée, & que nos
picces de Canon étoient de
.ce côté-là pour défendre la Rade, elle
ne fit
grand mal, & fut bientôt déLes deux autres
metuE"E
Côte
étoient fur la
qui regardele côté du Sud de la
Fortereffc. La plus voifine du
tiroit fur la maifon du Gouverneur Bourg >
qu'on regardoit comme le Donjon. ,
L'autre qui étoit éloignée d'environ
deux cens pas de celle-labartoir en breche le Baftion de
l'angle du Sud-Oueft. -
Après la
qu'ils curent confommé bien de
poudre & des boulets, ils vinrent
enfin à bout de faire une breche confidérable au pied de ce Baftion, & même
de le faire ébouler ; fans que nos
plus fçavans dans l'art de prendre gens les
Places que les défendre, fc milfenten devoir de faire ni épaulement, ni foffé,ni
retranchement derrierecette breche. La
confternation femit parmi eux dès
virent ce baftion renverfé, & ils gu'ils
da plus déraifonnable de toutes les prirent réfo-
bout de faire une breche confidérable au pied de ce Baftion, & même
de le faire ébouler ; fans que nos
plus fçavans dans l'art de prendre gens les
Places que les défendre, fc milfenten devoir de faire ni épaulement, ni foffé,ni
retranchement derrierecette breche. La
confternation femit parmi eux dès
virent ce baftion renverfé, & ils gu'ils
da plus déraifonnable de toutes les prirent réfo- --- Page 165 ---
Frangaifes de PAmérique. 147
futions, qui fut d'abandonner le Fort, &
de fc fauver du côté de l'Oueft, vers un 1701.
endroit qu'on nomme les trois Rivieres.
Cette réfolution fut fi peu fecrete, 3
les Ennemis la fçurent prefque aufRrau qu'elle fut prile. Ils fe mirent en
embufcade dans le chemin quenos gens
devoient tenir pour fe retirer. Mais ile
fitent une faute qui nous fauva, qui fut
de fe mettre en haye des deux côtés d'ua
chemin large qui eft entre de grands atbres qui regnent jufquala premicre des
trois rivieres que nos gens devoient
paffer. Nos
donnerent comme des
étourdis ue l'embufcade, fans avoir
eu la précaution de faire reconnoitre le
Pais avant des'y engager. Ils effuyerent
d'abord les décharges des Ennemis qui
fe prefferent trop de les attaquer. Ilsy
répondirent en vrais braves, & avec
un fuccès merveilleux ; ce quiayant mis
la confufion parmi les E(pagnols & les
Anglois qui le tuoient les uns lesautres
fans fe connoitre, parce que la nuit étoit
fort obicure, prelque tous nos gens s'échaperent. nl'y en eut pourtant quel- des
uns tués & pris; mais la perte
Ememt fut très-confidérable. Ils eurent cependant la gloire d'entrer dang
Gij --- Page 166 ---
48 Nowveaux
aux
le Fort: ils frene Vayager fauter le
ifes
tyor.apresavoir enlevé le
Donjon ; &
Canon, les MuniLesE(pa- tions, & ce qu'ils trouverent de meilfiraut ae leur, ils l'abandonnerent fans faire aunent le cun autre dommage au refte des
Fort fans fications. Cet endroir étoit
FortiJeruiner. gné des Quartiers habirés
trop éloignols, qui font en très-perit par les nombre Elpadanslifle, pour qu'ils. le puffent conferver, &c ils n'avoient garde de fouffrir
que les Anglois sy érabliffent, & fi fortifiaflent, parce qu'ils haiflent, & craignent leur voilinage, autant pour le
moins que celui des François, &
être plus.
peutIl eft aifé de voir parceque je viens
de dire de la firuation de ce Fort,"
étoit impoflible quel les Ennemis le
fent, finos
ne donné. Car gens
l'euffent pas abanla brèche eût quand été on fappoferoit que
beaucoup plus grande
fredins n'étoit, il étoit impofible aux
d'y-donner l'affaut: : ils n'avoienraucun boyau dans toure la favannc, pour les conduire au pied de la hauteur, far laquellele Fort eft
roit fallu qu'ils caffent fait fitué, , il aucinqa fix cens
pas tout à découvert, & qu'ils euflent
défilé devant nos gens avant d'arriver aut
pied de cerre hauteur, quieltficonfidé,
grande
fredins n'étoit, il étoit impofible aux
d'y-donner l'affaut: : ils n'avoienraucun boyau dans toure la favannc, pour les conduire au pied de la hauteur, far laquellele Fort eft
roit fallu qu'ils caffent fait fitué, , il aucinqa fix cens
pas tout à découvert, & qu'ils euflent
défilé devant nos gens avant d'arriver aut
pied de cerre hauteur, quieltficonfidé, --- Page 167 ---
Françoifès de PAmbrigme 149
fable, fidificile, & Gelcarpéc,q qu'ayant
voulu
plailit delcendre par ceite:1701
bréche, T penfai vingt fois me rompre
le col ; &cj'eus toutes les peines du monde à remonter en grimpant, & en m'attachant aux plantes, aux racines & aux
pierres que. je rencontrois. fait voir combien il eft
néceflaire Cet exemple de mettre dans les Places des
Qfliciers de fervice & d'expérience. s
avec des Soldats agguertis. Car il eft
conftant
s'il y avoit eu feulement
deux cens Benel hommes, avec des Offi
ciers qui euffent fçu leur métier, ils atlroieut laillé lesEfpagnols & lesAnglois
fe morfondre devant le Fort, & confommer leuts Munitions, fans pouvoir
s'en emparer. Nos Habitans font excellens pour aller à un abordage, ou
efcalader une Place, fe battte en
pour rafe Campagne, ou dans des défilés;
mais fe voyentils enfermés dans des
murailles, ce n'eft plus leur affaire, ce
ne font plus les mèmes hommes, il ne
faur plns compter far eux.
Un des Habitans du Bourg nous ptia
à fouper ayec quelques autres. de fes
amis. Nous fumes allez furpris que CC
ne fit pas dans fa maifon qu'il nous
traitât, mais.dans la nôrre, c'eft-à-dircs
G 11) --- Page 168 ---
Ejo Nonveanx Proyages AHX
dans notre Hôtellerie. On Hes
1701. que c'étoit la couttme du nous dit $
puis la Guerre. Nous Quartier decette coûtume
approuvâmes
3 parce qu'elle nous
exempta de fortir de chez nous.
Nous paffames tout le Mardy à nous
promener aux environs du Bourg. Nous
fûmes voir une grande plaine,
eft.
au-delà de la Riviere
qui
ferent en abandonnant que nos gens pacc
le Fort, ou'ily
auroit de quoi faire les plus beaux établiffemens du monde. C'eft un pais
bien arrofé, & qui nous parut d'une uni,
très-bonne terre, furtout pour le Sucre,
qui n'a pas befoin d'un terrain extrèmement gras.
Nous partimes du Port-Paix le Mercredy matin 12 Janvier. Le Jeudy à
Cap S. midi nous nous trouvâmes au
S..
Nicolas. Nicolas, par le travers d'une Cap
plate, qu'on appelle le Moule, ou pointe plus
corredementle-Mole. Onprétend
y a des mines d'argent en cet endroit. qu'il
C'eft un
fec, aride, & allez
prode ce
Aar
Rc
produdtion
métal &
bevg qui ne naiffent jamais dans de
bonnes terres. Ilya à côté une Ance
profonde, & bien couverte comme un
Port naturel,quieft la retraite des Corfaires en tems de Guerre, & des Forbans en tems de Paix,
corredementle-Mole. Onprétend
y a des mines d'argent en cet endroit. qu'il
C'eft un
fec, aride, & allez
prode ce
Aar
Rc
produdtion
métal &
bevg qui ne naiffent jamais dans de
bonnes terres. Ilya à côté une Ance
profonde, & bien couverte comme un
Port naturel,quieft la retraite des Corfaires en tems de Guerre, & des Forbans en tems de Paix, --- Page 169 ---
Françoifes de PAmérique.
I5I
On appelle Forbans ceux qui courent
les mers fans Commiflion. Ce font à1701.
proptement parler des Voleurs publics, Ce que que
indifféremment toutes leseet Forbant,
qui pillent
n'être
découNations, &
pour
pas
verts coulent fond les Bâtimens après
lesavoir pillés, & avoirégorgé ou jetté
à la mer ceux des Equipages, qui n'ont
pas voulu prendre parti avec eux.
Le nom deForbans vient de Forbannis, qui eft un vieux terme chaffés François, hors de
qui fignific bannis ou
Bandis,
TEtat. Les Italiens les appellent
du mot Bando, qui lignfic un Edit ou
Sentence qui les exile, & chalfe d'un
Etat fous telle peinc.
l'erdinaire des
LesForbans font
Flibuftiers ou Rceutireni quis'étant accoutumés à cette vie libertine pendant
une Guerré, où ils avoient Commiflion
de leur Souverain, pour courir far les
Ennemis del l'Etat, ne peuvent fe réfou.
dre à retourner au travail quand la Paix
eft faite, 8c continuent de faire la courfe aux dépens de quiilappartient. furtout Leur fi ce
rencontre eft à craindre,
font des Efpagnols, parce que la plipart n'étant que des Mularres, gens
cruels & fans raifon, il eft rare qu'ils
fallent quarticr à perfonne. Il y a bica
Giv --- Page 170 ---
152 Nowveaux
Anr Ifles
moins de rifques MC tomber entre les
1701. mains des François ou des
: ils
font plus humains, & plus Anglois
&c pourvà qu'on puifle
traitables :
premiere
échaper leur
& on fe tite fureur, d'affaire. on compofeavec eux, 3
Ces fortes de gens
leur Sentence avec eux. Quiconque portent les
eft en droit de les faire pendre prend iur le
champ au bout des vergues, ou de les
jetter à la mer. On en-réferve feulement deux ou trois pour fervir de témoins, pourl l'adjudication du Bâtiment,
dans lequel on les a pris, après
ils
font traités comme leurs camaradesl'ont quoi
été. Nous n'érions pas fans crainte de
rencontrer
car
gedltoeimdemhinatam
nous fçavions qu'il y en avoit
rodoient fur laCare, oils avoient deja qui
pris quelques Bâtimens. Mais comme
nous Içavions que c'étoient des François, nous elpérions en connoître une
parciei, 8c en être quittes pour quelques
d'eau:de-vie, dont notre Vaifavoit une
fae
partie confidérable.
C'eftàcette pointe ou mole que commence cette grande Baye de
de
rante lieiies d'ouverrure, plus
de Dona Maria, &
jufqu'an
a
de près de cent lieties
de circuit, dont le plus profond enfon-
ous Içavions que c'étoient des François, nous elpérions en connoître une
parciei, 8c en être quittes pour quelques
d'eau:de-vie, dont notre Vaifavoit une
fae
partie confidérable.
C'eftàcette pointe ou mole que commence cette grande Baye de
de
rante lieiies d'ouverrure, plus
de Dona Maria, &
jufqu'an
a
de près de cent lieties
de circuit, dont le plus profond enfon- --- Page 171 ---
Françoifes de PAmerique.
cement s'appelle le Cul-de-Sac de Léogane. Ily a dans cette Baye plufieurs 1701.
ifes défertes, dont la plus grande fe
nomme la Gonave. Nous en pallames à Ifle Gonave, dela
une allez bonne diftance, pour éviter
les bancs dangereux qui l'environnent
en beacoppdendroit Elle me parutà
la vûe de fept à huit lieiies de longueur.
Elle manque abfolument d'eau douce ;
du refte elle eft très-habitable, la,terre
y eft bonne, & l'air plus pur qu'à la
grande Terre.
Nous arrivâmes le Samedy un
avant minuit à la Rade du Bourg
la
PaETA
petite Riviere, qui eft dans le grand
Quartier , qu'ona appelle la Principauté
de Léoganc. Comme c'étoit une heure
nous
le refte de la nuit
indûé, >
pallâmes
foixante
dans le Vaiffeau. On compte
& dix fept lieies du Cap jufqu'ala de
aille lia
tite Riviere, fuppoté qu'on
Ripointe ou Cap S. Nicolas àla perite
viere en droite
& comme cela
n'eft
poflible, LSTE faut en compter
près de cent.
G V --- Page 172 ---
154 Nowveaux
Toyager AHX Ifes
1701.
CHAPITRE VI.
Deftription du Qyartier de la
Riviere.
petite
L E Dimanche I6 Janvier nous
mes le Capitaine Nantois
payiavoit conduit, dont nous avionsété qui nous
contens, & nous
fort
Nos Religienx qui defcendimes avoient
à terre.
fçai par quelle voic, notre appris, je ne
Cap, ne douterent
arrivée au
fullions dans lc Vaifleau point que nous ne
matin moiillé alaRade. que l'on vit le
trouvâmes le Pere Bedarides, Eneffer, nous
attendoit au bord de la mer. qui nous
chofes J'avois de entendu dire tant de belles
pris, que l'idée ce Quartier, que je fus farfe trouvât fi
m'en érois formée
vai en
de ce
ERRE
mettant pied à terre. que je troude LeBourg la pc- Le Bourg de la petite Riviere
rite Ri- lequel notre Vaifleau étoit
devant
viere fe montroit
moiillé, nc
tour cou. lieu
que quand on étoit au
verz de
d'une riie
&
mipaletu- quien faifoit alors très-large allez courte, 3
vicis, llétoit couvert
plus des trois quarts.
par des mangles ou pa-
ai en
de ce
ERRE
mettant pied à terre. que je troude LeBourg la pc- Le Bourg de la petite Riviere
rite Ri- lequel notre Vaifleau étoit
devant
viere fe montroit
moiillé, nc
tour cou. lieu
que quand on étoit au
verz de
d'une riie
&
mipaletu- quien faifoit alors très-large allez courte, 3
vicis, llétoit couvert
plus des trois quarts.
par des mangles ou pa- --- Page 173 ---
Frangoifts del PAmirigue. 155
sfurlesbords
letuviers, qwonavoirlaitits dans
son n'avoit fait 1701de la mer,
lefquels
qu'une très-petite ouverture. avoir
Les Habitans prétendent
agi
en ccla, en fins politiques, ,& avoir imité de fort prèsla maniere dont les Efpafc (ervent, pour rendre leur pais
E plus inaccellible qu'ils peuvent aux
Flibuftiers, dont le métier eft d'aller
.continuellement troubler la tranquillité
de leur repos. Mais outre qu'ils font
tort par cette conduite àla valeur Françoife, ne fçavent-ils pas
leur
de fois
ont pillé
1Ln
intie
rience combien
ces raques
ne
Eoesumipaitbemte
de bois. Il me femble encore qu'ils de
devroient pas les imiter aux dépens
leur fanté, quic eft très-fouvent artaquée
des maladies dangercufes, qui vienpar
toutes de la corruption de Incotinent prefque
molité
l'air, &c des eaux croupiflantes, qui s'a- des matmaffent dans ces beis. On peut dire, gles.
que s'ils en retirent quelqu'avantage >
ceft que ces marécages couverts entretiennent un nombre infini de mouftiques, maringoins, vareurs &autres bigailles, qui dévorent Seux qui font à
Jeur portée le jour & la nuit, ce qui
peut épargner aux Chirurgiens la
del leslatgner. Ilsdevroient
maaree
Gyj --- Page 174 ---
156 Nowveane
ce qu'on fait dans les Froyages aux Ifles
1701, bords de la mer étant auresifles, bien
oàles
les eaux ne trouvent rien
défrichés,
& qui contribue à leur qui iles arrète,
les vents de terre & de corruption ; &
cedent
mer , qui fe fucregulierement les uns aux
balayenr 3
ainfi
autres,
tent toutes Rere exhalaifons parler, & empornent des terres nouvellement. qui provientes, & mifes en
découvermanquer d'être cuvre, mauvailes. qui ne peuvent.
allurémentuns moien
Cc feroit
dre le pais plus fain, eflicace, & dont pourrenqui ont quelque counoilfance tous cenx
Medecine tomberont
dans la
cord.
aifément d'acIl ne feroit pas difficile d'égaler
d'autres moyens la défenfe & la fureré par
bords qu'on de prétend la
trouver en laiffant les
mer couverts de
Ilny airoit
paletuviersa
de raquettes, qu'aplanter elles feroient plufieurs rangs
effer fans produire le méme un meilleur
Hayesvi. nient. Je
inconvéves&
parierai amplement de
baflcs plante dans un autre endroit.
cette
qu'on terrain n'y étoit
Ou fi le
Frroit meitte roit mettre plufieurs pas propre > on pourenlap'z. les uns devant les rangs de cirroniers.
codepa letuvier:, raifonnable des endroits autres àune diftance
la mer peur venir dans fon jiuqu'aufquels
plus grand
ffer fans produire le méme un meilleur
Hayesvi. nient. Je
inconvéves&
parierai amplement de
baflcs plante dans un autre endroit.
cette
qu'on terrain n'y étoit
Ou fi le
Frroit meitte roit mettre plufieurs pas propre > on pourenlap'z. les uns devant les rangs de cirroniers.
codepa letuvier:, raifonnable des endroits autres àune diftance
la mer peur venir dans fon jiuqu'aufquels
plus grand --- Page 175 ---
Frangoifes de I Amérique.
1S7
Aux. On pourroit même les planter en
forme de redans, & les tenirt telle hau- 1701.
teur, qu'on pûr faire un paraperdans les
angles faillans derriere le dernier
découvrir par deffus.
US
pour pouvoir les feules raquettes ou les ciquoique
du
tronniers ne puiffent pas garantir
coup de fufilceux qui (eroient derriere,
il eft au moins très-far quilsles empecheronrd'ètre forcés, & qu'ils feront le
même effet que les mangles, fans caufer le même inconvénient, fans occuper tant de terrain, & fans empècher
T'action des vents.
Les maifons du Bourg étoient la plû- Bourg de
part de fourches en terre 2 couvertes de la Riviere, perite
taches. Il en avoit quelques-unes de
charpente ' deux étages, coiivertes d'effentes ou de bardeau. Toutes ces maifons au nombre d'environ foixante
étoient occupées par des Marchands,
par quelques Ouvriers en très petit
nombre, &
beaucoup de Cabarets.
Le refte tentire de Magalins oû les Habitans mertoient leurs Sucres & autres
marchandifes, en attendant la vente ou
l'embarquement. Telétoit le Bourg de
la petite Riviere au mois de Janvier
1701.
duEglife de
- L'Eglife Paroifliale étoit éloignée --- Page 176 ---
1;3 Nowveaux
Bourg d'environ deux Payages AHr Ies
1701. verte & fi cachée
cens pas, fi coula petite nouseûmes de la dans les halliers, 2 que
Riviere. Cimetiere
peine à la trouver. Le
n'avoit ni muraille aul milieu duquel elle étoit,
ni
une Forêt épailfe de clôture. C'étoit
broulfailles, où il falloit toutes fortes de
veau déftiché chaque
faire un nouenterrer quelqu'un. foisqu'ony devoit
de fourches en
Cette Eglife étoit
de Cannes,
terre, couverte de tête
tiers de fa pallifladée jufqu'aux deux
dus, Le refte longueur étoit de palmiftes refenconféquent fans tout ni ouvert, & par
clôture de
fenêtres. Une
tion
faifoit
HUUReE
appuyoir P'Autel, unefépara- derriere lequel
une
S7a4t
fans porte ni fenètres, clpece de perire chambre
Sacriftic. Nousy
quitenoit lieu de
vâmes autre chofe entaines.dcny qu'une
trouble, & un mauvaiscoffre del méchante taa-dire, 3 un de ces coffres, bord,c'eft les
lots portent dans les Vaifleaux, que
Matege au fond qu'au deffus,
plus larvert d'un morceau de toile qui étoit couLa clefde ce coffre étoit attachée gaudronnée.
une
avec
douvrimes, éguilleuedécorced un poteau.Nous
& nousy
nemens de T'Eglife, qui trouvameslesorpuierlepasat tous les plus pouvoient fales,
dif
lesplus
3 un de ces coffres, bord,c'eft les
lots portent dans les Vaifleaux, que
Matege au fond qu'au deffus,
plus larvert d'un morceau de toile qui étoit couLa clefde ce coffre étoit attachée gaudronnée.
une
avec
douvrimes, éguilleuedécorced un poteau.Nous
& nousy
nemens de T'Eglife, qui trouvameslesorpuierlepasat tous les plus pouvoient fales,
dif
lesplus --- Page 177 ---
Françoifes de Ambrigne.
déchirés, & les plus indignement traités qui fulfent au monde.
1701,
La parare de l'Autel confiftoit en
trois ou quatre couvertures ci-devant
de toile
moitié attachées, moitié ECE qui fervoient à empècher
le ventloriquil n'étoit guéres fort. Une
Image de papier étoitattachée au milieu
à
près de cette tenture, & quatre
cimAiens d'étain, petits, fales & dépareillés, étoient des deux côtés d'une
petite armoire, qui occupoit le milieu
de l'Autel, & qui fervoit de Tabernacle, au-deflus duquelily avoit un petit
Crucifix de léton tout difloqué.
Le refte de lEglife répondoit parfaitement à ce que je viens de décrire,
tant pour la pauvreté, que pour la malptopteté. Jc n'ai pas và l'Erable de
Bethléem où notre Sauveur a voulu naitre , je fçai qu'elle étoit pauvre; mais je
doute qu'elle far auffi mal-propre, &cj'ai
lieu de croire, que depuis qu'il en cft
forti, il n'a jamais eu de maifon plus
fale & plus en défordre que celle de la
petite Riviere; celle du Cap étoit un
exemple de propreté en comparaifon.
Nous en fûmes fi fort fcandalifés,
que notre Supérieur général entra dans
znc (ainte colere, & commença à faire --- Page 178 ---
une mercuriale Mamanerigaura très
aux IRes
1701. Bedarides, quiétoitvenu vive au pauvre Pere
Celui-cilui répondit, nous recevoir.
fal Paroiffe,
que cei n'étoit pas
accident, qu'il ne s'y trouvoit que par
Million, parce
le Supérieur de la
affaires qui en Rei Curé, ayant des
voit prié aui de Quartier venir qu'il deffervoit, l'ajour-là. Cette raifon tenir étoit faplace
ce
fatisfit notre Sopérieur.
tters &
cher des Negres, & ft Ilenvoya cher-
& les environs autant nétoyer la l'Eglile
dujour, & du temsle que folemniré
Ilnous obligea le Pere purent Bedaricles permettre, &
de dire la Mefle, fc réfervant
moi
la Meffe Paroifliale, afin de pour lui
parler au Peuple far l'étar deleur pouvoir
Nous confommâmes les
Eglife:
facrées, qui étoient dans particules le
conil fat réfolu,
Ciboire, &
Saint Sacrement qu'onnygarderoiry plusle
fûr dans un état plus julqu'ace far, quel'Eglile
& plus convenable. à-la >. plus décent >
Dieu qu'on y adoroit.
grandeur de
Les Habitans s'étant
à lheure de la Melle, rendusal'Eglife furent
la Harangue que notre
furpris de
ral leur fe:car ill les
Supérieur généleur Eglife,
menaça d'interdire
à
Cependant il les tourna Gi
ptopos, qu'ala fin du fervicc,ilapro
ûr dans un état plus julqu'ace far, quel'Eglile
& plus convenable. à-la >. plus décent >
Dieu qu'on y adoroit.
grandeur de
Les Habitans s'étant
à lheure de la Melle, rendusal'Eglife furent
la Harangue que notre
furpris de
ral leur fe:car ill les
Supérieur généleur Eglife,
menaça d'interdire
à
Cependant il les tourna Gi
ptopos, qu'ala fin du fervicc,ilapro --- Page 179 ---
Frangoifes de PAmérique. 161
mirent de fecortifer pour faire uneEglife neuve & plus décente, & qu'en at- 1701:
tendant ilsferoient travailler dèsle lendemain à mettre-celle-ci dans le meilleur état qu'il fe pourroir.
L'Habitation
nos Peres avoient
achetée depuis
avoit tranfporréla
Colonie de
Croix à S. Domingue, étoit dans cette Paroiffe, à côtéde
certaines terres, qui étoient affeétées à
la mailon Curiale. C'étoit-là où l'on
avoit apporié les Negres & tourl'attirail de la Sucrerie que nousavions à
Sainte Croix. Mais IOS Peres avoient
étéfin malavifés,qu'an. lieu de commencer une Sucrerie aufli tôt qu'ils furent
arrivés, ils vendirent les chaudieres &
tout léquipage du moulin, &
s'en
fallut
ne vendiffent aufli
EfclaRIESE
qauis
ves, fous prérexie qu'ils n'avoient
de terre
les
comme
Et
pour
occuper,
terre pouvoit manques à S. Domingue
ou parachat, ou
conceflion. Ilsreconnurent enfin R faute qu'ils avoient
faite, & acheterent le terrain où nous
trouvâmes leur Sucrerie, dont il fallut
que la Miflion de la Guadeloupe payât
la plusgrande partie. Ils acheterent auffides chaudieres, & le refte de l'équipage d'une Sucrerie bien plus chere- --- Page 180 ---
162 Nouveanx) Yoyages aux
ment qu'ils n'avoient vendu le IRes leur: i
A701. y avoit un an & demi qu'ils avoient
commencé à faire du Sucre fur cette
nouvellel Habitation, qui étoit
du Bourg & de l'Eglife d'environ éloignée lix à
fept cens pas.
du Portrait Supé.
Le Supérieur de notre Miflion de S.
rieur de Domingue étoit un
du ConS. Do- vent de Limoges, nommé Religieux le Pere
mingue, vieres. C'étoit un homme de trente-huit Naà quarante ans, fort agiffant, &
avoit un talent extraordinaire
pour
fatiguer beaucoup, fans rien avancer 5
excellent Religieux pour demeurer dans
un Cloitre, mais le plus inepte pour les
chofes du dehors, le plus
teur de biens & du plus mauvais grand dillipa- ordre
dans fesa affaires, que j'aye jamais connu.
C'étoitlà le fondement des
les Religieux avoient faires contre
& le fujet de notre
REarer
voiage, & de ma
commiflion. Caspour tout le refte, il
étoirirréprochable, fa vie & fes maeurs
étoient hors d'atteinte, & je ne
pas la moindre plainte contre lui, reçûs excepté fur ce
je viens de dire,
Ils'éroit SOrE de lotier nos
& notre Sucrerie à un de nos Negres voifins
appellé le fieur de Laye,
la fom-
/
mnc de dix mille francs par pour an, dans le
de ma
commiflion. Caspour tout le refte, il
étoirirréprochable, fa vie & fes maeurs
étoient hors d'atteinte, & je ne
pas la moindre plainte contre lui, reçûs excepté fur ce
je viens de dire,
Ils'éroit SOrE de lotier nos
& notre Sucrerie à un de nos Negres voifins
appellé le fieur de Laye,
la fom-
/
mnc de dix mille francs par pour an, dans le --- Page 181 ---
Françoifes de PAmérique.
16;
tems qu'il pouvoit faire du Sucre pour
plus de ttente mille livres, &ilne s'6- 1701.
toit pas contenté de faire ce mauvais
marché, contrele gré de tous les autres
Religieux, mais il avoit compris dans
ce Bail les terres de la Paroille avec la
maifon Curiale & toutes fes dépendances; de forte. que nous le trouvâmes logé par emprunt dans une des cafes du
fieur de Laye, dont on pouvoir le mettre dehors à chaque moment, fans autre reffourcé
de bâtir, ou de loûier
une maifon dlue le Bourg.
Nous trouvâmes cette maifon très
mauvaife , & d'une mal-propreté à faire
peur. Il y avoit un Religieux de la Province de Gafcogne, nommé la Jeunie,
qui étoit depuis quelques mois à Saint
Domingue, & n'étoit pas encore relevé
d'ine grande maladie , quil'avoit réduit afextrémité. Le P.Navieres arriva lorfque nous étions prêts de nous
mettre à table. Le P. Bedarides l'avoit
envoyé avertir de notre arrivée, & il
avoit appris en chemin ce qui s'étoit
palfe à lEglife, de forte qu'il parat fort
décontenancé en faifant (on compliment à notre Supérieur général.
Dès que nous eûmes diné, le P. Supéricur général, fit lire la Patente 2 par --- Page 182 ---
164 Notoaneroygr Aux Ifes
laquelle il m'inftituoit Commiffaire &
1701. Vifiteur de.la Miflion,
L'Auteur
aveclespouvoirs.
eft nom- les plusamples que je pouvois fouhaiter.
méCom- Ilordonna aux Rcligieux de me recon-
& miffaire Vili- noître en cette qualité, & aufli-tôt il
icur,
monta à cheval pour s'en aller au
tier de l'Efterre àt trois lieiies de la Quarte Riviere, ouilavoit réfoln de
rer
cieele
pendant que j'exécuterois ma Commiflion. Il étoir du devoir du Pere Bedarides d'accompagner leSupérienr
néral quis'en alloit dfa amaifon, mais ge- ile
reita avec moi, pour être préfent àce
quej'allois commencer en vertu de mes
pouvoirs,
Après les cérémonies ordinaires, je
donnai cinq jours au P. Navieres,
préparer fes comptes, & pour me Eoc
nir un état des dettes aétives & pailives,
de la maifon. Je lui laiffai aufli un mé-.
moire des faits fur lelquels je voulois
être inftruit, & je partis avec le Pere
Bedarides pour aller à l'Efterre joindre
notre Supérieur général, avec lequel je
devois demeurer.
ès les cérémonies ordinaires, je
donnai cinq jours au P. Navieres,
préparer fes comptes, & pour me Eoc
nir un état des dettes aétives & pailives,
de la maifon. Je lui laiffai aufli un mé-.
moire des faits fur lelquels je voulois
être inftruit, & je partis avec le Pere
Bedarides pour aller à l'Efterre joindre
notre Supérieur général, avec lequel je
devois demeurer. --- Page 183 ---
Erangoifes delAmérigue. 165
1701.
CHAPITREVIE
Defcription du Quartier de PEfterre.
Mariage d'un Gentilhomme Gafcon.
'Efterre eft un Bourg à trois lieiies
L de la petite Rivierre. Sij'avois été
mécontent de celui où nous mîmes pied
à terre, de fon Eglife Paroiffiale, &c de
la maifon du Curé, je fus en échange
. bien farisfait de celui-ci, & delabeauté
des terres & des chemins, par lefquels
Ilmelemnous paffàmes pour) y arriver:
bloit être dans les grandes routes du
Parc de Verfailles. Ce font des chemins de fix à fept toifes de
? des Beauté chetirés au cordeau, dont les côtés
mins de
rEa
bordés de plufieurs rangs de citronniers l'Efterie,
plantés en hayes, qui font une. épaiffeur de trois à
pieds, fur fix à
fept pieds de i.traur , taillés par les
côtés & parle deffus, comme on taille
le boilis, ou la charmille; ce qui les
rend fi forts & fi épais, qu'ils font impénétrables à toutes fortes d'éforts. Les
maifons & Habitations que Pon trouve
le long de ces magnifiques chemins $
ont de belles avenucs, de grandsarbres, --- Page 184 ---
166 Nouveaux
chènes, ou ormes, Troyages Aux IRes
1701. & entretenus avec plantés à la ligne ;
maifons
foin: : & quoique les
qui terminent ces avenués
n'ayent rien de grand; ni de
B
pour la mariere, & pour
fuperbe
cilesne laiffent pas de plaire Tarchitechure,
parce qu'elles ont du bon goûr, beaucoup, &
chofe de nos maifons de
quelFrance,
Noblelfe
Le terrain eft tout plat, &
terre eft graffe, bonne &
uni, la
comme nous étions alors profondes dans la &
belle faifon de l'année, on ne
plus
fouhairer beaux
un plus beau tems, ni pouvoit de plus
ce beau chemins, 2 pour voir avec plaifir
pais.
Le Bourg de l'Efterre étoit bien
confiderable que celui de ia
plus
viere. La plipart des maifons petite Ride charpente à deux étages, bien étoient
paliffadées de planches, couvertesd'ef- prifes,
fentes chands, > occupées par de riches Marbon nombre
Gabarers, de Magafins d'Ouvriers, de
tans, qui compoloient pour les Habidroites, larges, & bien plufieurs ruès
mot, tout fer reffentoit dela percées; en un
Quartier, quieft celai du beau politelfe du
la demeure du
monde,
fe tient le Confeil, Gouverneur, & où
le lieu où
fonr les plus riches.
les Habitans a
prifes,
fentes chands, > occupées par de riches Marbon nombre
Gabarers, de Magafins d'Ouvriers, de
tans, qui compoloient pour les Habidroites, larges, & bien plufieurs ruès
mot, tout fer reffentoit dela percées; en un
Quartier, quieft celai du beau politelfe du
la demeure du
monde,
fe tient le Confeil, Gouverneur, & où
le lieu où
fonr les plus riches.
les Habitans a --- Page 185 ---
Francoifes de PAmérique. 167
I'Eglife Paroilfiale n'éroitpast magnifique, mais on
s'en contenter. de 1701.
C'étoit un nrt de charpente
quatre-vinge pieds de long fur trente de
large,dontlc comble en enrayeure étoit
de
Elle étoit planchée tout au l'Eferres Eglife
propre. rour avec des baluftres & des contrevents. La Sacriftic étoit
& bien
l'Autel bien ornés RECReE bancs à
rangéc, près de même fimétrie, & l'efpace
peu
couvertdun
régnoit entrelesbancs, Il
avoit même une
fatr plancher.
X
Chaire pour le Prédicateur. En un mot,
toutes chofes en bon /
nous trouvâmes
Général eut lieu
étar, & le Supéricur
& du Cud'ètre bien content del l'Eglife extrêmeré, dont tautle monde loloit
&le
Texaétitude
ment le zele S la piété,
bon exemple. Cétoitle P. Bedarides qui
deffervoit cette Paroiffe depuis trois ans
&c plus. Cette Eglife étoit un peu hors
du Bourg. La Maifon Curialequiy étoit Cutiale. Maifon
jointe, confiftoit en un
de dix-huit logis
de long
ATte
de trente-fix pieds
deux chambresbalde large, deux partagéen hautes, avec un efcalier fous
fes &
Le
lequelily avoit une petite dépenfe.
tout étoit de charpente , bien paliffadé bien
de planches, couvert d'effentes, étoit
& bien meublé. La cuifine
propre
quiy étoit Cutiale. Maifon
jointe, confiftoit en un
de dix-huit logis
de long
ATte
de trente-fix pieds
deux chambresbalde large, deux partagéen hautes, avec un efcalier fous
fes &
Le
lequelily avoit une petite dépenfe.
tout étoit de charpente , bien paliffadé bien
de planches, couvert d'effentes, étoit
& bien meublé. La cuifine
propre --- Page 186 ---
168 Nowveau
att fond de la cour Foyager ANx Mes
avec le
1701. colombier en
magafin, un
maifon
la pied, une Ecurie & une
pour famille des
fervoient le Curé, Elle étoit Negres qui
d'un Negred d'environ
compolce
de fa femmea peu près quarante-cinq de même ans,
& de deuxenfans mâles de
age s
ze ans. Le derriere de la maifon quinze dleiétoit
occupé bien par un affez grand jardin fort
Cimetiere entretenu : le tout aufli bien que le
s étoit renfermé dans une
grande Savanne clofe de hayes de Cisronniers, qui dépendoir de la Maifon
Curiale.
lâmes Lel lendemain après la Meffe nous alfaluer M. de Galifet, qui commandoit toute la Colonie en
de M. du Cafle
l'abfence
allé en France. Gouverneur, qui étoit
Ildemeuroitavée M. de
Paty un des Licutenans de Roy, dans la
Maifon de M. du Caffe. Cette Maifon
étoit fir une Habitation confidérable,
que M. de Paty faifoit valoir en
avec M. du Calle,
fociété
M. du M. du Calle
fes
Caffe mérire
que
fervices & fon
Couver
ont élevé éàla
de
neur de nant Général des Charge
LieuteS, De- Roi, n'étoit
Armées Navales du
mingue,
encore alors que
ne de Vailleau, & Gouverneur Capitai- de la
Tortué & Côtc de S. Dominguc. Car
ces
e --- Page 187 ---
Frangoifes de 7 Amérique.
ces Gouverneurs n'ont pas la qualité de
Gouverneurs de S. Domingue, peut- 1701,
être à caufe que la partic principale de
cette Ifle appartient aux Eipagnols. Ce
Seigneur après avoir acquis de trèsbiens dans ce' Gouvernemeht, à
Emte de Cartagene, &c dans les deux
EER de la Jamaique, étoit allé en
Cour. On difoit mème, qu'il ne retourneroit plus à S.Domingue, ce Gouvernement lui érant alors inutile. L'éclat de fa fortune a attiré à S. Domingue quantiré de Bafques fes compatriotes; &c comme il eft naturellement magnifique, généreux, bienfaifant, ils
n'ont
perdu leurs pas, non plus que
nutir d'autres qu'ilas avancés, & mis
en état de pouvoir faire plaifir à d'autres, pourvà qu'ils fuivent les exemples
qu'illeur a donnés.
M. de Galifet étoit un Genrilhomme
Provençal, tout plein d'efprit. Je le
connoiflois pour l'avoir vàalaMartinique Capitaine d'ane Compagnie dérachée dela Marine. Ilavgir été envoyé
vers la fin de 1695. par le Comte de
Blenac, pour commanderà Sainte Croix
après la mort du fieur * ** qui en étoit
Gouverneur. La Cour le nomma quelquetemsaprès au même Gouvernement.
TomeVil,
H
et étoit un Genrilhomme
Provençal, tout plein d'efprit. Je le
connoiflois pour l'avoir vàalaMartinique Capitaine d'ane Compagnie dérachée dela Marine. Ilavgir été envoyé
vers la fin de 1695. par le Comte de
Blenac, pour commanderà Sainte Croix
après la mort du fieur * ** qui en étoit
Gouverneur. La Cour le nomma quelquetemsaprès au même Gouvernement.
TomeVil,
H --- Page 188 ---
170 Nowveanx
aux
Il accompagna fa Frayages Colonie, Ifles
1701. la transféra à S. Domingue : ilfur quand on
M. de Commandant au
érabli
Galifet en
Cap. Nous avions vû
Com
paffant
ce Quartier-ià, les
mandant
grands
au
avoir,
nEuerEne
Cap. uns de ceux quil qu'ily
& quelquescommençoir ày faire,
qui joints au piliage de Cartagene, lui
ont produit des biens immenfes. Comme nous le connoiflions
&c que notre Supéricur Général parfaitement, étoit de
fon Pais, il nous reçut très-bien, & nous
fit un millier, & plus, de civilités
verbales s'entend, ce que je croidevoir
remarquerici, parce quileft du devoir
d'un Ecrivain de dire les chofes comme
elles font, & de conferver religieufement les caracteres des perfonnes & de
leurs Pais.
Nous ne connoifions point du tout
M.dePa- M, de Paty > qui étoit un des
ty Lieu- de Roi,
Licutenans
tenant de
cependant nous en fimes trèsBoi.
bien reçhs. C'éroit un homme fort
& fort obligeant: il étoit du Pais de poli M,
du Cafle quilregardoit comme le principal ouvrier de fa fortune, qui étoit
déja fort confidérable, & cn train de le
devenir beautcoup plus.
La Maifon de M. du Caffe, ou ces
Meflieurs demeuroient, étoit grande &
commode, précédée d'une fort belle --- Page 189 ---
Françoifes de PAmérique. 17T
avenuc. La Salle étoit entourée des
portraits des Gouverneurs de Carta- 1701,
gene : c'étoit une partie du
de
cette Ville, mais ce n'étoit pas patr plus
précieufe.
Le Major de Léogane étoit un Créolle M de
de la Guadeloupe, nommé du Clerc, qui Glerc
depuis s'eft rendu fameux par fes entre- Major,
ptifes far lesPortugais,8 qui a péri enfin à Rio Jeneyro. Son pere; qui avoit
fervi M. de Baas Gouverneur Général
des Ifles, avoit eu la Majorité de la
Guadeloupe, & avoit enfuite époufé la
veuve du fieur du Lion Gouverneur de
la même Ifle. Il avoit été tué en 1691.
lorfque les Anglois attaquoient cette
lfle. M. du Cafle, qui avoit été fon inrime ami, prorégeoit le jeune du Clerc,
lui avoit fait avoir la
-
Majorité de Léogane, & l'auroit pouffé bien plus loin >
fans l'accident qui lui arriva à Rio Jeneyro. C'étoit un jeune homme plein
de coeur, entreprenant & intrépide: il
étoit allé en France avec M. du Cafle.
Il
avoit encore un autre Lieute- M. du
nant d Roi qui portoit le nomde du Caffe
Caffe, quoiqu'il ne fàt point parent du nant Licute- de
Gouverneur. Nousle connoillions, par- Roi,
ce qu'il lavoit demeuré àl la Martinique,
od, fije ne met trompe, il s'étoit marié,
H ij
de coeur, entreprenant & intrépide: il
étoit allé en France avec M. du Cafle.
Il
avoit encore un autre Lieute- M. du
nant d Roi qui portoit le nomde du Caffe
Caffe, quoiqu'il ne fàt point parent du nant Licute- de
Gouverneur. Nousle connoillions, par- Roi,
ce qu'il lavoit demeuré àl la Martinique,
od, fije ne met trompe, il s'étoit marié,
H ij --- Page 190 ---
172 Noyveanx) Froyages anx Ifes
Ily avoit encore une Habitation àla
X701.. Cabefterre au Quartier du Cul-de-Sae
François.
Le Gouvernement Politique & Militaire étoir entre les mains de CCs Meffieurs qui felon les apparences s'en acquirroient bien, puifqu'on n'entendoit
fe paslamoindre très-rare
plainte contre cux; choparmi des Habitans comme
ceux de S, Domingue, On doit dire à
la louange de M, du
a été
le
Calfe,quil
premier
a fçu réduire les Habirans de la Re & les accoûtumer àl'o
béilfance, fans leur faire fentir la
fanteur de cejoug. Ceftfaire fon péen peu de mois. Car il falloit avoir Lret
clprit, fa fermeré, fes manieres nobles
& générenfes, pour difciplinerdesgens
qui éroient aecoûtumés à une vie libertine, &cindépendante, dont ilsavoient
pafféla plus grande partie dans les bois,
ou fur la mer.
LaJuftice ordinaire étoit adminiftrée
par un Juge Royal réfident à l'Efterre, 3
comme il y en avoit un au Cap, au
Port-Pàix & au petit Goave.
Le Confeil Souverain qui jugeoit les
Appels de tous ces Juges, fe tenoit à
PEiterre, & la plapart des Confeillers
avoient leurs Habitations dansce Quarticr-là, --- Page 191 ---
$ Françoifes de LAmbrigue.
Le plus ancien Confeiller, qui eft
comme le Préfident du Confeil, lorf- 170Y.
qu'il n'y a pas d'Intendant, étoit un
vieuxFhibuftier, honnète homme,
M. le
&
depuis nombre
Maire
AAE
très-riche, qui
Doyen
nées s'étoit retiré de la courfe, où il du Conavoit amaffé del l'argenr: ils'étoir fait feil.
une très-belle Habiration où nous allàmes le voir. Isappelloit le Maire. Il
étoit fort ami du Pere Bédarides, & en
génétal, il aimoit tous nos Religienx.
Il étoit parfaitement bien logé, & fc
traitoit en grand Seigneur.
Nous vimes aufli la plapart des autres.
Confeillers de qui nous reç@mes beaucoup de civilités. Nous n'euflions pas
manqué de rendre nos devoirs même
au Commis Greffier ( car dans ce mon- du Greifiet Con*
de on a befoin de toutes fortes de gens) feil.,
mais il ne logeoit point chez lui depuis
quelque tems. Faute de prifon, il étoit
aux fers dans lc Corps de Garde, accufé d'avoir voulu forcer une jeune mariée. Comme il s'étoit fauvé de Nantes, odilétoitProcureur, pourle même
crime, 8c qu'il avoit erfcore échappé à
la Juftice du Cap, pour lamème chofe,
il étoit à craindre, qu'il ne payàr cette
fois toutes les fautes paffees, & ccla auroit été effectivement s'il n'eût trouvé
Hiij
aux fers dans lc Corps de Garde, accufé d'avoir voulu forcer une jeune mariée. Comme il s'étoit fauvé de Nantes, odilétoitProcureur, pourle même
crime, 8c qu'il avoit erfcore échappé à
la Juftice du Cap, pour lamème chofe,
il étoit à craindre, qu'il ne payàr cette
fois toutes les fautes paffees, & ccla auroit été effectivement s'il n'eût trouvé
Hiij --- Page 192 ---
174 Nowveanx
- le fecrer de fe Foyages fauver anx Hfes 6
1701. éroient attachés à la même avec barre ceux de
Il faut
Rut
croire
la délicatefle de fa
confcience ne. Rar permettra
de dérober à la
ce
potence 2
qu'il 1a doit depuis fi long-tems.
Mariage d'un
Ily avoit peu de temsquand', nousarGentil rivâmes à S. Domingue,
Gafcon
homme Gentilhomme, ou foi
qu'un
Gafcon, lence àune femme fans difanctel, fit vioque la Juftice y
pûttrouver à redire. On nous en conta
P'Hiftoire : elle eft trop finguliere
ne la pas rapporter ici comme on nous pour
l'a dite. Jen'y mets rien dumien.
Ce galant homme, dont je me difpenferai de dire le nom, > ayant entendu
parler de la générofité de M. du Calle,
lc vint trouver, ne dourant point
ne fir pour lui, ce qu'il avoit fait qu'il
une infiniré d'autres. Il lui fit le com- pour
pliment ordinaire, qu'il étoit un Gentilhomme. qui avoit mangé fon bien au
fervice du Roi ; mais quen'ayant pas eu
le bonheur d'ètre avancé comme il le
méritoit, &c n'étant plus en état de continuer de fervir, il avoit été obligé de
quitter la France, & de venir chercher
forrune. Que le connoiffant comme il
faifoit, il elpéroit qu'il lui procureroit
quelque moyen de fe remettre en état de --- Page 193 ---
Frangoifes del Amériqne.
retourner continuer fes fervices & facrifier fa vie pourfon Prince.
1701.
M. du Catle ne manqua pas de lui
offrir fa rable & fa mailon, en attendant quilfe trouvât quelque occafion
de lui rendre fervice. Illui dit de voir
le pais, & de découvrir ce quilui pourroit convenir.
Notre Gentilhomme vit quantité
d'Habitans qui avoient beaucoup de
Negres, & comme la Gafcogne eft le
pais desi inventions, plarôt que des Lettres de Change, il propola à M. du
Cafle d'engager tous ces gros Habitans
à lui donner, ou à lui prèter chacun un
Negre. Car, difoit-il, ler travail de leurs
Habitations ne fera pas diminuépour un
Negre de moins, 8c quand
aurai
cinquante ou foixante, je
en état
TEL
de faire une bonne Habitation, & de
bien rétablir mes affaires.
M. du Calle qui vouloit fe divertir ,
propola cet expédientà à une grolle comchez
&c
s
pagnic qui mangeoit
lui;
n'ayant
remarqué qu'on fût d'humeur à lonser li-dedans, il ditau Gafcon, qu'il falloit (onger à autre chofe s
fans fc preffer pourtant, 2
que fa
maifon étoit toûjours à Eart fervice 5
qu'il lui confeilloit fculement de bien
Hiv
le qui vouloit fe divertir ,
propola cet expédientà à une grolle comchez
&c
s
pagnic qui mangeoit
lui;
n'ayant
remarqué qu'on fût d'humeur à lonser li-dedans, il ditau Gafcon, qu'il falloit (onger à autre chofe s
fans fc preffer pourtant, 2
que fa
maifon étoit toûjours à Eart fervice 5
qu'il lui confeilloit fculement de bien
Hiv --- Page 194 ---
176 Nowveaux Yoyages Aux IRes
choifir; &c ques'ilavoiri rinclination
1701. le mariage, un Gentilhomme ne man- pour
quoit jamais de trouver des avantages
confidérables dans le pais.
fe mit Cette ouverture plâr au Gafcon, il
en campagne, il chercha; il découvrit, & rélolut de tenter fortune. Il
diràM. du Calle, qu'il avoit trouvé un
nid, que l'Oifeau fcroit peur-être difficile à fiarprendre; mais
fur fa protection, il
que comptant
bout.
efpéroit en venir i
Cetoifean étoit aney vieille venve
poife, qui avoit eu la dépoiille Diep- de fix
ou
maris; & fonnid étoit une belle
bien fournie de
&
mSTEn
de tour ce qui peut faire eftimer Négres, unep
fonne riche. Éile étoit entrel l'Efterre per- &c
le petir Cul-de-Sac.
LeGafconayan bien médité fon def
fein, partir revêtu de fes plus beaux habits, monté fur un cheval de M.du Caffe. 11 paffa devant cette Habitation environ le tems du dîner; il y entra fous
prétexte de fe mettre à couvert d'un
grain de pluye, il fit fon compliment à
la yieille d'une maniere qui lui fird'autant plus de plaifir,
y avoit
tems qu'elle n'avoit Sar rien long- de fi
fpirituel. Elle le retint à dîner felon la --- Page 195 ---
Françoifes de PAmbrigne.
eoûtume. Pendant qu'on fut à table, il
ne nfanqua pas de lui faire fa cour tout 170t.
de fon micnx; & ilremarqua avec joye,
que fes manieres ne déplailoient pas sàla
vieille. Ildemanda fon cheval quelque
tems après qu'on fic forti de table, &
paffant à la cuifine fous quelque prétexte, il diftribua quelque argent aux Domeftiques, qui furent d'abord dans fes
intérèts.
La vieille apperçût qu'il oublioit fes
bottes en montant à cheval, (-car on
doit croire qu'il s'étoit fait débotter )
avant de fe mettre à table,) ) elle l'en fit
fouvenir; : mais ill luir répondit qu'il laiffoit chez elle bien autre chofe que des
bottes, & qu'il doutoit
pût jamais
lereprendre. La vieille
ce qu'il
SnLST
vouloit dire, &s'en fçutbon gré. Ilpar
tit, & fur coucher fous quelqu'aurre
prétexte chez un Habitant à deux lieiies
de-là. Il ne manqua pas de revenir le
lendemain à pareille heure qu'il étoit
venu le jour précédent. Les Domeftiques, que fa libéralité avoit gagnés, (c
prellerenr d'avertir leur Maitrelle de for
arrivée, & de prendre fon cheval : it
entra en même tems où étoit la Dame,
& après l'avoir faluée; Madame, lui
dicil, ne croyez pas que je fois venu
Hv
ies
de-là. Il ne manqua pas de revenir le
lendemain à pareille heure qu'il étoit
venu le jour précédent. Les Domeftiques, que fa libéralité avoit gagnés, (c
prellerenr d'avertir leur Maitrelle de for
arrivée, & de prendre fon cheval : it
entra en même tems où étoit la Dame,
& après l'avoir faluée; Madame, lui
dicil, ne croyez pas que je fois venu
Hv --- Page 196 ---
178 Nowveauz Fayager AuX Ifes
pour reprendre ce
1701. vous, il n'eft plus moi, jelaillaihierchez
la maîtreffe
vous eh êtes
croyant ou feignant pour toujours. de
La vieille
loit de fes bottes, le croire qu'il pardit, que cela n'étoit point remercia, à fon & lui
& far le champ dità une fervante ufage deles ;
rapporter. Mais le Gafcon lui
:
ne Sagifloir pas de
dit, qu'il
fon coeur
bottes, que c'étoit
quilavoit laiffé
s'y trouvoit fi bien,
chezellesqui
n'y avoir pas
d'apparence qu'il en iba7 fortir, &
que cela étant ainfi, il étoit jufte
s'arrêtàr ou fon ceeur avoir fixé fa qu'il demeure.
ton pendant Hleonomadefemmerenr le diner, &
fur ce
T'après-diné. La nuit
pendant tout
vicille lui dit,
s'approchant, la
onlui ameneroit on cheval. quand il voudroit
quoi faire, Madame, hai dit-il, Hé pourceeur ne fortira point d'ici, il eft mon fait
pour le vôtre, je tenterois T'impollible,
hjevouloisles féparer. En bon
Madame s continua-t-il, cela François, fignifie
bon que je vous aime, & jevouscroi de
goûr, pour ne me pas rendre le
en
LE
ciproque devenant ma femme, Juf
les douceurs du Gafcon avoient
plaifir à la
mariage lui fir vieille; mais le mot de
peur. Elle prir fon f6- --- Page 197 ---
Frangoifes de PAmbrigue:
rieux, elle voulut mème fc fâcher : le
Gafcon fans fc démonter continua fcs 1701.
Aeurettes, & jura enfin qu'il ne mettroit
le
hors de la maifon,
qu'il Res fir L mari.
On foupa, & quoiquela vieille parit
un peu de mauvaife humeur, il ne laiffa
de l'entretenir de fon amour, & de
f vouloir perfuader qu'elle l'aimoit,
mais qu'elle vouloit feulement garder
quelques mefures avant de le lui déclaret. Après le fouper, il trouva une
chambre prête, ou il fe retira après
avoir conduit la vieille dans la fienne,
& lui avoir fouhaité une bonne nuit.
Il fçût par les Domeftiques, qu'un
certain Marchand Nantois nommé
Gourdin faifoit l'amour à leur Maîtreffe, que les chofesétoient: fortavancées,
& qu'il devoit venir la voir le lendemain matin. Il conclut de cet avis, que
la mauvaife humeur où s'étoit trouvée
la vieille n'avoit point d'autre fondement; & il réfolut de fc débaraffer de
ce M. Gourdin.
Lejour étant venu, & la Dame levée,
ilentra en converfation avec elle en attendant M. Gourdin, & l'ayant vû venir, il fe mit fur la porte de la maifon
avec un maitre bâton à côté de lui. M.
Hvj
lendemain matin. Il conclut de cet avis, que
la mauvaife humeur où s'étoit trouvée
la vieille n'avoit point d'autre fondement; & il réfolut de fc débaraffer de
ce M. Gourdin.
Lejour étant venu, & la Dame levée,
ilentra en converfation avec elle en attendant M. Gourdin, & l'ayant vû venir, il fe mit fur la porte de la maifon
avec un maitre bâton à côté de lui. M.
Hvj --- Page 198 ---
180 Nonveaux
Gourdin étant
ansilfes
#701. un
de
categr
peu farpris de voir un homme cheval, fur
lonné & en plumet far la
gaprétendué.
porte de fa
ne maniere eapptoclacerendinte foumifc,
d'uhauffant la voix,
Mais le Galcorr
M. lui dit-il, à 3 que cherchez-vous,
hui répondit qui en voulez-vous ? M.
humblement le Marchand
Nantois, NN. A je fouhaite parler à Madame
Madame
le
vous vous
NN.reprir Gafcon,
faut parler trompez à
; c'eft à moi qu'il
point
préfent. Ne feriez-vous
dit le par hazard M. Gourdin? Oii M.
Marchand, à votre fervice. Oh,
apprenez petit Marchand Nantois,
Madame NN. eft faite
que
homme comme moi, & pour un GentilPocrin utl Pocrin comme vous. non pas pour
'eftun
&
Vous êtes M.
terme de le Gourdin, bâton
voilà M. Bâton, (
mépris gu'on
d'une main, & fon prenant épée de
donne Faurre, ) qui vous fignific,
fi
auxNan-avez jamais la
que vous
toisi dame NN. hardiefle de penfer à Masaufe de
il vous brifera bras
leur tnef bes; & fansautre
& jamfuineric, mença a le charger compliment, il lcomvieille fortit
d'importance. La
dre; mais M. Bâton pour empecher le déforjours fon action, qui continuoit toude s'enfuir du côté obligea de fon M. Gourdin
Negre quiletenoit lâcha la cheval. Le
bride, &0 --- Page 199 ---
Françoifes de PAmérique.
18I
scnfuit, de peur d'avoir fa part de la
diftribution que fon Maitre recevoit ; 1701.
le chevalen fic autant, & M. Gourdin
couroit après tous lesdeux, toujours accompagné de M. Bâton, julqu'a ce que
la virelle de fesj jambesletit mis hors de
la (phere de fon activité.
Le Galcon triomphant revint à petit
pas de fon expédition, & jettant le baton avec une poignéc de monnoye, voila, dit-il,
le maître du bâron, car
il eft jufte Ictes recompenfer ceux qui ont
eu part àla vengeance de Madame. Puis
s'adreflant à la vieille qui étoit fachée,
ou qui la contrefaifoit; voilàMadame,
un échantillon de ce que je ferai
vous, & comme je traiterai ceux
ro
vous perdront le refpect. Je n'ai
voulu
les chofes à
om
pouffer
bout,
que ce malheureux fit témoin de ma
modération, & en même tems un exemple, pour retenir dans le devoir d'autres
téméraires comme lui.
Notre Gafcon eut foin de donner
avis àl M. du Calle de ce qui fe pafloir s
&il tourna fi bien le coeur de la vieille,
que le Dimanche fuivant on publia un
Ban, &cils fe marierent le Lundy, s'étant fait l'un à l'autre une donation
entre-vifs, de tous leurs biens pré-
ux fit témoin de ma
modération, & en même tems un exemple, pour retenir dans le devoir d'autres
téméraires comme lui.
Notre Gafcon eut foin de donner
avis àl M. du Calle de ce qui fe pafloir s
&il tourna fi bien le coeur de la vieille,
que le Dimanche fuivant on publia un
Ban, &cils fe marierent le Lundy, s'étant fait l'un à l'autre une donation
entre-vifs, de tous leurs biens pré- --- Page 200 ---
r82 Nonveaux
Aux Ifes
fens & avenir. Ce
y eût de faE701, cheux
EPS1
dans toute cette avanture, fut
que M. Gourdin ne put furvivre à la
perte qu'il avoit faite de fa maitreffe.
il s'alita dès le lendemain du mariage, & mourut en moins de cinq ou
fix jours.
Ce mariage fitgrand bruit dans l'Ille,
& la diligence avec laquelle il avoit
été conclu
tout le monde. Les
voifines de la
luien ayant témoiASChET
gné leur étonnement, 3 elle leur dit >
aveclanaiveté naturelle des
Hé que diable voulez-vous, Diéppoifes: il falloit
bien fe marier, pour obliger ce Gafcon
à fortir de lacale: car il avoit juré de
n'en pas fortir fans cela. --- Page 201 ---
Françoifes de PAmérigue.
18;
CHAPITRE VIII
De la Plaine de Leogane. Des fruits, 2
e des arbres quiy viennent. Des CheWANX, e des Chiens fawvages. Des
Caymans 03 Crocodiles. Hifoire d'un
Chirargien.
N prétend que tout le Pais, qui
eft depuis la Riviere de T'Artibonite, jafqual la plaine de Jaquin,
eft du côté du Sud, a été
en
R
érigé
cipauté fous le nom de Léogane, en
faveur d'une fille naturelle de Philippe
III. Roi d'E(pagne : on dit même que
cette Princefle y a fini fes jours, & on
voit encore les reftes d'un Château 2 du Ruines Chàqu'on fuppolelui avoir fervi de demeu- teau de:
re, qui doit avoir été confidérable, fi Léogane,
on en
par les ruines qui en reftent.
Iléroit FET dans un lieu qu'on
à
le
Boucan, ,à
RC
préfent grand
ou environ de l'Efterre. J'ai été voir cc
qui en refte. J'y ai trouvé encore quel- briques votites affez entieres toutes-de
ques, grandes & bien travaillées. Iy
çn auroit bien davantage, fi les Habi-
- teau de:
re, qui doit avoir été confidérable, fi Léogane,
on en
par les ruines qui en reftent.
Iléroit FET dans un lieu qu'on
à
le
Boucan, ,à
RC
préfent grand
ou environ de l'Efterre. J'ai été voir cc
qui en refte. J'y ai trouvé encore quel- briques votites affez entieres toutes-de
ques, grandes & bien travaillées. Iy
çn auroit bien davantage, fi les Habi- --- Page 202 ---
184 Nonteaux
tansn'avoient démoli Voyages a anx Ifles
#701. avoir les briques, & ces s'en bâtimens fervir pour
les Cuves de leurs
à faire
Aquieduc qu'ily a de-plus
Indigoreries. Ce
du Châ qui conduifoit entier, eft un Aqueduc
teau, Château. Il a l'eau de la Riviere au
long, du moins plus de cinq cens pas de
gerala vàe. Sa autant que j'en
jud'un peu plus de STT par le Bur eft
quatre pieds & demi par picds, le haut. venant à
a deux pieds & demi de
LariS5 huit à
large, fir
ily a
vinge pouces de profondeue:
joint à apparence la
que l'extrémité qui ile
reçu quelque Riviere, ou la Chauflée, ont
n'y vient plus. dommage, Ce Château puilque l'eau
fur un terrain un
élévé étoit bâti
d'une vafte favannc. peu
au milieu
la Riviere
L'airyelt très-purs
ment, & tenu peut dérourner aifémille pafler par cet endroit,
commodirés à une
y
eet
aufli, qui feroit bâtie. On nous dit
choifi que l'année c'étoit ce lieu-là qui avoit tété
neau, pour placer précédente la Ville par M. Reyjettoit de faire. On
qu'on
à plaifir, & elle feroit l'auroir pû ontires
confidérable, J'ai
devenue trèse
cée dans un autre appris endroit, qu'on Taplafaut beaucoup
oi il s'en
qu'on ait trouyé les mè --- Page 203 ---
Frangoifes de LAmérique.
mes commoditésqu'on auroit eûèsdans
celui-ci.
1701e
Le Confeil Supérieur & la Juftice
ordinaire de S. Domingue avoient eu
la générofité de grarifier le Roi du titre
de Prince de Léogane, qu'ils ne man- qualifié LeRoi
quoient jamais de lui donner dans leurs Princede
Arrèts & Sentences après les qualités de Léogane.
Roi de France & de Navarre, comme
on lui donne celui de Comte de Provence. La Cour les a remercié de leur
préfent 5 & leur a défendu d'ajoûter
quoique ce foit aux qualités de notre
Monarque fans fes ordres exprès.
Plainé de
Le terrain qu'on appelle proprement' Léogane,
la plaine de Léoganc peut avoir douze
à treize lieiies de longueur de PER à
TOueft fur deux, trois & quatre lieiies
de large du Nord au Sud. Cette belle
plaine commence aux montagnes du
grand Goave, & finiticelles duCul deSac. C'eft un pais uni, arrofé de plufieurs rivierés 8c ruiffeaux, d'une terre
profonde, & tellement bonne, qu'elle
eft également propre à tout. ce qu'on
lui veut faire porter, foit Cannes, Cacao, Indigo, Rocou, Tabac & autres
marchandiles, foit pour le Manioc, le
Mil, les Patates, les Ignames-& toutes
fortes de fruits, de pois & d'herbes
potageres.
ave, & finiticelles duCul deSac. C'eft un pais uni, arrofé de plufieurs rivierés 8c ruiffeaux, d'une terre
profonde, & tellement bonne, qu'elle
eft également propre à tout. ce qu'on
lui veut faire porter, foit Cannes, Cacao, Indigo, Rocou, Tabac & autres
marchandiles, foit pour le Manioc, le
Mil, les Patates, les Ignames-& toutes
fortes de fruits, de pois & d'herbes
potageres. --- Page 204 ---
186 Nowveane
Yoyages auMfes
viennent
1701,
Leur LesCamnesyy douceur
en perfedion.
&
répond à leur
dleur hauteur; & comme la groflear s
profonde, les rejettons
terre eft
que les fouches
produiront au bout de' trente
font auffi bons que ceux de la ans, fecoupe, & donneront un Sucre premicre
& auffi beau
auffi bon,
Vent. Il eft qu'on en faffe aux Ifles du
ne à rétifir dans vrai, les qu'on a eu de la pei-
& que le trop de nourriture commencemens, la
fournifloiraux
que terre
fes, & difficiles Camnes,lesrendoire à
graf
faut dans les Cannes purger. de Je vis ce détion que nous avions affermée notre Habitade Laye, qui rendoient
au fieur
ne produifoit qu'un Sucre un
2" très difficile à
EE:
m'empêcha pas de les blanchir. affirer Cela ne
faur fe corrigeroit bien-tôr,
ce dé
même, &
T" de luiils auroient qu'en les une ou deux coupes,
leures Cannes plus belles & les meilce
qu'on pûr fouhaiter,
qu'il ne faudroir
partems aleur terre
pas fe davantage de
fe
de fon fel pour & de dégraifler, fon
&
que ETSLS prédis s'eft vérifié, & nitre. fe
Ce
encore tous les jours, & on
vérifie
Sucre de de la plaine de
voit fortir
Kéogahe, blancs & bruts d'une Léogane beauté des Sucres
oi iln'y a --- Page 205 ---
Françoifes de PAmbrique. 187
tien à défirer. Les Raffineurs de France
prétendent trouver plus de profità tra- 1701.
vailler les Sucres bruts de S. Domingue
ceux des Iles, & les font valoir
que trois &c quarre livres par cent plus que
les autres Sucres.
matiere de CaJe ne crois pas qu'en
coyers, on en puille voir de plus beau,
chez M. de
que ce quejai vààLéogane l'Habitation étoit
la Bretefche, dont
tout auprès de la Paroiffe de l'Efterre.
Je ne pouvois me laffer de confidérer Cacoyers de Léoleur
leur
ces arbres, qui par
groffeur,
gane.
hauteur, leur fraicheur & les beaux
fruits dont ils étoient chargés, fiurpaffoient infiniment tous ceux que javois
vis jufqu'alors. On fait une quanticé
prodigicule de Cacao au fond des Negres. C'eft un endroit à huit lieiies au
Sud du petit Goave, en allant à la plaiTous les environs de la
ne de Jaquin. Citroniers, & de celle des
Riviere des
Cormiers à deux lieties ou environ all
Sud de la Ville de Léogane, aufli bien
toutes les gorges des montagnes qui
Roer de ce coré-la, font des forèts cultivées de Cacoyers. On ne peut croire la
quantité d'arbres de cette efpece que
Ton y cultive, la beauté du fruit que
l'on y recuëille, & la facilité qu'ilya
de la
ne de Jaquin. Citroniers, & de celle des
Riviere des
Cormiers à deux lieties ou environ all
Sud de la Ville de Léogane, aufli bien
toutes les gorges des montagnes qui
Roer de ce coré-la, font des forèts cultivées de Cacoyers. On ne peut croire la
quantité d'arbres de cette efpece que
Ton y cultive, la beauté du fruit que
l'on y recuëille, & la facilité qu'ilya --- Page 206 ---
198 Nomveaux
aux
d'augmenrer les plans ces
dans
ces
E2u90
1701.
ft.
lieux qui fembleat être faits
pour ccla, & oûl le terrain
exprès fraisy
profond, à couvert du sosirer trop ardent, & des mauvais vents, fournit tout
ce qui eft nécellaire pour faire des Cacoyeres aufli belles, & d'un aufli bon
Iapport que celles des E(pagnols sdeTerre-Fermc.
Chauxde Léogane, On trouve dans beancoup
de la plaine de Léogane des lits d'endroits de certaines pierres blanches, alfez dures, &
pelantes, des
de la figure pour l'ordinaire
dont galets
font au bord de la mer ;
on 2 fert pour faire de la chauxr
Ceslits fe tencontrent à différentes
fondeurs at deffus de la
pro- du
terrain, Plus le terrain eft fuperficic bon, &
il faut fuiilleravant pour les découvrir. plus
Jen'ai point éprouvélag qualité de cette
chaux. Elle m'a paru très-bonne. Ce
puis dire, eft quel'Aquéduc du
SRleo de
Léogane, que jai raifon de
fuppoferavoir été bâtiavec cette
eft d'une très-bonne
chaux,
Remar- Il eft vrai
quand maçonnerie. le mortier
ques furi roit éré
que
attIhs mus
médiocre, le long tems
aaciens. a qg-WeRemploye.arorti bonifié, qu'ily Car
c'eft une chole conflante, que les murs
anciens n'ont pas été fabriqués autre- --- Page 207 ---
Prangoifes de PAmérique.
ment que ceux quel'on fait aujourd'hui,
Ce qu'ilsonte eu de particulier, c'eftl'at- 1701F
tention qu'ont eu les Architeétes dans
le choix des matériaux qu'ils ont employés, dans le fable, la chaux, la proportion entre l'un & T'autre, le coroi
qu'il leur faut donner avant de les mettre en cuvre, la polition des pierres, &
leur choix.
quoi on peut afiirer,
quele long dpe de tems qu'elles ont
demeuré les unes auprèsdes autres, leur
adonné lieu des'approcher en croiffant,
de s'unir, & de s'enchifler, pour ainfi
dire, les unes dans les autres, & de ne
faire plus qu'an corps avec le mortier
qui les avoit unies enfemble. C'eft ce
qui fait que les anciens murs font fi difficilesà détruire, fans qu'il Ifaille recourir, comme font queiques gens, à la
compolition du mortier dont on s'eft
fervi, qu'ils prétendent avoir été fait
avec du fang de Baeuf, & autres femblablesrèveries, Iln'ya qu'i lire Vitrgvedans fa fource, ouL chez fes Commentateurs,
voir cc que je viens de
dire, & Ecer perfuadé qu'on fait à prefent, ce qu'on faifoit il y a trois mille
ans, quandles Ouvriers qu'on employe
font honnères gens, & qu'ils fçavent
leur métier,
dont on s'eft
fervi, qu'ils prétendent avoir été fait
avec du fang de Baeuf, & autres femblablesrèveries, Iln'ya qu'i lire Vitrgvedans fa fource, ouL chez fes Commentateurs,
voir cc que je viens de
dire, & Ecer perfuadé qu'on fait à prefent, ce qu'on faifoit il y a trois mille
ans, quandles Ouvriers qu'on employe
font honnères gens, & qu'ils fçavent
leur métier, --- Page 208 ---
190 Nonveanx Toyages AHX Mes
L'Indigo a été la marchandife
4701. rite de S. Domingue
favolong tems. Il eft conftaht pendant le un trèsgras & profond comme il que eft terrain
Indigo propre, &
fans
elt, y
trèsde S.Do- gnols,
que
faire tort aux Elpamhingu:. dans l'Indigo de S. Domingue
fon tems, & travaillé avec coupé foin,
nelecede enrien al'Anilde Guatimala,
queq quelques
ment
Eerivainsappellenef
du Guatimalo. Je fais perfuadé climple
que ces prétendus connoiffeurs ne dif
singueroienrpaslune leur;
de l'autre, fion les
de même préfentoit étant pilés ou faconnés
ou embalés de mème
Jai parlé amplement de cette façon. marchandifle dans la premiere Partie deces
Mémoires; cc qui m'en refte à dire, eft
la trop grande quantité qu'on en
l'ayant fait
Rrete
modique, lcs meilleurs tomber à un prix
Domingue
Habitans de S.
ont jugé fort
valoit mieux
prudemment
E fondés fur s'attacherà faire du
rale & infaillible, cette maxime générées qui fe confument que toutes les denfont toujours d'un meilleur par la bouche,
d'une vente plus facile, & plus débit, allirée, &
que celles quin'ont pas ce débouchement.
On ne laiffe pas pourtant de faire --- Page 209 ---
Frangoifes detAmbrique. 19T
beancoup d'indigo dans toute la Cère,
c'elt par cette Manufacture, 1701
parce Tabac
commence les Ha-
& ler
qu'on
amCT à canle qu'il n'y faut pas un
grand artirail, ni beaucoup de Negres,
& que rendant un profit prompt & confiderable, elle met les Habitans en état
de faire des Sucreries, qui eft le point
oû ils alpirent tous, non-feulement pour
le profic qu'on trouve dans la pratique Sudu Sucre, mais encore parce qu'ane
crerie les met au rang des grosHabitans, dansl la
au lieu que l'Indigo les retient
de
claffe des
Telle eft la vanité
nos
Reate
Les Patates, les Ignames, les Bananes Patates Léo-
& les Figues viennent mieux à Léoga-de gane.,
dans nos Iles du Vent : clles
ne, m'ont que
de meilleur goût, &c pour
F'ordinaire paru elles font plus grofles, plus
pelantes, & mieux nourries. Cela vient
de ce que la terre eft plus profonde &
meilleure, &c de ce que la chaleur qui
les meurit, &
s'y concentre davantage, leur fuc.
cuit aufli davantage
Ce queje dis sdelajchaleur paroiera un
exiraordinaire, vû que la-Martinipeu & la Guadeloupe font au quatorze
que
la Plaine de
ou quinziéme dégré,&
Mais il
Léogane eft au
LSRELP
& mieux nourries. Cela vient
de ce que la terre eft plus profonde &
meilleure, &c de ce que la chaleur qui
les meurit, &
s'y concentre davantage, leur fuc.
cuit aufli davantage
Ce queje dis sdelajchaleur paroiera un
exiraordinaire, vû que la-Martinipeu & la Guadeloupe font au quatorze
que
la Plaine de
ou quinziéme dégré,&
Mais il
Léogane eft au
LSRELP --- Page 210 ---
192 Nouveaux Froyages aux IRes
faut fe foavenir que nos petites Ifles
1701. toûjours rafraichies d'un Vent Alilé font de
Plaine Nord-Ef, de qui ett frais; au lieu
la
dental
Lcogane étant au bour
d'ane
cis
IAe très grande, où
de très-hautes
ily a
montagnes, clle eft
que enticrement privée de ce AIuE
Lachuleursy renferme &s'y
en un tel point 3 qu'elle brileroit concentre
précau.tierement les
ention
n'avoit
Jardins
fil'on
pour les
pas foin d'élever
les
Jardins, ches
etrie
nouvellementfemécs OLI
plantées, des elpeces de toiéts tranfplanyre de brouffilles;
les qu'on coudel l'ardeur du Soleil, pour fansleur ôter défendre
à-fait l'air.
toutPais. On plante peu de Manioc en tout ce
Les Patates & les Bananes tiennent
lieu de Caffave & de Farine. Les Chaffeurs & les Boucaniers n'ufent même
ces fruits, que quand leurs Boucans de fe
trouvent dans des endroits où
Vie des fent
ils croifChaf.
naturellement, car ils ne font
feurs. d'humeur d'en aller chercher fort
Ils
otme
mangent leurs viandes comme ils les
prennent: le gras & le maigre font
eux la chair & le pain, comme font pour nos
prencurs de Tortuès; & il ne faur pas
s'imaginer qu'ii foit bien difficile de s'y
accoûtumer, > ni qu'on - s'en porte moins
bien --- Page 211 ---
Françoifes de TAmtrigne.
bien : au contraire le Baeuf & le Cochon mangés de cette maniere rôtis ou 1701.
bouillis, font plus fubftantiels & fe digerent plus facilement.
Onne donne aux Negres que des Pa- Nourritates. Le Commandeur les conduit ture des
tous les jours un peu avant l'heure du Efclaves,
premier repas, à la piece de Patates,
où chacun en fouille autant qu'il en a
befoin pour fa journée. J'ai expliqué
dans un autre endroit la maniere dont
on les accommode, La plâpart des
Maitres ne leur donnent autre chofe,
c'eft à eux à fe pourvoir du refte. On
leur permet d'élever des Cochons, Sc
ils le peuvent faire très-facilement avec
les branches ou le bois & les feuilles des
Patates, les têtes des Cannes, & les
grofles écumes, quand ils en peuvent
avoir. Cependant ce n'eft pas une grof
fe dépenfc à S. Domingue de leur donner de la viande, car lesEfpagnols amenent des Bacufs &c des Vaches dans les
Quartiers François autant qu'on en peut
avoir befoin, à quatre ou cinq écus la Prixdes
picce, du moins c'étoit le prix qu'on Baeufs CR
en donnoit en 1701. Or quand dans 1701.
une Habitation où il y. a fix-vinge ou
cent trente Negres on donneroit deux
Boeufs ou Vaches par femaine, ce ne
Tome VII,
I
de la viande, car lesEfpagnols amenent des Bacufs &c des Vaches dans les
Quartiers François autant qu'on en peut
avoir befoin, à quatre ou cinq écus la Prixdes
picce, du moins c'étoit le prix qu'on Baeufs CR
en donnoit en 1701. Or quand dans 1701.
une Habitation où il y. a fix-vinge ou
cent trente Negres on donneroit deux
Boeufs ou Vaches par femaine, ce ne
Tome VII,
I --- Page 212 ---
194 Nowveaux
anx
feroit au plas
Ies
X701. ou dix
depenfe de huit
2atie
écus, far quoiil faut ôter le
des peaux qui fe vendent un écula COL- prix
ple quand ce font des peaux de Vaches
ou de Bouvards, & un écu piece
ce font des peaux de Boeufs. Cetavan- quand
tage ne fe trouve point aux Ifles du
Vent, oiri il faut acheter des viandes falées venant d'Europe, fouvent très-rares
& toujours cheres.
On voit bien plus de Monnoye d'Efpagne à S. Domingue que de celle de
France, Les plus petites pieces font les
demies réales & les pieces de
Les comptes ne fe font
quatre fols,
huit & par réales,
que par picces de
Mon- Les Tréforiers de la Marine
moyes introduit
avoient
qui ont
les fols marqués au
coursà le payement des
Cap pour
S. Do- modoit
Troupes. Onsaccommingue.
avec peine de cette forte de
Monnoye, qui n'avoit point encore de
cours à Lcogane quandjyérois. Elleef
reçie aux Ifles du Vent, & c'eft la
petite clpece, car les liards & les
niers
dlez
n'y font point connus.
La courfe, la prife de
les deux pillages de la Jamaique Cartagene &
tres endroits, & le Copamerce qui d'au- s'eft
introduir depuis la Paix de Rifwick en
diffétens lieux de la
Terre-Fermc, ont --- Page 213 ---
Françoifes de PAmérigue. 195
rempli le Pais d'une grande quantité
d'or & d'argent monnoyé. Onyjoue 1701.
à la fureur, on
traite magnifiquement, & chacun de fon mieux pour
étaler fes richeffes, & faire oublier l'état dans lequel ileft venudla Côte, &c le
métier quil y a fait.
Je pourrois faire ici un long dénombrement de ceux qui étant venus engagés, ou valets de Boucaniers, font à
préfent de figros Seigneurs, qu'à peine
peuvent ils fe réfoudre de faire un pas
fans ètre dans un Carofle à fix Chevaux,
Mais peur-êcre que cela leur feroit de la
peine, & je n'aime pasd'en faire à
lonne. D'ailleurs ifs font louables EE
voir fçà fe tirer de la mifere, & d'avoir amaffe du bien: ce qu'onleur doit
fouhaiter, eft, qu'ils en faffent un bon
ufage pour l'autre vie. Ils avoient déja
bien commencé, &c c'eftune juftice
je leur dois rendre, parce qu'ils ne
charitables, qu'ils pratiquent l'hofpitalité, mieux qu'en aucun lieu du monde, & qu'ils font généreulement part
de leur fortune à ceux qui s'adreffent
à cux.
Il y avoit dès le tems que j'étois à
Léogane un nombre confidérable de Grand
Caroffes & de Chailes, & je ne doute nombre de Carof.
Iij
avoient déja
bien commencé, &c c'eftune juftice
je leur dois rendre, parce qu'ils ne
charitables, qu'ils pratiquent l'hofpitalité, mieux qu'en aucun lieu du monde, & qu'ils font généreulement part
de leur fortune à ceux qui s'adreffent
à cux.
Il y avoit dès le tems que j'étois à
Léogane un nombre confidérable de Grand
Caroffes & de Chailes, & je ne doute nombre de Carof.
Iij --- Page 214 ---
196 Nowveanx
AuX
point quele nombre
foit Ipes
1701. menté
fort
TPHETE
depuis mon départ. Il
auigs
fesàLéo. prefque plus que de
n'y avoir
gane, allaflent à Cheval; petits Habitans
à fon aife, on
pour peu qn'on
at
aifé d'entretenir alloit en Chaile. Il eft
un
a fait la dépenfe d'un Equipage Carolle,
chers & les
e
Poftillons font des
à
qui on ne donne point de Negres
qu'on employe edd'autres fervices gages, &
on ne fort pas; & la nourriture des quand
Vaux ne coûte rien,
Chefent toute l'année dans parce les qu'ils paifque le peu de Mil qu'on leur Savannes, don- &
ner, fe cueille fur
peut
Chevaux. Les
THabitation.
de S:Do- moins Chevaux ne font
chers, à
mingue,
qu'ils ne foient "ERRe taille &
d'une beanté
mne on nes'eft fingalieres parce que comvir de leur pas encore avifé de fe ferépargnés, & peau, leur les Chaffeurs les ont :
multiplier
ont donné le loifir de
légions dans beaucoup. les
On en trouve des
nes
Bois, & dans de certaigrandes Savannes naturelles
trouve en bien desendroits de l'Ifle. qu'on
eft aifé de
Il
tête qu'ils viennent remarquer par leurs airs de e
tous de race
gnole. Cela n'empèche
Efpafoient ditlérensfelon! les ditérentes pas qu'ils ne
Hréesouilsont pris naiffance. Cela Convient, --- Page 215 ---
Françoifes de PAmérique.
felon les apparences, del l'air, deseaux,
des fruits & des pâturages.
1701.
Ily a une Contrée aux environs de Ch vaux
Nippes, où l'on trouve des Chevaux de Nip
quine font pas plus grands que des Af- Pese
nes,mais plus ramaflez,ronds & proportionnez à merveille. Ils font vits & infirigables.duneforce Sc d'une reffource infiniment andeffis de ce qu'on en
devroit attendrc. Ce qui les rend encore plus eftimables, c'eft qu'ils s'entretiennent avec très-peu de nourriture,
Je n'ai point và à Saint Domingue de
Chevaux aufli grands que ccux dont on
fc fert enFrance pour les Caroffes; mais
ils font d'une taille moyenne & bien
prife: ils font vifs, d'un grand fervice
& s'entretiennent très-bien.
On en prend quantité dans les routes Maniere
des bois qui conduifent aux favannes de prenou aux rivieres,ayec deséperlins, c'efte dieles Chevaux
à-dire, des noeuds coulans faits. avec marons,
des cordes ou des liannes. Ily y en a qui
s'épaulent, & d'autres qui fe tuent à fotce de fe débattre quand ils fe fentent
pris, fur tout lorfqu'ils font vienx. Les
jeunes ne font pas de fi grands efforts 3
& font bien placôr domptez. Ceux qui
lcs prennent les donnent à fort bon marché, à moins que ce ne foient des CheIiij
à-dire, des noeuds coulans faits. avec marons,
des cordes ou des liannes. Ily y en a qui
s'épaulent, & d'autres qui fe tuent à fotce de fe débattre quand ils fe fentent
pris, fur tout lorfqu'ils font vienx. Les
jeunes ne font pas de fi grands efforts 3
& font bien placôr domptez. Ceux qui
lcs prennent les donnent à fort bon marché, à moins que ce ne foient des CheIiij --- Page 216 ---
193 Nomueanx) Toyages aux
vaux fins, ou d'une grande & Mles
1701, le. Je
belle tailpieces qu'on hair en a
cinqà fix
il
qui
fort
CIEtE
mais en coûte fonvent le double jolis,
les dompter.
pour
des Inftina Che.
La
des Chevaux
va.xde éperlins
pris aux
&
feste
S.Do- coup. de peine ombrageux, à les
on a beaumingue. Quand ils
guérir de ce vice,
hanniffent entrent dans une riviere, ils
l'ean,
& frapent des pieds dans
d'effroi regardant de
avec quelque forte
tous côtez. Il femble
nature leur ait donné cet inftinét que la
épouvanter & chaffer les Crocodiles pour
Caymans, oll pour les obliger à faire ou
quelque mouvément qui les leur falle
decativrire & leur donner le tems de
prendre la fiite, pourn'en être
vorez; 5 car ces animaux carnaciers pasde- fe
tiennent dans l'eau comme fur la terre.
Ilss'étendent tout de
fi
leurlong comme
céroitquelque fouche d'arbre
rI, & attendent leur proye en cet pour- état.
animal Siun Cheval, un Bacuf, ou un autre
fe trouve à leur portée en
fant la riviere, ils fc jertent fur lui, paf- le
faififent à lag gorge coudla gucule, &le
tirant fous l'eau, le font iuffoquer; &
devorent. quand il eft un peu corrompu, ils le --- Page 217 ---
Françoifes de PAmérigue. 199
Les Chiens fauvages, & ceux qui
ordinaitement : la challe, ont le 1701.
vont même inftinét. Comme ils font fouvent Inftiné
la
des Caymans en paffant les ri- des Chiens
vieres, proyc ils s'arrêtent fur les bords, & anvages
jappent de toutes leurs forces; & s'ils appellés Cafques
remuer la moindre chofe, ils & des
s'enfuient, voyent
&: aiment mieux fe palfer de domeltie
boire, & quitter leurs Maitres, que de ques,
fe mettre en danger d'ètre devorez: de
forte que fouvent les Challeurs font
obliges de ies porter fur leurs épaules.
Les Chaffeurs ont laiflé
mégarde
plufieurs Chiens dans les icer qui ont
beaucoup peuplé, & vont toujours en
meure. Onne
croire le dommage
qu'ils caufent : ie chaffent & devorent
quantité dejeunebétail. Onne manque
jamais de les tuer quand on les rencontre. Lorfqu'ils font petits, on les
aifément. On les
clf
privoife
appelle
gmes: jene fçai pasl'origine de ce nom.
ils ont pour l'ordinaire la tète plate &
longue, le mufeau affilé, l'air
le
mince & décharné. Ils
TE
très-legers corps à la courfe, & chaffent en
perfection. Des Chaffeurs m'ont alffuré que ja- Les Cay-.
n'a
hhom- mans atmais aucun Cayman attaquéun!
taquent
mc, quandi il a eu quelque animal avec rarement
I iv
: jene fçai pasl'origine de ce nom.
ils ont pour l'ordinaire la tète plate &
longue, le mufeau affilé, l'air
le
mince & décharné. Ils
TE
très-legers corps à la courfe, & chaffent en
perfection. Des Chaffeurs m'ont alffuré que ja- Les Cay-.
n'a
hhom- mans atmais aucun Cayman attaquéun!
taquent
mc, quandi il a eu quelque animal avec rarement
I iv --- Page 218 ---
200 Nonveaux Voyages Aux IRes
lui;c'eft toujours fur Tanimal
fe
1701. jettent. Il eft arrivé bien des qu'ils
Ies hom- des Chaffeurs paffant des rivieres foisque
mes,
un Cochon ou une peau de Boeuf avec fir
leurs épaules, ont été dévalifez par des
Caymans qui étoient en embufcade, &
qui auroient pû très-facilement les devorer, s'ils avoient voulu. C'eft un effet
de la providence particuliere de Dicu,
Il eft vrai que quand ces animaux font
affamez, & qu'ils trouvent un
ils l'attaquent fans
homme,
moins d'être ftiléàce cérémonic; & à
ficile de s'en
mêtier, il eft dif
défendre autrement
Par la fuite, encore ne ferviroit-elle que de
rien (car ce3 animaux vont très-vites,
& attrapent à la courfe les meilleurs
Chevaux ) fion ne Içaitle fecret de fc
délivrer de leur pourfiite.
de Moyens s'é.
Quand on fe trouve dans ce
chapper il n'y a qu'à courir en
danger, dedes Cay- vancer en moins de rien zigzag, pour
mans, les fatiguer, & les
ces animaux 2 >
challe,
obliger à quitter leur
parce qu'ils ont lépine du dos
tout-à-fait roide, & comme tout d'une
piece; de forte qu'il leur faut
tant de tems pour fe tourner, prefqu'au- qu'a une
Galere; outre qu'ils veulent faire le
même chemin quel l'homme qu'ils pourfuivent, & autant de détours quilslui --- Page 219 ---
Frangoifes de PAmérique. zot
en voyent faire; & pendant ces diffefens mouvemens > on a toutle tems ne- 1701
cellaire pourvéchaper, font
à crainIl-eft certain quils
pctr
dre quand ils nâgent; 5 il faut qu'ils
foient
furleurs pattes pour pouvoir rin du mal. C'elt pour cette raifon qu'on ne les apprehende pas dans
les endroits oà il y a beaucoupd'ean,
mais dans ceux-là feulement oûi ils
leurs
furle
ciaufras
ventappuyerl
pieds
fur le bord des rivieres.
Com:
Ily a des Mulâtres & des Négres ment les?
aflez hardis pour les aller attaquer, & Neg tuenr es les
s'en rendre maitres, fans autres armes Caymas,
qu'un gros cuir ou un morceau de bois
creux qu'ils fe mettent au bras, & qu'ils
lui enfoncent dans la gucule pour la lui
tenir ouverte & plongéc dansl'eau; parde lance que ces animaux n'ayant point d'avaler
-gue, ne peuvent s'empècher
Feau, & de fe noyer ens'en rempliffant.
Au refte il eft aifé de découvrir un Mufe de
Cayman quand on fe trouve fous le Caymas,
vent, parce qu'il a une odeur de mufc fi
le fent de
forte & fi pénétrante, 5 qu'on
fix
fort loin. Il en a pour l'ordinaire
veflies, deux au bas du ventre, &une
fous chaque jointure de fes cuiffes. Sa
chair eft toute pénétréc de cette odeur s
L V
noyer ens'en rempliffant.
Au refte il eft aifé de découvrir un Mufe de
Cayman quand on fe trouve fous le Caymas,
vent, parce qu'il a une odeur de mufc fi
le fent de
forte & fi pénétrante, 5 qu'on
fix
fort loin. Il en a pour l'ordinaire
veflies, deux au bas du ventre, &une
fous chaque jointure de fes cuiffes. Sa
chair eft toute pénétréc de cette odeur s
L V --- Page 220 ---
202 Nowveanx
anx
& fes ceufs le font Foyages aufli. Sa Hles
1701. trop coriace pour être mangée, chair moins cft
ne fit dans une extrème néceffité.
TrE a des gens qui mangenr fes cufs en
aumelettes : il faut être fait à cette
odeur pour fe fervir de cette nourriture.
Je croi que ies Efpagnols en uferoient
fans peine > eux qui aiment tant les
odeurs fortes.
Nous n'avons point de ces animaux
dans les Ifles du Vent. Onn'en
que dans la Terre-ferme, & dans trouve les
grandes Ifles; encore n'en voit-on
re que dansles Quartiers éloignez,
des
Sume
marécages 2 & fir les bords des rivieres.
Je defirois paflionnément d'en voir
quelqu'un, cependant j'aurois
mon envic avec moi, fi étant emporté au fond
de l'Ile à Vache avec un Oficier de
Compagnie 1 3 ilne m'en avoit montré la
un qui feretiroit dans uneriviere à deux
la cent cinquante pas de nous. Je le vis à
verité, mais non pas auffi diftinétement que j'aurois fouhaité, Car outre
qu'ilalloit fort vite, ilp paffoit dans des
herbes & des brouffailles, qui m'en dé
roboient fouvent la vàë: de forte
je ne le vis pas allez bien pour en ae
lc portrait au naturel. Il me parut de --- Page 221 ---
Franaifs de
dix à douze pieds de PAmbrigne. 203
long, fait à
près comme nos gros Lezards, la tête peu
longue, le corpsroide, la
170r.
& chargée de groffes galles peau brune,
me des clouds, C'eft
qu'on nompuis dirc. Nous courûmes tout ce quej j'en
pour le voir dans l'eau, il inutilement s'étoit
foncé ou caché fous des
enétoit aiféde lefuivre à la paletuviers : il
étoit plein d'une odeur pifte de : car l'air
tout ou il avoit paflé,
mufc par
Nos François de la Côte Saint Domingue, à fexemple des E(pagnols,
appellent Cedres les arbres
appellons Acajoux aux Ifles
nous ou Cedres Aca.
Je
du
ne parle pas ici de ces Acajoux Vent. joux;
portent des pommes & des
qui
al parlé dans la feconde noix. J'en
Memoires; mais de ceux dont Parcie de ces
pour bâtir, &
on fe fert
pour faire des
Le mot Acajon eft Caraibe, &j meubles.
qu'il convient mieux à l'arbre je croi
parle, que celuide Cedre, dont dont les EC je
pagnols ble
l'ont honoré, Caril ne reffemnullement aux Cedres du
ont plus l'apparence d'un Pin Liban,
tout autre
E
foit
aibre, foit par les
par la
it
difpolition des
foirpar le fruit ; au lieu
branches,
rellemble au Cedre,
quel'Acajou ne,
que par facouleur,
Ivj
meubles.
qu'il convient mieux à l'arbre je croi
parle, que celuide Cedre, dont dont les EC je
pagnols ble
l'ont honoré, Caril ne reffemnullement aux Cedres du
ont plus l'apparence d'un Pin Liban,
tout autre
E
foit
aibre, foit par les
par la
it
difpolition des
foirpar le fruit ; au lieu
branches,
rellemble au Cedre,
quel'Acajou ne,
que par facouleur,
Ivj --- Page 222 ---
204 Nonveanx
fa legereté, fon
Anx Ifes
1701.
&
TaIST
fonincon
fa rupubilité; ou pour parler plus
longue durée. Il m'a femblé jufte s
Acajoux ou Cedres de Saint
que les
ont plus de dureté
Domingue
&c que leur couleur que eft ceux deslfles,
pour tout le refte, c'eft la plus même foncée; ;
J'en ferai.la
chofe.
endroit.
defcription dans un autre
& Chênes OrLes arbres qu'on appelle Chênes &
mes, Ormesà Saint
clpece differente Domingue, de
5 font d'une
en Europe. Les ceux que nousavons
beaucoup des Chênes premiers approchent
que c'en eft une
verds, & je croi
conds,
efpece. Pour les feilsapprochenr fi peu des
que je ne Içai dans quelle
Ormes,
mettre.
caregorie les
On fe fert des uns & desautres
faire des
pour
& de planches 3 du bois de cartelage
fontp roliage: Comme ces arbres ne
pas fort communs, ils
Ouvriers & les Ouvriers
font chers,
S. chers Vo à core plus, & plus qui les travaillent enmingue. 1fles du Vent,. où impertinens ils ne le font qu'aux
trop. Deux chofes les mettent fur que ce
Be@dnapenser.ctietr bre; la feconde, le
perit nomfont, qui les délivre gain bien-tôt exceilifquils
foinde travailler :ils fe font
du beHabitans, --- Page 223 ---
Françoifes de PAmerigue. zos
& fe font une telle honte de leur métier,
qu'ils ne veulent plus le pratiquer, mè- 1703
me
leurs propres beloins. de rire
ees ne pouvois m'empècher
voyois le Marguillier de la Paquand roille i l'Efterre dans lon Carofle,qui
fe fervir de fes
fembloit ne pouvoir avoit plus époufé une veupieds depuis quil
ve riche, lui qui trois ans auparavant Marétoit Tonnelier dans un Vaifleau
chand de Nantes. Je me trouvai un
jour avec lui chez un Marchand, où ik
achetoit des outils de Ion-ancien mêtier,
un Engagé qui lui étoit venu de
France pour 5 il les faifoit choifir par un autre, comme s'il eût oublié d'en connoitre la forme & la qualité, depuis le peu
de tems qu'il ne l'exerçoit pins.
Je croiavoir remarqué dans un autre
endroit en parlant rdesifles duVent, R
de tous ceux qui s'enrichiffent le par falfent
travail, il n'y en a point qui les Chiplus ffirement, & plus vâte que
Proficdes
rurgiens. Il faut direici, que c'eft toute Chirurcesforautre choleas. Domingue pour
giens.
tes- de genss c'cft un vrai Perou pour
eux. Qnoique la plipart foient ignoransau fuprème dégré, ils gagnent tout
ce qu'il leur plaits & comme il leur
plait de gagner beaucoup, on pcus
par falfent
travail, il n'y en a point qui les Chiplus ffirement, & plus vâte que
Proficdes
rurgiens. Il faut direici, que c'eft toute Chirurcesforautre choleas. Domingue pour
giens.
tes- de genss c'cft un vrai Perou pour
eux. Qnoique la plipart foient ignoransau fuprème dégré, ils gagnent tout
ce qu'il leur plaits & comme il leur
plait de gagner beaucoup, on pcus --- Page 224 ---
206 Nonveau)
croire qu'ils font Foyager bien-tôt anx Mles
1701. Voici un perit échantillonde très riches.
Les habirans qui n'ont
leurgain.
rurgien dans leurs
point deChi1
celui quia foin de maifons: leurs Efclaves payent à
écus
tête de Négre,
trois
les sure quand ils font malades, feulement pour
les faigner. C'eft la feule chofe & pour
font pour eux. Al'égard des
qu'ils
on les payed part, &
remedes,
Prixor- Une potion Cordiale très-cherement.
"inaires tes re. une Medecine trois, un vaut cinq écus s
acdes, écu, & le refte à proportion. lavement un
D'oul'on
Emr
ce quilen coûte, quand il
traiter un
CdaE
ou quelque membre Négre quia fEpian,
Des
un
rompu, ou coupé,
mieux Fmoanir peu ménagers aiment
fiubitement, que des'expoler aux dépenfes d'une maladie
peu longue. C'eft un vrai
un
qu'il ne le foit point encore bonheur, établi de
Medecin dans ce pais-là. Le Roi en
entretient un à la Martinique pour l'état
Major & les Troupes 5 je ne içai
y en aàp préfentà Saint
pass'il
Ucilité On a érabliles
Domingue.
des Fre ritéa
Religiçux de la ChaCharité, res de laj "les fervices Leogane aufli-bien qu'au Cap, &
public, importans qu'ils rendenr au
bicn-tôr obligeront encore de les établir
au Port-Paix, au petit Goave, --- Page 225 ---
Françoifes de TAmérique. 207
a) VIle à Vache, & autres endroits les
plus peuplez. Ils ont fort diminué la 1701.
pratique des Chirurgiens, qui n'ont
plus pour ainfi dire, que les Négres,
& les Habitans qui font trop éloignez
de ces bons Réligieux, pour pouvoir
en être fecourus.
les Habitans feIl me femble que
roient bien de fonder un Hopital les
dans les Quartiers
LETES
les Négres, font érablis. Ils font affez riReligieux ches
faire cette dépenfe. Ils (c foulageroient pour par ce moyen de l'embarras,
& des dépenfes excellives qu'ils font
obligez de faire, pour les faire traiter
chez cux; & feroient allirez qu'ils fcroient infiniment mieux.
Il ne faut pas oublier une chofe, qui
arriva dansle tems que jétoisà Leoganc.
Thabileté des ChirurElle marque trop
n'avoir
ici fa
giens du pais, 2 pour
pas
Hiftoire
place. Un de ces Efculapes fauvages S, d'unChiqui demeuroit chez le fieur le Maire turgiene
Doyen du Confeil, s'avifa de purger
précaution la femme de fon maitre >
par
& le fit - avec tant de fuccès, qu'en moins
de quatre heures, il la guerit de tous
maux. Un accident fi funefte troubla
toutela famille, on ne douta point qu'il
nel'ent empoifonnée, on l'anêta auili-
Un de ces Efculapes fauvages S, d'unChiqui demeuroit chez le fieur le Maire turgiene
Doyen du Confeil, s'avifa de purger
précaution la femme de fon maitre >
par
& le fit - avec tant de fuccès, qu'en moins
de quatre heures, il la guerit de tous
maux. Un accident fi funefte troubla
toutela famille, on ne douta point qu'il
nel'ent empoifonnée, on l'anêta auili- --- Page 226 ---
208 Noxevzaux
tôt, &ilauroit mal Toyager Aux Mes
1701.
paile font tems, sif
fon
&ap
petdemmuticimuliere
innocence en prenant le prouver
mede dont la moitié étoit mème rCune boëte furlat table ( car il encore dans
en donner encore une dofe afar prétendoit
deux heures après la
malade
lui permir,
premiere. ) Onle
après il alla illaprit, tenir
& douze heures
lade. Heureux d'avoir compagnie à fa mamoyen la peine gu'il échapé par ce
heureux encore ceux qui méritoits & plus
ployé,a aufquels il n'auroir il'auroient emdedonner de femblables pas manqué
ce qui étoit dans cordiaux, fa boëte tant
Durc
auroir
Le mal de Siam fait de grands
fe, vages dans le pais ; & quand lilf fe raileft rare que la mort
ve. Les Habitans
demeure eOE
font très-fouvent anciens & neuveaux
continuès & violentes, atraquez de fiévres
ala fin putrides; &
qui deviennent
heur d'en échaper, clles quand on ale bondinairement en
dégénerent orteries tres-difficilesig hydropifies, ou diflenguérir.
dans Iln'y les a que. les Chaffeurs qui vivent
maladies. bois, qui foient exempts de
air qu'ils L'exercice qu'ils font,leb bon
refpirent, conferve leur em- --- Page 227 ---
Frangoifes de PAmerique. 209
bompoint & leur (anté, mais ils doivent bien prendre garde à eux quand 170I,
ils viennent dans les Bourgs, & n'y pas
faire an long féjour : car ils font plus
fufcepribles des maladies que lesautres.
Jaifouvent entenduraifonner furles
caufes de tant de maladies qui emportent une infinitéde monde, fans avoir
rien oii qui m'ait contenté. Cependant
ni les railonnemens qu'on fait dans le
pais, ni les confultanions qu'on a faites
en France, n'apportent aucun remede
àla mortalité quiy y regne, qui eft telle,
que notre Miflion qui n'étoit compofée
tout au plus que de cinq Religieux juf
qu'en 1702. en a perdu vinge lix en dix
ans, fans compter ceux quiont été oblide repaffer en France, dont je ne
E pas le. fort.
Voici mes conjedtures fur les caufes
de ces maladies. 11 eft certain quela
chaleur exceflive qu'on fent dans le
pais, jointe au peu de mouvement.que
lev vent donne alair, le font aifément
corrompre dans ces plaines, où il eft
comme renfermé d'un côté parl les montagnes dont elles font environnées, &
de l'autre par les arbres dont les bords
de la mer font couverts 7 En fecondlieu
les marécages des bords de la mer font
fur les caufes
de ces maladies. 11 eft certain quela
chaleur exceflive qu'on fent dans le
pais, jointe au peu de mouvement.que
lev vent donne alair, le font aifément
corrompre dans ces plaines, où il eft
comme renfermé d'un côté parl les montagnes dont elles font environnées, &
de l'autre par les arbres dont les bords
de la mer font couverts 7 En fecondlieu
les marécages des bords de la mer font --- Page 228 ---
210 Nouveanx Yoyages aux Hfes
encore des fources fecondes de fa cor1701. ruption; & en troiliéme lieu, les eaux
des petites rivieres, ravines & fources,
qui coulent dans ces plaines font
& corrompuès par la décharge deseaux gâtées
Premiere quiontfervi aux Indigoteries; & comcaufe des me leur cours eft très
fur
maladies, dans la faifon feche, ot lent, elles fonttrès- tout
baffes, elles ne peuvent manquer de
corrompre Fair. De forte que l'eau fe
trouve corrompuè, parce qu'elle eft infectée par celle des Indigoterics. La
terre eft gârée parl la chaleur exceflive,
& l'air eft corrompu par la corruption
delaterre & del'ean, & parce quiln'a
point le mouvement néceffaire pour fe
purger en fe débaraffant desexhalaifons
grollieres & putrides quis'y infinuent.
Jaiparlé ci-devant de la facilité qu'il
y avoit de rendre le pais plus fain, en
coupant les paletuviers 2 & en deffechant les marécages oà fe perdent les
petites rivieres & les ruiffeaux. On
pourroirprendre encore une précaution
qui feroit d'empêcher que les caux des
Indigoteries ne. s'écoulaflent dans les
rivieres.
Mais les maladiesont encore une atttre caufe à laquelle iln'eft pas fi facile
d'apporter dur remede. C'eft l'intempe- --- Page 229 ---
Françoifes de PAmérique. 27I
rance de bouche, & les débauches qui
fc font dans lepais. Toutle monde veut 1701.
manger beaucoup, & boire encore Seconde
micux. Ceux qui font riches, fe pi-d caufe,
quent d'avoir de groffes tables. Ils boivent & mangent avec excès, pour faire
boire & manger ceux qu'ils ont conviez
fans fe fouvenir que dans les pais chauds
& humides,oà l'air eft épais & groffier,
comme eft celui-li, on ne peut être
trop far fes gardes du côté de l'intemperance. La raifon en eft évidente. L'air
épais & groflier, ne contribue en aucune façon à la digeltion des alimens 1 $
il femble au contraire qu'il nourriffe,
& qu'il engraiffe : quand donc un corps
fe trouve furchargé d'alimens, pleins
d'excellens facs & très-nourriflans, accompagnez de vins de toutes lesfaçons,
& de toutes fortes de liqueurs, fans être
aidé d'aucun exercice, > que de celui du
jeu, qui ne fait qu'échauffer le fang, &
mettre la bile, &c les autres humeurs
dans un mouvement violent & déreglé,
peut-on efperer
corruption
1: toute la maife du Eere Une coagu.
lation, , des obftruétions & desi indigeftions fi puiffantes, que toute la Medecine n'y
apporter aucun remede.
Encorc PG. ces grands repas ne fc fai-
, fans être
aidé d'aucun exercice, > que de celui du
jeu, qui ne fait qu'échauffer le fang, &
mettre la bile, &c les autres humeurs
dans un mouvement violent & déreglé,
peut-on efperer
corruption
1: toute la maife du Eere Une coagu.
lation, , des obftruétions & desi indigeftions fi puiffantes, que toute la Medecine n'y
apporter aucun remede.
Encorc PG. ces grands repas ne fc fai- --- Page 230 ---
112 Noeseane-Foyager Aux IRes
foient qu'à dîner, 2 la chole feroit
1701.
plus
du fiupportable >
qu'on auroit le refte
jour pour Euee quelque exercice, &
quelque digeftion. Mais ce fonr des diners éternels, & les foupers qui les faivent, ne finiffent point. Il faut.s'aller
coucher, l'eftomach plus tendu & plus
durqu'un bâlon: la chaleur oblige defe
tenir découvert, on s'endort avec le
commencement d'une fraîcheur agréable, qui fc change bien-tôt en
& on fe trouve le matinà demi glacé, fioid,
l'eftomach plein de viandemal
& des cruditez de ce qu'on a digerée, bi. On
refifte au, commencement, 5 mais cela
dure peu. Les plus robuftes fouriennent
davantage,se puis ils crevent plus promtement, Les plus foibles fentent
les fuites deleursdéfordres,
plàtôr
quelquefois un peu, traînent fecorrigent
tems une vie languiflante & plus long-
& enfin ils prennent tous le ennuyeufe, même chemin. Je n'ai jamais apprehendé beaucoupla mort, maisfai toûjours eu peur
desmaladics & desMedecins; &c
mon état ne m'auroit
quand
vie
pas obligé à une
reglée, ces deux motifs auroient
fuffi pour m'y engager.
A l'égard de nos
& des
auties Millionnaires qui Religieux, ifontaSaint tDo- --- Page 231 ---
Françoifes de LAmérigne. 213
mmingue, je n'ai jamais entendu dire 2
quel les excès de bouche les ayent tuez 5 1701,
ilya a allez d'autres caufes de leurs maladies, & de leurs morts ; & quand il
n'y auroit que l'intemperie du climat,
& les affiftances continuelles qu'ils rendent aux malades, cela ne foffiroit-il
pas : Mais leur petit nombre les a prefqne toujours expofez à des fatigues alldeffus del leurs forces. Des
qui fortent d'un Cloître oû tous Rre exercices
font reglez d'une maniere proportionnée à leur force, &c à la nourriture qu'ils
prennent s ne peuvent guéres fans altererbien-tôt leur fanté, & même la ruinerenticrement, faire toutes les fonc- Caufe
tions d'un Miflionnaire, chargé d'une prinçiParoiffe très-étendue, & très peuplée pale la mort de
porter les Sacremens dans des endroits > des Mif
éloignez fouvent pendant la nuit, être fionnai- ies,
expofé aux chaleurs exceflives, aux
pluies, & autres injures de l'air, confeffer, prècher, faire le Catechifme,
vifiter les malades ; accorder Jes differens; en un mot, faire le plus ordinairement feul, ce qui donneroit affez
d'occupation à dix Ecclefiaftiques dans
une Ville. C'eft-là la veritable caufe de
la mortde tant de Miflionnaires de tous
les Ordres établis dans les Ifles,
ies,
expofé aux chaleurs exceflives, aux
pluies, & autres injures de l'air, confeffer, prècher, faire le Catechifme,
vifiter les malades ; accorder Jes differens; en un mot, faire le plus ordinairement feul, ce qui donneroit affez
d'occupation à dix Ecclefiaftiques dans
une Ville. C'eft-là la veritable caufe de
la mortde tant de Miflionnaires de tous
les Ordres établis dans les Ifles, --- Page 232 ---
Nonveanx Voyages aux Ifles
delapartie Françoife de
Le (pirituel étoit entre les mains
1701. Saint Domingue & des Religieux de mon
des Capucins,
comme les plus
Oidre. Les Capucins lesmeilleures Paroilles,
anciensavoient dire routes celles du Cap & du
c'eft-à
jufqu'à la riviere de l'ArtiPort-Paix, Ils avoient encore celles du
bonite.
de
grand & du petit Goave,delAcul,
Nippes & du Rochelois. les Paroiffes de
Nous n'avions que Riviere, & du
TEfterre, de la petite
fur
Cal-de-Sacs avec des prétentions établir dans
toutes celles qu'on pourroir la riviere de
rout ce Quartier julqu'à
l'Artibonite.
des Curez font payées
Etats des Les Penfions à raifon de trois cent
8cleut Paroifles par les peuples, Curé, & quand il a
gevenu. écns pour chaque on lui donne deux cent écus
un fecond Lé Caluel eft aufli plus confide plus.
Ifles du Vent. Il feroit
derable d'en qu'aux faire ici le détail, je croi
inutile lavoir fait dans un autre endroit. Ce
remarqué fur cet article, eft
que j'ai Curez n'en ont pasplus de refte
queles bout del'année que ceux des Ifles,
au dontle revenu eft beaucoup moindre;
toutes les dentées, excepté
parce que font beaucoup plus cheres,
la viande, --- Page 233 ---
Françoifes del-Amerique: 215
& que
qu'ils foient malades,
les tEE leur enlevent plus en 1701
une femaine, qu'ils ne peuvent recuéillir en un mois.
Tel a étél'état des Paroifes de Saint
Domingue jufqu'en 1703. que les Catoutes celles dont
avoient foin. Onn'ajamais Içà bien
mreeon
au vrai la raifon qui lesy a obligez. Les
uns difoient qu'ils avoient reprefenté à
la Cour qu'elles leur étoient a charge, 3
vû le grand nombre de Religieux
y mouroient; mais qu'eft ce que pour des Capucins dont on voit par
tout des quantirez fi confidérables :
D'autres difoient que les Commandans
n'étoient pas contens d'eux, s'en
&
leur avoit
Reang
plaints, qu'on
infinué, qu'il étoit à propos qu'ils demandaflent à fc retirer. Quoiqu'il en Partay"
foit les Peres Jefuites furent choifis par des Pala Cour, pour remplir leurs poftes, & roifles entre L
elle partagea entr'eux & nous toute laJéuites
Françoife. LesJefuites ont eu tous &lesJa cob.ns,
Quartiers
font
Samana
Taris
qui
depuis
jufqu'à la riviere de l'Artibonite j &
nous tout ce qui eft depuis cette riviere,
jufqu'au Cap Tiberon. Les Eglifes du
Qpartier de PIfle à Vache étoient deffervies par des Prètres Seculiers, quela
ifles entre L
elle partagea entr'eux & nous toute laJéuites
Françoife. LesJefuites ont eu tous &lesJa cob.ns,
Quartiers
font
Samana
Taris
qui
depuis
jufqu'à la riviere de l'Artibonite j &
nous tout ce qui eft depuis cette riviere,
jufqu'au Cap Tiberon. Les Eglifes du
Qpartier de PIfle à Vache étoient deffervies par des Prètres Seculiers, quela --- Page 234 ---
216 Nonveaux Vayages aux IRes
1701 Compagnic deffein de entretenoit. On avoit eu
étoient
nous y érablir, & les chofes
affez avancées. On fit enfuite
des propofitions aux Jéfmites, qu'ils ne
jugerent forte
à propos d'accepter ; de
ir n'y avoit rien de conclu
gaand je fiis parti desIles, & je doute que cette affaire foit encore terminéc.
Volage Le 3 Février
au Cul Supérieur
faccompagnai notre
de Sacde fite
général, qui alla faire fa ViLéoganc.
au Cul-de-Sac. On compte environ
treize lieiies de l'Efterre
Il
s'en faut bien que les chemins julques.a. foient
aufli beaux depuis la grande Riviere
jufqu'au Culde-Sac, qu'ils le font dans
toute la plaine de Léoganc.
a des
endroits fort raboteux &i incommodes. Ily
On parloit de les accommoder, afin
qu'on pûr faire rouler les Caroffesdans
tous ces Quartiers-là. La chofe ne me
parut pas fi difficile qu'on la faifoit.
Nous fàmes fort contens de l'Eglife
& de fes dépendances, & encore
du Curé, dont tour le monde fel loiioit, plus
& nous difoit du bien, C'étoit alors le
Pere Monori, du Convent de la rue S.
Honoréal Paris. Nousemployimexcing
jours. en ce voiage.
Au retour je terminai l'affaire de ma
Commiflion, --- Page 235 ---
Françoifes de PAmbriqne. 217
Commiflion. Je me convainquis,
ce que je vis & entendis, que les Aares 1701,
qu'on reprochoit au Supérieur de la
Miflion de S. Domingue, venoient de
fon peu d'expérience & d'aptitude pour
les affaires; ; de forte
je fis
que
agréer C
au Supérieur général qu'il fe démit entre fes mains de fon emploi; & aufli-tôt
que cela fut fait, je fongeai à la retraite, craignant avec raifon que le Supérieur général, & les autres Religieux, >
ne m'engageaffent à remplir CC poltc.
Jele priai donc de me permettre de retourner à la Guadeloupe, ainfi que je
l'avois promis au Gouverneur de cctte
Ile, pour faire travailler felon les projets qu'on avoit envoyés en Cour. Je
m'apperçûs bientôr qu'il avoit d'autres
vûes, &qu'il différoir de jour à autre >
de me donner une réponfe pofitive ,
afin de me faire perdre el'occalion d'une
Barque qui remontoit aux Illes du
Vent 5 mais je lui témoignai tant de
répugnance à refter à Saint Domingue, qu'à la fin il confentit à mon retour. Le départ de la Barque m'empècha de voir lesQuartiers dugrand & du
petit Goave.
Il eft bon de remarquer, que bien
des gens fe trompent en parlant de ces
Tome VII,
K
me donner une réponfe pofitive ,
afin de me faire perdre el'occalion d'une
Barque qui remontoit aux Illes du
Vent 5 mais je lui témoignai tant de
répugnance à refter à Saint Domingue, qu'à la fin il confentit à mon retour. Le départ de la Barque m'empècha de voir lesQuartiers dugrand & du
petit Goave.
Il eft bon de remarquer, que bien
des gens fe trompent en parlant de ces
Tome VII,
K --- Page 236 ---
218 Nowveaux Troyages AHX Tes faute de
Quartiers. Ils les confondent
les connoitre, comme a fait Dampier,
1701,
qui dans fa Carte du Golphe
Faute de Anglois,
le Port-Paix, ou
Dampier dansla du Mexique, Goave, marque comme fi c'étoit la mèpofition le petit
ait plus de foidu Port- me chofe, quoiquil y
ces lieux
Paix & xante lieués de diftance d'un de
du petit
S'il n'eft
exact dansle
Goave, àl'antre. dans chucste Rlee court rifque de
refte, que
voir fon Ouvrage méprifé,
CHAPITRE IX.
de PAuter de TEferre à Ia
rREL de Saint Lowis. Du Commerce
les
Defcription d'un
avec
Efpaguols.
Boncan.
A Barque dont je me fervis pour
L remonter aux Ifles du Vent,fe nomOn dit monter aux
moit TAventuriere.
quand on
Ifles du Vent, parce que lieux
ou autres
qui
Tot
de S. Domingue aller, il faut aller fans
à l'Oueft pour y
alifés, qui foufceffe contre les vents
de PE(; &
Aent toujours de la bande
cela
cn tei me de Marine Amériquaine, , on
s'appelle monter : au lieu que quand --- Page 237 ---
Françoifes de PAmériqne. 219
des Ifles du Vent, ou autres lieux
a font à l'Eft, pour aller aux lieux 1701.
qui font à l'Oueft, on appelle cela defcendre; parce que comme il y a bien
plus de facilité à defcendre
monter,ilyen a aufli bien plus Ta fuivre le
cours du vent qu'à faire route contre
fa violence.
Cette Barque étoit une excellente
voiliere ; elle avoit été conftruite à la
Vermude, où les Ouvriers fe font acquis à bon droit la répuration des meilleurs conftruéteurs du monde, pour ces
fortes de Bâtimens. J'en ai donné la
defcription dans ma feconde Partie.
Elle étoit conduite par un de nos Flibuf
tiers nommé Samfon, habile homme
autant qu'on le pouvoit fouhaiter. Le
fieur des Portes Arfon Maloiiin, qui
étoit venuil la Martinique depuis quelque tems, pour établir un Commerce
avec les Elpagnols, dont il fçavoit la
langue, étoit dans cette Barque. Ilétoir
allé pour reclamer une autre Barque,
que les Anglois nous avoient prife, fous
prétexte qu'elle leur avoit été enlevée
pendant la guerre précédente, par des
gens quin'avoient pointde Commiffion.
Ils avoient même procédé contre le
Maître & les Matelots quila montoient
K ij
, pour établir un Commerce
avec les Elpagnols, dont il fçavoit la
langue, étoit dans cette Barque. Ilétoir
allé pour reclamer une autre Barque,
que les Anglois nous avoient prife, fous
prétexte qu'elle leur avoit été enlevée
pendant la guerre précédente, par des
gens quin'avoient pointde Commiffion.
Ils avoient même procédé contre le
Maître & les Matelots quila montoient
K ij --- Page 238 ---
220 Nowveanx
aux Thes
quand ils l'avoient COPSE &c les mena1701. çoient de les faire pendre comme comLe fieur plices de ce prérendu vol. Le fieur des
des Por- Portesétoit arrivé à tems pour leur fautes,fu- jet de ver la vie, mais il n'avoit pû fauver la
fon vora- Barque, qui fut confifquée, 8cfa charJamai- ge àla ge fervit à payerlesprocddures.
que,
Ce, font des tours ordinaires des Anglois de la Jamaique, qui ne manquent
guéres d'en faire. de femblables autant
de fois qu'ils en trouvenl'occafion. Le
remede à cela eft d'en ufer de même à
leur égard. C'eft l'unique 9 pour les
mettre à la raifon.
Nous étions chargez d'Indigo, de
quelque argent en faumons & en piaftres, d'unc partie d'or en poudre, 8c
de plufieurs caiffes de Toiles de Bretagne > qu'on nomme Platilles, de Bas
de foye & de fil, de Chapeaux & de
Merceries qui étoient reftées d'une Cargaifon qu'on avoit mife dans la Barque,
pour trafiquer en paffant chez les EC
pagnols. Cela m'engage de dire un mot
du commerce qu'on faita avec eux.
Ce commerce étoit très-lucrarifavant
que les François euffent trouvéle fecret
dele gârer, en portant une trop grande
quantité de marchandifes, & les donnant à l'envie les uns des autres à vil --- Page 239 ---
Françoifes de PAmérigue. 221
prix. Les Anglois & les Hollandois ont
étéen cela plus fages que nous 3 & quoi- 1701.
gu'ils ayent pour le moins autant d'a- Comvidité que nous , ils ont fçàfe contenir, merce ane point aller lesuns fur les autres, & vec les
entretenir toujours le commerce fur le gnols, Efpamême pied.
Il n'eft permisà aucune Nation, fous Il eft déprétexte que ce puiffe être, fendu à
Tr traiter chez les Elpagnols. Ils toutesles
Nations,
confifquent fans mifericorde tous les
Bâtimens qu'ils peuvent prendre, foit
qu'ils les trouvent mouillez fur leurs
Côtes, foit qu'ils les rencontrent à une
certaine diftance, > patce qu'ilsfuppolent
qu'ils n'y font que pour faire le Commerce; &
être convaincus de l'avoir fait, SP1 fuffit qu'ils trouvent dans
le Bâtiment, ou des marchandifes fabriquées chez eux 2 ou de l'argent d'EC
PE font leurs loix aufquelles on ne
manquejamais de trouverb bon nombre
d'exceptions. En voici quelques unes.
Lorlqu'on veut entrer dans quelqu'un
de leurs Ports pour y faire le commerce Prétexte
on feint qu'on a befoin d'eau,de bois, trer pour dans, ende vivres. On envoye un Placet au les Ports
Gouverneur
un Oficier,
des E(-
pofe les Selolmsd du Bâtiment. D'autres quicx- pagnols.
K iij
ix aufquelles on ne
manquejamais de trouverb bon nombre
d'exceptions. En voici quelques unes.
Lorlqu'on veut entrer dans quelqu'un
de leurs Ports pour y faire le commerce Prétexte
on feint qu'on a befoin d'eau,de bois, trer pour dans, ende vivres. On envoye un Placet au les Ports
Gouverneur
un Oficier,
des E(-
pofe les Selolmsd du Bâtiment. D'autres quicx- pagnols.
K iij --- Page 240 ---
222 Nowveanx
foisc'eft un mât Foyager ausler
1701. voye d'eau confidérable qui a craqué, ou une
trouver, ni érancher fans qu'on ne peut
Bâtiment 3 & le mettre à la décharger Bande. le
détermine le
On
qu'on veut qu'il Gouverneur à croire ce
confidérable qu'on CATIFA
un préfent
de la
On
ARTO
même maniere les
aveugle
on a befoin, &
Officiers donc
miflion d'entrer, de puis on obtient perment, pour chercher décharger la
le Bariremettre le Bâtiment voye d'eau, &
nuer fon
en érat de contiobfervées: voyage, Les formalités font
on enferme
les marchandifes;
foigneufement
la porte du
on en met le Sceau à
fait entrer, Magazin parlaquelle on les
mais on a foin
une autre quin'eft point fcellée, qu'ily en ait
quelle on les faic fortir de
par lanuit, & l'on
Iemplace ce quel'on ôte par des caiffes
d'Indigo, de Cochenille, de
par de l'argent en barres ou Vanille,
du Tabac, 3 & autres ma
monnoyé,
dès que le Négoce eft achevé, archandifes; &
d'eau fe trouve
la voye
le Bâtiment éranchée, le mât affaré,
Mais cela
prêr à mettre à la voile.
Maniere
ne fuffit pas, il faut
de faire un expédient, > afin que ceux trouver
le Com. acheré les
qui ont
meice, dre. On expofe marchandifesles puiffent venpour cela au Gouver- --- Page 241 ---
Françoifes de PAmerique. 223
Heur, & à fes Officiers qu'on manque
pouracheter les vivres dont on 1701.
EET a
& pour payer ce qu'on a pris
acommoderle Bâtiment, &on
pour
le fupplie de permettre qu'on puiffe de
vendre des marchandifes au prorata
ce qu'on doitacheter ou payer. Le Gouverneur & fon Confeil y confentent
après les grimaces qu'ils jugent à
de
on vend quelques
RETE
defaire, marchandifes; afin que le gros de la
Cargaifon que CCS Meffieurs 3 ou leurs
être vendu
Agens ont acheté, puille
pabliquement fans qu'on s'en puiffe
plaindre; ; parce qu'on fuppolera toujours que c'eft ce qu'on d'acherer a permis aux des
Marchands Elpagnols
Etrangers. Ainfi fc débitoient en ce
tems-li les
groffes cargaifons.
A l'égard 8ce celles qui font moindres,
& dont les Barques Angloifes, Hollandoifes, Françoifes & Danoifes font ordinairement chargécs > on les
à-dire, , aux
ens
dansles Elterres,ceft
d'embarquemens Oil embarquaderes >
qui font éloignez des Villes, ou aux
embouchures des rivieres. On avertit
les Habitans des environs par un coup
de Canon, & ceux quiontenvic de trafiquer viennent dans leurs canots pour
K iv
8ce celles qui font moindres,
& dont les Barques Angloifes, Hollandoifes, Françoifes & Danoifes font ordinairement chargécs > on les
à-dire, , aux
ens
dansles Elterres,ceft
d'embarquemens Oil embarquaderes >
qui font éloignez des Villes, ou aux
embouchures des rivieres. On avertit
les Habitans des environs par un coup
de Canon, & ceux quiontenvic de trafiquer viennent dans leurs canots pour
K iv --- Page 242 ---
Anx
faire
Manranefroyuger
IRes
leur emplerté. C'eft
1701. ment la nuit qu'on fait ce particuliereMaisil faut êcre fur fes gardes, commerce,
armé, & ne laiffer jamais entrer toujours
le Bâtiment plus de
dans
trouve
monde, qu'on ne fe
en état d'en chafler, s'il leur
prenoit envie de faire quelque infulte.
Traiter Onappelle cette maniere de
à la Pi- traiter à la Pique, On ne trafiquer,
que, ce de crédit dans ce
parle il
jamais
quec'ef,
Négoce;
ne fe fait
qu'argent coiptant, OlI marchandifes
préfentes.
L'on fait ordinairement un retranchement devantla chambre, ou fous le
gaillard de la Barque ou autre Bâriment,
avec une table, fur laquelle on éralle
les échantillonsdes
fure qu'on les
marchandifes à memontre. Le Marchand
ou quelque Commis, & autres
armez font en dedans du retranchement gens
avec de mennès armes. On en met encore quelques-uns au deffus de la chambre, ou fur le gaillard: le refte de l'Equipage bien armé cft far le
le Capiraine ou un Commis pon avec
faire les honneurs, recevoir les P pour
fonnes qui viennent, les faire
les reconduire
Auer
avec civilité, &
ce font des gens de quelque
quand
ou qui font de grofles
diftinction,
cmplettes,-les --- Page 243 ---
Frangoifes de LAmérique. 225
faluer en fortant de quelques coups de
Canon. Ils fe piquent beauconp de ces 170I.
fortes d'honneurs, & on eft fur den'y
rien perdre.
Mais avec tout cela, il faut être fur
fes gardes, & roujours le plus fort, car
s'ils trouvent l'occafion des'emparer du
Bâtiment, il eft rare qu'ils y manquent.
Ils le pillent, &c le coulent à fond avec Danger
qu'on
Téquipage. afin qu'il ne fe trouve plus coure
perfonne qui fc puiffe plaindre de leur dans ce
perfidie:
que fi un pareil cas ve- Négoce,
noit à la Eaelint des Officiers de
leur Prince, ils ne manqueroient pas de
les obliger à une entiere reftitution de
ce quiauroit été pillé, non pas, comme
on pourroit fel l'imaginer, pour le rendre aux Propriétaires, mais pour fc
l'approprier comme des effets confifquez.
Ce queje rapporte ici n'eft pas une
hiftoire faite à plaifir. C'eft une pratique conftante fur la Côte delanouvelle
Elpagne, de Carac & de Cartagene.,
dont bien des François 3 Anglois, 8c Les E(-
Hollandois, ont fait latrifte expérience. pagnols
Il y a encore une chofe à obferver font turelle- uaquand les Efpagnols font à traiter dans ment aun Bâtiment, c'eft de prendre garde à aular- donnez
lcurs mains plàtôt qu'à leurs pieds. Ils cip.
K V
une pratique conftante fur la Côte delanouvelle
Elpagne, de Carac & de Cartagene.,
dont bien des François 3 Anglois, 8c Les E(-
Hollandois, ont fait latrifte expérience. pagnols
Il y a encore une chofe à obferver font turelle- uaquand les Efpagnols font à traiter dans ment aun Bâtiment, c'eft de prendre garde à aular- donnez
lcurs mains plàtôt qu'à leurs pieds. Ils cip.
K V --- Page 244 ---
226 Nowveanx
AHX
font tous ou
Voyages
IRes
1701, tion, habiles prefque à
tous fujets a cauprendre autant
être, & quand ils
de
LAE
Srescifier
fans qu'elle s'accommoder coûte
d'une chofe
d'exemple
rien, il n'y a
Il faut donc qu'ils avoir l'ayent laifé échaper. point
verts fur cux, & dès toujours les yeux ouçoit, il fautles en
qu'on s'en apperCom- re
avertir d'une maniedoit ment les on honnète, fàr
& comme fi on
avertir,
une méprife. Carils s'offen- croyoit
fionle
RcetN
perdroit l'occalion faifoir de la autrement, on
rraite, & mé
meons'expoferoira, Ilsne fefachent
des fuitesfacheufes.
vis: ils font femblant point de ces fortes d'ade quelque
que ç'à été l'eflet
voulu fe divertir diftradion, de
ou d'avoir
roit le Commis
l'embarras où fcde la
quand il s'apercevroir
qu'on perte fait qu'il auroir faite. C'eft ainfi
femblant de fe
part & d'autre. Le plus tromper eft celui de
dife, quine laiffe pas C emporter a marchanfans qu'elle foit
ceci far le
payéc. Je raporte
gens. Cependant témoignage de bien des
un crime à toute je la n'ai garde d'en faire
de Tinjuftice, & Nation. lly auroit
à perfonne.
je n'aime pasaen faire
Lai meilleure marchandife
qu'on puif --- Page 245 ---
Frangoifes de PAmbrigne. 227
fe porter aux endroits
ont Commer- Les 1701,
les mines eft vifargent.
cC avec
ie font refervez cettc
Rois d'Efpagne,
très-contraite > quileur rend un profit à la traiter,
fidérable. Loriqu'on trouve
donne
le
ne fe dilpute point, on mercure. P.ix du
EERt pour Poids argent voit, pour eft très- vif-arCe profit, comme on
de huit gent.
grand, car il faut feize pieces livre; & le
pour faire le poids d'une
francs où
mercure ne vaut que quatre
cent fols la livre.
leur
Ceux quiveulent augmenter
pro- Profit fur
fit, fe font payer poids pour
en les les cfpc.
comme
ces.
Ret
petites realles, monnoyes, & les demi realles S ; parce que
les recevant au poids, & trouvantl'oc.
cafion de les donner en compte, itya de
fouvent deux, &c même trois écus
profit
livre. bien fc
de faiIl FLAITE pourtant
garder ni fur
rc paroitre aucune affcétation, chofes 5 &c
cet article, ni fur d'autres faire, il vaut Maxi ms
quand on a une partieà fur certaines mar- à obler-.
micux lâcher la main
ver dans
chandifes, & même les donner à pertc, ce merce. Comque de fe tenir trop roide, & bizarres, dégoûter
les acheteurs, qui font fort
& fort capricieux. donc qu'on eft obligé de perdse
Lors
Kvj
re aucune affcétation, chofes 5 &c
cet article, ni fur d'autres faire, il vaut Maxi ms
quand on a une partieà fur certaines mar- à obler-.
micux lâcher la main
ver dans
chandifes, & même les donner à pertc, ce merce. Comque de fe tenir trop roide, & bizarres, dégoûter
les acheteurs, qui font fort
& fort capricieux. donc qu'on eft obligé de perdse
Lors
Kvj --- Page 246 ---
228 Nowveaux Voyages AAX Ifes
fur quelque marchandife, on peut le
1701. leur faire fentir d'une maniere fine &
délicate, parce
commeils
de politelle & des
fepiquene
générofité, on eft fûr
de reparer bien-tôr fa perte; & dès
leur a une fois rempli la tête de
il eftaiféde les
Rt
faire venir à un
point où le Marchand trouve toujours
au-delà de fon compte.
C'eft ce que les Anglois & les Hollandois fçavent faire a merveille. Ils
voyent par exemple qu'un Elpagnol,
qui vientacheter une piece de platille,
pour faire deux chemifes, s'eft fixé à
n'en donner gu'un prix qui va à leur
perte; ils ne laiffent pas dela lui donner;
majs en même tems, ils lui font voir
desdentelles, dont ils lui font venir envie, en lui difant, que tous les Grands
d'E(pagne en portent de cette
& les lui vendent dix fois
qu'elles façon,
ne
plus
valent. C'eft ainfi qu'il faut traiter
avec eux, fans que les mauvais habits
qu'ils portent, fouvent paraffeétation I 5
pour n'ètre pas connus, faffent rien diminuer des honneurs donr ils aiment a
être
Bas &
furchargez.
ChaLes Chapeaux qu'on leur porte doipeaux vent être
la
propres
gris pour plipart, de Louaux EC tre,de Caftor, ou de quelqu'antre poil
pagiols, --- Page 247 ---
Frangoifes de PAmérique. 229
approchant. Il faut que la forme foit 1701.
plate, les-bords larges, & fur toutes chofe, que la coëffe foit de Satin de couleur. Qu'ils foient vieux ou non, pourvû qu'ils foient bien accommodez, &
bienluftrez, on les vend avec avantage.
On les vendoit autrefois quarante &c
cinquante piaftres la piece. Cela eft
bien diminué depuis que les François
en ont porté un trop grand nombre. On
ne laiffe pas cependant d'y faire un trèsgrand profit.
Al'égard des Bas defoye ( car iln'en
faut
d'autres) il fuffit qu'ils foient
EUnS bons ou mauvais, n'importe,
les Efpagnols en portent ordinairement
deux paires, une de coulenrpar-delffous,
& une noire deffus.
Les Gouverneurs, & autres Officiers
Elpagnols, font commerce de toutes
fortes de marchandifes, & de leur
mieux. Ils exécutent exaétement les
Ordres de leur Prince, qui le défendà
fes Sujets, mais pour eux ils fe difpenfent de cette loi incommode. C'eft parliqu'ilsamallent lesi richeffes prodigieufes qu'ils emportent en s'en retournant
en Europe.
Ily avoit dans le tems que j'étois à
Saint Domingue un GohverneuriCar-
agnols, font commerce de toutes
fortes de marchandifes, & de leur
mieux. Ils exécutent exaétement les
Ordres de leur Prince, qui le défendà
fes Sujets, mais pour eux ils fe difpenfent de cette loi incommode. C'eft parliqu'ilsamallent lesi richeffes prodigieufes qu'ils emportent en s'en retournant
en Europe.
Ily avoit dans le tems que j'étois à
Saint Domingue un GohverneuriCar- --- Page 248 ---
z30 Nonveaux Foyages AHX Ifes
1701. tagene, monde qui étoit le premier homme du
pour cela.
Pimien. to. Ilavoit fervi Ilsappelloit Pimiento Gou-viere,
fous PEleéteur de Baverneur
s qui lui avoit fait avoir ce
deCarta. géne, vernement, & qui lui avoit Goumandé d'amaffer
recomou cinq cent mille Promptement écus; & de quatre
en Europe. Pour ne
revenir
premier point, il faifoit pas un manquer au
aniverfel, &il le faifoit de telle commerce
qu'il ne vouloit
forte,
le fecond, il éctivit pointd'aflocié. en
Erpour
même vaiffeau
Elpagne par le
tagene,
demander quil'avoir portéa Carfçachant berts bien
fon congé, >
il auroit tout le qu'avant tems nécellaire qu'il arrivar,
amaffer plusd'un million de
pour
nc fe trompa pas. Le
fat pialties. G
Il
tems à venir,
congé
longen état d'en qu'il mourat avant d'êue
fé non
profiter, après avoir amaf
piaftres, pas mais quatre ou cinq cent mille
d'écus. Le bruit quatre fe
ou cinq millions
Vent qu'il étoit répandit aux Iflcs du
vouloir, mais
mort plàtôr qu'il ne
qu'on l'y avoir
par une Potion cordiale, dontil déterminé eft
vie. re qu'on prenne plus d'une fois en ra- fa
de Départ l'EC lc Nous partimes del la rade de FEAerre
scire,
Vendredy 18. Février fur les cinq --- Page 249 ---
Françoifes de PAmérique. 231
heures du foir. Notre Barque avoit
deux pieces de canon, mais nous n'a- 1701r
vions qu'un fcul boulet, dont nous ne
pas nous défaire, parce qu'il
pouvions iervoit à broyer la moutarde, qui acnotre cochon boucané. Car
compagnoir nous fullions en Carème, &
quoique au milieu de la mer , nous ne pouvions
faire maigre
le Vendredy, que nous &c
avec Oer bifcuit, des parates ,
paflions du vin. Du refte nous avions d'allez
bonnes provifions, & fur tout des fufils, de la poudre & du plomb atl fervice de nos amis. Nous étions dix-fepr
hommes avec un mouffe, & mon Ne,
gre qui iavoit quinze à feize ans.
des
Nous etmes dès le lendemain
vents contraires & fort violens : de Les Cay"
forte quenous: ne pames
les Cay- mites Illes,
le
far le NPEIEr Ce font
mites que
25. Iles bafles & défertes,
plufieurs petites
que je ne pus pas bien voir, la parce nuit. que La
nous les
pendant & le devint à un
mer étoit
groffe,
Tange
tel point, que les lames fe donnoient la le
liberté de s'exercer à qui fauteroit l'arriere à Ils
mieux, & à qui palféroit de
fut dent cuifine RE
Favant de notre Barque. Uned'elles cheinin par un
aflez mal adroite
emporter funefte coup mcs, de
faifant notre isian Accident
, la parce nuit. que La
nous les
pendant & le devint à un
mer étoit
groffe,
Tange
tel point, que les lames fe donnoient la le
liberté de s'exercer à qui fauteroit l'arriere à Ils
mieux, & à qui palféroit de
fut dent cuifine RE
Favant de notre Barque. Uned'elles cheinin par un
aflez mal adroite
emporter funefte coup mcs, de
faifant notre isian Accident --- Page 250 ---
232 Nowveanx
aux IRles
Pour des gens qui Foyages avoient grand
1701, tit. Cette difgrace & la continuation appe- du
mauvais tems nous obligea de moiiiller
fous le Cap de Donna Maria, qui eft le
plus al'Oheft de toutel'Ifle.
Nous y fûmes encore invitez par un
petit pavillon, que des Chaffeurs qui
éroient en ce Quartier-là mirentau bout
d'une perche, pour nous appeller. Cependant comme il étoit bon de prendre fes firetez, de crainte que ce ne ful-.
fent d'honnètes gens, tentez d'enlever
notre Barque,poursenaller Forbans,on
prit les armes > on chargea nos Canons
de mitrailles, & de balles de moufquet,
& je m'offris d'aller avec deux hommes
dans le canor, pour reconnoître le terrain, & voir siln'y avoit rien àcraindre. Je m'acquitai de ma commiflion,
& après avoir tout examiné,je retournai à la Barque avec deux Chaffeurs,
qui nous firent un prefent de Cochon
frais, & de boucané. On les régala de
vin & d'eau-de-vie, &on convint avec
cux du prix de dix-huit cent livres de
Cochon en aiguillettes, & en picces,
& de trois cens livres de mantegue,
e'cft-à-dire, de graiffe de Cochon ou
fain doux.
Les Efpagnols s'en fervent dansl'A- --- Page 251 ---
Prançoifes de LAmérique. 233
merique, & même en quelques Provin- 1701.
ces d'Efpagne au lieu de beurre, & ce- Manrela en vertu de la Bulle de la Croifade > guc, c'eft ce
qui leur donne encore d'autres grands 8" fon
privileges, & entr'autres de manger le ufage,
Samedy toutes les extrèmitez des bètes,
comme fontles pieds, la rète > le col,
& les entrailles. Mais on coupe ces extrèmitez fi avant, que le corps eft réduit
à très-peu de chofe. Cette mantegue eft
blanche comme la neige, &c excellente
de quelque maniere qu'onla vetiille employer.
Nous devions payer ces provifions en
poudre, plomb, toiles & merceries 5
&c comme leur Boucan étoit environ a
deux lieiies de la mer, ils nous demanderent quelques-uns de nos hommes,
pour leur aiderà aller rchercher ces viandes. On leur en donna fix,
pris la
commiflion d'aller choifir la
Je
ISESE
menai mon Négre avec moi, pour
ter mon hamac, & nous
le
dcie
partimes
champ. C'étoit quelque chofe de plaifant de Habille:
voir Thabillement de ces deux Chaf- Chaf. ment des
feurs. Ils n'avoient qu'un caleçon, & feurs,
une chemife, le caleçon étoit éttoit, &
la chemife n'entroit pas dedans; 5 elle
étoit pardelfus comme les roupilles de
Je
ISESE
menai mon Négre avec moi, pour
ter mon hamac, & nous
le
dcie
partimes
champ. C'étoit quelque chofe de plaifant de Habille:
voir Thabillement de ces deux Chaf- Chaf. ment des
feurs. Ils n'avoient qu'un caleçon, & feurs,
une chemife, le caleçon étoit éttoit, &
la chemife n'entroit pas dedans; 5 elle
étoit pardelfus comme les roupilles de --- Page 252 ---
234 Nouveawx
1701, nos roulliers, & Poyageraux un
IRes
Ces deux pieces étoient peu fi moins large,
imbibées de fang & de noires, & f
les fembloientètre de toile graiffe, qu'elUne ceinture de peau de gaudronnée.
poil, ferroit la chemife, Beufavecle &
d'un côté une
foitenoit
trois ou
guaine s
renfermoit
desi
quatreg grands ELES comme
gouflier bayonnertes, à l'ordinaire. & de l'autre > un gartête un cul de
Ils avoient fur la
environ
chapea, dont il reftoit
cn pointe quatre au-deffus doigrs de bord,
liers étoient fans desyenx. Leurs eatt
piece. On les fait coutare de
, & tout d'une
de.Cochon. Voici
peau de Baeuf ou
a écorché un Baeuf, comment, ou un Desqu'on
on enfonce le pied dansle Cochon,
peau.
lui couvroit
morcean de
orteil 1 place dans le lieu lajambe. Legros
genoiil 5 on ferre le bout qu'occupoit tle
& l'on le coupe. On fair monter avec un nerf,
trois ou quatre
le refte
cheville du
doigts au deffus de la
pied, &
un nerf,
onl'y attache avec
alors il fe jufqu'a tient de ce qu'il foit fec, &
chauffure très-.commode, lni-mème. C'eft une
à bon
bien-tôt faite,
qui empêche marché.quine bleffe jamais, &
& les épines, qu'on far ne fente les pierres
lelquelles on marche, --- Page 253 ---
Francoifas de PAmerigue. 135
Nous arrivâmes aflez tard aleur Boucan, où nous trouvâmes leurs trois au- 1701.
tres camarades. Leurs pavillons étoient
dans une allez bonne cafe couverte de
raches,8cla petite cafe à boucaner étoit
tout auprès. Ils avoient beaucoup de
viandes feches,d'autres quiboucanoient
& deux ou trois cochons qu'ils venoient
de tuer. Nous foupâmes fort joyeufement, & avec appetit. J'avois fait apporter du vin, & del'eau-de-vie, mais
mon Négre avoit oublié le pain. Je
m'en mis peu en peine. Je mangeaicomme eux des bananes rôties & boiillies
avec la viande, & enfuite le
& le
maigre du cochon en guife E pain &
de chair, accompagné del la pimentade.
Soit
l'air , le chemin, ou la nouSeLIe m'euffent donné
d'apperit
foit que Aay viande fàt
qualordinaire, plus tendre, & plus appetiffante a ,
de
*
croi quej j'en
près merveille. quatre La
vres. Nous
EFa
faim plitôt que le
du jour nous
réveilla. J'avois de fer peine à concevoir qu'ayant tant mangé pea d'heures
eàt
fait
auparavant, 2 mon eftomach
déja
la digeftion. Mes fix hommes & mon
Négre fe trouverent dans le même befoin que moi, & les Chafleurs me di-
ante a ,
de
*
croi quej j'en
près merveille. quatre La
vres. Nous
EFa
faim plitôt que le
du jour nous
réveilla. J'avois de fer peine à concevoir qu'ayant tant mangé pea d'heures
eàt
fait
auparavant, 2 mon eftomach
déja
la digeftion. Mes fix hommes & mon
Négre fe trouverent dans le même befoin que moi, & les Chafleurs me di- --- Page 254 ---
236 Noveaux
Au
rent
Poyages
Ifes
1701. étonnât, qu'il ne falloit pas que cela nous
Qualité tit
> qu'ils avoient
de; la
nous, &
agranrdappequec cela leur étoit
viande dadice > Parce
la
orde Co- chon
que
viande de Cochon
mangée de cétte façon fe
maron, plus facilement.On
croire digere
ne fouffrimes
peut
quenous
commodité, pas long-tems cette inMes fix hommes Nous déjeunâmes bien.
avec trois Chaffeurs fe
chargerent, tion de
& partirent dans l'intenrevenir vers le midi, afin de
pouvoir faire un autre
avec les deux autres, & voyage.Je mon
reftai
Boucan, où je ne demeurai Négre au
car comme nous'étions dans un pas lieu oifif:
pouvoir pafler pour une forêt Teat
cotiers, jen allai amaffer & cuéillir
tant que nos fix hommes en
auter, cequi fit que je couchai purent encore porBoucan, parce qu'au lieu
au
la viande, - & de la
d'envoyer de
mantegued la Barque, bricots je ne chargeai nos gens que d'a-
& de bananes. Ils revinrent le
lendemain matin au nombre de
ou neuf, les uns fe chargerent de huit
& les autres de viande & de
fruits
nous rerournâmes à la Barque mantegue; far
trois heures après midi, nous
les
nos Marchands, & après les avoir payâmes
bien boite, nous mimes à la voile. fait --- Page 255 ---
Françoifès de LAmerique. 237
Le lendemain fur le foir nous doublâmcs le Cap Tiberon, & nous le ra- 1701.
sâmes de fi près, qu'on pouvoit cra- beron, Cap Ticher à terre. Cette pointe eft prelque
ronde, fort élevée & coupée preiquà
pic;lamer parc conféquent y eft profonde;& commelerocher eft noir, la mer
pai toît de la même couleur.
Les vents qui étoient Nord - Eft &
fort frais nous contrarierent tellement,
que nous fûmes obligez de porter au
large, au lieu de ranger la Côte comme
nous avions deffein. Nous nous y ralliâmesenfin! le S. Mars, & nous reconnûmes l'ifle à Vache. Nous la dépallàmes pendant la nuit, & le 9. fur les huit
heures du matin, nous moiillâmes à la
Caye ou Ifle de Saint Louis, qui eft felon mon eftime à fix lieiies au vent de
lIle à Vache.
Cette Ile étoit fameufe autrefois &
fort fréquentée des Flibuftiers de toutes Vache, Ifle à
fortes de Nations > qui en faifoient le
lieu de leut rendez-vous, &y venoient
fouvent partager le butin quils avoient
fait fur les Elpagnols, qui ont été de
tout tems les objets de leurs courfes.
gens en trèspetit nombre s'y
établis. On les en a
Saarnd
fait déloger
& paffer rilag grande Terre, c'eft à-dirca
fort fréquentée des Flibuftiers de toutes Vache, Ifle à
fortes de Nations > qui en faifoient le
lieu de leut rendez-vous, &y venoient
fouvent partager le butin quils avoient
fait fur les Elpagnols, qui ont été de
tout tems les objets de leurs courfes.
gens en trèspetit nombre s'y
établis. On les en a
Saarnd
fait déloger
& paffer rilag grande Terre, c'eft à-dirca --- Page 256 ---
2;3 Nowveanx
AuX Ifes eft
à Saint Domingue ; forte qu'elle
TIELS
1701. à prefent déferte : iln'y a
que des
à cornes & des
PLEE
bètes
le fervice ML
a mis pour multiplier à qui Roia concédé
la
Reme
Compagnie, font
le Cap Tibeles terres qui
depnis
ce qui
ron jufques aul Cap Mongon, cinquante
fait une étendue d'environ
lieiies. Il femble que le but de cette Comn'a pas tant été de peupler, &
pagnie faire habiter cette partie dc l'lifte de S.
Dominguc,
d'avoir un entrepôt
commode & Tr pour les Vaiffeaux 8c
pourl cles Barques qu'elle envoie en Les traite Anaux Côtes de la Terre-Ferme. lesHollandois de
glois de la Jamaique, & les Danois de Saint ThoCoroffol,
profits de ce
mas tirentleursplus grands feront déformais
Commerce de s qu'ils avec nous, fi nous
obligez
partager
fcavons nous fervir de nos avantages,
& ne pas laiffer perir d'autres cet érabliflement, nous
comme quantité
que du Monavions dans les autres parties Direéteursde
de. Ilfaut elperer que les font les
cette Compagnie, qui
de Poc
miers Commis de Monfieur
heuchartrain, feront plus fages & plus dont
reux queles autres Entrepreneurs, --- Page 257 ---
Frangoifas de
la plapart fc font ruinez LAmerique. dans les 239
bliflemens qu'ils avoient
éta- 1701.
commencez.
CHAPITRE*X.
Deftription de la Caye de Saint
f dufond ds FIfe à Vache. Lonit,
L A Caye Saint Louis, qu'il falloit
eft appeller HRe fous peine
s;
un petit terrain
damande, a
> Louis, Caye
pas deilong fur cent dequatre foixante cinq cent
ge,
n'aj juftement que la hauteur pas de larEAR pour n'être
néquand la mer eft haute. pas Tout couvert d'eau
ne paroit être autre chofe ce terrain
de roches à Chaux, à
qu'un amas
me elpece
celle peu près de melagrande riire de la que l'on trouve a
eft fituée au fond d'une Guadeloupe. Elle
dont l'ouverture eft couyerte grande Baye,
ou quatre Iletsaflez grands, mais par trois
n'a pas choifis pour ybâtir le
qu'on
ce qu'ils font environnez dc hauts Fort, par-
& par conféquent
fonds,
lage des
peu propres: au moiilfe trouve Vailleaux > au licu que la mer
la Caye, très-profonde aux environsde
la grande Terre, particalierement du côté de
c'cf-a-dire, del lIle
. Elle
dont l'ouverture eft couyerte grande Baye,
ou quatre Iletsaflez grands, mais par trois
n'a pas choifis pour ybâtir le
qu'on
ce qu'ils font environnez dc hauts Fort, par-
& par conféquent
fonds,
lage des
peu propres: au moiilfe trouve Vailleaux > au licu que la mer
la Caye, très-profonde aux environsde
la grande Terre, particalierement du côté de
c'cf-a-dire, del lIle --- Page 258 ---
Aux
E701. de Saint Aumoasrpeger Domingue, dont elle Iles
parée que par un canal de
n'eft à f6cent pasdelarge. Lcfond eft fept de bonne huit
tenué, net & tout-a-fait
l'encrage. L'on
moitiller propre les pour Barques, les ehcnteng & auttes petirs Bàtimens, allez près dela Caye
tter avec une planche. Nous pour enmoitillez de
LSO
not touchoir d'un cette bout maniere : notre Cade l'autre à terre.
à la Barque, &c
Le Chevalier Reinau,
Projet paffé l'année
qui y avoit
d'unfort fitr la un Fort dont je précédente, vis le
y avoitgracé
Caye, le devis & lesp piquets. Plan, Jecroi 2 l'élevation,
penfe devoir monterd huit ou queladémille livres, ce qui me fit dire neufcent
Fort avoit la mine de refter
que ce
quoiqu'ily eût déja deux
en papier,
les licux avec
Ingenicurs (r
dérables,
desappointemens confi-
&que Monfieur de Paty fe
firengagéde Fournintonte lachaux, la
7 & les autres materiaux nécefla
Eoture
de apcard des conftruétion. Ilattendoit
de
Maçons & des Tailleurs
pierre, & ilavoit déja bon nombre
d'Ouvriers & de Négres qui travailloient à préparer toutes ces chofes, &c
fije ne me trompe,d faire de la brique,
Jepris la liberté de faire remarquer à
CCS --- Page 259 ---
Françoifes de TAmérigne. 24t
cès Meflieurs que la hauteur de leurs
Remparts dans un lieu fi étroit, leur 170r.
ôteroit tout l'ait, & que leur Fort de- Défaut
viendroit nne fournaife où il ne feroit tdc ce
de demeurer, & oules ma- Projet
ladies pas pollible étant une fois entrées, l'air s'y
corromproit de telle maniere > que ce
feroit plicôr un Cimetiere qu'une Forterelle, & qu'on pouvoit juger de ce qui
arriveroit alors, par ce qu'on Y voyoit
tous les jours, la mort ayant déja emporté une très-grande quantité de gens s
& ceux qui reftoient étant comme dcs
dérerrez.
le
Je leur fis encore' 'remarquer
de cette Caye étoit tout
funde
terrain
trembloit d'un bout al'autre
lant, qu'il tiroit le Canon,
cC fedèsqu'on y
Canon
bien
lorfque 1:
roit encore
pis
feroit élevé fur des Remparts, fuppofé
même qu'on les pût bâtir dela hauteur
propofée, > avant que le fond fur lequel
on prétendoit les- élever, prit congé
d'eux en s'enfonçant, ou en fe renverfant dansla mer. Car de penfer à
ter toutautour pour l'affermir, .
ou
fr
menter, il me paroiffoit
le fuccès
auroit été fort douteux, 2T la dépenfe
exorbitante.
Il y' avoit encore un autre inconveTome TII.
L
âtir dela hauteur
propofée, > avant que le fond fur lequel
on prétendoit les- élever, prit congé
d'eux en s'enfonçant, ou en fe renverfant dansla mer. Car de penfer à
ter toutautour pour l'affermir, .
ou
fr
menter, il me paroiffoit
le fuccès
auroit été fort douteux, 2T la dépenfe
exorbitante.
Il y' avoit encore un autre inconveTome TII.
L --- Page 260 ---
242 Nouveanx
Aux
1701. nient, > c'étoit de Foyages pouvoir avoir Hler des citernes pour conferver l'eau de la
car ilnyapas une feule
pluye ;
cette Caye, Ila:
goute d'cau fur
. fe perd anfli-tôr, beany &
pleuvoir, 3 l'eau
tomboir dans.un crible. palfle comme fielle
d'cn aller chercher
On eft obligé
tous les.jours à la
grande Terre à une perite riviere éloignéc de près,d'une demie lieiie de la
Cayes & il y avoit pour cet effet une
Chaloupe & trois ou quatre hommes
qui n'avoient point d'autre emploi.
J'avois remarqué en pallant à Saint
Chriftophe, que les Anglois ne pouvoientconferver d'caudans leur
la Souphrisrc, parce que le bruit Fortde du
Canon. ébranlant le terrain far lequelil eft bâti, les citernes fe fendoient
aufli-tôt, & devenoient inutiles; de
forte qu'ils étoient obligez de fe fervir
de Barriques pour conferver leur
en attendant qu'ils fiffent doubler leurs eau,
citernesavec du plomb, ce qui eft d'une dépenfe confidérable, & d'un entretien continuel.
Maifons Les logemens que nous
de la fiur la. Caye Saint
trouvâmes
Caye. fourches
Loitis, étoient de
en terre > couverts de taches, s
paliffadez de Palmiftes refendus. Iln'y
avoit que la maifon du Direéteur, celle --- Page 261 ---
Frangoifes de
du Gouverneur & un LAmérigue. Magalin
fent paililfadez de
qui fuf
d'eflenres. Ce
planches & couverts 1701,
du Diredteur Magafin & la Maifon
petite place faifoient un côté d'une
éroit formé oblongue, dont le refte
mis & autres par Officiers les
des ComLa
la
Sntmed
Chapelle la Maifon du Compagnic.
& quelques autres bâcimens Gouverneur étoient
pandus (ans ordre far la
rédes Cazernes quiavoient Caye, avec
nifon.
ferviala Garbre Jamaisje de Commis n'avois và un figrand nomfipetit lieu & un & G d'Officiers pour un prodi- Nombre
doute qu'il y en ait autantà petir commerce, Batavia. Jes Commis 'eux de
avoient tous des appointemens
Ils
rables & bouche
confidé.
redteur,
étoit icouràlar rable duDi.
abondammient.On qui
bien fervie & fort
des Chaffeurs: savec une entretenoit pour cela
chiens. Ilyavoir aufli grande des
meute de
on élevoit quantité de Volailles Pecheurs, &
Moutons dans T'Habitation
& de
de la Compagnie.
particuliere
Un Maloiin nommé M. de
étoit Direéteur de la
Bricoure M. de
toit un homme fort civil, Compagnie. & fort C'é- Ditec. Bricoure
nête, parfaitement au fait du
thon-resc
ce. Il me fit donner un
comnier.
logement, &
Lij
li grande des
meute de
on élevoit quantité de Volailles Pecheurs, &
Moutons dans T'Habitation
& de
de la Compagnie.
particuliere
Un Maloiin nommé M. de
étoit Direéteur de la
Bricoure M. de
toit un homme fort civil, Compagnie. & fort C'é- Ditec. Bricoure
nête, parfaitement au fait du
thon-resc
ce. Il me fit donner un
comnier.
logement, &
Lij --- Page 262 ---
244 Nouveaux
anx Ifles
m'obligea de prendre E2RS table pendant
1701. tout le tems que je demeurerois à la
M. de Caye. Ilé éroirforr.brotillé. éavecle GouLouloc Gouver- verneur nommé M. de Bouloc Gentilneur. homme des environs de
avoit été Lieutenant Colonel Touloufe, qui
C'étoit un homme fort poli, en France.
qui avoit
beaucoup de fervice:
de ledure,
ilavoirbeaucoup
> il avoit vû le monde, il
parloit jufte, & étoit fort
Mais il ne s'étoit pas encore corrigé obligeant. du
vicc ordinaire de fon pais, il étoit
& vif, quelquefois jufqu'àl'exC'étoit ce
IOOPREL
qui faifoit naitre tous
les jours des difficultez entre lui & le
Direéteur.
La Compagnie avoit entretenu une
Compagnic d'infanterie
fervir de
Garnifon. Elle étoit fous Foved ordres du
Gouverneur, qui étoit par cet endroit
en état de fe faire obéir. Le Direéteur
venoit de caffer cette
afin
que le Gouverneur n'eûr Compagnic, plus saqui commander, & que cela lc rendit plus accommodant, Je me trouvai affez embaraffé entre ces deux Meflieurs : car
quand le Direéteur me voyoit avec le
Gouverneur s ou queje mangeois avec
lui, il m'en faifoit de perits
& le Gouverneur fe plaignoit teproches; de fon --- Page 263 ---
Françoifas de FAmérigne. 245
côté, que je témoignois plus d'inclina- lui. 1701.
tion pour un Marchand que pour
Jevonlus travaillerà leur reconciliation,
je parlai en particulieralun & àl'autre, rien
mais je vis bien-tôt qu'iln'y avoit
à faire. Le Direéteur obledé par fes
-
Commis, qui
lui faire leur cour
décrioient fans ROdE le Gouverneur >
ne vouloit faire aucune démarche d , &
le Gouverneur faifoit fonner bien haut
fon rang & fa qualité, & ne vouloit
pointsapprochet; de forte queje
vivre bien avec tous les
REtt
lep parti de
& je me confirmai dans une maxime
me parut toujours très-vraie, que
f multitude des chofes nuit bien plos
aux affaires qu'elle ne leur eft avantageufe. La Compagnic l'a reconnu depuis, 8c'a réuni ces deux Charges dans
une même perfonne. de demeurer à la
On me propola
Caye pour être Curé. On n'étoit pas
content d'un Eccléfiaftique Irlandois S >
qui deffervoit leur Eglifc; & lui-mème
voyoit avec chagrin la défunion des
Chefs & vouloit ie retirer. Mais On ne
vouloit. pas le lui permettre 2 avant
qu'on ct un autre Prètre ; & cela n'étoit pas trop facile. On me fit des
fort avantageufes,
Eotctier
politios
L 11j
me propola
Caye pour être Curé. On n'étoit pas
content d'un Eccléfiaftique Irlandois S >
qui deffervoit leur Eglifc; & lui-mème
voyoit avec chagrin la défunion des
Chefs & vouloit ie retirer. Mais On ne
vouloit. pas le lui permettre 2 avant
qu'on ct un autre Prètre ; & cela n'étoit pas trop facile. On me fit des
fort avantageufes,
Eotctier
politios
L 11j --- Page 264 ---
ment Ateteaesrongn ABX Ifes
1701. dre, G pour moi, mais pour notre OrnosSuperieurs
ofliesger à remplir les Eglifes vonlotentsenga- qui feroient
2 à néceflaires pour la Colonic
s'éraPAuteur bliffoit de jour en
qui
& à fon
jour. Je m'excufai
Ordrc, regardoit; d'accepter ces offres, pour ce qui me
fon
maisjécrivis au Pere Cabafnotre Supérieur général, touchant
loccalionquife préfentoit d'étendrenos
Miflions & nos Paroiffes dans ce grand
Quartier.
On nous y offroit une terre de mille
pas de large fur deux mille
de
& de nous donner des Négres pas haut,
faire valoir, aux conditions des pour la
Habitans, avec
autres
ticuliers, & quatre cens écus
fion
iRac
pour
ETTE
le cafuel des chaque Curé, jufqu'a ce que
Eglifes fut allez confidérable, pour. la pouvoir réduire à trois cens
écus, comme font celles des Curés de
Léogane.
Les conditions que la
faifoit à ceux qui
Compagnie
des terres de fa conceffion, vouloients'érablir fur
avantageufes, qu'elles auroient étoient dû fi
attirer uneinfinité de gens, s'ils avoient y
été tant foit peu raifonnables. Mais
ne pouvoient fouffrir qu'on les
ils
de vendre leurs marchandifes, obligeàt
& leurs --- Page 265 ---
Frangoifes de Amerigue. 247
denrées à la Compaghic privarivement dont
à tout autre, & d'acheter d'elle ce
1701.
ils anroient befoin. En cela, comme en Condibespcomp-dauses choles,jai remarqué tions la PELAC
prévention a ordinairement plus pagnie falloit à
T lieu, que la raifon. Car la Compa- fes Coleur donnoit les terres de la même lons,
maniere gnic
Roilesdonne aux autres
lieux de quele fon Domaine en Amérique s
c'eft-à-dire , gratis, fans redevances >
droits feigneuriaux, lots & ventes, n1
Elle leur donnoit des
aucunes charges. felon leurs befoins, & les taEfclaves
dans ceux qui en demandoient lens qu'on voyoit à raifon de deux cens écus
les hommes, & cent cinquante
les femmes 5 payables dans
pour
Er
trois ans, fans qu'ils putlent être contraints à avancer aucune partie du
Elle AEREE
ment avanglc'termeexpié
les
donnoit encore lea même termeipour
marchandiftesqu'elle leur fournilloit, &
qu'elle leur laiffoit au prix courant 2
qu'étoient ces mèmes marchandifes à
VEfterre, ou aul petit Goave 5 & fi la
Compagnie en manquoit, elle leur
fans aucun délai, d'en
aantier
mettoit oubon leur fembloit, & de vendreleurs
marchandifes & denrées au prorata de
ce qu'ils devoient payer
ce qu'ils
Etr L
ipour
marchandiftesqu'elle leur fournilloit, &
qu'elle leur laiffoit au prix courant 2
qu'étoient ces mèmes marchandifes à
VEfterre, ou aul petit Goave 5 & fi la
Compagnie en manquoit, elle leur
fans aucun délai, d'en
aantier
mettoit oubon leur fembloit, & de vendreleurs
marchandifes & denrées au prorata de
ce qu'ils devoient payer
ce qu'ils
Etr L --- Page 266 ---
248 Nonveawx Voyages Aux Ifes
avoient acheté.
encore
1701. à
Ellesengageoit
prendre généralement tout ce qui fe
fabriqueroit fur leurs Habitations au
même
que Ces mêmes chofes auroient
dans les
Rta wendos
tiers. L'interdiéion du
autres Quard'autres
commerce avee
qu'avec elle, >
dansles
cas
excepté
que je viens de dire, étoit la pierre
d'achopement. Ile eft à croire qu'on
aura trouvé quelque tempérament.
là
VY
à peu
le fiftème de cette Compagnie,
il me femble
So
perfonne de bon fens fe devoir que toute contenter.
M. de Pary Lieutenant de Rei de
Léoganc, qui avoit entrepris les fournitures pour les Fortifications de la
Cayc de S.I Louis, y arriva deux jours
après nous. Ily étoit venu par terre. Il
y avoit un chemin aifé du petit Goave
jufques-là. On ne compte
vingtquatre à vingt-cinq lietes. 8: tromve
fur cette route à huit lieiies du petit
Goave un Quartier appellé le Fond des
Negres, qui eft une pépiniere de Cacao
& d'enfans. La plipart des Habitans
Le Fond font des Mulâtres, & des
des Né- qui
Negres.libres,
gres fer- icnltiventles plus beaux
du
tile en
Cacoyers
monde. J'ai dit, ce me femble,
cacoyers un autre endroit, que ces gens-là dans font --- Page 267 ---
Frangoifes de PAmérique. 249
fort féconds. Jedoisdire cip préfent qu'ils
ont une facilité merveilleufe d'élever 1701.
leurs enfans. Ils leur donnent le matin'
une jatte de Chocolat avec du Mahis
écralé, & s'en rapportent à eux pour le
sefte de la journée. Avec cela on ne
voir des enfans plus forts, &
peut d'une fanté plus vigourcufe. Que-l l'on
trouve filon peur dans le rcfte du monde une nourriture, dont on voit de fi
bans effets. Comme ce chemin paffe au
travers d'un très bon pais, ily a2
bientôt rempli
AERE
rence qu'il fera
confidérable
tans
feront un Négoce
de
de 2ie d'Indigo, de Rocou,
Tabac, de Coton, & autres marchandifes,leur terrain étant propre à tout.
Je fus me promener avec Mellieurs
de Bouloe & de Paty à un Jardin, ou
commencement d'Habitation ? que le
premier faifoit faire à une petite lieiie Jardin
de la Caye. C'étoit un fond fort unj Bouloe, de M. de
eatre deux collines, quiétoir tarrofé d'un
ruiffeau,
lui donnoit de la
gros fraicheur, & le tenete en état de
duire tout ce qu'on y auroit voulu
Rer
ter, & fartout tdu Cacao. Jele disà M.
de Bouloc, qui goûta mon avis, &
cru demeurer
EL
l'auroit fuivi, silcir
longremnsdansle polte où il étoit, pour
L Y
de M. de
eatre deux collines, quiétoir tarrofé d'un
ruiffeau,
lui donnoit de la
gros fraicheur, & le tenete en état de
duire tout ce qu'on y auroit voulu
Rer
ter, & fartout tdu Cacao. Jele disà M.
de Bouloc, qui goûta mon avis, &
cru demeurer
EL
l'auroit fuivi, silcir
longremnsdansle polte où il étoit, pour
L Y --- Page 268 ---
250 NoNveanx
aux
fe récompenferparlest
Hes
1701.
ORLO
qu'il auroit été obligé de desavances
cultiver ces arbres,
faire, pour
donnaffent du
> jufqu'a ce qu'ils
dès ce tems-là à profit. Mais il fongeoit
comme il a fait effectivement changer de domicile s
après, ayant été nommé
le deux ans
Gouvetnement de PINe de par la Grenade. Roi au
Le Pais Milice Nous de dînâmes chez un Capiraine de
Capitaice Quartier-là nommé le
ne de C'étoit un homme de
Pais.
Milice, très-bien fait, qui avoit vingt-huit du bien ans,
en commandant les sFlibuftiers gagné
rentes occalions
en diffeGuerre. Il étoit marié pendant la derniere
mois avec une Créolle, depuis fille I fieur
Roflignol, Officier de S.
qui après la prife de cette Ifle Chriftophe avoir éré X
envoyéà lal Martinique par les Anglois,
pendant qu'ils avoient tranfporté à S.
Domingue fa femme & fes deux filles.
C'eftainfi qu'ilsen ont ufé pour détruire
cette foriffante Colonic. Le fieur Rof
fignol mourut aul Cul-de-Sac de la Martinique, fa famille avant d'avoir pà faire revenir
auprès de lui. Sa veuve fe
trouvant chargée de deux filles très-belles à la vérité, mais fans bien, fe maria
avec un nommé Caftras ci-devant Habirant de la Guadeloupe, qui s'étoit --- Page 269 ---
Françoifes de PAmérique. 251
érabli à S. Domingue. Après diné, nous
allâmes nous promener à l'Habitation 1701.
de Caltras. Ilétoit Econome dela Com- Caftras
pagnie ; il avoit cinq ou fix cens écuskcono. me de la
d'appointemens, un Cheval & deux <Ne- Compaentretenus, & bouche en Cour, gnic.
gres
quand dilalloit àla Caye. C'étoitluiqui
faifoit valoir l'Habitation de la Compagnic, qui étoit environ à une lieie
de-là. Ond difoitqu'elle étoit fort belle,
& bien pourvie de Negres. Ony y faifoit de lIndigo, & on parloit d'y faire
Manufacture de Sucre. C'éune grande
élevoitles moutons,
toir-lauifionf'on les volailles &c les autres chofes néceffaires pour la table da Direéteur.
La leconde fil'e de la veuve du fieur
Rollignol étoit mariée depuis peu à un M.Stive
vieux Flibuftier nommé Stive ou Eftien- Flibufavoir beancoup plus ticr, a
ne, qui paroiffoit mais
éroit èncore
de foixante ans;
qui
plus chargé de biens que d'années.
Comme fon Habiration étoit à côté de
celle de Caftras, ces Meffieurs alle1 fièur
rent, & je lesy y accompagnai. maifon, fa femme
Stive n'éroit pas àla
qui nous reçut, me parut fi jeune que eût
je ne pouvois me perfuader qu'on
marié un enfant de douze à treize ans
avec un vicillard 1, qui auroit pà être
L vj
;
qui
plus chargé de biens que d'années.
Comme fon Habiration étoit à côté de
celle de Caftras, ces Meffieurs alle1 fièur
rent, & je lesy y accompagnai. maifon, fa femme
Stive n'éroit pas àla
qui nous reçut, me parut fi jeune que eût
je ne pouvois me perfuader qu'on
marié un enfant de douze à treize ans
avec un vicillard 1, qui auroit pà être
L vj --- Page 270 ---
fon 252 Nouveau Yoyages ANx
grand-perc. Elle
1701. & il vint aufli-tôr. Il Tenvoya
ense
fimple dans fesn
paroiffoit allez
& ornoir chaque smaniereniiparoit période de
peu,
noms de Dieu, al'ancienne cinq ou fix
la Flibufte. Il fir apporter la maniere collation de
lapolitelle le la
n'y regnoir pas;a aulieu d'el- :
té de richefle bonne y éclaroit. Ilavoit quantivaillelle
lon toutes los
d'argenr, quife
co@regrand.chofe, apparences ne lui avoir pas
a l'E(pagnole. J'eûs auffi étoit-elle toute
noiffance avec lui: il bientôr étoit ami fait condu Capitaine Lambert, & de intime
autres Flibuftiers de mes amis. quelques
mes une partie pour aller au Fond Nous filIfle à Vache avec Caftras & le fieur de
Pais. Nous retournâmes enfutite le
Caye. Je foupai avec M. de
à la
lc Gouverneur,
Paty chez
M. de Bricourt, après quoi j'allai voir
force
s qui vouloit à toute
lui pendant que M.de Boaloe m'eût parlé de
tour ce
nous ne l'euflions
voiage, quoique
mé. Ces
pas feulement nompeine, & foupgons je fouhaitois me faifoient de la
Barque expédiàr
fort, que notre
Ic avoir à faire, afin promptement de
ce qu'elvoiage. Mais il falloit continuer attendre le notre
tour d'un Brigantin, qui étoir allé re- à --- Page 271 ---
Frangoifes de Amerique. 253
Cartagene, & qui devoit en rapporter
de l'argent, qui étoit ce que nous at- 1701,
'tendions.
Caftras me vint
Deux jours dans après, fon canot, &c me mena
chercher ou les deux gendres de fa
femmesétoient chez lui,
rendus pour notre altr
tie. Nous montinesachealapnis; bonnes liciies
&c fames coucher à fept leurs amis dans le
de-là, chez un de
Fond delIfle-à Vache.
dont DefcripC'eft une très-grande plaine, en ma- tion du.
le bord de la mer fait une ance
Fond de
niere de croilfant fort ouvert, cour lIAe Vache. à
vert par PIle à Vache, qui eft coignée trois
de la Grande Terre d'environ de
à fix
lieties. Cette Ille me parut cinq femble
lieiies delongueur. Qnoiqu'elle
eft
couvrir LAnce, fon éloignement
caufe qu'clle ne lui eft prelque d'aucune
utilité. Lai mert brife rudementàl la Côte,
difficile, & le
& rend T'embarquement mème
les
motillage dangereux 2 ai
pour và de
Barques. Comme je n'y dire point s'ils feVailleaux, je ne puis
y
bien oul
a
Rr
roient
ma',
y
allceux des Flibuftiers
NLARIERE
près que de PIle lorfqu'ils s'aflembloient
faire leurs exen ce Quartier-li, pour
péditions ou leurs partages.
la Côte,
difficile, & le
& rend T'embarquement mème
les
motillage dangereux 2 ai
pour và de
Barques. Comme je n'y dire point s'ils feVailleaux, je ne puis
y
bien oul
a
Rr
roient
ma',
y
allceux des Flibuftiers
NLARIERE
près que de PIle lorfqu'ils s'aflembloient
faire leurs exen ce Quartier-li, pour
péditions ou leurs partages. --- Page 272 ---
253 Nowveanx Vroyages aux Ifes
Nous fûmes le jour fuivant à
1701. lieiies plus loin, &c nous y couchâmes: cinq :
de forte que nous etmes le tems de
nous promener pendant que Caftras faifoit fes affaires, & celles de la Compagnie. Tout CC pais eft très-beau 5 la
terre elt profonde, graffe & propre à
ce qu'on voudra lui faire porrer.
Ileft certain que tout CC pais a été
habité par les Efpagnols, & avant eux
par les Indiens. Ceux lâ l'ont quitté
pour aller s'établir au Mexique, après
que Fernand Cortez en eût fait la conquêtea & comme ils avoient déja détruit tous les naturels du pais, toute
cette partie eft demeurée
&
les arbresy étoient revenus.
4soRta
Ileft vrai, 9
la plapart ne font que des bois tenmais en
Tel
très-grand nombre, fort
hauts, fort gras & fort prellés, ce
n'eft pas une petite preuve de la bonté qui
de la terre.
Ilya apparence que les Habitations
des Éfpagnols n'avoient que quatre à
Vartages cinq cent pas de large 2 2 parce qu'on
des Ha- trouve prefque toute cette plaine
bitations gée de cette
partades EC de bois de haute maniere, par des épailleurs
pagnols, dans le pais des futayc, qu'on de nomme
Racques
bois, qui
paroifent très-anciens, & tels que font --- Page 273 ---
Françoifes de PAmerigne. 254
trouve dans le milieu des
ceux forèts, qu'on & dans les montagnes, ouilett 170r.
probable, que perfonne n'a jamais fait
de défriché. Les Elpagnols en ufoient
ainfi,
(éparer lents
apparemment &
dequoi re-
,
For
Habitations
pour
tirer leurs beftiauxà l'ombre pendanela
grande chaleur, & pour conferver desi
bois de charpente à leur difpofition de ;
quand ils en avoient befoin. Il y a
ces Racques de bois qui ont autant d'épailleur,on de largeur , que les terrains
qui ont été défrichez 5 d'autres. en ont
moins. Cette methode n'étoit pas mauvaile d'un co:é, mais'il me femble
qu'elle avoit anffi fes inconveniens, &
étoit contraire à la fanté, en ce
qu'elle
de
arbres emque ces Racques
grands de lair,&
péchoient le mouvement
contribuoient ainfi à fa corruption.
On me fit voir quantité de fersache- ferremens
val al'Efpagnole, & autres
tous les
de leur façon, qu'on troive la déjours dansla terre à mefure qr'on
évidente
fiche, ce
eft une preuve
les
-
qu'elle a t habitée autrefois par
Elpagnols. On trouve auffi des meubles des anciens Indiens, comme de leurs pors &c
marmittes de terre, & certains cailloux
contribuoient ainfi à fa corruption.
On me fit voir quantité de fersache- ferremens
val al'Efpagnole, & autres
tous les
de leur façon, qu'on troive la déjours dansla terre à mefure qr'on
évidente
fiche, ce
eft une preuve
les
-
qu'elle a t habitée autrefois par
Elpagnols. On trouve auffi des meubles des anciens Indiens, comme de leurs pors &c
marmittes de terre, & certains cailloux --- Page 274 ---
256 Nonveaux Troyages Anx IRes
couleur de fer, d'un grain fin & com1701. pact, donrquelques bordsdel lar mer font
tous remplis. Ils ont pour l'ordinaire
deux pieds à deux pieds & demi de
longucur, quinze à dix-huit pouces de
large, & environ neuf pouces d'épaif
feur, arrondis par les extrèmitez. Ilsavoient linduftrie de les fendre
le
milieu de leur longucur,&cdel leur
feur, &c de creufer
Emat
le dedans 2 de maCalloux niere qu'ils en faifoient des efpeces de
creufez tourtieres ovalles, ou de
par les d'un
d'un
lechefrittes
Indiens.!
plus
pouce d'épaifleur >
qui
au feu. On m'en
TtmnAiens
fentdune très entiere, & parfaitement fit prebien faire, avec deux ou trois petites
figures de terre cuite, affez mal faites,
Idoles qu'on avoit trouvées dans la terre, &c
des In. dans des grottes qui font dans les Falaidicns, fes, qu'on fuppoloit être des Idoles des
Indiens. Des Habitans du Quartier
m'affuretent qu'ils avoient trouvé dans
les montagnes des grottes, comme de
of:. profondes cavernes, toutes remplics
mersdes d'ollemens humains. C'étoit
Indicns. ment dans ces endroits-là qu'ils apparem- confervoient les OS de leurs morts. Ileft tâcroire,qu'ilsy mettoient aufli leursrichefles:
car nous voyons des veftiges de cette
coûtume danstousles endroits du mon- --- Page 275 ---
de r Amerigne. 257Frangoifes fon tems à remuer -
de; m2is on perdroit
chofe, 1701.
ces OS pour y trouver quelque été longparce queles maîtres E(pagnols de ces
n'ont pas
tems
I
manqué de vifiter exaétement tous ces
endroits, & d'en, enlever tout ce qui
pouvoit être de quelque valeur. eft une
On voit à la Delirade, qui Terre
petite Ifle all vent de la Grande fort
de la Guadeloupe, une caverne
profonde, qui cit preique toute remd'ollemens, avec des reftes d'arcs, Caverne
& autres armes des anciens de la aDeSLT boutons,
ci- firade.
Indiens. C'étoit apparemment un
dumoins
metiere. Car tous cespeuples, les Indiens du Cales anciens, & tous
extrème
nada, &c de laFloride, ont une
veneration pour les OS de leurs morts 5
avec autant de
& s'ils ne les logent E
du
magnificence que
Egyptiens, les conmoins népargoene-ilsrien pour
ferver avec refpect 8 reverence. d'endroits
On trouve en beaucoup des cuves de
du Fond de l'Iile à Vache
les
maçonnerie, qui font croire
fait
due ces
Elpagnols ont
delIndigo effet font très-
(uartiers. Les sterres en
y
propres, & n'en déplaife aux ignorans,
celui que l'on y fabrique avec foin, ne
lecedc, ni à celui des grandes Indcs,
, les conmoins népargoene-ilsrien pour
ferver avec refpect 8 reverence. d'endroits
On trouve en beaucoup des cuves de
du Fond de l'Iile à Vache
les
maçonnerie, qui font croire
fait
due ces
Elpagnols ont
delIndigo effet font très-
(uartiers. Les sterres en
y
propres, & n'en déplaife aux ignorans,
celui que l'on y fabrique avec foin, ne
lecedc, ni à celui des grandes Indcs, --- Page 276 ---
258 Nowveaux Payager Anx Ies
c'efta-dire, y des Indes Orientales, nid
1701, celui de Guatimala.
Ce pais n'eft pas encore bien
il s'en faut beaucoup, mais il'le peuplé, fera
affirément, & très-bien, far tout fi
on peur revenir un peu de la
tion injufte qu'on a contre la préven- Compagnic. Aurefte, c'eftle pais des mouftiques, maringoins, vareurs, & autres
Lotlis bigailles; tout en eft plein. La Caye S.
fans quoiqu'environnée de la mer s
Abon.
arbres, ni halliers, s ni eaux croudance de piffantes en entretient des millions.
coufins, fe nichent dansl les trous des crabes, des Ils
roches, fous les cosverresdesmaifons,
& dès quele Soleil eft couché, ils rempliffent l'air, & piquent impitoyablement tous ceux awilpeurenraproches
Cette incommodiré fe fait fentir mè
me en plein jour dans les nouvelles
Habitations du Fond de PHe à Vache,
&c on peut juger combien elle eft grande , puifque les Maitres de ces Habirations font obligez de donner des gueftres à leurs Efelaves, & à leurs Engagez,
pour leur couvrirles jambes 8clespieds,
à faute dequoi il leur feroit
de travailler, & il feroient dansl'obli- impoflible
gation de ne penfer à autre chofe qu'à
de défendre decesinfectes, pour s'cm- --- Page 277 ---
Frangaifes de PAmbrigue.
pècher dètre mangez tout vifs.
On eft obligé de s'enfermer la nuit 1701,
dans des pavillons de groife toile,. &
d'avoir la précaution de fe tenir au milieu fans toucher aux bords. Car fila bigaille fent qu'on foità portée def fon aiguillon, les vareurs > qui font de certains grose coufins à long aiguillon ,l'en- 2 de la
foncent dans la chair au travers
meilleure toile, tant que fa longueur
s'étendre, & quand ilsont une fois
percé peut la chair, ils fuccent le fang par
leur aiguillon, 3 comme par une petite
trompe, fans fe détacher qu'ils ne foient
entierement pleins, & fansque la fumée
les puilfe chaffer. Il eft vrai qu'il eft
bien rare qu'on leur donne le tems de
feraffafier, il faudroit être bien endormi, pour ne pas fentir leur piquûire,
certainement eft aufli vive qu'un
qui de lancette. C'eft le fenl endroit
coup de PAmerique où j'ai vû les Maitres
obligez de chaufferleurs) Négres. Cette
incommodité diminuera à melure que
leterrain fe défrichera, & que lesbords
de la mer feront déconverts.
&
Les Habitans de Saint Domingue
de PIle à Vache, marquent leurs Néquand ils les achetent. Ils fe fergres
vent pour cela dunctamedargentitin-
aufli vive qu'un
qui de lancette. C'eft le fenl endroit
coup de PAmerique où j'ai vû les Maitres
obligez de chaufferleurs) Négres. Cette
incommodité diminuera à melure que
leterrain fe défrichera, & que lesbords
de la mer feront déconverts.
&
Les Habitans de Saint Domingue
de PIle à Vache, marquent leurs Néquand ils les achetent. Ils fe fergres
vent pour cela dunctamedargentitin- --- Page 278 ---
260 Nowveaux Foyages aux
ce, tournée de façon qu'elle forme Ifes leur
1701. chiffre, elle eft jointe dun petit manche,
pour la pouvoir tenir, &
qu: Mes chiffres ou lettres fe
comme ces
érampez
pourroient rencontrer les mêmes en plufieurs habitans, ils
les appliquent en differens endroits. Les
uns au-dellus de l'eftomach, d'autres au
deffous 5 les uns à droit, les autres à
gauche ; les uns aux bras, les autres en
d'autres endroits. Quand on veutétamperi un Négre, on fait chauffér l'étampe, fans la laiffer
Maniere l'endroit
rougir, on frotte
d'éramou on la veut
avec
per les un peu de fuif, ou de appliquer
Négres,
graiffe, & on
met deffus un papier huilé, ou ciré, &
on applique la ftampe deffus, le plus
qu'il eft poffible. La chair
auffi-tôr, &
ESE
quand l'effer de la
brôlure eft paffé > la marque refte imprimée fur la peau, fans qu'il foit
fible de lajamais effacer. De
Efclave
auroir
ERCRTE
qui
été vendu, & revendu pluficurs fois, paroîtroit à la fin
aufli chargé de caradteres, que ces obelifques dEgypre. Nous n'avons
cette méthode aux Illes; & nos Négres point
far tour les Créolles feroient au délefpoir qu'on les marquât comme on fait
les Baeufs & les Chevaux. La petiteffe
de nos Ifles fait quecela n'eft pas nécef- --- Page 279 ---
Francoifes de
faire, mais il l'eft abfolument LAmérique.
pais aufi vafte que Saint
dans un
les
Domingue, où 1701.
dans NET peuvent fuir, & fe retirer
difliciles, montagnes G éloignées, & fi
fible de les trouver, qu'il feroit prelque impof.
& quand cela artiveroit, & de lesy forcer;
Maitres; pourroient-ils
comment les
qui leur appartiendroient. reconnoitre ceux
encore arriver que des
Il pourroit
fcience trouvant des Négres gens fans conles
fugirifs fe
pas apptopricroient, pofible,
ce qui ne leur eft
lor/quils font
parce queleur Maitre les
marquez 5
& prouveroir aifément reconnoitroit,
à lui, en faifant voir fa qu'ils feroient
Ily avoit un grand nombre marque. de
gres marons ou fugitifs,
Né
retirez en un endroit
qui s'étoient
noire. On difoit appeilé la Mon- Négres
E2n au nombre de fixà qu'ils étoient maroas,
mes & femmes ;
fept cens hométoient armez
que tous les hommes
les endroits accefibles, 5 qu'ils avoient efcarpé
pouvoit aller à eux pour parlefquels les
on
qu'ils avoient fait des abbatis attaquer ;
& des
d'arbres
une garde retranchemens, exaéte
où ils faifoient
pris. On parloit dansle pour n'être point fara Saint Domingue, tems quejétois
d'affembler des
mes & femmes ;
fept cens hométoient armez
que tous les hommes
les endroits accefibles, 5 qu'ils avoient efcarpé
pouvoit aller à eux pour parlefquels les
on
qu'ils avoient fait des abbatis attaquer ;
& des
d'arbres
une garde retranchemens, exaéte
où ils faifoient
pris. On parloit dansle pour n'être point fara Saint Domingue, tems quejétois
d'affembler des --- Page 280 ---
262 Nonveanx Fayages AHX
1701. gens de bonne volonté
TRes les aller
enlever ; mais
pour
toit
perfonne ne fe prefenpour cette expédition, où ilne
roifloirque des coupsa gagner, & padeprofit à faire. Ceux qui auroient peu pû
T'entreprendre étoient feulement les
Chaffeurs ou les Boucaniers, qui frequentent ces endroits, & quien
tous les chemins & les défilez içavent
mêmes Chafleurs
; mais ces
de réduire
ne fe foucioient pas
trouvoicat leur ces Négres, parce qu'ils
leur fournifloient compte avec eux. Ils
des Chevaux marons, des cuirs & des viandes boucanéesà un prix fort bas, & prenoient en
échange de la poudre > des balles, des
ils armes '; des toiles & autres choles dont
leur avoient befoin, que ces chafleurs
farvendoient excellivement.
LesChaf
ce trafic fut
Quoifeurs enà
fecret,i il n'a pas laiffé
tretienma
1eseat
nent les ily eft venu, comoiflinces il a
& commeNégres bien
pù venir à celle de
maroas.
d'autres. En effet on en étoir
fuadé, & on enmurmuroir hautement. perCela obligea enfin les Chafleurs,
effacer l'idée qu'on avoit de leur pour de
fidélité, d'oftrir d'aller à cette peu
dition à compagnon bon lor, à la expé maniere de la Flibufte ; c'elt-à-dire,
ceux qui feroient eltropiez, auroient que --- Page 281 ---
Frangoifes de
fix cens
LAmbrique.
écus, > ou fix Négress
26; les
Négres qui feroient pris fcroient que
gez entre les preneurs, &
parta- 1701.
reté des eftropiez, les Habitans que pour fugeroient folidairement à leur récom- s'oblipenfe, On ne voulur point
accepter ces
conditions, roit été
parce que tout le
tout entier
les profit auAinfi la chofe en pour demeura Chaffeurs.
femble qu'on auroit dû
là. Il me
ferent en deux, afin de partager challer le difgres marons de cet azile, qui eft les Néexemple claves. pernicieux pour les autres d'un E(
Lorfque les Chaffeurs ou autres,
nent quelque Negre maron, , & > pren- le Prix or
remetrent entre les mains du qu'ils pour dinaire la
neur ou de la Juftice, le Maitre Gouver- du
capture
gre eft obligé de leur
Ne-de Né.
écus, fi le Negre a été payer vinge.cinq rons, gres maQuartiers François,
pris hors des
&
ment
cinq écus feulepour ceux
prend dans les
Quartiers, mais Sreta de leur Habitation, & fans un billet de leurs
Cette regle eft bonne, & fort Maîtres.
pour empêchér les Negres de propre
& enfaite d'aller marons
s'écarter,
des canailles qui abufent, : mais il y a
nent des Negres, far tout des & qui prenvenus, quatre pas de leur Habitation, nouveaux
ons, gres maQuartiers François,
pris hors des
&
ment
cinq écus feulepour ceux
prend dans les
Quartiers, mais Sreta de leur Habitation, & fans un billet de leurs
Cette regle eft bonne, & fort Maîtres.
pour empêchér les Negres de propre
& enfaite d'aller marons
s'écarter,
des canailles qui abufent, : mais il y a
nent des Negres, far tout des & qui prenvenus, quatre pas de leur Habitation, nouveaux --- Page 282 ---
264 Nowveaux Fayages aux IRes
1701, où fouvent ils les ont fait attirer
leurs aflociés, afin de profiter du par
de leur capture.
prix
Nous retournâmes chez le fieur Caftrasle quatriéme jour de notre
Il me pria de refter chez lui, d'aurant voyage.
plus que le Brigantin
nous attendions ne paroiffant nabr ai la rade, il
n'y avoit rien qui me preflit de m'en
retourner. Il alla à la Caye le lendemain matin, pour rendre compte au
Direéteur de ce
avoit fait dans fon
voyage, 5 qui ndel été entrepris plitôt
pour me faire plaifir, que
aucun
autre befoin préfant. Il revint par
& amena avec lui M. des Portes diner, & le
Maitre de notre Barque. Celui-ci is'en
retourna le foir, l'autre demeura àd coucher. Nous foupâmes chez le fieur Stive;lelendemain nous fimes dîner chez
le fieur le Pais, & le foir nous retournâmes à la Caye. Je fus fort content de
ce voyage, d'oi japportai bien des Cllriofités Indiennes, & beaucoup de trèsbelles coquilles, les unes du Pais, d'autres des côtes de la Terre-Ferme, & les
plus belles de certains Iflets far la côre
de Couve, ou Cuba, entre elle & l'Ife
des Pins, qu'on appelle les Jardins de
la Reine.
Monfieur --- Page 283 ---
A TOY --- Page 284 ---
Zom. 7.pag. 265.
Porcelaune:
uu #
Panache de Mler. --- Page 285 ---
Frangoifes de LAmérique.
Monfieur dc Bouloe groflit encore
lc Magalin que je faifoisde ces fortes de 1701.
choles, & me donna, entr'autres, Picrres
quelques pierres legeres, 3 que la mer s legeres,
amene ala côte quand ila fait de grands
vents du Sud. Ily en avoit une de deux
pieds & demi delong fur dix-huit pouces de large, & environ un pied d'épaif.
feur > qui ne pefoit pas tour-à fait
livres. Elle étoit blanche comme cinq la
neige, bien plus dure que les pierres de
ponce > d'un grain fin, ne paroiffant
point du tout poreufe, & cependant
quand O1 la jettoit dans l'eau, elle bondiffoit comme un balon qu'on jette contre terre. A peine enfonçoit-elle un demi travers de doigt. Jy fis faire quatre
trous de tarriere , poury planter quarre
birons, & foûtenir deux petires planches.legeres qui irenfermoient les pierres
dunt je la chargeois, J'ai eu le plaifir
de luien faire porter une fois cent foixante livres; & une autre fois trois
poids de fer de cinquante livres
Elle fervoit de chaloupe à mon Négre, piece.
quife mettoit deffus, & alloit fe
meper autour de la Caye,
proNous avonsdes pannaches de mer aux PansaIfles du vent, mais qui n'approchent ches de
pas de celles qu'on me donna qui ve- mer,
Tome FII.
M
chargeois, J'ai eu le plaifir
de luien faire porter une fois cent foixante livres; & une autre fois trois
poids de fer de cinquante livres
Elle fervoit de chaloupe à mon Négre, piece.
quife mettoit deffus, & alloit fe
meper autour de la Caye,
proNous avonsdes pannaches de mer aux PansaIfles du vent, mais qui n'approchent ches de
pas de celles qu'on me donna qui ve- mer,
Tome FII.
M --- Page 286 ---
266 Nonveaux
AHX
noient des Jardins Foyages de
IRes
1701,
la Reine, On ne
pouvoit rien voir de
beau.
avois derouges s& de noires. plus Il fembloit J'en
que ce fuflent desouvrages de
tantils étoient bien faits, bien filigranne,
délicats, & fur tout d'un coloris dcligners admirable.
J'eus auffi desbranches de
Corail
excepté la
corailnoir,
. 2t mème
couleur, eft affirément
que le rouge s dont il avoit le
grain 2 la péfanteur & le poli.
Les Burgaux, les Calques, les Lambis, font des efpeces de limaçons de
mer, qui different par leur
l'ouverture deleur bouche, leurs groffeur, 3
& par le coloris dont ils fonr lévres,
dedans & en dehors : celui de peints dedans en
eft toûjours beau & luifant.
Le Lambis eft le plus gros.
ou écaille eft épaiffe, le dedans Sacoque eft td'une
couleur de chair très-vive, le deffis eft
Le Lam. raboteux > & couvert d'une
de
bis.
tartre marin. Quand on a la patience efpece de
l'ôter, on trouve une peau unic, luftrée,
de pluficurs couleurs forta agréablement
diverfifiées. La chair du poillon eft de
inême cfpece que celle du
mais bien plus dure & plus indigelte. limaçon,
Cependant quand ileft bien cuit & af
faifonné comme il faur, avec desher- --- Page 287 ---
Erangoifes
bes fines & des épiceries,
pasd'ètre bon.
ne laiffe
aLtrs
Les Calques ont un rebord élevé
1701.
dentelés prelque comme la vifiere & Les Caf.
calque, & c'eft ce
d'un ques.
ner le nom. Ils font quileur en a fait denplus perirs queles Lambis. pour l'ordinaire
elt a peu près le même. Leur coloris
poiffon quils renferment, La chair du:
cate, & de plus facile
eft plus déliIly a des Burgaux de digeftion.
& de differentes
plufieurs fortes,
eft de couleur denacre groffeurs. Le dedans Burgaux
té, poli, luftré à merveille. de perle argentrouve à Saint Domingue
On en
hors eft peint comme du dont le degrie de noir; de differentes point d'Honun fond argenté, ce
teintes, 3 fur
ner le nom de Veuves. qui leur a fait don- Les Vet.
eft dans ces coques, eft Le poiffon qui yes,
les deux
plus délicat
elpece de précédens; il a fur la tête que une
tiere noire couvre-chef &
plar; d'une made la corne, dont dure, il à
près comme
de fa
tomad
coque,
l'ouverture
Alégard des
de bien des fortes. Porclaines, j'en ai cu'
été prife al'Ance Laplus belle avoit Porcs:
roifle de Sainte Saleror, dans la
Jaineex.
de la
Marie à la Cabefterre Pa-meris naire,
Martinique, Elle étoit peinte de
M 1j
tiere noire couvre-chef &
plar; d'une made la corne, dont dure, il à
près comme
de fa
tomad
coque,
l'ouverture
Alégard des
de bien des fortes. Porclaines, j'en ai cu'
été prife al'Ance Laplus belle avoit Porcs:
roifle de Sainte Saleror, dans la
Jaineex.
de la
Marie à la Cabefterre Pa-meris naire,
Martinique, Elle étoit peinte de
M 1j --- Page 288 ---
268 : Nowveause
Froyages anx Ifes
1701, quarrez noirs & blancs comme un échi.!
quier, pofez fur une ligne (pirale,
commençoit à un bout, & finiffoit qui. à
l'autre avec une telle
les quarrez du milicu proportion étoient
,
une R
plus grands
ceux des bours, & diminuoient ARE avec une
merveillaufe, à mefure qu'ils proportion
choienr des extrèmitez.
sapproCe quejapportai de plus curieux
Nacr: s ce genre, furent des
en
dcPerles ne beauré achevée. nacresde perle d'uOn m'en donna une
entre les autres dans laquelle ily avoit
fepr ou huit petites perles attachéesdansle fonds de la coque. Le dedans
éroit très vif & très-bean, Pour le dehors il eft fale, raboreux,
fouvent couvert de mome grisâtre, & de
&
coquillages quand on les rire de la perits mer,
Mais quand on a levé cette croute, O1
trouve une écaille aufi belle, auffi
luftrée, & aufli argentée que le dedans,
On en fait des tabatieres
On me fic prefent du plan ires-propres. de la conceflion de la Compagnie, & on me
laiffa copier celui dufort, auquel
alloit travailler. J'emporrai auffi des on
noyaux & desgraines de Sapures,Sapotil.
les, Abricots, Chènes, Ormes, &autres
arbres, ayec environ quatre-y vingt aul, --- Page 289 ---
Frangoifes detAmbrigue. 269
nes d'Afcot blanc d'Angleterre, &
quelques Livres que j'acherai à l'Inven- 17Q1.
taire des meubles d'un Controlleur ambulant de la Compagnie, quiétoit mort
depuis quelques jours. Cette étoffe venoit d'un Vaifleau Anglois, qui is'étoit (Pointe
perdu à la pointe del'ifc à Vache:Cet- de Mfle
te pointe eft dangereufe; ; on y trouve à dange- Vache
fouvent un courant rapide, & un vent reufe,
forcé qui portent deffus. Les Vaiffeaux
qui vont ala Jamaique, & qui véulent
rafer cette Ifle, tombent fréquemment
: dans ces dangers.
Le Brigantin qu'on attendoit de Cartagene étant à la fin arrivé, M.des Portes reçût fon argent; nousfimes del'eau
& du bois, & primes congé de ces
Meflieurs. Le Gouverneur, lel Directeur,
M. de Pary & les autres, me firent mille honnèrerez, & me donnerent en
tant du chocolat, du fucre, des liqueurs, pardu vin, , & d'autres rafraichiflemens qui
nous auroient conduits jufqu'aux Ifles,
fans la fatale rencontre que nous fimes
des Elpagnols.
K
M iij
argent; nousfimes del'eau
& du bois, & primes congé de ces
Meflieurs. Le Gouverneur, lel Directeur,
M. de Pary & les autres, me firent mille honnèrerez, & me donnerent en
tant du chocolat, du fucre, des liqueurs, pardu vin, , & d'autres rafraichiflemens qui
nous auroient conduits jufqu'aux Ifles,
fans la fatale rencontre que nous fimes
des Elpagnols.
K
M iij --- Page 290 ---
270 Nowveaux Yoyages AHX TAes
1701.
CHAPITRE XI.
L'Astewr ef pour/mivi par les Forbans 2
6 pris par les Elpagnols. Leur MRniere de vivre Culte quiils rendent à
S. Diego.
Ous mîmes à la voile le Lundy
N de la Semaine
Départ
Sainte vingt-uniedelacaye me de Mars. Nous
S. Louis,
comptions de faire
nos Pâques à la Ville de S.
où nous devions aller pour Domingue, nous défaire
du refte de la Cargaifon de notre Barque.
Cap Mo
Nous vimes le Cap Mongon, autregon,
ment d'Altavela, le Jeudy Saint avant
midy; nous étions proche de terre',
auflitôt nous amenâmes nos voiles, afin
la terre nous mangeant > nous ne
découverts parlesForbans
ELLNL
qu'on nous avoit dit être en ces quarmers-li; parce que fi l'avis étoit vérirable, nous ne doutions point qu'ils nc
fuffent dansl'Ance del'llc la
eft
Beata,qui
une très-bonne croifiere. Dès que la
nuit s'approcha, nous fimes fervir toutes nos voiles. Nous doublimes le Cap --- Page 291 ---
Frangoifes delAmtrigue. ijt
Mongon avant minuit, & nous nous
trouvàmes par le travers de la Beata 1701.
deux heures avant le jour.
ni
Je ne puis rien dire de cette Ile,
des trois rochers ou Iflers, qu'on nomme les Freres, ni de celui appellé Alravela, parce que nous les dépatlàmes
pendant la nuit, & que le jour précé.
dent il avoit fait une trop groffe brume
pourl les pouvoir bien voir. Ce fut cetre
brume qui nous fauva, & qui empècha
les Forbans de nous découvrir.
Le Vendredy Saint vinge-cinquiéme Un Fore
Mars, nous vimes dès que le jour parur ban leur
nous fuivoit. Nous ne donne
une Barque qui
ce ne fûr celle des chafle.
doutâmes point que
Forbans; mais comme nous avions près
de trois lieiies d'avance, nous nous en
mimes peu en peine. Elle nous donna
la chafle jufqu'a midy, après quoi
voyant qu'elle ne nous hauffoit point, >
elle revira de bord, & retourna apparemment à fa croiliere. Ilfalloit que ces
gens n'euffent point de fentinelle, Otl
pour parler en termes de Flibufte, de
vigic; car le Maitre de notre Barque,
& toutl'Equipage, quine dormoit pas,
virent parfaitement bien la Barque en
pallant & n'en étoient point du tout
contens. Ils connurent par-là que l'avis
M iv
qu'elle ne nous hauffoit point, >
elle revira de bord, & retourna apparemment à fa croiliere. Ilfalloit que ces
gens n'euffent point de fentinelle, Otl
pour parler en termes de Flibufte, de
vigic; car le Maitre de notre Barque,
& toutl'Equipage, quine dormoit pas,
virent parfaitement bien la Barque en
pallant & n'en étoient point du tout
contens. Ils connurent par-là que l'avis
M iv --- Page 292 ---
Aux IRes
qu'on' nous avoit
des
1701, n'éroit
Forbans
omnen
que trop véritable. Cependant
labontédenotte Barque nous fit
per ce danger, quoique ce fut échupnous faire tomber dans un
pour
& qu'on pût dire de nous, plus Incidit grand,
Scyllam cupiensvitare Charibdim
in
fieur des Portes &c Sanfon Maître ; car le
de la
Barque, voulurent toucher à un
qui eft au fond de la
Bonrg
d'Ocoa Baye fe nomme le Bourg Das,fous Baye d'Ocoa, qui
& Bourg faire
prétexte de
Das.
couler del'eauparee àla
que nous avionslaiffé
mer quelques-unes de nos futailles pour nous alléger; mais cfiectivement pour traiter quelques merceries &
autres bagatelles qu'ilsavoient, dont ils
craignoient de ne fc pas défaire fibien a
la Ville de S. Domingue. Je fis ce
puspourrompre ce deffein, &cje que
venirat bout.
nous
E
Ilfembloirquer
étions
deftinésà être pris ce jour là. Nousp
tâmes donc dans cette Baye jufques
les deux
Cra
heures après minuit, que nous
apperçûmes deux Vaiffeanx & une Barque, qui étoient moiiillés allez
de
terre. On crut d'abord, que c'étoit près encore d'autres Forbans, &c on revira
fc tirer de ce mauvais pas; mais le pour vent
nous manqua tout d'un coup.
couché dans une cabanne à l'arriere J'érois de --- Page 293 ---
Frangoifas de P.
-la Barque fur le Gaillard. Amérique. 273
veillai
Je me réla raifon quand de on vira, & je demandai 1701.
cette manceuvre. Mon Negre me dit tout
allionsêtre pris par épouvanté, les Forbans. que Je nous
levai dans Tinftant, &
mie
deux gros Bâtimens avec j'apperçtis la
ces
Nous mimes le Canot dehors; Barque.
voirfinouverionaferr
pour
pour nous y pouvoir proches sde terre,
gu'ilef nuit, ,il femble fauver ; car lorfcher la terre avec la main, qu'on aille touen foit encore bien éloigné. Mais quoiqu'on
Canor n'étoit pasacent pas dela notre
que nous apperçtimes deux
Barque,
gui venoient a nous, Elles Chaloupes nous heflerent; c'elt-a-dire,
gnol, &c nous demanderent appellerent en ElpaJa Barque. M. des Portes d'ou étoit
même Langue, qu'elle étoit répondit de la Mar- en
vela, tinique; sà quoi on répliquas eAviza la
gnol, cornuto : cela veut dire en
L'Auteur pris Pa
Finftant amene la voile, cornard, & Elpa- les Efpail fauta à bord
à dans gnols,
quante hommes armés, quarante criant
cinAmatto, tué, tuc.
Amatro,
Un moment devant
vâr, javois envoyé mon que cela-arricher le panier Caraibe otr Negre chermon habit tous les, foirs, je ferrois
parce que je
M V
répliquas eAviza la
gnol, cornuto : cela veut dire en
L'Auteur pris Pa
Finftant amene la voile, cornard, & Elpa- les Efpail fauta à bord
à dans gnols,
quante hommes armés, quarante criant
cinAmatto, tué, tuc.
Amatro,
Un moment devant
vâr, javois envoyé mon que cela-arricher le panier Caraibe otr Negre chermon habit tous les, foirs, je ferrois
parce que je
M V --- Page 294 ---
274 Nowvsaux Foyeges AHX
voulois paroitre en habit Ipes
1701. mettois ma robe, quand ces décent. Je
nens fauterent à bord. Mon impertieut peur, laiffa tomber à la porte Negre de
chambre le refte
:
fuit
fe
de mon habir, &s'entôt pour
cacher. Je defcendis auffidans pour la ramaffer ce qui étoit tombé
jamais enrrésjet chambre;8 comme je n'y étois
& ma chûte fit ctomtuienydecendiams renverfer
quelques autres choles, une chaife &
del bruit,
qui firent allez
qu'on fe pour mettoit perfuader aux Epagnols
chambre.
en défenfe dans la
Ilss'y jetterent avec
fement; & lun d'eux
emprefpiftoler fur la poitrine, m'appuyanr le lacha. Lebon. fon
heur voulut qu'il n'y cut que l'amorce
de qui fabre prit: je parai avec la main un coup
tant fait qu'un connoître autre me porta; & m'é.
l'aide de
pour Religieux à
fortis de la quelques chambre. môts Eipagnols, je
rurent confternés
Ces canailles paqu'ils avoient voula > quand ils virent
de S. Dominique, ils tuer un Religieux
me demanderent
pardon, me baiferent les
m' aiderent à monter far le gaillard. mains, &
trouvai ma maleouverte & entierement Je
vaide : on n'y avoit laiffé qu'une Croix
d'argent de lInquifition d'Avignon, --- Page 295 ---
Françoifes de PAmbrignt. 275
étoit attachée aul dedans du couver8 Il me vint aufli-tôt en penfée de 1701.
m'en fervir. Je la
& l'ayant paf
fée à mon col
ma robe, 2 je fis
E:
demander par RE des Portes à celui
ces
avoit plus
a
commandoit gens, qui d'un Officier ;
mine d'un gueux, que
& fion
s'il connoifloit cetre marque, du Saint
ttaitoic ainfi un Commiffaire
Oflice,je ne l'étois
pas. J'avois eu cette Croix CETNEL la dépotillee d'un
de nos Religieux, & je ne fçai par dans quel- la
le avanture elle s'étoit trouvée
male
j'avois portée avec moi. Elle
ne ingtuer de faire un bon effet, on
eut plus t refpect pour moi,
eu. Je m'en
ee
n'en auroit peutêtre
n'allât
pour empicher que le pillage choplas loin,& quiln'arrivar quelque oû étoit le
fe de fàcheux ànotre canot
braves
Parron Sanfon, fur lequel ces
voulurent tirer quand ilapprocha de la
Barque. Je ne (çai de quel pais étoit
leur poudre, elle ne voulut avoir aucun
démélé avec nous, & ne ptit jamais
fen. Mon Negre s'étoit fi bien caché 5
qu'on eut toutes les peines du monde à
le trouver; il parut enfin, & par bonheur, il avoit emporté mon chapeau
M vj
notre canot
braves
Parron Sanfon, fur lequel ces
voulurent tirer quand ilapprocha de la
Barque. Je ne (çai de quel pais étoit
leur poudre, elle ne voulut avoir aucun
démélé avec nous, & ne ptit jamais
fen. Mon Negre s'étoit fi bien caché 5
qu'on eut toutes les peines du monde à
le trouver; il parut enfin, & par bonheur, il avoit emporté mon chapeau
M vj --- Page 296 ---
276 Nowveaux Trorages anx IRes
avec lui, qui n'auroit
manqué d'e41701, tre dérobé fans cela, Lmar obligé de
m'en paffer jufqu'à S.Thomas.
: Quand le tumulte fur un peu appaifé,je m'embarquai dans une des Chaloupes avec M. des Portes, & un Officier Efpagnol, pour alleral bord del'Amiral. Nous remarquâmes que ces Chaloupes avoient chacunc quatre Pierriers
de fonte, deux àl'avant, & deux il'arriere; un panier de grenades, huit avirons par bande, & au moins trente-cinq
hommes dans chacune. Nous fçûmes
que ces deux Vailfeaux étoient l'Armadille de Barlovento,
Arma.
quiaprès avoir fait
dille de le tour du Golfe, depuis
Barlo- qu'à la Marguerite & la Cartagene juf
Vento
Trinité, s'en
reroarnoiala Veracrux. LaBarque qui
étoit avec ces deux Vaiffeaux appartenoit au Gouverneur de Port-Ric,
s'en alloit àl lal Havanne, pour paffer
la en Eipagne. On prétendoit
y
avoit dans cette Barque cinq OtI fix qu'il cens
mille écus, & d'aurres choles de valeur.
L'Officier qui étoir avec nous dans la
Chaloupe, étoit un Alfiere ou Enfeigne.
Il nous dit, que nous allions être tous
freres, parce qu'ils avoient appris à S.
Domingue > par une Corvette d'avis,
qui à y avoit pallé en allant porter les --- Page 297 ---
Francoifes de PAmériqme. 177
Paquets de la Cour à la Veracrux, que
M. le Ducd'Anjou étoit Roi d'E(pagne, 1701.
fous le nom de Philippe V. Nous n'en
fçavions encore rien Léogane, nià la
Caye, quoique ce Prince fit parti de
France dèsle mois de Décembre, pour
aller à Madrid. Cette nouvelle nous
réjouit beaucoup, &c nous fit efpérer,
que nous ferions quittes de cette avan- fait
ture pour le pillage, qui s'étoit feroit
dans notre Barque, & qu'elle ne
fvpas confifquéc, comme nous avions
jet de le craindre.
arrivés.au VaifLorfque nous fàmes
feau, on nous fit refter dans la Chaloupc pendant que l'Officier alla rendre
compte de notte capture. Après cela,
on nous fit monter. Jc trouvai à léchelle du gaillard le Gouverneur de
l'Armade (ceit ainfi qu'ils appelloient vieux Le Comle Commandant qui étoit un
fi manMarquis, dont A oublié le nom, dant de
gouteux qu'il ne pouvoit fe fervir delarma. dille.
ies mains. Il fe fit ôter fon chapeau
nous faluer. Iléroit prefque vêta
pour
avec un manteau fur fes
à la Françoife 2
épaules, & un Reliquaire d'or au col,
de feptà huit pouces de hauteur, fur
à cinq pouces de large, couvert
Tur criftal, & foutenu par une grolle
oublié le nom, dant de
gouteux qu'il ne pouvoit fe fervir delarma. dille.
ies mains. Il fe fit ôter fon chapeau
nous faluer. Iléroit prefque vêta
pour
avec un manteau fur fes
à la Françoife 2
épaules, & un Reliquaire d'or au col,
de feptà huit pouces de hauteur, fur
à cinq pouces de large, couvert
Tur criftal, & foutenu par une grolle --- Page 298 ---
278 Nowveanx
Anx Hfes
chaîne d'or. Qu'on Caratie tout ce
1701, voudia, du
de dévotion des itoat
çois, pour ec Agans-1 Dei, &
les
Reliques. Ceux quien parlent -utto font
desmédifans, ou plûtor des calomniateurs: car je fais far
avoir perfonne parmi nous, qui ne fit
avec
rarZ
chargé
joie de ce Reliquaire. Je fis mon
compliment en Latin AM. le Gouverneur. Son Aumônier qui étoit à côré
de lui, lci en expliqua ce qu'il en comprit, qui fut peu de chofe. M. des Portes parla enfinite; & comme ils'expliqua en Elpagnol, on l'entendit mieux.
il s'étoit revêtu avant de fortir de la
Barque d'un habit rouge, avec des boutons d'or, une vefte allortiflante, & un
chapeau à plumer. Nous étions convenus avec le Maître, que nous le ferions
paffer pour le Major de la
& nous l'avions chargé d'en Martinique, avertirl'Equipage. Il foutint fort bien ce caractere,
Le Gouverneur nous témoigna
étoit bien faché du défordre qui étoit qu'il
arrivé dans notre Barque en nous arrètant. Il nous dit, que fic'eût été de
jour, les chofes feroient allées d'une
autre maniere; & je le croi bien, car
nous ne ferions pas allés aflez proche de --- Page 299 ---
Françoifes de TAmbrigue. 279
fon Vaifleau pour nous laiffer prendre:
Ilenvoya cependant un autre Oficier à 1701.
bord de notre Barque, pour la garder
& conferver cC qui) y étoit, & donna
ordre qu'on chalflàt tous les E(pagnols
trouveroit, & qu'on les fouil12 de leur faire rendre ce qu'ils
auroient volé, & fartout ce qu'on déF
couvriroit m'appartenir.
Prêtre SéL'Aumônier qui étoit un
culier fit merveille en cette occafion. Il
pour oblift un difcoursàl l'Equipage, chofe du
ger çeux qui avoient quelque & furtout ce
pillage de le rapporter,
Pere
qui appartenoir au Révérendillime de lInCommiffaire du Sacré Tribunal
quifition. Il déclara, que ceux qui allroient quelque chofe, ou quifgautoient
qu'un autre en eût, & nele reveleroient
feroient excommuniés, & attirepas, roient la malédiction de Dieu fur le
Vaiffean. Ce difcours fit efet. Un jeuMarelot l'avertit auffitôt qu'un de
ne
ma bourfe. On fai-.
fes fit le camarades-avoit drôle, & comme il nia le fait, on
le foiiilla. Ce fut un opéra d'arriver au Labourlieu ou ma bourfe étoit cachée. Ihavoit fe T'Aureuz de
pris dans la male cinq de mes caleçons, retrou.
& deux de mon Negre, & les avoit vée,
mis far lui les uns far les autres, avec
jeuMarelot l'avertit auffitôt qu'un de
ne
ma bourfe. On fai-.
fes fit le camarades-avoit drôle, & comme il nia le fait, on
le foiiilla. Ce fut un opéra d'arriver au Labourlieu ou ma bourfe étoit cachée. Ihavoit fe T'Aureuz de
pris dans la male cinq de mes caleçons, retrou.
& deux de mon Negre, & les avoit vée,
mis far lui les uns far les autres, avec --- Page 300 ---
280 Nowvean)
ANX
deux autres,. Yayager
Ives
que je luppofe
1701. tenir; de forte qu'il étoit revêtu luiappars deneuf
caleçons, qu'on lui ora les uns après les
autres. Ilfembloit que ce forun oignon
qu'on va à la dépouilloit fin
de les robes. On trouma bourfe dans le dernier,
quel'Aumônier me
me dit de voir s'il n'y rendiraufli-tôr, &
Je trouvai onze
manquoir rien.
piftoles & demie d'Ef
3 avec quelque argent blanc,
ESCi à peu près mon compte. Je voulus qui
donner une piftole à cc jeune
pourle confoler delap
homme,
mais l'Aumônier ne
qu'il faifoit,
frir,
pas fouf
peaeaeN
> au contraire, il
de
deux fouflers, & d'un l'apoftropha de
derriere. Mon Negre coup fc faifit pied de au
caleçons. On retrouva encore mon ma- nos
telas, ma couverture, 3 mon hamac,
monb breviaire, une chemife, quelques
mouchoirs, & une Partie de mes
piers. Mais pour mon étoffe, mon cou- pavert d'argent, avec une tafle, & un
gobeler, tout le refte de mon
ma lunette
linge, 5
mes livres, mes d'approche, mes plans, 3
cafaque,
nacres de perle & ma
de forte jen'en pus avoir de nouvelles;
le pillage ne tomba prefque que at moi, & fur les marchandifes de la Cargaifon, donr il yen eut --- Page 301 ---
Frangoifes de LAmbrigne. 281
près de deux cens piftoles senlevées
pour
partie de nos vivres, 1701.
avec lap plasgrande
& de nos raheichulemens s'en retourna à bord
M. des Portes
Officier
de la Barque, avec un autre de chaffet
qu'on lui donna, quiacheva
les Efpagnols qui y étoient d'Officier encore, y
laiffant (calement une elpece les Mafubalterne,
empècher que
telots & Pealore n'y tentraffent , & n'y
fiffent du defordres après quoi on amena la Barque à l'arricre de PAmiral,
& on ly amarra.
Cependant l'Aumônier me conduifit
dans la grande chambre, où étoit le
Gouverneur, avec les autres Officiers
du Vaiffeau, entre lefquels le Pilote
Major tientle premier rang, &
de Lieutenant. Cetoit un Abor
la vieillard qualité habillé de fatin noir,
Tous
un
François.
Ce
parloit peu firent
d'honnètefieurs me
des beaucoup confitures, , du bic
cuit, tez. Onapporta & du vin, & enfuite du chococolat, qui étoit très-bon. Nous diné, palla- à
mes le refte du tems jufqu'au devoit
difcourir fur l'évenement, qui
faire l'étonnement de toute TEurope,
&à pronoftiquer la Guerre qui eft arrivée depuis, qui ne manqueroit pas de
.
Ce
parloit peu firent
d'honnètefieurs me
des beaucoup confitures, , du bic
cuit, tez. Onapporta & du vin, & enfuite du chococolat, qui étoit très-bon. Nous diné, palla- à
mes le refte du tems jufqu'au devoit
difcourir fur l'évenement, qui
faire l'étonnement de toute TEurope,
&à pronoftiquer la Guerre qui eft arrivée depuis, qui ne manqueroit pas de --- Page 302 ---
282 Nowveanx
anx
tre caufée
la
Ifes
1701. autres
qu'auroient les
Martre
2 de voir
Rcterias
deux plus
l'union des
puiffantes &c plus
Nations du monde.
belliqueufes
Vaiffeau Amiral
Le Vaiffeau où je fus conduit étoit
l'Amiral de PArmade. Il
le
TAuit Sainte pavillon
portoit
Trinité. de fatin quarré au grand mât. Il étoit
blanc, avecles
far le tour
armesd'E.pagne,
defquelles on avoit déja appliqué de lis. un petit écuflon, avec trois fleurs
Ce Vaiffeau s'appelloit la Sainte
Triniré; il étoit percé pour foixante
pieces; mais iln'en avoit
cinquante-deux, montez depuis dlech julqu'à
quatre livres de balles, avec trois cens
cinquanre hommes
Matelots, foldats, > & Paflagers. avoit été
à
RSTT.
fabriqué PAmérique > & il étoit tout
d'acajou, ou comme ils difent de cedre,
àla boisexcellent pour réfifter aux vers, &
pourriture. Nous remarquâmes en
y artivant, que tous les Canons étoient
détapez, c'eft-à-dire qu'on avoit ôté
lestampons, dont on garnit les bouches,
pour empêcher les coups de mer
entrer. On avoit pris cette précaution d'y à
caufe de nous : car ils nous prenoient
pour des Forbans, & ils avoient déja
commencéà filer leurs cables
foûtenir leurs Chaloupes, @ nous pour avions --- Page 303 ---
Frangoifes de Ambrique. 283
de très-pacifiques Marété autres que
1701.
chands. faifoit la cuifine fur le pont, > à Cuifine
a On
dans les Galeres, ex- du Vaifpeu près comme c'étoit entre le grand mât & fcau.
cepté que Je crois pourtant
quand
la mifene.
ils la
fous
en route,
AEO
ils étoient d'avant. Tous ceux de
le gaillard leur
en
ont
pignate
TELSE
CL page Matelots qu'on appelloir SigsoMarineros, los
Seldados,
res
Signores
font des gens a trop de diftinétion >
être nourris à la gamelle comme
pour les nôtres. On leur donne les vivres en
& chacun fe nourrità fa fantaiargent, fic. Ce Vaifleau étoit beau, quoiqu'il
un
court pour fa largeur
nous parût & peu nous eûmes de la peine
& fa hauteur,
nous difoit de (a vià croire ce qu'on vû
Cadix en 1706.
teffe. Je Pai depuisà
un Courier
On dépècha le mèmejour
de Saint Domingue > pour
au Préfident donner avis de notre capture, & fçalui
Gouvoir fon fentiment, parce quele fe
verneur de la Flotte ne vouloit pas
charger feul de notre deftinée; fur tout
dans un tems où l'avenement de Phi- delippe V.à la Couronne d'Efpagne d'une
voit faire confiderer les François les-autoute autre maniere, qu'on ne
teffe. Je Pai depuisà
un Courier
On dépècha le mèmejour
de Saint Domingue > pour
au Préfident donner avis de notre capture, & fçalui
Gouvoir fon fentiment, parce quele fe
verneur de la Flotte ne vouloit pas
charger feul de notre deftinée; fur tout
dans un tems où l'avenement de Phi- delippe V.à la Couronne d'Efpagne d'une
voit faire confiderer les François les-autoute autre maniere, qu'on ne --- Page 304 ---
284 Nowleaux
AuR
roit confideré fans
Hes
1701. pris far leur
pufqu'éram
SPST
cherché
Côte, & fi on eûr bien
de l'argent s ayant à bord des piaftres, &c
en barres, nous étions fujets
dconficacioniclon les loix du
Le Pilote Major nous
pais.
1'Epa- Diné ala grande chambre à l'heure conduifit du dîné, dans
gnole. Gouverneur s'affit devant
Le
ble à côré de la
une petite tadeur, comme grande s non par granOn le pourroit croire,
maispar té de fes néceffité, & pour la commodi.
tous les domeftiques, qui lui mettoiérit
foient morceaux à la bouche, & le fain'a
boire > comme un homme
point de bras. Nous nous
qui
mes huit ou neuf à table. L'Aumonier trouvétenoit le premier lieu. La
étoit
courte, & affez mal propre. nappe Les fervieites étoient un
plus
des mouchoirs
peu
petires que
médiocres, > frangées nararellement, ou
parler
effilées par les teoar Je croi plus jufte,
avoient été blanches autrefois. qu'elles
qui fe trouva devant moi étant Celle
les autres, l'Aumônier en fit comme
une blanche, voyant que je prenois apporter mon
mouchoir Nous
pour mettre devant moi.
les ne trouvâmes point d'afliettes fous
lier ferviettes, s mais feulement la cuil-
& la fourchette; pour de coûitcau, --- Page 305 ---
Frangoifes de
ila'y en avoic qu'un PAmbrique. allez
étoit à côré de
grand , qui
fonction eft de TAamonier, dire le
dont la 1701,
couper les viandes, & d'en Benedicite, fervir 2 de
tçla compagnie.
à touOn fçait allez comment
les cuilliers & les fourchettes font faites
gnole, de les fans que je me donne à la T'E(pa
décrire ici. On içaura
quc ceux qui comme
sieafnent
accoirumez à ces fortes moi, ne font pas
ont autant de peine à s'en dinflinumens,
des petirs bârons des Chinois, fervir, que
L'Aumônier avoit à fon côté
une grande pile d'affierres
gauche
alfez] larges > peu
& d'argent, 9
audi noires que G ereufes, on les eûr prefque
l'inftant du fond de la
retirées à
avoir demeuré un conple mer, de après y
On fervit d'abord le fruit fiecles.
plats. Celui du milieu étoir de en cinq "Ordre
res (eiches, très belles, &c
confita- des feg.
certaines oranges entieres, entr'autresde vices,
d'une mameldecacaieue, 2 remplies
leurbrune, compofée de
d'unecouavecle mufc & lambre. Les plafieurs fruits,
éroicht remplis de
autres plars
dabricots, & autres bananes, fruits du de figues,
des oranges douces, dont ils pais, avec
cas, au licu que nous n'eftimons font grand
dans
(eiches, très belles, &c
confita- des feg.
certaines oranges entieres, entr'autresde vices,
d'une mameldecacaieue, 2 remplies
leurbrune, compofée de
d'unecouavecle mufc & lambre. Les plafieurs fruits,
éroicht remplis de
autres plars
dabricots, & autres bananes, fruits du de figues,
des oranges douces, dont ils pais, avec
cas, au licu que nous n'eftimons font grand
dans --- Page 306 ---
286 Nowveaux Fayages aux Hes
nosTfles, que celles de la Chine. L'Au1701. mônier mit de ces fruits far deux
tes qu'on porta au Gouverneur. Ilm'en aflietpréfentasde même façon, & enfiite
toute la compagnie. On leva
à
& on mit à leurs places un grand ces plats,
fauciffes & d'andoiillettes de plar de
Cela me furprit un peu, car c'étoit Cochon. le
Samedy Saint. L'Aumônier quis'en
perçit me dit, qu'on faifoit en mer apils comme avoient on la pouvoit, & que d'ailleurs,
Bulle de la
leur donnoit ce
Croifade,
privilege, dont je
me
get
voisjotlir
trouvant avec eux. Je fiis
naturellement fort accommodant,ainti
jer mangeai de grand appetit cc
voit prefenté, & ce qu'il continua qu'ilm'afaire de tous les plars qui vinrent far de. la
table les uns après les autres; car
téle fruit, on ne fervit jamais deux excepà la fois. Ce plat fut relevé
plats
tre où ily avoit trois grofles par un aubotillies. On fervit enfuite volailles
de Cochon avec force faffran, un ragoût
plat de Cochon rôti, enfuite puis un
de Ramiers & de Poulets
un autre
un grand plat de Patates rôtis, & enfin
étoient enfevelies dans boiillies S. qui
un bouillon
réc. épais, qui auroit pû paffer pour une puAprès tout ccla, on apporta le cho- --- Page 307 ---
Françoifes de
colat. Je trouvai d'abord PAmerigue. 287
ge, que prefque tous ceux un peu étran-.
table mangerent plitôt de qui étoient à 1701.
du bifcuit, quoiqu'il fàt lacallaveq fort
que
fort leger, & fort bien-fair; blanc, 3
fus encore
mais je le
voir boire. davantage de ne les point
qu'un coumençât; Jatendoistoujourse à la fin que quel.
tientai, & j'en demandai: je m'impamangé des fauciffes qui im'avoient car j'avois
té une foif terrible. Un
excim'appornsauti-cocen vafe Domeftique
de terre ligillée,
d'unce/péce
chopine mefure 3e pouvoir tenir une
toit que de l'eau. Je Paris, dis mais ce n'équ'on ne donnoit de l'eau dl'Aumônier dans
pais qu'aux malades & aux poules, mon &
jétois homme, & en très bonne
unul Il parla, & on
grand verre de vin fur une m'apporta un
Ce fut un autte embarras;je foucoupe.
accoûtumé a boire de l'eau toute n'étois pas
nidu vin fanseau. IIf
pure, 2
Negre, qui rôdoit fallutappeller dans le
mon
pour découvrir quelque chofe Vaiffcau, de
pillage, il vint'8 me
notre
re; & ces Meflieurs fervità ma manie.
leur tour, de me voir parurent boire furpris à
le vin, après m'avoir vû
l'eau avec
rel'eau pure, & le vin pur, refuferde leur boicoutu-
de l'eau toute n'étois pas
nidu vin fanseau. IIf
pure, 2
Negre, qui rôdoit fallutappeller dans le
mon
pour découvrir quelque chofe Vaiffcau, de
pillage, il vint'8 me
notre
re; & ces Meflieurs fervità ma manie.
leur tour, de me voir parurent boire furpris à
le vin, après m'avoir vû
l'eau avec
rel'eau pure, & le vin pur, refuferde leur boicoutu- --- Page 308 ---
288 Nouveanx Yrayages AMX IRes
me érant toute contraire. Ils bûrent
1701. très-peu pendant le.repas, & quand ils
bàrent, ce ne fut
del l'eau. Quand
un avoit bû; fon nEn ne faifoit point
de difliculté de boire fon refte.
Le pauvre M. des Portes n'avoitpref.
que pas le tems de manger; parce qu'il
nous fervoit d'interprete, : excepté quand
la converfation étoit entrel'Aumônier,
le Pilote & moi. A la fin du repas on
apporta deux foucoupes avec autant de
verres de vin que nous étions de
nes
à table; chacun
le
perfonSobrieté
prit fien 3 &c on
des Ec faluale Gouverneur, qui bût aufli à ma
pagnols, fanté, Aprèscela on dellervit, & on:
porta lc chocolat. Onne fait pour ridt
dinaire qu'un repas, 2 la plapattne
nent le foir que des confiturres & duc ECGOL
colat. Mais on fervit tout le tems
nous fàmes arrètez, un
nête
omsremade
pour M. des Portes & pour moi,
ou l'Aumônier nons tenoit compagnie
avec quelques-uns des Officiers pla:ôt
pour caufer, &c par pure honnêteré que
pour manger. Le vin
nous bimes
étoit très-bon. Ily en JNort du Perou,
d'Efpagne, & de Canarie. Nous fûmes
coucherd notre Barque, > ouyeus affez
de peine à dormir, parce gu'il vint
plulicurs Elpagnols, pour traiter en cachette --- Page 309 ---
Françoifes de LAmérique.
chette les marchandifes que nous
avions.
Le lendemain 27. jour de
I701.
Pâques >
nous allâmes à bord de l'Amiral, pour
entendre la Meffe. On nous dit,
ne
la difoit qu'à terre, où on ne qu'on jugea
nous y miflionsle pied.
Nous
dhe chocolat en attendant
le
EFS
dîner, qui furà peu près comme celui
du jour précedent.
Le Lundy je priai l'Aumônier de me
fa Chapclle pour dire la Mefle
à
de notre
ria
Barque, & faire faire
les Pâques à nos gens. Nous chantâmes
la Meile, c'eft-à dire', tout ce qu'on L'Auteur fait faire
peur chanter fans livres, comme le les PâKyrie, le Gloria, le Credo,1 le Santburwbatga. quesà
LAguas Dei.TExadur. Je préchai, page,
&c jecommuniai nos gens , quis'acquit.
terent de ce devoir avec beaucoup de
pieté. Plufieurs Elpagnols qui étoient
àl'arriere du Vaiffeau Amital, auquel
nous étions amarrez, furent fort édiniés,
&c me dirent , qu'ils ne croyoient
que les François fuffent fi bons Nenifet
liques, car la plipart nous font l'honneur de nous croirefansReligion. Cette
marque de Catholicité fit un fort bon
effet, & comme nous faifions exadtement nos prieres foir & matin à bord
Tome VII.
N
pagnols qui étoient
àl'arriere du Vaiffeau Amital, auquel
nous étions amarrez, furent fort édiniés,
&c me dirent , qu'ils ne croyoient
que les François fuffent fi bons Nenifet
liques, car la plipart nous font l'honneur de nous croirefansReligion. Cette
marque de Catholicité fit un fort bon
effet, & comme nous faifions exadtement nos prieres foir & matin à bord
Tome VII.
N --- Page 310 ---
290 Nonveaux Fayages aux
de notre Barque, avec toute la Iles
F701. & la reverence poflible, lcs modeftic,
nous en témoignoient plus Eipagnols
nous
étions allurez d'avoir d'amitié, &c
teurs la plapart des Efpagnols pour de fpecka- l'Armade.
J'ai oublié le nom du Vaiffeau
portoit le pavillon de Vice-Amiral. qui Il
étoir de quarante Canons, &
fon pavillon quarré au mât de mifene. portoir
Le troifiéme Vaiffeau de cette Efcadre,
étoit encoreàla Ville de Saint Domingue. On l'appelloit le Navire de Regiftre,
que c'étoit lui
étoit
Navire chargédes
de
qui
de Retraite,
Emsn
gittre, juge néceffaires dans les lieux oul'Ar- qu'on
*madille fait fa tournée. Ce Vaiflean eft
en partie caufc que je n'ai point vû la
ville de Saint Domingue, D'ailleurs
nousvendimesle refte dela Cargaifon,
quiéroit dans la Barque aux deux Vaiffeaux, avec lefquels nous érions. Je ne
pouvois concevoir ce que ces gens-là
pourroient fairedes marchandifes qu'ils
acheteient, fur tout de pluficurs
de fl,qui étoit prefque pourri, caiffes
ne laifferent pas de nous payer en qu'ils bonnes piaftres mexicanes routes neuves,
fur chacune defquelles on pouvoit rogner pour huit &c dix fols d'argent, Ils --- Page 311 ---
Framgoif de
firent ce qu'ils
LAmtrique. 291
vendre mon purent
m'obliger à
Négre. "Round m'en
parce qu'il étoit de notre
excufai, 1701,
oi il avoit toute fa famille; Habitarion,
offtirent trois
ils m'en
été plus loin. centpiaftres, & auroient
Je remarquai en me promenant dans
leVaileau, Saint attachée qu'ily avoit la figure d'un
au inât de
une lampe d'argent devant mifene, lui,
avec
bouquers, perits
plufieurs
babioles, comme les tableaux, 3 & autres
à leurs petites
enfans en mettent
un tronc
chapelles, fans oublicr Figurede S.
mis
pour recevoir les
liée Diege au
une réale, pour ne aumônes.Jy mât de
moins dévot que les autres pas à paroitre mifene,
avant même dep pouvoir deviner ce Saint 3
éroit: cari il étoit lié avec
qui il
lagroffeur du
une corde de
avec le mât, pouce, quil'environnoit le
pieds, dont depuis
col
on ne voyoit
jufgu'aux le
La figure pouvoit avoir trois que bout.
demi de hauteur. Je priai
pieds &
de me dire quel Sainrc'éroir, l'Aumônicr
quoiil étoit ainfi lié. Il me & pourtoit Saint Diego ou Didace, dit quec'é.
Cordelier en fon vivant,
qui étoit
pour
les
Matelorsavoient une extrême
mais fi mal 1 reglée, &
7ZGLEO
que fans mon prétendu hextraordinaire
caraétere de
N 1j
avoir trois que bout.
demi de hauteur. Je priai
pieds &
de me dire quel Sainrc'éroir, l'Aumônicr
quoiil étoit ainfi lié. Il me & pourtoit Saint Diego ou Didace, dit quec'é.
Cordelier en fon vivant,
qui étoit
pour
les
Matelorsavoient une extrême
mais fi mal 1 reglée, &
7ZGLEO
que fans mon prétendu hextraordinaire
caraétere de
N 1j --- Page 312 ---
292 Nouveanx Froyages aux IRes
Commiffaire du Saint Office, je n'atX701, rois pu m'empècher de rire, de ce qu'on
me racontoit de ce Saint, & de fcs dévots. Je ne me fuis pas trouvé dans des
Vaiffeaux Portugais, mais les connoiffant encore plus extraordinaires dans
leurs devotions que les Elpagnols, je
n'ai pas de peine à croire du moins en
ce qu'on dit du culte qu'ils renà Saint Autoine de Pade. Affez
Srs
d'autres en ontinftruit lc public, fans
que jelerepereici.
CHAPITRE XII,
Maniere de pofer les Sentinelles 2 s ce gue
c'eft que le Baratto. Defein de LEguipage de. la Bargue fur le Vaifean
Elpagmol. Ils partent G continuent
leur woyage.
E Sentinelle qui étoità la porte de
L la chambre, au licu d'épée ou autre arme, n'étoit armé que de la fourchette donton fe fervoit anciennement,
& dont apparemment les E(pagnols
fefervent encore aujourd'hui, pour fottenir le moufquct. Un de mes divertil- --- Page 313 ---
Frangoifes de LAmérigue.
femens étoit de voir relever, > & pofer
les fentinelles. En voici la maniere. Le 1701
Caporal avec la fourchette à la main, Sentinelfuivi du foldatqui devoit entrer en fac: les Eftion, qui n'avoit ni épée, ni bâton, pagnoles
s'approchoit le chapeau àla main deceluiqui étoit en faction; celui-ci le recevoit de la même manicre, on fe complimentoit de part & d'autre, après
quoi celui qui quittoir le polte, après
avoir inftruircelui quiy devoit entrer de
la configne, baifoit la fourchette en la
lui préfentant; celui-ci la recevoit tavec
la même cérémonie, & ils terminoient
leurs civilitez par une paire de reverences qu'ils fe faifoient en fe quittant.
L'exprès qu'on avoit dépèché au Préfident de Saint Domingne revint le
Mardy au foir. On affembla aufli-tôt le
Confeil,& on le renvoya avec de nouvelles lettres, fans qu'on nous dît rien
dece quife paffoit. Nous remarquâmes
pourtant qu'on étoit plus refervé avec
nous qu'à fordinaire, & même le Mercredy matin on nous fit attendre allez
long-tems à la porte de Ia chambre
âvant de noys laiffer entrer, ce qu'on
n'avoit point encore fait. Je demandai
à l'Aumônier s'ily avoit quelque chofe
denouveau, il me répondit allez froiN iij
, fans qu'on nous dît rien
dece quife paffoit. Nous remarquâmes
pourtant qu'on étoit plus refervé avec
nous qu'à fordinaire, & même le Mercredy matin on nous fit attendre allez
long-tems à la porte de Ia chambre
âvant de noys laiffer entrer, ce qu'on
n'avoit point encore fait. Je demandai
à l'Aumônier s'ily avoit quelque chofe
denouveau, il me répondit allez froiN iij --- Page 314 ---
294 Namneau-Yoyager aux Ifes
1701. dement qu'il ne fe méloit point de ces
fortcs d'affaires,
Jc retournai à la Barque après
nous etmes diné, fous prétexte quc
vois mal
H
à la rète, M. des Portesy vint
aufli, Nous nous enfermâmes dans la
chambre avec le Maitre pour confulter
enfemble, far ce que nous avions remarqué, & fur ces allées & venuésila
Ville de Saint Domingue, quieft éloignée de dix huit lieiies du licu où nous
étions. Il futréfolu de faireun prefent
au Gouverneur, qui paroiffoit ètre dans
nos intérêts afin de ly affermir. Il fe
trouva par bonheur dans la Barque une
felle de velours rouge, en broderie
d'or & d'argent, avec la houffe, les
fourreaux, 5 & les chaperons des piftolets de même parure. Onl'avoit portée,
pour la vendre àla Jamaique, & on n'avoit pâ. Onr réfolut donc de la lui préfenter. Aprèsquoi nous conclâmes,
Réfoluque
tion de fl'ordrevenoit. de confifquer notre Barl'équipa- que, nous demanderions permiflion
E fauver pour d'envoyer un autre exprès au Préfident,
&c pendant ce tems-là, nous ferions
notre pollible pour nous échaper, quand
mèmenous devrions pour cela mettre le
feu au Vaifleau, afin d'avoir le tems de
couper notre cable, & de nous mectre --- Page 315 ---
Frargoifes de PAmerique. 295
a la voile, pendant que nos nouveanx à 1701.
freres les Elpagnols feroient occupez
l'éteindre ou à fe fauver. Nous concertâmes les moyens que nous emploitions 8E nous
réillir dans ce dellein,
pour chargemes le Maitre de prellentir l'éfur ce que nous avians réfolu,
FER &
tout, de ne confier fon fecret
qu'à ceux dont il étoit bien nafluré, arrètée
encore non comme d'une chofe
& conclué, mais comme d'une penfée
qui lui feroit venué en l'efprit enfonaux moyens de nous fauver, f OIF
geant
nous vouloit confifquer. de douze pieces de
Je me chargeai donner à P'Aumônier y
platilles afin de lai pour ouvrir la bouche. Nous retournâmes au Vaifleau fur le foir. J'affedtai plus de gayeré qu'à l'ordinaire, dans
&c érant allé trouver FAumônier
fa petite chambre, je lui donnaile préfent qu'on lui avoit deftiné. M. des
Portes en fit autant au Pilote Major. Ces
deux préfens firent leur effet. L'Aumo-"
nier ine dir: qu'ily y avoit dela conteftation entre le Prélident & ie Gonvere
neur fur notre fujer. Que le premier
geoit que nous étions de bonne
LE:
& que le Gouverneur n'en vouloit
cas
i
demeurer d'accord; & qu'en
que
Niv
chambre, je lui donnaile préfent qu'on lui avoit deftiné. M. des
Portes en fit autant au Pilote Major. Ces
deux préfens firent leur effet. L'Aumo-"
nier ine dir: qu'ily y avoit dela conteftation entre le Prélident & ie Gonvere
neur fur notre fujer. Que le premier
geoit que nous étions de bonne
LE:
& que le Gouverneur n'en vouloit
cas
i
demeurer d'accord; & qu'en
que
Niv --- Page 316 ---
296 Nowveanx
aux Tles
1701. Préfident s'obltinâr, 1PM1 avoit réfolu de
nous conduire à la Veracrux, & de faire décider la queftion par le Vice-Roi
du Mexique, de qui lai Flotte
doit. Le Pilore Major dit la même dépen- chofcfi M. des Portes, & lui recommanda
le fecrer, comme l'Aumônier me l'avoit recommandé,
Je n'aurois pas été trop fâchéde faire
levoyage de Mexique. Jétoisdéja pref
que accoûitumé à leurs manieres; & fi
nous en euflions été réduits à ce pointlà, il eft fir que leur Vaiffeau n'auroit
point eu de mal, du moinsfij'en avois
été le maître. L'Aumônier fc chargea
de faire agréer le préfent que nous.
avions deftiné pour le Gouverneur 9
qui ne manqua pas de faire fon effet,
comme la fuite nens le fit connoitre.
A notre retour dans notre Barque s
nous trouvâmes nos gens les mieux intentionnés du monde, On avoit déja
travaillé aux chemifes fouffrées, & on
avoirchargéfeptc tou huit grenades squ'on
avoit trouvées dans la Barque, pour les
envelepper dans les chemifes, afin d'écarrer ceux qui voudroient apporter du
remede au feu. Nous avions encore
neuffufils & quelques piftolets, on mit
tout en ordre. --- Page 317 ---
Françoifes de PAmérique. 297
Mais nos gens propoferent une chofe, à laquelle nous ne voulâmes point 1701.
du tout confentir, qui fut d'enlever la de Deflein l'é.
Barque du Gouverneur de Port-Ric. Ils quipage
difoient pour raifon, que la nôtre de- fur la
meurant amarrée au Vaiffeau, on ne fe dc Barque Portdouteroit point que nous fuflions caufe Ric.
de l'incendie, 5 que l'autre Vaifleau
voyant fuir la Barque de Port-Ric ne la
poarfuivroit
au lieu qu'il ne manqueroit pas lope pourfaivre la hôtre. Je
répondis à cela, que l'enlevement de
cette Barque nous découvriroit infailliblement, qu'ily avoit du monde deflus,
qui fe mettroit en défenfe, & que n'étant point en Guerre avec eux, nous
n'avions aucun droit de les piller. Je
ketrigpne@maibesacoup deconféquences facheufes de leur action, fiuppofé
qu'elle leur réufsit, mais comme je les
vis entêtés de leur dellein, je fis figne à
M. des Portes de finir la converfation.
Cependant, afin que le fecret fitmieux
gardé,il fut réfolu, que perfonne n'entreroit plus dans le Navire Efpagnol,
que M. des Portes & moi, &c qu'on ne
traiteroit plusavec ceux qui viendroient
pour acheter quelque chofe, de peur
qu'ils ne s'apperçuilent des préparatifs
qu'on faifoit.
N V
êtés de leur dellein, je fis figne à
M. des Portes de finir la converfation.
Cependant, afin que le fecret fitmieux
gardé,il fut réfolu, que perfonne n'entreroit plus dans le Navire Efpagnol,
que M. des Portes & moi, &c qu'on ne
traiteroit plusavec ceux qui viendroient
pour acheter quelque chofe, de peur
qu'ils ne s'apperçuilent des préparatifs
qu'on faifoit.
N V --- Page 318 ---
298 Nonveanx Yoyages anx Ifles
1701.
Nous continuâmes d'aller manger à
bord de l'Amiral, 8c nous remarquàmes qu'on nousy recevoit encore mieux
Rter commencement depuis les préL'Aumônier & les autres'Officiers &
Palfagers jouoient beaucoup à Ln certain jeu qu'ils appelloient, fi je ne me
trompe , para & pinto, c'eft-à dire,
pair & non. Il fe joue avec deux dez
feulement. La premiere fois
je les
vis joiier, je m' approchai de 1 table,
pour paffer
momens à les regarder. Je
furpris
desJoteurs
2remt
qu'un
me préfenta trois piaftres. Je le remerciai, & je ne voulois pas les prendre.
Mais l'Auménier &lesautres: me dirent
de les recevoir, qu'autrement je ferois
affront au Joiieur qui me les donnoit 3
&c qu'en parcille occafionlel Roid'E(pa
gne même ne les refuferoit pas. Je les
pris donc, & je le remerciai 5 un moment après, il m'en préfenta deux autres, & un peu après, il m'en donna
encore trois : de forte qu'il fembloit ou
qu'ilvouloit me renvoyer, ou partager
fon gain avec moi. Cela me hr de la
peine. Je me levai pour me retirer, il
m'arrêta civilement, &. me fit dire,
quejel lui portois bonheur, & qu'il mc --- Page 319 ---
Frangoifes de fAmerigme. 299
prioit de refter. Jele fis, effeékivement 1701.
il gagna beancoup 2 & me donnoit toûjours quelque chofe de tems en tems,
àla fin du jeu, il me donna une grande
poignée de réalles. J'avois honte de les
prendre, jelni fis dire, que le jeu étant
fini, iln'avoit plus befoin de mon prétendu fecours; maisil me pria avec tant
d'honnètere'de les recevoir, que je fus
obligéde les mettre avecle reftc. Quand
je comptai ce
j'avois eu, je trouvai
près de Farire écus de Baratto. C'eft
ainfi qu'ils appellent le préfent qu'ils
font à ceux qui les regardent jouer s
quand ils s'imaginent qu'on leur porte
bonheur. Jailçu depuis que cela fe
toute
&
Fies
tique
TElpagne,
que
FELEL n'ont pas honte de demanderle Barattgd ceux quigagnent, quand
ils fe trouvent auprès d'eux.
Comme ces manieres ne font
tées chez nous,) je me retirois
Snte
voyois qu'ils vouloient jotier ; IRSE
E m'appeiloient, & me prioient de demeurer auprès d'eux, s'imaginant, OLE
feignant de croire, que ma préfence aidoit, & portoit bonheur à celui que je
voulois favorifer. Je ne laiffai pas de
ramaffer près de quatre-vinge piaires de
ces Barratto : car ils joitoient fort gros
N vj
font
tées chez nous,) je me retirois
Snte
voyois qu'ils vouloient jotier ; IRSE
E m'appeiloient, & me prioient de demeurer auprès d'eux, s'imaginant, OLE
feignant de croire, que ma préfence aidoit, & portoit bonheur à celui que je
voulois favorifer. Je ne laiffai pas de
ramaffer près de quatre-vinge piaires de
ces Barratto : car ils joitoient fort gros
N vj --- Page 320 ---
300 Nomveanx) Foyages AHX IRes
jeu. Ils ne comptoient point les réalies
1701. en les mettant au jeu, > mais chaque
Joiieur en mettoit une poignée à peu
près comme celle de celui contre
ilj jotioit. Je croi
avoit un lequel de
vanité dans leur atg & qu'ils
bien
ROctat
aifes, queje portalffe des nouvelles
de leur générofité dans nos Ifles. Jel'écris donc ici, pour farisfaire aux defirs
des donateurs, &chux obligations de ma
confcience; & je confeille à tous les E(-
pagnols qui joleront, de payer le Baratto aufi-bien qu'ils me l'ont
far
tout à ceux qui font auffi
payé, moi
à en informer ja pofterité, exacsque
Lefecond Courier qu'on avoit envoyé à la Ville de S. Domingue arriva
le Vendredyaprès midi. Le Gouverneur
nous fit appeller après quil eût là fes
Lettres, & conféré avec fes Officiers.
Il nous dit
la
La Barque circonftance de l'aveRttte de nement de Philippe V. à la Couronne
cfrela. d'Elpagne toit
nous étoit favorable, que c'échée,
fur cela qu'il avoit beaucoup infiflé
du Préfident, pour empécher la
de notre
O2atE
de droit,
Barque, quil'étoir
vés hors puifque de
nous avions été trouroute, & fur leurs Côtes
chargés de marchandifes de traite, &
d'autres choles encore, dans le détail --- Page 321 ---
Françoifes de TAmbrigue. 301
defquelles l'affeâtion qu'il avoir
l'avoit empéché
& 1701.
François
Iaaine
qu'ainfi nous étions libres de partir
quand il nous plairoit.
toucher à
Il nous avertit de ne point de faire
la Ville de S. Domingue, &
route au large, de
d'être rencon- étoit
trés
le Navire MEReE Regiftre, qui
prèt partir de la Ville, qui étant un
Marchand comme nous , auroit plus
d'envie de pourfuivre notre confifcation,s'il nous trouvoit fur far route j que
fon fentiment étoit, que nous parrilions
au plûrôr, de crainte qu'il ne furvint
quelque nouvelembarras. Ilr nous ditencore, qu'il avoit ferméles yeux far le
Commerce que nous avions fait depuis
nous étionsarrètéss que! le Préfident
Rbcoter (çi, & lui en avoit fait des reproches; & qu'ainfi fi nous avions queltraite à faire, que nous la fillions
que nous ferions à 'la voile & hors de
quand
vae.
On peut croire que nous ne manquâ- affarémes pas de le bien remercier, &
ment il le méritoit. Nouslui promimes
d'informer la Cour de fes bontés, afin
qu'elle lui en marquât fa gratitude dans
les occafions.
de
Nous lui demandâmes permiffion
i, & lui en avoit fait des reproches; & qu'ainfi fi nous avions queltraite à faire, que nous la fillions
que nous ferions à 'la voile & hors de
quand
vae.
On peut croire que nous ne manquâ- affarémes pas de le bien remercier, &
ment il le méritoit. Nouslui promimes
d'informer la Cour de fes bontés, afin
qu'elle lui en marquât fa gratitude dans
les occafions.
de
Nous lui demandâmes permiffion --- Page 322 ---
302 Nowveaux Foyages ANX IRes
faire de l'eau, &c du bois. Il 2 nous dit,
1701, qu'il ne pouvoir pas nous permettre de
mettre pied à terre; mais que le lendemain au point du jour, il envoyeroit
une Chaloupe prendre nos futailles, &
nous les faire remplir.
A notre retour a notre Barque, nous
dâmes à nos gens ce qui fe palloit, &
que nos prépararifs étoient déformais
inutiles ; mais ils étoient fi entêtés de
leur deffein, que nous eûmes toutes les
peines du monde à les empêcher de
l'aller exécuter fur l'heure. Je leur dis
pour les calmerun peu, qu'iln'étoit pas
tems de rien faire, puifque nous n'avions point de prétexte pour nous
procher du Vailleaual'heure qu'il eraite
que nous avions le refte de la nuit, &
toutl le jour fuivant à bien prendre nos
mefures, & que dans une affaire de
cette conféquence, > on ne pouvoir trop
y penfer.
Nous nous retirâmes enfuite M. des
Portes & moi, & nous convinmes des
mefures que nous prendrions pour partirlelendemain en plein jour, & faire
échoier le deffein de nos gens.
La Chaloupe de l'Amiral ne manqua pas de venir prendre nos futailles
au point du jour. Elle nous les rappor- --- Page 323 ---
Frangoifes de LAmbrigue. I 303
ta furles dix heures, avec plus de bois
nous n'avions de viande à cuire. 1701.
que Nous fàmes diner à Bord, & prendre Préfens
congé édu Gouverneur & de fes Officiers, du verneur Gouil nous envoya environ deux cent livres a PAude viandes. il me fit prefent d'un barril teut.
de bifcuit blanc, de deux jarres de vin
d'Efpagne, de fix coqs d'Inde, d'envilivres de chocolat, &
ron d'autant vinge-cinq de fncre, avec une cuillier, une
fourchette, & un gobeletd'argent. &c
vingt piaftres, pour lui dire aurant de
Melles. L'Aumonier me donna quatre
paquets de Vanillé, & douze piaitres,
autant de Meffes. J'eus encore
pour vingt piaftres d'autres perfonnes, pour
le même fujet; de forte que fijen'avois
été pillé, j'aurois fait un profit honpas nète avec ces Meflieurs.
On me fit encore préfent de diverfes
curiofitez, & entr'autres de plufieurs
vafes de terre très-femblable ila terre Vafes tetre Gi- de
figillée. Elle eft rouge, legerc, & de gilléc.
bonne odeur. Le dehors de ces vales
étoit peint de blanc & de noir, 2 qui ne
faifoit pas un mauvais effet furle fond
rouge. Au commencement qu'on s'en
fert, ils collent un peu la bouche,
mais cela palle bien-tôt. Du refte ils
communiquent aux liqueurs qu'on met
afes de terre très-femblable ila terre Vafes tetre Gi- de
figillée. Elle eft rouge, legerc, & de gilléc.
bonne odeur. Le dehors de ces vales
étoit peint de blanc & de noir, 2 qui ne
faifoit pas un mauvais effet furle fond
rouge. Au commencement qu'on s'en
fert, ils collent un peu la bouche,
mais cela palle bien-tôt. Du refte ils
communiquent aux liqueurs qu'on met --- Page 324 ---
304 Nowveaux P'oyages anx Mes
dedans une odeur aromatique trés1701. agréable.
Les fem- Les femmes
de
mes EfElpagnoles
l'Ameripagnoles que mangent de ces vafes, comme les
mangent Scs vafes Éfpagnoles d'Europe mangent de ceux
qui font de veritable terre figillée du
Levant, qui ieft peut-être la même chofe, du moins autant qu'on en peut juger à la vàë, car pour le goûr, je n'en
puis rien dire. Les femmes prétendent
que cela les fait devenir blanches, Je
croi plutôt que cela les rend pâles > &c
leur canfe beancoup d'obitrudtions
mais c'eft 2 leur affaire.
Gour- On me donna aufli desgourgoulettes
de goulettes Mexi- de Mexique. Ce font des vafes de terque.
re grife, extrêmement legere, & tranfpirante, qui font doubles, c'eft-à-dire,
qu'ils font en partie l'un dans l'autre.
Le premier ou fupérieur a la forme d'un
entonnoir, quin'eft pas percé, dontle
bout eft enchaflé dans le lecond, ou inferieur, qui a un petit goulor, comme"
une theiere, s pour rendre la liqueur
qu'il a reçûé. C'eft dans le fuperieur
qu'on met la liqueur, d'où elle
en
filtrant dans celui de deffous. palle On
attache une cordc aux ances de la gourgoulette, pourla fufpendre en l'air, &
en quelque pais que ce foit, pourvà --- Page 325 ---
: Frangoifes de PAmbrigue. 3os
qu'on T'expole al'air, & ilombre,l'ean admirable. 1701.
y devient d'unca imiter fraicheur ces vales en Europe,
On a voula
endroits de TI
j'en ai vû en quelques
réuflir juf
talie, mais on n'a
pû y
fait
préfent. C'eft T terre quien
qu'à toute la bonté, & ils font d'une commodité merveilleufe. On n'y-met pour le
Tordinaire que de l'eau, parce que hevin eft trop chargé de corpufcales au
terogenes , qui ne paféeroient les pas
travers des
ou qui l'eau rempli- étant
roient ASL au lieu
facilement
plus homogene palle
conduits, &
fans
ni remplir
E
gâter, tellement parl le moyen de
fe rafraichit
vaiffeaux, qu'il
T'air qui pénétre foit ces à demi à la glace.
femble qu'elle
d'envoyer
Je priai le de Gouverneur fes Officiers à notre
avec nous ou un fa Chaloupe devoit nous
commander de fa part à
à
Ete
mettre fur le champ la
nos
tgem
voile. gens Je lui dis pour raifon 5 que notre
Equipage étoit compofé de accolrumez Flibuftiers, zà
gens peu foumis, &
peut-êrre parobéir,
CefEL
tir que quine la nuit, & que cela nous de
Navire
ERRE
roit expoferàn trouverle
difficulgifre, &à quelqueshouvelles
devoit nous
commander de fa part à
à
Ete
mettre fur le champ la
nos
tgem
voile. gens Je lui dis pour raifon 5 que notre
Equipage étoit compofé de accolrumez Flibuftiers, zà
gens peu foumis, &
peut-êrre parobéir,
CefEL
tir que quine la nuit, & que cela nous de
Navire
ERRE
roit expoferàn trouverle
difficulgifre, &à quelqueshouvelles --- Page 326 ---
406 Nonveanx Vaynges AHX Ifes
tez. Ilfe contenta de ces raifons, & or-
#701. donnaaun de fesOffigiers denous conduire à bord, & de dire de fa part au
Maître de la Barque de mettre fur le
champ à la voile. Le Gouverneur nous
condaifit avec beaucoup de civilité jufqu'àl'échelle, & puis il s'alla mettre à
fag galerie de
d'oi il cria à nos
gens, de mettre Rori la voile, &i far le
champ ilficl larguer les deux manceuvres
qui nous amarroient à fon arcalle. Il
fallut obéir, nous mimes à la voile,
Nous fimes femblant M. des Portes &
Départ moi, d'être fâchez de ce qu'on nous
de la obligeoit de parcir fi vite, & nous diBarque, mes dl'Equipage, que le mal étant fans
remede, il fe préfenteroit peut - être
l'occalion de fc venger avant la fin du
voyage. Neus faluâmes le Vaiffeau EC
pagnol de trois coups; (çavoir, d'une
Bocte de Pierrier, & de nos deux Canons, Il nous répondit d'un coup de
Canon, que nous payâmes de cinq vive le Roi.
Nous trouvâmes la Chaloupe de l'autre Vaiffean un peu aM delà dela
de PEA de la Baye d'Ocoa,
pointe
qu'on nomme le Cap Nizoa. Elle nous y attendoit
comme nous en étions convenus avec un
Officier de ce Navire, qui devoit pren- --- Page 327 ---
Frangoifes de PAmerique. 307
dre le refte de nos marchandifes. Nous
mimes en panne, > quand nous eûmes 1761doublé la pointe, & nous fimes notre
négoce. Nosgensa acheverent de fedépoiiller,
& vendirent toutle refte de leur linge à
ceux de cette Chaloupe ; & aflirément On
ils ne devoient pas y avoir regret. de
leur vendit encore quelques armes ;
forte qu'il ne nous refta que trois fufils, fé-
& une paire de piftolets. Nous nous bien
bons amis; , eux emportant devieilles chemifes, du fl à coudre
des
Eren
mi pourri, des merceries &
clin-
& ce qui étoit de meilleur
platilles, & nous les piaftres. Iln'y
ne vouLT
eut pas jufqu'à mon Negre qui acheté un
làr commercer. Je lui avois
bonnet de velours bleu, avec un petit
galon d'argent 2 à FInventaire de ce
Controlleur Ambulant dellfleà Vache.
Il ptit la liberté de le vendre avec fes
deux caleçons, trois des miens, & autant de mes mouchoirs. Je croi qu'il
eut dix ou douze piaftres de ce commerce. Il me lesapporta, en me difant pour
excufe, qu'il n'avoit pû voir les autres
gagner l'argent des Elpagnols fans prendre part au gain.
un petit
galon d'argent 2 à FInventaire de ce
Controlleur Ambulant dellfleà Vache.
Il ptit la liberté de le vendre avec fes
deux caleçons, trois des miens, & autant de mes mouchoirs. Je croi qu'il
eut dix ou douze piaftres de ce commerce. Il me lesapporta, en me difant pour
excufe, qu'il n'avoit pû voir les autres
gagner l'argent des Elpagnols fans prendre part au gain. --- Page 328 ---
j08 a Nonveanix Vroyages Anx Ites
1701.
CHAPITRE XIIL
Tempète. Vie de la-Cateline. De PortRic. Defcente Ais Cofre à mort, 62
PIfeà Crabes. Pommes de
6 leur efer.
Raguettes,
N Ous quitrâmes ces Mellieurs fir
les fept heures du foir, le
2 Avril. Nous
Samedy
portâmes au
nous éloigner de la route du large Navire pour de
Regiftre. Cette malheureufe avanture
m'empêcha de voir la Ville de S. Domingue, où je me ferois peut-être arrè.
té. Car je Içus quelque
le Préfident avoit envoyé temsaprès, à la Caye que S.
Loitis, pour demander un
afin de conduire les travaux Ingénienr 3
loit faire faire. Il eft certain, qu'il vou- G
m'en eût fait la
que on
ferois pas fait tenir propofition, à
je ne me
meurer avec eux, afin quatre d'avoir pour enfuite del'occafion de voir laNonvelle
Le Dimanche 3 Avril un E(pagne. avant
le jour, nous fumes pris d'un peu
de
ventdeNord Eft, lep
coup
Tempête jamais
plus rude quejaye
elluyé ; nous fimes contraints --- Page 329 ---
Frangoifes de PAmerigne. #309
d'amener tout plat, & de pouger à mats 1701,
& àc cordes, & cependant nous ne laiffions pas de faire un très grand chemin,
Nous vimes les montagnes de Sainte
Marthe, far les trois heuresa après midi,
Le vent fe mit à T'EC fur les neufheures
du foir, qui nous fic porter au Nord,
il changea furle matin, & vint tàl'Oueft
avec une extrême violence. Nous portàmesalors au Nord-Eft, ilcontinua ainfi
tout le Mardy jufqu'an foir, qu'il tomba tout d'un coup, laiflantla mer fi agitée, avec des lames fi épouvantables,
que pas un de nos gens ne pouvoir fe.
tenir debout fur lePont. La pluie vint
fur le minuit, quiappaia la mer, & le
jour nous fit découvrir le Cap Mongon, vàe de
Nous en étions par le travers environ Cap Mongon
fix lieiies aul large. Il ne fallut pas nous
prier pour nous faire reporter au large,
midi,
çe que mentimaupufgpreniesrin Nous
que nous portâmes au Nord-Eft.
découvrimes certaines montagnes qui
fontàlEf de la Ville de S. Domingue
le Vendredy au foir. Le Samedy nous
nous trouvâmes à deux lieiies de terre,
fous le Vent de la Cateline, ou Ifle Sainte Catherine, qui eft une Ifle longue &
baffe, affez prèsdela Côte de S.Dominguc. Nos gens voulurent mettre à terre
,
midi,
çe que mentimaupufgpreniesrin Nous
que nous portâmes au Nord-Eft.
découvrimes certaines montagnes qui
fontàlEf de la Ville de S. Domingue
le Vendredy au foir. Le Samedy nous
nous trouvâmes à deux lieiies de terre,
fous le Vent de la Cateline, ou Ifle Sainte Catherine, qui eft une Ifle longue &
baffe, affez prèsdela Côte de S.Dominguc. Nos gens voulurent mettre à terre --- Page 330 ---
3t0 Nowveaux Troyages aux Ifes
a
pour prendre de l'eau, parce que nous
4701. en avions perdu quatre Barriques dans
le roulis que nous avions foulferts, &
qu'il n'en reftoit plus qu'une qui étoit
entamée. Onmitle canorala mer avec
Prodi- deux futailles. J'y defcendis pour me
quintié gicule promener un peu, mais j'eus bientôt
*demonf. achevé ma promenade. A peine arrivàsiques. mes-nous à terre, que nous fimes affaillis de la plus épaifle nuée de monftiques
qu'on puife.s'imaginer.Tate ditquelTfle
a Vache étoit le pais de ces infectes, je
m'en dédis. L'Iflc à Vache eft un
quin'en a point en comparaifon de Ret
droit où nous étions delcendus. Je croi
que tous les grains de fable, & tous les
atômes de l'air, étoient changé en bigailles, qui défendirent fi bien l'entrée
de leur pais, que je fus obligé de me
rembarquer au plus vite. Nos gens emplirentlcurs futailles, mais ils perdirent
l'envic d'aller chercher à tuer quelque
Bauf, ou quelque Cochon, & s'en revinrent à bord. Nous fimes fervir nos
voiles & portâmes fur la Savone ou Saonc, diftante de la Grande Terre d'environ deux lieties, & à trois lieiies ou
environ à l'Eft de la Cateline. Nous la
rangeâmes le Dimanche matin, la laiffant à bas bord à demic lieue de nous. --- Page 331 ---
Frangoifes de LAmbrigue. 311
Eile eft inhabitée à préfent > quoiqu'el- F:
autrefois, tant 1701.
le ait été rres-peupléc
des naturels du pais, que des premiers
découvrirent le pais.
Efpagnols 2 qui belle, aflez unie, & bien
Elle me parut d'arbres.
uns de nos
fournie avoient
me dirent
y
SEE
qui
bien
d'eau tor
Ea n'étoit pas
pourvie des Pefcheurs
ny a pretque toujours des Flibuftiers. >
E(pagnols, & fouvent arrêtent dans le
& des Forbans, , qui isy
en
tems de la
des Tortucs, pour
tourner & PANIDUIL leurs Bâtimens,
Elle eft plus longue
elle me
à la vûé de
à
liciies de
MEN
parut
RRT
longueur.
vimes la
Le Lundy II Avril,nous Zachée d'aflez
Mone, la Monique &
nous
près, & le Mardy
nous de
trouvâmes avoir dépaffe
pointe
AEL
T'Oueft dePort-Ric appellé le Cap Rof- Rofo. cip
fo ou le Cap Rouge. Le Mercredy Les nous E(-
mouillâmes aul Coffre à mort.
pagnols T'appellent Bomba d Infierno,
Celt un Iflet, éloigné de Port-Ric d'enyiron deux licties, à peu près au mi- d'Infier- Bomba
lieu de la longueur de cette Iile. Car no ou
n'en déplaife à quelques uns de nos Coffte à
Géographes, lIle de S. Jean de Port mort.
Ric cftun quarré long de quarante-cing
dy Les nous E(-
mouillâmes aul Coffre à mort.
pagnols T'appellent Bomba d Infierno,
Celt un Iflet, éloigné de Port-Ric d'enyiron deux licties, à peu près au mi- d'Infier- Bomba
lieu de la longueur de cette Iile. Car no ou
n'en déplaife à quelques uns de nos Coffte à
Géographes, lIle de S. Jean de Port mort.
Ric cftun quarré long de quarante-cing --- Page 332 ---
512 NmeeaweTayages anx Mles
lieties ou environ, fur feize à dix-huit
1701. lieiies de large. L'ifle fe nomme S.Jean.
Son Port qui eft un des plus beaux qu'on
puille voir, naturel, fir & capable de
recevoir les plus grandes Flottes, eft à
la bande du Nord. C'eft fa beauté, qui
le fait nommer le Port riche, & nonles
mines oul autresricheffes qu'on y a trouvées, &le nom du Port a fait enfin la
dénomination de toute l'Ifle ; commele
nom de la Ville Capitale d'Hifpaniola,
appellée San Domingo ou Saint Dominique, eft devenu le nom de toute cette grande Ifle.
Le Coffre à mort a cinq quarts de
lieiies ou environ de longueur, & mille
ou douze cent pas dans la plus grande
largeur.. On prétend que quand on le
regande d'un certain point de vûe, il a
lafigure d'un mort étendu fur une table.
Jen'aipasv vèce point, pour affurer que
cela eft, ou que cela n'ef pas, Il m'a
paru plià:ôt comme deux grolles boules
écrafées, féparéesl'une de Fautre par un
valon affez grand. Lesbords de cet Iflet
du côté de Port- Ric font plats & fablonneux, ceux du côté du Sud font
hauts & pierreux. Iln'y a point d'eau
souce, ni d'arbres de quelque cfpece
que ce puiffe être, que pour braler. Je
croi --- Page 333 ---
Frangoifes de
croi pourtant qu'en PAmerigue. 313
fable un peu au-dela de creufant dans le
plus grofles lames & marées l'endroit où les 1701.
monter, on y trouveroir de
peuvent
car on en trouve de cette l'eau douce:
tes les Bayes fablonneufes. façon Il danstoument oblerver de ne pas creufer faur feule- de Moyea
avant, & fe contenter d'un trou bien ver trou. de
diocre grandeur,
demé-iea
ley venctaire
parce que dès qu'on douce
tôt la falure Pie l'eau, profond, on fent aufli- bords aux de
douce qu'on trouve ainfi parce à que l'eau la m cr,
eft celle de la
la (apeticie
vers du fable, pluye, &
qui fa a filtrée au trafervée au-deffus 2e celle légereté de a Conqu'on ne manque jamais de
la mer s
qu'on eft arrivé au-deffous du trouver dès
celle du bord de la mer. C'eft niveau de
bon endroit pour la pelche, un trèsTortue, qui vient pondre & pour la
de Ance de fable. Aufli dans la
fréquenté parl les
ce lieu eft Fione
bans, & par les Habitans Corfaires, par les Forqui font la plapart des
de Port-Ric,
Nous trouvâmes Mulâtres,
terre des marques allfûrées, en mettant pied a
des Pefcheurs Elpagnols qu'ily avoit
Quoique nous n'euflions dans l'IAet.
tes armes quetrois fufils, plats pour tou-
& quelquies machetres, deux piftolets,
Tonerll.
c'eft ainfi qu'on
O
ione
bans, & par les Habitans Corfaires, par les Forqui font la plapart des
de Port-Ric,
Nous trouvâmes Mulâtres,
terre des marques allfûrées, en mettant pied a
des Pefcheurs Elpagnols qu'ily avoit
Quoique nous n'euflions dans l'IAet.
tes armes quetrois fufils, plats pour tou-
& quelquies machetres, deux piftolets,
Tonerll.
c'eft ainfi qu'on
O --- Page 334 ---
314 Nowveaux Voyages AHR Ifos
appelle des fabres courts & affez
1701,
ne coupent que d'un côré, ; nos larges >
2n mirent en têtc de les trouver, & Eme
rémentils leur auroient fait paffer quelquart-d'heure demauvais tems,s'ils
Aumeae tombés entre leurs mains, Leur
adreffe a fe cacher les fauva; & je ne
voulus pas découvrir leur canot, que lc
hazard me fic trouver, parce qu'ils l'auroient mis en picces, s'ils l'avoient vû,
comme ils firent leurs filets, & les autres- inftrumens de leur pefche. Nous
emportâmes quatre Tortués en vie, &
plus de fix cens livres de Tortue faléc,
avec beaucoup d'ceufs, leurs caleballes,
marmites & barrils à eau 5 & fjavois
découvert leur canot, il eft fir que ces
pauvres Mulâtres qui font d'ailleurs de
franches canailles, cruels, voleurs, &
fans raifon, auroient fouffert
de miferes, avant de pouvoir bcaucoup
Port-Ric. Nous dinâmes à terre LUTTELS leurs
dépens. Nous fimes cuire deux Tortués
en boucan, & d'autres viandes autant
que nous cràmes en avoir befoin jufqu'à S. Thomas,
Nous remimes à la voile far les cinq
heures du foir. Nous etmes un
vent de Nord-Eft, qui nous dura f
jours, & nous obligea de louvoyer fans
çclle, --- Page 335 ---
Frangoifes de
Le Samedy matin LAmerigue. nous
à l'Ille à Crabes. C'eft ainfi motillâmes
Flibuftiers appellent l'Ifle de que nos 1701,
elle eft à fix lieiies ou environ Boriquen 1, Bor' quen
de Port-Ric, Cette Ile eft belle, au vent ot llle
grande. Ilyades
& affez aCrabes,
pais, & par
montagnes & du plat
des ruiffeaux, conféquent des fources &
Les Anglois s'y étoient
nombre d'années, & nichés, ilya
fait beaucoup d'Habitations. y. avoient déja
Efpagnols connoiffant le
Mais les
ce voifinage leur pourroir préjudice que
rent un armement, les
flerent en pieces tous les
tailepttaet
menerenglesf femmes, & hommes, les
& emfurent difperfés dans Port Ric, enfans,
où ils
& Domingue, d'hui. Cette
font encore
Ifle eft
aujourment déferte. Il y a i-préfent entiereElpagnolsl'ont habitée apparence que les
n'cft
pollible
les autrefois: caril
gers E de citroniers que lizieresd'orantout, ayent été plantées qu'on & trouve par
les Anglois, dans le peu de cultivées par
y ont demeuré.
tems qu'ils
Nous mouillâmes devant
riviere où nos gens emplirent une petite
tailles,
le Maitre leurs faautres Rcari a T chaffe.
& deux
Je prisavec
Oij
fent entiereElpagnolsl'ont habitée apparence que les
n'cft
pollible
les autrefois: caril
gers E de citroniers que lizieresd'orantout, ayent été plantées qu'on & trouve par
les Anglois, dans le peu de cultivées par
y ont demeuré.
tems qu'ils
Nous mouillâmes devant
riviere où nos gens emplirent une petite
tailles,
le Maitre leurs faautres Rcari a T chaffe.
& deux
Je prisavec
Oij --- Page 336 ---
316 Nowveaux Poyages ANX
moi mon Negre & le boye ou Ifes mouffe
1701. de la Barque, > pour amaffer des crabes,
&ils furent bientôt chargés. C'eft avec
raifon que nos Flibultiers ont appellé
cette Ifc, l'INle à Crabes, elle en eft
toute pleine, & on y en trouve de toutes fortes d'efpeces, Selon la bonne
coûrume des François, nous ne primes
que des femelles, nous remettant à la
providence, pour la confervation de
l'efpece,
Nous trouvâmes une marmitte de
fer pleine d'ceufs de Tortue, & tout auprèsle canot > la cabanne, & tout l'attitaildesPefcheurs qui s'étoient cachés à
notre vuc. Cette découverte me fit retourner promptement à bord.je fistirer
une boète de Pierrier, pour donner
avis à nos gens qu'ily avoit du monde
dans l'Ife, afin
ne fuffent pas farpris, En effet, 3:e fe raffemblerent au
plàrôr. Je revins à terre dès
je les
vis fur l'Ance, & je leur dis : raifon
qui im'avoit obligé de faire tirer. Ils farent aufli-tôr au canat, & ayant reconnu qu'il étoit E(pagnol, ils vouloient
le mettre en pieces; je fis tant que je les
en empèchai. Ils prirent une Tortue, s
& tout le poiffon fec qui ife trouva, &
firent cuire la Tortuc. --- Page 337 ---
Françoifes de PAmbripue. 317
Un de nos gens fe mit à cuëillir des
pommes de raquettes, , que les Anglois 1701.
poires piquantes. Jc n'en Pommes
appellent
de fi belles. Il faut ètre de raavoisjamaisvà adroit
les cuëillir, &
les
quettes ou poires
fe
les
de 1dun piquanler,
remplir
tes.
ERSTE
AT
épines, quifont prefque imperceptibles.
Voici comme il s'y prit. Il coupa un
bâton, auqnel il fit une pointe.
T en perçoit la pommc, & la tenant
ainfi enfilée, il la (éparoit de la
avec fon coûteau, & la peloit
TME
ment tout au tour. Il nous en accom- de Maniere les
moda de cette maniere plus de deux cuëillir
nous furent d'un grand fe- & de les
cens, qui nous rafraichir. Car nous peler,
cours, pour
M. des
étions échauffés à un point, que
Portes avoit un commencement de flux
de fang ; & pour moi,j j'avois toutes les
levres emportées.
ce
Je croi avoir déja remarqué s que
fruit eft tout à-fait rafraichiffant. Ilapproche plus de la
d'une figue, que
de tout autre
Sa premiere
THLPE
eft verte, allez
& toute
Fiahite
épaific
de perites épines. Il a fous cette peau
blanche,
minune autre enveloppe
plus
ce, & plus molle, qui renferme une
fubftanced'un rouge très-vif, toute parfemée de petites graines comme les fiOiij
croi avoir déja remarqué s que
fruit eft tout à-fait rafraichiffant. Ilapproche plus de la
d'une figue, que
de tout autre
Sa premiere
THLPE
eft verte, allez
& toute
Fiahite
épaific
de perites épines. Il a fous cette peau
blanche,
minune autre enveloppe
plus
ce, & plus molle, qui renferme une
fubftanced'un rouge très-vif, toute parfemée de petites graines comme les fiOiij --- Page 338 ---
318 Nonveaux
Anx IRes
gues. Ce fruit a un
agréable, fir1701.
204r
cré, avec une petire pointe
Proprié- qui réjouit, &c qui femble daigreur, s
té de ce tomach. Il teint
néroyer l'effruit,
lurine en couleur de
fang, fans cependant caufer aucun mal.
M. des Portes
ne fçavoit
ce fecret eut peur 1 qu'il s'en pas
&
ne voulut plus en manger. apperçit, Nous eûmes
la charité de lui apprendre la
de ces ftuits, après que nous les propriété cimes
tous mangés, le Maitre & moi. Nos
Chaffeurs revinrent fans avoir trouvé
les Efpagnols. Ilsapporterent bon nombre de Ramiers, de 1 Perdrix & de Péroquets. Nous fimes tous enfemble un
repas magnifique de poiffon & de gibier, avec un deffert de pommes sde taquettes & d'acajou, de bananesfalches,
d'oranges & de citrons, & après avoir
fait une bonne provifion de tous cCS
fruits, nous mimnes à la voile pour S.
Thomas, où nous avions befoin de toucher pour quelques affaites. --- Page 339 ---
Françoifes de Amerigue. 31g
1701.
CHAPITRE XIV.
Defeription de TIle de S. Thomas, fon
Commerce. Indiennes à bon marché.
Quantité de poilfon dans les Vierges.
Serpent marin.
El
18 Avril à la pointe du earavel- de S.
L
nous apperçimes la Caravellele Thomas,
un rocher allez
Hindt
de S. Thomas. C'eit
élevéavec deux pointes
font toutes
blanches des
que oifeaux font
e
ordureso
deflus. Ce quile fait paroitre de loin,
comme une Corvetté ou un Brigantin.
C'eft ce quiloia fait donner le nom de
Caravelle, qui eft un petit Bâtiment
Elpagnol. Ce rocher eft environ à trois
lieties au Sud-Oueft de S. Thomas.
S.ThoIl ne faut pas confondre S. Thomas mas, (a
avec S. Thomé. Cette derniere Ile eft différenfurla côte d'Afrique, direétement fous sced'avec S.Thola Ligne; & S.Thomas de l'Amérique mé.
eft par les 18 dégrés de latitude Nord.
Certepetitel Ifceft la derniere du côté
del'Oucit, de toutes celles qui compofent cet amas d'Illes ou d'Iflets, qu'on
appelle les Vierges. LePort quief naOiv
re S. Thomas mas, (a
avec S. Thomé. Cette derniere Ile eft différenfurla côte d'Afrique, direétement fous sced'avec S.Thola Ligne; & S.Thomas de l'Amérique mé.
eft par les 18 dégrés de latitude Nord.
Certepetitel Ifceft la derniere du côté
del'Oucit, de toutes celles qui compofent cet amas d'Illes ou d'Iflets, qu'on
appelle les Vierges. LePort quief naOiv --- Page 340 ---
320 Nowveaux
ANX Ifles
turel eft fort joli, TRML fort
1701. c'eft un
commode,
enfoncement ovale, formé
les cuiffes de deux mornes affez fRs
du côté de la terre, ou du centre de
l'Ile, quis'abaiffent infenfiblement, &
qui forment en finiffant deux mottes
rondes & plates, qui femblent faites CXprès
placer deux Batteries,
l'entrée du Port.
REtAte
Le melingt
ge eft excellent pour toutes fortes de
Bâtimens qui y font en fireté autant
qu'on - le peut fouhaiter.
Quoique cette Ifle foit fort perite, >
n'ayant qu'environ fix lieiies de tour
Deux elle ne laiffe pas d'avoir deux
Roisas.
Maitres.
Thomas. Sçavoir, le Roi de Dannemarc, & l'Eleéteur de Brandebourg a , aujourd'hui
Roi de Pruffe. Ileft vrai, que les Brandebourgeois n'y font que comme fous
la proteétion des Danois, & pour parlerplus jufte, ce font les Hollandois *
quiy y font tout le commerce, fous le
nom des Danois.
Ily a un clpece de Fott prefque au
milieu du fond du Port, qui n'eft qu'un
petit
avec de très-petits Baftions
Fort des S. fans
ni
enti
ouvrages extérieuts. Toute
Thomas.fa défenfe confifte en un plan de
tes , qui regnent tout au tour, raquer- & qui
occupent le terrain que devroit occuper --- Page 341 ---
Frangoifes de LAmérigue. 321
le follé &le chemin couvert. Ce terrain Les 1701
peut: avoir fix à
sdelarge. entretenuès,
y font
LTEes
raquettes fi ferrées à leur fommet, &c
fi prellées,
femble qu'on les taille
fi unies, qu'il Elles ont pour le moins
tous les jours. de haut. Les Bâtimens qui
fept font pieds dans le Fort font adoffés contre le
laiffer une cour quarrée au
mur, pour
milieu.
commence à cinquante ou Bourg de
Le Bourg
du Fort. Il fait la S. Thofoixante pas il'Oueft l'Ance, & n'eft com- mas.
mème figure d'une que longue ruë, qui fe terpolé que
dela Compagnie de
mine au Comptoir
Dannemarc.
& vafte, bien
Ce Comptoireft grand
&
bâti. Ilya a beaucoup de Logemens, les mardes Magalins commodes pour les Negres
chandiles, & pour mettre
avec
qu'elle reçoit, & qu'elle trafique
les E(pagnols.
deux
A la droite du Comptoir, ilya de Franpetites rués, qui fontremplies & deslfles. On
gois réfugiés d'Europe de Brandebourg. de Quartiet Branjes appelle leQuartier de fingulier dans cettel Ifle, debourg,
Ce qu'ily ya
Religions
c'eft d'y voir trois ou quatre
à
fans que pas une ait de Temple, peu
près comme à lal Barbade, où malgréles
O V
ique
les E(pagnols.
deux
A la droite du Comptoir, ilya de Franpetites rués, qui fontremplies & deslfles. On
gois réfugiés d'Europe de Brandebourg. de Quartiet Branjes appelle leQuartier de fingulier dans cettel Ifle, debourg,
Ce qu'ily ya
Religions
c'eft d'y voir trois ou quatre
à
fans que pas une ait de Temple, peu
près comme à lal Barbade, où malgréles
O V --- Page 342 ---
322 Nowveaux Voyages AuX Tles
grandes richeffes des Habitans, ils n'ont
-I701. pû venir à bout d'en faire un, parce
qu'ils n'ont pû encore convenir à quelle
Nombre Religion il feroit affeété, &
de Reli treprife auroit
que l'engions &
furpaflé infinimentleurs
del Minif. forces, s'il avoit fallu bâtir autant de
tress
Temples qu'il fe trouvoit parmi eux de
Religions ou de Scétes différentes. Ccpendant généralement parlant, il n'y a
que deux Religions dominantes à Saint
Thomas, & ilr me femble que cela eft
affez honnète pour un auffi petit lieu,
c'eft à-dire, la Luthérienne & la Calvinifte. Celle-ci avoit ordinairement
deux Miniftres, un François s & un
Hollandois. La premiere n'en avoit
qu'un qui parloir Flamand &Allemand.
Je ne fçai pas s'ilétoir de la Confeflion
d'Augfbourg, ou de quelqu'autre Réforme.
ChirurUn Chirurgien François, qui étoit le
gien
feul Catholique Romain blanc
fût
François dans
qui
Catholil'ille, vint au-devant de moi dès
gne.
que) je mis pied àterre, & me
tant
dit,qu'é.
de même pais, & de même Religion
moi, il efpéroit que je préfererois a maifon à toute autre. Jecrus
d'abord qu'il tenoit cabaret, & je ne fis
point de difficulté, 3 ni de cérémonie
d'accepter fon.offrc. Mais quand je vis
ique Romain blanc
fût
François dans
qui
Catholil'ille, vint au-devant de moi dès
gne.
que) je mis pied àterre, & me
tant
dit,qu'é.
de même pais, & de même Religion
moi, il efpéroit que je préfererois a maifon à toute autre. Jecrus
d'abord qu'il tenoit cabaret, & je ne fis
point de difficulté, 3 ni de cérémonie
d'accepter fon.offrc. Mais quand je vis --- Page 343 ---
Frangoifes de PAmerigue. 313
un Officier d'Efculape, je
que'eéroir demandai excufe de ma méprife, & "1701.
lui
faire
mes hardes ailje voulus
porter
leurs. Il ne le vonlur jamais des Portes permettre, à de-
& il engagea mème M.
chercher
meurer avec moi. Il envoya donnai tout
une blanchilfeufe, qui je en deux chemon
qui confiftoit
caleçons, trois mouchoirs,
mifes,
UnEre
bonnet de nuit, & une paire de bas
un
m'avoient déde coton. Les Elpagnols
barallé du furplus, & monNegreséront de
donnéla liberté de vendre une mème
retrouvé.
E
ce
nous avions fit la barbe & les cheEaltuge me
du
veux, & cutl'honnèteté de me preter de
linge, fans quoi j'aurois été obligé
faire deux lellives. M. desPortesctoiti
peu près dans le même cas. état, nous alLorfque nous fimes en
Le Maitre
lâmes faluer le Gouverneur.
notre
de la Barque lui avoit déja porté étions
Pafleport, 8cilfçavoit quinons
au
avant que nous nous préfentallions d'hon- Honne.
Fort. I'nonsteriraveck arrèta beaucoup à diner. Il étoit terédu Gouvernèteté, & nous
en France, en neur Tho- de
Danois : il avoit voyagé Il
Fran- S. mas.
Elpagne & en Iralie.
parloit
alfez correcktement. La converfation
çois roula fur l'avenement du Duc d'Anjou
Ovj --- Page 344 ---
324 Nowveanx Voyages aux Hes
à la Couronne d'E(pagne. Il nous en
1701. parla en homme de bon fens, & nous
dir qu'il comptoit la Paix finie, & une
longue Guerre commencée.
Entre autres Domeftiques qui le fervoient, il avoit deux jeunes Negres de
douze à
ans, les mieux faits
& les plus Rutantes enfans qu'on pûir voir.
Comme il vit quejel les regardois attentivement, il me demandali ces
me plaifoient. Je lui
Negres s'ils
étoient en d'autres mains, dis, &c qu'ils que fuffentàvendre, j'en donneroisvolontiers
cinquante piftoles de chacun. Il me répondit, qu'ils n'étoient point à vendre,
mais qu'ils étoient à mon fervice, &
non-feulement, il me preffa
ter, mais il me les envoya à delesaccep. mon
Je les lui ramenai, & je ne voulus logis. pas
lesprendre, à moins qu'il n'en reçûtle
prix. Nous en demeurâmes de part &
d'autre fur la civilité, Quoiquejen'euf
fe pas d'argent avec moi pour cette emplerte, J'étois bien fûr de n'en pas manquer. Ily en avoit dans notre Barque,
& d'ailleurs j'en aurois trouvé chez les
Marchands de notre connoiffance.
xW, bel Vam. DiAprès diné j'allai voir M. Vambel
refeur Direéteur de la Compagnie Danoife. Il
el la me reçut avec toures fortes d'honnète-
la civilité, Quoiquejen'euf
fe pas d'argent avec moi pour cette emplerte, J'étois bien fûr de n'en pas manquer. Ily en avoit dans notre Barque,
& d'ailleurs j'en aurois trouvé chez les
Marchands de notre connoiffance.
xW, bel Vam. DiAprès diné j'allai voir M. Vambel
refeur Direéteur de la Compagnie Danoife. Il
el la me reçut avec toures fortes d'honnète- --- Page 345 ---
Frangoifes de TAmérique. 325
étoit bien fâché que
tés. Il me dit, qu'il
Sainte Croix lui 1701.
l'évacuation de TIlede
fouvent
eût fait rpetictocaifiondexat de leur rendre fervice Comps- gnie de
nos Peres, &
cette Ile étoit Danne- marc,
comme il faifoit, quand
iln'en
habitée. Que depuis ce tems-là,
avoit vû aucun, 8c qu'il croyoit quej'en
uferois avec lui comme mes Cohnfreres mon
en avoient ufé, & que prendrois remerciai, &
lui. Je
F
logement chez
oû j'étois, mais
je lui dis T'engagement de luipromette
je nc pus m'e 'empécher chez lui. II tient une
de venir manger
tous les
elpece de table ouverte, pour dans lIfle,
honnètes gens qui viennent la lui paye-
& ceft la Compagnic qui
Nousy foupâmes. étoit marié depuis
M. Vambel
de Nimes en. a
avec une Françoile
de Religion,
guedoc, que la différence
fon
& le chagrin d'avoir quitté faire bien paiss. des
n'empêcha pas de nous
amitiés.
une chofe chez M.VamJe remarquai
Ce fut
bel, qui me fit un vrai plaifir.
fonque quelque temsa aprèsle foupé,on tous les
na une cloche, > pour appeller Madame Piétéde
Negres Chrétiensa la pricre.
man- M. &
Vambel alla voir fi perfonne n'y
Madame. Vambele
quoir. Son mari me dit, quilyavoir --- Page 346 ---
326 Nowveaux Toyages aux Ifes
longtems sque fesEfclaves Chrétiensn'z1701. voient fait leurs dévotions. Ilme
de les confeffer, & de-les inftruire, pria &c
dit, que quoiqu'ils ne fuffent pas de fa
Croiance, il étoit perfuadé qu'étant
Chrétien, il devoit avoir foin de leur
falur, puifqu'il croyoit qu'ils
fe fauver dans leur
pouvoient
dans le fien. Je lotiai fon parti comme : lui
hortai à
zele, & l'excontinuer, l'aflirant que Dieu
récompenferoit cette bonne
en
lui donnant les lumieres dont ceuvre, il avoit
beloin, pour affirer fon falur. Je fus
fiurpris que toutes les Négreffes qui fervoient Madame Vambel avoient des
Croix d'or au col, Elles me dirent
leur Maitre & leur Maitreffe avoient que
grand foin de les inftruire, & de les
faire confeffer quand il pafloit quelque
Eccléfiaftique dans PIfe.
J'écris icilexemple de M, Vambel,
pour couvrir de confufion une infinité
de Maitres Chrétiens non-feulement
des Illes, mais encore
n'ont aucun foin du falut d'Europe de leurs 2 det
meftiques, comme s'ils n'y étoient pas
obliges, & que les paroles de TApôtre
nes'adreflalfent pas à eux : G quelqu'un
n'a pas foin des fiens, & particulierement de fes Domeltiques, il a renon-
xemple de M, Vambel,
pour couvrir de confufion une infinité
de Maitres Chrétiens non-feulement
des Illes, mais encore
n'ont aucun foin du falut d'Europe de leurs 2 det
meftiques, comme s'ils n'y étoient pas
obliges, & que les paroles de TApôtre
nes'adreflalfent pas à eux : G quelqu'un
n'a pas foin des fiens, & particulierement de fes Domeltiques, il a renon- --- Page 347 ---
Francoifes de PAmérigue. 327
céila foi, & eft pire qu'un infidele.
Ily avoit un Marchand Hollandois 1701.
établi dans le Bourg nommé Pitre M Pitre
Smith,
j'avois connu à la Martini ou Smith Pierie
que. Je trouvai qui m'attendoit au Marcha
logis de notre Chirurgien : il venoit dois, Hollanm'offrir le fien, & nous prefla fort M.
des Portes & moi de l'accepter. Ilm'offrit de l'argent, & tout ce qui étoit en
fon pouvoir. Ilenvoya chercher des liqueurs chez lui, & du chocolat
Nouslallamesvoirl le PRE
nous demain régaler. matin, il nous ptia à diner; &
comme nous lui dîmes que nous étions
engagés chez M. Vambel, il nous dit,
quil prenoit fur lui l'engagement, &
que M. & Madame Vambel dineroient
avec nous. Nous primes du chocolat, &c
allâmes nous promener dans le Bourg 8c
au Comptoir. Je fis préfent à Madame
Vambel d'un paquet de Vanille, & de
quelques Vafes de terre ligillée. J'en
donnai autant à Madame Smith. Je
remarquai iqu'on mer regardoit beaucoup
quandje pailois dansle Bourg, & qu'on
fe mettoit anx portes & aux fénêtres
pour me voir. (esMeflieurs me dirent,
qu'on s'étoit défaccoitumé de voir nos
Religieux depuis qu'on avoit quirté
Sainte Croix. Cela m'obligea d'envoyer --- Page 348 ---
328 Nonveanx
aux Hles
chercher mon habit Foyuges noir, & de le
1701. dre, & enfuite der me promener bien pren- plus
longtems quejen'aureisfsitalin de - contenterla curiofité de tout le monde.
Prote: Je
de
tans Frâ- avoient trouvaibeaucoup demeuré
François,qui
Sois réaux Iflcs du Vent, &
fugiés S. Tho- à dans nos Paroifles de la Cabefterre, d'ou
M2s, ils étoient fortis après la révocation de
l'Editde Nantes. Quoiqu'ils faffent affez bien à S. Thomas, ils regrettoient
fort les Ifes, parce qu'ils éprouvoient
fouvent laj jaloufie des Errangers, chez
lefquels ilss'étoient retirés. La diverfité
de Religion, ne les empècha
de fairc paroire que leur coeur neite toujours
François. Ils me firent bien desoffres de
fervice, & de tout ce qui étoit chez cux,
& même des préfens.
dubourg, Maifons
Les maifons du Bourg n'étoient cidevant
de fourches en terre, couvertes RUEs cannes ou de rofeaux, & environnées de torchis blanchi avec de la
chaux. Les firéquensincendies ont obligé à les bâtir de briques, comme la
plipart font aujourd'hui. Elles font
bafles; peu ont deux étages. Elles font
très-propres, carrelées de carreaux verniffes, ou de fayence, & blanchies à la
Hollandoife. Ils me dirent, qu'ils n'ofoient les faire plus haures, à caufe du
s cannes ou de rofeaux, & environnées de torchis blanchi avec de la
chaux. Les firéquensincendies ont obligé à les bâtir de briques, comme la
plipart font aujourd'hui. Elles font
bafles; peu ont deux étages. Elles font
très-propres, carrelées de carreaux verniffes, ou de fayence, & blanchies à la
Hollandoife. Ils me dirent, qu'ils n'ofoient les faire plus haures, à caufe du --- Page 349 ---
Françoifes de PAmérique. 329
de folidité du terrain, oû l'on ne
peu peut creufer trois pieds fanstrouverl'eau 1701,
& le fable mouvant. Je leur dis, quele
mèmeinconvénient fc trouvoit à la Ville du Fort Royal de la Martinique; &
que le remede étoit de ne point creufer,
& de pofer les premicres aflifes far le
fable, ou fur l'herbe, en obfervant foigneulement de faire de bons empatemensbienlarges, & bien liés, avec tous
les murs, tant def faces quedesefend.8c
que l'expérience faifoit voir, que cette
maniere étoit très-bonne & très-folide.
On fait un commerce, très-confidérable dans cette petite Ile, & c'eft ce qui
y a attiré les Habitans qui la peuplene.
Comme le Roi de Dannemarc eft ordinairement neutre, fon Port eft ouvert
à toutes fortes de Nations. Il fert en
tems de Paix d'entrepôt pour le Commerce que les François, Anglois, Efpagnols & Hollandois, n'ofent faire ouvertement dans leurs Ifles. Et en tems
de Guerre, ileft le refuge des Vaiffeaux
Marchands pourfuivis par les Corfaires.
C'eft-là quils conduifent leurs prifes, Avanta. des
& qu'ils les vendent quand ils les font ges Habitans
trop bas pour les faite remonter aux Iles de Thomas Saint
du Vent; de forte que les Marchands de
cette Ifle, profitent du malheur de ceux --- Page 350 ---
3;0 Nowveauz Yoyages auR Mles
quifont pris, &
avec les vaint
1701. queurslavantage Haeiten del
victoires.C'eft
encore de ce Port, que partent
de Barquesi, pour aller en traite
de la
long
CTEFTRINS
côte de Terre-Ferme, d'où elles
rapportent beaucoup d'argent en efpeces
ou en barres, & des marchandifes de
prix. Voilà ce qui rend ce petit lieir
riche, & toujours plein de toutes fortes de marchandifes.
Euthé. Minifre Nous allâmes voir l'aprèsmidileMi
fien.
niftre Luthérien. Il étoit habile.hommey
fort honnète, & de bonnes mceurs. Le
Miniftre Françoisétoit
nos
mortdepuispeuy
compatriores en étoient afligés, &
m'en dirent beaucoup de bien.
offris
Jeleur
de les précher; mais ils me remereierent, & me dirent que leur Réforme
ne s'accommodoir pas allez avec ma
Religion, pourécourer maPrédicarion.
Je ne vis point l'autre Miniftre Calvinifte, il étoit à la campagne. Je remarquai que ces Peuples avoient plus de
relpect pour leurs Pafteurs, que les Anglois de S. Chriftophe.
Le Mercredy 20 Avril M. Vambel
me mena voir fa Sucrerie, qui étoit à
an quartdelieiie du Bourg. lly en avoit
encore quelqu'autres dans l'Ille : ils ne
travaillent que le jour, & font par con-
Je ne vis point l'autre Miniftre Calvinifte, il étoit à la campagne. Je remarquai que ces Peuples avoient plus de
relpect pour leurs Pafteurs, que les Anglois de S. Chriftophe.
Le Mercredy 20 Avril M. Vambel
me mena voir fa Sucrerie, qui étoit à
an quartdelieiie du Bourg. lly en avoit
encore quelqu'autres dans l'Ille : ils ne
travaillent que le jour, & font par con- --- Page 351 ---
Frangoifes de LAmérigue.
féquent peude Sucre. Ce quej'en vis
éroit beau & bien gréné. Je vis affuré- 1701.
ment plus de la' moitié de File, je ne
crois
qu'elle ait plus de fixafept
lieiies der tour. Les Plantations, c'eftain- del'ife Qualités
fio quilsappellent les Habitations, font de S.
perices ; mais propres & bien entrete- Thomas.
nués. Le terrain, quoique léger eft bon,
& produit très-bien le manioc, > le mil,
les patates, & toutes fortes de fruits, &
d'herbages, les Cannesy viennent trèsbien. Ils ont peu de Bacufs & de Chevaux, parce qu'ils manquent de terrain
les entretenir. Cependant ils ne
pour
de viande; les Efpagnols
manquent pas
en
de Port-Ricleur en fourniffent abondance. Ilsélevent des Cabrittes qui font
excellentes, & des volaillesde toute forAvec tout cela, les vite en quantité. chers, ce
vient de la quanvres y font
abordent, qui
& de ce que
tité degens qui y
l'argent y eft commun.
entràEn retournant au Bourg, 3 nous
mes dans une maifon, où le Miniftre
Luthérien faifoit un mariage. Il étoit
vètu d'une grande Robe de fatin noir s
plillée, comme une Robe de Palais, les
manches étoient fort larges, & fermées
au poignet. Il avoit autour du col une
très-grande, & très-haute fraife, 2 avec --- Page 352 ---
Nowveanx
AHx
un
Ifles
petit chapcau de
noir 5 comPtEue
1701. me une tocque fur la tête.
cût reçà le confentement des Après qu'il il
àla Mariage Lu- leur fic un affez long difcours, Époux,
thérien- n'entendois rien,
auquelje
nc.
parce qu'il étoit en
Flamand, ou en Allemand. Je compris
cependant par les paflages de l'Eeriture
qu'il cita en Latin, qu'il recommandoit
alEpoufel l'obéiffance & lerefpeétàf fon
mari; comme nous ne manquons pas de
faire, & comme je penfe aufli inutileLa'Ca- ment les uns que les autres.
pitaine
Nousapprimes que la Barque
Daniel avoit donné la chaffe à la
quinous
Forban, montée
Béate, étoit
par un de nos capitainesFrangois
appellé Daniel, quiavoit environ quatre-vingt hommes avec lui. Ilavoit enlevé depuis trois mois une Barque, qui
appartenoit à M. Vambel, danslaqueile
ilya avoit quatre de fes Negres, Onavoit
écrit à M. Vambel, que Daniel avoit
donné un de fesNegres au Pere Lucien
Carme, Curé des Saintes, auprès de la
Guadeloupe. Il me pria del l'informer de
la verité de ce fait, & me chargea d'une
Procutation, pour reclamer ce Negre,
qui étoit d'autant plus reconnoilfable,
qu'il étoit cftampé.
Nous connoiflions tous Daniël, 2 &
alfirément il ne nous eût fait aucun dé-
M. Vambel, que Daniel avoit
donné un de fesNegres au Pere Lucien
Carme, Curé des Saintes, auprès de la
Guadeloupe. Il me pria del l'informer de
la verité de ce fait, & me chargea d'une
Procutation, pour reclamer ce Negre,
qui étoit d'autant plus reconnoilfable,
qu'il étoit cftampé.
Nous connoiflions tous Daniël, 2 &
alfirément il ne nous eût fait aucun dé- --- Page 353 ---
Françoifes de PAmerigne. 333
plaifir, ni pas un de fes gens qui étoient
n'avoient pû fe 1701.
de nos Flibuftiers, qui
réfoudre à fe remettre au travail quand
le métier de la Courfe ne fut plus Cela per- eft
mis après la Paix de Rifwick. mieux
ordinaire dans les Ifles, ou pour
dire fi commun s tant chez nous que
chez les autres Nations,qu'il eft comme
palfé en coûtume. environ deux ans qu'un Vaiffess
Il y Vaiffeau avoit Forban, monté par diffé- Forban très rie
gros rentes Nations, & fur tout par des An- che,
glois, s'étoit dégradé vers Saint Thomas, ils avoient échouié leur Bâtiment les
après s'en être retirez les uns après
perfenne ne les vouautres, loit recevoir parceque en Corps à caufe des conféquences qui s'en feroient fuivies. Car du
ces gens avoient pillé les Vaifleaux à la MecGrand Mogol, qui portoient
avec
quelquesunes de fes femmes,
e: marchandifes & des richeffes trèsgrandes; 8 comme ces Vaifleauxavoient
été pris fous pavillon Anglois, ce dom- fut
auffi aux Anglois à réparer le
mage. Or ce Vaiffeau Forban s'étoit chargé
d'une quantité incroiable d'Indiennes &c
de Mouffelines des plus riches. Ceux qui
trafiquerent avec eux pendant quils --- Page 354 ---
534 Nomveaux Foyages anx Ifes
éroient encore dans leur
eh
cherchant
Batiment,
1703.
un afile, les eurent à fi bon
Indien- marché, quel'aune de Moufleline
nes & dée d'or, ne revenoit
broMoufle- Le refte
pas à vingt fols.
linesà
étoit à proportion. Ils
bon marché, dirent dans les Mles une grande répantité de pierreries & de certaines piéces quand'ord'Afic, que nous appellions des Sequins, faute de fçavoir leur véritable
nom s qui étoit Roupies ou Pagodes.
Elles étoient marquées des deux côtez
de caraéteres Arabes, &c paffoient dans
le Commerce pour fix francs, les Loiis
d'or valans alors quatorze livres.
M. Smith 3 & d'autres Marchands
avoient des Magalins remplis de ces Indiennes & de ces Mouffelines, & les
donnoient à bien meilleur marché
la Martinique, où ce qui coûtoit vinge- qu'a
cinq écus, fe donnoit
cinqà à Saint -
Thomas. Cela
tout
mnobiseur
d'employer
l'argent que j'avois, & deux cens
écus que j'emprantai à en acheter une
bonne quantité, tant pour nous que
des perfonnes de nos amis, à quije
vois
cela
Tear
que
feroit plaifir.Jeus entr'auAchat tres chofes des courte- pointes de MafiF. fait lipatan de la premiere beauté, à quinze
écus piéce, qui en auroient valu cent en
France, la plipart des autres Indiennes
employer
l'argent que j'avois, & deux cens
écus que j'emprantai à en acheter une
bonne quantité, tant pour nous que
des perfonnes de nos amis, à quije
vois
cela
Tear
que
feroit plaifir.Jeus entr'auAchat tres chofes des courte- pointes de MafiF. fait lipatan de la premiere beauté, à quinze
écus piéce, qui en auroient valu cent en
France, la plipart des autres Indiennes --- Page 355 ---
Frangoifes de fAmerique. 335 de
jachetai étoient des Turbans
que trois aunes de long, fur près d'une aune 1701.
de large. Je les eus à un écu piéce, il
faire une grande
en falloit quatre pour
tiroit des côcouverture, , & CC qu'on
tez, afin que le milieu de la couverture
fàt du mème deffein > fuffifoir pour ang- faire
menter le cinquiéme Turban, &
de
de table, ou
un magnifique tapis
toilette. Jachetai aufi des Epiceries fines i
comme mufcade,
& canellc,
deux écus la livre.
j'employai vingtE
fix écus en Livres brochez,
choifis d'Holdans une balle qui étoit
ECFS
lande, pour le compte d'un Marchand
de la Martinique nommé Gachet, 3 qui
n'avoit pas voulu s'en accommoder avec
M.Smith.Je pris ces Livres, bien moins
pour les lire que pour empècher fffent qu'ils 1mne fuffent làs, & qu.ils ne
prellion fur des elprits foibles, & déja
aflez gâtez. Je les parcourus pendant melure le
voyage, & les jettai à la mer à
que je les lifois, & ils ne méritoient pas
autre chofe. Car c'étoient des cloaques
d'ordures, ou des répétitions de calomdont il eft furnies & d'impertinences, l'impreflion
prenant qu'on permette
dans un pais auffi-bien - réglé quelal Hol- --- Page 356 ---
336 Nowveanx Poyagesa Anx IRes
lande, & qu'il fc trouve des Libraires
1701. affez perdus de confcience 3 pour faire
les frais de
pareillesimprellions, & des
gens affez ennemis
Mauvais acheter ces fortes de d'eux-mèmes pour
Livres
Livres,
vent
quine
quis s'ime
que corrompre leurs mceurs,
priment
&
ERe
en Hol- porter aux derniers déréglemens.
lande.
On a vû
ce quejai dit ci-devant
en parlant LT la Forterefle de S. Thomas, qu'elle n'eft capable d'aucune défenfe, ni pour elle-même, ni pour le
pais, ni
les Vaiffeaux qui feroient
dans le Pot On a crû remédier
tout à ce dernier
> fur
Bittetic fant
inconvénient, en faidu Port i
une grande Batterie fur le bord de
- fes dé- la mer au bas du Fort. Je
avoir
fauts, compté vinge Canons. Le croiy Gouverneur
m'en parlant un jour en nous promenant
vers cet endroit, je pris la liberté de lui
faire remarquer que fon prédéceffeur
qui avoit fait faire cet Ouvrage, avoit
employé inutilement fon argent, parceque cette Batrerie,quoique bonne
battre dans l'entréc du Port, étoit pour inutile pour tout le refte, 2 parce qu'étant
toute ouverte par derriere, elle
être aifément prife par ceux qui pouvoit l'attaqueroient du côté de terre, après avoir
fait leur defcente à la petite
eft derrierc le Comptoir des Ance,qui Danois
comme
qui avoit fait faire cet Ouvrage, avoit
employé inutilement fon argent, parceque cette Batrerie,quoique bonne
battre dans l'entréc du Port, étoit pour inutile pour tout le refte, 2 parce qu'étant
toute ouverte par derriere, elle
être aifément prife par ceux qui pouvoit l'attaqueroient du côté de terre, après avoir
fait leur defcente à la petite
eft derrierc le Comptoir des Ance,qui Danois
comme --- Page 357 ---
Frangoifes de LAmérique. 337
comme nos Flibuftiers avoient fait pendant la Guerre de 1688. En voicilhiftoire. Deux cens hommes mirent à ter- 1701.
re fans bruit la nuit dans cette Ance,y y
étant venus dans' des canots, aprèsavoir
laiffé leur Bâtiment entre la Caravelle
& l'Ifle. Ils furprirent le Comptoir >
amarrerent tous ceux qui étoient dedans, pillerentl'argent, les meubles, & Les FliA les marchandifes qu'ilsy trouverent, & buftiers
fc fervirent des Negres,p pour porterleur Pillent Côptoix le
butin au bord de la mer. Cej pillage fut des Da.
tres-confidérable, & ill'auroir étébien noisplus s'ils euffent fç, quc le gros de la
Caiffe étoit dans un caveau fous la falle,
dont l'ouverture couverte adroitement
parle plancher, > n'étoit fçue que de
deperfonnes de la maifon. Ils Oubietet
en cette occafion leur pratique ordinaire, qui eft de donner la gêne à leurs
fonniers, pour les
a déclarer rcs
le
obliger
eft butin. Il eft certain, que s'ilsl'euf
fent fait, on leur eût découvert la cache, dans laquelle on prétend qu'il
avoit plus de cinq cens mille livres. M
leur auroit été aifé de prouver que cet
argent appartenoit aux Hollandois, par
les Livres & les papiers du Comptoir
qu'ils emporterent, & quileur fervirent
à faire déclarer de bonne prife ce qu'ils
avoient pillé,
Tome VII, - P --- Page 358 ---
338 Nowveaux Yoyages anx Ifes
Il eft certain qu'on auroit employé
1701, plus utilcment l'argent que cette Batterie & le Fort ont coûté, à en conftruire
un fur la pointe, qui fépare le grand
Port de la petite Ance > qui eft derriere
le Comptoir, parce qu'étant dans cet
endroit, il défendroir.ces deuxlieux,
& il n'auroit pas befoin de grande forDeffein tification. Deux baftions,& unedemie
de l'Au- Lune fuffiroient du côté de la
il
zeur pour
terre,
fortifier ne faudroit dans le refte de l'enceinte
S. Tho- que des Redans & des Batteries fans Oumas,
vrages extérieurs, parce que la mer
laveroit le pied des murailles leur
aei
viroit de follé, & les brifans qui environnent la pointe lui tiendroit lieu de
paliffades, Si on vouloit mettre CC Port
dans une entiere fireté, il n'y auroit
qu'i faire fur la pointe de l'EIt une Batterie fermée en maniere deredoute,ifolée par un profond folle, pour être à
couvert d'un coup de main, & on donneroit au Port, au Bourg, & au Comptoir, une fûreré parfaite, & toute entiere. C'eltl'avisque je donnai au Gouverneur, & au Direéteur du Comptoir,
quilapprouverent, &c m'en témoignerent bien de la reconnoifance.
Nous fimes nos adieux le Vendredy
au foir. Madame Vambel & Madame
iere deredoute,ifolée par un profond folle, pour être à
couvert d'un coup de main, & on donneroit au Port, au Bourg, & au Comptoir, une fûreré parfaite, & toute entiere. C'eltl'avisque je donnai au Gouverneur, & au Direéteur du Comptoir,
quilapprouverent, &c m'en témoignerent bien de la reconnoifance.
Nous fimes nos adieux le Vendredy
au foir. Madame Vambel & Madame --- Page 359 ---
Françoifes del PAmérigue.
Smith m'envoyerent environ trente livres de chocolat, qui venoit de Carta- 1701.
gene, , ou la vanille, le mufc, & l'ambre, n'avoient pas été épargnés. Avant
de recevoir celni-l,jen avois acheté
quelques livres. ,
faire des préfens >
quimavoite coûté Tootid écus la livre. On
me donna aufli quelques porcelaines du
Japon. Elles éroient parfaitement! blanches, avec des Aleurs de relief de même
couleur. Pour connoitre fi elles font laines Porce- du
véritablement du Japon, il faut en Japon.
rompre un petit morceau pour voir le
dedans, parce que le dedans des véritables, eft auffi blanc, à peu de chofcs
près, que le dehors.
Le Samedy 23 Avril nous mimes à
la voile fur les fix heures du matin. Nous
pallmes entre toutes ces petites Ifles,
qu'on nomme les Vierges, par leCanal
dumilieu, qu'on appelle la grande Rue
des Vierges. C'eft alfurément une des
plus agréables Navigations qu'on puiffe
faire. Ils femble qu'on foit dans une
grande prairie cantonnée dequantité de
bofquets de part & d'autre de la route.
Il left taifé de juger que la terre y cft bonne, par la aquantinedel beaux arbres dont
ces Iflets font remplis. Nous en vimes
quelques-uns qui étoient habités 8z culPij --- Page 360 ---
340 Nowveaux Foyager aux Ies
tivés, la plus grande
étoient dé1701. ferts. La plus grande ctics toutes ces
tes Ifles eft à la tête
petiLa
& àl'EA de toutes
Vierge profelesautres. Onl'appelle - la groffe
ou Pa- Les Anglois qui
la Vierge.
nefton, Panefton. Nous Thabitenr la
nomment
laiflàmes à
d'une lieiie de nous à Stribord : plus ainfi
n'en puis dire, que ce quej'en ai
je
par un de nos
apptis
Roffei,
Religienx, -
nommé le P.
qui ayant fait naufrage far les
hauts fondsde laNegade, ou Ie
fat pris avec le refte de
Noyée,
fon Vaiffeau, par les
léquipage de Panefton, de
&y demeura près de Sco mois. Il m'a
dit, que les Anglois qui y demeurent
vivent très-pauvrement, Ilsfont un >
de tabac, & dindigo, du coton & peu des
pois. Leur nourriture ordinaire eft du
poiffon & des patates. Ils n'ont del'eau
douce, que celle qui tombe du ciel,
qu'ils confervent dans des canots, & des
futailles; & quand celle-là eft confommée ou corrompuè, leur reffource eft
celle qui fe trouve dans des rochers
creux, quiferempliffent d'eau de
fur laquelleilfef forme une croute verte, pluic,
del'épaiffeur de deux doigts, quel'on fe
donne bien garde de rompre entierement quand on puife de T'eau; on la
conferve au contraire ayec foin, on n'y
qu'ils confervent dans des canots, & des
futailles; & quand celle-là eft confommée ou corrompuè, leur reffource eft
celle qui fe trouve dans des rochers
creux, quiferempliffent d'eau de
fur laquelleilfef forme une croute verte, pluic,
del'épaiffeur de deux doigts, quel'on fe
donne bien garde de rompre entierement quand on puife de T'eau; on la
conferve au contraire ayec foin, on n'y --- Page 361 ---
Françoifes de PAmérique. 341
fait qu'une ouverture de la grandeur du
Vaiffeau avec lequel on la puife, parce 1701.
moderel'ardeur
qu'ils du Solcil, prétendentqu'elle en failant fur l'eau le mème
effet, qu'un toit fait fur une maifon.
La pefche eft extrèmement abondan- dans Pefche la
te dans tous les Canaux qui féparent ces grande
Ifles. Nous primes à la ligne, & à la Ruedes Vierges.
traine plus de foixante poiflons, > dontle
moindreavoit plus de deux pieds. Nous
eûmes des bécunes, & des tazards de
quatre pieds.
nous
Nous primes un poiffon,. que
crâmes d'abord être un congre en le tirant à bord, parce qu'il fe débartoit d'une étrange maniere, & qu'il en avoit
aflez Ja
mais
il fut fur le
a
ngure;
quand
Pont, il ne fe trouva perfonne parmi
nous qui le connût. Il étoit long d'un marin. Serpent
plus de trois pieds. Sa tête étoit
plate peu comme celle d'un ferpent, & cependant longue & effilée. Le
étoit
de la groffeur du bras. La CeT étoit
large & fourchiie. Ilavoitun aileron Oul
empenure furle dos, quilui prenoirà la
naiflance du col, & continuoit en diminuantjufqu'àlar naiffance dela queiie, 8c
deux autres aîlerons femblables depuis
le col, jufqu'au même endroit de la
queiie, larges de trois bonse doigts dans
Pij --- Page 362 ---
142 Nowveaux Foyages anx Ifes
leur commencement. Ses dents étoient
1701. longues & noires; & le défaut de connoiffance de fon elpece, firentque nous
l'attachâmes au mat, après l'avoir affomméspour voir quelle figureilauroit
le lendemain. Noticonnimesconbien
notre bonheuravoit été grand, de n'avoir point touchéàce poiffon, qui fans
doute nous auroit tous empoilonnés.
Car nous trouvâmesle matin, qu'ils'étoit entierement diffous en une eau verdâtre & puante, 3 qui avoit coulé fur le
Pont, fans qu'ilreftat prefque autre chofc que la
&clarrête, quoiqu'il nous
eût paru SIETe foir fort ferme, & fort bon.
Nousc sconclâmes, ou que ce poiffon étoit
empoifonné par accident, ou que de fa
nature, ce n'étoit qu'un compofé de venin. Je croi que c'étoit quelque
de vipere marin. J'enai parléà plufieurs clpece
Pefcheurs, & autres gens de mer, fans
avoir jamais pû être bien éclairci de ce
que je voulois fçavoir touchant ce
poiffon.
TR
foir fort ferme, & fort bon.
Nousc sconclâmes, ou que ce poiffon étoit
empoifonné par accident, ou que de fa
nature, ce n'étoit qu'un compofé de venin. Je croi que c'étoit quelque
de vipere marin. J'enai parléà plufieurs clpece
Pefcheurs, & autres gens de mer, fans
avoir jamais pû être bien éclairci de ce
que je voulois fçavoir touchant ce
poiffon.
TR --- Page 363 ---
Frangoifes de PAmérigne.
1701.
CHAPITRE XV.
De TIRe appelée la Négade 2 e du
Tréfor gaon dit J érre. De la Sombrere. Defeription de celle de Saba 6
Saint Emfache.
fimes route jufqu'à un quart
N** lieuë
de la Négade, afin
de nous élever PE plus que nous
facilement Sao,
rions pour
plus
délivrer
où nous PERANTE toucher, pour
des cuirs &c autres marchandifes , que
nous avions chargées à Saint Thomas,
Je n'ai pû juger de la grandeur de PIe gade Ife Né- ou
Negade ou Noyée qu'àla vûé; elle m'a Neyéc,
d'environ quatre lieués de long,
Ee eft extrèmement plate & bafle s
excepté vers fon milieu,
paroit un
peu plus élevé que les
a des
RAStOT
arbres & des mangles en quantité. Il ne
paroit pas que la mer monte affez haut
pour la couvrir entierement, mèmedans
les plus grandes marées, quoique la
demeure alors fous
Elr
partie
Ea ce qui l'a fait nommer par les E(-
pagnols Anogada ou PIile Noyée. Elle
Piv --- Page 364 ---
344 Nowveaux Foyager aux Ifes
eft environnée de haut fonds fur lef1701. quels il s'eft perdu bien des Navires
fur tout quand Ja mer eft
agitée 2 &
que par conféquent le tangage eft plus
grand.
de'aNé Tréfor On prétend qu'un Gallion Efpagnol
gade. s'y eft perdu: uautrefois, & qu'une grande
partie du trefor, c'eft-à-dire, de l'or &
de l'argent dont il étoit
fut
caché en terre dans cette Ifle, chargé, où l'on
dit qu'il eft encore
-
aujourd'imi, parce
que ceux qui l'avoient caché étant
TIS fur mer > ceux qui refterent, n'a- pévoient pas une connoiffance affez diftinéte du liea où il avoit été caché
le vénir chercher & le trouver. Cet pour arcaché a fait perdre bien du tems
EAt des Habitans de nos Iles, & à nos
Flibuftiers. J'en ai connu qui ont paffe
les quatre & cinq mois à fouiller la
terre, & à fonder. On dit qu'on a trouvé quelque chofe, mais qu'on n'a
encore découvert le grand trefor, foit pas
que fa pefanteur l'ait fait enfoncer dans
ces terres ou fables mouvans > foit
le diable > comme difent les bonnes que
gens.s'en foit emparé, & qu'il ait la
méchanceté de ne le pas laiffer trouver
à ceux qui le cherchent, qui en feroient
un meilleur ufage que lui.
, & à fonder. On dit qu'on a trouvé quelque chofe, mais qu'on n'a
encore découvert le grand trefor, foit pas
que fa pefanteur l'ait fait enfoncer dans
ces terres ou fables mouvans > foit
le diable > comme difent les bonnes que
gens.s'en foit emparé, & qu'il ait la
méchanceté de ne le pas laiffer trouver
à ceux qui le cherchent, qui en feroient
un meilleur ufage que lui. --- Page 365 ---
Franpoifes de T. Amérigue. 345
Sur le foir nous vimes l'Ife Sombrere
Les Ef- 1701.
ou le
qui eftinhabitée.
pagnols CStNreS ont donné ce nom > parcequ'elle eft ronde & plate > avec une
montagne toute ronde, & affez haute
la fait reffembler à un
au milieu, qui
Chapeau. Le vent s'érant jetté au Nord nous L'Andiftance a Ifles guille &
côtoyâmes à quelque
S.BartheeppelléestAngailee & SaintBarthelemy.ieny
La premiere eft aux Anglois, quiy ont
a fouvent été
une petite Colonie, qui &
n'a àla
pillée par nos Corlaires, qui
fin trouvé fa sûreté
dans la pauvreté,
où les fréquentes ceilirer de nos genslont
réduite. Saint Barthelemy eft aux François, les reftes de la Colonie qu'on en
avoit ôté pour fortifier celle de Saint
la Guerre de 1688.
Chriftophe pendant
commençoient à s'y rétablir.
L'Ile de Saint Martin > qui eft au S. L'Ile Mar- de
Sud-Oiieft de celle de Saint Barthe'emy tin.
eft partagée entre les François & les Hollandois.
Nos Généraux voulurent lever cette
Colonie pendant la Guerre de 1702.de
crainte que fa foiblefle & fon éloignement de nos autres Colonies, ne la fit
tomber entre les mains des ennemis.
Mais les Habitans fatiguez de changer
Pv --- Page 366 ---
346 Nowveaux Yoyages ANX
fi fouvent de domicile, ont mieux Hes aimé
1701. courir ce rifques-que de quitter leurs
maifons. Ils ont fait un concordat avec
les Hollandois, & fe font pris réciproquement fous la proteétion les uns des
autres, De forte que s'il vient un Corfaire François, ou autre, qui veiiille
trafiquer, il eft bien reçi, & fait fon
commnerce avec toute forte de sureré;
maiss'il veutinfulter lesHollandois,les
François prennent les armes en leur faveur, & les défendent. Les Hollandois
font la même chofe pour les
quand les Bâtimens de leur François 9
les
Nation, OLI
Anglois ne. veulent pas demeurer
dans les bornes du concordat qui eft entreles deux Nations. Voilà ce qu'on
pelle des gens fages, & il feroit à nat
haiter que leur exemple fit fuivi dans
toutes les autres Ifles, & qu'on y vécût
en paix, fans prendre part aux diftérends
de l'Europe. Elles deviendroient toutes
d'or, & les Princes dont elles dépendent, y trouveroient des rellourcesabondantes dansleurs befoins; le Commerce
ne feroit point interrompu, & on ne
verroit point, commeilarrive dans toutes les Guerres, une quantité de familles auparavant à leur aife, difperfées &c
réduites sàla mandicité, fans aucun avanI
écût
en paix, fans prendre part aux diftérends
de l'Europe. Elles deviendroient toutes
d'or, & les Princes dont elles dépendent, y trouveroient des rellourcesabondantes dansleurs befoins; le Commerce
ne feroit point interrompu, & on ne
verroit point, commeilarrive dans toutes les Guerres, une quantité de familles auparavant à leur aife, difperfées &c
réduites sàla mandicité, fans aucun avanI --- Page 367 ---
Françoifes de l. Amerique. 347
tage, ni pour le Prince en particulier s
ni pour la Nation en général, mais feu- 1701.
lement
quelques particuliers qui
ont ntiri les fonds ou la proteétion
néceffaire pour faire les armemens.
Nous moiillâmes à Saba le Diman- saba. Ile de
che27 Avril fur les dix heures du matin.
Cette Iile eft encore plus petite que S.
Thomas, & ne paroit qu'un rocher de
quatre ou cinq lieiies de tour, efcarpé
de tous côtés. Onn'y peut mettre à terre que far une petite Ance de fable qui
eft au Sud, fur laquelle les Habitans tirent leurs canots. Un chemin en zigzac
taillé dansle rocher, conduit fr le (ommet de Plle, où le terrain ne laiffe pas
d'ètre uni, bon & fertile. Je croi que
lespremiers quiy y font abordés, avoient
des échelles pour y monter. C'eft une
Forterelle naturelle tout.àfaicimprenable,pourvà qu'on ait des vivres. Les A mas de
Habitans ont fait desamas de pierres en pierres pour dé.
beaucoup d'endroits à côré de ce che- fendre le
min, foutenués far des planches pofées chemin,
fur des piquets,ajultés de maniere qu'en
tirant une corde, on fait panchet un
piquet, & on fait tomber toutes ces
pierres dans le chemin, pour écrafer
fans miféricorde une armée entiere, fi
clle étoit en marche pour monter, où
Pvj --- Page 368 ---
548 Nowveaux Voyages aux Ifles
même en quelques endroirs
on
del'Ance,
1701.
ditquilyau uneautre montée du côté
dela Cabefterre ou du Nord-El,
facile que celle-ci, quieft au Sud-Oueft, plus
fuppofé qu'ony puilleaborders 1 maisla
mer y eft ordinairement fi rude, que
la côre n'eft
praticable, & c'elt ce
qui leur a
Rae"
endroir
négliger d'efcarper cet
comme ils le pourroient faire, 3
parce qu'ils ne craignent pas d'être furpris par-la.
Le Commandant, Chefou Gouverneur de cette Ifle vint à bord,
notre canot eût été à terre, aprèsque & qu'on
nouseàtbien connus. Carquoique nous
fuffions en Paix, ils craignent avec raifon les vifites des) Forbans. Il nous invita à dîner; cela me fit plaifir, carj'avois
envie de voir cette Ifle. Nous montâmes donc, & nous fûmes agréablement
furpris, de trouver un pais fort joli 211deffus de ce qui ne nous avoit paru
qu'un rocher affreux. On nous dit que
Flfle étoit partagée en deux Quartiers
qui renfermoient quarante-cinq à cin- >
quanre familles. Les Habitations font
perites, mais propres & bien entretenués. Les maifons font gaies, commodes, bien blanchies, & bien meublées.
Le grand trafic de l'Ife eft de fouliers ;
-
furpris, de trouver un pais fort joli 211deffus de ce qui ne nous avoit paru
qu'un rocher affreux. On nous dit que
Flfle étoit partagée en deux Quartiers
qui renfermoient quarante-cinq à cin- >
quanre familles. Les Habitations font
perites, mais propres & bien entretenués. Les maifons font gaies, commodes, bien blanchies, & bien meublées.
Le grand trafic de l'Ife eft de fouliers ;
- --- Page 369 ---
Frangoifes de PAmérigme. 349
jen'ai jamais vû de pais fi Cordonnier.
Le Gouverneur s'en mèle comme les 1701.
autres, & je croi quele Miniftre fe di- Trafic de
vertit à ce noble exercice à fes heures saba.
perdûés. C'eft dommage que cette Ifle
ne foit pas à des Cordonniers Catholiils la nommeroient fans doute
N de Saint Crefpin , avec plus de
raifon que Saba, que nous ne lifons
avoir été un Royaume de Cor
Emad Quoiqu'il en foit, nous fàfort bien
Les Habitans vimes
reçûs. union. Ils manvent dans une grande
Ils
fouvent les uns chez les autres.
gent n'ont point de Boucherie comme dans Leur nea- de
les autres Ifles plus confidérables; mais nire vivee.
ils tuent des beftiaux les uns après les
autres ce qu'il en faut pour le Quartier s
& fans rien débourfer, ils prennent ce
ont befoin de viande pour leur
qu'ils famille, chez celui qui a tue, qu'ils lui
leur tour
rendent en efpece quand
&
vient. Le Commandant commence,
les autres du Quartier le fuivent, jufqu'à ce que ce foit à lui de recommencer.
RéfuIly avoit parmi eux quelques firent bien des
giés François, qui me
avoir
amiciés. Jecouchai à terre > après
employé toute Faprès-midi à me pro- --- Page 370 ---
340 Nowveaux
anx Ifles
mener. Mon habit
un
Arer
furprenoit
1701.
& je leur faifois plaifir d'entrer
SSAl leurs maifons, afin qu'ilsle
fent confidérer à leur aife. J'achetai puf- (x
paires de fouliers > qui étoient fort
bons. On leur vendit une partie de
peaux vertes, c'eft-à-dire, qui ne font
point préparées, que nous avions
à PIle à Vache. Avec leur trafic de rt
liers & un peu d'Indigo & de Coton,
ils ne laiffent pas d'être riches, ils ont
des Efclaves, de l'argent & de bons
meubles.
fe Enrrepri. fur Sa- M. Pinel un de nos Capiraines Fliba man. buftiers penfa les furprendre
quée, la Guerre de 1688. Il avoir pendant
pris une
Barguequiéoitchergée pourleur
te. il vint à l'embarcadere dans comp- cette
Barque au commencement de la nuit >
avec la plus grande partie de fes
;
& comme lcs Habitans l'attendoient. gens
&lac connoiffoient, ils n'entrerent point s
en défiance. Déja nos gens mettoient à
terre, & commençoientan monter quand
la Barque Corfaire qui n'avoit ordre
de venir que quand on lui en feroit le
fignal par un feu fur l'Ille, fe preffa
trop, & vint
moûiller à côté de
la premicre. cbor qui étoient dedans
la prenant pour une cnnemie, firent feu
endoient. gens
&lac connoiffoient, ils n'entrerent point s
en défiance. Déja nos gens mettoient à
terre, & commençoientan monter quand
la Barque Corfaire qui n'avoit ordre
de venir que quand on lui en feroit le
fignal par un feu fur l'Ille, fe preffa
trop, & vint
moûiller à côté de
la premicre. cbor qui étoient dedans
la prenant pour une cnnemie, firent feu --- Page 371 ---
Françoifes de PAmérique. 351
deffus, & ceux-ci croyant la mème
chofe firent feu de leur côté, tuerent un 1701.
homme, & en blefferent trois ou quatre entre lefquels fut le Capitaine. Les &
Habitans prirent auflitôt les armes,
fe doutant de la furprife, ou pour une
plus grande farete, ils firent pleuvoir de
fur nosgens qui montoient une grèle
pierres, qui en eftropia quelques uns >
& obligea les autres à fe retirer au plus
vite, & à fe rembarquer, n'étant plus nuit
pollible de rien entreprendre. favorifé La
qui étoit noire avoit d'abord enfuite
nos gens 5 mais elle fut caufe
qu'ils furent méconnus par leurs coméchoiia.
pagnons > & que auroient T'entreprife fait un bon
ileft certain qu'ils
pisgEa partimes le Lundy matin apress che, Eufla- 1e
déjeuné. Le Commandant nous donna doife. Hollanune grande longe de Veau rôtie, avecd
plus de vingt livres de viande criie, 3
des bananes, & de très-belles pommes
d'Acajou. Nous pallâmes à S. Euftache, quieft
une Ille Hollandoife, bien plus grande
que Saba. Mais nous ne voulions nous
arrèter
mettre à terre un
y. Habitant 2S SE à qui nous avions
donné paflage, & pour rendre des let- --- Page 372 ---
352 Nowveaux
Aux Ies
tres
Foyager
dont on nous avoit chargés à S.
1701. Thomas.
Nous vimes en approchant de l'Ife
un Vaiffeau qui iéroit moûillé à une demie lietie, fous le vent du Fort, en un
endroit qu'on appelle
>
Vaiffeau
l'Interloppe
Interlop parce que c'eft ordimairement en cC
pe.
lieu-là que moiillent ces fortes de Bâtimens: c'en étoit cfedtivement un. Comme ils craignent tout, parce qu'ils font
roujours de bonne prifc, ils ne fe laif
fent approcher que quand ils connoiffent bien les gens, ou qu'ils ne peuvent
faire autrement. Nous portions fur lui
pour accofter la terre, & nous rendre
au moiillage; nous lui fimes
3 il
nous tira un coup de Canon IFbnie balle,
pour nous faire allarguer, c'eft-à-dire,
nous éloigner. Nous crûmes quec'éroit
feulement pour nous faire mettre notre
pavillon, nous le mimes, & continu.-
mes notre bordée, qui nous portoit bord
à bord de lui. Il nous en tira trois, un
defquels paffa à notre avant, & les deux
autres au-deffis de nous. Cette maniere
vive & incivile 5 nous fit connoitre notre erreur s nous arrivâmes, & cela
nous obligea de faire deux bordées 3
pourregagner ce que nous avions perdu.
M, des Portes ne voulur point met-
mettre notre
pavillon, nous le mimes, & continu.-
mes notre bordée, qui nous portoit bord
à bord de lui. Il nous en tira trois, un
defquels paffa à notre avant, & les deux
autres au-deffis de nous. Cette maniere
vive & incivile 5 nous fit connoitre notre erreur s nous arrivâmes, & cela
nous obligea de faire deux bordées 3
pourregagner ce que nous avions perdu.
M, des Portes ne voulur point met- --- Page 373 ---
Françoifes de PAmérique. 353
tre à terre. il envoya le Maitre dans le
avec le pallager, avec ordre de 1701.
canor remettre les lettres au Corps de Garde,
Il en arriva
& de revenir promptement- car le Maître monta au
tout autrement: s'amula à boire pendant fix ou
Fort,
de faire
fept heures, 8c nous empècha réfolu de
la diligence que nous de avions voir le Fort, &c
faire, ou du moins
Nous
nous promener dans le Bourg,
fumes vingr fois far le point de partir,
&c de laiffer le Maître à terre avec les
trois hommes de l'Equipage qu'il avoit
aveclui. Ilrevint enfin,a après que nous
eûmes tiré deux coups de Canon, &
mis pavillon en berne pour le rappel- lanler, dans le tems que nous halions
cre à bord
partir. Nousavions en- où
vie de atmei la tète, mais l'érat
il étoit nous fit remettre la partie à une
autrefois.
cette Rade Ife de S.
Le féjour que nous fimesà faute de ca- Euft che,
fans pouvoir mettre à terre
not, me donna tout le loifir de la confiderer, du moinsla partie qui étoit visà-vis de nous.
Elle paroit compofée de deux monféparées l'une de l'autre, par un
tagnes valon, dont le rez de chauffée,
grand ainfi parler, eft élevé de plus de
pour --- Page 374 ---
354 Nowveaux Vayages aux Ies
dix toifes au-deffus du rivage. La mon1701. tagne du côté del'Oueft eft partagée en
deux ou trois têtes couvertes d'arbres:
fa pente jufqu'au valon ne paroit
trop rude. La montagne de PER feaoit
bien plus haute que la premiere, fi elle
étoit entiere. Mais elle paroit comme
coupée aux deux tiers de la hauteur,
quelledevroitavoir naturellement. Elle
fait peu à près le même effet qu'une
forme de chapeau, que l'on auroit un
Roa enfoncée. Cette Ifle nous parut
jolie, & bien cultivée. Le Fort paroît être au pied de la montagne € del lÉt,
il faut cependant qu'il en foit à une diftance raifonnable,q qui ne me paroiffoit
pas de l'endroit oujétois. Les François
en ont été les maîtres deux ou trois fois.
Iln'y a entre Saint Euftache & S. Chriftophe qu'un canal de trois lieuès de
large,
'on auroit un
Roa enfoncée. Cette Ifle nous parut
jolie, & bien cultivée. Le Fort paroît être au pied de la montagne € del lÉt,
il faut cependant qu'il en foit à une diftance raifonnable,q qui ne me paroiffoit
pas de l'endroit oujétois. Les François
en ont été les maîtres deux ou trois fois.
Iln'y a entre Saint Euftache & S. Chriftophe qu'un canal de trois lieuès de
large, --- Page 375 ---
Frangoifes de PAmerigae. 355
1701.
CHAPITRE XVI
L'Autewr debarque à Saint Chriftophe.
ArriVanite du Ginéraldes. Anglois
wée à la Guadelompe. Diferent du
Commis
E
LAutenr ent avec nn
maine.
rangeimes la côte pour
des vents de terre qui
REE
Ne
nent fur le foir, & nous motillmesenfin à la Baffe-Terre Françoife de Saint
Chriftophe le 28. far les huit heures
du foir. Notre Barque n'avoit point
d'autre affaire à Saint Chriftophe, que
de me mettre à terre, parce qu'elle ne
vouloit pas toucher à la Guadeloupe,ni
moi aller à la Martinique. D'ailleurs amis à Arrivleà S. Chtif
j'étois bien-aife de revoir mes
tophe.
étant bien sûr de trouS. Chriftophe, les
des occalions
ver tous
jours
remerciai pour M.
palfer à la Guadcloupe. Je
des Portes, & je me débarquai. fur le
Les Soldats qui étoient venus
bord de la mer > pour fçavoir qui nous
étions , fe chargerent de mon
chez M.de
ROE
& m'accompagaerent --- Page 376 ---
Nowveaux Voyages 0 AHX Hes
un des Lieutenans de
15.Aarm
Roi,
1701. qui demeuroit dans le Bourg, qui ivoulut me retenir chez lui. Jele remerciai,
&je me rendis chez les Peres Jefuires,
qui me reçûrent avec leur bonté ordinaire. Ils me donnerent du linge, &
parurent prendre beaucoup de part à
l'accident qui m'étoit arrivéavec les Ef
pagnols.
Le Samedi 29 Avrilje fus après la
Meffe faluer M.le Comte de Gennes
Commandant de la partie Françoife,
qui me retint à diner. On fçavoit l'avenement de Philippes V.ala Couronne d'Efpagne, & on ne doutoit point
que la Guerre ne dût bientôt recommencer. Les Anglois ne s'en cachoient
point, ils difoient hautement que leur
Roi ne fouffriroit jamais l'union des
deux Monarchies 3 & qu'ils reprendretetintsuintlenemia; partieFrançoife de S. Chriftophe. Je pallai
toute l'après midi avec M. de Gennes. prelque
Ily avoit un vaiffeau Nantois à la
Rade, qui devoit partir incellamment
la Guadeloupe, ouil devoit prenEred des Sucres blancs, pour achever fa
charge. M. de Gennes eutlat bonté éd'envoyer chercher le Capitaine > pour
voir quand il feroit prét à partir, Iça- &
; partieFrançoife de S. Chriftophe. Je pallai
toute l'après midi avec M. de Gennes. prelque
Ily avoit un vaiffeau Nantois à la
Rade, qui devoit partir incellamment
la Guadeloupe, ouil devoit prenEred des Sucres blancs, pour achever fa
charge. M. de Gennes eutlat bonté éd'envoyer chercher le Capitaine > pour
voir quand il feroit prét à partir, Iça- & --- Page 377 ---
Frangoifes de l Ambrique. 357
lui ordonner de ne pas mettred la
pour voile fans me prendre. Inous dit,qu'il 1701,
que dans trois ou
ne pourroit partir Cela nrauroit fait de - la
quatre dans jours. une autre occafion. Maisj'apeine vois befoin de repos, & j'étois sàr de
dans un lieu oû j'ane me pas ennuyer
vois tant d'amis. arrivant à la maifon des
Je trouvai en
bon ami le CapiPeres Jefuites, mon bon gré malgré ces
taine Lambert, qui
Peres, me fit monter fur un Cheval,
fait amener, & me conquilmavoir duifit chez lui. Il écrivit le lendemain
matin à un Officier Anglois appellé
Bouriau, qui il'avoit prié à diner,
ce
Pere
Moc
s'en excufer fur
qu'un
qui étoit
(c'eft ainfi qu'on nous appelle) tarrivéla veilde fes intimes amis, étoit de lui tenir comle, & qu'il étoit obligé
cela être
pagnic. Nous crâmes après lui écrivit Bouriau
en repos. Mais cet civiles, Anglois &c des plus Officier Anglois.
une lettre des plus laquelle fans me conprellantes 2 par
de venir avec M.
noitre, il me prioit fervir
cela du
Lambert & de me
pour
Cheval qu'il m'envoyoit. Nous nous y
rendimes, & je ne fus point du tout
fâchéde ce voiage: car outre les hon- Mefnètetez que je reçus de tous ces --- Page 378 ---
358 Nonveaux
aux Ij.es
hieurs,j'eus le plaifir 24E1 voir M.de Co1701. drington Gouverneur général des Ifles
Angloifes fous le vent , avec qui je fouhaitois depuis longrems d'avoir un peu
d'entretien. Le hafard tout pur en fut
la caufe, car ni Monfieur Bouriau, ni
nous, ne nous y attendions point.
M, de
Nous avionslavé, & étions prèts de
Codring- ton Gé nous mettre à table, quand on entendit
néral des les Trompettes du Général, & dans un
Anglois. inftant on le vit paroitre. Nous fortimes
tous pour le recevoir. Ils'informa d'abord qui j'étois, après quoi il fe mit à
table, & me fit mettre auprès de lui. Il
dit à M. Lambert, qu'il étoit bien-aife
de trouver cette occafion,
fe reconcilier aveclui, qu'il lui Tvoi voulu
bien du mal pendant la guerre pallée,
qu'il l'âvoit fouvent empèché de
Sarmge En effet, M. Lambert lui avoit
fouvent donné l'allarme, &1 l'avoit penféenlever une fois, comme je l'ai dit
dans un autre endroit. On ne manqua
pas de parler des affaires du tems. Il
nous dit fans façon, que la guerre ne
tarderoit pas àic déclarer, & qu'il fe
verroit encore une fois Maître de tout
S. Chriftophe. Je lui dis en riant, que
cette conquête n'étoit pas digne de lui,
& que je croyois qu'il penferoit plàtôt
'allarme, &1 l'avoit penféenlever une fois, comme je l'ai dit
dans un autre endroit. On ne manqua
pas de parler des affaires du tems. Il
nous dit fans façon, que la guerre ne
tarderoit pas àic déclarer, & qu'il fe
verroit encore une fois Maître de tout
S. Chriftophe. Je lui dis en riant, que
cette conquête n'étoit pas digne de lui,
& que je croyois qu'il penferoit plàtôt --- Page 379 ---
Frangoifes de PAmérique. 359
à la Martinique. Non, > non me dit-il,
ce morceau eft trop gros pour un com- 1701.
mencement. Je veux prendre la partie
Françoife de Saint Chriftophe, après
quoi je vous irai voir à la Guadeloupe. Je lui répondis, quejy ferois incellamment, &c que je porterois cette
lainouvelle aul Gouverneur,8 que je
derois à fe préparer à le recevoir du
mieux qu'il lfe pourroit. On lui dit,
que je me mèlois de faire remuer la
terre, & par une avanture affez particuliere > il fe trouva quc fon Miniftre
qui étoit préfent lui fervoit aufli d'Ingenieur. Monfieur de Codrington eft Originaire ou Creole de Saint Chriftophe,
ila été élevéà Paris, & a demeuré allez
long-tems dans d'autres villes de France.
Lui & tous ces Meffieurs qui étoient à
table eurent P'honnèteté de parler pref
que toujours François. Je remarquai
dans leurs difcours combien ils font
vains, 8c le peu d'eftime qu'ils font des
autres Nations, & fur-tout des Irlandois. Car quelqu'un ayant dit que la
Colonie Françoile étoit fort foible, M.
de Codrington répondit fur le champ,
qu'il ne tenoit qu'à M. de Gennes de
T'augmenter du moins avec lesIrlandois --- Page 380 ---
360 Nowveanx Voyages aux IRes
s'ilr ne Pouvoir le faire avec des François.
1701. Je le priai de me dire ce fecret, & de
mne permettre d'en faire part à M. de
Gennes. Très-volontiers, me dit-il,fçavez-vous que M. de Gennes a fait Un
Paon
marche, > qui mange, qui digere. Et lui répondis que je le Içavois.
Hé bien continua-t-il, que ne fait-il
cinq ou fix Regimens d'Irlandois. Il
aura bien moins de peine à faire ces
fortes de lourdes bètes qu'un Paon.
Commeila de l'efprit infiniment, il
trouvera bien le moyen de leur imprimer les mouvemens néceffaires pour
tirer, & pour fe battre , & de cette
maniere il groffira fa Colonie tant qu'il
voudra.
Auroma- Pour entendre ceci, il faut
te de M.
M.de Gennes
fçavoir
de Gen. que
avoit fait un Autones.
matc, qui avoit la figure d'un Paon,
qui marchoit par le moyen des refforts
avoit dans le corps, qui prenoit
blé qu'on
à terre
a8u
jettoit
devant lui,
& qui
le moyen d'un diffolvant le
StfrE & le rendoità peu près comme des excremens.
Le Général Codrington me fit cent
queftions fur mon voiage, fur Saint
Domingue, fur les Efpagnols quim'avoient pris > & fur quantité d'aures
chofes;
figure d'un Paon,
qui marchoit par le moyen des refforts
avoit dans le corps, qui prenoit
blé qu'on
à terre
a8u
jettoit
devant lui,
& qui
le moyen d'un diffolvant le
StfrE & le rendoità peu près comme des excremens.
Le Général Codrington me fit cent
queftions fur mon voiage, fur Saint
Domingue, fur les Efpagnols quim'avoient pris > & fur quantité d'aures
chofes; --- Page 381 ---
Frangoifes de TAmtrigue. 361
chofes; mais il étoit fi vif, qu'il avoit d'atoujours trois ou quatre queltions le tems de 1701.
vance., avant que j'eulfe eu Ilétoit bien
répondre à la premiere. d'ordinaire
plus fobre que ne le font
ceux de faNation. croire combien le
On ne (gauroit à leur maniere de
mal de Siam joint
L'oifiveté
vivre,leur aenlevé de gens.
les
à la débau-
& l'opulence
portant toujours en feftin.
che, ils font prelque
donnent à Intempé.
Le premier remede quils
rance des
leuts malades eft une copicule ponche Angloise
aux ceufs, avec force mufcade, gérofle
& canelle. La quantité
CCS malades
: cC remede >
intempérans
malade l'homme le
rendroit
il
CEEETS
plus fain. On
juger quel effet
doit produire fcd des gens qui ont déja
plus de mal qu'ils n'en peuvent porter l'autre >
& combien il en envoye en
monde.
de boiffons différentes
La quantité
les rend fujets à
dont ils fc chargent, Ils fe couchent
des maux de poitrine. bi, la chaleur
après avoir beaucoup
les
qu'ils reffentent au dedans,
oblige
de fe découvrir, & de fe tenir la poitrine à lair, , pour fe rafraichit, mais ce
plailir leur coûte cher > car le moins qui
Tome VII.
Q --- Page 382 ---
f: Nouveaux
aux IRes
puilfe atriver, rag d'ècre attaqués
1701, de coliques épouvantables. Ceuxqui ife
couchent avec un peu de bon fens, mettent un oreiller fur leur poicrine. C'eft
une très-bonne méthode.
Le Général Anglois monta à cheval
un
d'heure après
fût forti
de dctere ou felon la Te.gte on avoit
demeuré près de trois heures. Ilavoit
deux Trompetres qui marchoient devant lui, ilétoit accompagné de huit
perfonnes, qui étoient apparemment la
plipart fcs Domeftiques: car ilr n'y eût
que fon Miniftre, &c M. Hamilton fon
Major général, qui fe mirent à table
avec nous. Devant les Trompettes , il
yavoit neufou dix Negres à pied,
couroient àl lat tête des Chevaux, qui
ces
quoique
Chevaux allaffent toujours le
petit galop, ou un entre-pas fort vite.
Côment J'eus compaflion d'un
on ap- douze à
petit Negre de
prend lc
quinze ans, à qui on enfeignoit
métier.dele métier de coureur.
Coureur
ll-n'avoip far lui
aux Né. gu'une candale, quieit un caleçon fans
gres, fond, qu'on lui tc ôter, & ainfi tout
nud il couroit le premier, fuivi d'un
Negre plas âgé qui lui appliquoir des
coups de fouiet fur les felles toutes les
foisquil lle pouvoit avoir à portée. Ces
Mellieurs me dirent, que c'étoit ainfi
on enfeignoit
métier.dele métier de coureur.
Coureur
ll-n'avoip far lui
aux Né. gu'une candale, quieit un caleçon fans
gres, fond, qu'on lui tc ôter, & ainfi tout
nud il couroit le premier, fuivi d'un
Negre plas âgé qui lui appliquoir des
coups de fouiet fur les felles toutes les
foisquil lle pouvoit avoir à portée. Ces
Mellieurs me dirent, que c'étoit ainfi --- Page 383 ---
Frangoifes de LAmérique. 363
qu'ils les accoûramoient à courir. lly
en a à la vérité beaucoup qui crevent c'eft de 1701.
dans leur apprentillage, mais
quoi ils fe mettent peu en peine. fois faits Au
refte quand lesl Negres font une
àcet texereice,c'eft une commoditépour
les Maitres qui font ffirs de les avoir
toûjours auprès d'eux, pour les fervir
dans le beloin, & tenir leurs Chevaux
quand ils defcendent: au lieu que quand
on les laifle en liberté de marcher à leur
fantaifie, ils s'amufent, & on ne les 2
jamais loriqu'on en aa affaire. Je fisfemblant de vouloir laifler le mien chez M.
Bouriau
le faire inftruire ; mais il
s'enfuit ICed toutes fes forces, dès
m'en entendit faire la
T
propofition.
vois remarqué, que le Negre qui m'avoit amené le Cheval, avoit toujours
couru devant nous, il fitla même chofe
quand nous rerournimes.qmoiquc nous
allaffions très-vite. L'habitude eft une
feconde natures il eft vrai que celle-ci
coute un peu à acquérir.
Les bruits d'une Guerre prochaine
obligerent la plipart desHabitans Françoisà mettre en lieu de fureté ce qu'ils
avoient de meilleur. Il falloit pourtant
le faire fans que le Gouverneur s'en apperçur, parce qu'il n'auroit pas manqué
Qij --- Page 384 ---
364 Nonveanx
aux IRes
desy oppofer, Tnt dans crainte
les
1701. Habitans ayant fauvéleurs meilleurs que effets, ne fe miffent plus en peine de défendre. clllle, lorfqu'elle feroit attaquée.
J'aidai à M. Lambert, & à d'autres de
mnes amis à embarquer beaucoup d'effets,
je faifois palfer comme s'ils euffent
2wa à moi. Je fis embarquer fix de fes
jeunes Negres, non-feulement pour les
fauver en cas d'une Guerre avec les Anglois, dont nous prévoyions bien
les fuites feroient funeftes à la
vû le
cate.der
peu de forces qu'elle avoit, &
qu'elle ne devoit attendre aucun fecours
de la Martiniques mais encore pour retenir par cet endroit les peres & meres
de ces enfans dans la fidélité qu'ils doivent àleurs Maîtres. Car ils ont une af
feéion extrème pour leurs enfans; le
plus grand plaifir qu'ils ayent eft de les
voir carellés & bien traités : & ils reffentent de même très-vivement le mal
qu'ils leur voyent fouffrir. De forte
(gachangleurienfans en fireté, ily avoit que
lieu d'efpérer, qu'en cas d'un
ils feroient les derniers efforts malheur, fuivre leurs Maitres, ou pour fe pour maintenir dans les bois, en attendant
les vint chercher.
qu'on
L'Auteur Je m'embarquai le Samedy au foir a
de les
voir carellés & bien traités : & ils reffentent de même très-vivement le mal
qu'ils leur voyent fouffrir. De forte
(gachangleurienfans en fireté, ily avoit que
lieu d'efpérer, qu'en cas d'un
ils feroient les derniers efforts malheur, fuivre leurs Maitres, ou pour fe pour maintenir dans les bois, en attendant
les vint chercher.
qu'on
L'Auteur Je m'embarquai le Samedy au foir a --- Page 385 ---
Françoifes de LAmerique. 36;
hous mîmes à la voile le Dimanche 4
May fur les trois heures après minuit. 1701.
Le Lundy nous nous trouvâmes par pattdes.
le travers a Pifetà Goyaves. Je penfai Chriftome faire mettre à terre, mais ayant fait phe,
réflexion quej j'avoisavec moibeaucoup
de bagages, & ces enfans, je crus devoir m'arrêrer dans le Vaiffeau, efpérant d'ètre inceffamment à l'Ance du
Baillif. Cependantlecalme étant venu,
les marées nous effloterent tellement que
le Mardy matin nous avions prefque
perdu la terre de vie. Nous portâmes
deffus tout le refte du jour, & le Mercredy toute la journée, fans beaucoup
avancer, enfin le Jeudy matin nous
étionsitrois lieies au large, parle travers du Bourg, M. Auger notre Gouverneur avoit été averti par un canotà
quij'avois parlé devant Goyaves, que
j'étois dans ce Bâtiment, & voyant que
le calme le reprenoit, il eut la bonté de
dépècher une Pirogue, pour me venir
chercher. Je m'y embarquai tout feul, L'Auteur
laiffant mon Negre à bord, pour avoir arrive à
foin du bagage & de ces enfans, & jeloupe. la Guade.
mis à terre fur les trois heures après
midy le Jeudy 8 Mai, après un voyage
de cinq mois & douze jours.
Après que j'eus remercié M. le GouQiij --- Page 386 ---
366 Nouveaux
aux-Ifes
verneur de fon RDAL je montai
1701. far un Cheval qu'il me fit donner, &
je m'en allai chezr nous au Baillif. LeP.
Imbert témoigna beaucoup de joie de
mon retour. Ilme dit eng gros les affaires de la maifon, me remit les Livres &
fes Broiiilons, & me pria de mettre
promptement nos affaires en état, parce goilavoit réfolu de me mener avec
lui dla Martinique, & de m'y faire reconnoitre pour Supéricur à la place de
celui qui vénoit d'achever le tems de fa
Charge. Je le remerciai de fa bonne
volonté, & le priai de jetrer les yeux
fur un autre, parce que cer emploi ne
me convenoit point pour le préfent - >
vû la proximité de la Guerre, & l'engagement où j'écois avec le Gouverneur.
Le lendemain matin je fçûs que le
Vaiffeau avoit enfin gagné la Rade, &
qu'il étoit moitillé. J'envoyai le grand
canot de la maifon nm'attendre au Bourg,
où je me rendis par rerre, afin d'aller
enfiite à bord remercier le Capitaine - 3
le fatisfaire, & prendte ces enfans, &
tout le bagage dont je m'étois chargé.
J'allai d'abord voir le Gouverneur >
qui me dit, quej'allois avoir un grand
procès avec le Commis du Domaine,
qu'il étoit moitillé. J'envoyai le grand
canot de la maifon nm'attendre au Bourg,
où je me rendis par rerre, afin d'aller
enfiite à bord remercier le Capitaine - 3
le fatisfaire, & prendte ces enfans, &
tout le bagage dont je m'étois chargé.
J'allai d'abord voir le Gouverneur >
qui me dit, quej'allois avoir un grand
procès avec le Commis du Domaine, --- Page 387 ---
Frangoifes de PAmerique.
quiavoit eu avis,que j'avois fix Négres
étrangers à bord, & qui étoit venu lui 1701.
demander main forte pour les faifir. Je
le priai de lui donner bon nombre de
Soldats, & de l'obliger de leur bien
payer leur courfe 5 parce quej'étois fûr
qu'on fe divertiroit aux dépens de ce
Commis. Je lui dis en même tems ce
que c'étoit que ces Negres , &c je partis.
Jerrouvaile Commis au bord delamer, de Diférél PAuil
le Borgne. Il ne manqua teur avec
me faire le compliment ordinai- un Compas
TE
re, qu'il étoit bien fâché d'ètre obligeniat Domaiie devoir de fa Charge, de faire ne.
par faifir les
étrangers que j'avois
dans le SAMRE Je lui dis, que je n'avois poine de Negres étrangers. Je pris de
garde qu'il s'étoit fait accompagner
deux hommes pour être témoins de ma
réponfe. Je m'approchai de lui, & je
lui dis àl'oreille que je fouhaitois accommoderl'afaire. Maislui quid croyoit
déja tenir les Negres confifqués, me répondit en haullant la voix, que je me
méprenois, qu'il étoit homme d'honneur, & que ce n'étoit pas à lui qu'il
falloit propofer des accommodemens
contre fon devoir. Je lui dis qu'on en
avoit apprivoifé de plus farouches que
lui, & que ce qui ne fe faifoit pas en un
Qiv --- Page 388 ---
368 Nonveaux
aux Ifes
jour fe faifoit en
Là-deflus
1701.
2Ar
trai dans mon Canot. M.le
j'envoulur entrer, > mais je
Commisy en
lui difant,
lerepouffai
fair
que mon Canot n'étoit pas
pour des gens comme lui. En arrivant au Vailleau, je priai le
de faire charger dans fa Chaloupe Capitaine les
plus gros coffres, & de me les faire
ter au Baillif, & de la faire partir fur por- le
champ. Onchurgesaulirorsel fis mettre par-deffus une toile gaudronnée,
qu'on appelle un prélat, comme
cacher ce qui étoit dedans,Ty eneciouer
quer mon Negre après l'avoir bien inftruit de ce qu'il auroit à
quand le Commisles auroit répondre 7
me je ne doutois pasqu'il ne joint, comil verroir partir la
fit,quand ainfi
Chaloupe
couverte, Efcctivement, le Commis
étoit au bord de la mer, penfa fe 2L2
pérer, lorfqu'il vit partir cette Chaloupe, ou ile croyoit que lesl Négres étoient
cachés. Les Soldats étant enfin arrivés,
il loiia un Canot, les fit embarquer, &
fe mit à courir après à force de rames 5
ilf fallut faire de grands efforts
dre la Chaloupe. Quand je mRcend join- le
Canot avoit doublé une poinre, que
cachoit la vûe du Vaifleau, je fis quilai def
cendre ces enfans dans mon Canot, je
, ou ile croyoit que lesl Négres étoient
cachés. Les Soldats étant enfin arrivés,
il loiia un Canot, les fit embarquer, &
fe mit à courir après à force de rames 5
ilf fallut faire de grands efforts
dre la Chaloupe. Quand je mRcend join- le
Canot avoit doublé une poinre, que
cachoit la vûe du Vaifleau, je fis quilai def
cendre ces enfans dans mon Canot, je --- Page 389 ---
Frangoifes de PAmérigue. 369
les fis mener à terre, & je les préfentai
au Gouverneur, à quije fis voir les pie- 1701.
ces, qui juftifioient de qui ils dépendoient. Ils étoient tous Créolles, patloient bien François, & iln'y avoit pas
le moindre lieu de foupçonner qu'ils
fullent étrangers, & de contrebande 5
de forte que le Gouverneur malgré fon
férieux , ne pûr s'empècher de rire de
la piece quej je faifoisà ce Commis. Son
Canot atteignit enfin la Chaloupe, & il
fut bien étonné de n'y trouver que des
coffres & mon Negre, qu'il connoiffoit
bien. If voulut l'interroger, > & il n'en
pit tirer que de mauvaifes réponfes, &
enfin
les Negres étoient à terre. Le
Cemtr voulut y aller aufli-tôt, pour
fgavoir ce qu'ils étoient devenus, mais
les Soldats ne le voulurent pas permettre avant d'avoir été payés. Après bien
des conteftations, il paya, & vintâterre. Il (çût que ces fix petits Negres
éroient entrés chez le Gouverneur : , &
quej'y étois aufli; ily vint fans perdre
de tems. Comme je l'obfervois, je fis
fortir les Negres
une porte de derriere, pendant cofire entroit par la grande porte, & je donnai ordre à un dc
nos Negres de les faire embarquer fur le
champ,8 del les sconduireàlan maifon en
toute diligence.
Qv --- Page 390 ---
370 Nowveanx Poyages ANX IAes
Le Gouverneur demanda au Commis
1701. s'il avoit fait caprure. Non, Monfieur,
lui répondit le Commis, j'ai été trompé, & ilr m'en coûte cinq écus, mais je
fçai bien qui les paiera. Jaiappris que
les Negres font entrésiciavec leur Majtre. M. le Commis, dit alors le Gouverneur, prenez mieux vos mefures une
autre fois, & ne venez plus me demander des Soldats, que vous ne foyiez bien
informé, Vous avez dépenfé cinq écus
mal-à propos, Vous ferez heureux d'en
être quitte pour cela : carle Pere Labat
eft homme à vous faire calfer, pourl'avoirinfulté. Il vous avoit dit, qu'iln'avoit point de Negres érrangers, il falloit vous en tenir a faparole. J'étoisallé
pendant ce tems-là faire des vilites, je
revins diner chez le Gouverneur, ou
l'on fe divertit beancoup de l'embarras
de ce pauvre Commis. Je n'oubliai pas
de rapporter à M. Auger la converfation quej'avois euéa avecle GénéralCodrington. Onconvint qu'il ne manqueroit pas de faggérer à la Cour d'A 'Angleterre l'entreprife de la Guadeloupe ,*
quand ce ne feroit que pour rétablir la
réputation de fon pere, qui dix ans auparavant avoit laiffé la
grande partie de fon Artillerie RRIER Fort dela
vre Commis. Je n'oubliai pas
de rapporter à M. Auger la converfation quej'avois euéa avecle GénéralCodrington. Onconvint qu'il ne manqueroit pas de faggérer à la Cour d'A 'Angleterre l'entreprife de la Guadeloupe ,*
quand ce ne feroit que pour rétablir la
réputation de fon pere, qui dix ans auparavant avoit laiffé la
grande partie de fon Artillerie RRIER Fort dela --- Page 391 ---
Frangoifes de PAmérigue: 371
Guadeloupe qu'il afliégeoit, lorfque le
Marquis de Ragni Géneral des Hles Fran- 1701.
çoifes l'obligea d'en lever le Siege avec
précipitation. Cependant M. Augerjugea à propos de fc préparer à tout évenement, & me fomma de me fouvenir de la parole que je lui avois don- fenée, de conduire les travaux qu'on
roit dans TIle.
CHAPITRE XVII.
DeTarbre appellé Gommier. Hiffoire dn
Patron Jolepb, 6 du Capitaine Daniel. Du bois de Savonnete, des lara
mes de Jobs dg Courbari 6 de fon
fruit.
E Pere Imbert Vice-Préfet ApofL tolique de nos Miflions, partit
la Martinique le Mardy 24 Mair
Fra m'établit Supérieur en fa place, &
Supérieur général en cas quil vint à
mourir. Peu de jours après fon départ, le hazard nous amena un de nos Religieux de
n'attendois pas. Il venoit
8E2 Le Gouyerneur avoit fait une
Qvj --- Page 392 ---
Nonveaxxe
ANX IRes
tentative
Eond
1701. de nos
en
avoir
edLmn
Religieux ; il avoit
&
Reere
le Miniftre en avoit envoyé écouté, deux
avec des conditions fort raifonnables.
Maisquand ils furentarrivés à
ils trouverent que le Gouverneur Cayenne, avoit
encore changé de deffein; de forte
ne
rien conclure pour un établif. qu'ils
5 &
avoir
TEteNeE
après
été affez
tems à charge aux Peres Jéfuites, long- qui
leslogeoient, & les nourriffoient avec
beaucoup de générofité, l'un pritlep
ti de repafler en France, &c l'autre par- s'en
allant a's. Domingue, toucha àla Guadeloupe, où je l'arrêtai, & me déchargeai fur lui du foin de la
ellez d'autres affaires fir Paroille,ayant les bras.
Lebeloin extrême que nous avions de
houslogerun peup plus aul large que nous
n'érions, depuis queles Anglois avoient
brûlé notre Convent, m'obligea à faire
pefcher une quantité confidérable de
chaux : car nous avions réfolu de le
faire de pierre. Il fallut
cela faire
un troifiéme Canat, les EROtL que nous
avions ne fuffifant pas pour poulfer cet
ouvrage aufli vivement que voulois.
Je vifitai nos bois, & Te bientôt
trouvé un arbre fuffifant pour faire un
Canot de trente-huit picds de.long, fus
'obligea à faire
pefcher une quantité confidérable de
chaux : car nous avions réfolu de le
faire de pierre. Il fallut
cela faire
un troifiéme Canat, les EROtL que nous
avions ne fuffifant pas pour poulfer cet
ouvrage aufli vivement que voulois.
Je vifitai nos bois, & Te bientôt
trouvé un arbre fuffifant pour faire un
Canot de trente-huit picds de.long, fus --- Page 393 ---
Frangoifes de PAmerigne. 373
cingpieds de large dans fon milieu :
ainfi 1701,
c'étoit un Gommier- Onappelle de lui-mè- Gômier,
cet arbre, à caufe
une incifion, arbre,a
on
defcripAIcAE
ou
TaL
mc,
quand confidérable de
tion &
une quantiré friable quand lelle elt Éenre fe- u(age.
blanche, ordinairement de la confiftance de
che, la cire, d'une odeur aromatique,
foit
E
bràle parfairement bien,
qu'on
lume ieule dans une terrine,foit qu'onla
mette en Alambeaux avec une meche en
dedans. L'odeur qu'elle rend eft agréable, rien ne parific mieux l'air, ou un
lieu qui a été longtems fermé, que d'y
briler de cette gomme; ce quelleadis
commode, eft que fa fumée eft épaiffe,8 noircit beaucoup. llyade petits
Habirans qui en font des chandelles.
être utile à auCette gomme pourroit briler, & la quantité
tre chofe qu'aà
moyen d'en
qu'on en atouave,donnerotes confidérable. Bien
faire un commerce
c'eft la gomdes
prétendent fuis que affez inftruit
me Es Je ne
pas
décider.
de ces fortes de chofes pour en de ce CaOn voit
la grandeur
font ces
not, etEane grands & gros,
fortes d'arbres. On en trouve encore
de plus gros que celui dont je me fervis. qui Gômies
J'en trouvai un quelque tems après, --- Page 394 ---
374 Nowveaus
aux
avoit vingt-cinq pieds Poyageta de
Ies
1701. de
tour, & près
quanre-vinge pieds de
d'une comme s'il avoit été fait tige, rond
grandeur prodi- droit comme une Aleche. au tour > &
gicufe, meuré plus longtems à la Sij'avois deje l'aurois fait travailler, Guadeloupe, &
fait faire une demie Galere j'en aurois
pà porter du Canon, & plus 2 2 auroit
vingt hommes. Elleauroir été quatrete pour faire des defcentes fir excellen- les côtes
de nos ennemis, les
piller, & auroit été furprendre, d'une
& les
d'ane vitefle extraordinaire. légereté &
Lep plusg grand Canot quejaye vû aux
Ifles, appartenoit aux Religieux de la
Charité de la Martinique. Ilavoit
de quarante. cinq pieds de
& plus environ fept pieds delarge dans long, fon milieu.
Comme fa grandeur
ne le pûr commodément empèchoir qu'on
il étoit moitillé
hâler à terre,
avec un grapin.
qu'un eut la malice de
la Quelafin que la mer
couper corde,
comme elle fir, & l'emportàc il fut
au large 3
accufoit un, certain
perdu. Onen
Patron Jofeph,
Provençal appellé
avoient
que ces bons Religieux
de leurs fiarpris en flagrant délit avec une
Pitron Vendredy Negreffes Saint. la nuit du Jeudy au
Fouctré, Joferh rité de lui faire Ils avoient eu la chafaire pénitence de fon
elafin que la mer
couper corde,
comme elle fir, & l'emportàc il fut
au large 3
accufoit un, certain
perdu. Onen
Patron Jofeph,
Provençal appellé
avoient
que ces bons Religieux
de leurs fiarpris en flagrant délit avec une
Pitron Vendredy Negreffes Saint. la nuit du Jeudy au
Fouctré, Joferh rité de lui faire Ils avoient eu la chafaire pénitence de fon --- Page 395 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 375
péché aufli-tôr qu'il l'eût commis. Car
Tayant attaché àun travers de la Cafe de 1703.
laNégrelle, ils le fotietterent jufqu'au
ilfe plaignit au Gouverneur d'une
fang, correétion fraternelle fi dure. -
Mais on
n'avoit encore eut
lui répondit, 2 qu'il
5 de
partie de ce qu'il méritoit
d'autre
Er que ne trouvant point
moyen de fe venger de ce qu'il avoit
fit
le Careçu, on prétend qu'il perdre le tenoit
not, en coupant la corde qui
dela
attachéa un geapin. Les Religieux of
Charité s'en plaignirent, mais faute de,
fuffilantes, ils ne purent rien
preuves obtenir, & ils en furent pour leur
Canot, & l'autre pour fes coups de
foiiet.
je dirai
Pour revenir aux Gommiers,
quejafqu'antems quejai été aux Ifles,
on nel les employoit qu'a faire des Canots: ; on ne s'en fervoit pas même diffi- pout
brûler, fous prétexte qu'ils étoient
à
ciles à couper en billes, & encore plus Aàfendre, & qu'ilsne faifoient
me fombre & noirâtre. J'ai
TRLET
ai mis en
TEe
miet qui les
réputation, de les débiqui ai trouvé le moyen
fortes
ter 2 & de s'en fervir à toutes
d'ufages. La feuille de cet arbre eft alfez fem- --- Page 396 ---
376 Nowveaux
blable à celle du laurier, Pnagtrans mais Ies
1701. plus épailfe & moins rude. Quand beancoup
la broye dans la main, clle y laiffe une on
humidité gommeufe d'une odeur aromatique fort agréable. L'écorce eft
fe, médiocrement épaifle, tailladée, gti- &
aflez adhérente, Quand cet arbre eft
plein de gomme, il s'en décharge de
lni-mème, & on la voit couler le
de fon tronc. Je n'en ai
long
qué fortir des branches, jamais même des remargroffes. Ileft certain que cette
plus
eft la meilleure, , & la
gomme
Mais quand on en a befoin, plus & parfaite.
ne veut pas attendre que l'arbre en qu'on
duife de lui-mème, il fuffit de faire pro- une
incifion à fon écorce, pour en'faire dif
tiller aufli-tôt, en
faifon
ce puiffe être. Il eft guelque vrai
que
davantage dans la faifon qu'on -des en tire
parce quel'arbre eft alors plein de pluies >
qui coule avec la gomme,
feve,
féquent n'eft pas n parfaite. qui Celle par conl'on tire quelque tems après que t
pluies font paffées, eft en plus petire
quantité, eft
& beaucoup meilleure, elle
blanche comme neige,
eft nouvelle, & molle comme loriqu'elle de la
cire, on la paitrir aifément, & on lui
donne telle forme que l'on veut. Elle
tire
parce quel'arbre eft alors plein de pluies >
qui coule avec la gomme,
feve,
féquent n'eft pas n parfaite. qui Celle par conl'on tire quelque tems après que t
pluies font paffées, eft en plus petire
quantité, eft
& beaucoup meilleure, elle
blanche comme neige,
eft nouvelle, & molle comme loriqu'elle de la
cire, on la paitrir aifément, & on lui
donne telle forme que l'on veut. Elle --- Page 397 ---
Frangoifes de PAmerique. 377
perd de fa blancheur à mefure qu'elle le
vieillit, elle durcit mème allez avec
1701.
tems pour devenir friable.
le
L'anbier de ce bois eft blanchâtre, font
coeur eft plus chargé, lun &c eft l'autre de deux
également bons. Cet arbre
la Erreur
elpeces. Le mâle eft plus rouge que du P. du
femelle. Le P. du Tertre s'eft trompé 2 Tertre.
quand il a dit,
le rouge étoit inutile à tout. Il Rut qu'il ait pris pour
Gommier rouge un arbre que nous ap: *
pellons Pommier à la Martinique, qui de
a les feiilles sallez femblables à celles dure
I'Acajou à fruit, qui effectivement 8c
infiniment moins que le Gommier,
rouffâcre. On ne
qui jette unc gomme faire desCanots. Jcm'ens
laifle pas d'en
& j'en ai fait
fais fervi faute d'autres, éroient d'un
débiter en planches, qui
bon
du moins à couvert.
Le roSt du Gommier eft ferme. Ses
fibres font affez mèlés pour lui donner
de la force, & l'empècher de s'éclater fans
aifément : il eftroide, fans yeux &
nacuds. Il eft péfant
il eft verd,
lors taa eft rempli d'huparce que afez)
quandileft fec.
midité. T.naic léger
Son humidité gommeule & amere-le
préferve des vers & de la pourriture s
pour peu qu'on en ait foin, --- Page 398 ---
378 Nowveanx Toyages ARX IRes
C'eftcere même humidité
1701. fe qui le rend difficile à fcier, gommeul'avoit fait rejetter
& qui
faincans &ignorans, par nos Ouvriers
s'attache aux dents de parce la que la fciûre
fcie, &
e plit lavoie. Il eft facile de
remcet inconvénient. On le remédier à
Sapin, & on ne laiffe trouve de le dans le
J'en ai fait débiter en pas
(cier.
madriers. On ne
planches, & en
plus beau, les
pouvoit rien voir de
faciles à blanchir, planches éroient unies,
& elies avoient cet
avantage fur le Sarin, qu'ellesn'éroient
poine fajertes à
ni
de naends.
séclatet,
remplies
Je m'informai du Negre de
mbel dès que je fas arrivé à la M.Vam- Guadelouye, & que les affaires
me donnerent le tems de que je trouvai
fçûs certainement
relpirer; je
mains du Pere Lucien qu'il étoit entre les
Curé des
Religieux Carme,
donné Saintes, & qu'il luiavoit été
fion
par le Capitaine Daniel à l'occaque je vais dire.
Ce Forban fe trouvant entre les
tes & la Dominique, voulut acheter Sain- des
volailles, dont il fçavoit
avoit
toujours bonne quantité à quily vendre aux
Saintes. Ily moiilla la
on étoit en pleine
nuit, 3 &c comme
P
Paix, on ne faifoit ni
é des
Religieux Carme,
donné Saintes, & qu'il luiavoit été
fion
par le Capitaine Daniel à l'occaque je vais dire.
Ce Forban fe trouvant entre les
tes & la Dominique, voulut acheter Sain- des
volailles, dont il fçavoit
avoit
toujours bonne quantité à quily vendre aux
Saintes. Ily moiilla la
on étoit en pleine
nuit, 3 &c comme
P
Paix, on ne faifoit ni --- Page 399 ---
Françoifes de PAmerigue. 379
Guet ni Garde. Il fut facile à fes gens
de mettre pied à terre, & de s'emparer 1701.
de la mailon du Curé, & de quelques
Ils conduilfirent
autres aux environs. Habitans dans leur Barle Curé & ces faire la moindre violenque, fans leur
ce, & mirent de leurs gens, pour Ils gar- fider T'embarquadere & TEglile,
Hifoire
rent mille amitiés à ceux qu'ls avoient du ta ne Capi- Da
pris, & leur dirent , quils ne foubai- niel Fortoientautre chofe que d'acheter du vin, ban.
des volailles S autres
de T'eaude-vic,
Penprovilions qui leur manquoient.
dant qu'on allen bioit ces provifons, dans
ils prictentle Curé de direla Mefle de leur
leur Barque, ce qu'il chercher n'eur garde les orne- av
refufer. On envoya
mens, 8 on fit une tente furle gaillard 2
avec un Autel,
célébier la Melfe
7gel leur mieux avecles
quilschanterenr étoient à bord. Elle fut
Habitans qui
de moufcommencée
une décharge
queterie, & t huit pieces de Canon,
dont la Barque étoit armée. On fit une
feconde décharge eau Santtws,une troifiémedl l'Elevation, une quatriémeàla Benedittion, & enfin une cinquiéme après
JExandiat, &c la priere pour le Roi,
qui fut fuivie d'un vive lé Roi des plus --- Page 400 ---
380 Nowveanx
éclatans.
Aux Ifes
1701, qui troubla In'y un eut
petir icincidents
RTALA
ces Forbans, fe peula tenant dévotion: : un de
re indécente pendant dans une pofturepris par le Capitaine l'Elévation, Daniel.
fut
de fe corriger, , il
Aulieu
tinence
répondit une imperaccompagnée d'un jurement
exécrable, d'un
qui fur payé fur le
Daniel lui tira coup de piftolet, que le champ
tucunde
dans la tête, en
Capitaine
fes gens, qu'il en feroit autant au jurant Dieu,
manqueroir cderefpeétau premier qui
Le Prêtre fe rerourna un faintSacrifice.
celas'éreit
peu émû: :car
Daniellui palléfortproche de lui. Mais
dit, ne vous troublez
mon Pere, c'eft un
point,
hors de fon devoir, coquin, qui étoit
pour le lui apprendre. que j'ai châtié,
eflicace, comme on voit, Maniere trèscher de retomber dans une pourl'empèfaute. Aprèsla
femblable
àla mer, Le Pere Mefle, Carme on fat jetta le corps
récompenfé dela; peine
crès-bien
de leur dire la Melle, qu'ilavoit & de la prife,
Rcals avoit eué, Ils lui donnerent peur plunippes de prix; & comme
rent qu'il n'avoit point de
ils içû.
lc fervir, ils lui firent préfent Negre de celui pour
quej'avois ordre de reclamer.
faute. Aprèsla
femblable
àla mer, Le Pere Mefle, Carme on fat jetta le corps
récompenfé dela; peine
crès-bien
de leur dire la Melle, qu'ilavoit & de la prife,
Rcals avoit eué, Ils lui donnerent peur plunippes de prix; & comme
rent qu'il n'avoit point de
ils içû.
lc fervir, ils lui firent préfent Negre de celui pour
quej'avois ordre de reclamer. --- Page 401 ---
Françoifes de Amérigue. à M. 3SI le
Je préfentai ma donna Procuration ordre au Com- 1701.
Gouverneur, des qui Saintes, de ic faifir du
mandant & de l'envoyer à la GuadelouNegee, Il fur reconnu
celui que) je repe. clamois. Les
en
coimentaneae
leur ferois plaifir, de faire
M. Vambel le leur vendit,
que
ces
Et
ilyc conlentit, & j'en dont accommodai ils eurent fuPeres d'une maniere
jet d'ètre contens.
Pendant
de la roche à
eimnedentegmantdr
à Goyaves, à pefcher ne ferois
mal,
chaux,je crus que je
arbres
une
gr
de faire couper
partic
nous avions acherés au Quartier &
T plaine. C'étoit des Courbaris,
des Savonnettes. derniers font ainfi
Ces
eft appellés, de la
leur fruit, qui
EE
ce feur que d'une noix verte, étant écrafée, &
palléc fur le linge,y fait le même effet
le favon, il fait une mouffe blan- Savôniet ou arbre
que
à merveille. àSavonche & épaille, dincommode, quidéeralfe eft
net- nettes,
Ce qu'ila
illufe à la Ric &c le
toyant le linge,
brule. Les feuilles de cet arbte font longues
l'ordinaire de trois pouces, &d'un
pour de large, d'un verd foncé &c luipoucc --- Page 402 ---
382 Nowveaux Voyager AnX IRes
fant, elles iont toujouis deux à deux S
1701. & aflez prellées le long des branches;
elles font dures & feches, & recourbées,
de maniere à laiffer un petit creux dans
le milieu. Comme elles font en trèsgrande quantité, elles font un ombrage des plus beaux, & des plusfrais.
Les fleurs viennent
par bouquets 3
longs de plus d'un pied, fe tournant
en pointe comme une piramide. On
Feitil'es, remarque d'abord de petits boutons
fleurs &
fruits du blanchâtres, qui en s'éclolant font
Savon. une petite fleur, compare de
ou
aicr,
huit feuilles,
renferre fept
qui
un petit
piftil rouge. L'odeur de cette fleur approche de celle dela vigne. A ces fleurs
fuccedent des fruits ronds, de la groffeur pour l'ordinaire des petites noix
vertes,revétuesde leur
de l'enveloppe eft affez sotere & FaR2S 3
verte au commencement , elle jaunit
enfuite, & enfin devientbrune, quand
le fruit eft tout-à-fait meur. Elle renferme une mariere épaiffe, molaffe,
vifqueufe, fort amere. C'eft cette matiere dont on fe fert pour blanchir le
linge, & quia fait douner le nom de
Savonnier ou d'arbre à Savonnetres 3
ou fimplement de Savonnette à l'arbre
qui la porte. Le milieu de cette noix
3
verte au commencement , elle jaunit
enfuite, & enfin devientbrune, quand
le fruit eft tout-à-fait meur. Elle renferme une mariere épaiffe, molaffe,
vifqueufe, fort amere. C'eft cette matiere dont on fe fert pour blanchir le
linge, & quia fait douner le nom de
Savonnier ou d'arbre à Savonnetres 3
ou fimplement de Savonnette à l'arbre
qui la porte. Le milieu de cette noix --- Page 403 ---
Frangoifes de LAmérigue. ;83
eft
par un noyau rond, ou prefrempli d'une maticre blan- 170I.
que
Leer
che, ferme, & d'un goit approchant
de celui des noifettes. On en tire de
Thuile, qui n'eft pas mauvaife étant
fraiche, & qui éclaire parfaitement
bien.
Cet arbre eft un des plus gros, des
plusgrands, & des meilleurs, qui croiffent aux Ifles. Mon Confrerc le Pere Erreur
du Tertre fe trompe très-fort quand il du P. du
dit, que cet arbre fe partage en deux Tertre.
en forrant de terre, & forme deux atbres au lieu d'un. Je fuis fâché d'ètre
obligé de le reprendre fi fouvent; mais
jy fuisobligé. C'eft (a faute, pourquoi
atil écrit fur de mauvais Mémoires.
J'ai vû un très-grand nombre de ccs arbres, &c je ne croi pas d'en avoir trouvé deux entre cent, qui fuffent de la
dont le Pere du Tertrel le décrit.
RRrs arbre eft droit, rond, grand, 8
d'une bonne groffeur. J'en ai vû de
près de deux
de diametre, & de
trente pieds Be tige, fon écorce eft
grife, mince, feche, & très-peu adhérente, c'eft ce qu'on remarque dans
tous les bois durs. L'aubiernefe diftinprefque
du refte, ni même du
gue coeur, qui ralau d'un rouge brun. L'un & --- Page 404 ---
$84 Nowveanx Yoyages AHX Mles
l'autre font très-durs, tres-compacts, &
1701. très-pefans, les fibres font fines,
fées & mêlées. Ilfaut de bonnes LEES
pour l'abattre: : car comme il eft fec &
dur, ilrompt aifémentle fildu taillant,
& pour peu qu'on donne un coup à
faux, on met la hâche en deux
On met
picces.
rarement ce bois ca charpente,
nos Ouvriers ne l'aiment pas à caufe de
fa dureté, & ils ne manquent pas de
mauvaifes raifons pour colorer leur paUngedu reffe. Ons'en fert à faire des rouleaux
Savon- de moulin, & des
de
nier.
moyeux
roiies.
On ne peut fouhaiter un meilleur bois
cet ufage, &c quand les mortoifes
Koar bien faites, un moyeu peut ufer
deux ou trois recharges de rais & dejantes.
On ne fe fert des noyaux
faire des chapelets: dès qu'ils c tcer
la fubftance qu'ils renfermoient tombe
d'elle-mème en poufliere par les trous
qu'on fait pour les enfiler. Lorfque les
arbres font vieux, ces noyaux ont allez
d'épaiffeur pour être travaillés fur le
tour, & pour lors on y fait de petites
moulures, ou bien des compartimens
de filigranne, qui avec leur couleur
noire & luftrée, & leur légereté les fair
eftimer.
On
apelets: dès qu'ils c tcer
la fubftance qu'ils renfermoient tombe
d'elle-mème en poufliere par les trous
qu'on fait pour les enfiler. Lorfque les
arbres font vieux, ces noyaux ont allez
d'épaiffeur pour être travaillés fur le
tour, & pour lors on y fait de petites
moulures, ou bien des compartimens
de filigranne, qui avec leur couleur
noire & luftrée, & leur légereté les fair
eftimer.
On --- Page 405 ---
Françoifes de P Améripue. 385
On fe fert encore pour faire des chapclets de certaines petites graines qu'on 1701.
nomme des larmes de Job. Elles font Larmes
à peu près de la grolleur d'un
ordi- deJob,
naire,
comme des
de
Esaer
allongées
couleur deagris de perle, 2 avec de petites nuances. Elles Iont mallives, & affez pefantes pour leur groffeur. L'ar-"
briffeau quilesprodait, vient pourl'ordinaire dans les hayes &c dans les halliers. Ilala feuille alfez large & épaiffc, le bois eft gris,
& tendre. Il porte ces graines
des filiEte
ques de deux à trois pouces de longueur. Le Caratas dont jai parlé dans un Le Caraautre endroit, eft bien meilleur que la taspeut fervir de
Savonette pour blanchir le linge. On favon,
prend la feuille, & après en avoir ôté
les
> on la bat, & on l'écrafe
entre LrEm pierres, & on frotte le linge
avec de l'eau. Elle produit le même
effet que le meilleur favon, elle fait
une moufe ouécume épaifle, blanche,
qui décrafle, nettoye & blanchit parfaitement le linge, fans le rougir, ou
le bràler en aucune façon. Avec tout
cela il eft bien rare qu'on s'en ferve aux
Ifles. Les chofes communes, & qui ine
coûtent rien, ne s'accommodent pas
TomeVIL.
R --- Page 406 ---
386 Nowveaux Voyages AHx IRes
avec la vanité de nos Habitans. Le fa1701.von eft fouvent rare, & toujours trèscher; c'eft une raifon pour ne fe fervir
jamais d'autre chofe. De forte qu'on y
fait la leffive comme en Europe. Il eft
vrai que j'ai remarqué
nos Negreffes mettoient toujours dat. leur'ledlive
quelques feuilles de Caratas écrafées 2
& difoient que cela leur aidoit beauà rendre leur leflive meilleure,
blanc,
Setha
linge plus
Je n'ai
été par tout le monde, il
s'en faut bierts ; mais sje puis affirer que
dans toutes les Provinces de France,
d'Efpagne, d'Iralie, de Sicile, de Flandres, & d'Allemagne, où je me fuis
trouvé, je n'ai point vû blanchir le linExcellent ge dans la perfcétion qu'on le blanchit
blanchif. fage des aux Ifles du vent, & à S. Domingue,
Hles, J'étois tellement accoûtuméà cette propreté, que quand je revins en Europe 3
ne pouvois fouffrir, ni les habits, ni
E mouchoirs qu'on me blanchiffoit,
qui me paroiffoient gris & fales en
comparailon deceux dontj'avois accoûtumé de me fervir ' qui avoient une
certaine blancheur vive & éclatante,
qui faifoit plaifir.
Arbre
Le Courbari eft un des plus grands,
appellé des plus gros, & des meilleurs arbres de
preté, que quand je revins en Europe 3
ne pouvois fouffrir, ni les habits, ni
E mouchoirs qu'on me blanchiffoit,
qui me paroiffoient gris & fales en
comparailon deceux dontj'avois accoûtumé de me fervir ' qui avoient une
certaine blancheur vive & éclatante,
qui faifoit plaifir.
Arbre
Le Courbari eft un des plus grands,
appellé des plus gros, & des meilleurs arbres de --- Page 407 ---
Frangoifes de PAmbrique. 387
l'Amérique. Ons'en fett pour faire des
aibres, des rouleaux, & des tables de 1701.
moulins; & quand ileft débité en plan- Courbaches, on en fait de fort beaux meubles. ri,
Son défaut eft d'ètre pelant, à icela près,
ille travaille, & fe polit très-bien. On
fe fert des groffes branches, pour faire
des moyeux de roués. L'aubier ne fe
diftingue prefque pas du coeur; Pun &
l'autre (ont d'une couleur
obfcure. Les feuilles de cet arbre
alfez
Aereal
petites & longues, d'un verd fombre, >
elles font dures & caflantes, elles viennent toujours couplées fur le même pédicule. Son écorce eft blanchâtre &c
mince,& fe leve facilement. Le bois
eft très-dur & compadt, quoiqu'il foit
humeôté d'une liqueur gratle, onétueufe & amere.
Cet arbre a befoin d'un grand nombre d'années, pour arriver afa perfection. Son tronc eft pour l'ordinaire
fort droit, & fortrond. J'en ai vû beaucoup de plus de trois pieds de diametre,
& de plus de quarante pieds de tige
avant de fe partager. Il jette pluficurs
grolfes branches, qui en produifent
beaucoup de petites fort garnies de
feuilles. Ses fibres font tlongues, fines,
prellées, mèlées. On ne (çait ce que
Rij --- Page 408 ---
388 Nowveanx Voyages aux Ifes
c'eft d'y trouver des nouds, ou de le
1701, voir éclater.
Fleurs &
Il porte denx fois l'année des fleurs
fruits du jaunâtres alfez
de
Courbagrandes, compolées
gi
çing feiilles qui font un Calice, qui
renferme quelquesétamines, & un piftil
rougeâtre. Elies n'ont aucune beauté;
elles paroiffent comme avortées, &
n'ont aucune odcur. Les fruits qui faccedent à ces fleurs font ovales depuis
cinq jufqu'à fept pouces de longueur
fur trois à quatre pouces de largeur, &
environ un pouce d'épaiffeur, de couleur de rouge tanné. Ce qu'il y a de
bon & d'utile dans ce fruit, eft renfermé dans une écorce rougeâtre, de l'épaiffeur d'un demi écu, feche, dure,
& picotée de petites pointes comme du
chagrin bien fin. C'éft dans cette écorce, qu'on trouve une pâte fine, aflez
feche, de peu de liaifon, d'an jaune
rougeâtre, friable, d'une odeur, &
d'un goûr aromatique ; quia de lafabftance, qui nourrit beaucoup, & qui
refferre. Chaque fruit tenferme trois
noyaux de la groffeur des amandes
lées, qui font durs, d'un rouge dentes
qui font remplis d'une fubftance blanche, ferme comme les noifettes, à peu
près du même goûr, avec une petire
feche, de peu de liaifon, d'an jaune
rougeâtre, friable, d'une odeur, &
d'un goûr aromatique ; quia de lafabftance, qui nourrit beaucoup, & qui
refferre. Chaque fruit tenferme trois
noyaux de la groffeur des amandes
lées, qui font durs, d'un rouge dentes
qui font remplis d'une fubftance blanche, ferme comme les noifettes, à peu
près du même goûr, avec une petire --- Page 409 ---
Frangoifes de PAmérique. 389
pointe d'amettume. Les enfans mangent ce fruit avec
J'en ai mangé 1701.
quelquefois, il TRMEA femblé qu'il avoit
le
du pain d'épices, comme il en
a Ee couleur. Je croi qu'on pourroit afage & du
faire des gâreaux de cette pare, qui fc- fruit de fon
roient bons pour le cours de ventre, &i écorce;
quipourroicnt fervir de nourriture dans
une On nécellité. fe fervir de fes écorces >
ahera des tabatieres, des poires à
poudre, pour
& autresi femblables petits meubles. J'en ai feié, & Jen ai accommodé en différentes manieres, qui étoient
toutes fort propres. des
d'une Comme
Cet arbre jette
grumeaux dure, de de Courgomme claire, tranfparente,
barl,
couleur d'ambre , qui ne fe difout
point; dont on peut fe fervir au lieu
d'encens, à caufe de la bonne odeur
qu'elle rend quand on la brûle.
Ilyab beaucoup d'arbres danslesIfles
qui rendent de la gomme. J'aiparlé de
quelques-uns, mais j'ena ai négligé ébeàucoup, parce queje ne connoispaslufage
auquel on pourroir les employer. Ilferoit très-d-propos, que ceux que la
Cour envoye dans le pais pour y faire
des découvertes de Botanique, au lieu
de s'amufer à décrire des fougeres &
R 1 11j --- Page 410 ---
390 Nowveanx
AuX Ifles
autres plantes ftériles 122 inutiles, don1701. naffent leurs foins à la recherche des
gommes, > qui pourroient devenir le
fond d'un bon commerce, & être d'une
alfez grande utilité
récompenfer
les dépenfes que la dout fait pour les
entretenir, & pour faircimprimer leurs
Livres.
Guillaume Pifon dans fon Hiftoire
des plantes du Brelil, Livre 4. Chapitre 8. décrit le Courbari fous le nom
de Jétaiba, qui eft le nom Brafilien :
fa defcription quoique fautive, s'accorde aflez à mes remarques, Il dit, que
les Portugais prennent la gomme du
Courbari 3 pour la gomme Anime.
C'eft un procès entr'eux & les Apoticaires, dans lequel je ne dois point entrer. Il prétend que le parfum ou la
fumée de cette gomme eft (pécifique
pour guérir les douleurs de tête, & les
parties du corps afligées de douleurs
froides. Il ditavoir éprouvé avec fuccès, que l'empâte de cette gomme qui
eft chaude & feche au fecond dégré eft
excellent pour les douleurs de nerfs,
caufe de fa. vertu chaude & aromatique. Il veut que les feiilles faffent
mourir les vers, étant appliquées en
cataplâme. & que le dedans de l'écorce
pour guérir les douleurs de tête, & les
parties du corps afligées de douleurs
froides. Il ditavoir éprouvé avec fuccès, que l'empâte de cette gomme qui
eft chaude & feche au fecond dégré eft
excellent pour les douleurs de nerfs,
caufe de fa. vertu chaude & aromatique. Il veut que les feiilles faffent
mourir les vers, étant appliquées en
cataplâme. & que le dedans de l'écorce --- Page 411 ---
Frangoifes de PAmérigut.
raclé & infulé dans de l'eau, pris par
la bouche, dillipe les vents, &: purge 1701.
pailfamment. Voila bien des vertus s
on en croira ce qu'on voudra,je ne les
ai
éprouvées, &
l'ordinaire les
putie toujours en RLEoeE contre
drogues aufquelles on attribué tant de
propriétés. Qu'une drogue guériffe fpéLiniquemente une maladic, ccla peut etre,
mais je ne puis fouffrir qu'on en falle
une Médecine univesfelle. demie douzaine de
Je fis abattre une
les
chaque efpece de ces arbres, pour
beloins de notre Maifon. Mais comme
j'aime à voir travailler mes Ouvriers à
devant moi, je crûs qu'il étoit plus
de faire porter les billes entieres
Ia que de s'amufer à les troncer, felon les longueurs dont j'aurois
befoin, & les dégrollir fur le lieu. Je
dis ma penfée à un de nOS Negres, qui
étoit prefque Charpentier. Il me répondit, que cela étoit impollible, parce qu'on ne pourroir
les charger
dansles Canois, fans cadent de rompre
lcs Canots, ni les trainer derriere, parce que ces bois ne Aottent point. de bois
Cela étoit vtai, car ces fortes
font fi compaétes, qu'ils occupent un
volume bien moindre que celui idel l'eau
R iv --- Page 412 ---
392 Nouveaux
anx
dont - ils tiennent Tayages la place n'a de Ifes
1701, teur, ce qui néceffairement les pefanche de Alotter. Mais j'eus bientôt empèvé le remede à cet
trouvoili comme je m'y pris. inconvénient, Je fis
&
les billes tout aufli
couper
longues qu'elles le
pouvoient etre, je lcs fis rouler au bord
de la mer, 3 & je les accouplai deux à
deux le plus également que je pus
le poids, je his enfuite attacher Beax
cordes à chaque fiece, à des diftances
qui répondoient d peu près à quatre
pieds de l'avant, & quatre pieds de
F'arriere du Canot, Jattachaiaprès cela
deux rondins par le rravers du Canor,
de quile diébondoienedenviront trois pieds
chaque côté vis-d-vis de liendroit o
les cordes étoient attachées aux billes.
MethodeJe de PAufis alors mettre le Canot à flot, &
teur peur pouffer de chaque côté une de ces
tanpor.
fis attacher
granter
par desbilles, fes, fans
aux travereaules
que
grand poids de ce
EE
boisqui fit caler le Canot de
bois
ne furplus de trois pouté:pcint, ces. Ce fut ainfi que je les fis conduire
chez nous, &
je fis connoître à
nos Negres, & T bien d'autres
qui difoient
je rifquois de gens faire 3
enfoncer nos druR. que quelque
fant que foit un corps,il ne. faut
très-petite force
le
i
pour
foutenir dans
travereaules
que
grand poids de ce
EE
boisqui fit caler le Canot de
bois
ne furplus de trois pouté:pcint, ces. Ce fut ainfi que je les fis conduire
chez nous, &
je fis connoître à
nos Negres, & T bien d'autres
qui difoient
je rifquois de gens faire 3
enfoncer nos druR. que quelque
fant que foit un corps,il ne. faut
très-petite force
le
i
pour
foutenir dans --- Page 413 ---
Françoifes de PAmerigne. 393
Ce fut fur l'expérience de
un liquide. Pafchal, que je fis celle-ci. Il me 170In
M. femble que cet Auteur remarque dans
fon Traité de l'Equilibre des liqueurs dans >
qu'ayant pefé un jeune homme
d
lair, il falloit cent fept livres pour le
foutenir en équilibre. Au lieu que le
dans l'eau oà il étoit enfoncé,
pefant
il
fans fe donner aucun mouvement,
ne falloit que vingt onces.
CHAPITRE XVIII
De la Poufolanne des IRles. Du Plâtre.
M.le Comte Defitots Gonvernenr Gédu
neral des Ifes. Efets prodigienx
Soleilfar nne Terraffe de plomb.
la Pouffolane
I Ei ne connoiffois point
à la Guala premiere fois que j'allai
feudeloupe en 1696. & je ne penfois
lement pas que le ciment ou terre rou- de
ge que fon trouve en quelques lieux
cette Ifle, fàt cette Pouffolane dont on
fait tant de cas en Europe. J'en avois
fait cmployer à quelques réparations
favois fait faire au canal de notre
que Moulin, & j'avois admiré fa bonté.
Rv --- Page 414 ---
394 Nonveanx Voyages aux Hes
Mais ayant-fait venir de France
1701. ques Livres > & entr'autres Vitruve quelcommenté par M. Perrault, je connus
par la defcription qu'il fait de la Pouffolane d'Iralic, > que ce qu'on
ciment ou terre rouge à la
appelloit
étoit la véritable Pouffolane. Guadeloupe
C'eft une erreur de croire qu'elle ne
fe trouve qu'à Pouffols auprès de Naples, ily y en a par toute la
dc Rome, & en beaucoup d'autres Campagne endroits ourj'aiété. Peut-être que les
miers qui fe font fervis de ce ciment prenaturel, l'ont trouvéà Pouflols, & lui
en ont donné le nom, qui s'eft enfuite
communiqué à tout celui qu'on a découvert dans les autres lieux.
Le ciment de la Guadeloupe me revint alors dans lefprit, & dès que
fus retourné, je l'examinai attentive- jy
ment, & je fisavec foin toutes les
ves néceflaires pour me convaincreq épreu. que
c'étoit lai même chofe que la Pouffolane
d'Italie,
On le trouve pour l'ordinaire aux
Ifles, Par veines d'un pied & demi à
deux pieds d'épaifleur, après quoi on
rencontre de la terre franche, épaifle
d'environ un pied,& enfuite une autre
épaille de ciment. Nous en avons en
'examinai attentive- jy
ment, & je fisavec foin toutes les
ves néceflaires pour me convaincreq épreu. que
c'étoit lai même chofe que la Pouffolane
d'Italie,
On le trouve pour l'ordinaire aux
Ifles, Par veines d'un pied & demi à
deux pieds d'épaifleur, après quoi on
rencontre de la terre franche, épaifle
d'environ un pied,& enfuite une autre
épaille de ciment. Nous en avons en --- Page 415 ---
Françoifes de PAmériqne. 395
deux ou troisendroits de notre Habiration, il y en a encore auprès du Bourg d'au- 1701.
de la Balfererre, & en beaucoup fe donner la Peuffo'a- ne troutres lieux 5 & fion vouloit
vée par
peine de chercher, on en trouveroit l'Autcur,
beaucoup davantage.
que je fis,
La premiere expérience
d'en
pour m'affirer de la vérité, fut,
faire du mortier tiercé, dont je fis une
mafle de fept à huit pouces en quarré, fis 2
je mis dans une cuve , que je
TEAL d'eau douce, de maniere que
l'eau la furpaffoit de fept à huit pouces.
Cette malfe bien loin de fe difloudre, riences Expéfit corps, fe fécha, & en moins de trois poursaC.
eile devint sûrer de
fois vingt-quatre heures, Je fis la même la vénté dédure comme une pierre.
le mème dela
chofe dans l'eau falée avec
couverte,
fuccès. Enfin une troifiéme expérience
fis, fut de mèler des pierres de
que diférentesefpeces je
dansce mortier, d'en
faire un cube, & de mettre le tout dans
leau. Elles firent un corps très-bon,
qui fécha à merveille, & qu'on ne pouvoit rompre deux ou trois jours après
qu'à force de marteau.
ne me
Quoique ces trois expériences
laiflallent plus lieu de douter, que ce
ciment ne fàt la véritable Pouffolane,
je fis encore une quatriéme expérience,
R vj --- Page 416 ---
396 Nowveaux Faynger anx Ifes
quifut de faire un glacis pour une poëlle
1701. à farine. Mais le feu ne s'accorda pas
avec ce ciment aufli-bien que l'eau. Il
le dégrada en peu de tems, & le réduifit en poufliere. Cette derniere épreuve
me convainquit 2 que notre ciment
amériquain étoit la véritable Pouffolane.pufquilenavoit touteslesqualités,
aufli-bien que la figure.
Je donnai part de ma découverte a
M. de Cailus Ingénieur Général de l'Amérique, qui rélidoit au Fort Royal de
la Martinique, 8c lui en envoyai deux
barrils. Il me remercia fort de ma découverte, qui pouvoit devenir très-utile dans le pais.
J'en ai découvert une veine allez confidérable au moiiillage de la Martinique, au deffous, & un peu à côté de la
Batterie de S. Nicolas. Lac couleurétoit
un peu plus claire, & le grain plus fin ;
pour tout le relte, c'étoit la même chofc. J'en ai employé une quantité confidérable, après m'être affuiré de fa qualité par les mêmes épreuves que javois
employées pour connoitre celle de la
Guadeloupe.
Sion veut que les ouvrages conftruits
avec de la Pouffolane faffent un corps
folide, & durent longtems, il faut
Batterie de S. Nicolas. Lac couleurétoit
un peu plus claire, & le grain plus fin ;
pour tout le relte, c'étoit la même chofc. J'en ai employé une quantité confidérable, après m'être affuiré de fa qualité par les mêmes épreuves que javois
employées pour connoitre celle de la
Guadeloupe.
Sion veut que les ouvrages conftruits
avec de la Pouffolane faffent un corps
folide, & durent longtems, il faut --- Page 417 ---
Francoifes del PAmbrigue.
avoir foin de bien arroferla maçonnerie pendant fept ou huit jours. A faute 1701.
de cela, la chaux femble (e rallumer, > Précauelle confomme la Pouffblane, & lat tion les Ou- pour
réduit en poudre.
du Plâtre Pouflo- vrage: de
Le hafard m'a fait trouver
lanc.
à la Guadeloupe. Ce fut dans la Falaife,
au bas de laquelle coule la riviere des
Peres ou de S. Loilis, qui nous fépare
d'un grand terrain appelle le Parc, qui
eft de la fucceflion defeu M. Hotiel. Je
cherchois un endroit pour faire un fentier pour aller au Parc, d'où je voulois
tirer des bois d'Acajou que jy avoisfait
travailler. En faifant fouiller en quel-panes
endroits auprès d'un canton de
ques terre ébonlée, je découvris des pierres
de talc affez grandes. Je fis fotillerplus
avant, & je tronvai des pierres qui me
parurent de même efpece que celles
qu'on tire des carrieres de Montmartre
près Paris. J'en fis cuire, & elles me
donnerent de très-bon Plâtre. Il y a
une infinité de chofes dans les Illes, 5
dont on tireroit de grandes commodi- de les
tés, f on fe donnoit la peine
chercher, &c de les éproaver.
Le Pere Romanet vint de la Martiniqne far la fin du mois de Juiller, >
pour s'embarquer fur un Vaiffeau qui --- Page 418 ---
398 Nouveaux Voyages aux Ijues
devoir partir incelfamment pour Fran1701. ce. Mon ancien Compagnon le Pere
Mondidier vint auffi pour le même
fujer. Ils m'apporterent une Lettre du
Supérieur Général, qui me chargeoit
de pourvoir à leur embarquement. Je
voulus m'accommoder avec le Capitaine du Vaiffeau pour leur paflage. Il
me dit, qu'il fe contentoit, poutvi
que je leur donnaffe des provifions, &
qu'il ne demandoir rien autre chofe.
Cela s'étoit toujours pratiqué ainfi. Je
leur fis embarquer une Barrique de vin
de Bordeaux, deux dames-jeannes de
vin de Madere, foixante Poules, douze
Coqs d'Inde, fix Moutons, fix Cabrittes, & quatre Cochons, avec deux cens
livres de bilcuit, des confitures, des
fruits, & des herbages tant qu'on en
voulut. Au bout de cinq mois, ils me
donnerent avis qu'on leur avoit fait
cent francs chacun pour leur pafERe & même qu'on avoit arrêté leurs
hardes julqu'au payement, & ils m'envoyerent la quittance.
Je crus devoir faire fentir cette friponnerie au Capitaine, quand il reviendroit. Il arriva en efet quelque
tems après, & ne manqua pas, > felon
la coûtume, de 2 nous venir voir, & de
en
voulut. Au bout de cinq mois, ils me
donnerent avis qu'on leur avoit fait
cent francs chacun pour leur pafERe & même qu'on avoit arrêté leurs
hardes julqu'au payement, & ils m'envoyerent la quittance.
Je crus devoir faire fentir cette friponnerie au Capitaine, quand il reviendroit. Il arriva en efet quelque
tems après, & ne manqua pas, > felon
la coûtume, de 2 nous venir voir, & de --- Page 419 ---
Fvançoifes de PAmbrique.
offrir fes marchandifes. Je ne 2Ra
nous dis rien fur le fujer des deux Religieux 1701,
avoit pallez en France. Je pris de
2 marchandifes autant que nous en'
avions befoin; & quand ce vint au payement, & qu'il m'apporta fon compte, credije lui dis qu'il oublioit de nous fourter des provifions squejeliiavoiss dont je lui
nies à fon dernier
donnai le compte, qui montoità plus
EL
detrois cens livres. il voulur crier; mais
fans faire debruit, jele fis alligner, &
comme il dit par fes défenfes, que CCS
provifions avoient fervi pour le pallage la
de nos deux Religieux, je
de fes
de deux cens
MRET
quittance Bourgeois fpecifiée pour leur pallage
Il fut condamné à me
& nourriture.
paffer à compte les provifions qu'il
avoit reçués, & aux dépens. Je ne voude tout l'avantalus pourtant pasj fur jouir lui, je lui laiffai le
ge que Javois
mes
ou
choix de me payer
les provifions, deux cens lide me pafferd compte
il
cC
vres
par la quittance, > prit
MEETEtE parti, il reçût comme argent
comptant la quittance de fes Maitres,
& nous fimes quittes, quoiqu'un RcECe
moins bons amis fraternelle qu'auparavant. fitrire toupetite corredtion --- Page 420 ---
400 Nouveaux Froyages AHX IRles
te l'Ifle, & appric à ce Capitaine, & à
1701. fes femblables à ne pas faire de ces fortes de tours à leurs Paffagers.
M. Def.. M.leComte
nots
Defnots Chefd'Efcadre
Gouver- des Armées du Roi, étoit arrivé
neur g6.
à la
depuis
néral, peu
Martinique, pour remplir la
place de Gouverneur général des Ifles,
qui étoit vacante par le decès du Marquis d'Amblimonr. Il vint à la Guadee
loupe le 27 de] Juillet. Jel'accompagnai
dans la vifite qu'il fit avec notre Gouverneur, 3 d'une partie de PIfle. Il
prouva ce qu'on avoit propofé de M
re cinq ans auparavant 2 qu'on avoit
même commencé, & que la Paix avoit
fait interrompre. Il exhorta M. Auger
de fe mettre en état de défenfe, parce
qu'on he doutoit point que la Guerre
ne fût prochaine, 2 il lui promit tousles
fecours dont il auroit befoin. Il me pria
d'avoir foin des travaux , & me promit
d'écrire au Miniftre les fervices quej'avois déja rendus, & ceux que je continuerois de rendre, afin qu'il y eût
égard. Iln'a pas été le feul'g qui a écrit
en Cour les peines queje mef fuis données, 3 les travaux
Jai fait faire, &
les fervices que salte rendu à l'Ile de la
Guadeloupe pendant plus de deux ans
quej'y ai fervi comme Ingenieur, fans
'avoir foin des travaux , & me promit
d'écrire au Miniftre les fervices quej'avois déja rendus, & ceux que je continuerois de rendre, afin qu'il y eût
égard. Iln'a pas été le feul'g qui a écrit
en Cour les peines queje mef fuis données, 3 les travaux
Jai fait faire, &
les fervices que salte rendu à l'Ile de la
Guadeloupe pendant plus de deux ans
quej'y ai fervi comme Ingenieur, fans --- Page 421 ---
Françoifes de PAmerigue. 40t
jamais avoir reçii ila moindre marque 1701.
de recomnoiflance, > du moins jufqu'à
l'imprellion de ces Memoires. M.Defnots nous fit THonneur de nous venir
voit, & de diner chez nous. Commeje
que le retour
lui dis, que jen n'attendois m'en aller à la
du Pere Imbert faire pour travailler à la couMartinique, de
de notre nouveau Bàverture plomb
timent, ilremit à ce tems-lilexaminer dreffé des chole Memoire que éroient javois neceffaires pour
fes qui nous état de défenfe, qu'il
mettre lIfle en
faire fournir abonnous promit de nous
damment. Pere Imbert revint de la MartiniLe
ilamena aveclui un
que le IO. Aolit,
Gregoire
Religieux Flamand appellé occafion de
Boutlemaer, dont J'aurai
de létat
parler. Je lui rendis compte
de la Maifon, & je me dilpofaià profiter de la premiere occafion quife prefenteroit, pour paffer à la Martinique,
où mon bon ami le Pere Giraudet, qui
venoit d'y être établi Superieur, donner me la
prelToit de me rendre > pour
j'avois
derniere main au Convent que
fait commencer quelques années auparavant.
le-Lundi
Jc partis de la. Guadeloupe --- Page 422 ---
402 Nowveaux Payages Aux Mes
Is. Août fur le foir, &cj'artivai le lentIOLI demain fur les neuf heures du foir au
moiillage de la Martinique.
Le Pere Cabaffon Botre Supericur
général s'étoit mis en tête de couvrir la
plate-forme de notre bàtiment avec des
plagies de plomb, pofées
fur des madriets
fimplement
la carreler
d'Acajou, 9 au lieu de
comme il avoit été refolu
d'abord. Je m'étois oppolé de toutes
mes forces à cette refolution feulement
par la raifon queles chambres feroient
inhabitables à caufe de la grande chaleur
ce plomb y entretiendroit pensendire jour & la nuit, quand il auroit
été une fois échauffé par le Soleil, fans
prévoir les autres inconveniens
découvris depuis. Mais on avoit que pallé je
pardeffus mes raifons, & on étoitconvenu avec un Marchand du Fort Saint
Pierre, nommé Banchereau,
nous
fournir des tables de plomb à FRouteno de
vingt-cinq livres le cent, & des madriers d'Acajou de trois pouces à feize
fols le pied reduit. Cette dépenfe,excedoit de beaucoupcelle de tout le Bâtiment. , & m'obligea de propofer à nos
Peres de le couvrir en Manfarde, & de
leur offrir de la faire
la moitié de
ce que.le plomb & Rertn madriers de-
Banchereau,
nous
fournir des tables de plomb à FRouteno de
vingt-cinq livres le cent, & des madriers d'Acajou de trois pouces à feize
fols le pied reduit. Cette dépenfe,excedoit de beaucoupcelle de tout le Bâtiment. , & m'obligea de propofer à nos
Peres de le couvrir en Manfarde, & de
leur offrir de la faire
la moitié de
ce que.le plomb & Rertn madriers de- --- Page 423 ---
Fvangoifes de PAmerigue. 403
voient coûter. Je n'en pus venirabout. couverture 1701,
Ce fut donc pour cette venir belle de la Guadequ'on m'obligea de
loupe.
dès le lendemain
Je ne manquai d'aller pas
au Fort Royal
de mon arrivée
pour faluer M.
avec le Pere Giraudet, confidération
le Général. Il avoit une le merite de ce
toute particuliere Nous pour en fimes reçûs avec
Religieux.
polible. je lnipréfentout Tagrément de ce qui étoit néceftai le Memoire & les Batteries de la
faire pour le Fort, il le làr, & me promit
Guadeloupe 5
il le feroit remqu'avant mon départ, Sa promelfe fut ceplir entierement.
de
pendant fans effet, parce : peu mal de
jours après, il fut attaqué
Siam, qui l'emporta le quatriéme jours
de tousl lesgens de bien,
au grand regret beaucoup de fa bonne
qui efperoient de fa fermeté,de fa fagelle,
conduite s
de fa Religion, & de fa
de fon zele,
droitute. Ily avoit environ trois ans , que nos
Peres avoient acheté une maifon, &
terrainà côté de celui que nous
un petit
afin de profiter
avions au motillage,
étoit. Cette
d'une fource d'eau qui iM.deCham- y.
maifon avoit appartenu --- Page 424 ---
404 Nonveanx Vroyages anx Ies
bly ci-devant Gouverneur de la Marti1701. nique. Ils furent trompez, dans cet
achat: car il fe trouva que ce terrairi
n'étoit pas joint au nôtre, & qu'il
avoit une langue de terre entre les y
deux, far laquelle nous ne pouvions
pas faire paffer la fontaine - s que nous
prétendions faire venir chez nous, fans
dédommager le Proprietaire dece terrain, & comme cC
auroit
dédommagement
été plus confiderable que l'utilité que nous en aurions pi
confeillai à nos Peres d'acherer tirer, je
le terrain, ce qu'ils firent, & ainfi tout
tre place fe trouva de deux cens node large, au lieu de cent qu'elle avoit pas
avant cette acquifition. Je fis travailler enfuite à ramaffer l'eau de cette
fource, avec quelques autres petits rameaux que le fieur Braguez notre voifin nous donna, dont je fis près d'un
pouce & demi d'eau, que je conduifis
chez nous avec des tuyaux dep plomb.
Ces fources, & toutes celles qu'on
trouvedans le
viennent
voilinage,
d'un
morne très-élevé, au pied duquel eftle
terrain oùl le Bourg eft fitué. Ce ne font
que des eaux de pluies, comme toutes
les autres fontaines, qui filtrent lentement au travers des pores de la terre. 11
ifin nous donna, dont je fis près d'un
pouce & demi d'eau, que je conduifis
chez nous avec des tuyaux dep plomb.
Ces fources, & toutes celles qu'on
trouvedans le
viennent
voilinage,
d'un
morne très-élevé, au pied duquel eftle
terrain oùl le Bourg eft fitué. Ce ne font
que des eaux de pluies, comme toutes
les autres fontaines, qui filtrent lentement au travers des pores de la terre. 11 --- Page 425 ---
Frangoifes de LAmbrigue. 405
faut que cclle que je fis conduire chez
miniere, > car 1701.
nous; > palfe par quelque de felou d'amerclleau une petite pointe
on y
tume >
ne fent point quand fait d'abord
cft ter mais qui fe
connoitrei ceux quien ufent toute pure
les premiers fus jours. du tout content dela
je ne
point avoit conduit le Bâtimaniere dont on
les Devis
ment en mon abfence, malgré laiffé. On
& les Mémoires que j'avois
d'une maniered
avoit efpacéles poutres
Je: fus
faire manquer tous les splanchers.
obligé de faire tout changer; après quoi
je travaillai à la couverture. Je fis embonneter les madriers avecdesl languettes poftiches du même bois, & après
quilseurentéé fortement cloiiez furles
folivaux > je les fis couvrir avec des plaques de plomb que l'on avoit achetées ture Couver- de
cet effet. Iln'y en avoir pas la moi- plomb.
pour
le
tié en place, que je m'apperçûs que
Soleil pengant lagande-dhiswratiel
le plomb, & failoit crever la foudure,
les rables chevauchallent l'une
ES l'autre en repliss, & qu'elles fuffent
parfitement bien foudées. Je crus remedier à cet inconvenient, en faifant
cloiier les tables avecles madriers de fix
en fix pouces, tout le long des coutu- --- Page 426 ---
406 Nowveaux Proyages AuX Iles
res,& je fis continuer de cette maniere
1701, le refte de la plate-forme. Cela réiiflit
pendant la failon de pluies; mais dès
qu'elle fut finie, il arriva cncore pis.
On m'écrivit à la Guadeloupe où j'étois
rerourné, que le Soleil attiroit le
Effec comme il faifoit au
plomb
prodicommencement, &
gieux du quene pouvant rompre la foudure,ni f6Soleil une ter fur parer les tables les unes des autres, parce
rafle de qu'elles étoient trop bien cloiiées, il les
plomb, fendoit dansleur milieu dans toute leur
longueur. J'eus d'abord de la peine à
croire un effet fi prodigieux ; mais commec'étoit un fait, j'en cherchai la raifon, & je crus que cela venoit des madriers d'acajouiquiéroient fousle plomb
parce que ceb bois étant affez tendre, fe
rempliffoir aifément d'humidité pendant la nuit, ce qu'il ne pouvoit faire
fans fe gonfler, & faire en même tems
élever le plomb quiétoit deffus ; après
quoile Soleil venant à darder fes raions
confommoit Phumidité, &. le bois diminué de volume ne pouvoit plus foûtenir le plomb qui (e cafloit, en retombant parf fa propre pefanteur dansla place ou il étoit auparavant. Cependant
cette raifonne m'a jamais paru convainquante, &cj'ai vûi le même effet à Paris,
far unep plate-forme de plomb,bien plus
quiétoit deffus ; après
quoile Soleil venant à darder fes raions
confommoit Phumidité, &. le bois diminué de volume ne pouvoit plus foûtenir le plomb qui (e cafloit, en retombant parf fa propre pefanteur dansla place ou il étoit auparavant. Cependant
cette raifonne m'a jamais paru convainquante, &cj'ai vûi le même effet à Paris,
far unep plate-forme de plomb,bien plus --- Page 427 ---
Frangoifes de PAmérigue. 407
petite que la nôtre, oi le plomb polé
de maçonnerie ne laif- 17QI.
fur un plancher
l'ardeur du
foit
de fe crevaffer par examiner à des
Suir Jelaille ce faita
gensplus habiles, & à en trouver la raifon,s'ilsle peuvent.
CHAPITRE XIX.
Desarbres appellez Balatase Paind'E.
pices, , 6 de la maniere de fcier le
Gommier.
E partis de la Martinique le 22. Novembre, &ejarrivaial la Guadeloupelezs.On m'y attendoit depuis quelmaisjavois étéobligé de requesjours,
aflifter au Sertarder mon dèpart, pour
firent dans
vice folemnelque nos Peres
notre Eglife du Moitillage, pour le repos de l'ame de Monfieur, Fmere unique
du Roi.
eût
la mort de ce
Dès qu'on
appris
s'éPrince, tous les Ordres Religieux
forcerent de marquer la veneration
qu'ils avoient pour fa mémoire > en faifant
lui dans toutes les Eghfes des
Senitearo folemnels. Surquoije dois ren: --- Page 428 ---
408 Nowveaux Yoyages anx IRes
dre cette juftice aux Religieux de moh
1701. Ordre, qu'ils fe diftinguerent de tous
les autres > par la magnificence & le
bongoût, qui parurent dansla Tenture,
les Ornemens & le Maufolée, quiéroit
élevée au milieu de leur Eglife. Le PeService re Girauder Supérieur de la Miflion de
pour Monfieur la Martinique, prononça I l'Oraifon FuFrere du nebre, & S'acquir beaucoup de gloire
Roy.
dans cette action,
Comme on a imprimé à Paris une
Relation de cette cérémonic, & un Extrait du Difcours, je croi pouvoir me
difpenfer d'en dire davantage.
Je trouvai en arrivant àla Guadeloupe, que notre Superjeur avoit changé de
fentiment en mon ablence, & qu'au lieu
d'un Bâtiment de maçonnerie que nous
étions convenu de faire 2 il avoit -
réfolu
de ne le faire que de bois. Quoique ce
nouveau projetne me plit point du tout
je ne m'y oppofai qu'autant que lal bienféancele Heuvoit permettre sainlije me
/ mis à faire abattre des arbres. J'ai remarqué dans pluficurs endroits de ces
Mémoires que ceux des Ifles étoient
les plus beaux du monde, a en voici une
preuve fuffifante pour convaincre les
incrédules. Je tirai d'un feul Balatas
vingt-deux poutres de trente-fix pieds
de
plit point du tout
je ne m'y oppofai qu'autant que lal bienféancele Heuvoit permettre sainlije me
/ mis à faire abattre des arbres. J'ai remarqué dans pluficurs endroits de ces
Mémoires que ceux des Ifles étoient
les plus beaux du monde, a en voici une
preuve fuffifante pour convaincre les
incrédules. Je tirai d'un feul Balatas
vingt-deux poutres de trente-fix pieds
de --- Page 429 ---
Frangoifes de PAmerigne. 409
de long, fur quatorze & feize pouces
en quarté, 2 avec quantité de cartelage 1701
de quatre & cinq pouces far différentes longueurs. Jc faifois travailler jufqu'à dix fcies à la fois, avec un bon
nombre de Negres, pour abbattre les
arbres, les équarrir, &c mettre à profit
les reftes des troncs & des branchés; &
je pouffai tellement ce travail, qu'au
mois de Janvier 1702. j'avois tout le
bois néceffaire pour un Bâtiment de
cent piedsd del long fur trente-fix pieds de
large, avec deux pavillons de quarantequatre pieds en quarré. J'avois tellement ménagé mon monde & mon tems,
quej J'avois du bois à brûler pour toute
notre levée de Sucre, du Manioc en
terre
deux ans, & des Cannes en
la Guerre
SREE
Cependant la proximité de
fic que j'empèchai adroitement qu'on
ne commençàt ce nouveau bariment,
non feulement à caufe que fi la Guadeloupe étoit attaquée, il ne manqueroit
pas d'ètre brûlé, mais encore parce
Ic lieu ou le Supérieur le vouloit ptc
cer, ne nous convenoit point du tout, >
&j'étois bien aife que fon attendit le
retour du Supérieur Général pour en
décider.
Tome VII.
S --- Page 430 ---
410 Nowveanx Froyages anx Ifes
Cependant le fieur du Clerc Major
1701. de Léogane à S. Domingue, paflant à
la Guadeloupe, nous offrit fix mille
écus de ce bois, fur lequelil prétendoit
en gagner encore autant en le portant
à S.Domingue : je croi même qu'il en
eût donné davantage, fi notre Supérieur eût eu envie de vendre. Je fis humainement tout ce que je pûs pour l'y
engager 2 en lui repréfentant qu'en
moins de deux moisj'en aurois faitd'autre en même quantiré: je ne pus en venir à bout, lè Supérieur & les Religieux s'obftinerent à ne pas vendre, &c
ils-eurent tout fajer de s'en repentir
quelques mois après, puifque les Anglois ayant attaqué lIAe, & s'étant emparés de notre Quartier, ils en emporterent ce qu'ils jugerent à propos, &
brûlerent le refte.
Le Balatas eft une des quatres efpeces
de bois rouges quel'on trouve dans nos
Balaras, Ifles. Il vient fort droit, & ne fe fourarbre, fa che
defcrip.
qu'à quarante pieds de tige,
tion, & TERCeL davantage. II vient mieux
dans les terres maigres & pierreufes 3
comme font les bords descôtieres,
dans les terres fortes & graffes. des
écorce eft brune, peu épaille, toute hachée, & alfez peu adhérente : le ceeur
ges quel'on trouve dans nos
Balaras, Ifles. Il vient fort droit, & ne fe fourarbre, fa che
defcrip.
qu'à quarante pieds de tige,
tion, & TERCeL davantage. II vient mieux
dans les terres maigres & pierreufes 3
comme font les bords descôtieres,
dans les terres fortes & graffes. des
écorce eft brune, peu épaille, toute hachée, & alfez peu adhérente : le ceeur --- Page 431 ---
Frangoifes de PAmerigue. 41T
& cl'aubier ne fc diftinguent prefque
1701.
ils font
ais
Tun de l'autre:
egalement dans terbons, meilleurs à couvert que décharge
re, d'un rouge fombre Il'ales quife fibreslonbeaucoup en Téchant.
mais extrèmegues, fines, peu mèlées, ece bois paroiffe
ment ferrées. Quoique d'avoir une feve
fec, il ne laifle pas inourrit fes paronétueule & amere qui contre les vers.
ties, & les conferve
Sa feuille eft ovale avec une petire poin- affez
te : elle eft médiocrement aifément: grande, clle vient
forte : elle fe feche
couplée & en affez grande de quantité.
Cet arbre porte des panaches fuccedent petites
Aleurs rougeitres, anfquelles & coudes fruits de la grolleur, figure
&
leur des merifes, dont les Perroquets oifeaux
les Grives lesRamiers & autres bien,
font fort friands. Ce bois fedébite
il eft pourtant meilleur en Charpente
Menuiferie. On en fait destables,
qu'en des rouleaux, des arbres & des dents
les Moulins. Il eft roide, fans
neuds,ilnes pour
s'éclate point, &ileft capable de foûrenir un très-grand fait poids. venir Charpen:
Les Peres Carmes avoient
tiers des
de France deux Charpentiers engagés, PP. Carleur faire un Moulin, une Sucre- mes,
pour
dont ils avoient un
zie & une Purgeric,
Sij --- Page 432 ---
412 Nowveaux Froyager ANX
extrême befoin. Tousleurs bâtimens Ies fe
$701. reffentoient de la vicilleffe de leur Orils dre, & tomboient en pieces; & comme
n'étoient pas mieux fournis d'arbres
bârir que de titres pour juftifier
Ere Origine & leur Succellion
tique, ils eurent recours à Prophénous demanderent
nous, &
que nous leur accordâmes quelques arbres 9
je me chargeai même de veiller avec fur plaifir: leurs
Ouvriers, que je fis pour cela travailler
auprès des miens, afin de voir plus aifémentle travail des uns & des autres. Je
trouvai.ces deux Ouvriers fort
nens. Ils travailloient
impertibeaucoup, n'étoient
peu > juroient
pour furcroit de
jamais contens, &c
mal.jedcconvrinquils
commençoient à s'approcher un
Corree- trop près de nos
peu
eion fra- à leurs
Négreffes. J'en parlai
ternelle
Maitres, & de concert nous en
quel"'Au- parlâmes au
&
teur leur miflion
Gouverneur; farlap perfir,
qu'il me donna, je les envoyai
porter gquclquesplanchesala
où on les retint, & on les mit Forterefe, dans
çachor les fers aux pieds & aux
un
ouils firent
mains,
pénitence au pain & al'eau
pendant quclques jours. Ils firent les
anauvais au commencement, peud
ilss'appaiferent, & enfin ils firent Re
mander pardon à leurs Maitres, & me
iflion
Gouverneur; farlap perfir,
qu'il me donna, je les envoyai
porter gquclquesplanchesala
où on les retint, & on les mit Forterefe, dans
çachor les fers aux pieds & aux
un
ouils firent
mains,
pénitence au pain & al'eau
pendant quclques jours. Ils firent les
anauvais au commencement, peud
ilss'appaiferent, & enfin ils firent Re
mander pardon à leurs Maitres, & me --- Page 433 ---
Frangoifes de PAmérigue. 413
promirent de faire des merveilles. On
les fit fortir; mais pour achever de les 1701,
dompter, je défendis à nos Negres de
leur tirer les chiquess de forte
ils en
Rltot
moins de trois femaines
Ce
garnis à ne pouvoir fe foûtenir.
dernier accidentacheva de leshumilier.
Ils fe mirent tout-à-fait à leur devoir, fe-
& auflitôt je leur fis donner tous.les
cours nécellaires, & je les traitaià
desbonnes manieres que
AECE
portion
voyois prendre.
travaillé en
je fçàs à refendre quild-avoient du
5 & comme
France
Sapin Gommier
la différence de cet arbre au
fort
leur en
ne me parut pas
grande,je des pieces d'un
fis fcier preiierement & enfuite de plus granpied de large,
bois
difficile
des. Ils trouverent ce
plus
que le Sapin, parce étoit que le fec, Sapin la e y
avoient facilement; travaillé, au lieu que le Gom- Manierd
paffoir mier étant verd, fa gomme engageoir de Gômiers (cier le
les dents de la fcie. Je leur fis remédier à cetinconvénient, en faifant donner plus de voye àla fcie, & en faifant
affuter les dents de tous côtés. Par ce
moyen je fis débiter le Gommier lorf- que
l'on laiffoit pourrir auparavant, à faire des
qu'on ne Temployoit pas S 11) --- Page 434 ---
414 Nowveaux
auxlfes
Canots ; & comme
un très-bon
1701.
recir
bois,jele fis employer en toutes fortes
d'ouvrages tant de planches
carteAyant été obligé dans A fuite de
faire
Rane
nombre de madriers
pour les Eet formes des Batreries, &
pout des Aafques daffus,) je fis mettre
en ceuvre une quantité confidérable de
ces arbres malgré les murmures de nos
Ouvriers pareffeux qui n'étoient
accoûtumés à les fcier.
pas
Maniete
Ce bois eft de couleur de
de conchair claiferver la re,jecroi l'avoir ditci-devant. Quand
des eouleur bois, les ouvrages aufquels on les deltine S
méritent qu'on lui conferve cette couleur, & qu'on l'empèche de fe décharger,ilr n'y a qu'i prendre des copeaux
du même bois, 8 les faire boillir
dans de l'eau avec un peu de Lianne à
fang, ou quelques Aeurs de Rocou ou
du Rocou même en petire quantité,
& en humeéter le bois deux ou trois
fois, & loriqu'il eft prefque fec, le
frotter avec les copeaux, & quand il
l'eft tout-à-fait, avec un morceau de
cuir ou un peu de cire. Il conferve
alors une couleur de chair vive, luifante & très-agréable. Au lieu d'eau on
peut fe fervir d'huile de Palma ChriBibouillie avec de la Litarge avant d'y
du Rocou même en petire quantité,
& en humeéter le bois deux ou trois
fois, & loriqu'il eft prefque fec, le
frotter avec les copeaux, & quand il
l'eft tout-à-fait, avec un morceau de
cuir ou un peu de cire. Il conferve
alors une couleur de chair vive, luifante & très-agréable. Au lieu d'eau on
peut fe fervir d'huile de Palma ChriBibouillie avec de la Litarge avant d'y --- Page 435 ---
Françoifes de PAmérique. 415
mettre les copeaux s ou lal Liane à fang,
ou le Rocou. La couleur eft encore plus 1701.
vive &c moins fujette à fe déchargers &
l'huile dont les pores du bois font imréfifte plus aifément
bibés, 3 fait qu'il à l'air & à Thumi-
& plus long- temps
dité. On peut fe fervir de la même méthode
toutes fortes de bois, obfervant
on le
faire, de joindre aux
oll
SrTL
Lianne, racine,
copeaux
LE
couleur qui en approche, ce quin'eit
difficile à trouver 5 ou quand on
pas
n'en a point, une plus grande quantité de
de copeaux, imbiber lc bois plus
fois, &le frotter avec plus de foin.
Le faccès que j'avois ett dans le tra- appelle Arbge
vail du Gommier me fit efpérer que je Paind'E.
réuflirois auffi bien à faire débiter un pices,
autre qu'on appelle Pain d'Epices, que
fa dureté avoit confervé contre toutes
fortes d'attaques. Je ne fçai d'où ce nom
lui eft venu, car, excepté la couleur s
il n'a rien qui ait du rapport avec le
Pain d'Epices. ordinairement fur le bord
des Il Falaifes, croit & dans des lieux élevés,
arides & pierreux. Il vient très-grand.
J'en ai trouvé un qui iavoit plus de quatre pieds de diametre, & près de quaS iv --- Page 436 ---
416 Nonveaux
anxi Ifes
rante pieds de tige MEOEES : feiille eft
1701. que femblable au Poirier d'Europe:fon pref.
écorce eft brune & affez épaiffe contre
l'ordinaire de tous les bois durs: elle eft
adhérente, tailladée & marquerée de
petits points rouges & blancs. L'aubier
ne differe prefque en rien du caeur
eft d'un jaune
qui
rougeâtre, avec
filets d'un rouge plus vif: il eft quelques extraordinairement compact & ferré, &
conféquent pelant: fes fibres fort Sct
liées font mèlées les unes dans les autres,
ce qui le rend coriace, roide, & capable de fapporter les plus grands fardeanx.
Le premier
je fis abbatre,
toit environ dec pieds &c Manliode de
diametre. Nous étionsalors dansla fai.
fon de la feve,e qui me faifoit
rer
efpéque nous en aurions meilleur marché, parce que tous les arbres ont bien
de Dureté cct at- moins de durcté dans cette faifon que
bre.
dans une autre, à caufe que leurs pores
font plus ouverts, & leurs parties plus
éloignées, pour ainfi dire, les unes des
autres; cependant il fe deffendit f bien,
qu'après avoir rompu huit ou dix haches fans pouvoir prelque l'entamer,
j'étois prèt de le faire abandonner lorfqu'ilfe préfenta un Machoquer ou Tail-
bien
de Dureté cct at- moins de durcté dans cette faifon que
bre.
dans une autre, à caufe que leurs pores
font plus ouverts, & leurs parties plus
éloignées, pour ainfi dire, les unes des
autres; cependant il fe deffendit f bien,
qu'après avoir rompu huit ou dix haches fans pouvoir prelque l'entamer,
j'étois prèt de le faire abandonner lorfqu'ilfe préfenta un Machoquer ou Tail- --- Page 437 ---
Françoifes de PAmtrigue. 417
landier, demeurant au Bourg du Baillif,
nommé Loriau, qui m'offtic de me fai- 17010
re des haches d'une fi bonne
toutes fortes
ORaPOe
qu'elles bois. Ilen couperoient vouloit trois écus del la piece,
&clesd donnoiral'éprenver pendant quin.
ze jours. Il m'en fit une douzaine, qui
réfifterent en coupant les arbres appellés
tendre à caillou, & les Fer-blancs, qui
paffent pour les plus durs ; mais quand
ce vintau Pain d'Epices, elles fe rompirent comme les autres. Cela étonna
érrangement mon Ouvrier. Il vint fur
le lieu, & rompit lui-mème deux de fes
meilleures haches. Ils'en retourna chez
lui, étudia fon métier, & trouva enfin,
le point de la trempe qu'il falloit, &c
me fournit le nombre de haches dont
nous étions convenus; mais il ne voulut
jamais montrer fon fecret au Negre
Taillandier, que nous avions dans la
lui
maifon, quelques promefles Aut
fiffe,
argent que $ quelque
friffe.
de tems trèsC'eft un ménagement
confidérable, quand on a de grands sabbatis à faire, d'avoir toujours un nombre de haches emmanchées, & toutes Précau:
prètes,
foutnir aux Negres qui Ils tion
Fier leurs dans le travail.
qu'ilfaut
rompent
Sv --- Page 438 ---
418 Nowveanx
anx IRles
perdent un tems 21E faire des mati1701. ches, ou affiler leurs haches, & c'eft le
avoir tems, qui eft la chofe la plus
fait quand des on fur tout aux Ifles. J'aimois mieux précieule donabbattis ner quelque argent aux
de boir, connoiflois les plus adroits, Negres, afin
je
fiffent des
EdE
manches de haches aux heures qu'ils peuvent travailler pour eux *
& le Commandeur avoit foin de.faire
porter une douzaine de haches de rechange fir le lieu du travail, pour en
fournir à ceux qui venoient à en avoir
befoin.
Pour revenir atl Pain d'Epices, j'erx
fis débirer en planches,
étoient d'une grande beauté:j j'en qu tourner, &
il réullit parfaitement bien; il prenoit
prefque de lui-même un poli, & un
éclat merveilleux. On peut bien juger
par ce que je viens de dire, qu'il eft
très-difficile à fcier, qu'il échiffe les
fcies d'une maniere extraordinaire, &
de Maniere le qu'illes détrempe facilement. Le remetcicr, de à cela eft d'avoir deux fcies d'une
égaleépaiffeur, sfinéabienégalement,
& les changer de quart d'heure en quart
d'heure; alin de les laiffer repofer, &
rafraichir, après les avoir frotées avec
du fuif. Quelques Habirans prétendent
que ce bois n'eft bon qu'à couvert, &
chiffe les
fcies d'une maniere extraordinaire, &
de Maniere le qu'illes détrempe facilement. Le remetcicr, de à cela eft d'avoir deux fcies d'une
égaleépaiffeur, sfinéabienégalement,
& les changer de quart d'heure en quart
d'heure; alin de les laiffer repofer, &
rafraichir, après les avoir frotées avec
du fuif. Quelques Habirans prétendent
que ce bois n'eft bon qu'à couvert, & --- Page 439 ---
Frangoifes de Amérigue. 419
qu'il ne dure
dès quileft n'ai expolé eu le 1702*
aux injures ETA l'air. Je
pas
tems de faire cette expérience; mais chofe sj'ai
fi fouvent entendu dire la même
de quelques autres bois, quoique j'aye
expérimenté le contraire , que
ne
celui-ciait ce
Emf
croi pas, que les Communautés ReLe Procès
avoient à
ligieufes de T Guadeloupe
Paris avec les héritiers de M. Hinfelin
aut fujet de la Donation qu'il leur avoit
faite, ayant été terminé par un accommodement, nous en reçimes les nouvelles fur la fin du mois de Janvier
1701/avec les pieces nécellaires, pour
en
des biens qui
nous mettre été poffeffion Mais comme
nous avoient
légués.
nosintérèts étoient différens, paifque
les Religicux de la Charité devoient
avoirla moitié de ce bien,avec! cle choix
des lots, quand le
feroit fait,
nous nous IhErE, &c jet fus choifi,
& établi Procureur des quatre Communautés, qui avoient la moitié de la fuccefion à partager entr'elles > c'eft-à- des
dire, des Jéfuites, des Carmes,
Capucins, &c de nos Peres. Les Supérieurs Généraux des quatre Communautés fignerent la Procuration qui me
fut donnée, & voulurent biens'en rage
Svi --- Page 440 ---
aux Ifles
porter à ce que je
pour terminer
terrpere
#702. cette affaire, & faire le partage tant
avecles Religieux de la Charité qu'entie nous autres. Le Pere Holley
rieur dela Maifon - des] Jéfuitesétoit atien
plus propre que moi pour cette commiflion, & avoir plus le tems de la
remplir; cependant ce fut lui principalement qui engagea les autres à me
choifir, ce que je remarque exprès ici,
peuimportant au Public,
connoitre à tout le
2ee
monde, Frar
nion & la bonne intelligence, qui fe
trouvent entre les Miflionnaires del'Amérique. Plât à Dieu
cela fut de
mêmc dansles autres Tratied du monde,
& que la diverfité des fentimens, &
peur-être les intérêts oppofés n'y suinaflent pasl'auvre de Dieu.
aly
ce
les autres à me
choifir, ce que je remarque exprès ici,
peuimportant au Public,
connoitre à tout le
2ee
monde, Frar
nion & la bonne intelligence, qui fe
trouvent entre les Miflionnaires del'Amérique. Plât à Dieu
cela fut de
mêmc dansles autres Tratied du monde,
& que la diverfité des fentimens, &
peur-être les intérêts oppofés n'y suinaflent pasl'auvre de Dieu.
aly
ce --- Page 441 ---
Françoifes de PAmerig He. 421
1702.
CHAPITRE XX.
Abus gmife commettoient dans les traVAux publics. Melfe de Requiem,
cbantée d'une maniere extraordinaire. Partage de la fucceffion de M,
Hinfelin.
Ousavions commencéâtravailler
N àlar répararion des retranchemens
qu'on avoit faits pendant la Guerre
précédente, aufli-tor
je fus revenu
de la Martinique. tas M. le Gouverneur ayant eu quelques avis, fantela que Gua- les
Anglois attaqueroient féricufement fans
à faire
deloupe, penfa
nous avions
travailler à ceux que
fis savec Eea
jettés dans la tournée
je
M.
en
& l'année
avec
Temtcies
le Comte 1696. Delnots Gouverneur Général. Car
les projets du Chevalier
Reynau, RGte n'en étoit plus queftion; ; le
tems manquoit, & il n'y avoit pas un
fol de fond pour les entreprendre. foit
Tous les travaux Publics,
pour
l'ouverture & entretien des grandschemins, foit pour les Fortifications, fc --- Page 442 ---
412 Nowveauz Toyages a aux Mes
font par corvées. Perfonne n'en devroit
1702. être cxempt, puifqu'ils fe font pour le
bien commun, & pourlaconfervation,
& la défenfe du pais. Cependant les
Religieux s'en prétendent exemts, &
le font en effet, par une claufe expreffe
des Lettres de leurs établilflemens, par
laquelle le Roi ou les Seigneurs des Ifles,
qui les y ont appellés, les déclarent
gesdes Privile. exemts eux > leurs Domeftiques 3 8c
Keli- leurs Efclaves de toutes Corvées, Guet
gieux, &c Garde, & Charges publiques. Meffieurs Hoiel 8 de Boifferet, dont les
Ancètres avoient été Seigncurs & Propriétàires de l'Ile > prérendoient la
même chofe, 8 leurs prétentions donnoient occafion à quelques autres perfonnes de refufer de fe foûmettre à ces
Charges publiques.
M. le Gouverneur parla aux uns &
aux autres, & il eut lieu d'être content
des Religieux, qui fans fe mêler avec
les autres Habitans entreprirent des travaux confidérables, & s'en acquitterent
de bonne grace, & promtement. Iln'y
eut que ces deux Meflicurs qui tinrent
bon, & qui ne voulurent point du tout
contribuer à la défenfe commune, quoiqu'ils y fullent bien plus
qu'une
infinité d'autres, par les gNiEt biens,
le Gouverneur parla aux uns &
aux autres, & il eut lieu d'être content
des Religieux, qui fans fe mêler avec
les autres Habitans entreprirent des travaux confidérables, & s'en acquitterent
de bonne grace, & promtement. Iln'y
eut que ces deux Meflicurs qui tinrent
bon, & qui ne voulurent point du tout
contribuer à la défenfe commune, quoiqu'ils y fullent bien plus
qu'une
infinité d'autres, par les gNiEt biens, --- Page 443 ---
Frangoifes de PAmérique. 425
& les vaftes terres qu'ils poflédoient 1702,
dans le pais.
abus très-confiJ'avois remarqué un
dérable dans ces Corvées dès le tems
je fis travailler en 1696. & je le
remarquai que
encore dans les premiers
C'étoit
travaux que nous entreprimes.
que les Officiers des Quartiers s'exemp- favotoient d'y envoyer leurs Negres,
rifoient leurs parens & amis, & rejet- dans Abus les
toient toute la charge fur les pauvres travaux
qui étoient les plus obéiffans > parce de vècss Corqu'ils ne pouvoient imiter ceux qui
avoient de l'autorité.
Un autre défordre que je remarquai Maitres
dans ces travaux étoit, que les à leurs
ne donnoient point de vivres
Efclaves en lesy envoyant 5 ce quileur
les
afin
étoit un prérexte
quitter, ne reved'en aller omatire &c
nir quc fort tard, &c atent point du
tout. Le troifiéme défordre étoit que les
travauxfet trouvoient fouvent malfaits,
parce quc je ne pouvois pas être toujours par tout, & en mème tems,
on ne fçavoit à qui s'en prendre
Se ces mal.façons. Et quand j'étois
obligé de faire abattre ce qui étoit
mal fait, c'étoient des murmures &. --- Page 444 ---
des 424 Nonveanx Froyages aux Iles
plaintes, qui ne finiffoient
1702.
Je fis faire ces remarques à M. point: Auger,ilen convint; mais il me dit,
étoit plus facile de voir ces chofes, qu'il
d'y remédier. Je lui répondis que 2:
Remedes remede étoit plus facile qu'il ne
àces 2- foit, qu'il n'y avoit
penbus,
qu'à confidérer les
travaux qui étoient à faire, les tracer, >
les toifer, & en faire la répartition,
premierement par Compagnie, & enfuite par le nombre dès Negres, qui ife
trouvoient dans l'étendue de chaque
Compagnic. Par ce moyen les travaux
feroicnt diftribués avec égalité, chacun fçauroir ce qu'il auroit à faire, &
l'exécuteroit avec tout le foin &la diligence poffible, afin d'en être platôr
quitte, & den'être pas obligéà recommencer. Il goûta mon avis, & réfolut
de le futivre, pourvi que je me chargeaffe de faire cette répartition, & de
fouffrir une partie des murmures
excitoit. Il me fit délivrer par le qu'elle Receveur du Domaine un état des Compagnies ( Car tous les Habitans des Ifles
fervent fous les Capitaines de Milices
deleurs Quartiers) & dans chaque Compagnic on a un état des Negres qui
payent le droit de Capitation, & qui
par conféquent peuvent trayailler,
, & réfolut
de le futivre, pourvi que je me chargeaffe de faire cette répartition, & de
fouffrir une partie des murmures
excitoit. Il me fit délivrer par le qu'elle Receveur du Domaine un état des Compagnies ( Car tous les Habitans des Ifles
fervent fous les Capitaines de Milices
deleurs Quartiers) & dans chaque Compagnic on a un état des Negres qui
payent le droit de Capitation, & qui
par conféquent peuvent trayailler, --- Page 445 ---
Trangoifes de PAmerigut. 429
Nous examinâmes en
travaux de voir 1701
réfolu
à
LAFE3
qu'onavoirs
il feroit plus
à quelles Compagnies
& ce que
propos de les diftribuer, le bien commun
pourroient faire pour éloignées, comcelles
éroient Grand trop & du Petit Cul de
me ee du
Noire. On obliSac, & de da pointe
&
celles-là à fournir des palliflades,
gea bois
ont fur leur terrain,
autres
qu'elles befoin.
cela
& dont nous avions
Après
je traçai les travaux, & jeles des fistoifer, toifes
& ayant divifé le nombre
par
le nombre des Negres des Compagnics
devoient travailler, je voyois comqui bien il revenoit de toifes ou de pieds
tête de Negres; & comme le trapar vail pouveit être plus ou moins facile
felon les endroits ou il fe trouvoit, je
toutes ces chofes le plus
proportionnoiss quilm'éroir poflible. Je
équitablement
je donnois au Goufaifois ma lifte, que
l'averneur , qui me la rendoit après ou
voir fignée; & quand les Maitres
étoientarrivésavec
leurs Commandeurse montroitlesbor.
leurs Negres, travail, onleur la maniere dont il
nes de leur être fait, & on les avertiffoit,
devoit s'il avoit des mal-façons, on le
que feroitrecommencer Y
Cette métho:
lcur --- Page 446 ---
426. Nowveanx Yoyager AuX
de nous exemtoit de penferau
3702. des
Blombie
Negres" que les Habitans devoien;
employer, pour faire leurs tâches, ni
àleurs vivres, & les Maitres étoient intéreffés à faire promtement, & bien,
ce qui leur étoit ordonné.
Ceux qui étoient accoûtumés à s'és
xemter des travaux Pablics, crierent
bien fort contre moi, qui étois l'Auteur de ce nouveau réglement, & ils
ne gagnerent autre chole, que de voir
quelquefois augmenter la dofe de leur
tâche; mais ceux qui avoient porté jufqu'alors le poids du jour, & de la chaleur 3 trouverent ce reglement werèséquitable, & m'en remercierent.
Travaux Ce fut ainfi que je fis faire tous les
teur quel'Au. a retranchemens de la Baffeterre , des
fait faire trois Rivieres, & du Réduit
àla Gua. loient à bien plus de fix mille qui aldeloupe, les murs intérieurs & extérieurs toifes; des
parapets du Fort, pour foûtenir la terre,
& le mauvais falcinage dont ils étoient
compofés. Je fis faire une demie Lune,
pour couvrir la Porte avec un PontLevis; une grande Citerne découverte,
fervant de foflé à un retranchement
fanqué, 3 qui coupoit la longueur du
Fort en deux, pour couvrir le Donjon;
& sy pouvoir retirer, & tenir ferme,
, les murs intérieurs & extérieurs toifes; des
parapets du Fort, pour foûtenir la terre,
& le mauvais falcinage dont ils étoient
compofés. Je fis faire une demie Lune,
pour couvrir la Porte avec un PontLevis; une grande Citerne découverte,
fervant de foflé à un retranchement
fanqué, 3 qui coupoit la longueur du
Fort en deux, pour couvrir le Donjon;
& sy pouvoir retirer, & tenir ferme, --- Page 447 ---
Frangoifes de PAmerigue. 427
f les Ennemis fe fuffent emparés du
Cavalier. Je fis faire encore plufieurs 1702
Batteries neuves , & réparer les ancienévenement.
nes, &c nousp spnépareritourd toute l'anCes travaux m'occuperent mois de Mars
née 1702. & jufqu'au n'avois
peu
forte que je
1703.de d'afiaires, étant oblige par amure y
& par la priere que le Gouverneur général des ifles, & le Gouverneur avoient particulier de la Guadeloupe m'en
faite, d'avoir foin des travaux publics;
du détail de notre
étant encore chargé
tout cela de
Habitation, & par-deffus Communaula Procuration des quatre
un huités Religieufes Légataires des biens EM Monfieur
tiéme chacune
Hinfelin.
de cette fucceflion
Je pris poffefion des Religieux de la
avec le Supérienr mi-Carême. Pour donCharité versla
de notre
ner des marques publiques réfolut de faire
reconnoilancc, on folemnel dans chacélébrer un Service
le
de
cune de nos Eglifes, pour Bienfaiteur. repos
l'ame de notre commun
& nous ne
Nous commencâmes, d'y inviter les Parens
manquâmes Gouverneur avec T'Etat
du
défunt, EG
Major, le Confeil, & ce qu'il Y avoit
de plus diftingué dans lIlc. --- Page 448 ---
428 Nowveanx Troyages Aux
Les Peres Jéfuites nous fuivirent, Ifes 8E
1702. nous fiurpaflerent. Leur Eglife
eft
la plus belle, & la mieux ornée dellfle qui
étoit tendue de noir, 2 avec un. Maufolée forcilluminé, Ils chanterentl'Oflice
des Morts, &l lagrande Meffe; ils firent
les Abfoutes, & peu s'en fallut
n'y eût une Oraifon Funebre. Les
mes &
8eal
les Capucins voulurent les imiter, mais ils n'en approcherent pas de
cent lieiies.
Les Religieux de la Charité choifirent le lendemain de l'Oéave de Paques, pour faire leur Service folemnel.
Toutes les Communautés y étoient invitées, & toutes les Puiflances du Pais.
Je m'approchai du Lutrin, pour aider
Mefle des à chanter la- Melfe. Ils avoient fait
Morts venir le Chantre principal de
chantée des Jéfuites.
l'Eglife
d'une fa- mé la
Cétoit un Boiteux, nomçon nouCour; qui chantoit
yelle, & qui avoit une parfairement très-bien belle s
voix; mais qui étoit fi fiuperbe, & fi
arrogant, qu'en matiere de
de chant, & de cérémonies rubriques,
il croyoit en fçavoir plus qu'un d'Eglife, Directeur de Séminaire. Il avoit autrefois
fervil'Eglife des Carmes, & les avoit
quittés, pour aller à celles des Jéfuites, dont ceux-là n'étoient
pas trop
yelle, & qui avoit une parfairement très-bien belle s
voix; mais qui étoit fi fiuperbe, & fi
arrogant, qu'en matiere de
de chant, & de cérémonies rubriques,
il croyoit en fçavoir plus qu'un d'Eglife, Directeur de Séminaire. Il avoit autrefois
fervil'Eglife des Carmes, & les avoit
quittés, pour aller à celles des Jéfuites, dont ceux-là n'étoient
pas trop --- Page 449 ---
Frangoifa de PAmerique. 429
Un
qu'il n'eft
eontens.
particulier, connoitre ici,sap- 1702
pas befoin de faire
vit le
procha du Lutrin , & quoiqu'il de la Meffe
Livre ouvert à l'endroit àle feiilleles Morts, il fe mit
pour comme s'il eût cherché quelqu'auter chofe. Le Chantre Boiteux impatre tient de le voir remuer (on Livre : Que
cherchez-vous, lui ditileje connois ce
Livre mieux que vous, dites-le moi, &c
je vous le trouverai d'abord. Jecherche La
la Melfe, lui repondit le particulier. lui
voilà lui répondit le Boiteux, en vûé.
montrant celle qu'il avoit déja
Vous faites le Doceur, > lui dicle particulier, & vous êtes fi ignorant, fommes > que
vous ne fçavez pas que Hél nous fait le
dans le tems Palchal.
que
tems Pafchal à une Meffe de Reqniem le 3
repliqua le Chantre? Il fait reprit
patticulicr, que Requiem ou non, on
doit dire Allelnia, & voilà ce que je
cherchois. Vous avez raifon, dit alors
le Boiteux, je ne faifois
refléxion
le temsPafchal dure Ereit la Trique nité pour vous autres Moines; mais
cela ne vous embarraffe pas;
RXI
deux Allelaia, a les finabien les mettre tout où ile en fera befoin.
ticulier par fc retira enfuite 2 & moi
Satea --- Page 450 ---
430 Nouveaux Yroyages anx Hes
avois entendur tout ce beau dialogue ,
#702. je ne Içavois s'ils vouloient me jouer, 9
ou fi on vouloit fe mocquer du Boiteux. Les Officians fortirent de la Sacriftie. Le Chantre entonne l'Introite,
& ne manqua pas d'accompagner la finale de deux
Allelaia, 3 desp plus beaux.
Cette nouvelle maniere de chanter la
Meffe des Morts fit rire toutl le monde.
Le Superieur des Religieux de la Charité s'en offenfa très - fort, & dit aul
Chantre qu'il falloit être à jeun quand
on chantoit à l'Eglife. Ce reproche,
quoique mal fonde, & la fortile qu'on
lui avoit fait faire penferent le défef
perer 5 il quitta brufquement le Lutrin, & fe retira, & nous laillaachever
de chanter la Meffe à l'ordinaire, fans
donner tant de marques de joie, ni
pour le tems Pafchal, ni pour la faca
cellion 3 quoiqu'elle en valûr bien la
peine.
Le Lundi 22 Mai, il arriva à la Rade de la Baffeterre deux Navires du
Roi, qui alloient à la Vera-Crux, Cartagene, & autres lieux de la Baye de
Mexique, s &y portoient des munitions
de Guerre, & des Ingenicurs; entre
lefquels étoit un des enfans du fieur
Bouchard Libraire à
Nancy 3 que je
ni pour la faca
cellion 3 quoiqu'elle en valûr bien la
peine.
Le Lundi 22 Mai, il arriva à la Rade de la Baffeterre deux Navires du
Roi, qui alloient à la Vera-Crux, Cartagene, & autres lieux de la Baye de
Mexique, s &y portoient des munitions
de Guerre, & des Ingenicurs; entre
lefquels étoit un des enfans du fieur
Bouchard Libraire à
Nancy 3 que je --- Page 451 ---
Françoifes de PAmbripne. 431
connoillois urès - particulierement: Il -
wint me voir, & me donna des nouvel- 1702,
les de fa famille, qui me firent plaifir.
de fucre
Je lui envoyai quelques pains
&
raffiné, du chocolat, des confitures,
des fruits. Ils partirent dès la nuit fuivante, ce qui m'empècha de faire autre
chofe. Cependant les affaires dela fucceffion
de M. Hinfelin, > celles de notre Maifon, & les travaux Publics, o il falloit que j'afiftalle , qui demandoient firent
feuls un homme tout entier, me
craindre de ne pouvoir pas foutenir encore longtems le poids de cette fatigue, & m'obligerent de panfer ferieufement au partage. Je fis liquiderle bien
en payantt tout ce qui étoit dà dansl'Ifle,
& je fis faire un état all jufte de toutle
bien, avec une eftimation des Terres, 9
des Maifons,des Meubles, Uftenciles,
Beftiaux, Efclaves, & autres chofes,&
je preffai les Religienx de la Charité
d'en venir au partage. Malgré tous les
mouvemens que je me donnai, il ne
put être fait que dans le mois d'Aoûit,
parce qu'il arriva un incident, fur'lenous cràmes devoir avoir la déci1e de P'Intendant. Nous nous embarquâmes donc le Supericur de la Cha- --- Page 452 ---
Nouveaux Voyager aux IRes
Ati & moi le 22. Juiller, dans une pe1702. tite Barque qui alloitala Martinique,
& nous fimes notre trajet ett moins de
dix-huit heures. Il eft vrai que nous
penfâmes payer bien cher notre diligence,car enapprochant de la Dominique, nous fimes pris d'un
de vent
Tempête de Nord fi furieux , que ecntde je
ai jaquel"Au. teur ef- mais éprouvé de femblable; & fila mer
fuie en avoit été groffe à proportion du
allant à nous étions
fans
vent,
ia Martiperdus
reffource. Heumique. reufement nous cûmes la tête du vent, x
qui n'avoit pas encore grofli la mer 3
& ce fut ce qui nous fauva.
Je remarquai dans ce trajet unechofe
Effetdela affez fingulere.Javois un
tempête de race
gros Dogue
fir un
Anglotfe.quejavoisr menéavec
Chien, moi dans prefque tous mes voiages de
mer, fans
cet animal eût jamaisref
fenti la mdite incommodité, ni témoigné la moindre crainte; mais il fut
faifi d'une fi vive apprehenfion dans
cette traverfée, & fouffrit un fi grand
renverfement d'entrailles > qu'après
avoir beaucoup vomi, il vint fe jetter
fur moi, m'embraffa avec fes pattes,
& tenoit une partic de mon habir entre
fes dents, qu'il ne fut pas poflible de
lui faire lâcher, que quand la Barque
fur mouillée. Pour dire la vérité, tous
CCUK
mais il fut
faifi d'une fi vive apprehenfion dans
cette traverfée, & fouffrit un fi grand
renverfement d'entrailles > qu'après
avoir beaucoup vomi, il vint fe jetter
fur moi, m'embraffa avec fes pattes,
& tenoit une partic de mon habir entre
fes dents, qu'il ne fut pas poflible de
lui faire lâcher, que quand la Barque
fur mouillée. Pour dire la vérité, tous
CCUK --- Page 453 ---
Frangoifes de TAmérigue. 433
dans la Barque, avoient
ceux qui éroient
mon chien, & 1702.
bien autant de peur que affitré
les auje n'étois gueres plus craigne RE peu la
tres, quoique je
mer. Notre difficulté fut bien-tôt vuidée:
Gombault: Superieur génétal des Le Pere
le Pere
aida
& me Gom- bault SuJefuites, nous
iléclaircir, prenois périeur
remercia fort des peines l'offre
Général
> &
que
CEER
pour fa Compagnie,
celles "ninlr
je lui avois faite, d'engager de vendre à leur
j'étois Procureur , de terre dela fucMiflion nos portions
lors d'autres
ceflion. Ils eurent pour de prendre ce
viès qui les empécherent Gombault étoit aux Ifles
parti. Le bien Pere des années, & ily, eft endepuis
honoré aniverfellement
core à préfent monde
fa
2 fa
de tout le
pour
fagelle & fa chadroiture, fon zèle, fa piété,
rité, & de qui je
dire, lui, que fon quel- méeftime
pour
corT
que
qu'on
encore
rite & fes vertus en méritoient
davantage.
de la MartiNous ne pâmes partir
nique que le 27 faure de commodité, s
arrivâmes le lendemain à la Guanous deloupe. Je traitai avec les Religieux
dela Charité des quatres portions que
avions dansles Terres de la fuccel-.
nous
T
Tome VIL. --- Page 454 ---
434 Nouveanx Voyages anx IRes
fion. Et nous partageâmesles sMeubles,
1702. les Beftiaux & les Éiclaves. Premierement avec les Religieux de la Charité,
qui avoient la moitié dans le total : &
enfuite entre nous autres, qui avions
chacun un quart dans la moitié. Les
portions des quatre Communzuteésponvoient leur valoir 25 à 26000 francs à
chacune. Mais celle des Religieux del la
Charité leur valut aul moins quarante
mille écus, parce que les Terres & les
Maifons ne furent eltimées que quatremille francs, quoiqu'elles en vaplus de cent mille,
eurent
IZEL
qu'ils
le choix des Lots, & que je leur fis
abandonner une quantité d'Uftenciles,
de Meubles, & d'autreschofes pour une
Sucrerie dont nous pouvions nous paffer, ayant nos établiffemens tous faits,
J'obligeai aufli les Religicux de la
Charité à rendre aux Carmes leur ancienne Habiration, qui leur devenoit
inurile parlacquifition qu'ils venoient
de faire. Ainfi les Carmes fetrouverent
une très- belle Habitation, par l'union
dela leuravec celle des Religieux de la
Charité, qui étoit contiguealaleur.
, & d'autreschofes pour une
Sucrerie dont nous pouvions nous paffer, ayant nos établiffemens tous faits,
J'obligeai aufli les Religicux de la
Charité à rendre aux Carmes leur ancienne Habiration, qui leur devenoit
inurile parlacquifition qu'ils venoient
de faire. Ainfi les Carmes fetrouverent
une très- belle Habitation, par l'union
dela leuravec celle des Religieux de la
Charité, qui étoit contiguealaleur. --- Page 455 ---
Françoiles de T. Amerigue.
1702.
CHAPITRE XXI.
Déclaration de la Guerre. Duel entre
deux Corfaires. Tremblement de terre. Jubilé. Remedes pour les Panaris
6 les Ruptures.
A Guerre ayant enfin été déclarée
L- Europe vers la fin du mois de
Mai, les Anglois en eurent la nouvelle
du mois de Juillet.
au commencement
Pour nous, , nous en fimes avertis plàtôt
les Prifes de nos Bâtimens que
fe avis qu'on auroit dà nous en
par
doaner de France.
Cela nous obligea à travailler avec Précaujamais à nous tions du
plus d'application de
à la Guade- Gouver- neut de
mettre en état
dliele
loupe. M. Auger fit une revûé fort texac-la deloupe. Guate de tous les Habitans capables de porter les armes. Il fit faire un Inventaire
de toutes les armes, & de toutes les
munitions qui fe trouverent dans l'Ile.
On fit un état des Negres qu'on pourroit armer. On obligea tous les Habitans à mettre dans les Magafins du Fort
une certaine quantité de farine de maTij --- Page 456 ---
436 Nouveanx
anx IRes
nioc, qu'ils feroient
de renouveller
E
1702.
tous les trois mois, afin qu'en un
befoin imprévû, on en trouva dans un
même licu pour tout le monde. On
leur ordonna encore de planter quantité de manioc, de pois, de mil, de
tates & d'ignames, furtout dans les Rda
teurs > & dans les endroits éloignés du
bord de la mer ; & on établit des Corpsde-Gardes & des Patroiilles de Cavalerie dans tous les endroits habités de
lIfle.
M. Auger dans toutes
ces Teeerias reviés.
me chargea du foin de
faire ces Inventaires, & de marquerles
lieux
placer les Corps-de-Garde,
& les temblecnle ou rencontres des
Patroitilles. On obligea les Habitans
étoient dans les Quartiers éloignés
2 feretirerdul bord de la mer, & de fc
loger dans leshauteurs avecleurs familles, & leurs Negres 5 & on diftribua
dans tous les Quartiers d'efpace en efpace des boctes de pierriers pour donner l'alarme, & s'averrir les unsl les autres en cas de defcente de jour ou de
nuit, ou
quelque Barque fût attaquée à la ue On leur marqua aufli les
Quartiers d'affemblée, avecles fignaux
& contrefignaux pour fe reconnoitre 3
, & de fc
loger dans leshauteurs avecleurs familles, & leurs Negres 5 & on diftribua
dans tous les Quartiers d'efpace en efpace des boctes de pierriers pour donner l'alarme, & s'averrir les unsl les autres en cas de defcente de jour ou de
nuit, ou
quelque Barque fût attaquée à la ue On leur marqua aufli les
Quartiers d'affemblée, avecles fignaux
& contrefignaux pour fe reconnoitre 3 --- Page 457 ---
Françoifes delAmérigue. 437
qu'on avoit foin de changer tous les
huit jours. On diftribua aux Capitai- 1702.
nes des inftruétions par écrit, de ce
qu'ils auroient à faire iclon les différens
évenémens. Enun mot, le Gouverneur
n'oublia rien de toût ce qui pouvoit
contribuer à la défenfe de fon Iflc, fi
elle étoit attaquée dans les formes, ou
pour empêcher les defcentes & lespillages des Énnemis.
avoient eu bien
Comme les Anglois
plitôt que nous la nouvelle de la Déclaration de la Guerre, leurs Corfaires
s'étoient mis en mer longtems avant les
nôtres. Ils avoient fait fur nous des Prifcs confidérables, furtout de femmés s
d'enfans, d'efclaves & de meubles, que
les Habitans de S. Chriftophe, &c de
Marie Galante envoyoient à la Martinique, où il eft certain qu'ils devoient
être plus en fûreté que dans ces petites
Ifles. Ce fut ainfi qu'ils enleverent la
Comteffe de Gennes, &c la femme du
fieur de Bois-Fermé Gouverneur de Marie Galante, qui fe retiroient à la Martinique avec leurs meilleurs effets.
Ces Prifes qui ne leur avoient ries
coûté 2 3 parce que nos Barques n'étoient le
pas armées, leur enflerent tellement
T 11y --- Page 458 ---
438 Nowveanx Voyages Aux Ifles
cceur, qu'ils crurent que rien ne leur
1702. pourroit réfifter. Un de leurs Capitaines qui avoit été pris pendant la Guerre précédente, par un de nos Corfaires,
nommé Breart, fe trouvant à la tête de
cent cinquante hommes dans une belle
Barque de dix Canons, fit dire à Breart
par une Barque neutre de S. Thomas,
quialloit àla Martinique, que s'ilvouloit lui donner fa revanche de la derDuelfa- niere Guerre, ill'attendoit fous la Donieux en- minique. Breartaccepta le parti; il hâra
Corfai- tre eux l'atmement d'une Barque qu'il devoit
1cs,
commander, nommée la Trompeufe - >
quiauroit pû porter dix Canons, mais
qui n'en avoit que fix, parce que nos
Flibuftiers Françoiss'en mettent peu en
peine. Il partit de ja Martinique avec
environ fix vingts hommes, & trouva
l'Anglois fous la Dominique au rendezvous qu'il lui avoit donné.
L'Anglois quile vit venir, leva-l'ancre, éventa fcs voiles, & commença à
faire fesbordées, afin de gagnerlevent.
Breart s'avança toujours fans fe foucier
de lui laiffer prendre cet avantage, &
comme fa Barque étoit une excellente
voiliere, il lej joignit en peu de tems *
Bc lui paffant fous le vent, qui étoit
Anglois fous la Dominique au rendezvous qu'il lui avoit donné.
L'Anglois quile vit venir, leva-l'ancre, éventa fcs voiles, & commença à
faire fesbordées, afin de gagnerlevent.
Breart s'avança toujours fans fe foucier
de lui laiffer prendre cet avantage, &
comme fa Barque étoit une excellente
voiliere, il lej joignit en peu de tems *
Bc lui paffant fous le vent, qui étoit --- Page 459 ---
Françoifes de CAmbrigne. furieule 439
alfez frais, il lui envoya une
d'un 1702.
décharge de tous fes Canons & palles de balles
bord, chargés de mitraille, de fa mouf
de monfquet, accompagnée
queterie, qui fut fi meurtriere, hommes que
TAnglbis cut près de foixante des nohors de combat, fans qu'aucun L'Anglois
tres eût une égratigneure. de ce défaftre au vent s
eut dont obligation il avoit voulu avoir l'avantage , 1
parce que dans cette fituation, la tète fes
découverts depuis
a
étoient
qu'au pieds; comme ceux qui fçavent
la marine le voyent aifément, au lieu
les nôtres étoient entierement couque Breart retint le vent,après cette
verts. bordée, il rechargea, & fit un feu fi
vif fur les Anglois, qu'il les obligea à Prifedu
la fin de fe gabionner fous leur gail- Corfaie
lard, & enfin d'amener leur alloit pavillon fauter Anglois.
dans le tems que Breart) leur
à bord.
deux hommes
Nous n'eimes que
affaire,
tués, & neuf bleffés dans cette lieu
qui ne dura pas une heure; au
de cent
hotur
les Anglois eutent près conduifitfa
mes tués ou bleffés. Breart oû l'on trouva
Prife à la Martinique,
qu'elle étoit bien plus de conféquence
qu'on: ne l'avoit cru d'abord, parce que
T iv --- Page 460 ---
440 Nouveaux
aux Ies
ce Corfaire ayant
Prifes
1702.
quelques
FISnS
far nos François qui fe retiroient de
S. Chriftophe, il avoit retiré l'argent
monnope.lagenienic, & autres meubles précieux, quis'éroient trouvés dans
fes Prifes, & les avoit mis dans fon Bâtiment.
Cette efpece de Duel fit grand bruit
dans les Ifles. Il rabattit beancoup la
fierté des Anglois, fit bien de Phonneur
à Breart, & lui procura une chaîne &
une médaille d'or, que la Cour lui envoya.
Tremble- Nous eimes dans
ment de
ce même tems LHI
terre,
temblement de terre, 3 qui fe fit fentir
d'une maniere très-violente à la Martinique, où il caufa beaucoup de dommage. Notre nouvelle Maifon, dont
la couverture de plomb étoit ouverte
en bien des endroits par la violente ardeur du Soleil, étoit abandonnée, &
nos Peres étoient retournés loger dans
l'ancien Bâtiment, parce que la pluie
tomboit dans la neuve de tous côtés.
Cela donnoit lieu de craindre
ne fuccombâr enfin aux fecoufles qu'elle qu'clle reffentoit. Cependant elle y. rélifta,
& en fut quitte pour fept ou huit fentes
peu confidérables dans le haur, fans
que le refte eût le moindre dommage,
née, &
nos Peres étoient retournés loger dans
l'ancien Bâtiment, parce que la pluie
tomboit dans la neuve de tous côtés.
Cela donnoit lieu de craindre
ne fuccombâr enfin aux fecoufles qu'elle qu'clle reffentoit. Cependant elle y. rélifta,
& en fut quitte pour fept ou huit fentes
peu confidérables dans le haur, fans
que le refte eût le moindre dommage, --- Page 461 ---
Françoifes de LAmerigue. 441
fes fondemens, comme jelai
n'euffent pas cinq pieds de pro- 1702.
il
TE
fondeur. Je connus par-là combien
étoit bon de ne pas creufer beaucoup
dans ces fortes de terrains,8 de quelle
conféquence il étoit de faire de bons
empatemens, & de ne rien épargner
le mortier & la liaifon. Car ily
pour eut bien des maifons qui tomberent
dans tous les Quartiers de IIfle, quoi- fuf
entendre parler les gens, elles
2 fondées bien plus folidement que
la nôtre. alors dans les bois de la GuaJ'étois
deloupe à faire fcier des madriers pour
les afuts, &2 les plates-formes de nos
Batteries. Je m'étois aflis fur une racinc d'arbre s en difant mon Breviaire >
lorfque je me fentis balancer aflez doucement, comme s'il me fàt monté
me fit
oua:
que vapeur au cerveau, levai qui auffitôr, & je
ler la tête. Je me
difliper cette
voulus marcher r, pour
deux ans
vapeur prétendué : car depuis
jy érois fort fujet, & je n'y, avois trou- faire
vé d'autre remede, que de me
faigner tous les mois, ayant reconnu
que cela ne venoit que d'une trop donc, grandeabondance de fang-Jer emelevai
fus contraint de me raffeoir aufli-
& je
T V --- Page 462 ---
442 Nouveaux) Toyages aux Ifes
tôr, & de crier à mes Ouvriers de fa1702. ter en bas de leurs chevalets, de
de tomber, m'étant apperçu dans peur le
moment, que c'étoit un tremblement
de terre. IL ne fat ni long, ni confidérable. On s'en reffentit plus dans les
hauteurs, qu'au bord de ia mer, quoique pluficurs Barques & les Vaifleaux
qui éroient moiillés à la Rade, ou qui
étoient en mer entre les deux Ifles le
reffentiflent G
vivement, qu'ils crurent
avoir touché, ou que quelque Baleine
avoit paffé fous leur quille.
Il y avoit à quelque pas de l'endroit
ouj je faifois travailler, les attelages de
quatre Cabrotiets > c'eft-d-dire, feize
Baufs que l'on avoit dételés, & attachés avec des liannes pour les lailflet
paitre , en attendant qu'on pûr
lcs Cabroiiets du bois que je voulois charger envoyer au bord de la mer. Cesanimaux
fentirent avant moi, les fecouffes de la
terre. Hs rompirent leurs liens, s'affemblerent en meuglant, & montroient
une fraieur extrême, dont il ne fut
facile de les faite revenir après
A
ES
tremblement fut fini. La mème
étoit
aote
arrivée au bord de la mer.
M'étant depuis informé fi on avoit
Remargs@cete-fayturdauisamimas
de la mer. Cesanimaux
fentirent avant moi, les fecouffes de la
terre. Hs rompirent leurs liens, s'affemblerent en meuglant, & montroient
une fraieur extrême, dont il ne fut
facile de les faite revenir après
A
ES
tremblement fut fini. La mème
étoit
aote
arrivée au bord de la mer.
M'étant depuis informé fi on avoit
Remargs@cete-fayturdauisamimas --- Page 463 ---
Françoifes de PAmériquei 443
à la Martinique, 3 on m'affira que les
extraordinaires qu'on ré- 1702.
mouvemens dans tous les animaux, excimarqua toient dans les cfprits des hommes des
mouvemens encorc plus effrayans que de
ceux que caufoit le tremblement
terre.
cclui-ci
On ne remarqua point que à la Soufit de nouvelles ouvertures
phriere de la Guadeloupe C comme ceJui qui l'avoit précédé quelques années
qui lui fit jerter une quanTPRE prodigieule de cendres fouffrécs, 9
& de pierres brûlées par l'ouverture
qu'ily ht.
de meilleur, fit
Ce
Pafteurs produifit à
leurs Peud'aider PEO
porter
le Juples à la pénitence, pour gagner tout le
bilé, qui étoit alors ouvert par
monde Chrétien.
Le P. Cabaffon Préfet Apoftulique >
& Supérieur Général de nos Miflions, 2
j'avois laiffé à S. Domingue, avoit
Ra un voyage à Rome, d'ou il revint à
la Martinique dans le mois de Mai : il
au mois d'Août la Bulle du Jubilé,
reçut quil avoit demandée avec un Bref, qui
lui donnoit les pouvoirs nécellaires,
le publier & impofer aux Fideles
les pour conditions qu'il jugeroit à propos,
T v) --- Page 464 ---
444 Nowveaux royages aux Mles
pour le leur faire gagner. Ce Brefrens
1702, fermoitl la claufe ordinaire, de ne
voir communiquer fon pouvoir qu'aux pouReligicux de fon Ordre.. Il
le
Pere Giraudet fon. Vice-Préfer, chargea & Supéneur de la Miflion de la
d'ent faire la Publication, Martiniques & vint à la.
Guadeloupe vers la fin du mois de
tembre.
SepCette Commiffion n'étoir
embarraffanre
le Vice
pas peu
ce
que les Nisfonrd des différens Préfer, Ordres parqui font aux lfes, font indépendantes
les unes des autres., & ont une attention
finguliere de ne point laiffer impiéter
far leur jurifdiction. Le Pere Giraudet
les difficultés qu'on pourroit
faire, ne voulut.
Eeze
rien
avant d'en avoir conféréavec entreprendre M.Robert, Intendant de
Juftice, 9 Police, Finances & Marine de l'Amérique Frangoife, Ils convinrent donc enfemble da
tems, du lieu & des circonftances dont
fe feroit la Publication duJubilé,après
quoi ce lage, & picux Magiftrat
aux Peres Jefuites,
parla
pour difliper les:
ombrages que cet acte de Jurifdiction
pourroit leur donner. Ces Peres
rent avec fageffe les précautions nécef- prifaires pour que cette affaire ne. tiras
9 Police, Finances & Marine de l'Amérique Frangoife, Ils convinrent donc enfemble da
tems, du lieu & des circonftances dont
fe feroit la Publication duJubilé,après
quoi ce lage, & picux Magiftrat
aux Peres Jefuites,
parla
pour difliper les:
ombrages que cet acte de Jurifdiction
pourroit leur donner. Ces Peres
rent avec fageffe les précautions nécef- prifaires pour que cette affaire ne. tiras --- Page 465 ---
Frangoifes de PAmérigue. 445
point à conféquence, & demeurerent du
d'accord de concourir à l'exécution
Mandement & de lInftruction,
le
Girauder avoit drellés pour
Risu
Pere
blication du Jubilé,
font les CuLes Peres Capucins
de
Fort
&
Quartiers
2e
rés du
Royal,
lOieft, au lieu d'imiter la prudente
condeftendance des Jefuites, ie roidimal-à
& écrivirent au P.
rent
propos,
des lettres
Giraudet, & à TIntendant,
fi peu fenfées, que
à prode fe fervir de
Royale,
TRCEFL
pos les contraindre à fuivre ce dont
pour on étoit convenu, & ne
priver
& hors ":
leur réfiftance
opiniatre ""
faifon, les Peuples deleurs Paroiffes de
le gracc du Jubilé. Ilordonna donc au
Greffier du Confeil réfident aul- Fort
Royal, d'aller fignifier la Bulle & le
Mandement aux Capucins > avec commandement dela
du Roi de lespue
blier dans leurs Infoecte & de s'y conformer en.toutes chofes, fous peine de
défobéillance. Ilfallut obéir.. La Bulle
& le Mandement furent lâs & publics
au Prône, & enfuite affichés àla porte
del'Eglife du Fort Royal.
faute de
Il y, a bien des gens, qui
connoitre elesifles, simaginent qu'ony --- Page 466 ---
446 Nowveaux
anx Tes
Vit
Troyages
encore comme on faifoit ily a foi1702. xante ou quatre-vinge ans. C'eft pour
les détromper, que je vais écrire ici
une petite Relation de la cérémonie
fe fit en notre Eglife du Molillage
2 la Martinique, al'ouverture duj Jubilé le premier Dimanche d'Oétobre
confacré à la dévotion du Rofaire de la
Très-Sainte Vierge.
Cérémo. Notre
nie du
Eglife magnifiquement ornée
Jubi'é, fe trouva remplic de tant de perfonnes
de difinétion, que le Peuple n'y pouvant trouver de placc étoit répandu
dans le Cimetiere & les rués voilines,
en fi grandes quantité, que quand on
fit la Proceflion, le Clergé étoit arrivé
à l'Eglife S. Pierre, éloignée de la
nôtre de près d'une demie licie, avant
que le Peuple fit forti de notre Cimetiere.
On avoitraffemblé les huit meilleurs
Chantres qui fuflent dans l'Ifle. Après
qu'on eût chanté les Vépres folemnellement > le Pere Giraudet Vice-Préfet
monta en Chaire, tenant en fa main
l'Original de la Bulle du Jubilé, Il en
ficlaleéture en François, aufli bien
de fonMandement ou Inftruction,
avoit
e
déja été publié au Prône, quil
eftinutile de rapporter ici. Après squoi
é les huit meilleurs
Chantres qui fuflent dans l'Ifle. Après
qu'on eût chanté les Vépres folemnellement > le Pere Giraudet Vice-Préfet
monta en Chaire, tenant en fa main
l'Original de la Bulle du Jubilé, Il en
ficlaleéture en François, aufli bien
de fonMandement ou Inftruction,
avoit
e
déja été publié au Prône, quil
eftinutile de rapporter ici. Après squoi --- Page 467 ---
Frangoifas de l Amerigné. 447
il fit un excellent difcours fur ces Lé- 1702*
Chapitre
CETE
les du vinge-troiliéme hunc diem celeberrivitique. Vocabitis
Tous ceux
mum atque fanilifimwm. convinrent
qui entendirent cette piece
qu'on ne pouvoit rien dire de plus fça- de
vant, de plus vif, de plus touchant,
plus pathérique. fini, il entra dansla SaLe difcours
criftie avec tous les Eecléfiaftiques, donner qui le
compofoient le Clergé, pour des orloifir aux Officiers de fc revêtir deux à
nemens facrés. Ils en fortirent
deux. Les huit Chantres en Chapes, de
les premiers, fuivis de fixReligieux &c de
la Charité, de huit de nos Peres, Sécudouze Peres Jefuites, & Prètres à la
liers, tous en Surplis, le cierge enfuite
main. Le Pere Giraudet venoit blanc
revètu d'une Chape de Damas Sou- 5
accompagné d'un Diacre 8c d'an
diacre. Après que tout le Clerge fe fut
profterné devant T'Autel, les Chantres
entonnerent I'Hymne Vreni Creator Spiritus, pendant lequel le Clergé &le
demeurerent à genoux. L'OffiPeuple ciant dit tàl la finl'Oraifon ordinaire, ,&
puis s'étant profterné avec le Clergé &c
tout le Peuple, les Chantres chante- bourrent le Pleaume Miferere en faux --- Page 468 ---
448 Nowveanx Voyages ANx Ifes
don, à la fin duquel Officiant ayant
1702. dit les Oraifons convenables, ilsapprocha du Baluftre, & s'étant tourné
vers le Peuple, ill'exhorta à la modeftie, & à la dévotion pendant la Proceflion qu'on alloir faire, & à bien entrer dans l'efprit de l'Eglife, dans une
action où il s'agiffoit de Aéchir la juftice de Dieu irritée fi juftement contre nous.
LaProcefion commença enfuite en
cet ordre.
La Banniere du Rofaire paroiffoit à
la tête. Elle étoit portée par un jeune
homme revêtu d'une Soranne violette
avec un Surplis. Après elle on voyoit
quatre-vingr filles, depuis l'age de
ans jufqu's douze, toutes vêtués FEE
blanc, le cierge à la main, marchant
deux à deux dans des diftances égales,
ayant d'efpace en clpace des perfonnes
de leuf fexe plus âgéés qu'elles, vêtus
de noir pour les conduire, les empêcher
de rompre leurs rangs, & les diriger
dans ce qu'elles devoient chanter. Quatre filles plus âgées vêtucs de Taffetas
blanc, marchoient au milieu de cette
file, portant l'Image de la Sainte Vierge fous un dais magnifique.
La Croix de la Paroiffe venoit en*
,
ayant d'efpace en clpace des perfonnes
de leuf fexe plus âgéés qu'elles, vêtus
de noir pour les conduire, les empêcher
de rompre leurs rangs, & les diriger
dans ce qu'elles devoient chanter. Quatre filles plus âgées vêtucs de Taffetas
blanc, marchoient au milieu de cette
file, portant l'Image de la Sainte Vierge fous un dais magnifique.
La Croix de la Paroiffe venoit en* --- Page 469 ---
Françoifes de P Amerigne. 449
de deux Acolytes,
fuite 9 accompagnée
170Z,
& fuivie de plus de centjeunesgarçonss &c les
les plus jeunes en Sotanes noires rouges, tous en Surautres en Sotannes
avec le cierge à
plis &c Bonnet quarré,
Chanla main. On avoit placé quatre
tres en Chapes au milieu chantoit. d'eux, pour Les
les diriger dans ce qu'on venoient enReligieux de la Charité
les
fuite, puis nos Peres, après eux tous en
Prètres Séculiers & les Jeluites
Surplis, le cierge à la main. On voyoit
enfin quatre autres Chantres en Chape,
l'Officiant & fes deux
qui précédoient marchoient fur une même
Allitans, qui
ligne.
le Gouverneur,
Après eux on voyoit Lieutenans de Roi,
TIntendant, quatre
les Capitaile Major, T'Aide-Major, du Roi. Les Confeilnes des Troupes Souverain, la Juftice
lers du Confeil Officiers de Milice , &
Royale, les
puis les Dames. détachement de Soldats
Un gros
empècher la
marchoit enfuite, pour
&
foule du Peuple. Tous ces Meffieurs le
Dames marchoient deux à deux,
cierge à la main, avec une modeftie,
& une dévotion toute édifiante.
Ce fut en cet ordre qu'on fit la pre- --- Page 470 ---
450 Nowveaux Voyages Anx Ifles
miere Station à l'Eglie Paroifliale de
1702. S. Pierre deffervie par les Peres Jefuites. Le Curé en Surplis & en Etolle - 5
accompagné de fes Officiers, fe trouva
à la porte de l'Eglife, pour préfenter
de l'eau benite à ceux aulquels il en devoit préfenter. On chanta les Litanies
de la Sainte Vierge avec les Pfeaumes,
Répons & Oraifons convenables, Après
quoi on commença les Litanies des
Saints, que l'on chanta en allant à la
feconde Station, qui fut à l'Eglife des
Religieufes Urfulines, & la troifiéme
à celle des Religieux dela Charité. On
finit cette dévore Proceflion à notre
Egli(e, où le Saint Sacrement fut CXpofé, & dont on donna la Bénédiction
au bruit de plus de cent volées de Canon, &c de trois décharges de centboc.
tes chacune.
Il étoit tombé pendant les
une
Vepres
figrande abondance de pluic, melée d'éclairs, & de coups de tonnere,
que l'on défefpéroit de pouvoir faire la
Procellion; mais elle ceffa pendant la
Prédication, & fembloit n'ètre venue
pour rafraichir l'air. Le beau tems
tout autant
auc.
qu'on en avoit befoin
pour les fonétions que je viens de rapporter, &c non. davantage. Car à pei-
pendant les
une
Vepres
figrande abondance de pluic, melée d'éclairs, & de coups de tonnere,
que l'on défefpéroit de pouvoir faire la
Procellion; mais elle ceffa pendant la
Prédication, & fembloit n'ètre venue
pour rafraichir l'air. Le beau tems
tout autant
auc.
qu'on en avoit befoin
pour les fonétions que je viens de rapporter, &c non. davantage. Car à pei- --- Page 471 ---
Francoifes de Amerique. 45T
ne le Peuple fc fut retiré chez foi, que
plus fort qu'aupa- 1702,
la pluic recommença & dura toute la nuit; de (orte
ravant, regarda comme une efpece de
qu'on miracle, le beau tems qu'on avoit eu
faire la Proceflion,qui fervird'oupour
le Jubilé dans toute PIfeverture
mois, &c fut terminé le
Il dura
Ter
premier Dimanche de Décembre par
chanté folemnellement
un Te Dexm,
dans notre Eglife. ce rems-là un mal à
Il me vint dans
me fit
an doigt de la main gauche, qui le Chifouffrir de grandes douleurs,
sargien me dit, que c'étoit un Panaris.
Je croi que c'eftles mème mal qu'on Il Ivou- appelle à Paris un mal d'avanture. S, mais
lut d'abord y. faire des incifions
commeje n'aime
à voir déchiquede
ter ma
chair, je L priai sépargner
& voulus éprouver un Remede
cette peine, je
m'avoit en- pourles
remede fortinnocent qu'on
n'avois panans.
feigné pour ce mal, & que je
jamais mis en pratique, parce que je
n'en avois
eu befoin. Je fis prendre
d'être pondu. Onle
un
bois bien
creareens
caffa avec un morceau de
pro- : car
taillé en maniere de fpatulle touche
Ta cft effentiel
le fer ne le
fur
pas, & getiare point étéappliqué --- Page 472 ---
452 Nonveanx
aux Ifes
le mal : l'euf étant adgre & la
1702. féparée en deux, on laiffe tomber coque le
blanc, & on garde feulement le jaune
dans une des moitiés de la coque.
met du fel commun bien pilé, deux Ony fois
autant qu'on en mettroit fi on vouloit
le manger, & on remiie bien avec la
fpatulle, pour faire fondre le fel, &
bien délayer le jaune. Onl'étend enfuite far un plumaflean de charpi, dont
on enveloppe tout le doige malade, &
on met par deffus une compreffe & des
bandes fufifamment pour le tenir en
état, fans le
preffer. On laifle ce
remede deux ORL vingt-quatre heures
fur la partie affligée fans y toucher, &
au bout de ce tems-là, on trouve le Panaris réfolu avec un petit trou dans la
peau, parl lequel la matiere acre & mordicante, qui caufoitla douleur, en rongeant, ou picottantl'extrémire desnerfs
s'eft écoulée. Ony met un peu d'onguent rofat, pour le fermer en l'adouciflant, & dans deux ou trois jours on
efta abfolument quitte d'un mal qui doni
ne fouvent bien de l'exercice au Chirurgien & au malade.
Je me fervis de ce remede comme
je viens de
l'expliquer, 2 avec autant de
bonheur, que les douleurs aiguès que je
I
picottantl'extrémire desnerfs
s'eft écoulée. Ony met un peu d'onguent rofat, pour le fermer en l'adouciflant, & dans deux ou trois jours on
efta abfolument quitte d'un mal qui doni
ne fouvent bien de l'exercice au Chirurgien & au malade.
Je me fervis de ce remede comme
je viens de
l'expliquer, 2 avec autant de
bonheur, que les douleurs aiguès que je
I --- Page 473 ---
Françoifes de LAmbrigue. 453
reffentois, s'évanoiirent en peu de
momens, & ayant levé l'appareil au 1702,
bout de deux jours, je me trouvai f
abfolument guéri, que je ne fus obligé
dappliquer d'autre onguent que celui
de Chirurgien, s'elt-a-dire, du linge
blanc.
Cette expérience m'ayant fait connoître la bonté de ce xemede,) je l'ai
donné à beaucoup de perfonnes qui
étoient artaquées de ce mal, &c il a eu
toujours le mème fuccès.
de débiPendant que je fuis en train
ter des remedes, en voici encore un,
que je fis mettre en pratique fur un
ne
rompu en
REE
Negre, quisétoit
avec un autre, qui étoit plus fort
lui.
me fouvins de l'avoir lû
romdies
Je deJean Struis Hollandois. L'efvoiages
fet quil .
leut fur cet enfant de 14à15 ans
m'a convaincu de fa bonté.
Il faut prendre deux douzaines pourles Remede
d'ceufs pondus le même jour qu'on les ruptutes,
employe; on les caffe, & on jette le
blanc; on met le jaune fur le feu dans
une poële neuve ou tellement écurée
qu'elle ne fe fente point d'avoir jamais
contenu rien de gras, On les remuë, &
on les broiille incelfamment, pendant
qu'ils font fur le feu, jufquàce qu'ils --- Page 474 ---
454 Nonveans Foyages AuX Ifles
foient entierement cuits, & comme
E702. brûlés. Pour lors on les retire, & on
les met dans un linge, dans lequel on
lespreffe pour en exprimer toute Phuile
qui en
fortir.
qu'on
les
on
penbe
prépare
ceufs,
fait coucher le malade fur le dos fur un
matelas fans chevet, &.on met fous le
matelas quelque chofe qui éleve les
cuiffes & les reins plus haut que lesépaules. Dans cette finuation, on remet les
inteftins fortis dans leur place, & on
oinctla 1 Parricafligée avec l'huilequ'on
aexprimé des culs le plus chaudement
qu'il eft poflible, & on applique les
ceufs dont on a tiré lhuile,en maniere
de cataplâme far la partic. On fait un
bandageavec de bonnes compreffes que
l'on ferre affez fortement, pour tenir le
tout en état, mais fans rien comprimer. On retire ce remede tousles cinq
jours. Etau bout de 20,25 ou 3ojours,
la rupture fe trouve entierement confolidéc. Il faut donner pendant ce temslà peu de nourriture au malade, & peu
à boire, afin qu'il ait moins befoin de
fe lever, & quand ily eft obligé, il
faut tenir la main fortement appliquée
furla rupture. Le Negre que je fis traiter fut guéri en quinze jours. Cepen-
rien comprimer. On retire ce remede tousles cinq
jours. Etau bout de 20,25 ou 3ojours,
la rupture fe trouve entierement confolidéc. Il faut donner pendant ce temslà peu de nourriture au malade, & peu
à boire, afin qu'il ait moins befoin de
fe lever, & quand ily eft obligé, il
faut tenir la main fortement appliquée
furla rupture. Le Negre que je fis traiter fut guéri en quinze jours. Cepen- --- Page 475 ---
Frangoifes de Amerique. 455
dant par précaation; je le fis demeurer
trente jours dans le remede. Jc ne l'ai 1702,
pas éprouvé fur des perfonnes plus
agées; je nc doute pourtant pas qu'il
n'elt le même effer, quoique la cure
dàr peut-être plus longue. Mais je ne
dis ceci que par conjedture, car je ne
fuis pas Médecin.
CHAPITRE XXII
Prife de la Partie Françoife de Saint
Chriftopbe PAr les Anglois.
Ous apprimes à la Guadeloupe lc
N 19. Juillet, parune de nos Barques armée en courfe, que la Patrie
Françoife de PIfe de S. Chriftophe
avoit été prife la nuit du IS au 16 du
courant. Cette Barque qu'on avoit envoyée
croifer entre Nieves & Antigues, POUtrO eu le bonheur d'en prendre deux autres chargées de Negres &
de butin, que les Anglois avoient enlevés à nos compatriotes, & qu'ils envoyoient à Antigues.
Nous Içavions depuis quelques jours Prifede
que les Anglois fe préparoient à atta- S. Chrif- --- Page 476 ---
456 Nowveaux Vroyages aux Iles
quer cette Colonie, & nous
1702. fa perte comme
regardions
cerraine, parce que le
tophe en Comte de Gennes qui y
1702, avoir peu d'Habirans
commandoit
les armes, féparés, capables de porter
éloignés les uns des
autres, > fans pouvoir lc réiinir
paffant par les Quartiers des
qu'en
& que les quarre Compagnies Anglois 5
de la Marine, qui
détachées
icompoloient fa Garnifon, ne faifoient pas cent foixante
hommes, gens ramaflés, peua
& se-malinmentionnés,
aguerris,
teSrde Un des Lieutenans de Roi de cette
Chateau-Ifle, nommé
vieux homme
Château.vieux, GentilLicuteProvençal, quiavoit été
nantde tems Capiraine
longRoi de
de Grenadiers en FranS. Chrif- ce, & fur! l'expérience duquel on
cophe, toit beaucoup, prir une réfolution compfit juger un
finiftrement de fa bra. qui
voure, ou ER fa bonne
volonté; ce fut
d'importuner le Comte de Gennes, de
lui permettre d'aller
demander du fecours au alaMartinique Commandeur de
Giraut Lieutenant au Gouvernement
Général des Ifles, qui commandoit en
chef depuis la mort du Comte Defnots
Gouverneur Général.
Le Comte de Gennes fit ce qu'il
pour lui ôter la démangeaifon de
ce
net
voyage, en luien repréfentant l'inutilité,
bonne
volonté; ce fut
d'importuner le Comte de Gennes, de
lui permettre d'aller
demander du fecours au alaMartinique Commandeur de
Giraut Lieutenant au Gouvernement
Général des Ifles, qui commandoit en
chef depuis la mort du Comte Defnots
Gouverneur Général.
Le Comte de Gennes fit ce qu'il
pour lui ôter la démangeaifon de
ce
net
voyage, en luien repréfentant l'inutilité, --- Page 477 ---
Françoifes detAmérique. 457
tilité, & le beloin qu'il avoit de fa
1702.
à la veille
dis
éroient
fonne, pmifqurils fur les bras. Il y convoir les ennemis
tous fes effentit à la fin, inutiles, voyant & que qu'en cas de
forts étoient
lui reprocher
matheur, 3 on pourroir feur de
au
PCRaLaE
s'il avoit d'aller permis chercher du fecours à la
vieux
il auroit été en état de
Marinique,
fauver fa Colonic. de Roi ipaffa à la GuaCe Lieutenant comme dans ce tems là j'édeloupe 5 &
le Gouverneur,
tois toujours avec
l'on Elitnt
conduire les travaux, que
témoin
la défenfe de l'Ife, j'étois monde étoit
Eere l'étonnement oit toutle
Offidu peu de diligence que faifoit le cet Maitre
cier, jufques là mème, devoit que
à la
de la Barque qui le
paffer deux
vint prier M. Auger
Marrinique, trois
de le faire embarquer, ou
ou
fois,
de lui
de partir, de parce faire
l'empéchoit
cet
étoit néMET
voyage avec la diligence, de fes qui Maitres: de
cellaire aux intérêts plàtôr la prife de
forte que nous fcâmes l'arrivée de ce
Saint Chriftophe,
Lieutenant de Roi trs Martinique.
Voici de quelle maniere cette affaire
s'eft pallée. Je n'y étois pas préfent 9
Tome VII.
V --- Page 478 ---
495 Nowveaux)
aux Ifles
mais sjen étois peu
& jem'en
FASCA
fuis inftruit à fond par les rapports de
1702. quantité de perfonnes d'honneur & de
mérite qui étoient, & qui n'avoient
aucun ral de déguifer la vérité; &c
par les pieces du procès
l'on fit au
Comte de Gennes après fire reddition de
l'Ifle.
Les Anglois n'avoient pas attendu
des nouvelles certaines de la Déclaration de la Guerre, pour commencer à
piller Jes François, & à leur enlever
leurs Efclaves; ils avoient même coupé
toute la communication entre les Quartiers François, en empèchantle pallage
fur leurs terres, & exerçoient par avance, & impunément toutes fortes d'adtes
d'hoftilité. Ils reçurent enfin avant nous
la Déclaration de la Guerre, &c dès cC
moment, , ils ne garderent plus du tout
de mefares. Ils (çavoient létat de notre
Colonie auffi-bien que nous-mèmes 2
& ils étoient afffarés qu'elle ne devoit
attendre aucun fecours, ni de la Martinique, ni des autres Ifles, & que nous
n'avions aucun Vaiffeau de Guerre, qui
pit traverfer leur deffein. Quant aux
retranchemens que l'on avoit faits au
tour du Bourg, & à la Ravine Guillou,
qui étoit notre Frontiere, ils y avoient
res. Ils (çavoient létat de notre
Colonie auffi-bien que nous-mèmes 2
& ils étoient afffarés qu'elle ne devoit
attendre aucun fecours, ni de la Martinique, ni des autres Ifles, & que nous
n'avions aucun Vaiffeau de Guerre, qui
pit traverfer leur deffein. Quant aux
retranchemens que l'on avoit faits au
tour du Bourg, & à la Ravine Guillou,
qui étoit notre Frontiere, ils y avoient --- Page 479 ---
Frangoifes de PAmerique. 459
paffe trop de fois, pour n'en avoir & pas la 1702.
remarqué les mauvaifes façons,
foibletle, & la précaution quilsavoient
d'empecher la comhmunication
prife,
, les mettoit en état de
de nos Quartiers,
fans
tout ofer, & de tout entreprendre
rien rifquer. Comte de Gennes n'ignoroit pas
Le
les Anglois faifoient
les prépararifs que
clairement
pour lattaqueri & ilvoyoit de foûtenir
lui icroit impollible n'avoit en tout
aam éforts, lui qui
cens hommes y comquenviron les EETS de la pointe de Sable,
pris
détachées de
& les
Compagnies
fa Garnila ATLLETE qui compoloient il eft naturel
fon. Cependant comme
eft
d'éloignet le danger autant qu'il pof
fible, & qu'engagnant du tems,1 il pouvoit recevoir quelque fecours ine(péré,
il fit propoler au Général concordats des Anglois de
T'obfervation des anciens
Mais
neurralité entre les deux Nations.
les Angloisqui (e fentoienclesplus forts,
n'eurent garde d'y donner! les mains; au
contraire, le fieur Chriftophe Codrington Général de leurs Ifles fous le vent,
vint d'Antigues à S. Chriftophe ,8 y
amena le reite du Régiment de Bregeis,
dont il y avoit déja quelques CompaVij --- Page 480 ---
460 Nowveaux Voyages aux Ifes
dansleur Fort de la grande Rade;
1702. Fi fut joint
une partie des Milices
d'Antigues &a de Nieves , qui faifoient
près de douze cens hommes, fans ceux
des mêmes Ifles, qui devoient débarquer aux Saliaes > afin d'attaquer le
Bourg François des deux côtés en même
tems: de forte que les Troupes Angloifes montoient à plus de deux mille cinq
cens hommes.
On pourroit peur-être s'étonner que
je donne la qualité de Général des Ifles
fous le Vent au fieur Codrington. En
voici la raifon ; les Anglois ont trois
Gouverneurs Généraux danslesiflesqui
font fituées dans le Golphe du Mexiqui font tous trois indépendans
feraa uns des autres, à moins que quelqu'un deux n'ait le titre de Vice-Roi,
comme cela eft arrivé quelquefois à celui de la Jamaique : car pour lors les
deux autres lui obéiffent.
Le plus ancien de ces trois Gouvernemens Généraux, eft celui des Ifles qui
font fous le Vent. On comprend fous
ce nom la partie Angloile de Saint
Chriftophe, qui eft leur premiere Colonie auffi bien qu'aux François, les
Ifles de Nieves, ou Nevis, Monfarrat, Antigues, la Barboude, Panef-
Vice-Roi,
comme cela eft arrivé quelquefois à celui de la Jamaique : car pour lors les
deux autres lui obéiffent.
Le plus ancien de ces trois Gouvernemens Généraux, eft celui des Ifles qui
font fous le Vent. On comprend fous
ce nom la partie Angloile de Saint
Chriftophe, qui eft leur premiere Colonie auffi bien qu'aux François, les
Ifles de Nieves, ou Nevis, Monfarrat, Antigues, la Barboude, Panef- --- Page 481 ---
Frangoifes de Amérigue. 461
,&lAnton autrement la grolle Vierge,
1702.
guille. Le fecond par le rang d'ancienneté, Ifle eft
eft celui de la Barbade. Cette
atl Vent ou àlE de toutes les Antifles. fon
étoit feule: & que,
Quoiqu'elle
fes
étendué ne foit pas confidérable,
richelfes, fon grand trafic, & le nombre de fes Habitans, s lui ont mérité GéPhonneur d'avoir un Gouverneur.
nenal.qaiad'ontinaiter fouslui un Gou-
&c des Commanverneur particulier.
font
dans dans les Villes & Bourgs qui
répandus dans fon Ifle.
Le troifiéme eft celui de la Jamaidont la Jurifdiction s'érendoit fur
que, les Ifles de la Providence, & fur celle
de Sainte Catherine, avant que les An- les
Efpagnols l'euflent reprife fur
glois. Cette Ile eft une des
grandes
du Golphe du Mexique. TOnt lui donne
cinquante lieiies delong, & vingecinq
de large, > ce qui doit faire une circonférence de cent quarante à cent cinlieies. Les Angloisavoient fouquante vent tenté de s'en emparer 5 fi on en
croit Jean de Laet, le Chevalier Antoine Sherleien prit une partic avec la
aufCapirale en 1596. qu'ilabandonna
V iij --- Page 482 ---
462 Nonveanx Payages AMN
fiôr après. Mais cela he
Ifles
1702. vraifemblable,d moins paroit gueres
n'ait voulu infinuer
que cet Auteur
les Anglois s'étoient (implement, rendus
que
dans une irruption de
maitres
cette Mfle, qu'ils la pillerent, quelque & partic de
donnerent auflitèr, n'étant
l'abandes'y maintenir,
pas en érat
que le Chevalier comme nous (gavons
pillé quelques Villes François fur les Drack côtes avoit
mer du Sud en 1579. & même la de Ville la
de Port-Ric Capirale de P'Ifle du
nom en 1595- Car quoique ces même Infulaires fe fuflent établis à la Vermude dès
l'année 1612. & à la nouvelle
terre, s qui fair une partie du Canada, Angletain quelques années auparavant, il eft cerqu'ilsn'ont point en d'érabliflemens
dans les Ifles du Golphe du
que dans l'année 1627. que Mexique le hafard
ayant conduit à l'Ifle S. Chriftophe le
Capiraine Defnaubuc François, & le
Capitaine Ouvernard Anglois, cesdeux
Nations sy établirent, & enfuite dans
les Ifles voifines; ce qui donna enfin OCcafion aux Anglois de penfer à des établiffemens plus confidérables, & à la
conquêre de la Jamaique.
On doit convenir qu'ils ont été ex--
cités à cette entreprife par le fameux
-
le hafard
ayant conduit à l'Ifle S. Chriftophe le
Capiraine Defnaubuc François, & le
Capitaine Ouvernard Anglois, cesdeux
Nations sy établirent, & enfuite dans
les Ifles voifines; ce qui donna enfin OCcafion aux Anglois de penfer à des établiffemens plus confidérables, & à la
conquêre de la Jamaique.
On doit convenir qu'ils ont été ex--
cités à cette entreprife par le fameux
- --- Page 483 ---
Françoifes de LAmbrigue. 463
Thomas Gage, qui étant reveApoftat
en Angle- 1702.
nu de la Nouvelle Epagne fa Reli- Avis (ur
terre en 1638. & ayant abjuré
S la Reladonna desMémoires très-amples tion de
gion
tout ce qu'il avoit Thomas
& tres-inftrudifs,der où il avoit de- Gage.
remarqué dans les pais facilité
fes
meuré, & fit voir la
que rendre
auroient de s'en
compatriores maitres s'ils les vouloient attaquer. La
Relation de fes voiages que l'on a don- traduite en François, & que l'on a
née au Public en 1680.n'eft de à fes propre- Méextrait
ment parler qu'un de
du caracmoires. Il eft facile
juger
&
tere de fon Auteur en la parcourant, inconfd'y découvrir un cfprit leger, médifante,
tant, & double, une langue
de perun cceur rempli d'ingratitde, un Icéfidie, & d'avarice ; en un mot,
lérat caché fous un habit Religieux. ait
On ne peut nier qu'il ne nous du
donné de très-belles connoiffances
Mexique es & des Provinces de la Nouvelle Efpagne qu'il a parcouru. Ceux
en avoient écrit avant luin'avoient
qui và
les bords dela terre 5 l'intérieur
que leur étoit inconnu, aufli n'en
du pais
tresimparfaitemenc,
ont-ils parlé que
des
le
& far des conjeêures ou
rapports
fouvent incertains 2 & toujours
plus
V iv --- Page 484 ---
464 Nouveanx Yoyages Aux Ites
fnjets à caution. Thomas
nous
1702. en ainftruits d'une maniere plus Gage (çavante, plus ample, plus circonftanciée; &
quoiqu'il ne foit pas allez entrédans le
déail des Manufactures, & de la culture des Cannes à Sucre, de la Cochenille, de IIndigo, du Rocou, de la
Vanille, & dequelques autres marchandifes
fe fabriquent fur les lieux où
ila a Ead on ne laiffe pas de lui être obligédu foin qu'ilapris, &c del'exaétitude
avec laquelle il a écrit une infinité de
chofes dont On n'avoit pas
lors de connoiffance, & qui cujufqu'a- nous ont
fervi depuis à nous éclaircir de ce qui
manquoit dans fes écrits.
Mais ce qu'on ne lui peut
paffer, 3
c'eft la fatyre continuelle & FEIEL
fait de la Religion, & de fes Miniftres, qu'il
Quiétolt fans fe fouvenir
Thomas
qu'ilétoit né de parens
Gage. très-Catholiques, qu'il avoit été élevé
dans la même Religion, qu'il avoit été
promeu aux Ordres facrés, & qu'il
étoit parti d'Efpagne
aller prècher
la foi dans les
& peut-être
à
iintean
la Chine ou au Japon, où la gloire du
martyre auroit été la récompenfe de fes
travaux, comme elle l'a été pour une
infinité d'autres Religieux de différens
ordres, qui font établis aux Philippi-
avoit été élevé
dans la même Religion, qu'il avoit été
promeu aux Ordres facrés, & qu'il
étoit parti d'Efpagne
aller prècher
la foi dans les
& peut-être
à
iintean
la Chine ou au Japon, où la gloire du
martyre auroit été la récompenfe de fes
travaux, comme elle l'a été pour une
infinité d'autres Religieux de différens
ordres, qui font établis aux Philippi- --- Page 485 ---
Francoifes de LAmérigue. 465
nes, dont les Convents doivent être
regardés comme des Séminaires illuf- 1702.
tres, où ceux que l'on éleve apprennent par les exercices 32 la pénitence la
plus auftere, & de la vie la plus parfaite, à fe préparer au martyre. Heureux
s'il avoit obéi à la voix de Dieu, qui
F'appelloit à une fin fi relevéc, & s'il
ne ie fût point lailfé entraîner aul defir
de mener une vie plus douce, & d'amaller des richeffes. Ce fat dans l'exacte.verité ce qui l'obligea à fe fouftraire
del'obéiffance de fes Supérieurs, às'enfuir à Guatimala, & non pasla crainte
de rifquer fon falut, s'il continuoit fon
voyage aux Philippines, , comme ill'avance fans honte, & fans prudence,
pour excufer fa lâche défertion.
La maniere charitable dontil fut reçu à Guatimala, & enfuite employé à
la conduite des ames, devoit lui infpirer des (entimens dc reconnoilfance
fes Confreres. On voit au lieu de
pour celaqu'il femble n'avoir écrit que pour
les déchirer, & qu'il n'a employé les
douze années quila demeuré avec eux,
qu'à amaffer des (ommes confidérables
par des voyes dont il ne fçauroir cacher
Piniquité, &à examiner lac conduite de
ceux avec qui il vivoit, pour la cenfuVv --- Page 486 ---
466 Nonveaux Poyages AnX Ifles
rer, & la noircir par des
1702. indignes d'un homme
calomnies
d'honneur,
qui a tant foir
peu vir
& qui ne peuvent ferqu'à découvrir fon méchant
& fon mauvais cceur. Irerournadl'A- efprit,
mérique en 1654. avec la Flotte Angloife, qui ayant manqué deux entreprifes qu'elle avoir faites fur la Vera
Crux & la Havanne, s eut enfin le bonheur des'emparer de la Jamaique; Thomas Gage y mourut l'année faivante
miférablemene, comme il convenoit a
un Apoftar. J'ai cru pouvoir faire cette
petite digreflion, afin que ceux
liront fon voyage ne fe laiffent pas qui farprendre
les calomnies & les fauffetés dont Rreds rempli, Jereviens à mon
fisjer.
Le quinziéme jour de Juiller
on vit paroitre fur les neuf heures 1702. da
matin quatre Vaiffeaux Anglois, un
defquels portoit pavillon quarré au
grand mât, avec environ vingt Barques,
qui defcendoient de la pointe de Nieves, & qui s'approcherent de la Rade
du Bourg François de S. Chriftophe far
le midi, &c. prefque dans le même tems
le fieur Hamilton Major Général des.
Ifles Angloifes, envoya un Trompette
accompagné d'un réfugié François, au
I
1702. da
matin quatre Vaiffeaux Anglois, un
defquels portoit pavillon quarré au
grand mât, avec environ vingt Barques,
qui defcendoient de la pointe de Nieves, & qui s'approcherent de la Rade
du Bourg François de S. Chriftophe far
le midi, &c. prefque dans le même tems
le fieur Hamilton Major Général des.
Ifles Angloifes, envoya un Trompette
accompagné d'un réfugié François, au
I --- Page 487 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 467
Corps de Garde de notre Frontiere, Comte qui de 1702.
demanderent à parler au
Gennes. On leur banda les yeux, & on
les conduifit chez le fieur de Gennes, >
àqui cet envoyé dit, que le fieur à Ha- la
milton le prioit de fe tranfporter
Frontiere avec fix Officiers, & qu'ils'y
trouveroit avec un pareil nombre, pour
lui communiquer quelque chofe qu'il de
avoit intérêt de fgavoir. Le Comte de
Gennes après avoir héfité un peu furtems,
qu'il craignoit quelque aller. Il
Era détermina enfin dy
prife, le fieur Hamilton, qui lui dit,
trouva avoit ordre de l'informer ,
la
qu'il étoit déclarée, &
M. ec GéGuerre
avoit Cote de la Reinéral Codrington de le fommer de lui
ne d'Angleterre,
de S.Chrifremettre la particFrangonife Gennes lui réponrophe. Le fieur"de beaucoup de ré:
dit qu'il ne falloit pas
à une
fexion, pour faire réponfe étoit Teeia
reille propolfition, & qu'il
de faire fon devoir. Le fieur Hamilron dans
lui dit, qu'il attendroit fa réponfe
ils fe féparedeux heures, , après quoi étant revenu
rent, & le fieur de Gennes auflitôt les Officiers
chez lui, affembla
dans le QuarMajors, qui fe trouverent de Miliçe 2
tier, avec les Capitaines
Vvj --- Page 488 ---
468 Nonveanx Fayages Aux Ifles
Confeillers. & principaux Habirans
1702. qu'on pir affembler.
1 Le Comte de Gennes leur communice
le fieur Hamilton lui avoit
E & gecr demanda leur
les Officiers Majors qui allifterent fentiment, àce
Confeil étoient le fieur de Valmeinier
Licutenant de Roi, & le fieur Bachelier Major. Les noms des autres font ici
inutiles. On demanda d'abord au Major en quoi confiftoient les forces du
Quartier, à quoiil répondit, qu'il
avoit que deux cens quarante-cinq hom- n'y
mes portant les armes, y compris les
trois Compagnies de Soldats de'l la Marine, Cette réponfe ayant excité une
grande diverfité de fentimens dans l'affembléc, troit fon on propofa que chacun metfentiment par écrit, ce
fut
exécuté, & ilfe trouya que de
perfonnes
étoient
catet
bléc,
qui
dans cette aflemdouze furent d'avis de
& derendrela partie
capituler,
Frangoifeaux An.
glois, aux meilleures. conditions
Ion en pourroit obtenir. Ce
que je
viens de dire, eft le précis d'un
cat
les
schat
que
Officiers & Habitans donnerent au Comte de Gennes le 19 du
même mois de Juillet, qu'ila
au procès qu'on lui fit pour raifon produit de la
catet
bléc,
qui
dans cette aflemdouze furent d'avis de
& derendrela partie
capituler,
Frangoifeaux An.
glois, aux meilleures. conditions
Ion en pourroit obtenir. Ce
que je
viens de dire, eft le précis d'un
cat
les
schat
que
Officiers & Habitans donnerent au Comte de Gennes le 19 du
même mois de Juillet, qu'ila
au procès qu'on lui fit pour raifon produit de la --- Page 489 ---
Frangoifes de Amerigue. 469
reddition de l'Ifle; mais dans lequel il
une chofe effentiellesqui .
étoit 170 2.
manquoit
accomde marquer conférence ceux quilavoient qu'il eut avec
pagné i la
le fieur Hamilton, & de témoigner
qu'il ne s'étoit rien pallé de fecret dansla entr'eux, comme on len a accufé
fuite. Ileft certain que dans l'état ou étoit
la Colonie Françoife de Saint Chrifto- meilfaire de
ce qu'elle pouvoir Le fieur de ValE: éroitdecapituler.
Comte de
meinier avoit propolé au
avec le
Gennes avant la conférence
le
Major Hamilton 1e > d'abandonner TrouBourg, & d'aller avec toutesles auffi
pes joindre le fieur de Courpon
Lieutenant de Roi, quicommaindeirala
pointe de Sable, en: paffant par Cayon- odil
ne & par la Cabeftere défaire Angloife, les ennemis,
auroit été facile de
fe trouver fur le chemin..
qui pourroient
le
I
autrefois
C'étoit le parti qu'avoit pris
l'ai dit
Chevalier de Sales, comme je
dans un autre endroit, 8c on pouvoit heureux
elpérer qu'il auroit un auffi
fuccès pour le Comte de Gennes qu'il le
avoit eu
ce Chevalier ; mais
fieur de Rofont ne voulut pas fuivre ce
Confeil,& il aima mieux rendrel'lfle, --- Page 490 ---
470 Nonvean Froyages Aux Iles
que de penfer à la fauver en courant
1702. quelque rifque. On va voir la vérité de
ce que dis, par la copie d'un aéte
qu'ii
au ficur de Valmeinier.
Tat
Je certifie que le 15 de Jnillet AS
tir de la Mefe du Pere Girard, faer far- ce
que les Anglois nons avoient fait quelgues
attes d'boftilité, comme de boucher les
chemins, de briler un de nos Corps de
Garde, d'arrêter Hn Oficier de Milice, 3
M. de Valmeinier me propefa de les attaguer, d de paffer par le Quartier X
de
Cayonme > PoNr nOuS joindre a M. de
Comrpan, ce que je n'ai
voulu faire
pour des raifons dont je Meutas
an Roy. A Saint Chripophe le 19. compte Jwilles 1702.
Signé, DEGENNES,
Cette piece & quelques autres
je
me difpenferai de rapporrerici, Rrcete
en partie les fondemens du procès que
le Comte de Gennes eut à effuyer
la prife de la partie Françoife de après Saint
Chriftophe, danslequel le fieur de Valmeinier fut auffi envelopé, pour ne s'etre pasoppofé auffi vivement qu'il fembloit le pouvoir faire à cette reddition.
C'eft pourquoi ayant à parler fouvent
I
2.
Signé, DEGENNES,
Cette piece & quelques autres
je
me difpenferai de rapporrerici, Rrcete
en partie les fondemens du procès que
le Comte de Gennes eut à effuyer
la prife de la partie Françoife de après Saint
Chriftophe, danslequel le fieur de Valmeinier fut auffi envelopé, pour ne s'etre pasoppofé auffi vivement qu'il fembloit le pouvoir faire à cette reddition.
C'eft pourquoi ayant à parler fouvent
I --- Page 491 ---
Fvançoifes de PAmerigne. 47T
deux Officiers dans le cours de
de ces
croi
le Public ne fera 1702.:
cette affaire, je les que lui faffe connoître. Hiftoire
pas faché Comte que je de Gennes étoit d'une an- du ComLe famille noble de Bretagne, qui te Gennes. de
cienne
mifere,
étoit tombée dans une fi grande
le
de celui dont il eft ici que(-
que pere
trouvé d'autre moyen
tion n'avoit point 8centretenir fa famille,
pour celui fubfifter, d'exercer un art mécanique >
que
néceffaire de la Méqui fait une LesBretons, partie en cela bien plus'
decine.
fages
les autres gens, àla prétendent NoblefEidar ne fait aucun tort
2 trouve fouvent par-làle moyen le
de 2 relever, &c de rentrer dans
monde avec un éclat proportionné à la
quantité des biens qu'on a eu l'induftrie
d'acquérir
cette efpece d'éclip- l'afe ou de faeti où la pauvreté
voit enfevelie; c'eft ce quils appellent
#ne Noblefe qui dort , en réveille. attendant Le
meilleuse fortune lar
qu'une Maréchal de Vivonne paffant en Bretadans le jeune de:
gne, & remarquant
à exceller en
Gennes, un efprit propre "la Profeflion de
d'autres chofes qu'en
& le
fon pere, le tira de la Boutique,
mena avec lui à Mefline, & Payant la Ma- pris
en affection, ill le fit entrer dans --- Page 492 ---
472 Nonveanx Froyages Aux Ifles
rine, où ayant fervi avec
de
1702. diftinétion, &c s'étant fait beaucoup connoitre
Marquis de Scignelay I > & enfuite au à
Mellieurs de Pontchartrain Sécretaires
d'Erat, qui avoient le département de
la Marine, il fut employé en diverfes Commiflions dangéreufes hors du
Royaume, defquelles il s'acquitta avec
tant de bonheur & de fidélité,
fut
fait Capiraine de Vaiffeau, & qu'il Chevalier de S. Louis : il eut des
fions confidérables,
lui & penfa famille, & ayant EER gratifié d'une pour
grande étenduè.de pais dans la TerreFerme de Cayenne, le Roi eut labonté de l'ériger en Comté, fous le nom
de Comté d'Oyac, & c'eft pour cela
qu'on T'appella toujours depuis le Comte de Gennes. C'étoit un homme d'un
elprit merveilleux, pour les Mathématiques, &c furiout pour cette partie qui
regarde la Mécanique. Ilavoit inventé
plufieurs machines très-belles, très-curieufes, & très-utiles, comme des Canons & des Mortiers brifés, des fleches
SCrts brûler les voiles des Vaifieaux 2 3
Horloges fans refforts, & fans contrepoids > toutes d'ivoire, un Paon
dont j'ai déja parlé, qui marchoit, &
qui digéroit, une boule applatie fixr
iques, &c furiout pour cette partie qui
regarde la Mécanique. Ilavoit inventé
plufieurs machines très-belles, très-curieufes, & très-utiles, comme des Canons & des Mortiers brifés, des fleches
SCrts brûler les voiles des Vaifieaux 2 3
Horloges fans refforts, & fans contrepoids > toutes d'ivoire, un Paon
dont j'ai déja parlé, qui marchoit, &
qui digéroit, une boule applatie fixr --- Page 493 ---
Françoifes de Amerigme. 473
fes deux poles, qui montoit d'elle-me- 1702.
me fur un plan prefque douicement perpendieulai- & fans
re,& qui defcendoit
tomber, lorique fes refforts, qu'elle
renfermoit, éroient arrivés à leur terme, &c une infinité d'autres ouvrages 1126
quele Roiavoit vûs avec occafions plaifir. où il
toittrouvé en différentes de
fi fa
fe feroit acquis plus réputation, de
valeur avoit été accompagnée
deb bonheur; mais il In'étoit
E
& c'eft fouvent ce qui fait que le monde condamne les entreprifes les mieux
concertées, & cxécutées avec le plus
de vigueur & de conduite, parce
à ce
Rox
le fuccès n'a
répondu
que le Comattendoit. Afmuiese en 1695.
mandemént d'une Efcadre de Vaiffeaux
du Roi, armés pour le compte de quelqui avoient obtenu
ques particaliers, de faire un établifleune permillion Détroit de Magellan, ou aux
ment au dans la Mer du Nord ou du
environs
chemin faifant PIle & le
Sud. de Il prit Gambie fur la côte d'Afrique,
Forc & fe récompenfa par cette prife de tous
les frais de larmement. Le fieur Froen a donné une petite Relation.
ger Jai entre les mains les Lettres Patentes inféchoué, & les
de cet érabliffement --- Page 494 ---
474. Nonveanx
Anx Mles
truétions qui avoient E2ET dreffées
1702. cette entreprife, qui peuvent fervir pour de
modele pour d'autres femblables, tant
elles font bellesy & pleines de fagelle,
de jugement, & de précautions. Avec
tout cela le Comte de Gennes ne réiiflit
point, fa mauvaife étoile l'accompagna
roujours, fcs Vaiffeaux fe
féparerent s
quelques-uns s'en retournerent en France fous de méchans prétexres ; lui &
ceux qui entrerent dans le Détroit de
Magellan y fouffrirent beaucoup, & ne
purent faire aucun établiffement, parce
que les chofes les plus néceffaires lui
manquerent par la retraite de fes autres
Vailleaux:d de forte
fans la prife de
Gambie, & celles des quelques Anglois
qu'il enleva vers les Ifles du Vent, fes
Armateurs n'auroient pas eu lieu de fe
loiier de ce voyage. Ce qu'il en apporta
de plus curieux furent des écailles de
moulles d'une grandeur extraordinaire,
dontilavoit trouvéle moyen de découvrir la beauté, en les faifant palfer fur
la meule, & dont on fait destabatieres
d'un grand prix. Le Comte de Gennes
avoit été marié deux fois Je ne fuis
affez bien informé de fon premier ma- pas
riage pour en parler, il n'en avoit eu
que deux ou trois filles. Ilépoufa en fe-
. Ce qu'il en apporta
de plus curieux furent des écailles de
moulles d'une grandeur extraordinaire,
dontilavoit trouvéle moyen de découvrir la beauté, en les faifant palfer fur
la meule, & dont on fait destabatieres
d'un grand prix. Le Comte de Gennes
avoit été marié deux fois Je ne fuis
affez bien informé de fon premier ma- pas
riage pour en parler, il n'en avoit eu
que deux ou trois filles. Ilépoufa en fe- --- Page 495 ---
Frangoifes de Ambrigue. 475
condes nôces la fille d'un riche Comde la Rochelle, nommé Sa- 1702.
merçant vouret, dont il a eu un fils, qui eft àdans la Marine. La Comteffe de
préfent aufli-bien
fon
&
Gennes
avoient que
été époux, de la Retoute leur famille Réformée, elle s'étoit
ligion Prétenduë
convertie de bonne foi, &cjoignoitàun
efprit fupérieur, , vafte, poli, & fort,
la faifoit efimer,
julte, une piété de tout qui le emonde. Telétoit
& refpeéter
avoit eu le ComM. de Gennes, qui
la
mandement de S. Chriftophe après
Paix de Rifwick en l'abfence du Commandeur de Guitaut Lieutenant au GouGénéral des Ifles, & Gouvernement verneur en titre de cette Ile.
Le fieur de Valmeinier alors Lieute- du Famil'le fiur
nant de Roi de S.Chriftophe, & à pré- deVal.
fent de la Martinique, eltd'une ancien- le meinier.
ne Nobleffe de Normandie s dont
nom eft Cacquerai, qui porte pour deux atmes d'or à trois rofes de gueulle, Cette faen chef, &c une en pointe.
mille qui s'eft
en vingt-trois
branches, tire CETES origine de Guillaume
fieur de la Fode Cacquerai, Elcuyer,
Anlie en Valois, qui époufa en 1470. Sansentoinette du Bofe de Rudepoat.
de
trer dans le détail des defcendans --- Page 496 ---
476 Nowveaux Voyages anx IRes
Guillaume de Cacquerai, dont la No1702. bleffe & les fervices ont été examinés
avec foin, & approuvés dans la recherche qu'on fit des Nobles en 1669. &
dans l'arbre
-
été dreffé
Généalogique s qui en a
par M. d'Hozier le I5 Aoûtt
de cette année 1702. je dois dire,
Loiiis de Cacquerai, Efcuyer, fieur que de
Valmeinier pere de celui dont il eft
queftion ici, vint s'établir à la Martinique en 165 I. & y amena un nombre
de Domeftiques engagés, avec tout. cec
qui étoit néceffaire pour faire un établiffement confidérable. M.duParquet
alors Seigneur Propriétaire de l'Ile le
reçut avec joye, ravi qu'un homme de
qualiré, quitrât la France, pour venir
demeurer chez lui. Illui donna tout le
terrain qu'il voulut, & outre cela une
exemption générale de toutes fortes de
droits, corvées, gardes, & autres devoirs aufquels les Habitans étoient obligés non feulement pour lui, mais encore pour fes Domeltiques, Engagés &c
Efclaves en quelque nombre quils fuf
fent alors, ou quils puffent être àl'ave.
nir. Cette Déclaration de M. du Parquet eft du 23 Seprembre 1654.
Le même M. du Parquer le nomma
Gouverneur de la Grenade dans la mè
générale de toutes fortes de
droits, corvées, gardes, & autres devoirs aufquels les Habitans étoient obligés non feulement pour lui, mais encore pour fes Domeltiques, Engagés &c
Efclaves en quelque nombre quils fuf
fent alors, ou quils puffent être àl'ave.
nir. Cette Déclaration de M. du Parquet eft du 23 Seprembre 1654.
Le même M. du Parquer le nomma
Gouverneur de la Grenade dans la mè --- Page 497 ---
Frangoifes de TAmérigme. 477
me année comme jel'ai dit dans un autre endroit. A fon retour en 1657. il 1701.
fut fait Capitaine de la premiere Compagnic de Cavalerie, qui fut mife fur
pied dansles Ifles, & en cette qualité il
rendit des fervices confidérables à la
Compagnic de C1664. en diffipant plafieurs léditions qui s'étoient élevées
contre le nouveau Gouvernement. Le
Pere du Tertre rapporte fort au long ce
qui fe paffa en 1666. au combat de la
Montagne Pelée, & j'ai en main un
Certificat de M. dc Clodoré, Gouverneur de la Martinique,
rend un
authentique 21 la fidélité,
témoignage du zele, & des fervices que le fieur de
Valmeinier a rendus au Roi, & à la
Compagnie dans différentes occafions
importantes. Cette piece que je me dif
penferai de rapporter ici, eft du 8 Janvier 1668.
Le Roiayant retiré les) Ifles des mains
de la Compagnic, & les ayant réiinies
à fon Domaine en 1674. le fieur de
Baas Lieutenant Général de fes Armées,
& premier Gouverneur Général des If
les, ayant eu de nouvelles
de
la bravoure, & del la fidélité fieur de
FICAC
Valmeinier en plufieurs occalions, 8
entre les autres, lorfque la Flotte Hol- --- Page 498 ---
478 Nowveanx Voyages AUX IRes
landoife commandée par Ruiter atta1702. qua le Fort Royal de la Martinique,
le nomma pour premier Confeiller du
Confeil Souverain qu'il érablit à la
Martinique, par ordre du Roile 2 Novembre 1675Son fils Louis-Galton de Cacquerai,
Efcuyer, Sieur de Valmeinier, dont il
s'agit ici, a fervienFrance dans la Marine depuis l'année 1687. Ils'eft diftingué dans toutes lesoccafions quis'y font
préfentées & furtour en 1690. au combat de lal Manche, où il fut bleffé d'un
éclat à la jambe, Il fut fait Major, &
peu après Lieutenant de Roi à S. Chriftophe à la paix de Rifwick, & s'étant
trouvéd la Guadeloupe en 1703. lorf
les Anglois l'attaquerent, comme
2t diraien fon lieu, ilfir paroitrebeaucoup de bravoure, 3 & de prudence dans
toutes les rencontres où il fe trouva. Il
acquitbeauceup de gloire en repouffant
un gros détachement des Regimens de
Charlemont & deF Fslpattis,quiavoient
attaqué la droite de notre Camp. Il Y
fut bleffé d'un coup de moufquer, qui
lui perça la cuiffe, & d'un autre coup 3
qui luie emporta le bout du petit doigr.
Ses fervices, & fa fidélité lui ont acquis
une fi jufte eftime, & une telle répura-
acquitbeauceup de gloire en repouffant
un gros détachement des Regimens de
Charlemont & deF Fslpattis,quiavoient
attaqué la droite de notre Camp. Il Y
fut bleffé d'un coup de moufquer, qui
lui perça la cuiffe, & d'un autre coup 3
qui luie emporta le bout du petit doigr.
Ses fervices, & fa fidélité lui ont acquis
une fi jufte eftime, & une telle répura- --- Page 499 ---
Frangoifes de T Amerique. 479
s'étant trouvéà Paris en 1717.
sme dans tems qu'on reçûc la nouvelle 1702.
foulevement de Habitans de la
d'un
contre leur Gouverneur
Martinique Général, & FIntendant qu'ils embar-
& renvoyerent en France, la
querent, Cour le fit partir auflitôr avec le fieur
de la Guarigue Savigny, Major de la
même Ifle, pour aller appaifer ce défordre; 8c on Pvoirparlintiuaione qu'elentiere
lel luidonna > la confiance
qu'elle avoit en lui; le fieur de Valmeinier
en 17G0. Rofele Vaffor de la
Touche, a époufé dont il a un fils qui fert dans
la premiere Compagnic des Moufquetaires du Roi.
Ceci fuppole,je vais continuer ce
quejavois commencé de dire de l'affaire de S. Chriftophe.
du ConEn conféquence du réfultat
feil de Guerre, dont j'ai parlé ci-devant, le Comte de Gennes dreffa les
Articles de la Capitulation, & les envoya au Major Général Hamilton, par
les fieurs de Valmeinier & Bachelier
Lieutenant de Roi & Major, accompagnés des fieurs Lambert & Gafton Capitaines de Milice de l'Ile. Ccs Officiers
étant arrivés au premier Corps de Garde de la Frontiere Angloile, on retint --- Page 500 ---
480 Nonveanx Foyager anx Ifes
les deux Officiers de Milice, & on con1702. duifit les deux autres dans une maifon
voiline, où le fieur Hamilton étoit
avec un bon nombre de fes Officiers.
Capitu Après qu'on fe fut affiré de part & d'auS. lation Chrif- de tre , qu'on avoit les pouvoirs néceffaitophe. res pour traiter. Le fieur de Valmeinier préfenta les Articles qu'il avoit
porté, qui furent réglés après bien L
conteftations comme on le va voir >
ayant cru que le Public ne feroit pas
fâché de voir cette picce.
Articles propofes de la Capitulation de
la Partie Frangoife de S.Chrifopbe, entre M. le Comte de Gennes, Gowverneur
pour le Roi de ladite Partie, 6 M. Hamilson, Major Général des Ifles de def
fous le Vent, des Trompes de SaMajefé Britannique.
ARTICLE PREMIER
I.
Que les Troupes du Roi fortiront
Aserd4.Tambour battant, mèche allumée, &
Bagages.
I 1 I.-
II.
Que les Officiers defdites Troupes
Accordé
aux Ca- fortiront avec leurs Bagages & Valets
efclaves;
pour le Roi de ladite Partie, 6 M. Hamilson, Major Général des Ifles de def
fous le Vent, des Trompes de SaMajefé Britannique.
ARTICLE PREMIER
I.
Que les Troupes du Roi fortiront
Aserd4.Tambour battant, mèche allumée, &
Bagages.
I 1 I.-
II.
Que les Officiers defdites Troupes
Accordé
aux Ca- fortiront avec leurs Bagages & Valets
efclaves; --- Page 501 ---
Françoifes de LAmérigue. 48x
efclaves; (çavoir, > les Capitaines. fix
les Lieutenans quatre, > &c les Enfeignes 1702.
deux.
pitaines
IIL
trois,aux
Lieutenans &
Qu'il ne fera fait aucune infulte aux Enfei- gnes un:
Religieux qui emporteront avec eux III.
tout ce qui appartient àl l'Eglife.
Accordé,
I V.
IV.
Que Meflieurs les Capitaines de Mi- lonté A"la vos du
lice, Lieutenans &c Enfcignes fortiront Générala
armés, & auront; fçavoir, les Capitaines, fix Negres;1 les Lieutenans, quatre, & les Enfeignes, deux.
V.
V.
Que Meflieurs les Officiers du Con- trois Chacun Nefeil Souverain fortiront avec fix Negres gres.
chacun.
V I.
VI.
chacun A la voQuelesautres' Habitans auront
lonté du
Général.
un Negre.
VI I.
VII.
A la volonté du
Que les familles de tous les Habitans Général,
& Officiers feront conduites ainfi quele mes fem- ne
les Troupes à la Martinique dans les feroat
Tome VII.
X --- Page 502 ---
482 Nowveaux Voyages anx. Ifes
Bâtimens qui leurs feront fournis avec
1702.. leurs hardes & bagages.
point féparées de
VIIL
ieurs ma.
gis,
Que l'Etat Major, qui confifte en
un Gouverneur , trois Lieutenans de
Roi, & un Major, s'en tiendraalhonnèteté du Général, pour la quantité
de Valets efclaves quils emmeneront
avec eux.
I X.
IX.
Qu'il fera'accordé à fix GentilshomAla volonté du mes de la fuite de M.le Comte de GenGénéral, nes trois Negres chacun, armes & bagages,
X.
X.
Accordé,
ils fortiront avec Que les Irlandois qui font établis
les Fran- dans les Quartiers François fortiront
pois, à
i'égard fains &c faufs, avec armes 8c bagages.
deleurs
alavo- Bagages
X I.
lonté du
Général.
XI,
Cue les fieurs Ravary, Choifin &
Accordé. Bourgeois feront incelfamment rendus
anflibien que ceux de la pointede Sable,
& conduits comme les autresàl la Martinique,
,
ils fortiront avec Que les Irlandois qui font établis
les Fran- dans les Quartiers François fortiront
pois, à
i'égard fains &c faufs, avec armes 8c bagages.
deleurs
alavo- Bagages
X I.
lonté du
Général.
XI,
Cue les fieurs Ravary, Choifin &
Accordé. Bourgeois feront incelfamment rendus
anflibien que ceux de la pointede Sable,
& conduits comme les autresàl la Martinique, --- Page 503 ---
Framgoifes de LAmerigue. 48;
XIL
1702.
XII.
fufdites conditions la partie Le Pofte
Qu'aux fera remife demain 16 Juil- de lou Guil- fera
Françoife à midi, & qu'il ne fera fait délivré
let 1702.
ce foir D
aucune infulte aux Habitans.
&la Baffetetie
Signé, DE GENNES. demain
ci-deffus marqués à matia.
Tous les Articles
felon qu'ils font
la marge font accordés WALTER-
(pécifiés,
Signt, HAMILTON.
de cette CapirtulaEn conféquence Pofte de la Ravine Guillou, . où
tion le
, qui
étoit un mauvais retranchement Frontiere, fut livré
défendoit notre s'y établirent, & s'y
aux Anglois auflitôt. qui Pendant quelef efieur
fortifietent Valmeinier écrivit au fieur de Courde Lieutenant de Roi, Commandant
pon
François de la pointe de
au Quartier
fignée,
Sable, quela Caniatstoneor le refte
&
pouvoir venir joindre le fieur
de T Colonie à la Balfeterre,
Lambert fut en mème-tems dépèché An-
& un Officier
avec un Trompette,
étoient débarglois aux Troupes &2 qui devoient atquées aux Salines, qui Xij --- Page 504 ---
484 Nowveaux Yroyages. aux Ifles
taquer le Bourg de la Bafleterre Fran1702. çoife à minuit, afin qu'elles demeuraffent dans leurs Poftes fans rien entreprendre contre nous, attendu que la
Capitulation étoit fignée.
Cependant le fieur Poulain Capiraine d'une des Compagnies détachées de
laMarine, ayant été fubftituéà la place
du Major qui devoit accompagner lc
fieur de Valmeinier, fut chargé de venir dire à M. de Gennes que la Capitulation étoit fignée, & que lc Pofte de
la Ravine Guillou. étoit livré aux Anglois. Le Comte de Gennes fe formahifa beaucoup de ce qu'on avoit livré
ce Pofte fans len avertir, & ayant vi
que la Capitulation n'étoit pas acceptée
tout-à-fait comme ill'avoit demandée,
il protefta qu'il ne la vouloit point accepter, 2 & qu'il aimoit mieux demeurer prifonnier de guerre avec fa garnifon,
de fubir les conditions que les
Redirc lui impofoient.
ileft certain qu'ikavoit raifon de fe
plaindre 2
le Pofte de la Ravine
Guillou eût ReRE rendu fans qu'ilen eût
été averti; mais pour le refte, il avoit
tout ce qu'il pouvoit raifonnablement
efpérer. On voit bien qu'il vouloit
quelque piece, qui fervit àle juftifier 2
ifonnier de guerre avec fa garnifon,
de fubir les conditions que les
Redirc lui impofoient.
ileft certain qu'ikavoit raifon de fe
plaindre 2
le Pofte de la Ravine
Guillou eût ReRE rendu fans qu'ilen eût
été averti; mais pour le refte, il avoit
tout ce qu'il pouvoit raifonnablement
efpérer. On voit bien qu'il vouloit
quelque piece, qui fervit àle juftifier 2 --- Page 505 ---
Françoifes de PAmbrique.
a2a
la fuite
s'il étoit inquiété dans
c'elt pour 1702.
reddition de S. Chriltophe, avec les pour- Re- -
quoi les Officiers Majors, Habitans 5
ligteux, & les principaux
voyant qu'il s'obitinoit à ne
drefle- figner
les apoftilles de la
fervir de
ComdErE
rent T'Aée fuivant pour lui
décharge.
de Roi
Nous fonfignés, > Lientenant d'Ine Major de cette IRes Capitaines du
fanterie, e antres Oficiers
Osur- 6 Off
tier de la Balfeterre, Comfeillers
ciers du Confeil Sonveram, avons prié
M. le Comte de Gennes, Commandant
le Roi, de vouloir figner les apoftil.
ponr les mifès en marge de la Capitalation par
Major Général des TrottM. Hamilton
pes Angloifes, pmifqu'on ne pent maitres faire de
antrement, les Anelois étant
tous les Qwartiers Francois, 6 ce pour
Eviter lentier dépérifement , d ruine
totale de la Colonie , qui périroit infailliblement par le masvais traitement qu'elle powrroit recevoir, 02 être retensé dans prifonniere de Gnerre > 0u ervoyée
quelque Ifle defertenyen périr Fait miférable- à la Baffement dans les prifons.
le 18 Jnillee
terre de Saint Chriftophe
Valmeinier, Bachelier 2
1701. Signés Pradines, Curreur, le Clerc,
Ponlain,
Xiij --- Page 506 ---
486 Nouveanx Foyages an IRles
Fontaine Torail, Girandet, le Palle, Bi
1702. nois, Perret, Girard Smpérienr desjéfui
tes,E.Théodole Religienx Carme, dl F.E.
leuthere Gueftier Smpériewr de la Charité.
Les Anglois entrerent dans le
de la Baffeterre fur les huit heures Bourg du
matin, Or leur configna les armes des
Soldats & des Habitans ; ils devoient
rendre celle des premiers, les autres
étoient à leur difcrétion, & par conféquent perdués.
Le fieur de Courpon Lieutenant de
Roi, Commandant à la pointe de Sable &càla Cabefterre Françoife, ne reçur point l'avis qui luiavoir été envoyé
par le fieur de Valmeinier; mais ayant
appris par un clpion, que les Anglois
vouloient faire tous leurs efforts du côté de la Balfeterre, il réfolut des'y rendre avec fon monde. Ily arriva en ef
fet quelques heures après que les Anglois furent entrés danslel Bourg,. Iln'avoit trouvé aucun obftacle en paffant
fur leurs terres à la Cabefterre & à
Cayonne, > qu'un Corps de Garde de
quinze à vinge honymes, qui étoit pofté
àdeur frontiere de la Ravine à Cabritseguisenfuitapt@avoir faitfa décharge, qui ne tua > ni ne bleffa perfonne.
Cet Officierayant appris en chemin ce
ef
fet quelques heures après que les Anglois furent entrés danslel Bourg,. Iln'avoit trouvé aucun obftacle en paffant
fur leurs terres à la Cabefterre & à
Cayonne, > qu'un Corps de Garde de
quinze à vinge honymes, qui étoit pofté
àdeur frontiere de la Ravine à Cabritseguisenfuitapt@avoir faitfa décharge, qui ne tua > ni ne bleffa perfonne.
Cet Officierayant appris en chemin ce --- Page 507 ---
Françoifes de PAmérique. 487
qui sétoit palfé > & que les s'arrête Anglois fur 1702.
étoient maitres du Bourg,
une hauteur à demie lieie du Bourg,
oà il mit fon monde en bataille, ne (ça- été
chant
certainement s'il avoit
pas dans la Capitulation. Dèsqu'il
été affaré, il vint au Bourg, où
en
loi
m
il fut concraint de fubir la mème
que les autres. il avoit beancoup de far
Comme
y
retiréds
milles Françoifes, qufs'étoient
à la Montagne ronde, & à la grande
Monragne,lel fieurLamnbert Capitaine
de Milice, demanda un ordre au Général Anglois, avec une Sauve-g garde, dans le
pour faire venir ces familles
feBourg, parce : qu'autrement elles
roient demeurées expofécs aux Le
des Coureurs.
PIURE
&c-aux violences accorda fa demande, &c lui
néral lui de fcs
de Camp-& un
donna un
Ayde
Il
Trompette 2 pour n'avoit l'accompagher. rien à craindre
fembloit qu'il
marchant avec ces furetés; de cependant lieu du
il ne fut pas à trois fur quarts & fur fa comBourg, qu'on fit
lui,
dont le Trompagnic une décharge, roide
de
pette fut tué tout
> P'Ayde & lui eut
Camp bleffé mortellement,
le falun bras tellement fracallé,qu'il
Xiv --- Page 508 ---
488 Nansnstranugra Aux Iles
lut couper quelques heures après. II
1702. tomba fous fon cheval qui fat
&
tué,
ce fut un vrai bonheur qu'il ne fàt pas
achevé par ceux qui avoient fait cette
décharge e > enragés d'avoir tué leurs
gens, en croyant tirer fur les François.
Ce Parti étoit d'environ quatre cens
hommes, qui s'étoient embulqués en
cet endroit, pour atrendre le fieur de
Courpon, qui avoit évité leur rencontre en pallant par leurs derriers, fans
qu'ils l'euffent apperçà.
On fir embarquer tous,nos François,
& au lieu de les conduire aux Illes du
Vent, comme on avoit lieu de l'efpérer > après ce queleMajor Généralavoit
promis, les Anglois les voulurent faire
tranfporter à S. Domingue,
les
avoir pillés contre la bonne a de la
Capitlation, fous de vains
dont on ne manque jamais. prérextes, Ils retinrent M. de Gennes en ôrage, pour la
fûreté des Barques qu'ilsfournirent
le tran(porc de la Colonic. Mais la pour
part de ces Bâtimens ne firent
pla- un
aufli long voyage que celui de E Domingue 5 nos gens les contraignirent
moitié de gré, & moitié de force, de
prendre la route de la Martinique, dès
qu'ils furent hors de la vue de S.Chrif-
que jamais. prérextes, Ils retinrent M. de Gennes en ôrage, pour la
fûreté des Barques qu'ilsfournirent
le tran(porc de la Colonic. Mais la pour
part de ces Bâtimens ne firent
pla- un
aufli long voyage que celui de E Domingue 5 nos gens les contraignirent
moitié de gré, & moitié de force, de
prendre la route de la Martinique, dès
qu'ils furent hors de la vue de S.Chrif- --- Page 509 ---
Françoifes de Amerique. 489
tophe;de cette maniere la plus grande
partie de la Colonie vint à la Martini- 1702.
que &la Guadeloupe, oneusleplaifir de recevoir mon bon ami le Capitaine Lambert, & de lui fournir tout ce
qui lui étoit nécellaire, pour arriyée aller join- àl la
dre fa famille, quiéroir déja
Martinique.
qui allerent
Les Barques Angloifes furent fort
jufqu'à S.I Domingue,
Le long- Comtemsà irereniras.Chailophe,
leur
te de Gennes y fut retenu jufqu'à
le Général Anglois
retour 5 après quoi & fon
&
lui rendit fes Negres
Bagage, fe retirer
lui donna un Palleport pour
o bon lui fembleroit: ilfréta un petic
Bâtiment, pour porter fur fa Comté
d'Oyac en la Terre-Ferme de Cayenne,
lesNegres que les Anglois luiavoient avoit
rendus, &c quelques autres qu'il alachetés, etant bien aife de ne point
ler à la Martinique avant d'avoir des
nouvelles du Sécrétaire d'Etat, à quiil
avoit donné avis de cequi lui étoit arrivé. Il fut encore malheureux dans
cette occalion, fon Bâtiment ne put rer
monter au vent comme il falloit faire s
gagner Cayenne ; de forte que le
pour terme de fon Palfeport étant expiré. ik
tomba entre les mains d'un Corfaire
Xv --- Page 510 ---
490 Nowveanx Troyager anx Ifles
Hollandois, qui le conduifit à S. Tho1702. mas,oui il fut déclaré de bonne prife,malgré tout ce gu'il put dire & faire,
conferver les débris de fon bien. Rot
riva enfin à la Martinique vers le mois
d'Août1703. Le fieur de Machault auffi
Capitaine de Vaiffeau, & qui étoit Gouverneur Général des Ifles depuis quelquesmois, le fitarrêter auflitôr, & mettre en fureté dans le Fort S. Pierre, où
le ficur Coullet Major dela Martinique
commença linftruétion de fon Procès
felon l'ordre qu'il en reçur du fieur de
Machault, à qui la Cour avoit ordonné
de le faire, mais d'une maniere qui lui
fir agréable, puifqu'elle ne fouhaitoit
E qu'on le trouvât coupable, ni qu'on
condamnât, à moinsqu'il ne fit convaincu d'une: lâcheré outrée dans ce
qui s'étoit paffé à S. Chriftophe. Ce
Procès fut très-long. Le Comte de Gennes fe défendit de fon micux, le fieur
de Valmeinier fut mis en caufe, aufli
bien que le fieur de Châteauvieux, &
on fit des procédures contr'eux.
Il ne paroifloir
que le Comte de
Gennes eût rien P2 craindre, puifque
comme je l'ai fait voir ci-devant, on
étoit fi perfuadé à la Martinique, qu'il
ne pouvoit pas conferver fa Çolonie, fi
Comte de Gennes fe défendit de fon micux, le fieur
de Valmeinier fut mis en caufe, aufli
bien que le fieur de Châteauvieux, &
on fit des procédures contr'eux.
Il ne paroifloir
que le Comte de
Gennes eût rien P2 craindre, puifque
comme je l'ai fait voir ci-devant, on
étoit fi perfuadé à la Martinique, qu'il
ne pouvoit pas conferver fa Çolonie, fi --- Page 511 ---
Frangoifes de PAmérigue. 491
elleétoit attaquée
les Anglois, que
le Commandeur Lo Guitaut Licutenant 1701.
Général, & M. Robert Intendant 2
avoient voulu envoyer des Barques 2
enlever toute la Colonie, & la
pour tranfporter aux autres Iles Françoifes
de jours avant qu'on eût des noupeu velles certaines de la Déclaration de la
Guerre.
Je croi pouvoir me difpenfer
ici
de pieces que
deLtE
quancité
fajuc
EtetL de Gennes produtit pour
tification: il convainquit de faux trois
miférables, qui avoient dépofé contre
lui, & les plus honnètes gens du pais
lui rendirent fervice, & dépoferent en
fa faveur. Malgré tout cela voyant que
fon affaire prenoit un mauvais train', & il
récula quelques-uns de fes Juges,
mèmel ele fieur de Machault, & propofa
fes caufes de récufation; & comme il
eut avis que le Miniftre avoit ordonné
qu'on fit entrer dans sle Confeil de Guerre le fieur de Saujon, qui commandoit:
le Vaiffeau du Roi la Thétis, quon attendoit à tous momens, avec fes Offieiers, pour examiner fon affaire, il fit:
ce quil pûr pour retarder fon jugement
jufqualeur arrivée; mais ce futen vains
on palla par deflus tous ces- ordress &
Xvj, --- Page 512 ---
492 Nowveaux
aux Ifes
fans attendre meione le Comte de
1702. Gennes fut tranfporté du Fort S. Pierre
au Fort Royal, d'une maniere dure &
ignominicufe: la Comteffe fa femme
n'eutp pluspermifion de le voir, ,à moins
qu'elle ne voulât demeurer refferrée ett
prifon avec lui fans en plus fortir, & il
futj jugé dans le mois d'Août 1704. &
condamné comme atteint & convaincu
d'une lâcheté outrée dans ce qui s'étoit
paffé a S. Chriftophe, à être dégradé
de Noblefle, & privé de la Croix de S.
Loilis, & de tous les emplois dont il
étoit revétu.
Le Comte de Gennes appella de ce
Jugement au Confeil du Roi, & prit
fesJuges, & leur Greffier à Partie; &
peu de jours après, le Vaiffeau du Roi
la Thétisarriva, dontleCapitaine ayoit
ordre de porter en France le fieur de
Gennes avec les procédures qui fe trouveroient avoir été faites contre lui.
A l'égard des fieurs de Valmeinier &
de Châteaun-viéux tous deux Lieutenans
de Roi de la même Ile, il ne fut rien
ftatué touchant le dernier; & alégard
du premier, il fut filpendu de l'exercice de fa Charge pour fix mois, parce
qu'on prétendit qu'il ne s'étoit pas
pofé allez vivement à la reddition C8:
Gennes avec les procédures qui fe trouveroient avoir été faites contre lui.
A l'égard des fieurs de Valmeinier &
de Châteaun-viéux tous deux Lieutenans
de Roi de la même Ile, il ne fut rien
ftatué touchant le dernier; & alégard
du premier, il fut filpendu de l'exercice de fa Charge pour fix mois, parce
qu'on prétendit qu'il ne s'étoit pas
pofé allez vivement à la reddition C8: --- Page 513 ---
Fyangoifes de PAmbrigue. 493
S. Chriftophe, comme fi dans la fituation où étoient les chofes, & vûla foi- 1702.
blefle de la Colonie, il avoit pà faire
autre chofe que de confeiller d'attaquer & de
les Ennemis du côté de Cayonne
la Cabefterre, pour fe joindre ealautre
partie de la Colonie, ou la chofe n'é
faifable, ni trop fure, il
tant pas trop
des lotanges
ne mérita pas plârôr tirer des
du blâme, d'avoir fçà
Acptr
le meilleur. parti qu'on en. pouvoit attendre, comme on la vû par la Capitulation.
Le Comte de Gennes fut embarqué
fur ce Vaiffeau avecle fieur de Valmeinier, mais ils eurent le malheur d'ètre
les Anglois, &c conduits à PliEg par oû le Comte de Gennes mourut lorfqu'il étoit far le point de palfer
où fon innocence n'auroit
en France, d'être reconnuè, & fa répas putation manqué rétablie; ce qui ieft fi
fa mort , le Roi a donné
EE
depuis
fa veuve, & à
Penfions confidérablesà faire connoitre l'effes enfans, &
de lui, & combien ik
time qu'il
atiras
étoit éloigné de faire. la moindre attenavoit été rendu
tion au Jugement qui
dans les Brgr
contre lui, illii a confervé
vets & Ordonnances des penfions ac-. --- Page 514 ---
494 Nowveanx Voyages aux Ifles
cordées à fa veuve, & à fes enfans, les
1702. qualités de Comte, de Chevalier de S.
Loilis, & de Capitaine de fes Vaiffeaux:
aquoi il a ajoûté que ces Penfions font
accordées à fa famille en confidération
de fa fidélité, & de fes bons & agréables fervices. Cela fuffic à un homme
mort, & c'eft une confolation confidérable pour une famille afligée comme
celle da Comte de Gennes.
Ce que j'ai dit ci-devant du fieur de
Valmeinier marque affez
le
ment rendu contre lui r point TT
d'impreflion à la Cour, puifque le Roi
l'a fait depuis ce tems-là Chevalier de
S. Loitis,8 fon Lieutenant à la Martinique, & qu'il eft difficile qu'un Prince marque plus de confiance en la fidélité, & en la fagelfe de fon Sujet,
le Roi lui en a témoigné dans les SE
tructions qu'il lui donna en l'envoyant
à la Martinique,
appaifer les mouvemens qui y Pactet furvenus en mil
fepr cens dix-fept.
Pour ce qui elt du fieur de Châreauvieux, quoique fon action fût criante,
& qu'il méritât une punition, fa vieillefle, & fes longs fervices firent qu'on
lépargna aux Iiles; mais il eut enfin
ordre de venir rendre compte de fes
lui en a témoigné dans les SE
tructions qu'il lui donna en l'envoyant
à la Martinique,
appaifer les mouvemens qui y Pactet furvenus en mil
fepr cens dix-fept.
Pour ce qui elt du fieur de Châreauvieux, quoique fon action fût criante,
& qu'il méritât une punition, fa vieillefle, & fes longs fervices firent qu'on
lépargna aux Iiles; mais il eut enfin
ordre de venir rendre compte de fes --- Page 515 ---
Frangoifes de PAmbrique. 495
aétions à la Cour. Il s'embarqua dans
un Vaiffeau de Nantes de 32 Canons 1702.
appellé le S.Jean-Baptifte avec fa femd'autres
à
me, & beaucoup
battus palfagers d'une
la fin de 1708. ils furent
fifurieufe tempête,
plus ena
qu'onn's
tendu
du Vaifleau, ni de ceux:
qui sties dedans.
J'ai cru devoir rapporter tout de fil'affaire de
te, tout ce qui fans regardoit fuivre l'ordre de
S. Chriftophe,
mon Journal, &c cela pour laçommodité du Leéteur.
La Partie Françoife de cette Ife,qui
étoit la mere de toutes les Colonies,
derniere
a été cédée aux Anglois parla
paix conclue avec eux à Rifwick en
1713Finde la faptiéme Partiei --- Page 516 ---
T ABLE
DES M. ATIERES
contenuès danslafeprieme
Partie.
A
A Bus qui fe commettoient dans les
travaux Publics à la Guadeloupe, & le remede que l'Auteur y
trouva,
Anglois de Nieves, leur prétention
pour.le falut,
Anglois de S. Chriftophe. Leurs maifons 30. Leur repas, leur maniere
de fervir 31. Habillemens des femmes 32. Comment ils confervent
leurs vins & autres liqueurs 33. Ils
ont beaucoup d'Efclaves, &à bon
marché 40. Les maltraitent, & ne --- Page 517 ---
TAB L E
les baptifent point,
43 de
Anglois. Ils attaquent le Quartier à la fin de
PEfterre à S. Domingue
1694. & font repoulés, 2
I06 EC
Armadille ou petire Armée Navalle
pagnolle de Barlovento,
276 du
Arquian (leComte de) Gouverneur
Cap François à S. Domingue e, 118
Gouverneur de la Tortuë, &
Auger, côte S. Dominique, & auparavant
de la Guadeloupe 113. Il fe prépare
à la Guerre contre les Anglois, fa
prévoyance pour les Vivres, les Armes, les Munitions,
PAvanturiere. Barque ainfi nommée
danslaquellel'Auteurs remonta de S.
Domingue aux Ifles du Vent, 218
Aumonier de l'Armadille faitretrouver
la bourfe del I Auteur,
Augulte Malpert (le Pere) Supérieur
des Religieux de la Charité au Cap
François, fes bonnes qualités, 129
l'Auteur va à S. Domingue en qualité
de Commiflaire de leurs Miflions I.
Il arrive à la petite Riviere à Léogane, & exécure fa commiflion 164. Il
s'embarque pour retourner aux Illes
du Vent 270. Il eft pris & pillé
Ilfait faire les BE
les Epagnols 273.
ques à TÉquipage de fa Barque 289.
érieur
des Religieux de la Charité au Cap
François, fes bonnes qualités, 129
l'Auteur va à S. Domingue en qualité
de Commiflaire de leurs Miflions I.
Il arrive à la petite Riviere à Léogane, & exécure fa commiflion 164. Il
s'embarque pour retourner aux Illes
du Vent 270. Il eft pris & pillé
Ilfait faire les BE
les Epagnols 273.
ques à TÉquipage de fa Barque 289. --- Page 518 ---
T A B d LE
Il débarque à S. Chriftophe 355. I1
arrive enfin à la Guadeloupe,
Automate curieux fait par le Comte 202
Gennes,
B
B Alatas. Defcription d'un arbre de
ce nom d'une grandeur prodigicufe,
Baratto. Préfent que! les Joteursqui gagnent font à ceux qui les regardent
jouer, fort utile à lAureur,
Barque dans laquelle l'Auteur avoit été
pris relâchée,
Baye d'Ocoa, & Bourg Das,
Bedarides (le Pere Jacques) Jacobin
Curé de l'Efterre à S. Domingue, &c
enfuite Supérieur Général de leurs
Miflions s
Blanchiffage des Ifles de l'Amérique 3
plus beau qu'en aucun lieu du monde,
Blenac (leComte de) Chefd'Efcadre,
premier Gouverneur Général de S.
Domingue en 1713.
Boiffy Rame, Gouverneur du Cap
François, & Commandant à S. Dominguesen 170I.
II3
Boucaniers & Chaffeurs, 2 leurs différentes occupations >
Bouchard, Ingénicur du Roi, envoyéa --- Page 519 ---
DES M LATIERE S.
Cartagene, palfeàla Guadeloupe, 430
Bouloë 8c*Bricourt Gouverneur 8c Direéteur de l'Ile à Vache. Leur méfintelligence,
C
Abaffon (lePere) Supérieur GéC néral des Miflions des Jacobins.
Son voiage à S.Domingue avecl'Au2
Canot teur des > Religieux de la Charité. Sa
grandeur & Ta perte,
Cap François de S. Domingue. Defcription du Bourg & Quartier de cC
nom S. Nicolas. 3
Le Moule ou le Mole.
CE defcription I >
Cap de Dona Maria,
Cap Tiberon ou de Los Tuberones, 237
Cap Mongon ou d'Alta Vela,
Capitaine, Commandant ou Gouverneur de F'Armadille Efpagnole de
Barlovento, fon portait,
Caravelle de S. Thomas. Rocher rvoifin de cette Ifle,
Cannes, Sucres, Cacoyers, Indigo >
Patates & autres fruits de Léogane s
leur beauté & leur bonté,
Caroffes en grand nombre à S. Domin195
Caratas, gue, plante. Son ufage pour blan-
237
Cap Mongon ou d'Alta Vela,
Capitaine, Commandant ou Gouverneur de F'Armadille Efpagnole de
Barlovento, fon portait,
Caravelle de S. Thomas. Rocher rvoifin de cette Ifle,
Cannes, Sucres, Cacoyers, Indigo >
Patates & autres fruits de Léogane s
leur beauté & leur bonté,
Caroffes en grand nombre à S. Domin195
Caratas, gue, plante. Son ufage pour blan- --- Page 520 ---
soo
TABLE
chir le lingue,
Carmes de la Guadeloupe,
Caftras,Occonome de la Compagnie de
lIfle à Vache. Son Hiftoire, >
Cafques, Chiens fauvages ainfi
lés à
ampdt
S. Domingue,
Caye S. Louis. Sa defcription. Projet
pour la forcifier,
Caymans ou Crocodilles 199. Ils attaquent rarement un homme. Moyen
deséchappet quand on en eft pourfuivizoo. Comment les Negres &
lesMulâtres les artaquent 201, Defcription de ces animaux,
ibid.
Caymites,1 Ifles défertes auprès delquelles la Barque où étoit l'Auteur perd
fa cuifine,
Château de la Montagne en l'Ifle de S.
Chriftophe,
Chaffe abondante à Sainre Croix, 49
Charite, Lieutenant au Gouvernement
général de S. Domingue,
Château Morand (le Marquis de) Gouverneur Général de S. Domingue en
1716.
I18
Château-vieux, Licutenant de Roiàs.
Chriftophe,
Chafleurs du Cap Dona Maria, 232
Chevaux de Nippes. Leur bonté, 197
Chevaux de S. Domingue. Leur origi-
riftophe,
Chaffe abondante à Sainre Croix, 49
Charite, Lieutenant au Gouvernement
général de S. Domingue,
Château Morand (le Marquis de) Gouverneur Général de S. Domingue en
1716.
I18
Château-vieux, Licutenant de Roiàs.
Chriftophe,
Chafleurs du Cap Dona Maria, 232
Chevaux de Nippes. Leur bonté, 197
Chevaux de S. Domingue. Leur origi- --- Page 521 ---
DES M A TIERES. a
gor
ne, taille, bonté, & prix,
Chaux de Léogane. Remarque fur les
anciens bâtimens,
Chemin par terre du Cap François à
Léogane,
Chirurgiens de S. Domingue, 2 leurs
gains confidérables, & leur ignorance. Hiftoire à ce fujet,
Chemin du petit Goave à la Caye de S.
Loiiis,
Cedres ou Acajoux de Saint Domin203
Choifenil gue, (le Comte de) Gouverneur
de la Tortue & côte S. Domingue,
I14
Cochon boucanné en aiguillettes, qualité,8 bonté de cette viande, 236
Coffre à Mort ou Bomba d'Infierno, 2
Ifler, parle travers de la côte méridionale de Port-Ric,
Colonie de lIfe de Sainte Croix tranfportée à S. Domingue en 1695. 107
Codringron Général, des Iles Angloifes fous le Vent. Son entrevûë avec
l'Auteur,
Commerce avec! les E(pagnolscidevant
fortlucrarif. Comment onle fait, 221
Compagnic de lIle à Vache,
Conditions quel la Compagnie delIlled
Yache failoit à fes Habitans,
--- Page 522 ---
go2
TABL E
Concordat entre les Habitans François
& Hollandoisdel'lfle S. Martin, 345
Confeils Souvérains établis à Léogane
: & au Cap François,
1IG
Coufins & Mouftiques en prodigicufe
quantité >
Comment les Anglois enfeignentle 12
tier de coureurs à leurs Negres,
Cordonniers, Habitans de lile de 4C
ba,
Courbari arbre. Sa defcription. Ulage
qu'on fait du bois & du fruit, 387
Courpon, Lieutenant de Roias.Chric
tophe 3
Cuiline d'un Vaiffeau Efpagnol, 282
Cul d-Sac de Léoganc,
Cuffy, Gouverneur de la Tortue, &c
côte S. Domingue, SonH Hiftoire, 93
D
D Aniel Capitaine deForbans 332.
Il prend le Curé des Saintes.
Hiftoire de la Meffe qu'ill'oblige de
chanter,
Découvertes des François dans l'Amérique,
6;
De Gennes (le Comte) Commandantà
S. Chriftophe 5. Il eftfommé de rendrel'Ifleaux Anglois 457. Safamille
467. Il send lile par Capirulation
471. Il demeure en otage 478. Eft
93
D
D Aniel Capitaine deForbans 332.
Il prend le Curé des Saintes.
Hiftoire de la Meffe qu'ill'oblige de
chanter,
Découvertes des François dans l'Amérique,
6;
De Gennes (le Comte) Commandantà
S. Chriftophe 5. Il eftfommé de rendrel'Ifleaux Anglois 457. Safamille
467. Il send lile par Capirulation
471. Il demeure en otage 478. Eft --- Page 523 ---
DES MATIERE S.
arrèté à la Martinique, & eft Ad
482. Tranfporté en France, &c
les
& meurt 484.
vem
par fions données Anglois, à fa veuve, & à fes a
enfans,
Defcription d'un diner à l'E(pagnole >
Defnots (le Comte) Gouverneur Général das Ifles. Son arrivée au pais,
& fa mort,
Defportes Arfon Négociant Maloiiin :
fujet de fon voyage à la Jamaique,
Deffein de l'Equipage de la Barque l'Avanturiere en cas qu'on voulàt la confifquer,
Différent de l'Auteur avec un Commis
du Domaine de la Guadcloupe, 367
Dogeron, Gouverneur de T'iile de la
Tortue en 1665. Son Hiftoire, 88
Du Caffe Gouverneur delifledelaTortué, & côte S. Domingue 98. Il pille
une partie de la Jamaique'en 1694.
Hiftoire de cette entreprile IOI. Ilfe
trouve à l'expédition de Cartagene
en 1697. 107- Ilrepouffe les Anglois
quiavoient farpris) sle petit GoavcIII,
Ileft fait Chefd'Efcadre, & quitte! ele
Gouvernement de S. Domingue en
1700,
--- Page 524 ---
TABLE
Du Caffe Lieutenant de Roi à Léogane,
17I
Du Clerc Major de Léogane,
Duel entre deux Corfaires des Ifles de
l'Amérique François & un Anglois >
dans lequel ce dernier eft pris, 438
Du Roffey reprend-lifle de la Tortue
fur les Epagnols en 1659. & en eft
fait Gouverneur s
$+
E
E Ffet prodigieux du Soleil far une
terraffe de plomb,
Eglife Paroiffiale de la Bafletterre de S.
Chriftophe,
2I
Eglife des Capucins à la Cabefterre de
la même Ile,
Eglife du Cap François. Sa defcription,
& l'indévotion des Habitans, 125
Eglife Paroifliale de la petite Riviere de
Léogane,
Eglife Paroiflfiale de l'Efterre,
Erreur du P. du Tertre, fur l'Hiftoire
de l'Ifle de la Tortuë,
Autre erreur du mème, fur l'arbre qui
porte les Savonettes,
Autre erreur du même, far le Gommier, 2
Efpagnols. Ils furprennent l'Ifle de la
Tortuë, &c maflacrent les François
en 1638. 66. Ils attaquentle Fort de
la
ogane,
Eglife Paroiflfiale de l'Efterre,
Erreur du P. du Tertre, fur l'Hiftoire
de l'Ifle de la Tortuë,
Autre erreur du mème, fur l'arbre qui
porte les Savonettes,
Autre erreur du même, far le Gommier, 2
Efpagnols. Ils furprennent l'Ifle de la
Tortuë, &c maflacrent les François
en 1638. 66. Ils attaquentle Fort de
la --- Page 525 ---
DES MATIERES 305
la Tortue en 1645. & font repoufes
Ils
&c le Fortdel la
70. prennentille Ils
la
Tortue en 1654. 75.
prennent &
Fortereffe de Port-Paix en 1694.
l'abandonnent auffitôt 10O. Ils font
naturellement larrons >
Premier établiffement des François dans
l'Ife S. Domingue au petit Goave
en1654
F
qu'ont les Anglois pour avoir
FAlsa des Negres,
Flibuftiers François, pillent le Comptoir des Danois à S. Thomas, , 337
Fond des Negres, Quartier de S. Domingue très-fertile en Cacao, 248
Fond de PIle à Vache. Defcription de
ce que l'Auteur en a vû,
Fontenay ( le Chevalier de) Gouverneur de l'Ifle de la Tortué. Son HiC
toire,
Forbans. Gens qui courent les mers
fans aveu >
étoit ISI
Ils donnent chaffe à la Barqueoi
F'Auteur >
G
(Thomas). Apoftat: Avisfar
G AE Relation de fon voyage, 463
Galifet, Gouverneur du Cap François,
II3 169
Tome VII.
Y
Defcription de
ce que l'Auteur en a vû,
Fontenay ( le Chevalier de) Gouverneur de l'Ifle de la Tortué. Son HiC
toire,
Forbans. Gens qui courent les mers
fans aveu >
étoit ISI
Ils donnent chaffe à la Barqueoi
F'Auteur >
G
(Thomas). Apoftat: Avisfar
G AE Relation de fon voyage, 463
Galifet, Gouverneur du Cap François,
II3 169
Tome VII.
Y --- Page 526 ---
5o6
TABLE
Girard (le Pere) Supérieur des Jéfuites
de Saint Chriftophe. Son honnèteté
pour les Jacobins,
Gombault (le Pére) Supérieur Général
des Miffions des] sJéfuites aux lfles, 432
Gomme de Courbari & autres gommes.
Sentiment de l'Auteur fur lcs vertus
qu'on leur attribue,
Gommier, arbre. Sa defcription & fon
ufage,
Gourdin, MarchandNantois. Son Hiftoire 2
Gouverneurs Généraux des Anglois, 460
Greffier de Léogane. Son Hiftoire, 173
H
Abitation des Jéluites à S. ChrifH tophe,
Habitation des Carmes dans la même
lle, & I'Hermitage,
Hollandois. Ils ont plus foin du falut de
leurs Negres
les. Anglois,
Hôpital des Fralges dela Charité à
S. Chriftophe,
I
Nterloppes. Vaiffeaux qui trafiquent
des Negres fans l'aveu des Compagnies,
Interloppe moûiillé à la petite Rade de
S. Euftache, tire far le Bâtiment oà
étoit I'Auteur,
--- Page 527 ---
DES MATIERES
Indiennes & Mouffelines Forban à provenantes bon marché
d'un Vaiffeau
à S. Thomas,
& Chiens fauvaInftinét des Chevaux
Joleph, ges, Matelot Provençal,
ReParronJofeph, ,eft foletté
MHEE
de la Charité à la Martiniligicux
Ifles que, de S. Martin & de S. Barthelemy. ChriftoElles dépendent de Saint
29 345
Ile phe, à Vache, €
Ifles Cateline & Saone ou Savonne, Port- 309
Ilet appellé Coffre à mort près
Ric,
Sa firuation,
Ille à Crabes ou Boriquen.
grandeur & commodité >
319 Sa
Ife S. Thomas, l'une des Vierges.
defcription ,
319 343
Illes Négade & Sombrette, Euftache,
Ifles de Saba & de S.
& cérémoJubilé univerfel. Hiftoire à la Martininie de fon ouverture
que,
L
Gonave Ifle déferte, fituée dans
L A lagrande Baye de Léogane, 153
Lambert, Capitaine de Flibuftiers
à S.
Hekai
Il cft blefTé par les Anglois Yij
'une des Vierges.
defcription ,
319 343
Illes Négade & Sombrette, Euftache,
Ifles de Saba & de S.
& cérémoJubilé univerfel. Hiftoire à la Martininie de fon ouverture
que,
L
Gonave Ifle déferte, fituée dans
L A lagrande Baye de Léogane, 153
Lambert, Capitaine de Flibuftiers
à S.
Hekai
Il cft blefTé par les Anglois Yij --- Page 528 ---
TABLE
tophe,
La petite Riviere, Quartier de Léogane 3
Larmes deJob. Leur defcription, 38;
Lauriau, excellent Taillandier,
Léogane, nouvelle Ville de ce nom fur
la côte de Saint Domingue, bâtie
en 1712.
IIG
Léogane, plaine de ce nom. Sadefcription, & des ruines du Château de la
Princeffe de Léogane, :
L'Efterre. Defcription du Quartier &
rdu Bourg de ce nom ,
Le Maire Doyen du Confeil de Léogane 173. Sa femme eft empoifonnée
par fon Chirurgien, 2
Le Pais, Capitaine de Flibuftiers & de
Milice de lIle à Vache,
25a
Le Vaffeur, Gouverneur de la Tortué.
Son Hiftoire & fa mort,
Lucien (lePere) Carme,Curé des Saintes. Son avanture avec le Capitaine
Daniel,
M
Aifon du fieur de Charite au
M Cap François. Son différend
pour cela avec les Capucins, Ce 126
Maladies ordinaires de S. Domingue,
leurs caufes au jugement de TAuteur,
--- Page 529 ---
DES MATIERES, 509
Maniere de Boucaner ou fecher àlafumée la chair de Cochon, & enfuite
de la faire cuire,
Ma- 133
Maniere de prendre les Chevaux
rons 2 leur ptix, & ce qu'il coûte
pour les domprer,
dans 197
Maniere de poler les Sentinelles
l'Armadilie de Barlovento,
Maniere de fcier le Gommier, & de
conferver la couleur des bois, 413
Mantegue ou Sain doux.
la
en ufent en vertu de la Bulle
trt
Croifade,
Mariage d'un Gentilhomme Gafcon 3
Marie, Commiffaire Ordonnateur aS.
Domingue,
Meffe de Reqniem chantée d'une maniere extraordinaire,
Methode de l'Auteur
tranfporter
par eau les bois tr ne Alottent
point >
Méubles & Idoles des Indiens, qui habitoient S. Domingue avant la venue
des E(pagnols,
Miniftres Anglois peu refpectés 32. Ils
ne baprifent point les Negres, > mauvaifesraifons qu'ils
de cette négligence,
Rhieeend
Miniftre Luthérien de S. Thomas. Son
Yiij
chantée d'une maniere extraordinaire,
Methode de l'Auteur
tranfporter
par eau les bois tr ne Alottent
point >
Méubles & Idoles des Indiens, qui habitoient S. Domingue avant la venue
des E(pagnols,
Miniftres Anglois peu refpectés 32. Ils
ne baprifent point les Negres, > mauvaifesraifons qu'ils
de cette négligence,
Rhieeend
Miniftre Luthérien de S. Thomas. Son
Yiij --- Page 530 ---
5:0
TABL E
honnète:é pour l'Aureur,
Modenc, Capitainede Vaifleau du Roi,
correction fraternelle qu'il fit aux
Anglois de PIe de Nieves,
Mithon, premier Intendant de S. Domingue en 1719. & enfuite Intendant de Toulon,
Mone, Monique & Zachée trois Ifles
défertes dans le Canal de S. Domingue & Port-Ric,
Monnoyes ayant cours à Saint Domingue,
Monte Chrifo. Montagne qui fert 121
reconnoitre lc Cap François,
Monori ( lc Pere) Jacobin, Curé du
Cul de Sac de Léogane,
Monter aux Iles du Vent, & defcendre à S.Domingue;termes de Marine Amériquaine,
Moyen de trouver de l'eau douce au
bord de la Mer,
N
(le Pere) Supéricur de Ia
Miflion desJacobins à S. DoN'E
mingue,
Navire de Regiftre. Cequec'eft, 290
Negres qui font eftampés. Maniere de
le faire,
Negres Marons à la Montagne noire de
S.Domingue. Projet pourlesenlever,
--- Page 531 ---
DES MATIERES.
reclamé
FA
Negre de M.Vambel
par 378
Nourriture teur,
des Negresà à S.I Domingue,
Ffres avantageufes que lon fait à
lAuteur &c àlon Ordre, pour deffervirlesParoillesd delifleaVache.246 Service fait à la
Oraifon Funebre & Monficur, Frere
Martinique, pour
unique du Roi,
ueschersas.
Ouvriers de toute efpece
Domingue, >
P
Anaris. Remedeà ce mal, 451
P Pain d'Epices. Arbre. Sa defcrip415
tion,
Ille. Sa
Panefton ou la groffe Viergel,
defcription des Paroiffes 2
de S. Domingue
Partage
entre les Jéfuites 8clesJacobins, de M. Hinfelin
Partage de la fucceffion Communautés Relientre les cinq
gieufes de la Guadeloupe, de Roi 'de S.1 DominPary , Lieutenant
reie 2 abondante dans la grande rue
des Vierges, Cafuel des Curés de S. 341 DoPenfions &
mingue,
Panefton ou la groffe Viergel,
defcription des Paroiffes 2
de S. Domingue
Partage
entre les Jéfuites 8clesJacobins, de M. Hinfelin
Partage de la fucceffion Communautés Relientre les cinq
gieufes de la Guadeloupe, de Roi 'de S.1 DominPary , Lieutenant
reie 2 abondante dans la grande rue
des Vierges, Cafuel des Curés de S. 341 DoPenfions &
mingue, --- Page 532 ---
TABLE
Pierres légeres, Panaches de mer, &
autres curiofités
donne à l'Auteuràl'Ifle à IVLEe
Pimiento, Gouverneur de Carragene
des Indes. Son Hiftoire,
Pinel,Capitaine de Flibuftiers II. Son
entreprife fur lIfle de Saba,
Plâtre trouvé par l'Auteur à la Guadeloupe,
Pointe de Flfle à Vache fort dangereufe,
Pommes de Raquettes. Maniere de les
cueillir & leurs propriérés,
Porcelaine du Japon, à quoi on la connoit,
Pouffoiane desIfles. Epreuves
l'Auteur a faites, pour s'aflàrer Se fa vérité 3
Pott-Paix Quartier de S.Domingue 138.
Son Eglife Paroifliale & fon Curé140,
Defcription du Fort de ce nom 143.
Sa prile par les Elpagnols & les Anglois,
Précaution qu'il faut prendre pour fc
fervir de la Pouffolane,
a 397
Préfens qu'on fait au Gouverneur &
aux Officiers de l'Armadille Elpagnole,
Préfens que les Efpagnols font àl'Auteur,
--- Page 533 ---
DES MATIERES. 513 de
Prife de Cartagene par les Troupes 1o8
la Marine, & les Flibuftiers, de S.ChrifPrife de la Partie Françoife
tophe par les Anglois, Léogane en 1701. 193
Prix des Beufsà la capture des NePrix ordinaire pour Abus farcela,
gres Marons. l'on fait far le vifargent, &c
Profit
fur R elpeces,
Q
Ualité de Prince de Léogane
donnoit au Roi a S. de
lon
mingue,
R
Eligieux dela Charité érablisàLéoR gane 8cau Cap, rendent degrands 206
: fervices à la Colonic,
la
Remede ordinaire des Anglois pour 36r:
maladie de Siam,
les ruptuRemede expérimenté pour
res, >
nombre entre Saba
Requiens en grand
- & Sainte Croix, Jacobin & le Pere
Romanet (le Pere) en France. FriMondidier palfent
qui les avoit
ponnerie du Capitaine
pallés, Officier de Milice de Saint
Rofignol,
Avantures de fa familChriftophe.
R lc,
fervices à la Colonic,
la
Remede ordinaire des Anglois pour 36r:
maladie de Siam,
les ruptuRemede expérimenté pour
res, >
nombre entre Saba
Requiens en grand
- & Sainte Croix, Jacobin & le Pere
Romanet (le Pere) en France. FriMondidier palfent
qui les avoit
ponnerie du Capitaine
pallés, Officier de Milice de Saint
Rofignol,
Avantures de fa familChriftophe.
R lc, --- Page 534 ---
TABLE
S
Aint Chriftophe, Ile
entreles François & les eeeto Def
cription particuliere de cette Ile, &
des maeurs des Habitans,
Sainte Croix, Ifle Françoife a prefent
abandonnée. Sa fituation & bonté,
Saint Domingue. Hiftoire abrégée &
cette Mle s
Savonnier, ou arbre à Savonnettes. Def.
cription & nfage du bois & du fruit,
Serpent Marin. Sa defcription,
Singes. Chaffe de ces animauxàla Montagne ronde de S. Chriftophe. Bonté
dela chair des Singes 9. Hiftoire fur
ce fujet,
IO
Smith (Pitre ott Pierre) MarchandHollandois établias. Thomas,
Sorel,Infpedkeur dela Marine, & Gouverneur Général de S. Domingue en
1717.
Sratue de S. Diego liée au maft de mifene de l'Armadille Epagnole -
Srive ou Eftienne, riche Flibuftier à
FIfle à Vache. Ses manieres, 251
T
Amarins, arbres. Leur defcripT tion, & leur ufage,
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DES MATIERES. FAu- S'S
Tempète dont la Barque où étoit les
teur fut battué après avoir quitté
Elpagnols,,
tde
Tempète que rAucareflysenalard
la Guadeloupe càlal Marcinique, 432
Temples des Anglois à S.Chriftophe, 26
Tortue, Ifle far la côte de S. DominSes différentes avantures, & fa
gue.
defcription,, r'Auteur a fait faire 21t
Travaux
Fort de 2E Guadeloupe,
dece
Traiter à la pique. Explication
terme, & raifon de cette conduire,
Trebuchet, Capitaine Bordelois 2. Son
ignorance & fon yvrognerie,
Tremblement de terre aux Ifles, de 440 la
Tréfor
dit être dans l'ife
Hr
V
Aiffeau Amiral de P'Armadille -
EC
V pagnole de Barlovento > 282
Vaiffeau Forban très riche dégradé, &
échoié auprès de S. Thomas, 333
Valernod, Maréchal de Camp, Coinmandant à S. Domingue, de Roi de IIS S.
Valmeinier, Lieutenant
& fes ferChriftophe. Sa Généalogic
vices, --- Page 536 ---
516 TABLE DES MATIERES.
Vambel, Direéteur du Comptoir des
Danois à S. Thomas; fon honnèteté
pour l'Auteur, &c fes foins pour fes
Efclaves Chrétiens,
Vafes de terre figilléc, leur figure, &
leur ufage,
Vafes
Gourgoulettes, leur defaH2e & leur commodité, 304
Finde Ia Table de lafeptiéme Partie, --- Page 537 --- --- Page 538 ---
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Ln4n
v.7 --- Page 540 ---
ae --- Page 541 ---
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